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Cameroun : quand la dictature sautera... Paul Biya dégage !!! - Matière et Révolution
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Cameroun : quand la dictature sautera... Paul Biya dégage !!!

jeudi 13 octobre 2011, par Robert Paris

Cameroun : les travailleurs face à la dictature

La France et son pantin Biya

Secrétaire d’Etat français chargé de la Coopération et de la Francophonie, Alain Joyandet, « a transmis au Président du Cameroun Paul BIYA un message de son homologue français Nicolas SARKOZY, l’invitant à effectuer une visite officielle en France au courant de l’été prochain » (2009).

Monsieur Joyandet ajoute : « le Premier Ministre français, François Fillon, devrait séjourner au Cameroun dans quelques semaines ».

Paul BIYA est donc un dictateur comblé, jamais la France ne lui a manifesté autant d’égards

En effet, tout laisse penser que jamais il n’aurait imaginé, quelques jours après la commémoration interdite au Cameroun de la semaine dite des jeunes martyrs, que la France lui accorde un tel satisfecit officiel, lui fasse un tel concert de louanges.

Alors, pourquoi devrions-nous épiloguer sur ces dizaines de jeunes camerounais tombés sous les balles de sa soldatesque en février 2008 ? ou encore, crime de lèse majesté, faire grand cas de ses anciens compagnons de route affublés du juron suprême de « voleurs de la république », et qui croupissent à vie dans les geôles infâmes de sa république bananière ?

Survie écrit :

« Le président Biya ne prend le pouvoir qu’avec le soutien d’Elf pour contenir la communauté anglophone de ce pays » expliquait Loïk Le Floch-Prigent [1] en 1996. Il s’est ensuite maintenu au pouvoir avec l’aide des autorités françaises.

En réalité, c’est surtout en 1992, qu’Elf a apporté un soutien financier déterminant à Biya qui lui a permis de rester au pouvoir face à l’anglophone Fru Ndi. L’armée française aida ainsi activement Biya à rester au pouvoir : « En 1993, elle a fourni au régime 50 millions de francs de matériel de répression... En février 1994, les services français ont déjoué un projet de coup d’État au stade ultime de sa préparation. Le chef de la DGSE, le général Jacques Dewatre, a été chargé de “déminer” l’armée camerounaise... Fin 1999, l’armée camerounaise était encore conseillée et encadrée par plus de cent officiers et sous-officiers français ».

C’est cette armée bien encadrée qui assassina, en 2000 et 2001, plus d’un millier de personnes : le « commandement opérationnel » institué par Biya pour lutter contre le grand banditisme dans la région de Douala, procède alors à des rafles et plus de mille personnes disparaissent ou sont tuées [2]. Les militaires incriminés n’ont jamais été condamnés, sans que ça émeuve grand monde en France.

Il faut dire que Biya dispose de réseaux de tout bord : des socialistes Michel Charasse et Michel Rocard aux chiraquiens Alain Juppé et Jacques Toubon, en passant par l’avocat électron libre Jacques Vergès, proche de la première dame Chantal Biya, les visiteurs du palais appartiennent à différents cercles d’influence.

Ce soutien se traduit également par la traditionnelle validation de farce électorale. Ainsi, en 1997, à la suite de législatives truquées, l’État français finance tout de même l’élection présidentielle boycottée par les opposants réels, pour 730 millions de francs, et coopère techniquement pour crédibiliser les résultats d’une élection sans valeur démocratique. Depuis, les dirigeants politiques français ont toujours avalisé les différents scrutins et tenté d’offrir à Biya le semblant de légitimité qui lui manque.

Le Premier ministre François Fillon s’est par exemple rendu en visite officielle au Cameroun du 20 au 22 mai 2009, avec les ministres Eric Besson, Alain Joyandet, Jean-Marie Bockel, Hervé Novelli, pour signer de nouveaux accords, notamment dans les domaines du partenariat de défense, des migrations et du développement.

Plus récemment, début juillet 2011, Henri de Raincourt, ministre de la coopération, s’est lui aussi rendu au Cameroun pour y délivrer son message Défilé du 14 juillet 2010, Paul Biya à la droite de Nicolas Sarkozy sur les élections : « La France, de la manière la plus solennelle qui soit, affirme, et personne ne peut prouver le contraire, qu’elle n’a pas de candidat. La France fait confiance à la démocratie, à la sagesse des peuples, pour se choisir les représentants qu’elles désirent, c’est-à-dire, le président, la majorité au parlement, etc. La France, en la matière, ne s’ingère pas dans la politique intérieure des pays africains. » Comme un air de déjà vu...

Et si, comme on l’a appris fin août, l’attaché de sécurité de l’ambassade de France est aussi conseiller du délégué général à la Sureté nationale camerounais, c’est évidemment par souci de non ingérence.

[1] L’express, 12 décembre 1996, cité par François- Xavier Verschave dans Noir Silence, page 176.

[2] « Une affaire de nègres », documentaire d’Osvalde Lewat (2009)

A qui profite la dictature ?

Un secteur que Bolloré désigne comme particulièrement rentable est celui des plantations de palmiers à huile et d’hévéas au Cameroun.

C’est un Germinal sous les tropiques qui se joue dans la palmeraie de Kienké, dans le sud-ouest du Cameroun. Dans cette plantation de palmiers à huile de 9 000 hectares de la Socapalm – filiale d’un groupe belge, Socfinal, lui-même détenu à près de 40 % par le français Bolloré aux côtés de son traditionnel partenaire, la famille belge Fabri -, les ouvriers sont en colère. Depuis novembre, ils ont plusieurs fois fait grève contre leurs conditions de vie et de travail. En retour, la police a arrêté et détenu pendant quelques jours leur leader, Michael Agbor. « Une journée ne suffit pas pour décrire nos souffrances », assure Albert, un ouvrier. Depuis plusieurs années, il vit en permanence dans la palmeraie. Six jours par semaine, il coupe de lourds régimes de noix de palme. Sans gants pour protéger ses mains : ses paumes ont pris la couleur orange des noix que Socapalm transforme en huile de cuisine. Chaque matin, il s’entasse avec ses collègues et le matériel de coupe dans les camions, des épaves, qui s’enfoncent dans la plantation pour charger les régimes. Le soir, il doit marcher, parfois sur une quinzaine de kilomètres, pour rentrer dans un des sept campements d’ouvriers installés au cœur de la plantation.

Le tout pour pas grand-chose il gagne 22 francs CFA pour un régime de 15 kg. En moyenne, il touche 35 000 francs CFA (environ 53 euros) par mois, ce qui ne lui permet pas de vivre décemment. Il a néanmoins plus de chance que ceux qui coupent les régimes de 10 kg pour 8 francs CFA. « Les retenues sur nos salaires sont courantes. Nous sommes souvent payés en retard voire pas du tout », précise-t-il. Albert n’est pas affilié à la sécurité sociale et n’a pas de couverture médicale. « Beaucoup voudraient partir mais ne le peuvent pas, parce qu’ils n’en ont pas les moyens et parce qu’ils attendent qu’on paie leurs arriérés de salaire », affirme-t-il. « Nous sommes les esclaves de la Socapalm », soupire un de ses collègues. Ce n’est cependant pas auprès de l’entreprise, qui contrôle 80 % du marché de l’huile de palme au Cameroun, qu’ils peuvent se plaindre : celle-ci ne les emploie pas directement, mais a passé des contrats de sous-traitance avec une soixantaine de sociétés pour la gestion de l’essentiel de la main-d’œuvre.

« Nous savons que les ouvriers ne s’en sortent pas, que leurs employeurs les paient en retard », reconnaît Marc Mutsaars, le patron de Socapalm. La situation est la même dans les autres plantations du pays, explique-t-il pour tempérer. Il assure que l’entreprise va réduire de moitié le nombre de sous-traitants pour mieux contrôler leurs pratiques. Cette mesure permettra-t-elle d’améliorer aussi les conditions de logement ? « Nous vivons comme des animaux », indique, dégoûté, Albert. Il n’y a pas d’eau, pas de sanitaires et seulement quelques heures d’électricité par jour dans le campement où il vit avec sa famille. Surpopulation, insalubrité et promiscuité font le reste du quotidien de ces vieilles baraques de bois grisâtre et étroites, collées les unes aux autres. Un hôpital, des écoles pour les enfants qui habitent trop loin de l’unique établissement scolaire de la plantation : Michael Agbor tient scrupuleusement la liste des réclamations depuis qu’il a été élu à la tête d’une sorte de syndicat, créé il y a quelques mois par les ouvriers.

Vulgaire « agitateur » pour Socapalm, il est devenu un héros dans les campements. Ses collègues, qu’il estime au nombre de 10 000, savent que son intransigeance et sa détermination face aux entreprises sous-traitantes sont exceptionnelles dans un pays où les syndicats sont systématiquement achetés. Le lendemain de son arrestation, en décembre, certains ont marché sur 15 km, jusqu’à Kribi, où il avait été amené par la police, en scandant : « No Michael, no work ! » « Nous n’avons pas peur, nous sommes tous mobilisés », commente Albert. Il raconte comment l’électricité a été coupée dans son campement lors du dernier débrayage. « Qu’ils fassent grève. Quand ils auront faim, ils reviendront travailler », leur auraient répondu les patrons. « Michael est notre messie », avouent plusieurs salariés de Socapalm, mécontents de leurs salaires et de leurs conditions de vie. De peur des représailles, ils restent cependant à l’écart des mouvements des ouvriers. Michael Agbor a fait également profil bas pendant plusieurs jours en janvier. Après que des représentants des autorités camerounaises lui ont glissé : « Si tu continues, on va te tuer. » Il venait de refuser l’augmentation de 3 francs CFA par régime proposée par les sous-traitants. Depuis, ses collègues lui ont conseillé de ne plus travailler dans la plantation.

Un an après les émeutes de la faim, une vengeance contre les pauvres

Au Cameroun, 18 personnes ont été condamnées à des peines allant de cinq mois à quinze ans de prison au terme d’un procès qui avait débuté en juillet dernier. Elles étaient accusées d’avoir participé ou d’avoir incité aux émeutes de la faim il y a près d’un an, fin février 2008, dans la petite ville de Njombé-Penja.

Dans cette ville, comme dans le pays, la population protestait contre la hausse intolérable des prix et contre une révision constitutionnelle permettant au dictateur Paul Biya de se représenter en 2001. Ces manifestations avaient subi une répression sanglante. Mais Njombé-Penja, où neuf jeunes avaient été tués par l’armée, est au cœur de grandes plantations de bananes. Privatisées en grande partie en 1991, elles appartiennent aujourd’hui à deux sociétés dirigées par des Français expatriés. Celles-ci se sont portées partie civile et ont obtenu gain de cause dans ce procès : plusieurs accusés devront payer solidairement 1,2 million d’euros de dommages et intérêts à la société des plantations du Haut-Penja qui est une filiale de la Compagnie fruitière, française.

Parmi les condamnés figure Paul-Eric Kingué, le maire de Njombé-Penja, condamné à six ans ferme. Pourtant élu sur la liste du parti gouvernemental en juillet 2007, il avait été jeté en prison et révoqué par Biya à la suite des émeutes. Lors de manifestations, il avait eu l’audace de témoigner à la télévision des tirs des forces de l’ordre sur des civils et révélé des noms de victimes. Plus grave, dès sa prise de fonction quelques mois plus tôt, ce maire avait constaté, dans les livres comptables de sa commune, que « les sociétés agro-industrielles exerçant dans cette localité ne payaient pas des impôts et taxes depuis bientôt trente ans (patente, impôts sur les sociétés, enregistrement...) ». Il avait saisi le gouvernement, soulignant que sa commune est située dans « une zone très riche, avec des populations très pauvres », dont les salaires sur les plantations ne dépassent pas 25 000 francs CFA par mois (37,70 euros). Selon le maire, deux directeurs de sociétés l’avaient menacé de le faire emprisonner, voire assassiner. C’était peu de temps avant les émeutes de la faim.

Si ce maire, qui continue de se réclamer du parti gouvernemental, est traité de la sorte, on imagine ce qu’il en est des travailleurs sur les plantations, des chômeurs, face à la dictature des sociétés fruitières, appuyée par la dictature politique d’un Biya qui a les faveurs du gouvernement français.

Cameroun en février 2008 : Biya doit partir !

Au Cameroun, de violentes manifestations ont éclaté fin février, notamment à Douala, capitale économique et premier port du pays, et à Yaoundé, la capitale politique. D’autres grandes villes telles que Bafang, Bamenda, Kumba et Nkongsamba ont été touchées.

Les manifestants, en majorité des jeunes, ont été brutalement réprimés par la police et l’armée. L’opposition et les ONG parlent de plus d’une centaine de morts et de près de 2 000 arrestations. Aujourd’hui, l’armée quadrille les rues de Yaoundé et de Douala, tandis que la justice condamne à tour de bras les émeutiers arrêtés.

Tout a commencé le 23 février, lorsque les chauffeurs routiers et les transporteurs urbains ont fait grève pour protester contre l’augmentation du prix de l’essence. À peine le gouvernement avait-il tenté de désamorcer le conflit en annonçant une baisse de cinq à six francs CFA (1 centime d’euro), que la population descendait dans les rues pour à son tour protester contre la vie chère. Car au Cameroun, comme dans bien d’autres pays d’Afrique, la hausse des prix des produits de première nécessité a été vertigineuse ces derniers mois. La flambée des prix des produits comme le bœuf, le poisson, l’huile, le riz, le sucre, la farine et l’essence rend insupportable la vie quotidienne de la population pauvre. Même ceux qui gagnent un salaire n’arrivent plus à faire face à la hausse du coût de la vie. Et que dire de tous ceux qui n’ont pas de travail, que les syndicats évaluent à 70 % de la population active ?

Mais la vie chère n’est pas la seule cause de ces émeutes. Il y a également le projet de révision de la Constitution qui permettrait au dictateur Paul Biya, qui est déjà au pouvoir depuis vingt-cinq ans, de briguer un nouveau mandat en 2011. D’où les cris des manifestants mêlant des « Non à la vie chère » avec ceux de « Biya doit partir ». Biya accuse les manifestants d’être manipulés par l’opposition. Comme si la population n’avait pas d’yeux pour voir la richesse insolente d’une classe dirigeante corrompue s’étaler au grand jour, et ce depuis l’indépendance ? Comme si elle n’avait pas les moyens de comprendre que les principales ressources du pays sont accaparées par de grandes multinationales étrangères qui pillent le sous-sol et la forêt équatoriale, et qui sont responsables de la pauvreté.

À ce titre, on peut citer le français Bolloré, présent dans tous les domaines de l’économie camerounaise, de l’exploitation des grumes au transport maritime et ferroviaire, en passant par l’extraction de matières premières. Bolloré, qui a bâti sa fortune sur le pillage des richesses du continent africain, n’est autre que « l’ami personnel » de Sarkozy à qui il prête, de temps en temps, son yacht ou son avion privé !

Au pouvoir depuis 1982, le président du Cameroun briguait hier un sixième mandat lors d’un scrutin sans enjeu dans un pays miné par la corruption et verrouillé par la répression.

Paul Biya, 78 ans, règne sans partage sur le Cameroun depuis 1982. Sans qu’on ne voie de fin : après avoir changé, en 2008, la Constitution pour pouvoir se représenter, il a brigué hier un nouveau mandat de sept ans lors d’un scrutin à un tour. Et nul ne doute vraiment du résultat.

Ce n’est pas en travaillant d’arrache-pied pour son pays que cet homme à la voix éraillée et à la démarche aujourd’hui mal assurée a réussi à rester au pouvoir aussi longtemps. Au contraire. Depuis trente ans, le Cameroun recule, plongé dans une profonde léthargie, en total décalage avec son énorme potentiel économique. « Il n’y a pas eu de croissance ces cinq dernières années si on la rapporte au nombre d’habitants », a déploré le Fonds monétaire international début septembre, invoquant notamment un « sous-investissement dans les infrastructures essentielles » et « une mauvaise gestion des finances publiques ». Pendant que ses concitoyens tirent le diable par la queue (40% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour), Biya, surnommé le « roi fainéant », séjourne la majeure partie de son temps dans un hôtel huppé de Genève ou dans son village natal, dans le sud du Cameroun. Il préside, en moyenne, un Conseil des ministres par an. Le dernier s’est tenu en juillet 2009.

Manipulateur. C’est à son talent de manipulateur que Paul Biya doit sa longévité. Suivant la recette « diviser pour mieux régner », il entretient en permanence rivalités et peur au sein de la classe dirigeante, vieillissante comme lui. Sur le même principe, son régime a instrumentalisé les identités ethniques pour casser l’opposition dans les années 90. Il utilise aussi la justice et la force : en février 2008, la police et l’armée ont tiré à balles réelles sur des jeunes qui manifestaient contre son projet de révision constitutionnelle et la vie chère. Bilan : officiellement 40 morts, au moins 139 selon des ONG.

Le Président a aussi usé d’une technique originale : celle consistant à maintenir un équilibre institutionnel précaire qui effraie et paralyse tout le monde. Depuis quinze ans, par exemple, le Sénat, qui est censé jouer un rôle important en cas de vacance du pouvoir au sommet de l’Etat, n’existe que sur le papier. Autre particularité : afin de les éloigner du champ politique et s’assurer leur soutien, Paul Biya laisse, voire encourage, ministres et autres hauts responsables à se servir dans les caisses de l’Etat et à tremper dans divers trafics maffieux. Ceux qui ont trop accumulé et commencent à avoir des vues sur le fauteuil présidentiel sont écartés, invariablement inculpés pour « détournements de fonds publics » et incarcérés. Actuellement, neuf anciens ministres sont en prison. Surtout, la corruption et la triche, au cœur du fonctionnement de l’Etat, ont gagné toutes les sphères de la société. Elles ont permis, avec la répression, de tuer le système éducatif ainsi que l’opposition, désormais en lambeaux, et de pourrir la scène politique, comme le montre la foison de candidats qui se présentaient hier : ils étaient 22 face au président sortant, et aucun n’a la capacité de mobiliser les foules et d’inquiéter l’autocrate.

Cette mainmise totale de Paul Biya n’aurait pas été possible sans la France, qui avait déjà, en 1960, installé au pouvoir son prédécesseur, Ahmadou Ahidjo, à l’issue d’une guerre particulièrement atroce. Les autorités françaises ont en particulier apporté une aide déterminante en 1992, lors d’une élection présidentielle très disputée : elles ont ouvertement soutenu Biya alors qu’au même moment les autres bailleurs de fonds du pays, dont les Etats-Unis, dénonçaient la crédibilité du scrutin. Paris a ensuite donné des financements qui ont permis au régime de reprendre la main face à une opposition largement majoritaire. Auparavant, c’est Elf qui avait avancé de l’argent à Biya pour sa campagne électorale.

Depuis, les liens entre Paris et Yaoundé sont restés étroits : ils passent par les nombreuses entreprises françaises installées au Cameroun, qui contrôlent une bonne partie de son économie, en travaillant main dans la main avec des caciques du régime. Orange, Bolloré, Total, Castel, la Compagnie fruitière et Hachette sont de celles qui font de très bonnes affaires dans le pays, où la corruption permet de transgresser les lois et d’engranger des bénéfices énormes.

Cynisme. Washington ayant également depuis quelques années des intérêts commerciaux importants dans la région, les pays partenaires du Cameroun ont désormais la même ligne de conduite : ne pas fâcher le prince pour conserver son business. La communauté internationale est ainsi restée muette lors de la violente répression de 2008. Mieux, elle donne de l’argent à Yaoundé. L’Union européenne finance, par exemple l’organisme électoral chargé de la mise en œuvre de l’élection présidentielle, bien qu’il soit totalement inféodé au parti de Biya

Les Camerounais restés lucides sont, eux, fatigués. Ils ne prennent plus la peine de voter ou de relever le cynisme de Biya : lors de la campagne électorale de 2004, il avait promis la construction d’infrastructures, parlant d’un « Cameroun des grandes ambitions ». Cette fois-ci, et alors que rien ne s’est passé depuis 2004, il annonce sur Twitter (service que son régime a fait interdire en février à cause de timides appels au soulèvement qui circulaient par mail et SMS) : « Croyez-moi, à nos grandes ambitions vont succéder de grandes réalisations. »

FANNY PIGEAUD à Libreville

4 Messages de forum

  • "The Big Banana Movie"
    Un documentaire sur l’exploitation de travailleurs

    d’une bananeraie camerounaise

    Mercredi 19 octobre 2011 à 18h30 – Parlement Européen - Salle : PHS 7C50

    Hôtes : Thijs Berman et Richard Howitt (S&D)

    Le film décrit les terribles conditions de travail d’environ 6.000 travailleurs de la plantation PHP Banana à Njombé, au Cameroun. Les travailleurs sont forcés de travailler durant de longues heures et, en retour, ils ne reçoivent qu’un salaire dérisoire. A cause de l’usage intensif de pesticides, beaucoup d’entre eux font aussi face à de graves problèmes de santé.

    Le film décrit aussi comment l’importance de la production de bananes a amené le Cameroun à signer les Accords de partenariat économique (APE) controversés avec l’UE, ainsi que le problème de la propriété causé par le besoin continu de PHP de s’étendre pour augmenter sa production.

    PHP est le plus grand producteur de bananes du Cameroun, responsable d’environ 40% de la production totale de bananes du pays. PHP appartient à la Compagnie fruitière française. La production de bananes de PHP est destinée à l’exportation – principalement vers l’Europe – pas à la consommation locale au Cameroun.

    Le film a été interdit au Cameroun où la police a empêché une projection publique à Yaoundé le 26 avril de cette année.

    AEFJN organise cette rencontre pour attirer l’attention sur les effets néfastes que l’action des sociétés européennes peut exercer sur l’Afrique et les Africains et pour appeler à des relations commerciales justes entre l’Union Européenne et l’Afrique

    Quand et où :

    La projection du documentaire aura lieu le mercredi 19 octobre à 18h30 au Parlement Européen, salle PHS 7C50. Après la projection, il y aura un débat avec le producteur du film Franck Hameni, les membres du Parlement Européen Thijs Berman, chef du groupe des Socialistes et Démocrates au comité du Développement et Richard Howitt, chef du groupe des Socialistes et Démocrates au sous-comité pour les Droits humains et rapporteur sur la responsabilité sociale des entreprises, ainsi que Thomas Lazzeri d’AEFJN. Une traduction simultanée anglais/français sera assurée pendant le débat.

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  • Paul Biya a déclaré :

    "es conditions naturelles de votre environnement vous ont rendu durs à la tâche, vos modes de pensée ont fait de vous des hommes et des femmes responsables, votre histoire vous a enseigné la patience. Ces vertus me laissent penser que, si les moyens vous en sont donnés, vous êtes capables d’apporter à la République une contribution exceptionnelle. Cette contribution, je la vois surtout, dans la phase actuelle, dans le développement du secteur agro-pastoral pour lequel vous avez une vocation évidente. Bien entendu cela ne vous écarte aucunement des grands projets énergétiques et industriels qui viendront se greffer inévitablement sur le développement de l’agriculture proprement dite, de l’élevage, de la pêche et de l’artisanat rural. C’est pourquoi, je voudrais vous parler aujourd’hui surtout de la « Politique agricole » qui me tient à cœur depuis plusieurs années. Comme vous le savez, je n’ai cessé de répéter que l’agriculture au sens large du terme est la véritable richesse de notre pays. Je nourris par ailleurs l’ambition de transformer notre pays en un véritable grenier pour l’Afrique Centrale. "

    A quoi servent les blabla ? A tromper les peuples ! Mais Biya a déjà usé sa capacité de tromper...

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  • Le Cameroun en entier est déjà vendu aux entreprises multinationales étrangères, notamment françaises. Au lieu que le Camerounais bénéficient socio-économiquement du produit de ces ventes, Paul Biya transforme depuis 29 ans ces bénéfices en fortune personnelle. Un des exemples les plus criards du non-bénéfice pour le citoyen camerounais moyen, constituant par conséquent une preuve de criminalité économique, est l’exploitation et le traitement du travailleur camerounais dans les plantations de palmiers à huile de SOCAPALM, contrôlé par le groupe Bolloré. Non seulement les conditions de travail sont inhumaines, proches de l’esclavage, mais l’étendue des crimes contre l’environnement et contre le cadre socio-économique du citoyen camerounais est aujourd’hui incommensurable.

    Les entreprises françaises au Cameroun, sont très nombreuses, et leurs intérêts économiques sur le territoire national revêtent une importance primordiale pour le bon fonctionnement économique de la France. Le bien-être économique de l’Etat français n’est pas seulement important pour le peuple Français, mais aussi pour la stabilité de l’Union Européenne, dont bénéficie également les Etats-Unis notamment.

    Selon Survie « *La France reste le premier investisseur étranger au Cameroun avec une centaine de filiales employant quelque 30 000 personnes et plus de 200 entreprises appartenant à des ressortissants français dans tous les secteurs d’activité. (...) Les filiales françaises sont significativement présentes dans l’agriculture et l’agroalimentaire (Compagnie fruitière, groupe Vilgrain, groupe Castel, groupe Bolloré,..), le pétrole (Total, Perenco), les équipements électriques et informatiques – fourniture et installation – (Schneider, Va Tech, Cegelec, CFAO Technologies, Bull), le ciment (Lafarge), la distribution (CFAO), la logistique et les transports (Bolloré, Air France), la téléphonie mobile (Orange), les banques et les assurances (Société générale, Crédit lyonnais, Banques populaires, Axa, AGF, Gras Savoye), le BTP (Vinci, Bouygues, Razel, Scet) * »

    L’ingérence de la communauté internationale n’est pas forcément militaire

    L’ingérence multiforme en Afrique de la communauté internationale, vogue entre le clinquant et assourdissant, ou le sournois et silencieux, on a le choix. Militaire et bruyante en Côte d’Ivoire et en Libye, économique et sournoise comme un boa constrictor qui s’enroule lentement autour de sa proie, au Cameroun ou ailleurs. Avec une ingérence militaire à deux vitesses, et des objectifs qui n’ont rien à voir avec la défense d’un peuple opprimé, nous expliquons aisément l’acharnement à gros frais contre un Laurent Gbagbo, au pouvoir en Côte d’Ivoire depuis 10 ans, et dont l’échec électoral est très douteux, et le cautionnement d’un Paul Biya au pouvoir depuis 29 ans, coupable de se cramponner au pouvoir dans la violence, par le biais de fraudes électorales systématiques et massives.

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  • C’est sur un nouveau média, Twitter, que le vieux président du Cameroun, Paul Biya, a annoncé, vendredi 13 juillet, sa candidature à sa propre succession. Au pouvoir depuis 1982, le chef d’Etat âgé de 85 ans briguera un septième mandat lors de l’élection présidentielle à un tour fixée au 7 octobre. Sur ces mêmes réseaux sociaux circule depuis quelques jours un message d’un autre genre, sous la forme d’une vidéo. Elle se déroule dans l’Extrême-Nord du Cameroun, sans doute dans l’un de ces villages désolés lovés dans les collines pierreuses du Mayo-Tsanaga. On y voit de présumés militaires aux tenues dépareillées user de leur kalachnikov pour exécuter à bout portant deux femmes – et leurs deux enfants, dont un bébé – soupçonnées d’être des complices de Boko Haram. Ces images d’atrocités ont suscité une vive indignation au Cameroun et au-delà. Elles viennent brutalement rappeler que le pays qui s’apprête à voter est en guerre.

    Longtemps à huis clos, elle a fini par fuiter sur les réseaux sociaux où s’accumulent désormais des images d’exactions et de brutalités commises par les forces de sécurité, mais aussi par les miliciens. Des cafés branchés de Douala aux bars des quartiers populaires, nul n’ignore plus qu’une guerre impitoyable se déroule entre le pouvoir de Paul Biya et des concitoyens désespérés qui, au départ, ne faisaient que manifester pour demander le respect au quotidien de leur spécificité anglophone.

    La dictature casse de partout.

    Par le haut, de nombreux hauts fonctionnaires et directeurs ou membres des conseils d’administration des sociétés parapubliques puisent directement dans le Trésor public. Par le bas, mal rémunérées, bureaucratie et soldatesque vivent sur l’habitant.

    Les niches de corruption prolifèrent et les activités illégales sont omniprésentes dans toutes les filières bureaucratiques et secteurs économiques.

    En réalité, tout est prétexte à détournements et surévaluations, qu’il s’agisse de la gestion des projets, des activités de passation et d’exécution des marchés publics, des indemnisations de tout genre ou des transactions au titre de la vie quotidienne.

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