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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Chaos d&#233;terministe et Philosophie de l'impr&#233;dictibilit&#233;</title>
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		<dc:date>2023-05-04T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Deterministic chaos - Chaos d&#233;terministe</dc:subject>

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&lt;p&gt;Notre point de vue sur ce th&#232;me &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaos d&#233;terministe et Philosophie &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Entre le temps et l'&#233;ternit&#233; &#187; d'Ilya Prigogine et Isabelle Stengers &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les comportements dynamiques chaotiques permettent de construire ce pont, que Boltzmann n'avait pu cr&#233;er, entre la dynamique et le monde des processus irr&#233;versibles. La nouvelle repr&#233;sentation de l'objet dynamique, non locale et &#224; sym&#233;trie temporelle bris&#233;e, n'est pas une description approximative, plus pauvre que la repr&#233;sentation classique. Elle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Chapter 09 : The model of deterministic chaos - Le mod&#232;le du chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot59" rel="tag"&gt;Deterministic chaos - Chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=chaos+pr%C3%A9dictibilit%C3%A9+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Notre point de vue sur ce th&#232;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chaos d&#233;terministe et Philosophie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Entre le temps et l'&#233;ternit&#233; &#187; d'Ilya Prigogine et Isabelle Stengers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les comportements dynamiques chaotiques permettent de construire ce pont, que Boltzmann n'avait pu cr&#233;er, entre la dynamique et le monde des processus irr&#233;versibles. La nouvelle repr&#233;sentation de l'objet dynamique, non locale et &#224; sym&#233;trie temporelle bris&#233;e, n'est pas une description approximative, plus pauvre que la repr&#233;sentation classique. Elle d&#233;finit au contraire cette repr&#233;sentation classique comme relative &#224; un cas particulier. (&#8230;) Nous savons aujourd'hui que ces derniers (les syst&#232;mes non-chaotiques), qui domin&#232;rent si longtemps l'imagination des physiciens, forment en fait une classe tr&#232;s particuli&#232;re. (&#8230;) C'est en 1892, avec la d&#233;couverte d'un th&#233;or&#232;me fondamental par Poincar&#233; (la loi des trois corps), que se brisa l'image homog&#232;ne du comportement dynamique : la plupart des syst&#232;mes dynamiques, &#224; commencer par le simple syst&#232;me &#171; &#224; trois corps &#187; ne sont pas int&#233;grables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Berg&#233;, Yves Pomeau et Monique Dubois-Gance dans &#171; Des rythmes au chaos &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le souci a &#233;t&#233; de comprendre pourquoi des syst&#232;mes simples et d&#233;terministes pouvaient pr&#233;senter une suite erratique d'&#233;tats. (...) Le chaos n'est pas un produit ou un mat&#233;riau dont la technologie pourrait s'emparer pour cr&#233;er de nouveaux appareils commercialisables (...) Le chaos est avant tout un concept, on pourrait presque dire une &#171; philosophie &#187; des comportements dynamiques. Le chaos d&#233;terministe est &#224; la fronti&#232;re entre l'ordre et le d&#233;sordre (...) Il est probable que dans ce sens, le chaos repr&#233;sente un m&#233;canisme important d'adaptation et qu'il intervient largement dans le monde du vivant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Barrow dans &#171; La grande th&#233;orie &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une brisure de sym&#233;trie particuli&#232;re, connue sous le vocable &#171; chaos &#187;, pr&#233;sente de nos jours un int&#233;r&#234;t bien plus consid&#233;rable que pr&#233;vu. L'&#233;volution des ph&#233;nom&#232;nes chaotiques montre une extr&#234;me sensibilit&#233; &#224; l'&#233;tat initial. La plus l&#233;g&#232;re modification de l'&#233;tat de d&#233;part conduit &#224; d'&#233;normes diff&#233;rences dans les &#233;tats ult&#233;rieurs. La majorit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes compliqu&#233;s et d&#233;sordonn&#233;s, comme la turbulence ou le climat, poss&#232;dent cette propri&#233;t&#233;. L'importance d'un tel comportement fut reconnue pour la premi&#232;re fois par James Clerk Maxwell dans la seconde moiti&#233; du 19&#232;me si&#232;cle. Invit&#233; &#224; donner une conf&#233;rence sur le libre arbitre dans son coll&#232;ge de Cambridge, il attira l'attention de ses coll&#232;gues sur les syst&#232;mes dans lesquels une infime incertitude sur leur &#233;tat pr&#233;sent nous emp&#234;che de pr&#233;dire avec certitude leur &#233;tat ult&#233;rieur. Les &#233;quations d&#233;terministes ne pourraient s'appliquer que si nous connaissions l'&#233;tat initial avec une parfaite pr&#233;cision (ce qui ne se peut) : &#171; Il va de soi que l'existence de conditions instables rend impossible la pr&#233;diction des &#233;v&#233;nements futurs, si notre connaissance des &#233;v&#233;nements pr&#233;sents n'est qu'approximative et non pr&#233;cise. (...) Que les m&#234;mes ant&#233;c&#233;dents donnent lieu aux m&#234;mes cons&#233;quences est une doctrine m&#233;taphysique. Personne ne peut le d&#233;mentir. Mais cela ne sert pas &#224; grand-chose dans un monde comme celui-ci, dans lequel les m&#234;mes ant&#233;c&#233;dents ne se reproduisent jamais, et rien ne se d&#233;roule deux fois (...) &#187; John Barrow explique ensuite comment une science des ph&#233;nom&#232;nes chaotiques est issue de ces r&#233;flexions, science qui est fort diff&#233;rente de la science habituelle. Le chaos d&#233;terministe ob&#233;it &#224; des lois, dites non lin&#233;aires [1], dans lesquelles le moindre changement d'un des param&#232;tres modifie compl&#232;tement l'allure des r&#233;sultats. Conna&#238;tre la formulation tr&#232;s pr&#233;cise de la loi est impossible. Il faut donc analyser l'ensemble de toutes les lois du m&#234;me type et en tirer une vision d'ensemble des &#233;volutions possibles. C'est une nouvelle philosophie de la science : &#171; Ces &#233;tudes des &#233;quations en g&#233;n&#233;ral plut&#244;t que des &#233;quations en particulier nous ont r&#233;v&#233;l&#233; que le comportement chaotique est la r&#232;gle plut&#244;t que l'exception. (...) Les ph&#233;nom&#232;nes lin&#233;aires, pr&#233;dictibles et simples, (...) sont les plus faciles &#224; comprendre. (...) Nous pouvons analyser les ph&#233;nom&#232;nes lin&#233;aires par parties. Le tout n'est rien d'autre que la somme de ses parties. (...) Les syst&#232;mes chaotiques non lin&#233;aires diff&#232;rent des pr&#233;c&#233;dents. Ils requi&#232;rent une connaissance de l'ensemble afin de comprendre les parties parce que le tout est bien plus que simplement la somme des parties. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Peter Saltzstein, la th&#233;orie du chaos donne comme r&#233;sultat philosophique inattendu : l'impr&#233;dictibilit&#233; de l'avenir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'avenir n'est plus ce qu'il &#233;tait. Cela veux dire qu'une implication intrigante de la branche des math&#233;matiques appel&#233;e &#171; th&#233;orie du chaos &#187; indique que les &#233;tats futurs de syst&#232;mes dynamiques complexes, tels que la m&#233;t&#233;o, le cerveau humain, le march&#233; boursier, l'&#233;volution et l'histoire elle-m&#234;me, ne sont pas ce que nous pensions autrefois qu'ils &#233;taient. Plus pr&#233;cis&#233;ment, la th&#233;orie du chaos sugg&#232;re que le comportement des syst&#232;mes complexes peut suivre des lois et que, pourtant, leurs &#233;tats futurs restent en principe &#171; impr&#233;visibles &#187;. Le comportement des syst&#232;mes complexes est extr&#234;mement sensible aux conditions, de sorte que de petits changements au d&#233;part peuvent entra&#238;ner des changements de plus en plus importants au fil du temps. Par cons&#233;quent, la th&#233;orie du chaos implique que l'avenir n'est pas pr&#233;visible sur la base d'&#233;v&#233;nements pass&#233;s, comme on le pensait auparavant. Ou dans des mots qui ont &#233;t&#233; attribu&#233;s &#224; la fois au physicien Niels Bohr et au manager de baseball Yogi Berra, &#171; La pr&#233;diction est tr&#232;s difficile, en particulier pour l'avenir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette veine, nous devrions &#233;galement prendre un moment pour consid&#233;rer la sagesse du com&#233;dien et philosophe extraordinaire George Carlin : &#171; Personne ne sait ce qu'il faut faire ensuite, mais tout le monde le fait. &#187; C'est aussi important qu'amusant car cela nous rappelle que l'avenir n'est pas ind&#233;pendant de nous, suivant une ligne droite du pass&#233;, mais est constitu&#233; par ce que nous, tout le monde et tout le reste fait, dans un m&#233;lange type m&#233;li-m&#233;lo d'actions humaines et d'&#233;v&#233;nements biologiques et physiques qui se r&#233;percutent les uns sur les autres. Notre r&#233;alit&#233; v&#233;cue est une r&#233;alit&#233; dans laquelle les effets qui existent fugitivement sont en train de devenir des causes. Qu'il y ait un &#171; apr&#232;s &#187; est in&#233;vitable, mais ce qui vient en fait ensuite n'est pas pr&#233;visible, selon la th&#233;orie du chaos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Chaos &#224; l'oeuvre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les simulations informatiques montrent que les syst&#232;mes complexes sont extr&#234;mement sensibles aux conditions initiales : c'est &#171; exactement &#187; l&#224; o&#249; vous commencez qui d&#233;termine manifestement comment le syst&#232;me se d&#233;roulera. C'est ce que le math&#233;maticien et m&#233;t&#233;orologue Edward Lorenz a d&#233;couvert lors d'ex&#233;cutions r&#233;p&#233;t&#233;es d'une simulation m&#233;t&#233;orologique par ordinateur, dans laquelle les points de d&#233;part du programme ne variaient que par de minuscules diff&#233;rences d&#233;cimales, et pourtant les cons&#233;quences pour les r&#233;sultats m&#233;t&#233;orologiques &#233;taient dramatiques. Dans un article universitaire de 1972, il appela cela l'&#171; effet papillon &#187;, affirmant que le battement d'ailes d'un papillon &#224; un endroit pouvait potentiellement affecter les conditions m&#233;t&#233;orologiques &#224; d'autres endroits lointains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions initiales d'un syst&#232;me complexe ne peuvent jamais &#234;tre d&#233;termin&#233;es avec suffisamment de pr&#233;cision pour faire des pr&#233;dictions pr&#233;cises sur son comportement ult&#233;rieur. Les mesures ne peuvent en principe jamais &#234;tre assez pr&#233;cises. Comparez la situation &#224; une droite num&#233;rique. Imaginez prendre m&#234;me les sondes les plus pointues et les utiliser pour localiser un endroit sur la ligne. &#201;tant donn&#233; que la droite num&#233;rique est continue, et qu'il n'y a pas d'endroit sur la ligne qui ne soit plus divisible en nombres de plus en plus fins, la zone identifi&#233;e sur la droite num&#233;rique refl&#233;terait la taille de la sonde et non un point discret. De m&#234;me, la d&#233;termination des conditions initiales d'un syst&#232;me complexe naturel d&#233;pendra toujours de la pr&#233;cision des instruments de mesure utilis&#233;s, et ils ne peuvent jamais &#234;tre assez pr&#233;cis pour une pr&#233;cision absolue.On peut se demander si le comportement d'un syst&#232;me complexe pourrait en effet &#234;tre si sensible qu'il d&#233;pendrait du comportement d'une seule particule subatomique. Consid&#233;rons le mouvement brownien. En 1905, Albert Einstein montra que le mouvement apparemment al&#233;atoire des grains de pollen en suspension dans l'eau pouvait &#234;tre expliqu&#233; par des collisions avec des mol&#233;cules d'eau individuelles. Cependant, alors que les mouvements des particules sont soumis aux lois du mouvement de Newton, et donc en principe d&#233;terministes, les forces agissant sur elles ne peuvent jamais &#234;tre mesur&#233;es avec pr&#233;cision, et donc leurs trajectoires ne peuvent pas &#234;tre pr&#233;dites avec pr&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, dans la plupart des cas, les approximations sont assez bonnes. La temp&#233;rature, par exemple, est une bonne approximation de l'&#233;nergie des mol&#233;cules de l'air ambiant. Alors, quand il fait 75 degr&#233;s dehors, je sais que je n'aurai pas besoin de veste (sauf s'il pleut). Mais la temp&#233;rature de l'air est une moyenne sur la vari&#233;t&#233; d'&#233;nergies des mol&#233;cules d'air environnantes, et bien que la moyenne soit tout ce dont j'ai besoin pour d&#233;terminer si je dois porter une veste, les moyennes peuvent masquer les diff&#233;rences dans les mouvements des mol&#233;cules individuelles qui pourraient &#234;tre importantes dans le comportement d'un syst&#232;me chaotique tel que la m&#233;t&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour compliquer davantage la situation, &#224; mesure qu'un syst&#232;me complexe &#233;volue au fil du temps, chaque it&#233;ration du syst&#232;me - chacun des cycles ou sorties du syst&#232;me - fournit une nouvelle condition qui se r&#233;injecte dans le syst&#232;me. C'est ce que JA Scott Kelso dans &#171; Dynamic Patterns &#187; (1995) appelle la &#171; causalit&#233; circulaire &#187;. Nous commen&#231;ons seulement maintenant &#224; voir que de nombreux processus naturels importants, tels que ceux impliqu&#233;s dans le changement climatique, ne se d&#233;roulent pas de mani&#232;re lin&#233;aire, mais se replient sur eux-m&#234;mes, amplifiant ou att&#233;nuant leurs propres effets et se r&#233;orientant. Chaque nouvelle it&#233;ration d&#233;finit le contexte de l'it&#233;ration suivante. De nouveaux ph&#233;nom&#232;nes peuvent &#234;tre ainsi cr&#233;&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une bonne illustration de la causalit&#233; circulaire est donn&#233;e dans le r&#233;cit de Iain McGilchrist sur le cerveau en tant que syst&#232;me complexe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des &#233;v&#233;nements n'importe o&#249; dans le cerveau sont li&#233;s &#224; d'autres r&#233;gions et peuvent avoir des cons&#233;quences sur celles-ci, qui peuvent r&#233;agir, se propager, am&#233;liorer ou d&#233;velopper cet &#233;v&#233;nement initial, ou bien le corriger d'une mani&#232;re ou d'une autre, l'inhiber ou s'efforcer de r&#233;tablir l'&#233;quilibre. Il n'y a pas de morceaux, seulement des r&#233;seaux, un &#233;ventail presque infini de chemins &#187; ( &#171; Le Ma&#238;tre et son &#233;missaire &#187;, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les interactions entre les parties d'un syst&#232;me complexe peuvent se produire &#224; diff&#233;rents niveaux au sein du syst&#232;me, cr&#233;ant des relations multi-niveaux tr&#232;s sensibles les unes aux autres. Consid&#233;rez le r&#233;cit d'Enrico Coen sur le syst&#232;me respiratoire humain :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre capacit&#233; &#224; respirer d&#233;pend de l'interaction entre notre syst&#232;me nerveux, nos muscles, notre squelette et nos poumons. La fonction de nos poumons d&#233;pend de la composition du mucus qui tapisse ses parois. La composition du mucus d&#233;pend des prot&#233;ines qui transportent les ions chlorure charg&#233;s n&#233;gativement. Des changements dans un seul &#233;l&#233;ment du syst&#232;me int&#233;gr&#233; peuvent avoir des cons&#233;quences d&#233;sastreuses. Les patients atteints de mucoviscidose ont des difficult&#233;s &#224; respirer car ils sont porteurs d'une mutation du g&#232;ne n&#233;cessaire au transport du chlorure. Il suffit d'un changement sur les trois milliards de paires de bases de notre g&#233;nome pour provoquer la maladie. Le fonctionnement de chaque individu d&#233;pend de l'int&#233;gration de nombreuses composantes diff&#233;rentes &#187; (&#171; Cells to Civilization &#187; , 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort impr&#233;vue de la pr&#233;visibilit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi sommes-nous tent&#233;s de penser que nous nous dirigeons vers un avenir d&#233;fini ? Permettez-moi de sugg&#233;rer que nous en sommes tent&#233;s parce que les choses autour de nous ne sont pas al&#233;atoires mais ont un motif r&#233;gulier. Le jour succ&#232;de &#224; la nuit ; une saison suit une autre ; un objet au repos a tendance &#224; rester au repos et un objet en mouvement a tendance &#224; rester en mouvement. Notre monde a ce que le math&#233;maticien John Casti, dans son livre &#171; Complexification &#187; (1994) appelle &#171; la stabilit&#233; structurelle &#187; &#8211; une stabilit&#233; qui rend la vie sur cette plan&#232;te possible et qui conf&#232;re un bon degr&#233; de pr&#233;visibilit&#233;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, nous avons d&#233;couvert que pour qu'une chose se produise, quelque chose d'autre doit se produire avant elle dans une cha&#238;ne d'&#233;v&#233;nements. Il s'agit d'une cause &#224; effet standard. Il est donc tentant de voir une fatalit&#233; au cours des &#233;v&#233;nements. En philosophie, ce point de vue est connu sous le nom de &#171; d&#233;terminisme &#187; : nous ne connaissons peut-&#234;tre pas l'avenir, mais l'avenir suivra n&#233;anmoins au m&#234;me rythme comme le r&#233;sultat d'une cha&#238;ne d'&#233;v&#233;nements, une chose entra&#238;nant m&#233;caniquement une autre chose. Apr&#232;s tout, quelques minutes apr&#232;s avoir mis du pain dans un grille-pain et allum&#233; le grille-pain, je peux pr&#233;dire avec certitude que j'aurai bient&#244;t de bons toasts chauds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois du mouvement de Newton repr&#233;sentent un triomphe dans la pr&#233;diction du futur bas&#233;e sur le pass&#233;. La perspective newtonienne consid&#232;re le monde comme un syst&#232;me compliqu&#233; comme une machine. Plus pr&#233;cis&#233;ment, le paradigme est une horloge. Les lois de Newton peuvent &#234;tre utilis&#233;es pour faire des pr&#233;dictions impressionnantes. Ils nous ont emmen&#233;s sur la Lune, apr&#232;s tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas surprenant que pendant une grande partie de l'histoire humaine, les r&#233;gularit&#233;s observ&#233;es aient fait croire aux gens que le monde &#233;tait le r&#233;sultat d'un concepteur intelligent, et que lui, elle ou lui organisait le monde d'une mani&#232;re significative et pr&#233;ordonnait le destin de tout &#224; partir d'un acte initial de la cr&#233;ation divine. Apr&#232;s tout, raisonnait-on, si nous vivons dans un univers d'horlogerie, il semblerait qu'il faille l'existence d'un horloger. M&#234;me aujourd'hui, la science a tendance &#224; partir du principe qu'avec des recherches plus approfondies, des mesures plus pr&#233;cises et des math&#233;matiques plus puissantes, des mod&#232;les r&#233;guliers et pr&#233;visibles seront d&#233;couverts dans les domaines o&#249; la r&#233;gularit&#233; et la pr&#233;visibilit&#233; ne sont pas encore &#233;videntes. En effet, comme le note le Dr David Kernick, dans le pass&#233;, la science a souvent consid&#233;r&#233; les limitations pr&#233;dictives &#171; comme des insuffisances de donn&#233;es ou de traitement, des omissions, un biais ou un caract&#232;re al&#233;atoire &#187; (&#171; Complexit&#233; et Organisations de Sant&#233; &#187;, 2004).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein a dit en plaisantant : &#034; Dieu ne joue pas aux d&#233;s avec l'univers &#034;. Cependant, les &#233;lectrons, semble-t-il, n'ont jamais rencontr&#233; le Dieu non-jeu d'Einstein, car, comme toutes les particules subatomiques, les &#233;lectrons semblent pouvoir parcourir tous les chemins possibles entre ici et l&#224;, et il semble tout &#224; fait al&#233;atoire o&#249; ils finissent. Le chemin d'un &#233;lectron est mieux compris comme une question de probabilit&#233;, et non de certitude d&#233;terministe. Les particules subatomiques, semble-t-il, jouent en effet aux d&#233;s, dans le casino tr&#232;s actif, au niveau microscopique de la r&#233;alit&#233;. C'est le premier &#233;l&#233;ment d'impr&#233;visibilit&#233; absolue pour g&#226;cher notre confiance dans le monde &#233;tant un m&#233;canisme pr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cons&#233;quence philosophique int&#233;ressante de la th&#233;orie du chaos est qu'elle cr&#233;e une deuxi&#232;me fissure dans la notion d'un univers r&#233;gulier et pr&#233;visible, mais maintenant au niveau de notre exp&#233;rience quotidienne. Dans le pass&#233;, nous nous attendions &#224; ce que la causalit&#233; entra&#238;ne la r&#233;p&#233;tabilit&#233; et que la r&#233;p&#233;tabilit&#233; entra&#238;ne la pr&#233;visibilit&#233;. Mais la th&#233;orie du chaos nous dit que puisque les syst&#232;mes dynamiques complexes sont extr&#234;mement sensibles aux conditions initiales, toute tentative d'ex&#233;cution r&#233;p&#233;t&#233;e d'un tel syst&#232;me sera bloqu&#233;e s'il y a m&#234;me la plus petite diff&#233;rence dans les conditions de d&#233;part du syst&#232;me. Ainsi, m&#234;me si une chose en suit une autre, cela ne signifie pas que le r&#233;sultat sera le m&#234;me, m&#234;me si le futur est d&#233;termin&#233; par le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire est un myst&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons plus non plus consid&#233;rer l'histoire comme simplement &#171; un fait apr&#232;s l'autre &#187;, comme Henry Ford est r&#233;put&#233; l'avoir appel&#233;. Que le d&#233;veloppement de syst&#232;mes complexes d&#233;pende de la sensibilit&#233; &#224; leurs conditions initiales signifie que l'histoire n'est peut-&#234;tre pas mieux connue que l'avenir. Puisque les &#233;v&#233;nements pass&#233;s sont eux-m&#234;mes le r&#233;sultat d'un comportement chaotique, leur succession va &#234;tre tout aussi difficile &#224; reconstruire que l'avenir l'est &#224; construire. Comme le dit le po&#232;te Paul Val&#233;ry : &#171; la difficult&#233; de reconstruire le pass&#233;, m&#234;me le pass&#233; r&#233;cent, est tout &#224; fait comparable &#224; celle de construire le futur, m&#234;me le futur proche ; ou plut&#244;t, ce sont la m&#234;me difficult&#233;. Le proph&#232;te est dans le m&#234;me bateau que l'historien &#187; (&#171; Crisis of the Mind &#187;, First Letter, 1919).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement le cours de l'histoire est difficile &#224; reconstruire, mais sa complexit&#233; rend les raisonnements hypoth&#233;tico-d&#233;ductifs &#8211; ou dans le langage courant, les &#171; et si&#8230; &#187; &#8211; encore plus difficiles &#224; sp&#233;culer. Les historiens, les philosophes et nous, les gens ordinaires, nous demandons : &#171; Et si tel ou tel &#233;tait arriv&#233; &#224; la place ? &#187; Prenez le sc&#233;nario contrefactuel : &#171; Et si JFK n'avait pas &#233;t&#233; tu&#233; ? &#187; Certains historiens pr&#233;tendent que le pr&#233;sident Kennedy &#233;tait tr&#232;s r&#233;ticent &#224; engager plus que des conseillers au Sud-Vietnam au d&#233;but des ann&#233;es 1960. S'il avait v&#233;cu et d&#233;cid&#233; que les troupes am&#233;ricaines ne seraient pas utilis&#233;es dans une guerre au Vietnam, la guerre du Vietnam aurait-elle pu &#234;tre &#233;vit&#233;e ? Et supposons que Kennedy ait gard&#233; les &#201;tats-Unis hors de la guerre, quels autres &#233;v&#233;nements en auraient r&#233;sult&#233; ? Comment pourrait-on dire ? On ne sait m&#234;me pas quelle combinaison d'&#233;v&#233;nements aurait &#233;t&#233; n&#233;cessaire pour qu'il ait v&#233;cu, sans parler de leur probabilit&#233; de se produire. Il est trop facile de sugg&#233;rer que tout ce qu'il avait &#224; faire &#233;tait d'&#233;viter la condition initiale d'&#234;tre &#224; Dallas en ce jour fatidique. Pour ce qui aurait &#233;t&#233; impliqu&#233; dans le fait d'&#233;viter Dallas alors ; et quelles auraient &#233;t&#233; les cons&#233;quences pour l'histoire qui a suivi de ce seul changement du cours des &#233;v&#233;nements ? De plus, m&#234;me si Kennedy n'avait pas &#233;t&#233; tu&#233;, toute la politique qu'il aurait pu essayer d'adopter envers le Vietnam aurait &#233;t&#233; soumise &#224; de fortes forces compensatoires, telles que sa r&#233;&#233;lection ; s'il pouvait compter sur l'appui de son propre parti ; les int&#233;r&#234;ts du complexe militaro-industriel ; les inqui&#233;tudes concernant la propagation du communisme ; et le r&#244;le clandestin de l'administration Kennedy et de la CIA qui a consist&#233; d'abord &#224; soutenir puis &#224; renverser le leader sud-vietnamien Ngo Dinh Diem ; et ceci pour ne citer que quelques consid&#233;rations qui auraient pu jouer un r&#244;le dans la survenue de la guerre du Vietnam. En effet, le r&#244;le du pr&#233;sident Kennedy et de ses conseillers dans le soutien du coup d'&#201;tat de 1963 qui a renvers&#233; Diem a &#233;t&#233; cr&#233;dit&#233; par l'historien et analyste de la s&#233;curit&#233; nationale John Prados d'avoir rendu l'Am&#233;rique responsable de l'avenir du Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; l'image plus large de la vie elle-m&#234;me, le fait que les syst&#232;mes chaotiques soient extr&#234;mement sensibles aux conditions initiales sugg&#232;re une certaine cr&#233;ativit&#233; dans la nature, puisqu'une telle sensibilit&#233; rend possible une sorte de &#171; coud&#233;es franches &#187;, offrant un espace pour que des r&#233;sultats des processus naturels soient uniques, au sens de non r&#233;p&#233;table dans le d&#233;tail. Le regrett&#233; pal&#233;ontologue Stephen Jay Gould a soutenu que la contingence historique dans ce sens joue un r&#244;le aussi important dans l'&#233;volution que la s&#233;lection naturelle. Dans &#171; Wonderful Life &#187; (1990), il a d&#233;clar&#233; que si nous pouvions ramener l'&#233;volution sur Terre &#224; ses d&#233;buts et red&#233;marrer le processus avec des conditions initiales l&#233;g&#232;rement diff&#233;rentes, les organismes de notre plan&#232;te seraient radicalement diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contingence historique peut aussi jouer un r&#244;le dans les lois m&#234;mes de la nature. Dans son livre &#171; Time Reborn &#187; (2013), le physicien Lee Smolin soutient que les lois de la nature elles-m&#234;mes &#171; &#233;mergent de l'int&#233;rieur de l'univers et &#233;voluent dans le temps avec l'univers qu'elles d&#233;crivent &#187;. Il cite favorablement les c&#233;l&#232;bres physiciens quantiques Paul Dirac et Richard Feynman sur ce point. Dirac note qu'&#171; Au d&#233;but des temps, les lois de la Nature &#233;taient probablement tr&#232;s diff&#233;rentes de ce qu'elles sont aujourd'hui. Ainsi, nous devrions consid&#233;rer les lois de la Nature comme changeant continuellement avec l'&#233;poque, au lieu de se maintenir uniform&#233;ment dans tout l'espace-temps. &#187; Et Feynman observe que &#171; Le seul domaine qui n'a admis aucune question &#233;volutionniste est la physique. Voici les lois, disons-nous&#8230; mais comment sont-elles arriv&#233;es ainsi, avec le temps ?&#8230; Donc, il se pourrait qu'elles ne soient pas toujours les m&#234;mes [lois] et qu'il y ait une question historique, &#233;volutive. L'univers pourrait &#234;tre un syst&#232;me chaotique en &#233;volution, jusque dans ses lois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaos cosmique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#233;tude sur les racines sociales des fusillades dans les &#233;coles, &#171; Rampage &#187; (2005), Katherine Newman pr&#233;vient que &#171; lorsque nous sommes incapables d'expliquer quelque chose [comme les fusillades dans les &#233;coles], nous recherchons la cause la plus proche ou la plus imm&#233;diate &#187; plut&#244;t que de chercher &#224; comprendre le r&#233;seau plus complexe de facteurs causaux impliqu&#233;s. Cependant, la th&#233;orie du chaos indique clairement que le comportement d'un syst&#232;me complexe ne peut pas &#234;tre compris en examinant uniquement les causes imm&#233;diates du comportement ; il faut comprendre le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, leur extr&#234;me sensibilit&#233; aux conditions initiales signifie que les syst&#232;mes complexes ne sont pas isolables mais sont connect&#233;s &#224; tout ce qui se passe. Cela rend l'&#233;tablissement de fronti&#232;res d&#233;finitives entre des syst&#232;mes dynamiques complexes individuels non simplement arbitraires, mais peut-&#234;tre fictionnelle. Il semblerait donc que, dans la recherche de la condition initiale d&#233;terminante d'un syst&#232;me complexe, il faudrait commencer par la cr&#233;ation du temps lui-m&#234;me, car le Big Bang repr&#233;sente le point discret dans lequel toute la mati&#232;re et l'&#233;nergie de l'univers &#233;tait comprim&#233;es. La th&#233;orie du chaos soutient qu'&#224; partir de ce moment, les plus petits changements d'&#233;v&#233;nements entra&#238;neraient de grandes diff&#233;rences dans les &#233;tats futurs des galaxies. (Comme le montre clairement la th&#233;orie de la relativit&#233; d'Einstein, les grandes masses fa&#231;onnent l'espace et le temps, et sont &#224; leur tour dirig&#233;es dans leurs trajectoires orbitales par les distorsions dans le temps et dans l'espace que cr&#233;ent leurs masses. Nous aurions donc besoin d'ajouter la contribution causale que les galaxies ont sur le d&#233;veloppement de l'autre - un tr&#232;s grand cercle de causalit&#233;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, &#224; mesure que nous r&#233;fl&#233;chissons plus profond&#233;ment aux limites de la nature, nous constatons que ces bornes sont artificielles. Bien que nous ayons tendance &#224; r&#233;duire les syst&#232;mes &#224; leurs &#233;l&#233;ments constitutifs, il y a de bonnes raisons de croire que les &#233;l&#233;ments constitutifs ne sont pas les unit&#233;s pertinentes pour la nature elle-m&#234;me, que ce soit au niveau microscopique ou macroscopique. La nature elle-m&#234;me semble concerner plut&#244;t les interactions (et leurs mod&#232;les) entre les parties. Bohr, Heisenberg et les autres pionniers de la physique quantique ont montr&#233; que cela &#233;tait vrai au niveau subatomique, puisque les observations que nous faisons des ph&#233;nom&#232;nes quantiques doivent prendre en compte l'observateur comme partie int&#233;grante des r&#233;sultats obtenus. Au niveau macroscopique, Einstein a montr&#233; que le temps lui-m&#234;me est relatif &#224; son cadre de r&#233;f&#233;rence. Peut-&#234;tre, alors, que les ph&#233;nom&#232;nes au niveau macroscopique sont aussi en fin de compte connect&#233;s dans leur ensemble. Dans leur r&#233;cent livre &#171; Heart of Darkness &#187; (2013), Jeremiah Ostriker et Simon Mitton r&#233;sument, avec consternation, une conclusion de Steven Hawking et Richard Ellis : &#171; Les lois physiques locales sont d&#233;termin&#233;es par la structure &#224; grande &#233;chelle de l'univers. Cela signifie que la cosmologie doit &#234;tre comprise, non pas comme une r&#233;flexion apr&#232;s coup divertissante, mais comme le fondement de la physique de laboratoire, qui est une pens&#233;e troublante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#233;stabilisant pour Ostriker et Mitton &#8211; mais excellent pour le fil de mon argumentation, car il soutient l'id&#233;e que des &#233;v&#233;nements apparemment simplement locaux peuvent ne pas &#234;tre s&#233;parables des &#233;v&#233;nements plus importants du cosmos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pousser cet argument un peu plus loin, il est prouv&#233; que le comportement des particules subatomiques peut &#234;tre instantan&#233;ment connect&#233; &#224; des distances illimit&#233;es - un ph&#233;nom&#232;ne connu sous le nom d'&#171; intrication quantique non locale &#187;. Ce ph&#233;nom&#232;ne d&#233;fie les notions du bon sens selon laquelle la s&#233;paration dans l'espace et le temps rend les &#233;v&#233;nements ind&#233;pendants les uns des autres. Einstein a d&#233;crit avec d&#233;dain ce soi-disant enchev&#234;trement comme &#171; des actions effrayantes &#224; distance &#187;. Alors que de nombreux non-scientifiques ont instantan&#233;ment tir&#233; des conclusions sur ce que signifie la non-localit&#233; et comment elle peut &#234;tre utilis&#233;e - tout ce qui vient de &#171; Star Trek &#187; - comme la t&#233;l&#233;portation &#224; la sp&#233;culation sur un univers conscient - nous pourrions au moins convenir de mani&#232;re responsable que l'enchev&#234;trement des particules soul&#232;ve la question de savoir dans quelle mesure les &#233;v&#233;nements peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des occurrences ind&#233;pendantes, ou plut&#244;t devraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme les &#233;l&#233;ments constitutifs d'un tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conscience Quantique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, que penser de l'interpr&#233;tation de Copenhague de la physique quantique ? Selon l'interpr&#233;tation de Copenhague, notre choix m&#234;me du comportement atomique &#224; observer d&#233;termine ce qui existe. Comme Pascual Jordan, l'un des fondateurs de la th&#233;orie quantique, le dit succinctement : &#171; Les observations ne perturbent pas seulement ce qui est mesur&#233;, elles le produisent. &#187; Sur cette interpr&#233;tation, une fronti&#232;re nette ne semble pas exister entre les observateurs et l'observ&#233;, entre la conscience et les ph&#233;nom&#232;nes atomiques mesur&#233;s. Cette conclusion d&#233;rangeait Einstein plus que m&#234;me le comportement al&#233;atoire des atomes, car elle remettait en cause l'existence d'une r&#233;alit&#233; physique en dehors de l'observateur. Pour reprendre les mots du physicien John Wheeler : &#171; Aussi utile qu'il soit dans les circonstances de tous les jours de dire que le monde existe &#171; l&#224;-bas &#187; ind&#233;pendamment de nous, ce point de vue ne peut plus &#234;tre d&#233;fendu. Il y a un sens &#233;trange dans lequel il s'agit d'un &#171; univers participatif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela soul&#232;ve une question des plus int&#233;ressantes : devons-nous repenser nos notions non seulement de l'avenir, mais de qui nous sommes ? Dans la mesure o&#249; nous nous identifions &#224; notre conscience, cela semble signifier que chacun de nous est plus intimement li&#233; au monde que nous ne l'imaginons ordinairement. Mais comme d'autres syst&#232;mes dynamiques complexes, ce que nous sommes est illimit&#233;, m&#234;me si nous pouvons &#234;tre distingu&#233;s d'autres choses &#224; de nombreuses fins, telles que la mort, les imp&#244;ts et le mariage. Que nous consid&#233;rions notre connexion &#224; l'univers dans son ensemble comme m&#233;taphysiquement fantasmagorique d&#233;pend de si (comme dans l'histoire des moines aveugles) nous caract&#233;risons l'&#233;l&#233;phant en ressentant ses parties individuelles ; ou au contraire, nous voyons que les parties sont apparues en relation les unes avec les autres et avec l'environnement dans son ensemble, et nous pouvons ainsi identifier le tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute &#233;vidence, la th&#233;orie du chaos a mis au jour de puissants processus naturels que nous commen&#231;ons seulement &#224; comprendre. Alors, que conclure sur l'avenir ? Compte tenu de l'affirmation de la th&#233;orie du chaos selon laquelle les syst&#232;mes complexes agissent de mani&#232;re d&#233;terministe mais ne sont donc pas pr&#233;visibles, nous pouvons dire que les devins et tous ces experts sont surpay&#233;s ! Mais pour &#234;tre s&#233;rieux, il y a un sens dans lequel l'avenir est ouvert. &#201;tant donn&#233; que les syst&#232;mes complexes sont extr&#234;mement sensibles aux conditions initiales, &#224; la r&#233;troaction circulaire et aux interactions avec d'autres syst&#232;mes complexes, ce qui va se passer dans le monde semble d&#233;pendre de la fa&#231;on dont tous les syst&#232;mes complexes du monde se comportent &#224; chaque instant. L'avenir est donc auto-organis&#233;, mais sans fin, but ou plan particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;tudiant sur le point de mener une exp&#233;rience scientifique a demand&#233; un jour &#224; son professeur : &#171; Qu'est-ce qui est cens&#233; se passer dans cette exp&#233;rience ? &#187; en attendant, comme le font les &#233;l&#232;ves, une r&#233;ponse pr&#233;d&#233;termin&#233;e. Le sage professeur a r&#233;pondu : &#171; Ce qui est cens&#233; arriver, c'est ce qui arrive. &#187; Sonne comme un bon compte de l'avenir pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://philosophynow.org/issues/114/Chaos_and_An_Unpredictable_Tomorrow&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pr Peter Saltzstein 2016&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/Chaos_et_d%C3%A9terminisme/_D16DQAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=philosophie+du+chaos+d%C3%A9terministe&amp;pg=PT402&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une autre lecture&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;file:///C:/Users/HP/AppData/Local/Temp/Dialnet-LaSignificationDuChaosDeterministeFacteurDePhiloso-7476599.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot59&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La convergence de structures physiquement ind&#233;pendantes : des neurones &#224; la structure de l'Univers</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article7912</link>
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		<dc:date>2023-02-27T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



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&lt;p&gt;La convergence de structures physiquement ind&#233;pendantes : des neurones &#224; la structure de l'Univers &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;De nos jours, la mati&#232;re n'est pas distribu&#233;e uniform&#233;ment partout dans l'espace, mais est arrang&#233;e au lieu de cela dans un complexe &#034;tissu cosmique&#8221; de filaments et de murs d&#233;limitant des bulles de vide. Des r&#233;gions avec des concentrations &#233;lev&#233;es de galaxies sont connues comme des amas de galaxies tandis que des r&#233;gions de faible densit&#233; sont d&#233;nomm&#233;es vides. Cette distribution non (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Chapter 09 : The model of deterministic chaos - Le mod&#232;le du chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La convergence de structures physiquement ind&#233;pendantes : des neurones &#224; la structure de l'Univers&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;De nos jours, la mati&#232;re n'est pas distribu&#233;e uniform&#233;ment partout dans l'espace, mais est arrang&#233;e au lieu de cela dans un complexe &#034;tissu cosmique&#8221; de filaments et de murs d&#233;limitant des bulles de vide. Des r&#233;gions avec des concentrations &#233;lev&#233;es de galaxies sont connues comme des amas de galaxies tandis que des r&#233;gions de faible densit&#233; sont d&#233;nomm&#233;es vides. Cette distribution non homog&#232;ne de mati&#232;re est appel&#233;e la distribution &#224; Grande Echelle de l'Univers. Lorsque l'Univers est consid&#233;r&#233; dans son ensemble cette distribution a une apparence similaire au r&#233;seau de neurones du cerveau.&#034;&lt;/i&gt; PGJ Astronomie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A gauche la structure neuronale et &#224; droite la structure mat&#233;rielle de l'Univers&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15933 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L316xH160/index-102-6a3b9.jpg?1777464115' width='316' height='160' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cnews.fr/monde/2020-11-19/le-cerveau-humain-la-meme-structure-que-lunivers-1019605&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les neurones ont la m&#234;me structure que l'Univers&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/univers-cerveau-humain-ressemble-etrangement-univers-37833/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le cerveau humain ressemble &#233;trangement &#224; l'Univers&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.resonancescience.org/blog/l-univers-structure-comme-un-gigantesque-reseau-neuromorphique-galactique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'univers structur&#233; comme un gigantesque r&#233;seau neuromorphique galactique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ulyces.co/news/la-structure-de-lunivers-ressemble-de-facon-troublante-a-celle-du-cerveau-humain/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La structure de l'univers ressemble de fa&#231;on troublante &#224; celle du cerveau humain&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article764&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le neurone, la cellule nerveuse : une fractale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article764&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le neurone, la cellule nerveuse : une fractale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article20&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discontinuit&#233; de l'univers et structures hi&#233;rarchiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article658&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;De l'astrophysique &#224; la microphysique, ou la r&#233;troaction d'&#233;chelle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article441&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les bulles de vide et la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1444&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Univers fractal&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5100&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La relativit&#233; d'&#233;chelle de Laurent Nottale et le vivant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3278&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des exemples de chaos d&#233;terministe dans les syst&#232;mes amortis entretenus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article702&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'universalit&#233; des fractales&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2316&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le cerveau, comme syst&#232;me critique auto-organis&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://trustmyscience.com/cerveau-humain-presente-similitudes-avec-univers/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le cerveau humain pr&#233;sente bien des similitudes avec&#8230; l'Univers&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://dailygeekshow.com/structure-univers-cerveau/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les structures de l'Univers et du cerveau humain se r&#233;v&#232;lent &#233;tonnamment similaires&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article492&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cascades de structures dissipatives&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article258&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La th&#233;orie du chaos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.biblio.univ-evry.fr/theses/2008/2008EVRY0037.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La convergence des modularit&#233;s structurelles et&lt;br class='autobr' /&gt;
fonctionnelles des syst&#232;mes complexes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;terminisme, hasard, chaos, libert&#233;</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article7628</link>
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		<dc:date>2023-01-31T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Deterministic chaos - Chaos d&#233;terministe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;terminisme, hasard, chaos, libert&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Borgius, le 25 janvier 1894 : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans toutes ces soci&#233;t&#233;s domine la n&#233;cessit&#233; dont le hasard est le compl&#233;ment et la manifestation. La n&#233;cessit&#233; qui se fait jour &#224; travers tous les hasards, c'est de nouveau finalement la n&#233;cessit&#233; &#233;conomique. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Engels dans &#171; Dialectique de la nature &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La n&#233;cessit&#233; est aussi inh&#233;rente au hasard. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Sur le plan de la th&#233;orie, la science de la nature s'est obstin&#233;e d'une part dans la pauvret&#233; de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Chapter 09 : The model of deterministic chaos - Le mod&#232;le du chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot59" rel="tag"&gt;Deterministic chaos - Chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;terminisme, hasard, chaos, libert&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Engels &#224; Borgius, le 25 janvier 1894 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans toutes ces soci&#233;t&#233;s domine la n&#233;cessit&#233; dont le hasard est le compl&#233;ment et la manifestation. La n&#233;cessit&#233; qui se fait jour &#224; travers tous les hasards, c'est de nouveau finalement la n&#233;cessit&#233; &#233;conomique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels dans &#171; Dialectique de la nature &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La n&#233;cessit&#233; est aussi inh&#233;rente au hasard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sur le plan de la th&#233;orie, la science de la nature s'est obstin&#233;e d'une part dans la pauvret&#233; de la m&#233;taphysique selon Wolff qui veut que quelque chose soit ou bien n&#233;cessaire ou bien contingent, mais non les deux &#224; la fois et d'autre part, dans le d&#233;terminisme m&#233;caniste &#224; la pens&#233;e &#224; peine moins pauvre, qui supprime en bloc le hasard par une n&#233;gation verbale pour le reconna&#238;tre en pratique dans chaque cas particulier. (...) En face de ces deux conceptions, Hegel appara&#238;t avec des proportions absolument inou&#239;es jusque-l&#224; : &#171; Le contingent a un fond parce qu'il est contingent, et aussi bien il n'a pas de fond parce qu'il est contingent ; le contingent est n&#233;cessaire et la n&#233;cessit&#233; elle-m&#234;me se d&#233;termine comme contingence, tandis que d'autre part, cette contingence est plut&#244;t la n&#233;cessit&#233; absolue &#187;. (Logique : L.II, Section III, ch. 1, La R&#233;alit&#233;.) La science de la nature a tout simplement oubli&#233; ces principes en les prenant comme des jeux de paradoxes, comme un non-sens se contredisant lui-m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qu'on affirme n&#233;cessaire est compos&#233; de purs hasards et le pr&#233;tendu hasard est la forme sous laquelle se cache la n&#233;cessit&#233;. La causalit&#233; lin&#233;aire est suffisante pour des ph&#233;nom&#232;nes simples. Mais cette forme simpliste de d&#233;termination ne suffit lorsqu'on se trouve devant des syst&#232;mes complexes et sensibles. (...) Le hasard n'est pas la n&#233;gation de la causalit&#233; et du d&#233;terminisme ; il est la n&#233;gation dialectique de la n&#233;cessit&#233;, expression de la richesse des d&#233;terminations des syst&#232;mes physiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels, &#171; L'Origine de la famille, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de l'&#201;tat &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mais le hasard n'est que l'un des p&#244;les d'un ensemble dont l'autre p&#244;le s'appelle n&#233;cessit&#233;. Dans la nature, o&#249; le hasard aussi semble r&#233;gner, nous avons d&#233;montr&#233; depuis longtemps, dans chaque domaine particulier, la n&#233;cessit&#233; immanente et la loi interne qui s'imposent dans ce hasard. [Et ce qui est vrai de la nature ne l'est pas moins de la soci&#233;t&#233;.] Plus une activit&#233; sociale, une s&#233;rie de faits sociaux &#233;chappent au contr&#244;le conscient des hommes et les d&#233;passent, plus ils semblent livr&#233;s au pur hasard, et plus leurs lois propres, inh&#233;rentes, s'imposent dans ce hasard, comme par une n&#233;cessit&#233; de la nature. Des lois analogues r&#233;gissent aussi les hasards de la production marchande et de l'&#233;change des marchandises ; elles se dressent en face du producteur et de l'&#233;changiste isol&#233;s comme des forces &#233;trang&#232;res qu'on ne reconna&#238;t pas tout d'abord et dont il faut encore p&#233;niblement &#233;tudier et approfondir la nature. Ces lois &#233;conomiques de la production marchande se modifient avec les diff&#233;rents degr&#233;s de d&#233;veloppement de cette forme de production ; mais toute la p&#233;riode de la civilisation est plac&#233;e, dans son ensemble, sous leur d&#233;pendance. Et, de nos jours encore, le produit domine les producteurs ; de nos jours encore, la production totale de la soci&#233;t&#233; est r&#233;gl&#233;e non d'apr&#232;s un plan &#233;labor&#233; en commun, mais par des lois aveugles qui s'imposent avec la violence d'un cataclysme naturel, en dernier ressort dans les orages des crises commerciales p&#233;riodiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Environ un si&#232;cle apr&#232;s Laplace, Poincar&#233; &#233;crit dans l'introduction de son Calcul des Probabilit&#233;s un texte dont la tonalit&#233; est fort diff&#233;rente de celui de son illustre pr&#233;d&#233;cesseur. C'est entre 1880 et 1910, que Poincar&#233;, qui cherche &#224; prouver la stabilit&#233; du syst&#232;me solaire, d&#233;couvre un nouveau continent issu des &#233;quations de Newton et jusqu'alors inexplor&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Comment oser parler des lois du hasard ? Le hasard n'est-il pas l'antith&#232;se de toute loi ? Ainsi s'exprime Rerirand, au d&#233;but de son Calcul des probabilit&#233;s. La probabilit&#233; est oppos&#233;e &#224; la certitude ; c'est donc ce qu'on ignore et, par cons&#233;quent semble-t-il, ce qu'on ne saurait calculer. Il y a l&#224; une contradiction au moins apparente et sur laquelle on a d&#233;j&#224; beaucoup &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'abord qu'est-ce que le hasard ? Les anciens distinguaient les ph&#233;nom&#232;nes qui semblaient ob&#233;ir &#224; des lois harmonieuses, &#233;tablies une fois pour toutes, et ceux qu'ils attribuaient au hasard ; c'&#233;taient ceux qu'on ne pouvait pr&#233;voir parce qu'ils &#233;taient rebelles &#224; toute loi. Dans chaque domaine, les lois pr&#233;cises ne d&#233;cidaient pas de tout, elles tra&#231;aient seulement les limites entre lesquelles il &#233;tait permis au hasard de se mouvoir. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour trouver une meilleure d&#233;finition du hasard, il nous faut examiner quelques-uns des faits qu'on s'accorde &#224; regarder comme fortuits, et auxquels le calcul des probabilit&#233;s para&#238;t s'appliquer ; nous rechercherons ensuite quels sont leurs caract&#232;res communs. Le premier exemple que nous allons choisir est celui de l'&#233;quilibre instable ; si un c&#244;ne repose sur sa pointe, nous savons bien qu'il va tomber, mais nous ne savons pas de quel c&#244;t&#233; ; il nous semble que le hasard seul va en d&#233;cider. Si le c&#244;ne &#233;tait parfaitement sym&#233;trique, si son axe &#233;tait parfaitement vertical, s'il n'&#233;tait soumis &#224; aucune autre force que la pesanteur, il ne tomberait pas du tout. Mais le moindre d&#233;faut de sym&#233;trie va le faire pencher l&#233;g&#232;rement d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre, et d&#232;s qu'il penchera, si peu que ce soit, il tombera tout &#224; fait de ce c&#244;t&#233;. Si m&#234;me la sym&#233;trie est parfaite, une tr&#233;pidation tr&#232;s l&#233;g&#232;re, un souffle d'air pourra le faire incliner de quelques secondes d'arc ; ce sera assez pour d&#233;terminer sa chute et m&#234;me le sens de sa chute qui sera celui de l'inclinaison initiale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une cause tr&#232;s petite, qui nous &#233;chappe, d&#233;termine un effet consid&#233;rable que nous ne pouvons pas ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est d&#251; au hasard. Si nous connaissions exactement les lois de la nature et la situation de l'univers &#224; l'instant initial, nous pourrions pr&#233;dire exactement la situation de ce m&#234;me univers &#224; un instant ult&#233;rieur. Mais, lors m&#234;me que les lois naturelles n'auraient plus de secret pour nous, nous ne pourrions conna&#238;tre la situation qu'approximativement. Si cela nous permet de pr&#233;voir la situation ult&#233;rieure avec la m&#234;me approximation, c'est tout ce qu'il nous faut, nous disons que le ph&#233;nom&#232;ne a &#233;t&#233; pr&#233;vu, qu'il est r&#233;gi par des lois ; mais il n'en est pas toujours ainsi, il peut arriver que de petites diff&#233;rences dans les conditions initiales en engendrent de tr&#232;s grandes dans les ph&#233;nom&#232;nes finaux ; une petite erreur sur les premi&#232;res produirait une erreur &#233;norme sur les derniers. La pr&#233;diction devient impossible et nous avons le ph&#233;nom&#232;ne fortuit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de d&#233;terminisme en physique et ses limites :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00167290/document&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00167290/document&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Textes divers sur ce th&#232;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=D%C3%A9terminisme%2C+hasard%2C+chaos%2C+libert%C3%A9+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=D%C3%A9terminisme%2C+hasard%2C+chaos%2C+libert%C3%A9+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Poincar&#233; et la r&#233;volution des id&#233;es scientifiques au vingti&#232;me si&#232;cle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.annales.org/archives/x/poincare6.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.annales.org/archives/x/poincare6.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hasard, chaos et d&#233;terminisme, les limites des pr&#233;dictions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.danielmartin.eu/Philo/Resume.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.danielmartin.eu/Philo/Resume.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hasard, probabilit&#233;s, incertitude, d&#233;terminisme, chaos&#8230; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-raison-presente-2016-2-page-17.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-raison-presente-2016-2-page-17.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;terminisme du hasard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.erudit.org/fr/revues/ltp/2005-v61-n3-ltp1093/012577ar/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.erudit.org/fr/revues/ltp/2005-v61-n3-ltp1093/012577ar/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaos, impr&#233;dictibilit&#233;, hasard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/chaos_impredictibilite_hasard.1070&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/chaos_impredictibilite_hasard.1070&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hasard et d&#233;terminisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pourlascience.fr/p/articles-fond/hasard-et-determinisme-953.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.pourlascience.fr/p/articles-fond/hasard-et-determinisme-953.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;terminisme affranchi de la contrainte de pr&#233;dictibilit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.revistadefilosofia.org/35-04.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.revistadefilosofia.org/35-04.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommes-nous d&#233;termin&#233;s par le hasard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cafephilosophia.fr/sujets/sommes-nous-determines-par-le-hasard/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cafephilosophia.fr/sujets/sommes-nous-determines-par-le-hasard/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=chaos+et+d%C3%A9terminisme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=chaos+et+d%C3%A9terminisme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que signifie &#171; L'ordre est issu du chaos &#187;</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article7122</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article7122</guid>
		<dc:date>2021-02-04T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Deterministic chaos - Chaos d&#233;terministe</dc:subject>
		<dc:subject>Emergence</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Que signifie &#171; L'ordre est issu du chaos &#187;, nous demande un lecteur&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien entendu, nous ne voulons pas faire de r&#233;f&#233;rence ici aux conceptions bibliques et autres mythes antiques de la &#171; Cr&#233;ation &#187;, ni des anciennes philosophies asiatiques du type yin et yang, mais &#224; la th&#233;orie scientifique dite du &#171; chaos d&#233;terministe &#187; d&#233;couverte par les physiciens Poincar&#233;, Kolmogorov, Feigenbaum et bien d'autres&#8230; Des conceptions qui n'ont absolument rien de m&#233;taphysiques ! &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ordre est issu du chaos, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Chapter 09 : The model of deterministic chaos - Le mod&#232;le du chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot59" rel="tag"&gt;Deterministic chaos - Chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot71" rel="tag"&gt;Emergence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que signifie &#171; L'ordre est issu du chaos &#187;, nous demande un lecteur&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, nous ne voulons pas faire de r&#233;f&#233;rence ici aux conceptions bibliques et autres mythes antiques de la &#171; Cr&#233;ation &#187;, ni des anciennes philosophies asiatiques du type yin et yang, mais &#224; la th&#233;orie scientifique dite du &#171; chaos d&#233;terministe &#187; d&#233;couverte par les physiciens Poincar&#233;, Kolmogorov, Feigenbaum et bien d'autres&#8230; Des conceptions qui n'ont absolument rien de m&#233;taphysiques !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre est issu du chaos, cette phrase n&#233;cessite de comprendre que le &#171; chaos &#187; est d&#233;terministe et pas un simple d&#233;sordre, qu'il est certes agit&#233; mais de mani&#232;re plus coh&#233;rente qu'il n'y semble au premier abord. En effet, certains types de lois peuvent donner un apparent d&#233;sordre, difficile &#224; distinguer du pur d&#233;sordre, de l'al&#233;atoire par exemple. Ces lois sont dites du &#171; chaos d&#233;terministe &#187;, ce qui signifie que l'&#233;tat est sans cesse d&#233;termin&#233; mais difficilement pr&#233;dictible. On dit aussi que le syst&#232;me est &#171; sensible aux conditions initiales &#187;, ce qui signifie que le moindre changement des conditions initiales, des valeurs des param&#232;tres de d&#233;part, change compl&#232;tement la suite des &#233;v&#233;nements. La phrase fameuse d&#233;crivant cette situation est celle du &#171; battement d'aile d'un papillon qui produirait, &#224; distance d'espace et de temps, une temp&#234;te ou quelque chose d'&#233;quivalent &#187;. En termes d'Histoire, on parle de &#171; r&#244;le de l'individu &#187;. Le r&#233;sultat en est l'impr&#233;dictibilit&#233; des r&#233;sultats, m&#234;me si la loi est bien connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels types de lois sont dans ce cas ? En fait, l'essentiel des lois le sont. Il s'agit de lois non-lin&#233;aires, ce qui signifie que les effets ne sont pas compl&#232;tement proportionnels aux causes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on dire que, dans ce cas, &#171; l'ordre est issu du chaos &#187; ? Oui, au sens o&#249;, d&#232;s que l'ordre est un peu d&#233;stabilis&#233; par une intervention ext&#233;rieure, le ph&#233;nom&#232;ne ram&#232;ne le syst&#232;me &#224; nouveau dans l'ordre permis par le chaos d&#233;terministe. Le syst&#232;me a &#171; saut&#233; &#187; d'un &#233;tat de la courbe chaotique &#224; un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple est rest&#233; fameux : celui du syst&#232;me solaire. On constate que les plan&#232;tes sont toujours l&#224;, en rotation autour du Soleil, malgr&#233; les modifications des trajectoires qui changent aussi les forces gravitationnelles agissant sur elles. On a d&#233;montr&#233; que les lois qui r&#233;gissent ces forces sont du &#171; chaos d&#233;terministe &#187; et que cela explique la grande stabilit&#233; du syst&#232;me solaire. C'est bel et bien le chaos qui permet de revenir &#224; un ordre &#224; chaque fois que l'ancien ordre est d&#233;stabilis&#233; par un changement de mouvement autour de la plan&#232;te, par exemple par le passage &#224; proximit&#233; d'une grande roche, par un mouvement hi&#233;ratique d'une pierre satellite, ou par un changement de mouvement d'une autre plan&#232;te. L'apparent d&#233;sordre du &#171; chaos d&#233;terministe &#187; est un moyen tr&#232;s solide de retour &#224; l'ordre. Plus solide en tout cas qu'un ordre fixe, dans lequel tout changement des conditions ext&#233;rieures serait d&#233;stabilisant. Cependant, ce chaos d&#233;terministe entra&#238;ne parfois un changement radical et une plan&#232;te peut ainsi carr&#233;ment quitter le syst&#232;me solaire, ce qui s'est certainement produit bien des fois dans l'histoire de notre galaxie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre issu du chaos signifie qu'un certain type de d&#233;sordre peut tr&#232;s bien &#234;tre &#224; l'origine d'un certain type d'ordre. Et l'image s'av&#232;re absolument n&#233;cessaire dans de nombreuses situations r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, en physique, c'est un d&#233;sordre apparent qui fonde l'ordre. Ainsi, le d&#233;sordre du vide quantique a donn&#233; naissance &#224; l'ordre des particules, des atomes et des mol&#233;cules, fond&#233; sur une agitation permanente, manifest&#233;e notamment par le mouvement brownien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple issu d'un tout autre domaine des sciences : le d&#233;sordre des modifications du capital g&#233;n&#233;tique am&#232;ne &#224; la formation d'esp&#232;ces, ayant des caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques qui se conservent globalement. Et toujours dans le domaine du vivant : le d&#233;sordre des interactions mol&#233;culaires produit l'ordre de la formation des macromol&#233;cules du Vivant. Ou bien, le d&#233;sordre des croisements entre individus produit l'ordre de l'esp&#232;ce vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de nombreuses situations, l'ordre ne peut se produire sans &#234;tre fond&#233; sur un irr&#233;ductible d&#233;sordre. C'est ce qu'avaient constat&#233;, avec un grand &#233;tonnement, les premiers physiciens quantiques, notamment avec les in&#233;galit&#233;s d'Heisenberg qui supposent un d&#233;sordre irr&#233;ductible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas en Physique quantique que le chaos d&#233;terministe avait fait ses premiers pas et, m&#234;me si le vide quantique qui le fonde est un chaos d&#233;terministe, il fonctionne bien plus souvent en physique classique et y a &#233;t&#233; d&#233;couvert par le physicien et math&#233;maticien Poincar&#233;, dans de domaine de la gravitation entre trois corps pesants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a, en effet, pas besoin d'un grand nombre de corps mat&#233;riels, mais seulement de trois, pour qu'une loi non-lin&#233;aire produise, dans certains cas, du chaos d&#233;terministe qui se manifeste par un apparent d&#233;sordre camouflant un ordre cach&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas toujours facile, si on ne connait pas la loi math&#233;matique et si on n'est pas s&#251;r qu'elle existe, de distinguer un chaos d&#233;terministe d'un d&#233;sordre pur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, les messages &#233;lectriques neuronaux du cerveau sont encore &#233;tudi&#233;s pour s'assurer de la r&#233;ponse : d&#233;sordre pur ou chaos d&#233;terministe ? Bien entendu, la r&#233;ponse est fondamentale pour notre compr&#233;hension du fonctionnement c&#233;r&#233;bral !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pu montrer que, lorsque les messages neuronaux deviennent trop stables, sont un ordre pur, on tombe dans une maladie grave : une &#233;pilepsie ! L'apparent d&#233;sordre est donc un moyen important de sauvegarde de la stabilit&#233; globale des syst&#232;mes. On le voit aussi dans le cas o&#249; des croisements g&#233;n&#233;tiques entre individus se produisent entre personnes de capital g&#233;n&#233;tique trop proche : la trop grande stabilit&#233; g&#233;n&#233;tique m&#232;ne &#224; des maladies graves. C'est le cas aussi de personnes qui ont &#233;t&#233; trop prot&#233;g&#233;es des virus et bact&#233;ries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient que la plus stable des cellules est la cellule canc&#233;reuse et elle d&#233;truit toutes les autres !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une esp&#232;ce trop stable, trop adapt&#233;e, au capital g&#233;n&#233;tique trop fixe, sans exp&#233;rience de lutte face &#224; un changement ou une agression virale ou bact&#233;rienne, par exemple, sera d&#233;truite par un changement brutal des conditions ext&#233;rieures, des maladies, de l'environnement ou du climat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vivant, comme d'autres syst&#232;mes physico-chimio-biologiques et m&#234;me sociaux, est plus stable en restant fond&#233; sur un apparent d&#233;sordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des exemples pour cette remarque est le capitalisme. C'est aujourd'hui qu'il a besoin d'&#234;tre le plus gouvern&#233; par des institutions centrales tr&#232;s interventionnistes qu'il est le plus menac&#233; dans son ordre fondamental. Pour les syst&#232;mes dynamiques, la stabilit&#233; absolue, c'est la mort&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre issu du chaos ne signifie nullement l'intervention d'un Esprit sup&#233;rieur, divin ou autre, mais l'existence d'une stabilit&#233; globale fond&#233;e sur l'instabilit&#233; locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de la particule quantique est spectaculaire. Elle conserve toutes ses caract&#233;ristiques en les faisant sauter sans cesse &#224; grande vitesse d'une particule virtuelle du vide quantique &#224; une autre via un boson de Higgs !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article449&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'auto-organisation ou l'ordre spontan&#233;ment issu du d&#233;sordre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4235&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#232;ses sur l'ordre et le d&#233;sordre dans la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article28&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La th&#233;orie du chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1073&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le chaos du coeur : la r&#233;gularit&#233;, c'est la maladie et le chaos, c'est la sant&#233; !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5518&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'effet papillon n'existe plus en mati&#232;re de climatologie, pr&#233;tendent les partisans du r&#233;chauffement global ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article563&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'eau : un exemple de chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article353&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Climatologie et chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1695&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ordre et d&#233;sordre, une question dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2463&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le chaos d&#233;terministe et le syst&#232;me solaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article721&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Poincar&#233; d&#233;couvre le chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4351&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que la sensibilit&#233; aux conditions initiales ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article752&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le chaos quantique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article514&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'image du chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article517&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le chaos d&#233;terministe en sciences&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article615&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le chaos d&#233;terministe dans les syst&#232;mes vivants&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le cerveau, ou le pilotage du chaos des interactions neuronales&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4869&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hasard et n&#233;cessit&#233; dans l'expression des g&#232;nes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5491&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La relation dialectique entre le hasard et la n&#233;cessit&#233; au sein de l'&#233;volution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article305&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chaos d&#233;terministe et &#233;conomie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5885&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le hasard et la n&#233;cessit&#233; sont-ils incompatibles ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La th&#233;orie du chaos d&#233;terministe</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article6775</link>
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		<dc:date>2020-10-24T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Deterministic chaos - Chaos d&#233;terministe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Des syst&#232;mes dynamiques ne commencent &#224; pr&#233;senter des comportements complexes et chaotiques que lorsque leur trajectoire a lieu dans les trois dimensions. Ce n'est qu'alors qu'elles peuvent prendre des formes compliqu&#233;es en s'enroulant les unes autour des autres sans se couper. &#187; Le physicien John D Barrow dans &#171; Les constantes de la nature &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que le chaos d&#233;terministe ? L'astrophysicien John Barrow l'explique dans &#171; La grande th&#233;orie &#187; : &#171; Une brisure de sym&#233;trie particuli&#232;re, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot59" rel="tag"&gt;Deterministic chaos - Chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Des syst&#232;mes dynamiques ne commencent &#224; pr&#233;senter des comportements complexes et chaotiques que lorsque leur trajectoire a lieu dans les trois dimensions. Ce n'est qu'alors qu'elles peuvent prendre des formes compliqu&#233;es en s'enroulant les unes autour des autres sans se couper. &#187; Le physicien John D Barrow dans &#171; Les constantes de la nature &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le chaos d&#233;terministe ? L'astrophysicien John Barrow l'explique dans &#171; La grande th&#233;orie &#187; : &#171; Une brisure de sym&#233;trie particuli&#232;re, connue sous le vocable &#171; chaos &#187;, pr&#233;sente de nos jours un int&#233;r&#234;t bien plus consid&#233;rable que pr&#233;vu. L'&#233;volution des ph&#233;nom&#232;nes chaotiques montre une extr&#234;me sensibilit&#233; &#224; l'&#233;tat initial. La plus l&#233;g&#232;re modification de l'&#233;tat de d&#233;part conduit &#224; d'&#233;normes diff&#233;rences dans les &#233;tats ult&#233;rieurs. La majorit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes compliqu&#233;s et d&#233;sordonn&#233;s, comme la turbulence ou le climat, poss&#232;dent cette propri&#233;t&#233;. L'importance d'un tel comportement fut reconnue pour la premi&#232;re fois par James Clerk Maxwell dans la seconde moiti&#233; du 19&#232;me si&#232;cle. Invit&#233; &#224; donner une conf&#233;rence sur le libre arbitre dans son coll&#232;ge de Cambridge, il attira l'attention de ses coll&#232;gues sur les syst&#232;mes dans lesquels une infime incertitude sur leur &#233;tat pr&#233;sent nous emp&#234;che de pr&#233;dire avec certitude leur &#233;tat ult&#233;rieur. Les &#233;quations d&#233;terministes ne pourraient s'appliquer que si nous connaissions l'&#233;tat initial avec une parfaite pr&#233;cision (ce qui ne se peut) : &#171; Il va de soi que l'existence de conditions instables rend impossible la pr&#233;diction des &#233;v&#233;nements futurs, si notre connaissance des &#233;v&#233;nements pr&#233;sents n'est qu'approximative et non pr&#233;cise. (...) Que les m&#234;mes ant&#233;c&#233;dents donnent lieu aux m&#234;mes cons&#233;quences est une doctrine m&#233;taphysique. Personne ne peut le d&#233;mentir. Mais cela ne sert pas &#224; grand-chose dans un monde comme celui-ci, dans lequel les m&#234;mes ant&#233;c&#233;dents ne se reproduisent jamais, et rien ne se d&#233;roule deux fois (...) &#187; John Barrow explique ensuite comment une science des ph&#233;nom&#232;nes chaotiques est issue de ces r&#233;flexions, science qui est fort diff&#233;rente de la science habituelle. Le chaos d&#233;terministe ob&#233;it &#224; des lois, dites non lin&#233;aires [1], dans lesquelles le moindre changement d'un des param&#232;tres modifie compl&#232;tement l'allure des r&#233;sultats. Conna&#238;tre la formulation tr&#232;s pr&#233;cise de la loi est impossible. Il faut donc analyser l'ensemble de toutes les lois du m&#234;me type et en tirer une vision d'ensemble des &#233;volutions possibles. C'est une nouvelle philosophie de la science : &#171; Ces &#233;tudes des &#233;quations en g&#233;n&#233;ral plut&#244;t que des &#233;quations en particulier nous ont r&#233;v&#233;l&#233; que le comportement chaotique est la r&#232;gle plut&#244;t que l'exception. (...) Les ph&#233;nom&#232;nes lin&#233;aires, pr&#233;dictibles et simples, (...) sont les plus faciles &#224; comprendre. (...) Nous pouvons analyser les ph&#233;nom&#232;nes lin&#233;aires par parties. Le tout n'est rien d'autre que la somme de ses parties. (...) Les syst&#232;mes chaotiques non lin&#233;aires diff&#232;rent des pr&#233;c&#233;dents. Ils requi&#232;rent une connaissance de l'ensemble afin de comprendre les parties parce que le tout est bien plus que simplement la somme des parties. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le souci a &#233;t&#233; de comprendre pourquoi des syst&#232;mes simples et d&#233;terministes pouvaient pr&#233;senter une suite erratique d'&#233;tats. (...) Le chaos n'est pas un produit ou un mat&#233;riau dont la technologie pourrait s'emparer pour cr&#233;er de nouveaux appareils commercialisables (...) Le chaos est avant tout un concept, on pourrait presque dire une &#171; philosophie &#187; des comportements dynamiques. Le chaos d&#233;terministe est &#224; la fronti&#232;re entre l'ordre et le d&#233;sordre (...) Il est probable que dans ce sens, le chaos repr&#233;sente un m&#233;canisme important d'adaptation et qu'il intervient largement dans le monde du vivant. &#187; exposent les physiciens Pierre Berg&#233;, Yves Pomeau et Monique Dubois-Gance dans &#171; Des rythmes au chaos &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De nouveaux concepts scientifiques ont &#233;t&#233; produits d'une mani&#232;re souvent transdisciplinaire lors des derni&#232;res d&#233;cennies, sous les termes de &#171; th&#233;orie du chaos &#187;, &#171; th&#233;orie de la complexit&#233; &#187;, &#171; th&#233;orie des syst&#232;mes dynamiques non lin&#233;aires &#187;, etc. (...) Les syst&#232;mes dynamiques non lin&#233;aires &#233;clairent le concept de bifurcation. Une bifurcation correspond en effet au changement de nature d'un attracteur qui surgit lorsque la valeur d'un param&#232;tre de contr&#244;le du syst&#232;me franchit une valeur critique &#8211; ou entre dans un domaine de valeurs critiques. Prenons un cas concret mis en &#233;vidence dans certaines r&#233;actions chimiques : le syst&#232;me constitu&#233; de mol&#233;cules qui, &#224; l'&#233;chelle microscopique &#8211; celle des mol&#233;cules individuelles- r&#233;agissent entre elles au hasard de leurs rencontres. Une fois la bifurcation franchie &#8211; lorsque la concentration de certains r&#233;actifs passe une valeur critique-, les comportements individuels des mol&#233;cules ne changent pas, mais les conditions sont telles qu'il appara&#238;t dans le r&#233;cipient qui les contient, un ordre spatio-temporel &#224; l'&#233;chelle macroscopique- oscillation des concentrations des r&#233;actifs, le milieu restant homog&#232;ne, ou formation d'inhomog&#233;n&#233;it&#233;s spatiales de concentration en forme de spirales. Le changement d'organisation dans le syst&#232;me dynamique non lin&#233;aire est une propri&#233;t&#233; interne au syst&#232;me : c'est une auto-organisation. Cette bifurcation est donc un ph&#233;nom&#232;ne ponctu&#233;, critique, par lequel le syst&#232;me acquiert un comportement global nouveau et des propri&#233;t&#233;s nouvelles. On peut dire qu'une telle bifurcation est un exemple simple d'&#233;mergence, analysable, et d'o&#249; a disparu toute trace de myst&#232;re et de vitalisme. &#187; rajoutent Janine Guespin-Michel et Camille Ripoll dans l'article &#171; La dialectique de l'&#233;mergence &#187;. Le physicien Hughes Chat&#233; explique dans la revue &#171; Science et Avenir &#187; d'ao&#251;t 2005 : &#171; Les oscillations collectives ne sont pas structurellement r&#233;guli&#232;res. Elles comportent des fluctuations statistiques qui ne se dissipent que dans la limite du nombre infini de sites. On a donc bien une dynamique chaotique, donnant lieu &#224; un d&#233;sordre spatio-temporel fort (...) Une collection d'oscillateurs microscopiques bruit&#233;s, coupl&#233;s entre eux qui se synchronisent spontan&#233;ment. On l'aura compris, ces oscillateurs n'ont pas d'existence propre. Ils &#233;mergent de la dynamique microscopique et sont pr&#233;sents &#224; toutes les &#233;chelles interm&#233;diaires (...) De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les comportements collectifs &#233;mergents de syst&#232;mes chaotiques coupl&#233;s ne sont nullement anecdotiques (...) Ils sont plut&#244;t la r&#232;gle que l'exception (...) Les comportements collectifs tels que nous les d&#233;crivons ici sont bien robustes et donc parfaitement g&#233;n&#233;riques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aujourd'hui, la physique du chaos est partout : de la cosmologie &#224; la physique de la structure molle, ce ne sont que structures dissipatives, fluides, turbulences, vaguelettes, bulles et temp&#234;tes. &#187; remarque de m&#234;me le philosophe Pascal Engel dans &#171; L'&#233;nigme de l'&#233;mergence &#187; dans la revue &#171; Science et Avenir &#187; de juillet 2005. Le physicien-chimiste Ilya Prigogine et la philosophe Isabelle Stengers exposent dans &#171; Entre le temps et l'&#233;ternit&#233; &#187; les multiples situations pour lesquelles la th&#233;orie du chaos d&#233;terministe pourraient &#234;tre la clef de l'&#233;nigme. : &#171; Reconna&#238;tre parmi les ph&#233;nom&#232;nes qui se pr&#233;sentent comme al&#233;atoires ceux qui pourraient &#234;tre produits par un attracteur chaotique est &#233;videmment d'une importance majeure. Prenons, par exemple un probl&#232;me, si crucial aujourd'hui, de l'action de l'homme sur l'environnement. Pour comprendre la port&#233;e et la nature de cette action, il est n&#233;cessaire d'&#233;lucider les modes intrins&#232;ques de comportement de cet environnement. (...) Un syst&#232;me &#224; quatre variables ind&#233;pendantes pourrait suffire &#224; expliquer l'histoire &#171; chaotique &#187; du climat terrestre. (...) Des s&#233;ries de donn&#233;es extraites de l'activit&#233; du cerveau par &#233;lectro-enc&#233;phalogramme ont &#233;galement &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;es. A l'&#233;tat de sommeil profond, l'activit&#233; du cerveau aurait les traits du chaos d&#233;terministe et serait caract&#233;ris&#233; par un attracteur fractal &#224; cinq variables ind&#233;pendantes. (...) Au cours de crises d'&#233;pilepsie, un attracteur fractal peut &#224; nouveau &#234;tre rep&#233;r&#233;, mais dans un espace qui pourrait &#234;tre d&#233;fini par deux variables ind&#233;pendantes seulement. (...) Un &#233;lectron excit&#233; &#171; tombe &#187; vers un niveau inf&#233;rieur en &#233;mettant un photon. (...) La raison du chaos quantique est l'apparition de r&#233;sonances (...) qui correspondent &#224; des interactions mati&#232;re/lumi&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi une m&#234;me th&#233;orie, le chaos d&#233;terministe, expliquerait-elle des domaines aussi divers que le cerveau et la m&#233;t&#233;o, ou que le vide quantique et le rythme du coeur ? &#171; Comment le cerveau s&#233;pare-t-il une odeur de toutes les autres. Comment apprend-il &#224; reconna&#238;tre les odeurs famili&#232;res ? Il semble que ce soit rendu possible par le chaos. (...) Les chercheurs en ont d&#233;duit que l'acte de perception consiste en un saut brusque d'un ensemble d'oscillations chaotiques &#224; un autre. Ils pensent que le bulbe olfactif et le cortex entretiennent plusieurs ensembles d'oscillations chaotiques simultan&#233;es, une pour chaque odeur famili&#232;re. &#187; explique le physicien Carlos Calle dans &#171; Supercordes et autres ficelles &#187;. &#171; Depuis 1960, un nombre croissant d'observations conduisent &#224; la conclusion selon laquelle le climat de la terre est susceptible de pr&#233;senter une variabilit&#233; intrins&#232;que tr&#232;s prononc&#233;e. (...) Le syst&#232;me climatique est &#171; porteur &#171; d'une longue histoire des ph&#233;nom&#232;nes complexes de transition. &#187; rapportent les chaoticiens Ilya Prigogine et Gr&#233;goire Nicolis dans &#171; A la recherche du complexe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple typique du chaos d&#233;terministe est celui du pendule simple mais qui perd de l'&#233;nergie par frottement, tout en &#233;tant stimul&#233; r&#233;guli&#232;rement par une source d'&#233;nergie. Le mouvement est lent et la stimulation est brutale. Sa dur&#233;e d'intervention est beaucoup plus courte que le temps caract&#233;ristique du pendule. Le r&#233;sultat est un mouvement apparemment hi&#233;ratique et pourtant contenant un ordre cach&#233;, le chaos d&#233;terministe, impr&#233;dictible mais ob&#233;issant &#224; des lois. La radicalit&#233; de l'intervention qui produit l'apport &#233;nerg&#233;tique au mouvement, son caract&#232;re ponctu&#233;, est cause de cette particularit&#233;. C'est la rupture du choc qui produit la non-lin&#233;arit&#233; &#224; la racine du chaos. Cet exemple simple, le pendule amorti entretenu, n'existe pas dans la nature et pourtant il offre une image consid&#233;rablement plus riche que le pendule p&#233;riodique. Car nombre de ph&#233;nom&#232;nes proviennent de deux transformations coupl&#233;es, l'une beaucoup &#171; &#233;tant plus rapide que l'autre. Ainsi, une particule qui perd r&#233;guli&#232;rement de l'&#233;nergie n'en re&#231;oit que par un choc brutal : la r&#233;ception d'un photon. La mati&#232;re est sujette, jusque dans ses ph&#233;nom&#232;nes microscopiques, de propri&#233;t&#233;s chaotiques parce qu'elle ne peut se conserver que gr&#226;ce &#224; des chocs par lesquels elle gagne de l'&#233;nergie. Plus l'&#233;nergie en jeu est importante, plus le temps d'intervention doit &#234;tre court. La discontinuit&#233; est brutale et elle fait partie int&#233;grante de l'ordre qui ne peut plus &#234;tre consid&#233;r&#233; comme r&#233;gulier ni p&#233;riodique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple tir&#233; de &#171; Dieu joue-t-il aux d&#233;s &#187; du math&#233;maticien Ian Stewart, un ouvrage portant sur le chaos d&#233;terministe [2] : &#171; La machine &#224; &#233;tirer le caramel bouge p&#233;riodiquement (...) mais le caramel devient chaotique. Une cause r&#233;guli&#232;re : un effet irr&#233;gulier. Tous ceux qui utilisent un m&#233;langeur pour p&#226;tes &#224; g&#226;teaux, un batteur d'&#339;ufs ou un robot culinaire accomplissent un exercice de dynamique chaotique appliqu&#233;e. Un appareil m&#233;canique qui bouge d'une mani&#232;re r&#233;guli&#232;re et pr&#233;d&#233;termin&#233;e m&#233;lange les ingr&#233;dients de mani&#232;re al&#233;atoire. Comment cela se fait-il ? &#187;. Ian Stewart r&#233;pond qu'il y a deux ph&#233;nom&#232;nes : la machine qui m&#233;lange et la p&#226;te qui s'&#233;tire. Il aurait pu pr&#233;ciser qu'il y a un ph&#233;nom&#232;ne rapide et un ph&#233;nom&#232;ne lent. Car si la machine fonctionnait aussi lentement que l'&#233;tirement, il n'y aurait pas de chaos d&#233;terministe [3]. Tout r&#233;side donc dans un couplage de deux ph&#233;nom&#232;nes, un lent et un relativement beaucoup plus rapide. Le chaos r&#233;side dans l'existence d'un ordre non &#233;vident : une forme d'organisation l&#224; o&#249; il semble exister un d&#233;sordre. Les physiciens Pierre Berg&#233; et Yves Pomeau expliquent ainsi dans le num&#233;ro sp&#233;cial de &#171; Pour la science &#187; sur le chaos de janvier 1995 : &#171; M&#234;me lorsqu'on ne conna&#238;t pas les lois de la dynamique, il est possible de distinguer un comportement chaotique d'un comportement purement al&#233;atoire. (...) Un comportement r&#233;gulier correspond &#224; un diagramme simple, un attracteur. Si le mouvement est al&#233;atoire, les points repr&#233;sentatifs du syst&#232;me remplissent l'espace des phases au hasard : aucune structure n'appara&#238;t. Quand le mouvement est chaotique (au sens d'un chaos d&#233;terministe), les points paraissent &#224; premi&#232;re vue al&#233;atoire. N&#233;anmoins, quand on observe le ph&#233;nom&#232;ne suffisamment longtemps, on constate que les points dessinent une forme particuli&#232;re, qui pr&#233;sente une structure feuillet&#233;e. A cause de cette g&#233;om&#233;trie particuli&#232;re, fractale, ces attracteurs sont qualifi&#233;s d'&#233;tranges. Ils sont la signature du chaos. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun a bien conscience que le r&#233;sultat d'une course hippique est aussi impr&#233;dictible que la brisure d'un mat&#233;riau, le trajet d'une mol&#233;cule dans un gaz ou d'une poussi&#232;re dans l'air. On en comprend ais&#233;ment la raison. Chacun de ces ph&#233;nom&#232;nes ob&#233;it bien s&#251;r aux lois de la physique mais le d&#233;sordre (grand nombre de r&#233;sultats possibles) est trop important pour pr&#233;dire. Par contre, quel n'a pas &#233;t&#233; l'&#233;tonnement des physiciens de constater qu'il en allait de m&#234;me la mati&#232;re fondamentale, y compris pour une seule particule dans le vide. Impr&#233;dictible l'&#233;tat de la particule, sa position et sa vitesse, le moment o&#249; elle va se heurter &#224; une autre particule, &#233;mettre ou absorber un photon lumineux. Impr&#233;dictible sa trajectoire (position et vitesse). Toutes les transformations brutales pr&#233;sentent le m&#234;me caract&#232;re impr&#233;dictible et pourtant elles sont d&#233;terministes (ob&#233;issent &#224; des lois). L'impr&#233;dictibilit&#233; n'en est pas la particularit&#233; essentielle. &#171; Les s&#233;quences historiques des &#233;v&#233;nements sont des exemples classiques de syst&#232;mes complexes. Elles montrent une sensibilit&#233; &#224; des petits changements qui rend impossible la pr&#233;diction du futur avec certitude, m&#234;me si nous pouvons &#234;tre en mesure de comprendre ce qui s'est produit par le pass&#233;. &#187; &#233;crit le physicien John. D. Barrow dans &#171; Les constantes de la nature &#187;. Pire m&#234;me si l'on peut dire, des lois simples avec un petit nombre de param&#232;tres peuvent tout &#224; fait poss&#233;der la m&#234;me propri&#233;t&#233; (sensibilit&#233; aux petits changements) appel&#233;e aussi sensibilit&#233; aux conditions initiales, une des propri&#233;t&#233;s caract&#233;ristiques de ce que l'on appelle le chaos d&#233;terministe ou l'imbrication de l'ordre et du d&#233;sordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la science tente de comprendre comment la mati&#232;re, la vie, l'homme et la soci&#233;t&#233; ont &#233;t&#233; produits avec cr&#233;ations successives de nouveaut&#233;, elle se hasarde rarement &#224; pr&#233;voir les suivantes ! Par exemple, l'expansion a produit un refroidissement producteur des structures mat&#233;rielles comme la particule, l'atome et la mol&#233;cule. Mais la physique peut-elle donner une id&#233;e des types suivants de structure qui seront produits puisque l'expansion de l'Univers se poursuit et m&#234;me s'acc&#233;l&#232;re ? Conna&#238;tre les lois ne suffit pas &#224; pr&#233;voir le futur. L'univers se refroidissant a produit la mati&#232;re et la lumi&#232;re, les galaxies, les &#233;toiles et les plan&#232;tes. Qu'y aura-t-il apr&#232;s ? Quelles structures peuvent &#234;tre issues des nouvelles &#233;tapes du refroidissement d'un monde en expansion ? Quelle est la suite de l'&#233;volution de la vie ? Y aura-t-il une autre esp&#232;ce d'homo apr&#232;s l'homme actuel ? Nul scientifique ne s'aventure d'y r&#233;pondre. Le type des lois que nous connaissons ne le permet pas. Elles sont divergentes, m&#232;nent &#224; des situations o&#249; la progression est impr&#233;dictible. Et, surtout, elles sont capables de produire des niveaux &#233;mergents de structure. Dans ce cas, un changement qualitatif entra&#238;ne n&#233;cessairement des lois nouvelles qui ne d&#233;coulent pas directement des pr&#233;c&#233;dentes. On peut pr&#233;voir la suite dans une s&#233;rie continue de positions ou dans une &#233;volution graduelle, mais pas un changement brutal et qualitatif. La science a longtemps &#233;t&#233; g&#234;n&#233;e par l'impr&#233;dictibilit&#233; souvent assimil&#233;e &#224; l'ind&#233;terminisme qui est une notion pourtant tr&#232;s diff&#233;rente. L'expression &#171; hasard &#187;, employ&#233;e dans des sens multiples n'a pas clarifi&#233; la question. Les d&#233;buts de la M&#233;canique avaient fait croire &#224; une pr&#233;dictibilit&#233; g&#233;n&#233;rale en sciences comme le proclamait Laplace. Cela provient du fait que les lois que l'on connaissait jusque l&#224; permettaient de pr&#233;dire : par exemple, la loi du mouvement du boulet. Mais ce n'est pas g&#233;n&#233;ral. Conna&#238;tre une loi ne signifie pas n&#233;cessairement pouvoir calculer l'&#233;tat futur &#224; partir de la connaissance des &#233;tats pass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;terminisme suppose en effet l'ob&#233;issance &#224; des lois mais pas n&#233;cessairement la capacit&#233; de pr&#233;dire. Et inversement, on peut parfaitement pr&#233;dire ce que l'on ne comprend pas. Nous ne connaissons pas la nature de la gravitation m&#234;me si on en conna&#238;t la loi math&#233;matique qui nous permet de dire o&#249; atterrira un boulet de canon Mais des ph&#233;nom&#232;nes non reproductibles sont-ils du domaine de la science ? Bien des commentateurs affirment que non. Selon eux, la validit&#233; des th&#233;ories est &#233;tablie uniquement si l'exp&#233;rience pr&#233;sente des r&#233;sultats que la th&#233;orie avait pr&#233;dits. Il est vrai que c qui caract&#233;rise la d&#233;marche de la science, c'est la confrontation permanente entre th&#233;orie et exp&#233;rience mais ce n'est pas une relation &#224; sens unique. Le physicien Werner Heisenberg rappelle dans &#171; La partie et le tout &#187; qu'Einstein r&#233;p&#233;tait volontiers que &#171; Seule la th&#233;orie d&#233;cide de ce que l'on peut observer. &#187; En effet, il faut des concepts et des outils d'analyse pour faire des mesures et, d'autres encore, pour concevoir l'exp&#233;rience et l'interpr&#233;ter. Et Heisenberg cite &#233;galement Wolfgang Pauli, autre sp&#233;cialiste de la physique quantique : &#171; On peut avoir enti&#232;rement compris un certain domaine de la connaissance exp&#233;rimentale sans pour autant pouvoir pr&#233;dire exactement les r&#233;sultats d'exp&#233;riences futures. &#187; Quand on dit que la science se fonde sur l'exp&#233;rience, il faut comprendre non seulement ce qui se produit en laboratoire mais aussi et surtout ce que produit la nature. Or la nature n'a parfois produit qu'une seule fois un ph&#233;nom&#232;ne, m&#234;me si on en trouve des multiples reproductions (comme la vie sur terre et ses diverses manifestations). Et on n'a pas n&#233;cessairement les moyens de le reproduire ce qui n'emp&#234;che pas de raisonner dessus. M&#234;me une exp&#233;rience reproductible ne l'est pas n&#233;cessairement &#224; l'identique. Quant aux lois math&#233;matiques, quand elles existent, ne sont pas forc&#233;ment pr&#233;dictives. Dans le cas d'une loi &#171; sensible aux conditions initiales &#187;, c'est-&#224;-dire &#234;tre consid&#233;rablement modifi&#233;e par un petit changement initial, tout changement infiniment petit des conditions de d&#233;part peut entra&#238;ner des divergences qualitatives par la suite. Dans ce cas, on ne peut pr&#233;dire les suites d'un pass&#233; que si on le conna&#238;t au plus petit d&#233;tail pr&#232;s, ce qui est irr&#233;alisable. Dans certains cas, une loi peut parfaitement permettre plusieurs &#171; possibles &#187;. C'est le cas pour une bifurcation. Il peut falloir alors une autre loi, &#224; un autre niveau par exemple, pour que la nature tranche. L'ensemble des deux lois ressemble alors &#224; s'y m&#233;prendre &#224; du hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1889, le math&#233;maticien et physicien Henri Poincar&#233; cherchait &#224; r&#233;pondre &#224; la question de la stabilit&#233; du syst&#232;me solaire. Son m&#233;moire intitul&#233; &#171; sur le probl&#232;me des trois corps et les &#233;quations de la dynamique &#187; remporta le prix du concours ouvert &#224; Stockholm par le roi Oscar II entre les math&#233;maticiens du monde entier, apportant &#224; Poincar&#233; une notori&#233;t&#233; internationale. Et c'est dans l'&#233;tude du syst&#232;me solaire que l'on a d&#233;couvert pour la premi&#232;re fois un ph&#233;nom&#232;ne chaotique ! En effet, il devait montrer que la gravitation avait beau ob&#233;ir &#224; des lois, celles-ci engendraient le chaos, cette imbrication d'ordre et de d&#233;sordre que l'on appelle chaos d&#233;terministe. Je rappelle que d&#233;terministe signifie un ph&#233;nom&#232;ne issu de lois. Poincar&#233; a ainsi montr&#233; que certaines lois non lin&#233;aires, les lois de l'attraction universelle de Newton en l'occurrence, peuvent engendrer des mouvements chaotiques. Poincar&#233; a &#233;galement montr&#233; qu'un mouvement chaotique peut para&#238;tre stable durant quelques dizaines ou centaines de millions d'ann&#233;es avant de quitter la zone de stabilit&#233; appel&#233;e par lui &#171; un &#238;lot &#187; de stabilit&#233;. Et pour cette &#233;tude il a consid&#233;rablement simplifi&#233; le probl&#232;me du syst&#232;me solaire. Il a &#233;tudi&#233; le mouvement de trois corps. Poincar&#233; a ainsi d&#233;couvert en &#233;tudiant math&#233;matiquement la loi de Newton pour ces trois corps qu'on y trouvait des possibilit&#233;s nombreuses de mouvements impr&#233;dictibles. Etonn&#233; et en m&#234;me temps d&#233;&#231;u, il aurait d&#233;clar&#233; : &#171; si j'avais su qu'en &#233;tudiant les lois de la physique on ne pourrait rien pr&#233;dire, j'aurais pr&#233;f&#233;r&#233; me faire boulanger ou postier que physicien et math&#233;maticien ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Poincar&#233; avait rapidement compris que ce n'&#233;tait pas une faiblesse personnelle qui l'emp&#234;chait ainsi de p&#233;n&#233;trer le fonctionnement de la nature mais une propri&#233;t&#233; fondamentale de ce fonctionnement et de sa relation avec l'entendement humain. N'oublions pas que Poincar&#233;, m&#234;me s'il &#233;tait un grand scientifique, a plut&#244;t soulign&#233; le caract&#232;re humain et sensible de l'activit&#233; intellectuelle de la science. Je le cite commentant l'activit&#233; de la d&#233;couverte scientifique et expliquant qu'entre deux p&#233;riodes de travail conscient, il se r&#233;alise un travail inconscient. &#171; Le moi inconscient ou, comme on dit, le moi subliminal, joue un r&#244;le capital dans l'invention math&#233;matique [&#8230;] le moi subliminal n'est nullement inf&#233;rieur au moi conscient ; il n'est pas purement automatique, il est capable de discernement, il a du tact, de la d&#233;licatesse ; il sait choisir, il sait deviner&#8230;les ph&#233;nom&#232;nes inconscients privil&#233;gi&#233;s, ceux qui sont susceptibles de devenir conscients, ce sont ceux qui, directement ou indirectement, affectent le plus profond&#233;ment notre sensibilit&#233;. On peut s'&#233;tonner de voir invoquer la sensibilit&#233; &#224; propos de d&#233;monstrations math&#233;matiques qui, semble-t-il, ne peuvent int&#233;resser que l'intelligence. Ce serait oublier le sentiment de la beaut&#233; math&#233;matique, de l'harmonie des nombres et des formes, de l'&#233;l&#233;gance g&#233;om&#233;trique. C'est un vrai sentiment esth&#233;tique que tous les vrais math&#233;maticiens connaissent. &#187; C'est un passage du chapitre &#171; L'invention math&#233;matique &#187;, dans l'ouvrage &#171; Science et m&#233;thode &#187; de Poincar&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'un des r&#233;sultats de ses travaux sera de relativiser le caract&#232;re purement objectif des &#233;nonc&#233;s scientifiques. Il montre que la science reste une conjecture et non un domaine du certain comme on l'a longtemps cru de fa&#231;on un peu pr&#233;tentieuse, &#224; la suite de Laplace. Selon lui, la science est une activit&#233; humaine et la relation entre l'homme et la nature reste une recherche sans r&#233;ponse finale. La meilleure preuve en est que ses propres travaux allaient &#234;tre rapidement contredits puisqu'il concluait que le syst&#232;me solaire &#233;tait stable ce que, par la suite, il allait lui-m&#234;me corriger. Par contre, il a invent&#233; &#224; cette occasion la plupart des m&#233;thodes th&#233;oriques aujourd'hui appliqu&#233;es dans un domaine qui n'existait pas &#224; l'&#233;poque : l'&#233;tude des syst&#232;mes dynamiques, autrement appel&#233;e chaos d&#233;terministe. Il &#233;crit : &#171; Une cause tr&#232;s petite qui nous &#233;chappe d&#233;termine un effet consid&#233;rable que nous ne pouvons pas ne pas voir et alors nous disons que cet effet est d&#251; au hasard &#187;. C'est la notion de sensibilit&#233; aux conditions initiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; Science et m&#233;thode &#187;, Henri Poincar&#233; explique que l'origine de l'apparence de hasard par le caract&#232;re des lois universelles pour lesquelles un petit changement peut produire un grand effet. Du coup, il faudrait conna&#238;tre tous les d&#233;tails de la situation, &#224; toutes les &#233;chelles, pour pr&#233;dire : &#171; Si nous connaissions exactement les lois de la nature et la situation de l'univers &#224; l'instant initial, nous pourrions pr&#233;dire la situation de ce m&#234;me univers &#224; un instant ult&#233;rieur. Mais, lors m&#234;me que les lois naturelles n'auraient plus de secret pour nous, nous ne pourrons conna&#238;tre la situation initiale qu'approximativement (...). Il peut arriver que des petites diff&#233;rences dans les conditions initiales en engendrent de tr&#232;s grandes dans les ph&#233;nom&#232;nes finaux ; une petite erreur sur les premi&#232;res produirait une erreur &#233;norme sur les derniers. La pr&#233;diction devient impossible et nous avons le ph&#233;nom&#232;ne fortuit. &#187; C'est la notion de &#171; sensibilit&#233; aux conditions initiales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poincar&#233; va notamment inventer des m&#233;thodes d'&#233;tude (espace des phases, section de Poincar&#233;, &#8230;) de syst&#232;mes pris dans leur ensemble sans &#233;tudier les &#233;l&#233;ments du syst&#232;me pris un par un, m&#233;thode particuli&#232;rement novatrice. Il va &#233;tudier non une seule trajectoire mais l'ensemble des trajectoires possibles et leur relation entre elles. Enfin, il va montrer que les ph&#233;nom&#232;nes physiques sont du domaine de la g&#233;om&#233;trie et non des formules math&#233;matiques. Je le r&#233;p&#232;te, sa conclusion est qu'avec trois corps interagissant par attraction gravitationnelle on a d&#233;j&#224; du chaos c'est-&#224;-dire un ph&#233;nom&#232;ne ob&#233;issant &#224; la propri&#233;t&#233; de la sensibilit&#233; aux conditions initiales : un tout petit changement de celles-ci peut entra&#238;ner un grand changement de la suite de l'&#233;volution. Rappelons que cette th&#232;se r&#233;volutionne la conception que l'on avait de la gravitation depuis Newton. Ce dernier pensait que si l'on connaissait pr&#233;cis&#233;ment les positions et les vitesses de tous les corps c&#233;lestes on pouvait conna&#238;tre &#224; tout moment la suite des positions. Poincar&#233; infirme cette th&#232;se. Essayons d'expliquer pourquoi. Je vous rappelle que pour deux corps, du moment que l'on conna&#238;t la masse des deux corps et les donn&#233;es de position et de vitesse &#224; l'instant initial on peut calculer les positions des deux corps &#224; tout instant. On conna&#238;t en effet une solution analytique qui indique le mouvement et il y a une seule trajectoire possible qui est une ellipse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait imaginer que l'on est certain d'avoir une solution puisque l'on conna&#238;t les &#233;quations du mouvement mais ce n'est pas du tout le cas. La plupart des &#233;quations math&#233;matiques non lin&#233;aires n'ont pas de solution ou une infinit&#233; de solutions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une solution analytique est une formule qui indiquera positions et d&#233;placements &#224; tout instant. Les &#233;quations ne permettent pas de le dire. Les &#233;quations de Newton relient par une formule les diverses d&#233;riv&#233;es de ces quantit&#233;s, c'est-&#224;-dire position, vitesse et acc&#233;l&#233;ration. Lorsque l'on peut revenir des d&#233;riv&#233;es aux quantit&#233;s elles-m&#234;mes on dit que le syst&#232;me d'&#233;quations est int&#233;grable mais g&#233;n&#233;ralement ce n'est pas le cas. Un exemple bien connu d'int&#233;gration est l'&#233;quation du mouvement d'un boulet de canon si on conna&#238;t la vitesse initiale et l'angle de lancement. Et justement dans le cas du syst&#232;me solaire, en se contentant de trois corps, Poincar&#233; a montr&#233; que le syst&#232;me n'est pas int&#233;grable. Il n'y a pas de solution analytique des &#233;quations de Newton du mouvement. Poincar&#233; en a m&#234;me expliqu&#233; la raison : il n'y a pas assez d'&#233;quations par rapport au nombre d'inconnues. Ce que l'on appelle les inconnues ce sont les positions des corps et leurs variations. Les &#233;quations indiquent la conservation d'un certain nombre de quantit&#233;s qui ne peuvent que s'&#233;changer et non diminuer ou augmenter : l'&#233;nergie, la quantit&#233; de mouvement et la quantit&#233; de rotation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a montr&#233; que la multiplicit&#233; des trajectoires tr&#232;s proches et imbriqu&#233;es rend improbable que le syst&#232;me soit int&#233;grable. Les &#233;quations ne sont pas assez nombreuses pour en d&#233;duire une solution. Il a &#233;galement montr&#233; qu'il en d&#233;coule une infinit&#233; de trajectoires possibles et que l'on n'a aucun moyen de trancher entre elles. En plus la proximit&#233; des trajectoires signifie qu'une petite perturbation peut faire sauter le corps d'une trajectoire &#224; une autre imperceptiblement avec du coup un avenir tout &#224; fait diff&#233;rent au bout d'un certain temps. Quelle en est la raison ? Dans le mouvement des trois corps, aucun n'est n&#233;gligeable. A tout instant la position d'un corps et son mouvement sont modifi&#233;s par la position pr&#233;c&#233;dente d'un autre corps qui est elle-m&#234;me modifi&#233;e par celle du troisi&#232;me. C'est ce qui rend impossible les approximations. Impossible par cons&#233;quent de dire que tel objet est trop petit pour influencer le syst&#232;me sur le long terme. Impossible de dire que telle modification de distance est n&#233;gligeable puisqu'elle peut entra&#238;ner un changement de trajectoire qui peut &#234;tre consid&#233;rable sur le long terme. Impossible m&#234;me de distinguer l'une des plan&#232;tes comme un objet ind&#233;pendant du syst&#232;me. Impossible aussi de distinguer pass&#233; et pr&#233;sent. En effet, la position d'une plan&#232;te d&#233;pend de l'ensemble des positions pr&#233;c&#233;dentes, de toute l'histoire pass&#233;e du syst&#232;me. C'est ainsi que, pour pr&#233;dire, il faudrait conna&#238;tre avec une pr&#233;cision infinie l'ensemble des conditions pr&#233;c&#233;dentes et pas seulement les conditions initiales, c'est-&#224;-dire &#224; un instant donn&#233;, du syst&#232;me. Du coup, les trajectoires possibles &#233;tant infiniment proches les unes des autres, il suffit d'un petit changement dans les conditions initiales ou d'une petite impr&#233;cision pour changer relativement vite l'ensemble de l'histoire de tout le syst&#232;me. Poincar&#233; venait de d&#233;couvrir le premier domaine d'&#233;tude d'un ph&#233;nom&#232;ne d'un type nouveau : le chaos d&#233;terministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les successeurs des travaux de Poincar&#233;, il convient d'abord de citer Kolmogorov, Arnold et Moser. Ces trois scientifiques vont reprendre le travail de Poincar&#233; et montrer en 1962 dans un th&#233;or&#232;me appel&#233; KAM de leurs initiales que, dans certaines conditions initiales particuli&#232;res, il peut y avoir stabilit&#233;. Il y a alors des mouvements quasi p&#233;riodiques et des perturbations suffisamment petites ne peuvent &#233;loigner durablement la plan&#232;te de sa trajectoire. .&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ont donc fait la d&#233;monstration que, si les masses et les inclinaisons des ellipses parcourues restent faibles, ces trajectoires restent contraintes &#224; n'&#233;voluer qu'autour d'une esp&#232;ce de tuyau referm&#233; sur lui-m&#234;me et appel&#233; le tore. Cette contrainte entra&#238;ne une garantie de stabilit&#233;, une esp&#232;ce de garde fou pour le mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le d&#233;bat n'&#233;tait pas achev&#233; pour autant car d'autres physiciens allaient montrer que le th&#233;or&#232;me KAM s'applique bien &#224; des interactions entre plusieurs corps mais pas au syst&#232;me solaire qui ne satisfait pas aux conditions initiales n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en 1998, les savants am&#233;ricains Sussman et Wisdom int&#232;grent le mouvement de Pluton sur un ordinateur et ce mouvement s'av&#232;re chaotique. Ils d&#233;montrent que ce mouvement ob&#233;it &#224; ce que l'on appelle la &#171; sensibilit&#233; aux conditions initiales &#187; ou encore la propri&#233;t&#233; de divergence exponentielle. Exponentielle signifie ici qu'une perturbation au lieu d'additionner ses effets les multiplie et c'est l&#224; que r&#233;side la source du chaos. En effet, ces deux scientifiques ont calcul&#233; que l'incertitude sur les conditions initiales est multipli&#233;e par trois tous les 20 millions d'ann&#233;es. Cela signifie qu'en 400 millions d'ann&#233;es, dur&#233;e sur laquelle on cherche &#224; obtenir une r&#233;ponse de stabilit&#233;, la position de Pluton est compl&#232;tement impr&#233;dictible. L'incertitude est en effet multipli&#233;e par trois &#224; la puissance vingt soit 3.486.784.401. Une erreur d'un centim&#232;tre se traduit au bout de 400 millions d'ann&#233;es par une modification du r&#233;sultat de trois milliards et demi de centim&#232;tres ! !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est surtout dans la foul&#233;e des travaux de Jacques Laskar, directeur de recherches au bureau des longitudes de Paris qu'ont &#233;t&#233; faites les principales d&#233;couvertes tendant &#224; prouver le caract&#232;re chaotique du syst&#232;me solaire. Il a notamment mis en &#233;quation le calcul des perturbations qui permet d'extrapoler pour trouver les positions des plan&#232;tes et il a montr&#233; que ce calcul n'&#233;tait pas valable sur un temps de plusieurs centaines de millions d'ann&#233;es. Les calculs que nous faisons pour positionner les plan&#232;tes ne sont pas faux mais ils ne sont pas extrapolables pour en d&#233;duire la position d'une plan&#232;te sur une aussi longue dur&#233;e. La raison ne provient pas d'une erreur ni d'une approximation mais du principe lui-m&#234;me du calcul. Toute petite approximation entra&#238;ne sur un temps aussi long une modification consid&#233;rable du fait du caract&#232;re exponentiel des divergences. Comment ces perturbations peuvent-elles se multiplier ainsi au lieu de simplement s'additionner ? L'explication provient de la r&#233;troaction qui se produit parfois entre deux trajectoires, c'est-&#224;-dire qu'elles ont des fr&#233;quences que l'on dit accroch&#233;es ou en r&#233;sonance. Sont en r&#233;sonance deux ph&#233;nom&#232;nes r&#233;guliers dont les p&#233;riodes sont dans un rapport simple par exemple un sur deux ou trois sur cinq. D&#232;s que deux ph&#233;nom&#232;nes sont dans ce cas, ils interagissent bien plus que la proportion de leur cause. C'est ce qui se produit avec une personne poussant en r&#233;sonance une balan&#231;oire. Cela a pour effet d'accumuler des effets d'entra&#238;nement pouvant aller jusqu'au tour complet. Or le rapport entre les p&#233;riodes des mouvements de Saturne et Jupiter autour du Soleil est exactement dans la fraction 2 sur 5. Cela signifie qu'ils vont se trouver &#224; intervalle r&#233;gulier dans des positions susceptibles de d&#233;former leurs trajectoires et toujours dans le m&#234;me sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate d'autres r&#233;sonances dans les mouvements plan&#233;taires comme la r&#233;sonance entre les mouvements de pr&#233;cession des orbites de la terre et de Mars, comme la r&#233;sonance entre les mouvements de pr&#233;cession de Mercure, V&#233;nus et Jupiter. La pr&#233;cession est l'un des param&#232;tres caract&#233;risant le mouvement d'une plan&#232;te. Du coup, il est difficile de dire si une forte augmentation de l'excentricit&#233; du mouvement elliptique d'une plan&#232;te ne serait pas possible dans un intervalle de cent millions d'ann&#233;es, augmentation pouvant donner une &#233;nergie suffisante pour que cette plan&#232;te sorte du syst&#232;me solaire. L'augmentation de l'excentricit&#233; du mouvement elliptique peut causer un choc entre deux plan&#232;tes comme le montrent les extrapolations de calcul effectu&#233;es par Laskar dans une simulation sur ordinateur des &#233;quations sur dix milliards d'ann&#233;es. Ce seraient &#233;galement ces mouvements chaotiques caus&#233;s par des r&#233;sonances qui expliqueraient la capacit&#233; de certaines trajectoires d'entra&#238;ner le corps hors du syst&#232;me, expliquant ainsi les trous dans la ceinture de Kirkwood des ast&#233;ro&#239;des (un million de blocs rocheux de moins d'un kilom&#232;tre de diam&#232;tre qui voyagent entre Jupiter et Mars.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sonance signifie le retour r&#233;gulier d'une interaction brutale. C'est un effet d'entra&#238;nement &#233;quivalent &#224; l'entretien d'un pendule amorti. On se souvient de l'effet chaotique de cette intervention qui transmet de l'&#233;nergie de fa&#231;on ponctu&#233;e au pendule : le mouvement devient chaotique et son avenir est impr&#233;dictible. On se souvient par exemple de l'encensoir cit&#233; au chapitre &#171; R&#233;troaction du lent et du rapide &#187; de cette &#233;tude. C'est le chaos qui permet de synchroniser les rythmes de la mati&#232;re, que ce soit les horloges des particules (par le chaos quantique du vide), les circuits &#233;lectroniques et les lasers (signal &#233;lectrique entrant chaotique), les oscillations chimiques (comme la glycolyse responsable du principal mode de production d'&#233;nergie des cellules vivantes ou les rythmes cardiaques des animaux (chaos caus&#233; par la r&#233;troaction des cellules pace-makers du c&#339;ur). La raison de cette capacit&#233; des messages chaotiques de piloter un syst&#232;me &#224; grande &#233;chelle appel&#233;e &#171; la ma&#238;trise du chaos &#187; par William Ditto et Louis Pecora, qui &#233;crivent que &#171; Si deux syst&#232;mes sont l&#226;ch&#233;s en opposition de phase, ils le restent pour toujours. (...) En changeant, le signal d'entra&#238;nement en un certain type de signal chaotique, deux syst&#232;mes peuvent fonctionner en phase. &#187; Cette capacit&#233; des r&#233;sonances au sein du d&#233;sordre de coordonner les rythmes est une propri&#233;t&#233; fondamentale du chaos d&#233;terministe. Aucune loi non chaotique ne permet &#224; deux ou &#224; un grand nombre de rythmes de s'accrocher ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les dynamiques produisant des r&#233;sonances, Poincar&#233; a montr&#233; que se retrouvaient des ph&#233;nom&#232;nes du m&#234;me type (les trajectoires stables sont imbriqu&#233;es &#224; l'infini dans les trajectoires instables comme dans l'exemple de la dynamique en selle de cheval ou en col) que nous avons appel&#233; &#171; le chaos d&#233;terministe &#187;. Dans d'autres domaines que la physique, cette notion allait se r&#233;v&#233;ler productive. La th&#233;orie du chaos d&#233;terministe a montr&#233; d'autre part que des lois peuvent produire des sauts entre des valeurs (discontinuit&#233;) et des apparences ressemblant consid&#233;rablement &#224; du pur hasard. Par exemple, le biologiste Robert May d&#233;montrait que, pour certaines valeurs des conditions initiales, une dynamique apparemment r&#233;guli&#232;re autrement, se met &#224; sauter d'une valeur &#224; une autre sans la moindre pr&#233;dictibilit&#233;. Etudiant l'&#233;volution d'une population animale d'une saison &#224; l'autre repr&#233;sent&#233;e sous la forme de l'it&#233;ration d'une suite du type k fois x fois (1-x) et d&#233;montrait que, malgr&#233; le caract&#232;re math&#233;matiquement simple de la fonction, l'it&#233;ration avec un temps discontinu entra&#238;nant une grande complexit&#233; des r&#233;sultats. Et il &#233;largissait ce r&#233;sultat &#224; d'autres domaines : &#171; Non seulement en recherche, mais aussi dans le monde quotidien de la politique et de l'&#233;conomie, il serait b&#233;n&#233;fique pour tous si plus de gens r&#233;alisaient que les syst&#232;mes non lin&#233;aires simples ne poss&#232;dent pas n&#233;cessairement des propri&#233;t&#233;s dynamiques simples. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'expose le physicien David Ruelle dans &#171; O&#249; le chaos intervient-il ? &#187;, &#171; Le mot chaos fut introduit en 1975 par Jim Jorke, math&#233;maticien &#224; l'Universit&#233; du Maryland et, vers le milieu des ann&#233;es 1970, le chaos devint une discipline scientifique &#224; part enti&#232;re. Les nouvelles id&#233;es &#233;taient appliqu&#233;es dans des domaines vari&#233;s. Robert May, qui travaillait alors au d&#233;partement de zoologie de l'Universit&#233; de Princeton, montra en 1976 comment le chaos justifie l'existence de fluctuations irr&#233;guli&#232;res dans les populations animales. En chimie, on savait que certaines r&#233;actions &#233;taient oscillantes : je sugg&#233;rai en 1973 que l'on cherche des oscillations chimiques chaotiques. Plus tard, en effet, on les d&#233;couvrit et cela a donn&#233;, &#224; partir de 1980, &#224; une reconstruction compl&#232;te de la dynamique des r&#233;actions chimiques oscillantes par un groupe de chimistes de l'Universit&#233; de Bordeaux. Parmi les travaux r&#233;cents inspir&#233;s du chaos, les plus passionnants sont, &#224; mon avis, accomplis en astronomie. Jack Wisdon, de l'Institut de Technologie du Massachussets, Jacques Laskar du Bureau des longitudes de Paris et quelques autres &#233;tudi&#232;rent, &#224; la lumi&#232;re de la th&#233;orie du chaos, les trajectoires des plan&#232;tes du syst&#232;me solaire. (...) Il existe en biologie de nombreux ph&#233;nom&#232;nes p&#233;riodiques d'importance vitale : les rythmes cardiaque, respiratoire, hormonal, entre autres. Il est vraisemblable que la th&#233;orie des syst&#232;mes dynamiques sera utile pour analyser ces rythmes et quelques r&#233;sultats appr&#233;ciables sont d&#233;j&#224; apparus, en particulier le travail de L&#233;on Glass &#224; Montr&#233;al sur le fonctionnement des cellules cardiaques. &#187; Quelles sont les questions des sciences auxquelles la th&#233;orie du chaos offre des approches nouvelles. Je vais en citer quelques unes : l'&#233;mergence, l'instabilit&#233; dans la stabilit&#233;, l'interpr&#233;tation de la multi-stationnarit&#233; (plusieurs &#233;tats stationnaires possibles avec des sauts de l'un &#224; l'autre), la th&#233;orie de la bifurcation (permettant de visionner un changement qualitatif), l'interpr&#233;tation de l'impr&#233;dictibilit&#233; de certaines lois non lin&#233;aires, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exposons au travers d'un exemple, celui des cellules de convection, comment le chaos permet d'&#233;clairer un probl&#232;me important de la science : celui de l'&#233;mergence [4]. Gr&#233;goire Nicolis, qui a &#233;tudi&#233; avec Ilya Prigogine le chaos d&#233;terministe, expose ainsi le ph&#233;nom&#232;ne des rouleaux de convection : &#171; Comment expliquer que le jeu du mouvement d&#233;sordonn&#233; des mol&#233;cules puisse, dans certaines conditions de non-&#233;quilibre, conduire &#224; l'&#233;mergence d'un ordre global macroscopique en l'absence de tout contr&#244;le centralis&#233; ? (...) Un exemple concret illustrera notre propos. Imaginons une couche mince d'un fluide limit&#233;e par deux plans parall&#232;les horizontaux (...) Imaginons que l'on chauffe le fluide par en dessous. (...) Si l'on &#233;carte progressivement le syst&#232;me de l'&#233;quilibre en augmentant la diff&#233;rence de temp&#233;rature dT [5], on observe tout &#224; coup pour une valeur critique de dT, une mise en mouvement de la mati&#232;re. Ce mouvement est loin d'&#234;tre al&#233;atoire comme c'est le cas du mouvement des mol&#233;cules individuelles : le fluide est structur&#233; et appara&#238;t sus forme d'une succession de petites &#171; cellules &#187; suivant la direction transverse &#224; celle de la contrainte. Il s'agit du r&#233;gime de convection thermique ou de Rayleigh-B&#233;nard. On est &#224; pr&#233;sent en droit de parler de propri&#233;t&#233; &#233;mergente (...) qui s'accompagne de la naissance d'une structure dissipative.(...) Au del&#224; de dT, tout se passe comme si chaque &#233;l&#233;ment de volume &#233;tait &#224; l'aff&#251;t du comportement de ses voisins, afin d'en tenir compte et de participer au mouvement d'ensemble. (...) Au voisinage d'un point de bifurcation, l'&#233;mergence de solutions nouvelles dot&#233;es d'auto organisation &#8211;telles les cellules de convection de Rayleigh-B&#233;nard- se traduit par des corr&#233;lations (...) &#224; l'origine du changement qualitatif des propri&#233;t&#233;s du syst&#232;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les lois de la nature qui sont importantes pour nous &#233;mergent par un processus collectif d'auto-organisation (&#8230;) &#171; Le tout n'est plus la somme de ses parties &#187; n'est pas seulement une id&#233;e, mais aussi un ph&#233;nom&#232;ne physique : voil&#224; le message que nous adresse la science physique : voil&#224; le message que nous adresse la science physique. La nature n'est pas uniquement r&#233;gie par une r&#232;gle fondamentale microscopique, mais aussi par de puissants principes g&#233;n&#233;raux d'organisation. Si certains de ces principes sont connus, l'immense majorit&#233; ne l'est pas. (&#8230;) Les &#233;l&#233;ments fondamentaux de ce message sont formul&#233;s dans les tr&#232;s nombreux &#233;crits d'Ilya Prigogine (&#8230;) Je suis de plus en plus persuad&#233; que toutes les lois physiques que nous connaissons &#8211; pas seulement certaines &#8211; sont d'origine collective. La distinction entre lois fondamentales et lois qui en d&#233;coulent est un mythe, de m&#234;me que l'id&#233;e de ma&#238;triser l'univers par les seules math&#233;matiques. La loi physique ne peut pas &#234;tre anticip&#233;e par la pens&#233;e pure, il faut la d&#233;couvrir exp&#233;rimentalement, car on ne parvient &#224; contr&#244;ler la nature que lorsque la nature le permet, &#224; travers un principe d'organisation. On pourrait baptiser cette th&#232;se &#171; la fin du r&#233;ductionnisme &#187; (r&#233;ductionnisme c'est-&#224;-dire le principe &#171; divisons en composantes de plus en plus petites et nous finirons forc&#233;ment par comprendre &#187;). (&#8230;) Puisque le principe d'organisation &#8211; ou plus exactement leurs cons&#233;quences &#8211; peuvent &#234;tre des lois, celles-ci peuvent elles-m&#234;mes s'organiser en lois nouvelles, et ces derni&#232;res en lois encore plus neuves, etc. Les lois du mouvement des &#233;lectrons engendrent des lois de la thermodynamique et de la chimie, qui engendrent les lois de la cristallisation, qui engendrent les lois de la rigidit&#233; et de la plasticit&#233;, qui engendrent les lois des sciences de l'ing&#233;nieur. Le monde naturel est donc une hi&#233;rarchie de descendance interd&#233;pendante (&#8230;) &#187; &#233;crit le physicien Robert B. Laughlin dans &#171; Un univers diff&#233;rent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur ouvrage &#171; A la recherche du complexe &#187;, Gr&#233;goire Nicolis et Ilya Prigogine expliquent ainsi l'apparition de comportements collectifs et de structures &#233;mergentes : &#171; Une cellule de B&#233;nard simple comporte quelques 1021 mol&#233;cules. Qu'un nombre aussi &#233;norme de particules puisse adopter un d&#233;placement coh&#233;rent en d&#233;pit du mouvement thermique al&#233;atoire de chacune d'elles est la manifestation d'une des propri&#233;t&#233;s essentielles qui caract&#233;rise l'&#233;mergence du mouvement complexe (...) Cette complexit&#233; &#171; organis&#233;e &#187; &#233;merge par le jeu r&#233;ciproque du mouvement thermique d&#233;sordonn&#233; des mol&#233;cules individuelles et de l'action des contraintes du non-&#233;quilibre. (...) La possibilit&#233; de d&#233;crire &#224; travers ces concepts primordiaux &#224; la fois le comportement des &#234;tres vivants et celui des syst&#232;mes physiques, aussi simples soient-ils, marque une avanc&#233;e essentielle que la Science n'aurait jamais pu pr&#233;voir quelques ann&#233;es auparavant. &#187; L'&#233;mergence n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne mystique ni ext&#233;rieur &#224; la physique, m&#234;me s'il contredit l'id&#233;e de perte in&#233;vitable d'ordre qui &#233;tait celle de la thermodynamique pr&#233;c&#233;dente : &#171; L'exp&#233;rience est parfaitement reproductible puisqu'&#224; partir des m&#234;mes conditions exp&#233;rimentales on verra toujours appara&#238;tre la m&#234;me structure de convection pour la m&#234;me valeur du seuil dT (...) La mati&#232;re est structur&#233;e en cellules qui tournent alternativement &#224; droite et &#224; gauche : une fois le sens de rotation &#233;tabli, celui-ci demeure constamment le m&#234;me par la suite. Toujours est-il, quelque soit le soin que l'on apporte au contr&#244;le de leur mise en place, deux situations exp&#233;rimentales qualitativement diff&#233;rentes peuvent appara&#238;tre d&#232;s que le seuil dT se trouve franchi. (...) Aussit&#244;t que dT exc&#232;de un peu (dT) seuil, nous savons parfaitement bien que les cellules vont appara&#238;tre : ce ph&#233;nom&#232;ne rev&#234;t un aspect d&#233;terministe strict. En revanche, le sens de rotation des cellules ne peut &#234;tre ni pr&#233;dit ni contr&#244;l&#233; : seul le hasard sous forme d'une perturbation particuli&#232;re avait pr&#233;valu au moment de l'exp&#233;rience d&#233;cidera si une cellule donn&#233;e devra tourner &#224; droite ou &#224; gauche. Nous arrivons &#224; une remarquable coop&#233;ration entre le hasard et le d&#233;terminisme. (...) Cette coop&#233;ration &#233;tait jusque l&#224; limit&#233;e en sciences physiques &#224; la seule description quantique des ph&#233;nom&#232;nes se d&#233;roulant &#224; l'&#233;chelle microscopique. (...) Le fait que, parmi plusieurs choix un seul soit retenu, conf&#232;re au syst&#232;me une dimension historique, une esp&#232;ce de &#171; m&#233;moire &#187; d'un &#233;v&#233;nement pass&#233; qui s'est produit &#224; un moment critique et qui affectera son &#233;volution ult&#233;rieure (...) Pour r&#233;sumer, nous avons vu que le non-&#233;quilibre rendait le syst&#232;me apte &#224; surmonter le d&#233;sordre (...) et &#224; transformer une fraction de l'&#233;nergie re&#231;ue de l'environnement en un comportement ordonn&#233; d'un nouveau type appel&#233; structure dissipative. Il s'agit d'un r&#233;gime caract&#233;ris&#233; par des ruptures de sym&#233;tries, des choix multiples et des corr&#233;lations &#224; longue port&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La convection n'est pas une simple exp&#233;rience curieuse de laboratoire : elle est &#224; la base de nombreux ph&#233;nom&#232;nes de l'atmosph&#232;re comme les vents et les nuages, de ph&#233;nom&#232;nes de d&#233;placement de l'&#233;nergie au sein des &#233;toiles ou encore au sein du magma terrestre. Ce qui est caract&#233;ristique, c'est que l'on voit appara&#238;tre une structure (la cellule de B&#233;nard) qui survient brutalement alors qu'elle n'existait pas auparavant (&#233;mergence). La mati&#232;re a ainsi un grand nombre de ph&#233;nom&#232;nes qui ont &#233;t&#233; appel&#233;s auto-organisation et ont suscit&#233; de nombreux travaux dont ceux d'Ilya Prigogine et Stuart Kauffman qui s'attaquent au lien entre propri&#233;t&#233;s d'auto-organisation de la mati&#232;re et fonctionnement de la vie et les interpr&#232;tent comme des effets du chaos d&#233;terministe inh&#233;rent aux lois de la mati&#232;re. A la base de ce type de ph&#233;nom&#232;ne, l'&#233;mergence de structure dissipatives, on trouve deux r&#233;actions inverses interactives agissant dans une situation o&#249; le non-&#233;quilibre est sans cesse entretenu. C'est le cas d'un ph&#233;nom&#232;ne chimique qui a une importance d&#233;terminante pour le vivant : l'autocatalyse. La catalyse a lieu lorsqu'une r&#233;action chimique &#224; double sens est forc&#233;e d'agir dans un sens unique. Le produit de la r&#233;action favorise &#224; nouveau le sens de la r&#233;action qui l'a produit. C'est une r&#233;troaction dite positive. Ce produit est dit autocatalytique puisqu'il favorise sa propre production. La premi&#232;re macromol&#233;cule du vivant que nous connaissions et poss&#233;dant cette propri&#233;t&#233; est l'ARN qui semble bien &#234;tre &#224; l'origine de l'ensemble du processus du vivant et de la croissance exponentielle qui le caract&#233;rise. &#171; Pour observer les oscillations observ&#233;es dans un extrait cellulaire, il fallait attendre la d&#233;couverte du r&#244;le clef de certaines enzymes dans ces cha&#238;nes de r&#233;actions qui, gr&#226;ce &#224; leurs propri&#233;t&#233;s &#171; allost&#233;riques &#187; r&#233;gulent le d&#233;bit de la cha&#238;ne de r&#233;actions. Concept d&#233;velopp&#233; par Jacob, Monod et Changeux &#224; Paris et par Arthur Pardee aux Etats-Unis, il s'agit de la r&#233;gulation d'une cha&#238;ne de production biochimique par la r&#233;troaction d'un des produits de cette r&#233;action sur un catalyseur situ&#233; au d&#233;but de la cha&#238;ne. (...) Le plus souvent, les produits d'une r&#233;action inhibent l'enzyme allost&#233;rique qui r&#233;gule le d&#233;bit de la cha&#238;ne m&#233;tabolique (...) D&#232;s que la quantit&#233; du produit final baisse, la cha&#238;ne de production peut red&#233;marrer (...). Ce type de coop&#233;rativit&#233; entre site catalytique et site r&#233;gulateur joue un r&#244;le important dans la coordination de nombreuses r&#233;actions m&#233;taboliques dans la cellule. (...) Les calculs th&#233;oriques de Goldbeter permettent de repr&#233;senter les oscillations entretenues du syst&#232;me (...) En variant la concentration du substrat, le syst&#232;me &#233;volue vers un cycle limite. (...) Ce formalisme dit du &#171; chaos d&#233;terministe &#187; est en effet applicable &#224; de nombreuses r&#233;actions biologiques. (...) La &#171; constance &#187; des param&#232;tres physiologiques, concept central du fonctionnement normal de l'organisme, n'est qu'apparente. Les param&#232;tres physiologiques ou biocliniques que l'on peut enregistrer avec une pr&#233;cision suffisante oscillent autour d'une valeur moyenne et ses oscillations ob&#233;issent aux lois de la th&#233;orie du chaos. &#187; rapporte le biochimiste Ladislas Robert dans &#171; Les temps de la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment l'organisation de la mati&#232;re a-t-elle pu &#233;voluer spontan&#233;ment vers des niveaux sup&#233;rieurs ? En d'autres termes, comment le chaos peut-il engendrer des syst&#232;mes ordonn&#233;s. (...) De telles structures acc&#233;dant spontan&#233;ment &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur sont appel&#233;es par Prigogine &#171; structures dissipatives &#187;, puisqu'elles produisent et dissipent dans l'environnement un exc&#232;s d'entropie. (...) Loin de l'&#233;quilibre, la dissipation d'&#233;nergie devient source d'ordre. &#187; s'interroge le chimiste Martin Olomucki dans &#171; La chimie du vivant &#187;. &#171; Rien n'interdit &#8211; et c'est ce qui semble se confirmer &#8211; que les modalit&#233;s de passage du simple au complexe, ou du microscopique au macroscopique, ob&#233;issant &#224; des lois ind&#233;pendantes du niveau de complexit&#233;. Une v&#233;ritable branche autonome de la physique s'est constitu&#233;e, relativement r&#233;cemment, qui se fixe comme objectif l'&#233;tude du passage du simple au complexe. Il s'agit de la physique statistique, prolongement de la thermodynamique, qui s'int&#233;resse aux transitions de phases, aux ph&#233;nom&#232;nes critiques, aux processus irr&#233;versibles et chaotiques, aux syst&#232;mes dynamiques, aux structures dissipatives, etc&#8230; &#187;. r&#233;fl&#233;chit le physicien Gilles Cohen-Tannoudji dans &#171; La Mati&#232;re-Espace-Temps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Doit-on expliquer les ph&#233;nom&#232;nes du vivant comme ceux de la physique par le chaos d&#233;terministe, comme l'a fait Stuart Kauffman ? On ne peut qu'&#234;tre impressionn&#233;s par les derniers progr&#232;s de la g&#233;n&#233;tique mais, me direz-vous, quel est le rapport avec la th&#233;orie du chaos d&#233;terministe qui a obtenu des succ&#232;s en math&#233;matiques et en physique ? Faut-il chercher &#224; l'&#233;tendre au coeur, au cerveau, et ensuite, vouloir encore interpr&#233;ter ainsi l'&#233;volution des esp&#232;ces ? Est-ce que cela ne ressemble pas &#224; la poudre de perlimpinpin qui pr&#233;tend soigner aussi bien les rhumatismes que les boutons sur les fesses ? Et ne vaudrait-il pas mieux maintenir le chaos d&#233;terministe dans les domaines des math&#233;matiques et de la physique, au lieu de vouloir l'appliquer au vivant ? Ne vaudrait-il pas mieux laisser la g&#233;n&#233;tique et la biologie &#224; leurs sp&#233;cialistes, sans chercher &#224; expliquer des ph&#233;nom&#232;nes de ces domaines par une th&#233;orie ext&#233;rieure ou par une th&#233;orie fourre-tout ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de r&#233;pondre &#224; ces questions l&#233;gitimes, il convient de rectifier une interpr&#233;tation erron&#233;e de la th&#232;se du chaos d&#233;terministe, interpr&#233;tation parfois favoris&#233;e par la presse &#224; sensation, plut&#244;t que par les scientifiques eux-m&#234;mes et selon laquelle la th&#233;orie du chaos pr&#233;tendrait non seulement englober mais uniformiser tous les domaines des sciences. En fait, cette th&#233;orie n'affirme pas que la m&#233;t&#233;orologie et le coeur sont des parties d'un m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne, mais seulement qu'ils ont un m&#234;me type de dynamique. La th&#233;orie du chaos n'est pas un domaine d'&#233;tude comme l'&#233;lectricit&#233; ou la gravitation. Le chaos n'est pas un objet physique comme l'&#233;lectron, le ballon ou l'onde. &#171; Chaotique &#187; est un qualificatif qui d&#233;crit le type de dynamique d'un syst&#232;me, un qualificatif du m&#234;me genre que des expressions comme instable, agit&#233;, ou lin&#233;aire. Employer ce qualificatif pour des ph&#233;nom&#232;nes divers ne signifie pas pr&#233;tendre qu'ils ont un rapport r&#233;el, mat&#233;riel, entre eux. De m&#234;me, lorsqu'on parle de pendule p&#233;riodique, de mouvement p&#233;riodique du ressort et d'oscillation p&#233;riodique pour l'&#233;lectricit&#233;, il ne s'agit pas de pr&#233;tendre que ce sont des ph&#233;nom&#232;nes identiques. Le terme de chaos d&#233;terministe caract&#233;rise le type de rythme. L'int&#233;r&#234;t est que l'on dispose pour d&#233;crire le ph&#233;nom&#232;ne chaotique d'outils math&#233;matiques (modes de calculs, courbes, mesures de dimensions), de types d'attitudes, de raisonnements, de m&#233;thodes et de concepts sp&#233;cifiquement adapt&#233;s &#224; ce type de dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chaos d&#233;terministe est une d&#233;marche oppos&#233;e &#224; celle, classique, qui consid&#232;re qu'ordre et d&#233;sordre sont diam&#233;tralement oppos&#233;s : ou du d&#233;sordre ou des lois. La th&#233;orie du chaos consid&#232;re, au contraire, que les deux coexistent et qu'un certain d&#233;sordre peut servir &#224; stabiliser un certain type d'ordre. Ce n'est pas simplement une autre math&#233;matique mais un nouveau paradigme. J'en donne un exemple : dans la formation d'un solide, plus les mol&#233;cules qui se d&#233;posent sont agit&#233;es plus elles vont remplir m&#233;thodiquement les cases de la structure : plus il y a de d&#233;sordre, plus cela produit finalement d'ordre. C'est ce que l'on appelle la th&#233;orie des tas d'oranges. L'empilement le plus pr&#233;cis se produit quand les oranges sont distribu&#233;es le plus au hasard. L&#224; o&#249; la m&#233;thode classique oppose ordre et hasard, la th&#233;orie du chaos voit une situation &#224; la limite de l'ordre et du d&#233;sordre, une dynamique se fondant sur des fluctuations mais avec tout de m&#234;me des lois. La m&#233;t&#233;orologie peut &#234;tre d&#233;crite par des fonctions simples et mod&#233;lisables par des courbes appel&#233;es attracteurs de Lorenz, alors que chacun sait qu'il y a du d&#233;sordre dans la m&#233;t&#233;o. La th&#233;orie du chaos offre des m&#233;thodes pour trouver des courbes, effectuer des mesures. Elle permet de trouver des attracteurs. Avec des &#233;quations simples comme celle de Lorenz, on retrouve le type de dynamique r&#233;elle qui ne n&#233;cessite donc pas un tr&#232;s grand nombre de param&#232;tres, contrairement &#224; ce que l'on croyait. Le chaos &#233;tablit un d&#233;terminisme, une relation causale impliquant le ph&#233;nom&#232;ne dans sa globalit&#233; et dans les interactions entre les &#233;l&#233;ments, plut&#244;t que de l'interpr&#233;ter comme la somme de ses &#233;l&#233;ments. Le chaos s'oppose toujours au r&#233;ductionnisme car la somme des causes peut entra&#238;ner un effet qui d&#233;passe la somme des effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chaos d&#233;terministe n'a pas le sens qui est donn&#233; au mot chaos dans le langage courant o&#249; il signifie simplement agitation ou d&#233;sordre ; il convient de distinguer entre chaos et pur hasard. Alors que pour le hasard il n'y a aucune relation entre deux valeurs successives, le chaos d&#233;terministe suppose, au contraire, qu'il y a une relation. Le terme d&#233;terministe souligne justement que, m&#234;me si on est dans une situation o&#249; on trouve du d&#233;sordre, il y a une loi cach&#233;e. Comment comprendre ce paradoxe : un syst&#232;me est d&#233;crit par une loi et pourtant les param&#232;tres qui ob&#233;issent &#224; cette loi sont d&#233;sordonn&#233;s. Cela est d&#251; &#224; une propri&#233;t&#233; fondamentale de ce type de loi : l'effet multiplicateur ou accroissement exponentiel d'une petite variation de d&#233;part. C'est ce que l'on appelle l' &#171; effet papillon &#187;, &#171; l'effet boule de neige &#187;, &#171; l'effet de pointe &#187;, &#171; l'effet d'avalanche &#187; ou, en termes moins imag&#233;s, la sensibilit&#233; aux conditions initiales. Deux points de d&#233;part tr&#232;s proches l'un de l'autre m&#232;nent rapidement &#224; des situations compl&#232;tement divergentes, comme dans le sch&#233;ma d'une &#233;volution m&#233;t&#233;orologique. Comme le sugg&#232;re l'expression effet boule de neige, il y a une croissance multiplicative. Plus la boule est d&#233;j&#224; grosse plus elle grossit. Donc la croissance entra&#238;ne la croissance et du coup une petite cause peut entra&#238;ner un grand effet, si grand m&#234;me que l'effet peut atteindre un niveau hi&#233;rarchique plus &#233;lev&#233;. Ce type de situation est beaucoup plus courant qu'il n'y parait et a des propri&#233;t&#233;s tr&#232;s sp&#233;ciales. Et d'abord une cons&#233;quence n&#233;gative : bien que le syst&#232;me ob&#233;isse &#224; une loi, il n'y a pas pr&#233;dictibilit&#233;. Mais cela a aussi une cons&#233;quence extr&#234;mement int&#233;ressante : il s'agit de syst&#232;mes d&#233;terministes qui produisent de la nouveaut&#233;, de nouvelles structures, un nouveau mode d'organisation qui n'&#233;taient pas inscrits dans les r&#232;gles de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les ph&#233;nom&#232;nes chaotiques, la m&#233;t&#233;o terrestre est capable de brutales innovations. Le dernier ouragan nous l'a montr&#233; et des temp&#234;tes ont bien des fois &#233;t&#233; une surprise. Inutile donc de chercher &#224; pr&#233;dire &#224; partir des lois chaotiques de la m&#233;t&#233;o. Si ces lois disent une chose, c'est bien que la m&#233;t&#233;o n'est pas pr&#233;dictible &#224; long terme ! Mais cela ne signifie pas qu'il s'agit seulement de d&#233;sordre. Il y a de l'ordre aussi dans la m&#233;t&#233;o. Les types de climats sont durables et l'histoire des climats terrestres montre qu'ils changent brutalement au bout de quelques millions d'ann&#233;es. Cela signifie qu'un certain &#233;quilibre entre les masses d'air dans l'ensemble plan&#233;taire peut changer et se modifier, non sur quelques jours mais pour des dur&#233;es consid&#233;rables. On con&#231;oit que produire de la nouveaut&#233; soit une propri&#233;t&#233; qui nous int&#233;resse quand il s'agit de comprendre comment de nouvelles esp&#232;ces peuvent na&#238;tre ! Rappelons que rien de neuf n'appara&#238;t dans un syst&#232;me p&#233;riodique ou lin&#233;aire. Quand on le perturbe, faiblement ou fortement, tout au plus du d&#233;sordre peut succ&#233;der &#224; l'ordre tr&#232;s r&#233;gulier. Au contraire, le chaos poss&#232;de une capacit&#233; de s'organiser spontan&#233;ment &#224; de nombreux niveaux, ce qui a un grand int&#233;r&#234;t pour mod&#233;liser et comprendre le vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des ph&#233;nom&#232;nes dynamiques qui s'appuient sur des variables pr&#233;sentant un d&#233;sordre permanent, pour voir se former un ordre extraordinairement structur&#233; il n'y a pas besoin d'une loi complexe. Il suffit d'une loi non lin&#233;aire, m&#234;me une loi tr&#232;s simple, et d'au moins trois param&#232;tres. Et cette propri&#233;t&#233; est tr&#232;s courante dans la mati&#232;re, comme dans le processus de la vie. C'est m&#234;me la lin&#233;arit&#233; qui est un cas plut&#244;t rare dans la nature. Une loi lin&#233;aire est fond&#233;e sur la proportionnalit&#233; entre des facteurs et est repr&#233;sent&#233;e graphiquement par une ligne droite. Elle est pr&#233;dictible car les effets sont proportionn&#233;s aux causes. Une telle loi ne donne pour chaque condition initiale qu'une seule solution possible contrairement &#224; la grande vari&#233;t&#233; de solutions avec saut d'une solution &#224; l'autre dans une fonction chaotique. Un ph&#233;nom&#232;ne lin&#233;aire peut se maintenir ou &#234;tre d&#233;truit mais pas se modifier. Dans un premier temps la science a exploit&#233; toutes les possibilit&#233;s d'expliquer les ph&#233;nom&#232;nes par des lin&#233;arit&#233;s pour la seule raison que, dans ce cas, on &#233;tait capable de r&#233;soudre les &#233;quations. Mais cela a cr&#233;&#233; l'illusion qu'une croissance lin&#233;aire &#233;tait quelque chose de naturel alors, qu'au contraire, c'est plut&#244;t exceptionnel. Ilya Prigogine a &#233;tudi&#233; des structures qu'il appelle dissipatives qui exhibent une croissance non lin&#233;aire. Comme l'expose le philosophe des sciences Alain Boutot, &#171; Les structures dissipatives ne peuvent appara&#238;tre que dans les syst&#232;mes satisfaisants &#224; deux conditions bien pr&#233;cises : ils doivent &#234;tre ouverts aux flux de mati&#232;re et d'&#233;nergie qui les traversent d'une part et maintenus loin de l'&#233;quilibre thermodynamique d'autre part. (...) Lorsque les syst&#232;mes sont maintenus loin de l'&#233;quilibre thermodynamique, leur comportement est tout autre. L'explication physique de cette diff&#233;rence est que le th&#233;or&#232;me du minimum de la production d'entropie n'est plus v&#233;rifi&#233;. &#187; Or, la possibilit&#233; de trouver des &#233;quations lin&#233;aires est li&#233;e &#224; un syst&#232;me &#224; l'&#233;quilibre ou situ&#233; non loin de l'&#233;quilibre, comme le formule Ilya Prigogine. : &#171; Les &#233;quations loin de l'&#233;quilibre sont non lin&#233;aires. Pr&#232;s de l'&#233;quilibre on peut lin&#233;ariser ; il y a alors une seule solution ; loin de l'&#233;quilibre, vous avez beaucoup de solutions et c'est cela qui conduit &#224; l'id&#233;e d'auto-organisation. L'id&#233;e d'auto-organisation, c'est que le syst&#232;me, par suite de son histoire, se meut suivant des chemins diff&#233;rents traversant des &#233;tats diff&#233;rents. (...) Les ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, loin d'&#234;tre simplement des apparences ou des choses triviales, comme le chemin vers le d&#233;sordre, ont au contraire un r&#244;le constructif extraordinaire. (...) On a d&#233;couvert que quand vous allez loin de l'&#233;quilibre, par exemple en consid&#233;rant une r&#233;action chimique que vous emp&#234;chez d'arriver &#224; l'&#233;quilibre, se produisent des ph&#233;nom&#232;nes extraordinaires que personne n'aurait cru possibles, par exemple des horloges chimiques. (...) Loin de l'&#233;quilibre, dans d'importantes classes de r&#233;actions chimiques se produisent des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques. Cela signifie qu'une coh&#233;rence na&#238;t et qui n'existe que loin de l'&#233;quilibre. (...) Un &#234;tre vivant est un ensemble de rythmes, tels le rythme cardiaque, le rythme hormonal, le rythme des ondes c&#233;r&#233;brales, de la division cellulaire, etc. Tous ces rythmes ne sont possibles que parce que l'&#234;tre vivant est loin de l'&#233;quilibre. Le non-&#233;quilibre, ce n'est pas du tout les tasses qui se cassent ; le non-&#233;quilibre, c'est la voie la plus extraordinaire que la nature ait invent&#233; pour coordonner les ph&#233;nom&#232;nes, pour rendre des ph&#233;nom&#232;nes complexes possibles. &#187; analyse Ilya Prigogine dans &#171; Temps &#224; devenir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La non-lin&#233;arit&#233; d'un ph&#233;nom&#232;ne signifie qu'il est descriptible par une loi qui n'est ni additive ni fond&#233;e sur une proportionnalit&#233;. La somme des causes n'entra&#238;ne pas n&#233;cessairement la somme des effets. Le double d'une cause peut &#234;tre diff&#233;rent du double de l'effet. Les syst&#232;mes non lin&#233;aires sont dynamiques, fond&#233;s sur des contradictions et sur des interactions d'&#233;chelle (un ph&#233;nom&#232;ne &#224; une &#233;chelle a une influence &#224; une &#233;chelle diff&#233;rente). Une petite transformation quantitative provoque un changement qualitatif. La lin&#233;arit&#233; n'est une approximation valable des lois naturelles que dans de rares cas particuliers. M&#234;me le &#171; simple &#187; pendule est non lin&#233;aire ! Dans &#171; Les math&#233;matiques de l'&#233;volution &#187;, conf&#233;rence de juillet 2002 pour l'Universit&#233; de tous les savoirs, le math&#233;maticien R&#233;gis Ferri&#232;re expliquait que &#171; Les relations entre les variables d'un syst&#232;me biologique sont typiquement non lin&#233;aires &#8211; les effets ne sont pas proportionnels aux causes (...) &#187; L'importance que la science a longtemps accord&#233; au lin&#233;aire provient de la facilit&#233; de l'&#233;tudier math&#233;matiquement et d'en d&#233;duire une pr&#233;diction. La plupart des auteurs ont retenu que le non lin&#233;aire donnait de l'impr&#233;dictibilit&#233; mais l'essentiel est ailleurs : pass&#233; un seuil, ces lois m&#232;nent &#224; une discontinuit&#233; et &#224; un domaine nouveau. Et la non-pr&#233;dictibilit&#233; ne signifie pas qu'il n'y a pas de loi ni que la nature agit &#171; librement &#187;. La particularit&#233; essentielle du non lin&#233;aire est sa capacit&#233; spontan&#233;e de cr&#233;ation de nouveaut&#233;. La non-lin&#233;arit&#233; est synonyme d'&#233;mergence de l'ordre. &#187; Le pal&#233;ontologue Stephen Jay Gould &#233;crit ainsi dans &#171; Le renard et le h&#233;risson &#187; : &#171; Les propri&#233;t&#233;s qui apparaissent dans un syst&#232;me complexe sous l'effet des interactions non lin&#233;aires de ses composants sont dites &#233;mergentes &#8211; puisqu'elles n'apparaissent pas &#224; un autre niveau et ne sont r&#233;v&#233;l&#233;es qu'&#224; ce niveau de complexit&#233;. (...) L'&#233;mergence n'est donc pas un principe mystique ou anti-scientifique, ni une notion susceptible d'avoir des &#233;chos dans le champ religieux (...) C'est une affirmation scientifique sur la nature des syst&#232;mes complexes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une transformation lin&#233;aire, l'effet est double quand la cause est double et l'addition des causes provoque l'addition des effets. &#171; Les probl&#232;mes lin&#233;aires sont faciles. Ce sont des probl&#232;mes dans lesquels la somme ou la diff&#233;rence de deux solutions est aussi solution. (...) Les ph&#233;nom&#232;nes lin&#233;aires se pr&#234;tent &#224; une mod&#233;lisation math&#233;matique tr&#232;s pr&#233;cise. Le r&#233;sultat d'une op&#233;ration lin&#233;aire varie contin&#251;ment et de mani&#232;re douce en fonction de tout changement des donn&#233;es initiales. Dans le cas des probl&#232;mes non lin&#233;aires, au contraire, les erreurs s'amplifient si rapidement qu'une incertitude infinit&#233;simale dans l'&#233;tat pr&#233;sent d'un syst&#232;me rend vaine toute pr&#233;diction de son &#233;tat au del&#224; d'un court laps de temps. (...) Les professeurs exhibent les solutions des &#233;quations lin&#233;aires et les manuels donnent la pr&#233;s&#233;ance &#224; l &#8216;&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes lin&#233;aires car ce sont les seuls exemples qui puissent &#234;tre r&#233;solus facilement. (...) En revanche l'&#233;quation non lin&#233;aire la plus simple que l'on puisse imaginer exhibe un comportement d'une profondeur et d'une subtilit&#233; insoup&#231;onn&#233;e qui, en pratique, est compl&#232;tement impr&#233;dictible. &#187; rappelle John Barrow dans &#171; La grande th&#233;orie &#187;. &#171; Bien que le chaos soit d&#233;terministe, il est impr&#233;dictible &#187; &#233;crivent William Ditto et Louis Pecora dans l'article &#171; La ma&#238;trise du chaos &#187;. Et Christian Vidal, rapportant les exp&#233;riences chimiques chaotiques, expose dans son article &#171; Le chaos d&#233;terministe en chimie &#171; L'&#233;volution chaotique obtenue est d&#233;crite par les m&#234;mes &#233;quations que le comportement p&#233;riodique observ&#233; auparavant, dans des conditions voisines. (...) La structure de l'attracteur implique que partant de deux points (extr&#234;mement proches), le comportement ult&#233;rieur du syst&#232;me peut &#234;tre tr&#232;s diff&#233;rent. &#187;. Citons quelques exemples de ph&#233;nom&#232;nes non lin&#233;aires : le pendule amorti entretenu, la boussole entre deux champs magn&#233;tiques, l'effet papillon de la m&#233;t&#233;orologie, le rythme du syst&#232;me cardiaque, des r&#233;actions chimiques comme celle de Belouzov ou biochimiques r&#233;troactives (la glycolyse), etc&#8230; L'exemple le plus frappant du non lin&#233;aire est la biologie et l'&#233;volution du vivant. L'a priori du lin&#233;aire a, l&#224; aussi, caus&#233; bien des erreurs. On a vu dans la relation un g&#232;ne / une prot&#233;ine produite une fabrication en cha&#238;ne directe de l'&#234;tre, directement programm&#233;e par l'&#233;criture de l'ADN. C'est faux. En r&#233;alit&#233;, l'apparence continue de la mol&#233;cule d'ADN est rompue par la pr&#233;sence d'&#233;l&#233;ments non codants, les introns, qui s'intercalent parmi les &#233;l&#233;ments codants. Elle contient aussi des &#233;l&#233;ments de r&#233;gulation qui r&#233;troagissent sur les g&#232;nes, les &#233;l&#233;ments de r&#233;gulation. Elle est modifi&#233;e par ce qu'Housset et Raisonnier appellent &#171; la discontinuit&#233; des g&#232;nes &#187; dans &#171; Biologie mol&#233;culaire &#187;. La non-lin&#233;arit&#233; concerne le fonctionnement mais aussi l'&#233;volution du vivant. Ainsi, la pal&#233;ontologue Brigitte Senut expose dans &#171; Grands singes-hommes : histoire d'une divergence &#187; pour l'Universit&#233; de tous les savoirs de juillet 2003 que &#171; La divergence entre les grands singes et l'homme est un des sujets les plus discut&#233;s de la pal&#233;ontologie humaine, probablement parce qu'il touche directement &#224; nos origines. (...) En fait, les chercheurs dans leur grande majorit&#233; ont focalis&#233; leurs travaux sur les australopith&#232;ques, et toute pi&#232;ce hominid&#233;e trouv&#233;e dans des niveaux plus anciens &#233;tait syst&#233;matiquement consid&#233;r&#233;e comme un anc&#234;tre de ceux-ci, et donc des hommes. L'&#233;volution &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme lin&#233;aire, ce qui malheureusement ne semble pas tr&#232;s biologique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a longtemps cru que la relation synonyme de science s'exprimait : &#171; les m&#234;mes causes produisent les m&#234;mes effets &#187;. En fait, elle a surtout permis de soutenir une vision finaliste de la nature. La relation en question est souvent exprim&#233;e comme si la cause agissait pour r&#233;aliser tel effet. Or jamais on ne dispose de la moindre preuve d'une telle intentionnalit&#233; dans la nature. Aucune cause ne produit un seul effet. Aucun effet n'est le r&#233;sultat d'une seule cause. Les oiseaux n'ont pas des ailes pour voler ni les plan&#232;tes n'ont une masse pour tourner au tour du soleil. Dans un mouvement comme celui des plan&#232;tes, il est impossible d'isoler une seule relation de cause &#224; effet entre la plan&#232;te et le soleil. &#171; Tout se passe comme si &#187; le soleil attirait la plan&#232;te mais rien ne se passe v&#233;ritablement ainsi. Remarquons &#224; cette occasion que les &#171; m&#234;mes causes &#187; ne sont pas reproductibles dans la plupart des ph&#233;nom&#232;nes, en particulier dans tous ceux dits &#171; sensibles aux conditions initiales &#187;. Dans ce cas, une m&#234;me cause n&#233;cessiterait l'identit&#233; compl&#232;te des param&#232;tres et est donc inv&#233;rifiable exp&#233;rimentalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La non-lin&#233;arit&#233; met en parall&#232;le les propri&#233;t&#233;s des deux types de fonctions. Une fonction non lin&#233;aire peut provoquer l'amplification de toutes petites mutations ; elle peut les stabiliser et fonder des structures stables. Du coup, ordre et d&#233;sordre, loin d'&#234;tre contradictoires, ne sont que les deux faces de la m&#234;me propri&#233;t&#233; de non-lin&#233;arit&#233;. Des math&#233;maticiens comme Poincar&#233;, Kolmogorov ou Smale ont d&#233;montr&#233; que, pour un ph&#233;nom&#232;ne comprenant au moins trois variables, la non-lin&#233;arit&#233; implique le chaos d&#233;terministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos d&#233;terministe est une r&#233;volution conceptuelle de la science. C'est ce nouveau point de vue qu'il est fondamental de comprendre. En ce qui concerne la dynamique, il y a toujours eu en sciences deux d&#233;marches oppos&#233;es. La premi&#232;re consiste &#224; supposer que les effets sont proportionnels aux causes, que l'immobilit&#233; est plus naturelle que le mouvement, que ce dernier provient de l'action ext&#233;rieure sur le syst&#232;me plut&#244;t que de l'&#233;volution interne et qu'un syst&#232;me laiss&#233; &#224; lui-m&#234;me aura spontan&#233;ment tendance &#224; aller vers la stabilit&#233;. La deuxi&#232;me d&#233;marche, celle du chaos, consid&#232;re que l'agitation al&#233;atoire est la plus fr&#233;quente dans la nature mais que celle-ci toutefois peut &#234;tre &#224; la base de structures dynamiques mais durables. Jusque l&#224; on croyait que lorsqu'un ph&#233;nom&#232;ne ob&#233;it &#224; une loi, l'ordre et le d&#233;sordre, la stabilit&#233; et l'instabilit&#233;, la continuit&#233; et la discontinuit&#233; s'opposaient n&#233;cessairement. Cette mani&#232;re de voir est remise en question. Elle ne convenait que parce que l'on ne traitait que des ph&#233;nom&#232;nes impliquant une ou deux variables du fait de la difficult&#233; des calculs comportant trois variables et plus. Or il s'av&#232;re qu'&#224; partir de trois variables, on peut avoir un &#233;tat dynamique durable fond&#233; sur une instabilit&#233; sous-jacente. Durable ne veut pas du tout dire stable. Dans la stabilit&#233;, il y a un attracteur vers une position unique. Dans la durabilit&#233;, il y a une dynamique interne qui permet de conserver des propri&#233;t&#233;s globales, dynamique fond&#233;e justement sur l'&#233;loignement d'une position d'&#233;quilibre. Les exemples sont l&#233;gion : nuage, flocon de neige, bulle, goutte, surface de liquide, s&#233;paration entre deux milieux, particule, cellule vivante, ville sont des structures durables et loin de la constance. A l'int&#233;rieur, l'agitation est permanente. Les &#233;l&#233;ments de la structure eux-m&#234;mes ne sont pas fixes mais s'&#233;changent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne conception de la stabilit&#233; signifiait que le mouvement diminue de plus en plus pour finir par s'arr&#234;ter. Mais, au contraire, les &#233;tats globalement stables qu'&#233;tudie le chaos sont dynamiques, c'est-&#224;-dire continuellement en changement et en mouvement. Les variables ne vont pas vers l'immobilit&#233;. La stabilit&#233;, qui n'est que globale et non locale, correspond au fait que dans une zone le nombre de variables, &#233;voluant de mani&#232;re ind&#233;pendante, diminue. Ce nombre, appel&#233; degr&#233; de libert&#233; du syst&#232;me, indique combien de variables sont n&#233;cessaires pour d&#233;crire le ph&#233;nom&#232;ne. Ces variables peuvent &#233;voluer de mani&#232;re al&#233;atoire mais l'ensemble du ph&#233;nom&#232;ne reste longtemps dans ces zones o&#249; le degr&#233; de libert&#233; est moindre. Cette stabilit&#233; globale d'une zone n'emp&#234;che pas les mouvements ni les changements et, au bout d'un certain temps, le passage d'une zone &#224; une autre, d'un ordre &#224; un autre. Il y a &#224; la fois agitation et constitution de structures avec possibilit&#233; de plusieurs niveaux de structure. Il est m&#234;me possible que l'on ait stabilit&#233; &#224; un niveau, en m&#234;me temps qu'instabilit&#233; &#224; un autre ou encore continuit&#233; &#224; un niveau et discontinuit&#233; &#224; un autre : on est &#224; la fronti&#232;re de l'ordre et du d&#233;sordre. C'est ce type de ph&#233;nom&#232;ne qui explique que la mati&#232;re passe brutalement de l'&#233;tat solide &#224; l'&#233;tat liquide puis &#224; l'&#233;tat gazeux. Le d&#233;sordre sous-jacent qui permet ces divers modes d'organisation est le mouvement des mol&#233;cules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette agitation mol&#233;culaire, appel&#233;e mouvement brownien, est un exemple classique de ph&#233;nom&#232;ne chaotique. Les mol&#233;cules s'agitent en tous sens et, en se cognant entre elles, &#233;tablissent dans un r&#233;cipient un certain niveau moyen d'agitation au bout d'un certain temps, ce qui d&#233;termine une temp&#233;rature stable. On sait que ce mouvement permet plusieurs niveaux d'organisation comme gaz, liquide et solide avec un saut qualitatif de l'un &#224; l'autre. L'ordre liquide ob&#233;it &#224; certaines lois et ces lois changent brutalement et radicalement en passant &#224; l'ordre gazeux. C'est une transition de phase et un saut qualitatif. La mati&#232;re s'organise d'elle-m&#234;me, du fait de ses propres lois. M&#234;me si une intervention ext&#233;rieure peut permettre de sauter d'un &#233;tat &#224; un autre, ce n'est pas cette action externe qui d&#233;finit le nouvel &#233;tat. Le passage d'un ordre &#224; un autre peut d&#233;pendre de la contingence des forces ext&#233;rieures et d&#233;pendent toujours de la contingence des chocs mol&#233;culaires, mais il est cependant fond&#233; sur les lois de la thermodynamique. Comme on le voit, ob&#233;ir &#224; une loi n'est pas incompatible avec &#234;tre fond&#233; sur du d&#233;sordre et du hasard : en math&#233;matiques, on parle de fonction de variables al&#233;atoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment Stuart Kauffman a-t-il mis en relation chaos d&#233;terministe et fonctionnement du vivant ? Il remarque que les g&#232;nes n'ont pas une action lin&#233;aire mais, au contraire, sont sans cesse fond&#233;s sur des r&#233;troactions. Il y a bien dans le vivant un m&#233;canisme d'it&#233;ration, &#224; la fois positive et n&#233;gative. L'it&#233;ration positive est expansive, c'est-&#224;-dire qu'elle a tendance multiplicative &#224; amplifier sans cesse ses effets. Mais cette tendance n'est actionn&#233;e que si une inhibition est elle-m&#234;me inhib&#233;e. On trouve de multiples interactions de ce type dans les r&#233;actions enzymatiques [6]. Il en r&#233;sulte un ordre qui est multi-stationnaire. C'est d'autre part un ordre sensible aux conditions initiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le physicien Bernard Derrida expose, dans &#171; La complexit&#233;, vertiges et promesses &#187;, les remarques profondes de Stuart Kauffman sur le fonctionnement du vivant : &#171; Il &#233;tait parti de l'id&#233;e que toutes les cellules d'un individu ont le m&#234;me patrimoine g&#233;n&#233;tique (la m&#234;me mol&#233;cule d'ADN), sans pour autant &#234;tre identiques : il existe de nombreuses cellules diff&#233;rentes &#8211; les cellules du foie, les cellules cardiaques, les neurones, etc&#8230; - et on cherche &#224; expliquer l'origine de cette diversit&#233;. Les m&#234;mes g&#232;nes sont pr&#233;sents dans toutes les cellules mais, dans une cellule donn&#233;e, certains g&#232;nes s'expriment et d'autres non. Dans le mod&#232;le propos&#233; par Stuart Kauffman, les diff&#233;rents types cellulaires apparaissent comme les diff&#233;rents attracteurs d'un r&#233;seau d'automates bool&#233;ens (automates connect&#233;s de fa&#231;on al&#233;atoire qui g&#233;n&#232;rent des comportements collectifs particuliers). En faisant varier certains param&#232;tres, il avait constat&#233; que le syst&#232;me passait d'un comportement chaotique &#224; un comportement r&#233;gulier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De la compr&#233;hension que l'on a de la vie d&#233;coule une autre compr&#233;hension de l'homme. En passant d'une conception lin&#233;aire et hi&#233;rarchique de l'arbre du vivant au buisson en &#233;ventail de la diversit&#233; des formes de vie, on retrouve l'homme et sa lign&#233;e dans une position tr&#232;s diff&#233;rente, au bout d'une petite branche (...) &#187; &#233;crit Pascal Picq en pr&#233;face &#224; &#171; Petit trait&#233; de l'&#233;volution &#187; de Ian Tattersall o&#249; l'auteur et pal&#233;oanthropologue &#233;crit : &#171; Dans les ann&#233;es 60, tout le monde consid&#233;rait comme allant de soi que l'&#233;volution de l'homme n'&#233;tait qu'un long cheminement obstin&#233; menant de l'&#233;tat primitif &#224; la perfection. Selon cette vision dominante, excessivement lin&#233;aire, Australopithecus avait donn&#233; Homo Erectus, lequel avait donn&#233; Homo Sapiens, gr&#226;ce &#224; l'intervention toujours bienveillante de la s&#233;lection naturelle. &#187; L'histoire d'une interaction dialectique est non lin&#233;aire car elle est antagonique. Il y a r&#233;troaction des causes et des effets. Les causes deviennent des effets. Les effets contr&#244;lent les causes, les modifient, les inhibent. Il y a redondance des causes. Les causes sont en arborescence, de m&#234;me que les effets&#8230; Le chaos d&#233;terministe int&#232;gre la contradiction dialectique ordre/d&#233;sordre, hasard/n&#233;cessit&#233; et conservation/transformation. Dans les multiples domaines divers o&#249; il trouve un sens, le chaos d&#233;terministe est une nouvelle vision de la dynamique contradictoire au sens dialectique, une v&#233;ritable red&#233;couverte de la dialectique par des scientifiques qui en ignoraient jusqu'&#224; l'existence. En effet, cette nouvelle science retrouve trois ph&#233;nom&#232;nes qui caract&#233;risent la dialectique : le tout n'est pas la somme des parties (appel&#233; sensibilit&#233; aux conditions initiales), l'interp&#233;n&#233;tration des contraires produisant le saut qualitatif, et la construction de structures dynamiques complexes (attracteur &#233;trange).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#034;Entre le temps et l'&#233;ternit&#233;&#034; de Prigogine et Stengers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La raison du chaos quantique est l'apparition des r&#233;sonances. (...) Ces r&#233;sonances, qui caract&#233;risent l'ensemble des situations fondamentales de la m&#233;canique quantique, correspondent &#224; des interactions entre champs (c'est-&#224;-dire aussi aux interactions mati&#232;re-lumi&#232;re). On peut affirmer que notre acc&#232;s au monde quantique a pour condition l'existence des syst&#232;mes chaotiques quantiques. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons surtout soulign&#233; les dimensions n&#233;gatives du chaos dynamique, la n&#233;cessit&#233; qu'il implique d'abandonner les notions de trajectoire et de d&#233;terminisme. Mais l'&#233;tude des syst&#232;mes chaotiques est &#233;galement une ouverture ; elle cr&#233;e la n&#233;cessit&#233; de construire de nouveaux concepts, de nouveaux langages th&#233;oriques. Le langage classique de la dynamique implique les notions de points et de trajectoires, et, jusqu'&#224; pr&#233;sent, nous-m&#234;mes y avons eu recours alors m&#234;me que nous montrions l'id&#233;alisation &#8211; dans ce cas ill&#233;gitime &#8211; dont elles proc&#232;dent. Le probl&#232;me est maintenant de transformer ce langage, de sorte qu'il int&#232;gre de mani&#232;re rigoureuse et coh&#233;rente les contraintes que nous venons de reconna&#238;tre. Il ne suffit pas, en effet, d'exprimer le caract&#232;re fini de la d&#233;finition d'un syst&#232;me dynamique en d&#233;crivant l'&#233;tat initial de ce syst&#232;me par une r&#233;gion de l'espace des phases, et non par un point. Car une telle r&#233;gion, soumise &#224; l'&#233;volution que d&#233;finit la dynamique classique, aura beau se fragmenter au cours du temps, elle conservera son volume dans l'espace des phases. C'est ce qu'exprime un th&#233;or&#232;me g&#233;n&#233;ral de la dynamique, le th&#233;or&#232;me de Liouville. Toutes les tentatives de construire une fonction entropie, d&#233;crivant l'&#233;volution d'un ensemble de trajectoires dans l'espace des phases, se sont heurt&#233;es au th&#233;or&#232;me de Liouville, au fait que l'&#233;volution d'un tel ensemble ne peut &#234;tre d&#233;crite par une fonction qui cro&#238;trait au cours du temps. Or, un argument simple permet de montrer l'incompatibilit&#233;, dans le cas d'un syst&#232;me chaotique, entre le th&#233;or&#232;me de Liouville et la contrainte selon laquelle toute description d&#233;finit le &#171; pouvoir de r&#233;solution &#187; de nos descriptions ; il existera toujours une distance r telle que nous ne pourrons faire de diff&#233;rence entre des points plus proches l'un de l'autre (&#8230;) La nouvelle description des syst&#232;mes dynamiques chaotiques substitue au point un ensemble correspondant &#224; un fragment de fibre contractante. Il s'agit d'une description non locale, qui tient compte de la contrainte d'indiscernabilit&#233; que nous avons d&#233;finie. Mais cette description n'est pas relative &#224; notre ignorance. Elle donne un sens intrins&#232;que au caract&#232;re fini de nos descriptions : dans le cas o&#249; le syst&#232;me n'est pas chaotique, o&#249; l'exposant de Lyapounov est de valeur nulle, nous retrouvons la repr&#233;sentation classique, ponctuelle, et les limites mises &#224; la pr&#233;cision de nos mesures n'affectent plus la repr&#233;sentation du syst&#232;me dynamique. Cette nouvelle repr&#233;sentation brise &#233;galement la sym&#233;trie temporelle. (&#8230;) L&#224; o&#249; une seule &#233;quation d'&#233;volution permettait de calculer l'&#233;volution vers le pass&#233; ou vers le futur de points eux-m&#234;mes indiff&#233;rents &#224; cette distinction, nous avons maintenant deux &#233;quations d'&#233;volution diff&#233;rentes. L'une d&#233;crirait l'&#233;volution d'un syst&#232;me vers un &#233;quilibre situ&#233; dans le futur, l'autre d&#233;crirait l'&#233;volution d'un syst&#232;me vers un &#233;quilibre situ&#233; dans le pass&#233;. L'un des grands probl&#232;mes de l'interpr&#233;tation probabiliste de l'&#233;volution vers l'&#233;quilibre &#233;tait que la repr&#233;sentation probabiliste ne donne pas sens &#224; la distinction entre pass&#233; et futur. (&#8230;) La nouvelle description dynamique que nous avons construite incorpore, en revanche, la fl&#232;che du temps (&#8230;) Les comportements dynamiques chaotiques permettent de construire ce pont, que Boltzmann n'avait pu cr&#233;er, entre la dynamique et le monde des processus irr&#233;versibles. La nouvelle repr&#233;sentation de l'objet dynamique, non locale et &#224; sym&#233;trie temporelle bris&#233;e, n'est pas une description approximative, plus pauvre que la repr&#233;sentation classique. Elle d&#233;finit au contraire cette repr&#233;sentation classique comme relative &#224; un cas particulier. (&#8230;) Nous savons aujourd'hui que ces derniers (les syst&#232;mes non-chaotiques), qui domin&#232;rent si longtemps l'imagination des physiciens, forment en fait une classe tr&#232;s particuli&#232;re. (&#8230;) C'est en 1892, avec la d&#233;couverte d'un th&#233;or&#232;me fondamental par Poincar&#233; ( la loi des trois corps), que se brisa l'image homog&#232;ne du comportement dynamique : la plupart des syst&#232;mes dynamiques, &#224; commencer par le simple syst&#232;me &#171; &#224; trois corps &#187; ne sont pas int&#233;grables. Comment comprendre cet &#233;nonc&#233; ? Depuis les travaux de Hamilton, on sait qu'un m&#234;me syst&#232;me dynamique peut &#234;tre repr&#233;sent&#233; de diff&#233;rentes mani&#232;res &#233;quivalentes par une transformation dite canonique (ou unitaire) (&#8230;) L'hamiltonien du syst&#232;me est la grandeur qui d&#233;termine son &#233;volution temporelle. Parmi toutes les transformations unitaires, il en existe une qui permet d'aboutir &#224; une repr&#233;sentation privil&#233;gi&#233;e du syst&#232;me. C'est celle qui fait de l'&#233;nergie, c'est-&#224;-dire de l'hamiltonien, une fonction des seuls moments, et non plus des positions. Dans une telle repr&#233;sentation, les mouvements des diff&#233;rentes particules du syst&#232;me sont d&#233;crits comme s'ils ne d&#233;pendaient plus des positions relatives des particules, c'est-&#224;-dire comme si elles n'&#233;taient plus en interaction. (&#8230;) Les mouvements possibles de tels syst&#232;mes ont donc la simplicit&#233; des mouvements libres. (&#8230;) Or, en 1892, Poincar&#233; montra qu'en g&#233;n&#233;ral il est impossible de d&#233;finir la transformation unitaire qui ferait des &#171; actions &#187; des invariants du syst&#232;me. La plupart des syst&#232;mes dynamiques n'admettent pas d'invariants en dehors de l'&#233;nergie et de la quantit&#233; de mouvement, et d&#232;s lors ne sont pas int&#233;grables. La raison de l'impossibilit&#233; de d&#233;finir les invariants du mouvement qui correspondent &#224; la repr&#233;sentation d'un syst&#232;me dynamique int&#233;grable tient &#224; un m&#233;canisme de r&#233;sonance. (&#8230;) Le m&#233;canisme de r&#233;sonance peut &#234;tre caract&#233;ris&#233; comme un transfert d'&#233;nergie entre deux mouvements p&#233;riodiques coupl&#233;s dont les fr&#233;quences sont entre elles dans un rapport simple. Ce sont ces ph&#233;nom&#232;nes de r&#233;sonance &#8211; mais, cette fois, entre les diff&#233;rents degr&#233;s de libert&#233; qui caract&#233;risent un m&#234;me syst&#232;me dynamique &#8211; qui emp&#234;chent que ce syst&#232;me soit mis sous une forme int&#233;grable. La r&#233;sonance la plus simple entre les fr&#233;quences se produit quand ces fr&#233;quences sont &#233;gales, mais elle se produit aussi &#224; chaque fois que les fr&#233;quences sont commensurables, c'est-&#224;-dire chaque fois qu'elles ont entre elles un rapport rationnel. Le probl&#232;me se complique du fait que de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale les fr&#233;quences ne sont pas constantes. (&#8230;) Ce qui fait que, dans l'espace des phases d'un syst&#232;me dynamique, il y aura des points caract&#233;ris&#233;s par une r&#233;sonance, alors que d'autres ne le seront pas. L'existence des points de r&#233;sonance interdit en g&#233;n&#233;ral la repr&#233;sentation en termes de variables cycliques, c'est-&#224;-dire une d&#233;composition du mouvement en mouvements p&#233;riodiques ind&#233;pendants. Les points de r&#233;sonance, c'est-&#224;-dire les points auxquels les fr&#233;quences ont entre elles un rapport rationnel, sont rares, comme sont rares les nombres rationnels par rapport aux nombres irrationnels. D&#232;s lors, presque partout dans l'espace des phases, nous aurons des comportements p&#233;riodiques de type habituel. N&#233;anmoins, les points de r&#233;sonance existent dans tout le volume fini de l'espace des phases. D'o&#249; le caract&#232;re effroyablement compliqu&#233; de l'image des syst&#232;mes dynamiques telle qu'elle nous a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e par la dynamique moderne initi&#233;e par Poincar&#233; et poursuivie par les travaux de Kolmogoroff, Arnold et Moser. Si les syst&#232;mes dynamiques &#233;taient int&#233;grables, la dynamique ne pourrait nous livrer qu'une image statique du monde, image dont le mouvement du pendule ou de la plan&#232;te sur sa trajectoire k&#233;pl&#233;rienne constituerait le prototype. Cependant l'existence des r&#233;sonances dans les syst&#232;mes dynamiques &#224; plus de deux corps ne suffit pas pour transformer cette image et la rendre coh&#233;rente avec les processus &#233;volutifs &#233;tudi&#233;s pr&#233;c&#233;demment. Lorsque le volume reste petit, ce sont toujours les comportements p&#233;riodiques qui dominent. (&#8230;) Cependant, pour les grands syst&#232;mes, la situation s'inverse. Les r&#233;sonances s'accumulent dans l'espace des phases, elles se produisent d&#233;sormais non plus en tout point rationnel, mais en tout point r&#233;el. (&#8230;) D&#232;s lors, les comportements non p&#233;riodiques dominent, comme c'est le cas dans les syst&#232;mes chaotiques. (&#8230;) Dans le cas d'un syst&#232;me de sph&#232;res dures en collision, Sina&#239; a pu d&#233;montrer l'identit&#233; entre comportement cin&#233;tique et chaotique, et d&#233;finir la relation entre une grandeur cin&#233;tique comme le temps de relaxation (temps moyen entre deux collisions) et le temps de Lyapounov qui caract&#233;rise l'horizon temporel des syst&#232;mes chaotiques. (&#8230;) Or, l'atome en interaction avec son champ constitue un &#171; grand syst&#232;me quantique &#187; auquel, nous l'avons d&#233;montr&#233;, le th&#233;or&#232;me de Poincar&#233; peut &#234;tre &#233;tendu. (&#8230;) La &#171; catastrophe &#187; de Poincar&#233; se r&#233;p&#232;te dans ce cas : contrairement &#224; ce que pr&#233;supposait la repr&#233;sentation quantique usuelle, les syst&#232;mes caract&#233;ris&#233;s par l'existence de telles r&#233;sonances ne peuvent &#234;tre d&#233;crits en termes de superposition de fonctions propres de l'op&#233;rateur hamiltonien, c'est-&#224;-dire d'invariants du mouvement. Les syst&#232;mes quantiques caract&#233;ris&#233;s par des temps de vie moyens, ou par des comportements correspondants &#224; des &#171; collisions &#187;, constituent donc la forme quantique des syst&#232;mes dynamiques au comportement chaotique (&#8230;) L'abandon du mod&#232;le des syst&#232;mes int&#233;grables a des cons&#233;quences aussi radicales en m&#233;canique quantique qu'en m&#233;canique classique. Dans ce dernier cas, il impliquait l'abandon de la notion de point et de loi d'&#233;volution r&#233;versible qui lui correspond. Dans le second, il implique l'abandon de la fonction d'onde et de son &#233;volution r&#233;versible dans l'espace de Hilbert. Dans les deux cas, cet abandon a la m&#234;me signification : il nous permet de d&#233;chiffrer le message de l'entropie. (&#8230;) La collision, transfert de quantit&#233; de mouvement et d'&#233;nergie cin&#233;tique entre deux particules, constitue, du point de vue dynamique, un exemple de r&#233;sonance. Or, c'est l'existence des points de r&#233;sonance qui, on le sait depuis Poincar&#233;, emp&#234;che de d&#233;finir la plupart des syst&#232;mes dynamiques comme int&#233;grables. La th&#233;orie cin&#233;tique, qui correspond au cas d'un grand syst&#232;me dynamique ayant des points de r&#233;sonance &#171; presque partout &#187; dans l'espace des phases , marque donc la transformation de la notion de r&#233;sonance : celle-ci cesse d'&#234;tre un obstacle &#224; la description en termes de trajectoires d&#233;terministes et pr&#233;dictibles, pour devenir un nouveau principe de description, intrins&#232;quement irr&#233;versible et probabiliste. C'est cette notion de r&#233;sonance que nous avons retrouv&#233;e au c&#339;ur de la m&#233;canique quantique, puisque c'est elle qu'utilisa Dirac pour expliquer les &#233;v&#233;nements qui ouvrent un acc&#232;s exp&#233;rimental &#224; l'atome, l'&#233;mission et l'absorption de photons d'&#233;nergie sp&#233;cifique, dont le spectre constitue la v&#233;ritable signature de chaque type d'atome. (&#8230;) Le temps de vie, qui caract&#233;rise de mani&#232;re intrins&#232;que un niveau excit&#233;, d&#233;pend, dans le formalisme actuel de la m&#233;canique quantique, d'une approximation et perd son sens si le calcul est pouss&#233; plus loin. D&#232;s lors, la m&#233;canique quantique a d&#251; reconna&#238;tre l'&#233;v&#233;nement sans pouvoir lui donner de sens objectif. C'est pourquoi elle a pu para&#238;tre mettre en question la r&#233;alit&#233; m&#234;me du monde observable qu'elle devait rendre intelligible. (&#8230;) Pour expliquer les transitions &#233;lectroniques spontan&#233;es qui conf&#232;rent &#224; tout &#233;tat excit&#233; un temps de vie fini, Dirac avait d&#251; faire l'hypoth&#232;se d'un champ induit par l'atome et entrant en r&#233;sonance avec lui. Le syst&#232;me fini que repr&#233;sente l'atome isol&#233; n'est donc qu'une abstraction. L'atome en interaction avec son champ est, lui, un &#171; grand syst&#232;me quantique &#187;, et c'est &#224; son niveau que se produit la &#171; catastrophe de Poincar&#233; &#187;. L'atome en interaction avec le champ qu'il induit ne constitue pas, en effet, un syst&#232;me int&#233;grable et ne peut donc pas plus &#234;tre repr&#233;sent&#233; par l'&#233;volution de fonction d'onde qu'un syst&#232;me classique caract&#233;ris&#233; par des points de r&#233;sonance ne peut &#234;tre caract&#233;ris&#233; par une trajectoire. C'est l&#224; la faille que rec&#233;lait l'&#233;difice impressionnant de la m&#233;canique quantique. (&#8230;) Il est significatif que, partout, nous ayons rencontr&#233; la notion de &#171; brisement de sym&#233;trie &#187;. Cette notion implique une r&#233;f&#233;rence apparemment ind&#233;passable &#224; la sym&#233;trie affirm&#233;e par les lois fondamentales qui constituent l'h&#233;ritage de la physique. Et, en effet, dans un premier temps, ce sont ces lois qui ont guid&#233; notre recherche. (&#8230;) La description &#224; sym&#233;trie temporelle bris&#233;e permet de comprendre la sym&#233;trie elle-m&#234;me comme relative &#224; la particularit&#233; des objets autrefois privil&#233;gi&#233;s par la physique, c'est-&#224;-dire de situer leur particularit&#233; au sein d'une th&#233;orie plus g&#233;n&#233;rale. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] L'astrophysicien John Barrow expose ce qui se produit si on &#233;tudie des lois non lin&#233;aires : &#171; Les probl&#232;mes lin&#233;aires sont des probl&#232;mes faciles. Ce sont des probl&#232;mes dans lesquels la somme ou la diff&#233;rence de deux solutions est aussi solution. (...) Le r&#233;sultat d'une op&#233;ration lin&#233;aire varie contin&#251;ment et de mani&#232;re douce en fonction de tout changement des donn&#233;es initiales. Dans le cas des probl&#232;mes non lin&#233;aires, au contraire, les erreurs s'amplifient si rapidement qu'une incertitude infinit&#233;simale dans l'&#233;tat pr&#233;sent d'un syst&#232;me rend vaine toute pr&#233;diction de son &#233;tat au-del&#224; d'un court laps de temps. Le syst&#232;me r&#233;pond de mani&#232;re discontinue et impr&#233;dictible &#224; des changements minimes des conditions initiales. Les comportements locaux ne peuvent plus &#234;tre somm&#233;s pour d&#233;finir le comportement global du syst&#232;me. (...) L'&#233;quation non lin&#233;aire la plus simple que l'on puisse imaginer exhibe un comportement d'une profondeur et d'une subtilit&#233; insoup&#231;onn&#233;es, qui, en pratique, est compl&#232;tement impr&#233;dictible. &#187; (dans &#171; La grande th&#233;orie &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cette expression contient une contradiction de la r&#233;alit&#233; qui ob&#233;it &#224; des lois mais a cependant une apparence souvent d&#233;sordonn&#233;e. La th&#233;orie du &#171; chaos d&#233;terministe &#187; montre que l'agitation peut d&#233;couler de lois non-lin&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Notion invent&#233;e par le physicien-math&#233;maticien Henri Poincar&#233;. Il d&#233;montre que l'existence de ph&#233;nom&#232;nes dans lesquels coexistent des lois et du hasard concerne toutes les lois de la physique, y compris celles de la gravitation. Il n'est pas n&#233;cessaire d'&#233;tudier un grand nombre d'objets. Trois suffisent pour que, dans certaines zones, le d&#233;sordre p&#233;n&#232;tre l'ordre et l'ordre le d&#233;sordre. Cela provient de la r&#233;troaction. C'est le cas d&#232;s qu'il y a r&#233;troaction &#224; trois objets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] L'apparition d'une structure nouvelle est, &#224; chaque fois, le probl&#232;me clef d'un domaine d'&#233;tude : &#233;mergence de la mati&#232;re, de la vie, de la conscience, de l'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] dT signifie temp&#233;rature finale moins temp&#233;rature initiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] &#171; Les catalyseurs biologiques, les enzymes, forment une des classes les plus nombreuses des prot&#233;ines qu'on trouve dans la cellule. Ces prot&#233;ines renferment un compartiment, le site actif, capable de fixer une mol&#233;cule, le substrat et catalysent ensuite une r&#233;action particuli&#232;re, par exemple la d&#233;gradation du substrat en deux produits au niveau du site actif. (...) Il peut arriver que la fixation de la mol&#233;cule r&#233;gulatrice provoque un changement de conformation rendant l'enzyme incapable de se lier au substrat. Il existe ainsi des ph&#233;nom&#232;nes tr&#232;s &#233;labor&#233;s dans lesquels le produit d'une d&#233;gradation sert de r&#233;gulateur n&#233;gatif &#224; l'enzyme : si les produits sont d&#233;j&#224; pr&#233;sents en grande quantit&#233;, il n'y a plus besoin de d&#233;grader le compos&#233; de d&#233;part. C'est un m&#233;canisme de r&#233;tro-inhibition. Les chercheurs fran&#231;ais Jean-Pierre Changeux et Jacques Monod ont beaucoup contribu&#233;, dans les ann&#233;es 1960, &#224; la fois comme th&#233;oriciens et exp&#233;rimentateurs, &#224; l'&#233;lucidation de ce ph&#233;nom&#232;ne, l'allost&#233;rie, qui associe un changement de conformation &#224; une modification de l'activit&#233; des prot&#233;ines. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Formes et auto-organisation, Simon Diner</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article6769</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article6769</guid>
		<dc:date>2020-10-21T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Deterministic chaos - Chaos d&#233;terministe</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Simon Diner &lt;br class='autobr' /&gt; FORMES et AUTOORGANISATION &lt;br class='autobr' /&gt;
L'art est essentiellement la cr&#233;ation de formes et toute perception de formes peut constituer le d&#233;part d'une exp&#233;rience artistique. Mais la reconnaissance des formes est une op&#233;ration d&#233;licate o&#249; interviennent des facteurs objectifs, li&#233;s aux facteurs g&#233;n&#233;raux de la perception et de la connaissance, et des facteurs contextuels li&#233;s &#224; la culture (conditions socio-historiques, choix philosophiques, repr&#233;sentation du monde). Il en est de m&#234;me pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Simon Diner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
FORMES et AUTOORGANISATION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art est essentiellement la cr&#233;ation de formes et toute perception de formes peut constituer le d&#233;part d'une exp&#233;rience artistique. Mais la reconnaissance des formes est une op&#233;ration d&#233;licate o&#249; interviennent des facteurs objectifs, li&#233;s aux facteurs g&#233;n&#233;raux de la perception et de la connaissance, et des facteurs contextuels li&#233;s &#224; la culture (conditions socio-historiques, choix philosophiques, repr&#233;sentation du monde). Il en est de m&#234;me pour les caract&#232;res artistiques et esth&#233;tiques. Si l'art se d&#233;finit de mani&#232;re tr&#232;s g&#233;n&#233;rale comme une manifestation d'expression et d'expressivit&#233;, assumant un flirt incessant entre art et s&#233;miotique, le r&#244;le essentiel des formes appara&#238;t pr&#233;cis&#233;ment dans leur fonction de support d'identit&#233; et d'expression, et donc de communication .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jeu complexe des formes dans la d&#233;termination de l'art explique l'assimilation fr&#233;quente des concepts d'art et de forme, comme cela appara&#238;t clairement dans la d&#233;nomination d' &#171; Univers des formes &#187; utilis&#233;e dans la d&#233;nomination d'une histoire universelle des arts publi&#233;e dans la seconde moiti&#233; du XX &#232;me si&#232;cle. Ou bien encore dans l'&#233;criture par un historien d'art comme Henri Focillon d'un livre intitul&#233; &#171; La vie des formes &#187;. Comme l'a si bien dit le philosophe A.N. Whitehead : &#171; Art is the imposing of a pattern on experience, and our aesthetic enjoyment is recognition of the pattern&#8221; ( Dialogues. June 1943).&lt;br class='autobr' /&gt;
La notion de forme est si g&#233;n&#233;rale et va tellement au del&#224; d'une simple caract&#233;risation d'objets mat&#233;riels, mais s'&#233;tend &#224; la langue, &#224; la musique ou au comportement, que la tentation a &#233;t&#233; fr&#233;quente de lui donner une existence autonome. C'est ainsi que Platon envisageait l'existence de formes s&#233;par&#233;es de la mati&#232;re (les fameuses id&#233;es), alors qu'Aristote ne l'admettait pas dans sa doctrine hyl&#233;morphique. Un d&#233;bat qui n'en finit plus et qui se trouve au c&#339;ur des diff&#233;rentes conceptions de la forme. Ce qui n'est pas sans influence sur les pratiques artistiques, t&#233;moin l'art abstrait qui cherche &#224; s'emparer de la forme pure. Les &#171; purs rapports &#187; &#233;voqu&#233;s par Mondrian.&lt;br class='autobr' /&gt;
La forme d&#233;signe cet aspect de l'&#234;tre qui en marque l'identit&#233; en lui assurant sp&#233;cificit&#233; et stabilit&#233;. Exister, c'est exister en tant qu'un et le m&#234;me. Il y a l&#224; l'expression d'une totalit&#233; qui exprime une diff&#233;rentiation sp&#233;cifique et une r&#233;sistance au changement. C'est &#224; travers la d&#233;finition de la forme et sa reconnaissance que se produit la connaissance de l'&#234;tre. La forme est une modalit&#233; d'existence de l'&#234;tre, ce qui fait qu'une chose est ce qu'elle est. Concept que la scholastique latine d&#233;signait par quiddit&#233;, tout en introduisant le mot forma, pour rendre les mots grecs idea, eidos, morphe et ritmos. A ce stade linguistique il faudrait adjoindre au mot forme, les termes de figure et de structure (structuralisme), pour &#233;quilibrer la diversit&#233; anglaise de form, shape et pattern.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La philosophie grecque a montr&#233; que la r&#233;flexion sur la forme est &#224; la base de deux conceptions du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une conception o&#249; les formes sont donn&#233;es &#224; priori, formes abstraites et transcendantes auxquelles la nature sensible se conforme. C'est la th&#233;orie platonicienne des Id&#233;es : une id&#233;e est ce qui est toujours identique &#224; soi m&#234;me (stabilit&#233;), ce qui est l'unit&#233; d'une multiplicit&#233; et ce qui est pris comme mod&#232;le pour faire une chose ou accomplir une action. Une conception o&#249; la diversit&#233; de la nature proviendrait de l'assemblage de formes simples donn&#233;es par avance. Une conception atomistique* du monde. La vision atomique et mol&#233;culaire du monde ne proc&#232;de pas autrement aujourd'hui. Elle renforce des positions tr&#232;s r&#233;pandues en psychologie o&#249; l'on pense que la perception a pour objets imm&#233;diats des formes &#233;l&#233;mentaires (Th&#233;orie de la Gestalt). Vision commune &#224; celle des cat&#233;gories de l'entendement de Kant ou &#224; la conception des ach&#233;types inconscients de Jung. La conception atomistique domine jusqu'&#224; pr&#233;sent le champ de la biologie mol&#233;culaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une autre conception pense que la forme est en puissance dans la mati&#232;re et s'actualise par la mati&#232;re sans que l'on puisse s&#233;parer la mati&#232;re de la forme. La forme est un tout qui actualise la mati&#232;re en s'actualisant. C'est l&#224; l'esprit de la doctrine hyl&#233;morphique d'Aristote, qui donne naissance &#224; une conception o&#249; la mati&#232;re et le mouvement se conjuguent pour cr&#233;er la forme. La forme est alors un Tout qui transcende la mati&#232;re et ne r&#233;sulte pas de la simple addition des propri&#233;t&#233;s de ses parties. Une propri&#233;t&#233; &#233;mergente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une transcendance qui hante l'histoire de la philosophie naturelle dans l'esprit d'un n&#233;o-aristot&#233;lisme. Leibniz, Goethe, Schelling, Husserl, D'Arcy Thompson, Waddington, la Gestalt Theorie, T&#252;ring, Thom et la Th&#233;orie des catastrophes, en sont les h&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette conception a connu au XX&#232;me si&#232;cle des d&#233;veloppements scientifiques majeurs dans le cadre de la th&#233;orie des syst&#232;mes dynamiques, qui a mis en &#233;vidence des m&#233;canismes d'apparition de formes. Ces m&#233;canismes exploitent la propri&#233;t&#233; math&#233;matique (physique) de nonlin&#233;arit&#233;, &#224; l'origine du ph&#233;nom&#232;ne de transcendance de la forme. Ils exploitent souvent le ph&#233;nom&#232;ne de brisure de sym&#233;trie et peuvent se manifester dans des r&#233;gimes dynamiques loin de l'&#233;quilibre (structures dissipatives). Gr&#226;ce &#224; l'ordinateur, on a pu cr&#233;er des formes nouvelles, comme les fractals, qui permettent de mieux comprendre les formes reconnues dans la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Du point de vue contemporain, la forme est un compromis entre l'information (originalit&#233;, diversit&#233;, surprise) et l'intelligibilit&#233; (calculabilit&#233;, discursivit&#233;, r&#233;ductibilit&#233; &#224; un discours). Trop d'information tue la forme. Un ph&#233;nom&#232;ne stochastique (chaotique) n'a pas de forme, car il est un trop plein d'information non r&#233;ductible &#224; un algorithme (complexit&#233; algorithmique). Cette complexit&#233; le rend rebelle &#224; toute pr&#233;visibilit&#233; au moyen d'un discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le Vide, quel qu'il soit, est une absence de forme, &#224; la fois par absence d'information et aussi sans doute par exc&#232;s. Loin d'&#234;tre Rien, il est au contraire le Vide par surd&#233;termination au del&#224; du raisonnable. &lt;br class='autobr' /&gt;
En fait la forme n'est pas une manifestation en soi (une substance pour ainsi dire), m&#234;me si elle donne &#224; la mati&#232;re son caract&#232;re de substance selon l'hyl&#233;morphisme aristot&#233;licien. Toute r&#233;flexion sur l'absence de forme, comme r&#233;flexion essentielle sur les conditions de l'apparition de la forme, souligne le caract&#232;re contextuel et relationnel de la forme. La forme ne prend sens que vis &#224; vis d'autres formes ou compar&#233;e &#224; la non forme. La non forme est la condition d'existence de la forme. On retrouve l&#224; aussi en &#233;cho la distinction entre forme accidentelle et forme substantielle, que l'on pourrait d&#233;nommer forme normale, car elle oppose le normal au pathologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout vient du fond et y retourne &#187; disait Joan Miro. C'est que la forme ne prend corps que si elle traduit une diff&#233;rence. Nous ne percevons que des diff&#233;rences, comme l'a si bien exprim&#233; Gregory Bateson dans sa conf&#233;rence &#171; Form, substance and difference &#187; (1970).&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224; au d&#233;but du si&#232;cle Ferdinand de Saussure, cr&#233;ateur de la linguistique, et Ernest Cassirer, l'auteur des &#171; Formes Symboliques &#187;, critiquaient le substantialisme et d&#233;fendaient la priorit&#233; des notions fonctionnelles ( qui ne sont pas d&#233;riv&#233;es des objets mais servent &#224; former le notion d'objet). Ainsi Ferdinand de Saussure &#233;crit dans le texte in&#233;dit &#171; De l'essence double du langage &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a dans la langue ni signes ni significations, mais des diff&#233;rences de signes et des diff&#233;rences de significations lesquelles 1&#176; n'existent absolument les unes que par les autres (dans les deux sens) et sont donc ins&#233;parables et solidaires ; mais 2&#176; n'arrivent jamais &#224; se correspondre directement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de forme ne prend ainsi son sens v&#233;ritable que dans le cadre de la th&#233;orie de l'information, o&#249; selon le mot de Bateson, l'information est une diff&#233;rence qui fait la diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Toutes les expressions artistiques ont recours &#224; la construction de fonds pour mieux affirmer le forme par contraste et la probl&#233;matique figure-fond mise &#224; l'honneur par la psychologie gestaltiste est r&#233;currente dans bien des domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vide et le fond sont un m&#234;me combat pour l'expressivit&#233; de la forme.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est clair que toute ph&#233;nom&#233;nologie de la forme doit tenir compte des m&#233;canismes de perception de la forme (Cf. Perception des formes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des plus grande d&#233;couverte du XX &#232;me si&#232;cle est de montrer la possibilit&#233; de cr&#233;ation spontan&#233;e de formes au sein d'un syst&#232;me en &#233;volution. C'est l'auto-organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On parle d'auto-organisation lorsqu'un syst&#232;me abandonn&#233; &#224; lui m&#234;me, hormis des interactions peu sp&#233;cifiques avec l'environnement, tend &#224; devenir plus organis&#233;. C'est l&#224; une propri&#233;t&#233; inattendue et contre intuitive, si l'on cro&#238;t qu'un syst&#232;me abandonn&#233; &#224; lui m&#234;me tend &#224; se d&#233;sorganiser, et que l'ordre provient d'une intervention ext&#233;rieure, une intelligence humaine ou divine. Les doctrines de l'auto-organisation reposent sur l'exploitation des propri&#233;t&#233;s des syst&#232;mes non lin&#233;aires, tout en utilisant souvent des id&#233;es assez vagues sur l'organisation, la forme ou l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme d'auto-organisation semble avoir &#233;t&#233; introduit par le cybern&#233;ticien W. Ross Ashby, mais ne s'est r&#233;pandu que dans les ann&#233;e 70 lors de l'explosion de l'&#233;tude des syst&#232;mes dynamiques non lin&#233;aires initi&#233;e par les math&#233;maticiens sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En fait la th&#233;orie des auto&#8211;oscillations selon Andronov (1928) constitue un paradigme fondateur pour l'auto-organisation, dans le cas particulier des formes p&#233;riodiques. Les auto-oscillateurs sont responsables de la plupart des ph&#233;nom&#232;nes temporels p&#233;riodiques observ&#233;s ou cr&#233;&#233;s. Un &#233;metteur radio, une horloge ou un laser sont des syst&#232;mes auto-oscillants typiques, comme le sont des syst&#232;mes chimiques (R&#233;action de Belousov-Zhabotinsky) ou des syst&#232;mes biologiques comme le c&#339;ur ou les rythmes de la production hormonale. Les instruments de musique &#224; corde frott&#233;e ou &#224; vent sont des auto-oscillateurs, et les sons qu'ils produisent sont totalement structur&#233;s par les propri&#233;t&#233;s physiques de tels syst&#232;mes. Les auto-oscillateurs sont en fait comme la plupart des syst&#232;mes auto-organis&#233;s des syst&#232;mes non-lin&#233;aires ouverts avec entr&#233;e d'&#233;nergie (ou de mati&#232;re ) et dissipation d'&#233;nergie (ou de mati&#232;re ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut consid&#233;rer l'auto-organisation comme une adaptation &#224; des contraintes ext&#233;rieures peu sp&#233;cifiques et d&#233;sordonn&#233;es (al&#233;atoires m&#234;me), fond&#233;e sur les propri&#233;t&#233;s intrins&#232;ques du syst&#232;me. Cette adaptation munit la forme de propri&#233;t&#233;s de stabilit&#233; particuli&#232;res. La forme constitue une stabilit&#233; des choses face &#224; la contingence du r&#233;el. La production de formes par la morphogen&#232;se biologique est le signe indubitable de la stabilit&#233; des organismes vivants. Mais il ne s'agit sans doute pas de n'importe quelle stabilit&#233;. Aux yeux du grand math&#233;maticien Ren&#233; Thom, il s'agit de la stabilit&#233; structurelle. Dans son livre historique &#171; Stabilit&#233; structurelle et morphogen&#232;se &#187; (1972), &#224; la page 31, il livre le fond de sa pens&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La notion de stabilit&#233; structurelle est &#224; mes yeux, une notion cl&#233; dans l'interpr&#233;tation des ph&#233;nom&#232;nes, de quelque discipline que ce soit (sauf peut &#234;tre en physique quantique)...... observons seulement que les formes subjectivement identifiables, les formes pourvues d'une d&#233;nomination, repr&#233;sent&#233;es dans le langage par un substantif, sont n&#233;cessairement des formes structurellement stables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait le m&#233;canisme g&#233;n&#233;ral d'apparition de formes par brisure spontan&#233;e de sym&#233;trie correspond au r&#233;tablissement d'une stabilit&#233; structurelle, l&#224; o&#249; la sym&#233;trie en emp&#234;chait la pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La brisure de sym&#233;trie a &#233;t&#233; pour la premi&#232;re fois reconnue comme fondamentale pour l'apparition des formes par le g&#233;nie math&#233;matique qu'&#233;tait Alan Turing en 1952. Toute l'activit&#233; de Turing avait jusque l&#224; &#233;t&#233; totalement consacr&#233;e aux ordinateurs et &#224; la logique, depuis la fameuse machine de Turing,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mod&#232;le id&#233;al de l'ordinateur jusqu'&#224; un des premiers calculateurs &#233;lectroniques Colossus. Mais Turing s'int&#233;ressait &#224; ce qu'il consid&#233;rait comme le probl&#232;me fondamental de la biologie : rendre compte des figures et des formes. Vu son pass&#233; et l'esprit de l'&#233;poque domin&#233; par la g&#233;n&#233;tique, on aurait pu penser qu'il aurait essay&#233; de d&#233;crire l'apparition de la forme comme le r&#233;sultat d'un calcul programm&#233; dans les g&#234;nes. Mais pr&#233;cis&#233;ment c'est ce qu'il ne voulait pas, cherchant &#224; &#233;liminer un m&#233;canisme d'apparition des formes biologiques li&#233; &#224; un dessein ext&#233;rieur g&#233;n&#233;tique ou divin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fortement influenc&#233; par d'Arcy Thompson, il cr&#233;e une th&#233;orie de l'apparition de formes par instabilit&#233; des solutions d'&#233;quations de r&#233;action-diffusion. Il s'appuie pour cela sur les propri&#233;t&#233;s de bifurcation des solutions d'&#233;quations diff&#233;rentielles, qui accompagne la variation d'un param&#232;tre du syst&#232;me avec changement qualitatif profond lorsque ce param&#232;tre passe par une valeur critique. Un &#233;tat pr&#233;alablement stable devient instable. Une distribution homog&#232;ne de mati&#232;re cr&#233;&#233;e par une r&#233;action chimique se mue en une distribution exhibant une forme, c'est &#224; dire que l'on assiste &#224; une brisure de sym&#233;trie. Cette brisure provient de l'amplification soudaine des petites irr&#233;gularit&#233;s (fluctuations) r&#233;ellement pr&#233;sentes dans la situation sym&#233;trique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce m&#233;canisme d'apparition de formes par brisure de sym&#233;trie dans des &#233;quations non-lin&#233;aires de r&#233;action-diffusion a mis en place le premier paradigme important de cr&#233;ation dynamique de la forme. Il a &#233;t&#233; largement confirm&#233; par la th&#233;orie et l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'effervescence scientifique provoqu&#233;e par le d&#233;veloppement de la th&#233;orie des syst&#232;mes dynamiques et de la physique non lin&#233;aire, a donn&#233; naissance &#224; diverses &#233;coles ou courants de pens&#233;e, regroup&#233;s autour de certaines personnalit&#233;s. Le r&#244;le de ces &#233;coles et de leurs inspirateurs n'a peut &#234;tre pas &#233;t&#233; tant dans de v&#233;ritables d&#233;couvertes que dans la m&#233;diatisation de toutes ces nouvelles id&#233;es. Une m&#233;diatisation accompagn&#233;e par la cr&#233;ation de vocables, v&#233;ritables slogans servant d'enseigne &#224; ces &#233;coles, et cr&#233;ant souvent autour de leurs doctrines un halo qui n'aide pas &#224; juger de la diversit&#233; des approches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'Ecole de Bruxelles doit sa renomm&#233;e &#224; l'activit&#233; et au talent de son fondateur, I. Prigogine, prix Nobel de chimie. C'est une &#233;cole de thermodynamique, regroup&#233;e autour du sigle : &#171; structures dissipatives &#187;. Elle &#233;tudie la formation de structures organis&#233;es dans les syst&#232;mes hors de l'&#233;quilibre. Elle se fonde sur des principes de minimum de production d'entropie et utilise la production en exc&#232;s de l'entropie comme un moyen pour rechercher l'apparition d'une instabilit&#233;, g&#233;n&#233;ratrice de formes. Malgr&#233; de tr&#232;s nombreux travaux th&#233;oriques, en particulier sur des mod&#232;les de r&#233;actions chimiques, il ne semble pas que cette &#233;cole ait v&#233;ritablement fond&#233; une science de l'apparition des formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'Ecole de Francfort, dirig&#233;e par H. Haken, a adopt&#233; comme sigle le terme &#171; Synerg&#233;tique &#187;. Th&#233;oricien du laser, Haken a cherch&#233; &#224; g&#233;n&#233;raliser la th&#233;orie des ph&#233;nom&#232;nes exigeant la coop&#233;ration entre de nombreux acteurs. Tout en encourageant de nombreux travaux dans ce domaine et en multipliant les colloques, Haken, rival de Prigogine, n'a pas formul&#233; une v&#233;ritable doctrine de l'origine des formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alors que Prigogine et Haken sont des physiciens, ce sont des biologistes H. Maturana et F. Varela, qui ont tent&#233; d'&#233;laborer une doctrine g&#233;n&#233;rale des formes, valable pour les syst&#232;mes biologiques et les syst&#232;mes cognitifs. Leur concept central est celui &#171; d'autopoi&#232;se &#187; ou de machine autopoi&#232;tique, r&#233;alis&#233; par un r&#233;seau de processus entrelac&#233;s. C'est une approche qui se situe dans une certaine tradition cybern&#233;tique qui consid&#232;re &#224; sa fa&#231;on les ph&#233;nom&#232;nes d'auto-organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie des catastrophes du math&#233;maticien Ren&#233; Thom a acquit une grande c&#233;l&#233;brit&#233;. La personnalit&#233; de son auteur, m&#233;daille Field (le Nobel des maths ) de math&#233;matiques, tout autant que les myst&#232;res math&#233;matiques dont elle s'entoure, expliquent ce succ&#232;s philosophique et m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les catastrophes sont des variations discontinues apparaissant comme des r&#233;ponses soudaines d'un syst&#232;me &#224; une variation continue des conditions ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie des catastrophes est n&#233;e de l'union de la th&#233;orie des singularit&#233;s et de la th&#233;orie des bifurcations des syst&#232;mes dynamiques (Poincar&#233;, Andronov). Son objet n'est pas tout &#224; fait d&#233;fini. Thom la consid&#232;re comme un &#233;tat d'esprit et non comme une th&#233;orie au sens ordinaire. C'est un programme math&#233;matique, dont l'application varie d'un sp&#233;cialiste &#224; l'autre, mais avec pour traits g&#233;n&#233;raux une attention particuli&#232;re pour le typique, la stabilit&#233; structurelle et le point de vue g&#233;om&#233;trique. La th&#233;orie classe les discontinuit&#233; du mouvement en terme d'un petit nombre de formes arch&#233;typales que Thom nomme les catastrophes &#233;l&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie des catastrophes a &#233;t&#233; appliqu&#233;e &#224; l'optique g&#233;om&#233;trique et &#224; l'optique physique, &#224; l'hydrodynamique, &#224; la stabilit&#233; des navires, &#224; l'&#233;tude des battements cardiaques, &#224; l'embryologie, &#224; la sociologie, &#224; la linguistique, &#224; la psychologie exp&#233;rimentale, &#224; l'&#233;conomie, &#224; la g&#233;ologie, &#224; la th&#233;orie des particules &#233;l&#233;mentaires, &#224; la mod&#233;lisation de l'activit&#233; c&#233;r&#233;brale et psychique.....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle peut sembler une science carrefour et constituer une vision du monde, c'est ce qui fait son aura.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La derni&#232;re grande id&#233;ologie de la forme est apparue &#224; l'&#233;poque informatique et doit son d&#233;veloppement &#224; l'utilisation massive des ordinateurs. Elle est d&#233;velopp&#233;e par un math&#233;maticien informaticien, Stephen Wolfram, l'auteur de l'ensemble de programmes de calculs math&#233;matiques connu sous le nom de &#171; Mathematica &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude scientifique de la nature et de l'homme est envisag&#233;e &#224; l'aide de programmes de calcul plut&#244;t qu'&#224; l'aide d'&#233;quations math&#233;matiques (A new kind of science). Les ph&#233;nom&#232;nes du monde sont consid&#233;r&#233;s comme r&#233;sultant de l'ex&#233;cution de myriades de programmes simples. Le programme simple par excellence &#233;tant l'automate cellulaire. L'immense richesse des formes obtenues &#224; l'aide d'automates cellulaires illustre et conforte ce point de vue. L'automate cellulaire devient un outil privil&#233;gi&#233; de cr&#233;ation des formes, ce dont t&#233;moignent les travaux d'art num&#233;rique ( comme ceux de Bernard Caillaud ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la forme ne fait que commencer.......&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indications bibliographiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes g&#233;n&#233;raux de la forme sont pr&#233;sent&#233;s dans :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les sciences de la forme aujourd'hui. Points-Sciences. Le Seuil. 1994&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'origine des formes. La Recherche, n&#176; sp&#233;cial. Janvier 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. BALL. The self-made tapestry. Pattern formation in nature. Oxford University Press. 2001. Essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. PETITOT. Forme. Encyclopaedia Universalis. Paris. 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y. BOULIGAND, ed. La morphog&#233;n&#232;se : de la biologie aux math&#233;matiques. Maloine. Paris. 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ouvrages marquent l'histoire de la forme au XX &#232;me si&#232;cle :&lt;br class='autobr' /&gt;
S. LEDUC. La biologie synth&#233;tique. A. Poinat. Paris. 1912 ( disponible en ligne sur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.peiresc.org/bs01.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.peiresc.org/bs01.htm&lt;/a&gt; )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'ARCY WENTWORTH THOMSON. On growth and form. 1917&lt;br class='autobr' /&gt; Edition abr&#233;g&#233;e : Cambridge University Press. 1961.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.M. TURING. The chemical basis of morphogenesis. Phil. Trans. R. Soc. London B237, 37-72, 1952. (reproduit dans collected works of A.M. T&#252;ring. Morphogenesis, ed. P.T. Saunders. North Holland. 1992.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. THOM. Stabilit&#233; structurelle et morphog&#233;n&#232;se. Essai d'une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des mod&#232;les. Inter&#233;ditions. Paris. 1972.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. MANDELBROT. The fractal geometry of nature. Freeman. 1982.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H.O. PEITGEN and P.H. RICHTER. The beauty of fractals. Images of complex dynamical systems. Springer. 1988. Le d&#233;part de la mode des fractals.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H. MEINHARDT. The algorithmic beauty of sea shells. Springer.1995.Lle triomphe du mod&#232;le de T&#252;ring de r&#233;action-diffusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. WOLFRAM. A new kind of science. Wolfram Media. 2002. L'automate cellulaire roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique non-lin&#233;aire et l'auto-organisation sont le sujet d'innombrables ouvrages ou publications, o&#249; auto- organisation et chaos d&#233;terministe se c&#244;toient souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de G.Nicolis, Introduction to nonlinear science, Cambridge University Press, 1994, constitue une des meilleures introduction g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera de nombreuses informations dans les chroniques de Cosma Shalizi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://cscs.umich.edu/~crshalizi/notebooks&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cscs.umich.edu/~crshalizi/notebooks&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cf. en particulier : self-organization, pattern formation, dissipative structures, emergent properties, cellular automata...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Consulter la FAQ Self-organizing systems (SOS) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.calresco.org/sos/sosfaq.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.calresco.org/sos/sosfaq.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. NICOLIS and I. PRIGOGINE. Self-organization in non equilibrium systems. From dissipative structures to order through fluctuations. Wiley. 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.T. WINFREE. The geometry of biological time. Springer. 1980.&lt;br class='autobr' /&gt;
V.S. ZYKOV. Modelling of wave processes in excitable media. Naouka. Moscou. 1984.(en russe) [ traduction anglaise Manchester University Press. 1988.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. BABLOYANTZ. Molecules, dynamics and life. An introduction to self-organization of matter. Wiley. 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.T. WINFREE. When time breaks down : The three dimensional &lt;br class='autobr' /&gt;
dynamics of electrochemical waves and cardiac arythmies. Princeton University Press. 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. GLASS and M.C. MACKEY. From clocks to chaos : The rythms of life. Princeton University Press. 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. NICOLIS and I. PRIGOGINE. Exploring complexity. Freeman. 1989.&lt;br class='autobr' /&gt;
G. NICOLIS. Physics of far from equilibrium systems and self-organization. Dans, P. Davies,ed. The new physics. Cambridge University Press.1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. GRINDROD. Patterns and waves. The theory and applications of reaction-diffusion equations. Oxford University Press.1991.&lt;br class='autobr' /&gt;
E. MERON. Pattern formation in excitable media. Physics Reports. 218, 1-66, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J.S. KIRKALDY. Spontaneous evolution of spatio-temporal patterns in materials. Rep. Prog. Phys. 55, 723-795, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.G. HARRISON. Kinetic theory of living pattern. Cambridge University Press.1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. KAUFFMAN. The origin of order. Self-organization and selection in evolution. Oxford university Press.1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. GOLDBETER. Biochemical oscillations and cellular rythms. The molecular bases of periodic and chaotic behaviour. Cambridge university Press. 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. SHALIZI. Causal architecture, complexity and self-organisation in time series and cellular automata. Thesis. 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://bactra.org/thesis&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://bactra.org/thesis&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La morphogen&#232;se biologique donne lieu &#224; des publications sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.R. PEACOCKE. An introduction to the physical chemistry of biological organization. Oxford university Press. 1983&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. MURRAY. Mathematical biology. Springer . 1989. (derni&#232;re &#233;dition augment&#233;e en 2 volumes. 2002 ). Les taches du l&#233;opard......&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation de l'&#339;uvre de Turing, en particulier sur la phyllotaxie :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;a href=&#034;http://www.swintors.net/jonathan/turing.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.swintors.net/jonathan/turing.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. GIERER. Generation of biological patterns and form : Some physical, mathematical and logical aspects. Prog. Biophys. Mol. Biol. 37, 1-47, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H. MEINHARDT. Models of biological pattern formation. Academic Press.1982.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H. MEINHARDT. Pattern formation in biology : a comparison of models and experiments. Rep. Prog. Phys. 55, 797-849, 1992&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. PRUSINKIEWICZ and A. LINDENMAYER. The algorithmic beauty of plants. Springer. 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. PRUSINKIEWICZ, M. HAMMEL and R. MECH. Visual models of morphogenesis:a guided tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.cpsc.ucalgary.ca/projects/bmv/vmm-deluxe/TitlePage.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cpsc.ucalgary.ca/projects/bmv/vmm-deluxe/TitlePage.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J.A. KAANDORP. Fractal modelling : Growth and form in biology. Springer. 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. MARZEC. A pragmatic approach to modeling morphogenesis. J. of Biological Systems. 7, 335-351, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. MARZEC. Mathematical morphogenesis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.albany.edu/~cmarzec&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.albany.edu/~cmarzec&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. BEN JACOB, I. COHEN and H. LEVINE. The cooperative self-organization of microorganisms. Adv. Phys. 49, 395-554, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. CAMAZINE, J.L. DENEBOURG, A. FRANKS, J. SNEYD, G. THERAULAZ and E. BONABEAU. Self-organization in biological systems. Princeton University Press. 2001.5&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que sont les fractales ?</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article6774</link>
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		<dc:date>2020-07-25T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Auto-organisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Que sont les fractales ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Extrait de &#034;Mati&#232;re-espace-temps&#034; de Gilles Cohen-Tannoudji : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le math&#233;maticien Beno&#239;t Mandelbrot s'est int&#233;ress&#233; aux courbes, objets, structures qui, comme la trajectoire quantique, pr&#233;sentent des anfractuosit&#233;s &#224; toutes les &#233;chelles auxquelles on les observe ; Il leur a donn&#233; le nom g&#233;n&#233;ral de fractals. Partant d'une remarque tr&#232;s profonde de jean Perrin, Mandelbrot d&#233;veloppe l'id&#233;e que, contrairement &#224; ce que l'enseignement traditionnel des math&#233;matiques tend (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Chapter 09 : The model of deterministic chaos - Le mod&#232;le du chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot84" rel="tag"&gt;Auto-organisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que sont les fractales ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Mati&#232;re-espace-temps&#034; de Gilles Cohen-Tannoudji :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le math&#233;maticien Beno&#239;t Mandelbrot s'est int&#233;ress&#233; aux courbes, objets, structures qui, comme la trajectoire quantique, pr&#233;sentent des anfractuosit&#233;s &#224; toutes les &#233;chelles auxquelles on les observe ; Il leur a donn&#233; le nom g&#233;n&#233;ral de fractals. Partant d'une remarque tr&#232;s profonde de jean Perrin, Mandelbrot d&#233;veloppe l'id&#233;e que, contrairement &#224; ce que l'enseignement traditionnel des math&#233;matiques tend &#224; faire croire, les fractals sont beaucoup plus fr&#233;quents dans la nature que les objets lisses et sans anfractuosit&#233;s, sur lesquels se penchent des g&#233;n&#233;rations d'&#233;l&#232;ves et de lyc&#233;ens studieux. (...) Nous avons &#233;t&#233; habitu&#233;s, par notre formation scolaire, &#224; penser que le &#034;lisse&#034; est la r&#232;gle et le &#034;rugueux&#034; l'exception. Il nous faut faire un effort sur nous-m&#234;mes pour admettre que cette intuition contredit la r&#233;alit&#233; naturelle. (...) Or, l'existence du quantum d'action implique que les trajectoires soient infiniment compliqu&#233;es, contourn&#233;es, chaotiques dans l'espace ordinaire.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait de l'ouvrage de Bernard Sapoval, &#034;Universalit&#233;s et fractales&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La premi&#232;re cat&#233;gorie de fractales appara&#238;t dans l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes al&#233;atoires. (...) Les mouvements browniens, les vols de L&#233;vy, la percolation, l'agr&#233;gation, les fronts de diffusion sont des exemples de cette g&#233;om&#233;trie n&#233;e du hasard. (...) La deuxi&#232;me cat&#233;gorie de ph&#233;nom&#232;nes dans lesquels nous voyons appara&#238;tre des objets fractals est l'&#233;tude des it&#233;rations, comme dans le cas des ensembles de Julia et de Mandelbrot, ou plus g&#233;n&#233;ralement des syst&#232;mes dynamiques, syst&#232;mes non lin&#233;aire, dont l'&#233;tude de la turbulence par exemple. (...) Nous avons vu que m&#234;me des syst&#232;mes d'une extr&#234;me simplicit&#233;, dont le fonctionnement est strictement causal, sont capables de poss&#233;der des &#233;tats apparemment al&#233;atoires. (...) La troisi&#232;me cat&#233;gorie de ph&#233;nom&#232;nes o&#249; interviennent des fractales est celle des ph&#233;nom&#232;nes d'interfaces naturelles ou artificielles(alv&#233;oles pulmonaires, racines des plantes, bassins fluviaux, &#233;lectrodes dans les batteries). (...) S'il est un domaine des sciences de la nature o&#249; l'irr&#233;gularit&#233; g&#233;om&#233;trique et l'irr&#233;gularit&#233; temporelle jouent un r&#244;le capital, c'est bien la g&#233;ophysique. Nous avons vu que des proc&#233;dures simples permettaient de reproduire des montagnes tout &#224; fait vraisemblables ou que des c&#244;tes &#233;taient souvent fractales. Mais il en va de m&#234;me de beaucoup de structures de notre environnement g&#233;ophysique. Il peut s'agir tout aussi bien de structures g&#233;om&#233;triques des couches g&#233;ologiques, de r&#233;seaux de failles g&#233;ologiques, ou de g&#233;om&#233;trie d'objets de la g&#233;ophysique externe, comme les nuages. (...) Les nuages aussi ob&#233;issent par leur forme aux lois de la self-similarit&#233;. Les petits et les gros nuages ont des formes comparables. Les propri&#233;t&#233;s de ces nuages vont d&#233;pendre bien s&#251;r de leur structure. Par exemple, de la fa&#231;on dont ils absorbent la lumi&#232;re. (...) Son absorption sous forme de chaleur d&#233;pendra de la taille et de l'&#233;paisseur du nuage sous forme de loi de puissance. (...) Les probl&#232;mes de g&#233;ophysique o&#249; la g&#233;om&#233;trie fractale peut jouer un r&#244;le son tr&#232;s nombreux. Citons-en deux. On a remarqu&#233; que la distribution des &#233;nergies mises en jeu dans les tremblements de terre rappelait la distribution des amas finis dans les ph&#233;nom&#232;nes de percolation. la criticalit&#233; auto-organis&#233;e a &#233;t&#233; invoqu&#233;e pour d&#233;crire la s&#233;ismicit&#233;. La fragmentation, que ce soit celle de la banquise ou celle des rochers, &#233;tudi&#233;e par Claude All&#232;gre dans le cadre de la renormalisation, peut aussi r&#233;v&#233;ler un caract&#232;re fractal. (...) La notion d'universalit&#233; a surgi, &#224; grand peine, de l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes critiques, ph&#233;nom&#232;nes rares qui ne se produisent que dans des circonstances physiques tr&#232;s pr&#233;cises, par exemple pr&#232;s de la temp&#233;rature de Curie pour le magn&#233;tisme. C'est pourquoi l'id&#233;e de criticalit&#233; auto-organis&#233;e de ph&#233;nom&#232;nes qui se produisent, apparemment, sans ajustement d'un param&#232;tre ext&#233;rieur a attir&#233; beaucoup l'attention. Il conviendrait mieux, &#224; mon avis, d'&#233;voquer une fractalit&#233; auto-organis&#233;e car, nous l'avons sugg&#233;r&#233;, il y a d'autres situations o&#249; les fractales adviennent sans qu'existent certains caract&#232;res de la criticalit&#233;, notamment les fluctuations critiques. La physiologie nous donne l'exemple de la morphologie des poumons, fractale sans fluctuations critiques (heureusement pour notre sant&#233;). Dans la corrosit&#233;, certaines formes de fractalit&#233; ne se d&#233;veloppent que quand le ph&#233;nom&#232;ne se ralentit, jusqu'&#224; s'arr&#234;ter. (...) Nous avons mentionn&#233; que les ing&#233;nieurs qui b&#226;tissent des digues pour amortir des vagues font des fractales sans le savoir. (..) On construira sp&#233;cialement des surfaces fractales pour l'isolation acoustique. (...) Les polym&#232;res et les a&#233;rogels sont des exemples de mat&#233;riaux fractals. Les a&#233;rogels peuvent fournir dans le futur un v&#233;ritable laboratoire microscopique du d&#233;sordre. (...) On pourrait probablement utiliser les propri&#233;t&#233;s de diffusion anormale sur une fractale pour mieux contr&#244;ler la distribution dans le temps d'une drogue dans l'organisme. (...) Nous avons vu aussi que la nature r&#233;alisait des r&#233;seaux de distribution, bronches et art&#232;res, et des &#233;changeurs qui permettent l'optimisation des flux et de la r&#233;partition des fluides &#224; l'int&#233;rieur de notre corps. Nous savons que ce n'est pas un hasard si leur g&#233;om&#233;trie est fractale. Nous avons m&#234;me montr&#233; qu'il &#233;tait n&#233;cessaire que les alv&#233;oles pulmonaires r&#233;alisent une surface &#034;remplissant&#034; l'espace pour poss&#233;der l'efficacit&#233; suffisante &#224; notre respiration. De tr&#232;s nombreux proc&#233;d&#233;s industriels utilisent des mat&#233;riaux poreux pour r&#233;aliser des interactions entre des gaz ou des liquides et des surfaces. C'est le cas de la catalyse. Dans tous ces cas, le r&#244;le d'une g&#233;om&#233;trie tr&#232;s irr&#233;guli&#232;re est central, et ce que nous avons appris &#224; l'aide des g&#233;om&#233;tries fractales nous donne des outils qui s'appliquent sur des g&#233;om&#233;tries quelconques.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; donc o&#249; se trouvent les fractales et quelles classes de fractales on peut &#233;tablir. Mais quelles sont les caract&#233;ristiques de ces fameuses fractales ? Fractales vient de fraction. On croit souvent qu'on est habitu&#233;s &#224; fractionner la r&#233;alit&#233; mais ce n'est pas si &#233;vident. En physique, on a eu bien du mal &#224; admettre la conception quantique qui &#233;tablit des univers embo&#238;t&#233;s &#224; diverses &#233;chelles. Dans le cas des fractales, il en va de m&#234;me. Nous avons des notions sur le monde &#224; partir d'images auxquelles nous comparons la r&#233;alit&#233;. Il s'agit souvent d'images g&#233;om&#233;triques comme le point, le segment, la droite, la surface, le plan, la boule. Tous les &#233;l&#233;ments que je viens de citer ne sont nullement des fractales. Car ils existent &#224; une &#233;chelle seulement et ont une dimension bien d&#233;finie. Une fractale existe &#224; plusieurs &#233;chelles embo&#238;t&#233;es et n'a de dimension que si on pr&#233;cise un &#034;agraindissement&#034;, c'est-&#224;-dire si on met une limite inf&#233;rieure &#224; la pr&#233;cision des mesures. On dira que les volumes, les surfaces, les courbes peuvent &#234;tre d&#233;finies par un nombre entier de variables et les fractales par une fraction !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re propri&#233;t&#233; remarquable des fractales est la forme qui n'est pas du tout lisse mais contient des anfractuosit&#233;s &#224; toutes les &#233;chelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me propri&#233;t&#233; fondamentale est la capacit&#233; de construction spontan&#233;e &#224; partir du d&#233;sordre d'un ordre tr&#232;s durable, peu sensible aux attaques, tr&#232;s efficace (utilisant un minimum d'&#233;nergie pour un maximum de r&#233;sultat : de zones pouvant &#234;tre atteintes. Donc un ordre issu du d&#233;sordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me propri&#233;t&#233; est la construction par r&#233;p&#233;tition d'op&#233;rations discontinues successives et simples capables de b&#226;tir une structure d'une complexit&#233; quasi infinie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beno&#238;t Mandelbrot dans &#034;Fractales, hasard et finances&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Pourquoi la g&#233;om&#233;trie h&#233;rit&#233;e d'Euclide m&#233;rite si souvent d'&#234;tre qualifi&#233;e de &#034;froide&#034; et &#034;s&#232;che&#034; ? En partie, parce qu'elle ne saurait d&#233;crire la forme d'une chronique financi&#232;re, d'une montagne, d'une c&#244;te ou d'un arbre. Les chroniques financi&#232;res ne sont ni des oscillations p&#233;riodiques, ni des droites montantes ou descendantes repr&#233;sentant des &#034;tendances&#034; ; les nuages ne sont pas des sph&#232;res ; les montagnes ne sont pas des c&#244;nes ; les c&#244;tes des &#238;les ne sont pas des cercles ; l'&#233;corce d'un arbre n'est pas cylindrique ; et l'&#233;clair ne tombe pas en ligne droite. (...) La complexit&#233; de la nature d&#233;passe de fa&#231;on non pas quantitative mais qualitative tout ce qu'admet la g&#233;om&#233;trie d'Euclide. (...) La litt&#233;rature des sciences -sans m&#234;me s'en excuser- ne comportait pas de r&#233;ponse utile &#224; des questions pourtant incontournables dont voici des exemples. Comment mesurer la volatilit&#233; des chroniques boursi&#232;res, ne serait-ce que pour pouvoir &#233;valuer les risques financiers de fa&#231;on r&#233;aliste ? Combien mesure la c&#244;te de la Bretagne ? Comment peut-on caract&#233;riser la forme d'une c&#244;te, d'une rivi&#232;re, d'une ligne de partage des eaux [...] ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-on mesurer et comparer les rugosit&#233;s d'objets communs, tels qu'une pierre cass&#233;e, un talus, une montagne ou un bout de fer rouill&#233; ? Quelle est la forme d'un nuage, d'une flamme ou d'une soudure ? Quelle est la densit&#233; des galaxies dans l'univers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai forg&#233; le mot &#171; fractale &#187; &#224; partir de l'adjectif latin &#171; fractus &#187;. Le verbe latin correspondant est &#171; frangere &#187;, qui signifie &#171; briser &#187;, cr&#233;er des fragments irr&#233;guliers. Il est donc tr&#232;s heureux -et tr&#232;s adapt&#233; &#224; nos besoins !- qu'outre &#171; fragment&#233; &#187; (comme dans &#171; fraction &#187; ou &#171; r&#233;fraction &#187;), &#171; fractus &#187; signifie aussi &#171; irr&#233;gulier &#187;, ces deux nuances &#233;tant contenues dans &#171; fragment &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les scientifiques seront (j'en suis s&#251;r) surpris et ravis de d&#233;couvrir que bien des formes qu'ils qualifiaient de granuleuses, tentaculaires, entre les deux, boutonneuses, pustuleuses, ramifi&#233;es, algueuses, &#233;tranges, enchev&#234;tr&#233;es, sinueuses, ondul&#233;es, menues, rid&#233;es, etc., peuvent d&#233;sormais &#234;tre abord&#233;es de mani&#232;re rigoureuse et r&#233;solument quantitative. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fractales sont des objets - qu'ils soient math&#233;matiques, dus &#224; la nature ou &#224; l'homme - qu'on appelle &#034;irr&#233;guliers, rugueux, poreux ou fragment&#233;s&#034;, et qui, de plus, poss&#232;dent ces propri&#233;t&#233;s au m&#234;me degr&#233; &#224; toutes les &#233;chelles. C'est dire que ces objets ont la m&#234;me forme, qu'ils soient vus de pr&#232;s ou de loin.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur Mandelbrot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;On sait que la sym&#233;trie joue dans les ph&#233;nom&#232;nes physiques un r&#244;le fondamental. Les sym&#233;tries sont certaines propri&#233;t&#233;s des lois de la physique ou de la mati&#232;re qui se v&#233;rifient quand un syst&#232;me subit une transformation g&#233;om&#233;trique donn&#233;e. (...) Les &#233;quations de la physique sont suppos&#233;es invariantes par translation dans le temps. La structure cristalline des solides, c'est-&#224;-dire l'arrangement p&#233;riodique des atomes dans les solides, leur donne des propri&#233;t&#233;s particuli&#232;res de sym&#233;trie. Quand on cherche la nature la plus fondamentale des interactions physiques, on y trouve toujours des propri&#233;t&#233;s de sym&#233;trie, comme c'est le cas de la correspondance entre la mati&#232;re et l'antimati&#232;re. (...) Dans cette optique, la g&#233;om&#233;trie fractale appara&#238;t comme la g&#233;om&#233;trie adapt&#233;e &#224; un autre type de g&#233;om&#233;trie qui est la sym&#233;trie de dilatation ou d'invariance d'&#233;chelle.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Sapoval dans &#034;Universalit&#233;s et fractales&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Sapoval dans &#034;Universlit&#233;s et fractales&#034; :&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoi servent les fractales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'application la plus directe et la plus simple de la g&#233;om&#233;trie fractale est la caract&#233;risation et la mesure de l'irr&#233;gularit&#233; lorsque celle-ci poss&#232;de une propri&#233;t&#233; d'auto-similarit&#233; ou une propri&#233;t&#233; d'auto-affinit&#233; sur une &#233;chelle suffisante. (...) On essaie ainsi de mesurer le r&#244;le sp&#233;cifique de l'irr&#233;gularit&#233;, de la fractalit&#233; dans ce cas, (...) en caract&#233;risant les poudres par leurs g&#233;om&#233;tries fractales. Autres exemples, la rugosit&#233; de certains papiers, la nettet&#233; des lettres d'imprimerie, les distributions de taille de grains dans des poudres, la fragmentation des minerais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres cas, on comprend le r&#244;le de la g&#233;om&#233;trie fractale ind&#233;pendamment de ce qui a cr&#233;&#233; son existence. C'est le cas, nous le savons, pour des &#233;lectrodes fractales self-similaires et pour l'appareil respiratoire des mammif&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les applications directes non empiriques, c'est-&#224;-dire celles o&#249; on utilise la g&#233;om&#233;trie fractale pour une raison pr&#233;cise et bien comprise, existent dans les proc&#233;d&#233;s de traitement des images. (...) Les notions de distributions multifractales (...) peuvent servir &#224; quantifier la texture d'une image ou d'une partie d'image et aider au diagnostic sur des radiographies o&#249; l'on soup&#231;onne l'existence de tumeurs.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi des fractales dans la nature ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;On peut penser que les r&#233;sonateurs fractals doivent &#234;tre de mauvais r&#233;sonateurs pour toutes les fr&#233;quences. mais alors, peut-&#234;tre pouvons-nous comprendre l'existence des c&#244;tes fractales de la fa&#231;on suivante : les vagues sont des modes d'oscillation de la mer en r&#233;ponse &#224; des excitations que sont le vent, les mar&#233;es ou les courants&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La G&#233;om&#233;trie de la Nature, n'est pas aussi simple qu'on pourrait le croire. Les formes ne se limitent pas &#224; la description de lignes, de courbes, de surfaces ou de volumes s'articulant dans des espaces &#224; deux ou trois dimensions, une g&#233;om&#233;trie invent&#233;e par Euclide. Savez-vous que les choux-fleurs, les ramifications des arbres, les r&#233;seaux des rivi&#232;res, les bronches de nos poumons et de nombreux ph&#233;nom&#232;nes, comme les s&#233;ismes et les &#233;ruptions volcaniques, peuvent &#234;tre d&#233;crits par une autre g&#233;om&#233;trie ? Cette nouvelle g&#233;om&#233;trie cach&#233;e de la nature, g&#233;om&#233;trie fractale, introduite en 1975 par le fran&#231;ais Beno&#238;t Mandelbrot et d&#233;velopp&#233;e par des sp&#233;cialistes dans de nombreuse disciplines... D'o&#249; viennent ces structures fractales ? La nouvelle th&#233;orie de la relativit&#233; d'&#233;chelle de Laurent Nottale fournit une explication plausible, coh&#233;rente et d&#233;montre le pourquoi de leur universalit&#233;... Ce livre d'initiation a &#233;t&#233; &#233;crit pour sensibiliser le grand public &#224; cette nouvelle vision du monde naturel qui a des applications multiples, de l'univers aux math&#233;matiques, &#224; la physique, &#224; la chimie, au vivant et &#224; sa dimension &#233;volutive, jusqu'&#224; l'&#233;conomie et aux arts...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qu'est-ce que le mouvement brownien ?</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article6776</link>
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		<dc:date>2020-04-09T22:50:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Deterministic chaos - Chaos d&#233;terministe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le mouvement brownien ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Perrin &#8211; Extraits de &#171; Les atomes &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mouvement brownien &#8211; &#233;mulsions &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Historique et caract&#232;res g&#233;n&#233;raux &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le mouvement brownien &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'agitation mol&#233;culaire &#233;chappe &#224; notre perception directe comme le mouvement des vagues de la mer &#224; un observateur trop &#233;loign&#233;. Cependant si quelque bateau se trouve alors en vue, le m&#234;me observateur pourra voir un balancement qui lui r&#233;v&#232;lera l'agitation qu'il ne soup&#231;onnait pas. Ne peut-on de m&#234;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Chapter 09 : The model of deterministic chaos - Le mod&#232;le du chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot59" rel="tag"&gt;Deterministic chaos - Chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce que le mouvement brownien ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jean Perrin &#8211; Extraits de &#171; Les atomes &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mouvement brownien &#8211; &#233;mulsions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Historique et caract&#232;res g&#233;n&#233;raux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mouvement brownien &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'agitation mol&#233;culaire &#233;chappe &#224; notre perception directe comme le mouvement des vagues de la mer &#224; un observateur trop &#233;loign&#233;. Cependant si quelque bateau se trouve alors en vue, le m&#234;me observateur pourra voir un balancement qui lui r&#233;v&#232;lera l'agitation qu'il ne soup&#231;onnait pas. Ne peut-on de m&#234;me esp&#233;rer, si des particules microscopiques se trouvent dans un fluide, que ces particules, encore assez grosses pour &#234;tre suivies sous le microscope, soient d&#233;j&#224; assez petites pour &#234;tre notablement agit&#233;es par les chocs mol&#233;culaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question aurait pu conduire &#224; la d&#233;couverte d'un fait merveilleux, que nous a r&#233;v&#233;l l'observation microscopique, et qui nous donne une vue profonde sur les propri&#233;t&#233;s de l'&#233;tat fluide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;chelle ordinaire de nos observations, toutes les parties d'un liquide en &#233;quilibre nous semblent immobiles. Si l'on place dans ce liquide un objet quelconque plus dense, cet objet tombe, verticalement s'il est sph&#233;rique, et nous savons bien qu'une fois arriv&#233; au fond du vase, il y reste, et ne s'avise pas de remonter tout seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; des notions bien famili&#232;res, et pourtant elles ne sont bonnes que pour les dimensions auxquelles nos organes sont accoutum&#233;s. Il suffit en effet d'examiner au microscope de petites partiucles plac&#233;es dans l'eau pour voir que chacune d'elles, au lieu de tomber r&#233;guli&#232;rement, est anim&#233;e d'un mouvement tr&#232;s vif et parfaitement d&#233;sordonn&#233;. Elle va et vient en tournoyant, monte, descend, remonte encore, sans tendre aucunement vers le repos. C'est le &#171; mouvement brownien &#187;, ainsi nomm&#233; en souvenir du botaniste anglais Brown, qui le d&#233;couvrit en 1827, aussit&#244;t apr&#232;s la mise en usage des premiers objectifs achromatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;couverte si remarquable attira peu l'attention. Les physiciens qui entendaient parler de cette agitation la comparaient, je pense, au mouvement des poussi&#232;res qu'on voit &#224; l'&#339;il nu se d&#233;placer dans un rayon de soleil, sous l'action des courants d'air qui r&#233;sultent de petites in&#233;galit&#233;s dans la pression ou la temp&#233;rature. Mais, en ce cas, des particules voisines se meuvent &#224; peu pr&#232;s dans le m&#234;me sens et dessinent grossi&#232;rement la forme de ces courants d'air. Or il est ompossible d'observer quelque temps le mouvement brownien sans s'apercevoir qu'au contraire il y a ind&#233;pendance compl&#232;te des mouvements de deux particules, m&#234;me quand elles s'approchent &#224; une distance inf&#233;rieure &#224; leur diam&#232;tre (Brown, Wiener, Gouy).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agitation ne peut donc &#234;tre due &#224; des tr&#233;pidations de la plaque qui porte la gouttelette observ&#233;e, car ces tr&#233;pidations, quand on en produit expr&#232;s, produisent pr&#233;cis&#233;ment des courants d'ensemble, que l'on reconna&#238;t sans h&#233;sitation et que l'on voit simplement se superposer &#224; l'agitation irr&#233;guli&#232;re des grains. D'ailleurs, le mouvement brownien se produit sur un b&#226;ti bien fixe, la nuit, &#224; la campagne, aussi nettement que le jour, &#224; la ville, sur une table sans cesse &#233;branl&#233;e par le passage de lourds v&#233;hicules (Gouy). De m&#234;me, il ne sert &#224; rien de se donner beaucoup de peine pour s'assurer l'uniformit&#233; de temp&#233;rature de la gouttelette : tout ce qu'on gagne est encore seulement de supprimer des courants de convection d'ensemble parfaitement reconnaissables, et sans aucun rapport avec l'agitation irr&#233;guli&#232;re observ&#233;e (Wiener, Gouy). On ne gagne rien non plus en diminuant extr&#234;ment l'intensit&#233; de la lumi&#232;re &#233;clairante, ou en changeant sa couleur (Gouy).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, le ph&#233;nom&#232;ne n'est pas particulier &#224; l'eau, mais se retrouve dans tous les fluides, d'autant plus actif que ces fluides sont moins visqueux. Aussi est-il &#224; peine perceptible dans la glyc&#233;rine, et au contraire extr&#234;ment vif dans les gaz (Bodoszewski, Zsigmondy).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incidemment, j'ai pu observer pour des sph&#233;rules d'eau support&#233;s par les &#171; t&#226;ches noires &#187; des bulles de savon. Ces sph&#233;rules &#233;taient de 100 &#224; 1 000 fois plus &#233;pais que la lame mince qui leur servait de support. Ils sont donc &#224; peu pr&#232;s aux t&#226;ches noires ce qu'une orange est &#224; une feuille de papier. Leur mouvement brownien, n&#233;gligeable dans la direction perpendiculaire &#224; la pellicule (&#224; peu pr&#232;s comme il le serait dans un gaz).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un fluide donn&#233;, la grosseur des grains importe beaucoup, et l'agitation est d'autant plus vive que les grains sont plus petits. Cette propri&#233;t&#233; fut signal&#233;e par Brown, d&#232;s le premier instant de sa d&#233;couverte. Quant &#224; la nature des grains, elle para&#238;t avoir peu d'influence, si elle en a. Dans un m&#234;me fluide, deux grains s'agitent de m&#234;me quand ils ont la m&#234;me taille, quelle que soit leur substance et quelle que soit leur densit&#233; (Jevons, Ramsay, Gouy). Et, incidemment, cette absence d'influence de la nature des grains &#233;limine toute analogie avec les d&#233;placements de grande amplitude que subit un morceau de camphre jet&#233; sur l'eau, d&#233;placements qui dureste finissent par s'arr&#234;ter (quand l'eau est satur&#233;e en camphre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pr&#233;cis&#233;ment, - et ceci est peut-&#234;tre le caract&#232;re le plus &#233;trange et le plus v&#233;ritablement nouveau &#8211; le mouvement brownien ne s'arr&#234;te jamais. A l'int&#233;rieur d'une cellule close (de mani&#232;re &#224; &#233;viter l'&#233;vaporation), on peut l'observer pendant des jours, des mois, des ann&#233;es. Il se manifeste dans des inclusions liquides enferm&#233;es dans le quatz depuis des milliers d'ann&#233;es. Il est &#171; &#233;ternel et spontan&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces caract&#232;res forcent &#224; conclure avec Wiener (1863) que &#171; l'agitation n'a pas son origine dans les particules, ni dans une cause ext&#233;rieure au liquide, mais doit &#234;tre attribu&#233;e &#224; des mouvements internes, caract&#233;ristiques de l'&#233;tat fluide &#187;, mouvement que les grains suivent d'autant plus fid&#232;lement qu'ils sont plus petits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous atteignons l&#224; une propri&#233;t&#233; essentielle de ce qu'on appelle un fluide en &#233;quilibre : ce repos apparent n'est qu'une illusion due &#224; l'imperfection de nos sens, et correspond, en r&#233;alit&#233;, &#224; un certain r&#233;gime permanent de violente agitation d&#233;sordonn&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perrin, &#034;Les atomes&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement brownien est la d&#233;couverte qu'au sein de la stabilit&#233;, on trouve l'instabilit&#233; permanente, que l'ordre a pour origine le d&#233;sordre et que l'irr&#233;versibilit&#233; est fond&#233;e sur la r&#233;versibilit&#233;, etc... En somme, il est l'illustration de la dialectique fondamentale de la mati&#232;re... Et, au-del&#224; de la mati&#232;re pesante et durable, il s'agit de la dialectique du vide quantique car c'est lui qui, &#233;tant sans cesse agit&#233;, agite les mol&#233;cules en permanence, sans quoi leurs chocs auraient fini par les amener &#224; un &#233;tat stable...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, une fois atteint un &#233;tat stable, l'agitation venait seulement de l'ext&#233;rieur, la mati&#232;re devrait atteindre un &#233;tat compl&#232;tement et durablement stable. Au lieu de cela, on constate une agitation permanente appel&#233;e mouvement brownien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;tat d'un liquide en repos et o&#249; r&#232;gnerait une temp&#233;rature uniforme devrait &#234;tre absolument incompatible avec un changement quelconque ; car l&#224; o&#249; on ne saurait trouver de diff&#233;rences d'intensit&#233;, il ne peut y avoir non plus aucune cause de changement. Mais on peut rendre visible ce qui se passe &#224; l'int&#233;rieur d'un liquide tel que l'eau, par exemple, en y suspendant des particules tr&#232;s nombreuses et tr&#232;s petites ou des gouttelettes d'un autre liquide tel que du mastic ou de la gomme goutte. Or le spectacle qui attend celui qui regarde une pr&#233;paration de ce genre sous le microscope est de ceux qui ne peuvent s'oublier. Il semble que l'on p&#233;n&#232;tre dans un monde enti&#232;rement nouveau. Au lieu de l'immobilit&#233; s&#233;pulcrale qu'il &#233;tait naturel d'imaginer, l'observateur assiste &#224; la plus &#233;chevel&#233;e des sarabandes de la part des particules suspendues et, chose remarquable, les particules qui se d&#233;m&#232;nent le plus follement sont justement les plus petites. Il est impossible de d&#233;celer de la part du liquide aucun frottement qui freinerait le mouvement. Si, par hasard, une particule vient &#224; s'arr&#234;ter, une autre particule entre aussit&#244;t &#224; sa place dans la danse. Devant un tel spectacle, il est impossible de ne pas songer &#224; l'activit&#233; fi&#233;vreuse d'une fourmili&#232;re que l'on aurait boulevers&#233;e avec un b&#226;ton. Mais tandis que les insectes finissent par se remettre peu &#224; peu de leur excitation et m&#234;me par perdre toute activit&#233; quand la nuit tombe, les particules ne montrent pas la moindre trace de fatigue tant que la temp&#233;rature du liquide reste constante. Nous sommes donc en pr&#233;sence du &#171; perpetuum mobile &#187; au sens le plus strict du mot et non pas dans une des nombreuses acceptations figur&#233;es qui ont &#233;t&#233; donn&#233;es &#224; ce terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explication de ce ph&#233;nom&#232;ne, d&#233;couvert par le botaniste anglais Brown, a &#233;t&#233; donn&#233;e il y a d&#233;j&#224; vingt-cinq ans par le fran&#231;ais Gouy. D'apr&#232;s ce physicien, le mouvement brownien est caus&#233; par l'agitation thermique des mol&#233;cules du liquide. Ces mol&#233;cules invisibles, par leurs chocs incessants contre les particules visibles qui flottent diss&#233;min&#233;es parmi elles, provoquent les mouvements irr&#233;guliers observ&#233;s. Mais la preuve d&#233;cisive de l'exactitude de cette opinion n'a &#233;t&#233; apport&#233;e que tout r&#233;cemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein et Scholumowski sont en effet parvenus &#224; formuler une th&#233;orie statistique du mouvement brownien dont on peut d&#233;duire les lois r&#233;gissant la densit&#233; de r&#233;partition des particules, leurs vitesses, la valeur de leurs parcours et m&#234;me la valeur de leurs rotations. Ces lois ont &#233;t&#233; brillamment v&#233;rifi&#233;es par l'exp&#233;rience, gr&#226;ce surtout aux travaux de Jean Perrin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Max Planck dans &#171; Initiations &#224; la physique &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le mouvement des particules dans un liquide fut rendu manifeste, pour la premi&#232;re fois, par le mouvement brownien, ph&#233;nom&#232;ne remarquable, qui serait rest&#233; myst&#233;rieux et incompr&#233;hensible sans la th&#233;orie cin&#233;tique de la mati&#232;re. Il a &#233;t&#233; observ&#233; par le botaniste Brown et expliqu&#233; 80 ans plus tard, au d&#233;but de ce si&#232;cle. Le seul appareil n&#233;cessaire pour observer le mouvement brownien est le microscope, qui n'a m&#234;me pas besoin d'&#234;tre particuli&#232;rement puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brown a op&#233;r&#233; avec des grains de pollen de certaines plantes, c'est-&#224;-dire &#034;des particules ou des granules d'une grosseur inaccoutum&#233;e, dont la longueur variait d'un quatre milli&#232;me &#224; un cinq milli&#232;me d'un pouce.&#034; Il dit en outre : &#034;Pendant que j'examinais la forme de ces particules immerg&#233;es dans l'eau, j'ai observ&#233; que beaucoup d'entre elles &#233;taient manifestement en mouvement... Ces mouvements &#233;taient tels que, apr&#232;s des observations souvent r&#233;p&#233;t&#233;es, je fus persuad&#233; qu'ils ne pouvaient provenir ni du courant du fluide, ni de son &#233;vaporation graduelle, mais qu'ils appartenaient &#224; la particule m&#234;me.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Brown observait, c'&#233;tait l'agitation incessante de granules en suspension dans l'eau et visibles au microscope. C'est un spectacle impressionnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Comment faut-il expliquer ce mouvement. Il para&#238;t contradictoire &#224; toute l'exp&#233;rience ant&#233;rieure. L'observation de la position d'une de ces particules en suspension pendant trente secondes par exemple r&#233;v&#232;le la forme fantastique de son chemin. La chose bouleversante, c'est le caract&#232;re de son mouvement apparemment &#233;ternel. Un pendule oscillant immerg&#233; dans l'eau s'arr&#234;te bient&#244;t, si on ne lui imprime pas un mouvement par une force ext&#233;rieure. l'existence d'un mouvement qui ne s'arr&#234;te jamais para&#238;t contraire &#224; toute l'exp&#233;rience. Cette difficult&#233; fut &#233;claircit par la th&#233;orie cin&#233;tique de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on observe l'eau avec nos plus puissants microscopes, on ne voit pas de mol&#233;cules en mouvement, telles que les d&#233;peint la th&#233;orie cin&#233;tique de la mati&#232;re. Il faut en conclure que si la th&#233;orie qui consid&#232;re l'eau comme un amas de particules est juste, leur volume doit &#234;tre au-del&#224; des limites de visibilit&#233; des meilleurs microscopes. Restons n&#233;anmoins fid&#232;les &#224; la th&#233;orie et admettons qu'elle repr&#233;sente une image conforme &#224; la r&#233;alit&#233;. Les particules browniennes visibles au microscope sont bombard&#233;es par les particules plus petites qui constituent l'eau. Le mouvement brownien existe, si les particules bombard&#233;es sont suffisamment petites. Il existe, parce que ce bombardement n'a pas lieu d'une mani&#232;re uniforme de tous les c&#244;t&#233;s, et l'on ne peut pas, &#224; cause de son caract&#232;re irr&#233;gulier et contingent, en &#233;tablir une moyenne. Le mouvement observ&#233; est ainsi le r&#233;sultat d'un mouvement non observable. Le comportement des grosses particules refl&#232;te jusqu'&#224; un certain point celui des mol&#233;cules et en constitue, pour ainsi dire, un grossissement si &#233;lev&#233; qu'il devient visible au microscope. Le caract&#232;re irr&#233;gulier et contingent du chemin que parcourent les particules browniennes refl&#232;te une irr&#233;gularit&#233; similaire des chemins que parcourent les particules plus petites qui constituent la mati&#232;re.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Albert Einstein et Leopold Infeld dans &#034;L'&#233;volution des id&#233;es en physique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour illustrer ce qu'est un mouvement brownien, consid&#233;rons le mouvement &#224; ,la fois le plus simple et le plus al&#233;atoire que l'on puisse concevoir et que l'on a pu observer. C'est celui o&#249; un objet repr&#233;sent&#233; par un point fait, &#224; chaque instant, un saut dans une direction quelconque dict&#233;e par le hasard et &#224; une distance &#233;galement soumise &#224; une loi probabiliste qui &#233;limine cependant toute chance de sauts de grande longueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous bornons tout d'abord &#224; consid&#233;rer des sauts de longueur constante ou &#224; peu pr&#232;s constante. (&#8230;) Imaginons maintenant qu'un observateur reconstitue la trajectoire &#224; partir de photos prises d'assez loin, tous les 100 pas, et comparons cette trajectoire avec celle que l'on obtiendrait en prenant des photos tous les 10.000 pas. Puisque l'observateur est assez loin, il ne pourra pas percevoir si la marche du pi&#233;ton est le r&#233;sultat d'une marche continue ou discontinue. On a ainsi repr&#233;sent&#233; le mouvement brownien continu par une marche al&#233;atoire discontinue &#224; tr&#232;s petite &#233;chelle. Si maintenant on compare les photographies prises tous les 10, 100, 1000 ou 10.000 pas, on constate que ces trajectoires se ressemblent. On peut d&#233;montrer qu'elles sont en moyenne les m&#234;mes &#224; une dilatation pr&#232;s, c'est-&#224;-dire &#224; un changement d'&#233;chelle pr&#232;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Sapoval dans &#171; Universalit&#233;s et fractales &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article838&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Discussion sur l'invariance d'&#233;chelle</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article6773</link>
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		<dc:date>2020-03-04T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Deterministic chaos - Chaos d&#233;terministe</dc:subject>

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&lt;p&gt;Jean-Paul Baquiast (AI) : Vous &#234;tes le cr&#233;ateur du principe de relativit&#233; d'&#233;chelle (RE). Celui-ci, bien qu'encore mal connu, nous para&#238;t porteur de perspectives consid&#233;rables. Mais pour en convaincre ceux de nos lecteurs qui ne le conna&#238;traient pas, il convient de partir de la base, c'est-&#224;-dire le principe de relativit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Laurent Nottale (LN) : Le principe de relativit&#233; est un principe tr&#232;s g&#233;n&#233;ral qui transcende les th&#233;ories particuli&#232;res que l'on peut construire &#224; partir de lui. Cela (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Chapter 09 : The model of deterministic chaos - Le mod&#232;le du chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot59" rel="tag"&gt;Deterministic chaos - Chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jean-Paul Baquiast (AI) : Vous &#234;tes le cr&#233;ateur du principe de relativit&#233; d'&#233;chelle (RE). Celui-ci, bien qu'encore mal connu, nous para&#238;t porteur de perspectives consid&#233;rables. Mais pour en convaincre ceux de nos lecteurs qui ne le conna&#238;traient pas, il convient de partir de la base, c'est-&#224;-dire le principe de relativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Nottale (LN) : Le principe de relativit&#233; est un principe tr&#232;s g&#233;n&#233;ral qui transcende les th&#233;ories particuli&#232;res que l'on peut construire &#224; partir de lui. Cela permet de l'&#233;tendre &#224; d'autres grandeurs que celles auxquelles il &#233;tait appliqu&#233; jusqu'&#224; maintenant. Jusqu'&#224; maintenant, il &#233;tait appliqu&#233; &#224; la position, &#224; l'orientation et au mouvement. Les mesures que l'on peut faire d&#233;pendent d'un syst&#232;me de coordonn&#233;es de r&#233;f&#233;rences. Mais les grandeurs que l'on veut d&#233;finir ne peuvent pas l'&#234;tre dans l'absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Vous &#233;voquez l&#224; la relativit&#233; restreinte, dont c'est effectivement le principal enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Oui, mais passer de la relativit&#233; restreinte &#224; la relativit&#233; g&#233;n&#233;rale consiste simplement &#224; g&#233;n&#233;raliser les variables auxquelles on applique le principe. La RE consiste pour sa part &#224; ajouter une variable caract&#233;risant l'&#233;tat du syst&#232;me de coordonn&#233;es qui est l'&#233;chelle de ce syst&#232;me. Jusqu'&#224; aujourd'hui, faire des mesures dans un syst&#232;me de coordonn&#233;es &#224; une &#233;chelle de 10 cm et le faire dans un syst&#232;me de coordonn&#233;es &#224; l'&#233;chelle de 1 angstr&#246;m n'&#233;tait pas consid&#233;r&#233; comme un changement de syst&#232;me de coordonn&#233;es. Or dans le premier cas, on se trouve dans un syst&#232;me classique et dans le second dans un syst&#232;me quantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la physique actuelle, on d&#233;crit l'exp&#233;rience et les &#233;quations la r&#233;gissant avec des outils, des modes de pens&#233;e tout &#224; fait diff&#233;rents d'un cas &#224; l'autre, tout en pensant n'avoir rien &#224; changer au syst&#232;me de coordonn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Il me semble que cela n'inqui&#233;tait personne. On consid&#232;re g&#233;n&#233;ralement que la relativit&#233; g&#233;n&#233;rale s'applique &#224; des objets massifs, c'est-&#224;-dire au cosmos, et non aux petits objets de la physique quotidienne et moins encore &#224; des entit&#233;s quantiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Oui, mais c'est une erreur. Toute la th&#233;orie quantique, qui s'applique aux mol&#233;cules, atomes et particules sub-atomiques, est parfaitement relativiste. Il existe un quiproquo &#224; ce sujet dans le grand public. Il n'y a pas de contradiction entre la physique quantique et la relativit&#233;. La physique quantique des champs est parfaitement relativiste. Plus rien ne marcherait en physique quantique si l'on n'utilisait pas la relativit&#233; restreinte. Elle a &#233;t&#233; valid&#233;e des milliards de fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; la difficult&#233; appara&#238;t, c'est entre la physique quantique et la relativit&#233; g&#233;n&#233;rale. Ce que l'on ne sait pas faire, c'est une th&#233;orie quantique de la gravitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI. Je comprends que pour vous, il faut appliquer la relativit&#233; &#224; toutes les &#233;chelles, mais d'une fa&#231;on qui tienne compte pr&#233;cis&#233;ment de l'&#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : &#192; la base de ma d&#233;marche est l'id&#233;e que l'&#233;chelle caract&#233;rise le syst&#232;me de coordonn&#233;es tout autant que les autres variables et que des physiques qui paraissent diff&#233;rentes &#224; des &#233;chelles diff&#233;rentes pourraient &#234;tre des manifestations d'une m&#234;me physique plus profonde. Celle-ci ne serait pas &#233;videmment celle que l'on conna&#238;t aujourd'hui puisque les &#233;quations actuelles classiques et quantiques ne co&#239;ncident pas. Il en r&#233;sulte que l'on ne sait pas fonder le quantique sur le principe de relativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : En somme, la RE n'est pas l&#224; pour concilier quantique et relativit&#233; puisque cela, on sait d&#233;j&#224; le faire, au niveau de la relativit&#233; restreinte. Elle est l&#224; pour fonder les lois quantiques sur la relativit&#233;, ce qui n'est pas fait aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Exactement. D'o&#249; l'id&#233;e d'&#233;tendre la relativit&#233; pour inclure des transformations d'&#233;chelle. La relativit&#233; des &#233;chelles devrait pourtant &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une &#233;vidence. On ne peut pas d&#233;finir les &#233;chelles d'une mani&#232;re absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compl&#233;ter la relativit&#233; par la physique quantique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Revenons si vous voulez, sur votre histoire personnelle de chercheur. Comment avez-vous eu l'id&#233;e qu'il fallait compl&#233;ter la relativit&#233; pour la rendre applicable &#224; des &#233;chelles o&#249; on ne l'attendait pas ? C'&#233;tait une id&#233;e de g&#233;nie, si vous me permettez le terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Je ne sais si on peut le dire. Je pense que, comme la plupart des physiciens, j'ai &#233;t&#233; choqu&#233; par mon premier contact avec la physique quantique. La m&#233;canique newtonienne donne l'impression de permettre une compr&#233;hension profonde des ph&#233;nom&#232;nes. Avec la physique quantique, il faut prendre en consid&#233;ration l'&#233;quation de Schr&#246;dinger(1), pos&#233;e en postulat. Or, celle-ci n'est pas expliqu&#233;e. Toutes les &#233;quations auxquelles cet outil satisfait, m&#234;me si elles sont v&#233;rifi&#233;es par les exp&#233;riences, sont des axiomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : C'est bien ce qui avait r&#233;volt&#233; Einstein...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Oui. Einstein a pass&#233; toute sa vie &#224; essayer de trouver une fondation &#224; la th&#233;orie quantique. Aujourd'hui, beaucoup de physiciens quantiques rejoignent d'une certaine fa&#231;on le souci d'Einstein. Ils conviennent, apr&#232;s Dirac qu'il faut retravailler les fondations de la physique quantique.. J'ai assist&#233; &#224; un colloque o&#249; certains grands physiciens comme t'Hooft ou Neeman insistaient sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Si je comprends bien, vous ne vous &#234;tes pas arr&#234;t&#233; &#224; cette difficult&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : C'est vrai. D&#232;s 17-18 ans j'ai voulu r&#233;fl&#233;chir &#224; la th&#233;orie de la relativit&#233; et il m'est apparu qu'avec celle-ci, on comprenait tout. Elle comporte un principe premier et &#224; partir de celui-ci, on peut d&#233;montrer les &#233;quations et commencer &#224; expliquer le monde. La relativit&#233; g&#233;n&#233;rale d'Einstein permet de comprendre la nature de la gravitation comme manifestation de la courbure. Or la courbure est quelque chose de plus g&#233;n&#233;ral que le cadre euclidien. C'est un &#233;nonc&#233; que je qualifierai d'&#171; &#233;nonc&#233; d'abandon d'hypoth&#232;ses &#187;. Au lieu de supposer que l'espace est uniform&#233;ment plat, on se place dans un cadre plus g&#233;n&#233;ral, duquel d&#233;coule la gravitation. Les ph&#233;nom&#232;nes de la nature apparaissent ainsi comme provenant de la plus grande g&#233;n&#233;ralit&#233; possible, r&#233;gis et contraints par des principes premiers dont le premier est le principe de relativit&#233;, principe de logique et d'&#233;quilibre du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : On peut r&#233;sumer ce propos en disant : il y a des lois fondamentales de la nature et si ce sont des lois fondamentales, elles doivent &#234;tre les m&#234;mes partout. Ceci dit, vous avez eu l'audace de redescendre, si l'on peut dire, de la relativit&#233; &#224; la physique quantique, ce qui supposait de franchir un pas consid&#233;rable...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Effectivement, je me suis pos&#233; la question de ce qui faisait d&#233;faut &#224; la physique quantique et je me suis demand&#233; s'il serait possible un jour de pouvoir d&#233;duire le quantique d'un principe de relativit&#233; qui serait forc&#233;ment g&#233;n&#233;ralis&#233;. J'ai &#233;tudi&#233; les auteurs du XXe si&#232;cle qui s'&#233;taient attaqu&#233;s &#224; ce probl&#232;me. Il y en a eu beaucoup. Mais tous ont &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1979-1980, j'ai eu l'intuition qu'il leur manquait une nouvelle g&#233;om&#233;trie. J'ai essay&#233; de la construire, en raisonnant un peu comme Einstein avec la courbure. En gros, il faut r&#233;ussir &#224; mettre dans la g&#233;om&#233;trie ce qui est universel dans la physique quantique. Or ce qui m'a paru universel est la d&#233;pendance du r&#233;sultat de la mesure en fonction de l'appareil de mesure, de la r&#233;solution de l'appareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : C'est la relation entre l'observ&#233;, l'observateur et son appareil, qui d&#232;s l'origine de la physique quantique a retenu l'attention des philosophes des sciences &#8211; sans d'ailleurs &#234;tre v&#233;ritablement accept&#233;e au moins dans les premi&#232;res ann&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Exactement. J'ai voulu pour ma part essayer de construire un espace-temps qui soit explicitement d&#233;pendant de l'&#233;chelle. C'est &#224; ce moment que je suis tomb&#233; sur les travaux de Mandelbrot sur les fractals. J'ai compris qu'un espace-temps d&#233;pendant de l'&#233;chelle pouvait vouloir dire un espace-temps fractal, au sens de Mandelbrot(2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : D&#233;pendant de l'&#233;chelle, c'est-&#224;-dire de l'observateur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Plus pr&#233;cis&#233;ment d&#233;pendant de la mani&#232;re dont il observe et de l'instrument utilis&#233; : microscope optique, microscope &#233;lectronique, microscope &#224; effet de champ, acc&#233;l&#233;rateur de particules, etc. A chaque fois, avec le changement d'outil, la r&#233;solution change. On change profond&#233;ment, non seulement la nature de l'instrument mais celle de ce qu'il sert &#224; mesurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Revenons &#224; ma remarque pr&#233;c&#233;dente. Vous g&#233;n&#233;ralisez l'approche relativiste de la physique quantique selon laquelle il n'y a pas de r&#233;el en soi descriptible par des valeurs absolues, mais qu'il n'y a que des relations entre observateur et observ&#233;. Vous &#234;tes d'accord avec ce point de vue &#8211; et ce &#224; toutes les &#233;chelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Compl&#232;tement. Dans le cadre d&#8216;une description relativiste, on peut pousser cela jusqu'au bout. Dans la description quantique actuelle, on trouve encore des particules d&#233;crites par une fonction d'onde mais qui sont consid&#233;r&#233;es comme poss&#233;dant de fa&#231;on intrins&#232;que une masse, une charge, etc. En RE, on n'a plus besoin de cela. La masse, le spin, la charge apparaissent comme des propri&#233;t&#233;s &#233;mergentes &#224; partir de la g&#233;om&#233;trie m&#234;me des chemins dans l'espace-temps identifi&#233;s &#224; ses g&#233;od&#233;siques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'outil fondamental que je veux utiliser, c'est un outil d&#233;duit et d&#233;velopp&#233; en partant des concepts einsteiniens. Il s'appuie sur l'id&#233;e qu'&#224; partir du moment o&#249; l'on se place dans une th&#233;orie spatio-temporelle, il n'est pas n&#233;cessaire d'ajouter des &#233;quations suppl&#233;mentaires de mouvement. Celles-ci se d&#233;duisent du fait que les &#034;particules&#034; vont &#034;suivre&#034; les chemins les plus courts, les g&#233;od&#233;siques, dans cet espace-temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Ceci quelle que soit la taille, qu'il s'agisse d'un espace temps tr&#232;s r&#233;duit, de type corpusculaire, ou tr&#232;s grand, cosmologique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Exactement. Au niveau cosmologique, on sait ce qu'il en est : effets de courbure, d&#233;viation des rayons lumineux, etc. . Mais si on applique le principe &#224; tr&#232;s petite &#233;chelle, on se retrouve avec un espace-temps fractal et des g&#233;od&#233;siques elles-m&#234;mes fractales. Cette fractalit&#233; des g&#233;od&#233;siques peut &#234;tre d&#233;crite math&#233;matiquement par ce que l'on appelle une d&#233;riv&#233;e co-variante qui consiste &#224; mettre dans l'op&#233;rateur de d&#233;rivation m&#234;me les diff&#233;rents effets de la fractalit&#233; de l'espace-temps sur le mouvement(3). Quand on &#233;crit une &#233;quation de g&#233;od&#233;sique avec cette d&#233;riv&#233;e covariante, elle se transforme en &#233;quation de Schr&#246;dinger. On voit appara&#238;tre les lois quantiques &#224; partir d'&#233;quations de g&#233;od&#233;siques dans un espace fractal. Le point essentiel n'est pas que j'ai pu ce faisant d&#233;montrer l'&#233;quation de Schr&#246;dinger, c'est qu'elle se trouve d&#233;montr&#233;e comme int&#233;grale d'une &#233;quation des g&#233;od&#233;siques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Il me semble que l&#224; se trouve, trop bri&#232;vement r&#233;sum&#233; malheureusement dans cette interview, le point fondamental et extraordinairement innovant de votre approche. Vous mariez si l'on peut dire ces deux piliers jusqu'ici s&#233;par&#233;s de la physique, l'&#233;quation de Schr&#246;dinger aboutissant &#224; la description de l'objet par sa fonction d'onde, et le syst&#232;me de coordonn&#233;es d'Einstein situant l'objet dans l'espace temps relativiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des cons&#233;quences consid&#233;rables en cosmologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : La th&#233;orie de la RE ne concerne pas seulement la physique quantique. Elle a des cons&#233;quences consid&#233;rables en cosmologie. Dans ce cas, elle ne pourra pas laisser indiff&#233;rent le grand public. Ne rend-elle pas inutiles les hypoth&#232;ses de l'inflation, de l'&#233;nergie noire et de la mati&#232;re noire, que l'on &#233;voque aujourd'hui dans toutes les revues ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Ce n'est pas exclu. La th&#233;orie de l'inflation a &#233;t&#233; invent&#233;e pour expliquer la naissance des toutes petites structures, &#224; l'&#233;chelle de ce que l'on appelle la recombinaison. 300.000 ans apr&#232;s le Big Bang, les &#233;lectrons et les protons se recombinent pour former les atomes. C'est le moment o&#249; appara&#238;t une dissociation entre le rayonnement et la mati&#232;re. La th&#233;orie actuelle sur la formation des structures, avec laquelle je suis d'accord, consid&#232;re que ce sont ces toutes petites fluctuations qui ont cru jusqu'&#224; maintenant pour des raisons gravitationnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle est l'origine de ces petites fluctuations ? L&#224; personne ne peut r&#233;pondre. Une des raisons de l'introduction de l'inflation est d'essayer d'amplifier les fluctuations quantiques survenant &#224; une &#233;poque beaucoup plus proche du Big Bang pour pouvoir justifier ces fluctuations. Mais le probl&#232;me n'est pas termin&#233; car quand on prend ces fluctuations telles qu'elles sont observ&#233;es et quand on veut les faire cro&#238;tre, on n'y arrive pas. Pour y r&#233;ussir, il faut imaginer une grande quantit&#233; de mati&#232;re noire qui peut &#234;tre justifi&#233;e par d'autres raisons mais qui n'a jamais &#233;t&#233; observ&#233;e directement. Ceci &#233;tant, il faut se poser la question ? Est-ce vraiment de la mati&#232;re noire ? A-t-on vraiment besoin de l'inflation pour obtenir ces structures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Qu'en est-il de l'&#233;nergie noire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Ce que l'on nomme aujourd'hui &#233;nergie noire correspond &#224; la constante cosmologique de Einstein. Il y a une erreur &#224; ce sujet dans la litt&#233;rature destin&#233;e au grand public. Einstein n'a pas introduit la constante cosmologique pour obtenir un espace statique, comme on l'&#233;crit partout. Il avait construit la relativit&#233; g&#233;n&#233;rale pour r&#233;aliser certains objectifs qu'il s'&#233;tait donn&#233;, dont la mise en &#339;uvre du principe de Mach(4). Celui-ci est tout simplement le principe de la relativit&#233; de la masse, une relativit&#233; d'&#233;chelle. Il n'y a pas de masse absolue, mais seulement des rapports de masse et ceux-ci sont des rapports d'acc&#233;l&#233;rations. A travers cela, Einstein a eu l'espoir de pouvoir calculer les forces d'inertie, &#224; partir en fait du champ gravitationnel &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle. Finalement l'inertie &#233;mergerait des interactions entre une particule et le reste de l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or en calculant comment ceci pouvait &#234;tre mis en oeuvre, il s'est aper&#231;u que ce n'&#233;tait possible qu'&#224; la condition d'un rapport constant entre la masse de l'univers et le rayon de l'univers (eventuellement une masse et un rayon caract&#233;ristiques puisqu'ils peuvent &#234;tre infinis). Einstein a cherch&#233; entre 1915 et 1917 les solutions cosmologiques de ces &#233;quations et les a toutes trouv&#233;es en expansion ou en contraction. R &#233;tait variable alors que M &#233;tait constant. Ce r&#233;sultat &#233;tait donc en contradiction avec le principe de Mach. C'est pour le retrouver qu'il a conclu &#224; la n&#233;cessit&#233; d'un espace statique - et non parce qu'il &#233;tait attach&#233; &#224; l'id&#233;e d'absence de mouvement - et qu'il a rajout&#233; dans ce but le terme de constante cosmologique dans ses &#233;quations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite l'expansion de l'univers a montr&#233; que R variait consid&#233;rablement, ce qui a men&#233; Einstein &#224; retirer cette constante. Mais Einstein avait bel et bien fait une pr&#233;diction cosmologique. En 1922, le math&#233;maticien fran&#231;ais Cartan(5) a d&#233;montr&#233; que la forme g&#233;n&#233;rale des &#233;quations recherch&#233;es par Einstein comportait la constante cosmologique. Il n'y avait donc pas de raison de la supprimer. J'ai pu montrer moi-m&#234;me qu'une fois admise la constante cosmologique, l'univers est bel et bien &#171; machien &#187;. Einstein avait r&#233;solu le probl&#232;me sans s'en rendre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a aujourd'hui la preuve qu'il y a une constante cosmologique et qu'elle est tr&#232;s grande, puisqu'elle correspond &#224; 75% du bilan d'&#233;nergie de l'univers. C'est une constante g&#233;om&#233;trique qui est l'inverse du carr&#233; d'une longueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En RE, on consid&#232;re qu'il n'y a pas besoin d'&#233;nergie noire. C'est la constante cosmologique qui en tient lieu et ce qui a &#233;t&#233; mesur&#233; repr&#233;sente pr&#233;cis&#233;ment la valeur de la constante cosmologique que j'ai pu estimer th&#233;oriquement au d&#233;but des ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Et que dites-vous de l'inflation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : On n'en a pas besoin non plus parce que l'on dispose d'une th&#233;orie de l'auto-structuration. A travers l'espace-temps fractal, on peut montrer que les &#233;quations de la dynamique prennent une autre forme. Elles ressemblent aux &#233;quations de la physique quantique sans qu'il s'agisse pour autant de la physique quantique standard. On obtient une forme d'&#233;quation de Schr&#246;dinger comme &#233;quation de la dynamique int&#233;gr&#233;e. Or cette &#233;quation l&#224; est naturellement structurante. Dans un tel cadre de travail, s'il est confirm&#233;, le probl&#232;me de la formation des structures ne se pose plus. Il est r&#233;solu. On voit les structures se former spontan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Ceci je suppose &#224; toutes les &#233;poques et dans toutes les tailles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Oui. Mais les structures vont se former en fonction des conditions aux limites : conditions de densit&#233; moyenne, d'environnement. A une &#233;poque donn&#233;e, les structures qui se formeront seront diff&#233;rentes des pr&#233;c&#233;dentes car les conditions auront chang&#233;. Il y aura donc un bouclage entre l'&#233;volution et la formation des structures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Avouez que la RE d&#233;molit, ou plut&#244;t rend inutiles beaucoup d'hypoth&#232;ses &#224; la mode aujourd'hui : l'inflation, la mati&#232;re noire, l'&#233;nergie noire. Vous devez vous faire beaucoup d'ennemis...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Je ne sais pas, mais ce que je sais, c'est que beaucoup de chercheurs semblent r&#233;ticents &#224; utiliser un outil de type quantique dans des domaines consid&#233;r&#233;s comme ordinairement classiques (alors qu'il ne s'agit pas, dans les applications macroscopiques, de la m&#233;canique quantique standard, mais d'une forme g&#233;n&#233;rique du type Schrodinger prise par les &#233;quations du mouvement dans des conditions nouvelles). Il y a &#233;galement un probl&#232;me de sp&#233;cialisation disciplinaire qui rend difficile la diffusion de nouveaux concepts de nature transdisciplinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Ceci nous conduit &#224; la morphogen&#232;se des structures physiques et biologiques macroscopiques telles qu'observ&#233;es sur Terre. Mais je suppose que vous n'avez pas besoin pour d&#233;crire ces structures des mod&#232;les de Mandelbrot...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : En effet. La m&#233;thode est diff&#233;rente. Dans la RE, on met la fractalit&#233; dans la structure de l'espace-temps lui-m&#234;me. Cette fractalit&#233; implique un changement des &#233;quations. Ensuite, on va chercher les solutions de ces &#233;quations. Les solutions de ces &#233;quations, elles, ne sont pas fractales. Elles peuvent l'&#234;tre dans certains cas, mais dans d'autres on obtient des solutions r&#233;guli&#232;res, cristallines par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : La RE ne propose donc pas une loi fondamentale selon laquelle l'univers serait fractal..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Non. La fractalit&#233; de l'espace-temps, si l'on veut conserver ce terme, sera un peu comme un bain thermique, une esp&#232;ce d'agitation sous-jacente qui va structurer les contenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : En d&#233;duisez-vous cependant que l'on peut observer dans l'univers l'existence de structures qui seraient identiques &#224; des &#233;chelles diff&#233;rentes, selon l'image traditionnelle propos&#233;e par les mod&#232;les fractals ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : C'est vrai, mais cela tient &#224; un autre facteur, l'invariance d'&#233;chelle de la gravitation. Que vous preniez les lois newtoniennes, einsteiniennes ou les nouvelles formes de lois du type &#233;quation de Schr&#246;dinger macroscopique, cette invariance d'&#233;chelle reste v&#233;rifi&#233;e. Ces nouvelles lois ne reposent pas sur la constante de Planck comme les atomes ou les mol&#233;cules, mais sur une autre forme de constante qui est elle-m&#234;me en accord avec le principe d'&#233;quivalence. Cela impose une forme diff&#233;rente aux &#233;quations et &#224; leurs solutions et pr&#233;serve cette extraordinaire invariance d'&#233;chelle de la gravitation qui avait &#233;t&#233; not&#233;e par Laplace. Si bien qu'&#224; travers des th&#233;ories comme celles-l&#224; on pourra comprendre la formation de structures semblables dans l'espace des vitesses mais qui se traduiront dans l'espace des positions par une hi&#233;rarchie de formations, syst&#232;mes plan&#233;taires, galaxies, amas, superamas, etc. On a toute une hi&#233;rarchie d'organisations dont chacune des &#233;chelles est r&#233;gie par les m&#234;mes &#233;quations mais appliqu&#233;es dans des situations diff&#233;rentes. Cela ne donne donc pas de similarit&#233;s strictes. Un syst&#232;me plan&#233;taire n'est pas &#224; l'&#233;chelle pr&#232;s semblable &#224; une galaxie. Mais il y a des points communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Ce que chacun peut constater en observant le ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;n&#233;ralisation de l'&#233;quation de Schr&#246;dinger&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : La RE donne ainsi un r&#244;le fondamental, je dirais universel, &#224; l'&#233;quation de Schr&#246;dinger...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Pr&#233;cisons bien. Je ne rajoute pas une &#233;quation de Schr&#246;dinger aux &#233;quations pr&#233;c&#233;dentes. C'est bel et bien l'&#233;quation fondamentale de la dynamique newtonienne qui, dans un cadre fractal, prend la forme qui est celle de l'&#233;quation de Schr&#246;dinger, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;e. L'&#233;quation de Schr&#246;dinger propose alors des solutions stationnaires auxquelles il devient possible de comparer la mati&#232;re observ&#233;e. J'ai pu proc&#233;der ainsi concernant notre syst&#232;me plan&#233;taire, au d&#233;but des ann&#233;es 90. Et l&#224;, &#233;tonnement, je pouvais r&#233;cup&#233;rer les positions de toutes les plan&#232;tes du syst&#232;me solaire et pr&#233;voir des positions nouvelles ne correspondant &#224; aucun objet alors identifi&#233;. Ceci pour des objets internes &#224; l'orbite de Mercure (voyez le sch&#233;ma ci-dessous, o&#249; l'on a port&#233; les positions des plan&#232;tes du syst&#232;me solaire interne et des premi&#232;res exoplan&#232;tes d&#233;couvertes en 1995, compar&#233;es aux pr&#233;dictions de la th&#233;orie) ou pour des objets situ&#233;s au-del&#224; de Pluton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sch&#233;ma montrant les positions des plan&#232;tes du syst&#232;me solaire interne et des premi&#232;res exoplan&#232;tes d&#233;couvertes en 1995, compar&#233;es aux pr&#233;dictions de la th&#233;orie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve que depuis, on a trouv&#233; des exo-plan&#232;tes autour d'autres &#233;toiles (on en conna&#238;t aujourd'hui plus de 200) et des objets situ&#233;s dans la ceinture de Kuiper au-del&#224; de Pluton. Les pics de probabilit&#233;s observ&#233;s pour ces exo-plan&#232;tes et petites plan&#232;tes ont valid&#233; les pr&#233;visions th&#233;oriques de la RE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Il s'agit donc l&#224; d'une v&#233;rification exp&#233;rimentale de premi&#232;re grandeur, comme le montre d'ailleurs le graphique que vous pr&#233;sentez. Vous pourriez, je suppose, faire la m&#234;me chose pour une galaxie comme Androm&#232;de ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Un &#233;tudiant qui a travaill&#233; sous ma direction, Daniel da Rocha, a fait sa th&#232;se exactement sur ce sujet. Il a pu &#233;tudier avec les m&#233;thodes de la RE le groupe local de galaxies, comprenant la n&#244;tre, Androm&#232;de et leurs satellites. Il a pu montrer que toutes les observations en position et en vitesse satisfaisaient aux &#233;quations de Schr&#246;dinger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Si vous vous posez la question : &#171; Voici une &#233;toile, et il y a une plan&#232;te autour. O&#249; se trouve cette plan&#232;te ? &#187; que r&#233;pond la RE par rapport &#224; la th&#233;orie classique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : La th&#233;orie classique ne peut rien r&#233;pondre. Elle fonctionne sur des conditions initiales. Or l&#224;, on ne les conna&#238;t pas. La RE, par contre, m&#234;me si elle ne sait rien sur ces conditions initiales, peut pr&#233;dire quelque chose. Elle peut d&#233;duire les structures les plus probables, non pas en fonction des conditions initiales, mais en fonction des conditions d'environnement. Donc elle peut faire des &#233;nonc&#233;s l&#224; o&#249; la th&#233;orie ordinaire n'en fait pas. En contrepartie, comme cette th&#233;orie est purement probabiliste et statistique, elle ne permettra pas de pr&#233;dictions d&#233;terministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : En vous &#233;coutant, on croirait entendre un physicien quantique. Vous obtenez ainsi une esp&#232;ce de fonction d'onde de la plan&#232;te, qui permettra de la localiser avec la m&#234;me probabilit&#233; de r&#233;ussite que la fonction d'onde d'un micro-&#233;tat permet de localiser celui-ci. Il s'agit d'un r&#233;sultat assez extraordinaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tons ce qui pr&#233;c&#232;de, en insistant, pour nos lecteurs. Gr&#226;ce &#224; la RE, vous avez pu localiser en th&#233;orie un certain nombre d'exo-plan&#232;tes que l'observation, depuis 1995, a pu identifier. J'avoue que je n'avais jamais entendu parler de cette fa&#231;on de proc&#233;der, en d&#233;pit de tout ce qui est dit &#224; propos de la recherche des exo-plan&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Vous trouverez sur mon site les r&#233;f&#233;rences des publications qui ont &#233;t&#233; faites &#224; ce sujet depuis 1996 (en ce qui concerne les validations observationelles), ainsi que des articles sur la pr&#233;diction th&#233;orique dont certains datent d'avant 1995 (la date de premi&#232;re d&#233;couverte des exoplan&#232;tes). Un article de vulgarisation r&#233;cent a &#233;t&#233; publi&#233; sur le sujet : Nottale, L., 2003, Pour La Science, 309, 38-45 (Juillet 2003) &#034;La relativit&#233; d'&#233;chelle &#224; l'&#233;preuve des faits&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : En &#233;largissant le regard, &#224; l'horizon des 800 MParsecs, vous admettez si j'ai bien compris que l'univers se pr&#233;sente de fa&#231;on homog&#232;ne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Absolument. En RE, si on veut obtenir une description &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle, on arrive &#224; la conclusion qu'il doit exister une &#233;chelle maximale, non pas en tant que barri&#232;re physique mais en tant qu'horizon. Il s'agit aux grandes &#233;chelles de l'&#233;quivalent de l'&#233;chelle de Planck aux petites &#233;chelles. Les lois de la relativit&#233; d'&#233;chelle restreinte montrent que d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale les lois de la relativit&#233; prennent la forme de la transformation de Lorentz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet horizon est ind&#233;pendant du mod&#232;le d'univers adopt&#233;, ferm&#233; ou ouvert. Dans ce cadre, du fait de son existence, la dimension fractale effective de l'espace, et donc de la distribution des galaxies dans l'espace, croit avec l'&#233;chelle On trouve qu'elle atteint la valeur D=3 pour une &#233;chelle de l'ordre de 750 Mpc, qui repr&#233;senterait alors une &#233;chelle de transition &#224; l'uniformit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Je suis s&#233;duit par l'originalit&#233; et la f&#233;condit&#233; de votre approche. Force est cependant de constater qu'elle est encore peu re&#231;ue, aussi bien chez les physiciens quantiques que chez les cosmologistes. A quoi attribuer cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Il est aujourd'hui encore tr&#232;s difficile de diffuser des id&#233;es nouvelles. Malgr&#233; beaucoup d'efforts (j'ai du donner dans les ann&#233;es 80-90 plus de trois cents conf&#233;rences et s&#233;minaires sur le sujet), j'ai eu peu d'&#233;chos. Les id&#233;es diffusent sans doute (y compris par exemple en biologie) mais de fa&#231;on tr&#232;s limit&#233;e. C'est un peu le propre des hypoth&#232;ses sur les fondements. Quand elles apparaissent, par d&#233;finition, elles n'int&#233;ressent qu'un tr&#232;s petit nombre de personnes. On peut esp&#233;rer pourtant qu'&#224; partir d'un certain seuil, elles pourront diffuser plus rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : J'esp&#232;re que notre revue pourra vous aider &#224; mieux faire comprendre l'ambition de votre th&#233;orie et l'importance qu'elle devrait prendre dans la repr&#233;sentation du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Je n'avais pas, au d&#233;but, l'ambition que la th&#233;orie puisse s'appliquer &#224; tous ces domaines. Je voulais seulement essayer de comprendre ce qu'&#233;tait la physique quantique et tenter de la fonder sur des principes premiers. Mais peu &#224; peu, en avan&#231;ant, en fabriquant des fonctions d'onde, en d&#233;couvrant que l'&#233;quation de Schr&#246;dinger &#233;tait plus g&#233;n&#233;rale qu'il n'&#233;tait dit et pouvait s'appliquer au domaine macroscopique, les ambitions se sont pr&#233;cis&#233;es. C'est alors, comme je vous le disais, que j'ai pu pr&#233;voir, avant la d&#233;couverte des exo-plan&#232;tes qu'il y avait des pics de probabilit&#233;s dans lesquels ult&#233;rieurement on a d&#233;couvert les exo-plan&#232;tes attendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Je ne dis pas cela pour vous faire plaisir, mais je trouve que vous m&#233;riteriez le Prix Nobel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : Ce n'est pas &#224; l'ordre du jour en ce moment, je dois dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AI : Il faut quand m&#234;me admettre le saut &#233;pist&#233;mologique que vous offrez. Votre th&#233;orie. permet de comprendre le pourquoi des ph&#233;nom&#232;nes observ&#233;s au lieu de se limiter &#224; de simples descriptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LN : C'est vrai. Mais c'est la propri&#233;t&#233; sp&#233;cifique du principe de relativit&#233;. Il est seul &#224; proposer une r&#233;ponse au pourquoi, alors que les autres tentatives de la physique fonctionnent &#224; partir d'hypoth&#232;ses. D'o&#249; la conclusion que le public retient, selon laquelle la science ne peut jamais r&#233;pondre au pourquoi, mais seulement au comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes (1) L'&#233;quation de Schr&#246;dinger, con&#231;ue par le physicien autrichien Erwin Schr&#246;dinger en 1925, est une &#233;quation fondamentale en physique quantique non-relativiste. Elle d&#233;crit l'&#233;volution dans le temps d'une particule massive non-relativiste. Elle permet de calculer la fonction d'onde des particules. La fonction d'onde en m&#233;canique quantique est la repr&#233;sentation de l'&#233;tat quantique dans un nombre potentiellement infini de positions. Elle donne &#224; l'observateur la probabilit&#233; de pr&#233;sence des particules repr&#233;sent&#233;es par cet &#233;tat quantique (source Wikipedia) (2) Beno&#238;t Mandelbrot (20 novembre 1924 - ) est un math&#233;maticien fran&#231;ais. Il a travaill&#233; au d&#233;but de sa carri&#232;re sur des applications originales de la th&#233;orie de l'information, puis d&#233;velopp&#233; ensuite une nouvelle classe d'objets math&#233;matiques : les objets fractals, ou fractales. (3) Le principe de covariance met en oeuvre le principe de relativit&#233; au niveau des &#233;quations de la physique. La covariance d'&#233;chelle des &#233;quations de la physique signifie qu'elles doivent garder leur forme (la plus simple possible) dans les transformations d'&#233;chelle du syst&#232;me de coordonn&#233;es. La covariance faible correspond au cas o&#249; les &#233;quations ont gard&#233;, sous une transformation plus g&#233;n&#233;rale, la m&#234;me forme que sous la transformation particuli&#232;re pr&#233;c&#233;dente (exemple des &#233;quations du champ de gravitation d'Einstein, qui ont une forme semblable &#224; l'&#233;quation de Poisson de la gravitation newtonienne, comprenant toujours un terme de source). La covariance forte correspond au cas o&#249; la forme la plus simple possible des &#233;quations est obtenue, celle du vide d&#233;pourvu de toute force (c'est le cas de l'&#233;quation de la dynamique en relativit&#233; g&#233;n&#233;rale du mouvement d'Einstein, &#233;crite comme &#233;quation des g&#233;od&#233;siques). Source Laurent Nottale (4) Le principe de Mach a &#233;t&#233; forg&#233; par le physicien Ernst Mach par extension du principe de relativit&#233; aux questions d'inertie. D'apr&#232;s Mach, ce qui est responsable de l'inertie d'une masse serait &#171; l'ensemble des autres masses pr&#233;sentes dans l'univers &#187;. Ce principe est imm&#233;diatement tir&#233; des exp&#233;riences de Mach sur la physique des sensations, et correspond &#224; sa volont&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;e d'organiser les notions de la physique d'une mani&#232;re coh&#233;rente avec le donn&#233; sensoriel dont il a conduit une tr&#232;s rigoureuse &#233;tude exp&#233;rimentale. Pour donner un sens &#224; ce principe, imaginons un astronaute, flottant au milieu d'un espace vide de toute mati&#232;re et de tout point de rep&#232;re. Aucune &#233;toile, aucune source d'&#233;nergie, le n&#233;ant. Maintenant posons-nous la question : l'astronaute a-t-il un moyen de savoir qu'il est en rotation sur lui-m&#234;me ou non, &#233;tant donn&#233; qu'il n'a aucun point de rep&#232;re ? Si le principe de Mach est faux, c'est &#224; dire si les forces d'inertie existent m&#234;me en l'absence de toute mati&#232;re ou &#233;nergie, alors l'astronaute pourrait le savoir, en ressentant des forces d'inertie qui poussent ses bras vers l'ext&#233;rieur par exemple (force centrifuge). Mais cela aurait-t-il un sens ? Par rapport &#224; quoi serait-il en rotation puisqu'il n'y a rien ? Cela impliquerait la notion d'un espace et d'un r&#233;f&#233;rentiel absolu, incompatible avec le principe de la relativit&#233; g&#233;n&#233;rale. Une mani&#232;re d'interpr&#233;ter les forces d'inerties en g&#233;n&#233;ral, et la force centrifuge en particulier, sans introduire la notion de r&#233;f&#233;rentiel absolu est d'admettre avec Mach (et Einstein) que les forces d'inertie sont induites par les masses lointaines qui fournissent le r&#233;f&#233;rentiel par rapport auquel la rotation prend son sens physique (source Wikipedia). (5) &#201;lie Cartan, n&#233; le 9 avril 1869 &#224; Dolomieu et mort le 6 mai 1951 &#224; Paris, &#233;tait l'un des math&#233;maticiens fran&#231;ais les plus influents de son &#233;poque. Son travail porte sur les applications g&#233;om&#233;triques des groupes de Lie (source Wikipedia).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chaos d&#233;terministe - Deterministic chaos</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article1610</link>
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		<dc:date>2017-02-12T00:29:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Faber Sperber, Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Deterministic chaos - Chaos d&#233;terministe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le chaos d&#233;terministe &lt;br class='autobr' /&gt;
Le chaos d&#233;terministe et le syst&#232;me solaire &lt;br class='autobr' /&gt;
Des exemples de chaos d&#233;terministe dans les syst&#232;mes amortis entretenus &lt;br class='autobr' /&gt;
Le cerveau, ou le pilotage du chaos des interactions neuronales &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mod&#232;le du chaos d&#233;terministe &lt;br class='autobr' /&gt;
Conf&#233;rences de l'Universit&#233; de tous les savoirs &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire encore&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Chapter 09 : The model of deterministic chaos - Le mod&#232;le du chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot59" rel="tag"&gt;Deterministic chaos - Chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique14&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que le chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2626&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le chaos d&#233;terministe et le syst&#232;me solaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3278&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des exemples de chaos d&#233;terministe dans les syst&#232;mes amortis entretenus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le cerveau, ou le pilotage du chaos des interactions neuronales&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique14&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mod&#232;le du chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/recherche/?q=chaos+d%C3%A9terministe&amp;submitProgramSearch=Ok&amp;simpleform_submitted=searchbar-form&amp;fromSimpleForm=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Conf&#233;rences de l'Universit&#233; de tous les savoirs&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?q=chaos+d%C3%A9terministe&amp;ie=utf-8&amp;oe=utf-8&amp;client=firefox-b&amp;gfe_rd=cr&amp;ei=YrxnWKSBOYrBXtLNovgO&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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