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Que disait Barta en 1943 ?

vendredi 14 novembre 2025, par Robert Paris

Que disait le révolutionnaire trotskiste Barta en 1943 ?

Rapport sur l’organisation

La composition petite-bourgeoise des groupements de la IVème Internationale en France a été prouvée par l’attitude qu’ils ont prise après Juin 1940 devant l’occupation impérialiste du pays. La grande majorité de ces éléments groupés dans les « Comités français de la IVème Internationale » (actuellement POI) ont alors abandonné la position internationaliste en faveur d’un « front commun avec tous les éléments pensant français » . D’autre part certains membres en vue sont passés à des positions nettement fascistes. Ainsi se justifie définitivement la rupture avec tous ces éléments, rupture que nous avons accomplie en octobre 1939 pour nous délimiter d’un milieu petit bourgeois, dont les pratiques organisationnelles étaient social-démocratiques et non communistes.

Cette situation désastreuse du mouvement de la IVème en France s’explique de la manière suivante :

Les idées de l’Opposition russe, qui furent la base de la naissance du courant de la IVème Internationale, n’ont pas pu pénétrer dans un milieu ouvrier en France. Le prolétariat se trouvait dans ce pays sous l’emprise de deux partis prolétariens opportunistes, dont l’un, le PC, se parait du prestige de la révolution d’Octobre. Le fait que ces idées ont été adoptées surtout par des intellectuels manquant de véritables traditions communistes, qui pendant des années (de 1928 à 1933) n’ont pas eu la possibilité de militer sur le terrain des luttes ouvrières, a conféré à l’Opposition communiste en France un caractère petit-bourgeois qui a rendu aléatoire tout développement ultérieur du mouvement de la IVème Internationale en France au moment où la situation objective (les luttes prolétariennes de 1934 à 1939) fournissait une base solide à la propagation des idées de la IVème Internationale.

Nous nous sommes engagés depuis le début de la guerre, dans la création d’une organisation de type révolutionnaire bolchevik. Le bolchevisme implique, avec une politique juste (qui pour nous est celle définie dans « La IVème et la guerre » et « le Programme de transition » qui continuent la ligne des 4 premiers Congrès de l’I.C.), un contact réel et étendu avec la classe ouvrière, la participation quotidienne à ses luttes ; il s’inspire des intérêts quotidiens et permanents de la classe ouvrière. Pour se dire parti bolchevik il faut avoir un certain poids organisationnel qui permette la conduite de la lutte de classes dans tout le pays, il faut des traditions de luttes ouvrières. Il faut avoir un bilan de lutte POLITIQUE favorable. Dans ce sens la question du parti ne peut et ne pouvait être résolue par nos propres forces de A à Z et en 1943 la question du parti reste ouverte.

Mais notre travail a été conçu comme un travail en direction d’un parti bolchevik. Pour cela notre indépendance nous était et nous est vitale. Car on ne peut pas commencer la formation de militants communistes (qui le deviennent réellement par la pratique de la lutte de classes) dans un milieu petit-bourgeois opportuniste. Nous voulions et nous voulons au moyen de militants instruits et d’une politique conséquente, affirmer devant les autres organisations prolétariennes une conception révolutionnaire. Notre réussite dans cette tâche, si nous discernons dans la classe ouvrière les forces capables de former avec nous le parti, peut déclencher ou précipiter un regroupement sur la base communiste de tous les militants vraiment révolutionnaires de la classe ouvrière française. Dans ce sens la sélection que nous opérons actuellement en tant qu’organisation opposée aux autres, fera place demain à une nouvelle sélection des éléments réellement révolutionnaires à l’intérieur d’une seule et même organisation.

Dans quel milieu trouvons-nous ce type de militant révolutionnaire ? Depuis le début de la guerre nous avons orienté nos efforts surtout en direction des militants du PC. Le PC avait des militants ouvriers communistes. Notre faiblesse numérique extrême ne nous a permis de tirer que peu de fruits de cette orientation d’un point de vue numérique. Mais proportionnellement à nos forces les résultats n’ont pas été négligeables. C’est cette orientation qui a permis notre existence en tant que groupe autonome. Mais les efforts de la bourgeoisie en emprisonnant ou en enfermant dans des camps des milliers de militants communistes de la base, et la déportation en Allemagne de 2.000.000 d’ouvriers dont une partie d’ouvriers communistes, rend le travail dans cette direction très difficile. Cependant pour l’avenir (récupération des prisonniers et des déportés, libération des emprisonnés), en ce qui concerne le recrutement, le travail dans cette direction reste le travail essentiel ; dans la situation actuelle il doit être dirigé notamment vers les très jeunes (16-18 ans) avec ou sans traditions politiques.

Dans le camp des groupes se réclamant de la IVème la situation a quelque peu changé par une certaine activité d’usine. Cela est dû au fait qu’il existe en France un courant d’idées de la IVème Internationale dans certains milieux politiques et ouvriers. L’expérience de la guerre et les tournants staliniens ont contraint certains éléments ouvriers à se grouper dans le POI malgré l’incapacité de celui-ci de les organiser et de les conduire efficacement. Le POI a bénéficié de ce courant d’idées, malgré sa politique opportuniste, en tant qu’organisation numériquement la plus forte.

Notre tâche est de démontrer à ces éléments ouvriers l’opportunisme des dirigeants du POI et leur présenter une organisation et surtout des méthodes organisationnelles qui inspirent confiance. Pour aboutir à cette organisation et à ces méthodes organisationnelles justes il faut que, dans le travail révolutionnaire et politique, chaque membre de notre groupe perde ce qu’il a d’individuel et agisse en tant que membre d’une organisation. C’est seulement ainsi que nous acquerrons la cohésion interne nécessaire au travail de regroupement révolutionnaire, travail pouvant prendre de multiples formes.

Quelle est cette organisation et quelles sont les méthodes que nous voulons faire prévaloir ? Nous voulons faire prévaloir l’organisation et les méthodes de travail bolcheviks. Du point de vue organisationnel le bolchevisme implique un centralisme rigoureux qui prend tout son sens dans le contrôle politique SOUVERAIN du parti : structure organisationnelle que l’on a appelée le « centralisme démocratique » . La structure centraliste du parti découle des tâches qui incombent à celui-ci à l’époque impérialiste : « toute institution a sa structure naturellement et inévitablement déterminée par le contenu de son action » (Lénine, Que Faire ?). Le contenu de l’action révolutionnaire du parti est double : en tant que contenant le but socialiste, le parti représente une forme supérieure d’association humaine, le concours effectif de tous dans l’élaboration de la politique et de l’idéologie du parti. En tant qu’instrument de lutte contre la société capitaliste actuelle, le parti est adapté en vue de cette lutte, qui n’est pas possible sans l’organisation centraliste. Car nous vivons à l’époque impérialiste où une petite minorité de gros capitalistes concentrent entre leurs mains les moyens économiques, techniques, politiques, culturels, etc... de peuples entiers, auxquels on ne peut opposer qu’une lutte prolétarienne rigoureusement centralisée. Une lutte prolétarienne rigoureusement centralisée implique un parti révolutionnaire rigoureusement centralisé.

Ainsi, le contrôle démocratique et la structure centralisée du parti découlent de son contenu socialiste et révolutionnaire.

La conception bolcheviste a été consacrée par la victoire de la révolution d’Octobre 1917. Mais la dégénérescence de la révolution d’Octobre, a remis en question la conception même du parti. Impuissants à s’expliquer le stalinisme comme le produit de la marche réelle de la lutte de classes (qui a abouti à une situation dans laquelle le prolétariat ayant pris le pouvoir et remplacé la propriété privée par l’économie planifiée est écarté du pouvoir politique par une bureaucratie qui, tout en se maintenant sur la base des rapports établis par la révolution, représente au point de vue politique, social, moral, etc... la négation même du bolchevisme), de nombreux « critiques » en viennent à accuser le bolchevisme lui-même comme non démocratique, etc... et donc comme responsable du stalinisme. Mais aucun de ces critiques n’a réussi à inventer quelque chose de nouveau qui puisse empêcher le parti, qui est un moyen, de se briser dans l’accomplissement de sa tâche, soit à cause de son contenu matériel et idéologique insuffisant (comme divers partis naissants de la IIIème Internationale), soit après l’épuisement de ce contenu dans l’accomplissement de la tâche révolutionnaire : tel fut le sort du parti bolchevik en Russie. Ces « critiques » ont d’ailleurs fini à l’écart de la lutte révolutionnaire et sont revenus à des conceptions bourgeoises. LES MEFAITS DU STALINISME NE PEUVENT PAS ETRE IMPUTES AU BOLCHEVISME, DONT IL N’EST PAS LA CONTINUATION, MAIS LA NEGATION.

La démocratie n’est pas une panacée, c’est une forme dont le contenu peut varier. L’expérience de la démocratie bourgeoise nous montre d’abord qu’elle cache une dictature : celle du capital sur les exploités. Le modèle de la démocratie formelle reste cependant la social-démocratie dans laquelle la démocratie complète (liberté complète de discussion) cachait en réalité la dictature politique d’un nombre restreint de politiciens sur les ouvriers social-démocrates. Cela s’explique par le double contenu petit-bourgeois (la majorité) et prolétarien (la minorité) des partis social-démocratiques.

La dictature de ces politiciens professionnels ne pouvait pas être menacée par la liberté de parole, etc..., tant que le parti était divisé par des intérêts de classes différentes.

Par contre, la démocratie réelle, vivante, s’établit spontanément entre des gens visant au même but, porteurs d’une même flamme. Elle se manifeste dans toutes les révolutions populaires. C’est dans ce sens que Lénine affirme pour le parti : « AVEC CES QUALITES (secret rigoureux, choix minutieux des membres, préparation de révolutionnaires professionnels), nous aurons QUELQUE CHOSE DE PLUS QUE LA « DEMOCRATIE » : UNE CONFIANCE FRATERNELLE ENTRE REVOLUTIONNAIRES ».

La question de la démocratie a donc deux aspects : d’une part, dans tout groupement renfermant des contradictions de classe, la démocratie permet la libre expression des opinions de la minorité. La majorité peut la supprimer au nom des intérêts de classe qu’elle représente. Ainsi, quand la critique de la minorité révolutionnaire devint gênante pour la bureaucratie SFIO, elle chassa du parti cette minorité. Le sens réactionnaire de cette mesure résulte non pas abstraitement de la suppression de la démocratie pour les révolutionnaires, mais du fait qu’elle servait à la défense des intérêts de la petite bourgeoisie réformiste. Le parti bolchevik qui fut un des partis les plus démocratiques qu’ait connu l’histoire, supprime lui aussi certains droits démocratiques (droit de fraction, etc...) en l’année de péril 1920. Cependant, dans ce cas, la suppression des droits « démocratiques » fut une mesure révolutionnaire : il fallait, dans les conditions spéciales d’alors, empêcher la pression des classes petites-bourgeoises de se manifester à l’intérieur du parti bolchevik. D’autre part, dans un groupement ne renfermant pas de contradictions de classe et ayant un contenu révolutionnaire, la démocratie n’est pas une simple liberté de critiquer, de s’exprimer, c’est quelque chose d’infiniment plus, c’est une « confiance fraternelle complète entre révolutionnaires » qui par les efforts conscients de chacun détermine la direction générale, c’est un même effort opiniâtre pour rendre efficace le travail du parti, obtenir le meilleur rendement de la part de chaque membre, mettre chacun à sa place (l’homme qu’il faut à la place qu’il faut), redresser les fautes politiques, etc...

Dans l’illégalité, le contrôle démocratique qui tend dans cette dernière direction, est beaucoup plus difficile que dans la légalité, mais il peut être aussi efficace. Il s’agit avant tout de trouver les moyens les plus propres à assurer un échange sérieux de haut en bas et de bas en haut entre les membres de l’organisation. Le cloisonnement de l’illégalité trouble donc la démocratie de l’organisation, c’est-à-dire l’échange politique et organisationnel facile et rapide entre tous les rouages du parti. Avec des avantages pour l’organisation (sélection plus rigoureuse des membres), l’illégalité comporte de graves désavantages pour le progrès politique de l’organisation. Dans ces conditions, c’est la préparation sérieuse de chaque membre, la qualité réelle de la direction, qui peuvent remédier partiellement à cette situation. Si bien que dans un groupement révolutionnaire ayant un contenu de classe prolétarien, démocratie implique centralisme.

La condition la plus importante de l’instauration de la véritable démocratie, c’est la conscience socialiste élevée des responsables. Chaque responsable doit être convaincu organiquement que sans la démocratie, c’est-à-dire sans la participation active de tous, non seulement au travail pratique mais également à l’élaboration de la politique de l’organisation, il ne peut pas y avoir de parti révolutionnaire, donc de victoire du prolétariat sur la bourgeoisie. Seule la mobilisation totale de toutes les possibilités politiques et pratiques que renferme chaque militant permet à une petite organisation de se développer, à une grande organisation de conquérir des sympathisants, à une organisation ayant des sympathisants d’influencer les masses, et à une organisation avec sympathisants appuyée sur les masses de battre la bourgeoisie.

Le parti n’est pas la simple somme de ses membres. Il est une qualité nouvelle et ce n’est que par les liens de parti que chaque membre s’élève bien au-dessus de ses forces individuelles, devient un militant. Le militant est le produit à la fois de sa propre activité individuelle et de celle encore plus importante, collective du parti. La subordination de toutes ses ressources morales, intellectuelles et matérielles à cette vie collective du parti est donc le devoir suprême du militant, en premier lieu vis-à-vis de lui-même. Le parti d’autre part, contrairement à la manière stalinienne, ne considère pas ses membres comme des unités sans importance, mais au contraire se retrouve dans chaque membre dans ce qu’il a de plus élevé et de plus précieux.

Sur le plan moral, la première exigence du bolchevisme est la rupture complète de tous les liens avec la morale bourgeoise. On ne peut pas retenir les objections de ceux qui accusent le bolchevisme d’avoir produit l’amoralisme stalinien. La morale bourgeoise dans ses exigences les plus cachées est un des freins les plus puissants de la révolution prolétarienne. La morale du militant qui a rompu complètement, radicalement, avec la morale bourgeoise, est révolutionnaire là où le parti est appuyé sur le prolétariat, lié au mouvement des masses, là où le contrôle organisationnel et politique du parti sur les membres a comme condition le contrôle du prolétariat sur le parti par la confiance que celui-ci lui accorde. Et cette morale révolutionnaire confère au militant un comportement, une honnêteté sans pareils dans la société bourgeoise. Cette morale n’est pas une base abstraite (des règles sur ce qui est bien en général, sur ce qui est mal en général, ce qui est honnête, ce qui est malhonnête), elle a une base scientifique déduite, à l’aide de la méthode marxiste, de la lutte de classes. Les critères varient quand il s’agit d’ennemis directs, d’alliés temporaires ou du mouvement ouvrier. Le parti est d’autant plus sain que chacun de ses militants est plus instruit et pratiquement lié aux masses. Seule l’organisation centraliste bolchevik permet l’éducation dirigée des membres qui remédie le plus aux inégalités culturelles et théoriques en rehaussant au maximum les capacités culturelles et théoriques de chacun. Seule une organisation centraliste bolchevik permet le maximum d’efficacité dans le travail des membres vis-à-vis des masses (transfert des membres sur le terrain le plus adéquat à leurs capacités de travail pratique, mélange d’ouvriers et d’intellectuels pour obtenir le maximum dans le travail).

En ce qui concerne le professionnalisme des militants, celui-ci n’implique pas l’abandon de tout lien avec la production ou les différentes sphères d’activité sociale. A part une petite minorité sélectionnée, sûre, qui sous le contrôle du parti accomplit des tâches permanentes (politiques ou techniques), le parti doit être lié à l’ensemble de la vie sociale. Le professionnalisme implique que chaque militant est à l’entière disposition du parti qui l’utilise comme il l’entend au mieux des intérêts de la classe, dans ou hors la production. Nous luttons pour la victoire de formes sociales plus élevées, socialistes, et le parti doit disposer du concours le plus large possible d’intellectuels, d’ingénieurs, d’administrateurs, etc... Dans ce sens il est lié et tâche de se lier en s’y créant des sympathisants, avec tous ces milieux. Mais le professionnel est membre du parti avant d’être ingénieur, etc...

En résumé, nous voulons dégager un type de révolutionnaire opposé au monde bourgeois et pour y réussir, une discipline parfaite dans l’organisation est absolument nécessaire. Il faut tendre de plus en plus à organiser le travail d’une façon responsable et établir des liens de travail politiques et organisationnels entre les militants. Tout notre effort dès le début a été dans cette direction, le plus grand danger pour une organisation étant l’habitude de travailler en suivant les liens personnels (« amitié », façon de vivre, etc...) qui donne naissance à des petits groupes ou cliques et non pas à un ensemble de rapports résultant du travail organisationnel pratique et théorique.

Pour procéder à la mise en place de tous les rouages, il est nécessaire de savoir quels sont les membres qui se sentent capables d’être « militants professionnels », soumis à la discipline absolue de l’organisation et déterminant par leur vote le cours de notre travail. Ceux qui ne s’en sentent pas encore capables, c’est-à-dire qui ne trouvent pas encore une base suffisante dans le passé et le présent de l’organisation, continueront à militer comme jusqu’à présent, mais ne pourront pas déterminer les voies politiques de notre organisation.

Nous ne connaissons maintenant que les côtés difficiles et pénibles de cette vie, mais notre développement et la lutte des masses transformeront cette situation de professionnel en privilège en faisant apparaître tout ce qu’une telle vie contient de fort et de profondément humain.

Ce qui caractérise le révolutionnaire, c’est qu’il n’attend de son activité qu’une seule récompense, c’est la reconnaissance tôt ou tard que celle-ci a été conforme aux intérêts véritables de l’humanité. C’est pourquoi il peut résister à toutes les épreuves : s’il est relativement facile de donner sa vie d’un seul coup, il faut savoir aussi la donner peu à peu dans la lutte opiniâtre que nécessite le renversement de la bourgeoisie. Ce type d’individu n’est pas rare. Le parti dégage ce sentiment de sacrifice total, de dignité et, si l’on veut de félicité.
Extraits de « Que faire ? » de Lénine.

« L’expérience révolutionnaire et l’habileté organisatrice sont choses qui s’acquièrent. Il suffit qu’on veuille développer en soi les qualités nécessaires. Il suffit qu’on ait conscience de ses fautes, conscience qui en matière révolutionnaire, équivaut à une demi-réparation. »

« ...Sans une « dizaine » de chefs de talent (les talents ne surgissent pas par centaines) éprouvés et professionnellement préparés et instruits par une longue pratique, bien d’accord entre eux, aucune classe de la société contemporaine ne peut mener la lutte » .

« Le seul principe sérieux d’organisation pour les militants de notre mouvement doit être : secret rigoureux, choix minutieux des membres, préparation de révolutionnaires professionnels. Avec ces qualités, nous aurons quelque chose de plus que la « démocratie » : une confiance fraternelle complète entre révolutionnaires » .

« On a vu se vérifier une fois de plus la bonne remarque de Parvus, qu’il est difficile de saisir un opportuniste avec une simple formule : il signera aisément n’importe quelle formule et s’en dégagera non moins aisément, car l’opportunisme consiste précisément dans l’absence de tout principe déterminé et ferme » .

https://www.marxists.org/francais/barta/1943/07/barta_rapp43.htm

A LA NOUVELLE VICTOIRE POLITIQUE DE L’IMPERIALISME ANGLO-SAXON :
LA DISSOLUTION DE LA TROISIEME INTERNATIONALE,
LE PROLETARIAT REPONDRA PAR LA LUTTE REVOLUTIONNAIRE
SOUS LE DRAPEAU DE LA QUATRIEME INTERNATIONALE !

Au moment où la guerre impérialiste mondiale entre dans sa phase décisive, une "nouvelle sensationnelle" diffusée depuis 48 heures par toutes les radios et dans toute la presse du globe y compris les radios et la presse de l’URSS, remplit de stupéfaction et d’embarras les prolétariats de tous les pays : Staline dissout l’Internationale Communiste et recommande à ses membres de subordonner leur action à l’action des Gouvernements "alliés" dans la lutte contre Hitler !

Et tandis que la propagande de l’Axe s’empresse de qualifier la nouvelle de "bluff" et de "manœuvre grotesque", la propagande "alliée" exalte "l’importance historique" de l’événement.

DE QUOI DONC S’AGIT-IL ? PRESSION ET VICTOIRE DE L’IMPERIALISME ANGLO-AMERICAIN.

Staline dissout l’Internationale de Lénine cédant ainsi à la pression de l’impérialisme américain et anglais. La nouvelle de la dissolution du Komintern a été annoncée tout de suite après la visite du représentant de Roosevelt, Davies, à Staline, et avant la fin des travaux de la conférence politico-militaire des Anglo-Américains à Washington.

La guerre impérialiste étant arrivée à sa phase décisive, et le rapport de forces des belligérants s’étant profondément modifié au cours de la dernière année en faveur du camp anglo-américain à la suite des défaites de l’Axe en Russie, en Afrique et dans les airs, l’impérialisme anglo-américain est aujourd’hui sur le point de fixer ses plans définitifs pour la liquidation de la guerre. Mais avant d’agir sur le terrain militaire en Europe, ayant tiré l’expérience amère de la crise révolutionnaire qui a suivi la fin de la guerre de 14-18 et qui a menacé jusqu’aux tréfonds l’édifice capitaliste, il veut s’assurer d’avance la liquidation capitaliste et sans risques pour le régime des classes possédantes, de cette guerre. L’impérialisme subordonne ainsi l’action militaire immédiate aux considérations politiques qui visent à créer le climat nécessaire en Europe, dans lequel aucune crise révolutionnaire sérieuse ne serait possible.

C’est pour cette raison que l’impérialisme anglo-américain neutralise d’abord la IIIème Internationale qui, malgré sa dégénérescence bureaucratique croissante pendant toutes ces dernières années, représentait encore grâce à ses traditions et sa liaison avec l’URSS un cadre dans lequel se canalisait l’activité révolutionnaire spontanée des masses.

POURQUOI STALINE CEDE-T-IL ?

Staline a cédé à la pression des impérialistes "alliés" parce que, malgré les dernières victoires de l’Armée Rouge, malgré la défaite en perspective de l’Axe, l’URSS est sur le plan mondial plus faible que jamais. Faible d’abord parce que la guerre a consommé et détruit une masse énorme de richesses naturelles du pays, de réalisations techniques, de matériel et d’hommes. Faible ensuite parce que la force principale de l’URSS en tant que pays qui voulait ériger une société socialiste basée sur un système d’économie planifiée et sans les entraves du régime capitaliste de la propriété privée, réside dans le soutien actif du prolétariat mondial, dans le progrès de son mouvement révolutionnaire et dans l’élargissement de la révolution socialiste commencée il y a 25 ans en URSS.

Ni matériellement en fait, ni politiquement, l’URSS ne pouvait soutenir longtemps la lutte avec son entourage capitaliste. Mais le mouvement révolutionnaire sous la direction stalinienne n’a accumulé jusqu’à maintenant que des défaites, qui ont rendu la situation de l’URSS à la longue, et surtout pendant la guerre actuelle, extrêmement précaire et à la merci des pressions et des chantages de l’impérialisme mondial.

MAIS S’IL NE S’AGIT QUE D’UNE MANŒUVRE ?

La propagande de l’Axe qui par le succès politique de l’impérialisme anglo-saxon a perdu un atout d’argumentation en faveur de la croisade "anti-communiste", dénonce la liquidation du Komintern comme une "manœuvre", et les bureaucrates qui dirigent les partis communistes, embarrassés par l’ampleur et la vitesse de la décision du Kremlin, ne tarderont pas de donner aux ouvriers la même explication facile.

Mais c’est une série de telles manœuvres qui pendant toutes ces dernières années ont amené la liquidation pratique du mouvement communiste, et dont l’aboutissement nécessaire est la liquidation aussi du Komintern. C’est la "manœuvre" du Front Populaire qui a éliminé de la scène politique la physionomie indépendante des partis communistes et qui a favorisé ainsi la préparation idéologique de la guerre par la "sainte alliance" des partis bourgeois et "ouvriers". C’est la "manœuvre" de la subordination du mouvement ouvrier pendant la présente guerre aux mouvements bourgeois nationaux des différents De Gaulle et Giraud dans les camps des pays "alliés" qui fait évoluer jusqu’à maintenant la guerre selon les désirs de l’impérialisme mondial et qui prépare sa victoire accompagnée de l’étouffement de toute crise révolutionnaire et de l’écrasement de ce qui reste encore vivant de la révolution d’Octobre en URSS. Ce n’est pas la bourgeoisie qui a été trompée par ces "manœuvres", c’est le prolétariat au contraire qui a servi d’instrument docile aux buts réactionnaires. Il n’y a que des bureaucrates pourris, des coquins ou des imbéciles qui peuvent faire vanter au prolétariat les avantages d’une "ingénieuse" politique de manœuvre et lui déformer ainsi son critère de classe.

La politique prolétarienne, pour qu’elle soit vraiment révolutionnaire, c’est-à-dire pour qu’elle fasse avancer la conscience, l’éducation politique et l’organisation des masses laborieuses, doit être telle qu’elle a toujours été définie par Marx, par Lénine et par Trotsky : franche, audacieuse, avec son propre drapeau, expliquant toujours ce qui est et ce qu’elle veut, au lieu de s’adapter misérablement aux dispositions de telle ou telle bourgeoisie "amie" ou "alliée" de l’URSS. Parce que c’est précisément la politique extérieure de l’URSS qui conditionne et qui explique toute la politique opportuniste des partis communistes pendant les dernières années.

La IIIème Internationale était devenue aux mains de la bureaucratie stalinienne un simple accessoire de sa politique extérieure, qui au lieu d’être appuyée sur l’action révolutionnaire des masses, les seuls alliés naturels de l’URSS, a été orientée exclusivement dans la voie des "combines" et des "manœuvres" avec les différents pays impérialistes.

Et la bande de bureaucrates qui d’une main aussi légère, sur un geste des maîtres du Kremlin, dissout maintenant en pleine guerre impérialiste l’organisation suprême du prolétariat mondial, montre pour une dernière fois le misérable sort que le stalinisme a réservé à l’Internationale de Lénine : devenir un simple moyen de marchandage avec les bandits impérialistes internationaux.

LA CONCESSION DE STALINE NE SERA PAS LA DERNIERE.

Plus on prive le prolétariat de ses armes idéologiques et organisationnelles pour sa lutte de classe contre la bourgeoisie, plus la position internationale de cette dernière se renforce et plus elle devient insatiable et agressive.

La liquidation du Komintern par Staline ne peut pas être la dernière de ses concessions à l’impérialisme armé des "alliés". Sur la voie d’une désorganisation et d’une passivité progressive du prolétariat mondial, l’existence de l’URSS avec tout ce qui reste encore debout de la Révolution d’octobre dans ce pays, nationalisation de la propriété, économie planifiée, commerce extérieur étatisé, ne pourra pas subsister encore pour longtemps. Le rapport des forces changera chaque jour davantage en faveur du capitalisme, aussi bien à l’intérieur de l’URSS que sur l’échelle mondiale et provoquera l’effondrement brusque de toutes les conquêtes socialistes qui subsistent encore en URSS.

L’impérialisme international, d’accord avec les tendances réactionnaires renforcées dans certains milieux de la bureaucratie soviétique, exercera pendant cette guerre tout son pouvoir pour arracher d’autres concessions substantielles dans le domaine de l’économie planifiée de l’URSS pour la ramener finalement dans le cycle de l’économie anarchique du capitalisme.

SURPRISE ? NON, SUITE LOGIQUE DE TOUTE LA POLITIQUE STALINIENNE.

Pour nous marxistes, nourris de la pensée et de l’œuvre pratique de Marx, de Lénine, de Trotsky, un fait est l’aboutissement nécessaire de son évolution antérieure. Que Staline dissolve le Komintern, arme suprême du prolétariat combattant, à la veille de la phase décisive de la guerre impérialiste mondiale, ne nous surprend pas. Il y a en fait 15 ans que nous avons commencé à prouver aux militants de l’avant-garde révolutionnaire que la politique stalinienne conduisait pratiquement à la liquidation du mouvement communiste. Et il y a plus de 9 ans qu’ayant tiré de l’expérience pratique la certitude qu’aucune réforme ne serait plus possible à l’intérieur de la IIIème Internationale, nous avons proclamé devant le prolétariat mondial, dans la mesure de nos forces, la nécessité historique de la IVème Internationale.

Nous ne verserons pas de larmes inutiles devant la dépouille de celle qui fut jadis l’Internationale héroïque de Lénine et de Trotsky. Nous ne perdrons pas non plus notre courage devant les difficultés immenses de notre œuvre et notre foi inébranlable dans la justice prolétarienne et le triomphe certain de notre cause. Nous savons avec Marx que les succès faciles ne sont pas propres à la révolution prolétarienne.

Nous savons au contraire que "les révolutions prolétariennes se critiquent elles-mêmes constamment, interrompent à chaque instant leur propre cours, reviennent sur ce qui semble déjà être accompli, pour le recommencer à nouveau, raillent impitoyablement les hésitations, les faiblesses et les misères de leurs premières tentatives, paraissent n’abattre leur adversaire que pour lui permettre de puiser de nouvelles forces de la terre et se redresser à nouveau formidable en face d’elles, reculent constamment à nouveau devant l’immensité infinie de leurs propres buts, jusqu’à ce que soit enfin créée la situation qui rende impossible tout retour en arrière, et que les circonstances elles-mêmes crient : ...c’est ici qu’il faut sauter !"

Prolétaires ! Camarades !

Laissons les morts enterrer leurs morts. Aussi pénible que cela puisse être pour des milliers d’entre vous de constater que l’Internationale sous le drapeau de laquelle d’innombrables militants de notre cause ont trouvé la mort et ont souffert dans les geôles de la bourgeoisie les pires martyrs moyenâgeux, vous abandonne au moment le plus critique de la lutte contre l’impérialisme qui, une fois de plus, a plongé l’humanité entière dans une mer immense de sang, de détresse et de souffrance, ne vous découragez pas !

Le capitalisme européen sortira de cette guerre mortellement affaibli. Dans une série de pays tels que l’Allemagne, l’Italie, la Roumanie, etc... l’effondrement risque d’être total et le chaos économique et politique indescriptible. Dans les autres pays la guerre n’a pas fait moins de ravages et le désordre général qui accompagnera sa fin provoquera des explosions gigantesques.

Une ère de guerres civiles et de révolutions commencera.

Mais la désorganisation et la confusion dans les rangs des révolutionnaires peuvent permettre de nouveau une stabilisation éphémère du capitalisme. Dans ce cas la misère atroce et l’esclavage politique seraient pour une certaine période notre sort.

Le capitalisme européen ne peut en fait se survivre après cette guerre qu’en rabaissant le niveau de vie à ses extrêmes limites et en instaurant un ordre politique dictatorial. Crises économiques plus longues et plus profondes que toutes celles que nous avons jusqu’à maintenant connues, chômage massif et permanent, salaires bas, vie chère, esclavage politique, voilà les perspectives d’après­guerre si nous accordons au capitalisme encore un délai d’existence.

Forgeons dès maintenant dans la lutte nos armes nouvelles : les nouveaux partis révolutionnaires, la nouvelle Internationale.

Que la pensée de Marx, de Lénine et de Trotsky soit notre guide et notre drapeau.

POUR LE TRIOMPHE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE MONDIALE !

POUR LES ETATS-UNIS SOCIALISTES D’EUROPE !

Pour le gouvernement révolutionnaire des Comités ouvriers et paysans !

Pour la défense des conquêtes socialistes de l’URSS contre les nouveaux assauts de l’impérialisme !

Pour la paix, le pain et la liberté !

VIVE LA QUATRIEME INTERNATIONALE !

https://www.marxists.org/francais/barta/1943/05/ldc13s_052443.htm

APPEL AUX OUVRIERS COMMUNISTES

Camarades,

En pleine guerre impérialiste et sous la pression des capitalistes de Londres et de Washington, Staline, qui depuis longtemps avait transformé la IIIème Internationale d’instrument de la révolution mondiale socialiste en objet de marchandages diplomatiques, désavoue l’Internationale elle-même en tant qu’instrument d’émancipation de l’humanité de la guerre et de l’oppression.

Grande est la joie dans le camp de l’impérialisme "démocratique" qui proclame la faillite de l’internationalisme prolétarien et exalte la patrie "éternelle" (capitaliste). Et Staline s’empresse de déclarer au correspondant de l’agence Reuter à Moscou que la "dissolution de l’Internationale... prépare les voies pour l’association des peuples basée sur l’égalité".

Mensonges impudents que les prétention des impérialistes "démocratiques" et de leur valet Staline.

Quel est l’ouvrier qui ne sache pas que l’Internationale a été créée précisément non seulement pour l’émancipation du prolétariat de la bourgeoisie, mais aussi, en vue de cette émancipation, pour réaliser l’égalité entre toutes les nations ? Quel est le militant communiste qui ne sache pas que le fondement du léninisme c’est précisément l’incompatibilité du capitalisme actuel (le capitalisme impérialiste des monopoles) avec une "association des peuples basés sur l’égalité" ? La guerre impérialiste de 14-18 et la présente guerre impérialiste n’ont-elles pas démontré pratiquement cette incompatibilité ? La victoire d’un camp impérialiste sur l’autre (victoire alliée en 1918, victoire de Hitler en 1940) peut-elle être autre chose qu’une exploitation renforcée du prolétariat et une oppression des nations les plus faibles par la bourgeoisie des pays impérialistes les plus forts ? Toute notre lutte jusqu’à maintenant n’a-t-elle pas été précisément de démontrer que seul l’internationalisme prolétarien dont l’instrument est l’Internationale peut permettre à chaque exploité d’avoir réellement une patrie à lui ? Que la patrie où l’ouvrier est exploité par le capital et où il peut crever de faim, c’est la patrie du capitaliste et non la sienne propre ? Que la seule base de l’union fraternelle des peuples ce sont les Etats-Unis socialistes d’Europe et du Monde et non pas des "patries" capitalistes isolées et ennemies ? En dissolvant la IIIème Internationale soi-disant pour démontrer que le "bolchévisme" ne s’immisce pas dans les affaires des nations, Staline ne passe-t-il pas ainsi dans le camp des calomniateurs de l’internationalisme prolétarien ?

Camarades,

Les brigands impérialistes chantent trop tôt victoire. Comme aux siècles passés la monarchie, de nos jours l’internationalisme ne meurt jamais, car la lutte de classes ne s’arrête jamais. A LA IIIème INTERNATIONALE MORTE SUCCEDE LA IVème INTERNATIONALE .

Du sein même de la IIIème Internationale, en s’opposant à la direction officielle dans toutes les questions où celle-ci s’éloignait des intérêts de la classe ouvrière, est née depuis 1924 le courant internationaliste qui constitua en 1928 l’Opposition communiste de gauche ("trotskyste"). Quand en 1933 la faillite de la IIIème Internationale sous la direction de Staline devint évidente par la catastrophe allemande, l’opposition de gauche proclama la nécessité de la création de la nouvelle Internationale, la Quatrième. Car la lutte de classe, base de la société capitaliste, rend nécessaire à chaque instant au prolétariat l’existence d’un Parti prolétarien sans lequel ses luttes sont vouées à l’échec. La IVème Internationale ne fait que continuer les véritables traditions de la IIIème Internationale du vivant de Lénine. Sa base politique est constituée par les Thèses et les Résolutions des quatre premiers Congrès de l’I.C.(1919-20-21-22). Que chaque communiste digne de ce nom étudie ces thèses et les compare avec les bases programmatiques de la IVème Internationale ; il deviendra alors évident que celle-ci continue celle-là, que depuis 1933 la IVème Internationale représente la continuité révolutionnaire de la lutte de classes et que le communisme à jamais vivant aux cœurs des exploités possède contre la bourgeoisie le drapeau sans tâche aucune de l’Internationale.

Camarades,

Par leur concert de manœuvres, de marchandages et de comédies diplomatiques sur le dos des peuples, les impérialismes anglais, américain, allemand, italien et la bureaucratie conservatrice soviétique, essaient d’empêcher que la voix de la IVème Internationale arrive aux ouvriers et aux opprimés de tous les pays. Car la IVème Internationale est la négation même de ces pratiques issues de la société de classe, elle lutte pour le renversement du vieux monde pourri et pour l’avènement de la nouvelle société socialiste, sans diplomatie, sans marchandages, et sans les "comédies" sanglantes de la guerre.

Mais si au cours même de cette guerre le prolétariat n’intervient pas lui-même dans la lutte avec ses buts et son véritable drapeau, le drapeau du communisme, alors l’impérialisme ira plus loin dans son œuvre contre-révolutionnaire et contraindra la bureaucratie de mettre fin également à l’économie planifiée de l’URSS, détruisant ainsi l’œuvre fondamentale de la révolution d’Octobre 17.

Camarades,

Le devoir vis-à-vis de la classe ouvrière est le devoir suprême de tout militant ouvrier. Quand il devient évident que la Parti auquel on était attaché par toutes ses fibres et auquel on était prêt à sacrifier à chaque instant sa vie renonce aux buts permanents de la classe ouvrière (sous quelque prétexte que ce soit), alors on ne peut plus continuer à fermer les yeux, à s’endormir avec des "raisonnements". Il faut immédiatement tirer la conclusion pratique fondamentale : la rupture avec l’opportunisme, pour l’orientation immédiate vers la recherche théorique et pratique d’un milieu révolutionnaire nouveau, sous peine de trahir le prolétariat, sous peine de trahir sa propre vie de communiste.

Camarades,

Nous disions en novembre 1940 : tout militant honnête qui ne veut pas rester impuissant devant la guerre et le fascisme (dont les méthodes se sont étendues à tous les pays capitalistes), doit adopter les principes théoriques de la IVème Internationale, héritière des meilleures traditions révolutionnaires des trois précédentes Internationales. Nous disions aussi qu’il y aurait en France un Parti révolutionnaire seulement quand des centaines et des milliers d’entre vous prendront conscience du rôle politique du stalinisme et deviendront les champions de la nouvelle Internationale. La IIIème Internationale est morte depuis longtemps. Le désaveu formel de Staline sous la pression de l’impérialisme est le dernier coup donné aux masses de tous les pays pour lesquelles la IIIème Internationale restait encore le symbole de la solidarité des ouvriers de tous les pays. Reconstruisons ensemble le véritable Parti prolétarien, qui bannissant de son sein le réformisme et le stalinisme, sera le guide révolutionnaire de la classe ouvrière. Réveillons d’abord sur le terrain de l’usine l’activité des meilleurs éléments de la classe ouvrière en vue de l’organisation de celle-ci pour les luttes qui approchent, luttes qui secoueront de fond en comble le vieil édifice capitaliste et qui, en réveillant la classe ouvrière à une activité révolutionnaire nouvelle, balaieront de la scène politique les éléments pourris de ce qui reste de la IIème et de la IIIème Internationale.

En avant pour le nouveau parti révolutionnaire !

Vivent les Etats-Unis socialistes d’Europe !

Vive la Quatrième Internationale !

1er Juin 1943

Groupe Communiste (IVème Internationale)

https://www.marxists.org/francais/barta/1943/06/ldc13_060143.htm

LE VRAI VISAGE DU "COMITE FRANCAIS DE LIBERATION NATIONALE"

Après de longs et pénibles marchandages, qui ont duré plus de six mois, les émigrés gaullistes à Londres et les généraux de la défaite et du système vichyssois en Afrique du Nord sont arrivés à un compromis.

Giraud et son équipe parmi laquelle on comptait jusqu’hier encore en service actif les Peyrouton, les Noguès, les Boisson, les Pucheu, etc... représentent sur le terrain politique la tendance la plus réactionnaire de la bourgeoisie française de la Métropole et des colonies. La fraction Giraudiste par son passé et sa mentalité est entièrement dans la ligne de la politique de la "révolution nationale" vichyssoise, avec laquelle par ailleurs elle n’a rompu qu’au moment où l’évolution de la guerre mettait toutes les chances du côté de l’impérialisme anglo-saxon.

La fraction gaulliste représente l’autre côté de la médaille, la tendance "démocratique" de la bourgeoisie française, qui tente de gagner la guerre et la paix capitalistes en faisant "miroiter" aux masses laborieuses de France la résurrection de feu la IIIème République sur une base constitutionnelle et parlementaire. Elle est la fraction politique du capitalisme français la plus habile, la plus démagogique et par conséquent la plus dangereuse. Ayant exploité à fond les sentiments d’indignation, de colère et le désir ardent de liberté suscités par l’occupation brutale du pays qui souffre et qui saigne sous la botte de l’impérialisme allemand, le "Gaullisme" veut regrouper les classes laborieuses françaises, en déguisant sa physionomie capitaliste sous le masque trompeur du "libérateur national". Il est devenu ainsi, grâce surtout à la complicité criminelle des dirigeants staliniens, le principal courant politique en France qui cherche à substituer à la lutte de classes l’"union sacrée" contre l’ennemi extérieur : les "Boches".

De Gaulle, dans ses pourparlers avec Giraud, se montra plusieurs fois intransigeant, sachant bien les sentiments qui animent les classes laborieuses de France envers les généraux et les politiciens qui jusqu’à hier défendaient en Afrique du Nord la politique réactionnaire de Vichy.

La composition définitive du "Comité français de libération nationale" et les remplacements qui ont précédé et suivi sa constitution (renvoi de Peyrouton, Noguès, etc...) marquent dans les cadres du compromis une première victoire gaulliste. Pour qu’elle soit cependant complète, elle doit être couronnée par la main-mise gaulliste sur l’armée en Afrique du Nord qui constitue pour le moment la force essentielle de la fraction Giraudiste, et qui tranchera aussi en définitif la question de l’influence politique prépondérante. En tout cas, les nécessités imposées par la guerre, empêcheront très probablement une aggravation de la crise et maintiendront l’équilibre établi sur la base du compromis entre les deux généraux. Par ailleurs, la pression de l’impérialisme anglo-saxon s’exerce dans la même direction actuellement.

Les patriotes généraux et politiciens de Londres et de l’Afrique du Nord multiplient leurs appels, leurs promesses et leurs encouragements.

Patientons, "ils" viendront bientôt. Mais c’est la partie du capitalisme français liée économiquement avec l’impérialisme anglo-saxon qui se prépare à venir, et c’est pour restaurer l’ordre bourgeois d’avant-guerre sur une base matérielle et politique infiniment plus restreinte pour les prolétaires de France. Derrière le drapeau national du "Comité" français , derrière son armée et les armées "alliées" de l’impérialisme anglo-saxon, viendra la capitalisme et seulement le capitalisme, frère siamois du régime social de Vichy. Les prolétaires de France, comme par ailleurs les prolétaires de tout le continent, ne changeront que de maîtres par l’arrivée des "alliés".

Les prolétaires et les couches pauvres de paysans et de petits-bourgeois des villes aspirent à un changement radical de la situation, qui devient de plus en plus intenable sous le régime capitaliste. Mais rêver le retour de la "belle vie" de jadis avec les Daladier, les Blum, les Herriot, et les autres marionnettes "démocratiques" du capitalisme français qui se sont vantés à Riom d’avoir brisé le mouvement prolétarien de 34 à 1939 et qui ont préparé la guerre, c’est oublier que la situation d’aujourd’hui est le résultat de toute la politique du capitalisme français sous la IIIème République. Le retour aux même conditions, que nous promet maintenant le "Comité français de libération nationale", signifiera le retour aux mêmes causes organiques qui, à travers une attaque frontale du capitalisme contre les positions économiques et politiques du prolétariat français ont provoqué la présente guerre.

La volonté des masses est autre, DOIT être autre : faire la Révolution socialiste, qui est la seule solution radicale, la seule issue, la seule chance de salut pour le prolétariat et les autres couches exploitées du pays. Face aux préparatifs fébriles des généraux et politiciens au service de l’impérialisme, qui oppriment l’Afrique du Nord et s’en font un tremplin pour rétablir la position privilégiée du capitalisme français face au drapeau tricolore des exploiteurs, le prolétariat activera sa lutte de classe et S’APPRETERA A HISSER SON DRAPEAU ROUGE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE. En tendant la main aux ouvriers d’Allemagne, d’Italie et des Balkans, les ouvriers français libéreront d’un seul coup le pays de ses ennemis capitalistes intérieurs et extérieurs, en édifiant en commun l’ordre socialiste basé sur l’union fraternelle des peuples du continent, LES ETATS-UNIS SOCIALISTES D’EUROPE.

https://www.marxists.org/francais/barta/1943/06/ldc14_061343.htm

CONTRE LA GUERRE IMPERIALISTE, VIVE LA GUERRE CIVILE !

Les nouvelles opérations entamées par l’impérialisme allemand à l’Est et le débarquement des impérialistes alliés en Sicile, étreignent à nouveau l’Europe dans un étau de feu et de sang. Que d’épreuves ont dû subir les masses prolétariennes et les peuples européens depuis 1939, pour que la perspective d’une Europe à nouveau champ de bataille, puisse leur apparaître comme l’unique solution, comme une perspective de "libération". Combien grands ont été les crimes de l’impérialisme allemand, soutenu par les bourgeoisies des pays occupés, pour que les masses désespérées, trompées par les agents impérialistes alliés (et par les partis "communistes"), se résignent à une telle perspective de "libération".

Même si tout se passait suivant le programme des impérialistes alliés, même si toutes leurs entreprises contre l’impérialisme allemand réussissaient, un sort terrible attend le prolétariat et les masses populaires d’Europe. Nous ne pouvons nous attendre à un effondrement brusque des armées de l’impérialisme allemand, tant que les soldats allemands seront entre l’enclume hitlérienne et le marteau allié. Sans perspective de révolution prolétarienne qui leur donnerait l’appui des masses prolétariennes d’Europe contre leur propre bourgeoisie allemande, ils seront obligés de tenir bon, tant qu’ils auront à leur disposition les ressources accumulées par l’impérialisme allemand pendant la période de succès de 1936 à 1942. La "délivrance" impérialiste de l’Europe nécessitera une lutte longue, acharnée et provoquerait les mêmes destructions et les mêmes déserts que la guerre en a provoqué en URSS. Les villes de France et d’Europe subiront, comme en Italie et en Allemagne, des bombardements toujours plus destructeurs. En serons-nous consolés si Radio-Londres nous explique que "mourir sous les bombes alliées, c’est la plus belle de toutes les morts" ? Accompagnée sur les arrières par de véritables guerres civiles entre les partisans armés de l’impérialisme allemand, appuyés sur l’Etat collaborationniste respectif, et les partisans armés de la "libération", la guerre n’épargnera aux masses civiles aucune des souffrances que la guerre impérialiste inflige sur les champs de bataille aux combattants. En un mot, les impérialistes qui nous apportent le même joug que nous fait subir l’impérialisme allemand uni aux capitalistes français ne peuvent le faire que par notre aide décisive, que par le sang que nous aurons versé pour eux.

Les perspectives mirobolantes des alliés pour "après la victoire" sont illustrées on ne peut mieux par l’entente Giraud-Roosevelt en vertu de laquelle Roosevelt s’engage à armer 300.000 soldats de l’impérialisme français à condition que cette armée continue à se battre pour la défense des intérêts impérialistes en Extrême-Orient.

Comprenant que les alliés ne représentent pas un moindre mal, le prolétariat peut renverser la situation et transformer le lent étranglement des masses par la guerre impérialiste, en une lutte pour des objectifs propres, prolétariens, en une lutte pour la révolution socialiste.

Dans le tumulte des événements militaires qui viennent il est décisif pour l’issue du conflit et pour le sort des peuples que le prolétariat garde une conscience de classe et qu’il intervienne dans la lutte sous son propre drapeau. Il doit opposer aux différents drapeaux des exploiteurs (le drapeau à la croix gammée, le drapeau tricolore, etc...) le drapeau des exploités du monde entier, LE DRAPEAU ROUGE.

Si les ouvriers se laissent guider dans les mois qui viennent par la pensée socialiste, ils peuvent trouver des armes et des alliés chez le soldat revêtu de l’uniforme allemand, qui, à une certaine étape des hostilités, se trouvera forcément en lutte directe contre son propre état-major impérialiste, contre ses propres officiers. Il ne faut plus que, comme en juin 1940, les ouvriers restent le jouet des événements, et que la cause des exploités soit oubliée. Il ne faut surtout pas que le prolétariat commette le crime de repousser éventuellement une alliance révolutionnaire avec nos frères allemands ouvriers et paysans et participe à la chasse aux "Boches".

La tâche historique de la classe ouvrière en Europe dans la période qui s’ouvre, c’est de mettre à profit les embarras et les défaites militaires de l’impérialisme allemand pour réaliser l’armement du prolétariat, couvrir le pays de ses organes de classe, former des Conseils (Soviets) ouvriers et paysans, conquérir les libertés démocratiques (droit de réunion, de presse, amnistie politique, droit de grève, etc...), créer un gouvernement ouvrier et paysan appuyé sur les Conseils par une politique de classe et d’union avec tous les exploités d’Europe. Cette lutte, c’est la lutte pour les Etats-Unis socialistes d’Europe, qui seule peut arrêter la décadence du continent et sa transformation en une sphère d’influence américaine.

Il y a dans le passé révolutionnaire du prolétariat français suffisamment de traditions pour nous donner l’espoir que tel sera le comportement de la classe ouvrière française dans les commotions militaires et sociales qui approchent.

"Aux manœuvres de la bourgeoisie pour diviser et désunir les ouvriers au moyen d’hypocrites appels à la "défense nationale" les ouvriers conscients répondront par des efforts toujours nouveaux et répétés pour créer l’unité des ouvriers de toutes les nations dans la lutte contre la domination de la bourgeoisie de toutes nations". (Lénine)

SOCIALISME DE CLASSE ET "SOCIALISME" GOUVERNEMENTAL

Les aspirations de l’humanité pour un ordre social harmonieux, basé sur la fraternité de tous et assurant à tous une vie digne et la participation à tous les biens économiques produits par le génie de l’homme, se sont cristallisées au XIXème siècle dans le socialisme. Aux yeux des masses opprimées, socialisme est devenu le synonyme d’une société humaine nouvelle appelée à remplacer l’actuelle société de classe, la société capitaliste.

Tant que l’humanité put faire des progrès sur des bases capitalistes, non d’ailleurs sans infliger de très grandes souffrances aux masses, la bourgeoisie défendit ouvertement le capitalisme et condamna le socialisme comme une idéologie d’esclaves.

Seulement, avec le capitalisme impérialiste (grandes banques, monopoles), le système bourgeois est entré définitivement dans une phase d’impasses et de décadence. Dans cette dernière phase du capitalisme de misère et de guerres, le socialisme devint véritablement la seule solution non seulement pour améliorer la vie humaine, mais avant tout pour empêcher l’humanité de périr.

Dans ces conditions, la défense ouverte du système capitaliste devint de plus en plus difficile pour les hommes politiques au service de la bourgeoisie. Et l’on vit peu à peu des partis bourgeois d’extrême-droite s’intituler "socialistes", des hommes d’Etat bourgeois mettre en avant des plans "socialistes" pour la reconstruction de la société.

Le trait commun de tous ces prétendus "socialistes" et qui montre qu’ils sont les défenseurs des capitalistes, c’est qu’ils prétendent construire leur "socialisme" ou imposer des réformes "socialistes" sur la base de la propriété privée des moyens de production, c’est-à-dire en maintenant le système capitaliste. Nous avons pu expérimenter en quoi consiste le "socialisme" des partis fascistes qui ne se privent pas de faire de la démagogie contre tel ou tel capitaliste, pour d’autant mieux sauver les autres et détourner la colère des masses. Quant aux plans des aristocrates anglais, ministres de Sa majesté, et des apôtres de la "démocratie" genre Roosevelt, ils prétendent "améliorer" les rapports entre les exploiteurs et les exploités. En fait, il s’agit d’un ensemble de mesures ou de concessions idéologiques destiné à masquer la lutte des classes, à voiler les contradictions de la société qui sans cela deviendraient intolérables, à égarer l’esprit des ouvriers et à retarder la formation de leur conscience de classe – c’est-à-dire la juste connaissance des rapports sociaux et de la mission historique du prolétariat. En fait il s’agit de créer une arène où l’énergie ouvrière cesse d’être dangereuse pour la domination bourgeoise, où elle va se perdre dans les procédures comme un fleuve dans le désert. Tels sont par exemple l’arbitrage obligatoire (qui implique un terrain commun entre patrons et ouvriers), le "socialisme municipal", les mesures (vacances, assurances, etc...) destinées à sauvegarder la force de travail des ouvriers, source de richesse pour le capitaliste.

Mais malgré tout ce "socialisme" bourgeois, la lutte des classes gagne en acuité et en profondeur et la condition ouvrière, loin de s’améliorer, empire chaque jour. La bourgeoisie n’arrive pas à adoucir son exploitation brutale de la classe ouvrière et sa domination politique dictatoriale et sanglante. Et les différents "plans" disparaissent sans laisser de trace, ce qui reste, c’est le matraquage des grévistes, la mobilisation des ouvriers. Le "socialisme national" de la bourgeoisie c’est un royaume "qui n’est pas de ce monde" et qui sert seulement à détourner les ouvriers de leur mission historique socialiste.

Seul le prolétariat peut réaliser le socialisme. La société capitaliste, basée sur la production de marchandises (où le travailleur lui-même est une marchandise) aboutit automatiquement à la monopolisation de tous les moyens de production dont dépend la vie de la société : usines, bâtiments, le sol et le sous-sol sont entre les mains d’un petit nombre de capitalistes. Seul le prolétariat, qui ne possède rien, est capable, politiquement et économiquement, d’exproprier la classe capitaliste, et de s’emparer des leviers de commande de l’économie, c’est-à-dire des banques, des industries-clé, etc...

Mais à une époque où les forces productives étouffent dans le cadre "national" créé par le capitalisme à ses débuts, cette expropriation n’est pas possible à l’intérieur d’un seul pays. En Europe, cette expropriation n’est possible que dans le cadre de plusieurs pays capitalistes avancés, France, Allemagne, Italie, les Balkans, etc. pratiquement dans le cadre européen ; c’est précisément ce qui est formulé dans les "Etats-Unis socialistes d’Europe". Ainsi compris, le socialisme conduit vers de nouvelles formes, supérieures, de société, où les besoins légitimes et les aspirations progressives des travailleurs de chaque nationalité seront pour la première fois satisfaits dans l’unité internationale, après l’abolition des barrières nationales actuelles.

A l’anarchie capitaliste, basée sur "l’initiative" (c’est-à-dire sur le profit) du capitaliste individuel, succédera la production socialiste, basée sur le plan, qui assurera la marche de la production des biens, ainsi que celle de leur répartition, suivant les intérêts des véritables producteurs, les ouvriers et les paysans.

Politiquement, socialisme signifie avant tout l’éveil à la conscience de leur rôle historique des larges masses exploitées – notamment des couches les plus défavorisées : femmes et jeunes. C’est leur irruption violente sur la scène politique, la prise de leurs destinées en leurs propres mains.

Cela exige le bouleversement jusqu’au fondement (c’est-à-dire jusqu’à la structure économique, jusqu’aux rapports de propriété) de la vieille société de classes. Cela exige la destruction complète du vieil Etat, qui est le "talon de fer" que la bourgeoisie fait peser sur le prolétariat. Cela exige, contre les tentatives désespérées de la bourgeoisie de rétablir sa dictature, la construction d’un nouvel appareil d’Etat, outil de la domination de la majorité contre la minorité exploitrice hier encore, dictature impitoyable pour les oppresseurs – plus large démocratie possible pour les opprimés.

Ces conditions, le prolétariat les réalise au moyen de sa dictature, du POUVOIR DES SOVIETS.

L’instrument de cette dictature, du réveil des travailleurs, c’est le Parti révolutionnaire, groupant les éléments les plus conscients, les plus dévoués, les plus résolus de la classe ouvrière. Il la représente en entier, car à travers les flux et les reflux de la lutte sociale, il en exprime les intérêts permanents. Il est l’outil, l’arme intelligente par quoi la théorie marxiste passe dans la vie, rendant capable la transformation du monde. Tel fut le Parti de Lénine, puisant sa discipline dans le dévouement à la révolution, dans les rapports étroits avec le prolétariat et des larges masses exploitées, dans la claire vision des buts à atteindre. La tâche qui se pose devant les ouvriers d’avant-garde aujourd’hui, sur tous les champs de bataille, c’est de construire un tel Parti. De leur réussite ou de leur échec dépend leur sort dans les prochaines décades.

https://www.marxists.org/francais/barta/1943/07/ldc15_071243.htm

UN NOUVEAU "FRONT POPULAIRE" CONTRE... LE PEUPLE

Les partis qui ont déterminé à Alger la nouvelle physionomie du "comité de la libération nationale" sont les mêmes qui devaient, par leur alliance en 1935, vaincre le fascisme et la guerre et alléger la situation du peuple. Le nom en moins c’est bel et bien le "Front Populaire" qui renaît à Alger, un nouveau front politicien contre... le peuple.

Certes, cette fois il ne s’agit plus, en apparence, d’entente sur un programme défini de politique intérieure mais d’une lutte pour la libération de la "patrie" ; il ne s’agit plus d’un pacte électoral pour empêcher l’entrée au Parlement de députés hostiles au cartel ; mais de "l’union sacrée" pour rendre au peuple français sa SOUVERAINETE afin qu’il décide lui-même ensuite de son propre sort. Mais, pour être plus "désintéressé", ce programme n’est que plus dangereux pour l’avenir du prolétariat et, par conséquent, de la liberté ("souveraineté") du peuple français.

Quel est en effet le caractère essentiel de la politique du comité d’Alger ? Sa lutte pour la "libération du sol de la patrie", trouve son complément nécessaire dans la lutte pour l’asservissement du sol de la patrie d’autres peuples : les Libanais qui viennent de tomber sous les balles des soldats de De Gaulle, réinscrivent de leur sang la marque "esclavagistes" sur le front des politiciens d’Alger. C’est cette politique de rapines que les prétendus socialistes et communistes ont fait leur, bafouant ainsi le drapeau prolétarien qui porte la devise "UN PEUPLE QUI EN OPPRIME UN AUTRE, N’EST PAS UN PEUPLE LIBRE".

Mais, politique extérieure et politique intérieure d’un gouvernement ne sont que l’avers et le revers d’une même médaille. Alors que, dans les relations entre les peuples, l’action du comité d’Alger s’efforce de maintenir l’exploitation de la bourgeoisie sur des esclaves coloniaux, quels rapports intérieurs pourraient naître en France d’une victoire d’Alger ?

"La libération du sol de la patrie" par De Gaulle et Cie, signifierait que plus que jamais le sol, le sous-sol et tout ce qui recouvre le sol de la France, resterait la propriété des capitalistes ou soumis à leur exploitation indirecte (la petite propriété paysanne, commerciale, etc...) Or, le maintien du régime capitaliste dans un pays appauvri par la guerre et qui a perdu sa position de grand brigand ("grande puissance"), signifie non seulement le maintien de l’esclavage salarié, mais aussi son aggravation, avec les bas salaires et le chômage comme principaux moyens de la bourgeoisie française pour maintenir son exploitation. Si bien que le soutien du comité d’Alger par les prétendus socialistes et communistes, en reniant le programme socialiste de L’EXPROPRIATION DES EXPROPRIATEURS, doit mener le peuple français à une nouvelle série de souffrances.

Pour "libérer la patrie" (c’est-à-dire pour que les capitalistes français puissent retrouver leur position privilégiée pour l’exploitation du peuple français et d’autres peuples), il faut reconstituer une armée impérialiste, placée sous le commandement du corps des officiers. Les épurations d’Alger, qui ont éliminé un certain nombre d’officiers, loin d’être un gage pour le peuple français, ne visent précisément qu’à donner une plus grande cohésion au corps des officiers, des généraux Giraud et De Gaulle. En soutenant la formation d’une telle armée, les prétendus socialistes et communistes renient ouvertement la stratégie prolétarienne : NOS BALLES SONT POUR NOS PROPRES GENERAUX.

Pour opérer la concentration de toutes les "forces françaises", le comité d’Alger est obligé de sacrifier à l’idole "République" et au dieu "démocratie". C’est ce qui constitue une ombre de justification pour les prétendus socialistes et communistes de la nouvelle union sacrée (tout comme dans l’ancienne d’ailleurs). Mais qu’y-a-t-il derrière de si beaux mots ? La République démocratique n’a jamais été qu’une forme de domination des capitalistes. Même la première République (1792), qui, elle nettoya la France du féodalisme et donna naissance à la nouvelle société bourgeoise, interdit sous peine de mort toute association ouvrière sous quelque forme que ce fut (loi Le Chapelier).

La deuxième République (1848), après avoir noyé dans le sang les aspirations du prolétariat qui voulait des institutions sociales, succomba misérablement sous le sabre de bois de Louis Bonaparte (Napoléon III).

La troisième République (septembre 1870) étrangla la Commune de Paris ("l’aube de la révolution prolétarienne") et assassina, après le désarmement des ouvriers, 30.000 de nos grand-pères. La IIIème République fut l’œuvre de l’Assemblée des Ruraux, royaliste, mais qui ne put s’entendre, divisée qu’elle était par des intérêts de la propriété foncière et capitaliste, sur le choix d’un roi. La République parlementaire permettait à la bourgeoisie de régler ses conflits par la machine électorale. D’autre part, l’essor économique et les pillages coloniaux lui permirent de former une aristocratie ouvrière hautement payée, grâce à laquelle elle put s’assurer du prolétariat. En effet, dans les heures graves, celle-ci se rangeait à ses côtés, notamment en 1914. La bourgeoisie avait d’ailleurs en réserve des moyens d’action plus directs, comme l’armée, la police, la garde-mobile, qui intervenaient de façon presque permanente contre les ouvriers.

Mais cette république démocratique est morte avec les conditions qui l’ont fait naître. L’économie capitaliste de libre concurrence s’est transformée en économie impérialiste dans laquelle une étroite poignée de capitalistes, les 200 familles, dirige toute l’économie et domine les groupes bourgeois plus petits. La guerre de 1914 fut une explosion de ce système économique, qui faisait de tous les vieux pays capitalistes des pays réactionnaires, indépendamment de leur forme politique. C’est pourquoi le prolétariat, suivant les décisions de la IIème Internationale (socialiste) et plus tard la IIIème Internationale (communiste), rejeta la défense "nationale", qui n’est qu’un masque dont se pare la bourgeoisie pour mener à bien ses brigandages.

En invoquant de nouveau le prétexte de la démocratie pour appuyer la politique impérialiste du comité d’Alger, les prétendus socialistes et communistes trompent le prolétariat, qui lutte en effet pour les libertés démocratiques (droit de grève, de presse, de réunion, amnistie pour tous les militants ouvriers), mais pour renverser la bourgeoisie et établir la DICTATURE DU PROLETARIAT, alors qu’eux visent à rétablir le parlementarisme bourgeois, organe politique de la dictature des capitalistes. Mais dans les conditions d’une économie capitaliste de plus en plus pourrie et d’événements politiques et militaires semblables à ceux qui se sont déroulés depuis février 34, derrière la pompeuse étiquette "république démocratique", il n’y aurait même pas un système parlementaire à fonctionnement "normal" ("paix sociale" relative), mais une dictature militaire policière avec des dehors "démocratiques", un ersatz républicain de fabrication bonapartiste.

Nous restons fidèles au mot-d’ordre : LES SOVIETS PARTOUT !

Tout cela est bien vrai, nous dira un ouvrier qui n’a pas perdu son sens critique et qui reste attaché aux meilleures traditions de la classe ouvrière. Comme Daladier et Pétain, De Gaulle n’est que l’agent de la bourgeoisie et la bourgeoisie, à travers toutes les péripéties de la guerre, de sa guerre, poursuit des buts de classe visant au renforcement de l’exploitation des travailleurs. Pour cela tous les moyens sont bons : la "démocratie" sert d’appât pour jeter le pays dans la guerre ("contre le fascisme"), la défense nationale de Daladier sert de prétexte à l’épuration et à la domestication des organisations ouvrières, la défaite met en avant Pétain le "vainqueur" du militarisme prussien en 1918, pour qu’il impose au pays la grande pénitence. Et comme réserve "démocratique" (bonapartiste), De Gaulle doit réussir par d’autres moyens là où la réaction ouverte a échoué. Au-dessus de tous les politiciens de la bourgeoisie, se tiennent les 200 familles qui exploitent la France. Les travailleurs n’auront quelque chose à défendre qu’en renversant la bourgeoisie, qu’en expropriant les 200 familles au profit de la véritable nation française, les ouvriers et les paysans.

Mais cette lutte pour le renversement du capitalisme est-elle possible quand tout le pays (et chaque prolétariat doit faire la révolution dans son propre pays) est occupé par une armée impérialiste étrangère, et que par dessus le marché il s’agit de l’armée impérialiste d’un pays fasciste (la pire oppression contre la classe ouvrière) ? En ce qui concerne la première objection, nous rappelons que la IIème et la IIIème Internationale ont eu comme fondement de leur action la solidarité essentielle des ouvriers de tous les pays. Et ce, non pas comme simple phrase, mais comme terrain sur lequel elles ont agi effectivement, la IIème Internationale de 1889 à 1914, la IIIème de 1919 à 1933. Le crime de la IIème Internationale reconnu ouvertement par tous les ouvriers conscients depuis 1914, a été de renier cette solidarité des travailleurs en faveur de la "défense nationale". Sous d’autres prétextes, la IIIème Internationale – reniée ouvertement par Staline – agit actuellement de la même façon ignominieuse que la IIème Internationale en 1914 : en élevant un mur de mensonges, de préjugés, de haine contre les "Boches".

Or, si l’armée allemande est une armée impérialiste, c’est pour les mêmes raisons que l’armée anglaise, américaine ou celle de De Gaulle : ouvriers et paysans allemands sous l’uniforme sont soumis au commandement du corps des officiers au service de la bourgeoisie. La tâche des véritables militants ouvriers, qui luttent pour un avenir meilleur pour les exploités, c’est d’utiliser toutes les circonstances de la guerre pour rendre consciente dans les cerveaux des exploités français et allemands cette solidarité essentielle de leurs intérêts, afin qu’ils se retournent chacun, en s’aidant fraternellement, contre leurs propres exploiteurs.

Mais le fascisme ? Pendant des années le fascisme a été l’épouvantail justifiant les volte-face des prétendus communistes. Mais depuis la chute de Mussolini, non seulement les ouvriers avancés, mais n’importe quel exploité, a vu clairement que le fascisme n’a pas le don d’abolir la lutte des classes et de soumettre irrémédiablement les exploités à leurs exploiteurs. Hitler ne maintient plus sa dictature sur le peuple allemand que parce que, devant la politique de Staline associée à celle des impérialistes, il peut aussi dire au peuple allemand (articles de Goebbels) : même si vous n’êtes pas contents de nous, il n’y a pas de troisième voie ; ou une victoire ou la mort du peuple allemand.

Mais cette troisième voie existe. C’est la voie de la révolution prolétarienne, par l’union entre les exploités de France et d’Allemagne contre leur bourgeoisie. C’est la seule voie permettant l’effondrement du fascisme au profit du peuple de France et d’Allemagne et non pas au profit des impérialistes alliés. Plus tôt les ouvriers s’engageront en rangs serrés dans cette voie, en renouant avec la solidarité internationale des travailleurs, plus tôt cesseront les souffrances de l’humanité, plus tôt guériront ses plaies.

CETTE VOIE, C’EST CELLE DES ETATS-UNIS SOCIALISTES D’EUROPE, LA VOIE DE LA QUATRIEME INTERNATIONALE.

https://www.marxists.org/francais/barta/1943/11/ldc20_112143.htm

AU SEUIL DE L’ANNEE SANGLANTE

Cette fois ça y est. Les grandes armées de la libération ont reçu leurs dernières cartouches ; les péniches de débarquement américaines sortent à un rythme vertigineux des usines des USA, les grands généraux de la victoire sont déjà nommés, ils tiennent le devant de la scène. Tout est prêt. On n’attend plus que le signal qui jettera sur le continent des millions d’hommes armés de pied en cap des plus grandes inventions de mort, on n’attend plus que le signal pour que les prolétaires d’Europe, d’Amérique et les soldats amenés des quatre coins du globe s’empoignent dans une dernière étreinte mortelle.

La raison humaine vacille quand elle tâche de saisir l’immensité du crime, l’horreur des convulsions qui se préparent !

Bien que la "libération" fût déjà proche en novembre 1942, à la Noël 1943 la vénérable épouse du président des Etats-Unis nous promet un Noël 1944 "victorieux". Victorieux ? Nous disons et nous répétons inlassablement aux travailleurs : sans Révolution prolétarienne, transformant la guerre impérialiste en guerre civile victorieuse sur la bourgeoisie, Noël 1944 sera un Noël encore plus terrible que celui que nous venons de passer. Car alors l’Europe entière aura été mortellement atteinte par la bataille gigantesque qui mettra aux prises les armées allemandes et alliées. Cette terrible mêlée, même si elle n’est pas suivie immédiatement par d’autres conflits gigantesques (entre l’URSS et les Alliés) ou de conflits secondaires entre petites puissances, ne sera cependant pas la fin du conflit mondial. La guerre en Extrême-Orient continuerait longtemps à maintenir dans une situation insupportable les masses exploitées du monde entier.

Pourquoi en sommes-nous là ? Parce qu’à nouveau depuis 1914 et malgré les leçons de la première guerre impérialiste, la bourgeoisie mondiale, aidée par les social-patriotes, a réussi à séparer les ouvriers d’un pays des ouvriers du pays d’en face, parce qu’elle a réussi à cacher ses crimes derrière de prétendus conflits idéologiques ou nationaux (démocratie contre fascisme, libération des peuples, espace vital, etc...), parce qu’elle a réussi à détruire ou à domestiquer les organisations ouvrières.

Mais les événements militaires qui se préparent ouvriront encore, comme ce fut le cas pour l’Italie, des crises dans lesquelles la faillite des dirigeants capitalistes pourra être utilisée par le prolétariat pour renverser la bourgeoisie et ouvrir à l’humanité entière la voie d’un redressement socialiste. Cependant cela ne sera possible que par une politique indépendante de classe, par une politique de fraternisation et d’entente entre les ouvriers et les paysans sous quelque uniforme qu’ils soient, en rejetant la politique d’union avec sa propre bourgeoisie, en hissant haut et ferme le drapeau rouge de l’insurrection prolétarienne.

Pour cela il faut dès maintenant se préparer à défendre l’avenir des exploités et des opprimés par une claire compréhension de la nature des événements qui viennent. La classe ouvrière n’a pas à se sacrifier dans l’intérêt de l’impérialisme, même s’il se pare de masques trompeurs. Mais elle doit être capable de verser jusqu’à la dernière goutte de son sang pour SA PROPRE CAUSE. Il faut que le réveil de la conscience prolétarienne et l’activité croissante des meilleurs éléments ouvriers parviennent à reconstituer les organisations de défense des ouvriers : (syndicats, etc...), obligent les partis qui se disent prolétariens à rompre avec la bourgeoisie, et préparent – à travers l’armement du prolétariat – la conquête des libertés ouvrières indispensables à l’émancipation prolétarienne : droit de réunion, de presse, ouverture des prisons et des camps de concentration, droit de grève, etc... A travers ces luttes pour les objectifs immédiats, la classe ouvrière doit créer les organes de son gouvernement, les Conseils ouvriers et paysans (Soviets) qui seuls assurent le gouvernement du peuple par le peuple lui-même.

La tâche historique du prolétariat en Europe est de bâtir les Etats-Unis socialistes d’Europe et non pas de tracer avec leur sang des frontières pour les capitalistes. 1944 doit sonner le glas du capitalisme en Europe et dans le monde. Les ouvriers français ne peuvent pas, après plus d’un siècle de luttes pour leur émancipation, se livrer à un moment décisif de l’histoire mondiale, à leur ennemi mortel, la bourgeoisie française chargée de crimes et d’infamies contre les ouvriers. Forts de la tradition héroïque de 1848, de la Commune de 1871, des luttes d’avant 1914 pour la conquête d’une vie digne et supportable, des luttes de 1920 à 1940 enfin, les ouvriers français armés de l’expérience historique de la classe ouvrière de tous les pays (Russie 1917, Allemagne, Espagne, etc...) prendront dans leurs mains le destin de toute la nation et en renversant le capitalisme, délivreront pour toujours l’humanité de la guerre !

GUERRE CIVILE EN ALLEMAGNE

On entend souvent des ouvriers, pas toujours de mauvaise foi, dire en parlant des ouvriers allemands : "Pourquoi ne se révoltent-ils pas ? Ils ont l’obéissance dans le sang c’est une nation militariste, etc..." Ces insanités sont assez habituelles dans la bouche des ouvriers qui, bon gré mal gré, veulent justifier la politique d’union sacrée avec les exploiteurs français et "alliés". Ceux qui parlent ainsi oublient facilement que le même "reproche" pourrait être adressé par exemple aux ouvriers espagnols et français qui subissent eux aussi le même joug que les ouvriers allemands, le régime totalitaire de Franco et de Pétain. La classe ouvrière allemande a derrière elle un passé de luttes aussi riche que les prolétariats espagnol et français. De 1918 à 1933, avec une certaine atténuation de 1924 à 1928, une dure guerre civile mit aux prises la classe ouvrière allemande et ses exploiteurs, lutte dont l’issue devait décider du sort de l’Allemagne et du monde : vers le socialisme par la victoire du prolétariat allemand, ou vers une deuxième guerre impérialiste mondiale, par la victoire de la bourgeoisie allemande. La trahison de la social-démocratie et la bureaucratisation du parti communiste provoquèrent la défaite des ouvriers et rendirent les mains libres aux impérialistes allemands.

La crise révolutionnaire éclata en Allemagne à la suite de l’échec définitif des plans militaires de l’impérialisme allemand (échec des offensives d’été 1918). Le 5 novembre 1918, 20.000 matelots se mutinèrent à Kiel, hissant le drapeau rouge et étendant leur mouvement aux principales villes avec pour mots-d’ordre : démission du Kaiser, amnistie, armistice, paix, droits démocratiques. Partout surgirent des Conseils (Soviets) d’ouvriers et de soldats. La révolution gagna l’Allemagne, le Kaiser fut renversé, et l’armistice signé.

La révolution mit fin à la guerre, mais le pouvoir, entièrement entre les mains des Comités, fut utilisé par les sociaux-démocrates conciliateurs, qui y occupaient une place prépondérante, pour maintenir intact l’ancien ordre bourgeois monarchiste. La guerre civile éclata entre le gouvernement social-démocrate d’Ebert et Scheidemann et les fractions avancées du prolétariat (dirigées par les Indépendants d’une part, et les Spartakistes avec Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht d’autre part). Le 6 janvier 1919 le prolétariat de Berlin tenait entre ses mains la capitale. Mais la direction des Indépendants hésita, atermoya et n’osa pas arrêter le gouvernement ; les Spartakistes étaient trop faibles et manquaient d’expérience bolchévique. Le mouvement reflua et le gouvernement social-démocrate ayant fait appel au "chien sanguinaire" Noske, le bourreau de Kiel, (lui aussi social-démocrate), procéda avec l’aide des généraux monarchistes, au désarmement des Spartakistes. Le 15 janvier tombèrent, lâchement assassinés, les plus grands martyrs de la classe ouvrière allemande, Rosa Luxembourg, et Karl Liebknecht et de nombreux autres chefs spartakistes. Etouffé à Berlin, le mouvement se poursuivit sporadiquement en province, provoquant partout des rencontres sanglantes et de graves pertes du côté ouvrier, faute d’une direction générale révolutionnaire. De novembre 1916 jusqu’en 1923, la guerre civile, les grèves générales, étouffées ici, éclatant là, sans cesse réprimées pour renaître ailleurs, causèrent des dizaines de milliers de victimes, mais la victoire resta du côté de la bourgeoisie, grâce à la trahison de la social-démocratie, qui joua, en grand, le même rôle de bourreau que le "socialiste" français Dormoy, le fusilleur de Clichy en 1937.

Dans cette lutte contre les ouvriers, la bourgeoisie allemande a été puissamment aidée matériellement par la Commission d’armistice alliée qui lui fit toutes les concessions nécessaires en ce qui concerne les armes et les forces armées destinées à la répression.

En automne 1923 une crise révolutionnaire, déclenchée par les ouvriers, exceptionnellement favorable pour une insurrection, ne fut pas utilisée par la direction inexpérimentée du jeune parti communiste allemand. Et en 1924, début d’une certaine stabilisation économique au capitalisme allemand, la première vague révolutionnaire d’après-guerre refluait en Allemagne.

Quand en 1925-29 commença la grande crise économique, particulièrement terrible en Allemagne, où elle précipita dans la faillite des dizaines de milliers de petits commerçants, jetant sur le pavé de nombreux millions de chômeurs, et provoquant le désespoir des petits paysans, le prolétariat allemand se trouva encore moins que par le passé en possession d’une direction révolutionnaire. La bureaucratisation de l’Internationale communiste à partir de 1924 avait transformé le PC allemand en un parti incapable de mener au combat des masses décisives du prolétariat allemand. A droite les chefs social-démocrates vendus à la bourgeoisie, à gauche les chefs staliniens obéissant non pas à la marche de la lutte de classes en Allemagne, mais aux ordres de la bureaucratie soviétique, voilà le "secret" de la victoire de Hitler contre les ouvriers.

La politique stalinienne devant la montée de Hitler basée sur l’exaspération de la petite-bourgeoisie sacrifiée par la crise capitaliste, est caractérisée :

Premièrement par la tactique dite du "social-fascisme" qui opposa les ouvriers communistes aux ouvriers social-démocrates, au lieu d’unir la classe ouvrière sur la base d’un programme minimum de lutte contre le fascisme (front unique).

Deuxièmement, par l’utilisation d’une certaine démagogie nationaliste pour faire "concurrence" à Hitler et lui enlever la sympathie des couches petites-bourgeoises (mot d’ordre : "libération nationale du Traité de Versailles").

Or la petite bourgeoisie ne s’était pas tournée vers Hitler par amour de son nationalisme dévergondé, mais parce qu’elle cherchait une issue à la crise qui l’étreignait mortellement. Devant l’impuissance des partis prolétariens à lui offrir cette issue par une action réellement efficace, la petite bourgeoisie se tourna vers Hitler, de même qu’un homme dont les vêtements ont pris feu se jette dans l’eau qui l’engloutira. En mettant en avant le mot d’ordre "libération nationale" par la destruction du traité de Versailles, avant d’avoir arraché aux capitalistes allemands la possession de l’Allemagne, le PCA a poussé le peuple allemand dans la voie de Hitler. En effet, si tous les maux dont souffrait l’Allemagne provenaient en premier lieu du traité de Versailles, dont l’abolition était mise au premier plan par le P.C. lui-même, alors le choix des masses, détournées de la véritable cause de leurs souffrances, le capitalisme allemand, ne pouvait se diriger que vers Hitler, qui sur ce terrain était tout à fait conséquent, et allait jusqu’au bout de ses "raisonnements".

Malgré l’attitude des deux grands partis ouvriers qui conduisaient infailliblement les ouvriers allemands sous la botte de Hitler, les prolétariats allemand et autrichien menèrent leur lutte avec acharnement contre les bandes fascistes, versant partout leur sang dans des rencontres inégales parce que mal dirigées. Après que Hitler eût pris le pouvoir (1933), des centaines de milliers de militants ouvriers et des ouvriers sans parti tombèrent sous les balles fascistes, peuplèrent les prisons et remplirent les camps de concentration. En février 1934 à Vienne, les ouvriers autrichiens luttèrent à main armée contre le bourreau Dollfuss qui fit canonner les quartiers ouvriers.

La lutte des ouvriers allemands contre leurs bourgeoisie n’a pas cessé après 1933, mais a été considérablement affaiblie par les succès extérieurs de Hitler. Les ouvriers qui reviennent d’Allemagne ont pu se rendre compte de la lutte que mène aujourd’hui le prolétariat allemand, lutte qui ne tardera pas à éclater au grand jour à la faveur des défaites de Hitler.

Ceux-là sont les agents de la bourgeoisie qui osent affirmer que les ouvriers allemands "ne sont pas des hommes comme nous". Si une communauté complète d’intérêts et des aspirations communes n’existaient pas entre les classes ouvrières française et allemande, entre le peuple allemand et le peuple français exploités par les capitalistes, alors c’était un crime de baser l’activité de toutes les organisations ouvrières d’avant 1914 et celle des internationalistes depuis 1914 (au premier chef du parti communiste) sur la pratique d’une solidarité avec les travailleurs d’outre­Rhin. C’est donner raison à notre bourgeoisie qui a conduit le pays de désastre en désastre, et qui accuse la classe ouvrière d’avoir mené le pays à la ruine par son "utopisme criminel".

En réalité, les ouvriers allemands, par leurs traditions de lutte, par leur nombre et leur cohésion, par la place qu’ils tiennent dans la production européenne, par leur haute qualification, occupent dans la lutte anticapitaliste une place de premier ordre. Et sans leur participation décisive à cette lutte contre la bourgeoisie, les ouvriers d’Europe ne peuvent même pas songer à l’édification des Etats-Unis socialistes d’Europe, qui seuls assurent la liberté et la prospérité des peuples.

Les impérialistes savent bien reconnaître leurs vrais ennemis. L’effort de Hitler pour briser la solidarité des ouvriers de tous les pays en enchaînant les ouvriers allemands au char de sa guerre impérialiste a lamentablement échoué, en même temps que ses plans et ses visées capitalistes. Aujourd’hui c’est au tour des impérialistes "alliés" de montrer leur hideuse figure ; en voulant faire de l’Europe un marché pour leurs produits, ils détruisent les usines et les moyens de production ; par leurs bombardements sauvages et inhumains ils veulent ruiner et frapper à mort la population laborieuse d’Allemagne (de même que les ouvriers de tous les pays qui s’y trouvent) pour épuiser leurs forces et les rendre incapables de lutter.

Pour commettre impunément leurs crimes, les impérialistes déchaînent leur propagande chauvine afin d’entraver la solidarité internationale des travailleurs.

En faisant échec à cette propagande capitaliste criminelle, la Quatrième Internationale scellera définitivement l’union entre les travailleurs d’Europe, en premier lieu entre les travailleurs français et allemands et, à travers la lutte contre la guerre impérialiste, pour le renversement des capitalistes, les mènera à la paix, à la liberté et à une vie meilleure.

https://www.marxists.org/francais/barta/1943/12/ldc22_123143.htm

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