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Qui est Jacob Blumkine ?
vendredi 17 juillet 2026, par
Qui est Jacob Blumkine ?
Neuf secrétaires (c’est-à-dire les collaborateurs les plus proches) de Trotsky ont été assassinés sur ordre de Staline : M. Glazman, G. Boutov, J. Blumkine, N.Sermuks, I. Poznansky, R. Klement, E. Wolf, Léon Sédov et Robert Sheldon Harte.
Lettre de Trotsky aux époux Rosmer :
Chers amis,
Dans le journal de Milioukov (les Dernières Nouvelles) du 29 décembre, il y a le télégramme suivant :
« Blumkine est fusillé.
Cologne, 28 décembre. — Le correspondant de Moscou du Journal de Cologne télégraphie : Ces jours-ci fut arrêté sur l’ordre du Guépéou le notoire Blumkine, le meurtrier de Mirbach. Blumkine fut accusé d’entretenir des relations secrètes avec Trotsky. D’après la sentence du Guépéou, Blumkine fut fusillé. »
Cette communication est-elle juste ? je n’en possède pas une certitude absolue. Mais tout un enchaînement de circonstances non seulement me permettent, mais me forcent à croire qu’elle est juste. Pour m’exprimer plus exactement : intérieurement je n’ai aucun doute. Ce qui me manque, c’est une confirmation juridique de l’assassinat de Blumkine par Staline.
Vous savez certainement que, quelque temps après l’insurrection armée des socialistes révolutionnaires de gauche, Blumkine passait aux bolcheviks, prenait une part héroïque à la guerre civile et puis travaillait assez longtemps dans mon secrétariat militaire. Plus tard il restait surtout au service du Guépéou, mais aussi au service militaire et à celui du parti. Il accomplissait dans divers pays des missions de la plus haute importance. Son dévouement à la Révolution d’octobre et au parti était absolu.
Jusqu’à la dernière heure, Blumkine accomplit le travail d’une fonction soviétique très importante. Comment a-t-il pu s’y tenir en appartenant à l’opposition ? Cela s’explique par le caractère de son travail ; celui-ci était tout à fait individuel. Blumkine n’avait pas ou presque pas affaire avec les noyaux communistes, la possibilité de participer à la discussion des questions du parti, etc. Cela ne signifie pas qu’il cachait ses pensées. Au contraire. A Menjinsky et à Trilisser, l’ancien chef de la section étrangère du Guépéou, Blumkine avait déclaré que ses sympathies allaient à l’opposition, mais que naturellement, comme tout autre oppositionnel, il était tout à fait prêt à accomplir sa fonction importante au service de la Révolution d’octobre. Menjinsky et Trilisser considéraient Blumkine comme irremplaçable, et c’était exact. Ils l’ont laissé à sa besogne, qu’il a accomplie jusqu’au bout.
Blumkine m’a vraiment visité à Constantinople. J’ai déjà mentionné que Blumkine était lié avec moi par les liens étroits du travail dans mon secrétariat. Il avait préparé en particulier un de mes volumes militaires (j’en parle dans la préface de ce volume). Blumkine est venu à Constantinople, chez moi, pour s’informer comment j’appréciais la situation et pour vérifier qu’il agissait justement en restant au service du gouvernement qui déporte, bannit et emprisonne les camarades de sa tendance. Je lui ai répondu naturellement qu’il agissait tout à fait justement en accomplissant son devoir révolutionnaire — non envers le gouvernement de Staline, qui avait usurpé les droits du parti, mais envers la révolution d’octobre.
On vous a peut-être cité, d’un des articles d’Iaroslavsky, une allégation concernant mon entretien pendant l’été avec un visiteur, à qui j’aurais prédit la perdition inévitable et proche du gouvernement soviétique. Le sycophante misérable ment, cela va de soi. Mais par un rapprochement de faits et de dates, je suis certain qu’il s’agit de mon entretien avec Blumkine. A sa question sur la possibilité de concilier son travail et son appartenance à l’opposition, je lui dis, entre autres, que mon exil, comme l’emprisonnement d’autres camarades, ne changent pas notre ligne fondamentale ; qu’au moment du danger les oppositionnels seront aux postes avancés ; qu’aux heures difficiles, Staline sera forcé de leur faire appel, comme Tsérételli avait appelé les bolcheviks contre Kornilov. En Liaison avec cela, j’ajoutai : « Mais que ce ne soit pas trop tard. » Évidemment Blumkine, après son arrestation, a exposé cet entretien comme une démonstration des véritables états d’âme et dispositions de l’opposition : il ne faut pas oublier que je suis exilé sur l’accusation de préparer la lutte armée contre le pouvoir des Soviets !
Par Blumkine, je transmis à Moscou pour nos amis une lettre d’information basée sur les mêmes idées que j’ai exposées dans une série d’articles publiés : la répression des stalinistes contre nous ne signifie pas encore le changement du caractère de classe de l’État, mais prépare seulement et facilite un tel changement ; notre voie reste, comme par le passé, celle de la réforme et non celle de la révolution ; la lutte implacable pour nos idées doit être orientée vers un long délai.
Je reçus ultérieurement la communication que Blumkine était arrêté et que la lettre transmise par son intermédiaire était tombée entre les mains de Staline. Je ne sais rien des conditions dans lesquelles Blumkine fut arrêté. Les gouvernants de Moscou savaient qu’il avait passé par Constantinople. Ses chefs (Meninsky, Trilisser) connaissaient bien ses idées oppositionnelles. Il s’est rendu à Moscou de sa propre initiative, dans l’intérêt du travail qu’il accomplissait. Sur les événements ultérieurs, je ne sais que ce qui est dit dans le télégramme ci-dessus du Journal de Cologne.
L’importance de ce fait n’exige pas d’explications. Vous savez, par le fameux procès de 1922, qu’on a évité de fusiller même les socialistes révolutionnaires qui avaient organisé des attentats contre Lénine, Ouritsky, Volodarsky, moi-même et autres. Des socialistes révolutionnaires de gauche, auxquels avait appartenu en 1918 Blumkine, on n’a fusillé, au moment de leur insurrection, que l’organisateur, Alexandrovitch. Blumkine, un des participants de cette insurrection, est bientôt devenu un bolchevik. Mais si on ne l’a pas fusillé en 1918 pour sa participation dirigeante à l’insurrection armée contre le pouvoir des Soviets, on l’a fusillé en 1929 pour cette raison que, en servant courageusement la Révolution d’octobre, il ne partageait pas, sur les questions les plus importantes, les idées de la fraction stalinienne et considérait de son devoir de répandre les idées des bolcheviks-léninistes (opposition).
Blumkine est fusillé — je n’en ai pas le moindre doute — sur l’arrêt du Guépéou. Un fait pareil n’a pu avoir lieu que parce que le Guépéou est devenu l’organe personnel de Staline. Pendant les années de la guerre civile, la Tchéka accomplissait une besogne sévère. Mais ce travail restait sous le contrôle du parti. Des centaines de fois se sont élevés, des milieux du parti, des protestations, des déclarations et des demandes ou exigences d’explications concernant tel ou tel arrêt. A la tête de la Tchéka se trouvait Dzerjinsky, un homme d’une force morale supérieure. Il restait subordonné au bureau politique, dont les membres avaient des idées bien nettes sur chaque question et savaient les défendre. Tout cela donnait la garantie que la Tchéka demeure l’instrument de la dictature révolutionnaire. Maintenant, le parti est étouffé. Sur l’exécution de Blumkine, des milliers et des dizaines de milliers de membres du parti chuchoteront avec horreur dans les coins. A la tête du Guépéou se trouve Menjinsky, pas un homme, mais l’ombre d’un homme. Le rôle principal dans le Guépéou est joué par Iagoda, un carriériste détestable qui a lié son sort à celui de Staline et qui est prêt à accomplir sans réfléchir et sans discuter n’importe quel ordre de ce dernier. Le bureau politique n’existe pas. Boukharine a raconté que Staline tient dans ses mains les membres du soi-disant bureau politique à l’aide de dossiers accumulés contre eux par le Guépéou. Dans ces conditions, l’exécution de Blumkine est une affaire personnelle de Staline.
Ce crime inouï ne peut passer inaperçu, même dans les conditions présentes de l’omnipotence de l’appareil. Staline ne pouvait pas ne pas pressentir ce résultat par avance, et le fait que, malgré sa prudence félonne, il s’est décidé à tuer Blumkine, démontre combien est grande la peur de cet homme devant l’opposition de gauche. Il ne peut y avoir aucun doute que Blumkine est tombé en victime expiatoire, parce que Radek et autres capitulards n’ont pu entraîner avec eux qu’une petite minorité de l’opposition, tandis qu’à l’étranger l’opposition accuse dans différents pays de sérieux succès idéologiques et d’organisation.
Par l’exécution de Blumkine, Staline veut dire à l’opposition internationale des bolcheviks-léninistes qu’il possède à l’intérieur du pays des centaines et des milliers d’otages qui auront à payer de leur tête les succès du vrai bolchevisme sur l’arène mondiale. En d’autres termes, après les exclusions du parti, après la condamnation de familles à la famine, après les emprisonnements, les déportations, etc., Staline essaye d’effrayer l’opposition par le dernier moyen qui lui reste entre les mains : le meurtre.
On peut dire avec certitude que les résultats seront directement opposés au but que Staline se fixe. Une tendance d’idées historiquement progressive, qui se base sur la logique objective du développement, ni peut être ni effrayée, ni fusillée. Cependant il est clair que l’opposition ne peut pas, en envisageant seulement la marche objective des événements, se comporter passivement envers la nouvelle, cette fois sanguinaire, étape des représailles thermidoriennes de Staline. Il faut immédiatement ouvrir une campagne internationale, dans laquelle chaque oppositionnel doit faire la besogne qui, dans d’autres conditions, se répartirait sur les épaules de trois, cinq ou dix camarades.
Comment je me représente la marche de cette campagne ?
Avant tout il faut porter ce fait à la connaissance de tous les communistes et exiger de la direction officielle du parti la confirmation ou le démenti du fait.
D’autant plus décisivement, largement, énergiquement sera posée la question, d’autant plus complètement la direction sera prise à l’improviste et d’autant plus vite on pourra découvrir les dessous de ce fait. Il faut créer une telle atmosphère que de Paris, Berlin, Vienne, Prague, New York, on exige des explications de Moscou.
Que faut-il pour cela ? Avant tout, il me semble, publier un petit tract sur ce thème : « Est-il juste que Staline ait tué le camarade Blumkine ? » Dans ce tract il faut poser aux Cachin, aux Thälmann et Cie, carrément les questions suivantes : connaissent-ils ce fait, prennent-ils sur eux la responsabilité du meurtre du révolutionnaire prolétarien par la clique staliniste ?
S’il n’est pas fait de réponse à la première question, comme c’est presque certain, il faudra sans tarder publier un second tract d’un caractère plus offensif et le répandre à des dizaines de milliers d’exemplaires par tous les voies et canaux possibles.
Il est bien possible que Staline essaye, en cas d’une pression dans l’Occident et d’une inquiétude dans le P.C.R., de lancer quelque version envenimée dans le genre des connivences avec l’officier wrangélien ", de la préparation de l’insurrection ou d’actes terroristes. A des ignominies pareilles, il faut qu’on soit prêt. C’est à peine pourtant si de telles explications peuvent produire une impression sérieuse. Aussi bien parce qu’elles exhalent l’odeur des manigances de la police bonapartiste que, surtout, parce que, dans la lutte avec l’opposition, Staline a déjà dépensé les ressources de ce genre. Il n’est pas nécessaire de rappeler que la position de principe qu’occupait Blumkine avec nous tous excluait, de sa part, l’application dans la lutte de méthodes aventureuses, quelles qu’elles soient.
L’affaire Blumkine doit devenir l’affaire Sacco-Vanzetti de l’opposition communiste de gauche. La lutte pour le salut de nos amis de l’U.R.S.S. doit devenir en même temps la vérification des rangs de l’opposition dans les pays d’Occident. Après avoir accompli une campagne à la manière révolutionnaire, c’est-à-dire avec la plus haute tension des forces et avec le dévouement suprême, l’opposition s’élèvera d’un coup d’une tête entière. Cela nous donnera le droit de dire que Blumkine n’a pas donné sa vie en vain.
Chaque centre d’opposition devrait élaborer soigneusement les premiers pas de la campagne et les préparer minutieusement.
Pour la réalisation pratique des mesures tracées, le mieux serait peut-être de choisir, dans chaque endroit, une « troïka » avec des pleins pouvoirs, à laquelle tous les membres de l’opposition devraient être subordonnés au cours de cette campagne.
Il n’est pas exclu qu’avant même que cette lettre vous parvienne la presse ait publié de telles informations sur le sort de Blumkine qui rendent superflue la question juridique concernant la confirmation du fait. Il ne restera qu’à constater tout simplement le meurtre et à demander au comité central de chaque parti s’il prend la responsabilité de ce crime devant la classe ouvrière.
Le danger consiste en ce que l’interpellation devienne un tir à blanc, en se réduisant à un tract isolé. Il faut trouver le moyen de poser, de nouveau et de nouveau, la question et de jeter sans répit cette accusation à la figure des « chefs ». Il faut pénétrer dans les réunions du parti, dans les réunions ouvrières en général, il faut préparer des affiches et de petites feuilles volantes de dix lignes, etc., etc….
Je vous enverrai ultérieurement des matériaux supplémentaires, et en particulier la caractéristique de Blumkine dans la forme nécrologique (sic) quand seront éliminés les derniers doutes purement formels sur son sort.
Tout à vous,
L. Trotski
https://wikirouge.net/texts/fr/Lettre_%C3%A0_Alfred_et_Marguerite_Rosmer,_5_janvier_1930
Léon Trotsky :
Les plats les plus épicés sont encore à venir
Dans son article « La lutte pour un issue », Biulleten Oppositsii n° 49, le camarade Ciliga raconte les tortures infligées par le GPU à un marin, afin de l’obliger à avouer sa participation à un imaginaire « complot contre Staline ». Il ne le laissa que quand il « fut devenu à moitié fou ». Ce fait mérite qu’on le prenne au sérieux.
La succession de procès politiques publics en URSS a montré combien certains inculpés sont prêts à s’accuser de crimes que, de toute évidence, ils n’ont pas commis. Ces accusés, qui ont l’air de jouer devant le tribunal un rôle appris par cœur, s’en tirent avec des peines légères, parfois, de toute évidence, fictives. C’est précisément en échange de cette indulgence de la justice qu’ils ont fait ces « aveux ». Mais pourquoi les autorités ont-elles besoin de conspirations fictives ? Parfois pour impliquer une tierce personne, étrangère à l’affaire, parfois pour dissimuler leurs propres crimes, ainsi que la répression sanglante que rien ne justifie, pour créer enfin un climat favorable à la dictature bonapartiste.
Nous avons déjà démontré sur la base des documents officiels que Medved, Iagoda et Staline avaient de toute évidence joué un rôle direct dans l’assassinat de Kirov. Il est probable qu’aucun d’eux ne souhaitait la mort de Kirov. Mais tous ont joué avec sa vie, en essayant, à travers cet acte terroriste, de préparer un amalgame – avec la « participation » de Zinoviev et Trotsky.
La déposition de Zinoviev à son procès avait manifestement un caractère évasif qui était le résultat de l’accord conclu au préalable entre les accusateurs et les accusés : ce n’est de toute évidence qu’à cette condition que Zinoviev s’était vu promettre la vie sauve.
Extorquer aux accusés des témoignages fantastiques contre eux-mêmes, afin de les faire ricocher sur d’autres, c’est depuis longtemps le système du GPU, c’est-à-dire de Staline.
Mais pourquoi fallait-il organiser en 1930 une tentative d’assassinat contre Staline ? Pourquoi avoir impliqué un marin dans cette affaire ? Nous ne disposons là-dessus d’aucun renseignement, sauf les quelques lignes de l’article du camarade Ciliga. Nous allons prendre pourtant le risque de formuler une hypothèse.
L’auteur de ces lignes a été expulsé en Turquie en 1929. Peu après, il reçut à Constantinople la visite de Blumkine qui allait payer cela de sa vie. L’exécution de Blumkine par Staline ébranla à l’époque bien des communistes, en URSS et ailleurs. C’est à cette époque que fut organisé à l’étranger le centre bolchevik-léniniste et que commença la publication de Biulleten et autres organes de presse. Dans ces conditions, Staline avait un besoin pressant d’une « tentative d’assassinat », surtout d’une tentative d’assassinat dont on aurait tiré les ficelles à l’étranger et dans laquelle il aurait pu impliquer Blumkine ou tout au moins son fantôme. Un marin faisait l’affaire, surtout s’il avait effectué des voyages entre un port soviétique et Constantinople. Ce marin a pu être arrêté par hasard – pour des propos imprudents, pour avoir lu de la littérature illégale, ou simplement pour contrebande : nous ne savons rien de lui. Peut-être l’a-t-on menacé de plusieurs années de prison. Mais l’astucieux Iagoda lui promit la liberté et toutes sortes d’autres avantages s’il acceptait de témoigner que Blumkine, sur ordre de Trotsky, l’avait entraîné dans un complot contre Staline. Si le coup avait réussi, l’exil de Trotsky et l’exécution de Blumkine auraient ainsi été justifiées. Mais le malheur c’est que le marin devint « à moitié fou ».
Notre hypothèse n’est qu’une hypothèse. Mais elle répond parfaitement à la nature morale de Staline et aux méthodes de sa politique. « Ce cuisinier », disait Lénine en mettant en garde contre lui, « ne nous prépare jamais que des plats épicés. » Mais Lénine lui-même, quand il prononça ces paroles en février 1922, ne pouvait évidemment avoir prévu qu’une cuisine aussi diabolique se dresserait sur les fondements du parti bolchevique….
Nous sommes en 1936. Les méthodes de Staline sont toujours les mêmes. Les dangers politiques qui le menacent se sont aggravés. La technique de Staline et Iagoda s’est enrichie de l’expérience née de plusieurs erreurs. Nous n’avons donc aucune illusion à nous faire : les plats les plus épicés sont encore à venir.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259
A Moscou, seuls des cercles étroits du parti sont informés de ce que Staline a fait à Blumkine. Ils répandent systématiquement des rumeurs selon lesquelles Blumkine se serait suicidé. Ainsi Staline, jusqu’à présent, n’ose-t-il pas reconnaître ouvertement qu’il a exécuté le "contre-révolutionnaire" Blumkine.
Il est tout à fait remarquable que la presse capitaliste mondiale ne se soit pas empressée d’utiliser l’affaire Blumkine. Elle pense à juste titre que la défense des communistes de gauche contre les représailles de Staline n’entre pas dans la sphère de ses intérêts. Aussi l’Opposition communiste de gauche est-elle tenue de faire campagne avec d’autant plus de constance et de fermeté pour dénoncer les crimes staliniens.
Dans le dernier numéro, nous avons dit qu’outre Blumkine, deux oppositionnels supplémentaires avaient été fusillés, les camarades Silov et Rabinovich, Ainsi la question revêt-elle une importance exceptionnelle : seule la publicité autour de ses crimes parmi les ouvriers progressistes du monde entier peut arrêter la sanglante violence de Staline contre les bolcheviks révolutionnaires.
L’ex-communiste Souvarine a volé au secours de Staline, prétendant que Blumkine aurait soi-disant exécuté dans le G.P.U. les instructions de l’Opposition et que l’existence même du G.P.U. lui dicte d’exécuter ceux qu’il emploie quand ils le trahissent.
Souvarine en conclut que "dans la treizième année de la révolution", il faut supprimer le G.P.U.
Nous n’avons aucune raison de nous engager dans un débat théorique avec Souvarine. Nous estimons suffisant de nous limiter à la déclaration suivante.
Le camarade Blumkine n’a jamais exécuté et, du fait même du caractère de son travail, n’aurait jamais pu exécuter dans le G.P.U. ou par lui les instructions de l’Opposition. Il suffit d’indiquer qu’il a passé le plus gros de la dernière période en Extrême-Orient, principalement en Mongolie.
L’interdiction faite aux travailleurs du G.P.U. comme de l’armée d’avoir d’autres opinions que celles du comité central aujourd’hui, équivaut à priver des droits de parti élémentaires les communistes qui travaillent dans ces institutions.
Seuls des bureaucrates staliniens pourraient défendre une mesure aussi abjecte.
Le G.P.U. est un organe d’autodéfense de la dictature du prolétariat. Dans la mesure où la révolution d’Octobre, même dans sa treizième année, est entourée d’un monde d’ennemis, elle ne peut renoncer à de tels organes - la dictature ne peut pas cesser d’être une dictature.
Seuls des libéraux ou des social-démocrates en train de devenir libéraux pourraient voir cette question d’un point de vue formel. Nous l’examinons d’un point de vue de classe : au nom de qui ces mesures de répression sont-elles adoptées ? Contre qui le sont-elles ? Qui servent-elles et pourquoi ? C’est une question d’efficacité révolutionnaire, pas de justice au-dessus des classes.
Le meurtre de Blumkine et, en général, les actes de répression contre l’opposition léniniste affaiblissent l’avant-garde révolutionnaire, sapent le parti et renforcent les ennemis de classe. Nous menons la bataille contre le meurtre - lâche et traÎtre - de Blumkine par Staline, au nom de la dictature du prolétariat.
Que nos amis et nos ennemis le sachent.
Léon Trotsky
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/05/300500a.htm
Des oppositionnels fusillés
Le meurtre de Blumkine n’était qu’un commencement. Nous sommes informés de l’exécution de deux oppositionnels de plus, les camarades Silov et Rabinovicz. De toute évidence, l’histoire idiote d’oppositionnels participant au sabotage des chemins de fer voulait montrer autre chose, apporter, si l’on veut, une certaine explication pour l’attaque thermidorienne contre les bolcheviks-léninistes. Mais les camarades Silov et Rabinovicz n’avaient aucun lien d’aucune sorte ni avec le "sabotage", ni avec les chemins de fer.
Le fait que Staline ait dissimulé jusqu’à présent qu’il avait fusillé Blumkine montre qu’il n’a rien à dire pour justifier ce perfide assassinat. Les motifs de Staline pour ces nouveaux crimes doivent être expliqués par le désir de vengeance et la peur de l’usurpateur.
L’assassinat n’intimide pas l’Opposition, ce n’est pas la peine de le dire ; et il n’empêche pas Staline d’en méditer d’autres. Nous avons lourdement souffert des crimes de l’appareil stalinien. Mais nous n’identifions pas l’appareil et le parti. Le châtiment en réponse à la politique meurtrière de Staline, c’est le droit du parti dans son ensemble. Il nous en incombe à nous, qui sommes dans ses rangs.
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/04/300400c.htm
Biographie
Jacob Blumkine (1899-1929), socialiste-révolutionnaire de gauche en 1917-1918, fut l’un des deux exécutants de l’attentat contre l’ambassadeur d’Allemagne Mirbach, en juillet 1918. Adhéra ensuite au Parti bolchevique, entra dans la Tcheka, devint sympathisant de l’Opposition de gauche, rendit visite à Trotsky en 1929 à Constantinople et fut fusillé à son retour sur ordre de Staline, après avoir été dénoncé, selon la version la plus courante, par Karl Radek.
Iakov G. Blumkine était étudiant quand il adhéra au parti socialiste révolutionnaire de gauche qui le fit entrer dans la tchéka de Moscou. Quand se produisit la rupture entre ce parti et les bolcheviks, au moment de la paix de Brest Litovsk, Blumkine, sur ordre de son parti, et pour provoquer la reprise de la guerre, abattit à coups de revolver l’ambassadeur d’Allemagne comte von Mirbach. Arrêté, il fut convaincu par Trotsky dans sa prison, grâcié et ultérieurement admis au parti après avoir servi dans les services de renseignement puis au secrétariat de Trotsky. Partisan de l’Opposition de gauche, il rendit visite à Trotsky à l’été 1929. Il fut fusillé après son retour à Moscou, en décembre sans doute, et après avoir obtenu, dit Victor Serge, un sursis de quinze jours pour rédiger ses mémoires, dont le manuscrit serait donc resté aux mains du G.P.U.
Il est né le 8 octobre 1900 à Odessa ou dans le village de Sosnica près de Tchernihiv en 1898. En 1913, il est diplômé de l’école primaire juive. Il étudia l’hébreu et le russe.
En juillet 1910 il déménage à Lviv, il étudie l’allemand. Après la capture de Lviv par les russes en septembre 1914, son père Grigory Isaevitch Bloumkine intègre l’Armée impériale russe durant la Première Guerre mondiale.
En 1914, il travaille comme électricien dans un dépôt de tram et au théâtre. Il prend part aux détachements d’autodéfense juive contre les pogroms à Odessa. Il rejoint le Parti socialiste-révolutionnaire en 1916. En octobre 1917, il visite la région de la Volga.
En novembre 1917, Iakov Bloumkine rejoint le détachement de marins qui participe aux combats avec l’Ukraine. Au cours des événements révolutionnaires à Odessa en 1918, il participe à l’expropriation de la propriété de la Banque d’État. En janvier 1918, il organise la formation à Odessa du 1er régiment de volontaires.
Il s’installe à Moscou en mai 1918. Les dirigeants du Parti socialiste-révolutionnaire et de la Tchéka l’envoient au département de la lutte contre l’espionnage international. En juin 1918, il dirige le département de contre-espionnage pour surveiller la protection des ambassades et de leurs éventuelles activités criminelles.
Le 6 juillet 1918, il participe à l’assassinat de l’ambassadeur d’Allemagne Wilhelm von Mirbach : autour de 14 h 40, il tire plusieurs coups de feu sur l’ambassadeur. En septembre 1918 il est en Ukraine. De décembre 1918 à mars 1919, il est secrétaire du comité politique de Kiev. Il est impliqué dans l’exécution de l’amiral Alexandre Koltchak.
En 1929, il est envoyé à Prinkipo pour assassiner Trotski mais il ne le tue pas et s’allie à lui2. Si l’on en croit les archives déposées à la Houghton Library de Harvard, il semble que Bloumkine ait été un contact de Trotski ; c’est ce qu’en conclut Christian Salmon :
« À la fin de 1929, Trotski avait reconnu publiquement avoir reçu la visite de Blumkine. Selon lui, son fils, Lev Sedov, l’aurait rencontré dans la rue à Constantinople, venant d’Extrême-Orient et rentrant en Union soviétique. Il l’aurait alors convaincu de venir « à la maison » pour le rencontrer. En réalité, un document rédigé par Blumkine, daté du 3 avril 1929, découvert à Stanford dans les papiers de Lev Sedov, fait apparaître que les contacts de Trotski avec Blumkine n’ont pas relevé d’une rencontre fortuite mais d’une liaison organisée avec l’URSS, dans laquelle l’agent secret était évidemment une pièce maîtresse. Cette rencontre décidera Staline à faire fusiller Blumkine, un bolchevik, à son retour à Moscou. »
Il faut préciser que Bloumkine connait bien des secrets de la Tchéka, notamment sur l’affaire Savinkov : il n’est pas impossible qu’il ait fait partie des quatre personnes ayant poussé Boris Savinkov du quatrième étage de la Loubianka.
En 1937 Schrubel, ancien tchékiste, avoua peu avant sa mort au camp de la Kolyma avoir poussé Savinkov lui-même avec l’aide de trois autres tchékistes3. Bloumkine, ancien socialiste-révolutionnaire devenu bolchevique et tchékiste, rendait visite à Savinkov en prison, ce qui supposait un grand nombre d’autorisations. L’objet de ces visites est incompréhensible si on ne revient pas sur le procès de Savinkov : Savinkov revenait de l’étranger, où il était très populaire ; chez les socialistes allemands tout particulièrement, mais aussi les socialistes de la tendance Marceau Pivert en France, et des socialistes britanniques. Son procès était de ce fait suivi de près par des journalistes étrangers, et il ne pouvait pas être condamné à mort comme la majorité des socialistes-révolutionnaires4 à l’époque. La sentence ne fut que de cinq ans, absolument dérisoire pour l’Union soviétique. L’objectif était toutefois bien de se débarrasser de lui.
Lors de la mort de Savinkov, une lettre dans laquelle il disait qu’il allait se suicider a été retrouvée dans sa cellule. Son propre fils, Lev Borissovitch Savinkov, a cru à l’authenticité de la lettre disant : « Ce sont les expressions de mon père ». On ignore donc si Bloumkine a lui-même poussé Savinkov, mais les visites quotidiennes de Bloumkine à Savinkov dans sa cellule alors que personne n’avait droit aux visites s’expliquent par le fait que Bloumkine devait « attraper le style de Savinkov » comme il l’a lui-même confié à Iakoubovitch sous le sceau du secret.
Iakov Bloumkine fut exécuté en 1929 par Stakine en tant que trotskiste.
L’affaire Blumkine
En U.R.S.S., des bouleversements sont en cours à la fin de l’année 1929.
Le plénum du comité central (10-17 novembre) a vu la capitulation et I’auto-critique des dirigeants de la droite du parti communiste russe, Boukharine étant exclu du bureau politique. Du côté de l’Opposition de gauche, Smirnov, Bogoulavsky et quelques centaines de déportés ont fini par capituler fin octobre. Mais ce n’est pas dans le parti stalinisé, qui ne canalise plus les batailles politiques, que se situe I’enjeu de l’hiver 1929-1930. C’est dans les campagnes, pour la « liquidation des koulaks », et dans les usines, pour la réalisation coûte que coûte du plan quinquennal, que l’avenir économique et surtout politique de l’U.R.S.S. se joue.
Staline semble maître du parti bolchevique puisqu’il contraint les dirigeants « droitiers » à se renier et certains capitulards de gauche à ramper. Mais il n’a pas brisé les forces sociales incarnées par ses adversaires dans le parti, qu’ils soient de « droite » ou de « gauche ». Bien que l’écrasante majorité des opposants soit en exil, dans les camps, il n’a pas mis un terme définitif au travail clandestin des opposants de gauche russes encore en liberté et n’a pas réussi à les isoler, à les priver de tout lien avec le parti.
La destruction de tout travail oppositionnel relève plus que jamais de la répression policière. La politique économique d’ailleurs ne peut se placer que sous le signe de la coercition qui a marque la collectivisation des campagnes et la réalisation du premier plan quinquennal. Et cette politique sur une grande échelle dicte du coup la nécessité de développer la répression, c’est-à-dire d’en developper les moyens. Le G. P. U. , véritable cheville ouvrière de la collectivisation en lieu et place du parti, est ainsi appelé à des responsabilites de plus en plus larges.
C’est dans ce contexte politique, économique et social difficile où le parti de Staline devient véritablement le parti de la bureaucratie et le G. P. U., son bras armé, qu’éclate « I’affaire Blumkine ». Il s’agit de 1’exécution à Moscou en décembre 1929 d’ Iakov Blumkine. L’information qui parait le 29 décembre, dans un journal d’émigrés blancs à Paris, est laconique :
« Ces jours-ci, le légendaire Blumkine, le meurtrier de Mirbach a été arrêté. Blumkine a été accusé d’entretenir des relations secrètes avec Trotsky. Conformément à la sentence du G. P. U. , Blumkine a été fusillé ». (1)
L’exécution d’un heros
L’homme ainsi exécuté à Moscou a eu un destin hors du commun en liaison avec celui de la révolution russe. Né en 1899 d’une famille bourgeoise, après avoir poursuivi des études supérieures, Iakov G. Blumkine est à dix-huit ans à la fois militant du parti socialiste révolutionnaire de gauche (S.R.) et membre de la Tcheka à Moscou. Il est déjà appelé à de lourdes responsabilités qu’il va pleinement assumer : les S.R. de gauche, souhaitant une reprise des hostilités avec l’Allemagne, décident de la provoquer en assassinant l’ambassadeur allemand von Mirbach et confient cette tâche à Blumkine et un de ses camarades. L’attentat réussit, mais Blumkine est arrêté, condamné a mort.
Trotsky le visite dans sa cellule et s’attache à le convaincre. Blumkine, secrètement gracié, va être admis dans les rangs du parti bolchevique qu’il sert dans des « missions impossibles » pour le G.P.U. et le service de renseignements de l’armée. Il se couvre de gloire pendant la guerre civile où il accomplit des missions dans les lignes blanches au compte des bolcheviks puis dans des voyages à des fins militaires au Moyen-Orient et en Mongolie. Il est à la fin de la guerre une figure de légende, l’as du contre-espionnage, collaborateur de Trotsky, servant dans son secrétariat personnel et l’aidant à l’édition des Ecrits militaires.
Lié à Trotsky et à Radek, Blumkine est partisan de l’Opposition dès 1923. Ses activités professionnelles l’éloignent pourtant du combat et le placent dans une position difficile apres l’exclusion de l’Opposition unifiée des rangs du parti. Il expose alors à ses supérieurs hiérarchiques, Menjinsky (successeur de Dzerjinsky à la tête du G.P.U.) et Trilisser (vice-président du G.P.U.) ses positions favorables à Trotsky et à l’Opposition qui sont désormais difficilement conciliables avec ses activités au sein du G. P. U., déjà chargé d’appliquer l’article 58 contre les opposants. Pour les deux responsables du G.P.U., il n’est pas question de perdre Blumkine qu’ils autorisent à conserver son poste dans la mesure où, du fait de son travail et de ses responsabilités, il ne peut avoir aucune activité en liaison avec l’Opposition. Ses activités passées au service de la Tcheka lui valent de toute évidence la confiance de ses supérieurs et ses convictions ne sauraient l’altérer. Blumkine, bien qu’opposant, est irremplaçable au service de l’Union soviétique. Cela reste vrai jusqu’en 1929.
Dès le bannissement de Trotsky, le contact est pris avec Blumkine. Le 2 avril, il est à Prinkipo, rédigeant a la demande de Trotsky une notice nécrologique concernant son camarade Efime Dreitser - jeune intellectuel, oppositionnel dès 1923, conseiller militaire en Chine, arrêté à son retour et que l’on croit mort - et la signant du pseudonyme de « Svoj » (2). A l’été, revenant d’une mission aux Indes, il est de nouveau chez Trotsky- qui ne reconnaitra que cette visite-là. A-t-il été chargé d’une mission particulière dont nous ne savons rien ? N’a-t-il eu à porter que la lettre anodine d’instructions dont la copie se trouve dans les Archives de Trotsky a Harvard (3) ? Selon les affirmations ultérieures de Trotsky, Blumkine l’aurait interrogé sur la compatibilité de ses taches au G.P.U. avec ses idées oppositionnelles, comme il l’avait fait quelques années auparavant auprès de ses supérieurs. Le G.P.U. défendant l’Etat ouvrier et l’Opposition s’étant prononcée - notamment
lors du conflit sino-soviétique - pour la défense de l’U.R.S.S. contre les agressions impérialistes, il n’y a pour Trotsky aucune contradiction ou incompatibilité et c’est un devoir pour les opposants de tenir leur rôle.
Les circonstances du retour de Blumkine à Moscou sont évidemment mal connues et une controverse s’est développée autour des conditions de son arrestation par le G.P.U. Il existe cinq versions différentes des événements qui l’ont précédée. Leur dénominateur commun est Karl Radek. Il est en effet formellement accusé par un opposant clandestin de Moscou (« N. ») d’avoir trahi Blumkine pour prouver à Iaroslavsky et Staline son repentir sincère (4).
Victor Serge, lui, affirme que Radek conseilla à Blumkine d’entrer en rapport avec Ordjonikidze, président de la commission centrale de controle, afin d’exposer sa situation. Seul Deutscher blanchit Radek en reprenant l’hypothèse avancée par d’autres sur le rôle joué dans l’affaire par une maitresse de Blumkine, agent elle aussi du G.P.U., qui l’aurait dénoncé. Or cette version est incontestablement la moins détaillée mais plus favorable Radek que celle de l’ex-agent du G.P.U., Orlov, dans son livre « The Secret History of Stalin’s Crimes » (L’histoire secrete des crimes de Staline), selon laquelle Elena Zubilina - qu’il mentionne comme « Lisa G. » - agent du G.P.U., avait été placée dans l’entourage de Blumkine pour lui soutirer des informations à la suite de la dénonciation de Radek. Il est en tout cas difficile de connaitre le rôle exact de ce dernier - dont la culpabilité n’est pas prouvée malgré les fortes présomptions convergentes qui pèsent sur lui - et du même coup les circonstances exactes de l’arrestation de Blumkine. Relevons seulement que, pour Trotsky, Radek a fait verser le sang de son ami.
Victor Serge, dans « Destin d’une révolution », indique que Blumkine, après sa condamnation, aurait demandé et obtenu un sursis pour écrire ses mémoires. Son travail achevé, il est exécuté le 25 décembre 1929.
Le 5 janvier 1930, Trotsky écrit une longue lettre aux Rosmer où il leur fait part de l’exécution de Blumkine et s’emploie à donner des faits la version qu’il veut imposer : un seul entretien, suite a une rencontre de « hasard » entre Blumkine et Léon Sédov dans Constantinople.
Rappelant que les auteurs des attentats contre Lénine et les autres dirigeants bolcheviques n’avaient pas été exécutés, il écrit :
« Mais si on ne l’a pas fusillé en 1918 pour sa participation dirigeante a l’insurrection armée contre le pouvoir des Soviets, on l’a fusillé en 1929 pour cette raison que, servant courageusement la Révolution d’Octobre, il ne partageait pas sur les questions importantes, les idées de la fraction stalinienne et considerait de son devoir de repandre les idées des bolcheviks-léninistes (Opposition) ». (5)
Trotsky en tire les conclusions politiques suivantes :
« Blumkine est fusillé (...) sur l’arrêt du G.P.U. Un fait pareil n’a pu avoir lieu que parce que le G.P. U. est devenu l’organe personnel de Staline. (...) Le rôle principal dans le G.P.U. est joué par Iagoda, un carriériste détestable qui a lié son sort à celui de Staline et qui est prêt a accomplir sans reflechir et sans discuter n’importe quel ordre de ce dernier. (...) Le bureau politique n’existe pas. Boukharine a raconté que Staline tient dans ses mains les membres du soi-disant bureau politique à l’ aide de dossiers accumulés contre eux par le G.P.U. Dans ces conditions, l’exécution de Blumkine est une affaire personnelle de Staline ». (6)
Soulignant que le meurtre de Blumkine révèle la peur de Staline face à l’Opposition de gauche, Trotsky écrit :
« Par I’exécution de Blumkine, Staline veut dire a l’Opposition internationale des bolcheviks-léninistes qu’il possède a l’intérieur du pays des centaines et des milliers d’otages qui auront à payer de leur tête les succès du vrai bolchevisme sur l’arène mondiale. (...) Après les exclusions du parti, après les condamnations de familles à la famine, après les emprisonnements, les déportations, etc., Staline essaie d’effrayer l’Opposition par le dernier moyen qui lui reste entre les mains : le meurtre ». (7)
NOTES
1. Cité par Trotsky dans une lettre aux Rosmer, 5 janvier 1930, in Broué, Correspondance, op.
2. Voir l’article de P. Broué : « Compléments sur les trotskystes en U.R.S.S. » n° 24, decembre 1985, P • 63-72., . .
3. Trotsky,« Message confié à Blumkine », aout 1929, m Cahters Leon Trotsky, n 7/8, op.
4. « N. » : « Lettre de Moscou », 25 décembre 1929, m Cahiers Léon Trotsky, n 7 8, op. cit.,
5. Lettre de Trotsky aux Rosmer, 5 Janvier 1930, Broué, Correspondance,
6. Ibidem.
7. Ibidem.