Matière et Révolution
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Contribution au débat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la matière, de la vie, de l'homme et de la société
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69144Pour se placer au-dessus du règne animal, l'homme minimise les capacités animales !!!
http://matierevolution.org/spip.php?article6677
http://matierevolution.org/spip.php?article66772020-06-16T22:20:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>Il n'est pas bâtisseur, cet oiseau nidificateur là ?!!! Pour se placer au-dessus du règne animal, l'homme minimise les capacités animales !!! <br class='autobr' />
Il annonce qu'il est le seul à utiliser des outils ! <br class='autobr' />
Il prétend qu'il est le seul à rire ! <br class='autobr' />
Il affirme qu'il est le seul à concevoir une vie sociale collective ! <br class='autobr' />
Il décrète qu'il est le seul à penser la solidarité ! <br class='autobr' />
Il se croit le seul à être sensible au malheur de son semblable ! <br class='autobr' />
Il affirme que son intelligence est sans pareil ! <br class='autobr' />
Il (…)</p>
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<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique13" rel="directory">Chapter 08 : Révolutions in the process of life - Les révolutions du vivant</a>
<div class='rss_texte'><p>Il n'est pas bâtisseur, cet oiseau nidificateur là ?!!!</p>
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</figure>
</div><h2 class="spip">Pour se placer au-dessus du règne animal, l'homme minimise les capacités animales !!!</h2>
<p>Il annonce qu'il est le seul à utiliser des outils !</p>
<p>Il prétend qu'il est le seul à rire !</p>
<p>Il affirme qu'il est le seul à concevoir une vie sociale collective !</p>
<p>Il décrète qu'il est le seul à penser la solidarité !</p>
<p>Il se croit le seul à être sensible au malheur de son semblable !</p>
<p>Il affirme que son intelligence est sans pareil !</p>
<p>Il prétend que les animaux ne sont pas sensibles !</p>
<p>Il se raconte qu'il a dépassé les instincts animaux !</p>
<p>Il veut imaginer que son cerveau n'est pas celui d'un chasseur-cueilleur !</p>
<p>Il se prend pour le plus grand bâtisseur !</p>
<p>Il assure que l'empathie ne concerne que lui !</p>
<p>Il annonce avec assurance que les animaux ne parlent pas !</p>
<p>En somme, non seulement il domine le règne animal mais cette domination est celle de l'intelligence, de la pensée, du cerveau et des capacités cognitives !!!</p>
<p>Mais rien de tout cela n'est vrai et le peu qui n'est pas complètement faux est très exagéré !!!</p>
<p>L'oiseau sait utiliser des outils puisqu'il en utilise pour fabriquer son nid !</p>
<p>Le castor est capable d'initiatives au point de construire à toute vitesse un barrage en bois pour détourner et bloquer une pollution aux hydrocarbures !</p>
<p>Le dauphin peut organiser une protection collective d'un homme menacé par les requins !</p>
<p>La construction de la ruche, c'est bel et bien de l'intelligence animale !</p>
<p>Les animaux sont capables d'avoir un langage et leur discours n'est pas seulement un message répétitif et caractéristique de l'espèce : c'est un message individuel et adapté aux circonstances !</p>
<p>Les cynocéphales sont capables d'organiser une chasse collective avec pièges astucieux pour attraper un léopard qui enlève leurs enfants !</p>
<p>L'âne est capable d'intelligence et d'humour…</p>
<p>Les bactéries sont capables…</p>
<p>Et, bien sûr, les singes sont capables… et pas seulement parce qu'ils ont les mêmes ancêtres que l'homme !!!</p>
<p>Si on l'écoute, l'homme serait le seul à ressentir les sentiments (humains !), à utiliser un langage (humain !), à avoir une pensée (humaine !), à construire des fabrications (humaines)… mais les animaux ont des sentiments, communiquent au travers de langages, pensent, inventent, construisent, créent, ressentent, aiment, souffrent…</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1613" class="spip_out" rel="external">L'homme et le singe, une comparaison instructive… pour l'homme</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article2270" class="spip_out" rel="external">Ils sont bêtes ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4081" class="spip_out" rel="external">Ils ne savent pas rire ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3339" class="spip_out" rel="external">Bête comme un âne ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2420" class="spip_out" rel="external">L'homme est le seul à disposer du langage ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4369" class="spip_out" rel="external">L'homme est le seul à utiliser des outils ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4637" class="spip_out" rel="external">Le dauphin est… bête ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4096" class="spip_out" rel="external">L'empathie est le propre de l'homme ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4589" class="spip_out" rel="external">Incapables d'imagination, d'intelligence, d'innovation, les animaux ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2974" class="spip_out" rel="external">L'homme est-il supérieur à l'animal ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3685" class="spip_out" rel="external">L'homme est au centre ou au sommet du monde ?</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article4023" class="spip_out" rel="external">Des films qui montrent à quel point nous vivons dans un mensonge sur la vie animale</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3303" class="spip_out" rel="external">L'homme cherche souvent à le nier et pourtant l'amitié entre animaux, ça existe bel et bien !</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4270" class="spip_out" rel="external">Quel est le propre de l'homme ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve804" class="spip_out" rel="external">L'homme est le seul animal capable de…</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article3047" class="spip_out" rel="external">L'homme obéit-il à des instincts comme l'animal ?</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3956" class="spip_out" rel="external">L'homme et l'animal</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article2336" class="spip_out" rel="external">Comment les primates ont modifié la pensée des hommes</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4421" class="spip_out" rel="external">L'intelligence du Vivant</a></p></div>
Evolution et Génétique, modelés par les modifications dans l'organisation des rétroactions des gènes et des protéines
http://matierevolution.org/spip.php?article5778
http://matierevolution.org/spip.php?article57782018-01-27T23:09:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>"L'histoire de la vie ressemble à un gigantesque élagage ne laissant survivre qu'un petit nombre de lignée, lesquelles peuvent ensuite subir une différenciation ; mais elle ne ressemble pas à cette montée régulière de l'existence, de la complexité et de la diversité, comme on le raconte traditionnellement." <br class='autobr' />
"La vie est belle", Stephen Jay Gould <br class='autobr' /> L'inhibition de gènes, et l'inhibition de l'inhibition, un instrument majeur de l'évolution <br class='autobr' />
L'évolution des espèces vivantes fondée sur la (…)</p>
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<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique13" rel="directory">Chapter 08 : Révolutions in the process of life - Les révolutions du vivant</a>
<div class='rss_texte'><p><i> "L'histoire de la vie ressemble à un gigantesque élagage ne laissant survivre qu'un petit nombre de lignée, lesquelles peuvent ensuite subir une différenciation ; mais elle ne ressemble pas à cette montée régulière de l'existence, de la complexité et de la diversité, comme on le raconte traditionnellement."</i></p>
<p>"La vie est belle", Stephen Jay Gould</p>
<h2 class="spip">L'inhibition de gènes, et l'inhibition de l'inhibition, un instrument majeur de l'évolution</h2>
<p>L'évolution des espèces vivantes fondée sur la biochimie du vivant provient-elle uniquement de la dérive du copiage des macromolécules entraînant des changements de leur contenu moléculaire ou de changements de l'organisation des interactions des gènes homéotiques ?</p>
<p><i>Introduction</p>
<p>Que dit la thèse du « tout génétique » ? Eh bien que tout découle de la composition chimique et donc du contenu des macromolécules de la génétique (ADN, ARN et protéines pour l'essentiel). Et que la base de l'évolution comme de la conservation des espèces vivantes est à chercher exclusivement dans le contenu en termes biochimiques de ces molécules. Si on le change suffisamment et efficacement (de manière viable), on change l'espèce. Si on ne le change pas (ou trop peu), on conserve l'espèce même si l'individu est différent. Si on a des bras, c'est parce qu'on a des gènes de bras. Si on est un singe, c'est parce qu'on a des gènes de singe. Et si on est plus particulièrement un chimpanzé, c'est qu'on a des gènes de chimpanzé. Ce qui différencierait ces gènes particuliers des autres, ce serait seulement leur contenu en termes chimiques, c'est-à-dire leur contenu moléculaire et cette thèse affirme que la base même de toute l'évolution darwinienne des espèces vivantes, de la variation qui permet ensuite la sélection, proviendrait d'erreurs de duplication des macromolécules du vivant, celles-ci se reproduisant « normalement » à l'identique.</p>
<p>C'est la thèse courante et officielle et nous allons nous autoriser à y repenser de manière critique.</p>
<p>Cela semble aujourd'hui être une thèse incontestable et même indiscutable qui relie la théorie darwinienne de l'évolution et la théorie génétique du vivant.</p>
<p>Pourtant, nous allons essayer de la discuter…</p>
<p>Nous allons souligner l'existence de bien d'autres éléments dans la fabrication d'une identité de l'être vivant :</p>
<p><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> agitation déstabilisant l'organisation structurée des interactions</p>
<p><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> modifications de la rythmologie des chaînes de réactions</p>
<p><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> agitation perturbant la disposition des molécules</p>
<p><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> désactivation des gènes et inhibition de cette désactivation</p>
<p><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> formation d'organigrammes de réactions successives et leur modification</p>
<p><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> inhibition des mécanismes de contrôle ou mobilisation de ceux-ci du fait d'agressions extérieures</p>
<p>Etc.</p>
<p>Les éléments précédemment cités ne sont pas à proprement parler génétiques mais épigénétiques, c'est-à-dire agissant en lisière du génétique sans modifier directement le contenu des gènes, mais en modifiant cependant les espèces produites.</p>
<p>Nous allons surtout critiquer toutes les propositions d'explication de la vie par des mécanismes « pour » (pour survivre, pour procréer plus et mieux, pour être favorisé, pour se nourrir, pour réussir, pour fabriquer tel organisme, pour obtenir telle spécialisation ou telle fonction, ou même pour construire telle espèce…) et la nécessité d'interprétations par des mécanismes « contre » (par élimination, par apoptose ou mort programmée, par inhibition et par inhibition de l'inhibition, par sélection au moyen de la destruction des autres, par choix des cibles plutôt que par choix des êtres ou des cellules sauvés ou fabriqués). Au lieu de l'action positive, le vivant a besoin de la contradiction dialectique : ce qui vit a détruit ou inhibé la mort, ce qui réussit n'est pas ce qui a été sélectionné pour vivre et procréer mais ce qui n'a pas été sélectionné par la faucheuse… Il ne convient pas de rechercher les causes du succès des uns, mais celles de la suppression des autres… Et même dans les causes de mort, il faut chercher des mécanismes de négation et non d'affirmation. On ne meurt que parce que le mécanisme d'inhibition de la mort est lui-même inhibé. On n'évolue que parce que le mécanisme d'évolution, qui était naturellement inhibé, voit son inhibition elle-même… inhibée !!! Un renversement de perspective en somme…</p>
<p>Les expressions positives comme adaptation, éducation, apprentissage, mémorisation, spécialisation, complexification, organisation, sélection positive (des plus aptes, des plus efficaces, des plus procréateurs, des plus adaptés) doivent être abandonnées car le vivant ne vit pas « pour » satisfaire à un but, à un dessein, répondre à un programme, suivre un cheminement prédéterminé ni même suivre son destin, mais parce que les lois dynamiques de la matière composent ce mixage dialectique de hasard et de nécessité.</p>
<p>Le contenu biochimique des macromolécules du vivant sont certes plus convergentes pour un même individu du début à la fin de sa vie, pour deux individus d'une même famille, pour deux variétés au sein d'une même espèce, pour deux individus d'espèces proches dans l'histoire de l'évolution, pour deux individus de genres proches, etc., que pour des individus plus éloignés mais cela ne suffit pas du tout à répondre à la question. En effet, c'est affirmer une évidence. Du moment que des espèces se sont séparées, leur matériel génétique va diverger progressivement du simple fait qu'il n'y a pas recomposition et que les espèces différentes ne vont pas se croiser et avoir de descendance. Cela ne nous dit pas si l'origine même de la divergence est le contenu biochimique des gènes ou une autre raison comme des séparations dues à la géographie, par l'isolement, à la sexualité, par le changement des habitudes, à l'apparence extérieure, par la transformation de l'attirance, au changement des rythmes, des coutumes, des modes d'alimentation, etc. Si c'est le cas, l'évolution du contenu des gènes viendra alors comme une conséquence et non comme une cause.</p>
<p>Nous commencerons donc par nous demander s'il est vrai que « l'ours est l'animal qui a des gènes d'ours » et que le bras provient de « l'animal qui a des gènes de bras »…</p>
<p>Non seulement, nous ne verrons pas dans le vivant des constructions « pour » : des ailes pour voler, des poumons respirer, des nageoires pour nager, des cerveaux pour penser, des mécanismes de l'hérédité pour hériter, mais nous ne trouverons pas des gènes pour le bras, des gènes pour l'ours, des gènes pour la bactérie, ni des gènes pour le singe et d'autres pour l'homme… Nous verrons, au contraire, que les gènes d'un être vivant ont la particularité… de fonctionner sur tous les autres êtres vivants !!! C'est l'unité du vivant qui l'emporte sur la particularité des variétés et la particularité ne peut donc pas être cherchée dans la particularité des choses, des molécules par exemple, mais dans celle de l'histoire, toujours sujette à des changements au hasard même s'ils restent sous la dictature des lois…</p>
<p>Il y a eu bien des versions de l'explication du vivant, depuis l'ordre issu de l'ordre, le désordre issu de l'ordre, l'ordre issu du désordre.</p>
<p>Nous dirions plutôt pour notre part le mixage dialectique ordre/désordre de la matière produisant des niveaux supplémentaires d'organisation, appelés vivants, eux-mêmes fondés sur la dialectique ordre/désordre.<br class='autobr' /> </i></p>
<p>« Les horloges du vivant » de Jean Chaline :</p>
<p><i>« Le vivant est organisé selon une hiérarchie ascendante de niveaux d'intégration de plus en plus élevés et de plus en plus complexes qui concernent tout d'abord la formation des individus, depuis les bases, les gènes, chromosomes, cellules, organes jusqu'aux organismes, et au-delà les groupements d'individus en populations, puis en espèces, en biomes, jusqu'à la constitution de l'ensemble de la biosphère…</p>
<p>Lorsqu'on analyse les niveaux supérieurs à l'espèce, les genres, les familles, les ordres et les embranchements, les intermédiaires graduels entre les espèces ou les plans d'organisation prévus par la théorie gradualiste à l'époque de Darwin ne sont pas obligatoires, puisque les mutations des gènes de régulation peuvent enclencher un saut morphologique majeur immédiat entre l'ancêtre et le descendant en une ou deux générations…</p>
<p>Une simple mutation peut changer un caractère, de multiples caractères, un ou plusieurs organes, une espèce en une autre, un plan d'organisation en un autre. Par rapport au stade synthétique (de la théorie de l'évolution – note M et R) le rôle des mutations a été reconsidéré et leurs résultats amplifiés, puisqu'on ne savait pas qu'elles pouvaient, sans dommage, restructurer l'organisme. La grande ampleur des effets des mutations homéotiques a été envisagée par Golschmidt, mais non retenue à l'époque car contraire aux idées génétiques de l'époque.</p>
<p>On sait aujourd'hui qu'il y a des gènes de structure qui conditionnent la formation des protéines, et des gènes de régulation qui contrôlent le développement.</p>
<p>On a montré que l'organisme se construit selon des structures modulaires indépendantes… Il semble aussi que les innovations correspondent souvent à des remaniements de structures préexistantes par des changements de fonction des gènes impliqués. Ces résultats confortent ainsi l'idée de François Jacob, selon laquelle l'évolution résulte d'un vaste bricolage qui modifie constamment les structures préexistantes par des remaniements variés, délétions ou adjonctions qui permettent parfois d'échapper aux contraintes de construction qui sont, par définition, très coercitives…</p>
<p>Les altérations de la chronologie du développement, décrites par la paléontologie avec les accélérations et décélérations, les raccourcissements et allongements de la période de croissance constituent une mécanique du changement morphologique, qui accompagne l'évolution des espèces. Ces processus évolutifs, qui relient les deux niveaux majeurs de l'organisation hiérarchique du vivant que sont le programme génétique et la morphologie des individus, sont contrôlés en partie par des gènes de régulation du développement, les fameux gènes Hox et sans doute d'autres encore mal connus. Ces gènes architectes permettent de comprendre les grands changements morphologiques et le découplage entre génétique et morphologie, c'est-à-dire l'absence de liaison linéaire entre les deux niveaux.</p>
<p>Ces mécanismes évolutifs inédits apportent aujourd'hui une nouvelle clé de lecture de l'évolution, celle de véritables « horloges du vivant » qui interviennent tout au long du développement, à des moments précis, pendant des durées définies et des rythmes variables...</p>
<p>Il est clair aujourd'hui que ce sont les mutations des gènes de régulation qui sont à l'origine des changements majeurs qui jalonnent l'histoire de la vie, notamment des plans d'organisation…</p>
<p>Si l'on fait le bilan du stade « synthétique » de la théorie, même en se limitant aux concepts majeurs comme ceux du mécanisme génétique graduel de l'accumulation des milliers ou millions de petites mutations triées en permanence par la sélection naturelle ou de l'adaptation, alors il est bien évident que l'explication néo-darwinienne est incapable de justifier l'apparition brutale des innovations morphologiques ou la mise en place des plans d'organisation…</p>
<p>L'inadéquation de certains aspects de la théorie ne signifie absolument pas que la théorie de l'évolution soit à rejeter dans son ensemble comme voudraient le faire croire un certain nombre de critiques à motivations créationnistes plus ou moins bien dissimulées…</p>
<p>Les altérations du développement mises en évidence en paléontologie et en biologie par Haeckel, Garstang, Bolk, Gould, Alberch, McNamara, Dommergues, Reilly et de nombreux autres spécialistes constituent certainement un concept central du nouveau stade de la théorie de l'évolution. La mécanique hétérochronique qui touche la chronologie du développement, tronqué (hypomorphose) ou allongé (hypermorphose), sa vitesse, décélérée ou accélérée, le moment plus précoce (pré-déplacé) ou plus tardif (post-déplacé) d'émission du signal d'induction de la formation d'un organe, permet de comprendre la logique du bricolage embryologique qui s'effectue entre un ancêtre et son descendant…</p>
<p>Britten et Davidson considèrent quatre types de gènes : les gènes de structure servent à former les protéines de l'espèce, les gènes régulateurs sont en relation avec des gènes intégrateurs, eux-mêmes liés à des gènes récepteurs en prise directe avec des sondes branchées sur l'environnement. Ces gènes intégrateurs peuvent être les gènes thermo-activables qui établissent une relation directe entre le génome et la température de l'environnement. Parmi les gènes intégrateurs, il faut sans doute aussi placer les gènes commutateurs qui inhibent ou activent d'autres gènes ayant une fonction particulière…</p>
<p>La plus grande innovation de cette fin de siècle en évolution, c'est sans doute la mise en évidence du rôle des « homéoboîtes » ou des gènes Hox, en particulier…</p>
<p>Ces gènes Hox correspondent à des séquences d'ADN très semblables codant des zones d'homéodomaines. Ces protéines, lorsqu'elles se fixent sur l'ADN dans une région de régulation du gène, sont capables d'activer ou d'inhiber le gène, donc de produire ou d'empêcher la fabrication d'une protéine. Les gènes Hox sont activés, puis dupliqués en ARN messagers qui contrôlent la synthèse des protéines Hox, l'identité et la position des cellules embryonnaires le long de l'axe tête-queue, dorso-ventralement ou dans les membres et, enfin, activent certaines cellules embryonnaires pendant un temps limité dans un emplacement déterminé.</p>
<p>Ce sont ces gènes qui font fonctionner la mécanique des horloges du vivant…</p>
<p>A chaque niveau d'organisation du vivant, des sauts morphologiques ou des ponctuations entre espèces sont dus à l'existence d'une mécanique saltatoire qui intervient au niveau de l'ADN, des chromosomes et des dérèglements de la chronologie des diverses phases du développement…</p>
<p>Le hasard qui gère les mutations est fortement limité, encadré peut-on dire, par les contraintes biochimiques propres du vivant : les quatre bases de l'ADN, les canalisations liées aux contraintes du développement embryonnaire, des homéogènes et des hétérochronies. Si le hasard joue un rôle important dans l'évolution, c'est un hasard désormais contenu entre des barrières très strictes. Ce sont ces contraintes canalisantes qui ont fait croire à certains à l'existence de l'orthogenèse ou d'une finalité de l'évolution…</p>
<p>Les qualificatifs hiérarchique, saltatoire, événementiel, contingent et chaotique expriment la nouvelle dimension globale de la théorie de l'évolution et la rapprochent des théories des sciences physiques expliquant la constitution et l'évolution générale de l'univers. »</i></p>
<h2 class="spip">« Ni dieu ni gène » de Jean-Jacques Kupiec et Pierre Sonigo :</h2>
<p><i>« Pourquoi avons-nous des bras ? Parce que nos gènes portent le programme des bras. Pourquoi avons-nous des yeux ? Parce que nos gènes portent le programme des yeux ? Pourquoi l'oiseau vit-il dans les arbres ? Parce que Dieu l'a voulu ainsi. Ces réponses n'en sont pas. (…) La génétique, en considérant que la structure de l'organisme est programmée, ne peut en générer une explication. L'explication et repoussée ailleurs, dans les cieux ou dans les molécules, et reste une illusion… L'ADN existe certainement. Mais il ne constitue pas la cause, le déterminant, le créateur de l'organisme. Les biologistes ont rêvé d'un démiurge accessible, lisible dans le monde des molécules. »</i></p>
<p>On peut également y lire :</p>
<p><i>« Le réductionnisme est une forme de matérialisme, fonctionnant avec des concepts idéalistes empruntés à la métaphysique de l' « arbre de Porphyre ». (Porphyre était un philosophe qui vécut au IIIe siècle de notre ère et rédigea un petit ouvrage, l' « Isagoge », ouvrage de vulgarisation à but pédagogique… qui décrit les rapports hiérarchiques entre genres et espèces… Ainsi, l'espèce est générée par l'addition de différences spécifiques qui divisent progressivement les genres du plus général au plus spécial… La physique a progressivement renoncé à la spécificité pour caractériser les objets par des paramètres variables et mesurables… Avec la spécificité, c'est la finalité qui a disparu de la science… Un électron n'a pas un caractère spécifique, c'est une particule qui a une certaine charge, masse, énergie, etc. Elle n'a pas une essence et une finalité qui relèveraient de sa création et qui seraient de s'apparier avec un proton ! »</i></p>
<p>On peut également y lire :</p>
<p><i>« Les séquences d'ADN ne peuvent même plus être considérées comme des données stables, parce qu'une même séquence peut se comporter différemment selon les interactions qui se produisent… Le changement d'état de la chromatine est un processus purement physico-chimique. Lorsqu'un élastique enroulé sur lui-même est lâché, il se déroule spontanément en passant par divers états de torsion. La chromatine est prise dans une dynamique analogue, qui n'a rien à voir avec un programme. La différence entre un élastique et la chromatine réside dans l'apport constant en énergie dans ce dernier cas, qui permet de reconstituer continuellement des torsions, alors que l'élastique livré à lui-même reste stable lorsqu'il est détendu… On a longtemps pensé que les mutations ponctuelles devaient jouer un rôle prépondérant dans l'évolution des espèces et que les gènes avaient dû être profondément remaniés. Il n'en est rien. L'évolution des espèces ne peut pas être expliquée par les mutations parce que les changements dans la séquence des gènes sont insignifiants. Entre l'homme et le singe, les gènes sont identiques à plus de 99% et la majorité des variations se trouve dans l'ADN non codant. Les gènes sont très conservés de la levure à l'homme. On peut la plupart du temps les échanger par génie génétique, d'une espèce à l'autre, sans conséquences notables… Pour tourner cette difficulté, on explique en général que ce sont des différences très minimes qui permettent de modifier le programme de différenciation. Une autre explication peut être donnée. Si la séquence d'activation des gènes dépend de leur position, pour que cette séquence change, il suffit que la position des gènes change par recombinaison pour provoquer une évolution, sans qu'il y ait besoin de mutations. Toutes les réserves d'ADN non codant pourraient servir à ce processus. »</i></p>
<p>Les différences entre le contenu biochimique des gènes entre espèces sont souvent minimes et n'expliquent nullement des différences considérables entre les fœtus et encore plus considérables entre les adultes de l'espèce.</p>
<p>Ces processus génétiques ne sont pas les seuls à l'origine de la diversification des génomes.</p>
<p>En effet, de nombreuses espèces végétales apparaissent suite à l'hybridation de deux espèces parents conduisant à un remaniement chromosomique. Cette hybridation peut être suivie d'une polyploïdisation, ce qui va fortement modifier le contenu génétique des individus en multipliant le nombre des copies des gènes. Ces deux mécanismes peuvent conduire à la naissance de nouvelles espèces.</p>
<p>Les rétrovirus semblent avoir aussi joué un rôle dans l'évolution des espèces. Ils ont la capacité d'intégrer leur génome dans celui de la cellule hôte. Si cette intégration se fait au niveau des cellules germinales et est stable, les gènes d'origine viraux peuvent être transmis à la descendance et conduire à l'acquisition de nouveaux caractères pouvant favoriser l'apparition d'une nouvelle espèce.</p>
<p>L'organisation et la morphologie des organismes dépendent de l'expression spatiale et temporelle des gènes homéotiques. Ce sont des gènes « architectes » responsables de la mise en place des organes et appendices à un endroit donné et à un moment donné du développement embryonnaire.</p>
<p>La mutation de l'un de ces gènes peut conduire à la disparition d'un organe, ou à sa mise en place à un endroit insolite de l'organisme. Elle peut aussi conduire à sa mise en place prématurée ou retardée. C'est l'hétérochronie.</p>
<p>Ainsi, la morphologie et l'organisation de l'organisme seront modifiées au cours du développement embryonnaire, ce qui pourra donner naissance à une nouvelle espèce.</p>
<p>François Jacob déclarait lors du premier exposé de l'Université de tous les Savoirs, le 1er janvier 2000 :</p>
<p><i>« On a longtemps pensé que les molécules de différents organismes étaient entièrement différentes. Et même que c'était la nature de leurs molécules qui donnait aux organismes leurs propriétés et particularités. En d'autres termes, que les chèvres avaient des molécules de chèvres et les escargots des molécules d'escargot. Que c'étaient les molécules de chèvre qui donnaient à la chèvre ses particularités. (...) Ce qui distingue un papillon d'un lion ou une poule d'une mouche, c'est moins une différence dans les constituants chimiques que dans l'organisation et la distribution de ces constituants. Par exemple, ce qui rend un vertébré différent d'un autre c'est plus un changement dans le temps d'expression et dans les quantités relatives des produits des gènes au cours du développement de l'embryon que les petites différences observées dans la structure de ces produits. (...) Chez la mouche, qui jouit d'un long passé génétique, ont été mis en évidence les gènes qui assurent, dans l'œuf, la mise en place des axes du futur embryon, puis ceux qui découpent le corps de l'embryon en segments puis ceux qui déterminent le destin et la forme de chacun de ces segments. A la stupéfaction générale, ces mêmes gènes ont été retrouvés chez tous les animaux examinés : coup sur coup grenouille, ver, souris et homme. Qui eut dit, il y a encore quinze ans, que les gènes qui mettent en place le plan d'un être humain sont les mêmes que ceux qui fonctionnent chez une mouche ou un ver ? (...) On voit les changements apportés dans la manière de considérer l'évolution biochimique. Tant que chaque gène, donc chaque protéine, était regardé comme un objet unique, résultat d'une séquence unique de nucléotides ou d'acides aminés, chacun d'eux ne pouvait se former que par une création nouvelle, de toute évidence hautement improbable. »</i></p>
<p>En ce qui concerne le dogme de la fixité du capital génétique c'est Barbara Mac Clintock qui a effectué cette révolution conceptuelle avec ses « gènes sauteurs ». Elle s'était en effet aperçue que des morceaux entiers de l'ADN pouvaient migrer au sein de la macromolécule. Beaucoup plus tard sont tombés les dogmes un gène/une molécule, un gène d'une espèce/une protéine de cette espèce ou un ADN/une espèce. Un ADN peut tout à fait produire des protéines qui ne conviennent pas à l'espèce. Et des molécules d'une ou des gènes d'une autre espèce peuvent parfaitement fonctionner sur une autre espèce. On s'est également aperçu du rôle des parties non codantes de l'ADN et de leur diminution au cours de l'existence, de leur rôle dans le vieillissement, dans les erreurs de réplication. On a enfin constaté leur rôle dans le repliement de la macromolécule, repliement qui détermine la position stéréoscopique de la molécule et, du coup, l'action ou l'inaction de certains gènes. Au final, on s'est aperçu que tout n'est pas écrit dans les commandes de l'ADN. Les protéines jouent un rôle actif. Elles servent notamment à surveiller que l'ADN ne produit pas des molécules étrangères (protéines chaperon). Mais les protéines peuvent interagir avec l'extérieur. En somme le milieu peut interagir avec le fonctionnement génétique par des moyens le plus souvent épigénétiques, c'est-à-dire sans modifier nécessairement le contenu biochimique des gènes. Il en ressort une image de la vie très différente dans laquelle l'ordre est issu du désordre, de l'interaction entre molécules et les liaisons, réalisées au hasard. L'image qui ressort des derniers développements scientifiques sur le vivant est aussi une vision bien plus active que celle d'un capital génétique figé, entièrement défini par le contenu des gènes.</p>
<p>Ce qui change, d'une espèce à l'autre, ce n'est pas seulement l'existence de telle ou telle constituant qui forme le gène, c'est l'activation ou l'inhibition des gènes. C'est l'ordre de leurs interventions et leurs interactions plutôt que le seul contenu biochimique de l'ADN. La génétique est caractérisée par une organisation des réactions en chaîne, une dynamique des interactions protéines/ADN. Chaque espèce est liée à un enchaînement particulier, un espèce de cycle des interactions des gènes. La structure qui régule l'ordre des interactions peut changer brutalement. Lorsqu'il s'agit de changement touchant des gènes dits homéotiques, cela mène au changement d'espèce. Certains de ces gènes pilotent les plans d'organisation. Une modification de leur ordre d'intervention peut produire des transformations considérables du développement du corps. On peut ainsi interpréter les sauts de l'évolution du vivant qu'il est légitime d'appeler de véritables révolutions. Qu'il s'agisse de l'apparition d'un nouvel organe, d'un nouveau fonctionnement collectif des organes, d'une nouvelle structure du corps, d'un nouveau mode de déplacement ou d'un nouveau mode de reproduction, on parle toujours d'évolution des espèces alors que le terme serait plutôt de révolution des espèces. La science ne nie plus l'existence des sauts qualitatifs spontanés causés par les lois de la nature et n'a plus besoin des miracles pour les qualifier. La science ne cherchera pas plus de chaînon manquant d'une évolution prétendument progressive. Il n'y a pas plus de continuité entre un être vivant dépourvu de colonne vertébrale et un vertébré qu'entre une masse de gaz se concentrant et se réchauffant et une étoile. Pas plus que l'on ne cherchera des étapes graduelles entre les états de gaz, liquide et solide, nul ne peut prétendre concevoir un développement continu et sans saut de la bactérie à l'homme ! Il est impossible d'appeler évolution le passage de la vie sans oxygène (forme de vie où l'oxygène était même un poison) à la vie fondée sur l'oxygène ! Impossible également d'appeler évolution le passage des unicellulaires aux pluricellulaires ! Impossible d'appeler évolution les grandes disparitions d'espèces ou encore les périodes d'explosion de la biodiversité (comme Burgess et Ediacara).</p>
<p>Walter Gehring faisait l'expérience (exposée dans « La drosophile aux yeux rouges ») : inoculer un gène maître d'œil de souris à une mouche drosophile. Le résultat était la production d'un œil de drosophile. Cela prouvait que le matériel génétique d'un mammifère fonctionne sur une mouche ! Et Jacob donne le fond de l'explication : ne plus considérer chaque gène comme un individu mais comme un élément d'une structure globale des gènes et des protéines. Je le cite encore : <i>« On voit les changements apportés dans la manière de considérer l'évolution biochimique. Tant que chaque gène, donc chaque protéine, était regardé comme un objet unique, résultat d'une séquence unique de nucléotides ou d'acides aminés, chacun d'eux ne pouvait se former que par une création nouvelle, de toute évidence hautement improbable. » François Jacob affirmait dans sa conférence pour l'Université de tous les savoirs : « On a longtemps pensé que les molécules de différents organismes étaient entièrement différentes. Et même que c'était la nature de leurs molécules qui donnait aux organismes leurs propriétés et particularités. En d'autres termes, que les chèvres avaient des molécules de chèvres et les escargots des molécules d'escargot. Que c'étaient les molécules de chèvre qui donnaient à la chèvre ses particularités. (...) Ce qui distingue un papillon d'un lion ou une poule d'une mouche, c'est moins une différence dans les constituants chimiques que dans l'organisation et la distribution de ces constituants. Par exemple, ce qui rend un vertébré différent d'un autre c'est plus un changement dans le temps d'expression et dans les quantités relatives des produits des gènes au cours du développement de l'embryon que les petites différences observées dans la structure de ces produits. (...) Chez la mouche, qui jouit d'un long passé génétique, ont été mis en évidence les gènes qui assurent, dans l'œuf, la mise en place des axes du futur embryon, puis ceux qui découpent le corps de l'embryon en segments puis ceux qui déterminent le destin et la forme de chacun de ces segments. A la stupéfaction générale, ces mêmes gènes ont été retrouvés chez tous les animaux examinés : coup sur coup grenouille, ver, souris et homme. Qui eut dit, il y a encore quinze ans, que les gènes qui mettent en place le plan d'un être humain sont les mêmes que ceux qui fonctionnent chez une mouche ou un ver ? (...) On voit les changements apportés dans la manière de considérer l'évolution biochimique. Tant que chaque gène, donc chaque protéine, était regardé comme un objet unique, résultat d'une séquence unique de nucléotides ou d'acides aminés, chacun d'eux ne pouvait se former que par une création nouvelle, de toute évidence hautement improbable. (...) Ce qui distingue un papillon d'un lion, une poule d'une mouche, c'est moins une différence dans les constituants chimiques que dans l'organisation et la distribution de ces constituants. Ce qui les rend différents c'est plus un changement dans le temps d'expression et dans la quantité relative des différents produits des gènes au cours du développement de l'embryon que les petites différences observées dans la structure de ces produits. »</i></p>
<p>Ce qui change, d'une espèce à l'autre, ce n'est pas seulement l'existence de telle ou telle constituant qui forme le gène, c'est l'activation ou l'inhibition des gènes. C'est l'ordre de leurs interventions et leurs interactions plutôt que le seul contenu biochimique de l'ADN. La génétique est caractérisée par une organisation des réactions en chaîne, une dynamique des interactions protéines/ADN. Chaque espèce est liée à un enchaînement particulier, un espèce de cycle des interactions des gènes. La structure qui régule l'ordre des interactions peut changer brutalement. Lorsqu'il s'agit de changement touchant des gènes dits homéotiques, cela mène au changement d'espèce. Certains de ces gènes pilotent les plans d'organisation. Une modification de leur ordre d'intervention peut produire des transformations considérables du développement du corps. On peut ainsi interpréter les sauts de l'évolution du vivant qu'il est légitime d'appeler de véritables révolutions. Qu'il s'agisse de l'apparition d'un nouvel organe, d'un nouveau fonctionnement collectif des organes, d'une nouvelle structure du corps, d'un nouveau mode de déplacement ou d'un nouveau mode de reproduction, on parle toujours d'évolution des espèces alors que le terme serait plutôt de révolution des espèces. C'est grâce aux travaux d'Edward Lewis, puis plus récemment de Walter Ghering que l'on a pu étudier le fonctionnement des gènes homéotiques, ces gènes qui pilotent le développement, c'est-à-dire la formation d'un organisme, de la première cellule à l'embryon, puis du foetus à l'être formé. Les changements d'espèces correspondants à des modifications du rythme des phases de croissance, ou hétérochromies, sont dus à des mutations sur ces gènes homéotiques. Une des découvertes fondamentales de ces chercheurs est celle des gènes de régulation, qui pilotent des milliers de gènes et contrôlent du coup tout le fonctionnement de l'être vivant. C'est un point fondamental pour la question de l'évolution, car ces gènes ne pilotent pas simplement un caractère ou un organe mais une quantité de caractères. Ils pilotent de manière organisée un grand nombre de gènes de structure. Un changement sur un gène de régulation peut entraîner une modification d'ensemble de l'être vivant. On peut parler là de révolution génétique, par opposition à la thèse de l'évolution génétique graduelle, selon laquelle les sauts à grande échelle seraient une somme de changements à petite échelle. Cela apporte de l'eau au moulin de la thèse de Gould selon laquelle, je le cite : « la spéciation se ferait en quelques centaines ou milliers d'années soit une microseconde en temps géologiques » (thèse qu'il expose notamment dans son ouvrage « Darwin ou les grandes énigmes de la vie »). Gould a ainsi dissocié l'évolution au sein de l'espèce fondée sur des micromutations et l'évolution passant d'une espèce à une autre qui est une macromutation appelée spéciation et qui est une discontinuité. La spéciation serait en effet fondée sur un saut du fonctionnement génétique concernant à la fois des centaines ou des milliers de gènes dont le fonctionnement serait perturbé par un ou deux remaniements des gènes de régulation. Il faut également citer un travail très récent, celui de Suzanne Rutherford et Susan Lindquist, qui a permis de comprendre comment le milieu pouvait entraîner des explosions de biodiversité.</p>
<p>Le caractère historique de la vie sera donc à chercher ailleurs, dans le type de dynamique du vivant. On va désormais chercher cette différenciation plutôt dans le fonctionnement des gènes entre eux que dans le déchiffrage du génome, et c'est là un changement considérable de perspective. Ce qui fait de nous un mammifère plutôt qu'un insecte ne serait pas tant des différences de matériel génétique que des différences de structuration, c'est-à-dire d'ordre des interconnexions des réactions biochimiques de ces gènes.</p>
<p>Dans le processus vivant, il y a en effet une multitude de rétroactions des gènes entre eux. On appelle rétroaction, des réactions successives où les produits de la réaction relancent celle-ci ou, au contraire, la bloquent. C'est ce phénomène de boucle de rétroaction qui détermine à quel moment dans l'ensemble du processus le gène entrera en action, pendant combien de temps et quel gène il activera ou inhibera ensuite. Ce qui compte pour l'action du gène n'est pas seulement son contenu biochimique mais son expression, c'est-à-dire s'il est activé ou inhibé par la rétroaction d'autres gènes. Et c'est aussi quel gène il active ou inhibe lui aussi. Le gène ne peut plus être considéré isolément mais comme un élément d'une structure. C'est l'environnement qui dit à un gène quand il doit commencer à produire des protéines et quand il doit s'arrêter. Ce sont des rétroactions entre gènes, via les protéines, qui transmettent l'information.</p>
<p>Les protéines ne sont pas simplement des produits passifs des gènes ; elles ont une capacité enzymatique, c'est-à-dire qu'elles sont indispensables à l'accélération de certaines réactions biochimiques précises. Les gènes n'agissent pas indépendamment, mais de concert avec des gènes maîtres ; on devrait dire des gènes chefs d'orchestre. Mais c'est un curieux concert puisqu'ils ne connaissent pas la symphonie. Ils n'ont pas la partition et même, on peut dire que celle-ci n'est pas écrite par avance. Chaque gène joue un bout musical mais c'est sur place qu'il apprend à quel moment il entre en action. C'est son voisin qui lui dit : « à toi de jouer ». Le moment n'est pas fixe et dépend du désordre des messages entre molécules. La signification de l'action du gène est elle-même définie par les autres gènes en action et pas par un gène seul. La manière de jouer n'est donc jamais entièrement identique et pourtant ça marche car cela s'ordonne par interaction. C'est au niveau de l'organisation des séries de réactions biochimiques, de leur ordre et de leur rythme, que l'on a été amenés à appeler horloge biochimique, que résiderait la différence essentielle entre les espèces. Et ce ne serait pas un ordre figé, une horloge périodique, mais un ordre émergent dont le cycle est produit à chaque fois par la synchronisation des rythmes issus des réactions biochimiques. C'est un ordre fondé sur le désordre parce que les manières qu'ont les molécules d'entrer en contact puis de se séparer sont multiples et aléatoires.</p>
<p>C'est l'organisation collective spontanée des messages chimiques des cellules entre elles, aussi bien que des rétroactions des gènes entre eux, qui détermine le fonctionnement d'un être vivant. Puisque chimiquement les constituants de la génétique sont très proches d'une espèce à une autre et sont interchangeables, d'où vient donc la prodigieuse diversité morphologique et physiologique du vivant ? Si l'animal qui vole a des ailes, ce n'est pas parce qu'il a des gènes d'aile alors que nous aurions des gènes de patte. La raison en est simple : ces gènes sont les mêmes. Le caractère historique de la vie sera donc à chercher ailleurs, dans le type de dynamique du vivant. On va désormais chercher cette différenciation plutôt dans le fonctionnement des gènes entre eux que dans le déchiffrage du génome, et c'est là un changement considérable de perspective. Ce qui fait de nous un mammifère plutôt qu'un insecte ne serait pas tant des différences de matériel génétique que des différences de structuration, c'est-à-dire d'ordre des interconnexions des réactions biochimiques de ces gènes. Dans le processus vivant, il y a en effet une multitude de rétroactions des gènes entre eux. On appelle rétroaction, des réactions successives où les produits de la réaction relancent celle-ci ou, au contraire, la bloquent. C'est ce phénomène de boucle de rétroaction qui détermine à quel moment dans l'ensemble du processus le gène entrera en action, pendant combien de temps et quel gène il activera ou inhibera ensuite. Ce qui compte pour l'action du gène n'est pas seulement son contenu biochimique mais son expression, c'est-à-dire s'il est activé ou inhibé par la rétroaction d'autres gènes. Et c'est aussi quel gène il active ou inhibe lui aussi. Le gène ne peut plus être considéré isolément mais comme un élément d'une structure.</p>
<p>C'est l'environnement qui dit à un gène quand il doit commencer à produire des protéines et quand il doit s'arrêter. Ce sont des rétroactions entre gènes, via les protéines, qui transmettent l'information. Les protéines ne sont pas simplement des produits passifs des gènes ; elles ont une capacité enzymatique, c'est-à-dire qu'elles sont indispensables à l'accélération de certaines réactions biochimiques précises. Les gènes n'agissent pas indépendamment, mais de concert avec des gènes maîtres ; on devrait dire des gènes chefs d'orchestre. Mais c'est un curieux concert puisqu'ils ne connaissent pas la symphonie. Ils n'ont pas la partition et même, on peut dire que celle-ci n'est pas écrite par avance. Chaque gène joue un bout musical mais c'est sur place qu'il apprend à quel moment il entre en action. C'est son voisin qui lui dit : « à toi de jouer ». Le moment n'est pas fixe et dépend du désordre des messages entre molécules. La signification de l'action du gène est elle-même définie par les autres gènes en action et pas par un gène seul. La manière de jouer n'est donc jamais entièrement identique et pourtant ça marche car cela s'ordonne par interaction. C'est au niveau de l'organisation des séries de réactions biochimiques, de leur ordre et de leur rythme, que l'on a été amenés à appeler horloge biochimique, que résiderait la différence essentielle entre les espèces. Et ce ne serait pas un ordre figé, une horloge périodique, mais un ordre émergent dont le cycle est produit à chaque fois par la synchronisation des rythmes issus des réactions biochimiques. C'est un ordre fondé sur le désordre parce que les manières qu'ont les molécules d'entrer en contact puis de se séparer sont multiples et aléatoires. C'est l'organisation collective spontanée des messages chimiques des cellules entre elles, aussi bien que des rétroactions des gènes entre eux, qui détermine le fonctionnement d'un être vivant. La fabrication d'un individu fonctionne selon le même type de cybernétique des relations biochimiques, mais réalisée au niveau de l'embryon. Elle détermine le type d'individu qui va être produit. Cela signifie que le contenu biochimique du même ADN permet de produire d'autres êtres vivants, à condition de changer la succession des gènes activés, la durée et le moment où ils sont stimulés.</p>
<p>Il y a un organigramme des cycles d'interactions des gènes mais cette organisation n'est pas acquise définitivement : elle se construit à chaque fois spontanément sur la base de contacts moléculaires aléatoires. Il suffit qu'un phénomène brutal fasse sauter le verrou qui empêche la diversité de s'exprimer. Si l'évolution est un changement de l'ordre hiérarchique de l'action des gènes au moment de la fabrication de l'individu, il suffit d'un ou deux changements sur un gène régulateur du développement pour causer une modification morphologique radicale. En effet, un gène régulateur pilote une quantité d'autres gènes et du coup peut produire des modifications d'espèces. En temps normal, cette variation ne se produit pas car elle est inhibée par des protéines de protection. C'est seulement en cas de choc que ce garde-fou est levé, ouvrant la voie à de multiples variations possibles de l'expression des gènes. En somme, je suis en train de vous dire qu'un ou deux petits changements d'horloge de la fabrication d'un singe suffisent à produire un homme. C'est effectivement un choc pour nous qui nous croyons toujours si différents, si supérieurs bien sûr ! L'apparente fixité de l'espèce ne serait qu'un gel des potentialités. La diversité qui existerait toujours au sein du matériel génétique serait seulement gelée momentanément et susceptible d'être réveillée par un réchauffement suffisamment brutal. Ce parallèle avec le processus de gel/réchauffement de l'eau, du passage de l'état solide à l'état liquide n'est pas fait par hasard car il s'agit là aussi d'un saut qualitatif. Une bouffée de biodiversité serait un processus du même type que le changement d'état de la matière inerte, un phénomène critique avec seuil et saut d'un état à un autre. On connaît bien ce type de situations dans lesquelles une petite perturbation peut entraîner un changement d'ordre et qui, pourtant, peuvent perdurer très longtemps pour peu que le processus maintienne les conditions juste en dessous de ce seuil critique. La dialectique hasard/nécessité du vivant serait du même type que la transformation gaz/liquide ou liquide/solide ou encore aimantation/désaimantation. Ce serait un phénomène du type transition désordre/ordre, ou chaos/antichaos pour reprendre le terme de Stuart Kauffman. Dans de tels phénomènes que l'on appelle critiques, une petite modification d'un facteur peut suffire à entraîner un saut brutal de l'évolution. Cela est dû au fait que lorsque l'on s'approche d'un seuil critique, toutes les échelles où se produit le phénomène interagissent et causent un saut qualitatif, une modification de structure à grande échelle. Cependant les structures de la vie se maintiennent malgré les fluctuations du milieu intérieur et extérieur. On a montré en effet que, dans les phénomènes critiques, la rapidité de la transmission de l'information est le critère de la conservation des structures. Une structure peut être durable si elle est capable de se transformer pour s'adapter à l'agitation de l'environnement. Cela explique que le fonctionnement obéisse fréquemment à des structures fractales qui sont très rapides en termes de communication de l'information. Je rappelle qu'une fractale est une structure qui existe à plusieurs échelles et qui est similaire aux divers niveaux où on la rencontre. On la trouve souvent dans la nature car c'est la structure qui réalise la plus grande surface dans un volume fixé.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2964" class="spip_out" rel="external">Quelques idées fausses sur l'évolution darwinienne des espèces</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article556" class="spip_out" rel="external">Gènes architectes et horloges du développement</a></p>
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<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article946" class="spip_out" rel="external">Des gènes homéotiques à l'apoptose, de l'architecte au sculpteur</a></p>
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<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4322" class="spip_out" rel="external">Le grand mythe de la fixité du génome</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4356" class="spip_out" rel="external">Le mécanisme cellulaire de contrôle de la vie et de la mort</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article47" class="spip_out" rel="external">La rétroaction de la mort et de la vie</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4421" class="spip_out" rel="external">La dialectique du Vivant</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4032" class="spip_out" rel="external">La mort créatrice</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article2601" class="spip_out" rel="external">Activation et inhibition dans le ballet dialectique du vivant</a></p></div>
L'intelligence dialectique du Vivant
http://matierevolution.org/spip.php?article5491
http://matierevolution.org/spip.php?article54912017-07-29T23:42:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>Avertissement : dans cet article, il n'est nullement question de prêter au Vivant une conscience et une volonté, ni un but, ni un projet, et encore moins une forme quelconque de mystérieuse pensée, une espèce de mystique de la vie. Nous ne développons pas un nouvel idéalisme mais plutôt une réflexion dialectique sur les résultats de la science. <br class='autobr' />
L'intelligence dialectique du Vivant <br class='autobr' />
On peut d'abord se questionner de la validité de cette expression : « l'intelligence dialectique ». Est-ce (…)</p>
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<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique13" rel="directory">Chapter 08 : Révolutions in the process of life - Les révolutions du vivant</a>
<div class='rss_texte'><p><i>Avertissement : dans cet article, il n'est nullement question de prêter au Vivant une conscience et une volonté, ni un but, ni un projet, et encore moins une forme quelconque de mystérieuse pensée, une espèce de mystique de la vie. Nous ne développons pas un nouvel idéalisme mais plutôt une réflexion dialectique sur les résultats de la science.</i></p>
<h2 class="spip">L'intelligence dialectique du Vivant</h2>
<p>On peut d'abord se questionner de la validité de cette expression : « l'intelligence dialectique ». Est-ce que toute forme d'intelligence est nécessairement dialectique ou est-ce une spécificité avant de se demander si c'est bien une propriété du vivant et une spécificité de celui-ci. La principale difficulté en la matière provient du fait que la notion de dialectique est peu connue et encore moins étudiée de nos jours, en particulier dans la philosophie des sciences. La plupart des gens ne se posent pas du tout les question en termes dialectiques et même ont plutôt tendance à raisonner de manière dichotomique dans laquelle les pôles, les contraires, les opposés sont alternatifs mais pas interactifs et encore moins interdépendants et interchangeables.</p>
<p>Il faut reconnaître aussi que nombre d'auteurs n'attribuent d'intelligence qu'à l'homme, ont quelques réticences à en attribuer une, amoindrie, à quelques espèces de singes ou à quelques mammifères comme le dauphin, le chien ou le chat. Spécifier l'intelligence humaine, est-ce légitime ? Bien entendu, tout ce qui concerne l'homme n'est vrai que pour l'homme et si on parle d'intelligence humaine, on ne peut l'attribuer à aucun animal, pas même à une espèce de singe. Mais cela ne clos pas la question. Il est est peut-être erroné de limiter ainsi la définition de l'intelligence.</p>
<p>Celle-ci, pourrions nous dire pour commencer, se caractériser par une capacité à évaluer la situation, une capacité à évaluer les réponses possibles et enfin une capacité de choisir la réponse la plus adaptée et à la mettre en œuvre. Cela nécessite une part de liberté, de choix, de décision et d'action en réponse à une situation.</p>
<p>Nous avons tendance à penser que l'homme choisirait ces actes librement et consciemment et que le reste des êtres vivants n'agiraient que comme des automates matériels aux réactions préétablies. Les deux assertions me semblent exagérées dans un sens et fausses. On surévalue la liberté de l'homme et on dévalorise celle des êtres vivants. On transforme la liberté en capacité de faire n'importe quoi, indépendamment des situations. Ce n'est même pas un bon moyen d'apprécier cette liberté ni cette conscience qui doit être une conscience d'une réalité, d'une situation, des conséquences possibles de ses actes et de ses choix.</p>
<p>L'intelligence ne nécessite même pas un cerveau mais seulement un mécanisme utilisant des interactions dynamiques et permettant plusieurs options en fonction de certaines optimisations et avec diverses voies possibles, à prendre en fonction des choix effectués précédemment et des appréciations des conséquences possibles, en fonction donc d'une mémorisation des effets de chaque action.</p>
<p>Mais pourquoi parler d'« intelligence dialectique » ? Parce que ce qui fonde ces situations où plusieurs voies s'opposent, où plusieurs actions possibles s'opposent, où plusieurs appréciations s'opposent aussi, ce sont des contradictions dialectiques et pas des contradictions diamétrales. Pas des contradictions diamétrales parce que les opposés ne sont pas uniquement alternatifs mais interactifs, interdépendants,</p>
<p>La possibilité de choix provient de bifurcations à partir d'une situation fondée sur des contradictions. Ce sont elles qui permettent que des possibilités diverses existent. Ce sont elles qui amènent le système dans un état où il peut « choisir » diverses voies.</p>
<p>S'il n'y avait pas deux forces contradictoires, agissant en même temps, s'opposant mais aussi s'interpénétrant, dépendant l'une de l'autre, capables de former une unité, deux lois agissant en même temps et en sens inverse, il n'y aurait pas de pluralité possible. S'il n'y avait pas à la fois la conservation et la transformation, la réplication à l'identique de la génétique et les erreurs en son sein, le rôle particulier de l'individu et, en même temps, le rôle contraire à l'individu, celui de l'espèce, il n'y aurait pas à la fois l'individu, l'espèce et la formation, dans la descendance, d'autres espèces possibles. Par contre, grâce à la dialectique des contraires, des formes diverses peuvent apparaître, de nouvelles organisations peuvent émerger. C'est le cas de l'apoptose qui sculpte le corps vivant par l'opposition dialectique des protéines de la vie et de la mort. C'est le cas des descendances cellulaires qui permet une spécialisation des cellules vivantes. C'est encore le cas, à un tout autre niveau, de la diversification des espèces et de leur sélection par élimination, de ce qu'on appelle « la lutte pour la vie ». Cette lutte des contraires est tout à fait dialectique. D'un côté, une tendance à envahir tout l'écosystème par une seule espèce, de l'autre une tendance à combattre cet envahissement par des espèces contraires. On trouve le même obstacle à la migration des cellules dans de nouveaux tissus et à la conquête de tout le corps par ces cellules. Les messages des cellules voisines ou leur absence dictent l'apoptose de ces cellules suivant la nature des évolutions de celles-ci et permet au tissu de ne pas être envahi par des cellules inadéquates. Sans ce combat dialectique, pas de tissu se développant correctement. La génétique de l'ADN n'obéit pas à d'autres lois. Elle fixe comme principe du fonctionnement de la macromolécule la fameuse « négation de la négation ». Le gène est nié par d'autres gènes, inhibé par eux. L'ADN est ainsi spontanément un macromolécule inactivée à la base. Il faut que l'ADN soit abordé par des protéines adéquates pour inhiber l'inhibiteur et activer ainsi un gène qui produira de nouvelles protéines. Ce qui guidera la production de nouveauté, c'est donc la négation de la négation. Si le fonctionnement génétique n'était pas fondé sur la négation, cela ne serait pas possible.</p>
<p>Le vivant est sans cesse en prise avec ces contradictions dialectiques : influence du milieu et isolement par rapport à celui-ci, conservation et transformation, individu et groupe, protection de l'identité et mimétisme, fermeture et ouverture, protection et influence, copie et modification, contingence et lois, singularité et pluralité, vie et mort, complexité et simplicité, autonomie et dépendance des autres, lois à une échelle et interaction d'échelle, comportements stéréotypés et bricolage, égoïsme et coopération, autonomie et dépendance d'autrui, etc. Et, en même temps, toujours la vie fondée sur la mort, la singularité sur la pluralité, les lois sur la contingence, etc… Les contraires se marient sans cesse et se transforment l'un dans l'autre… Le système immunitaire de protection se change en destructeur… Le plus adapté devient inadapté…</p>
<p>C'est la confrontation des contraires qui mène à une situation où des transitions vers de nouvelles structures sont possibles, du type de l'évolution des destinées cellulaires, de l'évolution de l'individu ou de l'évolution des espèces.</p>
<p>Cette capacité au changement est permanente au sein du vivant et en assure la dynamique. C'est le fondement de sa capacité à vivre dans un environnement qui change, que ce soit progressivement ou brutalement.</p>
<p>On parle d' « ingéniosité du vivant », de « créativité du vivant », d'« inventivité » du vivant, de « néguentropie » du vivant, de « créations (ou d'émergences) de formes, de structures, de modes de fonctionnement, de dynamiques, de rythmes, de modes d'organisation, de modes d'interaction », en somme d'intelligence du vivant.</p>
<p>Bien sûr, il y a des risques à comparer ainsi le mode de fonctionnement du vivant avec l'intelligence humaine. On risque en particulier de croire qu'il y aurait une intentionnalité au fonctionnement du vivant, et de réintroduire ainsi dans la pensée scientifique la pensée magique, mystique, religieuse, créationniste, idéaliste et autres pensées qui prêtent à la nature un but, un choix, une conscience, un directivité consciente. Mais ce risque provient du fait que notre connaissance de l'intelligence humaine lui prête des propriétés tout aussi idéalistes, tout aussi mystiques. Nous nous émerveillons des capacités de l'homme au point de les considérer comme issues de processus qui ne peuvent pas être naturels, matériels, biologiques. Nous oublions que les contradictions de la matière inerte, elle-même, ne sont pas diamétrales mais dialectiques. Et que cela même autorise la formation de matière vivante, et autorise aussi cette matière vivante à subir des transitions de phase multiples, avec non seulement des changements lents et progressifs, mais aussi des changements qualitatifs, radicaux et rapides, des révolutions et pas seulement des évolutions. De manière spontanée, la matière change sans cesse, à toutes les échelles. Elle explore sans cesse toutes les transformations possibles. Ce sont ses lois qui l'y poussent, sans aucune intervention consciente. La vie utilise ainsi les lois de la matière pour réaliser toutes ses formes nouvelles, pour construire sans cesse des modes d'existence différents. Chaque individu est différent, est nouveau, est une construction totalement nouvelle, tout en étant bâtie sur la base de modèles préétablis. La dialectique est donc toujours bel et bien présente. C'est une intelligence dialectique qui la conduit. Cela signifie que la manière de faire est toujours remise en question. La comparer à l'intelligence humaine nécessite de comprendre le caractère dialectique de l'intelligence humaine, au lieu d'en faire un facteur purement conscient, purement volontaire, entièrement piloté, entièrement libre, agissant comme bon lui semble, pensant comme bon lui semble.</p>
<p>L'intelligence humaine est tout à fait contradictoire au sens dialectique, opposition du conscient et de l'inconscient, du rêve et de la réalité, du cerveau droit et du cerveau gauche, de l'imaginaire et du sensible, de l'abstrait et du concret, du rationnel et de l'irrationnel, de la construction et de la destruction du message neuronal, des réseaux neuronaux interconnectés, des zones activées et désactivées, de la formation et de la déconstruction des images, etc. Ce sont ces contradictions qui font de l'intelligence une dynamique qui ne s'arrête jamais. Mais elle n'est pas pilotée par notre volonté, par notre conscience, par notre moi. Elle continue à fonctionner quand nous dormons, quand nous sommes plongés dans le coma, quand nous sommes dans un état hypnotique, quand nous sommes drogués, quand nous laissons vaguer notre esprit, etc. Nous pilotons autant que nous sommes pilotés. Voilà revenue la dialectique des contraires. Intelligence ne signifie pas une volonté située en dehors des lois de la matière, en dehors des lois contradictoires du réel. C'est une dialectique du corps et de l'esprit, de l'individu et de son environnement, de la cellule vivante et de ses voisines, de l'ADN et des protéines qui l'entourent, un immense ballet dialectique permanent, une dynamique des contradictions extraordinairement novatrice.</p>
<p>De nombreux scientifiques ont été amenés à remarquer que la nature vivante s'y entendait non seulement à établir des lois rigoureuses mais aussi à la contourner par des faux semblants, par des imitations de formes, par des modes astucieux, par des ruses de renard. Oui, on peut bel et bien appeler cela l'intelligence dialectique du vivant…</p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=r01mtcWZjk8C&pg=PT52&lpg=PT52&dq=l%27intelligence+du+vivant&source=bl&ots=jFHfCnhqut&sig=8pXgqdHFzh9y37kuMVmp0JOqDUA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiPjJDWvKrTAhXJShQKHV3ADRA4FBDoAQgoMAA#v=onepage&q=l%27intelligence%20du%20vivant&f=false" class="spip_out" rel="external">Une enquête à la frontière du vivant</a></p>
<p><a href="http://www.osi-perception.org/L-insolite-intelligence-des-plantes.html" class="spip_out" rel="external">L'intelligence des plantes</a></p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=intelligence+vivant+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl" class="spip_out" rel="external">L'intelligence du Vivant</a></p>
<p><a href="http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/phenobiologie-ii-le-secret-du-119371" class="spip_out" rel="external">Dialectique du vivant</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article2016" class="spip_out" rel="external">Cerveau et dialectique</a></p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=dialectiue+du+vivant+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl#hl=fr&q=dialectique+intelligence+site:http://www.matierevolution.fr+OR+site:http://www.matierevolution.org" class="spip_out" rel="external">Lire encore sur intelligence et dialectique</a></p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=dialectiue+du+vivant+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl#hl=fr&q=dialectique+du+vivant+site:http://www.matierevolution.fr+OR+site:http://www.matierevolution.org" class="spip_out" rel="external">Lire encore sur la dialectique du vivant</a></p></div>
Charles Darwin, raconté par Stephen Jay Gould
http://matierevolution.org/spip.php?article5458
http://matierevolution.org/spip.php?article54582017-04-21T23:45:00Ztext/htmlfrRobert ParisGould
<p>« Je ne crois à aucune loi fixe du développement, obligeant tous les habitants d'une région à se modifier brusquement, ou simultanément, ou à un égal degré. (....) La variabilité de chaque espèce est tout à fait indépendante de celle des autres. L'accumulation par la sélection naturelle, à un degré plus ou moins prononcé, des variations qui peuvent surgir, produisant ainsi plus ou moins de modifications chez différentes espèces, dépend d'éventualités nombreuses et complexes, telles que la (…)</p>
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<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique13" rel="directory">Chapter 08 : Révolutions in the process of life - Les révolutions du vivant</a>
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<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot92" rel="tag">Gould</a>
<div class='rss_texte'><p><i>« Je ne crois à aucune loi fixe du développement, obligeant tous les habitants d'une région à se modifier brusquement, ou simultanément, ou à un égal degré. (....) La variabilité de chaque espèce est tout à fait indépendante de celle des autres. L'accumulation par la sélection naturelle, à un degré plus ou moins prononcé, des variations qui peuvent surgir, produisant ainsi plus ou moins de modifications chez différentes espèces, dépend d'éventualités nombreuses et complexes, telles que la nature avantageuse des variations, la liberté des croisements, le taux de reproduction, les changements lents dans les conditions physiques de la contrée, et plus particulièrement de la nature des autres habitants avec lesquels l'espèce qui varie se trouve en concurrence. (...) Comme tous les êtres organisés, éteints et récents, qui ont vécu sur la Terre peuvent être tous classés ensemble, et ont tous été reliés les uns aux autres par une série de fines gradations, la meilleure classification, la seule possible d'ailleurs, si nos collections étaient complètes, serait la classification généalogique ; le lien caché que les naturalistes ont cherché sous le nom de système naturel n'est autre chose que la descendance. »</i></p>
<p>Darwin dans l' « Origine des espèces »</p>
<p><i>« Je dois faire remarquer que j'emploie le terme de lutte pour l'existence dans le sens général et métaphorique, ce qui implique les relations mutuelles de dépendance des êtres organisés, et, ce qui est plus important, non seulement la vie de l'individu, mais son aptitude ou sa réussite à laisser des descendants. On peut certainement affirmer que deux animaux carnivores, en temps de famine, luttent l'un contre l'autre à qui se procurera les aliments nécessaires à son existence. Mais on arrivera à dire qu'une plante, au bord du désert, lutte pour l'existence contre la sécheresse, alors qu'il serait plus exact de dire que son existence dépend de l'humidité. On pourra dire plus exactement qu'une plante, qui produit annuellement un million de graines, sur lesquelles une seule, en moyenne, parvient à se développer et à mûrir à son tour, lutte avec les plantes de la même espèce, ou d'espèces différentes, qui recouvrent déjà le sol. Le gui dépend du pommier et de quelques autres arbres ; or, c'est seulement au figuré que l'on pourra dire qu'il lutte contre ces arbres, car si des parasites en trop grand nombre s'établissent sur le même arbre, ce dernier languit et meurt ; mais on peut dire que plusieurs guis, poussant ensemble sur la même branche et produisant des graines, luttent l'un avec l'autre. Comme ce sont les oiseaux qui disséminent les graines du gui, son existence dépend d'eux, et l'on pourra dire au figuré que le gui lutte avec d'autres plantes portant des fruits, car il importe à chaque plante d'amener les oiseaux à manger les fruits qu'elle produit, pour en disséminer la graine. J'emploie donc, pour plus de commodité, le terme général lutte pour l'existence, dans ces différents sens qui se confondent les uns avec les autres. »</i></p>
<p>Darwin, L'Origine des espèces</p>
<h2 class="spip">Charles Darwin, raconté par Stephen Jay Gould </h2><h2 class="spip">Stephen Jay Gould dans « La structure de la théorie de l'évolution » :</h2>
<p>« Pratiquement tous les biologistes antidarwiniens acceptaient que la sélection naturelle intervint réellement, mais ils la considéraient comme un mécanisme mineur et négatif, seulement capable de jouer le rôle du bourreau… Darwin souligna que la sélection naturelle, qui avait certes un rôle négatif et se caractérisait, il le reconnaissait, par une faible intensité, avait, néanmoins, la capacité, sous certaines conditions appliquées à la nature de la variation, de promouvoir des caractères évolutifs nouveaux. Autrement dit, la sélection naturelle pouvait créer… Certains aspects de la théorie de Darwin innovaient sur le plan philosophique… mettant l'accent sur la complexité et l'interaction : il s'agit notamment du mécanisme proposé par Darwin d'une interaction entre hasard et nécessité, en ce qui concerne la gamme des variations s'offrant à l'action de la sélection…</p>
<p>Charles Darwin fut sûrement le plus gentil de tous les génies de l'histoire, n'ayant jamais présenté aucune de ces marques d'arrogance et de furieuse excentricité qui caractérisent souvent ces derniers. Cependant, un sujet particulier le mettait invariablement dans un état qui, chez lui, était ce qui se rapprochait le plus de la colère : l'affirmation, souvent montée en épingle par ses adversaires, mais erronnée, selon laquelle la sélection naturelle était, à ses yeux, le mode exclusif du changement dans l'évolution.</p>
<p>Darwin, qui comprenait parfaitement bien qu'en histoire naturelle seules comptent les fréquences relatives, nia absolument ce rôle exclusif de la sélection naturelle, soulignant que cette dernière avait seulement un rôle dominant. Il s'irrita tellement de cette sorte de mauvaise volonté à comprendre son point de vue qu'il ajouta cette phrase attristée à la sixième édition de l' « Origine des espèces » (1872b, P.395) : <i>« Comme on a récemment présenté mes vues de façon gravement déformée, et puisque l'on a déclaré que j'attribuais la modification des espèces exclusivement à la sélection naturelle, qu'on me permette de remarquer que, dans la première édition de cet ouvrage et dans celles qui ont suivi, j'ai mis en position très apparente, nommément à la fin de l'introduction : « Je suis convaincu que la sélection naturelle a joué le rôle principal dans la modification des espèces, bien que d'autres agents y aient aussi participé. Cela n'a servi à rien. Certaines façons erronées de constamment présenter les choses recèlent un grand pouvoir d'attraction. »</i></p>
<p>Il est d'une importance vitale de bien comprendre la façon dont Darwin invoquait la fréquence relative des phénomènes pour soutenir ses points de vue, car la citation sélective représente l'erreur la plus couramment commise par les évolutionnistes en interprétant son œuvre et sa théorie.</p>
<p>L' « Origine des espèces », en tant que livre écrit par un unique auteur, est un ouvrage mieux organisé et contenant moins d'incohérences que la Bible ; mais Darwin et le bon Dieu ont effectivement en commun d'avoir dit quelque chose à peu près sur tout. On peut toujours arriver à trouver dans l'ouvrage de Darwin une déclaration qui, si elle est détachée de son contexte et si elle n'est pas évaluée à l'aune cruciale de la fréquence relative, peut servir à soutenir presque n'importe quelle position, même la plus antidarwinienne.</p>
<p>Puisque Darwin représente le « saint patron » de l'évolutionnisme, et puisque tout le monde désire se revendiquer de cette autorité prééminente, il s'est développé une lamentable tradiction consistant à s'approprier des déclarations darwiniennes isolées afin de soutenir des vues particulières qui n'ont pas de rapport avec les propres visées de Darwin ou qui même réfutent le sens général de son œuvre.</p>
<p>Ainsi, par exemple, le fondateur britannique de l'évolutionnisme a abondamment écrit sur les contraintes liées à la variation et il n'a pas cessé de s'intéresser à ce sujet. Mais la logique de sa théorie demandait que l'adaptation contrôle le changement évolutif et que, le plus souvent, la variation soit isotrope ; par suite, Darwin prend position (comme il est logique) en faveur de ces nécessaires corollaires de la sélection naturelle…</p>
<p>On vénère aujourd'hui Darwin parce qu'il a constamment fait preuve de ces deux traits cruciaux, la grande intelligence et l'honnêteté. Il savait parfaitement où ses arguements allaient le conduire, et il les a développés sans dévier, même si les conséquences allaient en être désagréables. On lui fait le plus grand tort possible lorsqu'on parcourt superficiellement ses ouvrages à la recherche de quelque thème particulier pour soutenir sa position personnelle, tout en ignorant la beauté et la puissance du sens général et des enchaînements logiques de ses thèses.</p>
<p>Je soulève ce problème parce qu'on a particulièrement abusé des citations sélectives en ce qui concerne les conceptions de Darwin sur le gradualisme. Bien entendu, ce dernier a admis qu'il y avait une possibilité de grande variation dans les rythmes du changement, et qu'il pouvait même exister des épisodes rapides pouvant être qualifiés de catastrophiques (au moins sur une échelle locale).</p>
<p>Car comment cet excellent naturaliste aurait-il pu nier que la nature pouvait offrir une grande diversité de solutions à ce problème crucial qu'était le caractère du changement lui-même ? Mais ces déclarations occasionnelles ne font pas de Darwin le parrain de l'équilibre ponctué, ou un partisan secret de la saltation (comme l'a réellement affirmé De Vries, ce qui lui a valu une réprimande officielle et unique en son genre de la part des organisateurs de la commémoration du centenaire de Darwin à l'université de Cambridge).</p>
<p>Le gradualisme représente peut-être la conviction la plus centrale de Darwin, résidant à la fois au sein de sa pensée et la sous-tendant totalement. Cette notion l'a guidé dans le choix de ses sujets d'étude bien avant qu'il ne se préoccupe de la sélection naturelle et l'a conduit à se pencher sur des thèmes situés largement au-delà de cette dernière. Le gradualisme constitue le cadre explicatif de son premier livre important qui traitait des récifs coralliens (1842) et celui de son dernier ouvrage sur la formation des sols arables et la modification de la topographie par les vers de terre (1881), deux volumes qui ne font pratiquement pas référence à la sélection naturelle.</p>
<p>Le principal maître à penser de Darwin, Charles Lyell, avait posé le signe égal entre gradualisme et rationalité. Tous les historiens et les évolutionnistes ont remarqué l'importance centrale du gradualisme, à la fois dans l'ontogenèse (Gruber et Barrett, 1974) et dans la logique (Mayr, 1991) de la pensée de Darwin. (…)</p>
<p>La sélection ne devient créative qu'à la condition d'imprimer une direction à l'évolution, ce qu'elle fait en présidant à la lente et constante accumulation des variations favorables retenues au sein de l'ensemble isotrope des variations. Si le gradualisme n'accompagne pas ce processus de changement, la sélection doit renoncer à ce rôle créatif, et alors le darwinisme ne peut pas rendre compte de l'innovation évolutive. Si d'importantes nouvelles caractéristiques, ou de nouveaux taxa entiers, apparaissent grâce à des variations discontinues de grande ampleur, alors la créativité réside dans la genèse de la variation elle-même. La sélection n'engendre plus désormais l'évolution, et se cantonne dans le rôle de l'exécuteur des hautes œuvres éliminant l'inadapté, ne faisant donc que faciliter des changements apparus d'autre façon.</p>
<p>Le gradualisme est donc la conséquence logique de la mise en œuvre de la sélection naturelle sur le mode créatif envisagé par Darwin. Il imprègne aussi totalement la méthodologie génialement inventée par Darwin, parce que la thèse uniformitariste de l'extrapolation ne peut fonctionner si le changement à la plus grande des échelles ne se réalise pas par la sommation au cours du temps de petites variations, immédiates et appréhendables…</p>
<p>Au niveau le plus large, le gradualisme est un concept qui soutient simplement qu'un lien historique continu relie des ancêtres et des descendants, sans mention du mode ou du rythme avec lequel s'effectue la transition des uns aux autres. Si les nouvelles espèces apparaissent en tant que création ex nihilo par l'intervention divine, alors il n'y aurait pas de lien unissant des ancêtres et des descendants. Dans ce sens le plus large, l'affirmation du gradualisme revient à celle de l'évolution en tant que fait.</p>
<p>Cette assertion était bien entendu vitale pour fonder la révolution promue par Darwin,mais le sens ainsi considéré du gradualisme ne se réfère qu'à l'existence de l'évolution, et ne dit rien de la façon dont elle se déroule ; le lien logique entre gradualisme et sélection naturelle ne peut pas se situer à ce niveau.</p>
<p>Certains évolutionnistes de notre époque ont commis l'erreur de croire que les débats contemporains au sujet du gradualisme portaient sur ce premier sens, de nos jours allant de soi et nullement sujet à controverse…</p>
<p>Par conséquent, ce premier sens, « trop grand », du gradualisme atteste l'existence de l'évolution elle-même (par opposition au créationnisme), mais ne caractérise pas le mécanisme proposé par Darwin, ou par qui que ce soit d'autre, en matière de changement évolutif…</p>
<p>La seconde façon, « juste comme il faut », de comprendre le gradualisme ne porte pas sur la durée que doit prendre une transition, ou sur la variabilité éventuelle de la vitesse du changement. Dans ce second sens, le concept du gradualisme stipule simplement que, en passant d'un état A à un autre B, substantiellement différent, l'évolution doit nécessairement parcourir une longue série d'étapes intermédiaires qui diffèrent insensiblement les unes des autres.</p>
<p>En d'autres termes, un ancêtre et un descendant doivent être reliés par une série de changements, chacun se situant dans la gamme de ce que peut édifier la sélection naturelle à partir de la variabilité ordinaire. Sans le gradualisme considéré sous cette forme, de grandes variations sur le mode morphologique discontinu pourraient fournir la force créative du changement évolutif, au lieu que ce rôle revienne à la sélection naturelle. Mais si la minuscule augmentation apportée par chaque étape demeure peu importante par elle-même, alors la capacité créative doit nécessairement résider dans la sommation de ces étapes en quelque chose d'important : or, la sélection naturelle, selon la théorie de Darwin, intervient précisément en tant qu'agent d'accumulation.</p>
<p>Ce sens du gradualisme sous-tend l'invocation souvent formulée par Darwin du vieil aphorisme de Leibniz et de Linné : Natura non facit saltum (« la nature ne fait pas de sauts »).</p>
<p>Cet attachement à ce postulat ne peut que nous frapper comme immodéré et, au regard des normes d'aujourd'hui, comme nettement exagéré. Ainsi, Darwin écrit (dans l' « Origine des espèces ») : <i>« Si l'on arrivait à démontrer qu'il existe un organe complexe qui n'a pas pu se former par une série de nombreuses modifications graduelles et légères, ma théorie ne pourrait certes plus se défendre. »</i></p>
<p>Et, de crainte que nous ne doutions que « ma théorie » se réfère spécifiquement au mécanisme de la sélection naturelle (et non simplement à l'affirmation de l'évolution), Darwin pose souvent un lien explicite entre la sélection comme agent créatif et le gradualisme comme conséquence nécessaire : <i>« Indubitablement, rien ne peut être réalisé par le biais de la sélection naturelle, si ce n'est l'addition de changements infiniment petits ; et si l'on pouvait montrer que… les stades de transition sont irréalisables, la théorie s'effondrerait. »</i> (dans « Natural Selection », voir Stauffer, 1975, p. 250).</p>
<p>Et dans le chapitre de conclusion de l' « Origine des espèces » : <i>« Comme la sélection naturelle n'agit qu'en accumulant des variations légères, successives et favorables, elle ne peut agir qu'à pas lents et courts. Cette théorie rend facile à comprendre l'axiome « Natura non facit saltum ».</i> (p. 471)</p>
<p>Mais est-il vrai que la théorie de la sélection naturelle « ne pourrait certes plus se défendre » si un seul organe (sans parler d'un organisme entier) pouvait apparaître par des changements de grandes dimensions et discontinus ?</p>
<p>Est-il vrai que le darwinisme demande d'obéir à la formulation extrême suivant : <i>« La sélection naturelle n'agit que par la conservation et par l'accumulation d'infimes modifications héréditaires »</i> (p. 95) ?</p>
<p>A un certain niveau de discontinuité, la forte formulation de Darwin doit sûrement être vérifiée. Si la morphologie modifiée caractérisant les nouvelles espèces apparaissait souvent en une seule étape grâce à des macromutations fortuites, la sélection perdrait alors son rôle créatif et n'agirait que comme force auxiliaire et secondaire pour propager la soudaine bonne conformation au sein de la population.</p>
<p>Mais peut-on appliquer légitimement aux organes isolés cette conception de Darwin ?</p>
<p>Supposez (comme cela doit arriver souvent) qu'une hétérochronie de développement détermine un changement majeur de forme et de fonction en deux ou trois étapes sans formes intermédiaires. La plupart du temps, la dimension de ces stades peut se situer hors de la « gamme normale » de variation pour la majorité des populations, mais non au-delà des possibilités d'un programme génétique de développement…</p>
<p>La théorie de la sélection naturelle s'effondrerait-elle si les changements sur ce mode étaient fréquents ? Je ne le crois pas. La théorie darwinienne demanderait quelques ajustements et quelques compromis (en particulier elle devrait être plus tolérante sur le non-respect de l'isotropie des variations et prendre beaucoup plus en compte la notion de contrainte interne dans le domaine de la génétique et du développement…</p>
<p>Je pense donc que la défense vigoureuse, voire pugnace, du gradualisme strict par Darwin reflète une prise de position systématique, de portée bien plus vaste que la simple reconnaissance d'un corollaire logique de la sélection naturelle. En fait, je crois que cette conviction forte correspondait à une attitude générale qui recouvrait l'adhésion à la thèse de Lyell selon laquelle le gradualisme allait de pair avec la rationalité et reflétait aussi le penchant culturel pour le gradualisme à l'époque où la Grande-Bretagne connaissait sa plus grande période d'expansion industrielle et coloniale (Gould, 1984a).</p>
<p>Le jugement perspicace de Huxley à propos de l' « Origine des espèces » résonne encore de nos jours d'un accent de vérité. Dans sa célèbre lettre à Darwin, écrite juste après que cet ouvrage avait été publié, ilse disait prêt à « monter sur le bûcher » pour défendre les conceptions de Darwin, mais il y avait aussi avancé sa critique majeure : <i>« Vous vous êtes imposé une difficulté qui était superflue en adoptant avec si peu de réserve la formule « Natura non facit saltum ». »</i> (L. Huxley, 1901, p.189). (…)</p>
<p>Le chapitre 9 sur les preuves géologiques, où le lecteur non initié pourrait s'attendre à trouver de puissant arguments en faveur de l'évolution à partir des données les plus directement révélatrices – celles des archives fossils – révèle en lieu et place de cela une longue argumentation visant (légitimement) à excuser une discordance grave entre les données et la théorie : les archives fossiles sont dominées à première vue par des lacunes et des discontinuités, alors que la théorie de la sélection naturelle demanderait des transitions insensibles….</p>
<p>Darwin, tout le monde le sait, a résolu cette discordance en qualifiant les archives d'extrêmement imparfaites (tel un livre qui n'aurait plus que quelques pages et seulement quelques lettres préservées sur chaque page) au point que toute continuité véritablement insensible est largement effacée pour donner l'apparence, dans les traces restantes, d'une série de sauts abrupts :</p>
<p><i>« Pourquoi donc chaque formation géologique, dans chacune des couches qui la composent, ne regorge-t-elle pas de ces formes intermédiaires ? La géologie ne révèle assurément pas une série organique si bien graduée, et c'est en cela, peut-être, que consiste l'objection la plus sérieuse que l'on puisse faire à ma théorie. Je crois que l'explication se trouve dans l'extrême insuffisance des documents géologiques… Quiconque n'admet pas ces conceptions sur la nature des archives géologiques doit avec raison repousser ma théorie tout entière. »</i></p>
<p>Darwin s'est aussi fait l'avocat de la forme la plus contraignante du gradualisme… Il ne supposait pas simplement que l'information fût transmise continûment de génération en génération, et pas simplement que le passage entre les innombrables étapes de transition fût insensible. Il demandait aussi que le changement fût graduel même à la plus vaste échelle des temps géologiques et que le mouvement continu (avec des variations de rythme, bien sûr) représentât une caractéristique habituelle de la nature.</p>
<p>Cette acceptation du gradualisme, aux vastes visées, n'est pas étroitement liée, sur le plan logique, au mécanisme de la sélection naturelle. Le changement pourrait se faire de façon épisodique et brutale, à l'échelle des temps géologiques, mais néanmoins se réaliser par d'insensibles étapes intermédiaires, vues sous l'angle de la succession des générations, car, en vertu du principe crucial relatif aux changements d'échelle, la durée correspondant à la succession de milliers de générations ne représente qu'un petit moment à l'échelle des temps géologiques…</p>
<p>Ces deux principes (la mise en œuvre du mécanisme au niveau exclusif des organismes en tant qu'agents de la sélection ; la capacité créative de la sélection se traduisant par le façonnement de l'adaptation) définissent le noyau biologique central de la théorie darwinienne. En d'autres termes, ils décrivent le « fonctionnement » biologique permettant d'envisager la troisième et dernière composante fondamentale d'une vision darwinienne du monde : la thèse uniformitariste selon laquelle les résultats de l'action de la sélection naturelle trouvent, par extrapolation, une complète traduction à toutes les échelles et à toutes les époques de l'histoire de la vie…</p>
<p>La théorie de Darwin, dans un contraste révolutionnaire puissant, présente, pour la première fois, une explication en termes de mécanismes d' « origine externe », dans laquelle le changement évolutif est contingent, c'est-à-dire constitué par l'addition d'adaptations locales imprévisibles.</p>
<p>Il ne correspond donc pas au déploiement déterministe de potentialités intrinsèques en fonction de règles biologiques internes : en fait, ce changement contingent est réalisé par l'interaction entre un matériau brut organique (la variation non orientée) et le milieu qui lui impose une orientation (la sélection naturelle).</p>
<p>Darwin renversa toutes les traditions antérieures en attribuant ainsi au milieu externe le rôle d'une force orientant la direction du changement évolutif (le « milieu » étant bien sûr conçu comme l'ensemble des facteurs biotiques et abiotiques, mais cependant externes à l'organisme, même lorsqu'ils étaient intrinsèquement liés à l'organisme lui-même et même largement définis par lui)…</p>
<p>Si le caractère unique en son genre du darwinisme, et aussi son caractère révolutionnaire, réside largement dans la formulation de la sélection naturelle, en tant que théorie de l'interaction entre un « intérieur » biologique et un « extérieur » représenté par le milieu (de sorte que cette théorie évolutionniste n'est pas une théorie de l' « évolution » au sens de déploiement de potentialités intrinsèques), alors l' « extérieur » doit faire lui aussi l'objet d'une discussion explicite…</p>
<p>Le milieu externe, en tant qu'agent darwinien actif, ne doit pas être trop calme : en particulier, une absence de changement dans l'environnement conduirait probablement l'évolution à s'arrêter, par la diminution des pressions sélectives en faveur des modifications adaptatives (voir Stenseth et Maynard Smith, 1984). Les interactions purement biotiques pourraient peut-être déterminer la progression du changement évolutif pendant un certain temps après l'arrêt du changement dans l'environnement, mais probablement pas indéfiniment.</p>
<p>On a rarement envisagé que l'évolution darwinienne pourrait être compromise par une éventuelle insuffisance de changement, en grande partie parce que les archives géologiques semblent clairement indiquer que le danger réside plutôt dans l'autre direction… En particulier, si le catastrophisme en géologie était la règle, ou même s'il était juste assez important en fréquence relative, alors le darwinisme perdrait sa place en tant qu'agent primordial du façonnement de l'histoire évolutive de la biosphère…</p>
<p>En passant en revue générale, et en ordre inverse, les critiques adressées aux trois principes centraux du darwinisme, on peut donc dire, premièrement, que la prise en compte des extinctions de masse catastrophiques, et plus généralement du caractère fortuit des extinctiosn déclenchées, à tous les niveaux par des facteurs abiotiques, met en question la conception fondamentale de Darwin sur la fréquence relative dominante de la lutte entre les organismes suscitée par le surpeuplement du milieu…</p>
<p>Deuxièmement, l'idée générale de contrainte (plutôt conçue comme un facteur positif canalisant le changement depuis l'intérieur des organismes que comme facteur négatif limitant la variation susceptible de conduire à des modifications fonctionnelles (voir Gould, 1989a) contredit la notion darwinienne cruciale d'isotropie du matériau brut et, par conséquent, celle de la maîtrise par la sélection naturelle de l'orientation de la trajectoire évolutive…</p>
<p>Troisièmement, et de façon encore plus importante dans la mesure où cette critique fait le mieux la synthèse des trois, la théorie hiérarchique de la sélection naturelle, affirmant que la sélection s'exerce de façon considérable en fréquence relative à tous les niveaux, depuis celui des gènes jusqu'à celui des espèces, met en question la première patte du trépied – celle de la thèse selon laquelle la sélection n'œuvre pratiquement qu'au niveau des organismes, thèse qui joua un rôle crucial en permettant à Darwin de radicalement renverser le système de Paley via le recours à Adam Smith…</p>
<p>Si la prochaine génération d'évolutionnistes reprend et élargit l'approche ainsi proposée en ce début de nouveau millénaire, comme le laissent présager les travaux et les recherches préliminaires qui ont été menées par tant de scientifiques à la fin du précédent, alors nous devons encore rendre plus hommage à la vitalité des définitions rigoureuses et des principes solides proposés par Darwin lui-même lorsqu'il a fondé notre discipline. Car peu de théroies proposent ces vastes capacités explicatives et cette intrication de logique nécessaires à l'édification d'une structure conceptuelle qui continue aujourd'hui à être fascinante et à fournir une aide pertinente aux travaux en cours.</p>
<p>Cependant, ce n'est pas traiter Darwin avec le respect qu'il mérite que de considérer ses principes centraux seulement comme des idées révérées et intouchables ; pour honorer l'évolutionnisme britannique, il faut au contraire prendre maintenant ceux-ci comme des points de départ pour tenter de les reformuler, presque cent cinquante ans après qu'ils ont été énoncés.</p>
<h2 class="spip">Stephen Jay Gould dans « Darwin et les grandes énigmes de la vie » :</h2>
<p>« Pourquoi Darwin a-t-il été si difficile à comprendre ? En l'espace de dix ans, il convainquit le monde intellectuel de l'existence de l'évolution, mais sa théorie de la sélection naturelle ne fut jamais très populaire de son vivant. Elle ne s'est imposée que dans les années quarante et, aujourd'hui encore, bien qu'elle soit au cœur de notre théorie de l'évolution, elle est généralement mal comprise, mal citée et mal appliquée. La difficulté ne réside pourtant pas dans la complexité de sa structure logique, car les fondements de la sélection naturelle sont la simplicité même. Ils se résument à deux constatations indubitables entraînant une conclusion inévitable :</p>
<p>1- Les organismes varient et leurs variations se transmettent (en partie du moins) à leurs descendants.</p>
<p>2- Les organismes produisent plus de descendants qu'il ne peut en survivre.</p>
<p>3- En règle générale, le descendant qui varie dans la direction favorisée par l'environnement survivra et se reproduira. La variation favorable se répandra donc dans les populations par sélection naturelle.</p>
<p>Ces trois propositions établissent que la sélection naturelle peut fonctionner, mais elles ne lui garantissent pas, par elles-mêmes, le rôle fondamental que lui a attribué Darwin.</p>
<p>L'idée suivant laquelle la sélection naturelle est la force créatrice de l'évolution et pas seulement le bourreau qui exécute les inadaptés est l'essence de la théorie darwinienne. La sélection naturelle doit également construire l'adapté, c'est-à-dire élaborer progressivement l'adaptation en conservant, génération après génération, les éléments favorables dans un ensemble de variations dues au hasard. Si la sélection naturelle est créatrice, il faut compléter la première proposition, relative à la variation, par deux observations supplémentaires.</p>
<p>Premièrement, la variation doit être le fruit du hasard ou, tout au moins, ne pas tendre de préférence vers l'adaptation. Car si la variation est préprogrammée dans la bonne direction, la sélection naturelle ne joue aucun rôle créateur et se contente d'éliminer les individus non conformes. Le lamarckisme suivant lequel les animaux réagissent de manière créative à leurs besoins et transmettent les caractéristiques acquises à leurs descendants, est, de ce point de vue, une théorie non darwinienne. Ce que nous savons des variations génétiques laisse penser que Darwin avait raison de soutenir que la variation n'est pas préprogrammée. L'évolution est un mélange de hasard et de nécessité. Hasard dans la variation, nécessité dans le fonctionnement de la sélection.</p>
<p>Deuxièmement, la variation doit être petite relativement à l'ampleur de l'évolution manifestée dans la formation d'espèces nouvelles. En effet, si les espèces nouvelles apparaissent d'un seul coup, le seul rôle de la sélection consiste simplement à faire disparaître les populations en place afin de laisser le champ libre aux formes améliorées qu'elle n'a pas élaborées. De nouveau, nos connaissances en génétique vont dans le sens de Darwin, qui croyait que les petites mutations constituent l'essentiel de l'évolution.</p>
<p>Ainsi, la théorie de Darwin, simple en apparence, ne va pas, dans les faits, sans complexité. Il semble néanmoins que les réticences qu'elle suscite tiennent moins aux éventuelles difficultés scientifiques qu'au contenu philosophique des conceptions de Darwin, qui constituent en effet un défi à un ensemble d'idées particulières à l'Occident et que nous ne sommes pas encore prêts d'abandonner.</p>
<p>Pour commencer, Darwin prétend que l'évolution n'a pas un but. Les individus luttent pour accroître la représentation de leurs gènes dans les générations futures, un point c'est tout. S'il existe un ordre et une harmonie dans le monde, ce ne sont que les conséquences accidentelles de l'activité d'individus qui ne cherchent que leur profit personnel….</p>
<p>En second lieu, Darwin soutient que l'évolution n'est pas dirigée, qu'elle ne conduit pas inévitablement à l'apparition de caractéristiques supérieures. Les organismes ne font que s'adapter à leur environnement. La « dégénérescence » du parasite est aussi parfaite que l'élégance de la gazelle.</p>
<p>Enfin, Darwin fait reposer son interprétation de la nature sur une philosophie matérialiste. La matière est le fondement de toute existence ; l'intelligence, l'esprit et Dieu ne sont que des mots qui servent à désigner les manifestations de la complexité du cerveau…</p>
<p>Darwin n'apportait pas la bonne parole ; il n'entrait pas dans ses intentions d'appliquer à la nature les préjugés de la pensée occidentale. L'esprit de Darwin pourrait même apporter beaucoup à notre civilisation en réfutant l'un des thèmes favoris de l'arrogance occidentale : l'homme destiné à dominer la Terre et les animaux, parce que constituant l'aboutissement d'un processus préconçu…</p>
<p>De nombreux passages des carnets M et N de Darwin écrits en 1838 et 1839, de nombreux passages montrent qu'il était convaincu de quelque chose qu'il ressentait comme beaucoup plus « hérétique » que l'évolution elle-même, et qu'il avait peur d'exposer : le matérialisme philosophique, postulat selon lequel la matière est la substance de toute existence, les phénomènes psychologiques et spirituels n'étant que ses sous-produits. Aucune conception ne pouvait s'opposer davantage aux traditions les plus établies de la pensée occidentale que cette idée selon laquelle l'esprit, malgré sa complexité et sa puissance, n'est que le produit du cerveau.</p>
<p>Ces carnets prouvent en outre que Darwin s'intéressait à la philosophie et qu'il était conscient de ses implications. Il savait que ce qui distinguait des autres doctrines évolutionnistes était un matérialisme philosophique sans compromis. Les évolutionnistes parlaient de forces vitales, de sens de l'Histoire, de lutte organique et d'irréductibilité fondamentale de l'esprit… autant de notions que la chrétienté traditionnelle pouvait parfaitement accepter puisqu'elles permettaient à un Dieu chrétien de conserver sa place, à condition simplement de remplacer « création » par « évolution ». Darwin, lui, ne parlait que de variations dues au hasard et de sélection naturelle.</p>
<p>Dans ses carnets, Darwin applique résolument sa théorie matérialiste à toutes les manifestations de la vie, y compris ce qu'il nommait « la citadelle elle-même », l'esprit humain. Et si l'esprit n'a pas d'existence réelle en dehors du cerveau, Dieu peut-il être autre chose qu'une illusion engendrée par une illusion ?</p>
<p>Dans l'un des carnets concernant la transmutation, il écrit :</p>
<p>« Amour de la divinité, fruit de l'organisation ; quel matérialiste !... Pourquoi le fait que la pensée soit une sécrétion du cerveau est-il plus extraordinaire que le fait que la pesanteur soit une propriété de la matière ? C'est notre orgueil, l'admiration que nous éprouvons pour nous-mêmes. » (…)</p>
<p>Dans sa discussion des carnets M et N, Gruber considère que le matérialisme était, « à cette époque, plus scandaleux que l'évolution ». Il apporte des preuves de la persécution des convictions matérialistes à la fin du 18ème siècle et au début du 19ème (…)</p>
<p>Darwin écrivit dans le carnet M :</p>
<p>« Pour éviter de dire à quel point je crois au matérialisme, je dois me contenter de dire que les émotions, les instincts, les degrés de talent, qui sont héréditaires, le sont parce que le cerveau de l'enfant ressemble à celui des parents. »</p>
<p>Les matérialistes les plus ardents du 19ème siècle, Marx et Engels ne tardèrent pas à comprendre les implications du travail de Darwin et à en exploiter le contenu. En 1869, Marx écrivit à Engels à propos de l'origine des espèces :</p>
<p>« Bien que cela soit exposé dans le style rude des Anglais, c'est le livre qui contient les principes d'histoire naturelle adapté à nos vues. » (…)</p>
<p>Le contenu de l'œuvre de Darwin choque tellement la pensée occidentale que nous ne l'avons pas encore comprise dans son entier. La campagne qu'Arthur Koestler a menée contre Darwin, par exemple, (voir « L'étreinte du crapaud ») repose sur le refus d'accepter le matérialisme de Darwin et le désir ardent d'attribuer à nouveau à la matière des propriétés particulières. (…)</p>
<p>Dans un épigramme célèbre, Darwin écrit qu'il doit s'interdire les qualificatifs « supérieur » ou « inférieur » lorsqu'il décrit la structure des organismes. Pouvons-nous prétendre, en effet, que nous sommes des créatures supérieures à l'amibe, qui est aussi bien adaptée à son environnement que nous le sommes au nôtre ? Darwin évita donc de recourir à la notion d' « évolution », d'une part parce que son sens technique heurtait ses convictions, et, d'autre part, parce que la notion de progrès, inséparable de son sens courant, lui déplaisait. (…)</p>
<p>Par une ironie du sort, le père de la théorie évolutionniste était presque seul à soutenir que le changement organique a pour unique résultat d'améliorer l'adaptation des organismes à leur environnement, et ne se conforme pas à une idée abstraite de progrès définie par la complexité de la structure ou l'accroissement de l'homogénéité.</p>
<p>« Ne jamais dire inférieur ou supérieur… » Si nous avions tenu compte de l'avertissement de Darwin, la confusion et l'incompréhension qui existent aujourd'hui entre les savants et les profanes nous auraient été épargnées. Car la conception de Darwin est essentielle pour les savants qui ont abandonné depuis longtemps l'idée d'une relation nécessaire entre évolution et progrès, la considérant comme une perversion anthropocentriste de la pire espèce. Pourtant, la plupart des profanes confondent encore évolution et progrès. Ils n'imaginent pas l'évolution humaine comme un suite de changements, mais comme un accroissement d'intelligence, de taille ou tout ce qui peut être considéré comme une amélioration. »</p>
<h2 class="spip"> Extrait de Stephen Jay Gould dans "Le pouce du panda" :</h2>
<p>"Le caractère épisodique du changement évolutif</p>
<p>Le 23 novembre 1859, le jour précédent la sortie de son livre révolutionnaire, Charles Darwin reçut une lettre extraordinaire de son ami Thomas Henry Huxley. Celui-ci lui offrait son soutien actif dans le combat à venir, allant même jusqu'au sacrifice suprême : « Je suis prêt à mourir sur le bûcher s'il le faut. (…) Je me prépare en aiguisant mes griffes et mon bec. » Mais il ajoutait aussi un avertissement : « Vous vous êtes encombré d'une difficulté inutile en adoptant le « Natura non facit saltum » sans la moindre réserve. » L'expression latine, généralement attribuée à Linné signifie que « la nature ne fait pas de sauts ». Darwin approuvait totalement cette devise ancienne.</p>
<p>Disciple de Charles Lyell, apôtre du « gradualisme » en géologie, Darwin décrivait l'évolution comme un processus majestueux et régulier, agissant avec une telle lenteur que personne ne pouvait espérer l'observer pensant la durée d'une vie. Les ancêtres et leurs descendants, selon Darwin, doivent être reliés par « une infinité de liens transitoires » qui forment « une belle succession d'étapes progressives ». Seule une longue période de temps a permis à un processus si lent de réaliser une telle ouvre. Huxley avait le sentiment que Darwin creusait le fossé de sa propre théorie. La sélection naturelle n'avait besoin d'aucun postulat sur la vitesse ; elle pouvait agir tout aussi bien si l'évolution se déroulait sur un rythme rapide. (...)</p>
<p>De nombreux évolutionnistes considèrent qu'une stricte continuité entre micro et macro-évolution constitue un ingrédient essentiel du darwinisme et corollaire nécessaire de la sélection naturelle. (...) Thomas Henry Huxley avait séparé la sélection naturelle du gradualisme et averti Darwin que son adhésion franche et sans fondement sûr au gradualisme pouvait saper son système tout entier. Les fossiles présentent trop de transitions brutales pour témoigner d'un changement progressif et le principe de la sélection naturelle ne l'exige pas, car la sélection peut agir rapidement. Mais ce lien superflu que Darwin a inventé devint le dogme central de la théorie synthétique.</p>
<p>Goldschmidt n'éleva aucune objection contre les thèses classiques de la microévolution. Il consacra la première moitié de son ouvrage principal « Les fondements matériels de l'évolution » au changement progressif et continu au sein des espèces. Cependant, il se démarqua nettement de la théorie synthétique en affirmant que les espèces nouvelles apparaissent soudainement par variation discontinue, ou macro-mutation. Il admit que l'immense majorité des macro-mutations ne pouvaient être considérées que comme désastreuses et il les appela « monstres ». Mais, poursuivit Goldschmidt, une macro-mutation pouvait, par le simple effet de la chance, adapter un organisme à un nouveau mode d'existence. On avait alors affaire, selon sa terminologie, à un « monstre prometteur ». La macro-évolution résulte du succès, peu fréquent, de ces monstres prometteurs, et non de l'accumulation de menus changements au sein des populations. (...)</p>
<p>Tous les paléontologistes savent que, parmi les fossiles, on ne compte que peu de formes intermédiaires ; les transitions entre les grands groupes sont particulièrement brutales. Les gradualistes se sortent habituellement de cette difficulté en invoquant le caractère extrêmement lacunaire des fossiles que nous possédons ; même si une étape sur mille survivait sous forme de fossile, la géologie n'enregistrerait pas le changement continu. (...) Même en l'absence de témoignages directs en faveur de ces transitions sans à-coup peut-on inventer une succession raisonnable de formes intermédiaires, c'est-à-dire des organismes viables, entre les ascendants et les descendants, dans les principales transitions structurelles ? (…) A quoi sert une moitié de mâchoire et une moitié d'aile ? (...) Si l'on doit accepter de nombreux cas de transition discontinue dans la macroévolution, le darwinisme ne s'effondre-t-il pas en ne survivant que comme une théorie concernant les changements adaptatifs mineurs au sein des espèces ? L'essence même du darwinisme tient en une seule phrase : la sélection naturelle est la principale force créatrice du changement évolutif. <br class='autobr' />
Personne ne nie que la sélection naturelle joue un rôle négatif en éliminant les inadaptés. Les théories darwiniennes sous-entendent qu'elle crée en même temps les adaptés. La sélection doit accomplir cette tâche en mettant en place des adaptations en une série d'étapes, tout en préservant à chaque phase le rôle avantageux dans une gamme de variations génétiques dues au hasard.</p>
<p>La sélection doit gouverner le processus de création et non pas se contenter d'écarter les inadaptés après qu'une quelque autre force a soudainement produit une nouvelle espèce complètement achevée dans une perfection primitive. On peut très bien imaginer une théorie non darwinienne du changement discontinu , c'est-à-dire d'une modification génétique profonde et brutale créant par hasard (de temps à autre) et d'un seul coup une nouvelle espèce. Hugo de Vries, le célèbre botaniste hollandais, fut le défenseur de cette théorie. Mais ces notions semblent se heurter à des difficultés insurmontables. (…)</p>
<p>Les perturbations apportées aux systèmes génétiques dans leur totalité ne produisent pas de créatures jouissant d'avantages inconnus de leurs descendants – et elles ne sont même pas viables. Mais toutes les théories du changement discontinu ne sont pas antidarwiniennes, comme l'avait souligné Huxley il y a près de cent vingt ans. Imaginons qu'un changement discontinu dans une forme adulte naisse d'une petite modification génétique. Les problèmes d'incompatibilité avec les autres membres de l'espèce ne se posant pas, cette mutation importante et favorable peut alors se répandre dans la population à la manière darwinienne. Imaginons que ce changement de grande ampleur ne produise pas de suite une forme parfaite, mais serve plutôt d'adaptation clef permettant à son possesseur d'adopter un nouveau modèle d'existence.</p>
<p>La poursuite de cette nouvelle vie réussie demande un large ensemble de modifications annexes, tant dans la morphologie que dans le comportement ; ces dernières peuvent survenir en suivant un itinéraire progressif, plus traditionnel, une fois que l'adaptation clef a entraîné une profonde mutation des pressions sélectives. Les partisans de la synthèse actuelle ont donné à Goldschmidt le rôle de Goldstein en associant son expression imagée – le monstre prometteur – aux notions non darwiniennes de perfection immédiate résultant d'un profond changement génétique. Mais ce n'est pas tout à fait ce que Goldschmidt soutenait En fait, l'un de ses mécanismes entraînant la discontinuité des formes adultes reposait sur la notion de petit changement génétique sous-jacent. Goldschmidt était un spécialiste du développement de l'embryon. Il passa la plus grande partie du début de sa carrière à étudier les variations géographiques de la noctuelle « Lymantria dyspar ». Il découvrit que de grandes différences dans la répartition des couleurs des chenilles provenaient de petits changements dans le rythme du développement : les effets d'un léger retard ou d'un renforcement de la pigmentation au début de la croissance augmentaient à travers l'ontogenèse et entraînaient de profondes différences chez les chenilles ayant atteint leur plein développement. Goldschmidt parvint à identifier les gènes responsables de ces petits changements de rythme et démontra que les grandes différences que l'on observe à la fin du développement proviennent de l'action d'un ou de plusieurs gènes commandant les taux de changement agissant au début de la croissance. Il codifia la notion de « gène de taux de changement » (rate genes) en 1918 et écrivit vingt ans plus tard : « Le gène mutant produit son effet (…) en changeant les taux des processus partiels de développement. Il peut s'agir des taux de croissance ou de différenciation, des taux de production des éléments nécessaires à la différenciation, des taux de réactions entraînant des situations physiques ou chimiques précises à des moments précis du développement, des taux de ces processus responsables de la ségrégation des forces embryonnaires à des moments donnés. » (…)</p>
<p>Selon ma propre opinion, très partiale, le problème de la réconciliation entre l'évidente discontinuité de la macro-évolution et le darwinisme est en grande partie résolu si l'on observe que les changements de faible ampleur survenant tôt dans le développement de l'embryon s'accumulent pendant la croissance pour produire de profondes différences chez l'adulte. En prolongeant dans la petite enfance le rythme élevé de la croissance prénatale du cerveau du singe, on voit sa taille se rapprocher de celle du cerveau humain. (...) En réalité, si l'on n'invoque pas le changement discontinu par de petites modifications dans les taux de développement, je ne vois pas comment peuvent s'accomplir la plupart des principales transitions de l'évolution. »</p>
<p>Peu de systèmes présentent une résistance plus grande au changement que les adultes complexes, fortement différenciés, des animaux « supérieurs ». Comment pourrait-on convertir un rhinocéros adulte ou un moustique en quelque chose de foncièrement différent ? Cependant les transitions entre les groupes principaux se sont bien produites au cours de l'histoire de la vie. D'Arcy Wentworth Thompson (…) écrit dans « Croissance et forme » : « (...) Nous ne pouvons pas transformer un invertébré en vertébré, ni un cœlentéré en vert, par n'importe déformation simple et légitime (…) La nature passe d'un type à un autre. (…) Chercher des marchepieds pour franchir les écarts séparant ces types, c'est chercher en vain à jamais. » La solution de D'Arcy Wentworth Thompson était la même que celle de Goldschmidt : la transition peut se produire dans les embryons qui sont plus simples et plus semblables entre eux que les adultes fortement divergents qu'ils forment. Personne ne songerait à transformer une étoile de mer en souris, mais les embryons de certains échinodermes et de certains protovertébrés sont presque identiques. »</p>
<h2 class="spip">Stephen Jay Gould, pour conclure :</h2>
<p><i>« Ce gradualisme du darwinisme a été enraciné dans les vues philosophiques de la société victorienne. De cette « évolution », on élimine tous les sauts, les changements brusques et les transformations révolutionnaires. Ces perspectives anti-dialectiques (...) ont profondément enraciné dans la pensée occidentale ce biais qui nous prédispose à rechercher la continuité et le changement progressif. »</i></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article604" class="spip_out" rel="external">Qui était Stephen Jay Gould ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1405" class="spip_out" rel="external">Qui était Darwin et quelles étaient ses idées ?</a></p></div>
La sélection naturelle des espèces, ou transformation darwinienne du vivant, est-elle évolutive, adaptative, prédictible, productrice de progrès, de complexification ou d'amélioration ?
http://matierevolution.org/spip.php?article5068
http://matierevolution.org/spip.php?article50682016-04-24T23:28:00Ztext/htmlfrRobert Parisévolution des espèces
<p>Darwin écrit au biologiste américain Alpheus Hyatt en 1872 : « Après mûre réflexion, je me suis déterminé à penser que l'évolution n'a pas intrinsèquement tendance au progrès.", par opposition au philosophe Herbert Spencer, inventeur de l'expression "la survie du plus apte" qui écrivait : "Le progrès n'est pas accidentel, c'est une nécessité. » <br class='autobr' />
Stephen Jay Gould, lui, écrit : <br class='autobr' />
« L'idée de progrès est une idée pernicieuse, ancrée dans la culture, impossible à tester, inopérante, il faut la (…)</p>
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<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique13" rel="directory">Chapter 08 : Révolutions in the process of life - Les révolutions du vivant</a>
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<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot282" rel="tag">évolution des espèces</a>
<div class='rss_texte'><p>Darwin écrit au biologiste américain Alpheus Hyatt en 1872 : <i>« Après mûre réflexion, je me suis déterminé à penser que l'évolution n'a pas intrinsèquement tendance au progrès.", par opposition au philosophe Herbert Spencer, inventeur de l'expression "la survie du plus apte" qui écrivait : "Le progrès n'est pas accidentel, c'est une nécessité. »</i></p>
<p>Stephen Jay Gould, lui, écrit :</p>
<p><i>« L'idée de progrès est une idée pernicieuse, ancrée dans la culture, impossible à tester, inopérante, il faut la remplacer si nous souhaitons comprendre les structures de l'histoire. »</i></p>
<p>Stephen Jay Gould affirme : <i>« La théorie darwinienne de l'évolution se distingue radicalement des autres théories de l'évolution du 19ème siècle par son refus implicite d'une idée de progrès qui serait inhérente à l'évolution. » </i></p>
<p>Stephen Jay Gould écrit dans « La vie est belle » :</p>
<p><i>« Darwin livra une bataille de longue durée de ce type au sujet de l'idée de progrès. Il se trouva pris dans une insoluble contradiction. Il reconnut que sa théorie fondamentale du mécanisme évolutif – la sélection naturelle - n'impliquait pas qu'il y ait progrès dans l'évolution. La sélection naturelle explique seulement comment les organismes se modifient au cours du temps par des réponses adaptatives au changement dans les environnements locaux – c'est la « descendance avec modification », selon les propres termes de Darwin. Il estima que son déni du progrès général en faveur de l'ajustement aux conditions locales était le trait le plus radical de sa théorie. Il écrivit le 4 décembre 1872 au paléontologiste américain Alpheus Hyatt (l'ancien occupant de mon actuel bureau) : « Après mûre réflexion, je ne peux m'empêcher de penser qu'il n'y a pas de tendance au progrès. »</i></p>
<h2 class="spip">La sélection naturelle des espèces, ou transformation darwinienne du vivant, est-elle évolutive, adaptative, prédictible, productrice de progrès, de complexification ou d'amélioration ?</h2>
<p>Bien des gens ont cru retenir de la « descendance avec transformation des espèces dirigée par la sélection naturelle des variations aléatoires », telle que la formulait Darwin, l'idée fausse que la nature améliorerait sans cesse les espèces, leur donnant de plus en plus de complexité, de plus en plus de capacités, et un perfectionnement croissant, leur permettant de dominer puis d'éliminer les autres espèces, moins évoluées. Ce culte du progrès, appelé adaptationnisme, est en fait très éloigné de la conception de Darwin et aussi éloigné de ce qui ressort de nos connaissances les plus récentes en sciences de l'évolution des espèces, qu'il s'agisse des connaissances en génétique, en évolution, en physiologie des espèces, en paléontologie ou en développement des êtres vivants.</p>
<p>Bien des auteurs (scientifiques ou non) interprètent aussi le vivant comme le domaine d'action d'une véritable force du progrès. Cette version a été démentie par les découvertes scientifiques des évolutionnistes comme Stephen Jay Gould, des biologistes et des théoriciens de la génétique du développement comme de la coévolution des groupes d'espèces, des gènes homéotiques et de l'épigénétique.</p>
<p>L'idée de la plupart des transformistes étaient que les modifications s'étaient faites en positif : « pour » réaliser telle ou telle modification nécessaire. Des nécessités fonctionnelles guideraient une évolution directive, de progrès. Darwin, au contraire, a proposé un fonctionnement aveugle, en un double mécanisme contradictoire (la sélection et la variation) et, qui plus est, agissant par négation (l'élimination). Il a inventé la création par suppression pour concevoir la formation des espèces nouvelles. Notion dialectique s'il en est, la conception darwinienne proposait plusieurs renversements conceptuels allant dans le même sens, celui de la remise en cause des logiques linéaires et de la logique métaphysique*, pour favoriser une logique dialectique et matérialiste. On comprend que Karl Marx ait considéré que « L'origine des espèces » était un grand pas en avant dans la lutte des idées, allant bien au-delà des précédents transformismes. Tout d'abord, Darwin proposait que l'ordre soit issu du désordre. Le point de vue est dialectique puisque c'est la négation de la destruction par sélection naturelle aveugle qui produit le changement, le nouvel ordre. C'est la lutte désordonnée des individus pour la vie qui est le moteur des transformations, et non un mécanisme directif, orienté en vue d'un but.</p>
<p>L'adaptationnisme est une philosophie du type « tout va de mieux en mieux » qui est très éloignée de ce que nous pouvons remarquer de l'évolution des espèces. Indépendamment de l'action de l'homme, les nombreuses espèces disparues semblent avoir été, au moins un temps, parfaitement adaptées à leur environnement et cela ne les a pas empêché d'être entièrement éliminées et parfois sans aucune descendance évolutive. L'image du « progrès évolutif » a également l'inconvénient de faire apparaître les espèces nouvelles comme une apparition liée à une nécessité du chnagement environnemental comme si les espèces nouvelles n'étaient pas parfois apparues bien avant d'apparaître comme dominantes et comme si elles n'avaient pas préexisté aux conditions favorables apparues bien plus tard. D'autre part, il est faux d'imaginer que les nouvelles espèces devaient succéder aux anciennes, les unes prenant directement la succession des autres, censées disparaître immédiatement à l'apparition des suivantes. Ce scénario est loin nécessaire ni même courant. D'autre part, la disparition d'espèces et l'apparition d'autres espèces est loin de se produire simplement par concurrence directe et encore moins comme la preuve d'une supériorité comme l'exemple des marsupiaux et des placentaires le montre bien. De même, si les dinosaures ont disparu et les mammifères en ont profité pour se développer, cela ne signifie nullement que ce sont les mammifères qui aient poussé les dinosaures en dehors de l'histoire ni que les mammifères se soient révélés de quelque manière que ce soit supérieurs aux dinosaures. Ni les variations génétiques en tous sens qui sont la base des changements d'espèces, ni les variations brutales de l'environnement qui induisent ces changements d'espèces, ni la « lutte pour la vie » qui image la manière dont les espèces sont éliminées ou renforcées, n'ont un caractère directif qui donne une direction unique à la transformation et définissent encore moins un sens du progrès général du vivant. Tout au plus, les modifications brutales de l'environnement, encore appelées « stress environnemental », peuvent-elles permettre de libérer les modifications génétiques permises par le système génétique, en occupant ailleurs les mécanismes « chaperons » qui bloquaient ces transformations. La « sélection naturelle », qui englobe dans un même terme la lutte pour accéder aux subsistances, la lutte pour conquérir et conserver les niches écologiques, la lutte pour accroitre la population qui comprend la lutte pour la sexualité et la procréation, amène certainement une lutte pour l'existence, favorise certaines espèces au détriment d'autres, donne ainsi un sens à l'évolution générale mais cette évolution n'a, au départ, aucunement un sens général ni de progrès, mais un sens local, momentané, aléatoire, non dirigiste et encore moins dirigé par un principe de progrès préexistant. La transformation générale ne vient qu'après coup et est imprédictible. L'adaptation locale a un sens mais non un principe général d'adaptation. En effet, les espèces trop adaptées à leur environnement sont celles qui ont le moins d'avenir, étant donné que ce sont celles qui supporteront le moins le changement brutal de l'environnement. Les plus favorisées en cas de changement brutal sont celles qui sont accoutumées à subir des changements brutaux et ont conservé un grand potentiel de changement. La totipotence, ou potentiel de diversification, est beaucoup plus que le perfectionnement, que la spécialisation, que le progrès, la faculté essentielle pour des espèces qui auront un avenir évolutif. La plupart des espèces ne sont nullement concurrentes les unes des autres sur la même niche écologique ni prédatrice ou proie l'une de l'autre et il est donc impossible de prétendre établir une échelle de valeur entre l'ensemble des espèces, avec un critère de supériorité évolutive ou adaptative. Quant à l'adage selon lequel « ce sont les plus adaptés qui survivent », c'est soit une tautologie (ceux qui ont survécu se sont montrés adaptés à la situation) soit un précepte erroné qui prétendrait que la plus grande adaptation à une situation donnée (par exemple un type de climat, de végétation, d'environnement inerte ou vivant) coinciderait avec une plus grande adaptation à n'importe quelle autre situation. Tel n'est ni le point de vue de Darwin ni celui qui découle de nos connaissances modernes en science de l'évolution du vivant.</p>
<h2 class="spip">« Darwin ou les grandes énigmes de la vie » de Stephen Jay Gould :</h2>
<p>« En réalité, « évolution » est un terme que Darwin employait très rarement, car il voulait bannir toute notion de progrès de ce que nous appelons aujourd'hui évolution.</p>
<p>Dans une épigramme célèbre, Darwin écrit qu'il doit s'interdire d'employer les quelificatifs « supérieur » ou « inférieur » lorsqu'il décrit la structure des organismes. Pouvons-nous prétendre, en effet, que nous sommes des créatures supérieures à l'amibe, qui est aussi bien adaptée à son environnement que nous le sommes au nôtre ? Darwin évita donc de recourir à l' « évolution », d'une part, parce que son sens technique heurtait ses convictions, et, d'autre part, parce que la notion de progrès, inséparable de son sens courant, lui déplaisait.</p>
<p>C'est grâce aux œuvres de Herbert Spencer, érudit inlassable de l'époque victorienne, qui savait presque tout, que « évolution » a fait son entrée dans la langue anglaise en tant que synonyme de « descendance avec modification ». Selon Spencer, l'évolution était la loi fondamentale de tout changement. Et, pour un sujet vertueux de la reine Victoria, quel principe, sinon celui de progrès pouvait bien diriger les processus de transformation de l'univers ? Spencer donna donc la définition de la loi universelle dans son ouvrage « Premiers Principes », en 1862 : « L'évolution est une intégration de matière jointe à une déperdition de mouvement ; la matière passe ainsi d'une homogénéité indéfinie et incohérente à une hétérogénéité définie et cohérente. » (…)</p>
<p>Par une ironie du sort, cependant, le père de la théorie évolutionniste était presque seul à soutenir que le changement organique a pour unique résultat d'améliorer l'adaptation des organismes à leur environnement, et ne se conforme pas à une idée abstraite de progrès définie par la complexité de la structure ou l'accroissement de l'homogénéité.</p>
<p>« Ne jamais dire supérieur ou inférieur… » Si nous avions tenu compte de l'avertissement de Darwin, la confusion et l'incompréhension qui existent aujourd'hui entre les savants et les profanes nous auraient été épargnées.</p>
<p>Car la conception de Darwin est essentielle pour les savants qui ont abandonné depuis longtemps l'idée d'une relation nécessaire entre évolution et progrès, la considérant comme une perversion anthropocentriste de la pire espèce. Pourtant, la plupart des profanes confondent encore évolution et progrès. Ils n'imaginent pas l'évolution humaine comme une suite de changements, mais comme un accroissement d'intelligence,de taille, ou de tout ce qui peut être considéré comme une amélioration…</p>
<p>On peut se demander pourquoi les savants ont provoqué ce terrible malentendu en choisissant un mot courant, qui signifie progrès, pour désigner ce que Darwin nommait, moins spectaculairement mais plus correctement, « descendance avec modification ». (…)</p>
<p>L'évolution telle que la présentent les ouvrages de référence et la presse à gros tirage est un processus d'amélioration physique continue : les animaux vivent « en harmonie » avec leur environnement grâce à la sélection des individus les mieux adaptés. Mais certains types d'environnement ne provoquent pas une telle réaction. Imaginons une espèce vivant dans un environnement qui lui impose une mortalité catastrophique à intervalles réguliers – des étangs qui s'assèchent, ou des hauts-fonds agités par des tempêtes, par exemple. Ou bien que la nourriture soit éphémère et difficile à trouver, mais extrêmement abondante une fois localisée. Les organismes ne peuvent s'harmoniser à un tel environnement. Il est trop instable pour qu'on puisse s'y adapter. Dans de telles conditions, il vaut mieux investir son énergie dans la reproduction, fabriquer la plus grande quantité possible de descendants, aussi rapidement que possible, afin d'être sûr que certains d'entre euxau moins survivront à la catastrophe ; se reproduire à un train d'enfer tant qu'il y a de la nourriture, car cela ne durera pas longtemps, pour qu'une partie de la progéniture survive et en découvre de nouveau. (…)</p>
<p>Les évolutionnistes modernes citent toujours les mêmes scénarios et les mêmes acteurs (que la théorie de la création parfaite du grande architecte divin), seule l'interprétation a changé. On nous dit maintenant, avec le même emmerveillement, que la sélection naturelle est l'instrument de la perfection. Me sentant intellectuellement proche de Darwin, je n'en doute pas. Mais ma confiance dans le pouvoir de la sélection naturelle a d'autres racines ; elle ne se fonde pas sur « les organes d'une perfection et d'une complexité extrêmes », comme les appelait Darwin. En fait, celui-ci considérait cette perfection comme un problème. Il allait jusqu'à dire :</p>
<p>« Imaginer que l'œil, avec son aptitude unique à s'adapter à des distances différentes, à laisser pénétrer des quantités de lumière différentes et à corriger les inconsistances sphériques et chromatiques, est le produit de la sélection naturelle, semble, je l'avoue, absurde au plus haut degré. »</p>
<p>(…)</p>
<p>Dans la théorie de Darwin, la sélection naturelle joue un rôle constructif : elle construit l'adaptation progressivement, au moyen d'une série d'adapatations intermédiaires, rassemblant des éléments qui n'ont apparemment de signification qu'en fonction de l'ensemble. (…)</p>
<p>Pour les critiques de Darwin, le problème était d'attribuer une valeur adaptative aux « étapes intermédiaires ». Darwin répondit en s'efforçant de déterminer celles-ci et de mettre leur fonction en évidence :</p>
<p>« La raison me dit que si l'on peut montrer qu'il existe de nombreuses étapes intermédiaires entre un œil imparfait et un œil complexe, parfait, chaque étape ayant son utilité pour l'individu… alors on pourra affirmer que la sélection naturelle est capable de produire un œil complexe, parfait, bien que dela soit difficile à imaginer, sans risquer de mettre en péril la rigueur interne de la théorie. »</p>
<h2 class="spip">Stephen Jay Gould dans « Le pouce du panda » ou « Les grandes énigmes de l'évolution » :</h2>
<p>« La « synthèse moderne », version contemporaine du darwinisme qui règne depuis trente ans, a considéré que le modèle de substitution des gènes par adaptation dans les populations locales rendait valablement compte, par accumulation et extension, de toute l'histoire de la vie. (…) Les tendances maîtresses de l'évolution dans les principales lignées ne sont-elles qu'une accumulation plus poussée d'une suite de transformations adaptatives ? De nombreux évolutionnistes (dont je fais partie) commencent à mettre en doute cette synthèse et à soutenir la thèse hiérarchique selon laquelle les différences de niveau dans le changement évolutif reflètent souvent des catégories de causes différentes. Une rectification mineure au sein d'une population peut être le résultat d'un processus adaptatif. (…)Par exemple, dans le cheminement complexe du développement embryonnaire bien des causes simples, des changements mineurs des taux de croissance notamment, peuvent se traduire par des changements nets et surprenants dans l'organisme adulte. (…) Le 23 novembre 1859, le jour précédent la sortie de son livre révolutionnaire, Charles Darwin reçut une lettre extraordinaire de son ami Thomas Henry Huxley. Celui-ci lui offrait son soutien actif dans le combat à venir, allant même jusqu'au sacrifice suprême : « Je suis prêt à mourir sur le bûcher s'il le faut. (…) Je me prépare en aiguisant mes griffes et mon bec. » Mais il ajoutait aussi un avertissement : « Vous vous êtes encombré d'une difficulté inutile en adoptant le « Natura non facit saltum » sans la moindre réserve. » L'expression latine, généralement attribuée à Linné signifie que « la nature ne fait pas de sauts ». Darwin approuvait totalement cette devise ancienne. Disciple de Charles Lyell, apôtre du « gradualisme » en géologie, Darwin décrivait l'évolution comme un processus majestueux et régulier, agissant avec une telle lenteur que personne ne pouvait espérer l'observer pensant la durée d'une vie. Les ancêtres et leurs descendants, selon Darwin, doivent être reliés par « une infinité de liens transitoires » qui forment « une belle succession d'étapes progressives ». Seule une longue période de temps a permis à un processus si lent de réaliser une telle ouvre. Huxley avait le sentiment que Darwin creusait le fossé de sa propre théorie. La sélection naturelle n'avait besoin d'aucun postulat sur la vitesse ; elle pouvait agir tout aussi bien si l'évolution se déroulait sur un rythme rapide. (...) De nombreux évolutionnistes considèrent qu'une stricte continuité entre micro et macro-évolution constitue un ingrédient essentiel du darwinisme et corollaire nécessaire de la sélection naturelle. (...) Thomas Henry Huxley avait séparé la sélection naturelle du gradualisme et averti Darwin que son adhésion franche et sans fondement sûr au gradualisme pouvait saper son système tout entier. Les fossiles présentent trop de transitions brutales pour témoigner d'un changement progressif et le principe de la sélection naturelle ne l'exige pas, car la sélection peut agir rapidement. Mais ce lien superflu que Darwin a inventé devint le dogme central de la théorie synthétique. Goldschmidt n'éleva aucune objection contre les thèses classiques de la microévolution. Il consacra la première moitié de son ouvrage principal « Les fondements matériels de l'évolution » au changement progressif et continu au sein des espèces. Cependant, il se démarqua nettement de la théorie synthétique en affirmant que les espèces nouvelles apparaissent soudainement par variation discontinue, ou macro-mutation. Il admit que l'immense majorité des macro-mutations ne pouvaient être considérées que comme désastreuses et il les appela « monstres ». (…) Quand Darwin publia "L'origine des espèces", en 1859, il introduisit le terme "sélection naturelle". Mais il n'a nulle part utilisé le mot "évolution", bien que le public suppose que Darwin seul est responsable de ce concept. (...) De nombreux penseurs évolutionnistes, Darwin y compris, n'ont pas échappé à la confusion entre l'idée d'évolution et celle de progrès. Mais la force de Darwin venait de ce que l'idée simple, selon laquelle la survie du plus adapté devait produire des changements évolutionnistes, s'appuyait sur une avalanche de faits (...) »</p>
<h2 class="spip">« La vie est belle » de Stephen Jay Gould :</h2>
<p>« Par « plus aptes », Darwin entendait « mieux adaptés à de nouveaux environnements locaux », et non pas supérieurs d'une façon générale sur le plan de l'organisation anatomique. Les moyens par lesquels s'obtient l'adaptation locale peuvent avoir pour conséquence tout aussi bien de restreindre que d'augmenter les perspectives de maintien à long terme (simplification chez les parasites ; exagération chez le paon). En outre, rien n'est plus erratique et imprévisible (tant dans les métaphores que dans la réalité) que l'évolution du climat et de la géographie. Les continents se fragmentent et leurs morceaux se dispersent ; la circulation des courants océaniques se modifie ; des rivières changent de cours ; des montagnes s'élèvent ; des estuaires s'assèchent. Si l'évolution de la vie procède plus d'une course poursuite avec les changements de l'environnementque de l'escalade d'une échelle du progrès, la contingence devrait dominer.</p>
<p>J'affirme que, dans la théorie de Darwin, un rôle capital a été dévolu à la contingence, non comme corollaire logique de son échafaudage intellectuel, mais comme sujet central et explicite de sa propre vie et de son œuvre. Darwin a invoqué la contingence de manière séduisante comme argument principal en faveur du fait de l'évolution lui-même. Il recourut à un paradoxe pour défendre sa théorie : on pourrait croire que la meilleure preuve de l'évolution réside dans ces merveilleux exemples d'adaptation optimale élaborés, semble-t-il, grâce à la sélection naturelle – comme la perfection aérodynamique de la plume ou le mimétisme parfait de ces insectes qui ressemblent à des feuilles ou à des brindilles. Ces phénomènes sont les exemples régulièrement cités dans les manuels pour montrer jusqu'à quel point de sophistication peuvent aller les modifications obtenues par évolution – l'œuvre de la sélection naturelle est lente, mais elle peut atteindre d'extraordinaires degrés de finesse. Et pourtant Darwin admit que l'apparence de la perfection ne pouvait être prise comme preuve de l'évolution, car l'optimalité dissimule les traces de l'histoire.</p>
<p>Si les plumes sont parfaites, elles peuvent aussi bien avoir été créées par un Dieu omnipotent qu'élaborées par la sélection naturelle. Darwin admettait qu'on devait rechercher les preuves principales de l'évolution dans les bricolages, les étrangetés et les imperfections qui laissent apercevoir les cheminements de l'histoire…. Les événements contingents de l'histoire ( de « rien que l'histoire ») façonnent pourtant notre monde, et l'évolution s'observe dans la panoplie de ces structures qui ne peuvent être comprises qu'à la lumière de leur passé.</p>
<p>Ainsi la contingence règne même dans le monde de Darwin, qui extrapole à partir de la compétition organique au sein de communautés locales saturées en espèces… Cependant les aspects de grande dimension ne s'obtiennent pas à partir de ceux de petite dimension, simplement en leur laissant le temps de s'accumuler. Plusieurs phénomènes relevant de la grande échelle – fondés sur la macroévolution et l'histoire des environnements – s'imposent aux directions aux directions empruntées par l'évolution. Et aussi, ils interrompent, ramènent au départ, et redirigent tous les phénomènes pouvant être accumulés au cours du temps par le déroulement des processus prenant place dans l'immédiat ici et maintenant. »</p>
<h2 class="spip">« Cette vision de la vie » de Stephen Jay Gould :</h2>
<p><i>« Considérez trois aspects de la nouvelle vision du monde révélée par Darwin qui réfutent des composantes de la vision de Humboldt :</p>
<p>1°) La nature doit être désormais considérée comme un lieu de compétition et de lutte, et non comme une harmonie supérieure et ineffable… La lutte est une simple métaphore, qui n'implique pas nécessairement un combat sanglant (on peut considérer, nous dit Darwin, qu'une plante en bordure du désert lutte contre un environnement inclément). Mais la plupart du temps, la compétition procède par élimination et certains meurent de ce qui fait vivre les autres. La lutte, en outre, opère pour le succès reproductif des organismes individuels, et non directement en vue d'une harmonie supérieure…</p>
<p>Dans l'une de ses métaphores les plus incisives, mettant en garde contre l'apparente harmonie de la nature, Darwin semble tailler en pièces la foi de Humboldt et les toiles de Church :</p>
<p>« Nous regardons la face de la nature resplendissante de bonheur, et nous remarquons souvent une surabondance d'alimentation ; mais nous ne voyons pas, ou nous oublions que les oiseaux qui chantent perchés nonchalamment sur une branche se nourrissent principalement d'insectes ou de graines, et que, ce faisant, ils détruisent continuellement une forme de vie, nous oublions combien souvent ces oiseaux chanteurs, ou leurs œufs ou leurs nids sont détruits par d'autre oiseaux et des bêtes de proie. »</p>
<p>2°) Les lignées évolutives ne suivent aucune direction intrinsèque qui les conduirait vers des états supérieurs ou vers une plus grane unification. La sélection naturelle ne donne que des adaptations locales : les organismes se transforment en réponse aux modifications de leur environnement. Les causes géologiques et climatiques du changement environnemental n'imposent elles aussi aucune direction intrinsèque. L'évolution est opportuniste.</p>
<p>3°) Les changements évolutifs ne sont pas mus par une force interne et harmonieuse. L'évolution exprime un équilibre entre les caractéristiques internes des organismes et le vecteur externe du changement environnemental. Ces forces interne et externe incluent toutes deux des composantes aléatoires, ce qui écarte encore plus toute idée de tension vers l'union et l'harmonie. La force interne des mutations génétiques, source première des variations évolutives, fonctionne de manière aléatoire par rapport à la direction de la sélection naturelle. La force externe du chagement environnemental se modifie capricieusement par rapport au progrès et à la complexité des organismes… Je regrette également l'hypothèse excessivement adaptationniste qui affirme que tout trait évolutif dépourvu d'intérêt dans notre vie actuelle est probablement apparu autrefois pour de bonnes raisons, liées à des conditions passées qui ont depuis évolué. Dans notre monde impitoyable, complexe et partiellement aléatoire, nombre de traits n'ont tout simplement aucun sens fonctionnel. Point final….</p>
<p>« Evolution » vient du latin « evolvere » qui signifie littéralement « dérouler » et implique clairement le déroulement dans le temps d'une séquence prédictible ou préprogrammée selon un mode intrinsèquement progressif ou du moins directionnel… Les citations prédarwiniennes qui nomment « évolution » le changement généalogique emploient toutes le mot dans le sens de progrès prédictible… Bien que le mot « évolution » n'apparaisse pas dan la première édition de « L'Origine des espèces », Darwin y utilise cependant le verbe « évoluer », dans son sens vernaculaire et en un endroit remarquable : comme dernier mot du livre !… En fait, Darwin a astucieusement utilisé cet emplacement stratégique pour insister sur la grandeur absolue et la valeur comparative de l'histoire naturelle en tant que telle… Mais Darwin n'aurait pu qualifier d' « évolution », au sens vernaculaire que possédait alors ce mot, le processus géré par son mécanisme de sélection naturelle. Car ce mécanisme ne génère qu'une adaptation croissante aux modifications de l'environnement local, et non un « progrès » prédictible au sens usuel de « perfectionnement » cosmique ou général contenu dans les notions occidentales d'accroissement de la complexité ou des aptitudes mentales. Dans le monde causal de Darwin, un parasite anatomiquement dégénéré, réduit à un agrégat informe de cellules assumant sa reproduction et son alimentation au sein du corps hôte, est aussi bien adapté à son environnement et aussi bien doté d'un potentiel de persistance évolutive que la créature la plus alambiquée, en tout point adaptée à un environnement externe complexe et dangereux. En outre, la sélection naturelle n'adaptant les organismes qu'aux seuls environnements locaux, environnements qui se transforment de manière aléatoire sur des durées géologiques, les voies de l'évolution adaptatives sont imprévisibles.</p>
<p>Ainsi, pour ces deux raisons fondamentales – absence de directionnalité intrinsèque et absence de prédictibilité -, le processus géré par la sélection naturelle pouvait difficilement suggérer à Darwin une « évolution » au sens ordinaire de séquences se déroulant de manière prédictible et directionnelle…</p>
<p>Si Darwin n'utilise souvent le mot « évolution » dans ses écrits, il céda cependant au consensus croissant lors de la publication de « La Descendance de l'homme », en 1871, où pour la première fois il désigna son processus par le mot « évolution ». Jamais toutefois il ne plaça ce mot dans un titre d'ouvrage – et, pour désigner sa grande œuvre sur notre espèce, il choisit de souligner notre « descendance » généalogique plutôt que notre « ascendance » vers des niveaux de conscience supérieurs…</p>
<p>Toutes les propriétés étranges et fascinantes de l'évolution darwinienne découlent du fondement variationnel de la sélection naturelle – y compris le caractère sensé et explicable, mais totalement imprévisible, du résultat (qui dépend des changements complexes et contingents des environnements locaux), et le caractère non progressiviste de la variation (qui, simple adaptation à ces environnements locaux imprévisibles, n'est en rien la construction d'une espèce « supérieure » en un quelconque sens cosmique ou général…</p>
<p>Le grand public considère généralement le principe darwinien de la sélection naturelle comme une force d'optimisation, visant la même perfection locale fournie directement par Dieu dans l'ancienne conception théologique naturelle. Si la sélection naturelle tend à réaliser les meilleures des formes et les plus équilibrées des interactions susceptibles d'exister en un lieu donné, les plantes natives sont alors nécessairement parfaites…</p>
<p>Malheureusement, la séleection naturelle ne génère pas de préférence des plantes que les humains trouvent justement attrayantes. Et les systèmes naturels ne fournissent pas toujours de riches associations d'espèces bien équilibrées….</p>
<p>La « lutte pour l'existence » débouche uniquement sur une adéquation locale. En outre, et ce point est encore plus important pour le débat sur la supériorité des plantes natives, la sélection naturelle n'est qu'un principe « de mieux », et non d'optimisation : elle ne fait que transcender les conditions locales, sans conduire vers une « amélioration » universelle – car, une fois qu'une espèce l'emporte sur les autres en un lieu donné, la sélection naturelle n'a plus besoin d'exercer sa pression pour promouvoir une meilleure adaptation. »</p>
<p> <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article3936" class="spip_out" rel="external">Quelques idées fausses sur l'évolution darwinienne des espèces ou l'évolution comme philosophie</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article3899" class="spip_out" rel="external">L'évolution des espèces aujourd'hui et en films</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article5044" class="spip_out" rel="external">La théorie hiérarchique de l'évolution de Stephen Jay Gould</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2972" class="spip_out" rel="external">Qu'est-ce qui caractérise finalement la vie et son évolution ?</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3026" class="spip_out" rel="external">Comprendre la théorie de Darwin</a></p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=darwin+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl" class="spip_out" rel="external">Les idées de Darwin</a></p>
<p><a href="http://www.larecherche.fr/savoirs/dossier/evolution-mene-toujours-au-progres-01-10-2007-77225" class="spip_out" rel="external">L'évolution mène toujours au progrès ?</a></p>
<p><a href="http://medomai.over-blog.com/2015/05/le-mythe-du-progres-selon-stephen-jay-gould.html" class="spip_out" rel="external">Le mythe du progrès selon Stephen Jay Gould</a></p>
<p><a href="http://revel.unice.fr/alliage/?id=4056" class="spip_out" rel="external">Des métamorphoses au mythe du progrès</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article2843" class="spip_out" rel="external">Pourquoi nous combattons l'idéologie du progrès ?</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article720" class="spip_out" rel="external">Le pouce du panda, Stephen Jay Gould</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1405" class="spip_out" rel="external">Qui était Darwin et quelles étaient ses idées ?</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2972" class="spip_out" rel="external">Qu'est-ce qui caractérise finalement la vie et son évolution ?</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2964" class="spip_out" rel="external">Quelques idées fausses sur l'évolution darwinienne</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique35" class="spip_out" rel="external">Evolution ou révolution des espèces ?</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1084" class="spip_out" rel="external">L'évolution comme théorie scientifique</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article1931" class="spip_out" rel="external">L'évolution est-elle régulière, progressive, linéaire, continue ou, au contraire, par sauts, par apparitions et disparitions, par équilibres ponctués, non-linéaire et non-régulière ?</a></p>
<p>POUR CONCLURE :</p>
<p>Dans "L'émergence de l'homme", le paléoanthropologue Ian Taterstall explique :</p>
<p>« C'est une conception absolument fausse que de mesurer le succès évolutif de telle ou telle espèce en fonction de son progrès en direction du sommet d'une échelle. (...) La plupart des personnes qui veulent se représenter l'apparition de l'homme en termes d'histoire évolutive tendent à la concevoir comme un lent mouvement de perfectionnement, de nos adaptations au cours du temps. Si tel était le cas, le processus nous ayant façonnés apparaitrait rétrospectivement inéluctable. De nombreux paléoanthropologues, ces chercheurs qui étudient les archives fossiles, trouvent une certaine commodité intellectuelle à regarder notre histoire évolutive comme une longue montée laborieuse mais régulière, qui nous a fait passer du stade la brute à celui de l'être intelligent. Ils ont même forgé le terme d'"hominisation" afin de décrire le processus à l'origine de l'homme, ce qui renforce l'impression que non seulement notre espèce est unique en son genre, mais que le mécanisme évolutif qui nous a façonnés l'est tout autant. Cette conception présente de nombreux risques. (...) Les scientifiques l'ont appris petit à petit, à mesure que se sont accumulées les données des archives paléontologiques - lesquelles les ont contraint à abandonner l'idée que notre histoire biologique a uniquement consisté en une simple progression linéaire (...) Depuis des années, les paléontologues se rendaient vaguement compte que (...) les nouvelles espèces, au lieu d'apparaitre en raison d'une transformation graduelle d'une espèce souche, au cours du temps, semblaient surgir brusquement dans les archives géologiques (...) Elles disparaissaient aussi brutalement qu'elles étaient apparues (...) Les archives fossiles n'obéissaient pas aux prédictions de la théorie du changement graduel. (...) Le nouveau schéma explicatif était constitué de longues périodes de stabilité des espèces interrompues par de brefs phénomènes de spéciation, d'extinction et de remplacement. (...) Eldredge et Gould proposaient, en réalité, que l'évolution, tout en étant graduelle, procédait par à-coups : "l'évolution par sauts" (...) . »</p></div>
Le vivant, c'est la continuité ou la discontinuité ?
http://matierevolution.org/spip.php?article3640
http://matierevolution.org/spip.php?article36402014-08-02T02:23:00Ztext/htmlfrRobert ParisDiscontinuité
<p>Le vivant, c'est la continuité ou la discontinuité ?</p>
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<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique13" rel="directory">Chapter 08 : Révolutions in the process of life - Les révolutions du vivant</a>
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<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot61" rel="tag">Discontinuité</a>
<div class='rss_texte'><p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1793" class="spip_out" rel="external">Le vivant, c'est la continuité ou la discontinuité ?</a></p></div>
Quelques idées fausses sur l'évolution darwinienne des espèces ou l'évolution comme philosophie
http://matierevolution.org/spip.php?article3936
http://matierevolution.org/spip.php?article39362013-11-15T02:57:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionévolution des espèces
<p>Quelques idées fausses sur l'évolution darwinienne des espèces ou l'évolution comme philosophie <br class='autobr' /> Très peu de sujets scientifiques ont connu (ou subi) une telle vulgarisation mais depuis très longtemps, depuis le début, il y a une grande distance entre les découvertes des sciences et le discours sur les sciences qui est diffusé dans le grand public. En particulier en ce qui concerne l'évolution des espèces, le darwinisme. Et cela pour de nombreuses raisons. La philosophie qui découle des (…)</p>
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<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique13" rel="directory">Chapter 08 : Révolutions in the process of life - Les révolutions du vivant</a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot282" rel="tag">évolution des espèces</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Quelques idées fausses sur l'évolution darwinienne des espèces ou l'évolution comme philosophie
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<p>Très peu de sujets scientifiques ont connu (ou subi) une telle vulgarisation mais depuis très longtemps, depuis le début, il y a une grande distance entre les découvertes des sciences et le discours sur les sciences qui est diffusé dans le grand public. En particulier en ce qui concerne l'évolution des espèces, le darwinisme. Et cela pour de nombreuses raisons. La philosophie qui découle des études du vivant est un enjeu considérable sur le plan politique et social et les classes dirigeantes tiennent à conserver leur mainmise sur ce domaine. Aux USA, par exemple, la question de l'évolution pose encore de gros problèmes et est l'objet de luttes menées essentiellement par les organisations religieuses. C'est le cas dans toutes les régions du monde où les classes dirigeantes ont plus que jamais besoin des religions comme béquilles de l'ordre social. Pour la plupart des religieux, la notion même d'évolution entre en contradiction avec celle de création par dieu. Elle contredit également l'idée de jardin créé par dieu pour l'homme. L'évolution des espèces ne donne nullement une place à part à l'homme. L'homme actuel n'est rien d'autre, au point de vue de l'évolution, qu'une espèce comme une autre. Toutes les recherches sur un caractère particulier qui donnerait une supériorité à l'homo sapiens ont échoué. Toute tentative scientifique de séparer l'homme d'un côté et l'animal de l'autre s'est révélée impossible.</p>
<p>Dès l'époque du dévoilement des découvertes de Darwin, ces questions étaient sulfureuses et elles le restent. Les religieux n'ont nullement abandonné leur combat contre les idées de Darwin et il convient de prendre conscience que Darwin lui-même menait un combat matérialiste, un combat contre la religion qu'il connaissait d'autant mieux qu'il avait dû rester religieux et qu'il ne croyait plus en dieu. Pour faire passer l'idée d'évolution des espèces dans le grand public, en évitant de heurter les a priori philosophiques que les classes dirigeantes tiennent à imposer, bien des dérives ont été rajoutées à cette idée qui ont pour nom : gradualité, transformation globale d'une espèce en une autre avec disparition de la précédente inadaptée, régularité d'une évolution très lente, action d'une force du progrès, sens d'une adaptation, sélection des meilleurs, linéarité, continuité, déterminisme sans hasard, ordre génétique, pouvoir absolu des gènes, amélioration des espèces, supériorité d'espèces nouvelles sur d'autres espèces plus anciennes. Philosophiquement, la recherche d'un seul facteur expliquant le fonctionnement du vivant est un échec. A chaque niveau, on assiste dans le fonctionnement du vivant non pas à la mise en évidence d'un facteur mais d'un combat entre des contraires : conservation et variation au sein du mécanisme génétique, vie et mort au sein des gènes et des protéines de la cellule vivante, transformation et conservation au niveau de la liaison entre l'enfant et ses parents, transformation et conservation également dans la relation entre une espèce et son environnement, dialectique de l'intérieur et de l'extérieur à chaque niveau hiérarchique du vivant. Tous les réductionnismes prenant un seul niveau comme base du fonctionnement ont échoué que ce niveau soit l'espèce, l'individu, la cellule vivante, l'ADN, le gène,… Il n'y a pas un principe unique à la base du fonctionnement du vivant mais, au contraire, des éléments contradictoires à chaque niveau. Darwin avait souligné la contradiction entre environnement et être vivant, entre hasard et nécessité, entre variation et sélection....</p>
<p>Ainsi, on entend souvent dire que l'adaptation à l'environnement rend une espèce plus forte alors qu'elle rend également une espèce plus faible, plus fragile en cas de changement rapide du milieu. Ce caractère contradictoire de tous les éléments du vivant a une base fondamentale : la vie est fondée sur la mort et la mort sur la vie….</p>
<p>Diderot soulevait déjà cette problématique dans son « Encyclopédie » dans son article « Naître » où il écrivait :</p>
<p><i>« Venir au monde. S'il fallait donner une définition bien rigoureuse de ces deux mots, naître et mourir, on y trouverait peut-être de la difficulté. Ce que nous en allons dire est purement systématique. A proprement parler, on ne naît point, on ne meurt point ; on était dès le commencement des choses et on sera jusqu'à leur consommation. Un point qui vivait s'est accru, développé jusqu'à un certain terme, par la juxtaposition successive d'une infinité de molécules. Passé ce terme, il décroit, et se résout en molécules séparées qui vont se répandre dans la masse générale et commune. »</i></p>
<p>L'immunologue Ameisen souligne l'interpénétration à tous les niveaux de la vie et de la mort dont l'évolution n'est qu'un des mécanismes. L'élimination ne concerne pas seulement les espèces mais, d'un côté, les individus, les cellules, tous les produits biochimiques et, d'un autre, les groupes d'espèces, les écosystèmes, les coévolutions entre espèces. L'élimination est indispensable au processus du vivant. La mort cellulaire est indispensable au processus vivant de la cellule. Le cancer est une maladie qui affecte le processus naturel de la mort cellulaire. On ne peut pas considérer la disparition des espèces ou groupes d'espèces comme s'il s'agissait d'un phénomène extérieur étranger au fonctionnement du vivant alors que tout ce fonctionnement est pénétré de processus permanents d'élimination de l'essentiel de ses produits, de la simple molécule biochimique au branchement d'espèces. Et l'élimination concerne à chaque fois non une fraction infime mais les 99% de tout ce qui est produit par l'activité du vivant. Le vivant est souvent présenté comme un mécanisme très stable qui serait seulement perturbé par l'agitation extérieure produisant des chocs et des destructions d'espèces. Au contraire, le vivant est un mécanisme loin de l'équilibre (thermodynamique dite de Prigogine) dans lequel la capacité de produire de l'énergie provient justement du fait qu'il s'agit d'un phénomène dans lequel un ordre est fondé sur le désordre. L'évolution ne fait pas que perturber des espèces qui existaient depuis un certain nombre d'années. L'espèce émerge de cette agression permanente du vivant en son propre sein. Même s'il y a un relatif conservatisme de l'espèce (les pommiers donnent des pommes qui redonnent des pommiers), l'espèce est le produit d'un combat interne entre conservation et transformation, pas seulement d'une conservation. Même le mécanisme génétique ne privilégie pas directement une espèce. La génétique, introduite après coup dans la notion d'évolution puisque Darwin ignorait tout de la biochimie, a mené à ses propres idéologies trompeuses dont celle qui prétend que chaque espèce aurait un ADN ne pouvant produire que cette espèce. A l'ours des gènes d'ours, à la mouche des gènes de mouche. De même, on a propagé l'idée que chaque caractère correspondrait à un gène et inversement. Tout cela est généralement faux. Un gène de mouche peut très bien agir au sein du mécanisme d'un ours. Même les gènes de levure de boulanger peuvent agir sur la génétique de l'homme ! Les différences entre le contenu biochimique des gènes entre espèces sont souvent minimes et n'expliquent nullement des différences considérables entre les fœtus et encore plus considérables entre les adultes de l'espèce.</p>
<p>La sélection n'est nullement à l'œuvre uniquement au niveau des espèces. Le mécanisme aveugle de destruction de l'essentiel du matériel vivant se produit sans cesse et à tous les niveaux. La « lutte pour la vie » est synonyme de lutte pour la mort puisque l'essentiel disparaît à chaque moment. Un homme adulte n'a quasiment plus une seule molécule de son enfance tout en étant le produit de l'enfant et du fœtus. Sans cette destruction, nous n'aurions ni nos formes, ni nos organes, ni leurs fonctions. L'apoptose ou « suicide cellulaire » sculpte en effet notre corps lors de sa formation en détruisant une masse de cellules. Chaque organe est lui-même un produit contradictoire entre forces dialectiquement opposées.</p>
<p>L'ordre de l'espèce comme celui de l'organe ou du système (système nerveux, système sanguin, etc) est émergent et l'émergence est le produit d'une contradiction dialectique entre éléments et forces opposés. L'opposition dialectique entre ordre et désordre est permanente au sein du vivant et est le fondement de sa dynamique. Ceux qui ont cru voir la dynamique du vivant dans le seul ADN ont appris que l'ADN est une molécule inactive (entièrement inhibée) et que, sans la contradiction des protéines de l'environnement, elle ne peut pas être désinhibée. Et ce n'est qu'un exemple. La génétique n'est pas un ordre mais une combinaison d'ordre et de désordre. L'espèce n'est pas davantage un ordre mais également le produit d'un affrontement entre ordre et désordre. Le désordre n'est pas seulement extérieur (l'environnement) mais intérieur. La génétique a souvent été présentée comme un photocopieur qui se contente de maintenir à l'identique. Ensuite, on a dit que la génétique introduisait des petites erreurs progressives s'instillant lentement. En fait, la génétique, comme les autres mécanismes du vivant, est fondée sur la négation dialectique (destruction, inhibition, combat des contraires, etc). On ne peut jamais interpréter la vie en termes de « pour » mais en termes de « contre ». On ne peut pas voir dans une apparition de nouvel organe, de nouvelle espèce, de nouveau mécanisme du vivant, de nouveau fonctionnement d'un organe un objectif, un but, un positif. On ne peut qu'y voir la destruction d'un ancien fonctionnement, un processus négatif, la destruction d'un ordre ancien. Comme on le voit l'erreur fondamentale concernant la conception de l'évolution du vivant est philosophique. La société en place refuse de voir dans l'évolution la destruction brutale d'un ancien ordre. Elle feint d'y voir une transformation lente, graduelle, et surtout positive alors que rien dans les éléments d'étude ne nous montrent un tel rôle en positif. Darwin, lui-même, n'avait nullement développé l'idée d'une évolution positive et montrait plutôt une action en aveugle de la sélection. Il est impossible par exemple de dire que l'apparition de l'aile avait tel ou tel but. Ou encore que le gros cerveau s'est développé pour telle ou telle raison. Donner un but à une évolution naturelle est un geste purement idéologique, l'attribution d'une morale, d'un sens, d'une intentionnalité, à un phénomène qui n'a rien à voir avec cela. On a vu aussi apparaitre avec ce type de conceptions des idées de domination d'espèces ou de groupes d'espèces du type de l' « ère des dinosaures » ou de l' « ère des mammifères » alors que ces deux époques n'avaient rien à voir avec cela. Il faudrait plutôt parler toujours et encore de l'ère des insectes et même de l'ère des bactéries. La notion de domination d'une espèce ou d'un groupe d'espèce soi-disant plus évolué n'a pas de sens, mis à part les buts idéologiques de leurs auteurs. Cette notion de domination successive d'espèces ou de groupes d'espèces est présenté comme équivalent à l'évolution alors qu'il ne s'agit nullement de cela. L'évolution ne fait pas disparaître l'espèce souche… Il s'agit bien entendu d'un but de justification de la « domination de l'homme ». Cependant, malgré ces discours, la domination de l'homme sur les insectes ou sur les bactéries n'a nullement été prouvée. Quant aux dinosaures, ils ne peuvent absolument pas être présentés comme ayant été vaincus par les mammifères, même pas indirectement, c'est-à-dire par une compétition des qualités des deux groupes d'espèces !!! Il y avait certainement plus de « concurrence pour la vie » au sein de chaque groupe qu'entre eux… Et, si quelque chose a avantagé les mammifères, c'est plus des faiblesses que des forces, faiblesses qui amenaient par exemple les mammifères à rester de très petite taille. La conception « positive » de la vie et de son évolution laisse au contraire entendre que des facteurs positifs entraîneraient une évolution positive, sous-entendu d'accroissement numérique et d'accroissement de la domination. L'exemple des bactéries, et leur durabilité, montre bien que la pérennité n'est nullement synonyme d'évolution structurelle et de complexification. La complexification du vivant ne s'est nullement produite dans un contexte où les êtres non complexifiés disparaissaient. La taille n'est pas davantage un facteur en soi positif. Même la taille du cerveau ne l'est pas puisque des espèces d'hominidés ayant un cerveau plus grand en volume que le nôtre (celui d'homo sapiens) ont disparu.</p>
<p>Stephen Jay Gould écrit dans « Cette vision de la vie » :</p>
<p><i>« L'interprétation populaire de l'évolution contient au moins deux hypothèses erronées, si répandues et ancrées (certes inconsciemment) dans les explications conventionnelles que nombre de faits évidents, immédiatement compréhensibles au niveau de leur simple description, apparaissent très souvent dans le discours médiatique sous une forme confuse dont les « vulgarisateurs scientifiques » considèrent à tort qu'elles expriment la pensée réelle des scientifiques, ou, plus cyniquement, qu'ils décident de présenter comme des équivalents littéraires des légèretés musicales des autoradios aux heures de pointe.</p>
<p>Dans ce contexte, l'évolution apparaît avant tout comme la transformation corps et âme d'un organisme en un autre. Ainsi, les poissons deviendraient des amphibiens en « conquérant » la terre ferme, tandis que les singes délaissent la sécurité de leurs arbres pour finalement devenir des humains en affrontant les dangers au sol à l'aide d'une arme tenue de leurs mains libérées et d'une petite lueur d'intelligence émanant d'un organe élargi situé à l'arrière de leurs yeux.</p>
<p>Puis, et c'est la seconde composante de cette vision transformationnelle, des descendants remportent la victoire grâce à leur valeur intrinsèque face à la sélection naturelle. Car « plus tard » ne peut que signifier « meilleur » ; jusque là la terre cède devant les métaphores de conquête ou de colonisation et que les savanes africaines, pour la première fois dans l'histoire de la planète, résonnent des sons du progrès désormais exprimés par la voix du langage réel.</p>
<p>Or l'évolution procède par embranchements, et non par métamorphose d'une forme à une autre, l'ancien disparaissant dans le triomphe du nouveau… En outre, la plupart des nouveautés, du moins à leurs débuts, croissent comme de minuscules brindilles sur des buissons vigoureux et persistants, et non comme des réalisations plus sophistiquées d'ancêtres qui ont donné leur maximum à un organisme qui transcende la médiocrité de leurs êtres.</p>
<p>Les amphibiens et leurs descendants ont certes bien réussi sur la terre ferme, mais les nageoires sont supérieures aux pieds dans le buisson des vertébrés ; la majorité de ses pousses (espèces) y sont des poissons. Je ne nie pas le succès actuel des humains et la nouveauté intéressante qu'ils représentent. Mais Homo sapiens n'occupe qu'une petite branche sur un modeste rameau de primates comprenant quelque deux cent espèces, et même nos sous-groupes les moins apparentés, tant au niveau de l'évolution qu'à celui de la géographie (disons les San du sud de l'Afrique et les Sami du nord de la Finlande), présentent très peu de divergence génétique, tandis que deux populations d'une même espèce de chimpanzés, séparées de seulement quelques centaines de kilomètres sur la terre africaine, ont développé entre elles un nombre bien plus considérable de différences génétiques.</p>
<p>Ce fait a priori surprenant apparaît pourtant évident si on se replace dans le cadre d'une évolution arborescente. Tous les êtres humains descendent d'ancêtres communs qui vécurent en Afrique il y a moins de 200.000 ans malgré leur dispersion ultérieures aux quatre coins du globe. Les deux populations de chimpanzés, bien que restés géographiquement proches, se sont séparés de leur ancêtre commun il y a bien plus longtemps, de sorte que l'évolution a eu beaucoup plus de temps pour développer des différences génétiques entre ces deux groupes.</p>
<p>Enfin, à l'échelle la plus vaste, on ne peut comprendre ce principe d'une émergence de la nouveauté par embranchement – et non par transformation globale de tous les ancêtres en descendants plus sophistiqués – que si l'on prend conscience que les bactéries composent aujourd'hui encore la majeure partie de l'arbre de la vie – et notamment son tronc basal, qu'elles ont-elles-mêmes construit dès l'apparition de la vie cellulaire – et que tous les règnes multicellulaires ne forment que quelques branches – pas forcément toutes saines – à l'extrémité d'un même rameau. »</p>
<p>Quiconque prétend se poser les grandes questions qui interrogent l'humanité doit inévitablement interroger également les philosophies, c'est-à-dire les reprendre et en reprendre la critique. Les questions de la conservation et du changement, de la vie et de la mort, de l'inerte et du vivant, de la formation des systèmes (vivants et non-vivants), du changement graduel et du changement brutal (la gradualité suppose que le seul changement provienne de l'accumulation de tout petits changements insensibles), de la linéarité et de la non-linéarité de l'évolution (la linéarité suppose que les hommes succèdent aux grands singes, ce qui signifierait que ces derniers disparaissent au moins au sein d'une zone d'apparition de la nouvelle espèce), de la non-préexistence ou de la préexistence des principes particuliers (idée qui préexiste à la réalité matérielle) d'une espèce à naître (ou d'un individu à naître), la question de la prédétermination (fatalisme sous couvert d'une loi absolument déterministe sans place au hasard) ou de la non-prédétermination (ordre émergent du désordre sans fatalisme) de la succession des systèmes (par exemple des espèces ou des groupes d'espèces), la question de l'héritage génétique conçu ou non comme seul pilote de l'espèce (d'où l'idée qu'un ADN égale une espèce et que l'épigénétique n'aurait aucun rôle pilote), l'idée du progrès, du positif, de l'adaptation, de la réussite des plus aptes au lieu de l'idée dialectique de la négation, de la contradiction, du rôle pilote de l'inhibition et de la destruction, etc…</p>
<p>On ne peut pas se contenter d'observer la vie, il convient de la penser et les philosophies ne sont pas indifférentes. Prétendre qu'on n'aurait aucun a priori philosophique est erreur ou mensonge. En tout cas, cela nuit pour s'orienter. Nous ne pouvons pas parler de nos observations sans utiliser des concepts abstraits qui supposent des philosophies. Par exemple, raisonner sur les pré-hominidés est une manière de prétendre qu'ils devaient nécessairement mener aux hominidés et ces derniers aux hommes et à l'homme actuel. Ce n'est nullement l'observation qui nous a dit cela. C'est une espèce de fatalisme qui n'est même pas présent au sein de la conception de Darwin de l'évolution ! L'observation montre que l'évolution n'a pas donné les mêmes résultats sur le continent européen et sur le continent australien, séparés depuis longtemps. Donc il n'y a pas une seule évolution possible des espèces et aucun fatalisme (fût-il prétendument fondé scientifiquement sur une « loi » de l'évolution) à une succession particulière. Il n'y a aucune loi de cause à effet entre une espèce et une espèce suivante, aucune possibilité de prédire la suite de l'évolution et même pas, à l'envers, le passé « originel » des espèces. Il n'y a pas non un concept préexistant d'homme ou d'hominidé (ou d'autres espèce) en dehors de la succession réelle des espèces d'êtres vivants. Ce n'est pas un concept idéel d'homme qui aurait cheminé au sein des hominidés jusqu'à nous dans le but de produire l'homme actuel. Le vivant n'a aucun type de « but ». Toutes les philosophies finalistes, même celles des scientifiques athées, rejoignent… finalement l'idée de la création d la nature comme un jardin pour l'homme et construit par la volonté d'un esprit supérieur. Qu'il y ait eu une création volontaire et consciente ou plusieurs ne change pas fondamentalement le caractère de ce finalisme. Pourtant, ni l'évolution, ni aucun fonctionnement du vivant ne permet de prétendre que quelque chose se soit produit « dans le but », « pour fabriquer ceci », « pour réagir à cela », « pour permettre de résoudre tel problème ». Il n'y a pas une conscience cachée dans l'évolution ni dans aucun mécanisme du vivant ou de l'inerte. Il n'y a pas davantage d'éléments démontrant une conscience cachée dans le passage de l'inerte au vivant. Ceux qui survalorisent tel ou tel changement, par exemple l'apparition de l'homme ou de la vie, comme s'il ne pouvait pas être produit spontanément par la matière ne font pas qu'observer les transformations de cette matière. Sinon, ils constateraient que les sauts d'un état à un autre, loin d'être une exception, sont la règle, au sein de l'inerte comme au sein du vivant. Ils remarqueraient que conservation et changement ne s'opposent pas de manière diamétrale (et donc métaphysique) mais s'entremêlent et se composent tout en se combattant, de manière dialectique. Le changement dit graduel n'est rien d'autre qu'une forme de conservation globale du système. La conservation n'est rien d'autre qu'un combat, une négation, face à des tendances transformatrices déjà présentes au sein du système et de son mode de conservation. L'ordre est de même fondé sur le désordre (émergence), les lois sur le hasard, la continuité apparente n'existerait pas sans la discontinuité ni la symétrie d'u ordre sans la rupture de symétrie qui fonde cet ordre. Etc, etc….</p>
<p>Certes, les raisonnements dialectiques n'ayant rien de spontané, ni intellectuellement (scientifiquement par exemple), ni socialement, il est bien plus courant de lire des évolutionnistes métaphysiciens, fatalistes, idéalistes, continuistes, linéaristes, prédéterministes, etc, que le contraire. D'où la nécessité de souligner que la science de l'évolution doit repenser sa philosophie…</p>
<p>Gould soulignait le caractère dialectique de la thèse de Darwin (dans « La structure de la théorie de l'évolution » :</p>
<p><i>« Pratiquement tous les biologistes antidarwiniens acceptaient que la sélection naturelle intervint réellement, mais ils la considéraient comme un mécanisme mineur et négatif, seulement capable de jouer le rôle du bourreau… Darwin souligna que la sélection naturelle, qui avait certes un rôle négatif et se caractérisait, il le reconnaissait, par une faible intensité, avait, néanmoins, la capacité, sous certaines conditions appliquées à la nature de la variation, de promouvoir des caractères évolutifs nouveaux. Autrement dit, la sélection naturelle pouvait créer… Certains aspects de la théorie de Darwin innovaient sur le plan philosophique… mettant l'accent sur la complexité et l'interaction : il s'agit notamment du mécanisme proposé par Darwin d'une interaction entre hasard et nécessité, en ce qui concerne la gamme des variations s'offrant à l'action de la sélection. »</i></p>
<p>Stephen Jay Gould écrit dans « Le pouce du panda » :</p>
<p><i>« Toutes les grandes théories de la spéciation s'accordent à reconnaître que la divergence s'effectue rapidement au sein de populations très réduites. (...) Le processus (de spéciation) peut prendre des centaines voir des milliers d'années. (...) Mais mille ans, ce n'est qu'un infime pourcentage de la durée moyenne d'existence des espèces invertébrées. (...) Eldredge et moi faisons référence à ce mécanisme sous le nom de système des équilibres ponctués. (...) Si le gradualisme est plus un produit de la pensée occidentale qu'un phénomène de nature, il nous faut alors étudier d'autres philosophies du changement pour élargir le champ de nos préjugés. Les fameuses lois de la dialectique reformulées par Engels à partir de la philosophie de Hegel, font explicitement référence à cette notion de ponctuation. Elles parlent par exemple de ‘' la transformation de la quantité en qualité ‘' La formule laisse entendre que le changement se produit par grands sauts suivant une lente accumulation de tensions auquel un système résiste jusqu'au moment où il atteint le point de rupture. (...) Le modèle ponctué peut refléter les rythmes du changement biologique (...) ne serait-ce qu'à cause du nombre et de l'importance des résistances au changement dans les systèmes complexes à l'état stable. (...) « L'histoire de n'importe quelle région de la terre est comme la vie d'un soldat. Elle consiste en de longues périodes d'ennui entrecoupées de courtes périodes d'effroi. »</i></p>
<p> Gould souligne, dans le même ouvrage, l'importance des conceptions philosophiques dans la théorie de l'évolution :</p>
<p><i>« Nous avons tendance à penser que le progrès de nos recherches ne dépend que de l'observation « directe », et que nous n'avons guère à nous soucier, contrairement à d'autres biologistes, de problèmes conceptuels tels que l'interprétation de phénomènes se déroulant à une échelle trop petite ou évoluant trop rapidement. La plupart d'entre nous ricaneraient si on leur proposait de travailler avec un philosophe professionnel, considérant une telle entreprise au mieux comme une agréable perte de temps, au pire comme l'aveu que notre propre clarté de pensée laisse à désirer. Et, cependant, les problèmes conceptuels posés par des théories invoquant des causes opérant à plusieurs niveaux simultanément, des effets propagés vers le haut et vers le bas, des propriété émergentes (ou non) à des niveaux supérieurs, des interactions entre processus aléatoires et processus déterministes, et des facteurs prévisibles ou contingents, se sont révélés si complexes et si peu familiers aux personnes ayant appris à traiter les modèles plus simples de causalité unilinéaire que la biologie utilise depuis des siècles qu'il leur a fallu se tourner vers des collègues ayant explicitement appris à penser avec rigueur ces questions. »</i></p>
<p>L'évolution du vivant nous pose autant de problèmes philosophiques que la physique quantique, pour ne prendre que cet exemple d'une philosophie indispensable au sein d'une science dite dure. Ce n'est pas seulement parce que le vivant et l'homme ont été investis par les religions. C'est surtout parce que nous devons y penser le changement et qu'il faut nous départir d'une philosophie du figé comme abstraction, par exemple d'un concept éternel et abstrait d'homme (ou de vie) qui n'a aucune existence réelle mais qui est communément reconnue et diffusée….</p>
<p>Inversement, les sciences comme celles de l'évolution proposent de multiples exemples d'une dialectique des contraires qui n'est nullement reconnue diffusée comme conception philosophique dans le grand public ni parmi les auteurs scientifiques ou philosophes pour des raisons sociales et politiques qui tiennent surtout à l'intérêt des classes dirigeantes.</p>
<p>Si le mécanisme du vivant n'était pas dialectiquement contradictoire (une génétique mêlant conservation et transformation, transmission à l'identique et variation, création de nouveauté et suppression du non-soi par l'immunologie, action contradictoire des protéines sur les gènes puisque l'attachement inhibe les gènes inhibiteurs de l'ADN), il ne serait pas possible que la suppression massive d'espèces donne autre chose que des impasses du vivant. Il ne serait pas possible que cela donne de la nouveauté et en particulier de la nouveauté structurelle (nouveaux organes, nouvelles fonctions, nouveaux modes d'existence). Le stress (agression notamment climatique) qui inhibe les inhibiteurs hsp ne fait qu'ouvrir la possibilité de création de nouveauté (qui existait déjà au sein du fonctionnement génétique). Nous avons affaire sans cesse à des négations dialectiques au sein de contradictions coexistant dans le système génétique. L'ADN est certainement la molécule la plus contradictoire puisque chacun des gènes actifs et inactivé par d'autres gènes. Le même ADN pourrait également permettre de produire d'autres espèces si le mécanisme de contrôle hsp n'éliminait pas systématiquement le non-soi. Dans tous les mécanismes du vivant, l'immunologue Ameisen rappelle que l'action est toujours négation de la négation, comme il l'affirme dans son ouvrage « La sculpture du vivant ».</p>
<p>Le refus de la contradiction dialectique amène nombre d'auteurs et tout le grand public a considérer le changement d'espèce comme une espèce de miracle alors que le vivant ne parvient à maintenir la production d'une même espèce que par des interventions permanentes de destruction du non-soi. Sans cesse, la tendance spontanée de l'être vivant consiste à produire des molécules qui ne sont pas adaptées à l'espèce. Il n'y a donc aucun étonnement à constater, dès que les mécanismes de protection sont occupés à la défense face à une agression extérieure (stress), que la nouveauté se met à être produite.</p>
<p>Le caractère étonnant (carrément miraculeux) de la production d'espèces nouvelles n'existe qu'à partir du moment où on considère l'espèce comme fixe, stable, naturellement définitive, fondée sur un ADN propre à l'espèce et ne pouvant produire qu'une seule espèce. Ce dogme ne correspond nullement à la réalité.</p>
<p>Comme la particule quantique, l'être vivant est une superposition d'états virtuels et l'état actuel n'est que l'un des états possibles. La superposition signifie que les contraires coexistent et ne se détruisent pas mutuellement. L'apparence fixité de l'espèce n'est nullement inscrite dans l'ADN et de nombreux gènes sont capables de sauter d'une espèce à une autre comme les gènes d'une espèce sont parfaitement capables de fonctionner sur de multiples autres espèces. <br class='autobr' />
Il n'y a pas de frontière étanche entre les espèces. C'est pour cela que l'évolution est possible. L'espèce n'est qu'un ordre émergent au sein du désordre génétique. Cet ordre n'est pas seulement fondé sur le contenu de l'ADN en termes de gènes mais sur l'ordre (un véritable rythme) des interactions (entre gènes et protéines) au cours du développement du fœtus. C'est ordre qui détermine par exemple le plan de construction de l'être vivant. En faisant interagir les mêmes gènes et protéines dans un autre ordre, on obtient un autre être vivant.</p>
<p>Le vivant est une rythmologie (phénomène épigénétique plutôt que génétique) mais les rythmes génétiques diffèrent sans cesse. Il n'y a pas un rythme unique de l'évolution. Certaines espèces n'évoluent pas et d'autres évoluent beaucoup. Cela aussi témoigne du fait qu'il n'y a pas un seul mécanisme à l'œuvre, mécanisme qu'on pourrait appeler « force d'évolution » mais des interactions contradictoires avec des sauts d'échelle liés à l'existence de multiples niveaux d'organisation du vivant.</p>
<p>Croire à une espèce de force d'évolution unique a un caractère animiste car cela suppose qu'une espèce de volonté pousserait les espèces à changer toutes de la même manière dans une direction prédéterminée.</p>
<p> Ce qui est clair, c'est que la vie est un seul et même phénomène, que sa pérennité provient de sa capacité à changer de forme en sautant rapidement d'une forme à une autre, en allant plus vite que les agressions extérieures. Le meilleur exemple de ce type de phénomène est la production de nouveauté par les bactéries agressées dans les hôpitaux par les antibiotiques et les divers produits chimiques nettoyants. C'est l'agression biochimique qui ouvre la possibilité des variations de l'espèce et la transformation ne se fait pas sur des temps immémoriaux mais à toute vitesse. Le changement d'espèce brutal existe même si des tout petits changements (pour conserver l'essentiel) existent aussi. C'est ce qui a amené Stephen Jay Gould à distinguer des macroévolutions de la microévolution. En somme, on est amenés à considérer que l'histoire des espèces est pleine de changements brutaux et fondamentaux, créateurs de nouveauté structurelle, que l'on est amené à traiter plutôt de révolution que d'évolution. D'où la nécessité d'une pensée des révolutions, d'une dialectique des contraires…</p>
<p> <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article1931" class="spip_out" rel="external">Une évolution non-linéaire, discontinue et par bonds</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article2064" class="spip_out" rel="external">La dialectique, c'est la vie</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article2558" class="spip_out" rel="external">La dialectique de Hegel et les sciences</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique9" class="spip_out" rel="external">Des contradictions dynamiques</a></p></div>
L'évolution des espèces aujourd'hui et en films
http://matierevolution.org/spip.php?article3899
http://matierevolution.org/spip.php?article38992013-10-30T03:54:00Ztext/htmlfrRobert ParisGouldVideoévolution des espèces
<p>L'évolution des espèces aujourd'hui et en films <br class='autobr' />
Qu'est-ce que la vie <br class='autobr' />
La pensée de Darwin <br class='autobr' />
Les gènes homéotiques et l'évolution des animaux <br class='autobr' />
La coévolution <br class='autobr' />
Des mutations à l'évolution <br class='autobr' />
Histoire de la théorie de l'évolution <br class='autobr' />
Evolution des espèces et évolution de la Terre <br class='autobr' />
Etre un animal <br class='autobr' />
Evolution et génétique <br class='autobr' />
Évolution, fossiles transitoires et équilibres ponctués <br class='autobr' />
L'évolution, première partie, en anglais <br class='autobr' />
L'évolution, deuxième partie, en anglais <br class='autobr' />
L'évolution, troisième (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique13" rel="directory">Chapter 08 : Révolutions in the process of life - Les révolutions du vivant</a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot92" rel="tag">Gould</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot100" rel="tag">Video</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot282" rel="tag">évolution des espèces</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">L'évolution des espèces aujourd'hui et en films</h2>
<p><a href="http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/qu_est_ce_que_la_vie.880" class="spip_out" rel="external">Qu'est-ce que la vie</a></p>
<p><a href="http://www.canal-u.tv/video/universite_de_nice_sophia_antipolis/la_pensee_de_darwin_aujourd_hui_permanence_et_metamorphoses_d_un_heritage_jean_claude_ameisen.5839" class="spip_out" rel="external">La pensée de Darwin</a></p>
<p><a href="http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/les_genes_homeotiques_et_l_evolution_des_animaux.1291" class="spip_out" rel="external">Les gènes homéotiques et l'évolution des animaux</a></p>
<p><a href="http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/la_coevolution.886" class="spip_out" rel="external">La coévolution</a></p>
<p><a href="http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/mutation_evolution_et_selection.1286" class="spip_out" rel="external">Des mutations à l'évolution</a></p>
<p><a href="http://www.canal-u.tv/video/college_de_france/college_de_france_du_darwinisme_de_darwin_a_l_evolutionisme_d_aujourd_hui_thierry_hoquet.5277" class="spip_out" rel="external">Histoire de la théorie de l'évolution</a></p>
<p><a href="http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/la_dynamique_du_globe_controle_t_elle_l_evolution_des_especes.891" class="spip_out" rel="external">Evolution des espèces et évolution de la Terre</a></p>
<p><a href="http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/etre_et_ne_pas_etre_un_animal.1301" class="spip_out" rel="external">Etre un animal</a></p>
<p><a href="http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/evolution_developpement_la_systematique_genetique.1290" class="spip_out" rel="external">Evolution et génétique</a></p>
<p><a href="http://www.dailymotion.com/video/x5trpf_evolution-fossiles-transitoires-et_news" class="spip_out" rel="external">Évolution, fossiles transitoires et équilibres ponctués</a></p>
<p><a href="http://www.youtube.com/watch?v=F8Nfw_LmdNU" class="spip_out" rel="external">L'évolution, première partie, en anglais</a></p>
<p><a href="http://www.youtube.com/watch?v=Yt9YO07Jy6E" class="spip_out" rel="external">L'évolution, deuxième partie, en anglais</a></p>
<p><a href="http://www.youtube.com/watch?v=KOH0rmSNZlU" class="spip_out" rel="external">L'évolution, troisième partie, en anglais</a></p>
<p><a href="http://www.youtube.com/watch?v=kcHUrh6WSI4" class="spip_out" rel="external">Interview de Stephen Jay Gould en anglais</a></p>
<p><a href="http://www.youtube.com/watch?v=Wnt8UVItyrY" class="spip_out" rel="external">Exposé de Stephen Jay Gould en anglais</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot297" class="spip_out" rel="external">Lire encore</a></p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=%C3%A9volution+des+esp%C3%A8ces+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=" class="spip_out" rel="external">Lire toujours</a></p></div>
La géologie et l'évolutionnisme à leurs débuts n'étaient pas gradualistes
http://matierevolution.org/spip.php?article3642
http://matierevolution.org/spip.php?article36422013-10-30T03:25:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>La géologie et l'évolutionnisme à leurs débuts n'étaient pas gradualistes <br class='autobr' />
Et aujourd'hui... la thèse catastrophiste mais darwinienne de Gould</p>
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<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique13" rel="directory">Chapter 08 : Révolutions in the process of life - Les révolutions du vivant</a>
<div class='rss_texte'><p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article434" class="spip_out" rel="external">La géologie et l'évolutionnisme à leurs débuts n'étaient pas gradualistes</a></p>
<p><a href="http://planet-terre.ens-lyon.fr/article/bib-Gould-structure-evolution.xml#theorie-etendue" class="spip_out" rel="external">Et aujourd'hui... la thèse catastrophiste mais darwinienne de Gould</a></p></div>
Construction et déconstruction du cerveau
http://matierevolution.org/spip.php?article3644
http://matierevolution.org/spip.php?article36442013-08-10T02:28:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>Construction et déconstruction du cerveau</p>
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<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique13" rel="directory">Chapter 08 : Révolutions in the process of life - Les révolutions du vivant</a>
<div class='rss_texte'><p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article625" class="spip_out" rel="external">Construction et déconstruction du cerveau</a></p></div>