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Vive l’âne-archie !!! - Matière et Révolution
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Vive l’âne-archie !!!

jeudi 4 février 2016, par Robert Paris

Vive l’âne-archie !!!

Question

Pourquoi tiens-tu tellement à défendre les ânes alors que chacun sait qu’ils sont moins intelligents, moins sympathiques, moins capables, mois proches des êtres humains que les chevaux ?

Réponse

Je pense que c’est un préjugé qui provient de l’époque où les ânes ont servi aux tâches subalternes alors que les chevaux ont servi aux « tâches nobles » à savoir la guerre et le transport des guerriers, des nobles, des seigneurs…

Question

Mais, quand même, refuses-tu de reconnaître qu’on dit, et ce n’est pas un hasard, « têtu comme un âne », « bête comme un âne », « borné comme un âne », « bonnet d’âne », ou encore « tête de mule » ?

Réponse

Est-ce que les préjugés te paraissent des preuves ?

Question

Oui, mais si c’était seulement des préjugés, ils auraient fini par tomber ?

Réponse

Si on se fonde sur ceux qui exploitent les ânes en les faisant travailler avec des coups, c’est sûr qu’on fonctionne sur des préjugés ! Mais penses-tu que ceux qui refusent de se faire exploiter sont forcément… « des ânes » ?!!!

Question

Ce n’est pas pareil : les hommes ont des raisons de ne pas vouloir se faire exploiter, raisons qui ne peuvent pas être comparées à celles des ânes qui sont seulement des animaux domestiques rétifs et peu avancés en compréhension. A preuve : les ânes ont peur de choses risibles comme traverser un cours d’eau et même une flaque d’eau !

Réponse

Pas si bêtes, les ânes ! Ils craignent l’eau parce qu’elle est mauvaise pour leurs sabots !

Question

Mais pourquoi sont-ils aussi désobéissants !

Réponse

Et c’est un homme qui pose cette question, laors que l’espèce humaine a la qualité d’être très désobéissante et que tu n’e es pas le dernier !!!

Question

Pourquoi devrais-je accepter que l’âne refuse de me servir quand ça lui chante ?

Réponse

Pourquoi apprécies-tu de ne le voir que comme un esclave ?!!!

Question

Mais ce n’est quand même qu’un animal ! Il ne voudrait quand même pas que je le traite comme un homme !...

Réponse

Non ! Il veut seulement que tu le traites comme un âne !

Question

C’est bien ce que je fais puisqu’un âne n’est rien d’autre qu’un animal !

Réponse

Cela ne résout pas la question car l’homme, lui aussi, n’est rien d’autre qu’un animal…

Question

Alors quel type de caractère sympathique trouve tu à cet animal en particulier puisqu’il est rétif, peu obéissant, capable de rébellion, ne comprenant pas ce qu’on lui demande, etc.

Réponse

L’âne est amusant, comprend les blagues, est capable d’en faire lui-même, est plein d’esprit d’humour ttrès fin, sent qu’on l’aime, qu’on le comprend, est très relationnel avec l’homme comme avec les autres animaux, a un esprit très collectif, s’adapte bien aux autres animaux. Il suffit qu’on cherche à lui imposer quelque chose pour qu’il se rebelle. Par contre, dès qu’on cesse de tirer sur son licou, il vient de lui-même. Tu devrais donc te reconnaître dans un tel caractère !!!

Question

Mais pourquoi met-il un temps infini à venir quand le lui demande et où on lui demande ?

Réponse

Parce que, comme toi, il réfléchis, veut éviter les pièges et les coups fourrés, ne veut pas être pris pour un idiot qu’on mène par la corde et les coups, n’obéit pas parce qu’on lui ordonne mais parce qu’il le veut bien, etc. L’homme devrait trouver là non des raisons de mépriser mais plutôt d’admirer et d’apprécier !!

Les ânes n’aiment pas travailler ! Les ânes n’aiment pas être exploités ! Les ânes n’aiment pas porter des poids lourds ni tirer des carrioles pesantes ! Les ânes n’aiment pas obéir aveuglément, ils préfèrent réfléchir d’abord et voir ensuite quoi faire ! Les ânes jettent le bât ! Les ânes n’aiment pas les coups, ni les sales coups ! Les ânes n’aiment pas être roulés en camions ni menés en bateau ! Les ânes aiment rigoler ! Les ânes aiment l’amour ! Les ânes aiment l’amitié ! Les ânes aiment la compagnie et pas l’isolement ! En somme, les ânes aiment... l’âne-archie !!!

Question

Donne moi des exemples où les ânes ont démontré leur caractère sympathique que tu leur attribues.

Réponse

Un exemple : un couple d’ânes a vaincu la Pologne des calottins religieux catholiques ! Il suffit de lire ici

Ou encore là

Voici d’autres exemples

Ou encore ici

Les dix commandements de l’âne

Premier commandement de l’âne :

Tu ne te laisseras pas perturber par les mensonges et insultes des humains ! Les propos injurieux des deux pattes te laisseront froid : « bonnet d’âne », « bête comme un âne » ou « âne bâté » ou encore « faire l’âne pour avoir du son » ne sont que des propos d’animaux à deux pattes, un peu écervelés, ceux sans doute qui préfèrent les pauvres chevaux et ne savent rien des ânes. Ces deux pattes ne savent même pas que l’âne ne feignante pas, qu’il n’est pas bête, qu’il n’a pas peur, qu’il n’est pas rétif : qu’il réfléchit tout simplement et posément ! Quel autre animal peut prétendre tourner les oreilles indépendamment à 180° pour mieux entendre ! Quel autre animal est aussi affectueux, je vous le demande !

Deuxième commandement de l’âne :

Tu cultiveras la vie sociale. L’âne ne doit pas rester seul et sa compagnie peut aussi bien être d’autres ânes que des chevaux, des chèvres ou d’autres quatre pattes sympathiques. Nous les ânes, on aime relationner !

Troisième commandement de l’âne :

Tu ne donneras jamais l’impression aux deux pattes de courir après le travail. Ils auraient vite fait de l’exploiter. Interrompt-toi fréquemment pour brouter de l’herbe afin de bien montrer que, pour toi, le travail ce n’est pas la santé. De temps en temps, n’hésites pas à renverser ton chargement si la charge est trop lourde ou mal équilibrée, si le bât est mal fixé, si la courroie te blesse et à arracher ta laisse. Il faut rappeler périodiquement aux deux pattes que tu es libre et que tu tiens à le rester. Et, surtout, ne laisses pas qu’on touche à ta queue !

Quatrième commandement de l’âne :

Malgré les trépignements des deux pattes, qui se croient tes maîtres, tu resteras bien prudent : pas de traversées de gués, de rivières, de ponts, de flaques, de plaques d’égouts ou autres guet-apens qui pourraient être mis sur ton chemin.

Cinquième commandement de l’âne :

Tu ne te laisseras pas embarquer dans n’importe quel van ou camionnette. Méfies-toi : les saucissons sèchent par ci par là et montrent le sort qui guette tous ceux qui n’ont pas su se méfier.

Sixième commandement de l’âne :

Tu n’oublieras jamais l’amour et l’amitié entre ânes et tu trouveras le bonheur. Museau sur l’encolure et bisou au museau sont les gestes les plus sympathiques.

Septième commandement de l’âne :

Tu ne t’ennuieras pas, en repassant tous les événements marquants de ta vie. La mémoire d’un âne, c’est ce qu’il y a de plus fort.

Huitième commandement de l’âne :

Tu n’obéiras pas si on te dit d’arrêter de braire ! Si tu éprouves le besoin de t’exprimer et de faire savoir aux alentours (aux ânes et ânesses notamment) que tu es en grande forme dans ton champ pousse un bon braiement. Tous les ânes du coin sauront qu’un âne en grande forme s’écrie « J’suis dans mon p’tit champ ! J’suis dans mon p’tit champ » !

Neuvième commandement de l’âne :

Tu ne rechigneras pas devant de bons petits plats ! Rien ne vaut une bonne herbe, un bon picotin d’avoine et un peu de sel. Les friandises font du bien sur le moment mais ne valent rien à la longue.

Dixième commandement de l’âne :

Tu pourras fricoter avec les humains, mais prudemment. Si tu connais un deux pattes sympathique, tu peux te fier à lui. Si ton deux pattes est un salaud qui frappe, qu’il se méfie : rien ne vaut le coup de sabot de l’âne qui a gardé sa vengeance pendant trop longtemps ! Mais, en dehors des mauvaises rencontres, c’est bien toi le plus humoristique des animaux ! Je n’ai pas dit des « bêtes ». C’est celui qui n’est pas le plus malin qui les a nommés ainsi… Rien ne vaut une plaisanterie d’âne et une bonne et franche rigolade, c’est le met le plus recherché de tous les ânes de bonne compagnie.

Extrait de « La route » de Vassili Grossman

La guerre toucha tous les habitants des Apennins.

Djou, le jeune mulet qui servait dans le charroi d’un régiment d’artillerie, ressentit immédiatement, dès le 22 juin 1941, de nombreux changements ; mais, bien entendu, il ne savait pas que le Führer avait convaincu le Duce d’entrer en guerre contre l’Union soviétique.

Les gens seraient bien étonnés s’ils apprenaient tout ce que le mulet remarqua le jour où la guerre commença à l’Est : la radio qui émettait sans arrêt, la musique, le portail de l’écurie grand ouvert, la foule des femmes et des enfants qui se tenaient près de la caserne, les drapeaux, l’odeur du vin sur ceux qui, la veille encore, ne sentaient pas le vin, et les mains tremblantes de Nicollo lorsqu’il sortit Djou de sa stalle et lui passa le collier.

Le conducteur n’aimait pas Djou, il l’attelait à gauche pour pouvoir lui donner plus facilement des coups de fouet de sa main droite. Les coups, il les lui donnait sur le ventre et non sur l’arrière-train, là où la peau est épaisse. La main de Nicollo était lourde, brune, les ongles racornis : une main de paysan.

Son coéquipier n’éveillait chez Djou qu’indifférence. C’était un grand animal, fort, appliqué, morose ; sur le poitrail et sur les flancs, le poil était usé par le collier et par les traits. Des plaques dénudées, grises, brillaient de l’éclat gras du graphite.

Les yeux du coéquipier étaient recouverts d’un voile bleuté, la tête aux dents jaunes et usées conservait un air indifférent, somnolent, que ce soit pendant une ascension sur l’asphalte amolli par la chaleur de l’été ou pendant le repos, à l’ombre des arbres… Les yeux du coéquipier n’expriment qu’indifférence, ses narines ne bougent pas, de la lèvre inférieure à peine avancée pend une bave transparente…

Un jour, pour jouer, Djou essaya de pousser le vieux mulet, mais l’autre lui donna tranquillement, sans méchanceté, un coup de sabot et se tourna de l’autre côté. Parfois, Djou entendait le vieux respirer avec difficulté dans la stalle voisine.

Le conducteur, avec son itinéraire à suivre, son pouvoir, son fouet, sa botte et sa voix enrouée, ne provoquait pas chez Djou une admiration d’esclave.

A sa droite marchait le coéquipier, derrière son dos il y avait la charrette qui brinquebalait et le conducteur qui criait de temps en temps, et devant ses yeux s’étendait la route. Parfois, le conducteur semblait suivre la charrette et parfois c’est la charrette qui semblait obéir au conducteur. Le fouet ? Que faire ? Les mouches aussi piquaient jusqu’au sang le bout de ses oreilles. Mais les mouches n’étaient que des mouches. Le fouet, un fouet. Et le conducteur, un conducteur.

Au début, Djou était secrètement en colère contre l’asphalte interminable. On ne pouvait pas le mâcher, on ne pouvait pas le boire, alors qu’on était entouré d’une nourriture de feuilles et d’herbe, et que l’eau abondait dans les lacs et dans les mares.

C’est l’asphalte qui apparaissait comme l’ennemi principal. Mais, très vite, Djou trouva plus désagréables encore le poids de la charrette et des rênes, la voix du conducteur.

Alors Djou se réconcilia avec la route. Il lui semblait qu’elle le libérait de la charrette et du conducteur. La route montait, la route s’entortillait parmi les orangers, et derrière son dos, la charrette roulait inlassablement dans un fracas monotone. Le collier de cuir comprimait les os de son poitrail.

Le labeur absurde qui lui était imposé provoquait en lui le désir de donner des coups de sabots dans la charrette, de déchirer les traits avec ses dents…

Tout ce qui composait la vie du mulet était de plus en plus pénible : la terre était gluante, elle clapotait, semblait parler ; la route était visqueuse, ce qui la rendait plus longue encore, chaque pas était comme une multitude de pas, la charrette était insupportablement paresseuse, têtue. On aurait dit que Djou et son coéquipier ne tiraient pas une seule charrette, mais tout un train. Le conducteur criait maintenant sans cesse, donnait des coups de fouet fréquents et douloureux. On aurait dit qu’il n’y avait pas un seul conducteur dans la charrette, mais plusieurs. Les fouets s’étaient multipliés et ils avaient tous une langue : ils étaient méchants, froids et brûlants à la fois, cinglants, pénétrants…

Lentement, inévitablement, la guerre et l’hiver écrasaient le mulet de leur poids et Djou répondit à l’énorme agression d’indifférence, prête à l’anéantir, par son indifférence à lui, infinie.

Il était devenu l’ombre de lui-même, et cette ombre cendrée mais encore vivante ne ressentait déjà plus ni le plaisir de manger ou de se reposer, ni sa propre chaleur. Il lui était égal de se déplacer sur la route verglacée en remuant ses pattes mécaniques ou bien de rester débout la tête baissée. Il ruminait le foin avec indifférence, sans joie, et supportait pareillement la faim, la soif et le vent coupant de l’hiver. La blancheur de la neige irritait ses yeux, mais le crépuscule et l’obscurité lui étaient équivalents. Il ne les désirait pas, ne les attendait pas.

Il cheminait à côté de son vieux coéquipier, lui ressemblant maintenant complètement. L’indifférence qu’ils ressentaient l’un envers l’autre n’avait d’égale que celle que chacun éprouvait envers lui-même.

Cette indifférence envers lui-même fut sa dernière révolte.

Etre ou ne pas être était devenu sans importance pour Djou ; On aurait dit que le mulet avait résolu le problème d’Hamlet. Soumis à l’existence et à la non-existence, il perdit la notion du temps : le jour et la nuit s’étaient effacés dans son esprit, il ne distinguait plus un soleil glacé d’une nuit sans lune.

Quand l’offensive russe commença, le gel n’était pas particulièrement fort.

Djou ne perdit pas la tête au cours des préparatifs de l’artillerie destructrice. Il n’arracha pas les traits, il ne fit pas d’écarts lorsque dans le ciel nuageux flamba l’incendie de l’artillerie, lorsque le sol commença à s’ébranler et que l’air, déchiré par les gémissements et les rugissements de l’acier, se remplit de feu, de fumée, de mottes de neige et d’argile.

Le torrent de la déroute ne l’avait pas emporté, il restait debout, tête et queue basses, tandis qu’à côté de lui des gens couraient, tombaient, se relevaient, se traînaient, que des tracteurs avançaient, que des camions fuyaient.

Son coéquipier poussa un cri bizarre, d’une voix qu avait l’air humaine, il tomba, agita ses pattes, puis se calma et la neige qui l’entourait devint toute rouge.

Le mulet, insensible et soumis, n’attendait pas l’accomplissement de son destin, il était aussi indifférent à son ancien qu’à son nouveau sort….

Un homme tenant un fouet à la main s’approcha de Djou et l’examina. Le mulet sentit l’odeur de tabac et de cuir brut que dégageait l’homme.

L’homme, tout comme le faisait Nicollo, lui donna un coup dans les dents, dans la pommette, dans le flanc.

Il tira sur la bride, se mit à parler d’une voix sifflante, et le mulet regarda involontairement Nicollo, étendu sur la neige, mais celui-ci se taisait…

Djou suivit l’homme. Ils approchèrent des charrettes et furent aussitôt entourés de conducteurs qu faisaient du bruit, agitaient les bras, riaient, et qui frappèrent à petits coups le dos et les flancs de Djou. On lui donna du foin et il mangea. Aux charrettes étaient attelés, par paires, des chevaux aux oreilles courtes et aux yeux méchants. Il n’y avait pas de mulets.

Le conducteur approcha Djou d’une charrette à laquelle était déjà attelé un cheval au pelage sombre à qui manquait son coéquipîer.

Le cheval était petit. Le mulet, qui était de bonne taille, se révéla être plus grand que lui. Le cheval le regarda, abaissa ses oreilles puis les releva, secoua la tête, la tourna de l’autre côté, souleva sa patte de derrière, prêt à donner un coup de sabot…

L’odeur qui s’en dégageait était insolite, bizarre, chevaline ; cependant, le mulet resta indifférent à cette odeur.

Le mulet resta aussi indifférent à la chaleur qui venait du flanc décharné du cheval.

Le cheval aplatit complètement les oreilles, il prit une expression méchante, carnassière, qui n’était pas celle d’un herbivore. Il roula les yeux, souleva la lèvre supérieure en découvrant ses dents, prêt à mordre. Mais Djou, dans son indifférence, lui présentait sa pommette et son encolure découvertes…

Tout à coup, Djou regarda le cheval du coin de l’œil et le cheval regarda Djou.

Le charroi se mit en route…

Bizarrement, plongé comme il l’était dans un monde d’indifférence, il sentit que lui-même n’était pas indifférent au cheval qui courait à ses côtés.

Et soudain, voici que le cheval agita la queue en direction de Djou. La queue soyeuse et glissante ne ressemblait en rien au fouet ou à la queue du coéquipier mort. Elle glissa avec douceur sur la peau du mulet.

Au bout d’un certain temps, le cheval agita à nouveau la queue. Pourtant, dans la plaine enneigée, il n’y avait ni mouches ni moustiques…

Ils coururent ainsi un long moment et soudain, le cheval hennit. Il hennit doucement, tout doucement, tout doucement pour que ni le conducteur ni la plaine qui les entourait ne puissent entendre son hennissement.

Il avait henni tout doucement pour que seul le mulet qui courait à ses côtés puisse l’entendre…

Le charroi s’arrêta et le conducteur détela les deux bêtes. Elles mangèrent ensemble et burent de l’eau dans le même petit seau, puis le cheval s’approcha du mulet et posa la tête sur son encolure. Ses lèvres mobiles et douces touchèrent l’oreille du mulet et celui-ci plongea avec confiance ses yeux dans les yeux tristes du petit cheval kolkhozien, et sa respiration se mélangea avec la bonne et chaude respiration de celui-ci…

La vie du mulet Djou et le destin du cheval de Vologda se transmettaient distinctement, pour eux seuls, par la chaleur de leur respiration, par la fatigue des yeux… Ils pleuraient tous les deux… C’était vrai, ils pleuraient. »

Le petit âne gris De Hugues Aufray

Ecoutez cette histoire,
Que l’on m’a racontée
Du fond de ma mémoire
Je vais vous la chanter.

Elle se passe en Provence
Au milieu des moutons
Dans le Sud de la France
Au pays des santons.

Quand il vint au domaine
Y avait un beau troupeau
Les étables étaient pleines
De brebis et d’agneaux

Marchant toujours en tête
Aux premières lueurs
Pour tirer sa charrette
Il mettait tout son coeur.

Au temps des transhumances
Il s’en allait heureux
Remontant la Durance
Honnête et courageux

Mais un jour de Marseille
Des messieurs sont venus
La ferme était bien vieille
Alors on l’a vendue.

Il resta au village
Tout le monde l’aimait bien
Vaillant malgré son âge
Et malgré son chagrin

Image d’Evangile
Vivant d’humilité
Il se rendait utile
Auprès du cantonnier.

Cette vie honorable
Un soir s’est terminée
Dans le fond d’une étable
Tout seul il s’est couché

Pauvre bête de somme
Il a fermé les yeux
Abandonné des hommes
Il est mort sans adieu.

Cette chanson sans gloire
Vous racontait la vie
Vous racontait l’histoire
D’un petit âne gris.

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18 Messages de forum

  • Vive l’âne-archie !!! 12 mars 2016 21:11

    « Il n’y a pas de plus grande sagesse que celle des ânes. »

    Gabriel Garcia Marquez, dans « Le général dans son labyrinthe »

    Répondre à ce message

  • Vive l’âne-archie !!! 28 mars 2016 09:00

    Les Deux Mulets - Jean de la Fontaine

    Deux Mulets cheminaient, l’un d’avoine chargé,

    L’autre portant l’argent de la Gabelle.

    Celui-ci, glorieux d’une charge si belle,

    N’eût voulu pour beaucoup en être soulagé.

    Il marchait d’un pas relevé,

    Et faisait sonner sa sonnette :

    Quand l’ennemi se présentant,

    Comme il en voulait à l’argent,

    Sur le Mulet du fisc une troupe se jette,

    Le saisit au frein et l’arrête.

    Le Mulet, en se défendant,

    Se sent percer de coups : il gémit, il soupire.

    Est-ce donc là, dit-il, ce qu’on m’avait promis ?

    Ce Mulet qui me suit du danger se retire,

    Et moi j’y tombe, et je péris.

    Ami, lui dit son camarade,

    Il n’est pas toujours bon d’avoir un haut emploi :

    Si tu n’avais servi qu’un meunier, comme moi,

    Tu ne serais pas si malade.

    Jean de la Fontaine

    Répondre à ce message

  • Vive l’âne-archie !!! 28 mars 2016 12:11

    Un vieillard sur son âne aperçut en passant

    Un pré plein d’herbe et fleurissant :

    Il y lâche sa bête, et le grison se rue

    Au travers de l’herbe menue,

    Se vautrant, grattant, et frottant,

    Gambadant, chantant, et broutant,

    Et faisant mainte place nette.

    L’ennemi vient sur l’entrefaite.

    « Fuyons, dit alors le vieillard.

    - Pourquoi ? répondit le paillard :

    Me fera-t-on porter double bât, double charge ?

    Non pas, dit le vieillard, qui prit d’abord le large.

    - Et que m’importe donc, dit l’âne, à qui je sois ?

    Sauvez-vous, et me laissez paître.

    Notre ennemi, c’est notre maître :

    Je vous le dis en bon français. »

    La Fontaine

    Répondre à ce message

  • Vive l’âne-archie !!! 2 avril 2016 06:50

    L’âne peut se révolter car il a horreur des despotes...

    Mais quand il a peur de faire ceci ou cela d’aller ici ou là, c’est souvent parce qu’il veut vous protéger.

    Il a le sens de l’intérêt collectif.

    Il est intelligent, il réfléchit mais lentement...

    Répondre à ce message

  • Vive l’âne-archie !!! 2 avril 2016 06:52

    L’âne se sent responsable de vous comme il l’est de ses copains ânes. Certains refus ou blocages sont simplement liés à son sens de la "protection" et à sa prudence.

    Il a le sens du groupe social. Il a conscience de l’intérêt de ses amis.

    Répondre à ce message

  • Vive l’âne-archie !!! 14 mai 2016 16:15, par R.P.

    « L’ âne est donc un âne, et n’ est point un cheval dégénéré, un cheval à queue nue ; il n’ est ni étranger, ni intrus, ni bâtard ; il a, comme tous les autres animaux, sa famille, son espèce et son rang : son sang est pur, et quoique sa noblesse soit moins illustre, elle est tout aussi bonne, tout aussi ancienne que celle du cheval ; pourquoi donc tant de mépris pour cet animal, si bon, si patient, si sobre, si utile ? Les hommes mépriseraient-ils jusque dans les animaux, ceux qui les servent trop bien et à trop peu de frais ? On donne au cheval de l’ éducation, on le soigne, on l’ instruit, on l’ exerce, tandis que l’ âne, abandonné à la grossièreté du dernier des valets, ou à la malice des enfants, bien loin d’ acquérir, ne peut que perdre par son éducation : et s’ il n’ avait pas un grand fonds de bonnes qualités, il les perdrait en effet par la manière dont on le traite : il est le jouet, le plastron, le bardeau des rustres qui le conduisent le bâton à la main, qui le frappent, le surchargent, l’ excèdent sans prcaution, sans ménagement. On ne fait pas attention que l’ âne serait par lui-même, et pour nous, le premier, le plus beau, le mieux fait, le plus distingué des animaux, si dans le monde il n’ y avait point de cheval ; il est le second au lieu d’ être le premier, et par cela seul il semble n’ être plus rien : c’ est la comparaison qui le dégrade ; on le regarde, on le juge, non pas en lui-même, mais relativement au cheval ; on oublie qu’ il est âne, qu’ il a toutes les qualités de sa nature, tous les dons attachés à son espèce, et on ne pense qu’ à la figure et aux qualités du cheval, qui lui manquent, et qu’ il ne doit pas avoir. Il est de son naturel aussi humble, aussi patient, aussi tranquille, que le cheval est fier, ardent, impétueux ; il souffre avec constance, et peut-être avec courage, les châtiments et les coups ; il est sobre, et sur la quantité, et sur la qualité de la nourriture ; il se contente des herbes les plus dures et les plus désagréables, que le cheval et les autres animaux lui laissent et dédaignent ; il est fort délicat sur l’ eau, il ne veut boire que de la plus claire et aux ruisseaux qui lui sont connus : il boit aussi sobrement qu’ il mange, et n’ enfonce point du tout son nez dans l’ eau par la peur que lui fait, dit-on, l’ ombre de ses oreilles : comme l’ on ne prend pas la peine de l’ étriller, il se roule souvent sur le gazon, sur les chardons, sur la fougère ; et sans se soucier beaucoup de ce qu’ on lui fait porter, il se couche pour se rouler toutes les fois qu’ il le peut, et semble par là reprocher à son maître le peu de soin qu’ on prend de lui ; car il ne se vautre pas comme le cheval dans la fange et dans l’ eau, il craint même de se mouiller les pieds, et se détourne pour éviter la boue ; aussi a-t-il la jambe plus sèche et plus nette que le cheval ; il est susceptible d’ éducation, et l’ on en a vu d’ assez bien dressés pour faire curiosité de spectacle. Dans la première jeunesse il est gai, et même assez joli ; il a de la légèreté et de la gentillesse mais il la perd bientôt, soit par l’ âge, soit par les mauvais traitements, et il devient lent, indocile et têtu ; il n’ est ardent que pour le plaisir, ou plutôt il en est furieux au point que rien ne peut le retenir, et que l’ on en a vu s’ excéder et mourir quelques instants après ; et comme il aime avec une espèce de fureur, il a aussi pour sa progéniture le plus profond attachement. Pline nous assure que lorsqu’ on sépare la mère de son petit, elle passe à travers les flammes pour aller le rejoindre ; il s’ attache aussi à son maître, quoiqu’ il en soit ordinairement maltraité ; il le sent de loin et le distingue de tous les autres hommes ; il reconnaît aussi les lieux qu’ il a coutume d’ habiter, les chemins qu’ il a fréquentés ; il a les yeux bons, l’ odorat admirable, surtout pour les corpuscules de l’ ânesse, l’ oreille excellente, ce qui a encore contribué à le faire mettre au nombre des animaux timides, qui ont tous, à ce qu’ on prétend, l’ ouïe très-fine et les oreilles longues : lorsqu’ on le surcharge, il le marque en inclinant la tête et baissant les oreilles ; lorsqu’ on le tourmente trop, il ouvre la bouche et retire les lèvres d’ une manière très-désagréable, ce qui lui donne l’ air moqueur et dérisoire ; si on lui couvre les yeux, il reste immobile, et lorsqu’ il est couché sur le côté, si on lui place la tête de manière que l’ oeil soit appuyé sur la terre, et qu’ on couvre l’ autre oeil avec une pierre ou un morceau de bois, il restera dans cette situation sans faire aucun mouvement et sans se secouer pour se relever : il marche, il trotte et il galope comme le cheval, mais tous ces mouvements sont petits et beaucoup plus lents ; quoiqu’ il puisse d’ abord courir avec assez de vitesse, il ne peut fournir qu’ une petite carrière, pendant un petit espace de temps ; et quelque allure qu’ il prenne, si on le presse il est bientôt rendu. Le cheval hennit et l’ âne brait, ce qui se fait par un grand cri très-long, très-désagréable, et discordant par dissonances alternatives de l’ aigu au grave et du grave à l’ aigu ; ordinairement il ne crie que lorsqu’ il est pressé d’ amour ou d’ appétit ; l’ ânesse a la voix plus claire et plus perçante ; l’ âne qu’ on fait hongre ne brait qu’ à basse voix, et quoiqu’ il paraisse faire autant d’ efforts et les mêmes mouvements de la gorge, son cri ne se fait pas entendre de loin. De tous les animaux couverts de poil, l’âne est le moins sujet à la vermine : jamais il n’ a de poux, ce qui vient apparemment de la dureté et de la sécheresse de sa peau, qui est en effet plus dure que celle de la plupart des autres quadrupèdes ; et c’est par la même raison qu’ il est bien moins sensible que le cheval au fouet et à la piqûre des mouches. A deux ans et demi les premières dents incisives à côté des premières tombent aussi et se renouvellent dans le même temps et dans le même ordre que celles du cheval : on connaît aussi l’ âge par les dents ; les troisièmes incisives de chaque côté le marquent comme dans le cheval. Dès l’ âge de deux ans l’ âne est en état d’ engendrer, la femelle est encore plus précoce que le mâle, et elle est tout aussi lascive ; c’ est par cette raison qu’ elle est très-peu féconde ; elle rejette au dehors la liqueur qu’ elle vient de recevoir dans l’ accouplement, à moins qu’ on n’ ait soin de lui ôter promptement la sensation du plaisir, en lui donnant des coups pour calmer la suite des convulsions et des mouvements amoureux ; sans cette précaution elle ne retiendrait que très-rarement : le temps le plus ordinaire de la chaleur est le mois de mai et celui de juin : lorsqu’ elle est pleine, la chaleur cesse bientôt ; et dans le dixième mois, le lait paraît dans les mamelles. Elle met bas dans le douzième mois, et souvent il se trouve des morceaux solides dans la liqueur de l’ amnios, semblables à l’ hippomanès du poulain. Sept jours après l’ accouchement la chaleur se renouvelle, et l’ ânesse est en état de recevoir le mâle ; en sorte qu’ elle peut, pour ainsi dire, continuellement engendrer et nourrir. Elle ne produit qu’ un petit, et si rarement deux, qu’ à peine en a-t-on des exemples. Au bout de cinq ou six mois on peut sevrer l’ ânon, et cela est même nécessaire si la mère est pleine, pour qu’ elle puisse mieux nourrir son foetus. L’ âne étalon doit être choisi parmi les plus grands et les plus forts de son espèce ; il faut qu’ il ait au moins trois ans, et qu’ il n’ en passe pas neuf à dix ; qu’ il ait les jambes hautes, le corps étoffé, la tête élevée et légère, les yeux vifs, les naseaux gros, l’ encolure un peu longue, le poitrail large, les reins charnus, la côte large, la croupe plate, la queue courte, le poil luisant, doux au toucher et d’ un gris foncé. L’ âne, qui comme le cheval est trois ou quatre ans à croître, vit aussi comme lui vingt-cinq ou trente ans ; on prétend seulement que les femelles vivent ordinairement plus longtemps que les mâles ; mais cela ne vient peut-être que de ce qu’ étant souvent pleines, elles sont un peu plus ménagées, au lieu qu’ on excède continuellement les mâles de fatigues et de coups. Ils dorment moins que les chevaux, et ne se couchent pour dormir que quand ils sont excédés. L’ âne étalon dure aussi plus longtemps que le cheval étalon ; plus il est vieux, plus il paraît ardent ; et en général la santé de cet animal est bien plus ferme que celle du cheval ; il est moins délicat, et il n’ est pas sujet, à beaucoup près, à un aussi grand nombre de maladies ; les anciens mêmes ne lui en connaissaient guère d’ autres que celle de la morve, à laquelle il est, comme nous l’ avons dit, encore bien moins sujet que le cheval. Il y a parmi les ânes différentes races comme parmi les chevaux, mais que l’ on connaît moins, parce qu’ on ne les a ni soignés ni suivis avec la même attention ; seulement on ne peut guère douter que tous ne soient originaires des climats chauds. Aristote assure qu’ il n’ y en avait point de son temps en Scythie, ni dans les autres pays septentrionaux qui avoisinent la Scythie, ni même dans les Gaules, dont le climat, dit-il, ne laisse pas d’ être froid ; et il ajoute que le climat froid, ou les empêche de produire, ou les fait dégénérer, et que c’ est par cette dernière raison que dans l’ Illyrie, la Thrace et l’ Epire ils sont petits et faibles ; ils sont encore tels en France, quoiqu’ ils soient déjà assez anciennement naturalisés, et que le froid du climat soit bien diminué depuis deux mille ans par la quantité des forêts abattues et de marais desséchés ; mais ce qui paraît encore plus certain, c’ est qu’ ils sont nouveaux pour la Suède et pour les autres pays du nord ; ils paraissent être venus originairement d’ Arabie, et avoir passé d’ Arabie en égypte, d’ égypte en Grèce, de Grèce en Italie, d’ Italie en France, et ensuite en Allemagne, en Angleterre, et enfin en Suède, etc.., car ils sont en effet d’ autant moins forts et d’ autant plus petits, que les climats sont plus froids. Cette migration paraît assez bien prouvée par le rapport des voyageurs. Chardin dit « qu’ il y a deux sortes d’ ânes en Perse : les ânes du pays, qui sont lents et pesants, et dont on ne se sert que pour porter des fardeaux ; et une race d’ ânes d’ Arabie, qui sont de fort jolies bêtes et les premiers ânes du monde. Ils ont le poil poli, la tête haute, les pieds légers ; ils les lèvent avec action, marchant bien, et l’ on ne s’ en sert que pour montures ; les selles qu’ on leur met sont comme des bâts ronds et plats par-dessus : elles sont de drap ou de tapisserie avec les harnais et les étriers ; on s’ assied dessus, plus vers la croupe que vers le cou. Il y a de ces ânes qu’ on achète jusqu’ à quatre cents livres, et l’ on n’ en saurait avoir à moins de vingt-cinq pistoles ; on les panse comme des chevaux, mais on ne leur apprend autre chose qu’ à aller l’ amble, et l’ art de les y dresser est de leur attacher les jambes, celles de devant et celles de derrière du même côté, par deux cordes de coton qu’ on fait de la mesure du pas de l’ âne qui va l’ amble, et qu’ on suspend par une autre corde passée dans la sangle à l’ endroit de l’ étrier ; des espèces d’ écuyers les montent soir et matin et les exercent à cette allure ; on leur fend les naseaux afin de leur donner plus d’ haleine, et ils vont si vite, qu’ il faut galoper pour les suivre. » les Arabes, qui sont dans l’ habitude de conserver avec tant de soin et depuis si longtemps les races de leurs chevaux, prendraient-ils la même peine pour les ânes ? Ou plutôt cela ne semble-t-il pas prouver que le climat d’ Arabie est le premier et le meilleur climat pour les uns et pour les autres ? De là, ils ont passé en Barbarie, en égypte, où ils sont beaux et de grande taille, aussi bien que dans les climats excessivement chauds, comme aux Indes et en Guinée, où ils sont plus grands, plus forts et meilleurs que les chevaux du pays ; ils sont même en grand honneur à Maduré, où l’ une des plus considérables et des plus nobles tribus des Indes les révère particulièrement, parce qu’ ils croient que les âmes de toute la noblesse passent dans le corps des ânes ; enfin on trouve les ânes en plus grande quantité que les chevaux dans tous les pays méridionaux, depuis le Sénégal jusqu’ à la Chine ; on y trouve aussi des ânes sauvages plus communément que les chevaux sauvages. Les Latins, d’ après les Grecs, ont appelé l’ âne sauvage onager (onagre), qu’ il ne faut pas confondre, comme l’ ont fait quelques naturalistes et plusieurs voyageurs, avec le zèbre dont nous donnerons l’ histoire à part, parce que le zèbre est un animal d’ une espèce différente de celle de l’ âne. L’ onagre ou l’ âne sauvage n’ est point rayé comme le zèbre, et il n’ est pas à beaucoup près d’ une figure aussi élégante. On trouve des ânes sauvages dans quelques îles de l’ Archipel, et particulièrement dans celle de Cérigo : il y en a beaucoup dans les déserts de Lydie et de Numidie ; ils sont gris et courent si vite, qu’ il n’ y a que les chevaux barbes qui puissent les atteindre à la course ; lorsqu’ ils voient un homme, ils jettent un cri, font une ruade, s’ arrêtent, et ne fuient que lorsqu’ on les approche ; on les prend dans les piéges et dans les lacs de corde ; ils vont par troupes pâturer et boire ; on en mange la chair. Il y avait aussi du temps de Marmol, que je viens de citer, des ânes sauvages dans l’ île de Sardaigne, mais plus petits que ceux d’Afrique ; et Pietro della Valle dit avoir vu un âne sauvage à Bassora ; sa figure n’ était point différente de celle des ânes domestiques ; il était seulement d’ une couleur plus claire, et il avait, depuis la tête jusqu’ à la queue, une raie de poil blond ; il était aussi beaucoup plus vif et plus léger à la course que les ânes ordinaires. Olearius rapporte qu’un jour le roi de Perse le fit monter avec lui dans un petit bâtiment en forme de théâtre pour faire collation de fruits et de confitures ; qu’ après le repas on fit entrer trente-deux ânes sauvages sur lesquels le roi tira quelques coups de fusil et de flèche, et qu’il permit ensuite aux ambassadeurs et aux autres seigneurs de tirer ; que ce n’était pas un petit divertissement de voir ces ânes, chargés qu’ ils étaient quelquefois de plus de dix flèches, dont ils incommodaient et blessaient les autres quand ils se mêlaient avec eux, de sorte qu’ils se mettaient à se mordre et à se ruer les uns contre les autres d’une étrange façon ; et que quand on les eut tous abattus et couchés de rang devant le roi, on les envoya à Ispahan à la cuisine de la cour, les Persans faisant un si grand état de la chair de ces ânes sauvages, qu’ ils en ont fait un proverbe, etc... Mais il n’ y a pas apparence que ces trente-deux ânes fussent tous pris dans les forêts, et c’étaient probablement des ânes qu’on élevait dans de grands parcs pour avoir le plaisir de les chasser et de les manger. On n’ a pont trouvé d’ânes en Amérique, non plus que de chevaux, quoique le climat, surtout celui de l’Amérique méridionale, leur convienne autant qu’aucun autre ; ceux que les Espagnols y ont transportés d’ Europe, et qu’ ils ont abandonnés dans les grandes îles et dans le continent, y ont multiplié, et on y trouve en plusieurs endroits des ânes sauvages qui vont par troupes, et que l’on prend dans des piéges comme les chevaux sauvages. L’âne avec la jument produit les grands mulets ; le cheval avec l’ânesse produit les petits mulets, différents des premiers à plusieurs égards : mais nous nous réservons de traiter en particulier de la génération des mulets, des jumars, etc.., et nous terminerons l’histoire de l’âne par celle de ses propriétés et des usages auxquels nous pouvons l’employer. Comme les ânes sauvages sont inconnus dans ces climats, nous ne pouvons pas dire si leur chair est en effet bonne à manger ; mais ce qu’ il y a de sûr, c’est que celle des ânes domestiques est très-mauvaise, et plus mauvaise, plus dure, plus désagréablement insipide que celle du cheval. Galien dit même que c’est un aliment pernicieux et qui donne des maladies ; le lait d’ânesse au contraire est un remède éprouvé et spécifique pour certains maux, et l’usage de ce remède s’est conservé depuis les Grecs jusqu’à nous. Pour l’avoir de bonne qualité, il faut choisir une ânesse jeune, saine, bien en chair, qui ait mis bas depuis peu de temps, et qui n’ait pas été couverte depuis ; il faut lui ôter l’ânon qu’elle allaite, la tenir propre, la bien nourrir de foin, d’avoine, d’orge et d’herbes dont les qualités salutaires puissent influer sur la maladie ; avoir attention de ne pas refroidir le lait, et même ne le pas exposer à l’air, ce qui le gâterait en peu de temps. Les anciens attribuaient aussi beaucoup de vertus médicales au sang, à l’urine, etc.., de l’âne, et beaucoup d’autres qualités spécifiques à la cervelle, au coeur, au foie, etc.., de cet animal ; mais l’expérience a détruit, ou du moins n’a pas confirmé ce qu’ils nous en disent. Comme la peau de l’âne est très-dure et très-élastique, on l’emploie utilement à différents usages ; on en fait des cribles, des tambours, et de très-bons souliers ; on en fait du gros parchemin pour les tablettes de poche, que l’on enduit d’une couche légère de plâtre ; c’est aussi avec le cuir de l’âne que les orientaux font le sagri, que nous appelons chagrin. Il y a apparence que les os, comme la peau de cet animal, sont aussi plus durs que les os des autres animaux, puisque les anciens en faisaient des flûtes, et qu’ils les trouvaient plus sonnantes que tous les autres os. L’âne est peut-être de tous les animaux celui qui, relativement à son volume, peut porter les plus grands poids ; et comme il ne coûte presque rien à nourrir, et qu’il ne demande, pour ainsi dire, aucun soin, il est d’ une grande utilité à la campagne, au moulin, etc... Il peut aussi servir de monture ; toutes ses allures sont douces, et il bronche moins que le cheval ; on le met souvent à la charrue dans les pays où le terrain est léger, et son fumier est un excellent engrais pour les terres fortes et humides. »

    L’Histoire naturelle, L’âne par Buffon

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  • Vive l’âne-archie !!! 12 août 2016 06:18

    PRIERE POUR ALLER AU PARADIS AVEC LES ANES

    Lorsqu’il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, faites

    que ce soit par un jour où la campagne en fête

    poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,

    choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,

    au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.

    Je prendrai mon bâton et sur la grande route

    j’irai, et je dirai aux ânes, mes amis :

    Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,

    car il n’y a pas d’enfer au pays du Bon Dieu.

    Je leur dirai : " Venez, doux amis du ciel bleu,

    pauvres bêtes chéries qui, d’un brusque mouvement d’oreille,

    chassez les mouches plates, les coups et les abeilles."

    Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes

    que j’aime tant parce qu’elles baissent la tête

    doucement, et s’arrêtent en joignant leurs petits pieds

    d’une façon bien douce et qui vous fait pitié.

    J’arriverai suivi de leurs milliers d’oreilles,

    suivi de ceux qui portent au flanc des corbeilles,

    de ceux traînant des voitures de saltimbanques

    ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,

    de ceux qui ont au dos des bidons bossués,

    des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,

    de ceux à qui l’on met de petits pantalons

    à cause des plaies bleues et suintantes que font

    les mouches entêtées qui s’y groupent en ronds.

    Mon Dieu, faites qu’avec ces ânes je Vous vienne.

    Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent

    vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises

    lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,

    et faites que, penché dans ce séjour des âmes,

    sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes

    qui mireront leur humble et douce pauvreté

    à la limpidité de l’amour éternel.

    Francis Jammes

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  • Vive l’âne-archie !!! 26 août 2016 06:17

    Dans son vaste et riche palais

    Ce n’était que magnificence ;

    Partout y fourmillait une vive abondance

    De courtisans et de valets.

    Il avait dans son écurie

    Grands et petits chevaux de toutes les façons,

    Couverts de beaux caparaçons

    Roides d’or et de broderie ;

    Mais ce qui surprenait tout le monde en entrant,

    C’est qu’au lieu le plus apparent,

    Un maître âne étalait ses deux grandes oreilles.

    Cette injustice vous surprend ;

    Mais lorsque vous saurez ses vertus nonpareilles,

    Vous ne trouverez pas que l’honneur fût trop grand.

    Tel et si net le forma la nature,

    Qu’il ne faisait jamais d’ordure,

    Mais bien beaux écus au soleil,

    Et louis de valeur première,

    Qu’on allait recueillir sur la blonde litière,

    Tous les matins à son réveil.

    Extrait de Peau d’âne de Charles Perrault

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  • Vive l’âne-archie !!! 26 août 2016 06:53

    Voici une petite histoire d’ânes, brut de décoffrage.

    Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village.

    Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien un peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie. Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 € par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 € et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants. Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait les acheter 500 € dans huit jours et il quitta le village.

    Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 € l’unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 € dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent.

    Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés.

    Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours de l’âne s’effondra. Les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.

    Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant. Or celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement.

    Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.

    Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale… On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts.

    C’était, disait-on, inévitable.

    Mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.

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  • Vive l’âne-archie !!! 27 août 2016 06:27, par salut les ânes !

    L’âne et le petit cheval

    Un matin d’été,

    Réunis dans le même pré,

    Il y avait un âne bien sage

    Et un fringant petit cheval.

    Ils avaient le même âge

    Mais, à les surprendre ainsi,

    On devinait que leurs destins

    Ne seraient jamais semblables.

    L’un était gris et docile,

    L’autre vif et étincelant.

    L’un d’humeur égale,

    L’autre plus inconstant.

    Le premier pensait :

    Je voudrais un maître à servir

    Et mon petit pré carré,

    Un travail humble et facile

    Et une bonne mesure de blé.

    Le second rêvait de pompe et de gloire,

    Et de ces vastes champs emplis

    Du cri vibrant des victoires.

    L’un trouva dans une ferme

    Sa besogne quotidienne,

    Tandis que l’autre eut tôt fait

    De se faire remarquer.

    Alors que l’âne portait la farine et le bois,

    L’alezan mettait en émoi,

    De bas en haut des tribunes,

    Quelques rondelettes fortunes.

    On misait sur sa foulée

    Dollars, florins et guinées ;

    On osait d’invraisemblables paris,

    Tant grande était sa renommée.

    C’est ainsi, parmi les clameurs,

    Que le petit cheval traversa la vie,

    Qu’il connut les honneurs

    et les prix prestigieux.

    Rien ne lui sera refusé :

    Ni le luxe, ni les trophées,

    Ni les flirts délicieux

    Sous les ombrages du grand pré.

    Puis, l’âge venant,

    On relégua l’alezan

    Au bout du champ.

    Plus de faste, plus d’argent,

    Vieux cheval, il est temps

    Que tu rentres dans le rang !

    Finies les pompes de jadis

    Et la vanité de paraître.

    Voilà qu’hélas se profile

    L’heure de la retraite !

    Le lendemain, sous bonne escorte,

    On le mena à l’abattoir.

    Il y connut le même sort

    Que ses frères du terroir.

    Heureusement un palefrenier,

    Se souvenant de son passé,

    Avec égard l’enterra

    Au fond du pré.

    L’âne, qui se trouvait là,

    A petits pas s’avança.

    Devant la terre retournée,

    Il laissa couler une larme.

    Grâce à cette larme, sachez

    Qu’une tendre fleur poussa.

    Elle illumine, de son éclat,

    La tombe du petit cheval.

    Quant à l’âne, il mourut de vieillesse,

    Très, très âgé, dit-on au village.

    Lui, tout en broutant confiait

    Que, quelques chardons suffisaient…

    A le combler.

    Armelle BARGUILLET ( extraits de « La ronde des fabliaux )

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  • Vive l’âne-archie !!! 1er octobre 2016 08:39

    Et le onzième commandement :

    Ane, protège bien tes sabots et ne les met pas dans l’eau ou la boue, qui nuisent à la santé de tes pieds, et où t’entraineraient volontiers certains deux pattes inconscients.

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  • Vive l’âne-archie !!! 23 novembre 2016 13:51

    Mon petit Maître, vous avez été bon pour moi, mais vous avez parlé avec mépris des ânes en général. Pour mieux vous faire connaître ce que sont les ânes, j’écris et je vous offre ces Mémoires. Vous verrez, mon cher petit Maître, comment moi, pauvre âne, et mes amis ânes, ânons et ânesses, nous avons été et nous sommes injustement traités pas les hommes. Vous verrez que nous avons beaucoup d’esprit et beaucoup d’excellentes qualités ; vous verrez aussi combien j’ai été méchant dans ma jeunesse, combien j’en ai été puni et malheureux, et comme le repentir m’a changé et m’a rendu l’amitié de mes camarades et de mes maîtres. Vous verrez enfin que lorsqu’on aura lu ce livre, au lieu de dire : Bête comme un âne, ignorant comme un âne, têtu comme un âne, on dira : De l’esprit comme un âne, savant comme un âne, docile comme un âne, et que vous et vos parents vous serez fiers de ces éloges.

    Hi ! han ! mon bon Maître ; je vous souhaite de ne pas ressembler, dans la première moitié de sa vie, à votre fidèle serviteur,

    Cadichon,

    Âne savant.

    Lire la suite

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  • Vive l’âne-archie !!! 6 décembre 2016 06:52

    L’adaptation théâtrale de « L’âne d’or » est présentée au théâtre Darius Milhaud, au 80, allée Darius Milhaud – Paris 19e – tel 0142019226 – jusqu’au 13 décembre à 18H30 et à partir du 10 janvier à 18H30 et 21H jusqu’au 21 mars…

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  • Vive l’âne-archie !!! 18 décembre 2016 13:49

    Lire aussi le procès de l’âne Féron cliquer ici

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  • Vive l’âne-archie !!! 20 décembre 2016 08:56

    Parler des ânes à propos des dix commandements, c’est pas très drôle

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  • Vive l’âne-archie !!! 20 décembre 2016 08:56, par R.P.

    Même les « Dix Commandements » des deux pattes, encore appelés « Ancien Testament » mentionnent spécifiquement que les ânes ne doivent pas travailler le jour du Sabbat. Dans le chapitre 23 du Livre de l’Exode, plusieurs lois de protection animale sont données par le Seigneur à Moïse : « Le septième jour est le Sabbat du Seigneur ton Dieu : durant ce jour, tu ne travailleras pas, ni ton le boeuf, ni ton âne, ni n’importe lequel de ton bétail…Pendant six jours, tu fera ton travail, et le septième jour, tu te reposeras : ton boeuf et ton âne pourront se reposer » (Exode 20,10 ; 23,12 ; Deutéronome 5,13).

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