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Comment la civilisation celtique de Hallstatt a disparu en Europe centrale et occidentale - Matière et Révolution
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Comment la civilisation celtique de Hallstatt a disparu en Europe centrale et occidentale

vendredi 29 novembre 2019, par Robert Paris

Comment la civilisation celtique de Hallstatt a disparu en Europe centrale et occidentale entre - 500 et - 400 avant J.-C.

Plutarque dans la « Vie de Romulus », rapporte cet épisode :

« Les Celtes, avant de franchir les Alpes et de s’établir dans la région de l’Italie qu’ils habitent maintenant, connurent une sédition (stasis) terrible et violente, qui dégénéra en guerre civile (polemon emphylion). Mais les femmes s’interposèrent au milieu des armes (en mesô tôn hoplôn) et se chargèrent du conflit, qu’elles arbitrèrent et tranchèrent si parfaitement que naquit une étonnante amitié (philia) de tous pour tous, non seulement entre les cités (poleis), mais encore entre les familles (oikous). A la suite de cet événement, ils ne cessèrent plus de délibérer de la guerre (polemou) aussi bien que de la paix (eirènès) avec leurs femmes et de régler les différends qui les opposaient à leurs alliés par leur entremise. Toujours est-il que, dans leur traité avec Hannibal, ils stipulèrent qu’en cas de plainte des Celtes contre les Carthaginois, les gouverneurs et les généraux de Carthage en Ibérie étaient les juges, mais que si les Carthaginois avaient à se plaindre des Celtes, c’étaient les femmes celtes. »

Jean-Paul Demoule, dans « Les dix millénaires oubliés qui ont fait l’histoire » :

« Le fer, plus résistant que le bronze et beaucoup plus répandu dans la nature que le cuivre ou l’étain, donne son nom à cette nouvelle période, qui voit l’Europe s’organiser en trois zones, du nord au sud. Sur les bords de la Méditerranée, en Grèce, en Italie et une partie de la péninsule ibérique, émergent des cités-Etats, chacune régnant sur un territoire restreint. Elles empruntent aux Phéniciens la première écriture alphabétique, construisent des villes en pierre et fortifiées, utilisent la monnaie. Les jouxtant au nord s’étend une bande de peuples « barbares » dont nous connaissons les noms par les Grecs ou les Romains : Celtes, Illyriens, Macédoniens, Thraces, Gètes, Scythes, pour les principaux… Ils s’orientent à leur tour vers la formation de villes et une organisation étatique, au VIe siècle avant notre ère, avec les résidences princières celtiques, qui s’effondrent vers – 500… »

Sur les Celtes sont à la fois guerriers et commerçants, Demoule écrit dans le même ouvrage :

« Des sanctuaires guerriers comme Ribemont-sur-Ancre dans la Somme ou Gournay-sur-Aronde dans l’Oise, exaltent les victoires guerrières en exposant en trophées les armes et les corps des adversaires vaincus. Plus au sud, à Entremont, près d’Aix-en-Provence, des portiques publics en pierre sont creusés d’alvéoles destinées à accueillir les têtes coupées des ennemis. (…) Les dirigeants de ces royaumes, qui fleurissent dans le dernier demi-millénaire avant notre ère, sont fascinés par les productions de luxe méditerranéennes. Ils les échangent contre leurs propres produits, des matières premières comme le cuivre, l’étain, le bois, le sel, ou encore les prisonniers de guerre réduits en esclavage ; et ils les disposent dans leurs palais et les font placer dans leurs tombes.

La « princesse » inhumée à Vix près de Dijon vers l’an 500 avant notre ère, au pied du bourg fortifié du mont Lassois où elle régnait, emporta dans une chambre funéraire en bois recouverte d’un tumulus un char à quatre roues démonté et rehaussé de bronze, mais également le plus grand chaudron en bronze de l’Antiquité, haut de cent soixante centimètres et fabriqué en Italie du Sud, ainsi que des vases grecs et étrusques en terre ou en bronze et des poteries indigènes ; elle portait un lourd torque en or orné de chevaux ailés, lui aussi provenant de loin, et des bracelets, fibules et torques de fabrication locale. Le « prince » inhumé à peu près à la même époque à Lavau, tout près de Troyes, avait également avec lui son char et un grand chaudron grec en bronze, ainsi qu’un torque en or proche du style de celui de Vix. Une cruche grecque avait été rehaussée de filets d’or par les artistes grecs, à l’intention du (mauvais) goût supposé des Barbares du Nord…

Ainsi, les productions artistiques des cités méditerranéennes influent peu à peu sur la culture des couches dirigeantes des sociétés barbares de l’intérieur du continent, que ce soit chez les Celtes, les Macédoniens, les Thraces ou les Scythes… Enfin, les artisans locaux tentent aussi d’imiter au mieux cet art exotique. Dans la tombe du prince de Hochdorf, en Allemagne, avait été déposé un grand chaudron de bronze, orné de trois lions sculptés posés sur le bord. L’un de ces lions ayant disparu, un artisan celte s’est efforcé de le remplacer à l’identique, mais en lui donnant une visible touche locale… L’imitation peut être cependant plus inventive. Lorsque les Celtes adoptent progressivement une économie monétaire à mesure qu’ils construisent des structures étatiques dans les trois derniers siècles avant notre ère, ils s’inspirent au départ de monnaies grecques, qui comportaient une tête royale d’un côté, et un char de l’autre. Mais, rapidement, ils vont broder à partir de ces éléments, déconstruire les figures de départ et donner naissance à un art graphique monétaire entièrement original. Cet art qui privilégie les lignes courbes et les rythmes ternaires orne aussi les objets plus personnels, parures de cou ou de poignet moulées en bronze ou même en or, fourreaux d’épée, ornements de cavalerie, et même décors peints sur les vases. Appelées par les besoins de prestige des élites, ces productions sont emblématiques de l’esthétique celtique…

Les Celtes n’ont certainement pas existé sous la forme simpliste que veulent leur donner nos représentations actuelles, issues de notre conception des « nations » du XIXe siècle. Les Celtes n’en jouissent pas moins aujourd’hui d’une grande ferveur, non seulement pour ces questions nationales, sinon nationalistes, mais aussi parce qu’ils se trouvent, bien malgré eux, mêlés à toutes sortes de divagations New Age sur une antique sagesse druidique qu’auraient secrètement maintenue jusqu’à nos jours diverses sociétés occultes. Il y a bien de nos jours des « druides » pratiquant des cérémonies « druidiques », mais elles ont toutes été réinventées au XIXe siècle. Elles se déroulent souvent devant des menhirs et des dolmens… monuments néolithiques pourtant antérieurs aux Gaulois d’au moins trois mille ans ! »

Les Celtes ne doivent effectivement pas être confondus avec les « peuples des mégalithes » qui les ont largement précédés. Les Celtes ne savaient pas bâtir des monuments mégalithiques et se sont contentés de les adorer… Les peuples des mégalithes étaient païens alors que les Celtes avaient des dieux. Les peuples des mégalithes n’avaient pas une société très hiérarchisée et codifiée, contrairement aux Celtes.

Le Hallstatt est le « premier âge du fer » en Europe centrale et occidentale. Il dure de – 1200 à – 400 avant J.-C. et disparaît dans des révolutions sociales contre les princes celtes. On assiste, de – 500 à – 400 avant J.-C., à l’effondrement de l’élite aristocratique des « princes » hallstattiens.

Les sociétés du Hallstatt-D (- 800 à – 650 avant J.-C.) se distinguent par leur opulence, un pouvoir princier reposant sur le clan et le dynamisme de leur culture. Les personnages les plus importants sont les princes, qui se font enterrer, parés de colliers d’or, dans des tombes à char enfouies sous un volumineux tertre funéraire ou tumulus.

Des citadelles sont établies sur des hauteurs dominant de vastes étendues. Parmi les plus importantes, une douzaine sont vraisemblablement les résidences de princes ou de chefs territoriaux, qui jouent un rôle économique et politique, et constituent une puissante fédération de communautés organisées sur le même modèle, en Allemagne du Sud, en Suisse et dans l’Est de la France : Hohenasperg (en) au nord de Stuttgart, la Heuneburg près de Sigmaringen, Uetliberg près de Zurich, Châtillon-sur-Glâne près de Fribourg, Britzgyberg près de Illfurth dans le Haut-Rhin, Saxon-Sion en Meurthe-et-Moselle, le mont Lassois à Vix en Côte-d’Or, Gray dans la Haute-Saône, le camp du Château à Salins-les-Bains dans le Jura, etc.

La citadelle de la Heuneburg a été la plus largement fouillée : son rempart, long de 600 mètres et reconstruit plusieurs fois au VIe siècle, était édifié sur quatre mètres de haut (en briques crues sur une base de pierre) et muni de tours en saillies, technique inhabituelle au nord des Alpes, mais connue dans le monde méditerranéen (Gela, en Sicile). À l’intérieur, des maisons se répartissent le long de ruelles ; à l’extérieur, une agglomération entoure cette sorte d’acropole. De nombreux tessons de céramique à figures noires et rouges voisinent avec des amphores grecques ou des productions étrusques. L’artisanat local paraît brillant : tour à rotation rapide, réparation et reproduction de produits d’exportation, comme en témoigne le moule en argile d’une attache d’œnochoé (cruche à vin) de style étrusque mais de fabrication locale, ornée d’une tête de silène.

En plaine, d’autres sites ont livré des vestiges identiques à ceux fournis par les citadelles. Il s’agit vraisemblablement d’entrepôts (Bragny-sur-Saône en Saône-et-Loire) ou d’autres formes d’habitat princier, comme à Bourges et à Lavau, où des tombes renfermant de la vaisselle importée ont été découvertes.

La civilisation du Premier âge du fer se caractérise par l’importance des exportations de produits du bassin méditerranéen, un rituel complexe et solennel dans la pompe des funérailles et une forte personnalisation du pouvoir dynastique. Les palais des princes nous restent mal connus, car les citadelles fouillées n’en ont pas livré. Quelques indices attendent confirmation : au Wittnauerhorn, en Suisse, deux maisons centrales plus grandes que les autres pourraient être la résidence des maîtres ; à la base du tumulus de Giessübel-Talhau, près de la citadelle de la Heuneburg, le plan d’une vaste demeure aurait été reconnu.

La civilisation du Premier âge du fer se caractérise par l’importance des exportations de produits du bassin méditerranéen, un rituel complexe et solennel dans la pompe des funérailles et une forte personnalisation du pouvoir dynastique. Les palais des princes nous restent mal connus, car les citadelles fouillées n’en ont pas livré. Au Wittnauerhorn, en Suisse, deux maisons centrales plus grandes que les autres pourraient être la résidence des maîtres ; à la base du tumulus de Giessübel-Talhau, près de la citadelle de la Heuneburg, le plan d’une vaste demeure aurait été reconnu. Vers – 600, une dizaine de résidences princières constituent des centres économiques et politiques importants ou principautés, répartis de la Bourgogne au Wurtemberg. C’est ce régime des princes Celtes qui va s’effondrer dans une révolte générale des exploités contre leurs maîtres, détruisant les maisons princières, à la même époque où chute le grand commerce entre ces régions et la Méditérranée.

D’autres révoltes et révolutions ont eu lieu dans la même période, également entre – 500 et – 400, comme celle en – 500 avant J.-C., après l’échec des Perses devant Naxos. Aristagoras, gendre du tyran de Milet Histiée, responsable de la déroute par sa querelle avec le chef perse au Mégabate, déclenchera la révolte de Milet pour échapper aux conséquences de son échec (- 499 av. J.-C.). En - 552 av. J.-C. des troubles sociaux et politiques, aggravés sans doute par une mauvaise situation économique éclatent en Babylonie et dans les villes méridionales. En – 580 à -578 av. J.-C., agitation sociale et politique à Athènes. En – 546 avant J.-C., révolte des Lydiens contre les Perses. En - 522 av. J.-C. : les Arméniens révoltés sont vaincus en Assyrie par Vaumisa, un des généraux de Darius. Aussi en - 522 av. J.-C. : révolte de Nindintu-Bêl à Babylone contre la domination perse.Solon à Athènes supprime l’esclavage pour dettes après la révolte de – 593, en -508, c’est la révolution du peuple athénien contre la classe dominante, la diminution de l’influence des grands propriétaires et Clisthène (aristocrate visionnaire) soutient la rébellion athénienne et achève de jeter les bases de la démocratie athénienne. Ménénius Agrippa en fait autant après la révolte de la plèbe romaine en – 471, puis Mazdak en 476 en Perse. Des révoltes on lieu : Athènes en – 510, à Agrigente en – 470, à Syracuse en –466. En – 499 à - 493 : révolte de l’Ionie. En – 493, révolte plébéienne en Italie. La plupart des cités grecques, occupées par les Perses en Asie Mineure et à Chypre, se révoltent contre la domination perse à la suite de l’échec de l’expédition contre les Scythes. Citons encore la révolution de – 431 avant J.-C de Milet, en Asie Mineure. En -425 c’est la révolte des esclaves du Laurion. La noblesse de Corfou fut anéantie en – 427 avant J.-C par le peuple révolté. Les multiples révoltes et révolutions des esclaves grecs en – 494 et – 413, de la plèbe romaine en – 471 (avant même que l’esclavage romain prenne de l’ampleur) et des multiples révoltes et révolutions des esclaves romains – 419, en – 413.

On ne peut pas établir de lien entre ces diverses révoltes et révolutions et celle qui va renverser la civilisation de Hallstatt. Cela témoigne seulement qu’il s’agit d’une période perturbée de l’Histoire, pleine de soulèvements populaires. On peut aussi citer autant de contre révolutions. Ainsi, en - 561 av. J.-C. : première tyrannie de Pisistrate à Athènes qui s’empare de l’Acropole avec l’aide du dèmos et se proclame tyran d’Athènes. Les chefs du parti aristocratique quittent la ville. Solon abandonne la vie politique. Pisistrate est chassé l’année suivante par la coalition de Lycurgue, chef des Pédiens, et de Mégaclès, chef des Alcméonides, qui instaurent une oligarchie.

Les premiers peuples à adopter des caractéristiques culturelles considérées comme celtiques, furent les peuples de la culture de Hallstatt, de l’âge du fer, en Europe centrale (vers 800-450 av. J.-C.).

Cette période est caractérisée par des épées de bronze et de grandes épées de fer. Les cavaliers à longue épée, ordre jusqu’alors inconnu, apparaissent sporadiquement dans les tombes, entourés de rites et accompagnés d’éléments (service à boisson, produits exotiques importés, tombe à char, or) qui préfigurent les symboles de la nouvelle classe dirigeante. L’utilisation du cheval est l’un des attributs qui distinguent les détenteurs du pouvoir. Les tombes féminines offrent de nombreuses parures, des fibules volumineuses, typiques du goût exubérant de l’époque. Les sépultures riches possèdent très souvent d’impressionnants services en bronze constitués de seaux, situles (seaux aux bords refermés), bassins et tasses.

Les Celtes établissent des citadelles sur des oppidums (oppida en celte) dominant de vastes étendues. Parmi les plus importantes, une douzaine semble jouer un rôle économique et politique, et constituent une puissante fédération de communautés organisées sur le même modèle, en Allemagne du Sud (Heuneburg), en Suisse et dans l’Est de la France (oppidum Saint-Marcel au Pègue, tombe de Vix).

Il semble y avoir eu une classe œuvrant dans les mines de sel contrôlée par une classe dominante, peut-être en lien avec deux ethnies distinctes comme en font foi certaines découvertes

Une nouvelle aristocratie c’est mise en place, cette population s’est enrichie et les guerriers nomades voyagent, font du commerce et conquiert de nouveaux territoires. Ces groupes qui parcourent l’Europe fondent la culture celtique et enseignent leurs connaissances aux populations. Les Goidels et les Pictes s’installent en Grande-Bretagne, puis en Irlande ou ils se sédentarisent. Le second âge de fer, « la Tène » marque la fin de la puissance commerciale des Celtes, dû à des crises et des conflits. Leur mode de vie devient plus rural et guerrier. Les Celtes sont décris par les historiens des autres civilisations, appelés Keltoïs par les Grecs et Celtae (ou Galli) par les Romains. La puissance guerrière des celtes est importante et leur territoire s’étend, mais le territoire n’est pas soudé et c’est se manque de cohésion qui va rendre l’invasion romaine plus facile. Les historiens parlent de la présence des Celtes en Espagne, France, Italie, Grèce, Asie mineure mais aussi au cœur de la Turquie. Ils occupent alors une bonne partie de l’Europe. Au II et I er siècle av J.C, les Celtes subissent les invasions de Germains, des Romains et des Daces. Les Celtes fuient en Gaule qui est à son tour conquise. Au 1er siècle, la Grande-Bretagne est partiellement conquise et la culture Celte ne subsiste qu’en Irlande et en Écosse.

Les débuts de cette métallurgie sont connus dans le sud de l’Allemagne, l’Autriche et l’est de la France : ils semblent associés à l’émergence d’une aristocratie guerrière dont le prestige repose sur l’usage de l’épée et sur la possession d’attelages d’apparat (les premiers chars celtiques). Il faut moins de cent ans pour que ces technologies soient connues dans l’ensemble du monde celtique, preuve d’une grande cohésion de l’ensemble dès cette époque. Parmi les sites de cette époque, l’un des plus connus est le tombeau de la princesse de Vix, en Côte-d’Or. Les autres sites funéraires très connus, sont situés en Allemagne, notamment la Sépulture de Hochdorf, Waldalgesheim, Reinheim, Kleinaspergle, réalisés de la même façon : un char, des bijoux en or (torques et bracelets), des pendentifs en ambre provenant des contrées Vikings, des poteries en bronze originaires des Étrusques et des Grecs, des cors issus des contrées pré anglo-saxonnes et des cratères très importants. Les sites princiers sont placés sur des nœuds commerciaux (routiers et fluviaux).

Le marqueur visible essentiel de la transformation sociale de cette époque est l’évolution des tombes des plus grands personnages de ces sociétés. Durant les époques précédentes, des tombes d’apparat apparaissent depuis la IIIe millénaire av. J.C., aucun rituel, aucune règle précise n’est discernable. À l’époque de Hallstatt, les tombes suivent un schéma plus réglé. Les chars d’apparat et les services à boisson prennent une importance qui va au-delà d’un simple accompagnement d’une personne dans l’autre vie, mais semble relever « d’un rituel collectif dont le « prince » était de son vivant le protagoniste et qu’il était censé pouvoir le poursuivre dans l’autre monde pour le bien de la communauté ».

Les tombes montrent que les princes sont vénérés, riches et puissants. Ils profitent alors du développement des échanges commerciaux, comme en témoignent les nombreux objets venus de très loin et enterrés avec leurs propriétaires (vases en bronze, meubles incrustés d’ambre et d’ivoire et tissus précieux). Toutefois, les objets issus de l’extérieur du monde celte sont trop peu nombreux pour avoir une idée générale de l’ensemble des échanges qui avaient lieu à cette époque.

À cette époque, les forteresses situées à proximité des nécropoles majeures semblent être elles-mêmes les centres d’un pouvoir dominant, attirant à lui les échanges commerciaux et les artisans les plus compétents. Ainsi, les premières poteries réalisées à l’aide d’un tour et les plus belles céramiques peintes se retrouvent systématiquement dans ces forteresses. Elles forment l’embryon d’un réseau urbain. Il est significatif que la première occurrence d’une construction bâtie en terre celte sur le modèle d’une ville grecque se trouve dans un de ces lieux proches d’un tumulus princier : Heuneburg.

Vers -700/-600 avant J.-C., en effet, les inhumations sous tumulus réapparaissent, sans doute liées à des changements religieux qui traduisent une dégradation économique. Les centres économiques originels du premier âge du fer connaissent à la même période un déclin au profit de nouveaux centres secondaires. Le site de Hallstatt est brûlé lors de ce qui est sans doute une révolte sociale et politique contre les classes exploiteuses et ne sera plus réoccupé. La multiplication de petits oppida (latin sing. oppidum : un lieu élevé (colline ou montagne) dont les défenses naturelles ont été renforcées par la main de l’homme) traduisent un état d’insécurité corrélatif à un émiettement de l’autorité politique. Des mouvements de peuples sont alors attestés par les sources grecques.

Ce n’est pas une guerre, ni une invasion, ni une querelle interne des classes possédantes qui a entraîné leur chute mais l’affaiblissement économique débuté en – 700 avant J.-C. et les révoltes sociales et politiques qui en ont résulté en – 500 puis définitivement – 400 avant J.-C.

La chute de la première civilisation européenne de l’Age du fer est un événement de grande ampleur qui concerne une région immense. Ce n’est pas un événement unique à une date donnée mais concerne toute une période entre – 500 et – 400 avant J.-C. Par exemple, du site d’origine de Hallstatt aux Alpes occidentales françaises, la fin est donnée en – 475 avant J.-C.

Bien des auteurs ont pensé que l’époque de la Tène ayant succédé à celle de Hallstatt, il y avait sans doute eu une invasion qui avait fait chuter les princes celtiques de Hallstatt. Jean-Jacques Demoule contredit cette thèse erronée dans « Les dix millénaires oubliés qui ont fait l’histoire » :

« Les archéologues français ont longtemps pensé, jusque dans les années 1970, que les Celtes, représentés dans le Bassin parisien par la culture archéologique de la Tène, provenaient d’une invasion du Ve siècle avant notre ère, depuis l’Europe centrale. En réalité, les fouilles archéologiques ont bien montré, plus récemment, qu’il n’y avait eu aucune rupture dans l’évolution historique du Bassin parisien à cette époque et aucune trace d’invasion. »

Aucune invasion, aucune guerre, qui aurait fait chuter cette première civilisation du fer donc, mais une rupture sociale et politique puisque Demoule, lui-même, expose le fait que les princes celtes ont bel et bien été renversé et leurs palais détruits :

« Ils s’orientent à leur tour vers la formation de villes et une organisation étatique, au VIe siècle avant notre ère, avec les résidences princières celtiques, qui s’effondrent vers – 500… »

Avant les classes sociales dominantes guerrières, il y avait, chez les Celtes, une société communautaire gentilice sans Etat

Avant le patriarcat des guerriers et princes celtes, il y avait un matriarcat

Aux origines des villes celtes

Qui étaient les Celtes

Petite chronologie

Vers – 1300 avant J.-C., à l’âge de bronze en Europe : début de l’exploitation des mines de sel de Hallstatt.

- 1200 avant J.-C. : début estimé de la civilisation de Hallstatt. La région celtique, appelée alors « Norique » était limitée au nord par le Danube, à l’ouest par la Rhétie, à l’est par la Pannonie et au sud par la Dalmatie. Elle correspond approximativement à la Styrie, la Carinthie, la région de Salzbourg, une grande partie de la Basse-Autriche et de la Haute-Autriche, l’extrême est de la Bavière et une partie de la Slovénie. Des oppidums existaient à Burg (Schwarzenbach), Hainburg, Leopoldsberg (Vienne), Idunum (Villach), Kulm (Styrie orientale). Le pays est montagneux et la terre est pauvre, mais le sous-sol était riche en fer et pourvoyait en matières premières les fabriques d’armes de Pannonie, de Mésie et du nord de l’Italie. Cette civilisation s’étend ensuite en Europe centrale dans un vaste périmètre depuis les régions actuelles de l’Autriche, de la Suisse, du sud de l’Allemagne, de la Bohême, de la Moravie, de l’ouest de la Hongrie et de la Slovaquie, du nord-est de la France.

Vers – 900 avant J.-C., multiplication du nombre de fortifications en Europe continentale.

L’âge du fer (arrivée de la métallurgie du fer en Europe et généralisation de son usage) débute aux environs de 800 av. J.-C. et correspond globalement à l’apparition d’une nouvelle élite masculine inhumée sous des tumuli avec de grandes épées en fer. Durant ce millénaire, et surtout les sept derniers siècles, des villes sont nées, des États se sont créés, des périodes de développement et de déclin se sont succédé, les marchandises et les techniques ont circulé dans toute l’Europe.

Vers – 600 avant J.-C., une dizaine de résidences princières constituent des centres économiques et politiques importants ou principautés, répartis de la Bourgogne au Wurtemberg.

Au VIe siècle avant J.-C., les Celtes sont établis de la Bourgogne à l’Autriche. Ils entretiennent des contacts commerciaux florissants au Nord-ouest des Alpes avec les colonies grecques de Méditerranée occidentale. De riches tombes à char témoignent du pouvoir et de l’opulence des élites celtes. Les vaisselles en bronze retrouvées dans les tombes, fabriquées localement ou importés sont utilisées pour un rite très ancien, la cérémonie du symposium, banquet réunissant une dernière fois les fidèles compagnons du défunt : pyxide étrusque de Kastenwald à Appenwihr (Haut-Rhin), œnochoé de type rhodien d’Inzigkofen Vilsingen (Bade-Wurtemberg), trépieds de Sainte-Colombe-en-Auxois et de Grafenbulh (Wurtemberg) aux pieds léonin caractéristiques des ateliers grecs du Péloponnèse vers 600 av. J.-C., hydrie (vase à eau) de Grächwill (Suisse), cratère de Vix (Côte-d’Or). C’est l’époque du règne légendaire d’Ambigatos, roi des Bituriges en Gaule, au temps de Tarquin l’Ancien. La légende transmise par Tite-Live veut que les Bituriges aient alors possédé l’hégémonie sur les Celtes de Gaule. Leur roi Ambigatos, désirant éviter à son royaume la surpopulation, décide d’envoyer ses neveux Bellovèse et Ségovèse s’établir en des lieux que les dieux leur assigneront. À Ségovèse, l’oracle indique la forêt hercynienne ; à Bellovèse la direction de l’Italie. Selon Tite Live, Bellovèse aurait fondé Mediolanum (Milan). Pline l’Ancien attribue directement aux Insubres la fondation de Milan. L’archéologie révèle à Bourges (Avaricum) une résidence princière des VIe et Ve siècles av. J.-C. sur plusieurs dizaines d’hectares, contenant de nombreuses céramiques grecques (céramiques à figures noires) et du sud de la France, et des amphores de vins prestigieux (Chios, Samos...). Les basses plaines de l’Europe du Nord sont occupées pour la première fois ; constitutions de collines artificielles appelées terpen ou wierden.

Vers 600-400 av. J.-C. : c’est le premier âge du fer en Grande-Bretagne avec l’arrivée de tribus celtes. La population britannique de l’âge du fer varie selon les estimations entre 500 000 et 2,5 millions d’habitants, répartis en de multiples tribus et organisés en petit « royaumes » indépendants battant monnaie propre. Les populations de l’âge du fer occupent des habitats divers : au sud-est prédominent les villages ouverts, tandis que le reste de l’Angleterre du Sud, jusqu’aux montagnes galloises, sont parsemées de gros oppida fortifiés. Des petits hameaux isolés, entourés de palissades, s’imposent dans le Devon, la Cornouailles et le Pays de Galles.

Les Celtes exportent beaucoup de métal et de bétail sous forme de charcuteries. Ils produisent également le sel en très grande quantité, l’exploitent, et l’exportent dans toute l’Europe. Leur industrie du sel leur permet de conserver la viande. Ils produisent des pains de sel grâce à l’évaporation de saumure dans des pots spécifiques. Les Celtes cultivent le blé. A partir du contenu des tombes, on peut déduire la position sociale du défunt. Certains défunts en position hiérarchique élevée sont enterrés avec leur char, des guerriers sont enterrés avec leur arme de prestige : l’épée. La Société Celte est donc hiérarchisée en trois classes sociales : les religieux, les commerçants et les guerriers. Les guerriers celtes combattent à cheval, sont riches et possèdent des domaines. Ils contrôlent l’exploitation des mines, la production artisanale, et les échanges commerciaux. Ils dominent les paysans et les artisans. Ils se réunissent pour prendre les décisions politiques et économiques importantes. A l’époque de Hallstatt, certains guerriers sont de véritables princes à la tête de ces sociétés.

A la fin de cette période, les Celtes se retrouvent sans richesses parce que les Grecs, leurs principaux partenaires commerciaux en Méditérranée, se tournent vers l’Orient. C’est la fin du grand commerce phocéen.

Toutes les résidences princières celtiques s’effondrent à partir de – 500 avant J.-C. et jusqu’à – 400 avant J.-C. qui sonne la fin définitive du Hallstatt.

Conséquence d’une crise sociale interne, de la réorganisation des circuits commerciaux ou des luttes entre Grecs et Étrusques pour le contrôle des échanges, les citadelles des Celtes du Premier âge du fer, « poumons » des relations commerciales, sont abandonnées les unes après les autres vers -500 au profit d’un mode de vie plus rural, dominé par une chefferie guerrière. Ce n’est pas une invasion ni une guerre qui déstabilise le Hallstatt mais le fait que ce système social et économique atteint ses limites.

Culture de Hallstatt

Sur les Celtes et les anciens habitants de l’Europe méridionale

Propriété privée et inégalités : leur apparition chez les Celtes Bretons et Irlandais :

« Comment l’inégalité des biens et la domination des grands sur les simples cultivateurs s’est-elle établie, en dehors de toute conquête, parmi des hommes de même race, originairement égaux et jouissant d’institutions ayant pour effet de maintenir l’égalité, c’est là une question d’histoire sociale d’une portée générale, et sur laquelle les faits recueillis par sir H. Maine dans les Brehon Laws tracts jettent un jour nouveau. Cette profonde transformation s’est accomplie en Irlande comme en Germanie et dans le reste de l’Europe. A l’origine, le chef du clan n’est que le premier parmi des hommes libres et propriétaires, ses égaux au fond, et qui souvent le nomment par voie d’élection. Quand l’œuvre de la féodalisation est accomplie, ce chef est devenu un seigneur, propriétaire en fait ou en théorie de tout le sol, jadis partagé entre les membres de la tribu, et les cultivateurs ne sont plus que des manans ou des serfs tenus à des corvées et à des prestations en nature pour conserver la jouissance des champs dont ils étaient auparavant les maîtres indépendans. Cette transformation, d’où sont sorties l’aristocratie terrienne et la royauté politique, s’est accomplie lentement, obscurément, par une série de changemens insensibles dont les détails ont varié dans les différens pays, mais dont les grandes lignes et les résultats généraux ont été partout les mêmes. Dans les Brehon Laws tracts) qui renferment les souvenirs d’institutions séparées par plusieurs siècles, on suit très bien le développement du pouvoir et des privilèges du chef. Il est évident que dans les premiers temps la terre était considérée comme la propriété collective de la tribu. Le chef exerçait certaines fonctions administratives ; il conduisait ses hommes à la guerre, et comme rémunération il avait la jouissance d’un domaine situé près de sa demeure et certains droits assez mal déterminés sur le communal, sur le waste. Les hommes libres de la tribu étaient propriétaires au même titre que lui, et jouissaient à son égard d’une indépendance complète. Cependant on voit déjà souvent le territoire du clan prendre le nom de la famille du chef ; ainsi il est fréquemment question du district des O’Brien ou des Macleod. Ensuite on s’aperçoit que l’autorité du chef grandit ; les cultivateurs libres, ses égaux, cherchent sa protection et deviennent ses hommes-liges ; une certaine dépendance s’établit, semblable à celle que fait naître ailleurs la commendatio, et elle a différens degrés. Le chef augmente le nombre de ses suivans à mesure qu’il s’enrichit. Ainsi la force dont il dispose croît avec sa richesse, et réciproquement il use de sa force pour augmenter ses exigences et par suite ses revenus. Il profite des droits qu’il a acquis sur les terres vagues de la tribu pour y implanter une classe nouvelle de tenanciers qui dépendent complètement de lui et dont nous verrons bientôt l’origine. Enfin il étend sa suzeraineté par un moyen qui mérite de fixer toute notre attention et qui n’avait pas encore été signalé. On attribue généralement aux institutions féodales deux sources : le bénéfice et la commendatio. Quand le propriétaire concède, moyennant certaines prestations et certains services, une terre à un tenancier qui devient ainsi son vassal, il y a constitution de bénéfice. Quand au contraire le propriétaire appauvri, menacé ou sans cesse inquiété ; donne son bien à un homme puissant capable de le protéger, en se réservant toutefois la jouissance héréditaire de la propriété moyennant certaines redevances et certains services, il y a commendatio, M. Fustel de Coulanges a expliqué tous ces faits ici même avec cette netteté et cette connaissance profonde des textes anciens qui rendent ses études si instructives. Sir H. Maine a découvert dans l’ancienne législation irlandaise une troisième source de la relation féodale de seigneur à vassal, qui remonte à un état de civilisation bien antérieur à celui où se sont produits les deux autres. En effet, le bénéfice et la commendatio reposent sur la remise de la terre et supposent par conséquent là propriété privée très nettement établie, tandis que le lien féodal existant chez les anciens Celtes irlandais naissait de la remise de bétail à une époque où la terre n’avait pour ainsi dire aucune valeur. Le fait signalé par sir H. Maine me semble de la plus haute importance ; mais, pour bien le comprendre, il faut se rendre compte de l’état économique des époques primitives. Les relations des hommes, les coutumes, le droit, règlent des intérêts ou s’y rapportent ; on ne peut donc en pénétrer le sens que lorsque l’on connaît les conditions économiques de l’état social où ce droit et ces coutumes se rencontrent. Quand la population est peu dense, la terre a peu de valeur, parce qu’il y en a pour tous. Aujourd’hui encore, dans des pays très civilisés, comme les États-Unis ou le Canada, on peut obtenir d’excellentes terres cadastrées, avec titre et garantie de la propriété, pour un dollar l’acre ou environ 12 francs l’hectare. Dans les temps primitifs, le principal capital doit donc être le bétail. Les peuples chasseurs ne vivent que des animaux qu’ils abattent. Les peuples pasteurs tirent leur subsistance du produit des troupeaux qu’ils font paître, et il en est encore de même quand déjà l’agriculture a commencé. C’est ainsi que les Germains, suivant la remarque de César, se nourrissaient principalement de viande et de laitage. Dans l’ancien Scandinave, le mot fe signifié à la fois richesse et bétail, tant les deux notions se confondent. Comme le fait observer sir H. Maine, le mot capitale, c’est-à-dire tête (caput) de bétail, a donné naissance à deux des mots les plus employés en économie politique et en droit, capital et catel, cheptel, chattels en anglais. Pour prouver l’importance du bétail aux époques primitives, Adam Smith rappelle que les Tartares demandaient sans cesse à Piano Carpino, envoyé comme ambassadeur à l’un des fils de Gengis-Khan, si en France il y avait beaucoup de moutons, et de bœufs, cela constituant toute la richesse à leurs yeux. Autrefois le bétail servait de monnaie, comme le prouvent l’étymologie, les traditions poétiques et les observations des historiens : les mots pécule, pecunia, viennent de pecus, troupeau. Aux débuts de l’agriculture, la valeur du bœuf, loin de diminuer, augmenta, car c’est grâce à son travail qu’on obtenait le blé, cette nourriture précieuse nouvellement conquise. C’est alors que le bœuf devint un animal sacré inspirant une sorte de respect religieux. Dans l’Inde, l’ancienne littérature sanscrite montre qu’on mangeait sa chair. C’est seulement plus tard, à une époque inconnue, quand on voulut conserver le bœuf pour le labourage, que cela fut défendu. En Égypte, on adorait le bœuf Apis. A Rome, le bœuf, avec l’esclave et la terre, était élevé à la dignité de res mancipi, le droit de propriété dans sa forme la plus solennelle s’appliquant au sol et à ce qui servait à le mettre en culture. A ces choses, dont l’aliénation exigeait les formalités d’ordre public de la mancipatio, correspondaient la terre sacrée de l’Inde et le bœuf sacré de Siva. Chez les Celtes irlandais, comme chez les Germains, les tributs, les amendes, les compositions pour les crimes, étaient payés primitivement en têtes de bétail. Dans les anciennes lois irlandaises, on voit constamment les chefs donner en cheptel du bétail aux hommes de leur tribu, et il en naît des formes diverses de vasselage, Deux traités du Senchus Mor, le Cain-Saerrath et le Cain-Aigillne, sont consacrés à cette matière. Voici comment sir H. Maine explique l’origine de cette coutume. Comme nous l’avons vu, le chef de clan, outre ses propriétés particulières, jouissait d’un domaine attaché à sa fonction et de certains droits sur les terrains communaux non occupés. Il pouvait donc nourrir plus de bétail que les autres. En outre, en qualité de chef militaire, il obtenait une plus grande part dans le butin, consistant principalement en troupeaux, le seul capital qu’on pût enlever aux vaincus. Le chef avait ainsi fréquemment plus de bétail qu’il ne lui en fallait, tandis que les autres en manquaient, et pour se les attacher il leur en donnait sous certaines conditions. De cette façon, l’homme libre devenait le vassal, — ceile ou kyle, — du chef auquel il devait l’hommage, le service et des prestations. Nous voyons donc ici se produire les mêmes relations que celles résultant de la commendatio et du bénéfice, c’est-à-dire ce qui fait la base du régime féodal. Cette coutume si curieuse remonte évidemment à ces débuts de la civilisation où la terre surabondante est de nulle valeur et où le bétail est l’unique richesse. Sir H. Maine croit avec raison, nous semble-t-il, que le bénéfice et la commendatio, qui ont transformé l’organisation sociale après la chute de l’empire romain, devaient avoir leurs racines dans certains usages rudimentaires des peuples aryens et spécialement dans celui-ci. A mon avis, l’étymologie même du mot féodal vient à l’appui de cette opinion : elle montre que chez les Germains l’origine des relations de vassalité, appelées plus tard féodales, a été la même que chez les Celtes d’Irlande. Le mot fee, qui en anglais signifie rémunération, honoraire, est évidemment le même que vee hollandais et vieh allemand, signifiant bétail. Si le même mot a le sens de rémunération et de bétail, c’est manifestement parce que le bétail était autrefois la rémunération d’un service rendu. Quand plus tard, au lieu de bétail, on a donné de la terre, cette terre était un feod (un bien, od, rémunération, fe), en opposition avec un allod (un bien, od, complet, all), un domaine personnel complètement indépendant, ne relevant de personne. Le chef donnait au vassal du bétail, puis de la terre, pour s’assurer ses services, comme aujourd’hui encore en Suède on donne aux soldats de l’in-delta la jouissance temporaire d’un domaine au lieu d’une paie en argent. Les bénéfices, c’est-à-dire des terres données par les rois à leurs fidèles, étaient des feods, des fiefs. Le système féodal date évidemment du temps où le bétail était à la fois la seule rémunération et la seule richesse. Cette forme de la vassalité, qui existait jadis chez les Celtes irlandais, paraît si naturelle à un certain état social qu’on la rencontre identiquement la même chez les peuples les plus divers. C’est ainsi qu’on trouve dans le livre très curieux du révérend H. Dugmore, sur les Lois et usages des Cafres, le passage suivant : « Comme le bétail constitue la seule richesse des Cafres, il est l’intermédiaire de toutes les transactions qui impliquent échange, paiement, rémunération de services. Les suivans d’un chef le servent moyennant rétribution en têtes de bétail, et il ne pourrait conserver son influence, ni même s’attacher personne, s’il n’était largement pourvu de ce qui constitue à la fois leur monnaie, leur nourriture et leur vêtement. » Ces quelques lignes sont la peinture fidèle de l’état social primitif de l’Irlande et de la Germanie. Quand à l’époque des Brehon Laws un membre de la tribu avait reçu du bétail du chef, il devenait son homme-lige, son vassal. Plus il acceptait de têtes, plus sa dépendance était grande, car cela prouvait son dénûment. De là provenait la différence entre les deux classes de tenanciers, les saer tenants et les daer tenants, qui correspondaient assez exactement aux catégories de manans d’un manoir anglais, les free et les base tenants. Le saer stock tenant, qui n’avait reçu qu’un petit cheptel, demeurait un homme libre et conservait tous ses droits au sein de la tribu. Après sept années, durée normale de ce vasselage, il devenait propriétaire du bétail qui lui avait été confié. Il pouvait pendant ce temps employer les animaux au labour ; le chef avait droit au lait et au croît, c’est-à-dire aux petits. C’était donc un véritable cheptel temporaire. En outre le tenancier saer devait au chef l’hommage et certaines corvées. Ainsi il était tenu d’aider à faire la moisson, à bâtir ou à réparer la demeure fortifiée du seigneur ou bien a le suivre à la guerre. Le daer stock tenant, ayant reçu un cheptel plus considérable, avait des obligations bien plus lourdes. Il semble avoir perdu en partie sa liberté, et les textes le peignent comme très accablé par ses charges. Le cheptel que le chef lui remettait consistait en deux parts : la première proportionnée au « prix de son honneur, » c’est-à-dire à l’amende ou composition qu’avait à payer celui qui l’injuriait, amende qui variait d’après la dignité de la personne lésée ; la seconde part était en rapport avec la redevance en nature que le tenancier était tenu de payer. Ces redevances sont exactement déterminées dans les Brehon Laws. Pour que le chef eût droit à un veau, à trois jours « de réfection » pendant l’été et à trois jours de travail, il doit remettre trois génisses au tenancier ; pour avoir droit à une génisse, il doit remettre au tenancier douze génisses ou six vaches. Ce droit de « réfection » permettait au chef de s’établir et de vivre dans la demeure du tenancier avec quelques-uns de ses suivans pendant un certain nombre de jours. Cet usage prouve que les seigneurs n’étaient guère mieux logés et mieux nourris que leurs vassaux. C’était une façon de consommer les redevances en nature auxquelles ils avaient droit. Cette coutume se retrouve partout où le régime féodal a existé (sous le nom de « droit de gîte et d’albergue » en France), mais en Irlande elle a donné lieu à des abus accablans pour les pauvres tenanciers. Les anciens écrivains anglais qui ont parlé de l’Irlande, comme Spenser et Davis, s’indignent des extorsions dont ils sont victimes. Dans le principe, après sept ans, le tenancier devenait propriétaire du bétail, et la plupart de ses obligations cessaient ; mais, à mesure que le chef devint plus puissant, la dépendance des tenanciers augmenta et devint permanente. Cette coutume du cheptel a contribué à briser les liens qui unissaient les membres d’un même clan pour y substituer le vasselage féodal. L’homme libre acceptait du bétail, même d’un chef étranger à sa tribu, et devenait ainsi son vassal. Le paysan enrichi, le bo-aire, donnait aussi du bétail en cheptel. A leur tour, les bo-aires et même les chefs acceptaient du bétail de seigneurs plus riches qu’eux, et ainsi il se constitua des groupes nouveaux formés du seigneur et de ses vassaux, qui différaient du groupe primitif, composé du chef et de son clan. D’autre part, l’acceptation de bétail eut les mêmes effets qu’ailleurs la commendatio, et ainsi le système féodal s’établit en Irlande par suite d’une évolution naturelle et autochthone basée sur le cheptel. Cela est si vrai que, dans les Brehon Laws, la notion de la dépendance féodale se traduit par cette expression : il a reçu du bétail en cheptel. C’est ainsi qu’ils représentent le roi d’Erin comme ayant reçu du bétail de l’empereur. Voyons maintenant comment ce chef de clan a tiré parti, pour augmenter sa puissance, des droits peu déterminés qui lui étaient reconnus sur les terres vagues de la tribu. On voit dans les Brehon Laws qu’il existait alors en Irlande une classe très nombreuse d’hommes qui ayant, pour l’une ou l’autre raison, rompu les liens qui les attachaient à leur clan, se trouvaient déclassés, errans, fugitifs, sans place fixe dans une société divisée tout entière en corporations fermées, en communautés de famille ; on les appelait fuidhirs. César signale également dans la Gaule l’existence d’un nombre considérable d’hommes, misérables et perdus, qui se donnaient à un maître pour obtenir sa protection. Dans les pays germaniques et surtout en Suisse, où la commune ne concède pas de droits aux simples habitans, on trouve aussi les Heimatlosen, c’est-à-dire les gens sans patrie. En Russie, la même classe existe. Comme la communauté est responsable des violences et des crimes de ses membres, elle a intérêt à expulser de son sein ceux qui se rendent coupables de ces méfaits. Le Livre de Aicill, un des Brehon Tracts, indique même la marche à suivre pour procéder à cette expulsion. Ces « rejetés, » ces out-laws se trouvaient sans ressources, car ils n’avaient plus de terres à cultiver, et la culture était presque le seul moyen régulier de subsistance. Le chef d’un autre clan avait intérêt à leur concéder un terrain sur le communal, moyennant certaines prestations. Il augmentait ainsi ses revenus et sa puissance. Les fuidhirs, n’ayant aucun droit propre, étaient complètement dans sa dépendance. Pendant les siècles de troubles et de désordres que traversa l’Irlande pendant le moyen âge, le nombre des fuidhirs dut augmenter sans cesse. Ils envahirent peu à peu le territoire disponible des hommes libres de la tribu, qui furent ainsi appauvris parce qu’ils ne pouvaient plus entretenir autant de bétail. D’une part donc le chef devenait plus puissant, et de l’autre ses anciens égaux descendaient relativement dans l’échelle sociale. L’inégalité se marquait sans cesse davantage ; le seigneur féodal s’élevait au-dessus de la classe des cultivateurs, et ceux-ci tombaient dans sa dépendance. Comme le seigneur avait constamment les armes à la main pour la guerre, la chasse et les exercices guerriers, tandis que les paysans en abandonnaient l’usage, il acquérait sur eux cette autorité irrésistible que donne la force, et ainsi il devenait leur maître, et eux ses vassaux. Il y avait deux classes de fuidhirs, les saer et les daer fuidhirs. Les uns cultivaient les terres vagues que le seigneur leur concédait et lui payaient une rente en nature qu’il déterminait à son gré ; ils semblent avoir été aussi organisés en communautés de famille suivant le type généralement en vigueur. Les autres se trouvaient dans un état de domesticité servile ou d’esclavage ; ils faisaient le service du manoir, cultivaient le domaine seigneurial et gardaient les troupeaux. Les écrivains anglais du XVIe et XVIIe siècle, comme Edmund Spenser et sir John Davis, font de la condition misérable des tenanciers pressurés par les land-lords un tableau qui rappelle exactement la situation et les griefs des petits cultivateurs at will de l’Irlande actuelle. Sir H. Maine pense que c’est aux fuidhirs qu’il faut remonter pour trouver l’origine des déplorables relations entre propriétaires et fermiers, auxquelles M. Gladstone s’est efforcé de porter remède par une législation spéciale. Sir H. Maine dit que la propriété collective des communautés de village a disparu presque partout devant les progrès de la démocratie. Je pense que c’est plutôt sous l’influence des sentimens individualistes que cette révolution s’est accomplie. En tout cas, comme le fait remarquer très justement M. Cliffe Leslie, en Angleterre et en Irlande, c’est l’aristocratie qui en a profité aux dépens des cultivateurs, qui ont perdu complètement la propriété du sol. Rien que depuis le premier acte pour l’enclosure of wastes, qui date de 1710, jusqu’en 1867, d’après les calculs de M. Porter, 7,660,415 acres de communaux ont été soustraites à la jouissance collective des villages. Sans doute, grâce aux améliorations exécutées par les grands propriétaires qui en sont devenus les maîtres, ces terres rapportent beaucoup plus qu’auparavant ; mais si on les avait laissées au village, en y appliquant le système de l’allmend suisse, elles eussent produit plus encore, et leurs fruits eussent appartenu aux cultivateurs, dont elles auraient élevé la condition et la dignité, au lieu d’accroître le superflu de quelques maisons opulentes. La situation de la femme et les liens de parenté dans l’Irlande des brehons offrent aussi plus d’un trait archaïque. Dans son livre sur les Origines de la famille, M. Giraud-Teulon, à la suite de MM. Bachofen, Mac-Lennan et Morgan, montre que la famille patriarcale a été précédée par la promiscuité, au sein d’un même groupe, où la parenté individuelle est inconnue et où l’enfant a pour pères tous les adultes de la communauté. D’après le témoignage de saint Jérôme, rappelé par le docteur Sullivan, la communauté des femmes et le cannibalisme étaient pratiqués de son temps par deux peuples celtiques de la Grande-Bretagne, les Scoti et les Atticotti. La promiscuité existait aussi dans l’Inde primitive. On lit dans le Mahabharata : « Jadis ce ne fut pas un crime d’être infidèle à son époux, ce fut même un devoir. Cette coutume est observée de nos jours chez les Kourous du septentrion. Les femmes de toutes les classes sont communes sur la terre, comme le sont les vaches, chacune dans sa caste. » En Irlande, à l’époque des brehons, le mariage est en honneur ; mais les relations des sexes sont encore très relâchées. A côté de la femme légitime se trouve la concubine. La femme esclave, cumhal, avait servi jadis de moyen d’échange et de mesure des valeurs comme le bétail ; mais la femme libre jouissait de droits étendus. Les enfans étaient la propriété de la famille, qui pouvait même les vendre d’après le Livre de Aicill. Toutefois cet ancien usage était probablement tombé en désuétude. Le livre de sir H. Maine apporte, on le voit, un précieux contingent de faits nouveaux à l’histoire du droit comparé, et ces faits sont toujours expliqués et éclairés par des exemples empruntés aux lois romaines, germaniques et Scandinaves et surtout aux coutumes de l’Inde. Nulle part on ne saisit mieux la filiation des idées juridiques et le développement du droit archaïque. C’est une véritable histoire de la civilisation dans les sociétés primitives. On doit sans doute une grande reconnaissance aux savans qui ont rétabli et traduit le texte difficile et souvent obscur des Brehon Laws ; mais ces traités offrent un amas si confus de règles et de commentaires peu intelligibles, que c’est évidemment à sir H. Maine qu’on devra d’en comprendre la portée et d’en saisir l’importance.

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