Matière et Révolution
https://www.matierevolution.org/
Contribution au débat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la matière, de la vie, de l'homme et de la société
Ce site est complémentaire de https://www.matierevolution.fr/frSPIP - www.spip.netMatière et Révolutionhttp://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-5aeb8-d0407.jpg?1789960258
https://www.matierevolution.org/
69144Révolution et contre-révolution en Turquie
http://matierevolution.org/spip.php?article9082
http://matierevolution.org/spip.php?article90822026-07-09T22:34:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionTurquie
<p>Révolution et contre-révolution en Turquie en 1908-1909 <br class='autobr' />
La Turquie constitutionnelle <br class='autobr' />
(1908) <br class='autobr' />
Christian Rakovski <br class='autobr' />
La dernière forteresse de l'absolutisme et de la théocratie en Europe est tombée : la Turquie est devenue à son tour un État constitutionnel. [1] <br class='autobr' />
On sait comment les événements se déroulèrent. Vers la mi-juillet, le télégraphe répandit aux quatre coins du monde l'étrange nouvelle qu'un officier turc, Effendi Niazi, s'était enfui dans les montagnes de Monastir avec une (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory">4ème chapitre : Révolutions prolétariennes jusqu'à la deuxième guerre mondiale</a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot116" rel="tag">Turquie</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Révolution et contre-révolution en Turquie en 1908-1909</h2>
<p>La Turquie constitutionnelle</p>
<p>(1908)</p>
<p>Christian Rakovski</p>
<p>La dernière forteresse de l'absolutisme et de la théocratie en Europe est tombée : la Turquie est devenue à son tour un État constitutionnel. [1]</p>
<p>On sait comment les événements se déroulèrent. Vers la mi-juillet, le télégraphe répandit aux quatre coins du monde l'étrange nouvelle qu'un officier turc, Effendi Niazi, s'était enfui dans les montagnes de Monastir avec une centaine de soldats et de civils. Dans ce pays où coexistaient le pouvoir des rois montagnards et de leurs bandes et le pouvoir fictif du sultan, cette escapade n'avait rien d'extraordinaire que la qualité et la nationalité de son principal acteur. On se demandait si les Jeunes Turcs allaient déclencher une guérilla contre les autorités, comme l'avaient fait les révolutionnaires bulgares, grecs et autres, ou si l'on assistait à un acte isolé sans importance ? Les événements nous montrèrent bientôt que nous assistions à plus qu'à une mutinerie : la Turquie vivait une véritable révolution. L'acte d'Effendi Niazi fit surgir une conspiration qu'un incident fortuit, inconnu jusqu'alors, déclencha prématurément.</p>
<p>Après l'exploit d'Effendi Niazi, l'événement le plus important de la révolution fut la capture par Niazi du maréchal Osman Pacha, envoyé par Constantinople pour réprimer le mouvement. Cette même nuit, 24 juillet, le sultan, informé par Hilmi Pacha, commissaire général de Macédoine, que le corps d'armée de cette province s'était joint aux insurgés, s'empressa d'annoncer le rétablissement de la Constitution de 1876.</p>
<p>A partir de ce moment, le mouvement révolutionnaire des Jeunes Turcs devint légal et gouvernemental. Il obtint la suppression de la censure, une amnistie générale et aussi, comme garantie de la sincérité des intentions du Sultan, le remplacement du grand vizir Saïd Pacha par Kinmil Pacha, considéré comme représentant une tendance plus libérale. Des changements analogues se produisirent dans le gouvernement et dans la haute administration. Au cours de ces événements, l'attitude de la camarilla fut des plus pitoyables. Tous, Izzet Bey, le premier secrétaire du Sultan, le personnage le plus influent, Melhame Pacha, Mounir Pacha, les ambassadeurs et les organisateurs de l'espionnage à l'étranger, se convertirent subitement au plus pur constitutionnalisme, tout en essayant de fomenter une contre-révolution – témoin la mutinerie loyaliste des soldats d'Andrinople. Cela n'a rien d'étonnant, car le Sultan lui-même s'empressa de déclarer qu'il avait toujours été un admirateur de la Constitution et que ce n'étaient que les intrigues de personnes mal intentionnées qui l'avaient poussé à arrêter et à emprisonner ses défenseurs.</p>
<p>Il ne se passe guère de jour sans que les journaux ne nous apportent la preuve du zèle constitutionnel du Sultan. Dans son empressement à plaire aux Jeunes Turcs, il a même proposé sa propre candidature au poste de président honoraire du Comité « Union et Progrès » et a lui-même fait frapper une médaille commémorant la proclamation de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.</p>
<p>Ce prosélytisme soudain n'est ni le résultat d'un calcul trop évident pour tromper qui que ce soit, ni la preuve de la puissance des Jeunes Turcs ; il révèle plutôt la dépression psychologique du Sultan.</p>
<p>Atteint de la folie héréditaire morbide dont est mort son frère aîné, affaibli par le surmenage et une affection de la vessie, Abdul Hamid est de plus en plus en proie à des obsessions. Il est hanté par ce que la presse turque évite soigneusement de mentionner depuis trente-deux ans : le régicide. On sait que tous les assassinats d'hommes d'Etat étrangers ont été décrits au peuple turc comme des accidents ou des maladies. On comprend donc que le sultan Abdul Hamid, se voyant complètement abandonné par l'armée et ses partisans, tente, par des platitudes mal déguisées, de gagner la confiance des Jeunes Turcs tout en empêchant que les concessions sur la constitution dépassent certaines limites. Ainsi, dans le récent Hati-Houmayoun par lequel il rétablit solennellement la Constitution, Abdul Hamid conserva le droit de nommer directement non seulement le grand-vizir et le cheik-ul-islam (le chef religieux des musulmans) mais aussi les ministres de la guerre et de la marine. Les protestations unanimes que cela provoqua déterminèrent la chute de Saïd Pacha.</p>
<p>Pour compléter le bilan de la révolution turque, il faut ajouter que les élections législatives ont été fixées au mois de novembre. Conformément à la Constitution de 1876, le Parlement sera composé de deux chambres : le Sénat dont les membres seront nommés par le Sultan, et la Chambre des députés élue au suffrage indirect.</p>
<p>Le contentement produit par les événements de Constantinople fut général, du moins en apparence. Mais le résultat le plus remarquable fut le désarmement des bandes en Macédoine. Ce que trois corps d'armée n'avaient pu imposer fut obtenu en vingt-quatre heures par le rétablissement de la Constitution. Le spectacle des nombreuses bandes bulgares, grecques et serbes, quittant volontairement les montagnes où elles s'exterminaient mutuellement et descendant dans les villes pour danser ensemble la « danse fraternelle » au milieu des acclamations des foules bigarrées, fut, sans aucun doute, un merveilleux témoignage de l'effet pacifiant de la liberté.</p>
<p>La révolution turque, si elle continue sur la même marche triomphale, n'aura pas de conséquences moins favorables pour la paix dans les Balkans et en général pour toute l'Europe. Les convoitises qu'un passé, considéré jusqu'ici comme très récent, a suscitées seront apaisées lorsque chacun verra que la Turquie, loin de disparaître, grandira et progressera. Pour la Turquie elle-même, jusqu'ici le plus militariste des États, le régime constitutionnel aura des conséquences des plus favorables, tant sur le plan financier et politique qu'économique et social. Sous l'anarchie qui régnait, la puissance de la corruption, l'exemption des étrangers de la juridiction des tribunaux qui mettait tous les tricheurs cosmopolites à peu près à l'abri des poursuites, toute activité industrielle ou économique normale était impossible. Pourtant la Turquie, étendue sur deux continents (1), baignée de toutes parts par la mer, traversée par de riches voies d'eau, possédant d'abondantes mines, ayant des champs fertiles sur lesquels on peut cultiver des produits propres à tous les climats, présente les conditions les plus favorables au développement d'une industrie puissante. Il ne lui manque qu'un régime libéral et honnête.</p>
<p>Ce régime sera-t-il enfin inauguré par le triomphe du parti des Jeunes Turcs ? Pour répondre à cette question, il faut d'abord examiner les origines du mouvement libéral turc et les circonstances politiques dans lesquelles il est amené à évoluer.</p>
<p>Ce n'est pas la première fois que la Turquie tente d'assimiler les structures politiques occidentales : la Constitution actuelle date de 1876. Mais en réalité, le mouvement réformateur en Turquie remonte à une époque bien antérieure, celle de Selim qui, le premier, au prix de sa vie, tenta de dissoudre la milice des janissaires. Depuis lors, plus d'un réformateur a tenté d'implanter des institutions occidentales sur les rives du Bosphore. Certains hommes d'Etat ont même dénoncé ce zèle réformateur comme l'une des causes de la décadence turque. C'est le cas de Metternich, entre autres, qui prononçait ce dicton, souvent cité par les vieux Turcs : « Les Turcs doivent rester Turcs ».</p>
<p>Ces réformes n'ont jamais été sérieusement appliquées mais, néanmoins, on leur doit le rétablissement des populations chrétiennes en Turquie. Les principales réformes furent celles introduites par le sultan Abdul Hamid et connues sous le nom de Tanzimat. Les premières furent introduites avec l'arrivée au trône de ce sultan, soit en 1839, les autres après la guerre de Crimée. Elles sont contenues dans deux actes : le Hatti Cherif de Gulhane et le Hatti Houmayoum.</p>
<p>Le but de toutes ces réformes était de mettre la Turquie en conformité avec les États modernes en ce qui concerne les droits civils et publics. Avant les Tanzimat, il n'y avait pas de séparation des pouvoirs en Turquie et par conséquent aucune garantie pour la vie, les biens et l'honneur des citoyens. Les autorités administratives appliquaient à leur guise la peine de mort et la confiscation des biens. Les Turcs comme les chrétiens souffraient de cet état de choses, à la différence que ces derniers étaient contraints dans l'exercice de leur religion en plus des humiliations de toutes sortes qu'ils subissaient en tant que peuple conquis.</p>
<p>La réforme de 1856 décrétait l'égalité civile de tous les sujets ottomans sans distinction ; celle de 1839 introduisait un système régulier de collecte des impôts et limitait le service militaire obligatoire, toutefois pour les seuls musulmans. Mais toutes ces réformes laissaient intact le pouvoir absolu du sultan et maintenaient la population à l'écart de toute vie publique. Les chrétiens, exemptés de l'armée, étaient en outre exclus de fait de toutes les fonctions civiques alors même que la réforme de 1656 [1856 ? – HR ] avait reconnu leur droit à l'égalité.</p>
<p>Ce n'est qu'en 1876 que l'on assiste à la première grande réforme politique en Turquie : la proclamation d'une Constitution parlementaire ou Ganouni-Essasi.</p>
<p>Un diplomate français, le comte Charles de Mouy, décrit dans la Revue des Deux-Mondes de février 1900 un épisode typique lié à cette proclamation.</p>
<p>A cette époque, une conférence internationale avait été convoquée pour donner une autonomie organisationnelle aux provinces de la Turquie d'Europe (Bulgarie, Macédoine et Bosnie). Au cours de la séance du 23 décembre 1876, alors que les délégués des différentes puissances allaient commencer leurs délibérations, des coups de feu retentirent. Le président de la conférence, le délégué turc Salvet Pacha, se leva alors et annonça solennellement :</p>
<p>« Ces salves marquent la promulgation de la Constitution que le Sultan accorde à son empire. Cet acte change la forme de gouvernement qui a duré six cents ans et inaugure une nouvelle ère de prospérité pour les peuples ottomans. »</p>
<p>M. de Mouy ajouta que les plénipotentiaires, non pas surpris comme ils s'attendaient à quelque incident, mais très irrités de cette action théâtrale évidemment destinée à les éblouir et à troubler leur ordre du jour, gardèrent un silence glacial... Puis, sans aucune félicitation, et comme si de rien n'était, passèrent aux affaires du jour.</p>
<p>Les événements ultérieurs ont justifié leur méfiance.</p>
<p>Abdul Hamid qui, avant de monter sur le trône, avait fait preuve d'un constitutionnalisme plus grand que celui de Midhad Pacha, venu négocier avec lui, saisit la première occasion favorable pour suspendre la Constitution.</p>
<p>Assiste-t-on à une répétition de cette vieille comédie ? Nul doute que le Sultan n'hésiterait pas à suspendre une seconde fois la Constitution et à jeter en prison ses défenseurs s'ils faisaient preuve de faiblesse.</p>
<p>Abdul Hamid est en effet l'un des monarques les plus despotiques de l'histoire. Voici ce qu'écrit l'ambassadeur de France à Constantinople dans un document officiel du 15 octobre 1881 publié dans Le Livre Jaune :</p>
<p>« La Porte n'existe plus : c'est même le trait essentiel, le caractère principal du régime sous lequel se trouve actuellement l'Empire ottoman. Avant Abdul Hamid, le pouvoir du sultan était absolu, mais il s'exerçait par l'intermédiaire de ministres qui jouaient un rôle actif dans le gouvernement, dans l'administration, dans la conduite de la politique étrangère, etc., etc. Il n'en est plus ainsi. Les ministres sont de simples garçons de courses censés exécuter sans réserve les ordres du souverain. »</p>
<p>Après avoir exercé un pouvoir aussi illimité pendant vingt-sept ans, Abdul Hamid peut difficilement tolérer une volonté supérieure à la sienne. Il reste donc le principal opposant au nouveau régime et ses assurances actuelles n'ont pas plus de valeur que celles de 1876.</p>
<p>On sait que le grand architecte de la Constitution de 1876 fut Midhad Pacha, qu'il fut destitué du pouvoir en février 1877, exilé en Asie Mineure puis emprisonné, accusé d'avoir détrôné le sultan Abdul Aziz. Midhad Pacha mourut en prison, très probablement empoisonné.</p>
<p>Le premier échec du parti des Jeunes-Turcs ne fut pas seulement dû à sa faiblesse numérique mais surtout à sa conception politique erronée. La place accordée aux chrétiens par Midhad Pacha et ses amis dans leur système gouvernemental était tout à fait insuffisante pour les rattacher à l'Empire ottoman. Les Jeunes-Turcs de cette époque se laissaient trop influencer par l'antagonisme racial qui existait entre musulmans et chrétiens.</p>
<p>Aujourd'hui encore, c'est cet antagonisme qui constitue le principal danger pour la révolution turque, dans la mesure où il est réel et a une dimension non seulement religieuse mais aussi sociale et économique. Dans les villes, la bourgeoisie est en majorité catholique, les Turcs étant fonctionnaires et militaires. Ajoutez à cela l'organisation particulière de la famille turque, fondée sur l'esclavage absolu des femmes, et l'on comprend l'âpreté des luttes entre musulmans et chrétiens, le mépris et la haine qu'ils éprouvent les uns pour les autres. Des siècles de domination sans partage ont renforcé chez les Turcs leur sentiment de supériorité sur les chrétiens, les « ghiaours », race d'êtres inférieurs et d'esclaves. C'est la psychologie des classes dominantes turques que les clercs ont répandue aussi parmi les classes inférieures maintenues dans l'ignorance la plus crasse. Le fait que seuls les musulmans soient soumis au service militaire a renforcé leurs préjugés raciaux.</p>
<p>Cet antagonisme est en quelque sorte confirmé par une tendance sociologique : la différence de natalité entre Turcs et Chrétiens. Alors que le taux de natalité chez les Chrétiens est de 41,7 pour mille par an (chiffres officiels du recensement bulgare), celui des Turcs n'est que de 23,5. C'est le résultat des évolutions sociales différentes des conquérants et des conquis.</p>
<p>La reconnaissance de ce fait nous indique que le but de la révolution turque doit être plus élevé que la simple instauration d'un système politique. Il doit être d'élever un peuple au niveau de la civilisation et de la culture modernes. En réalité, il serait puéril de nier que l'élément chrétien en Turquie est beaucoup plus capable d'une vie politique moderne que l'élément turc et que, par conséquent, grâce à une franche alliance avec lui, le parti réformateur trouvera les forces nécessaires à la réalisation de son programme.</p>
<p>L'incompatibilité relative entre la culture musulmane et surtout la famille musulmane et un régime de liberté et d'égalité politique et civile n'est pas généralement reconnue. Beaucoup de Turcs la nient, et les événements semblent les conforter. En fait, l'empressement avec lequel toute la Turquie, y compris ses astrologues et son « Cheik-ul-Islam », déclare « sans réserve » son soutien au régime constitutionnel semble contredire notre affirmation, si ce n'était qu'il y avait une autre explication. Il suffit de noter que le foyer de la propagande des Jeunes Turcs était la Macédoine et que l'explosion du mouvement a coïncidé avec le projet anglo-russe de réformes pour comprendre les origines plus nationalistes que libérales du mouvement actuel. Tous se sont emparés de la Constitution comme d'un moyen de sauver la Turquie d'une nouvelle amputation. Cela ne signifie pas que tous tiennent compte des concessions qui doivent être faites pour réconcilier les chrétiens et aussi pour donner aux masses populaires turques confiance dans le nouveau régime. En tout cas, une diversité de vues sur ce point existait déjà avant la révolution. Les cercles autour de Mechveret montrent des tendances très nationalistes. L'idéal politique de ce groupe est un pouvoir central puissant assisté d'un parlement tel que le prévoit la Constitution de 1876. L'autre faction, groupée autour du neveu du sultan, Sebah-Edin, et qui a conclu il y a quelques mois une alliance offensive avec les révolutionnaires arméniens, cherche le salut de l'empire dans une fédération des peuples habitant la Turquie.</p>
<p>Il est indéniable que le programme démocratique de ce groupe est le seul qui puisse garantir l'exercice général et sincère de la liberté.</p>
<p>Elle va aussi à l'encontre non seulement du programme des révolutionnaires arméniens, mais aussi de celui des révolutionnaires macédoniens. [A] Les déclarations de ces révolutionnaires, leurs manifestations significatives à Salonique et à Monastir, n'auraient pas suffi à nous assurer de la sincérité de leurs intentions s'il n'existait pas d'autres preuves, à savoir les luttes souvent sanglantes entre les fédéralistes macédoniens et les partisans macédoniens de l'union avec la Bulgarie. L'assassinat de Sarofos, ancien président du comité macédonien de Sofia, n'a été qu'un incident dans ce conflit fratricide. Après les récents événements de Turquie, les organisations macédoniennes qui ont des liens avec le comité de Sofia, et donc avec les milieux bulgares non officiels, ont déclaré par la voix de leur président actuel, Pintcheff, qu'elles ne voulaient pas faire obstacle à l'œuvre réformatrice des Jeunes Turcs. L'instauration d'un régime de liberté en Turquie est une nécessité si vitale pour tous ses peuples que personne n'ose accepter ouvertement la responsabilité de s'y opposer. Néanmoins, les gouvernements des pays balkaniques, ainsi que les diplomaties de la Russie, de l'Allemagne et de l'Autriche, tout en faisant des déclarations favorables aux changements en cours, verraient avec une grande satisfaction l'échec du mouvement réformateur. Son succès dresserait des obstacles à leur politique d'expansion territoriale ou économique.</p>
<p>Il faut espérer que toutes les intrigues venues de l'étranger et toutes les résistances intérieures seront vaincues par la collaboration de plus en plus étroite des Jeunes Turcs avec les éléments chrétiens démocratiques. Les premiers doivent comprendre que sans l'aide des seconds, et donc sans un régime d'égalité absolue entre Turcs et chrétiens, l'œuvre de rénovation de la Turquie est impossible. De leur côté, les chrétiens doivent être convaincus qu'il est de leur intérêt le plus immédiat d'aider les Turcs à créer des conditions de vie modernes, honnêtement et sans esprit de séparatisme ; autrement, on reviendra au régime des massacres, de la misère et de la tyrannie pour les peuples de l'empire turc.<br class='autobr' />
Note du traducteur</p>
<p>A. Il va à l'encontre signifie « aller à l'encontre » selon mon dictionnaire, mais dans le contexte du texte de Rakovsky, il semblerait que le programme fédéraliste démocratique du groupe de Sebah-Edin coïncide avec ceux des Arméniens et des Macédoniens. Il est possible que « va à l'encontre » puisse signifier « va à la rencontre ». C'est ainsi que je l'ai rendu.<br class='autobr' />
Note</p>
<p>1. La Turquie (en Europe et en Asie) a une superficie de 2 775 000 km² et une population de 25 millions d'habitants. En Europe, elle occupe les provinces suivantes : Albanie, Macédoine, Épire et Thessalie (en partie Thrace, vilayet d'Andrinople). En Asie, elle occupe l'Anatolie, l'Arménie turque, l'Arabie, la Syrie, le Kurdistan, la Mésopotamie. En Afrique, elle occupe Tripoli. Nous ne comptons pas les provinces nominalement turques : la Roumanie orientale est unie à la Bulgarie depuis 1885, et l'Égypte est devenue de fait un protectorat de l'Angleterre.</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/rakovsky/1908/xx/x01.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/rakovsky/1908/xx/x01.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>La révolution turque</p>
<p>(Août 1908)</p>
<p>Christian Rakovski</p>
<p>Après la Russie et la Perse, c'est la Turquie qui entre dans le mouvement révolutionnaire. Mais ce qui caractérise la révolution turque, c'est son évolution rapide et son succès rapide – du moins en apparence. En l'espace de deux semaines, l'armée rebelle est devenue maîtresse de la Macédoine. Le sultan effrayé a été contraint d'accepter une constitution ou plutôt de rétablir celle de 1876. Ainsi est renversée la dernière autocratie européenne. La déclaration du général Ignatief, ambassadeur de Russie à Constantinople au moment de la proclamation de la première constitution turque : « Nous ne permettrons pas que la Russie reste le seul pays d'Europe sans constitution » n'a plus aucun fondement. En théorie du moins, toute l'Europe est constitutionnelle.</p>
<p>Mais si les changements en Turquie ont un intérêt plus général, c'est par rapport à la fameuse « question d'Orient ».</p>
<p>Sommes-nous sur le point de résoudre ce problème et donc d'éliminer l'une des plus grandes causes de guerre ?</p>
<p>Sans aucun doute, si quelqu'un, en dehors des populations de l'Est turc elles-mêmes, a intérêt à la solution complète de cette question, c'est bien le prolétariat. La Turquie est aujourd'hui un champ ouvert aux complots capitalistes et impérialistes de tous les pays. Tous, en attendant l'effondrement de l'empire pour s'emparer de certains de ses territoires, cherchent actuellement à y obtenir une plus grande influence et davantage de concessions et de privilèges financiers. Il faut dire que le partage des biens de « l'homme malade » avant sa mort a été fait avec un grand succès.</p>
<p>Grâce à un Sultan qui ne pense qu'à sa propre conservation et à une bureaucratie despotique, ignorante et corrompue, les vautours de tous les pays, les agents du capitalisme triomphant, ont réussi à construire leur nid dans tous les recoins de ce vaste empire. De tous côtés, une foule bigarrée, les propagandistes nationalistes, bulgares, roumains, serbes, grecs, etc., cherchent par le fer, le feu et l'argent à accroître leur sphère d'influence.</p>
<p>Tout cela se fait aux dépens du peuple turc, abandonné de tous, luttant avec désespoir et impuissant face à la tyrannie du sultan, aux intrigues de ses compatriotes d'autres pays et aux appétits insatiables des soi-disant puissances protectrices.</p>
<p>Une révolution qui donnerait l'initiative aux peuples de Turquie en supprimant ou en réduisant l'influence de tous ces facteurs néfastes résoudrait, par cela seul, la question orientale.</p>
<p>Seule une Turquie régénérée, démocratique et forte peut répéter avec succès le fameux « Hands off » de Gladstone et ainsi couper court à tous les appétits que son état de décomposition a provoqué chez ses voisins proches et lointains.</p>
<p>Les conséquences de ce changement pour la paix et pour la cause de la classe ouvrière sont incalculables. En général, il faut dire que – et c'est là la grande importance historique du réveil de tous les peuples de l'Est et de l'Extrême-Orient – la défaite de l'impérialisme agressif et avide de l'Empire capitaliste fera apparaître de façon absolument évidente la nécessité de trouver une solution aux difficultés de la surproduction et de l'anarchie capitaliste dans une autre organisation du travail national.</p>
<p>La soupape de sécurité coloniale n'existant plus, bon gré mal gré il faut trouver une véritable solution socialement juste.</p>
<p>Mais, au-delà de cette conséquence générale et large, la révolution turque aura d'autres conséquences plus immédiates et plus pratiques du point de vue de la politique étrangère de tous les groupes balkaniques et occidentaux dont la vie est liée à celle de la Turquie. Ce sera une baisse générale de la tension et peut-être un prélude à un certain désarmement.</p>
<p>C'est pourquoi, nous le répétons, la classe ouvrière doit accueillir la révolution turque avec enthousiasme.</p>
<p>Mais s'agit-il d'une révolution ou d'un coup d'État militaire sans conséquences majeures ? L'avenir immédiat nous le dira. Il semble cependant que la révolution turque ait, dès son début, montré une très dangereuse tendance à dérailler.</p>
<p>Il est incontestable que le seul moyen de pacifier la Turquie, déchirée par tant de passions, est la plus grande liberté possible. C'est celle qui, en satisfaisant les justes revendications des différents peuples de l'empire, peut les unir dans un esprit de solidarité commune. Malheureusement, la puissance des Jeunes-Turcs est, à ce point de vue, totalement insuffisante. La constitution de 1876 qu'ils ont demandée et obtenue laisse beaucoup à désirer. Elle laisse presque intact le pouvoir autocratique du Sultan.</p>
<p>D'autre part, les Jeunes Turcs, frappés sans doute de l'état de délabrement où ils trouvent l'Empire, n'ont qu'une idée en tête : renforcer le plus possible le pouvoir central. Au lieu d'un sultan autocratique, il y aurait une oligarchie non moins autocratique. Et pourtant, il n'est pas de pays qui se prête moins à un tel régime que la Turquie avec sa diversité de langues, de mœurs et de conditions économiques et sociales dans ses différentes provinces. Et c'est précisément cet écueil que les Jeunes Turcs ne veulent pas voir. Ils ne veulent pas comprendre cette vérité historique que c'est seulement dans une fédération de tous les peuples de l'Empire qu'ils peuvent trouver leur salut et que le vieux slogan « autonomie ou anatomie » – c'est-à-dire fédération ou partage – est aujourd'hui plus vrai que jamais.</p>
<p>En fait, à l'heure actuelle, après tant de luttes sanglantes, les peuples de Turquie se soumettront encore moins qu'il y a trente-deux ans à la tyrannie d'un gouvernement central semi-absolutiste promis par la Constitution de 1876. Nous n'ignorons pas les difficultés qui entravent le progrès de la révolution turque, mais les Jeunes Turcs aggravent eux-mêmes les choses en s'empressant de négocier avec Abdul-Hamid. C'est un pacte avec le diable qui, croyons-nous, sera fatal au mouvement. Il n'y a qu'un seul moyen pour que la révolution turque réussisse, c'est d'unir tous les peuples ordinaires de Turquie, sans distinction de race ou de croyance, autour d'un programme véritablement révolutionnaire et démocratique.</p>
<p>Mais le Parti des Jeunes Turcs est-il capable de réaliser cette union ?</p>
<p>En effet, quel est le caractère social du mouvement Jeunes-Turcs ? Les ouvriers et les paysans turcs sont encore sous l'influence du clergé. La bourgeoisie musulmane, au sein de laquelle les Jeunes-Turcs ont une certaine sympathie, n'a pas beaucoup d'importance. Une longue évolution historique a transformé la bourgeoisie turque en une caste militaire et de fonctionnaires tandis que la bourgeoisie chrétienne s'occupe d'industrie et de commerce.</p>
<p>Ainsi, le seul milieu où les Jeunes-Turcs soient populaires est celui de l'armée et de la bureaucratie. Ces deux éléments peuvent garantir à une révolution un succès aussi rapide que de courte durée. Mais une manœuvre habile du sultan, appelant au pouvoir le plus grand nombre possible de Jeunes-Turcs, peut désorganiser et compromettre tout le mouvement.</p>
<p>Les Jeunes Turcs pourraient trouver un appui solide dans la bourgeoisie et le prolétariat chrétiens, mais auront-ils la clairvoyance et le courage moral de le faire ?</p>
<p>En même temps, ils pourraient entraîner les masses musulmanes avec eux en leur promettant de sérieuses réformes. L'avenir nous montrera s'ils en sont capables. De leur attitude dépendra la question de savoir si la révolution turque sera un simple masque ou un mouvement lourd de conséquences politiques et sociales pour l'humanité entière.</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/rakovsky/1908/08/01.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/rakovsky/1908/08/01.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>Révolution et contre-révolution en Turquie</p>
<p>(Mai 1909)</p>
<p>Christian Rakovski</p>
<p>L'explosion de la contre-révolution turque, heureusement repoussée (du moins pour le moment), n'a pas été une grande surprise pour ceux qui ont suivi de près les événements en Orient. Déjà, au lendemain de la révolution turque, nous exprimions dans ce journal nos craintes d'une contre-offensive réactionnaire. Nos appréhensions, hélas ! n'ont été que trop justifiées par ce qui a suivi, mais nous nous permettons de reproduire la conclusion de notre article, publié il y a neuf mois, que ces derniers événements ont remis d'actualité.</p>
<p>C'est pourquoi, nous le répétons, la classe ouvrière doit accueillir la révolution turque avec enthousiasme.</p>
<p>Mais s'agit-il d'une révolution ou d'un coup d'État militaire sans conséquences majeures ? L'avenir immédiat nous le dira. Il semble cependant que la révolution turque ait, dès son début, montré une très dangereuse tendance à dérailler.</p>
<p>Il est incontestable que le seul moyen de pacifier la Turquie déchirée par tant de passions est la plus grande liberté possible. C'est celle qui, en satisfaisant les justes revendications des différents peuples de l'empire, peut les unir dans un esprit de solidarité commune. Malheureusement, la puissance des Jeunes-Turcs est, à ce point de vue, totalement insuffisante. La constitution de 1876 qu'ils ont demandée et obtenue laisse beaucoup à désirer. Elle laisse presque intact le pouvoir autocratique du Sultan.</p>
<p>D'autre part, les Jeunes Turcs, frappés sans doute de l'état de délabrement où ils trouvent l'Empire, n'ont qu'une idée en tête : renforcer le plus possible le pouvoir central. Au lieu d'un sultan autocratique, il y aurait une oligarchie non moins autocratique. Et pourtant, il n'est pas de pays qui se prête moins à un tel régime que la Turquie avec sa diversité de langues, de mœurs et de conditions économiques et sociales dans ses différentes provinces. Et c'est précisément cet écueil que les Jeunes Turcs ne veulent pas voir. Ils ne veulent pas comprendre cette vérité historique que c'est seulement dans une fédération de tous les peuples de l'Empire qu'ils peuvent trouver leur salut et que le vieux slogan « autonomie ou anatomie » – c'est-à-dire fédération ou partage – est aujourd'hui plus vrai que jamais.</p>
<p>En fait, à l'heure actuelle, après tant de luttes sanglantes, les peuples de Turquie se soumettront encore moins qu'il y a trente-deux ans à la tyrannie d'un gouvernement central semi-absolutiste promis par la Constitution de 1876. Nous n'ignorons pas les difficultés qui entravent le progrès de la révolution turque, mais les Jeunes Turcs aggravent eux-mêmes les choses en s'empressant de négocier avec Abdul-Hamid. C'est un pacte avec le diable qui, croyons-nous, sera fatal au mouvement. Il n'y a qu'un seul moyen pour que la révolution turque réussisse, c'est d'unir tous les peuples ordinaires de Turquie, sans distinction de race ou de croyance, autour d'un programme véritablement révolutionnaire et démocratique.</p>
<p>Mais le Parti des Jeunes Turcs est-il capable de réaliser cette union ?</p>
<p>En effet, quel est le caractère social du mouvement Jeunes-Turcs ? Les ouvriers et les paysans turcs sont encore sous l'influence du clergé. La bourgeoisie musulmane, au sein de laquelle les Jeunes-Turcs ont une certaine sympathie, n'a pas beaucoup d'importance. Une longue évolution historique a transformé la bourgeoisie turque en une caste militaire et de fonctionnaires tandis que la bourgeoisie chrétienne s'occupe d'industrie et de commerce.</p>
<p>Ainsi, le seul milieu où les Jeunes-Turcs soient populaires est celui de l'armée et de la bureaucratie. Ces deux éléments peuvent garantir à une révolution un succès aussi rapide que de courte durée. Mais une manœuvre habile du sultan, appelant au pouvoir le plus grand nombre possible de Jeunes-Turcs, peut désorganiser et compromettre tout le mouvement.</p>
<p>Les Jeunes Turcs pourraient trouver un appui solide dans la bourgeoisie et le prolétariat chrétiens, mais auront-ils la clairvoyance et le courage moral de le faire ?</p>
<p>En même temps, ils pourraient entraîner les masses musulmanes avec eux en leur promettant de sérieuses réformes. L'avenir nous montrera s'ils en sont capables. De leur attitude dépendra la question de savoir si la révolution turque sera un simple masque ou un mouvement lourd de conséquences politiques et sociales pour l'humanité entière.</p>
<p>L'expérience des neuf mois qu'ont vécu les Jeunes Turcs montre qu'ils n'étaient pas suffisamment préparés à la grande entreprise dans laquelle ils s'étaient embarqués.</p>
<p>Il faut dire qu'ils étaient confrontés à une tâche extrêmement difficile et que les conditions particulières qui prévalaient en Turquie rendaient la tâche encore plus compliquée.</p>
<p>Il ne s'agit pas, comme dans d'autres révolutions bourgeoises, de lutter seulement contre un ancien régime déjà compromis aux yeux du peuple, mais de lutter contre les préjugés des masses turques qui découlent d'un type particulier d'organisation familiale fondée sur l'esclavage de la femme et sur l'organisation militaire et théocratique de l'Empire ottoman.</p>
<p>L'oligarchie militaire, bureaucratique et cléricale turque, tirant sa force de l'antagonisme entre musulmans et chrétiens, n'a cessé d'exciter les premiers contre les seconds, approfondissant et préservant habilement les différences qui les séparaient. Le droit exclusif des musulmans à porter les armes a été, ainsi que les privilèges qui renforçaient leur sentiment d'être la race dominante, à l'origine des effroyables massacres de chrétiens qui ont ensanglanté la semaine dernière encore les villes d'Asie Mineure.</p>
<p>Le régime constitutionnel, fondé sur le respect de la personnalité humaine et donc de la femme, ainsi que sur la tolérance, se heurtait aux préjugés de la race musulmane dominante.</p>
<p>Il est vrai que pour le noyau des masses musulmanes cette supériorité se manifestait par la liberté qu'elles avaient de temps à autre de massacrer et de piller les chrétiens en toute impunité, et que dans leur vie quotidienne elles n'étaient pas mieux loties. Mais en nous mettant mentalement à la place des masses turques, nous devons nous demander ce que le nouveau régime leur a apporté pour remplacer les privilèges apparents qu'elles avaient sous l'ancien ?</p>
<p>Quel puissant intérêt pourraient-ils avoir à soutenir ce régime et à ne pas se laisser guider par les prêches fanatiques des softas et des hodjahs ?</p>
<p>Ceci souligne précisément l'importance de l'application d'un vaste programme de réformes sérieuses, tant sociales qu'économiques, qui aux yeux des masses musulmanes elles-mêmes indiqueraient la supériorité du nouveau régime par rapport à l'ancien.</p>
<p>Il y a trois sortes de réformes que le développement économique et social de la Turquie exige. Nous ne pourrons que les mentionner, car les limites de notre article ne nous permettent pas d'entrer dans les détails. Ces réformes sont : la réforme agraire, la réforme administrative et la réforme ouvrière sans parler des réformes purement politiques.</p>
<p>Quelle a été l'attitude des Jeunes Turcs face à ces énormes problèmes ?</p>
<p>Dire que ce n'était pas suffisant serait un euphémisme : c'était lamentable. Pour eux, c'était comme si ces problèmes n'existaient pas ou, s'ils faisaient quelque chose, cela aggravait la situation déjà ancienne.</p>
<p>Ils ne touchèrent pas à la réforme agraire. Les réformes administratives se soldèrent par un fiasco complet. Les deux conseillers européens, Laurent et Crawford, appelés le premier à réformer les finances et le second les douanes, après avoir travaillé plusieurs mois, se déclarèrent incapables de rien faire devant l'inertie du gouvernement Jeune-Turc et le rejet de leurs propositions. Les Jeunes-Turcs ne voulaient pas renvoyer chez eux les milliers de parasites qui vivaient aux dépens de la population chrétienne et musulmane de peur d'accroître le nombre des mécontents.</p>
<p>Pour donner au lecteur une idée de l'ampleur du parasitisme bureaucratique en Turquie, voici quelques chiffres recueillis par M. Laurent.</p>
<p>En Turquie, pour 210 000 soldats, on compte 46 000 officiers. Dans la Marine notamment, on compte plus de 1 000 officiers pour 6 000 marins !</p>
<p>Il n'est pas étonnant que, dans ces conditions, le budget turc, sans prévoir la moindre somme pour une réforme utile, accuse d'énormes déficits. Pendant l'année 1909-1910, malgré toutes les économies réalisées, il s'est élevé à 3.540.000 livres turques, soit environ 80 millions. Sur les 28.815.000 livres turques dépensées, 8 millions, soit le tiers, ont été engloutis par le ministère de la Guerre. Les ministères de l'Instruction publique, du Commerce, de l'Agriculture, etc. ont représenté des sommes dérisoires. Et, par-dessus tout, le nouveau gouvernement a présenté un projet nécessitant 25 millions de livres turques, soit 375 millions de francs, pour rétablir la marine turque.</p>
<p>Ainsi la nouvelle Turquie apparaît aux yeux des masses comme un gouvernement dispendieux menaçant le pays de nouveaux impôts et de nouvelles cotisations. Cela n'est pas de nature à inspirer la popularité. Surtout en ce qui concerne la classe ouvrière, le gouvernement a fait preuve de la plus noire ingratitude. Bien que ce soit uniquement grâce à l'appui des ouvriers, de ceux de la corporation des portiers [A] en particulier, qu'il ait pu imposer à l'Autriche le paiement d'une indemnité de 60 millions de francs, il a refusé de les dédommager même de cette partie de leur salaire perdu. Bien plus, la première loi du travail du nouveau gouvernement était une loi dirigée contre la classe ouvrière en enlevant à une large catégorie d'ouvriers le droit de se regrouper. Tel est le texte de la loi annoncé publiquement par le ministère du Commerce et des Travaux publics dans une circulaire au mois d'octobre.</p>
<p>« Il est établi en principe que les employés des services officiels et ceux qui administrent la Dette publique (et les Accises qui en font partie) ne peuvent pas faire grève. Par analogie, les employés et les ouvriers des services publics tels que les chemins de fer, les ports, les docks, les tramways, l'eau, le gaz et l'éclairage électrique, de même que les employés du gouvernement impérial, ne peuvent pas non plus faire grève si cela porte préjudice à l'intérêt public. »</p>
<p>Les Jeunes Turcs souhaitaient ainsi faire de la Turquie un paradis terrestre pour le capitalisme cosmopolite.</p>
<p>Un deuxième problème auquel les Jeunes Turcs ont dû faire face mais qu'ils ont également été incapables de résoudre était celui des nationalités.</p>
<p>Au lieu de chercher dans les milieux chrétiens démocratiques un appui contre le parti réactionnaire turc, ils les ont systématiquement exclus du gouvernement. Ils n'ont même pas eu le courage moral d'enrôler les chrétiens dans l'armée, alors que c'est une mesure qu'ils pourraient introduire sans autorisation parlementaire spéciale, puisque cet enrôlement est déjà prévu par la Constitution de 1876.</p>
<p>La politique étrangère des Jeunes Turcs ne fut pas plus fructueuse que leur politique intérieure. Elle était imprégnée d'un sentiment ultra nationaliste qui faisait le jeu des chauvins des pays balkaniques, comme la Bulgarie, qui ne cherchaient qu'un prétexte pour encourager les difficultés du nouveau régime turc.</p>
<p>Je ne parle pas ici de toute une série de mesures vexatoires dirigées contre la presse, les réunions publiques et les groupements politiques qui ont provoqué même parmi les Jeunes Turcs une scission en deux comités : « L'Union et le Progrès » et « L'Union Libérale », si bien exploitée par le parti de la réaction.</p>
<p>Les Jeunes Turcs ne sont aujourd'hui qu'une minorité qui cherche à imposer à la Turquie un nouveau régime par la dictature. Mais pour une telle entreprise, le courage physique ne suffit pas, il faut un courage moral que seuls les grands mouvements populaires donnent. Dans la mesure où les Jeunes Turcs ne sauront pas trouver le moyen de s'attacher les masses musulmanes et chrétiennes, leur tentative sera condamnée à un échec certain.</p>
<p>*</p>
<p>Note du traducteur</p>
<p>A. Je ne sais pas exactement ce que signifie « corporation des portefaix » . Je pense que cela pourrait désigner les employés du ministère des Finances. – RH</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/rakovsky/1909/05/15.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/rakovsky/1909/05/15.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>Lire aussi :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1102" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1102</a></p></div>
Rosa Luxemburg et la question arménienne
http://matierevolution.org/spip.php?article7548
http://matierevolution.org/spip.php?article75482025-02-14T23:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisTurquieArménie
<p>Rosa Luxembourg - La social-démocratie et les luttes nationales en Turquie <br class='autobr' />
I : La situation turque <br class='autobr' />
Dans la presse du parti, on rencontre trop souvent la tentative de représenter les événements de Turquie comme un pur produit du jeu des intrigues diplomatiques, notamment du côté russe. [A] Pendant un temps, on pouvait même rencontrer des voix dans la presse qui soutenaient que les outrages turcs étaient principalement une invention, que les Bashi-Bazouks étaient de véritables modèles (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory">4ème chapitre : Révolutions prolétariennes jusqu'à la deuxième guerre mondiale</a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot116" rel="tag">Turquie</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot255" rel="tag">Arménie</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Rosa Luxembourg - La social-démocratie et les luttes nationales en Turquie</h2>
<p>I : La situation turque</p>
<p>Dans la presse du parti, on rencontre trop souvent la tentative de représenter les événements de Turquie comme un pur produit du jeu des intrigues diplomatiques, notamment du côté russe. [A] Pendant un temps, on pouvait même rencontrer des voix dans la presse qui soutenaient que les outrages turcs étaient principalement une invention, que les Bashi-Bazouks étaient de véritables modèles chrétiens, et que les révoltes des Arméniens étaient l'œuvre d'agents payés. avec des roubles russes.</p>
<p>Ce qui frappe surtout dans cette position, c'est qu'elle n'est en rien fondamentalement différente du point de vue bourgeois. Dans les deux cas, nous avons la réduction des grands phénomènes sociaux à divers « agents », c'est-à-dire aux actions délibérées des bureaux diplomatiques. De la part des politiciens bourgeois, de tels points de vue ne sont, bien sûr, pas surprenants : ces gens font effectivement l' histoire dans ce domaine, et donc le fil le plus mince d'une intrigue diplomatique a une grande importance pratique pour la position qu'ils prennent à l'égard de court -intérêts à terme. Mais pour la social-démocratie, qui à l'heure actuelle ne fait qu'éluciderévénements de la sphère internationale, et qui se préoccupe avant tout de faire remonter les phénomènes de la vie publique à des causes matérielles plus profondes, la même politique apparaît comme tout à fait vaine. Au contraire, en politique étrangère comme en politique intérieure, la social-démocratie peut adopter sa propre position, qui dans les deux domaines doit être déterminée par les mêmes points de vue, à savoir par les conditions sociales internes du phénomène en question, et par nos principes généraux.</p>
<p>Alors comment se présentent ces conditions au regard des luttes nationales en Turquie qui nous concernent ici ? Jusqu'à récemment dans une partie de la presse, la Turquie était encore présentée comme un paradis où « les différentes nationalités coexistaient pacifiquement depuis des centaines d'années », « possédaient l'autonomie la plus complète », et où seule l'ingérence de la diplomatie européenne avait créé artificiellement le mécontentement , en persuadant les heureux peuples de Turquie qu'ils sont opprimés, et en même temps en empêchant l'agneau innocent d'un sultan de mener à bien ses « réformes maintes fois accordées ». (1)</p>
<p>Ces affirmations sont fondées sur une vaste ignorance des conditions.</p>
<p>Jusqu'au début du siècle présent, la Turquie était un pays d'économie de troc, dans lequel chaque nationalité, chaque province et chaque communauté vivait sa propre existence séparée, supportait patiemment les souffrances auxquelles elle était habituée et formait la véritable base d'un despotisme oriental. Ces conditions, si oppressantes qu'elles fussent, se distinguaient pourtant par une grande stabilité, et pouvaient donc survivre longtemps sans provoquer de rébellion de la part des peuples assujettis. Depuis le début du siècle, tout cela a considérablement changé. Secouée par le conflit avec les États forts et centralisés d'Europe, mais surtout menacée par la Russie, la Turquie s'est trouvée contrainte d'introduire des réformes intérieures, et cette nécessité a trouvé son premier représentant en la personne de Mahmud II.[Sultan ottoman (1808-1839)]. Les réformes ont aboli le gouvernement féodal et ont introduit à sa place une bureaucratie centralisée, une armée permanente et un nouveau système financier. Les réformes modernes, comme toujours, impliquaient des coûts énormes, et traduites dans le langage des intérêts matériels de la population, elles équivalaient à une augmentation colossale de l'impôt public. Des droits indirects élevés, perçus sur chaque tête de bétail et chaque paille, des droits de douane, des droits de timbre et des taxes sur les spiritueux, une dîme du gouvernement avec un supplément périodique chaque trimestre, puis un impôt direct sur le revenu, qui s'élevait à 30 pour cent. dans les villes et 40 % à la campagne, et avec elle un impôt tenant lieu de service militaire pour les chrétiens, et enfin des services plus obligatoires — c'est désormais ainsi que le peuple doit payer les dépenses de l'État réformé.Mais c'est seulement le système particulier de gouvernement qui existe en Turquie qui donne une idée vraie des charges qui sont supportées. Dans un étrange mélange de principes modernes et médiévaux, il se compose d'un nombre immense d'autorités administratives, de cours et d'assemblées, qui sont liées à la capitale de manière extrêmement centralisée dans leur conduite ; mais en même temps, toutes les positions publiques sontde facto vénal, et ne sont pas payés par le gouvernement central, mais sont principalement financés par les revenus de la population locale - une sorte de bénéfice bureaucratique. Ainsi le pacha peut s'envoler la province à sa guise, pourvu qu'il envoie la plus grosse somme d'argent possible à Istanbul ; ainsi le cadi (juge) est en vertu de sa charge financé par des exactions, puisqu'il doit lui-même payer un tribut annuel à Constantinople pour sa charge. Le plus important, cependant, est le système de taxation, qui, étant entre les mains d'un mülterim , un fermier fiscal, en comparaison de qui l'intendant général de l' ancien régime françaisressemble au Bon Samaritain, se retrouve avec une absence totale de système et de règles, et un arbitraire illimité. Et enfin, entre les mains de la bureaucratie, les services obligatoires sont devenus un moyen d'extorsion et d'exploitation effrénées du peuple.</p>
<p>Il est évident qu'un système de gouvernement ainsi constitué est fondamentalement différent du modèle européen. Tandis que chez nous le gouvernement central escroque le peuple et maintient ainsi son administration, là-bas au contraire l'administration escroque le peuple de son propre chef et finance ainsi le gouvernement central. Dès lors, en Turquie, l'administration apparaît comme une classe particulière et nombreuse de la population, qui en elle-même représente directement un facteur économique, et dont l'existence est financée par le pillage professionnel du peuple.</p>
<p>Dans le même temps, et en liaison avec les réformes, il en résulta un changement dans les conditions de propriété foncière des paysans chrétiens, là encore fortement en leur défaveur par rapport au propriétaire foncier turc. Ce dernier, généralement un ancien seigneur féodal, a pu rendre sa charge héréditaire, tout à fait sur le modèle chrétien. Quand Spahiluk(la tenure féodale) fut abolie par la réforme, et les dîmes qu'ils payaient jusqu'alors aux spahis furent redirigées vers le trésor public, il chercha à s'affirmer en tant que propriétaire foncier ; en conséquence un nouvel impôt pour les paysans - la fermage - s'est développé à côté des anciennes dîmes, un impôt qui s'élevait régulièrement à un tiers du produit net après déduction de la dîme. Pour le paysan chrétien, il ne restait souvent d'autre salut au milieu de toutes ces choses merveilleuses que de transférer un petit lopin de terre per oblationem (comme don conditionnel) à l'Église musulmane, puis de le récupérer sous forme de fermage dont le loyer était dû, mais qui était au moins exempt de dîmes. Ainsi, à la fin des années 1870, la main-morte en Turquie représentait plus de la moitié de toutes les propriétés foncières cultivables.</p>
<p>Ainsi, les réformes s'accompagnèrent d'une terrible détérioration des conditions matérielles de la population. Mais ce qui les rendait particulièrement insupportables, c'était un élément assez moderne qui s'était mêlé à la situation, à savoir l' insécurité : le régime fiscal irrégulier, les rapports fluctuants de la propriété foncière, mais surtout l' économie monétaire résultant de la transformation de l'impôt en nature en taxe sur l'argent et le développement du commerce extérieur.</p>
<p>Les anciennes conditions s'étaient détériorées et leur stabilité avait disparu à jamais.</p>
<p>II. La désintégration</p>
<p>Le moment de l'histoire de la Turquie dont nous avons parlé dans notre article précédent rappelle, d'une certaine manière, la Russie. Mais alors qu'il y a les réformes après la guerre de Crimée [B]créé à la fois le développement rapide du capitalisme et une base matérielle pour les innovations administratives et financières et pour le développement ultérieur du militarisme, en Turquie une transformation économique correspondant aux réformes modernes faisait totalement défaut. Toutes les tentatives de créer une industrie indigène en Turquie ont échoué. Les quelques usines fondées par le gouvernement produisaient des marchandises de mauvaise qualité et chères. L'absence des conditions préalables les plus élémentaires de l'ordre bourgeois — la sécurité des personnes et des biens, au moins l'égalité formelle devant la loi, un droit civil séparé du droit religieux, les moyens de communication modernes, etc. impossibilité absolue. La politique commerciale des États européens envers la Turquie va dans le même sens,exploiter son impuissance politique pour assurer un marché non protégé à ses propres industries. Jusqu'à présent, à côté du commerce, l'usure a été la seule manifestation du capital domestique. Economiquement donc, la Turquie resta dans l'agriculture paysanne la plus primitive, dans laquelle, dans bien des cas, les rapports de propriété n'avaient même pas éliminé leur caractère semi-féodal.</p>
<p>Il est clair qu'une base matérielle de l'économie monétaire ainsi constituée ne s'était pas développée parallèlement aux formes de gouvernement et aux impôts financiers qui lui étaient associés, qu'elle s'en était aplatie et, comme elle ne pouvait se développer, elle s'orientait vers un processus de désintégration.</p>
<p>La désintégration de la Turquie est devenue flagrante à deux extrêmes à la fois. D'une part, un déficit permanent est apparu dans l'économie paysanne. Cela a acquis une expression tangible dans l' usurier, qui était devenu un élément organique de la communauté villageoise, et a indiqué la suppuration interne des conditions comme un abcès. Les taux d'intérêt mensuels de trois pour cent étaient un phénomène permanent dans les villages turcs, et l'épilogue régulier du drame muet du village était la prolétarisation du paysan, sans qu'il y ait des formes de production disponibles dans le pays qui lui auraient permis d'être absorbé. dans une classe ouvrière moderne, avec pour résultat qu'il a trop souvent sombré dans le lumpen-prolétariat. Ces phénomènes sont en outre liés au déclin de l'agriculture, aux famines dévastatrices et à la fièvre aphteuse.</p>
<p>D'autre part, il y avait le déficit de la trésorerie de l'État. Depuis 1854, la Turquie avait pris la route des emprunts étrangers sans fin. Les usuriers de Londres et de Paris opéraient dans la capitale tout comme les usuriers arméniens et grecs opéraient dans les villages. Diriger est devenu de plus en plus difficile, et les gouvernés sont devenus de plus en plus insatisfaits. Faillite dans la capitale et banqueroute dans les villages ; les révolutions de palais à Constantinople et les soulèvements populaires dans les provinces – ce furent les résultats ultimes du déclin interne. Il était impossible de trouver une issue à cette situation. Le remède n'aurait pu être atteint que par une transformation totale de la vie économique et sociale, par une transition vers des formes de production capitalistes.Mais il n'existait pas et il n'existe ni la base d'une telle transformation ni une classe sociale qui pourrait se présenter comme son représentant. Les « réformes répétées » du sultan ne pouvaient évidemment pas lever les difficultés, puisqu'elles n'étaient nécessairement que de nouvelles innovations juridiques, qui laissaient la vie sociale et économique intacte, et restaient souvent simplement sur le papier, puisqu'elles s'opposaient aux intérêts dominants. de l'officialité.</p>
<p>La Turquie ne peut pas se régénérer dans son ensemble . Dès le départ, il se composait de plusieurs terres différentes. La stabilité du mode de vie, le caractère autonome des provinces et des nationalités avaient disparu. Mais aucun intérêt matériel, aucun développement commun n'avait été créé qui pût leur donner une unité interne. Au contraire, la pression et la misère de l'appartenance commune à l'État turc sont devenues de plus en plus grandes. Et ainsi il y avait une tendance naturelle pour les diverses nationalités à s'échapper de l'ensemble, et instinctivement à chercher la voie d'un développement social plus élevé dans une existence autonome. Et c'est ainsi que fut prononcée la sentence historique contre la Turquie : elle était au bord de la ruine.</p>
<p>Même si tous les sujets du gouvernement ottoman en venaient à connaître la misère d'un organisme étatique en décomposition, et que les divers peuples musulmans – Druzes, Nazaréens, Kurdes et Arabes – se révoltaient également contre le joug turc, la tendance séparatiste s'étendait surtout au terres. Ici, le conflit d'intérêts matériels coïncidait souvent avec les frontières nationales. Le chrétien est privé de son droit, son serment est sans valeur contre un musulman, il ne peut pas porter les armes et, en règle générale, il ne peut occuper aucune fonction publique. Mais ce qui est encore plus important, en tant que paysan, il occupe souvent la terre d'un propriétaire terrien musulman, et se fait aspirer par des fonctionnaires musulmans. Au niveau de la base, il y a donc fréquemment une lutte des classes– une lutte des petits paysans et fermiers avec la classe des propriétaires terriens et des fonctionnaires, comme par exemple en Bosnie-Herzégovine, où les conditions rappellent fortement l'Irlande. Ainsi l'opposition produite par la pression économique et juridique a trouvé ici une idéologie toute faite dans les conflits nationaux et religieux. Le mélange d'éléments religieux devait leur donner un caractère particulièrement grossier et sauvage. Et ainsi tous les éléments étaient réunis pour créer une lutte à mort des nations chrétiennes avec la Turquie, la lutte des Grecs, des Bosniaques-Herzégovines, des Serbes et des Bulgares. Et maintenant, la séquence a atteint les Arméniens.</p>
<p>Face aux conditions sociales que nous avons brièvement esquissées ici, les prétentions que les soulèvements et les luttes nationales en Turquie ont été artificiellement produits par des agents du gouvernement russe ne semblent pas plus sérieuses que les prétentions de la bourgeoisie que l'ensemble du travail moderne mouvement est l'œuvre de quelques agitateurs sociaux-démocrates. Certes, la dissolution de la Turquie n'avance pas uniquement par son propre élan. Certes, les mains tendres des cosaques russes ont rendu des services de sage-femme à la naissance de la Grèce, de la Serbie et de la Bulgarie, et le rouble russe est le metteur en scène permanent du drame historique de la mer Noire. Mais ici la diplomatie ne fait que jeter un bâton enflammé dans une matière inflammable, dont les montagnes se sont accumulées au cours de siècles d'injustice et d'exploitation.</p>
<p>Il s'agit ici d'un processus historique se développant avec l'inéluctabilité d'une loi de la nature. L'impossibilité du maintien de formes économiques archaïques en Turquie face au système fiscal et à l'économie monétaire, et l'impossibilité de l'économie monétaire se transformant en capitalisme, telle est la clé pour comprendre les événements de la péninsule balkanique. La base de l'existence du despotisme turc est sapée. Mais la base de son développement en un État moderne n'est pas en train d'être créée. Il doit donc périr, non en tant que forme de gouvernement, mais en tant qu'État ; non par la lutte des classes, mais par la lutte des nationalités. Et ce qui se crée ici n'est pas une Turquie régénérée, mais une série de nouveaux États, taillés dans la carcasse de la Turquie.</p>
<p>C'est la situation. Maintenant, nous devons discuter de la position que la social-démocratie doit prendre par rapport aux événements turcs.</p>
<p>III : Le point de vue de la social-démocratie</p>
<p>Maintenant, quelle peut être la position de la social-démocratie face aux événements en Turquie ? En principe, la social-démocratie se range toujours du côté des aspirations à la liberté. Les nations chrétiennes, en l'occurrence les Arméniens, veulent se libérer du joug de la domination turque, et la social-démocratie doit se déclarer sans réserve pour soutenir leur cause.</p>
<p>Bien sûr, en politique étrangère – tout comme dans les questions intérieures – il ne faut pas voir les choses trop schématiquement. La lutte nationale n'est pas toujours la forme appropriée pour la lutte pour la liberté. Par exemple, la question nationale prend une forme différente en Pologne, en Alsace-Lorraine ou en Bohême. Dans tous ces cas, nous sommes confrontés à un processus directement opposé d'assimilation capitaliste des terres annexées aux terres dominantes, qui condamne les efforts séparatistes à l'impuissance, et il est dans l'intérêt du mouvement ouvrier de prôner l'unité de forces, et non leur fragmentation dans les luttes nationales. Mais dans la question des révoltes en Turquie, la situation est différente : les terres chrétiennes ne sont liées à la Turquie que par la force, elles n'ont pas de mouvement ouvrier, elles déclinent en vertu d'un développement social naturel,ou plutôt dissolution, et donc les aspirations à la liberté ne peuvent se faire sentir ici que dans une lutte nationale ; par conséquent, notre partisanerie ne peut et ne doit admettre aucun doute. Il ne nous appartient pas de formuler des revendications pratiques pour les Arméniens, ni de déterminer la forme politique à laquelle il faut aspirer ici ; pour cela, les propres aspirations de l'Arménie devraient être prises en considération, ainsi que ses conditions internes et le contexte international. Pour nous, la question dans cette situation est avant tout le point de vue général, et cela nous oblige à nous tenirou de déterminer la forme politique à laquelle il faut aspirer ici ; pour cela, les propres aspirations de l'Arménie devraient être prises en considération, ainsi que ses conditions internes et le contexte international. Pour nous, la question dans cette situation est avant tout le point de vue général, et cela nous oblige à nous tenirou de déterminer la forme politique à laquelle il faut aspirer ici ; pour cela, les propres aspirations de l'Arménie devraient être prises en considération, ainsi que ses conditions internes et le contexte international. Pour nous, la question dans cette situation est avant tout le point de vue général, et cela nous oblige à nous tenirpour les insurgés et non contre eux.</p>
<p>Mais qu'en est-il des intérêts pratiques de la social-démocratie ? Ne tombons-nous pas en contradiction avec ceux-ci en adoptant la position de principe susmentionnée ? Nous pensons pouvoir prouver exactement le contraire en trois points.</p>
<p>Premièrement, la libération des terres chrétiennes de la Turquie signifie un progrès dans la vie politique internationale. L'existence d'une position artificielle comme celle de la Turquie d'aujourd'hui, où convergent tant d'intérêts du monde capitaliste, a un effet contraignant et retardateur sur le développement politique général. La Question d'Orient, jointe à celle d'Alsace-Lorraine, oblige les puissances européennes à préférer poursuivre une politique de stratagèmes et de tromperies, à dissimuler leurs intérêts réels sous des noms trompeurs et à chercher à les atteindre par des subterfuges. Avec la libération des nations chrétiennes de la Turquie, la politique bourgeoise sera dépouillée de l'un de ses derniers lambeaux idéalistes — la « protection des chrétiens » — et sera réduite à son véritable contenu, l'intérêt nu pour le pillage.Ceci est tout aussi bénéfique à notre cause que la réduction de toutes sortes de programmes « libéraux » et « éclairés » des partis bourgeois à de pures et simples questions d'argent.</p>
<p>Deuxièmement, il résulte des articles précédents que la séparation des terres chrétiennes de la Turquie est un phénomène progressif, un acte de développement social, car cette séparation est le seul moyen par lequel les terres turques peuvent atteindre des formes supérieures de vie sociale. Tant qu'une terre reste sous domination turque, il ne peut être question de développement capitaliste moderne. Séparée de la Turquie, elle acquiert une forme européenne d'institutions étatiques et bourgeoises et est progressivement entraînée dans le courant général du développement capitaliste. Ainsi, la Grèce et la Roumanie ont fait des progrès remarquables depuis leur séparation de la Turquie. Il est vrai que tous les États émergents sont des États mineurs, mais il serait néanmoins erroné de percevoir leur création comme un processus de fragmentation politique. Car la Turquie elle-même n'est pas une grande puissance au sens moderne du terme.Mais dans les pays à développement bourgeois, le terrain se prépare aussi peu à peu pour le mouvement ouvrier moderne – pour la social-démocratie – comme c'est déjà le cas en Roumanie, et dans une certaine mesure aussi en Bulgarie.(2) Ainsi est satisfait notre intérêt international le plus élevé, à savoir que, dans la mesure du possible, le mouvement socialiste devrait prendre pied dans tous les pays.</p>
<p>Troisièmement et enfin, le processus de dissolution de la Turquie est étroitement lié à la question de la domination russe en Europe, et c'est le cœur du problème. Lorsque même notre presse prenait de temps en temps le parti de la Turquie, ce n'était manifestement pas par cruauté innée, ou par quelque préférence particulière pour les partisans de la polygamie. De toute évidence, la base était une opposition essentielle aux appétits de l'absolutisme russe, qui cherche la voie de la domination mondiale sur le cadavre de la Turquie, et veut utiliser ses nations chrétiennes comme un moyen pour son avance sur Constantinople. Mais à notre avis, la bonne volonté a été appliquée de manière tout à fait erronée, et les mesures contre la Russie ont été recherchées dans une direction tout à fait opposée à celle où elles se situent réellement.</p>
<p>L'expérience précédente a déjà montré que dans sa politique envers la péninsule balkanique, la Russie a généralement atteint l'exact opposé de ce qu'elle s'efforçait de réaliser. Les peuples libérés de la domination turque ont régulièrement remboursé la bienveillance de la Russie par une « ingratitude basse », c'est-à-dire qu'ils ont carrément rejeté un échange du joug russe contre le joug turc. Si inattendu que cela fût pour les diplomates russes, cette conduite des États balkaniques était loin d'être surprenante. Entre eux et la Russie, il y a un conflit d'intérêts naturel, le même conflit qu'il existe entre l'agneau et le loup, le chasseur et sa proie. La dépendance vis-à-vis de la Turquie est le voile qui dissimule ce conflit d'intérêts, et lui permet même d'apparaître superficiellement et temporairement comme une communauté d'intérêts. Les masses ne se livrent pas à des réflexions complexes et lointaines.Puisque les soulèvements nationaux en Turquie sont certainement des mouvements de masse, ils acceptent la première et la meilleure méthode qui correspond à leurs intérêts immédiats, même si cette méthode est la vile diplomatie de la Russie. Mais dès que les chaînes entre les terres chrétiennes et la Turquie ont été brisées, la diplomatie russe montre aussi son vrai visage, comme pure bassesse, et la terre libérée se retourne aussitôt instinctivement contre la Russie. Si les nations subjuguées par la Turquie sont les alliées de la Russie, les nations libérées de la Turquie deviennent autant d'ennemis naturels de la Russie. La politique actuelle de la Bulgarie à l'égard de la Russie est en grande partie le résultat de sonMais dès que les chaînes entre les terres chrétiennes et la Turquie ont été brisées, la diplomatie russe montre aussi son vrai visage, comme pure bassesse, et la terre libérée se retourne aussitôt instinctivement contre la Russie. Si les nations subjuguées par la Turquie sont les alliées de la Russie, les nations libérées de la Turquie deviennent autant d'ennemis naturels de la Russie. La politique actuelle de la Bulgarie à l'égard de la Russie est en grande partie le résultat de sonMais dès que les chaînes entre les terres chrétiennes et la Turquie ont été brisées, la diplomatie russe montre aussi son vrai visage, comme pure bassesse, et la terre libérée se retourne aussitôt instinctivement contre la Russie. Si les nations subjuguées par la Turquie sont les alliées de la Russie, les nations libérées de la Turquie deviennent autant d'ennemis naturels de la Russie. La politique actuelle de la Bulgarie à l'égard de la Russie est en grande partie le résultat de sonsemi- liberté, conséquence de la chaîne qui la relie encore à la Turquie.</p>
<p>Mais encore plus important est un autre résultat produit dans ce processus. La libération des terres chrétiennes de la Turquie est fondamentalement considérée comme étant également une « libération » de la Turquie de ses sujets chrétiens. Ce sont précisément ceux-ci qui servent de motif à la diplomatie européenne pour opérer en Turquie, et qui la confient inconditionnellement au côté russe. Ce sont d'ailleurs eux qui en cas de guerre rendent la Turquie incapable de résister. Les chrétiens ne servent pas dans les forces armées turques, mais sont toujours prêts à se soulever contre eux. Une guerre étrangère pour la Turquie signifie donc toujours une seconde guerre à l'intérieur, et donc une dispersion de ses forces militaires et une paralysie de ses mouvements. Libérée de ce tourment chrétien, la Turquie adopterait sans aucun doute une position plus libre dans la politique internationale,et son territoire d'État serait plus proportionnel à ses forces défensives ; mais surtout elle serait débarrassée de l'ennemi intérieur, allié naturel de tout agresseur extérieur. Bref, le renoncement au pouvoir sur les chrétiens rend le gouvernement ottoman plus capable de résistance, surtout vis-à-vis de la Russie. Cela explique pourquoi la Russie est aujourd'huien faveur de l'intégrité de la Turquie. Il est désormais dans son intérêt que la Turquie reste en possession du bacille qui provoquera sa désorganisation - les nations chrétiennes - et que celles-ci restent donc sous le joug de la Turquie et dépendantes de la Russie, jusqu'à ce qu'arrive un moment favorable pour qu'elle porte ses plans concernant Constantinople. Cela explique aussi pourquoi nous devons être en faveur de la libération des chrétiens de Turquie, et non de l'intégrité de ce pays.</p>
<p>À notre avis, nous devrions chercher le remède contre l'avancée de la réaction russe dans les résultats susmentionnés du processus de désintégration turque, et non dans des observations sur « si Salisbury [C] est l'homme de la situation », ou s'il est le homme pour montrer la porte aux Russes « de retour en Turquie ». Et cet aspect de la question est exceptionnellement important. La réaction russe est un ennemi bien trop dangereux et bien trop sérieux pour que nous nous permettions le luxe de conjurer son poids de plomb avec des fléchettes en papier, tout en ignorant une arme sérieuse avec laquelle les circonstances nous offrent de la combattre. Aujourd'hui, défendre l'intégrité de la Turquie, c'est faire le jeu de la diplomatie russe.</p>
<p>Imaginer en détail des conjectures politiques lointaines est un fantasme. Mais il est loin d'être impossible que la résistance de la Turquie libérée et des terres balkaniques libérées puisse freiner l'avancée russe pendant si longtemps que l'absolutisme russe ne vivrait pas pour voir la solution finale de la question de Constantinople et devrait mourir, au profit de les peuples, sans pouvoir participer au règlement de cette question d'intérêt universel.</p>
<p>Ainsi nos intérêts pratiques coïncident complètement avec le point de vue de principe, et c'est pourquoi nous recommandons que les propositions suivantes soient adoptées pour la position actuelle de la social-démocratie sur la question orientale.</p>
<p>Nous devons accepter le processus de désintégration de la Turquie comme un fait permanent, et ne pas nous mettre en tête qu'il pourrait ou devrait être arrêté.</p>
<p>Nous devons donner toute notre sympathie aux aspirations des nations chrétiennes à l'autonomie.</p>
<p>Nous devons accueillir ces aspirations avant tout comme un moyen de lutter contre la Russie tsariste , et prôner avec insistance leur indépendance vis-à-vis de la Russie, ainsi que de la Turquie.</p>
<p>Ce n'est pas un hasard si, dans les questions traitées ici, des considérations pratiques ont conduit aux mêmes conclusions que nos principes généraux. Car les buts et les principes de la social-démocratie découlent d'un véritable développement social et se fondent sur lui ; c'est pourquoi, dans les processus historiques, il doit apparaître dans une large mesure que les événements apportent enfin de l'eau au moulin social-démocrate, et que nous pouvons défendre au mieux nos intérêts immédiats en maintenant une position de principe. Un examen plus approfondi des événements nous rend donc toujours superflu de faire de certains diplomates les causes des grands mouvements populaires et de chercher les moyens de combattre ces diplomates dans d'autres diplomates. C'est juste de la politique de café.</p>
<p>(1) À l'heure actuelle, par contre, on dit que le sultan est responsable de tout. Ainsi la « victime » devient le bouc émissaire . A partir des arguments suivants, les lecteurs seront convaincus que cela n'a rien à voir avec la personne , mais avec les conditions . [ Note éditoriale dans Sächsische Arbeiter-Zeitung ]</p>
<p>(2) Les socialistes arméniens sont donc à notre avis sur la mauvaise voie lorsqu'ils - comme dans Die Neue Zeit , Volume 14, n°42 - pensent devoir justifier leurs aspirations séparatistes par un développement capitaliste ostensible en Arménie. Au contraire, la séparation d'avec la Turquie n'est ici que la condition préalable à la germination du capitalisme. Et bien sûr, le capitalisme lui-même est une condition préalable du mouvement socialiste. À notre avis, donc, les camarades arméniens doivent – pour paraphraser Lassalle – se préoccuper pour le moment d'une condition préalable à la condition préalable du socialisme – une sorte de condition préalable au carré. [ La note du Luxembourg ]</p>
<p>[A] Dans les années 1890, en particulier en Arménie, en Crète et en Macédoine, des révoltes ont constamment éclaté contre la domination étrangère de la Turquie ; ceux-ci ont été brutalement écrasés.</p>
<p>[B] La défaite de la Russie dans la guerre de Crimée (1853-1856) avait tellement exacerbé la situation politique intérieure que la classe dirigeante entre 1861 et 1870 dut introduire une série de réformes politiques, certainement incomplètes et contaminées par la gueule de bois féodale, mais qui a néanmoins encouragé le développement capitaliste en Russie. Les réformes les plus importantes concernaient l'abolition du servage en 1861, la formation d'organes ruraux et urbains d'autonomie en 1864, les changements dans l'administration de l'éducation populaire en 1863 et les changements dans la justice en 1864, ainsi que dans la censure en 1865. .</p>
<p>[C] Robert Cecil, troisième marquis de Salisbury (1830-1903), a été trois fois Premier ministre britannique et quatre fois ministre des Affaires étrangères entre 1878 et 1902.</p>
<p>(octobre 1896)</p>
<h2 class="spip">Extrait de La crise de la social-démocratie - 1915, de Rosa Luxemburg :</h2>
<p>La Turquie</p>
<p>La Turquie devint le terrain d'opération le plus important de l'impérialisme allemand ; il eut pour promoteurs dans ce pays la Deutsche Bank avec ses entreprises gigantesques en Asie qui se trouvent au centre de la politique allemande pour l'Orient. Au cours des années 50 et 60, c'est surtout le capitalisme anglais qui entretenait des relations économiques avec la Turquie d'Asie ; il achevait le chemin de fer de Smyrne et avait également affermé le premier tronçon de la ligne d'Anatolie jusqu'à Ismid. En 1888, le capital allemand fait son apparition : Abdul Hamid lui confie l'exploitation du tronçon construit par les Anglais et la construction du nouveau tronçon entre Ismid et Angora avec des embranchements vers Scutari, BrussaKonnia et Kaisarile. La Deutsche Bank obtient en 1899 la concession et l'exploitation d'un port avec installation à Haidar Pascha et la direction exclusive sur le commerce et les douanes dans le port. En 1901, le gouvernement turc lui confie la concession pour le grand chemin de fer de Bagdad au golfe Persique, et en 1907, la concession pour l'assèchement de la mer de Karaviran et l'irrigation de la plaine de Koma.</p>
<p>Cette « oeuvre civilisatrice » grandiose et pacifique avait un revers : la ruine grandiose et « pacifique » de la paysannerie de l'Asie mineure. Les frais nécessaires à ces entreprises colossales sont évidemment avancés par la Deutsche Bank selon un système de dette publique aux multiples ramifications ; l'État turc devient à tout jamais le débiteur de MM. Siemens, Gwinner, Helfferich, etc., comme c'était déjà le cas auparavant pour le capital anglais, français et autrichien. Ce débiteur ne devait pas seulement se mettre à pomper constamment d'énormes sommes hors des caisses de l'État pour payer les intérêts des emprunts, mais devait aussi produire une garantie pour les bénéfices bruts du chemin de fer ainsi construit. Les moyens de transport et les méthodes de placement les plus modernes se greffent ici sur une situation économique tout à fait retardataire, et qui reste essentiellement fondée sur l'économie naturelle, à savoir sur l'économie paysanne la plus primitive. Le trafic et les profits nécessaires pour le chemin de fer ne peuvent évidemment pas provenir du sol aride de cette économie qui, sucée sans scrupules jusqu'à la moelle par le despotisme oriental depuis des siècles, produit à peine quelques miettes pour la nourriture des paysans eux-mêmes et de quoi payer des impôts à l'État. En raison de la nature économique et culturelle du pays, le commerce des marchandises et le transport des personnes sont très peu développés et ne peuvent augmenter que très lentement. Afin de compenser ce qui manque pour former le profit capitaliste requis, l'État accorde donc annuellement une « garantie kilométrique » aux sociétés de chemin de fer. C'est selon ce système que les lignes de la Turquie européenne furent construites par le capitalisme autrichien et français, et il fut également appliqué pour les entreprises de la Deutsche Bank en Turquie d'Asie. En guise de gage et d'assurance que le supplément sera bien payé, le gouvernement turc a cédé aux représentants du capitalisme européen, le « conseil d'administration de la dette publique », la source principale des revenus de l'État turc : les dîmes de toute une série de provinces. De 1893 à 1910, le gouvernement turc a versé ainsi, pour la ligne d'Angora et le tronçon Eskischehir-Konia, par exemple, un « supplément » d'environ 90 millions de francs. Les « dîmes » mises en gage par l'État turc à ses créanciers européens sont les impôts paysans archaïques, en nature : en blé, en moutons, en soie, etc. Les dîmes ne sont pas perçues directement, mais par l'intermédiaire de fermiers, analogues aux fameux receveurs d'impôts de la France de l'Ancien Régime : l'État leur vend aux enchères, c'est-à-dire au plus offrant et contre paiement comptant, le revenu probable de l'impôt de chaque vilayet (province). Si la dîme d'un vilayet est acquise par des spéculateurs ou par un consortium, ceux-ci revendent la dîme de chaque sandjak (district) à d'autres spéculateurs, qui cèdent à leur tour leur part à toute une série de petits agents. Comme chacun veut couvrir ses frais et empocher le plus de bénéfice possible, la dîme grossit comme une avalanche à mesure qu'elle se rapproche du paysan. Si le fermier s'est trompé dans ses comptes, il cherche à se dédommager aux dépens du paysan. Celui-ci attend avec impatience, presque toujours endetté, le moment de pouvoir vendre sa récolte ; mais quand il a fauché ses blés, il doit souvent attendre des semaines pour les battre, avant que le fermier ne daigne prendre la part qui lui revient. Le fermier qui, généralement, est en même temps négociant en blés, profite de cette situation où le paysan craint que la moisson entière ne se gâte sur le champ, pour lui extorquer sa récolte au plus bas prix, et il sait s'assurer l'aide des fonctionnaires et spécialement du muktar (gouverneur local) pour faire face aux plaintes éventuelles des mécontents. Et si on ne parvient pas à trouver un fermier, les dîmes sont touchées directement en nature par le gouvernement, sont emmagasinées et cédées aux capitalistes et servent de compensation à la dette. Voilà comment fonctionne le mécanisme interne de la « régénération économique de la Turquie » effectuée par l'oeuvre civilisatrice du capital européen !</p>
<p>Ces opérations permettent d'atteindre deux résultats différents : d'une part, l'économie paysanne de l'Asie mineure devient l'objet d'un processus bien organisé de succion pour le plus grand bien du capital bancaire et industriel européen et, en l'occurrence, surtout du capital allemand. Ainsi augmentent les « sphères d'intérêt » de l'Allemagne en Turquie, ce qui fournit le point de départ à une « protection » politique de la Turquie. En même temps, l'appareil de succion nécessaire à l'exploitation économique de la paysannerie, à savoir le gouvernement turc, devient l'instrument obéissant, le vassal de la politique extérieure allemande. Depuis longtemps déjà, les finances, la politique fiscale et les dépenses de l'État turc étaient placées sous contrôle européen. L'influence allemande, elle, s'est emparée tout spécialement de la organisation militaire.</p>
<p>Tout cela fait apparaître que l'impérialisme allemand a intérêt à ce que la puissance de l'État turc soit renforcée, pour que son effondrement n'intervienne pas trop tôt. Une liquidation accélérée de la Turquie conduirait à son partage entre l'Angleterre, la Russie, l'Italie et la Grèce entre autres, et, de ce fait, cette base unique en son genre pour les grandes opérations du capital allemand devrait disparaître. En même temps, il en résulterait un surcroît de puissance extraordinaire pour la Russie et l'Angleterre tout comme pour les États méditerranéens. Il s'agissait donc pour l'impérialisme allemand de conserver l'appareil commode de l'Etat turc « indépendant » et l'« intégralité » de la Turquie, assez longtemps pour que le pays soit dévoré de l'intérieur par le capital allemand, comme cela s'était passé auparavant pour l'Égypte avec les Anglais et, récemment encore, pour le Maroc avec les Français, et qu'il tombe comme un fruit mûr dans les mains de l'Allemagne. Le célèbre porte-parole de l'impérialisme allemand, Paul Rohrbach, déclare par exemple, avec la plus grande franchise :</p>
<p> « Il est dans la nature des choses que la Turquie, entourée de tous côtés de voisins pleins de convoitises, cherche un appui auprès d'une puissance qui n'ait, autant que possible, aucun intérêt territorial en Orient. Cette puissance, c'est l'Allemagne. De notre côté, nous subirions un grand dommage si la Turquie venait à disparaître. Si la Russie et l'Angleterre sont les héritiers principaux des Turcs, il est clair que ces deux Etats en recevront un surcroît de puissance considérable. Mais au cas où la Turquie serait partagée de telle sorte qu'un morceau important de son territoire nous échoirait, cela représenterait aussi pour nous des difficultés sans fin, car la Russie, l'Angleterre et, d'une certaine manière également la France et l'Italie, sont des voisins des possessions actuelles de la Turquie et sont à même de prendre possession de leur part et de la défendre tant sur mer que sur terre. Quant à nous, par contre, nous nous trouvons en dehors de toute communication avec l'Orient [...] Une Asie Mineure ou une Mésopotamie allemandes : ce projet ne pourra devenir une réalité qu'à une condition : c'est que la Russie et, du même coup, la France, soient obligées de renoncer à leurs buts et à leurs idéaux actuels, c'est-à-dire qu'au préalable, l'issue de la guerre actuelle se soit décidée dans le sens des intérêts allemands. » (La Guerre et la politique allemande, p. 36.)</p>
<p>L'Allemagne, qui jura solennellement le 8 novembre 1898, à l'ombre du grand Saladin, de garantir et de protéger le monde musulman et le drapeau vert du Prophète, mit donc tout son zèle à renforcer pendant dix ans le régime du sultan sanglant Abdul Hamid, et après une courte période de disgrâce, elle poursuivit son oeuvre sous le régime des Jeunes Turcs. En dehors des affaires lucratives de la Deutsche Bank, la mission allemande s'occupa principalement de la réorganisation et de l'entraînement du militarisme turc. La modernisation de l'armée créait naturellement de nouvelles charges qui retombaient sur le dos des paysans turcs, mais elle promettait également de nouvelles affaires brillantes pour Krupp et pour la Deutsche Bank. En même temps, le militarisme turc se plaçait sous la dépendance du militarisme prusso-allemand et devenait le point d'appui de la politique allemande en Asie mineure.</p>
<p>Que la « régénération » de la Turquie entreprise par l'Allemagne n'était qu'une tentative de réanimation artificielle d'un cadavre, c'est ce qui apparaît à travers les péripéties de la révolution turque. Tout d'abord, lorsque l'élément idéologique était prédominant au sein des Jeunes Turcs, alors qu'ils concevaient des projets grandioses et se berçaient d'illusions en croyant pouvoir donner une nouvelle jeunesse à la Turquie par un véritable renouveau interne, leurs sympathies politiques se tournaient résolument vers l'Angleterre, en laquelle ils voyaient l'idéal de l'État libéral moderne, tandis que l'Allemagne, qui depuis des années était le protecteur officiel du régime sacré du vieux sultan, faisait figure d'ennemi des Jeunes Turcs. La révolution de 1908 semblait marquer la faillite de la politique orientale de l'Allemagne, et en général c'est ainsi qu'on l'interpréta ; il semblait que la révocation d'Abdul Hamid, c'était aussi la révocation de l'influence allemande. Cependant, une fois arrivés au pouvoir, les Jeunes Turcs démontrèrent progressivement leur incapacité complète à réaliser une réforme économique, sociale et nationale de grande envergure, leur caractère contre-révolutionnaire montrait de plus en plus le bout de l'oreille, et ils ne tardèrent pas à en revenir, tout naturellement, aux méthodes de domination ancestrales qui étaient celles d'Abdul Hamid : organiser périodiquement des bains de sang en dressant les uns contre les autres les peuples vassaux, et exploiter la paysannerie sans ménagements, à la mode orientale, ces deux méthodes constituant les deux piliers de l'État. Du même coup, la « Jeune Turquie » eut à nouveau comme souci essentiel de conserver artificiellement ce régime de violence, et elle fut ainsi amenée dans le domaine de la politique extérieure à renouer avec les traditions d'Abdul Hamid, c'est-à-dire à en revenir à l'alliance avec l'Allemagne.</p>
<p>Compte tenu de la multiplicité des questions nationales qui écartelaient l'Etat turc : les questions arménienne, kurde, syrienne, arabe, grecque (naguère encore la question albanaise et la question macédonienne) ; de la naissance d'un capitalisme puissant et vigoureux dans les jeunes États balkaniques voisins ; et surtout de la désagrégation économique que le capitalisme international et la diplomatie internationale avaient produite depuis des années en Turquie, tout le monde, et en premier lieu la social-démocratie allemande, voyait bien qu'une régénération réelle de l'État turc était une opération vouée à l'échec. Déjà à l'occasion du grand soulèvement de Crète en 1896, avait eu lieu dans la presse du parti allemand une discussion approfondie de la question d'Orient qui conduisit à réviser le point de vue jadis défendu par Marx du temps de la guerre de Crimée et à rejeter définitivement l'idée d'« intégrité de la Turquie », en tant qu'héritage de la réaction européenne. Et c'était bien une idée typiquement prussienne que de penser qu'il suffisait d'un chemin de fer stratégique susceptible d'amener une mobilisation rapide et de quelques instructeurs militaires énergiques pour rendre viable une baraque aussi vermoulue que l'Etat turc [1].</p>
<p>En été 1912 déjà, le régime des Jeunes Turcs devait faire place à la contre-révolution. Le premier acte de la « régénération turque » dans cette guerre fut, fait significatif, le coup d'État, l'abolition de la Constitution, c'est-à-dire aussi à cet égard le retour formel au régime d'Abdul Hamid.</p>
<p>Le militarisme turc, qui avait été formé par l'Allemagne, fit déjà lamentablement faillite au cours de la première guerre des Balkans. Et quant à la guerre actuelle qui a entraîné la Turquie dans son tourbillon sinistre en tant que « protégée » de l'Allemagne, elle devra, quelle que soit son issue et avec une fatalité inéluctable, poursuivre ou même accomplir définitivement la liquidation de l'Empire turc.</p>
<p>La position de l'impérialisme allemand en Orient, c'est-à-dire, au premier chef, les intérêts de la Deutsche Bank, avait fait entrer l'Empire allemand en conflit avec tous les autres États, et tout d'abord avec l'Angleterre. Non seulement celle-ci avait dû laisser des entreprises anglaises céder la place à leurs rivales allemandes en Anatolie et en Mésopotamie, perdant ainsi de copieux bénéfices, ce dont elle s'accommoda finalement, mais surtout la construction de lignes stratégiques et le renforcement du militarisme turc sous l'influence de l'Allemagne se produisait à l'un des points les plus sensibles pour l'Angleterre sur la carte politique mondiale : à un croisement entre l'Asie centrale, la Perse et l'Inde, d'une part, et l'Égypte, d'autre part.</p>
<p> « L'Angleterre - écrivait Rohrbach dans son livre le Chemin de fer de Bagdad - ne peut être attaquée sur terre et être sévèrement touchée qu'à un seul endroit en dehors de l'Europe : en Égypte. En perdant l'Egypte, l'Angleterre ne perdrait pas seulement la maîtrise du canal de Suez et la communication avec l'Inde et l'Asie, mais elle perdrait vraisemblablement aussi ses possessions en Afrique centrale et orientale. La conquête de l'Égypte par une puissance musulmane comme la Turquie pourrait en outre susciter des réactions dangereuses dans les Indes chez les 60 millions de sujets musulmans de l'Angleterre, ainsi qu'en Afghanistan et en Perse. Mais la Turquie ne peut envisager de conquérir l'Égypte qu'à plusieurs conditions : qu'elle dispose d'un réseau de chemin de fer complet en Asie Mineure et en Syrie ; qu'après avoir prolongé la ligne d'Anatolie elle puisse parer à une attaque de l'Angleterre sur la Mésopotamie, qu'elle améliore son armée et augmente ses effectifs ; et que sa situation économique générale et ses finances fassent des progrès. »</p>
<p>Et dans son livre paru au début de la guerre, la Guerre et la politique allemande, il dit :</p>
<p> « Le chemin de fer de Bagdad était tout d'abord destiné à mettre les points stratégiques principaux de l'Empire turc en Asie Mineure en communication immédiate avec la Syrie et les provinces arrosées par l'Euphrate et le Tigre. Naturellement, il était à prévoir que cette ligne de chemin de fer, rattachée aux lignes de Syrie et d'Arabie, qui sont en partie à l'état de projet, en partie en chantier ou déjà achevées, permettrait d'amener des troupes turques, prêtes à intervenir, en direction de l'Égypte. Personne ne niera qu'en supposant une alliance entre l'Allemagne et la Turquie, et à plusieurs autres conditions qu'il serait encore moins simple de réaliser que cette alliance, le chemin de fer de Bagdad représenterait pour l'Allemagne une assurance-vie politique. »</p>
<p>Les porte-parole mi-officieux de l'impérialisme allemand exposaient donc ouvertement les projets et les intentions de celui-ci en Orient. Ils définissaient les grandes lignes de la politique allemande : une tendance agressive qui compromettrait gravement l'équilibre qui avait existé jusqu'alors dans la politique mondiale, et un fer de lance visiblement dirigé contre l'Angleterre. La politique orientale de l'Allemagne devenait ainsi la traduction dans les faits de la politique maritime inaugurée en 1899.</p>
<p>En même temps, en soutenant le principe de l'intégrité de la Turquie, l'Allemagne entrait en conflit avec les États balkaniques, dont l'histoire et l'essor intérieur s'identifiaient avec la liquidation de la Turquie d'Europe. Enfin, elle entra en conflit avec l'Italie, dont les appétits impérialistes étaient dirigés en premier lieu contre les possessions turques. A la conférence marocaine d'Algésiras de 1905, l'Italie se trouvait déjà aux côtés de l'Angleterre et de la France. Et six ans plus tard, l'expédition tripolitaine de l'Italie qui faisait suite à l'annexion de la Bosnie par l'Autriche, et qui donna le départ à la première guerre des Balkans, c'était déjà le défi de l'Italie, l'éclatement de la Triple Alliance et l'isolement de la politique allemande.</p>
<p>Quant à la deuxième direction des efforts d'expansion de l'Allemagne, c'est à l'ouest qu'elle se manifesta, dans l'affaire du Maroc. Nulle part ailleurs, l'éloignement par rapport à la politique de Bismarck ne fut aussi net. Comme on le sait, Bismarck favorisait délibérément les aspirations coloniales de la France à seule fin de la détourner des points chauds de la politique continentale et notamment de l'Alsace-Lorraine. La nouvelle orientation politique de l'Allemagne, tout au contraire, s'en prenait directement à l'expansion coloniale de la France. Mais il y avait de sensibles différences entre la situation au Maroc et la situation en Turquie d'Asie. Il existait très peu d'intérêts capitalistes allemands véritables au Maroc. Sans doute, au cours de la crise du Maroc, les impérialistes allemands firent-ils grand bruit autour des revendications de la firme capitaliste Mannesmann de Remscheid, qui avait prêté de l'argent au sultan du Maroc et reçu en échange des concessions minières, jusqu'à en faire une affaire d'« intérêt vital pour la patrie ». Mais du fait que chacun des deux groupes capitalistes concurrents au Maroc - aussi bien le groupe Mannesmann que la société Krupp-Schneider - présentaient un mélange tout à fait international d'entrepreneurs allemands, français et espagnols, on ne peut pas parler sérieusement et avec quelque succès d'une « sphère d'intérêts allemands ». D'autant plus symptomatiques étaient la résolution et l'énergie avec lesquels l'Empire allemand fit connaître tout à coup en 1905 sa prétention à collaborer au règlement de l'affaire du Maroc et protesta contre l'hégémonie française dans le pays. C'était le premier accrochage avec la France sur le plan de la politique mondiale. En 1895 encore, l'Allemagne était tombée sur le dos du Japon victorieux, aux côtés de la France et de la Chine, pour l'empêcher d'exploiter sa victoire sur la Chine à Chimonoseki. Cinq ans plus tard, elle entra, bras dessus bras dessous avec la France, dans la grande phalange internationale formée en vue de l'expédition de pillage contre la Chine. Et maintenant, au Maroc, on assistait à un changement radical dans les relations franco-allemandes. Par deux fois, au cours des sept années que dura la crise du Maroc, on frôla de justesse une guerre entre la France et l'Allemagne. Il ne s'agissait plus cette fois d'une « revanche » pour une quelconque rivalité continentale entre les deux États. Ici c'était un tout autre conflit qui prenait naissance, et qui provenait de ce que l'impérialisme allemand chassait sur les terres de l'impérialisme français. En définitive, au terme de cette crise, l'Allemagne accepta de se contenter du territoire congolais, et reconnut par là qu'elle ne possédait pas d'intérêts à défendre au Maroc. Mais c'est précisément pourquoi l'escarmouche allemande au Maroc avait une signification politique lourde de conséquences. Du fait que ses buts et ses revendications exactes restaient indéterminés, la politique de l'Allemagne au Maroc trahissait ses appétits illimités : on la voyait tâtonnant à la recherche d'une proie. Cette politique était généralement considérée comme une déclaration de guerre impérialiste à la France. L'opposition entre les deux Etats apparaissait là en pleine lumière. Là-bas, un développement industriel lent, une population stagnante, un État de rentiers qui investit de préférence à l'étranger et qui est encombré d'un grand empire colonial dont il ne parvient qu'à grand-peine à maintenir la cohésion ; de ce côté-ci, un capitalisme jeune et puissant qui s'installe au premier rang, qui court le monde pour y faire la chasse aux colonies. Il n'était pas question pour l'impérialisme allemand d'envisager la conquête des colonies anglaises. Dès lors, sa fringale dévorante ne pouvait se tourner, en dehors de la Turquie d'Asie que vers les possessions françaises. Ces possessions permettaient également de faire miroiter devant l'Italie la possibilité d'un dédommagement aux dépens de la France, au cas où elle se sentirait lésée par les appétits de conquête de l'Allemagne dans les Balkans - et de la retenir ainsi au sein de la Triple Alliance en l'associant à une entreprise commune. Il est clair que les prétentions de l'Allemagne sur le Maroc devaient inquiéter l'impérialisme français au plus haut point, si l'on songe qu'une fois établie en n'importe quel point du Maroc, l'Allemagne aurait eu à tout instant la possibilité de mettre le feu aux quatre coins de l'Empire français d'Afrique du Nord en procédant à des livraisons d'armes, car la population de cette région vivait dans un état de guerre chronique contre les conquérants français. Et si l'on aboutit à un compromis, si l'Allemagne consentit finalement à renoncer à ses prétentions, on n'avait fait qu'écarter le danger immédiat alors que persistaient l'inquiétude générale de la France et l'antagonisme politique qui avait été ainsi créé [2].</p>
<p>La politique marocaine de l'Allemagne n'amenait pas seulement celle-ci en conflit avec la France, mais indirectement aussi avec l'Angleterre. Comme Gibraltar est le deuxième carrefour le plus important de la politique mondiale de l'Angleterre, l'arrivée soudaine de l'impérialisme allemand au Maroc, à proximité immédiate de Gibraltar, avec les prétentions qu'il manifestait et le style brutal de son action, devait apparaître aux Anglais comme une manifestation hostile à leur égard. Sur le plan formel également, la première note de protestation de l'Allemagne s'en prenait directement à l'arrangement intervenu en 1904 entre la France et l'Angleterre au sujet du Maroc et de l'Égypte, et les exigences allemandes tendaient nettement à éliminer l'Angleterre du règlement de l'affaire du Maroc. L'effet que cette prise de position devait inévitablement produire sur les rapports anglo-allemands ne pouvait être un secret pour personne. Le correspondant à Londres du Frankfurter Zeitung dépeint clairement la situation ainsi créée dans l'édition du 8 novembre 1911 :</p>
<p> « Voilà le bilan : au total, un million de nègres au Congo, un amer déboire contre la " perfide Albion ". L'Allemagne digérera son amertume. Mais qu'adviendrait-il de nos rapports avec l'Angleterre, qui ne peuvent absolument se poursuivre sans changements, mais qui, selon toute vraisemblance historique, doivent conduire soit à une aggravation, soit même à la guerre, ou bien doivent rapidement s'améliorer... L'expédition du Panther était, comme un correspondant berlinois du Frankfurter Zeitung l'exprimait récemment de façon frappante, une bourrade qui devait montrer à la France que l'Allemagne n'avait pas cessé d'exister... Quant à l'impression que cette estocade devait produire à Londres, il est impossible que l'on ait jamais pu en douter un seul instant à Berlin, et que l'on soit resté dans l'incertitude à ce sujet ; du moins aucun correspondant ici n'a douté que l'Angleterre ne se porte énergiquement aux côtés de la France. Comment le Norddeutsche Allgemeine Zeitung peut-il encore s'accrocher à ce cliché selon lequel l'Allemagne aurait à discuter " uniquement avec la France" ! Depuis quelque cent ans, la politique européenne s'est développée de telle sorte que, de plus en plus, les intérêts politiques sont enchevêtrés les uns aux autres. Si un pays est dans une mauvaise passe, la nature des lois politiques dans lesquelles nous vivons veut que les uns se frottent les mains et que les autres se désolent. Lorsqu'il y a deux ans les Autrichiens eurent des démêlés avec la Russie à propos de la Bosnie, l'Allemagne entra dans la lice " en armes étincelantes ", quoiqu'à Vienne, comme on le déclara plus tard, on eût préféré régler l'affaire tout seul... Il n'est pas concevable que l'on ait pu croire à Berlin que les Anglais, qui venaient à peine de sortir d'une période de climat tout à fait hostile à l'Allemagne, auraient tout à coup été d'avis que nos pourparlers avec la France ne les concernaient en rien. Il s'agissait en dernier ressort d'une question de puissance, car une bourrade, même si elle peut paraître amicale, est une voie de fait, et personne ne peut dire si, peu de temps après, elle ne sera pas suivie d'un coup de poing sur la mâchoire. Depuis, la situation est devenue moins critique. Au moment où Lloyd George prit la parole, existait de manière aiguë, nous avons là-dessus des informations très précises, le danger d'une guerre entre l'Allemagne et l'Angleterre... Est-ce que - compte tenu de cette politique suivie depuis longtemps par sir Edward Grey et ses partisans, et dont nous ne discutons pas ici le bien-fondé - on devait s'attendre de leur part à une autre attitude sur la question du Maroc ? Il nous semble que si Berlin y a compté, c'est toute sa politique qui est du même coup condamnée. »</p>
<p>Ainsi, la politique impérialiste de l'Allemagne en Asie comme au Maroc avait créé un antagonisme violent entre l'Allemagne d'une part, l'Angleterre et la France de l'autre. Où en étaient les rapports entre l'Allemagne et la Russie ? Comment s'était produit l'affrontement dans ce cas-ci ? Dans l'atmosphère de pogrom qui s'était emparée de l'opinion publique allemande pendant les premiers mois de la guerre, on gobait n'importe quoi. On croyait que les femmes belges crevaient les yeux des blessés allemands, que les Cosaques mangeaient des bougies de stéarine et qu'ils empoignaient les nourrissons par leurs petites jambes pour les mettre en pièces - on croit aussi que les buts de la Russie en cette guerre consistent à annexer l'Empire allemand, à anéantir la civilisation allemande et à implanter l'absolutisme de la Warthe jusqu'au Rhin, et de Kiel à Munich.</p>
<p>L'organe social-démocrate Chemnitzer Volksstimme écrivait le 2 août :</p>
<p> « En ce moment nous ressentons tous le devoir de lutter contre le règne de knout russe avant tout. Les femmes et enfants allemands ne doivent pas devenir les victimes des bestialités russes, l'Allemagne ne sera pas le butin des Cosaques. Car si le Triple Alliance l'emporte, ce ne sera pas un gouverneur français ou un républicain français mais le tsar russe qui règnera sur l'Allemagne. C'est pourquoi nous défendons en ce moment toute la culture allemande et toute la liberté allemande contre un ennemi barbare qui ne connaît pas de merci. »</p>
<p>Le Fränkische Tagespost s'écriait le même jour :</p>
<p> « Nous ne voulons pas que les Cosaques, qui ont déjà occupé toutes les localités frontalières, fassent irruption dans notre pays et apportent la ruine dans nos villes. La social-démocratie n'a jamais cru aux intentions pacifiques du tsar russe, pas même le jour où il a publié son manifeste de paix ; nous ne voulons pas que ce tsar, qui est déjà le pire ennemi du peuple russe, commande à un peuple de race allemande. »</p>
<p>Et le Königsberger Volkszeitung du 3 août écrivait :</p>
<p> « Mais aucun de nous, qu'il soit astreint ou non au service militaire, ne peut en douter un seul instant : aussi longtemps que durera la guerre, le devoir de chacun est de faire tout ce qu'il peut pour maintenir loin de nos frontières cet odieux régime tsariste. Si le tsarisme remporte la victoire, des milliers de nos camarades seront envoyés dans les geôles horribles de la Russie. Sous le sceptre russe, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est réduit à néant ; pas la moindre trace là-bas d'une presse social-démocrate ; les syndicats sociaux-démocrates et les réunions social-démocrates sont interdits. Et c'est pourquoi, à cette heure, aucun de nous n'aurait l'idée de se désintéresser de l'issue de la guerre ; au contraire, tout en maintenant notre opposition à la guerre, nous voulons agir tous ensemble pour nous garder nous-mêmes des atrocités de ces canailles qui gouvernent la Russie. »</p>
<p>Examinons de plus près les rapports de la civilisation allemande avec le tsarisme russe, qui forment un chapitre entier dans l'attitude de la social-démocratie au cours de cette guerre. Pour ce qui est du désir que le tsar aurait d'annexer l'Empire allemand, on pourrait tout aussi bien admettre que la Russie envisageait d'annexer l'Europe ou même la Lune. Dans la guerre actuelle, il ne s'agit d'une question d'existence, en tout et pour tout, que pour deux États : la Belgique et la Serbie. Et les canons allemands furent dirigés contre eux parce qu'on criait de tous côtés que l'existence de l'Allemagne était en jeu. Avec des fanatiques du meurtre rituel, toute discussion est évidemment exclue. Toutefois, les gens qui prennent en considération non les instincts de la populace et les grands mots démagogiques et sublimes de la presse nationaliste provocatrice, mais plutôt les points de vue politiques, ceux-là doivent comprendre que le tsarisme pouvait se fixer comme but aussi bien l'annexion de la Lune que celle de l'Allemagne. Ce sont de franches crapules qui dirigent la politique russe, mais pas des fous, et la politique de l'absolutisme a de toute façon ceci en commun avec toute autre politique qu'elle se meut non dans les nuages, mais dans le monde des possibilités réelles, dans un espace où les choses entrent rudement en contact. En ce qui concerne la crainte de voir nos camarades allemands arrêtés et déportés à vie en Sibérie, et de voir l'absolutisme russe s'introduire dans l'Empire allemand, les hommes politiques du tsar sanglant, malgré leur infériorité intellectuelle, ont mieux compris le matérialisme historique que les journalistes de notre parti : ces politiciens savent très bien qu'une forme de gouvernement donnée ne se laisse pas « exporter » à volonté n'importe où, mais que chaque forme de gouvernement correspond à certaines conditions économiques et sociales bien précises : ils savent, pour en avoir fait l'amère expérience, que même en Russie les conditions de leur domination ont presque fait leur temps ; ils savent enfin que le règne de la réaction se sert dans chaque pays de la forme qui lui convient, toute autre forme lui étant intolérable, et que la variante de l'absolutisme qui correspond aux rapports entre les classes et les partis que connaît l'Allemagne, c'est l'État policier des Hohenzollern et le suffrage censitaire de la Prusse. En examinant froidement les choses, on voit qu'il n'existait de prime abord aucune raison de craindre que le tsarisme russe se serait vraiment senti obligé d'ébranler ces produits de la civilisation allemande, même dans le cas improbable de sa victoire totale.</p>
<p>En réalité, c'était sur un plan tout à fait différent que la Russie et l'Allemagne entrèrent en opposition. Ce n'est pas dans le domaine de la politique intérieure qu'ils s'affrontèrent, domaine où, au contraire, grâce à leurs tendances communes et à leur affinité intime, une amitié ancienne et traditionnelle s'était établie depuis un siècle entre les deux États, mais, en dépit de la solidarité de leur politique intérieure, dans le domaine de la politique extérieure, sur les terrains de chasse de la politique mondiale.</p>
<p>Tout comme celui des États occidentaux, l'impérialisme russe est un tissu d'éléments de nature différente. Son fil le plus solide n'est pas constitué, comme en Allemagne ou en Angleterre, par l'expansion économique d'un capital affamé d'accumulation, mais par les intérêts politiques de l'État. Il est vrai que l'industrie russe, ce qui est absolument caractéristique de la production capitaliste, en raison de l'inaptitude de son marché intérieur, exporte depuis longtemps vers l'Orient, vers la Chine, la Perse, l'Asie centrale, et que le gouvernement tsariste cherche par tous les moyens à favoriser cette exportation qui lui donne le fondement rêvé pour sa « sphère d'intérêts ». Mais ici, la politique de l'État détient le rôle actif, elle n'est pas dirigée par les autres facteurs. Dans les tendances conquérantes du régime tsariste s'exprime, d'une part, l'expansion traditionnelle d'un Empire puissant dont la population comprend aujourd'hui 170 millions d'êtres humains et qui, pour des raisons économiques et stratégiques, cherche à obtenir le libre accès des mers, de l'océan Pacifique à l'est, de la Méditerranée au sud, et, d'autre part, intervient ce besoin vital de l'absolutisme : la nécessité sur le plan de la politique mondiale de garder une attitude qui impose le respect dans la compétition générale des grands États, pour obtenir du capitalisme étranger le crédit financier sans lequel le tsarisme n'est absolument pas viable. A tout cela s'ajoute l'intérêt dynastique qui, comme dans toutes les monarchies, en raison de l'opposition de plus en plus vive entre le régime et la grande masse de la population, avait besoin de maintenir en permanence son prestige à l'étranger, et d'y chercher une diversion aux difficultés intérieures : recette indispensable de la politique.</p>
<p>Toutefois, les intérêts bourgeois modernes entrent toujours davantage en ligne de compte comme facteur de l'impérialisme dans l'Empire des tsars. Le jeune capitalisme russe, qui sous le régime absolutiste ne peut naturellement pas parvenir à un épanouissement complet et qui, en gros, ne peut quitter le stade du système primitif de vol, voit cependant s'ouvrir devant lui un avenir prodigieux dans les ressources naturelles immenses de cet Empire gigantesque. Il ne fait aucun doute que dès qu'elle sera débarrassée de l'absolutisme, la Russie deviendra rapidement - et à supposer que la situation de la lutte des classes internationale lui en laisse encore le répit - le premier État capitaliste moderne. C'est parce qu'elle pressent cet avenir et qu'elle est, pour ainsi dire par avance, affamée d'accumulation, que la bourgeoisie russe est dévorée par une fièvre impérialiste violente, et qu'elle manifeste avec ardeur ses prétentions dans le partage du monde. Cette fièvre historique trouve en même temps un soutien dans les très puissants intérêts actuels de la bourgeoisie russe. Tout d'abord dans les intérêts concrets de l'industrie des armements et de ses fournisseurs ; en Russie également, l'industrie lourde fortement organisée en cartels joue un grand rôle. En second lieu, l'opposition à l'« ennemi intérieur », au prolétariat révolutionnaire, a particulièrement renforcé l'estime que la bourgeoisie porte au militarisme et à l'action de diversion que représente l'évangile de la politique mondiale, et elle a ainsi rapproché la bourgeoisie du régime contre-révolutionnaire. L'impérialisme des milieux bourgeois de la Russie, et surtout des milieux libéraux, grandi à vue d'oeil dans l'air orageux de la Révolution et dans ce baptême du feu, il a donné une physiognomie moderne à la politique étrangère traditionnelle de l'Empire des tsars.</p>
<p>Or, le but principal de la politique traditionnelle du tsarisme aussi bien que des appétits modernes de la bourgeoisie russe, ce sont les Dardanelles, qui, selon le mot célèbre de Bismarck, donnent la clé des possessions russes sur la mer Noire. C'est en vue de ce but que la Russie a mené depuis le XVIIIe siècle une série de guerres sanglantes contre la Turquie, qu'elle a entrepris de libérer les Balkans et qu'au service de cette mission elle a entassé des monceaux énormes de cadavres à Ismail, Navarin, Sinope, Sistrie et Sébastopol, à Plevna et à Schipka. Tout cela, disait-on, pour défendre les frères slaves et les chrétiens contre les atrocités des Turcs ; cette séduisante légende de guerre joua auprès des moujiks russes le même rôle que la « défense de la civilisation et de la liberté allemandes contre les atrocités russes » elle joue maintenant auprès de la social-démocratie allemande. La bourgeoisie russe était plus enthousiaste pour les perspectives sur la Méditerranée que pour la mission civilisatrice en Mandchourie et en Mongolie. C'est pourquoi la guerre japonaise fut très critiquée par la bourgeoisie libérale qui la considérait comme une aventure insensée, parce que, selon elle, la politique russe se détournait de sa tâche essentielle : les Balkans. Mais, d'une autre manière encore, la guerre malheureuse contre le Japon a eu le même effet. L'extension de la puissance russe en Asie orientale et en Asie centrale jusqu'au Tibet et vers la Perse devait inquiéter vivement la vigilance de l'impérialisme anglais. Préoccupée pour son énorme empire indien, l'Angleterre devait suivre l'avance russe en Asie avec une méfiance croissante. Et l'opposition anglo-russe en Asie fut effectivement l'opposition politique la plus forte de la conjoncture internationale au début de ce siècle, et elle devrait très vraisemblablement devenir le noeud du futur développement impérialiste après la guerre actuelle. La défaite fracassante de la Russie en 1904 et l'éclatement de la révolution modifièrent la situation. L'affaiblissement visible de l'empire des tsars eut comme conséquence d'amener une détente dans ses rapports avec l'Angleterre, détente qui conduisit même à un arrangement sur un blocage commun de la Perse en 1907, et qui permit des relations de bon voisinage en Asie centrale. Par là, la Russie se voyait avant tout interdire l'accès à de grandes entreprises en Asie et elle rassembla toute son énergie en vue de son vieil objectif : la politique des Balkans. C'est dans cette région que la Russie tsariste, après un siècle d'amitié solide et fidèle avec la civilisation allemande, entra pour la première fois dans un conflit pénible avec elle. Le chemin des Dardanelles passe par le cadavre de la Turquie, mais l'Allemagne considérait l'intégrité de ce cadavre comme sa tâche politique principale. Il est vrai que les principes de la politique russe dans les Balkans avaient déjà changé plus d'une fois : irritée de l'« ingratitude » des Slaves des Balkans qu'elle avait libérés et qui cherchaient à s'arracher à leurs liens de vassalité vis-à-vis de l'empire du tsar, la Russie avait, elle aussi, défendu pendant tout un temps le programme de l'« intégrité » de la Turquie, et pour elle aussi, il était sous-entendu que le partage était remis dans l'attente d'une époque plus favorable. Cependant, la liquidation finale de la Turquie a maintenant sa place dans les plans de la Russie tout comme dans la politique anglaise. Celle-ci, en vue de renforcer sa propre position dans les Indes et en Égypte, s'efforce de réunir en un grand empire musulman sous le sceptre britannique les territoires qui séparent ces deux parties de son empire, à savoir l'Arabie et la Mésopotamie. Ainsi, l'impérialisme russe, tout comme auparavant l'impérialisme anglais, tomba en Orient sur l'impérialisme allemand, lequel, se considérant comme l'usufruitier attitré de la décomposition de la Turquie, montait la garde sur le Bosphore [3].</p>
<p>Mais la politique russe dans les Balkans se heurtait encore plus directement à l'Autriche qu'à l'Allemagne. L'impérialisme autrichien est le complément politique de l'impérialisme allemand, son frère siamois et son destin funeste tout à la fois.</p>
<p>L'Allemagne se retrouva isolée de tous côtés à cause de sa politique mondiale, et son seul allié était l'Autriche. Sans doute, l'alliance avec l'Autriche est-elle ancienne, c'est encore Bismarck qui l'a établie en 1879, mais elle a changé entièrement de caractère depuis lors. De même que l'opposition avec la France, cette alliance a pris un tout autre contenu au cours de l'évolution des dernières décennies. Bismarck songeait seulement à défendre les possessions acquises jusqu'en 1870 grâce à la guerre de 1864. La Triple Alliance qu'il avait conclue avait un caractère conservateur d'un bout à l'autre : elle signifiait que l'Autriche devait renoncer définitivement à entrer dans la confédération allemande, elle représentait la consécration de la situation créée par Bismarck, la victoire de l'éparpillement national de l'Allemagne et de l'hégémonie militaire de la Grande Prusse. Les tendances de l'Autriche vers les Balkans déplaisaient à Bismarck tout autant que les acquisitions de l'Allemagne en Afrique. Dans ses Pensées et souvenirs, il dit :</p>
<p> « Il est naturel que les habitants du bassin du Danube aient des besoins et des projets qui dépassent les frontières actuelles de la monarchie : la constitution de l'empire allemand montre la voie par laquelle l'Autriche peut parvenir à réconcilier ses intérêts politiques et matériels qui sont compris entre la frontière orientale qui est de race roumaine et le golfe de Cattaro. Mais ce n'est pas le rôle de l'Empire allemand que de prêter main forte à ses sujets pour réaliser les voeux qu'ils peuvent entretenir quant à leurs rapports avec leurs voisins. »</p>
<p>Comme il l'avait exprimé un jour avec force dans un mot célèbre, la Bosnie ne valait pas pour lui l'os d'un grenadier de Poméranie. La meilleure preuve de ce que Bismarck ne pensait effectivement pas à mettre la Triple Alliance au service des efforts d'expansion de l'Autriche, c'est le Traité de réassurance conclu en 1884 avec la Russie, et aux termes duquel, au cas où une guerre éclaterait entre la Russie et l'Autriche, l'Empire allemand ne se porterait en aucun cas aux côtés de l'Autriche, mais conserverait une « neutralité bienveillante ». Depuis que s'est accompli le virage de la politique allemande vers l'impérialisme, ses relations avec l'Autriche se modifièrent également. L'Autriche-Hongrie se trouve située entre l'Allemagne et les Balkans, donc sur le chemin de ce centre de la politique orientale de l'Allemagne. Avoir l'Autriche pour adversaire équivaudrait, en raison de l'isolement général dans lequel s'est placée la politique allemande, à renoncer à tous ses projets sur le plan de la politique mondiale. Dans le cas d'un affaiblissement ou même de la ruine de l'Autriche-Hongrie, qui entraînerait aussitôt une liquidation de la Turquie et un renforcement énorme de la puissance de la Russie, des États balkaniques et de l'Angleterre, l'Allemagne réaliserait sans doute son unification et renforcerait sa puissance, mais il faudrait sonner le glas de la politique impérialiste de l'empire allemand [4].</p>
<p>Le sauvetage et la conservation de la monarchie habsbourgeoise devenait donc logiquement la tâche accessoire de l'impérialisme allemand, tout comme la conservation de la Turquie était sa tâche principale.</p>
<p>L'existence même de l'Autriche représente cependant un état permanent de guerre latente dans les Balkans. Depuis que le processus irrésistible de décomposition de la Turquie a conduit à la formation et à la consolidation des États balkaniques dans la proximité immédiate de l'Autriche, ce fut le début d'une opposition entre l'État habsbourgeois et ses jeunes voisins. Il est évident que la naissance à ses côtés d'États nationaux indépendants et viables devait accélérer la décomposition de cette monarchie déjà délabrée qui, étant elle-même constituée d'une mosaique de pièces détachées de ces mêmes nationalités, ne sait les diriger que sous la férule des paragraphes dictatoriaux. La non-viabilité foncière de l'Autriche se manifeste précisément dans sa politique balkanique et tout spécialement dans ses rapports avec la Serbie. En dépit de ses appétits impérialistes qui se jetaient sans discernement tantôt sur Salonique, tantôt sur Durazzo, l'Autriche n'était pas en état d'annexer la Serbie le cas échéant, même si celle-ci n'avait pas recu un surcroît de force et d'étendue à la suite des deux guerres balkaniques. En incorporant la Serbie, l'Autriche aurait nourri en son sein d'une manière dangereuse l'une des plus turbulentes parmi les nationalités slaves du sud qu'elle ne parvenait déjà à maîtriser qu'à grand-peine malgré le régime brutal et stupide de sa réaction [5].</p>
<p>L'Autriche ne pouvait cependant pas non plus tolérer le développement normal autonome de la Serbie et en tirer profit par des relations économiques normales. En effet, la monarchie habsbourgeoise n'est pas une organisation politique d'État bourgeois, mais seulement un trust unissant par des liens assez lâches quelques coteries de parasites sociaux qui veulent se remplir les poches en exploitant au maximum les ressources du pouvoir tant que la monarchie tient encore debout. Pour favoriser les agriculteurs hongrois et pour maintenir artificiellement les produits agricoles à un prix élevé, l'Autriche interdit l'importation du bétail et des fruits à la Serbie, privant ainsi ce pays paysan du débouché principal de ses produits. Dans l'intérêt des cartels industriels autrichiens, elle contraignit la Serbie à obtenir à l'est l'accès de la mer Noire en concluant une alliance militaire avec la Bulgarie, et à l'ouest l'accès de la mer Adriatique en acquérant un port en Albanie. La politique balkanique de l'Autriche visait donc uniquement à étrangler la Serbie. Mais en même temps, elle visait à empêcher tout rapprochement mutuel entre les États balkaniques et à entraver leur essor intérieur ; elle constituait à elle seule un danger permanent. Tantôt par l'annexion de la Serbie, tantôt en manifestant ses prétentions sur le sandjak de Novibazar et sur Salonique, tantôt en revendiquant la côte albanaise, l'impérialisme autrichien menaçait continuellement l'existence et les possibilités de développement des États balkaniques. Conformément aux tendances de l'Autriche et en raison de la concurrence de l'Italie, on allait même créer après la seconde guerre balkanique l'image dérisoire d'une « Albanie indépendante » sous un prince allemand qui, dès la première heure, ne fut rien d'autre que le jouet des intrigues des puissances impérialistes rivales.</p>
<p>L'Autriche ne pouvait cependant pas non plus tolérer le développement normal autonome de la Serbie et en tirer profit par des relations économiques normales. En effet, la monarchie habsbourgeoise n'est pas une organisation politique d'État bourgeois, mais seulement un trust unissant par des liens assez lâches quelques coteries de parasites sociaux qui veulent se remplir les poches en exploitant au maximum les ressources du pouvoir tant que la monarchie tient encore debout. Pour favoriser les agriculteurs hongrois et pour maintenir artificiellement les produits agricoles à un prix élevé, l'Autriche interdit l'importation du bétail et des fruits à la Serbie, privant ainsi ce pays paysan du débouché principal de ses produits. Dans l'intérêt des cartels industriels autrichiens, elle contraignit la Serbie à obtenir à l'est l'accès de la mer Noire en concluant une alliance militaire avec la Bulgarie, et à l'ouest l'accès de la mer Adriatique en acquérant un port en Albanie. La politique balkanique de l'Autriche visait donc uniquement à étrangler la Serbie. Mais en même temps, elle visait à empêcher tout rapprochement mutuel entre les États balkaniques et à entraver leur essor intérieur ; elle constituait à elle seule un danger permanent. Tantôt par l'annexion de la Serbie, tantôt en manifestant ses prétentions sur le sandjak de Novibazar et sur Salonique, tantôt en revendiquant la côte albanaise, l'impérialisme autrichien menaçait continuellement l'existence et les possibilités de développement des États balkaniques. Conformément aux tendances de l'Autriche et en raison de la concurrence de l'Italie, on allait même créer après la seconde guerre balkanique l'image dérisoire d'une « Albanie indépendante » sous un prince allemand qui, dès la première heure, ne fut rien d'autre que le jouet des intrigues des puissances impérialistes rivales.</p>
<p>Ainsi, au cours des dernières décennies, la politique impérialiste de l'Autriche devint le carcan qui empêchait un développement normal vers le progrès dans les Balkans, et elle conduisait tout naturellement à ce dilemme inévitable : ou bien la monarchie habsbourgeoise, ou bien le développement des États balkaniques ! Les Balkans, qui s'étaient émancipés de la souveraineté turque, se voyaient confrontés à une nouvelle tâche : se débarrasser de l'obstacle que représentait l'Autriche. Historiquement, la liquidation de l'Autriche-Hongrie n'est que la continuation du démembrement de la Turquie et est, comme lui, imposée par l'évolution historique.</p>
<p>Mais ce dilemme ne laissait pas d'autre solution que la guerre, et même la guerre mondiale. En effet, derrière la Serbie, on trouvait la Russie, qui ne pouvait renoncer à son influence dans les Balkans et à son rôle de « protecteur » sans compromettre la totalité de son programme impérialiste en Orient. Exactement à l'opposé de la politique autrichienne, la politique russe avait pour objectif de réunir les États balkaniques, sous protectorat russe évidemment. La confédération balkanique, dont la victoire dans la guerre de 1912 avait presque entièrement liquidé la Turquie d'Europe, était l'oeuvre de la Russie, et il entrait dans les intentions de celle-ci qu'elle soit principalement dirigée contre l'Autriche. Sans doute la confédération se disloqua-t-elle dès la première guerre balkanique malgré tous les efforts de la Russie, mais la Serbie qui sortit victorieuse de cette guerre était destinée à devenir l'alliée de la Russie de la même manière que l'Autriche devenait son ennemi mortel. L'Allemagne, enchaînée au destin de la monarchie habsbourgeoise, fut obligée de donner son soutien à sa politique archi-réactionnaire et ainsi d'entrer doublement en conflit avec la Russie.</p>
<p>La politique balkanique de l'Autriche l'amena également à entrer en conflit avec l'Italie, qui s'intéressait vivement à la fois à la liquidation de l'Autriche et à celle de la Turquie. L'impérialisme italien trouve à ses désirs d'expansion le prétexte le plus proche et le plus commode, parce que le plus populaire, dans les possessions italiennes de l'Autriche et, dans le nouveau partage des Balkans, ses prétentions visent surtout la côte albanaise de l'Adriatique qui fait face à l'Italie. La Triple Alliance qui avait déjà subi une rude épreuve dans la guerre de Tripoli fut complètement ravagée par la crise que connurent les Balkans depuis les deux guerres balkaniques, et ses deux puissances centrales étaient en conflit avec le reste du monde. L'impérialisme allemand, enchaîné à deux cadavres en décomposition, se dirigeait tout droit vers la guerre mondiale.</p>
<p>Ce cheminement était du reste tout à fait conscient. C'est surtout l'Autriche qui donnait l'impulsion, elle qui courait depuis des années à la catastrophe avec un fatal aveuglement. Sa clique dirigeante cléricale et militaire, avec à sa tête l'archiduc François-Ferdinand et l'homme de main de celui-ci, le baron von Chlumezki, était bel et bien à l'affût d'un prétexte pour lancer les opérations. En 1909, pour déclencher dans les pays allemands la fureur guerrière qu'elle recherchait, elle fit fabriquer tout spécialement par le professeur Friedmann les fameux documents qui dévoilaient une conspiration diabolique aux multiples ramifications dirigée contre la monarchie habsbourgeoise, documents qui n'avaient qu'un seul défaut : ils étaient faux de a à z. Quelques années plus tard, se répandit pendant des jours la nouvelle que le consul autrichien Prohaska avait subi un martyre atroce à Uestub, ce qui devait faire l'effet d'une bombe, alors que pendant ce temps-là, Prohaska, qui se portait comme un charme, se promenait en sifflotant dans les rues de Uestub. Enfin, il y eut l'attentat de Sarajevo, enfin se produisit le crime révoltant et authentique que l'on attendait depuis si longtemps. « Si un sacrifice a jamais eu un effet libérateur et rédempteur, c'est bien celui-là », exultaient les porte-parole de l'impérialisme allemand. Les impérialistes autrichiens exultaient encore plus fort et décidèrent d'utiliser les cadavres des archiducs tant qu'ils étaient encore frais [6]. Ils s'entendirent rapidement avec l'Allemagne, la guerre fut conclue et on expédia le télégramme qui allait mettre le feu aux poudres à l'intérieur du monde capitaliste.</p>
<p>Mais l'incident de Sarajevo n'avait fait que fournir le prétexte.</p>
<p>Pour ce qui est des causes et des oppositions, tout était déjà mûr pour la guerre depuis longtemps, la configuration que nous connaissons aujourd'hui était déjà prête depuis dix ans. Chaque année qui s'écoulait et chaque nouvel événement politique qui s'est produit au cours de ces dernières années rapprochaient un peu plus l'échéance : la révolution turque, l'annexion de la Bosnie, la crise du Maroc, l'expédition de Tripoli, les deux guerres des Balkans. C'est dans la perspective de cette guerre que furent proposés tous les projets de loi de ces dernières années : on se préparait consciemment à l'inévitable conflagration générale. Cinq fois au cours de ces dernières années, il s'en est fallu d'un cheveu que la guerre n'ait éclaté : en été 1905, lorsque l'Allemagne fit connaître pour la première fois ses prétentions dans l'affaire du Maroc d'une manière péremptoire ; en été 1908, après la rencontre des monarques à Reval, lorsque l'Angleterre, la Russie et la France voulurent envoyer un ultimatum à la Turquie à cause de la question macédonienne, et que, pour défendre la Turquie, l'Allemagne était prête à se lancer dans une guerre qui ne fut empêchée que par l'éclatement soudain de la révolution turque [7] ; au début de 1909, lorsque la Russie répondit à l'annexion de la Bosnie par une mobilisation, sur quoi l'Allemagne déclara en bonne forme qu'elle était prête à entrer en guerre aux côtés de l'Autriche ; en été 1911, lorsque le Panther fut envoyé à Agadir, ce qui aurait inévitablement provoqué le déclenchement de la guerre, si l'Allemagne n'avait pas renoncé à réclamer sa part du Maroc et ne s'était pas contentée du Congo. Et enfin, au début de l'année 1913, quand l'Allemagne, voyant que la Russie envisageait de pénétrer en Arménie, déclara pour la deuxième fois en bonne forme qu'elle était prête à faire la guerre.</p>
<p>C'est ainsi que la guerre mondiale actuelle était dans l'air depuis huit ans. Si, à chaque fois, elle fut différée, c'est uniquement parce que l'une des parties impliquées n'avait pas encore terminé ses préparatifs militaires. La guerre mondiale actuelle était déjà mûre dans l'aventure du Panther en 1911 - sans le couple d'archiducs assassinés, sans les aviateurs français au-dessus de Nuremberg, et sans l'invasion russe en Prusse orientale. L'Allemagne l'a simplement remise à une date qui lui conviendrait mieux. Ici aussi, il suffit de lire l'explication naïve des impérialistes allemands :</p>
<p> « Du côté "pan-germanique", on reproche à la politique allemande de s'être montrée trop faible durant la crise du Maroc en 1911 ; pour liquider cette idée fausse, il suffit de rappeler qu'au moment où nous avons envoyé le Panther à Agadir, l'aménagement du canal de la mer du Nord était encore en chantier, que l'aménagement d'Helgoland en une grande place forte maritime n'était pas encore terminé et que les rapports de force entre notre flotte et la puissance navale anglaise en dreadnoughts et en armements auxiliaires nous étaient nettement plus défavorables que trois ans après. Le canal, l'île d'Helgoland et la puissance de notre flotte étaient, comparativement à ce qu'ils sont aujourd'hui, en 1914, soit fortement périmés, soit absolument inaptes pour la guerre. Dès lors, sachant que l'on rencontrerait un peu plus tard des chances de succès bien plus favorables, vouloir provoquer une guerre décisive aurait été une folie pure et simple [8]. »</p>
<p>Il fallait d'abord mettre la flotte allemande en état et faire passer au Reichstag les projets de lois militaires. En été 1914, l'Allemagne se sentit préparée pour la guerre, alors que la France en était encore à élaborer péniblement le service militaire de trois ans, et alors que la Russie n'avait pas encore accompli son programme, ni pour la force navale ni pour l'armée de terre. Le même Rohrbach - qui n'est pas seulement le porte-parole le plus sérieux de l'impérialisme allemand, mais, étant très proche des milieux dirigeants de la politique allemande, est presque leur voix officieuse - écrit au sujet de la situation en 1914 :</p>
<p> « Quant à nous, c'est-à-dire l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, notre crainte essentielle était que si la Russie adoptait pour quelque temps une attitude manifestement conciliante, nous aurions été moralement obligés d'attendre jusqu'au moment où la France et la Russie auraient été réellement prêtes. » (loc. cit. p. 83)</p>
<p>Autrement dit : la crainte essentielle en juillet 1914, c'était que l'« action de paix » du gouvernement allemand puisse être couronnée de succès, et que la Russie et la Serbie puissent se laisser fléchir. Il s'agissait cette fois de les contraindre à la guerre. Et cela réussit. « C'est avec une profonde douleur que nous voyons échouer nos efforts visant à maintenir la paix mondiale », etc.</p>
<p>Dès lors, lorsque les bataillons allemands pénétrèrent en Belgique, lorsque le Reichstag fut placé devant le fait accompli de la guerre et de l'état de siège, il n'y avait pas de quoi être frappé de stupeur, car ce n'était pas une situation nouvelle et inouïe, ce n'était pas un événement qui, compte tenu du contexte politique, pouvait surprendre la social-démocratie allemande. La guerre mondiale déclarée officiellement le 4 août était celle-là même pour laquelle la politique impérialiste allemande et internationale travaillait inlassablement depuis des dizaines d'années, celle-là même dont, depuis dix ans, la social-démocratie allemande, d'une manière tout aussi inlassable, prophétisait l'approche presque chaque année, celle-là même que les parlementaires, les journaux et les brochures sociales-démocrates stigmatisèrent à de multiples reprises comme étant un crime frivole de l'impérialisme, qui n'avait rien à voir ni avec la civilisation ni avec les intérêts nationaux mais qui, bien au contraire, agissait à l'encontre de ces deux principes.</p>
<p>Effectivement : ce n'est pas l'« existence et le développement libre » de l'Allemagne qui sont en jeu dans cette guerre, comme le dit la déclaration du groupe parlementaire social-démocrate, ce n'est pas la civilisation allemande, comme l'écrit la presse sociale-démocrate, mais ce sont bien plutôt les profits actuels de la Deutsche Bank en Turquie d'Asie et les profits futurs des Mannesmann et Krupp au Maroc, c'est l'existence du régime réactionnaire de l'Autriche, ce « monceau de pourriture organisée qui s'appelle la monarchie habsbourgeoise », comme l'écrivait le Vorwärts du 25 août 1914, ce sont les cochons et les pruneaux hongrois, c'est le paragraphe 14, ce sont les trompettes d'enfants et la civilisation de FriedmannProhasta, c'est le maintien de la domination turque des Bachibouzouks en Asie Mineure et de la contre-révolution dans les Balkans.</p>
<p>Une grande partie de la presse de notre parti était profondément choquée de ce que les « gens de couleur et les sauvages », les Nègres, les Sikhs, les Maoris, étaient poussés à la guerre par les adversaires de l'Allemagne. Or, ces peuples jouent à peu près le même rôle dans la guerre actuelle que les prolétaires socialistes des États européens. Et si on apprenait par les communiqués de Reuter que les Maoris de Nouvelle-Zélande brûlaient d'envie de se faire massacrer pour le roi d'Angleterre, ils manifesteraient le même discernement dans la conscience de leurs propres intérêts que celui dont a fait preuve le groupe parlementaire social-démocrate en confondant le salut de la monarchie habsbourgeoise, de la Turquie et de la caisse de la Deutsche Bank avec l'existence et la liberté du peuple allemand et de la civilisation allemande. Il est vrai qu'une grande différence les sépare malgré tout : il y a une génération, les Maoris pratiquaient encore le cannibalisme, et pas la théorie marxiste.</p>
<p>Notes</p>
<p>[1] Le 3 décembre 1912, après la première guerre balkanique, l'orateur du groupe social-démocrate s'exprimait en ces termes au Reichstag : « Hier, on a fait remarquer à cette même tribune que la politique orientale de l'Allemagne n'était pas responsable de l'effondrement de la Turquie, que ç'avait été une bonne politique. M. le chancelier de l'Empire croyait que nous avions rendu bien de bons services à la Turquie et M. Bassermann disait que nous avions amené la Turquie à accomplir des réformes judicieuses. Sur ce dernier point, je ne suis au courant de rien (hilarité chez les sociaux-démocrates) ; et derrière les bons services je voudrais mettre aussi un point d'interrogation. Pourquoi la Turquie s'est-elle effondrée ? Ce qui s'est effondré là-bas, c'est un régime de junkers semblable à celui que nous avons à l'est de l'Elbe. (" Très juste ! " - sur les bancs sociaux-démocrates. Rires à droite) L'effondrement de la Turquie est un phénomène parallèle à l'effondrement du régime des junkers mandchous en Chine. Pour les régimes de junkers ça a l'air d'aller de plus en plus mal partout. (Acclamations des sociaux-democrates : "Tant mieux !" ) Ils ne répondent plus aux exigences du monde moderne. »<br class='autobr' />
« Je disais que la situation en Turquie ressemblait jusqu'à un certain point à celle que nous connaissons à l'est de l'Elbe. Les Turcs sont une caste dirigeante de conquérants, ils ne sont qu'une petite minorité. A côté des Turcs, on trouve encore les non-Turcs qui ont adopté la religion musulmane, mais les véritables Turcs d'origine ne sont qu'une petite minorité, une caste guerrière, une caste qui, comme en Prusse, s'est emparée de tous les postes clés, dans l'administration, dans la diplomatie et dans l'armée ; une caste qui, vis-à-vis des papans bulgares et serbes, a poursuivi la même politique seigneuriale que nos spahis à l'est de l'Elbe. (Hilarité.) Aussi longtemps que la Turquie avait une économie naturelle, cela allait encore ; car alors, un tel régime de seigneurs est encore supportable dans une certaine mesure, parce que le seigneur ne pousse pas encore tellement l'exploitation de ses manants ; s'il a de quoi bien manger, et de quoi bien vivre, il est content. Mais au moment où la Turquie, entrant en contact avec l'Europe, devint une économie monétaire moderne, l'oppression des junkers turcs devint de plus en plus insupportable. La classe paysanne fut pressée comme un citron, et une grande partie des paysans réduite à la mendicité ; beaucoup se firent brigands. Voilà ce que sont les Komitaschis ! (Rires à droite) Les junkers turcs n'ont pas seulement fait la guerre contre l'ennemi extérieur, non, en dessous de cette guerre contre l'ennemi extérieur une révolution paysanne s'est accomplie en Turquie. Voilà ce qui a rompu l'échine des Turcs et voilà ce qui a provoqué l'effondrement de leur régime de junkers ! Et on dit maintenant que le gouvernement allemand a rendu de bons services dans ce pays ! Mais les meilleurs services qu'il aurait pu rendre à la Turquie, et aussi au régime des junkers, il ne les a pas rendus ! Il aurait dû leur conseiller d'accomplir les réformes qu'ils étaient tenus de faire en vertu du protocole de Berlin : de libérer véritablement leurs paysans, comme la Bulgarie et la Serbie l'avaient fait. Mais comment une diplomatie allemande de junkers en aurait-elle été capable ? »<br class='autobr' />
« [...] Les instructions que M. von Marschall recevait de Berlin ne pouvaient en tout cas l'amener à rendre réellement de bons services aux Jeunes Turcs. Ce qu'elles leur ont apporté - je ne veux même pas parler des choses militaires -, c'est un certain état d'esprit qu'elles ont introduit dans le corps des officiers turcs : l'esprit de l'« officier de garde élégant » (hilarité chez, les sociaux-démocrates), un esprit qui s'est avéré si extraordinairement funeste pour l'armée turque dans le combat. On raconte notamment qu'on a trouvé des officiers morts qui portaient des chaussures laquées. La prétention de dominer la masse du peuple et la masse des soldats en toutes choses, cette morgue de l'officier, cette façon de commander de haut, tout cela a pourri à la racine les rapports de confiance au sein de l'armée turque, et, dès lors, on peut donc comprendre que cet état d'esprit ait contribué à provoquer la débâcle de l'armée turque. »<br class='autobr' />
« Messieurs, nos avis divergent sur le point de savoir qui est responsable de l'effondrement de la Turquie. La transmission d'un certain esprit prussien n'est pas responsable à lui seul de l'effondrement de la Turquie, bien sûr que non, mais il y a contribué, il l'a précipité. L'effondrement lui-même était dû fondamentalement à des causes économiques, comme je l'ai montré. »</p>
<p>[2] La bruyante excitation entretenue depuis des années dans les milieux impérialistes allemands autour de la question du Maroc n'était pas faite pour calmer les appréhensions de la France. L'association pangermanique défendait tout haut le programme d'annexion du Maroc, qu'elle considérait naturellement comme une « question vitale » pour l'Allemagne, et elle diffusa un tract de la plume de son président Heinrich Clatz sous le titre : L'Ouest du Maroc allemand ! Lorsque le professeur Schiemann chercha à justifier l'arrangement conclu par le département des Affaires étrangères et son renoncement au Maroc en invoquant les intérêts du commerce au Congo, le Post s'en prit à lui de la manière suivante :<br class='autobr' />
« M. le professeur Schiedmann est russe de naissance, et peut-être n'est-il pas même de pure descendance allemande. Dès lors, personne ne peut lui en vouloir s'il considère d'un air froid et moqueur des questions qui piquent au plus vif la conscience nationale et la fierté que tout Allemand authentique porte en lui. Le jugement d'un étranger qui parle de ce qui est le battement de coeur patriotique et la palpitation douloureuse de l'âme inquiète du peuple allemand comme s'il s'agissait d'une fantaisie politique passagère ou d'une aventure de conquistadores doit provoquer à juste titre notre colère et notre mépris, d'autant plus que cet étranger jouit de l'hospitalité de l'État prussien en tant que professeur à l'Université de Berlin. Que l'homme qui ose insulter ainsi les sentiments les plus sacrés du peuple allemand dans l'organe directeur du parti conservateur soit le maître et le conseiller de notre Kaiser en matière politique, et qu'il soit considéré, à tort ou à raison, comme son porte parole, cela nous remplit d'une profonde tristesse. »</p>
<p>[3] Au mois de janvier 1908, l'homme politique libéral russe Pierre Strouvé écrivait, d'après la presse allemande : « Maintenant, il est temps de dire qu'il n'existe qu'un moyen pour créer une grande Russie, c'est de concentrer toutes nos forces sur une seule région qui soit accessible à la civilisation russe et où elle pourra exercer une influence réelle. Cette région, c'est tout le bassin de la mer Noire, c'est-à-dire l'ensemble des pays européens et asiatiques riverains de la mer Noire. Là, nous disposons d'une base réelle pour asseoir solidement notre souveraineté économique : des hommes, du charbon et du fer. C'est sur cette base réelle, et sur elle seulement, que, par un travail civilisateur infatigable soutenu de tous côtés par l'État, on pourra édifier une grande Russie économiquement forte. »<br class='autobr' />
Au début de la guerre mondiale actuelle, le même Strouvé écrivait, encore avant l'intervention de la Turquie :<br class='autobr' />
« Chez les politiciens allemands apparaît une politique d'autonomie turque, dont l'idée maîtresse est le programme de l'égyptisation de la Turquie sous la sauvegarde de l'Allemagne. Le Bosphore et les Dardanelles devraient devenir un Suez allemand. Avant la guerre entre l'Italie et la Turquie qui délogea les Turcs de leurs positions en Afrique, et avant la guerre des Balkans, qui les chassa presque d'Europe, la tâche suivante apparaissait déjà clairement pour l'Allemagne : conserver la Turquie et maintenir son indépendance dans l'intérêt de la stabilité économique et politique de l'Allemagne. Après les guerres que nous venons de mentionner, cette tâche ne changea que dans la mesure où la faiblesse extrême de la Turquie s'était montrée au grand jour ; dans ces conditions, une alliance devait dégénérer aussitôt en un protectorat ou une tutelle qui devait finalement amener l'Empire ottoman au même point que l'Égypte. Or, il est absolument clair qu'une Égypte allemande sur la mer Noire et la mer de Marmara serait tout à fait intolérable pour la Russie. Dès lors, il ne faut pas s'étonner que le gouvernement russe ait aussitôt protesté contre les démarches qui préparaient une telle politique et notamment contre la mission du général Liman von Sanders, qui devait non seulement réorganiser l'armée turque, mais même commander un corps d'armée à Constantinople. La Russie obtint là-dessus des satisfactions formelles, mais, en réalité, la situation ne changea pas d'un pouce. Dans ces conditions, en décembre 1913, une guerre était imminente entre la Russie et l'Allemagne : l'exemple de la mission militaire Liman von Sanders avait révélé que la politique de l'Allemagne tendait à l"' égyptisation " de la Turquie. Cette nouvelle direction de la politique allemande aurait suffi à elle seule à provoquer un conflit armé entre l'Allemagne et la Russie. Nous entrions donc en décembre 1913 dans une époque de mûrissement d'un conflit qui devait inévitablement prendre le caractère d'un conflit mondial. »</p>
<p>[4] Dans le tract impérialiste Pourquoi la guerre allemande ?, nous lisons : « La Russie avait déjà éprouvé auparavant la tentation de nous offrir l'Autriche allemande, ces dix millions d'Allemands qui étaient restés en dehors de notre unification nationale en 1866 et en 1870-71. Si nous leur livrions la monarchie des Habsbourg, cette trahison pourrait recevoir salaire. »</p>
<p>[5] Le Kölnische Zeitung écrivait après l'attentat de Sarajevo, c'est-à-dire à la veille de la guerre, alors qu'on ne connaissait pas encore le dessous des cartes de la politique allemande officielle : « Celui qui n'est pas au courant de la situation posera la question : comment se fait-il que malgré les bienfaits qu'elle a prodigués à la Bosnie, non seulement l'Autriche n'est pas aimée dans ce pays, mais est même carrément détestée par les Serbes qui constituent 42 % de la population ? Seul quelqu'un qui connaît le peuple et la situation comprendra la réponse à cette question : un non-initié, surtout s'il est accoutumé aux idées et aux réalités européennes, l'écoutera bouche-bée sans comprendre. Voici la réponse noir sur blanc : l'administration de la Bosnie fut un gâchis complet dans sa conception et dans ses principes fondamentaux et c'est l'ignorance absolument criminelle qui règne encore en partie aujourd'hui, après plus d'une génération (depuis l'occupation) au sujet de la situation réelle de ce pays, qui en porte la responsabilité. »</p>
<p>[6] Pourquoi la guerre allemande ? p. 21. L'organe de la clique de l'archiduc « Grande-Autriche » écrivait semaine après semaine des articles incendiaires de ce style :</p>
<p>« Si on veut venger dignement la mort de l'archiduc héritier François-Ferdinand en respectant ses volontés, alors il faut exécuter aussi rapidement que possible le testament politique de cette victime innocente du développement funeste de la situation au sud de l'Empire. »<br class='autobr' />
« Cela fait déjà dix ans que nous attendons d'être enfin délivrés de toutes les tensions accablantes qui se font si cruellement sentir dans toute notre politique. »<br class='autobr' />
« Nous savons que l'Autriche grandiose et nouvelle, la Grande-Autriche qui ira délivrer ses peuples dans l'allégresse, ne pourra naître que par une guerre, et c'est pourquoi nous voulons la guerre. »<br class='autobr' />
« Nous voulons la guerre parce que nous sommes profondément convaincus que seule une guerre nous permettra de réaliser d'une manière radicale et soudaine notre idéal d'une Grande-Autriche puissante où, dans l'éclat lumineux d'un avenir sublime et joyeux, pourront s'épanouir la pensée politique et les projets missionnaires de l'Autriche : apporter la liberté et la civilisation aux peuples des Balkans. »<br class='autobr' />
« Depuis la mort du grand homme dont la main puissante et l'énergie opiniâtre auraient fondé la Grande-Autriche du jour au lendemain, la guerre reste notre seul espoir. »<br class='autobr' />
« C'est notre dernière carte, sur laquelle nous misons tout. »<br class='autobr' />
« Peut-être l'énorme indignation que cet attentat a soulevée en Autriche et en Hongrie provoquera-t-elle une explosion contre la Serbie, et ultérieurement aussi contre la Russie. »<br class='autobr' />
« L'archiduc François-Ferdinand à lui seul n'a pu que préparer cet impérialisme, il n'a pu l'accomplir. Il faut espérer que sa mort aura été le sacrifice nécessaire qui provoquera l'embrasement impérialiste de toute l'Autriche. »</p>
<p>[7] « Du côté de la politique allemande, on était évidemment informé de ce qui devait se passer, et aujourd'hui, on ne trahit plus un secret en disant que, comme d'autres flottes européennes, les forces navales de l'Allemagne se trouvaient alors sur le pied de guerre, prêtes à intervenir immédiatement. » (Rohrbach, La guerre et la politique allemande, p. 32.)</p>
<p>[8] Rohrbach, La Guerre et la politique allemande, p. 41.</p>
<p>Lire aussi :</p>
<p><a href="https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=article+rosa+luxemburg+question+arménienne" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=article+rosa+luxemburg+question+arménienne</a></p>
<p><a href="http://comprendreavecrosaluxemburgdocumentsetdossiers.over-blog.com/2018/07/1896-la-question-d-orient-et-le-vorwarts.une-analyse-de-1896-de-rosa-luxemburg-a-propos-de-la-question-d-orient.inedit-en-francais.h" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://comprendreavecrosaluxemburgdocumentsetdossiers.over-blog.com/2018/07/1896-la-question-d-orient-et-le-vorwarts.une-analyse-de-1896-de-rosa-luxemburg-a-propos-de-la-question-d-orient.inedit-en-francais.h</a></p></div>
Le dictateur de Syrie, Assad, est tombé. Le peuple n'a pas à le pleurer mais il ne peut pas davantage se réjouir, car ce n'est pas lui qui l'a fait chuter. C'est l'impérialisme occidental et ses agents locaux, Israël et la Turquie.
http://matierevolution.org/spip.php?article9083
http://matierevolution.org/spip.php?article90832024-12-10T23:14:00Ztext/htmlfrKarob, Robert ParisRévolutionGuerre WarTurquieIsraëlSyrie
<p>Le dictateur de Syrie, Assad, est tombé. Le peuple n'a pas à le pleurer mais il ne peut pas davantage se réjouir, car ce n'est pas lui qui l'a fait chuter. C'est l'impérialisme occidental et ses agents locaux, Israël et la Turquie. <br class='autobr' />
Le peuple syrien, lui, s'était mobilisé lors du printemps syrien et il n'agissait nullement derrière des bandes armées, islamistes ou pas, ni derrière les impérialismes, ni américain ni autre. <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2075 (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique150" rel="directory">16- EDITORIAUX DE "LA VOIX DES TRAVAILLEURS" - </a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag">Guerre War</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot116" rel="tag">Turquie</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot122" rel="tag">Israël</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot214" rel="tag">Syrie</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Le dictateur de Syrie, Assad, est tombé. Le peuple n'a pas à le pleurer mais il ne peut pas davantage se réjouir, car ce n'est pas lui qui l'a fait chuter. C'est l'impérialisme occidental et ses agents locaux, Israël et la Turquie.</h2>
<p>Le peuple syrien, lui, s'était mobilisé lors du printemps syrien et il n'agissait nullement derrière des bandes armées, islamistes ou pas, ni derrière les impérialismes, ni américain ni autre.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2075" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2075</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2059" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2059</a></p>
<p>C'est pour contrer cette révolution sociale que ses ennemis de tous bords ont déclenché la guerre…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4768" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4768</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3890" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3890</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886</a></p>
<p>Nétanyahou déclare qu'il suit de près les événements de Syrie et il les devance même de… très près.</p>
<p><a href="https://fr.timesofisrael.com/liveblog_entry/netanyahu-declare-quisrael-suit-de-pres-les-evenements-en-syrie/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.timesofisrael.com/liveblog_entry/netanyahu-declare-quisrael-suit-de-pres-les-evenements-en-syrie/</a></p>
<p>Qui a besoin au Moyen-Orient de faire chuter Assad, seul voisin d'Israël allié de l'Iran ? Après avoir attaqué les autres alliés de l'Iran dans la région comme le Hezbollah libanais et les houthis yéménites, c'est Israël qui a armé le nouveau groupe islamiste qui a renversé Assad. On se souvient que c'est Israël qui avait déjà armé l'Etat islamique en Syrie. Le tout avec l'accord et sous l'égide des USA…</p>
<p><a href="https://www.courrierinternational.com/article/vu-d-iran-l-offensive-en-syrie-est-un-plan-americano-israelien-execute-par-la-turquie-juge-teheran_225208" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.courrierinternational.com/article/vu-d-iran-l-offensive-en-syrie-est-un-plan-americano-israelien-execute-par-la-turquie-juge-teheran_225208</a></p>
<p>En pleine attaque des islamistes, Israël les a soutenus en attaquant les forces armées syriennes.</p>
<p><a href="https://fr.timesofisrael.com/liveblog_entry/les-frappes-israeliennes-en-syrie-visent-larmement-quil-craint-de-voir-acquis-par-des-forces-hostiles/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.timesofisrael.com/liveblog_entry/les-frappes-israeliennes-en-syrie-visent-larmement-quil-craint-de-voir-acquis-par-des-forces-hostiles/</a></p>
<p><a href="https://allisrael.com/fr/israel-aurait-frappe-des-armes-sensibles-en-syrie-alors-que-les-rebelles-islamistes-s-emparent-de-la-ville-de-hama" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://allisrael.com/fr/israel-aurait-frappe-des-armes-sensibles-en-syrie-alors-que-les-rebelles-islamistes-s-emparent-de-la-ville-de-hama</a></p>
<p>C'est le résultat d'un accord : les islamistes ne contestent pas la reprise du plateau du Golan par Israël…</p>
<p><a href="https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/syrie-israel-se-rejouit-de-la-chute-dassad-mais-se-mefie-du-nouveau-pouvoir-islamiste-2136517" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/syrie-israel-se-rejouit-de-la-chute-dassad-mais-se-mefie-du-nouveau-pouvoir-islamiste-2136517</a></p>
<p><a href="https://www.lopinion.fr/secret-defense/sur-le-golan-letrange-arrangement-entre-larmee-israelienne-et-les-rebelles-syriens" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lopinion.fr/secret-defense/sur-le-golan-letrange-arrangement-entre-larmee-israelienne-et-les-rebelles-syriens</a></p>
<p> Quelques jours avant l'offensive contre Alep, le journal israélien Yedioth Ahronoth révélait que le chef Shin Bet (services de renseignements intérieurs d'Israël) s'était secrètement rendu en Turquie pour rencontrer le responsable des services secrets turcs.</p>
<p><a href="https://www.journaldemontreal.com/2024/12/04/syrie-etats-unis-israel-et-islamistes-contre-assad-pas-vraiment" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.journaldemontreal.com/2024/12/04/syrie-etats-unis-israel-et-islamistes-contre-assad-pas-vraiment</a></p>
<p>En 2015, le Wall Street Journal a rapporté qu'Israël soignait des combattants d'Al-Qaïda du Front al-Nosra blessés en combattant l'armée syrienne. En 2019, le chef d'état-major de l'armée israélienne, le général Gadi Eisenkot, a reconnu qu'Israël avait fourni des armes aux groupes armés islamistes en Syrie.</p>
<p>C'est Israël qui a armé des rebelles syriens</p>
<p><a href="https://www.lepoint.fr/monde/pourquoi-israel-a-arme-des-rebelles-syriens-10-09-2018-2250096_24.php#11" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lepoint.fr/monde/pourquoi-israel-a-arme-des-rebelles-syriens-10-09-2018-2250096_24.php#11</a></p>
<p>C'est de la guerre mondiale des deux blocs qu'Israël tire l'autorisation américaine d'attaquer tous les pays ennemis voisins : Gaza, Cisjordanie, Hezbollah syrien, Yémen et maintenant Syrie, car Russie/Chine est dans le camp adverse…</p>
<p><a href="https://www.wsws.org/fr/articles/2024/12/03/kjgi-d03.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.wsws.org/fr/articles/2024/12/03/kjgi-d03.html</a></p>
<p>Par des attaques militaires violentes, l'armée israélienne avait préparé le terrain à l'offensive des groupes armés qui résidaient en Turquie.</p>
<p><a href="https://www.wsws.org/fr/articles/2018/02/14/syri-f14.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.wsws.org/fr/articles/2018/02/14/syri-f14.html</a></p>
<p>En 2016 déjà, l'impérialisme occidental avait mené la même politique…</p>
<p><a href="https://www.wsws.org/fr/articles/2016/02/pers-f13.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.wsws.org/fr/articles/2016/02/pers-f13.html</a></p>
<p>La gauche a soutenu cette politique impérialiste…</p>
<p><a href="https://www.wsws.org/fr/articles/2014/06/npaf-j27.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.wsws.org/fr/articles/2014/06/npaf-j27.html</a></p>
<p>Et la gauche au gouvernement en France avait armé les islamistes rebelles…</p>
<p><a href="https://www.wsws.org/fr/articles/2014/08/frsy-a29.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.wsws.org/fr/articles/2014/08/frsy-a29.html</a></p>
<p>La décision américaine de soutenir les islamistes en Syrie date de 2021</p>
<p><a href="https://www.wsws.org/fr/articles/2021/04/13/euaq-a13.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.wsws.org/fr/articles/2021/04/13/euaq-a13.html</a></p>
<p>Le succès islamiste en Syrie et la chute d'Assad sont des défaites pour la Russie.</p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2024/12/09/la-chute-de-bachar-al-assad-un-revers-d-ampleur-pour-la-russie-de-vladimir-poutine_6437654_3210.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lemonde.fr/international/article/2024/12/09/la-chute-de-bachar-al-assad-un-revers-d-ampleur-pour-la-russie-de-vladimir-poutine_6437654_3210.html</a></p>
<p>Ce sont les USA qui sont derrière Turquie et Israël pour détruire la Syrie</p>
<p><a href="https://www.wsws.org/fr/articles/2021/03/17/sy10-m17.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.wsws.org/fr/articles/2021/03/17/sy10-m17.html</a></p>
<p>Depuis 2018, les forces armées américaines occupaient une partie du territoire syrien</p>
<p><a href="https://www.wsws.org/fr/articles/2018/01/20/pers-j20.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.wsws.org/fr/articles/2018/01/20/pers-j20.html</a></p>
<p>La chute d'Assad prépare une guerre contre l'Iran qui est maintenant isolé…</p>
<p><a href="https://www.20minutes.fr/monde/syrie/4128027-20241209-syrie-chute-bachar-al-assad-nouveau-coup-dur-iran-face-israel" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.20minutes.fr/monde/syrie/4128027-20241209-syrie-chute-bachar-al-assad-nouveau-coup-dur-iran-face-israel</a></p>
<p>Tout cela ne peut étonner que les naïfs qui ont cru que les puissances occidentales étaient anti-islamistes !</p>
<p>En fait, c'est très souvent que les impérialisme occidentaux ont soutenu les islamistes et les ont porté au pouvoir, même s'ils se sont servi de leur prétendue hostilité à leur égard pour mener des guerres et pour justifier des politiques anti-démocratiques intérieures sous prétexte de lutte contre le terrorisme.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?breve902" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.org/spip.php?breve902</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4156" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4156</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4594" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4594</a></p>
<p>Isis était déjà une création des USA et Israël</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3879" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3879</a></p>
<p>Est-ce le terrorisme islamiste qui déstabilise le monde ou est-ce le capitalisme US et mondial, déstabilisé par sa crise, qui transforme progressivement le monde en guerre mondiale ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1539" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1539</a></p>
<p>La terreur mondiale du grand capital se cache sous un combat au nom de ... la lutte contre le terrorisme</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3599" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3599</a></p>
<p>Les bandes armées terroristes de la contre-révolution sèment la mort, la peur et la haine. Pourquoi ? Parce que l'ordre mondial impérialiste est menacé par l'effondrement du capitalisme.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3881" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3881</a></p>
<p>Qui manipule le terrorisme et instrumentalise la « lutte contre le terrorisme » ? Ce sont les classes dirigeantes capitalistes ! Et leur véritable cible, c'est le prolétariat ! Leur vrai but est le triomphe de la contre-révolution !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4093" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4093</a></p>
<p>C'était, déjà en 2016, la troisième guerre mondiale inter-impérialiste qui avait commencé en Syrie et en Ukraine</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4289" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4289</a></p></div>
Le bloc impérialiste Russie/Chine
http://matierevolution.org/spip.php?article8124
http://matierevolution.org/spip.php?article81242023-01-18T00:10:00Ztext/htmlfrKarob, Robert ParisChine ChinaRussieGuerre WarTurquieInde IndiaIrankazakhstanCapitalismeImpérialisme
<p>Edito <br class='autobr' /> Qu'est-ce que le deuxième bloc impérialiste qui se fait autour de la Chine et la Russie contre le bloc autour des USA <br class='autobr' />
Avertissement : certains groupes d'extrême gauche de pays riches « oublient » de combattre leur propre impérialisme (pourtant l'ennemi principal) et d'autres font semblant de ne pas voir que les puissances qui lui sont adverses sont elles aussi des impérialismes, niant ainsi les impérialismes chinois et russe ! <br class='autobr' />
Bien plus qu'à l'époque de la « guerre froide », on (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique150" rel="directory">16- EDITORIAUX DE "LA VOIX DES TRAVAILLEURS" - </a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot23" rel="tag">Chine China</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag">Russie</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag">Guerre War</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot116" rel="tag">Turquie</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot124" rel="tag">Inde India</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot140" rel="tag">Iran</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot219" rel="tag">kazakhstan</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag">Capitalisme</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot279" rel="tag">Impérialisme</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_16279 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L389xH434/ocs1-86d42.jpg?1789974466' width='389' height='434' alt='' />
</figure>
</div>
<p>Edito</p>
<h2 class="spip">Qu'est-ce que le deuxième bloc impérialiste qui se fait autour de la Chine et la Russie contre le bloc autour des USA</h2>
<p>Avertissement : certains groupes d'extrême gauche de pays riches « oublient » de combattre leur propre impérialisme (pourtant l'ennemi principal) et d'autres font semblant de ne pas voir que les puissances qui lui sont adverses sont elles aussi des impérialismes, niant ainsi les impérialismes chinois et russe !</p>
<p>Bien plus qu'à l'époque de la « guerre froide », on assiste à une opposition Est/Ouest. De nombreux pays orientaux sont unis pour la première fois historique comme Russie (et les républiques qui lui sont unies), Chine, Iran, Inde, Pakistan et Afghanistan !</p>
<p>En faisant exploser l'Union Européenne, en la divisant (notamment en appuyant la sortie de l'Angleterre, en poussant la Pologne contre l'Union Européenne et en menaçant de la marginalisation de l'Allemagne qui dirigeait autrefois l'Union), et en obligeant les « non alignés » à se ranger dans un camp ou un autre, les USA ont bipolarisé à nouveau le monde. Si le premier bloc impérialiste unit USA, Grande Bretagne, Japon, Australie, Canada, une partie de l'Europe, la Corée du Nord et Nouvelle Zélande, le second unit les pays de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) : Russie, Chine, Inde, Pakistan, Iran, Ouzbékistan, Kazakhstan, Kirghizistan, Turquie et Tadjikistan. Les pays membres de l'OCS représentent plus de 70 % du continent eurasiatique, environ 60 % de la population mondiale et 30 % du PIB mondial. L'OCS a déjà deux pays alliés qui se rapprochent : Turquie et Afghanistan… Et ce sont dix-huit pays et organisations internationales qui participeront au Forum de l'économie numérique de l'OCS. Les relations commerciales et militaires de ce bloc de l'Est sont en plein essor avec l'Arabie saoudite et le Brésil, renforçant encore ce bloc mondial.</p>
<p>Bien évidemment, l'essentiel dans ce « bloc de l'Est » est l'alliance Chine-Russie :</p>
<p><a href="https://ras-nsa.ca/fr/le-partenariat-sino-russe-et-la-bipolarisation-du-monde/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://ras-nsa.ca/fr/le-partenariat-sino-russe-et-la-bipolarisation-du-monde/</a></p>
<p>Mais la surprise dans cette alliance est celle entre Chine et Inde !<br class='autobr' />
<a href="https://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/inde-chine-modi-vante-une-nouvelle-ere-avec-la-chine-volonte-d-apaisement-bilateral_2102991.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/inde-chine-modi-vante-une-nouvelle-ere-avec-la-chine-volonte-d-apaisement-bilateral_2102991.html</a></p>
<p>Avec des exercices militaires communs :</p>
<p><a href="https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20220902-l-inde-participe-%C3%A0-reculons-%C3%A0-un-exercice-militaire-avec-la-russie-et-la-chine" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20220902-l-inde-participe-%C3%A0-reculons-%C3%A0-un-exercice-militaire-avec-la-russie-et-la-chine</a></p>
<p>Cela fait un bon moment que la Russie et la Chine se heurtent aux USA :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2342" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2342</a></p>
<p>Chine et Russie face aux USA :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3539" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3539</a></p>
<p>Il faut également parler d'une autre alliance qui concerne les alliés de la Russie et de la Chine, celle des BRICS :</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/BRICS" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/BRICS</a></p>
<p>Les BRICS se heurtent à la FED américaine :</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve553" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve553</a></p>
<p>Avec, bien entendu, la monnaie des BRICS : <br class='autobr' />
<a href="https://lesfrancais.press/les-brics-veulent-creer-leur-monnaie-de-reserve/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://lesfrancais.press/les-brics-veulent-creer-leur-monnaie-de-reserve/</a></p>
<p>La riposte des Brics contre la Fed, une guerre économique entre les nouveaux impérialismes et les anciens :</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve553" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve553</a></p>
<p>Des pays comme la Chine, l'Inde, l'Indonésie, le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis refusent de sacrifier leurs intérêts sécuritaires12et de développement pour sanctionner la Russie :</p>
<p><a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2022/09/20/le-non-alignement-nouveau-levier-de-negociation-des-brics/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://legrandcontinent.eu/fr/2022/09/20/le-non-alignement-nouveau-levier-de-negociation-des-brics/</a></p>
<p>Le bloc impérialiste Chine/Russie prend forme et a pour nom l'Organisation de Coopération de Shanghai :</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6447" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6447</a></p>
<p>Poutine : « l'OCS est une alternative à la domination occidentale et à l'hégémonisme américain ».</p>
<p><a href="https://www.lefigaro.fr/flash-actu/le-kremlin-fait-l-eloge-de-l-ocs-alternative-reelle-a-l-occident-20220913" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lefigaro.fr/flash-actu/le-kremlin-fait-l-eloge-de-l-ocs-alternative-reelle-a-l-occident-20220913</a></p>
<p>Un sommet de l'OCS :</p>
<p><a href="https://fr.news.yahoo.com/sommet-locs-ouzb%C3%A9kistan-rendez-contrer-030126541.html?guccounter=1&guce_referrer=aHR0cHM6Ly93d3cuZ29vZ2xlLmNvbS8&guce_referrer_sig=AQAAABwqFfRWGhmoXmHIL_PQbq-DBhWPkwsoKbYTodi0U4wL792WZ4PStOaHe7S9cuS8Y4CyF6ulGLn2BNRFiKocS5Nni65kp44kagGWlZOwY4MjzxwKlCiV2SlEaf4ph3p7ffU5_dVOnFe1yXmEECNJqBIZll98Y5aR4sCWWyqg-QBV" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.news.yahoo.com/sommet-locs-ouzb%C3%A9kistan-rendez-contrer-030126541.html?guccounter=1&guce_referrer=aHR0cHM6Ly93d3cuZ29vZ2xlLmNvbS8&guce_referrer_sig=AQAAABwqFfRWGhmoXmHIL_PQbq-DBhWPkwsoKbYTodi0U4wL792WZ4PStOaHe7S9cuS8Y4CyF6ulGLn2BNRFiKocS5Nni65kp44kagGWlZOwY4MjzxwKlCiV2SlEaf4ph3p7ffU5_dVOnFe1yXmEECNJqBIZll98Y5aR4sCWWyqg-QBV</a></p>
<p>Qu'est-ce que l'OCS :</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_de_coop%C3%A9ration_de_Shanghai" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_de_coop%C3%A9ration_de_Shanghai</a></p>
<p>L'Organisation de coopération de Shanghai et les intérêts russes :</p>
<p><a href="https://www.cairn.info/revue-le-courrier-des-pays-de-l-est-2006-3-page-26.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.cairn.info/revue-le-courrier-des-pays-de-l-est-2006-3-page-26.htm</a></p>
<p>Le rôle actif de l'Ouzbékistan dans l'OCS :</p>
<p><a href="https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/organisation-de-cooperation-de-shangai-le-role-actif-de-l-ouzbekistan-919286.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/organisation-de-cooperation-de-shangai-le-role-actif-de-l-ouzbekistan-919286.html</a></p>
<p>Les perspectives de l'OCS :</p>
<p><a href="https://cf2r.org/actualite/lorganisation-de-cooperation-de-shanghai-une-alliance-securitaire-et-economique-en-devenir/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://cf2r.org/actualite/lorganisation-de-cooperation-de-shanghai-une-alliance-securitaire-et-economique-en-devenir/</a></p>
<p>Le Forum de l'économie numérique de l'OCS :</p>
<p><a href="http://french.china.org.cn/business/txt/2021-08/18/content_77700558.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://french.china.org.cn/business/txt/2021-08/18/content_77700558.htm</a></p>
<p>L'OCS d'aujourd'hui est une réponse à la prééminence américaine. Le groupe de Shanghai a d'ailleurs refusé l'adhésion du Japon et des États-Unis.</p>
<p><a href="https://www.leconomiste.eu/decryptage-economie/702-l-ocs-nous-regarde.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.leconomiste.eu/decryptage-economie/702-l-ocs-nous-regarde.html</a></p>
<p>Le sommet de l'OCS face au bloc occidental :</p>
<p><a href="https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20220915-sommet-de-l-ocs-poutine-et-xi-affichent-leur-solidarit%C3%A9-face-aux-occidentaux" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20220915-sommet-de-l-ocs-poutine-et-xi-affichent-leur-solidarit%C3%A9-face-aux-occidentaux</a></p>
<p> La Chine soutient aussi économiquement la Russie :</p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2022/09/16/la-chine-au-secours-de-l-economie-russe-un-soutien-prudent-et-interesse_6141835_3210.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lemonde.fr/international/article/2022/09/16/la-chine-au-secours-de-l-economie-russe-un-soutien-prudent-et-interesse_6141835_3210.html</a></p>
<p> L'affrontement s'étend à l'ensemble de l'Asie, divisée en deux camps :</p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/10/20/le-soutien-de-la-chine-aux-pays-d-asie-centrale-incarne-a-moyen-terme-une-menace-pour-l-ensemble-de-la-region_6146667_3232.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/10/20/le-soutien-de-la-chine-aux-pays-d-asie-centrale-incarne-a-moyen-terme-une-menace-pour-l-ensemble-de-la-region_6146667_3232.html</a></p>
<p>Russie/Chine contre USA et aussi OCS contre OTAN :</p>
<p><a href="https://www.geo.fr/geopolitique/entre-la-chine-et-la-russie-un-veritable-rapprochement-mais-des-differences-strategiques-211763" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.geo.fr/geopolitique/entre-la-chine-et-la-russie-un-veritable-rapprochement-mais-des-differences-strategiques-211763</a></p>
<p>L'extension du bloc lié à Russie/Chine est souvent sousestimée. Le poids comparé des deux blocs est saisissant : en population Chine plus Inde font autant que les Etats-Unis. En production industrielle, les deux blocs sont égaux : la Chine représente 28,4% de la production industrielle mondiale (et environ 4% pour ses alliés) contre 16,6% aux USA (plus autant pour le total de ses alliés)</p>
<p>Selon des statistiques officielles rapportées par l'agence de presse chinoise Xinhua, le PIB combiné des membres de l'OCS atteint 15 000 milliards de dollar et représente près de 32% du PIB mondial pour 50% de la population mondiale. Leurs échanges commerciaux totalisent 5 200 milliards de dollars.</p>
<p>L'affrontement actuel qui mobilise toute la planète a lieu entre deux blocs qui se réalise autour des plus grandes puissances impérialistes et capitalistes du monde. Le fait qu'il s'agisse une fois encore d'un affrontement Est/Ouest ou Occident/Orient amène à tort à le comparer à la guerre froide. Que les plus importantes puissances soient d'un côté Russie/Chine et de l'autre USA/Japon/Canada/Australie/Angleterre/Europe/Corée du Sud pousse également à cette fausse comparaison. En effet, il ne s'agit plus d'un bloc capitaliste contre un bloc qualifié trompeusement de communiste et réellement stalinien : les deux blocs sont dirigés par des pays capitalistes développés et impérialistes tous les deux. L'affrontement sera donc bel et bien inter-impérialiste. L'impérialisme n'est pour nous ni une injure, ni une accusation morale, ni un terme de dénonciation mais une expression scientifique utilisée notamment par Lénine et Trotsky pour qualifier un certain stade du capitalisme qui nécessite l'invasion de la planète, la conquête des marchés et des matières premières, la lutte violente et militaire prenant la suite de la lutte économique et sociale, violente elle aussi. Les pays qui suivent le bloc de la Chine et de la Russie n'a rien à voir ni avec le communisme, ni même avec le stalinisme même si on y trouve des pays dominés par la Russie ainsi que la Corée du Nord : on y trouve aussi l'Inde, le Pakistan, l'Afghanistan, la Turquie. La Russie et la Chine n'ont plus rien de commun avec ce qu'ils étaient au temps de la « guerre froide » contre les USA et l'Occident capitaliste. La Chine de Mao n'était pas encore un pays capitaliste développé et encore moins un impérialisme conquérant. La Russie de la guerre froide était bien plus sur la défensive que prête à conquérir le monde ou à faire partie d'un bloc qui le visait. Si les pays de l'Est faisaient partie du bloc, ce n'est pas en luttant contre les USA qu'ils avaient atteri dans le « Pacte de Varsovie » mais au contraire en luttant aux côtés des USA !</p>
<p>L'affrontement actuel est celui de deux blocs capitalistes aux intérêts opposés et ce sont ces intérêts économiques et géopolitiques qui amènent cette division en deux de l'économie mondiale.</p>
<p>Comme lors des deux premières guerres mondiales, la lutte armée généralisée à la planète se déclenchera en fonction du caractère brutal et irréversible de la chute économique mondiale et du caractère non moins irréversible des affrontements de classe qui en découleront.</p>
<p>Se refuser à reconnaître un des deux camps impérialistes revient à le soutenir. Or le prolétariat mondial est l'adversaire résolu de tous les impérialismes et, si les prolétaires ont d'abord à combattre l'impérialisme du bloc auquel leur pays appartient, ils ne doivent nullement soutenir l'autre camp impérialiste, fut-ce en passant sous silence ses buts, ses guerres, ses crimes, ses objectifs réels et les mensonges de ses déclarations autojustificatrices.</p>
<p>Le prolétariat a absolument besoin de se démarquer de tous les camps en présence de manière claire et nette et aussi absolument besoin de prendre conscience de la force que représente l'internationalisme face à la montée des nationalismes guerriers du monde capitaliste.</p>
<p>Les prolétaires n'ont pas pour ennemi l'un des camps impérialistes mais l'ensemble du monde capitaliste, y compris les « petits » pays capitalistes ! Ils déclarent la guerre sociale contre la guerre impérialiste et proclament la nécessité absolue d'une organisation internationale des prolétaires, organisation qui fonde sa politique sur la mise en place des comités de travailleurs et leur fédération à l'échelle nationale comme internationale en vue de la prise du pouvoir par le prolétariat révolutionnaire renversant l'ensemble de la classe capitaliste, saisissant tous ses biens sans indemnité ni rachat et l'expulsant de la direction politique de la société !</p>
<h2 class="spip">Sur l'impérialisme chinois </h2>
<p>Les « nouvelles routes de la soie » de l'impérialisme chinois</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5315" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5315</a></p>
<p>La Chine plus conquérante et plus capitaliste que jamais</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2639" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2639</a></p>
<p>La Chine domine économiquement un monde capitaliste en déliquescence !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1118" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1118</a></p>
<p>La bourgeoisie européenne s'incline</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1768" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1768</a></p>
<p>La Chine en crise</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1133" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1133</a></p>
<p>L'avenir de la Chine est déterminé par le prolétariat</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6916" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6916</a></p>
<p>Pourquoi la classe ouvrière de Chine fait trembler les classes possédantes ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve949" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve949</a></p>
<p>Les États-Unis ouvrent la voie à une confrontation avec la Chine</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve719" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve719</a></p></div>
1922 : situation révolutionnaire en Grèce - The Greek Revolution
http://matierevolution.org/spip.php?article7167
http://matierevolution.org/spip.php?article71672021-05-30T22:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisGrèceRévolutionTurquie
<p>En 1922, l'armée grecque du roi Constantin, qui n'est plus soutenue par les puissances alliées, est vaincue par l'armée turque de Mustafa Kemal. Il s'ensuit une crise révolutionnaire dans le peuple et l'armée grecque... La situation révolutionnaire va se terminer par un coup d'état militaire qui renverse le roi Constantin et établit une dictature militaire sous couvert de république. <br class='autobr' /> La révolution grecque <br class='autobr' />
de Karl Radek <br class='autobr' />
Le roi Constantin a été le bouc émissaire de la défaite des (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory">4ème chapitre : Révolutions prolétariennes jusqu'à la deuxième guerre mondiale</a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot24" rel="tag">Grèce</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot116" rel="tag">Turquie</a>
<div class='rss_texte'><p>En 1922, l'armée grecque du roi Constantin, qui n'est plus soutenue par les puissances alliées, est vaincue par l'armée turque de Mustafa Kemal. Il s'ensuit une crise révolutionnaire dans le peuple et l'armée grecque... La situation révolutionnaire va se terminer par un coup d'état militaire qui renverse le roi Constantin et établit une dictature militaire sous couvert de république.</p>
<h2 class="spip"> La révolution grecque</h2>
<p>de Karl Radek</p>
<p>Le roi Constantin a été le bouc émissaire de la défaite des armées grecques. Un soulèvement l'a chassé de son trône, et la bourgeoisie grecque a tenu à préserver la monarchie et le trône pour son fils. S'il cela réussit, notre connaissance actuelle de la situation, basée sur quelques télégrammes officiels, qui, comme d'habitude, tendent à peindre la situation dans des couleurs plus vives, ne nous permet pas de tirer des conclusions. On peut déduire des télégrammes que la révolution était dirigée contre la guerre, mais n'a pas de caractère national. Nous tirons cela de la nouvelle que les rebelles s'opposent à un gouvernement de Venizelos, les principaux fomenteurs de l'aventure de l'Asie Mineure. Si Venizelos refait son apparition sur la scène politique, pour la sécurité de la France, il doit en résulter un aiguisement des confits et une accélération du mouvement révolutionnaire.</p>
<p>Le conflit Constantin-Venizelos n'avait aucun caractère personnel. Venizelos est étroitement lié à la bourgeoisie grecque, en particulier aux capitalistes du transport maritime. C'est pour eux qu'il suit sa politique d'expansion à l'étranger. Pendant la guerre mondiale, Venizelos a fait tous les efforts pour entraîner la Grèce dans une guerre avec la Turquie afin d'annexer une section d'Asie mineure. La politique de Constantine a favorisé la Triple Alliance. Son comportement à l'égard des puissances centrales n'était pas uniquement dû à des goûts personnels - il avait épousé la sœur de Guillaume II - mais aussi parce qu'il espérait briser l'influence de l'Angleterre en Grèce. L'aide de l'Allemagne et de l'Autriche aurait assuré une victoire sur la Serbie et une alliance avec la Bulgarie ; L'influence de l'Angleterre en Grèce en tant que l'une des puissances dominantes de la Méditerranée aurait ainsi été renversée.</p>
<p>Constantin est devenu le chef des cercles petits-bourgeois anti-bolcheviques de Grèce. Dépouillé de son pouvoir par les Alliés en 1917, il abdiqua au profit de son deuxième fils, Alexandre, en décembre 1920, après la mort de son fils et la défaite électorale de Venizelos, il retourna en Grèce. Mais la Grèce était déjà engagée dans la guerre avec la Turquie et les armées grecques occupaient l'Asie Mineure. Bien que revenu sur le trône par les masses pacifistes des paysans et de la petite bourgeoisie urbaine, Consiantine a été contraint de poursuivre la politique de Venizelos pour éviter un conflit avec les Alliés. Après avoir noué des relations avec les banques anglaises par l'intermédiaire du financier gréco-anglais Basilius Sacharov, il avait réussi à obtenir le soutien de l'Angleterre, ce qui a suscité l'inimitié de la France, qui voyait en Constantin le représentant des intérêts anglais et allemands.</p>
<p>L'aventure en Asie Mineure a profondément secoué la situation financière de la Grèce. La dette extérieure grecque est passée de 846 millions de drachmes en 1913 (une drachme valait alors un franc) à 4 milliards à la fin de 1920, et est estimée aujourd'hui à 10 milliards de drachmes. Au fur et à mesure que les importations pour les besoins de l'armée augmentaient, la balance commerciale de la Grèce a chaviré. L'augmentation du coût de la vie et de la fiscalité rapprochait chaque jour la crise. En 1918, un mouvement ouvrier dynamique a commencé en Grèce ; des syndicats ont été formés. Un parti socialiste a également été fondé, qui a rejoint l'Internationale communiste en 1920. Malgré sa jeunesse et le fait que seuls 150 000 des 6 millions d'habitants de la Grèce sont des ouvriers industriels (750 000 avec leurs familles), le Parti communiste, qui a pris la direction de tous les mouvements de grève anti-guerre, jouit d'une confiance considérable parmi la population. Pendant toute la durée de sa suppression par le gouvernement, son quotidien Rizospastis avait une liste de 10 000 abonnés. Son influence se faisait déjà largement sentir lors des élections de novembre. Le gouvernement a procédé aux représailles les plus cruelles contre le mouvement ouvrier. Les organisations du Parti communiste ont été détruites, ses dirigeants jetés en prison, les grévistes envoyés au front. Mais malgré tout, le gouvernement n'a pas pu tuer le Parti. Il se relève après chaque persécution ; il y a deux mois, le gouvernement a de nouveau jeté en prison tout le Comité central du Parti. Les appels du Parti communiste trouvent une réponse non seulement parmi les ouvriers de l'industrie, mais aussi dans une partie de la paysannerie et dans l'armée. Les paysans de Thessalie sont des serfs à ce jour ! Le Parlement, dans lequel les grands propriétaires terriens contrôlent 80 voix, a réussi à saboter même le projet de loi sur la rançon.</p>
<p>Le mouvement agraire prend un caractère toujours plus dangereux. La première année, le gouvernement a été contraint de réprimer par la force un soulèvement armé à Volo auquel 20 000 paysans ont pris part. L'armée est en état de désintégration ; le gouvernement ne peut cacher le fait qu'en gardant l'armée en Asie Mineure. Depuis un an, désertions massives, fusillades massives, persécutions brutales de ces soldats coupables de diffusion de la presse communiste sont à l'ordre du jour. Puis vint la défaite et la colère de la population ne put plus se calmer. La démobilisation spontanée, la saisie des navires de guerre par les soldats rebelles rentrant en Grèce, le soulèvement d'Athènes ont finalement conduit au renversement de Constantin</p>
<p>On peut encore se demander si les Alliés garderont le contrôle de l'insurrection et la limiteront simplement à la déposition de Constantin et à son remplacement par son fils George, ou si le jeune parti communiste aura assez de force pour élargir le mouvement ; mais en tout cas, le soulèvement a détruit tout espoir de garder l'armée thrace sous les armes. L'esprit de cette armée était bien inférieur à celui de l'armée d'Asie mineure ; il était principalement composé de déserteurs qui avaient fui le front de bataille. Sa perturbation est inévitable et se déroulera d'autant plus rapidement que les troupes partisanes bulgares et turques ont déjà commencé à agir en Thrace. Ces faits renforcent les chances de Kemal Pacha de reconquérir la Thrace. La Thrace peut tomber aux mains des bulgares ou des turcs même si les Alliés conservent les Dardanelles.</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_gr%C3%A9co-turque_(1919-1922)#La_contre-attaque_turque_(ao%C3%BBt_1922)" class="spip_out" rel="external">La Guerre gréco-turque (1919-1922)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Coup_d%27%C3%89tat_du_11_septembre_1922" class="spip_out" rel="external">Le coup d'État du 11 septembre 1922</a></p>
<h2 class="spip">The Greek Revolution</h2>
<p>(10 October 1922)</p>
<p>King Constantine has been made the goat for the defeat of the Greek armies. An uprising has chased him from his throne, and the Greek bourgeoisie is anxious to preserve the monarchy and the throne for his son. Whether it will be successful our present knowledge of the situation, based on a few official telegrams, which as usual, tend to paint the situation in brighter colors, does not permit us to draw any conclusions. We may gather from the telegrams that the revolution was directed against the war, but has no national character. We gather this from the news that the rebels oppose a Venizelos Government, the chief fomentors of the Asia Minor adventure. Should Venizelos again make his appearance on the political arena, for the safety of France, the result must be a sharpening of confkicts, and an acceleration of the revolutionary movement.</p>
<p>The conflict Constantin-Venizelos had no personal character. Venizelos is closely connected with the Greek bourgeoisie, especially the marine transport capitalists. It is for their benefit that he follows his policy of overseas expansion. During the World War, Venizelos made all efforts to embroil Greece in a War with Turkey so as to annex a section of Asia Minor. Constantine's policy favored the Triple Alliance. His behaviour towards the Central Powers did not originate purely from personal likes – he had married the sister of Wilhelm II – but also because he hoped to break England's influence in Greece. The help of Germany and Austria would have insured a victory over Serbia and an alliance with Bulgaria ; England's influence in Greece as one of the dominating powers of the Mediterranean would thereby have been overthrown.</p>
<p>Constantine became the leader of the petty bourgeois, anti-Bolshevik circles of Greece. Robbed of his power by the Allies in 1917, he abdicated in favor of his second son, Alexander, in December 1920, after the death of his son and the electoral defeat of Venizelos, he returned to Greece. But Greece was already engaged in war with Turkey and Greek armies occupied Asia Minor. Although returned to the throne by the pacifistic masses of the peasants and the urban petty bourgeoisie, Consiantine was forced to continue Venizelos' policy to avoid a conflict with the Allies. After entering into relations with the English banks through the Greco-English financier Basilius Sacharov, he had managed to obtain England's support, which aroused the enmity of France, who saw in Constantine the representative of the English as well as the German interests.</p>
<p>The adventure into Asia Minor shook profoundly the financial state of Greece. The Greek foreign debt rose from 846 million drachmas in 1913 (one drachma then was worth a franc) to 4 billions at the end of 1920, and is estimated now at 10 billion drachmas. As the imports for the needs of the army increased, the balance of trade of Greece capsized. The increasing cost of living and taxation brought the crisis daily nearer. In 1918 a lively labor movement began in Greece ; trade unions were formed. A Socialist Party was also founded, which joined the Communist International in 1920. In spite of its youth and of the fact that only 150,000 of Greece's 6 million population are industrial workers (750,000 with their families), the Communist Party, which assumed the leadership of all the anti-war strike movements, enjoys a considerable confidence among the population. All the time of its suppression by the government, its daily Rizospastis had a subscribers' list of 10,000. Its influence was already largely felt at the time of the November elections. The Government proceeded with the most cruel reprisals against the labor movement. The organizations of the Communist Party were destroyed, its leaders thrown into prison, the striking workers sent to the front. But in spite of all, the government was not able to kill the Party. It stands up again after every persecution ; two months ago the government again threw into prison the whole Central Committee of the Party. The appeals of the Communist Party find response not only among the industrial workers, but also in a section of the peasantry and in the Army. The peasants of Thessaly are serfs to this day ! Parliament, in which the big landowners control 80 votes, managed to sabotage even the ransom bill.</p>
<p>The agrarian movement assumes a continually more dangerous character. In the first year the government was compelled to suppress by force an armed uprising in Volo in which 20,000 peasants took part. The Army is in a state of disintegration ; the government is able to hide the fact only by keeping the Army in Asia Minor. For a year, mass desertions, mass shootings, brutal persecutions of those soldiers guilty of spreading the Communist press are on the order of the day. Then came the defeat, and the anger of the population could no longer be stilled. The spontaneous demobilization, the seizure of the warships by the rebelling soldiers returning to Greece, the uprising jn Athens finally led to the overthrow of Constantine</p>
<p>It may still remain doubtful whether the Allies will remain in control of the insurrection and limit it merely to the deposition of Constantine and his replacement by his son George, or whether the young Communist Party may have sufficient strength to enlarge the movement ; but at any rate, the uprising has destroyed all hopes of keeping the Thracian Army under arms The spirit of this army was much below that of the Asia Minor Army ; it was composed primarily of deserters who had fled from the battle front. Its disruption is inevitable and will proceed the more rapidly because Bulgarian and Turkish partisan troops have already begun to act in Thrace. These facts strengthen Kemal Pasha's chances to reconquer Thrace. Thrace may fall into Bulgarian or Turkish hands even if the Allies retain the Dardanelles.</p>
<p>Karl Radek</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/archive/radek/1922/10/greekrev.htm" class="spip_out" rel="external">Source</a></p></div>
Libye : les classes possédantes locales comme impérialistes préfèrent la guerre et le terrorisme permanents que la révolution permanente !
http://matierevolution.org/spip.php?article6787
http://matierevolution.org/spip.php?article67872020-01-21T23:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisUSAFranceTurquieArabie saouditeLibyeEmirats arabes unisImpérialisme
<p>édito <br class='autobr' />
Libye : les classes possédantes locales comme impérialistes préfèrent la guerre et le terrorisme permanents que la révolution permanente ! <br class='autobr' />
On connaît le mythe diffusé de manière générale : les grandes puissances, à commencer par USA et France, ont « libéré » la Libye du joug de la dictature de Kadhafi. Le fait que ce régime soit l'un des principaux pays pétroliers et un allié de la Russie n'a pas joué dans leur choix : c'est du moins le mensonge officiel diffusé en occident ! Les (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique150" rel="directory">16- EDITORIAUX DE "LA VOIX DES TRAVAILLEURS" - </a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot26" rel="tag">USA</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag">France</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot116" rel="tag">Turquie</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot195" rel="tag">Arabie saoudite</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot210" rel="tag">Libye</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot215" rel="tag">Emirats arabes unis</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot279" rel="tag">Impérialisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">édito
<p>Libye : les classes possédantes locales comme impérialistes préfèrent la guerre et le terrorisme permanents que la révolution permanente !</p>
</h2>
<p>On connaît le mythe diffusé de manière générale : les grandes puissances, à commencer par USA et France, ont « libéré » la Libye du joug de la dictature de Kadhafi. Le fait que ce régime soit l'un des principaux pays pétroliers et un allié de la Russie n'a pas joué dans leur choix : c'est du moins le mensonge officiel diffusé en occident ! Les événements qui ont accompagné et suivi la chute de Kadhafi ont cependant démenti cette version officielle des impérialismes occidentaux, celle selon laquelle ils n'ont œuvré militairement à la chute et à l'assassinat du dictateur que pour sauver le peuple libyen !!!</p>
<p>Rappelons tout d'abord un fait qui n'est jamais cité par les commentateurs : c'est le peuple libyen lui-même qui, dans la foulée des révolutions sociales d'Egypte et de Tunisie (et aussi d'Algérie et du Maroc, même si celles-ci ont été moins loin dans un premier temps), ont entraîné bien d'autres printemps dont celui de Libye, faisant craindre que cette révolution permanente s'étendant partout n'en vienne à des pouvoirs des exploités. C'est là la première motivation des impérialismes dans leur interventionnisme contre Kadhafi : mieux vaut qu'il ne chute pas sous les coups de son propre peuple mais sous ceux d'une armée impérialiste occidentale ! N'oublions pas que l'impérialisme occidental en était resté à la thèse de « l'interventionnisme anti-dictature et humanitaire », celui qui lui avait permis d'avoir un soutien international très large dans sa « guerre contre le terrorisme » en Afghanistan, suite au terrorisme du World Trade Center…</p>
<p>La réalité humanitaire de cette guerre d'Afghanistan n'est pas apparue, pas plus que son caractère anti-dictatorial, ni que ses buts de reconstruction d'une société libre et développée. Au contraire, en Afghanistan comme en Irak et en Libye ou ailleurs, on a assisté à des guerres impérialistes, pas plus justes, pas plus humanitaires que ne l'avaient été les guerres de Corée ou du Vietnam…</p>
<p>Les dictateurs n'avaient pas été les seuls à subir les foudres de la guerre impérialiste : les peuples l'ont subi durement et les lendemains de la chute du dictateur n'ont été que la mise en place d'une nouvelle dictature. Si la révolution sociale et politique tonne à nouveau en Irak, c'est parce qu'il n'y a eu rien de bon dans le régime mis en place par l'occupant militaire américain en Irak.</p>
<p>Eh bien, en Libye, il n'y a non plus rien eu de bon dans les forces politiques et militaires que les impérialismes occidentaux ont soutenu contre Kadhafi puis ont armé et mis au pouvoir. Toutes ces forces ont des bandes terroristes, toutes visent à la dictature, toutes veulent se servir du pouvoir pour se servir tout court, et notamment dans la manne pétrolière.</p>
<p>Et si cela fait autant de bruit, si l'échec des interventions impérialistes apparaît aussi sanglant en Libye, c'est que cela n'a pas mené à un pouvoir unique mais à des zones opposées et divisées qui se font la guerre et dont aucune n'est capable de conquérir militairement l'ensemble de l'ancienne Libye.</p>
<p>Chacune de ces zones, chacun de ces pouvoirs est soutenu par un des camps des puissances qui oppriment toute la région comme des grands impérialismes, c'est-à-dire par les puissances occidentales mais aussi par l'Arabie saoudite, les émirats, l'Egypte d'un côté et la Turquie et la Russie de l'autre. Les grandes puissances jouent les pacifistes mais arment tous les bords en guerre et la guerre ne les dérange pas tant que cela, du moment que le peuple libyen reste démoralisé et démobilisé par ces affrontements.</p>
<p>Par contre, cette guerre les dérange dans la mesure où elle ne permet pas d'exploiter à leur propre profit et tranquillement le pétrole libyen.</p>
<p>D'autre part, la chute de Kadhafi a été le signal du lancement d'une quantité de bandes armées terroristes, les puissances impérialistes intervenant sur place, USA et France, les ayant fait prospérer et armé et ayant laissé tous les stocks d'armes de Kadhafi à disposition de toutes les bandes armées.</p>
<p>La multiplication du terrorisme partie de Libye qui en a découlé et qui a inondé tout le Sahel, continue de le faire, donnant prétexte à l'impérialisme pour intervenir militairement dans toute la région sous le prétexte de sauver les Etats et les peuples d'un nouvel Etat islamique terroriste ou d'une invasion des groupes terroristes sahéliens.</p>
<p>On vient de le voir avec le sommet de Macron et des chefs d'Etat du Niger, du Mali, du Tchad et du Burkina Faso qui, sous la menace d'être abandonnés aux attaques terroristes, ont été contraints d'accepter une occupation militaire française encore augmentée et de donner carte blanche à la France pour tuer et détruire toute la région sous prétexte d'antiterrorisme. Pourtant, les chefs d'Etat en question ne sont pas moins dictatoriaux que l'était Kadhafi ou Saddam et surtout pas moins que ne le sont Macron et Trump !!!</p>
<p>Tous les camps en présence en Libye ont eu des soutiens terroristes et les grandes puissances ont ouvertement soutenu des groupes terroristes. C'est le cas par exemple de l'homme d'Etat Fabius qui déclarait même à qui voulait l'entendre que l'on ne devait pas faire la fine bouche et qu'il fallait armer et financer les groupes terroristes en Libye si on voulait en finir avec Kadhafi ! Les autres hommes politiques de l'impérialisme français ne contestaient que la nécessité de le dire ouvertement… Et depuis aucun homme politique, de Sarkozy à Hollande en passant par Macron, n'a dénoncé ce crime ! Aucun n'a levé le petit doigt pour faire cesser la mainmise des groupes terroristes en Libye. Aucun n'a cherché à les empêcher de faire fortune en enlevant les migrants, en les esclavagisant, en les prostituant, en les torturant, etc… Les guerres internes de la Libye justifient au contraire, aux yeux des pays impérialistes, de continuer à financer et armer les bandes qui pillent le pays.</p>
<p>Certes, ils organisent des conférences internationales qui décident de « travailler pour la paix », de rechercher le cessez-le-feu, le désarmement, et, au moins, l'embargo des armes. Mais ils savent parfaitement ne pas pouvoir l'imposer à l'Arabie saoudite ou à la Turquie et surtout ils savent ne pas souhaiter cette paix qui ne pourrait qu'entraîner la remise en route de la révolution sociale et politique libyenne comme la paix en Irak a entraîné le retour de la révolution…</p>
<p>Les rivalités des grandes puissances comme USA, France et Russie, celles des puissances locales comme Arabie saoudite et Turquie, n'empêchent pas un accord général de tous les Etats et de toutes les classes possédantes contre la révolution sociale mondiale qui dépasse les situations locales et se moque des frontières, parcourant le monde de l'Amérique du sud au Moyen Orient et à l'Orient, de la France à l'Afrique et à l'Asie. C'est partout dans le monde que le terrorisme leur sert de prétexte à la guerre permanente pour faire face à la révolution permanente. Les attentats terroristes servent d'argument aussi bien contre les gilets jaunes en France que contre la révolution sociale et politique au Mali, ou encore en Libye ou en Irak… Exactement comme le terrorisme avait servi à éradiquer la révolution sociale en Algérie après l'explosion populaire et prolétarienne de 1988. Mais, comme chacun peut le constater, la révolution est toujours présente et n'a que retardé son apparition, revenant en 2019 sur le devant de la scène algérienne pour ne plus la quitter.</p>
<p>Oui, la révolution sociale est permanente, comme le mouvement des gilets jaunes. Non seulement permanente dans le temps mais aussi dans l'espace, se projetant d'un pays à un autre, d'une région du monde à une autre, et permanente également dans le sens que ses objectifs ne cessent de s'approfondir, mettant d'abord seulement en cause une mesure antisociale injuste, puis les remettant toutes en cause, puis remettant directement en cause les fondements même du pouvoir d'Etat et de celui des classes possédantes, et finissant par remettre en question toutes les bases de la société capitaliste.</p>
<p>Jamais les guerres impérialistes, les guerres locales ou régionales n'ont été menées pour libérer des peuples, ni en Libye ni ailleurs, ni maintenant ni jamais. C'est juste un mensonge grossier d'avoir prétendu, comme l'a fait Sarkozy en France, qu'il agissait, à la tête des forces armées de la France, en libérateur du peuple libyen et les forces politiques et sociales qui ont participé à cette mascarade ne sont pas des enfants de cœur mais des assassins et des trompeurs politiques.</p>
<p>La France n'est pas la seule : tous les impérialismes sont de plus en plus excités à recoloniser le monde. L'Angleterre, les USA, la Chine et la Russie se jettent eux aussi sur l'Afrique, sur l'Orient, sur l'Asie et recolonisent à toute vitesse, en s'appuyant sur la crise mondiale et sur le terrorisme pour imposer leur présence aux Etats des pays pauvres. Et ils le font d'autant plus que cela les arrange de polariser la planète entre pays riches et pays pauvres plutôt que de la laisser se polariser dans un affrontement de classe, entre exploiteurs et exploités.</p>
<p>C'est justement sur cette lutte de classes que les travailleurs du monde doivent compter contre les pouvoirs capitalistes car c'est la seule qui leur donne la bonne perspective : en finir avec l'exploitation capitaliste définitivement et historiquement dépassée.</p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=guerre+de+la+france+en+libye+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=" class="spip_out" rel="external">La suite</a></p></div>
Les mythes, légendes et religions qui ont accompagné les passages du matriarcat au patriarcat
http://matierevolution.org/spip.php?article6405
http://matierevolution.org/spip.php?article64052019-08-13T22:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionReligionTurquieIranFemmes womenIrak - Iraq
<p>Partout dans le monde : des déesses bien avant les dieux... <br class='autobr' /> La déesse égyptienne Maât dirige l'ordre cosmique <br class='autobr' />
Déesse égyptienne Sekhmet : <br class='autobr' />
Déesse phénicienne Hathor : <br class='autobr' />
Déesse Aphrodite : Le menhir de la déesse-mère : La déesse-reine Ishtar de Mari : <br class='autobr' />
Les religions monothéistes d'Etat, qui sont des défenseurs violents du patriarcat, ont détruit bien des traces des anciennes religions de l'époque du matriarcat, comme le dit clairement l'Ancien Testament : <br class='autobr' />
« Vous détruirez tous les (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">2eme chapitre : Révolutions de la Préhistoire et de l'Antiquité</a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot98" rel="tag">Religion</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot116" rel="tag">Turquie</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot140" rel="tag">Iran</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot146" rel="tag">Femmes women</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot161" rel="tag">Irak - Iraq</a>
<div class='rss_texte'><p>Partout dans le monde : des déesses bien avant les dieux...</p>
<div class='spip_document_12471 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH300/venus-willendorf-autres-venus-prehist-688po-133a0-3f6cd.jpg?1789984303' width='500' height='300' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La déesse égyptienne Maât dirige l'ordre cosmique</p>
<div class='spip_document_12470 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH395/droit-femme-egypte-ba6b3-d0a02.jpg?1789984303' width='500' height='395' alt='' />
</figure>
</div>
<p>Déesse égyptienne Sekhmet :</p>
<div class='spip_document_12469 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH249/ad84f07_13950-11fbre4-d6i7-485b9-a01c8.jpg?1789984303' width='500' height='249' alt='' />
</figure>
</div>
<p>Déesse phénicienne Hathor :</p>
<div class='spip_document_12465 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH293/deesse_pehnicienne_hathor-d1e0b.jpg?1789984303' width='220' height='293' alt='' />
</figure>
</div>
<p>Déesse Aphrodite :</p>
<div class='spip_document_12468 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH555/1200px-Aphrodite_swan_BM_D2-db2e3-4abd7.jpg?1789984303' width='500' height='555' alt='' />
</figure>
</div>
<p>Le menhir de la déesse-mère :</p>
<div class='spip_document_12467 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH293/Statue-menhir-9104c-e2121.jpg?1789984303' width='220' height='293' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La déesse-reine Ishtar de Mari :</p>
<div class='spip_document_12466 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH465/Ishtar_-_stele_of_Shamsh-res-usur__governor_of_Mari_and_Suhi-7b961-f439c.jpg?1789984303' width='220' height='465' alt='' />
</figure>
</div>
<p>Les religions monothéistes d'Etat, qui sont des défenseurs violents du patriarcat, ont détruit bien des traces des anciennes religions de l'époque du matriarcat, comme le dit clairement l'Ancien Testament :</p>
<p>« Vous détruirez tous les lieux où les nations que vous allez chasser servent leurs dieux, sur les hautes montagnes, sur les collines et sous tout arbre vert. Vous renverserez leurs autels, vous briserez leurs statues… » (Deutéronome)</p>
<p>C'est bel et bien le matriarcat qui est visé et pas seulement le polythéisme, le paganisme, l'animisme et le chamanisme. L'Ancien Testament montre clairement que son dieu est contre les femmes :</p>
<p>« Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi. »</p>
<p>On ne peut pas être plus clair que de dire « tu enfanteras des fils ». Inutile de parler des filles dans une religion où l'homme profère cette première phrase de sa journée : « je te remercie mon dieu de ne pas m'avoir fait femme » !</p>
<div class='spip_document_12472 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH250/fr210391a-4ef99-50daa.jpg?1789984303' width='500' height='250' alt='' />
</figure>
</div>
<p>Judaïsme, catholicisme, islam et protestantisme, tous les grands monothéismes, ne renieront rien de ce patriarcat violent et anti-femmes qui date du renversement du matriarcat.</p>
<p>« Pendant l'instruction, la femme doit garder le silence en toute soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner ni de faire la loi à l'homme. Qu'elle se tienne tranquille. C'est Adam en effet qui fut formé le premier, Eve ensuite. Et ce n'est pas Adam qui se laissa séduire, mais la femme qui, séduite, se rendit coupable de transgression… » (Nouveau Testament – Thimothée I, 2 :11-14)</p>
<p>Ce n'est pas les musulmans qui ont inventé de voiler les femmes :</p>
<p>« Je veux cependant que vous sachiez que le chef de tout homme, c'est le Christ ; le chef de la femme, c'est l'homme. L'homme, lui, ne doit pas se couvrir la tête, parce qu'il est l'image et le reflet de Dieu ; quant à la femme, elle est le reflet de l'homme. Et ce n'est pas l'homme, bien sûr, qui a été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme. » (Nouveau Testament, Corynthiens I, 11 : 3,7,9)</p>
<p>Et bien sûr, l'islam :</p>
<p>« Allah ne tolèrera pas l'idolâtrie, ni les païens qui adorent les femelles. »</p>
<p>Dans ces religions, le simple mot de « déesse » est prohibé, même pour parler du passé…</p>
<p>Pendant de longues années, les travaux des scientifiques ont été marqués par l'origine judéo-chrétienne de leur éducation, les rendant incapable d'imaginer une société matriarcale malgré des signes évidents de cette étape de l'histoire des sociétés humaines. Aujourd'hui encore, la réaction patriarcale tend à revenir sur l'étape matriarcale de l'humanité, alors que nous sommes certains que la paternité était inconnue des premiers homo sapiens et cela durant l'essentiel de leur existence et que le couple fixe (un homme et une femme) est d'origine relativement récente dans les âges préhistoriques. Pendant l'essentiel de l'histoire de notre espèce, la fécondité humaine et l'accouchement sont restés des secrets de la communauté des femmes, complètement interdits à l'homme et la fécondité de la terre, quand la culture des plantes a été découverte et généralisée, a été considérée comme inséparable de la fécondité humaine, donc le privilège des femmes. Chez de nombreuses populations restées au stade aborigène la paternité génétique liée àa la sexualité est inconnue et on ne connaît que le lien maternel de l'enfant à naître.</p>
<p>Si on rajoute que tous les objets conservés par le couple, la famille ou la tribu étaient aux mains des femmes avec le foyer et la préservation des enfants, on retrouve que les femmes avaient une place centrale dans la tribu et aussi une place clef dans les décisions du groupe. Et les principaux « secrets » étaient eux aussi féminins, donc les croyances principales passaient par les femmes. La sagesse était réputée féminine.</p>
<p>Pourtant, les déesses sont légion dans toute l'antiquité : déesse Nut, reine du ciel de l'Egypte ancienne, déesse Sarasvati, inventrice de l'alphabet de l'Inde, déesse Brigit de l'Irlande celtique, déesse Nidaba, inventrice des tablettes d'argile et de l'art de l'écriture à Sumer, et aussi reine du Ciel à Sumer, dans le temple d'Erech, encore déesse Ninlil qui avait transmis à son peuple la connaissance des processus de semailles et de récolte, déesse Cerridwen, régissant l'intelligence et la connaissance, déesse Gaïa de la terre en Grèce, déesse grecque Déméter,et, bien sûr, d'abord et avant toutes, la déesse Ishtar-Inanna-Astarté de toute la Mésopotamie-Elam qui était à la fois guide du peuple, prophétesse, maîtresse du futur. Et, bien sûr, cela reflétait la situation réelle des femmes. Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple, dans la ville antique de Nimroud, les archéologues ont retrouvé que les femmes étaient juges et magistrats.</p>
<p>Il est clair que, partout sur la planète, les déesses ont largement préexisté aux dieux. Pour donner un ordre de grandeur des temps en question, on trouve des déesses dès le début du néolithique et même au paléolithique (par exemple 25.000 ans avant J.-C.), alors que les dieux n'apparaissent au plus tard que 2000 avant J.-C. (les cultes abrahamiques, dont les monothéismes des peuples sémites et occidentaux sont issus, datant au plus tard de 1800 avant J.-C.). On trouve des déesses-mères et des « vénus » plus de 20.000 ans avant J.-C., par exemple à Shanidar sur le Tigre, puis à Hacilar en Anatolie 6.000 ans avant J.-C., puis à Jéricho 7.000 ans avant J.-C. au pays de Canaan, ou encore à Jarmo en Irak, 6.800 ans avant J.-C. Et 6.500 avant J.-C., à Catal Höyük, pendant un millénaire au moins, plusieurs dizaines de sanctuaires sont consacrés à la déesse sous ses trois aspects, jeune fille, mère et aïeule. A Hassuna, 5.500 ans avant J.-C., comme à Halaf, 5.000 ans avant J.-C., et enfin à Ur et Uruk, dans les phases les plus anciennes de ces deux villes mésopotamiennes de l'Euphrate, comme dans les cultures badariennes et amratienne d'Egypte antique et à Sumer à la découverte de l'écriture en 3.000 avant J.-C., c'est encore des figurines de la déesse-mère qui ont été trouvées et aucune représentation d'un dieu.</p>
<p>On trouve, depuis le paléolithique récent, la grand-mère originelle de la tribu, mère du clan, la mère de l'Univers, mère aussi de la fécondité humaine, animale et végétale, puis la mère-terre, mère de l'agriculture, enfin la déesse maîtresse de la société humaine.</p>
<p>Joseph Campbell écrit dans « Mythologie primitive » :</p>
<p>« Ici, ce sont les femmes qui détiennent le pouvoir, elles ne sont pas seulement des génitrices mais les principales productrices de la nourriture. En réalisant qu'il est possible de cultiver la terre tout autant que d'en cueillir les fruits, les femmes ont donné une valeur à la terre dont elles sont devenues les détentrices. C'est ainsi qu'elles acquirent un certain prestige et un pouvoir économique et social. »</p>
<p>Hawkes (1963) :</p>
<p>« Tout porte à croire que dans les sociétés de la première époque du néolithique, le droit de la mère et le système des clans matriarcaux prédominaient et la terre se transmettait généralement par les femmes. »</p>
<p>C'est donc sous le matriarcat qu'ont eu lieu les sept grandes révolutions qui marquent l'apparition de la civilisation :</p>
<p>Ces sept révolutions sociales, différentes et successives, qui mènent à la civilisation sont : la production, la professionalisation, la surproduction, la sédentarisation, l'urbanisation, la commercialisation, l'écriture. Chacune est une rupture avec l'ancien mode d'existence.<br class='autobr' />
La production rompt avec la prédation (mode de vie des chasseurs-cueilleurs).</p>
<p>La professionnalisation introduit la division du travail.</p>
<p>La surproduction rompt avec l'incapacité de produire plus que ce qui est immédiatement nécessaire.</p>
<p>La sédentarisation rompt avec le nomadisme.</p>
<p>L'urbanisation rompt avec la vie villageoise.</p>
<p>La commercialisation introduit la valeur d'échange et rompt avec la simple valeur d'usage.</p>
<p>L'écriture rompt avec la société de l'oralité.</p>
<p>Aucun de ces changements radicaux n'est dans la simple continuité du précédent. Aucun ne se produit de manière facile, l'ancien mode de vie acceptant aisément le changement.</p>
<p>Mais, bien entendu, avec l'apparition d'un surproduit social et son appropriation privée, les révolutions sociales ont fondé de nouvelles classes sociales, fondées sur l'apparition de la propriété privée des moyens de production, notamment des terres et des principaux outils de travail, sur l'apparition et la légalisation des rapports de production. La transformation des produits du travail en marchandises est une des grandes révolutions sociales.</p>
<p>Les premiers rois n'apparaissent que provisoirement, naissant et mourant avec l'année nouvelle, décrétés rois uniquement par l'accouplement avec la déesse selon de multiples mythes dramatiques. La pérennité des rois puis les dieux masculins n'apparaissent que bien plus tard.</p>
<p>Ainsi, dans l'Egypte antique, le sud révérait la déesse Nekhebt, symbolisée par le vautour, le delta du Nil adorait la déesse Ua Zit ou grand serpent, puis l'Egypte a considéré la déesse Nut (et parfois Hathor, puis Au Set ou Isis) comme le premier être préexistant à toute créature humaine. C'est Nut qui avait placé le dieu-soleil Râ dans le ciel.</p>
<p>C'est avec la naissance de l'Etat que les guerriers ont pris le pouvoir et ont imposé le patriarcat, religieux comme civil. Par exemple, en Egypte, cela commence avec la période dynastique en 3.000 avant J.-C. et cela s'aggrave considérablement avec dix-huitième dynastie en 1570 avant J.-C.</p>
<p>A Sumer, tout le passage du matriarcat au patriarcat est « documenté » par des mythes et les lois des nouveaux Etats et des cités-Etats.</p>
<p>Par exemple, en Mésopotamie en 2300 avant J.-C., on peut lire les textes de lois de la « réforme d'Urakagina » :</p>
<p>« Les femmes des temps anciens prenaient deux maris, mais les femmes d'aujourd'hui seront lapidées si elles en font autant. »</p>
<p>Cela se reflète dans le mythe de la déesse des ténèbres et du dieu Nergal. Ce dernier s'impose à la déesse comme mari par la violence. Elle n'accepte pas d'épouser son assaillant. Elle est traînée par les cheveux, épousée de force sous menace de mort, avant de se soumettre et de devenir reine en gouvernant à ses côtés.</p>
<p>Et parfois, un même mythe ancien se trouve sous des versions de plus en plus patriarcales. Ainsi, le mythe sumérien d'Inanna-Ishtar de Mésopotamie. Au début, la déesse déverse sa colère contre le fils/amant Dumuzi qui lui a manqué de respect et l'envoie pour punition chez les démons du pays des morts. Dans la version suivante, la déesse se désole de la mort accidentelle de Dumuzi !</p>
<p>Mais il faut comprendre que ces religions et mythes ne faisaient que refléter la réalité sociale. Sous le nom de « naditu », la société sumérienne entendait un groupe de femmes jouant le rôle de femmes d'affaires des temples et possédant des biens immobiliers à leur propre nom, prêtant de l'argent, jouant un rôle dirigeant sur le plan économique. Il existait aussi de nombreuses femmes qui étaient scribes, juges, magistrats, dirigeantes sociales comme économiques…</p>
<p>Dans le monde akkadien, c'est des dynasties dirigeantes d'un Etat, en particulier celle de Sargon que date la chute brutale du statut des femmes et le matriarcat en 2300 avant J.-C.</p>
<p>On retrouve là aussi le changement des mythes fondateurs. Désormais, le dieu Mardouk doit assassiner la déesse de la création Tiamat afin d'asseoir son propre pouvoir.</p>
<p>Etudiant le code de loi d'Hammurabi, W. Boscawen remarque :</p>
<p>« La liberté accordée aux Babyloniennes leur permettait de posséder et de gérer un patrimoine, particulièrement dans le cas des prêtresses du temple qui tenaient de nombreux commerces… Le statut élevé dont jouissaient les femmes est un des aspects les plus intéressantes et les plus caractéristiques des débuts de la civilisation babylonienne. »</p>
<p>C'est seulement vers la fin du second millénaire qu'apparurent des lois interdisant à la femme mariée de s'engager dans les affaires, si ce n'est sous la direction de son mari, de son fils ou de son beau-frère.</p>
<p>Que la lutte contre le matriarcat ancien ait été violente, on en dispose le témoignage selon lequel les populations qui ont voulu rester sous le matriarcat ancien ont fui de Mésopotamie vers la Lycie, la Lydie et la Carie où ils ont vécu, sous la protection d'armées d'amazones, et construit des sanctuaires à la « Mère de toutes les divinités » comme le temple de la déesse d'Ephèse.</p>
<p>Ainsi, en Mésopotamie-Elam, les mythes deviennent de plus en plus patriarcaux. La déeesse Nikkal (grande dame), qui était été la mère du soleil (Utu), devient Nannar (le péché en akkadien). A Ur, la déesse Ningal est contrainte de partager avec son mari puis disparait complètement de son propre sanctuaire. La déesse Ninhursag qui créa le peuple sur la terre devient seulement l'épouse et la sœur du dieu Enki puis du dieu Enlil qui prend possession de la terre. La déesse Ereshkigal qui dominait sur terre, devient maîtresse des enfers, emportée dans le monde souterrain comme un trophée, et même sous terre, elle doit obéir à un époux pour gouverner à ses côtés.</p>
<p>Déesse-Mère de Çatal Höyük :</p>
<div class='spip_document_12485 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH293/Deesse-Mere_de_Catal_Hoyuk-33826-9441c.jpg?1789984303' width='220' height='293' alt='' />
</figure>
</div>
<p>Déesse de Hacilar :</p>
<div class='spip_document_12484 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/105-2-eff63.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH832/105-2-eff63-be26b.jpg?1789984303' width='500' height='832' alt='' /></a>
</figure>
</div>
<p>Déesse Ishtar d'Urfa :</p>
<div class='spip_document_12483 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/07-0e8f4-5bffe.jpg?1789984303' width='500' height='375' alt='' />
</figure>
</div>
<p>Les déesses femmes-lézards de la civilisation d'Ubaid :</p>
<div class='spip_document_12482 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L199xH253/indexfemmes-16020-d0039.jpg?1789984303' width='199' height='253' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La déesse Narundi d'Elam :</p>
<div class='spip_document_12481 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L494xH650/deesse_Narundi_d_Elam-ff520-55649.jpg?1789984303' width='494' height='650' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La déesse Inanna-Ishtar d'Akkad-Sumer :</p>
<div class='spip_document_12480 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH588/inanna-ishtar-antiquite-8c137-4dc30.jpg?1789984303' width='500' height='588' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L181xH279/index-23-86e45-6ee8d.jpg?1789984303' width='181' height='279' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12478 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L167xH302/indexisht-90add-a4cd0.jpg?1789984303' width='167' height='302' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12477 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L246xH205/indexis-b3e1e-b7142.jpg?1789984303' width='246' height='205' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12476 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L259xH194/indexisis-9b4df-50018.jpg?1789984303' width='259' height='194' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12475 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L188xH268/images-69-929f1-3fe62.jpg?1789984303' width='188' height='268' alt='' />
</figure>
</div>
<p>Gilgamesh et Ishtar :</p>
<div class='spip_document_12474 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH350/1310165-Ninive_bas-relief-bb51d-13013.jpg?1789984303' width='500' height='350' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12473 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L472xH398/4b2155356947b16a59f3eb265cdaa1a6-f1531-fa8c9.jpg?1789984303' width='472' height='398' alt='' />
</figure>
</div><h2 class="spip">Les mythes, légendes et religions qui ont accompagné les passages du matriarcat au patriarcat</h2>
<p>Le passage du matriarcat au patriarcat s'étant fait dans la période de mise en place des Etats, on dispose de très peu de documents écrits sur cette phase et on en est réduit à étudier la tradition, sous forme de mythes, de légendes et de récits religieux. Il y a ainsi dans toutes les sociétés, dans le monde entier, des traces d'un ancien matriarcat qui se voit surtout par des traces de matrilignage, de matrilocation, de rôle particulier des femmes, mais aussi par l'existence de déesses, dont témoignent des statues, des peintures mais aussi des textes d'une époque patriarcale qui témoignent d'un matriarcat plus ancien. On trouve ainsi des traces dans la religion chrétienne d'un matriarcat dans les sociétés occidentales où le christianisme essayait de se propager, notamment avec le « mythe de Marie ». Plus généralement, on trouve un mythe plus ancien qui est le « mythe de la virginité » dans lequel une déesse ou femme héros engendre sans avoir rencontré d'homme. C'est notamment le thème du mythe de Artémis d'Éphèse et de Cybèle, en Turquie, de Inana-Ishtar en Mésopotamie, ou d'Isis en Egypte.</p>
<p>La rupture entre matriarcat et patriarcat a nécessairement été brutale et violente. Elle coïncide dans de nombreuses sociétés avec une période de guerre civile marquée par l'écrasement de l'ancienne société, par des destructions de grande ampleur, des maisons incendiées, des temples aux déesses détruits, des guerres et guerres civiles qui ont donné le pouvoir aux guerriers et mené à la domination d'un Etat sur la société civile. Ce n'est pas seulement la relation hommes/femmes qui a changé mais toutes les bases économiques, sociales et politiques de la société, dans sa vie civile comme politique et religieuse. Les religions prennent progressivement le tournant et racontent des histoires selon lesquels les dieux ont pris barre sur les déesses. C'est le reflet fantasmagorique du changement réel. C'est le changement idéologique qui succède au changement historique, l'étaye et le justifie.</p>
<p>Le changement n'a pas eu lieu au début des sociétés agraires, le rôle de la femme étant même rendu plus important avec les cultes de la fécondité, mais à un stade beaucoup plus tardif où les inégalités avaient depuis longtemps mené à la formation de divisions en classes sociales et où les oppositions de classes entraînaient des troubles sociaux et même une instabilité sociale et politique permanente, au point que les classes possédantes puissent trouver qu'une domination de guerriers serait mieux que cette révolution permanente !</p>
<p>Les mythes, religieux ou issus de la société civile, sont le reflet de ces changements. Ils montrent des hommes et des dieux qui renversent l'ancienne domination des femmes, dans la société humaine ou parmi les dieux. Certains exemples sont fameux comme la légende de Gilgamesh en Mésopotamie ou le jardin d'Eden chez les Hébreux. Au début du récit, les femmes ont la parole, décident, ont du poids, dirigent. A la fin, elles sont battues. A l'époque de Gilgamesh, les héros doivent coucher avec la déesse pour accéder à la royauté, pour diriger leur peuple. Mais cet acte, qui les couronne, décrète aussi leur mort, en vertu d'un mythe de la résurrection de la vie et de la société. Mais Gilgamesh, lui, accède à la position de héro-roi tout en refusant de coucher avec la déesse Inanna-Ishtar !!! C'est la déesse qu'il contraint à renoncer à son rôle dirigeant en étant contrainte de descendre aux enfers pour n'en sortir que diminuée et périodiquement obligée d'y redescendre… Ailleurs, les mythes nous parlent de conquête par des dieux du pouvoir jusque là détenu par des déesses.</p>
<p>De tels mythes sont parfois des mythes de la fertilité, des mythes du déluge, des mythes de la résurrection, des mythes de la virginité, des mythes du nouvel an, etc…</p>
<p>Ces mythes sont le reflet fantasmagorique du changement. On est passé d'un monde où l'acte principal était la fécondité (celle des femmes et celle de la terre) à un monde où l'acte principal est l'agriculture avec un développement de la propriété privée des récoltes et des terres. Désormais, ce sont les propriétaires des terres qui dominent et aussi les chefs de guerre, les chefs d'Etat et les prêtres et ce sont surtout des hommes. La religion, de croyance populaire locale, est devenue institution d'Etat régionale et nationale. Le monde a changé et il a changé les vieilles croyances, notamment celles en une capacité magique des femmes de procréer.</p>
<p>Pourquoi les hommes sont-ils devenus les propriétaires des champs cultivés alors que c'était autrefois les femmes qui l'étaient, à l'époque où les hommes chassaient ? Eh bien, c'est le développement de l'esclavage et du servage qui ont réalisé ce changement. A partir du moment où un nombre important de paysans ne sont plus libres, que ce soit pour des raisons économiques et sociales ou à la suite de guerres, l'élément essentiel dans l'exploitation des terres devient la possession de main d'œuvre. Celui qui a la force armée dispose aussi du moyen d'exploiter un grand nombre de terres. Les chasseurs étant devenus guerriers deviennent les maîtres d'esclaves et renversent le pouvoir des femmes sur les terres… Il leur faudra aussi renverser le pouvoir des femmes dans l'imaginaire, dans les mythes et religions…</p>
<p>D'où les mythes qui identifient les femmes et « le mal », qui culpabilisent la sexualité en dehors de la recherche de la fécondité, qui dénoncent l'influence des femmes, qui la rejettent, qui l'accusent de tous les maux, qui dénoncent toute relation sexuelle en dehors du but de la procréation, qui font de la femme une sujette de l'homme, etc. Ces excès proviennent de la nécessité à un stade donné de combattre les anciennes croyances sur le rôle des femmes, sur leur possession du mystère de la vie et de la naissance, sur leur importance pour la fécondité de la terre. Donc les textes, mythes, légendes et religions les plus anti-féminins sont aussi, et paradoxalement, les plus grands témoignages d'une ancienne société matriarcale qu'il fallait dénoncer, combattre et détruire.</p>
<p>Gordon Childe écrit dans « De la préhistoire à l'histoire » :</p>
<p>« Il est probable que, dans l'esprit de ceux qui la pratiquaient, le fait de confier avec soin les morts à la terre devait leur assurer des récoltes plus abondantes.</p>
<p>Les sociétés néolithiques d'Egypte, de Syrie, d'Iran, de tout le pourtour méditerranéen, du sud de l'Europe et parfois de l'Angleterre modelaient dans l'argile, ou sculptaient dans la pierre et l'os, des statuettes qui représentaient la déesse-mère. Ces sociétés voyaient dans la terre une femme dont on pouvait se concilier les bonnes grâces par des prières et des sacrifices, ou dominer par des rites imitatifs et des incantations. Les seules représentations mâles connues sont des phallus d'argile ou de pierre sculptés en Anatolie, dans les Balkans et en Angleterre… Une cérémonie d'union des sexes symbolisait et, par suite, provoquait la fertilisation de la nature.</p>
<p>Chez les peuples cultivateurs, ces cérémonies donnaient lieu à des rites et à des mimes plus individualisés que chez les peuples sauvages ; un couple unique et soigneusement choisi accomplissait le mariage rituel. L'acteur mâle incarne le grain ou la nature et assume pour un certain temps le rôle de chef ; il est le roi du blé. Tout comme le grain, il faut qu'il soit enterré pour renaître ; cela signifie aussi qu'on doit le tuer pour pouvoir le remplacer l'année suivante par un être jeune et vigoureux. Les forces génératrices de la nature prennent ainsi des formes humaines et deviennent des dieux et des déesses.</p>
<p>Le jour vint où les sociétés estimèrent que le sacrifice d'un prisonnier ou des cérémonies purement symboliques pouvaient remplacer la mise à mort du roi du blé qui devint alors un roi temporel, d'autant plus qu'il assumait les fonctions de chef guerrier…</p>
<p>Chez les peuples agriculteurs, la parenté se transmet par la femme, parce que l'importance de son travail lui fait jouer un rôle capital dans la vie du clan ; c'est ce qui a donné naissance au matriarcat. Alors que chez les peuples pasteurs, le rôle dominant de l'homme eut pour conséquence le patriarcat. »</p>
<h2 class="spip">Mésopotamie</h2>
<p>Mircea Eliade écrit dans « Histoire des croyances et des idées religieuses » :</p>
<p>« La première, et peut-être la plus importante conséquence de la découverte de l'agriculture, suscite une crise dans les valeurs des chasseurs paléolithiques : les relations d'ordre religieux avec le monde animal sont supplantées par ce qu'on peut appeler « la solidarité mystique entre l'homme et la végétation ». Si l'os et le sang représentaient jusqu'alors l'essence et la sacralité de la vie, dorénavant ce sont le sperme et le sang qui les incarnent. En outre, la femme et la sacralité féminine sont promues au premier rang. Puisque les femmes ont joué un rôle décisif dans la domestication des plantes, elles deviennent les propriétaires des champs cultivés, ce qui rehausse leur position sociale et crée des institutions caractéristiques, comme, par exemple, la matrilocation, le mari étant obligé d'habiter la maison de son épouse.</p>
<p>La fertilité de la terre est solidaire de la fécondité féminine ; par conséquent, les femmes deviennent responsables de l'abondance des récoltes, car elles connaissent le « mystère » de la création. Il s'agit d'un mystère religieux, parce qu'il gouverne l'origine de la vie, la nourriture et la mort. La glèbe est assimilée à la femme. Plus tard, après la découverte de la charrue, le travail agraire est assimilé à l'acte sexuel. Mais, pendant des millénaires, la Terre-Mère enfantait toute seule, par parthénogenèse.</p>
<p>Le souvenir de ce « mystère » survivait encore dans la mythologie olympique (Héra conçoit toute seule et donne naissance à Héphaistos, à Arès) et se laisse déchiffrer dans de nombreux mythes et de nombreuses croyances populaires sur la naissance des hommes de la Terre, l'accouchement sur le sol, le dépôt du nouveau-né sur la terre, etc. Né de la Terre, l'homme, en mourant, retourne à sa mère : « Rampe vers la terre, ta mère » s'exclame le poète védique » dans « Rig Veda », X, 18, 10.</p>
<p>Certes, la sacralité féminine et maternelle n'était pas ignorée au paléolithique, mais la découverte de l'agriculture en augmente sensiblement la puissance. La sacralité de la vie sexuelle, en premier lieu la sexualité féminine, se confond avec l'énigme miraculeuse de la création. La parthénogenèse, le « hieros gamos » et l'orgie rituelle expriment, sur des plans différents, le caractère religieux de la sexualité.</p>
<p>Un symbolisme complexe, de structure anthropocosmique, associe la femme et la sexualité aux rythmes lunaires, à la Terre (assimilée à une matrice) et à ce qu'on doit appeler le « mystère » de la végétation. Mystère qui réclame la « mort » de la semence afin de lui assurer une nouvelle naissance, d'autant plus merveilleuse qu'elle se traduit par une étonnante multiplication. L'assimilation de l'existence humaine à la vie végétative s'exprime par des images et des métaphores empruntées au drame végétal (la vie est comme la fleur des champs, etc.)…</p>
<p>Toutes ces valeurs religieuses consécutives à l'invention de l'agriculture ont été articulées progressivement au cours des temps..</p>
<p>Ces mythologies et les scénarios rituels qui en dépendent vont dominer pendant des millénaires les civilisations du Proche-Orient. Le thème mythique des dieux qui meurent et ressuscitent, se range parmi les plus importants. En certains cas, ces scénarios archaïques donneront naissance à de nouvelles créations religieuses (par exemple, Eleusis, les mystères gréco-orientaux).</p>
<p>Les cultures agricoles élaborent ce qu'on peut appeler une « religion cosmique », puisque l'activité religieuse est concentrée autour du mystère central : la « rénovation périodique du Monde »…</p>
<p>Puisque le monde doit être renouvelé périodiquement, la cosmogonie sera rituellement réitérée à l'occasion de chaque Nouvel An. Ce scénario mythico-rituel est attesté dans le Proche-Orient et chez les Indo-Iraniens. Mais on le trouve également dans les sociétés des cultivateurs primitifs, qui prolongent en quelque sorte les conceptions religieuses du néolithique…</p>
<p>On pourrait dire que, depuis le néolithique jusqu'à l'âge du fer, l'histoire des idées et des croyances religieuses se confond avec l'histoire de la civilisation. Chaque découverte technologique, chaque innovation économique et sociale est, semble-t-il, « doublée » d'une signification et d'une valeur religieuses…</p>
<p>Des statuettes féminines, trouvées en Palestine et datées d'environ 4500, présentent la Déesses-Mère sous un aspect terrifiant et démoniaque (figurines trouvées à Munhata,Tel-Aviv et Shaar-Ha-Golan). Le culte de la fertilité et le culte des morts semblent solidaires aussi bien à Jéricho que dans les civilisations de Hacilar et de Çatal Hüyük… La principale divinité était la déesse, présentée sous trois aspects : jeune femme, mère donnant naissance à un enfant (ou à un taureau) et vieille (accompagnée parfois d'un oiseau de proie)… Des reliefs de la déesse, parfois hauts de deux mètres, modelés en plâtre étaient fixés aux murs… A Hacilar, à un niveau daté de 5700, la déesse est montrée assise sur un léopard ou debout, tenant le petit d'un léopard… Dans la culture dite du Tell Halaf… on n'a pas trouvé de figurines masculines, tandis que les images de la déesse abondent ; accompagnée de colombes, avec des seins exagérés, représentée mainte fois en position accroupie, il est difficile de ne pas reconnaître l'image exemplaire de la Déesse-Mère.</p>
<p>La culture halafienne matriarcale fut détruite vers 4400 ou 4300, pendant que la culture d'Obeid, originaire de l'Irak méridional, se diffusait dans toute la Mésopotamie… La nouveauté la plus significative de la période d'Obeid est l'apparition des temples monumentaux…</p>
<p>Dans la société sumérienne et akkadienne, la déesse Nammu (dont le nom est écrit par le pictogramme désignant la « mer primordiale ») est présentée comme « la mère qui engendra le Ciel et la Terre », et « l'aïeule qui enfanta tous les dieux »… Certains textes évoquent la perfection et la béatitude des « commencements » : « les jours anciens quand chaque chose était créée parfaite », etc… « Le dieu En-ki, le seigneur de Dilmun (le paradis), était endormi auprès de son épouse, encore vierge, comme la terre elle-même était vierge. En se réveillant, En-ki s'unit à la déesse Nin-gur-sag, et ensuite à la fille qu'engendra celle-ci, et finalement à la fille de cette fille… Mais un incident apparemment insignifiant, donne lieu au premier drame divin. le dieu mange certaines plantes qui venaient d'être créées : or il fallait qu'il fixe d'abord leur modalité d'être. Outrèe par ce geste insensé, Nin-gur-sag déclare qu'elle ne regardera plus En-ki avec le regard de vie, donc il faut qu'il meurre… »</p>
<p>On trouve également le mythe du déluge selon lequel « la colère d'En-lil a été provoquée par le vacarme insupportable des hommes… La cause principale du déluge réside dans les péchés des hommes et dans la décrépitude du Monde… La fin du monde et d'une humanité pécheresse rend possible une nouvelle création. »</p>
<p>(…)</p>
<p>Inanna, déesse de l'étoile Vénus et de l'amour, homologue d'Ishtar akkadienne et plus tard d'Astarté, jouira d'une actualité cultuelle et mythologique jamais approchée par une autre déesse du Moyen-Orient. A son apogée, Inanna-Ishtar était à la fois déesse de l'amour et de la guerre, c'est-à-dire régissait la vie et la mort ; pour indiquer la plénitude de ses puissances on la disait hermaphrodite (Ishtar barbata). Sa personnalité était parfaitement tracée déjà à l'époque sumérienne, et son mythe central constitue une des plus significatives créations du monde ancien. Ce mythe s'ouvre avec une histoire d'amour : Inanna, la déesse tutélaire d'Erech, épouse le berger Dumuzi qui devient ainsi le souverain de la cité. Inanna proclame tout haut sa passion et son bonheur : « Moi, je marche dans la joie !... Mon Seigneur est digne du giron sacré ! » Et pourtant, elle pressent le sort tragique qui attend son époux : « O mon bien-aimé, homme de mon cœur… toi, je t'ai entraîné vers un destin funeste… tu as touché de ta bouche ma bouche, tu as pressé mes lèvres contre ta tête, c'est pourquoi tu as été condamné à un destin funeste » (Kramer, « Le rite du mariage », p. 141).</p>
<p>Ce « destin funeste » fut arrêté le jour où l'ambitieuse Inanna décida de descendre aux enfers pour supplanter sa sœur aînée, Ereshkigal. Souveraine du « Grand-Royaume d'En-Haut », Inanna aspire à régner également sur le Monde Inférieur… Avec les plus grandes difficultés, Inanna revient sur terre… Avec surprise et indignation, Inanna découvre que Dumuzi, son mari, était assis sur son trône, richement vêtu, satisfait d'être, on aurait dit le souverain unique de la cité…</p>
<p>Le poème cosmogonique connu sous le nom d' « Enuma elish » constitue avec l' « Epopée de Gilgamesh », la plus importante création de la religion akkadienne… La déesse Tamiat représente la mer et est conçue à la fois comme femme et comme bisexuée… La légende compte l'affrontement des dieux, Tamiat et Marduk…</p>
<p>L'épopée de Gilgamesh est, certes, la plus fameuse et la plus populaire création babylonienne. Le héros, Gilgamesh, roi d'Uruk, était déjà célèbre à l'époque archaïque, et on a retrouvé la version sumérienne de plusieurs épisodes de sa vie légendaire… Cette saga, qui débute avec les excès érotiques d'un héros doublé d'un tyran, dévoile en dernière instance l'inaptitude des vertus purement « héroïques » à transcender radicalement la condition humaine.</p>
<p>Et pourtant Gilgamesh était pour deux tiers un être divin, fils de la déesse Ninsun et d'un mortel. Tout au début le texte exalte son omniscience et les grandioses constructions qu'il avait entreprises. Mais immédiatement après, on nous présente un despote qui viole les femmes et les jeunes filles, et exténue les hommes dans de durs travaux. Les habitants supplient les dieux, et ceux-ci se décident à créer un être de taille gigantesque, capable d'affronter Gilgamesh. ce demi-sauvage, qui reçoit le nom d'Enkidu, vit en paix avec les fauves… Comme prévu par les dieux, les deux champions se mesurent dès qu'ils se rencontrent. Gilgamesh sort victorieux, mais il se prend d'amitié pour Enkidu et en fait son compagnon… En rentrant à Uruk, Gilgamesh est remarqué par Ishtar. La déesse l'invite à l'épouser, mais il refuse avec insolence. Humiliée, Ishtar implore son père, Anu, de créer le « Taureau céleste », afin de détruire Gilgamesh et sa cité… Enkidu réussit à l'attraper par le queue et Gilgamesh lui enfonce son épée dans la nuque. Furieuse, Ishtar monte sur les murs de la cité et maudit le roi. Ivre de leur victoire, Enkidu arrache une cuisse du « Taureau céleste » et la jette devant la déesse, en la couvrant d'injures… La même nuit, Enkidu rêve qu'il a été condamné par les dieux. Le lendemain, il tombe malade et s'éteint après douze jours… Le roi Gilgamesh, éperdument malheureux d'avoir perdu son ami, quitte la ville et erre dans le désert… Dorénavant son but est d'échapper au sort des humains, d'acquérir l'immortalité… (Gilgamesh réussit épreuve après épreuve dans le but de convaincre les dieux de lui donner l'immortalité.) Sa femme, Utnapishtim lui révèle un « secret des dieux » : l'endroit où se trouve la plante qui restitue la jeunesse… Attiré par le parfum de la plante, un serpent sort de l'eau, l'emporte et dépouille sa peau… Gilgamesh a échoué… L'humanité ne peut accéder à l'immortalité. »</p>
<p>On peut lire dans le texte suivant :</p>
<p><a href="https://www.academieduvar.fr/Produits/heures/heures2015/NihoulCesari-De%C3%A9sses%20et%20dieux%20publication.pdf" class="spip_out" rel="external">Lire dans « Déesses ou dieux, un enjeu terrestre » comment la légende de Gilgamesh, un des mythes fondateurs des sociétés patriarcales mésopotamiennes, sumériennes comme akkadiennes et babyloniennes, est celle du passage du matriarcat au patriarcat, ce héros ayant battue la déesse Inanna :</a></p>
<p>« Gilgamesh fut roi d'Uruk, l'une des principales cités du pays de Sumer dont Inanna était la puissante déesse tutélaire…</p>
<p>Au début du IIIe millénaire et à partir de la création des cités-États que nous avons déjà évoquée, s'amorce en Mésopotamie, une transformation profonde des mentalités, de l'organisation sociale, de la vie culturelle et spirituelle, attestée par l'ensemble de nos sources écrites.L'un des éléments essentiels pour la suite est celui des mœurs. Il faut insister sur le fait que rien alors ne s'opposait à l'amour libre, aucun impératif d'ordre moral ou même religieux : aucun concept ressemblant à l'idée du péché, n'existait. Les divinités elles-mêmes calquées sur l'image des hommes et des femmes, exerçaient les mêmes prouesses amoureuses. L'une d'elles, descendante des premières déesses archaïques de la fécondité dont nous venons de parler, occupa le devant de la scène. Il s'agit de la charmante, et sensuelle Inanna que les Sémites nommeront Ishtar, dont le culte était pratiqué dans la ville d'Uruk. Ce dont les mortels avaient le plus besoin pour assurer leur lignée était l'amour. Celle qui fut donc la déesse de l'amour apparaît ici dans toute sa majesté. Elle est juchée sur ses deux lions et elle porte dans ses mains les attributs de sa divinité et de son pouvoir : les anneaux et le sceptre.</p>
<p>Son aura perdura tout au long de l'histoire mésopotamienne, sur plus de deux millénaires. Il existe une reconstitution de la porte qui lui fut dédiée plus tard à Babylone, au cours du premier millénaire et qui donnait accès à la grande voie processionnelle menant à son temple. Mais à ce stade il faut bien constater que cette déesse est terriblement seule... Aussi les subtils théologiens de Sumer eurent-ils l'idée, pour assurer fécondité et prospérité à leurs cités, de donner leur roi pour amant à leur déesse de l'amour. Cet amant auquel elle s'unissait tous les ans au cours d'un mariage sacré, par l'intermédiaire de son incarnation terrestre, la grande prêtresse, était donc un mortel et il n'occupait par rapport à elle qu'une position subordonnée.</p>
<p>C'était la déesse qui était la force dominante, en tant que source de la vie et de la fécondité des sols. Et c'est le roi qui était assujetti aux vicissitudes du rythme saisonnier : il était sacrifié, puis remplacé chaque année au moment de l'été, perpétuant ainsi symboliquement la disparition puis la survie de la nature, et il n'accédait au statut divin qu'après cette mort sacrificielle. On notera au passage que cette disparition prématurée évitait aussi toute concurrence à la déesse ou plutôt à sa grande prêtresse dans ses prérogatives sur la cité.</p>
<p>Et ainsi à Sumer le premier à accomplir ce rite fut-il Dumuzi, autre roi d'Uruk dont les ébats avec Inanna sont largement développés dans les mythes de l'époque, et même représentés sur des plaques d'argile. Comme vous allez pouvoir le constater, la présence du roi à ses côtés déchaîne la passion de la déesse traduite dans le dialogue qui suit : « Quand à moi, mon tertre rebondi, qui le labourera pour moi, moi la reine, qui mettra là son bœuf ? ».... « Oh Inanna, c'est le roi qui te labourera » répond celui-ci sans équivoque. La suite n'en contient pas non plus : « Sitôt que du giron du roi l'eau du cœur eut jailli, à ses côtés sortirent les plantes, à ses côtés poussa le grain. Steppes et vergers, près de lui se chargèrent de luxuriance ». Le rituel est accompli, le roi par l'action de sa semence a assuré le renouveau de la végétation.</p>
<p>Une deuxième scène mettant en jeu le couple divin apparaît sur un magnifique vase d'albâtre exhumé à Uruk et daté du début du IIIe millénaire. On y trouve en reliefs ornementaux, une sorte de frise figurant le culte offert à la déesse Inanna par la ville. L'entrée de son sanctuaire est figurée par deux bottes de roseaux noués.Une multitude de porteurs d'offrandes se déplace lentement, l'un d'eux ouvrant la marche avec son panier de fruits. Derrière lui, un haut dignitaire, dont on ne voit que le manteau d'apparat et la longue traîne retenue par un esclave, rend hommage à une femme qui se tient devant le temple. De nombreux sumerologues pensent que cette scène évoque de manière précise le rituel hiérogamique dont nous venons de parler ou du moins ses prémisses. Auquel cas les deux personnages principaux seraient le roi et la grande prêtresse.La frise du bas représente le troupeau nourri du produit des champs et voué à un prochain sacrifice ou à un banquet rituel. On notera bien la situation d'allégeance du roi par rapport à la prêtresse à laquelle il dédie l'ensemble des offrandes.</p>
<p>Mais le rituel précédent est bien funèbre puisque le roi est sacrifié à la fin de l'année. Cette liaison poussée avec une déesse, bien que gage d'une immortalité « posthume » est vraiment très cher payé. On peut imaginer que cette immortalité, support puissant du pouvoir, puisse s'acquérir de manière plus « douce ». Au fil du temps, le roi temporaire va prendre de l'importance et chercher à contrecarrer la prêtresse qui depuis le temple est au centre de l'organisation sociale et exerce une influence importante : on devrait d'ailleurs plutôt parler d'une véritable prêtresse-reine. Une lutte politico-économique et religieuse va se dessiner, celle du temple aux mains des femmes contre le palais à dominante masculine.</p>
<p>Pour cerner ce lent basculement du pouvoir, une fois de plus nous allons faire parler les tablettes d'argile qui nous ont livré une longue et magnifique épopée celle de Gilgamesh. Il fut probablement l'un des premiers à s'opposer à la prêtresse et plus symboliquement à la déesse Inanna qui incarnait cette ville ; il fut le premier à refuser ce rituel du consort sacrifié comme le feront ensuite en Grèce d'autres Héros patriarcaux. Le mythe sumérien se déroule en trois étapes : il commence par le combat de Gilgamesh contre le dragon de la montagne sacrée lequel personnifie la prêtresse de la Déesse démonisée pour la première fois par l'idéologie patriarcale naissante. Se déroule alors un combat titanesque, je cite « Contre le dragon se dressèrent la tornade, la tourmente, huit ouragans l'affrontèrent et l'attaquèrent aux yeux, alors le dragon capitula, et il le livra à Enlil, dieu du ciel. » Après cette expédition victorieuse contre le monstre, le roi revêt ses habits neufs et prend définitivement possession de la ville et du pouvoir.</p>
<p>Mais la Déesse vaincue puisque sa représentante terrestre a été neutralisée par le héros, tente une dernière manœuvre de séduction. Je cite : « Gilgamesh, se couvrit d'une tunique, noua son écharpe, et enfin se coiffa de sa tiare.Alors l'auguste Inanna porta les yeux sur la beauté du roi ; viens, dit-elle, sois mon époux ! Fais-moi don de ton corps désirable ». Et là, fuse la réponse violente si différente de celle de Dumuzi précédemment : « Non je ne te prendrai pas pour épouse, tu n'es qu'un brasier porteur de glace ; quel époux as-tu aimé pour toujours ? Tu as aimé l'oiseau multicolore, et pourtant tu l'as frappé et tu lui as brisé les ailes (il s'agit ici d'un roi temporaire). Dumuzi l'amant de ta jeunesse, tu l'as voué à des pleurs éternels... Et moi, si tu m'aimes, j'aurai un destin comme le leur ». L'allusion au sacrifice du roi est claire.</p>
<p>Inanna furieuse fait alors lâcher dans Uruk un autre monstre céleste qui est évidemment terrassé par Gilgamesh ce qui lui permet de consolider définitivement son pouvoir non sans avoir auparavant pillé le temple de déesse d'où il aurait extrait un magnifique taureau sacré recouvert d'or et de lapis lazuli. Enfin Gilgamesh en majesté est souvent représenté en vainqueur, maîtrisant dans ses bras le lion symbole de la déesse. Un dernier signe du basculement du pouvoir et de l'allégeance de la déesse Inanna-Ishtar apparaît sur une magnifique fresque murale découverte dans la cour d'honneur du palais royal de Zimri-lin à Mari au nord de l'Euphrate et datée de l'année1800. Le prince coiffé d'un calot bombé ale bras droit tendu et s'apprête à être intronisé. La déesse identifiable à son lion, lui remet le sceptre et l'anneau lui abandonnant donc deux symboles majeurs de son pouvoir…</p>
<p>Nous venons d'évoquer un processus de marginalisation des femmes, très ancien mais terriblement moderne aussi : et avant de vous quitter je voudrais vous faire rencontrer cette Mésopotamienne si rayonnante, croisée au détour du musée de Bagdad...Elle-même ou son délicieux fantôme auraient pu séduire le grand poète que vous reconnaitrez peut être dans ce dialogue intemporel : « Mon cher, dit-elle, vous êtes fou, j'ai cinq mille ans de plus que vous... ». « Le temps madame, que nous importe... »</p>
<p>Les civilisations anciennes méditerranéennes matriarcales, celles dites des « hypogées » comme celle des Hatti (avec leur déesse de la fertilité Wurushemu), ou celle de Çatal- Hüyük, de Hacilar, celle de Halaf ou encore de l'ancien Uruk, relèvent également de ce type de sociétés matriarcales pacifiques qui se sont développées partout dans le monde avant l'agriculture et l'urbanisation et aux débuts de ceux-ci, jusqu'à l'apparition de l'Etat, qui ont été détruites par le saccage et la violence vers -3 500. L'apparition des armées permanentes a été la fin du matriarcat sauf dans quelques régions où des armées de femmes ont pu faire face. Des traces d'incendies et de violences diverses ont pu être mises en évidence par les fouilles des ancien sites matriarcaux. Des isolats matriarcaux ont ensuite perduré jusqu'à nous dans plusieurs régions du monde. De cet écrasement violent du patriarcat, il reste peu de traces écrites et seules les légendes ou des restes involontaires au sein des idéologies ont pu nous donner des indications de cet épisode brutal.</p>
<p>La Mésopotamie suméro-akkadienne puis babylonienne a très longtemps été matriarcale, ce qui se reflétait dans ses religions.</p>
<p>Les déesses étaient :</p>
<p>1. Ereshkigal ou Irkalla- La déesse des enfers</p>
<p>2. Nanshe – la déesse de la justice sociale et de la prophétie</p>
<p>3. Ishtar ou Inanna- La Déesse de l'Amour et de la Procréation</p>
<p>4. Tiamat – la déesse de la mer Salée et mère de plusieurs divinités</p>
<p>5. Ninkasi – La déesse de la bière</p>
<p>6. Shala- La déesse du grain et de la compassion</p>
<p>7. Geshtinana – La déesse de l'interprétation des rêves, de la fertilité et de l'agriculture</p>
<p>8. Ninhursag – la déesse mère des montagnes</p>
<p>9. Kishar – la déesse de la terre</p>
<p>10. Ninlil – la déesse du vent</p>
<p>Une inscription de Sargon, un des plus anciens rois de Mésopotamie, dit : " Sargon, roi puissant, roi d'Agadé, moi ! — ma mère me conçut sans la participation de mon père. "</p>
<p>La fertilité de la terre est solidaire de la fécondité féminine ; par conséquent, les femmes deviennent responsables de l'abondance des récoltes, car elles connaissent le « mystère » de la création. Il s'agit d'un mystère religieux, parce qu'il gouverne l'origine de la vie, la nourriture et la mort. La glèbe est assimilée à la femme. Plus tard, après la découverte de la charrue, le travail agraire est assimilé à l'acte sexuel. Mais pendant des millénaires la Terre-Mère enfantait toute seule, par parthénogenèse. Le souvenir de ce « mystère » survivait encore dans la mythologie olympique (Héra conçoit toute seule et donne naissance à Héphaistos, à Arès) et se laisse déchiffrer dans de nombreux mythes et croyances populaires sur la naissance des hommes de la Terre, l'accouchement sur le sol, le dépôt du nouveau-né sur la terre, etc… Certes, la sacralité féminine et maternelle n'était pas ignorée au paléolithique, mais la découverte de l'agriculture en augmente sensiblement la puissance. La sacralité de la vie sexuelle, en premier lieu la sexualité féminine, se confond avec l'énigme miraculeuse de la création. (…) Le culte de la fertilité et le culte des morts semblent solidaires (cultures de Hacilar et Çatal Hüyük en Anatolie et culture pré-céramique de Jéricho, par exemple). (…) Des reliefs de la déesse, parfois hauts de deux mètres, modelés en plâtre, en bois ou en argile et des têtes de taureaux étaient fixés aux murs. (…) A Hacilar, daté de – 5.700, la déesse est montrée assise sur un léopard ou debout tenant le petit d'un léopard. »</p>
<p>Olivier Pelon écrit :</p>
<p>« Une importante iconographie féminine</p>
<p>Aucun sanctuaire ni aucun lieu de culte n'ont été identifiés dans le secteur fouillé, contrairement aux indications fournies à Çatal Hüyük. Au lieu de pièces ornées de motifs peints ou en relief de caractère symbolique ou rituel, on n'observe que des murs sans décor et des installations à destination purement domestique. Il existe cependant un lien entre les deux sites : la présence de figurines de terre cuite ou crue qui ont dû jouer un rôle dans les pratiques religieuses. À Hacilar, c'est tout un monde de représentations féminines qui a été mis au jour, dont J. Mellaart a pu dire qu'elles figuraient les différents aspects de la population féminine de l'époque vus par les yeux d'un artiste mâle, et qu'il décrit ainsi de façon très suggestive :</p>
<p>« Les jeunes filles, aux traits fins, leur chevelure brune ou noire portée en queue de cheval ou en boucles sur le sommet de la tête, affichant avec coquetterie leurs corps splendides à petits seins, vêtus uniquement d'un caleçon en étoffe de laine ou en peau d'animal ou jouant avec leurs léopards familiers, rapportés par les chasseurs des forêts de pin et de genévrier qui entouraient la vallée. Ailleurs […] les femmes plus âgées, mères ou futures mères, de formes mûres et sans aucun doute nues ou vêtues de tabliers ou de jupes ficelle, leur chevelure nouée en chignon à l'arrière de la tête, comme le voulait leur statut de femme mariée. Ici une jeune femme jouait avec son enfant assis sur sa poitrine ou la tétant ; près de là […] une femme aux cheveux sombres se reposant à l'ombre tandis que son jeune enfant se penche vers elle et murmure dans son oreille, ou les ébats d'un enfant sur le dos de sa mère qui s'accroupit avec difficulté en raison de son évidente grossesse… »</p>
<p>Les motifs choisis ont cependant une valeur symbolique manifeste, sans doute identique à Hacilar et à Çatal Hüyük : un personnage féminin en est le centre, volontiers associé dans les deux cas à un animal, le léopard, qu'on ne peut simplement considérer comme un animal familier. Et si, à Hacilar, les formes féminines sont parfois graciles et sveltes, on a plus souvent des figurations de femmes stéatopyges aux seins lourds qui incarnent une idée de maternité féconde. La nudité même, totale ou partielle, qui est une des constantes de ces représentations est significative du désir de l'artisan de mettre particulièrement en valeur tous les aspects du corps féminin ; le geste – que l'on constate dans plusieurs cas – des mains ramenées sur les seins qu'elles paraissent cacher, bien loin d'être celui de la Vénus pudique (Venus pudica) dont il est pourtant l'archétype, n'est destiné qu'à mieux mettre en évidence cet élément essentiel de la fécondité féminine. Si aucune des figurines d'Hacilar n'atteint à la majesté de la « déesse » aux léopards de Çatal Hüyük représentée en train d'accoucher, il existe cependant une filiation probable entre celle-ci et celles des femmes d'Hacilar associées à un jeune félin."</p>
<p>Léon Abensour écrit :</p>
<p>« Essayons avec un assyriologue contemporain de ressusciter la vie d'une petite cité du bas Euphrate, quatre mille ans avant notre ère : « La femme y occupe une situation privilégiée, elle jouit delà liberté et des honneurs. » Égales de l'homme, ces femmes du peuple pour lesquelles, dans le but d'encourager (déjà !) la natalité, on a institué le salaire familial ; égales de l'homme ces « servantes de la reine », congrégation religieuse et corporation à la fois ; égale de son souverain cette épouse du roi qui, dans la cité-royaume de Lagas, est chef politique, grand-juge, administrateur, qui évoque devant son tribunal les affaires privées, nomme les fonctionnaires, promulgue les lois et dont le palais — non celui du roi — est le grand centre de la vie du petit royaume.</p>
<p>Et si l'épouse du maître d'une cité chaldéenne exerce plus de pouvoirs officiels qu'aucune reine n'en exerce jamais du vivant de son mari, des inscriptions exhumées récemment par le père Scheil nous apportent mieux encore : des femmes élevées par le choix populaire au pouvoir suprême. Nous savons en effet que, cinq mille ans avant notre ère, le suffrage universel fleurissait, de même que le collectivisme, sur les bords de l'Euphrate et du Tigre. Qu'un souverain vînt à mourir, et c'était parfois une femme que le peuple désignait pour son successeur. <br class='autobr' />
La légende de Sémiramis, qui comme toute légende a une base historique, montre que le gouvernement féminin laissa en Orient de bons souvenirs.</p>
<p>C'est d'ailleurs, bien plus que l'égalité des sexes, une véritable suprématie de la femme qu'ont connue ces âges fabuleux de la légende qui chaque jour pénètrent un peu plus dans l'histoire de l'ancien Orient. Mais aux temps classiques même, et quand les cultes lunaire ou terrestre, dont la primauté se confondait avec celle de la femme, grande prêtresse d'Ishtar de la Déesse-Mère, s'éclipsent devant le culte masculin du Soleil, la femme conserve du moins longtemps encore l'égalité : égalité civile, égalité politique ; jusqu'à la disparition des empires assyrien et chaldéen, la femme continue de signer des contrats. Au neuvième siècle encore, la reine d'Assyrie, Sammouroumat (Sémiramis ?), contresigne tous les actes de son mari. »</p>
<p><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_g%C3%A9n%C3%A9rale_du_f%C3%A9minisme_(Abensour)/Orient" class="spip_out" rel="external">Source</a></p>
<h2 class="spip">Grèce</h2>
<p>Dans la culture grecque, qui était à son apogée il y a deux mille ans, ce ne fut pas le dieu Asclépios (Esculape), mais sa mère, Coronis, qu'on considéra comme le premier médecin. Elle supplanta Hécate et Diane qui avaient été les premières déesses de l'art de guérir. Une légende grecque, relatant les aventures du demi-dieu Hercule, décrit son voyage dans un pays dominé par une tribu d'Amazones guerrières : le voyageur décide d'en finir avec la domination des femmes et de libérer les hommes. Une autre légende raconte comment les dieux d'Athènes déchurent les femmes de leurs droits, car elles avaient utilisé leur droit de vote pour nommer leur ville " Athéna ", en l'honneur de la déesse, au lieu de la baptiser du nom de dieu Poséidon. La légende grecque indique le combat entre le matriarcat et le patriarcat dans le combat de Poséidon pour conquérir l'Olympe. La légende veut que la déesse Athéna aurait défendu le matriarcat et Poseïdon, dieu des mers, aurait imposé le patriarcat à Athènes en spécifiant cette demande pour arrêter d'assaillir la ville d'Athènes par les hautes lames de la mer. Les femmes, selon la légende, ont alors perdu leur droit de vote et les enfants ont cessé de porter le nom de la mère. Zeus intervint, dit la légende, pour éviter que le combat entre Athéna et Poseïdon ne mène à une guerre civile durable. Cela montre que la conquête des hommes est reliée à la formation de l'Etat puisque c'est la prise de l'Olympe par Zeus, qui symbolise la naissance de l'Etat grec, qui est reliée à la venue dans l'Olympe des dieux du frère de Zeus, Poseïdon. On a appelé ‘époque avant l'Etat de « règne de Chronos » et la légende annonce que les hommes travaillaient alors seulement pour subvenir à leurs propres besoins et ne s'exploitaient pas mutuellement. Il est à remarquer que la légende raconte que c'est encore Poseïdon qui ravagea la ville de Troie ce qui sous-entend aussi que la ville de Troie avait conservé le matriarcat alors qu'il avait déjà été éradiqué dans le reste de la Grèce. Cela irait dans le même sens que les légendes selon lesquelles des armées de femmes sont accourues défendre Troie quand la Grèce s'est unie pour combattre et écraser cette ville et le fait que les Troyennes ont été particulièrement mal traitées après cette guerre et livrées en esclavage. Le plus impressionnant, c'est que la légende des « travaux d'Hercule » explique que l'une des tâche du « héros » a consisté à combattre les régiments de femmes appelées les Amazones, les unes venues d'Afrique du nord et les autres des bords du fleuve Thermodon, dans la région du Caucase. Ces deux armées s'appuyaient sur des sociétés matriarcales. Elles auraient participé, toujours selon la légende car cette époque dispose seulement de légendes, à la guerre de Troie aux côtés des Troyens (Troyennes ?). Thèsée aurait personnellement combattu les régiments de femmes sous les ordres de la reine Penthésilée devant Troie. La légende rajoute que cette reine aurait été tuée par Achille dans un combat singulier. Les Grecs comme Socrate ou Platon considèrent que le passé peu lointain comprenait des régiments de femmes. On retrouve des armées strictement féminines dans les armées des Cimmériens et des Scythes. Les Romains en ont combattu certaines comme les Namnètes de l'Ile de Sein, ou les Samnites vivant près du Vésuve. Le nord de l'Iran a eu encore longtemps des sociétés matriarcales qui subsistent dans quelques bourgades. Parmi les mythes grecs qui mentionnent l'époque féminine de la Grèce antique, on peut également citer celui dit « des âges ». Sous l'âge d'Or, ils ont vécu sous le règne de Gaïa, déesse-terre. L'âge d'argent est symbolisé par une femme maniant la charrue et arborant une gerbe de blé. C'est l'âge de la fécondité. C'est Zeus, dieu masculin, qui a anéanti cet âge pour inaugurer l'âge de bronze, celui des hommes guerriers. La femme avait encore une influence cependant, marquée par une femme casquée et adossée à un bouclier. Prométhée créa ensuite l'âge de fer qui est un âge violent où on représente encore une femme mais menaçante et coiffée d'une tête de loup. Zeus anéanti alors l'humanité entière, laissant seulement un couple de justes qui survécut au déluge. On constate en Grèce de nombreuses déesses et même des déesses menaçantes comme le sphinx. Les mystères d'Éleusis faisaient partie d'un culte à mystères, de nature ésotérique, effectué dans le temple de Déméter à Éleusis (à 20 km au sud-ouest d'Athènes). Ils sont consacrés aux déesses Déméter (terre) et sa fille Perséphone (enfer). Ce culte agraire rendu à la déesse grecque de l'agriculture, s'étendra à toute la Grèce et, à l'époque romaine, à tout l'Empire romain. Les déesses mère et fille d'Éleusis ont probablement des racines préhelléniques, ceci étant suggéré par la relation entre leur légende et la culture des céréales, introduite en Grèce longtemps avant l'arrivée des Grecs. Selon le mythe, Déméter dévoila aux hommes ses mystères et la maîtrise de l'agriculture. Le poète Eschyle (Ve siècle avant JC), citoyen d'Eleusis et initié aux Mystères de Déméter, fut accusé de les avoir révélés. Il connaissait les souvenirs de l'époque matriarcale que les prêtresses conservaient et expliquaient aux initiés. L'explorateur Pausanias (I, 38) rapporte que, dans les temps préhistoriques, les habitants d'Eleusis durent défendre par les armes le culte de Déméter, que les Athéniens voulaient abolir. Le culte des déesses matriarcales, pour échapper aux persécutions, dut donc s'entourer d'ombre et de mystère. La Grèce a développé des « mythes de la vierge ». Trois déesses grecques, Junon, Minerve et Diane, portaient l'épithète de partheneia, virginale. Cependant Junon eut plusieurs enfants et Minerve, la vierge par excellence, fut plusieurs fois mère. D'après Cicéron et Aristote, elle avait mis au monde Apollon patrôos (protecteur des pères) ; Vulcain, en cette circonstance, avait été son mari, ou plutôt son violateur, ce qui ne l'empêchait pas de partager avec elle son temple sur l'acropole d'Athènes ; les fêtes des lampadephories étaient célébrées en l'honneur de Minerve et de Vulcain. — Neptune, en sa qualité de dieu marin, se permit un grand nombre de viols, la déesse athénienne fut une de ses victimes ; mais la Terre fut assez complaisante pour porter dans son sein le fils de Minerve et de Neptune, Erichthonius. Malgré ces enfants, la déesse continuait à recevoir l'épithète de vierge ; et son temple sur l'acropole, l'Erechtheum, était consacré à Minerve métro-parthenos, la vierge-mère. Elle était même une déesse tutélaire des femmes violées, fort nombreuses dans les tribus primitives de la Grèce, comme dans les tribus australiennes. Aethra, violée par Neptune dans l'île de Sphérie, éleva un temple à Minerve apaturia (décevante) ; quand Hercule eut triomphé de la reine des Amazones, il lui consacra la ceinture qu'il lui avait enlevée ; le jour de leur mariage, les fiancées de Trézenne faisaient hommage à Minerve de leurs ceintures. Dans la tête des Grecs, l'idée de virginité et de maternité ne s'excluaient pas. Nous verrons tout à l'heure que vierge-mère signifiait mère sans le concours de l'homme, comme c'est le cas pour la vierge-mère Marie : mais dans les temps primitifs cela voulait dire mère sans être mariée. C'est ce qui explique ce passage des Euménides d'Eschyle, dans lequel Minerve dit que " quoique l'homme a tout son coeur, elle n'a jamais consenti à accepter le joug du mariage ". En Grèce, on appelait fils de vierge (parthenias), le fils d'une fille non mariée. La femme était censée vierge tant qu'elle n'était pas mariée.</p>
<p><a href="https://matricien.wordpress.com/patriarcat/mythologie/pantheon/</p>
<p>[Médée ou le remaniement du droit, une résistante face à l'avènement du patriarcat grec -> https://matricien.wordpress.com/essais/echene/medee/" class="spip_out" rel="external">Mythologie grecque : putsch des dieux-pères olympiens sur l'ancien ordre des déesses-mères</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article234" class="spip_out" rel="external">Aristophane contre la révolution des femmes (celle soutenue par Socrate)</a></p>
<p> <a href="https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1886/10/matriarcat.htm" class="spip_out" rel="external">Paul Lafargue rapporte les légendes, notamment grecques, de passage du matriarcat au patriarcat</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1904/00/promethee.htm" class="spip_out" rel="external">Le Mythe de Prométhée, de Paul Lafargue</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1896/00/lafargue_18960000.htm" class="spip_out" rel="external">Le mythe de l'Immaculée conception de Paul Lafargue</a></p>
<h2 class="spip">Vikings</h2>
<p>Dans la légende viking, Beowulf tue une déesse-mère de l'ère matriarcale. Chez les anciens Vikings, c'était la déesse Eir qui dominait.<br class='autobr' />
Les femmes vikings étaient hautement considérées dans les affaires religieuses. Dans la société scandinave, la völva, tout autant prêtresse que prophétesse, était généralement une femme âgée ayant rompu avec les attaches familiales, qui errait à travers le pays. On faisait appel à ses services dans les situations graves, à l'instar de la femme qui, avec l'aide de Gudrid, dirige les rituels païens pour mettre fin à la famine, dans la saga d'Eirik le Rouge. Son autorité était absolue et elle était largement rémunérée pour ses services.</p>
<p>Selon la mythologie et les récits historiques, les völvur étaient censées posséder des pouvoirs tels qu'Odin lui-même, le père des dieux, faisait appel à leurs services pour connaître l'avenir des dieux : c'est notamment ce que rapporte la Völuspá, dont le titre lui-même se traduit par "chant de la prophétesse". Parmi les plus célèbres völvas de la littérature scandinave, il y a lieu de citer la Heidi de la Völuspá et la sorcière Gróa du lai de Svipdag (Svipdagsmál).</p>
<p>Homme ou femme pouvait être médecin "loeknir". La magie et la sorcellerie étaient exercées strictement par les femmes. Les sorciers masculins étaient considérés comme homosexuels (passifs) ce qui avait une connotation très négative de déshonneur, de couardise et non-virilité dans la société viking. Les Vikings pouvaient intervenir sur leur destin qui n'était pas inéluctable comme il le devint à l'époque chrétienne. Le recourt aux magiciennes et aux sorcières était un moyen de questionner les esprits et de s'en servir pour exécuter les ordres du sorcier.</p>
<p>Les ancêtres des Viking avaient le culte d'une Déesse Mère et des grandes forces naturelles qu'ils ont représentées plus tard par la création d'un panthéon qui compte notamment Odin, Thor, Jord, Frigg, Freyja, Freyr... et le grand arbre Yggdrasill. Il existe des témoignages de l'époque romaine décrivant ceux que l'on nomme « les pères des Vikings » en ces termes :« Ils (germains du nord) n'ont ni druides qui président au culte des dieux, ni aucun goût pour les sacrifices, ils ne rangent au nombre des dieux que ceux qu'ils voient et dont ils ressentent manifestement les bienfaits, le Soleil, le feu, la Lune. Ils n'ont même pas entendu parler des autres » — Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules VI, 21« Ils répugnaient à présenter leurs Dieux sous formes humaines, il leur semble peu convenable à la grandeur des habitants du ciel, ils leur consacrent les bois, les bocages et donnent le nom de Dieux (et Landvaettir – esprits de la terre) à cette réalité mystérieuse que leur seule piété leur fait voir » « Aucun de ces peuples ne se distingue des autres par rien de notable, sinon qu'ils ont un culte commun pour Nerthus c'est-à-dire la Terre Mère, croient qu'elle intervient dans les affaires des hommes et circule parmi les peuples » Tacite, Germania IX, 3.</p>
<p>Les mythes nordiques nous apprennent que deux familles divines cohabitent ensembles et forment le panthéon nordique. La première et la plus ancienne, est la famille des Vanir. La seconde et la plus récemment arrivée en sol scandinave, est la famille des Aesir. Les Vanes sont les premiers dieux (autochtones matriarcaux européens). Ils sont associés aux cultes de la fertilité, de la fécondité, de la sagesse et de la précognition. Sédentaires, ils étaient honorés comme divinités de la fertilité, de l'amour, de la sexualité, de la nature, de la santé,de la chance, de la jeunesse et des animaux. Outre leurs attributs divins, on les considère aussi comme des magiciens aux très grands et nombreux pouvoirs et comme des êtres spirituels plein de sagesse et de conseils. Il n'y a ni dieux de la guerre, ni déesses du mariage. Chez eux, les hommes "épousent" leur sœur.Ils sont vaincus par les Ases (dieux des envahisseurs patriarcaux indo-aryens : Odin, Thor...). <br class='autobr' />
Freyja est la déesse-mère nordique de la terre, de la fertilité, et de la beauté.Son nom signifie "Dame". Freyja et son frère Freyr ("le Seigneur") sont les chefs des Vanir.</p>
<p>Fylgja désigne le placenta, les membranes qui suivent l'expulsion du nouveau-né, et,symboliquement, la figure tutélaire, l'esprit, le double qui suit un homme et même un clan. La femme-fylgja, la fylgjukona, est celle qui protège l'individu, se rapprochant de notre ange-gardien,mais aussi d'une famille. Elle est liée au culte des Dises, évoquant les dhisanas védiques, déesses de la fertilité et de la fécondité, mais aussi du destin. Dans la mythologie nordique les dises (vieux norrois : dísir ; au singulier : dís) forment un ensemble de divinités féminines sur lesquelles peu de choses connues, à l'exception qu'elles sont associées à la mort et la déchéance. La fylgja est le double de l'individu, comparable au Ka égyptien et à l' eidolon grec, une sorte d'ange gardien prenant la forme d'une entité féminine ou d'un animal protégeant la famille ou la personne qu'elle a adoptée. C'est un être tutélaire dont la fonction est la protection et la prédiction. Il se manifeste aux vivants pendant les rêves.</p>
<p>Poème épique anglo-saxon écrit au VIIe siècle narrant les exploits du héros scandinave Beowulf (bee-wolf, loup-abeille, ours), qui vient à la rescousse du roi Hrothgar du Danemark, qui chaque nuit se fait dévorer ses guerriers par le monstre des marécages Grendel. Celui-ci est le fils d'une ogresse vivant dans un lac souterrain. Beowulf les terrassera. Comme dans la mythologie grecque, nous avons un héros masculin terrassant un monstre féminin ''de l'ancien monde'' ainsi que ses enfants. De nombreux universitaires pensent que ces mythes sont des allégories au nouvel ordre patriarcal terrassant l'ancien ordre matriarcal. Dans une version christianisée, Grendel serait un descendant de Caïn, hors ce dernier est souvent interprété comme un symbole matriarcal : Abel (pasteur sacrificateur patriarcal) est préféré par Yahvé à Caïn (agriculteur matriarcal). Dans la version cinématographique de Robert Zemeckis (2007), Grendel serait l'enfant adultère du roi Hrothgar avec l'ogresse (une sorcière séductrice multiformes), venant ainsi se venger de ne pas avoir été reconnu par son père.</p>
<p><a href="https://matricien.files.wordpress.com/2012/03/matriarcat-celtique-germanique.pdf" class="spip_out" rel="external">Source</a></p>
<p><a href="https://matricien.files.wordpress.com/2012/03/matriarcat-celtique-germanique.pdf" class="spip_out" rel="external">Matriarcat nord-européen</a></p>
<h2 class="spip">Romains</h2>
<p>Si Rome est connue pour être une société patriarcale dès le début, elle ne provient pas d'une société patriarcale. A Rome, le patriarcat succéda à un matriarcat étrusque…</p>
<p><a href="https://matricien.wordpress.com/geo-hist-matriarcat/europe/etrusque/" class="spip_out" rel="external">Matriarcat étrusque</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Place_des_femmes_dans_la_soci%C3%A9t%C3%A9_%C3%A9trusque" class="spip_out" rel="external">Place des femmes dans la société étrusque</a></p>
<p><a href="http://adelaisetjasmine.over-blog.com/la-femme-%C3%89trusque-grande-oubli%C3%A9e-des-f%C3%A9ministes" class="spip_out" rel="external">La femme Étrusque, grande oubliée des féministes</a></p>
<p>Dans la Scienza Nuova, Giambattista Vico (philosophe italien du 17e siècle) insiste sur la promiscuité primitive, et base l'établissement du patriarcat à Rome et sa séparation de la plèbe sur la différence de la forme de mariage. Les patriciens antiques (aristocratie, élite oligarchique) pouvaient nommer leur père patrem ciere ; tandis que les plébéiens (peuple), qui conservaient encore la généalogie maternelle, ne connaissaient pas leur père. C'est pourquoi les cultes des déesses-mères étaient si populaires dans l'empire romain : Isis, Artémis, Cybèle, Magna Mater…</p>
<p><a href="https://matricien.wordpress.com/patriarcat/mythologie/oreste/" class="spip_out" rel="external">Mythe d'Oreste</a></p>
<p>Les patriciens romains se disaient descendants d'Énée, un des héros de la bataille de Troie, ville au passé grandiose qui se trouve en Anatolie. Cybèle étant la grande Déesse d'Anatolie, les Romains ont voulu y voir la Déesse-Mère de leurs lointains ancêtres. La statue de Cybèle entrant dans Rome était donc célébrée comme un retour de la Déesse parmi ses descendants.</p>
<p>Cybèle est une Déesse étrangère qui fut importée d'Anatolie en l'an 204 avant notre ère. Son origine est exactement phrygienne, et les spécialistes s'accordent à dire qu'elle remonte très certainement à la Terre-Mère vénérée dans cette région au néolithique, tel que ce fut le cas à Çatal Höyük. Elle était représentée à cette lointaine époque avec une forte poitrine, et par la suite même avec de très nombreuses poitrines qui symbolisaient l'aspect Mère Nourricière.</p>
<p>Mais cette arrivée de la statue de Cybèle à Rome ne se fit pas sans frictions et problèmes. Car avec la Déesse furent aussi importés des rites que les Romains voyaient d'un très mauvais œil. Le caractère orgiaque du culte anatolien est un des aspects qui gênaient profondément le puritanisme patricien. Dès le début donc, bien que la Déesse soit la bienvenue, les lois romaines apportèrent de fortes limitations au culte de Cybèle. De plus, tous les rites devaient se tenir strictement dans le temple qui lui était dédié ; seul une fois l'an était autorisé une procession qui permettait qu'on sorte la statue de son temple. Par ailleurs tout sacrifice selon le rite anatolien était lui aussi interdit.</p>
<p>Au travers de ces différentes restrictions imposées par les autorités romaines, se révèle un conflit très ancien, une opposition religieuse et culturelle qui connût son grand tournant pendant la deuxième moitié du néolithique : cet affrontement est probablement celui qui à l'origine opposa la vision patriarcale et puritaine des aryens-patriciens, à celle matriarcale et libertine des peuples antérieurs aux aryens issus du néolithique ancien. À une époque où les Romains ne s'étaient pas encore étendus comme ils le firent par la suite, les valeurs religieuses patriarcales et puritaines héritées de leurs ancêtres aryens, étaient encore celles qui prédominaient dans la société romaine. Ces valeurs sont celles que défend Rome face aux prêtres de Cybèle et de leurs rites venus du plus ancien du néolithique matriarcal. Le brassage des cultures patriciennes et matriciennes dont fut victime plus tard l'empire romain, fut une des raisons qui mena Rome à sa perte.</p>
<p>Sources : « Les Fastes », Ovide. « La religion romaine archaïque », Georges Dumézil</p>
<h2 class="spip">Germains</h2>
<p>Chez les Germains, les femmes avaient toute la responsabilité du travail des champs. Les femmes des tribus tchèques pratiquant l'agriculture jouissaient de la même estime. La légende qui nous a été transmise sur la sagesse de la princesse Libussa rapporte que l'une des sœurs de Libussa s'occupait de l'art de guérir, tandis que l'autre bâtissait des villes nouvelles. Quand Libussa arriva au pouvoir, elle choisit comme conseillères deux jeunes filles particulièrement versées dans les questions de droit. Cette princesse gouvernait de façon démocratique et consultait son peuple pour toutes les décisions importantes. Libussa fut détrônée plus tard par ses frères. Cette légende témoigne assez bien de la manière dont les peuples ont conservé la mémoire de la domination de la femme. Le matriarcat devint dans la légende populaire une époque particulièrement heureuse et bénie puisque la tribu menait encore une vie collective. Les légendes germaniques que nous connaissons, par exemple la Chanson des Nibelungen, décrit avec force détails les combats de preux guerriers contre de belles femmes non moins belliqueuses, avant que celles-ci ne se soumettent pour devenir leurs épouses. La belle Brunehilde ne fut vaincue par son prétendant Gunther que par la ruse. Cependant, au cours de la nuit de noces, non seulement elle ne se rendit point, mais elle continua à combattre et vainquit son héros qu'elle suspendit au toit par la ceinture avant d'aller se coucher en toute quiétude. Les chants folkloriques russes montrent aussi la liberté et l'égalité dont jouissaient les femmes non seulement dans la vie économique, mais aussi sur le champ de bataille. Citons, par exemple, le héros Dobrynja Nikititsch affrontant à découvert un « chevalier errant, femme », représentante sans doute d'une tribu où dominait toujours le matriarcat. Dobrynja commence à combattre avec elle. Elle le saisit par sa chevelure bouclée, le "fourre" dans un "sac", et lui explique qu'elle ne consentira au mariage que si cela lui "chante".</p>
<p><a href="https://matricien.wordpress.com/geo-hist-matriarcat/europe/germain/" class="spip_out" rel="external">Matriarcat germain pré-aryen : la femme guerrière et prêtresse face à l'empire romain</a></p>
<h2 class="spip">Inde</h2>
<p>La civilisation de l'Indus était clairement matriarcale. La civilisation de l'Indus, vaste société urbaine commerçante n'avait ni palais ni temples ni rois ni armée ni police, mais des immenses villes et est reconnue par tous les historiens comme matriarcale. Les religions suviantes ont dû s'en démarquer…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4197" class="spip_out" rel="external">La civilisation de l'Indus et sa destruction</a></p>
<p><a href="https://matricien.wordpress.com/geo-hist-matriarcat/asie/indus/" class="spip_out" rel="external">La civilisation matriarcale dravidienne de l'Indus : un paradis pacifique urbain détruit par les aryens</a></p>
<p><a href="http://autourdelhistoire.blog.lemonde.fr/2016/11/10/le-matriarca-pre-aryen-dans-lindouisme/" class="spip_out" rel="external">Le matriarcat pré-aryen</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article243" class="spip_out" rel="external">Révolutions dans l'Inde antique</a></p>
<h2 class="spip">Finlande</h2>
<p>Laponie, ancienne terre matriarcale</p>
<p>Pohjola est un lieu mythique dans la mythologie finnoise. Étymologiquement, le mot est dérivé de Pohja, le Nord et fait référence à l'ensemble des régions polaires. Dans le Kalevala, le Pohjola est le pays des Saami (lapons). Le Pohjola peut également être considéré comme un lieu purement mythique, la source du mal. Le froid et les maladies viendraient de ce Pohjola. Selon la mythologie finlandaise, les fondations du monde — les racines de l'arbre du monde — se trouvent dans le pays Pohjola. Dans la mythologie, Louhi, une puissante sorcière règne sur le Pohjola.</p>
<p>Louhi a dans la mythologie finlandaise la double fonction de sorcière des glaces et de reine d'un pays connu sous le nom de Pohjola. Elle est décrite comme une sorcière puissante ayant la possibilité de changer de forme à son bon vouloir ainsi que la faculté d'exécuter de puissants enchantements. Elle est également la principale adversaire de Väinämöinen et de ses comparses dans lutte pour la possession du Sampo.</p>
<p>Louhi avait également la capacité d'enfermer la lune et le soleil dans une caverne ainsi que d'envoyer le froid sur un pays entier. Elle se servit de son don de se transformer à souhait, pour se métamorphoser fréquemment en griffon. Ce fut sous cette forme qu'elle attaqua le bateau qui emportait le Sampo.</p>
<p>Dans le Kalevala, elle a aussi bon nombre de filles magnifiques, qu'Ilmarinen, Lemminkäinen et autres héros essayent de conquérir dans diverses légendes. Les tâches à accomplir pour ce faire étaient si ardues que finalement peu arrivaient à les accomplir, et le cas échéant, elle intervenait elle-même pour faire échouer leur projet. Seul Ilmarinenaura su combler ses attentes, sans pour autant conquérir une fille de Louhi, cette dernière refusant de quitter son pays d'origine. Väinämöinen et Ilmarinen furent les seuls à l'avoir tenue en défaut.</p>
<p>Des personnages du Kalevala cherchent à obtenir la main de la fille de Pohjola. Louhi leur demande de réaliser des miracles comme forger le mystérieux Sampo de prospérité. Väinämöinen est le personnage principal des récits concernant le Sampo, objet rappelant une fabrique miraculeuse qui crée céréale, sel et or. Väinämöinen part à Pohjola pour y épouser la fille de Pohjola. La maîtresse de Pohjola impose au prétendant qu'il forge le Sampo. Väinämöinen n'y parvient pas et il repart déçu. Cependant, il envoie le forgeron Ilmarinen forger le Sampo de Pohjola. Toutefois la maîtresse de Pohjola ne donne pas sa fille à Ilmarinen, mais lui impose de réaliser de nouvelles tâches. Quand il a réalisé toutes les tâches, la fille de Pohjola lui est donnée comme épouse. Celle-ci est tuée et dans sa douleur Imarinen part à Pohjola épouser la seconde fille de Louhi.</p>
<p>Dans la mythologie finnoise, le sampo (corne d'abondance ?) est un objet magique souvent associé à Pohjola et qui assure la fortune à son propriétaire. Ayant remarqué combien le peuple de Pohjola est heureux grâce au Sampo, il se fâche et le raconte à Väinämöinen et à Lemminkäinen. Ces derniers se fâchent à leur tour et partent vers Pohjola avec une armée pour y dérober le Sampo. Le Sampo est volé, mais sur le chemin du retour, la maîtresse de Pohjola attaque et dans les combats le Sampo est détruit. Des morceaux du Sampo échouent sur une plage et développent l'agriculture.</p>
<p>Dans la conception des Sami de Laponie, chaque chose dans la nature a une âme, comme chaque phénomène naturel.</p>
<p>Les déesses des Lapons se trouvent généralement par trois : celle qui recueille l'âme transmise par la mère, celle qui permet à l'âme de devenir un fœtus, celle qui garde la tente où il y a un âtre et où la femme accouche. La déesse principale est la femme qui détient l'âme et qui permet que se forment les enfants. Les enfants naissent tous comme des femmes et deviennent seulement ensuite soit des femmes soit des hommes.</p>
<p>Les chasseurs lapons obéissaient à un paganisme matriarcal.</p>
<p>Akka (en langue saami : Áhkká) est un esprit féminin du chamanisme saami, présent également dans la mythologie finnoise. Le culte d'Akka était très généralisé et célébré sous forme de sacrifices, d'incantations et autres rituels. Certains Saamis croyaient qu'Akka vivait sous leur tente. Dans la mythologie finnoise Akka est l'épouse de Ukko et est la déesse de la fertilité. Elle est identifiée à la partie féminine de la nature, Maaemonen la mère Terre, fertilisée par Ukko.</p>
<p>Maderakka, appelée également Máttaráhkká est la première Akka, la déesse primordiale, la créatrice du corps humain, la déesse des femmes et des enfants. Les femmes et les enfants lui appartiennent (les garçons jusqu'à leur puberté). Le nom, remontant à la mythologie saami, réfère à la déesse de la sagesse et de la beauté, ce qui explique qu'akka a pu être utilisé en langue saami pour désigner « grand-mère » ou « femme sage ». Maderakka est populaire parmi les féministes Saami. Jabme-Akka (l'Akka de la mort) est la déesse du monde souterrain. Elle apaise et rassure les âmes des enfants disparus.</p>
<p>• Sáráhkká, appelée également Sarakka, est la déesse de la fertilité, de la grossesse et de la naissance. Elle assure la protection du fœtus. Une association saami féministe créée en 1988 porte le nom The Sarahkka en son honneur.</p>
<p>• Juokshkká, appelée également Juksakka, dont le nom signifie l'Akka à la flèche est la déesse protectrice des enfants.</p>
<p>• Uksáhkká, dont le nom signifie femme de la porte, est la déesse protégeant la maisonnée. C'est elle qui façonne le fœtus dans le ventre de la mère et détermine le sexe de l'enfant.</p>
<p><a href="https://matricien.wordpress.com/matriarcat-religion/paganisme/finlande/" class="spip_out" rel="external">Mythologie matriarcale finlandaise : la déesse-mère des lapons face aux nouveaux dieux-pères aryens</a></p>
<h2 class="spip">Papouasie-Nouvelle Guinée</h2>
<p>L'anthropologue Maurice Godelier écrit dans la Recherche – novembre-décembre 2002 :<br class='autobr' />
« Chez les Baruyas, selon le mythe originel, les femmes auraient inventé les arcs, les flèches, etc, mais elles les auraient utilisé sans mesure. Leur puissance était créatrice de désordre (disent les hommes qui ont construit ce mythe), leur créativité était désorganisatrice… C'est pourquoi les hommes ont dû (disent-ils) les déposséder de tout cela. Pour que le monde tourne bien. Les femmes avaient aussi inventé les flûtes. Or, le nom secret des flûtes, c'est « vagin ». C'est-à-dire le pouvoir de donner la vie. Les premiers hommes (selon le mythe) se sont emparés des flûtes (…) Si les hommes ne tenaient pas les flûtes cachées des femmes, le pouvoir de donner la vie et de façonner des garçons repartirait chez les femmes. (…) En somme, les hommes vivent toujours menacés d'un désordre créé par les femmes. C'est pourquoi ils ne desserrent jamais leur étau… »</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Baruyas" class="spip_out" rel="external">Les Baruyas</a></p>
<p><a href="https://matricien.wordpress.com/geo-hist-matriarcat/oceanie/baruya/" class="spip_out" rel="external">La société Baruya a évolué vers un patriarcat</a></p>
<h2 class="spip">Lire aussi :</h2>
<p><a href="https://matricien.wordpress.com/geo-hist-matriarcat/amerique-sud/selknam/" class="spip_out" rel="external">Les Selk'Nam (Terre de Feu) : une société patriarcale qui garde le souvenir mythique de l'ère matriarcale</a></p>
<p><a href="https://fr.sott.net/article/13851-Les-mythes-grecs-guerre-d-extermination-du-matriarcat-et-avenement-du-patriarcat-dans-la-societe-et-la-religion-mediterraneenne" class="spip_out" rel="external">Les mythes grecs : guerre d'extermination du matriarcat, et avènement du patriarcat dans la société et la religion méditerranéenne</a></p>
<p><a href="https://matricien.wordpress.com/patriarcat/mythologie/" class="spip_out" rel="external">Mythologie et patriarcat</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4400" class="spip_out" rel="external">Le matriarcat en Europe</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2288" class="spip_out" rel="external">Le matriarcat, ses causes et sa fin sous les coups de la guerre sociale</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5280" class="spip_out" rel="external">Le matriarcat chez les Indiens des Amériques</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5248" class="spip_out" rel="external">Les Amazones, un mythe ou une réalité mal acceptée</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2698" class="spip_out" rel="external">A la Renaissance en Europe, la chasse aux derniers restes du rôle indépendant des femmes</a></p></div>
L'insurrection des serfs scythes dans le royaume du Bosphore qui a pris le pouvoir derrière un esclave en 108-107 avant J.-C.
http://matierevolution.org/spip.php?article6467
http://matierevolution.org/spip.php?article64672019-08-11T22:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisGrèceRévolutionEsclaves SlavesTurquieRévolte
<p>L'insurrection des serfs scythes dans le royaume du Bosphore qui a pris le pouvoir derrière un esclave en 108-107 avant J.-C. Pendant un millénaire, le Bosphore scythe a été conquis et dominé par les Grecs et il s'est révolté avec à sa tête un esclave scythe Saumakos qui a renversé la royauté et tué le roi, puis donné le pouvoir aux serfs et esclaves scythes. <br class='autobr' />
Saumakos est un esclave scythe du royaume du Bosphore, royaume grec antique établi sur les rives du Bosphore cimmérien, nom (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">2eme chapitre : Révolutions de la Préhistoire et de l'Antiquité</a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot24" rel="tag">Grèce</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot53" rel="tag">Esclaves Slaves</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot116" rel="tag">Turquie</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag">Révolte</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_12863 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L480xH409/480px-Bosporan_Kingdom_growth_map-fr-svg-2ceec.png?1790008588' width='480' height='409' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12862 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/Grave_stele_03_pushkin.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH920/Grave_stele_03_pushkin-e91cc.jpg?1790008588' width='500' height='920' alt='' /></a>
</figure>
</div><h2 class="spip">L'insurrection des serfs scythes dans le royaume du Bosphore qui a pris le pouvoir derrière un esclave en 108-107 avant J.-C.</h2>
<p>Pendant un millénaire, le Bosphore scythe a été conquis et dominé par les Grecs et il s'est révolté avec à sa tête un esclave scythe Saumakos qui a renversé la royauté et tué le roi, puis donné le pouvoir aux serfs et esclaves scythes.</p>
<p>Saumakos est un esclave scythe du royaume du Bosphore, royaume grec antique établi sur les rives du Bosphore cimmérien, nom antique de l'actuel détroit de Kertch, qui reliait le Pont-Euxin (l'actuelle mer Noire) au lac Méotide (l'actuelle mer d'Azov), et sur la Tauride, l'actuelle Crimée, qui a grandi et a été éduqué dans la maison de son maître, le roi Pairisadès avant de devenir un chef des serfs scythes, qui a pris leur tête et a tué le roi du Bosphore Pairisadès V, qu'il servait probablement comme militaire. À la suite de sa révolte, il prit la tête du royaume du Bosphore. Diophantos, général de Mithridate VI, présent à Chersonèse, le chassa par la force en 107-106 av. J.-C. Capturé, il est envoyé à la cour de Mithridate VI comme prisonnier. <br class='autobr' />
Saumakos est principalement connu par un décret de la cité de Chersonèse en l'honneur de Diophantos.</p>
<p>« Après s'être rendu dans le territoire du Bosphore, Diophante régla les affaires locales au mieux et selon les intérêts du roi Mithridate Eupator ; puis lorsque les Scythes, sous la conduite de Saumakos, eurent déclenché un soulèvement, tué le roi du Bosphore Pairisadès, qui l'avait élevé [Saumakos], et monté une conjuration contre Diophante, celui-ci réussit à échapper au danger en montant sur un bateau que les citoyens lui avaient apprêté, vint [vers nous], harcela les citoyens de ses prières et obtint l'appui empressé de son célèbre roi Mithridate Eupator ; au début du printemps, il parut avec une armée de terre et une marine de guerre, fit monter les guerriers choisis par les citoyens sur trois bateaux, quitta notre ville, conquit Théodosie et Panticapée, punit les insurgés, s'empara de Saumakos, le meurtrier du roi Pairisadès, et l'envoya dans le royaume [de Mithridate], rétablissant ainsi la puissance du roi Mithridate. »</p>
<p><a href="https://journals.openedition.org/edl/328" class="spip_out" rel="external">Lire ici</a></p>
<p><a href="https://bibliotheque-russe-et-slave.com/Livres/Zebelev_-_LAbdication_de_Pairisades.htm" class="spip_out" rel="external">La révolte de Saumakos et des serfs et esclaves Scythes</a></p>
<p><a href="http://www.persee.fr/doc/bch_0007-4217_1881_num_5_1_4240" class="spip_out" rel="external">Décret de la ville de Chersonésos en l'honneur de Diophantos, général de Mithridate</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=f14FhZ6A76wC&pg=PA190&lpg=PA190&dq=r%C3%A9volution+Pairisades+saumakos+scythes&source=bl&ots=d_TXTfGHSP&sig=ACfU3U2VtH6C8mjVD7QMwjzqIzobAG5yLg&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiYpc-kjsbiAhVQUlAKHQEXA_gQ6AEwDHoECAkQAQ#v=onepage&q=r%C3%A9volution%20Pairisades%20saumakos%20scythes&f=false" class="spip_out" rel="external">Une révolution servile</a></p>
<p><a href="https://www.persee.fr/doc/girea_0000-0000_1976_act_4_1_938" class="spip_out" rel="external">L'esclavage dans le Bosphore (en anglais)</a></p>
<p><a href="https://www.jstor.org/stable/4435697?seq=1#page_scan_tab_contents" class="spip_out" rel="external">RUBINSOHN, Zeev W., « Saumakos : Ancient history, modern politics »</a></p>
<p><a href="http://ausoniuseditions.u-bordeaux-montaigne.fr/aloha/pdfr/978-2-35613-035-8.pdf" class="spip_out" rel="external">Crises dans la mer Noire septentrionale</a></p></div>
La naissance de la civilisation en Mésopotamie, ce n'est pas un produit de l'Etat
http://matierevolution.org/spip.php?article6392
http://matierevolution.org/spip.php?article63922019-05-23T22:42:00Ztext/htmlfrRobert ParisAntiquitéTurquieIranIrak - IraqSyrie
<p>La ville mésopotamienne, c'est des maisons, des maisons, encore des maisons, bien avant que personne ne construise ni un palais, ni un temple... <br class='autobr' /> Ici, la ville d'Ur : <br class='autobr' />
Lire ici : au moins mille ans séparent l'urbanisation de la naissance d'un Etat en Mésopotamie <br class='autobr' />
Naissance de l'urbanisation : ruines de Jerf el Ahmar (9500 avant J.-C.) Çatal Höyük, une des premières villes du Haut Euphrate <br class='autobr' />
La civilisation, cela signifie d'abord l'apparition d'une multitude de métiers : La ville de (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">2eme chapitre : Révolutions de la Préhistoire et de l'Antiquité</a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot36" rel="tag">Antiquité</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot116" rel="tag">Turquie</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot140" rel="tag">Iran</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot161" rel="tag">Irak - Iraq</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot214" rel="tag">Syrie</a>
<div class='rss_texte'><p>La ville mésopotamienne, c'est des maisons, des maisons, encore des maisons, bien avant que personne ne construise ni un palais, ni un temple...</p>
<p> Ici, la ville d'Ur :</p>
<div class='spip_document_12242 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH371/ur07b-e641f.jpg?1790008588' width='500' height='371' alt='' />
</figure>
</div>
<p><a href="https://www.cairn.info/revue-annales-2005-5-page-953.htm" class="spip_out" rel="external">Lire ici : au moins mille ans séparent l'urbanisation de la naissance d'un Etat en Mésopotamie</a></p>
<p>Naissance de l'urbanisation : ruines de Jerf el Ahmar (9500 avant J.-C.)</p>
<div class='spip_document_12256 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/Fig--4-a.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH324/Fig--4-a-4036d.jpg?1790008589' width='500' height='324' alt='' /></a>
</figure>
</div>
<p>Çatal Höyük, une des premières villes du Haut Euphrate</p>
<div class='spip_document_12257 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH253/catal-hoyuk-mesopotamie-079ab.jpg?1790008589' width='500' height='253' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La civilisation, cela signifie d'abord l'apparition d'une multitude de métiers :</p>
<div class='spip_document_12233 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/Etendard-Ur-Face-paix-histoire.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH219/Etendard-Ur-Face-paix-histoire-ce505.jpg?1790008589' width='500' height='219' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_12213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH213/5036446lpw-5036556-article-sumer-sumrien-sumrienne-sumriens-sumriennes-jpg_3705751_660x281-83735.jpg?1790008589' width='500' height='213' alt='' />
</figure>
</div>
<div class='spip_document_12208 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L369xH180/Flickr_-_Nic_s_events_-_British_Museum_with_Cory_and_Mary__6_Sep_2007_-_185-3eb9f.jpg?1790008589' width='369' height='180' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12207 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH196/imagesgk-a2f46.jpg?1790008589' width='300' height='196' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12206 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH231/220px-Worker_adze_Eshnunna_Louvre_AO6694bis-aaf31.jpg?1790008589' width='220' height='231' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12202 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH335/peuples-mer-antiquite-histoire-c71a1.jpg?1790008589' width='500' height='335' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12197 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L448xH280/Ur_etendard_mini-c7091.jpg?1790008589' width='448' height='280' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12227 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/la-naissance-de-lagriculture-et-de-lcriture-17-728-e1b64.jpg?1790008589' width='500' height='375' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12245 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH183/220px-Sceau_kassite_araire-2cb81.png?1790008589' width='220' height='183' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/onRI3jJtpPMTxPJ73eZwBR8nkno_800x357.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH223/onRI3jJtpPMTxPJ73eZwBR8nkno_800x357-1c8bc.jpg?1790008589' width='500' height='223' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_12259 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/8317d0811b8a6dd63ae13d7b44c2b562--louvre-paris-immense.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH728/8317d0811b8a6dd63ae13d7b44c2b562--louvre-paris-immense-7c776.jpg?1790008589' width='500' height='728' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_12260 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH275/7-daprc3a8s-le-roi-prc3aatre-et-le-troupeau-sacrc3a9-dinanna-sceau-cylindre-d_uruk-vers-3000-ans-avjc-c3a9poque-de-djemdet-nasr-marsailly-blogostelle-3c36b.jpg?1790008589' width='500' height='275' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La ville de Halaf</p>
<div class='spip_document_12223 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH147/indexhalaf-4a567.jpg?1790008589' width='220' height='147' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La ville d'Ur :</p>
<div class='spip_document_12194 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH347/ur-5b727.jpg?1790008589' width='500' height='347' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La ville de Suse</p>
<div class='spip_document_12235 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L259xH194/indexsus-ac660.jpg?1790008589' width='259' height='194' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La ville d'Eridu</p>
<div class='spip_document_12228 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L259xH194/indexer-ec5b2.jpg?1790008589' width='259' height='194' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La ville de Lagash</p>
<div class='spip_document_12238 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L275xH183/indexlagash-d22c7.jpg?1790008589' width='275' height='183' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La ville de Kish</p>
<div class='spip_document_12239 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L272xH185/kish-6c66c.jpg?1790008589' width='272' height='185' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La ville de Girsu</p>
<div class='spip_document_12222 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L276xH182/indexgirsu-3fe94.jpg?1790008589' width='276' height='182' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La ville de Babylone</p>
<div class='spip_document_12236 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L277xH182/indexbabylone-a8d42.jpg?1790008589' width='277' height='182' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La ville d'Uruk :</p>
<div class='spip_document_12204 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/uf-cite-uruk.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/uf-cite-uruk-97433.jpg?1790008590' width='500' height='375' alt='' /></a>
</figure>
</div>
<p>L'agriculture en Mésopotamie :</p>
<div class='spip_document_12205 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH374/520px-Mesopotamia_agriculture_limits-fr-svg-fad8b.jpg?1790008590' width='500' height='374' alt='' />
</figure>
</div> <p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture_en_M%C3%A9sopotamie" class="spip_out" rel="external">Agriculture en Mésopotamie</a></p>
<p>Les époques de la Mésopotamie :</p>
<div class='spip_document_12255 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH325/-1650-9f20b-1483e.jpg?1790008590' width='500' height='325' alt='' />
</figure>
</div>
<div class='spip_document_12195 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH433/-83-f0d11z-f3a4b.jpg?1790008590' width='500' height='433' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12200 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L322xH267/-1649-948f7-7f036.jpg?1790008590' width='322' height='267' alt='' />
</figure>
</div>
<div class='spip_document_12211 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH324/220px-Mesopotamie_Isin-Larsa-svg-1c7e2.png?1790008590' width='220' height='324' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12209 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L346xH252/mesopotamie-709e2.jpg?1790008590' width='346' height='252' alt='' />
</figure>
</div> <div class='spip_document_12199 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH244/220px-Periodo-Obeid-svg-d6e41.png?1790008590' width='220' height='244' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12198 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/img_el_origen_de_los_sumerios_resumen_2216_orig.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH404/img_el_origen_de_los_sumerios_resumen_2216_orig-e84a5.jpg?1790008590' width='500' height='404' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_12196 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L492xH448/sumer2-c757e.jpg?1790008590' width='492' height='448' alt='' />
</figure>
</div>
<p>Les déesses femmes-lézards de la civilisation d'Ubaid</p>
<div class='spip_document_12226 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L199xH253/indexfemmes-356fd.jpg?1790008590' width='199' height='253' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La déesse Narundi d'Elam</p>
<div class='spip_document_12243 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L494xH650/deesse_Narundi_d_Elam-29d34.jpg?1790008590' width='494' height='650' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La déesse Inanna-Ishtar</p>
<div class='spip_document_12234 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH588/inanna-ishtar-antiquite-7930c.jpg?1790008590' width='500' height='588' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12232 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L181xH279/index-21-76fc1.jpg?1790008590' width='181' height='279' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12231 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L167xH302/indexisht-c0fd0.jpg?1790008590' width='167' height='302' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12230 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L259xH194/indexisis-9da81.jpg?1790008590' width='259' height='194' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12229 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L188xH268/images-69-f1b60.jpg?1790008590' width='188' height='268' alt='' />
</figure>
</div><h2 class="spip">La naissance de la civilisation en Mésopotamie, ce n'est pas un produit de l'Etat</h2>
<p>Une fois de plus, cette fois pour la Mésopotamie, nous devons casser une conception très ancrée dans l'idéologie dominante : la civilisation n'est pas une production due à l'Etat, à la dictature militaire, policière, de l'institution religieuse et de la bureaucratie d'un pouvoir central s'imposant aux classes sociales opposées, bien entendu dans l'intérêt de la classe dominante et exploiteuse. La civilisation (irrigation, agriculture productive avec des céréales sélectionnées, utilisation de la roue, division du travail, grand commerce, urbanisation, écriture, artisanat, art, première industrie) est née bien avant le premier Etat dans une société qui n'avait jamais connu d'Etat. L'Etat est né à Sumer en 2500 avant J.-C. et la civilisation d'Ubaid est apparue en 5900 avant J.-C. ! Il y a un fossé...</p>
<p>Certains s'en tirent par une pirouette : c'étaient des cités-Etats mais c'est faux, c'étaient des cités bien avant d'être des cités-Etats.</p>
<p>L'expression cité-Etat a l'inconvénient majeur d'effacer l'opposition entre société civile et Etat...</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Suse_(Iran)" class="spip_out" rel="external">Lire par exemple comment les débuts de l'Etat sont apparus au IVe millénaire dans l'antique Suse, née sans Etat au VIe et Ve millénaire, suite à une destruction sans doute causée par une guerre civile</a></p>
<p>Rien d'étonnant : partout dans le monde, l'Etat naît pour combattre les révolution sociales...</p>
<p>Une autre erreur classique provient du fait qu'on imagine une espèce de continuité entre des sociétés qui se passeraient le relai et avec un seul centre de civilisation à chaque fois. En fait, on constate sans cesse exactement le contraire : plusieurs civilisations coexistent et interagissent, se combattent sans se détruire mutuellement, on a souvent une espèce de contradiction dialectique des civilisations (par exemple Hassuna-Samarra, Akkad-Sumer, Uruk-Mari, haute et basse Mésopotamie et Mésopotamie-Elam).</p>
<div class='spip_document_12244 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L480xH297/480px-Elam_sites-88a29.png?1790008590' width='480' height='297' alt='' />
</figure>
</div>
<div class='spip_document_12240 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L350xH282/350px-Mesopotamia_Periodo_6-eec6d.png?1790008590' width='350' height='282' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12241 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/carte_elam-ea656.jpg?1790008590' width='500' height='375' alt='' />
</figure>
</div>
<p>Si on demande au grand public à quoi leur fait penser la civilisation mésopotamienne, celle dont le monde occidental est le plus fier et qu'elle considère comme une de ses marques de naissance, on trouve Sumer, Akkad, Ur, Uruk, Kish, Lagash et Babel… Et, dans chaque cas, on ne voit dans ces sites que des Etats et à peine la société civile qui est à la base de l'activité des villes, c'est-à-dire des commerçants, des artisans, des tisserands, des potiers, des techniciens, des scientifiques, des négociants, des voyageurs de commerce, des citadins. La société civile apparaît presque, dans cette conception erronée, comme fondée par l'Etat alors que c'est l'inverse : elle vit en sangsue de l'activité productive et économique. Et, bien entendu, cela n'a rien de proprement mésopotamien !</p>
<p>Pour bien des gens, la civilisation serait apparue en Mésopotamie avec les grands chefs d'Etat, avec Nabuchodonosor de Babylone, avec Agga de Sumer, avec Ur-Nammu d'Ur, avec Sargon d'Akkad, avec Hammurabi de Babylone, avec Mesilim de Kish, avec Lugalagezi d'Uruk, avec Urmanshe de Lagash, avec Hita d'Elam, avec Shamshi-Adad d'Assyrie ou avec Eannatoum de Lagash. Et cela signifie qu'elle serait apparue dans une société dirigée par des hommes, par le patriarcat, sous des dieux et non des déesses. Tout cela est faux !</p>
<p>Ce n'est pas les historiens actuels qui ont inventé cette conception selon laquelle les grands hommes au pouvoir d'Etat ont bâti toute la société : ce sont ces chefs d'Etat eux-mêmes qui l'ont inventé et diffusée à l'époque et les historiens ne font que la poursuivre aujourd'hui !!! C'est un peu la poursuite de la « légende de Gilgamesh » qui continue d'être diffusée pour justifier non seulement l'histoire ancienne mais aussi le pouvoir d'Etat actuel… Gilgamesh est le maître mythique de la cité d'Uruk qui va servir d'exemple historique à toute la Mésopotamie, le héros qui se bat pour le peuple, un peu le berger des peuples, image qui servira même à d'autres peuples sémitiques comme les Hébreux.</p>
<p><a href="https://www.academieduvar.fr/Produits/heures/heures2015/NihoulCesari-De%C3%A9sses%20et%20dieux%20publication.pdf" class="spip_out" rel="external">Gilgamesh n'est pas seulement le symbole du roi-héros mais aussi celui des débuts du patriarcat terrestre et religieux</a></p>
<p>Dans ces mythes d'Etat, c'est le souverain qui fonde la cité, qui crée le peuple, qui invente les connaissances, qui trouve les découvertes, qui fonde l'écriture et le savoir, la technologie comme la prospérité. Pas étonnant : il est lui-même mis en place par les dieux ou encore est lui-même un dieu ! De quoi rendre jaloux les chefs d'Etat actuels !!!</p>
<p>L'auto-glorification des rois de Mésopotamie</p>
<div class='spip_document_12258 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH350/1310165-Ninive_bas-relief-2d974.jpg?1790008590' width='500' height='350' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12254 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/099b087837845e09b22067c0e1d3fcc4.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH989/099b087837845e09b22067c0e1d3fcc4-4be74.jpg?1790008590' width='500' height='989' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_12253 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L278xH334/image_64790-21f71.jpg?1790008590' width='278' height='334' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12252 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/Sumer-Akkad1.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH690/Sumer-Akkad1-a14f6.jpg?1790008590' width='500' height='690' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_12251 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L260xH315/260px-Kudurru_Melishipak_Louvre_Sb23-7e729.jpg?1790008590' width='260' height='315' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12250 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L200xH333/1de89f4db519c04d6efb7ee36dd40e5d-85850.jpg?1790008590' width='200' height='333' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12248 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/Sumer-Akkad9b.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH594/Sumer-Akkad9b-0daf7.jpg?1790008590' width='500' height='594' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_12249 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L350xH284/Tablet_of_Shamash_relief-b12bf.jpg?1790008590' width='350' height='284' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12246 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L280xH421/280px-Statue_Gudea_Met_59-2-a3234.jpg?1790008590' width='280' height='421' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_12247 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH664/rois-en-mesopotamie_pdt_hd_3450-52cde.jpg?1790008590' width='500' height='664' alt='' />
</figure>
</div>
<p>Cette thèse du roi, bâtisseur de civilisation ne tient pas :</p>
<p><a href="http://antikforever.com/Mesopotamie/Divers/Principaux%20Rois.htm" class="spip_out" rel="external">Les rois de Mésopotamie commencent, au plus loin, en 2750 avant J.-C.</a></p>
<p><a href="https://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/la_culture_dobeid_du_viieau_ve_millenaire.asp" class="spip_out" rel="external">La civilisation débute, elle, avec la culture d'Obeid en 6900 avant J .-C., suivie notamment par la culture d'Uruk au quatrième millénaire</a></p>
<p>On en vient en effet à la thèse selon laquelle la civilisation (urbanisation, développement économique, démographique, urbanisation, découvertes techniques, accroissement productif, artisanat, art, sciences, développement du grand commerce, production de luxe, grands monuments, richesses de toutes sortes, etc.) serait née avec les cités-Etat du troisième millénaire, des royaumes d'Eridu, de Bad-tibira, Larak, Sippar et Shuruppak, puis les empires qui seraient le sommet de cet effort civilisationnel. Pour eux, parler de civilisation en Mésopotamie, c'est parler du royaume de Kish, de l'empire d'Akkad, de l'empire de Babylone, de l'empire de Suse, de l'empire des Assyriens et on en passe…</p>
<p>Avec cette thèse, on pourrait croire que l'écriture est née après ces Etats, que le développement des villes est produit par ces Etats, que le grand commerce est né après eux, que l'artisanat n'a dû son grand essor qu'au pouvoir d'Etat, que les technologies et sciences n'ont été créées qu'après la dictature de classes, et même que les classes dominantes devraient leur naissance qu'à l'Etat de classe.</p>
<p>Et pourtant, rien n'est plus faux. Les dates sont très claires : la division de la société en classes sociales naît bien avant l'Etat, le grand développement agricole et urbain date aussi de bien avant, l'artisanat et les technologies, l'écriture et l'art, sont nés avant tous ces Etats et ne leur doivent rien pour leur apparition !!!</p>
<p>La civilisation n'est pas née d'un pouvoir central guerrier et répressif mais du surproduit dans le travail productif humain, de l'accroissement d'efficacité du travail, suivie de l'exploitation des esclaves et des travailleurs libres, de l'accumulation de ces richesses, du réinvestissement de cette plus-value, c'est-à-dire ce qui, dans la production humaine et sociale, dépasse les biens immédiatement nécessaires pour vivre ou survivre.</p>
<p> Si on résume la question : écriture et urbanisation (les deux éléments clefs, les deux marques déterminantes de la civilisation) sont nées au IVe millénaire (en Mésopotamie du sud et à Elam) et les embryons de pouvoir central, les cités-Etat, avant les Etats régionaux ou nationaux et les empires, sont nés au IIIe millénaire. Plus d'un millénaire de distance de temps !!!</p>
<p>Les premières villes datent même de bien avant : Jéricho au VIIIe millénaire, çatal Hüyük au VIIe millénaire, puis Erbil, Umm Dabaghiyah, Choga Mami, Tell es-Sawwam, Tell Halaf, Ali Kosh au VIe millénaire. C'est en 5500 que débute l'Ubaid ancien.</p>
<p>Ces villes développent tout ce qui sera utilisé ensuite comme technologies : céramique, poterie, utilisation des céréales, métallurgie, bijoux, travail des pierres précieuses, la roue, sculpture, irrigation, constructions monumentales, etc.</p>
<p>Mais surtout, elles lancent un accroissement exponentiel de la richesse, dû à la division du travail, à la spécialisation et professionalisation, au développement intellectuel, technique et social en même temps.</p>
<p>Et c'est Uruk qui, au tout début du IIIe millénaire, invente l'écriture. Or Uruk ancien est une cité mais pas encore une cité-Etat !</p>
<p>C'est aussi Suse (phase Jemdet Nasr) qui développe aussi une première écriture en 3100 avant J.-C. Là encore bien avant l'apparition de l'Etat ou des pré-Etats des cités.</p>
<p>C'est ensuite bien d'autres sites comme Sheikh Hasan, Habuba Kabira, Buqras ou Tell Brak, qui développent des écritures, des comptabilités,</p>
<p>La période dite pré-dynastiques (avant l'Etat et le préparant) est datée par les historiens de… 2900 avant J.-C. au plus tôt !</p>
<p>C'est seulement de 2500 que date, en Mésopotamie, le durcissement du pouvoir royal, en même temps que celui de la hiérarchie sociale, de l'oppression des classes possédantes.</p>
<p>Sargon arrive au pouvoir en 2371 à Akkad.</p>
<p>La première dynastie de Kish date de 2800.</p>
<p>Les premiers rois sémites datent de 2750.</p>
<p>Toutes ces dates sont bien entendu avant J.-C.</p>
<p>Mais les tablettes de Jemdet Nasr datent au moins de 3000 ou 3100 avant J.-C.</p>
<p>Mais Gilgamesh, symbole des chefs d'Etat maîtres de leur peuple, est daté de la seconde moitié du IIIe millénaire.</p>
<p>Quant à la révolution néolothique qui a produit la rupture avec les anciens chasseurs-cueilleurs, l'agriculture et l'urbanisation, elle a démarré 10.000 ans avant J.-C.</p>
<p>La grande urbanisation partie d'Uruk date de 3500, les sceaux-cylindres (écriture) datent de 3400 de même que l'irrigation, le tour de potier et l'araire de 3300, les constructions monumentales de 3200, Jemdet Nasr de 3000, les grands progrès technologiques du travail de la pierre et du bâtiment de 2900, mais le prédycnastique démarre en 2750. Les tombes royales d'Ur datent de 2600, le dynastique ancien date de 2500, l'Etat d'Akkad débute en 2370, la prospérité des cités-Etat du sud mésopotamien date de 2200, la première dynastie de Babylone date de 2000-1900, le règne d'Hammurabi débute en 1800, la dynastie kassite débute en 1700, la dynastie hourrite démarre en 1600, la dynastie assyrienne démarre en 1500. Nabuchodonosor gouverne en 1124.Toutes ces dynasties ne peuvent absolument pas revendiquer d'avoir créé la civilisation et le progrès, elles n'ont fait que l'exploiter et éventuellement le diffuser.</p>
<p>Comme le rappelle Harry W.F. Saggs au début de son grand ouvrage « Babylone », l'Etat babylonien plein et entier date du IIe millénaire, son écriture et son urbanisme datent du IVe millénaire. Impossible d'inverser l'ordre historique des bâtisseurs réels de la civilisation. C'est la société civile qui lance la civilisation et pas l'Etat ! La fabrication de vases en terre cuite date de 8000 ans avant J.-C., la céramique date de 6000 ans avant J.-C., de même que la variété la plus productive d'orge. Les techniques d'irrigation avancées datent de 3500, comme la sculpture et le travail du cuivre. L'écriture est attestée en Mésopotamie méridionale (Uruk et Suse, puis Ur), dès le milieu du IVe millénaire.</p>
<p>Quelle est donc la société qui a lancé le grand développement social, technique, intellectuel, artistique, artisanal, humain de la civilisation agraire et urbaine de Mésopotamie ?</p>
<p>La société qui a lancé ce développement économique et social exponentiel, cette construction d'une civilisation en Mésopotamie n'était pas dominée par un Etat et elle ne connaissait même pas la division en classes sociales. Elle n'avait pas encore développé une propriété privée des moyens de production. Elle n'était ni théocratique ni patriarcale. C'était une société communiste primitive d'anciens chasseurs-cueilleurs qui se sont sédentarisés, ont développé collectivement des techniques agricoles, ont mis en place des villages et des villes. C'est cette société qui a permis l'accumulation d'un surproduit, le développement de technologies, la spécialisation du travail, l'apparition d'un surproduit permanent et de familles riches, le développement des métiers et des classes sociales, puis, bien sûr, de la lutte des classes et des révolutions. Ce sont ces dernières qui ont rendu nécessaire la mise en place de l'Etat afin d'éviter ce qui se produisait à chaque fois que la rupture entre classes riches et classes pauvres devenait trop insupportable : le soulèvement des exploités.</p>
<p>En tout cas, c'est un monde de propriété collective et de vie collective matriarcale qui a lancé tout ce progrès invraisemblable en développant un surproduit du travail agricole et en permettant ainsi que le travail d'un homme produise bien plus que ce qui lui est nécessaire pour vivre, surproduit qui fonde tout le reste : les activités professionnelles diverses, les villes, le commerce, l'artisanat, l'art, la civilisation. Le paysan a pu nourrir à la fois les gens des villes, les gens des petits métiers mais aussi et plus tard les grands négociants, les grands propriétaires, les grands seigneurs de la guerre, les grands pontes religieux, les grands rois, leurs luxes et leurs cours royale.</p>
<p>En effet, l'agriculture mésopotamienne ne s'est pas contentée de nourrir ses habitants, elle a permis une polarisation de la richesse dans un petit nombre de mains, qui a lancé la société de classes sociales, et, si cet ordre esclavagiste et exploiteur n'a enrichi qu'une minorité, il a permis le lancement d'une société entièrement nouvelle et notamment la grande production, le grand commerce, la grande urbanisation, tout cela bien avant de donner naissance à l'Etat de classe.</p>
<p>Curieusement, les débuts de l'Etat ont pu apparaître aux peuples comme un recours contre les classes possédantes, les plus pauvres pouvant faire appel aux rois contre les puissants…</p>
<p>Cependant, il ne faut pas croire que l'essentiel des progrés techniques, culturels et sociaux dateraient de l'apparition de l'esclavage. C'est faux ! L'esclavage est né en Mésopotamie au début du IIIe millénaire. On a vu dans ce qui précède que l'essentiel des progrès agricoles, d'irrigation, de connaissance des céréales, d'élevage, d'inventions technologiques, de productions métallurgiques, de travail de la pierre et de la brique, d'artisanats divers datent de bien avant…</p>
<p>Harry W.F. Saggs écrit dans « Babylone » :</p>
<p>« La civilisation, au sens courant de vie associée à la ville et à l'écriture, commença au IVe millénaire avant J.-C. dans le sud de la Mésopotamie et en Elam…. La révolution néolithique commença après la fin de la dernière glaciation, vers 9000 avant J.-C., sur toute l'étendue du « Croissant fertile », vaste ensemble de régions allant des collines de Palestine au piémont du Zagros, en passant par le piémont méridional du Taurus…</p>
<p>Les plus anciens établissements de Babylonie méridionale ont été de petits villages, installés dans des zones rendues habitables par la proximité d'étangs, de lacs et de petits courants d'eau alimentés par l'Euphrate… C'est seulement après les débuts d'exploitation de ces ressources, dégageant rapidement des surplus de céréales et entraînant une augmentation constante de la population, que certaines agglomérations ont peu à peu atteint la taille de villes.</p>
<p>Cette croissance a été aidée par les migrations incessantes de populations venues des villages alentour, moins prospères, vers les agglomérations plus heureuses, et par l'afflux constant de nomades.</p>
<p>La ville qui connut l'expansion la plus considérable fut, sur ce point, Uruk : au Dynastique ancien 1, elle avait une population comprise entre quarante et cinquante mille habitants. D'autres cités se développèrent également, comme Ur, Lagash, Nippur, Kish et sans doute Shurrupak…</p>
<p>Dans les premières communautés, toutes les terres étaient apparemment communes, les droits d'exploitation étant également partagés entre les familles claniques qui composaient chacune de ces communautés. Les mythes suggèrent que les décisions affectant la communauté étaient prises dans des assemblées générales d'hommes et de femmes, qui coopéraient pour des objectifs associés à leur terre et partageaient ses productions.</p>
<p>L'essor des cités induisit des modifications majeures….</p>
<p>A la période du Dynastique ancien II (après 2750 avant J.-C.), qui est celle du Gilgamesh historique, un souverain coiffait l'édifice social. Il n'était pourtant pas omnipotent puisque, dans les décisions d'Etat importantes telles que les opérations de guerre, il lui fallait prendre l'avis d'une assemblée composée de chefs de famille et de guerriers. Mais les femmes ne participaient déjà plus au processus de consultation. L'assemblée des citoyens conserva une certaine autorité sur divers points jusqu'à la fin du IIIe millénaire et même plus tard.</p>
<p>Au Dynastique ancien III (vers 2600 avant J.-C.), il n'était déjà plus question de répartir les terres justement entre tous les membres de la communauté ; certains n'y avaient déjà plus droit… Une bonne partie des terres étaient devenue propriété soit des sanctuaires, soit du « palais », c'est-à-dire de l'organisation dirigée par le souverain de la cité-Etat. Les intérêts des temples et du palais pouvaient entrer en concurrence, mais ils restaient liés… Une bonne partie des terres annexées étaient d'anciennes terres communautaires…</p>
<p>On croyait auparavant que ce genre d'évolution avait virtuellement mis fin à toute propriété communautaire ou privée dès le milieu du IIIe millénaire. On reconnaît aujourd'hui, à partir de l'étude des contrats de vente de terrains, qu'une partie non négligeable des terres – entre le quart et la moitié – est restée aux mains des familles claniques, en dehors du secteur étatisé, durant tout le IIIe millénaire avent J.-C. Une partie de la population restait toutefois en dehors de tout accès à la propriété : les uns représentaient des classes pauvres, aux droits restreints, les autres étaient des esclaves. L'inégalité des richesses entre les différentes classes se reflète dans les trouvailles archéologiques, par grandes différences dans les tailles des demeures…</p>
<p>Moins une personne était élevée dans l'échelle économique et sociale, plus elle était vulnérable aux pressions. Un esclave était contraint d'accepter cet état de choses, mais un citoyen libre avait le sentiment que le souverain de la cité pouvait incarner pour lui un ultime espoir.</p>
<p>Ainsi, dans une composition de la période d'Ur III, un sujet proclame : « Dis au roi… ainsi parle ton serviteur : ''Mon roi, prend soin de moi, je suis un fils de la ville d'Ur. Comme mon roi est un dieu, il ne permettra à personne de me dépouiller de mon héritage paternel.'' » (…)</p>
<p> L'extension des propriétés de l'Etat laissait toutefois beaucoup de gens sans terre, ce qui fut rapidement un facteur essentiel de stratification sociale. Dans les conditions prévalant en Mésopotamie méridionale, les gens dépourvus de droits à la terre ne pouvaient survivre qu'en se soumettant à ceux qui possédaient les moyens de production fondamentaux.</p>
<p>Certains pouvaient subvenir à leurs besoins grâce à des occupations spécialisées – les exemples bien connus incluent les scribes, les marchands, les maçons, les orfèvres, les tisserands, les tailleurs de sceaux, les charpentiers et les fabricants de sacs -, mais la seule ressource pour les autres était de s'engager comme manouvrier sur les terres du palais ou des temples. Dans certaines circonstances, ils pouvaient louer leur force de travail comme hommes libres, mais, le plus souvent, ils tombaient dans une sorte d'esclavage vis-à-vis des prêtres ou des fonctionnaires.</p>
<p>Il y avait ainsi trois ordres ou « états » dans la société babylonienne ancienne : les hommes libres, les esclaves et un état intermédiaire qui n'était pas celui des esclaves, mais qui ne jouissait pas de tous les droits des citoyens libres. Certains historiens utilisent le terme de « serfs » pour désigner les ressortissants de ce troisième état ; nous proposerons ici de les appeler « vilains ».</p>
<p>Le « Code d'Hammurabi » fait une distinction entre ces trois états. A plusieurs reprises, il oppose les droits et les devoirs des hommes libres (en akkadien awilum, en sumérien lù), des vilains (en akkadien muskenum, en sumérien mas.en.gag) et des esclaves (en akkadien wardum, en sumérien arad au masculin et gème au féminin)…</p>
<p>La possession d'esclaves remontait au tout début du IIIe millénaire et certains philologues font remonter leur institution à la seconde moitié du IVe millénaire, au motif que certains signes, sur les tablettes « proto-sumériennes » d'Uruk, semblent se référer à des esclaves mâles ou femelles, dénombrés par centaines…</p>
<p>On pouvait vendre et acheter des esclaves dans tout le pays, mais il n'y avait pratiquement pas de commerce international d'esclaves. Au cours des périodes plus récentes, au moins, un esclave pouvait recevoir une formation artisanale et devenir boulanger, cordonnier, tiserand ou maçon ; à la période néo-babylonienne, on relève parmi eux un grand nombre d'artisans. Les esclaves recevaient la même ration alimentaire que les hommes libres, dans les corvées officielles, sous forme de mesures d'orge ou de blé (environ deux litres par jour pour un homme, moins pour une femme), de bière, d'huile ou de graisse. Ils recevaient aussi des souliers et des vêtements – ou bien de la laine avec laquelle fabriquer ces derniers….</p>
<p>Les esclaves n'avaient aucune protection légale contre les mauvais traitements. Blesser ou tuer un esclave était un forfait, mais uniquement envers le propriétaire de celui-ci… Les esclaves qui appartenaient à un individu étaient surtout employés aux tâches domestiques. L'économie de Babylone ne dépendit jamais de l'esclavage et bien des familles élargies n'en possédaient aucun. Les esclaves ne jouaient pas un grand rôle dans l'agriculture , peut-être en raison de la difficulté qu'il y aurait eu à contrôler des équipes serviles dans de telles circonstances….</p>
<p>Le terme « musskenum » revient à plusieurs reprises dans les lois d'Hammurabi, avec une acception généralement plus large que celle de « vilain »… Habituellement, le terme renvoie à une catégorie d'individus qui avaient plus de droits qu'un wardum (esclave), mais moins qu'un awilum (citoyen libre). Un crime commis contre un musskenum était moins sévèrement puni que contre un awilum… Dans certains contextes, musskenum n'est pas employé pour désigner une classe sociale spécifique, mais dans le sens de « pauvre homme », « déclassé ». Avec cette acceptation, le mot est passé en arabe modern (« miskin » = pauvre) qui a lui-même donné l'italien mesquino et le français mesquin, avec le même sens.</p>
<p>Le noyau de la classe des vilains comprenait les descendants d'hommes libres qui avaient perdu une partie de leurs droits, par suite de revers économiques. Les autres étaient soit des immigrants étrangers, soit des prisonniers de guerre épargnés par l'esclavage, soit des transfuges d'autres cités-Etats, soit des rebuts de la société comme les veuves et les orphelins. Leurs conditions de vie n'étaient guère meilleures que celle des esclaves.</p>
<p>Les vilains étaient largement plus nombreux que ces derniers. Ils travaillaient habituellement, comme agriculteurs ou pasteurs, sur les terres des temples ou du palais ; les femmes étaient souvent tisseuses. Leurs droits légitimes ont varié selon les époques. Au Babylonien ancien, tout crime commis contre un musskenum encourait une peine moitié moins importante que contre un awilum. A la différence des esclaves, les vilains pouvaient avoir librement femmes et enfants ; on ne pouvait les vendre. Ni les vilains ni les esclaves, en revanche, n'avaient le droit de se déplacer librement…</p>
<p>La période de la domination de Sargon sur Akkad marqua une étape décisive dans l'agrandissement des terres de la Couronne. Jusque-là, une bonne partie du pays restait dans les mains des clans familiaux et – et comme en Israël beaucoup plus tard (histoire du vignoble de Naboth) – un souverain n'avait pas le pouvoir légal de forcer une famille à abandonner une terre ancestrale. Les actes de vente de l'époque sargonique montrent, en revanche, que certaines familles vendent désormais leurs terres au souverain, à un prix si bas qu'il représente à peine la valeur d'une récolte saisonnière…</p>
<p>L'impérialisme de la dynastie de l'empire d'Akkad n'alla pas sans résistances extérieures. Sargon lui-même dut affronter plusieurs révoltes, dont certaines à grande échelle ; compte tenu de la longue tradition d'indépendance des cités-Etats, ces révoltes étaient prévisibles. Ce qui est remarquable dans cette affaire n'est pas l'éclatement à répétition des soulèvements locaux, mais plutôt la capacité des souverains à les contenir pendant plus d'un siècle…</p>
<p>Les premiers successeurs de Sargon furent deux de ses fils, en ordre inverse de leur naissance, Rimush (le cadet) puis Manishtusu (l'aîné). Ce furent des souverains compétents, qui réussirent à consolider l'Empire laissé par leur père, réprimant plusieurs révoltes… Mais ils allaient être surclassés par Naram-Sin (2291-2255 avant J.-C.) le dernier grand roi de la dynastie…. »</p>
<p>L'auteur souligne que les origines de la Mésopotamie sont matriarcaux :</p>
<p>« L'emblème de la grande déesse Inanna, utilisé avant 3000 avant J.-C. est habituellement interprété comme un faisceau de ces grands roseaux liés ensemble pour former un décor de pilastres encadrant une porte…</p>
<p>Les mythes anciens reflètent un stade encore antérieur du pouvoir exécutif. En effet, si certains éléments du panthéon des dieux y sont reconnus comme supérieurs, les divinités ne décident qu'après discussion de l'assemblée plénière, dans laquelle les déesses sont aussi importantes que les dieux. Ce trait reflète, sur le plan divin, un stade de la société où les femmes jouissaient d'une complète égalité avec les hommes, pour les décisions concernant les affaires communes. Ces mythes se rattachent ainsi à un stade encore antérieur de la société que reflètent les religions préhistoriques, lorsque la divinité prépondérante n'était pas un principe masculin, mais une grande Déesse-Mère, représentée à de multiples exemplaires à partir du Paléolithique ancien…</p>
<p>Les exemples de l'art religieux datés du Paléolithique supérieur montrent que trois domaines au moins étaient alors d'un intérêt particulier pour les populations : le succès de la chasse, la prolifération des espèces chassées et la fécondité des femmes. Cette dernière préoccupation est illustrée par de nombreuses figurines de terre séchée ou cuite représentant des femmes lourdement enceintes ou particulièrement charnues ; ces exemples se retrouvent jusqu'à la période de Halaf. La révolution néolithique – après dix mille ans avant J.-C. – a entraîné de nouveaux développements. En particulier, l'antique représentation de femme enceinte évolue alors vers une figure de Déesse-Mère ou Grande-Mère, être surnaturel aux pouvoirs illimités, incarnant la puissance vitale que les populations préhistoriques percevaient à l'œuvre dans la fécondation, la naissance et la maternité. Les divinités masculines correspondantes ne sont apparues que beaucoup plus tard.</p>
<p>A l'exception de la Déesse-Mère, les populations préhistoriques ne concevaient apparemment pas les pouvoirs surnaturels sous une forme humaine, mais plutôt dans la manifestation des phénomènes naturels : le ciel, le vent, l'eau, le soleil, la lune, la tempête et les animaux sauvages…</p>
<p>Bien plus tard, les populations finirent par penser que les cités étaient des créations primitives de leurs dieux et que ceux-ci avaient déterminé de toute éternité, dès l'origine, tous les aspects de la société des hommes… Vers 2600 avant J.-C., on dénombrait déjà presque quatre mille divinités nommées, organisées sur le modèle hiérarchique de la société humaine… »</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4061" class="spip_out" rel="external">La Mésopotamie antique invente la philosophie</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article225" class="spip_out" rel="external">Révolutions de la Mésopotamie antique</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3980" class="spip_out" rel="external">La Bible a copié les sumériens et les babyloniens…</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4298" class="spip_out" rel="external">Comment Babylone a disparu ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5228" class="spip_out" rel="external">Chronologie de la préhistoire et de l'Antiquité au Moyen-Orient</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5258" class="spip_out" rel="external">Jéricho (à partir de 9000)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%87atal_H%C3%B6y%C3%BCk" class="spip_out" rel="external">Çatal Hüyük (à partir du VIIIe millénaire)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9riode_d%27Obe%C3%AFd" class="spip_out" rel="external">La culture d'Obeid (à partir de 6500)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nippur" class="spip_out" rel="external">Nippur (Ve millénaire)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Lagash#Girsu/Tello" class="spip_out" rel="external">Girsu/Tello (Ve millénaire)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tell_Uqair" class="spip_out" rel="external">Tell Uqair ou Urum (à partir de 5000)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Uruk" class="spip_out" rel="external">Uruk ancien (à partir de 5000)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9riode_d%27Uruk" class="spip_out" rel="external">La période d'Uruk (IVe millénaire)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9riode_de_Djemdet_Nasr" class="spip_out" rel="external">Période de Djemdet Nasr (à partir de 3150)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9sopotamie#Le_roi_et_l'%C3%89tat" class="spip_out" rel="external">Les royautés des cités mésopotamiennes ne débutent qu'au IIIe millénaire</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_d%27Akkad" class="spip_out" rel="external">L'empire d'Akkad date du 24e siècle</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2694" class="spip_out" rel="external">En Chine antique, ce n'est pas l'Etat qui lance la civilisation</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2102" class="spip_out" rel="external">En Egypte antique, ce n'est pas l'Etat qui lance la civilisation</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article190" class="spip_out" rel="external">Naissance de l'Etat et classes sociales</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5076" class="spip_out" rel="external">Religions, classes possédantes et pouvoir d'Etat : des liens indéfectibles</a></p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=origine+de+l%27Etat+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=" class="spip_out" rel="external">Origine de l'Etat</a></p>
<p><a href="https://www.capital.fr/economie-politique/la-mesopotamie-de-3800-a-1600-avant-jc-sa-prosperite-reposait-avant-tout-sur-l-import-export-627100" class="spip_out" rel="external">Les bases de la prospérité de la Mésopotamie, c'est aussi le grand commerce</a></p>
<p><a href="https://www.scienceshumaines.com/les-premieres-villes-du-monde_fr_4247.html" class="spip_out" rel="external">La spectaculaire révolution urbaine de Mésopotamie, commencée 4 000 ans avant notre ère, ne fut pas seulement le résultat d'une soudaine prospérité agricole, mais le lieu du développement des échanges dans une société à l'économie déjà très diversifiée et spécialisée.</a></p>
<h2 class="spip">Appendice sur la civilisation issue de la société civile et sur l'Etat construit bien plus tard, pour stabiliser la domination des exploiteurs et pour faire face aux révolutions sociales :</h2>
<p>Nous sommes ici victimes des points de vue des historiens bourgeois, sociaux-démocrates ou staliniens, qui sont tous étatistes (en histoires des civilisations comme en politique), mais le marxisme a toujours souligné la contradiction entre Etat et société civile. Il a toujours fait remarquer que les classes sociales se divisent et s'opposent violemment bien avant l'apparition de l'Etat, même s'ils ne disposaient que de peu d'éléments historiques en la matière. Nous disposons maintenant de preuves issues des recherches archéologiques sur les sociétés antiques, et elles montrent que la civilisation est bien plus ancienne qu'on ne le pensait. Elles montrent que les origines des civilisations mésopotamiennes-élamites ne disposaient pas de l'Etat, pas plus que celle de l'Indus, celle de l'Egypte ou celles de Méso-Amérique ou d'Amérique du sud ou d'Afrique, pour ne citer que celles-là.</p>
<p>Karl Marx écrit ainsi :</p>
<p>« Dans la production sociale de leur vie, les hommes entrent dans des relations définies qui sont indispensables et indépendantes de leur volonté, des relations de production qui correspondent à un stade de développement défini de leurs forces productives matérielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, le véritable fondement sur lequel repose une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes définies de conscience sociale.</p>
<p>Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de la vie sociale, politique et intellectuelle en général. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être, mais au contraire leur être social qui détermine leur conscience.</p>
<p>À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en conflit avec les rapports de production existants, ou - ce qui n'est qu'une expression légale - les mêmes rapports de propriété dans lesquels ils ont été au travail jusqu'à présent. De formes de développement des forces productives, ces relations deviennent des entraves.</p>
<p>Alors commence une époque de révolution sociale. Avec le changement des assises économiques, l'immense superstructure est plus ou moins rapidement transformée (apparition de l'Etat – Note M et R). Lorsqu'on envisage de telles transformations, il convient de toujours distinguer les transformations matérielles des conditions économiques de la production, que l'on peut déterminer avec la précision des sciences naturelles, des réalités juridiques, politiques, religieuses, esthétiques ou philosophiques. »</p>
<p>Marx, Préface à la « Critique de l'Economie politique »</p>
<p>« Dans le monde antique comme au moyen âge, la première forme de la propriété est la propriété tribale, conditionnée principalement chez les Romains par la guerre et chez les Germains par l'élevage. Chez les peuples antiques où plusieurs tribus cohabitent dans une même ville, la propriété de la tribu apparaît comme propriété d'État et le droit de l'individu à cette propriété comme simple possession qui cependant se borne, à l'instar de la propriété tribale du reste, à la seule propriété foncière… L'État a acquis une existence particulière à côté de la société civile et en dehors d'elle ; mais cet État n'est pas autre chose que la forme d'organisation que les bourgeois se donnent par nécessité, pour garantir réciproquement leur propriété et leurs intérêts, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. »</p>
<p>Marx, « L'Idéologie allemande »</p>
<p>« Qu'est-ce que la société, quelle que soit sa forme ? Le produit de l'action réciproque des hommes. Les hommes sont-ils libres de choisir telle ou telle forme sociale ? Pas du tout. Posez un certain état de développement des facultés productives des hommes et vous aurez une telle forme de commerce et de consommation. Posez de certains degrés de développement de la production, du commerce, de la consommation, et vous aurez telle forme de constitution sociale, telle organisation de famille, des ordres ou des classes, en un mot telle société civile. Posez telle société civile, et vous produirez plus tard tel État politique, qui n'est que l'expression ultérieure et officielle de la société civile. »</p>
<p>Marx, Lettre à Paul Annenkov, 26 décembre 1846</p>
<p>« L'état politique est, vis-à-vis de la société civile, dans un rapport aussi spiritualiste que le ciel par rapport à la terre. »</p>
<p>Marx dans « La question juive »</p>
<p>« Il s'ensuit que l'homme qui ne possède rien d'autre que sa force de travail sera forcément, en tout état de société et de civilisation, l'esclave d'autres hommes qui se seront érigés en détenteurs des conditions objectives du travail. Il ne peut travailler, et vivre par conséquent, qu'avec la permission de ces derniers… Le droit ne peut jamais être plus élevé que l'état économique de la société et que le degré de civilisation qui y correspond. »</p>
<p>Marx dans la « Critique du programme de Gotha »</p>
<p>« L'Etat est un produit de la société à un stade déterminé de son développement ; il est l'aveu que cette société s'empêtre dans une insoluble contradiction avec elle-même, s'étant scindée en oppositions inconciliables qu'elle est impuissante à conjurer. Mais pour que les antagonistes, les classes aux intérêts économiques opposés, ne se consument pas, elles et la société, en une lutte stérile, le besoin s'impose d'un pouvoir qui, placé en apparence au-dessus de la société, doit estomper le conflit, le maintenir dans les limites de l'« ordre » ; et ce pouvoir, né de la société, mais qui se place au-dessus d'elle et lui devient de plus en plus étranger, c'est l'État. »</p>
<p>Friedrich Engels, L'origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat</p>
<p>« Comme l'État est né du besoin de refréner des oppositions de classes, mais comme il est né, en même temps, au milieu du conflit de ces classes, il est, dans la règle, l'État de la classe la plus puissante, de celle qui domine au point de vue économique et qui, grâce à lui, devient aussi classe politiquement dominante et acquiert ainsi de nouveaux moyens pour mater et exploiter la classe opprimée. C'est ainsi que l'État antique était avant tout l'État des propriétaires d'esclaves pour mater les esclaves, comme l'État féodal fut l'organe de la noblesse pour mater les paysans serfs et corvéables, et comme l'État représentatif moderne est l'instrument de l'exploitation du travail salarié par le capital. Exceptionnellement, il se présente pourtant des périodes où les classes en lutte sont si près de s'équilibrer que le pouvoir de l'État, comme pseudo-médiateur, garde pour un temps une certaine indépendance vis-à-vis de l'une et de l'autre. Ainsi, la monarchie absolue du XVIIe et du XVIIIe siècle maintint la balance égale entre la noblesse et la bourgeoisie ; ainsi, le bonapartisme du Premier, et notamment celui du Second Empire français, faisant jouer le prolétariat contre la bourgeoisie, et la bourgeoisie contre le prolétariat. La nouvelle performance en la matière, où dominateurs et dominés font une figure également comique, c'est le nouvel Empire allemand de nation bismarckienne : ici, capitalistes et travailleurs sont mis en balance les uns contre les autres, et sont également grugés pour le plus grand bien des hobereaux prussiens dépravés.</p>
<p>Dans la plupart des États que connaît l'histoire, les droits accordés aux citoyens sont en outre gradués selon leur fortune et, de ce fait, il est expressément déclaré que l'État est une organisation de la classe possédante, pour la protéger contre la classe non possédante. C'était déjà le cas pour les classes d'Athènes et de Rome établies selon la richesse. C'était le cas aussi dans l'État féodal du Moyen Age, où le pouvoir politique se hiérarchise selon la propriété foncière. C'est le cas dans le cens électoral des États représentatifs modernes. Pourtant, cette reconnaissance politique de la différence de fortune n'est pas du tout essentielle. Au contraire, elle dénote un degré inférieur du développement de l'État. La forme d'État la plus élevée, la république démocratique, qui devient de plus en plus une nécessité inéluctable dans nos conditions sociales modernes, et qui est la forme d'État sous laquelle peut seule être livrée jusqu'au bout l'ultime bataille décisive entre prolétariat et bourgeoisie, la république démocratique ne reconnaît plus officiellement, les différences de fortune. La richesse y exerce son pouvoir d'une façon indirecte, mais d'autant plus sûre. D'une part, sous forme de corruption directe des fonctionnaires, ce dont l'Amérique offre un exemple classique, d'autre part, sous forme d'alliance entre le gouvernement et la Bourse ; cette alliance se réalise d'autant plus facilement que les dettes de l'État augmentent davantage et que les sociétés par actions concentrent de plus en plus entre leurs mains non seulement le transport, mais aussi la production elle-même, et trouvent à leur tour leur point central dans la Bourse. En dehors de l'Amérique, la toute récente République française en offre un exemple frappant, et la brave Suisse, elle non plus, ne reste pas en arrière, sur ce terrain-là. Mais qu'une république démocratique ne soit pas indispensable à cette fraternelle alliance entre le gouvernement et la Bourse, c'est ce que prouve, à part l'Angleterre, le nouvel Empire allemand, où l'on ne saurait dire qui le suffrage universel a élevé plus haut, de Bismarck ou de Bleichröder [12]. Et enfin, la classe possédante règne directement au moyen du suffrage universel. Tant que la classe opprimée, c'est-à-dire, en l'occurrence, le prolétariat, ne sera pas encore assez mûr pour se libérer lui-même, il considérera dans sa majorité le régime social existant comme le seul possible et formera, politiquement parlant, la queue de la classe capitaliste, son aile gauche extrême. Mais, dans la mesure où il devient plus capable de s'émanciper lui-même, il se constitue en parti distinct, élit ses propres représentants et non ceux des capitalistes. Le suffrage universel est donc l'index qui permet de mesurer la maturité de la classe ouvrière. Il ne peut être rien de plus, il ne sera jamais rien de plus dans l'État actuel ; mais cela suffit. Le jour où le thermomètre du suffrage universel indiquera pour les travailleurs le point d'ébullition, ils sauront, aussi bien que les capitalistes, ce qu'il leur reste à faire.</p>
<p>L'État n'existe donc pas de toute éternité. Il y a eu des sociétés qui se sont tirées d'affaire sans lui, qui n'avaient aucune idée de l'État et du pouvoir d'État. A un certain stade du développement économique, qui était nécessairement lié à la division de la société en classes, cette division fit de l'État une nécessité. Nous nous rapprochons maintenant à pas rapides d'un stade de développement de la production dans lequel l'existence de ces classes a non seulement cessé d'être une nécessité, mais devient un obstacle positif à la production. Ces classes tomberont aussi inévitablement qu'elles ont surgi autrefois. L'État tombe inévitablement avec elles. La société, qui réorganisera la production sur la base d'une association libre et égalitaire des producteurs, reléguera toute la machine de l'État là où sera dorénavant sa place : au musée des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze. »</p>
<p>Engels - L'origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat</p></div>
Qui a détruit Troie et pourquoi ? Un élément du débat sur la relation entre guerre et révolution
http://matierevolution.org/spip.php?article5218
http://matierevolution.org/spip.php?article52182016-09-10T23:10:00Ztext/htmlfrRobert ParisGrèceAntiquitéRévolutionGuerre WarTurquie
<p>4000 avant J.-C. : Débuts de Troie (actuellement en Turquie) <br class='autobr' /> 1200 avant J.-C. : Chute de Troie <br class='autobr' />
Qui a détruit Troie et pourquoi <br class='autobr' /> Ce qui est connu, c'est seulement la légende mythologique grecque qui, comme toutes les mythologies, ne correspond nullement à la réalité historique. <br class='autobr' />
La légende Une thèse historique <br class='autobr' />
La découverte en 1870 par l'archéologue (amateur) et homme d'affaires Heinrich Schliemann des ruines de Troie dans la butte d'Hissarlik, en Turquie, a relancé un vieux (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">2eme chapitre : Révolutions de la Préhistoire et de l'Antiquité</a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot24" rel="tag">Grèce</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot36" rel="tag">Antiquité</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag">Guerre War</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot116" rel="tag">Turquie</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_7792 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH300/-2590-9d329.jpg?1790008591' width='500' height='300' alt='' />
</figure>
</div> <p>4000 avant J.-C. : Débuts de Troie (actuellement en Turquie)</p>
<p> 1200 avant J.-C. : Chute de Troie</p>
<div class='spip_document_7789 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH422/-2587-a6dc1.jpg?1790008591' width='500' height='422' alt='' />
</figure>
</div><h2 class="spip">Qui a détruit Troie et pourquoi</h2>
<p>Ce qui est connu, c'est seulement la légende mythologique grecque qui, comme toutes les mythologies, ne correspond nullement à la réalité historique.</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Troie" class="spip_out" rel="external">La légende</a></p>
<h2 class="spip">Une thèse historique</h2>
<p>La découverte en 1870 par l'archéologue (amateur) et homme d'affaires Heinrich Schliemann des ruines de Troie dans la butte d'Hissarlik, en Turquie, a relancé un vieux débat sur l'historicité des événements relatés par Homère. À l'heure actuelle, l'archéologie révèle sur ce site neuf niveaux de destructions pour des causes multiples (séismes, incendies, conflits) et de reconstructions, sans qu'il soit possible de relier l'un de ces niveaux en particulier à une guerre historiquement identifiable, et ce malgré Carl Blegen qui concluait en 1963, à l'issue de ses travaux réalisés à partir des fouilles de Schliemann et la découverte du trésor de Priam :</p>
<p>« La guerre de Troie fut un fait historique, et pendant cette guerre une coalition d'Achéens ou Mycéniens, sous la conduite d'un roi dont la suzeraineté était reconnue, combattit contre le peuple de Troie et ses alliés. »</p>
<p>D'ailleurs, il fut attesté que le trésor en question datait du IIe millénaire av. J.-C., et qu'il ne pouvait donc pas être associé à l'épisode du siège de Troie.</p>
<p>Malgré tout, il existe des convergences entre le mythe et l'archéologie. Par exemple, il est question d'un casque dans l'Iliade :</p>
<p>« Et Mèrionès donna à Odysseus un arc, un carquois et une épée. Et le Laertiade mit sur sa tête un casque fait de peau, fortement lié, en dedans, de courroies, que les dents blanches d'un sanglier hérissaient de toutes parts au-dehors, et couvert de poils au milieu. »</p>
<p>— Homère, Iliade</p>
<p>Or ce même type de casque a été retrouvé dans les édifices funéraires d'Argolide, d'Attique ou de Messénie, comportant des plaques incurvées taillées dans des dents de sanglier, et il est mentionné dans les inventaires des palais de Pylos et de Cnossos.</p>
<p>Pour Claude Mossé, on ne pourra jamais prouver avec certitude l'existence ou non du conflit ; elle écrit :</p>
<p>« Cette guerre dont l'Iliade porte l'écho amplifié ne fut peut-être dans l'histoire qu'un événement mineur : la prise par une petite bande de Grecs d'une bourgade d'Asie Mineure. »</p>
<p>La question est donc discutée. On pourra conclure en disant que si le caractère mythique de l'épisode de la guerre de Troie ne fait évidemment aucun doute, des travaux archéologiques récents livrent des indices indiquant qu'il repose très probablement sur un ou plusieurs événements historiques.</p>
<h2 class="spip">Que peut-on en réalité conclure des fouilles sur le site de Troie ?</h2>
<p><a href="http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.clio.fr%2FBIBLIOTHEQUE%2Fla_grece_mycenienne__du_mythe_a_l_histoire.asp" class="spip_out" rel="external">Du mythe à l'histoire</a></p>
<p> <a href="https://www.youtube.com/watch?v=EXwVPMpd3jk" class="spip_out" rel="external">Les origines de Troie</a></p>
<p>Les auteurs antiques situent la guerre deux générations avant l'arrivée des Doriens en Grèce, soit, suivant la durée retenue pour une génération, entre 1334 et 1135 av. J.-C. Ératosthène fixe la date la plus fréquemment acceptée, celle de 1184 av. J.-C. Deux niveaux indiquant une destruction correspondent à cette période. Le niveau VIIa semble porter les marques de destruction humaine. Sa datation repose sur l'étude de la céramique que l'on y a retrouvée. Or celle-ci peut être estimée à la fin du XIIIe siècle av. J.-C., voire au début du XIIe siècle av. J.-C., soit une époque où le système palatial mycénien n'existe pratiquement plus. Dans ces conditions, il est difficile d'imaginer une opération concertée de chefs de guerre mycéniens.</p>
<p>On se demande encore à la suite de quels événements du quatorzième siècle avant J.-C. Ugarit, la ville de Cnossos en Crète, Troie et d'autres métropoles ont subi au même moment de vastes destructions.</p>
<p>1250-1200 : destructions massives et simultanées des palais mycéniens (Mycènes, Tirynthe...)</p>
<p>1210-1205 : les Hittites perdent le contrôle des territoires de la côte ouest de l'Anatolie.</p>
<p>1208-1182 : les textes égyptiens mentionnent des destructions massives en Anatolie, à Chypre et au Proche-Orient.</p>
<p>1200 : selon Hérodote, les Tyrrhéniens (de Lydie) fuient l'Anatolie et se réfugient en Italie (où ils prennent le nom de Etrusques).</p>
<p>1190 : destructions des cités hittites, puis effondrement de la civilisation hittite en Anatolie.</p>
<p>1150-1100 : effondrement puis disparition de la civilisation "mycénienne" en Grèce.</p>
<p> En fait, il serait nécessaire de relier la chute de Troie avec celle de nombre d'autres cités et d'autres pouvoirs. Vers 1200, on note la destruction d'Ougarit, Tyr, Sidon, Troie, Cnossos, Pylos, Mycènes, Hattousa et de tous les centres hittites comme grecques et de toute la région. Disparition du système palatial en Grèce. Des troubles sont notés à Iolkos, Korakou, Mycènes, Tirynthe puis Lefkandi en Eubée et Teikhos Dymaion près de Patras. Effondrement des Puissances maritimes. Disparition du commerce et de l'écriture. Diminution considérable de l'espérance de vie. Effondrement complet de l'empire hittite.</p>
<p> En 1200 av J.-C, c'est la crise économique : le commerce du Delta avec le monde égéen est tari, Pharos est presque ruinée, les ports phéniciens sont dans une situation critique. 1200, c'est aussi la période de la chute de la civilisation minoenne et l'entrée dans une période de troubles marquée notamment par l'écrasement de Troie. En Egypte, une situation plus ou moins anarchique marque la fin de la XIXe dynastie en 1188-1186. À la mort de Ramses 2, la crise dynastique évitée jusque-là ne peut être contenue et la dispute qui s'en suit risque d'entraîner le pays dans une période d'anarchie.</p>
<p>Le pouvoir se morcelle entre Thèbes et la cour restée à Pi-Ramsès et la dynastie s'achève dans le trouble de règnes successifs courts et sans portées réelles, laissant la situation externe se dégrader peu à peu... Il faudra attendre la reprise en main des rênes du pouvoir par l'armée avec l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle famille pour éviter la désagrégation complète de l'empire de plus en plus menacé par les changements inexorables de la politique internationale et des mouvements des populations cherchant à fuir les zones de guerre, poussées par la recherche d'un refuge que l'Égypte symbolise encore.<br class='autobr' />
La crise du système sociale et économique méditerranéen est évidente et elle se propage à la région Hittite. Sous Tudhaliya IV, ses fils Arnouwanda III (1220-1200) et son frère Souppilouliouma II (ou Suppiluliuma, 1200-1170), les textes hittites nous indiquent que le pays Hittite doit subir des périodes de grandes famines.</p>
<p>Dans les textes exhumés à Ugarit et à Tell Amarna, on note : paupérisation d'une partie de la population, migrations dues à des dettes trop lourdes, constitution d'un ensemble de populations incontrôlables par les cités États (les habiru), qui constituent une menace pour l'ordre social. Peu de temps avant l'effondrement de l'Empire hittite, les chroniques anatoliennes font état de bouleversements climatiques qui provoquent des famines...</p>
<p>Après il faut poser la question du déclin des deux puissances tutélaires de la région au même moment : Egypte et Grèce (et Crête) Mycénienne. C'est une période qui n'est pas seulement celle d'une grande agitation des peuples mais aussi celle d'une chute de la base même des systèmes sociaux de l'époque, à savoir le grand commerce international. A remarquer : c'est également l'époque de la guerre de Troie et de l'écrasement du régime crétois par une révolution sociale...</p>
<p>A noter que c'est de l'effondrement des empires, de l'effondrement économique, social et moral, de la crise sociale générale du Moyen-Orient que va naître la religion des Hébreux, fondée sur l'idée que dieu a puni tous ces peuples pour leur refus de reconnaître le "vrai dieu" et les bons préceptes. Les Hébreux ne sont pas les seuls à émerger de la crise. C'est également le cas des Phéniciens. N'oublions pas que les Hittites avaient émergé d'une crise semblable au XVIIe siècle avant J.-C.</p>
<p>La chute des Hittites en Turquie comme celle des Minoens en Grèce est la fin d'une civilisation, d'un système social et d'un mode de production. Ce n'est pas seulement le résultat d'une défaite militaire ni celui provenant de la chute d'un régime politique. Seule la révolution sociale peut produire un tel renversement et mener à un désert civilisationnel dans toute une région.</p>
<p>Bien entendu, la version officielle des disparitions de civilisations prétend que tout provient des guerres et jamais des luttes de classes et des révolutions sociales mais les guerres, elles-mêmes ne sont que le produit des changements dans les rapports des classes, des affaiblissements de régimes et de systèmes sociaux, marqués par des à-coups brutaux que sont les révolutions sociales…</p>
<p>Jéricho (Jordanie), Ugarit (Syrie), Cnossos (Crête), Troie (Turquie), les villes mycéniennes et Tyr (Canaan) subissent des révolutions sociales, notamment au quatorzième siècle avant J.-C.et en 1200 avant J.-C. (vague révolutionnaire qui concerne la Grèce, l'Asie mineure, la Syrie).</p>
<p>Les premières villes du monde antique (comme Jéricho, Ugarit, Tyr et Troie) sont nées avant l'Etat et avant le grand développement économique (agriculture, céramique, métaux) et elles ont chuté par des révolutions sociales.</p>
<p>Le site d'Hissarlik, en Anatolie, est aujourd'hui reconnu sous le nom de « site archéologique de Troie ».</p>
<div class='spip_document_7790 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH348/-2588-78d3e.jpg?1790008591' width='500' height='348' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_7791 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH348/-2589-532d2.jpg?1790008591' width='500' height='348' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La ville de Troie est très ancienne et son existence a été tout aussi discontinue avec des phases d'occupation suivies d'interruptions complète d'existence. Les couches de ruines dans la citadelle chez Hisarlik sont numérotées de Troie I à Troie IX, avec de diverses subdivisions :</p>
<p>• Troie I 3000-2600 (Anatolien occidental Eb 1)</p>
<p>• Troie II 2600-2250 (Anatolien occidental eb 2)</p>
<p>• Troie III 2250-2100 (Anatolien occidental eb 3 [récent])</p>
<p>• Troie IV 2100-1950 (Anatolien occidental eb 3 [milieu])</p>
<p>• Troie V : 20ème-18èmes siècles (Anatolien occidental eb 3 [tardif]).</p>
<p>• Troie VI : 17ème-15èmes siècles</p>
<p>• Troie VIh : défunt âge en bronze, 14ème siècle</p>
<p>• Troie VIIa : ca. 1300-1190</p>
<p>• Troie VIIb1 : 12ème siècle</p>
<p>• Troie VIIb2 : 11ème siècle</p>
<p>• Troie VIIb3 : jusqu'à ca. 950</p>
<p>• Troie VIII : autour 700</p>
<p>• Troie IX : Hellénistique Ilium, 1er siècle</p>
<p>Nulle continuité entre ces périodes. La ville a été détruite à chaque fois et reconstruite à une époque nouvelle.</p>
<p>Schliemann creusa une immense tranchée dans la colline d'Hissarlik en traversant le niveau de la Troie homérique. Ses fouilles, commencées en 1870, durèrent vingt ans.</p>
<p>Aujourd'hui, nous savons qu'il existait au moins neuf villes, construites les unes sur les autres dans la même région, et que la première ville fut construite au IIIe millénaire av. J.-C.</p>
<p>Dérouté par les nombreux niveaux découverts sous la colline, Schliemann finit par identifier quatre villes distinctes et successives sous la ville romaine d'Ilium. Il décide que la Troie d'Homère correspondait au deuxième niveau à partir du bas, mais cette conclusion n'était guère partagée par les autres archéologues. En 1873, il exhume un ensemble de bijoux en or, qu'il dissimule aux autorités turques et aux ouvriers, grâce à sa femme grecque Sophia qui les passe pièce par pièce en les cachant sous son châle. Parallèlement, Schliemann découvre un grand nombre de vases, de pointes de lances et de boucles d'oreille aux niveaux de Troie II ou de Troie III (2200 av. J.-C.). Malheureusement, son « trésor de Priam » disparut à Berlin en 1945, pour réapparaître dans les collections du Musée de l'Ermitage après la chute de l'URSS.</p>
<p>Troie est présentée de manière anachronique, dans la mythologie grecque, comme faisant partie de la culture grecque de États-cités. En réalité, c'est une très ancienne ville anatolienne qui précède de loin la civilisation grecque. Et cette ville appartenait à une vaste civilisation dans laquelle toute le peuple se nommait « troyen » au sens ethnique. La ville de Troie a été connue pour sa richesse gagnée du commerce de port avec l'est et l'ouest, les vêtements de fantaisie, la production de fer, et massif murs défensifs. Troie est un élément clef de la mythologie grecque car la guerre que la Grèce a menée contre Troie a permis d'unir les Etats-cités en une seule armée, fondant l'unité grecque. Les textes d'Homère ont chanté cette légende. On aurait situé cette guerre entre 1193 et 1183 avant J.-C. Son existence n'est pas prouvée. Eratosthène la place en 1184, Herodote en 1250, Douris en 1334.</p>
<p>Troie IV La première ville a été fondée dans le 3ème millénium AVANT JÉSUS CHRIST. Pendant l'âge en bronze, l'emplacement semble avoir été une ville marchande de épanouissement, puisque son endroit a tenu compte de la commande complète du Dardanelles, par lequel chaque bateau marchand de Mer Égée se diriger pour La Mer Noire a dû passer.</p>
<p>Troie VI Troie VI a été détruit autour de 1300 AVANT JÉSUS CHRIST, probablement par tremblement de terre. Seulement une pointe de flèche simple a été trouvée en cette couche, et aucuns restes des corps.</p>
<p>Troie VII Troie VIIa, qui a été daté au mi au siècle de late-13th AVANT JÉSUS CHRIST, est le candidat souvent-cité pour Troie de Homer. Il semble avoir été détruit par guerre.</p>
<p>Troie IX La dernière ville sur cet emplacement, Hellénistique Ilium, a été fondé près Romans pendant le règne de l'empereur Augustus et était une ville le commerce importante jusqu'à l'établissement de Constantinople au quatrième siècle comme capital oriental de Empire romain. Dans Bizantin chronomètre la ville diminuée graduellement, et par la suite disparue.</p>
<p>Sous une partie de la ville romaine, les ruines dont la couverture par secteur beaucoup plus grand que la citadelle excavée par Schliemann, les excavations récentes ont trouvé des traces d'un secteur additionnel de règlement de Bronze-Âge (de statut inférieur que la citadelle contiguë) défendu par un fossé.</p>
<p>L'un des problèmes majeurs posés par le site d'Hissarlik (la Troie historique) était sa petite taille (137 m sur 187 m) comparée a la Troie décrite par Homère. Trois cent habitants tout au plus auraient pu vivre dans la Troie VIIa, alors qu'Homère en décrit cinquante mille. Magnification et exagération du poète ?</p>
<p>On aurait pu le croire jusqu'à la découverte lors de nouvelles fouilles en 2001-2002 de la ville basse : ces fouilles, entreprises par le Dr Korfmann de l'Université de Tübingen en Allemagne, ont révélé un mur d'enceinte de type cyclopéen enserrant la ville basse appartenant à la Troie VIIa.</p>
<p>Cette nouvelle découverte assure à la ville une superficie de 350 000 m², soit treize fois plus grande que celle de la seule acropole que nous connaissions déjà. Avec une taille aussi considérable, Troie dépasse en superficie sa rivale et maîtresse (?), Ugarit (200 000 m²) et en fait l'une des plus grandes villes de l'Âge du bronze. Sa population serait alors de 5 000 a 10 000 habitants, ce qui en temps de siège peut tout à fait être suffisant pour abriter les 50 000 habitants de toute la région. Pour le moment, on ne peut cependant parler de guerre de Troie, estime le Dr Korfmann ; il faudra des fouilles ultérieures pour révéler ce mythe.</p>
<p>On nous a souvent dit que les puissants n'étaient jamais tombé que sous les coups d'autres puissants mais l'Histoire nous dit l'inverse : le plus souvent les classes dirigeantes et les dictateurs sont tombés sous les coups de la révolution sociale et politique des peuples. Même les sociétés, les régimes, les pouvoirs, les civilisations qui sont tombés sous les coups d'une armée étrangère ne sont le plus souvent tombés que du fait des crises internes, parce qu'à l'intérieur le peuple ne les soutenait plus...</p></div>