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Luttes ouvrières au Moyen-âge, sous la royauté
jeudi 12 juin 2025, par
Comment est né le droit du travail au Moyen Âge ?
La première grande grève du Moyen-âge en France : en 1229, celle des enseignants de l’université de Paris :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_de_1229_%C3%A0_l%27universit%C3%A9_de_Paris
En Flandres, les grèves ouvrières ont lieu très tôt...
Entre 1225 et 1250, les premières grèves de travailleurs sont documentées dans des villes comme Douai et Gand. C’est plus tôt que partout ailleurs dans l’Europe médiévale.
Le règne du chef populaire Jacob van Artevelde (1338-45), capitaine général de Gand, marque l’apogée de la rébellion flamande. Bien qu’Artevelde ne soit pas lui-même un artisan et qu’il appartienne à la classe supérieure urbaine de Gand, il réussit à gagner le soutien des ouvriers du textile et de la plupart des autres artisans.
https://lavamedia.be/fr/la-flandre-epicentre-du-conflit-de-classes-dans-leurope-medievale/
Plongeons nous dans la Flandre de 1280, dans un dernier focus historique.
C’est le ventre du monde à cette époque, un condensé magnifique.
TAKEHANS
(Mot flamand pour grève et coalition d’ouvrier)
Voici les foulons et les teinturiers,
toute cette chaine de métiers
qui faisait vivre les drapiers.
Tout ce secteur d’activité
est déjà fortement industrialisé.
C’est la chaine du textile,
l’usine, c’est chaque ville.
Un monde de pré-prolétaires,
ruraux poussés là pour échapper à la misère.
Hordes des temps nouveaux,
pas si maniables, loin s’en faut.
Organisés en corporations,
dont on en veut aux conditions.
Nos grèves d’aujourd’hui,
ont sources en ces conflits.
La Flandre et le Hainaut
portent déjà nos maux.
Et s’allument à tour de rôle
d’antagonismes drôles.
Vastes foyers où Vulcain s’éreinte,
où la force du nombre et celle de l’argent,
se toisent comme deux colosses taquins,
avant l’ultime affrontement.
Où d’années en années,
sournoisement les clivages se sont installés.
Oh, il y a bien du travail,
mais à quels prix, quels salaires minimaux ?
Juste de quoi nourrir le cercle familial.
Quant on voit le drapier flamand bien gros.
Ah, ceux-là quelle nouvelle race est-ce donc ?
Boinebrock and co qui mangent sur le dos de quiconque.
Oubliant déjà que l’ouvrier est un homme,
quand les corporations encaissaient certaines sommes.
Décidément, le sens est au changement,
quand de royaux arbitres soutenaient tous ces gens.
Qui voulait gagner sa pitance, n’avait pas justice avec lui.
Salaires, durée du travail, concurrence, apprentis,
les compagnons eurent fort à faire.
Car au XIIIe siècle, les relations humaines se détériorèrent.
L’ouvrier, le valet, n’accédaient plus au rang de maitre.
La main d’œuvre abondante avait inspiré quelques malhonnêtes.
Y- avait-il un moyen pour s’ôter ce joug du col ?
plus de sentiments à faire envers les gens de monopole.
Ces grands bourgeois flamands qui asservirent des régions entières,
tenant d’un bout à l’autre la chaine de fabrication de laine d’Angleterre.
Ils avaient des façonniers jusqu’en Picardie,
chicanant sur les produits,
que ceux-ci confectionnaient, du petit jour à la nuit.
Quand, ils ne créaient pas des ateliers dans leurs villes,
pour avoir sous les pieds, une main d’œuvre plus docile.
En plus, ces gens là enrichis de jour en jour,
spoliaient presque les terres des ruraux alentour.
Parfois fort loin dans les campagnes,
ils achetaient les seigneuries exsangues.
Le paysan ainsi affamé refluait vers la ville.
Cercle vicieux, cercle subtil.
De quoi comprendre tous ces « mécontentements »,
« compilacions et takehans »,
ire des tisserands.
Ainsi en 1280, à Ypres, Douai, Tournai, Bruges,
on vit les bourgeois, le soir, s’enfermaient dans leur refuge,
jetant hors les villes leurs ouvriers.
La colère s’étendit à Provins, à Caen,
l’émeute descendit à Orléans
et même jusqu’à Béziers.
Ce fût la première fois, qu’en une seule année,
la révolte, dans le pays, s’étendit, générale.
Pour se rassurer, on fit une répression de la même taille.
A Ypres, on arracha les yeux de dix grévistes, avant de les bannir.
Et plus de cent condamnations suivirent.
C’étaient de féroces prémices.
Les ouvriers courront dès lors après la Justice.
A partir de Philippe III le hardi, on légiféra.
Mais survinrent de fâcheux spécialistes du droit.
Boileau, Beaumanoir, Bouthillier,
arrivèrent, surenchérissant chacun, à chaque traité.
La conclusion tomba : « c’était crime odieux que de se révolter ».
Takehans et Harelles équivaudraient dorénavant à peine de mort.
Le sieur Bouthillier avait fait très fort (1335).
La suite est encore actuelle,
et fait partie, cyniquement, de l’Histoire universelle.
Jean de Boinebroke
On l’a vu, nombreux déjà sont « ceus qui font fere leurs œuvres à autrui », à Paris et dans les riches Flandres.
Evolution sociétale, à la fin du XIIIe Siècle, les plus riches bourgeois dans les villes s’approprient les fonctions municipales, l’exercice de la justice. Résultat, il en ressort une oppression des autres « bourgeois » et des troubles sociaux.
(Après s’être émancipés des féodaux ou des évêques, ceux-ci font ironie du sort à nouveau appel à eux pour arbitrer leurs conflits).
Les revendications qui sont déjà modernes. « Salaires, durée du travail, concurrence… » Furent le déclic de beaucoup d’émeutes. On lynche souvent le notable. Mais les rois pour les ouvriers n’ont que de sévères compromis, le bannissement, voir la mort…
Et il en va de même dans les campagnes. L’ancienne noblesse a été décimé sur les champs de bataille (XIV et XVe Siècle), une nouvelle a surgit, les rois pourvoyant en lettre d’anoblissement. Cette gente ne « reconnaît plus les anciens contrats, le rachat des corvées, les droits dans les bois… ». Nombreuses sont les « jacqueries », filles de monopole et de spéculation, filles des guerres, filles des rois fous ou débiles qui se sont succédés et d’une noblesse qui n’en a que le nom, engraissée par le sang et l’impôt.
Les « tuchins » en Languedoc, (mis sur la touche, au chômage), les « maillotins » à Paris, les « harelles » de Rouen et en Normandie, n’envient rien aux premiers sans-culottes. Ces révoltés ont quatre cent ans d’avance, or les rois de ce temps sont bien plus coriaces qu’un Louis XVI.
A la fin du Moyen-âge, pompeusement appelé Renaissance, les artisans des campagnes triment sous la férule d’urbains patrons. Les nobles se mettent plus bas que terre pour ramasser les honneurs et pouvoir parader à la cour.
L’absolutisme règne partout.
http://cgtmonoprixsiege.eklablog.com/luttes-sociales-au-moyen-age-a94389676
François Ier interdit en 1539 les assemblées de maîtres, compagnons et serviteurs, suite à une grève des typographes lyonnais.
À partir du 25 avril 1539 éclate le tric qui va durer plus de trois mois dans les ateliers typographiques de Lyon, la première grève ouvrière de l’histoire de France, appelée le Grand Tric des Imprimeurs de Lyon.
https://rebellyon.info/25-avril-1539-a-Lyon-le-Grand-Tric-des-15040
La corporation et le compagnonnage étaient souvent en lutte, parce qu’ils représentaient des intérêts différents, sinon opposés : la corporation, les intérêts des maîtres ; le compagnonnage, ceux des ouvriers.
Les maîtres supportaient mal ces compagnies secrètes et insaisissables qui échappaient à leur autorité, fomentaient des grèves et des troubles. Ils provoquaient des descentes de police, au cours desquelles on s’emparait des papiers et de l’argent déposés chez la « mère ».
De leur côté, les compagnons trouvaient dans leur association le contrepoids nécessaire à la corporation de métier qui favorisait les maîtres aux dépens des ouvriers. Aussi, malgré l’illusoire suppression générale des compagnonnages par l’édit de Villers-Cotte-rets (1539), ceux-ci paraissent avoir multiplié le nombre de leurs adhérents jusqu’à la Révolution, et il semble, ce qui s’explique aisément, que la naissance de la grande industrie ait favorisé ce « mouvement ouvrier ».
Et pourtant ils étaient traqués par trois sortes d’ennemis : l’Eglise, les maîtres, les villes.
Voici l’opinion de l’Eglise : elle est exprimée, au XVIIe siècle, par un ancien compagnon devenu prêtre ; c’est une définition et des griefs :
"Ces compagnons déshonorent grandement Dieu, profanant tous les mystères de notre religion, ruinent les maistres, vuidant leurs boutiques de serviteurs quand quelqu’un de leur cabale se plaint d’avoir reçu bravade, et se ruinent eux-mêmes par les défauts au devoir qu’ils font payer les uns aux autres pour estre employez à boire ; outre que le compagnonnage ne leur sert de rien pour la maîtrise. Ils ont entre eux une juridiction, eslisent des officiers, un pré-vost, un lieutenant, un greffier et un sergent ; ont des correspondances par les villes, et un mot du guet par lequel ils se reconnaissent et qu’ils tiennent secret, et font partout ligue offensive contre les apprentis de leur métier qui ne sont pas de leur cabale, les battent et les maltraitent, et les sollicitent d’entrer en leur compagnie." (Levasseur, I, 607.)
Et voici maintenant le son de la cloche patronale et municipale :
"Ils entretiennent de continuelles contestations qui ont produit des désordres infinis jusque-là. Ils s’attroupent et vont sur les grands chemins, et enfin maltraitent à coups de bâtons carrés, dont ils sont les uns et les autres continuellement armés, ceux qui ne sont pas de leur parti ; ils font plus, ils courent la nuit avec des sabres et des épées nues à la main, et enfin, conduits par la rage et une fureur sans pareille, ils se battent jusqu’à se faire tuer les uns les autres... Il y a eu contre eux des procédures sans nombre, des décrets de prise de corps..., mais les excès sont restés impunis, parce qu’ils prennent la fuite et vont travailler ailleurs. Ils ont formé un « syndicat » (le mot est significatif et justifie notre interprétation) qui prend des délibérations contre le corps des maîtres menuisiers et charpentiers pour défendre à certains compagnons de travailler dans certaines boutiques..." (Ordonnance du marquis de Castries, gouverneur de Montpellier, 1730. — Levasseur, II, 818.)
Ainsi les compagnonnages étaient les syndicats d’autrefois. Les uns et les autres représentent devant l’Histoire la classe ouvrière organisée...
On dit parfois que les grèves sont un produit récent de l’industrialisation progressive ou de la turbulence ouvrière. C’est une illusion. II y eut des grèves au temps jadis. La grève n’est peut-être pas aussi vieille que la souffrance des travailleurs, mais elle paraît aussi vieille que l’exploitation des hommes par d’autres hommes.
Le moyen âge lui-même eut ses « grévistes ». L’histoire a gardé le souvenir du maire de la ville d’Ypres et de la ville de Provins tués la même année, en 1280, à la suite d’une émeute d’ouvriers tisserands. L’année précédente, les tisserands de Douai — des artisans, ceux-là — s’étaient révoltés contre une taxe sur les draps, et, dans leur fureur qu’on imagine à peine, ils avaient tué onze échevinsl C’était une « jacquerie ». Les hommes d’armes étaient intervenus comme à Rome ; le comte de Flandre avait réduit l’émeute par la force, il avait fait pendre ou bannir les plus « mutins ».
Dans les siècles lointains du moyen âge, les « gueux », affamés, écrasés sous le poids de formidables puissances d’oppression, eurent de terribles désespoirs, obscurs et sanglants efforts vers un peu moins de misère.
Histoire d’une grève au seizième siècle (1).
(1) V. Hauser, Ouvriers du temps passé.
Passons trois siècles. Voici une grève moins violente, plus moderne, une grève où l’on est surpris de trouver presque tous les caractères des grèves de nos jours.
C’était à Lyon, au printemps de l’année 1539. Lyon était déjà une cité importante, où battaient de nombreux métiers à tisser la soie, où florissaient les plus belles imprimeries « de ce royaume, voire de la chrétienté ».
Subitement, dans tous les ateliers à la fois, les compagnons typographes « ont tous ensemble laissé leur besogne ». C’était la « grève générale » de l’imprimerie lyonnaise au XVIe siècle !
Cette grève était le résultat d’une entente préalable, d’un monopole, comme on disait alors. Ces chômages concertés, ces « grèves générales » n’étaient sans doute pas rares chez les « typos » de Lyon, car ils avaient créé un mot pour les désigner : le trie.
Trie, dit en son curieux langage le Règlement de 1696, est un mot inventé par les compagnons, « pour lequel, incontinent après la prononciation d’icelui, ils délaissent leur ouvrage pour faire quelque débauche ».
Les compagnons typographes, qui ont toujours précédé les autres compagnons dans la voie de l’organisation ouvrière, étaient groupés en une vaste confrérie, sorte de compagnonnage où le serment avait été prêté de « cesser l’œuvre quand l’un d’eux veut cesser ». Ainsi, au XVIe siècle, chez les « typos » de Lyon, il suffisait qu’un seul compagnon — un seul ! — eût à se plaindre d’un maître, pour qu’immédiatement tout le travail cessât.
La confrérie avait des chefs connus et une « bourse commune » : ce n’est pas d’hier qu’on verse des cotisations.
Une fois le trie prononcé, les compagnons, portant « armes, dagues, poignards et bâtons », menacèrent de « battre et mutiler et, en outre, d’expulser de la confrérie » les autres compagnons et les apprentis qui ne voulaient pas « laisser leur besogne ». Mais il paraît bien qu’ils n’eurent guère l’occasion de « battre et mutiler » les réfractaires, puisque tout le travail avait cessé.
Ils se rattrapèrent en « rossant » les patrons et même aussi le guet ! (C’était alors une mode.) En effet, le procureur du roi accuse formellement les compagnons d’avoir battu « le prévôt et les sergents jusqu’à mutilation et effusion de sang », — si bien que le guet n’osait plus sortir ! Ils avaient l’énergie rude, les typographes du XVIe siècle ! De vrais insurgés ! Ces curieux « grévistes » possédaient une véritable organisation militaire, avec bannières, enseignes, marches par grosses compagnies « bien formées et bien conduites », commandées par un capitaine, des lieutenants et chefs de bandes, bref, des officiers de grève !
Mais pourquoi donc cette mobilisation ouvrière dans la vieille cité lyonnaise ? Que voulaient donc les compagnons typographes ?
D’abord, une augmentation de salaires. Les salaires comprenaient des gages et la nourriture (on se souvient que jadis les ouvriers étaient nourris le plus souvent par les maîtres). Or, les patrons rognaient sur la nourriture. Ils trouvaient les compagnons trop gourmands, qu’on ne pouvait « contenter de nourriture » !
Ensuite, la diminution du nombre des apprentis. Ces apprentis, que les maîtres ne payaient pas, qui, au contraire, payaient les maîtres, avilissaient les salaires des compagnons en prenant leur place. Les compagnons leur adressèrent des menaces... et aussi des coups.
Enfin, lesdits compagnons, d’un naturel assez capricieux, il faut le dire, se plaignaient de « ne pouvoir travailler à leur guise ». Comment cela ? Les maîtres organisaient donc le chômage ?— Non, mais, disent-ils, les compagnons voudraient travailler en « amateurs » quand bon leur semble, quand le cœur leur en dit, pas à la tâche, à la journée, — et encore à leurs heures ! Ainsi, les compagnons « veulent faire la fête d’un jour ouvrier et besogner aux jours de fête » : mariages, baptêmes, enterrements, tout leur est prétexte à chômage. Les maîtres étaient fort scandalisés.
Ils disaient aussi que les compagnons étaient menés par une minorité violente, que la confrérie les obligeait à la grève forcée, alors que beaucoup d’entre eux « voudraient faire leur devoir et besogner » : c’est la moderne accusation contre les meneurs, contre les gré-viculteurs : tout cela n’est pas nouveau.
Au gré des maîtres, le travail des compagnons est trop irrégulier, trop fantaisiste : ils font le trie pour des raisons futiles. Eux, les maîtres, préfèrent augmenter les salaires-gages et ne pas nourrir de pareils gourmands : ils offrent aux compositeurs, c’est-à-dire aux meilleurs ouvriers, 6 sols 6 deniers tournois par jour, à peu près, selon M. Hauser, cinq francs de nos jours, sans tenir compte du pouvoir d’achat de l’argent, qui était peut-être à cette époque quatre fois plus grand qu’aujourd’ihui : mais faut-il croire que les compositeurs de Lyon gagnaient alors la valeur de 20 francs actuels ?
C’était assez joli. Mais le pain était cher. Aussi les compagnons refusèrent-ils, préférant gagner moins et être nourris dans les’ économats des maîtres. Ils prétendaient que leur travail les obligeait à vivre ensemble en la maison du maître, « et que, si on les forçait à se nourrir au dehors, il leur serait donné occasion de se débaucher, allant ainsi vivre par tavernes » !
Voilà où en étaient les choses au printemps de 1539. Elles avaient une physionomie qu’on croirait presque du XXe siècle. Qu’advint-il ?
Il advint qu’après trois mois de lutte, la misère s’étant abattue sur le logis des compagnons à tel point que la Grande Aumône de Lyon (véritable assistance publique oui fournissait indirectement des secours de grève) déclarait que ses ressources étaient presque épuisées, le sénéchal rendit un jugement très dur pour les ouvriers. Il leur retirait le droit de coalition, c’est-à-dire au’il supprimait leur confrérie, leur « syndicat m. et le droit de grève : « Les compagnons ne peuvent quitter leur tâche, sous peine de payer au maître et la forme et la valeur des journées de chômage. » Le sénéchal menace les ouvriers d’amendes et de bannissement, les condamne pour « excitation à la grève », pour « port d’armes » et « entraves à la liberté du travail ». C’est tout à fait moderne.
Le représentant de la justice royale déclara en outre que les maîtres pouvaient faire travailler autant d’apprentis que bon leur semblerait. Ils seront tenus seulement de mieux nourrir les compagnons : les contestations à propos de la nourriture seront examinées par le bureau de Y Aumône.
À cette sentence était joint un règlement d’atelier qui stipulait que tout travail commencé par le compagnon devait être terminé, que lesdits compagnons n’auraient pas le droit de travailler les jours de fête et de faire la fête les jours de travail. C’était la victoire des maîtres.
L’affaire chemina jusqu’au roi. Dans l’ordonnance du 21 août 1539, François Ier se place au point de vue de l’intérêt public, — point de vue de tous les gouvernements, de tous les temps. Il dit que la continuation de la grève des imprimeurs pourrait provoquer l’émigration hors de France d’une industrie remarquable ; il observe que les compagnons sont A la même époque, un article du célèbre édit de Villers-Cotterets (1539) supprimait dans le royaume le droit de « coalition », toutes les confréries, aussi bien celles des maîtres que celles des compagnons. Mais on sait qu’il ne fut pas appliqué, car il ne pouvait pas l’être. Il y a ainsi la grève des typographes lyinnais en 1539 https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_tric De manière générale, les grèves corporatistes –des imprimeurs aux drapiers, en passant par les peintres et les charpentiers– qui éclatent par la suite au Moyen Âge sont bien souvent violemment réprimées. Pourtant, il faudra attendre la Révolution française de 1789 pour que la grève devienne... illégale. La loi Le Chapelier, votée en juillet 1791, vient en effet interdire toute coalition de citoyens. Plus de 150 ans après, en 1946, le droit de grève devient finalement constitutionnel en France. La terreur n’avait point rétabli l’ordre. Alors le roi poussa son sénéchal à « procéder » contre les grévistes, qui n’auront pas le droit d’en appeler au Parlement. Ceci n’empêcha nullement les ouvriers d’en obtenir un arrêt contre les apprentis « besognants » aux grands jours de Moulins (octobre 1540). Forts de cet arrêt, les compagnons poursuivirent les maîtres qui refusaient de s’y conformer. Alors ceux-ci méditèrent d’émigrer à Vienne. Grand émoi ! On envoie un délégué à la Cour : il obtient pour les maîtres le droit d’avoir autant d’apprentis qu’ils voudront (mars 1541). Sa décision fut très dure pour les compagnons de Lyon. L’édit du 28 décembre 1541 leur donne tort une fois de plus. Il leur reproche « de s’être bandés ensemble pour contraindre les maîtres imprimeurs de leur fournir plus gros gages et nourriture plus opulente que par la coutume ancienne ils n’ont jamais eue ». Le roi était plus dur que le sénéchal. Il consacrait le droit de renvoi à peu près illimité. Il fixait la durée de la journée de travail de cinq heures du matin à huit heures du soir, et les maîtres en profitèrent pour prolonger jusqu’à seize heures la journée de travail de leurs ouvriers. La défaite des compagnons de Paris datait de novembre 1541. Le roi, après avoir longtemps hésité, avait fini par décider en faveur des maîtres, car, disait-il, — c’est le savant Guillaume Budé qui parle, — l’imprimerie a rendu de grands services à l’esprit humain. Elle travaille aussi à « l’honneur et louange de Dieu notre créateur, manutention, soutènement et dilatation de la sainte foi catholique et sainte chrétienté par l’universel monde ». Les compagnons de Lyon ne se tinrent pas pour battus. Mais en vain firent-ils appel de l’édit royal devant le roi lui-même. Le Parlement de Paris, défenseur de la bourgeoisie, intervint en faveur des maîtres imprimeurs, et un nouvel édit de 1544 accabla encore les ouvriers. Nouvelle défaite. Et la lutte dura encore plus d’un quart de siècle. En 1571, nouvelle protestation, nouveau factum des ouvriers. Leur plainte véhémente est curieuse : elle est moderne. « Si l’on a jamais remarqué en aucuns états et métiers les maîtres et supérieurs tâcher, par infinis moyens, de subjuguer, assujettir et traiter avec toute rigueur et servitude les compagnons et domestiques de leur vocation, cela a été pratiqué de tout temps et à présent en l’art d’imprimerie, en laquelle les libraires et imprimeurs (et notamment de la ville de Lyon) ont toujours recherché toutes voies obliques et dressé tous leurs engins pour opprimer et vilement asservir les compagnons. » Et pourtant ce sont les compagnons qui ont acquis aux maîtres « et leur acquièrent journellement de grandes et honorables richesses au prix de leur sueur et industrie merveilleuse, et même plus souvent de leur sang ». Car si les compagnons « peuvent suffire aux fatigues extrêmes de leur état si violent, ils n’en rapportent en leur vieillesse, chargés de femmes et d’enfants, pour tout loyer et récompense, que pauvreté, goutte et autres maladies causées par les travaux incroyables qu’ils ont été corttraints d’endurer... Aussi l’on ne voit que trop d’exemples de pauvres compagnons imprimeurs réduits, après une longue servitude, en une nécessité calamiteuse et indigne, après avoir consommé leur âge, jeunesse et industrie audit état. » Vaincus, tour à tour humbles et révoltés, les « pauvres compagnons » abandonnent le droit de grève ; ils demandent seulement qu’aux maîtres aussi on retire le droit de coalition. « Il est bien et saintement défendu de ne faire monopole, mais cela se doit non seulement adresser aux compagnons, mais aussi aux libraires et maîtres, qui ont toujours conjuré, comme monopoleurs, la ruine desdits compagnons. » Enfin ils demandent que les maîtres soient désarmés comme les compagnons, que les salaires ne soient plus fixés « au gré et jugement des libraires et maîtres imprimeurs qui seraient juges en leur cause, mais par une dommission arbitraire composée d’un nombre égal et pareil des maîtres et compagnons plus anciens, qui savent et connaissent le labeur, auquel s’ajouteront quelques notables bourgeois ou marchands nommés par les deux parties ». Notre époque n’a pas même inventé les commissions mixtes ! La requête des compagnons se termine par de poignantes paroles où gémit leur dignité de travailleurs humiliés, priant que les fautes soient punies par des amendes, et non par peine corporelle et ignominieuse, car ce serait violer indignement la liberté naturelle des hommes, « disant qu’ils sont personnes libres », qui « s’emploient volontairement à un état si excellent et noble et de telle importance pour les sciences et les lettres, et non comme esclaves ou galériens et forçats ». A ce factum, les maîtres ripostèrent par un Mémoire pour l’imprimerie, en affirmant que les ouvriers étaient contents de leur sort, mais que « quelques partiaux ou mutins en bien peu de nombre tiennent tous les autres en bride, les contraignant suivre tous leurs monopoles, quelque déréglés qu’ils soient ». Finalement, le roi trancha le différend par la déclaration de 1572. Les compagnons obtenaient que le nombre des apprentis serait limité à deux par presse, que ce nombre ne pourrait être dépassé qu’avec le consentement des ouvriers, que la durée de l’apprentissage serait de trois ans, que le salaire à Paris serait, outre la nourriture, de 18 livres par mois, à peu près 56 francs en monnaie actuelle, que l’obligation de prévenir huit jours d’avance en cas de rupture serait réciproque, etc. Coalition » ouvrières au dix-septième siècle. Passons encore un siècle, puisque, au lieu de faire l’histoire, d’ailleurs inconnue, des grèves d’autrefois, nous n’en cherchons que des exemples. Nous voici à la fin du XVIIe siècle. Boisguilbert signale des coalitions d’ouvriers en vue de hausser les salaires quand le prix de la vie haussait, ou de les empêcher de baisser quand le prix de la vie baissait. On lit dans son Traité des grains : Il y a un esprit de rébellion si fort établi contre la justice dans ces occasions entre les ouvriers, que l’on voit dans les villes de commerce des sept à huit cents ouvriers d’une seule manufacture s’absenter tout à coup et en un moment, en quittant les ouvrages imparfaits, parce que l’on voulait diminuer d’un sou leur journée, le prix de leurs ouvrages étant baissé quatre fois davantage ; les plus mutins usant de violence envers ceux qui auraient pu être raisonnables. Il y a même des statuts parmi eux, dont quelques-uns sont par écrit, et qu’ils se remettent de main en main, quoique la plupart forains et étrangers, par lesquels il est porté que si l’un d’eux entreprend de diminuer le prix ordinaire, il soit aussitôt interdit de faire le métier ; et outre la voie de fait dont ils usent en ces occasions, le maître même s’en ressent par une défense générale à tous les ouvriers de travailler jamais chez lui : on a vu des marchands considérables faire banqueroute par cette seule raison qu’ils avaient été deux ou trois ans sans pouvoir trouver personne pour faire leurs ouvrages, quoiqu’il y en eût quantité sur le lieu, du même art, qui ne trouvaient point de maître. Il y eut même des émeutes à Caen : les compagnons toiliers forcent les maîtres à augmenter les salaires. A Darnétal, près de Rouen, les compagnons drapiers excluent des ateliers quiconque n’est pas de leur cabale ou de leur compagnonnage ; en juin 1697, certains patrons ayant employé des ouvriers étrangers, les compagnons « descendent dans la rue », s’ameutent au nombre de trois ou quatre mille, font fermer les fabriques et, malgré l’intervention de toutes les autorités de la province, demeurent un mois sans reprendre le travail. Vers la même époque, à Paris, le commissaire de la place Maubert opérait une descente chez la « mère » des compagnons maréchaux, parce que les dits compagnons, pour faire augmenter leurs salaires, provoquaient des émeutes devant la porte des maîtres. Les grandes grèves de Lyon au dix-huitième siècle. Chapeliers mutins. — Nous sommes enfin à la veille du « beau tapage » de 1789, à Lyon. Lyon fut souvent agitée par des mouvements ouvriers. Sous l’ancien régime, elle était déjà le théâtre de bien des conflits <( entre le capital et le travail ». Mais c’est surtout parmi les tisseurs que les agitations étaient fréquentes, car leur misère était profonde. Rien qu’en un demi-siècle, au XVIIIe, il y eut à Lyon trois grandes grèves de tisseurs : en 1744, en 1779 et en 1788. L’année 1744 fut marquée par une grande effervescence ouvrière dans le bassin textile du Forez et du Lyonnais. D’Argenson, dans ses Mémoires, note qu’à cette époque 40,000 travailleurs avaient cessé le travail dans les manufactures de Saint-Etienne. A Lyon, les tisseurs firent une véritable révolution. En juin 1744, avait été promulgué un règlement qui favorisait encore les maîtres fabricants au détriment des maîtres ouvriers et des compagnons. Alors, contre l’aristocratie des grands fabricants, les maîtres ouvriers travaillant à façon pour le compte des premiers complotèrent secrètement avec leurs ouvriers. La grève éclata. Ce fut une révolte. Les grévistes s’emparèrent de la ville, dont ils furent maîtres pendant plusieurs jours. Des marchands furent arrêtés et maltraités, des caves pillées, la maison de l’intendant de Lyon envahie. Le malheureux intendant écrivait à son beau-frère, le 7 août : « Le cœur me saigne de les voir nos maîtres, et que le prévôt des marchands, les juges, moi, personne en un mot ne puisse arrêter un tel désordre et soutenir ceux qu’on veut opprimer. Cela est horrible, • et je vous écris les larmes aux yeux. » Encore une fois, le représentant du gouvernement était du côté des grands fabricants. Cette « étrange dictature ouvrière » ne put résister aux soldats du roi ; un ouvrier fut pendu, d’autres furent condamnés aux galères. Le roi publia, le 1er avril 1745, des lettres d’amnistie (ainsi même l’amnistie pour « fait de grève » n’est pas une invention de notre époque). Malgré tout, les grands fabricants, effrayés, avaient dû céder et consentir un nouveau règlement. Les fusils aidant, le calme se rétablit dans la rue, sinon dans les esprits « et dans les hautes maisons de la Croix-Rousse, où montaient les brouillards du Rhône, les pauvres lampes des tisseurs se rallumèrent, étoffant la nuit triste de leur cercle fumeux (1) ». La grève du tarif (1779). Les esprits étaient si peu calmés, les intérêts ouvriers si peu satisfaits que la guerre recommença en 1779. Les ouvriers demandaient un tarif général pour toutes les étoffes et une augmentation de 2 sous par aune. Nouvelle émeute, nouvelle intervention de la force armée : trois ouvriers sont pendus, après quoi une nouvelle amnistie plénière est accordée par le roi. C’était une défaite pour la classe ouvrière. En 1786, un mouvement ouvrier considérable agita de nouveau la ville de Lyon. Question de salaires. Les maçons, que les entrepreneurs payaient tous les trois ou quatre mois et sans daigner leur faire un compte, réclament un payement plus régulier. Les chapeliers demandent que leur journée, en raison du prix croissant des loyers et des vivres, soit portée de 32 à 40 sous pour douze heures de travail. https://cnum.cnam.fr/pgi/redir.php?onglet=c&ident=12VY69 Le monde des métiers n’était pas homogène, ni professionnellement, encore qu’il n’y ait guère eu de différences structurelles entre les « grands métiers » de la draperie et les « petits métiers », ni surtout socialement. Certains métiers, ceux qui requéraient des équipements assez lourds, avaient une petite élite d’entrepreneurs que, vers 1300, on appellerait « les bonnes gens des métiers ». Tel était le cas des drapiers. Avant 1250 les tisserands de Saint-Omer avaient pu avoir plusieurs métiers. Un ban de 1259 leur interdit d’en avoir plus d’un. Mais à défaut d’intégration horizontale, restait l’intégration verticale : les drapiers faisaient travailler les autres artisans ; ils étaient les organisateurs de la production. Il est donc inexact de parler de marchands-drapiers allant acheter la laine en Angleterre, la faisant traiter par « leurs » ouvriers, allant vendre « leurs » draps aux foires de Champagne ou plus loin. Les drapiers n’étaient pas des marchands, et réciproquement, c’était interdit. Les deux groupes étaient antagonistes. Vers 1275 les drapiers étaient en passe de l’emporter : les Anglais venaient vendre leur laine aux foires de Flandre ou de Saint-Omer ; les Italiens venaient y acheter des draps, ou dans les halles, voire directement chez le drapier. Le marchand était court-circuité. Certains maîtres des métiers devaient avoir leur propre « maisoncelle », mais beaucoup se prolétarisèrent : ils ne différaient plus des valets qu’ils salariaient, aux côtés desquels ils travaillaient. Est-ce à dire que les travailleurs de la draperie étaient misérables ? Non sans doute, ce qui explique l’afflux de paysans venus demander à la ville de meilleurs salaires. A Saint-Omer en 1279 les valets foulons se louaient pour un salaire quotidien de 12 à 14 deniers, ce qui veut dire que, même quand le blé était cher (96 deniers le quintal vers 1280), il ne leur fallait que de 37 à 66 journées pour payer le pain de leur petite famille. La ville imposait aux valets de la draperie de posséder des « draps » (vêtements) valant au moins cinq sous. Ils buvaient du vin dans les tavernes et, s’il faut en croire Jean de Garlande (f 1246) les « ongles bleus » ou teinturiers étaient bien accueillis des jolies femmes, « à cause de leurs sous ». Le sort des ouvrières, si nombreuses dans les villes drapantes, était plus dur. Avec sa salacité cléricale Jean de Garlande a noté que « les dévideresses, celles qui dévident le filé, se dévident et s’ouvrent le corps par de fréquents coïts ; il leur arrive même de dévider et d’ouvrir les bourses des écoliers ». Autrement dit les femmes célibataires étaient acculées à la prostitution. Hors du mariage, point de salut. Dans ces villes où, pendant longtemps, l’expansion laissa une chance à chacun, les luttes sociales furent tardives. Les graves crises de 1070 et 1127, qui déchirèrent le comté, trouvèrent les villes unanimes. C’est le capitalisme qui engendra la lutte des classes. Dès qu’ils eurent conquis le pouvoir urbain les marchands durent réglementer le travail, sans ménagements, peut-on croire. Quand, en 1225, un imposteur se présenta comme le comte Baudouin IX, empereur de Constantinople, échappé des geôles bulgares, l’accueil triomphal que lui réservèrent les artisans n’était peut-être pas innocent : avec le retour du bon comte, n’espéraient-ils pas le retour du bon vieux temps ? Toujours est-il qu’au XIIIe siècle la grande affaire fut la suppression des métiers autonomes, des gheudes. Vers 1175, Guiman, le moine de Saint-Vaast, se plaignait déjà que beaucoup d’entre elles eussent disparu. Il en restait cependant, et de coriaces. Celle des tisserands d’Arras fut vendue par le comte aux échevins en 1243, rachetée par les artisans en 1270, puis revendue aux échevins, qui avaient surenchéri et qui, bien sûr, la confisquèrent. Bref, ne purent « s’entremettre des métiers » que ceux qui y avaient été « mis par échevins », comme on dit à Saint-Omer. Ce furent trop souvent de petits chefs abusifs dont les exactions devaient être dénoncées en 1280. Du reste la violence était partout. Il y avait celle, légale, des rapports économiques. Par exemple les tisserands devaient payer à leurs ouvriers le salaire légal, que les échevins fixaient assez haut pour éviter les émeutes de la faim, tandis qu’ils devaient vendre leurs tissus aux prix du marché ; leur marge était laminée. Il y avait les abus de pouvoir des puissants. A Douai l’odieux Jean Boinebroke, qui se croyait tout permis parce qu’il était échevin, « truandait » avec une égale férocité drapiers, artisans, ouvrières. Les travailleurs étaient sans défense. Restaient les coalitions, les « alliances ». A Douai les takehans furent interdits dès 1245 sous la peine de 60 livres et d’être banni an et jour. De même encore par la suite, de même ailleurs. Et les villes s’entendirent pour expulser ou justicier réciproquement leurs rebelles, les « estrange homme » qui avaient fait « laide œuvre » dans leur ville d’origine. Cependant point d’explosion avant 1280. Il est possible que de semblables rapports sociaux aient existé dans d’autres villes du nord du royaume, en particulier dans celles où des troubles sociaux très graves devaient éclater à partir de 1280. Hélas, l’information, quand elle n’est pas chiche, est décevante. Cependant Beaumanoir, qui écrivait vers 1280, a noté que les « bonnes villes » étaient déchirées par des « débats » aigus, « si comme des pauvres contre les riches », voire entre les lignages des riches. Les « pauvres » et les « moyens » étaient exclus de l’administration des villes. Tout appartenait aux « riches », qui étaient « redoutés pour leur avoir ou leur lignage », d’où de scandaleuses « fraudes et malices ». Et de conclure que « les pauvres n’ont nulle droite voie de pourchacier leur droit fors que par aus courre sus », autrement dit de les massacrer. Moralité : le seigneur devait contrôler les bonnes villes comme des « enfans sousagiés » (mineurs), afin d’empêcher les riches de méfaire. Le bon bailli n’a pas précisé qui étaient ces moyens et ces pauvres. Des gens des métiers ? Sans doute. En tout cas il n’a pas opposé des grands et des petits, mais des riches et des pauvres. Ces sociétés étaient fondées sur l’argent. Paris est relativement bien connu. Sa population a peut-être triplé à chaque siècle : 250 000 habitants en 1328, donc 83 000 vers 1200, 28 000 vers 1100, 9 000 vers l’an Mil et 3 000 au lendemain du siège de 885. On y trouvait d’abord le roi, son hôtel, sa cour, ses officiers, plus, du moins au XIIIe siècle, des princes et des nobles. Le clergé y était exceptionnellement riche et nombreux, sans parler des étudiants, dont on reparlera. C’était donc avant tout un centre de consommation. La population secondaire comprenait des bourgeois, qualificatif qui, paraît-il, eut tendance à être réservé aux artisans les plus riches, prenant ainsi une saveur sociale. Au sommet de cette bourgeoisie il faut placer les « marchands de l’eau », qui sont cités dès 1171. Ces marchands, qui auraient pu être très puissants, car la place était exceptionnellement bien placée, manquèrent de tout dynamisme : ce n’étaient pas des entrepreneurs, mais des rentiers. Leur hanse avait le monopole de la circulation fluviale entre les ponts de Paris et de Mantes, sauf pour les marchands forains à prendre un « compagnon français », un associé parisien auquel ils cédaient la moitié de leur bénéfice. C’était une rente de situation. Leur prévôt et leurs quatre échevins, qui sont cités dès 1263, constituaient un simple tribunal de commerce. Le monde des métiers est connu par le Livre des métiers où le prévôt de Paris, Etienne Boileau (c. 1261-c. 1271) compila les statuts de 101 métiers (compilation incomplète). C’étaient surtout des métiers de l’alimentation, du bâtiment et du luxe. L’industrie parisienne avait peu de fabricats à exporter. La draperie, qui comprenait des « grands maîtres faisant faire leurs œuvres à autrui », autrement dit des drapiers, et des « menus maîtres faisant œuvre à autrui », c’est-à-dire des tisserands, n’est pas citée dans le commerce international. D’ailleurs ses effectifs semblent avoir été fort réduits : 360 tisserands vers 1300, sans doute 25 fois moins qu’à Gand, en tout cas pas plus que 0,5% de la population. D’une façon générale, si les métiers parisiens étaient nombreux, leurs effectifs semblent avoir été squelettiques. Les métiers parisiens n’avaient aucune autonomie. Les confréries d’artisans étaient rarissimes. Pour la Normandie il a été établi qu’à l’époque ducale les marchands n’étaient point riches et que les riches n’étaient pas marchands : c’étaient des percepteurs des revenus ducaux, des tonloyers, des monétaires, des chapelains du duc, des chanoines, des changeurs, des usuriers. En 1066 la conquête de l’Angleterre n’y changea rien et les Normands assistèrent sans réagir à la révolution nautique des années 1150 qui vit l’avènement des navires gros porteurs, ce qui révolutionna le transport des pondéreux, des vins en particulier. Rouen vit passer tous les tonneaux du bassin parisien mais ses marchands ne firent que se créer une rente de situation à l’instar des marchands de l’eau de Paris. La charte de 1150 leur accorda le monopole de la navigation sur la basse Seine et nul ne put passer sous le pont de Rouen sans s’associer à eux. Ce fut la « compagnie normande ». Pour la plupart des villes françaises on aperçoit une société placide. On cite bouchers, poissonniers, vignerons, crieurs de vin, tanneurs, cordonniers, savetiers, corroyeurs, peaussiers, selliers, bourreliers, fèvres, orfèvres, tonneliers, changeurs et merciers, très rarement les marchands, jamais des ouvriers du textile. Apparemment ni capitalisme, ni conflits sociaux. Les progrès du commerce n’entraînèrent pas ceux des marchands. Ceux-ci furent incapables d’organiser la production. Il y eut, certes, des réussites individuelles, mais sans doute débouchèrent-elles sur la constitution de fortunes foncières. Vers 1080 on cite à Angers un Haymond mercator possédant un bourg suburbain. Dans les villes occitanes la société fut originale. Comme le renouveau économique fut tardif, les milites conservèrent la suprématie jusque vers 1150-1200. On a dit de ces villes des Xe et XIe siècles qu’elles étaient des « repaires de gens armés ». Les chevaliers urbains descendaient de la noblesse (milites majores) ou des petits chevaliers, des riches alleutiers (milites minores). Ils avaient des castra (châteaux) et des seigneuries rurales qui leur rapportèrent de plus en plus de vin, de grains ou d’argent. Ils tenaient aussi en fief des moulins, des fours, des péages, dont le produit augmenta au fil des siècles. Ils eurent donc de l’argent à prêter. Certains, même, firent du commerce. Ils vivaient en ville, dans des maisons fortes ou des tours, celles de l’enceinte par exemple, voire dans les anciens monuments romains fortifiés : à Nîmes les arènes abritèrent jusqu’à 120 maisons nobles. Ils possédaient des quartiers entiers, dont ils lotirent le sol contre de beaux cens. A Montpellier il leur fut interdit en 1113 de se mésallier avec des bourgeois. Ils eurent même des cimetières propres. C’était donc bien une classe sociale. Cependant ce petit monde (10% de la population urbaine, dit-on) était divisé par des haines cruelles, d’où des luttes de partis, de quartiers. C’est pour en sortir qu’ils inventèrent, après 1130, le consulat, seigneurie collective issue du tribunal seigneurial, d’où de nouveaux profits (les amendes). L’hégémonie de cette noblesse urbaine fut ébranlée par la croissance et l’enrichissement du tiers état. Dès 1166 à Nîmes, dès 1170 en Avignon le consulat fut partagé entre les milites et les cives. Le coup fatal fut porté au début du XIIIe siècle. En 1216 Simon de Montfort, le croisé du nord, combla les fossés et rasa les tours des maisons fortes de Toulouse ; lors de sa croisade de 1226 Louis VIII rasa 300 tours en Avignon et expulsa des arènes les chevaliers nîmois. Puis les milites furent souvent exclus des consulats. On vit apparaître au grand jour toute une série de métiers. A Montpellier en 1246 il y eut dix « échelles », une pour les bourgeois, sans doute les rentiers et les marchands, et neuf pour 35 métiers ; les dix échelles élisaient 82 conseillers qui nommaient les quatre consuls. A Nîmes il y avait en 1272, sans compter les bourgeois, neuf échelles regroupant 26 métiers. Le plus original est la présence de métiers des juristes, avocats et notaires. A Narbonne ils sont cités dès 1150 : progrès du droit écrit ! Après 1200 l’oligarchie urbaine fut de plus en plus composée de nouveaux riches. Ces nouvelles fortunes provenaient du maniement de l’argent (monétaires, changeurs, usuriers surtout) ou du commerce des denrées agricoles. La draperie n’était pas inconnue, mais elle était marginale. Les profits étaient le plus souvent réinvestis dans la terre : oligarchie de rentiers. Et la grande masse de la population était faite de cultivateurs : de 6 à 7 000 en 1236 à Montpellier, ville de 10 000 feux en 1273. A la même époque les bourgeois artésiens ou flamands avaient très peu de terres, car la terre rapportait dix fois moins que le commerce, et la grande masse de la population était composée d’artisans, d’ouvriers. La France urbaine était donc double : d’un côté celle des profits capitalistes, de l’autre celle des placements fonciers. On s’est parfois demandé si la ville médiévale était un phénomène capitaliste ou un élément du monde féodal. La question n’a aucun sens, car il n’y a aucune incompatibilité entre le capitalisme, qui est d’ordre économique, et la féodalité, qui est d’ordre politique. On le voit bien dans la France de 1789. Saint-Omer, où le capitalisme fut si précoce et si vivace, eut, dès 1127, un seigneur féodal : ce fut un « vassal collectif » ; par la suite il lui arriva d’avoir des vassaux. https://books.openedition.org/septentrion/49452?lang=fr FRÉQUENCE DES CONFLITS CORPORATIFS Au contraire de ce que la lecture des manuels d’histoire et les affirmations intéressées des admirateurs du « bon vieux temps » peuvent laisser croire, les conflits corporatifs ont existé ,partout où le travail, sous uune forme quelconque, fut exploité (1), Les jacqueries des campagnes étaient-elles autre chose que des rrévoltes de paysans exploités contre leur exploiteur féodal ? Et parmi les compagnons des corporations, plus tard parmi les ouvriers des manufactures, les mouvements de revendication, les « trics », furent innombrables (2). A toutes les époques, les coalitions d’ouvriers furent sévèrement réprimées. Les Coutumes de Beauvaisis de Ph. de Beaumanoir (1280), considéraient déjà les coalitions comme un délit. On punissait d’amende et de prison ceux qui y recouraient : « Et tenir en longe prison et drestroite, et quand ils ont eu longue peine de prison, on pot lever de cascunne personne soixante sous d’amende. » Une ordonnance du bailly de Rouen, en 1285, interdisait aux ouvriers de s’assembler, comme ils avaient coutume de le faire 50 ans auparavant, sur 1a place Damiette, parce que ses assemblées prenaient le caractère de coalitions. En 1729, les tisserands de Douai se mutinèrent et mirent à mort quelques échevins. Le comte de Flandre vint rétablir l’ordre et plusieurs mutins furent pendus. En 1280, les ouvriers d’Ypres s’insurgèrent contre une augmentation de la journée de travail et tuèrent le maire. La même année, les drapiers de Provins prirent les armes pour la même raison et massacrèrent aussi leur bourgmestre. Du XIV° au XVI° siècle, les conflits furent nombreux. On note des émeutes ou grèves provoquées par la question des salaires ou des revendications corporatives à Provins (1324), Châlons-sur-marne (1369), Troyes (1372), Sens (1383), Bourges (1466), Beauvais (1554), Paris (1545), etc (3). Et l’histoire ne nous a sans doute gardé la trace que d’une infime partie de ces mouvements. Les compagnons boulangers de Paris passaient au XVI° siècle pour se mettre souvent en grève. Ils refusaient de s’engager pour un mois comme le leur prescrivaient les règlements de la corporation, préférant travailler à la journée. Leur confrérie mettait les patrons à l’index et réclamait des augmentations de salaire. Ils se promenaient par la ville armés de dagues et de bâtons et molestaient patrons et non grévistes. Les patrons obtinrent en 1579 une ordonnance du roi réprimant sévèrement ces pratiques (4 ). Deux siècles plus tard, la situation ne s’était sans doute pas améliorée dans ce métier puisque des lettres patentes de Louis XV faisaient défense aux compagnons boulangers de porter des armes à feu, épées ou bâtons (5). Les compagnons prenaient de plus en plus l’habitude de l’« action directe ». ils essayaient par l’intimidation de faire inscrire à leurs confréries et participer à leurs coalitions leurs camarades de travail. En cas de tric, ils leur interdisaient l’accès des boutiques ou ateliers. Une sentence de 1601 condamnait à la prison quatre compagnons cordonniers parisiens pour des faits qui sont baptisés aujourd’hui « entrave à la liberté du travail ». L’interdiction des trics et du port des armes existait dans de nombreux statuts, par exemple chez les imprimeurs de Paris (1649). Au XVII° siècle, les sociétés compagnonniques, bien que plus sévèrement interdites que jamais, se multipliaient, parce qu’à l’intérieur des corporations, la division s’accentuaient entre maîtres et compagnons. Dans la région de Rouen, les conflits étaient fréquents dans le textile ; en 1691, les compagnons toiliers firent une grève violente pour les salaires. En 1697, un important conflit se produisit à Darnétal, près de Rouen : trois à quatre mille compagnons y faisaient grève parce que les maîtres embauchaient des ouvriers étrangers à des prix très bas. Malgré 1a répression, la grève dura un mois. A Paris, vers la même époque, les compagnons maraîchers étaient en grève pour les salaires, ainsi que les chapeliers, contre lesquels les jurés de la corporation portèrent plainte, parce que les compagnons menaçaient ceux qui ne voulaient pas adhérer à leur société. En 1732, les papetiers d’Auvergne se mirent en grève, leur confrérie ayant été supprimée, ce qui indiquait déjà une conscience assez développée de leurs intérêts de classe. En 1772, ils luttaient par la grève contre l’augmentation de la journée de travail. En 1781, une grève eut lieu aux papeteries Montgolfier, à Rives, à cause du renvoi de deux ouvriers. Les grévistes débauchèrent tous les ouvriers des papeteries de la région et le patron dut reprendre les congédiés : c’est qu’il y avait dans ses cuves pour 3.000 livres de matière en fermentation dont il craignait la perte. A Castres, en 1786, les ouvriers firent renvoyer un « jaune ». Chez les chapeliers de Lyon, en 1777, une grève violente eut lieu pour obtenir le renvoi des ouvriers étrangers. Des bagarres à main armée firent six blessés. A Troyes, les tondeurs de draps, organisés en société, quittaient leurs patrons à volonté et mettaient les usines à l’index. Un arrêt du Conseil de Châlons en 1773, interdisait les coalitions, confréries, défilés dans les rues avec des armes et défendait aux hôteliers de faire office de Père ou de mère des ouvriers tondeurs. A signaler encore une grève chez les papetiers, à Annonay, en 1781. Tous ces mouvements marquaient évidemment entre deux couches sociales l’existence d’un antagonisme que le système corporatif avait été bien impuissant à faire disparaître et même à endiguer. Bien au contraire, on peut dire que la corporation, en donnant des armes aux maîtres contre les compagnons, suscitait les conflits. LA GREVE DES IMPRIMEURS LYONNAIS Le sac de Mayence par l’archevêque Adolphe de Nassau, en 1462, avait obligé les ouvriers imprimeurs qui travaillaient dans cette ville sur les presses inventées par Gutenberg et son associé Füst, à se répandre dans les pays voisins et notamment en France, où l’art de l’imprimerie n’avait pas fait jusque-là de grands progrès. L’invention était combattue par les copistes – dont beaucoup étaient des moines – par l’Église, ennemie des innovations, et par la Sorbonne. Le travail était lent et l’encrage se faisait à la main, Mais après l’arrivée des ouvriers allemands, l’imprimerie progressa rapidement. Au début du XVI° siècle, on comptait 37 villes en France où elle existait ; il y avait à Paris, vers le milieu du siècle, 800 ouvriers imprimeurs et presque autant à Lyon (6). Les livres des imprimeurs lyonnais étaient tout d’abord rechecrhés pour leur correction et leur bon marché. Les premiers livres datés sortirent des presses lyonnaises vers 1573, mais il est probable qu’on imprimait dans cette ville depuis de nombreuses almées déjà. Certains maîtres imprimeurs étaient des esprits distingués, renommés Jusque dans les pays voisins, tels Jean de Tournes, Sébastien Gryphe, plus tard Etienne Dolet, Nourry, l’éditeur de Rabelais, etc. Imprimeurs et correcteurs -étaient parfois des érudits, voire de véritables savants. Quant aux ouvriers, dont beaucoup étaient étrangers, ils étaient réputés turbulents et fort jaloux de leur indépendance. A Lyon, ils ont si souvent battu le guet, lit-on dans un factum de l’époque, que le guet n’ose plus sortir. » Ou demandait à l’apprenti imprimeur de svaoir lire le grec et d’avoir appris le latin, car les livres s’imprimaient à cette époque presque toujours en latin. Les ouvriers de ce métier étaient donc généralement plus instruits que ceux des autres corporations. Beaucoup d’entre eux, originaires d’Allemagne, étaient luthériens. La propagande calviniste par la brochure était active, en dépit des condamnations au bûcher prononcées à Lyon à plusieurs reprises. Aussi remarquait-on chez les ouvriers imprimeurs une certaine fermentation d’idées. Malgré leurs qualités professionnelles, les compagnons imprimeurs étaient dans une grande misère. Ils recevaient un maigre salaire pour une longue journée de travail. L’imprimerie n’avait pas tardé à subir une crise.., de surproduction. Les ouvrages se vendaient mal et les imprimeries étrangères, surtout celles de Genève et de Lausanne, faisaient grande concurrence aux maîtres imprimeurs lyonnais. Ceux-ci avaient résolu le problème du prix de revient qui se posait pour eux, par la diminution des salaires. L’époque était caractérisée à Lyon par de nombreux troubles sociaux et des tries. (1519, 1529, année de la grande rebeine, 1530, etc.) Parmi les ouvriers imprimeurs régnait un esprit permanent de bataille. En 1514, les maîtres imprimeurs s’étaient plaints au Consulat « que des malandrins ont couru sus aux ouvriers compagnons de leur métier et en ont blessés plusieurs jusqu’à la mort, » Le Consulat rétorque que le tort était du côté des ouvriers imprimeurs qui faisaient maintes insolences par la ville, jusqu’à outrager le ‘guet et blesser M, le Lieutenant de police lui-même. Les maîtres imprimeurs promirent alors de remettre aux mains de la justice ceux qui s’étaient rendus coupables d’un tel crime. Effectivement, les coupables furent saisis par les archers, mis eu prison et condamnés à être fustigés et bannis (7). En 1524, les imprimeurs attaquèrent encore et malmenèrent une ronde faite par le pennonage de la rue Thomassin (8). Les ouvriers imprimeurs étaient organisés dans une confrérie et s’engageaient par serment à cesser le travail collectivement dès que l’un d’entre eux aurait à se plaindre de son patron. La confrérie dpisosait d’une bourse alimentée par les cotisations des membres. Ceux qui ne s’affiliaient pas étaient menacés. La bourse servait pour les banquets confraternels, mais aussi à organiser la résistance eu cas de fric, malgré l’autorité qui interdisait aux ouvriers ,l’avoir recours aux monopoles. Les compagnons circulaient armés de dagues et de poignards sous leurs vêtements. Ils étaient organisés eu compagnies, ayant à leur tête des chefs (9), Ils malmenaient à l’occasion les maîtres ou les compagnons qui refusaient d’abandonner le travail. Ils étaient en conflit perpétuel avec le guet et le prévôt. Sur le premier point, il faut remarquer que les compagnons étaient nourris par les maîtres : ils prenaient leurs repas dans l’atelier. C’était sur cette partie du salaire payé en nourriture que les maîtres cherchaient à réaliser des économies. Pour comprendre la deuxième de leurs revendications, il faut se rappeler que le nombre de jours de fête était considérable, et que ces jours-là le salaire n’était pas payé. Par contre, les maîtres reprochaient aux compagnons de quitter l’atelier plus tôt que de coutume en certaines occasions et de perdre aussi beaucoup de temps pour assister aux enterrements. C’est que les journées de travail étaient longues et que chaque prétexte pour les écourter aux dépens de l’employeur -était saisi avec empressement. Les compagnons étaient contraints d’êt rdeebout depuis 2 heures après minuit, ,jusqu’à 8 et 9 heures du soir (10). Quant à l’emploi des apprentis aux lieu et place des compagnons, c’était un grief souvent formulé sous le régime des corporations. Alors qu’une presse occupait régulièrement quatre à cinq hommes, certains maîtres n’hésitaient pas à y faire travailler trois, quatre et parfois cinq apprentis. Les compagnons voulaient n’y voir occuper que deux apprentis au maximum. Mais les maîtres arguaient de la nécessité de réduire les frais de main-d’oeuvre. A ces griefs, les patrons répondirent naturellement que les compagnons étaient conduits par des meneurs qui les terrorisaient. Ils les accusaient de travailler irrégulièrement et d’être trop exigeants sur le chapitre de la nourrit ure, Aussi proposaient-ils d’augmenter le gage des ouvriers, à charge par ceux-ci de se nourrir. Ils offraient aux compositeurs 6 sols 6 deniers par jour. Il est difficile d’évaluer la valeur réelle de -cette somme. Certains auteurs se basant sur le cours du blé, bien qu’une telle estimation soit très arbitraire, fixent le pouvoir d’achat de ce salaire à 5 francs d’avant 1914. Mais le cours du blé lui-même variait dans d’énormes proportions, Les patrons l’esmtiaient à 10 sols le bichet : très souvent il valait beaucoup plus, jusqu’à 25 sols, et pendant l’année de disette de 1531, il avait coûté de 50 à 60 sols. Les ouvriers refusèrent, préférant être nourris, afin, disaient-ils, de ne pas avoir à prendre leurs repas dans les tavernes, cause de frais et de perte de temps. La sentence fut rendue le 31 juillet. Se fondant sur l’intérêt général, le sénéchal interdisait aux ouvriers de se réunir par groupe de plus de cinq ; défense leur était faite de se coaliser sous peine d’amende et de bannissement ; de porter des armes et de menacer les apprentis et les compagnons non grévistes. Les maîtres étaient autorisés à faire travailler autant d’apprentis qu’ils le dérsaiient, mais ils étaient invités à donner aux ouvriers la même quantité de nourriture que cinq ou six années auparavant. Formule assez vague ! Les contestations devaient être tranchées par le bureau de la Grande Aumône (11). Un règlement d’atelier joint à la sentence enjoignait aux compagnons de terminer tout travail commencé, aux maîtres de payer à compter du moment où la « presse » était mise en train et de ne pas renvoyer arbitrairement. En cas de nécessité, ils pouvaient adjoindre à l’équipe autant d’ouvriers qu’ils le jugeaient nécessaire. Ils pouvaient remplacer l’ouvrier malade sans que celui-ci ait tin recours quelconque. Cette sentence était donc entièrement en faveur de ces derniers. Les quelques dispositions favorables aux ouvriers étaient vaguement énoncées et faciles à tourner, Le sénéchal dut éprouver quelques inquiétudes quant à l’applicationde ses décisions, car il crut devoir en référer au pouvoir royal, François Ier, estimant que la grève était de nature « porter préjudice » à l’imprimerie lyonnaise et que la rébellion des compagnons était intolérable, confirma tous les termes de la sentence, mais ordonna par surcroît la dissolution de la confrérie patronale. Il donna le pouvoir au sénéchal, assisté d’un certain nombre de notables, de juger les cas de violence, rébellion, coalition, etc. et de condamner les coupables à la prison, un bannissement et si besoin était, à la torture et à la peine capitale. L’Edit de Villers-Cotterêts, en août 1539, supprimait le droit de coalition dans toute la France. C’est qu ‘à la suite des désastres militaires du règne, la situation du royaume n’était pas florissante et que partout des trics étaient en cours. Il y en avait à Paris même, chez les garçons boulangers et les garçons bouchers. Les compagnons imprimeurs lyonnais dont la confrérie subsistait malgré l’interdiction, introduisirent auprès du Parlement une enquête tendant à faire casser la sentence du sénéchal. Le Parlement de Paris était jaloux de ses prérogatives. II se montrait peu disposé à être dépossédé ;tu profit de la juridiction inférieure Constituée par le sénéchal et ses notables. Ce qui fit qu’en septembre 1540, il rendit à Moulins, en faveur des imprimeurs lyonnais, un arrêt rétablissant pour eux les anciennes règles des corporations, en ce qui concernait l’apprentissage et interdisant aux apprentis de composer avant d’avoir effectué trois années de stage (12). Les compagnons prirent la détermination de demander aux patrons des dommages et intérêts s’ils ne se conformaient pas à l’arrêt. Les maîtres usèrent du chantage : ils menacèrent de quitter Lyon pour Vienne. Le Consulat, feignant une grande crainte, les fit mander et les pria de ne pas s’éloigner, afin que la ville ne fut pas privée d’une industrie qui faisait une partie de sa prospérité. La ville dépêcha à la Cour un député, les maîtres un autre, à frais communs, pour obtenir du roi la réforme de l’arrêt. Les négociations durèrent un an… Ces procédures, ces rivalités de ,juridiction, ces décisions contradictoires ne sont pas un des moindres étonnements que l’on éprouve à suivre les péripéties des luttes ouvrière des siècles révolus. Les pourparlers traînaient en longueur, car les délégués s’occupaient d’autres affaires municipales. Dans l’intervalle, un conflit identique avait pris naissance à Paris : la grève de Paris, parallèle à celle de Lyon, réagissait sur la situation dans cette ville. C’est pourquoi nous devons en dire quelques mots. A la suite d’une cessation de travail des ouvriers parisiens, les maîtres de cette ville s’adressèrent au roi pour obtenir le même traitement que leurs collègues lyonnais. Ils voulaient, comme eux, avoir le droit de « faire et tenir des apprentis, autant qu’ils voudraient et pourraient mettre en oeuvre ». A Paris, la question des apprentis était à la base du conflit. Les ouvriers étaient moins solidement organisés que ceux de Lyon ; les forces de police plus considérables et la grève avait été moins violente. Mais les ouvriers parisiens s’opposèrent à l’enregistrement de l’Edit de Villers-Cotterêts (1539) et à défaut de l’enregistrement par le prévôt, l’édit n’était pas exécutoire. Tandis que les ouvriers lyonnais s’adressaient au Parlement, les Parisiens portèrent leurs doléances devant le Conseil privé du roi, Ils demandaient ta limitation du nombre des apprentis, la liberté de quitter le travail plus lot les vigiles, des modifications au droit de renvoi par les maîtres et au régime de travail des fondeurs de caractères. Les ouvriers se livrèrent alors à quelques violences dont le pouvoir royal prit prétexte pour les débouter, leur ordonner de s’incliner devant les décisions antérieures et hm défendre de faire appel à nouveau (19 novembre 1542). Les compagnons lyonnais avaient repris la lutte contre l’arrêt de 1541. Mais la défaite des ouvriers parisiens entraîna la leur. Le roi leur rendait applicable l’arrêt de Paris. Cependant, la question n’était pas définitivement tranchée encore. Une série de procès assez fastidieuse commença alors. Les compagnons attaquèrent les lettres patentes du roi et le procureur du roi à Lyon pi-il fait et cause pour eux, en se portant appelant contre la publication de ces lettres. Le Parlement de Cris fut à nouveau saisi et il n’était pas impossible qu’il adopta la thèse des compagnons. L’appel fut porté devant le conseil privé du roi. Cet organisme décida… une nouvelle enquête et le renvoi de l’affaire devant le Grand Conseil (19 mars 1543). Les ouvriers firent traîner les choses en longueur. Leur procureur, Michel Sosson, sommé de produire ses arguments, se présenta enfin et la sentence fut prononcée (11 septembre 1544) Le roi maintenait ses édits antérieurs, repoussait l’appel des ouvriers et de son propre procureur et les condamnait aux dépens. Défense était faite sous peine d’amende de contrevenir à l’édit. Ce qui frappe dans ces démêlés, c’est l’extrême variété des jucdaitures et l’enchevêtrement de leurs prérogatives. Il serait très intéressant de savoir quels mobiles poussaient certains magistrats royaux à se ranger du côté des grévistes. Nous n’en avons trouvé aucune expcliation dans le travail de Hauser auquel nous empruntons la plupart des faits précédents. Il est probable que l’examen des archives éclarierait un peu ces mobiles. Il est à noter aussi que le roi, sensé prendre quantité de décisions, n’était guère qu’une machine à signer sur le vu des avis des différents organismes d’État. Ses arrêts se contredisaient d’ailleurs assez souvent au gré des conclusions différentes de deuxc ours distinctes et on ne manquera pas d’observer, dans le cas des imprimeurs, que des arrêts rendus comme définitifs et sans appel, furent quelques mois après infirmés ou tout au moins remis en question. Le certain, c’est qu’à cette époque comme à la nôtre, la force ouvrière était le principal élément du succès des revendications. Les imprimeurs lyonnais et parisiens le savaient bien, qui avaient recours à la cessation du travail et à l’action directe. Ils le savaient si bien que vingt ans plus tard, sous le règne de Charles IX, les maîtres se plaignaient de ce qu’ils n’avaient pas respecté l’édit de 1514. Ils continuaient à se coaliser et à quitter le travail pour faire aboutir leurs revendications. Tant à cause de la cherté du papier que du prix de la main-d’oeuvre, les maîtres lyonnais étaient contraints de faire imprimer leurs livres à l’étranger. Il était impossible, disaient-ils, de satisfaire les compagnons « eu vivres, gages et salaires ». L’Edit de Gaillon, en 1571, renouvelait celui de 1539. Il renforçait les interdictions de ce dernier, défendait le tric et même de faire « journée blanche », Le maître était autorisé dans ces deux cas à retenir sur le salaire une somme correspondant au préjudice causé. Le certificat de travail était institué pour tout ouvrier quittant son maître. Le défaut de certificat rendait l’embauche impossible. Le salaire nourriture était supprimé, à l’exemple de ce qui se faisait dans les pays étrangers (Flandres, Allemagne, Italie). Une commission arbitrale, composée de libraires-jurés, de maîtres imprimeurs et de notables, devait déterminer le nouveau salaire. Le maître pouvait utiliser autant d’apprentis qu’il le voulait. C’était l’application à Lyon du régime parisien. Il devenait nécessaire d’avoir fait un apprentissage pour passer compagnon et de présenter, pour s’établir maître, un certificat de capacité signé de deux libraires et de deux maîtres imprimeurs. Or, jusque-là, l’imprimerie n’était pas soumise aux règles corporatives ordinaires ; il n’y avait pas de chef d’oeuvre ; était imprimeur qui voulait, s’il avait assez d’argent. L’édit sanctionnait donc l’abolition de la liberté d’exercer le métier. Alors que les compagnons avaient toujours défendu le principe du salaire égal pour un même travail, le maître acquerrait le droit de payer le travail fourni. Tout compagnon abandonnant un travail était passible d’amende, de dommages et intérêts et même du fouet s’ il n’était pas solvable. Une infraction à l’édit était punissable de 200 livres d’amende et de peines corporelles en cas de récidive. Mais ni à Paris, ni à Lyon, les ouvriers n’acceptèrent. Contrairement aux ordonnances, ils continuèrent à se coaliser, à se cotiser et introduisirent une instance auprès du Parlement contre l’Edit de Gaillon, Il faut en retenir les termes. Ils reprochaient aux patrons de les vouloir « opprimer et vilement asservir ». Après avoir rappelé qu’en fait, ils étaient, eux, les véritables imprimeurs, ils indqiuaient que c’étaient eux qui leur avaient acquis « et leur acquièrent chaque jour de grandes et honorables richesses, au prix de leur sueur et industrie merveilleuse, et même plus souvent de leur sang », Chargés de famille, ils n’avaient dans leur vieillesse que misère et maladie. Ils faisaient un parallèle entre la richesse des maîtres et leur condition précaire, accusant les patrons de faire des bénéfices scandaleux (jusqu’à 150% ). A Paris, les ouvriers devaient rendre 2.650 feuilles par jour et à Lyon 3.350, ce qui nécessitait des journées de 16 et 17 heures. Les maîtres prétendaient être contraints à faire imprimer à Montuel, Genève, Lausanne, à cause des prix de façon trop élevés. Mais les compagnons rétorquaient que les imprimeurs de Genève, d’Anvers, d’Allemagne s’en tiraient en vendant leurs ouvrages bien meilleur marché, (En Hollande, on demandait aux ouvriers 4.000 feuilles par ,jour. Le prolétariat y était-il plus exploité encore ou l’outillage industriel meilleur ? Il est difficile de le savoir.) Les compagnons protestaient aussi contre une différence de traitement qui permettait aux maîtres de faire des monopoles, ce qui leur était interdit. Ils revendiquaient même le droit de porter des armes « pour insolence d’aucuns maîtres ». Ils s’élevaient contre l’emploi abusif des apprentis, ce qui les privait de leur salaire, alors qu’ils avaient dû eux-mêmes faire des sacrifices pour apprendre le métier. Ils demandaient à être nourris comme par le passé, s’indignaient que les salaires puissent être fixés par les maîtres seuls et demandaient une commission paritaire, comprenant quelques notables nommés par les deux parties. Enfin, considérant que ce serait « violer indignement la liberté naturelle des hommes », ils réclamaient que les fautes soient punies par des amendes, non par des châtiments corporels. A ce réquisitoire qui dénotait chez les compagnons une volonté assez nette et un souci de leur dignité assez développé, les maîtres répondirent par une courte diatribe qui dénonçait la confrérie des compagnons avec cotisation obligatoire, vitupérait les fauteurs de désordre et demandait que leurs noms soient relevés et des sanctions prises contre eux. Ils suggéraient aussi que les compagnons soient astreints à fournir caution avant d’engager des procès, car ils avaient l’habitude de ne pas payer les amendes quand ils étaient condamnés. Le Roi apporta alors quelques modifications à son édit. Il limitait à deux par presse le nombre des apprentis, un à la presse, l’autre à la casse. Il enjoignait aux maîtres de ne pas renvoyer arbitrairement, et aux ouvriers de ne pas quitter abusivement le travail. En outre des fêtes religieuses, les ouvriers obtenaient le salaire pour les journées du Vendredi-Saint, de la Saint-Jean et une demi-journée 1e jour du carême prenant. Le roi maintenait pour les maîtres 1e droit de ne pas nourrir les ouvriers, mais fixait pour Paris le salaire à 18 livres tournois par mois, tandis qu’à Lyon il devait être déterminé par le sénéchal. L’obligation de donner congé 8 jours d’avance devenait réciproque. La durée de l’apprentissage était fixée à trois ans. 7.a peine du fouet disparaissait de l’article 22. Les maîtres perdaient le droit de faire imprimer hors de France, en mettant sur les feuilles de titre de fausses indications d’origine, comme ils l’avaient fait jusque-là. Les ouvriers obtenaient donc des avantages, grâce à leur action tenace, mais l’interdiction de leurs confréries et des coalitions subsistait, tandis que les maîtres pouvaient y recourir, Cette déclaration de 1573 devait rester la charte de l’imprimerie jusqu’en 1618. Nous avons voulu relater avec quelque détail les luttes qui se déroulaient dans l’imprimerie pour donner une idée de l’acuité des questions sociales et corporatives sous l’ancienne organisation du travail. En règle générale, les pouvoirs publics se prononçaient contre les compagnons. Si le roi était sévère pour les ouvriers lyonnais, c’est qu’il redoutait de voir leur exemple suivi par des autres métiers. « Car c’est donner, disait François I er, un exemple et occasion aux autres compagnons et serviteurs de métier qui sont en notre royaume de faire quelquefois le semblable, qui est un vrai fondement et entreténement de mutineries et séditions qui tournent à la fin au grand détriment de la chose publique. » II est donc certain que l’ancienne réglementation corporative par édits royaux fut absolument impuissante, non seulement à faire le bonheur des ouvriers au sein d’organismes professionnels, mais aussi à empêcher l’antagonisme des classes en présence. Aussi pouvons nous dire avec Hauser : « La question dite sociale se posait alors sinon avec la même extension, du moins avec l’a même intensité et presque dans les mêmes termes. » Ou avec Marx : « Toute l’histoire de la société est l’histoire de la lutte des classes. » Notes [1] La grève la plus ancienne citée dans l’histoire eut lieu 1.500 ans av. J.-C. en Egypte parmi les ouvriers esclaves occupés à édifier les pyramides, et fut provoquée par I’insuffisance de la nourriture. Les pharaons la réprimèrent dans le sang. Il y eut aussi des grèves en Chine, 600 ans av. J.-C., une autre 29 ans av. J.-C. parmi les ouvriers construisaient un palais pour Hérode. Les maçons et les terrassiers étaient souvent les acteurs de ces tragédies qui se terminaient par des massacres de grévistes. Grève à Byzance sous Constantin ; sous Charlemagne, parmi les maçons construisant son Palais à Aix-la-Chapelle (9° s.) ; en Angleterre, en 1271, parmi les ouvriers agricoles ; à Constantinople en 1195, chez les tailleurs, etc. En Angleterre, une loi de 1549 punissait les grévistes du pilori, et en cas de récidive ordonnait qu’une oreille leur soit arrachée : elle ne fut abolie qu’à la fin du 18° siècle. [2] Le mot « tric » est l’équivalent du terme actuel grève. Son étymologie est obscure. Faut-il y voir une analogie avec le mot anglais « strike », prit actuellement dans le même sens de grève ? Dans ce cas, lequel de ces deux mots est la déformation de l’autre ? Question philologique que nous ne sommes pas capables de trancher. Mais il est vraisemblable qu’à la suite de la guerre de cent Ans, il dut y avoir entre les deux langues d’assez nombreux échanges de mots. [3] LOUANDRE. Préface à l’Histoire de l’industrie française et des gens de métiers, d’A. Monteil (Limoges, s.d.) [4] LEVASSEUR. Histoire des classes ouvrières. (Paris, 1901) [5] LESPINASSE. Les Métiers et corporations de la ville de Paris. [6] VINGTRINIER. Histoire de l’imprimerie lyonnaise. [7] VINGTRINIER. Loc. cit. [8] VIAL. Institutions et coutumes lyonnaises. [9] Dès le 13e siècle, les Lyonnais, dans leur lutte contre l’Archevêque, étaient organisés par quartiers et par corporations, sous la conduite d’un capitaine. Les compagnons avaient adopté pour leur propre compte cette organisation militaire. Leur confrérie était vraisemblablement une société compagnonnique, dont elle présentait tons les caractères. [10] HAUSER. Ouvriers du temps passé. Ces chiffres paraissent exagérés. Cependant une telle durée de la journée de travail n’était pas rare à cette époque. Les heures ci-dessus marquent d’ailleurs le moment du lever et du coucher. Même au 18° siècle, les imprimeurs travaillaient encore (if, 6 heures du matin à S heures du soir en été, et de 7 heures à 9 heures l’hiver. (Arrêt de 1724.) [11] La Grande Aumône était une institution philanthropique privée, fondée par les bourgeois lyonnais à la suite de la famine suivie de peste de 1530-31. Ces années-là, les réfugiés des, campagnes envahissaient la ville, et l’on entendait crier à chaque coin de rue : » Je meurs de faim. » Les pauvres furent répartis en cinq hôpitaux et secourus grâce à une quête publique. On distribuait du pain et de la soupe à 7 ou 8.000 personnes. Puis on renvoya les étrangers à la ville, munis d’une « bonne aumône ». Cette institution demeura par la suite. Elle recueillait les orphelins et les plaçaient chez les maîtres. Pendant la grève des compagnons imprimeurs, la Grande Aumône dut nourrir les familles des grévistes, mais elle se plaignait que ses ressources n’y suffisaient pas. [12] On nommait Parlement un certain nombre de cours de Judicatures qui connaissaient des affaires en dernier ressort, Révoltes ouvrières et urbaines Au Moyen-âge le prolétariat industriel n’existe pas encore. Mais il y a déjà des ouvriers du textile. La révolte la plus connue est celle des « Ciompi » de Florence. Il s’agit non pas de marchands ou d’artisans, mais d’ouvriers du textile. Ils se révoltent le 22 juin 1378 contre des salaires trop bas alors que l’inflation gangrène la cité, mais aussi contre le chômage qui commence à les toucher. Ils revendiquent par ailleurs le droit de s’organiser en tant qu’association, comme les marchands peuvent le faire. C’est tout le petit peuple de Florence qui s’insurge, brûlant palais et couvents. Les Ciompi demandent à être reconnus comme branche professionnelle pour avoir accès aux décisions communales et donc à des postes au sein du « Conseil municipal ». Le 21 juillet, les révoltés attaquent les bâtiments des patrons de la laine, du fisc et de la justice. Le lendemain, ils prennent le pouvoir et installent le cardeur de laine Michele di Lando comme « ministre » de la Justice. Mais ils seront trahis par les artisans aisés et la « Commune de Florence » sera écrasée le 31 août. Di Lando a eu la chance de ne pas être exécuté, mais simplement exilé. On assistera à la même révolte en Auvergne et au Languedoc de 1381 à 1384, venant des ouvriers teinturiers du textile : les Ongles bleus ou Tuchins. Autre révolte d’importance, celle des « Maillotins » à Paris de mars 1382 à janvier 1383. Au départ, il s’agit d’une révolte fiscale. Le 1er mars 1382, les ouvriers et les artisans parisiens se révoltent et sont rejoints, de suite, par les paysans de Clichy et des Ternes. Ils s’emparent alors de 2 000 gros maillets de plomb, arment 20 000 hommes et s’en prennent aux banquiers et aux collecteurs d’impôts. Ils vont auto-administrer la ville jusqu’au 1er décembre, date du retour du roi Charles VI et de son armée. N’étant pas encore des régicides, ils laissent entrer les troupes royales dans la capitale. Dès janvier 1383, ces dernières vont se livrer à une féroce répression. Les chefs maillotins seront arrêtés, torturés et exécutés. Presque 500 ans avant la Commune de Paris ! https://www.force-ouvriere.fr/les-revoltes-du-moyen-age La Royauté et les Corporations La Royauté ne reste pas longtemps l’alliée des bourgeois ; dès le xive siècle, elle se met en tête la chevalerie et la parade ; mais ce n’est jamais par là qu’elle grandit. Tous les rois qui étendirent son pouvoir, jusqu’à la renaissance, le firent par des gens de peu, hommes de loi, hommes d’argent ou hommes d’administration. Comment agit-elle ? En mettant en campagne contre sa féodalité, des armées victorieuses ? Non ; mais par des « ordonnances » rédigées par ses légistes, par son « parlement, » cour de justice avec laquelle elle détruit peu à peu les juridictions locales ; par des impôts qui vont grossissant, selon la loi de toutes les monarchies. Soumettre les classes ouvrières à sa juridiction et en tirer de gros droits, c’est la première idée. On peut dire que durant les longs siècles de son existence, la royauté fut toujours gueuse, toujours à court d’argent, toujours cupide. Au moyen âge, elle falsifiait les monnaies ; au xviie siècle, elle érigeait la banqueroute en système ; c’est par l’énormité de ses exactions qu’elle souleva les grandes insurrections du xive siècle comme c’est par le déficit qu’elle amena la Révolution. Ces grandes insurrections du xive siècle ne sont plus disséminées comme celles des communes. Elles visent à être des « révolutions ; » elles commencent à avoir pour théâtre Paris, devenu la capitale de la France, et une des grandes villes du monde. La plus célèbre est celle que dirigea Étienne Marcel (1358). Puis vint celle des Maillotins (1382), ainsi nommée parce que la bourgeoisie s’était armée de maillets. À ce moment les classes insurgées commencent à sentir leur solidarité. Paris, Rouen, la Flandre, etc. correspondent et s’entendent. Toutes ces tentatives échouèrent. Qui les avait faites ? Encore les corporations ouvrières, les corps de métiers. C’est à eux qu’on s’en prit. À la suite du soulèvement des Maillotins, voici ce que la royauté fit dans Paris : Suppression des magistrats élus, remplacés par des « visiteurs » nommés par le prévôt (lui-même délégué du roi) ; suppression de la juridiction professionnelle ; interdiction à toutes les associations de se réunir ailleurs que dans les églises, avec permission du prévôt, et en présence d’un de ses agents. C’est ce que le pouvoir central devait établir partout. Voyons comment il le fit aux xve et xvie siècles, époques où la puissance royale fit ses derniers progrès, pour aboutir au monstrueux despotisme des xviie et xviiie siècles. I. — Dans un état monarchique, les ouvriers pouvaient-ils rester maîtres d’élire leurs magistrats ? — Non certes ; et cette première liberté devait disparaître peu à peu. Déjà, nous l’avons vu retirée aux Parisiens, en 1381 ; nous la voyons disparaître successivement, soit par le mouvement naturel des choses, soit par les empiétements du pouvoir central, dans toute la France. D’abord on a vu que dans certains métiers non affranchis, c’est le fournisseur ou l’artisan du roi qui a la haute main. C’est ainsi qu’on vit le barbier du roi (ou son chirurgien, car, à cette époque, ces deux professions étaient réunies) devenir le chef, le magistrat suprême, au xive siècle, de la corporation des barbiers et chirurgiens de Paris, et au xve siècle, de toutes les corporations semblables de France. Position lucrative : car il vendait en province son droit à des lieutenants. Mais, au siècle suivant, les souvenirs de liberté locale s’effacent tellement que les élections disparaissent d’elles-mêmes. Les magistrats corporatifs sont choisis par leurs prédécesseurs, ou même leurs places sont vendues. Elles restent ainsi entre les mains d’une petite aristocratie, qui s’en fait une source d’exactions. D’ailleurs, la royauté, toujours à court d’argent, avait un moyen aussi simple qu’efficace de s’en procurer. Elle créait des « offices », c’est-à-dire qu’elle imaginait une fonction nouvelle, ou en prenait une existante qu’elle érigeait en fonction publique, qu’elle vendait à beaux deniers comptants. C’est ainsi qu’elle s’arrogea le droit de vendre certaines magistratures corporatives qui ressortaient de l’élection. C’est ainsi que François Ier érigea en offices les places de vendeurs, compteurs, déchargeurs de marée, jusque là élus par la corporation des chasse-marée. Henri II fit mieux, il devait de l’argent à un graveur de la monnaie ; il le paya… aux dépens du public, en lui donnant les offices de jaugeurs, marqueurs, mesureurs et contrôleurs… des vins… c’est-à-dire en l’autorisant à exiger une somme d’argent de tous ceux qui voudraient exercer le métier. — Entre les vins et la gravure, le rapport n’est pourtant pas grand. Charles IX, créa enfin des « offices » de jurés et de magistrats des maçons et des charpentiers, dans toutes les villes du royaume. Déjà François Ier avait ôté le choix de ces magistrats aux communautés, dans certaines villes, pour le donner aux municipalités ; et le même Charles IX avait ordonné qu’on les prît à l’ancienneté. Tous ces détails se résument en un seul mot : plus d’élections libres, plus d’indépendance corporative. Tout revient ou dans les mains des privilégiés, ou dans les mains du roi. II. — En même temps, le pouvoir royal prenait le droit de faire les règlements du travail, qui jusque-là avaient émané des corporations mêmes. Dès le xive siècle, la royauté faisait des ordonnances soit sur les rapports des ouvriers et des patrons, soit sur la fabrication. Elle ne cessa pas d’en faire. Elle rédigeait la loi, elle l’appliquait ; querelles de métiers entre eux, querelles des ouvriers et des patrons d’un même métier, procès pour interdire telle invention nouvelle, utile au public, mais nuisible aux patrons… tout cela ressortait des juges royaux. Il serait fastidieux d’entrer dans les détails : je puis dire seulement qu’à la fin du xvie siècle, la royauté réglementait et jugeait partout la fabrication. III. — Le roi ne fait pas seulement des magistrats ; il fait des patrons, je veux dire qu’il vend ou donne, à son gré, le droit d’entrer dans la corporation comme maître et de fonder un établissement. Louis XI le premier, à la fin du xve siècle, s’arrogea le droit à son avènement de créer un « maître » dans chaque corporation du royaume en le dispensant des épreuves et des droits auxquels était assujetti quiconque ambitionnait ce titre ; et dans quel but ? Dans un but financier ; ce titre, il ne le donnait pas, il le vendait. Cet exemple fut imité dans la suite avec une rare profusion ; le roi, les princes et les princesses, suivirent la lucrative habitude de répandre les lettres de maîtrises à tout propos : mariage princier, naissance princière, baptême princier, passage d’un prince dans une ville, tout donne prétexte à ces nobles exploitants de gagner quelque argent. À vrai dire, ils étaient si larges de ces générosités qu’ils faisaient payer, que les acheteurs n’y suffisaient pas. À la mort d’Henri IV, il en restait qui avaient été offertes quarante ans avant, et qui n’avaient pas trouvé d’acquéreur. IV. — En même temps que la maîtrise peut s’acquérir sans examen par lettre royale, elle se ferme à l’ouvrier grâce au « chef d’œuvre ». La règle des corporations n’est pas changée : il faut toujours avoir été apprenti et ouvrier, et avoir fait son chef-d’œuvre, pour devenir patron. Seulement, elle est éludée, grâce à la résistance des patrons. Le jeune homme riche, le fils de patron achète, sans travailler, un titre d’apprenti, avec de l’argent ; il fait faire son chef-d’œuvre, et il est toujours reçu. L’ouvrier qui a assez d’épargnes pour pouvoir passer trois mois au moins à ne faire qu’un chef-d’œuvre est le plus souvent refusé après ce temps écoulé. Ainsi, une première division se creuse entre les patrons et les ouvriers. Mais l’esprit d’inégalité fait tant de progrès, que les patrons eux-mêmes se divisent en classes ; les jeunes, qui n’ont pas dix ans d’exercice ; les modernes, qui ont passé ce temps dans le métier ; les anciens, qui ont rempli les fonctions de juré ; et les droits sont différents pour chaque classe. En outre, le temps vient où les querelles s’enveniment entre patrons et ouvriers. Ces querelles, qui les juge ? La royauté. Dans quel sens ? Dans le sens des privilèges, cela va sans dire. Les grèves commencent. Il faut voir avec quelle rigueur le pouvoir royal les traite. En 1541, les ouvriers imprimeurs de Lyon, insuffisamment payés se mettent en grève. Ordonnance du roi pour interdire leurs réunions, et leur ordonner de reprendre le travail. Lettres patentes confirmant l’ordonnance en 1541. Ordonnance identique en 1544. Troisième ordonnance en 1571. Les ouvriers ne se rendirent pas ; et la guerre civile les préserva de l’autorité du roi. V. — Nous avons signalé au moyen âge, à côté de l’association en quelque sorte forcée des corps de métiers, l’association volontaire des confréries. Au début, qu’était-ce ? Une société de secours, ou une société de réjouissances et de cérémonies. Mais à mesure que la liberté se retirait des « corporations, » on se rabattit sur les confréries, et leur importance grandit. Ce furent encore bien souvent des prétextes à banquets, où l’on buvait beaucoup. Mais ce fut mieux aussi. C’est grâce à elles que se fit le groupement libre des classes ouvrières. C’est grâce à elles que les ouvriers eurent leurs associations à part, associations devenues nécessaires pour résister à l’exploitation. Dès le xive siècle, nous les trouvons organisées pour débattre les salaires. Deux cents ans plus tard, dans les grèves du xvie siècle, les ouvriers se présentent toujours groupés en « confréries. » On conçoit que l’autorité ait vu d’un mauvais œil ce dernier acte de liberté. Du xive siècle jusqu’à la fin, la royauté ne cesse de les interdire ; elles ne cessent pas non plus de reparaître ; sans cesse poursuivies et discutées, pour être simplement tolérées après, jusqu’aux prochaines rigueurs. C’est aux confréries qu’il faut rattacher l’institution du compagnonnage, dont l’institution et les cérémonies bizarres, qui devaient vivre si longtemps, remontent au xive siècle. https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Associations_ouvri%C3%A8res_dans_le_pass%C3%A9/Texte_entier
Mais voilà que les maîtres imprimeurs de Paris — dont les compagnons s’étaient mis en grève quelques semaines seulement après ceux de Lyon, pour la même question des apprentis — réclament la même faveur. Lors le roi ajourne sa décision à l’égard des Lyonnais.
C’était la défaite. Les compagnons imprimeurs de Lyon succombèrent en 1542, après trois ans de grève !
Est-ce à dire que la paix régna dans le domaine d’imprimerie ? S’il en eût été ainsi, le règlement de i618 n’aurait pas interdit de nouveau l’assemblée, le serment, le port d’arme, le trie.
Etaient-ils assez « mutins », ces compagnons chapeliers lyonnais qui, en 1777, menacèrent les maîtres pour les obliger à renvoyer des ouvriers étrangers ? Les « étrangers » paraissent souvent avoir été la cause d’émeutes, tant les ouvriers d’autrefois pratiquaient la solidarité de classe ! Ceux de Lyon allèrent jusqu’à s’armer de couteaux, de bâtons et de pierres, à s’ameuter au nombre d’environ deux cents et à provoquer des bagarres au cours desquelles cinq personnes furent blessées. Le lieutenant de police dut rendre une ordonnance contre les attroupements.
La révolte des tisseurs en 1744.
La grève générale de 1786.
Et les malheureux tisseurs disent avec amertume : • « Quand on ne considérerait les ouvriers en soie que comme des instruments mécaniques nécessaires à la fabrication des étoffes, ou qu’abstraction faîte de leur qualité d’homme qui doit intéresser à leur sort, on eût l’inhumanité de ne vouloir les traiter que comme des animaux domestiques que l’on entretient et ne conserve que pour les bénéfices que leur travail procure, touiours faudrait-il leur accorder la subsistance qu’on est forcé de fournir à ceux-ci, si on ne voulait pas s’exposer à se voir frustré du fruit de leur travail. »
Aussi, le 7 août 1786, à la pointe du jour, sur un mot d’ordre, tisseurs, chapeliers, maçons et manœuvres désertent les ateliers, les manufactures, les chantiers, et, comme les plébéiens de Rome, ils se retirent aux portes de la ville et signifient qu’ils ne rentreront à Lyon que lorsque satisfaction leur sera donnée. La révolte ouvrière fut écrasée par l’armée ; Bonaparte était là : il servait comme lieutenant d’artillerie.
L’atténuation des règles concernant l’embauchage des forains, consécutive au progrès qui créait de plus en plus une économie nationale, avait permis l’émigration des ouvriers à travers le pays. Les sociétés compagnonniques avait pris un grand essor, mais sous leur impulsion conflits et mises à l’index se multipliaient. La classe prolétarienne prenait peu à peu conscience de ses droits.
Les papetiers étaient organisés dans une puissante société compagnonnique à tendance républicaine. Un inspecteur qui avait fait une tournée dans le Dauphiné, en 1769, signalait dans son rapport que les ouvriers avaient l’habitude de mettre les usines à l’interdit quand un différend divisait ouvriers et patrons. Ils allaient même jusqu’à appliquer des amendes non seulement à ceux d’entre eux qui ne se pliaient pas à leur discipline, mais aux maîtres eux-mêmes. L’inspecteur se montrait fort scandalisé de ce que ces derniers s’exécutassent presque toujours, par crainte de la mise à l’index. Les ouvriers papetiers étaient sans nul doute parmi les -mieux organisés ; il faut remarquer qu’il s’agissait d’ouvriers de manufactures.
En 1539, une cessation générale du travail se produisit qui dura quatre mois. Le différend fut porté devant le sénéchal. Cinq compagnons défendirent les intérêts de leurs camarades et dix maîtres parlèrent au nom de la confrérie patronale.
Les griefs des compagnons étaient de trois ordres : 1° Ils réclamaient contre l’insuffisance des salaires qui avaient été réduits ; 2° ils demandaient à travailler certains jours de fête ; ils se plaignaient de l’emploi par les maîtres d’un trop grand nombre d’apprentis.
Le travail était interdit les jours de fête et il était défendu de quitter l’atelier la veille avant l’heure normale. Aucun chômage ne devait se produire en dehors des fêtes sauf pour la mort du maître ou de sa femme. Le droit de coalition était retiré aux ouvriers, mais non aux maures.
On pourrait croire que de telles menaces allaient effrayer les grévistes et les faire rentrer sans délai dans les ateliers. Il nous faut à ce sujet réviser quelque peu les idées due nous nous sommes formés sur la vie sociale nous l’ancien régime. Le fait que les compagnons se promenaient en armes est déjà assez symptomatique. Le pouvoir royal n’était absolu que de nom, du moinsj usqu’au XVII °siècle. Les autorités municipales ne disposaient pas d’une force armée bien considérable, A Lyon, des émeutes furent à plusieurs reprises pratiquement maîtresses de la ville, et cela se produisit encore au siècle dernier. L’appareil coercitif de la bourgeoisie de l’époque était singulrieèment moins puissant que celui dont dispose notre capitalisme contemporain : aussi la répression était-elle plus brutale, l’émeute vaincue.
Le roi ordonna une enquête. La question fut renvoyée devant le lieutenant civil qui penchait plutôt du côté des compagnons, car traditionnellement la judicature du Châtelet défendait le respect des règles corporatives. Mais les maîtres lyonnais reçurent satisfaction : l’arrêt du Parlement, favorable aux compagnons, fut révoqué le 28 décembre 1541 : la nouvelle sentence renforçait celles antérieures, interdisait les trics, les assemblées de plus de cinq personnes, les est le port des armes, etc. Les maîtres obtenaient le droit d’embaucher et de débaucherà leur gré. Le taux des gages restait à déterminer. Les maîtres, sur le chapitre de la nourriture, devaient » donner raisonnablement « . Un préavis de 8 jours était imposé unilatéralement aux ouvriers.
Les négociations continuaient chez les imprimeurs Parisiens. Les compagnons avaient accepté l’enquête prescrite et l’avaient même entreprise pour leur propre compte, tandis que les maîtres s’y opposaient.
vérifiaient et enregistraient les édits du roi. Le Parlement pouvait parfois faire opposition au roi et il avait d’autant plus d’importance que le pouvoir royal était plus faible.