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Défense de l’enfance, l’enfant d’abord, l’enfant roi, belle hypocrisie sociale !!! - Matière et Révolution
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Défense de l’enfance, l’enfant d’abord, l’enfant roi, belle hypocrisie sociale !!!

jeudi 15 mai 2014, par Robert Paris

Défense de l’enfance, l’enfant d’abord, l’enfant roi, belle hypocrisie sociale !!!

On connaît le discours dominant sur l’enfance, sa protection, ses droits, son importance soi-disant prépondérante dans nos sociétés. On connait aussi la réalité : les adultes se valorisent par le fait d’avoir des enfants et de les faire réussir dans la société mais personne ne se préoccupe vraiment de ce qu’ils pensent, de ce qu’ils ressentent ni du rôle bizarre que la société leur fait jouer en les instrumentalisant ainsi.

En fait, la société moderne et capitaliste torture les enfants plus que toute autre société qui a précédé. Il suffit d’évoquer les enfants des pays pauvres, les enfants des régimes de dictatures, les enfants de zones de guerre et de guerre civile, les enfants utilisés comme soldats ou par les proxénètes, les enfants victimes de la pédophilie. Et cela même dans les pays riches. Si quelqu’un se souciait des risques pédophiles, la première demande devrait consister à retirer tous les enfants des mains des prêtres puisque tous ont couvert les pédophiles et que ceux-ci, du fait du célibat imposé, sont parfois poussés à profiter des enfants qui leur sont confiés. Or ni l’Etat ni la société ne fait un seul geste en ce sens. La hiérarchie catholique devrait être complètement discréditée pour avoir couvert et protégé les prêtres pédophiles or elle ne l’est pas, pas au degré du crime en tout cas !

S’il était vrai que l’enfance était intouchable aux yeux de cette société capitaliste, serait-il possible d’y laisser des familles à la rue, serait-il possible que des enfants subissent des répressions policières sous prétexte que leurs parents sont Roms ou sans papiers, serait-il possible qu’on laisse des services spéciaux des forces de l’ordre assassiner des enfants des rues dans certains pays, bombarder des écoles dans d’autres, bombarder les populations civiles sous prétexte de faire tomber un dictateur ou de lutter contre le terrorisme, etc ? Comment supporterait-on qu’une bonne partie des enfants du monde ne bénéficient ni du logement, ni de la santé, ni de l’éducation et ne puissent même pas vivre une vie d’enfants, contraints de travailler dans des conditions souvent dégradantes et parfois en esclavage ? Comment pourrait-on supporter que des millions de femmes soient frappées aux yeux de leurs enfants ? Comment pourrait-on supporter qu’on continue à exciser les petites filles ou à marier des petites de neuf ans ? Même les pays qui disent réprouver ces pratiques ne font absolument rien pour les combattre.

Cela signifie que la protection de l’enfance n’est qu’un drapeau, qu’un slogan, qu’une prétention mensongère et ne correspond pas à une réalité.

Il n’y a pas que la pédophilie, pas que les guerres qui le démontrent. On peut examiner par exemple la question de l’adoption.

Bien des enfants pourrissent de longues années dans des orphelinats alors que les candidats pour être parents adoptifs sont légion. Des pays où les enfants des rues se comptent par millions n’ont aucune législation sur l’adoption. Et cela peut être des pays assez riches comme le Mexique ou le Brésil.

Dans le domaine de l’adoption, il y a une très grande hypocrisie car les Etats font semblant de prendre beaucoup de précautions pour éviter que les parents adoptifs soient mal choisis mais aucune précaution pour que des millions d’enfants ne soient complètement abandonnés.

Bien sûr, il faut se prémunir contre les filières de trafic d’enfants qui se cacheraient derrière l’adoption à l’étranger mais là encore le prétexte de la défense de l’enfance sert aux Etats à imposer leur loi, ce qui fait que ce sont les Etats qui deviennent la principale mafia qui profite des adoptions étrangères au lieu qu’elles soient réellement un moyen de s’assurer qu’il s’agit de véritables adoptions sans échange d’argent.

Dans d’anciennes sociétés, il était courant que des femmes qui avaient un nombre important d’enfants donnent un petit à une femme voisine qui n’en avait pas. Ce genre de procédé est bien entendu devenu illégal alors qu’il était simple et humain.

Nous sommes tellement plongés dans la société de la propriété privée que l’enfant lui-même est devenu une propriété privée de sa famille au sens strict (un homme et une femme) et que nous avons du mal à considérer les choses autrement.

L’enfant n’a pas besoin d’être battu, violé pour être martyrisé. Il suffit qu’il soit nié en tant qu’être humain ayant ses propres aspirations, ses propres rêves à réaliser, ses propres imaginations à explorer, ses propres capacités à développer. Il n’est pas au monde pour réaliser les aspirations de ses parents ni celles de la société qui l’entoure.

La famille, à laquelle l’enfant appartient (l’expression est claire), considère que c’est à elle de décider de l’avenir de l’enfant, que c’est elle qui va déterminer son caractère, que c’est elle qui va le conduire dans la vie. La conception « propriété privée » est tellement implantée qu’il est difficile aux parents de penser l’enfant comme un être indépendant, ayant son caractère, ses goûts, ses dons, ses désirs qui peuvent être tout à fait étrangers à ceux de la famille. Or, c’est là le premier viol de l’enfant : le fait de nier ses capacités particulières, ses aspirations particulières, ses choix particuliers. On crée d’autant plus un piédestal à l’enfance que l’on a l’intention que l’enfant soit une réussite pour les parents, vis-à-vis des proches et des voisins, de l’environnement social.

On pourrait penser que la progression des connaissances scientifiques, physiologiques ou psychologiques, aurait diminué le sens de propriété des parents mais elle en a seulement changé la forme. Au lieu de dire « ceci est mon sang », ils disent maintenant « ceci est mes gènes » ! En tout cas, sous ce prétexte génétique, ils considèrent que l’enfant doit leur ressembler, doit leur obéir, doit les choisir comme seuls exemples et n’avoir aucun autre choix. Dans les sociétés passées, avant le capitalisme, les enfants avaient bien plus d’adultes vivant autour d’eux et, si leurs parents étaient de mauvais parents, ils pouvaient relationner avec d’autres adultes. Ce n’est plus le cas depuis la famille conjugal moderne qui ne comprend même pas les grands parents.

La seule solution qu’offre l’Etat si un enfant est maltraité par ses parents ou subit des risques dans son univers familial est d’en faire un sans famille !

Un exemple du refus de la société de considérer comme prioritaire le soin à accorder aux enfants est celui des congés aux parents dont les enfants viennent de naître, sont malades ou handicapés. Tout le monde trouve normal qu’on légifère pour autoriser les salariés à céder leurs jours de congés pour aider un salarié ayant un enfant handicapé ce qui signifie qu’il est normal que le patron et l’Etat n’accordent pas, eux, ce congé !

La priorité de cette société n’est pas aux enfants parce qu’elle est au profit capitaliste et à la propriété bourgeoise. Ce n’est pas compatible.

On ne peut pas plus mettre en priorité l’éducation, la santé, la sécurité des personnes que l’enfance.

Les enfants ne sont absolument pas dans un monde protégé par rapport à tous les coups qui peuvent frapper leurs parents : chômage, précarité, manque de logement, racisme, fascisme, guerre, etc… Les lycéens et collégiens ont pu le constater en ce qui concerne les sans papiers. Ils peuvent aussi le constater sur le terrain social : l’éducation, loin d’aplanir les différences sociales, les aggrave ! Tous les sondages sur les résultats des différentes classes sociales en France. Et cela dans un pays qui proclame depuis des décennies l’objectif de l’« égalité des chances », de l’« école pour tous », de l’« égalité par l’éducation ».

Les enfants, loin d’être à l’abri des discriminations et des pressions, subissent de plein fouet les conséquences de l’appartenance sociale, raciale, nationale, culturelle de leur famille. Ils sont plombés d’avance, dès leur jeune âge, avant même qu’ils puissent en être conscients.

C’est tout à fait honnêtement que les parents estiment s’être sacrifiés pour satisfaire tous les désirs de leurs enfants mais, le plus souvent, ils n’ont fait que satisfaire des besoins créés par des sociétés capitalistes qui prennent les enfants en otage pour leurs imposer une certaine sorte de consommation, comme ils prennent en otage les adultes. Et tant pis pour les enfants dont les familles n’ont pas les moyens de leur acheter ces produits ! Ils se retrouvent exclus par les autres enfants… L’enfance est une proie facile de ces sociétés qui imposent un type précis de consommation aux enfants. L’enfance n’est donc même pas à l’abri des pressions des sociétés capitalistes, avant même d’avoir accédé au monde du travail. Et toute leur éducation, loin de viser au libre développement de leurs capacités humaines, visera à faire de ces jeunes des candidats idéaux pour se faire exploiter par ces firmes, course qui démarrera très tôt et dont le but est de fournir à la société sa main d’œuvre exploitable et contente si elle trouve à se faire exploiter à bon prix.

L’enfant est roi, cet adage signifie aussi que la femme n’est reine que si elle produit un enfant ! La femme n’a pas le choix : elle doit produire… des enfants. Elle ressent très vite cette pression, qu’elle ait choisi ou pas d’en avoir. Toute la société diffuse clairement ce message selon lequel une femme qui n’enfante pas est une paria. Dans certains pays, une telle femme est carrément maltraitée, répudiée ou considérée comme punie de dieu. Certes, ce n’est plus le cas en France mais la pression existe et la réprobation sociale aussi, seulement un peu cachée par hypocrisie. Bien entendu, c’est sur les femmes que porte toute la pression et non sur les hommes et la réprobation aussi touche d’abord et avant tout les femmes. L’homme peut prendre son plaisir mais la femme doit se sacrifier pour les enfants. Ou du moins, on lui dit que c’est pour les enfants. En fait, on demande aux femmes de se sacrifier pour la société bourgeoise. Le bien être des enfants va justifier que chacun accepte de travailler dans des conditions qu’il n’aurait pas voulu accepter, accepte des pressions inadmissibles dans le travail car on ne peut pas quitter un travail quand on a des enfants, acceptent des conditions inadmissibles de domicile (cher, loin, etc, etc) parce qu’on ne peut pas être sans logis quand on a des enfants…

Les enfants servent à la société bourgeoise pour étouffer toute révolte sociale. Les enfants font pression sur les femmes qui font pression sur les hommes pour ne pas entrer en lutte, pour ne pas se révolter, pour ne pas s’engager socialement et politiquement, pour chercher des arrangements, des compromis, pour accepter l’ordre social. Tout cela sous le prétexte : les enfants d’abord !

Et, finalement, c’est le système social qui va frapper de plein fouet ces enfants, les transformer en chair à travail quand ce n’est pas en chair à canons, en fonction des crises du système capitaliste…

Il n’y a pas d’autre manière de vraiment défendre l’enfance que de combattre la propriété privée des moyens de production et des capitaux et toutes les idéologies qui en découlent et proposent des choix dans lesquels l’individu est artificiellement opposé à l’intérêt collectif. L’individualisme roi est le credo mais cela ne signifie pas que la société capitaliste œuvre ainsi pour le maximum de développement des capacités de l’homme. Loin de permettre à chaque enfant de réaliser ses aspirations, cette société les cantonne dans un réalisme social, dans un pragmatisme écrasant qui empêche tout développement de l’imaginaire, de la création libre.

Même si la société de classes, celle de la propriété privée des moyens de production, a produit des progrès techniques considérables, ce n’est pas elle qui a permis l’apparition de l’homme moderne, avec ses capacités intellectuelles et sociales. C’est le communisme primitif des chasseurs-cueilleurs qui a réalisé la formation de l’humanité et cette ancienne société, souvent présentée comme barbare, n’était pas moins humaine que la nôtre. Notre mythologie idéologique capitaliste ne permet pas un plus grand développement personnel de l’enfant que celle des chasseurs-cueilleurs. Par contre, le niveau technologique atteint par la société capitaliste a dépassé les capacités d’absorption de la société bourgeoise et nécessite la construction d’une société nouvelle fondée sur la propriété collective des moyens de production.

Une société qui ne respecte pas les personnes humaines mais seulement la loi du profit, une société qui ne roule que pour l’argent, une société fondée sur la domination d’une infime fraction de la population, une société qui ne respecte pas les femmes, une telle société ne peut pas respecter les enfants ni les aider à s’épanouir.

Les enfants de demain auront besoin d’un nouveau monde et ils en seront les artisans, un monde où l’humanité soit l’objectif et pas la réalisation de buts productifs économiques. Cette fois, oui, l’enfant sera bel et bien au centre.

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