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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Les premiers r&#233;volutionnaires trotskistes d&#233;port&#233;s par le stalinisme en 1928</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


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&lt;p&gt;Les premiers r&#233;volutionnaires trotskistes d&#233;port&#233;s par le stalinisme en 1928 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'objectif des premi&#232;res arrestations, en 1927, puis du d&#233;but des d&#233;portations de masse en 1928 &#233;tait de briser l'Opposition en tant qu'organisation en la privant de tous ses dirigeants et cadres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les semaines et les mois qui ont suivi, les vagues d'arrestations, les peines de prison et d'exil affectant chaque fois plusieurs centaines de militants, poursuivent le m&#234;me but, avec le souci suppl&#233;mentaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;1927&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les premiers r&#233;volutionnaires trotskistes d&#233;port&#233;s par le stalinisme en 1928&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif des premi&#232;res arrestations, en 1927, puis du d&#233;but des d&#233;portations de masse en 1928 &#233;tait de briser l'Opposition en tant qu'organisation en la privant de tous ses dirigeants et cadres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les semaines et les mois qui ont suivi, les vagues d'arrestations, les peines de prison et d'exil affectant chaque fois plusieurs centaines de militants, poursuivent le m&#234;me but, avec le souci suppl&#233;mentaire d'extirper, l&#224; o&#249; ils se manifestent encore, les foyers de l'Opposition. Discours et presse officielle l'avouent pourtant au d&#233;but de 1929 : ces efforts ont &#233;t&#233; vains et l'Opposition a surv&#233;cu et progress&#233; tout au cours de l'ann&#233;e 1928.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est tout de m&#234;me bien diff&#233;rente alors de ce qu'elle &#233;tait en 1927, &#171; fraction &#187; au sein du parti officiel. D&#233;sormais, elle est divis&#233;e, par la force des choses - et les d&#233;cisions de r&#233;pression du G.P.U. -, en deux secteurs. D'une part son secteur ill&#233;gal, clandestin, form&#233; par les militants &#233;pargn&#233;s par la r&#233;pression, trop ou pas assez connus. De l'autre, le secteur pratiquement &#171; l&#233;gal &#187; - &#171; ouvert &#187;, si on ose le dire, - qui fonctionne pratiquement au grand jour dans les zones de d&#233;portation (d'exil) qu'on commence &#224; appeler les &#171; colonies &#187; de d&#233;port&#233;s lesquels peuvent &#224; peu pr&#232;s librement se r&#233;unir, discuter, &#233;crire et surtout correspondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du premier, nous savons peu de choses en dehors des rapports contenus dans les archives et soigneusement fabriqu&#233;s en tenant compte des n&#233;cessit&#233;s du secret de la clandestinit&#233;. Nous savons cependant qu'apr&#232;s l'arrestation et l'envoi en exil de Trotsky et de ses compagnons, a fonctionn&#233; &#224; Moscou un &#171; centre &#187; clandestin dirig&#233; par le vieux- bolchevik ouralien Boris M. Eltsine (25), dont un &#233;missaire se rendait par le train &#224; Frounz&#233; pour y remettre le courrier entre les mains d'un militant de confiance, le m&#233;tallo de Moscou Mikhail Bodrov, lequel, aux r&#234;nes d'une tro&#239;ka, sous une grande barbe et une blouse typique de moujik, assurait ensuite le transport des pr&#233;cieux documents qu'il remettait &#224; Alma- Ata aux mains de L&#233;on S&#233;dov (26). Nous savons &#233;galement qu'il existait des noyaux de l'Opposition dans presque toutes les grandes villes d'Union sovi&#233;tique : Victor Serge nous a parl&#233; de celui de Leningrad, dans lequel se trouvait notamment Alexandra Lvovna Sokolovskaia, la premi&#232;re femme de Trotsky et la m&#232;re de ses filles. Nous savons &#233;galement que, parmi les quelque cent cinquante militants arr&#234;t&#233;s &#224; Moscou en janvier 1929, se trouvaient quelques- uns des responsables de la presse clandestine de l'Opposition depuis 1928, notamment un &#171; ancien &#187; de l'&#233;pisode de l'imprimerie clandestine de 1927, le grand mutil&#233; et ex- tch&#233;kiste Khanaan M. Pevzner (27). L'un des dirigeants de Moscou &#233;tait lanuchevsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains des animateurs de l'Opposition qui militent en dehors des prisons et des colonies ne sont pas de libres citoyens exer&#231;ant une activit&#233; clandestine. Ce sont des ill&#233;gaux, des hommes et des femmes connus du G.P.U. mais qui lui ont &#233;chapp&#233; et vivent dans ce milieu du parti o&#249; ils sont g&#233;n&#233;ralement estim&#233;s, b&#233;n&#233;ficiant d'un &#171; lib&#233;ralisme &#187; dont se plaint la Pravda. Le fait qu'ils &#171; tiennent &#187; d&#233;montre en effet qu'ils se meuvent dans un milieu qui, loin de leur &#234;tre hostile, leur fournit hospitalit&#233;, aide et protection. Deux exemples : &#224; Bogorodask, les ouvriers de l'usine Gloukhov dissimulent pendant plusieurs jours l'un des leurs, l'oppositionnel Stoukolkine, et r&#233;ussissent &#224; lui faire quitter la ville &#224; la barbe du G.P.U. (28). Par ailleurs, dans ses m&#233;moires r&#233;cemment publi&#233;s, la communiste allemande Rosa L&#233;vin&#233;-Meyer parle de ses rencontres &#224; Moscou &#224; cette &#233;poque avec G. Ia. Iakovine, un des dirigeants du &#171; centre &#187;, mari de son amie l'historienne Pankratova. Iakovine a quitt&#233; Leningrad o&#249; il est trop connu et vit &#224; Moscou, log&#233; par des camarades : il s'est m&#234;me procur&#233; un laissez- passer qui lui permet d'entrer &#224; l'h&#244;tel Lux et d'y discuter avec les communistes &#233;trangers. Il lui arrive m&#234;me de revenir clandestinement &#224; Leningrad pour y assurer des liaisons (29).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports qui proviennent d'Union sovi&#233;tique &#224; l'&#233;tranger - &#224; L.D. et son fils Liova - mentionnent les activit&#233;s de ce secteur de l'Opposition : publication de tracts et m&#234;me de brochures, diffusions clandestines, souscription pour les emprisonn&#233;s, mais aussi interventions dans les r&#233;unions du parti ou les assembl&#233;es ouvri&#232;res, chez les ch&#244;meurs notamment, candidatures ouvertes aux comit&#233;s d'usine ou aux soviets, et soulignent aussi leurs ind&#233;niables succ&#232;s. Le secteur clandestin &#171; libre &#187; de l'Opposition a bel et bien maintenu une existence et une activit&#233; r&#233;elles, malgr&#233; les obstacles qui s'accumulent, la r&#233;pression, le commencement de l'appel &#224; la d&#233;lation et la g&#233;n&#233;ralisation de la provocation qui semble avoir affect&#233; &#224; cette &#233;poque &#224; peu pr&#232;s tous les groupes locaux. Le second secteur de l'Opposition, probablement le plus nombreux car il ne cesse de grandir au d&#233;triment du premier, est celui des colonies de d&#233;port&#233;s - 107 recens&#233;es pour 1928 &#224; travers la correspondance de Harvard - et bient&#244;t celui des prisons rouvertes sp&#233;cialement pour les bolcheviks- l&#233;ninistes r&#233;calcitrants, les &#171; isolateurs &#187;. Nous le connaissons bien mieux que le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les trois premiers trimestres de 1928 en effet, le gros de la correspondance des d&#233;port&#233;s est en effet g&#233;n&#233;ralement distribu&#233;, bien que les lettres soient ouvertes au d&#233;part et &#224; l'arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une discussion passionnante commence entre exil&#233;s : ces hommes qui appartiennent &#224; tous les &#171; milieux &#187; du parti et de l'&#201;tat sovi&#233;tique et qui, quelques mois auparavant, y exer&#231;aient encore de hautes responsabilit&#233;s, disposent maintenant d'un peu de temps pour faire le point, m&#233;diter sur l'exp&#233;rience des ann&#233;es &#233;coul&#233;es, entreprendre des travaux th&#233;oriques, passer au crible les documents du parti et de l'Internationale, mener entre eux une sorte de discussion en cha&#238;ne. Une partie des documents passionnants qui en sont le fruit a &#233;t&#233; publi&#233; &#224; l'&#233;poque par le Biulleten et parfois en d'autres langues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons la &#171; Critique du projet de programme de l'I.C. &#187;, &#233;labor&#233;e par Trotsky &#224; Alma- Ata, la lettre de Rakovsky &#224; Valentinov connue sous le titre de &#171; Dangers professionnels du pouvoir &#187;. On trouve &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Harvard une autre &#171; Critique du projet de programme de l'I.C. &#187; par Dimitri Lapine, tr&#232;s appr&#233;ci&#233;e parTrotsky. Mais nous n'avons ni la &#171; Politique agraire du centrisme &#187; de L. S. Sosnovsky, ni les travaux de Smilga et de Pr&#233;obrajensky (&#171; Les conqu&#234;tes de la dictature du prol&#233;tariat en l'an XI de la r&#233;volution &#187;), de Rakovsky encore (&#171; Les lois de la Dictature socialiste &#187;), de Solntsev (&#171; La loi du d&#233;veloppement in&#233;gal chez Marx &#187;), etc. Rarement sans doute dans l'histoire du marxisme il y eut p&#233;riode plus f&#233;conde et plus cr&#233;atrice - et r&#233;sultats plus mal connus ou inconnus : ces titres ne refl&#232;tent qu'une infime partie de la production th&#233;orique des d&#233;port&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas cependant d'un travail acad&#233;mique. La &#171; Critique du projet de programme &#187; vise &#224; atteindre toutes les sections de l'I.C. On s'efforce de discuter partout des textes qui doivent exprimer une position collective et les textes circulent. Pour cette critique pr&#233;cis&#233;ment, le temps ayant manqu&#233;, il y a tout de m&#234;me une sorte de proc&#233;dure r&#233;f&#233;rendaire &#224; travers les colonies : sur les deux textes qui s'opposent, celui de Radek ne rallie qu'une demi- douzaine de signatures contre plusieurs centaines &#224; celui de Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les probl&#232;mes politiques qui se posent ne sont pas ni gratuits ni abstraits. Pour isol&#233;es qu'elles soient, les premi&#232;res capitulations - les ex- zinovi&#233;vistes Safarov, Ilya Vardine (30), mais aussi les ex- trotskystes Piatakov, Serebriakov, Antonov- Ovseenko, Krestinsky (31) - n'en sont pas moins d'inqui&#233;tants indices de la fragilit&#233; d'hommes qui se croyaient des &#171; durs &#187; et ont c&#233;d&#233; d&#232;s le d&#233;but de la r&#233;pression. Cette &#171; seconde vague &#187; - la premi&#232;re &#233;tait celle de Zinoviev- Kamenev n'est pas cependant dans l'ensemble prise au s&#233;rieux et elle n'entame ni les forces vives de l'Opposition ni surtout son moral. La grande majorit&#233; des oppositionnels en exil se reconna&#238;t dans l'interpellation f&#233;roce de Sosnovsky au capitulard Vardine : &#171; N'oublie pas que tu es mort (32) ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de Radek appara&#238;t, elle, plus dangereuse, telle qu'elle se traduit &#224; travers des interrogations et des doutes qui s'expriment d'abord dans ses lettres. L'homme, p&#233;tri d'intelligence, journaliste de grand talent, est connu aussi pour sa versatilit&#233; politique et son impulsivit&#233;. En 1927, il &#233;tait tr&#232;s r&#233;serv&#233; vis-&#224;-vis de la &#171; plate- forme de l'Opposition &#187;, sugg&#233;rait entre autres que le &#171; Thermidor &#187; dont l'Opposition d&#233;non&#231;ait le danger &#233;tait peut- &#234;tre d&#233;j&#224; un fait accompli. Se refusant &#224; fermer, comme le faisait la plate-forme, la perspective d'un &#171; second parti &#187;, il se rangeait finalement tout pr&#232;s des &#233;l&#233;ments les plus gauchistes, proches des d&#233;cistes. Or, au d&#233;but de 1928, il renversait brutalement la vapeur : le raidissement de l'appareil apr&#232;s la crise du bl&#233; et la gr&#232;ve des livraisons de grain, d&#233;but 1928, la d&#233;cision d'appliquer aux koulaks des mesures de coercition lui semblent d&#233;montrer l'existence d'un v&#233;ritable &#171; tournant &#224; gauche &#187; qu'il juge positif - de la part de la direction stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1928, alors qu'il est en d&#233;portation &#224; Tobolsk, la bienveillance int&#233;ress&#233;e du G.P.U. lui octroie l'autorisation de rencontrer chez Smilga, &#224; Tomsk, ses plus proches amis, Beloborodov et Pr&#233;obrajensky, ce dernier ayant &#233;t&#233; autoris&#233; &#224; venir de Kazan. Radek &#233;crit beaucoup et cherche &#224; convaincre ses camarades d'exil. Les r&#233;actions ne se font pas attendre. Elles ne font qu'acc&#233;l&#233;rer sa d&#233;marche. Entra&#238;n&#233; par sa propre verve, piqu&#233; au vif par les &#171; attaques &#224; la ba&#239;onnette &#187; qui fusent de toute part contre lui - le mot est de Trotsky - il part en guerre contre la r&#233;volution permanente, puis contre la politique de l'Opposition de gauche dans la r&#233;volution chinoise. Trotsky ne peut pas ne pas r&#233;pondre. Il le fait dans une lettre dat&#233;e du 17 juillet 1928, une s&#233;v&#232;re critique des th&#232;mes de Radek, qui ne rompt pas pour autant la solidarit&#233; de tendance avec lui, puisqu'il conclut sur la n&#233;cessit&#233; de &#171; dire cela dans l'int&#233;r&#234;t de la clart&#233; sans craindre les tentatives d'un adversaire &#034;monolithique&#034; d'exploiter les divergences de vue entre nous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, au moment o&#249; commence, au sommet, la crise de ce que Trotsky appelle &#171; le bloc centre-droite &#187; et o&#249; s'annonce d&#233;j&#224; la rupture entre Staline et Boukharine, le maintien des positions de l'Opposition et ses progr&#232;s rendent in&#233;vitables des mesures de r&#233;pression aggrav&#233;e. D&#232;s la fin de septembre, les conditions de courrier normal dont les d&#233;port&#233;s avaient jusqu'alors pratiquement joui cessent brutalement. Le G.P.U. prend des mesures qui lui permettent d'effectuer un tri dans le courrier et de ne laisser arriver que la correspondance qu'il a d&#233;cid&#233; de laisser arriver et se donne les moyens d'interrompre totalement toute correspondance si cela lui appara&#238;t n&#233;cessaire. Comme il est &#233;vident que ces mesures ne suffisent pas, le 16 d&#233;cembre, le repr&#233;sentant du coll&#232;ge du G.P.U. Volynsky se pr&#233;sente &#224; Alma- Ata et d&#233;clare &#224; L. D. :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'activit&#233; de vos camarades d'id&#233;es a pris dans le pays au cours de ces derniers temps un caract&#232;re nettement contre- r&#233;volutionnaire ; les conditions dans lesquelles vous &#234;tes plac&#233; &#224; Alma- Ata vous laissent parfaitement en mesure de diriger cette besogne, c'est pour quoi le coll&#232;ge du G.P.U. a d&#233;cid&#233; d'exiger de vous la promesse cat&#233;gorique de cesser votre activit&#233;, sinon il se verra dans l'obligation de changer les conditions de votre existence en vous isolant compl&#232;tement de la vie politique : cela posera en m&#234;me temps la question du changement de votre lieu de r&#233;sidence (33). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus cat&#233;gorique de Trotsky place le bureau politique au pied du mur. C'est seulement apr&#232;s trois jours de discussion passionn&#233;e et tendue qu'il se d&#233;cide finalement et se prononce en faveur de la solution pr&#233;conis&#233;e par Staline, contre l'attentisme de Boukharine. Trotsky est expuls&#233; du territoire sovi&#233;tique. Quelques jours auparavant, le G.P.U. a arr&#234;t&#233; d'un coup quelque cent cinquante personnes pour la diffusion d'une lettre de Trotsky : parmi eux, de vieux- bolcheviks, les G&#233;orgiens Budu Mdivani et Kavtaradz&#233;, le critique litt&#233;raire Voronsky, des h&#233;ros de l'Arm&#233;e rouge et de la guerre civile, Drobnis, Gaievski, Gr&#252;nstein, Pevzner34. La Pravda ne dissimule pas qu'ils ont b&#233;n&#233;fici&#233; de bien des sympathies et de &#171; trop de tol&#233;rance &#187; : ils sont soumis &#224; &#171; un isolement s&#233;v&#232;re en tant qu'&#233;l&#233;ments hostiles &#224; la dictature prol&#233;tarienne &#187; et la Pravda du 24 janvier menace quiconque serait tent&#233; de leur manifester la moindre indulgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est une nouvelle &#233;poque qui commence dans l'histoire de l'Opposition de gauche comme dans celle de l'Union sovi&#233;tique elle- m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 Boris M. Eltsine (1875- 1937 ?), membre du parti en 1899, bolchevik en 1903, avait &#233;t&#233; pr&#233;sident du soviet d'Ekaterinoslav en 1917 et membre de l'ex&#233;cutif pan- russe des soviets. Il &#233;tait depuis 1923 l'un des dirigeants de l'Opposition de gauche. Sur son r&#244;le dans le &#171; centre &#187;, cf. Victor Serge, M&#233;moires d'un r&#233;volutionnaire (Seuil, 1951), p. 265, 280, 334.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 &#171; Iz Orenburgskoi sselki &#187;, Biblioth&#232;que du Coll&#232;ge de Harvard, 17399. Bien que le catalogue indique que l'auteur de ce document n'a pas &#233;t&#233; identifi&#233;, il s'agit &#224; l'&#233;vidence de Victor Serge ce que confirment les recoupements avec sa correspondance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 V. Serge, op. cit., p. 335 et Destin d'une r&#233;volution, p. 126.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 &#171; Lettre de Moscou &#187;, Biulleten Oppositsii, n&#176; 1/2, p. 17- 18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 Rosa L&#233;vin&#233;-Meyer, Inside German Communism, appendice &#171; Jakovin and Pankratova &#187;, p. 209- 213. Grigorila. Iakovine (1896 ? - 1938) &#233;tait historien et dipl&#244;m&#233; de l'Institut des Professeurs Rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 Ilya V. Mgu&#233;ladz&#233; dit Vardine (1890- 1943), membre du parti depuis 1907, avait &#233;t&#233; l'un des dirigeants du parti et des soviets de Saratov en 1917, puis avait rejoint l'opposition de Zinoviev avant l'opposition unifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 L&#233;onid P. Serebriakov (1890- 1937), m&#233;tallurgiste, bolchevik en 1905, avait &#233;t&#233; plusieurs fois emprisonn&#233; et d&#233;port&#233; sous le tsarisme ; il avait &#233;t&#233; secr&#233;taire du C. C., membre de l'Opposition de gauche en 1923. Vladimir A. Antonov- Ovseenko (1884- 1938), d'abord officier, condamn&#233; &#224; mort pour sa participation en tant que menchevik &#224; la r&#233;volution de 1905, s'&#233;tait &#233;vad&#233;, avait collabor&#233; avec Trotsky en exil, rejoint le parti avec lui en 1917. Il avait &#233;t&#233; responsable politique de l'Arm&#233;e rouge. Nikolai N. Krestinsky (1883- 1938), ancien &#233;tudiant, bolchevik en 1903, avait &#233;t&#233; secr&#233;taire du C. C. et membre de l'Opposition d&#232;s 1923.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 Lettre de L. S. Sosnovsky &#224; Ilya Vardine, 30 mai 1928, Biulleten Oppositsii n&#176; 3/4, septembre 1929, p. 19. Sosnovsky faisait allusion &#224; une coutume juive lors des fun&#233;railles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/urss.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/urss.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LIRE ENCORE :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Radek_Kasparova_7_janv_1928.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Radek_Kasparova_7_janv_1928.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Preobrajensky_Radek_15_janv_1928.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Preobrajensky_Radek_15_janv_1928.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une r&#233;ponse &#224; Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6926&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6926&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis en 1935-1936&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Trotsky en mai 1940 : &#171; Staline veut ma mort &#187;</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article9145</link>
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		<dc:date>2026-08-21T22:22:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'article ci-dessous fut &#233;crit par Trotsky deux semaines apr&#232;s la tentative d'assassinat dont il fut victime le 24 mai 1940. Comme l'article en fait &#233;tat, le Gu&#233;p&#233;ou de Staline fut capable d'exercer sur la police mexicaine une pression suffisamment puissante pour que cete derni&#232;re oriente son enqu&#234;te en dehors de la bande de tueurs gu&#233;p&#233;outistes qui avaient tent&#233; d'assassiner Trotsky. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, peu de temps apr&#232;s que cet article eut &#233;t&#233; &#233;crit, l'enqu&#234;te fut ramen&#233;e sur la bonne voie. &#192; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique147" rel="directory"&gt;000- Le stalinisme ou la r&#233;volution trahie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'article ci-dessous fut &#233;crit par Trotsky deux semaines apr&#232;s la tentative d'assassinat dont il fut victime le 24 mai 1940. Comme l'article en fait &#233;tat, le Gu&#233;p&#233;ou de Staline fut capable d'exercer sur la police mexicaine une pression suffisamment puissante pour que cet}e derni&#232;re oriente son enqu&#234;te en dehors de la bande de tueurs gu&#233;p&#233;outistes qui avaient tent&#233; d'assassiner Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, peu de temps apr&#232;s que cet article eut &#233;t&#233; &#233;crit, l'enqu&#234;te fut ramen&#233;e sur la bonne voie. &#192; cette &#233;poque, la presse des camarades am&#233;ricains de Trotsky publia tous les d&#233;tails concernant l'arrestation de David Serrano, de David Alfaro Siqueiros et d'une vingtaine d'autres staliniens ; elle publia aussi comment certains d'entre eux avou&#232;rent leur complicit&#233;, et la culpabilit&#233; de la machine terroriste stalinienne fut &#233;tablie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de Trotsky nous donne sa propre description de l'attentat du 24 mai et des &#233;v&#233;nements des deux semaines suivantes. Trotsky &#233;crivit un autre article sur l'attentat, intitul&#233; : &#171; Le Comintern et le Gu&#233;p&#233;ou &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro de novembre 1940 de la revue Fourth International.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;br class='autobr' /&gt;
LA NUIT DE L'ATTENTAT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque se produisit &#224; l'aube, vers quatre heures du matin. Je dormais profond&#233;ment, ayant pris un soporifique apr&#232;s une &#233;crasante journ&#233;e de travail. R&#233;veill&#233; par les rafales de la fusillade, mais &#233;tant plut&#244;t dans un demi-sommeil, je m'imaginais d'abord qu'on c&#233;l&#233;brait un jour de f&#234;te nationale pr&#232;s de la maison avec des feux d'artifices. Mais les explosions &#233;taient trop pr&#232;s de nous, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la pi&#232;ce, pr&#232;s de moi et au-dessus de ma t&#234;te. L'odeur de poudre prenait de plus en plus &#224; la gorge. Nettement, ce ce que nous attendions depuis toujours, &#233;tait maintenant un &#233;tat de fait : nous &#233;tions sous le coup d'une attaque. O&#249; &#233;taient les policiers cantonn&#233;s en dehors de la maison ? Qu'&#233;taient devenus les gardes plac&#233;s &#224; l'int&#233;rieur ? Pieds et poings li&#233;s ? Enlev&#233;s ? Assassin&#233;s ? Ma femme avait d&#233;j&#224; saut&#233; du lit. La fusillade continuait sans arr&#234;t. Ma femme m'a dit plus tard qu'elle m'entra&#238;na sur le plancher, me poussant dans un coin entre le lit et le mur. C'est l'exacte v&#233;rit&#233;. Elle &#233;tait rest&#233;e devant moi, pr&#232;s du mur, comme pour me prot&#233;ger de son corps. Mais avec quelques gestes et en parlant &#224; voix basse, je la persuadai de s'&#233;tendre &#224; terre. Les coups de feu venaient de tous c&#244;t&#233;s, il &#233;tait difficile de savoir exactement d'o&#249;. A un certain moment, ma femme, comme elle me le raconta plus tard, put distinguer nettement l'&#233;clat des coups de feu : la rafale venait donc de la pi&#232;ce elle-m&#234;me, bien que nous ne puissions voir personne. Mon impression est qu'environ deux cents coups de feu furent tir&#233;s, dont une centaine dans la pi&#232;ce elle-m&#234;me, pr&#232;s de nous. Des &#233;clats de vitre et de pl&#226;tre volaient dans toutes les directions. Un peu plus tard je m'aper&#231;us que j'avais &#233;t&#233; l&#233;g&#232;rement touch&#233; deux fois &#224; la jambe droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la fusillade s'arr&#234;tait, nous entend&#238;mes notre petit-fils appeler dans la pi&#232;ce voisine &#171; Grand'p&#232;re ! &#187; La voix de l'enfant dans la nuit, au milieu de la fusillade, reste le souvenir le plus tragique de toute la nuit. Apr&#232;s qu'une rafale e&#251;t travers&#233; son lit en diagonale comme les marques sur la porte et le mur en font foi, l'enfant se jeta sous le lit ; une balle traversa le matelas, le blessa au gros orteil et s'incrusta dans le plancher. Les assaillants lanc&#232;rent deux bombes incendiaires et quitt&#232;rent la chambre de notre petit-fils. Criant &#171; Grand-p&#232;re ! &#187;, il courut derri&#232;re eux dans le patio, laissant derri&#232;re lui une tra&#238;n&#233;e de sang et, sous la fusillade, se pr&#233;cipita dans la pi&#232;ce de l'un des gardes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cri de notre petit-fils, ma femme se fraya un chemin dans sa chambre d&#233;j&#224; vide. Le plancher, la porte et un petit meuble br&#251;laient. &#171; Ils ont enlev&#233; Sieva &#187; lui dis-je. Ce fut le moment le plus p&#233;nible. Les coups de feu continuaient, mais d&#233;j&#224; loin de notre chambre &#224; coucher, quelque part dans le patio ou au dehors, tout pr&#232;s des murs. Les terroristes couvraient apparemment leur repli. Ma femme s'empressa d'&#233;touffer les flammes avec une couverture. Une semaine apr&#232;s elle devait encore soigner ses br&#251;lures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux membres de notre garde apparurent, Otto et Charles ; ils avaient &#233;t&#233; tenus &#233;cart&#233;s de nous durant l'attaque par un feu nourri de mitraillettes. Ils confirm&#232;rent le fait que les assaillants s'&#233;taient apparemment retir&#233;s puisqu'on n'en voyait plus un seul dans le patio. Le garde de service cette nuit-l&#224;, Robert Sheldon Harte, avait disparu. Les deux automobiles &#233;taient parties. Pourquoi les policiers de garde stationn&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur restaient-ils silencieux ? Ils avaient &#233;t&#233; attach&#233;s par les assaillants qui cri&#232;rent &#171; Vive Almazan ! &#187;. Telle fut l'histoire racont&#233;e par les policiers attach&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma femme et moi f&#251;mes convaincus, le jour suivant, que les assaillants avaient tir&#233; &#224; travers les fen&#234;tres et les portes et qu'aucun d'eux n'avait p&#233;n&#233;tr&#233; dans notre chambre. Cependant, un examen de la trajectoire des balles prouva irr&#233;futablement que les huit coups, qui frapp&#232;rent le mur &#224; la t&#234;te des deux lits et qui trou&#232;rent les matelas en quatre endroits, ainsi que les traces de balles dans le flancher au-dessous du lit ne peuvent avoir &#233;t&#233; tir&#233;s que de l'int&#233;rieur de la pi&#232;ce. Des douilles trouv&#233;es sur le plancher et une couverture roussie en deux endroits t&#233;moignent en faveur de la m&#234;me interpr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les terroristes entr&#232;rent-ils dans notre chambre ? Fut-ce dans la premi&#232;re partie de l'attaque avant que nous soyons r&#233;veill&#233;s ? Ou bien fut-ce au contraire pendant les derniers moments, alors que nous &#233;tions &#233;tendus sur le plancher ? J'incline vers la deuxi&#232;me hypoth&#232;se. Ayant tir&#233; &#224; travers les portes et les fen&#234;tres plusieurs vingtaines de balles et n'ayant entendu aucun cri ou g&#233;missement, les assaillants avaient toutes raisons de penser qu'ils n'avaient pas achev&#233; leur travail. L'un d'entre eux doit &#234;tre entr&#233; au dernier moment pour donner le coup final. Il est possible que les draps et les traversins aient conserv&#233; la forme de corps humains. A quatre heures du matin la pi&#232;ce &#233;tait dans l'obscurit&#233;. Ma femme et moi restions &#233;tendus silencieux et sans bouger sur le plancher. Avant de quitter notre chambre le terroriste qui vint pour v&#233;rifier si la t&#226;che &#233;tait d&#233;j&#224; accomplie, put avoir tir&#233; quelques coups sur le lit &#171; pour avoir la conscience tranquille &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait trop ennuyeux d'analyser ici, en d&#233;tail, les diverses l&#233;gendes produites par l'incompr&#233;hension ou la malveillance qui servirent directement ou indirectement &#224; la th&#233;orie de &#171; l'attentat volontaire &#187;. La presse avan&#231;a des all&#233;gations selon lesquelles ma femme et moi n'&#233;tions pas dans notre chambre durant la nuit de .l'attentat. El Popular (organe de l'alli&#233; des staliniens, Toledano) se r&#233;pandit en discours concernant &#171; mes contradictions &#187; : selon l'une des versions on dit que je rampais dans un coin de la pi&#232;ce, selon une autre version je sautais sur le plancher, etc&#8230; Il n'y a pas un seul mot de vrai dans tout cela. Toutes les pi&#232;ces de la maison sont occup&#233;es la nuit par des personnes d&#233;sign&#233;es &#224; l'avance, &#224; l'exception de la biblioth&#232;que, de la salle, &#224; manger et de mon bureau de travail. Mais justement les assaillants travers&#232;rent pr&#233;cis&#233;ment ces pi&#232;ces-l&#224; et ne nous y trouv&#232;rent pas. Nous dormions o&#249; nous le faisions toujours : dans notre chambre &#224; coucher. Comme il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;tabli, je me jetai dans un coin de la pi&#232;ce ; puis ma femme me rejoignit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se fait-il que nous ayons surv&#233;cu ? &#201;videmment par un heureux hasard. Les lits furent sous un feu crois&#233;. Peut-&#234;tre les assaillants eurent-ils peur de se blesser mutuellement &#8216;et tir&#232;rent-ils instinctivement plus haut ou plus bas qu'ils n'auraient d&#251; le faire. Mais ceci n'est qu'une supposition psychologique. Il est possible aussi que ma femme, et moi aid&#226;mes le hasard en ne perdant pas la t&#234;te, en n'appelant pas au secours alors que cela n'aurait servi &#224; rien, ne tirant pas quand cela n'e&#251;t eu aucun sens, mais restant tranquillement &#233;tendus sur le sol, simulant la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; ERREUR &#187; DE STALINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pourrait sembler incompr&#233;hensible aux initi&#233;s que la clique de Staline m'ait d'abord exil&#233; et ait ensuite tent&#233; de m'assassiner &#224; l'&#233;tranger. N'e&#251;t-il pas &#233;t&#233; plus simple de me fusiller &#224; Moscou, comme ce fut le sort de tant d'autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voici d'explication : En 1928, lorsque je fus expuls&#233; du Parti et exil&#233; en Asie centrale, il &#233;tait encore impossible de parler, non seulement de peloton d'ex&#233;cution, mais m&#234;me d'arrestation. La g&#233;n&#233;ration avec laquelle j'avais travers&#233; la R&#233;volution d'Octobre et la guerre civile &#233;tait encore en vie. Le Bureau politique se sentait assi&#233;g&#233; de toutes parts. De l'Asie centrale il m'&#233;tait possible de maintenir des contacts directs avec l'Opposition. Dans ces conditions, Staline, apr&#232;s avoir h&#233;sit&#233; pendant un an, d&#233;cida de s'en remettre &#224; l'exil comme &#224; un moindre mal. Il pensa que Trotsky, isol&#233; de 1'U.R.S.S., d&#233;pourvu d'appareil et de ressources mat&#233;rielles, serait incapable d'entreprendre quoi que ce soit. De plus, Staline calcula qu'apr&#232;s avoir r&#233;ussi &#224; me noircir compl&#232;tement aux yeux de la population, il pourrait sans aucune difficult&#233; obtenir du gouvernement ami de Turquie mon retour &#224; Moscou pour le coup final. Les &#233;v&#233;nements ont toutefois montr&#233; depuis qu'il est possible de participer &#224; la vie politique sans avoir ni appareil, ni ressources mat&#233;rielles. Avec l'appui de jeunes camarades, je posai les fondations de la Quatri&#232;me Internationale qui se fraye un chemin lentement, mais obstin&#233;ment. Les proc&#232;s de Moscou de 1936-37 furent mont&#233;s &#224; fin d'obtenir mon expulsion de Norv&#232;ge, c'est-&#224;-dire, en fait, me remettre entre les mains du Gu&#233;p&#233;ou. Mais cela ne r&#233;ussit pas. J'atteignis le Mexique. Je sais que Staline reconnut &#224; plusieurs reprises que mon exil fut &#171; une erreur &#233;norme &#187;. Pour rectifier l'erreur il ne restait pas d'autre moyen qu'une action terroriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES PREPARATIONS DU GUEPEOU&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, le Gu&#233;p&#233;ou a supprim&#233; des centaines de mes amis, ainsi que des membres de ma famille en U.R.S.S. En Espagne ils assassin&#232;rent mon ancien secr&#233;taire Erwin Wolf et un certain nombre de camarades d'id&#233;es ; &#224; Paris ils assassin&#232;rent mon fils, L&#233;on Sedoff, que les tueurs professionnels de Staline guettaient depuis deux ans. A Lausanne, le Gu&#233;p&#233;ou tua Ignace Reiss qui avait quitt&#233; le Gu&#233;p&#233;ou et rejoint les rangs de la Quatri&#232;me Internationale. A Paris, les agents de Staline assassin&#232;rent un autre de mes anciens secr&#233;taires, Rudolf Klement, dont le corps fut retrouv&#233; dans la Seine avec la t&#234;te, les mains et les jambes coup&#233;es. On pourrait continuer cette liste interminable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Mexique, il y eut une claire tentative de me faire assassiner dans ma maison par un individu muni d'une fausse recommandation d'un personnage politique fort connu. Ce fut apr&#232;s cet incident, qui alarma mes amis, que nous pr&#238;mes des mesures de protection plus s&#233;rieuses : garde nuit et jour, syst&#232;me d'alarme, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la participation active et v&#233;ritablement meurtri&#232;re du Gu&#233;p&#233;ou dans les &#233;v&#233;nements d'Espagne, je re&#231;us de nombreuses lettres de mes amis, principalement de Paris et de New-York, concernant des agents du Gu&#233;p&#233;ou qui furent envoy&#233;s de France ou des &#201;tats-Unis au Mexique. Les noms et les photographis de ces messieurs furent transmis &#224; temps, par moi, &#224; la police mexicaine. La d&#233;claration de guerre aggrava d'autant plus la situation, du fait de ma lutte irr&#233;ductible contre la politique &#233;trang&#232;re et int&#233;rieure du Kremlin. Mes d&#233;clarations et mes articles dans la presse mondiale &#8212; sur le d&#233;membrement de la Pologne, la faiblesse de l'arm&#233;e rouge dirig&#233;e par Staline, etc. &#8212; furent reproduits &#224; des dizaines de millions de copies. Le m&#233;contentement en U.R.S.S m&#234;me va croissant. En raison de son pass&#233; r&#233;volutionnaire, Staline se souvient que la Troisi&#232;me Internationale &#233;tait infiniment plus faible au d&#233;but de la premi&#232;re guerre mondiale que la Quatri&#232;me Internationale ne l'est &#224; pr&#233;sent. Le d&#233;roulement de la guerre peut donner une puissante impulsion au d&#233;veloppement de la Quatri&#232;me Internationale, &#233;galement en U. R. S. S. C'est pourquoi Staline ne peut avoir manqu&#233; d'ordonner &#224; ses agents d'en finir avec moi le plus vite possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DES PREUVES SUPPLEMENTAIRES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des faits connus de n'importe qui et des consid&#233;rations politiques g&#233;n&#233;rales d&#233;montrent ainsi indubitablement que l'organisation de l'attentat du 24 mai ne peut venir que du Gu&#233;p&#233;ou. Il ne manque cependant pas de preuves suppl&#233;mentaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 1&#176; Quelques semaines avant l'attentat, la presse mexicaine &#233;tait pleine de rumeurs sur le regroupement d'agents du Gu&#233;p&#233;ou au Mexique. Il y avait beaucoup de choses fausses dans ces rapports. Mais le fondement de ces rumeurs &#233;tait exact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 2&#176; Il faut noter pr&#233;cieusement l'exceptionnelle qualit&#233; technique de l'attentat. Le meurtre &#233;choua seulement en raison d'un de ces hasards qui font partie int&#233;grante de toute guerre. Mais la pr&#233;paration et l'ex&#233;cution de l'attentat sont &#233;tonnantes par leur m&#233;thodicit&#233;, leur efficacit&#233; et le nombre de participants. Les terroristes sont familiaris&#233;s avec les abords de la maison et sa vie int&#233;rieure ; ils sont &#233;quip&#233;s d'uniformes de police, d'armes, de scie &#233;lectrique, d'&#233;chelles de corde, etc. Ils r&#233;ussirent parfaitement &#224; lier les policiers plac&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur de la maison, ils paralys&#232;rent les gardes &#224; l'int&#233;rieur par une correcte disposition des tirs, ils p&#233;n&#233;tr&#232;rent dans la chambre de la victime d&#233;sign&#233;e et tir&#232;rent impun&#233;ment durant trois &#224; cinq minutes, lanc&#232;rent des bombes incendiaires et quitt&#232;rent le champ de bataille sans laisser la moindre trace derri&#232;re eux. Une telle entreprise d&#233;passe les possibilit&#233;s d'un groupe ind&#233;pendant. On doit prendre note de la formation, de l'entra&#238;nement, des ressources consid&#233;rables et de la s&#233;lection des ex&#233;cutants. Cela, c'est le travail du Gu&#233;p&#233;ou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 3&#176; Correspondant strictement au syst&#232;me classique du Gu&#233;p&#233;ou, est le soin avec lequel on cherche &#224; d&#233;router l'enqu&#234;te sur une fausse piste introduisant celle-ci dans la pr&#233;paration de l'attentat lui-m&#234;me. Pendant qu'ils ligotaient les policiers, les assaillants cri&#232;rent &#171; Vive Almazan ! &#187;. Ces clameurs artificielles et de mauvaise foi, la nuit, devant cinq policiers dont trois dormaient, visaient deux buts &#224; la fois : pour distraire, ne serait-ce que pour quelques jours, l'attention de l'enqu&#234;te &#224; venir et la maintenir en dehors du Gu&#233;p&#233;ou et de son agence au Mexique ; et pour compromettre les partisans d'un des candidats &#224; la pr&#233;sidence. Tuer .un opposant tout en rejetant la suspicion sur un autre, telle est la m&#233;thode classique du Gu&#233;p&#233;ou, plus exactement de son inspirateur, Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 4&#176; Les assaillants amen&#232;rent avec eux plusieurs bombes incendiaires dont deux furent jet&#233;es dans la chambre de mon petit-fils. Les participants &#224; l'attaque avaient donc l'intention, non seulement de tuer, mais aussi d'incendier. Leur seul but dans ce cas ne pouvait &#234;tre que la destruction de mes archives. Ceci n'int&#233;resse que Staline &#233;tant donn&#233; que mes archives ont une valeur exceptionnelle dans ma lutte contre l'oligarchie de Moscou. Ce sont mes archives qui me permirent, en particulier, de d&#233;montrer que les proc&#232;s de Moscou n'&#233;taient que des machinations polici&#232;res. Le 7 novembre 1936, le Gu&#233;p&#233;ou, courant de gros risques, avait d&#233;j&#224; vol&#233; une partie de mes archives &#224; Paris. Il ne les oublia pas dans la nuit du 24 mai. Des bombes incendiaires sont ainsi une sorte de carte de visite de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 5&#176; Extr&#234;mement caract&#233;ristique des crimes du Gu&#233;p&#233;ou est la division du travail souterrain de conspiration, on menait une campagne ouverte de calomnies dans le but de discr&#233;diter la victime pr&#233;sum&#233;e. La m&#234;me division du travail continue apr&#232;s l'accomplissement du crime : les terroristes se cachent, pendant que leurs avocats, &#224; d&#233;couvert, tentent d'orienter l'attention de la police dans le sens d'un faux proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 6&#176; Enfin, il n'est pas possible de ne pas porter attention aux r&#233;actions de la presse mondiale : les journaux de toutes les tendances partent du point de vue d&#233;clar&#233; ou tacite selon lequel l'attentat est l'&#339;uvre du Gu&#233;p&#233;ou ; seuls les journaux stipendi&#233;s par le Kremlin et s'en tenant &#224; des ordres soutiennent une version diff&#233;rente. C'est une pi&#232;ce irr&#233;futable d'&#233;vidence politique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE 27 MAI &#8212; TOURNANT DE L'ENQUETE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 24 mai, les repr&#233;sentants de la direction de la police me demand&#232;rent ma collaboration pour r&#233;soudre le probl&#232;me. Le colonel Salazar et des dizaines d'agents s'adress&#232;rent &#224; moi, de la mani&#232;re la plus amicale possible, pour obtenir des informations diverses. Ma famille, mes collaborateurs et moi-m&#234;me firent tout ce qui &#233;tait en notre pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 ou le 26 mai, deux agents de la police secr&#232;te me d&#233;clar&#232;rent que l'enqu&#234;te &#233;tait sur la voie juste et il &#233;tait d&#233;j&#224; de toutes fa&#231;ons &#171; prouv&#233; qu'il s'agissait bien d'une tentative d'assassinat &#187;. Je fus &#233;tonn&#233;. Apr&#232;s tout, &#233;tait-il n&#233;cessaire de le prouver ? Je me demandais pr&#233;cis&#233;ment contre qui la police avait &#224; prouver que l'attentat &#233;tait bien un attentat ? En tous cas, jusqu'au soir du 27 mai l'enqu&#234;te, pour autant que j'en pouvais Juger, &#233;tait dirig&#233;e contre les assaillants inconnus et non contre les victimes de l'attentat. Le 28 mai, je transmis au colonel Salazar une preuve, qui, comme la troisi&#232;me &#233;tape de l'enqu&#234;te le d&#233;montra, &#233;tait de la plus grande importance. Mais &#224; ce moment-l&#224;, &#224; l'ordre du jour se trouvait inscrite une seconde &#233;tape que je n'aurais jamais soup&#231;onn&#233;e, c'est-&#224;-dire une enqu&#234;te dirig&#233;e contre moi et mes collaborateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la nuit du 28 mai, un changement complet et brutal dans l'orientation de l'enqu&#234;te, et dans l'attitude de la police envers ma maison fut pr&#233;par&#233; et accompli. Nous f&#251;mes imm&#233;diatement entour&#233;s d'une atmosph&#232;re d'hostilit&#233;. Que se passait-il ? nous demandions-nous embarrass&#233;s. Ce tournant n'a pu se produire par lui- m&#234;me. Il devait y avoir des raisons concr&#232;tes et imp&#233;ratives. Pas m&#234;me un semblant de fait ou de date qui puisse justifier un tel tournant dans l'enqu&#234;te ne s'&#233;tait r&#233;v&#233;l&#233; ou n'aurait pu se r&#233;v&#233;ler. Je ne peux trouver d'autre explication &#224; ce tournant que l'&#233;norme pression exerc&#233;e par l'appareil du Gu&#233;p&#233;ou, s'appuyant sur tous ses &#171; amis &#187;. Derri&#232;re la sc&#232;ne, un v&#233;ritable coup d'&#233;tat s'&#233;tait produit. Qui l'avait dirig&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici s'ins&#232;re un fait qui pourrait sembler insignifiant, mais qui m&#233;rite la plus s&#233;rieuse attention . El Popular et El Nacional publi&#232;rent le matin du 27 mai une histoire identique : &#171; M. Trotsky se contredit &#187;, qui m'imputait des contradictions sur la question de ma conduite durant la nuit du 24 mai et pendant le moment m&#234;me de l'attentat. Cette histoire que je laissai passer sans y faire attention pendant ces heures d'agitation, &#233;tait une pure invention du commencement jusqu'&#224; la fin. Qui procura cette nouvelle aux journaux &#171; de gauche &#187; ? C'est une question d'une importance capitale. On se r&#233;f&#232;re aux sources &#171; d'observateurs anonymes &#187;. Qui sont ces &#171; observateurs &#187; ? Qu'observ&#232;rent-ils donc et o&#249; ? Il est tout &#224; fait &#233;vident que cette histoire avait pour but de pr&#233;parer et de justifier aux yeux des cercles gouvernementaux, o&#249; ces journaux sont largement r&#233;pan dus, le tournant hostile de l'enqu&#234;te contre moi et mes collaborateurs. Un examen serr&#233; de cet &#233;pisode mettrait &#224; coup s&#251;r en lumi&#232;re bien des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux serviteurs de la maison furent interrog&#233;s pour la premi&#232;re fois le 28 mai, c'est-&#224;-dire le jour m&#234;me o&#249; nous &#233;touffions d&#233;j&#224; dans une atmosph&#232;re d'hostilit&#233; et o&#249; l'esprit de la police &#233;tait d&#233;j&#224; orient&#233; vers l'interpr&#233;tation de 1' &#171; attentat volontaire &#187;. Le jour suivant, le 29, les deux femmes furent &#224; nouveau convoqu&#233;es et emmen&#233;es &#224; 4 heures de l'apr&#232;s-midi Via Madero (Guadalupe) o&#249; elles furent interrog&#233;es jusqu'&#224; 11 heures du soir &#224; l'int&#233;rieur de l'immeuble et de 11 heures &#224; 2 heures du matin dans la cour noire, dans une automobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune note ne fut prise. Elles furent ramen&#233;es &#224; la maison aux environs de 3 heures. Le 30 mai, un agent de police apparut dans la cuisine avec un compte rendu fait &#224; l'avance et les deux femmes le sign&#232;rent sans l'avoir lu. L'agent quitta la cuisine une minute environ apr&#232;s y &#234;tre entr&#233;. Lorsque les deux femmes apprirent par les journaux que mes secr&#233;taires Charles et Otto avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s sur la base de leurs d&#233;clarations elles d&#233;clar&#232;rent toutes les deux qu'elles n'avaient absolument rien dit qui puisse justifier une arrestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ces deux membres de la garde furent-ils arr&#234;t&#233;s et non les autres ? Parce qu'Otto et Charles servaient d'agents de liaison avec les autorit&#233;s et avec nos quelques camarades qui &#233;taient en ville. Pr&#233;parant le coup contre moi, les magistrats charg&#233;s de l'instruction d&#233;cid&#232;rent avant toute chose d'isoler compl&#232;tement notre maison. Le m&#234;me jour, un Mexicain, S., et un Tch&#232;que, B., de jeunes amis qui nous avaient rendu visite pour exprimer leur sympathie, furent arr&#234;t&#233;s. Le but de l'arrestation &#233;tait clairement le m&#234;me : couper toutes nos liaisons avec le monde ext&#233;rieur. On exigea des membres de la garde qui &#233;taient arr&#234;t&#233;s qu'ils avouent &#171; en un quart d'heure &#187; que c'&#233;tait moi qui leur avais ordonn&#233; d'accomplir 1' &#171; attentat volontaire &#187;. Je n'ai pas du tout l'intention d'exag&#233;rer de tels &#233;pisodes ou de leur donner une signification tragique. Ils m'int&#233;ressent seulement du point de vue de la possibilit&#233; d&#233; d&#233;masquer les forces group&#233;es &#171; derri&#232;re la sc&#232;ne &#187;, forces qui furent capables en vingt-quatre heures de d&#233;clencher un tournant presque magique dans la direction de l'enqu&#234;te. Ces forces continuent m&#234;me aujourd'hui &#224; exercer une influence sur le cours de l'enqu&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi 30 mai, lorsque B. fut interrog&#233; Via Madera, tous les membres de la police partaient de la th&#233;orie de 1' &#171; assaut volontaire &#187;, et se conduisirent insolemment envers moi, ma femme et mes collaborateurs. Durant ses quatre journ&#233;es d'emprisonnement, S. eut l'occasion d'&#233;couter quelques bribes de conversations entre les agents de police. Sa conclusion est la suivante : &#171; La main de Lombardo Toledano, Bassols, et des autres p&#233;n&#233;trait profond&#233;ment au sein de la police et ceci, avec des succ&#232;s consid&#233;rables. L'id&#233;e d'un &#171; attentat volontaire &#187; fut artificiellement inspir&#233;e par ceux-ci &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA THEORIE DE L' &#171; ATTENTAT VOLONTAIRE &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression des cercles int&#233;ress&#233;s a d&#251; prendre des proportions consid&#233;rables pour arriver &#224; obliger les dirigeants de l'enqu&#234;te &#224; consid&#233;rer s&#233;rieusement l'id&#233;e absurde d'un assaut volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel but aurais-je poursuivi en m'aventurant dans une entreprise si monstrueuse, r&#233;pugnante et si dangereuse ? Personne n'a pu l'expliquer jusqu'&#224; pr&#233;sent. On all&#232;gue que je d&#233;sirais noircir Staline et le Gu&#233;p&#233;ou. Mais un autre attentat aurait-il ajout&#233; quoi que ce soit &#224; la r&#233;putation bien &#233;tablie d'un homme qui a d&#233;truit la vieille g&#233;n&#233;ration du parti bolch&#233;vik tout enti&#232;re ? On dit que je voulais prouver i'existence d'une &#171; Cinqui&#232;me colonne &#187;. Pourquoi ? Et pourquoi faire ? D'autre part, les agents du Gu&#233;p&#233;ou sont tout &#224; fait suffisants pour perp&#233;trer un attentat, il n'y a pas besoin de Cinqui&#232;me colonne pour le faire. On dit que je voulais cr&#233;er des difficult&#233;s au gouvernement mexicain. Quels motifs plausibles pourrais-je avoir de cr&#233;er des difficult&#233;s au seul gouvernement qui m'ait offert l'hospitalit&#233; ? On dit que je voulais provoquer une guerre entre les Etats-Unis et le Mexique. Maie cette explication rel&#232;ve enti&#232;rement du domaine du d&#233;lire. En vue de provoquer une telle guerre il aurait &#233;t&#233; en tout cas plus efficace d'organiser un attentat contre l'ambassadeur am&#233;ricain ou quelque magnat du p&#233;trole et non contre un bolch&#233;vik r&#233;volutionnaire, &#233;tranger et hostile aux milieux imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Staline organise un attentat pour m'assassiner, le sens de son action est clair : il veut &#233;liminer son Ennemi n&#176; 1. Staline ne court aucun risque en agissant ainsi ; il agit de loin. Au contraire, en organisant un &#171; assaut volontaire &#187;, je dois moi-m&#234;me endosser la responsabilit&#233; d'une telle entreprise ; je mets en jeu mon propre sort, celui de ma famille, ma r&#233;putation politique, et la r&#233;putation du mouvement que je sers. Que puis-je y gagner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me si quelqu'un voulait admettre l'impossible, c'est-&#224;-dire essentiellement, qu'apr&#232;s avoir, renonc&#233; &#224; la cause de ma vie enti&#232;re, et pi&#233;tin&#233; le sens commun et mes propres int&#233;r&#234;ts vitaux, j'aie effectivement d&#233;cid&#233; d'organiser 1' &#171; attentat volontaire &#187; pour la cause de quelque but inconnu, il reste encore la question suivante : O&#249; et comment ai-je pu obtenir vingt ex&#233;cutants ? Comment leur ai-je procur&#233; des uniformes de police ? Comment les ai-je arm&#233;s ? Comment leur ai-je fourni toutes les choses n&#233;cessaires ? Etc., etc. En d'autres termes, comment un homme qui vit presque compl&#232;tement isol&#233; du monde ext&#233;rieur peut-il accomplir une entreprise concevable seulement par un appareil puissant ? Je dois avouer que je me sens incapable de soumettre &#224; la critique une id&#233;e qui est au-dessous de toute critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES REACTIONS DE LA PRESSE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des conclusions extr&#234;mement valables peuvent &#234;tre tir&#233;es d'un examen de la conduite d'une certaine partie de la presse mexicaine dans les jours qui suivirent la tentative d'assassinat, au sujet du travail accompli derri&#232;re la sc&#232;ne par le Gu&#233;p&#233;ou. Laissons de c&#244;t&#233; La Voz de Mexico, la publication officielle du stalinisme, avec ses contradictions &#233;clatantes, ses accusations insens&#233;es et ses calomnies cyniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons aussi de c&#244;t&#233; les organes de la droite qui, d'une part, sont guid&#233;s par la chasse aux sensations et, d'autre part, essayent d'utiliser l'attentat dans leur propre int&#233;r&#234;t, c'est-&#224;-dire, contre les &#171; gauches &#187; en g&#233;n&#233;ral. Politiquement je suis plus &#233;loign&#233; de journaux du genre d'Universal ou Excelsior que de Lombardo Toledano et ses semblables. J'emploie les journaux sus-nomm&#233;s pour ma d&#233;fense exactement comme j'emploierais un autobus pour me d&#233;placer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les man&#339;uvres des journaux de l'aile droite ne sont qu'un reflet de la vie politique du pays, et, dans leur essence, ils ont une attitude d&#233;tach&#233;e sur la question de l'attentat et du Gu&#233;p&#233;ou. Pour notre but, il est beaucoup plus important d'analyser la conduite d'El Popular et, en partie, d'El Nacional. La politique active, dans ce cas l&#224;, est men&#233;e par El Popular. En ce qui concerne El Nacional, ce dernier s'adapte simplement &#224; son coll&#232;gue int&#233;ress&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; EL POPULAR &#187; ET L'ATTAQUE DU 24 MAI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit du fait rapport&#233; par les journaux selon lequel Toledano quitta la capitale deux ou trois jours avant l'attentat, El Popular eut au moment critique des directives tr&#232;s claires et tr&#232;s pr&#233;cises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attentat ne prit pas du tout le journal au d&#233;pourvu. Dans cette affaire, les &#233;diteurs n'essay&#232;rent pas de tourner l'attaque en plaisanterie, ni ne se R&#233;f&#233;r&#232;rent pas &#224; ma &#171; manie de la pers&#233;cution &#187;, etc. Au contraire le journal prit imm&#233;diatement un ton s&#233;rieux et alarm&#233;. Le num&#233;ro du 25 mai publia en premi&#232;re page le slogan suivant : &#171; L'attentat contre Trotsky est un attentat contre le Mexique. &#187; L'&#233;ditorial, intitul&#233; de la m&#234;me mani&#232;re, exigeait une enqu&#234;te des plus strictes et une punition exemplaire des coupables quelles que soient leurs tendances politiques et la puissance &#233;trang&#232;re avec l&#224;.quelle ils pourraient &#234;tre li&#233;s. A l'aide de cette phras&#233;ologie l'article cherchait &#224; donner l'impression de la plus grande impartialit&#233; et d'une indignation toute patriotique. L'objectif imm&#233;diat est de creuser une sorte d'ab&#238;me entre les &#233;diteurs d'El Popular et les terroristes, qui pouvaient tomber aux mains de la police un jour ou l'autre. Cette mesure de pr&#233;caution &#233;tait d'autant plus n&#233;cessaire qu'El Popular avait dirig&#233; avec un z&#232;le tout particulier une campagne de calomnies contre moi dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, derri&#232;re le bouclier litt&#233;raire de l'impartialit&#233;, pointent des insinuations prudentes destin&#233;es dans les jours suivants &#224; &#234;tre pouss&#233;es plus en avant. On remarque, en passant, dans une phrase toute simple que &#171; l'attentat comporte des aspects myst&#233;rieux et suspects &#187;. Ce jour-l&#224; ces mots pass&#232;rent inaper&#231;us. Mais &#224; pr&#233;sent il est parfaitement clair que l'auteur de l'article s'&#233;tait r&#233;serv&#233; la possibilit&#233; de mettre en avant la th&#233;orie de &#171; l'attentat volontaire &#187; au cas o&#249; l'enqu&#234;te judiciaire &#233;chouerait. La seconde insinuation n'est pas moins significative : l'article pr&#233;dit que &#171; les ennemis du Mexique &#187; feraient retomber l'attentat sur les &#233;paules de Staline et de Moscou. Les ennemis du Mexique sont par l&#224; identifi&#233;s aux ennemis de Staline. L'appel solennel &#224; la recherche des criminels, quelle que soit la puissance &#233;trang&#232;re avec laquelle ils pourraient &#234;tre en liaison a donc une interpr&#233;tation tout &#224; fait limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec tous ses zigzags et ses &#233;quivoques l'article est cependant soigneusement r&#233;fl&#233;chi. Les contradictions de l'article d&#233;coulent du caract&#232;re contradictoire et impr&#233;cis de la situation elle-m&#234;me. Les r&#233;sultats de l'enqu&#234;te &#233;taient encore inconnus. En cas de succ&#232;s de l'enqu&#234;te, il &#233;tait n&#233;cessaire de prendre une position de repli la plus d&#233;tach&#233;e possible. En cas d'&#233;chec de l'enqu&#234;te, il &#233;tait n&#233;cessaire de garder les mains libres pour pousser plus avant la vieille ligne de calomnies et de pers&#233;cution. Il &#233;tait en m&#234;me temps n&#233;cessaire de d&#233;tourner autant que possible l'attention du Gu&#233;p&#233;ou, sans toutefois se lier compl&#232;tement les mains. Au cours d'une nouvelle lecture de cet article, aujourd'hui on peut clairement voir &#224; quel point la man&#339;uvre &#233;tait cousue de fil blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le num&#233;ro du 26 mai, la m&#234;me ligne est poursuivie dans son ensemble. El Popular exige des autorit&#233;s une punition &#233;nergique des coupables. Le danger que les participants &#224; l'attentat tombent imm&#233;diatement entre les mains de la police est encore grand ; de l&#224; un fort accent d'impartialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro du 27 mai lance d&#233;j&#224; la cynique histoire de &#171; M. Trotsky se contredit &#187;. C'est la premi&#232;re tentative pour d&#233;velopper l'insinuation concernant &#171; les aspects suspects &#187; de l'attentat. On affirme dans &#8216;cette histoire que j'avais fourni une d&#233;position contradictoire au sujet de ce que je fis durant l'attentat. L'incongruit&#233; de cette insinuation saute aux yeux. Si un homme vivant dans la solitude de l'exil s'av&#233;rait capable de mobiliser vingt conspirateurs et de leur obtenir des uniformes de police et des mitraillettes, il devrait donc &#234;tre capable de pr&#233;parer une r&#233;ponse, au sujet de sa conduite durant l'attentat. Mais ne chicanons pas au sujet de la technique de la falsification des faits. Une chose est claire : El Popular est en train de pr&#233;parer le terrain &#224; la th&#233;orie de 1' &#171; attentat volontaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps-l&#224;, l'enqu&#234;te se d&#233;battait dans les pires difficult&#233;s : le Gu&#233;p&#233;ou est capable de pr&#233;voir tr&#232;s loin et de couvrir soigneusement ses traces. Trois jours se sont &#233;coul&#233;s depuis l'attentat. Le danger de l'arrestation des principaux participants pouvait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme &#233;limin&#233;, d'autant plus qu'ils avaient eu largement 1e temps de passer la fronti&#232;re au moyen de passeports pr&#233;par&#233;s &#224; l'avance. En fonction de cela, El Popular prend un ton plus assur&#233; le 27 mai. On ne s'en tient pas &#224; l'histoire cit&#233;e plus haut, dans les nouvelles. L'article leader de ce jour d&#233;clare nettement que &#171; jour apr&#232;s jour l'attentat &#233;veille de s&#233;rieux doutes et semble de plus en plus suspect et de moins en moins logique &#187; ; plus loin, on emploie le mot &#171; , camouflage &#187;. L'article impute l'attentat aux imp&#233;rialistes am&#233;ricains qui veulent intervenir dans les affaires du Mexique et qui apparemment s'appuient sur ma collaboration. Pourquoi les imp&#233;rialistes m'auraient-ils choisi comme objet de l'attentat plut&#244;t qu'un autre reste obscur ? Et comme un attentat dirig&#233; contre un bolch&#233;vik russe au Mexique aurait pu justifier une intervention des Etats-Unis reste encore plus incompr&#233;hensible. Au lieu d'une analyse et de preuves, une pure s&#233;lection de phrases ronflantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste &#224; rappeler qu'avant la conclusion du pacte Staline-Hitler, El Popular me caricaturait invariablement avec une croix gamm&#233;e. Je ne fus soudainement transform&#233; en agent des Etats-Unis qu'apr&#232;s l'invasion de la Finlande par l'arm&#233;e rouge. El Popular essaye de disposer de moi avec la m&#234;me aisance que Staline emploie pour donner des ordres &#224; ses agents. Dans leurs agitations verbales et leurs man&#339;uvres de coulisse, Toledano et ses alli&#233;s all&#232;rent certainement beaucoup plus loin qu'ils ne le firent dans leur propre presse. Comme les &#233;v&#233;nements des jours suivants le d&#233;montr&#232;rent, ils se lanc&#232;rent dans un travail particuli&#232;rement intense dans les rangs de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 mai, les autorit&#233;s charg&#233;es de l'enqu&#234;te &#233;taient d&#233;j&#224; compl&#232;tement gagn&#233;es &#224; l'id&#233;e de 1' attentat volontaire &#187;. Deux de mes secr&#233;taires, Otto et Charles, et deux personnes li&#233;es &#224; la maison, B. et S&#8222; furent mis en &#233;tat d'arrestation. Ayant obtenu cette victoire, El Popular se retire soigneusement dans l'ombre : dans son num&#233;ro du 28 mai, il prend &#224; nouveau une position objective. Les raisons pour lesquelles les directeurs du journal prenaient leurs pr&#233;cautions avant de s'aventurer dans une position irr&#233;vocable sont claires. Ils en savaient plus long qu'ils ne le disaient, et avaient beaucoup moins confiance dans la version de l'attentat volontaire que n'en avait la police orient&#233;e par eux sur une fausse piste. Ils avaient peur que cette version soit &#224; n'importe quel moment balay&#233;e. C'est pourquoi, apr&#232;s en avoir mis la responsabilit&#233; sur le dos de la police, El Popular du 28 mai prend &#224; nouveau l'attitude d'un observateur patriote alarm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le num&#233;ro du 29 mai, El Popular publiait sans commentaires la d&#233;claration du Parti communiste mexicain qui exigeait, non pas le ch&#226;timent des terroristes, mais l'expulsion de Trotsky du Mexique. Ce m&#234;me jour, la maison et ses habitants furent coup&#233;s du monde ext&#233;rieur par un cercle de suspicions fantastiques. Il est tout &#224; fait inutile de noter que Toledano laissa, dans ce cas comme dans d'autres, les leaders du Parti communiste exprimer eux-m&#234;mes les plus na&#239;fs slogans du Kremlin, ce dernier n'ayant rien &#224; perdre. Il chercha &#224; se r&#233;server une porte de sortie pour un repli personnel &#233;ventuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ler juin, la presse publia ma lettre au procureur de la R&#233;publique, dans laquelle je d&#233;signais ouvertement Lombardo Toledano comme complice moral dans la pr&#233;paration de l'attentat. Apr&#232;s cela, Toledano sortit &#224; moiti&#233; de l'ombre. &#171; La C.T.M. (Conf&#233;d&#233;ration des Travailleurs Mexicains) accuse Trotsky d'&#234;tre un instrument de la guerre des nerfs (am&#233;ricaine contre le Mexique) &#187; proclame El Popular du 6 juin. Qu'est-ce que cela signifie ? C'est de la rh&#233;torique vide qui ne signifie rien et sans aucun fait &#224; l'appui. Au nom de la C.T.M., Toledano soumet aux autorit&#233;s un document dans lequel l'attentat est pr&#233;sent&#233; comme entour&#233; d'un filet d'intrigues internationales large et tout &#224; fait vague. Outre moi-m&#234;me, un grand nombre de facteurs, d'institutions et de personnages sont suspect&#233;s d'intrigues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand nombre, mais pas le Gu&#233;p&#233;ou. Seuls les &#171; ennemis du Mexique &#187;, comme nous le savons d&#233;j&#224;, sont capables de suspecter le Gu&#233;p&#233;ou. Ainsi, dans toutes ses man&#339;uvres, Toledano reste l'Ami n&#176; 1 du Gu&#233;p&#233;ou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; EL NACIONAL &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se distinguant de tous les autres journaux de la capitale, El Nacional ne mentionna m&#234;me pas l'attentat dans sa premi&#232;re &#233;dition du 25 mai. Dans sa seconde &#233;dition, il publia une d&#233;p&#234;che sous le titre &#171; Trotsky est l'objet d'un attentat th&#233;&#226;tral (!) &#224; son domicile &#187;. Sur quelle base le journal acquiert cette appr&#233;ciation, cela reste inconnu. Je suis, par malheur, oblig&#233; d'affirmer que, pr&#233;c&#233;demment et &#224; plusieurs reprises, ce journal tenta de m'attribuer des actes r&#233;pr&#233;hensibles sans la moindre ombre d'une justification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est utile de noter avec la plus grande attention que, le m&#234;me jour o&#249; El Nacional caract&#233;risait l'attentat de &#171; th&#233;&#226;tral &#187;, El Popular &#233;crivait &#171; L'attentat contre Trotsky est un attentat contre le Mexique &#187;. A premi&#232;re vue il peut sembler qu'El Nacional avait une attitude plus hostile envers la victime de l'attentat qu' El Popular. Mais en fait, ce n'est pas le cas. Par sa conduite, El Nacional r&#233;v&#232;le simplement qu'il est plus &#233;loign&#233; qu'El Popular des sources staliniennes, et par cons&#233;quent des sources de l'attentat. El Nacional a des &#233;diteurs qui font tout ce qu'il leur est possible de faire pour faire plaisir aux staliniens. Ils savent que la mani&#232;re la plus simple est de faire &#233;tat d'une sorte de suspicion envers moi. Lorsque les &#233;diteurs re&#231;urent des nouvelles de l'attentat contre ma maison, l'un des &#233;diteurs mit en circulation la premi&#232;re formule ironique qui lui vint &#224; l'esprit. Ce simple fait montre que les &#233;diteurs d'El Nacional, contrairement &#224; ceux d'El Popular, ne savent pas de quoi ils parlent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les jours suivants on peut observer cependant un alignement de ces deux publications. El Nacional, devinant d'apr&#232;s la conduite d'El Popular qu'il avait prof&#233;r&#233; tr&#232;s imprudemment son hypoth&#232;se d'un &#171; attentat th&#233;&#226;tral &#187;, se replia rapidement et prit une position plus sur ses gardes. Pour sa part, El Popular, devenant convaincu que pas un seul participant &#224; l'attentat n'avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;, commen&#231;a &#224; passer sur la position de 1'&#171; attentat th&#233;&#226;tral &#187;. L'histoire du 27 mai &#171; M. Trotsky se contredit &#187; fut aussi publi&#233;e dans El Nacional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base d'une analyse des articles d'El Popular et en les comparant avec ceux d'El Nacional, il est possible d'affirmer avec certitude que Toledano connaissait &#224; l'avance les pr&#233;paratifs de l'attentat, au moins de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale. Le Gu&#233;p&#233;ou pr&#233;para simultan&#233;ment &#8212; par divers canaux &#8212; le complot secret, la d&#233;fense politique, et le d&#233;tournement de l'enqu&#234;te. Pendant les journ&#233;es critiques, El Popular re&#231;ut sans doute des instructions de Toledano lui-m&#234;me. Il est tout &#224; fait probable que l'auteur de l'article du 25 mai n'est autre que lui. En d'autres termes, Lombardo Toledano eut une part morale dans la pr&#233;paration de l'attentat et dans le camouflage des traces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MA GARDE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir une compr&#233;hension plus claire des fondements de l'attentat ainsi que de certains faits li&#233;s &#224; l'enqu&#234;te, il est n&#233;cessaire de dire quelques mots au sujet de ma garde. On publia des rapports dans les journaux, pr&#233;tendant que je &#171; louais &#187; presque uniquement des &#233;trangers pour ma garde, que c'&#233;taient des mercenaires, etc&#8230; Tout cela est faux. Ma garde existe depuis le jour de mon exil en Turquie, c'est-&#224;-dire, depuis bient&#244;t 12 ans, La composition de la garde changea continuellement selon les pays o&#249; je v&#233;cus, bien qu'un petit nombre de collaborateurs m'aient accompagn&#233; d'un pays &#224; l'autre. La garde a toujours &#233;t&#233; compos&#233;e de jeunes camarades li&#233;s &#224; moi par l'identit&#233; de vues politiques et s&#233;lectionn&#233;s par les plus vieux et les plus exp&#233;riment&#233;s de mes amis parmi les volontaires qui ne manquent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement auquel j'appartiens est un mouvement jeune qui surgit sous des pers&#233;cutions sans pr&#233;c&#233;dent de la part de l'oligarchie du Kremlin et de ses agences dans tous les pays du monde. Pour parler en g&#233;n&#233;ral, il est difficile de trouver dans l'histoire un autre mouvement qui ait eu &#224; d&#233;plorer autant de victimes en si peu de temps que le mouvement de la Quatri&#232;me internationale. C'est ma profonde conviction personnelle que dans notre &#233;poque de guerres, d'annexions, de rapines, de destructions et de toutes sortes de bestialit&#233;s, la Quatri&#232;me internationale est destin&#233;e &#224; jouer un grand r&#244;le historique Mais ceci est l'avenir. Dans le pass&#233; elle n'a connu que coups et pers&#233;cutions. Personne n'aurait &#231;u esp&#233;rer durant ces douze derni&#232;res ann&#233;es se faire une carri&#232;re avec l'aide de la Quatri&#232;me Internationale. Pour cette raison, le mouvement &#233;tait rejoint par des gens d&#233;sint&#233;ress&#233;s, convaincus, et pr&#234;ts &#224; renoncer, non seulement aux biens mat&#233;riels, mais aussi, si ce devait &#234;tre n&#233;cessaire, &#224; sacrifier leur vie. Sans aucun d&#233;sir de tomber dans l'id&#233;alisation, je peux n&#233;anmoins me permettre de dire qu'il est difficilement possible de trouver dans toute autre organisation une telle s&#233;lection de gens d&#233;vou&#233;s &#224; leur drapeau et &#233;trangers &#224; toute pr&#233;tention personnelle que dans la Quatri&#232;me Internationale. Ma garde a &#233;t&#233; enti&#232;rement recrut&#233;e parmi cette jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La garde au Mexique avait d'abord &#233;t&#233; constitu&#233;e de jeunes amis mexicains. Cependant, je fus bient&#244;t convaincu des inconv&#233;nients d'un tel proc&#233;d&#233;. Mes ennemis essayaient syst&#233;matiquement de me m&#234;ler &#224; la vie politique mexicaine dans le but de me rendre impossible le s&#233;jour dans ce pays. Et dans la mesure o&#249; mes jeunes amis mexicains, vivant dans ma maison, pouvaient jusqu'&#224; un certain point appara&#238;tre comme des agents sous mon influence politique, je fus oblig&#233; de refuser leur participation &#224; ma garde et de les remplacer par des &#233;trangers, principalement des citoyens am&#233;ricains. Ils furent tous envoy&#233;s ici apr&#232;s une s&#233;lection sp&#233;ciale dirig&#233;e par mes vieux amis exp&#233;riment&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que j'ajoute, pour &#234;tre encore plus clair, que les frais de la garde ne sont pas assum&#233;s par moi (je n'ai pas de telles ressources), mais par un Comit&#233; sp&#233;cial qui collecte les fonds n&#233;cessaires parmi les amis et sympathisants. Nous vivons &#8212; ma famille et ma garde &#8212; comme une communaut&#233; ferm&#233;e, s&#233;par&#233;e par quatre &#233;normes murs du monde ext&#233;rieur, Tous ces faits suffisent &#224; expliquer pourquoi je consid&#232;re comme justifi&#233;e la confiance que je place dans ma garde et pourquoi je la crois incapable de trahison ou de crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de toutes les pr&#233;cautions, il est &#233;videmment impossible de consid&#233;rer comme absolument exclue la possibilit&#233; qu'un agent isol&#233; du Gu&#233;p&#233;ou puisse se frayer un chemin jusque dans ma garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te a suspect&#233; depuis le d&#233;but de l'affaire Harte, le membre de ma garde qui fut enlev&#233;, d'&#234;tre complice dans l'attentat. Je r&#233;ponds &#224; cela : si Sheldon Harte &#233;tait un agent du Gu&#233;p&#233;ou, il aurait pu me tuer la nuit et s'enfuir sans mettre en branle vingt personnes qui couraient de grands risques. De plus, dans les jours qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent imm&#233;diatement l'attentat, Sheldon Harte s'occupait de choses insignifiantes comme l'achat de petits oiseaux, la r&#233;paration d'une voli&#232;re, la peinture, etc&#8230; Je n'ai pas entendu un seul argument convaincant indiquant que Sheldon Harte f&#251;t un agent du Gu&#233;p&#233;ou. En cons&#233;quence, j'ai d&#233;clar&#233; d&#232;s le d&#233;but &#224; mes amis que je serais le dernier &#224; donner quelque cr&#233;dit &#224; la pr&#233;tendue participation de Sheldon &#224; l'attentat1. Si, contrairement &#224; toutes mes suppositions une telle participation se trouvait confirm&#233;e, cela ne changerait rien &#224; la signification g&#233;n&#233;rale de l'attentat. Avec l'aide des membres de la garde ou sans elle, le Gu&#233;p&#233;ou a organis&#233; un complot pour m'assassiner et pour br&#251;ler mes archives. Telle est l'essence de l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses d&#233;clarations officielles, le Parti communiste r&#233;p&#232;te que le terrorisme individuel ne fait pas partie de son syst&#232;me d'action, etc. Personne ne suppose que l'attentat fut organis&#233; par le Parti communiste. Le Gu&#233;p&#233;ou se sert du Parti communiste mais n'est pas du tout confondu avec le Parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES EXCLUS DU PARTI COMMUNISTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les participants possibles de l'attentat, ceux qui sont bien familiaris&#233;s avec la vie int&#233;rieure du Parti communiste ont mentionn&#233; un individu qui fut un temps exclu du Parti, et fut par la suite, en raison d'un service particulier, r&#233;int&#233;gr&#233;. La question de la cat&#233;gorie des &#171; exclus &#187; est g&#233;n&#233;ralement d'un grand int&#233;r&#234;t du point de vue d'une &#233;tude des m&#233;thodes criminelles du Gu&#233;p&#233;ou. Dans la premi&#232;re p&#233;riode de la lutte contre l'opposition en U. R. S. S., la clique de Staline avait l'habitude d'exclure du Parti les opposants les moins stables, les pla&#231;ant ainsi dans des conditions de vie mat&#233;rielle extr&#234;mement difficiles et donnant ainsi la possibilit&#233; au Gu&#233;p&#233;ou de recruter parmi eux des agents pour travailler dans les rangs de l'opposition. Plus tard ces m&#233;thodes furent perfectionn&#233;es et &#233;tendues &#224; toutes les sections de la Troisi&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exclus peuvent &#234;tre divis&#233;s en deux cat&#233;gories : quelques-uns quittent le Parti pour des raisons de divergences principielles, tournent leur dos au Kremlin et cherchent une nouvelle voie. D'autres sont exclus pour l&#233;g&#232;ret&#233; dans la gestion des fonds ou pour une autre accusation, vrai&#231; ou pr&#233;tendue, de nature morale. La majorit&#233; des exclus de cette seconde cat&#233;gorie a &#233;t&#233; &#233;troitement li&#233;e &#224; l'appareil du Parti, n'a pas d'autre m&#233;tier, et est devenue trop habitu&#233;e &#224; une position privil&#233;gi&#233;e. Ce genre d'exclus constitue un mat&#233;riel utilisable pour le Gu&#233;p&#233;ou qui les transforme en instruments ob&#233;issants pour les entreprises les plus dangereuses et les plus criminelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laborde, qui fut le leader du Parti Communiste mexicain pendant des ann&#233;es, fut exclu r&#233;cemment en fonction d'accusations les plus monstrueuses : comme personnage v&#233;nal, homme qui vend les gr&#232;ves, et m&#234;me touche de l'argent des &#171; trotskystes &#187;. La chose la plus &#233;tonnante, cependant, est qu'en d&#233;pit de la nature extr&#234;mement honteuse des charges, Laborde ne tenta m&#234;me pas de se justifier. Il montra par l&#224; que l'exclusion &#233;tait n&#233;cessaire en fonction d'un certain but myst&#233;rieux auquel lui, Laborde, n'osait pas s'opposer. Bien plus, il saisit la premi&#232;re occasion pour d&#233;clarer dans la presse son ind&#233;fectible loyaut&#233; envers le Parti, m&#234;me apr&#232;s son exclusion. En m&#234;me temps que lui un certain nombre d'autres furent exclus et suivirent la m&#234;me tactique. Ces gens sont capables de tout. Ils ex&#233;cuteront n'importe quel ordre, perp&#233;treront n'importe quel crime, pour ne pas perdre la faveur du Parti. Il est m&#234;me possible que quelques-uns d'entre eux aient &#233;t&#233; exclus dans le but d'&#233;carter toute responsabilit&#233; du parti dans leur participation &#224; l'attentat qui &#233;tait en pr&#233;paration. Les instructions fixant qui doit &#234;tre exclu et sous quel pr&#233;texte viennent, dans les cas de ce genre, des repr&#233;sentants de toute confiance du Gu&#233;p&#233;ou qui se cachent derri&#232;re la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Staline, il aurait &#233;t&#233; bien plus profitable d'organiser le meurtre de telle sorte qu'il puisse le pr&#233;senter aux yeux de la classe ouvri&#232;re mondiale comme le ch&#226;timent soudain et spontan&#233; d'un &#171; ennemi du peuple &#187; par les ouvriers mexicains. De ce point de vue, la persistance et l'&#226;pret&#233; du Gu&#233;p&#233;ou &#224; me lier &#224; tout prix avec la campagne &#233;lectorale pr&#233;sidentielle, c'est-&#224;-dire la candidature du g&#233;n&#233;ral Almazan, m&#233;rite une grande attention. Un grand nombre de d&#233;clarations faites par Toledano et les dirigeants du Parti communiste r&#233;v&#232;lent ce plan tout &#224; fait clairement : Trouver ou cr&#233;er un pr&#233;texte favorable qui leur rendrait possible de s'opposer les armes &#224; la main &#224; leurs ennemis sur la liste desquels je n'occupe probablement pas la derni&#232;re place. Il ne fait aucun doute que parmi la milice ouvri&#232;re, cr&#233;&#233;e par la C. T. M., il y a des groupes de chocs sp&#233;ciaux et secrets cr&#233;&#233;s par le Gu&#233;p&#233;ou pour lest entreprises les plus risqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vue de faire &#233;chec &#224; ce plan en temps voulu, j'ai demand&#233; avec persistance dans la presse en toute occasion la cr&#233;ation d'une commission d'enqu&#234;te impartiale pour examiner &#224; fond tous les faux rapports. Mais m&#234;me sans cela l'opinion publique du Mexique a visiblement jusqu'&#224; maintenant repouss&#233; les calomnies. Les staliniens, pour autant que j'en puisse juger, n'ont pas r&#233;ussi &#224; inculquer dans les milieux ouvriers la haine envers moi. Staline, entre temps, se fatiguait d'attendre l'explosion &#171; d'indignation populaire &#187; et le Gu&#233;p&#233;ou re&#231;ut de lui l'ordre d'agir selon les m&#233;thodes les plus habituelles et les plus directes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UNE AUTRE TENTATIVE D'ASSASSINAT EST CERTAINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec accidentel de l'attentat pr&#233;par&#233; si soigneusement et avec tant d'habilet&#233;, est un coup s&#233;rieux pour Staline. Le Gu&#233;p&#233;ou doit se r&#233;habiliter devant Staline. Staline doit faire la d&#233;monstration de sa puissance. La r&#233;p&#233;tition de l'attentat est in&#233;vitable. Sous quelle forme ? Peut-&#234;tre sous la forme d'un acte purement terroriste dans lequel on verrait appara&#238;tre des bombes pour appuyer les mitraillettes. Mais il n'est pas exclu qu'ils essayent de camoufler l'action terroriste sous la forme &#171; d'indignation populaire &#187; simul&#233;e. La campagne de calomnies qui est dirig&#233;e d'une mani&#232;re de plus en plus venimeuse par les agents de Staline au Mexique vise pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour justifier leurs pers&#233;cutions contre moi et pour camoufler les attentats du Gu&#233;p&#233;ou, les agents du Kremlin parlent de mes tendances &#171; contre-r&#233;volutionnaires &#187;. Tout cela d&#233;pend comment on comprend r&#233;volution et contre-r&#233;volution. A notre &#233;poque la force la plus puissante de contre-r&#233;volution est l'imp&#233;rialisme, &#224; la fois sous sa forme fasciste et sous sa couverture quasi-d&#233;mocratique. Pas un seul des pays imp&#233;rialistes n'accepta de me permettre d'entrer sur ses territoires. Pour ce qui est des pays opprim&#233;s ou semi-ind&#233;pendants, ils refus&#232;rent de me donner asile sous la pression des gouvernements imp&#233;rialistes ou de la bureaucratie de Moscou qui joue maintenant un r&#244;le extr&#234;mement r&#233;actionnaire dans le monde entier. Le Mexique m'accorda l'hospitalit&#233; parce que ce n'est pas un pays imp&#233;rialiste ; et pour cette raison son gouvernement s'av&#233;ra, comme une rare exception, suffisamment ind&#233;pendant des pressions ext&#233;rieures pour prendre une attitude en fonction de ses propres principes. Je peux d'apr&#232;s cela d&#233;clarer que je vis sur cette terre, non comme une v&#233;rification de la r&#232;gle, mais comme une exception. Dans une &#233;poque r&#233;actionnaire comme la n&#244;tre, un r&#233;volutionnaire est oblig&#233; de nager contre le courant. Je le fais de mon mieux. La pression de la r&#233;action mondiale s'est peut-&#234;tre exprim&#233;e plus implacablement sur mon sort personnel et sur le sort de ceux qui m'entourent. Je ne vois pas du tout dans cela un m&#233;rite quelconque qui me soit propre : c'est le r&#233;sultat d'un enchev&#234;trement de circonstances historiques. Mais lorsque des gens du type de Toledano, Laborde et Cie proclament que je suis un &#171; contre-r&#233;volutionnaire &#187;, je les laisse passer tranquillement, laissant le verdict final aux soins de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coyoacan, 8 juin 1940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;source : &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/staline-veut-ma-mort-trotsky/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/staline-veut-ma-mort-trotsky/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les grands adversaires de la r&#233;volution permanente de Trotsky...</title>
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		<dc:date>2026-07-29T22:23:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme - Socialism</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les grands adversaires de la r&#233;volution permanente de Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand Boukharine d&#233;butait un ouvrage par : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La course effr&#233;n&#233;e de la R&#233;volution russe, le changement continu des tableaux historiques les plus grandioses, la lutte tragique du prol&#233;tariat qui tant&#244;t, vainqueur, passe au premier plan, tant&#244;t, sous les rires de triomphe de la canaille bourgeoise, est traitreusement proclam&#233; libre comme un oiseau sur la branche &#8212; tout cela d&#233;montre qu'il n'est pas possible que la r&#233;volution (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les grands adversaires de la r&#233;volution permanente de Trotsky&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quand Boukharine d&#233;butait un ouvrage par :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La course effr&#233;n&#233;e de la R&#233;volution russe, le changement continu des tableaux historiques les plus grandioses, la lutte tragique du prol&#233;tariat qui tant&#244;t, vainqueur, passe au premier plan, tant&#244;t, sous les rires de triomphe de la canaille bourgeoise, est traitreusement proclam&#233; libre comme un oiseau sur la branche &#8212; tout cela d&#233;montre qu'il n'est pas possible que la r&#233;volution russe remporte la victoire d&#233;finitive sans victoire de la r&#233;volution international. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1918/00/Lutte%20des%20Classes%20et%20revolution%20russe.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1918/00/Lutte%20des%20Classes%20et%20revolution%20russe.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard, le m&#234;me Boukharine devenait le fer de lance, avec Staline, du socialisme dans un seul pays !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La th&#232;se de L&#233;nine quant &#224; la possibilit&#233; de construire le socialisme int&#233;gral est en m&#234;me temps une r&#233;ponse &#224; la question du caract&#232;re de la r&#233;volution russe. C'est une r&#233;ponse &#224; la question de savoir si l'on peut ou non, pour des raisons internes, entreprendre et mener &#224; son terme l'&#233;dification du socialisme, et cette r&#233;ponse est positive. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/caractere.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/caractere.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant Staline :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le sujet de la discussion &#233;tait le suivant : le congr&#232;s estimait que la classe ouvri&#232;re, alli&#233;e &#224; la paysannerie laborieuse, peut porter le coup de gr&#226;ce aux capitalistes de notre pays et &#233;difier une soci&#233;t&#233; socialiste, m&#234;me si la r&#233;volution occidentale ne vient pas &#224; son secours. L'opposition, au contraire, estimait que nous ne pouvons pas porter le coup de gr&#226;ce &#224; nos capitalistes et &#233;difier une soci&#233;t&#233; socialiste tant que les ouvriers occidentaux n'auront pas remport&#233; la victoire. Or, comme la victoire de la r&#233;volution occidentale tarde &#224; venir, il ne nous reste apparemment plus qu'&#224; fl&#226;ner. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'ensuit que nous sommes capables d'&#233;difier enti&#232;rement une soci&#233;t&#233; socialiste par nos propres efforts et sans la victoire de la r&#233;volution en Occident, mais que notre pays ne peut &#224; lui seul se garantir contre les empi&#233;tements du capital international. Pour cela, il faut la victoire de la r&#233;volution dans plusieurs pays occidentaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/02/10.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/02/10.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes confront&#233;s &#224; trois questions :&lt;br class='autobr' /&gt;
1) La victoire du socialisme est-elle possible dans notre pays, sachant qu'il est jusqu'&#224; pr&#233;sent le seul pays de la dictature du prol&#233;tariat, que la r&#233;volution prol&#233;tarienne n'a pas encore &#233;t&#233; victorieuse dans d'autres pays et que le rythme de la r&#233;volution mondiale s'est ralenti ?&lt;br class='autobr' /&gt;
2) Si cette victoire est possible, peut-on la qualifier de victoire compl&#232;te, de victoire finale ?&lt;br class='autobr' /&gt;
3) Si une telle victoire ne peut pas &#234;tre qualifi&#233;e de d&#233;finitive, alors quelles conditions sont n&#233;cessaires pour qu'elle le devienne ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Telles sont les trois questions qui se combinent dans la question g&#233;n&#233;rale de la possibilit&#233; de la victoire du socialisme dans un seul pays, c'est-&#224;-dire dans notre pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette ligne de notre Parti a &#233;t&#233; formul&#233;e officiellement pour la premi&#232;re fois dans la r&#233;solution de la XIVe Conf&#233;rence sur la situation internationale, la stabilisation du capitalisme et l'&#233;dification du socialisme dans un seul pays. Je consid&#232;re cette r&#233;solution comme l'un des documents les plus importants de l'histoire de notre Parti, non seulement parce qu'elle constitue une grande manifestation de soutien &#224; la ligne l&#233;niniste sur la question de l'&#233;dification du socialisme dans notre pays, mais aussi parce qu'elle constitue en m&#234;me temps une condamnation directe du trotskisme. Je pense qu'il ne serait pas superflu de mentionner les points les plus importants de cette r&#233;solution, qui, curieusement, a &#233;t&#233; adopt&#233;e sur le rapport de Zinoviev. ( Emotion dans la salle .)&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici ce que dit la r&#233;solution &#224; propos de la victoire du socialisme dans un seul pays :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; En g&#233;n&#233;ral, la victoire du socialisme dans un seul pays ( et non le sens de la victoire finale ) est incontestablement possible . &#187; * 8&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la question de la victoire finale du socialisme, la r&#233;solution dit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'existence de deux syst&#232;mes sociaux directement oppos&#233;s fait na&#238;tre la menace constante du blocus capitaliste, d'autres formes de pression &#233;conomique, d'intervention arm&#233;e, de restauration. Par cons&#233;quent, la seule garantie de la victoire finale du socialisme , c'est-&#224;-dire la garantie contre la restauration, est une r&#233;volution socialiste victorieuse dans un certain nombre de pays. &#187; 9&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voici ce que dit la r&#233;solution &#224; propos de la construction d'une soci&#233;t&#233; socialiste compl&#232;te et du trotskisme :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il ne s'ensuit nullement qu'il soit impossible de construire une soci&#233;t&#233; socialiste compl&#232;te dans un pays arri&#233;r&#233; comme la Russie sans l'&#171; aide de l'&#201;tat &#187; (Trotsky) de pays techniquement et &#233;conomiquement plus d&#233;velopp&#233;s. Une partie int&#233;grante de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente de Trotsky est l'affirmation selon laquelle &#171; le progr&#232;s r&#233;el de l'&#233;conomie socialiste en Russie ne sera possible qu'apr&#232;s la victoire du prol&#233;tariat dans les principaux pays europ&#233;ens &#187; (Trotsky, 1922) &#8211; affirmation qui, dans la p&#233;riode actuelle, condamne le prol&#233;tariat de l'U.R.S.S. &#224; une passivit&#233; fataliste. En opposition &#224; de telles &#171; th&#233;ories &#187;, le camarade L&#233;nine &#233;crivait : &#171; On a infiniment &#233;cul&#233; l'argument selon lequel, au cours du d&#233;veloppement de la social-d&#233;mocratie d'Europe occidentale, ils ont appris par c&#339;ur que nous ne sommes pas encore m&#251;rs pour le socialisme, que, comme le disent certains &#171; savants &#187; parmi eux, les conditions &#233;conomiques objectives du socialisme n'existent pas dans notre pays &#187; (Notes sur Soukhanov). (R&#233;solution de la Quatorzi&#232;me Conf&#233;rence du PCR(B.) sur &#171; Les t&#226;ches du Komintern et du PCR(B.) en relation avec le Pl&#233;num &#233;largi du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'IC &#187; 10 )&lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois que ces points essentiels de la r&#233;solution de la XIVe Conf&#233;rence n'ont pas besoin d'&#234;tre expliqu&#233;s. On ne pouvait pas les exprimer plus clairement et plus nettement. Il faut particuli&#232;rement souligner le passage de la r&#233;solution qui met le trotskysme sur le m&#234;me plan que le soukhanovisme. Or, qu'est-ce que le soukhanovisme ? Nous savons, par les articles de L&#233;nine contre Soukhanov, que le soukhanovisme est une vari&#233;t&#233; de la social-d&#233;mocratie, du mench&#233;visme. Il faut souligner cela sp&#233;cialement pour comprendre pourquoi Zinoviev, qui avait d&#233;fendu cette r&#233;solution &#224; la XIVe Conf&#233;rence, s'en est ensuite &#233;cart&#233; pour s'en tenir au point de vue de Trotsky, avec lequel il a form&#233; un bloc.&lt;br class='autobr' /&gt;
En outre, en relation avec la situation internationale, la r&#233;solution rel&#232;ve deux d&#233;viations par rapport &#224; la ligne fondamentale du Parti qui pourraient constituer une source de danger pour ce dernier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici ce que dit la r&#233;solution &#224; propos de ces dangers :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; En rapport avec la situation actuelle sur la sc&#232;ne internationale, deux dangers peuvent menacer notre Parti dans la p&#233;riode actuelle : 1) une d&#233;viation vers la passivit&#233;, r&#233;sultant d'une interpr&#233;tation trop large de la stabilisation du capitalisme observ&#233;e ici et l&#224;, et du ralentissement du rythme de la r&#233;volution internationale, c'est-&#224;-dire de l'absence d'impulsion suffisante pour un travail &#233;nergique et syst&#233;matique &#224; l'&#233;dification de la soci&#233;t&#233; socialiste en URSS, malgr&#233; le ralentissement du rythme de la r&#233;volution internationale ; 2) une d&#233;viation vers l'&#233;troitesse d'esprit nationale, l'oubli des devoirs des r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens internationaux , l'oubli inconscient de la d&#233;pendance intime du sort de l'URSS de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale, qui se d&#233;veloppe, quoique lentement, l'incompr&#233;hension du fait que non seulement le mouvement international a besoin de l'existence, de la consolidation et du renforcement du premier Etat prol&#233;tarien du monde, mais encore que la dictature du prol&#233;tariat en URSS a besoin de l'aide du prol&#233;tariat international. &#187; (R&#233;solution de la Quatorzi&#232;me Conf&#233;rence du PCR(B.) sur &#171; Les t&#226;ches du Komintern et du PCR(B.) en relation avec le Pl&#233;num &#233;largi du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'IC &#187;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ressort clairement de cette citation que la XIVe Conf&#233;rence, en parlant de la premi&#232;re d&#233;viation, avait &#224; l'esprit la d&#233;viation qui m&#232;ne &#224; la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de la victoire de l'&#233;dification socialiste dans notre pays, d&#233;viation r&#233;pandue parmi les trotskistes. En parlant de la deuxi&#232;me d&#233;viation, la Conf&#233;rence avait &#224; l'esprit la d&#233;viation qui m&#232;ne &#224; l'oubli des perspectives internationales de notre r&#233;volution, d&#233;viation qui pr&#233;vaut dans une certaine mesure chez certains de nos fonctionnaires de la politique &#233;trang&#232;re, qui ont parfois tendance &#224; adopter le point de vue de l'&#233;tablissement de &#171; sph&#232;res d'influence &#187; dans les pays d&#233;pendants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De plus, si les perspectives de notre travail de construction ne sont pas claires, si nous n'avons pas la certitude que l'&#233;dification du socialisme peut &#234;tre achev&#233;e, les masses ouvri&#232;res ne peuvent pas participer consciemment &#224; cette &#339;uvre de construction et ne peuvent pas diriger consciemment la paysannerie. Si nous n'avons pas la certitude que l'&#233;dification du socialisme peut &#234;tre achev&#233;e, il ne peut y avoir de volont&#233; de construire le socialisme. Qui veut construire en sachant qu'il ne peut pas achever ce qu'il construit ? Par cons&#233;quent, l'absence de perspectives socialistes pour notre travail de construction conduit in&#233;vitablement &#224; l'affaiblissement de la volont&#233; de construction du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
De plus, si la volont&#233; du prol&#233;tariat de construire le socialisme s'affaiblit, cela aura n&#233;cessairement pour cons&#233;quence de renforcer les &#233;l&#233;ments capitalistes de notre &#233;conomie. Car que signifie construire le socialisme, sinon vaincre les &#233;l&#233;ments capitalistes de notre &#233;conomie ? Les sentiments pessimistes et d&#233;faitistes de la classe ouvri&#232;re ne peuvent qu'attiser les espoirs des &#233;l&#233;ments capitalistes de restaurer l'ancien ordre de choses. Quiconque ne saisit pas l'importance d&#233;cisive des perspectives socialistes de notre travail de construction aide les &#233;l&#233;ments capitalistes de notre &#233;conomie et nourrit un esprit de capitulation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/11/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/11/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au VIIe pl&#233;num, Staline d&#233;clara (et ce n'&#233;tait pas la premi&#232;re fois) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; La question de la construction de l'&#233;conomie socialiste dans un seul pays fut, pour la premi&#232;re fois, pos&#233;e dans le parti par L&#233;nine en 1915 &#034; [Compte rendu st&#233;nographique, p. 14 (soulign&#233; par nous)].&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, on admet, ici, qu'avant 1915, il ne fut pas question du socialisme dans un seul pays. Cela signifie que Staline et Boukharine ne se r&#233;clament pas de toute la tradition pr&#233;c&#233;dente du marxisme et du parti sur le probl&#232;me du caract&#232;re international de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Notons cela.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'a donc d&#233;clar&#233; L&#233;nine, &#034; pour la premi&#232;re fois &#034;, en 1915, contredisant ce que Marx, Engels et L&#233;nine lui-m&#234;me avaient dit jusqu'&#224; cette date ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1915, L&#233;nine &#233;crivait : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; L'in&#233;galit&#233; du d&#233;veloppement &#233;conomique et politique est une loi absolue du capitalisme. Il s'ensuit que la victoire du socialisme est possible au d&#233;but dans un petit nombre de pays capitalistes ou m&#234;me dans un seul pays capitaliste isol&#233;. Le prol&#233;tariat victorieux de ce pays, apr&#232;s avoir expropri&#233; les capitalistes et organis&#233; chez lui la production socialiste, se dresserait contre le reste du monde capitaliste en attirant &#224; lui les classes opprim&#233;es des autres pays capitalistes, en les poussant &#224; s'insurger contre les capitalistes, en employant m&#234;me, en cas de n&#233;cessit&#233;, la force militaire contre les classes exploiteuses et leurs Etats &#034; [L&#201;NINE, &#338;uvres, vol. XXI, p. 354 de l'&#233;dition fran&#231;aise. Social-D&#233;mocrate, n&#176; 44 du 23 ao&#251;t 1915 (soulign&#233; par nous)].&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que L&#233;nine voulait dire en &#233;crivant cela ? Tout simplement que la victoire du socialisme, dans le sens de l'&#233;tablissement de la dictature du prol&#233;tariat, est possible d'abord dans un seul pays, qui se trouvera ainsi en opposition avec le monde capitaliste. Pour repousser les assauts et passer lui-m&#234;me &#224; l'offensive r&#233;volutionnaire, l'Etat prol&#233;tarien devra, au pr&#233;alable, &#034; organiser chez lui la production socialiste &#034;, c'est-&#224;-dire diriger lui-m&#234;me le travail dans les usines soustraites aux capitalistes. C'est tout. On sait qu'une telle &#034; victoire du socialisme &#034; fut, pour la premi&#232;re fois, acquise en Russie ; pour repousser l'intervention mondiale, le premier Etat ouvrier dut, tout d'abord, &#034; organiser chez lui la production socialiste &#034; ou des trusts &#034; de type socialiste cons&#233;quent &#034;. Ce que L&#233;nine entendait par &#034; victoire du socialisme dans un seul pays&#034;, ce n'est pas une soci&#233;t&#233; socialiste fantasmagorique, vivant pour elle-m&#234;me - surtout dans un pays retardataire - mais quelque chose de bien plus r&#233;aliste : pr&#233;cis&#233;ment ce que la R&#233;volution d'Octobre a r&#233;alis&#233; chez nous d&#232;s la premi&#232;re p&#233;riode de son existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre faut-il encore apporter des preuves &#224; la d&#233;monstration ? Il y en a tant que seul le choix est difficile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ses th&#232;ses sur la guerre et la paix (7 janvier 1918), L&#233;nine &#233;voquait &#034; la n&#233;cessit&#233;, pour la victoire du socialisme en Russie, d'un certain laps de temps, pas moins de quelques mois &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but de la m&#234;me ann&#233;e 1918, dans un article dirig&#233; contre Boukharine et intitul&#233; De l'enfantillage gauchiste et de la petite bourgeoisie, L&#233;nine &#233;crivait : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Si, dans six mois par exemple, nous avions instaur&#233; chez nous le capitalisme d'Etat, ce serait un immense succ&#232;s et la plus s&#251;re garantie qu'un an plus tard, dans notre pays, le socialisme serait d&#233;finitivement assis et deviendrait invincible &#034; (L&#201;NINE, &#338;uvres, vol. XXVII, p. 349 de l'&#233;dition fran&#231;aise).&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment L&#233;nine pouvait-il fixer un d&#233;lai aussi court pour la &#034; consolidation d&#233;finitive du socialisme &#034; ? Quelle signification mat&#233;rielle et sociale, concernant la production, donnait-il &#224; ces paroles ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette question appara&#238;t soudain sous un autre &#233;clairage si l'on se rappelle que le 29 avril de la m&#234;me ann&#233;e 1918, dans son rapport au Comit&#233; ex&#233;cutif central panrusse des soviets, L&#233;nine d&#233;clarait : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Il est douteux que m&#234;me la g&#233;n&#233;ration suivante, qui sera plus d&#233;velopp&#233;e, puisse r&#233;aliser enti&#232;rement le passage au socialisme &#034; (L&#201;NINE, &#338;uvres, vol. XXVII, p. 312 de l'&#233;dition fran&#231;aise).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 3 d&#233;cembre 1919, au Congr&#232;s des exploitations collectives et des artels agricoles, L&#233;nine s'exprima ;avec plus de vigueur encore : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Nous savons que nous ne pouvons instituer imm&#233;diatement l'ordre socialiste ; Dieu veuille que nos enfants, et peut-&#234;tre m&#234;me nos petits-enfants, le voient s'&#233;tablir chez nous &#034; (L&#201;NINE, &#338;uvres, vol. XXX, p. 205 de l'&#233;dition fran&#231;aise).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans lequel de ces deux cas L&#233;nine avait-il raison : quand il fixait douze mois de d&#233;lai pour la &#034; consolidation d&#233;finitive du socialisme &#034; ou bien quand il chargeait non pas nos enfants mais nos petits-enfants de l'&#233;dification de &#034; l'ordre socialiste &#034; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine avait raison dans les deux cas, car il avait en vue deux &#233;tapes diff&#233;rentes et sans commune mesure de la construction du socialisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le premier cas, par &#034; consolidation d&#233;finitive du socialisme&#034;, L&#233;nine entendait, non pas l'&#233;dification de la soci&#233;t&#233; socialiste dans le d&#233;lai d'un an ou m&#234;me de &#034; quelques mois &#034; (c'est-&#224;-dire la suppression des classes, le d&#233;passement de l'opposition entre la ville et la campagne), mais la remise en marche des fabriques et des usines aux mains de l'&#201;tat prol&#233;tarien, qui rendrait possible l'&#233;change des produits entre la ville et la campagne. La bri&#232;vet&#233; m&#234;me du d&#233;lai donne ici la cl&#233; qui permet de saisir sans erreur toute la perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Telle est l'affaire avec Staline. Elle ne saurait &#234;tre plus lamentable. Il est vrai qu'on pourrait s'en consoler si elle n'&#233;tait tout aussi lamentable pour le VIIe Pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il reste un dernier espoir : c'est qu'au moins Boukharine, le v&#233;ritable auteur du projet de programme, ait toujours admis la possibilit&#233; de l'&#233;dification du socialisme dans un seul pays. V&#233;rifions. Voici ce qu'&#233;crivait Boukharine &#224; ce sujet en 1917 : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Les r&#233;volutions sont les locomotives de l'histoire. M&#234;me dans la Russie arri&#233;r&#233;e, le prol&#233;tariat seul peut &#234;tre le machiniste irrempla&#231;able de cette locomotive. Mais le prol&#233;tariat ne peut d&#233;j&#224; plus rester dans les limites des rapports de propri&#233;t&#233; de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Il marche vers le pouvoir et le socialisme. Cependant, cette t&#226;che qui est &#034; mise &#224; l'ordre du jour &#034; en Russie aussi ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e &#034; &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res nationales &#034;. Ici, la classe ouvri&#232;re se heurte &#224; un mur infranchissable o&#249; on ne peut ouvrir une br&#232;che que par le b&#233;lier de la r&#233;volution ouvri&#232;re internationale &#034; (BOUKHARINE, La lutte des classes et la r&#233;volution en Russie, 1917, p. 3 et 4 de l'&#233;dition russe). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine n'a jamais d&#233;fendu le &#171; socialisme dans un seul pays &#187; de Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4464&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4464&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mensonges sur la &#034;construction stalinienne du socialisme&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1384&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1384&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Staline s'attaquait &#224; la perspective internationale et prol&#233;tarienne de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie de l'URSS &#233;tait-elle socialiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la stabilisation de la bureaucratie stalinienne qu'exprime la notion anti-marxiste de &#171; socialisme dans un seul pays &#187;, construire et souder une force fid&#232;le au bolch&#233;visme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/12/301200a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/12/301200a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pourquoi Staline a-t-il vaincu</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article9108</link>
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		<dc:date>2026-07-19T22:06:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;LE THERMIDOR SOVIETIQUE &lt;br class='autobr' /&gt;
POURQUOI STALINE A-T-IL VAINCU ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L'historien de l'U.R.S.S. ne pourra pas manquer de conclure que la politique de la bureaucratie dirigeante a &#233;t&#233;, dans les grandes questions, contradictoire et faite d'une s&#233;rie de zigzags. L'explication ou la justification de ces zigzags par le &#034;changement des circonstances&#034; est visiblement inconsistante. Gouverner c'est, dans une certaine mesure tout au moins, pr&#233;voir. La fraction Staline n'a pas pr&#233;vu le moins du monde les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LE THERMIDOR SOVIETIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POURQUOI STALINE A-T-IL VAINCU ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historien de l'U.R.S.S. ne pourra pas manquer de conclure que la politique de la bureaucratie dirigeante a &#233;t&#233;, dans les grandes questions, contradictoire et faite d'une s&#233;rie de zigzags.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'explication ou la justification de ces zigzags par le &#034;changement des circonstances&#034; est visiblement inconsistante. Gouverner c'est, dans une certaine mesure tout au moins, pr&#233;voir. La fraction Staline n'a pas pr&#233;vu le moins du monde les in&#233;vitables r&#233;sultats du d&#233;veloppement qui l'ont accabl&#233;e &#224; plusieurs reprises. Elle a r&#233;agi par des r&#233;flexes administratifs, cr&#233;ant apr&#232;s coup la th&#233;orie de ses tournants, sans se soucier de ce qu'elle enseignait la veille. Les faits et les documents incontestables obligeront aussi l'historien &#224; conclure que l'opposition de gauche a donn&#233; une analyse infiniment plus juste des &#233;volutions en cours dans le pays et a pr&#233;vu beaucoup mieux leur cours ult&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette affirmation para&#238;t &#224; premi&#232;re vue en contradiction avec le simple fait que la fraction du parti la moins capable de pr&#233;voir remporta d'incessantes victoires, tandis que le groupe plus perspicace alla de d&#233;faite en d&#233;faite. Cette objection, qui se pr&#233;sente d'elle-m&#234;me &#224; l'esprit, n'est convaincante que pour celui qui, appliquant la pens&#233;e rationnelle &#224; la politique, n'y voit qu'un d&#233;bat logique ou une partie d'&#233;checs. Or la lutte politique est au fond celle des int&#233;r&#234;ts et des forces, non des arguments. Les qualit&#233;s des dirigeants n'y sont nullement indiff&#233;rentes &#224; l'issue des combats, mais elles n'en sont pas le seul facteur ni le facteur d&#233;cisif. Les camps adverses exigent d'ailleurs chacun des chefs &#224; leur image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;volution de F&#233;vrier a port&#233; au pouvoir Kerensky et Tseretelli, ce n'est pas qu'ils aient &#233;t&#233; &#034;plus intelligents&#034; ou &#034;plus habiles&#034; que la camarilla gouvernante du tsar, c'est qu'ils repr&#233;sentaient, temporairement tout au moins, les masses populaires r&#233;volutionnaires dress&#233;es contre l'ancien r&#233;gime. Si Kerensky a pu contraindre L&#233;nine &#224; l'ill&#233;galit&#233; et jeter en prison d'autres leaders bolcheviques, ce n'est pas que ses qualit&#233;s personnelles lui aient donn&#233; sur eux la sup&#233;riorit&#233;, c'est que la majorit&#233; des ouvriers et des soldats suivaient encore en ces journ&#233;es la petite bourgeoisie patriote. La &#034;sup&#233;riorit&#233;&#034; personnelle de Kerensky, si ce mot n'est pas d&#233;plac&#233;, &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment de ne pas voir plus loin que la grande majorit&#233;. Les bolcheviks vainquirent &#224; leur tour la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, non gr&#226;ce &#224; la pr&#233;cellence de leurs chefs, mais gr&#226;ce &#224; un regroupement des forces, le prol&#233;tariat ayant enfin r&#233;ussi &#224; entra&#238;ner contre la bourgeoisie la paysannerie m&#233;contente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La continuit&#233; des &#233;tapes de la grande R&#233;volution fran&#231;aise, &#224; sa mont&#233;e comme &#224; son d&#233;clin, montre de fa&#231;on tout aussi convaincante que la force des &#034;chefs&#034; et des &#034;h&#233;ros&#034; consistait avant tout dans leur accord avec le caract&#232;re des classes et des couches sociales qui les appuyaient ; cette correspondance seule, et non des sup&#233;riorit&#233;s absolues, permit &#224; chacun d'entre eux de marquer de sa personnalit&#233; une certaine p&#233;riode historique. Il y a dans la succession au pouvoir des Mirabeau, Brissot, Robespierre, Barras, Bonaparte, une l&#233;gitimit&#233; objective infiniment plus puissante que les traits particuliers des protagonistes historiques eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait suffisamment que toutes les r&#233;volutions ont jusqu'ici suscit&#233; apr&#232;s elles des r&#233;actions et m&#234;me des contre-r&#233;volutions qui, il est vrai, n'ont jamais r&#233;ussi &#224; ramener la nation jusqu'&#224; son point de d&#233;part, tout en lui ravissant toujours la part du lion de ses conqu&#234;tes. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les pionniers, les initiateurs, les meneurs qui s'&#233;taient trouv&#233;s &#224; la t&#234;te des masses dans la premi&#232;re p&#233;riode sont les victimes de la premi&#232;re vague de r&#233;action, tandis qu'on voit appara&#238;tre au premier plan des hommes du second plan unis aux ennemis d'hier de la r&#233;volution. Les duels dramatiques des grands premiers r&#244;les sur la sc&#232;ne politique masquent des glissements dans les rapports entre les classes et, ce qui n'est pas moins important, de profonds changements dans la psychologie des masses, r&#233;volutionnaires la veille encore...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;pondant a de nombreux camarades qui demandaient avec &#233;tonnement ce qu'&#233;tait devenue l'activit&#233; du parti bolchevique et de la classe ouvri&#232;re, leur initiative r&#233;volutionnaire, leur fiert&#233; pl&#233;b&#233;ienne, d'o&#249; surgissait, &#224; la place de ces qualit&#233;s, tant de vilenie, de l&#226;chet&#233;, de pusillanimit&#233; et d'arrivisme, Rakovsky &#233;voquait les p&#233;rip&#233;ties de la R&#233;volution fran&#231;aise du XVIIIe si&#232;cle et l'exemple de Babeuf qui, sortant de la prison de l'Abbaye, se demandait lui aussi avec stupeur ce qu'&#233;tait devenu le peuple h&#233;ro&#239;que des faubourgs de Paris. La r&#233;volution est une grande d&#233;voreuse d'&#233;nergies individuelles et collectives. Les nerfs n'y tiennent pas, les consciences fl&#233;chissent, les caract&#232;res s'usent. Les &#233;v&#233;nements vont trop vite pour que l'afflux de forces nouvelles puisse compenser les d&#233;perditions. La famine, le ch&#244;mage, la perte des cadres de la r&#233;volution, l'&#233;limination des masses des postes dirigeants avaient amen&#233; une telle an&#233;mie physique et morale des faubourgs qu'il leur fallut plus de trente ans pour se lever de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation axiomatique des publicistes sovi&#233;tiques, selon laquelle les lois des r&#233;volutions bourgeoises sont &#034;inapplicables&#034; &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne, est d&#233;pourvue de tout contenu scientifique. Le caract&#232;re prol&#233;tarien de la r&#233;volution d'Octobre r&#233;sulte de la situation mondiale et d'un certain rapport des forces &#224; l'int&#233;rieur. Mais les classes elles-m&#234;mes, en Russie, s'&#233;taient form&#233;es au sein de la barbarie tsariste et d'un capitalisme arri&#233;r&#233;, et n'avaient pas &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;es sur commande &#224; la r&#233;volution socialiste. Bien au contraire : c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que le prol&#233;tariat russe, encore arri&#233;r&#233; &#224; bien des &#233;gards, avait fait en quelques mois le saut, sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire, d'une monarchie semi-f&#233;odale &#224; la dictature socialiste, que la r&#233;action devait in&#233;luctablement faire valoir ses droits dans ses propres rangs. Elle grandit au cours des guerres qui suivirent. Les conditions ext&#233;rieures et les &#233;v&#233;nements la nourrirent sans arr&#234;t. Une intervention suivait l'autre. Les pays d'Occident ne donnaient pas d'aide directe. Au lieu du bien-&#234;tre attendu, le pays vit la mis&#232;re s'installer chez lui pour longtemps. Les repr&#233;sentants les plus remarquables de la classe ouvri&#232;re avaient p&#233;ri dans la guerre civile ou, s'&#233;levant de quelques degr&#233;s, s'&#233;taient d&#233;tach&#233;s des masses. Ainsi survint, apr&#232;s une tension prodigieuse des forces, des esp&#233;rances et des illusions, une longue p&#233;riode de fatigue, de d&#233;pression et de d&#233;sillusion. Le reflux de la &#034;fiert&#233; pl&#233;b&#233;ienne&#034; eut pour suite un afflux d'arrivisme et de pusillanimit&#233;. Ces mar&#233;es port&#232;rent au pouvoir une nouvelle couche de dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mobilisation d'une arm&#233;e rouge de cinq millions d'hommes devait jouer dans la formation de la bureaucratie un r&#244;le consid&#233;rable. Les commandants victorieux prirent les postes importants dans les soviets locaux, dans la production, dans les &#233;coles, et ce fut pour apporter partout, obstin&#233;ment, le r&#233;gime qui leur avait fait gagner la guerre civile. Les masses furent partout peu &#224; peu &#233;limin&#233;es de la participation effective au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne au sein du prol&#233;tariat fit na&#238;tre de grandes esp&#233;rances et une grande assurance dans la petite bourgeoisie des villes et des campagnes qui, appel&#233;e par la Nep &#224; une vie nouvelle, s'enhardissait de plus en plus. La jeune bureaucratie, form&#233;e au d&#233;but pour servir le prol&#233;tariat, se sentit l'arbitre entre les classes. Elle fut de mois en mois plus autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation internationale agissait puissamment dans le m&#234;me sens. La bureaucratie sovi&#233;tique gagnait en assurance au fur et &#224; mesure que la classe ouvri&#232;re internationale subissait de plus lourdes d&#233;faites. Entre ces deux faits, la relation n'est pas seulement chronologique, elle est causale et r&#233;ciproque : la direction bureaucratique du mouvement contribuait aux d&#233;faites ; les d&#233;faites affermissaient la bureaucratie. La d&#233;faite de l'insurrection bulgare et la retraite sans gloire des ouvriers allemands en 1923. l'&#233;chec d'une tentative de soul&#232;vement en Esthonie en 1924, la perfide liquidation de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Angleterre et la conduite indigne des communistes polonais lors du coup de force de Pilsudsky en 1926, l'effroyable d&#233;faite de la R&#233;volution chinoise en 1927, les d&#233;faites plus graves encore qui suivirent en Allemagne et en Autriche &#8212; telles sont les catastrophes historiques qui ont ruin&#233; la confiance des masses en la r&#233;volution mondiale et permis &#224; la bureaucratie sovi&#233;tique de s'&#233;lever de plus en plus haut comme un phare indiquant la voie du salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les causes des d&#233;faites du prol&#233;tariat mondial au cours des treize derni&#232;res ann&#233;es, l'auteur se voit contraint de se r&#233;f&#233;rer &#224; ses ouvrages pr&#233;c&#233;dents, dans lesquels il s'est efforc&#233; de faire ressortir le r&#244;le funeste qu'ont jou&#233;, dans le mouvement r&#233;volutionnaire de tous les pays, les dirigeants conservateurs du Kremlin. Ce qui nous int&#233;resse surtout ici, c'est le fait &#233;difiant et incontestable que les d&#233;faites continues de la r&#233;volution en Europe et en Asie, tout en affaiblissant la situation internationale de l'U.R.S.S., ont extraordinairement affermi la bureaucratie sovi&#233;tique. Deux dates surtout sont m&#233;morables dans cette s&#233;rie historique. Dans la seconde moiti&#233; de 1923, l'attention des ouvriers sovi&#233;tiques se concentra avec passion sur l'Allemagne o&#249; le prol&#233;tariat paraissait avancer la main vers le pouvoir ; la retraite panique du Parti communiste allemand fut pour les masses ouvri&#232;res de l'U.R.S.S. une p&#233;nible d&#233;ception. La bureaucratie sovi&#233;tique d&#233;clencha aussit&#244;t sa campagne contre la &#034;r&#233;volution permanente&#034; et infligea &#224; l'opposition de gauche sa premi&#232;re cruelle d&#233;faite. En 1926-27 la population de l'U.R.S.S. eut un nouvel afflux d'espoir ; tous les regards se port&#232;rent cette fois sur l'Orient o&#249; se d&#233;roulait le drame de la R&#233;volution chinoise. L'opposition de gauche se remit de ses revers et recruta de nouveaux militants. A la fin de 1927, la R&#233;volution chinoise fut torpill&#233;e par le bourreau Tchang Kai-chek auquel les dirigeants de l'Internationale communiste avaient litt&#233;ralement livr&#233; les ouvriers et les paysans chinois. Une vague glac&#233;e de d&#233;senchantement passa sur les masses de l'U.R.S.S. Apr&#232;s une campagne fr&#233;n&#233;tique dans la presse et les r&#233;unions, la bureaucratie se d&#233;cida enfin &#224; proc&#233;der &#224; des arrestations en masse d'opposants (1928).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des dizaines de milliers de militants r&#233;volutionnaires s'&#233;taient, il est vrai, rassembl&#233;s sous le drapeau des bolcheviks-l&#233;ninistes. Les ouvriers consid&#233;raient l'opposition avec une sympathie certaine. Mais une sympathie qui restait passive, car on ne croyait d&#233;j&#224; plus pouvoir modifier la situation en luttant. Or la bureaucratie affirmait : &#034;L'opposition se pr&#233;pare &#224; nous jeter dans une guerre r&#233;volutionnaire pour la r&#233;volution internationale. Assez de bouleversements ! Nous avons m&#233;rit&#233; quelque repos. Nous b&#226;tirons chez nous la soci&#233;t&#233; socialiste. Comptez sur nous qui sommes vos chefs !&#034; Cette propagande du repos, cimentant le bloc des fonctionnaires et des militaires, trouvait &#224; n'en pas douter un &#233;cho chez les ouvriers fatigu&#233;s, et plus encore dans les masses paysannes. On se demandait si l'opposition n'&#233;tait pas dispos&#233;e &#224; sacrifier les int&#233;r&#234;ts de l'U.R.S.S. &#224; la &#034;r&#233;volution permanente&#034;. En fait, c'&#233;taient les int&#233;r&#234;ts vitaux de l'U.R.S.S. qui &#233;taient en jeu. En dix ans, la politique erron&#233;e de l'Internationale communiste avait assur&#233; la victoire de Hitler en Allemagne, c'est-&#224;-dire un grave danger de guerre &#224; l'ouest ; une politique non moins erron&#233;e fortifiait l'imp&#233;rialisme japonais et rapprochait au plus haut point le danger &#224; l'est. Mais les p&#233;riodes de r&#233;action sont surtout caract&#233;ris&#233;es par le manque de courage intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition se trouva isol&#233;e. La bureaucratie battait le fer tant qu'il &#233;tait chaud. Exploitant le d&#233;sarroi et la passivit&#233; des travailleurs, dressant les plus arri&#233;r&#233;s contre les plus avanc&#233;s, s'appuyant toujours plus hardiment sur le koulak et de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale sur l'alli&#233; petit-bourgeois, la bureaucratie r&#233;ussit &#224; triompher en quelques ann&#233;es de l'avant-garde r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il serait na&#239;f de croire que Staline, inconnu des masses, sortit tout &#224; coup des coulisses arm&#233; d'un plan strat&#233;gique tout fait. Non. Avant qu'il n'ait lui-m&#234;me entrevu sa voie, la bureaucratie l'avait choisi. Il lui donnait toutes les garanties d&#233;sirables : le prestige d'un vieux-bolchevik, un caract&#232;re ferme, un esprit &#233;troit, une liaison indissoluble avec les bureaux, seule source de son influence personnelle. Staline fut au d&#233;but surpris lui-m&#234;me par son succ&#232;s. C'&#233;tait l'approbation unanime d'une nouvelle couche dirigeante qui cherchait &#224; s'affranchir des vieux principes comme du contr&#244;le des masses et qui avait besoin d'un arbitre s&#251;r dans ses affaires int&#233;rieures. Figure de second plan pour les masses et la r&#233;volution, Staline se r&#233;v&#233;la le chef incontest&#233; de la bureaucratie thermidorienne, le premier d'entre les thermidoriens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il apparut bient&#244;t que la nouvelle couche dirigeante avait ses id&#233;es, ses sentiments et, ce qui importe davantage, ses int&#233;r&#234;ts propres. La tr&#232;s grande majorit&#233; des bureaucrates de la g&#233;n&#233;ration actuelle &#233;taient, pendant la r&#233;volution d'Octobre, de l'autre c&#244;t&#233; de la barricade (c'est le cas, pour ne consid&#233;rer que les diplomates sovi&#233;tiques, de MM. Troyanovski, Mayski, Potemkine, Souritz, Khintchouk et autres...) ou, dans le meilleur des cas, &#224; l'&#233;cart de la lutte. Ceux d'entre les bureaucrates d'aujourd'hui qui, aux jours d'Octobre, &#233;taient avec les bolcheviks, n'avaient pas, pour la plupart, de r&#244;le tant soit peu important. Quant aux jeunes bureaucrates, ils sont form&#233;s et s&#233;lectionn&#233;s par les vieux et souvent dans leur propre prog&#233;niture. Ces hommes n'auraient pas fait la r&#233;volution d'Octobre. Ils se trouv&#232;rent les mieux adapt&#233;s pour l'exploiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les facteurs individuels n'ont pas &#233;t&#233;, naturellement, sans influence dans cette succession de chapitres historiques. Il est certain que la maladie et la mort de L&#233;nine ont h&#226;t&#233; le d&#233;nouement. Si L&#233;nine avait v&#233;cu plus longtemps, l'avance de la puissance bureaucratique e&#251;t &#233;t&#233; plus lente, tout au moins dans les premi&#232;res ann&#233;es. Mais, d&#232;s 1926, Kroupska&#239;a disait &#224; des opposants de gauche : &#034;Si L&#233;nine &#233;tait vivant, il serait certainement en prison.&#034; Les pr&#233;visions et les appr&#233;hensions de L&#233;nine &#233;taient encore fra&#238;ches dans sa m&#233;moire et elle ne se faisait pas d'illusions sur sa puissance &#224; s'opposer aux vents et aux courants contraires de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie n'a pas vaincu la seule opposition de gauche, elle a aussi vaincu le parti bolchevique. Elle a vaincu le programme de L&#233;nine, qui voyait le danger principal dans la transformation des organes de l'Etat &#034;de serviteurs de la soci&#233;t&#233; en ma&#238;tres de la soci&#233;t&#233;&#034;. Elle a vaincu tous ses adversaires &#8212; l'opposition, le parti de L&#233;nine &#8212; non &#224; l'aide d'arguments et d'id&#233;es, mais en les &#233;crasant sous son propre poids social. L'arri&#232;re-train plomb&#233; s'est trouv&#233; plus lourd que la t&#234;te de la r&#233;volution. Telle est l'explication du Thermidor sovi&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
LA DEGENERESCENCE DU PARTI BOLCHEVIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti bolchevique avait pr&#233;par&#233; et remport&#233; la victoire d'Octobre. Il avait b&#226;ti l'Etat sovi&#233;tique en lui donnant une ferme ossature. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence du parti fut la cause et la cons&#233;quence de la bureaucratisation de l'Etat. Il importe de montrer tout au moins bri&#232;vement comment les choses se sont pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime int&#233;rieur du parti bolchevique est caract&#233;ris&#233; par les m&#233;thodes du centralisme d&#233;mocratique. L'union de ces deux notions n'implique aucune contradiction. Le parti veillait &#224; ce que ses fronti&#232;res fussent toujours strictement d&#233;limit&#233;es, mais il entendait que tous ceux qui p&#233;n&#233;traient &#224; l'int&#233;rieur de ces fronti&#232;res eussent r&#233;ellement le droit de d&#233;terminer l'orientation de sa politique. La libre critique et la lutte des id&#233;es formaient le contenu intangible de la d&#233;mocratie du parti. La doctrine actuelle, qui proclame l'incompatibilit&#233; du bolchevisme avec l'existence des fractions, est en d&#233;saccord avec les faits. C'est un mythe de la d&#233;cadence. L'histoire du bolchevisme est en r&#233;alit&#233; celle de la lutte des fractions. Et comment une organisation authentiquement r&#233;volutionnaire qui se donne pour but de retourner le monde et rassemble sous ses enseignes des n&#233;gateurs, des r&#233;volt&#233;s et des combattants de toute t&#233;m&#233;rit&#233;, pourrait-elle vivre et cro&#238;tre sans conflits id&#233;ologiques, sans groupements, sans formations fractionnelles temporaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clairvoyance de la direction du parti r&#233;ussit maintes fois &#224; att&#233;nuer et &#224; abr&#233;ger les luttes fractionnelles, mais ne put faire davantage. Le comit&#233; central s'appuyait sur cette base effervescente, il y puisait la hardiesse de d&#233;cider et d'ordonner. La justesse manifeste de ses vues &#224; toutes les &#233;tapes critiques lui conf&#233;rait une haute autorit&#233;, pr&#233;cieux capital moral de la centralisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime du parti bolchevique, surtout avant la prise du pouvoir, &#233;tait donc aux antipodes de celui de l'Internationale communiste actuellement, avec ses &#034;chefs&#034; nomm&#233;s hi&#233;rarchiquement, ses tournants ex&#233;cut&#233;s sur commande, ses bureaux incontr&#244;l&#233;s, son d&#233;dain de la base, sa servilit&#233; envers le Kremlin. Dans les premi&#232;res ann&#233;es qui suivirent la prise du pouvoir, quand le parti commen&#231;ait &#224; se couvrir de la rouille bureaucratique, n'importe quel bolchevik, et Staline comme tout autre, e&#251;t trait&#233; d'inf&#226;me calomniateur quiconque e&#251;t projet&#233; sur l'&#233;cran l'image du parti tel qu'il devait devenir dix ou quinze ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine et ses collaborateurs eurent pour invariable premier souci de pr&#233;server les rangs du parti bolchevique des tares du pouvoir. Pourtant, l'&#233;troite connexion et quelquefois la fusion des organes du parti et de l'Etat port&#232;rent d&#232;s les premi&#232;res ann&#233;es un pr&#233;judice certain &#224; la libert&#233; et &#224; l'&#233;lasticit&#233; du r&#233;gime int&#233;rieur du parti. La d&#233;mocratie se r&#233;tr&#233;cissait au fur et &#224; mesure que croissaient les difficult&#233;s. Le parti voulut et esp&#233;ra d'abord conserver dans le cadre des soviets la libert&#233; des luttes politiques. La guerre civile apporta &#224; cet espoir un correctif s&#233;v&#232;re. Les partis d'opposition furent supprim&#233;s l'un apr&#232;s l'autre. Les chefs du bolchevisme voyaient dans ces mesures, en contradiction &#233;vidente avec l'esprit de la d&#233;mocratie sovi&#233;tique, non des d&#233;cisions de principe, mais des n&#233;cessites &#233;pisodiques de la d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rapide croissance du parti gouvernant, en pr&#233;sence de la nouveaut&#233; et de l'immensit&#233; des t&#226;ches, engendrait in&#233;vitablement des divergences de vues. Les courants d'opposition, sous-jacents dans le pays, exer&#231;aient de diverses fa&#231;ons leurs pressions sur le seul parti l&#233;gal, aggravant l'&#226;pret&#233; des luttes fractionnelles. Vers la fin de la guerre civile, cette lutte rev&#234;tit des formes si vives qu'elle mena&#231;a d'&#233;branler le pouvoir. En mars 1921, au moment du soul&#232;vement de Cronstadt, qui entra&#238;na pas mal de bolcheviks, le Xe congr&#232;s du parti se vit contraint de recourir &#224; l'interdiction des fractions, c'est-&#224;-dire d'&#233;tendre &#224; la vie int&#233;rieure du parti dirigeant le r&#233;gime politique de l'Etat. L'interdiction des fractions &#233;tait, r&#233;p&#233;tons-le, con&#231;ue comme une mesure exceptionnelle appel&#233;e &#224; tomber en d&#233;su&#233;tude d&#232;s la premi&#232;re am&#233;lioration s&#233;rieuse de la situation. Le comit&#233; central se montrait d'ailleurs extr&#234;mement circonspect dans l'application de la nouvelle loi, et surtout soucieux de ne pas &#233;touffer la vie int&#233;rieure du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui n'avait &#233;t&#233; dans les intentions du d&#233;but que le tribut pay&#233; par n&#233;cessit&#233; &#224; de p&#233;nibles circonstances, se trouva fort du go&#251;t de la bureaucratie, qui se mettait &#224; consid&#233;rer la vie int&#233;rieure du parti sous l'angle exclusif de la commodit&#233; des gouvernants. D&#232;s 1922, sa sant&#233; s'&#233;tant momentan&#233;ment am&#233;lior&#233;e, L&#233;nine s'effraya de la croissance mena&#231;ante de la bureaucratie et pr&#233;para une offensive contre la fraction Staline, devenue le pivot de l'appareil du parti avant de s'emparer de celui de l'Etat. La seconde attaque du mal, puis la mort, ne lui donn&#232;rent pas la possibilit&#233; de mesurer ses forces &#224; celles de la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les efforts de Staline, avec lequel marchaient &#224; ce moment Zinoviev et Kamenev, tendirent d&#233;sormais &#224; lib&#233;rer l'appareil du parti du contr&#244;le des membres. Staline fut, dans cette lutte pour la &#034;stabilit&#233;&#034; du comit&#233; central, plus cons&#233;quent et plus ferme que ses alli&#233;s. Il n'avait pas &#224; se d&#233;tourner des probl&#232;mes internationaux dont il ne s'&#233;tait jamais occup&#233;. La mentalit&#233; petite-bourgeoise de la nouvelle couche dirigeante &#233;tait la sienne propre. Il croyait profond&#233;ment que la construction du socialisme &#233;tait d'ordre national et administratif. Il consid&#233;rait l'Internationale communiste comme un mal n&#233;cessaire dont il fallait, autant que faire se pouvait, tirer parti &#224; des fins de politique &#233;trang&#232;re. Le parti n'avait de prix &#224; ses yeux que comme la base ob&#233;issante des bureaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que la th&#233;orie du socialisme dans un seul pays, une autre th&#233;orie fut formul&#233;e &#224; l'usage de la bureaucratie, selon laquelle, pour le bolchevisme, le comit&#233; central est tout, le parti rien. Cette seconde th&#233;orie fut en tout cas r&#233;alis&#233;e avec plus de succ&#232;s que la premi&#232;re. Mettant &#224; profit la mort de L&#233;nine, la bureaucratie commen&#231;a la campagne de recrutement dite de la &#034;promotion de L&#233;nine&#034;. Les portes du parti, jusqu'alors bien gard&#233;es, s'ouvrirent toutes grandes : les ouvriers, les employ&#233;s, les fonctionnaires s'y engouffr&#232;rent en masse. Politiquement, il s'agissait de r&#233;sorber l'avant-garde r&#233;volutionnaire dans un mat&#233;riel humain d&#233;pourvu d'exp&#233;rience et de personnalit&#233;, mais accoutum&#233; en revanche &#224; ob&#233;ir aux chefs. Ce dessein r&#233;ussit. En lib&#233;rant la bureaucratie du contr&#244;le de l'avant-garde prol&#233;tarienne, la &#034;promotion de L&#233;nine&#034; porta un coup mortel au parti de L&#233;nine. Les bureaux avaient conquis l'ind&#233;pendance qui leur &#233;tait n&#233;cessaire. Le centralisme d&#233;mocratique fit place au centralisme bureaucratique. Les services du parti furent radicalement remani&#233;s du haut en bas. L'ob&#233;issance devint la principale vertu du bolchevik. Sous le drapeau de la lutte contre l'opposition, on se mit &#224; remplacer les r&#233;volutionnaires par des fonctionnaires. L'histoire du parti bolchevique devint celle de sa prompte d&#233;g&#233;n&#233;rescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La signification politique de la lutte en cours s'obscurcissait pour beaucoup du fait que les dirigeants des trois tendances, la droite, le centre et la gauche, appartenaient &#224; un seul &#233;tat-major, celui du Kremlin, le bureau politique : les esprits superficiels croyaient &#224; des rivalit&#233;s personnelles, &#224; la lutte pour la &#034;succession&#034; de L&#233;nine. Mais, sous une dictature de fer, les antagonismes sociaux ne pouvaient en r&#233;alit&#233; se manifester, au d&#233;but, qu'&#224; travers les institutions du parti gouvernant. Bien des thermidoriens sortirent du parti jacobin dont Bonaparte commen&#231;a par &#234;tre un des adh&#233;rents ; et ce fut parmi les anciens jacobins que le Premier consul et, par la suite, l'empereur des Fran&#231;ais trouva ses serviteurs les plus fid&#232;les. Les temps changent et les jacobins, y compris ceux du XXe si&#232;cle, changent avec les temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du bureau politique du temps de L&#233;nine, il ne reste que Staline : deux de ses membres, Zinoviev et Kamenev, qui furent pendant les longues ann&#233;es d'&#233;migration les collaborateurs les plus intimes de L&#233;nine, purgent, au moment o&#249; j'&#233;cris, une peine de dix ann&#233;es de r&#233;clusion pour un crime qu'ils n'ont pas commis ; trois autres, Rykov, Boukharine et Tomski sont tout &#224; fait &#233;cart&#233;s du pouvoir, bien qu'on ait r&#233;compens&#233; leur r&#233;signation en leur accordant des fonctions de second plan ; enfin, l'auteur de ces lignes est banni. La veuve de L&#233;nine, Kroupska&#239;a, est tenue en suspicion, n'ayant pas su, quels qu'aient &#233;t&#233; ses efforts dans ce sens, s'adapter &#224; Thermidor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres actuels du bureau politique ont occup&#233; dans l'histoire du parti bolchevique des places secondaires. Si quelqu'un avait proph&#233;tis&#233; leur &#233;l&#233;vation dans les premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution, ils en eussent &#233;t&#233; stup&#233;faits eux-m&#234;mes. La r&#232;gle selon laquelle le bureau politique a toujours raison, et que personne ne saurait en tout cas avoir raison contre lui, n'en est appliqu&#233;e qu'avec plus de rigueur. Mais le bureau politique lui-m&#234;me ne saurait avoir raison contre Staline qui, ne pouvant se tromper, ne peut par cons&#233;quent avoir raison contre lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication du retour du parti &#224; la d&#233;mocratie fut en son temps la plus obstin&#233;e et la plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e des revendications de tous les groupements d'opposition. La plate-forme de l'opposition de gauche de 1927 exigeait l'introduction dans le code p&#233;nal d'un article &#034;punissant comme un crime grave contre l'Etat toute pers&#233;cution directe ou indirecte d'un ouvrier en raison de critiques qu'il aurait formul&#233;es...&#034; On trouva plus tard dans le code p&#233;nal un article &#224; appliquer &#224; l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la d&#233;mocratie du parti, il ne reste que des souvenirs dans la m&#233;moire de la vieille g&#233;n&#233;ration. Avec elle, la d&#233;mocratie des soviets, des syndicats, des coop&#233;ratives, des organisations sportives et culturelles s'est &#233;vanouie. La hi&#233;rarchie des secr&#233;taires domine tout et tous. Le r&#233;gime avait acquis un caract&#232;re totalitaire plusieurs ann&#233;es avant que le terme ne nous vint d'Allemagne. &#034;A l'aide des m&#233;thodes d&#233;moralisantes qui transforment les communistes pensants en automates, tuent la volont&#233;, le caract&#232;re, la dignit&#233; humaine&#034;, &#233;crivait Rakovsky en 1928, &#034;la coterie gouvernante a su devenir une oligarchie inamovible et inviolable ; et elle s'est substitu&#233;e &#224; la classe et au parti.&#034; Depuis que ces lignes indign&#233;es ont et&#233; &#233;crites, la d&#233;g&#233;n&#233;rescence a fait d'immenses progr&#232;s. La Gu&#233;p&#233;ou est devenu le facteur d&#233;cisif de la vie int&#233;rieure du parti. Si Molotov a pu, en mars 1936, se f&#233;liciter devant un journaliste fran&#231;ais de ce que le parti gouvernant ne connaisse plus de luttes fractionnelles, c'est uniquement parce que les divergences de vues y sont d&#233;sormais r&#233;gl&#233;es par l'intervention m&#233;canique de la police politique. Le vieux parti bolchevique est mort, aucune force ne le ressuscitera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; la d&#233;g&#233;n&#233;rescence politique du parti s'accentuait la corruption d'une bureaucratie &#233;chappant &#224; tout contr&#244;le. Appliqu&#233; au gros fonctionnaire privil&#233;gi&#233;, le mot &#034;sovbour &#034; &#8212; bourgeois sovi&#233;tique &#8212; entra de bonne heure dans le vocabulaire ouvrier. Avec la Nep, les tendances bourgeoises b&#233;n&#233;fici&#232;rent d'un terrain plus favorable. L&#233;nine mettait en garde le XIe congr&#232;s du parti, en mars 1922, contre la corruption des milieux dirigeants. Il est plus d'une fois arriv&#233; dans l'histoire, disait-il, que le vainqueur ait adopt&#233; la civilisation du vaincu, si celle-ci &#233;tait sup&#233;rieure. La culture de la bourgeoisie et de la bureaucratie russes &#233;tait mis&#233;rable, sans doute. Mais, h&#233;las ! les nouvelles couches dirigeantes le c&#232;dent encore &#224; cette culture-l&#224;. &#034;Quatre mille sept cents communistes responsables dirigent &#224; Moscou la machine gouvernementale. Qui dirige et qui est dirig&#233; ? Je doute fort qu'on puisse dire que ce sont les communistes qui dirigent...&#034; L&#233;nine n'eut plus &#224; prendre la parole dans les congr&#232;s du parti. Mais toute sa pens&#233;e, dans les derniers mois de sa vie, fut tendue vers la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;munir et d'armer les ouvriers contre l'oppression, l'arbitraire et la corruption bureaucratiques. Il ne lui avait &#233;t&#233; donn&#233; cependant que d'observer les premiers sympt&#244;mes du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christian Rakovsky, l'ancien pr&#233;sident du Conseil des commissaires du peuple d'Ukraine, qui fut plus tard ambassadeur des Soviets &#224; Londres et &#224; Paris, se trouvant en d&#233;portation, envoya en 1928 &#224; ses amis une courte &#233;tude sur la bureaucratie &#224; laquelle nous avons d&#233;j&#224; emprunt&#233; quelques lignes plus haut, car elle reste ce qui a &#233;t&#233; &#233;crit de mieux sur ce sujet [1]. &#034;Dans l'esprit de L&#233;nine et dans tous nos esprits, &#233;crit Rakovsky, l'objet de la direction du parti &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment de pr&#233;server le parti et la classe ouvri&#232;re de l'action dissolvante des privil&#232;ges, des avantages et des faveurs propres au pouvoir, de les pr&#233;server de tout rapprochement avec les restes de l'ancienne noblesse et de l'ancienne petite bourgeoisie, de l'influence d&#233;moralisante de la Nep, de la s&#233;duction des moeurs bourgeoises et de leur id&#233;ologie... Il faut dire franchement, nettement, bien haut, que cette t&#226;che, les bureaux du parti ne l'ont point remplie, qu'ils ont fait preuve dans leur double r&#244;le de pr&#233;servation et d'&#233;ducation d'une incapacit&#233; compl&#232;te, fait banqueroute, manqu&#233; au devoir...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que Rakovsky, bris&#233; par la r&#233;pression bureaucratique, a par la suite reni&#233; ses critiques. Mais le septuag&#233;naire Galil&#233;e fut contraint, dans les tenailles de la Sainte Inquisition, d'abjurer le syst&#232;me de Copernic, ce qui n'emp&#234;cha pas la terre de tourner. Nous ne croyons pas &#224; l'abjuration du sexag&#233;naire Rakovsky, car il a lui-m&#234;me fait plus d'une fois l'analyse impitoyable d'abjurations de ce genre. Mais sa critique politique a trouv&#233; dans les faits objectifs une base beaucoup plus s&#251;re que dans la fermet&#233; subjective de son auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conqu&#234;te du pouvoir ne modifie pas seulement l'attitude du prol&#233;tariat envers les autres classes, elle change aussi sa structure int&#233;rieure. L'exercice du pouvoir devient la sp&#233;cialit&#233; d'un groupement social d&#233;termin&#233;, qui tend avec d'autant plus d'impatience &#224; trancher sa propre &#034;question sociale&#034; qu'il a une id&#233;e plus haute de sa mission. &#034;Dans l'Etat prol&#233;tarien, o&#249; l'accumulation capitaliste n'est pas permise aux membres du parti dirigeant, la diff&#233;renciation est d'abord fonctionnelle, puis elle devient sociale. Je ne dis pas qu'elle devienne une diff&#233;renciation de classe, je dis qu'elle devient une diff&#233;renciation sociale...&#034; Rakovsky explique : &#034;La position sociale du communiste qui a &#224; sa disposition une auto, un bon logement, des cong&#233;s r&#233;guliers et qui re&#231;oit le maximum d'appointements fix&#233; par le parti diff&#232;re de celle du communiste qui, travaillant dans les houill&#232;res, gagne de 50 &#224; 60 roubles par mois.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enum&#233;rant les causes de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence des jacobins au pouvoir, l'enrichissement, les fournitures de l'Etat, etc., Rakovsky cite une curieuse remarque de Babeuf sur le r&#244;le jou&#233; dans cette &#233;volution par les femmes de la noblesse, tr&#232;s recherch&#233;es des jacobins. &#034;Que faites-vous, s'exclame Babeuf, l&#226;ches pl&#233;b&#233;iens ? Elles vous embrassent aujourd'hui, elles vous &#233;gorgeront demain.&#034; Le recensement des &#233;pouses des dirigeants, en U.R.S.S., donnerait un tableau analogue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sosnovsky, journaliste sovi&#233;tique connu, indiquait le r&#244;le du &#034;facteur auto-garage&#034; dans la formation de la bureaucratie. Il est vrai que, avec Rakovsky, Sosnovsky s'est repenti et est revenu de Sib&#233;rie. Les moeurs de la bureaucratie n'en ont pas &#233;t&#233; am&#233;lior&#233;es. Au contraire, le repentir d'un Sosnovsky prouve les progr&#232;s de la d&#233;moralisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieux articles de Sosnovsky, qui passaient nagu&#232;re de mains en mains &#224; l'&#233;tat de manuscrits, contiennent pr&#233;cis&#233;ment d'inoubliables &#233;pisodes de la vie des nouveaux dirigeants montrant bien &#224; quel point les vainqueurs se sont assimil&#233; les moeurs des vaincus. Sans revenir aux ann&#233;es r&#233;volues &#8212; Sosnovsky ayant en 1934 troqu&#233; d&#233;finitivement son fouet contre une lyre &#8212;, bornons-nous &#224; des exemples r&#233;cents emprunt&#233;s &#224; la presse sovi&#233;tique, en choisissant non les &#034;abus&#034;, mais les faits ordinaires, officiellement admis par l'opinion publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le directeur d'une usine moscovite, communiste connu, se f&#233;licite dans la Pravda du d&#233;veloppement culturel de son entreprise. Un m&#233;canicien lui t&#233;l&#233;phone : &#034;M'ordonnez-vous d'arr&#234;ter le martin ou de patienter ?&#034; &#8212; &#034;Je r&#233;ponds, dit-il, attends un moment...&#034; Le m&#233;canicien lui parle avec d&#233;f&#233;rence, le directeur tutoie le m&#233;canicien. Et ce dialogue indigne, impossible dans un pays capitaliste civilis&#233;, le directeur le relate lui-m&#234;me comme tout &#224; fait banal ! La r&#233;daction n'y fait pas d'objections, ne remarquant rien ; les lecteurs ne protestent pas, ayant l'habitude. Ne nous &#233;tonnons pas non plus : aux audiences solennelles du Kremlin, les &#034;chefs&#034; et les commissaires du peuple tutoient leurs subordonn&#233;s, directeurs d'usines, pr&#233;sidents de kolkhozes, contrema&#238;tres et ouvri&#232;res invit&#233;s pour &#234;tre d&#233;cor&#233;s. Comment ne pas se rappeler que l'un des mots d'ordre r&#233;volutionnaires les plus populaires sous l'ancien r&#233;gime exigeait la fin du tutoiement des subordonn&#233;s par les chefs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etonnants par leur sans-g&#234;ne seigneurial, les dialogues des dirigeants du Kremlin avec le &#034;peuple&#034; attestent sans erreur possible qu'en d&#233;pit de la r&#233;volution d'Octobre, de la nationalisation des moyens de production, de la collectivisation et de la &#034;liquidation des koulaks en tant que classe&#034;, les rapports entre les hommes, et ce, tout au sommet de la pyramide sovi&#233;tique, loin de s'&#233;lever jusqu'au socialisme, n'acc&#232;dent pas encore sous bien des rapports au niveau du capitalisme cultiv&#233;. Un tr&#232;s grand pas en arri&#232;re a &#233;t&#233; fait dans cet important domaine au cours des derni&#232;res ann&#233;es, le Thermidor sovi&#233;tique qui a donn&#233; &#224; une bureaucratie peu cultiv&#233;e une ind&#233;pendance compl&#232;te, soustraite &#224; tout contr&#244;le, et aux masses la fameuse directive du silence et de l'ob&#233;issance, &#233;tant incontestablement la cause des r&#233;cidives de la vieille barbarie russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne songeons pas &#224; opposer &#224; l'abstraction dictature l'abstraction d&#233;mocratie pour peser leurs qualit&#233;s respectives sur les balances de la raison pure. Tout est relatif en ce monde ou il n'est de permanent que le changement. La dictature du parti bolchevique fut dans l'histoire l'un des instruments les plus puissants du progr&#232;s. Mais ici, comme dit le po&#232;te, Vernunft wird Unsinn, wohltat Plage[2]. L'interdiction des partis d'opposition entra&#238;na l'interdiction des fractions ; l'interdiction des fractions aboutit &#224; l'interdiction de penser autrement que le chef infaillible. Le monolithisme policier du parti eut pour cons&#233;quence l'impunit&#233; bureaucratique, qui devint &#224; son tour la cause de toutes les vari&#233;t&#233;s de d&#233;moralisation et de corruption.&lt;br class='autobr' /&gt;
LES CAUSES SOCIALES DE THERMIDOR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;fini le Thermidor sovi&#233;tique comme la victoire de la bureaucratie sur les masses. Nous avons essay&#233; de montrer les conditions historiques de cette victoire. L'avant-garde r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat fut en partie absorb&#233;e par les services de l'Etat et peu &#224; peu d&#233;moralis&#233;e, en partie d&#233;truite dans la guerre civile, en partie &#233;limin&#233;e et &#233;cras&#233;e. Les masses fatigu&#233;es et d&#233;&#231;ues n'avaient qu'indiff&#233;rence pour ce qui se passait dans les milieux dirigeants. Ces conditions, si importantes qu'elles soient, ne suffisent nullement &#224; nous expliquer comment la bureaucratie a r&#233;ussi &#224; s'&#233;lever au-dessus de la soci&#233;t&#233; et &#224; prendre pour longtemps en main les destin&#233;es de celle-ci ; sa seule volont&#233; e&#251;t &#233;t&#233; en tout cas insuffisante ; la formation d'une nouvelle couche dirigeante doit avoir des causes sociales plus profondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lassitude des masses et la d&#233;moralisation des cadres ont aussi contribu&#233; au XVIIIe si&#232;cle &#224; la victoire des thermidoriens sur les jacobins. Mais un processus organique et historique plus profond s'accomplissait sous ces ph&#233;nom&#232;nes, en r&#233;alit&#233; secondaires. Les jacobins avaient leur appui dans les couches inf&#233;rieures de la petite bourgeoisie, soulev&#233;es par la puissante vague ; or la r&#233;volution du XVIIIe si&#232;cle, r&#233;pondant au d&#233;veloppement des forces productives, ne pouvait manquer d'amener enfin au pouvoir la grande bourgeoisie. Thermidor ne fut qu'une des &#233;tapes de cette &#233;volution in&#233;vitable. Quelle n&#233;cessit&#233; sociale s'exprime donc dans le Thermidor sovi&#233;tique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons tent&#233; dans un chapitre pr&#233;c&#233;dent de donner une explication pr&#233;alable du triomphe du gendarme. Force nous est de continuer ici l'analyse des conditions du passage du capitalisme au socialisme et du r&#244;le qu'y joue l'Etat. Confrontons une fois de plus la pr&#233;vision th&#233;orique et la r&#233;alit&#233;. &#034;Il est encore n&#233;cessaire de contraindre la bourgeoisie&#034;, &#233;crivait L&#233;nine en 1917, traitant de la p&#233;riode qui devait suivre la conqu&#234;te du pouvoir, &#034;mais l'organe de la contrainte, c'est d&#233;j&#224; la majorit&#233; de la population et non plus la minorit&#233;, comme ce fut toujours le cas jusqu'&#224; pr&#233;sent... En ce sens, l'Etat commence &#224; d&#233;p&#233;rir.&#034; En quoi s'exprime son d&#233;p&#233;rissement ? D'abord en ce qu'au lieu &#034;d'institutions sp&#233;ciales appartenant &#224; la minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e&#034; (fonctionnaires privil&#233;gi&#233;s, commandement de l'arm&#233;e permanente), la majorit&#233; peut elle-m&#234;me &#034;remplir&#034; les fonctions de coercition. L&#233;nine formule plus loin une th&#232;se indiscutable sous sa forme axiomatique : &#034;Plus les fonctions du pouvoir deviennent celles du peuple entier et moins ce pouvoir est n&#233;cessaire.&#034; L'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production &#233;limine la t&#226;che principale de l'Etat form&#233; par l'histoire : la d&#233;fense des privil&#232;ges de propri&#233;t&#233; de la minorit&#233; contre la tr&#232;s grande majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat commence, d'apr&#232;s L&#233;nine, d&#232;s le lendemain de l'expropriation des expropriateurs, c'est-&#224;-dire avant que le nouveau r&#233;gime ait pu aborder ses t&#226;ches &#233;conomiques et culturelles. Chaque succ&#232;s dans l'accomplissement de ces t&#226;ches signifie une nouvelle &#233;tape de la r&#233;sorption de l'Etat dans la soci&#233;t&#233; socialiste. Le degr&#233; de cette r&#233;sorption est le meilleur indice de la profondeur et de l'efficacit&#233; de l'&#233;dification socialiste. On peut formuler le th&#233;or&#232;me sociologique suivant : la contrainte exerc&#233;e par les masses dans l'&#233;tat ouvrier est directement proportionelle aux forces tendant &#224; l'exploitation ou &#224; la restauration capitaliste et inversement proportionnelle &#224; la solidarit&#233; sociale et au d&#233;vouement commun au nouveau r&#233;gime. La bureaucratie &#8212; en d'autres termes, &#034;les fonctionnaires privil&#233;gi&#233;s et le commandement de l'arm&#233;e permanente&#034; &#8212; r&#233;pond &#224; une vari&#233;t&#233; particuli&#232;re de la contrainte que les masses ne peuvent pas ou ne veulent pas appliquer et qui s'exerce d'une fa&#231;on ou d'une autre contre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les soviets d&#233;mocratiques avaient conserv&#233; jusqu'&#224; ce jour leur force et leur ind&#233;pendance, tout en demeurant tenus de recourir &#224; la coercition dans la m&#234;me mesure qu'au cours des premi&#232;res ann&#233;es, ce fait e&#251;t suffi &#224; nous inqui&#233;ter s&#233;rieusement. Quelle ne doit pas &#234;tre notre inqui&#233;tude en pr&#233;sence d'une situation o&#249; les soviets des masses ont d&#233;finitivement quitt&#233; la sc&#232;ne, c&#233;dant leurs fonctions coercitives &#224; Staline, Iagoda et Cie ! Et quelles fonctions coercitives ! Demandons-nous pour commencer quelle est la cause sociale de cette vitalit&#233; opini&#226;tre de l'Etat et par-dessus tout de sa &#034;gendarmisation&#034;. L'importance de cette question est par elle-m&#234;me &#233;vidente : selon la r&#233;ponse que nous lui donnerons, nous devrons ou r&#233;viser radicalement nos id&#233;es traditionnelles sur la soci&#233;t&#233; socialiste en g&#233;n&#233;ral ou repousser tout aussi radicalement les appr&#233;ciations officielles sur l'U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons dans un num&#233;ro r&#233;cent d'un journal de Moscou la caract&#233;ristique st&#233;r&#233;otyp&#233;e du r&#233;gime sovi&#233;tique actuel, l'une de ces caract&#233;ristiques que l'on r&#233;p&#232;te chaque jour et que les &#233;coliers apprennent par coeur. &#034;Les classes parasites des capitalistes, des propri&#233;taires fonciers et des paysans riches sont &#224; jamais liquid&#233;es en U.R.S.S. o&#249; l'on a de la sorte mis fin pour toujours &#224; l'exploitation de l'homme par l'homme. Toute l'&#233;conomie nationale est devenue socialiste et le mouvement Stakhanov grandissant pr&#233;pare les conditions du passage du socialisme au communisme.&#034; (Pravda, 4 avril 1936). La presse mondiale de l'Internationale communiste ne dit pas autre chose, comme de juste. Mais si l'on a mis fin &#034;pour toujours&#034; &#224; l'exploitation, si le pays est r&#233;ellement engag&#233; dans la voie du communisme, c'est-&#224;-dire dans la phase sup&#233;rieure, il ne reste &#224; la soci&#233;t&#233; qu'&#224; jeter bas, enfin, la camisole de force de l'Etat. Au lieu de quoi &#8212; et c'est l&#224; un contraste &#224; peine concevable ! &#8212; l'Etat sovi&#233;tique prend un aspect bureaucratique et totalitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut faire ressortir la m&#234;me contradiction fatale en &#233;voquant le sort du parti, La question se formule &#224; peu pr&#232;s ainsi : Pourquoi pouvait-on en 1917-21, quand les anciennes classes dominantes r&#233;sistaient encore les armes &#224; la main, quand les imp&#233;rialistes du monde entier les soutenaient effectivement, quand les koulaks arm&#233;s sabotaient la d&#233;fense et le ravitaillement du pays, discuter librement, sans crainte, dans le parti, de toutes les questions les plus graves de la politique ? Pourquoi ne peut-on pas maintenant, apr&#232;s la fin de l'intervention, la d&#233;faite des classes d'exploiteurs, les succ&#232;s incontestables de l'industrialisation, la collectivisation de la grande majorit&#233; des paysans, admettre la moindre critique &#224; l'adresse de dirigeants inamovibles ? Pourquoi tout bolchevik qui s'aviserait, conform&#233;ment aux statuts du parti, de r&#233;clamer la convocation d'un congr&#232;s serait-il aussit&#244;t exclu ? Tout citoyen qui &#233;mettrait tout haut des doutes sur l'infaillibilit&#233; de Staline serait aussit&#244;t trait&#233; &#224; peu pr&#232;s comme un comploteur terroriste. D'o&#249; vient cette terrible, cette monstrueuse, cette intol&#233;rable puissance de la r&#233;pression et de l'appareil policier ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#233;orie n'est pas une lettre de change que l'on puisse &#224; tout moment faire acquitter. Si elle s'est trouv&#233;e en d&#233;faut, il convient de la r&#233;viser ou de combler ses lacunes. D&#233;voilons les forces sociales r&#233;elles qui ont fait na&#238;tre la contradiction entre la r&#233;alit&#233; sovi&#233;tique et le marxisme traditionnel. On ne peut pas, en tout cas, errer dans les t&#233;n&#232;bres en r&#233;p&#233;tant les phrases rituelles, peut-&#234;tre utiles au prestige des chefs, mais qui soufflettent la r&#233;alit&#233; vivante. Nous le verrons &#224; l'instant gr&#226;ce &#224; un exemple convaincant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident du conseil des commissaires du peuple d&#233;clarait en janvier 1936 &#224; l'Ex&#233;cutif : &#034;L'&#233;conomie nationale est devenue socialiste (applaudissements). Sous ce rapport, nous avons r&#233;solu le probl&#232;me de la liquidation des classes (applaudissements)&#034;. Le pass&#233; nous laisse pourtant encore des &#034;&#233;l&#233;ments fonci&#232;rement hostiles&#034;, d&#233;bris des classes autrefois dominantes. On trouve en outre parmi les travailleurs des kolkhozes, les fonctionnaires de l'Etat, parfois m&#234;me parmi les ouvriers, de &#034;minuscules sp&#233;culateurs&#034;, des &#034;dilapidateurs des biens de l'Etat et des kolkhozes&#034;, des &#034;colporteurs de potins antisovi&#233;tiques&#034; etc. De l&#224; la n&#233;cessit&#233; d'affermir encore la dictature. Contrairement &#224; ce qu'attendait Engels, l'Etat ouvrier, au lieu de &#034;s'assoupir&#034; doit devenir de plus en plus vigilant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau peint par le chef de l'Etat sovi&#233;tique serait au plus haut point rassurant s'il ne rec&#233;lait une contradiction mortelle. Le socialisme s'est d&#233;finitivement install&#233; dans le pays : &#034;sous ce rapport&#034; les classes sont an&#233;anties (si elles le sont sous ce rapport, elles le sont aussi sous tout autre). Sans doute l'harmonie sociale est-elle &#231;&#224; et l&#224; troubl&#233;e par les scories et d&#233;bris du pass&#233;. On ne peut tout de m&#234;me pas penser que des gens dispers&#233;s, priv&#233;s de pouvoir et de propri&#233;t&#233;, r&#234;vant de la restauration du capitalisme, puissent avec de &#034;minuscules sp&#233;culateurs&#034; (ce ne sont pas m&#234;me des sp&#233;culateurs tout court !) renverser la soci&#233;t&#233; sans classes. Tout est, semble-t-il, pour le mieux. Mais encore une fois, pourquoi dans ce cas la dictature d'airain de la bureaucratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#234;veurs r&#233;actionnaires disparaissent peu &#224; peu, il faut le croire. Des soviets archid&#233;mocratiques se chargeraient bien de &#034;minuscules sp&#233;culateurs&#034; et de &#034;cancaniers&#034;. &#034;Voyous ne sommes pas des utopistes&#034;, r&#233;pliquait L&#233;nine en 1917 aux th&#233;oriciens bourgeois et r&#233;formistes de l'Etat bureaucratique, &#034;nous ne contestons nullement la possibilit&#233; et l'in&#233;luctabilit&#233; d'exc&#232;s commis par des individus et aussi la n&#233;cessit&#233; de r&#233;primer ces exc&#232;s... Mais point n'est besoin &#224; cette fin d'un appareil sp&#233;cial de r&#233;pression ; le peuple arm&#233; y suffira avec autant d'aisance et de facilit&#233; qu'une foule civilis&#233;e s&#233;pare des hommes en train de se battre ou ne laisse pas insulter une femme.&#034; Ces paroles paraissent avoir &#233;t&#233; destin&#233;es &#224; r&#233;futer les consid&#233;rations de l'un des successeurs de L&#233;nine &#224; la t&#234;te de l'Etat. On &#233;tudie L&#233;nine dans les &#233;coles de l'U.R.S.S., mais visiblement pas au Conseil des commissaires du peuple. Ou bien la d&#233;cision pour laquelle un Molotov emploie sans y r&#233;fl&#233;chir les arguments contre lesquels Lenine dirigeait son arme ac&#233;r&#233;e ne s'expliquerait pas. Flagrante contradiction entre le fondateur et les &#233;pigones ! Alors que L&#233;nine tenait pour possible, sans appareil bureaucratique, la liquidation des classes d'exploiteurs, Molotov, pour justifier apr&#232;s la liquidation des classes l'&#233;touffement de toute initiative populaire par la machine bureaucratique, ne trouve rien de mieux que d'invoquer les &#034;d&#233;bris&#034; des classes liquid&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il devient d'autant plus difficile de se nourrir de ces &#034;d&#233;bris&#034; que, de l'aveu des repr&#233;sentants autoris&#233;s de la bureaucratie, les ennemis de classe d'hier sont assimil&#233;s avec succ&#232;s par la soci&#233;t&#233; sovi&#233;tique. Postychev, l'un des secr&#233;taires du comit&#233; central, disait en avril 1936 au congr&#232;s des Jeunesses communistes : &#034;De nombreux saboteurs se sont sinc&#232;rement repentis... et ont rejoint les rangs du peuple sovi&#233;tique...&#034; Vu le succ&#232;s de la collectivisation, &#034;les enfants des koulaks ne doivent pas payer pour leurs parents&#034;. Ce n'est pas tout ; &#034;Le koulak lui-m&#234;me ne croit sans doute plus aujourd'hui pouvoir recouvrer sa situation d'exploiteur au village.&#034; Ce n&#8216;est pas sans raison que le gouvernement a commenc&#233; l'abolition des restrictions l&#233;gales r&#233;sultant des origines sociales ! Mais si les affirmations de Postychev, approuv&#233;es sans r&#233;serve par Molotov, ont un sens, ce ne peut &#234;tre que celui-ci : la bureaucratie est devenue un monstrueux anachronisme et la contrainte &#233;tatique n'a plus d'objet sur la terre des soviets. Ni Molotov ni Postychev n'admettent cependant cette conclusion rigoureusement logique. Ils pr&#233;f&#232;rent garder le pouvoir, f&#251;t-ce en se contredisant.&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;alit&#233;, ils ne peuvent pas y renoncer. En termes objectifs : la soci&#233;t&#233; sovi&#233;tique actuelle ne peut pas se passer de l'Etat, et m&#234;me &#8212; dans une certaine mesure &#8212; de la bureaucratie. Et ce ne sont pas les mis&#233;rables restes du pass&#233;, mais les puissantes tendances du pr&#233;sent qui cr&#233;ent cette situation. La justification de l'Etat sovi&#233;tique, consid&#233;r&#233; comme un m&#233;canisme de contrainte, c'est que la p&#233;riode transitoire actuelle est encore pleine de contradictions sociales qui, dans le domaine de la consommation &#8212; le plus familier et le plus sensible &#224; tout le monde &#8212; rev&#234;tent un caract&#232;re extr&#234;mement grave, mena&#231;ant &#224; tout moment de se faire jour dans le domaine de la production. La victoire du socialisme ne peut d&#232;s lors &#234;tre dite ni d&#233;finitive ni assur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autorit&#233; bureaucratique a pour base la pauvret&#233; en articles de consommation et la lutte contre tous qui en r&#233;sulte. Quand il y a assez de marchandises au magasin, les chalands peuvent venir &#224; tout moment. Quand il y a peu de marchandises, les acheteurs sont oblig&#233;s de faire la queue &#224; la porte. Sit&#244;t que la queue devient tr&#232;s longue, la pr&#233;sence d'un agent de police s'impose pour le maintien de l'ordre. Tel est le point de d&#233;part de la bureaucratie sovi&#233;tique. Elle &#034;sait&#034; &#224; qui donner et qui doit patienter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'am&#233;lioration de la situation mat&#233;rielle et culturelle devrait, &#224; premi&#232;re vue, amoindrir la n&#233;cessit&#233; des privil&#232;ges, r&#233;tr&#233;cir le domaine du &#034;droit bourgeois&#034; et par l&#224; m&#234;me d&#233;rober le sol sous les pieds de la bureaucratie, gardienne de ces droits. Mais c'est l'inverse qui s'est produit : l'accroissement des forces productives s'est accompagn&#233; jusqu'ici d'un d&#233;veloppement extr&#234;me de toutes les formes de l'in&#233;galit&#233; et des privil&#232;ges et aussi de la bureaucratie. Et ce n'est pas non plus sans raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime sovietique a incontestablement eu dans sa premi&#232;re p&#233;riode un caract&#232;re beaucoup plus &#233;galitaire et moins bureaucratique qu'aujourd'hui. Mais son &#233;galit&#233; &#233;tait celle de la mis&#232;re commune. Les ressources du pays &#233;taient si restreintes qu'elles ne permettaient pas de d&#233;tacher des masses des milieux tant soit peu privil&#233;gi&#233;s. Le salaire &#034;&#233;galitaire&#034;, en supprimant le stimulant individuel, devenait un obstacle au d&#233;veloppement des forces productives. L'&#233;conomie sovi&#233;tique devait sortir quelque peu de son indigence pour que l'accumulation de ces mati&#232;res grasses que sont les privil&#232;ges devint possible. L'&#233;tat actuel de la production est encore tr&#232;s loin d'assurer &#224; tous le n&#233;cessaire. Mais il permet d&#233;j&#224; d'accorder des avantages importants &#224; la minorit&#233; et de faire de l'in&#233;galit&#233; un aiguillon pour la majorit&#233;. Telle est la raison premi&#232;re pour laquelle l'accroissement de la production a jusqu'ici renforc&#233; les traits bourgeois et non socialistes de l'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette raison n'est pas la seule. A c&#244;t&#233; du facteur &#233;conomique qui commande dans la phase pr&#233;sente de recourir aux m&#233;thodes capitalistes de r&#233;mun&#233;ration du travail, agit le facteur politique incarn&#233; par la bureaucratie elle-m&#234;me. De par sa nature, celle-ci cr&#233;e et d&#233;fend des privil&#232;ges. Elle surgit tout au d&#233;but comme l'organe bourgeois de la classe ouvri&#232;re. Etablissant et maintenant les privil&#232;ges de la minorit&#233;, elle s'attribue naturellement la meilleure part : celui qui distribue les biens ne s'est encore jamais les&#233;. Ainsi nait du besoin de la soci&#233;t&#233; un organe qui, d&#233;passant de beaucoup sa fonction sociale n&#233;cessaire, devient un facteur autonome et en m&#234;me temps la source de grands dangers pour tout l'organisme social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La signification du Thermidor sovi&#233;tique commence &#224; se pr&#233;ciser devant nous. La pauvret&#233; et l'inculture des masses se concr&#233;tisent de nouveau sous les formes mena&#231;antes du chef arm&#233; d'un puissant gourdin. Cong&#233;di&#233;e et fl&#233;trie autrefois, la bureaucratie est, de servante de la soci&#233;t&#233;, devenue ma&#238;tresse. En le devenant, elle s'est, socialement et moralement, &#233;loign&#233;e &#224; tel point des masses qu'elle ne peut plus admettre aucun contr&#244;le sur ses actes et sur ses revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur, mystique au premier abord, de la bureaucratie en pr&#233;sence de &#034;minuscules sp&#233;culateurs, de gens sans scrupules et des cancaniers&#034; trouve l&#224; son explication naturelle. N'&#233;tant pas encore en mesure de satisfaire les besoins &#233;l&#233;mentaires de la population, l'&#233;conomie sovi&#233;tique engendre &#224; chaque pas des tendances &#224; la sp&#233;culation et &#224; la fraude int&#233;ress&#233;e. D'autre part, les privil&#232;ges de la nouvelle aristocratie incitent les masses &#224; pr&#234;ter l'oreille aux &#034;rumeurs antisovi&#233;tiques&#034;, c'est-&#224;-dire &#224; toute critique, serait-elle formul&#233;e &#224; mi-voix, des autorit&#233;s arbitraires et insatiables. Il ne s'agit donc pas des fant&#244;mes du pass&#233;, des restes de ce qui n'est plus, en un mot de la neige de l'an dernier, mais de nouvelles et puissantes tendances, sans cesse renaissantes, &#224; l'accumulation personnelle. Le premier afflux de bien-&#234;tre, fort modeste, a, pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de sa faiblesse, non affaibli mais fortifi&#233; ces tendances centrifuges. Les non-privil&#233;gi&#233;s cependant ont senti s'accro&#238;tre le sourd d&#233;sir de mod&#233;rer sans m&#233;nagement les app&#233;tits des nouveaux notables. La lutte sociale s'aggrave de nouveau. Telles sont les sources de la puissance de la bureaucratie. Ce sont aussi celles des p&#233;rils qui menacent cette puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Reproduite dans Les Bolcheviks contre Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La raison devient folie, le bienfait tourment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6921&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6921&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qui est Jacob Blumkine ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
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&lt;p&gt;Qui est Jacob Blumkine ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Neuf secr&#233;taires (c'est-&#224;-dire les collaborateurs les plus proches) de Trotsky ont &#233;t&#233; assassin&#233;s sur ordre de Staline : M. Glazman, G. Boutov, J. Blumkine, N.Sermuks, I. Poznansky, R. Klement, E. Wolf, L&#233;on S&#233;dov et Robert Sheldon Harte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lettre de Trotsky aux &#233;poux Rosmer : &lt;br class='autobr' /&gt;
Chers amis, &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le journal de Milioukov (les Derni&#232;res Nouvelles) du 29 d&#233;cembre, il y a le t&#233;l&#233;gramme suivant : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Blumkine est fusill&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cologne, 28 d&#233;cembre. &#8212; Le correspondant de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qui est Jacob Blumkine ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Neuf secr&#233;taires (c'est-&#224;-dire les collaborateurs les plus proches) de Trotsky ont &#233;t&#233; assassin&#233;s sur ordre de Staline : M. Glazman, G. Boutov, J. Blumkine, N.Sermuks, I. Poznansky, R. Klement, E. Wolf, L&#233;on S&#233;dov et Robert Sheldon Harte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettre de Trotsky aux &#233;poux Rosmer :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chers amis,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le journal de Milioukov (les Derni&#232;res Nouvelles) du 29 d&#233;cembre, il y a le t&#233;l&#233;gramme suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Blumkine est fusill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cologne, 28 d&#233;cembre. &#8212; Le correspondant de Moscou du Journal de Cologne t&#233;l&#233;graphie : Ces jours-ci fut arr&#234;t&#233; sur l'ordre du Gu&#233;p&#233;ou le notoire Blumkine, le meurtrier de Mirbach. Blumkine fut accus&#233; d'entretenir des relations secr&#232;tes avec Trotsky. D'apr&#232;s la sentence du Gu&#233;p&#233;ou, Blumkine fut fusill&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette communication est-elle juste ? je n'en poss&#232;de pas une certitude absolue. Mais tout un encha&#238;nement de circonstances non seulement me permettent, mais me forcent &#224; croire qu'elle est juste. Pour m'exprimer plus exactement : int&#233;rieurement je n'ai aucun doute. Ce qui me manque, c'est une confirmation juridique de l'assassinat de Blumkine par Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez certainement que, quelque temps apr&#232;s l'insurrection arm&#233;e des socialistes r&#233;volutionnaires de gauche, Blumkine passait aux bolcheviks, prenait une part h&#233;ro&#239;que &#224; la guerre civile et puis travaillait assez longtemps dans mon secr&#233;tariat militaire. Plus tard il restait surtout au service du Gu&#233;p&#233;ou, mais aussi au service militaire et &#224; celui du parti. Il accomplissait dans divers pays des missions de la plus haute importance. Son d&#233;vouement &#224; la R&#233;volution d'octobre et au parti &#233;tait absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la derni&#232;re heure, Blumkine accomplit le travail d'une fonction sovi&#233;tique tr&#232;s importante. Comment a-t-il pu s'y tenir en appartenant &#224; l'opposition ? Cela s'explique par le caract&#232;re de son travail ; celui-ci &#233;tait tout &#224; fait individuel. Blumkine n'avait pas ou presque pas affaire avec les noyaux communistes, la possibilit&#233; de participer &#224; la discussion des questions du parti, etc. Cela ne signifie pas qu'il cachait ses pens&#233;es. Au contraire. A Menjinsky et &#224; Trilisser, l'ancien chef de la section &#233;trang&#232;re du Gu&#233;p&#233;ou, Blumkine avait d&#233;clar&#233; que ses sympathies allaient &#224; l'opposition, mais que naturellement, comme tout autre oppositionnel, il &#233;tait tout &#224; fait pr&#234;t &#224; accomplir sa fonction importante au service de la R&#233;volution d'octobre. Menjinsky et Trilisser consid&#233;raient Blumkine comme irrempla&#231;able, et c'&#233;tait exact. Ils l'ont laiss&#233; &#224; sa besogne, qu'il a accomplie jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blumkine m'a vraiment visit&#233; &#224; Constantinople. J'ai d&#233;j&#224; mentionn&#233; que Blumkine &#233;tait li&#233; avec moi par les liens &#233;troits du travail dans mon secr&#233;tariat. Il avait pr&#233;par&#233; en particulier un de mes volumes militaires (j'en parle dans la pr&#233;face de ce volume). Blumkine est venu &#224; Constantinople, chez moi, pour s'informer comment j'appr&#233;ciais la situation et pour v&#233;rifier qu'il agissait justement en restant au service du gouvernement qui d&#233;porte, bannit et emprisonne les camarades de sa tendance. Je lui ai r&#233;pondu naturellement qu'il agissait tout &#224; fait justement en accomplissant son devoir r&#233;volutionnaire &#8212; non envers le gouvernement de Staline, qui avait usurp&#233; les droits du parti, mais envers la r&#233;volution d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vous a peut-&#234;tre cit&#233;, d'un des articles d'Iaroslavsky, une all&#233;gation concernant mon entretien pendant l'&#233;t&#233; avec un visiteur, &#224; qui j'aurais pr&#233;dit la perdition in&#233;vitable et proche du gouvernement sovi&#233;tique. Le sycophante mis&#233;rable ment, cela va de soi. Mais par un rapprochement de faits et de dates, je suis certain qu'il s'agit de mon entretien avec Blumkine. A sa question sur la possibilit&#233; de concilier son travail et son appartenance &#224; l'opposition, je lui dis, entre autres, que mon exil, comme l'emprisonnement d'autres camarades, ne changent pas notre ligne fondamentale ; qu'au moment du danger les oppositionnels seront aux postes avanc&#233;s ; qu'aux heures difficiles, Staline sera forc&#233; de leur faire appel, comme Ts&#233;r&#233;telli avait appel&#233; les bolcheviks contre Kornilov. En Liaison avec cela, j'ajoutai : &#171; Mais que ce ne soit pas trop tard. &#187; &#201;videmment Blumkine, apr&#232;s son arrestation, a expos&#233; cet entretien comme une d&#233;monstration des v&#233;ritables &#233;tats d'&#226;me et dispositions de l'opposition : il ne faut pas oublier que je suis exil&#233; sur l'accusation de pr&#233;parer la lutte arm&#233;e contre le pouvoir des Soviets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Blumkine, je transmis &#224; Moscou pour nos amis une lettre d'information bas&#233;e sur les m&#234;mes id&#233;es que j'ai expos&#233;es dans une s&#233;rie d'articles publi&#233;s : la r&#233;pression des stalinistes contre nous ne signifie pas encore le changement du caract&#232;re de classe de l'&#201;tat, mais pr&#233;pare seulement et facilite un tel changement ; notre voie reste, comme par le pass&#233;, celle de la r&#233;forme et non celle de la r&#233;volution ; la lutte implacable pour nos id&#233;es doit &#234;tre orient&#233;e vers un long d&#233;lai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je re&#231;us ult&#233;rieurement la communication que Blumkine &#233;tait arr&#234;t&#233; et que la lettre transmise par son interm&#233;diaire &#233;tait tomb&#233;e entre les mains de Staline. Je ne sais rien des conditions dans lesquelles Blumkine fut arr&#234;t&#233;. Les gouvernants de Moscou savaient qu'il avait pass&#233; par Constantinople. Ses chefs (Meninsky, Trilisser) connaissaient bien ses id&#233;es oppositionnelles. Il s'est rendu &#224; Moscou de sa propre initiative, dans l'int&#233;r&#234;t du travail qu'il accomplissait. Sur les &#233;v&#233;nements ult&#233;rieurs, je ne sais que ce qui est dit dans le t&#233;l&#233;gramme ci-dessus du Journal de Cologne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance de ce fait n'exige pas d'explications. Vous savez, par le fameux proc&#232;s de 1922, qu'on a &#233;vit&#233; de fusiller m&#234;me les socialistes r&#233;volutionnaires qui avaient organis&#233; des attentats contre L&#233;nine, Ouritsky, Volodarsky, moi-m&#234;me et autres. Des socialistes r&#233;volutionnaires de gauche, auxquels avait appartenu en 1918 Blumkine, on n'a fusill&#233;, au moment de leur insurrection, que l'organisateur, Alexandrovitch. Blumkine, un des participants de cette insurrection, est bient&#244;t devenu un bolchevik. Mais si on ne l'a pas fusill&#233; en 1918 pour sa participation dirigeante &#224; l'insurrection arm&#233;e contre le pouvoir des Soviets, on l'a fusill&#233; en 1929 pour cette raison que, en servant courageusement la R&#233;volution d'octobre, il ne partageait pas, sur les questions les plus importantes, les id&#233;es de la fraction stalinienne et consid&#233;rait de son devoir de r&#233;pandre les id&#233;es des bolcheviks-l&#233;ninistes (opposition).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blumkine est fusill&#233; &#8212; je n'en ai pas le moindre doute &#8212; sur l'arr&#234;t du Gu&#233;p&#233;ou. Un fait pareil n'a pu avoir lieu que parce que le Gu&#233;p&#233;ou est devenu l'organe personnel de Staline. Pendant les ann&#233;es de la guerre civile, la Tch&#233;ka accomplissait une besogne s&#233;v&#232;re. Mais ce travail restait sous le contr&#244;le du parti. Des centaines de fois se sont &#233;lev&#233;s, des milieux du parti, des protestations, des d&#233;clarations et des demandes ou exigences d'explications concernant tel ou tel arr&#234;t. A la t&#234;te de la Tch&#233;ka se trouvait Dzerjinsky, un homme d'une force morale sup&#233;rieure. Il restait subordonn&#233; au bureau politique, dont les membres avaient des id&#233;es bien nettes sur chaque question et savaient les d&#233;fendre. Tout cela donnait la garantie que la Tch&#233;ka demeure l'instrument de la dictature r&#233;volutionnaire. Maintenant, le parti est &#233;touff&#233;. Sur l'ex&#233;cution de Blumkine, des milliers et des dizaines de milliers de membres du parti chuchoteront avec horreur dans les coins. A la t&#234;te du Gu&#233;p&#233;ou se trouve Menjinsky, pas un homme, mais l'ombre d'un homme. Le r&#244;le principal dans le Gu&#233;p&#233;ou est jou&#233; par Iagoda, un carri&#233;riste d&#233;testable qui a li&#233; son sort &#224; celui de Staline et qui est pr&#234;t &#224; accomplir sans r&#233;fl&#233;chir et sans discuter n'importe quel ordre de ce dernier. Le bureau politique n'existe pas. Boukharine a racont&#233; que Staline tient dans ses mains les membres du soi-disant bureau politique &#224; l'aide de dossiers accumul&#233;s contre eux par le Gu&#233;p&#233;ou. Dans ces conditions, l'ex&#233;cution de Blumkine est une affaire personnelle de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce crime inou&#239; ne peut passer inaper&#231;u, m&#234;me dans les conditions pr&#233;sentes de l'omnipotence de l'appareil. Staline ne pouvait pas ne pas pressentir ce r&#233;sultat par avance, et le fait que, malgr&#233; sa prudence f&#233;lonne, il s'est d&#233;cid&#233; &#224; tuer Blumkine, d&#233;montre combien est grande la peur de cet homme devant l'opposition de gauche. Il ne peut y avoir aucun doute que Blumkine est tomb&#233; en victime expiatoire, parce que Radek et autres capitulards n'ont pu entra&#238;ner avec eux qu'une petite minorit&#233; de l'opposition, tandis qu'&#224; l'&#233;tranger l'opposition accuse dans diff&#233;rents pays de s&#233;rieux succ&#232;s id&#233;ologiques et d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l'ex&#233;cution de Blumkine, Staline veut dire &#224; l'opposition internationale des bolcheviks-l&#233;ninistes qu'il poss&#232;de &#224; l'int&#233;rieur du pays des centaines et des milliers d'otages qui auront &#224; payer de leur t&#234;te les succ&#232;s du vrai bolchevisme sur l'ar&#232;ne mondiale. En d'autres termes, apr&#232;s les exclusions du parti, apr&#232;s la condamnation de familles &#224; la famine, apr&#232;s les emprisonnements, les d&#233;portations, etc., Staline essaye d'effrayer l'opposition par le dernier moyen qui lui reste entre les mains : le meurtre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire avec certitude que les r&#233;sultats seront directement oppos&#233;s au but que Staline se fixe. Une tendance d'id&#233;es historiquement progressive, qui se base sur la logique objective du d&#233;veloppement, ni peut &#234;tre ni effray&#233;e, ni fusill&#233;e. Cependant il est clair que l'opposition ne peut pas, en envisageant seulement la marche objective des &#233;v&#233;nements, se comporter passivement envers la nouvelle, cette fois sanguinaire, &#233;tape des repr&#233;sailles thermidoriennes de Staline. Il faut imm&#233;diatement ouvrir une campagne internationale, dans laquelle chaque oppositionnel doit faire la besogne qui, dans d'autres conditions, se r&#233;partirait sur les &#233;paules de trois, cinq ou dix camarades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment je me repr&#233;sente la marche de cette campagne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout il faut porter ce fait &#224; la connaissance de tous les communistes et exiger de la direction officielle du parti la confirmation ou le d&#233;menti du fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant plus d&#233;cisivement, largement, &#233;nergiquement sera pos&#233;e la question, d'autant plus compl&#232;tement la direction sera prise &#224; l'improviste et d'autant plus vite on pourra d&#233;couvrir les dessous de ce fait. Il faut cr&#233;er une telle atmosph&#232;re que de Paris, Berlin, Vienne, Prague, New York, on exige des explications de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faut-il pour cela ? Avant tout, il me semble, publier un petit tract sur ce th&#232;me : &#171; Est-il juste que Staline ait tu&#233; le camarade Blumkine ? &#187; Dans ce tract il faut poser aux Cachin, aux Th&#228;lmann et Cie, carr&#233;ment les questions suivantes : connaissent-ils ce fait, prennent-ils sur eux la responsabilit&#233; du meurtre du r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien par la clique staliniste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'est pas fait de r&#233;ponse &#224; la premi&#232;re question, comme c'est presque certain, il faudra sans tarder publier un second tract d'un caract&#232;re plus offensif et le r&#233;pandre &#224; des dizaines de milliers d'exemplaires par tous les voies et canaux possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bien possible que Staline essaye, en cas d'une pression dans l'Occident et d'une inqui&#233;tude dans le P.C.R., de lancer quelque version envenim&#233;e dans le genre des connivences avec l'officier wrang&#233;lien &#034;, de la pr&#233;paration de l'insurrection ou d'actes terroristes. A des ignominies pareilles, il faut qu'on soit pr&#234;t. C'est &#224; peine pourtant si de telles explications peuvent produire une impression s&#233;rieuse. Aussi bien parce qu'elles exhalent l'odeur des manigances de la police bonapartiste que, surtout, parce que, dans la lutte avec l'opposition, Staline a d&#233;j&#224; d&#233;pens&#233; les ressources de ce genre. Il n'est pas n&#233;cessaire de rappeler que la position de principe qu'occupait Blumkine avec nous tous excluait, de sa part, l'application dans la lutte de m&#233;thodes aventureuses, quelles qu'elles soient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire Blumkine doit devenir l'affaire Sacco-Vanzetti de l'opposition communiste de gauche. La lutte pour le salut de nos amis de l'U.R.S.S. doit devenir en m&#234;me temps la v&#233;rification des rangs de l'opposition dans les pays d'Occident. Apr&#232;s avoir accompli une campagne &#224; la mani&#232;re r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire avec la plus haute tension des forces et avec le d&#233;vouement supr&#234;me, l'opposition s'&#233;l&#232;vera d'un coup d'une t&#234;te enti&#232;re. Cela nous donnera le droit de dire que Blumkine n'a pas donn&#233; sa vie en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque centre d'opposition devrait &#233;laborer soigneusement les premiers pas de la campagne et les pr&#233;parer minutieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la r&#233;alisation pratique des mesures trac&#233;es, le mieux serait peut-&#234;tre de choisir, dans chaque endroit, une &#171; tro&#239;ka &#187; avec des pleins pouvoirs, &#224; laquelle tous les membres de l'opposition devraient &#234;tre subordonn&#233;s au cours de cette campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas exclu qu'avant m&#234;me que cette lettre vous parvienne la presse ait publi&#233; de telles informations sur le sort de Blumkine qui rendent superflue la question juridique concernant la confirmation du fait. Il ne restera qu'&#224; constater tout simplement le meurtre et &#224; demander au comit&#233; central de chaque parti s'il prend la responsabilit&#233; de ce crime devant la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le danger consiste en ce que l'interpellation devienne un tir &#224; blanc, en se r&#233;duisant &#224; un tract isol&#233;. Il faut trouver le moyen de poser, de nouveau et de nouveau, la question et de jeter sans r&#233;pit cette accusation &#224; la figure des &#171; chefs &#187;. Il faut p&#233;n&#233;trer dans les r&#233;unions du parti, dans les r&#233;unions ouvri&#232;res en g&#233;n&#233;ral, il faut pr&#233;parer des affiches et de petites feuilles volantes de dix lignes, etc., etc&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous enverrai ult&#233;rieurement des mat&#233;riaux suppl&#233;mentaires, et en particulier la caract&#233;ristique de Blumkine dans la forme n&#233;crologique (sic) quand seront &#233;limin&#233;s les derniers doutes purement formels sur son sort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; vous, &lt;br class='autobr' /&gt;
L. Trotski&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/texts/fr/Lettre_%C3%A0_Alfred_et_Marguerite_Rosmer,_5_janvier_1930&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://wikirouge.net/texts/fr/Lettre_%C3%A0_Alfred_et_Marguerite_Rosmer,_5_janvier_1930&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plats les plus &#233;pic&#233;s sont encore &#224; venir&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son article &#171; La lutte pour un issue &#187;, Biulleten Oppositsii n&#176; 49, le camarade Ciliga raconte les tortures inflig&#233;es par le GPU &#224; un marin, afin de l'obliger &#224; avouer sa participation &#224; un imaginaire &#171; complot contre Staline &#187;. Il ne le laissa que quand il &#171; fut devenu &#224; moiti&#233; fou &#187;. Ce fait m&#233;rite qu'on le prenne au s&#233;rieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
La succession de proc&#232;s politiques publics en URSS a montr&#233; combien certains inculp&#233;s sont pr&#234;ts &#224; s'accuser de crimes que, de toute &#233;vidence, ils n'ont pas commis. Ces accus&#233;s, qui ont l'air de jouer devant le tribunal un r&#244;le appris par c&#339;ur, s'en tirent avec des peines l&#233;g&#232;res, parfois, de toute &#233;vidence, fictives. C'est pr&#233;cis&#233;ment en &#233;change de cette indulgence de la justice qu'ils ont fait ces &#171; aveux &#187;. Mais pourquoi les autorit&#233;s ont-elles besoin de conspirations fictives ? Parfois pour impliquer une tierce personne, &#233;trang&#232;re &#224; l'affaire, parfois pour dissimuler leurs propres crimes, ainsi que la r&#233;pression sanglante que rien ne justifie, pour cr&#233;er enfin un climat favorable &#224; la dictature bonapartiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; sur la base des documents officiels que Medved, Iagoda et Staline avaient de toute &#233;vidence jou&#233; un r&#244;le direct dans l'assassinat de Kirov. Il est probable qu'aucun d'eux ne souhaitait la mort de Kirov. Mais tous ont jou&#233; avec sa vie, en essayant, &#224; travers cet acte terroriste, de pr&#233;parer un amalgame &#8211; avec la &#171; participation &#187; de Zinoviev et Trotsky.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;position de Zinoviev &#224; son proc&#232;s avait manifestement un caract&#232;re &#233;vasif qui &#233;tait le r&#233;sultat de l'accord conclu au pr&#233;alable entre les accusateurs et les accus&#233;s : ce n'est de toute &#233;vidence qu'&#224; cette condition que Zinoviev s'&#233;tait vu promettre la vie sauve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Extorquer aux accus&#233;s des t&#233;moignages fantastiques contre eux-m&#234;mes, afin de les faire ricocher sur d'autres, c'est depuis longtemps le syst&#232;me du GPU, c'est-&#224;-dire de Staline.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pourquoi fallait-il organiser en 1930 une tentative d'assassinat contre Staline ? Pourquoi avoir impliqu&#233; un marin dans cette affaire ? Nous ne disposons l&#224;-dessus d'aucun renseignement, sauf les quelques lignes de l'article du camarade Ciliga. Nous allons prendre pourtant le risque de formuler une hypoth&#232;se.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur de ces lignes a &#233;t&#233; expuls&#233; en Turquie en 1929. Peu apr&#232;s, il re&#231;ut &#224; Constantinople la visite de Blumkine qui allait payer cela de sa vie. L'ex&#233;cution de Blumkine par Staline &#233;branla &#224; l'&#233;poque bien des communistes, en URSS et ailleurs. C'est &#224; cette &#233;poque que fut organis&#233; &#224; l'&#233;tranger le centre bolchevik-l&#233;niniste et que commen&#231;a la publication de Biulleten et autres organes de presse. Dans ces conditions, Staline avait un besoin pressant d'une &#171; tentative d'assassinat &#187;, surtout d'une tentative d'assassinat dont on aurait tir&#233; les ficelles &#224; l'&#233;tranger et dans laquelle il aurait pu impliquer Blumkine ou tout au moins son fant&#244;me. Un marin faisait l'affaire, surtout s'il avait effectu&#233; des voyages entre un port sovi&#233;tique et Constantinople. Ce marin a pu &#234;tre arr&#234;t&#233; par hasard &#8211; pour des propos imprudents, pour avoir lu de la litt&#233;rature ill&#233;gale, ou simplement pour contrebande : nous ne savons rien de lui. Peut-&#234;tre l'a-t-on menac&#233; de plusieurs ann&#233;es de prison. Mais l'astucieux Iagoda lui promit la libert&#233; et toutes sortes d'autres avantages s'il acceptait de t&#233;moigner que Blumkine, sur ordre de Trotsky, l'avait entra&#238;n&#233; dans un complot contre Staline. Si le coup avait r&#233;ussi, l'exil de Trotsky et l'ex&#233;cution de Blumkine auraient ainsi &#233;t&#233; justifi&#233;es. Mais le malheur c'est que le marin devint &#171; &#224; moiti&#233; fou &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre hypoth&#232;se n'est qu'une hypoth&#232;se. Mais elle r&#233;pond parfaitement &#224; la nature morale de Staline et aux m&#233;thodes de sa politique. &#171; Ce cuisinier &#187;, disait L&#233;nine en mettant en garde contre lui, &#171; ne nous pr&#233;pare jamais que des plats &#233;pic&#233;s. &#187; Mais L&#233;nine lui-m&#234;me, quand il pronon&#231;a ces paroles en f&#233;vrier 1922, ne pouvait &#233;videmment avoir pr&#233;vu qu'une cuisine aussi diabolique se dresserait sur les fondements du parti bolchevique&#8230;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes en 1936. Les m&#233;thodes de Staline sont toujours les m&#234;mes. Les dangers politiques qui le menacent se sont aggrav&#233;s. La technique de Staline et Iagoda s'est enrichie de l'exp&#233;rience n&#233;e de plusieurs erreurs. Nous n'avons donc aucune illusion &#224; nous faire : les plats les plus &#233;pic&#233;s sont encore &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Moscou, seuls des cercles &#233;troits du parti sont inform&#233;s de ce que Staline a fait &#224; Blumkine. Ils r&#233;pandent syst&#233;matiquement des rumeurs selon lesquelles Blumkine se serait suicid&#233;. Ainsi Staline, jusqu'&#224; pr&#233;sent, n'ose-t-il pas reconna&#238;tre ouvertement qu'il a ex&#233;cut&#233; le &#034;contre-r&#233;volutionnaire&#034; Blumkine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est tout &#224; fait remarquable que la presse capitaliste mondiale ne se soit pas empress&#233;e d'utiliser l'affaire Blumkine. Elle pense &#224; juste titre que la d&#233;fense des communistes de gauche contre les repr&#233;sailles de Staline n'entre pas dans la sph&#232;re de ses int&#233;r&#234;ts. Aussi l'Opposition communiste de gauche est-elle tenue de faire campagne avec d'autant plus de constance et de fermet&#233; pour d&#233;noncer les crimes staliniens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le dernier num&#233;ro, nous avons dit qu'outre Blumkine, deux oppositionnels suppl&#233;mentaires avaient &#233;t&#233; fusill&#233;s, les camarades Silov et Rabinovich, Ainsi la question rev&#234;t-elle une importance exceptionnelle : seule la publicit&#233; autour de ses crimes parmi les ouvriers progressistes du monde entier peut arr&#234;ter la sanglante violence de Staline contre les bolcheviks r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ex-communiste Souvarine a vol&#233; au secours de Staline, pr&#233;tendant que Blumkine aurait soi-disant ex&#233;cut&#233; dans le G.P.U. les instructions de l'Opposition et que l'existence m&#234;me du G.P.U. lui dicte d'ex&#233;cuter ceux qu'il emploie quand ils le trahissent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Souvarine en conclut que &#034;dans la treizi&#232;me ann&#233;e de la r&#233;volution&#034;, il faut supprimer le G.P.U.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avons aucune raison de nous engager dans un d&#233;bat th&#233;orique avec Souvarine. Nous estimons suffisant de nous limiter &#224; la d&#233;claration suivante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le camarade Blumkine n'a jamais ex&#233;cut&#233; et, du fait m&#234;me du caract&#232;re de son travail, n'aurait jamais pu ex&#233;cuter dans le G.P.U. ou par lui les instructions de l'Opposition. Il suffit d'indiquer qu'il a pass&#233; le plus gros de la derni&#232;re p&#233;riode en Extr&#234;me-Orient, principalement en Mongolie.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'interdiction faite aux travailleurs du G.P.U. comme de l'arm&#233;e d'avoir d'autres opinions que celles du comit&#233; central aujourd'hui, &#233;quivaut &#224; priver des droits de parti &#233;l&#233;mentaires les communistes qui travaillent dans ces institutions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seuls des bureaucrates staliniens pourraient d&#233;fendre une mesure aussi abjecte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le G.P.U. est un organe d'autod&#233;fense de la dictature du prol&#233;tariat. Dans la mesure o&#249; la r&#233;volution d'Octobre, m&#234;me dans sa treizi&#232;me ann&#233;e, est entour&#233;e d'un monde d'ennemis, elle ne peut renoncer &#224; de tels organes - la dictature ne peut pas cesser d'&#234;tre une dictature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seuls des lib&#233;raux ou des social-d&#233;mocrates en train de devenir lib&#233;raux pourraient voir cette question d'un point de vue formel. Nous l'examinons d'un point de vue de classe : au nom de qui ces mesures de r&#233;pression sont-elles adopt&#233;es ? Contre qui le sont-elles ? Qui servent-elles et pourquoi ? C'est une question d'efficacit&#233; r&#233;volutionnaire, pas de justice au-dessus des classes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le meurtre de Blumkine et, en g&#233;n&#233;ral, les actes de r&#233;pression contre l'opposition l&#233;niniste affaiblissent l'avant-garde r&#233;volutionnaire, sapent le parti et renforcent les ennemis de classe. Nous menons la bataille contre le meurtre - l&#226;che et tra&#206;tre - de Blumkine par Staline, au nom de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que nos amis et nos ennemis le sachent.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/05/300500a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/05/300500a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des oppositionnels fusill&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Le meurtre de Blumkine n'&#233;tait qu'un commencement. Nous sommes inform&#233;s de l'ex&#233;cution de deux oppositionnels de plus, les camarades Silov et Rabinovicz. De toute &#233;vidence, l'histoire idiote d'oppositionnels participant au sabotage des chemins de fer voulait montrer autre chose, apporter, si l'on veut, une certaine explication pour l'attaque thermidorienne contre les bolcheviks-l&#233;ninistes. Mais les camarades Silov et Rabinovicz n'avaient aucun lien d'aucune sorte ni avec le &#034;sabotage&#034;, ni avec les chemins de fer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait que Staline ait dissimul&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent qu'il avait fusill&#233; Blumkine montre qu'il n'a rien &#224; dire pour justifier ce perfide assassinat. Les motifs de Staline pour ces nouveaux crimes doivent &#234;tre expliqu&#233;s par le d&#233;sir de vengeance et la peur de l'usurpateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'assassinat n'intimide pas l'Opposition, ce n'est pas la peine de le dire ; et il n'emp&#234;che pas Staline d'en m&#233;diter d'autres. Nous avons lourdement souffert des crimes de l'appareil stalinien. Mais nous n'identifions pas l'appareil et le parti. Le ch&#226;timent en r&#233;ponse &#224; la politique meurtri&#232;re de Staline, c'est le droit du parti dans son ensemble. Il nous en incombe &#224; nous, qui sommes dans ses rangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/04/300400c.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/04/300400c.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Biographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jacob Blumkine (1899-1929), socialiste-r&#233;volutionnaire de gauche en 1917-1918, fut l'un des deux ex&#233;cutants de l'attentat contre l'ambassadeur d'Allemagne Mirbach, en juillet 1918. Adh&#233;ra ensuite au Parti bolchevique, entra dans la Tcheka, devint sympathisant de l'Opposition de gauche, rendit visite &#224; Trotsky en 1929 &#224; Constantinople et fut fusill&#233; &#224; son retour sur ordre de Staline, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;, selon la version la plus courante, par Karl Radek.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iakov G. Blumkine &#233;tait &#233;tudiant quand il adh&#233;ra au parti socialiste r&#233;volutionnaire de gauche qui le fit entrer dans la tch&#233;ka de Moscou. Quand se produisit la rupture entre ce parti et les bolcheviks, au moment de la paix de Brest Litovsk, Blumkine, sur ordre de son parti, et pour provoquer la reprise de la guerre, abattit &#224; coups de revolver l'ambassadeur d'Allemagne comte von Mirbach. Arr&#234;t&#233;, il fut convaincu par Trotsky dans sa prison, gr&#226;ci&#233; et ult&#233;rieurement admis au parti apr&#232;s avoir servi dans les services de renseignement puis au secr&#233;tariat de Trotsky. Partisan de l'Opposition de gauche, il rendit visite &#224; Trotsky &#224; l'&#233;t&#233; 1929. Il fut fusill&#233; apr&#232;s son retour &#224; Moscou, en d&#233;cembre sans doute, et apr&#232;s avoir obtenu, dit Victor Serge, un sursis de quinze jours pour r&#233;diger ses m&#233;moires, dont le manuscrit serait donc rest&#233; aux mains du G.P.U.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233; le 8 octobre 1900 &#224; Odessa ou dans le village de Sosnica pr&#232;s de Tchernihiv en 1898. En 1913, il est dipl&#244;m&#233; de l'&#233;cole primaire juive. Il &#233;tudia l'h&#233;breu et le russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1910 il d&#233;m&#233;nage &#224; Lviv, il &#233;tudie l'allemand. Apr&#232;s la capture de Lviv par les russes en septembre 1914, son p&#232;re Grigory Isaevitch Bloumkine int&#232;gre l'Arm&#233;e imp&#233;riale russe durant la Premi&#232;re Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1914, il travaille comme &#233;lectricien dans un d&#233;p&#244;t de tram et au th&#233;&#226;tre. Il prend part aux d&#233;tachements d'autod&#233;fense juive contre les pogroms &#224; Odessa. Il rejoint le Parti socialiste-r&#233;volutionnaire en 1916. En octobre 1917, il visite la r&#233;gion de la Volga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 1917, Iakov Bloumkine rejoint le d&#233;tachement de marins qui participe aux combats avec l'Ukraine. Au cours des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires &#224; Odessa en 1918, il participe &#224; l'expropriation de la propri&#233;t&#233; de la Banque d'&#201;tat. En janvier 1918, il organise la formation &#224; Odessa du 1er r&#233;giment de volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'installe &#224; Moscou en mai 1918. Les dirigeants du Parti socialiste-r&#233;volutionnaire et de la Tch&#233;ka l'envoient au d&#233;partement de la lutte contre l'espionnage international. En juin 1918, il dirige le d&#233;partement de contre-espionnage pour surveiller la protection des ambassades et de leurs &#233;ventuelles activit&#233;s criminelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 juillet 1918, il participe &#224; l'assassinat de l'ambassadeur d'Allemagne Wilhelm von Mirbach : autour de 14 h 40, il tire plusieurs coups de feu sur l'ambassadeur. En septembre 1918 il est en Ukraine. De d&#233;cembre 1918 &#224; mars 1919, il est secr&#233;taire du comit&#233; politique de Kiev. Il est impliqu&#233; dans l'ex&#233;cution de l'amiral Alexandre Koltchak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1929, il est envoy&#233; &#224; Prinkipo pour assassiner Trotski mais il ne le tue pas et s'allie &#224; lui2. Si l'on en croit les archives d&#233;pos&#233;es &#224; la Houghton Library de Harvard, il semble que Bloumkine ait &#233;t&#233; un contact de Trotski ; c'est ce qu'en conclut Christian Salmon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; la fin de 1929, Trotski avait reconnu publiquement avoir re&#231;u la visite de Blumkine. Selon lui, son fils, Lev Sedov, l'aurait rencontr&#233; dans la rue &#224; Constantinople, venant d'Extr&#234;me-Orient et rentrant en Union sovi&#233;tique. Il l'aurait alors convaincu de venir &#171; &#224; la maison &#187; pour le rencontrer. En r&#233;alit&#233;, un document r&#233;dig&#233; par Blumkine, dat&#233; du 3 avril 1929, d&#233;couvert &#224; Stanford dans les papiers de Lev Sedov, fait appara&#238;tre que les contacts de Trotski avec Blumkine n'ont pas relev&#233; d'une rencontre fortuite mais d'une liaison organis&#233;e avec l'URSS, dans laquelle l'agent secret &#233;tait &#233;videmment une pi&#232;ce ma&#238;tresse. Cette rencontre d&#233;cidera Staline &#224; faire fusiller Blumkine, un bolchevik, &#224; son retour &#224; Moscou. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pr&#233;ciser que Bloumkine connait bien des secrets de la Tch&#233;ka, notamment sur l'affaire Savinkov : il n'est pas impossible qu'il ait fait partie des quatre personnes ayant pouss&#233; Boris Savinkov du quatri&#232;me &#233;tage de la Loubianka.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1937 Schrubel, ancien tch&#233;kiste, avoua peu avant sa mort au camp de la Kolyma avoir pouss&#233; Savinkov lui-m&#234;me avec l'aide de trois autres tch&#233;kistes3. Bloumkine, ancien socialiste-r&#233;volutionnaire devenu bolchevique et tch&#233;kiste, rendait visite &#224; Savinkov en prison, ce qui supposait un grand nombre d'autorisations. L'objet de ces visites est incompr&#233;hensible si on ne revient pas sur le proc&#232;s de Savinkov : Savinkov revenait de l'&#233;tranger, o&#249; il &#233;tait tr&#232;s populaire ; chez les socialistes allemands tout particuli&#232;rement, mais aussi les socialistes de la tendance Marceau Pivert en France, et des socialistes britanniques. Son proc&#232;s &#233;tait de ce fait suivi de pr&#232;s par des journalistes &#233;trangers, et il ne pouvait pas &#234;tre condamn&#233; &#224; mort comme la majorit&#233; des socialistes-r&#233;volutionnaires4 &#224; l'&#233;poque. La sentence ne fut que de cinq ans, absolument d&#233;risoire pour l'Union sovi&#233;tique. L'objectif &#233;tait toutefois bien de se d&#233;barrasser de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la mort de Savinkov, une lettre dans laquelle il disait qu'il allait se suicider a &#233;t&#233; retrouv&#233;e dans sa cellule. Son propre fils, Lev Borissovitch Savinkov, a cru &#224; l'authenticit&#233; de la lettre disant : &#171; Ce sont les expressions de mon p&#232;re &#187;. On ignore donc si Bloumkine a lui-m&#234;me pouss&#233; Savinkov, mais les visites quotidiennes de Bloumkine &#224; Savinkov dans sa cellule alors que personne n'avait droit aux visites s'expliquent par le fait que Bloumkine devait &#171; attraper le style de Savinkov &#187; comme il l'a lui-m&#234;me confi&#233; &#224; Iakoubovitch sous le sceau du secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iakov Bloumkine fut ex&#233;cut&#233; en 1929 par Stakine en tant que trotskiste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'affaire Blumkine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En U.R.S.S., des bouleversements sont en cours &#224; la fin de l'ann&#233;e 1929.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pl&#233;num du comit&#233; central (10-17 novembre) a vu la capitulation et I'auto-critique des dirigeants de la droite du parti communiste russe, Boukharine &#233;tant exclu du bureau politique. Du c&#244;t&#233; de l'Opposition de gauche, Smirnov, Bogoulavsky et quelques centaines de d&#233;port&#233;s ont fini par capituler fin octobre. Mais ce n'est pas dans le parti stalinis&#233;, qui ne canalise plus les batailles politiques, que se situe I'enjeu de l'hiver 1929-1930. C'est dans les campagnes, pour la &#171; liquidation des koulaks &#187;, et dans les usines, pour la r&#233;alisation co&#251;te que co&#251;te du plan quinquennal, que l'avenir &#233;conomique et surtout politique de l'U.R.S.S. se joue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline semble ma&#238;tre du parti bolchevique puisqu'il contraint les dirigeants &#171; droitiers &#187; &#224; se renier et certains capitulards de gauche &#224; ramper. Mais il n'a pas bris&#233; les forces sociales incarn&#233;es par ses adversaires dans le parti, qu'ils soient de &#171; droite &#187; ou de &#171; gauche &#187;. Bien que l'&#233;crasante majorit&#233; des opposants soit en exil, dans les camps, il n'a pas mis un terme d&#233;finitif au travail clandestin des opposants de gauche russes encore en libert&#233; et n'a pas r&#233;ussi &#224; les isoler, &#224; les priver de tout lien avec le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction de tout travail oppositionnel rel&#232;ve plus que jamais de la r&#233;pression polici&#232;re. La politique &#233;conomique d'ailleurs ne peut se placer que sous le signe de la coercition qui a marque la collectivisation des campagnes et la r&#233;alisation du premier plan quinquennal. Et cette politique sur une grande &#233;chelle dicte du coup la n&#233;cessit&#233; de d&#233;velopper la r&#233;pression, c'est-&#224;-dire d'en developper les moyens. Le G. P. U. , v&#233;ritable cheville ouvri&#232;re de la collectivisation en lieu et place du parti, est ainsi appel&#233; &#224; des responsabilites de plus en plus larges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte politique, &#233;conomique et social difficile o&#249; le parti de Staline devient v&#233;ritablement le parti de la bureaucratie et le G. P. U., son bras arm&#233;, qu'&#233;clate &#171; I'affaire Blumkine &#187;. Il s'agit de 1'ex&#233;cution &#224; Moscou en d&#233;cembre 1929 d' Iakov Blumkine. L'information qui parait le 29 d&#233;cembre, dans un journal d'&#233;migr&#233;s blancs &#224; Paris, est laconique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces jours-ci, le l&#233;gendaire Blumkine, le meurtrier de Mirbach a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;. Blumkine a &#233;t&#233; accus&#233; d'entretenir des relations secr&#232;tes avec Trotsky. Conform&#233;ment &#224; la sentence du G. P. U. , Blumkine a &#233;t&#233; fusill&#233; &#187;. (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ex&#233;cution d'un heros&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme ainsi ex&#233;cut&#233; &#224; Moscou a eu un destin hors du commun en liaison avec celui de la r&#233;volution russe. N&#233; en 1899 d'une famille bourgeoise, apr&#232;s avoir poursuivi des &#233;tudes sup&#233;rieures, Iakov G. Blumkine est &#224; dix-huit ans &#224; la fois militant du parti socialiste r&#233;volutionnaire de gauche (S.R.) et membre de la Tcheka &#224; Moscou. Il est d&#233;j&#224; appel&#233; &#224; de lourdes responsabilit&#233;s qu'il va pleinement assumer : les S.R. de gauche, souhaitant une reprise des hostilit&#233;s avec l'Allemagne, d&#233;cident de la provoquer en assassinant l'ambassadeur allemand von Mirbach et confient cette t&#226;che &#224; Blumkine et un de ses camarades. L'attentat r&#233;ussit, mais Blumkine est arr&#234;t&#233;, condamn&#233; a mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky le visite dans sa cellule et s'attache &#224; le convaincre. Blumkine, secr&#232;tement graci&#233;, va &#234;tre admis dans les rangs du parti bolchevique qu'il sert dans des &#171; missions impossibles &#187; pour le G.P.U. et le service de renseignements de l'arm&#233;e. Il se couvre de gloire pendant la guerre civile o&#249; il accomplit des missions dans les lignes blanches au compte des bolcheviks puis dans des voyages &#224; des fins militaires au Moyen-Orient et en Mongolie. Il est &#224; la fin de la guerre une figure de l&#233;gende, l'as du contre-espionnage, collaborateur de Trotsky, servant dans son secr&#233;tariat personnel et l'aidant &#224; l'&#233;dition des Ecrits militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Li&#233; &#224; Trotsky et &#224; Radek, Blumkine est partisan de l'Opposition d&#232;s 1923. Ses activit&#233;s professionnelles l'&#233;loignent pourtant du combat et le placent dans une position difficile apres l'exclusion de l'Opposition unifi&#233;e des rangs du parti. Il expose alors &#224; ses sup&#233;rieurs hi&#233;rarchiques, Menjinsky (successeur de Dzerjinsky &#224; la t&#234;te du G.P.U.) et Trilisser (vice-pr&#233;sident du G.P.U.) ses positions favorables &#224; Trotsky et &#224; l'Opposition qui sont d&#233;sormais difficilement conciliables avec ses activit&#233;s au sein du G. P. U., d&#233;j&#224; charg&#233; d'appliquer l'article 58 contre les opposants. Pour les deux responsables du G.P.U., il n'est pas question de perdre Blumkine qu'ils autorisent &#224; conserver son poste dans la mesure o&#249;, du fait de son travail et de ses responsabilit&#233;s, il ne peut avoir aucune activit&#233; en liaison avec l'Opposition. Ses activit&#233;s pass&#233;es au service de la Tcheka lui valent de toute &#233;vidence la confiance de ses sup&#233;rieurs et ses convictions ne sauraient l'alt&#233;rer. Blumkine, bien qu'opposant, est irrempla&#231;able au service de l'Union sovi&#233;tique. Cela reste vrai jusqu'en 1929.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le bannissement de Trotsky, le contact est pris avec Blumkine. Le 2 avril, il est &#224; Prinkipo, r&#233;digeant a la demande de Trotsky une notice n&#233;crologique concernant son camarade Efime Dreitser - jeune intellectuel, oppositionnel d&#232;s 1923, conseiller militaire en Chine, arr&#234;t&#233; &#224; son retour et que l'on croit mort - et la signant du pseudonyme de &#171; Svoj &#187; (2). A l'&#233;t&#233;, revenant d'une mission aux Indes, il est de nouveau chez Trotsky- qui ne reconnaitra que cette visite-l&#224;. A-t-il &#233;t&#233; charg&#233; d'une mission particuli&#232;re dont nous ne savons rien ? N'a-t-il eu &#224; porter que la lettre anodine d'instructions dont la copie se trouve dans les Archives de Trotsky a Harvard (3) ? Selon les affirmations ult&#233;rieures de Trotsky, Blumkine l'aurait interrog&#233; sur la compatibilit&#233; de ses taches au G.P.U. avec ses id&#233;es oppositionnelles, comme il l'avait fait quelques ann&#233;es auparavant aupr&#232;s de ses sup&#233;rieurs. Le G.P.U. d&#233;fendant l'Etat ouvrier et l'Opposition s'&#233;tant prononc&#233;e - notamment&lt;br class='autobr' /&gt;
lors du conflit sino-sovi&#233;tique - pour la d&#233;fense de l'U.R.S.S. contre les agressions imp&#233;rialistes, il n'y a pour Trotsky aucune contradiction ou incompatibilit&#233; et c'est un devoir pour les opposants de tenir leur r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les circonstances du retour de Blumkine &#224; Moscou sont &#233;videmment mal connues et une controverse s'est d&#233;velopp&#233;e autour des conditions de son arrestation par le G.P.U. Il existe cinq versions diff&#233;rentes des &#233;v&#233;nements qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e. Leur d&#233;nominateur commun est Karl Radek. Il est en effet formellement accus&#233; par un opposant clandestin de Moscou (&#171; N. &#187;) d'avoir trahi Blumkine pour prouver &#224; Iaroslavsky et Staline son repentir sinc&#232;re (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge, lui, affirme que Radek conseilla &#224; Blumkine d'entrer en rapport avec Ordjonikidze, pr&#233;sident de la commission centrale de controle, afin d'exposer sa situation. Seul Deutscher blanchit Radek en reprenant l'hypoth&#232;se avanc&#233;e par d'autres sur le r&#244;le jou&#233; dans l'affaire par une maitresse de Blumkine, agent elle aussi du G.P.U., qui l'aurait d&#233;nonc&#233;. Or cette version est incontestablement la moins d&#233;taill&#233;e mais plus favorable Radek que celle de l'ex-agent du G.P.U., Orlov, dans son livre &#171; The Secret History of Stalin's Crimes &#187; (L'histoire secrete des crimes de Staline), selon laquelle Elena Zubilina - qu'il mentionne comme &#171; Lisa G. &#187; - agent du G.P.U., avait &#233;t&#233; plac&#233;e dans l'entourage de Blumkine pour lui soutirer des informations &#224; la suite de la d&#233;nonciation de Radek. Il est en tout cas difficile de connaitre le r&#244;le exact de ce dernier - dont la culpabilit&#233; n'est pas prouv&#233;e malgr&#233; les fortes pr&#233;somptions convergentes qui p&#232;sent sur lui - et du m&#234;me coup les circonstances exactes de l'arrestation de Blumkine. Relevons seulement que, pour Trotsky, Radek a fait verser le sang de son ami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge, dans &#171; Destin d'une r&#233;volution &#187;, indique que Blumkine, apr&#232;s sa condamnation, aurait demand&#233; et obtenu un sursis pour &#233;crire ses m&#233;moires. Son travail achev&#233;, il est ex&#233;cut&#233; le 25 d&#233;cembre 1929.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 janvier 1930, Trotsky &#233;crit une longue lettre aux Rosmer o&#249; il leur fait part de l'ex&#233;cution de Blumkine et s'emploie &#224; donner des faits la version qu'il veut imposer : un seul entretien, suite a une rencontre de &#171; hasard &#187; entre Blumkine et L&#233;on S&#233;dov dans Constantinople.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelant que les auteurs des attentats contre L&#233;nine et les autres dirigeants bolcheviques n'avaient pas &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s, il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais si on ne l'a pas fusill&#233; en 1918 pour sa participation dirigeante a l'insurrection arm&#233;e contre le pouvoir des Soviets, on l'a fusill&#233; en 1929 pour cette raison que, servant courageusement la R&#233;volution d'Octobre, il ne partageait pas sur les questions importantes, les id&#233;es de la fraction stalinienne et considerait de son devoir de repandre les id&#233;es des bolcheviks-l&#233;ninistes (Opposition) &#187;. (5)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky en tire les conclusions politiques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Blumkine est fusill&#233; (...) sur l'arr&#234;t du G.P.U. Un fait pareil n'a pu avoir lieu que parce que le G.P. U. est devenu l'organe personnel de Staline. (...) Le r&#244;le principal dans le G.P.U. est jou&#233; par Iagoda, un carri&#233;riste d&#233;testable qui a li&#233; son sort &#224; celui de Staline et qui est pr&#234;t a accomplir sans reflechir et sans discuter n'importe quel ordre de ce dernier. (...) Le bureau politique n'existe pas. Boukharine a racont&#233; que Staline tient dans ses mains les membres du soi-disant bureau politique &#224; l' aide de dossiers accumul&#233;s contre eux par le G.P.U. Dans ces conditions, l'ex&#233;cution de Blumkine est une affaire personnelle de Staline &#187;. (6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignant que le meurtre de Blumkine r&#233;v&#232;le la peur de Staline face &#224; l'Opposition de gauche, Trotsky &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par I'ex&#233;cution de Blumkine, Staline veut dire a l'Opposition internationale des bolcheviks-l&#233;ninistes qu'il poss&#232;de a l'int&#233;rieur du pays des centaines et des milliers d'otages qui auront &#224; payer de leur t&#234;te les succ&#232;s du vrai bolchevisme sur l'ar&#232;ne mondiale. (...) Apr&#232;s les exclusions du parti, apr&#232;s les condamnations de familles &#224; la famine, apr&#232;s les emprisonnements, les d&#233;portations, etc., Staline essaie d'effrayer l'Opposition par le dernier moyen qui lui reste entre les mains : le meurtre &#187;. (7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Cit&#233; par Trotsky dans une lettre aux Rosmer, 5 janvier 1930, in Brou&#233;, Correspondance, op.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Voir l'article de P. Brou&#233; : &#171; Compl&#233;ments sur les trotskystes en U.R.S.S. &#187; n&#176; 24, decembre 1985, P &#8226; 63-72., . .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Trotsky,&#171; Message confi&#233; &#224; Blumkine &#187;, aout 1929, m Cahters Leon Trotsky, n 7/8, op.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &#171; N. &#187; : &#171; Lettre de Moscou &#187;, 25 d&#233;cembre 1929, m Cahiers L&#233;on Trotsky, n 7 8, op. cit.,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Lettre de Trotsky aux Rosmer, 5 Janvier 1930, Brou&#233;, Correspondance,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Ibidem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Ibidem.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Opposition de gauche (trotskiste) en Russie</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8926</link>
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		<dc:date>2026-07-15T22:31:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'opposition de gauche trotskiste de Russie en 1930 (en camp de concentration stalinien) analysait son bilan et ses perspectives &lt;br class='autobr' /&gt;
Tactique et t&#226;ches de l'opposition l&#233;niniste &lt;br class='autobr' /&gt;
I. Le r&#244;le historique et les t&#226;ches de l'opposition l&#233;niniste dans le mouvement ouvrier international &lt;br class='autobr' /&gt;
1. L'opposition l&#233;niniste est avant tout un courant international. Son apparition et son d&#233;veloppement prennent leurs racines dans les changements de toute la situation internationale survenus cons&#233;cutivement &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'opposition de gauche trotskiste de Russie en 1930 (en camp de concentration stalinien) analysait son bilan et ses perspectives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tactique et t&#226;ches de l'opposition l&#233;niniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. Le r&#244;le historique et les t&#226;ches de l'opposition l&#233;niniste dans le mouvement ouvrier international&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'opposition l&#233;niniste est avant tout un courant international. Son apparition et son d&#233;veloppement prennent leurs racines dans les changements de toute la situation internationale survenus cons&#233;cutivement &#224; la d&#233;faite de la premi&#232;re vague de la r&#233;volution europ&#233;enne en 1921-23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soi-disant stabilisation du capitalisme a apport&#233; avec elle le renforcement des positions du social r&#233;formisme dans la classe ouvri&#232;re, la d&#233;croissance du mouvement communiste international et le renforcement dans ses rangs des &#233;l&#233;ments centristes et droitiers. L'aile gauche du Komintern [1] a subi une s&#233;rie de d&#233;faites jusqu'&#224; ce qu'elle soit formellement exclue par l'IC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de l'aile gauche du communisme a &#233;t&#233; la cons&#233;quence du changement qui s'est produit dans les relations internationales. Cependant, cette d&#233;faite n'a pas conduit &#224; la liquidation du mouvement oppositionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions de l'&#233;conomie mondiale sapaient de fait la &#171; stabilisation &#187;, suscitant des r&#233;veils partiels de la lutte de classe prol&#233;tarienne, gr&#226;ce auxquels l'aile gauche se renfor&#231;ait &#224; nouveau et se revivifiait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La p&#233;riode compl&#232;te rec&#232;le de tr&#232;s grandes possibilit&#233;s r&#233;volutionnaires. Il s'ensuit la n&#233;cessit&#233; br&#251;lante d'un parti mondial du communisme. La conqu&#234;te du Komintern, sa transformation en l'instrument principal de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale, telle est la t&#226;che principale de l'opposition de gauche communiste internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lutte pour le redressement du PC(b)U et de l'IC, l'opposition bolchevik-l&#233;niniste s'oriente vers une r&#233;forme profonde de ces organisations, par le changement de leur direction opportuniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me but, l'opposition donne une base id&#233;ologique aux &#233;l&#233;ments prol&#233;tariens de gauche du mouvement communiste international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul l'accomplissement de cette t&#226;che &#224; l'&#233;tape actuelle, pr&#233;pare la possibilit&#233;, &#224; l'&#233;tape suivante, de conqu&#233;rir les ouvriers communistes &#224; la politique de L&#233;nine et de transformer le Komintern en avant-garde du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire international, &#224; un niveau plus &#233;lev&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
isolateur&lt;br class='autobr' /&gt;
II. Les &#233;tapes principales du d&#233;veloppement de la pratique de l'opposition l&#233;niniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. D'octobre 1923 au 14e congr&#232;s du PC(b)U [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La premi&#232;re &#233;tape du mouvement d'opposition repr&#233;sentait une r&#233;action spontan&#233;e des masses du Parti contre la bureaucratisation qui commen&#231;ait &#224; s'y d&#233;velopper. Celle-ci &#233;tait la principale forme de pression exerc&#233;e contre cette r&#233;action spontan&#233;e par les &#233;l&#233;ments petits-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les erreurs de la direction du parti en mati&#232;re de politique &#233;conomique, qui ont eu de fortes r&#233;percussions sur la situation mat&#233;rielle des masses ouvri&#232;res, et la d&#233;faite de la tactique du Komintern en Allemagne, ont suscit&#233; un m&#233;contentement ouvert dans les rangs du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La tactique de l'opposition durant cette p&#233;riode consistait &#224; donner une forme id&#233;ologique &#224; ce m&#233;contentement et &#224; montrer les causes qui ont suscit&#233; les erreurs de la direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'opposition n'a pu remplir ce r&#244;le jusqu'au bout, car elle (sa direction) n'avait pas encore totalement pris conscience, de fa&#231;on claire, du fait que le clivage qui s'est esquiss&#233; dans le parti allait devenir le point de d&#233;part de la lutte ult&#233;rieure &#224; l'int&#233;rieur du parti, qui entrainerait un clivage profond du parti selon deux options de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La d&#233;claration des 46 [3] et le Cours nouveau [4] sont les documents principaux de l'opposition &#224; cette &#233;poque ; ils refl&#233;taient une certaine absence d'explication, principalement en ce qui concerne l'analyse de la politique &#233;conomique du CC et de sa signification sociale, ainsi que du sens politique des dissensions &#224; l'int&#233;rieur du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette erreur de la direction de l'opposition &#233;tait accompagn&#233;e d'une autre erreur concernant les questions d'organisation. L'absence de forme organisationnelle de l'opposition en 1923 est l'une des causes de sa d&#233;faite &#224; Moscou, malgr&#233; le fait qu'elle disposait d'une majorit&#233; nette dans les rangs de l'organisation moscovite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La cause objective de toutes ces erreurs tactiques avait pour origine le d&#233;veloppement insuffisant des contradictions de classe durant cette p&#233;riode dans le pays ; de l&#224; &#233;galement r&#233;sultait le retard de la prise de conscience par le parti des t&#226;ches rendue prioritaires par la marche des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique aussi la presque compl&#232;te liquidation du mouvement oppositionnel jusqu'au 14e congr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
isolateur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Du 14e au 15e congr&#232;s [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Les principales tendances de classe li&#233;es aux dissensions internes du parti se sont r&#233;v&#233;l&#233;es de fa&#231;on suffisamment claire lors du 14e congr&#232;s. D'un c&#244;t&#233; s'est form&#233; le bloc de centre droit ; de l'autre, un centre gauche qui &#233;tait &#224; la t&#234;te des mouvements oppositionnels du prol&#233;tariat de Leningrad [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette p&#233;riode, apr&#232;s avoir form&#233; un bloc avec l'opposition de Leningrad tout en conservant son ind&#233;pendance id&#233;ologique, la principale t&#226;che tactique de l'opposition de 1923 consistait &#224; obtenir progressivement l'h&#233;g&#233;monie dans ce bloc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette t&#226;che, l'opposition l'a enti&#232;rement accomplie ; les documents principaux de l'&#233;poque en ont &#233;t&#233; l'expression :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La d&#233;claration de 1923 [7],&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;claration des 83 [8],&lt;br class='autobr' /&gt; La plate-forme des 13 [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Dans sa lutte contre le bloc de centre droit, la tactique de l'opposition unifi&#233;e est pass&#233;e par trois &#233;tapes principales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La p&#233;riode de pr&#233;paration du travail clandestin. Celle-ci s'est r&#233;duite &#224; la cr&#233;ation de la fraction et &#224; la formulation d'une conception id&#233;ologique et organisationnelle. Ensuite, sur cette base, l'opposition unifi&#233;e a conduit &#224; une offensive ouverte et r&#233;solue sous la forme de &#171; si&#232;ge &#187; des &#171; bastilles de l'appareil &#187; (usine des appareils et instruments a&#233;ronautiques, usine Poutilov [10], etc.).&lt;br class='autobr' /&gt; Les le&#231;ons de la premi&#232;re p&#233;riode ont montr&#233; l'insuffisance d'une telle forme de lutte, la force &#233;norme des pr&#233;jug&#233;s dans la masse ouvri&#232;re elle-m&#234;me et la n&#233;cessit&#233; du passage &#224; une nouvelle forme de lutte : une forme plus compr&#233;hensible pour les &#233;l&#233;ments avanc&#233;s des masses, et pr&#233;vue pour donner le temps d'une explication progressive, pers&#233;v&#233;rante et syst&#233;matique des positions de l'opposition, dans le cadre d'interventions publiques et l&#233;gales.&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;faite du 16 octobre 1926 [11] a ouvert alors une p&#233;riode de recul de l'opposition sur la base de la r&#233;duction de la lutte fractionnelle clandestine et du transfert du centre de gravit&#233; vers le travail l&#233;gal. La 15e conf&#233;rence [12], le pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'IC [13], le pl&#233;num de f&#233;vrier du CC [14] ; telles ont &#233;t&#233; les &#233;tapes de cette nouvelle tactique. Le groupe des CD [15] a quitt&#233; l'opposition durant cette p&#233;riode ; il ne comprenait pas la n&#233;cessit&#233; de nouvelles formes de lutte, sans lesquelles on ne peut pr&#233;parer les conditions pour une nouvelle offensive.&lt;br class='autobr' /&gt; La tactique du recul et des interventions l&#233;gales ouvertes a &#233;t&#233; enti&#232;rement justifi&#233;e &#224; ce moment, quand les dissensions se sont &#224; nouveau attis&#233;es, en relation avec la r&#233;volution chinoise ; elles ont rendu in&#233;vitable l'aggravation de la lutte et le passage &#224; l'offensive. Gr&#226;ce &#224; son travail l&#233;gal, l'opposition a su recevoir un soutien politique fort du parti durant cette p&#233;riode.&lt;br class='autobr' /&gt; La nouvelle tactique offensive, pour la p&#233;riode qui va d'avril 1927 [16] au 15e congr&#232;s, utilisait des m&#233;thodes de lutte l&#233;gales et semi-l&#233;gales, et s'est d&#233;velopp&#233;e de fait &#224; une &#233;chelle plus importante que la lutte de 1926. Une grande campagne de p&#233;tition, des alliances, des manifestations, de pair avec le renforcement du travail fractionnel, &#233;taient des indicateurs du haut niveau de lutte et de la grande participation des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Du 15e congr&#232;s au pl&#233;num de novembre 1928 [17]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La capitulation des centristes de gauche (les zinovi&#233;vistes) et la crise aigu&#235; du bloc de centre droit &#224; l'occasion de la gr&#232;ve du pain des koulaks, qui a port&#233; un coup d&#233;cisif aux illusions de la p&#233;riode de reconstruction, ont cr&#233;&#233; un nouveau rapport de force dans le pays et dans le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution vers la gauche de la politique des centristes a &#233;t&#233; l'expression de cette nouvelle p&#233;riode de d&#233;veloppement, et a donn&#233; &#224; l'opposition de nouvelles t&#226;ches &#224; accomplir. &#171; Le centrisme &#187;, dit le camarade Trotski, en &#233;valuant les perspectives de la p&#233;riode qui a suivi le congr&#232;s, &#171; est un coup d'arr&#234;t, mais les masses acqui&#232;rent &#233;galement leur propre exp&#233;rience dans la lutte. Nous comptons l&#224;-dessus &#187;. (&#192; une nouvelle &#233;tape) [18]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agitation dans la classe ouvri&#232;re, et le renforcement des &#233;l&#233;ments de gauche du parti, cr&#233;ent les conditions favorables pour le mouvement oppositionnel. Le caract&#232;re hybride du centrisme, son absence de clart&#233;, ses h&#233;sitations, qui se sont exprim&#233;es sous une forme claire aux pl&#233;nums d'avril et de juillet 1928 [19], ont d&#233;masqu&#233; encore plus son incapacit&#233; &#224; faire face &#224; de nouveaux dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. En d&#233;clarant que notre principale t&#226;che tactique est le soutien, sous une forme critique, des pas faits &#224; gauche par le centrisme, dans le but de d&#233;masquer la direction centriste, l'opposition a trouv&#233; le contact avec les masses du parti. Sur la base de cette tactique, elle a gagn&#233; l'initiative dans la lutte contre la droite et a pris l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne des conventions collectives de 1928 [20] a &#233;t&#233; le point le plus avanc&#233; de l'offensive de l'opposition. Sous ses coups puissants, les centristes ont &#233;t&#233; oblig&#233;s d'entrer en lutte contre la droite ; cependant, l'opposition n'avait pas assez de forces pour mener &#224; bien la r&#233;forme du parti et remplacer la direction centriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. De novembre 1928 &#224; la p&#233;riode actuelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Malgr&#233; le fait que la direction centriste ait conserv&#233; pleinement tous ses d&#233;saccords strat&#233;giques avec l'opposition, et n'ait pas touch&#233; au r&#233;gime du parti et aux m&#233;thodes bureaucratiques de la construction de l'&#233;conomie, elle s'est &#171; empar&#233;e des slogans de notre arsenal &#187; (Trotski), et prenant le chemin de la lutte administrative avec les koulaks et de l'organisation par en haut des kolkhozes et de l'industrialisation, elle a inculqu&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re et au parti des illusions qui n'&#233;taient pas du tout r&#233;volutionnaires, sur les possibilit&#233;s de sortie des contradictions dans de brefs d&#233;lais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le changement radical de la situation a oblig&#233; l'opposition &#224; changer &#224; nouveau sa tactique, en r&#233;orientant son travail vers l'explication &#233;nergique et syst&#233;matique aux masses de l'incapacit&#233; des centristes &#224; diriger la classe ouvri&#232;re vers une nouvelle voie, et &#224; sortir la dictature prol&#233;tarienne de l'orni&#232;re dans laquelle ils ont mis le pays par leur politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression de cette nouvelle tactique a &#233;t&#233; la d&#233;claration du 4 octobre 1929 [21] donnant comme principale t&#226;che de cette p&#233;riode la cr&#233;ation d'un front uni par rapport aux masses qui se font des illusions sur &#171; le plan quinquennal &#187;. En analysant la situation, la d&#233;claration avertissait que le plan quinquennal des centristes, mis en place avec des m&#233;thodes rejet&#233;es par la r&#233;volution d'octobre, conduit non au d&#233;veloppement, mais &#224; la r&#233;duction des forces productives ; il n'am&#233;liore pas la situation mat&#233;rielle, politique et culturelle de la classe ouvri&#232;re, mais la d&#233;t&#233;riore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le passage de la direction centriste &#224; la voie de l'aventure ultra gauche et le premier repli qui a suivi le 15 mars [22] ont d&#233;montr&#233; la compl&#232;te absence de fondement et l'aventurisme de la politique centriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rangs de l'opposition, le d&#233;but du d&#233;clin des illusions centristes parmi les masses a permis justement &#224; l'opposition de commencer &#224; se pr&#233;parer &#224; une nouvelle tactique offensive, mettant en avant un nouveau mot d'ordre pour le changement de direction, mot d'ordre qui pouvait devenir &#224; ce moment-l&#224; la conclusion que les masses tiraient de leur propre exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression du passage &#224; une nouvelle tactique offensive s'est manifest&#233;e dans les documents &#171; des 4 et des 7 &#187; [23], qui ont formul&#233; pour la premi&#232;re fois les principales dissensions, et dans la &#171; carte postale &#187; d'ao&#251;t [24] du camarade Trotski, qui donnait la formulation la plus pr&#233;cise de la nouvelle tactique offensive et de ses principales t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. Les principales le&#231;ons de notre lutte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En jetant un regard r&#233;trospectif sur les &#233;tapes pass&#233;es de sa lutte, l'opposition l&#233;niniste doit tenir compte de fa&#231;on sens&#233;e des erreurs qui ont &#233;t&#233; faites, afin d'&#233;viter leur r&#233;p&#233;tition dans le futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons ici seulement les principales d'entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la lutte, l'opposition ne se rendait pas compte de la profondeur des dissensions qui la s&#233;paraient de la fraction dominante, et des influences de classe que ces dissensions d&#233;terminaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sous-estimation du travail organisationnel a &#233;t&#233; &#233;galement li&#233;e &#224; cela ; elle a conduit &#224; laisser passer les conditions les plus favorables pour la cr&#233;ation d'une organisation ill&#233;gale qui fonctionne correctement et qui oriente son travail vers une longue p&#233;riode de travail clandestin. La cons&#233;quence des erreurs a &#233;t&#233; justement l'inad&#233;quation entre les exigences mises en avant par la crise politique et les possibilit&#233;s organisationnelles existantes. Une inad&#233;quation qui s'est refl&#233;t&#233;e de fa&#231;on si pr&#233;judiciable sur le travail de masse : il a &#233;t&#233; loin de correspondre &#224; son importance potentielle sur le plan id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les concessions faites aux compagnons de route provisoires dans la lutte ont constitu&#233; un autre d&#233;faut non moins s&#233;rieux de notre travail ; elles ont souvent pris une proportion bien au-del&#224; de ce qu'exigeaient les int&#233;r&#234;ts du mouvement, pris dans sa totalit&#233;. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233;, dans nos rangs, de mettre de l'eau dans notre vin, ainsi que d'affaiblir la direction ; ces &#233;l&#233;ments (principalement avec une orientation de centre gauche) nuisaient, dans les moments d&#233;cisifs, aux bases id&#233;ologiques et aux forces organisationnelles de notre mouvement, ils y suscitaient de profondes crises internes. L'influence des compagnons de route se ressentait indubitablement aussi sur la ligne tactique de l'opposition dans une direction qui, selon l'appr&#233;ciation du camarade Trotski, consistait &#224; ce que &#171; nos erreurs &#233;taient toujours dans une bien plus grande mesure des erreurs de droite que des erreurs de gauche par rapport &#224; la ligne juste &#187; (voir sa lettre du 23 mai 1928 &#224; B&#233;loborodov). Ce n'est qu'en se purifiant, au cours de plusieurs processus, des &#233;l&#233;ments les plus nuisibles de centre gauche, que l'opposition l&#233;niniste a pu se donner une orientation claire &#224; sa tactique dans sa lutte implacable avec le centrisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
III. Nos t&#226;ches en lien avec les fondements de la tactique l&#233;niniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale t&#226;che de l'opposition, pour le moment, est l'organisation de la lutte prol&#233;tarienne pour la r&#233;forme du parti, des syndicats, de l'&#201;tat, avec pour principe la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, ainsi que la rectification de la ligne strat&#233;gique du parti et son retour dans la voie trac&#233;e par L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette t&#226;che ne peut &#234;tre accomplie que par la mobilisation de toutes les forces r&#233;volutionnaires du parti et de la classe ouvri&#232;re autour de l'opposition l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions qui se sont form&#233;es &#224; pr&#233;sent, la crise &#233;conomique et politique qui ne cesse de s'approfondir dans le pays, suscitent la croissance du m&#233;contentement de toutes les classes. Dans cette situation qui &#233;largit indubitablement notre base dans la classe ouvri&#232;re, notre ligne tactique doit se traduire par une offensive politique sur la base d'un travail organisationnel profond dans les masses, bien que grandisse en m&#234;me temps &#233;galement le danger des interventions contre-r&#233;volutionnaires des classes ennemies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La seule possibilit&#233;, dit le camarade Trotski, de conserver et d'augmenter les chances de la voie du d&#233;veloppement r&#233;formiste de la r&#233;volution d'octobre et du parti, r&#233;side dans la mise en place du fonctionnement correct de l'organisation centralis&#233;e des bolcheviks-l&#233;ninistes, disposant de ressources techniques suffisantes pour influer de fa&#231;on syst&#233;matique sur l'opinion du parti atomis&#233;. &#187; (lettre du 08/08/1930) [26]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La qualit&#233; principale de l'opposition l&#233;niniste doit &#234;tre la capacit&#233; &#224; effectuer un brusque changement de tactique pour se r&#233;armer, et &#224; utiliser de nouvelles m&#233;thodes de lutte, en d'autres termes &#224; pratiquer une politique de tournants brusques. Dans les p&#233;riodes de croissance de l'activit&#233; politique des masses et du renforcement, en parall&#232;le, de la pression des classes ennemies, elle doit mettre en pratique une tactique d'offensive d&#233;cid&#233;e et hardie ; dans les p&#233;riodes de recul politique de l'esprit des masses, elle doit passer &#224; une tactique d&#233;fensive et attentiste, mais en tentant, dans ces conditions, de faire preuve, sur la base d'une nouvelle ligne tactique, d'une tr&#232;s grande activit&#233; dans sa lutte pour gagner de l'influence sur les masses. Gardant la maitrise dans les compromis qu'elle passe et les accords forc&#233;s, elle ne doit jamais reculer d'un iota sur les questions de principe devant l'ennemi ou devant un alli&#233; peu s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse politique profonde et les &#233;valuations saines de la r&#233;alit&#233; ont toujours aid&#233; l'opposition &#224; indiquer de fa&#231;on juste la tactique &#224; suivre, en choisissant entre l'offensive et la d&#233;fensive en fonction de la situation objective. C'est pour cette raison qu'elle a toujours &#233;t&#233; &#233;trang&#232;re &#224; l'aventurisme et s'est toujours bas&#233;e uniquement sur la croissance de la conscience des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une &#233;laboration approfondie des mots d'ordre concrets du moment, &#224; partir des orientations programmatiques, qui soit &#233;trang&#232;re &#224; la fois au regard en arri&#232;re conservateur et &#224; la simple r&#233;p&#233;tition non critique des slogans anciens, peut assurer &#224; l'opposition bolchevik-l&#233;niniste une tactique efficace qui corresponde aux buts poursuivis.&lt;br class='autobr' /&gt;
IV. La lutte pour les masses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la r&#233;volution d'octobre, il n'y a pas eu de changements dans la situation de notre prol&#233;tariat qui conduisent &#224; la liquidation de son r&#244;le r&#233;volutionnaire pass&#233;. Au contraire, il a grandi de fa&#231;on plus sensible sur les plans politique et culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le profond abattement de la classe ouvri&#232;re en ce qui concerne son &#233;tat d'esprit politique, sa passivit&#233;, sa fatigue durant les ann&#233;es qui ont suivi la fin de la guerre civile, malgr&#233; l'exposition de certaines de ses couches &#224; l'influence des pr&#233;jug&#233;s petits-bourgeois qui lui viennent de la campagne et que la bureaucratie entretient consciemment, nous avons pu souvent observer la manifestation de la profonde r&#233;sistance, sourde, de la classe ouvri&#232;re face &#224; la ligne thermidorienne. Et cela permet d'estimer que maintenant, quand les illusions nuisibles parmi les masses s'effondrent rapidement, toute pression des classes ennemies peut cr&#233;er &#224; nouveau dans le parti et la classe ouvri&#232;re un retour vers l'activit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique actuelle de la bureaucratie centriste est clairement calcul&#233;e pour brider le prol&#233;tariat, dans le but de lui retirer la possibilit&#233; de se d&#233;fendre. En liaison avec cela, une diff&#233;renciation, sur le plan de la conscience de classe des masses ouvri&#232;res, s'est effectu&#233;e &#224; des niveaux plus ou moins clairement marqu&#233;s. &#192; c&#244;t&#233; d'une aristocratie ouvri&#232;re peu nombreuse et tr&#232;s bien pay&#233;e, qui aspire &#224; une vie tranquille, et un groupe d'ouvriers de choc assez important, mais qui n'est pas encore totalement form&#233;, composant formellement le soutien du r&#233;gime, il y a de nombreuses &#171; recrues &#187;, venues de la petite bourgeoisie de la ville et de la campagne, dont l'&#233;tat d'esprit va des relations de confiance bienveillantes &#224; l'&#233;gard de toutes les fables que les centristes leur comptent, jusqu'&#224; une haine plus consciente du pouvoir sovi&#233;tique, tel qu'il est incarn&#233; par ses repr&#233;sentants actuels. Mais la fraction la plus importante du prol&#233;tariat industriel se lib&#232;re progressivement des illusions pass&#233;es, acquiert une exp&#233;rience politique, et s'imbibe d'un profond m&#233;contentement r&#233;volutionnaire ; elle continue de garder pour le moment une attitude d'attente, dans la mesure o&#249; le r&#233;gime existant ne donne pas la possibilit&#233; aux sentiments des masses de se manifester librement, tant qu'ils n'atteindront pas leur limite sup&#233;rieure, qui correspondrait &#224; l'intensit&#233; de la pression politique qu'ils subissent. Ce noyau principal de la classe ouvri&#232;re, capable d'entrainer &#224; sa suite le reste de la masse de nombreux millions de personnes, cherche maintenant une direction ferme, claire, ayant un programme d'action pr&#233;cis, visant &#224; r&#233;tablir un r&#233;gime normal et une ligne politique juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales questions tactiques de notre lutte sont de trouver les voies pour gagner &#224; nous des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires d'avant-garde et de la classe ouvri&#232;re et, par eux, gagner &#224; notre influence, &#224; notre direction la majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re pour la lutte &#224; venir pour la r&#233;forme. Et pour ce faire, notre premi&#232;re t&#226;che consiste &#224; contrecarrer tous les &#233;l&#233;ments de d&#233;ception, de fatigue et d'apathie qui g&#234;nent l'essor de l'activit&#233; r&#233;volutionnaire des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, on ne doit pas fermer les yeux sur le fait que la grande masse des ouvriers n'a pas pris conscience jusqu'&#224; pr&#233;sent de la n&#233;cessit&#233; d'une lutte active contre la croissance du danger contre-r&#233;volutionnaire, par la faute de la direction centriste, malgr&#233; le fait que la dictature prol&#233;tarienne rec&#232;le de tr&#232;s grandes forces et possibilit&#233;s de renaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons qu'on ne peut pas vaincre vraiment avec la seule avant-garde. Et pour que toute la classe en arrive &#224; un soutien direct et conscient de l'avant-garde, il est n&#233;cessaire qu'elle acqui&#232;re sa propre exp&#233;rience politique et sache la g&#233;n&#233;raliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cette raison qu'il devrait &#234;tre clair pour nous que la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts vitaux du prol&#233;tariat conduira au r&#233;veil des couches retardataires des masses, seulement quand les buts de la lutte seront &#233;troitement li&#233;s &#224; la situation concr&#232;te et seront compr&#233;hensibles pour les grandes masses. Ce n'est qu'en cr&#233;ant une organisation fortement ramifi&#233;e, li&#233;e &#233;troitement aux masses sur leurs lieux de travail, et grandissant sur la base de la d&#233;fense m&#234;me des int&#233;r&#234;ts quotidiens les plus modestes, que nous pouvons compter sur la r&#233;ussite de notre agitation, et sur le fait que cette masse nous suivra dans la lutte pour la r&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous pr&#233;occupant avant tout de la classe ouvri&#232;re dans sa globalit&#233;, nous devons mener le travail aussi bien parmi les membres du parti, que parmi les ouvriers sans parti, contrecarrant de toutes les fa&#231;ons possibles les tentatives de cr&#233;er une s&#233;paration entre les uns et les autres. De telles tentatives sont aussi bien le fait de la bureaucratie centriste, qui essaie de semer la discorde entre les diff&#233;rents d&#233;tachements de la classe ouvri&#232;re, que des partis anti-sovi&#233;tiques, qui tentent de dresser les ouvriers sans parti contre le parti et de les d&#233;tourner vers la voie de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre directive tactique acquiert de ce fait un sens particulier &#224; l'&#233;gard des diff&#233;rents courants politiques, et avant tout &#224; l'&#233;gard du centrisme lui-m&#234;me, qui &#171; repr&#233;sente le principal danger dans le parti &#187; (L. Trotski).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; l'objectif principal du centrisme est d'&#233;touffer l'activit&#233; du prol&#233;tariat, aussi bien par des m&#233;thodes de terreur administrative et &#233;conomique, que des m&#233;thodes sophistiqu&#233;es de mensonge, notre t&#226;che est un grand travail d'explication, destin&#233; &#224; d&#233;masquer le centrisme, dans le but de relever l'activit&#233; des prol&#233;taires &#224; un niveau o&#249; plus aucune menace n'est capable d'emp&#234;cher l'intervention des masses. En outre, nous devons expliquer avec t&#233;nacit&#233; aux masses que la voie de la r&#233;forme passe par le remplacement de la direction centriste &#171; qui ne peut r&#233;aliser la r&#233;forme pour des raisons organiques &#187; (Rakovski).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le centrisme, qui suscite le d&#233;senchantement et la chute de l'activit&#233; m&#234;me de la partie la plus r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re, facilite l'influence des mencheviks sur les masses. En luttant contre le centrisme, et en montrant au prol&#233;tariat les voies les plus efficaces du sauvetage de son pouvoir (la dictature du prol&#233;tariat), nous paralysons en grande partie aussi l'influence des mencheviks et des autres partis anti-sovi&#233;tiques qui font du travail dans la classe ouvri&#232;re. Il convient &#233;galement de dire la m&#234;me chose sur les anarchistes et les partis qui ont de la m&#234;me fa&#231;on des complices &#224; l'int&#233;rieur de l'officiel PCR(b).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En luttant contre ces courants, nous nous battons contre la division de la classe ouvri&#232;re en sph&#232;res d'influence, en fonction de ses principales cat&#233;gories sociales, contre sa soumission &#224; diff&#233;rentes influences &#233;trang&#232;res de classe, et pour son unit&#233;, son regroupement, avec le mot d'ordre du r&#233;tablissement de la dictature du prol&#233;tariat. Mais cette t&#226;che ne peut pas &#234;tre accomplie par une action ext&#233;rieure, en lan&#231;ant simplement des mots d'ordre ronflants, sans un travail pr&#233;paratoire correspondant dans toutes les organisations ouvri&#232;res de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, de ce point de vue, la lutte dans le secteur prol&#233;tarien du parti officiel est l'une des t&#226;ches &#224; accomplir. Mais le travail dans cette direction ne doit en aucun cas masquer la n&#233;cessit&#233; de conqu&#233;rir les organisations prol&#233;tariennes hors du parti, et particuli&#232;rement les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'en attirant de notre c&#244;t&#233; toute l'aile r&#233;volutionnaire du parti et la majorit&#233; r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re, ainsi qu'en r&#233;tablissant ensuite la confiance &#224; son &#233;gard des couches pauvres et moyennes du village (par la voie de la propagande de mesures &#233;conomiques correspondantes), que nous pourrons r&#233;aliser une r&#233;forme dans toute l'ampleur n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de notre lutte, nous aurons sans doute &#224; faire face &#224; la r&#233;sistance cruelle des forces thermidoriennes et bonapartistes. Et l&#224; se posera au prol&#233;tariat la question des formes que prendra sa lutte avec ces forces, car, celle-ci ne pourra certainement pas se faire sans un &#233;pisode de guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti officiel repr&#233;sente maintenant la cohabitation de deux camps de la guerre civile. (L. F.) [27]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette cohabitation ne peut continuer longtemps. L'un de ces camps doit p&#233;rir, afin de laisser la place au d&#233;veloppement de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons pas, par cons&#233;quent, miser sur le travail en direction du parti officiel, qui n'existe pas comme parti, mais nous devons choisir de nous orienter vers la recr&#233;ation du vieux parti l&#233;niniste avec le secteur r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien du parti officiel et les ouvriers actifs, d'avant-garde, consciemment r&#233;volutionnaires, qui se trouvent actuellement hors du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraction bolchevik-l&#233;niniste, organis&#233;e et en &#233;tat d'agir, sera la base sur laquelle se fera la cristallisation de ces &#233;l&#233;ments prol&#233;tariens et r&#233;volutionnaires, et la renaissance du parti l&#233;niniste.&lt;br class='autobr' /&gt;
V. Les formes et les m&#233;thodes de lutte pour la r&#233;forme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous donnant pour t&#226;che de contribuer &#224; l'organisation des masses ouvri&#232;res, nous devons, en m&#234;me temps, nous rendre compte que le r&#233;gime et la politique centriste conduisent objectivement &#224; ce que, dans le mouvement des masses, une certaine spontan&#233;it&#233; puisse prendre le dessus sur le niveau d'organisation que l'opposition l&#233;niniste peut donner &#224; ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cette raison que, dans le cas o&#249; un mouvement se d&#233;clare de fa&#231;on spontan&#233;e, nous ne refuserons pas d'y participer. Car lorsque se pr&#233;sentent les conditions objectives d'une pression r&#233;volutionnaire directe, se mettre au service du mouvement des masses est, comme dit L&#233;nine, &#171; la t&#226;che la plus &#233;lev&#233;e du parti &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, nous ne sommes pas complaisants avec les &#233;l&#233;ments de spontan&#233;it&#233; des mouvements, nous ne nous soumettons pas &#224; eux, nous aspirons de toutes les mani&#232;res possibles &#224; les combattre, &#224; soumettre ces mouvements &#224; notre influence : &#171; aller &#224; la rencontre des masses ne veut pas dire l&#226;cher pied devant la spontan&#233;it&#233; &#187; (L. T.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, alors que la grande masse de la classe ouvri&#232;re (et pas toute son avant-garde) n'est pas encore sortie de son attentisme, il nous faut rejeter cat&#233;goriquement les propositions qui sont dict&#233;es par l'impatience r&#233;volutionnaire et l'absence de maturit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que cela veut dire que nous appelons &#224; la passivit&#233; et inculquons aux &#233;l&#233;ments d'avant-garde du prol&#233;tariat qu'il faut survivre avec fatalisme, tant que le d&#233;veloppement objectif des &#233;v&#233;nements ne nous apportera pas des r&#233;sultats tout pr&#234;ts &#171; par eux-m&#234;mes &#187; ? Absolument pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela veut seulement dire qu'il ne s'agit pas de lancer des mots d'ordre qui ne peuvent &#234;tre encore compris des masses ouvri&#232;res et qui ne se d&#233;duisent pas de leur propre exp&#233;rience. La principale t&#226;che des ouvriers d'avant-garde et conscients, &#224; l'&#233;tape actuelle de l'offensive politique, doit consister, non &#224; crier des slogans ronflants, mais &#224; r&#233;aliser un travail opini&#226;tre pour cr&#233;er une organisation clandestine extr&#234;mement ramifi&#233;e, afin d'&#234;tre en mesure, gr&#226;ce elle, de se saisir des conflits, particuliers ou plus g&#233;n&#233;raux, des ouvriers avec la bureaucratie, et d'entra&#238;ner de plus en plus de masses d'ouvriers &#224; la lutte pour la r&#233;forme. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la lutte de la classe ouvri&#232;re contre le r&#233;gime bureaucratique a eu principalement un caract&#232;re individualiste et anarchique. Dans les conditions d'&#233;touffement complet de l'activit&#233; normale des syndicats, qui se sont transform&#233;s d'organes de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des ouvriers en organes auxiliaires des gestionnaires, les ouvriers ont recours &#224; des formes de lutte comme les absences injustifi&#233;es, la d&#233;t&#233;rioration des machines, l'assassinat des ouvriers de choc, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition l&#233;niniste ne met pas en avant toute forme de m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard du r&#233;gime bureaucratique existant et de sa politique. Sa t&#226;che consiste &#224; pr&#233;parer et &#224; organiser la r&#233;sistance collective et de masse &#224; toute la politique de la bureaucratie stalinienne. Et en ce sens, il y a, &#224; la disposition du prol&#233;tariat, toute une s&#233;rie de m&#233;thodes mises au point par l'exp&#233;rience pass&#233;e du mouvement, en commen&#231;ant par les protestations organis&#233;es et en finissant par des manifestations, des gr&#232;ves, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement, lorsqu'il a atteint une grande force et exerce une grande pression, peut se manifester en exer&#231;ant directement sa propre autorit&#233;, par la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, la destitution et l'&#233;lection des fonctionnaires dans le parti, les syndicats, les soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fonction du degr&#233; de d&#233;veloppement d'un mouvement ouvrier de masse, la gr&#232;ve acquiert une grande importance en sa qualit&#233; d'instrument traditionnel de lutte de la classe ouvri&#232;re ; son utilisation dans les conditions actuelles est punie avec toute la s&#233;v&#233;rit&#233; de l'arbitraire bureaucratique, bien que du temps de L&#233;nine elle ait &#233;t&#233; reconnue comme moyen de d&#233;fense des ouvriers contre les perversions de l'appareil au pouvoir. Une r&#233;solution connue du 11e congr&#232;s [28] du parti sur les syndicats obligeait les cellules communistes des entreprises &#224; se mettre &#224; la t&#234;te des ouvriers contre les d&#233;formations bureaucratiques des organes &#233;conomiques d'&#201;tat (apr&#232;s &#233;puisement complet des autres moyens d'action).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions actuelles, l'utilisation organis&#233;e des gr&#232;ves peut jouer un grand r&#244;le dans la mobilisation des forces prol&#233;tariennes avec les slogans de r&#233;forme du parti, des syndicats et des soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution du 11e congr&#232;s nous donne un argument important en faveur du droit de gr&#232;ve contre le r&#233;gime bureaucratique. L'opposition doit montrer aux masses qu'elle est &#224; cet &#233;gard le vrai promoteur de la ligne l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans les conditions se rapprochant de la pire des situations, celle qui exige la plus grande tension des forces du prol&#233;tariat, sa lutte peut prendre la forme la plus aigu&#235;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cas d'intervention ouverte des &#233;l&#233;ments bonapartistes, dans le but d'un coup d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaire, le seul moyen de r&#233;tablir la dictature du prol&#233;tariat est l'&#233;crasement arm&#233; de la contre-r&#233;volution, d'o&#249; qu'elle vienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
VI. Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition bolchevik-l&#233;niniste a toujours consid&#233;r&#233; sa lutte pour la r&#233;forme comme une t&#226;che internationale. La lutte qui a &#233;t&#233; et qui est actuellement men&#233;e par l'opposition contre la direction stalinienne, l'est en lien &#233;troit avec la lutte g&#233;n&#233;rale de l'aile gauche du Komintern contre la domination du centrisme. Sans le remplacement de la direction centriste du Komintern, la pr&#233;paration du facteur subjectif de la r&#233;volution mondiale est impossible, car l'histoire de la direction stalinienne est l'histoire de ses erreurs incessantes et des d&#233;faites du prol&#233;tariat international suscit&#233;es par elles (L. Trotski).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le centrisme stalinien et sa domination au Komintern ont grandi sur la base de la stabilisation relative du capitalisme et d'une s&#233;rie de d&#233;faites du prol&#233;tariat europ&#233;en au cours des huit derni&#232;res ann&#233;es. Les succ&#232;s de la lutte contre l'opportunisme stalinien et pour la renaissance du Komintern seront stimul&#233;s par l'essor du mouvement ouvrier international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse de la situation internationale montre clairement la justesse de l'&#233;valuation g&#233;n&#233;rale du 3e congr&#232;s de l'IC [29] selon laquelle &#171; la courbe du d&#233;veloppement capitaliste est, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, descendante avec des mouvements passagers de remont&#233;e ; la courbe de la r&#233;volution est, par contre, montante avec quelques fl&#233;chissements &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons, en nous appuyant sur ce fait, attendre en toute certitude un nouvel essor de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, qui sapera profond&#233;ment le terrain sous les pieds de la domination de la bureaucratie centriste et cr&#233;era la pouss&#233;e que nous attendons au profit de la classe ouvri&#232;re et de l'aile gauche du Komintern.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement pour cette raison que l'opposition l&#233;niniste n'a jamais consid&#233;r&#233; (&#224; la fa&#231;on des zinovi&#233;vistes et des d&#233;cistes qui souffrent de la m&#234;me fa&#231;on du bornage national) sa lutte contre le centrisme en faisant abstraction de sa d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard du d&#233;veloppement de toute la situation internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En menant une lutte opini&#226;tre pour la renaissance du Komintern sur les bases du l&#233;ninisme, nous cr&#233;ons par l&#224; m&#234;me les &#233;l&#233;ments subjectifs de l'essor futur de la lutte prol&#233;tarienne, en pr&#233;parant le lendemain du mouvement communiste international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Komintern : Commounistitch&#233;ski Internatsional (en russe), soit Internationale communiste en fran&#231;ais (IC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le 14e congr&#232;s du Parti communiste (bolch&#233;vique) de l'URSS (PC(b)U) s'est tenu &#224; Moscou entre le 18/12/1925 et le 31/12/1925.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] D&#233;claration des 46 : lettre envoy&#233;e par un groupe de 46 dirigeants sovi&#233;tiques au Bureau politique du Comit&#233; central du PC(b)U le 15 octobre 1923, et gard&#233;e secr&#232;te, comme ne concernant que le bureau politique. &#201;crite par 46 dirigeants bolcheviks, dont Pr&#233;obajenski, Antonov-Ovs&#233;&#239;enko, Smirnov, Piatakov&#8230; elle d&#233;crit la situation dans le pays, critique la direction du parti et son manque de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Cours nouveau de L. Trotski, &#233;crit fin 1923.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le 15e congr&#232;s du PC(b)U s'est tenu &#224; Moscou entre le 02/12/1927 et le 19/12/1927. Lors de ce congr&#232;s, les dirigeants de &#171; l'opposition unifi&#233;e &#187; sont exclus du parti. (Trotski l'avait &#233;t&#233; avant m&#234;me le congr&#232;s, au mois de novembre). C'est &#233;galement l&#224; qu'ont &#233;t&#233; avanc&#233;es les premi&#232;res r&#233;solutions sur le travail &#224; la campagne et directives pour la mise en place du 1er plan quinquennal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dans les ann&#233;es 1920, le mouvement oppositionnel &#233;tait anim&#233; par G. Zinoviev &#224; Leningrad, ville o&#249; il avait une grande influence dans le Parti bolch&#233;vique et dont il avait &#233;t&#233; pr&#233;sident du soviet en d&#233;cembre 1917. (Elle s'appelait alors Petrograd, avant qu'on l'affuble du nom de L&#233;nine en 1924, question d'honorer le mort&#8230; et faire, en son nom, le contraire de sa politique. Rebaptis&#233;e depuis 1991 de son nom sous le tsarisme, Saint-P&#233;tersbourg, pour faire oublier son pass&#233; rouge. Mais c'est une autre histoire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] D&#233;claration de 1923 : voir la note 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] D&#233;claration des 83, r&#233;dig&#233;e par L&#233;on Trotski et envoy&#233;e au Comit&#233; central du PCPR en mai 1927. Th&#232;mes trait&#233;s : &#233;chec en Chine, &#233;chec en Grande-Bretagne, politique int&#233;rieure, danger de la guerre, unit&#233; du parti, d&#233;fense de G. Zinoviev. Elle a &#233;t&#233; sign&#233;e dans un premier temps par 83 bolcheviks de l'opposition (en fait 84), puis par plus de 3 000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Plate-forme des 13 : pr&#233;par&#233;e pour le 15e congr&#232;s du PC(b)U en septembre 1927, elle &#233;tait sign&#233;e &#224; la fois par Kamenev, Zinoviev, Trotski, et plusieurs autres dirigeants de l'opposition trotskyste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Usine Poutilov : usine d'armement construite en 1801 sous le r&#232;gne de Paul 1er &#224; Saint-P&#233;tersbourg. Sa production se diversifie avec le temps (mat&#233;riel ferroviaire, par exemple). En 1900, l'usine occupait la premi&#232;re place dans l'empire russe pour sa production m&#233;tallurgique et de machines. En 1917, 29 000 ouvriers y &#233;taient employ&#233;s. Ils ont jou&#233; un r&#244;le majeur dans les &#233;v&#233;nements. Plus de 10 000 ouvriers ont rejoint les fronts de la guerre civile. Nationalis&#233;e en 1917, l'usine a &#233;t&#233; privatis&#233;e en 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] La d&#233;faite du 16 octobre 1926 : au pl&#233;num du Comit&#233; central du PC(b)U, L. Trotski, G. Zinoviev et L. Kamenev ont &#233;t&#233; exclus du Bureau politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] La 15e conf&#233;rence du PC(b)U s'est tenue &#224; Moscou entre le 26 octobre et le 3 novembre 1926. Elle &#233;tait consacr&#233;e &#224; la situation internationale, &#224; la situation &#233;conomique du pays et aux t&#226;ches du parti et des syndicats, enfin &#224; l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Ce 7e pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'IC s'est tenu &#224; Moscou du 22/11 au 16/12/1926. Il portait sur la situation internationale (en particulier la Grande-Bretagne, la Chine et l'Allemagne), l'action du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'IC, les syndicats, et les oppositions &#224; l'int&#233;rieur du parti russe (des exclusions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Ce pl&#233;num du Comit&#233; central du parti, tenu le 12 f&#233;vrier 1927, a vot&#233; les r&#233;solutions relatives &#224; l'industrie du b&#226;timent en 1926/1927 et &#224; La baisse des prix de vente et de d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Le groupe &#171; Centraliste d&#233;mocratique &#187; (abr&#233;g&#233; CD, &#233;galement nomm&#233; D&#233;ciste), s'est form&#233; en tant que tendance dans le parti bolch&#233;vique en mars 1919 au 8e congr&#232;s du PCR. Les dirigeants principaux &#233;taient Val&#233;riane Ossinski, Vladimir Smirnov et Timof&#233;&#239; Sapronov. Ils voulaient revenir &#224; une pratique politique et &#233;conomique initi&#233;e par la base ouvri&#232;re au d&#233;triment de la centralisation et de la bureaucratisation qui s'&#233;taient instaur&#233;es. Ils s'impliqu&#232;rent &#233;galement dans le d&#233;bat sur les syndicats fin 1920, d&#233;but 1921. Le groupe se dissout en mars 1921 suite au 10e congr&#232;s du PCR qui condamne les fractions. Ses membres se li&#232;rent en 1923 avec l'opposition de gauche initi&#233;e par Trotski, puis &#224; l'opposition unifi&#233;e de Trotski avec Kamenev et Zinoviev, et rompirent avec l'opposition trotskiste apr&#232;s la d&#233;faite de cette opposition unifi&#233;e du 16 octobre 1926, dont parle l'article. Certains membres ont fait ensuite d&#233;fection, d'autres sont rest&#233;s fid&#232;les &#224; leurs id&#233;es, mais tous ont subi la r&#233;pression stalinienne (isolateurs, prisons, exils, puis ex&#233;cutions massives &#224; la fin des ann&#233;es trente). Par rapport au r&#233;gime stalinien, ils jugent que &#171; Si chez nous les moyens de production sont nationalis&#233;s et que le pouvoir d'&#201;tat n'est pas entre les mains de la classe ouvri&#232;re, alors l'absence par elle-m&#234;me de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production montre que le sujet de l'exploitation a chang&#233; (le propri&#233;taire), mais pas l'objet (la classe ouvri&#232;re) &#187; [T. Sapronov : L'agonie de la dictature petite-bourgeoise]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils jugent en quelque sorte la contre-r&#233;volution comme achev&#233;e, et ont, dans la p&#233;riode du &#171; Grand tournant &#187; de Staline vers la d&#233;koulakisation, une politique que Trotski juge &#224; la fois gauchiste et en partie d&#233;faitiste. C'est &#224; leur propos que Trotski &#233;crit, fin 1928 : &#171; &#8230; aller au-devant de la masse ne signifie pas se mettre &#224; la t&#234;te des mouvements d&#233;sordonn&#233;s auxquels tendent les &#171; d&#233;cistes &#187;, qui, ou bien se casseront le cou sur une politique d'aventure, ce qui ne serait qu'un demi-malheur, ou bien aideront accidentellement l'ennemi &#224; tordre le cou &#224; la r&#233;volution, ce qui est beaucoup plus grave [&#8230;] &#187; Et estimant n&#233;cessaire de se d&#233;marquer de cette politique, Trotski ajoutait : &#171; Il faut que les flancs et l'arri&#232;re soient pour nous d&#233;limit&#233;s par une ligne claire, afin que la masse sache o&#249; nous sommes et o&#249; nous ne sommes pas. &#187; Cf. (Lettre du 21 octobre 1928). C'est ce point de vue que rappellent ici les r&#233;dacteurs du journal retrouv&#233; de l'isolateur de Verkhn&#233;ouralsk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Avril 27 : le 12 avril 1927, le Kuomintang retourne ses armes contre le Parti communiste chinois &#224; Shangha&#239; et y &#233;crase dans le sang la classe ouvri&#232;re, attisant ainsi la confrontation entre l'opposition de gauche et la majorit&#233; du PC(b)U.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Pl&#233;num de novembre 1928 : le pl&#233;num du Comit&#233; central du PC(b)U s'est tenu &#224; Moscou du 16 au 24 novembre 1928. L'opposition droiti&#232;re y a &#233;t&#233; condamn&#233;e ; celle-ci a cependant vot&#233; cette r&#233;solution avec les partisans de Staline pour pr&#233;server l'unit&#233; du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] &#192; une nouvelle &#233;tape est un texte &#233;crit apr&#232;s le 18 d&#233;cembre 1927. La citation n'y a pas &#233;t&#233; retrouv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Pl&#233;nums d'avril et de juillet 1928 : le premier s'est d&#233;roul&#233; du 6 au 11 avril 1928 &#224; Moscou et r&#233;unissait le Comit&#233; central du PC(b)U et la Commission centrale de contr&#244;le du PC(b)U ; il &#233;tait consacr&#233; &#224; des questions agraire, industrielle, d'organisation du parti. Le second s'est d&#233;roul&#233; du 4 au 12 juillet 1928 &#224; Moscou et r&#233;unissait le Comit&#233; central du PC(b)U ; questions abord&#233;es : Komintern, agriculture, formation de sp&#233;cialistes, nominations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] &#171; &#192; la fin de 1928, une campagne pour le renouvellement des conventions collectives s'est ouverte dans tout le pays [&#8230;] &#187;, pr&#233;cise Mikhail Vassiliev dans le num&#233;ro 20 des Cahiers du mouvement ouvrier : &#171; &#201;tant donn&#233; l'aggravation brutale des conditions de vie et de travail de la classe ouvri&#232;re, la hausse des prix sur les marchandises de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, un mouvement de gr&#232;ve s'est intensifi&#233; dans le pays. &#187; Et il cite un document de l'opposition de gauche &#224; l'&#233;poque qui dit : &#171; Le m&#233;contentement des ouvriers, ne trouvant pas d'issue aupr&#232;s des syndicats, s'amplifie [&#8230;] La gr&#232;ve, c'est le moyen extr&#234;me d'autod&#233;fense de la classe ouvri&#232;re contre les perversions de l'appareil bureaucratique. [&#8230;] les bolcheviks-l&#233;ninistes doivent prendre la t&#234;te du mouvement partout et en se souciant en tout lieu de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des travailleurs, luttant sans merci contre les perversions bureaucratiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Nous n'avons pas le texte de la d&#233;claration du 4 octobre 1929, r&#233;dig&#233;e par Rakovski, l'un des responsables de l'opposition trotkiste &#224; l'&#233;poque. Mais elle est, semble-t-il, dans la continuit&#233; d'une autre d&#233;claration de Rakovski, cosign&#233;e avec deux autres oppositionnels, Kossior et Okoudjava, datant du 22 ao&#251;t (publi&#233;e notamment par P. Brou&#233; dans Les cahiers L&#233;on Trotsky no 6, p. 78 &#224; 85). &#192; sa fa&#231;on, ce texte du 22 ao&#251;t saluait le tournant &#224; gauche de la direction stalinienne, avec son plan d'industrialisation que les signataires de la d&#233;claration appelaient &#224; soutenir, appelant en m&#234;me temps &#224; la r&#233;int&#233;gration de l'opposition de gauche dans le parti, y compris la r&#233;int&#233;gration de Trotski et son retour d'exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotski a, &#224; post&#233;riori (fin septembre), approuv&#233; sur le fond ce texte, auquel il apportait sa signature. Dans sa Lettre ouverte aux bolcheviks-l&#233;ninistes signataires de la d&#233;claration du 22 ao&#251;t 1929, il &#233;crivait : &#171; Le fait du tournant &#224; gauche de la direction officielle est patent. Depuis 1926, nous avons plus d'une fois pr&#233;dit qu'il &#233;tait in&#233;vitable sous les coups de la lutte de classe qui avait sans aucune difficult&#233; d&#233;moli le cadre de la politique droite-centre. De m&#234;me il n'est pas n&#233;cessaire de d&#233;montrer ici le fait incontestable que, si la lutte contre notre plate-forme a &#233;t&#233; conduite avec les arguments du groupe de droite actuel, la lutte officielle contre ce dernier a &#233;t&#233; men&#233;e avec des arguments emprunt&#233;s &#224; notre plate-forme. [&#8230;] Vous avez absolument raison de souligner que le plan quinquennal de construction socialiste peut devenir une &#233;tape tr&#232;s importante dans le d&#233;veloppement de la r&#233;volution d'Octobre. Dans des termes mesur&#233;s, mais sans &#233;quivoque, vous soulignez les conditions qui seraient n&#233;cessaires pour cela mais qui n'existent pas encore &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il mettait en garde contre toute illusion sur le cours qu'allait suivre la direction stalinienne, tant sur le plan international que dans sa politique vis-&#224;-vis de la classe ouvri&#232;re et dans le parti : &#171; La direction maintient et m&#234;me renforce la r&#233;pression parce que la co&#239;ncidence de nombre des mesures pratiques extr&#234;mement importantes qu'elle a prises dans sa politique actuelle avec les mots d'ordre et formulations de notre plate-forme, ne fait nullement dispara&#238;tre pour elle la dissemblance des principes th&#233;oriques d'o&#249; la direction et l'Opposition partent pour leur examen des probl&#232;mes de l'heure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mise en garde semble avoir &#233;t&#233; prise en compte dans la d&#233;claration du 4 octobre, qui &#233;tait devenue, plus que sa premi&#232;re &#233;bauche du 22 ao&#251;t, une r&#233;f&#233;rence pour l'opposition de gauche (dont les r&#233;dacteurs du texte). C'est ce que l'on voit par le r&#233;sum&#233; qu'en donne Rakovski lui-m&#234;me en avril 1930 : &#171; Dans sa d&#233;claration au C.C. et &#224; la C.C.C. du 4 octobre de l'ann&#233;e derni&#232;re, l'Opposition bolchevik-l&#233;niniste s'est &#233;lev&#233;e contre les mesures administratives extraordinaires &#224; la campagne, parce qu'elles entrainent des cons&#233;quences politiques n&#233;gatives. Nous nous sommes &#233;galement &#233;lev&#233;s contre la th&#233;orie tout &#224; fait n&#233;faste de la possibilit&#233; de construction d'une soci&#233;t&#233; socialiste dans un seul pays [&#8230;] &#187;. Cette d&#233;claration d&#233;non&#231;ait &#171; l'application &#8211; en vue de l'accroissement de la discipline du travail et de la rationalisation &#8211; de proc&#233;d&#233;s rejet&#233;s par la r&#233;volution d'Octobre &#187; (d&#233;crets sur la discipline, introduction de la semaine continue, augmentation des normes de production&#8230;). Elle indiquait &#171; la n&#233;cessit&#233; d'une unification de toutes les forces communistes et r&#233;volutionnaires autour du Plan quinquennal d'industrialisation et de la lutte contre le capitalisme agraire et les droitiers. [&#8230;] Dans la mesure cependant o&#249; la r&#233;alisation du mot d'ordre d'unification de toutes les forces communistes signifie la fin de la p&#233;riode du monopole politique du centrisme la bureaucratie centriste va le combattre avec le m&#234;me acharnement que dans le pass&#233; &#187;. (D&#233;claration en vue du xvie congr&#232;s du PCUS, du 12 avril 1930, sign&#233;e de Rakovski, Kossior, Mouralov et Kasparova, publi&#233;e par P. Brou&#233; dans le Cahier L&#233;on Trotsky no 6, p. 90 &#224; 103).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Il s'agit en fait d'une d&#233;cision prise le 14 mars 1930 par le Comit&#233; central du PC(b)U sur La lutte avec les d&#233;viations dans le mouvement kolkhozien par rapport &#224; la ligne du parti. Cette d&#233;cision a fait suite &#224; l'article sign&#233; par Staline dans la Pravda du 2 mars 1930, intitul&#233; Le vertige du succ&#232;s. Devant les difficult&#233;s rencontr&#233;es et la r&#233;sistance des paysans, la campagne de &#171; collectivisation &#187; a &#233;t&#233; stopp&#233;e un temps et un certain nombre de cadres de base ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;s pour gauchisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Il s'agit vraisemblablement du texte du 12 avril 1930, sign&#233; de Rakovski, Kossior, Mouralov et Kasparova, puis cosign&#233; par quelques autres (Brou&#233; en cite deux autres) dont nous avons parl&#233; dans la note 21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Nous n'avons pas ce texte. Il semble &#234;tre la lettre de Trotski d'ao&#251;t 1930 dont dit se souvenir Ciliga dans Au pays de mensonge d&#233;concertant (une de ces lettres surnomm&#233;es les &#171; cartes postales &#187; qui parvenaient aux oppositionnels m&#234;me dans les prisons). Ciliga n'en cite pas le texte, mais seulement les longues discussions qu'ont suscit&#233;es au sein des trois tendances des oppositionnels de Verkn&#233;ouralsk l'appr&#233;ciation que Trotsky donnait du stade o&#249; en &#233;tait le &#171; bonapartisme stalinien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ciliga &#233;crit : &#171; Une de ses phrases : &#8220;La pr&#233;paration du bonapartisme dans le parti est achev&#233;e&#8221;, devint le fondement de tous les raisonnements et de toutes les th&#232;ses de la gauche. Quant aux droites, ils ne lui attribuaient qu'une valeur rh&#233;torique sans importance pour l'attitude d'ensemble adopt&#233;e par Trotski. Les gauches ne voulaient entendre que le jugement n&#233;gatif &#233;mis par Trotski sur la superstructure politique du r&#233;gime, les droites &#8211; que son jugement positif quant &#224; la base sociale : dictature du prol&#233;tariat et caract&#232;re socialiste de l'&#233;conomie &#187; (Ante Ciliga, Dix ans au pays du mensonge d&#233;concertant, p. 181-182 de l'&#233;dition 10/18 de 1977). Mais il ne nous renseigne pas sur les pr&#233;cisions que Trotski donnait sur la nouvelle tactique de l'opposition dont parlent ici les auteurs du texte des oppositionnels emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Il s'agit vraisemblablement de la m&#234;me &#171; carte postale &#187; d'ao&#251;t 1930 cit&#233;e plus haut (cf note 24)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] L. F. : Peut-&#234;tre, sous ces initiales, les auteurs du texte tiennent-ils &#224; citer L. F&#233;dortchenko qui, si l'on en croit la liste des bolcheviks-l&#233;ninistes enferm&#233;s dans l'isolateur de Verkhn&#233;ouralsk, publi&#233;e dans le no 19 de mars 1931 du Bulletin de l'Opposition, y aurait &#233;t&#233; enferm&#233;. S'agirait-il de L&#233;onide F&#233;dortchenko dont a retrouv&#233; mention par ailleurs et qui serait d&#233;c&#233;d&#233; en 1929 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Le 11e congr&#232;s du PC(b)U s'est tenu &#224; Moscou du 27 mars au 2 avril 1922. Dans le projet de r&#233;solution sur Le r&#244;le et les t&#226;ches des syndicats dans les conditions de la Nouvelle politique &#233;conomique, r&#233;dig&#233; par L&#233;nine pour ce congr&#232;s, il &#233;crivait : &#171; Le passage des entreprises d'&#201;tat &#224; l'autonomie financi&#232;re est in&#233;vitablement et indissolublement li&#233; &#224; la nouvelle politique &#233;conomique, et dans un tr&#232;s proche avenir ce type de gestion deviendra immanquablement pr&#233;pond&#233;rant, sinon exclusif. En fait, cela signifie, dans une situation o&#249; la libert&#233; du commerce est autoris&#233;e et se d&#233;veloppe, que les entreprises d'&#201;tat reviennent dans une mesure notable &#224; des bases commerciales capitalistes. Cette constance, jointe &#224; la n&#233;cessit&#233; imp&#233;rieuse d'accro&#238;tre la productivit&#233; du travail, d'obtenir de chaque entreprise d'&#201;tat une gestion non d&#233;ficitaire et m&#234;me b&#233;n&#233;ficiaire, &#224; l'attachement l&#233;gitime ou m&#234;me excessif aux int&#233;r&#234;ts particuliers de l'entreprise, ne peut manquer d'engendrer une certaine contradiction d'int&#233;r&#234;ts entre la masse des ouvriers et les directeurs, les administrateurs des entreprises d'&#201;tat ou les services administratifs dont ils rel&#232;vent. Aussi est-ce le devoir absolu des syndicats, m&#234;me &#224; l'&#233;gard des entreprises d'&#201;tat, de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de classe du prol&#233;tariat et des masses travailleuses vis-&#224;-vis de leurs employeurs. &#187; Et un peu plus loin il ajoutait : &#171; C'est pourquoi une des t&#226;ches essentielles des syndicats consiste &#224; d&#233;fendre dans tous les domaines et par tous les moyens les int&#233;r&#234;ts de classe du prol&#233;tariat dans sa lutte contre le capital. Cette t&#226;che doit &#234;tre ouvertement situ&#233;e parmi les toutes premi&#232;res, l'appareil des syndicats doit &#234;tre r&#233;organis&#233;, modifi&#233; ou compl&#233;t&#233; en cons&#233;quence, il faut cr&#233;er, ou plus exactement faire en sorte que s'organisent des fonds de gr&#232;ve, etc. [&#8230;] D'o&#249; il d&#233;coule qu'actuellement nous ne pouvons absolument pas renoncer au recours &#224; la gr&#232;ve, que nous ne pouvons par principe admettre que la loi substitue aux gr&#232;ves l'arbitrage obligatoire de l'&#201;tat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution insistait aussi sur &#171; la diff&#233;rence entre la lutte de classe du prol&#233;tariat dans un &#201;tat qui reconna&#238;t la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la terre, des usines, etc., avec un pouvoir politique aux mains de la classe des capitalistes, et la lutte &#233;conomique du prol&#233;tariat dans un &#201;tat qui ne reconna&#238;t pas la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la terre et de la majorit&#233; des grosses entreprises, dans un &#201;tat dont le pouvoir politique est dans les mains du prol&#233;tariat &#187; en &#233;crivant : &#171; il est &#233;vident que le but final vis&#233; par les gr&#232;ves en r&#233;gime capitaliste est la destruction de l'appareil d'&#201;tat et le renversement de la classe d&#233;tenant actuellement le pouvoir d'&#201;tat. Mais dans un &#201;tat prol&#233;tarien de type transitoire comme l'est le n&#244;tre, le but final vis&#233; par les gr&#232;ves ne peut &#234;tre que le renforcement de l'&#201;tat prol&#233;tarien et du pouvoir d'&#201;tat exerc&#233; par la classe prol&#233;tarienne, au moyen de la lutte contre les d&#233;formations bureaucratiques de cet &#201;tat, contre ses erreurs et ses faiblesses, contre les app&#233;tits de classe des capitalistes &#233;chappant &#224; son contr&#244;le, etc. &#187; (L&#233;nine, &#338;uvres, tome 33, p. 185-196 de l'&#233;dition en fran&#231;ais.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Ce 3e congr&#232;s de l'IC : il s'est tenu &#224; Moscou entre le 22 juin et le 12 juillet 1921. 103 partis et organisations et 605 d&#233;l&#233;gu&#233;s y ont particip&#233;. La citation est extraite des Th&#232;ses sur la situation mondiale et les t&#226;ches de l'Internationale communiste, chapitre VII, Perspectives et t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1930/08/bl%20tactique%20taches.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1930/08/bl%20tactique%20taches.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plateforme de l'Opposition de gauche en 1927&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1928/07/ogi192807.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1928/07/ogi192807.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Correspondances de l'Opposition de gauche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/corr_opp/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/corr_opp/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes au camp d'internement stalinien de Vorkouta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/vorkouta.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/vorkouta.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview d'un de ses sympathisants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rogovine/works/1994/04/dogart.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rogovine/works/1994/04/dogart.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Discussion de Trotsky sur l'Opposition de gauche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390400a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390400a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Trotsky en 1927 : &#171; La crise du parti refl&#232;te la crise de la r&#233;volution elle-m&#234;me. &#187;</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


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&lt;p&gt;Trotsky en 1927 : &#171; La crise du parti refl&#232;te la crise de la r&#233;volution elle-m&#234;me. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Nouvelle &#233;tape &lt;br class='autobr' /&gt;
Fin d&#233;cembre 1927 &lt;br class='autobr' /&gt;
La crise du parti refl&#232;te la crise de la r&#233;volution elle-m&#234;me. Celle-ci a &#233;t&#233; provoqu&#233;e par la modification des rapports de classe. Le fait que l'Opposition soit en minorit&#233; &#224; l'int&#233;rieur du parti et ait &#224; subir des attaques constantes refl&#232;te la pression de la bourgeoisie russe et de la bourgeoisie mondiale sur l'appareil du gouvernement, de l'appareil (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;1927&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trotsky en 1927 : &#171; La crise du parti refl&#232;te la crise de la r&#233;volution elle-m&#234;me. &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle &#233;tape&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin d&#233;cembre 1927&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du parti refl&#232;te la crise de la r&#233;volution elle-m&#234;me. Celle-ci a &#233;t&#233; provoqu&#233;e par la modification des rapports de classe. Le fait que l'Opposition soit en minorit&#233; &#224; l'int&#233;rieur du parti et ait &#224; subir des attaques constantes refl&#232;te la pression de la bourgeoisie russe et de la bourgeoisie mondiale sur l'appareil du gouvernement, de l'appareil d'&#201;tat sur celui du parti et de l'appareil du parti sur l'aile gauche, prol&#233;tarienne, du parti. L'Opposition est aujourd'hui le point sur lequel se concentrent les plus puissantes pressions contre la r&#233;volution &#224; l'&#233;chelle du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Danger de Thermidor&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dictature prol&#233;tarienne ou Thermidor ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Boukharine pose la question de cette fa&#231;on : si c'est une dictature prol&#233;tarienne, nous devons soutenir inconditionnellement tout ce qui est fait sous son nom. Si c'est Thermidor, alors nous devons mener contre tout cela une lutte sans merci. En fait, les &#233;l&#233;ments de Thermidor &#8211; en liaison avec l'ensemble de la situation internationale &#8211; se sont d&#233;velopp&#233;s dans le pays au cours des derni&#232;res ann&#233;es bien plus vite que les &#233;l&#233;ments de la dictature. La d&#233;fense de la dictature signifie la lutte contre les &#233;l&#233;ments de Thermidor, pas seulement dans le pays tout entier, mais dans l'appareil d'&#201;tat et les couches influentes du parti lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, m&#234;me dans un processus de retour en arri&#232;re, il doit venir un point critique o&#249; la quantit&#233; se change en qualit&#233;, c'est-&#224;-dire le moment o&#249; le pouvoir d'&#201;tat change de nature de classe et devient un pouvoir bourgeois ? Ce point n'est-il pas d&#233;j&#224; atteint ? Un ouvrier, individuellement et tirant les le&#231;ons de sa vie quotidienne, peut en arriver &#224; la conclusion que le pouvoir n'est plus aux mains de la classe ouvri&#232;re : &#224; l'usine, l'autorit&#233; supr&#234;me est le &#171; triangle &#187;, la critique a &#233;t&#233; interdite et, dans le parti, l'appareil est tout-puissant ; dans le dos des organisations sovi&#233;tiques, ce sont des bureaucrates qui donnent les ordres, etc. Mais il suffit d'examiner cette question du point de vue des classes bourgeoises &#224; la ville et &#224; la campagne pour voir tout &#224; fait clairement que le pouvoir n'est pas entre leurs mains. Ce qui est en train de se passer, c'est la concentration du pouvoir entre les mains de ces organes bureaucratiques qui reposent sur la classe ouvri&#232;re, mais qui tendent toujours plus vers les couches sup&#233;rieures de la petite bourgeoisie des villes et des campagnes et se m&#233;langent partiellement avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le danger de Thermidor est une lutte de classe. La lutte pour arracher le pouvoir des mains d'une autre classe est une lutte r&#233;volutionnaire. La lutte pour des changements &#8211; parfois d&#233;cisifs, mais toujours sous le r&#232;gne de la m&#234;me classe &#8211; est une lutte r&#233;formiste. Le pouvoir n'a pas encore &#233;t&#233; arrach&#233; des mains du prol&#233;tariat. Il est encore possible de redresser notre ligne politique actuelle, d'&#233;carter les &#233;l&#233;ments de dualit&#233; de pouvoir et de renforcer la dictature par des mesures de type r&#233;formiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;&#233;minence, dans le parti et par cons&#233;quent dans le pays &#233;galement, est aux mains de la fraction de Staline qui poss&#232;de tous les traits du centrisme &#8211; et, qui plus est, d'un centrisme dans une p&#233;riode de recul, pas de mont&#233;e. Cela signifie de petits zigzags &#224; gauche et de grands zigzags &#224; droite. Il n'est pas douteux que le dernier geste &#224; gauche (le manifeste pour l'anniversaire) va obliger &#224; apaiser la droite et ceux qui sont les vraies sources de son soutien dans le pays &#8211; en fait, pas en paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les zigzags &#224; gauche ne s'expriment pas seulement par des manifestes b&#226;cl&#233;s d'anniversaire. L'insurrection de Canton est indiscutablement un zigzag aventuriste de l'I.C. &#224; gauche, apr&#232;s qu'aient &#233;t&#233; pleinement r&#233;v&#233;l&#233;es les cons&#233;quences d&#233;sastreuses de la politique menchevique suivie en Chine. L'&#233;pisode de Canton constitue une r&#233;p&#233;tition, en pire et en plus pernicieux du putsch d'Esthonie en 1924, apr&#232;s qu'on e&#251;t laiss&#233; passer la situation r&#233;volutionnaire de 1923 en Allemagne. Le menchevisme plus l'aventurisme bureaucratique ont port&#233; &#224; la r&#233;volution chinoise un double coup : il n'est pas douteux que le prix de l'insurrection de Canton sera un nouveau zigzag, beaucoup plus ample, &#224; droite, dans le domaine de la politique internationale et particuli&#232;rement en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che objective d'un r&#233;gime thermidorien serait de transf&#233;rer les leviers de commande politiques principaux aux mains de la gauche des nouvelles classes poss&#233;dantes. La condition la plus importante &#8211; mais pas la seule &#8211; de la victoire de Thermidor serait un &#233;crasement de l'Opposition tel qu'il n'y aurait plus &#224; en avoir &#171; peur &#187;. Dans les appareils du parti et de l'&#201;tat, les brasseurs d'affaires qui ont r&#233;ussi, en utilisant tous les fils, &#224; s'unir par toutes sortes de liens avec la soci&#233;t&#233; bourgeoise nouvelle, prendraient le pas sur les politiques purs, les centristes, les gens de l'appareil stalinien qui effraient les ouvriers avec l'opposition, pr&#233;servant ainsi temporairement leur &#171; ind&#233;pendance &#187;. Quant &#224; ce que deviendraient alors les centristes de l'esp&#232;ce stalinienne, c'est une question secondaire. Peut-&#234;tre quelques-uns d'entre eux se d&#233;tacheraient-ils pour se porter &#224; gauche. Le reste, bien plus nombreux, se retirerait purement et simplement du jeu. Une troisi&#232;me cat&#233;gorie renoncerait &#224; l'ind&#233;pendance imaginaire actuelle du centrisme et ses hommes entreraient dans la nouvelle combinaison, purement thermidorienne. Voil&#224; ce que serait la premi&#232;re &#233;tape de la marche au pouvoir de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui provoque le reflux ? La pression des forces de classe anti-prol&#233;tariennes sur l'&#201;tat sovi&#233;tique pouvait rencontrer une r&#233;sistance organis&#233;e seulement de la part des vieux cadres du parti et de la partie ouvri&#232;re de l'appareil de l'&#201;tat et du parti. Cependant, la partie ouvri&#232;re de l'appareil d'&#201;tat qui, autrefois, se s&#233;parait nettement des cadres des anciens intellectuels bourgeois et n'avait pas confiance en eux, s'est, au cours des derni&#232;res ann&#233;es, d&#233;tach&#233;e toujours plus de la classe ouvri&#232;re, se rapprochant, par ses conditions de vie et d'existence, des couches intellectuelles de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, et elle est devenue plus complaisante &#224; l'&#233;gard de l'influence des ennemis de classe. D'autre part, le gros du prol&#233;tariat, qui avait donn&#233; son avant-garde &#224; l'appareil bureaucratique de l'&#201;tat, apr&#232;s la formidable tension des premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution, a manifest&#233; une grande passivit&#233; politique. Au cours de la p&#233;riode de reconstruction, quand sa situation mat&#233;rielle s'est am&#233;lior&#233;e rapidement, les d&#233;faites de la r&#233;volution au plan international ont pes&#233; lourd dans ce sens. Il faut ajouter l'influence du r&#233;gime du parti. Le prol&#233;tariat charrie encore largement avec lui l'h&#233;ritage du pass&#233; capitaliste. Les premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution ont port&#233; au premier plan les &#233;l&#233;ments les plus actifs de la classe, les plus r&#233;volutionnaires, les plus bolcheviques. A l'heure actuelle, ceux qui sont devant, ce sont l'&#233;lite des domestiques, de ceux qui savent courber l'&#233;chine. Les &#233;l&#233;ments &#171; remuants &#187; sont mis &#224; l'&#233;cart et pourchass&#233;s et c'est une source d'affaiblissement du parti et de la classe. Cela les d&#233;sarme devant l'ennemi. Ainsi la pression grandissante des forces bourgeoises sur l'&#201;tat ouvrier s'est-elle jusqu'&#224; pr&#233;sent exerc&#233;e sans se heurter &#224; une r&#233;sistance active de la masse essentielle du prol&#233;tariat. Une telle situation ne peut se prolonger ind&#233;finiment. Il y a tout lieu de penser que l'int&#233;r&#234;t manifest&#233; par les masses des ouvriers sans-parti pour la discussion d'avant le 15e congr&#232;s en liaison avec la campagne des contrats collectifs, montre que de larges masses ouvri&#232;res commencent &#224; s'&#233;veiller et &#224; s'int&#233;resser aux probl&#232;mes politiques fondamentaux d'aujourd'hui en m&#234;me temps que commence &#224; s'emparer d'eux l'inqui&#233;tude pour le sort de la dictature prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure que grandira l'activit&#233; du prol&#233;tariat, la demande adress&#233;e &#224; l'opposition dans les milieux ouvriers grandira &#233;galement. Au cours des ann&#233;es o&#249; elle a lutt&#233; contre le reflux &#224; l'int&#233;rieur du parti (1923-1927), l'Opposition n'a pu que freiner ce processus. On ne peut s&#233;rieusement arr&#234;ter semblable processus autrement que par le d&#233;veloppement de la lutte de classe du prol&#233;tariat, dirig&#233;e contre la nouvelle bourgeoisie, contre les influences non prol&#233;tariennes qui s'exercent sur l'&#201;tat ouvrier, et contre l'imp&#233;rialisme mondial. Le prol&#233;tariat est habitu&#233; &#224; prendre conscience des dangers et &#224; r&#233;agir contre eux par l'interm&#233;diaire de son parti. Le monopole dont le parti jouit depuis 1917 a encore renforc&#233; son r&#244;le. La gravit&#233; de la situation consiste en ce que le r&#233;gime du parti freine et paralyse l'activit&#233; du prol&#233;tariat en m&#234;me temps que la th&#233;orie officielle du parti le tranquillise et l'endort. C'est pour cette raison et dans de telles conditions que l'Opposition porte une grande responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oustrialovisme et menchevisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boukharine op&#232;re un rapprochement entre le point de vue de l'Opposition et celui d'Oustrialov. En quoi est-ce le clou du caract&#232;re charlatanesque de cette th&#233;orie ? Oustrialov parle ouvertement du caract&#232;re in&#233;luctable de Thermidor, &#233;tape du salut dans le d&#233;veloppement national de la r&#233;volution d'Octobre. L'Opposition, elle, parle du danger de Thermidor et montre la voie de la lutte contre ce danger. Comme il glisse vers la droite, le centrisme est oblig&#233; de se fermer les yeux devant le danger et de nier m&#234;me sa possibilit&#233;. Il n'est pas possible de rendre &#224; Thermidor un service plus grand que de nier la r&#233;alit&#233; du danger thermidorien. La tentative de rapprocher le point de vue de l'Opposition sur Thermidor de celui des mencheviks n'est pas moins charlatanesque. Les mencheviks estiment que le danger bonapartiste a sa source essentielle dans le r&#233;gime de la dictature prol&#233;tarienne, que l'erreur principale est de compter sur la r&#233;volution mondiale, qu'une politique juste exige un repli dans les limites &#233;conomiques et politiques de la bourgeoisie et que, pour se sauver de Thermidor et du bonapartisme, il faut revenir &#224; la d&#233;mocratie, c'est-&#224;-dire au r&#233;gime parlementaire bourgeois. L'Opposition, pour sa part, ne nie nullement le danger de Thermidor, mais, bien au contraire, s'efforce de concentrer sur lui l'attention de l'avant-garde prol&#233;tarienne, car elle pense que la source politique principale de ce danger r&#233;side dans le comportement insuffisamment ferme de la dictature prol&#233;tarienne, l'insuffisance des liens avec la r&#233;volution mondiale, un esprit de conciliation excessif &#224; l'&#233;gard de la bourgeoisie, de l'int&#233;rieur comme de l'ext&#233;rieur. La d&#233;mocratie parlementaire n'est pour nous qu'une des formes de la domination du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le menchevisme est thermidorien d'un bout &#224; l'autre. Oustrialov, dans son thermidorianisme, est r&#233;aliste. Le menchevisme est utopique d'un bout &#224; l'autre. Est-il vraisemblable en effet qu'en cas de d&#233;faite de la dictature, celle-ci se transforme en d&#233;mocratie bourgeoise ? Non. C'est la moins vraisemblable de toutes les variantes. Jamais encore dans l'Histoire la dictature r&#233;volutionnaire n'a &#233;t&#233; remplac&#233;e par la d&#233;mocratie. Thermidor, par son essence m&#234;me, est un r&#233;gime de transition de kerenskysme &#224; rebours. Le kerenskysme de 1917 a couvert la dualit&#233; du pouvoir, s'est d&#233;battu dans son cadre et, contre son gr&#233;, a servi au prol&#233;tariat pour arracher le pouvoir des mains de la bourgeoisie. L'av&#232;nement du r&#233;gime thermidorien signifierait d&#233;cr&#233;ter &#224; nouveau la dualit&#233; du pouvoir &#8211; avec pr&#233;pond&#233;rance de la bourgeoisie &#8211; et, de nouveau, ce r&#233;gime, contre son gr&#233;, aiderait la bourgeoisie &#224; arracher le pouvoir des mains du prol&#233;tariat. Le r&#233;gime thermidorien, par nature, ne pourrait durer ind&#233;finiment. Son r&#244;le objectif consisterait &#224; couvrir l'accession au pouvoir de la bourgeoisie &#224; travers les organismes sovi&#233;tiques familiers aux travailleurs. Mais la r&#233;sistance du prol&#233;tariat, ses tentatives de se maintenir ou de regagner les positions perdues, deviendraient in&#233;vitables. Pour venir &#224; bout &#238;le telles tentatives et se renforcer v&#233;ritablement, la bourgeoisie &#233;prouverait d'urgence le besoin, non d'un r&#233;gime thermidorien, mais d'un r&#233;gime bien plus fort, beaucoup plus r&#233;solu, le plus vraisemblablement du bonapartisme, ou, plus actuel, du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mencheviks, en tant qu'aile gauche de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, combattraient sous le bonapartisme pour la l&#233;galit&#233;. Ce faisant, ils serviraient de soupape de s&#251;ret&#233; pour le r&#233;gime bourgeois. Les bolcheviks-l&#233;ninistes, cependant, combattraient pour la conqu&#234;te du pouvoir sous la forme de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du &#171; d&#233;lai &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question g&#233;n&#233;rale du danger thermidorien soul&#232;ve des questions plus concr&#232;tes. Quelle est la proximit&#233; de ce danger ? Thermidor n'a-t-il pas d&#233;j&#224; commenc&#233; ? Quels sont les indices r&#233;els sur son accomplissement ou non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du rythme auquel se produisent les divers changements est tr&#232;s importante pour notre tactique. Le rythme des nouveaux alignements politiques &#224; l'int&#233;rieur des classes et entre elles est beaucoup plus difficile &#224; d&#233;terminer que le rythme des processus &#233;conomiques dans le pays. En tout cas, ceux qui s'attendent &#224; ce que le processus de recul se poursuive au rythme actuel pendant des ann&#233;es font une grosse erreur. C'est, de toutes les perspectives, la plus improbable. Dans le processus de d&#233;clin, il pourra y avoir, et il y aura, des mouvements tr&#232;s brusques sous la pression des forces bourgeoisies de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur. Le temps qu'ils prendront, on ne peut le pr&#233;dire. Ce pourrait &#234;tre plus bref que nous le pensons. Ceux qui ne veulent pas s'en rendre compte, qui repoussent cette id&#233;e, seront in&#233;vitablement pris &#224; l'improviste. Il n'est pas besoin de rappeler que la capitulation de Zinoviev et Kamenev les a confront&#233;s, d&#232;s le tout d&#233;but, &#224; la n&#233;cessit&#233; d'enjoliver la situation, de minimiser le danger et d'endormir la gauche du parti. Quelques camarades ont li&#233; la question du rythme de Thermidor avec la question de la composition du C.C. en tant qu'incarnation de l'autorit&#233; du pouvoir et de la r&#233;volution. Aussi longtemps que les Oppositionnels ont &#233;t&#233; tol&#233;r&#233;s au C.C., ils ont jou&#233; le r&#244;le de frein sur ceux qui reculaient et la politique du C.C., selon les termes de Tomsky, n'&#233;tait &#171; ni chair ni poisson &#187;, c'est-&#224;-dire que le recul vers Thermidor rencontrait de la r&#233;sistance &#224; l'int&#233;rieur. L'&#233;limination du C.C. des Oppositionnels &#8211; c'est ce que pensaient les camarades que j'ai mentionn&#233;s &#8211; signifierait que ceux qui op&#232;rent cette retraite ne pouvaient plus collaborer avec les repr&#233;sentants de la ligne prol&#233;tarienne internationale. Cela signifierait donc le d&#233;but officiel de Thermidor. Cette mani&#232;re de poser la question est pour le moins incompl&#232;te et, pour cette raison, ne peut conduire qu'&#224; des conclusions fausses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de l'Opposition consiste en ce que, arm&#233;e de la m&#233;thode marxiste, elle peut pr&#233;voir le cours du d&#233;veloppement et mettre en garde. La &#171; force &#187; de la fraction stalinienne consiste dans son abandon de l'orientation marxiste : la fraction stalinienne joue aujourd'hui un r&#244;le que ne peuvent jouer que des gens qui portent des &#339;ill&#232;res, se dispensent de regarder &#224; gauche et &#224; droite et ne regardent pas devant eux les cons&#233;quences &#224; venir. La fraction stalinienne consid&#232;re les pr&#233;dictions marxistes de l'Opposition comme des injures personnelles, des calomnies, etc., r&#233;v&#233;lant en cela les caract&#232;res typiques de son &#233;troitesse d'esprit petite-bourgeoise. Et c'est pourquoi elle attaque l'Opposition avec une fureur redoubl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il toutefois que l'exclusion et m&#234;me l'amputation de l'Opposition tout enti&#232;re constitue le passage &#224; Thermidor, devenu un fait accompli ? Non, il s'agit seulement de la pr&#233;paration &#224; Thermidor dans le cadre du parti. La fraction stalinienne, en abattant la barri&#232;re prol&#233;tarienne de gauche, est en train, contre son propre gr&#233;, de paver la voie &#224; la marche au pouvoir de la bourgeoisie. Mais ce ph&#233;nom&#232;ne n'est pas encore accompli, ni en politique, ni dans l'&#233;conomie, ni dans la culture, ni dans la vie quotidienne. Pour assurer dans la r&#233;alit&#233; la victoire de Thermidor, il est n&#233;cessaire en premier lieu de supprimer (ou de limiter) le monopole du commerce ext&#233;rieur, de r&#233;viser les instructions &#233;lectorales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces de pression thermidoriennes de m&#234;me que les forces de r&#233;sistance prol&#233;tariennes, pourront seulement se r&#233;v&#233;ler dans le proc&#232;s de la lutte r&#233;elle des classes. C'est pourquoi on ne peut pas consid&#233;rer la mise de l'Opposition hors du parti comme l'accomplissement d&#233;j&#224; effectu&#233; de Thermidor. A vrai dire, une telle appr&#233;ciation pourrait &#234;tre juste si la marche ult&#233;rieure des &#233;v&#233;nements montrait que, de l'int&#233;rieur du parti, il ne peut plus venir de nouveaux &#233;l&#233;ments &#224; l'Opposition et que, dans la classe ouvri&#232;re, il ne saurait surgir de nouvelles forces pour r&#233;sister &#224; l'assaut de la bourgeoisie, et que par suite, l'intervention d'une Opposition peu nombreuse ne serait que le dernier bouillonnement de la vague d'Octobre. On ne peut formuler une telle appr&#233;ciation parce qu'il n'y a pas de causes pour penser que le prol&#233;tariat, en d&#233;pit des ph&#233;nom&#232;nes de passivit&#233; et de luttes avort&#233;es, ph&#233;nom&#232;nes qui se sont manifest&#233;s dans son sein au cours de la p&#233;riode &#233;coul&#233;e, n'est pas capable de &#238;le fendre les conqu&#234;tes d'Octobre contre la bourgeoisie int&#233;rieure et ext&#233;rieure, ce qui signifierait capituler avant la lutte et sans lutte. Il est absolument hors de doute que la pouss&#233;e ult&#233;rieure &#224; droite grossira le flux vers l'Opposition des &#233;l&#233;ments ouvriers du parti, et augmentera l'influence de ses id&#233;es sur la classe ouvri&#232;re. La question du d&#233;lai dans lequel peut se produire Thermidor, et les chances de son succ&#232;s ou de son insucc&#232;s, cela, en g&#233;n&#233;ral, n'est pas et ne peut pas &#234;tre une question de pure analyse th&#233;orique ou de pronostic. Il s'agit de la lutte de forces vives. Le r&#233;sultat doit &#234;tre d&#233;termin&#233; dans l'action elle-m&#234;me. La lutte int&#233;rieure du parti, malgr&#233; toute son acuit&#233;, n'est qu'un pr&#233;lude &#224; l'&#233;poque des combats de classe. Toutes les t&#226;ches sont encore enti&#232;rement devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair, qu'en cas de marche plus rapide et plus favorable du mouvement r&#233;volutionnaire en Occident et en Orient, l'Opposition accomplira beaucoup plus facilement sa t&#226;che historique. Mais au cas o&#249; la R&#233;volution mondiale serait diff&#233;r&#233;e, la lutte ne serait nullement sans espoir. L'Opposition ne se chargera certes pas de construire le socialisme dans un seul pays. Si l'on part du fait que l'imp&#233;rialisme demeurera victorieux en Occident et en Orient pendant plusieurs ann&#233;es, ce serait un pur enfantillage de penser que le prol&#233;tariat en U.R.S.S. pourrait garder le pouvoir et construire le socialisme contre l'imp&#233;rialisme mondial victorieux. Mais une telle sorte de perspective mondiale n'est en rien fond&#233;e. Les contradictions de l'&#233;conomie mondiale ne s'adoucissent pas, mais s'aiguisent. Ce ne seront pas les grandes commotions qui manqueront. Cela, l'Opposition l'a pr&#233;cis&#233;ment enseign&#233;, par exemple, lors des &#233;v&#233;nements de Chine, du Comit&#233; anglo-russe etc. Les succ&#232;s dans cette voie sont seulement possibles &#224; condition que soient assur&#233;es la d&#233;fense et la pratique du bolchevisme v&#233;ritable, f&#251;t-ce, pour un temps, &#224; titre de petite minorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si m&#234;me tout le d&#233;veloppement de la lutte dans la prochaine p&#233;riode se montrait enti&#232;rement d&#233;favorable &#224; la dictature du prol&#233;tariat en U.R.S.S., et aboutissait &#224; sa chute, alors, m&#234;me dans ce cas, le travail de l'Opposition garderait toute son importance. L'ach&#232;vement de Thermidor signifierait in&#233;luctablement la scission du parti. L'Opposition serait l'expression des cadres r&#233;volutionnaires, et dans ce cas formerait, non &#171; un deuxi&#232;me parti &#187;, mais le prolongement historique du parti bolchevique. Le &#171; deuxi&#232;me &#187; parti serait form&#233; par l'union des &#233;l&#233;ments bureaucratiques et propri&#233;taires, poss&#233;dant d&#233;j&#224; leur point d'appui sur le flanc droit. Le deuxi&#232;me parti ne serait, &#224; vrai dire, qu'une &#233;tape pour la bourgeoisie imp&#233;rialiste int&#233;rieure et &#233;trang&#232;re. La t&#226;che du parti bolchevique, apr&#232;s la r&#233;volution bourgeoise, consisterait &#224; pr&#233;parer la deuxi&#232;me r&#233;volution prol&#233;tarienne. Aujourd'hui, toutefois, il s'agit de pr&#233;venir un tel d&#233;veloppement, en ayant recours au noyau prol&#233;tarien du parti et &#224; la classe ouvri&#232;re dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perspectives&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti une fois formellement amput&#233; de l'Opposition, les classes non prol&#233;tariennes se sentiront beaucoup plus d'assurance. Leur pression se renforcera encore. Les formes et m&#233;thodes de cette pression se feront toujours plus vari&#233;es et plus enveloppantes : depuis la pression du chef d'&#233;quipe sur les ouvriers &#224; l'usine jusqu'&#224; la pression de la bourgeoisie europ&#233;enne et am&#233;ricaine dans la question du monopole du commerce ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si m&#234;me nous prenons comme point de d&#233;part cette supposition que la pression de la bourgeoisie int&#233;rieure et internationale doit se terminer victorieusement, (mais ceci n'est nullement r&#233;solu par avance) alors, m&#234;me en ce cas, il est impossible de s'imaginer que tout va se passer sans heurts, par le moyen d'un glissement acc&#233;l&#233;r&#233;, sans obstacles, sans tentatives de contre-pression prol&#233;tarienne de la part de la gauche. Pr&#233;cis&#233;ment, l'offensive croissante des classes non prol&#233;tariennes doit pousser des couches de plus en plus larges sur la voie de la lutte active. Pour &#171; diriger &#187; la d&#233;fense du noyau ouvrier du parti, aussi bien que de la classe ouvri&#232;re dans son ensemble, elles ont besoin de l'Opposition, m&#234;me en cas de d&#233;veloppement tr&#232;s d&#233;favorable des &#233;v&#233;nements. Il est inutile d'expliquer que le noyau prol&#233;tarien du parti et la classe ouvri&#232;re ne se tourneront vers l'Opposition que si celle-ci sait, dans toutes les questions de la vie et de la lutte des masses, montrer que ses points de vue correspondent aux int&#233;r&#234;ts m&#234;me du prol&#233;tariat. Cela suppose de l'activit&#233; de la part de l'Opposition, son intervention permanente dans tous les proc&#232;s &#233;conomiques, politiques et culturels de la vie ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraction Staline se trouve non seulement sous la menace de la pression croissante venant de droite, mais aussi de l'in&#233;luctable r&#233;sistance de la gauche. Les stalinistes fulminent contre l'Opposition, esp&#233;rant se rendre eux-m&#234;mes ma&#238;tres de l'in&#233;luctable r&#233;sistance de la gauche contre les forces qui surgissent de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments de l'aile droite du parti, de m&#234;me que les &#233;l&#233;ments oustrialovistes de l'appareil d'&#201;tat, comprennent la n&#233;cessit&#233; de certaines man&#339;uvres vers la gauche, mais ils craignent que ces man&#339;uvres puissent aller trop loin. Les d&#233;ments du flanc droit, qui, appartenant ou non au parti, participent &#224; la solution de toutes les questions du parti, sont caract&#233;ris&#233;s par leur liaison organique avec les nouveaux propri&#233;taires. Ils ne peuvent accepter que des man&#339;uvres qui, si elles comportent certains &#171; sacrifices &#187; en faveur du prol&#233;tariat, ne compromettent pas la situation mat&#233;rielle des classes exploiteuses et ne r&#233;tr&#233;cissent pas leur r&#244;le politique. C'est pr&#233;cis&#233;ment de ce point de vue que se pose pour eux la question de la journ&#233;e de sept heures, la question des salaires, l'aide aux pauvres de la campagne, etc. Les man&#339;uvres de gauche ne sauveront pas la politique de Staline. La queue va frapper la t&#234;te. La croissance de l'aile droite s'exprime dans l'imm&#233;diat par la pr&#233;pond&#233;rance croissante de l'appareil de l'&#201;tat sur l'appareil du parti. Il est possible de suivre clairement la croissance de ce proc&#232;s au cours des deux ann&#233;es qui se sont &#233;coul&#233;es entre le 14e et le 15e Congr&#232;s. Le 14e Congr&#232;s du parti fut l'apog&#233;e de l'appareil du parti et en m&#234;me temps de Staline. Le 15e Congr&#232;s a r&#233;v&#233;l&#233; un s&#233;rieux d&#233;placement des forces vers la droite. Les fi&#232;res d&#233;clarations des fonctionnaires de l'appareil centriste, selon lesquelles ils vont d&#233;truire en passant l'aile droite aussi, ne se sont pas r&#233;alis&#233;es. Le bureau politique est demeur&#233; aussi oscillant qu'il l'&#233;tait avant le 15e Congr&#232;s. La composition du nouveau comit&#233; central et de la nouvelle commission centrale de contr&#244;le a introduit de nouvelles figures qui y sont entr&#233;es exclusivement en qualit&#233; de fonctionnaires. Le 15e Congr&#232;s a r&#233;v&#233;l&#233; l'affaiblissement de l'appareil du parti dans le syst&#232;me g&#233;n&#233;ral du r&#233;gime sovi&#233;tique. La lutte Staline-Rykov refl&#232;te dans une large mesure la lutte des deux appareils o&#249; se r&#233;fracte &#224; son tour la lutte de classe. La pression des classes non prol&#233;tariennes, largement et directement, se manifeste &#224; travers l'appareil d'&#201;tat. Cela ne signifie pas, toutefois, qu'elle se meut dans des cadres de classe bien clairs. Dans l'avenir, quand la politique de &#171; sur place &#187;, la politique qui consiste &#224; &#233;luder les questions, &#224; attendre, deviendra impossible, Staline pourra, avec succ&#232;s, enfourcher le cheval de droite et liquider Rykov. Tout simplement se mettre &#224; sa place. Mais m&#234;me cette question ne peut &#234;tre r&#233;solue sans de nouveaux d&#233;placements de forces et sans de profondes secousses dans le parti. Les difficult&#233;s &#233;conomiques s'approchent et menacent avec une force inexorable. L'Opposition a eu raison, aussi bien dans la compr&#233;hension de la situation &#233;conomique du pays que dans ses pr&#233;visions concernant la marche future des &#233;v&#233;nements. Les &#233;checs graves dans la r&#233;quisition de bl&#233; pendant le premier trimestre sont l'indication d'une atteinte s&#233;rieuse &#224; l'&#233;quilibre de toute l'&#233;conomie de l'U.R.S.S. Une entorse s&#233;rieuse a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite au plan d'exportation et par suite au plan d'importation. Le manque de produits alimentaires a d&#233;j&#224; contraint des centres ouvriers parmi les plus importants, comme L&#233;ningrad, &#224; passer au syst&#232;me de la carte de rationnement. La cause sp&#233;cifique des difficult&#233;s &#233;conomiques pour l'ann&#233;e 1927-1928 r&#233;side dans l'inflation mon&#233;taire. Celle-ci a aggrav&#233; les difficult&#233;s de notre &#233;conomie qui sont la cons&#233;quence du retard de l'industrie, de la disproportion etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inflation mon&#233;taire a &#233;t&#233; tout d'abord l'expression de ce fait que les d&#233;penses r&#233;elles de l'&#233;conomie d'&#201;tat sont devenues beaucoup plus fortes que ses revenus r&#233;els ; et deuxi&#232;mement qu'une telle situation dans notre pays m&#232;ne in&#233;luctablement &#224; porter atteinte &#224; la liaison entre la ville et la campagne. Il n'est possible d'obtenir les moyens r&#233;els d'industrialiser plus vite le pays qu'en ayant recours &#224; une s&#233;rieuse r&#233;vision de la r&#233;partition des revenus nationaux, r&#233;vision effectu&#233;e au b&#233;n&#233;fice des &#233;l&#233;ments socialistes de notre &#233;conomie. Faute de cela, m&#234;me le plan actuellement en cours d'ex&#233;cution pour les d&#233;penses de capital a d&#233;termin&#233; une situation tr&#232;s tendue des possibilit&#233;s d'&#233;mission de papier-monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte actuellement men&#233;e contre les difficult&#233;s &#233;conomiques (renforcement du ravitaillement des campagnes en marchandises industrielles en privant le march&#233; des villes) peut conduire &#224; des succ&#232;s partiels dans des compartiments s&#233;par&#233;s, au prix de nouvelles difficult&#233;s dans d'autres endroits. Toute la situation &#233;conomique r&#233;v&#232;le la faillite de la politique actuelle qui consiste &#224; trouver des solutions au coup par coup en fonction d'une ligne g&#233;n&#233;rale fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan de l'Opposition a &#233;t&#233; repouss&#233; ; le groupe Staline n'a aucun plan, tandis que les &#233;l&#233;ments de droite ont peur de parler &#224; haute voix de leurs v&#233;ritables intentions : telle est la situation de la direction &#233;conomique en ce moment. Ce qui est le plus vraisemblable, c'est que la situation &#233;conomique ult&#233;rieure devenant plus aigu&#235;, la ligne de la droite triomphera, et cela, la plate-forme de l'Opposition l'a pr&#233;vu d'une mani&#232;re absolument juste. A la base de la crise aigu&#235; qui se manifeste actuellement dans la situation &#233;conomique, il y a, comme racine, la disproportion entre l'&#233;conomie industrielle et l'&#233;conomie paysanne. Il n'est possible de faire dispara&#238;tre cette disproportion que de deux mani&#232;res : soit par les m&#233;thodes de r&#233;gulation du plan et par une politique appropri&#233;e des imp&#244;ts, des prix, des cr&#233;dits, etc., soit par les moyens &#233;l&#233;mentaires du march&#233;, non seulement du march&#233; int&#233;rieur qui, pour cela, est certainement insuffisant, mais aussi par les moyens du march&#233; ext&#233;rieur. La premi&#232;re voie, c'est la voie de la plus juste r&#233;partition des revenus nationaux. La seconde, c'est celle qui consiste &#224; supprimer aussi le monopole du commerce ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cl&#233; de la situation, c'est la question du monopole du commerce ext&#233;rieur. Il est hors de doute que la suppression du monopole du commerce ext&#233;rieur, ou sa limitation, qui toucherait &#224; son essence m&#234;me, m&#232;nerait dans les premiers temps &#224; une augmentation importante des forces productives. Les marchandises deviendraient meilleur march&#233;. Les salaires s'&#233;l&#232;veraient. Le pouvoir d'achat du rouble paysan grandirait. Mais l'ensemble signifierait la marche acc&#233;l&#233;r&#233;e de l'&#233;conomie nationale vers la liaison avec le capital mondial Dans ces conditions, la dictature du prol&#233;tariat ne pourrait &#234;tre maintenue que pendant un court d&#233;lai, ne pouvant pas s'&#233;valuer en ann&#233;es. La restauration de la servitude capitaliste signifierait le partage, direct ou indirect, de la Russie en sph&#232;res d'influences ; elle serait entra&#238;n&#233;e dans la politique des secousses guerri&#232;res de l'imp&#233;rialisme mondial, avec la perspective de la ruine et du d&#233;p&#233;rissement, comme en Chine. Dans la premi&#232;re p&#233;riode, la suppression du monopole du commerce ext&#233;rieur donnerait indubitablement une impulsion aux forces productrices et une &#233;l&#233;vation temporaire du bien-&#234;tre des masses travailleuses. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans ce sens qu'exerce sa pression le koulak, qui ne l&#226;che pas son bl&#233;, de m&#234;me que le capitaliste am&#233;ricain ne l&#226;che aucun cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas n&#233;cessaire de penser que la droite lancera le mot d'ordre de la suppression du monopole du commerce ext&#233;rieur. Il y a beaucoup de moyens d&#233;tourn&#233;s et partiels comme l'a montr&#233; l'Histoire, lors des instructions pour les &#233;lections aux soviets. Dans les premiers temps, la pression s'exercera par ces voies d&#233;tourn&#233;es. La revendication de la suppression du monopole du commerce ext&#233;rieur peut &#234;tre assez rapidement pr&#233;sent&#233;e sous sa forme la plus large. On dira aux ouvriers : &#171; Certes, L&#233;nine &#233;tait pour le monopole, mais tout d&#233;pend des conditions de temps et de lieu. Notre doctrine n'est pas un dogme. La situation a chang&#233;. Le d&#233;veloppement des forces productives exige aussi quelque chose d'autre. &#187; La politique actuelle, qui m&#232;ne &#224; une impasse, se prolongeant, il est absolument hors de doute que le mot d'ordre de la suppression par degr&#233;s du monopole du commerce ext&#233;rieur peut entra&#238;ner derri&#232;re lui une partie de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression de la droite s'exercera simultan&#233;ment dans plusieurs directions. La pr&#233;vision du syst&#232;me des &#233;lections vient de nouveau &#224; l'ordre du jour. La politique fiscale, les droits de l'administration sur les usines et fabriques, la politique des cr&#233;dits, et particuli&#232;rement dans les campagnes, etc., etc., toutes ces questions se poseront de nouveau sous la pression de la droite. Staline et son appareil se heurteront demain &#224; cette pression et r&#233;v&#233;leront leur impuissance devant elle. On peut &#233;carter les rykovistes et pr&#233;parer la destitution de Rykov lui-m&#234;me. Ces plaisanteries bureaucratiques ne r&#233;solvent pas la question. La pression de droite ne se r&#233;fracte pas seulement &#224; travers le groupe Rykov. Cette pression est elle-m&#234;me beaucoup plus profonde que la fraction Rykov. Elle provient des nouveaux poss&#233;dants et des bureaucrates qui lui sont li&#233;s. Il faut, ou bien s'appuyer sur ces nouveaux poss&#233;dants contre les ouvriers, ou bien s'appuyer sur les ouvriers contre leurs pr&#233;tentions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela r&#233;uni signifie que la formation des fractions se fera scion un rythme puissant sur l'aile droite, aussi bien &#224; l'int&#233;rieur du parti qu'en dehors. Le cercle de l'appareil ne viendra pas &#224; bout de la pression de classe. La logique de la situation est telle que le 15e Congr&#232;s, conform&#233;ment &#224; toutes les donn&#233;es, constitue le d&#233;but de la pouss&#233;e fractionnelle de droite du parti. Dans ces conditions, le r&#244;le de l'aile gauche sera d&#233;cisif pour le sort du parti et de la dictature du prol&#233;tariat. La critique de l'opportunisme, une juste orientation de classe, de justes mots d'ordre, l'&#233;ducation des meilleurs &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires du parti, ce travail est particuli&#232;rement n&#233;cessaire et obligatoire en tout temps et &#224; chaque occasion. La t&#226;che de l'Opposition consiste &#224; assurer la continuit&#233; du parti bolchevique authentique. Pendant une certaine p&#233;riode, cela signifiera aller contre le courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Opposition et l'Internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution du 15e congr&#232;s, d'apr&#232;s le compte rendu du comit&#233; central dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le moment pr&#233;sent, en Europe, le reflux, d'une faible dur&#233;e, de la vague r&#233;volutionnaire (apr&#232;s la d&#233;faite de la R&#233;volution allemande de 1923) se change de nouveau en une vague montante par l'&#233;l&#233;vation de l'activit&#233; combative du prol&#233;tariat, etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons de cette fa&#231;on le premier aveu officiel fait ouvertement de ce qu'apr&#232;s la d&#233;faite de la r&#233;volution allemande en l'ann&#233;e 1923, le mouvement ouvrier a reflu&#233; en Europe &#8211; au moins sur le continent d'Europe &#8211; pendant environ quatre ann&#233;es. Que l'on allait avoir &#224; faire face &#224; ce reflux, cela pouvait et devait &#234;tre pr&#233;vu d&#233;j&#224; en novembre-d&#233;cembre 1923. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans cette p&#233;riode que l'Opposition a pr&#233;dit que viendrait in&#233;luctablement une certaine &#171; pacification &#187; dans les rapports capitalistes, qu'on assisterait in&#233;luctablement &#224; une invasion croissante de la part de l'Am&#233;rique dans le domaine de l'&#233;conomie et de la politique europ&#233;enne, et que, parall&#232;lement &#224; cel&#224;, se produirait in&#233;luctablement un renforcement temporaire de la social-d&#233;mocratie au d&#233;triment du communisme. Alors, ce pronostic marxiste fut qualifi&#233; de liquidateur. Le 5e Congr&#232;s de l'Internationale, r&#233;uni en 1924, fut conduit, dans l'ensemble, de ce point de vue que la vague r&#233;volutionnaire continuerait probablement &#224; monter et que de l&#224; d&#233;coulait la t&#226;che d' &#171; organiser &#187; imm&#233;diatement la r&#233;volution. L'insurrection d'Estonie fut l'un des fruits les plus apparents de cette mani&#232;re d'envisager les choses. Ce que l'on a appel&#233; la &#171; bolchevisation &#187; des partis de l'Internationale, proclam&#233; par le 5e Congr&#232;s, en liaison avec la tendance &#224; &#233;carter des &#233;l&#233;ments r&#233;ellement indignes et corrompus, comportait aussi la lutte contre une juste appr&#233;ciation marxiste des phases de l'&#233;poque imp&#233;rialiste et de ses flux et reflux, appr&#233;ciation sans laquelle, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire du bolchevisme est impossible. La position fausse prise par le 5e Congr&#232;s a in&#233;vitablement aliment&#233; les erreurs et les tendances ultra-gauchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le reflux, au moment o&#249; il se produisit, e&#251;t r&#233;v&#233;l&#233; toute sa profondeur, la nouvelle direction de l'Internationale, devenue sage apr&#232;s coup, frappa les &#233;l&#233;ments de gauche des partis communistes. Le syst&#232;me de la permanence des dirigeants mis en pratique ces derni&#232;res ann&#233;es, n'a cess&#233; de se renforcer dans l'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che la plus importante du 6e Congr&#232;s est d'appr&#233;cier d'une mani&#232;re juste les erreurs fondamentales de la position prise par le 5e Congr&#232;s et de condamner d'une mani&#232;re d&#233;cisive cette direction dont l'incurie et le suivisme en pr&#233;sence de chaque tournant brusque des &#233;v&#233;nements met sens dessus dessous les comit&#233;s centraux des sections nationales des partis et ainsi ne permet pas de former des cadres dirigeants capables de s'orienter dans le changement des p&#233;riodes de flux et de reflux du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la classe ouvri&#232;re d'Europe, on observe indubitablement un d&#233;placement vers la gauche. Il s'exprime par le renforcement de la lutte gr&#233;viste et l'augmentation des voix communistes, mais ce n'est que la premi&#232;re &#233;tape de ce d&#233;veloppement. Le nombre des voix social-d&#233;mocrates augmente parall&#232;lement &#224; celui des voix communistes, distan&#231;ant m&#234;me en partie ces derniers. Si ce processus se d&#233;veloppe et s'approfondit, une seconde phase se produira alors, avec le d&#233;but du d&#233;placement de la social-d&#233;mocratie vers le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment il faudra renforcer l'organisation des partis communistes, renforcement qu'il n'est pas encore possible de constater aujourd'hui. Un des plus grands obstacles &#224; la croissance et au renforcement des partis communistes, c'est l'orientation politique de l'Internationale et son r&#233;gime interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poursuite de l'attaque contre la gauche va entra&#238;ner un nouvel &#233;cart des ciseaux entre le cours droitier du parti et le d&#233;placement &#224; gauche de la classe ouvri&#232;re. Une situation r&#233;volutionnaire peut, dans une des plus prochaines &#233;tapes, se d&#233;clarer ouvertement dans les pays d'Europe avec la m&#234;me force et la m&#234;me acuit&#233; qu'&#224; Vienne. Toute la question r&#233;side dans la force des partis de l'Internationale communiste, dans leur ligne politique, dans leur direction. Les &#233;v&#233;nements r&#233;cents de Canton, compl&#233;ment aventurier de la politique menchevique, montrent que ce serait le plus grand crime de se cr&#233;er &#224; soi-m&#234;me quelque illusion que ce soit sur la ligne politique actuelle de la direction dans les questions internationales. Seule l'Opposition, par un travail syst&#233;matique, opini&#226;tre, pers&#233;v&#233;rant et ininterrompu, est capable d'aider les partis communistes d'Occident et d'Orient &#224; aller sur la voie bolchevique et &#224; se montrer &#224; la hauteur des situations r&#233;volutionnaires qui ne manqueront pas dans les ann&#233;es qui viennent. L'Opposition en U.R.S.S. ne peut remplir sa t&#226;che que comme facteur r&#233;volutionnaire. La rupture de Kamenev et de Zinoviev avec la gauche de l'Internationale n'en est que plus inadmissible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des deux partis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte officielle contre l'Opposition se m&#232;ne sous deux mots d'ordres essentiels : contre deux partis et contre le &#171; trotskysme &#187;. La pr&#233;tendue lutte de Staline contre deux partis masque la formation d'une dualit&#233; de pouvoir dans le pays et la formation d'un parti bourgeois sur le flanc droit du parti russe et sous le couvert de son drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute une s&#233;rie d'institutions et dans les bureaux des secr&#233;tariats, ont lieu des conf&#233;rences secr&#232;tes des membres de l'appareil du parti avec les sp&#233;cialistes et les professeurs partisans d'Oustrialov en vue d'&#233;laborer les m&#233;thodes et les mots d'ordre pour lutter contre l'Opposition. &#199;a, c'est la formation clandestine d'un deuxi&#232;me parti qui, par tous les moyens, s'efforce de subordonner, et, partiellement, subordonne le noyau prol&#233;tarien de notre parti en m&#234;me temps qu'il menace son aile gauche. Tout en masquant la formation de ce deuxi&#232;me parti, l'appareil accuse l'Opposition de s'efforcer de cr&#233;er un deuxi&#232;me parti, et cela pr&#233;cis&#233;ment parce que l'Opposition s'efforce de soustraire &#224; la pression croissante de la bourgeoisie le noyau prol&#233;tarien du parti (faute de quoi il serait en g&#233;n&#233;ral impossible de sauver l'unit&#233; du parti bolchevique). Ce serait pure illusion de penser qu'il est possible de maintenir la dictature du prol&#233;tariat, seulement par des adjurations verbales en faveur d'un parti indivisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question : un ou deux partis &#8211; pos&#233;e d'un point de vue concret, d'un point de vue de classe, et non d'un point de vue d'agitation verbale &#8211; sera r&#233;solue pr&#233;cis&#233;ment par la question de savoir si on r&#233;ussira &#224; &#233;veiller et &#224; mobiliser les forces de r&#233;sistance dans le parti et dans le prol&#233;tariat. L'Opposition ne peut atteindre ce but que si elle ne se laisse pas intimider par l'&#233;pouvantail des deux partis et par le charlatanisme en ce qui concerne le &#171; trotskysme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les th&#232;ses du camarade Zinoviev intitul&#233;es &#171; Bilan du pl&#233;num de juillet &#187;, il est dit ce qui suit &#224; propos de la question de deux partis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si Staline exclut par paquets les oppositionnels du parti, il peut passer demain &#224; des exclusions bien plus massives. Oui, c'est ainsi. Et n&#233;anmoins, cela ne nous fait en aucun cas aboutir au &#171; mot d'ordre &#187; des &#171; deux partis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire se complique du fait que, sous le r&#233;gime de Staline, il n'est pas possible de lutter pour les id&#233;es de L&#233;nine autrement qu'en courant le risque d'&#234;tre exclu du parti. C'est tout &#224; fait indiscutable. Celui qui n'a pas r&#233;gl&#233; cette question pour lui-m&#234;me et se dit que tout vaut mieux que d'&#234;tre exclu du parti, ne peut, dans les conditions actuelles, combattre v&#233;ritablement pour le l&#233;ninisme ni prendre une position ferme d'&#171; oppositionnel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il peut tr&#232;s bien arriver que des groupes importants d'Oppositionnels (et au nombre de ceux-ci tous les &#233;l&#233;ments dirigeants de l'Opposition), soient dans quelque temps chass&#233;s du parti. Et cependant, leur t&#226;che sera de continuer leur travail et quoique n'&#233;tant plus formellement membres du parti, de ne pas s'&#233;loigner d'un iota des enseignements de L&#233;nine. Leur t&#226;che sera, dans cette p&#233;riode particuli&#232;rement difficile, non pas de s'orienter vers la formation d'un deuxi&#232;me parti, mais de continuer &#224; s'orienter vers le redressement du parti, vers la correction de la ligne politique. Disons-le sans phrases : il est extr&#234;mement difficile pour un l&#233;niniste exclu du parti de coordonner son travail avec celui des l&#233;ninistes demeur&#233;s dans le parti. Mais faire cela est absolument n&#233;cessaire du point de vue de nos buts essentiels. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi que l'atteste toute l'exp&#233;rience de la lutte, l'Opposition est unanime &#224; consid&#233;rer que la lutte pour l'unit&#233; du parti sur la base l&#233;niniste ne doit, en aucun cas, se r&#233;duire &#224; se mettre &#224; l'unisson de l'appareil, &#224; att&#233;nuer les divergences et &#224; baisser le ton politiquement. Lorsque les camarades se d&#233;tachent de l'opposition pour aller &#224; droite, ils n'invoquent pas pour expliquer leur d&#233;part, leur propre glissement vers le point de vue de Staline sur les questions int&#233;rieures et internationales, mais ils accusent l'Opposition de s'orienter vers le deuxi&#232;me parti. En d'autres termes, ils ne font que r&#233;p&#233;ter l'accusation lanc&#233;e par Staline afin de masquer leur propre reculade. &#187; (p. 14 et 15)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que nous ne sommes pas maintenant en juillet mais en d&#233;cembre ; ces lignes conservent pourtant aujourd'hui toute leur force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tons-le une fois encore. Si la droite, &#224; l'int&#233;rieur du parti et autour, se rassemblait et gagnait &#224; ses id&#233;es, au cours de la p&#233;riode prochaine, une fraction importante du noyau prol&#233;tarien du parti, la cr&#233;ation d'un second parti deviendrait in&#233;vitable, ce qui signifierait la chute de la dictature et par cons&#233;quent la d&#233;faite des travailleurs. C'est la voie politique de la victoire des oustrialovistes. La voie oppos&#233;e ne peut &#234;tre imagin&#233;e que sous la forme de l'isolement de l'aile droite au moyen de la lutte oppositionnelle contre le centrisme de l'appareil et pour gagner l'influence sur le noyau prol&#233;tarien du parti. La dictature du prol&#233;tariat ne peut pas se maintenir longtemps sur la base de d&#233;faites successives de la gauche prol&#233;tarienne. Au contraire, la dictature, non seulement est compatible avec l'isolement et la liquidation politique de l'aile droite, mais elle exige imp&#233;rieusement une telle liquidation. C'est pourquoi capituler devant le centrisme de l'appareil, au nom d'on ne sait qu'elle unit&#233; du parti, signifierait travailler directement et v&#233;ritablement pour l'existence de deux partis, c'est-&#224;-dire pour l'&#233;croulement de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitulation de Zinoviev et Kamenev&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'Opposition avait fait au congr&#232;s une d&#233;claration ferme et loyale &#8211; une d&#233;claration et non une demi-douzaine &#8211; si, sur aucune question politique, et en particulier, sur les causes du fractionnisme, elle n'avait agi contre sa conscience, notre situation serait incomparablement plus favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les h&#233;sitations dans les rangs de l'Opposition se sont produites, non pas &#224; la base, mais au sommet. La conduite des camarades Zinoviev et Kamenev constitue un fait absolument inou&#239; dans l'histoire du mouvement r&#233;volutionnaire, et m&#234;me, si l'on veut, dans l'histoire de la lutte politique en g&#233;n&#233;ral. Zinoviev et Kamenev ont formellement pris comme point de d&#233;part l'unit&#233; du parti consid&#233;r&#233;e comme le crit&#232;re supr&#234;me et, par leur conduite, ils ont affirm&#233; qu'on ne pouvait obtenir cette unit&#233; en luttant pour ses id&#233;es, mais seulement par une reculade sur le terrain des id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est pour le parti le bl&#226;me le plus impitoyable qu'on puisse imaginer. Cette conduite en effet contribue non &#224; pr&#233;server l'unit&#233; du parti, mais &#224; le d&#233;moraliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle justifie en quelque sorte les &#233;l&#233;ments de carri&#233;risme, de duplicit&#233;, de poursuite d'int&#233;r&#234;ts personnels. Refuser de d&#233;fendre ses positions revient &#224; justifier en particulier le comportement de cette large couche de membres du parti corrompus et born&#233;s qui pensent comme l'Opposition mais votent comme la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reculade de Zinoviev et de Kamenev r&#233;sulte de cette croyance mensong&#232;re selon laquelle il serait possible, dans n'importe quelle situation historique, de se tirer d'affaire en recourant &#224; d'astucieuses man&#339;uvres, au lieu de se maintenir sur une ligne politique principielle. C'est la pire caricature du l&#233;ninisme. Caract&#233;risant la politique de man&#339;uvre de L&#233;nine, nous disons dans notre plate-forme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De son temps (du temps de L&#233;nine), le parti a toujours connu les causes de la man&#339;uvre, sa signification, ses limites, la ligne en de&#231;&#224; de laquelle il ne faut pas reculer, et les positions desquelles doit partir &#224; nouveau l'offensive prol&#233;tarienne... Gr&#226;ce &#224; cela, l'arm&#233;e, tout en man&#339;uvrant, a toujours maintenu sa coh&#233;sion, et la conscience de ses buts. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces conditions de la man&#339;uvre l&#233;niniste ont &#233;t&#233; foul&#233;es aux pieds d'une mani&#232;re qui viole tous les principes, par Zinoviev et par Kamenev. Nourrir l'espoir que, dans quelques mois, le document capitulard sera &#171; enfoui &#187; sous de nouveaux &#233;v&#233;nements et sous de nouvelles luttes, c'est se tromper soi-m&#234;me de fa&#231;on pitoyable. Assur&#233;ment, les &#233;l&#233;ments indiff&#233;rents du parti passeront outre &#224; ce document, mais les cadres de la fraction staliniste, de m&#234;me que l'Opposition, ne l'oublieront pas et, au prochain tournant, l'&#233;voqueront devant la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitulation politique de Zinoviev et de Kamenev s'explique par la tentative de passer d'une position r&#233;volutionnaire &#224; une position centriste de gauche faisant contrepoids &#224; la position centriste de droite occup&#233;e par Staline. Le centrisme peut se maintenir longtemps dans une &#233;poque de d&#233;veloppement lent (le kautskysme avant la guerre) ; dans les conditions de l'&#233;poque actuelle, le centrisme est oblig&#233; d'abandonner rapidement ses positions et d'aller, soit &#224; gauche, soit &#224; droite. Lors de la mont&#233;e du mouvement ouvrier, il n'est pas rare de voir le centrisme de gauche constituer un pont menant vers la position r&#233;volutionnaire. Lors d'une p&#233;riode de d&#233;pression, comme c'est le cas actuellement, le centrisme de gauche n'est qu'un pont conduisant de l'Opposition vers Staline. Le groupe Zinoviev-Kamenev ne pourra jouer aucun r&#244;le ind&#233;pendant. Sa capitulation est un d&#233;placement de forces au sommet sous l'&#233;norme pression exerc&#233;e de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur sur l'aile r&#233;volutionnaire du parti russe et de l'Internationale. Les &#233;v&#233;nements &#171; enfouiront &#187; la d&#233;claration capitularde du 18 d&#233;cembre en ce sens seulement qu'ils enjamberont le groupe Zinoviev-Kamenev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le &#171; Trotskysme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev et Kamenev, qui ont pris une part dirigeante dans la cr&#233;ation de la l&#233;gende sur le trotskysme au cours des ann&#233;es 1924 et 1925, ont dit dans la d&#233;claration de juillet 1926 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A l'heure actuelle, personne ne peut plus mettre en doute que le noyau essentiel de l'Opposition de 1923 a justement mis en garde contre le danger d'un &#233;cart hors de la ligne prol&#233;tarienne et contre l'av&#232;nement mena&#231;ant du r&#233;gime de l'appareil. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est absolument clair que si l'Opposition de 1923 a, depuis plus de deux ans, mis en garde contre les dangers essentiels mena&#231;ant le parti et la dictature du prol&#233;tariat, accuser cette Opposition de ce que l'on a nomm&#233; le &#171; trotskysme &#187;, n'a pu que fournir une base pour les erreurs les plus graves dans la mani&#232;re de comprendre la situation ainsi que les t&#226;ches qui en d&#233;coulent. Conjointement avec les dirigeants de l'Opposition de 1923, Zinoviev et Kamenev ont &#233;labor&#233; les documents essentiels de l'Opposition, et parmi eux, le plus important de tous : la plate-forme Il est clair que les accusations de d&#233;viations petites-bourgeoises, de &#171; trotskysme &#187;, etc. se trouvent par l&#224; m&#234;me r&#233;duites en poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentative attard&#233;e de relancer la lutte contre une &#171; rechute &#187; du trotskysme ne repr&#233;sente rien d'autre qu'une lamentable rechute de Zinoviev et Kamenev dans leurs propres erreurs de 1923, erreurs qui ont aid&#233; &#224; d&#233;placer le r&#233;gime du parti de la voie l&#233;niniste sur une voie glissant vers le mar&#233;cage du centrisme et de l'opportunisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan du bloc&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitulation de Zinoviev et de Kamenev pose de nouveau la question de savoir si le bloc ne fut pas, dans l'ensemble, une erreur. Les divers camarades qui sont enclins &#224; formuler une telle conclusion, ne consid&#232;rent pas l'histoire du bloc dans son ensemble, mais seulement le maillon final de cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Opposition de 1923 a pris naissance &#224; Moscou, et celle de 1925-1926 &#224; L&#233;ningrad. L'aile droite du parti poss&#232;de sa base d'appui dans le Caucase du Nord, o&#249; la lutte entre les stalinistes et les rykovistes s'est d&#233;roul&#233;e sous sa forme la plus claire et la plus pr&#233;cise. Cette r&#233;partition des groupes politiques n'est pas due au hasard, et &#224; elle seule, elle explique le bloc entre Moscou et L&#233;ningrad, c'est-&#224;-dire le bloc entre les deux centres prol&#233;tariens les plus importants de notre Union. En d&#233;pit de telles ou telles vacillations se produisant au sommet, le bloc a &#233;t&#233; provoqu&#233; par de profondes pressions de classe. Parler dans ces conditions d'un &#171; bloc &#187; sans principes, c'est de la vulgaire m&#233;disance. Et, sur le plan des id&#233;es, l'Opposition de L&#233;ningrad, pr&#233;cis&#233;ment gr&#226;ce &#224; sa base prol&#233;tarienne hautement qualifi&#233;e, a introduit dans le bloc des &#233;l&#233;ments de tr&#232;s grande valeur. Le rapprochement entre les &#233;l&#233;ments ouvriers d'avant-garde de Moscou et de L&#233;ningrad, continuera, en d&#233;pit du fait que les &#233;l&#233;ments dirigeants de l'Opposition de L&#233;ningrad sont devenus des ren&#233;gats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire de m&#234;me en ce qui concerne l'Opposition dans l'Internationale. Les &#233;l&#233;ments les plus r&#233;volutionnaires, apr&#232;s les h&#233;sitations et les oscillations provoqu&#233;es dans une large mesure par les fameuses d&#233;cisions du 5e Congr&#232;s mondial, se trouveront progressivement les uns les autres. Les meilleurs &#233;l&#233;ments de l'Opposition de 1923 et de l'Opposition de 1925-1926 s'uniront &#224; l'&#233;chelle internationale. Le d&#233;part de Zinoviev et de Kamenev n'emp&#234;chera pas ce processus de s'accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appr&#233;ciation de la tactique de l'Opposition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire du bloc oppositionnel, on peut distinguer trois p&#233;riodes : a) d'avril 1926 au 16 octobre ; b) du 16 octobre 1926 au 8 ao&#251;t 1927 ; c) du 8 ao&#251;t au 15e Congr&#232;s. Chacune de ces p&#233;riodes est caract&#233;ris&#233;e par une mont&#233;e de l'activit&#233; oppositionnelle, puis, lorsque celle-ci atteint un niveau critique, par un ralentissement plus ou moins important accompagn&#233; de d&#233;clarations de refus d'une activit&#233; fractionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; caract&#232;re cyclique &#187; original de la tactique oppositionnelle am&#232;ne &#224; penser qu'il s'agit en l'esp&#232;ce de quelques causes d'ordre g&#233;n&#233;ral. II est n&#233;cessaire de les rechercher d'une part dans les conditions g&#233;n&#233;rales de la dictature prol&#233;tarienne au sein d'un pays o&#249; la paysannerie est nombreuse, et, d'autre part, dans les conditions particuli&#232;res cr&#233;&#233;es par le reflux de la vague r&#233;volutionnaire et sa lutte contre l'aile gauche, l'appareil est arm&#233; de toutes les m&#233;thodes et de tous les moyens de la dictature. L'Opposition ne dispose comme arme que de la propagande. Les discours, l'utilisation du &#171; prestige &#187; des individualit&#233;s, la &#171; soudure &#187; avec les sans-parti, l'occupation de locaux de r&#233;unions, les mots d'ordre lanc&#233;s, ainsi que les pancartes dans les rues, lors du 7 novembre, tout cela, ce sont les formes diverses de la propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appareil tente de transformer ces armes de propagande en formes embryonnaires de fraction d'abord, puis de parti et de guerre civile. L'Opposition refuse de s'engager sur cette voie. Elle atteint chaque fois la limite o&#249; l'appareil la place devant la n&#233;cessit&#233; de renoncer aux m&#233;thodes et proc&#233;d&#233;s de propagande qu'elle utilisait. Les trois d&#233;clarations de l'Opposition, 16 octobre, 8 ao&#251;t et celle de novembre-d&#233;cembre, ont eu pour but de montrer encore et toujours &#224; la masse du parti que l'Opposition se fixe comme t&#226;che, non le deuxi&#232;me parti et la guerre civile, mais le redressement de la ligne suivie par le parti et par l'&#201;tat par une r&#233;forme profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui critiquent la tactique suivie par l'Opposition, un instant, sur son caract&#232;re de &#171; marche en zig-zag &#187;, raisonnent comme si l'Opposition d&#233;terminait librement sa tactique, et font abstraction de la pression fr&#233;n&#233;tique d'une masse d'ennemis, de l'omnipotence de l'appareil, du glissement politique de la direction, de la passivit&#233; relative des masses ouvri&#232;res etc. Il n'est possible de comprendre la tactique de l'Opposition, avec ses in&#233;luctables contradictions internes, que si l'on n'oublie pas que l'Opposition nage contre le courant, luttant contre les difficult&#233;s et des obstacles jusque-l&#224; inconnus dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les cas o&#249; ceux qui critiquent ne se bornent pas &#224; des consid&#233;rations fragmentaires et partielles, parfois fond&#233;es et parfois non fond&#233;es, mais tentent d'opposer &#224; notre tactique, issue des conditions pos&#233;es par la r&#233;alit&#233;, telle autre tactique, ils donnent habituellement et tout simplement un point d'appui pour l'appel &#224; la capitulation. Quant aux v&#233;ritables capitulards, ceux-ci tentent de caract&#233;riser la tactique actuelle de l'Opposition par cette formule : &#171; Ni paix, ni guerre. &#187; Par la &#171; paix &#187;, ils entendent la capitulation ; par la &#171; guerre &#187; ils entendent deux partis. Mais les th&#232;ses de Zinoviev lui-m&#234;me sur le bilan du pl&#233;num de juillet 1927, d'un bout &#224; l'autre, sont impr&#233;gn&#233;es de cette pens&#233;e : Ni capitulation, ni deuxi&#232;me parti. Telle fut toute la ligne suivie par l'Opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux l&#226;cheurs, il arrive toujours de cracher sur ce qu'ils ont fait la veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun manuel n'enseigne les moyens de redresser une dictature prol&#233;tarienne plac&#233;e sous le coup de Thermidor. Il faut chercher la m&#233;thode en partant de la situation r&#233;elle. Ces moyens seront trouv&#233;s si l'orientation fondamentale est juste. Quelques conseils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. &#8211; L'auto-&#233;ducation th&#233;orique est une t&#226;che essentielle pour chaque oppositionnel et l'unique gage s&#233;rieux de sa fermet&#233;. L'&#233;tude du compte-rendu st&#233;nographique du 15e Congr&#232;s du parti &#224; la lumi&#232;re des contre-th&#232;ses de l'Opposition et des faits nouveaux de la vie politique et &#233;conomique doit constituer le contenu principal du travail de tout oppositionnel dans la dispersion qui a succ&#233;d&#233; &#224; la dissolution de la fraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. &#8211; Un oppositionnel, ind&#233;pendamment du fait qu'il demeure dans le parti ou en soit exclu, doit militer activement dans toutes les organisations prol&#233;tariennes et sovi&#233;tiques en g&#233;n&#233;ral (parti, syndicats, soviets, clubs, etc.). &#201;tant donn&#233; cela, un oppositionnel ne peut, en aucun cas, limiter son r&#244;le &#224; la critique ; il doit accomplir le travail positif mieux et plus consciencieusement que les fonctionnaires salari&#233;s. C'est seulement sur cette base que la critique faite du point de vue des principes trouvera acc&#232;s dans la conscience des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. &#8211; Il est n&#233;cessaire d'en appeler &#224; l'Internationale pour chercher &#224; poser devant le 16e Congr&#232;s la question de l'Opposition dans toute sa pl&#233;nitude.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La guerre des paysans en Chine sous l'&#233;gide du stalinien Mao</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article9084</link>
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		<dc:date>2026-07-08T22:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Chine China</dc:subject>
		<dc:subject>1936</dc:subject>
		<dc:subject>Paysans</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>1940</dc:subject>
		<dc:subject>1933</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La guerre des paysans en Chine sous l'&#233;gide du stalinien Mao &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/09/320922.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
http://www.matierevolution.fr/spip.php?article589 &lt;br class='autobr' /&gt;
http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1419 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/archive/trotsky/1932/10/strategy.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
Harold Isaacs &lt;br class='autobr' /&gt;
https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/history/etol/writers/isaacs/1934/05/break.htm (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;Chine China&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot50" rel="tag"&gt;Paysans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot104" rel="tag"&gt;1940&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;1933&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre des paysans en Chine sous l'&#233;gide du stalinien Mao&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/09/320922.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/09/320922.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article589&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article589&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1419&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1419&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1932/10/strategy.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1932/10/strategy.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Harold Isaacs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/history/etol/writers/isaacs/1934/05/break.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/history/etol/writers/isaacs/1934/05/break.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/writers/isaacs/1934/05/break.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/history/etol/writers/isaacs/1934/05/break.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CLR James&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article6584&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article6584&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grandizo Munis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve131&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve131&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frank Glass&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1935/12/minutes.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1935/12/minutes.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Li Fu-jen&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1936/05/dark.html?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1936/05/dark.html?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1937/09/defense.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1937/09/defense.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1937/10/frameup.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1937/10/frameup.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lucifer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1937/11/newline.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1937/11/newline.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Verre Franck&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1938/01/clchina.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/glass/1938/01/clchina.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tony Cliff&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article4468&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article4468&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loren Goldner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7108&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7108&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robert Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1291&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1291&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1602&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1602&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Iakov Blumkine a &#233;t&#233; assassin&#233; par Staline</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Trotskisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;A Moscou, seuls des cercles &#233;troits du parti sont inform&#233;s de ce que Staline a fait &#224; Blumkine. Ils r&#233;pandent syst&#233;matiquement des rumeurs selon lesquelles Blumkine se serait suicid&#233;. Ainsi Staline, jusqu'&#224; pr&#233;sent, n'ose-t-il pas reconna&#238;tre ouvertement qu'il a ex&#233;cut&#233; le &#034;contre-r&#233;volutionnaire&#034; Blumkine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est tout &#224; fait remarquable que la presse capitaliste mondiale ne se soit pas empress&#233;e d'utiliser l'affaire Blumkine. Elle pense &#224; juste titre que la d&#233;fense des communistes de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A Moscou, seuls des cercles &#233;troits du parti sont inform&#233;s de ce que Staline a fait &#224; Blumkine. Ils r&#233;pandent syst&#233;matiquement des rumeurs selon lesquelles Blumkine se serait suicid&#233;. Ainsi Staline, jusqu'&#224; pr&#233;sent, n'ose-t-il pas reconna&#238;tre ouvertement qu'il a ex&#233;cut&#233; le &#034;contre-r&#233;volutionnaire&#034; Blumkine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout &#224; fait remarquable que la presse capitaliste mondiale ne se soit pas empress&#233;e d'utiliser l'affaire Blumkine. Elle pense &#224; juste titre que la d&#233;fense des communistes de gauche contre les repr&#233;sailles de Staline n'entre pas dans la sph&#232;re de ses int&#233;r&#234;ts. Aussi l'Opposition communiste de gauche est-elle tenue de faire campagne avec d'autant plus de constance et de fermet&#233; pour d&#233;noncer les crimes staliniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier num&#233;ro, nous avons dit qu'outre Blumkine, deux oppositionnels suppl&#233;mentaires avaient &#233;t&#233; fusill&#233;s, les camarades Silov et Rabinovich, Ainsi la question rev&#234;t-elle une importance exceptionnelle : seule la publicit&#233; autour de ses crimes parmi les ouvriers progressistes du monde entier peut arr&#234;ter la sanglante violence de Staline contre les bolcheviks r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ex-communiste Souvarine a vol&#233; au secours de Staline, pr&#233;tendant que Blumkine aurait soi-disant ex&#233;cut&#233; dans le G.P.U. les instructions de l'Opposition et que l'existence m&#234;me du G.P.U. lui dicte d'ex&#233;cuter ceux qu'il emploie quand ils le trahissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvarine en conclut que &#034;dans la treizi&#232;me ann&#233;e de la r&#233;volution&#034;, il faut supprimer le G.P.U.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons aucune raison de nous engager dans un d&#233;bat th&#233;orique avec Souvarine. Nous estimons suffisant de nous limiter &#224; la d&#233;claration suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Blumkine n'a jamais ex&#233;cut&#233; et, du fait m&#234;me du caract&#232;re de son travail, n'aurait jamais pu ex&#233;cuter dans le G.P.U. ou par lui les instructions de l'Opposition. Il suffit d'indiquer qu'il a pass&#233; le plus gros de la derni&#232;re p&#233;riode en Extr&#234;me-Orient, principalement en Mongolie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interdiction faite aux travailleurs du G.P.U. comme de l'arm&#233;e d'avoir d'autres opinions que celles du comit&#233; central aujourd'hui, &#233;quivaut &#224; priver des droits de parti &#233;l&#233;mentaires les communistes qui travaillent dans ces institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls des bureaucrates staliniens pourraient d&#233;fendre une mesure aussi abjecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le G.P.U. est un organe d'autod&#233;fense de la dictature du prol&#233;tariat. Dans la mesure o&#249; la r&#233;volution d'Octobre, m&#234;me dans sa treizi&#232;me ann&#233;e, est entour&#233;e d'un monde d'ennemis, elle ne peut renoncer &#224; de tels organes - la dictature ne peut pas cesser d'&#234;tre une dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls des lib&#233;raux ou des social-d&#233;mocrates en train de devenir lib&#233;raux pourraient voir cette question d'un point de vue formel. Nous l'examinons d'un point de vue de classe : au nom de qui ces mesures de r&#233;pression sont-elles adopt&#233;es ? Contre qui le sont-elles ? Qui servent-elles et pourquoi ? C'est une question d'efficacit&#233; r&#233;volutionnaire, pas de justice au-dessus des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meurtre de Blumkine et, en g&#233;n&#233;ral, les actes de r&#233;pression contre l'opposition l&#233;niniste affaiblissent l'avant-garde r&#233;volutionnaire, sapent le parti et renforcent les ennemis de classe. Nous menons la bataille contre le meurtre - l&#226;che et tra&#206;tre - de Blumkine par Staline, au nom de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nos amis et nos ennemis le sachent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Note tir&#233;e des &#201;crits de L&#233;on Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Jakob Blumkin fusill&#233; par les staliniens. &#187; Biulleten Oppozitsii , num&#233;ro 9, f&#233;vrier-mars 1930. Non sign&#233;. Traduit pour ce volume par Jim Burnett. Des extraits de cet article, dat&#233;s du lendemain, sign&#233;s par Trotsky et r&#233;&#233;crits &#224; la premi&#232;re personne sous forme de lettre &#224; Alfred Rosmer, ont &#233;t&#233; traduits dans The Militant , le 1er mars 1930, sous le titre &#171; L'opposition au service de la r&#233;volution bolchevique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne reste plus aucun doute, m&#234;me pour ceux qui ne voulaient pas le croire : Blumkin a &#233;t&#233; fusill&#233; sous l'accusation d'avoir rendu visite &#224; Trotsky &#224; Constantinople et d'avoir eu une conversation avec lui sur la situation du parti et les t&#226;ches de l'Opposition. [ 1 ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blumkin a &#233;t&#233; fusill&#233; &#8211; sur d&#233;cision du GPU. [ 2 ] Cela n'a pu se produire que parce que le GPU &#233;tait devenu l'instrument personnel de Staline . Pendant les ann&#233;es de guerre civile, la Tch&#233;ka a accompli un travail macabre. Mais elle le faisait sous le contr&#244;le du parti. Des centaines de fois, des protestations, des d&#233;clarations et des demandes d'explications ont fus&#233; de l'int&#233;rieur du parti. &#192; la t&#234;te de la Tch&#233;ka se trouvait Dzerjinski, [ 3 ] un homme d'une autorit&#233; morale exceptionnelle. Il recevait des ordres du Politburo, [ 4 ] dont les membres connaissaient ses opinions personnelles sur tous les sujets et soutenaient ses positions. Tout cela garantissait que la Tch&#233;ka &#233;tait une arme de la dictature r&#233;volutionnaire. &#192; pr&#233;sent, le parti est &#233;trangl&#233;. Avec l'ex&#233;cution de Blumkin, des milliers, voire des dizaines de milliers de membres du parti, se terrent, murmurant des horreurs. &#192; la t&#234;te du GPU se trouve Menjinski, non pas un homme, mais son ombre. [ 5 ] Au sein du GPU, le r&#244;le principal est jou&#233; par Yagoda, [ 6 ] un carri&#233;riste m&#233;prisable qui a li&#233; son destin &#224; Staline et qui est pr&#234;t &#224; ex&#233;cuter tous les ordres qu'on lui donne, sans r&#233;fl&#233;chir ni poser de questions. Le Politburo n'existe pas. Boukharine a d&#233;j&#224; affirm&#233; que Staline tenait les membres du pr&#233;tendu Politburo entre ses mains, [ 7 ] gr&#226;ce &#224; des documents collect&#233;s par le GPU. Dans ces conditions, l'ex&#233;cution de Blumkine relevait de la responsabilit&#233; personnelle de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce crime inou&#239; n'aurait pu passer inaper&#231;u, m&#234;me dans le contexte actuel d'un appareil tout-puissant. Staline n'aurait pu &#234;tre insensible &#224; cette situation auparavant ; et le fait que, malgr&#233; toutes les pr&#233;cautions prises, il ait d&#233;cid&#233; de faire assassiner Blumkin t&#233;moigne de la profonde crainte que cet homme nourrissait de l'Opposition de gauche. Il n'y a aucun doute : Blumkin a &#233;t&#233; victime d'un assassinat pour payer le fait qu'une infime minorit&#233; de l'Opposition ait suivi Radek [ 8 ] et les autres capitulants, au moment m&#234;me o&#249; l'Opposition &#224; l'&#233;tranger remportait d'importants succ&#232;s id&#233;ologiques et organisationnels dans plusieurs pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant ex&#233;cuter Blumkine, Staline entend avertir l'opposition bolchevique-l&#233;niniste internationale qu'il d&#233;tient &#224; l'int&#233;rieur du pays des centaines, voire des milliers d'otages pr&#234;ts &#224; payer de leur vie pour les succ&#232;s du bolchevisme authentique sur la sc&#232;ne mondiale. Autrement dit, apr&#232;s les exclusions du parti, la perte d'emploi, la famine qui accable les familles, l'emprisonnement, le bannissement et l'exil, Staline tente d'intimider les derniers membres de l'opposition encore sous son contr&#244;le par la m&#233;thode du &#171; fusillage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut l'affirmer avec certitude : les r&#233;sultats d&#233;montreront exactement le contraire des objectifs que Staline s'est fix&#233;s. La progression d'un courant id&#233;ologique historiquement progressiste, agissant selon la logique du d&#233;veloppement, ne sera ni intimid&#233;e ni r&#233;prim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s l'insurrection des SR de gauche &#8211; alors qu'il n'avait que dix-huit ans, il lan&#231;a une bombe &#224; Mirbach [ 9 ] &#8211; Blumkin rejoignit les bolcheviks et joua un r&#244;le h&#233;ro&#239;que dans la guerre civile. Peu apr&#232;s, il travailla au secr&#233;tariat militaire de Trotsky. Par la suite, il travailla principalement pour le GPU, mais aussi pour l'arm&#233;e et le parti. Il accomplit des missions &#224; haute responsabilit&#233;. Son d&#233;vouement &#224; la R&#233;volution d'Octobre et au parti &#233;tait absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; ses derniers instants, Blumkin s'est consacr&#233; &#224; des fonctions sovi&#233;tiques importantes. Comment pouvait-il y rester, &#233;tant de l'opposition ? Cela tient &#224; la nature m&#234;me de son travail, qui rev&#234;tait un caract&#232;re tout &#224; fait individuel. Blumkin n'avait rien &#8211; ou presque rien &#8211; &#224; voir avec les cellules du parti ou les discussions sur les probl&#232;mes du parti, etc. Mais cela ne signifiait pas qu'il dissimulait ses opinions. Au contraire, &#224; Menjinski et &#224; Trilisser [ 10 ] &#8211; ancien chef de la section &#233;trang&#232;re du GPU &#8211;, Blumkin a d&#233;clar&#233; que ses sympathies allaient &#224; l'opposition, mais qu'il allait de soi qu'il &#233;tait pr&#234;t &#8211; comme tout opposant &#8211; &#224; accomplir son devoir en faveur de la d&#233;fense de la R&#233;volution d'Octobre. Menjinski et Trilisser consid&#233;raient Blumkin comme irrempla&#231;able, et ils ne se trompaient pas. Ils l'ont maintenu dans ses fonctions, qu'il a poursuivies jusqu'&#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blumkin a bel et bien cherch&#233; &#224; rencontrer le camarade Trotsky &#224; Constantinople. Comme mentionn&#233; pr&#233;c&#233;demment, Blumkin &#233;tait &#233;troitement li&#233; &#224; Trotsky, ayant travaill&#233; dans son secr&#233;tariat. Il avait notamment pr&#233;par&#233; l'un des ouvrages militaires du camarade Trotsky (dont la pr&#233;face fait mention). Blumkin a donc cherch&#233; &#224; rencontrer Trotsky &#224; Constantinople pour conna&#238;tre son analyse de la situation et v&#233;rifier s'il agissait correctement en restant au service d'un gouvernement qui d&#233;portait, exilait et emprisonnait ses plus proches compagnons de pens&#233;e. Le camarade Trotsky lui a r&#233;pondu qu'il agissait bien s&#251;r parfaitement correctement en accomplissant son devoir r&#233;volutionnaire &#8211; non pas envers le gouvernement stalinien, qui avait usurp&#233; les droits du parti, mais envers la R&#233;volution d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article de Yaroslavsky [ 11 ], il est fait mention d'une conversation, durant l'&#233;t&#233;, entre le camarade Trotsky et un visiteur, au cours de laquelle ce dernier aurait pr&#233;dit la fin rapide et in&#233;vitable du pouvoir sovi&#233;tique. Il va sans dire que ce flagorneur m&#233;prisable ment. Mais, &#224; la lumi&#232;re de ces propos, nous estimons que cette remarque se rapporte &#224; la conversation du camarade Trotsky avec Blumkin. Interrog&#233; par Blumkin sur le lien entre son travail et son adh&#233;sion &#224; l'Opposition, le camarade Trotsky lui r&#233;pondit, entre autres, que son exil &#224; l'&#233;tranger, comme l'emprisonnement d'autres camarades, ne modifiait en rien notre ligne fondamentale ; qu'au moment du danger, les Oppositionnistes seraient aux premi&#232;res loges ; qu'&#224; l'heure o&#249; Staline rencontrerait des difficult&#233;s, ce dernier ferait appel &#224; eux, comme Tseretelli avait fait appel aux bolcheviks contre Kornilov. [ 12 ] &#192; ce propos, il ajouta : &#171; Pourvu qu'il ne soit pas trop tard pour aider. &#187; Apr&#232;s son arrestation, Blumkin pr&#233;senta &#233;videmment cette conversation comme preuve de la sinc&#233;rit&#233; des sentiments et des intentions de l'Opposition. Il ne faut pas oublier que le camarade Trotsky fut exil&#233;, accus&#233; de pr&#233;parer un soul&#232;vement arm&#233; contre le pouvoir sovi&#233;tique. Par l'interm&#233;diaire de Blumkin, une lettre d'information destin&#233;e aux sympathisants parvint &#224; Moscou. On y lisait essentiellement les id&#233;es expos&#233;es dans plusieurs articles de Trotsky : la r&#233;pression stalinienne &#224; notre encontre ne signifiait pas pour autant une trahison de la nature de classe de l'&#201;tat, mais seulement qu'elle pr&#233;parait et facilitait une telle trahison ; notre voie, comme auparavant, demeure celle de la r&#233;forme, et non celle de la r&#233;volution ; il faut s'attendre &#224; une lutte acharn&#233;e pour nos id&#233;es pendant encore longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a ensuite appris que Blumkin avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et que la lettre envoy&#233;e par son interm&#233;diaire &#233;tait parvenue entre les mains de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blumkin n'a pas &#233;t&#233; fusill&#233; en 1918 pour avoir particip&#233; &#224; une insurrection arm&#233;e contre le pouvoir sovi&#233;tique, mais il l'a &#233;t&#233; en 1929 pour avoir servi avec abn&#233;gation la cause de la R&#233;volution d'Octobre, se d&#233;marquant toutefois sur des questions importantes de la faction stalinienne, et pour avoir consid&#233;r&#233; comme son devoir de diffuser les id&#233;es des bolcheviks-l&#233;ninistes (Opposition).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout &#224; fait possible que Staline tente d'utiliser une variante pernicieuse, dans le style associ&#233; &#224; l'&#171; officier Wrangel &#187; [ 13 ] &#8211; pr&#233;parant un soul&#232;vement arm&#233; ou des actes terroristes. Nous devons nous pr&#233;parer &#224; ce genre d'abjection. Une telle explication, cependant, n'aura gu&#232;re d'effets significatifs. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, elle rappelle trop les m&#233;thodes polici&#232;res bonapartistes [ 14 ] et, en particulier, dans sa lutte contre l'Opposition, Staline a d&#233;j&#224;, de fait, &#233;puis&#233; toutes ses ressources. Il est inutile de rappeler que la position de principe adopt&#233;e par Blumkine en notre nom &#224; tous excluait de sa part toute forme de lutte aventuriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Blumkin (1899-1929) &#233;tait un terroriste social-r&#233;volutionnaire de gauche devenu communiste et fonctionnaire du GPU. Il travailla un temps au secr&#233;tariat de Trotsky, o&#249; il participa &#224; l'&#233;dition du premier tome de son ouvrage * Comment la r&#233;volution s'est arm&#233;e* . Il fut le premier sympathisant russe de l'Opposition de gauche &#224; rendre visite &#224; Trotsky en exil en Turquie. Portant une lettre de Trotsky &#224; l'Opposition, il fut d&#233;nonc&#233; au GPU et fusill&#233; en d&#233;cembre 1929. L&#233;on Trotsky (1879-1940) devint r&#233;volutionnaire en 1896 et collaborateur de L&#233;nine sur le projet Iskra en 1902. Il rompit avec L&#233;nine l'ann&#233;e suivante en raison de d&#233;saccords sur la nature du parti r&#233;volutionnaire et se rallia aux mencheviks. Il rompit de nouveau avec eux l'ann&#233;e suivante et tenta, durant la d&#233;cennie qui suivit, de r&#233;unir les factions. Lors de la r&#233;volution de 1905, il dirigea le Soviet de Saint-P&#233;tersbourg et d&#233;veloppa la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. En 1915, il r&#233;digea le Manifeste Zimmerwald contre la guerre. Il adh&#233;ra au Parti bolchevique en 1917, fut &#233;lu &#224; son Comit&#233; central et organisa l'insurrection qui rendit possible la cr&#233;ation du nouvel &#201;tat sovi&#233;tique. Son premier poste au sein du gouvernement fut celui de commissaire aux Affaires &#233;trang&#232;res. Puis, en tant que commissaire &#224; la Guerre, il organisa l'Arm&#233;e rouge et la mena &#224; la victoire apr&#232;s trois ann&#233;es de guerre civile et d'intervention imp&#233;rialiste. Il fonda l'Opposition de gauche en 1923 et lutta pendant la d&#233;cennie suivante pour ramener l'Union sovi&#233;tique et le Komintern &#224; l'internationalisme l&#233;niniste et &#224; la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne. Vaincu par la faction stalinienne, il fut exclu du Parti communiste et du Komintern, et exil&#233; en Turquie en 1929. En 1933, il cessa ses efforts pour r&#233;former le Komintern et appela &#224; la cr&#233;ation d'une nouvelle Internationale. Il consid&#233;rait son travail au sein de la Quatri&#232;me Internationale comme le plus important de sa carri&#232;re. Le nom de Constantinople a &#233;t&#233; officiellement chang&#233; en Istanbul en 1930, mais beaucoup de gens ont continu&#233; &#224; utiliser l'ancien nom pendant un certain temps apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; GPU &#233;tait l'un des noms abr&#233;g&#233;s de la police politique sovi&#233;tique ; d'autres noms &#233;taient Cheka, NKVD, MVD, KGB, etc., mais GPU est souvent utilis&#233; &#224; leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; F&#233;lix Dzerjinski (1877-1926), fondateur du Parti social-d&#233;mocrate polonais, participa activement aux mouvements r&#233;volutionnaires polonais et russe. Apr&#232;s la r&#233;volution russe, il dirigea la Tch&#233;ka d&#232;s sa cr&#233;ation en d&#233;cembre 1917, puis le Conseil supr&#234;me de l'&#233;conomie nationale &#224; partir de 1924.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sous L&#233;nine, le Politburo &#233;tait un organe subordonn&#233; au Comit&#233; central du Parti communiste russe. Le premier Politburo, &#233;lu en 1919, &#233;tait compos&#233; de L&#233;nine, Trotsky, Kamenev, Krestinsky et Staline. Apr&#232;s le XVIe Congr&#232;s, alors que le Comit&#233; central et le Politburo &#233;taient devenus des chambres d'enregistrement des d&#233;cisions de Staline, le Politburo comprenait Staline, Kaganovitch, Kalinine, Kirov, Kosior, Kou&#239;bychev, Molotov, Roudzoutak, Rykov et Vorochilov. En d&#233;cembre 1930, Rykov fut destitu&#233; et remplac&#233; par Ordjonikidze.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vyacheslav Menzhinsky (1874-1934) a succ&#233;d&#233; &#224; Dzerzhinsky &#224; la t&#234;te de la police secr&#232;te sovi&#233;tique en 1926, mais il n'en &#233;tait que nominalement responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Henry Yagoda (1891-1938) &#233;tait le principal lieutenant de Staline au sein du GPU. Apr&#232;s avoir supervis&#233; l'organisation du proc&#232;s de Moscou de 1936, il fut lui-m&#234;me jug&#233; en 1938, reconnu coupable et ex&#233;cut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Boukharine (1888-1938), pr&#233;sident du Komintern de 1926 &#224; 1929, &#233;tait un vieux bolchevik repr&#233;sentant l'aile droite du Parti communiste, alli&#233; &#224; Staline contre l'aile gauche. La r&#233;pression stalinienne contre les dirigeants de l'Opposition de droite d&#233;buta peu apr&#232;s l'expulsion de l'Opposition de gauche par le XVe Congr&#232;s, fin 1927 ; fin 1929, ces dirigeants capitul&#232;rent face &#224; Staline. Boukharine d&#233;non&#231;a la mainmise de Staline sur le Politburo en 1929, quelques mois avant d'en &#234;tre destitu&#233;. Malgr&#233; sa capitulation, il fut ex&#233;cut&#233; &#224; l'issue du troisi&#232;me proc&#232;s de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Radek (1885-1939) fut un r&#233;volutionnaire de premier plan en Pologne et en Allemagne avant la Premi&#232;re Guerre mondiale, et un dirigeant du Komintern. Figure de proue de l'opposition de gauche, il fut l'un des premiers &#224; capituler face &#224; Staline apr&#232;s son expulsion et sa d&#233;portation. R&#233;int&#233;gr&#233; au parti en 1930, il travailla comme propagandiste pour Staline jusqu'&#224; son arrestation lors du second proc&#232;s de Moscou, o&#249; il fut condamn&#233; &#224; dix ans de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les SR de gauche &#233;taient une faction dissidente du Parti social-r&#233;volutionnaire (SR) en 1917. Ils particip&#232;rent bri&#232;vement &#224; une coalition avec les bolcheviks au sein du nouveau gouvernement sovi&#233;tique, mais rejoignirent rapidement l'opposition &#171; par la gauche &#187;. Ils organis&#232;rent une insurrection contre le gouvernement sovi&#233;tique en 1918, apr&#232;s que celui-ci eut vot&#233; l'acceptation des conditions allemandes pour la fin de la guerre. Mirbach (1871-1918), nomm&#233; ambassadeur d'Allemagne &#224; Moscou en avril 1918, fut assassin&#233; en juillet par les SR de gauche, qui souhaitaient faire &#233;chouer le trait&#233; de paix de Brest-Litovsk entre l'Allemagne et la r&#233;publique sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; M.A. Trilisser , un vieux bolchevik, &#233;tait un fonctionnaire du GPU et fut promu &#224; la t&#234;te d'une section sp&#233;ciale du Komintern en 1935, dont la fonction &#233;tait d'&#233;purer le Komintern. Il disparut lors des purges de 1937-1938.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Emelyan Yaroslavsky (1878-1943) &#233;tait un sp&#233;cialiste stalinien de premier plan dans l'extirpation du &#171; trotskisme &#187;, ce qui, cependant, ne l'a pas emp&#234;ch&#233; de tomber en disgr&#226;ce en 1931-32 lorsqu'il n'a pas r&#233;ussi &#224; suivre le rythme exig&#233; par Staline dans la r&#233;&#233;criture de l'histoire sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Iraklii Tseretelli (1882-1959) &#233;tait un ministre menchevik du gouvernement provisoire de coalition, de mars &#224; ao&#251;t 1917. Bien que ce gouvernement ait pers&#233;cut&#233; et emprisonn&#233; les bolcheviks, il les a appel&#233;s &#224; aider &#224; combattre et &#224; vaincre la pouss&#233;e contre-r&#233;volutionnaire contre le gouvernement provisoire men&#233;e par son propre commandant en chef, le g&#233;n&#233;ral tsariste Lavr G. Kornilov (1870-1918).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; le GPU tenta de discr&#233;diter l'Opposition de gauche en pr&#233;tendant qu'un &#171; officier Wrangel &#187; cherchait &#224; entrer en contact avec ses membres. Piotr N. Wrangel (1878-1928) &#233;tait un g&#233;n&#233;ral de la Garde blanche qui avait combattu pour renverser les Soviets pendant la guerre civile. Cette tentative de pr&#233;senter les opposants comme des collaborateurs des contre-r&#233;volutionnaires se retourna contre le GPU, contraint d'admettre que le pr&#233;tendu officier Wrangel &#233;tait en r&#233;alit&#233; un agent du GPU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; bonapartisme est un terme marxiste d&#233;signant une dictature ou un r&#233;gime pr&#233;sentant certaines caract&#233;ristiques d'une dictature, en p&#233;riode de fragilit&#233; de la domination de classe ; il repose sur l'arm&#233;e, la police et la bureaucratie d'&#201;tat, plut&#244;t que sur des partis parlementaires ou un mouvement de masse. Dans les ann&#233;es 1930, Trotsky distinguait deux types de bonapartisme : bourgeois et sovi&#233;tique. Ses &#233;crits les plus importants sur le bonapartisme bourgeois (qu'il distinguait du fascisme) se trouvent dans *La Lutte contre le fascisme en Allemagne* (Pathfinder Press, 1971). Sa conception du bonapartisme sovi&#233;tique trouve sa forme d&#233;finitive dans son essai &#171; L'&#201;tat ouvrier, Thermidor et le bonapartisme &#187;, *&#201;crits*, p. 34-35 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://wikirouge-net.translate.goog/texts/en/Jakob_Blumkin_Shot_by_the_Stalinists?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://wikirouge-net.translate.goog/texts/en/Jakob_Blumkin_Shot_by_the_Stalinists?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre camarade Iakov Gregorievitch Blumkine fut assassin&#233; &#8211; fusill&#233; &#8211; en d&#233;cembre 1929. Nous veillerons &#224; ce que cette puissante figure de combattant ne soit pas oubli&#233;e. Il avait eu une vie &#233;pique. Terroriste socialiste-r&#233;volutionnaire de gauche, il avait ex&#233;cut&#233;, par ordre de son parti, en 1918, le comte Mirbach, ambassadeur d'Allemagne &#224; Moscou. Pass&#233; un peu plus tard au parti communiste, il avait rempli les missions les plus p&#233;rilleuses en Ukra&#239;ne et en &#233;tait revenu couvert de blessures. En Perse, au d&#233;but de 1919, il avait dirig&#233; la tentative r&#233;volutionnaire de Koutchouk Khan dans le Ghilan. Plus tard, organisateur de l'arm&#233;e de la R&#233;publique de Mongolie, collaborateur des Izvestia dans laquelle il donnait des articles remarqu&#233;s sur Joffre et Foch, charg&#233; de missions secr&#232;tes aux Indes, en Egypte, &#224; Constantinople&#8230;. Il vit l&#224; Trotski banni et s'offrit &#224; transmettre un message de lui &#224; des camarades de Moscou. (Cette lettre exposait les tendances de l'opposition &#224; l'&#233;tranger et demandait que l'on tent&#226;t de diffuser en Russie le Bulletin &#233;dit&#233; &#224; Paris. Trahi &#224; son retour &#224; Moscou, il eut un entretien avec Radek qui, d'apr&#232;s mes renseignements personnels, lui aurait conseill&#233; de se rendre chez Ordjonikidz&#233;, &#171; le seul homme qui pourrait te sauver, car le G&#233;orgien (Staline) ne te manquera pas&#8230; &#187; Blumkine, de chez Radek, t&#233;l&#233;phona &#224; Ordjonikidz&#233;, prit rendez-vous avec lui au Kremlin. Mais les t&#233;l&#233;phones &#233;taient surveill&#233;s, il fut arr&#234;t&#233; en sortant et bient&#244;t fusill&#233; sur l'ordre personnel de Staline. Il avait v&#233;cu courageusement, il mourut de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7380&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7380&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Yakov_Blumkin?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Yakov_Blumkin?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/texts/fr/Staline_et_son_Agabekov&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://wikirouge.net/texts/fr/Staline_et_son_Agabekov&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste en 1928</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article9047</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article9047</guid>
		<dc:date>2026-05-08T22:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
13 janvier 1928 &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous soussign&#233;s, exclus des rangs du parti communiste de l'Union sovi&#233;tique avant le XV&#176; congr&#232;s de ce parti ou par d&#233;cision de ce congr&#232;s, avons estim&#233; n&#233;cessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion aupr&#232;s de l'organe supr&#234;me du mouvement communiste international, &#224; savoir le VI&#176; congr&#232;s du l'Internationale communiste . Cependant, sur ordre du G.P.U. (ou en partie sur r&#233;solution du comit&#233; central du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 janvier 1928&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous soussign&#233;s, exclus des rangs du parti communiste de l'Union sovi&#233;tique avant le XV&#176; congr&#232;s de ce parti ou par d&#233;cision de ce congr&#232;s, avons estim&#233; n&#233;cessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion aupr&#232;s de l'organe supr&#234;me du mouvement communiste international, &#224; savoir le VI&#176; congr&#232;s du l'Internationale communiste . Cependant, sur ordre du G.P.U. (ou en partie sur r&#233;solution du comit&#233; central du parti), nous, vieux&#8209;bolcheviks, sommes exil&#233;s dans les r&#233;gions les plus &#233;loign&#233;es d'Union sovi&#233;tique sans qu'aucune accusation soit port&#233;e contre nous, dans le but unique d'emp&#234;cher notre liaison avec Moscou et les autres centres ouvriers, et, par cons&#233;quent, avec le VI&#176; congr&#232;s mondial. Nous estimons donc n&#233;cessaire, &#224; la veille de notre d&#233;part forc&#233; vers des r&#233;gions lointaines de l'Union, d'adresser la d&#233;claration pr&#233;sente au pr&#233;sidium du comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, en le priant de le porter &#224; la connaissance des comit&#233;s centraux de tous les partis communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le G.P.U. nous exile sur la base de l'article 58 du Code criminel, c'est&#8209;&#224;&#173;-dire pour &#171; propagande ou agitation en faveur du renversement, de la sape ou de l'affaiblissement du pouvoir sovi&#233;tique ou pour commettre des actes individuels contre-r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Avec un calme d&#233;dain, nous rejetons la tentative d'appliquer cet article &#224; des dizaines de bolcheviks&#8209;l&#233;ninistes qui ont beaucoup fait pour &#233;tablir, d&#233;fendre et consolider le pouvoir sovi&#233;tique dans le pass&#233; et, qui, &#224; l'avenir aussi, consacreront toutes leurs forces &#224; d&#233;fendre la dictature du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;portation administrative de vieux militants, sur ordre administratif du G.P.U., est tout simplement un nouveau maillon de la cha&#238;ne des &#233;v&#233;nements qui &#233;branlent le P.C. sovi&#233;tique. Ces &#233;v&#233;nements auront une importance historique immense pour une s&#233;rie d'ann&#233;es. Les divergences de vues actuelles sont parmi les plus importantes de celles que connut l'histoire du mouvement r&#233;volutionnaire international. Il s'agit en substance de savoir comment ne pas mener &#224; sa perte la dictature du prol&#233;tariat qui fut conquise en octobre 1917. La lutte dans le P.C. de l'U.R.S.S. se d&#233;roule dans le dos de l'I.C. ; celle&#173;-ci n'y participe pas, elle l'ignore m&#234;me. Les documents principaux de l'Opposition consacr&#233;s aux grandes questions de notre &#233;poque continuent &#224; &#234;tre inconnus de l'Internationale communiste. Les partis communistes sont toujours plac&#233;s devant le fait accompli et ne font qu'apposer leur estampille sur des d&#233;cisions adopt&#233;es d'avance. Nous estimons qu'une telle situation est issue du r&#233;gime absolument faux en vigueur dans le P.C. de l'U.R.S.S. et dans l'I.C. tout enti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; L'&#226;pret&#233; exceptionnelle de la lutte au sein du parti, qui a amen&#233; notre exclusion de celui&#8209;ci (et actuellement notre exil, sans qu'aucun fait nouveau puisse &#234;tre invoqu&#233; pour le motiver), trouve pr&#233;cis&#233;ment sa cause dans notre aspiration &#224; faire conna&#238;tre notre point de vue au parti et &#224; l'I.C. Tant que L&#233;nine &#233;tait l&#224;, une telle activit&#233; &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme normale et logique Les discussions se d&#233;veloppaient &#224; cette &#233;poque sur la base de la publication et de l'examen int&#233;gral de tous les documents concernant les questions litigieuses. Faute d'un tel r&#233;gime l'I.C. ne peut devenir ce qu'elle doit &#234;tre. La lutte pour le pouvoir du prol&#233;tariat international contre la bourgeoisie, extr&#234;mement puissante, est encore enti&#232;rement devant lui. Cette lutte pr&#233;suppose, du c&#244;t&#233; des partis communistes, une direction forte, jouissant d'une autorit&#233; morale, et capable d'agir par elle-m&#234;me. Une telle direction ne peut &#234;tre cr&#233;&#233;e qu'au cours de nombreuses ann&#233;es, en s&#233;lectionnant les repr&#233;sentants les plus fermes, les plus aptes &#224; d&#233;terminer leur action d'une fa&#231;on autonome, les plus cons&#233;quents, les plus vaillants de l'avant&#8209;garde du prol&#233;tariat. Dans l'ex&#233;cution de leur t&#226;che, des fonctionnaires, m&#234;me les plus consciencieux, ne peuvent remplacer les guides de la R&#233;volution. La victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe et dans le monde entier d&#233;pend, dans une tr&#232;s large mesure, de la solution du probl&#232;me de la direction r&#233;volutionnaire. Le r&#233;gime int&#233;rieur de l'I.C. emp&#234;che de choisir et d'&#233;duquer une pareille direction. Cela se manifeste surtout de fa&#231;on &#233;clatante par l'attitude des partis communistes &#233;trangers en pr&#233;sence des proc&#233;dures internes du P.C. de l'U.R.S.S. dont le sort est intimement li&#233; au destin de l'I.C.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous, Oppositionnels, nous avons bris&#233; les normes de la vie du parti. Pourquoi ? Parce que nous avons &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;s ill&#233;galement de la possibilit&#233; d'exercer nos droits normaux de membres du parti. Pour porter notre point de vue &#224; la connaissance du congr&#232;s, nous avons &#233;t&#233; contraints de prendre sur nous d'utiliser une imprimerie d'&#201;tat. Pour r&#233;futer devant la classe ouvri&#232;re la falsification de notre point de vue, et, en particulier, la vile calomnie relative &#224; notre pr&#233;tendue liaison avec un officier de Wrangel [1] et la contre&#8209;r&#233;volution en g&#233;n&#233;ral, nous avons arbor&#233;, &#224; la manifestation du X&#176; anniversaire, des pancartes portant les inscriptions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Feu &#224; droite, contre les Koulaks, les Nepmen et les Bureaucrates ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; R&#233;alisons les derni&#232;res volont&#233;s de L&#233;nine ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour une v&#233;ritable d&#233;mocratie dans le Parti ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces mots d'ordre, incontestablement bolcheviques, furent d&#233;clar&#233;s non seulement hostiles au parti, mais contre&#8209;r&#233;volutionnaires. De nombreux signes montrent qu'il faut s'attendre &#233;galement, dans l'avenir, &#224; des tentatives de cr&#233;er de toutes pi&#232;ces de pr&#233;tendus liens entre l'Opposition et les organisations de gardes-blancs et de mencheviks dont nous sommes plus &#233;loign&#233;s que quiconque.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour forger un tel amalgame, point n'est besoin de donner de motifs, pas plus d'ailleurs que pour nous d&#233;porter.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la d&#233;claration que nous avons adress&#233;e au XV&#176; congr&#232;s, sign&#233;e des camarades Smilga , Mouralov , Rakovsky et Radek , nous avons annonc&#233; notre soumission aux d&#233;cisions du XV&#176; congr&#232;s et notre d&#233;termination &#224; cesser le travail fractionnel. N&#233;anmoins, on nous a exclus et l'on nous d&#233;porte &#224; cause de nos opinions. Mais, par&#8209;dessus tout, nous avons d&#233;clar&#233;, et nous r&#233;p&#233;tons ici, que nous ne pouvons pas renoncer aux opinions exprim&#233;es dans nos th&#232;ses et dans notre plate&#8209;forme, car le cours des &#233;v&#233;nements confirme leur justesse.&lt;br class='autobr' /&gt; La th&#233;orie de la construction du socialisme dans un seul pays conduit in&#233;luctablement &#224; s&#233;parer le sort de l'U.R.S.S. de celui de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale dans son ensemble. Poser ainsi la question, c'est saper, dans le domaine th&#233;orique et politique, les fondements m&#234;me de l'internationalisme prol&#233;tarien. La lutte contre cette nouvelle th&#233;orie fonci&#232;rement anti&#8209;marxiste, invent&#233;e en 1925 &#8209; c'est&#8209;&#224;&#8209;dire notre lutte pour les int&#233;r&#234;ts fondamentaux de l'I.C.&#8209; c'est ce qui a amen&#233; notre exclusion du parti et notre d&#233;portation administrative.&lt;br class='autobr' /&gt; La r&#233;vision du marxisme et du l&#233;ninisme, dans la question fondamentale du caract&#232;re international de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, provient du fait que la p&#233;riode de 1923 &#224; aujourd'hui a &#233;t&#233; marqu&#233;e par de dures d&#233;faites de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale (1923 en Bulgarie et en Allemagne, 1925 en Estonie, 1926 en Angleterre, 1927 en Chine et en Autriche [2] ). Ces d&#233;faites ont cr&#233;&#233; &#224; elles seules la possibilit&#233; de ce qu'on a nomm&#233; la stabilisation du capitalisme, car elles ont consolid&#233; provisoirement la situation de la bourgeoisie mondiale ; par la pression renforc&#233;e de celle&#8209;ci sur l'U.R.S.S., ces d&#233;faites ont ralenti l'allure de l'&#233;dification socialiste ; elles ont renforc&#233; les positions de notre bourgeoisie &#224; l'int&#233;rieur ; elles ont donn&#233; &#224; celle&#8209;ci la possibilit&#233; de se lier plus fortement &#224; beaucoup d'&#233;l&#233;ments de l'appareil d'&#201;tat sovi&#233;tique ; elles ont accru la pression de cet appareil sur celui du parti, et elles ont conduit &#224; l'affaiblissement de l'aile gauche de notre parti. Au cours de ces m&#234;mes ann&#233;es, il s'est produit en Europe une renaissance provisoire de la social-d&#233;mocratie, un affaiblissement provisoire des partis communistes, et un renforcement de l'aile droite &#224; l'int&#233;rieur de ces derniers. L'Opposition dans le P.C.R., en tant qu'aile gauche ouvri&#232;re, a subi des d&#233;faites en m&#234;me temps que s'affaiblissaient les positions de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt; Si les partis de l'I.C. n'ont eu aucune possibilit&#233; d'appr&#233;cier exactement la signification historique de l'Opposition, la bourgeoisie mondiale, en revanche, a d&#233;j&#224; &#233;mis son jugement sans ambigu&#239;t&#233;. Tous les journaux bourgeois plus ou moins s&#233;rieux, dans tous les pays, consid&#232;rent l'Opposition du P.C.R. comme leur mortelle ennemie et envisagent au contraire la politique de la majorit&#233; actuellement dirigeante comme une transition n&#233;cessaire &#224; l'U.R.S.S. vers le monde &#171; civilis&#233; &#187;, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pr&#233;sidium de l'I.C. devrait, selon nous, rassembler les opinions exprim&#233;es par les chefs politiques et par les organes principaux de la bourgeoisie, en ce qui concerne la lutte int&#233;rieure du P.C.R., afin de permettre au VI&#176; congr&#232;s la possibilit&#233; de tirer les conclusions politiques n&#233;cessaires sur cette question primordiale.&lt;br class='autobr' /&gt; L'issue et les le&#231;ons de la r&#233;volution chinoise, r&#233;volution qui constitue un des plus grands &#233;v&#233;nements de l'histoire mondiale, ont &#233;t&#233; tenus dans l'obscurit&#233;, &#233;cart&#233;s de la discussion, et n'ont pas &#233;t&#233; assimil&#233;s par l'opinion publique de l'avant&#8209;garde prol&#233;tarienne. En r&#233;alit&#233;, le comit&#233; central du P.C.R. a interdit la discussion des questions relatives &#224; la r&#233;volution chinoise. Mais, sans l'&#233;tude des fautes commises, fautes classiques de l'opportunisme, il est impossible de &#173;concevoir dans l'avenir la pr&#233;paration r&#233;volutionnaire des partis prol&#233;tariens d'Europe et d'Asie !&lt;br class='autobr' /&gt; Ind&#233;pendamment de la question de savoir sur qui retombe la responsabilit&#233; imm&#233;diate de la direction des &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre &#224; Canton [3] , ces &#233;v&#233;nements fournissent un exemple frappant de putschisme lors du reflux de la vague r&#233;volutionnaire. Dans une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, une d&#233;viation vers l'opportunisme est souvent le r&#233;sultat de d&#233;faites dont la cause imm&#233;diate r&#233;side dans une direction opportuniste. L'Internationale communiste ne peut faire aucun nouveau pas en avant sans avoir tir&#233; pr&#233;alablement les le&#231;ons de l'exp&#233;rience de l'insurrection de Canton, en corr&#233;lation avec la marche d'ensemble de la r&#233;volution chinoise. C'est l&#224; une des t&#226;ches essentielles du VI&#176; congr&#232;s mondial. Les mesures de r&#233;pression prises contre l'aile gauche, non seulement ne r&#233;pareront pas les fautes d&#233;j&#224; commises, mais, ce qui est plus grave, n'apprendront rien &#224; personne.&lt;br class='autobr' /&gt; La contradiction la plus flagrante et la plus mena&#231;ante de la politique du P.C.U.S. et de l'I.C. tout enti&#232;re est constitu&#233;e par le fait suivant : apr&#232;s quatre ann&#233;es de processus de stabilisation &#233;quivalant &#224; un renforcement des tendances de droite dans le mouvement ouvrier, le feu continue &#224; &#234;tre, comme auparavant, surtout dirig&#233; contre la Gauche. Dans la p&#233;riode qui vient de s'&#233;couler, nous avons &#233;t&#233; t&#233;moins de fautes et de d&#233;viations opportunistes monstrueuses dans les partis communistes d'Allemagne, d'Angleterre, de France, de Pologne, de Chine, etc. Entre&#8209;temps, l'aile gauche de l'I.C. a &#233;t&#233; l'objet d'un travail d'an&#233;antissement qui se poursuit encore. Il est incontestable qu'actuellement les masses ouvri&#232;res d'Europe s'orientent politiquement vers la gauche, en raison des contradictions inh&#233;rentes au processus de stabilisation. Il est difficile de pr&#233;dire &#224; quelle allure se d&#233;roulera ce d&#233;veloppement vers la gauche et quelle forme il prendra dans le proche avenir. Mais la campagne permanente contre les &#233;l&#233;ments de gauche pr&#233;pare, pour le moment o&#249; s'aggravera la situation r&#233;volutionnaire, une nouvelle crise de direction semblable &#224; celle que nous avons connue ces derni&#232;res ann&#233;es en Bulgarie, en Allemagne, en Angleterre, en Pologne, en Chine, etc., etc. ! Peut&#8209;on exiger que des r&#233;volutionnaires, des l&#233;ninistes, des bolcheviks, se taisent devant de telles perspectives ?&lt;br class='autobr' /&gt; Nous n'estimons pas n&#233;cessaire de r&#233;futer &#224; nouveau l'affirmation absolument fausse que nous nierions le caract&#232;re prol&#233;tarien de notre Etat, la possibilit&#233; de l'&#233;dification socialiste, ou m&#234;me la n&#233;cessit&#233; de la d&#233;fense inconditionnelle de la dictature prol&#233;tarienne contre ses ennemis de classe de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur. Ce n'est pas l&#224;&#8209;dessus que porte la discussion ; elle porte sur l'appr&#233;ciation des dangers qui menacent la dictature du prol&#233;tariat, sur les m&#233;thodes pour combattre ces dangers, et comment distinguer entre les v&#233;ritables et faux amis, les v&#233;ritables et faux ennemis.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous affirmons qu'au cours des derni&#232;res ann&#233;es, sous l'influence de causes int&#233;rieures et internationales, le rapport des forces s'est modifi&#233; d'une mani&#232;re d&#233;favorable pour le prol&#233;tariat ; que la place tenue par lui dans l'&#233;conomie, dans la vie politique, &#233;conomique et culturelle du pays, s'est amoindrie au lieu de grandir ; nous affirmons que, dans le pays, les forces de r&#233;action thermidorienne se sont consolid&#233;es, et qu'en sous-estimant les dangers qui en d&#233;coulent, ces dangers s'aggravent dans une proportion extraordinaire. En chassant l'Opposition du parti, l'appareil, inconsciemment, mais avec d'autant plus d'efficacit&#233;, rend service aux classes non prol&#233;tariennes qui ont tendance &#224; se renforcer et &#224; se consolider aux d&#233;pens de la classe ouvri&#232;re. C'est de ce point de vue que nous nous pla&#231;ons pour juger notre d&#233;portation, et nous ne doutons pas que dans un avenir prochain, l'avant&#8209;garde du prol&#233;tariat mondial portera sur cette question le m&#234;me jugement que nous.&lt;br class='autobr' /&gt; Les repr&#233;sailles contre les Oppositionnels co&#239;ncident avec une nouvelle aggravation des difficult&#233;s &#233;conomiques sans pr&#233;c&#233;dent dans les derni&#232;res ann&#233;es. La p&#233;nurie de produits industriels, la perturbation de la collecte des grains apr&#232;s trois bonnes r&#233;coltes, la menace grandissante contre le syst&#232;me mon&#233;taire &#8209; tout cela ralentit le d&#233;veloppement des force productives, affaiblit &#233;videmment les &#233;l&#233;ments socialistes de l'&#233;conomie et emp&#234;che d'am&#233;liorer les conditions de vie du prol&#233;tariat et des paysans pauvres.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les conditions d'une aggravation de la situation en ce qui concerne les biens de consommation sur le march&#233;, les ouvriers repoussent in&#233;vitablement les tentatives de r&#233;viser les conventions collectives dans le sens d'une baisse des salaires.&lt;br class='autobr' /&gt; Le G.P.U. assure que ces &#233;checs colossaux du cours qui pr&#233;vaut actuellement rel&#232;vent de la responsabilit&#233; criminelle des Oppositionnels exil&#233;s, dont le v&#233;ritable crime a &#233;t&#233; de pr&#233;dire &#224; plusieurs reprises, au cours des derni&#232;res ann&#233;es, que toutes les difficult&#233;s actuelles seraient l'in&#233;vitable cons&#233;quence d'un cours &#233;conomique erron&#233;, et d'avoir r&#233;clam&#233; &#224; temps un changement de ce cours.&lt;br class='autobr' /&gt; La pr&#233;paration du XV&#176; congr&#232;s du parti &#8209; convoqu&#233; apr&#232;s un intervalle d'un an et demi, en violation des statuts du parti &#8209; a &#233;t&#233; elle-m&#234;me une manifestation &#233;clatante et grave de la violence croissante de l'appareil, s'appuyant de plus en plus sur des mesures de r&#233;pression gouvernementale. De son c&#244;t&#233;, sans d&#233;lib&#233;ration et en brusquant les d&#233;bats, le XV&#176; congr&#232;s a adopt&#233; une r&#233;solution selon laquelle les congr&#232;s se r&#233;uniront dor&#233;navant tous les deux ans.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans un pays de dictature prol&#233;tarienne, dont le parti communiste est l'expression, il est apparu n&#233;cessaire, dix ans apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre, d'arracher au parti son droit &#233;l&#233;mentaire de contr&#244;ler, au moins une fois par an, l'activit&#233; de ses organes et avant tout de son comit&#233; central.&lt;br class='autobr' /&gt; M&#234;me dans les conditions les plus d&#233;favorables cr&#233;&#233;es par la guerre civile et par la famine, les congr&#232;s se r&#233;unissaient parfois deux fois par an, mais jamais moins d'une fois. Alors le parti d&#233;lib&#233;rait et d&#233;cidait r&#233;ellement, sur toutes les questions, ne cessant jamais d'&#234;tre ma&#238;tre de son propre sort. Quelles forces contraignent donc maintenant &#224; consid&#233;rer les congr&#232;s comme un mal n&#233;cessaire qu'on cherche &#224; r&#233;duire au minimum ?&lt;br class='autobr' /&gt; Ces forces ne sont pas celles du prol&#233;tariat. Elles sont la r&#233;sultante d'une pression &#233;trang&#232;re &#224; celui&#8209;ci, exerc&#233;e par son avant&#8209;garde. Cette pression a conduit &#224; l'exclusion de l'Opposition et &#224; la d&#233;portation des Vieux&#173;-bolcheviks en Sib&#233;rie et dans d'autres pays perdus.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous repoussons l'accusation d'aspirer &#224; cr&#233;er un nouveau parti. Nous disons par avance que les &#233;l&#233;ments d'un dit deuxi&#232;me parti se rassemblent en r&#233;alit&#233; &#224; l'insu des masses du pli parti et avant tout de leur noyau prol&#233;tarien, au point de rencontre des &#233;l&#233;ments d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s de l'appareil du parti et de l'Etat et des nouveaux propri&#233;taires. Les pires repr&#233;sentants de la bureaucratie, munis ou non de la carte du parti, n'ayant absolument rien de commun avec la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale, se groupent toujours davantage, cr&#233;ant ainsi des points d'appui pour un deuxi&#232;me parti qui commence &#224; se dessiner et qui, au cours de son d&#233;veloppement, peut devenir l'aile gauche des forces thermidoriennes.&lt;br class='autobr' /&gt; L'accusation selon laquelle, nous, les d&#233;fenseurs de la ligne historique du bolchevisme, aspirerions &#224; cr&#233;er un deuxi&#232;me parti, sert en r&#233;alit&#233; inconsciemment &#224; couvrir le profond travail souterrain des forces historiques hostiles au prol&#233;tariat. En face de ces processus, nous mettons l'I.C. en garde ; t&#244;t ou tard, un jour viendra o&#249; ces processus seront &#233;vidents pour tous, mais chaque jour perdu compromet incontestablement le succ&#232;s de la r&#233;sistance.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut pr&#233;parer le VI&#176; congr&#232;s de l'I.C. selon les voies et moyens selon lesquels les congr&#232;s &#233;taient pr&#233;par&#233;s du temps de L&#233;nine : publier tous les documents principaux se rapportant aux questions litigieuses, en finir avec la pers&#233;cution des communistes coupables seulement d'avoir exerc&#233; leur droit de membres du parti ; dans la discussion d'avant congr&#232;s, poser dans toute son ampleur la question du rapport des forces &#224; l'int&#233;rieur du P.C. R., ainsi que la question de la ligne politique suivie par ce dernier.&lt;br class='autobr' /&gt; Les questions litigieuses ne seront pas r&#233;gl&#233;es par de nouvelles m&#233;thodes de r&#233;pression. De telles mesures peuvent jouer un grand r&#244;le positif lorsqu'elles servent &#224; soutenir une ligne politique juste et &#224; liquider plus facilement les groupements r&#233;actionnaires. En tant que bolcheviks, nous connaissons la valeur des mesures de r&#233;pression r&#233;volutionnaires, et nous les avons appliqu&#233;es &#224; plusieurs reprises contre la bourgeoisie et ses agents, les s.r. et les mencheviks.&lt;br class='autobr' /&gt; Aussi ne pensons&#8209;nous pas un seul instant &#224; renoncer &#224; ces mesures contre les ennemis du prol&#233;tariat. Mais nous nous souvenons avec fermet&#233; que la r&#233;pression dirig&#233;e par les partis ennemis contre les bolcheviks est demeur&#233;e impuissante. En fin de compte, c'est la politique juste qui est d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour nous, soldats de la r&#233;volution, compagnons d'armes de L&#233;nine, notre d&#233;portation est l'expression la plus claire des changements dans le rapport des forces de classes dans ce pays et de la d&#233;rive opportuniste de la direction. En d&#233;pit de tout cela, nous demeurons fermement convaincus que la base du pouvoir sovi&#233;tique est encore le prol&#233;tariat. Il est encore possible, au moyen d'un changement d&#233;cisif dans la ligne de la direction, en corrigeant les erreurs d&#233;j&#224; commises, par de profondes r&#233;formes, sans un nouveau soul&#232;vement r&#233;volutionnaire, de renforcer et de consolider le syst&#232;me de la dictature prol&#233;tarienne. Cette possibilit&#233; peut devenir r&#233;alit&#233; si l'Internationale communiste intervient de fa&#231;on d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous en appelons &#224; tous les partis communistes et au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale, demandant avec instance l'examen de toutes ces questions, ouvertement, et avec la participation de tous les membres du parti. Le Testament de L&#233;nine n'a jamais paru plus proph&#233;tique qu'en ce moment. Personne ne sait combien de temps le cours des &#233;v&#233;nements historiques va nous laisser pour corriger les erreurs qui ont &#233;t&#233; commises. Nous soumettant &#224; la force, nous quittons nos postes dans le parti et les soviets pour un exil absurde et futile. Ce faisant, nous ne doutons cependant pas une minute que chacun d'entre nous et nous tous serons encore n&#233;cessaires au parti et qu'il aura besoin de nous, mais encore qu'&#224; l'heure des grandes batailles qui sont devant nous, nous retrouverons tous nos places dans les rangs combattants du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur la base de tout ce qui vient d'&#234;tre dit que nous demandons instamment au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale communiste de nous r&#233;int&#233;grer dans le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signatures : M . Alsky &#8209; A. Beloborodov &#8209; A. Ichtchenko - L. Trotsky &#8209; K. Radek &#8209; Kh. Rakovsky &#8209; E. A. Pr&#233;obrajensky &#8209; I. N. Smirnov &#8209; L. S&#233;r&#233;briakov &#8209; I. Smilga - L Sosnovsky &#8209; N. I. Mouralov &#8209; G. Valentinov - Nevelson-Man &#8209; V. Eltsine &#8209; V. Vaganian &#8209; V. Maliouta &#8209; V. Kasparova &#8209;S. Kavtaradz&#233; &#8209; Vilenskij (Sibiriakov).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Piotr N. Wrangel (1878&#8209;1928), g&#233;n&#233;ral du tsar, avait &#233;t&#233; le dernier chef de l'arm&#233;e blanche avec le soutien du gouvernement fran&#231;ais en 1920. L'&#233;pisode de &#171; l'officier de Wrangel &#187; s'&#233;tait produit l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Un individu pr&#233;tendant se nommer Stroilov s'&#233;tait pr&#233;sent&#233; aux dirigeants de l'Opposition qui cherchaient les moyens d'imprimer la plate&#8209;forme de cette derni&#232;re. Le G.P.U. &#171; r&#233;v&#233;la &#187; que Stroilov &#8209; qui ne fut pas officiellement &#171; retrouv&#233; &#187; &#8209; &#233;tait un ancien officier de l'arm&#233;e Wrangel. Mais l'Opposition d&#233;montre sans r&#233;plique que cet ancien officier de Wrangel &#233;tait aussi agent du G.P.U. en service.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon les services secrets polonais, Stroilov aurait &#233;t&#233; en r&#233;alit&#233; le c&#233;l&#232;bre Oupeninch, dit Opperput, l'homme qui noyauta puis d&#233;capita les organisations d'&#233;migr&#233;s blancs et construisit le Trust. (cf. P. Brou&#233;, &#171; La Main-d'&#339;uvre blanche de Staline &#187;, Cahiers L&#233;on Trotsky n&#176; 24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Trotsky fait allusion ici &#224; diff&#233;rentes d&#233;faites de l'I.C. ou du mouvement ouvrier, dans lesquelles la responsabilit&#233; des dirigeants de Moscou &#233;tait engag&#233;e diff&#233;remment. En Allemagne, apr&#232;s s'&#234;tre d&#233;cid&#233; tr&#232;s tard &#224; admettre l'existence d'une situation r&#233;volutionnaire, apr&#232;s avoir contribu&#233; &#224; freiner les masses par une politique de &#171; grand soir &#187;, l'I.C. avait sous&#8209;estim&#233; l'ampleur du recul d'Octobre et de la renonciation &#224; l'insurrection. En Bulgarie, elle avait fait pr&#233;parer un putsch qui fut r&#233;prim&#233; dans le sang ; la Lettonie fut aussi le th&#233;&#226;tre d'une insurrection manqu&#233;e en 1925 ; en 1926, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale britannique fut &#233;cras&#233;e sans que le P.C. de l'U.R.S.S. ait jug&#233; bon de rompre les relations au sein d'un comit&#233; syndical anglo&#8209;russe avec les dirigeants r&#233;formistes qui cautionnaient et avaient la responsabilit&#233; de cet &#233;crasement ; en Chine, Tchiang Ka&#239;&#8209;chek avait massacr&#233; les communistes &#224; partir du &#171; coup de Shanghai &#187; et les forces du gouvernement chr&#233;tien social de Vienne avaient mitraill&#233; en pleine capitale des manifestants ouvriers, faisant plus de trente morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Apr&#232;s avoir port&#233; pendant des mois la responsabilit&#233; de la politique de soutien au Guomindang et d'alliance avec Tchiang Ka&#239;&#8209;chek, et, apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;pression de celui-ci, apr&#232;s avoir continu&#233; cette politique avec ce qu'elle appelait &#171; le Guomindang de gauche &#187;, la direction Staline&#8209;Boukharine avait fait un brutal virage &#224; gauche, sans doute dans la perspective du XV&#176; congr&#232;s et pour &#233;touffer les critiques de l'Opposition. Une fois de plus, son &#171; gauchisme &#187; avait rev&#234;tu la forme du putschisme, les militants communistes, seuls, se soulevant le 11 d&#233;cembre 1927 au nom d'un &#171; soviet de Canton &#187; d&#233;sign&#233; par l'appareil. L'insurrection, priv&#233;e du soutien populaire par sa conception m&#234;me, ne dura que trois jours mais fut suivie d'une r&#233;pression f&#233;roce. Trotsky nuancera plus tard son appr&#233;ciation, comme on le verra dans ce volume, notamment dans sa correspondance avec Pr&#233;obrajensky.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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