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André Breton, poète car révolutionnaire et révolutionnaire car poète ! - Matière et Révolution
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André Breton, poète car révolutionnaire et révolutionnaire car poète !

mardi 8 mars 2016, par Robert Paris

André Breton, poète car révolutionnaire et révolutionnaire car poète !

« ’’Transformer le monde’’ a dit Marx ; ‘‘Changer la vie’’ a dit Rimbaud : ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un. »

André Breton, Position politique du surréalisme, 1935

« Liberté couleur d’homme

Quelles bouches voleront en éclats.

Tuiles

Sous la poussée de cette végétation monstrueuse

Le soleil chien couchant

Abandonne le perron d’un riche hôtel particulier

Lente poitrine bleue où bat le cœur du temps

Une jeune fille nue aux bras d’un danseur beau et cuirassé comme saint Georges

Mais ceci est beaucoup plus tard

Faibles Atlantes

Rivière d’étoiles

Qui entraînes les signes de ponctuation de mon poème et de ceux de mes amis

II ne faut pas oublier que cette liberté et toi je vous ai tirées à la courte paille

Si c’est elle que j’ai conquise

Quelle autre que vous arrive en glissant le long d’une corde de givre

Cet explorateur aux prises avec les fourmis rouges de son propre sang

C’est jusqu’à la fin le même mois de l’année Perspective qui permet de juger si l’on a affaire à des âmes ou non

19… Un lieutenant d’arlillerie s’attend dans une traînée de poudre

Aussi bien le premier venu

Penché sur l’ovale du désir intérieur

Dénombre ces buissons d’après le ver luisant

Selon que vous étendrez la main pour faire l’arbre ou avant de faire l’amour

Comme chacun sait

Dans l’autre monde qui n’existera pas

Je te vois blanc et élégant

Les cheveux des femmes ont l’odeur de la feuille d’acanthe

0 vitres superposées de la pensée

Dans la terre de verre s’agitent les squelettes de verre

Tout le monde a entendu parler du Radeau de la Méduse

Et peut à la rigueur concevoir un équivalent de ce radeau dans le ciel »

André Breton, Il n’y a pas à sortir de là, 1923

« Me paraît frappée de dérision toute forme d’ « engagement » qui se tient en deçà de cet objectif triple et indivisible : transformer le monde, changer la vie, refaire de toutes pièces l’entendement humain. »

André Breton dans « Hommage à Antonin Artaud »

« Thomas Quincy dit que ’’Parmi toutes les facultés qui, chez l’homme, ont à souffrir aujourd’hui de la vie trop intense des instincts sociaux, il n’en est pas une qui souffre davantage que la faculté de rêver. On aurait tort de n’y voir qu’un détail sans importance. La machinerie du rêve plantée dans notre cerveau a sa raison d’être. Cette faculté, qui possède des accointances avec le mystère des ténèbres, est comme l’unique conduit par quoi l’homme communique avec l’obscur.’’ On ne méditera jamais assez ce spropos. »

André Breton, Devant le rideau, 1947

André Breton et l’art

« Il y a

Qu’à me pencher sur le précipice

De la fusion sans espoir de ta présence et de ton absence

J’ai trouvé le secret

De t’aimer

Toujours pour la première fois »

L’Air de l’eau, 1932

« Grande pureté très triste plane et plonge

grande tristesse pure

très détaché

montagne presque pas terrestre, appartient déjà au ciel

aspire vers l’espace

élément aérien

elles ne sourient pas, sont détachées de tout

L’Indien regarde au-delà de lui-même

Continent stellaire. »

Ode, 1945

« Plutôt la vie avec ses draps conjuratoires

Ses cicatrices d’évasions

Plutôt la vie plutôt cette rosace sur ma tombe

La vie de la présence rien que de la présence

Plutôt la vie avec ses salons d’attente

Lorsqu’on sait qu’on ne sera jamais introduit […]

Plutôt la vie défavorable et longue

Quand les livres se refermeraient ici sur des rayons moins doux

Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur il ferait libre oui

Plutôt la vie »

André Breton, Clair de terre, 1923

« Prisonniers des gouttes d’eau, nous ne sommes que des animaux perpétuels. Nous courons dans les villes sans bruits et les affiches enchantées ne nous touchent plus. À quoi bon ces grands enthousiasmes fragiles, ces sauts de joie desséchés ? Nous ne savons plus rien que les astres morts ; nous regardons les visages ; et nous soupirons de plaisir. Notre bouche est plus sèche que les plages perdues ; nos yeux tournent sans but, sans espoir. Il n’y a plus que ces cafés où nous nous réunissons pour boire ces boissons fraîches, ces alcools délayés et les tables sont plus poisseuses que ces trottoirs où sont tombées nos ombres mortes de la veille. [...] Lorsque les grands oiseaux prennent leur vol, ils partent sans un cri et le ciel strié ne résonne plus de leur appel. Ils passent au-dessus des lacs, des marais fertiles… »

La glace sans tain, 1920

« Lorsque les grands oiseaux prennent leur vol pour toujours, ils partent sans un cri et le ciel strié ne résonne plus de leur appel. Ils passent au dessus des lacs, des marais fertiles ; leurs ailes écartent les nuages trop langoureux. Il ne nous est même plus permis de nous asseoir : immédiatement, des rires s’élèvent et il nous faut crier bien haut tous nos péchés. »

André Breton, Les Champs Magnétiques, 1919 (avec Philippe Soupault)

« J’ai ri jadis de la bonne aventure et je porte sur l’épaule gauche un trèfle à cinq feuilles. Il peut m’arriver chemin faisant de tomber dans un précipice ou d’être poursuivi par les pierres, mais ce n’est chaque fois, je vous prie de le croire, qu’une réalité. »

André Breton, L’Année des chapeaux rouges, 1922

« Dans une seule goutte il y a le passage d’un pont jaune par des roulottes lilas, dans une autre qui la dépasse sont une vie légère et des crimes d’auberge. »

Poisson soluble, 1924

« Je suis contraint d’accepter l’idée du travail comme nécessité matérielle, à cet égard je suis on ne peut plus favorable à sa plus juste répartition. Que les sinistres obligations de la vie me l’imposent, soit, qu’on me demande d’y croire, de révérer le mien ou celui des autres, jamais… L’évènement dont chacun est en droit d’attendre la révélation du sens de sa propre vie… n’est pas au prix du travail... La vie est autre que ce qu’on écrit… La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas. »

Nadja, 1928

« Les hommes désespèrent stupidement de l’amour – j’en ai desespéré – ils vivent asservis à cette idée que l’amour est toujours derrière eux, jamais devant eux : les siècles passés, le mensonge de l’oubli à vingt ans. Ils supportent, ils s’aguerrisent à admettre surtout que l’amour ne soit pas pour eux, avec son cortège de clartés, ce regard sur le monde qui est fait de tous les yeux de devins. Ils boitent de souvenirs fallacieux auxquels ils vont jusqu’à prêter l’origine d’une chute immémoriale, pour ne pas se trouver trop coupables. Et pourtant pour chacun la promesse de toute heure à venir contient tout le secret de la vie, en puissance de se révéler un jour occasionnellement dans un autre rêve… La sympathie qui existe entre deux, entre plusieurs êtres semble bien les mettre sur la voie de solutions qu’ils poursuivraient séparément en vain. »

L’Amour fou, 1937

« Nous réduirons l’art à sa plus simple expression qui est l’amour »

André Breton, Poisson soluble, 1924

« Les aspirations de l’homme à la liberté doivent être maintenues en pouvoir de se recréer sans cesse ; c’est pourquoi elle doit être conçue non comme état mais comme force vivre entraînant une progression continuelle. »

André Breton, Arcane 17, 1945

« Ce n’est pas la crainte de la folie qui nous forcera à laisser en berne le drapeau de l’imagination. »

Manifeste du surréalisme, 1924

« C’est peut-être l’enfance qui approche le plus de la vraie vie »

Manifeste du surréalisme de 1924.

« Le surréalisme est né d’une affirmation de foi sans limites dans le génie dans la jeunesse. »

André Breton, en 1942, aux étudiants de l’Université de Yale

« En dépit des efforts de certains, toujours accrochés au ballast du dernier train en partance vers les campagnes industrialisées (ou vers la désintégration atomique) la mythologie « moderne » se montre d’une telle pauvreté dans l’art - aussi bien que les manifestations spécifiquement collectives des phantasmes directeurs de l’inconscient - qu’on est fondé à croire que les mythes ne peuvent vivre et répandre une lumière tant soit peu exaltante que s’ils maintiennent un contact étroit avec le « répertoire » de la nature, répertoire qui ne saurait être feuilleté (pour citer encore Baudelaire) que par une main ailée et magicienne. »

André Breton, L’art magique, 1957

« Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement. Or, c’est en vain qu’on chercherait à l’activité surréaliste un autre mobile que l’espoir de détermination de ce point. »

Le second Manifeste du Surréalisme, 1930

« La pensée poétique [...] est l’ennemie de la patine et elle est perpétuellement en garde contre tout ce qui peut brûler de l’appréhender : c’est en cela qu’elle se distingue, par essence, de la pensée ordinaire. Pour rester ce qu’elle doit être, conductrice d’électricité mentale, il faut avant tout qu’elle se charge en milieu isolé. »

André Breton, Arcane 17, 1945

Déclaration du 27 janvier 1925 – Tract surréaliste – « LE SURRÉALISME n’est pas un moyen d’expression nouveau ou plus facile, ni même une métaphysique de la poésie ; Il est un moyen de libération totale de l’esprit et de tout ce qui lui ressemble. Nous sommes bien décidés à faire une Révolution. »

La Révolution d’abord et toujours !

Jeu surréaliste du cadavre exquis

Lettre ouverte à M. Paul Claudel

Au feu !

André Breton et le surréalisme

André Breton et la peinture

André Breton

Pour un art révolutionnaire indépendant

Façon

Breton, surréalisme et psychanalyse

Le site André Breton

Qui était André Breton

Passionné par la lecture de Baudelaire, de Mallarmé et de Huysmans, André Breton, âgé de seize ans, correspond avec Paul Valéry. Après des études de médecine, il est affecté, en 1915, au service neuropsychiatrique de l’armée ; il s’initie aux travaux de Freud et découvre, dans la psychanalyse, un instrument fécond de connaissance de notre vie mentale. C’est au régiment qu’il fait la connaissance de Jacques Vaché, dont l’humour noir et le suicide joueront, pour Breton, un rôle déterminant dans la genèse du surréalisme.

En 1917, il rencontre Apollinaire, qu’il admire, mais dont il réprouve le patriotisme belliqueux. Avec Louis Aragon et Philippe Soupault, il fonde, en 1919, la revue Littérature, qui deviendra progressivement dadaïste et où paraît un premier texte « automatique », les Champs magnétiques (en collaboration avec Soupault, 1920). Il publie Mont-de-Piété (1919) et Clair de terre (1923).

En 1921, il rend visite à Freud, dont les travaux lui semblent ouvrir la voie à un nouveau type d’écriture, fondée sur la mise au jour des produits bruts de l’inconscient (écriture dont, par la suite, Freud avouera « ne pas comprendre l’intérêt »).

Après avoir rompu avec le mouvement dada, il lance en 1924 son premier Manifeste du surréalisme, que suivront le Second manifeste (1929), Prolégomènes à un troisième manifeste (1942) et Du surréalisme en ses œuvres vives (1954). Si l’année 1924 est capitale dans la mesure où le Manifeste (et aussi les écrits théoriques réunis dans les Pas perdus) expose l’esprit et la méthode du mouvement littéraire le plus important du demi-siècle, l’année 1928 marque la naissance d’un genre littéraire nouveau avec Nadja, œuvre à caractère autobiographique et poétique qu’on ne peut guère rapprocher que de l’Aurélia de Nerval.

C’est dans ce genre que Breton donnera ses chefs-d’œuvre : les Vases communicants (1932) ; l’Amour fou (1937) ; Arcane 17 (1944). Il n’abandonne cependant pas le poème automatique : l’Immaculée Conception (en collaboration avec Paul Eluard, 1930) ; l’Union libre (1931) ; le Revolver à cheveux blancs (1932) ; l’Air de l’eau (1934), etc., œuvres qui seront réunies dans Poèmes (1948).

Le combat surréaliste constitue son activité principale ; articles et mises au point de toutes sortes, généralement polémiques, donnent lieu à divers recueils : Point du jour (1934), le Surréalisme et la Peinture (1928, puis 1965, à partir d’un texte de 1928), la Clé des champs (1953). Après l’interdiction par le gouvernement de Vichy de son Anthologie de l’humour noir (1940), Breton s’exile aux États-Unis. Il rentre en France en 1945 et, à part l’Ode à Charles Fourier (1947), il ne créera plus de grandes œuvres, rééditant ses livres théoriques, généralement augmentés d’écrits parus séparément.

André Breton et la Révolution

« Il est impossible de concevoir une Révolution qui abolisse cet état des choses, récréateur à perte de vue de l’idée de Révolution. Jamais un changement de régime social n’entraînera une telle adéquation de l’esprit au nouvel ordre établi que ce drame, fonction des conditions humaines d’expression, soit conjuré une fois pour toutes. Sous prétexte que l’actualité exige de nous une prise de position plus terre à terre, rien ne serait plus injuste que de tourner en dérisionles efforts des poètes du siècle dernier, tout entiers en proie à ce dilemme. Voilà pourtant à quoi une mode intellectuelle récente, d’inspiration soi-disant révolutionnaire, tente de nous induire. »

André Breton, Le merveilleux contre le mystère, 1936

« L’exposition internationale du surréalisme s’ouvre et connaît un plein succès au moment où les ouvriers de France, inaugurant un système de lutte totalement imprévu de leur part, procèdent à l’occupation forcée des usines et, par le seul effet de l’adoption simultanée d’une telle attitude, parviennent à faire triompher en masse leurs premières revendications. La spontanéité et la brusquerie de ce départ (dont aucun des partis politiques existants n’assume, à juste titre, la responsabilité), la propriété de l’action entreprise de faire tache d’huile, l’impression qu’elle donne que rien ne peut l’empêcher d’atteindre ses objectifs immédiats, l’éclatant démenti qu’elle inflige à ceux qui, depuis la guerre, n’ont cessé de nier la combativité du prolétariat français, le précédent qu’elle crée – précédent appelé à convaincre concrètement la bourgeoisie qu’elle touche à la fin de son règne – sont pour faire penser aux plus clairvoyants que « la révolution française a commencé »… Si, sans doute, à l’heure où j’écris, la révolution espagnole atteint son période le plus haut : ainsi nous est-il loisible d’observer cette révolution, qui ne peut être dans son essence que la même, à deux stades différents et de retenir, en particulier, que si un croisement collectif des bras a pu avoir raison de certaines formes temporaires d’exploitation, il ne faut pas moins de l’armement des mêmes bras pour parer au retour de cette exploitation sous des formes infiniment plus osées et plus sinistres encore. Force a bien été de faire appel en cette dernière circonstance aux milices ouvrières, à ces mêmes milices dont une minorité révolutionnaire en France réclame seule la formation au grand émoi du gouvernement de Front Populaire qui ne se dissimule pas que l’entrée en scène de ces milices marque, comme on a pu le dire de la guerre, « la continuation de la politique par d’autres moyens » et qui diffère autant que possible l’heure et qui diffère autant que possible l’heure du dénouement de la crise sociale où il peut seulement avoir lieu, c’est-à-dire DANS LA RUE. Je dis que les gestes récents des ouvriers français et celui, combien plus pathétique encore, de l’avant-garde espagnole constituent deux temps nécessairement successifs d’un même mouvement, du mouvement qui doit porter tout entier le monde en avant. Il importe au plus haut point d’observer que ce mouvement obéit à un impératif des plus rigoureux, qui se joue des prévisions politiques et surmonte la contradiction des mots d’ordre de partis. Le surréalisme, en ce point particulier de son développement, ne saurait faire abstraction de telles conjonctures sous peine de perdre de vue la tête de l’histoire. Par-delà les obligations que les hommes s’imposent pour servir par groupes mortels ce qu’ils croient être la vérité, la terre tourne sur ses gonds de soleil et de nuit. Rien ne peut faire qu’aux yeux du surréalisme le dernier regard des hommes et des femmes tombés en juillet 1936 devant Saragosse ne mire à lui seul tout l’avenir. Tout l’avenir, y compris ce que le surréalisme, en tant qu’unique effort intellectuel sans doute concerté et tendu à cette heure sur le plan international, peut engager d’espoir absolu de libération de l’esprit humain sous ce mot. (…)

Rien n’a été épargné, qu’on m’en croie, depuis ses origines, pour ôter toute envie de s’en réclamer à ceux qui ne se rallieraient pas à un ensemble fondamental et indivisible de propositions, que je rappelle ici brièvement :

1° Adhésion au matérialisme dialectique dont les surréalistes font leurs toutes les thèses : primat de la matière sur la pensée, adoption de la dialectique hégélienne comme science des lois générales du mouvement tant du monde extérieur que de la pensée humaine, conception matérialiste de l’histoire (« tous les rapports sociaux et politiques, tous les systèmes religieux et juridiques, toutes les conceptions théoriques qui apparaissent dans l’histoire ne s’expliquent que par les conditions d’existence matérielle de l’époque en question. ») ; nécessité de la révolution sociale comme terme à l’antagonisme qui se déclare, à une certaine étape de leur développement, entre les forces productives matérielles de la société et les rapports de production existants (lutte des classes).

2° Au témoignage même de Marx et d’Engels, il est absurde de soutenir que le facteur économique est le « seul » déterminant dans l’histoire, le facteur déterminant étant, « en dernière instance, la production et la reproduction de la vie réelle ». Puisque, de leur propre aveu, « les diverses parties de la superstructure… exercent également leur action sur le cours des luttes historiques et en déterminent de façon prépondérante la « forme » dans beaucoup de cas. », l’effort intellectuel ne peut être plus effectivement appliqué qu’à l’enrichissement de cette superstructure, celle-ci ne devant lui livrer qu’à ce prix le secret de son élaboration. Il s’agit de montrer la route qui mène au cœur de ces « hasards » (pour garder la terminologie des mêmes auteurs) à travers la foule desquels se poursuivent « l’action et la réaction réciproques » des facteurs qui déterminent le mouvement de la vie. C’est cette route que le surréalisme prétend avoir creusée. Rien de moins arbitraire que la direction qu’elle emprunte, si l’on songe qu’elle ne peut être que l’aboutissement logique, nécessaire de tous les « chemins de grande aventure mentale » qui ont été parcourus ou indiqués jusqu’à nous. »

Limite non-frontières du surréalisme, 1937

« Il va sans dire que nous ne nous solidarisons pas un instant, quelle que soit sa fortune actuelle, avec le mot d’ordre : « Ni fascisme ni communisme ! » qui répond à la nature du philistin conservateur effrayé, s’accrochant aux vestiges du passé « démocratique ». L’art véritable, c’est-à-dire celui qui ne se contente pas de variations sur des modèles tout faits mais s’efforce de donner une expression aux besoins intérieurs de l’homme et de l’humanité d’aujourd’hui, ne peut pas ne pas être révolutionnaire, c’est-à-dire ne pas aspirer à une reconstruction complète et radicale de la société, ne serait-ce que pour affranchir la création intellectuelle des chaînes qui l’entravent et permettre à toute l’humanité de s’élever à des hauteurs que seuls les génies isolés ont atteintes dans le passé. En même temps, nous reconnaissons que seule la révolution sociale peut frayer la voie à une nouvelle culture. Si, cependant, nous rejetons toute solidarité avec la caste actuellement dirigeante en U.R.S.S., c’est précisément parce qu’à nos yeux elle ne représente pas le communisme mais en est l’ennemi le plus perfide et le plus dangereux.

Sous l’influence du régime totalitaire de l’U.R.S.S. et par l’intermédiaire des organismes dits « culturels » qu’elle contrôle dans les autres pays, s’est étendu sur le monde entier un profond crépuscule hostile à l’émergence de toute espèce de valeur spirituelle. Crépuscule de boue et de sang dans lequel déguisés en intellectuels et en artistes, trempent des hommes qui se sont fait de la servilité un ressort, du reniement de leur propres principes un jeu pervers, du faux témoignage vénal une habitude et de l’apologie du crime une jouissance. L’art officiel de l’époque stalinienne reflète avec une cruauté sans exemple dans l’histoire leurs efforts dérisoires pour donner le change et masquer leur véritable rôle mercenaire. (…) »

Pour un art révolutionnaire indépendant, André Breton, Diego Rivera, juillet 1938

« À quelque apparence fuyarde que la vie momentanément nous condamne, il est impossible dans notre foi en son aptitude vertigineuse et sans fin que nous puissions jamais démériter de l’esprit. Qu’il soit bien entendu cependant que nous ne voulons prendre aucune part active à l’attentat que perpétuent les hommes contre l’homme. Que nous n’avons aucun préjugé civique. Que, dans l’état actuel de la société en Europe, nous demeurons acquis au principe de toute action révolutionnaire... »

André Breton, Pourquoi je prends la direction de La Révolution surréaliste, 15 juillet 1925

« Le drapeau rouge, tout pur de marques et d’insignes, je retrouverai toujours pour lui l’œil que j’ai pu avoir à dix-sept ans, quand, au cours d’une manifestation populaire, aux approches de l’autre guerre, je l’ai vu se déployer par milliers, dans le ciel bas du Pré Saint-Gervais. »

Arcane 17,

"Et ce même regard, celui de Léon Trotsky, que je retrouve fixé sur moi au cours de nos quotidiennes rencontres il y a vingt ans au Mexique, à lui seul suffirait à m’enjoindre depuis lors de garder toute fidélité à une cause, la plus sacrée de toutes, celle de l’émancipation de l’homme, et cela par delà les vicissitudes qu’elle peut connaître et, en ce qui l’a concerné, les pires dénis et déboires humains. Un tel regard et la lumière qui s’y lève, rien ne parviendra à l’éteindre, pas plus que Thermidor n’a pu altérer les traits de Saint-Just. Qu’il soit ce qui nous scrute et nous soutient ce soir, dans une perspective où la Révolution d’octobre couve en nous la même inflexible ardeur que la Révolution espagnole, la Révolution hongroise et la lutte du peuple algérien pour sa libération." André Breton, Pour la quarantième anniversaire de la révolution d’Octobre

CAMARADES, En notre simple qualité d’intellectuels, nous déclarons que nous tenons le verdict de Moscou et son exécution pour abominables et inexpiables. Nous nions formellement avec vous le bien-fondé de l’accusation, que les antécédents des accusés dispensent même d’examiner en dépit des prétendus « aveux » de la plupart d’entre eux. Nous tenons la mise en scène du procès de Moscou pour une abjecte entreprise de police, qui dépasse de loin en envergure et en portée celle qui aboutit au procès dit des « incendiaires du Reichstag ». Nous pensons que de telles entreprises déshonorent à jamais un régime. Nous nous associons, sinon à l’ensemble de ses appréciations politiques, du moins aux conclusions lucides de l’article d’Otto Bauer formulées avant-hier dans Le Populaire : « Ce qui s’est passé à Moscou, c’est plus qu’une erreur, plus qu’un crime, c’est un malheur effroyable qui frappe le socialisme du monde entier, sans distinction d’esprit et de tendance ». C’est, à notre sens, un malheur effroyable dans la mesure où, pour la première fois, à un grand nombre de camarades qui se laisseront abuser, la conscience révolutionnaire est présentée en bloc comme corruptible. C’est un malheur effroyable dans le sens où des hommes vers qui allait, malgré tout, ne fût-ce qu’en raison de leur passé plus ou moins glorieux, notre respect, passent pour se condamner eux-mêmes, pour se définir comme des traîtres et des chiens. Ces hommes, quelles que soient les réserves graves que nous puissions faire sur la solidité de certains d’entre eux, nous les tenons pour totalement incapables, fût-ce dans le désir de continuer à lutter, fût-ce à plus forte raison dans l’espoir d’échapper à la mort, de se nier, de se flétrir eux-mêmes à ce point. Mais où cela cesse d’être un malheur effroyable, c’est à partir du moment où cela nous éclaire définitivement sur la personnalité de Staline : l’individu qui est allé jusque là est le grand négateur et le principal ennemi de la révolution prolétarienne. Nous devons le combattre de toutes nos forces, nous devons voir en lui le principal faussaire d’aujourd’hui - il n’entreprend pas seulement de fausser la signification des hommes, mais de fausser l’histoire - et comme le plus inexcusable des assassins. Nous faisons, dans ces conditions, toutes réserves sur le maintien du mot d’ordre : « Défense de l’U.R.S.S. » Nous demandons que lui soit substitué de toute urgence celui de « Défense de l’Espagne révolutionnaire » en spécifiant que tous nos regards vont aujourd’hui, 3 septembre 1936, aux magnifiques éléments révolutionnaires de la C.N.T., de la F.A.I. et du P.O.U.M. qui luttent, indivisiblement à nos yeux, sur le front d’Irun et dans le reste de l’Espagne. Ces éléments, nous ne nous dissimulons pas que Staline et ses acolytes, qui ont passé un pacte d’assistance avec les états capitalistes, s’emploient tant qu’ils peuvent à les désunir. C’est, pour nous, une raison de plus d’attendre d’eux, de leurs forces et de leurs héroïsmes conjugués, le rétablissement de la vérité historique foulée aux pieds non moins systématiquement en U.R.S.S. qu’en Italie et en Allemagne. Sous une forme concrète, nous nous proposons d’agir à l’intérieur du Comité de Vigilance des Intellectuels pour que soit menée en toute sévérité l’enquête réclamée par le P.O.I. sur les conditions dans lesquelles s’est déroulé, nous le savons déjà, sans le moindre égard, non seulement pour la personnalité des accusés, mais pour la sauvegarde de la dignité humaine, le procès de Moscou, et de contribuer à exiger s’il y a lieu - il y a lieu sûrement - réparation au nom de la conscience internationale, seul élément de progrès, de la conscience internationale dont, Camarades, nous sommes ici un certain nombre à tenir les prescriptions pour sacrées. Nous saluons à nouveau la personnalité, de très loin au-dessus de tout soupçon, de Léon Trotsky. Nous réclamons pour lui le droit de vivre en Norvège et en France. Nous saluons cet homme qui a été pour nous, abstraction faite des opinions non infaillibles qu’il a été amené à formuler, un guide intellectuel et moral de premier ordre et dont la vie, dès lors qu’elle est menacée, nous est aussi précieuse que la nôtre. Adolphe Acker, André Breton, Georges Henein, Maurice Henry, Georges Hugnet, Marcel Jean, Léo Malet, Georges Mouton, Henri Pastoureau, Benjamin Péret, Gui Rosey, Yves Tanguy.

Déclaration lue (et rédigée initialement) par André Breton le 3 septembre 1936 au meeting : « La vérité sur le Procès de Moscou »

« Quelle domination de soi-même, quelle certitude d’avoir, envers et contre tout, maintenu sa vie en parfait accord avec ses principes, quel exceptionnel courage au-delà de telles épreuves ont pu ainsi garder ses traits de toute altération ! Les yeux d’un bleu profond, l’admirable front, l’abondance des cheveux tout juste argentés, la toute fraîcheur du teint composent un masque où l’on sent que la paix intérieure l’a emporté, l’emportera à jamais sur les formes les plus cruelles de l’adversité. Cela ne saurait être là qu’une vue statistique, car dès que le visage s’anime, que les mains nuancent avec une rare finesse tel ou tel propos, il se dégage de toute sa personne quelque chose d’électrisant. (…) Il est une question qui, pour le camarade Trotsky, prime toutes les autres, une question à laquelle il vous ramène. Cette question, c’est : « Quelles perspectives ? » Nul n’est mieux que lui à l’affût de l’avenir (…) Il abonde en sarcasmes contre ceux qui sont établis sur une réputation, même honorable. Il faut l’entendre parler des « petits rentiers de la Révolution » !

Discours de Breton le 11 novembre 1938 pour l’anniversaire de la Révolution d’Octobre

"Ce regard, celui de Léon Trotsky, que je retrouve fixé sur moi au cours de nos quotidiennes rencontres il y a vingt ans au Mexique, à lui seul suffirait à m’enjoindre depuis lors de garder toute fidélité à une cause, la plus sacrée de toutes, celle de l’émancipation de l’homme, et cela par delà les vicissitudes qu’elle peut connaître et, en ce qui l’a concerné, les pires dénis et déboires humains."

André Breton pour le quarantième anniversaire de la Révolution d’Octobre (octobre 1957)

André Breton et la révolution d’Octobre

Trotsky et Breton

La révolution sociale, c’est complètement surréaliste ?

Démasquez les physiciens, videz les laboratoires !

1 Message

  • Ma femme à la chevelure de feu de bois

    Aux pensées d’éclairs de chaleur

    A la taille de sablier

    Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre

    Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d’étoiles de
    dernière grandeur

    Aux dents d’empreintes de souris blanche sur la terre blanche

    A la langue d’ambre et de verre frottés

    Ma femme à la langue d’hostie poignardée

    A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux

    A la langue de pierre incroyable

    Ma femme aux cils de bâtons d’écriture d’enfant

    Aux sourcils de bord de nid d’hirondelle

    Ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre

    Et de buée aux vitres

    Ma femme aux épaules de champagne

    Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace

    Ma femme aux poignets d’allumettes

    Ma femme aux doigts de hasard et d’as de coeur

    Aux doigts de foin coupé

    Ma femme aux aisselles de martre et de fênes

    De nuit de la Saint-Jean

    De troène et de nid de scalares

    Aux bras d’écume de mer et d’écluse

    Et de mélange du blé et du moulin

    Ma femme aux jambes de fusée

    Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir

    Ma femme aux mollets de moelle de sureau

    Ma femme aux pieds d’initiales

    Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent

    Ma femme au cou d’orge imperlé

    Ma femme à la gorge de Val d’or

    De rendez-vous dans le lit même du torrent

    Aux seins de nuit

    Ma femme aux seins de taupinière marine

    Ma femme aux seins de creuset du rubis

    Aux seins de spectre de la rose sous la rosée

    Ma femme au ventre de dépliement d’éventail des jours

    Au ventre de griffe géante

    Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical

    Au dos de vif-argent

    Au dos de lumière

    A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée

    Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire

    Ma femme aux hanches de nacelle

    Aux hanches de lustre et de pennes de flèche

    Et de tiges de plumes de paon blanc

    De balance insensible

    Ma femme aux fesses de grès et d’amiante

    Ma femme aux fesses de dos de cygne

    Ma femme aux fesses de printemps

    Au sexe de glaïeul

    Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque

    Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens

    Ma femme au sexe de miroir

    Ma femme aux yeux pleins de larmes

    Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée

    Ma femme aux yeux de savane

    Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison

    Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache

    Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre et de feu.

    André Breton, Clair de terre (1931)

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