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Trois révoltes en Corée du sud (1945-1960-1980)

lundi 26 juillet 2010, par Robert Paris

1945 : l’armĂ©e amĂ©ricaine Ă©crase et occupe la CorĂ©e du sud et y impose une dictature sanglante sous prĂ©texte de sauver le pays des mains de l’impĂ©rialisme japonais

... celle de Syngman Rhee

Russes et AmĂ©ricains mettent en place leur dictature "corĂ©eenne" au nord et au sud :

Écrasement de la rĂ©volution de 1945-1946 en CorĂ©e du sud avec la complicitĂ© amĂ©ricaine et russe (fosses communes des victimes de la rĂ©pression)

Photos du soulĂšvement du Kwangju (1980) qui finit par renverser Syngman Rhee

La chute de Syngman Rhee :

Le mouvement ouvrier en Corée, une force considérable

Trois révoltes en Corée du sud

INTRODUCTION

Rappelons d’abord que ce sont les impĂ©rialismes anglais et amĂ©ricain qui ont exigĂ© de Staline qu’il occupe militairement le nord de l’Asie et notamment le nord de la CorĂ©e pendant qu’eux occupaient le sud. Rappelons Ă©galement que cela n’avait pas un but militaire car la guerre se gagnait alors au Japon Ă©crasĂ© sous les bombes et qui ne demandait qu’à capituler. Ce qui motivait ces impĂ©rialismes, c’est la crainte d’une rĂ©volution sociale. En CorĂ©e, frappĂ©e par la misĂšre et le fĂ©odalisme, la rĂ©volution sociale Ă©tait une Ă©vidence frappante et la population s’y prĂ©parait de maniĂšre non camouflait. Le peuple travailleur comptait bien en finir avec les souffrances sociales et politiques en mĂȘme temps qu’avec la domination japonaise.

L’opposition entre gouvernement du nord et du sud, entre stalinisme et impĂ©rialisme a Ă©tĂ© complĂštement instrumentalisĂ© afin de servir de justification pour Ă©craser la rĂ©volution sociale et il l’est encore aujourd’hui.

En 1945, en CorĂ©e comme au Vietnam et dans toute l’Indochine, des soulĂšvements ont suivi le dĂ©part des troupes japonaises. Des comitĂ©s du peuple se sont formĂ©s partout, organisĂ©s sous forme soviĂ©tique et se prĂ©parant en vue du pouvoir. L’armĂ©e amĂ©ricaine a dĂ» les Ă©craser dans le sang avant de mettre Ă  la tĂȘte d’une dictature militaire au sud son homme de paille Sungman Rhee (qui s’est tout de suite distinguĂ© en Ă©crasant lui aussi dans le sang les puissantes grĂšves gĂ©nĂ©rales de 1946 et 48) alors que le nord Ă©tait occupĂ© par les troupes russes qui ont placĂ© Ă  la tĂȘte du pays Kim Il Sung, un leader de guĂ©rilla militaire contre le Japon. Au sud, les militaires ont remis sur pied Ă  la fois l’Etat et l’économie et ils ont instaurĂ© des relations privilĂ©giĂ©es avec les trusts, les chaebols, relations qui institutionnalisent la corruption : un vĂ©ritable systĂšme d’aide mutuelle qui a permis aux chaebols comme aux gĂ©nĂ©raux de prospĂ©rer. Samsung doit tout au premier prĂ©sident le fĂ©roce dictateur Sungman Rhee et Daewoo ne serait rien sans le prĂ©sident Park. En contrepartie, certains ont fait fortune comme Roh qui a constituĂ© la modeste cagnotte de 650 millions de dollars ! Ce pays qui a Ă©tĂ© gouvernĂ© dictatorialement par des Ă©quipes de chefs militaires s’est vu contraint de les retirer de la scĂšne politique : les gĂ©nĂ©raux Chun Doo-hwan et Roh Tae-woo qui ont gouvernĂ© respectivement de 80 Ă  87 et de 88 Ă  92 ont Ă©tĂ© contraints de dĂ©missionner de l’armĂ©e. Le gĂ©nĂ©ral Roh a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  22 ans et demi de prison pour corruption. Le gĂ©nĂ©ral Chun a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  la peine capitale (commuĂ©e en prison Ă  vie) pour avoir conduit le putsch militaire de 79 et rĂ©primĂ© dans le sang une manifestation Ă©tudiante. Tous les deux ont Ă©tĂ© Ă©galement dĂ©clarĂ©s responsables du massacre de la commune de Kwanju en mai 1980. C’est dire Ă  quel point actuellement l’armĂ©e est sur le plan politique complĂštement mise Ă  l’écart de la direction des affaires.

C’est dans les annĂ©es 80 que la bourgeoisie corĂ©enne a commencĂ© Ă  trouver le prix de la dictature militaire trop coĂ»teux. Le pays devenant riche et dĂ©veloppĂ©, elle prĂ©fĂ©rait une autre forme de direction politique, sans coups d’Etat, sans rĂ©pression et rĂ©voltes permanentes. Et c’est aussi de lĂ  que vient l’explosion de 87. En effet, les militaires se sont accrochĂ©s au pouvoir et on a vu pendant des annĂ©es non seulement les classes pauvres et les travailleurs mais toute une partie des fils de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie se battre pour en finir avec la dictature militaire, participant Ă  des manifestations, arrĂȘtĂ©s, torturĂ©s, assassinĂ©s, choisissant une vie militante dans des organisations clandestines plutĂŽt que l’intĂ©gration sociale, pour lutter contre ce pouvoir dĂ©testĂ©. De lĂ  est nĂ© le mouvement des ouvriers et des jeunes.

TROIS REVOLTES

1- 1945-1948

2- Avril 1960

3 - Mai 1980

Corée 1945-1948

En CorĂ©e les alliĂ©s avaient dĂ©cidĂ© d’un systĂšme d’occupation apparemment absurde et qui allait donner lieu au pire affrontement de la guerre froide en 1950 mais qui, en cette fin de guerre mondiale, correspondait aux diffĂ©rentes zones dans cette rĂ©gion. En effet la pĂ©ninsule corĂ©enne Ă©tait divisĂ©e en deux, une partie sous occupation russe et une autre sous occupation amĂ©ricaine, les deux Ă©tant sĂ©parĂ©es par le 38Ăšme parallĂšle. En fait en disant cela on oublie lune grande part du problĂšme, on attribuait Ă  la Chine la partie de la CorĂ©e continentale, le Kan Do, prise lors des conquĂȘtes militaires et cela allait s’avĂ©rer trĂšs important par la suite.

Au dĂ©part cette division discutĂ©e lors des confĂ©rences de TĂ©hĂ©ran en 1943 et Yalta en 1945 devait ĂȘtre provisoire. Les premiers arrivĂ©s sur place sont les russes au nord le 24 aoĂ»t 1945. Puis les USA arrivent un mois plus tard au sud en septembre 45. Des deux cĂŽtĂ©s tout est programmĂ© et aucun des deux camps n’a l’intention de demander Ă  la population de dĂ©cider. Les russes ont dans leurs bagages Kim Il Sung qu’ils comptent imposer comme dirigeant sous l’étiquette parti communiste. Pourtant il existe en CorĂ©e un parti communiste clandestin dont Kim n’est pas le dirigeant mais c’est l’homme des russes et dans l’ambiance d’effervescence sociale les russes s’en mĂ©fient comme ils se mĂ©fient de tous les militants dĂ©mocrates ou syndicalistes qui vont trĂšs vite peupler leurs prisons. Pour se dĂ©barrasser du rĂ©el parti communiste corĂ©en, les russes vont avoir de grandes difficultĂ©s car il faut s’en dĂ©barrasser Ă  la fois au nord et au sud. Au nord cela se fera sous l’occupation militaire russe, les anciens dirigeants iront en prison ainsi qu’au fur et Ă  mesure tous les opposants Ă  Kim Il Sung. Au sud, ce sera beaucoup plus difficile d’autant que traditionnellement la direction du parti communiste rĂ©sidait au sud Ă  SĂ©oul et que le parti va rester un seul parti malgrĂ© la division du pays.

Des deux cĂŽtĂ©s, il y a la mĂȘme situation catastrophique pour la population qui se traduit tout de suite par une explosion sociale La misĂšre des travailleurs est catastrophique. Le nombre des morts est considĂ©rable. Et, en plus la population sort de nombreuses annĂ©es d’occupation japonaise oĂč ils ont souffert atrocement. Ce n’est pas pour accepter facilement une autre occupation militaire. Enfin, trĂšs vite le problĂšme du partage du pays en deux qui semble ĂȘtre du provisoire qui dure va devenir un problĂšme politique de premier ordre, empĂȘchant les deux pouvoirs de se stabiliser et de gagner du crĂ©dit.

En effet, sur ordre de Staline, Kim Il Sung au nord va dĂ©fendre la division du pays de la mĂȘme maniĂšre qu’au sud le fantoche des amĂ©ricains Syngman Rhee, un dictateur d’extrĂȘme-droite corrompu et ultra-violent. Des deux cĂŽtĂ©s, la classe ouvriĂšre va s’opposer Ă  cette division et en particulier les syndicats d’origine plutĂŽt anarcho-syndicalistes avec des militants d’extrĂȘme gauche et qui ne sont pas encore contrĂŽlĂ©s par le parti communiste. La pression est telle au sud que le parti communiste sud corĂ©en prend son indĂ©pendance politique de la direction du nord en aoĂ»t 46. Mais en mĂȘme temps il le fait sur des bases tout ce qu’il y a de moins rĂ©volutionnaire, du moins dans un sens prolĂ©tarien. La thĂšse d’aoĂ»t qui souligne cette indĂ©pendance politique Ă  la fois n’accepte plus la division du pays mais affirme qu’il faut mener une rĂ©volution bourgeoise en vue de la rĂ©unification, rĂ©volution qui aura pour base les campagnes et non les villes. Et cela signifie aussi que le PC du sud appelle les ouvriers et les paysans Ă  rejoindre les montagnes pour y organiser la guĂ©rilla. Le syndicat des ouvriers du sud va s’opposer violemment Ă  ces propositions. En effet, les travailleurs sont trĂšs loin de se sentir impuissants dans leurs luttes dans les usines au point d’aller se retrancher dans les montagnes. La thĂšse du caractĂšre bourgeois de la rĂ©volution n’est pas mieux acceptĂ©e.

En fait, dans les usines c’est Ă  une offensive ouvriĂšre que l’on assiste en CorĂ©e du sud. L’insurrection ouvriĂšre part de deux villes : Taekou, grande ville du sud est et Busan le grand port du sud. C’est un soulĂšvement spontanĂ© qui dĂ©bute par une grĂšve des cheminots et qui se termine par de vĂ©ritables affrontements armĂ©s, les travailleurs s’étant organisĂ©s en milice ouvriĂšre. Partout des comitĂ©s de grĂšve sont mis en place et la grĂšve s’étend Ă  de nombreuses autres villes. La rĂ©action des troupes amĂ©ricaines est trĂšs violente. La rĂ©pression s’étend Ă  tout le pays contre les syndicats et les militants radicaux. Le PC du sud qui n’était pour rien dans le mouvement est interdit. La dictature de Syngman Rhee devient fĂ©roce. Des opposants politiques et des dirigeants syndicalistes sont assassinĂ©s comme le leader anarcho-syndicaliste.

Kim Ku et le dirigeant social-dĂ©mocrate Yo Un Hyong. Le Parti communiste a Ă©tĂ© contraint de passer dans la clandestinitĂ© totale. La direction politique du PC du nord en profite pour rĂ©ussir pour la premiĂšre fois Ă  Ă©tablir sa domination sur l’ensemble du parti communiste.

En 1946-47, loin de se stabiliser, le rĂ©gime de CorĂ©e du sud est attaquĂ© sur tous les fronts : mutineries militaires, insurrections paysannes, mouvements politiques dans les villes contre le rĂ©gime de Syngman Rhee et mouvements sociaux. Le pouvoir central de SĂ©oul est tellement affaibli qu’il est contraint de laisser les paysans occuper toute une rĂ©gion dite libĂ©rĂ©e. Le PC du sud dĂ©cide de s’investir dans cette rĂ©volution paysanne et il appelle Ă  nouveau les ouvriers Ă  le suivre. La plupart des ouvriers et des militants intellectuels qui vont suivre cet appel sont massacrĂ©s avant mĂȘme qu’ils aient pu rejoindre la rĂ©gion ni s’armer. Le PC du sud va quand mĂȘme prendre la direction politique de ces paysans insurgĂ©s. Il leur conseille de quitter les terres agricoles pour rejoindre les montagnes et effectivement cette guĂ©rilla va tenir lĂ  jusqu’à la guerre de CorĂ©e en 1950, oĂč elle fera sa jonction avec l’armĂ©e nord corĂ©enne. Paradoxalement c’est cela qui lui sera fatal car le rĂ©gime de CorĂ©e du nord n’avait nullement envie de soutenir les paysans du sud et va les abandonner en cessant de les armer dĂšs l’offensive amĂ©ricaine.

Au lendemain de la LibĂ©ration, le placement de la CorĂ©e sous la tutelle des SoviĂ©tiques et des Étasuniens, de part et d’autre du 38e parallĂšle, fut l’occasion d’implanter les embryons des rĂ©gimes antagonistes que nous connaissons aujourd’hui. Au sud, les idĂ©es Ă©conomiques prĂ©conçues de l’administration d’occupation amĂ©ricaine (l’USAMGIK) se traduisirent par une libĂ©ralisation du marchĂ© des cĂ©rĂ©ales qui provoqua une effrayante spĂ©culation sur le marchĂ© du riz. En effet, la CorĂ©e du Sud, largement agricole, Ă©tait le grenier Ă  blĂ© du Japon pendant la colonisation. Or la pĂ©nurie se faisant sentir dans l’archipel, certains producteurs renouĂšrent les anciennes relations avec le Japon, qui manquait alors de riz, en raison de la mobilisation massive des paysans pour l’armĂ©e et de la perte de son empire colonial. Le prix du riz flamba en CorĂ©e, et les villes ne furent plus approvisionnĂ©es, car les spĂ©culateurs prĂ©fĂ©raient vendre au Japon, au prix le plus fort. Les autoritĂ©s amĂ©ricaines firent immĂ©diatement machine arriĂšre et imposĂšrent des restrictions non seulement sur la vente du riz, mais aussi sur celle des autres cĂ©rĂ©ales, selon des normes si dures que certains producteurs regrettĂšrent le temps des Japonais. À Taegu, dans le sud du pays, une furieuse rĂ©volte mit aux prises les paysans et des sympathisants « de gauche » aux autoritĂ©s. Plusieurs centaines de policiers et de manifestants furent tuĂ©s avant que des troupes amĂ©ricaines ne rĂ©tablissent l’ordre.

Le régime stalinien de Corée du Nord

L’effondrement soudain de l’administration coloniale japonaise entraĂźna une explosion populaire. Sorti de la clandestinitĂ©, le Parti communiste constitua une coalition avec tous les mouvements nationalistes. Des comitĂ©s de prĂ©paration Ă  l’indĂ©pendance de la CorĂ©e surgirent dans tout le pays. Le 6 septembre 1945, une confĂ©rence nationale de ces comitĂ©s, rĂ©unie Ă  SĂ©oul, proclama la naissance de la RĂ©publique Populaire de CorĂ©e (RPC).

Suivant en cela la ligne dĂ©finie par Moscou, le Parti communiste corĂ©en, qui Ă©tait de loin le courant le plus puissant dans ce mouvement, s’efforça de contenir l’explosion des revendications sociales parmi les masses exploitĂ©es. PrĂ©tendant que l’heure Ă©tait Ă  l’émancipation nationale et non Ă  l’émancipation sociale, sous le prĂ©texte fallacieux que toute autre politique diviserait la « nation corĂ©enne », le Parti communiste mit les masses pauvres de CorĂ©e Ă  la remorque politique de leurs propres exploiteurs comme le firent d’ailleurs les partis communistes dans le monde entier durant cette pĂ©riode et utilisa leur mobilisation pour garantir la continuitĂ© de l’ordre capitaliste.

Mais ce respect pour l’ordre capitaliste ne suffit pas au PC corĂ©en Ă  gagner les faveurs de Washington. Certes, ce que redoutaient les États-Unis, ce n’était ni le programme politique de la RPC, avec son appel Ă  l’instauration du suffrage universel et Ă  la crĂ©ation d’institutions dĂ©mocratiques, ni sa dĂ©fense des nationalisations et de la rĂ©forme agraire : aprĂšs tout, la plupart des grandes entreprises et exploitations agricoles corĂ©ennes n’avaient plus de propriĂ©taires depuis l’expulsion des colons japonais. Non, ce qui inquiĂ©tait le plus l’impĂ©rialisme amĂ©ricain, c’était que le rĂ©gime de la RPC avait Ă©tĂ© mis en place sans son accord prĂ©alable, Ă  la faveur d’une mobilisation populaire, et qu’il n’avait donc nul besoin de l’impĂ©rialisme pour se maintenir au pouvoir. Ce rĂ©gime ne serait donc pas docile vis-Ă -vis des intĂ©rĂȘts des États-Unis. Aussi, lorsque le comitĂ© exĂ©cutif de la RPC fit une offre de collaboration Ă  l’état-major amĂ©ricain, celui-ci lui opposa une fin de non-recevoir.

Les dirigeants amĂ©ricains entreprirent alors de mettre en oeuvre leurs propres conceptions de la dĂ©mocratie dans leur zone d’occupation. L’ancienne force de police coloniale fut rĂ©tablie dans ses fonctions, avec pratiquement les mĂȘmes personnels (on ne changea mĂȘme pas leurs uniformes !) que sous l’occupation japonaise. Les postes de responsabilitĂ© dans les nouvelles institutions furent confiĂ©s Ă  des hommes politiques qui avaient collaborĂ© avec l’occupant japonais ou qui avaient trouvĂ© protection auprĂšs du dictateur nationaliste chinois et alliĂ© des USA, Tchang KaĂŻ-chek. Il s’agissait d’individus viscĂ©ralement anticommunistes qui avaient des liens Ă©troits avec la classe des propriĂ©taires fonciers corĂ©ens. A la tĂȘte du nouveau rĂ©gime, Washington mit Syngman Rhee, un politicien nationaliste de droite bien connu, qui avait des amis tant aux États-Unis qu’au sein du rĂ©gime de Tchang KaĂŻ-chek. En fĂ©vrier 1946, ils mirent en place un gouvernement provisoire de CorĂ©e du Sud prĂ©sidĂ© par Syngman Rhee, dont la moitiĂ© des membres furent nommĂ©s directement par les autoritĂ©s amĂ©ricaines d’occupation et l’autre par les classes riches, selon le systĂšme Ă©lectoral censitaire en vigueur sous l’occupation japonaise.

L’orientation politique du nouveau rĂ©gime se rĂ©vĂ©la aussi rĂ©actionnaire et socialement conservatrice qu’on pouvait l’escompter vu la composition sociale du gouvernement. Les appels Ă  une rĂ©forme agraire d’ensemble furent traitĂ©s par le mĂ©pris tandis que les dignitaires du rĂ©gime accumulaient des fortunes colossales en s’appropriant les terres des anciennes exploitations japonaises et que les paysans sans terre mouraient de faim. La corruption et le marchĂ© noir devinrent la rĂšgle. De sorte qu’au bout du compte, la population pauvre de la zone d’occupation amĂ©ricaine ne vit guĂšre de diffĂ©rence entre la nouvelle RĂ©publique de CorĂ©e, qui y fut proclamĂ©e officiellement en aoĂ»t 1948, et l’ancienne administration coloniale japonaise, sinon dans la langue des troupes d’occupation.

Face Ă  la rĂ©pression qui le visait au Sud, oĂč il fut trĂšs vite interdit, le comitĂ© exĂ©cutif de la RPC Ă©lu en septembre 1945 s’était rĂ©fugiĂ© dans la zone d’occupation soviĂ©tique. LĂ , les autoritĂ©s d’occupation acceptĂšrent ce comitĂ© exĂ©cutif et les comitĂ©s de prĂ©paration Ă  l’indĂ©pendance comme partenaires dans l’administration quotidienne des affaires sur le terrain.

Contrairement aux États-Unis dans leur zone d’occupation, l’URSS appliqua Ă  la lettre le protocole de 1945 dans la sienne en s’abstenant de mettre en place des institutions permanentes susceptibles de prĂ©juger de la forme dĂ©finitive de l’État. Tout au moins c’est ce qu’elle fit jusqu’à la crĂ©ation d’institutions propres au Sud sous l’égide des USA. Un comitĂ© populaire provisoire fut alors constituĂ© Ă  Pyongyang, cette fois sous la direction de Kim Il Sung, un jeune dirigeant du PC rĂ©cemment de retour dans le pays, qui semble avoir Ă©tĂ© choisi moins pour ses liens avec Moscou que pour la raison opposĂ©e : contrairement Ă  nombre de dirigeants communistes, Kim Il Sung avait passĂ© les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes non pas Ă  Moscou, mais dans un maquis corĂ©en contre les Japonais en Mandchourie, en liaison avec la rĂ©sistance chinoise. Il pouvait ĂȘtre ainsi prĂ©sentĂ© comme un hĂ©ros de la rĂ©sistance nationale contre le Japon, sans qu’il puisse ĂȘtre associĂ©, comme les anciens leaders du PC clandestins, Ă  la mobilisation des masses de l’annĂ©e 1945, Ă  laquelle il n’avait pas participĂ©. A tous Ă©gards, Kim Il Sung Ă©tait le parfait porte-parole d’un gouvernement « national ».

DĂšs qu’il fut formĂ©, le nouveau rĂ©gime mit en oeuvre un programme de deux ans prĂ©voyant la nationalisation des industries auparavant accaparĂ©es par les Japonais et une rĂ©forme agraire radicale entraĂźnant la confiscation sans compensation des grandes exploitations et leur redistribution gratuite aux paysans sans terre. Des lois sur les conditions de travail et un embryon de systĂšme social complĂ©tĂšrent l’ensemble.

Ce n’est qu’aprĂšs le tournant dans les relations amĂ©ricano-soviĂ©tiques et les dĂ©buts de la « guerre froide » que, en septembre 1948, trois semaines aprĂšs la proclamation de la RĂ©publique de CorĂ©e dans le sud du pays, une RĂ©publique dĂ©mocratique populaire de CorĂ©e fut proclamĂ©e dans le nord. Peu aprĂšs, les troupes soviĂ©tiques se retirĂšrent de CorĂ©e, ne laissant que quelques centaines de conseillers militaires.

Avant d’en arriver lĂ , le PC corĂ©en avait fusionnĂ© en aoĂ»t 1946 avec diffĂ©rents groupes radicaux et nationalistes pour crĂ©er le Parti des Travailleurs de CorĂ©e du Nord. Les mouvements qui n’avaient pas rejoint le nouveau parti furent d’abord marginalisĂ©s, puis ceux qui tentĂšrent de maintenir une existence politique firent l’objet de persĂ©cutions.

Le rĂ©gime qui s’installait au Nord Ă©tait indubitablement rĂ©pressif, rĂ©unissant les traits de beaucoup de dictatures militaires du tiers monde Ă  l’époque. Comme dans les dĂ©mocraties populaires mises en place sous la protection de l’ArmĂ©e Rouge en Europe centrale et orientale, la premiĂšre victime du nouveau rĂ©gime fut la classe ouvriĂšre tant politiquement que physiquement, en raison des efforts surhumains exigĂ©s des travailleurs au nom des nĂ©cessitĂ©s de la reconstruction Ă©conomique. Mais en mĂȘme temps, le discours anti-impĂ©rialiste de Pyongyang, ses nationalisations et surtout la rĂ©forme agraire radicale qu’il avait mise en place rendaient le rĂ©gime trĂšs populaire, non seulement au Nord mais Ă©galement au Sud, oĂč montait le ressentiment contre l’oligarchie parasitaire des propriĂ©taires fonciers.

La grÚve générale de 1946 en Corée du sud

La grÚve des cheminots a commencé à Busan le 23 septembre 1946 et a conduit au soulÚvement de Daegu le 1er octobre 1946.

La grĂšve Ă©tait contrĂŽlĂ©e par un Conseil national des travailleurs corĂ©ens. La premiĂšre grĂšve du conseil a commencĂ© le 23 septembre par plus de 7 000 cheminots Ă  Busan . Environ 40 000 cheminots ont rapidement participĂ© Ă  la grĂšve des cheminots, qui s’est rapidement propagĂ©e Ă  travers le pays. Entre 250 000 et 300 000 travailleurs en grĂšve dans tous les secteurs industriels, y compris les mĂ©taux et les produits chimiques. La grĂšve gĂ©nĂ©rale a commencĂ© avec des revendications telles que le rationnement du riz, les augmentations de salaire, l’opposition au licenciement, la libertĂ© du mouvement ouvrier et la libĂ©ration des figures dĂ©mocratiques. Quinze mille Ă©tudiants des Ă©coles et lycĂ©es professionnels de SĂ©oul sont Ă©galement descendues dans la rue le 27 septembre, exigeant l’abolition de l’enseignement colonial. Certaines forces de dĂ©fense sud-corĂ©ennes (maintenant l’ armĂ©e de la RĂ©publique de CorĂ©e ) et les forces de sĂ©curitĂ© maritime (maintenant la marine de la RĂ©publique de CorĂ©e ) se sont jointes Ă  la grĂšve, et Ă  SĂ©oul, des dizaines de membres du Parti communiste amĂ©ricain de l’armĂ©e amĂ©ricaine en CorĂ©e ont appelĂ© au retrait des troupes amĂ©ricaines de Joseon. La sixiĂšme rĂ©union du ComitĂ© central du ComitĂ© populaire provisoire de CorĂ©e du Nord a adoptĂ© une dĂ©claration affirmant la lĂ©gitimitĂ© de la grĂšve et soutenant les grĂ©vistes dans le sud, mais le comitĂ© n’a pas tolĂ©rĂ© la lutte violente.

L’USAMGIK a envoyĂ© plus de 2 000 officiers armĂ©s Ă  Seoul Railroad, le centre de la grĂšve gĂ©nĂ©rale, le 30 septembre. Environ 1 000 manifestants, dont la ConfĂ©dĂ©ration corĂ©enne des syndicats (l’actuelle FĂ©dĂ©ration des syndicats corĂ©ens ), le Bureau du peuple corĂ©en et la presse de l’AssemblĂ©e nationale, ont Ă©galement rejoint la bataille de rue de huit heures menĂ©e par Kim Du-han. Trois personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es et des centaines ont Ă©tĂ© blessĂ©es.

Une manifestation organisĂ©e le 1er octobre par des grĂ©vistes Ă  Daegu a Ă©tĂ© la cible de tirs de la police et un cheminot a Ă©tĂ© tuĂ©. Des milliers de manifestants (y compris des Ă©tudiants) ont transportĂ© son corps dans les rues de la ville le lendemain, malgrĂ© les tentatives de la police pour les arrĂȘter. La grĂšve a ensuite Ă©voluĂ© vers le soulĂšvement d’automne plus large , au cours duquel des dizaines de personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es, des milliers ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es et la loi martiale a Ă©tĂ© imposĂ©e.

SoulĂšvement d’automne de 1946

Le soulĂšvement de Daegu 10.1 de 1946 en CorĂ©e Ă©tait un soulĂšvement paysan dans les provinces du sud de la CorĂ©e contre les politiques du gouvernement militaire de l’armĂ©e amĂ©ricaine en CorĂ©e dirigĂ© par le gĂ©nĂ©ral John R. Hodge et en faveur du rĂ©tablissement du pouvoir aux comitĂ©s populaires qui composaient la RĂ©publique populaire de CorĂ©e . Le soulĂšvement est Ă©galement appelĂ© « rĂ©volte de Daegu » ou de « Mouvement de RĂ©sistance de Daegu ». La Commission vĂ©ritĂ© et rĂ©conciliation de CorĂ©e du Sud choisit le nom neutre de « Incident d’octobre de Daegu », en fait un vĂ©ritable soulĂšvement.

Le soulĂšvement a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ© par la grĂšve gĂ©nĂ©rale corĂ©enne en septembre, Ă  la fin de laquelle plus de 250 000 travailleurs avaient participĂ©. La grĂšve a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e illĂ©gale par le gouvernement militaire amĂ©ricain et les grĂ©vistes ont Ă©tĂ© attaquĂ©s par la police. Le 1er octobre, une manifestation de grĂ©vistes Ă  Daegu a Ă©tĂ© la cible de tirs de la police et un cheminot a Ă©tĂ© tuĂ©. Le lendemain, des milliers de manifestants, dont des Ă©lĂšves d’Ă©coles et d’universitĂ©s, ont transportĂ© son corps dans les rues de la ville, malgrĂ© les tentatives de la police pour les arrĂȘter. La grĂšve a ensuite Ă©voluĂ© vers le soulĂšvement d’automne plus gĂ©nĂ©ral (ou soulĂšvement de Daegu 10.1).

Le soulĂšvement lui-mĂȘme a commencĂ© Ă  Busan et s’est finalement Ă©tendu Ă  SĂ©oul, Daegu, Gyeongsangbuk-do, Gyeongsangnam-do, Chungcheongnam-do et Jeollanam-do et s’est terminĂ© Ă  la mi-novembre. D’autres revendications exprimĂ©es pendant le soulĂšvement concernaient de meilleures conditions de travail, des salaires plus Ă©levĂ©s, le droit de s’organiser et la libĂ©ration des prisonniers politiques.

Selon les conditions, le gouvernement militaire des États-Unis a rĂ©pondu de diffĂ©rentes maniĂšres, notamment en mobilisant des briseurs de grĂšve , la police, des groupes de jeunes de droite, en envoyant des troupes et des chars amĂ©ricains, et en dĂ©clarant la loi martiale , et a rĂ©ussi Ă  rĂ©primer le soulĂšvement. Le soulĂšvement a entraĂźnĂ© la mort de 92 policiers, 163 travailleurs civils, 116 civils et 240 Ă©meutiers. 2 609 personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es par la police et l’armĂ©e. Certains analystes disent que le soulĂšvement, qui Ă©tait en partie une rĂ©action aux Ă©lections d’octobre pour l’AssemblĂ©e lĂ©gislative intĂ©rimaire sud-corĂ©enne, organisĂ©e par le gouvernement militaire des États-Unis, est un meilleur indicateur de l’opinion publique que l’Ă©lection elle-mĂȘme.

La dĂ©faite du soulĂšvement est considĂ©rĂ©e comme un tournant dans l’Ă©tablissement d’un contrĂŽle politique sur la CorĂ©e, car les comitĂ©s populaires et le Conseil national des syndicats corĂ©ens ont Ă©tĂ© affaiblis par la rĂ©pression. Pour les AmĂ©ricains, la rĂ©bellion de la rĂ©colte d’automne a ajoutĂ© une nouvelle urgence Ă  l’effort de trouver une formule pour unifier les deux zones d’occupation de la CorĂ©e sous un gouvernement Ă©lu.

En 2010, la Commission vĂ©ritĂ© et rĂ©conciliation a prĂ©sentĂ© ses conclusions, il y avait 60 victimes aux familles desquelles il a suggĂ©rĂ© que le gouvernement devrait fournir une indemnisation, et il y avait environ 7 500 autres personnes qui ont souffert de l’incident. Certaines victimes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es et torturĂ©es, puis la police et des groupes d’ extrĂȘme droite ont endommagĂ© ou confisquĂ© leurs maisons et leurs biens. Les familles des victimes ont dĂ» endurer la honte d’ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme des criminels.

Le soulĂšvement d’octobre, l’incident du 1er octobre, les Ă©meutes de Yeongnam et les Ă©meutes d’octobre, selon le point de vue historique. D’un point de vue partisan, cela s’appelle le soulĂšvement d’octobre, une critique l’appelle Ă©meutes de Yeongnam et Ă©meutes d’octobre, et d’un point de vue neutre, il s’appelle l’incident du 1er octobre. Du point de vue de l’affirmation de l’agitation et de l’initiative du Parti communiste de CorĂ©e, on l’appelle parfois l’Ă©meute d’Octobre. Dans le passĂ©, les termes de l’Ă©meute d’octobre, de l’Ă©meute de Yeongnam et de l’Ă©meute d’octobre Ă©taient utilisĂ©s de maniĂšre interchangeable, et officiellement, le terme Ă©tait dĂ©signĂ© comme l’incident plus neutre du 1er octobre.

AprĂšs la libĂ©ration , la vie des CorĂ©ens sous l’ USAMGIK du commandement militaire amĂ©ricain en CorĂ©e du Sud Ă©tait affamĂ©e. Parce que la politique de rationnement de riz de l’ USAMGIK a Ă©chouĂ©. La faim Ă  Daegu , oĂč des Ă©pidĂ©mies de cholĂ©ra au cours de cette pĂ©riode, Ă©tait particuliĂšrement sĂ©vĂšre. AprĂšs la survenue de 2 000 patients atteints de cholĂ©ra Ă  Daegu et Gyeongsangbuk-do, le gouvernement a bloquĂ© Daegu sans prendre les mesures appropriĂ©es pour le traitement en disant qu’il prĂ©venait la transmission. En consĂ©quence, les vĂ©hicules et les personnes ne pouvaient pas traverser les limites de la ville et l’approvisionnement en rĂ©coltes et en produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ© a Ă©tĂ© coupĂ©. Surtout, le riz Ă©tait rare.

De plus, la police de l’ancien pro-japonais qui a Ă©tĂ© embauchĂ© comme police nationale a volĂ© des agriculteurs de riz de la mĂȘme maniĂšre que pendant la CorĂ©e sous la domination japonaise . La colĂšre des citoyens contre les policiers pro-japonais a beaucoup augmentĂ©, et la police a ripostĂ© contre eux ici et lĂ . Au milieu de cela, le sentiment public de Daegu et de Gyeongsnabuk-do Ă©tait trĂšs chaotique.

Pendant ce temps, en mai 1946, dans le cas des faux billets de Jung Pan-sa, l’ USAMGIK a annoncĂ© « l’illĂ©galisation des activitĂ©s communistes » et a Ă©mis un mandat d’arrĂȘt massif contre les responsables du parti communiste.

L’agitation des ouvriers n’a pas dĂ©cru avec la rĂ©pression et ils ont organisĂ© une grĂšve massive menĂ©e par les cheminots et les travailleurs des transports en septembre 1946, qui est la grĂšve gĂ©nĂ©rale de septembre.

La grĂšve gĂ©nĂ©rale de septembre s’est Ă©tendue Ă  tout le pays, en commençant par la grĂšve des cheminots dans la rĂ©gion de Busan. De cette façon, le Parti communiste et Jeon-pyeong ont menĂ© une grĂšve gĂ©nĂ©rale en septembre et ont frappĂ© de plein fouet l’ USAMGIK pour de bon. La grĂšve gĂ©nĂ©rale de septembre s’est rapidement Ă©tendue Ă  tout le pays et les travailleurs se sont mis en grĂšve. L’ USAMGIK a mis la police nationale et les groupes de jeunes anticommunistes pour Ă©craser la grĂšve, mais il y avait une situation inattendue ici. Lorsque la police a tirĂ© sur les grĂšves des travailleurs Ă  Daegu, la rĂ©action ouvriĂšre et populaire s’est dĂ©veloppĂ©e en rĂ©ponse.

En avril 1960, le soulĂšvement d’avril 1960 mettait fin au rĂ©gime Syngman Rhee

La RĂ©volution d’Avril 1960 en CorĂ©e du Sud a marquĂ© une Ă©tape dĂ©cisive dans la lutte contre l’autoritarisme. Si la victoire de la dĂ©mocratie n’a alors Ă©tĂ© qu’éphĂ©mĂšre, suite au coup d’Etat militaire du 16 mai 1961, le soulĂšvement du 19 avril 1960 a abattu le rĂ©gime Syngman Rhee et, plus fondamentalement encore, marquĂ© l’irruption des masses dans l’histoire de la CorĂ©e du Sud. La RĂ©volution d’Avril 1960 a aussi consacrĂ© l’alliance des jeunes et des travailleurs.

1959 : l’autocrate Syngman Rhee, au pouvoir depuis 1948 et alors ĂągĂ© de 84 ans, prĂ©pare sa troisiĂšme réélection Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique, tandis que sa formation politique, le Parti libĂ©ral, dĂ©signe Yi Gi-bung comme candidat Ă  la vice-prĂ©sidence.

En dĂ©cembre 1959, Syngman Rhee annonce son intention d’avancer au 15 mars 1960 la date de l’élection prĂ©sidentielle, normalement prĂ©vue en mai 1960, au motif d’éviter la pĂ©riode chargĂ©e des rĂ©coltes... bien que le mois de mai ne corresponde Ă  aucune date de rĂ©colte. Ce choix Ă©tait en fait liĂ© Ă  l’état de santĂ© du candidat du Parti dĂ©mocrate (opposition) Ă  l’élection prĂ©sidentielle : le 15 fĂ©vrier, huit jours aprĂšs le dĂ©pĂŽt des candidatures, Jo Byeong-ok mourait, et les demandes de son parti de prĂ©senter un nouveau candidat Ă  la prĂ©sidence Ă©taient rejetĂ©es. Syngman Rhee devenait ainsi l’unique candidat au poste de prĂ©sident de la RĂ©publique. Le 13 fĂ©vrier, le chef de l’Etat avait dĂ©clarĂ©, sans fondement constitutionnel, que le vice-prĂ©sident devait appartenir au mĂȘme parti que le prĂ©sident. DĂšs lors, l’élection Ă©tait verrouillĂ©e, mĂȘme si le candidat du Parti dĂ©mocrate Ă  la vice-prĂ©sidence (et vice-prĂ©sident sortant, Ă©lu lors du prĂ©cĂ©dent scrutin de 1956), Jang Myeon, devait obtenir Ă  nouveau plus de voix que Yi Gi-bung, choisi par Rhee.

L’étincelle du mouvement rĂ©volutionnaire fut allumĂ©e par les Ă©tudiants de l’universitĂ© de Daegu qui dĂ©cidĂšrent de manifester contre la dĂ©cision de fixer au 28 fĂ©vrier, jour d’un meeting dans leur ville de Jang Myeon, la date des examens de fin de semestre. AprĂšs les Ă©tudiants de Daegu, c’est au tour de ceux de SĂ©oul puis de Daejon de manifester, respectivement le 5 mars et le 8 mars, avant la gĂ©nĂ©ralisation des manifestations Ă©tudiantes, entre le 10 et le 14 mars. Deux revendications sont Ă  l’ordre du jour : aux demandes rĂ©currentes de respecter la libertĂ© des campus s’ajoute le refus de la supercherie Ă©lectorale.

Le 15 mars, les bourrages d’urnes, les votes publics par groupes de trois personnes ou encore les expulsions des superviseurs du Parti dĂ©mocrate donnĂšrent les rĂ©sultats officiels attendus du pouvoir : Syngman Rhee remportait plus de 9,6 millions de voix (88,7 % des suffrages exprimĂ©s) et Yi Gi-bung obtenait un succĂšs Ă©crasant au poste de vice-prĂ©sident (8,3 millions de voix, soit 79 % des suffrages exprimĂ©s, contre 1,8 million de voix et 21 % des suffrages exprimĂ©s pour Jang Myeon).

Face Ă  l’ampleur des fraudes, des manifestations violemment rĂ©primĂ©es eurent lieu le jour mĂȘme du scrutin, en particulier Ă  Masan, prĂšs de Pusan, oĂč le bilan parmi les manifestants entraĂźna 8 morts et 70 blessĂ©s. Comme tout au long du soulĂšvement, le gouvernement Syngman Rhee accusa les communistes d’ĂȘtre derriĂšre les Ă©vĂ©nements. A Masan, le soulĂšvement avait conduit au sac de postes de police, d’un journal pro-gouvernemental et du siĂšge du comitĂ© de campagne du Parti libĂ©ral.

Le 11 avril Ă©tait retrouvĂ© dans la baie de Masan le corps d’un Ă©tudiant de 17 ans portĂ© disparu, Kim Ju-yeol (photo ci-dessus, source : Korea Times). Le mĂȘme jour, Ă  18 heures, une manifestation rĂ©unit 30 000 participants Ă  Masan. Durant la nuit, deux personnes furent abattues par la police. Les Ă©tudiants allaient dĂ©sormais prendre une part essentielle aux manifestations qui devaient causer la chute de Syngman Rhee.

Le 18 avril, les Ă©tudiants de l’UniversitĂ© de Goryo, Ă  SĂ©oul, organisĂšrent un sit-in devant l’AssemblĂ©e nationale. Une attaque orchestrĂ©e par des voyous soutenus par le Parti libĂ©ral causa une dizaine de blessĂ©s. Le lendemain, l’incident faisait la une des journaux. Les mĂ©dias se dĂ©solidarisaient du pouvoir, rendant dĂ©sormais compte en dĂ©tail des manifestations Ă©tudiantes.

La nouvelle manifestation Ă©tudiante, le mardi 19 avril, eut une ampleur inĂ©galĂ©e, rassemblant les Ă©tudiants en lettres, en sciences en droit et en art de l’UniversitĂ© nationale de SĂ©oul, ceux en sciences de l’éducation et en gestion de l’UniversitĂ© de Konkuk, les lycĂ©ens de Dongsung, les Ă©tudiants des UniversitĂ©s de Goryo, Dongguk, Yonsei et Chungang. A 11h50, une partie des Ă©tudiants marcha sur le Capitole, siĂšge du gouvernement, et le palais prĂ©sidentiel, en conspuant le chef de l’Etat. Les forces de police du palais prĂ©sidentiel ouvrirent le feu vers 13h40, entraĂźnant 21 morts. Vers 14h30, les manifestants Ă©taient 200.000 Ă  SĂ©oul, s’opposant aux forces de police. Vingt-six bĂątiments furent dĂ©truits, dont le siĂšge du Seoul Sinmun et la Maison de l’anticommunisme. Le bilan des combats Ă  SĂ©oul s’établissait, au 21 avril, Ă  104 morts (dont 3 policiers).

Le mĂȘme jour, la loi martiale Ă©tait proclamĂ©e Ă  SĂ©oul Ă  14h40 (avec effet rĂ©troactif Ă  13h), puis Ă©tendue aux principales villes de province, oĂč des manifestations de masse avaient entraĂźnĂ© des morts Ă  Gwangju et Pusan. Le bilan total de la rĂ©pression atteignit 186 morts, dont 77 Ă©tudiants, collĂ©giens et lycĂ©ens et 66 paysans.

Sous la direction de Song Yo-chan, les troupes de la loi martiale engagĂšrent des pourparlers avec les manifestants, conduisant Ă  la libĂ©ration des Ă©tudiants emprisonnĂ©s. La tournure des Ă©vĂšnements surprit Syngman Rhee et ses ministres, d’autant plus - fait unique dans l’histoire de la CorĂ©e du Sud - qu’ils avaient perdu le soutien du gouvernement amĂ©ricain. Initialement, les Etats-Unis n’avaient pas critiquĂ© les fraudes de l’élection du 15 mars, confirmant mĂȘme une visite officielle du prĂ©sident Dwight D. Eisenhower. Mais au lendemain du soulĂšvement du 19 avril, le ministĂšre amĂ©ricain des Affaires Ă©trangĂšres fit une dĂ©claration, le 20 avril, demandant une dĂ©mocratisation de la CorĂ©e du Sud. Le 21 avril, le gouvernement et les dirigeants du Parti libĂ©ral remirent collectivement leur dĂ©mission. Mais Syngman Rhee restait en place, dĂ©clarant se tenir Ă  l’écart des partis, en Ă©vitant d’aborder les questions de la fraude Ă©lectorale et de la rĂ©pression.

Le 25 avril, 300 professeurs se rĂ©unirent Ă  l’UniversitĂ© nationale de SĂ©oul et dĂ©clarĂšrent que les manifestations traduisaient l’esprit de la nation. Ils demandĂšrent la dĂ©mission du prĂ©sident, des dĂ©putĂ©s et des juges de la Cour suprĂȘme. Prenant la tĂȘte d’une manifestation appelant Ă  venger les Ă©tudiants morts, ils furent rejoints par plus de 40.000 manifestants, alors que les troupes de la loi martiale attendaient des instructions. Syngman Rhee procĂ©dait Ă  la nomination du Premier ministre par intĂ©rim Heo Jeong comme ministre des Affaires Ă©trangĂšres, appelĂ© Ă  exercer les fonctions de chef de l’Etat s’il dĂ©missionnait.

Les manifestations du 26 avril commencĂšrent dĂšs 5 heures du matin, Ă  la fin du couvre-feu. Les manifestants montĂšrent sur les chars des troupes de la loi martiale, tandis que la statue de bronze de Syngman Rhee au milieu du parc de la Pagode Ă©tait renversĂ©e. Syngman Rhee n’avait plus d’autre choix que de remettre sa dĂ©mission, annoncĂ©e Ă  10h20 par le Quartier gĂ©nĂ©ral de la loi martiale. Le 28 avril, Yi Gi-bung, sa femme, son fils aĂźnĂ© - Ă©galement fils adoptif de Syngmann Rhee - et son fils cadet se suicidĂšrent dans le palais prĂ©sidentiel. Le 29 mai, Syngman Rhee partait en exil Ă  HawaĂŻ, oĂč il mourrait en 1965.

La rĂ©volution d’avril 1960 avait eu raison de douze ans de rĂ©gime autoritaire. Il restait aux vainqueurs du jour Ă  s’organiser, divisĂ©s entre l’ancienne opposition de droite et la gauche dĂ©capitĂ©e aprĂšs l’exĂ©cution de Cho Bong-am, moins d’un an plus tĂŽt. Si dans ce contexte de dissensions le coup d’Etat militaire de mai 1961 devait bientĂŽt mettre fin Ă  la premiĂšre pĂ©riode de dĂ©mocratie en CorĂ©e du Sud, celle-ci n’en allait pas moins façonner l’histoire de la CorĂ©e contemporaine.

Sources :

– Seo Joong-seok, La CorĂ©e du Sud : 60 ans d’histoire contemporaine. Origines et Ă©tapes du mouvement dĂ©mocratique, Fondation corĂ©enne pour la dĂ©mocratie, SĂ©oul, 2007, pp. 85-108.

– Kang Man-gil, A History of contemporary Korea, Global oriental, 2005 pour la version anglaise, pp. 238-240.

Le mouvement populaire contre la misĂšre, la dictature et la division du pays

De la dictature de Park Chung Hee Ă  celle de Chun Doo Hwan

Tout au long de la dictature de Park, malgrĂ© la rĂ©pression, de grands mouvements de protestation Ă©clatent chroniquement dans lesquels les Ă©tudiants jouent un rĂŽle de premier plan. C’est notamment le cas des grandes manifestations en 1965 contre la signature du traitĂ© entre le Japon et la CorĂ©e et en 1972 contre la proclamation de la loi martiale et la nouvelle Constitution qui octroie au dictateur de rester en poste jusqu’à sa mort. Des manifestations Ă©tudiantes durement rĂ©primĂ©es dans la ville de Pusan, en octobre 1979, dĂ©clenchent une crise de rĂ©gime qui se solde par l’assassinat de Park Chung Hee, le 26 octobre. Park tombe sous les balles de son collaborateur le plus proche, Kim Jae Kyu, alors directeur de la KCIA (Agence centrale de renseignement sud-corĂ©enne). Une grande manifestation Ă©tudiante dans la citĂ© industrielle de Pusan, le 16 octobre, a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© en affrontement avec la police le lendemain. Le gouvernement Park a aussitĂŽt proclamĂ© l’état d’urgence dans cette ville, envoyant une division d’infanterie. MalgrĂ© cette mesure, les manifestations s’étendent Ă  d’autres villes comme Masan, une autre ville industrielle, oĂč se trouvent de nombreuses entreprises exportatrices. De nombreux ouvriers se sont engagĂ©s dans des actions de rue. Park dĂ©clare aussi l’état de siĂšge Ă  Masan. Pendant les quatre jours d’affrontement, ce sont 4 207 personnes qui sont arrĂȘtĂ©es. Les manifestations Ă©tudiantes s’étendent Ă  la capitale, SĂ©oul |25|. Le chef de la KCIA juge qu’en se dĂ©barrassant de Park, il est possible de sauver la situation. Au lendemain de la mort du gĂ©nĂ©ral Park, l’armĂ©e est divisĂ©e : un secteur laisse miroiter la perspective d’une certaine « libĂ©ralisation » du rĂ©gime. Les mobilisations se poursuivent. DĂ©but dĂ©cembre 1979, la plupart des dĂ©tenus politiques (dont certains purgeaient de trĂšs longues peines de prison) sont libĂ©rĂ©s. Le 12 dĂ©cembre, coup de théùtre, le major-gĂ©nĂ©ral Chun Doo Hwan rĂ©ussit un putsch au sein de l’armĂ©e, il fait arrĂȘter son principal rival le gĂ©nĂ©ral Ching et prend le contrĂŽle total de l’armĂ©e. Les mobilisations se poursuivent. Le 14 avril 1980, Chun Doo Hwan qui conserve ses fonctions de chef de l’armĂ©e est nommĂ© directeur de la KCIA par le chef de l’Etat. Les mobilisations se poursuivent. Le retour Ă  la dictature militaire ouverte a lieu le 18 mai 1980. Une rĂ©pression brutale est dĂ©clenchĂ©e : tous les dirigeants de l’opposition sont arrĂȘtĂ©s. Cela provoque de grandes explosions sociales dont l’insurrection urbaine de Kwangju est le point culminant.

ImmĂ©diatement aprĂšs la proclamation d’une nouvelle loi martiale, le 18 mai 1980, plusieurs milliers d’étudiants de l’universitĂ© de Chonam Ă  Kwangju descendent dans la rue. Des rĂ©giments de parachutistes sont envoyĂ©s et assassinent des manifestants, dont des jeunes filles, Ă  la baĂŻonnette (voir encadrĂ© en bas d’article). Le lendemain, plus de 50 000 personnes commencent Ă  affronter les soldats. Au cours des combats, plus de 260 d’entre elles sont tuĂ©es. AprĂšs quatre jours de lutte acharnĂ©e, le nombre des insurgĂ©s atteint 200 000 dans une ville dont la population est d’environ 750 000. Ils prennent finalement le contrĂŽle de la ville toute entiĂšre. Les stations de radio sont incendiĂ©es par les manifestants rendus furieux par le fait qu’aucune information n’a Ă©tĂ© donnĂ©e sur leur lutte en raison de la censure imposĂ©e par la loi martiale. Les insurgĂ©s se saisissent des armes abandonnĂ©es par les troupes repliĂ©es Ă  l’extĂ©rieur et s’organisent en comitĂ©s de contrĂŽle et d’administration de la ville. Le 23 mai, c’est la province de Cholla au sud de la CorĂ©e qui est toute entiĂšre aux mains des Ă©tudiants et de la population insurgĂ©e. Les Ă©tudiants de Kwangju s’emparent de bus et de camions et, les armes Ă  la main, se rendent d’une ville Ă  l’autre permettant ainsi l’extension du mouvement. Alors que de nouvelles troupes gouvernementales approchent de Kwangju, les insurgĂ©s constituent un comitĂ© de crise afin de nĂ©gocier avec les autoritĂ©s chargĂ©es d’imposer la loi martiale. Ils exigent de ces autoritĂ©s qu’elles prĂ©sentent des excuses au peuple de Kwangju pour les atrocitĂ©s commises, qu’elles versent des indemnitĂ©s pour les blessĂ©s et les morts, qu’elles n’exercent pas de reprĂ©sailles aprĂšs les Ă©vĂ©nements, que les chefs militaires ne dĂ©placent pas les troupes avant qu’un rĂšglement n’intervienne. MalgrĂ© ces nĂ©gociations, les troupes, environ 17 000 hommes, prennent d’assaut la ville Ă  l’aube du 27 mai et l’occupent. Le nombre des morts du cĂŽtĂ© des Ă©tudiants et des habitants de la ville dĂ©passe plusieurs centaines |26|. La rĂ©pression s’est faite avec la bĂ©nĂ©diction de l’armĂ©e amĂ©ricaine et de Washington |27|. Dans les mois qui suivent, la rĂ©pression touche tout le pays. Selon un rapport officiel datĂ© du 9 fĂ©vrier 1981, plus de 57 000 personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es Ă  l’occasion de la ‘Campagne de purification sociale’ engagĂ©e depuis l’étĂ© 1980. PrĂšs de 39 000 d’entre elles ont Ă©tĂ© envoyĂ©es dans des camps militaires pour une ‘rééducation physique et psychologique’ |28|. En fĂ©vrier 1981, le dictateur Chun Doo Hwan est reçu Ă  la Maison Blanche par le nouveau prĂ©sident des Ėtats-Unis, Ronald Reagan |29|.

TreiziĂšme constat : Un puissant mouvement social anti-dictatorial avec Ă  sa tĂȘte les Ă©tudiants affronte la dictature. AprĂšs l’assassinat de Park (octobre 1979) et un court intermĂšde dĂ©mocratique, une nouvelle dictature fĂ©roce s’installe en dĂ©clenchant une rĂ©pression sanglante en mai 1980 soutenue par Washington et par Tokyo.

La politique économique du dictateur Chun Doo Hwan (1980-1987)

AprĂšs l’assassinat du dictateur Park Chung Hee en 1979 et la mise en place de la dictature du gĂ©nĂ©ral Chun Doo Hwan, l’orientation Ă©conomique ne change pas fondamentalement. La CorĂ©e qui s’est endettĂ©e fortement au cours des annĂ©es 1970 auprĂšs des banques Ă©trangĂšres, principalement japonaises, subit plus durement que les autres PED le choc de la hausse brutale des taux d’intĂ©rĂȘt car elle a largement empruntĂ© Ă  taux variables. En 1983, la CorĂ©e du Sud est quatriĂšme sur la liste des pays les plus endettĂ©s en chiffres absolus (43 milliards de dollars), elle n’est prĂ©cĂ©dĂ©e que par le BrĂ©sil (98 milliards), le Mexique (93 milliards) et l’Argentine (45 milliards). Mais, encore une fois, sa position gĂ©ostratĂ©gique lui donne droit Ă  un traitement diffĂ©rent de celui des autres pays en dĂ©veloppement. Le Japon vient Ă  la rescousse en versant Ă  la CorĂ©e 3 milliards de dollars (au titre des rĂ©parations de guerre) que celle-ci utilise pour maintenir le remboursement de la dette Ă  l’égard des banquiers japonais. Cela lui Ă©vite de devoir faire appel au FMI et de se plier Ă  ses conditions draconiennes |30|. De son cĂŽtĂ©, le gouvernement japonais Ă©vite ainsi la faillite de certaines de ses banques et obtient de la CorĂ©e du Sud de plus grandes facilitĂ©s d’investissement. QuatorziĂšme constat : Contrairement Ă  la version de la Banque mondiale, le recours massif Ă  l’endettement externe auprĂšs des banques privĂ©es a failli coĂ»ter trĂšs cher Ă  la CorĂ©e du Sud. Si celle-ci n’avait pas occupĂ© une place gĂ©ostratĂ©gique de toute premiĂšre importance aux yeux des Etats-Unis et du Japon, elle aurait pu connaĂźtre le sort de pays comme l’Argentine, le BrĂ©sil et le Mexique qui ont dĂ» se soumettre aux conditions du FMI. Comme on le verra dans la suite, elle a pu continuer Ă  suivre une voie partiellement indĂ©pendante de dĂ©veloppement jusqu’aux annĂ©es 1990.

La CorĂ©e est aussi affectĂ©e par le second choc pĂ©trolier de 1979 (hausse du prix du pĂ©trole provoquĂ©e par la rĂ©volution iranienne et le renversement du Shah) mais encaisse le coup. Le contrĂŽle autoritaire sur l’économie est maintenu : le gouvernement impose aux industries de fabriquer tel produit plutĂŽt que tel autre. Il dĂ©cide de restructurer l’industrie de production de vĂ©hicules de transport et charge deux chaebols de produire des automobiles. La Banque mondiale s’oppose Ă  cette orientation et recommande au contraire Ă  la CorĂ©e d’abandonner la production de vĂ©hicules finis en se concentrant sur la production de piĂšces dĂ©tachĂ©es destinĂ©es Ă  l’exportation. La Banque explique que les voitures corĂ©ennes ne se vendront pas. Les autoritĂ©s corĂ©ennes tiennent tĂȘte. RĂ©sultat : au milieu des annĂ©es 1980, la firme corĂ©enne Hyundai (contrĂŽlĂ©e Ă  100% par du capital privĂ© corĂ©en soutenu par les pouvoirs publics) rĂ©ussit Ă  exporter ses voitures aux États-Unis et Ă  y conquĂ©rir de substantielles parts de marchĂ© !

A l’époque, la Banque a dĂ©finitivement tournĂ© la page des concessions Ă  l’égard du modĂšle d’industrialisation par substitution d’importation. En 1981, sous l’administration Reagan, les derniers Ă©conomistes favorables Ă  une intervention de l’État sont remplacĂ©s par des nĂ©olibĂ©raux purs et durs avec Anne Krueger comme Ă©conomiste en chef. Celle-ci a Ă©crit quelques annĂ©es auparavant un livre sur la CorĂ©e pour dĂ©montrer la supĂ©rioritĂ© de la substitution d’exportation sur la substitution d’importation |31|. La volontĂ© de SĂ©oul de produire des automobiles pour l’exportation s’inscrit dans une dĂ©marche agressive de substitutions d’exportation et, en principe, elle devrait ĂȘtre fermement soutenue par la Banque. Ce n’est pas le cas car la dĂ©cision de SĂ©oul menace l’industrie automobile des Ėtats-Unis. La limite de la grande flexibilitĂ© des Ă©conomistes de la Banque est vite atteinte lorsque les intĂ©rĂȘts des Ėtats-Unis sont en jeu. QuinziĂšme constat : Le rĂ©gime de Chun Doo Hwan refuse une nouvelle fois de suivre les recommandations de la Banque mondiale et gagne son pari contre elle. La Banque maintient cependant son soutien Ă  la dictature car elle veut Ă  tout prix tenter de l’influencer. De leur cĂŽtĂ©, les Ėtats-Unis commencent Ă  se mĂ©fier de l’appĂ©tit des entreprises sud-corĂ©ennes.

Vers la fin de la dictature de Chun Doo Hwan (1980-1987)

En 1979-1980, dans de nombreuses entreprises, des ouvriers cherchent Ă  se doter de syndicats. L’enjeu est la formation de nouveaux syndicats « indĂ©pendants », dĂ©fiant ouvertement la politique de collaboration de la direction de la FKTU, tout en Ă©tant obligĂ©s de s’y affilier conformĂ©ment Ă  la loi. Suite Ă  la rĂ©pression dĂ©clenchĂ©e par Chun Doo Hwan, une centaine de sections locales de la FKTU sont dissoutes, 191 permanents sont licenciĂ©s et certains sont envoyĂ©s dans des camps. Dans ce mouvement de crĂ©ation des syndicats indĂ©pendants, le rĂŽle moteur a Ă©tĂ© jouĂ© par des jeunes, ouvriers ou Ă©tudiants contestataires, qui ont choisi de s’établir en usine pour poursuivre la lutte politique entamĂ©e Ă  l’universitĂ©. Le mouvement Ă©tudiant a commencĂ© Ă  relever la tĂȘte en 1983-1984 et connaĂźt un processus non seulement de radicalisation mais aussi de politisation en profondeur. De dĂ©but 1986 Ă  mai 1986, 166 000 Ă©tudiants ont participĂ© Ă  des manifestations |32|. L’importance du mouvement dans les universitĂ©s |33| est reflĂ©tĂ©e par le fait que ce sont les Ă©tudiants qui constituent la grande majoritĂ© des prisonniers politiques (800 Ă©tudiants sur 1 300 dĂ©tenus politiques). Dans les usines, les ouvriers reprennent le combat Ă  partir de 1985. Pour la premiĂšre fois, une grĂšve importante Ă©clate dans un chaebol, l’entreprise Daewoo Motors. Elle est couronnĂ©e de succĂšs et un nouveau syndicat indĂ©pendant est créé. Le 12 fĂ©vrier 1986, une campagne de pĂ©tition est lancĂ©e Ă  SĂ©oul par le Nouveau Parti dĂ©mocratique de CorĂ©e (NKDP) pour changer la Constitution (l’objectif est de permettre l’élection par suffrage direct du prĂ©sident et non par un collĂšge Ă©lectoral). Dans les mois suivants, une sĂ©rie de rassemblements mobilisent des dizaines de milliers de personnes dans les grandes villes du pays. Les Ă©tudiants participent de maniĂšre autonome au mouvement dĂ©mocratique en mettant en avant des mots d’ordre radicaux tels que ‘A bas la dictature militaire’, ‘Contre la prĂ©sence dans le pays des 40.000 soldats US’ et pour une ‘Constitution populaire’. Le 29 novembre 1986, le rĂ©gime fait investir la ville de SĂ©oul par 50 000 policiers afin d’empĂȘcher la tenue d’un rassemblement du NKDP. Le rĂ©gime applique la force de l’État contre l’opposition mais cette politique Ă©choue car une lame de fond traverse toutes les couches de la sociĂ©tĂ© pour les revendications dĂ©mocratiques. Les nĂ©gociations entre dictature et opposition sur les procĂ©dures Ă©lectorales n’aboutissent pas. Le gouvernement est affaibli par les suites politiques de l’assassinat d’un Ă©tudiant dans un commissariat. Dans cette situation, toutes les forces d’opposition, dont la nouvelle coalition issue d’une scission du NKDP, appellent Ă  une manifestation le 10 juin 1987. La veille, la police a interpellĂ© 3 000 personnes, mis en rĂ©sidence surveillĂ©e 140 dirigeants de l’opposition, dĂ©ployĂ© des dizaines de milliers de policiers. Rien n’y fait : le 10 juin et les jours suivants, la protestation s’étend Ă  tout le pays, des affrontements massifs atteignent un tel niveau que le rĂ©gime commence Ă  reculer : les Ă©lections prĂ©sidentielles directes sont acquises |34|. Cette fois-ci, Washington a fini par mettre la pression sur la dictature pour qu’elle lĂąche du lest.

Du cĂŽtĂ© des usines, le mouvement ne se limite pas Ă  la perspective des urnes. Les travailleurs sud-corĂ©ens s’engouffrent dans la brĂšche ouverte par la victoire du mouvement de masse de juin 1987 dont le fer de lance fut constituĂ© par les Ă©tudiants. L’étĂ© 1987 voit la CorĂ©e du Sud secouĂ©e par une vague de grĂšves sans prĂ©cĂ©dent. Entre le 17 juillet et le 25 aoĂ»t, on dĂ©nombre 1 064 conflits du travail |35| alors que la moyenne annuelle des dix annĂ©es prĂ©cĂ©dentes s’établit Ă  200 conflits |36|. Tous les secteurs de l’économie sont touchĂ©s, y compris les chaebols (24 000 ouvriers des chantiers navals de Hyundai, 15 000 mineurs de charbon, etc.). Les luttes sont marquĂ©es par une forte combativitĂ© : occupation des entreprises et mĂȘme des locaux de direction, blocage des voies ferrĂ©es et occupation des gares, refus de la tactique du lock-out patronal... Les conflits aboutissent Ă  des augmentations de salaire significatives et la reconnaissance de syndicats indĂ©pendants et dĂ©mocratiques. En 1988, on compte dĂ©jĂ  2 799 syndicats dĂ©mocratiques. En 1989, on dĂ©passe les 7 000. En janvier 1990 est fondĂ© le CongrĂšs des syndicats corĂ©ens, qui devient quelques annĂ©es plus tard la ConfĂ©dĂ©ration des syndicats corĂ©ens (KCTU). Pourtant, jusque dans les annĂ©es 2000, la crĂ©ation d’une confĂ©dĂ©ration syndicale est un acte illĂ©gal.

SoulÚvement de Gwangju et réfugiés en Corée du sud

Le 18 mai 1980, un jour aprĂšs l’application de l’état de siĂšge dans la province de Gwangju, des Ă©tudiants manifestent dans le centre-ville de Gwangju (sud-ouest du pays) pour la dĂ©fense de la dĂ©mocratie aprĂšs l’arrivĂ©e au pouvoir du dictateur Chun Doo-hwan lors d’un coup d’état en 1979... Ce soulĂšvement de Gwangju sera sĂ©vĂšrement rĂ©primĂ© par l’armĂ©e qui reprendra le contrĂŽle de la ville le 27 mai 1980. Le bilan officiel de ce massacre est incertain, entre 170 et 2000 morts suivant les sources...

La ville de Gwangju a été depuis surnommée "le mémorial de la démocratie coréenne" et un cimetiÚre national y a été inauguré en 2002 pour rendre hommage aux victimes de cette tuerie. La poste coréenne a émis, le 18 mai 2010, une carte illustrée pré-affranchie (220 won) pour commémorer le 30Úme anniversaire de ce soulÚvement étudiant.

Le 4 dĂ©cembre 2000, l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations Unies adoptait une rĂ©solution instituant une JournĂ©e mondiale des rĂ©fugiĂ©s, cĂ©lĂ©brĂ©e depuis chaque annĂ©e le 20 juin.

Cette journĂ©e internationale a pour but de sensibiliser le plus grand nombre Ă  la cause des populations rĂ©fugiĂ©es Ă  travers le monde (estimĂ©e Ă  34 millions de personnes) qui ont fui leur pays aprĂšs des conflits ou des persĂ©cutions religieuses, ethniques, sociales, politiques... Les femmes et les enfants faisant partie de ces populations dĂ©placĂ©es sont les plus vulnĂ©rables (privations, faim, viols, crimes...). Pour commĂ©morer le 10Ăšme anniversaire de l’institution de cette JournĂ©e mondiale des rĂ©fugiĂ©s, la poste corĂ©enne a Ă©mis, le 18 juin 2010, le timbre sur le FDC ci-dessus (merci beaucoup Kim !), disponible en feuille de 12 timbres avec des marges illustrĂ©es. Sur ce timbre, des enfants et des femmes forment un toit avec leurs bras, rappelant l’emblĂšme du HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les RĂ©fugiĂ©s).

la classe ouvriĂšre sud-corĂ©enne a dĂ©truit, grĂące Ă  des grĂšves de masse remarquables au cours des annĂ©es 1987-1990, les bases d’une dictature militaire qui sĂ©vissait depuis des dĂ©cennies. Pendant une brĂšve pĂ©riode (1990-1994), les grĂšves ont abouti Ă  la crĂ©ation de syndicats dĂ©mocratiques radicaux et donc Ă  des augmentations de salaires Ă©levĂ©es et gĂ©nĂ©rales. Mais, comme dans les autres cas citĂ©s ci-dessus, la classe ouvriĂšre a Ă©tĂ© relĂ©guĂ©e au rĂŽle de bĂ©lier facilitant un changement politique « dĂ©mocratique » qui a rapidement chantĂ© l’hymne de la mondialisation et du nĂ©olibĂ©ralisme en faveur de l’économie de marchĂ©. En fait, avant la vague de grĂšves mais surtout aprĂšs, le capital sud-corĂ©en investissait dĂ©jĂ  Ă  l’étranger et cherchait Ă  imposer une politique d’austĂ©ritĂ© nĂ©olibĂ©rale Ă  l’intĂ©rieur du pays. En 1997-98, la crise financiĂšre asiatique força la CorĂ©e du Sud Ă  passer sous la tutelle du FMI, ce qui accĂ©lĂ©ra considĂ©rablement la prĂ©carisation de la classe ouvriĂšre corĂ©enne, prĂ©carisation qui avait Ă©tĂ© la principale riposte capitaliste aux avancĂ©es de la fin des annĂ©es 80. Aujourd’hui, au moins 60% de la main-d’Ɠuvre vivent dans la prĂ©caritĂ© la plus brutale. Soumis aux licenciements instantanĂ©s, les travailleurs prĂ©caires touchent des salaires et des avantages sociaux qui sont au moins infĂ©rieurs de moitiĂ© au statut des 10% constituĂ©s par les travailleurs fixes. Les vestiges bureaucratiques des syndicats dĂ©mocratiques radicaux du dĂ©but des annĂ©es 90 ne sont plus aujourd’hui que des organisations corporatistes reprĂ©sentant cette Ă©lite de la classe ouvriĂšre, et autant de luttes ont Ă©clatĂ© entre les travailleurs fixes et les travailleurs prĂ©carisĂ©s qu’entre l’ensemble des ouvriers et le capital lui-mĂȘme.

Chronologie de la révolte débutée à Gwangju

18 mai au 21 mai 1980

Le matin du 18 mai, les Ă©tudiants ont protestĂ© la porte de UniversitĂ© de national de Chonnam contre sa fermeture, pierres de lancement Ă  parachutistes qui bloquaient la porte. Les parachutistes, qualifiĂ©s dans la guerre peu usuelle et la commande non civile d’émeute, ont rĂ©pondu en battant les protestataires avec des baĂŻonnettes et des bĂątons. AprĂšs l’incident, des Ă©tudiants entrĂ©s dans le centre-ville et continuĂ©s abolition pour protester, de la demande de loi martiale et le dĂ©gagement de Kim Dae-jung. Parachutistes bientĂŽt suivis et de nouveau opposĂ©s avec des dĂ©monstrateurs.

La suppression a Ă©tĂ© marquĂ©e par violence. Les tĂ©moins disent que les soldats ont matraquĂ© des dĂ©monstrateurs et des spectateurs. La premiĂšre fatalitĂ© connue Ă©tait un homme sourd de 29 ans appelĂ© Kim Gyeong-cheol, qui n’a jamais participĂ© Ă  la protestation mais Ă©tait a matraquĂ© Ă  la mort le 18 mai tout en passant par la scĂšne. Quelques tĂ©moignages et photographies suggĂšrent mĂȘme l’utilisation des baĂŻonnettes. Pendant que des citoyens Ă©taient fĂąchĂ©s par la violence, le nombre de protestataires a rapidement augmentĂ© et a excĂ©dĂ© 100.000 pour le 20 mai.

Il Ă©tait inĂ©vitable que les accidents se produiraient dans les militaires et la police pendant le conflit avec les dĂ©monstrateurs civils. Pendant que le conflit escaladait, l’armĂ©e a soudainement commencĂ© Ă  employer le tir, tuant des nombres inconnus de citoyens immĂ©diatement prĂšs de la station de Gwangju le 20 mai. Que le mĂȘme jour, les protestataires irritĂ©s ont brĂ»lĂ© en bas des gens du pays MBC postez qui a dĂ©noncĂ© des civils de Gwangju comme rioters aussi bien que des faits fabriquĂ©s sur la situation dans Gwangju Ă  ce moment. Quatre policiers ont Ă©tĂ© tuĂ©s Ă  une barricade de police prĂšs du bĂątiment provincial de gouvernement aprĂšs qu’une voiture enfoncĂ©e dans eux[1].

La nuit du 20 mai, les centaines de taxis ont menĂ© un grand dĂ©filĂ© des autobus, des grands camions et des voitures vers l’Office provincial pour rencontrer la protestation. Pendant que les conducteurs conduisaient dans la dĂ©monstration, les troupes ont employĂ© le gaz lacrymogĂšne, tirĂ© leur hors des voitures et les ont battues. Ces « conducteurs de dĂ©mocratie » ont montrĂ© jusqu’à l’appui les citoyens et la dĂ©monstration en raison de la brutalitĂ© de troupe Ă©tĂ©e tĂ©moin de bonne heure, comme hors de la colĂšre aprĂšs que beaucoup de conducteurs de taxi aient Ă©tĂ© assaillis quand essayant d’aider blessĂ© et tout en portant des personnes Ă  l’hĂŽpital. Certains ont Ă©tĂ© mĂȘme tirĂ©s aprĂšs les conducteurs essayĂ©s pour utiliser les vĂ©hicules pour bloquer des soldats ou comme armes. [2]

La violence a culminĂ© le 21 mai. À environ 1 P.M., l’armĂ©e mise le feu Ă  une foule de protestation a recueilli devant l’Office provincial de Jeonnam, causant beaucoup d’accidents. Les citoyens ont commencĂ© Ă  s’armer avec fusil M1 et carabines pris des arsenaux et des commissariats de police dans les villes voisines pour leur propre dĂ©fense. Plus tard cet aprĂšs-midi, combats d’armes Ă  feu sanglants entre les milices civiles et l’armĂ©e a Ă©clatĂ© dans la place provinciale d’Office. Par 5:30 P.M., les milices avaient acquis deux mitrailleuses lĂ©gĂšres et les avaient employĂ©es contre l’armĂ©e, qui a commencĂ© Ă  retraiter du centre-ville.

22 mai au 25 mai

En ce moment, toutes les troupes ont retraitĂ© aux secteurs suburbains, attendant des renforts. Pendant cette pĂ©riode l’armĂ©e a bloquĂ© tous les itinĂ©raires et communications menant dans et hors de la ville. Quoiqu’il ait y eu une accalmie dans le combat entre les milices et l’armĂ©e, plus d’accidents ont Ă©tĂ© encourus quand des soldats mis le feu Ă  un autobus de dĂ©passement dans le Jiwon-coup, tuant 17 des 18 passagers le 23 mai. Les soldats suivants de jour mis le feu aux garçons nageant dans le rĂ©servoir de Wonje et tuĂ© d’entre eux. Plus tard ce jour l’armĂ©e a souffert ses accidents plus lourds, quand des troupes de maniĂšre erronĂ©e mises le feu Ă  l’un l’autre dans le Songam-coup.

En attendant, dans la ville « libĂ©rĂ©e » de Gwangju, le ComitĂ© du rĂšglement des citoyens et le ComitĂ© du rĂšglement des Ă©tudiants ont Ă©tĂ© formĂ©s. L’ancien s’est composĂ© d’environ 20 prĂ©dicateurs, avocats et professeurs. Ils Ă©taient en pourparlers avec l’armĂ©e exigeant le dĂ©gagement des citoyens arrĂȘtĂ©s, la compensation pour des victimes et la prohibition de la revanche en Ă©change du dĂ©sarmement des milices. Le dernier a Ă©tĂ© constituĂ© par des Ă©tudiants d’universitĂ©, et a pris la charge des enterrements, des campagnes publiques, de la commande de trafic, du retrait des armes, et de l’aide mĂ©dicale. L’ordre de la ville a Ă©tĂ© bien maintenu, mais les nĂ©gociations sont venues Ă  une impasse pendant que l’armĂ©e invitait les milices Ă  se dĂ©sarmer immĂ©diatement. Cette question a causĂ© la division chez les comitĂ©s de rĂšglement ; les colombes ont voulu la reddition immĂ©diate, alors que les faucons rĂ©clamaient la rĂ©sistance continue jusqu’à ce que leurs demandes aient Ă©tĂ© met. AprĂšs discussions houleuses, par la suite les faucons ont pris la commande.

Comme les nouvelles de la diffusion de massacre de Gwangju, d’autres protestations contre le gouvernement ont Ă©clatĂ© dans des rĂ©gions voisines comprenant Hwasun, Naju, Haenam, Mokpo, Yeongam, Gangjin, et Muan. Tandis que les protestations finissaient paisiblement dans la plupart des rĂ©gions, dans Haenam il y avait des combats d’armes Ă  feu entre les protestataires et les troupes armĂ©s. Pour le 24 mai, la plupart de ces protestations Ă©taient mortes vers le bas, exceptĂ© Mokpo oĂč les protestations ont continuĂ© jusqu’au 28 mai.

26 mai

Pour le 26 mai, l’armĂ©e Ă©tait prĂȘte Ă  rĂ©introduire la ville. Les membres du ComitĂ© du rĂšglement des citoyens ont sans succĂšs essayĂ© de bloquer l’avance de l’armĂ©e par le mensonge vers le bas sur la rue. Comme les nouvelles de la diffusion imminente d’attaque, les milices civiles ont recueilli dans l’Office provincial, se prĂ©parant au dernier stand.

27 mai

Chez 4:00 heure du matin, troupes de cinq divisions entrées dans le centre-ville et défaites les milices civiles en seulement 90 minutes.

Il n’y a aucun pĂ©age exact de la mort du soulĂšvement 1980 de Gwangju. Les figures « officielles » ont libĂ©rĂ© par la commande martiale de loi ont mis le pĂ©age de la mort Ă  144 civils, Ă  22 troupes et Ă  4 polices tuĂ©s, avec 127 civils, 109 troupes et 144 polices enroulĂ©es. Les individus qui ont essayĂ© de contester ces figures Ă©taient responsables de l’arrestation pour « des rumeurs fausses de propagation ».[3]

Selon le 18 mai l’association privĂ©e de famille, au moins 165 personnes est morte entre les 18 et 27 mai. Encore 65 manquent toujours et prĂ©sumĂ© complĂštement. 23 soldats et 4 policiers ont Ă©tĂ© tuĂ©s pendant le soulĂšvement, y compris 13 soldats tuĂ©s dans l’incident du l’amical-feu entre les troupes dans le Songam-coup. Les figures pour des accidents de police sont susceptibles d’ĂȘtre plus hautes, en raison des rapports de plusieurs policiers eux-mĂȘmes tuĂ© par des soldats pour libĂ©rer des rioters capturĂ©s.[4]

Selon le film de 2007 CorĂ©ens 18 mai (Hyuga de Hwaryeohan), dirigĂ© par le Ji-hun de Kim, « l’incident a eu comme consĂ©quence les 207 dĂ©cĂšs, 2.392 enroulĂ©, et 987 personnes absentes, mais le nombre exact d’accidents a Ă©tĂ© sujet au conflit considĂ©rable. Des membres du gouvernement militaire ont Ă©tĂ© accusĂ©s avec la rĂ©bellion mais le coupable de commander le feu ouvert contre les citoyens a pour ĂȘtre identifiĂ© encore ".

Le gouvernement a dĂ©noncĂ© le soulĂšvement comme rĂ©bellion incitĂ©e par Kim Dae-jung et ses disciples. Dans des Ă©preuves suivantes, Kim a Ă©tĂ© condamnĂ© et condamnĂ© Ă  la mort, bien que sa punition plus tard ait Ă©tĂ© rĂ©duite en rĂ©ponse aux outcries internationaux. Des 1394 personnes globales ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es pour une certaine participation dans l’incident de Gwangju et 427 ont Ă©tĂ© accusĂ©s. Parmi eux, 7 phrases de mort et 12 reçus ont reçu des phrases de la vie.

Le mouvement de Gwangju a eu un impact profond sur la politique corĂ©enne du sud et l’histoire. Chun Doo-hwan a souffert des problĂšmes de popularitĂ© parce qu’il a pris la puissance par un coup militaire, mais aprĂšs l’autorisation de l’expĂ©dition des forces spĂ©ciales sur des citoyens, sa lĂ©gitimitĂ© a Ă©tĂ© sensiblement endommagĂ©e. Les Etats-Unis ont Ă©tĂ© prĂ©cĂ©demment vus en tant qu’un libĂ©rateur et protecteur, mais le mouvement de dĂ©mocratisation de Gwangju a changĂ© l’image des États-Unis parce qu’on l’a supposĂ© les Etats-Unis ont su en avant du temps au sujet de l’expĂ©dition des troupes spĂ©ciales et reposĂ©e Ă  vide pendant que des civils Ă©taient tuĂ©s. L’image amĂ©ricaine a Ă©tĂ© encore endommagĂ©e quand les États-Unis suite pour soutenir Chun Doo-hwan par les annĂ©es 80. Cependant, le mouvement a Ă©galement prĂ©parĂ© le terrain pour les mouvements postĂ©rieurs dans les annĂ©es 80 qui ont par la suite apportĂ© la dĂ©mocratie en CorĂ©e du Sud. Le mouvement de dĂ©mocratisation de Gwangju est devenu un symbole de la lutte du sud des CorĂ©ens contre des rĂ©gimes autoritaires et de leur combat pour la dĂ©mocratie.

Au cimetiĂšre de Mangwol-coup dans Gwangju oĂč les corps des victimes ont Ă©tĂ© enterrĂ©s, les survivants du massacre et les familles privĂ©es ont tenu un service commĂ©moratif annuel le 18 mai chaque annĂ©e depuis 1983. Beaucoup de dĂ©monstrations pro-dĂ©mocratiques dans les annĂ©es 80 ont exigĂ© l’identification officielle de la vĂ©ritĂ© du massacre et de la punition de Gwangju pour ceux responsables. La réévaluation officielle a commencĂ© aprĂšs le rĂ©tablissement des Ă©lections prĂ©sidentielles directes en 1987. En 1988, AssemblĂ©e nationale a tenu une audition publique sur le massacre de Gwangju, et a officiellement retirĂ© l’incident comme mouvement de dĂ©mocratisation de Gwangju.

En 1995, pendant que la pression publique montait, l’AssemblĂ©e nationale a passĂ© le mouvement spĂ©cial de dĂ©mocratisation de loi le 18 mai, qui a permis la poursuite de ceux responsables du coup d’état du 12 dĂ©cembre et du massacre de Gwangju malgrĂ© le fait que le statut des limitations s’était Ă©puisĂ©. Plus tard 8 politiciens ont Ă©tĂ© accusĂ©s pour la trahison Ă©levĂ©e et le massacre en 1996. Leurs punitions ont Ă©tĂ© arrangĂ©es en 1997, y compris une phrase de la vie pour l’ancien PrĂ©sident Chun Doo-hwan. Mais tout condamne a Ă©tĂ© pardonnĂ© au nom de la rĂ©conciliation nationale le 22 dĂ©cembre par le prĂ©sident Jeune-SAM de Kim.

En 1997, 18 mai a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© un jour commĂ©moratif officiel. En 2002, une loi favorisant les familles privĂ©es est entrĂ©e en vigueur, et le cimetiĂšre de Mangwol-coup a Ă©tĂ© Ă©levĂ© au statut d’un cimetiĂšre national.

La vague de grĂšves ouvriĂšres

À partir de juin 1987 et de maniĂšre significative jusqu’en 1990, la vague de grĂšves que l’on appelle en corĂ©en « Nodongja Taettujaeng », la Grande Lutte des Travailleurs, reprĂ©sente un des principaux Ă©pisodes de la lutte de classe durant les annĂ©es 80, de mĂȘme que Solidarnosc en Pologne (1980-81), les conseils ouvriers (shura) iraniens (1979-1981) et la vague brĂ©silienne de grĂšves de 1978-1983. La vague de grĂšves a Ă©branlĂ© les bases d’une dictature qui avait rĂ©gnĂ© façon presque interrompue aprĂšs la fin de la guerre de CorĂ©e.

Ces grĂšves ont permis que des secteurs importants de la classe ouvriĂšre corĂ©enne bĂ©nĂ©ficient d’augmentations de salaire significatives, et qu’apparaissent, durant une brĂšve pĂ©riode (1990-1994), des syndicats dĂ©mocratiques radicaux qui formĂšrent le CongrĂšs national des syndicats (ChoNoHyop), regroupement qui dĂ©fendait une politique anticapitaliste, au moins verbalement.

DĂšs que cette vague de grĂšves eut triomphĂ©, ses gains commencĂšrent Ă  ĂȘtre sĂ©rieusement attaquĂ©s.

Le ChoNoHyop fut dĂ©truit par la rĂ©pression gouvernementale qui frappa ses meilleurs militants. D’autre part, le gouvernement incita les militants plus conservateurs Ă  former la ConfĂ©dĂ©ration corĂ©enne des syndicats (Minju Nochong ou KCTU) qui fut crĂ©e en 1995 ; en dĂ©cembre 1996, le gouvernement essaya d’imposer par la force une loi de prĂ©carisation du travail Ă  laquelle la KCTU s’opposa Ă  contrecƓur durant la grĂšve de janvier 1997. En automne 1997, la crise financiĂšre asiatique obligea la CorĂ©e du Sud Ă  passer sous la tutelle du FMI en Ă©change d’un renflouement de 57 milliards de dollars, et le FMI exigea explicitement la prĂ©carisation de la force de travail et des licenciements de masse pour appliquer son programme de restructurations. En dĂ©cembre 1997, Kim Dae Jong, dirigeant de l’opposition dĂ©mocratique depuis des dĂ©cennies, fut Ă©lu prĂ©sident de la RĂ©publique ; en fĂ©vrier 1998, il amena la KCTU Ă  signer un « accord historique » et Ă  accepter des centaines de milliers de licenciements et des plans sociaux avec rĂ©ductions d’effectifs en accord avec les demandes du FMI, le tout en Ă©change de la lĂ©galisation dĂ©finitive du syndicat.

PremiĂšre partie : Contexte historique

DĂ©butant en juin 1987 et se poursuivant de maniĂšre significative jusqu’en 1990, la vague de grĂšves connue en CorĂ©e sous le nom de Grande Lutte OuvriĂšre (Nodongja Taettujaeng) se range aux cĂŽtĂ©s de Solidarnosc polonais (1980-81), des conseils ouvriers iraniens de (1979-1981) et du Vague de grĂšve brĂ©silienne de 1978-1983 comme l’un des principaux Ă©pisodes de la lutte de la classe ouvriĂšre des annĂ©es 1980. La vague de grĂšves a brisĂ© les fondements d’une dictature presque ininterrompue aprĂšs la fin de la guerre de CorĂ©e, a obtenu d’importantes augmentations de salaire pour de larges secteurs de la classe ouvriĂšre corĂ©enne et a briĂšvement Ă©tabli (de 1990 Ă  1994) des syndicats dĂ©mocratiques radicaux au sein du CongrĂšs national des syndicats. (ChoNoHyop), engagĂ© au moins verbalement dans l’anticapitalisme.

A peine cette vague de grĂšves a-t-elle triomphĂ© que ses acquis commencent Ă  ĂȘtre sĂ©rieusement compromis. Le ChoNoHyop a Ă©tĂ© dĂ©truit par la rĂ©pression gouvernementale de ses meilleurs militants. Le gouvernement Ă©tait en revanche prĂȘt Ă  tolĂ©rer les militants plus conservateurs de la ConfĂ©dĂ©ration corĂ©enne des syndicats (Minju Nochong ou KCTU), Ă  partir de 1995 ; en dĂ©cembre 1996, le gouvernement a tentĂ© de faire adopter une loi sur la prĂ©carisation du travail Ă  laquelle la KCTU s’est opposĂ©e du bout des lĂšvres lors de la grĂšve gĂ©nĂ©rale de janvier 1997. À l’automne 1997, la crise financiĂšre asiatique a placĂ© la CorĂ©e du Sud sous la tutelle du FMI en Ă©change d’un plan de sauvetage de 57 milliards de dollars, le FMI exigeant explicitement la prĂ©carisation de la main-d’Ɠuvre et des licenciements massifs dans le cadre de son programme de restructuration. En dĂ©cembre 1997, l’opposant dĂ©mocratique de longue date Kim Dae Jong a Ă©tĂ© Ă©lu prĂ©sident de la CorĂ©e,et en fĂ©vrier 1998, il a fait entrer la KCTU dans « l’accord historique » pour accepter des centaines de milliers de licenciements et de rĂ©ductions d’effectifs conformĂ©ment aux exigences du FMI, en Ă©change d’une lĂ©galisation complĂšte.

En guise de façade, le gouvernement de Kim Dae Jong a Ă©galement créé en 1998 la Commission tripartite de l’État, du capital et du travail selon des principes corporatistes, un organe dĂ©nuĂ© de sens qui n’a agi, bien sĂ»r, qu’au nom de l’État et du capital.

MalgrĂ© ce tableau sombre et une sĂ©rie de revers presque interminables, la classe ouvriĂšre corĂ©enne a dĂ» ĂȘtre battue petit Ă  petit, avec de longues et amĂšres grĂšves, et les Ă©vĂ©nements rĂ©cents montrent que cette combativitĂ© est loin d’ĂȘtre Ă©liminĂ©e.

Aujourd’hui, vingt ans aprĂšs la Grande Lutte OuvriĂšre de 1987, la situation du travail en CorĂ©e est devenue l’une des prĂ©carisations capitalistes les plus rĂ©ussies au monde, certainement dans n’importe quel pays industriel avancĂ©. Environ 10 % de la main-d’Ɠuvre corĂ©enne est organisĂ©e dans des syndicats KCTU avec des emplois et des salaires rĂ©guliers, tandis que 60 % sont prĂ©carisĂ©s, externalisĂ©s et rĂ©duits. Chez Hyundai Motor Company, par exemple, l’un des bastions du militantisme industriel de 1987-90, les travailleurs rĂ©guliers et les travailleurs occasionnels travaillent cĂŽte Ă  cĂŽte, faisant exactement les mĂȘmes travaux, les occasionnels gagnant 50% du salaire des travailleurs rĂ©guliers. (ce dernier gagnant entre 50 000 $ et 60 000 $ par an, plus les primes et les heures supplĂ©mentaires). La KCTU est largement dĂ©testĂ©e dans la classe ouvriĂšre prĂ©carisĂ©e en tant que porte-parole corporatiste des travailleurs rĂ©guliers trĂšs bien payĂ©s,et les travailleurs rĂ©guliers de leur cĂŽtĂ© ont mĂȘme agressĂ© physiquement des travailleurs occasionnels lorsque ces derniers se sont mis Ă  l’Ă©tat sauvage (comme cela s’est produit par exemple chez Kia Motor Company en aoĂ»t 2007). Lors des rĂ©centes Ă©lections (dĂ©cembre 2007), un grand nombre de travailleurs ont votĂ© pour Lee Myoung Back, candidat d’extrĂȘme droite du parti One Nation Party (Hanaratang), ancien PDG de Hyundai et maire de SĂ©oul, dans le vain espoir d’un retour Ă  l’Ă©conomie expansive. des annĂ©es 1970 et 1980.dans le vain espoir d’un retour Ă  l’Ă©conomie expansive des annĂ©es 1970 et 1980.dans le vain espoir d’un retour Ă  l’Ă©conomie expansive des annĂ©es 1970 et 1980.

Comment la classe ouvriĂšre corĂ©enne est passĂ©e de la lutte et de la victoire offensives Ă  la prĂ©caritĂ© et Ă  la retraite en Ă  peine deux dĂ©cennies, c’est donc le sujet de cet article.

DeuxiĂšme partie : la dĂ©mocratie vend l’austĂ©ritĂ© ; Lutte des classes dans un rĂ©gime de dĂ©veloppement autoritaire

Nous ferions bien de situer l’expĂ©rience de la classe ouvriĂšre corĂ©enne dans le cycle plus large des transitions de la dictature Ă  la dĂ©mocratie (bourgeoise), commençant en Espagne et au Portugal (1974-1976) et se poursuivant dans des pays comme la Pologne et le BrĂ©sil. On peut Ă©galement noter qu’aprĂšs les « transitions » ibĂ©riques, les explosions qui ont suivi ont eu lieu pendant une pĂ©riode de recul et de recul des classes ouvriĂšres nord-amĂ©ricaines et europĂ©ennes.

En effet, elles ont eu lieu dans le contexte gĂ©nĂ©ral de crise Ă©conomique mondiale aprĂšs la fin du boom de l’aprĂšs-guerre. En IbĂ©rie, en Pologne et au BrĂ©sil, comme en CorĂ©e du Sud, une intervention majeure de la classe ouvriĂšre dans la politique et la sociĂ©tĂ© a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ©e d’une longue pĂ©riode de « croissance Ă©conomique » intensive (de qualitĂ© trĂšs variable) et de rĂ©pression intensive de l’activitĂ©, de l’organisation et les salaires. Dans chaque cas, les luttes ouvriĂšres Ă©taient au cƓur de la bataille de l’« opposition dĂ©mocratique » plus large contre la dictature, et dans chaque cas, l’« opposition dĂ©mocratique » plus large a pris le pouvoir et mis en Ɠuvre (toujours en Ă©troite collaboration avec

capital international) des programmes d’austĂ©ritĂ© sĂ©vĂšres qui ont fragmentĂ© le mouvement ouvrier. On pourrait conclure que « la dĂ©mocratie vend l’austĂ©ritĂ© » et c’est effectivement ma conclusion.

Le cas corĂ©en, bien sĂ»r, a de nombreux dĂ©tails qui ne devraient pas ĂȘtre submergĂ©s par une comparaison gĂ©nĂ©rale.

La CorĂ©e Ă©tait, en 1960, considĂ©rĂ©e comme un « cas du panier » Ă©conomique, aussi pauvre par habitant que l’Inde ou la Tanzanie. En 1996, en grande pompe, elle a Ă©tĂ© accueillie au sein de l’OCDE en tant qu’« Ă©conomie avancĂ©e » et seulement un an plus tard (comme indiquĂ©) est tombĂ©e sous le contrĂŽle du FMI.

NĂ©anmoins, la CorĂ©e, l’un des « tigres » asiatiques aux cĂŽtĂ©s de TaĂŻwan, Hong Kong et Singapour, s’est imposĂ©e dans la pĂ©riode 1960-1997 comme l’une des rares rĂ©ussites, face Ă  la centaine d’Ă©checs et de rĂ©gressions des pays du Tiers-Monde bĂ©nĂ©ficiaires. de l’« aide » occidentale et de la tutelle du FMI et de la Banque mondiale.

Qu’est-ce qui rend la CorĂ©e diffĂ©rente ? On peut tout de suite citer son statut particulier (comme les autres tigres) d’avant-poste « vitrine » de l’impĂ©rialisme amĂ©ricain, dont le succĂšs Ă©conomique fut un important contrepoids de propagande aux rĂ©gimes (dits) socialistes du voisinage immĂ©diat, Ă  savoir la CorĂ©e du Nord, la Chine. et l’Union soviĂ©tique. Les États-Unis, avec des dizaines de milliers de soldats en CorĂ©e du Sud aprĂšs la fin de la guerre de CorĂ©e, ont tolĂ©rĂ© lĂ -bas des politiques de dĂ©veloppement Ă©tatiques auxquelles ils s’opposaient ou renversaient rĂ©guliĂšrement dans le reste du monde sous-dĂ©veloppĂ©.

DeuxiĂšmement, la CorĂ©e du Sud, comme Taiwan, se distingue de presque tous les autres pays du Tiers-Monde par la rĂ©forme agraire qui a dĂ©finitivement Ă©liminĂ© l’aristocratie prĂ©capitaliste « yangban » entre 1945 et 1950. (Cette rĂ©forme a eu lieu sous la pression intense de la rĂ©forme agraire. au nord, l’un s’est Ă©tendu au sud lorsque les armĂ©es de Kim il-sung ont briĂšvement capturĂ© presque toute la pĂ©ninsule dans les premiers mois de la guerre.)

TroisiĂšmement, la CorĂ©e du Sud, pauvre en ressources naturelles et Ă©crasĂ©e par les hostilitĂ©s de 1950-1953, est le pays par excellence du « capital humain », avec une forte emphase, pour ne pas dire la folie de l’Ă©ducation. MĂȘme en 1960, le taux d’alphabĂ©tisation des adultes Ă©tait de 90 %, ce qui est Ă  peine le cas dans les pays comparables du tiers monde Ă  l’Ă©poque.

Le pays a Ă©tĂ© divisĂ© au 38e parallĂšle en 1945 par les armĂ©es d’occupation des États-Unis et de l’Union soviĂ©tique. La dĂ©faite du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale a mis fin Ă  35 ans de domination coloniale japonaise, cette derniĂšre ayant Ă©tĂ© un moment important pour jeter les bases d’une Ă©conomie capitaliste moderne (l’hĂ©ritage exact de cette pĂ©riode est controversĂ© Ă  ce jour).

Lorsque les occupants japonais ont fui en aoĂ»t 1945, un Ă  deux millions de travailleurs de la zone amĂ©ricaine ont construit des conseils ouvriers (Changpyong, ou Conseil national des travailleurs de Choson) dans les usines abandonnĂ©es, moins de tout engagement spĂ©cifique envers l’autogestion des travailleurs ( la gauche corĂ©enne Ă©tait majoritairement stalinienne) que par simple nĂ©cessitĂ© de produire les bases de la vie quotidienne. Ce systĂšme de conseils ouvriers a Ă©tĂ© dĂ»ment fermĂ© par les autoritĂ©s d’occupation amĂ©ricaines en dĂ©cembre 1945.

Comme dans les pays europĂ©ens occupĂ©s par l’Allemagne nazie et dont les bourgeoisies avaient Ă©galement Ă©tĂ© des collaborateurs, le yangban corĂ©en et la petite classe capitaliste Ă©taient politiquement et socialement discrĂ©ditĂ©s. À partir de ces forces hĂ©tĂ©roclites, l’occupation amĂ©ricaine a dĂ» concocter un gouvernement viable capable de vaincre les ouvriers et les paysans Ă©veillĂ©s, dont beaucoup Ă©taient fortement favorables Ă  Kim il-Sung et Ă  ses forces de guĂ©rilla, et gĂ©nĂ©ralement en faveur d’un changement radical. Les États-Unis se sont emparĂ©s de la figure de Rhee Syngman et ont supervisĂ© et participĂ© Ă  l’Ă©crasement sans merci de la gauche dans la zone sud au cours de cinq annĂ©es de guerre partisane et de massacres avant le dĂ©clenchement de la guerre avec la CorĂ©e du Nord en juin 1950.Ce qui restait d’une gauche sĂ©rieuse en 1950 a Ă©tĂ© physiquement Ă©liminĂ© pendant les annĂ©es de guerre ou s’est enfui vers le Nord (oĂč beaucoup d’entre eux ont Ă©galement Ă©tĂ© Ă©liminĂ©s). La continuitĂ© avec la gauche corĂ©enne d’avant 1945 dans le sud a Ă©tĂ© totalement rompue, un facteur qui a jouĂ© un rĂŽle non nĂ©gligeable dans le rĂ©veil qui a commencĂ© dans les annĂ©es 1970.

Rhee Syngman a dirigĂ© une CorĂ©e du Sud gĂ©nĂ©ralement inepte et Ă©conomiquement stagnante jusqu’en 1960, entiĂšrement soutenue par le soutien et l’aide militaires amĂ©ricains. Il est finalement renversĂ© lors d’Ă©meutes menĂ©es par des Ă©tudiants en 1960, et la CorĂ©e du Sud profite d’une brĂšve ouverture dĂ©mocratique. Cette ouverture a Ă©tĂ© refermĂ©e par le coup d’État de Park Chung-hee en 1961, et une nouvelle Ăšre a commencĂ©.

Park Chung-hee n’Ă©tait pas, ou du moins pas seulement, le dictateur fantoche typique soutenu par les AmĂ©ricains de l’aprĂšs-Seconde Guerre mondiale. Il est largement admis (bien qu’Ă  ma connaissance aucune preuve dĂ©finitive n’ait Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e) pour avoir Ă©tĂ© communiste dĂšs 1943, et en 1948, il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© dans le cadre d’un groupe d’Ă©tude communiste de jeunes officiers. Lorsqu’il a pris le pouvoir en 1961, les États-Unis ont d’abord hĂ©sitĂ© Ă  le reconnaĂźtre, et Ă  plusieurs reprises au cours de son rĂ©gime dictatorial (1961-1979), les États-Unis se sont mĂ©fiĂ©s de ses impulsions nationalistes (comme dans son programme nuclĂ©aire indĂ©pendant) et de ses flirts diplomatiques occasionnels avec la CorĂ©e du Nord. .

De plus, Park avait fait ses Ă©tudes dans une acadĂ©mie militaire japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale et Ă©tait trĂšs amoureux du modĂšle de dĂ©veloppement Ă©conomique japonais, qu’il tenta rapidement d’imiter en CorĂ©e du Sud, avec un certain succĂšs. Le modĂšle japonais ayant Ă©tĂ© Ă  son tour copiĂ© sur le modĂšle prussien Ă  la fin du XIXe siĂšcle, la CorĂ©e du Sud a acquis un certain placage « allemand » qui est gĂ©nĂ©ralement occultĂ© par l’hĂ©ritage japonais trĂšs contestĂ© (et souvent occultĂ©). La constitution de Park, par exemple, a Ă©tĂ© Ă©crite par un juriste corĂ©en qui a Ă©tudiĂ© le droit en Allemagne dans les annĂ©es 50 et qui s’est Ă©pris des thĂ©ories de Carl Schmitt ; par consĂ©quent, « l’Ă©tat d’urgence » Ă©tait la pierre angulaire de l’idĂ©ologie de Park. Ahn Ho Sang, qui avait Ă©tĂ© ouvertement pro-nazi dans les annĂ©es 30 et avait Ă©tudiĂ© en Allemagne Ă  l’Ă©poque hitlĂ©rienne,a Ă©crit les manuels d’histoire du lycĂ©e d’aprĂšs-guerre avec le genre de mythe hyper-nationaliste hĂ©ritĂ© du populisme romantique allemand.

Plus fondamentalement, Park a rĂ©primĂ© les capitalistes parasites de la pĂ©riode Rhee et les a soit Ă©liminĂ©s, soit entraĂźnĂ©s dans l’investissement productif. Il a mis en Ɠuvre la politique du « nouveau village » (Se Maul) Ă  la campagne, conçue pour capitaliser pleinement l’agriculture et forcer de grandes populations rurales vers les villes et vers l’emploi industriel. Par le biais de la FĂ©dĂ©ration anticommuniste des syndicats corĂ©ens de la guerre froide (FKTU), le rĂ©gime a exercĂ© un contrĂŽle draconien sur le travail, avec des semaines de travail postĂ© de sept jours et 12 heures qui ne sont pas inhabituelles, et appliquĂ©es si nĂ©cessaire avec la terreur et la torture policiĂšres. A l’Ă©poque du Parc, les fameux chaebol (conglomĂ©rats) s’Ă©levaient Ă  la prééminence, sous contrĂŽle Ă©tatique du crĂ©dit et sĂ©lection d’industries « championnes nationales »,cette pratique a ensuite Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©e comme un « capitalisme de copinage » lorsque l’Ă©conomie corĂ©enne a connu des difficultĂ©s dans les annĂ©es 1990.

La CorĂ©e, comme les autres tigres et contrairement Ă  la plupart des pays du tiers monde Ă  cette Ă©poque, s’est dĂ©veloppĂ©e en progressant, avec une stratĂ©gie orientĂ©e vers l’exportation, vers le haut de la « chaĂźne de produits » internationale, en commençant par les textiles et autres industries de consommation lĂ©gĂšre, puis en procĂ©dant Ă  la fabrication (automobile, construction navale) et enfin Ă  la haute technologie, capturant d’importants marchĂ©s mondiaux pour les composants informatiques dans les annĂ©es 1990.

Le succĂšs Ă©conomique des dĂ©cennies Park chung-hee, Ă©videmment, ne peut ĂȘtre sĂ©parĂ© ni de ses mĂ©thodes dictatoriales ni de la conjoncture internationale de l’Ă©poque (deux rĂ©alitĂ©s largement ignorĂ©es aujourd’hui dans les dĂ©bats sur les problĂšmes Ă©conomiques croissants de la CorĂ©e du Sud ; la victoire en dĂ©cembre 2007 du l’extrĂȘme droite aux Ă©lections prĂ©sidentielles s’inspire d’une vision nostalgique et rosĂ©e de l’Ă©poque du Parc). En plus de bĂ©nĂ©ficier de sa grande visibilitĂ© dans la stratĂ©gie gĂ©opolitique amĂ©ricaine de la guerre froide, l’Ă©conomie sud-corĂ©enne a Ă©galement profitĂ© de la vague croissante d’investissements industriels qui, Ă  partir de ca. 1965, a commencĂ© Ă  chercher des lieux en dehors de l’AmĂ©rique du Nord et de l’Europe. La rĂ©munĂ©ration des CorĂ©ens Ă  l’Ă©tranger a Ă©galement jouĂ© un rĂŽle important,alors que les troupes sud-corĂ©ennes rapatriaient des millions de dollars de leur service pendant la guerre du Vietnam et que des dizaines de milliers de travailleurs sud-corĂ©ens se rendaient au Moyen-Orient pour travailler sur des projets de construction pendant le boom pĂ©trolier d’aprĂšs 1973.

Compte tenu de la centralitĂ© de la fabrication lĂ©gĂšre dans la pĂ©riode de « dĂ©collage » des annĂ©es 1960, la renaissance du mouvement ouvrier corĂ©en n’a donc pas commencĂ© par hasard dans les industries textiles, et pas non plus par hasard (puisque la main-d’Ɠuvre Ă©tait principalement composĂ©e de jeunes femmes) dirigĂ©e par des travailleuses.

Le mouvement ouvrier corĂ©en contemporain marque ses dĂ©buts symboliques le 13 novembre 1970, lorsque Jeon Tae-il, un jeune ouvrier du textile, s’est immolĂ© lors d’une petite manifestation dans l’un des quartiers des ateliers clandestins de SĂ©oul. Jeon avait auparavant poursuivi toutes les formes lĂ©gales de rĂ©paration pour la main-d’Ɠuvre des ateliers clandestins, en vain.

Le mouvement des annĂ©es 1970 s’est caractĂ©risĂ© par un nombre croissant de grĂšves menĂ©es dans les conditions les plus extrĂȘmes par des ouvriĂšres du textile. Les revendications Ă©taient simples et directes, visaient les horaires de travail inhumains, les bas salaires, les contremaĂźtres autoritaires et la vie de dortoir forcĂ©e des femmes, qui Ă©taient gĂ©nĂ©ralement recrutĂ©es directement Ă  la campagne et dans les bidonvilles qui surgissaient autour de SĂ©oul et d’autres villes. Les frappes se sont heurtĂ©es presque sans exception Ă  une rĂ©pression brutale de la part du personnel de sĂ©curitĂ© de l’usine, de la police, des soldats et des voyous de la pĂšgre corĂ©en. La lutte pour une union dĂ©mocratique Ă  la Dongil Textile Company Ă  Inchon de 1972 Ă  1976 a Ă©tĂ© exemplaire Ă  cet Ă©gard.

Les annĂ©es 1970 ont Ă©galement vu les dĂ©buts de l’implication dans le mouvement ouvrier de groupes religieux (principalement chrĂ©tiens) et d’Ă©tudiants radicaux (ces derniers appelĂ©s « hakchul », ou « venant de l’universitĂ© »). Les groupes religieux s’inspiraient de la thĂ©ologie catholique de la libĂ©ration et de doctrines sociales protestantes similaires. Les groupes religieux et les Ă©tudiants ont formĂ© des Ă©coles du soir pour les travailleurs du textile, enseignant l’alphabĂ©tisation et les compĂ©tences de secrĂ©tariat, mais aussi les droits fondamentaux des travailleurs.

Les annĂ©es 1970, enfin, virent l’essor du mouvement minjung (culture populaire), Ă©troitement liĂ© au mouvement religieux et hakchul. Le mouvement minjung en grande partie de la classe moyenne a atteint la culture populaire corĂ©enne, s’effritant rapidement sous l’impact de la modernisation de la marche forcĂ©e, et a tentĂ© de l’utiliser dans la crĂ©ation d’une « contre-culture de la lutte » utilisant la musique et la danse du chamanisme corĂ©en et rural. des traditions paysannes, des crĂ©ations qui ont rĂ©ussi Ă  solidifier la dĂ©termination du groupe Ă  lutter contre les vicissitudes et la rĂ©pression. À ce jour, le chant, qui rappelle les IWW amĂ©ricains, reste une partie importante du mouvement ouvrier corĂ©en, avec des manifestations et des grĂšves chantant des dizaines de chansons que tout le monde connaĂźt par cƓur.

Le mouvement corĂ©en des annĂ©es 1970, qu’il soit ouvrier ou hakchul ou minjung ou religieux, restait trĂšs dans le cadre de l’idĂ©ologie dĂ©mocratique libĂ©rale et avait tendance Ă  considĂ©rer avec sympathie les États-Unis comme une force qui orienterait la dictature corĂ©enne vers la dĂ©mocratie. Tout cela a changĂ© avec le soulĂšvement de Kwangju et le massacre qui a suivi en mai 1980.

La CorĂ©e a Ă©tĂ© historiquement un pays de loyautĂ©s rĂ©gionales intenses, loyautĂ©s qui ont persistĂ© Ă  l’Ăšre du capitalisme moderne. La province de Cholla, au sud-ouest, est traditionnellement une rĂ©gion d’agriculture et de retard. Park chung-hee, quant Ă  lui, Ă©tait originaire de la province du sud-est du Gyeongsang, et ses politiques industrielles y Ă©taient principalement dirigĂ©es, donnant naissance aux grands centres d’Ulsan, Pohang et Pusan. Les habitants de la province de Cholla en voulaient Ă  cette nĂ©gligence.

En 1979, des manifestations de masse balayaient le pays, rĂ©clamant la dĂ©mocratie. Les travailleurs Ă©taient Ă  l’avant-garde de bon nombre de ces manifestations. En octobre de la mĂȘme annĂ©e, Park chung-hee a Ă©tĂ© assassinĂ© par le chef de la Central Intelligence Agency corĂ©enne, prĂ©tendument aprĂšs une dispute sur la maniĂšre de contenir et de rĂ©primer les manifestations.

TroisiĂšme partie : Le soulĂšvement de Kwangju et le tournant vers le « marxisme-lĂ©ninisme »

Une brĂšve ouverture dĂ©mocratique, similaire Ă  1960, a eu lieu, mais Park a Ă©tĂ© remplacĂ© par un autre dictateur militaire, Chun Doo Hwan. En mai 1980, l’armĂ©e a tirĂ© sur une manifestation Ă  Kwangju, la plus grande ville de la province de Cholla. Le rĂ©sultat a Ă©tĂ© un soulĂšvement au cours duquel la population de Kwangju a pris le contrĂŽle de la ville, s’est armĂ©e d’armes provenant d’un arsenal militaire et a combattu les forces de rĂ©pression, y compris une unitĂ© d’Ă©lite retirĂ©e de la DMZ avec la CorĂ©e du Nord, pendant des jours. Les estimations du nombre total de morts des deux cĂŽtĂ©s (la plupart d’entre eux de toute Ă©vidence de la rĂ©pression de la rĂ©volte) Ă  Kwangju vont jusqu’Ă  2000.

Kwangju a Ă©tĂ© bouclĂ© et une censure extrĂȘme a empĂȘchĂ© toute fuite d’informations sĂ©rieuses. (La loi draconienne sur la sĂ©curitĂ© nationale de la CorĂ©e, datant de 1948 et toujours en vigueur aujourd’hui, a fait un crime grave, jusque dans les annĂ©es 1990, de discuter du soulĂšvement de Kwangju en public.) . Cependant, il Ă©tait largement admis que le gouvernement amĂ©ricain, du rĂ©cent renversement du Shah d’Iran en 1979, au milieu de la crise des otages de TĂ©hĂ©ran, et ne voulant plus de mouvements radicaux de masse contre les dictateurs pro-amĂ©ricains, avait Ă©tĂ© profondĂ©ment impliquĂ© dans la dĂ©cision d’utiliser la force extrĂȘme (une croyance considĂ©rablement renforcĂ©e par la divulgation plus rĂ©cente de documents sur la communication de gouvernement Ă  gouvernement pendant la crise).

À partir de ce moment-lĂ , le mouvement corĂ©en s’est rapidement Ă©loignĂ© des idĂ©ologies libĂ©rales dĂ©mocratiques et religieuses des annĂ©es 1970 pour adopter une orientation rĂ©volutionnaire plus radicale, essentiellement « marxiste-lĂ©niniste ».

Ce tournant idĂ©ologique montre l’importance de toute la pĂ©riode antĂ©rieure : la discontinuitĂ© quasi totale avec la gauche qui a Ă©mergĂ© aprĂšs l’effondrement du Japon en 1945 et qui a Ă©tĂ© dĂ©truite par la rĂ©pression gouvernementale et militaire amĂ©ricaine entre 1945 et 1953 ; les dĂ©cennies de dictature aprĂšs la guerre de CorĂ©e qui ont qualifiĂ© la critique sociale la plus modĂ©rĂ©e d’inspiration nordiste ; l’isolement de la CorĂ©e du Sud du bouillonnement mondial des annĂ©es 1960 et au-delĂ . (Lorsque des Ă©tudiants corĂ©ens ont rejoint des groupes d’opposition clandestins dans les annĂ©es 1970 et 1980, l’une des premiĂšres tĂąches Ă©tait souvent d’apprendre le japonais, afin de lire tous les livres politiques (et particuliĂšrement marxistes) qui ne pouvaient pas ĂȘtre publiĂ©s en CorĂ©e.) Ainsi les dĂ©cennies -longue Ă©rosion du stalinisme tel qu’il a Ă©tĂ© vĂ©cu en Europe et aux États-Unis, l’impact de 1968 et de la Nouvelle Gauche occidentale, la critique radicale du lĂ©ninisme,la renaissance de Hegel et l’impact de la popularisation du Marx des annĂ©es 1840 Ă©taient tous inconnus ou vus Ă  travers une vitre sombre en CorĂ©e du Sud. (Au dĂ©but des annĂ©es 1980, un groupe d’Ă©tude clandestin se forma pour lire les Ă©crits de Lukacs et Hegel sur l’esthĂ©tique - en allemand - et fut dĂ©couvert ; ses membres furent condamnĂ©s Ă  six mois de prison.) En consĂ©quence, la radicalisation du mouvement corĂ©en aprĂšs Kwangju procĂ©dait presque invariablement selon les lignes staliniennes, « marxistes-lĂ©ninistes », pro-soviĂ©tique, pro-Chine, pro-CorĂ©e du Nord, mais stalinienne Ă  tous les niveaux. Trotsky Ă©tait peu connu jusqu’Ă  la fin des annĂ©es 1980, sans parler des critiques de gauche de Trotsky.un groupe d’Ă©tude clandestin formĂ© pour lire les Ă©crits de Lukacs et Hegel sur l’esthĂ©tique – en allemand – fut dĂ©couvert ; ses membres ont Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă  six mois de prison.) En consĂ©quence, la radicalisation du mouvement corĂ©en aprĂšs Kwangju s’est dĂ©roulĂ©e presque invariablement selon les lignes staliniennes, « marxistes-lĂ©ninistes », pro-soviĂ©tique, pro-Chine, pro-CorĂ©e du Nord, mais stalinien Ă  tous les niveaux. Trotsky Ă©tait peu connu jusqu’Ă  la fin des annĂ©es 1980, sans parler des critiques de gauche de Trotsky.un groupe d’Ă©tude clandestin formĂ© pour lire les Ă©crits de Lukacs et Hegel sur l’esthĂ©tique – en allemand – fut dĂ©couvert ; ses membres ont Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă  six mois de prison.) En consĂ©quence, la radicalisation du mouvement corĂ©en aprĂšs Kwangju s’est dĂ©roulĂ©e presque invariablement selon les lignes staliniennes, « marxistes-lĂ©ninistes », pro-soviĂ©tique, pro-Chine, pro-CorĂ©e du Nord, mais stalinien Ă  tous les niveaux. Trotsky Ă©tait peu connu jusqu’Ă  la fin des annĂ©es 1980, sans parler des critiques de gauche de Trotsky.pour ne rien dire des critiques de gauche de Trotsky.pour ne rien dire des critiques de gauche de Trotsky.

Certaines des factions marxistes-lĂ©ninistes qui ont Ă©mergĂ© dans les annĂ©es 1980 ont Ă©tĂ© le point de dĂ©part des deux tendances majeures du mouvement corĂ©en organisĂ© aujourd’hui (Ă  la fois au sein de la KCTU mentionnĂ©e prĂ©cĂ©demment et du Parti travailliste dĂ©mocrate corĂ©en ou KDLP). Ces factions sont la « LibĂ©ration nationale » pro-corĂ©enne (NL, ou juche-istes, ainsi appelĂ©e en raison de la doctrine nord-corĂ©enne du « juche » ou de l’autonomie) et de la grande minoritĂ© « DĂ©mocratie populaire » (PD, plus social-dĂ©mocrate) . À l’approche de l’Ă©lection prĂ©sidentielle de dĂ©cembre 2007, les juchĂ©istes ont pris le contrĂŽle total de l’appareil du KDLP et ont purgĂ© certains membres du PD. (Il est Ă©galement important de noter que les factions NL et PD ont leur base principalement dans les syndicats de cols blancs, tels que les banques, les enseignants et autres fonctionnaires, alors que les cols bleus sont largement indiffĂ©rents aux deux. Sous la direction de NL,le vote KDLP Ă  l’Ă©chelle nationale a chutĂ©, par rapport Ă  2002, aux Ă©lections de dĂ©cembre 2007 de 5 Ă  3%, et Ă  Ulsan, le bastion de la classe ouvriĂšre corĂ©enne, de 11 Ă  8%.)

Le nationalisme est endĂ©mique en CorĂ©e, y compris dans le mouvement ouvrier. Les raisons en sont Ă  rechercher dans les siĂšcles de domination Ă©trangĂšre (chinoise, puis japonaise, puis amĂ©ricaine), la division du pays aprĂšs 1945, et la position gĂ©opolitique de la CorĂ©e au « carrefour » des Chinois, Japonais, Russes et AmĂ©ricains. sphĂšres d’influence. La pĂ©ninsule corĂ©enne, ou son hĂ©gĂ©monie, a Ă©tĂ© le prix des intrusions Ă©trangĂšres il y a des siĂšcles, et plus rĂ©cemment la guerre sino-japonaise de 1895, la guerre russo-japonaise de 1904-1905, et plus rĂ©cemment la guerre de CorĂ©e. « Quand les baleines se battent, les vairons se mettent Ă  l’abri » est un vieux proverbe corĂ©en exprimant cette rĂ©alitĂ©. La tentative japonaise, sur 35 ans (1910-1945) de domination coloniale, d’Ă©liminer pratiquement la culture corĂ©enne a encore renforcĂ© cette impulsion nationaliste. Enfin, les mythes d’homogĂ©nĂ©itĂ© ethnique,renforcĂ©s par des manuels d’histoire populistes mythiques ou plus rĂ©cemment des drames historiques Ă  la tĂ©lĂ©vision sur les Ă©poques de la grandeur corĂ©enne, complĂštent le tableau. (Une version diffĂ©rente, encore plus virulente, de ce nationalisme est promue en CorĂ©e du Nord.) Dans ce contexte, mĂȘme des Ă©vĂ©nements sportifs, comme les Jeux olympiques de SĂ©oul en 1988 ou les succĂšs de l’Ă©quipe corĂ©enne lors des Ă©liminatoires de la Coupe du monde 2002, deviennent des Ă©vĂ©nements dans le forger une identitĂ© nationale.

Pour les mĂȘmes raisons gĂ©opolitiques, toute Ă©mergence d’une lutte de classe sĂ©rieuse en CorĂ©e du Sud prend immĂ©diatement une dimension internationale.

Le nationalisme Ă©tait donc incontestĂ© dans le renouveau de la gauche dans les annĂ©es 1970 et 1980. Alors qu’un « marxisme » stalinisĂ© repoussait les orientations dĂ©mocratiques libĂ©rales d’avant Kwangju au cours des annĂ©es 1980, les importations dominantes Ă©taient des variantes de la thĂ©orie de l’impĂ©rialisme de LĂ©nine, de la thĂ©orie du capital monopoliste et de la thĂ©orie de la dĂ©pendance, popularisĂ©es par les groupes marxistes-lĂ©ninistes et par des journaux clandestins influents.

Les annĂ©es 1980 ont Ă©galement vu l’accĂ©lĂ©ration du mouvement hakchul dans les usines, aussi rĂ©pandu que n’importe quel « tournant vers la classe ouvriĂšre » comparable dans les pays occidentaux par les radicaux de la classe moyenne aprĂšs 1968. Au sommet du mouvement, des milliers d’anciens Ă©tudiants avaient pris des emplois d’usine, et Ă  l’occasion mĂȘme menĂ© des grĂšves importantes.

Le mouvement corĂ©en de la fin des annĂ©es 1980 considĂ©rait Ă  juste titre la CorĂ©e du Sud comme un pays « pĂ©riphĂ©rique » du systĂšme impĂ©rial amĂ©ricain, dont seuls le « socialisme » (au sens stalinien) et la rĂ©unification nationale pouvaient l’extirper. Il y avait ainsi une tendance Ă  sous-estimer la profondeur du dĂ©veloppement industriel corĂ©en et surtout l’Ă©lasticitĂ© du systĂšme qui permettrait des salaires nettement plus Ă©levĂ©s dans un cadre capitaliste aprĂšs la rĂ©volte ouvriĂšre de 1987-1990. De telles thĂ©ories ont Ă©tĂ© renforcĂ©es par le fait que la CorĂ©e du Sud n’a rattrapĂ© et dĂ©passĂ© la CorĂ©e du Nord Ă©conomiquement qu’environ. 1980.

La convergence de tous ces facteurs signifiait que l’effondrement de l’Union soviĂ©tique en 1991, coĂŻncidant avec le ralentissement des luttes ouvriĂšres aprĂšs 1990, a eu un impact psychologique bien plus lourd sur les militants en CorĂ©e que partout ailleurs en Occident, oĂč le prestige de l’Union soviĂ©tique se dĂ©gonfle depuis au moins 1956 et certainement depuis 1968. L’ambiance Ă©tait dĂ©jĂ  devenue sombre au printemps 1991, lorsqu’un Ă©tudiant de SĂ©oul a Ă©tĂ© battu Ă  mort par la police et que les candidats de la gauche dĂ©mocrate ont Ă©tĂ© Ă©crasĂ©s lors des Ă©lections municipales de juin 1991. Ă©lections, comme pour souligner un sentiment de dĂ©faitisme et de futilitĂ© aprĂšs des annĂ©es de mobilisation et de lutte. On peut ajouter que l’Ă©conomie corĂ©enne, dans une phase de boom dans la pĂ©riode 1986-88 et la premiĂšre phase de la Grande Lutte OuvriĂšre, Ă©tait entrĂ©e dans de nouvelles difficultĂ©s en 1990,difficultĂ©s dont il ne s’est jamais complĂštement remis.

Tout comme des dĂ©veloppements comparables en Occident aprĂšs la fin des annĂ©es 1970, des milliers d’activistes ont abandonnĂ©, se sont retirĂ©s dans la vie privĂ©e, ont tentĂ© de poursuivre des carriĂšres dans la classe moyenne ou, dans le monde universitaire, ont succombĂ© Ă  l’attrait du post-modernisme.

QuatriĂšme partie : La politique nationale et la grande lutte des travailleurs, 1987-1990

Une discussion sur la toile de fond politique du cours de la lutte des classes est Ă©galement indispensable. À partir des annĂ©es 1980, les luttes des travailleurs pour des syndicats dĂ©mocratiques sont passĂ©es (avec l’Ă©conomie corĂ©enne elle-mĂȘme) de l’industrie lĂ©gĂšre Ă  l’industrie lourde. La dictature militaire de Chun Doo Hwan qui a succĂ©dĂ© Ă  Park chung-hee a Ă©tĂ© forcĂ©e d’assouplir les contrĂŽles au milieu des annĂ©es 1980, sous la pression croissante de l’opposition dĂ©mocratique plus large Ă  l’approche des Jeux olympiques panasiatiques (1986) et des Jeux olympiques de SĂ©oul ( 1988). En particulier, la « dĂ©claration de dĂ©mocratisation » de juin 1987, faite en rĂ©ponse Ă  la menace que la classe ouvriĂšre se joigne aux manifestations pro-dĂ©mocratie, a Ă©tĂ© le dĂ©clencheur immĂ©diat de la Grande Lutte OuvriĂšre de cet Ă©tĂ©. Pour la premiĂšre fois, le mouvement s’est dĂ©placĂ© de la rĂ©gion de SĂ©oul-Inchon vers les nouvelles zones industrielles du sud d’Ulsan,Masan et Changwon. Au total, il y a eu plus de 3 000 grĂšves en 1987, gagnant la syndicalisation, 25 Ă  30 % d’augmentations de salaire et l’abolition de la discipline militaire dĂ©testĂ©e (longueur de cheveux imposĂ©e, exercices matinaux obligatoires) dans les usines. Ulsan, en particulier, la ville de l’entreprise Hyundai, a connu une mobilisation de rue massive et des combats de rue qui ont durĂ© jusqu’en 1990.

La grĂšve de 128 jours (dĂ©cembre 1988-avril 1989) chez Hyundai Heavy Industries (HHI) a abouti Ă  une attaque militaire coordonnĂ©e contre le chantier naval occupĂ© de Hyundai par 9 000 soldats et policiers, venant de la mer, de l’air et de la terre. Cela a Ă©tĂ© suivi de dix jours de combats de rue (mobilisant non seulement les travailleurs mais leurs femmes et leurs enfants) dans les quartiers ouvriers d’Ulsan. Cette lutte a Ă©tĂ© Ă  son tour suivie en 1990 par la grĂšve de Goliat, toujours Ă  HHI, et qui s’est soldĂ©e par une cuisante dĂ©faite. (Hyundai a construit de vastes immeubles de grande hauteur pour les travailleurs en rĂ©ponse Ă  ces luttes.)

CinquiĂšme partie : DĂ©clin et dĂ©but du retour en arriĂšre, 1990-1997

Le reflux des luttes offensives de masse de la pĂ©riode 1987-1990, et l’atmosphĂšre gĂ©nĂ©rale de dĂ©faite qui s’en est suivie, ont ouvert une nouvelle phase dans les organisations ouvriĂšres corĂ©ennes. Les augmentations salariales remportĂ©es Ă  la fin des annĂ©es 1980 ont briĂšvement renforcĂ© l’illusion de la possibilitĂ© d’une cohabitation capital-travail, et donc les courants rĂ©formistes. En particulier, au sein du CongrĂšs national des syndicats (ChoNoHyop), la faction de libĂ©ration nationale de droite et ouvertement rĂ©formiste (pro-nord-corĂ©en) a commencĂ© Ă  prendre le dessus sur la faction radicale affaiblie. (Le nom corĂ©en de la faction NL, Kukminpa, signifie littĂ©ralement ’Travail avec la nation’). Cette faction a toujours Ă©tĂ© orientĂ©e vers les bureaucrates et les politiciens. Comme mentionnĂ© prĂ©cĂ©demment,une politique gouvernementale de rĂ©pression visant les meilleurs militants de la NCTU et la tolĂ©rance des rĂ©formistes ouverts dĂ©truisirent la NCTU en 1995 et conduisirent au regroupement de la KCTU sous la direction de droite. (En effet, lors de la fondation mĂȘme de la NCTU en janvier 1990, la plupart de ses dirigeants Ă©taient en prison ou dans la clandestinitĂ©.) La longue expĂ©rience de la dictature et du copinage a Ă©galement rendu certains travailleurs initialement sympathiques Ă  la dĂ©mocratie bourgeoise et au nĂ©olibĂ©ralisme. Ulsan est cependant restĂ© en effervescence intense et en juin 1991, lorsque Park Chang Su, un dirigeant syndical, a Ă©tĂ© tuĂ© en prison, 20 000 travailleurs de HHI et 30 000 de HMC ont attaquĂ© la mairie d’Ulsan, la lutte ayant finalement durĂ© un mois.la plupart de ses dirigeants Ă©taient en prison ou dans la clandestinitĂ©.) La longue expĂ©rience de la dictature et du copinage a Ă©galement rendu certains ouvriers initialement sympathiques Ă  la dĂ©mocratie bourgeoise et au nĂ©olibĂ©ralisme. Ulsan est cependant restĂ© en effervescence intense et en juin 1991, lorsque Park Chang Su, un dirigeant syndical, a Ă©tĂ© tuĂ© en prison, 20 000 travailleurs de HHI et 30 000 de HMC ont attaquĂ© la mairie d’Ulsan, la lutte ayant finalement durĂ© un mois.la plupart de ses dirigeants Ă©taient en prison ou dans la clandestinitĂ©.) La longue expĂ©rience de la dictature et du copinage a Ă©galement rendu certains ouvriers initialement sympathiques Ă  la dĂ©mocratie bourgeoise et au nĂ©olibĂ©ralisme. Ulsan est cependant restĂ© en effervescence intense et en juin 1991, lorsque Park Chang Su, un dirigeant syndical, a Ă©tĂ© tuĂ© en prison, 20 000 travailleurs de HHI et 30 000 de HMC ont attaquĂ© la mairie d’Ulsan, la lutte ayant finalement durĂ© un mois.

En 1992, la CorĂ©e du Sud a rejoint l’Organisation internationale du travail (OIT), Ă  peu prĂšs au mĂȘme moment oĂč les capitalistes se regroupaient pour une rĂ©pression des gains salariaux. Au cours de cette pĂ©riode, les travailleurs Ă  bas salaires du secteur public ont commencĂ© Ă  s’organiser, les travailleurs de Korea Telcom (KT) Ă©tant les plus militants, mĂȘme si leurs luttes avaient tendance Ă  ĂȘtre principalement axĂ©es sur les salaires, bien que liĂ©es Ă  une poussĂ©e pour la dĂ©mocratie sur le lieu de travail.

En 1993-1994, le dĂ©bat a fait rage dans le mouvement sur la voie Ă  suivre, y compris un besoin ressenti de grĂšves politiques. Les courants les plus radicaux voulaient dĂ©placer les syndicats des syndicats d’entreprise (la forme dominante des syndicats corĂ©ens Ă  ce jour) aux syndicats de l’industrie, et crĂ©er une organisation faĂźtiĂšre. Alors que la NCTU continuait de dĂ©cliner sous les coups de la rĂ©pression et les machinations de la faction NL, la voie Ă©tait ouverte Ă  la crĂ©ation de la KCTU, officiellement créée (mais pas lĂ©galisĂ©e avant la crise du FMI) en novembre 1995. Certaines grĂšves rĂ©ussies se sont poursuivies en 1995. -96, notamment une grĂšve chez KT, qui a remportĂ© d’importants gains salariaux. En raison de ces grĂšves, les salaires des cols bleus dĂ©passaient les salaires de la fonction publique. Dans le mĂȘme temps, les employeurs corĂ©ens passaient de plus en plus du modĂšle chaebol Ă  une orientation vers les avantages de la mondialisation.Les deux parties se prĂ©paraient Ă  la confrontation de 1996-1997 sur la loi sur la prĂ©carisation du travail. À l’automne 1996, la pression de la base et la prĂ©paration d’une grĂšve gĂ©nĂ©rale se sont intensifiĂ©es. Sous cette pression, la KCTU a dĂ» se retirer des discussions menant Ă  la tristement cĂ©lĂšbre Commission tripartite (État-travail-capital) qui, une fois de plus, sera créée au milieu de la crise du FMI au printemps 1998. -dossier de rejet du groupe NL. Une contre-mesure importante des militants radicaux a Ă©tĂ© la formation des « hyung-jang jujik », ou organisations d’atelier, qui ont tentĂ© de lutter contre la dĂ©gĂ©nĂ©rescence des syndicats et de la KCTU avec une organisation alternative, non pas « en dehors » des syndicats mais en tant que pouvoir de l’ombre Ă  la fois au sein des syndicats et avec des liens « horizontaux » avec les militants d’autres syndicats,lutter contre une tendance Ă  l’esprit de clocher d’entreprise. L’arc du hyung-jang jujik s’est Ă©tendu de 1990 Ă  2005. Dans diffĂ©rentes circonstances, le hyungjang jujik a rĂ©ussi Ă  prendre le pouvoir dans les principaux syndicats et a alors souvent succombĂ© Ă  la bureaucratisation ; au cours de leurs derniĂšres annĂ©es, ils sont devenus la proie de divers groupes cherchant une voie dĂ©tournĂ©e vers le pouvoir dans les syndicats, et se sont finalement effondrĂ©s. Mais au mieux, dans une situation gĂ©nĂ©ralement dĂ©fensive, ils ont conservĂ© une continuitĂ© avec l’Ă©lan radical de la pĂ©riode 1987-1990.et finalement effondrĂ©. Mais au mieux, dans une situation gĂ©nĂ©ralement dĂ©fensive, ils ont conservĂ© une continuitĂ© avec l’Ă©lan radical de la pĂ©riode 1987-1990.et finalement effondrĂ©. Mais au mieux, dans une situation gĂ©nĂ©ralement dĂ©fensive, ils ont conservĂ© une continuitĂ© avec l’Ă©lan radical de la pĂ©riode 1987-1990.

SixiĂšme partie : La grĂšve gĂ©nĂ©rale et la crise du FMI, 1997-1998

Juste aprĂšs NoĂ«l 1996, le gouvernement corĂ©en de Kim Young-sam, lors d’une session spĂ©ciale nocturne du parlement sans la prĂ©sence de l’opposition, a fait adopter la premiĂšre d’une sĂ©rie de lois sur la prĂ©carisation du travail visant Ă  faire entrer pleinement l’Ă©conomie sud-corĂ©enne dans l’Ăšre de « mondialisation » et faciliter les licenciements pour les employeurs, ainsi que l’introduction de contrats Ă  plusieurs niveaux. Les employeurs, comme indiquĂ© prĂ©cĂ©demment, avaient rĂ©guliĂšrement rĂ©duit les gains des travailleurs de la fin des annĂ©es 1980, et l’Ă©conomie s’est encore affaiblie jusqu’en 1996 avec l’accĂ©lĂ©ration des faillites, mais il s’agissait de la premiĂšre confrontation directe avec le pouvoir ouvrier nouvellement conquis. .

La KCTU, fermement aux mains des droitiers qui avaient vaincu et supplantĂ© la NCTU, a appelĂ© Ă  une grĂšve gĂ©nĂ©rale immĂ©diate sous une intense pression de la base, une grĂšve gĂ©nĂ©rale qui a Ă©tĂ© largement suivie. MĂȘme la FKTU « jaune » conservatrice de l’Ă©poque de la guerre froide s’y est jointe. Les cols blancs y ont Ă©galement adhĂ©rĂ©, et Ă  son apogĂ©e, trois millions de travailleurs Ă©taient en grĂšve. (La lĂ©gislation initiale a Ă©tĂ© retirĂ©e, mais une loi pratiquement identique a Ă©tĂ© adoptĂ©e en mars 1997, sans rĂ©ponse significative de la KCTU.) Encore une fois, l’expĂ©rience historique de la classe ouvriĂšre corĂ©enne et la nouveautĂ© de la prĂ©carisation ont rendu la grĂšve plus « antifasciste » qu’anti-nĂ©o-libĂ©ral. La KCTU a fait tout ce qui Ă©tait en son pouvoir pour Ă©viter une confrontation avec le gouvernement et s’est activement dĂ©mobilisĂ©e lĂ  oĂč elle le pouvait. La base, pour sa part, a fait preuve d’une grande spontanĂ©itĂ©,comme chez Hyundai et Kia Motor Company. On disait que la KCTU avait rencontrĂ© secrĂštement les capitalistes pour leur assurer que la grĂšve Ă©tait sous contrĂŽle et qu’elle diminuait. Ils ont proposĂ© la tactique impuissante de la « grĂšve du mercredi », une tactique rĂ©pĂ©tĂ©e encore et encore au cours des annĂ©es suivantes. La grĂšve gĂ©nĂ©rale s’est arrĂȘtĂ©e fin janvier, avec (comme indiquĂ©) rien de rĂ©solu. À la suite de la grĂšve gĂ©nĂ©rale, le Parti travailliste dĂ©mocratique corĂ©en (KDLP, ou Minju Nodong Tang) a Ă©tĂ© fondĂ© au printemps 1997, avec les mĂȘmes Ă©lĂ©ments de droite dominants dans la majoritĂ© KCTU. L’Ă©chec de la grĂšve gĂ©nĂ©rale de janvier 1997 a cependant Ă©tĂ© Ă  son tour Ă©clipsĂ© par la dĂ©vastation de l’Ă©conomie corĂ©enne lors de la crise financiĂšre asiatique de 1997-1998.et dĂ©croissant. Ils ont proposĂ© la tactique impuissante de la « grĂšve du mercredi », une tactique rĂ©pĂ©tĂ©e encore et encore au cours des annĂ©es suivantes. La grĂšve gĂ©nĂ©rale s’est arrĂȘtĂ©e fin janvier, avec (comme indiquĂ©) rien de rĂ©solu. À la suite de la grĂšve gĂ©nĂ©rale, le Parti travailliste dĂ©mocratique corĂ©en (KDLP, ou Minju Nodong Tang) a Ă©tĂ© fondĂ© au printemps 1997, avec les mĂȘmes Ă©lĂ©ments de droite dominants dans la majoritĂ© KCTU. L’Ă©chec de la grĂšve gĂ©nĂ©rale de janvier 1997 a cependant Ă©tĂ© Ă  son tour Ă©clipsĂ© par la dĂ©vastation de l’Ă©conomie corĂ©enne lors de la crise financiĂšre asiatique de 1997-1998.et dĂ©croissant. Ils ont proposĂ© la tactique impuissante de la « grĂšve du mercredi », une tactique rĂ©pĂ©tĂ©e encore et encore au cours des annĂ©es suivantes. La grĂšve gĂ©nĂ©rale s’est arrĂȘtĂ©e fin janvier, avec (comme indiquĂ©) rien de rĂ©solu. À la suite de la grĂšve gĂ©nĂ©rale, le Parti travailliste dĂ©mocratique corĂ©en (KDLP, ou Minju Nodong Tang) a Ă©tĂ© fondĂ© au printemps 1997, avec les mĂȘmes Ă©lĂ©ments de droite dominants dans la majoritĂ© KCTU. L’Ă©chec de la grĂšve gĂ©nĂ©rale de janvier 1997 a cependant Ă©tĂ© Ă  son tour Ă©clipsĂ© par la dĂ©vastation de l’Ă©conomie corĂ©enne lors de la crise financiĂšre asiatique de 1997-1998.ou Minju Nodong Tang) a Ă©tĂ© fondĂ©e au printemps 1997, avec les mĂȘmes Ă©lĂ©ments de droite dominants dans la majoritĂ© KCTU. L’Ă©chec de la grĂšve gĂ©nĂ©rale de janvier 1997 a cependant Ă©tĂ© Ă  son tour Ă©clipsĂ© par la dĂ©vastation de l’Ă©conomie corĂ©enne lors de la crise financiĂšre asiatique de 1997-1998.ou Minju Nodong Tang) a Ă©tĂ© fondĂ©e au printemps 1997, avec les mĂȘmes Ă©lĂ©ments de droite dominants dans la majoritĂ© KCTU. L’Ă©chec de la grĂšve gĂ©nĂ©rale de janvier 1997 a cependant Ă©tĂ© Ă  son tour Ă©clipsĂ© par la dĂ©vastation de l’Ă©conomie corĂ©enne lors de la crise financiĂšre asiatique de 1997-1998.

Commençant en ThaĂŻlande en juillet 1997 avec l’effondrement de la monnaie thaĂŻlandaise, la crise s’est propagĂ©e Ă  travers l’Asie au cours des mois suivants, car chaque pays qui avait embrassĂ© le « marchĂ© libre » et donc assoupli les contrĂŽles des capitaux a vu une fuite massive de capitaux et la chute de sa monnaie. , la ThaĂŻlande, l’IndonĂ©sie et la CorĂ©e du Sud Ă©tant les plus durement touchĂ©es. Le won corĂ©en a chutĂ© de 40 % en novembre 1997, lorsque le gouvernement de Kim Young Sam a obtenu un renflouement de 57 milliards de dollars du FMI. Les quatre candidats aux Ă©lections prĂ©sidentielles de dĂ©cembre 1997 ont dĂ» signer une acceptation de l’accord du FMI comme condition de dĂ©caissement. Ainsi Kim Dae Jong, finalement Ă©lu prĂ©sident de la CorĂ©e aprĂšs des dĂ©cennies dans le dĂ©sert de l’opposition dĂ©mocratique, a dĂ» consacrer son mandat Ă  la mise en Ɠuvre du paquet draconien de licenciements, de coupes dans les services gouvernementaux, dele rachat Ă  effet de levier et dĂ©rĂ©glementĂ© d’industries et de banques corĂ©ennes par des Ă©trangers et la prĂ©carisation de la main-d’Ɠuvre. La dĂ©mocratie corĂ©enne, comme le travail organisĂ© corĂ©en avant elle, a triomphĂ© au moment mĂȘme oĂč l’accomplissement de sa promesse apparente antĂ©rieure est devenu impossible, et a triomphĂ© en tant que feuille de vigne nĂ©cessaire pour une mĂ©decine aussi dure. Les faillites se multiplient et les suicides montent en flĂšche. Le FMI a d’abord exigĂ© que les banques corĂ©ennes licencient 50% de leur personnel (le chiffre a ensuite Ă©tĂ© abaissĂ© Ă  30%) et un nombre similaire de fonctionnaires. Le taux de chĂŽmage a triplĂ© en 1999 et des millions de personnes ont Ă©tĂ© replongĂ©es dans la pauvretĂ©.a triomphĂ© au moment mĂȘme oĂč l’accomplissement de sa promesse apparente antĂ©rieure est devenu impossible, et a triomphĂ© comme la feuille de vigne nĂ©cessaire pour une mĂ©decine si dure. Les faillites se multiplient et les suicides montent en flĂšche. Le FMI a d’abord exigĂ© que les banques corĂ©ennes licencient 50% de leur personnel (le chiffre a ensuite Ă©tĂ© abaissĂ© Ă  30%) et un nombre similaire de fonctionnaires. Le taux de chĂŽmage a triplĂ© en 1999 et des millions de personnes ont Ă©tĂ© replongĂ©es dans la pauvretĂ©.a triomphĂ© au moment mĂȘme oĂč l’accomplissement de sa promesse apparente antĂ©rieure est devenu impossible, et a triomphĂ© comme la feuille de vigne nĂ©cessaire pour une mĂ©decine si dure. Les faillites se multiplient et les suicides montent en flĂšche. Le FMI a d’abord exigĂ© que les banques corĂ©ennes licencient 50% de leur personnel (le chiffre a ensuite Ă©tĂ© abaissĂ© Ă  30%) et un nombre similaire de fonctionnaires. Le taux de chĂŽmage a triplĂ© en 1999 et des millions de personnes ont Ă©tĂ© replongĂ©es dans la pauvretĂ©.

Dans cette situation, Kim Dae Jong et la KCTU ont jouĂ© leur rĂŽle. Comme mentionnĂ© prĂ©cĂ©demment, Kim a entraĂźnĂ© la direction de la KCTU dans les accords tripartites de fĂ©vrier 1998, la KCTU approuvant des licenciements massifs d’urgence. La base de la KCTU s’est rĂ©voltĂ©e contre une reddition aussi abjecte et a renversĂ© la direction qui avait signĂ© l’accord. Il y a eu quelques grĂšves Ă  grande Ă©chelle contre les licenciements en 1998, comme la grĂšve de la Hyundai Motor Company (HMC), mais les nouveaux dirigeants de la KCTU ont Ă©tĂ© emprisonnĂ©s et les grĂšves ont gĂ©nĂ©ralement Ă©tĂ© dĂ©faites.

Pendant la crise de la FIOM, de nombreuses petites usines ont Ă©tĂ© anĂ©anties, y compris celles avec une main-d’Ɠuvre militante originaire de la vague de grĂšves de la fin des annĂ©es 1980 et auparavant sympathique Ă  la NCTU. Pour la premiĂšre fois, conformĂ©ment aux exigences de la FIOM, les travailleurs intĂ©rimaires sont devenus un phĂ©nomĂšne majeur dans la main-d’Ɠuvre corĂ©enne. En rĂ©ponse Ă  la vente imposĂ©e des actions de Korea Telcom aux investisseurs de Wall Street, par exemple, une grĂšve a Ă©clatĂ©. Cette grĂšve montra de plus en plus le fossĂ© qui se dĂ©veloppait entre les travailleurs rĂ©guliers et occasionnels. En plus de toucher un salaire plus Ă©levĂ© pour moins de travail, les travailleurs rĂ©guliers plus ĂągĂ©s n’avaient pas les compĂ©tences informatiques des jeunes occasionnels et ressentaient une insĂ©curitĂ© d’emploi croissante. Les dirigeants syndicaux ont parlĂ© dur mais n’ont rien fait. En fin de compte, les travailleurs rĂ©guliers et occasionnels ont fait grĂšve, mais pas en mĂȘme temps. La grĂšve de KT s’est terminĂ©e par le licenciement de 10,000 travailleurs occasionnels. L’accord de fĂ©vrier 1998 entre Kim Dae Jong et la direction de droite de la KCTU pour des licenciements massifs a conduit Ă  une rĂ©volte de la base au sein de la KCTU, et toute la direction a Ă©tĂ© Ă©vincĂ©e aprĂšs que des militants ouvriers eurent occupĂ© les bureaux de la KCTU armĂ©s de tuyaux en acier. . Une nouvelle direction de gauche a pris le contrĂŽle, comme mentionnĂ© prĂ©cĂ©demment, et a tentĂ© de relancer une grĂšve gĂ©nĂ©rale contre la nouvelle loi du travail en mai, juin et juillet, mais en vain. L’ancienne direction est restĂ©e enracinĂ©e dans les syndicats de l’industrie lourde et s’est opposĂ©e Ă  l’action militante. En juin-aoĂ»t 1998, une grĂšve de 28 jours a eu lieu chez HMC, entraĂźnant le licenciement de 10 000 travailleurs rĂ©guliers. En deux ans, 10 000 occasionnels avaient Ă©tĂ© embauchĂ©s pour faire leur travail. KT et diverses banques ont Ă©galement licenciĂ© des travailleurs rĂ©guliers et les ont rĂ©embauchĂ©s comme occasionnels.L’accord de fĂ©vrier 1998 entre Kim Dae Jong et la direction de droite de la KCTU pour des licenciements massifs a conduit Ă  une rĂ©volte de la base au sein de la KCTU, et toute la direction a Ă©tĂ© Ă©vincĂ©e aprĂšs que des militants ouvriers eurent occupĂ© les bureaux de la KCTU armĂ©s de tuyaux en acier. . Une nouvelle direction de gauche a pris le contrĂŽle, comme mentionnĂ© prĂ©cĂ©demment, et a tentĂ© de relancer une grĂšve gĂ©nĂ©rale contre la nouvelle loi du travail en mai, juin et juillet, mais en vain. L’ancienne direction est restĂ©e enracinĂ©e dans les syndicats de l’industrie lourde et s’est opposĂ©e Ă  l’action militante. En juin-aoĂ»t 1998, une grĂšve de 28 jours a eu lieu chez HMC, entraĂźnant le licenciement de 10 000 travailleurs rĂ©guliers. En deux ans, 10 000 occasionnels avaient Ă©tĂ© embauchĂ©s pour faire leur travail. KT et diverses banques ont Ă©galement licenciĂ© des travailleurs rĂ©guliers et les ont rĂ©embauchĂ©s comme occasionnels.L’accord de fĂ©vrier 1998 entre Kim Dae Jong et la direction de droite de la KCTU pour des licenciements massifs a conduit Ă  une rĂ©volte de la base au sein de la KCTU, et toute la direction a Ă©tĂ© Ă©vincĂ©e aprĂšs que des militants ouvriers eurent occupĂ© les bureaux de la KCTU armĂ©s de tuyaux en acier. . Une nouvelle direction de gauche a pris le contrĂŽle, comme mentionnĂ© prĂ©cĂ©demment, et a tentĂ© de relancer une grĂšve gĂ©nĂ©rale contre la nouvelle loi du travail en mai, juin et juillet, mais en vain. L’ancienne direction est restĂ©e enracinĂ©e dans les syndicats de l’industrie lourde et s’est opposĂ©e Ă  l’action militante. En juin-aoĂ»t 1998, une grĂšve de 28 jours a eu lieu chez HMC, entraĂźnant le licenciement de 10 000 travailleurs rĂ©guliers. En deux ans, 10 000 occasionnels avaient Ă©tĂ© embauchĂ©s pour faire leur travail. KT et diverses banques ont Ă©galement licenciĂ© des travailleurs rĂ©guliers et les ont rĂ©embauchĂ©s comme occasionnels.

SeptiĂšme partie : Post-1998 : les travailleurs rĂ©guliers contre les travailleurs occasionnels deviennent l’enjeu du mouvement ouvrier

Depuis la crise de la FIOM, la question des travailleurs occasionnels est devenue de plus en plus importante dans le mouvement corĂ©en, ainsi que l’antagonisme entre les travailleurs rĂ©guliers et occasionnels, les travailleurs rĂ©guliers considĂ©rant les travailleurs occasionnels comme sapant leur emploi. (En 2000, un syndicat national des travailleurs occasionnels a Ă©tĂ© fondĂ© et est maintenant une organisation faĂźtiĂšre avec plus de 50 000 membres.)

DĂšs 1999, une grĂšve nationale de 32 jours de 4000 tuteurs des Ă©coles Jaenung (hakwon, ou acadĂ©mies privĂ©es pour l’enseignement aprĂšs les heures de cours) a obtenu le droit de nĂ©gociation collective. Le gouvernement avait niĂ© qu’il s’agissait de travailleurs, les qualifiant plutĂŽt d’« entrepreneurs indĂ©pendants ». La grĂšve a Ă©tĂ© importante pour montrer que l’organisation des travailleurs occasionnels Ă©tait possible, contre la rĂ©sistance de l’État et des employeurs.

En 2000-2002, une nouvelle grĂšve de KT a durĂ© 517 jours. Au lendemain de la dĂ©faite, le syndicat des travailleurs occasionnels KT a Ă©tĂ© dissous. Les travailleurs rĂ©guliers de KT Ă©taient gĂ©nĂ©ralement hostiles aux travailleurs irrĂ©guliers. AprĂšs la grĂšve, KT a embauchĂ© des personnes en tant que « travailleurs sous contrat indirect ». En 2002, 49 % des actions de KT ont Ă©tĂ© vendues Ă  des investisseurs amĂ©ricains, avec une augmentation des indemnitĂ©s de dĂ©part en contrepartie, ainsi que des actions remises aux travailleurs rĂ©guliers. En 2000-2001, une grĂšve d’une usine de climatisation a durĂ© plus d’un mois et a Ă©tĂ© trahie par les travailleurs rĂ©guliers, contre et contre le militantisme des travailleurs occasionnels. Un contre-exemple, cependant, a Ă©tĂ© la campagne d’organisation des travailleurs de Lotte Hotel en 2000, qui a montrĂ© qu’un syndicat de travailleurs rĂ©guliers pouvait, dans certaines circonstances, organiser des travailleurs irrĂ©guliers. AprĂšs une terrible rĂ©pression des hĂŽteliers et l’incarcĂ©ration des grĂ©vistes,l’hĂŽtel a acceptĂ© de rĂ©gulariser les travailleurs sur une pĂ©riode de deux ans. Au cours de ces mĂȘmes annĂ©es, cependant, le KDLP se dĂ©plaçait vers la droite, et la domination de la ligne NL, orientĂ©e vers les bureaucrates de la KCTU et les politiciens du KDLP, empĂȘchait d’organiser les travailleurs occasionnels. (En 2004, la KCTU a mĂȘme aidĂ© un PDG de Hyundai dans sa campagne Ă©lectorale en tant qu’indĂ©pendant.) De l’avis de certains militants, la KCTU faisait partie intĂ©grante du nĂ©olibĂ©ralisme, presque au point d’imposer l’externalisation. En 2003, par exemple, les chauffeurs de camion de Pusan ​​ont rĂ©ussi Ă  faire grĂšve, mais le gouvernement, les employeurs, la KCTU et le KDLP l’ont sabotĂ©e. La mĂȘme annĂ©e, une grande grĂšve a Ă©clatĂ© Ă  la raffinerie LG Caltex (aujourd’hui GS Caltex), mais la KCTU n’a rien fait pour aider les grĂ©vistes. En 2005, 10,000 travailleurs occasionnels du pĂ©trole et de la chimie Ă  Ulsan ont fait grĂšve pendant 83 jours Ă  cause des conditions de travail. La structure d’embauche compliquĂ©e imposĂ©e par les lois du travail et la stratĂ©gie de l’entreprise a entravĂ© la grĂšve. Un « comitĂ© pour la rĂ©gion d’Ulsan » a Ă©tĂ© créé pour s’installer, comprenant des capitalistes, des PDG, des hommes d’affaires plus petits, des ONG et la branche d’Ulsan de la KCTU. Un accord se limitait Ă  la reconnaissance du syndicat. Les ouvriers ont repris le travail pendant six mois de « discussions » en comitĂ© qui n’ont abouti Ă  rien. Le retour au travail a Ă©tĂ© provoquĂ© par des concessions de petites entreprises, mais aprĂšs le retrait de la KCTU et du KDLP, aucune partie de l’accord n’a jamais Ă©tĂ© mise en Ɠuvre. Au cours de l’Ă©tĂ© 2005, une bataille a de nouveau fait rage Ă  Ulsan HMC au sujet de la prĂ©carisation. Un travailleur s’est immolĂ© en signe de protestation et le syndicat a refusĂ© de lier sa mort Ă  la situation du travail.Les travailleurs occasionnels ont essayĂ© d’arrĂȘter la chaĂźne de montage, mais les travailleurs rĂ©guliers ont refusĂ© de collaborer. Les chefs d’entreprise et les briseurs de grĂšve ont redĂ©marrĂ© la ligne pendant que les travailleurs rĂ©guliers se tenaient debout, ne faisant rien. Tous les travailleurs occasionnels impliquĂ©s dans la lutte ont Ă©tĂ© licenciĂ©s.

En juin 2006, le syndicat des mĂ©tallurgistes a votĂ© pour former un syndicat industriel pour tenter de surmonter la fragmentation des travailleurs dans la myriade de filiales dĂ©rivĂ©es avec des contrats diffĂ©rents, mais HMC nĂ©gocie toujours avec le syndicat d’entreprise HMC. De nombreux travailleurs militants se sont opposĂ©s Ă  l’initiative du syndicat industriel en raison de son programme corporatiste.

Plus tard cet Ă©tĂ©-lĂ , les ouvriers occasionnels du bĂątiment de l’aciĂ©rie gĂ©ante POSCO Ă  Pohang se sont Ă©chappĂ©s et ont Ă©tĂ© vaincus. En aoĂ»t 2007, les travailleurs occasionnels de la Kia Motor Company ont pillĂ© et occupĂ© une partie de l’usine, oĂč ils ont Ă©tĂ© physiquement agressĂ©s par les travailleurs rĂ©guliers de Kia et contraints de reprendre le travail.

Fait positif, en novembre 2007, les travailleurs réguliers et irréguliers de Hyundai Motor Company à Ulsan ont organisé pour la premiÚre fois un mouvement de base ensemble.

HuitiĂšme partie : La grĂšve E-Land illumine l’horizon social

La grĂšve E-Land toujours en cours (au moment d’Ă©crire ces lignes, mars 2008) est la derniĂšre et Ă  certains Ă©gards la lutte la plus importante de toutes pour placer la question des travailleurs occasionnels au premier plan dans la sociĂ©tĂ© sud-corĂ©enne.

En novembre 2006, le gouvernement corĂ©en a adoptĂ© une autre sĂ©rie de lois sur le travail occasionnel, appelĂ©e Ă  la maniĂšre orwellienne Loi sur la protection des travailleurs occasionnels. La loi a Ă©tĂ© conçue pour crĂ©er l’illusion de « faire quelque chose » au sujet d’une condition affectant maintenant plus de 60 % de la population active de la CorĂ©e du Sud. La loi prĂ©voyait qu’aprĂšs deux ans de travail, tous les travailleurs deviendraient automatiquement des travailleurs rĂ©guliers. La loi est entrĂ©e en vigueur sept mois plus tard, le 1er juillet 2007, et a laissĂ© d’Ă©normes lacunes pour les employeurs qui voulaient licencier les occasionnels avant la date limite. Certaines entreprises se sont conformĂ©es Ă  la loi, mais beaucoup d’autres ne l’ont pas fait et ont licenciĂ© leurs travailleurs occasionnels en juin. L’ensemble du processus a Ă©tĂ© mis au point dans une chaĂźne de grands magasins connue sous le nom d’E-Land, avec une lutte connexe dans une chaĂźne similaire connue sous le nom de New Core. E-Land avait commencĂ© comme une petite entreprise familiale,sous un propriĂ©taire chrĂ©tien fondamentaliste, et Ă©tait devenue une entreprise annuelle de 58 milliards de dollars avec 61 points de vente Ă  travers le pays. Elle avait repris les magasins de la chaĂźne française Carrefour. L’entreprise Ă©tait connue pour ses conditions d’emploi particuliĂšrement difficiles, avec principalement des travailleuses occasionnelles gagnant 800 $ par mois pendant 36 heures par semaine, souvent obligĂ©es de travailler des quarts de 12 heures sans mĂȘme aller aux toilettes. De plus, l’entreprise exigeait que tous les employĂ©s, chrĂ©tiens ou non, frĂ©quentent la chapelle sur place. Le PDG d’E-Land a versĂ© 10 millions de dollars Ă  son Ă©glise en 2006. Juste avant l’entrĂ©e en vigueur de la nouvelle loi, E-Land et New Core ont licenciĂ© 1 000 travailleurs qui seraient considĂ©rĂ©s comme des travailleurs rĂ©guliers en vertu de ses dispositions. La rĂ©ponse immĂ©diate a Ă©tĂ© une grĂšve maintenant (mars 2008) dans son 9Ăšme mois, et maintenant face Ă  une dĂ©faite presque certaine. Mais dans les premiers jours de la grĂšve,Partout en CorĂ©e du Sud, des milliers de travailleurs occasionnels d’autres secteurs sont venus aider Ă  fermer les magasins E-Land. La KCTU est passĂ©e Ă  l’action, faisant tout pour Ă©touffer la grĂšve sous une rhĂ©torique abondante tout en dĂ©tournant les Ă©nergies de la base et de ses partisans « de l’extĂ©rieur » dans des actions symboliques dĂ©nuĂ©es de sens. Le 20 juillet, cependant, 200 employĂ©s d’E-Land ont occupĂ© un point de vente Ă  SĂ©oul et l’ont fermĂ©. La rĂ©ponse du gouvernement a Ă©tĂ© d’envoyer 7 000 soldats, policiers et hommes de main embauchĂ©s pour expulser et arrĂȘter violemment 200 personnes. Le gouvernement en dĂ©clin de Noh Moon Yon (trĂšs impopulaire et qui devait quitter ses fonctions en fĂ©vrier 2008) a beaucoup profitĂ© du succĂšs de la nouvelle loi. Mais il n’Ă©tait guĂšre le seul Ă  percevoir l’importance de la grĂšve. De nombreux grands chaebols sont venus en aide Ă  E-Land avec des millions de dollars de prĂȘts. La KCTU, pour sa part,a promis de prĂȘter de l’argent aux syndicats E-Land et New Core lorsque leurs fonds de grĂšve seraient Ă©puisĂ©s Ă  la fin de l’Ă©tĂ©, puis a reniĂ© son offre. La KCTU a constamment fait pression sur les syndicats de l’entreprise pour qu’ils viennent Ă  la table de nĂ©gociation tandis que la direction d’E-Land n’a offert aucune concession. A Pohang, en novembre, E-Land a mĂȘme tentĂ© d’ouvrir un nouveau point de vente avec uniquement des travailleurs occasionnels. 500 employĂ©s d’E-Land et autres occasionnels ont non seulement bloquĂ© l’entrĂ©e du magasin, mais ont Ă©galement attaquĂ© et dĂ©sarmĂ© la police et les voyous qui le protĂ©geaient. Des actions similaires, y compris des blocages et des occupations de magasins, se sont produites par intermittence tout au long de l’automne. Peut-ĂȘtre le plus remarquable dans la grĂšve E-Land, contrairement Ă  de nombreuses grĂšves antĂ©rieures avec le travail occasionnel comme principal problĂšme, Ă©tait la large sympathie et le soutien de la grĂšve parmi les travailleurs dans la mĂȘme situation prĂ©caire.Un boycott Ă  l’Ă©chelle nationale avait rĂ©duit les ventes de 30 % Ă  l’Ă©chelle nationale en dĂ©cembre 2007, et mĂȘme les mĂ©dias avaient accordĂ© une couverture gĂ©nĂ©ralement favorable Ă  la grĂšve, au moins dans les premiĂšres semaines. Que la grĂšve d’E-Land rĂ©cupĂšre ou non les emplois des grĂ©vistes (Ă  ce stade, il semble que ce ne sera pas le cas), ce sera une victoire pour le mouvement ouvrier dans son ensemble en faisant enfin de la prĂ©carisation du travail en CorĂ©e du Sud une question qui ne peut plus ĂȘtre ignorĂ©. En dĂ©cembre 2007, le candidat d’extrĂȘme droite Hanaratang (One Nation Party) Lee Myoung Back a remportĂ© les Ă©lections prĂ©sidentielles avec un soutien important de la classe ouvriĂšre, une Ă©volution politique qui a probablement scellĂ© le sort de la grĂšve d’E-Land, puisque le nouveau gouvernement (aujourd’hui en place) soutiendrait la gestion d’E-Land encore plus ouvertement que le gouvernement de centre-gauche sortant, largement mĂ©prisĂ©, qui avait déçu tant de gens.La direction d’E-Land continue de bĂ©nĂ©ficier du soutien financier d’autres grands chaebols corĂ©ens, alors que les grĂ©vistes d’E-Land ont Ă©tĂ© abandonnĂ©s par la quasi-totalitĂ© de leurs alliĂ©s, KCTU en tĂȘte. Le nouveau gouvernement promet une offensive totale de privatisations et de « rĂ©formes de marchĂ© libre » et doit nĂ©cessairement dĂ©cevoir ses partisans de la classe ouvriĂšre, qui exprimaient plus de dĂ©goĂ»t pour l’ancien gouvernement que de soutien au nouveau, ainsi que des rĂȘves vains que l’ex-PDG de Hyundai Lee Myoung Back ramĂšnerait les jours de gloire du capitalisme corĂ©en, qui a pris fin il y a 20 ans. On sait que les grĂšves perdues en CorĂ©e durent depuis des annĂ©es avec un noyau dur en diminution tandis que la plupart des grĂ©vistes trouvent d’autres emplois ou retournent aux anciens. Mais, encore une fois, Ă  cause de la grĂšve d’E-Land,la crise croissante reprĂ©sentĂ©e par le travail prĂ©caire en CorĂ©e du Sud ne peut plus ĂȘtre relĂ©guĂ©e au silence. SĂ©oul, CorĂ©e du Sud Mars 2008

Bibliographie :

(J’ai appris beaucoup plus dans les conversations et la collaboration avec des militants corĂ©ens et des intellectuels pro-ouvriers pour l’article ci-dessus que dans n’importe quel livre, Ă  l’exception de Korean Workers (2001), le seul point de vue complet disponible dans une langue occidentale de Histoire de la classe ouvriĂšre corĂ©enne. Je suis bien sĂ»r grandement gĂȘnĂ© par le manque de maĂźtrise du corĂ©en. Ce qui suit est une bibliographie sommaire des ouvrages que j’ai trouvĂ©s utiles.)

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Portfolio

Messages

  • Bien des gens croient encore que la rĂ©pression violente en CorĂ©e du sud provient d’abord et avant tout Ă  son conflit avec la CorĂ©e du Nord. Merci d’avoir rectifiĂ©. L’existence mĂȘme de la division provient du conflit des classes dirigeantes mondiales avec le prolĂ©tariat corĂ©en rĂ©volutionnaire !!! Ses luttes extraordinaires mĂ©ritaient au moins ce rectificatif !!!

  • Les Ă©vĂ©nements de Kwangju se sont dĂ©roulĂ©s aprĂšs que le dictateur de la CorĂ©e du Sud, Park Chung-Hee, ait Ă©tĂ© assassinĂ© par son propre chef du renseignement. Dans l’euphorie qui a suivi la disparition de Park, les Ă©tudiants ont dirigĂ© un vaste mouvement en faveur de la dĂ©mocratie, mais le gĂ©nĂ©ral Chun Doo-Hwan s’est emparĂ© du pouvoir et a menacĂ© de recourir Ă  la violence si les manifestations se poursuivaient. Partout en CorĂ©e, Ă  la seule exception de Kwangju, les gens sont restĂ©s chez eux. Avec l’approbation des États-Unis, le nouveau gouvernement militaire a alors transfĂ©rĂ© les parachutistes les plus aguerris des lignes de front de la zone dĂ©militarisĂ©e pour donner une leçon Ă  Kwangju. Une fois que ces troupes ont atteint Kwangju, elles ont terrorisĂ© la population de façons inimaginables. Lors des premiĂšres confrontations du 18 mai au matin, ils ont utilisĂ© des matraques spĂ©cialement conçues pour briser la tĂȘte d’étudiants sans dĂ©fense. Alors que les manifestants cherchaient la sĂ©curitĂ© et se regroupaient, les parachutistes attaquĂšrent violemment : « Un groupe de militaires a attaquĂ© un Ă©lĂšve isolĂ©. Ils lui ont dĂ©foncĂ© la tĂȘte, l’ont piĂ©tinĂ© le dos et lui ont donnĂ© des coups de pied au visage. Quand les soldats en ont eu fini, il ressemblait Ă  un tas de vĂȘtements trempĂ©s dans de la soupe Ă  la viande. » [Lee Jae-Eui, Journal de Kwangju : Au-delĂ  de la mort, au-delĂ  des tĂ©nĂšbres du siĂšcle, p.46] Les corps Ă©taient entassĂ©s dans des camions, oĂč les soldats continuaient Ă  les battre et Ă  leur donner des coups de pied. À la nuit tombĂ©e, les parachutistes s’étaient installĂ©s dans plusieurs universitĂ©s.

    Comme les Ă©tudiants ont ripostĂ©, les soldats ont utilisĂ© des baĂŻonnettes et ont arrĂȘtĂ© des dizaines de personnes, dont beaucoup ont Ă©tĂ© dĂ©shabillĂ©es, violĂ©es et encore plus brutalisĂ©es. Un soldat a brandi sa baĂŻonnette contre des Ă©tudiants capturĂ©s et leur a crié : « C’est avec cette baĂŻonnette que j’ai coupĂ© les seins de quarante femmes du Viet Cong [au Vietnam] ! » Toute la population Ă©tait sous le choc de la rĂ©action excessive des parachutistes. Ils Ă©taient tellement hors de contrĂŽle qu’ils ont mĂȘme poignardĂ© Ă  mort le directeur de l’information du commissariat de police qui avait tentĂ© de les convaincre d’arrĂȘter le massacre. [Kwangju Diary, p. 79]

    MalgrĂ© des passages Ă  tabac et des centaines d’arrestations, les Ă©tudiants ont continuĂ© Ă  se regrouper et ont ripostĂ© avec tĂ©nacitĂ©. Alors que la ville se mobilisait le lendemain, parmi les manifestants, il y avait plus de gens de tous horizons que d’étudiants. [The May 18 Kwangju Democratic Uprising, p. 127] Cette gĂ©nĂ©ration spontanĂ©e d’un mouvement populaire a transcendĂ© les divisions traditionnelles entre les travailleurs et les Ă©tudiants, un des premiers signes de la gĂ©nĂ©ralisation de la rĂ©volte. Une fois de plus, les parachutistes ont eu recours Ă  une brutalitĂ© cruelle, tuant et mutilant tous ceux qui se trouvaient sur leur passage. MĂȘme les chauffeurs de taxi et de bus cherchant Ă  aider les blessĂ©s et les personnes qui saignaient ont Ă©tĂ© poignardĂ©s, frappĂ©s et parfois tuĂ©s. Certains policiers ont secrĂštement tentĂ© de libĂ©rer des prisonniers, et ils ont Ă©galement pris des coups de baĂŻonnettes. [Kwangju Diary, p.113] De nombreux policiers sont tout simplement rentrĂ©s chez eux et le chef de la police a refusĂ© d’ordonner Ă  ses hommes de tirer sur les manifestants, en dĂ©pit de l’insistance de l’armĂ©e.

    Les gens ont ripostĂ© avec des pierres, des battes, des couteaux, des tubes, des barres de fer et des marteaux contre 18 000 policiers anti-Ă©meute et plus de 3 000 parachutistes. Bien que de nombreuses personnes aient Ă©tĂ© tuĂ©es, la ville a refusĂ© de se calmer. Le 20 mai, un journal appelĂ© « Militants’ Bulletin » a Ă©tĂ© publiĂ© pour la premiĂšre fois. Il fournissait des informations prĂ©cises, contrairement aux mĂ©dias officiels. À 17h50, une foule de 5 000 personnes a franchit une barriĂšre de police. Lorsque les parachutistes les ont repoussĂ©, ils se sont rassemblĂ©s et se sont assis sur la route. Ils ont ensuite choisi des reprĂ©sentants pour tenter de sĂ©parer davantage la police de l’armĂ©e. Dans la soirĂ©e, la manifestation a atteint 200 000 personnes dans cette ville de 700 000 habitants. La foule massive a unifiĂ© les travailleurs, les agriculteurs, les Ă©tudiants et des personnes de tous les horizons. Neuf autobus et plus de deux cents taxis ont conduit le cortĂšge sur l’avenue Kumnam, la zone commerçante du centre-ville. Une fois de plus, les parachutistes ont violemment attaquĂ© et cette fois toute la ville a ripostĂ©. Pendant la nuit, des voitures, des jeeps, des taxis et d’autres vĂ©hicules ont Ă©tĂ© incendiĂ©s et poussĂ©s vers les forces armĂ©es. Bien que les militaires aient attaquĂ© Ă  plusieurs reprises, la soirĂ©e s’est terminĂ©e dans une impasse Ă  Democracy Square. À la gare, de nombreux manifestants ont Ă©tĂ© tuĂ©s et au Province Hall, Ă  proximitĂ© de Democracy Square, les parachutistes ont ouvert le feu sur la foule avec des M-16, faisant de nombreux morts.
    Les mĂ©dias censurĂ©s n’ont pas rapportĂ© ces meurtres. Au lieu de cela, de fausses informations concernant des actes de vandalisme et des actes mineurs de la police ont Ă©tĂ© inventĂ©s. La brutalitĂ© de l’armĂ©e n’a pas Ă©tĂ© mentionnĂ©e. AprĂšs que les nouvelles de la nuit aient Ă  nouveau Ă©chouĂ© Ă  rendre compte de la situation, des milliers de personnes ont encerclĂ© le bĂątiment des mĂ©dias de la MBC. Rapidement, la direction de la station et les soldats qui la gardaient se sont retirĂ© et la foule est entrĂ©e en masse. Incapables de faire fonctionner les installations de diffusion, des manifestants ont incendiĂ© le bĂątiment. Mais la foule a intelligemment ciblĂ© les bĂątiments incendiĂ©s :
    « À 1 heure du matin, des citoyens se sont rassemblĂ©s au bureau des impĂŽts, ont cassĂ© les meubles et y ont mis le feu. La raison en Ă©tait que les impĂŽts destinĂ©s Ă  la vie et Ă  l’aide sociale Ă©taient utilisĂ©s pour l’armĂ©e et la production d’armes pour tuer et frapper le peuple. Ce qui Ă©tait trĂšs inhabituel c’était de mettre le feu aux stations de radiodiffusion et au bureau des impĂŽts tout en protĂ©geant le poste de police et d’autres bĂątiments. » [The May 18 Kwangju Democratic Uprising, p. 138]

    Outre le bureau des impĂŽts et deux bĂątiments des mĂ©dias, le bureau de contrĂŽle du travail, le dĂ©pĂŽt de voitures de Province Hall et 16 vĂ©hicules de police furent incendiĂ©s. La bataille finale Ă  la gare vers 4 heures du matin a Ă©tĂ© intense. Les soldats ont de nouveau utilisĂ© des M-16 contre la foule, tuant beaucoup de manifestants des premiers rangs. Mais d’autres ont escaladĂ© les corps pour continuer le combat contre les militaires. Avec un courage incroyable, le peuple a triomphĂ© et l’armĂ©e a battu en retraite prĂ©cipitamment.

    Le lendemain matin (21 mai), Ă  9 heures, plus de 100 000 personnes se sont Ă  nouveau rassemblĂ©es sur l’avenue Kumam, face aux parachutistes. Un petit groupe a criĂ© que certaines personnes devraient aller chez Asia Motors (un entrepreneur militaire) et saisir des vĂ©hicules. Quelques dizaines de personnes sont parties et n’en ont ramenĂ© que sept (nombre exact de manifestants sachant conduire). Alors qu’ils faisaient la navette avec d’autres conducteurs, 350 vĂ©hicules, dont des vĂ©hicules blindĂ©s de transport de troupes, ont Ă©tĂ© pris par le peuple. Conduisant ces vĂ©hicules expropriĂ©s dans la ville, les manifestants ont rassemblĂ© la population et se sont Ă©galement rendus dans les villes et les villages voisins pour propager la rĂ©volte. Certains camions ont rapportĂ© du pain et des boissons de l’usine Coca-Cola. Des nĂ©gociateurs ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s par la foule et envoyĂ©s Ă  l’armĂ©e. Soudain, des coups de feu ont percĂ© cette atmosphĂšre dĂ©jĂ  tendue, mettant fin Ă  l’espoir d’un rĂšglement pacifique. Pendant dix minutes, l’armĂ©e a tirĂ© Ă  l’aveuglette et ça a Ă©tĂ© un carnage : des dizaines de personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es et plus de 500 blessĂ©es.

    Les gens ont vite rĂ©pondu. Moins de deux heures aprĂšs la fusillade, le premier poste de police a Ă©tĂ© perquisitionnĂ© pour obtenir des armes. De plus en plus de personnes ont formĂ© des Ă©quipes d’action et ont attaquĂ© les armureries de la police et de la garde nationale et se sont rassemblĂ©es Ă  deux endroits centraux. Avec l’aide des mineurs de charbon de Hwasun, les manifestants ont obtenu de grandes quantitĂ©s de dynamite et de dĂ©tonateurs. [The May 18 Kwangju Democratic Uprising, p.143] Sept autobus de travailleuses du textile se sont rendus Ă  Naju, oĂč elles ont capturĂ© des centaines de fusils et de munitions et les ont ramenĂ©s Ă  Kwangju. Des saisies d’armes similaires ont eu lieu dans les comtĂ©s de Changsong, Yoggwang et Tamyang. Le mouvement s’est rapidement Ă©tendu Ă  Hwasun, Naju, Hampyung, Youngkwang, Kangjin, Mooan, Haenam, Mokpo – au moins seize autres rĂ©gions du sud-ouest de la CorĂ©e. [The May 18 Kwangju Democratic Uprising, p. 164] La prolifĂ©ration rapide de la rĂ©volte est un autre indice de la capacitĂ© du peuple Ă  s’autogouverner et Ă  prendre des initiatives autonomes. Dans l’espoir d’amener le soulĂšvement Ă  Chunju et Ă  SĂ©oul, des manifestants sont partis mais ont Ă©tĂ© repoussĂ©s par des troupes bloquant l’autoroute, les routes et les chemins de fer. Des hĂ©licoptĂšres de combat ont Ă©liminĂ© des unitĂ©s de manifestants armĂ©s des comtĂ©s de Hwasun et de Yonggwang qui tentaient d’atteindre Kwangju. Si l’armĂ©e n’avait pas contrĂŽlĂ© si Ă©troitement les mĂ©dias et restreint les dĂ©placements, la rĂ©volte aurait pu se transformer en un soulĂšvement national.

    Dans le feu de l’action, une structure plus dĂ©mocratique que les administrations prĂ©cĂ©dentes de la ville a Ă©tĂ© mise en place. RĂ©unis Ă  Kwangju Park et Ă  Yu-tong Junction, des cellules de combat et un comitĂ© de direction se sont formĂ©s. Des mitrailleuses ont Ă©tĂ© apportĂ©es Ă  Province Hall (oĂč l’armĂ©e avait son poste de commandement). À 17h30, l’armĂ©e se replie ; Ă  20 heures, les gens contrĂŽlaient la ville. Les acclamations ont fait Ă©cho partout. Bien que leurs armes de la Seconde Guerre mondiale soient bien infĂ©rieures Ă  celles de l’armĂ©e, le courage et les sacrifices des gens se sont rĂ©vĂ©lĂ©s plus puissants que la supĂ©rioritĂ© technique de l’armĂ©e. La Commune Libre a durĂ© six jours. Les assemblĂ©es quotidiennes de citoyens ont exprimĂ© la frustration sĂ©culaire et les aspirations profondes des gens ordinaires. Les groupes de citoyens locaux ont maintenu l’ordre et créé un nouveau type d’administration sociale – l’un, par et pour le peuple. Par coĂŻncidence, le 27 mai, le jour mĂȘme oĂč la Commune de Paris avait Ă©tĂ© Ă©crasĂ©e cent ans plus tĂŽt, la Commune de Kwangju a Ă©tĂ© submergĂ©e par les forces militaires malgrĂ© une rĂ©sistance hĂ©roĂŻque. Bien que brutalement rĂ©primĂ© en 1980, le mouvement continua de se battre pendant sept ans. En 1987, un soulĂšvement national fut organisĂ© pour finalement remporter une rĂ©forme Ă©lectorale dĂ©mocratique en CorĂ©e du Sud.

    Comme le cuirassĂ© Potemkine, les habitants de Kwangju ont Ă  plusieurs reprises signalĂ© l’avĂšnement de la rĂ©volution en CorĂ©e du Sud – de la rĂ©bellion de 1894 Ă  Tonghak et de la rĂ©volte des Ă©tudiants de 1929 au soulĂšvement de 1980. À l’instar de la Commune de Paris et du cuirassĂ© Potemkine, la signification historique de Kwangju est internationale, pas simplement corĂ©enne (ni française, ni russe). Sa signification et ses enseignements s’appliquent aussi bien Ă  l’Est qu’à l’Ouest, au Nord et au Sud. Le soulĂšvement populaire de 1980, Ă  l’instar de ces symboles de la rĂ©volution, a dĂ©jĂ  eu des rĂ©percussions dans le monde entier. AprĂšs des dĂ©cennies de rĂ©pression des droits dĂ©mocratiques fondamentaux dans toute l’Asie de l’Est, une vague de rĂ©voltes et de soulĂšvements a transformĂ© la rĂ©gion. Les rĂ©volutions de 1989 en Europe sont bien connues, mais l’eurocentrisme empĂȘche souvent la comprĂ©hension de leurs homologues asiatiques. Six ans aprĂšs le soulĂšvement de Kwangju, la dictature de Marcos fut renversĂ©e aux Philippines. Aquino et Kim Dae-Jung s’étaient connus aux États-Unis et l’expĂ©rience de Kwangju a contribuĂ© Ă  inspirer l’action Ă  Manille.

    Partout en Asie, des mouvements populaires pour la dĂ©mocratie et les droits de l’homme ont fait leur apparition : la loi martiale a pris fin Ă  Taiwan en 1987 ; en Birmanie, un mouvement populaire a explosĂ© en mars 1988 lorsque des Ă©tudiants et des minoritĂ©s ethniques sont descendus dans les rues de Rangoon. En dĂ©pit d’une rĂ©pression horrible, le mouvement a contraint le prĂ©sident Ne Win Ă  se retirer aprĂšs 26 ans de rĂšgne. L’annĂ©e suivante, des activistes Ă©tudiants en Chine ont dĂ©clenchĂ© un vaste appel Ă  la dĂ©mocratie. Ils ont ensuite Ă©tĂ© abattus sur la place Tiananmen et poursuivis pendant des annĂ©es. Puis ce fut le tour du NĂ©pal. Les manifestations qui durĂšrent sept semaines Ă  partir d’avril 1990 obligĂšrent le roi Ă  dĂ©mocratiser le gouvernement. Puis la ThaĂŻlande a subi cette explosion. En mai 1992, une grĂšve de la faim menĂ©e par un dirigeant de l’opposition a entraĂźnĂ© des centaines de milliers de personnes dans les rues. Des dizaines de personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es lorsque l’armĂ©e a rĂ©primĂ© les manifestations dans les rues. Suchinda Krapayoon a Ă©tĂ© contrainte de dĂ©missionner. En 1998, en IndonĂ©sie, des Ă©tudiants ont appelĂ© Ă  une « rĂ©volution du pouvoir populaire » et ont rĂ©ussi Ă  renverser Suharto. Des entretiens menĂ©s par un correspondant amĂ©ricain dans des universitĂ©s indonĂ©siennes ont permis de dĂ©terminer que le slogan du « pouvoir populaire » avait Ă©tĂ© adoptĂ© aux Philippines, de mĂȘme que l’innovation tactique de l’occupation de l’espace public.

    Écrit par George Katsiaficas

    Tiré de la Fédération des Anarcho-Communistes du Nord-Est

  • SoulĂšvement de Jeju en 1948

    Le 3 avril 1948 Ă  Jeju, la police tire sur des manifestants commĂ©morant la lutte des CorĂ©ens contre l’occupant japonais. OutrĂ©s, les habitants attaquent 12 postes de police. Durant les combats, une centaine de policiers et de civils sont tuĂ©s. Les rebelles brĂ»lent Ă©galement les centres Ă©lectoraux pour les scrutins Ă  venir et attaquent des politiciens ainsi que leur famille5,12. Ils Ă©mettent Ă©galement un appel demandant Ă  la population de se soulever contre le gouvernement militaire amĂ©ricain.

    Cet appel du parti des travailleurs est accueilli favorablement par la population locale grĂące au ressentiment envers le gouvernement et les forces de police soupçonnĂ©s d’avoir collaborĂ© trop volontiers avec les Japonais. La lourde imposition des produits agricoles joua aussi un rĂŽle.

    Le gouvernement essaie de trouver un rĂšglement rapide Ă  cette insurrection et envoie 3000 soldats du 11e rĂ©giment de gendarmerie soutenir les forces de police. Cependant, le 29 avril, plusieurs centaines de soldats se rebellent et fournissent un nombre important d’armes lĂ©gĂšres aux rebelles. Le gouvernement de SĂ©oul envoie aussi une force paramilitaire issue de l’association de la jeunesse du nord-ouest qui est constituĂ©e de rĂ©fugiĂ©s anti-communistes venus du nord de la CorĂ©e5. Des membres de ce groupement ont tuĂ© des habitants avant d’organiser un mariage forcĂ© avec un membre de la famille afin qu’il puisse hĂ©riter des terres11.

    Peu aprĂšs les Ă©lections, le 15 mai, les rebelles tuent 35 policiers et extrĂ©mistes de droite. Le 16 mai, la police arrĂȘte dans deux villages 169 habitants soupçonnĂ©s de soutenir l’insurrection6. Au mois de juin, un rapport du colonel Rothwell H. Brown indique que 4 000 personnes ont Ă©tĂ© interrogĂ©es par l’armĂ©e. On y apprend qu’une armĂ©e dĂ©mocratique du peuple a Ă©tĂ© créée en avril, qu’elle est composĂ©e de 4000 personnes mal armĂ©es puisque seule 400 d’entre elles ont une arme Ă  feu. Le parti des travailleurs compte alors 60 Ă  70 000 membres Ă  Jeju rĂ©partis dans chaque village dans des comitĂ©s populaires.

    Brown enjoint d’intensifier les actions visant Ă  couper la guĂ©rilla des villageois et Ă  empĂȘcher le ravitaillement des guĂ©rilleros et de continuer Ă  interroger les prisonniers. 3000 personnes sont arrĂȘtĂ©es entre le 28 mai et la fin juillet.

    Le lieutenant-gĂ©nĂ©ral Kim Ik Ruhl, commandant des troupes sud-corĂ©ennes sur l’üle mena les nĂ©gociations avec les rebelles. Il rencontra plusieurs fois Kim Dalsam, un membre du parti des travailleurs mais ils n’aboutirent pas Ă  un accord. Le gouvernement voulait une reddition complĂšte tandis que les rebelles demandaient le dĂ©sarmement de la police locale, la dĂ©mission de tous les fonctionnaires de l’üle, l’interdiction des groupes paramilitaires et la rĂ©unification de la pĂ©ninsule. Le gĂ©nĂ©ral Kim Ik Ruhl fut rappelĂ© subitement Ă  SĂ©oul Ă  cause de son approche conciliante et fut surpris de voir que son remplaçant organise une offensive soutenue contre les rebelles Ă  la fin de l’étĂ©. Le 15 aoĂ»t 1948, le gouvernement militaire provisoire de l’armĂ©e amĂ©ricaine est dissout, Syngman Rhee devient le premier prĂ©sident de la rĂ©publique de CorĂ©e.

    La guĂ©rilla avait créé des camps dans la montagne tandis que les forces gouvernementales tenaient les villes de la cĂŽte. Les communautĂ©s agricoles entre la cĂŽte et les collines formaient donc le champ de bataille principal. En octobre 1948, l’armĂ©e rebelle se composait d’environ 4 000 combattants et bien que beaucoup fussent mal armĂ©s, ils ont gagnĂ© quelques petits combats face Ă  l’armĂ©e. À la fin de l’automne, les rebelles ont commencĂ© Ă  prendre ouvertement parti pour la CorĂ©e du Nord et Ă  en porter le drapeau.

    Au printemps 1949, cependant, quatre bataillons de l’armĂ©e sud-corĂ©enne arrivent porter renfort aux forces dĂ©jĂ  en prĂ©sence. Ensemble, elles viennent rapidement Ă  bout des rebelles. Le 17 aoĂ»t 1949, le mouvement s’effondre Ă  la suite de l’assassinat de l’un de ses principaux chefs, Yi Tuk-ku. Le gouverneur de Jeju estime alors que 60 000 habitants ont Ă©tĂ© tuĂ©s et que 40 000 sont partis au Japon.

  • La rĂ©volte prolĂ©tarienne Ă  Daegu (rĂ©gion de Youngnam)

    De Jeonpyeong Ă  Daegu, la grĂšve gĂ©nĂ©rale a commencĂ© Ă  partir du 23 septembre 1946 et les grĂšves et les manifestations se sont poursuivies jusqu’au 1er octobre. Le soir du 1er octobre, lors d’une manifestation devant l’hĂŽtel de ville mĂ©tropolitaine de Daegu pour prĂ©parer des contre-mesures contre la faim, des civils nommĂ©s Hwang Mal-Yong et Kim Jong-Tae ont Ă©tĂ© abattus par les forces de rĂ©pression lorsque la police a tirĂ© sur la foule qui se dispersait. Lorsque la foule a entendu les coups de feu, elle s’est mise en colĂšre et a commencĂ© Ă  se rassembler devant le siĂšge du « ComitĂ© des combattants » de la ville de Daegu, et des milliers de personnes se sont rassemblĂ©es. La police a tirĂ© Ă  nouveau pour disperser la foule, et en rĂ©ponse, la foule a attaquĂ© la police, faisant des victimes policiĂšres celle fois.

    Le lendemain matin, le 2 octobre, lorsqu’ils ont appris que deux civils avaient Ă©tĂ© abattus par les tirs de la police, les travailleurs ont commencĂ© Ă  se rassembler dans la ville et des citoyens ordinaires et des Ă©tudiants se sont joints aux manifestations. EntourĂ© d’une foule d’environ 10 000 personnes, le chef du dĂ©partement de police de Daegu s’est dĂ©clarĂ© dĂ©sarmĂ© et a remis les clĂ©s du centre de dĂ©tention pour libĂ©rer les prisonniers politiques. Les travailleurs ont essayĂ© de prendre le pouvoir de la police de maniĂšre ordonnĂ©e. À ce moment-lĂ , cependant, des foules rĂ©voltĂ©es d’un cĂŽtĂ© de la rue ont commencĂ© Ă  jeter des pierres sur la police, et des policiers dans le coin ont tirĂ© sur la foule, tuant 17 manifestants.

    A l’occasion de ces faits insurrectionels que les autoritĂ©s ont appelĂ© « l’incident » du 2 octobre, la grĂšve a pris une forme violente car elle s’est combinĂ©e avec la lutte de masse. Le comitĂ© de lutte de la ville de Daegu a tentĂ© de dĂ©ployer la lutte de grĂšve dans un cadre lĂ©gal et d’empĂȘcher la lutte de se dĂ©rouler violemment. Cependant, alors que la haine du public pour la police montait en flĂšche, attaquant et dĂ©truisant spontanĂ©ment les maisons des policiers et des militaires.

    La foule a pillĂ© les riches et les maisons des anciens pro-japonais, a apportĂ© des produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ© et de la nourriture, les a entassĂ©s dans la rue et les a distribuĂ©s aux personnes dans le besoin. Des endroits tels que les magasins gĂ©nĂ©raux et les banques ont rarement subi des dommages. La raison pour laquelle les policiers ont Ă©tĂ© agressĂ©s ou tuĂ©s Ă©tait que la plupart d’entre eux Ă©taient des policiers pro-japonais, qui harcelaient les CorĂ©ens depuis la pĂ©riode coloniale japonaise.

    MĂȘme le ministĂšre de la SantĂ© de Daegu , une rĂ©union de mĂ©decins Ă  Daegu , a lancĂ© un avertissement Ă  la police, disant « PremiĂšrement, les policiers devraient cesser de tirer sur les citoyens. DeuxiĂšmement, ils devaient refuser de soigner les policiers blessĂ©s qui ont tirĂ© sur des compatriotes. »

    L’ USAMGIK (le gouvernement militaire de l’armĂ©e des États-Unis en CorĂ©e) a dĂ©clarĂ© la loi martiale Ă  Daegu Ă  19 heures le 2 octobre et le lendemain il a mobilisĂ© l’armĂ©e amĂ©ricaine. Il semblait donc que l’ordre avait Ă©tĂ© rĂ©tabli extĂ©rieurement Ă  Daegu. Cependant, alors que les manifestations s’étendaient au comtĂ© de Gyeongsan, au comtĂ© de Seongju et au comtĂ© de Yeongcheon prĂšs de Daegu, le conflit entre les civils et l’ USAMGIK Ă  Gyeongsangbuk-do ne s’est pas arrĂȘtĂ© mais a continuĂ© Ă  se produire. Par la suite, dans le processus de rĂ©pression des manifestations civiles dans la rĂ©gion de Gyeongbuk, le conflit s’est Ă©tendu Ă  l’ensemble du pays et s’est poursuivi jusqu’à la fin de 1946.

  • RĂ©volte dans la province du Gyeongsang du Nord

    Les troubles semblaient se calmer vers le 2 octobre. Cependant, l’incident s’est propagĂ© dans tout Gyeongbuk alors que les gens autour de l’incident se sont dĂ©placĂ©s vers d’autres zones pour protester et s’émeuter. À Yeongcheon, 10 000 manifestants ont fait une descente et incendiĂ© le poste de police. En outre, ils ont tuĂ© des militaires, des policiers et des fonctionnaires. (3 octobre) Lorsque les pom-pom girls de la police sont arrivĂ©es, l’ordre a Ă©tĂ© rĂ©tabli dans la rĂ©gion, mais des policiers et des jeunes de droite ont pillĂ© les maisons des personnes impliquĂ©es dans l’incident et les ont harcelĂ©s. Rien qu’à Yeongcheon, plus de 1 200 maisons ont Ă©tĂ© incendiĂ©es et dĂ©truites, faisant 40 morts, 43 blessĂ©s graves et 1 milliard de won de dĂ©gĂąts. À Seonsan-gun (maintenant Gumi), les instigateurs ne sont pas descendus, mais une foule de 2 000 personnes dirigĂ©e par Park Sang-hee a attaquĂ© le poste de police de Gumi, paralysant le fonctionnement du poste de police, et accrochĂ© une enseigne du poste de sĂ©curitĂ© du ComitĂ© populaire de Sunsan pour gĂ©rer la zone. Ils ont emprisonnĂ© la police et le personnel de droite et dĂ©truit la richesse des riches.

    À Yecheon-gun, la police a Ă©tĂ© dĂ©pĂȘchĂ©e Ă  l’avance pour empĂȘcher les manifestations, mais elle a Ă©chouĂ© en raison d’un conflit avec des civils, et une foule d’environ 1 000 personnes a fait une descente au poste de police et s’est mĂȘme engagĂ©e dans une bataille. L’ordre local n’a pu ĂȘtre rĂ©tabli qu’à l’arrivĂ©e de l’armĂ©e amĂ©ricaine. Cependant, mĂȘme aprĂšs cela, les attaques contre le poste de police ont continuĂ©, causant des blessures Ă  la police et la prise de l’arsenal, et il n’y avait pas de police mĂȘme dans la pĂ©riphĂ©rie. En revanche, Ă  Yeongil-gun, un missionnaire a Ă©tĂ© tuĂ© par une attaque civile.

    Un Ă©vĂ©nement terrible s’est produit Ă  Chilgok ainsi que laid. Une foule de 500 personnes a attaquĂ© le poste de police de Yakmok et tuĂ© trois policiers en les attachant Ă  un poteau. À Waegwan, 2 000 habitants ont attaquĂ© le poste de police de Waegwan en mĂȘme temps que des manifestations, et quatre autres policiers ont Ă©tĂ© tuĂ©s. Avant l’incident, la rĂ©gion de Waegwan avait une trĂšs forte rĂ©sistance Ă  l’ordre de ramasser du riz, mais la colĂšre des habitants de Waegwan Ă©tait si grande que Jang Seok-Han, le chef de la police Ă  l’époque, a Ă©tĂ© tuĂ© en se sĂ©parant sa tĂȘte de bas en bas avec son visage mutilĂ©.

    En outre, des incidents se sont produits Ă  Dalseong, Goryeong, Seongju, Gunwi, Uiseong, Gimcheon, Gyeongsan, Cheongdo, Gyeongju, Yeongdeok, Andong, Sangju, Mungyeong, Yeongju et Bonghwa, et environ 773 200 personnes ont participĂ© Ă  l’incident. Les incidents dans la rĂ©gion de Gyeongbuk se sont dĂ©roulĂ©s Ă  l’aide de diverses forces (classĂ©es comme inexistantes/faible force/force moyenne/forte/force maximale) et de tactiques (premiĂšre frappe, raid sur un poste de police, utilisation du jour du marchĂ©, utilisation de l’équilibre des pouvoirs entre forces politiques et idĂ©ologiques, utilisation de riziĂšres Ă  forte ondulation), suivies de reprĂ©sailles brutales de la police.

  • Dans la rĂ©gion de Gyeongnam, le premier incident s’est produit Ă  Tongyeong. Une foule de 4000 Ă  5000 personnes a pris le contrĂŽle de la ville et a battu la police et volĂ© des armes. Plusieurs succursales ont Ă©galement Ă©tĂ© attaquĂ©es Ă  Changnyeong et des foules ont tentĂ© d’occuper les postes de police et les bureaux de comtĂ©. A Masan, les 6 et 7, de violents affrontements entre la foule et les militaires et policiers ont fait 13 morts. Dans la rĂ©gion d’Ulsan, le bureau a Ă©tĂ© dĂ©truit et le poste de police a Ă©tĂ© assiĂ©gĂ©, mais avec l’aide de la police d’Eung-Won (police venue de la terre ferme sur l’üle de Jeju) et de l’armĂ©e amĂ©ricaine, ils ont rapidement Ă©tĂ© repris, et certains des la foule s’est Ă©chappĂ©e par bateau. A Busan, oĂč il y a eu un conflit sanglant qui a Ă©clatĂ© le 9, tuant 24 personnes.

    La rĂ©volte de Gyeongsang-do s’est dĂ©placĂ©e Ă  Chungcheong-do et s’est propagĂ©. À Chungcheong-do, la rĂ©volte s’est principalement produite dans la rĂ©gion du nord-ouest. Des troubles civils ont eu lieu les 4 et 7 octobre Ă  Chungbuk et du 17 au 19 octobre Ă  Chungnam. Le 17 octobre, un poste de police a Ă©tĂ© attaquĂ© Ă  Dangjin, occupant des installations publiques, coupant les lignes de communication et faisant sauter des ponts. À partir de cet incident, la partie nord-ouest de Chungcheongnam-do a Ă©tĂ© prise dans la rĂ©volte. À Hongseong, la police a tirĂ© sans discernement sur des foules qui protestaient pour le riz et la terre, tuant quatre personnes. La manifestation a Ă©galement eu lieu Ă  Yesan, Seonsan et Cheonan, menaçant la police et les forces fascistes.

    Il n’y a eu relativement aucun incident Ă  Chungbuk . Un policier est mort Ă  Cheongju et une foule de 300 Ă  400 personnes Ă  Yeongdong-gun a tentĂ© d’attaquer le poste de police, mais cela a Ă©chouĂ©. La raison pour laquelle l’ampleur de l’incident Ă©tait relativement petite dans la rĂ©gion de Chungbuk Ă©tait que l’ aile gauche modĂ©rĂ©e de Cheongju, le centre de Chungbuk, Ă©tait assez dominante. (Certains modĂ©rĂ©s ont diffusĂ© des tracts disant « Les communistes extrĂȘmes sont inacceptables » et ont chassĂ© les extrĂ©mistes.)

    Alors que l’incident se calmait Ă  Chungcheong-do, des manifestations ont Ă©clatĂ© dans les provinces de Gyeonggi-do et Hwanghae-do. À Gwangju, Gyeonggi-do, ils se sont battus pour tuer la police et incendier le poste de police. À Gaepung, le chef de la police a Ă©tĂ© assassinĂ© et la plupart des succursales ont Ă©tĂ© attaquĂ©es en deux jours. A Paju, une Ă©meute a Ă©tĂ© planifiĂ©e et dĂ©couverte Ă  l’avance, et tous les dirigeants ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s.

    Enfin, des manifestations ont Ă©galement eu lieu Ă  SĂ©oul. Le 3, une foule de 1 200 personnes a rejoint les Ă©tudiants et a chantĂ© une chanson devant l’hĂŽtel de ville, et le 21 Ă  midi, 2 000 personnes se sont rassemblĂ©es Ă  l’intersection Jongno et ont avancĂ© jusqu’à Dongdaemun. Cependant, devant le Christian Youth Hall, la foule a Ă©tĂ© dispersĂ©e par le feu de masse de la police armĂ©e, et un boxeur de passage a Ă©tĂ© assassinĂ©. Ce jour-lĂ , des manifestations ont Ă©clatĂ© Ă  Jongno 5-ga et une bombe a explosĂ© Ă  la gare de SĂ©oul.

    En outre, des manifestations et des raids ont Ă©tĂ© suivis dans les rĂ©gions d’Incheon, Yeonbaek et Jangdan, et des incidents se sont produits du 20 au 22 octobre (hors Incheon). Entre le 29 octobre et la premiĂšre semaine de novembre, des manifestations ont Ă©clatĂ© sur la cĂŽte est du Gangwon-do. À Gangwon, des milliers de foules ont attaquĂ© le poste de police de Hoengseong, et Ă  Mukho, des habitants ont attaquĂ© le poste de police Ă  la suite des dĂ©cĂšs alors qu’ils enquĂȘtaient sur les manifestations. A Gangneung, la police a Ă©tĂ© battue et les communications coupĂ©es, et Ă  Pyeongchang, les forces de gauche avec des armes et la police ont fait irruption. A Samcheok, il y a eu des troubles entre la gauche et la droite Ă  cause de la mine. Le cas de Gangwon-do se caractĂ©rise par le fait qu’il s’est principalement dĂ©roulĂ© prĂšs de la cĂŽte est.

  • Entre le 29 octobre et le 4 novembre, un soulĂšvement Ă  grande Ă©chelle a eu lieu dans la rĂ©gion centre-nord du Jeollanam-do , centrĂ© sur Naju et Hwasun . À partir du 30 octobre, les mineurs de Hwasun ont tentĂ© de marcher vers Gwangju . Le lendemain, le 31, mĂȘme les femmes et les enfants ont dĂ©filĂ© ensemble. Le 4 novembre, les mineurs se sont battus fĂ©rocement contre l’armĂ©e et la police amĂ©ricaines.

    Alors que la rĂ©volte d’octobre s’est Ă©tendu Ă  une manifestation Ă  l’échelle nationale, la police Ă  elle seule n’a pas pu le rĂ©primer. Pour cette raison, l’aide du personnel de droite anti-communiste, comme l’armĂ©e amĂ©ricaine et la Garde de la dĂ©fense sud - corĂ©en, ainsi que le Parti dĂ©mocratique de CorĂ©e , l’ Association nationale de la jeunesse corĂ©enne , la Ligue du Nord - Ouest de la jeunesse , et Baekuisa Ă©taient nĂ©cessaires dans chaque rĂ©gion. En consĂ©quence, plusieurs personnes impliquĂ©es dans diverses organisations de droite anticommunistes , dont l’ Association nationale de la jeunesse corĂ©enne , Baekuisa et la Ligue de la jeunesse du Nord-Ouest , ont infligĂ© Ă  plusieurs reprises des actes de terrorisme ou des dommages matĂ©riels au motif de l’arrestation de gauchistes qui ont participĂ© aux manifestations. (Pour Ă©viter cela, certains gauchistes et civils ont mĂȘme fui dans les montagnes.)

    Le nombre de victimes du cÎté de la police, y compris les forces de sécurité (assistants de police et vigiles villageois), a fait 80 morts, disparus, 145 personnes ont été enlevées et 96 personnes ont été blessées. Les dommages causés à la droite et aux civils ont été comptés comme 24 morts, 41 blessés et 21 enlÚvements. Mais ce ne sont que des chiffres officiels. Les vrais chiffres restent inconnus.

    Pak Hon-young a qualifiĂ© cet incident de « soulĂšvement populaire d’octobre » et l’a Ă©valuĂ© comme les trois grands soulĂšvements populaires de Joseon avec la rĂ©volution paysanne de Donghak et le mouvement du 1er mars . Le Parti communiste de CorĂ©e n’a jamais officiellement Ă©tĂ© l’instigateur de manifestations, des membres locaux du Parti communiste ont Ă©tĂ© tuĂ©s ou emmenĂ©s en prison alors qu’ils se battaient au premier rang des manifestants autonomes dans chaque ville.

    Ce sont les comités populaires révolutionnaires qui ont réellement dirigé la lutte.

    Alors que le soulĂšvement se rĂ©pandait dans toute la CorĂ©e du Sud, l’ USAMGIK a activement rĂ©agi Ă  la dĂ©tention prĂ©liminaire des dirigeants des comitĂ©s populaires et des associations d’agriculteurs dans les rĂ©gions oĂč le soulĂšvement Ă©tait attendu, ou a organisĂ© des organisations de rĂ©pression dans chaque rĂ©gion. Comme la zone de combat a Ă©tĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e et l’armĂ©e amĂ©ricaine et la police ont Ă©tĂ© dispersĂ©s, les jeunes et d’ autres l’ aile droite ont Ă©tĂ© activement mobilisĂ©s pour la rĂ©pression. Lorsqu’un soulĂšvement a Ă©clatĂ© dans la rĂ©gion, l’armĂ©e et la police amĂ©ricaines ont Ă©tĂ© immĂ©diatement dĂ©pĂȘchĂ©es pour le rĂ©primer. Le soulĂšvement se dĂ©veloppa violemment et la mĂ©thode de rĂ©pression fut impitoyable, causant de nombreuses victimes. En particulier, la police et les personnalitĂ©s de droite ont Ă©tĂ© intensĂ©ment attaquĂ©es au cours du soulĂšvement, et il y a eu de nombreuses reprĂ©sailles de la part de la police et de la droite . En outre, de nombreux morts et blessĂ©s ont Ă©tĂ© causĂ©s par le terrorisme de la droite , et les dĂ©gĂąts matĂ©riels ont Ă©tĂ© importants

    À la suite du soulĂšvement, les dirigeants des mouvements populaires, y compris les associations d’agriculteurs et les comitĂ©s populaires rĂ©volutionnaires, ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s ou Ă©vacuĂ©s, affaiblissant fortement les capacitĂ©s de la gauche , notamment de ces organisations. D’autre part, la droite s’est organisĂ©e Ă  la suite du soulĂšvement et a renforcĂ© ses capacitĂ©s.

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    Plus de vernis démocratique en Corée du sud : toute activité politique et toute manifestation est interdite, la loi martiale est proclamée. Les sombres années de dictature reviennent...

    https://www.lemonde.fr/international/article/2024/12/03/coree-du-sud-le-president-proclame-la-loi-martiale_6427667_3210.html

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