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L'Allemagne s'en va-t-en guerre - Matière et Révolution
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L’Allemagne s’en va-t-en guerre

lundi 18 juillet 2016

Livre blanc 2016 : un nouveau pas dans la relance du militarisme allemand

Par Johannes Stern

Mercredi 13 juillet, le gouvernement allemand a adopté le « Livre blanc 2016 sur la politique allemande de sécurité et l’avenir de la Bundeswehr ». Ce texte de 144 pages remplace le Livre blanc de 2006 en tant que doctrine officielle en matière de politique étrangère et marque un nouveau jalon dans le retour de l’Allemagne à une politique étrangère et militaire agressive.

Le nouveau livre blanc s’est fixé des objectifs étendus : le déploiement à l’intérieur du pays de la Bundeswehr (armée allemande), l’extension des missions étrangères indépendamment des alliés d’après-guerre, une politique étrangère et de défense européenne dominée par l’Allemagne et un renforcement massif de la Bundeswehr.

Au paragraphe « Déploiement et rôle de la Bundeswehr en Allemagne » on peut lire : « afin de seconder la police dans la gestion efficace d’une situation d’urgence, les forces armées sont aussi habilitées sous certaines conditions bien particulières à accomplir des tâches relevant de la souveraineté en ayant recours à des pouvoirs d’intervention et de contrainte. »

En d’autres termes, l’interdiction de mener des opérations militaires sur le territoire allemand et la séparation entre la police et l’armée, ancrées dans la constitution dû à l’expérience faite sous l’empire allemand, la République de Weimar et la dictature nazie, sont définitivement abrogées. Depuis l’adoption en mai 1968 des lois d’urgence, ces principes avaient été assouplis à plusieurs reprises, mais le recours à l’armée dans les opérations policières était jusque-là illégal en Allemagne.

L’approbation du parlement pour de tels cas, également requise par la constitution, sera encore sapée davantage. Au chapitre 8 du Livre blanc, le paragraphe « Cadre juridique » déclare que, « le nombre de déploiements et de missions nécessitant une action immédiate et résolue a augmenté. » La « pratique de l’approbation parlementaire a fait ses preuves, » précise le document mais, « compte tenu de la responsabilité accrue de l’Allemagne en matière de sécurité, nous devons être en mesure de relever ces défis, si nécessaire en déployant les forces armées allemandes. »

La préface rédigée par la chancelière Angela Merkel (CDU) montre clairement qu’après avoir subi des défaites cuisantes dans deux guerres mondiales auxquelles ont succédé des années de retenue dans la politique étrangère, l’Allemagne s’apprête une fois de plus à mener, des opérations militaires sans restrictions dans le monde entier et des conflits militaires en Europe même.

Merkel écrit : « Le monde de 2016 est agité. En Allemagne et en Europe aussi nous voyons et nous ressentons les effets du manque de liberté, des crises et des conflits. Nous constatons que même en Europe la paix et la stabilité ne vont pas de soi. »

Elle conclut : « Le poids économique et politique de l’Allemagne signifie qu’il est de notre devoir de prendre en charge la sécurité de l’Europe en association avec nos partenaires européens et transatlantiques […] Nous devons défendre encore davantage nos valeurs communes et manifester un engagement plus grand encore que jusqu’ici pour ce qui est de la sécurité, de la paix et d’un ordre régit par des règles. »

L’invocation de la grandeur de l’Allemagne et l’appel à plus de « responsabilité » et au « leadership » allemand en Europe et dans le monde est un thème récurrent du Livre blanc.

Dans le tout premier chapitre, au paragraphe « Rôle de l’Allemagne dans le monde et compréhension d’elle-même du point de vue de la politique de sécurité, » on peut lire, « L’Allemagne est un pays hautement interconnecté avec le reste du monde et – dû à son importance économique, politique et militaire, mais aussi en raison de sa vulnérabilité – elle a la responsabilité de participer activement à la formation de l’ordre mondial. »

« L’Allemagne est de plus en plus considérée comme un acteur clé en Europe, » peut-on lire plus loin ; elle est « prête à s’investir très tôt, de manière décisive et substantielle en tant que générateur d’impulsion dans le débat international, d’endosser la responsabilité et d’assumer un rôle directeur. » Cela comprend « la volonté de contribuer à relever les défis présents et futurs en matière de politique sécuritaire et humanitaire. »

Le troisième chapitre est intitulé « Les priorités stratégiques de l’Allemagne » et ne laisse aucun doute qu’en réalité « les défis sécuritaires et humanitaires » signifient les intérêts géopolitiques et économiques de l’impérialisme allemand.

« Notre économie est tout autant tributaire d’un approvisionnement stable en matières premières et de voies de transport internationales sûres que de systèmes d’information et de communication opérationnels. La sécurité des voies maritimes d’approvisionnement et la garantie de la liberté de navigation sont d’une importance capitale pour un pays exportateur comme l’Allemagne. » Le pays doit donc « s’employer à veiller à garantir un libre accès aux voies de communication sur terre, dans les airs et en mer ainsi que dans l’espace et dans le domaine cybernétique et informatique. »

Un point central du document est la recherche par l’Allemagne d’une plus grande indépendance dans la politique étrangère. Si le Livre blanc parle d’un « approfondissement de l’intégration européenne et d’un renforcement du partenariat transatlantique, » il précise aussi que : « Parallèlement, notre capacité à réagir dans un contexte international – notamment européen et transatlantique – est basée sur un positionnement national clair. »

En particulier, « Les coopérations ad hoc » continueront de « prendre de l’importance comme instrument de gestion de crise et de conflit internationaux. » L’Allemagne « tiendra compte de ce développement et, dans les cas où elle est en mesure de protéger ses intérêts de cette manière, elle participera à une coopération ad hoc en l’initiant avec ses partenaires. »

Là où l’Allemagne collabore « avec ses partenaires » au sein de l’OTAN ou dans le domaine de la politique européenne commune de Défense, elle revendique plus de leadership. « Le pilier européen de l’OTAN est en train de gagner de l’importance, » poursuit le document. Les Etats-membres européens sont « appelés à assumer une plus grande responsabilité et ce, aussi dans le sens d’un meilleur équilibre des charges. L’Allemagne précisément assume ici une responsabilité particulière. »

Le Livre blanc salue explicitement « la nouvelle stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’Union européenne » introduite par la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, lors du premier sommet de l’UE sans participation britannique, le 4 juillet à Bruxelles. Cette stratégie sera « une contribution essentielle au renforcement de la capacité de l’UE à agir dans le domaine de la politique étrangère et de la sécurité. » « L’Allemagne a dès le départ accompagné et soutenu activement l’élaboration de cette nouvelle stratégie, » souligne le document.

Comme « objectif à long terme, » l’Allemagne s’efforce de « parvenir à une Union commune européenne de sécurité et de défense. » A moyen terme, un « quartier général civil et militaire opérationnel permanent » sera requis et doté « d’une planification militaire et civile et d’une capacité de commandement et de contrôle ». De cette manière seulement pourra être maintenu à long terme « le poids politique de l’Europe » et imposer les « intérêts sécuritaires de l’UE » face aux « glissements géopolitiques et aux développements démographiques en cours dans le monde. »

En tant qu’instrument central de la politique étrangère allemande, la Bundeswehr verra ses effectifs et son budget considérablement améliorés. En plus de l’augmentation du budget militaire en 2016 et 2017, une « pérennité fiable de la ligne de financement sera nécessaire dans les années à venir afin de tenir compte de la capacité de maintenance, des augmentations d’équipements en fonction des tâches et des structures, ainsi que de la nécessité d’établir de nouvelles capacités tout en assurant le recrutement et le fonctionnement de la Bundeswehr. »

Parallèlement à la militarisation de la politique étrangère, on prépare à nouveau la vie civile et sociale à la guerre. Dans la partie « Faire avancer la prévention en matière de sécurité et la résilience : une tâche pour l’ensemble de la société, » le document explique : « La sécurité nationale est une tâche qui ne se limite pas seulement à l’Etat mais incombe de plus en plus conjointement à l’Etat, à l’industrie, à la communauté scientifique et à la société. Une compréhension commune des risques éventuels forme la base sur laquelle la résilience de la société dans son ensemble doit se construire. »

Le gouvernement allemand veut « donner une importance plus vaste à la prévention en matière de sécurité en identifiant et en adaptant en permanence les secteurs ayant besoin d’être protégés ; en activant la planification de la défense civile (maintien des fonctions de l’Etat et du gouvernement, protection civile, approvisionnement, soutien aux forces armées) dans le but d’harmoniser les procédures de gestion de crise ; en institutionnalisant à l’Institut fédéral des hautes études de sécurité un débat dans toute la société sur les exigences futures en matière de sécurité. »

Le Livre blanc 2016 est le dernier acte en date d’une véritable conspiration pour la relance du militarisme allemand, initiée en 2014 à la Conférence de Munich sur la sécurité par le président Gauck, le ministre des Affaires étrangères Steinmeier (SPD) et la ministre de la Défense Von der Leyen (CDU). Comme pour le précédent document de stratégie, « Nouveau pouvoir, nouvelle responsabilité : Eléments d’une politique étrangère et de sécurité allemande pour un monde en évolution » qui a servi de modèle initial pour la nouvelle politique étrangère et de grande puissance de l’Allemagne, d’influents journalistes, universitaires, hauts gradés, représentants du patronat et politiciens de tous bords des partis parlementaires, ont participé à son élaboration.

Une publication officielle intitulée « Chemins ayant menés au Livre blanc » et diffusée par le ministère de la Défense, indique qu’il « convient de signaler tout particulièrement les nombreuses activités qui ont été organisées sous les auspices du livre blanc par les partis politiques, les églises, les syndicats et les associations et dont les résultats furent autant de pierres dans le processus de sa genèse. »

Le scandale de l’espionnage américain et le retour de l’impérialisme allemand

Par Peter Schwarz

L’exigence du départ du chef des services secrets américains en Allemagne est directement liée à la résurgence de l’impérialisme allemand, systematiquement préparée et propagée par le gouvernement allemand depuis l’an dernier.

Les médias et les partis politiques allemands on réagi avec satisfaction à la demande du gouvernement allemand que le chef de la CIA à Berlin quitte immédiatmeent le pays. Cela marquait un tournant dans l’histoire des relations germano-américaines est un acte sans précédent de protestation contre l’arrogance américaine » écrivait le quotidien Süddeutsche Zeitung.

Le journal sérieux le plus lu en allemagne considérait cette mesure drastique comme un pas vers une plus grande indépendance de l’Allemagne et établit un parallèle entre cette décision et le refus de l’Allemagne de participer à la guerre en Irak en 2003 : « L’opposition de Gerhard Schröder à la guerre en Irak il y a douze ans était le premier pas dans l’affirmation de l’indépendance vis-à-vis du principal allié. Ceci est l’étape suivante. »

Selon ce journal, les allemands ont « un droit d’être traités justement et en égaux dans le partenariat avec les Etats-Unis.... Il faut espérer qu’Obama et ses gens réaliseront qu’ils ne peuvent pas tout se permettre en Allemagne. »

Plusieurs journaux régionaux adoptèrent un ton semblable. « Nous n’accepterons pas d’être traités comme cela : ce message devrait avoir atteint Washinton à présent » a déclaré la Nordwest Zeitung. Et la Neue Osnabrücker Zeitung écrit : « L’humiliation permanente de l’Allemagne par des agences américaines de renseignement hors de contrôle ne peut être ignorée plus longtemps. »

Tous les partis représentés au parlement, en particulier le parti La Gauche ont, eux aussi, salué l’action du gouvernment.

L’expulsion du chef des services de renseignement américains n’était qu’« un premier pas » a remarqué André Hahn, qui siège à la Commission parlementaire de contrôle des services de renseignement pour La Gauche. La chancelière Angela Merkel, devait « expliquer dans une déclaration gouvernmentale au plus tard après la pause de l’été comment le gouvernement entendait protéger les citoyens contre la surveillance par les agences de renseignement étrangères et domestiques. »

Ceci est évidemment absurde. L’expulsion du chef de la CIA de Berlin n’a rien à voir avec une protection des citoyens face à l’espionnage. Et le gouvernment allemand serait bien le dernier à les protéger de cette menace. Les agences américaines et allemandes de renseignement collaborent étroitement dans la surveillance tant extérieure qu’intérieure, dans l’espionnage des réseaux de télégommunications au niveau de la planète et même dans le choix des cibles dans les assassinats par drone. Les documents rendus publics par l’ancien employé de la NSA Edward Snowden l’a clairement montré.

Cette colaboration continue après l’expulsion du chef des services de renseignement. Les porte parole gouvernementaux des deux côtés de l’Atlantique l’ont souligné en toute occasion. C’est aussi pourquoi le gouvernement allemand s’est strictement opposé à offrir l’asile politique à Snowden ou à lui garantir l’immunité afin qu’il puisse témoigner en Allemagne.

La vraie raison du conflit avec Washington est la tentative que fait Berlin de revenir sur la scène mondiale en tant que puissance impérialiste majeure. Déjà en janvier, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, avait déclaré que l’Allemagne était trop puissante et importante pour se limiter à « faire des commentaires depuis la touche sur la politique mondiale. »

Peu de temps après, le président allemand Joachim Gauck s’était prononcé en faveur d’un engagement militaire fort de l’Allemagne à la Conférence sur la sécurité à Munich.

Le retour à ses ambitions de grande puissance place l’Allemagne dans un conflit avec des Etats-Unis qui ne sont pas prêts à abandonner de plein gré leur position de seule puissance mondiale. Pour l’instant, cela s’exprime dans le désir « d’être traité justement et en partenaires égaux » par les Etats-Unis. Mais on n’en restera pas là.

La lutte pour les sphères d’influence, les matières premières, les nouveaux marchés et la main-d’oeuvre à bon marché qui est la source du militarisme ne conduit pas seulement à une attitude plus agressive envers la Chine et la Russie, mais provoque encore des conflits entre pouvoirs impérialistes alliés. Chacun de ces deux éléments peut déboucher sur une troisième guerre mondiale.

Il existe déjà des tensions significatives entre l’Allemagne et les Etats-Unis. Les deux pays ont bien collaboré dans l’installation au pouvoir d’un régime droitier pro-occidental en Ukraine, mais ils ont des divergences quant aux sanctions économiques contre la Russie, qui affecteraient principalement les sociétés allemandes et européennes.

Au Moyen-orient, l’Allemagne et l’Union européenne prennent de plus en plus leurs distances avec une politique américaine qui a conduit à une débâcle. L’ancien ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer, tradititonnellement un proche allié des Etats-Unis, a publié mercredi 9 juillet un article dans la Süddeutsche Zeitung qui qualifiait l’invasion de l’Irak en 2003 de « péché originel » dans l’évolution catastrophique qui eut lieu dans la région ; il y qualifie de « seconde erreur » un retrait « trop vite et trop tôt » des troupes américaines.

L’indignation actuelle des politiciens allemands dirigeants face à l’espionnage est en bonne partie du spectacle. Le politicien SPD Karsten Voigt, qui a été de 1999 à 2010 coordinateur gouvernemental pour la coopération germano-américaine déclara dans une interview parue dans l’hebdomadaire Die Zeit que le démasquage d’un espion américain au de service renseignement extérieur de l’Allemagne (BND) n’était pas une surprise.

Lorsqu’on lui demanda « Est-ce que cela a été une surprise de voir que les Etats-Unis avaient des espions dans notre administration gouvernmentale et au BND, » Voigt répondit : « Je ne le savais pas, bien sûr, mais je l’ai toujours supposé. Durant la période où j’étais en fonction dans les années 1990, les ambassadeurs allemands à Washington étaient convaincus qu’ils étaient surveillés. »

Le gouvernement allemand tente délibérément, en jouant l’indignation, d’exploiter l’hostilité largement répandue à la politique étrangère criminelle des Etats-Unis pour faire avancer ses propres intérêts impérialistes et développer les service secrets et les forces armées de l’Allemagne. Une tel changement de politique signifie que l’impérialisme allemand revient une fois de plus à des traditions qui dépassent de loin les crimes des autres puissances impérialistes. Le gouvernement allemand a non seulement le soutien des partis au gouvernement, la CDU et la CSU conservatrices et le SPD social-démocrate, mais aussi des partis de l’opposition, Les Verts et La Gauche.

Qui a la volonté de lutter contre la surveillance de la population et contre la guerre doit rejeter cette tromperie. Ce n’est pas un développement des services de renseignement allemands qui mettra un terme à l’espionnage de millions de personnes par la NSA, la CIA et d’autres agences américaines, mais seulement la dissolution de tous les services secrets y compris ceux de l’Allemagne.

La lutte contre l’espionnage et la surveillance par l’Etat, avec la lutte contre la guerre et l’inégalité sociale, requiert l’unification internationale de la classe ouvrière sur la base d’un programme socialiste qui s’engage à renverser le capitalisme et à construire une société socialiste.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Steinmeier fait de l’agitation en faveur de la guerre

Par Ulrich Rippert

Dans quelques semaines seulement aura lieu le 100ème anniversaire du 4 août 1914 – le jour funeste où la fraction parlementaire du SPD (Parti social-démocrate allemand) a voté au Reichstag les crédits de guerre du Kaiser pour le financement de la Première Guerre mondiale. Le SPD se prépare à célébrer l’anniversaire en faisant pression pour un renouvellement du militarisme allemand.

Fin mai, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier (SPD) a lancé un nouveau site web pour le ministère des Affaires étrangères sous le titre « Review 2014 – Repenser la politique étrangère. » L’objectif du site est de combattre l’opposition publique persistante à la guerre et au militarisme.

Steinmeier, avec le soutien du gouvernement fédéral et du président allemand, avait déclaré au début de l’année que la politique de ‘retenue militaire’ pratiquée par l’Allemagne depuis la fin de la guerre était devenue caduque (voir : « Le gouvernement allemand annonce la fin de la culture de retenue militaire ». A l’avenir, l’Allemagne interviendrait indépendamment dans toutes les régions du monde, « y compris militairement, » dans les zones de crise. Le ministre des Affaires étrangères a justifié ses propos en disant que le pays était « trop grand et trop important » pour se limiter à « simplement commenter la politique mondiale. »

Bien que ce retour à une politique étrangère plus agressive ait demandé une longue et intensive période de préparation et qu’elle fût appuyée par tous les partis du Bundestag comme par quasiment tous les médias, elle a rencontré l’opposition et l’hostilité de la grande majorité de la population.

Cela est censé changer maintenant.

Sur le nouveau site web, Steinmeier pousse à un changement de politique étrangère avec les mots : « Développons ensemble la réflexion sur la politique étrangère. » Mais la méfiance et le rejet du militarisme et de la guerre sont profondément enracinés. Les crimes abjects commis par les nazis et la Wehrmacht se sont fortement ancrés dans la conscience de vastes couches de la population. Les revendications « Plus jamais la guerre ! Plus jamais de fascisme ! » ont marqué des générations.

La réaction de Steinmeier à cette attitude ne laisse aucun doute quant au fait que, pour ce qui est du ministère des Affaires étrangères et de la chancellerie, le retour à une politique de superpuissance est une affaire réglée. Dans le même temps, il s’efforce de donner l’impression que ce n’est pas le gouvernement et les intérêts allemands qui font pression en faveur d’une politique de superpuissance et de militarisme, mais que ce sont au contraire des voix hors d’Allemagne qui exigent « davantage de leadership ». A cet effet, il a chargé plusieurs dizaines d’« experts » étrangers de produire articles et évaluations.

La publicité pour le site « Review 2014 » prétend : « Pour ce site web nous avons posé la question suivante à cinquante spécialistes éminent(e)s : ‘Qu’est-ce qui ne va pas, en admettant que ce soit le cas, dans la politique étrangère allemande ? Que faudrait-il changer ?’ »

A cet égard, il ne faudrait pas négliger que ces « spécialistes éminent(e)s » sont d’une manière ou d’une autre tributaires du ministère des Affaires étrangères et rémunérés par lui. La forme et le contenu de leurs expertises de complaisance est en fonction de leur dépendance. Des politiciens, des chercheurs, des journalistes et nombre de pays exigent tous que l’Allemagne abandonne son attitude prudente pour adopter un plus grand « rôle de leadersphip » dans les questions sécuritaires et militaires.

Jamais depuis la fin du « Führerstaat » de Hitler, il y a environ 70 ans, la demande que l’Allemagne exerce un rôle de leadership en Europe et dans le monde n’a été soulevée de manière aussi éhontée et aussi vigoureuse dans une publication officielle du ministère des Affaires étrangères.

Timothy Garton Ash, professeur d’études européennes à l’université d’Oxford, réclame que l’Allemagne assume « davantage de responsabilité » dans l’Union européenne (UE). Thomas Risse, directeur du groupe de travail Relations transnationales, politique étrangère et sécuritaire à l’université libre de Berlin, écrit dans un article intitulé « L’Allemagne comme grande puissance » que le gouvernement de Berlin doit assumer ses responsabilités européennes.

Volker Perthes, le directeur de la Fondation Science et Politique de Berlin, qui a joué un rôle central dans la préparation du changement de la politique étrangère, met l’accent sur le fait que « Le leadership repose sur la confiance ! » (Voir : « Comment la résurgence du militarisme allemand a-t-elle été préparée ? » Perthes ajoute, « Les observateurs étrangers saluent le professionnalisme du ministère allemand des Affaires étrangères mais se plaignent constamment de ce que l’Allemagne joue un trop petit rôle dans les affaires internationales – ou alors promeut ses propres intérêts économiques – et évite d’assumer la responsabilité et le leadership, ou le partage du leadership. » Dans un autre article, Perthes précise, « Leadership signifie fixer des priorités. »

Kishore Mahbubani, professeur de sciences politiques de l’université nationale de Singapour a été le plus explicite. Il a intitulé son article « La destinée de l’Allemagne : diriger l’Europe pour diriger le monde. »

La propagande nazie avait défini le caractère de l’Allemagne d’une manière identique : « Aujourd’hui l’Allemagne nous appartient – demain ce sera le monde entier ! ». Telles sont les paroles d’un tristement célèbre chant nazi.

Le professeur Mahbubani ne conteste nullement ceci. Il déclare que la « gestion de la crise européenne » par Merkel a clairement énoncé le rôle de premier plan joué par l’Allemagne en Europe. « La France et la Grande-Bretagne ne sont plus en mesure de remplir ce rôle, » écrit-il.

Le professeur Mahbubani ne se soucie pas de ce que l’Allemagne a commis comme crimes indicibles au siècle précédent. Au lieu de cela, il déplore le fait qu’elle a perdu deux guerres mondiales, ce qu’il souhaite corriger maintenant.

Il écrit : « Le vingtième siècle a été un mauvais siècle pour l’Allemagne. Elle a perdu deux guerres mondiales et a été divisée et occupée. » La seconde moitié du siècle fut en effet meilleure en ramenant la paix et la prospérité. La société allemande est cependant « psychologiquement malade » dû aux sentiments de culpabilité liés à son passé. Ce complexe de culpabilité doit être surmonté pour que le vingt-et-unième siècle devienne un grand siècle pour l’Allemagne. »

Steinmeier utilise ces remarques pour justifier la déclaration que des « pays étrangers » ont placé de « grandes attentes » dans la politique étrangère allemande. La politique allemande ne devrait plus ignorer les espoirs et les attentes nourries par « nos amis ».

A l’occasion de l’ouverture de la conférence « Review 2014 – Repenser la politique étrangère » du 20 mai dans le « Weltsaal chargé d’Histoire » (comme l’a appelé Steinmeier) du ministère des Affaires étrangères, Steinmeier a clairement fait comprendre qu’il voulait surmonter la contradiction entre « les grandes attentes placées par les pays étrangers dans la politique étrangère allemande » et l’opposition continue de la population allemande à l’encontre d’une attitude plus agressive de la part de l’Allemagne.

Il dit, « A l’époque de ma deuxième entrée en fonction, il y a un an et demi, j’avais formulé une thèse dans ce ‘Weltsaal’ du ministère des Affaires étrangères : l’Allemagne est quelque peu trop grande et économiquement trop forte pour simplement commenter la politique mondiale. » Il s’agissait à présent d’expliquer et d’imposer ce nouveau rôle de l’Allemagne dans la politique mondiale.

A cette fin, Steinmeier a prévu de nombreux événements dans le courant de l’été. Il ne veut plus tolérer l’opposition à un retour du militarisme et de la guerre. Pour lui, la démocratie ne signifie pas accepter le point de vue de la majorité et puis agir en conséquence. Pour lui, un gouvernement qui est « démocratiquement légitimé par des élections » a pour tâche de définir les intérêts allemands en les imposant envers et contre toute opposition. C’est la voix de l’oligarchie financière au pouvoir qui ne tolère aucune contradiction.

Lors des élections fédérales de l’automne dernier, ce tournant de la politique étrangère ne fut pas introduit dans la discussion bien qu’il ait été préparé de longue date par les groupes de pression et les cercles dirigeants. Au contraire, toutes sortes de questions politiques de moindre importance ont été débattues à l’infini du mariage homosexuel jusqu’à l’introduction du péage sur les autoroutes.

Quelques jours après les élections, le président Gauck a demandé que l’Allemagne joue une fois de plus un rôle « en Europe et dans le monde » et qui soit en phase avec son influence actuelle. Ceci devint le thème central des négociations de coalition et, actuellement, la coalition se consacre à faire ressusciter le militarisme allemand.

Steinmeier est un représentant social-démocrate de l’Etat qui travaille pour le compte des intérêts économiques de l’oligarchie financière et qui considère la population comme un ennemi. Symptomatique de cette attitude fut son déchaînement de colère lors d’une réunion électorale à Berlin durant laquelle il s’était élevé contre ses détracteurs qui l’avaient appelé « fauteur de guerre. »

Steinmeier avait hurlé « Vous n’avez aucun droit ! » en le prenant au pied de la lettre. Dans une interview publiée dans le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung peu de temps après les élections européennes, il avait réclamé une clause restrictive à l’adresse des petits partis afin de maintenir la dictature des partis politiques traditionnels déjà établis.

Cent ans après la grande trahison du SPD en août 1914, les sociaux-démocrates sont devenus le principal parti de l’impérialisme allemand en promouvant la propagande belliqueuse au nom du militarisme allemand. Une seule chose a changé : le SPD a depuis longtemps perdu son influence au sein de la classe ouvrière. L’hostilité entre les sociaux-démocrates et les travailleurs est réciproque.

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