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Kant et la Révolution française - Matière et Révolution
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Kant et la Révolution française

samedi 16 juillet 2016, par Robert Paris

Kant et la Révolution française

Jean Ziegler dans « L’empire de la honte » :

« Emmanuel Kant n’a pas participé à la Révolution française. Il n’a même jamais quitté son Königsberg natal. Mais pour lui, la Révolution était l’incarnation vivante et la mise en œuvre concrète des idées des Lumières. Elle marquait un pas décisif vers l’émancipation de l’homme.

En tant que fonctionnaire prussien, vivant en régime autocratique sous l’œil vigilant des sbires royaux, Kant prit, par sa défense publique et privée de la Révolution et de ses acteurs, des risques personnels considérables.

Dès juillet 1789, il se fit envoyer de Paris « L’Ami du peuple » et plusieurs journaux révolutionnaires. Ceux-ci arrivaient par la poste, régulièrement, au su et au vu des sbires.

Il déjeunait chaque jour à l’auberge, et ces déjeuners partagés avec des amis, devinrent bientôt le lieu de ralliement des sympathisants de la Révolution en terre prussienne. Kant y commentait quotidiennement, et souvent avec enthousiasme, les événements de Paris. On découvrirait plus tard que, comme la plupart des convives, il figurait sur le « registre noir », la liste des ennemis de Frédéric II, constamment mise à jour par les agents de la police secréte.

Kant avait 70 ans lorsque Robespierre déclencha la Terreur. A l’auberge, il porta un toast à l’Incorruptible. Les archives de la police prussienne en gardent la trace. Grimpant sur sa chaise (Kant ne mesurait que 1,52 mètre), il leva son verre rempli de vin du Rhin et s’écria : « Gardons-nous de douter de l’idée de la révolution bourgeoise ! Les explosions d’immoralité ne doivent pas nous troubler. »

A l’époque, Königsberg (aujourd’hui Kaliningrad) était une capitale de province d’environ 50 000 habitants, qui vivait essentiellement de son port sur la mer du Nord. Elle abritait une mosaïque bigarrée de peuples : des Lituaniens, des Estoniens, des lettons, des Polonais, des Russes, une forte communauté juive, des marchands hollandais et anglais, des huguenots réfugiés de France et des mennonites venus de Hollande au XVIe siècle. Dépourvus de droits politiques et de revenus décents, nombre de ces habitants vivaient dans une extrême précarité. Révolté par l’injustice sociale, Kant voyait dans la Révolution la promesse de libération des miséreux.

Sur la signification historique de la Révolution, Emmanuel Kant écrivait en 1798 : « Un tel phénomène dans l’histoire du monde ne s’oubliera jamais, car il a découvert au fond de la nature humaine une possibilité de progrès moral qu’aucun homme n’avait jusqu’à présent soupçonnés. Même si le but poursuvi ne fut pas atteint… ces premières heures de liberté ne perdent rien de leur valeur. Car cet événement est trop immense, trop mêlé aux intérêts de l’humanité et d’une trop grande influence sur toutes les parties du monde pour que les peuples, en d’autres circonstances, ne s’en souviennent pas et ne soient pas conduits à en recommencer l’expérience. »

Extrait du Conflit des facultés, 1798, d’Emmanuel Kant :

« Ce qui avait été grand parmi les hommes est devenu petit et ce qui avait été petit est devenu grand. »

« Même si le but visé par cet événement n’était pas encore aujourd’hui atteint, quand bien même la révolution ou la réforme de la constitution d’un peuple aurait finalement échoué, ou bien si, passé un certain laps de temps, tout retombait dans l’ornière précédente (comme le prédisent maintenant certains politiques), cette prophétie philosophique n’en perd pourtant rien de sa force. Car cet événement est trop important, trop mêlé aux intérêts de l’humanité, et d’une influence trop vaste sur toutes les parties du monde pour ne pas devoir être remis en mémoire aux peuples à l’occasion de certaines circonstances favorables et rappelé lors de la reprise de nouvelles tentatives de ce genre. Dès le début, la Révolution française ne fut pas l’affaire des seuls Français. »

« Peu importe si la révolution d’un peuple plein d’esprit, que nous avons vu s’effectuer de nos jours, réussit ou échoue, peu importe si elle accumule misère et atrocités au point qu’un homme sensé qui la referait avec l’espoir de la mener à bien, ne se résoudrait jamais néanmoins à tenter l’expérience à ce prix, cette révolution, dis-je, trouve quand même dans les esprits de tous les spectateurs (qui ne sont pas eux-mêmes engagés dans ce jeu) une sympathie d’aspiration qui frise l’enthousiasme et dont la manifestation même comportait un danger, cette sympathie par conséquent ne peut avoir d’autre cause qu’une disposition morale du genre humain… »

« La religion dans la limite de la simple raison », Emmanuel Kant :

« J’avoue ne pas pouvoir me faire très bien à cette expression dont usent des hommes sensés : un certain peuple (en train d’élaborer sa liberté légale) n’est pas mûr pour la liberté ; les serfs d’un propriétaire terrien ne sont pas encore mûrs pour la liberté ; et de même aussi, les hommes ne sont pas encore mûrs pour la liberté de conscience. Dans une hypothèse de ce genre, la liberté ne se produira jamais ; car on ne peut « mûrir » pour la liberté si l’on n’a pas été mis au préalable en liberté (il faut être libre pour se servir utilement de ses forces dans la liberté). »

Lire aussi :

Kant, les lumières et la Révolution française

Rousseau, Kant et la Révolution

Ecrits de Kant

Kant et sa philosophie

Les Derniers Jours d’Emmanuel Kant

Remarques sur « Qu’est-ce que les Lumières », de Kant

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