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Violences policières et situation sociale - Matière et Révolution
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Violences policières et situation sociale

mardi 22 août 2017

Incidents entre jeunes et police à Aulnay, symptôme d’une situation sociale explosive

Des incidents survenus lors d‘un contrôle d‘identité jeudi 17 août entre des policiers et des jeunes à la Cité des 3000 à Aulnay-sous-bois, au nord-est de Paris, sont révélateurs des énormes tensions qui existent parmi les travailleurs après presque deux ans d‘état d‘urgence et dans une crise sociale sans issue. C‘est dans ce même quartier que s‘était produite en février l‘agression barbare par quatre policiers de Théo, un jeune de 22 ans, qui avait provoqué l‘indignation dans tout le pays.

Lors d‘un contrôle d‘identité, sur soupçon d‘une brigade de la BAC (Brigade anti-criminalité) qu‘on prévenait des « dealers : de leur présence, un jeune avait refusé d‘obtempérer, puis aidé par d‘autres, avait réussi à échapper au contrôle. Des policiers qui ont tenté de l‘arrêter ont été pris à partie par d‘autres jeunes. Un autre groupe de plusieurs dizaines de personnes a ensuite entouré leur voiture surveillée par une policière, qu‘elles auraient malmenée. Toujours selon la police, on leur aurait volé deux armes : un flash-ball et un revolver de type taser. Un homme aurait tiré sur la voiture de police avec le flash-ball volé, qu’on a apparemment retrouvé dimanche.

La presse a largement rapporté les incidents, citant exclusivement la version policière. L‘appareil judiciaire s‘est mis en marche immédiatement. Le parquet de Bobigny a ouvert des enquêtes pour « violences et violences avec armes sur personnes dépositaires de l’autorité publique » et « vols avec violences en réunion et dégradations de bien d’utilité publique ».

Depuis le 17 août, trois jeunes de 18 et 19 ans ont été arrêtés dont deux sont toujours en détention. L‘un d’eux fut inculpé de « violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique » puis relâché. Un autre serait « impliqué dans les violences initiales à l’égard des deux policiers », alors que le dernier, arrêté lundi, serait le jeune ayant refusé le contrôle d’identité.

Au même endroit, la police avait agressé, lors d‘un ‘contrôle’ similaire il y a six mois, un jeune habitant de la cité, lui causant entre autre une plaie de 10 centimètres au rectum qui dut être opérée en urgence. Quelques jours après, le quartier avait vu une manifestation de centaines de personnes réclamant « justice pour Théo ». Les habitants avaient dénoncé à la presse un harcèlement quotidien des jeunes de la cité des 3000 par les forces de l‘ordre.

De nombreuses manifestations eurent encore lieu en France des semaines après l‘événement sur des mots d‘ordre comme « On n’oublie pas, on pardonne pas », « flic violeur en prison » ou « C’est l’impunité et l’injustice, alors désarmons la police ! »

L’enquête sur le viol de Théo est toujours en cours, et les tensions sociales à Aulnay sont explosives.

Lors de la première manifestation contre l‘agression policière de Théo, un ex-premier adjoint à la mairie d‘Aulnay, Abdallah Benjana, avait dit : « J‘ai le sentiment d‘une humiliation vécue par la population. Tous les jeunes de ce quartier là aspirent à la tranquillité, Qu‘est-ce qu‘on cherche ? A déclencher une étincelle ? Il n‘y a pas assez de poudre dans ces quartiers là ? Le chômage, la sécurité, les loyers qui sont chers, pas de perspective d‘avenir. Vous faites cela à un jeune, ça ne peut qu‘exploser. »

Aulnay-sous-bois illustre les attaques sociales qu’ont subies les banlieues ouvrières françaises des divers gouvernements, PS comme de droite, qui se succèdent depuis plus de 30 ans. La cité des 3000 avait été à l‘origine construite pour héberger les ouvriers de la future usine Citroën (PSA) d‘Aulnay. Les cités des quartiers nord d‘Aulnay abritent 24 000 habitants, soit 30 pour cent de la population de la ville, concentrés sur 4 pour cent de son territoire.

La fermeture de l‘usine PSA d‘Aulnay en 2013, a dévasté la ville. Cela n’a été possible que grâce à la complicité de la CGT, qui a isolé les ouvriers de PSA-Aulnay afin d‘éviter une grève de automobile qui aurait menacé le gouvernement PS. Le taux de chômage à Aulnay est de 16,7 pour cent et de près de 30 pour cent pour les 19 à 30 ans. Trois ans après la fermeture de PSA, de nombreux ouvriers licenciés n‘ont toujours pas de travail et sont en fin de droits avec 480 euros par mois pour vivre.

Le principal projet du gouvernement Macron à propos des banlieues, celle d‘y « favoriser les entrepreneurs », montre clairement son attitude vis-à-vis de ses habitants.

Dans la 10e circonscription de la Seine Saint-Denis où se trouve Aulnay-sous-bois, l‘abstention au deuxième tour de l‘élection législative de juin a été de 67,5 pour cent. Et si la participation officielle a été de 32,4 pour cent ce sont en tout, avec les votes blancs et nuls, seulement 29 pour cent des suffrages qui s‘y sont exprimés. Cette circonscription avait voté à 63 pour cent pour François Hollande (PS) au deuxième tour de l‘élection présidentielle en 2012.

Les inégalités explosent, en Europe comme partout dans le monde, et les habitants des grands ensembles paupérisés acceptent de moins en moins leur situation, vue de plus en plus comme le résultat de la guerre des riches contre les pauvres. Comme le montrent les réactions de la population londonienne au crime social qu‘a été le brasier de la « Tour Grenfell », les responsables de ce désastre, dont les autorités refusent jusque là de nommer le nombre exact des victimes, sont clairement identifiés comme les super-riches et leurs agences gouvernementales.

Il y a aussi, au niveau international, de plus en plus d‘opposition aux brutalité policières. La population travailleuse, qu‘elle vive dans les quartiers populaires de Londres, Chicago, ou dans les grandes cités de la banlieue parisienne, voit le harcèlement, les intimidations et les brutalités de plus en plus comme des mesures de répression sociale contre la population pauvre.

Comme le démontre l’incident à Aulnay, les tentatives de résistance aux brimades de la police virent rapidement sous ces conditions à l’affrontement politique entre la population et l’Etat.

Par Francis Dubois - PES

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