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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>D&#233;but de la contre-r&#233;volution en France</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;30 novembre 1938 : d&#233;but de la contre-r&#233;volution en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois la r&#233;volution sociale canalis&#233;e et calm&#233;e par la gauche au pouvoir, la bourgeoisie repart &#224; l'offensive&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 12 f&#233;vrier 1934, des dizaines de milliers de manifestants d&#233;filent partout en France en r&#233;action aux &#233;meutes fascistes parisiennes du 6 f&#233;vrier. Contre la menace d'un coup d'Etat fasciste, ouvriers et classes moyennes, socialistes et communistes fraternisent &#034;&#224; la base et spontan&#233;ment&#034;. Cinq mois avant le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;30 novembre 1938 : d&#233;but de la contre-r&#233;volution en France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une fois la r&#233;volution sociale canalis&#233;e et calm&#233;e par la gauche au pouvoir, la bourgeoisie repart &#224; l'offensive&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 f&#233;vrier 1934, des dizaines de milliers de manifestants d&#233;filent partout en France en r&#233;action aux &#233;meutes fascistes parisiennes du 6 f&#233;vrier. Contre la menace d'un coup d'Etat fasciste, ouvriers et classes moyennes, socialistes et communistes fraternisent &#034;&#224; la base et spontan&#233;ment&#034;. Cinq mois avant le rapprochement entre la SFIO et le PCF, l'union est d&#233;j&#224; en marche dans l'opinion, de sorte que &#034;le 12 f&#233;vrier 1934 marque bien la naissance du Front populaire dans les masses, sinon encore parmi les hommes politiques&#034;. C'est cette parenth&#232;se qui se referme le 30 novembre 1938. Ce jour-l&#224;, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale organis&#233;e pour protester contre l'abrogation de la semaine de 40 heures est un &#233;chec. Une r&#233;pression &#034;d&#233;lib&#233;r&#233;e, syst&#233;matique, massive et d'une rare s&#233;v&#233;rit&#233;&#034; frappe les gr&#233;vistes et le mouvement syndical est &#034;d&#233;capit&#233;&#034;. &#034;Pour la droite, le cauchemar est termin&#233;, l'ordre r&#232;gne, les patrons ont gagn&#233; leur bataille de la Marne&#034;, note Antoine Prost, qui date de ce jour l'arr&#234;t de mort du Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/livres/article/2006/05/25/une-explosion-sociale-doublee-d-une-ruee-syndicale-sans-precedent_775764_3260.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/livres/article/2006/05/25/une-explosion-sociale-doublee-d-une-ruee-syndicale-sans-precedent_775764_3260.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30	Novembre 1938 : Pour protester contre les mesures &#233;conomiques d'assouplissement de la l&#233;gislation sociale, la CGT appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. La r&#233;pression est brutale : 500 condamnations a des peines de prisons (jusqu'&#224; 18 ans), sanction de fonctionnaires et d'agents de services publics, fermetures d'entreprises par le patronat, avec le &#171; lock-out &#187; pour pr&#232;s de 400 000 salari&#233;s. &#201;clatement d&#233;finitif du Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4560&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4560&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7076&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7076&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6766&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6766&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/autour-du-front-populaire--9782020800211-page-105.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/autour-du-front-populaire--9782020800211-page-105.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 NOVEMBRE 1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette date &#233;voque un triste souvenir pour de nombreux ouvriers. C'est, en effet, avec le 30 novembre 38 que commence le recul de la classe ouvri&#232;re qui aboutira &#224; la guerre. Au moment o&#249; la C.G.T. se r&#233;unissait en Congr&#232;s &#224; Nantes, au milieu de novembre 38, le gouvernement Daladier et Reynaud commen&#231;ait sa politique d'&#233;crasement de la classe ouvri&#232;re, par les d&#233;crets-lois. Ces d&#233;crets-lois &#233;taient une premi&#232;re atteinte s&#233;rieuse aux conventions collectives ch&#232;rement acquises dans les combats de 36.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce moment que Daladier &#034;assouplit la loi de 40 heures&#034;. Une large br&#232;che est taill&#233;e dans les Conventions Collectives, notamment en ce qui concerne le choix des d&#233;l&#233;gu&#233;s. Les Congressistes de Nantes &#034;condamnent&#034; les mesures gouvernementales, et organisent une journ&#233;e de protestation nationale pour le 26 novembre. Mais si la C.G.T. envisage l'action, c'est que les ouvriers DEPUIS LONGTEMPS ONT DEJA ENGAGE L'ACTION.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, durant le mois de novembre 1938, des gr&#232;ves gigantesques &#233;clatent dans tout le pays. C'est devant la pouss&#233;e ouvri&#232;re que la C.G.T. organise la journ&#233;e de protestation en vue de canaliser le mouvement. Mais les ouvriers sont impatients et ne peuvent attendre la protestation platonique du 26 novembre. Dans la r&#233;gion parisienne, d&#232;s le 24 novembre, la bagarre s'engage ; les ouvriers cessent le travail chez Renault, Caudron, Bloch et Bl&#233;riot, &#224; Billancourt, ainsi que dans de nombreuses autres usines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est chez Renault que le conflit entre dans la phase la plus aig&#252;e. Timbaud en donne la raison (Le Peuple du 25 nov.) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Aux usines Renault, on a affich&#233; dans un atelier o&#249; on travaillait 32 heures depuis un an, un nouvel horaire comportant 40 heures en 6 jours. A l'usine des moteurs d'aviation on a indiqu&#233; qu'on n'appliquerait plus les Conventions Collectives de l'aviation, ce qui am&#232;nerait une diminution des salaires. Dans la matin&#233;e, un ouvrier a &#233;t&#233; renvoy&#233; ainsi que deux militants ; en outre, et on ne saurait s'&#233;lever suffisamment contre cette mesure, la Direction voulait imposer de nouvelles &#233;lections de d&#233;l&#233;gu&#233;s sur la base des nouveaux d&#233;crets-lois, qui auraient d&#251; signer l'acceptation des mesures inclues dans les d&#233;crets-lois.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En apprenant ces mesures, les ouvriers envoient aussit&#244;t les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la Direction, qui refuse de les recevoir. Imm&#233;diatement le travail cesse. Dans toutes les usines, les ouvriers sont expuls&#233;s par la police. Chez Caudron et chez Renault, les ouvriers tiennent l'usine et dans la journ&#233;e du 24, 15.000 ouvriers occupent Renault. La police entre en action pour &#233;vacuer les lieux. Malgr&#233; les appels &#034;au calme&#034; des dirigeants syndicaux, les ouvriers refusent de quitter l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la t&#233;nacit&#233; des ouvriers, Doury et Croizat lancent une mise en garde contre les provocateurs, comme si la provocation ne venait pas uniquement du patronat et de la police. Mais les ouvriers tiennent bon. Voici ce que quelques-uns racontent de ces journ&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#034;Il y avait des types dr&#244;lement gonfl&#233;s ; dans un secteur ne poss&#233;dant qu'une issue par un souterrain, nous avons d&#233;pos&#233; plusieurs tonneaux d'essence. Lorsque les flics sont arriv&#233;s, des gars se sont &#233;lanc&#233;s avec des torches enflamm&#233;es, pr&#234;ts &#224; tout faire sauter. Devant cette menace, la police a recul&#233;. Il y a eu de dr&#244;les de bagarres, des flics ont &#233;t&#233; tu&#233;s et jet&#233;s &#224; la Seine.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#034;Ca a bard&#233;, j'ai pris quelques coups de matraques. A la fin, nous avons d&#251; c&#233;der. Les flics et les pompiers nous ont attaqu&#233;s aux gaz par les toits. Sur le pont qui conduit dans l'&#238;le, il y a eu des bagarres sanglantes. Huit jours apr&#232;s, on a retrouv&#233; &#224; la passerelle de Suresnes des ouvriers noy&#233;s qui &#233;taient encore empoign&#233;s avec des flics. Les journaux n'ont jamais parl&#233; qu'il y avait eu des morts, mais il y en a eu des deux c&#244;t&#233;s.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#034;Quand les flics se sont amen&#233;s, il y a eu des bagarres et beaucoup d'ouvriers se sont sauv&#233;s. A la fin, sur 28.000 ouvriers, nous n'&#233;tions plus que 280. Nous &#233;tions prisonniers dans un atelier o&#249; nous &#233;tions barricad&#233;s. Il y avait plusieurs issues que nous avions bouch&#233;es avec des chariots, des camions, et toute sorte de mat&#233;riel. Nous avions approch&#233; des caisses de pignons et tous les flics qui se sont approch&#233;s en ont re&#231;u. Pour ma part, j'avais obstru&#233; les deux souterrains en y balan&#231;ant des fenwiks (2 dans chaque). Les gardes-mobiles nous ont donn&#233; l'ordre de nous rendre, affirmant que nous n'aurions pas de sanctions. Nous avons refus&#233;, alors ils ont commenc&#233; &#224; nous charger. Ils ne r&#233;ussirent pas &#224; p&#233;n&#233;trer dans l'atelier. Devant l'impossibilit&#233; de forcer nos barrages, ils nous attaqu&#232;rent aux gaz lacrymog&#232;nes par le toit. Je peux dire que tant qu'ils n'ont pas employ&#233; les gaz, pas un seul n'a p&#233;n&#233;tr&#233; dans l'atelier. Avec les gaz, nous d&#251;mes capituler. Le sang me coulait de partout. Pour nous faire sortir, les mobiles n'avaient laiss&#233; qu'une petite porte ouverte et au fur et &#224; mesure que nous sortions, on prenait un grand coup de matraque sur le cr&#226;ne et menottes aux poignets, on &#233;tait conduit dans les cars &#034;Renault&#034; par deux flics. Qu'est-ce qu'il y avait comme flics ! Ils avaient d&#251; mobiliser tout Paris. Un gars s'est mis &#224; engueuler le directeur, un nomm&#233; Aug&#233;, qui discutait avec les cognes. Les deux flics qui l'accompagnaient le matraqu&#232;rent, l'autre s'&#233;croula. Ils le prirent comme un sac et le balanc&#232;rent dans le car, puis s'en retourn&#232;rent chercher d'autres prisonniers. Mais le copain n'&#233;tait pas &#233;vanoui, c'&#233;tait une feinte, et d'un seul coup il se mit &#224; d&#233;taler &#224; toute vitesse. Les flics coururent un peu apr&#232;s lui, mais ils avaient trop de boulot et le gars a r&#233;ussi &#224; filer. Ensuite les flics &#233;taient tellement mauvais qu'ils se sont veng&#233;s sur nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous emm&#232;ne d'abord au commissariat de Boulogne, puis dans un autre commissariat, puis dans un troisi&#232;me o&#249; l&#224; c'&#233;tait le passage &#224; tabac. Apr&#232;s 10 minutes de &#034;gymnastique&#034;, on en avait assez. On nous a jug&#233; quelques jours apr&#232;s par paquets de 10. Inculpation : r&#233;bellion en bandes arm&#233;es &#224; la force publique. J'en ai eu pour trois mois de t&#244;le. Apr&#232;s notre arrestation, nous pensions que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 30 nous tirerait de l&#224;, mais nous avons &#233;t&#233; roul&#233;s par la C.G.T. Pendant que nous &#233;tions en cabane, la femme et les gosses ont &#233;t&#233; secourus par le Secours Rouge. Ils n'ont manqu&#233; de rien. Nous aurions mieux fait de continuer un peu plus longtemps en 1936 plut&#244;t que de faire la b&#234;tise de 1938.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc qu'apr&#232;s des luttes sanglantes que les ouvriers abandonn&#232;rent le terrain. Devant la provocation polici&#232;re de chez Renault, la C.G.T. d&#233;cide de transformer la journ&#233;e de protestation du 26 novembre en une d&#233;monstration nationale. En m&#234;me temps qu'elle d&#233;clare gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour le 30 novembre, les dirigeants ouvriers craignent d'&#234;tre d&#233;bord&#233;s par le mouvement. C'est pourquoi, avant m&#234;me de le d&#233;clencher, ils le ligotent. La C.G.T. affirme : &#034;Quels que soient les circonstances et les &#233;v&#233;nements, le travail devra reprendre le 1er d&#233;cembre.&#034; Elle appelle &#224; la gr&#232;ve &#034;dans le calme, pas de provocations, pas d'occupations d'usines, pas de manifestations ni de r&#233;unions&#034;, autrement dit, pendant que le gouvernement prend toutes les mesures de r&#233;pression, mobilisation, d&#233;ploiement de police, etc... la C.G.T. appelle les ouvriers &#224; rester chez eux et &#224; laisser le gouvernement et son appareil de r&#233;pression ma&#238;tres du pav&#233; et des usines. Pendant ce temps 283 ouvriers arr&#234;t&#233;s chez Renault sont poursuivis devant le tribunal sous l'inculpation de r&#233;bellion en bande arm&#233;e, c'est-&#224;-dire trait&#233;s comme des bandits de droit commun. La grosse majorit&#233; d'entre eux fera 3 mois de prison ; il faudra attendre la fin de la guerre, c'est-&#224;-dire 7 ans apr&#232;s, pour qu'ils soient r&#233;int&#233;gr&#233;s dans l'usine et il faudra attendre 1946 pour qu'ils soient r&#233;in-t&#233;gr&#233;s dans leur droit d'anciennet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la gr&#232;ve du 30 novembre qui a &#233;chou&#233; en grande partie puisque les transports ont fonctionn&#233; avec un ordre de r&#233;quisition, la C.G.T. se f&#233;licit&#233; de son &#034;succ&#232;s&#034; et conclut &#034;tous les incidents ont &#233;t&#233; &#233;vit&#233;s, c'est ce qu'il fallait&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant le 30 novembre, les ouvriers avaient encore assez d'&#233;nergie pour vaincre la bourgeoisie. Mais les chefs des organisations &#034;ouvri&#232;res&#034; ont tout fait pour endiguer le mouvement. Et si Jouhaux et les dirigeants r&#233;formistes ont trahi la classe ouvri&#232;re en donnant la possibilit&#233; &#224; Daladier, Reynaud d'organiser la r&#233;pression, les chefs staliniens ne l'ont pas moins trahie en usant de toute leur influence pour inviter les ouvriers &#224; se ranger &#034;dans le calme&#034; derri&#232;re les mots d'ordre de Jouhaux, qu'on savait vendu &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VAUQUELIN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/11/ldc77_113046.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/11/ldc77_113046.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La contre-r&#233;volution unit les contre-r&#233;volutionnaires, auparavant ennemis</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article9273</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les classes dirigeantes capitalistes, les imp&#233;rialismes, leurs arm&#233;es ont toujours su se r&#233;concilier et s'entraider quand elles sont en face d'une r&#233;volution sociale du peuple travailleur afin de l'&#233;craser &lt;br class='autobr' /&gt;
La cr&#233;ation du Hamas &#224; Gaza est une entente entre islamistes d'extr&#234;me droite et Isra&#235;l contre le peuple palestinien tout comme le r&#233;gime taliban actuel en Afghanistan est le r&#233;sultat d'une entente entre les Talibans et les Am&#233;ricains sur le dos du peuple afghan et, de m&#234;me, le r&#233;gime (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les classes dirigeantes capitalistes, les imp&#233;rialismes, leurs arm&#233;es ont toujours su se r&#233;concilier et s'entraider quand elles sont en face d'une r&#233;volution sociale du peuple travailleur afin de l'&#233;craser&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation du Hamas &#224; Gaza est une entente entre islamistes d'extr&#234;me droite et Isra&#235;l contre le peuple palestinien tout comme le r&#233;gime taliban actuel en Afghanistan est le r&#233;sultat d'une entente entre les Talibans et les Am&#233;ricains sur le dos du peuple afghan et, de m&#234;me, le r&#233;gime irakien actuel ou syrien actuel sont des ententes entre le fascisme soi-disant islamiste et l'imp&#233;rialisme occidental qui pr&#233;tendaient se combattre, etc&#8230; De m&#234;me, forces politiques bourgeoises classiques et forces politiques fascistes s'unissent face &#224; la crise aigue de la domination capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques exemples historiques d&#233;montrent que les nations les plus violemment en guerre peuvent arr&#234;ter la boucherie d&#232;s lors que la menace de la r&#233;volution sociale leur rappelle leurs int&#233;r&#234;ts communs de classe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;0&#176;) Les villes de Gr&#232;ce antique &#233;taient divis&#233;es et se sont unies pour &#233;craser la ville de Troie en r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4146&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4146&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) La France et l'Angleterre m&#233;di&#233;vales, &#233;taient en guerre (la France battue, le roi de France &#233;tait d&#233;tenu en Angleterre). L'Angleterre a rel&#226;ch&#233; le roi de France d&#232;s lors que la r&#233;volution frappait &#224; Paris avec le pouvoir d'Etienne Marcel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article238&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article238&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) La noblesse de France et toutes les nations europ&#233;ennes f&#233;odales autrefois divis&#233;es, se sont unies contre la R&#233;volution fran&#231;aise, puis contre Napol&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_la_premi%C3%A8re_coalition&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_la_premi%C3%A8re_coalition&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) La France et l'Allemagne, pourtant en guerre, sont unies contre la r&#233;volution de la Commune de Paris de 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/ait/1871/05/km18710530d.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/ait/1871/05/km18710530d.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) Les nations europ&#233;ennes et mondiales divis&#233;es par la guerre mondiale mais r&#233;unies contre la r&#233;volution europ&#233;enne d&#233;but&#233;e en 1917 en Russie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1918/04/ldt19180414.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1918/04/ldt19180414.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176;) La France et l'Angleterre ont arr&#234;t&#233; leur guerre avec l'Allemagne en 1918 pour mieux arr&#234;ter la r&#233;volution prol&#233;tarienne allemande&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1358&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1358&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176;) Les d&#233;mocraties occidentales soi-disant adversaires de Hitler l'ont laiss&#233; tranquillement &#233;craser la r&#233;volution prol&#233;tarienne allemande alors qu'en 1933 il n'avait pas d'arm&#233;e. Elles se sont en fait unies momentan&#233;ment &#224; Hitler contre le prol&#233;tariat m&#234;me si elles savaient parfaitement qu'elles allaient ensuite devoir entrer en guerre contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5322&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5322&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176;) la question juive en Europe de l'Est &#233;tait un danger r&#233;volutionnaire comme l'avait d&#233;montr&#233; la vague r&#233;volutionnaire de 1917-1923 et les d&#233;mocraties occidentales ont laiss&#233; Hitler r&#233;gler &#224; sa mani&#232;re le risque communiste r&#233;volutionnaire des Juifs opprim&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article85&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article85&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&#176;) Les nations d&#233;mocratiques &#233;taient oppos&#233;es aux nations fascistes, l'Espagne de Franco et l'Allemagne de Hitler, sauf quand elles ont commenc&#233; &#224; &#233;craser la r&#233;volution prol&#233;tarienne d'Espagne et elles ont &#233;t&#233; complices du massacre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1640&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1640&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&#176;) Ces d&#233;mocraties occidentales ont refus&#233; d'intervenir militairement contre les camps de la mort des juifs, m&#234;me quand ceux-ci se r&#233;voltaient. Ils ont refus&#233; de faire de la propagande publique pour d&#233;noncer ce g&#233;nocide ou soutenir les camps r&#233;volt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5647&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5647&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&#176;) Quand la ville de Varsovie s'est soulev&#233;e contre les nazis, l'arm&#233;e de Staline a volontairement arr&#234;t&#233; sa marche en avant pour laisser &#224; Hitler le temps de massacrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1264&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1264&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11&#176;) L'occident capitaliste et imp&#233;rialiste a fait mine de soutenir les d&#233;mocrates oppos&#233;s au stalinisme dans les Pays de l'Est, sauf quand les travailleurs s'y sont r&#233;volt&#233;. Par exemple, en Hongrie en 1956 quand les travailleurs ont b&#226;ti des soviets antistaliniens, les radios des occidentaux en direction de la Hongrie ont &#233;t&#233; coup&#233;es par&#8230; les puissances occidentales. Elles n'ont pas lev&#233; le petit doigt quand la Russie a &#233;cras&#233; militairement la r&#233;volution. Et pas davantage en Tch&#233;coslovaquie en 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2700&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2700&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12&#176;) Jamais les d&#233;mocraties occidentales n'ont lev&#233; le petit doigt en faveur d'un peuple qui se soulevait dans le cadre de la vague des r&#233;voltes et r&#233;volutions d&#233;but&#233;es en 2010-2011 (les &#171; printemps &#187;). Bien au contraire, elles ont souvent continu&#233; &#224; fournir des armes pour la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve1159&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve1159&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13&#176;) La France et l'Angleterre &#233;taient oppos&#233;es sur la question de qui domine au Rwanda et ont soutenu deux camps militairement oppos&#233;s. Mais, du moment qu'il s'agissait d'&#233;craser une r&#233;volution sociale, leur opposition est rest&#233;e totalement passive et cela a permis le g&#233;nocide des Tutsis rwandais de 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14&#176;) En Syrie, la chute d'Assad &#233;tait voulue et programm&#233;e par les puissances occidentales, en opposition &#224; la Russie qui soutenait Assad. Mais du moment qu'une r&#233;volution sociale mena&#231;ait de se d&#233;velopper en Syrie, les ennemis ont pu s'unir pour transformer la r&#233;volution en guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3890&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3890&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8053&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8053&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15&#176;) Les puissances occidentales n'ont pas cess&#233; de clamer qu'elles voulaient et soutenaient la d&#233;mocratie en Chine mais elles ont cess&#233; de le dire haut et fort au moment o&#249;, &#224; Tiananmen, le peuple travailleur et les jeunes ont menac&#233; de lancer une nouvelle r&#233;volution sociale en Chine. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article92&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article92&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16&#176;) La France, pays dit de la libert&#233; &#224; cause d'une tr&#232;s ancienne r&#233;volution, n'a pas cess&#233; de clamer qu'elle condamnait toutes les dictatures dans le monde, sauf quand celles-ci ont &#233;t&#233; menac&#233;es par la vague de printemps, et alors la France a arm&#233; les r&#233;pressions&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8322&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8322&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17&#176;) Les nations occidentales, qui se clament ennemis du terrorisme islamique, savent le soutenir contre... la r&#233;volution sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4594&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4594&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve742&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve742&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18&#176;) Un exemple historique fameux pour finir : la lutte contre la r&#233;voluion prol&#233;tarienne en Allemagne en 1918 a uni la social-d&#233;mocratie et le fascisme, en passant par le haut &#233;tat-major...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3081&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3081&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19&#176;) Un autre exemple historique fameux : la contre-r&#233;volution a uni deux forces contre-r&#233;volutionnaires auparavant se disant ennemies : le nazisme et le stalinisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3681&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3681&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En p&#233;riode de crise aigue de la domination de la bourgeoisie, les forces politiques et sociales bourgeoises convergent toutes vers la contre-r&#233;volution (dictature, fascisme, guerre, massacre&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6011&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6011&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6024&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6024&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8253&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8253&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6920&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6920&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6398&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6398&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7437&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7437&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La contre-r&#233;volution thermidorienne</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8724</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article8724</guid>
		<dc:date>2025-09-19T22:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Thermidor 1794 de la R&#233;volution fran&#231;aise ! Pourquoi la direction bourgeoise de la r&#233;volution s'est charg&#233;e de lancer la contre-r&#233;volution ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801 &lt;br class='autobr' /&gt;
Thermidor contre la r&#233;volution fran&#231;aise &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/Thermidorien &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/Convention_thermidorienne &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/Thermidor &lt;br class='autobr' /&gt;
Thermidor par Jean Jaur&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/Thermidor_et_Directoire/01 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Thermidor 1794 de la R&#233;volution fran&#231;aise ! Pourquoi la direction bourgeoise de la r&#233;volution s'est charg&#233;e de lancer la contre-r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thermidor contre la r&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Thermidorien&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Thermidorien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Convention_thermidorienne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Convention_thermidorienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Thermidor&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Thermidor&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thermidor par Jean Jaur&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/Thermidor_et_Directoire/01&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/Thermidor_et_Directoire/01&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/Thermidor_et_Directoire/02&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/Thermidor_et_Directoire/02&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/Thermidor_et_Directoire/03&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/Thermidor_et_Directoire/03&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;action thermidorienne de Staline&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1&#176; section&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;action politique suivit le prodigieux effort de la r&#233;volution et de la guerre civile. [Elle diff&#233;rait essentiellement des ph&#233;nom&#232;nes sociaux qui se d&#233;velopp&#232;rent parall&#232;lement dans, les contr&#233;es non sovi&#233;tiques.] C'&#233;tait une r&#233;action contre la guerre imp&#233;rialiste et contre ceux qui l'avaient conduite. En Angleterre, elle &#233;tait dirig&#233;e contre Lloyd George et l'isola politiquement jusqu'&#224; la fin de sa vie. Clemenceau, en France, eut un sort semblable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prodigieux changements qu'on constatait dans les sentiments des masses apr&#232;s une guerre imp&#233;rialiste et une guerre civile &#233;taient bien explicables. En Russie, les ouvriers et les paysans &#233;taient profond&#233;ment convaincus que c'&#233;taient leurs propres int&#233;r&#234;ts qui &#233;taient en jeu et que la guerre qui leur &#233;tait impos&#233;e &#233;tait vraiment la leur. Apr&#232;s la victoire remport&#233;e sur les Blancs et sur l'Entente, la satisfaction fut immense, et grande la popularit&#233; de ceux qui avaient aid&#233; &#224; l'obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les trois ann&#233;es de guerre civile laiss&#232;rent une empreinte ind&#233;l&#233;bile sur le gouvernement sovi&#233;tique lui-m&#234;me en vertu du fait qu'un tr&#232;s grand nombre de nouveaux administrateurs s'&#233;taient habitu&#233;s &#224; commander et &#224; exiger une soumission absolue &#224; leurs ordres. Les th&#233;oriciens qui essaient de prouver que le pr&#233;sent r&#233;gime totalitaire de l'U.R.S.S. n'est pas d&#251; &#224; des conditions historiques donn&#233;es, mais &#224; la nature m&#234;me du bolch&#233;visme oublient que la guerre civile ne d&#233;coula pas de la nature du bolch&#233;visme mais bien des efforts de la bourgeoisie russe et de la bourgeoisie internationale pour renverser le r&#233;gime sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas douteux que Staline, comme beaucoup d'autres, ait &#233;t&#233; model&#233; par le milieu et les circonstances de la guerre civile, de m&#234;me que le groupe tout entier qui devait l'aider plus tard &#224; &#233;tablir sa dictature personnelle - Ordjonikidz&#233;, Vorochilov, Kaganovitch, - et toute une couche d'ouvriers et de paysans hiss&#233;s &#224; la condition de commandants et d'administrateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, dans les cinq ann&#233;es qui suivirent la R&#233;volution d'Octobre plus de 97% de l'effectif du Parti consistaient en membres qui avaient adh&#233;r&#233; apr&#232;s la victoire de la R&#233;volution. Cinq ann&#233;es plus tard encore, et l'immense majorit&#233; du million de membres du Parti n'avaient qu'une vague conception de ce que le Parti avait &#233;t&#233; dans la premi&#232;re p&#233;riode de la R&#233;volution, sans parler de la clandestinit&#233; pr&#233;-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffira de dire qu'alors les trois quarts au moins du Parti se composaient de membres qui l'avaient rejoint seulement apr&#232;s 1923. Le nombre des membres du Parti adh&#233;rents d'avant la R&#233;volution - c'est-&#224;-dire les r&#233;volutionnaires de la p&#233;riode ill&#233;gale - &#233;tait inf&#233;rieur &#224; un pour cent. En 1923, le Parti avait &#233;t&#233; envahi par des masses jeunes et inexp&#233;riment&#233;es [rapidement model&#233;es et form&#233;es] pour jouer le r&#244;le de figurants p&#233;tulants sous l'aiguillon des professionnels de l'appareil. Cette extr&#234;me r&#233;duction du noyau r&#233;volutionnaire du Parti &#233;tait une n&#233;cessit&#233; pr&#233;alable pour les victoires de l'appareil sur le &#171; trotskisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1923, la situation commen&#231;a &#224; se stabiliser. La guerre civile, de m&#234;me que la guerre avec la Pologne, &#233;tait d&#233;finitivement close. Les cons&#233;quences les plus horribles de la famine avaient &#233;t&#233; domin&#233;es, la Nep avait donn&#233; un &#233;lan imp&#233;tueux au r&#233;veil de l'&#233;conomie nationale. Le constant transfert de communistes d'un poste &#224; un autre, d'une sph&#232;re d'activit&#233; &#224; une autre, devint bient&#244;t l'exception plut&#244;t que la r&#232;gle, les communistes commenc&#232;rent &#224; s'installer dans des situation permanentes, et &#224; diriger d'une mani&#232;re m&#233;thodique les r&#233;gions ou districts de la vie &#233;conomique et politique confi&#233;s &#224; leur discr&#233;tion administrative. La nomination aux emplois fut de plus en plus li&#233;e aux probl&#232;mes de la vie personnelle, de la vie de famille du fonctionnaire, de sa carri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que Staline apparut avec une pr&#233;&#233;minence croissante comme l'organisateur, le r&#233;partiteur des t&#226;ches, le dispensateur d'emplois, l'&#233;ducateur et le ma&#238;tre de la bureaucratie. Il choisit ses hommes d'apr&#232;s leur hostilit&#233; ou leur indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de ses adversaires personnels, et particuli&#232;rement &#224; l'&#233;gard de celui qu'il consid&#233;rait comme son adversaire principal, le plus grand obstacle sur la voie de son ascension vers le pouvoir absolu. Staline g&#233;n&#233;ralisa et classifia sa propre exp&#233;rience administrative, avant tout l'exp&#233;rience des man&#339;uvres conduites avec pers&#233;v&#233;rance dans la coulisse, et la mit &#224; la port&#233;e de ceux qui lui &#233;taient le plus &#233;troitement associ&#233;s. Il leur apprit &#224; organiser leurs appareils politiques locaux sur le mod&#232;le de son propre appareil : comment recruter les collaborateurs, comment utiliser leurs d&#233;faillances, comment dresser des camarades les uns contre les autres, comment faire tourner la machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mesure que la vie de la bureaucratie croissait en stabilit&#233;, elle suscitait un besoin grandissant de confort. Staline prit la t&#234;te de ce mouvement spontan&#233;, le guidant, l'&#233;quipant selon ses propres desseins. Il r&#233;compensait ceux dont il &#233;tait s&#251;r en leur donnant des situations agr&#233;ables et avantageuses. Il choisit les membres de la Commission de contr&#244;le, d&#233;veloppant en eux le besoin de pers&#233;cuter impitoyablement tous ceux qui s'&#233;carteraient de la ligne politique officielle. En m&#234;me temps, il les invitait &#224; tourner leurs regards vers le mode de vie exceptionnel, extravagant, de ceux des fonctionnaires qui lui &#233;taient fid&#232;les. Car Staline rapportait chaque situation, chaque circonstance politique, chaque utilisation des individus &#224; lui-m&#234;me, &#224; sa lutte pour le pouvoir, &#224; son besoin immod&#233;r&#233; de dominer autres. Toute autre consid&#233;ration lui &#233;tait totalement &#233;trang&#232;re. Il excitait l'un contre l'autre ses concurrents les plus dangereux, de son talent &#224; utiliser les antagonismes personnels et de groupes, il fit un art, un art inimitable parce qu'il n'avait fait que d&#233;velopper son instinct presque infaillible pour ce genre d'op&#233;rations. Dans toute situation nouvelle, ce qu'il voyait d'abord, et avant tout c'&#233;tait comment il pourrait en profiter personnellement. Chaque fois que l'int&#233;r&#234;t du pays sovi&#233;tique entrait en conflit avec son int&#233;r&#234;t personnel, il n'h&#233;sitait jamais &#224; le sacrifier. Dans toutes les occasions et, quel qu'en p&#251;t &#234;tre le r&#233;sultat, il faisait tout ce qui &#233;tait en son pouvoir pour cr&#233;er des difficult&#233;s &#224; ceux qui, croyait-il, mena&#231;aient sa toute-puissance. Avec la m&#234;me constance, il s'effor&#231;ait de r&#233;compenser chaque acte de loyaut&#233; personnelle. Secr&#232;tement d'abord, puis plus ouvertement, il se dressa en d&#233;fenseur de l'in&#233;galit&#233;, en d&#233;fenseur de privil&#232;ges sp&#233;ciaux pour les sommets de la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette d&#233;moralisation d&#233;lib&#233;r&#233;e, Staline ne se souciait jamais de perspectives lointaines. Il n'approfondissait pas non plus la signification sociale du processus dans lequel il jouait le r&#244;le principal. Il agissait alors, de m&#234;me que maintenant, comme l'empirique qu'il fut toujours. Il choisit ceux qui lui sont loyaux et les r&#233;compense, il les aide &#224; s'assurer des situations privil&#233;gi&#233;es, il exige d'eux la r&#233;pudiation de buts politiques personnels. Il leur enseigne &#224; cr&#233;er &#224; leur propre usage l'appareil n&#233;cessaire pour influencer les masses et les soumettre. Il ne pense pas un seul instant que cette politique va directement &#224; l'encontre de la lutte &#224; laquelle L&#233;nine s'&#233;tait le plus int&#233;ress&#233; durant la derni&#232;re ann&#233;e de sa vie - la lutte contre la bureaucratie. Occasionnellement, il parle lui-m&#234;me de bureaucratie, mais toujours dans les termes les plus abstraits et d&#233;nu&#233;s de r&#233;alit&#233;. Il ne songe qu'aux petites choses : manque d'attention, formalisme, bureaux mal tenus, etc., mais il est sourd et aveugle &#224; la formation de toute une caste de privil&#233;gi&#233;s soud&#233;s entre eux par un serment d'honneur, comme les voleurs, par leur commun int&#233;r&#234;t et par leur &#233;loignement sans cesse croissant du peuple travailleur. Sans s'en douter, Staline organise non seulement une nouvelle machine politique, mais une nouvelle caste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'envisage les questions que du point de vue du choix des cadres, d'am&#233;liorer l'appareil, d'assurer sur lui son contr&#244;le personnel, de son propre pouvoir. Il lui appara&#238;t sans aucun doute, pour autant qu'il se soucie de questions d'ordre g&#233;n&#233;ral, que son appareil donnera au gouvernement plus de force et de stabilit&#233;, et garantira ainsi les nouveaux d&#233;veloppements du &#171; socialisme dans le pays &#187;. Dans le domaine des g&#233;n&#233;ralisations, il ne s'aventure pas plus loin. Que la cristallisation d'une nouvelle couche dirigeante de fonctionnaires install&#233;s dans une situation privil&#233;gi&#233;e, camoufl&#233;e aux yeux des masses par l'id&#233;e du socialisme - que la formation de cette nouvelle couche dirigeante archi-privil&#233;gi&#233;e et archi-puissante change la structure sociale de l'Etat et dans une mesure sans cesse plus consid&#233;rable, la d&#233;composition sociale de la nouvelle soci&#233;t&#233; - c'est une consid&#233;ration qu'il se refuse &#224; envisager, et toutes les fois qu'elle lui est sugg&#233;r&#233;e, il l'&#233;carte - avec son bras ou avec son revolver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Staline, l'empirique, sans rompre formellement avec la tradition r&#233;volutionnaire, sans r&#233;pudier le le bolch&#233;visme, devient le destructeur le plus efficace de l'une et de l'autre, en les trahissant tous les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque de la discussion dans le Parti, &#224; l'automne de 1923, l'organisation de Moscou &#233;tait divis&#233;e approximativement par moiti&#233;, avec une certaine pr&#233;pond&#233;rance de l'opposition au d&#233;but. Cependant, les deux moiti&#233;s n'&#233;taient pas d'&#233;gale force dans leur potentiel social. La jeunesse et une portion consid&#233;rable des militants du rang &#233;taient avec l'opposition, mais du c&#244;t&#233; de Staline et du Comit&#233; central on trouvait avant tout ces politiciens sp&#233;cialement &#233;duqu&#233;s et disciplin&#233;s qui &#233;taient &#233;troitement li&#233;s &#224; l'appareil du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Ma maladie, et ma non-participation &#224; la lutte qui en fut la cons&#233;quence, fut, je dois le reconna&#238;tre, un facteur de quelque importance, cependant cette importance ne doit pas &#234;tre exag&#233;r&#233;e. En fin de compte, ce ne fut qu'un simple &#233;pisode. Bien plus important &#233;tait le fait que les ouvriers &#233;taient fatigu&#233;s. Ceux qui soutenaient l'opposition n'&#233;taient pas stimul&#233;s par l'espoir de grands et profonds changements, tandis que la bureaucratie combattait avec une extraordinaire f&#233;rocit&#233;. Il est vrai qu'il y eut au moins une p&#233;riode de grande confusion dans ce temps, mais nous l'ignor&#226;mes alors ; ce fait ne nous fut r&#233;v&#233;l&#233; que plus tard par Zinoviev. Un jour, &#224; son arriv&#233;e &#224; Moscou, il trouva le Comit&#233; central et les dirigeants de Moscou dans une panique extr&#234;me. Il &#233;tait devenu &#233;vident que Staline ruminait une man&#339;uvre dont le but &#233;tait de faire la paix avec l'opposition aux d&#233;pens de ses alli&#233;s, Zinoviev et Kam&#233;nev ; c'&#233;tait bien sa mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, les r&#233;unions du Bureau politique avaient lieu chez moi &#224; cause de ma maladie. Staline me fit ostensiblement des avances, t&#233;moignant pour ma sant&#233; un int&#233;r&#234;t compl&#232;tement inattendu. Zinoviev, d'apr&#232;s son r&#233;cit, mit fin &#224; cette situation &#233;quivoque particuli&#232;re, semblait-il, &#224; Moscou, en se tournant vers P&#233;trograd pour y renforcer son influence. Il forma une &#233;quipe ill&#233;gale d'agitateurs et des troupes de choc qui allaient en automobile d'une usine &#224; une autre pour r&#233;pandre mensonges et calomnies. Sans rompre avec ses alli&#233;s, naturellement, Staline cherchait &#224; s'assurer une voie de retraite vers l'opposition, pour le cas o&#249; celle-ci l'emporterait. Zinoviev &#233;tait plus t&#233;m&#233;raire parce qu'il &#233;tait plus aventureux et irresponsable. Staline &#233;tait prudent ; il ne se rendait pas encore bien compte de l'&#233;tendue des changements qui s'&#233;taient produits dans les sommets du Parti, et sp&#233;cialement dans l'appareil sovi&#233;tique. Il ne se reposait pas sur sa force personnelle il avan&#231;ait en t&#226;tonnant, &#233;prouvant chaque r&#233;sistance, prenant en consid&#233;ration chaque appui. Il laissait Zinoviev et Kam&#233;nev se compromettre, tandis qu'il gardait sa pleine libert&#233; de man&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pendant cette m&#234;me discussion que la technique de l'appareil dans sa lutte contre l'opposition fut d&#233;finitivement fix&#233;e et mise &#224; l'&#233;preuve dans l'action. Impossible d'admettre qu'en aucun cas l'appareil p&#251;t &#234;tre bris&#233; sous la pression d'en bas, l'appareil devait &#224; tout prix demeurer. Le Parti lui-m&#234;me pouvait &#234;tre modifi&#233;, refondu ou regroup&#233;. Des membres pouvaient &#234;tre expuls&#233;s ou compromis, d'autres pouvaient avoir peur. Enfin, il &#233;tait possible de jongler avec les faits et les chiffres. Les hommes de l'appareil allaient d'usine en usine, les, commissions de contr&#244;le, qui avaient &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es dans le but m&#234;me de combattre cette usurpation du pouvoir de l'appareil, devinrent de simples rouages de la machine. Aux r&#233;unions du Parti, des hommes de confiance de ces commissions prenaient le nom de tout orateur suspect de sympathie pour l'opposition, puis se livraient &#224; des recherches minutieuses sur son pass&#233;. Toujours, ou presque toujours, il n'&#233;tait pas trop difficile de trouver quelque faute ou simplement une origine sociale d&#233;favorable pour justifier une accusation de violation de la discipline du Parti, ou pour la provoquer. Il &#233;tait alors possible d'expulser, de transf&#233;rer, de r&#233;duire au silence, m&#234;me de conclure un march&#233; avec le sympathisant oppositionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partie du travail, Staline la prit sous sa propre direction. A la Commission centrale de contr&#244;le, il avait sa propre clique avec Soltz, Iaroslavsky et Chkiryatov &#224; sa t&#234;te. Sa t&#226;che principale &#233;tait de dresser des listes noires de non-conformistes et d'enqu&#234;ter sur leur g&#233;n&#233;alogie dans les archives de la police tsariste. Staline poss&#232;de une archive sp&#233;ciale pleine de toutes sortes de documents, d'accusations, de rumeurs diffamatoires, contre tous les dirigeants sovi&#233;tiques sans exception. En 1929, &#224; l'&#233;poque de sa rupture publique avec les droitiers du Bureau politique - Boukharine, Rykov et Tomsky - Staline ne r&#233;ussit &#224; garder Kalinine et Vorochilov qu'en les mena&#231;ant de certaines r&#233;v&#233;lations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1925, un p&#233;riodique humoristique publia une caricature repr&#233;sentant le chef du gouvernement dans une situation tr&#232;s compromettante. La ressemblance &#233;tait frappante. De plus, dans le texte &#233;crit en un style tr&#232;s suggestif, il y avait une r&#233;f&#233;rence &#224; Kalinine par ses initiales, &#171; M. K. &#187;. Je n'en pouvais croire mes yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que cela signifie ? demandai-je &#224; plusieurs de mes amis, parmi lesquels S&#233;r&#233;briakov qui avait connu intimement Staline, en prison et en exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est le dernier avertissement de Staline &#224; Kalinine, me dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Certainement pas parce qu'il se soucie de sa conduite, dit en riant S&#233;r&#233;briakov. Kalinine doit s'ent&#234;ter sur quelque chose... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kalinine, qui ne connaissait que trop bien le r&#233;cent pass&#233;, avait refus&#233; tout d'abord de consid&#233;rer Staline comme un chef, il craignait pendant longtemps de lier son sort au sien. &#171; Ce cheval, avait-il coutume de dire &#224; ses intimes, jettera quelque jour notre char dans un foss&#233;. &#187; Mais, graduellement, grognant et r&#233;sistant, il se tourna d'abord contre moi, puis contre Zinoviev, finalement, mais tout &#224; fait contre son gr&#233;, contre Rykov, Boukharine et Tomsky, auxquels le liaient &#233;troitement des conceptions politiques communes. I&#233;noukidz&#233; fit la m&#234;me &#233;volution, marcha dans les pas de Kalinine, quoique plus discr&#232;tement, et certainement en en souffrant plus vivement. A cause de sa nature m&#234;me, dont le principal trait &#233;tait l'adaptabilit&#233;, I&#233;noukidz&#233; ne pouvait pas ne pas se trouver dans le camp de Thermidor. Mais il n'&#233;tait pas un arriviste et certainement pas une canaille ; il lui &#233;tait dur de briser les vieilles traditions et plus dur encore de se retourner contre des hommes qu'il &#233;tait habitu&#233; &#224; respecter. Dans les moments critiques, non seulement il ne manifestait pas un enthousiasme agressif, mais au contraire se plaignait, grognait, tentait de r&#233;sister. Staline ne l'ignorait pas et il lui donna plus d'un avertissement. Je l'appris de la meilleure source. Bien qu'en ces jours la pratique des d&#233;nonciations e&#251;t d&#233;j&#224; empoisonn&#233;, non seulement la vie politique, mais m&#234;me les relations personnelles, des oasis de confiance mutuelle subsistaient &#231;&#224; et l&#224;. I&#233;noukidz&#233; maintenait des relations tr&#232;s amicales avec S&#233;r&#233;briakov, bien que ce dernier f&#251;t connu comme un des dirigeants de l'opposition de gauche, bien souvent, il s'&#233;panchait aupr&#232;s de lui : &#171; Que veut-il de plus ? disait I&#233;noukidz&#233;, je fais tout ce qu'il demande, mais pour lui ce n'est pas assez. Il veut que j'admette qu'il est g&#233;nial. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline prit Zinoviev et Kam&#233;nev sous sa protection quand je rappelai leur conduite en 1917. &#171; Il est tout &#224; il possible, &#233;crivait-il, que quelques bolch&#233;viks aient trembl&#233; pendant les journ&#233;es de Juillet. Je sais, par exemple, que plusieurs des bolch&#233;viks alors arr&#234;t&#233;s &#233;taient pr&#234;ts &#224; d&#233;serter nos rangs. Mais en tirer condamnation contre certains... membres du Comit&#233; central, c'est d&#233;former l'histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y a d'int&#233;ressant dans cette citation, ce n'est tant la d&#233;fense sans r&#233;serve de Zinoviev et de Kam&#233;nev que la r&#233;f&#233;rence hors de propos &#224; &#171; plusieurs bolch&#233;viks arr&#234;t&#233;s &#187;, elle visait Lounatcharsky, qui n'&#233;tait nullement en cause. Dans les documents saisis apr&#232;s la R&#233;volution, on trouva l'interrogatoire de Lounatcharsky lors de l'enqu&#234;te polici&#232;re. Il ne fait certainement pas honneur &#224; son courage politique. Cela n'&#233;tait pas, en soi, de grande importance pour Staline ; des bolch&#233;viks moins courageux encore &#233;taient dans son entourage imm&#233;diat. Ce qui l'exasp&#233;rait, c'&#233;tait qu'en 1923, Lounatcharsky ait publi&#233; des Silhouettes des chefs de la R&#233;volution, dans lesquelles il n'y avait pas de silhouette de Staline. L'omission n'&#233;tait pas d&#233;lib&#233;r&#233;e, Lounatcharsky n'avait rien contre Staline ; simplement il ne lui &#233;tait pas venu &#224; l'id&#233;e, pas plus qu'&#224; quiconque &#224; cette &#233;poque, de compter Staline parmi les chefs de la R&#233;volution. Mais en 1925 la situation avait chang&#233;, et c'&#233;tait pour Staline une mani&#232;re de faire comprendre &#224; Lounatcharsky qu'il devait modifier sa politique ou sinon s'attendre &#224; &#234;tre tra&#238;n&#233; sur la claie. Un d&#233;lai lui &#233;tait accord&#233; ; il comprit tr&#232;s bien &#224; qui &#233;tait faite l'allusion et il changea radicalement sa position poli&#173;tique ; ses p&#233;ch&#233;s de Juillet 1917 furent imm&#233;diatement oubli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes r&#233;volutionnaires de l'&#232;re tsariste n'&#233;taient pas tous des h&#233;ros de livres de contes. Il y en avait parmi eux qui ne montraient pas un courage suffisant durant les enqu&#234;tes polici&#232;res. Si leur conduite ult&#233;rieure permettait d'oublier cette d&#233;faillance, le parti ne les expulsait pas d&#233;finitivement et leur permettait de rentrer ensuite dans, ses rangs. En 1923, Staline, comme secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, commen&#231;a &#224; recueillir personnellement tous les cas de cette sorte et &#224; s'en servir occasionnellement comme moyen de chantage &#224; l'&#233;gard de vieux r&#233;volutionnaires qui avaient plus que r&#233;par&#233; leur faute de jeunesse ; en mena&#231;ant de r&#233;v&#233;ler leur pass&#233;, il les r&#233;duisait &#224; une ob&#233;issance servile, les poussant pas &#224; pas vers un &#233;tat de compl&#232;te d&#233;moralisation. Et il se les attachait d&#233;finitivement en les contraignant aux besognes les plus d&#233;gradantes dans ses machinations contre l'opposition. Ceux qui refusaient de s'incliner devant ce chantage &#233;taient bris&#233;s politiquement par l'appareil ou accul&#233;s au suicide. Ainsi p&#233;rit un de mes plus proches collaborateurs, mon secr&#233;taire personnel Glazman, homme d'une modestie exceptionnelle et d'une d&#233;votion exemplaire au Parti. Il se suicida d&#232;s 1924. Son acte d&#233;sesp&#233;r&#233; produisit une telle impression que la Commission centrale de contr&#244;le fut contrainte de le r&#233;habiliter et d'infliger une r&#233;primande (tr&#232;s prudente et tr&#232;s mod&#233;r&#233;e) &#224; son propre organe ex&#233;cutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression exerc&#233;e sur les opposants de gauche et sur ceux qui sympathisaient avec eux augmenta progressivement. Le traitement auquel furent soumis les centaines de communistes qui ajout&#232;rent leur signature &#224; la &#171; D&#233;claration des 83 &#187;, du 26 mai 1927, ne fut surpass&#233; en brutalit&#233; et en cynisme que par celui inflig&#233; aux milliers de membres du Parti qui les soutenaient oralement. Ils &#233;taient tra&#238;n&#233;s devant les tribunaux du Parti uniquement parce que, dans des r&#233;unions du Parti, ils avaient exprim&#233; des vues qui n'&#233;taient pas en accord avec celles du Comit&#233; central ; on les privait ainsi de leur droit le plus &#233;l&#233;mentaire de membre du Parti. La masse du Parti fut ainsi pr&#233;par&#233;e pour l'expulsion brutale de l'opposition. Cette pression s'exer&#231;ait encore au moyen mesures exceptionnelles dirig&#233;es contre les membres et les sympathisants de l'opposition. &#171; Nous vous chasserons de vos emplois &#187;, s'&#233;cria un jour le secr&#233;taire du comit&#233; de Moscou et, quand cette menace &#233;tait insuffisante &#224; r&#233;duire l'opposition au silence, le Comit&#233; central en appelait ouvertement &#224; la Gu&#233;p&#233;ou. Il fallait &#234;tre aveugle pour ne pas voir que la lutte contre l'opposition par de telles m&#233;thodes, c'&#233;tait une lutte contre le Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menjinsky, successeur de Dzerjinsky &#224; la t&#234;te de la Gu&#233;p&#233;ou, avait appartenu au mouvement d'opposition au temps de L&#233;nine. Il avait &#233;t&#233; avec les boycottistes, puis avait sympathis&#233; avec l'anarcho-syndicalisme et avait encore d'autres d&#233;viations &#224; son actif. C'&#233;tait dans sa jeunesse. Mais vers la fin de sa carri&#232;re, il &#233;tait fascin&#233; par l'appareil r&#233;pressif. Plus rien ne l'int&#233;ressait que la Gu&#233;p&#233;ou. Il consacrait toutes ses facult&#233;s intellectuelles &#224; ce qui &#233;tait sa seule t&#226;che : maintenir son appareil en &#233;tat de parfait fonctionnement. Pour cela, il lui fallait d'abord appuyer fermement le gouvernement. Un jour, durant la guerre civile, Menjinsky m'avait pr&#233;venu, &#224; mon &#233;tonnement, des intrigues de Staline contre moi, j'y ai fait allusion dans mon Autobiographie. Quand Ie triumvirat s'empara du pouvoir, il fut fid&#232;le au triumvirat. Il transf&#233;ra sa fid&#233;lit&#233; &#224; Staline quand le triumvirat s'effondra. Dans l'automne de 1927, quand la Gu&#233;p&#233;ou commen&#231;a &#224; intervenir dans les diff&#233;rends int&#233;rieurs du Parti, plusieurs d'entre nous - Zinoviev, Kam&#233;nev, Smilga, moi et je pense encore quelqu'un d'autre - all&#232;rent voir Menjinsky. Nous lui demand&#226;mes de nous montrer les d&#233;positions des t&#233;moins dont il avait fait &#233;tat avec un grand succ&#232;s contre nous &#224; la r&#233;cente s&#233;ance du Comit&#233; central. Il ne nia pas que, essentiellement, ces documents &#233;taient faux, mais il refusa nettement de nous les montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous rappelez-vous, Menjinsky, lui demandai-je, que vous m'avez parl&#233; une fois, dans mon train, quand nous &#233;tions sur le front du Sud, d'une intrigue de Staline contre moi ? &#187; Il resta embarrass&#233;. Iagoda, qui, &#224; cette &#233;poque, &#233;tait l'agent de Staline par-dessus le chef du la Gu&#233;p&#233;ou, intervint alors. &#171; Mais le camarade Menjisky, dit-il en avan&#231;ant sa t&#234;te de renard, n'est jamais all&#233; au front du Sud. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Iagoda avait &#233;t&#233; pharmacien dans sa jeunesse, dans une &#233;poque paisible, il se serait &#233;teint obscur&#233;ment dans la boutique d'une petite ville.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'interrompis ; je lui dis que ce n'&#233;tait pas &#224; lui que je parlais, mais &#224; Menjinsky et je r&#233;p&#233;tai ma question. Alors Menjinsky r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, j'&#233;tais dans votre train sur le front du Sud et je vous ai mis en garde contre telle ou telle machination, mais je crois n'avoir nomm&#233; personne. &#187; Le sourire &#233;trange d'un somnambule errait sur son visage pendant qu'il se d&#233;cidait &#224; r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne p&#251;mes rien lui arracher. Staline vint lui parler apr&#232;s que nous nous f&#251;mes retir&#233;s les mains vides. Kam&#233;nev retourna le voir seul, apr&#232;s tout, il n'y avait pas si longtemps qu'il avait &#224; la disposition de l'entier triumvirat contre l'opposition. &#171; Pensez-vous vraiment, lui demanda finalement Kam&#233;nev, que Staline seul sera capable de se mesurer avec les t&#226;ches de la R&#233;volution d'Octobre ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menjinsky &#233;vita la question. &#171; Pourquoi alors lui avez-vous permis d'acqu&#233;rir une force aussi formidable ? &#187; r&#233;pondit-il, question pour question. &#171; Maintenant, c'est trop tard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps de 1924, apr&#232;s une des s&#233;ances pl&#233;ni&#232;res du Comit&#233; central &#224; laquelle la maladie m'avait emp&#234;ch&#233; d'assister, je dis &#224; I.N. Smirnov : &#171; Staline deviendra le dictateur de l'U.R.S.S. &#187; Smirnov connaissait bien Staline. Ils avaient partag&#233; ensemble le travail r&#233;volutionnaire et l'exil pendant des ann&#233;es, et dans de telles conditions les hommes apprennent &#224; se bien conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Staline ? me demanda-t-il avec stupeur, mais c'est un m&#233;diocre, une nullit&#233; sans pittoresque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M&#233;diocre, oui, nullit&#233;, non, lui r&#233;pondis-je. La dialectique de l'histoire s'est d&#233;j&#224; empar&#233;e de lui et elle le portera plus haut encore. Tous ont besoin de lui - les r&#233;volutionnaires fatigu&#233;s, les bureaucrates, les nepmen, les koulaks, les parvenus, les serviles, tous ces vers qui rampent sur le sol labour&#233; de la R&#233;volution. Il sait comment les retrouver sur leur propre terrain, il parle leur langage et sait comment les conduire, il a la r&#233;putation m&#233;rit&#233;e d'un vieux r&#233;volutionnaire, ce qui le rend pour eux inestimable comme moyen d'aveugler le pays ; il a de la volont&#233; et de l'audace, il n'h&#233;sitera jamais &#224; les utiliser et &#224; les dresser contre le Parti ; il d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; le faire. Maintenant, pr&#233;cis&#233;ment, il rassemble et organise autour de lui les cafards du Parti, les intrigants rus&#233;s. Sans doute, de grands &#233;v&#233;nements en Europe, en Asie, et dans notre pays peuvent intervenir et renverser toutes les sp&#233;culations. Mais, si tout continue &#224; se d&#233;velopper automatiquement comme maintenant, alors Staline deviendra, automatiquement aussi, dictateur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1926, au cours d'une discussion avec Kam&#233;nev, celui-ci soutenait avec insistance que Staline &#233;tait &#171; juste un politicien provincial &#187;. Il y avait quelque chose de vrai dans cette appr&#233;ciation sarcastique, mais seulement une parcelle. Les attributs tels que la ruse, la d&#233;loyaut&#233;, l'habilet&#233; &#224; exploiter les plus bas instincts de la natures humaine sont d&#233;velopp&#233;s chez Staline &#224; un degr&#233; extraordinaire et, &#233;tant donn&#233; sa forte personnalit&#233;, ils constituent des armes puissantes dans une lutte ; mais naturellement pas dans chaque genre de lutte. La lutte pour lib&#233;rer les masses exige d'autres qualit&#233;s. Mais, en choisissant des hommes pour occuper les positions privil&#233;gi&#233;es, en les soudant les uns aux autres dans l'esprit de la caste, en affaiblissant et asservissant les masses, les attributs m&#234;mes de Staline &#233;taient inestimables et faisaient de lui le chef de la r&#233;action bureaucratique. N&#233;anmoins Staline reste une m&#233;diocrit&#233;, son esprit n'est pas seulement born&#233;, il est m&#234;me incapable de raisonnement logique. Chaque phrase de son discours a quelque but pratique imm&#233;diat ; mais son discours, pris dans l'ensemble, ne se hausse jamais &#224; une structure logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Staline pouvait avoir pr&#233;vu, au d&#233;but, o&#249; sa lutte contre le trotskisme le conduirait, il aurait sans doute h&#233;sit&#233; &#224; la poursuivre plus avant, en d&#233;pit de la perspective de victoire sur tous ses adversaires. Mais il est incapable de pr&#233;voir quoi que ce soit. Les proph&#233;ties de ses adversaires qu'il deviendrait le chef de la r&#233;action thermidorienne, le fossoyeur du Parti de la R&#233;volution, lui semblaient des imaginations vides de sens. Il croyait que l'appareil du Parti se suffisait &#224; lui-m&#234;me, &#233;tant capable d'accomplir toutes les t&#226;ches. Il n'avait pas la moindre compr&#233;hension de la fonction historique qu'il occupait. L'absence d'imagination cr&#233;atrice, l'incapacit&#233; de g&#233;n&#233;raliser et de pr&#233;voir an&#233;antirent le r&#233;volutionnaire en Staline quand il prit seul le gouvernail. Mais ces m&#234;mes traits, s'appuyant sur son autorit&#233; d'ancien r&#233;volutionnaire, lui permirent de camoufler la mont&#233;e de la bureaucratie thermidorienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son ambition acquit une trempe asiatique inculte que la technique europ&#233;enne aggrava. Il faut que la presse l'exalte chaque jour avec extravagance, publie ses portraits, le cite sous le moindre pr&#233;texte ; imprime son nom en gros caract&#232;res. Aujourd'hui, les t&#233;l&#233;graphistes eux-m&#234;mes savent qu'ils ne doivent pas accepter un t&#233;l&#233;gramme adress&#233; &#224; Staline dans lequel il n'est pas appel&#233; &#171; le p&#232;re du peuple &#187;, ou &#171; le grand ma&#238;tre &#187; ou &#171; g&#233;nial &#187;. Le roman, l'op&#233;ra, le cin&#233;ma, la peinture, la sculpture, m&#234;me des expositions agricoles, tout doit tourner autour de Staline comme autour de son axe. La litt&#233;rature et l'art de l'&#233;poque stalinienne resteront dans l'histoire comme des exemples du byzantinisme le plus absurde et le plus abject. En 1925, Staline ne pardonnait pas &#224; Lounatcharsky de ne pas l'avoir mentionn&#233; dans un livre de portraits r&#233;volutionnaires ; mais une douzaine d'ann&#233;es plus tard Alexis Tolsto&#239;, qui porte le nom d'un des plus puissants et des plus ind&#233;pendants &#233;crivains de Russie, saluait Staline ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Toi, brillant soleil des nations,&lt;br class='autobr' /&gt; Le soleil de notre temps qui jamais ne d&#233;cline,&lt;br class='autobr' /&gt; Et plus que le soleil, car le soleil ne conna&#238;t pas la sagesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline et le soleil reviennent encore dans ces vers d'auteurs moins connus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous recevons notre soleil de Staline,&lt;br class='autobr' /&gt; Nous recevons notre vie heureuse de Staline...&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; ma&#238;tre sage ! g&#233;nie des g&#233;nies !&lt;br class='autobr' /&gt; Soleil des ouvriers, Soleil des paysans, Soleil du monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article sur l'&#171; heureux r&#232;gne &#187; du tsar Alexandre III &#233;crit pour une ancienne Encyclop&#233;die russe par un courtisan obs&#233;quieux, est un mod&#232;le de v&#233;racit&#233;, de mod&#233;ration et de bon go&#251;t compar&#233; &#224; l'article sur Staline dans la derni&#232;re Encyclop&#233;die sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bloc avec Zinoviev et Kam&#233;nev retenait Staline. Ayant pass&#233; de longues ann&#233;es &#224; l'&#233;cole de L&#233;nine, Zinoviev et Kam&#233;nev &#233;taient capables d'appr&#233;cier la valeur des id&#233;es et des programmes. Bien qu'ils se soient laiss&#233;s aller parfois &#224; de monstrueuses d&#233;viations de principes du bolch&#233;visme, ils ne franchissaient jamais certaines limites. Mais quand le triumvirat se scinda, Staline se trouva lib&#233;r&#233; de toute retenue id&#233;ologique Les membres du Bureau politique n'&#233;taient plus g&#234;n&#233;s par leur manque de pass&#233; r&#233;volutionnaire ou par leur grande ignorance. Les discussions m&#233;diocres et sans int&#233;r&#234;t restaient sans port&#233;e, particuli&#232;rement en ce qui touchait les probl&#232;mes de l'Internationale communiste. A cette &#233;poque, pas un membre du Bureau politique n'&#233;tait dispos&#233; &#224; admettre qu'aucune des sections &#233;trang&#232;res de l'Internationale communiste e&#251;t une personnalit&#233; ind&#233;pendante. Tout se r&#233;duisait &#224; la question de savoir si elle &#233;tait &#171; pour &#187; ou &#171; contre &#187; l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, une de mes t&#226;ches &#224; l'Internationale communiste avait &#233;t&#233; de suivre le mouvement ouvrier en France. Apr&#232;s les bouleversements qui eurent lieu &#224; l'int&#233;rieur de l'Internationale communiste, commenc&#233;s vers la fin de 1923 et poursuivis durant toute l'ann&#233;e 1924, les nouveaux dirigeants des diverses sections s'efforc&#232;rent de s'&#233;loigner de plus en plus des anciennes doctrines. Je me souviens d'une r&#233;union o&#249; j'apportai le plus r&#233;cent num&#233;ro de l'organe central du Parti communiste fran&#231;ais et traduisis plusieurs passages d'un article important traitant du programme politique. Ces extraits r&#233;v&#233;laient une telle ignorance et un si &#233;clatant opportunisme que, pour un instant, la g&#234;ne r&#233;gna au sein du Bureau politique. Pourtant les staliniens du Bureau ne pouvaient abandonner ceux qui &#233;taient leur serviles appuis au dehors. Le seul membre qui croyait savoir le fran&#231;ais, Roudzoutak, me demanda la coupure du journal et voulut en reprendre la traduction, il escamota tous les mots et phrases qu'il ne comprenait pas, en d&#233;forma la signification d'autres, compl&#233;tant le tout par son propre commentaire fantastique. Aussit&#244;t chacun l'approuva ; la g&#234;ne avait disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne vaudrait gu&#232;re la peine aujourd'hui de soumettre &#224; un examen th&#233;orique les produits de la litt&#233;rature contre le trotskisme qui, malgr&#233; le manque de papier, inond&#232;rent litt&#233;ralement l'Union sovi&#233;tique. Staline lui-m&#234;me ne pourrait relire tout ce qu'il dit et &#233;crivit entre 1923 et 1929, car c'est en flagrante contradiction avec tout ce qu'il &#233;crivit et dit dans la d&#233;cade suivante. Il nous suffira d'indiquer, pour notre d&#233;monstration, les rares id&#233;es nouvelles qui se cristallis&#232;rent graduellement au cours des pol&#233;miques entre l'appareil stalinien et l'opposition, et acquirent une signification d&#233;cisive pour autant qu'elles fournirent un bagage id&#233;ologique aux initiateurs de la lutte contre le trotskisme. C'est autour de ces id&#233;es que les forces politiques se ralli&#232;rent. Il y en avait trois principales, elles se compl&#233;taient et se rempla&#231;aient partiellement l'une l'autre selon le moment et les circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re concernait l'industrialisation. Le triumvirat commen&#231;a par combattre le programme que j'avais propos&#233; et, dans l'int&#233;r&#234;t de la pol&#233;mique, le qualifia de &#171; super-industrialisation &#187;. Cette position s'affirma m&#234;me quand le triumvirat se disloqua et que Staline forma son bloc avec Boukharine et l'aile droite. La tendance g&#233;n&#233;rale de l'argumentation officielle contre cette soi-disant super-industrialisation, c'&#233;tait qu'une industrialisation rapide n'&#233;tait possible qu'aux d&#233;pens de la paysannerie. En cons&#233;quence, il fallait avancer lentement, comme une tortue ; la question du rythme de l'industrialisation &#233;tait sans importance, etc. En fait, la bureaucratie ne voulait pas troubler ces couches de la population qui avaient commenc&#233; de s'enrichir, c'est-&#224;-dire la petite bourgeoisie des nepmen. Ce fut la premi&#232;re erreur s&#233;rieuse dans la lutte contre le trotskisme. Mais Staline ne voulut jamais reconna&#238;tre ses propres erreurs, il fit une compl&#232;te volte-face et d&#233;cida all&#233;grement de surpasser tous les projets ant&#233;rieurs de super-industrialisation - surtout sur le papier et en paroles, h&#233;las !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde &#233;tape, au cours de 1924, l'attaque fut d&#233;clench&#233;e contre la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. Le contenu politique de cette lutte se r&#233;duisait &#224; l'opinion que nous n'avions pas &#224; nous int&#233;resser &#224; la r&#233;volution internationale, mais &#224; 'notre s&#233;curit&#233;, afin de d&#233;velopper notre &#233;conomie. La bureaucratie craignait de plus en plus de mettre en jeu sa situation par le risque des cons&#233;quences implicites d'une politique r&#233;volutionnaire internationale. La campagne contre la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, vid&#233;e de toute valeur th&#233;orique quelconque, servit comme affirmation d'une d&#233;viation nationaliste conservatrice du bolch&#233;visme. C'est de cette lutte que surgit la th&#233;orie du &#171; socialisme dans un seul pays &#187;. Zinoviev et Kam&#233;nev, seulement alors, commenc&#232;rent &#224; entrevoir les cons&#233;quences de la lutte qu'ils avaient eux-m&#234;mes d&#233;clench&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me id&#233;e de la bureaucratie dans sa campagne contre le trotskisme concernait la lutte contre le &#171; nivellement &#187;, contre l'&#233;galit&#233;. Le c&#244;t&#233; th&#233;orique de cette lutte restera certainement comme une curiosit&#233;. Staline trouva, dans la &#171; Critique du programme de Gotha &#187; de la social-d&#233;mocratie allemande par Marx, une phrase disant que dans la premi&#232;re p&#233;riode du socialisme l'in&#233;galit&#233; devrait &#234;tre maintenue ou, comme Marx le disait, le droit bourgeois dans le domaine de la distribution. Marx ne voulait &#233;videmment pas justifier ainsi la cr&#233;ation d'une nouvelle in&#233;galit&#233;, mais proposait une &#233;limination progressive plut&#244;t que soudaine de l'ancienne in&#233;galit&#233; dans le domaine des salaires. Cette citation &#233;tait incorrectement interpr&#233;t&#233;e comme une d&#233;claration des droits et privil&#232;ges des bureaucrates et de leurs satellites. L'avenir de l'Union sovi&#233;tique se trouvait mis par l&#224; en contradiction avec l'avenir du prol&#233;tariat international, et la bureaucratie se trouvait pourvue d'une justification th&#233;orique de ses privil&#232;ges et pouvoirs sp&#233;ciaux sur la masse des travailleurs &#224; l'int&#233;rieur de l'Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses se passaient donc comme si la R&#233;volution avait &#233;t&#233; faite et gagn&#233;e express&#233;ment pour la bureaucratie, laquelle mena une lutte furieuse et enrag&#233;e contre le &#171; nivellement &#187;, qui mena&#231;ait ses privil&#232;ges, et contre la r&#233;volution permanente qui mena&#231;ait son existence m&#234;me. Il ne faut donc pas s'&#233;tonner si dans cette lutte Staline trouva de nombreux appuis. Parmi ses plus chauds partisans, on voyait des anciens lib&#233;raux, des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks. Ils se rassembl&#232;rent dans l'Etat et m&#234;me dans l'appareil du Parti, c&#233;l&#233;brant le bon sens pratique de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre la super-industrialisation fut men&#233;e tr&#232;s prudemment en 1922, ouvertement et avec violence en 1923. La lutte contre la r&#233;volution permanente commen&#231;a publiquement en 1924 et se poursuivit sous des formes diff&#233;rentes et avec des interpr&#233;tations vari&#233;es durant toutes les ann&#233;es suivantes. La lutte pour la d&#233;fense de l'&#171; in&#233;galit&#233; &#187; commen&#231;a vers la fin de 1925 et devint essentiellement la base du programme social de la bureaucratie. La lutte contre la super-&#173;industrialisation &#233;tait men&#233;e directement et ouvertement dans l'int&#233;r&#234;t des koulaks ; le d&#233;veloppement de l'industrie &#224; &#171; allure de tortue &#187; &#233;tait n&#233;cessaire pour donner aux koulaks un antidote indolore contre le socialisme. Cette philosophie &#233;tait celle de la droite aussi bien que celle du centre stalinien. La th&#233;orie du socialisme dans un seul pays &#233;tait pr&#244;n&#233;e dans cette p&#233;riode par un bloc de la bureaucratie et de la petite bourgeoisie des campagnes et des villes. La lutte contre l'&#233;galit&#233; souda la bureaucratie plus solidement que jamais, non seulement &#224; cette petite bourgeoisie, mais &#233;galement &#224; l'aristocratie ouvri&#232;re. L'in&#233;galit&#233; devint la base sociale commune, la raison d'&#234;tre de ces alli&#233;s. Ainsi, des liens &#233;conomiques et politiques unirent la bureaucratie et la petite bourgeoisie de 1923 &#224; 1928.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que le Thermidor russe manifeste sa similitude la plus &#233;vidente avec son prototype fran&#231;ais. Durant cette p&#233;riode, le koulak fut autoris&#233; &#224; louer les terres du paysan pauvre et &#224; engager celui-ci comme son ouvrier. Staline &#233;tait pr&#234;t &#224; permettre la location de terres pour une p&#233;riode de quarante ans. Peu apr&#232;s la mort de L&#233;nine, il avait essay&#233; clandestinement de transf&#233;rer les terres nationalis&#233;es comme propri&#233;t&#233; priv&#233;e aux paysans de sa G&#233;orgie natale sous le couvert de &#171; possession &#187; de &#171; parcelles personnelles &#187; pour &#171; beaucoup d'ann&#233;es &#187;. Ici encore, il montrait combien solides &#233;taient ses vieilles racines agrariennes et son nationalisme g&#233;orgien., Sur des instructions secr&#232;tes de Staline, le commissaire du peuple de l'agriculture de G&#233;orgie avait pr&#233;par&#233; un projet pour cette transmission des terres. C'est seulement la protestation de Zinoviev qui avait eu vent de la conspiration, et l'inqui&#233;tude soulev&#233;e par le projet dans les cercles du Parti qui oblig&#232;rent Staline &#224; r&#233;pudier son propre projet, parce qu'il ne se sentait pas encore assez s&#251;r de lui-m&#234;me. Naturellement, le bouc &#233;missaire fut l'infortun&#233; commissaire du peuple g&#233;orgien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Staline et son appareil devinrent plus impudents avec le temps, particuli&#232;rement apr&#232;s qu'ils se furent d&#233;barrass&#233;s de l'influence freinante de Zinoviev et de Kam&#233;nev. En fait, la bureaucratie alla si loin dans son d&#233;sir de satisfaire les int&#233;r&#234;ts et les revendications de ses alli&#233;s qu'en 1927 il devint &#233;vident pour tous - comme il avait &#233;t&#233; trop facile de le pr&#233;voir - que les revendications des alli&#233;s bourgeois &#233;taient, par leur nature m&#234;me, illimit&#233;es. Le koulak voulait la terre, sa possession sans r&#233;serve, le koulak voulait avoir le droit de disposer librement de toute sa r&#233;colte ; le koulak faisait tous ses efforts pour cr&#233;er dans les villes sa contre-partie sous la forme du commerce et de l'industrie libres ; le koulak voulait en finir avec les livraisons forc&#233;es &#224; prix fix&#233;s ; le koulak, conjointement avec le petit industriel, travaillait &#224; la restauration compl&#232;te du capitalisme. Ainsi s'ouvrit la lutte irr&#233;conciliable pour le surplus de la production du travail national. Qui en disposerait dans le plus proche avenir - la nouvelle bourgeoisie ou la bureaucratie sovi&#233;tique ? - cela devint la question dominante, car qui en disposera aura le pouvoir de l'Etat &#224; sa disposition. C'est cela qui provoqua le conflit entre, d'une part, la petite bourgeoisie, qui avait aid&#233; la bureaucratie &#224; briser la r&#233;sistance des masses travailleuses et de leur porte-parole, l'opposition de gauche, et, de l'autre, la bureaucratie thermidorienne elle-m&#234;me qui avait aid&#233; la petite bourgeoisie &#224; dominer les masses paysannes. C'&#233;tait une lutte directe pour le pouvoir et pour le revenu. Evidemment, la bureaucratie n'avait pas &#233;cras&#233; l'avant-garde prol&#233;tarienne, elle ne s'&#233;tait pas d&#233;gag&#233;e des exigences de la r&#233;volution internationale, et n'avait pas l&#233;gitim&#233; la philosophie de l'in&#233;galit&#233; pour capituler devant la bourgeoisie, devenir son serviteur et, &#233;ventuellement, &#234;tre &#233;cart&#233;e du r&#226;telier de l'Etat. Elle devint mortellement effray&#233;e en voyant les cons&#233;quences de sa politique de six ann&#233;es. Elle se retourna donc brutalement contre le koulak et le nepman. Parall&#232;lement, elle s'engagea dans la politique dite de la troisi&#232;me p&#233;riode de l'Internationale communiste et d&#233;clencha la lutte contre les droitiers. Aux yeux des na&#239;fs, la th&#233;orie et la pratique de cette troisi&#232;me p&#233;riode apparaissaient comme un retour aux principes fondamentaux du bolch&#233;visme. Mais ce n'&#233;tait rien de tel. C'&#233;tait simplement un moyen vers une fin, le but &#233;tant maintenant la liquidation de l'opposition de droite et de ses satellites. La bouffonnerie stupide de cette fameuse troisi&#232;me p&#233;riode, en Russie et &#224; l'&#233;tranger, est trop r&#233;cente pour qu'il soit n&#233;cessaire de la d&#233;crire ici. On pourrait en rire si ses cons&#233;quences pour les masses n'avaient pas &#233;t&#233; aussi tragiques. Ce n'est un secret pour personne que dans sa lutte contre les droitiers Staline accepta l'aum&#244;ne de l'Opposition de gauche. Il n'apporta aucune id&#233;e nouvelle. Son travail intellectuel ne consista en rien d'autre que menaces et r&#233;p&#233;tition de slogans et arguments de l'Opposition de gauche, naturellement avec une d&#233;formation d&#233;magogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, les &#233;crits de l'Opposition de gauche de 1926-1927 se distinguent par leur exceptionnelle richesse. L'opposition r&#233;agit &#224; chaque &#233;v&#233;nement, int&#233;rieur et ext&#233;rieur, &#224; chaque acte du gouvernement, &#224; chaque d&#233;cision du bureau politique, par des documents, individuels ou collectifs, adress&#233;s aux diverses institutions du parti, le plus souvent au Bureau politique. Ces ann&#233;es &#233;taient celles de la R&#233;volution chinoise, du Comit&#233; anglo-russe, et de l'extr&#234;me confusion dans les probl&#232;mes int&#233;rieurs. La bureaucratie cherchait toujours son chemin &#224; t&#226;tons, se jetant de droite &#224; gauche et ensuite de gauche &#224; droite. Une grande partie de ce qu'&#233;crivit l'opposition n'&#233;tait pas destin&#233;e aux journaux, mais seulement &#224; l'information des instances dirigeantes du Parti. Mais m&#234;me ce qui &#233;tait &#233;crit sp&#233;cialement pour la Pravda, ou pour la revue th&#233;orique mensuelle, le Bolch&#233;vik, ne paraissait jamais dans la presse sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; du Bureau politique &#233;tait fermement d&#233;cid&#233;e &#224; &#233;trangler l'opposition - au moins, &#224; l'&#233;touffer, &#224; la pousser hors du Parti, &#224; l'expulser, &#224; l'emprisonner. C'&#233;tait la mani&#232;re de Staline de r&#233;pondre aux arguments, mais non celle de tous les membres du Bureau politique. Mais peu &#224; peu Staline entra&#238;nait les h&#233;sitants ; il r&#233;duisait progressivement leurs r&#233;serves, leurs &#171; pr&#233;jug&#233;s &#187;, faisait de chaque mesure la cons&#233;quence in&#233;vitable de la mesure pr&#233;c&#233;dente. L&#224;, il &#233;tait dans son &#233;l&#233;ment ; sa ma&#238;trise &#233;tait indiscutable. Le temps vint o&#249; les dissidents du Bureau politique renonc&#232;rent &#224; protester, m&#234;me mollement, contre les outrages des grossiers &#171; activistes &#187; de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie des &#233;crits de l'Opposition que j'ai r&#233;ussi &#224; emporter lorsque je fus d&#233;port&#233; en Turquie se trouve maintenant &#224; la Harvard Library, o&#249; elle est &#224; la disposition de tous ceux qui s'int&#233;ressent &#224; l'&#233;tude de cette remarquable bataille et veulent se reporter aux sources m&#234;mes. Relisant ces documents au moment o&#249; j'&#233;tais engag&#233; dans la r&#233;daction de ce livre, c'est-&#224; dire pr&#232;s de quinze ans apr&#232;s, j'ai &#233;t&#233; contraint, de reconna&#238;tre que l'Opposition avait eu raison sur deux points : elle avait &#224; la fois vu juste et parl&#233; hardiment, elle manifesta un courage et une persistance exceptionnels dans l'affirmation de sa ligne politique. Ses arguments n'&#233;taient jamais r&#233;fut&#233;s. Il n'est pas difficile d'imaginer la fureur qu'ils provoqu&#232;rent chez Staline et ses proches collaborateurs. La sup&#233;riorit&#233; politique et intellectuelle des repr&#233;sentants de l'Opposition sur la majorit&#233; du Bureau politique appara&#238;t clairement, &#224; chaque ligne des documents. Staline n'avait rien &#224; dire en r&#233;ponse, et il n'essayait m&#234;me pas de le faire. Il avait recours &#224; la m&#234;me m&#233;thode qui avait &#233;t&#233; une part de lui-m&#234;me depuis sa premi&#232;re jeunesse : ne pas discuter avec un adversaire en lui opposant ses propres vues devant des camarades, mais l'attaquer personnellement et, si possible, l'exterminer physiquement. Son impuissance intellectuelle devant des arguments, devant des critiques, engendrait la col&#232;re, et la col&#232;re &#224; son tour le poussait aux mesures pr&#233;cipit&#233;es pour la liquidation de l'Opposition. Ainsi se passa la p&#233;riode 1926-1927. L'avenir devait montrer qu'elle n'&#233;tait qu'une r&#233;p&#233;tition de l'exhibition de perfidie et de d&#233;g&#233;n&#233;rescence qui fit fr&#233;mir le monde douze ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; de cette grande pol&#233;mique, il y avait l'opposition de gauche, intellectuellement ardente, infatigable dans ses recherches et explorations, s'effor&#231;ant passionn&#233;ment de trouver la juste solution des probl&#232;mes que posaient des situations changeantes &#224; l'int&#233;rieur et dans l'Internationale, se maintenant strictement dans les traditions du Parti. De l'autre, la clique bureaucratique poursuivant froidement ses machinations pour se d&#233;barrasser de ses critiques, de tous les adversaires, des trouble-f&#234;te qui ne voulaient pas lui laisser de repos, qui ne voulaient pas lui donner la possibilit&#233; de jouir de la victoire qu'ils avaient remport&#233;e. Tandis que les membres de l'opposition &#233;taient occup&#233;s &#224; analyser les erreurs fondamentales de la politique officielle en Chine, ou soumettaient &#224; la critique le bloc avec le Conseil g&#233;n&#233;ral des trade-unions britanniques, Staline mettait en circulation la rumeur que l'Opposition travaillait pour Austen Chamberlain contre l'Union sovi&#233;tique, qu'elle ne voulait pas d&#233;fendre l'Union sovi&#233;tique, que tel ou tel oppositionnel se servait abusivement des automobiles de l'Etat, que Kam&#233;nev signa jadis un t&#233;l&#233;gramme &#224; Michel Romanov, que Trotsky &#233;crivit une lettre furieuse contre L&#233;nine. Et toujours les dates, les circonstances, indispensables pour interpr&#233;ter exactement les faits, restaient dans le vague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'&#233;taient pas l&#224; les seules m&#233;thodes de riposte stalinienne. Staline et ses valets s'avilirent jusqu'&#224; p&#234;cher dans les eaux boueuses de l'antis&#233;mitisme. Je me souviens particuli&#232;rement d'un dessin paru dans la Rabotcha&#239;a Gazeta (Gazette ouvri&#232;re) intitul&#233; &#171; Les camarades Trotsky et Zinoviev &#187;. Il y avait beaucoup de caricatures semblables et de mauvais vers, pr&#233;tendus burlesques, de caract&#232;re antis&#233;mite dans la presse du Parti, elles provoquaient des ricanements sournois. L'attitude de Staline &#224; l'&#233;gard de cet antis&#233;mitisme croissant &#233;tait une neutralit&#233; amicale. Mais les choses all&#232;rent si loin qu'il fut forc&#233; d'intervenir par une d&#233;claration disant : &#171; Nous combattons Trotsky, Zinoviev et Kam&#233;nev non parce qu'ils sont Juifs, mais parce qu'ils sont oppositionnels &#187;, etc. Il &#233;tait parfaitement clair pour tous ceux capables de penser politiquement que cette d&#233;claration, d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#233;quivoque, ne visait que les &#171; exc&#232;s &#187; de l'antis&#233;mitisme, tandis que la presse sovi&#233;tique tout enti&#232;re laissait clairement entendre : &#171; N'oubliez pas que les dirigeants de l'opposition sont des Juifs. &#187; Ainsi les antis&#233;mites avaient carte blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des membres du Parti aid&#232;rent &#224; la d&#233;faite de l'Opposition contre leur volont&#233;, contre leurs sympathies, contre leurs propres souvenirs. Ils avaient &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; voter comme ils le faisaient progressivement, sous la pression de l'appareil, de m&#234;me que la machine elle-m&#234;me &#233;tait entra&#238;n&#233;e dans la lutte contre l'Opposition du sommet &#224; la base. Staline laissait les r&#244;les de premier plan &#224; Zinoviev, Kam&#233;nev, Boukharine, Rykov, parce qu'ils &#233;taient infiniment mieux &#233;quip&#233;s que lui pour mener une pol&#233;mique publique contre l'Opposition, mais aussi parce qu'il ne voulait pas br&#251;ler tous les ponts derri&#232;re lui. Les rudes coups port&#233;s &#224; l'Opposition, qui semblaient alors d&#233;cisifs, suscitaient une sympathie secr&#232;te, pourtant profonde, pour les vaincus et une hostilit&#233; ind&#233;niable envers les vainqueurs, particuli&#232;rement envers les deux personnages dirigeants, Zinoviev et Kam&#233;nev. Staline en tirait avantage. Il se dissociait publiquement de Kam&#233;nev et de Zinoviev, consid&#233;r&#233;s comme les principaux responsables de la campagne impopulaire contre Trotsky. Il s'attribuait le r&#244;le de conciliateur, d'arbitre impartial et mod&#233;r&#233; dans la lutte fractionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1925, Zinoviev, essayant d'impressionner Rakovsky avec les victoires de sa fraction, parlait de moi en ces termes : &#171; Pauvre politicien ! Il est incapable de trouver la tactique juste. C'est pourquoi, il a &#233;t&#233; battu. &#187; Une ann&#233;e plus tard, ce critique malheureux de ma tactique cognait &#224; la porte de l'Opposition de gauche. Ni lui ni Kam&#233;nev n'avaient compris, aussi tard qu'en 1925, qu'ils &#233;taient devenus les instruments de la r&#233;action bureaucratique - de m&#234;me qu'ils s'&#233;taient tromp&#233;s en 1917. En 1926, ils se rendaient compte qu'il n'y avait pas d'autre &#171; tactique &#187; possible pour un r&#233;volutionnaire, car, apr&#232;s tout, ils &#233;taient de la vieille garde qui ne pouvait honn&#234;tement concevoir le bolch&#233;visme sans perspective internationaliste et son dynamisme r&#233;volutionnaire, c'&#233;tait la tradition dont les vieux bolch&#233;viks &#233;taient les mainteneurs. C'est pourquoi le Parti tout entier, du temps de L&#233;nine, les consid&#233;rait comme un capital irrempla&#231;able. L'int&#233;r&#234;t particulier et exceptionnel que L&#233;nine portait &#224; la vieille g&#233;n&#233;ration des r&#233;volutionnaires &#233;tait dict&#233; par cette consid&#233;ration politique autant que par une solidarit&#233; de camarade. Quand Zinoviev se vantait devant Rakovsky de sa &#171; tactique &#187; heureuse contre moi, il se vantait simplement d'avoir mal employ&#233; et gaspill&#233; ce capital. De 1923 &#224; 1926, sur l'initiative et, au d&#233;but, sous la direction de Zinoviev, la lutte contre l'internationalisme marxiste, sous le nom de &#171; trotskisme &#187; fut men&#233;e d'apr&#232;s le mot d'ordre de d&#233;fense de la vieille garde ; l'Opposition &#233;tait accus&#233;e de s'attaquer &#224; son prestige. Une commission sp&#233;ciale, charg&#233;e de veiller sur la situation des vieux lutteurs bolch&#233;viks fut cr&#233;&#233;e. Le glissement dans la direction d'un Thermidor ne s'exprima nulle part d'une mani&#232;re plus flagrante que dans les compromis politiques de cette m&#234;me vieille garde. Ce qui suivit, ce fut son extermination physique ; la commission charg&#233;e de veiller sur la sant&#233; des vieux bolch&#233;viks se trouvait finalement remplac&#233;e par un petit d&#233;tachement de tueurs de la Gu&#233;p&#233;ou que Staline r&#233;compensait avec l'ordre du Drapeau rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/staline/lt_stal20.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/staline/lt_stal20.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat ouvrier, Thermidor et Bonapartisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/02/thermidor.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/02/thermidor.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301100h.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301100h.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301126a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301126a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thermidor au foyer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revtrahie/frodcp7.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revtrahie/frodcp7.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le danger de Thermidor&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1933/01/thermidor.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1933/01/thermidor.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bolchevisme contre stalinisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/bcs/bcs05.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/bcs/bcs05.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les fausses interpr&#233;tations du fascisme et la vraie</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed</dc:creator>



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&lt;p&gt;LES FAUSSES INTERPRETATIONS DU FASCISME ET LA VRAIE &lt;br class='autobr' /&gt;
0&#176;) Il y a une tendance erron&#233;e &#224; consid&#233;rer un ph&#233;nom&#232;ne social et politique comme le fascisme comme on consid&#232;re &#224; tort un ph&#233;nom&#232;ne physique, c'est-&#224;-dire comme un objet inerte, sans dynamique, sans dialectique des contraires, sans changement brutal, en somme comme une chose inerte qui peut seulement casser mais pas r&#233;ellement se transformer ou transformer le monde. Le fascisme n'est pas une chose mais un ph&#233;nom&#232;ne &#233;mergent et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES FAUSSES INTERPRETATIONS DU FASCISME ET LA VRAIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;0&#176;) Il y a une tendance erron&#233;e &#224; consid&#233;rer un ph&#233;nom&#232;ne social et politique comme le fascisme comme on consid&#232;re &#224; tort un ph&#233;nom&#232;ne physique, c'est-&#224;-dire comme un objet inerte, sans dynamique, sans dialectique des contraires, sans changement brutal, en somme comme une chose inerte qui peut seulement casser mais pas r&#233;ellement se transformer ou transformer le monde. Le fascisme n'est pas une chose mais un ph&#233;nom&#232;ne &#233;mergent et dynamique qui ne peut pas &#234;tre combattu simplement en disant qu'on est contre mais en d&#233;veloppant une autre dynamique r&#233;elle. Le fascisme ne peut pas exister (la formation d'une masse de gens r&#233;volt&#233;s, paup&#233;ris&#233;s et militaris&#233;s sous la domination des fascistes &#233;crasant le prol&#233;tariat) sans la dynamique capable d'&#234;tre extraordinairement agit&#233;e et porteuse de changements radicaux potentiels de la lutte des classes, tout comme le nuage ne peut pas exister (des tonnes d'eau ne tiendraient pas en l'air) sans la dynamique capable d'&#234;tre extraordinairement agit&#233;e et porteuse de changements radicaux potentiels de l'agitation mol&#233;culaire et que l'atome (et m&#234;me la particule mat&#233;rielle) ne peut pas exister (une somme de particules positives qui se repoussent restant coll&#233;es) ne peut pas exister sans la dynamique capable d'&#234;tre extraordinairement agit&#233;e et porteuse de changements radicaux potentiels du vide quantique. La vision fig&#233;e sans dynamique et sans dialectique ne permet pas de combattre le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) Et ce n'est pas non plus un simple discours. Le fascisme n'est pas un courant d'opinion (la mise en place d'un pouvoir fasciste n'est pas une d&#233;cision de l'opinion publique et on ne combat pas le fascisme simplement en combattant des id&#233;es, des pr&#233;jug&#233;s, des mensonges) : c'est un type de pouvoir d'Etat qui est le produit d'une situation extr&#234;me, compl&#232;tement d&#233;stabilis&#233;e pour la classe exploiteuse. Il ne doit surtout pas &#234;tre s&#233;par&#233; de la lutte des classes. Le fascisme est le produit d'un combat entre les classes arriv&#233; &#224; un stade ultime o&#249; la seule alternative est r&#233;volution sociale ou contre-r&#233;volution fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) Ce type particulier d'Etat (qui n'est pas une simple dictature) provient du fait qu'en plus des forces de r&#233;pression classiques (notamment arm&#233;e et police ou m&#234;me milices d'Etat), il associe provisoirement un mouvement organis&#233; de masses appel&#233;es les &#171; troupes fascistes &#187; et prises dans les classes moyennes et les milieux populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) Cette situation particuli&#232;re concerne les trois classes sociales essentielles de toute soci&#233;t&#233; : classe exploiteuse, classe moyenne et classe exploit&#233;e. Ce qui caract&#233;rise cet &#233;tat critique de l'ordre social et politique est le fait qu'il y a un risque que la classe exploit&#233;e s'unisse &#224; la classe moyenne (ou &#224; une fraction notable de celle-ci) pour mettre en place un pouvoir r&#233;volutionnaire. C'est ce risque social mena&#231;ant qui justifie aux yeux de la classe exploiteuse de mettre en avant (de fa&#231;on momentan&#233;e) une fraction violente de la classe moyenne et aussi des milieux populaires ou paup&#233;ris&#233;s, ceux que l'on appellera &#171; les fascistes &#187;, de les organiser et de les jeter dans l'action violente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) L'un des risques d'erreur politique et sociale consiste &#224; prendre ces &#171; troupes fascistes &#187; pour une vraie force sociale, pour une v&#233;ritable arme de guerre alors que ce n'est qu'une bande sans foi ni loi mais aussi sans but r&#233;el ni perspective politique ou sociale propre. Ces troupes ne d&#233;fendent que les int&#233;r&#234;ts des gros exploiteurs mais n'en ont pas conscience. La classe dominante ne fait que les utiliser mais elle s'en m&#233;fie et les dissoudra d&#232;s que le v&#233;ritable danger r&#233;volutionnaire, celui des exploit&#233;s et de leur capacit&#233; en prenant la t&#234;te de tous les opprim&#233;s de renverser le pouvoir d'Etat des exploiteurs, sera &#233;radiqu&#233;. La vraie r&#233;ponse au fascisme consiste &#224; unir de mani&#232;re r&#233;volutionnaire les exploit&#233;s aux opprim&#233;s de la classe moyenne et d'autres couches populaires, afin de constituer une force capable de renverser la classe dominante. Cela n'est possible que si la classe exploit&#233;e s'auto-organise et d&#233;veloppe ses propres perspectives en d&#233;montrant qu'elle veut renverser la classe exploiteuse et s'adresse aux autres opprim&#233;s, notamment ceux des classes moyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176;) Si on veut comprendre le fascisme, le premier point est de ne pas se fixer sur le seul exemple du nazisme en Allemagne ou du fascisme en Italie. Non seulement il y a bien d'autres exemples mais on risque de croire que les caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques de ces fascismes particuliers seraient g&#233;n&#233;rales. Par exemple, nulle n&#233;cessit&#233; pour un pouvoir fasciste d'&#234;tre antis&#233;mite. Ni de pratiquer un g&#233;nocide des Juifs. M&#234;me le racisme n'est pas une caract&#233;ristique indispensable. Le fascisme n'est pas un mouvement europ&#233;en, ni sp&#233;cifiquement li&#233; &#224; la phase imp&#233;rialiste du grand capital (Karl Marx l'a reconnu en France avec le mouvement bonapartiste de Louis Bonaparte qui allait devenir Napol&#233;on III), ni m&#234;me &#224; l'&#233;poque du capitalisme (on l'a vu dans des soci&#233;t&#233;s bourgeoises pr&#233;-capitalistes et dans des soci&#233;t&#233;s esclavagistes comme l'empire romain).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176;) Il y a une autre erreur classique d'interpr&#233;tation du fascisme que les &#171; d&#233;mocrates anti-fascistes &#187;, ou pr&#233;tendus tels, aiment particuli&#232;rement d&#233;velopper comme tromperie et qui consiste &#224; attribuer le caract&#232;re fasciste aux seuls mouvements politiques et sociaux d'extr&#234;me droite, ce qui blanchirait le centre et la gauche de tout risque d'&#234;tre des &#233;l&#233;ments favorables, &#224; un moment donn&#233;, &#224; la mont&#233;e fasciste. En fait, quand il y a une mont&#233;e fasciste, cela se produit avec la complicit&#233; &#224; de multiples niveaux de tous les partis, syndicats et associations li&#233;s &#224; l'Etat des exploiteurs et &#224; leur ordre social et politique, notamment toute la gauche et tous les r&#233;formistes et opportunistes (jusqu'&#224; la fausse extr&#234;me gauche). Les dirigeants fascistes peuvent parfaitement provenir de la gauche (comme Mussolini ou Laval), ou &#234;tre soutenus par elle (comme celle de P&#233;tain soutenu de la plupart des dirigeants politiques et syndicaux du front populaire en France). Ceux qui lient pieds et poings de la classe exploit&#233;e sont surtout des &#233;l&#233;ments de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176;) Il ne faut pas attribuer la d&#233;cision du fascisme &#224; tel ou tel dirigeant populiste, d&#233;magogue, soi-disant g&#233;nial ou fou. Il ne faut pas attribuer le choix du fascisme &#224; la seule d&#233;cision d'un appareil politique (de l'Etat ou d'un parti). C'est le choix d'une classe sociale exploiteuse (&#224; notre &#233;poque, du capitalisme et de la fraction du grand capital). C'est dans une situation d'un pays que le fascisme se d&#233;veloppe mais il le fait sur une d&#233;cision qui n'est pas propre au pays mais &#224; la classe capitaliste dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&#176;) Quelles que soient les circonstances diverses de son av&#232;nement, le fascisme est toujours une attaque brutale, violente, sanglante, terroriste et totalement destructrice contre tout ce qui repr&#233;sente une fraction organis&#233;e, consciente (m&#234;me tr&#232;s partiellement, m&#234;me de mani&#232;re r&#233;formiste et d&#233;mocrate) des exploit&#233;s. La classe capitaliste doit absolument anihiler tout sentiment de classe et transformer les exploit&#233;s capables de faire la r&#233;volution en esclaves ob&#233;issants, apeur&#233;s et rampants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&#176;) Sur le plan id&#233;ologique, le fascisme n'a pas n&#233;cessairement de rapport avec l'antis&#233;mitisme ou m&#234;me le racisme mais il en a toujours avec le nationalisme excerb&#233; et violent, la haine des autres peuples, l'attirance pour la guerre contre les autres peuples, la haine contre l'internationalisme. Et, l&#224; non plus, il ne s'agit pas d'id&#233;ologie en dehors des classes : ce que le fascisme hait, c'est le caract&#232;re international du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et de la perspective de soci&#233;t&#233; qu'il porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&#176;) Le fascisme a un soutien populaire de masse mais ce mouvement populaire n'a pas le caract&#232;re d'une r&#233;volution, non seulement parce que dans ses buts il est contre-r&#233;volutionnaire, est charg&#233; de sauver de la r&#233;volution sociale la classe dirigeante et poss&#233;dante mais surtout parce que ce mouvement n'a pas de force autonome socialement et politiquement. Ces masses de gens fascis&#233;s ne sont pas une vraie force. Ils ne savent m&#234;me pas le r&#244;le qu'ils jouent et, d&#232;s qu'ils ont annihil&#233; le prol&#233;tariat, ils sont renvoy&#233;s au n&#233;ant de leur inexistence, d&#233;sarm&#233;s et d&#233;sorganis&#233;s, pour laisser place &#224; la dictature classique d'Etat. Ces masses fascis&#233;es n'ont aucune perspective sociale et politique propre. Tout ce qu'elles peuvent, c'est clamer leur amour du nationalisme &#224; une &#233;poque o&#249; le respect des nations n'a plus aucun sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11&#176;) Le moralisme n'a aucune force face au fascisme. Si on le consid&#232;re seulement comme un mal moral, on ne peut pas combattre le fascisme. Le moralisme antifasciste est une esp&#232;ce de pacifisme qui d&#233;sarme les prol&#233;taires et ne sert que les fascistes. Le moralisme d&#233;nonce mais il ne combat pas, il refuse le combat au nom de&#8230; la morale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12&#176;) Il n'y a pas un programme particulier pour combattre le fascisme, ni un pour combattre la guerre, ni un pour le combat &#233;conomique, il y a un seul programme qui vise &#224; la r&#233;volution socialiste prol&#233;tarienne internationale. Le pire est de croire que devant la menace fasciste, il faut abandonner la r&#233;volution sociale et se contenter de&#8230; lutter contre le fascisme, pour mieux s'unir, pour mieux l'entraver, pour mieux l'isoler, pour assurer l'avenir. C'est abandonner la barque parce qu'il y a une inondation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CELUI QUI RECULE DEVANT LA TACHE DE CONSTRUIRE DES CONSEILS DU PEUPLE TRAVAILLEUR ET DE LEUR DONNER LA TOTALITE DU POUVOIR EST INAPTE A COMBATTRE LE FASCISME ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?page=recherche&amp;recherche=fascisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La guerre, rien qu'un jeu de menteurs ?</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article9242</link>
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		<dc:date>2025-08-09T22:40:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La guerre, rien qu'un jeu de menteurs ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Les mensonges de guerre sont multiples : c'est la faute de l'autre, c'est pas une guerre de conqu&#234;te, c'est pas encore la guerre, c'est pas une guerre de pillage, les victimes sont collat&#233;rales, c'est une guerre contre la guerre, une guerre contre la dictature, une guerre contre le fascisme, une guerre pour la libert&#233;, une guerre contre le communisme, une guerre pour la paix, une guerre contre l'oppression d'un peuple, contre pour obtenir des droits (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre, rien qu'un jeu de menteurs ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les mensonges de guerre sont multiples : c'est la faute de l'autre, c'est pas une guerre de conqu&#234;te, c'est pas encore la guerre, c'est pas une guerre de pillage, les victimes sont collat&#233;rales, c'est une guerre contre la guerre, une guerre contre la dictature, une guerre contre le fascisme, une guerre pour la libert&#233;, une guerre contre le communisme, une guerre pour la paix, une guerre contre l'oppression d'un peuple, contre pour obtenir des droits nationaux, une guerre pour en finir d&#233;finitivement avec la guerre, une guerre pour d&#233;fendre nos foyers et nos enfants, une guerre sanitaire, une guerre humanittaire, une guerre libertaire, une guerre non violente, une guerre juste, une guerre n&#233;cessaire, une guerre populaire et autres balivernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Giraudoux : &#171; Aux approches de la guerre, tous les &#234;tres s&#233;cr&#232;tent une nouvelle sueur, tous les &#233;v&#233;nements rev&#234;tent un nouveau vernis, qui est le mensonge. Tous mentent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En temps de guerre, la v&#233;rit&#233; est si pr&#233;cieuse qu'il convient de la dissimuler derri&#232;re un rempart de mensonges &#187;, glissa Churchill &#224; Staline en 1943, lors de la conf&#233;rence de T&#233;h&#233;ran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint Exup&#233;ry : &#171; La guerre n'est pas une aventure. C'est une maladie comme le typhus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kipling : &#171; La premi&#232;re victime de la guerre, c'est la v&#233;rit&#233; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anatole France : &#171; On ne fait pas la guerre pour se d&#233;barrasser de la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Giono : &#171; Tant qu'on est tromp&#233; par le mensonge sur l'utilit&#233; de la guerre, il n'y a pas de paix. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hugo : &#171; Les guerres ont toutes sortes de pr&#233;textes, mais n'ont jamais qu'une cause : l'arm&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein : &#171; Je ne sais pas comment sera la troisi&#232;me guerre mondiale, mais ce dont je suis s&#251;r, c'est que la quatri&#232;me guerre mondiale se r&#233;soudra &#224; coups de b&#226;tons et de silex. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaur&#232;s : &#171; Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nu&#233;e porte l'orage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : &#171; Jamais on n'a autant menti qu'&#224; l'&#233;poque de la &#171; grande guerre &#233;mancipatrice &#187;. Si le mensonge &#233;tait un explosif, il ne serait rest&#233; de notre plan&#232;te que des poussi&#232;res bien longtemps avant le trait&#233; de Versailles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-monde-selon-edwy-plenel-14-15/la-premiere-victime-de-la-guerre-c-est-la-verite-hommage-a-ghislaine-dupont-et-claude-verlon-6133049&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-monde-selon-edwy-plenel-14-15/la-premiere-victime-de-la-guerre-c-est-la-verite-hommage-a-ghislaine-dupont-et-claude-verlon-6133049&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.linflux.com/monde-societe/casus-belli-faux-pretextes-mensonges-lart-de-commencer-la-guerre-2-2/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.linflux.com/monde-societe/casus-belli-faux-pretextes-mensonges-lart-de-commencer-la-guerre-2-2/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ledevoir.com/lire/793757/essai-de-la-responsabilite-des-intellectuels-la-premiere-victime-d-une-guerre-c-est-toujours-la-verite&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ledevoir.com/lire/793757/essai-de-la-responsabilite-des-intellectuels-la-premiere-victime-d-une-guerre-c-est-toujours-la-verite&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bbf.enssib.fr/tour-d-horizon/la-desinformation-une-arme-de-guerre-dans-le-monde-contemporain_71618&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bbf.enssib.fr/tour-d-horizon/la-desinformation-une-arme-de-guerre-dans-le-monde-contemporain_71618&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enl&#232;vement d'H&#233;l&#232;ne, pr&#233;texte &#224; la guerre de Troie et &#224; sa destruction totale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4146&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4146&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conqu&#234;te de la Gaule par Jules C&#233;sar, sous pr&#233;texte d'aider un peuple menac&#233; par la migration des Helv&#232;tes venus des Alpes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.vikidia.org/wiki/Guerre_des_Gaules&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.vikidia.org/wiki/Guerre_des_Gaules&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incident de la R&#233;becca en 1731, pr&#233;texte &#224; la &#171; guerre de l'oreille de Jenkins &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_l%27oreille_de_Jenkins&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_l%27oreille_de_Jenkins&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#233;ventail, pr&#233;texte ridicule &#224; la prise d'Alger en 1830 par l'arm&#233;e fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conqu%C3%AAte_de_l%27Alg%C3%A9rie_par_la_France&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conqu%C3%AAte_de_l%27Alg%C3%A9rie_par_la_France&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;p&#234;che d'Ems, imbroglio diplomatique qui a servi de pr&#233;texte pour engager la guerre franco-allemande de 1870&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9p%C3%AAche_d%27Ems&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9p%C3%AAche_d%27Ems&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 15 f&#233;vrier 1898, l'explosion en rade de La Havane d'un navire nord-am&#233;ricain, le Maine, avec &#224; son bord quelque 260 personnes, constitue le pr&#233;texte de l'intervention des &#201;tats-Unis dans la guerre d'&#233;mancipation coloniale qui oppose Cuba &#224; l'Espagne depuis 1895.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.herodote.net/25_avril_10_decembre_1898-evenement-18980425.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.herodote.net/25_avril_10_decembre_1898-evenement-18980425.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assassinat de l'archiduc d'Autriche en 1914, pr&#233;texte de la premi&#232;re guerre mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3109&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les mensonges de guerre de la premi&#232;re guerre mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.franceinfo.fr/societe/guerre-de-14-18/11-novembre/mensonges-bobards-ou-le-bourrage-de-crane_3017801.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.franceinfo.fr/societe/guerre-de-14-18/11-novembre/mensonges-bobards-ou-le-bourrage-de-crane_3017801.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3421&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3421&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incident de Mudken, un faux attentat &#224; l'origine de la guerre sino-japonaise de 1931&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Incident_de_Mukden&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Incident_de_Mukden&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incident de Gleiwitz du 31 aout 1939 servit de pr&#233;texte le 1er septembre 1939 pour que, sans d&#233;claration de guerre formelle, l'arm&#233;e allemande envahisse la Pologne sous le pr&#233;texte que les troupes polonaises se seraient &#171; rendues coupables de provocations &#187; le long de la fronti&#232;re germano-polonaise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_Pologne_pendant_la_Seconde_Guerre_mondiale&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_Pologne_pendant_la_Seconde_Guerre_mondiale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le fascisme, pr&#233;texte de l'intervention occidentale dans la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3480&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3480&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les incidents du golfe du Tonkin en 1964 qui servent de pr&#233;texte au pr&#233;sident am&#233;ricain Lyndon B. Johnson qui souhaite &#233;tendre la guerre au nord Vietnam&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Incidents_du_golfe_du_Tonkin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Incidents_du_golfe_du_Tonkin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mensonges de la guerre froide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7044&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7044&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Ceaucescu n'avaient pas massacr&#233; en masse &#224; Timisoara&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Faux_charnier_de_Timi%C8%99oara&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Faux_charnier_de_Timi%C8%99oara&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5133&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5133&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous pr&#233;texte du tremblement de terre, l'occupation militaire internationale d'Ha&#239;ti par les grandes puissances en&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1558&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1558&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fausses armes de destruction massive de Saddam Hussein en Irak, pr&#233;texte &#224; l'invasion de l'Irak en 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Armes_de_destruction_massive_en_Irak&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Armes_de_destruction_massive_en_Irak&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.bbc.com/afrique/monde-65017635&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.bbc.com/afrique/monde-65017635&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vraies raisons de l'intervention militaire occidentale en Libye en 2011 (et les fausses)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2031&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2031&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vraies raisons de l'&#233;limination de Khadafi en 2011 par la France et&#8230; les fausses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.lepoint.fr%2Fmonde%2Fkadhafi-execute-par-la-france-01-10-2012-1512271_24.php#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.lepoint.fr%2Fmonde%2Fkadhafi-execute-par-la-france-01-10-2012-1512271_24.php#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2031&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2031&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attentat du World Trade Center, pr&#233;texte &#224; la guerre d'Afghanistan en 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1780&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1780&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accusation du gouvernement syrien de Bachar El Assad d'avoir utilis&#233; des armes chimiques contre des civils n'&#233;tait qu'un pr&#233;texte pour justifier de transformer la r&#233;volte du peuple syrien en guerre des puissances occidentales en 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2393&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2393&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lepoint.fr/monde/syrie-la-menace-chimique-d-assad-pretexte-a-une-intervention-04-12-2012-1539188_24.php#11&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lepoint.fr/monde/syrie-la-menace-chimique-d-assad-pretexte-a-une-intervention-04-12-2012-1539188_24.php#11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque du Hamas (dont N&#233;tanyahou &#233;tait inform&#233; par avance), pr&#233;texte &#224; l'expulsion des Palestiniens et &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de la guerre &#224; tout le Moyen-Orient&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&lt;/a&gt; 8486&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mensonges de la guerre du Moyen-Orient sont mutiples : le Hamas pr&#233;tend d&#233;fendre les Palestiniens, l'Autorit&#233; palestinienne fait semblant de combattre Isra&#235;l, N&#233;tanyahou dit qu'il ne savait pas que le Hamas pr&#233;parait une attaque dont ses services secrets avaient d&#233;j&#224; les plans, il dit qu'il agit pour sauver le peuple isra&#233;lien, pour sauver le monde occidental, qu'il ne fait pas mourir de faim les Palestiniens, N&#233;tanyahou dit mener une guerre de d&#233;fense contre les centrales nucl&#233;aires iraniennes, Khamenei dit avoir gagn&#233; sa confrontation contre Isra&#235;l, Trump dit n'intervenir que pour arr&#234;ter les guerres, la France dit vouloir donner &#224; manger aux Palestiniens et dit ne pas envoyer d'armes &#224; N&#233;tanyahou, etc, mille et un mensonges meurtriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi les mensonges de la guerre d'Ukraine et notamment celui qui pr&#233;tend que seule la Russie a voulu la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article6692&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article6692&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article6724&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article6724&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA VERITE C'EST QUE LA GUERRE EST L'EXACERBATION DE LA CONTRE-REVOLUTION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7529&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7529&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4595&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4595&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mensonges de guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=x8sg0Dqc3_I&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=x8sg0Dqc3_I&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=geVEfFL-4pc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=geVEfFL-4pc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=VPlRnlt5aLg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=VPlRnlt5aLg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/shorts/JEHR7W7QVDc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/shorts/JEHR7W7QVDc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=d07iOQazHjE&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=d07iOQazHjE&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Daniel Gu&#233;rin : la contre-r&#233;volution qui s'est d&#233;velopp&#233;e au sein m&#234;me de la r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas attendu Thermidor 1794 et elle a pu &#234;tre offensive contre le petit peuple r&#233;volutionnaire d&#232;s 1793 !</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8702</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article8702</guid>
		<dc:date>2025-05-27T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin : la contre-r&#233;volution qui s'est d&#233;velopp&#233;e au sein m&#234;me de la r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas attendu Thermidor 1794 et elle a pu &#234;tre offensive contre le petit peuple r&#233;volutionnaire d&#232;s 1793 ! &lt;br class='autobr' /&gt;
La contre-r&#233;volution, c'est bien entendu la r&#233;volte de la noblesse et son arm&#233;e europ&#233;enne en guerre contre la France, c'est la r&#233;volte du clerg&#233;, c'est la Vend&#233;e, la chouannerie, la r&#233;volte des grandes villes contre la r&#233;volution parisienne, etc. Mais il y a aussi la contre-r&#233;volution (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Daniel Gu&#233;rin : la contre-r&#233;volution qui s'est d&#233;velopp&#233;e au sein m&#234;me de la r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas attendu Thermidor 1794 et elle a pu &#234;tre offensive contre le petit peuple r&#233;volutionnaire d&#232;s 1793 !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution, c'est bien entendu la r&#233;volte de la noblesse et son arm&#233;e europ&#233;enne en guerre contre la France, c'est la r&#233;volte du clerg&#233;, c'est la Vend&#233;e, la chouannerie, la r&#233;volte des grandes villes contre la r&#233;volution parisienne, etc. Mais il y a aussi la contre-r&#233;volution qui grandit au sein m&#234;me de la r&#233;volution&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fraction de la r&#233;volution fran&#231;aise qui se retourne contre elle, ce sont les La Fayette, les Siey&#232;s, les Mirabeau, les Barnave, les Lameth, les Duport et bien d'autres personnages de d&#233;buts de la r&#233;volution qui se sont affol&#233;s quand elle a commenc&#233; &#224; d&#233;truire la royaut&#233;, condamner &#224; mort le roi et construire la r&#233;publique et surtout quand les masses populaires ont montr&#233; qu'elles pouvaient jouer un r&#244;le dirigeant elles aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me fraction, c'est celle de la bourgeoisie girondine qui s'affole de l'alliance entre le peuple travailleur (sans culottes, bras nus, femmes r&#233;volutionnaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me fraction, ce sont les dirigeants de l'appareil d'Etat et les chefs robespierristes. Ils sont en butte &#224; la mont&#233;e de la col&#232;re populaire devant la mis&#232;re. Ils sont contraints d'abord de rester li&#233;s au peuple r&#233;volutionnaire, de prendre des mesures de contrainte &#233;conomique pour combattre la mis&#232;re. Ils continuent &#224; soutenir la r&#233;volution &#224; son sommet en 1793 lors de l'attaque des Tuileries, de la commune de Paris, du deuxi&#232;me soul&#232;vement populaire de la R&#233;volution, mais ils combattent ensuite le mouvement populaire contre la pauvret&#233;, tentent de le d&#233;tourner en lutte de d&#233;christianisation, ils cassent et discr&#233;ditent les enrag&#233;s, les r&#233;publicaines r&#233;volutionnaires, les sections populaires, les comit&#233;s de piques et leurs dirigeants, les arr&#234;tent et les condamnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aboutissement de la contre-r&#233;volution, c'est Thermidor (27 juillet 1794). Mais ce n'est que son ach&#232;vement, pas son d&#233;but. Daniel Gu&#233;rin &#233;crit, dans &#171; La lutte de classes sous la Premi&#232;re R&#233;publique &#187; que nous citons largement dans la suite, &#171; La volte-face gouvernementale ne fut pas limit&#233;e &#224; la question religieuse (contre les d&#233;christianisateurs)&#8230; mais ce fut la R&#233;volution dans son ensemble qui commen&#231;a son mouvement de recul. Tridon l'a fort bien compris. Il a m&#234;me rep&#233;r&#233; tr&#232;s exactement les dates fatidiques de l'&#233;v&#232;nement : du 28 novembre au 12 d&#233;cembre 1793. &#171; Entre ces dates, &#233;crit-il, se d&#233;bat la crise supr&#234;me de la R&#233;volution. &#187; La R&#233;volution interrompit sa marche en avant, la r&#233;action commen&#231;a, non pas en germinal, &#224; la fin de mars 1794, comme le pensent Michelet et Becker, mais d&#232;s le soir du 1er frimaire, du 21 novembre 1793, quand Robespierre, du haut de la tribune des Jacobins, d&#233;clara la guerre aux d&#233;christianisateurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire iici quelques extraits :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16464 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://matierevolution.org/IMG/pdf/daniel_guerin.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 16.8 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1781492716' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Robespierre passait ainsi de principal dirigeant de la r&#233;volution &#224; principal organisateur de la contre-r&#233;volution au sein de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thermidor 1794 de la R&#233;volution fran&#231;aise ! Pourquoi la direction bourgeoise de la r&#233;volution s'est charg&#233;e de lancer la contre-r&#233;volution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre que la R&#233;volution fran&#231;aise, amoureuse de la libert&#233;, bascule dans &#171; la Terreur &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5543&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5543&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Montagnards, Robespierre et les Jacobins &#233;taient-ils l'aile marchante de la r&#233;volution fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3001&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3001&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratie directe de 1793 et Etat bourgeois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1500&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1500&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maximilien Robespierre, dirigeant de la r&#233;volution bourgeoise fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2628&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2628&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre, d&#233;fenseur jusqu'au bout de la politique r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4127&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4127&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas &#233;t&#233; qu'une r&#233;volution bourgeoise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article232&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article232&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les guerres comprises comme des fuites en avant contre-r&#233;volutionnaires des classes dirigeantes</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8596</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article8596</guid>
		<dc:date>2025-05-03T22:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Manifestation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les guerres comprises comme des fuites en avant contre-r&#233;volutionnaires des classes dirigeantes &lt;br class='autobr' /&gt;
Les guerres de religion en France &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6178 &lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre des Girondins contre l'Europe, une guerre contre la poursuite de la r&#233;volution fran&#231;aise &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1082 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1398 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2023 &lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre entre la Prusse et le Danemark de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Manifestation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les guerres comprises comme des fuites en avant contre-r&#233;volutionnaires des classes dirigeantes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les guerres de religion en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6178&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6178&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre des Girondins contre l'Europe, une guerre contre la poursuite de la r&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1082&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1082&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1398&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1398&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2023&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2023&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre entre la Prusse et le Danemark de 1848-1849 contre la r&#233;volution en Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4564&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4564&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Napol&#233;on III en 1870 avec la guerre contre l'Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/ait/1870/07/km18700723.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/ait/1870/07/km18700723.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re guerre mondiale contre&#8230; la r&#233;volution mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3109&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3399&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3399&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article291&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article291&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7367&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7367&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6762&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6762&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre d'Espagne contre la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1640&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1640&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6302&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6302&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3704&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3704&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6252&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6252&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France 1936 : de la situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire &#224; la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article525&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article525&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me guerre mondiale, une guerre contre la r&#233;volution mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article59&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article59&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3480&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3480&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3773&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3773&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique42&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique42&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article62&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article62&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yougoslavie : la guerre contre la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6857&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6857&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alg&#233;rie : la pr&#233;tendue guerre contre les islamistes pour &#233;craser la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article101&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syrie : la guerre contre la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4768&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4768&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3890&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3890&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi en Ukraine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4289&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4289&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre en Palestine contre la r&#233;volution du Moyen-Orient&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article71&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article71&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me guerre mondiale contre la vague des r&#233;volutions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3401&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3401&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique154&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique154&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerre et r&#233;volution - D'o&#249; viennent les guerres, les guerres mondiales, les fascismes et les terrorismes ? De la lutte entre forces bourgeoises ou de la lutte des classes entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3638&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3638&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lire sur le fascisme pour s'armer dans le combat contre ce pi&#232;ge capitaliste sanglant</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8603</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article8603</guid>
		<dc:date>2025-04-06T22:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire sur le fascisme pour s'armer dans le combat contre ce pi&#232;ge capitaliste sanglant &lt;br class='autobr' /&gt; On ne peut pas le combattre sans lutter pour renverser le capitalisme &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3490 &lt;br class='autobr' /&gt;
La menace fasciste, ce n'est pas seulement en Allemagne et pas seulement l'extr&#234;me droite : c'est un virus capitaliste &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5792 &lt;br class='autobr' /&gt;
La classe ouvri&#232;re doit se rendre ind&#233;pendante des appareils staliniens et sociaux-d&#233;mocrates (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lire sur le fascisme pour s'armer dans le combat contre ce pi&#232;ge capitaliste sanglant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; On ne peut pas le combattre sans lutter pour renverser le capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3490&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3490&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La menace fasciste, ce n'est pas seulement en Allemagne et pas seulement l'extr&#234;me droite : c'est un virus capitaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5792&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5792&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re doit se rendre ind&#233;pendante des appareils staliniens et sociaux-d&#233;mocrates&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article635&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article635&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se m&#233;fier particuli&#232;rement des nations imp&#233;rialistes quand elles pr&#233;tendent faire la guerre au fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3480&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3480&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4327&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4327&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle lutte contre le fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2993&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2993&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2778&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2778&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient la mont&#233;e fasciste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4410&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4410&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est ni par les &#233;lections, ni par les institutions &#233;tatiques, ni par les strat&#233;gies des appareils syndicaux que nous barrerons la route au fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4443&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4443&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les classes poss&#233;dantes craignent la r&#233;volution sociale, elles poussent au fascisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5272&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5272&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de discontinuit&#233; de la gauche de la gauche &#224; l'extr&#234;me droite et au fascisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6254&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6254&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une bourgeoisie capitaliste de plus en plus fasciste accuse ses opposants de... fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6676&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6676&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Social-d&#233;mocratie et Extr&#234;me droite, main dans la main pour mener la classe ouvri&#232;re au fascisme et &#224; la guerre imp&#233;rialiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6743&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6743&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand est-ce que la &#171; d&#233;mocratie &#187;, Etats, institutions, partis, associations et syndicats, ont prot&#233;g&#233; la population contre la dictature, la guerre et le fascisme ? Jamais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7437&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7437&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie europ&#233;enne attir&#233;e par le fascisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2208&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2208&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2497&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2497&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie sur le fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1880&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1880&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la gauche a fourni les dirigeants fascistes ou ouvert la porte au fascisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8016&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8016&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'extr&#234;me gauche opportuniste a soutenu les ennemis du prol&#233;tariat sous pr&#233;texte de lutte contre le fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8106&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8106&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pen fasciste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1972&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1972&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle orientation face aux risques fascistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2785&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2785&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tueries, attentats, bandes arm&#233;es : l'extr&#234;me droite fasciste revient ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2406&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2406&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous islamistes ou islamophobes, c'est-&#224;-dire tous fascistes d'une mani&#232;re ou d'une autre, non merci !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6052&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6052&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui manipule l'extr&#234;me droite fasciste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2954&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2954&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Social-d&#233;mocratie et fascisme, la main dans la main&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3081&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3081&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la gauche a fourni les dirigeants fascistes ou ouvert la porte au fascisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6920&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6920&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;formisme et Fascisme contre la R&#233;volution prol&#233;tarienne en Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6398&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6398&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment le Front Populaire a ouvert les portes au fasciste Franco&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6302&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6302&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que pr&#233;conisait Trotsky en 1931 pour combattre le nazisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5808&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5808&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la social-d&#233;mocratie allemande a refus&#233; de combattre le fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5884&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5884&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment Hitler est arriv&#233; au pouvoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5194&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5194&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution sociale, seule voie pour battre le fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5125&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5125&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme italien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5019&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5019&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4765&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4765&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vienne 1934 : quand la social-d&#233;mocratie fait semblant de se battre contre le fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4809&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4809&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des t&#233;moignages pour ne pas oublier la le&#231;on du fascisme allemand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4383&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4383&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'&#233;tait le front populaire en Espagne et pourquoi il menait in&#233;luctablement &#224; la victoire du fascisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1836&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1836&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fausse r&#233;volution nationale-sociale des chemises brunes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3486&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3486&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article682&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article682&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ils font tous des pas en avant vers la fascisation de la soci&#233;t&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2224&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2224&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le nazisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1804&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1804&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascisme allemand et italien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1385&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1385&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le g&#233;nocide des juifs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article85&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article85&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascisme et grand capital&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article931&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article931&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mensonges des puissances alli&#233;es en guerre contre l'Allemagne mais pas contre le nazisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5322&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5322&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;USA : la classe dirigeante ne veut pas se d&#233;barrasser de l'extr&#234;me droite nazie car elle peut en voir besoin &#224; l'avenir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2715&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2715&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient et o&#249; m&#232;ne la nouvelle mont&#233;e de l'extr&#234;me droite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1720&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1720&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les classes poss&#233;dantes peuvent sciemment faire basculer tout un pays dans un bain de sang g&#233;n&#233;ralis&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8259&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8259&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonapartisme et fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/07/lt19340715.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/07/lt19340715.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La contre r&#233;volution du 2 d&#233;cembre 1851 en France racont&#233;e par Zola et Marx</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8592</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article8592</guid>
		<dc:date>2025-03-15T23:43:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La contre r&#233;volution du 2 d&#233;cembre 1851 en France racont&#233;e par Zola et Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
Zola dans La Fortune de Rougon : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Plassans, dans cette ville close o&#249; la division des classes se trouvait si nettement marqu&#233;e en 1848, le contre-coup des &#233;v&#233;nements politiques &#233;tait tr&#232;s-sourd. Aujourd'hui m&#234;me, la voix du peuple s'y &#233;touffe ; la bourgeoisie y met sa prudence, la noblesse son d&#233;sespoir muet, le clerg&#233; sa fine sournoiserie. Que des rois se volent un tr&#244;ne ou que des r&#233;publiques se fondent, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La contre r&#233;volution du 2 d&#233;cembre 1851 en France racont&#233;e par Zola et Marx&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Zola dans La Fortune de Rougon :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; Plassans, dans cette ville close o&#249; la division des classes se trouvait si nettement marqu&#233;e en 1848, le contre-coup des &#233;v&#233;nements politiques &#233;tait tr&#232;s-sourd. Aujourd'hui m&#234;me, la voix du peuple s'y &#233;touffe ; la bourgeoisie y met sa prudence, la noblesse son d&#233;sespoir muet, le clerg&#233; sa fine sournoiserie. Que des rois se volent un tr&#244;ne ou que des r&#233;publiques se fondent, la ville s'agite &#224; peine. On dort &#224; Plassans, quand on se bat &#224; Paris. Mais la surface a beau para&#238;tre calme et indiff&#233;rente, il y a, au fond, un travail cach&#233; tr&#232;s-curieux &#224; &#233;tudier. Si les coups de fusil sont rares dans les rues, les intrigues d&#233;vorent les salons de la ville neuve et du quartier Saint-Marc. Jusqu'en 1830, le peuple n'a pas compt&#233;. Encore aujourd'hui, on agit comme s'il n'&#233;tait pas. Tout se passe entre le clerg&#233;, la noblesse et la bourgeoisie. Les pr&#234;tres, tr&#232;s-nombreux, donnent le ton &#224; la politique de l'endroit ; ce sont des mines souterraines, des coups dans l'ombre, une tactique savante et peureuse qui permet &#224; peine de faire un pas en avant ou en arri&#232;re tous les dix ans. Ces luttes secr&#232;tes d'hommes qui veulent avant tout &#233;viter le bruit, demandent une finesse particuli&#232;re, une aptitude aux petites choses, une patience de gens priv&#233;s de passions. Et c'est ainsi que les lenteurs provinciales, dont on se moque volontiers &#224; Paris, sont pleines de tra&#238;trises, d'&#233;gorgillements sournois, de d&#233;faites et de victoires cach&#233;es. Ces bonshommes, surtout quand leurs int&#233;r&#234;ts sont en jeu, tuent &#224; domicile, &#224; coups de chiquenaudes, comme nous tuons &#224; coups de canon, en place publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire politique de Plassans, ainsi que celle de toutes les petites villes de la Provence, offre une curieuse particularit&#233;. Jusqu'en 1830, les habitants rest&#232;rent catholiques pratiquants et fervents royalistes ; le peuple lui-m&#234;me ne jurait que par Dieu et que par ses rois l&#233;gitimes. Puis un &#233;trange revirement eut lieu ; la foi s'en alla, la population ouvri&#232;re et bourgeoise, d&#233;sertant la cause de la l&#233;gitimit&#233;, se donna peu &#224; peu au grand mouvement d&#233;mocratique de notre &#233;poque. Lorsque la r&#233;volution de 1848 &#233;clata, la noblesse et le clerg&#233; se trouv&#232;rent seuls &#224; travailler au triomphe d'Henri V. Longtemps ils avaient regard&#233; l'av&#233;nement des Orl&#233;ans comme un essai ridicule qui ram&#232;nerait t&#244;t ou tard les Bourbons ; bien que leurs esp&#233;rances fussent singuli&#232;rement &#233;branl&#233;es, ils n'en engag&#232;rent pas moins la lutte, scandalis&#233;s par la d&#233;fection de leurs anciens fid&#232;les et s'effor&#231;ant de les ramener &#224; eux. Le quartier Saint-Marc, aid&#233; de toutes les paroisses, se mit &#224; l'&#339;uvre. Dans la bourgeoisie, dans le peuple surtout, l'enthousiasme fut grand au lendemain des journ&#233;es de f&#233;vrier ; ces apprentis r&#233;publicains avaient h&#226;te de d&#233;penser leur fi&#232;vre r&#233;volutionnaire. Mais pour les rentiers de la ville neuve, ce beau feu eut l'&#233;clat et la dur&#233;e d'un feu de paille. Les petits propri&#233;taires, les commer&#231;ants retir&#233;s, ceux qui avaient dormi leurs grasses matin&#233;es ou arrondi leur fortune sous la monarchie, furent bient&#244;t pris de panique ; la r&#233;publique, avec sa vie de secousses, les fit trembler pour leur caisse et pour leur ch&#232;re existence d'&#233;go&#239;stes. Aussi, lorsque la r&#233;action cl&#233;ricale de 1849 se d&#233;clara, presque toute la bourgeoisie de Plassans passa-t-elle au parti conservateur. Elle y fut re&#231;ue &#224; bras ouverts. Jamais la ville neuve n'avait eu des rapports si &#233;troits avec le quartier Saint-Marc ; certains nobles all&#232;rent jusqu'&#224; toucher la main &#224; des avou&#233;s et &#224; d'anciens marchands d'huile. Cette familiarit&#233; inesp&#233;r&#233;e enthousiasma le nouveau quartier, qui fit, d&#232;s lors, une guerre acharn&#233;e au gouvernement r&#233;publicain. Pour amener un pareil rapprochement, le clerg&#233; dut d&#233;penser des tr&#233;sors d'habilet&#233; et de patience. Au fond, la noblesse de Plassans se trouvait plong&#233;e, comme une moribonde, dans une prostration invincible ; elle gardait sa foi, mais elle &#233;tait prise du sommeil de la terre, elle pr&#233;f&#233;rait ne pas agir, laisser faire le ciel ; volontiers elle aurait protest&#233; par son silence seul, sentant vaguement peut-&#234;tre que ses dieux &#233;taient morts et qu'elle n'avait plus qu'&#224; aller les rejoindre. M&#234;me &#224; cette &#233;poque de bouleversement, lorsque la catastrophe de 1848 put lui faire esp&#233;rer un instant le retour des Bourbons, elle se montra engourdie, indiff&#233;rente, parlant de se jeter dans la m&#234;l&#233;e et ne quittant qu'&#224; regret le coin de son feu. Le clerg&#233; combattit sans rel&#226;che ce sentiment d'impuissance et de r&#233;signation. Il y mit une sorte de passion. Un pr&#234;tre, lorsqu'il d&#233;sesp&#232;re, n'en lutte que plus &#226;prement ; toute la politique de l'&#201;glise est d'aller droit devant elle, quand m&#234;me, remettant la r&#233;ussite de ses projets &#224; plusieurs si&#232;cles, s'il est n&#233;cessaire, mais ne perdant pas une heure, se poussant toujours en avant, d'un effort continu. Ce fut donc le clerg&#233; qui, &#224; Plassans, mena la r&#233;action. La noblesse devint son pr&#234;te-nom, rien de plus ; il se cacha derri&#232;re elle, il la gourmanda, la dirigea, parvint m&#234;me &#224; lui rendre une vie factice. Quand il l'eut amen&#233;e &#224; vaincre ses r&#233;pugnances au point de faire cause commune avec la bourgeoisie, il se crut certain de la victoire. Le terrain &#233;tait merveilleusement pr&#233;par&#233; ; cette ancienne ville royaliste, cette population de bourgeois paisibles et de commer&#231;ants poltrons devait fatalement se ranger t&#244;t ou tard dans le parti de l'ordre. Le clerg&#233;, avec sa tactique savante, h&#226;ta la conversion. Apr&#232;s avoir gagn&#233; les propri&#233;taires de la ville neuve, il sut m&#234;me convaincre les petits d&#233;taillants du vieux quartier. D&#232;s lors, la r&#233;action fut ma&#238;tresse de la ville. Toutes les opinions &#233;taient repr&#233;sent&#233;es dans cette r&#233;action ; jamais on ne vit un pareil m&#233;lange de lib&#233;raux tourn&#233;s &#224; l'aigre, de l&#233;gitimistes, d'orl&#233;anistes, de bonapartistes, de cl&#233;ricaux. Mais peu importait, &#224; cette heure. Il s'agissait uniquement de tuer la R&#233;publique. Et la R&#233;publique agonisait. Une fraction du peuple, un millier d'ouvriers au plus, sur les dix mille &#226;mes de la ville, saluaient encore l'arbre de la libert&#233;, plant&#233; au milieu de la place de la Sous-Pr&#233;fecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus fins politiques de Plassans, ceux qui dirigeaient le mouvement r&#233;actionnaire, ne flair&#232;rent l'empire que fort tard. La popularit&#233; du prince Louis-Napol&#233;on leur parut un engouement passager de la foule dont on aurait facilement raison. La personne m&#234;me du prince leur inspirait une admiration m&#233;diocre. Ils le jugeaient nul, songe creux, incapable de mettre la main sur la France et surtout de se maintenir au pouvoir. Pour eux, ce n'&#233;tait qu'un instrument dont ils comptaient se servir, qui ferait la place nette, et qu'ils mettraient &#224; la porte, lorsque l'heure serait venue o&#249; le vrai pr&#233;tendant devrait se montrer. Cependant, les mois s'&#233;coul&#232;rent, ils devinrent inquiets. Alors seulement ils eurent vaguement conscience qu'on les dupait. Mais on ne leur laissa pas le temps de prendre un parti ; le coup d'&#201;tat &#233;clata sur leur t&#234;te, et ils durent applaudir. La grande impure, la R&#233;publique, venait d'&#234;tre assassin&#233;e. C'&#233;tait un triomphe quand m&#234;me. Le clerg&#233; et la noblesse accept&#232;rent les faits avec r&#233;signation, remettant &#224; plus tard la r&#233;alisation de leurs esp&#233;rances, se vengeant de leur m&#233;compte en s'unissant aux bonapartistes pour &#233;craser les derniers r&#233;publicains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;v&#233;nements fond&#232;rent la fortune des Rougon. M&#234;l&#233;s aux diverses phases de cette crise, ils grandirent sur les ruines de la libert&#233;. Ce fut la R&#233;publique que vol&#232;rent ces bandits &#224; l'aff&#251;t ; apr&#232;s qu'on l'eut &#233;gorg&#233;e, ils aid&#232;rent &#224; la d&#233;trousser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain des journ&#233;es de f&#233;vrier, F&#233;licit&#233;, le nez le plus fin de la famille, comprit qu'ils &#233;taient enfin sur la bonne piste. Elle se mit &#224; tourner autour de son mari, &#224; l'aiguillonner, pour qu'il se remu&#226;t. Les premiers bruits de r&#233;volution avaient effray&#233; Pierre. Lorsque sa femme lui eut fait entendre qu'ils avaient peu &#224; perdre et beaucoup &#224; gagner dans un bouleversement, il se rangea vite &#224; son opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne sais ce que tu peux faire, r&#233;p&#233;tait F&#233;licit&#233;, mais il me semble qu'il y a quelque chose &#224; faire. M. de Carnavant ne nous disait-il pas, l'autre jour, qu'il serait riche si jamais Henri V revenait, et que ce roi r&#233;compenserait magnifiquement ceux qui auraient travaill&#233; &#224; son retour. Notre fortune est peut-&#234;tre l&#224;. Il serait temps d'avoir la main heureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marquis de Carnavant, ce noble qui, selon la chronique scandaleuse de la ville, avait connu intimement la m&#232;re de F&#233;licit&#233;, venait, en effet, de temps &#224; autre rendre visite aux &#233;poux. Les m&#233;chantes langues pr&#233;tendaient que madame Rougon lui ressemblait. C'&#233;tait un petit homme, maigre, actif, alors &#226;g&#233; de soixante-quinze ans, dont cette derni&#232;re semblait avoir pris, en vieillissant, les traits et les allures. On racontait que les femmes lui avaient d&#233;vor&#233; les d&#233;bris d'une fortune d&#233;j&#224; fort entam&#233;e par son p&#232;re au temps de l'&#233;migration. Il avouait, d'ailleurs, sa pauvret&#233; de fort bonne gr&#226;ce. Recueilli par un de ses parents, le comte de Valqueyras, il vivait en parasite, mangeant &#224; la table du comte, habitant un &#233;troit logement situ&#233; sous les combles de son h&#244;tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Petite, disait-il souvent en tapotant les joues de F&#233;licit&#233;, si jamais Henri V me rend une fortune, je te ferai mon h&#233;riti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; avait cinquante ans qu'il l'appelait encore &#171; petite &#187;. C'&#233;tait &#224; ces tapes famili&#232;res et &#224; ces continuelles promesses d'h&#233;ritage que madame Rougon pensait en poussant son mari dans la politique. Souvent M. de Carnavant s'&#233;tait plaint am&#232;rement de ne pouvoir lui venir en aide. Nul doute qu'il ne se conduis&#238;t en p&#232;re &#224; son &#233;gard, le jour o&#249; il serait puissant. Pierre, auquel sa femme expliqua la situation &#224; demi-mots, se d&#233;clara pr&#234;t &#224; marcher dans le sens qu'on lui indiquerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position particuli&#232;re du marquis fit de lui, &#224; Plassans, d&#232;s les premiers jours de la R&#233;publique, l'agent actif du mouvement r&#233;actionnaire. Ce petit homme remuant, qui avait tout &#224; gagner au retour de ses rois l&#233;gitimes, s'occupa avec fi&#232;vre du triomphe de leur cause. Tandis que la noblesse riche du quartier Saint-Marc s'endormait dans son d&#233;sespoir muet, craignant peut-&#234;tre de se compromettre et de se voir de nouveau condamn&#233;e &#224; l'exil, lui se multipliait, faisait de la propagande, racolait des fid&#232;les. Il fut une arme dont une main invisible tenait la poign&#233;e. D&#232;s lors, ses visites chez les Rougon devinrent quotidiennes. Il lui fallait un centre d'op&#233;rations. Son parent, M. de Valqueyras, lui ayant d&#233;fendu d'introduire des affili&#233;s dans son h&#244;tel, il avait choisi le salon jaune de F&#233;licit&#233;. D'ailleurs, il ne tarda pas &#224; trouver dans Pierre un aide pr&#233;cieux. Il ne pouvait aller pr&#234;cher lui-m&#234;me la cause de la l&#233;gitimit&#233; aux petits d&#233;taillants et aux ouvriers du vieux quartier ; on l'aurait hu&#233;. Pierre, au contraire, qui avait v&#233;cu au milieu de ces gens-l&#224;, parlait leur langue, connaissait leurs besoins, arrivait &#224; les cat&#233;chiser en douceur. Il devint ainsi l'homme indispensable. En moins de quinze jours, les Rougon furent plus royalistes que le roi. Le marquis, en voyant le z&#232;le de Pierre, s'&#233;tait finement abrit&#233; derri&#232;re lui. &#192; quoi bon se mettre en vue, quand un homme &#224; fortes &#233;paules veut bien endosser toutes les sottises d'un parti. Il laissa Pierre tr&#244;ner, se gonfler d'importance, parler en ma&#238;tre, se contentant de le retenir ou de le jeter en avant, selon les n&#233;cessit&#233;s de la cause. Aussi l'ancien marchand d'huile fut-il bient&#244;t un personnage. Le soir, quand ils se retrouvaient seuls, F&#233;licit&#233; lui disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Marche, ne crains rien. Nous sommes en bon chemin. Si cela continue, nous serons riches, nous aurons un salon pareil &#224; celui du receveur, et nous donnerons des soir&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'&#233;tait form&#233; chez les Rougon un noyau de conservateurs qui se r&#233;unissaient chaque soir dans le salon jaune pour d&#233;blat&#233;rer contre la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait l&#224; trois ou quatre n&#233;gociants retir&#233;s qui tremblaient pour leurs rentes, et qui appelaient de tous leurs v&#339;ux un gouvernement sage et fort. Un ancien marchand d'amandes, membre du conseil municipal, M. Isidore Granoux, &#233;tait comme le chef de ce groupe. Sa bouche en bec de li&#232;vre, fendue &#224; cinq ou six centim&#232;tres du nez, ses yeux ronds, son air &#224; la fois satisfait et ahuri, le faisaient ressembler &#224; une oie grasse qui dig&#232;re dans la salutaire crainte du cuisinier. Il parlait peu, ne pouvant trouver les mots ; il n'&#233;coutait que lorsqu'on accusait les r&#233;publicains de vouloir piller les maisons des riches, se contentant alors de devenir rouge &#224; faire craindre une apoplexie et de murmurer des invectives sourdes, au milieu desquelles revenaient les mots &#171; fain&#233;ants, sc&#233;l&#233;rats, voleurs, assassins &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les habitu&#233;s du salon jaune, &#224; la v&#233;rit&#233;, n'avaient pas l'&#233;paisseur de cette oie grasse. Un riche propri&#233;taire, M. Roudier, au visage grassouillet et insinuant, y discourait des heures enti&#232;res, avec la passion d'un orl&#233;aniste que la chute de Louis-Philippe avait d&#233;rang&#233; dans ses calculs. C'&#233;tait un bonnetier de Paris retir&#233; &#224; Plassans, ancien fournisseur de la cour, qui avait fait de son fils un magistrat, comptant sur les Orl&#233;ans pour pousser ce gar&#231;on aux plus hautes dignit&#233;s. La r&#233;volution ayant tu&#233; ses esp&#233;rances, il s'&#233;tait jet&#233; dans la r&#233;action &#224; corps perdu. Sa fortune, ses anciens rapports commerciaux avec les Tuileries, dont il semblait faire des rapports de bonne amiti&#233;, le prestige que prend en province tout homme qui a gagn&#233; de l'argent &#224; Paris et qui daigne venir le manger au fond d'un d&#233;partement, lui donnaient une tr&#232;s-grande influence dans le pays ; certaines gens l'&#233;coutaient parler comme un oracle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la plus forte t&#234;te du salon jaune &#233;tait &#224; coup s&#251;r le commandant Sicardot, le beau-p&#232;re d'Aristide. Taill&#233; en Hercule, le visage rouge brique, coutur&#233; et plant&#233; de bouquets de poil gris, il comptait parmi les plus glorieuses ganaches de la grande arm&#233;e. Dans les journ&#233;es de f&#233;vrier, la guerre des rues seule l'avait exasp&#233;r&#233; ; il ne tarissait pas sur ce sujet, disant avec col&#232;re qu'il &#233;tait honteux de se battre de la sorte ; et il rappelait avec orgueil le grand r&#232;gne de Napol&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voyait aussi, chez les Rougon, un personnage aux mains humides, aux regards louches, le sieur Vuillet, un libraire qui fournissait d'images saintes et de chapelets toutes les d&#233;votes de la ville. Vuillet tenait la librairie classique et la librairie religieuse ; il &#233;tait catholique pratiquant, ce qui lui assurait la client&#232;le des nombreux couvents et des paroisses. Par un coup de g&#233;nie, il avait joint &#224; son commerce la publication d'un petit journal bi-hebdomadaire, la Gazette de Plassans, dans lequel il s'occupait exclusivement des int&#233;r&#234;ts du clerg&#233;. Ce journal lui mangeait chaque ann&#233;e un millier de francs ; mais il faisait de lui le champion de l'&#201;glise, et l'aidait &#224; &#233;couler les rossignols sacr&#233;s de sa boutique. Cet homme illettr&#233;, dont l'orthographe &#233;tait douteuse, r&#233;digeait lui-m&#234;me les articles de la Gazette avec une humilit&#233; et un fiel qui lui tenaient lieu de talent. Aussi le marquis, en se mettant en campagne, avait-il &#233;t&#233; frapp&#233; du parti qu'il pourrait tirer de cette figure plate de sacristain, de cette plume grossi&#232;re et int&#233;ress&#233;e. Depuis f&#233;vrier, les articles de la Gazette contenaient moins de fautes ; le marquis les revoyait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut imaginer, maintenant, le singulier spectacle que le salon jaune des Rougon offrait chaque soir. Toutes les opinions se coudoyaient et aboyaient &#224; la fois contre la R&#233;publique. On s'entendait dans la haine. Le marquis, d'ailleurs, qui ne manquait pas une r&#233;union, apaisait par sa pr&#233;sence les petites querelles qui s'&#233;levaient entre le commandant et les autres adh&#233;rents. Ces roturiers &#233;taient secr&#232;tement flatt&#233;s des poign&#233;es de main qu'il voulait bien leur distribuer &#224; l'arriv&#233;e et au d&#233;part. Seul, Roudier, en libre penseur de la rue Saint-Honor&#233;, disait que le marquis n'avait pas un sou, et qu'il se moquait du marquis. Ce dernier gardait un aimable sourire de gentilhomme ; il s'encanaillait avec ces bourgeois, sans une seule des grimaces de m&#233;pris que tout autre habitant du quartier Saint-Marc aurait cru devoir faire. Sa vie de parasite l'avait assoupli. Il &#233;tait l'&#226;me du groupe. Il commandait au nom de personnages inconnus, dont il ne livrait jamais les noms. &#171; Ils veulent ceci, ils ne veulent pas cela &#187;, disait-il. Ces dieux cach&#233;s, veillant aux destin&#233;es de Plassans du fond de leur nuage, sans para&#238;tre se m&#234;ler directement des affaires publiques, devaient &#234;tre certains pr&#234;tres, les grands politiques du pays. Quand le marquis pronon&#231;ait cet &#171; ils &#187; myst&#233;rieux, qui inspirait &#224; l'assembl&#233;e un merveilleux respect, Vuillet confessait par une attitude b&#233;ate qu'il les connaissait parfaitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La personne la plus heureuse dans tout cela &#233;tait F&#233;licit&#233;. Elle commen&#231;ait enfin &#224; avoir du monde dans son salon. Elle se sentait bien un peu honteuse de son vieux meuble de velours jaune ; mais elle se consolait en pensant au riche mobilier qu'elle ach&#232;terait, lorsque la bonne cause aurait triomph&#233;. Les Rougon avaient fini par prendre leur royalisme au s&#233;rieux. F&#233;licit&#233; allait jusqu'&#224; dire, quand Roudier n'&#233;tait pas l&#224;, que, s'ils n'avaient pas fait fortune dans leur commerce d'huile, la faute en &#233;tait &#224; la monarchie de Juillet. C'&#233;tait une fa&#231;on de donner une couleur politique &#224; leur pauvret&#233;. Elle trouvait des caresses pour tout le monde, m&#234;me pour Granoux, inventant chaque soir une nouvelle fa&#231;on polie de le r&#233;veiller, &#224; l'heure du d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le salon, ce noyau de conservateurs appartenant &#224; tous les partis, et qui grossissait journellement, eut bient&#244;t une grande influence. Par la diversit&#233; de ses membres, et surtout gr&#226;ce &#224; l'impulsion secr&#232;te que chacun d'eux recevait du clerg&#233;, il devint le centre r&#233;actionnaire qui rayonna sur Plassans entier. La tactique du marquis, qui s'effa&#231;ait, fit regarder Rougon comme le chef de la bande. Les r&#233;unions avaient lieu chez lui, cela suffisait aux yeux peu clairvoyants du plus grand nombre pour le mettre &#224; la t&#234;te du groupe et le d&#233;signer &#224; l'attention publique. On lui attribua toute la besogne ; on le crut le principal ouvrier de ce mouvement qui, peu &#224; peu, ramenait au parti conservateur les r&#233;publicains enthousiastes de la veille. Il est certaines situations dont b&#233;n&#233;ficient seuls les gens tar&#233;s. Ils fondent leur fortune l&#224; o&#249; des hommes mieux pos&#233;s et plus influents n'auraient point os&#233; risquer la leur. Certes, Roudier, Granoux et les autres, par leur position d'hommes riches et respect&#233;s, semblaient devoir &#234;tre mille fois pr&#233;f&#233;r&#233;s &#224; Pierre comme chefs actifs du parti conservateur. Mais aucun d'eux n'aurait consenti &#224; faire de son salon un centre politique ; leurs convictions n'allaient pas jusqu'&#224; se compromettre ouvertement ; en somme, ce n'&#233;taient que des braillards, des comm&#232;res de province, qui voulaient bien cancaner chez un voisin contre la R&#233;publique, du moment o&#249; le voisin endossait la responsabilit&#233; de leurs cancans. La partie &#233;tait trop chanceuse. Il n'y avait pour la jouer, dans la bourgeoisie de Plassans, que les Rougon, ces grands app&#233;tits inassouvis et pouss&#233;s aux r&#233;solutions extr&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril 1849, Eug&#232;ne quitta brusquement Paris et vint passer quinze jours aupr&#232;s de son p&#232;re. On ne connut jamais bien le but de ce voyage. Il est &#224; croire qu'Eug&#232;ne vint t&#226;ter sa ville natale pour savoir s'il y poserait avec succ&#232;s sa candidature de repr&#233;sentant &#224; l'Assembl&#233;e l&#233;gislative, qui devait remplacer prochainement la Constituante. Il &#233;tait trop fin pour risquer un &#233;chec. Sans doute l'opinion publique lui parut peu favorable, car il s'abstint de toute tentative. On ignorait, d'ailleurs, &#224; Plassans, ce qu'il &#233;tait devenu, ce qu'il faisait &#224; Paris. &#192; son arriv&#233;e, on le trouva moins gros, moins endormi. On l'entoura, on t&#226;cha de le faire causer. Il feignit l'ignorance, ne se livrant pas, for&#231;ant les autres &#224; se livrer. Des esprits plus souples eussent trouv&#233;, sous son apparente fl&#226;nerie, un grand souci des opinions politiques de la ville. Il semblait sonder le terrain plus encore pour un parti que pour son propre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il e&#251;t renonc&#233; &#224; toute esp&#233;rance personnelle, il n'en resta pas moins &#224; Plassans jusqu'&#224; la fin du mois, tr&#232;s-assidu surtout aux r&#233;unions du salon jaune. D&#232;s le premier coup de sonnette, il s'asseyait dans le creux d'une fen&#234;tre, le plus loin possible de la lampe. Il demeurait l&#224; toute la soir&#233;e, le menton sur la paume de la main droite, &#233;coutant religieusement. Les plus grosses niaiseries le laissaient impassible. Il approuvait tout de la t&#234;te, jusqu'aux grognements effar&#233;s de Granoux. Quand on lui demandait son avis, il r&#233;p&#233;tait poliment l'opinion de la majorit&#233;. Rien ne parvint &#224; lasser sa patience, ni les r&#234;ves creux du marquis qui parlait des Bourbons comme au lendemain de 1815, ni les effusions bourgeoises de Roudier, qui s'attendrissait en comptant le nombre de paires de chaussettes qu'il avait fournies jadis au roi citoyen. Au contraire, il paraissait fort &#224; l'aise au milieu de cette tour de Babel. Parfois, quand tous ces grotesques tapaient &#224; bras raccourcis sur la R&#233;publique, on voyait ses yeux rire sans que ses l&#232;vres perdissent leur moue d'homme grave. Sa fa&#231;on recueillie d'&#233;couter, sa complaisance inalt&#233;rable lui avaient concili&#233; toutes les sympathies. On le jugeait nul, mais bon enfant. Lorsqu'un ancien marchand d'huile ou d'amandes, ne pouvait placer, au milieu du tumulte, de quelle fa&#231;on il sauverait la France, s'il &#233;tait le ma&#238;tre, il se r&#233;fugiait aupr&#232;s d'Eug&#232;ne et lui criait ses plans merveilleux &#224; l'oreille. Eug&#232;ne hochait doucement la t&#234;te, comme ravi des choses &#233;lev&#233;es qu'il entendait. Vuillet seul le regardait d'un air louche. Ce libraire, doubl&#233; d'un sacristain et d'un journaliste, parlant moins que les autres, observait davantage. Il avait remarqu&#233; que l'avocat causait parfois dans les coins avec le commandant Sicardot. Il se promit de les surveiller, mais il ne put jamais surprendre une seule de leurs paroles. Eug&#232;ne faisait taire le commandant d'un clignement d'yeux, d&#232;s qu'il approchait. Sicardot, &#224; partir de cette &#233;poque, ne parla plus des Napol&#233;on qu'avec un myst&#233;rieux sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours avant son retour &#224; Paris, Eug&#232;ne rencontra sur le cours Sauvaire son fr&#232;re Aristide, qui l'accompagna quelques instants, avec l'insistance d'un homme en qu&#234;te d'un conseil. Aristide &#233;tait dans une grande perplexit&#233;. D&#232;s la proclamation de la R&#233;publique, il avait affich&#233; le plus vif enthousiasme pour le gouvernement nouveau. Son intelligence, assouplie par ses deux ann&#233;es de s&#233;jour &#224; Paris, voyait plus loin que les cerveaux &#233;pais de Plassans ; il devinait l'impuissance des l&#233;gitimistes et des orl&#233;anistes, sans distinguer avec nettet&#233; quel serait le troisi&#232;me larron qui viendrait voler la R&#233;publique. &#192; tout hasard, il s'&#233;tait mis du c&#244;t&#233; des vainqueurs. Il avait rompu tout rapport avec son p&#232;re, le qualifiant en public de vieux fou, de vieil imb&#233;cile enj&#244;l&#233; par la noblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ma m&#232;re est pourtant une femme intelligente, ajoutait-il. Jamais je ne l'aurais crue capable de pousser son mari dans un parti dont les esp&#233;rances sont chim&#233;riques. Ils vont achever de se mettre sur la paille. Mais les femmes n'entendent rien &#224; la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui, voulait se vendre, le plus cher possible. Sa grande inqui&#233;tude fut d&#232;s lors de prendre le vent, de se mettre toujours du c&#244;t&#233; de ceux qui pourraient, &#224; l'heure du triomphe, le r&#233;compenser magnifiquement. Par malheur, il marchait en aveugle ; il se sentait perdu, au fond de sa province, sans boussole, sans indications pr&#233;cises. En attendant que le cours des &#233;v&#233;nements lui tra&#231;&#226;t une voie s&#251;re, il garda l'attitude de r&#233;publicain enthousiaste prise par lui d&#232;s le premier jour. Gr&#226;ce &#224; cette attitude, il resta &#224; la sous-pr&#233;fecture ; on augmenta m&#234;me ses appointements. Mordu bient&#244;t par le d&#233;sir de jouer un r&#244;le, il d&#233;termina un libraire, un rival de Vuillet, &#224; fonder un journal d&#233;mocratique, dont il devint un des r&#233;dacteurs les plus &#226;pres. L'Ind&#233;pendant fit, sous son impulsion, une guerre sans merci aux r&#233;actionnaires. Mais le courant l'entra&#238;na peu &#224; peu, malgr&#233; lui, plus loin qu'il ne voulait aller ; il en arriva &#224; &#233;crire des articles incendiaires qui lui donnaient des frissons lorsqu'il les relisait. On remarqua beaucoup, &#224; Plassans, une s&#233;rie d'attaques dirig&#233;es par le fils contre les personnes que le p&#232;re recevait chaque soir dans le fameux salon jaune. La richesse des Roudier et des Granoux exasp&#233;rait Aristide au point de lui faire perdre toute prudence. Pouss&#233; par ses aigreurs jalouses d'affam&#233;, il s'&#233;tait fait de la bourgeoisie une ennemie irr&#233;conciliable, lorsque l'arriv&#233;e d'Eug&#232;ne et la fa&#231;on dont il se comporta &#224; Plassans vinrent le consterner. Il accordait &#224; son fr&#232;re une grande habilet&#233;. Selon lui, ce gros gar&#231;on endormi ne sommeillait jamais que d'un &#339;il, comme les chats &#224; l'aff&#251;t devant un trou de souris. Et voil&#224; qu'Eug&#232;ne passait les soir&#233;es enti&#232;res dans le salon jaune, &#233;coutant religieusement ces grotesques que lui, Aristide, avait si impitoyablement raill&#233;s. Quand il sut, par les bavardages de la ville, que son fr&#232;re donnait des poign&#233;es de main &#224; Granoux et en recevait du marquis, il se demanda avec anxi&#233;t&#233; ce qu'il devait croire. Se serait-il tromp&#233; &#224; ce point ? Les l&#233;gitimistes ou les orl&#233;anistes auraient-ils quelque chance de succ&#232;s ? Cette pens&#233;e le terrifia. Il perdit son &#233;quilibre, et, comme il arrive souvent, il tomba sur les conservateurs avec plus de rage, pour se venger de son aveuglement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille du jour o&#249; il arr&#234;ta Eug&#232;ne sur le cours Sauvaire, il avait publi&#233;, dans l'Ind&#233;pendant, un article terrible sur les men&#233;es du clerg&#233;, en r&#233;ponse &#224; un entrefilet de Vuillet, qui accusait les r&#233;publicains de vouloir d&#233;molir les &#233;glises. Vuillet &#233;tait la b&#234;te noire d'Aristide. Il ne se passait pas de semaine sans que les deux journalistes &#233;changeassent les plus grossi&#232;res injures. En province, o&#249; l'on cultive encore la p&#233;riphrase, la pol&#233;mique met le cat&#233;chisme poissard en beau langage : Aristide appelait son adversaire &#171; fr&#232;re Judas &#187;, ou encore &#171; serviteur de saint Antoine &#187;, et Vuillet r&#233;pondait galamment en traitant le r&#233;publicain de &#171; monstre gorg&#233; de sang dont la guillotine &#233;tait l'ignoble pourvoyeuse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sonder son fr&#232;re, Aristide, qui n'osait para&#238;tre inquiet ouvertement, se contenta de lui demander :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; As-tu lu mon article d'hier ? Qu'en penses-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eug&#232;ne eut un l&#233;ger mouvement d'&#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous &#234;tes un niais, mon fr&#232;re, r&#233;pondit-il simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Alors, s'&#233;cria le journaliste en p&#226;lissant, tu donnes raison &#224; Vuillet, tu crois au triomphe de Vuillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Moi !&#8230; Vuillet&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il allait certainement ajouter : &#171; Vuillet est un niais comme toi. &#187; Mais en apercevant la face grima&#231;ante de son fr&#232;re qui se tendait anxieusement vers lui, il parut pris d'une subite d&#233;fiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vuillet a du bon, dit-il avec tranquillit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quittant son fr&#232;re, Aristide se sentit encore plus perplexe qu'auparavant. Eug&#232;ne avait d&#251; se moquer de lui, car Vuillet &#233;tait bien le plus sale personnage qu'on p&#251;t imaginer. Il se promit d'&#234;tre prudent, de ne pas se lier davantage, de fa&#231;on &#224; avoir les mains libres, s'il lui fallait un jour aider un parti &#224; &#233;trangler la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin m&#234;me de son d&#233;part, une heure avant de monter en diligence, Eug&#232;ne emmena son p&#232;re dans la chambre &#224; coucher et eut avec lui un long entretien. F&#233;licit&#233;, rest&#233;e dans le salon, essaya vainement d'&#233;couter. Les deux hommes parlaient bas, comme s'ils eussent redout&#233; qu'une seule de leurs paroles p&#251;t &#234;tre entendue du dehors. Quand ils sortirent enfin de la chambre, ils paraissaient tr&#232;s-anim&#233;s. Apr&#232;s avoir embrass&#233; son p&#232;re et sa m&#232;re, Eug&#232;ne, dont la voix tra&#238;nait d'habitude, dit avec une vivacit&#233; &#233;mue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous m'avez bien compris, mon p&#232;re ? L&#224; est notre fortune. Il faut travailler de toutes nos forces, dans ce sens. Ayez foi en moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je suivrai tes instructions fid&#232;lement, r&#233;pondit Rougon. Seulement n'oublie pas ce que je t'ai demand&#233; comme prix de mes efforts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Si nous r&#233;ussissons, vos d&#233;sirs seront satisfaits, je vous le jure. D'ailleurs, je vous &#233;crirai, je vous guiderai, selon la direction que prendront les &#233;v&#233;nements. Pas de panique ni d'enthousiasme. Ob&#233;issez-moi en aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qu'avez-vous donc complot&#233; ? demanda curieusement F&#233;licit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ma ch&#232;re m&#232;re, r&#233;pondit Eug&#232;ne avec un sourire, vous avez trop dout&#233; de moi pour que je vous confie aujourd'hui mes esp&#233;rances, qui ne reposent encore que sur des calculs de probabilit&#233;. Il vous faudrait la foi pour me comprendre. D'ailleurs, mon p&#232;re vous instruira quand l'heure sera venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme F&#233;licit&#233; prenait l'attitude d'une femme piqu&#233;e, il ajouta &#224; son oreille, en l'embrassant de nouveau :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je tiens de toi, bien que tu m'aies reni&#233;. Trop d'intelligence nuirait en ce moment. Lorsque la crise arrivera, c'est toi qui devras conduire l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'en alla ; puis il rouvrit la porte, et dit encore d'une voix imp&#233;rieuse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Surtout, d&#233;fiez-vous d'Aristide, c'est un brouillon qui g&#226;terait tout. Je l'ai assez &#233;tudi&#233; pour &#234;tre certain qu'il retombera toujours sur ses pieds. Ne vous apitoyez pas ; car, si nous faisons fortune, il saura nous voler sa part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Eug&#232;ne fut parti, F&#233;licit&#233; essaya de p&#233;n&#233;trer le secret qu'on lui cachait. Elle connaissait trop son mari pour l'interroger ouvertement ; il lui aurait r&#233;pondu avec col&#232;re que cela ne la regardait pas. Mais, malgr&#233; la tactique savante qu'elle d&#233;ploya, elle n'apprit absolument rien. Eug&#232;ne, &#224; cette heure trouble o&#249; la plus grande discr&#233;tion &#233;tait n&#233;cessaire, avait bien choisi son confident. Pierre, flatt&#233; de la confiance de son fils, exag&#233;ra encore cette lourdeur passive qui faisait de lui une masse grave et imp&#233;n&#233;trable. Lorsque F&#233;licit&#233; eut compris qu'elle ne saurait rien, elle cessa de tourner autour de lui. Une seule curiosit&#233; lui resta, la plus &#226;pre. Les deux hommes avaient parl&#233; d'un prix stipul&#233; par Pierre lui-m&#234;me. Quel pouvait &#234;tre ce prix ? L&#224; &#233;tait le grand int&#233;r&#234;t pour F&#233;licit&#233;, qui se moquait parfaitement des questions politiques. Elle savait que son mari avait d&#251; se vendre cher, mais elle br&#251;lait de conna&#238;tre la nature du march&#233;. Un soir, voyant Pierre de belle humeur, comme ils venaient de se mettre au lit, elle amena la conversation sur les ennuis de leur pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il est bien temps que cela finisse, dit-elle ; nous nous ruinons en bois et en huile, depuis que ces messieurs viennent ici. Et qui payera la note ? Personne peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son mari donna dans le pi&#233;ge. Il eut un sourire de sup&#233;riorit&#233; complaisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Patience, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, il ajouta d'un air fin, en regardant sa femme dans les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Serais-tu contente d'&#234;tre la femme d'un receveur particulier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le visage de F&#233;licit&#233; s'empourpra d'une joie chaude. Elle se mit sur son s&#233;ant, frappant comme une enfant dans ses mains s&#232;ches de petite vieille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vrai ?&#8230; balbutia-t-elle. &#192; Plassans ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre, sans r&#233;pondre, fit un long signe affirmatif. Il jouissait de l'&#233;tonnement de sa compagne. Elle &#233;tranglait d'&#233;motion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais, reprit-elle enfin, il faut un cautionnement &#233;norme. Je me suis laiss&#233; dire que notre voisin, M. Peirotte, avait d&#251; d&#233;poser quatre-vingt mille francs au tr&#233;sor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! dit l'ancien marchand d'huile, &#231;a ne me regarde pas. Eug&#232;ne se charge de tout. Il me fera avancer le cautionnement par un banquier de Paris&#8230; Tu comprends, j'ai choisi une place qui rapporte gros. Eug&#232;ne a commenc&#233; par faire la grimace. Il me disait qu'il fallait &#234;tre riche pour occuper ces positions-l&#224;, qu'on choisissait d'habitude des gens influents. J'ai tenu bon, et il a c&#233;d&#233;. Pour &#234;tre receveur, on n'a pas besoin de savoir le latin ni le grec ; j'aurai, comme M. Peirotte, un fond&#233; de pouvoir qui fera toute la besogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; l'&#233;coutait avec ravissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai bien devin&#233;, continua-t-il, ce qui inqui&#233;tait notre cher fils. Nous sommes peu aim&#233;s ici. On nous sait sans fortune, on clabaudera. Mais bast ! dans les moments de crise, tout arrive. Eug&#232;ne voulait me faire nommer dans une autre ville. J'ai refus&#233;, je veux rester &#224; Plassans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, oui, il faut rester, dit vivement la vieille femme. C'est ici que nous avons souffert, c'est ici que nous devons triompher. Ah ! je les &#233;craserai, toutes ces belles promeneuses du Mail qui toisent d&#233;daigneusement mes robes de laine !&#8230; Je n'avais pas song&#233; &#224; la place de receveur ; je croyais que tu voulais devenir maire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Maire, allons donc !&#8230; La place est gratuite !&#8230; Eug&#232;ne aussi m'a parl&#233; de la mairie. Je lui ai r&#233;pondu : &#171; J'accepte, si tu me constitues une rente de quinze mille francs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conversation, o&#249; de gros chiffres partaient comme des fus&#233;es, enthousiasmait F&#233;licit&#233;. Elle fr&#233;tillait, elle &#233;prouvait une sorte de d&#233;mangeaison int&#233;rieure. Enfin elle prit une pose d&#233;vote, et, se recueillant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voyons, calculons, dit-elle. Combien gagneras-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais, dit Pierre, les appointements fixes sont, je crois, de trois mille francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Trois mille, compta F&#233;licit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Puis, il y a le tant pour cent sur les recettes, qui, &#224; Plassans, peut produire une somme de douze mille francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#199;a fait quinze mille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, quinze mille francs environ. C'est ce que gagne Peirotte. Ce n'est pas tout. Peirotte fait de la banque pour son compte personnel. C'est permis. Peut-&#234;tre me risquerai-je, d&#232;s que je sentirai la chance venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Alors mettons vingt mille&#8230; Vingt mille francs de rente ! r&#233;p&#233;ta F&#233;licit&#233; ahurie par ce chiffre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il faudra rembourser les avances, fit remarquer Pierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; N'importe, reprit F&#233;licit&#233;, nous serons plus riches que beaucoup de ces messieurs&#8230; Est-ce que le marquis et les autres doivent partager le g&#226;teau avec toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, non, tout sera pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, comme elle insistait, Pierre crut qu'elle voulait lui arracher son secret. Il fron&#231;a les sourcils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Assez caus&#233;, dit-il brusquement. Il est tard, dormons. &#199;a nous portera malheur de faire des calculs &#224; l'avance. Je ne tiens pas encore la place. Surtout, sois discr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lampe &#233;teinte, F&#233;licit&#233; ne put dormir. Les yeux ferm&#233;s, elle faisait de merveilleux ch&#226;teaux en Espagne. Les vingt mille francs de rente dansaient devant elle, dans l'ombre, une danse diabolique. Elle habitait un bel appartement de la ville neuve, avait le luxe de M. Peirotte, donnait des soir&#233;es, &#233;claboussait de sa fortune la ville enti&#232;re. Ce qui chatouillait le plus ses vanit&#233;s, c'&#233;tait la belle position que son mari occuperait alors. Ce serait lui qui paierait leurs rentes &#224; Granoux, &#224; Roudier, &#224; tous ces bourgeois qui venaient aujourd'hui chez elle comme on va dans un caf&#233;, pour parler haut et savoir les nouvelles du jour. Elle s'&#233;tait parfaitement aper&#231;ue de la fa&#231;on cavali&#232;re dont ces gens entraient dans son salon, ce qui les lui avait fait prendre en grippe. Le marquis lui-m&#234;me, avec sa politesse ironique, commen&#231;ait &#224; lui d&#233;plaire. Aussi, triompher seuls, garder tout le g&#226;teau, suivant son expression, &#233;tait une vengeance qu'elle caressait amoureusement. Plus tard, quand ces grossiers personnages se pr&#233;senteraient le chapeau bas chez M. le receveur Rougon, elle les &#233;craserait &#224; son tour. Toute la nuit elle remua ces pens&#233;es. Le lendemain, en ouvrant ses persiennes, son premier regard se porta instinctivement de l'autre c&#244;t&#233; de la rue, sur les fen&#234;tres de M. Peirotte ; elle sourit en contemplant les larges rideaux de damas qui pendaient derri&#232;re les vitres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les esp&#233;rances de F&#233;licit&#233;, en se d&#233;pla&#231;ant, ne furent que plus &#226;pres. Comme toutes les femmes, elle ne d&#233;testait pas une pointe de myst&#232;re. Le but cach&#233; que poursuivait son mari la passionna plus que ne l'avaient jamais fait les men&#233;es l&#233;gitimistes de M. de Carnavant. Elle abandonna sans trop de regret les calculs fond&#233;s sur la r&#233;ussite du marquis, du moment que, par d'autres moyens, son mari pr&#233;tendait pouvoir garder les gros b&#233;n&#233;fices. Elle fut, d'ailleurs, admirable de discr&#233;tion et de prudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, une curiosit&#233; anxieuse continuait &#224; la torturer ; elle &#233;tudiait les moindres gestes de Pierre, elle t&#226;chait de comprendre. S'il allait faire fausse route ? Si Eug&#232;ne l'entra&#238;nait &#224; sa suite dans quelque casse-cou d'o&#249; ils sortiraient plus affam&#233;s et plus pauvres ? Cependant la foi lui venait. Eug&#232;ne avait command&#233; avec une telle autorit&#233;, qu'elle finissait par croire en lui. L&#224; encore agissait la puissance de l'inconnu. Pierre lui parlait myst&#233;rieusement des hauts personnages que son fils a&#238;n&#233; fr&#233;quentait &#224; Paris ; elle-m&#234;me ignorait ce qu'il pouvait y faire, tandis qu'il lui &#233;tait impossible de fermer les yeux sur les coups de t&#234;te commis par Aristide &#224; Plassans. Dans son propre salon, on ne se g&#234;nait gu&#232;re pour traiter le journaliste d&#233;mocrate avec la derni&#232;re s&#233;v&#233;rit&#233;. Granoux l'appelait brigand entre ses dents, et Roudier, deux ou trois fois par semaine, r&#233;p&#233;tait &#224; F&#233;licit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Votre fils en &#233;crit de belles. Hier encore il attaquait notre ami Vuillet avec un cynisme r&#233;voltant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le salon faisait chorus. Le commandant Sicardot parlait de calotter son gendre. Pierre reniait nettement son fils. La pauvre m&#232;re baissait la t&#234;te, d&#233;vorant ses larmes. Par instants, elle avait envie d'&#233;clater, de crier &#224; Roudier que son cher enfant, malgr&#233; ses fautes, valait encore mieux que lui et les autres ensemble. Mais elle &#233;tait li&#233;e, elle ne voulait pas compromettre la position si laborieusement acquise. En voyant toute la ville accabler Aristide, elle pensait avec d&#233;sespoir que le malheureux se perdait. &#192; deux reprises, elle l'entretint secr&#232;tement, le conjurant de revenir &#224; eux, de ne pas irriter davantage le salon jaune. Aristide lui r&#233;pondit qu'elle n'entendait rien &#224; ces choses-l&#224;, et que c'&#233;tait elle qui avait commis une grande faute en mettant son mari au service du marquis. Elle dut l'abandonner, se promettant bien, si Eug&#232;ne r&#233;ussissait, de le forcer &#224; partager la proie avec le pauvre gar&#231;on, qui restait son enfant pr&#233;f&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le d&#233;part de son fils a&#238;n&#233;, Pierre Rougon continua &#224; vivre en pleine r&#233;action. Rien ne parut chang&#233; dans les opinions du fameux salon jaune. Chaque soir, les m&#234;mes hommes vinrent y faire la m&#234;me propagande en faveur d'une monarchie, et le ma&#238;tre du logis les approuva et les aida avec autant de z&#232;le que par le pass&#233;. Eug&#232;ne avait quitt&#233; Plassans le 1er mai. Quelques jours plus tard, le salon jaune &#233;tait dans l'enthousiasme. On y commentait la lettre du pr&#233;sident de la R&#233;publique au g&#233;n&#233;ral Oudinot, dans laquelle le si&#233;ge de Rome &#233;tait d&#233;cid&#233;. Cette lettre fut regard&#233;e comme une victoire &#233;clatante, due &#224; la ferme attitude du parti r&#233;actionnaire. Depuis 1848, les Chambres discutaient la question romaine ; il &#233;tait r&#233;serv&#233; &#224; un Bonaparte d'aller &#233;touffer une R&#233;publique naissante par une intervention dont la France libre ne se f&#251;t jamais rendue coupable. Le marquis d&#233;clara qu'on ne pouvait mieux travailler pour la cause de la l&#233;gitimit&#233;. Vuillet &#233;crivit un article superbe. L'enthousiasme n'eut plus de bornes, lorsque, un mois plus tard, le commandant Sicardot entra un soir chez les Rougon, en annon&#231;ant &#224; la soci&#233;t&#233; que l'arm&#233;e fran&#231;aise se battait sous les murs de Rome. Pendant que tout le monde s'exclamait, il alla serrer la main &#224; Pierre d'une fa&#231;on significative. Puis, d&#232;s qu'il se f&#251;t assis, il entama l'&#233;loge du pr&#233;sident de la R&#233;publique qui, disait-il, pouvait seul sauver la France de l'anarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qu'il la sauve donc au plus t&#244;t, interrompit le marquis, et qu'il comprenne ensuite son devoir en la remettant entre les mains de ses ma&#238;tres l&#233;gitimes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre sembla approuver vivement cette belle r&#233;ponse. Quand il eut ainsi fait preuve d'ardent royalisme, il osa dire que le prince Louis Bonaparte avait ses sympathies, dans cette affaire. Ce fut alors, entre lui et le commandant, un &#233;change de courtes phrases qui c&#233;l&#233;braient les excellentes intentions du pr&#233;sident et qu'on e&#251;t dites pr&#233;par&#233;es et apprises &#224; l'avance. Pour la premi&#232;re fois, le bonapartisme entrait ouvertement dans le salon jaune. D'ailleurs, depuis l'&#233;lection du 10 d&#233;cembre, le prince y &#233;tait trait&#233; avec une certaine douceur. On le pr&#233;f&#233;rait mille fois &#224; Cavaignac, et toute la bande r&#233;actionnaire avait vot&#233; pour lui. Mais on le regardait plut&#244;t comme un complice que comme un ami ; encore se d&#233;fiait-on de ce complice, que l'on commen&#231;ait &#224; accuser de vouloir garder pour lui les marrons apr&#232;s les avoir tir&#233;s du feu. Ce soir-l&#224;, cependant, gr&#226;ce &#224; la campagne de Rome, on &#233;couta avec faveur les &#233;loges de Pierre et du commandant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe de Granoux et de Roudier demandait d&#233;j&#224; que le pr&#233;sident f&#238;t fusiller tous ces sc&#233;l&#233;rats de r&#233;publicains. Le marquis, appuy&#233; contre la chemin&#233;e, regardait d'un air m&#233;ditatif une rosace d&#233;teinte du tapis. Lorsqu'il leva enfin la t&#234;te, Pierre, qui semblait suivre &#224; la d&#233;rob&#233;e sur son visage l'effet de ses paroles, se tut subitement. M. de Carnavant se contenta de sourire en regardant F&#233;licit&#233; d'un air fin. Ce jeu rapide &#233;chappa aux bourgeois qui se trouvaient l&#224;. Vuillet seul dit d'une voix aigre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'aimerais mieux voir votre Bonaparte &#224; Londres qu'&#224; Paris. Nos affaires marcheraient plus vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancien marchand d'huile p&#226;lit l&#233;g&#232;rement, craignant de s'&#234;tre trop avanc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne tiens pas &#224; &#171; mon &#187; Bonaparte, dit-il avec assez de fermet&#233; ; vous savez o&#249; je l'enverrais, si j'&#233;tais le ma&#238;tre, je pr&#233;tends simplement que l'exp&#233;dition de Rome est une bonne chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; avait suivi cette sc&#232;ne avec un &#233;tonnement curieux. Elle n'en reparla pas &#224; son mari, ce qui prouvait qu'elle la prit pour base d'un secret travail d'intuition. Le sourire du marquis, dont le sens exact lui &#233;chappait, lui donnait beaucoup &#224; penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce jour, Rougon, de loin en loin, lorsque l'occasion se pr&#233;sentait, glissait un mot en faveur du pr&#233;sident de la R&#233;publique. Ces soirs-l&#224;, le commandant Sicardot jouait le r&#244;le d'un comp&#232;re complaisant. D'ailleurs, l'opinion cl&#233;ricale dominait encore en souveraine dans le salon jaune. Ce fut surtout l'ann&#233;e suivante que ce groupe de r&#233;actionnaires prit dans la ville une influence d&#233;cisive, gr&#226;ce au mouvement r&#233;trograde qui s'accomplissait &#224; Paris. L'ensemble de mesures antilib&#233;rales qu'on nomma l'exp&#233;dition de Rome &#224; l'int&#233;rieur, assura d&#233;finitivement &#224; Plassans le triomphe du parti Rougon. Les derniers bourgeois enthousiastes virent la R&#233;publique agonisante et se h&#226;t&#232;rent de se rallier aux conservateurs. L'heure des Rougon &#233;tait venue. La ville neuve leur fit presque une ovation le jour o&#249; l'on scia l'arbre de la libert&#233; plant&#233; sur la place de la Sous-Pr&#233;fecture. Cet arbre, un jeune peuplier apport&#233; des bords de la Viorne, s'&#233;tait dess&#233;ch&#233; peu &#224; peu, au grand d&#233;sespoir des ouvriers r&#233;publicains qui venaient chaque dimanche constater les progr&#232;s du mal, sans pouvoir comprendre les causes de cette mort lente. Un apprenti chapelier pr&#233;tendit enfin avoir vu une femme sortir de la maison Rougon et venir verser un seau d'eau empoisonn&#233;e au pied de l'arbre. Il fut d&#232;s lors acquis &#224; l'histoire que F&#233;licit&#233; en personne se levait chaque nuit pour arroser le peuplier de vitriol. L'arbre mort, la municipalit&#233; d&#233;clara que la dignit&#233; de la R&#233;publique commandait de l'enlever. Comme on redoutait le m&#233;contentement de la population ouvri&#232;re, on choisit une heure avanc&#233;e de la soir&#233;e. Les rentiers conservateurs de la ville neuve eurent vent de la petite f&#234;te ; ils descendirent tous sur la place de la Sous-Pr&#233;fecture, pour voir comment tomberait un arbre de la libert&#233;. La soci&#233;t&#233; du salon jaune s'&#233;tait mise aux fen&#234;tres. Quand le peuplier craqua sourdement et s'abattit dans l'ombre avec la raideur tragique d'un h&#233;ros frapp&#233; &#224; mort, F&#233;licit&#233; crut devoir agiter un mouchoir blanc. Alors il y eut des applaudissements dans la foule, et les spectateurs r&#233;pondirent au salut en agitant &#233;galement leurs mouchoirs. Un groupe vint m&#234;me sous la fen&#234;tre, criant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous l'enterrerons, nous l'enterrerons !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils parlaient sans doute de la R&#233;publique. L'&#233;motion faillit donner une crise de nerfs &#224; F&#233;licit&#233;. Ce fut une belle soir&#233;e pour le salon jaune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le marquis gardait toujours son myst&#233;rieux sourire en regardant F&#233;licit&#233;. Ce petit vieux &#233;tait bien trop fin pour ne pas comprendre o&#249; allait la France. Un des premiers, il flaira l'Empire. Plus tard, quand l'Assembl&#233;e l&#233;gislative s'usa en vaines querelles, quand les orl&#233;anistes et les l&#233;gitimistes eux-m&#234;mes accept&#232;rent tacitement la pens&#233;e d'un coup d'&#201;tat, il se dit que d&#233;cid&#233;ment la partie &#233;tait perdue. D'ailleurs, lui seul vit clair. Vuillet sentit bien que la cause d'Henri V, d&#233;fendue par son journal, devenait d&#233;testable ; mais peu lui importait ; il lui suffisait d'&#234;tre la cr&#233;ature ob&#233;issante du clerg&#233; ; toute sa politique tendait &#224; &#233;couler le plus possible de chapelets et d'images saintes. Quant &#224; Roudier et &#224; Granoux, ils vivaient dans un aveuglement effar&#233; ; il n'&#233;tait pas certain qu'ils eussent une opinion ; ils voulaient manger et dormir en paix, l&#224; se bornaient leurs aspirations politiques. Le marquis, apr&#232;s avoir dit adieu &#224; ses esp&#233;rances, n'en vint pas moins r&#233;guli&#232;rement chez les Rougon. Il s'y amusait. Le heurt des ambitions, l'&#233;talage des sottises bourgeoises, avaient fini par lui offrir chaque soir un spectacle des plus r&#233;jouissants. Il grelottait &#224; la pens&#233;e de se renfermer dans son petit logement, d&#251; &#224; la charit&#233; du comte de Valqueyras. Ce fut avec une joie malicieuse qu'il garda pour lui la conviction que l'heure des Bourbons n'&#233;tait pas venue. Il feignit l'aveuglement, travaillant comme par le pass&#233; au triomphe de la l&#233;gitimit&#233;, restant toujours aux ordres du clerg&#233; et de la noblesse. D&#232;s le premier jour, il avait p&#233;n&#233;tr&#233; la nouvelle tactique de Pierre, et il croyait que F&#233;licit&#233; &#233;tait sa complice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir, &#233;tant arriv&#233; le premier, il trouva la vieille femme seule dans le salon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien ! petite, lui demanda-t-il avec sa familiarit&#233; souriante, vos affaires marchent ?&#8230; Pourquoi, diantre ! fais-tu la cachotti&#232;re avec moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne fais pas la cachotti&#232;re, r&#233;pondit F&#233;licit&#233; intrigu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voyez-vous, elle croit tromper un vieux renard de mon esp&#232;ce ! Eh ! ma ch&#232;re enfant, traite-moi en ami. Je suis tout pr&#234;t &#224; vous aider secr&#232;tement&#8230; Allons, sois franche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; eut un &#233;clair d'intelligence. Elle n'avait rien &#224; dire, elle allait peut-&#234;tre tout apprendre, si elle savait se taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu souris ? reprit M. de Carnavant. C'est le commencement d'un aveu. Je me doutais bien que tu devais &#234;tre derri&#232;re ton mari ! Pierre est trop lourd pour inventer la jolie trahison que vous pr&#233;parez&#8230; Vrai, je souhaite de tout mon c&#339;ur que les Bonaparte vous donnent ce que j'aurais demand&#233; pour toi aux Bourbons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette simple phrase confirma les soup&#231;ons que la vieille femme avait depuis quelque temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le prince Louis a toutes les chances, n'est-ce pas ? demanda-t-elle vivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Me trahiras-tu si je te dis que je le crois ? r&#233;pondit en riant le marquis. J'en ai fait mon deuil, petite. Je suis un vieux bonhomme fini et enterr&#233;. C'est pour toi, d'ailleurs, que je travaillais. Puisque tu as su trouver sans moi le bon chemin, je me consolerai en te voyant triompher de ma d&#233;faite&#8230; Surtout ne joue plus le myst&#232;re. Viens &#224; moi si tu es embarrass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ajouta, avec le sourire sceptique du gentilhomme encanaill&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Bast ! je puis bien trahir un peu, moi aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment arriva le clan des anciens marchands d'huile et d'amandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! les chers r&#233;actionnaires ! reprit &#224; voix basse M. de Carnavant. Vois-tu, petite, le grand art en politique consiste &#224; avoir deux bons yeux, quand les autres sont aveugles. Tu as toutes les belles cartes dans ton jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, F&#233;licit&#233;, aiguillonn&#233;e par cette conversation, voulut avoir une certitude. On &#233;tait alors dans les premiers jours de l'ann&#233;e 1851. Depuis plus de dix-huit mois, Rougon recevait r&#233;guli&#232;rement, tous les quinze jours, une lettre de son fils Eug&#232;ne. Il s'enfermait dans la chambre &#224; coucher pour lire ces lettres, qu'il cachait ensuite au fond d'un vieux secr&#233;taire, dont il gardait soigneusement la clef dans une poche de son gilet. Lorsque sa femme l'interrogeait, il se contentait de r&#233;pondre : &#171; Eug&#232;ne m'&#233;crit qu'il se porte bien. &#187; Il y avait longtemps que F&#233;licit&#233; r&#234;vait de mettre la main sur les lettres de son fils. Le lendemain matin, pendant que Pierre dormait encore, elle se leva et alla, sur la pointe des pieds, substituer &#224; la clef du secr&#233;taire, dans la poche du gilet, la clef de la commode, qui &#233;tait de la m&#234;me grandeur. Puis, d&#232;s que son mari fut sorti, elle s'enferma &#224; son tour, vida le tiroir et lut les lettres avec une curiosit&#233; f&#233;brile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. de Carnavant ne s'&#233;tait pas tromp&#233;, et ses propres soup&#231;ons se confirmaient. Il y avait l&#224; une quarantaine de lettres, dans lesquelles elle put suivre le grand mouvement bonapartiste qui devait aboutir &#224; l'Empire. C'&#233;tait une sorte de journal succinct, exposant les faits &#224; mesure qu'ils s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;s, et tirant de chacun d'eux des esp&#233;rances et des conseils. Eug&#232;ne avait la foi. Il parlait &#224; son p&#232;re du prince Louis Bonaparte comme de l'homme n&#233;cessaire et fatal qui seul pouvait d&#233;nouer la situation. Il avait cru en lui avant m&#234;me son retour en France, lorsque le bonapartisme &#233;tait trait&#233; de chim&#232;re ridicule. F&#233;licit&#233; comprit que son fils &#233;tait depuis 1848 un agent secret tr&#232;s-actif. Bien qu'il ne s'expliqu&#226;t pas nettement sur sa situation &#224; Paris, il &#233;tait &#233;vident qu'il travaillait &#224; l'Empire, sous les ordres de personnages qu'il nommait avec une sorte de familiarit&#233;. Chacune de ses lettres constatait les progr&#232;s de la cause et faisait pr&#233;voir un d&#233;nouement prochain. Elles se terminaient g&#233;n&#233;ralement par l'expos&#233; de la ligne de conduite que Pierre devait tenir &#224; Plassans. F&#233;licit&#233; s'expliqua alors certaines paroles et certains actes de son mari dont l'utilit&#233; lui avait &#233;chapp&#233; ; Pierre ob&#233;issait &#224; son fils, il suivait aveugl&#233;ment ses recommandations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la vieille femme eut termin&#233; sa lecture, elle &#233;tait convaincue. Toute la pens&#233;e d'Eug&#232;ne lui apparut clairement. Il comptait faire sa fortune politique dans la bagarre, et, du coup, payer &#224; ses parents la dette de son instruction, en leur jetant un lambeau de la proie, &#224; l'heure de la cur&#233;e. Pour peu que son p&#232;re l'aid&#226;t, se rend&#238;t utile &#224; la cause, il lui serait facile de le faire nommer receveur particulier. On ne pourrait rien lui refuser, &#224; lui qui aurait mis les deux mains dans les plus secr&#232;tes besognes. Ses lettres &#233;taient une simple pr&#233;venance de sa part, une fa&#231;on d'&#233;viter bien des sottises aux Rougon. Aussi F&#233;licit&#233; &#233;prouva-t-elle une vive reconnaissance. Elle relut certains passages des lettres, ceux dans lesquels Eug&#232;ne parlait en termes vagues de la catastrophe finale. Cette catastrophe, dont elle ne devinait pas bien le genre ni la port&#233;e, devint pour elle une sorte de fin du monde ; le Dieu rangerait les &#233;lus &#224; sa droite et les damn&#233;s &#224; sa gauche, et elle se mettait parmi les &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'elle eut r&#233;ussi, la nuit suivante, &#224; remettre la clef du secr&#233;taire dans la poche du gilet, elle se promit d'user du m&#234;me moyen pour lire chaque nouvelle lettre qui arriverait. Elle r&#233;solut &#233;galement de faire l'ignorante. Cette tactique &#233;tait excellente. &#192; partir de ce jour, elle aida d'autant plus son mari qu'elle parut le faire en aveugle. Lorsque Pierre croyait travailler seul, c'&#233;tait elle qui, le plus souvent, amenait la conversation sur le terrain voulu, qui recrutait des partisans pour le moment d&#233;cisif. Elle souffrait de la m&#233;fiance d'Eug&#232;ne. Elle voulait pouvoir lui dire, apr&#232;s la r&#233;ussite : &#171; Je savais tout, et, loin de rien g&#226;ter, j'ai assur&#233; le triomphe. &#187; Jamais complice ne fit moins de bruit et plus de besogne. Le marquis, qu'elle avait pris pour confident, en &#233;tait &#233;merveill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui l'inqui&#233;tait toujours, c'&#233;tait le sort de son cher Aristide. Depuis qu'elle partageait la foi de son fils a&#238;n&#233;, les articles rageurs de l'Ind&#233;pendant l'&#233;pouvantaient davantage encore. Elle d&#233;sirait vivement convertir le malheureux r&#233;publicain aux id&#233;es napol&#233;oniennes ; mais elle ne savait comment le faire d'une fa&#231;on prudente. Elle se rappelait avec quelle insistance Eug&#232;ne leur avait dit de se d&#233;fier d'Aristide. Elle soumit le cas &#224; M. de Carnavant, qui fut absolument du m&#234;me avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ma petite, lui dit-il, en politique il faut savoir &#234;tre &#233;go&#239;ste. Si vous convertissiez votre fils et que l'Ind&#233;pendant se m&#238;t &#224; d&#233;fendre le bonapartisme, ce serait porter un rude coup au parti. L'Ind&#233;pendant est jug&#233; ; son titre seul suffit pour mettre en fureur les bourgeois de Plassans. Laissez le cher Aristide patauger, cela forme les jeunes gens. Il me para&#238;t taill&#233; de fa&#231;on &#224; ne pas jouer longtemps le r&#244;le de martyr.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa rage d'indiquer aux siens la bonne voie, maintenant qu'elle croyait poss&#233;der la v&#233;rit&#233;, F&#233;licit&#233; alla jusqu'&#224; vouloir endoctriner son fils Pascal. Le m&#233;decin, avec l'&#233;go&#239;sme du savant enfonc&#233; dans ses recherches, s'occupait fort peu de politique. Les empires auraient pu crouler, pendant qu'il faisait une exp&#233;rience, sans qu'il daign&#226;t tourner la t&#234;te. Cependant, il avait fini par c&#233;der aux instances de sa m&#232;re, qui l'accusait plus que jamais de vivre en loup-garou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Si tu fr&#233;quentais le beau monde, lui disait-elle, tu aurais des clients dans la haute soci&#233;t&#233;. Viens au moins passer les soir&#233;es dans notre salon. Tu feras la connaissance de MM. Roudier, Granoux, Sicardot, tous gens bien pos&#233;s qui te payeront tes visites quatre et cinq francs. Les pauvres ne t'enrichiront pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de r&#233;ussir, de voir toute sa famille arriver &#224; la fortune, &#233;tait devenue une monomanie chez F&#233;licit&#233;. Pascal, pour ne pas la chagriner, vint donc passer quelques soir&#233;es dans le salon jaune. Il s'y ennuya moins qu'il ne le craignait. La premi&#232;re fois, il fut stup&#233;fait du degr&#233; d'imb&#233;cillit&#233; auquel un homme bien portant peut descendre. Les anciens marchands d'huile et d'amandes, le marquis et le commandant eux-m&#234;mes, lui parurent des animaux curieux qu'il n'avait pas eu jusque-l&#224; l'occasion d'&#233;tudier. Il regarda avec l'int&#233;r&#234;t d'un naturaliste leurs masques fig&#233;s dans une grimace, o&#249; il retrouvait leurs occupations et leurs app&#233;tits ; il &#233;couta leurs bavardages vides, comme il aurait cherch&#233; &#224; surprendre le sens du miaulement d'un chat ou de l'aboiement d'un chien. &#192; cette &#233;poque, il s'occupait beaucoup d'histoire naturelle compar&#233;e, ramenant &#224; la race humaine les observations qu'il lui &#233;tait permis de faire sur la fa&#231;on dont l'h&#233;r&#233;dit&#233; se comporte chez les animaux. Aussi, en se trouvant dans le salon jaune, s'amusa-t-il &#224; se croire tomb&#233; dans une m&#233;nagerie. Il &#233;tablit des ressemblances entre chacun de ces grotesques et quelque animal de sa connaissance. Le marquis lui rappela exactement une grande sauterelle verte, avec sa maigreur, sa t&#234;te mince et fut&#233;e. Vuillet lui fit l'impression bl&#234;me et visqueuse d'un crapaud. Il fut plus doux pour Roudier, un mouton gras, et pour le commandant, un vieux dogue &#233;dent&#233;. Mais son continuel &#233;tonnement &#233;tait le prodigieux Granoux. Il passa toute une soir&#233;e &#224; mesurer son angle facial. Quand il l'&#233;coutait b&#233;gayer quelque vague injure contre les r&#233;publicains, ces buveurs de sang, il s'attendait toujours &#224; l'entendre geindre comme un veau ; et il ne pouvait le voir se lever, sans s'imaginer qu'il allait se mettre &#224; quatre pattes pour sortir du salon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cause donc, lui disait tout bas sa m&#232;re, t&#226;che d'avoir la client&#232;le de ces messieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne suis pas v&#233;t&#233;rinaire, r&#233;pondit-il enfin, pouss&#233; &#224; bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; le prit, un soir, dans un coin, et essaya de le cat&#233;chiser. Elle &#233;tait heureuse de le voir venir chez elle avec une certaine assiduit&#233;. Elle le croyait gagn&#233; au monde, ne pouvant supposer un instant les singuliers amusements qu'il go&#251;tait &#224; ridiculiser des gens riches. Elle nourrissait le secret projet de faire de lui, &#224; Plassans, le m&#233;decin &#224; la mode. Il suffirait que des hommes comme Granoux et Roudier consentissent &#224; le lancer. Avant tout, elle voulait lui donner les id&#233;es politiques de la famille, comprenant qu'un m&#233;decin avait tout &#224; gagner en se faisant le chaud partisan du r&#233;gime qui devait succ&#233;der &#224; la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mon ami, lui dit-elle, puisque te voil&#224; devenu raisonnable, il te faut songer &#224; l'avenir&#8230; On t'accuse d'&#234;tre r&#233;publicain, parce que tu es assez b&#234;te pour soigner tous les gueux de la ville sans te faire payer. Sois franc, quelles sont tes v&#233;ritables opinions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal regarda sa m&#232;re avec un &#233;tonnement na&#239;f. Puis, souriant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mes v&#233;ritables opinions ? r&#233;pondit-il, je ne sais trop&#8230; On m'accuse d'&#234;tre r&#233;publicain, dites-vous ? Eh bien ! je ne m'en trouve nullement bless&#233;. Je le suis sans doute, si l'on entend par ce mot un homme qui souhaite le bonheur de tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais tu n'arriveras &#224; rien, interrompit vivement F&#233;licit&#233;. On te grugera. Vois tes fr&#232;res, ils cherchent &#224; faire leur chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal comprit qu'il n'avait point &#224; se d&#233;fendre de ses &#233;go&#239;smes de savant. Sa m&#232;re l'accusait simplement de ne pas sp&#233;culer sur la situation politique. Il se mit &#224; rire, avec quelque tristesse, et il d&#233;tourna la conversation. Jamais F&#233;licit&#233; ne put l'amener &#224; calculer les chances des partis, ni &#224; s'enr&#244;ler dans celui qui paraissait devoir l'emporter. Il continua cependant &#224; venir de temps &#224; autre passer une soir&#233;e dans le salon jaune. Granoux l'int&#233;ressait comme un animal ant&#233;diluvien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les &#233;v&#233;nements marchaient. L'ann&#233;e 1851 fut, pour les politiques de Plassans, une ann&#233;e d'anxi&#233;t&#233; et d'effarement dont la cause secr&#232;te des Rougon profita. Les nouvelles les plus contradictoires arrivaient de Paris ; tant&#244;t les r&#233;publicains l'emportaient, tant&#244;t le parti conservateur &#233;crasait la R&#233;publique. L'&#233;cho des querelles qui d&#233;chiraient l'Assembl&#233;e l&#233;gislative parvenait au fond de la province, grossi un jour, affaibli le lendemain, chang&#233; au point que les plus clairvoyants marchaient en pleine nuit. Le seul sentiment g&#233;n&#233;ral &#233;tait qu'un d&#233;nouement approchait. Et c'&#233;tait l'ignorance de ce d&#233;nouement qui tenait dans une inqui&#233;tude ahurie ce peuple de bourgeois poltrons. Tous souhaitaient d'en finir. Ils &#233;taient malades d'incertitude, ils se seraient jet&#233;s dans les bras du Grand-Turc, si le Grand-Turc e&#251;t daign&#233; sauver la France de l'anarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sourire du marquis devenait plus aigu. Le soir, dans le salon jaune, lorsque l'effroi rendait indistincts les grognements de Granoux, il s'approchait de F&#233;licit&#233;, il lui disait &#224; l'oreille :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Allons, petite, le fruit est m&#251;r&#8230; Mais il faut vous rendre utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent F&#233;licit&#233;, qui continuait &#224; lire les lettres d'Eug&#232;ne, et qui savait que, d'un jour &#224; l'autre, une crise d&#233;cisive pouvait avoir lieu, avait compris cette n&#233;cessit&#233; : se rendre utile, et s'&#233;tait demand&#233; de quelle fa&#231;on les Rougon s'emploieraient. Elle finit par consulter le marquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tout d&#233;pend des &#233;v&#233;nements, r&#233;pondit le petit vieillard. Si le d&#233;partement reste calme, si quelque insurrection ne vient pas effrayer Plassans, il vous sera difficile de vous mettre en vue et de rendre des services au gouvernement nouveau. Je vous conseille alors de rester chez vous et d'attendre en paix les bienfaits de votre fils Eug&#232;ne. Mais si le peuple se l&#232;ve et que nos braves bourgeois se croient menac&#233;s, il y aura un bien joli r&#244;le &#224; jouer&#8230; Ton mari est un peu &#233;pais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oh ! dit F&#233;licit&#233;, je me charge de l'assouplir&#8230; Pensez-vous que le d&#233;partement se r&#233;volte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est chose certaine, selon moi. Plassans ne bougera peut-&#234;tre pas ; la r&#233;action y a triomph&#233; trop largement. Mais les villes voisines, les bourgades et les campagnes surtout, sont travaill&#233;es depuis longtemps par des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes et appartiennent au parti r&#233;publicain avanc&#233;. Qu'un coup d'&#201;tat &#233;clate, et l'on entendra le tocsin dans toute la contr&#233;e, des for&#234;ts de la Seille au plateau de Sainte-Roure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; se recueillit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ainsi, reprit-elle, vous pensez qu'une insurrection est n&#233;cessaire pour assurer notre fortune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est mon avis, r&#233;pondit M. de Carnavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ajouta avec un sourire l&#233;g&#232;rement ironique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On ne fonde une nouvelle dynastie que dans une bagarre. Le sang est un bon engrais. Il sera beau que les Rougon, comme certaines illustres familles, datent d'un massacre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots, accompagn&#233;s d'un ricanement, firent courir un frisson froid dans le dos de F&#233;licit&#233;. Mais elle &#233;tait femme de t&#234;te, et la vue des beaux rideaux de M. Peirotte, qu'elle regardait religieusement chaque matin, entretenait son courage. Quand elle se sentait faiblir, elle se mettait &#224; la fen&#234;tre et contemplait la maison du receveur. C'&#233;tait ses Tuileries, &#224; elle. Elle &#233;tait d&#233;cid&#233;e aux actes les plus extr&#234;mes pour entrer dans la ville neuve, cette terre promise sur le seuil de laquelle elle br&#251;lait de d&#233;sirs depuis tant d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conversation qu'elle avait eue avec le marquis acheva de lui montrer clairement la situation. Peu de jours apr&#232;s, elle put lire une lettre d'Eug&#232;ne dans laquelle l'employ&#233; au coup d'&#201;tat semblait &#233;galement compter sur une insurrection pour donner quelque importance &#224; son p&#232;re. Eug&#232;ne connaissait son d&#233;partement. Tous ses conseils avaient tendu &#224; faire mettre entre les mains des r&#233;actionnaires du salon jaune le plus d'influence possible, pour que les Rougon pussent tenir la ville au moment critique. Selon ses v&#339;ux, en novembre 1851, le salon jaune &#233;tait ma&#238;tre de Plassans. Roudier y repr&#233;sentait la bourgeoisie riche ; sa conduite d&#233;ciderait &#224; coup s&#251;r celle de toute la ville neuve. Granoux &#233;tait plus pr&#233;cieux encore ; il avait derri&#232;re lui le conseil municipal, dont il &#233;tait le membre le plus influent, ce qui donne une id&#233;e des autres membres. Enfin, par le commandant Sicardot, que le marquis &#233;tait parvenu &#224; faire nommer chef de la garde nationale, le salon jaune disposait de la force arm&#233;e. Les Rougon, ces pauvres h&#232;res mal fam&#233;s, avaient donc r&#233;ussi &#224; grouper autour d'eux les outils de leur fortune. Chacun, par l&#226;chet&#233; ou par b&#234;tise, devait leur ob&#233;ir et travailler aveugl&#233;ment &#224; leur &#233;l&#233;vation. Ils n'avaient qu'&#224; redouter les autres influences qui pouvaient agir dans le sens de la leur, et enlever, en partie, &#224; leurs efforts le m&#233;rite de la victoire. C'&#233;tait l&#224; leur grande crainte, car ils entendaient jouer &#224; eux seuls le r&#244;le de sauveurs. &#192; l'avance, ils savaient qu'ils seraient plut&#244;t aid&#233;s qu'entrav&#233;s par le clerg&#233; et la noblesse. Mais, dans le cas o&#249; le sous-pr&#233;fet, le maire et les autres fonctionnaires se mettraient en avant et &#233;toufferaient imm&#233;diatement l'insurrection, ils se trouveraient diminu&#233;s, arr&#234;t&#233;s m&#234;me dans leurs exploits ; ils n'auraient ni le temps ni les moyens de se rendre utiles. Ce qu'ils r&#234;vaient, c'&#233;tait l'abstention compl&#232;te, la panique g&#233;n&#233;rale des fonctionnaires. Si toute administration r&#233;guli&#232;re disparaissait, et s'ils &#233;taient alors un seul jour les ma&#238;tres des destin&#233;es de Plassans, leur fortune &#233;tait solidement fond&#233;e. Heureusement pour eux, il n'y avait pas dans l'administration un homme assez convaincu ou assez besogneux pour risquer la partie. Le sous-pr&#233;fet &#233;tait un esprit lib&#233;ral que le pouvoir ex&#233;cutif avait oubli&#233; &#224; Plassans, gr&#226;ce sans doute au bon renom de la ville ; timide de caract&#232;re, incapable d'un exc&#232;s de pouvoir, il devait se montrer fort embarrass&#233; devant une insurrection. Les Rougon, qui le savaient favorable &#224; la cause d&#233;mocratique, et qui, par cons&#233;quent, ne redoutaient pas son z&#232;le, se demandaient simplement avec curiosit&#233; quelle attitude il prendrait. La municipalit&#233; ne leur donnait gu&#232;re plus de crainte. Le maire, M. Gar&#231;onnet, &#233;tait un l&#233;gitimiste que le quartier Saint-Marc avait r&#233;ussi &#224; faire nommer en 1849 ; il d&#233;testait les r&#233;publicains et les traitait d'une fa&#231;on fort d&#233;daigneuse ; mais il se trouvait trop li&#233; d'amiti&#233; avec certains membres du clerg&#233;, pour pr&#234;ter activement la main &#224; un coup d'&#201;tat bonapartiste. Les autres fonctionnaires &#233;taient dans le m&#234;me cas. Les juges de paix, le directeur de la poste, le percepteur, ainsi que le receveur particulier, M. Peirotte, tenant leur place de la r&#233;action cl&#233;ricale, ne pouvaient accepter l'Empire avec de grands &#233;lans d'enthousiasme. Les Rougon, sans bien voir comment ils se d&#233;barrasseraient de ces gens-l&#224; et feraient ensuite place nette pour se mettre seuls en vue, se livraient pourtant &#224; de grandes esp&#233;rances, en ne trouvant personne qui leur disput&#226;t leur r&#244;le de sauveurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;nouement approchait. Dans les derniers jours de novembre, comme le bruit d'un coup d'&#201;tat courait et qu'on accusait le prince pr&#233;sident de vouloir se faire nommer empereur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! nous le nommerons ce qu'il voudra, s'&#233;tait &#233;cri&#233; Granoux, pourvu qu'il fasse fusiller ces gueux de r&#233;publicains !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exclamation de Granoux, qu'on croyait endormi, causa une grande &#233;motion. Le marquis feignit de ne pas avoir entendu ; mais tous les bourgeois approuv&#232;rent de la t&#234;te l'ancien marchand d'amandes. Roudier, qui ne craignait pas d'applaudir tout haut, parce qu'il &#233;tait riche, d&#233;clara m&#234;me, en regardant M. de Carnavant du coin de l'&#339;il, que la position n'&#233;tait plus tenable, et que la France devait &#234;tre corrig&#233;e au plus t&#244;t par n'importe quelle main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marquis garda encore le silence, ce qui fut pris pour un acquiescement. Le clan des conservateurs, abandonnant la l&#233;gitimit&#233;, osa alors faire des v&#339;ux pour l'Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mes amis, dit le commandant Sicardot en se levant, un Napol&#233;on peut seul aujourd'hui prot&#233;ger les personnes et les propri&#233;t&#233;s menac&#233;es&#8230; Soyez sans crainte, j'ai pris les pr&#233;cautions n&#233;cessaires pour que l'ordre r&#232;gne &#224; Plassans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant avait, en effet, de concert avec Rougon, cach&#233;, dans une sorte d'&#233;curie, pr&#232;s des remparts, une provision de cartouches et un nombre assez consid&#233;rable de fusils ; il s'&#233;tait en m&#234;me temps assur&#233; le concours de gardes nationaux sur lesquels il croyait pouvoir compter. Ses paroles produisirent une tr&#232;s-heureuse impression. Ce soir-l&#224;, en se s&#233;parant, les paisibles bourgeois du salon jaune parlaient de massacrer &#171; les rouges &#187;, s'ils osaient bouger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er d&#233;cembre, Pierre Rougon re&#231;ut une lettre d'Eug&#232;ne qu'il alla lire dans la chambre &#224; coucher, selon sa prudente habitude. F&#233;licit&#233; remarqua qu'il &#233;tait fort agit&#233; en sortant de la chambre. Elle tourna toute la journ&#233;e autour du secr&#233;taire. La nuit venue, elle ne put patienter davantage. Son mari fut &#224; peine endormi, qu'elle se leva doucement, prit la clef du secr&#233;taire dans la poche du gilet, et s'empara de la lettre en faisant le moins de bruit possible. Eug&#232;ne, en dix lignes, pr&#233;venait son p&#232;re que la crise allait avoir lieu et lui conseillait de mettre sa m&#232;re au courant de la situation. L'heure &#233;tait venue de l'instruire ; il pourrait avoir besoin de ses conseils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, F&#233;licit&#233; attendit une confidence qui ne vint pas. Elle n'osa pas avouer ses curiosit&#233;s, elle continua &#224; feindre l'ignorance, en enrageant contre les sottes d&#233;fiances de son mari, qui la jugeait sans doute bavarde et faible comme les autres femmes. Pierre, avec cet orgueil marital qui donne &#224; un homme la croyance de sa sup&#233;riorit&#233; dans le m&#233;nage, avait fini par attribuer &#224; sa femme toutes les mauvaises chances pass&#233;es. Depuis qu'il s'imaginait conduire seul leurs affaires, tout lui semblait marcher &#224; souhait. Aussi avait-il r&#233;solu de se passer enti&#232;rement des conseils de sa femme, et de ne lui rien confier, malgr&#233; les recommandations de son fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; fut piqu&#233;e, au point qu'elle aurait mis des b&#226;tons dans les roues si elle n'avait pas d&#233;sir&#233; le triomphe aussi ardemment que Pierre. Elle continua de travailler activement au succ&#232;s, mais en cherchant quelque vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! s'il pouvait avoir une bonne peur, pensait-elle, s'il commettait une grosse b&#234;tise !&#8230; Je le verrais venir me demander humblement conseil, je ferais la loi &#224; mon tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui l'inqui&#233;tait, c'&#233;tait l'attitude de ma&#238;tre tout-puissant que Pierre prendrait n&#233;cessairement, s'il triomphait sans son aide. Quand elle avait &#233;pous&#233; ce fils de paysan, de pr&#233;f&#233;rence &#224; quelque clerc de notaire, elle avait entendu s'en servir comme d'un pantin solidement b&#226;ti, dont elle tirerait les ficelles &#224; sa guise. Et voil&#224; qu'au jour d&#233;cisif, le pantin, dans sa lourdeur aveugle, voulait marcher seul ! Tout l'esprit de ruse, toute l'activit&#233; f&#233;brile de la petite vieille protestaient. Elle savait Pierre tr&#232;s-capable d'une d&#233;cision brutale, pareille &#224; celle qu'il avait prise en faisant signer &#224; sa m&#232;re le re&#231;u de cinquante mille francs ; l'instrument &#233;tait bon, peu scrupuleux ; mais elle sentait le besoin de le diriger, surtout dans les circonstances pr&#233;sentes qui demandaient beaucoup de souplesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle officielle du coup d'&#201;tat n'arriva &#224; Plassans que dans l'apr&#232;s-midi du 3 d&#233;cembre, un jeudi. D&#232;s sept heures du soir, la r&#233;union &#233;tait au complet dans le salon jaune. Bien que la crise f&#251;t vivement d&#233;sir&#233;e, une vague inqui&#233;tude se peignait sur la plupart des visages. On commenta les &#233;v&#233;nements au milieu de bavardages sans fin. Pierre, l&#233;g&#232;rement p&#226;le comme les autres, crut devoir, par un luxe de prudence, excuser l'acte d&#233;cisif du prince Louis devant les l&#233;gitimistes et les orl&#233;anistes qui &#233;taient pr&#233;sents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On parle d'un appel au peuple, dit-il ; la nation sera libre de choisir le gouvernement qui lui plaira&#8230; Le pr&#233;sident est homme &#224; se retirer devant nos ma&#238;tres l&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul, le marquis, qui avait tout son sang-froid de gentilhomme, accueillit ces paroles par un sourire. Les autres, dans la fi&#232;vre de l'heure pr&#233;sente, se moquaient bien de ce qui arriverait ensuite ! Toutes les opinions sombraient. Roudier, oubliant sa tendresse d'ancien boutiquier pour les Orl&#233;ans, interrompit Pierre avec brusquerie. Tous cri&#232;rent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ne raisonnons pas. Songeons &#224; maintenir l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces braves gens avaient une peur horrible des r&#233;publicains. Cependant, la ville n'avait &#233;prouv&#233; qu'une l&#233;g&#232;re &#233;motion &#224; l'annonce des &#233;v&#233;nements de Paris. Il y avait eu des rassemblements devant les affiches coll&#233;es &#224; la porte de la sous-pr&#233;fecture ; le bruit courait aussi que quelques centaines d'ouvriers venaient de quitter leur travail et cherchaient &#224; organiser la r&#233;sistance. C'&#233;tait tout. Aucun trouble grave ne paraissait devoir &#233;clater. L'attitude que prendraient les villes et les campagnes voisines &#233;tait bien autrement inqui&#233;tante ; mais on ignorait encore la fa&#231;on dont elles avaient accueilli le coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers neuf heures, Granoux arriva, essouffl&#233; ; il sortait d'une s&#233;ance du conseil municipal, convoqu&#233; d'urgence. D'une voix &#233;trangl&#233;e par l'&#233;motion, il dit que le maire, M. Gar&#231;onnet, tout en faisant ses r&#233;serves, s'&#233;tait montr&#233; d&#233;cid&#233; &#224; maintenir l'ordre par les moyens les plus &#233;nergiques. Mais la nouvelle qui fit le plus clabauder le salon jaune, fut celle de la d&#233;mission du sous-pr&#233;fet ; ce fonctionnaire avait absolument refus&#233; de communiquer aux habitants de Plassans les d&#233;p&#234;ches du ministre de l'Int&#233;rieur ; il venait, affirmait Granoux, de quitter la ville, et c'&#233;tait par les soins du maire que les d&#233;p&#234;ches se trouvaient affich&#233;es. C'est peut-&#234;tre le seul sous-pr&#233;fet, en France, qui ait eu le courage de ses opinions d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'attitude ferme de M. Gar&#231;onnet inqui&#233;ta secr&#232;tement les Rougon, ils firent des gorges chaudes sur la fuite du sous-pr&#233;fet, qui leur laissait la place libre. Il fut d&#233;cid&#233;, dans cette m&#233;morable soir&#233;e, que le groupe du salon jaune acceptait le coup d'&#201;tat et se d&#233;clarait ouvertement en faveur des faits accomplis. Vuillet fut charg&#233; d'&#233;crire imm&#233;diatement un article dans ce sens, que la Gazette publierait le lendemain. Lui et le marquis ne firent aucune objection. Ils avaient sans doute re&#231;u les instructions des personnages myst&#233;rieux auxquels ils faisaient parfois une d&#233;vote allusion. Le clerg&#233; et la noblesse se r&#233;signaient d&#233;j&#224; &#224; pr&#234;ter main-forte aux vainqueurs pour &#233;craser l'ennemie commune, la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir-l&#224;, pendant que le salon jaune d&#233;lib&#233;rait, Aristide eut des sueurs froides d'anxi&#233;t&#233;. Jamais joueur qui risque son dernier louis sur une carte n'a &#233;prouv&#233; une pareille angoisse. Dans la journ&#233;e, la d&#233;mission de son chef lui donna beaucoup &#224; r&#233;fl&#233;chir. Il lui entendit r&#233;p&#233;ter &#224; plusieurs reprises que le coup d'&#201;tat devait &#233;chouer. Ce fonctionnaire, d'une honn&#234;tet&#233; born&#233;e, croyait au triomphe d&#233;finitif de la d&#233;mocratie, sans avoir cependant le courage de travailler &#224; ce triomphe en r&#233;sistant. Aristide &#233;coutait d'ordinaire aux portes de la sous-pr&#233;fecture, pour avoir des renseignements pr&#233;cis ; il sentait qu'il marchait en aveugle, et il se raccrochait aux nouvelles qu'il volait &#224; l'administration. L'opinion du sous-pr&#233;fet le frappa ; mais il resta tr&#232;s-perplexe. Il pensait : &#171; Pourquoi s'&#233;loigne-t-il, s'il est certain de l'&#233;chec du prince pr&#233;sident ? &#187; Toutefois, forc&#233; de prendre un parti, il r&#233;solut de continuer son opposition. Il &#233;crivit un article tr&#232;s-hostile au coup d'&#201;tat, qu'il porta le soir m&#234;me &#224; l'Ind&#233;pendant, pour le num&#233;ro du lendemain matin. Il avait corrig&#233; les &#233;preuves de cet article, et il revenait chez lui, presque tranquillis&#233;, lorsqu'en passant par la rue de la Banne, il leva machinalement la t&#234;te et regarda les fen&#234;tres des Rougon. Ces fen&#234;tres &#233;taient vivement &#233;clair&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Que peuvent-ils comploter l&#224;-haut ? se demanda le journaliste avec une curiosit&#233; inqui&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une envie furieuse lui vint alors de conna&#238;tre l'opinion du salon jaune sur les derniers &#233;v&#233;nements. Il accordait &#224; ce groupe r&#233;actionnaire une m&#233;diocre intelligence ; mais ses doutes revenaient, il &#233;tait dans une de ces heures o&#249; l'on prendrait conseil d'un enfant de quatre ans. Il ne pouvait songer &#224; entrer chez son p&#232;re en ce moment, apr&#232;s la campagne qu'il avait faite contre Granoux et les autres. Il monta cependant, tout en songeant &#224; la singuli&#232;re mine qu'il ferait, si l'on venait &#224; le surprendre dans l'escalier. Arriv&#233; &#224; la porte des Rougon, il ne put saisir qu'un bruit confus de voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je suis un enfant, dit-il ; la peur me rend b&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il allait redescendre, quand il entendit sa m&#232;re qui reconduisait quelqu'un. Il n'eut que le temps de se jeter dans un trou noir que formait un petit escalier menant aux combles de la maison. La porte s'ouvrit, le marquis parut, suivi de F&#233;licit&#233;. M. de Carnavant se retirait d'habitude avant les rentiers de la ville neuve, sans doute pour ne pas avoir &#224; leur distribuer des poign&#233;es de main dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! petite, dit-il sur le palier, en &#233;touffant sa voix, ces gens sont encore plus poltrons que je ne l'aurais cru. Avec de pareils hommes, la France sera toujours &#224; qui osera la prendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ajouta avec amertume, comme se parlant &#224; lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; La monarchie est d&#233;cid&#233;ment devenue trop honn&#234;te pour les temps modernes. Son temps est fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eug&#232;ne avait annonc&#233; la crise &#224; son p&#232;re, dit F&#233;licit&#233;. Le triomphe du prince Louis lui para&#238;t assur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oh ! vous pouvez marcher hardiment, r&#233;pondit le marquis en descendant les premi&#232;res marches. Dans deux ou trois jours, le pays sera bel et bien garrott&#233;. &#192; demain, petite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; referma la porte. Aristide, dans son trou noir, venait d'avoir un &#233;blouissement. Sans attendre que le marquis e&#251;t gagn&#233; la rue, il d&#233;gringola quatre &#224; quatre l'escalier et s'&#233;lan&#231;a dehors comme un fou ; puis il prit sa course vers l'imprimerie de l'Ind&#233;pendant. Un flot de pens&#233;es battait dans sa t&#234;te. Il enrageait, il accusait sa famille de l'avoir dup&#233;. Comment ! Eug&#232;ne tenait ses parents au courant de la situation, et jamais sa m&#232;re ne lui avait fait lire les lettres de son fr&#232;re a&#238;n&#233;, dont il aurait suivi aveugl&#233;ment les conseils ! Et c'&#233;tait &#224; cette heure qu'il apprenait par hasard que ce fr&#232;re a&#238;n&#233; regardait le succ&#232;s du coup d'&#201;tat comme certain ! Cela, d'ailleurs, confirmait en lui certains pressentiments que cet imb&#233;cile de sous-pr&#233;fet lui avait emp&#234;ch&#233; d'&#233;couter. Il &#233;tait surtout exasp&#233;r&#233; contre son p&#232;re, qu'il avait cru assez sot pour &#234;tre l&#233;gitimiste, et qui se r&#233;v&#233;lait bonapartiste au bon moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; M'ont-ils laiss&#233; commettre assez de b&#234;tises, murmurait-il en courant. Je suis un joli monsieur, maintenant. Ah ! quelle &#233;cole ! Granoux est plus fort que moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il entra dans les bureaux de l'Ind&#233;pendant, avec un bruit de temp&#234;te, en demandant son article d'une voix &#233;trangl&#233;e. L'article &#233;tait d&#233;j&#224; mis en page. Il fit desserrer la forme, et ne se calma qu'apr&#232;s avoir d&#233;compos&#233; lui-m&#234;me l'article, en m&#234;lant furieusement les lettres comme un jeu de dominos. Le libraire qui dirigeait le journal, le regarda faire d'un air stup&#233;fait. Au fond, il &#233;tait heureux de l'incident, car l'article lui avait paru dangereux. Mais il lui fallait absolument de la mati&#232;re, s'il voulait que l'Ind&#233;pendant par&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous allez me donner autre chose ? demanda-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Certainement, r&#233;pondit Aristide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se mit &#224; une table et commen&#231;a un pan&#233;gyrique tr&#232;s-chaud du coup d'&#201;tat. D&#232;s la premi&#232;re ligne, il jurait que le prince Louis venait de sauver la R&#233;publique. Mais il n'avait pas &#233;crit une page, qu'il s'arr&#234;ta et parut chercher la suite. Sa face de fouine devenait inqui&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il faut que je rentre chez moi, dit-il enfin. Je vous enverrai cela tout &#224; l'heure. Vous para&#238;trez un peu plus tard, s'il est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revenant chez lui, il marcha lentement, perdu dans ses r&#233;flexions. L'ind&#233;cision le reprenait. Pourquoi se rallier si vite ? Eug&#232;ne &#233;tait un gar&#231;on intelligent, mais peut-&#234;tre sa m&#232;re avait-elle exag&#233;r&#233; la port&#233;e d'une simple phrase de sa lettre. En tout cas, il fallait mieux attendre et se taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une heure plus tard, Ang&#232;le arriva chez le libraire, en feignant une vive &#233;motion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mon mari vient de se blesser cruellement, dit-elle. Il s'est pris en rentrant les quatre doigts dans une porte. Il m'a, au milieu des plus vives souffrances, dict&#233; cette petite note qu'il vous prie de publier demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, l'Ind&#233;pendant, presque enti&#232;rement compos&#233; de faits divers, parut avec ces quelques lignes en t&#234;te de la premi&#232;re colonne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un regrettable accident survenu &#224; notre &#233;minent collaborateur, M. Aristide Rougon, va nous priver de ses articles pendant quelque temps. Le silence lui sera cruel dans les graves circonstances pr&#233;sentes. Mais aucun de nos lecteurs ne doutera des v&#339;ux que ses sentiments patriotiques font pour le bonheur de la France. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette note amphigourique avait &#233;t&#233; m&#251;rement &#233;tudi&#233;e. La derni&#232;re phrase pouvait s'expliquer en faveur de tous les partis. De cette fa&#231;on, apr&#232;s la victoire, Aristide se m&#233;nageait une superbe rentr&#233;e par un pan&#233;gyrique des vainqueurs. Le lendemain, il se montra dans toute la ville, le bras en &#233;charpe. Sa m&#232;re &#233;tant accourue, tr&#232;s-effray&#233;e par la note du journal, il refusa de lui montrer sa main et lui parla avec une amertume qui &#233;claira la vieille femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ce ne sera rien, lui dit-elle en le quittant, rassur&#233;e et l&#233;g&#232;rement railleuse. Tu n'as besoin que de repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut sans doute gr&#226;ce &#224; ce pr&#233;tendu accident et au d&#233;part du sous-pr&#233;fet, que l'Ind&#233;pendant dut de n'&#234;tre pas inqui&#233;t&#233;, comme le furent la plupart des journaux d&#233;mocratiques des d&#233;partements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e du 4 se passa &#224; Plassans dans un calme relatif. Il y eut, le soir, une manifestation populaire que la vue des gendarmes suffit &#224; disperser. Un groupe d'ouvriers vint demander la communication des d&#233;p&#234;ches de Paris &#224; M. Gar&#231;onnet, qui refusa avec hauteur ; en se retirant, le groupe poussa les cris de : Vive la R&#233;publique ! Vive la Constitution ! Puis, tout rentra dans l'ordre. Le salon jaune, apr&#232;s avoir comment&#233; longuement cette innocente promenade, d&#233;clara que les choses allaient pour le mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les journ&#233;es du 5 et du 6 furent plus inqui&#233;tantes. On apprit successivement l'insurrection des petites villes voisines ; tout le sud du d&#233;partement prenait les armes ; la Palud et Saint-Martin-de-Vaulx s'&#233;taient soulev&#233;s les premiers, entra&#238;nant &#224; leur suite les villages, Chavanoz, Naz&#232;res, Poujols, Valqueyras, Vernoux. Alors le salon jaune commen&#231;a &#224; &#234;tre s&#233;rieusement pris de panique. Ce qui l'inqui&#233;tait surtout, c'&#233;tait de sentir Plassans isol&#233; au sein m&#234;me de la r&#233;volte. Des bandes d'insurg&#233;s devaient battre les campagnes et interrompre toute communication. Granoux r&#233;p&#233;tait d'un air effar&#233; que M. le maire &#233;tait sans nouvelles. Et des gens commen&#231;aient &#224; dire que le sang coulait &#224; Marseille et qu'une formidable r&#233;volution avait &#233;clat&#233; &#224; Paris. Le commandant Sicardot, furieux de la poltronnerie des bourgeois, parlait de mourir &#224; la t&#234;te de ses hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7, un dimanche, la terreur fut &#224; son comble. D&#232;s six heures, le salon jaune, o&#249; une sorte de comit&#233; r&#233;actionnaire se tenait en permanence, fut encombr&#233; par une foule de bonshommes p&#226;les et frissonnants, qui causaient entre eux &#224; voix basse, comme dans la chambre d'un mort. On avait su, dans la journ&#233;e, qu'une colonne d'insurg&#233;s, forte environ de trois mille hommes, se trouvait r&#233;unie &#224; Alboise, un bourg &#233;loign&#233; au plus de trois lieues. On pr&#233;tendait, &#224; la v&#233;rit&#233;, que cette colonne devait se diriger sur le chef-lieu, en laissant Plassans &#224; sa gauche ; mais le plan de campagne pouvait &#234;tre chang&#233;, et il suffisait, d'ailleurs, aux rentiers poltrons de sentir les insurg&#233;s &#224; quelques kilom&#232;tres, pour s'imaginer que des mains rudes d'ouvriers les serraient d&#233;j&#224; &#224; la gorge. Ils avaient eu, le matin, un avant-go&#251;t de la r&#233;volte : les quelques r&#233;publicains de Plassans, voyant qu'ils ne sauraient rien tenter de s&#233;rieux dans la ville, avaient r&#233;solu d'aller rejoindre leurs fr&#232;res de la Palud et de Saint-Martin-de-Vaulx ; un premier groupe &#233;tait parti, vers onze heures, par la porte de Rome, en chantant la Marseillaise et en cassant quelques vitres. Une des fen&#234;tres de Granoux se trouvait endommag&#233;e. Il racontait le fait avec des balbutiements d'effroi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le salon jaune, cependant, s'agitait dans une vive anxi&#233;t&#233;. Le commandant avait envoy&#233; son domestique pour &#234;tre renseign&#233; sur la marche exacte des insurg&#233;s, et l'on attendait le retour de cet homme, en faisant les suppositions les plus &#233;tonnantes. La r&#233;union &#233;tait au complet. Roudier et Granoux, affaiss&#233;s dans leurs fauteuils, se jetaient des regards lamentables, tandis que, derri&#232;re eux, geignait le groupe ahuri des commer&#231;ants retir&#233;s. Vuillet, sans para&#238;tre trop effray&#233;, r&#233;fl&#233;chissait aux dispositions qu'il prendrait pour prot&#233;ger sa boutique et sa personne ; il d&#233;lib&#233;rait s'il se cacherait dans son grenier ou dans sa cave, et il penchait pour la cave. Pierre et le commandant marchaient de long en large, &#233;changeant un mot de temps &#224; autre. L'ancien marchand d'huile se raccrochait &#224; son ami Sicardot, pour lui emprunter un peu de son courage. Lui qui attendait la crise depuis si longtemps, il t&#226;chait de faire bonne contenance, malgr&#233; l'&#233;motion qui l'&#233;tranglait. Quant au marquis, plus pimpant et plus souriant que de coutume, il causait dans un coin avec F&#233;licit&#233;, qui paraissait fort gaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on sonna. Ces messieurs tressaillirent comme s'ils avaient entendu un coup de fusil. Pendant que F&#233;licit&#233; allait ouvrir, un silence de mort r&#233;gna dans le salon ; les faces, bl&#234;mes et anxieuses, se tendaient vers la porte. Le domestique du commandant parut sur le seuil, tout essouffl&#233;, et dit brusquement &#224; son ma&#238;tre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Monsieur, les insurg&#233;s seront ici dans une heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut un coup de foudre. Tout le monde se dressa en s'exclamant ; des bras se lev&#232;rent au plafond. Pendant plusieurs minutes, il fut impossible de s'entendre. On entourait le messager, on le pressait de questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Sacr&#233; tonnerre ! cria enfin le commandant, ne braillez donc pas comme &#231;a. Du calme, ou je ne r&#233;ponds plus de rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous retomb&#232;rent sur leurs si&#233;ges, en poussant de gros soupirs. On put alors avoir quelques d&#233;tails. Le messager avait rencontr&#233; la colonne aux Tulettes, et s'&#233;tait empress&#233; de revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ils sont au moins trois mille, dit-il. Ils marchent comme des soldats, par bataillons. J'ai cru voir des prisonniers au milieu d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Des prisonniers ! cri&#232;rent les bourgeois &#233;pouvant&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Sans doute ! interrompit le marquis de sa voix fl&#251;t&#233;e. On m'a dit que les insurg&#233;s arr&#234;taient les personnes connues pour leurs opinions conservatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle acheva de consterner le salon jaune. Quelques bourgeois se lev&#232;rent et gagn&#232;rent furtivement la porte, songeant qu'ils n'avaient pas trop de temps devant eux pour trouver une cachette s&#251;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'annonce des arrestations op&#233;r&#233;es par les r&#233;publicains parut frapper F&#233;licit&#233;. Elle prit le marquis &#224; part et lui demanda :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Que font donc ces hommes des gens qu'ils arr&#234;tent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais ils les emm&#232;nent &#224; leur suite, r&#233;pondit M. de Carnavant. Ils doivent les regarder comme d'excellents otages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! r&#233;pondit la vieille femme d'une voix singuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se remit &#224; suivre d'un air pensif la curieuse sc&#232;ne de panique qui se passait dans le salon. Peu &#224; peu, les bourgeois s'&#233;clips&#232;rent ; il ne resta bient&#244;t plus que Vuillet et Roudier, auxquels l'approche du danger rendait quelque courage. Quant &#224; Granoux, il demeura &#233;galement dans son coin, ses jambes lui refusant tout service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ma foi ! j'aime mieux cela, dit Sicardot en remarquant la fuite des autres adh&#233;rents. Ces poltrons finissaient par m'exasp&#233;rer. Depuis plus de deux ans, ils parlent de fusiller tous les r&#233;publicains de la contr&#233;e, et aujourd'hui ils ne leur tireraient seulement pas sous le nez un p&#233;tard d'un sou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il prit son chapeau et se dirigea vers la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voyons, continua-t-il, le temps presse&#8230; Venez, Rougon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; semblait attendre ce moment. Elle se jeta entre la porte et son mari, qui, d'ailleurs, ne s'empressait gu&#232;re de suivre le terrible Sicardot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne veux pas que tu sortes, cria-t-elle, en feignant un subit d&#233;sespoir. Jamais je ne te laisserai me quitter. Ces gueux te tueraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant s'arr&#234;ta, &#233;tonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Sacrebleu ! gronda-t-il, si les femmes se mettent &#224; pleurnicher, maintenant&#8230; Venez donc, Rougon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, non, reprit la vieille femme en affectant une terreur de plus en plus croissante, il ne vous suivra pas ; je m'attacherai plut&#244;t &#224; ses v&#234;tements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marquis, tr&#232;s-surpris de cette sc&#232;ne, regardait curieusement F&#233;licit&#233;. &#201;tait-ce bien cette femme qui, tout &#224; l'heure, causait si gaiement ? Quelle com&#233;die jouait-elle donc ? Cependant Pierre, depuis que sa femme le retenait, faisait mine de vouloir sortir &#224; toute force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je te dis que tu ne sortiras pas, r&#233;p&#233;tait la vieille, qui se cramponnait &#224; l'un de ses bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, se tournant vers le commandant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Comment pouvez-vous songer &#224; r&#233;sister ? Ils sont trois mille et vous ne r&#233;unirez pas cent hommes de courage. Vous allez vous faire &#233;gorger inutilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! c'est notre devoir, dit Sicardot impatient&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; &#233;clata en sanglots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; S'ils ne me le tuent pas, ils le feront prisonnier, poursuivit-elle, en regardant son mari fixement. Mon Dieu ! que deviendrai-je seule, dans une ville abandonn&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais, s'&#233;cria le commandant, croyez-vous que nous n'en serons pas moins arr&#234;t&#233;s, si nous permettons aux insurg&#233;s d'entrer tranquillement chez nous ? Je jure bien qu'au bout d'une heure, le maire et tous les fonctionnaires se trouveront prisonniers, sans compter votre mari et les habitu&#233;s de ce salon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marquis crut voir un vague sourire passer sur les l&#232;vres de F&#233;licit&#233;, pendant qu'elle r&#233;pondait d'un air &#233;pouvant&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous croyez ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pardieu ! reprit Sicardot, les r&#233;publicains ne sont pas assez b&#234;tes pour laisser des ennemis derri&#232;re eux. Demain, Plassans sera vide de fonctionnaires et de bons citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces paroles, qu'elle avait habilement provoqu&#233;es, F&#233;licit&#233; l&#226;cha le bras de son mari. Pierre ne fit plus mine de sortir. Gr&#226;ce &#224; sa femme, dont la savante tactique lui &#233;chappa d'ailleurs, et dont il ne soup&#231;onna pas un instant la secr&#232;te complicit&#233;, il venait d'entrevoir tout un plan de campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il faudrait d&#233;lib&#233;rer avant de prendre une d&#233;cision, dit-il au commandant. Ma femme n'a peut-&#234;tre pas tort, en nous accusant d'oublier les v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts de nos familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, certes, madame n'a pas tort, s'&#233;cria Granoux, qui avait &#233;cout&#233; les cris terrifi&#233;s de F&#233;licit&#233; avec le ravissement d'un poltron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commandant enfon&#231;a son chapeau sur sa t&#234;te, d'un geste &#233;nergique, et dit, d'une voix nette :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tort ou raison, peu m'importe. Je suis commandant de la garde nationale, je devrais d&#233;j&#224; &#234;tre &#224; la mairie. Avouez que vous avez peur et que vous me laissez seul&#8230; Alors, bonsoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il tournait le bouton de la porte, lorsque Rougon le retint vivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#201;coutez, Sicardot, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il l'entra&#238;na dans un coin, en voyant que Vuillet tendait ses larges oreilles. L&#224;, &#224; voix basse, il lui expliqua qu'il &#233;tait de bonne guerre de laisser derri&#232;re les insurg&#233;s quelques hommes &#233;nergiques, qui pourraient r&#233;tablir l'ordre dans la ville. Et comme le farouche commandant s'ent&#234;tait &#224; ne pas vouloir d&#233;serter son poste, il s'offrit pour se mettre &#224; la t&#234;te du corps de r&#233;serve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Donnez-moi, lui dit-il, la clef du hangar o&#249; sont les armes et les munitions, et faites dire &#224; une cinquantaine de nos hommes de ne pas bouger jusqu'&#224; ce que je les appelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sicardot finit par consentir &#224; ces mesures prudentes. Il lui confia la clef du hangar, comprenant lui-m&#234;me l'inutilit&#233; pr&#233;sente de la r&#233;sistance, mais voulant quand m&#234;me payer de sa personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant cet entretien, le marquis murmura quelques mots d'un air fin &#224; l'oreille de F&#233;licit&#233;. Il la complimentait sans doute sur son coup de th&#233;&#226;tre. La vieille femme ne put r&#233;primer un l&#233;ger sourire. Et comme Sicardot donnait une poign&#233;e de main &#224; Rougon et se disposait &#224; sortir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; D&#233;cid&#233;ment, vous nous quittez ? lui demanda-t-elle en reprenant son air boulevers&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Jamais un vieux soldat de Napol&#233;on, r&#233;pondit-il, ne se laissera intimider par la canaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait d&#233;j&#224; sur le palier, lorsque Granoux se pr&#233;cipita et lui cria :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Si vous allez &#224; la mairie, pr&#233;venez le maire de ce qui se passe. Moi, je cours chez ma femme pour la rassurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; s'&#233;tait &#224; son tour pench&#233;e &#224; l'oreille du marquis, en murmurant avec une joie discr&#232;te :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ma foi ! j'aime mieux que ce diable de commandant aille se faire arr&#234;ter. Il a trop de z&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Rougon avait ramen&#233; Granoux dans le salon. Roudier, qui, de son coin, suivait silencieusement la sc&#232;ne, en appuyant de signes &#233;nergiques les propositions de mesures prudentes, vint les retrouver. Quand le marquis et Vuillet se furent &#233;galement lev&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#192; pr&#233;sent, dit Pierre, que nous sommes seuls, entre gens paisibles, je vous propose de nous cacher, afin d'&#233;viter une arrestation certaine, et d'&#234;tre libres, lorsque nous redeviendrons les plus forts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Granoux faillit l'embrasser ; Roudier et Vuillet respir&#232;rent plus &#224; l'aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'aurai prochainement besoin de vous, messieurs, continua le marchand d'huile avec importance. C'est &#224; nous qu'est r&#233;serv&#233; l'honneur de r&#233;tablir l'ordre &#224; Plassans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Comptez sur nous, s'&#233;cria Vuillet avec un enthousiasme qui inqui&#233;ta F&#233;licit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure pressait. Les singuliers d&#233;fenseurs de Plassans qui se cachaient pour mieux d&#233;fendre la ville, se h&#226;t&#232;rent chacun d'aller s'enfouir au fond de quelque trou. Rest&#233; seul avec sa femme, Pierre lui recommanda de ne pas commettre la faute de se barricader, et de r&#233;pondre, si l'on venait la questionner, qu'il &#233;tait parti pour un petit voyage. Et comme elle faisait la niaise, feignant quelque terreur et lui demandant ce que tout cela allait devenir, il lui r&#233;pondit brusquement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#199;a ne te regarde pas. Laisse-moi conduire seul nos affaires. Elles n'en iront que mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques minutes apr&#232;s, il filait rapidement le long de la rue de la Banne. Arriv&#233; au cours Sauvaire, il vit sortir du vieux quartier une bande d'ouvriers arm&#233;s qui chantaient la Marseillaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Fichtre ! pensa-t-il, il &#233;tait temps. Voil&#224; la ville qui s'insurge, maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il h&#226;ta sa marche, qu'il dirigea vers la porte de Rome. L&#224;, il eut des sueurs froides, pendant les lenteurs que le gardien mit &#224; lui ouvrir cette porte. D&#232;s ses premiers pas sur la route, il aper&#231;ut, au clair de lune, &#224; l'autre bout du faubourg, la colonne des insurg&#233;s, dont les fusils jetaient de petites flammes blanches. Ce fut en courant qu'il s'engagea dans l'impasse Saint-Mittre et qu'il arriva chez sa m&#232;re, o&#249; il n'&#233;tait pas all&#233; depuis de longues ann&#233;es. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait pr&#232;s de onze heures du soir, lorsque les insurg&#233;s entr&#232;rent dans la ville, par la porte de Rome. Ce furent les ouvriers rest&#233;s &#224; Plassans qui leur ouvrirent cette porte &#224; deux battants, malgr&#233; les lamentations du gardien, auquel on n'arracha les clefs que par la force. Cet homme, tr&#232;s-jaloux de ses fonctions, demeura an&#233;anti devant ce flot de foule, lui qui ne laissait entrer qu'une personne &#224; la fois, apr&#232;s l'avoir longuement regard&#233;e au visage ; il murmurait qu'il &#233;tait d&#233;shonor&#233;. &#192; la t&#234;te de la colonne, marchaient toujours les hommes de Plassans, guidant les autres ; Miette, au premier rang, ayant Silv&#232;re &#224; sa gauche, levait le drapeau avec plus de cr&#226;nerie, depuis qu'elle sentait, derri&#232;re les persiennes closes, des regards effar&#233;s de bourgeois r&#233;veill&#233;s en sursaut. Les insurg&#233;s suivirent, avec une prudente lenteur, les rues de Rome et de la Banne ; &#224; chaque carrefour, ils craignaient d'&#234;tre accueillis &#224; coups de fusil, bien qu'ils connussent le temp&#233;rament calme des habitants. Mais la ville semblait morte ; &#224; peine entendait-on aux fen&#234;tres des exclamations &#233;touff&#233;es. Cinq ou six persiennes seulement s'ouvrirent ; quelque vieux rentier se montrait, en chemise, une bougie &#224; la main, se penchant pour mieux voir ; puis, d&#232;s que le bonhomme distinguait la grande fille rouge qui paraissait tra&#238;ner derri&#232;re elle cette foule de d&#233;mons noirs, il refermait pr&#233;cipitamment sa fen&#234;tre, terrifi&#233; par cette apparition diabolique. Le silence de la ville endormie tranquillisa les insurg&#233;s, qui os&#232;rent s'engager dans les ruelles du vieux quartier, et qui arriv&#232;rent ainsi sur la place du March&#233; et sur la place de l'H&#244;tel-de-Ville, qu'une rue courte et large relie entre elles. Les deux places, plant&#233;es d'arbres maigres, se trouvaient vivement &#233;clair&#233;es par la lune. Le b&#226;timent de l'H&#244;tel-de-Ville, fra&#238;chement restaur&#233;, faisait, au bord du ciel clair, une grande tache d'une blancheur crue sur laquelle le balcon du premier &#233;tage d&#233;tachait en minces lignes noires ses arabesques de fer forg&#233;. On distinguait nettement plusieurs personnes debout sur ce balcon, le maire, le commandant Sicardot, trois ou quatre conseillers municipaux, et d'autres fonctionnaires. En bas, les portes &#233;taient ferm&#233;es. Les trois mille r&#233;publicains, qui emplissaient les deux places, s'arr&#234;t&#232;rent, levant la t&#234;te, pr&#234;ts &#224; enfoncer les portes d'une pouss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e de la colonne insurrectionnelle, &#224; pareille heure, surprenait l'autorit&#233; &#224; l'improviste. Avant de se rendre &#224; la mairie, le commandant Sicardot avait pris le temps d'aller endosser son uniforme. Il fallut ensuite courir &#233;veiller le maire. Quand le gardien de la porte de Rome, laiss&#233; libre par les insurg&#233;s, vint annoncer que les sc&#233;l&#233;rats &#233;taient dans la ville, le commandant n'avait encore r&#233;uni &#224; grand'peine qu'une vingtaine de gardes nationaux. Les gendarmes, dont la caserne &#233;tait cependant voisine, ne purent m&#234;me &#234;tre pr&#233;venus. On dut fermer les portes &#224; la h&#226;te pour d&#233;lib&#233;rer. Cinq minutes plus tard, un roulement sourd et continu annon&#231;ait l'approche de la colonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Gar&#231;onnet, par haine de la r&#233;publique, aurait vivement souhait&#233; de se d&#233;fendre. Mais c'&#233;tait un homme prudent qui comprit l'inutilit&#233; de la lutte, en ne voyant autour de lui que quelques hommes p&#226;les et &#224; peine &#233;veill&#233;s. La d&#233;lib&#233;ration ne fut pas longue. Seul Sicardot s'ent&#234;ta ; il voulait se battre, il pr&#233;tendait que vingt hommes suffiraient pour mettre ces trois mille canailles &#224; la raison. M. Gar&#231;onnet haussa les &#233;paules et d&#233;clara que l'unique parti &#224; prendre &#233;tait de capituler d'une fa&#231;on honorable. Comme les brouhahas de la foule croissaient, il se rendit sur le balcon, o&#249; toutes les personnes pr&#233;sentes le suivirent. Peu &#224; peu le silence se fit. En bas, dans la masse noire et frissonnante des insurg&#233;s, les fusils et les faux luisaient au clair de lune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qui &#234;tes-vous et que voulez-vous ? cria le maire d'une voix forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, un homme en paletot, un propri&#233;taire de la Palud, s'avan&#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ouvrez la porte, dit-il sans r&#233;pondre aux questions de M. Gar&#231;onnet. &#201;vitez une lutte fratricide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vous somme de vous retirer, reprit le maire. Je proteste au nom de la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces paroles soulev&#232;rent dans la foule des clameurs assourdissantes. Quand le tumulte fut un peu calm&#233;, des interpellations v&#233;h&#233;mentes mont&#232;rent jusqu'au balcon. Des voix cri&#232;rent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est au nom de la loi que nous sommes venus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Votre devoir, comme fonctionnaire, est de faire respecter la loi fondamentale du pays, la constitution, qui vient d'&#234;tre outrageusement viol&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vive la constitution ! vive la r&#233;publique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme M. Gar&#231;onnet essayait de se faire entendre et continuait &#224; invoquer sa qualit&#233; de fonctionnaire, le propri&#233;taire de la Palud, qui &#233;tait rest&#233; au bas du balcon, l'interrompit avec une grande &#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous n'&#234;tes plus, dit-il, que le fonctionnaire d'un fonctionnaire d&#233;chu ; nous venons vous casser de vos fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusque-l&#224;, le commandant Sicardot avait terriblement mordu ses moustaches, en m&#226;chant de sourdes injures. La vue des b&#226;tons et des faux l'exasp&#233;rait ; il faisait des efforts inou&#239;s pour ne pas traiter comme ils le m&#233;ritaient ces soldats de quatre sous qui n'avaient pas m&#234;me chacun un fusil. Mais quand il entendit un monsieur en simple paletot parler de casser un maire ceint de son &#233;charpe, il ne put se taire davantage, il cria :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tas de gueux ! si j'avais seulement quatre hommes et un caporal, je descendrais vous tirer les oreilles pour vous rappeler au respect !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en fallait pas tant pour occasionner les plus graves accidents. Un long cri courut dans la foule, qui se rua contre les portes de la mairie. M. Gar&#231;onnet, constern&#233;, se h&#226;ta de quitter le balcon, en suppliant Sicardot d'&#234;tre raisonnable, s'il ne voulait pas les faire massacrer. En deux minutes, les portes c&#233;d&#232;rent, le peuple envahit la mairie et d&#233;sarma les gardes nationaux. Le maire et les autres fonctionnaires pr&#233;sents furent arr&#234;t&#233;s. Sicardot, qui voulut refuser son &#233;p&#233;e, dut &#234;tre prot&#233;g&#233; par le chef du contingent des Tulettes, homme d'un grand sang-froid, contre l'exasp&#233;ration de certains insurg&#233;s. Quand l'H&#244;tel-de-Ville fut au pouvoir des r&#233;publicains, ils conduisirent les prisonniers dans un petit caf&#233; de la place du March&#233;, o&#249; ils furent gard&#233;s &#224; vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e insurrectionnelle aurait &#233;vit&#233; de traverser Plassans, si les chefs n'avaient jug&#233; qu'un peu de nourriture et quelques heures de repos &#233;taient pour leurs hommes d'une absolue n&#233;cessit&#233;. Au lieu de se porter directement sur le chef-lieu, la colonne, par une inexp&#233;rience et une faiblesse inexcusables du g&#233;n&#233;ral improvis&#233; qui la commandait, accomplissait alors une conversion &#224; gauche, une sorte de large d&#233;tour qui devait la mener &#224; sa perte. Elle se dirigeait vers les plateaux de Sainte-Roure, &#233;loign&#233;s encore d'une dizaine de lieues, et c'&#233;tait la perspective de cette longue marche qui l'avait d&#233;cid&#233;e &#224; p&#233;n&#233;trer dans la ville, malgr&#233; l'heure avanc&#233;e. Il pouvait &#234;tre alors onze heures et demie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque M. Gar&#231;onnet sut que la bande r&#233;clamait des vivres, il s'offrit pour lui en procurer. Ce fonctionnaire montra, en cette circonstance difficile, une intelligence tr&#232;s-nette de la situation. Ces trois mille affam&#233;s devaient &#234;tre satisfaits ; il ne fallait pas que Plassans, &#224; son r&#233;veil, les trouv&#226;t encore assis sur les trottoirs de ses rues ; s'ils partaient avant le jour, ils auraient simplement pass&#233; au milieu de la ville endormie comme un mauvais r&#234;ve, comme un de ces cauchemars que l'aube dissipe. Bien qu'il rest&#226;t prisonnier, M. Gar&#231;onnet, suivi par deux gardiens, alla frapper aux portes des boulangers et fit distribuer aux insurg&#233;s toutes les provisions qu'il put d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers une heure, les trois mille hommes, accroupis &#224; terre, tenant leurs armes entre leurs jambes, mangeaient. La place du March&#233; et celle de l'H&#244;tel-de-Ville &#233;taient transform&#233;es en de vastes r&#233;fectoires. Malgr&#233; le froid vif, il y avait des tra&#238;n&#233;es de gaiet&#233; dans cette foule grouillante, dont les clart&#233;s vives de la lune dessinaient vivement les moindres groupes. Les pauvres affam&#233;s d&#233;voraient joyeusement leur part, en soufflant dans leurs doigts ; et, du fond des rues voisines, o&#249; l'on distinguait de vagues formes noires assises sur le seuil blanc des maisons, venaient aussi des rires brusques qui coulaient de l'ombre et se perdaient dans la grande cohue. Aux fen&#234;tres, les curieuses enhardies, des bonnes femmes coiff&#233;es de foulards, regardaient manger ces terribles insurg&#233;s, ces buveurs de sang allant &#224; tour de r&#244;le boire &#224; la pompe du march&#233;, dans le creux de leur main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que l'H&#244;tel-de-Ville &#233;tait envahi, la gendarmerie, situ&#233;e &#224; deux pas, dans la rue Canquoin, qui donne sur la halle, tombait &#233;galement au pouvoir du peuple. Les gendarmes furent surpris dans leur lit et d&#233;sarm&#233;s en quelques minutes. Les pouss&#233;es de la foule avaient entra&#238;n&#233; Miette et Silv&#232;re de ce c&#244;t&#233;. L'enfant, qui serrait toujours la hampe du drapeau contre sa poitrine, fut coll&#233;e contre le mur de la caserne, tandis que le jeune homme, emport&#233; par le flot humain, p&#233;n&#233;trait &#224; l'int&#233;rieur et aidait ses compagnons &#224; arracher aux gendarmes les carabines qu'ils avaient saisies &#224; la h&#226;te. Silv&#232;re, devenu farouche, gris&#233; par l'&#233;lan de la bande, s'attaqua &#224; un grand diable de gendarme nomm&#233; Rengade, avec lequel il lutta quelques instants. Il parvint, d'un mouvement brusque, &#224; lui enlever sa carabine. Le canon de l'arme alla frapper violemment Rengade au visage et lui creva l'&#339;il droit. Le sang coula, des &#233;claboussures jaillirent sur les mains de Silv&#232;re, qui fut subitement d&#233;gris&#233;. Il regarda ses mains, il l&#226;cha la carabine ; puis il sortit en courant, la t&#234;te perdue, secouant les doigts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu es bless&#233; ! cria Miette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, non, r&#233;pondit-il d'une voix &#233;touff&#233;e, c'est un gendarme que je viens de tuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Est-ce qu'il est mort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne sais pas, il avait du sang plein la figure. Viens vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il entra&#238;na la jeune fille. Arriv&#233; &#224; la halle, il la fit asseoir sur un banc de pierre. Il lui dit de l'attendre l&#224;. Il regardait toujours ses mains, il balbutiait. Miette finit par comprendre, &#224; ses paroles entrecoup&#233;es, qu'il voulait aller embrasser sa grand'm&#232;re avant de partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien ! va, dit-elle. Ne t'inqui&#232;te pas de moi. Lave tes mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'&#233;loigna rapidement, tenant ses doigts &#233;cart&#233;s, sans songer &#224; les tremper dans les fontaines aupr&#232;s desquelles il passait. Depuis qu'il avait senti sur sa peau la ti&#233;deur du sang de Rengade, une seule id&#233;e le poussait, courir aupr&#232;s de tante Dide et se laver les mains dans l'auge du puits, au fond de la petite cour. L&#224; seulement, il croyait pouvoir effacer ce sang. Toute son enfance paisible et tendre s'&#233;veillait, il &#233;prouvait un besoin irr&#233;sistible de se r&#233;fugier dans les jupes de sa grand'm&#232;re, ne f&#251;t-ce que pendant une minute. Il arriva haletant. Tante Dide n'&#233;tait pas couch&#233;e, ce qui aurait surpris Silv&#232;re en tout autre moment. Mais il ne vit pas m&#234;me, en entrant, son oncle Rougon, assis dans un coin, sur le vieux coffre. Il n'attendit pas les questions de la pauvre vieille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Grand'm&#232;re, dit-il rapidement, il faut me pardonner&#8230; Je vais partir avec les autres&#8230; Vous voyez, j'ai du sang&#8230; Je crois que j'ai tu&#233; un gendarme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu as tu&#233; un gendarme ! r&#233;p&#233;ta tante Dide d'une voix &#233;trange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des clart&#233;s aigu&#235;s s'allumaient dans ses yeux fix&#233;s sur les taches rouges. Brusquement, elle se tourna vers le manteau de la chemin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu as pris le fusil, dit-elle ; o&#249; est le fusil ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silv&#232;re, qui avait laiss&#233; la carabine aupr&#232;s de Miette, lui jura que l'arme &#233;tait en s&#251;ret&#233;. Pour la premi&#232;re fois, Ad&#233;la&#239;de fit allusion au contrebandier Macquart devant son petit-fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu rapporteras le fusil ? Tu me le promets ! dit-elle avec une singuli&#232;re &#233;nergie&#8230; C'est tout ce qui me reste de lui&#8230; Tu as tu&#233; un gendarme ; lui, ce sont les gendarmes qui l'ont tu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle continuait &#224; regarder Silv&#232;re fixement, d'un air de cruelle satisfaction, sans para&#238;tre songer &#224; le retenir. Elle ne lui demandait aucune explication, elle ne pleurait point, comme ces bonnes grand'm&#232;res qui voient leurs petits-enfants &#224; l'agonie pour la moindre &#233;gratignure. Tout son &#234;tre se tendait vers une m&#234;me pens&#233;e, qu'elle finit par formuler avec une curiosit&#233; ardente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Est-ce que c'est avec le fusil que tu as tu&#233; le gendarme ? demanda-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute Silv&#232;re entendit mal ou ne comprit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, r&#233;pondit-il&#8230; Je vais me laver les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne fut qu'en revenant du puits qu'il aper&#231;ut son oncle. Pierre avait entendu en p&#226;lissant les paroles du jeune homme. Vraiment, F&#233;licit&#233; avait raison, sa famille prenait plaisir &#224; le compromettre. Voil&#224; maintenant qu'un de ses neveux tuait les gendarmes ! Jamais il n'aurait la place de receveur, s'il n'emp&#234;chait ce fou furieux de rejoindre les insurg&#233;s. Il se mit devant la porte, d&#233;cid&#233; &#224; ne pas le laisser sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#201;coutez, dit-il &#224; Silv&#232;re, tr&#232;s-surpris de le trouver l&#224;, je suis le chef de la famille, je vous d&#233;fends de quitter cette maison. Il y va de votre honneur et du n&#244;tre. Demain, je t&#226;cherai de vous faire gagner la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silv&#232;re haussa les &#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Laissez-moi passer, r&#233;pondit-il tranquillement. Je ne suis pas un mouchard ; je ne ferai pas conna&#238;tre votre cachette, soyez tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme Rougon continuait de parler de la dignit&#233; de la famille et de l'autorit&#233; que lui donnait sa qualit&#233; d'a&#238;n&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Est-ce que je suis de votre famille ! continua le jeune homme. Vous m'avez toujours reni&#233;&#8230; Aujourd'hui, la peur vous a pouss&#233; ici, parce que vous sentez bien que le jour de la justice est venu. Voyons, place ! je ne me cache pas, moi ; j'ai un devoir &#224; accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon ne bougeait pas. Alors tante Dide, qui &#233;coutait les paroles v&#233;h&#233;mentes de Silv&#232;re avec une sorte de ravissement, posa sa main s&#232;che sur le bras de son fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#212;te-toi, Pierre, dit-elle, il faut que l'enfant sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme poussa l&#233;g&#232;rement son oncle et s'&#233;lan&#231;a dehors. Rougon, en refermant la porte avec soin, dit &#224; sa m&#232;re d'une voix pleine de col&#232;re et de menaces :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; S'il lui arrive malheur, ce sera de votre faute&#8230; Vous &#234;tes une vieille folle, vous ne savez pas ce que vous venez de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Ad&#233;la&#239;de ne parut pas l'entendre ; elle alla jeter un sarment dans le feu qui s'&#233;teignait, en murmurant avec un vague sourire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je connais &#231;a&#8230; Il restait des mois entiers dehors ; puis il me revenait mieux portant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle parlait sans doute de Macquart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant Silv&#232;re regagna la halle en courant. Comme il approchait de l'endroit o&#249; il avait laiss&#233; Miette, il entendit un bruit violent de voix et vit un rassemblement qui lui firent h&#226;ter le pas. Une sc&#232;ne cruelle venait de se passer. Des curieux circulaient dans la foule des insurg&#233;s, depuis que ces derniers s'&#233;taient tranquillement mis &#224; manger. Parmi ces curieux se trouvait Justin, le fils du m&#233;ger R&#233;bufat, un gar&#231;on d'une vingtaine d'ann&#233;es, cr&#233;ature ch&#233;tive et louche qui nourrissait contre sa cousine Miette une haine implacable. Au logis, il lui reprochait le pain qu'elle mangeait, il la traitait comme une mis&#233;rable ramass&#233;e par charit&#233; au coin d'une borne. Il est &#224; croire que l'enfant avait refus&#233; d'&#234;tre sa ma&#238;tresse. Gr&#234;le, blafard, les membres trop longs, le visage de travers, il se vengeait sur elle de sa propre laideur et des m&#233;pris que la belle et puissante fille avait d&#251; lui t&#233;moigner. Son r&#234;ve caress&#233; &#233;tait de la faire jeter &#224; la porte par son p&#232;re. Aussi l'espionnait-il sans rel&#226;che. Depuis quelque temps, il avait surpris ses rendez-vous avec Silv&#232;re ; il n'attendait qu'une occasion d&#233;cisive pour tout rapporter &#224; R&#233;bufat. Ce soir-l&#224;, l'ayant vue s'&#233;chapper de la maison vers huit heures, la haine l'emporta, il ne put se taire davantage. R&#233;bufat, au r&#233;cit qu'il lui fit, entra dans une col&#232;re terrible et dit qu'il chasserait cette coureuse &#224; coups de pied, si elle avait l'audace de revenir. Justin se coucha, savourant &#224; l'avance la belle sc&#232;ne qui aurait lieu le lendemain. Puis il &#233;prouva un &#226;pre d&#233;sir de prendre imm&#233;diatement un avant-go&#251;t de sa vengeance. Il se rhabilla et sortit. Peut-&#234;tre rencontrerait-il Miette. Il se promettait d'&#234;tre tr&#232;s-insolent. Ce fut ainsi qu'il assista &#224; l'entr&#233;e des insurg&#233;s et qu'il les suivit jusqu'&#224; l'H&#244;tel-de-Ville, avec le vague pressentiment qu'il allait retrouver les amoureux de ce c&#244;t&#233;. Il finit, en effet, par apercevoir sa cousine sur le banc o&#249; elle attendait Silv&#232;re. En la voyant v&#234;tue de sa grande pelisse et ayant &#224; c&#244;t&#233; d'elle le drapeau rouge, appuy&#233; contre un pilier de la halle, il se mit &#224; ricaner, &#224; la plaisanter grossi&#232;rement. La jeune fille, saisie &#224; sa vue, ne trouva pas une parole. Elle sanglotait sous les injures. Et tandis qu'elle &#233;tait toute secou&#233;e par les sanglots, la t&#234;te basse, se cachant la face, Justin l'appelait fille de for&#231;at et lui criait que le p&#232;re R&#233;bufat lui ferait danser une fameuse danse si jamais elle s'avisait de rentrer au Jas-Meiffren. Pendant un quart d'heure, il la tint ainsi frissonnante et meurtrie. Des gens avaient fait cercle, riant b&#234;tement de cette sc&#232;ne douloureuse. Quelques insurg&#233;s intervinrent enfin et menac&#232;rent le jeune homme de lui administrer une correction exemplaire, s'il ne laissait pas Miette tranquille. Mais Justin, tout en reculant, d&#233;clara qu'il ne les craignait pas. Ce fut &#224; ce moment que parut Silv&#232;re. Le jeune R&#233;bufat, en l'apercevant, fit un saut brusque, comme pour prendre la fuite ; il le redoutait, le sachant beaucoup plus vigoureux que lui. Il ne put cependant r&#233;sister &#224; la cuisante volupt&#233; d'insulter une derni&#232;re fois la jeune fille devant son amoureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! je savais bien, cria-t-il, que le charron ne devait pas &#234;tre loin ! C'est pour suivre ce toqu&#233;, n'est-ce pas, que tu nous as quitt&#233;s ? La malheureuse ! elle n'a pas seize ans ! &#192; quand le bapt&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fit encore quelques pas en arri&#232;re, en voyant Silv&#232;re serrer les poings.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et surtout, continua-t-il avec un ricanement ignoble, ne viens pas faire tes couches chez nous. Tu n'aurais pas besoin de sage-femme. Mon p&#232;re te d&#233;livrerait &#224; coups de pied, entends-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se sauva, hurlant, le visage meurtri. Silv&#232;re, d'un bond, s'&#233;tait jet&#233; sur lui et lui avait port&#233; en pleine figure un terrible coup de poing. Il ne le poursuivit pas. Quand il revint aupr&#232;s de Miette, il la trouva debout, essuyant fi&#233;vreusement ses larmes avec la paume de sa main. Comme il la regardait doucement, pour la consoler, elle eut un geste de brusque &#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, dit-elle, je ne pleure plus, tu vois&#8230; J'aime mieux &#231;a. Maintenant, je n'ai plus de remords d'&#234;tre partie. Je suis libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle reprit le drapeau, et ce fut elle qui ramena Silv&#232;re au milieu des insurg&#233;s. Il &#233;tait alors pr&#232;s de deux heures du matin. Le froid devenait tellement vif, que les r&#233;publicains s'&#233;taient lev&#233;s, achevant leur pain debout et cherchant &#224; se r&#233;chauffer en marquant le pas gymnastique sur place. Les chefs donn&#232;rent enfin l'ordre du d&#233;part. La colonne se reforma. Les prisonniers furent plac&#233;s au milieu ; outre M. Gar&#231;onnet et le commandant Sicardot, les insurg&#233;s avaient arr&#234;t&#233; et emmenaient M. Peirotte, le receveur, et plusieurs autres fonctionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment, on vit circuler Aristide parmi les groupes. Le cher gar&#231;on, devant ce soul&#232;vement formidable, avait pens&#233; qu'il &#233;tait imprudent de ne pas rester l'ami des r&#233;publicains ; mais comme, d'un autre c&#244;t&#233;, il ne voulait pas trop se compromettre avec eux, il &#233;tait venu leur faire ses adieux, le bras en &#233;charpe, en se plaignant am&#232;rement de cette maudite blessure qui l'emp&#234;chait de tenir une arme. Il rencontra dans la foule son fr&#232;re Pascal, muni d'une trousse et d'une petite caisse de secours. Le m&#233;decin lui annon&#231;a, de sa voix tranquille, qu'il allait suivre les insurg&#233;s. Aristide le traita tout bas de grand innocent. Il finit par s'esquiver, craignant qu'on ne lui confi&#226;t la garde de la ville, poste qu'il jugeait singuli&#232;rement p&#233;rilleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les insurg&#233;s ne pouvaient songer &#224; conserver Plassans en leur pouvoir. La ville &#233;tait anim&#233;e d'un esprit trop r&#233;actionnaire, pour qu'ils cherchassent m&#234;me &#224; y &#233;tablir une commission d&#233;mocratique, comme ils l'avaient d&#233;j&#224; fait ailleurs. Ils se seraient &#233;loign&#233;s simplement, si Macquart, pouss&#233; et enhardi par ses haines, n'avait offert de tenir Plassans en respect, &#224; la condition qu'on laiss&#226;t sous ses ordres une vingtaine d'hommes d&#233;termin&#233;s. On lui donna les vingt hommes, &#224; la t&#234;te desquels il alla triomphalement occuper la mairie. Pendant ce temps, la colonne descendait le cours Sauvaire et sortait par la Grand'Porte, laissant derri&#232;re elle, silencieuses et d&#233;sertes, ces rues qu'elle avait travers&#233;es comme un coup de temp&#234;te. Au loin s'&#233;tendaient les routes toutes blanches de lune. Miette avait refus&#233; le bras de Silv&#232;re ; elle marchait bravement, ferme et droite, tenant le drapeau rouge &#224; deux mains, sans se plaindre de l'ongl&#233;e qui lui bleuissait les doigts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au loin s'&#233;tendaient les routes toutes blanches de lune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bande insurrectionnelle, dans la campagne froide et claire, reprit sa marche h&#233;ro&#239;que. C'&#233;tait comme un large courant d'enthousiasme. Le souffle d'&#233;pop&#233;e qui emportait Miette et Silv&#232;re, ces grands enfants avides d'amour et de libert&#233;, traversait avec une g&#233;n&#233;rosit&#233; sainte les honteuses com&#233;dies des Macquart et des Rougon. La voix haute du peuple, par intervalles, grondait, entre les bavardages du salon jaune et les diatribes de l'oncle Antoine. Et la farce vulgaire, la farce ignoble, tournait au grand drame de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sortir de Plassans, les insurg&#233;s avaient pris la route d'Orch&#232;res. Ils devaient arriver &#224; cette ville vers dix heures du matin. La route remonte le cours de la Viorne, en suivant &#224; mi-c&#244;te les d&#233;tours des collines aux pieds desquelles coule le torrent. &#192; gauche, la plaine s'&#233;largit, immense tapis vert, piqu&#233; de loin en loin par les taches grises des villages. &#192; droite, la cha&#238;ne des Garrigues dresse ses pics d&#233;sol&#233;s, ses champs de pierres, ses blocs couleur de rouille, comme roussis par le soleil. Le grand chemin, formant chauss&#233;e du c&#244;t&#233; de la rivi&#232;re, passe au milieu de rocs &#233;normes, entre lesquels se montrent, &#224; chaque pas, des bouts de la vall&#233;e. Rien n'est plus sauvage, plus &#233;trangement grandiose, que cette route taill&#233;e dans le flanc m&#234;me des collines. La nuit surtout, ces lieux ont une horreur sacr&#233;e. Sous la lumi&#232;re p&#226;le, les insurg&#233;s s'avan&#231;aient comme dans une avenue de ville d&#233;truite, ayant aux deux bords des d&#233;bris de temples ; la lune faisait de chaque rocher un f&#251;t de colonne tronqu&#233;, un chapiteau &#233;croul&#233;, une muraille trou&#233;e de myst&#233;rieux portiques. En haut, la masse des Garrigues dormait, &#224; peine blanchie d'une teinte laiteuse, pareille &#224; une immense cit&#233; cyclop&#233;enne dont les tours, les ob&#233;lisques, les maisons aux terrasses hautes, auraient cach&#233; une moiti&#233; du ciel ; et, dans les fonds, du c&#244;t&#233; de la plaine, se creusait, s'&#233;largissait un oc&#233;an de clart&#233;s diffuses, une &#233;tendue vague, sans bornes, o&#249; flottaient des nappes de brouillard lumineux. La bande insurrectionnelle aurait pu croire qu'elle suivait une chauss&#233;e gigantesque, un chemin de ronde construit au bord d'une mer phosphorescente et tournant autour d'une Babel inconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nuit-l&#224;, la Viorne, au bas des rochers de la route, grondait d'une voix rauque. Dans ce roulement continu du torrent, les insurg&#233;s distinguaient des lamentations aigres de tocsin. Les villages &#233;pars dans la plaine, de l'autre c&#244;t&#233; de la rivi&#232;re, se soulevaient, sonnant l'alarme, allumant des feux. Jusqu'au matin, la colonne en marche, qu'un glas fun&#232;bre semblait suivre dans la nuit d'un tintement obstin&#233;, vit ainsi l'insurrection courir le long de la vall&#233;e comme une tra&#238;n&#233;e de poudre. Les feux tachaient l'ombre de points sanglants ; des chants lointains venaient, par souffles affaiblis ; toute la vague &#233;tendue, noy&#233;e sous les bu&#233;es blanch&#226;tres de la lune, s'agitait confus&#233;ment, avec de brusques frissons de col&#232;re. Pendant des lieues, le spectacle resta le m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces hommes, qui marchaient dans l'aveuglement de la fi&#232;vre que les &#233;v&#233;nements de Paris avaient mise au c&#339;ur des r&#233;publicains, s'exaltaient au spectacle de cette longue bande de terre toute secou&#233;e de r&#233;volte. Gris&#233;s par l'enthousiasme du soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral qu'ils r&#234;vaient, ils croyaient que la France les suivait, ils s'imaginaient voir, au-del&#224; de la Viorne, dans la vaste mer de clart&#233;s diffuses, des files d'hommes interminables qui couraient, comme eux, &#224; la d&#233;fense de la r&#233;publique. Et leur esprit rude, avec cette na&#239;vet&#233; et cette illusion des foules, concevait une victoire facile et certaine. Ils auraient saisi et fusill&#233; comme tra&#238;tre quiconque leur aurait dit, &#224; cette heure, que seuls ils avaient le courage du devoir, tandis que le reste du pays, &#233;cras&#233; de terreur, se laissait l&#226;chement garrotter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils puisaient encore un continuel entra&#238;nement de courage dans l'accueil que leur faisaient les quelques bourgs b&#226;tis sur le penchant des Garrigues, au bord de la route. D&#232;s l'approche de la petite arm&#233;e, les habitants se levaient en masse ; les femmes accouraient en leur souhaitant une prompte victoire ; les hommes, &#224; demi v&#234;tus, se joignaient &#224; eux, apr&#232;s avoir pris la premi&#232;re arme qui leur tombait sous la main. C'&#233;tait, &#224; chaque village, une nouvelle ovation, des cris de bienvenue, des adieux longuement r&#233;p&#233;t&#233;s. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit fut inqui&#232;te. Il passa un vent de malheur sur les insurg&#233;s. L'enthousiasme, la confiance de la veille furent comme emport&#233;s dans les t&#233;n&#232;bres. Au matin, les figures &#233;taient sombres ; il y avait des &#233;changes de regards tristes, des silences longs de d&#233;couragement. Des bruits effrayants couraient ; les mauvaises nouvelles, que les chefs avaient r&#233;ussi &#224; cacher depuis la veille, s'&#233;taient r&#233;pandues sans que personne e&#251;t parl&#233;, souffl&#233;es par cette bouche invisible qui jette d'une haleine la panique dans les foules. Des voix disaient que Paris &#233;tait vaincu, que la province avait tendu les pieds et les poings ; et ces voix ajoutaient que des troupes nombreuses parties de Marseille, sous les ordres du colonel Masson et de M. de Bl&#233;riot, le pr&#233;fet du d&#233;partement, s'avan&#231;aient &#224; marches forc&#233;es pour d&#233;truire les bandes insurrectionnelles. Ce fut un &#233;croulement, un r&#233;veil plein de col&#232;re et de d&#233;sespoir. Ces hommes, br&#251;lant la veille de fi&#232;vre patriotique, se sentirent frissonner dans le grand froid de la France soumise, honteusement agenouill&#233;e. Eux seuls avaient donc eu l'h&#233;ro&#239;sme du devoir ! Ils &#233;taient, &#224; cette heure, perdus au milieu de l'&#233;pouvante de tous, dans le silence de mort du pays ; ils devenaient des rebelles ; on allait les chasser &#224; coups de fusil, comme des b&#234;tes fauves. Et ils avaient r&#234;v&#233; une grande guerre, la r&#233;volte d'un peuple, la conqu&#234;te glorieuse du droit ! Alors, dans une telle d&#233;route, dans un tel abandon, cette poign&#233;e d'hommes pleura sa foi morte, son r&#234;ve de justice &#233;vanoui. Il y en eut qui, en injuriant la France enti&#232;re de sa l&#226;chet&#233;, jet&#232;rent leurs armes et all&#232;rent s'asseoir sur le bord des routes ; ils disaient qu'ils attendraient l&#224; les balles de la troupe, pour montrer comment mouraient des r&#233;publicains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que ces hommes n'eussent plus devant eux que l'exil ou la mort, il y eut peu de d&#233;sertions. Une admirable solidarit&#233; unissait ces bandes. Ce fut contre les chefs que la col&#232;re se tourna. Ils &#233;taient r&#233;ellement incapables. Des fautes irr&#233;parables avaient &#233;t&#233; commises ; et maintenant, l&#226;ch&#233;s, sans discipline, &#224; peine prot&#233;g&#233;s par quelques sentinelles, sous les ordres d'hommes irr&#233;solus, les insurg&#233;s se trouvaient &#224; la merci des premiers soldats qui se pr&#233;senteraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils pass&#232;rent deux jours encore &#224; Orch&#232;res, le mardi et le mercredi, perdant le temps, aggravant leur situation. Le g&#233;n&#233;ral, l'homme au sabre, que Silv&#232;re avait montr&#233; &#224; Miette sur la route de Plassans, h&#233;sitait, pliait sous la terrible responsabilit&#233; qui pesait sur lui. Le jeudi, il jugea que d&#233;cid&#233;ment la position d'Orch&#232;res &#233;tait dangereuse. Vers une heure, il donna l'ordre du d&#233;part, il conduisit sa petite arm&#233;e sur les hauteurs de Sainte-Roure. C'&#233;tait l&#224;, d'ailleurs, une position inexpugnable, pour qui aurait su la d&#233;fendre. Sainte-Roure &#233;tage ses maisons sur le flanc d'une colline ; derri&#232;re la ville, d'&#233;normes blocs de rochers ferment l'horizon ; on ne peut monter &#224; cette sorte de citadelle que par la plaine des Nores, qui s'&#233;largit au bas du plateau. Une esplanade, dont on a fait un cours, plant&#233; d'ormes superbes, domine la plaine. Ce fut sur cette esplanade que les insurg&#233;s camp&#232;rent. Les otages eurent pour prison une auberge, l'h&#244;tel de la Mule-Blanche, situ&#233;e au milieu du cours. La nuit se passa lourde et noire. On parla de trahison. D&#232;s le matin, l'homme au sabre, qui avait n&#233;glig&#233; de prendre les plus simples pr&#233;cautions, passa une revue. Les contingents &#233;taient align&#233;s, tournant le dos &#224; la plaine, avec le tohu-bohu &#233;trange des costumes, vestes brunes, paletots fonc&#233;s, blouses bleues, serr&#233;es par des ceintures rouges ; les armes, bizarrement m&#234;l&#233;es, luisaient au soleil clair, les faux aiguis&#233;es de frais, les larges pelles de terrassier, les canons brunis des fusils de chasse : lorsque, au moment o&#249; le g&#233;n&#233;ral improvis&#233; passait &#224; cheval devant la petite arm&#233;e, une sentinelle, qu'on avait oubli&#233;e dans un champ d'oliviers, accourut en gesticulant, en criant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Les soldats ! les soldats !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une &#233;motion inexprimable. On crut d'abord &#224; une fausse alerte. Les insurg&#233;s, oubliant toute discipline, se jet&#232;rent en avant, coururent au bout de l'esplanade, pour voir les soldats. Les rangs furent rompus. Et quand la ligne sombre de la troupe apparut, correcte, avec le large &#233;clair des ba&#239;onnettes, derri&#232;re le rideau gris&#226;tre des oliviers, il y eut un mouvement de recul, une confusion qui fit passer un frisson de panique d'un bout &#224; l'autre du plateau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, au milieu du cours, La Palud et Saint-Martin-de-Vaulx, s'&#233;tant reform&#233;s, se tenaient farouches et debout. Un b&#251;cheron, un g&#233;ant dont la t&#234;te d&#233;passait celle de ses compagnons, criait, en agitant sa cravate rouge : &#171; &#192; nous, Chavanoz, Graille, Poujols, Saint-Eutrope ! &#224; nous, les Tulettes ! &#224; nous, Plassans ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De grands courants de foule traversaient l'esplanade. L'homme au sabre, entour&#233; des gens de Faverolles, s'&#233;loigna, avec plusieurs contingents des campagnes, Vernoux, Corbi&#232;re, Marsanne, Pruinas, pour tourner l'ennemi et le prendre de flanc. D'autres, Valqueyras, Naz&#232;res, Castel-le-Vieux, les Roches-Noires, Murdaran, se jet&#232;rent &#224; gauche, se dispers&#232;rent en tirailleurs dans la plaine des Nores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, tandis que le cours se vidait, les villes, les villages que le b&#251;cheron avait appel&#233;s &#224; l'aide se r&#233;unissaient, formaient sous les ormes une masse sombre, irr&#233;guli&#232;re, group&#233;e en dehors de toutes les r&#232;gles de la strat&#233;gie, mais qui avait roul&#233; l&#224;, comme un bloc, pour barrer le chemin ou mourir. Plassans se trouvait au milieu de ce bataillon h&#233;ro&#239;que. Dans la teinte grise des blouses et des vestes, dans l'&#233;clat bleu&#226;tre des armes, la pelisse de Miette, qui tenait le drapeau &#224; deux mains, mettait une large tache rouge, une tache de blessure fra&#238;che et saignante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut brusquement un grand silence. &#192; une des fen&#234;tres de la Mule Blanche, la t&#234;te blafarde de M. Peirotte apparut. Il parlait, il faisait des gestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Rentrez, fermez les volets, cri&#232;rent les insurg&#233;s furieusement ; vous allez vous faire tuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les volets se ferm&#232;rent en toute h&#226;te, et l'on n'entendit plus que les pas cadenc&#233;s des soldats qui approchaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une minute s'&#233;coula, interminable. La troupe avait disparu ; elle &#233;tait cach&#233;e dans un pli de terrain, et bient&#244;t les insurg&#233;s aper&#231;urent, du c&#244;t&#233; de la plaine, au ras du sol, des pointes de ba&#239;onnettes qui poussaient, grandissaient, roulaient sous le soleil levant, comme un champ de bl&#233; aux &#233;pis d'acier. Silv&#232;re, &#224; ce moment, dans la fi&#232;vre qui le secouait, crut voir passer devant lui l'image du gendarme dont le sang lui avait tach&#233; les mains ; il savait, par les r&#233;cits de ses compagnons, que Rengade n'&#233;tait pas mort, qu'il avait simplement un &#339;il crev&#233; ; et il le distinguait nettement, avec son orbite vide, saignant, horrible. La pens&#233;e aigu&#235; de cet homme, auquel il n'avait plus song&#233; depuis son d&#233;part de Plassans, lui fut insupportable. Il craignit d'avoir peur. Il serrait violemment sa carabine, les yeux voil&#233;s par un brouillard, br&#251;lant de d&#233;charger son arme, de chasser l'image du borgne &#224; coups de feu. Les ba&#239;onnettes montaient toujours, lentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les t&#234;tes des soldats apparurent au bord de l'esplanade, Silv&#232;re, d'un mouvement instinctif, se tourna vers Miette. Elle &#233;tait l&#224;, grandie, le visage rose, dans les plis du drapeau rouge ; elle se haussait sur la pointe des pieds, pour voir la troupe ; une attente nerveuse faisait battre ses narines, montrait ses dents blanches de jeune loup dans la rougeur de ses l&#232;vres. Silv&#232;re lui sourit. Et il n'avait pas tourn&#233; la t&#234;te, qu'une fusillade &#233;clata. Les soldats, dont on ne voyait encore que les &#233;paules, venaient de l&#226;cher leur premier feu. Il lui sembla qu'un grand vent passait sur sa t&#234;te, tandis qu'une pluie de feuilles coup&#233;es par les balles tombaient des ormes. Un bruit sec, pareil &#224; celui d'une branche morte qui se casse, le fit regarder &#224; sa droite. Il vit par terre le grand b&#251;cheron, celui dont la t&#234;te d&#233;passait celles des autres, avec un petit trou noir au milieu du front. Alors il d&#233;chargea sa carabine devant lui, sans viser, puis il rechargea, tira de nouveau. Et cela, toujours, comme un furieux, comme une b&#234;te qui ne pense &#224; rien, qui se d&#233;p&#234;che de tuer. Il ne distinguait m&#234;me plus les soldats ; des fum&#233;es flottaient sous les ormes, pareilles &#224; des lambeaux de mousseline grise. Les feuilles continuaient &#224; pleuvoir sur les insurg&#233;s, la troupe tirait trop haut. Par instants, dans les bruits d&#233;chirants de la fusillade, le jeune homme entendait un soupir, un r&#226;le sourd ; et il y avait dans la petite bande une pouss&#233;e, comme pour faire de la place au malheureux qui tombait en se cramponnant aux &#233;paules de ses voisins. Pendant dix minutes, le feu dura.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, entre deux d&#233;charges, un homme cria : &#171; Sauve qui peut ! &#187; avec un accent terrible de terreur. Il y eut des grondements, des murmures de rage, qui disaient : &#171; Les l&#226;ches ! oh ! les l&#226;ches ! &#187; Des phrases sinistres couraient : le g&#233;n&#233;ral avait fui ; la cavalerie sabrait les tirailleurs dispers&#233;s dans la plaine des Nores. Et les coups de feu ne cessaient pas, ils partaient irr&#233;guliers, rayant la fum&#233;e de flammes brusques. Une voix rude r&#233;p&#233;tait qu'il fallait mourir l&#224;. Mais la voix affol&#233;e, la voix de terreur, criait plus haut : &#171; Sauve qui peut ! sauve qui peut ! &#187; Des hommes s'enfuirent, jetant leurs armes, sautant par-dessus les morts. Les autres serr&#232;rent les rangs. Il resta une dizaine d'insurg&#233;s. Deux prirent encore la fuite ; et, sur les huit autres, trois furent tu&#233;s d'un coup. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon, vers cinq heures du matin, osa enfin sortir de chez sa m&#232;re. La vieille s'&#233;tait endormie sur une chaise. Il s'aventura doucement jusqu'au bout de l'impasse Saint-Mittre. Pas un bruit, pas une ombre. Il poussa jusqu'&#224; la porte de Rome. Le trou de la porte, ouverte &#224; deux battants, b&#233;ante, s'enfon&#231;ait dans le noir de la ville endormie. Plassans dormait &#224; poings ferm&#233;s, sans para&#238;tre se douter de l'imprudence &#233;norme qu'il commettait en dormant ainsi les portes ouvertes. On e&#251;t dit une cit&#233; morte. Rougon, prenant confiance, s'engagea dans la rue de Nice. Il surveillait de loin les coins des ruelles ; il frissonnait, &#224; chaque creux de porte, croyant toujours voir une bande d'insurg&#233;s lui sauter aux &#233;paules. Mais il arriva au cours Sauvaire sans m&#233;saventure. D&#233;cid&#233;ment, les insurg&#233;s s'&#233;taient &#233;vanouis dans les t&#233;n&#232;bres, comme un cauchemar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors Pierre s'arr&#234;ta un instant sur le trottoir d&#233;sert. Il poussa un gros soupir de soulagement et de triomphe. Ces gueux de r&#233;publicains lui abandonnaient donc Plassans. La ville lui appartenait, &#224; cette heure : elle dormait comme une sotte ; elle &#233;tait l&#224;, noire et paisible, muette et confiante, et il n'avait qu'&#224; &#233;tendre la main pour la prendre. Cette courte halte, ce regard d'homme sup&#233;rieur jet&#233; sur le sommeil de toute une sous-pr&#233;fecture, lui caus&#232;rent des jouissances ineffables. Il resta l&#224;, croisant les bras, prenant, seul dans la nuit, une pose de grand capitaine &#224; la veille d'une victoire. Au loin, il n'entendait que le chant des fontaines du cours, dont les filets d'eau sonores tombaient dans les bassins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis des inqui&#233;tudes lui vinrent. Si, par malheur, on avait fait l'Empire sans lui ! si les Sicardot, les Gar&#231;onnet, les Peirotte, au lieu d'&#234;tre arr&#234;t&#233;s et emmen&#233;s par la bande insurrectionnelle, l'avaient jet&#233;e tout enti&#232;re dans les prisons de la ville ! Il eut une sueur froide, il se remit en marche, esp&#233;rant que F&#233;licit&#233; lui donnerait des renseignements exacts. Il avan&#231;ait plus rapidement, filant le long des maisons de la rue de la Banne, lorsqu'un spectacle &#233;trange, qu'il aper&#231;ut en levant la t&#234;te, le cloua net sur le pav&#233;. Une des fen&#234;tres du salon jaune &#233;tait vivement &#233;clair&#233;e, et, dans la lueur, une forme noire qu'il reconnut pour &#234;tre sa femme, se penchait, agitait les bras d'une fa&#231;on d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Il s'interrogeait, ne comprenait pas, effray&#233;, lorsqu'un objet dur vint rebondir sur le trottoir, &#224; ses pieds. F&#233;licit&#233; lui jetait la clef du hangar, o&#249; il avait cach&#233; une r&#233;serve de fusils. Cette clef signifiait clairement qu'il fallait prendre les armes. Il rebroussa chemin, ne s'expliquant pas pourquoi sa femme l'avait emp&#234;ch&#233; de monter, s'imaginant des choses terribles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il alla droit chez Roudier, qu'il trouva debout, pr&#234;t &#224; marcher, mais dans une ignorance compl&#232;te des &#233;v&#233;nements de la nuit. Roudier demeurait &#224; l'extr&#233;mit&#233; de la ville neuve, au fond d'un d&#233;sert o&#249; le passage des insurg&#233;s n'avait envoy&#233; aucun &#233;cho. Pierre lui proposa d'aller chercher Granoux, dont la maison faisait un angle de la place des R&#233;collets, et sous les fen&#234;tres duquel la bande avait d&#251; passer. La bonne du conseiller municipal parlementa longtemps avant de les introduire, et ils entendaient la voix tremblante du pauvre homme, qui criait du premier &#233;tage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; N'ouvrez pas, Catherine ! les rues sont infest&#233;es de brigands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait dans sa chambre &#224; coucher, sans lumi&#232;re. Quand il reconnut ses deux bons amis, il fut soulag&#233; ; mais il ne voulut pas que la bonne apport&#226;t une lampe, de peur que la clart&#233; ne lui attir&#226;t quelque balle. Il semblait croire que la ville &#233;tait encore pleine d'insurg&#233;s. Renvers&#233; sur un fauteuil, pr&#232;s de la fen&#234;tre, en cale&#231;on et la t&#234;te envelopp&#233;e d'un foulard, il geignait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! mes amis, si vous saviez !&#8230; J'ai essay&#233; de me coucher ; mais ils faisaient un tapage ! Alors je me suis jet&#233; dans ce fauteuil. J'ai tout vu, tout. Des figures atroces, une bande de for&#231;ats &#233;chapp&#233;s. Puis ils ont repass&#233; ; ils entra&#238;naient le brave commandant Sicardot, le digne M. Gar&#231;onnet, le directeur des postes, tous ces messieurs, en poussant des cris de cannibales !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon eut une joie chaude. Il fit r&#233;p&#233;ter &#224; Granoux qu'il avait bien vu le maire et les autres au milieu de ces brigands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quand je vous le dis ! pleurait le bonhomme ; j'&#233;tais derri&#232;re ma persienne&#8230; C'est comme M. Peirotte, ils sont venus l'arr&#234;ter ; je l'ai entendu qui disait, en passant sous ma fen&#234;tre : &#171; Messieurs, ne me faites pas de mal. &#187; Ils devaient le martyriser&#8230; C'est une honte, une honte&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roudier calma Granoux en lui affirmant que la ville &#233;tait libre. Aussi le digne homme fut-il pris d'une belle ardeur guerri&#232;re, lorsque Pierre lui apprit qu'il venait le chercher pour sauver Plassans. Les trois sauveurs d&#233;lib&#233;r&#232;rent. Ils r&#233;solurent d'aller &#233;veiller chacun leurs amis et de leur donner rendez-vous dans le hangar, l'arsenal secret de la r&#233;action. Rougon songeait toujours aux grands gestes de F&#233;licit&#233;, flairant un p&#233;ril quelque part. Granoux, assur&#233;ment le plus b&#234;te des trois, fut le premier &#224; trouver qu'il devait &#234;tre rest&#233; des r&#233;publicains dans la ville. Ce fut un trait de lumi&#232;re, et Rougon, avec un pressentiment qui ne le trompa pas, se dit en lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il y a du Macquart l&#224;-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout d'une heure, ils se retrouv&#232;rent dans le hangar, situ&#233; au fond d'un quartier perdu. Ils &#233;taient all&#233;s discr&#232;tement, de porte en porte, &#233;touffant le bruit des sonnettes et des marteaux, racolant le plus d'hommes possible. Mais ils n'avaient pu en r&#233;unir qu'une quarantaine, qui arriv&#232;rent &#224; la file, se glissant dans l'ombre, sans cravate, avec les mines bl&#234;mes et encore tout endormies de bourgeois effar&#233;s. Le hangar, lou&#233; &#224; un tonnelier, se trouvait encombr&#233; de vieux cercles, de barils effondr&#233;s, qui s'entassaient dans les coins. Au milieu, les fusils &#233;taient couch&#233;s dans trois caisses longues. Un rat-de-cave, pos&#233; sur une pi&#232;ce de bois, &#233;clairait cette sc&#232;ne &#233;trange d'une lueur de veilleuse qui vacillait. Quand Rougon eut retir&#233; les couvercles des trois caisses, ce fut un spectacle d'un sinistre grotesque. Au-dessus des fusils, dont les canons luisaient, bleu&#226;tres et comme phosphorescents, des cous s'allongeaient, des t&#234;tes se penchaient avec une sorte d'horreur secr&#232;te, tandis que, sur les murs, la clart&#233; jaune du rat-de-cave dessinait l'ombre de nez &#233;normes et de m&#232;ches de cheveux roidies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant la bande r&#233;actionnaire se compta, et, devant son petit nombre, elle eut une h&#233;sitation. On n'&#233;tait que trente-neuf, on allait pour s&#251;r se faire massacrer ; un p&#232;re de famille parla de ses enfants ; d'autres, sans all&#233;guer de pr&#233;texte, se dirig&#232;rent vers la porte. Mais deux conjur&#233;s arriv&#232;rent encore ; ceux-l&#224; demeuraient sur la place de l'H&#244;tel-de-Ville, ils savaient qu'il restait, &#224; la mairie, au plus une vingtaine de r&#233;publicains. On d&#233;lib&#233;ra de nouveau. Quarante et un contre vingt parut un chiffre possible. La distribution des armes se fit au milieu d'un petit fr&#233;missement. C'&#233;tait Rougon qui puisait dans les caisses, et chacun, en recevant son fusil, dont le canon, par cette nuit de d&#233;cembre, &#233;tait glac&#233;, sentait un grand froid le p&#233;n&#233;trer et le geler jusqu'aux entrailles. Les ombres, sur les murs, prirent des attitudes bizarres de conscrits embarrass&#233;s, &#233;cartant leurs dix doigts. Pierre referma les caisses avec regret ; il laissait l&#224; cent neuf fusils qu'il aurait distribu&#233;s de bon c&#339;ur ; ensuite il passa au partage des cartouches. Il y en avait, au fond de la remise, deux grands tonneaux, pleins jusqu'aux bords, de quoi d&#233;fendre Plassans contre une arm&#233;e. Et, comme ce coin n'&#233;tait pas &#233;clair&#233;, et qu'un de ces messieurs apportait le rat-de-cave, un autre des conjur&#233;s, &#8212; c'&#233;tait un gros charcutier qui avait des poings de g&#233;ant, &#8212; se f&#226;cha, disant qu'il n'&#233;tait pas du tout prudent d'approcher ainsi la lumi&#232;re. On l'approuva fort. Les cartouches furent distribu&#233;es en pleine obscurit&#233;. Ils s'en emplirent les poches &#224; les faire crever. Puis, quand ils furent pr&#234;ts, quand ils eurent charg&#233; leurs armes avec des pr&#233;cautions infinies, ils rest&#232;rent l&#224; un instant, &#224; se regarder d'un air louche, en &#233;changeant des regards o&#249; de la cruaut&#233; l&#226;che luisait dans de la b&#234;tise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rues, ils s'avanc&#232;rent le long des maisons, muets, sur une seule file, comme des sauvages qui partent pour la guerre. Rougon avait tenu &#224; honneur de marcher en t&#234;te ; l'heure &#233;tait venue o&#249; il devait payer de sa personne, s'il voulait le succ&#232;s de ses plans ; il avait des gouttes de sueur au front, malgr&#233; le froid, mais il gardait une allure tr&#232;s-martiale. Derri&#232;re lui, venaient imm&#233;diatement Roudier et Granoux. &#192; deux reprises, la colonne s'arr&#234;ta net ; elle avait cru entendre des bruits lointains de bataille ; ce n'&#233;tait que les petits plats &#224; barbe de cuivre, pendus par des cha&#238;nettes, qui servent d'enseigne aux perruquiers du Midi, et que des souffles de vent agitaient. Apr&#232;s chaque halte, les sauveurs de Plassans reprenaient leur marche prudente dans le noir, avec leur allure de h&#233;ros effarouch&#233;s. Ils arriv&#232;rent ainsi sur la place de l'H&#244;tel-de-Ville. L&#224;, ils se group&#232;rent autour de Rougon, d&#233;lib&#233;rant une fois de plus. En face d'eux, sur la fa&#231;ade noire de la mairie, une seule fen&#234;tre &#233;tait &#233;clair&#233;e. Il &#233;tait pr&#232;s de sept heures, le jour allait para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s dix bonnes minutes de discussion, il fut d&#233;cid&#233; qu'on avancerait jusqu'&#224; la porte, pour voir ce que signifiait cette ombre et ce silence inqui&#233;tants. La porte &#233;tait entr'ouverte. Un des conjur&#233;s passa la t&#234;te et la retira vivement, disant qu'il y avait, sous le porche, un homme assis contre le mur, avec un fusil entre les jambes, et qui dormait. Rougon, voyant qu'il pouvait d&#233;buter par un exploit, entra le premier, s'empara de l'homme et le maintint, pendant que Roudier le b&#226;illonnait. Ce premier succ&#232;s, remport&#233; dans le silence, encouragea singuli&#232;rement la petite troupe, qui avait r&#234;v&#233; une fusillade tr&#232;s-meurtri&#232;re. Et Rougon faisait des signes imp&#233;rieux pour que la joie de ses soldats n'&#233;clat&#226;t pas trop bruyamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils continu&#232;rent &#224; avancer sur la pointe des pieds. Puis, &#224; gauche, dans le poste de police qui se trouvait l&#224;, ils aper&#231;urent une quinzaine d'hommes couch&#233;s sur un lit de camp, ronflant dans la lueur mourante d'une lanterne accroch&#233;e au mur. Rougon, qui d&#233;cid&#233;ment devenait un grand g&#233;n&#233;ral, laissa devant le poste la moiti&#233; de ses hommes, avec l'ordre de ne pas r&#233;veiller les dormeurs, mais de les tenir en respect et de les faire prisonniers, s'ils bougeaient. Ce qui l'inqui&#233;tait, c'&#233;tait cette fen&#234;tre &#233;clair&#233;e qu'ils avaient vue de la place ; il flairait toujours Macquart dans l'affaire, et comme il sentait qu'il fallait d'abord s'emparer de ceux qui veillaient en haut, il n'&#233;tait pas f&#226;ch&#233; d'op&#233;rer par surprise, avant que le bruit d'une lutte les f&#238;t se barricader. Il monta doucement, suivi des vingt h&#233;ros dont il disposait encore. Roudier commandait le d&#233;tachement rest&#233; dans la cour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macquart, en effet, se carrait en haut dans le cabinet du maire, assis dans son fauteuil, les coudes sur son bureau. Apr&#232;s le d&#233;part des insurg&#233;s, avec cette belle confiance d'un homme d'esprit grossier, tout &#224; son id&#233;e fixe et tout &#224; sa victoire, il s'&#233;tait dit qu'il &#233;tait le ma&#238;tre de Plassans et qu'il allait s'y conduire en triomphateur. Pour lui, cette bande de trois mille hommes qui venait de traverser la ville &#233;tait une arm&#233;e invincible, dont le voisinage suffirait pour tenir ses bourgeois humbles et dociles sous sa main. Les insurg&#233;s avaient enferm&#233; les gendarmes dans leur caserne, la garde nationale se trouvait d&#233;membr&#233;e, le quartier noble devait crever de peur, les rentiers de la ville neuve n'avaient certainement jamais touch&#233; un fusil de leur vie. Pas d'armes, d'ailleurs, pas plus que de soldats. Il ne prit seulement pas la pr&#233;caution de faire fermer les portes, et tandis que ses hommes poussaient la confiance plus loin encore, jusqu'&#224; s'endormir, il attendait tranquillement le jour qui allait, pensait-il, amener et grouper autour de lui tous les r&#233;publicains du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; il songeait aux grandes mesures r&#233;volutionnaires : la nomination d'une Commune dont il serait le chef, l'emprisonnement des mauvais patriotes et surtout des gens qui lui d&#233;plaisaient. La pens&#233;e des Rougon vaincus, du salon jaune d&#233;sert, de toute cette clique lui demandant gr&#226;ce, le plongeait dans une douce joie. Pour prendre patience, il avait r&#233;solu d'adresser une proclamation aux habitants de Plassans. Ils s'&#233;taient mis quatre pour r&#233;diger cette affiche. Quand elle fut termin&#233;e, Macquart, prenant une pose digne dans le fauteuil du maire, se la fit lire, avant de l'envoyer &#224; l'imprimerie de l'Ind&#233;pendant, sur le civisme de laquelle il comptait. Un des r&#233;dacteurs commen&#231;ait avec emphase : &#171; Habitants de Plassans, l'heure de l'ind&#233;pendance a sonn&#233;, le r&#232;gne de la justice est venu&#8230; &#187; lorsqu'un bruit se fit entendre &#224; la porte du cabinet, qui s'ouvrait lentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est toi, Cassoute ? demanda Macquart en interrompant la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne r&#233;pondit pas ; la porte s'ouvrait toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Entre donc ! reprit-il avec impatience. Mon brigand de fr&#232;re est chez lui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, brusquement, les deux battants de la porte, pouss&#233;s avec violence, claqu&#232;rent contre les murs, et un flot d'hommes arm&#233;s, au milieu desquels marchait Rougon, tr&#232;s-rouge, les yeux hors des orbites, envahirent le cabinet en brandissant leurs fusils comme des b&#226;tons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! les canailles, ils ont des armes ! hurla Macquart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il voulut prendre une paire de pistolets pos&#233;s sur le bureau ; mais il avait d&#233;j&#224; cinq hommes &#224; la gorge qui le maintenaient. Les quatre r&#233;dacteurs de la proclamation lutt&#232;rent un instant. Il y eut des pouss&#233;es, des tr&#233;pignements sourds, des bruits de chute. Les combattants &#233;taient singuli&#232;rement embarrass&#233;s par leurs fusils, qui ne leur servaient &#224; rien, et qu'ils ne voulaient pas l&#226;cher. Dans la lutte, celui de Rougon, qu'un insurg&#233; cherchait &#224; lui arracher, partit tout seul, avec une d&#233;tonation &#233;pouvantable, en emplissant le cabinet de fum&#233;e ; la balle alla briser une superbe glace, montant de la chemin&#233;e au plafond, et qui avait la r&#233;putation d'&#234;tre une des plus belles glaces de la ville. Ce coup de feu, tir&#233; on ne savait pourquoi, assourdit tout le monde et mit fin &#224; la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, pendant que ces messieurs soufflaient, on entendit trois d&#233;tonations qui venaient de la cour. Granoux courut &#224; une des fen&#234;tres du cabinet. Les visages s'allong&#232;rent, et tous, pench&#233;s anxieusement, attendirent, peu soucieux d'avoir &#224; recommencer la lutte avec les hommes du poste, qu'ils avaient oubli&#233;s dans leur victoire. Mais la voix de Roudier cria que tout allait bien. Granoux referma la fen&#234;tre, rayonnant. La v&#233;rit&#233; &#233;tait que le coup de feu de Rougon avait r&#233;veill&#233; les dormeurs ; ils s'&#233;taient rendus, voyant toute r&#233;sistance impossible. Seulement, dans la h&#226;te aveugle qu'ils avaient d'en finir, trois des hommes de Roudier avaient d&#233;charg&#233; leurs armes en l'air, comme pour r&#233;pondre &#224; la d&#233;tonation d'en haut, sans bien savoir ce qu'ils faisaient. Il y a de ces moments o&#249; les fusils partent d'eux-m&#234;mes dans les mains des poltrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant Rougon fit lier solidement les poings de Macquart avec les embrasses des grands rideaux verts du cabinet. Celui-ci ricanait, pleurant de rage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est cela, allez toujours&#8230; balbutiait-il. Ce soir ou demain, quand les autres reviendront, nous r&#233;glerons nos comptes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette allusion &#224; la bande insurrectionnelle fit passer un frisson dans le dos des vainqueurs. Rougon surtout &#233;prouva un l&#233;ger &#233;tranglement. Son fr&#232;re, qui &#233;tait exasp&#233;r&#233; d'avoir &#233;t&#233; surpris comme un enfant par ces bourgeois effar&#233;s, qu'il traitait d'abominables p&#233;kins, &#224; titre d'ancien soldat, le regardait, le bravait avec des yeux luisants de haine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! j'en sais de belles, j'en sais de belles ! reprit-il sans le quitter du regard. Envoyez-moi donc un peu devant la Cour d'assises pour que je raconte aux juges des histoires qui feront rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon devint bl&#234;me. Il eut une peur atroce que Macquart ne parl&#226;t et ne le perd&#238;t dans l'estime des messieurs qui venaient de l'aider &#224; sauver Plassans. D'ailleurs, ces messieurs, tout ahuris de la rencontre dramatique des deux fr&#232;res, s'&#233;taient retir&#233;s dans un coin du cabinet, en voyant qu'une explication orageuse allait avoir lieu. Rougon prit une d&#233;cision h&#233;ro&#239;que. Il s'avan&#231;a vers le groupe et dit d'un ton tr&#232;s-noble :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous garderons cet homme ici. Quand il aura r&#233;fl&#233;chi &#224; sa situation, il pourra nous donner des renseignements utiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, d'une voix encore plus digne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'accomplirai mon devoir, messieurs. J'ai jur&#233; de sauver la ville de l'anarchie, et je la sauverai, duss&#233;-je &#234;tre le bourreau de mon plus proche parent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On e&#251;t dit un vieux Romain sacrifiant sa famille sur l'autel de la patrie. Granoux, tr&#232;s-&#233;mu, vint lui serrer la main d'un air larmoyant qui signifiait : &#171; Je vous comprends, vous &#234;tes sublime ! &#187; Il lui rendit ensuite le service d'emmener tout le monde, sous le pr&#233;texte de conduire dans la cour les quatre prisonniers qui &#233;taient l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Pierre fut seul avec son fr&#232;re, il sentit tout son aplomb lui revenir. Il reprit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous ne m'attendiez gu&#232;re, n'est-ce pas ? Je comprends maintenant : vous deviez avoir dress&#233; quelque guet-apens chez moi. Malheureux ! voyez o&#249; vous ont conduit vos vices et vos d&#233;sordres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macquart haussa les &#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tenez, r&#233;pondit-il, fichez-moi la paix. Vous &#234;tes un vieux coquin. Rira bien qui rira le dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon, qui n'avait pas de plan arr&#234;t&#233; &#224; son &#233;gard, le poussa dans un cabinet de toilette o&#249; M. Gar&#231;onnet venait se reposer parfois. Ce cabinet, &#233;clair&#233; par en haut, n'avait d'autre issue que la porte d'entr&#233;e. Il &#233;tait meubl&#233; de quelques fauteuils, d'un divan et d'un lavabo de marbre. Pierre ferma la porte &#224; double tour, apr&#232;s avoir d&#233;li&#233; &#224; moiti&#233; les mains de son fr&#232;re. On entendit ce dernier se jeter sur le divan, et il entonna le &#199;a ira ! d'une voix formidable, comme pour se bercer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon, seul enfin, s'assit &#224; son tour dans le fauteuil du maire. Il poussa un soupir, il s'essuya le front. Que la conqu&#234;te de la fortune et des honneurs &#233;tait rude ! Enfin il touchait au but, il sentait le fauteuil moelleux s'enfoncer sous lui, il caressait de la main, d'un geste machinal, le bureau d'acajou, qu'il trouvait soyeux et d&#233;licat comme la peau d'une jolie femme. Et il se carra davantage, il prit la pose digne que Macquart avait un instant auparavant, en &#233;coutant la lecture de la proclamation. Autour de lui, le silence du cabinet lui semblait prendre une gravit&#233; religieuse qui lui p&#233;n&#233;trait l'&#226;me d'une divine volupt&#233;. Il n'&#233;tait pas jusqu'&#224; l'odeur de poussi&#232;re et de vieux papiers, tra&#238;nant dans les coins, qui ne mont&#226;t comme un encens &#224; ses narines dilat&#233;es. Cette pi&#232;ce, aux tentures fan&#233;es, puant les affaires &#233;troites, les soucis mis&#233;rables d'une municipalit&#233; de troisi&#232;me ordre, &#233;tait un temple dont il devenait le dieu. Il entrait dans quelque chose de sacr&#233;. Lui qui, au fond, n'aimait pas les pr&#234;tres, il se rappela l'&#233;motion d&#233;licieuse de sa premi&#232;re communion quand il avait cru avaler J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans son ravissement, il &#233;prouvait de petits soubresauts nerveux, &#224; chaque &#233;clat de voix de Macquart. Les mots d'aristocrate, de lanterne, les menaces de pendaison, lui arrivaient par souffles violents &#224; travers la porte, et coupaient d'une fa&#231;on d&#233;sagr&#233;able son r&#234;ve triomphant. Toujours cet homme ! Et son r&#234;ve, qui lui montrait Plassans &#224; ses pieds, s'achevait par la vision brusque de la cour d'assises, des juges, des jur&#233;s et du public, &#233;coutant les r&#233;v&#233;lations honteuses de Macquart, l'histoire des cinquante mille francs et les autres ; ou bien, tout en go&#251;tant la mollesse du fauteuil de M. Gar&#231;onnet, il se voyait tout d'un coup pendu &#224; une lanterne de la rue de la Banne. Qui donc le d&#233;barrasserait de ce mis&#233;rable ? Enfin Antoine s'endormit. Pierre eut dix bonnes minutes d'extase pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roudier et Granoux vinrent le tirer de cette b&#233;atitude. Ils arrivaient de la prison, o&#249; ils avaient conduit les insurg&#233;s. Le jour grandissait, la ville allait s'&#233;veiller, il s'agissait de prendre un parti. Roudier d&#233;clara qu'avant tout il serait bon d'adresser une proclamation aux habitants. Pierre, justement, lisait celle que les insurg&#233;s avaient laiss&#233;e sur une table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais, s'&#233;cria-t-il, voil&#224; qui nous convient parfaitement. Il n'y a que quelques mots &#224; changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, en effet, un quart d'heure suffit, au bout duquel Granoux lut, d'une voix &#233;mue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Habitants de Plassans, l'heure de la r&#233;sistance a sonn&#233;, le r&#232;gne de l'ordre est revenu&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut d&#233;cid&#233; que l'imprimerie de la Gazette imprimerait la proclamation, et qu'on l'afficherait &#224; tous les coins de rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Maintenant, &#233;coutez, dit Rougon, nous allons nous rendre chez moi ; pendant ce temps, M. Granoux r&#233;unira ici les membres du conseil municipal qui n'ont pas &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, et leur racontera les terribles &#233;v&#233;nements de cette nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il ajouta, avec majest&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je suis tout pr&#234;t &#224; accepter la responsabilit&#233; de mes actes. Si ce que j'ai d&#233;j&#224; fait para&#238;t un gage suffisant de mon amour de l'ordre, je consens &#224; me mettre &#224; la t&#234;te d'une commission municipale, jusqu'&#224; ce que les autorit&#233;s r&#233;guli&#232;res puissent &#234;tre r&#233;tablies. Mais, pour qu'on ne m'accuse pas d'ambition, je ne rentrerai &#224; la mairie que rappel&#233; par les instances de mes concitoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Granoux et Roudier se r&#233;cri&#232;rent. Plassans ne serait pas ingrat. Car enfin leur ami avait sauv&#233; la ville. Et ils rappel&#232;rent tout ce qu'il avait fait pour la cause de l'ordre : le salon jaune toujours ouvert aux amis du pouvoir, la bonne parole port&#233;e dans les trois quartiers, le d&#233;p&#244;t d'armes dont l'id&#233;e lui appartenait, et surtout cette nuit m&#233;morable, cette nuit de prudence et d'h&#233;ro&#239;sme, dans laquelle il s'&#233;tait illustr&#233; &#224; jamais. Granoux ajouta qu'il &#233;tait s&#251;r d'avance de l'admiration et de la reconnaissance de messieurs les conseillers municipaux. Il conclut en disant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ne bougez pas de chez vous ; je veux aller vous chercher et vous ramener en triomphe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roudier dit encore qu'il comprenait, d'ailleurs, le tact, la modestie de leur ami, et qu'il l'approuvait. Personne, certes, ne songerait &#224; l'accuser d'ambition, mais on sentirait la d&#233;licatesse qu'il mettait &#224; ne vouloir rien &#234;tre sans l'assentiment de ses concitoyens. Cela &#233;tait tr&#232;s-digne, tr&#232;s-noble, tout &#224; fait grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous cette pluie d'&#233;loges, Rougon baissait humblement la t&#234;te. Il murmurait : &#171; Non, non, vous allez trop loin, &#187; avec de petites p&#226;moisons d'homme chatouill&#233; voluptueusement. Chaque phrase du bonnetier retir&#233; et de l'ancien marchand d'amandes, plac&#233;s l'un &#224; sa droite, l'autre &#224; sa gauche, lui passait suavement sur la face ; et, renvers&#233; dans le fauteuil du maire, p&#233;n&#233;tr&#233; par les senteurs administratives du cabinet, il saluait &#224; gauche, &#224; droite, avec des allures de prince pr&#233;tendant dont un coup d'&#201;tat va faire un empereur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ils furent las de s'encenser, ils descendirent. Granoux partit &#224; la recherche du conseil municipal. Roudier dit &#224; Rougon d'aller en avant ; il le rejoindrait chez lui, apr&#232;s avoir donn&#233; les ordres n&#233;cessaires pour la garde de la mairie. Le jour grandissait. Pierre gagna la rue de la Banne, en faisant sonner militairement ses talons sur les trottoirs encore d&#233;serts. Il tenait son chapeau &#224; la main, malgr&#233; le froid vif ; des bouff&#233;es d'orgueil lui jetaient tout le sang au visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bas de l'escalier, il trouva Cassoute. Le terrassier n'avait pas boug&#233;, n'ayant vu rentrer personne. Il &#233;tait l&#224;, sur la premi&#232;re marche, sa grosse t&#234;te entre les mains, regardant fixement devant lui, avec le regard vide et l'ent&#234;tement muet d'un chien fid&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous m'attendiez, n'est-ce pas ? lui dit Pierre, qui comprit tout en l'apercevant. Eh bien ! allez dire &#224; M. Macquart que je suis rentr&#233;. Demandez-le &#224; la mairie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cassoute se leva et se retira, en saluant gauchement. Il alla se faire arr&#234;ter comme un mouton, pour la grande r&#233;jouissance de Pierre, qui riait tout seul en montant l'escalier, surpris de lui-m&#234;me, ayant vaguement cette pens&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai du courage, aurais-je de l'esprit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; ne s'&#233;tait pas couch&#233;e. Il la trouva endimanch&#233;e, avec son bonnet &#224; rubans citron, comme une femme qui attend du monde. Elle &#233;tait vainement rest&#233;e &#224; la fen&#234;tre, elle n'avait rien entendu ; elle se mourait de curiosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien ? demanda-t-elle, en se pr&#233;cipitant au-devant de son mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci, soufflant, entra dans le salon jaune, o&#249; elle le suivit, en fermant soigneusement les portes derri&#232;re elle. Il se laissa aller dans un fauteuil, il dit d'une voix &#233;trangl&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est fait, nous serons receveur particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle lui sauta au cou ; elle l'embrassa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vrai ? vrai ? cria-t-elle. Mais je n'ai rien entendu. &#212; mon petit homme, raconte-moi &#231;a, raconte-moi tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait quinze ans, elle se faisait chatte, elle tourbillonnait, avec ses vols brusques de cigale ivre de lumi&#232;re et de chaleur. Et Pierre, dans l'effusion de sa victoire, vida son c&#339;ur. Il n'omit pas un d&#233;tail. Il expliqua m&#234;me ses projets futurs, oubliant que, selon lui, les femmes n'&#233;taient bonnes &#224; rien, et que la sienne devait tout ignorer, s'il voulait rester le ma&#238;tre. F&#233;licit&#233;, pench&#233;e, buvait ses paroles. Elle lui fit recommencer certaines parties du r&#233;cit, disant qu'elle n'avait pas entendu ; en effet, la joie faisait un tel vacarme dans sa t&#234;te que, par moments, elle devenait comme sourde, l'esprit perdu en pleine jouissance. Quand Pierre raconta l'affaire de la mairie, elle fut prise de rires, elle changea trois fois de fauteuil, roulant les meubles, ne pouvant tenir en place. Apr&#232;s quarante ann&#233;es d'efforts continus, la fortune se laissait enfin prendre &#224; la gorge. Elle en devenait folle, &#224; ce point qu'elle oublia elle-m&#234;me toute prudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Hein ! c'est &#224; moi que tu dois tout cela ! s'&#233;cria-t-elle avec une explosion de triomphe. Si je t'avais laiss&#233; agir, tu te serais fait b&#234;tement pincer par les insurg&#233;s. Nigaud, c'&#233;tait le Gar&#231;onnet, le Sicardot et les autres, qu'il fallait jeter &#224; ces b&#234;tes f&#233;roces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, montrant ses dents branlantes de vieille, elle ajouta avec un rire de gamine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! vive la R&#233;publique ! elle a fait place nette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Pierre &#233;tait devenu maussade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Toi, toi, murmura-t-il, tu crois toujours avoir tout pr&#233;vu. C'est moi qui ai eu l'id&#233;e de me cacher. Avec cela que les femmes entendent quelque chose &#224; la politique ! Va, ma pauvre vieille, si tu conduisais la barque, nous ferions vite naufrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; pin&#231;a les l&#232;vres. Elle s'&#233;tait trop avanc&#233;e, elle avait oubli&#233; son r&#244;le de bonne f&#233;e muette. Mais il lui vint une de ces rages sourdes, qu'elle &#233;prouvait quand son mari l'&#233;crasait de sa sup&#233;riorit&#233;. Elle se promit de nouveau, lorsque l'heure serait venue, quelque vengeance exquise qui lui livrerait le bonhomme pieds et poings li&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! j'oubliais, reprit Rougon, M. Peirotte est de la danse. Granoux l'a vu qui se d&#233;battait entre les mains des insurg&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; eut un tressaillement. Elle &#233;tait justement &#224; la fen&#234;tre, qui regardait avec amour les crois&#233;es du receveur particulier. Elle venait d'&#233;prouver le besoin de les revoir, car l'id&#233;e du triomphe se confondait en elle avec l'envie de ce bel appartement, dont elle usait les meubles du regard, depuis si longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se retourna, et, d'une voix &#233;trange :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; M. Peirotte est arr&#234;t&#233; ? dit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle sourit complaisamment ; puis une vive rougeur lui marbra la face. Elle venait, au fond d'elle, de faire ce souhait brutal : &#171; Si les insurg&#233;s pouvaient le massacrer ! &#187; Pierre lut sans doute cette pens&#233;e dans ses yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ma foi ! s'il attrapait quelque balle, murmura-t-il, &#231;a arrangerait nos affaires&#8230; On ne serait pas oblig&#233; de le d&#233;placer, n'est-ce pas ? et il n'y aurait rien de notre faute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais F&#233;licit&#233;, plus nerveuse, frissonnait. Il lui semblait qu'elle venait de condamner un homme &#224; mort. Maintenant, si M. Peirotte &#233;tait tu&#233;, elle le reverrait la nuit, il viendrait lui tirer les pieds. Elle ne jeta plus sur les fen&#234;tres d'en face que des coups d'&#339;il sournois, pleins d'une horreur voluptueuse. Et il y eut, d&#232;s lors, dans ses jouissances, une pointe d'&#233;pouvante criminelle qui les rendit plus aigu&#235;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, Pierre, le c&#339;ur vid&#233;, voyait &#224; pr&#233;sent le mauvais c&#244;t&#233; de la situation. Il parla de Macquart. Comment se d&#233;barrasser de ce chenapan ? Mais F&#233;licit&#233;, reprise par la fi&#232;vre du succ&#232;s, s'&#233;cria :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On ne peut pas tout faire &#224; la fois. Nous le b&#226;illonnerons, parbleu ! Nous trouverons bien quelque moyen&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle allait et venait, rangeant les fauteuils, &#233;poussetant les dossiers. Brusquement, elle s'arr&#234;ta au milieu de la pi&#232;ce et, jetant un long regard sur le mobilier fan&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Bon Dieu ! dit-elle, que c'est laid ici ! Et tout ce monde qui va venir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Baste ! r&#233;pondit Pierre avec une superbe indiff&#233;rence, nous changerons tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui qui, la veille, avait un respect religieux pour les fauteuils et le canap&#233;, il serait mont&#233; dessus &#224; pieds joints. F&#233;licit&#233;, &#233;prouvant le m&#234;me d&#233;dain, alla jusqu'&#224; bousculer un fauteuil dont une roulette manquait et qui ne lui ob&#233;issait pas assez vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut &#224; ce moment que Roudier entra. Il sembla &#224; la vieille femme qu'il &#233;tait d'une bien plus grande politesse. Les &#171; monsieur &#187;, les &#171; madame &#187; roulaient, avec une musique d&#233;licieuse. D'ailleurs, les habitu&#233;s arrivaient &#224; la file, le salon s'emplissait. Personne ne connaissait encore, dans leurs d&#233;tails, les &#233;v&#233;nements de la nuit, et tous accouraient, les yeux hors de la t&#234;te, le sourire aux l&#232;vres, pouss&#233;s par les rumeurs qui commen&#231;aient &#224; courir la ville. Ces messieurs qui, la veille au soir, avaient quitt&#233; si pr&#233;cipitamment le salon jaune, &#224; la nouvelle de l'approche des insurg&#233;s, revenaient, bourdonnants, curieux et importuns, comme un essaim de mouches qu'aurait dispers&#233; un coup de vent. Certains n'avaient pas m&#234;me pris le temps de mettre leurs bretelles. Leur impatience &#233;tait grande, mais il &#233;tait visible que Rougon attendait quelqu'un pour parler. &#192; chaque minute, il tournait vers la porte un regard anxieux. Pendant une heure, ce furent des poign&#233;es de main expressives, des f&#233;licitations vagues, des chuchotements admiratifs, une joie contenue, sans cause certaine, et qui ne demandait qu'un mot pour devenir de l'enthousiasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin Granoux parut. Il s'arr&#234;ta un instant sur le seuil, la main droite dans sa redingote boutonn&#233;e ; sa grosse face bl&#234;me, qui jubilait, essayait vainement de cacher son &#233;motion sous un grand air de dignit&#233;. &#192; son apparition, il se fit un silence ; on sentit qu'une chose extraordinaire allait se passer. Ce fut au milieu d'une haie que Granoux marcha droit vers Rougon. Il lui tendit la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mon ami, lui dit-il, je vous apporte l'hommage du conseil municipal. Il vous appelle &#224; sa t&#234;te, en attendant que notre maire nous soit rendu. Vous avez sauv&#233; Plassans. Il faut, dans l'&#233;poque abominable que nous traversons, des hommes qui allient votre intelligence &#224; votre courage. Venez&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Granoux, qui r&#233;citait l&#224; un petit discours qu'il avait pr&#233;par&#233; avec grand'peine, de la mairie &#224; la rue de la Banne, sentit sa m&#233;moire se troubler. Mais Rougon, gagn&#233; par l'&#233;motion, l'interrompit, en lui serrant les mains, en r&#233;p&#233;tant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Merci, mon cher Granoux, je vous remercie bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne trouva rien autre chose. Alors il y eut une explosion de voix assourdissante. Chacun se pr&#233;cipita, lui tendit la main, le couvrit d'&#233;loges et de compliments, le questionna avec &#226;pret&#233;. Mais lui, digne d&#233;j&#224; comme un magistrat, demanda quelques minutes pour conf&#233;rer avec MM. Granoux et Roudier. Les affaires avant tout. La ville se trouvait dans une situation si critique ! Ils se retir&#232;rent tous trois dans un coin du salon, et l&#224;, &#224; voix basse, ils se partag&#232;rent le pouvoir, tandis que les habitu&#233;s, &#233;loign&#233;s de quelques pas, et jouant la discr&#233;tion, leur jetaient &#224; la d&#233;rob&#233;e des coups d'&#339;il o&#249; l'admiration se m&#234;lait &#224; la curiosit&#233;. Rougon prendrait le titre de pr&#233;sident de la commission municipale ; Granoux serait secr&#233;taire ; quant &#224; Roudier, il devenait commandant en chef de la garde nationale r&#233;organis&#233;e. Ces messieurs se jur&#232;rent un appui mutuel, d'une solidit&#233; &#224; toute &#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233;, qui s'&#233;tait approch&#233;e d'eux, leur demanda brusquement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et Vuillet ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se regard&#232;rent. Personne n'avait aper&#231;u Vuillet. Rougon eut une l&#233;g&#232;re grimace d'inqui&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Peut-&#234;tre qu'on l'a emmen&#233; avec les autres&#8230;, dit-il pour se tranquilliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais F&#233;licit&#233; secoua la t&#234;te. Vuillet n'&#233;tait pas un homme &#224; se laisser prendre. Du moment qu'on ne le voyait pas, qu'on ne l'entendait pas, c'est qu'il faisait quelque chose de mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porte s'ouvrit, Vuillet entra. Il salua humblement, avec son clignement de paupi&#232;res, son sourire pinc&#233; de sacristain. Puis il vint tendre sa main humide &#224; Rougon et aux deux autres. Vuillet avait fait ses petites affaires tout seul. Il s'&#233;tait taill&#233; lui-m&#234;me sa part du g&#226;teau, comme aurait dit F&#233;licit&#233;. Il avait vu, par le soupirail de sa cave, les insurg&#233;s venir arr&#234;ter le directeur des postes, dont les bureaux &#233;taient voisins de sa librairie. Aussi, d&#232;s le matin, &#224; l'heure m&#234;me o&#249; Rougon s'asseyait dans le fauteuil du maire, &#233;tait-il all&#233; s'installer tranquillement dans le cabinet du directeur. Il connaissait les employ&#233;s ; il les avait re&#231;us &#224; leur arriv&#233;e, en leur disant qu'il remplacerait leur chef jusqu'&#224; son retour, et qu'ils n'eussent &#224; s'inqui&#233;ter de rien. Puis il avait fouill&#233; le courrier du matin avec une curiosit&#233; mal dissimul&#233;e ; il flairait les lettres ; il semblait en chercher une particuli&#232;rement. Sans doute sa situation nouvelle r&#233;pondait &#224; un de ses plans secrets, car il alla, dans son contentement, jusqu'&#224; donner &#224; un de ses employ&#233;s un exemplaire des &#338;uvres badines de Piron. Vuillet avait un fonds tr&#232;s-assorti de livres obsc&#232;nes, qu'il cachait dans un grand tiroir, sous une couche de chapelets et d'images saintes ; c'&#233;tait lui qui inondait la ville de photographies et de gravures honteuses, sans que cela nuis&#238;t le moins du monde &#224; la vente des paroissiens. Cependant il dut s'effrayer, dans la matin&#233;e, de la fa&#231;on cavali&#232;re dont il s'&#233;tait empar&#233; de l'h&#244;tel des postes. Il songea &#224; faire ratifier son usurpation. Et c'est pourquoi il accourait chez Rougon, qui devenait d&#233;cid&#233;ment un puissant personnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; O&#249; &#234;tes-vous donc pass&#233; ? lui demanda F&#233;licit&#233; d'un air m&#233;fiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors il conta son histoire, qu'il enjoliva. Selon lui, il avait sauv&#233; l'h&#244;tel des postes du pillage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, c'est entendu, restez-y ! dit Pierre apr&#232;s avoir r&#233;fl&#233;chi un moment. Rendez-vous utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re phrase indiquait la grande terreur des Rougon ; ils avaient peur qu'on ne se rend&#238;t trop utile, qu'on ne sauv&#226;t la ville plus qu'eux. Mais Pierre n'avait trouv&#233; aucun p&#233;ril s&#233;rieux &#224; laisser Vuillet directeur int&#233;rimaire des postes ; c'&#233;tait m&#234;me une fa&#231;on de s'en d&#233;barrasser. F&#233;licit&#233; eut un vif mouvement de contrari&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conciliabule termin&#233;, ces messieurs revinrent se m&#234;ler aux groupes qui emplissaient le salon. Ils durent enfin satisfaire la curiosit&#233; g&#233;n&#233;rale. Il leur fallut d&#233;tailler par le menu les &#233;v&#233;nements de la matin&#233;e. Rougon fut magnifique. Il amplifia encore, orna et dramatisa le r&#233;cit qu'il avait cont&#233; &#224; sa femme. La distribution des fusils et des cartouches fit haleter tout le monde. Mais ce fut la marche dans les rues d&#233;sertes et la prise de la mairie qui foudroy&#232;rent ces bourgeois de stupeur. &#192; chaque nouveau d&#233;tail, une interruption partait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et vous n'&#233;tiez que quarante et un, c'est prodigieux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah bien ! merci, il devait faire diablement noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, je l'avoue, jamais je n'aurais os&#233; cela !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Alors, vous l'avez pris, comme &#231;a, &#224; la gorge !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et les insurg&#233;s, qu'est-ce qu'ils ont dit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces courtes phrases ne faisaient que fouetter la verve de Rougon. Il r&#233;pondait &#224; tout le monde. Il mimait l'action. Ce gros homme, dans l'admiration de ses propres exploits, retrouvait des souplesses d'&#233;colier, il revenait, se r&#233;p&#233;tait, au milieu des paroles crois&#233;es, des cris de surprise, des conversations particuli&#232;res qui s'&#233;tablissaient brusquement pour la discussion d'un d&#233;tail ; et il allait ainsi en s'agrandissant, emport&#233; par un souffle &#233;pique. D'ailleurs, Granoux et Roudier &#233;taient l&#224; qui lui soufflaient des faits, de petits faits imperceptibles qu'il omettait. Ils br&#251;laient, eux aussi, de placer un mot, de conter un &#233;pisode, et parfois ils lui volaient la parole. Ou bien ils parlaient tous les trois ensemble. Mais lorsque, pour garder comme d&#233;nouement, comme bouquet, l'&#233;pisode hom&#233;rique de la glace cass&#233;e, Rougon voulut dire ce qui s'&#233;tait pass&#233; en bas dans la cour, lors de l'arrestation du poste, Roudier l'accusa de nuire au r&#233;cit en changeant l'ordre des &#233;v&#233;nements. Et ils se disput&#232;rent un instant avec quelque aigreur. Puis Roudier, voyant l'occasion bonne pour lui, s'&#233;cria d'une voix prompte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, soit ! Mais vous n'y &#233;tiez pas&#8230; Laissez-moi dire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors il expliqua longuement comment les insurg&#233;s s'&#233;taient r&#233;veill&#233;s et comment on les avait mis en joue pour les r&#233;duire &#224; l'impuissance. Il ajouta que le sang n'avait pas coul&#233;, heureusement. Cette derni&#232;re phrase d&#233;sappointa l'auditoire qui comptait sur son cadavre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais vous avez tir&#233;, je crois, interrompit F&#233;licit&#233;, voyant que le drame &#233;tait pauvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, oui, trois coups de feu, reprit l'ancien bonnetier. C'est le charcutier Dubruel, M. Li&#233;vin et M. Massicot qui ont d&#233;charg&#233; leurs armes avec une vivacit&#233; coupable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, comme il y eut quelques murmures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Coupable, je maintiens le mot, reprit-il. La guerre a d&#233;j&#224; de bien cruelles n&#233;cessit&#233;s, sans qu'on y verse du sang inutile. J'aurais voulu vous voir &#224; ma place&#8230; D'ailleurs, ces messieurs m'ont jur&#233; que ce n'&#233;tait pas leur faute ; ils ne s'expliquent pas comment leurs fusils sont partis&#8230; Et pourtant il y a eu une balle perdue qui, apr&#232;s avoir ricoch&#233;, est all&#233;e faire un bleu sur la joue d'un insurg&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bleu, cette blessure inesp&#233;r&#233;e satisfit l'auditoire. Sur quelle joue le bleu se trouvait-il, et comment une balle, m&#234;me perdue, peut-elle frapper une joue sans la trouer ? Cela donna sujet &#224; de longs commentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; En haut, continua Rougon de sa voix la plus forte, sans laisser &#224; l'agitation le temps de se calmer ; en haut, nous avions fort &#224; faire. La lutte a &#233;t&#233; rude&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il d&#233;crivit l'arrestation de son fr&#232;re et des quatre autres insurg&#233;s, tr&#232;s-largement, sans nommer Macquart, qu'il appelait &#171; le chef. &#187; Les mots : &#171; Le cabinet de M. le maire, le fauteuil, le bureau de M. le maire, &#187; revenaient &#224; chaque instant dans sa bouche et donnaient, pour les auditeurs, une grandeur merveilleuse &#224; cette terrible sc&#232;ne. Ce n'&#233;tait plus chez le portier, mais chez le premier magistrat de la ville qu'on se battait. Roudier &#233;tait enfonc&#233;. Rougon arriva enfin &#224; l'&#233;pisode qu'il pr&#233;parait depuis le commencement, et qui devait d&#233;cid&#233;ment le poser en h&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Alors, dit-il, un insurg&#233; se pr&#233;cipite sur moi. J'&#233;carte le fauteuil de M. le maire, je prends mon homme &#224; la gorge. Et je le serre, vous pensez ! Mais mon fusil me g&#234;nait. Je ne voulais pas le l&#226;cher, on ne l&#226;che jamais son fusil. Je le tenais, comme cela, sous le bras gauche. Brusquement, le coup part&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout l'auditoire &#233;tait pendu aux l&#232;vres de Rougon. Granoux, qui allongeait les l&#232;vres, avec une d&#233;mangeaison f&#233;roce de parler, s'&#233;cria :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, non, ce n'est pas cela&#8230; Vous n'avez pu voir, mon ami ; vous vous battiez comme un lion&#8230; Mais moi qui aidais &#224; garrotter un des prisonniers, j'ai tout vu&#8230; L'homme a voulu vous assassiner ; c'est lui qui a fait partir le coup de fusil ; j'ai parfaitement aper&#231;u ses doigts noirs qu'il glissait sous votre bras&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous croyez ? dit Rougon devenu bl&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne savait pas qu'il e&#251;t couru un pareil danger, et le r&#233;cit de l'ancien marchand d'amandes le gla&#231;ait d'effroi. Granoux ne mentait pas d'ordinaire ; seulement, un jour de bataille, il est bien permis de voir les choses dramatiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quand je vous le dis, l'homme a voulu vous assassiner, r&#233;p&#233;ta-t-il avec conviction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est donc cela, dit Rougon, d'une voix &#233;teinte, que j'ai entendu la balle siffler &#224; mon oreille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut une violente &#233;motion ; l'auditoire parut frapp&#233; de respect devant ce h&#233;ros. Il avait entendu siffler une balle &#224; son oreille ! Certes, aucun des bourgeois qui &#233;taient l&#224; n'aurait pu en dire autant. F&#233;licit&#233; crut devoir se jeter dans les bras de son mari, pour mettre l'attendrissement de l'assembl&#233;e &#224; son comble. Mais Rougon se d&#233;gagea tout d'un coup et termina son r&#233;cit par cette phrase h&#233;ro&#239;que qui est rest&#233;e c&#233;l&#232;bre &#224; Plassans :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le coup part, j'entends siffler la balle &#224; mon oreille, et, paf ! la balle va casser la glace de M. le maire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une consternation. Une si belle glace ! incroyable, vraiment ! Le malheur arriv&#233; &#224; la glace balan&#231;a dans la sympathie de ces messieurs l'h&#233;ro&#239;sme de Rougon. Cette glace devenait une personne, et l'on parla d'elle pendant un quart d'heure avec des exclamations, des apitoiements, des effusions de regret, comme si elle e&#251;t &#233;t&#233; bless&#233;e au c&#339;ur. C'&#233;tait le bouquet tel que Pierre l'avait m&#233;nag&#233;, le d&#233;no&#251;ment de cette odyss&#233;e prodigieuse. Un grand murmure de voix remplit le salon jaune. On refaisait entre soi le r&#233;cit qu'on venait d'entendre, et, de temps &#224; autre, un monsieur se d&#233;tachait d'un groupe pour aller demander aux trois h&#233;ros la version exacte de quelque fait contest&#233;. Les h&#233;ros rectifiaient le fait avec une minutie scrupuleuse ; ils sentaient qu'ils parlaient pour l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Rougon et ses deux lieutenants dirent qu'ils &#233;taient attendus &#224; la mairie. Il se fit un silence respectueux ; on se salua avec des sourires graves. Granoux crevait d'importance ; lui seul avait vu l'insurg&#233; presser la d&#233;tente et casser la glace ; cela le grandissait, le faisait &#233;clater dans sa peau. En quittant le salon, il prit le bras de Roudier, d'un air de grand capitaine bris&#233; de fatigue, en murmurant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il y a trente-six heures que je suis debout, et Dieu sait quand je me coucherai !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon, en s'en allant, prit Vuillet &#224; part et lui dit que le parti de l'ordre comptait plus que jamais sur lui et sur la Gazette. Il fallait qu'il publi&#226;t un bel article pour rassurer la population et traiter comme elle le m&#233;ritait cette bande de sc&#233;l&#233;rats qui avait travers&#233; Plassans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Soyez tranquille ! r&#233;pondit Vuillet. La Gazette ne devait para&#238;tre que demain matin, mais je vais la lancer d&#232;s ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ils furent sortis, les habitu&#233;s du salon jaune rest&#232;rent encore un instant, bavards comme des comm&#232;res qu'un serin envol&#233; r&#233;unit sur un trottoir. Ces n&#233;gociants retir&#233;s, ces marchands d'huile, ces fabricants de chapeaux nageaient en plein drame f&#233;erique. Jamais pareille secousse ne les avait remu&#233;s. Ils ne revenaient pas de ce qu'il se f&#251;t r&#233;v&#233;l&#233;, parmi eux, des h&#233;ros tels que Rougon, Granoux et Roudier. Puis, &#233;touffant dans le salon, las de se raconter entre eux la m&#234;me histoire, ils &#233;prouv&#232;rent une vive d&#233;mangeaison d'aller publier la grande nouvelle ; ils disparurent un &#224; un, piqu&#233;s chacun par l'ambition d'&#234;tre le premier &#224; tout savoir, &#224; tout dire ; et F&#233;licit&#233;, rest&#233;e seule, pench&#233;e &#224; la fen&#234;tre, les vit qui se dispersaient dans la rue de la Banne, effarouch&#233;s, battant des bras comme de grands oiseaux maigres, soufflant l'&#233;motion aux quatre coins de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait dix heures. Plassans, &#233;veill&#233;, courait les rues, ahuri de la rumeur qui montait. Ceux qui avaient vu ou entendu la bande insurrectionnelle racontaient des histoires &#224; dormir debout, se contredisaient, avan&#231;aient des suppositions atroces. Mais le plus grand nombre ne savait m&#234;me pas ce dont il s'agissait ; ceux-l&#224; demeuraient aux extr&#233;mit&#233;s de la ville, et ils &#233;coutaient, bouche b&#233;ante, comme un conte de nourrice, cette histoire de plusieurs milliers de bandits envahissant les rues et disparaissant avant le jour, ainsi qu'une arm&#233;e de fant&#244;mes. Les plus sceptiques disaient : &#171; Allons donc ! &#187; Cependant certains d&#233;tails &#233;taient pr&#233;cis. Plassans finit par &#234;tre convaincu qu'un &#233;pouvantable malheur avait pass&#233; sur lui pendant son sommeil, sans le toucher. Cette catastrophe mal d&#233;finie empruntait aux ombres de la nuit, aux contradictions des divers renseignements, un caract&#232;re vague, une horreur insondable qui faisaient frissonner les plus braves. Qui donc avait d&#233;tourn&#233; la foudre ? Cela tenait du prodige. On parlait de sauveurs inconnus, d'une petite bande d'hommes qui avaient coup&#233; la t&#234;te de l'hydre, mais sans d&#233;tails, comme d'une chose &#224; peine croyable, lorsque les habitu&#233;s du salon jaune se r&#233;pandirent dans les rues, semant les nouvelles, refaisant devant chaque porte le m&#234;me r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une tra&#238;n&#233;e de poudre. En quelques minutes, d'un bout &#224; l'autre de la ville, l'histoire courut. Le nom de Rougon vola de bouche en bouche, avec des exclamations de surprise dans la ville neuve, des cris d'&#233;loge dans le vieux quartier. L'id&#233;e qu'ils &#233;taient sans sous-pr&#233;fet, sans maire, sans directeur des postes, sans receveur particulier, sans autorit&#233;s d'aucune sorte, consterna d'abord les habitants. Ils restaient stup&#233;faits d'avoir pu achever leur somme et de s'&#234;tre r&#233;veill&#233;s comme &#224; l'ordinaire, en dehors de tout gouvernement &#233;tabli. La premi&#232;re stupeur pass&#233;e, ils se jet&#232;rent avec abandon dans les bras des lib&#233;rateurs. Les quelques r&#233;publicains haussaient les &#233;paules ; mais les petits d&#233;taillants, les petits rentiers, les conservateurs de toute esp&#232;ce b&#233;nissaient ces h&#233;ros modestes dont les t&#233;n&#232;bres avaient cach&#233; les exploits. Quand on sut que Rougon avait arr&#234;t&#233; son propre fr&#232;re, l'admiration ne connut plus de bornes ; on parla de Brutus ; cette indiscr&#233;tion qu'il redoutait tourna &#224; sa gloire. &#192; cette heure d'effroi mal dissip&#233;, la reconnaissance fut unanime. On acceptait le sauveur Rougon sans le discuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Songez donc ! disaient les poltrons, ils n'&#233;taient que quarante et un !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chiffre de quarante et un bouleversa la ville. C'est ainsi que naquit &#224; Plassans la l&#233;gende des quarante et un bourgeois faisant mordre la poussi&#232;re &#224; trois mille insurg&#233;s. Il n'y eut que quelques esprits envieux de la ville neuve, des avocats sans causes, d'anciens militaires, honteux d'avoir dormi cette nuit-l&#224;, qui &#233;lev&#232;rent certains doutes. En somme, les insurg&#233;s &#233;taient peut-&#234;tre partis tout seuls. Il n'y avait aucune preuve de combat, ni cadavres, ni taches de sang. Vraiment ces messieurs avaient eu la besogne facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais la glace, la glace ! r&#233;p&#233;taient les fanatiques. Vous ne pouvez pas nier que la glace de M. le maire soit cass&#233;e. Allez donc la voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, en effet, jusqu'&#224; la nuit, il y eut une procession d'individus qui, sous mille pr&#233;textes, p&#233;n&#233;tr&#232;rent dans le cabinet, dont Rougon laissait, d'ailleurs, la porte grande ouverte ; ils se plantaient devant la glace, dans laquelle la balle avait fait un trou rond, d'o&#249; partaient de larges cassures ; puis tous murmuraient la m&#234;me phrase :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Fichtre ! la balle avait une fi&#232;re force !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ils s'en allaient, convaincus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233;, &#224; sa fen&#234;tre, humait avec d&#233;lices ces bruits, ces voix &#233;logieuses et reconnaissantes qui montaient de la ville. Tout Plassans, &#224; cette heure, s'occupait de son mari ; elle sentait les deux quartiers, sous elle, qui fr&#233;missaient, qui lui envoyaient l'esp&#233;rance d'un prochain triomphe. Ah ! comme elle allait &#233;craser cette ville qu'elle mettait si tard sous ses talons ! Tous ses griefs lui revinrent, ses amertumes pass&#233;es redoubl&#232;rent ses app&#233;tits de jouissance imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle quitta la fen&#234;tre, elle fit lentement le tour du salon. C'&#233;tait l&#224; que, tout &#224; l'heure, les mains se tendaient vers eux. Ils avaient vaincu, la bourgeoisie &#233;tait &#224; leurs pieds. Le salon jaune lui parut sanctifi&#233;. Les meubles &#233;clop&#233;s, le velours &#233;raill&#233;, le lustre noir de chiures, toutes ces ruines prirent &#224; ses yeux un aspect de d&#233;bris glorieux tra&#238;nant sur un champ de bataille. La plaine d'Austerlitz ne lui e&#251;t pas caus&#233; une &#233;motion aussi profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme elle se remettait &#224; la fen&#234;tre, elle aper&#231;ut Aristide qui r&#244;dait sur la place de la Sous-Pr&#233;fecture, le nez en l'air. Elle lui fit signe de monter. Il semblait n'attendre que cet appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Entre donc, lui dit sa m&#232;re sur le palier en voyant qu'il h&#233;sitait. Ton p&#232;re n'est pas l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristide avait l'air gauche d'un enfant prodigue. Depuis pr&#232;s de quatre ans, il n'&#233;tait plus entr&#233; dans le salon jaune. Il tenait encore son bras en &#233;charpe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ta main te fait toujours souffrir ? lui demanda railleusement F&#233;licit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rougit, il r&#233;pondit avec embarras :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oh ! &#231;a va beaucoup mieux, c'est presque gu&#233;ri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il resta l&#224;, tournant, ne sachant que dire. F&#233;licit&#233; vint &#224; son secours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu as entendu parler de la belle conduite de ton p&#232;re ? reprit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dit que toute la ville en causait. Mais son aplomb revenait ; il rendit &#224; sa m&#232;re sa raillerie ; il la regarda en face, en ajoutant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'&#233;tais venu voir si papa n'&#233;tait pas bless&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tiens, ne fais pas la b&#234;te ! s'&#233;cria F&#233;licit&#233;, avec sa p&#233;tulance. Moi, &#224; ta place, j'agirais tr&#232;s-carr&#233;ment. Tu t'es tromp&#233;, l&#224;, avoue-le, en t'enr&#244;lant avec tes gueux de r&#233;publicains. Aujourd'hui tu ne serais pas f&#226;ch&#233; de les l&#226;cher et de revenir avec nous, qui sommes les plus forts. H&#233; ! la maison t'est ouverte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Aristide protesta. La R&#233;publique &#233;tait une grande id&#233;e. Puis les insurg&#233;s pouvaient l'emporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Laisse-moi donc tranquille ! continua la vieille femme irrit&#233;e. Tu as peur que ton p&#232;re te re&#231;oive mal. Je me charge de l'affaire&#8230; &#201;coute-moi : tu vas aller &#224; ton journal, tu r&#233;digeras d'ici &#224; demain un num&#233;ro tr&#232;s-favorable au coup d'&#201;tat, et demain soir, quand ce num&#233;ro aura paru, tu reviendras ici, tu seras accueilli &#224; bras ouverts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, comme le jeune homme restait silencieux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Entends-tu ? poursuivit-elle d'une voix plus basse et plus ardente ; c'est de notre fortune, c'est de la tienne, qu'il s'agit. Ne va pas recommencer tes b&#234;tises. Tu es d&#233;j&#224; assez compromis comme cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme fit un geste, le geste de C&#233;sar passant le Rubicon. De cette fa&#231;on, il ne prenait aucun engagement verbal. Comme il allait se retirer, sa m&#232;re ajouta, en cherchant le n&#339;ud de son &#233;charpe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et d'abord, il faut m'&#244;ter ce chiffon-l&#224;. &#199;a devient ridicule, tu sais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristide la laissa faire. Quand le foulard fut d&#233;nou&#233;, il le plia proprement et le mit dans sa poche. Puis il embrassa sa m&#232;re en disant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#192; demain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, Rougon prenait officiellement possession de la mairie. Il n'&#233;tait rest&#233; que huit conseillers municipaux ; les autres se trouvaient entre les mains des insurg&#233;s, ainsi que le maire et les deux adjoints. Ces huit messieurs, de la force de Granoux, eurent des sueurs d'angoisse, lorsque ce dernier leur expliqua la situation critique de la ville. Pour comprendre avec quel effarement ils vinrent se jeter dans les bras de Rougon, il faudrait conna&#238;tre les bonshommes dont sont compos&#233;s les conseils municipaux de certaines petites villes. &#192; Plassans, le maire avait sous la main d'incroyables buses, de purs instruments d'une complaisance passive. Aussi, M. Gar&#231;onnet n'&#233;tant plus l&#224;, la machine municipale devait se d&#233;traquer et appartenir &#224; quiconque saurait en ressaisir les ressorts. &#192; cette heure, le sous-pr&#233;fet ayant quitt&#233; le pays, Rougon se trouvait naturellement, par la force des circonstances, le ma&#238;tre unique et absolu de la ville ; crise &#233;tonnante, qui mettait le pouvoir entre les mains d'un homme tar&#233;, auquel, la veille, pas un de ses concitoyens n'aurait pr&#234;t&#233; cent francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier acte de Pierre fut de d&#233;clarer en permanence la commission provisoire. Puis il s'occupa de la r&#233;organisation de la garde nationale, et r&#233;ussit &#224; mettre sur pied trois cents hommes ; les cent neuf fusils rest&#233;s dans le hangar furent distribu&#233;s, ce qui porta &#224; cent cinquante le nombre des hommes arm&#233;s par la r&#233;action ; les cent cinquante autres gardes nationaux &#233;taient des bourgeois de bonne volont&#233; et des soldats &#224; Sicardot. Quand le commandant Roudier passa la petite arm&#233;e en revue sur la place de l'H&#244;tel-de-Ville, il fut d&#233;sol&#233; de voir que les marchands de l&#233;gumes riaient en dessous ; tous n'avaient pas d'uniforme, et certains se tenaient bien dr&#244;lement, avec leur chapeau noir, leur redingote et leur fusil. Mais, au fond, l'intention &#233;tait bonne. Un poste fut laiss&#233; &#224; la mairie. Le reste de la petite arm&#233;e fut dispers&#233;, par peloton, aux diff&#233;rentes portes de la ville. Roudier se r&#233;serva le commandement du poste de la Grand'Porte, la plus menac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon, qui se sentait tr&#232;s-fort en ce moment, alla lui-m&#234;me rue Canquoin, pour prier les gendarmes de rester chez eux, de ne se m&#234;ler de rien. Il fit, d'ailleurs, ouvrir les portes de la gendarmerie, dont les insurg&#233;s avaient emport&#233; les clefs. Mais il voulait triompher seul, il n'entendait pas que les gendarmes pussent lui voler une part de sa gloire. S'il avait absolument besoin d'eux, il les appellerait. Et il leur expliqua que leur pr&#233;sence, en irritant peut-&#234;tre les ouvriers, ne ferait qu'aggraver la situation. Le brigadier le complimenta beaucoup sur sa prudence. Lorsqu'il apprit qu'il y avait un homme bless&#233; dans la caserne, Rougon voulut se rendre populaire, il demanda &#224; le voir. Il trouva Rengade couch&#233;, l'&#339;il couvert d'un bandeau, avec ses grosses moustaches qui passaient sous le linge. Il r&#233;conforta, par de belles paroles sur le devoir, le borgne jurant et soufflant, exasp&#233;r&#233; de sa blessure, qui allait le forcer &#224; quitter le service. Il promit de lui envoyer un m&#233;decin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vous remercie bien, monsieur, r&#233;pondit Rengade ; mais, voyez-vous, ce qui me soulagerait mieux que tous les rem&#232;des, ce serait de tordre le cou au mis&#233;rable qui m'a crev&#233; l'&#339;il. Oh ! je le reconna&#238;trai ; c'est un petit maigre, p&#226;lot, tout jeune&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre se souvint du sang qui couvrait les mains de Silv&#232;re. Il eut un l&#233;ger mouvement de recul, comme s'il e&#251;t craint que Rengade ne lui saut&#226;t &#224; la gorge, en disant : &#171; C'est ton neveu qui m'a &#233;borgn&#233; ; attends, tu vas payer pour lui ! &#187; Et, tandis qu'il maudissait tout bas son indigne famille, il d&#233;clara solennellement que, si le coupable &#233;tait retrouv&#233;, il serait puni avec toute la rigueur des lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, non, ce n'est pas la peine, r&#233;pondit le borgne ; je lui tordrai le cou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon s'empressa de regagner la mairie. L'apr&#232;s-midi fut employ&#233; &#224; prendre diverses mesures. La proclamation, affich&#233;e vers une heure, produisit une impression excellente. Elle se terminait par un appel au bon esprit des citoyens, et donnait la ferme assurance que l'ordre ne serait plus troubl&#233;. Jusqu'au cr&#233;puscule, les rues, en effet, offrirent l'image d'un soulagement g&#233;n&#233;ral, d'une confiance enti&#232;re. Sur les trottoirs, les groupes qui lisaient la proclamation disaient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est fini, nous allons voir passer les troupes envoy&#233;es &#224; la poursuite des insurg&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette croyance que des soldats approchaient devint telle, que les oisifs du cours Sauvaire se port&#232;rent sur la route de Nice pour aller au-devant de la musique. Ils revinrent, &#224; la nuit, d&#233;sappoint&#233;s, n'ayant rien vu. Alors, une inqui&#233;tude sourde courut la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mairie, la commission provisoire avait tant parl&#233; pour ne rien dire, que les membres, le ventre vide, effar&#233;s par leurs propres bavardages, sentaient la peur les reprendre. Rougon les envoya d&#238;ner, en les convoquant de nouveau pour neuf heures du soir. Il allait lui-m&#234;me quitter le cabinet, lorsque Macquart s'&#233;veilla et frappa violemment &#224; la porte de sa prison. Il d&#233;clara qu'il avait faim, puis il demanda l'heure, et quand son fr&#232;re lui eut dit qu'il &#233;tait cinq heures, il murmura, avec une m&#233;chancet&#233; diabolique, en feignant un vif &#233;tonnement, que les insurg&#233;s lui avaient promis de revenir plus t&#244;t et qu'ils tardaient bien &#224; le d&#233;livrer. Rougon, apr&#232;s lui avoir fait servir &#224; manger, descendit, agac&#233; par cette insistance de Macquart &#224; parler du retour de la bande insurrectionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rues, il &#233;prouva un malaise. La ville lui parut chang&#233;e. Elle prenait un air singulier ; des ombres filaient rapidement le long des trottoirs, le vide et le silence se faisaient, et, sur les maisons mornes, semblait tomber, avec le cr&#233;puscule, une peur grise, lente et opini&#226;tre comme une pluie fine. La confiance bavarde de la journ&#233;e aboutissait fatalement &#224; cette panique sans cause, &#224; cet effroi de la nuit naissante ; les habitants &#233;taient las, rassasi&#233;s de leur triomphe, &#224; ce point qu'il ne leur restait des forces que pour r&#234;ver des repr&#233;sailles terribles de la part des insurg&#233;s. Rougon frissonna dans ce courant d'effroi. Il h&#226;ta le pas, la gorge serr&#233;e. En passant devant un caf&#233; de la place des R&#233;collets, qui venait d'allumer ses lampes, et o&#249; se r&#233;unissaient les petits rentiers de la ville neuve, il entendit un bout de conversation tr&#232;s-effrayant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien ! monsieur Picou, disait une voix grasse, vous savez la nouvelle ? le r&#233;giment qu'on attendait n'est pas arriv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais on n'attendait pas de r&#233;giment, monsieur Touche, r&#233;pondait une voix aigre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Faites excuse. Vous n'avez donc pas lu la proclamation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est vrai, les affiches promettent que l'ordre sera maintenu par la force, s'il est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous voyez bien ; il y a la force ; la force arm&#233;e, cela s'entend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et que dit-on ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais, vous comprenez, on a peur, on dit que ce retard des soldats n'est pas naturel, et que les insurg&#233;s pourraient bien les avoir massacr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un cri d'horreur dans le caf&#233;. Rougon eut envie d'entrer pour dire &#224; ces bourgeois que jamais la proclamation n'avait annonc&#233; l'arriv&#233;e d'un r&#233;giment, qu'il ne fallait pas forcer les textes &#224; ce point ni colporter de pareils bavardages. Mais lui-m&#234;me, dans le trouble qui s'emparait de lui, n'&#233;tait pas bien s&#251;r de ne pas avoir compt&#233; sur un envoi de troupes, et il en venait &#224; trouver &#233;tonnant, en effet, que pas un soldat n'e&#251;t paru. Il rentra chez lui tr&#232;s-inquiet. F&#233;licit&#233;, toute p&#233;tulante et pleine de courage, s'emporta, en le voyant boulevers&#233; par de telles niaiseries. Au dessert, elle le r&#233;conforta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! grande b&#234;te, dit-elle, tant mieux, si le pr&#233;fet nous oublie ! Nous sauverons la ville &#224; nous tout seuls. Moi je voudrais voir revenir les insurg&#233;s, pour les recevoir &#224; coups de fusil et nous couvrir de gloire&#8230; &#201;coute, tu vas fermer les portes de la ville, puis tu ne te coucheras pas ; tu te donneras beaucoup de mouvement toute la nuit ; &#231;a te sera compt&#233; plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre retourna &#224; la mairie, un peu ragaillardi. Il lui fallut du courage pour rester ferme au milieu des dol&#233;ances de ses coll&#232;gues. Les membres de la commission provisoire rapportaient dans leurs v&#234;tements la panique, comme on rapporte avec soi une odeur de pluie, par les temps d'orage. Tous pr&#233;tendaient avoir compt&#233; sur l'envoi d'un r&#233;giment, et ils s'exclamaient, en disant qu'on n'abandonnait pas de la sorte de braves citoyens aux fureurs de la d&#233;magogie. Pierre, pour avoir la paix, leur promit presque leur r&#233;giment pour le lendemain. Puis il d&#233;clara avec solennit&#233; qu'il allait faire fermer les portes. Ce fut un soulagement. Des gardes nationaux durent se rendre imm&#233;diatement &#224; chaque porte, avec ordre de donner un double tour aux serrures. Quand ils furent de retour, plusieurs membres avou&#232;rent qu'ils &#233;taient vraiment plus tranquilles ; et lorsque Pierre eut dit que la situation critique de la ville leur faisait un devoir de rester &#224; leur poste, il y en eut qui prirent leurs petites dispositions pour passer la nuit dans un fauteuil. Granoux mit une calotte de soie noire, qu'il avait apport&#233;e par pr&#233;caution. Vers onze heures, la moiti&#233; de ces messieurs dormaient autour du bureau de M. Gar&#231;onnet. Ceux qui tenaient encore les yeux ouverts faisaient le r&#234;ve, en &#233;coutant les pas cadenc&#233;s des gardes nationaux, sonnant dans la cour, qu'ils &#233;taient des braves et qu'on les d&#233;corait. Une grande lampe, pos&#233;e sur le bureau, &#233;clairait cette &#233;trange veill&#233;e d'armes. Rougon, qui semblait sommeiller, se leva brusquement et envoya chercher Vuillet. Il venait de se rappeler qu'il n'avait point re&#231;u la Gazette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le libraire se montra rogue, de tr&#232;s-m&#233;chante humeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien ! lui demanda Rougon en le prenant &#224; part, et l'article que vous m'aviez promis ? je n'ai pas vu le journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est pour cela que vous me d&#233;rangez ? r&#233;pondit Vuillet avec col&#232;re. Parbleu ! la Gazette n'a pas paru ; je n'ai pas envie de me faire massacrer demain, si les insurg&#233;s reviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon s'effor&#231;a de sourire, en disant, que Dieu merci ! on ne massacrerait personne. C'&#233;tait justement parce que des bruits faux et inqui&#233;tants couraient, que l'article en question aurait rendu un grand service &#224; la bonne cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Possible, reprit Vuillet, mais la meilleure des causes, en ce moment, est de garder sa t&#234;te sur les &#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ajouta, avec une m&#233;chancet&#233; aigu&#235; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Moi qui croyais que vous aviez tu&#233; tous les insurg&#233;s ! Vous en avez trop laiss&#233;, pour que je me risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon, rest&#233; seul, s'&#233;tonna de cette r&#233;volte d'un homme si humble, si plat d'ordinaire. La conduite de Vuillet lui parut louche. Mais il n'eut pas le temps de chercher une explication. Il s'&#233;tait &#224; peine allong&#233; de nouveau dans son fauteuil, que Roudier entra, en faisant sonner terriblement, sur sa cuisse, un grand sabre qu'il avait attach&#233; &#224; sa ceinture. Les dormeurs se r&#233;veill&#232;rent effar&#233;s. Granoux crut &#224; un appel aux armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Hein ? quoi ? qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il, en remettant pr&#233;cipitamment sa calotte de soie noire dans la poche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Messieurs, dit Roudier essouffl&#233;, sans songer &#224; prendre aucune pr&#233;caution oratoire, je crois qu'une bande d'insurg&#233;s s'approche de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots furent accueillis par un silence &#233;pouvant&#233;. Rougon seul eut la force de dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous les avez vus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, r&#233;pondit l'ancien bonnetier ; mais nous entendons d'&#233;tranges bruits dans la campagne ; un de mes hommes m'a affirm&#233; qu'il avait aper&#231;u des feux courant sur la pente des Garrigues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, comme tous ces messieurs se regardaient avec des visages blancs et muets :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je retourne &#224; mon poste, reprit-il ; j'ai peur de quelque attaque. Avisez de votre c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon voulut courir apr&#232;s lui, avoir d'autres renseignements ; mais il &#233;tait d&#233;j&#224; loin. Certes, la commission n'eut pas envie de se rendormir. Des bruits &#233;tranges ! des feux ! une attaque ! et cela, au milieu de la nuit ! Aviser, c'&#233;tait facile &#224; dire, mais que faire ? Granoux faillit conseiller la m&#234;me tactique qui leur avait r&#233;ussi la veille : se cacher, attendre que les insurg&#233;s eussent travers&#233; Plassans, et triompher ensuite dans les rues d&#233;sertes. Pierre, heureusement, se souvenant des conseils de sa femme, dit que Roudier avait pu se tromper, et que le mieux &#233;tait d'aller voir. Certains membres firent la grimace ; mais quand il fut convenu qu'une escorte arm&#233;e accompagnerait la commission, tous descendirent avec un grand courage. En bas, ils ne laiss&#232;rent que quelques hommes ; ils se firent entourer par une trentaine de gardes nationaux ; puis ils s'aventur&#232;rent dans la ville endormie. La lune seule, glissant au ras des toits, allongeait ses ombres lentes. Ils all&#232;rent vainement le long des remparts, de porte en porte, l'horizon mur&#233;, ne voyant rien, n'entendant rien. Les gardes nationaux des diff&#233;rents postes leur dirent bien que des souffles particuliers leur venaient de la campagne, par-dessus les portails ferm&#233;s ; ils tendirent l'oreille sans saisir autre chose qu'un bruissement lointain, que Granoux pr&#233;tendit reconna&#238;tre pour la clameur de la Viorne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ils restaient inquiets ; ils allaient rentrer &#224; la mairie tr&#232;s-pr&#233;occup&#233;s, tout en feignant de hausser les &#233;paules et tout en traitant Roudier de poltron et de visionnaire, lorsque Rougon, qui avait &#224; c&#339;ur de rassurer pleinement ses amis, eut l'id&#233;e de leur offrir le spectacle de la plaine, &#224; plusieurs lieues. Il conduisit la petite troupe dans le quartier Saint-Marc et vint frapper &#224; l'h&#244;tel Valqueyras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comte, d&#232;s les premiers troubles, &#233;tait parti pour son ch&#226;teau de Corbi&#232;re. Il n'y avait &#224; l'h&#244;tel que le marquis de Carnavant. Depuis la veille, il s'&#233;tait prudemment tenu &#224; l'&#233;cart, non pas qu'il e&#251;t peur, mais parce qu'il lui r&#233;pugnait d'&#234;tre vu, tripotant avec les Rougon, &#224; l'heure d&#233;cisive. Au fond, la curiosit&#233; le br&#251;lait ; il avait d&#251; s'enfermer, pour ne pas courir se donner l'&#233;tonnant spectacle des intrigues du salon jaune. Quand un valet de chambre vint lui dire, au milieu de la nuit, qu'il y avait en bas des messieurs qui le demandaient, il ne put rester sage plus longtemps, il se leva et descendit en toute h&#226;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mon cher marquis, dit Rougon en lui pr&#233;sentant les membres de la commission municipale, nous avons un service &#224; vous demander. Pourriez-vous nous faire conduire dans le jardin de l'h&#244;tel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Certes, r&#233;pondit le marquis &#233;tonn&#233;, je vais vous y mener moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, chemin faisant, il se fit conter le cas. Le jardin se terminait par une terrasse qui dominait la plaine ; en cet endroit, un large pan des remparts s'&#233;tait &#233;croul&#233;, l'horizon s'&#233;tendait sans bornes. Rougon avait compris que ce serait l&#224; un excellent poste d'observation. Les gardes nationaux &#233;taient rest&#233;s &#224; la porte. Tout en causant, les membres de la commission vinrent s'accouder sur le parapet de la terrasse. L'&#233;trange spectacle qui se d&#233;roula alors devant eux les rendit muets. Au loin, dans la vall&#233;e de la Viorne, dans ce creux immense qui s'enfon&#231;ait, au couchant, entre la cha&#238;ne des Garrigues et les montagnes de la Seille, les lueurs de la lune coulaient comme un fleuve de lumi&#232;re p&#226;le. Les bouquets d'arbres, les rochers sombres, faisaient, de place en place, des &#238;lots, des langues de terre, &#233;mergeant de la mer lumineuse. Et l'on distinguait, selon les coudes de la Viorne, des bouts, des tron&#231;ons de rivi&#232;re, qui se montraient, avec des reflets d'armures, dans la fine poussi&#232;re d'argent qui tombait du ciel. C'&#233;tait un oc&#233;an, un monde, que la nuit, le froid, la peur secr&#232;te, &#233;largissaient &#224; l'infini. Ces messieurs n'entendirent, ne virent d'abord rien. Il y avait dans le ciel un frisson de lumi&#232;re et de voix lointaines qui les assourdissait et les aveuglait. Granoux, peu po&#235;te de sa nature, murmura cependant, gagn&#233; par la paix sereine de cette nuit d'hiver :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; La belle nuit, messieurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; D&#233;cid&#233;ment, Roudier a r&#234;v&#233;, dit Rougon avec quelque d&#233;dain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le marquis tendait ses oreilles fines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! dit-il de sa voix nette, j'entends le tocsin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous se pench&#232;rent sur le parapet, retenant leur souffle. Et, l&#233;gers, avec des puret&#233;s de cristal, les tintements &#233;loign&#233;s d'une cloche mont&#232;rent de la plaine. Ces messieurs ne purent nier. C'&#233;tait bien le tocsin. Rougon pr&#233;tendit reconna&#238;tre la cloche du B&#233;age, un village situ&#233; &#224; une grande lieue de Plassans. Il disait cela pour rassurer ses coll&#232;gues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#201;coutez, &#233;coutez, interrompit le marquis. Cette fois, c'est la cloche de Saint-Maur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il leur d&#233;signait un autre point de l'horizon. En effet, une seconde cloche pleurait dans la nuit claire. Puis bient&#244;t ce furent dix cloches, vingt cloches, dont leurs oreilles, accoutum&#233;es au large fr&#233;missement de l'ombre, entendirent les tintements d&#233;sesp&#233;r&#233;s. Des appels sinistres montaient de toutes parts, affaiblis, pareils &#224; des r&#226;les d'agonisant. La plaine enti&#232;re sanglota bient&#244;t. Ces messieurs ne plaisantaient plus Roudier. Le marquis, qui prenait une joie m&#233;chante &#224; les effrayer, voulut bien leur expliquer la cause de toutes ces sonneries :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ce sont, dit-il, les villages voisins qui se r&#233;unissent pour venir attaquer Plassans au point du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Granoux &#233;carquillait les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous n'avez rien vu, l&#224;-bas ! demanda-t-il tout &#224; coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne regardait. Ces messieurs fermaient les yeux pour mieux entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! tenez ! reprit-il au bout d'un silence. Au-del&#224; de la Viorne, pr&#232;s de cette masse noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, je vois, r&#233;pondit Rougon, d&#233;sesp&#233;r&#233; ; c'est un feu qu'on allume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre feu fut allum&#233; presque imm&#233;diatement en face du premier, puis un troisi&#232;me, puis un quatri&#232;me. Des taches rouges apparurent ainsi sur toute la longueur de la vall&#233;e, &#224; des distances presque &#233;gales, pareilles aux lanternes de quelque avenue gigantesque. La lune, qui les &#233;teignait &#224; demi, les faisait s'&#233;taler comme des mares de sang. Cette illumination sinistre acheva de consterner la commission municipale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pardieu ! murmurait le marquis, avec son ricanement le plus aigu, ces brigands se font des signaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il compta complaisamment les feux, pour savoir, disait-il, &#224; combien d'hommes environ aurait affaire &#171; la brave garde nationale de Plassans. &#187; Rougon voulut &#233;lever des doutes, dire que les villages prenaient les armes pour aller rejoindre l'arm&#233;e des insurg&#233;s, et non pour venir attaquer la ville. Ces messieurs, par leur silence constern&#233;, montr&#232;rent que leur opinion &#233;tait faite et qu'ils refusaient toute consolation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voil&#224; maintenant que j'entends la Marseillaise, dit Granoux d'une voix &#233;teinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait encore vrai. Une bande devait suivre la Viorne et passer, &#224; ce moment, au bas m&#234;me de la ville ; le cri : &#171; Aux armes, citoyens ! formez vos bataillons ! &#187; arrivait, par bouff&#233;es, avec une nettet&#233; vibrante. Ce fut une nuit atroce. Ces messieurs la pass&#232;rent, accoud&#233;s sur le parapet de la terrasse, glac&#233;s par le terrible froid qu'il faisait, ne pouvant s'arracher au spectacle de cette plaine toute secou&#233;e par le tocsin et la Marseillaise, tout enflamm&#233;e par l'illumination des signaux. Ils s'emplirent les yeux de cette mer lumineuse, piqu&#233;e de flammes sanglantes ; ils se firent sonner les oreilles, &#224; &#233;couter cette clameur vague ; au point que leurs sens se faussaient, qu'ils voyaient et entendaient d'effrayantes choses. Pour rien au monde, ils n'auraient quitt&#233; la place ; s'ils avaient tourn&#233; le dos, ils se seraient imagin&#233; qu'une arm&#233;e &#233;tait &#224; leurs trousses. Comme certains poltrons, ils voulaient voir venir le danger, sans doute pour prendre la fuite au bon moment. Aussi, vers le matin, quand la lune fut couch&#233;e, et qu'ils n'eurent plus devant eux qu'un ab&#238;me noir, ils &#233;prouv&#232;rent des transes horribles. Ils se croyaient entour&#233;s d'ennemis invisibles qui rampaient dans l'ombre, pr&#234;ts &#224; leur sauter &#224; la gorge. Au moindre bruit, c'&#233;taient des hommes qui se consultaient au bas de la terrasse, avant de l'escalader. Et rien, rien que du noir, dans lequel ils fixaient &#233;perdument leurs regards. Le marquis, comme pour les consoler, leur disait de sa voix ironique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ne vous inqui&#233;tez donc pas ! Ils attendront le point du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon maugr&#233;ait. Il sentait la peur le reprendre. Les cheveux de Granoux achev&#232;rent de blanchir. L'aube parut enfin avec des lenteurs mortelles. Ce fut encore un bien mauvais moment. Ces messieurs, au premier rayon, s'attendaient &#224; voir une arm&#233;e rang&#233;e en bataille devant la ville. Justement, ce matin-l&#224;, le jour avait des paresses, se tra&#238;nait au bord de l'horizon. Le cou tendu, l'&#339;il en arr&#234;t, ils interrogeaient les blancheurs vagues. Et, dans l'ombre ind&#233;cise, ils entrevoyaient des profils monstrueux, la plaine se changeait en lac de sang, les rochers en cadavres flottant &#224; la surface, les bouquets d'arbres en bataillons encore mena&#231;ants et debout. Puis, lorsque les clart&#233;s croissantes eurent effac&#233; ces fant&#244;mes, le jour se leva, si p&#226;le, si triste, avec des m&#233;lancolies telles, que le marquis lui-m&#234;me eut le c&#339;ur serr&#233;. On n'apercevait point d'insurg&#233;s, les routes &#233;taient libres ; mais la vall&#233;e, toute grise, avait un aspect d&#233;sert et morne de coupe-gorge. Les feux &#233;taient &#233;teints, les cloches sonnaient encore. Vers huit heures, Rougon distingua seulement une bande de quelques hommes qui s'&#233;loignaient le long de la Viorne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces messieurs &#233;taient morts de froid et de fatigue. Ne voyant aucun p&#233;ril imm&#233;diat, ils se d&#233;cid&#232;rent &#224; aller prendre quelques heures de repos. Un garde national fut laiss&#233; sur la terrasse en sentinelle, avec ordre de courir pr&#233;venir Roudier, s'il apercevait au loin quelque bande. Granoux et Rougon, bris&#233;s par les &#233;motions de la nuit, regagn&#232;rent leurs demeures, qui &#233;taient voisines, en se soutenant mutuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; coucha son mari avec toutes sortes de pr&#233;cautions. Elle l'appelait &#171; pauvre chat ; &#187; elle lui r&#233;p&#233;tait qu'il ne devait pas se frapper l'imagination comme cela, et que tout finirait bien. Mais lui secouait la t&#234;te ; il avait des craintes s&#233;rieuses. Elle le laissa dormir jusqu'&#224; onze heures. Puis, quand il e&#251;t mang&#233;, elle le mit doucement dehors, en lui faisant entendre qu'il fallait aller jusqu'au bout. &#192; la mairie, Rougon ne trouva que quatre membres de la commission ; les autres se firent excuser ; ils &#233;taient r&#233;ellement malades. La panique, depuis le matin, soufflait sur la ville avec une violence plus &#226;pre. Ces messieurs n'avaient pu garder pour eux le r&#233;cit de la nuit m&#233;morable pass&#233;e sur la terrasse de l'h&#244;tel Valqueyras. Leurs bonnes s'&#233;taient empress&#233;es d'en r&#233;pandre la nouvelle, en l'enjolivant de d&#233;tails dramatiques. &#192; cette heure, c'&#233;tait chose acquise &#224; l'histoire, qu'on avait vu dans la campagne, des hauteurs de Plassans, des danses de cannibales d&#233;vorant leurs prisonniers, des rondes de sorci&#232;res tournant autour de leurs marmites o&#249; bouillaient des enfants, d'interminables d&#233;fil&#233;s de bandits dont les armes luisaient au clair de lune. Et l'on parlait des cloches qui sonnaient d'elles-m&#234;mes le tocsin dans l'air d&#233;sol&#233;, et l'on affirmait que les insurg&#233;s avaient mis le feu aux for&#234;ts des environs, et que tout le pays flambait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait au mardi, jour de march&#233; &#224; Plassans ; Roudier avait cru devoir faire ouvrir les portes toutes grandes pour laisser entrer les quelques paysannes qui apportaient des l&#233;gumes, du beurre et des &#339;ufs. D&#232;s qu'elle fut assembl&#233;e, la commission municipale, qui ne se composait plus que de cinq membres, en comptant le pr&#233;sident, d&#233;clara que c'&#233;tait l&#224; une imprudence impardonnable. Bien que la sentinelle laiss&#233;e &#224; l'h&#244;tel Valqueyras n'e&#251;t rien vu, il fallait tenir la ville close. Alors Rougon d&#233;cida que le crieur public, accompagn&#233; d'un tambour, irait par les rues proclamer la ville en &#233;tat de si&#233;ge et annoncer aux habitants que quiconque sortirait ne pourrait plus rentrer. Les portes furent officiellement ferm&#233;es, en plein midi. Cette mesure, prise pour rassurer la population, porta l'&#233;pouvante &#224; son comble. Et rien ne fut plus curieux que cette cit&#233; qui se cadenassait, qui poussait les verrous, sous le clair soleil, au beau milieu du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Plassans eut boucl&#233; et serr&#233; autour de lui la ceinture us&#233;e de ses remparts, quand il se fut verrouill&#233; comme une forteresse assi&#233;g&#233;e aux approches d'un assaut, une angoisse mortelle passa sur les maisons mornes. &#192; chaque heure, du centre de la ville, on croyait entendre des fusillades &#233;clater dans les faubourgs. On ne savait plus rien, on &#233;tait au fond d'une cave, d'un trou mur&#233; dans l'attente anxieuse de la d&#233;livrance ou du coup de gr&#226;ce. Depuis deux jours, les bandes d'insurg&#233;s qui battaient la campagne, avaient interrompu toutes les communications. Plassans, accul&#233; dans l'impasse o&#249; il est b&#226;ti, se trouvait s&#233;par&#233; du reste de la France. Il se sentait en plein pays de r&#233;bellion ; autour de lui, le tocsin sonnait, la Marseillaise grondait, avec des clameurs de fleuve d&#233;bord&#233;. La ville, abandonn&#233;e et frissonnante, &#233;tait comme une proie promise aux vainqueurs, et les promeneurs du cours passaient, &#224; chaque minute, de la terreur &#224; l'esp&#233;rance, en croyant apercevoir &#224; la Grand'Porte, tant&#244;t des blouses d'insurg&#233;s et tant&#244;t des uniformes de soldats. Jamais sous-pr&#233;fecture, dans son cachot de murs croulants, n'eut une agonie plus douloureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers deux heures, le bruit se r&#233;pandit que le coup d'&#201;tat avait manqu&#233; ; le prince-pr&#233;sident &#233;tait au donjon de Vincennes ; Paris se trouvait entre les mains de la d&#233;magogie la plus avanc&#233;e ; Marseille, Toulon, Draguignan, tout le Midi appartenait &#224; l'arm&#233;e insurrectionnelle victorieuse. Les insurg&#233;s devaient arriver le soir et massacrer Plassans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;putation se rendit alors &#224; la mairie pour reprocher &#224; la commission municipale la fermeture des portes, bonne seulement &#224; irriter les insurg&#233;s. Rougon, qui perdait la t&#234;te, d&#233;fendit son ordonnance avec ses derni&#232;res &#233;nergies ; ce double tour donn&#233; aux serrures lui semblait un des actes les plus ing&#233;nieux de son administration ; il trouva pour le justifier des paroles convaincues. Mais on l'embarrassait, on lui demandait o&#249; &#233;taient les soldats, le r&#233;giment qu'il avait promis. Alors il mentit, il dit tr&#232;s-carr&#233;ment qu'il n'avait rien promis du tout. L'absence de ce r&#233;giment l&#233;gendaire, que les habitants d&#233;siraient au point d'en avoir r&#234;v&#233; l'approche, &#233;tait la grande cause de la panique. Les gens bien inform&#233;s citaient l'endroit exact de la route o&#249; les soldats avaient &#233;t&#233; &#233;gorg&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quatre heures, Rougon, suivi de Granoux, se rendit &#224; l'h&#244;tel Valqueyras. De petites bandes, qui rejoignaient les insurg&#233;s, &#224; Orch&#232;res, passaient toujours au loin, dans la vall&#233;e de la Viorne. Toute la journ&#233;e, des gamins avaient grimp&#233; sur les remparts, des bourgeois &#233;taient venus regarder par les meurtri&#232;res. Ces sentinelles volontaires entretenaient l'&#233;pouvante de la ville, en comptant tout haut les bandes, qui &#233;taient prises pour autant de forts bataillons. Ce peuple poltron croyait assister, des cr&#233;neaux, aux pr&#233;paratifs de quelque massacre universel. Au cr&#233;puscule, comme la veille, la panique souffla, plus froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rentrant &#224; la mairie, Rougon et l'ins&#233;parable Granoux comprirent que la situation devenait intol&#233;rable. Pendant leur absence, un nouveau membre de la commission avait disparu. Ils n'&#233;taient plus que quatre. Ils se sentirent ridicules, la face bl&#234;me, &#224; se regarder, pendant des heures, sans rien dire. Puis ils avaient une peur atroce de passer une seconde nuit sur la terrasse de l'h&#244;tel Valqueyras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon d&#233;clara gravement que, l'&#233;tat des choses demeurant le m&#234;me, il n'y avait pas lieu de rester en permanence. Si quelque &#233;v&#233;nement grave se produisait, on irait les pr&#233;venir. Et, par une d&#233;cision, d&#251;ment prise en conseil, il se d&#233;chargea sur Roudier des soins de son administration. Le pauvre Roudier, qui se souvenait d'avoir &#233;t&#233; garde national &#224; Paris, sous Louis-Philippe, veillait &#224; la Grand'Porte, avec conviction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre rentra l'oreille basse, se coulant dans l'ombre des maisons. Il sentait autour de lui Plassans lui devenir hostile. Il entendait, dans les groupes, courir son nom, avec des paroles de col&#232;re et de m&#233;pris. Ce fut en chancelant et la sueur aux tempes, qu'il monta l'escalier. F&#233;licit&#233; le re&#231;ut, silencieuse, la mine constern&#233;e. Elle aussi commen&#231;ait &#224; d&#233;sesp&#233;rer. Tout leur r&#234;ve croulait. Ils se tinrent l&#224;, dans le salon jaune, face &#224; face. Le jour tombait, un jour sale d'hiver qui donnait des teintes boueuses au papier orange &#224; grands ramages ; jamais la pi&#232;ce n'avait paru plus fan&#233;e, plus sordide, plus honteuse. Et, &#224; cette heure, ils &#233;taient seuls ; ils n'avaient plus, comme la veille, un peuple de courtisans qui les f&#233;licitaient. Une journ&#233;e venait de suffire pour les vaincre, au moment o&#249; ils chantaient victoire. Si le lendemain la situation ne changeait pas, la partie &#233;tait perdue. F&#233;licit&#233; qui, la veille, songeait aux plaines d'Austerlitz, en regardant les ruines du salon jaune, pensait maintenant, &#224; le voir si morne et si d&#233;sert, aux champs maudits de Waterloo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, comme son mari ne disait rien, elle alla machinalement &#224; la fen&#234;tre, &#224; cette fen&#234;tre o&#249; elle avait hum&#233; avec d&#233;lice l'encens de toute une sous-pr&#233;fecture. Elle aper&#231;ut des groupes nombreux en bas, sur la place ; elle ferma les persiennes, voyant des t&#234;tes se tourner vers leur maison, et craignant d'&#234;tre hu&#233;e. On parlait d'eux ; elle en eut le pressentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des voix montaient dans le cr&#233;puscule. Un avocat clabaudait du ton d'un plaideur qui triomphe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je l'avais bien dit, les insurg&#233;s sont partis tout seuls, et ils ne demanderont pas la permission des quarante et un pour revenir. Les quarante et un ! quelle bonne farce ! Moi je crois qu'ils &#233;taient au moins deux cents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais non, dit un gros n&#233;gociant, marchand d'huile et grand politique, ils n'&#233;taient peut-&#234;tre pas dix. Car, enfin, ils ne se sont pas battus ; on aurait bien vu le sang, le matin. Moi qui vous parle, je suis all&#233; &#224; la mairie, pour voir ; la cour &#233;tait propre comme ma main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ouvrier qui se glissait timidement dans le groupe, ajouta :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il ne fallait pas &#234;tre malin pour prendre la mairie. La porte n'&#233;tait pas m&#234;me ferm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des rires accueillirent cette phrase, et l'ouvrier, se voyant encourag&#233;, reprit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Les Rougon, c'est connu, c'est des pas grand'chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette insulte alla frapper F&#233;licit&#233; au c&#339;ur. L'ingratitude de ce peuple la navrait, car elle finissait elle-m&#234;me par croire &#224; la mission des Rougon. Elle appela son mari ; elle voul&#251;t qu'il prit une le&#231;on sur l'instabilit&#233; des foules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est comme leur glace, continua l'avocat ; ont-ils fait assez de bruit avec cette malheureuse glace cass&#233;e ! Vous savez que ce Rougon est capable d'avoir tir&#233; un coup de fusil dedans, pour faire croire &#224; une bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre retint un cri de douleur. On ne croyait m&#234;me plus &#224; sa glace. Bient&#244;t on irait jusqu'&#224; pr&#233;tendre qu'il n'avait pas entendu siffler une balle &#224; son oreille. La l&#233;gende des Rougon s'effacerait, il ne resterait rien de leur gloire. Mais il n'&#233;tait pas au bout de son calvaire. Les groupes s'acharnaient aussi vertement qu'ils avaient applaudi la veille. Un ancien fabricant de chapeaux, vieillard de soixante-dix ans, dont la fabrique se trouvait jadis dans le faubourg, fouilla le pass&#233; des Rougon. Il parla vaguement, avec les h&#233;sitations d'une m&#233;moire qui se perd, de l'enclos des Fouque, d'Ad&#233;la&#239;de, de ses amours avec un contrebandier. Il en dit assez pour donner aux comm&#233;rages un nouvel &#233;lan. Les causeurs se rapproch&#232;rent ; les mots de canailles, de voleurs, d'intrigants &#233;hont&#233;s, montaient jusqu'&#224; la persienne derri&#232;re laquelle Pierre et F&#233;licit&#233; suaient la peur et la col&#232;re. On en vint sur la place &#224; plaindre Macquart. Ce fut le dernier coup. Hier Rougon &#233;tait un Brutus, une &#226;me sto&#239;que qui sacrifiait ses affections &#224; la patrie ; aujourd'hui Rougon n'&#233;tait plus qu'un vil ambitieux qui passait sur le ventre de son pauvre fr&#232;re, et s'en servait comme d'un marchepied pour monter &#224; la fortune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu entends, tu entends, murmurait Pierre d'une voix &#233;trangl&#233;e. Ah ! les gredins, ils nous tuent ; jamais nous ne nous en rel&#232;verons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233;, furieuse, tambourinait sur la persienne du bout de ses doigts crisp&#233;s et elle r&#233;pondait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Laisse-les dire, va. Si nous redevenons les plus forts, ils verront de quel bois je me chauffe. Je sais d'o&#249; vient le coup. La ville neuve nous en veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle devinait juste. L'impopularit&#233; brusque des Rougon &#233;tait l'&#339;uvre d'un groupe d'avocats qui se trouvaient tr&#232;s-vex&#233;s de l'importance qu'avait prise un ancien marchand d'huile, illettr&#233;, et dont la maison avait risqu&#233; la faillite. Le quartier Saint-Marc, depuis deux jours, &#233;tait comme mort. Le vieux quartier et la ville neuve restaient seuls en pr&#233;sence. Cette derni&#232;re avait profit&#233; de la panique pour perdre le salon jaune dans l'esprit des commer&#231;ants et des ouvriers. Roudier et Granoux &#233;taient d'excellents hommes, d'honorables citoyens, que ces intrigants de Rougon trompaient. On leur ouvrirait les yeux. &#192; la place de ce gros ventru, de ce gueux qui n'avait pas le sou, M. Isidore Granoux n'aurait-il pas d&#251; s'asseoir dans le fauteuil du maire ? Les envieux partaient de l&#224; pour reprocher &#224; Rougon tous les actes de son administration qui ne datait que de la veille. Il n'aurait pas d&#251; garder l'ancien conseil municipal ; il avait commis une sottise grave en faisant fermer les portes ; c'&#233;tait par sa b&#234;tise que cinq membres avaient pris une fluxion de poitrine sur la terrasse de l'h&#244;tel Valqueyras. Et ils ne tarissaient pas. Les r&#233;publicains, eux aussi, relevaient la t&#234;te. On parlait d'un coup de main possible, tent&#233; sur la mairie par les ouvriers du faubourg. La r&#233;action r&#226;lait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre, dans cet &#233;croulement de toutes ses esp&#233;rances, songea aux quelques soutiens, sur lesquels, &#224; l'occasion, il pourrait encore compter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Est-ce qu'Aristide, demanda-t-il, ne devait pas venir ce soir pour faire la paix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, r&#233;pondit F&#233;licit&#233;. Il m'avait promis un bel article. L'Ind&#233;pendant n'a pas paru&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais son mari l'interrompit en disant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! n'est-ce pas lui qui sort de la sous-pr&#233;fecture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vieille femme ne jeta qu'un regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il a remis son &#233;charpe ! cria-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristide, en effet, cachait de nouveau sa main dans son foulard. L'Empire se g&#226;tait, sans que la R&#233;publique triomph&#226;t, et il avait jug&#233; prudent de reprendre son r&#244;le de mutil&#233;. Il traversa sournoisement la place, sans lever la t&#234;te ; puis, comme il entendit sans doute dans les groupes des paroles dangereuses et compromettantes, il se h&#226;ta de dispara&#238;tre au coude de la rue de la Banne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Va, il ne montera pas, dit am&#232;rement F&#233;licit&#233;. Nous sommes &#224; terre&#8230; Jusqu'&#224; nos enfants qui nous abandonnent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ferma violemment la fen&#234;tre, pour ne plus voir, pour ne plus entendre. Et quand elle eut allum&#233; la lampe, ils d&#238;n&#232;rent, d&#233;courag&#233;s, sans faim, laissant les morceaux sur leur assiette. Ils n'avaient que quelques heures pour prendre un parti. Il fallait qu'au r&#233;veil ils tinssent Plassans sous leurs talons et qu'ils lui fissent demander gr&#226;ce, s'ils ne voulaient renoncer &#224; la fortune r&#234;v&#233;e. Le manque absolu de nouvelles certaines &#233;tait l'unique cause de leur ind&#233;cision anxieuse. F&#233;licit&#233;, avec sa nettet&#233; d'esprit, comprit vite cela. S'ils avaient pu conna&#238;tre le r&#233;sultat du coup d'&#201;tat, ils auraient pay&#233; d'audace et continu&#233; quand m&#234;me leur r&#244;le de sauveurs, ou ils se seraient h&#226;t&#233;s de faire oublier le plus possible leur campagne malheureuse. Mais ils ne savaient rien de pr&#233;cis, ils perdaient la t&#234;te, ils avaient des sueurs froides, &#224; jouer ainsi leur fortune, sur un coup de d&#233;s, en pleine ignorance des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et ce diable d'Eug&#232;ne qui ne m'&#233;crit pas ! s'&#233;cria Rougon dans un &#233;lan de d&#233;sespoir, sans songer qu'il livrait &#224; sa femme le secret de sa correspondance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais F&#233;licit&#233; feignit de ne pas avoir entendu. Le cri de son mari l'avait profond&#233;ment frapp&#233;e. En effet, pourquoi Eug&#232;ne n'&#233;crivait-il pas &#224; son p&#232;re ? Apr&#232;s l'avoir tenu si fid&#232;lement au courant des succ&#232;s de la cause bonapartiste, il aurait d&#251; s'empresser de lui annoncer le triomphe ou la d&#233;faite du prince Louis. La simple prudence lui conseillait la communication de cette nouvelle. S'il se taisait, c'&#233;tait que la R&#233;publique victorieuse l'avait envoy&#233; rejoindre le pr&#233;tendant dans les cachots de Vincennes. F&#233;licit&#233; se sentit glac&#233;e ; le silence de son fils tuait ses derni&#232;res esp&#233;rances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment, on apporta la Gazette, encore toute fra&#238;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Comment ! dit Pierre tr&#232;s-surpris, Vuillet a fait para&#238;tre son journal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;chira la bande, il lut l'article de t&#234;te et l'acheva, p&#226;le comme un linge, fl&#233;chissant sur sa chaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tiens, lis, reprit-il, en tendant le journal &#224; F&#233;licit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un superbe article, d'une violence inou&#239;e contre les insurg&#233;s. Jamais tant de fiel, tant de mensonges, tant d'ordures d&#233;votes n'avaient coul&#233; d'une plume. Vuillet commen&#231;ait par faire le r&#233;cit de l'entr&#233;e de la bande dans Plassans. Un pur chef-d'&#339;uvre. On y voyait &#171; ces bandits, ces faces patibulaires, cette &#233;cume des bagnes, &#187; envahissant la ville, &#171; ivres d'eau-de-vie, de luxure et de pillage ; &#187; puis il les montrait &#171; &#233;talant leur cynisme dans les rues, &#233;pouvantant la population par des cris sauvages, ne cherchant que le viol et l'assassinat. &#187; Plus loin, la sc&#232;ne de l'h&#244;tel de ville et l'arrestation des autorit&#233;s devenaient tout un drame atroce : &#171; Alors, ils ont pris &#224; la gorge les hommes les plus respectables ; et, comme J&#233;sus, le maire, le brave commandant de la garde nationale, le directeur des postes, ce fonctionnaire si bienveillant, ont &#233;t&#233; couronn&#233;s d'&#233;pines par ces mis&#233;rables, et ont re&#231;u leurs crachats au visage. &#187; L'alin&#233;a consacr&#233; &#224; Miette et &#224; sa pelisse rouge montait en plein lyrisme. Vuillet avait vu dix, vingt filles sanglantes : &#171; Et qui n'a pas aper&#231;u, au milieu de ces monstres, des cr&#233;atures inf&#226;mes v&#234;tues de rouge, et qui devaient s'&#234;tre roul&#233;es dans le sang des martyrs que ces brigands ont assassin&#233;s le long des routes ? Elles brandissaient des drapeaux, elles s'abandonnaient, en pleins carrefours, aux caresses ignobles de la horde tout enti&#232;re. &#187; Et Vuillet ajoutait avec une emphase biblique : &#171; La R&#233;publique ne marche jamais qu'entre la prostitution et le meurtre. &#187; Ce n'&#233;tait l&#224; que la premi&#232;re partie de l'article ; le r&#233;cit termin&#233;, dans une p&#233;roraison virulente, le libraire demandait si le pays souffrirait plus longtemps &#171; la honte de ces b&#234;tes fauves qui ne respectaient ni les propri&#233;t&#233;s ni les personnes ; &#187; il faisait un appel &#224; tous les valeureux citoyens en disant qu'une plus longue tol&#233;rance serait un encouragement, et qu'alors les insurg&#233;s viendraient prendre &#171; la fille dans les bras de la m&#232;re, l'&#233;pouse dans les bras de l'&#233;poux ; &#187; enfin, apr&#232;s une phrase d&#233;vote dans laquelle il d&#233;clarait que Dieu voulait l'extermination des m&#233;chants, il terminait par ce coup de trompette : &#171; On affirme que ces mis&#233;rables sont de nouveau &#224; nos portes ; eh bien ! que chacun de nous prenne un fusil et qu'on les tue comme des chiens ; on me verra au premier rang, heureux de d&#233;barrasser la terre d'une pareille vermine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article, o&#249; la lourdeur du journalisme de province enfilait des p&#233;riphrases orduri&#232;res, avait constern&#233; Rougon, qui murmura, lorsque F&#233;licit&#233; posa la Gazette sur la table :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! le malheureux ! il nous donne le dernier coup ; on croira que c'est moi qui ai inspir&#233; cette diatribe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais, dit sa femme, songeuse, ne m'as-tu pas annonc&#233; ce matin qu'il refusait absolument d'attaquer les r&#233;publicains ? Les nouvelles l'avaient terrifi&#233;, et tu pr&#233;tendais qu'il &#233;tait p&#226;le comme un mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! oui, je n'y comprends rien. Comme j'insistais, il est all&#233; jusqu'&#224; me reprocher de ne pas avoir tu&#233; tous les insurg&#233;s&#8230; C'&#233;tait hier qu'il aurait d&#251; &#233;crire son article ; aujourd'hui, il va nous faire massacrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; se perdait en plein &#233;tonnement. Quelle mouche avait donc piqu&#233; Vuillet ? L'image de ce bedeau manqu&#233;, un fusil &#224; la main, faisant le coup de feu sur les remparts de Plassans, lui semblait une des choses les plus bouffonnes qu'on p&#251;t imaginer. Il y avait certainement l&#224;-dessous quelque cause d&#233;terminante qui lui &#233;chappait. Vuillet avait l'injure trop impudente et le courage trop facile, pour que la bande insurrectionnelle f&#251;t r&#233;ellement si voisine des portes de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est un m&#233;chant homme, je l'ai toujours dit, reprit Rougon qui venait de relire l'article. Il n'a peut-&#234;tre voulu que nous faire du tort. J'ai &#233;t&#233; bien bon enfant de lui laisser la direction des postes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut un trait de lumi&#232;re. F&#233;licit&#233; se leva vivement, comme &#233;clair&#233;e par une pens&#233;e subite ; elle mit un bonnet, jeta un ch&#226;le sur ses &#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; O&#249; vas-tu donc ? demanda son mari &#233;tonn&#233;. Il est plus de neuf heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Toi, tu vas te coucher, r&#233;pondit-elle avec quelque rudesse. Tu es souffrant, tu te reposeras. Dors en m'attendant ; je te r&#233;veillerai s'il le faut, et nous causerons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle sortit, avec ses allures lestes, et courut &#224; l'h&#244;tel des postes. Elle entra brusquement dans le cabinet o&#249; Vuillet travaillait encore. Il eut, &#224; sa vue, un vif mouvement de contrari&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais Vuillet n'avait &#233;t&#233; plus heureux. Depuis qu'il pouvait glisser ses doigts minces dans le courrier, il go&#251;tait des volupt&#233;s profondes, des volupt&#233;s de pr&#234;tre curieux, s'appr&#234;tant &#224; savourer les aveux de ses p&#233;nitentes. Toutes les indiscr&#233;tions sournoises, tous les bavardages vagues des sacristies chantaient &#224; ses oreilles. Il approchait son long nez bl&#234;me des lettres, il regardait amoureusement les suscriptions de ses yeux louches, il auscultait les enveloppes, comme les petits abb&#233;s fouillent l'&#226;me des vierges. C'&#233;taient des jouissances infinies, des tentations pleines de chatouillements. Les mille secrets de Plassans &#233;taient l&#224; ; il touchait &#224; l'honneur des femmes, &#224; la fortune des hommes, et il n'avait qu'&#224; briser les cachets, pour en savoir aussi long que le grand-vicaire de la cath&#233;drale, le confident des personnes comme il faut de la ville. Vuillet &#233;tait une de ces terribles comm&#232;res, froides, aigu&#235;s, qui savent tout, se font tout dire, et ne r&#233;p&#232;tent les bruits que pour en assassiner les gens. Aussi avait-il fait souvent le r&#234;ve d'enfoncer son bras jusqu'&#224; l'&#233;paule dans la bo&#238;te aux lettres. Pour lui, depuis la veille, le cabinet du directeur des postes &#233;tait un grand confessionnal plein d'une ombre et d'un myst&#232;re religieux, dans lequel il se p&#226;mait en humant les murmures voil&#233;s, les aveux frissonnants qui s'exhalaient des correspondances. D'ailleurs, le libraire faisait sa petite besogne avec une impudence parfaite. La crise que traversait le pays lui assurait l'impunit&#233;. Si les lettres &#233;prouvaient quelque retard, si d'autres s'&#233;garaient m&#234;me compl&#233;tement, ce serait la faute de ces gueux de r&#233;publicains, qui couraient la campagne et interrompaient les communications. La fermeture des portes l'avait un instant contrari&#233; ; mais il s'&#233;tait entendu avec Roudier pour que les courriers pussent entrer et lui fussent apport&#233;s directement, sans passer par la mairie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'avait, &#224; la v&#233;rit&#233;, d&#233;cachet&#233; que quelques lettres, les bonnes, celles que son flair de sacristain lui avait d&#233;sign&#233;es comme contenant des nouvelles utiles &#224; conna&#238;tre avant tout le monde. Il s'&#233;tait ensuite content&#233; de garder dans un tiroir, pour &#234;tre distribu&#233;es plus tard, celles qui pourraient donner l'&#233;veil et lui enlever le m&#233;rite d'avoir du courage, quand la ville enti&#232;re tremblait. Le d&#233;vot personnage, en choisissant la direction des postes, avait singuli&#232;rement compris la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque madame Rougon entra, il faisait son choix dans un tas &#233;norme de lettres et de journaux, sous pr&#233;texte sans doute de les classer. Il se leva, avec son sourire humble, avan&#231;ant une chaise ; ses paupi&#232;res rougies battaient d'une fa&#231;on inqui&#232;te. Mais F&#233;licit&#233; ne s'assit pas ; elle dit brutalement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je veux la lettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vuillet &#233;carquilla les yeux d'un air de grande innocence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quelle lettre, ch&#232;re dame ? demanda-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; La lettre que vous avez re&#231;ue ce matin pour mon mari&#8230; Voyons, monsieur Vuillet, je suis press&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme il b&#233;gayait qu'il ne savait pas, qu'il n'avait rien vu, que c'&#233;tait bien &#233;tonnant, F&#233;licit&#233; reprit, avec une sourde menace dans la voix :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Une lettre de Paris, de mon fils Eug&#232;ne, vous savez bien ce que je veux dire, n'est-ce pas ?&#8230; Je vais chercher moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fit mine de mettre la main dans les divers paquets qui encombraient le bureau. Alors il s'empressa, il dit qu'il allait voir. Le service &#233;tait forc&#233;ment si mal fait ! Peut-&#234;tre bien qu'il y avait une lettre, en effet. Dans ce cas, on la retrouverait. Mais, quant &#224; lui, il jurait qu'il ne l'avait pas vue. En parlant, il tournait dans le cabinet, il bouleversait tous les papiers. Puis, il ouvrit les tiroirs, les cartons. F&#233;licit&#233; attendait impassible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ma foi, vous avez raison, voici une lettre pour vous, s'&#233;cria-t-il enfin, en tirant quelques papiers d'un carton. Ah ! ces diables d'employ&#233;s, ils profitent de la situation pour ne rien faire comme il faut !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; prit la lettre et en examina le cachet attentivement, sans para&#238;tre s'inqui&#233;ter le moins du monde de ce qu'un pareil examen pouvait avoir de blessant pour Vuillet. Elle vit clairement qu'on avait d&#251; ouvrir l'enveloppe ; le libraire, maladroit encore, s'&#233;tait servi d'une cire plus fonc&#233;e pour recoller le cachet. Elle eut soin de fendre l'enveloppe en gardant intact le cachet, qui devait &#234;tre, &#224; l'occasion, une preuve. Eug&#232;ne annon&#231;ait, en quelques mots, le succ&#232;s complet du coup d'&#201;tat ; il chantait victoire, Paris &#233;tait dompt&#233;, la province ne bougeait pas, et il conseillait &#224; ses parents une attitude tr&#232;s-ferme en face de l'insurrection partielle qui soulevait le Midi. Il leur disait, en terminant, que leur fortune &#233;tait fond&#233;e, s'ils ne faiblissaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madame Rougon mit la lettre dans sa poche, et, lentement, elle s'assit, en regardant Vuillet en face. Celui-ci, comme tr&#232;s-occup&#233;, avait fi&#233;vreusement repris son triage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#201;coutez-moi, monsieur Vuillet, lui dit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, quand il eut relev&#233; la t&#234;te :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Jouons cartes sur table, n'est-ce pas ? Vous avez tort de trahir, il pourrait vous arriver malheur. Si, au lieu de d&#233;cacheter nos lettres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se r&#233;cria, se pr&#233;tendit offens&#233;. Mais elle, avec tranquillit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je sais, je connais votre &#233;cole, vous n'avouerez jamais&#8230; Voyons, pas de paroles inutiles, quel int&#233;r&#234;t avez-vous &#224; servir le coup d'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, comme il parlait encore de sa parfaite honn&#234;tet&#233;, elle finit par perdre patience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous me prenez donc pour une b&#234;te ! s'&#233;cria-t-elle. J'ai lu votre article&#8230; Vous feriez bien mieux de vous entendre avec nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, sans rien avouer, il confessa carr&#233;ment qu'il voulait avoir la client&#232;le du coll&#233;ge. Autrefois, c'&#233;tait lui qui fournissait l'&#233;tablissement de livres classiques. Mais on avait appris qu'il vendait, sous le manteau, des pornographies aux &#233;l&#232;ves, en si grande quantit&#233;, que les pupitres d&#233;bordaient de gravures et d'&#339;uvres obsc&#232;nes. &#192; cette occasion, il avait m&#234;me failli passer en police correctionnelle. Depuis cette &#233;poque, il r&#234;vait de rentrer en gr&#226;ce aupr&#232;s de l'administration, avec des rages jalouses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; parut &#233;tonn&#233;e de la modestie de son ambition. Elle le lui fit m&#234;me entendre. Violer des lettres, risquer le bagne, pour vendre quelques dictionnaires !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! dit-il d'une voix aigre, c'est une vente assur&#233;e de quatre &#224; cinq mille francs par an. Je ne r&#234;ve pas l'impossible, comme certaines personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne releva pas le mot. Il ne fut plus question des lettres d&#233;cachet&#233;es. Un trait&#233; d'alliance fut conclu, par lequel Vuillet s'engageait &#224; n'&#233;bruiter aucune nouvelle et &#224; ne pas se mettre en avant, &#224; la condition que les Rougon lui feraient avoir la client&#232;le du coll&#233;ge. En le quittant, F&#233;licit&#233; l'engagea &#224; ne pas se compromettre davantage. Il suffisait qu'il gard&#226;t les lettres et ne les distribu&#226;t que le surlendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quel coquin ! murmura-t-elle, quand elle fut dans la rue, sans songer qu'elle-m&#234;me venait de mettre un interdit sur les courriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle revint &#224; pas lents, songeuse. Elle fit m&#234;me un d&#233;tour, passa par le cours Sauvaire, comme pour r&#233;fl&#233;chir plus longuement et plus &#224; l'aise avant de rentrer chez elle. Sous les arbres de la promenade, elle rencontra M. de Carnavant, qui profitait de la nuit pour fureter dans la ville sans se compromettre. Le clerg&#233; de Plassans, auquel r&#233;pugnait l'action, gardait, depuis l'annonce du coup d'&#201;tat, la neutralit&#233; la plus absolue. Pour lui, l'Empire &#233;tait fait, il attendait l'heure de reprendre, dans une direction nouvelle, ses intrigues s&#233;culaires. Le marquis, agent d&#233;sormais inutile, n'avait plus qu'une curiosit&#233; : savoir comment la bagarre finirait et de quelle fa&#231;on les Rougon iraient jusqu'au bout de leur r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est toi, petite, dit-il en reconnaissant F&#233;licit&#233;. Je voulais aller te voir. Tes affaires s'embrouillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais non, tout va bien, r&#233;pondit-elle, pr&#233;occup&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tant mieux, tu me conteras cela, n'est-ce pas ? Ah ! je dois me confesser, j'ai fait une peur affreuse, l'autre nuit, &#224; ton mari et &#224; ses coll&#232;gues. Si tu avais vu comme ils &#233;taient dr&#244;les sur la terrasse, pendant que je leur faisais voir une bande d'insurg&#233;s dans chaque bouquet de la vall&#233;e !&#8230; Tu me pardonnes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vous remercie, dit vivement F&#233;licit&#233;. Vous auriez d&#251; les faire crever de terreur. Mon mari est un gros sournois. Venez donc un de ces matins, lorsque je serai seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'&#233;chappa, marchant &#224; pas rapides, comme d&#233;cid&#233;e par la rencontre du marquis. Toute sa petite personne exprimait une volont&#233; implacable. Elle allait enfin se venger des cachotteries de Pierre, le tenir sous ses pieds, assurer pour jamais sa toute-puissance au logis. C'&#233;tait un coup de sc&#232;ne n&#233;cessaire, une com&#233;die dont elle go&#251;tait &#224; l'avance les railleries profondes, et dont elle m&#251;rissait le plan avec des raffinements de femme bless&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle trouva Pierre couch&#233;, dormant d'un sommeil lourd ; elle approcha un instant la bougie, et regarda, d'un air de piti&#233;, son visage &#233;pais, o&#249; couraient par moments de l&#233;gers frissons ; puis elle s'assit au chevet du lit, &#244;ta son bonnet, s'&#233;chevela, se donna la mine d'une personne d&#233;sesp&#233;r&#233;e, et se mit &#224; sangloter tr&#232;s-haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Hein ! qu'est-ce que tu as, pourquoi pleures-tu ? demanda Pierre brusquement r&#233;veill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne r&#233;pondit pas, elle pleura plus am&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Par gr&#226;ce, r&#233;ponds, reprit son mari que ce muet d&#233;sespoir &#233;pouvantait. O&#249; es-tu all&#233;e ? Tu as vu les insurg&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fit signe que non ; puis, d'une voix &#233;teinte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je viens de l'h&#244;tel Valqueyras, murmura-t-elle. Je voulais demander conseil &#224; M. de Carnavant. Ah ! mon pauvre ami, tout est perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre se mit sur son s&#233;ant, tr&#232;s-p&#226;le. Son cou de taureau que montrait sa chemise d&#233;boutonn&#233;e, sa chair molle &#233;tait toute gonfl&#233;e par la peur. Et, au milieu du lit d&#233;fait, il s'affaissait comme un magot chinois, bl&#234;me et pleurard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le marquis, continua F&#233;licit&#233;, croit que le prince Louis a succomb&#233; ; nous sommes ruin&#233;s, nous n'aurons jamais un sou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, comme il arrive aux poltrons, Pierre s'emporta. C'&#233;tait la faute du marquis, la faute de sa femme, la faute de toute sa famille. Est-ce qu'il pensait &#224; la politique, lui, quand M. de Carnavant et F&#233;licit&#233; l'avaient jet&#233; dans ces b&#234;tises-l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Moi, je m'en lave les mains, cria-t-il. C'est vous deux qui avez fait la sottise. Est-ce qu'il n'&#233;tait pas plus sage de manger tranquillement nos petites rentes ? Toi, tu as toujours voulu dominer. Tu vois o&#249; cela nous a conduits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il perdait la t&#234;te, il ne se rappelait plus qu'il s'&#233;tait montr&#233; aussi &#226;pre que sa femme. Il n'&#233;prouvait qu'un immense d&#233;sir, celui de soulager sa col&#232;re en accusant les autres de sa d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et, d'ailleurs, continua-t-il, est-ce que nous pouvions r&#233;ussir avec des enfants comme les n&#244;tres ! Eug&#232;ne nous l&#226;che &#224; l'instant d&#233;cisif ; Aristide nous a tra&#238;n&#233;s dans la boue, et il n'y a pas jusqu'&#224; ce grand innocent de Pascal qui ne nous compromette, en faisant de la philanthropie &#224; la suite des insurg&#233;s&#8230; Et dire que nous nous sommes mis sur la paille pour leur faire faire leurs humanit&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il employait, dans son exasp&#233;ration, des mots dont il n'usait jamais. F&#233;licit&#233;, voyant qu'il reprenait haleine, lui dit doucement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu oublies Macquart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! oui, je l'oublie ! reprit-il avec plus de violence, en voil&#224; encore un dont la pens&#233;e me met hors de moi !&#8230; Mais ce n'est pas tout ; tu sais, le petit Silv&#232;re, je l'ai vu chez ma m&#232;re, l'autre soir, les mains pleines de sang ; il a crev&#233; un &#339;il &#224; un gendarme. Je ne t'en ai pas parl&#233;, pour ne point t'effrayer. Vois-tu un de mes neveux en cour d'assises ? Ah ! quelle famille !&#8230; Quant &#224; Macquart, il nous a g&#234;n&#233;s, au point que j'ai eu l'envie de lui casser la t&#234;te, l'autre jour, quand j'avais un fusil. Oui, j'ai eu cette envie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; laissait passer le flot. Elle avait re&#231;u les reproches de son mari avec une douceur ang&#233;lique, baissant la t&#234;te comme une coupable, ce qui lui permettait de rayonner en dessous. Par son attitude, elle poussait Pierre, elle l'affolait. Quand la voix manqua au pauvre homme, elle eut de gros soupirs, feignant le repentir ; puis elle r&#233;p&#233;ta d'une voix d&#233;sol&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qu'allons-nous faire, mon Dieu ! qu'allons-nous faire !&#8230; Nous sommes cribl&#233;s de dettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est ta faute ! cria Pierre en mettant dans ce cri ses derni&#232;res forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Rougon, en effet, devaient de tous les c&#244;t&#233;s. L'esp&#233;rance d'un succ&#232;s prochain leur avait fait perdre toute prudence. Depuis le commencement de 1851, ils s'&#233;taient laiss&#233;s aller jusqu'&#224; offrir, chaque soir, aux habitu&#233;s du salon jaune, des verres de sirop et de punch, des petits g&#226;teaux, des collations compl&#232;tes, pendant lesquelles on buvait &#224; la mort de la r&#233;publique. Pierre avait, de plus, mis un quart de son capital &#224; la disposition de la r&#233;action, pour contribuer &#224; l'achat des fusils et des cartouches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; La note du p&#226;tissier est au moins de mille francs, reprit F&#233;licit&#233; de son ton doucereux, et nous en devons peut-&#234;tre le double au liquoriste. Puis il y a le boucher, le boulanger, le fruitier&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre agonisait. F&#233;licit&#233; lui porta le dernier coup en ajoutant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne parle pas des dix mille francs que tu as donn&#233;s pour les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Moi, moi ! balbutia-t-il, mais on m'a tromp&#233;, on m'a vol&#233; ! C'est cet imb&#233;cile de Sicardot qui m'a mis dedans, en me jurant que les Napol&#233;on seraient vainqueurs. J'ai cru faire une avance. Mais il faudra bien que cette vieille ganache me rende mon argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! on ne te rendra rien du tout, dit sa femme en haussant les &#233;paules. Nous subirons le sort de la guerre. Quand nous aurons tout pay&#233;, il ne nous restera pas de quoi manger du pain. Ah ! c'est une jolie campagne !&#8230; Va, nous pouvons aller habiter quelque taudis du vieux quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re phrase sonna lugubrement. C'&#233;tait le glas de leur existence. Pierre vit le taudis du vieux quartier, dont sa femme &#233;voquait le spectacle. C'&#233;tait donc l&#224; qu'il irait mourir, sur un grabat, apr&#232;s avoir toute sa vie tendu vers les jouissances grasses et faciles. Il aurait vainement vol&#233; sa m&#232;re, mis la main dans les plus sales intrigues, menti pendant des ann&#233;es. L'empire ne payerait pas ses dettes, cet empire qui seul pouvait le sauver de la ruine. Il sauta du lit, en chemise, criant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, je prendrai un fusil, j'aime mieux que les insurg&#233;s me tuent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#199;a, r&#233;pondit F&#233;licit&#233; avec une grande tranquillit&#233;, tu pourras le faire demain ou apr&#232;s-demain, car les r&#233;publicains ne sont pas loin. C'est un moyen comme un autre d'en finir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre fut glac&#233;. Il lui sembla que, tout d'un coup, on lui versait un grand seau d'eau froide sur les &#233;paules. Il se recoucha lentement, et quand il fut dans la ti&#233;deur des draps, il se mit &#224; pleurer. Ce gros homme fondait ais&#233;ment en larmes, en larmes douces, intarissables, qui coulaient de ses yeux sans efforts. Il s'op&#233;rait en lui une r&#233;action fatale. Toute sa col&#232;re le jetait &#224; des abandons, &#224; des lamentations d'enfant. F&#233;licit&#233;, qui attendait cette crise, eut un &#233;clair de joie, &#224; le voir si mou, si vide, si aplati devant elle. Elle garda son attitude muette, son humilit&#233; d&#233;sol&#233;e. Au bout d'un long silence, cette r&#233;signation, le spectacle de cette femme plong&#233;e dans un accablement silencieux, exasp&#233;ra les larmes de Pierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais parle donc ! implora-t-il, cherchons ensemble. N'y a-t-il vraiment aucune planche de salut ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Aucune, tu le sais bien, r&#233;pondit-elle ; tu exposais toi-m&#234;me la situation tout &#224; l'heure ; nous n'avons de secours &#224; attendre de personne ; nos enfants eux-m&#234;mes nous ont trahis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Fuyons, alors&#8230; Veux-tu que nous quittions Plassans cette nuit, tout de suite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Fuir ! mais, mon pauvre ami, nous serions demain la fable de la ville&#8230; Tu ne te rappelles donc pas que tu as fait fermer les portes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre se d&#233;battait ; il donnait &#224; son esprit une tension extraordinaire ; puis, comme vaincu, d'un ton suppliant, il murmura :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je t'en prie, trouve une id&#233;e, toi ; tu n'as encore rien dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; releva la t&#234;te, en jouant la surprise ; et, avec un geste de profonde impuissance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je suis une sotte en ces mati&#232;res, dit-elle ; je n'entends rien &#224; la politique, tu me l'as r&#233;p&#233;t&#233; cent fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme son mari se taisait, embarrass&#233;, baissant les yeux, elle continua lentement, sans reproches :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu ne m'as pas mise au courant de tes affaires, n'est-ce pas ? J'ignore tout, je ne puis pas m&#234;me te donner un conseil&#8230; D'ailleurs, tu as bien fait, les femmes sont bavardes quelquefois, et il vaut cent fois mieux que les hommes conduisent la barque tout seuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle disait cela avec une ironie si fine, que son mari ne sentit pas la cruaut&#233; de ses railleries. Il &#233;prouva simplement un grand remords. Et, tout d'un coup, il se confessa. Il parla des lettres d'Eug&#232;ne, il expliqua ses plans, sa conduite, avec la loquacit&#233; d'un homme qui fait son examen de conscience et qui implore un sauveur. &#192; chaque instant, il s'interrompait pour demander : &#171; Qu'aurais-tu fait, toi, &#224; ma place ? &#187; ou bien il s'&#233;criait : &#171; N'est-ce pas ? j'avais raison, je ne pouvais agir autrement. &#187; F&#233;licit&#233; ne daignait pas m&#234;me faire un signe. Elle &#233;coutait, avec la roideur rechign&#233;e d'un juge. Au fond, elle go&#251;tait des jouissances exquises ; elle le tenait donc enfin, ce gros sournois ; elle en jouait comme une chatte joue d'une boule de papier ; et il tendait les mains pour qu'elle lui m&#238;t des menottes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais attends, dit-il en sautant vivement du lit, je vais te faire lire la correspondance d'Eug&#232;ne. Tu jugeras mieux la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle essaya vainement de l'arr&#234;ter par un pan de sa chemise ; il &#233;tala les lettres sur la table de nuit, se recoucha, en lut des pages enti&#232;res, la for&#231;a &#224; en parcourir elle-m&#234;me. Elle retenait un sourire, elle commen&#231;ait &#224; avoir piti&#233; du pauvre homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, dit-il, anxieux, quand il eut fini, maintenant que tu sais tout, ne vois-tu pas une fa&#231;on de nous sauver de la ruine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne r&#233;pondit encore pas. Elle paraissait r&#233;fl&#233;chir profond&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu es une femme intelligente, reprit-il pour la flatter ; j'ai eu tort de me cacher de toi, &#231;a, je le reconnais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ne parlons plus de &#231;a, r&#233;pondit-elle&#8230; Selon moi, si tu avais beaucoup de courage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, comme il la regardait d'un air avide, elle s'interrompit, elle dit, avec un sourire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais tu me promets bien de ne plus te m&#233;fier de moi ? tu me diras tout ? tu n'agiras pas sans me consulter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il jura, il accepta les conditions les plus dures. Alors F&#233;licit&#233; se coucha &#224; son tour ; elle avait pris froid, elle vint se mettre pr&#232;s de lui ; et, &#224; voix basse, comme si l'on avait pu les entendre, elle lui expliqua longuement son plan de campagne. Selon elle, il fallait que la panique souffl&#226;t plus violente dans la ville, et que Pierre gard&#226;t une attitude de h&#233;ros au milieu des habitants constern&#233;s. Un secret pressentiment, disait-elle, l'avertissait que les insurg&#233;s &#233;taient encore loin. D'ailleurs, t&#244;t ou tard, le parti de l'ordre l'emporterait, et les Rougon seraient r&#233;compens&#233;s. Apr&#232;s le r&#244;le de sauveurs, le r&#244;le de martyrs n'&#233;tait pas &#224; d&#233;daigner. Elle fit si bien, elle parla avec tant de conviction, que son mari, surpris d'abord de la simplicit&#233; de son plan, qui consistait &#224; payer d'audace, finit par y voir une tactique merveilleuse et par promettre de s'y conformer, en montrant tout le courage possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et n'oublie pas que c'est moi qui te sauve, murmura la vieille, d'une voix c&#226;line. Tu seras gentil ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils s'embrass&#232;rent, ils se dirent bonsoir. Ce fut un renouveau, pour ces deux vieilles gens br&#251;l&#233;s par la convoitise. Mais ni l'un ni l'autre ne s'endormirent ; au bout d'un quart d'heure, Pierre, qui regardait au plafond une tache ronde de la veilleuse, se tourna, et, &#224; voix tr&#232;s-basse, communiqua &#224; sa femme une id&#233;e qui venait de pousser dans son cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oh ! non, non, murmura F&#233;licit&#233; avec un frisson. Ce serait trop cruel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Dame ! reprit-il, tu veux que les habitants soient constern&#233;s !&#8230; On me prendrait au s&#233;rieux, si ce que je t'ai dit arrivait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, son projet se compl&#233;tant, il s'&#233;cria :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On pourrait employer Macquart&#8230; Ce serait une fa&#231;on de s'en d&#233;barrasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; parut frapp&#233;e par cette id&#233;e. Elle r&#233;fl&#233;chit, elle h&#233;sita, et, d'une voix troubl&#233;e, elle balbutia :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu as peut-&#234;tre raison&#8230; C'est &#224; voir&#8230; Apr&#232;s tout, nous serions bien b&#234;tes d'avoir des scrupules ; il s'agit pour nous d'une question de vie ou de mort&#8230; Laisse-moi faire, j'irai demain trouver Macquart et je verrai si l'on peut s'entendre avec lui. Toi, tu te disputerais, tu g&#226;terais tout&#8230; Bonsoir, dors bien, mon pauvre ch&#233;ri&#8230; Va, nos peines finiront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils s'embrass&#232;rent encore, ils s'endormirent. Et, au plafond, la tache de lumi&#232;re s'arrondissait comme un &#339;il terrifi&#233;, ouvert et fix&#233; longuement sur le sommeil de ces bourgeois bl&#234;mes, suant le crime dans les draps, et qui voyaient en r&#234;ve tomber dans leur chambre une pluie de sang, dont les gouttes larges se changeaient en pi&#232;ces d'or sur le carreau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, avant le jour, F&#233;licit&#233; alla &#224; la mairie, munie des instructions de Pierre, pour p&#233;n&#233;trer pr&#232;s de Macquart. Elle emportait, dans une serviette, l'uniforme de garde national de son mari. D'ailleurs, elle n'aper&#231;ut que quelques hommes dormant &#224; poings ferm&#233;s dans le poste. Le concierge, qui &#233;tait charg&#233; de nourrir le prisonnier, monta lui ouvrir le cabinet de toilette, transform&#233; en cellule. Puis il redescendit tranquillement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macquart &#233;tait enferm&#233; dans le cabinet depuis deux jours et deux nuits. Il avait eu le temps d'y faire de longues r&#233;flexions. Lorsqu'il eut dormi, les premi&#232;res heures furent donn&#233;es &#224; la col&#232;re, &#224; la rage impuissante. Il &#233;prouvait des envies de briser la porte, &#224; la pens&#233;e que son fr&#232;re se carrait dans la pi&#232;ce voisine. Et il se promettait de l'&#233;trangler de ses propres mains lorsque les insurg&#233;s viendraient le d&#233;livrer. Mais le soir, au cr&#233;puscule, il se calma, il cessa de tourner furieusement dans l'&#233;troit cabinet. Il y respirait une odeur douce, un sentiment de bien-&#234;tre qui d&#233;tendait ses nerfs. M. Gar&#231;onnet, fort riche, d&#233;licat et coquet, avait fait arranger ce r&#233;duit d'une tr&#232;s-&#233;l&#233;gante fa&#231;on ; le divan &#233;tait moelleux et ti&#232;de ; des parfums, des pommades, des savons garnissaient le lavabo de marbre, et le jour p&#226;lissant tombait du plafond avec des volupt&#233;s molles, pareil aux lueurs d'une lampe pendue dans une alc&#244;ve. Macquart, au milieu de cet air musqu&#233;, fade et assoupi, qui tra&#238;ne dans les cabinets de toilette, s'endormit en pensant que ces diables de riches &#171; &#233;taient bien heureux tout de m&#234;me. &#187; Il s'&#233;tait couvert d'une couverture qu'on lui avait donn&#233;e. Il se vautra jusqu'au matin, la t&#234;te, le dos, les bras appuy&#233;s sur les oreillers. Quand il ouvrit les yeux, un filet de soleil glissait par la baie. Il ne quitta pas le divan, il avait chaud, il songea en regardant autour de lui. Il se disait que jamais il n'aurait un pareil coin pour se d&#233;barbouiller. Le lavabo surtout l'int&#233;ressait ; ce n'&#233;tait pas malin, pensait-il, de se tenir propre, avec tant de petits pots et tant de fioles. Cela le fit penser am&#232;rement &#224; sa vie manqu&#233;e. L'id&#233;e lui vint qu'il avait peut-&#234;tre fait fausse route ; on ne gagne rien &#224; fr&#233;quenter les gueux ; il aurait d&#251; ne pas faire le m&#233;chant et s'entendre avec les Rougon. Puis il rejeta cette pens&#233;e. Les Rougon &#233;taient des sc&#233;l&#233;rats qui l'avaient vol&#233;. Mais les ti&#233;deurs, les souplesses du divan continuaient &#224; l'adoucir, &#224; lui donner un regret vague. Apr&#232;s tout, les insurg&#233;s l'abandonnaient, ils se faisaient battre comme des imb&#233;ciles. Il finit par conclure que la r&#233;publique &#233;tait une duperie. Ces Rougon avaient de la chance. Et il se rappela ses m&#233;chancet&#233;s inutiles, sa guerre sourde ; personne, dans la famille, ne l'avait soutenu : ni Aristide, ni le fr&#232;re de Silv&#232;re, ni Silv&#232;re lui-m&#234;me, qui &#233;tait un sot de s'enthousiasmer pour les r&#233;publicains, et qui n'arriverait jamais &#224; rien. Maintenant, sa femme &#233;tait morte, ses enfants l'avaient quitt&#233; ; il cr&#232;verait seul, dans un coin, sans un sou, comme un chien. D&#233;cid&#233;ment, il aurait d&#251; se vendre &#224; la r&#233;action. En pensant cela, il lorgnait le lavabo, pris d'une grande envie d'aller se laver les mains avec une certaine poudre de savon contenue dans une bo&#238;te de cristal. Macquart, comme tous les fain&#233;ants qu'une femme ou leurs enfants nourrissent, avait des go&#251;ts de coiffeur. Bien qu'il port&#226;t des pantalons rapi&#233;c&#233;s, il aimait &#224; s'inonder d'huile aromatique. Il passait des heures chez son barbier, o&#249; l'on parlait politique, et qui lui donnait un coup de peigne, entre deux discussions. La tentation devint trop forte ; Macquart s'installa devant le lavabo. Il se lava les mains, la figure ; il se coiffa, se parfuma, fit une toilette compl&#232;te. Il usa de tous les flacons, de tous les savons, de toutes les poudres. Mais sa plus grande jouissance fut de s'essuyer avec les serviettes du maire ; elles &#233;taient souples, &#233;paisses. Il y plongea sa figure humide, y respira b&#233;atement toutes les senteurs de la richesse. Puis, quand il fut pommad&#233;, quand il sentit bon de la t&#234;te aux pieds, il revint s'&#233;tendre sur le divan, rajeuni, port&#233; aux id&#233;es conciliantes. Il &#233;prouvait un m&#233;pris encore plus grand pour la r&#233;publique, depuis qu'il avait mis le nez dans les fioles de M. Gar&#231;onnet. L'id&#233;e lui poussa qu'il &#233;tait peut-&#234;tre encore temps de faire la paix avec son fr&#232;re. Il pesa ce qu'il pourrait demander pour une trahison. Sa rancune contre les Rougon le mordait toujours au c&#339;ur ; mais il en &#233;tait &#224; un de ces moments o&#249;, couch&#233; sur le dos, dans le silence, on se dit des v&#233;rit&#233;s dures, on se gronde de ne s'&#234;tre pas creus&#233;, m&#234;me au prix de ses haines les plus ch&#232;res, un trou heureux, pour vautrer ses l&#226;chet&#233;s d'&#226;me et de corps. Vers le soir, Antoine se d&#233;cida &#224; faire appeler son fr&#232;re le lendemain. Mais lorsque, le lendemain matin, il vit entrer F&#233;licit&#233;, il comprit qu'on avait besoin de lui. Il se tint sur ses gardes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gociation fut longue, pleine de tra&#238;trises, men&#233;e avec un art infini. Ils &#233;chang&#232;rent d'abord des plaintes vagues. F&#233;licit&#233;, surprise de trouver Antoine presque poli, apr&#232;s la sc&#232;ne grossi&#232;re qu'il avait faite chez elle le dimanche soir, le prit avec lui sur un ton de doux reproche. Elle d&#233;plora les haines qui d&#233;sunissent les familles. Mais, vraiment, il avait calomni&#233; et poursuivi son fr&#232;re avec un acharnement qui avait mis ce pauvre Rougon hors de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Parbleu ! mon fr&#232;re ne s'est jamais conduit en fr&#232;re avec moi, dit Macquart avec une violence contenue. Est-ce qu'il est venu &#224; mon secours ? Il m'aurait laiss&#233; crever dans mon taudis&#8230; Quand il a &#233;t&#233; gentil avec moi, vous vous rappelez, &#224; l'&#233;poque des deux cents francs, je crois qu'on ne peut pas me reprocher d'avoir dit du mal de lui. Je r&#233;p&#233;tais partout que c'&#233;tait un bon c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui signifiait clairement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Si vous aviez continu&#233; &#224; me fournir de l'argent, j'aurais &#233;t&#233; charmant pour vous, et je vous aurais aid&#233;s, au lieu de vous combattre. C'est votre faute. Il fallait m'acheter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; le comprit si bien, qu'elle r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je sais, vous nous avez accus&#233;s de duret&#233;, parce qu'on s'imagine que nous sommes &#224; notre aise ; mais on se trompe, mon cher fr&#232;re : nous sommes de pauvres gens ; nous n'avons jamais pu agir envers vous comme notre c&#339;ur l'aurait d&#233;sir&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle h&#233;sita un instant, puis continua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#192; la rigueur, dans une circonstance grave, nous pourrions faire un sacrifice ; mais, vrai, nous sommes si pauvres, si pauvres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macquart dressa l'oreille. &#171; Je les tiens ! &#187; pensa-t-il. Alors, sans para&#238;tre avoir entendu l'offre indirecte de sa belle-s&#339;ur, il &#233;tala sa mis&#232;re d'une voix dolente, il raconta la mort de sa femme, la fuite de ses enfants. F&#233;licit&#233;, de son c&#244;t&#233;, parla de la crise que le pays traversait ; elle pr&#233;tendit que la r&#233;publique avait achev&#233; de les ruiner. De parole en parole, elle en vint &#224; maudire une &#233;poque qui for&#231;ait le fr&#232;re &#224; emprisonner le fr&#232;re. Combien le c&#339;ur leur saignerait, si la justice ne voulait pas rendre sa proie ! Et elle l&#226;cha le mot de gal&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#199;a, je vous en d&#233;fie, dit tranquillement Macquart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle se r&#233;cria :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je rach&#232;terais plut&#244;t de mon sang l'honneur de la famille. Ce que je vous en dis, c'est pour vous montrer que nous ne vous abandonnerons pas&#8230; Je viens vous donner les moyens de fuir, mon cher Antoine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se regard&#232;rent un instant dans les yeux, se t&#226;tant du regard avant d'engager la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Sans condition ? demanda-t-il enfin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Sans condition aucune, r&#233;pondit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'assit &#224; c&#244;t&#233; de lui sur le divan, puis continua d'une voix d&#233;cid&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et m&#234;me, avant de passer la fronti&#232;re, si vous voulez gagner un billet de mille francs, je puis vous en fournir les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un nouveau silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Si l'affaire est propre, murmura Antoine, qui avait l'air de r&#233;fl&#233;chir. Vous savez, je ne veux pas me fourrer dans vos manigances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais il n'y a pas de manigances, reprit F&#233;licit&#233;, souriant des scrupules du vieux coquin. Rien de plus simple : vous allez sortir tout &#224; l'heure de ce cabinet, vous irez vous cacher chez votre m&#232;re, et ce soir, vous r&#233;unirez vos amis, vous viendrez reprendre la mairie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macquart ne put cacher une surprise profonde. Il ne comprenait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je croyais, dit-il, que vous &#233;tiez victorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oh ! je n'ai pas le temps de vous mettre au courant, r&#233;pondit la vieille avec quelque impatience. Acceptez-vous ou n'acceptez-vous pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien ! non, je n'accepte pas&#8230; Je veux r&#233;fl&#233;chir. Pour mille francs, je serais bien b&#234;te de risquer peut-&#234;tre une fortune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; se leva.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#192; votre aise, mon cher, dit-elle froidement. Vraiment, vous n'avez pas conscience de votre position. Vous &#234;tes venu chez moi me traiter de vieille gueuse, et lorsque j'ai la bont&#233; de vous tendre la main dans le trou o&#249; vous avez eu la sottise de tomber, vous faites des fa&#231;ons, vous ne voulez pas &#234;tre sauv&#233;. Eh bien ! restez ici, attendez que les autorit&#233;s reviennent. Moi, je m'en lave les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;tait &#224; la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais, implora-t-il, donnez-moi quelques explications. Je ne puis pourtant pas conclure un march&#233; avec vous sans savoir. Depuis deux jours j'ignore ce qui se passe. Est-ce que, je sais, moi, si vous ne me volez pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tenez, vous &#234;tes un niais, r&#233;pondit F&#233;licit&#233;, que ce cri du c&#339;ur pouss&#233; par Antoine fit revenir sur ses pas. Vous avez grand tort de ne pas vous mettre aveugl&#233;ment de notre c&#244;t&#233;. Mille francs, c'est une jolie somme, et on ne la risque que pour une cause gagn&#233;e. Acceptez, je vous le conseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il h&#233;sitait toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais quand nous voudrons prendre la mairie, est-ce qu'on nous laissera entrer tranquillement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#199;a, je ne sais pas, dit-elle avec un sourire. Il y aura peut-&#234;tre des coups de fusil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il la regarda fixement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! dites donc, la petite m&#232;re, reprit-il d'une voix rauque, vous n'avez pas au moins l'intention de me faire loger une balle dans la t&#234;te ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; rougit. Elle pensait justement, en effet, qu'une balle, pendant l'attaque de la mairie, leur rendrait un grand service en les d&#233;barrassant d'Antoine. Ce serait mille francs de gagn&#233;s. Aussi se f&#226;cha-t-elle en murmurant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quelle id&#233;e !&#8230; Vraiment, c'est atroce d'avoir des id&#233;es pareilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, subitement calm&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Acceptez-vous ?&#8230; Vous avez compris, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macquart avait parfaitement compris. C'&#233;tait un guet-apens qu'on lui proposait. Il n'en voyait ni les raisons ni les cons&#233;quences ; ce qui le d&#233;cida &#224; marchander. Apr&#232;s avoir parl&#233; de la R&#233;publique comme d'une ma&#238;tresse &#224; lui qu'il &#233;tait d&#233;sesp&#233;r&#233; de ne plus aimer, il mit en avant les risques qu'il aurait &#224; courir, et finit par demander deux mille francs. Mais F&#233;licit&#233; tint bon. Et ils discut&#232;rent jusqu'&#224; ce qu'elle lui e&#251;t promis de lui procurer, &#224; sa rentr&#233;e en France, une place o&#249; il n'aurait rien &#224; faire, et qui lui rapporterait gros. Alors le march&#233; fut conclu. Elle lui fit endosser l'uniforme de garde national qu'elle avait apport&#233;. Il devait se retirer paisiblement chez tante Dide, puis amener, vers minuit, sur la place de l'h&#244;tel de ville, tous les r&#233;publicains qu'il rencontrerait, en leur affirmant que la mairie &#233;tait vide, qu'il suffirait d'en pousser la porte pour s'en emparer. Antoine demanda des arrhes, et re&#231;ut deux cents francs. Elle s'engagea &#224; lui compter les huit cents autres francs le lendemain. Les Rougon risquaient l&#224; les derniers sous dont ils pouvaient disposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand F&#233;licit&#233; fut descendue, elle resta un instant sur la place pour voir sortir Macquart. Il passa tranquillement devant le poste, en se mouchant. D'un coup de poing, dans le cabinet, il avait cass&#233; la vitre du plafond, pour faire croire qu'il s'&#233;tait sauv&#233; par l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est entendu, dit F&#233;licit&#233; &#224; son mari, en rentrant chez elle. Ce sera pour minuit&#8230; Moi, &#231;a ne me fait plus rien. Je voudrais les voir tous fusill&#233;s. Nous d&#233;chiraient-ils, hier, dans la rue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu &#233;tais bien bonne d'h&#233;siter, r&#233;pondit Pierre, qui se rasait. Tout le monde ferait comme nous &#224; notre place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin-l&#224; &#8212; on &#233;tait au mercredi &#8212; il soigna particuli&#232;rement sa toilette. Ce fut sa femme qui le peigna et noua sa cravate. Elle le tourna entre ses mains comme un enfant qui va &#224; la distribution des prix. Puis, quand il fut pr&#234;t, elle le regarda, elle d&#233;clara qu'il &#233;tait tr&#232;s-convenable, et qu'il aurait tr&#232;s-bonne figure au milieu des graves &#233;v&#233;nements qui se pr&#233;paraient. Sa grosse face p&#226;le avait en effet une grande dignit&#233; et un air d'ent&#234;tement h&#233;ro&#239;que. Elle l'accompagna jusqu'au premier &#233;tage, en lui faisant ses derni&#232;res recommandations : il ne devait rien perdre de son attitude courageuse, quelle que f&#251;t la panique ; il fallait fermer les portes plus herm&#233;tiquement que jamais, laisser la ville agoniser de terreur dans ses remparts ; et cela serait excellent, s'il &#233;tait le seul &#224; vouloir mourir pour la cause de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle journ&#233;e ! Les Rougon en parlent encore, comme d'une bataille glorieuse et d&#233;cisive. Pierre alla droit &#224; la mairie, sans s'inqui&#233;ter des regards ni des paroles qu'il surprit au passage. Il s'y installa magistralement, en homme qui entend ne plus quitter la place. Il envoya simplement un mot &#224; Roudier, pour l'avertir qu'il reprenait le pouvoir. &#171; Veillez aux portes, disait-il, sachant que ces lignes pouvaient devenir publiques ; moi, je veillerai &#224; l'int&#233;rieur, je ferai respecter les propri&#233;t&#233;s et les personnes. C'est au moment o&#249; les mauvaises passions renaissent et l'emportent, que les bons citoyens doivent chercher &#224; les &#233;touffer, au p&#233;ril de leur vie. &#187; Le style, les fautes d'orthographe rendaient plus h&#233;ro&#239;que ce billet, d'un laconisme antique. Pas un de ces messieurs de la commission provisoire ne parut. Les deux derniers fid&#232;les, Granoux lui-m&#234;me, se tinrent prudemment chez eux. De cette commission, dont les membres s'&#233;taient &#233;vanouis, &#224; mesure que la panique soufflait plus forte, il n'y avait que Rougon qui rest&#226;t &#224; son poste, sur son fauteuil de pr&#233;sident. Il ne daigna pas m&#234;me envoyer un ordre de convocation. Lui seul, et c'&#233;tait assez. Sublime spectacle qu'un journal de la localit&#233; devait plus tard caract&#233;riser d'un mot : &#171; le courage donnant la main au devoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant toute la matin&#233;e, on vit Pierre emplir la mairie de ses all&#233;es et venues. Il &#233;tait absolument seul, dans ce grand b&#226;timent vide, dont les hautes salles retentissaient longuement du bruit de ses talons. D'ailleurs, toutes les portes &#233;taient ouvertes. Il promenait au milieu de ce d&#233;sert sa pr&#233;sidence sans conseil, d'un air si p&#233;n&#233;tr&#233; de sa mission, que le concierge, en le rencontrant deux ou trois fois dans les couloirs, le salua d'un air surpris et respectueux. On l'aper&#231;ut derri&#232;re chaque crois&#233;e, et, malgr&#233; le froid vif, il parut &#224; plusieurs reprises sur le balcon, avec des liasses de papiers dans les mains, comme un homme affair&#233; qui attend des messages importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, vers midi, il courut la ville ; il visita les postes, parlant d'une attaque possible, donnant &#224; entendre que les insurg&#233;s n'&#233;taient pas loin ; mais il comptait, disait-il, sur le courage des braves gardes nationaux ; s'il le fallait, ils devaient se faire tuer jusqu'au dernier pour la d&#233;fense de la bonne cause. Quand il revint de cette tourn&#233;e, lentement, gravement, avec l'allure d'un h&#233;ros qui a mis ordre aux affaires de sa patrie, et qui n'attend plus que la mort, il put constater une v&#233;ritable stupeur sur son chemin ; les promeneurs du Cours, les petits rentiers incorrigibles qu'aucune catastrophe n'aurait pu emp&#234;cher de venir bayer au soleil, &#224; certaines heures, le regard&#232;rent passer d'un air ahuri, comme s'ils ne le reconnaissaient pas et qu'ils ne pussent croire qu'un des leurs, qu'un ancien marchand d'huile, e&#251;t le front de tenir t&#234;te &#224; toute une arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la ville, l'anxi&#233;t&#233; &#233;tait &#224; son comble. D'un instant &#224; l'autre, on attendait la bande insurrectionnelle. Le bruit de l'&#233;vasion de Macquart fut comment&#233; d'une effrayante fa&#231;on. On pr&#233;tendit qu'il avait &#233;t&#233; d&#233;livr&#233; par ses amis les rouges, et qu'il attendait la nuit, dans quelque coin, pour se jeter sur les habitants et mettre le feu aux quatre coins de la ville. Plassans, clo&#238;tr&#233;, affol&#233;, se d&#233;vorant lui-m&#234;me dans sa prison de murailles, ne savait plus qu'inventer pour avoir peur. Les r&#233;publicains, devant la fi&#232;re attitude de Rougon, eurent une courte m&#233;fiance. Quant &#224; la ville neuve, aux avocats et aux commer&#231;ants retir&#233;s, qui la veille d&#233;blat&#233;raient contre le salon jaune, ils furent si surpris, qu'ils n'os&#232;rent plus attaquer ouvertement un homme d'un tel courage. Ils se content&#232;rent de dire qu'il y avait folie &#224; braver ainsi des insurg&#233;s victorieux et que cet h&#233;ro&#239;sme inutile allait attirer sur Plassans les plus grands malheurs. Puis, vers trois heures, ils organis&#232;rent une d&#233;putation. Pierre, qui br&#251;lait du d&#233;sir d'afficher son d&#233;vouement devant ses concitoyens, n'osait cependant pas compter sur une aussi belle occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il eut des mots sublimes. Ce fut dans le cabinet du maire que le pr&#233;sident de la commission provisoire re&#231;ut la d&#233;putation de la ville neuve. Ces messieurs, apr&#232;s avoir rendu hommage &#224; son patriotisme, le suppli&#232;rent de ne pas songer &#224; la r&#233;sistance. Mais lui, d'une voix haute, parla du devoir, de la patrie, de l'ordre, de la libert&#233;, et d'autres choses encore. D'ailleurs, il ne for&#231;ait personne &#224; l'imiter ; il accomplissait simplement ce que sa conscience, son c&#339;ur lui dictaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous le voyez, messieurs, je suis seul, dit-il en terminant. Je veux prendre toute la responsabilit&#233; pour que nul autre que moi ne soit compromis. Et, s'il faut une victime, je m'offre de bon c&#339;ur ; je d&#233;sire que le sacrifice de ma vie sauve celle des habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un notaire, la forte t&#234;te de la bande, lui fit remarquer qu'il courait &#224; une mort certaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je le sais, reprit-il gravement. Je suis pr&#234;t !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces messieurs se regard&#232;rent. Ce &#171; Je suis pr&#234;t ! &#187; les cloua d'admiration. D&#233;cid&#233;ment, cet homme &#233;tait un brave. Le notaire le conjura d'appeler &#224; lui les gendarmes ; mais il r&#233;pondit que le sang de ces soldats &#233;tait pr&#233;cieux et qu'il ne le ferait couler qu'&#224; la derni&#232;re extr&#233;mit&#233;. La d&#233;putation se retira lentement, tr&#232;s-&#233;mue. Une heure apr&#232;s, Plassans traitait Rougon de h&#233;ros ; les plus poltrons l'appelaient &#171; un vieux fou. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers le soir, Rougon fut tr&#232;s-&#233;tonn&#233; de voir accourir Granoux. L'ancien marchand d'amandes se jeta dans ses bras, en l'appelant &#171; grand homme, &#187; et en lui disant qu'il voulait mourir avec lui. Le &#171; Je suis pr&#234;t ! &#187; que sa bonne venait de lui rapporter de chez la fruiti&#232;re, l'avait r&#233;ellement enthousiasm&#233;. Au fond de ce peureux, de ce grotesque, il y avait des na&#239;vet&#233;s charmantes. Pierre le garda, pensant qu'il ne tirait pas &#224; cons&#233;quence. Il fut m&#234;me touch&#233; du d&#233;vouement du pauvre homme ; il se promit de le faire complimenter publiquement par le pr&#233;fet, ce qui ferait crever de d&#233;pit les autres bourgeois, qui l'avaient si l&#226;chement abandonn&#233;. Et tous deux ils attendirent la nuit dans la mairie d&#233;serte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la m&#234;me heure, Aristide se promenait chez lui d'un air profond&#233;ment inquiet. L'article de Vuillet l'avait surpris. L'attitude de son p&#232;re le stup&#233;fiait. Il venait de l'apercevoir &#224; une fen&#234;tre, en cravate blanche, en redingote noire, si calme &#224; l'approche du danger, que toutes ses id&#233;es &#233;taient boulevers&#233;es dans sa pauvre t&#234;te. Pourtant les insurg&#233;s revenaient victorieux, c'&#233;tait la croyance de la ville enti&#232;re. Mais des doutes lui venaient, il flairait quelque farce lugubre. N'osant plus se pr&#233;senter chez ses parents, il y avait envoy&#233; sa femme. Quand Ang&#232;le revint, elle lui dit de sa voix tra&#238;nante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ta m&#232;re t'attend : elle n'est pas en col&#232;re du tout, mais elle a l'air de se moquer joliment de toi. Elle m'a r&#233;p&#233;t&#233; &#224; plusieurs reprises que tu pouvais remettre ton &#233;charpe dans ta poche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristide fut horriblement vex&#233;. D'ailleurs, il courut &#224; la rue de la Banne, pr&#234;t aux plus humbles soumissions. Sa m&#232;re se contenta de l'accueillir avec des rires de d&#233;dain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! mon pauvre gar&#231;on, lui dit-elle en l'apercevant, tu n'es d&#233;cid&#233;ment pas fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Est-ce qu'on sait, dans un trou comme Plassans ! s'&#233;cria-t-il avec d&#233;pit. J'y deviens b&#234;te, ma parole d'honneur. Pas une nouvelle, et l'on grelotte. C'est d'&#234;tre enferm&#233; dans ces gredins de remparts&#8230; Ah ! si j'avais pu suivre Eug&#232;ne &#224; Paris !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, am&#232;rement, voyant que F&#233;licit&#233; continuait &#224; rire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous n'avez pas &#233;t&#233; gentille avec moi, ma m&#232;re. Je sais bien des choses, allez&#8230; Mon fr&#232;re vous tenait au courant de ce qui se passait, et jamais vous ne m'avez donn&#233; la moindre indication utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu sais cela ? toi, dit F&#233;licit&#233; devenue s&#233;rieuse et m&#233;fiante. Eh bien, tu es alors moins b&#234;te que je ne croyais. Est-ce que tu d&#233;cachetterais les lettres, comme quelqu'un de ma connaissance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, mais j'&#233;coute aux portes, r&#233;pondit Aristide avec un grand aplomb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette franchise ne d&#233;plut pas &#224; la vieille femme. Elle se remit &#224; sourire, et, plus douce :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Alors, b&#234;ta, demanda-t-elle, comment se fait-il que tu ne te sois pas ralli&#233; plus t&#244;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! voil&#224;, dit le jeune homme, embarrass&#233;. Je n'avais pas grande confiance en vous. Vous receviez de telles brutes : mon beau-p&#232;re, Granoux et les autres !&#8230; Et puis je ne voulais pas trop m'avancer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il h&#233;sitait. Il reprit d'une voix inqui&#232;te :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Aujourd'hui, vous &#234;tes bien s&#251;re au moins du succ&#232;s du coup d'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Moi ? s'&#233;cria F&#233;licit&#233;, que les doutes de son fils blessaient, mais je ne suis s&#251;re de rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous m'avez pourtant fait dire d'&#244;ter mon &#233;charpe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, parce que tous ces messieurs se moquent de toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristide resta plant&#233; sur ses pieds, le regard perdu, semblant contempler un des ramages du papier orange. Sa m&#232;re fut prise d'une brusque impatience &#224; le voir ainsi h&#233;sitant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tiens, dit-elle, j'en reviens &#224; ma premi&#232;re opinion : tu n'es pas fort. Et tu aurais voulu qu'on te f&#238;t lire les lettres d'Eug&#232;ne ! Mais, malheureux, avec tes continuelles incertitudes, tu aurais tout g&#226;t&#233;. Tu es l&#224; &#224; h&#233;siter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Moi, j'h&#233;site ? interrompit-il en jetant sur sa m&#232;re un regard clair et froid. Ah ! bien, vous ne me connaissez pas. Je mettrais le feu &#224; la ville si j'avais envie de me chauffer les pieds. Mais comprenez donc que je ne veux pas faire fausse route ! Je suis las de manger mon pain dur, et j'entends tricher la fortune. Je ne jouerai qu'&#224; coup s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait prononc&#233; ces paroles avec une telle &#226;pret&#233;, que sa m&#232;re, dans cet app&#233;tit br&#251;lant du succ&#232;s, reconnut le cri de son sang. Elle murmura :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ton p&#232;re a bien du courage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, je l'ai vu, reprit-il en ricanant. Il a une bonne t&#234;te. Il m'a rappel&#233; L&#233;onidas aux Thermopyles&#8230; Est-ce que c'est toi, m&#232;re, qui lui as fait cette figure-l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, gaiement, avec un geste r&#233;solu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tant pis ! s'&#233;cria-t-il, je suis bonapartiste !&#8230; Papa n'est pas un homme &#224; se faire tuer sans que &#231;a lui rapporte gros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et tu as raison, dit sa m&#232;re ; je ne puis parler, mais tu verras demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'insista pas, il lui jura qu'elle serait bient&#244;t glorieuse de lui, et il s'en alla, tandis que F&#233;licit&#233;, sentant se r&#233;veiller ses anciennes pr&#233;f&#233;rences, se disait &#224; la fen&#234;tre, en le regardant s'&#233;loigner, qu'il avait un esprit de tous les diables, et que jamais elle n'aurait eu le courage de le laisser partir sans le mettre enfin dans la bonne voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la troisi&#232;me fois, la nuit, la nuit pleine d'angoisse, tombait sur Plassans. La ville agonisante en &#233;tait aux derniers r&#226;les. Les bourgeois rentraient rapidement chez eux, les portes se barricadaient avec un grand bruit de boulons et de barres de fer. Le sentiment g&#233;n&#233;ral semblait &#234;tre que Plassans n'existerait plus le lendemain, qu'il se serait ab&#238;m&#233; sous terre ou &#233;vapor&#233; dans le ciel. Quand Rougon rentra pour d&#238;ner, il trouva les rues absolument d&#233;sertes. Cette solitude le rendit triste et m&#233;lancolique. Aussi, &#224; la fin du repas, eut-il une faiblesse, et demanda-t-il &#224; sa femme s'il &#233;tait n&#233;cessaire de donner suite &#224; l'insurrection que Macquart pr&#233;parait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On ne clabaude plus, dit-il. Si tu avais vu ces messieurs de la ville neuve, comme ils m'ont salu&#233; ! &#199;a ne me para&#238;t gu&#232;re utile maintenant de tuer du monde. Hein ! qu'en penses-tu ? Nous ferons notre pelote sans cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! quel mollasse tu es ! s'&#233;cria F&#233;licit&#233; avec col&#232;re. C'est toi qui as eu l'id&#233;e, et voil&#224; que tu recules ! Je te dis que tu ne feras jamais rien sans moi !&#8230; Va donc, va donc ton chemin. Est-ce que les r&#233;publicains t'&#233;pargneraient s'ils te tenaient ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon, de retour &#224; la mairie, pr&#233;para le guet-apens. Granoux lui fut d'une grande utilit&#233;. Il l'envoya porter ses ordres aux diff&#233;rents postes qui gardaient les remparts ; les gardes nationaux devaient se rendre &#224; l'h&#244;tel de ville, par petits groupes, le plus secr&#232;tement possible. Roudier, ce bourgeois parisien &#233;gar&#233; en province, qui aurait pu g&#226;ter l'affaire en pr&#234;chant l'humanit&#233;, ne fut m&#234;me pas averti. Vers onze heures, la cour de la mairie &#233;tait pleine de gardes nationaux. Rougon les &#233;pouvanta ; il leur dit que les r&#233;publicains rest&#233;s &#224; Plassans allaient tenter un coup de main d&#233;sesp&#233;r&#233;, et il se fit un m&#233;rite d'avoir &#233;t&#233; pr&#233;venu &#224; temps par sa police secr&#232;te. Puis, quand il eut trac&#233; un tableau sanglant du massacre de la ville si ces mis&#233;rables s'emparaient du pouvoir, il donna l'ordre de ne plus prononcer une parole et d'&#233;teindre toutes les lumi&#232;res. Lui-m&#234;me prit un fusil. Depuis le matin, il marchait comme dans un r&#234;ve ; il ne se reconnaissait plus ; il sentait derri&#232;re lui F&#233;licit&#233;, aux mains de laquelle l'avait jet&#233; la crise de la nuit, et il se serait laiss&#233; pendre en disant : &#171; &#199;a ne fait rien, ma femme va venir me d&#233;crocher. &#187; Pour augmenter le tapage et secouer une plus longue &#233;pouvante sur la ville endormie, il pria Granoux de se rendre &#224; la cath&#233;drale et de faire sonner le tocsin aux premiers coups de feu. Le nom du marquis devait lui ouvrir la porte du bedeau. Et, dans l'ombre, dans le silence noir de la cour, les gardes nationaux, que l'anxi&#233;t&#233; effarait, attendaient, les yeux fix&#233;s sur le porche, impatients de tirer, comme &#224; l'aff&#251;t d'une bande de loups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant Macquart avait pass&#233; la journ&#233;e chez tante Dide. Il s'&#233;tait allong&#233; sur le vieux coffre, en regrettant le divan de M. Gar&#231;onnet. &#192; plusieurs reprises, il eut une envie folle d'aller &#233;corner ses deux cents francs dans quelque caf&#233; voisin ; cet argent, qu'il avait mis dans une des poches de son gilet, lui br&#251;lait le flanc ; il employa le temps &#224; le d&#233;penser en imagination. Sa m&#232;re, chez laquelle, depuis quelques jours, ses enfants accouraient, &#233;perdus, la mine p&#226;le, sans qu'elle sort&#238;t de son silence, sans que sa figure perd&#238;t son immobilit&#233; morte, tourna autour de lui, avec ses mouvements roides d'automate, ne paraissant m&#234;me pas s'apercevoir de sa pr&#233;sence. Elle ignorait les peurs qui bouleversaient la ville close ; elle &#233;tait &#224; mille lieues de Plassans, mont&#233;e dans cette continuelle id&#233;e fixe qui tenait ses yeux ouverts, vides de pens&#233;e. &#192; cette heure, pourtant, une inqui&#233;tude, un souci humain faisait par instants battre ses paupi&#232;res. Antoine, ne pouvant r&#233;sister au d&#233;sir de manger un bon morceau, l'envoya chercher un poulet r&#244;ti chez un traiteur du faubourg. Quand il fut attabl&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Hein ? lui dit-il, tu n'en manges pas souvent, du poulet. C'est pour ceux qui travaillent et qui savent faire leurs affaires. Toi, tu as toujours tout gaspill&#233;&#8230; Je parie que tu donnes tes &#233;conomies &#224; cette sainte nitouche de Silv&#232;re. Il a une ma&#238;tresse, le sournois. Va, si tu as un magot cach&#233; dans quelque coin, il te le fera sauter joliment un jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ricanait, il &#233;tait tout br&#251;lant d'une joie fauve. L'argent qu'il avait en poche, la trahison qu'il pr&#233;parait, la certitude de s'&#234;tre vendu un bon prix, l'emplissaient du contentement des gens mauvais qui redeviennent naturellement joyeux et railleurs dans le mal. Tante Dide n'entendit que le nom de Silv&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu l'as vu ? demanda-t-elle, ouvrant enfin les l&#232;vres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qui ? Silv&#232;re ? r&#233;pondit Antoine. Il se promenait au milieu des insurg&#233;s avec une grande fille rouge au bras. S'il attrapait quelque prune, &#231;a serait bien fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'a&#239;eule le regarda fixement et, d'une voix grave :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pourquoi ? dit-elle simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! on n'est pas b&#234;te comme lui, reprit-il, embarrass&#233;. Est-ce qu'on va risquer sa peau pour des id&#233;es ? Moi, j'ai arrang&#233; mes petites affaires. Je ne suis pas un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tante Dide ne l'&#233;coutait plus. Elle murmurait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il avait d&#233;j&#224; du sang plein les mains. On me le tuera comme l'autre ; ses oncles lui enverront les gendarmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qu'est-ce que vous marmottez donc l&#224; ? dit son fils, qui achevait la carcasse du poulet. Vous savez, j'aime qu'on m'accuse en face. Si j'ai quelquefois caus&#233; de la R&#233;publique avec le petit, c'&#233;tait pour le ramener &#224; des id&#233;es plus raisonnables. Il &#233;tait toqu&#233;. Moi j'aime la libert&#233;, mais il ne faut pas qu'elle d&#233;g&#233;n&#232;re en licence&#8230; Et quant &#224; Rougon, il a mon estime. C'est un gar&#231;on de t&#234;te et de courage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il avait le fusil, n'est-ce pas ? interrompit tante Dide, dont l'esprit perdu semblait suivre au loin Silv&#232;re sur la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le fusil ? Ah ! oui, la carabine de Macquart, reprit Antoine, apr&#232;s avoir jet&#233; un coup d'&#339;il sur le manteau de la chemin&#233;e, o&#249; l'arme &#233;tait pendue d'ordinaire. Je crois la lui avoir vue entre les mains. Un joli instrument, pour courir les champs avec une fille au bras. Quel imb&#233;cile !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il crut devoir faire quelques plaisanteries grasses. Tante Dide s'&#233;tait remise &#224; tourner dans la pi&#232;ce. Elle ne pronon&#231;a plus une parole. Vers le soir, Antoine s'&#233;loigna, apr&#232;s avoir mis une blouse et enfonc&#233; sur ses yeux une casquette profonde que sa m&#232;re alla lui acheter. Il rentra dans la ville, comme il en &#233;tait sorti, en contant une histoire aux gardes nationaux qui gardaient la porte de Rome. Puis il gagna le vieux quartier o&#249;, myst&#233;rieusement, il se glissa de porte en porte. Tous les r&#233;publicains exalt&#233;s, tous les affili&#233;s qui n'avaient pas suivi la bande, se trouv&#232;rent, vers neuf heures, r&#233;unis dans un caf&#233; borgne o&#249; Macquart leur avait donn&#233; rendez-vous. Quand il y eut l&#224; une cinquantaine d'hommes, il leur tint un discours o&#249; il parla d'une vengeance personnelle &#224; satisfaire, de victoire &#224; remporter, de joug honteux &#224; secouer, et finit en se faisant fort de leur livrer la mairie en dix minutes. Il en sortait, elle &#233;tait vide ; le drapeau rouge y flotterait cette nuit m&#234;me, s'ils le voulaient. Les ouvriers se consult&#232;rent : &#224; cette heure, la r&#233;action agonisait, les insurg&#233;s &#233;taient aux portes, il serait honorable de ne pas les attendre pour reprendre le pouvoir, ce qui permettrait de les recevoir en fr&#232;res, les portes grandes ouvertes, les rues et les places pavois&#233;es. D'ailleurs, personne ne se d&#233;fia de Macquart ; sa haine contre les Rougon, la vengeance personnelle dont il parlait, r&#233;pondaient de sa loyaut&#233;. Il fut convenu que tous ceux qui &#233;taient chasseurs et qui avaient chez eux un fusil iraient le chercher, et qu'&#224; minuit, la bande se trouverait sur la place de l'h&#244;tel de ville. Une question de d&#233;tail faillit les arr&#234;ter, ils n'avaient pas de balles ; mais ils d&#233;cid&#232;rent qu'ils chargeraient leurs armes avec du plomb &#224; perdrix, ce qui m&#234;me &#233;tait inutile, puisqu'ils ne devaient rencontrer aucune r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, Plassans vit passer, dans le clair de lune muet de ses rues, des hommes arm&#233;s qui filaient le long des maisons. Lorsque la bande se trouva r&#233;unie devant l'h&#244;tel de ville, Macquart, tout en ayant l'&#339;il au guet, s'avan&#231;a hardiment. Il frappa, et quand le concierge, dont la le&#231;on &#233;tait faite, demanda ce qu'on voulait, il lui fit des menaces si &#233;pouvantables, que cet homme, feignant l'effroi, se h&#226;ta d'ouvrir. La porte tourna lentement, &#224; deux battants. Le porche se creusa, vide et b&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors Macquart cria d'une voix forte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Venez, mes amis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le signal. Lui se jeta vivement de c&#244;t&#233;. Et, tandis que les r&#233;publicains se pr&#233;cipitaient, du noir de la cour sortirent un torrent de flammes, une gr&#234;le de balles, qui pass&#232;rent avec un roulement de tonnerre, sous le porche b&#233;ant. La porte vomissait la mort. Les gardes nationaux, exasp&#233;r&#233;s par l'attente, press&#233;s d'&#234;tre d&#233;livr&#233;s du cauchemar qui pesait sur eux dans cette cour morne, avaient l&#226;ch&#233; leur feu tous &#224; la fois, avec une h&#226;te f&#233;brile. L'&#233;clair fut si vif, que Macquart aper&#231;ut distinctement, dans la lueur fauve de la poudre, Rougon qui cherchait &#224; viser. Il crut voir le canon du fusil dirig&#233; sur lui, il se rappela la rougeur de F&#233;licit&#233;, et se sauva, en murmurant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pas de b&#234;tises ! Le coquin me tuerait. Il me doit huit cents francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, un hurlement &#233;tait mont&#233; dans la nuit. Les r&#233;publicains surpris, criant &#224; la trahison, avaient l&#226;ch&#233; leur feu &#224; leur tour. Un garde national vint tomber sous le porche. Mais eux, ils laissaient trois morts. Ils prirent la fuite, se heurtant aux cadavres, affol&#233;s, r&#233;p&#233;tant dans les ruelles silencieuses : &#171; On assassine nos fr&#232;res ! &#187; d'une voix d&#233;sesp&#233;r&#233;e qui ne trouvait pas d'&#233;cho. Les d&#233;fenseurs de l'ordre, ayant eu le temps de recharger leurs armes, se pr&#233;cipit&#232;rent alors sur la place vide, comme des furieux, et envoy&#232;rent des balles &#224; tous les angles des rues, aux endroits o&#249; le noir d'une porte, l'ombre d'une lanterne, la saillie d'une borne, leur faisaient voir des insurg&#233;s. Ils rest&#232;rent l&#224;, dix minutes, &#224; d&#233;charger leurs fusils dans le vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le guet-apens avait &#233;clat&#233; comme un coup de foudre dans la ville endormie. Les habitants des rues voisines, r&#233;veill&#233;s par le bruit de cette fusillade infernale, s'&#233;taient assis sur leur s&#233;ant, les dents claquant de peur. Pour rien au monde, ils n'auraient mis le nez &#224; la fen&#234;tre. Et, lentement, dans l'air d&#233;chir&#233; par les coups de feu, une cloche de la cath&#233;drale sonna le tocsin, sur un rhythme si irr&#233;gulier, si &#233;trange, qu'on e&#251;t dit un mart&#232;lement d'enclume, un retentissement de chaudron colossal battu par le bras d'un enfant en col&#232;re. Cette cloche hurlante, que les bourgeois ne reconnurent pas, les terrifia plus encore que les d&#233;tonations des fusils, et il y en eut qui crurent entendre les bruits d'une file interminable de canons roulant sur le pav&#233;. Ils se recouch&#232;rent, ils s'allong&#232;rent sous leurs couvertures, comme s'ils eussent couru quelque danger &#224; se tenir sur leur s&#233;ant, au fond des alc&#244;ves, dans les chambres closes ; le drap au menton, la respiration coup&#233;e, ils se firent tout petits, tandis que les cornes de leurs foulards leur tombaient dans les yeux, et que leurs &#233;pouses, &#224; leur c&#244;t&#233;, enfon&#231;aient la t&#234;te dans l'oreiller en se p&#226;mant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gardes nationaux rest&#233;s aux remparts avaient, eux aussi, entendu les coups de feu. Ils accoururent &#224; la d&#233;bandade, par groupes de cinq ou six, croyant que les insurg&#233;s &#233;taient entr&#233;s au moyen de quelque souterrain, et troublant le silence des rues du tapage de leurs courses ahuries. Roudier arriva un des premiers. Mais Rougon les renvoya &#224; leurs postes, en leur disant s&#233;v&#232;rement qu'on n'abandonnait pas ainsi les portes d'une ville. Constern&#233;s de ce reproche &#8212; car, dans leur panique, ils avaient, en effet, laiss&#233; les portes sans un d&#233;fenseur, &#8212; ils reprirent leur galop, ils repass&#232;rent dans les rues avec un fracas plus &#233;pouvantable encore. Pendant une heure, Plassans put croire qu'une arm&#233;e affol&#233;e le traversait en tous sens. La fusillade, le tocsin, les marches et les contre-marches des gardes nationaux, leurs armes qu'ils tra&#238;naient comme des gourdins, leurs appels effar&#233;s dans l'ombre, faisaient un vacarme assourdissant de ville prise d'assaut et livr&#233;e au pillage. Ce fut le coup de gr&#226;ce pour les malheureux habitants, qui crurent tous &#224; l'arriv&#233;e des insurg&#233;s ; ils avaient bien dit que ce serait leur nuit supr&#234;me, que Plassans, avant le jour, s'ab&#238;merait sous terre ou s'&#233;vaporerait en fum&#233;e ; et, dans leur lit, ils attendaient la catastrophe, fous de terreur, s'imaginant par instants que leur maison remuait d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Granoux sonnait toujours le tocsin. Quand le silence fut retomb&#233; sur la ville, le bruit de cette cloche devint lamentable. Rougon, que la fi&#232;vre br&#251;lait, se sentit exasp&#233;r&#233; par ces sanglots lointains. Il courut &#224; la cath&#233;drale, dont il trouva la petite porte ouverte. Le bedeau &#233;tait sur le seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! il y en a assez ! cria-t-il &#224; cet homme ; on dirait quelqu'un qui pleure, c'est &#233;nervant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais, ce n'est pas moi, monsieur, r&#233;pondit le bedeau, d'un air d&#233;sol&#233;. C'est M. Granoux, qui est mont&#233; dans le clocher&#8230; Il faut vous dire que j'avais retir&#233; le battant de la cloche, par ordre de M. le cur&#233;, justement pour &#233;viter qu'on sonn&#226;t le tocsin. M. Granoux n'a pas voulu entendre raison. Il a grimp&#233; quand m&#234;me. Je ne sais pas avec quoi diable il peut faire ce bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon monta pr&#233;cipitamment l'escalier qui menait aux cloches, en criant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Assez ! assez ! Pour l'amour de Dieu, finissez donc !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il fut en haut, il aper&#231;ut, dans un rayon de lune qui entrait par la dentelure d'une ogive, Granoux, sans chapeau, l'air furieux, tapant devant lui avec un gros marteau. Et qu'il y allait de bon c&#339;ur ! Il se renversait, prenait un &#233;lan, et tombait sur le bronze sonore, comme s'il e&#251;t voulu le fendre. Toute sa personne grasse se ramassait ; puis quand il s'&#233;tait jet&#233; sur la grosse cloche immobile, les vibrations le renvoyaient en arri&#232;re, et il revenait avec un nouvel emportement. On aurait dit un forgeron battant un fer chaud ; mais un forgeron en redingote, court et chauve, d'attitude maladroite et rageuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surprise cloua un instant Rougon devant ce bourgeois endiabl&#233;, se battant avec une cloche, dans un rayon de lune. Alors il comprit les bruits de chaudron que cet &#233;trange sonneur secouait sur la ville. Il lui cria de s'arr&#234;ter. L'autre n'entendit pas. Il dut le prendre par sa redingote, et Granoux, le reconnaissant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Hein ! dit-il, d'une voix triomphante, vous avez entendu ! J'ai essay&#233; d'abord de taper sur la cloche avec les poings ; &#231;a me faisait mal. Heureusement, j'ai trouv&#233; ce marteau&#8230; Encore quelques coups, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Rougon l'emmena. Granoux &#233;tait radieux. Il s'essuyait le front, il faisait promettre &#224; son compagnon de bien dire le lendemain que c'&#233;tait avec un simple marteau qu'il avait fait tout ce bruit-l&#224;. Quel exploit et quelle importance allait lui donner cette furieuse sonnerie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers le matin, Rougon songea &#224; rassurer F&#233;licit&#233;. Par ses ordres, les gardes nationaux s'&#233;taient enferm&#233;s dans la mairie ; il avait d&#233;fendu qu'on relev&#226;t les morts, sous pr&#233;texte qu'il fallait un exemple au peuple du vieux quartier. Et, lorsque, pour courir &#224; la rue de la Banne, il traversa la place, dont la lune s'&#233;tait retir&#233;e, il posa le pied sur la main d'un des cadavres, crisp&#233;e au bord d'un trottoir. Il faillit tomber. Cette main molle qui s'&#233;crasait sous son talon, lui causa une sensation ind&#233;finissable de d&#233;go&#251;t et d'horreur. Il suivit les rues d&#233;sertes &#224; grandes enjamb&#233;es, croyant sentir derri&#232;re son dos un poing sanglant qui le poursuivait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il y en a quatre par terre, dit-il en entrant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se regard&#232;rent, comme &#233;tonn&#233;s eux-m&#234;mes de leur crime. La lampe donnait &#224; leur p&#226;leur une teinte de cire jaune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Les as-tu laiss&#233;s ? demanda F&#233;licit&#233; ; il faut qu'on les trouve l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Parbleu ! je ne les ai pas ramass&#233;s. Ils sont sur le dos&#8230; J'ai march&#233; sur quelque chose de mou&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il regarda son soulier. Le talon &#233;tait plein de sang. Pendant qu'il mettait une autre paire de chaussures, F&#233;licit&#233; reprit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, tant mieux ! c'est fini&#8230; On ne dira plus que tu tires des coups de fusil dans les glaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fusillade, que les Rougon avaient imagin&#233;e pour se faire accepter d&#233;finitivement comme les sauveurs de Plassans, jeta &#224; leurs pieds la ville &#233;pouvant&#233;e et reconnaissante. Le jour grandit, morne, avec ces m&#233;lancolies grises des matin&#233;es d'hiver. Les habitants n'entendant plus rien, las de trembler dans leurs draps, se hasard&#232;rent. Il en vint dix &#224; quinze ; puis, le bruit courant que les insurg&#233;s avaient pris la fuite, en laissant des morts dans tous les ruisseaux, Plassans entier se leva, descendit sur la place de l'h&#244;tel de ville. Pendant toute la matin&#233;e, les curieux d&#233;fil&#232;rent autour des quatre cadavres. Ils &#233;taient horriblement mutil&#233;s, un surtout, qui avait trois balles dans la t&#234;te ; le cr&#226;ne, soulev&#233;, laissait voir la cervelle &#224; nu. Mais le plus atroce des quatre &#233;tait le garde national tomb&#233; sous le porche ; il avait re&#231;u en pleine figure toute une charge de ce plomb &#224; perdrix dont s'&#233;taient servis les r&#233;publicains, faute de balles ; sa face trou&#233;e, cribl&#233;e, suait le sang. La foule s'emplit les yeux de cette horreur, longuement, avec cette avidit&#233; des poltrons pour les spectacles ignobles. On reconnut le garde national ; c'&#233;tait le charcutier Dubruel, celui que Roudier accusait, le lundi matin, d'avoir tir&#233; avec une vivacit&#233; coupable. Des trois autres morts, deux &#233;taient des ouvriers chapeliers ; le troisi&#232;me resta inconnu. Et, devant les mares rouges qui tachaient le pav&#233;, des groupes b&#233;ants frissonnaient, regardant derri&#232;re eux d'un air de m&#233;fiance, comme si cette justice sommaire qui avait, dans les t&#233;n&#232;bres, r&#233;tabli l'ordre &#224; coups de fusil, les guettait, &#233;piait leurs gestes et leurs paroles, pr&#234;te &#224; les fusiller &#224; leur tour, s'ils ne baisaient pas avec enthousiasme la main qui venait de les sauver de la d&#233;magogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La panique de la nuit grandit encore l'effet terrible caus&#233;, le matin, par la vue des quatre cadavres. Jamais l'histoire vraie de cette fusillade ne fut connue. Les coups de feu des combattants, les coups de marteau de Granoux, la d&#233;bandade des gardes nationaux l&#226;ch&#233;s dans les rues, avaient empli les oreilles de bruits si terrifiants, que le plus grand nombre r&#234;va toujours une bataille gigantesque, livr&#233;e &#224; un nombre incalculable d'ennemis. Quand les vainqueurs, grossissant le chiffre de leurs adversaires par une vantardise instinctive, parl&#232;rent d'environ cinq cents hommes, on se r&#233;cria ; des bourgeois pr&#233;tendirent s'&#234;tre mis &#224; la fen&#234;tre et avoir vu passer, pendant plus d'une heure, le flot &#233;pais des fuyards. Tout le monde, d'ailleurs, avait entendu courir les bandits sous les crois&#233;es. Jamais cinq cents hommes n'auraient pu de la sorte &#233;veiller une ville en sursaut. C'&#233;tait une arm&#233;e, une belle et bonne arm&#233;e que la brave milice de Plassans avait fait rentrer sous terre. Ce mot que pronon&#231;a Rougon : &#171; Ils sont rentr&#233;s sous terre, &#187; parut d'une grande justesse, car les postes, charg&#233;s de d&#233;fendre les remparts, jur&#232;rent toujours leurs grands dieux que pas un homme n'&#233;tait entr&#233; ni sorti ; ce qui ajouta au fait d'armes une pointe de myst&#232;re, une id&#233;e de diables cornus s'ab&#238;mant dans les flammes, qui acheva de d&#233;traquer les imaginations. Il est vrai que les postes &#233;vit&#232;rent de raconter leurs galops furieux. Aussi, les gens les plus raisonnables s'arr&#234;t&#232;rent-ils &#224; la pens&#233;e qu'une bande d'insurg&#233;s avait d&#251; p&#233;n&#233;trer par une br&#232;che, par un trou quelconque. Plus tard, des bruits de trahison se r&#233;pandirent, on parla d'un guet-apens ; sans doute, les hommes men&#233;s par Macquart &#224; la tuerie, ne purent garder l'atroce v&#233;rit&#233; ; mais une telle terreur r&#233;gnait encore, la vue du sang avait jet&#233; &#224; la r&#233;action un tel nombre de poltrons, qu'on attribua ces bruits &#224; la rage des r&#233;publicains vaincus. On pr&#233;tendit, d'autre part, que Macquart &#233;tait prisonnier de Rougon, et que celui-ci le gardait dans un cachot humide, o&#249; il le laissait lentement mourir de faim. Cet horrible conte fit saluer Rougon jusqu'&#224; terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut ainsi que ce grotesque, ce bourgeois ventru, mou et bl&#234;me, devint, en une nuit, un terrible monsieur dont personne n'osa plus rire. Il avait mis un pied dans le sang. Le peuple du vieux quartier resta muet d'effroi devant les morts. Mais, vers dix heures, quand les gens comme il faut de la ville neuve arriv&#232;rent, la place s'emplit de conversations sourdes, d'exclamations &#233;touff&#233;es. On parlait de l'autre attaque, de cette prise de la mairie, dans laquelle une glace seule avait &#233;t&#233; bless&#233;e ; et, cette fois, on ne plaisantait plus Rougon, on le nommait avec un respect effray&#233; : c'&#233;tait vraiment un h&#233;ros, un sauveur. Les cadavres, les yeux ouverts, regardaient ces messieurs, les avocats et les rentiers, qui frissonnaient en murmurant que la guerre civile a de bien tristes n&#233;cessit&#233;s. Le notaire, le chef de la d&#233;putation envoy&#233;e la veille &#224; la mairie, allait de groupe en groupe, rappelant le &#171; Je suis pr&#234;t ! &#187; de l'homme &#233;nergique auquel on devait le salut de la ville. Ce fut un aplatissement g&#233;n&#233;ral. Ceux qui avaient le plus cruellement raill&#233; les quarante et un, ceux surtout qui avaient trait&#233; les Rougon d'intrigants et de l&#226;ches, tirant des coups de fusil en l'air, parl&#232;rent les premiers de d&#233;cerner une couronne de laurier &#171; au grand citoyen dont Plassans serait &#233;ternellement glorieux. &#187; Car les mares de sang s&#233;chaient sur le pav&#233; ; les morts disaient par leurs blessures &#224; quelle audace le parti du d&#233;sordre, du pillage, du meurtre, en &#233;tait venu, et quelle main de fer il avait fallu pour &#233;touffer l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Granoux, dans la foule, recevait des f&#233;licitations et des poign&#233;es de main. On connaissait l'histoire du marteau. Seulement, par un mensonge innocent, dont il n'eut bient&#244;t plus conscience lui-m&#234;me, il pr&#233;tendit qu'ayant vu les insurg&#233;s le premier, il s'&#233;tait mis &#224; taper sur la cloche, pour sonner l'alarme ; sans lui, les gardes nationaux se trouvaient massacr&#233;s. Cela doubla son importance. Son exploit fut d&#233;clar&#233; prodigieux. On ne l'appela plus que : &#171; Monsieur Isidore, vous savez ? le monsieur qui a sonn&#233; le tocsin avec un marteau ! &#187; Bien que la phrase f&#251;t un peu longue, Granoux l'e&#251;t prise volontiers comme titre nobiliaire ; et l'on ne put d&#233;sormais prononcer devant lui le mot &#171; marteau, &#187; sans qu'il cr&#251;t &#224; une d&#233;licate flatterie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on enlevait les cadavres, Aristide vint les flairer. Il les regarda sur tous les sens, humant l'air, interrogeant les visages. Il avait la mine s&#232;che, les yeux clairs. De sa main, la veille emmaillot&#233;e, libre &#224; cette heure, il souleva la blouse d'un des morts, pour mieux voir sa blessure. Cet examen parut le convaincre, lui &#244;ter un doute. Il serra les l&#232;vres, resta l&#224; un moment sans dire un mot, puis se retira pour aller presser la distribution de l'Ind&#233;pendant, dans lequel il avait mis un grand article. Le long des maisons, il se rappelait ce mot de sa m&#232;re : &#171; Tu verras demain ! &#187; Il avait vu, c'&#233;tait tr&#232;s-fort ; &#231;a l'&#233;pouvantait m&#234;me un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Rougon commen&#231;ait &#224; &#234;tre embarrass&#233; de sa victoire. Seul dans le cabinet de M. Gar&#231;onnet, &#233;coutant les bruits sourds de la foule, il &#233;prouvait un &#233;trange sentiment qui l'emp&#234;chait de se montrer au balcon. Ce sang, dans lequel il avait march&#233;, lui engourdissait les jambes. Il se demandait ce qu'il allait faire jusqu'au soir. Sa pauvre t&#234;te vide, d&#233;traqu&#233;e par la crise de la nuit, cherchait avec d&#233;sespoir, une occupation, un ordre &#224; donner, une mesure &#224; prendre, qui p&#251;t le distraire. Mais il ne savait plus. O&#249; donc F&#233;licit&#233; le menait-elle ? &#201;tait-ce fini, allait-il falloir encore tuer du monde ? La peur le reprenait, il lui venait des doutes terribles, il voyait l'enceinte des remparts trou&#233;e de tous c&#244;t&#233;s par l'arm&#233;e vengeresse des r&#233;publicains, lorsqu'un grand cri : &#171; Les insurg&#233;s ! les insurg&#233;s ! &#187; &#233;clata sous les fen&#234;tres de la mairie. Il se leva d'un bond et, soulevant un rideau, il regarda la foule qui courait, &#233;perdue sur la place. &#192; ce coup de foudre, en moins d'une seconde, il se vit ruin&#233;, pill&#233;, assassin&#233; ; il maudit sa femme, il maudit la ville enti&#232;re. Et, comme il regardait derri&#232;re lui d'un air louche, cherchant une issue, il entendit la foule &#233;clater en applaudissements, pousser des cris de joie, &#233;branler les vitres d'une all&#233;gresse folle. Il revint &#224; la fen&#234;tre : les femmes agitaient leurs mouchoirs, les hommes s'embrassaient ; il y en avait qui se prenaient par la main et qui dansaient. Stupide, il resta l&#224;, ne comprenant plus, sentant sa t&#234;te tourner. Autour de lui, la grande mairie, d&#233;serte et silencieuse, l'&#233;pouvantait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon, quand il se confessa &#224; F&#233;licit&#233;, ne put jamais dire combien de temps avait dur&#233; son supplice. Il se souvint seulement qu'un bruit de pas, &#233;veillant les &#233;chos des vastes salles, l'avait tir&#233; de sa stupeur. Il attendait des hommes en blouse, arm&#233;s de faux et de gourdins, et ce fut la commission municipale qui entra, correcte, en habit noir, l'air radieux. Pas un membre ne manquait. Une heureuse nouvelle avait gu&#233;ri tous ces messieurs &#224; la fois. Granoux se jeta dans les bras de son cher pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Les soldats ! b&#233;gaya-t-il, les soldats !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#233;giment venait, en effet, d'arriver, sous les ordres du colonel Masson et de M. de Bl&#233;riot, pr&#233;fet du d&#233;partement. Les fusils aper&#231;us des remparts, au loin dans la plaine, avaient d'abord fait croire &#224; l'approche des insurg&#233;s. L'&#233;motion de Rougon fut si forte, que deux grosses larmes coul&#232;rent sur ses joues. Il pleurait, le grand citoyen ! La commission municipale regarda tomber ces larmes avec une admiration respectueuse. Mais Granoux se jeta de nouveau au cou de son ami, en criant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! que je suis heureux !&#8230; Vous savez, je suis un homme franc, moi. Eh bien, nous avions tous peur, tous, n'est-ce pas, messieurs ? Vous seul &#233;tiez grand, courageux, sublime. Quelle &#233;nergie il a d&#251; vous falloir ! Je le disais tout &#224; l'heure &#224; ma femme : Rougon est un grand homme, il m&#233;rite d'&#234;tre d&#233;cor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, ces messieurs parl&#232;rent d'aller &#224; la rencontre du pr&#233;fet. Rougon, &#233;tourdi, suffoqu&#233;, ne pouvant croire &#224; ce triomphe brusque, balbutiait comme un enfant. Il reprit haleine ; il descendit, calme, avec la dignit&#233; que r&#233;clamait cette solennelle occasion. Mais l'enthousiasme qui accueillit la commission et son pr&#233;sident sur la place de l'h&#244;tel de ville, faillit troubler de nouveau sa gravit&#233; de magistrat. Son nom circulait dans la foule, accompagn&#233; cette fois des &#233;loges les plus chauds. Il entendit tout un peuple refaire l'aveu de Granoux, le traiter de h&#233;ros rest&#233; debout et in&#233;branlable au milieu de la panique universelle. Et, jusqu'&#224; la place de la sous-pr&#233;fecture, o&#249; la commission rencontra le pr&#233;fet, il but sa popularit&#233;, sa gloire, avec des p&#226;moisons secr&#232;tes de femme amoureuse dont les d&#233;sirs sont enfin assouvis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. de Bl&#233;riot et le colonel Masson entr&#232;rent seuls dans la ville, laissant la troupe camp&#233;e sur la route de Lyon. Ils avaient perdu un temps consid&#233;rable, tromp&#233;s sur la marche des insurg&#233;s. D'ailleurs, ils les savaient maintenant &#224; Orch&#232;res ; ils ne devaient s'arr&#234;ter qu'une heure &#224; Plassans, le temps de rassurer la population et de publier les cruelles ordonnances qui d&#233;cr&#233;taient la mise sous s&#233;questre des biens des insurg&#233;s, et la mort pour tout individu surpris les armes &#224; la main. Le colonel Masson eut un sourire, lorsque le commandant de la garde nationale fit tirer les verrous de la porte de Rome, avec un bruit &#233;pouvantable de vieille ferraille. Le poste accompagna le pr&#233;fet et le colonel, comme garde d'honneur. Tout le long du cours Sauvaire, Roudier raconta &#224; ces messieurs l'&#233;pop&#233;e de Rougon, les trois jours de panique, termin&#233;s par la victoire &#233;clatante de la derni&#232;re nuit. Aussi, quand les deux cort&#233;ges se trouv&#232;rent face &#224; face, M. de Bl&#233;riot s'avan&#231;a-t-il vivement vers le pr&#233;sident de la commission, lui serrant les mains, le f&#233;licitant, le priant de veiller encore sur la ville jusqu'au retour des autorit&#233;s ; et Rougon saluait, tandis que le pr&#233;fet, arriv&#233; &#224; la porte de la sous-pr&#233;fecture, o&#249; il d&#233;sirait se reposer un moment, disait &#224; voix haute qu'il n'oublierait pas dans son rapport de faire conna&#238;tre sa belle et courageuse conduite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, malgr&#233; le froid vif, tout le monde se trouvait aux fen&#234;tres. F&#233;licit&#233;, se penchant &#224; la sienne, au risque de tomber, &#233;tait toute p&#226;le de joie. Justement Aristide venait d'arriver avec un num&#233;ro de l'Ind&#233;pendant, dans lequel il s'&#233;tait nettement d&#233;clar&#233; en faveur du coup d'&#201;tat, qu'il accueillait &#171; comme l'aurore de la libert&#233; dans l'ordre et de l'ordre dans la libert&#233;. &#187; Et il avait fait aussi une d&#233;licate allusion au salon jaune, reconnaissant ses torts, disant que &#171; la jeunesse est pr&#233;somptueuse, &#187; et que &#171; les grands citoyens se taisent, r&#233;fl&#233;chissent dans le silence et laissent passer les insultes, pour se dresser debout dans leur h&#233;ro&#239;sme au jour de lutte. &#187; Il &#233;tait surtout content de cette phrase. Sa m&#232;re trouva l'article sup&#233;rieurement &#233;crit. Elle embrassa le cher enfant, le mit &#224; sa droite. Le marquis de Carnavant, qui &#233;tait &#233;galement venu la voir, las de se clo&#238;trer, pris d'une curiosit&#233; furieuse, s'accouda &#224; sa gauche, sur la rampe de la fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand M. de Bl&#233;riot, sur la place, tendit la main &#224; Rougon, F&#233;licit&#233; pleura.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oh ! vois, vois, dit-elle &#224; Aristide. Il lui a serr&#233; la main. Tiens, il la lui prend encore !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et jetant un coup d'&#339;il sur les fen&#234;tres o&#249; les t&#234;tes s'entassaient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qu'ils doivent rager ! Regarde donc la femme &#224; M. Peirotte, elle mord son mouchoir. Et l&#224;-bas, les filles du notaire, et madame Massicot, et la famille Brunet, quelles figures, hein ? comme leur nez s'allonge !&#8230; Ah ! dame, c'est notre tour, maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle suivit la sc&#232;ne qui se passait &#224; la porte de la sous-pr&#233;fecture, avec des ravissements, des fr&#233;tillements qui secouaient son corps de cigale ardente. Elle interpr&#233;tait les moindres gestes, elle inventait les paroles qu'elle ne pouvait saisir, elle disait que Pierre saluait tr&#232;s-bien. Un moment, elle devint maussade, quand le pr&#233;fet accorda un mot &#224; ce pauvre Granoux qui tournait autour de lui, qu&#234;tant un &#233;loge ; sans doute, M. de Bl&#233;riot connaissait d&#233;j&#224; l'histoire du marteau, car l'ancien marchand d'amandes rougit comme une jeune fille et parut dire qu'il n'avait fait que son devoir. Mais ce qui la f&#226;cha plus encore, ce fut la trop grande bont&#233; de son mari, qui pr&#233;senta Vuillet &#224; ces messieurs ; Vuillet, il est vrai, se coulait entre eux, et Rougon se trouva forc&#233; de le nommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quel intrigant ! murmura F&#233;licit&#233;. Il se fourre partout&#8230; Ce pauvre ch&#233;ri doit &#234;tre si troubl&#233; !&#8230; Voil&#224; le colonel qui lui parle. Qu'est-ce qu'il peut bien lui dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh ! petite, r&#233;pondit le marquis avec une fine ironie, il le complimente d'avoir si soigneusement ferm&#233; les portes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mon p&#232;re a sauv&#233; la ville, dit Aristide d'une voix s&#232;che. Avez-vous vu les cadavres, monsieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. de Carnavant ne r&#233;pondit pas. Il se retira m&#234;me de la fen&#234;tre, et alla s'asseoir dans un fauteuil en hochant la t&#234;te, d'un air l&#233;g&#232;rement d&#233;go&#251;t&#233;. &#192; ce moment, le pr&#233;fet ayant quitt&#233; la place, Rougon accourut, se jeta au cou de sa femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! ma bonne !&#8230; balbutia-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne put en dire davantage. F&#233;licit&#233; lui fit aussi embrasser Aristide, en lui parlant du superbe article de l'Ind&#233;pendant. Pierre aurait &#233;galement bais&#233; le marquis sur les joues, tant il &#233;tait &#233;mu. Mais sa femme le prit &#224; part, et lui donna la lettre d'Eug&#232;ne qu'elle avait remise sous enveloppe. Elle pr&#233;tendit qu'on venait de l'apporter. Pierre, triomphant, la lui tendit apr&#232;s l'avoir lue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu es une sorci&#232;re, lui dit-il en riant. Tu as tout devin&#233;. Ah ! quelle sottise j'allais faire sans toi ! Va, nous ferons nos petites affaires ensemble. Embrasse-moi, tu es une brave femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il la prit dans ses bras, tandis qu'elle &#233;changeait avec le marquis un discret sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce fut seulement le dimanche, le surlendemain de la tuerie de Sainte-Roure, que les troupes repass&#232;rent par Plassans. Le pr&#233;fet et le colonel, que M. Gar&#231;onnet avait invit&#233;s &#224; d&#238;ner, entr&#232;rent seuls dans la ville. Les soldats firent le tour des remparts et all&#232;rent camper dans le faubourg, sur la route de Nice. La nuit tombait ; le ciel, couvert depuis le matin, avait d'&#233;tranges reflets jaunes qui &#233;clairaient la ville d'une clart&#233; louche, pareille &#224; ces lueurs cuivr&#233;es des temps d'orage. L'accueil des habitants fut peureux ; ces soldats, encore saignants, qui passaient, las et muets, dans le cr&#233;puscule sale, d&#233;go&#251;t&#232;rent les petits bourgeois propres du Cours, et ces messieurs, en se reculant, se racontaient &#224; l'oreille d'&#233;pouvantables histoires de fusillades, de repr&#233;sailles farouches, dont le pays a conserv&#233; la m&#233;moire. La terreur du coup d'&#201;tat commen&#231;ait, terreur &#233;perdue, &#233;crasante, qui tint le Midi frissonnant pendant de longs mois. Plassans, dans son effroi et sa haine des insurg&#233;s, avait pu accueillir la troupe, &#224; son premier passage, avec des cris d'enthousiasme ; mais, &#224; cette heure, devant ce r&#233;giment sombre, qui tirait sur un mot de son chef, les rentiers eux-m&#234;mes et jusqu'aux notaires de la ville neuve, s'interrogeaient avec anxi&#233;t&#233;, se demandaient s'ils n'avaient pas commis quelques peccadilles politiques m&#233;ritant des coups de fusil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s &#233;taient revenues depuis la veille, dans deux carrioles lou&#233;es &#224; Sainte-Roure. Leur entr&#233;e impr&#233;vue n'avait rien eu de triomphal. Rougon rendit au maire son fauteuil sans grande tristesse. Le tour &#233;tait jou&#233; ; il attendait de Paris, avec fi&#232;vre, la r&#233;compense de son civisme. Le dimanche, &#8212; il ne l'esp&#233;rait que pour le lendemain, &#8212; il re&#231;ut une lettre d'Eug&#232;ne. F&#233;licit&#233; avait eu soin, d&#232;s le jeudi, d'envoyer &#224; son fils les num&#233;ros de la Gazette et de l'Ind&#233;pendant, qui, dans une seconde &#233;dition, avaient racont&#233; la bataille de la nuit et l'arriv&#233;e du pr&#233;fet. Eug&#232;ne r&#233;pondait, courrier par courrier, que la nomination de son p&#232;re &#224; une recette particuli&#232;re allait &#234;tre sign&#233;e ; mais, disait-il, il voulait sur-le-champ lui annoncer une bonne nouvelle : il venait d'obtenir pour lui le ruban de la L&#233;gion d'honneur. F&#233;licit&#233; pleura. Son mari d&#233;cor&#233; ! son r&#234;ve d'orgueil n'&#233;tait jamais all&#233; jusque-l&#224;. Rougon, p&#226;le de joie, dit qu'il fallait le soir m&#234;me donner un grand d&#238;ner. Il ne comptait plus, il aurait jet&#233; au peuple, par les deux fen&#234;tres du salon jaune, ses derni&#232;res pi&#232;ces de cent sous pour c&#233;l&#233;brer ce beau jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#201;coute, dit-il &#224; sa femme, tu inviteras Sicardot : il y a assez longtemps qu'il m'ennuie avec sa rosette, celui-l&#224; ! Puis Granoux et Roudier, auxquels je ne suis pas f&#226;ch&#233; de faire sentir que ce n'est pas leurs gros sous qui leur donneront jamais la croix. Vuillet est un fesse-mathieu, mais le triomphe doit &#234;tre complet ; pr&#233;viens-le, ainsi que tout le fretin&#8230; J'oubliais, tu iras en personne chercher le marquis ; nous le mettrons &#224; ta droite, il fera tr&#232;s-bien &#224; notre table. Tu sais que M. Gar&#231;onnet traite le colonel et le pr&#233;fet. C'est pour me faire comprendre que je ne suis plus rien. Je me moque bien de sa mairie ; elle ne lui rapporte pas un sou ! Il m'a invit&#233;, mais je dirai que j'ai du monde, moi aussi. Tu les verras rire jaune demain&#8230; Et mets les petits plats dans les grands. Fais tout apporter de l'h&#244;tel de Provence. Il faut enfoncer le d&#238;ner du maire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; se mit en campagne. Pierre, dans son ravissement, &#233;prouvait encore une vague inqui&#233;tude. Le coup d'&#201;tat allait payer ses dettes, son fils Aristide pleurait ses fautes, et il se d&#233;barrassait enfin de Macquart ; mais il craignait quelque sottise de son fils Pascal, il &#233;tait surtout tr&#232;s-inquiet sur le sort r&#233;serv&#233; &#224; Silv&#232;re, non qu'il le plaign&#238;t le moins du monde : il redoutait simplement que l'affaire du gendarme ne v&#238;nt devant les assises. Ah ! si une balle intelligente avait pu le d&#233;livrer de ce petit sc&#233;l&#233;rat ! Comme sa femme le lui faisait remarquer le matin, les obstacles &#233;taient tomb&#233;s devant lui ; cette famille qui le d&#233;shonorait avait, au dernier moment, travaill&#233; &#224; son &#233;l&#233;vation ; ses fils, Eug&#232;ne et Aristide, ces mange-tout, dont il regrettait si am&#232;rement les mois de coll&#233;ge, payaient enfin les int&#233;r&#234;ts du capital d&#233;pens&#233; pour leur instruction. Et il fallait que la pens&#233;e de ce mis&#233;rable Silv&#232;re troubl&#226;t cette heure de triomphe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que F&#233;licit&#233; courait pour le d&#238;ner du soir, Pierre apprit l'arriv&#233;e de la troupe et se d&#233;cida &#224; aller aux renseignements. Sicardot, qu'il avait interrog&#233; &#224; son retour, ne savait rien : Pascal devait &#234;tre rest&#233; pour soigner les bless&#233;s ; quant &#224; Silv&#232;re, il n'avait pas m&#234;me &#233;t&#233; vu du commandant, qui le connaissait peu. Rougon se rendit au faubourg, se promettant de remettre &#224; Macquart, par la m&#234;me occasion, les huit cents francs qu'il venait seulement de r&#233;aliser &#224; grand'peine. Mais lorsqu'il fut dans la cohue du campement, qu'il vit de loin les prisonniers, assis en longues files sur les poutres de l'aire Saint-Mittre, et gard&#233;s par des soldats, le fusil au poing, il eut peur de se compromettre, il fila sournoisement chez sa m&#232;re, avec l'intention d'envoyer la vieille femme chercher des nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il entra dans la masure, la nuit &#233;tait presque tomb&#233;e. Il ne vit d'abord que Macquart, fumant et buvant des petits verres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est toi ? ce n'est pas malheureux, murmura Antoine, qui s'&#233;tait remis &#224; tutoyer son fr&#232;re. Je me fais diablement vieux ici. As-tu l'argent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Pierre ne r&#233;pondit pas. Il venait d'apercevoir son fils Pascal, pench&#233; au-dessus du lit. Il l'interrogea vivement. Le m&#233;decin, surpris de ses inqui&#233;tudes, qu'il attribua d'abord &#224; ses tendresses de p&#232;re, lui r&#233;pondit avec tranquillit&#233; que les soldats l'avaient pris et qu'ils l'auraient fusill&#233;, sans l'intervention d'un brave homme qu'il ne connaissait point. Sauv&#233; par son titre de docteur, il &#233;tait revenu avec la troupe. Ce fut un grand soulagement pour Rougon. Encore un qui ne le compromettrait pas. Il t&#233;moignait sa joie par des poign&#233;es de main r&#233;p&#233;t&#233;es, lorsque Pascal termina, en disant d'une voix triste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ne vous r&#233;jouissez pas. Je viens de trouver ma pauvre grand'm&#232;re au plus mal. Je lui rapportais cette carabine, &#224; laquelle elle tient ; et, voyez, elle &#233;tait l&#224;, elle n'a plus boug&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les yeux de Pierre s'habituaient &#224; l'obscurit&#233;. Alors, dans les derni&#232;res lueurs qui tra&#238;naient, il vit tante Dide, roide, morte, sur le lit. Ce pauvre corps, que des n&#233;vroses d&#233;traquaient depuis le berceau, &#233;tait vaincu par une crise supr&#234;me. Les nerfs avaient comme mang&#233; le sang ; le sourd travail de cette chair ardente, s'&#233;puisant, se d&#233;vorant elle-m&#234;me dans une tardive chastet&#233;, s'achevait, faisait de la malheureuse un cadavre que des secousses &#233;lectriques seules galvanisaient encore. &#192; cette heure, une douleur atroce semblait avoir h&#226;t&#233; la lente d&#233;composition de son &#234;tre. Sa p&#226;leur de nonne, de femme amollie par l'ombre et les renoncements du clo&#238;tre, se tachaient de plaques rouges. Le visage convuls&#233;, les yeux horriblement ouverts, les mains retourn&#233;es et tordues, elle s'allongeait dans ses jupes, qui dessinaient en lignes s&#232;ches les maigreurs de ses membres. Et, serrant les l&#232;vres, elle mettait, au fond de la pi&#232;ce noire, l'horreur d'une agonie muette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon eut un geste d'humeur. Ce spectacle navrant lui fut tr&#232;s-d&#233;sagr&#233;able ; il avait du monde &#224; d&#238;ner le soir, il aurait &#233;t&#233; d&#233;sol&#233; d'&#234;tre triste. Sa m&#232;re ne savait qu'inventer pour le mettre dans l'embarras. Elle pouvait bien choisir un autre jour. Aussi prit-il un air tout &#224; fait rassur&#233;, en disant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Bah ! &#231;a ne sera rien. Je l'ai vue cent fois comme cela. Il faut la laisser reposer, c'est le seul rem&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal hocha la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, cette crise ne ressemble pas aux autres, murmura-t-il. Je l'ai souvent &#233;tudi&#233;e, et jamais je n'ai remarqu&#233; de tels sympt&#244;mes. Regardez donc ses yeux : ils ont une fluidit&#233; particuli&#232;re, des clart&#233;s p&#226;les tr&#232;s-inqui&#233;tantes. Et le masque ! quelle &#233;pouvantable torsion de tous les muscles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, se penchant davantage, &#233;tudiant les traits de plus pr&#232;s, il continua &#224; voix basse, comme se parlant &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je n'ai vu des visages pareils qu'aux gens assassin&#233;s, morts dans l'&#233;pouvante&#8230; Elle doit avoir eu quelque &#233;motion terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais comment la crise est-elle venue ? demanda Rougon impatient&#233;, ne sachant plus de quelle fa&#231;on quitter la chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal ne savait pas. Macquart, en se versant un nouveau petit verre, raconta qu'ayant eu l'envie de boire un peu de cognac, il l'avait envoy&#233;e en chercher une bouteille. Elle &#233;tait rest&#233;e fort peu de temps dehors. Puis, en rentrant, elle &#233;tait tomb&#233;e roide par terre, sans dire un mot. Macquart avait d&#251; la porter sur le lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ce qui m'&#233;tonne, dit-il en mani&#232;re de conclusion, c'est qu'elle n'ait pas cass&#233; la bouteille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune m&#233;decin r&#233;fl&#233;chissait. Il reprit au bout d'un silence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai entendu deux coups de feu en venant ici. Peut-&#234;tre ces mis&#233;rables ont-ils encore fusill&#233; quelques prisonniers. Si elle a travers&#233; les rangs des soldats &#224; ce moment, la vue du sang a pu la jeter dans cette crise&#8230; Il faut qu'elle ait horriblement souffert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait heureusement la petite bo&#238;te de secours qu'il portait sur lui, depuis le d&#233;part des insurg&#233;s. Il essaya d'introduire entre les dents serr&#233;es de tante Dide quelques gouttes d'une liqueur ros&#226;tre. Pendant ce temps, Macquart demanda de nouveau &#224; son fr&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; As-tu l'argent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, je l'apporte, nous allons terminer, r&#233;pondit Rougon, heureux de cette diversion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors Macquart, voyant qu'il allait &#234;tre pay&#233;, se mit &#224; geindre. Il avait compris trop tard les cons&#233;quences de sa trahison ; sans cela, il aurait exig&#233; une somme deux et trois fois plus forte. Et il se plaignait. Vraiment, mille francs, ce n'&#233;tait pas assez. Ses enfants l'avaient abandonn&#233;, il se trouvait seul au monde, oblig&#233; de quitter la France. Peu s'en fallut qu'il ne pleur&#226;t en parlant de son exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voyons, voulez-vous les huit cents francs ? dit Rougon, qui avait h&#226;te de s'en aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, vrai, double la somme. Ta femme m'a filout&#233;. Si elle m'avait carr&#233;ment dit ce qu'elle attendait de moi, jamais je ne me serais compromis de la sorte pour si peu de chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rougon aligna les huit cents francs en or sur la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vous jure que je n'ai pas davantage, reprit-il. Je songerai &#224; vous plus tard. Mais, par gr&#226;ce, partez d&#232;s ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macquart, maugr&#233;ant, m&#226;chant des lamentations sourdes, porta la table devant la fen&#234;tre, et se mit &#224; compter les pi&#232;ces d'or, &#224; la lueur mourante du cr&#233;puscule. Il faisait tomber de haut les pi&#232;ces, qui lui chatouillaient d&#233;licieusement le bout des doigts, et dont le tintement emplissait l'ombre d'une musique claire. Il s'interrompit un instant pour dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu m'as fait promettre une place, souviens-toi. Je veux rentrer en France&#8230; Une place de garde champ&#234;tre ne me d&#233;plairait pas, dans un bon pays que je choisirais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, oui, c'est convenu, r&#233;pondit Rougon. Avez-vous bien huit cents francs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macquart se remit &#224; compter. Les derniers louis tintaient, lorsqu'un &#233;clat de rire strident leur fit tourner la t&#234;te. Tante Dide &#233;tait debout devant le lit, d&#233;lac&#233;e, avec ses cheveux blancs d&#233;nou&#233;s, sa face p&#226;le tach&#233;e de rouge. Pascal avait vainement essay&#233; de la retenir. Les bras tendus, secou&#233;e par un grand frisson, elle hochait la t&#234;te, elle d&#233;lirait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le prix du sang, le prix du sang ! dit-elle, &#224; plusieurs reprises. J'ai entendu l'or&#8230; Et ce sont eux, eux, qui l'ont vendu. Ah ! les assassins ! Ce sont des loups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;cartait ses cheveux, elle passait les mains sur son front, comme pour lire en elle. Puis elle continua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je le voyais depuis longtemps, le front trou&#233; d'une balle. Il y avait toujours des gens, dans ma t&#234;te, qui le guettaient avec des fusils. Ils me faisaient signe qu'ils allaient tirer&#8230; C'est affreux, je les sens qui me brisent les os et me vident le cr&#226;ne. Oh ! gr&#226;ce, gr&#226;ce !&#8230; Je vous en supplie, il ne la verra plus, il ne l'aimera plus, jamais, jamais ! Je l'enfermerai, je l'emp&#234;cherai d'aller dans ses jupes. Non, gr&#226;ce ! ne tirez pas&#8230; Ce n'est pas ma faute&#8230; Si vous saviez&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'&#233;tait presque mise &#224; genoux, pleurant, suppliant, tendant ses pauvres mains tremblantes &#224; quelque vision lamentable qu'elle apercevait dans l'ombre. Et, brusquement, elle se redressa, ses yeux s'agrandirent encore, sa gorge convuls&#233;e laissa &#233;chapper un cri terrible, comme si quelque spectacle, qu'elle seule voyait, l'e&#251;t emplie d'une terreur folle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#212; le gendarme ! dit-elle, &#233;tranglant, reculant, venant retomber sur le lit, o&#249; elle se roula avec de longs &#233;clats de rire qui sonnaient furieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal suivait la crise d'un &#339;il attentif. Les deux fr&#232;res, tr&#232;s-effray&#233;s, ne saisissant que des phrases d&#233;cousues, s'&#233;taient r&#233;fugi&#233;s dans un coin de la pi&#232;ce. Quand Rougon entendit le mot de gendarme, il crut comprendre ; depuis le meurtre de son amant &#224; la fronti&#232;re, tante Dide nourrissait une haine profonde contre les gendarmes et les douaniers, qu'elle confondait dans une m&#234;me pens&#233;e de vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais c'est l'histoire du braconnier qu'elle nous raconte l&#224;, murmura-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal lui fit signe de se taire. La moribonde se relevait p&#233;niblement. Elle regarda autour d'elle, d'un air de stupeur. Elle resta un instant muette, cherchant &#224; reconna&#238;tre les objets, comme si elle se fut trouv&#233;e dans un lieu inconnu. Puis, avec une inqui&#233;tude subite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; O&#249; est le fusil ? demanda-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;decin lui mit la carabine entre les mains. Elle poussa un l&#233;ger cri de joie, elle la regarda longuement, en disant &#224; voix basse, d'une voix chantante de petite fille :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est elle, oh ! je la reconnais&#8230; Elle est toute tach&#233;e de sang. Aujourd'hui, les taches sont fra&#238;ches&#8230; Ses mains rouges ont laiss&#233; sur la crosse des barres saignantes&#8230; Ah ! pauvre, pauvre tante Dide !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa t&#234;te malade tourna de nouveau. Elle devint pensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le gendarme &#233;tait mort, murmura-t-elle, et je l'ai vu, il est revenu&#8230; &#199;a ne meurt jamais, ces gredins !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, reprise par une fureur sombre, agitant la carabine, elle s'avan&#231;a vers ses deux fils, accul&#233;s, muets d'horreur. Ses jupes d&#233;nou&#233;es tra&#238;naient, son corps tordu se redressait, demi-nu, affreusement creus&#233; par la vieillesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est vous qui avez tir&#233; ! cria-t-elle. J'ai entendu l'or&#8230; Malheureuse ! je n'ai fait que des loups&#8230; toute une famille, toute une port&#233;e de loups&#8230; Il n'y avait qu'un pauvre enfant, et ils l'ont mang&#233; ; chacun a donn&#233; son coup de dent ; ils ont encore du sang plein les l&#232;vres&#8230; Ah ! les maudits ! ils ont vol&#233;, ils ont tu&#233;. Et ils vivent comme des messieurs. Maudits ! maudits ! maudits !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle chantait, elle riait, elle criait et r&#233;p&#233;tait : Maudits ! sur une &#233;trange phrase musicale, pareille au bruit d&#233;chirant d'une fusillade. Pascal, les larmes aux yeux, la prit entre ses bras, la recoucha. Elle se laissa faire, comme une enfant. Elle continua sa chanson, acc&#233;l&#233;rant le rhythme, battant la mesure sur le drap, de ses mains s&#232;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voil&#224; ce que je craignais, dit le m&#233;decin, elle est folle. Le coup a &#233;t&#233; trop rude pour un pauvre &#234;tre pr&#233;destin&#233; comme elle aux n&#233;vroses aigu&#235;s. Elle mourra dans une maison de fous, ainsi que son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais qu'a-t-elle pu voir ? demanda Rougon, en se d&#233;cidant &#224; quitter l'angle o&#249; il s'&#233;tait cach&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai un doute affreux, r&#233;pondit Pascal. Je voulais vous parler de Silv&#232;re, quand vous &#234;tes entr&#233;. Il est prisonnier. Il faut agir aupr&#232;s du pr&#233;fet, le sauver, s'il en est temps encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancien marchand d'huile regarda son fils en p&#226;lissant. Puis, d'une voix rapide :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#201;coute, veille sur elle. Moi, je suis trop occup&#233; ce soir. Nous verrons demain &#224; la faire transporter &#224; la maison d'ali&#233;n&#233;s des Tulettes. Vous, Macquart, il faut partir cette nuit m&#234;me. Vous me le jurez ! Je vais aller trouver M. de Bl&#233;riot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il balbutiait, il br&#251;lait d'&#234;tre dehors, dans le froid de la rue. Pascal fixait un regard p&#233;n&#233;trant sur la folle, sur son p&#232;re, sur son oncle ; l'&#233;go&#239;sme du savant l'emportait ; il &#233;tudiait cette m&#232;re et ces fils, avec l'attention d'un naturaliste surprenant les m&#233;tamorphoses d'un insecte. Et il songeait &#224; ces pouss&#233;es d'une famille, d'une souche qui jette des branches diverses, et dont la s&#232;ve &#226;cre charrie les m&#234;mes germes dans les tiges les plus lointaines, diff&#233;remment tordues, selon les milieux d'ombre et de soleil. Il crut entrevoir un instant, comme au milieu d'un &#233;clair, l'avenir des Rougon-Macquart, une meute d'app&#233;tits l&#226;ch&#233;s et assouvis, dans un flamboiement d'or et de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, au nom de Silv&#232;re, tante Dide avait cess&#233; de chanter. Elle &#233;couta un instant, anxieuse. Puis, elle se mit &#224; pousser des hurlements affreux. La nuit &#233;tait enti&#232;rement tomb&#233;e ; la pi&#232;ce, toute noire, se creusait, lamentable. Les cris de la folle, qu'on ne voyait plus, sortaient des t&#233;n&#232;bres, comme d'une tombe ferm&#233;e. Rougon, la t&#234;te perdue, s'enfuit, poursuivi par ces ricanements qui sanglotaient plus cruels dans l'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il sortait de l'impasse Saint-Mittre, h&#233;sitant, se demandant s'il n'&#233;tait pas dangereux de solliciter du pr&#233;fet la gr&#226;ce de Silv&#232;re, il vit Aristide qui r&#244;dait autour du champ de poutres. Ce dernier, ayant reconnu son p&#232;re, accourut, la mine inqui&#232;te, et lui dit quelques mots &#224; l'oreille. Pierre devint bl&#234;me ; il jeta un regard effar&#233; au fond de l'aire, dans ces t&#233;n&#232;bres qu'un feu de boh&#233;miens tachait seul d'une clart&#233; rouge. Et tous deux disparurent par la rue de Rome, h&#226;tant le pas, comme s'ils avaient tu&#233;, et relevant le collet de leur paletot, pour ne pas &#234;tre vus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#199;a m'&#233;vite une course, murmura Rougon. Allons d&#238;ner. On nous attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'ils arriv&#232;rent, le salon jaune resplendissait. F&#233;licit&#233; s'&#233;tait multipli&#233;e. Tout le monde se trouvait l&#224;, Sicardot, Granoux, Roudier, Vuillet, les marchands d'huile, les marchands d'amandes, la bande enti&#232;re. Seul, le marquis avait pr&#233;text&#233; ses rhumatismes ; il partait, d'ailleurs, pour un petit voyage. Ces bourgeois tach&#233;s de sang blessaient ses d&#233;licatesses, et son parent, le comte de Valqueyras, devait l'avoir pri&#233; d'aller se faire oublier quelque temps dans son domaine de Corbi&#232;re. Le refus de M. de Carnavant vexa les Rougon. Mais F&#233;licit&#233; se consola en se promettant d'&#233;taler un plus grand luxe ; elle loua deux cand&#233;labres, elle commanda deux entr&#233;es et deux entremets de plus, afin de remplacer le marquis. La table, pour plus de solennit&#233;, fut dress&#233;e dans le salon. L'h&#244;tel de Provence avait fourni l'argenterie, la porcelaine, les cristaux. D&#232;s cinq heures, le couvert se trouva mis, pour que les invit&#233;s, en arrivant, pussent jouir du coup d'&#339;il. Et il y avait, aux deux bouts, sur la nappe blanche, deux bouquets de roses artificielles, dans des vases de porcelaine dor&#233;e, &#224; fleurs peintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; habituelle du salon, quand elle fut r&#233;unie, ne put cacher l'admiration que lui causa un pareil spectacle. Ces messieurs souriaient d'un air embarrass&#233; en &#233;changeant des regards sournois qui signifiaient clairement : &#171; Ces Rougon sont fous, ils jettent leur argent par la fen&#234;tre. &#187; La v&#233;rit&#233; &#233;tait que F&#233;licit&#233;, en allant faire les invitations, n'avait pu retenir sa langue. Tout le monde savait que Pierre &#233;tait d&#233;cor&#233; et qu'on allait le nommer quelque chose ; ce qui allongeait les nez singuli&#232;rement, selon l'expression de la vieille femme. Puis, disait Roudier : &#171; Cette noiraude se gonflait par trop. &#187; Au jour des r&#233;compenses, la bande de ces bourgeois qui s'&#233;taient ru&#233;s sur la r&#233;publique expirante, en s'observant les uns les autres, en se faisant gloire chacun de donner un coup de dent plus bruyant que celui du voisin, trouvaient mauvais que leurs h&#244;tes eussent tous les lauriers de la bataille. Ceux m&#234;mes qui avaient hurl&#233; par temp&#233;rament, sans rien demander &#224; l'empire naissant, &#233;taient profond&#233;ment vex&#233;s de voir que, gr&#226;ce &#224; eux, le plus pauvre, le plus tar&#233; de tous allait avoir le ruban rouge &#224; la boutonni&#232;re. Encore si l'on avait d&#233;cor&#233; tout le salon !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ce n'est pas que je tienne &#224; la d&#233;coration, dit Roudier &#224; Granoux, qu'il avait entra&#238;n&#233; dans l'embrasure d'une fen&#234;tre. Je l'ai refus&#233;e du temps de Louis-Philippe, lorsque j'&#233;tais fournisseur de la cour. Ah ! Louis-Philippe &#233;tait un bon roi, la France n'en trouvera jamais un pareil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roudier redevenait orl&#233;aniste. Puis il ajouta avec l'hypocrisie matoise d'un ancien bonnetier de la rue Saint-Honor&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais vous, mon cher Granoux, croyez-vous que le ruban ne ferait pas bien &#224; votre boutonni&#232;re ? Apr&#232;s tout, vous avez sauv&#233; la ville autant que Rougon. Hier, chez des personnes tr&#232;s-distingu&#233;es, on n'a jamais voulu croire que vous ayez pu faire autant de bruit avec un marteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Granoux balbutia un remerciement, et, rougissant comme une vierge &#224; son premier aveu d'amour, il se pencha &#224; l'oreille de Roudier, en murmurant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; N'en dites rien, mais j'ai lieu de penser que Rougon demandera le ruban pour moi. C'est un bon gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancien bonnetier devint grave et se montra d&#232;s lors d'une grande politesse. Vuillet &#233;tant venu causer avec lui de la r&#233;compense m&#233;rit&#233;e que venait de recevoir leur ami, il r&#233;pondit tr&#232;s-haut, de fa&#231;on &#224; &#234;tre entendu de F&#233;licit&#233;, assise &#224; quelques pas, que des hommes comme Rougon &#171; honoraient la L&#233;gion d'honneur. &#187; Le libraire fit chorus ; on lui avait, le matin, donn&#233; l'assurance formelle que la client&#232;le du coll&#233;ge lui &#233;tait rendue. Quant &#224; Sicardot, il &#233;prouva d'abord un l&#233;ger ennui &#224; n'&#234;tre plus le seul homme d&#233;cor&#233; de la bande. Selon lui, il n'y avait que les militaires qui eussent droit au ruban. Le courage de Pierre le surprenait. Mais, bonhomme au fond, il s'&#233;chauffa et finit par crier que les Napol&#233;on savaient distinguer les hommes de c&#339;ur et d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi Rougon et Aristide furent-ils re&#231;us avec enthousiasme ; toutes les mains se tendirent vers eux. On alla jusqu'&#224; s'embrasser. Ang&#232;le &#233;tait sur le canap&#233;, &#224; c&#244;t&#233; de sa belle-m&#232;re, heureuse, regardant la table avec l'&#233;tonnement d'une grosse mangeuse qui n'avait jamais vu autant de plats &#224; la fois. Aristide s'approcha, et Sicardot vint complimenter son gendre du superbe article de l'Ind&#233;pendant. Il lui rendait son amiti&#233;. Le jeune homme, aux questions paternelles qu'il lui adressait, r&#233;pondit que son d&#233;sir &#233;tait de partir avec tout son petit monde pour Paris, o&#249; son fr&#232;re Eug&#232;ne le pousserait ; mais il lui manquait cinq cents francs. Sicardot les promit, en voyant d&#233;j&#224; sa fille re&#231;ue aux Tuileries par Napol&#233;on III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant F&#233;licit&#233; avait fait un signe &#224; son mari. Pierre, tr&#232;s-entour&#233;, questionn&#233; affectueusement sur sa p&#226;leur, ne r&#233;ussit qu'&#224; s'&#233;chapper une minute. Il put murmurer &#224; l'oreille de sa femme qu'il avait retrouv&#233; Pascal et que Macquart partait dans la nuit. Il baissa encore la voix pour lui apprendre la folie de sa m&#232;re, en mettant un doigt sur sa bouche, comme pour dire : &#171; Pas un mot, &#231;a g&#226;terait notre soir&#233;e. &#187; F&#233;licit&#233; pin&#231;a les l&#232;vres. Ils &#233;chang&#232;rent un regard o&#249; ils lurent leur commune pens&#233;e : maintenant, la vieille ne les g&#234;nerait plus ; on raserait la masure du braconnier, comme on avait ras&#233; les murs de l'enclos des Fouque, et ils auraient &#224; jamais le respect et la consid&#233;ration de Plassans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les invit&#233;s regardaient la table. F&#233;licit&#233; fit asseoir ces messieurs. Ce fut une b&#233;atitude. Comme chacun prenait sa cuiller, Sicardot, d'un geste, demanda un moment de r&#233;pit. Il se leva, et gravement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Messieurs, dit-il, je veux, au nom de la soci&#233;t&#233;, dire &#224; notre h&#244;te combien nous sommes heureux des r&#233;compenses que lui ont values son courage et son patriotisme. Je reconnais que Rougon a eu une inspiration du ciel en restant &#224; Plassans, tandis que ces gueux nous tra&#238;naient sur les grandes routes. Aussi j'applaudis des deux mains aux d&#233;cisions du gouvernement&#8230; Laissez-moi achever&#8230; vous f&#233;liciterez ensuite notre ami&#8230; Sachez donc que notre ami, fait chevalier de la L&#233;gion d'honneur, va en outre &#234;tre nomm&#233; &#224; une recette particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un cri de surprise. On s'attendait &#224; une petite place. Quelques-uns grimac&#232;rent un sourire ; mais, la vue de la table aidant, les compliments recommenc&#232;rent de plus belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sicardot r&#233;clama de nouveau le silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Attendez donc, reprit-il, je n'ai pas fini&#8230; Rien qu'un mot&#8230; Il est &#224; croire que nous garderons notre ami parmi nous, gr&#226;ce &#224; la mort de M. Peirotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que les convives s'exclamaient, F&#233;licit&#233; &#233;prouva un &#233;lancement au c&#339;ur. Sicardot lui avait d&#233;j&#224; cont&#233; la mort du receveur particulier ; mais, rappel&#233;e au d&#233;but de ce d&#238;ner triomphal, cette mort subite et affreuse lui fit passer un petit souffle froid sur le visage. Elle se rappela son souhait ; c'&#233;tait elle qui avait tu&#233; cet homme. Et, avec la musique claire de l'argenterie, les convives f&#234;taient le repas. En province, on mange beaucoup et bruyamment. D&#232;s le relev&#233;, ces messieurs parlaient tous &#224; la fois ; ils donnaient le coup de pied de l'&#226;ne aux vaincus, se jetaient des flatteries &#224; la t&#234;te, faisaient des commentaires d&#233;sobligeants sur l'absence du marquis ; les nobles &#233;taient d'un commerce impossible ; Roudier finit m&#234;me par laisser entendre que le marquis s'&#233;tait fait excuser, parce que la peur des insurg&#233;s lui avait donn&#233; la jaunisse. Au second service, ce fut une cur&#233;e. Les marchands d'huile, les marchands d'amandes, sauvaient la France. On trinqua &#224; la gloire des Rougon. Granoux, tr&#232;s-rouge, commen&#231;ait &#224; balbutier, et Vuillet, tr&#232;s-p&#226;le, &#233;tait compl&#233;tement gris ; mais Sicardot versait toujours, tandis qu'Ang&#232;le, qui avait d&#233;j&#224; trop mang&#233;, se faisait des verres d'eau sucr&#233;e. La joie d'&#234;tre sauv&#233;s, de ne plus trembler, de se retrouver dans ce salon jaune, autour d'une bonne table, sous la clart&#233; vive des deux cand&#233;labres et du lustre, qu'ils voyaient pour la premi&#232;re fois sans son &#233;tui piqu&#233; de chiures noires, donnait &#224; ces messieurs un &#233;panouissement de sottise, une pl&#233;nitude de jouissance large et &#233;paisse. Dans l'air chaud, leurs voix montaient grasses, plus louangeuses &#224; chaque plat, s'embarrassant au milieu des compliments, allant jusqu'&#224; dire &#8212; ce fut un ancien ma&#238;tre tanneur retir&#233; qui trouva ce joli mot &#8212; que le d&#238;ner &#171; &#233;tait un vrai festin de Lucullus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre rayonnait, sa grosse face p&#226;le suait le triomphe. F&#233;licit&#233;, aguerrie, disait qu'ils loueraient sans doute le logement de ce pauvre M. Peirotte, en attendant qu'ils pussent acheter une petite maison dans la ville neuve ; et elle distribuait d&#233;j&#224; son mobilier futur dans les pi&#232;ces du receveur. Elle entrait dans ses Tuileries. &#192; un moment, comme le bruit des voix devenait assourdissant, elle parut prise d'un souvenir subit ; elle se leva et vint se pencher &#224; l'oreille d'Aristide :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et Silv&#232;re ? lui demanda-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme, surpris par cette question, tressaillit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il est mort, r&#233;pondit-il &#224; voix basse. J'&#233;tais l&#224; quand le gendarme lui a cass&#233; la t&#234;te d'un coup de pistolet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;licit&#233; eut &#224; son tour un l&#233;ger frisson. Elle ouvrait la bouche pour demander &#224; son fils pourquoi il n'avait pas emp&#234;ch&#233; ce meurtre, en r&#233;clamant l'enfant ; mais elle ne dit rien, elle resta l&#224;, interdite. Aristide, qui avait lu sa question sur ses l&#232;vres tremblantes, murmura :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous comprenez, je n'ai rien dit&#8230; Tant pis pour lui, aussi ! J'ai bien fait. C'est un bon d&#233;barras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette franchise brutale d&#233;plut &#224; F&#233;licit&#233;. Aristide, comme son p&#232;re, comme sa m&#232;re, avait son cadavre. S&#251;rement, il n'aurait pas avou&#233; avec une telle carrure qu'il fl&#226;nait au faubourg et qu'il avait laiss&#233; casser la t&#234;te &#224; son cousin, si les vins de l'h&#244;tel de Provence et les r&#234;ves qu'il b&#226;tissait sur sa prochaine arriv&#233;e &#224; Paris ne l'eussent fait sortir de sa sournoiserie habituelle. La phrase l&#226;ch&#233;e, il se dandina sur sa chaise. Pierre, qui de loin suivait la conversation de sa femme et de son fils, comprit, &#233;changea avec eux un regard de complice implorant le silence. Ce fut comme un dernier souffle d'effroi qui courut entre les Rougon, au milieu des &#233;clats et des chaudes gaiet&#233;s de la table. En venant reprendre sa place, F&#233;licit&#233; aper&#231;ut de l'autre c&#244;t&#233; de la rue, derri&#232;re une vitre, un cierge qui br&#251;lait ; on veillait le corps de M. Peirotte, rapport&#233; le matin de Sainte-Roure. Elle s'assit, en sentant, derri&#232;re elle, ce cierge lui chauffer le dos. Mais les rires montaient, le salon jaune s'emplit d'un cri de ravissement, lorsque le dessert parut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, &#224; cette heure, le faubourg &#233;tait encore tout frissonnant du drame qui venait d'ensanglanter l'aire Saint-Mittre. Le retour des troupes, apr&#232;s le carnage de la plaine des Nores, fut marqu&#233; par d'atroces repr&#233;sailles. Des hommes furent assomm&#233;s &#224; coups de crosse derri&#232;re un pan de mur, d'autres eurent la t&#234;te cass&#233;e au fond d'un ravin par le pistolet d'un gendarme. Pour que l'horreur ferm&#226;t les l&#232;vres, les soldats semaient les morts sur la route. On les e&#251;t suivis &#224; la trace rouge qu'ils laissaient. Ce fut un long &#233;gorgement. &#192; chaque &#233;tape, on massacrait quelques insurg&#233;s. On en tua deux &#224; Sainte-Roure, trois &#224; Orch&#232;res, un au B&#233;age. Quand la troupe eut camp&#233; &#224; Plassans, sur la route de Nice, il fut d&#233;cid&#233; qu'on fusillerait encore un des prisonniers, le plus compromis. Les vainqueurs jugeaient bon de laisser derri&#232;re eux ce nouveau cadavre, afin d'inspirer &#224; la ville le respect de l'empire naissant. Mais les soldats &#233;taient las de tuer ; aucun ne se pr&#233;senta pour la sinistre besogne. Les prisonniers, jet&#233;s sur les poutres du chantier comme sur un lit de camp, li&#233;s par les poings, deux &#224; deux, &#233;coutaient, attendaient, dans une stupeur lasse et r&#233;sign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment, le gendarme Rengade &#233;carta brusquement la foule des curieux. D&#232;s qu'il avait appris que la troupe revenait avec plusieurs centaines d'insurg&#233;s, il s'&#233;tait lev&#233;, grelottant de fi&#232;vre, risquant sa vie dans ce froid noir de d&#233;cembre. Dehors, sa blessure se rouvrit, le bandeau qui cachait son orbite vide se tacha de sang ; il y eut des filets rouges qui coul&#232;rent sur sa joue et sur sa moustache. Effrayant, avec sa col&#232;re muette, sa t&#234;te p&#226;le envelopp&#233;e d'un linge ensanglant&#233;, il courut regarder chaque prisonnier au visage, longuement. Il suivit ainsi les poutres, se baissant, allant et revenant, faisant tressaillir les plus sto&#239;ques par sa brusque apparition. Et, tout d'un coup :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! le bandit, je le tiens ! cria-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il venait de mettre la main sur l'&#233;paule de Silv&#232;re. Silv&#232;re, accroupi sur une poutre, la face morte, regardait au loin, devant lui, dans le cr&#233;puscule blafard, d'un air doux et stupide. Depuis son d&#233;part de Sainte-Roure, il avait eu ce regard vide. Le long de la route, pendant les longues lieues, lorsque les soldats activaient la marche du convoi &#224; coups de crosse, il s'&#233;tait montr&#233; d'une douceur d'enfant. Couvert de poussi&#232;re, mourant de soif et de fatigue, il marchait toujours, sans une parole, comme une de ces b&#234;tes dociles qui vont en troupeaux sous le fouet des vachers. Il songeait &#224; Miette. Il la voyait &#233;tendue dans le drapeau, sous les arbres, les yeux en l'air. Depuis trois jours, il ne voyait qu'elle. &#192; cette heure, au fond de l'ombre croissante, il la voyait encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rengade se tourna vers l'officier, qui n'avait pu trouver parmi les soldats les hommes n&#233;cessaires &#224; une ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ce gredin m'a crev&#233; l'&#339;il, lui dit-il en montrant Silv&#232;re. Donnez-le-moi&#8230; Ce sera autant de fait pour vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'officier, sans r&#233;pondre, se retira d'un air indiff&#233;rent, en faisant un geste vague. Le gendarme comprit qu'on lui donnait son homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Allons, l&#232;ve-toi ! reprit-il en le secouant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silv&#232;re, comme tous les autres prisonniers, avait un compagnon de cha&#238;ne. Il &#233;tait attach&#233; par un bras &#224; un paysan de Poujols, un nomm&#233; Mourgue, homme de cinquante ans, dont les grands soleils et le dur m&#233;tier de la terre avaient fait une brute. D&#233;j&#224; vo&#251;t&#233;, les mains roidies, la face plate, il clignait les yeux, h&#233;b&#233;t&#233;, avec cette expression ent&#234;t&#233;e et m&#233;fiante des animaux battus. Il &#233;tait parti, arm&#233; d'une fourche, parce que tout son village partait ; mais il n'aurait jamais pu expliquer ce qui le jetait ainsi sur les grandes routes. Depuis qu'on l'avait fait prisonnier, il comprenait encore moins. Il croyait vaguement qu'on le ramenait chez lui. L'&#233;tonnement de se voir attach&#233;, la vue de tout ce monde qui le regardait, l'ahurissaient, l'ab&#234;tissaient davantage. Comme il ne parlait et n'entendait que le patois, il ne put deviner ce que voulait le gendarme. Il levait vers lui sa face &#233;paisse, faisant effort ; puis, s'imaginant qu'on lui demandait le nom de son pays, il dit de sa voix rauque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je suis de Poujols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;clat de rire courut dans la foule, et des voix cri&#232;rent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; D&#233;tachez le paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Bah ! r&#233;pondit Rengade ; plus on en &#233;crasera, de cette vermine, mieux &#231;a vaudra. Puisqu'ils sont ensemble, ils y passeront tous les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un murmure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gendarme se retourna, avec son terrible visage tach&#233; de sang, et les curieux s'&#233;cart&#232;rent. Un petit bourgeois propret se retira, en d&#233;clarant que s'il restait davantage, &#231;a l'emp&#234;cherait de d&#238;ner. Des gamins, ayant reconnu Silv&#232;re, parl&#232;rent de la fille rouge. Alors le petit bourgeois revint sur ses pas, pour mieux voir l'amant de la femme au drapeau, de cette cr&#233;ature dont avait parl&#233; la Gazette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silv&#232;re ne voyait, n'entendait rien ; il fallut que Rengade le pr&#238;t au collet. Alors il se leva, for&#231;ant Mourgue &#224; se lever aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Venez, dit le gendarme. &#199;a ne sera pas long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Silv&#232;re reconnut le borgne. Il sourit. Il dut comprendre. Puis il d&#233;tourna la t&#234;te. La vue du borgne, de ces moustaches que le sang fig&#233; roidissait d'un givre sinistre, lui causa un regret immense. Il aurait voulu mourir dans une douceur infinie. Il &#233;vita de rencontrer l'&#339;il unique de Rengade, qui brillait sous la p&#226;leur du linge. Ce fut le jeune homme qui, de lui-m&#234;me, gagna le fond de l'aire Saint-Mittre, l'all&#233;e &#233;troite cach&#233;e par les tas de planches. Mourgue suivait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aire s'&#233;tendait, d&#233;sol&#233;e, sous le ciel jaune. La clart&#233; des nuages cuivr&#233;s tra&#238;nait en reflets louches. Jamais le champ nu, le chantier o&#249; les poutres dormaient, comme roidies par le froid, n'avait eu les m&#233;lancolies d'un cr&#233;puscule si lent, si navr&#233;. Au bord de la route, les prisonniers, les soldats, la foule, disparaissaient dans le noir des arbres. Seuls le terrain, les madriers, les tas de planches, p&#226;lissaient dans les clart&#233;s mourantes, avec des teintes limoneuses, un aspect vague de torrent dess&#233;ch&#233;. Les tr&#233;teaux des scieurs de long, profilant dans un coin leur charpente maigre, &#233;bauchaient des angles de potence, des montants de guillotine. Et il n'y avait de vivant que trois boh&#233;miens montrant leurs t&#234;tes effar&#233;es &#224; la porte de leur voiture, un vieux et une vieille, et une grande fille aux cheveux cr&#233;pus, dont les yeux luisaient comme des yeux de loup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'atteindre l'all&#233;e, Silv&#232;re regarda. Il se souvint d'un dimanche lointain o&#249;, par un beau clair de lune, il avait travers&#233; le chantier. Quelle douceur attendrie ! comme les rayons p&#226;les coulaient lentement le long des madriers ! Du ciel glac&#233; tombait un silence souverain. Et, dans ce silence, la boh&#233;mienne aux cheveux cr&#233;pus chantait &#224; voix basse dans une langue inconnue. Puis, Silv&#232;re se rappela que ce dimanche lointain datait de huit jours. Il y avait huit jours qu'il &#233;tait venu dire adieu &#224; Miette. Que cela &#233;tait loin ! Il lui semblait qu'il n'avait plus mis les pieds dans le chantier depuis des ann&#233;es. Mais quand il entra dans l'all&#233;e &#233;troite, son c&#339;ur d&#233;faillit. Il reconnaissait l'odeur des herbes, les ombres des planches, les trous de la muraille. Une voix &#233;plor&#233;e monta de toutes ces choses. L'all&#233;e s'allongeait, triste, vide ; elle lui parut plus longue ; il y sentit souffler un vent froid. Ce coin avait cruellement vieilli. Il vit le mur rong&#233; de mousse, le tapis d'herbe br&#251;l&#233; par la gel&#233;e, les tas de planches pourries par les eaux. C'&#233;tait une d&#233;solation. Le cr&#233;puscule jaune tombait comme une boue fine sur les ruines de ses ch&#232;res tendresses. Il dut fermer les yeux, et il revit l'all&#233;e verte, les saisons heureuses se d&#233;roul&#232;rent. Il faisait ti&#232;de, il courait dans l'air chaud, avec Miette. Puis les pluies de d&#233;cembre tombaient, rudes, sans fin ; ils venaient toujours, ils se cachaient au fond des planches, ils &#233;coutaient, ravis, le grand ruissellement de l'averse. Ce fut, dans un &#233;clair, toute sa vie, toute sa joie qui passa. Miette sautait son mur, elle accourait, secou&#233;e de rires sonores. Elle &#233;tait l&#224;, il voyait sa blancheur dans l'ombre, avec son casque vivant, sa chevelure d'encre. Elle parlait des nids de pies, qui sont si difficiles &#224; d&#233;nicher, et elle l'entra&#238;nait. Alors, il entendit au loin les murmures adoucis de la Viorne, le chant des cigales attard&#233;es, le vent qui soufflait dans les peupliers des pr&#233;s Sainte-Claire. Comme ils avaient couru pourtant ! Il se souvenait bien. Elle avait appris &#224; nager en quinze jours. C'&#233;tait une brave enfant. Elle n'avait qu'un gros d&#233;faut : elle maraudait. Mais il l'aurait corrig&#233;e. La pens&#233;e de leurs premi&#232;res caresses le ramena &#224; l'all&#233;e &#233;troite. Toujours, ils &#233;taient revenus dans ce trou. Il crut saisir le chant mourant de la boh&#233;mienne, le claquement des derniers volets, l'heure grave qui tombait des horloges. Puis le moment de la s&#233;paration sonnait, Miette remontait sur son mur. Elle lui envoyait des baisers. Et il ne la voyait plus. Une &#233;motion terrible le prit &#224; la gorge : il ne la verrait plus jamais, jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#192; ton aise, ricana le borgne ; va, choisis ta place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silv&#232;re fit encore quelques pas. Il approchait du fond de l'all&#233;e, il n'apercevait plus qu'une bande de ciel o&#249; se mourait le jour couleur de rouille. L&#224;, pendant deux ans, avait tenu sa vie. La lente approche de la mort, dans ce sentier o&#249; depuis si longtemps il promenait son c&#339;ur, &#233;tait d'une douceur ineffable. Il s'attardait, il jouissait longuement de ses adieux &#224; tout ce qu'il aimait, les herbes, les pi&#232;ces de bois, les pierres du vieux mur, ces choses que Miette avait faites vivantes. Et sa pens&#233;e s'&#233;garait de nouveau. Ils attendaient d'avoir l'&#226;ge pour se marier. Tante Dide serait rest&#233;e avec eux. Ah ! s'ils avaient fui loin, bien loin, au fond de quelque village inconnu, o&#249; les vauriens du faubourg ne seraient plus venus jeter au visage de la Chantegreil le crime de son p&#232;re ! Quelle paix heureuse ! Il aurait ouvert un atelier de charron, sur le bord d'une grande route. Certes, il faisait bon march&#233; de ses ambitions d'ouvrier ; il n'enviait plus la carrosserie, les cal&#232;ches aux larges panneaux vernis, luisants comme des miroirs. Dans la stupeur de son d&#233;sespoir, il ne put se rappeler pourquoi son r&#234;ve de f&#233;licit&#233; ne se r&#233;aliserait jamais. Que ne s'en allait-il, avec Miette et tante Dide ? La m&#233;moire tendue, il &#233;coutait un bruit aigre de fusillade, il voyait un drapeau tomber devant lui, la hampe cass&#233;e, l'&#233;toffe pendante, comme l'aile d'un oiseau abattu d'un coup de feu. C'&#233;tait la R&#233;publique qui dormait avec Miette, dans un pan du drapeau rouge. Ah ! mis&#232;re, elles &#233;taient mortes toutes les deux ! elles avaient un trou saignant &#224; la poitrine, et voil&#224; ce qui lui barrait la vie maintenant, les cadavres de ses deux tendresses. Il n'avait plus rien, il pouvait mourir. Depuis Sainte-Roure, c'&#233;tait l&#224; ce qui lui avait donn&#233; cette douceur d'enfant, vague et stupide. On l'aurait battu sans qu'il le sent&#238;t. Il n'&#233;tait plus dans sa chair, il &#233;tait rest&#233; agenouill&#233; aupr&#232;s de ses mortes bien-aim&#233;es, sous les arbres, dans la fum&#233;e &#226;cre de la poudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le borgne s'impatientait ; il poussa Mourgue, qui se faisait tra&#238;ner, il gronda :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Allez donc, je ne veux pas coucher ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silv&#232;re tr&#233;bucha. Il regarda &#224; ses pieds. Un fragment de cr&#226;ne blanchissait dans l'herbe. Il crut entendre l'all&#233;e &#233;troite s'emplir de voix. Les morts l'appelaient, les vieux morts, dont les haleines chaudes, pendant les soir&#233;es de juillet, les troublaient si &#233;trangement, lui et son amoureuse. Il reconnaissait bien leurs murmures discrets. Ils &#233;taient joyeux, ils lui disaient de venir, ils promettaient de lui rendre Miette dans la terre, dans une retraite encore plus cach&#233;e que ce bout de sentier. Le cimeti&#232;re, qui avait souffl&#233; au c&#339;ur des enfants, par ses odeurs grasses, par sa v&#233;g&#233;tation noire, les &#226;pres d&#233;sirs, &#233;talant avec complaisance son lit d'herbes folles, sans pouvoir les jeter aux bras l'un de l'autre, r&#234;vait, &#224; cette heure, de boire le sang chaud de Silv&#232;re. Depuis deux &#233;t&#233;s, il attendait les jeunes &#233;poux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Est-ce l&#224; ? demanda le borgne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme regarda devant lui. Il &#233;tait arriv&#233; au bout de l'all&#233;e. Il aper&#231;ut la pierre tombale, et il eut un tressaillement. Miette avait raison, cette pierre &#233;tait pour elle. Cy gist&#8230; Marie&#8230; morte. Elle &#233;tait morte, le bloc avait roul&#233; sur elle. Alors, d&#233;faillant, il s'appuya sur la pierre glac&#233;e. Comme elle &#233;tait ti&#232;de autrefois, lorsqu'ils jasaient, assis dans un coin, pendant les longues soir&#233;es ! Elle venait par l&#224;, elle avait us&#233; un coin du bloc &#224; poser les pieds, quand elle descendait du mur. Il restait un peu d'elle, de son corps souple, dans cette empreinte. Et lui pensait que toutes ces choses &#233;taient fatales, que cette pierre se trouvait &#224; cette place pour qu'il p&#251;t y venir mourir, apr&#232;s y avoir aim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le borgne arma ses pistolets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mourir, mourir, cette pens&#233;e ravissait Silv&#232;re. C'&#233;tait donc l&#224; qu'on l'amenait, par cette longue route blanche qui descend de Sainte-Roure &#224; Plassans. S'il avait su, il se serait h&#226;t&#233; davantage. Mourir sur cette pierre, mourir au fond de l'all&#233;e &#233;troite, mourir dans cet air, o&#249; il croyait sentir encore l'haleine de Miette, jamais il n'aurait esp&#233;r&#233; une pareille consolation dans sa douleur. Le ciel &#233;tait bon. Il attendit avec un sourire vague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant Mourgue avait vu les pistolets. Jusque-l&#224;, il s'&#233;tait laiss&#233; tra&#238;ner stupidement. Mais l'&#233;pouvante le saisit. Il r&#233;p&#233;ta d'une voix &#233;perdue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je suis de Poujols, je suis de Poujols !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se jeta &#224; terre, il se vautra aux pieds du gendarme, suppliant, s'imaginant sans doute qu'on le prenait pour un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qu'est-ce que &#231;a me fait que tu sois de Poujols ? murmura Rengade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme le mis&#233;rable, grelottant, pleurant de terreur, ne comprenant pas pourquoi il allait mourir, tendait ses mains tremblantes, ses pauvres mains de travailleur d&#233;form&#233;es et durcies, en disant dans son patois qu'il n'avait rien fait, qu'il fallait lui pardonner, le borgne s'impatienta de ne pouvoir lui appliquer la gueule du pistolet sur la tempe, tant il remuait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Te tairas-tu ! cria-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors Mourgue, fou d'&#233;pouvante, ne voulant pas mourir, se mit &#224; pousser des hurlements de b&#234;te, de cochon qu'on &#233;gorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Te tairas-tu, gredin ! r&#233;p&#233;ta le gendarme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il lui cassa la t&#234;te. Le paysan roula comme une masse. Son cadavre alla rebondir au pied d'un tas de planches, o&#249; il resta pli&#233; sur lui-m&#234;me. La violence de la secousse avait rompu la corde qui l'attachait &#224; son compagnon. Silv&#232;re tomba &#224; genoux devant la pierre tombale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rengade avait mis un raffinement de vengeance &#224; tuer Mourgue le premier. Il jouait avec son second pistolet, il le levait lentement, go&#251;tant l'agonie de Silv&#232;re. Celui-ci, tranquille, le regarda. La vue du borgne, dont l'&#339;il farouche le br&#251;lait, lui causa un malaise. Il d&#233;tourna le regard, ayant peur de mourir l&#226;chement, s'il continuait &#224; voir cet homme frissonnant de fi&#232;vre, avec son bandeau macul&#233; et sa moustache saignante. Mais comme il levait les yeux, il aper&#231;ut la t&#234;te de Justin au ras du mur, &#224; l'endroit o&#249; Miette sautait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justin se trouvait &#224; la porte de Rome, dans la foule, lorsque le gendarme avait emmen&#233; les deux prisonniers. Il s'&#233;tait mis &#224; courir &#224; toutes jambes, faisant le tour par le Jas-Meiffren, ne voulant pas manquer le spectacle de l'ex&#233;cution. La pens&#233;e que, seul des vauriens du faubourg, il verrait le drame &#224; l'aise, comme du haut d'un balcon, lui donnait une telle h&#226;te, qu'il tomba &#224; deux reprises. Malgr&#233; sa course folle, il arriva trop tard pour le premier coup de pistolet. D&#233;sesp&#233;r&#233;, il grimpa sur le m&#251;rier. En voyant que Silv&#232;re restait, il eut un sourire. Les soldats lui avaient appris la mort de sa cousine, l'assassinat du charron achevait de le mettre en joie. Il attendit le coup de feu avec cette volupt&#233; qu'il prenait &#224; la souffrance des autres, mais d&#233;cupl&#233;e par l'horreur de la sc&#232;ne, m&#234;l&#233;e d'une &#233;pouvante exquise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silv&#232;re, en reconnaissant cette t&#234;te, seule au ras du mur, cet immonde galopin, la face bl&#234;me et ravie, les cheveux l&#233;g&#232;rement dress&#233;s sur le front, &#233;prouva une rage sourde, un besoin de vivre. Ce fut la derni&#232;re r&#233;volte de son sang, une r&#233;bellion d'une seconde. Il retomba &#224; genoux, il regarda devant lui. Dans le cr&#233;puscule m&#233;lancolique, une vision supr&#234;me passa. Au bout de l'all&#233;e, &#224; l'entr&#233;e de l'impasse Saint-Mittre, il crut apercevoir tante Dide, debout, blanche et roide comme une sainte de pierre, qui de loin voyait son agonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment, il sentit sur sa tempe le froid du pistolet. La t&#234;te blafarde de Justin riait. Silv&#232;re, fermant les yeux, entendit les vieux morts l'appeler furieusement. Dans le noir, il ne voyait plus que Miette, sous les arbres, couverte du drapeau, les yeux en l'air. Puis le borgne tira, et ce fut tout ; le cr&#226;ne de l'enfant &#233;clata comme une grenade m&#251;re ; sa face retomba sur le bloc, les l&#232;vres coll&#233;es &#224; l'endroit us&#233; par les pieds de Miette, &#224; cette place ti&#232;de o&#249; l'amoureuse avait laiss&#233; un peu de son corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, chez les Rougon, le soir, au dessert, des rires montaient dans la bu&#233;e de la table, toute chaude encore des d&#233;bris du d&#238;ner. Enfin, ils mordaient aux plaisirs des riches ! Leurs app&#233;tits, aiguis&#233;s par trente ans de d&#233;sirs contenus, montraient des dents f&#233;roces. Ces grands inassouvis, ces fauves maigres, &#224; peine l&#226;ch&#233;s de la veille dans les jouissances, acclamaient l'empire naissant, le r&#232;gne de la cur&#233;e ardente. Comme il avait relev&#233; la fortune des Bonaparte, le coup d'&#201;tat fondait la fortune des Rougon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre se mit debout, tendit son verre, en criant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je bois au prince Louis, &#224; l'empereur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces messieurs, qui avaient noy&#233; leur jalousie dans le champagne, se lev&#232;rent tous, trinqu&#232;rent avec des exclamations assourdissantes. Ce fut un beau spectacle. Les bourgeois de Plassans, Roudier, Granoux, Vuillet et les autres, pleuraient, s'embrassaient, sur le cadavre &#224; peine refroidi de la r&#233;publique. Mais Sicardot eut une id&#233;e triomphante. Il prit, dans les cheveux de F&#233;licit&#233;, un n&#339;ud de satin rose qu'elle s'&#233;tait coll&#233; par gentillesse au-dessus de l'oreille droite, coupa un bout du satin avec son couteau &#224; dessert, et vint le passer solennellement &#224; la boutonni&#232;re de Rougon. Celui-ci fit le modeste. Il se d&#233;battit, la face radieuse, en murmurant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, je vous en prie, c'est trop t&#244;t. Il faut attendre que le d&#233;cret ait paru.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Sacrebleu ! s'&#233;cria Sicardot, voulez-vous bien garder &#231;a ! c'est un vieux soldat de Napol&#233;on qui vous d&#233;core !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le salon jaune &#233;clata en applaudissements. F&#233;licit&#233; se p&#226;ma. Granoux le muet, dans son enthousiasme, monta sur une chaise, en agitant sa serviette et en pronon&#231;ant un discours qui se perdit au milieu du vacarme. Le salon jaune triomphait, d&#233;lirait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le chiffon de satin rose, pass&#233; &#224; la boutonni&#232;re de Pierre, n'&#233;tait pas la seule tache rouge dans le triomphe des Rougon. Oubli&#233; sous le lit de la pi&#232;ce voisine, se trouvait encore un soulier au talon sanglant. Le cierge qui br&#251;lait aupr&#232;s de M. Peirotte, de l'autre c&#244;t&#233; de la rue, saignait dans l'ombre comme une blessure ouverte. Et, au loin, au fond de l'aire Saint-Mittre, sur la pierre tombale, une mare de sang se caillait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Marx dans &#034;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte&#034; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique sociale apparut, en tant que phrase, que proph&#233;tie, au seuil de la R&#233;publique de F&#233;vrier. Au cours des journ&#233;es de Juin 1848, elle fut &#233;touff&#233;e dans le sang du prol&#233;tariat parisien, mais elle r&#244;da comme un spectre, dans les actes suivants du drame. On proclama la R&#233;publique d&#233;mocratique. Elle disparut le 13 juin 1849, emport&#233;e dans la fuite de ses petits bourgeois, mais dans sa fuite, elle jeta derri&#232;re elle sa publicit&#233; doublement fanfaronne. La R&#233;publique parlementaire s'empara, avec la bourgeoisie, de toute la sc&#232;ne, et s'&#233;tendit dans toute sa pl&#233;nitude, mais le 2 d&#233;cembre 1851 l'enterra, aux cris angoiss&#233;s de : &#171; Vive la R&#233;publique ! &#187;, pouss&#233;s par les royalistes coalis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie fran&#231;aise s'&#233;tait cabr&#233;e contre la domination du prol&#233;tariat travailleur, et c'est elle qui mit au pouvoir le sous-prol&#233;tariat ayant &#224; sa t&#234;te le chef de la soci&#233;t&#233; du Dix-D&#233;cembre. La bourgeoisie avait tenu la France toute haletante dans la crainte des horreurs futures de l'anarchie rouge, et c'est Bonaparte qui lui escompta cet avenir en faisant, le 4 d&#233;cembre, descendre de leurs fen&#234;tres &#224; coups de fusils, par les soldats de l'ordre saouls d'eau-de-vie, les bourgeois distingu&#233;s du boulevard Montmartre et du boulevard des Italiens. La bourgeoisie avait fait l'apoth&#233;ose du sabre, et c'est le sabre qui la domine. Elle avait supprim&#233; la presse r&#233;volutionnaire, et c'est sa propre presse qui est supprim&#233;e. Elle avait plac&#233; les r&#233;unions populaires sous la surveillance de la police, et ce sont ses salons qui sont, &#224; leur tour, plac&#233;s sous la surveillance de la police. Elle avait dissous la garde nationale d&#233;mocratique, et c'est sa propre garde nationale qui est dissoute. Elle avait proclam&#233; l'&#233;tat de si&#232;ge, et c'est contre elle que l'&#233;tat de si&#232;ge est maintenant proclam&#233;. Elle avait remplac&#233; les jurys par des commissions militaires, et ses propres jurys sont, &#224; leur tour, remplac&#233;s par des commissions militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait livr&#233; aux pr&#234;tres l'instruction publique, et maintenant c'est sa propre instruction qui est livr&#233;e aux pr&#234;tres. Elle avait d&#233;port&#233; sans jugement, et maintenant c'est elle que l'on d&#233;porte sans jugement. Elle avait r&#233;prim&#233; &#224; l'aide de la force publique tout mouvement de la soci&#233;t&#233;, et maintenant le pouvoir d'Etat r&#233;prime, &#224; son tour, tout mouvement de sa propre soci&#233;t&#233;. Pour l'amour de son porte-monnaie, elle s'&#233;tait r&#233;volt&#233;e contre ses propres politiciens et litt&#233;rateurs. Maintenant, non seulement ses politiciens et litt&#233;rateurs sont &#224; l'&#233;cart, mais on pille son porte-monnaie, apr&#232;s l'avoir b&#226;illonn&#233;e et apr&#232;s avoir bris&#233; sa plume. La bourgeoisie avait cri&#233; infatigablement &#224; la r&#233;volution, comme saint Ars&#232;ne aux chr&#233;tiens : Fuge, tace, quiesce [68] ! et maintenant, c'est Bonaparte qui crie &#224; la bourgeoisie : Fuge, tace, quiesce !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie fran&#231;aise avait r&#233;solu depuis longtemps le dilemme pos&#233; par Napol&#233;on : &#171; Dans cinquante ans, l'Europe sera ou r&#233;publicaine ou cosaque. &#187; Elle l'avait r&#233;solu dans le sens de la &#171; R&#233;publique cosaque &#187;. Aucune Circ&#233; [69] n'avait, en jetant un mauvais sort, transform&#233; en monstre le chef-d'&#339;uvre de la R&#233;publique bourgeoise. Cette R&#233;publique n'avait perdu que l'apparence de la respectabilit&#233;. La France actuelle &#233;tait d&#233;j&#224; tout enti&#232;re dans la R&#233;publique parlementaire. Il avait suffi d'un coup de ba&#239;onnette pour crever l'enveloppe ext&#233;rieure et faire appara&#238;tre le monstre &#224; tous les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Le but imm&#233;diat de la r&#233;volution de f&#233;vrier fut le renversement de la dynastie d'Orl&#233;ans et de la fraction de la bourgeoisie qui dominait sous elle. C'est le 2 d&#233;cembre 1851 seulement que ce but fut atteint. Alors, les immenses propri&#233;t&#233;s de la maison d 'Orl&#233;ans, bases r&#233;elles de son influence, furent confisqu&#233;es, et ce qu'on avait attendu de la r&#233;volution de f&#233;vrier ne se produisit qu'au lendemain du coup d'&#233;tat du 2 d&#233;cembre : la prison, la fuite, la destitution, le bannissement, le d&#233;sarmement, le m&#233;pris &#224; l'&#233;gard des hommes qui, depuis 1830, avaient fatigu&#233; la France de leur r&#233;putation. Mais, sous Louis-Philippe, dominait seulement une partie de la bourgeoisie commer&#231;ante. Les autres fractions de cette bourgeoisie constituaient une opposition dynastique et une opposition r&#233;publicaine ou se trouvaient compl&#232;tement en dehors de ce qu'on appelait la l&#233;galit&#233;. C'est la r&#233;publique parlementaire qui porta la premi&#232;re au pouvoir toutes les fractions de la bourgeoisie commer&#231;ante. Sous Louis-Philippe, la bourgeoisie commer&#231;ante exclut la bourgeoisie fonci&#232;re. C'est la r&#233;publique parlementaire qui, la premi&#232;re, les mit sur un pied d'&#233;galit&#233;, unit la monarchie de Juillet &#224; la monarchie l&#233;gitime et fondit en une seule deux p&#233;riodes de domination de la propri&#233;t&#233;. Sous Louis-Philippe, la partie privil&#233;gi&#233;e de la bourgeoisie cachait sa domination sous le tr&#244;ne. Dans la r&#233;publique parlementaire, la domination de la bourgeoisie, apr&#232;s avoir uni tous ses &#233;l&#233;ments et fait de son domaine le domaine de sa classe, apparut dans toute sa nudit&#233;. Ainsi, il fallut que la r&#233;volution elle-m&#234;me cr&#233;&#226;t d'abord la forme dans laquelle la domination de la classe bourgeoise acquiert son expression la plus large, la plus g&#233;n&#233;rale et la plus compl&#232;te, et p&#251;t, par cons&#233;quent, &#234;tre renvers&#233;e sans espoir de retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors seulement que fut ex&#233;cut&#233;e la condamnation prononc&#233;e en f&#233;vrier contre la bourgeoisie orl&#233;aniste, c'est-&#224;-dire la fraction la plus vivante de la bourgeoisie fran&#231;aise. C'est alors seulement qu'elle fut battue dans son Parlement, son barreau, ses tribunaux de commerce, ses repr&#233;sentations provinciales, son notariat, son universit&#233;, sa tribune et sa justice, sa presse et sa litt&#233;rature, ses revenus administratifs, son casuel judiciaire, ses appointements d'officiers et ses rentes d'&#201;tat, dans son esprit et dans sa chair. Blanqui avait pos&#233; comme premi&#232;re revendication &#224; la r&#233;volution la dissolution des gardes bourgeoises, et les gardes bourgeoises, qui, en f&#233;vrier, tendaient la main &#224; la r&#233;volution pour l'entraver dans sa marche, disparurent en d&#233;cembre de la sc&#232;ne. Le Panth&#233;on lui-m&#234;me redevint une &#233;glise ordinaire. Avant la derni&#232;re forme du r&#233;gime bourgeois fut &#233;galement rompu le charme qui avait transform&#233; en saints ses initiateurs du XVIII&#176; si&#232;cle.] [70]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le prol&#233;tariat parisien ne s'est-il pas soulev&#233; apr&#232;s le 2 d&#233;cembre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la chute de la bourgeoisie n'avait &#233;t&#233; que d&#233;cr&#233;t&#233;e et que le d&#233;cret n'avait pas encore &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;. Toute r&#233;volte s&#233;rieuse du prol&#233;tariat l'aurait aussit&#244;t rendue &#224; la vie, r&#233;concili&#233;e avec l'arm&#233;e et aurait valu aux ouvriers une seconde d&#233;faite de Juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 d&#233;cembre, le prol&#233;tariat fut excit&#233; &#224; la lutte par les bourgeois et les &#233;piciers. Le soir de ce m&#234;me jour, plusieurs l&#233;gions de la garde nationale promirent d'appara&#238;tre en armes et en uniforme sur le champ de bataille. Bourgeois et &#233;piciers s'&#233;taient en effet aper&#231;us que dans l'un de ses d&#233;crets du 2 d&#233;cembre, Bonaparte abolissait le vote secret et ordonnait aux &#233;lecteurs d'inscrire dans les registres officiels : oui ou non, en face de leurs noms. La r&#233;sistance du 4 d&#233;cembre intimida Bonaparte. Pendant la nuit, il fit placarder &#224; tous les coins de rues des affiches annon&#231;ant le r&#233;tablissement du vote secret. Bourgeois et &#233;piciers crurent d&#232;s lors avoir atteint leur but, et qui ne parut pas le lendemain, ce furent les &#233;piciers et les bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un coup de main de Bonaparte, pendant la nuit du l&#176; au 2 d&#233;cembre, le prol&#233;tariat parisien avait &#233;t&#233; priv&#233; de ses chefs de barricades. Devenu une arm&#233;e sans officiers, &#224; laquelle les souvenirs de juin 1848 et 1849 et de mai 1850 &#244;taient toute envie de combattre sous la banni&#232;re des Montagnards, il laissa &#224; son avant-garde, les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes, le soin de sauver l'honneur insurrectionnel de Paris et la bourgeoisie livra si facilement la capitale &#224; la soldatesque que Bonaparte put, par la suite, d&#233;sarmer la garde nationale sous le pr&#233;texte ironique qu'il craignait que les anarchistes n'utilisassent contre elle ses propres armes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est le triomphe complet et d&#233;finitif du socialisme ! &#187; C'est ainsi que Guizot caract&#233;risa le Deux-D&#233;cembre. Mais si le renversement de la R&#233;publique parlementaire contient en germe le triomphe de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, son premier r&#233;sultat tangible n'en fut pas moins la victoire de Bonaparte sur le Parlement, du pouvoir ex&#233;cutif sur le pouvoir l&#233;gislatif, de la violence sans phrase sur la violence de la phrase. Au Parlement, la nation &#233;levait sa volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#224; la hauteur d'une loi, c'est-&#224;-dire qu'elle faisait de la loi de la classe dominante sa volont&#233; g&#233;n&#233;rale. Devant le pouvoir ex&#233;cutif, elle abdique toute volont&#233; propre et se soumet aux ordres d'une volont&#233; &#233;trang&#232;re, l'autorit&#233;. Le pouvoir ex&#233;cutif, contrairement au pouvoir l&#233;gislatif, exprime l'h&#233;t&#233;ronomie de la nation, en opposition &#224; son autonomie. Ainsi, la France ne sembla avoir &#233;chapp&#233; au despotisme d'une classe que pour retomber sous le despotisme d'un individu, et encore sous l'autorit&#233; d'un individu sans autorit&#233;. La lutte parut apais&#233;e en ce sens que toutes les classes s'agenouill&#232;rent, &#233;galement impuissantes et muettes, devant les crosses de fusils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;volution va jusqu'au fond des choses. Elle ne traverse encore que le purgatoire. Elle m&#232;ne son affaire avec m&#233;thode. Jusqu'au 2 d&#233;cembre 1851, elle n'avait accompli que la moiti&#233; de ses pr&#233;paratifs, et maintenant elle accomplit l'autre moiti&#233;. Elle perfectionne d'abord le pouvoir parlementaire, pour le renverser ensuite. Ce but une fois atteint, elle perfectionne le pouvoir ex&#233;cutif, le r&#233;duit &#224; sa plus simple expression, l'isole, dirige contre lui tous les reproches pour pouvoir concentrer sur lui toutes ses forces de destruction, et, quand elle aura accompli la seconde moiti&#233; de son travail de pr&#233;paration, l'Europe sautera de sa place et jubilera : &#171; Bien creus&#233;, vieille taupe ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pouvoir ex&#233;cutif, avec son immense organisation bureaucratique et militaire, avec son m&#233;canisme &#233;tatique complexe et artificiel, son arm&#233;e de fonctionnaires d'un demi-million d'hommes et son autre arm&#233;e d'un demi-million de soldats, effroyable corps parasite, qui recouvre comme d'une membrane le corps de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise et en bouche tous les pores, se constitua &#224; l'&#233;poque de la monarchie absolue, au d&#233;clin de la f&#233;odalit&#233;, qu'il aida &#224; renverser. Les privil&#232;ges seigneuriaux des grands propri&#233;taires fonciers et des villes se transform&#232;rent en autant d'attributs du pouvoir d'Etat, les dignitaires f&#233;odaux en fonctionnaires appoint&#233;s, et la cart&#233; bigarr&#233;e des droits souverains m&#233;di&#233;vaux contradictoires devint le plan bien r&#233;gl&#233; d'un pouvoir d'Etat, dont le travail est divis&#233; et centralis&#233; comme dans une usine. La premi&#232;re R&#233;volution fran&#231;aise, qui se donna pour t&#226;che de briser tous les pouvoirs ind&#233;pendants, locaux, territoriaux, municipaux et provinciaux, pour cr&#233;er l'unit&#233; civique de la nation, devait n&#233;cessairement d&#233;velopper l &#339;uvre commenc&#233;e par la monarchie absolue : la centralisation, mais, en m&#234;me temps aussi, l'&#233;tendue, les attributs et l'appareil du pouvoir gouvernemental. Napol&#233;on acheva de perfectionner ce m&#233;canisme d'Etat. La monarchie l&#233;gitime et la monarchie de Juillet ne firent qu'y ajouter une plus grande division du travail, croissant au fur et &#224; mesure que la division du travail, &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, cr&#233;ait de nouveaux groupes d'int&#233;r&#234;ts, et. par cons&#233;quent, un nouveau mat&#233;riel pour l'administration d'Etat. Chaque int&#233;r&#234;t commun fut imm&#233;diatement d&#233;tach&#233; de la soci&#233;t&#233;, oppos&#233; &#224; elle &#224; titre d'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur, g&#233;n&#233;ral, enlev&#233; &#224; l'initiative des membres de la soci&#233;t&#233;, transform&#233; en objet de l'activit&#233; gouvernementale, depuis le pont, la maison d'&#233;cole et la propri&#233;t&#233; communale du plus petit hameau jusqu'aux chemins de fer, aux biens nationaux et aux universit&#233;s. La R&#233;publique parlementaire, enfin, se vit contrainte, dans sa lutte contre la r&#233;volution, de renforcer par ses mesures de r&#233;pression les moyens d'action et la centralisation du pouvoir gouvernemental. Toutes les r&#233;volutions politiques n'ont fait que perfectionner cette machine, au lieu de la briser. Les partis qui lutt&#232;rent &#224; tour de r&#244;le pour le pouvoir consid&#233;r&#232;rent la conqu&#234;te de cet immense &#233;difice d'Etat comme la principale proie du vainqueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, sous la monarchie absolue, pendant la premi&#232;re R&#233;volution et sous Napol&#233;on, la bureaucratie n'&#233;tait que le moyen de pr&#233;parer la domination de classe de la bourgeoisie. Sous la Restauration, sous Louis-Philippe, sous la R&#233;publique parlementaire, elle &#233;tait l'instrument de la classe dominante, quels que fussent d'ailleurs ses efforts pour se constituer en puissance ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que sous le second Bonaparte que l'Etat semble &#234;tre devenu compl&#232;tement ind&#233;pendant. La machine d'Etat s'est si bien renforc&#233;e en face de la soci&#233;t&#233; qu'il lui suffit d'avoir &#224; sa t&#234;te le chef de la soci&#233;t&#233; du Dix-D&#233;cembre, chevalier de fortune venu de l'&#233;tranger, &#233;lev&#233; sur le pavois par une soldatesque ivre, achet&#233;e avec de l'eau-de-vie et du saucisson, et &#224; laquelle il lui faut constamment en jeter &#224; nouveau. C'est ce qui explique le morne d&#233;sespoir, l'effroyable sentiment de d&#233;couragement et d'humiliation qui oppresse la poitrine de la France et entrave sa respiration. Elle se sent comme d&#233;shonor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le pouvoir d'Etat ne plane pas dans les airs. Bonaparte repr&#233;sente une classe bien d&#233;termin&#233;e, et m&#234;me la classe la plus nombreuse de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, &#224; savoir les paysans parcellaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que les Bourbons avaient &#233;t&#233; la dynastie de la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et les Orl&#233;ans la dynastie de l'argent, les Bonapartes sont la dynastie des paysans, c'est-&#224;-dire de la masse du peuple fran&#231;ais. L'&#233;lu des paysans, ce n'&#233;tait pas le Bonaparte qui se soumettait au Parlement bourgeois, mais le Bonaparte qui dispersa ce Parlement. Pendant trois ans, les villes avaient r&#233;ussi &#224; fausser le sens de l'&#233;lection du 10 d&#233;cembre et &#224; voler aux paysans le r&#233;tablissement de l'Empire. C'est pourquoi le coup d'Etat du 2 d&#233;cembre 1851 ne fit que compl&#233;ter l'&#233;lection du 10 d&#233;cembre 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans parcellaires constituent une masse &#233;norme dont les membres vivent tous dans la m&#234;me situation, mais sans &#234;tre unis les uns aux autres par des rapports vari&#233;s. Leur mode de production les isole les uns des autres, au lieu de les amener &#224; des relations r&#233;ciproques. Cet isolement est encore aggrav&#233; par le mauvais &#233;tat des moyens de communication en France et par la pauvret&#233; des paysans. L'exploitation de la parcelle ne permet aucune division du travail, aucune utilisation des m&#233;thodes scientifiques, par cons&#233;quent, aucune diversit&#233; de d&#233;veloppement, aucune vari&#233;t&#233; de talents, aucune richesse de rapports sociaux. Chacune des familles paysannes se suffit presque compl&#232;tement &#224; elle-m&#234;me, produit directement elle-m&#234;me la plus grande partie de ce qu'elle consomme et se procure ainsi ses moyens de subsistance bien plus par un &#233;change avec la nature que par un &#233;change avec la soci&#233;t&#233;. La parcelle, le paysan et sa famille ; &#224; c&#244;t&#233;, une autre parcelle, un autre paysan et une autre famille. Un certain nombre de ces familles forment un village et un certain nombre de villages un d&#233;partement. Ainsi, la grande masse de la nation fran&#231;aise est constitu&#233;e par une simple addition de grandeurs de m&#234;me nom, &#224; peu pr&#232;s de la m&#234;me fa&#231;on qu'un sac rempli de pommes de terre forme un sac de pommes de terre. Dans la mesure o&#249; des millions de familles paysannes vivent dans des conditions &#233;conomiques qui les s&#233;parent les unes des autres et opposent leur genre de vie, leurs int&#233;r&#234;ts et leur culture &#224; ceux des autres classes de la soci&#233;t&#233;, elles constituent une classe. Mais elles ne constituent pas une classe dans la mesure o&#249; il n'existe entre les paysans parcellaires qu'un lien local et o&#249; la similitude de leurs int&#233;r&#234;ts ne cr&#233;e entre eux aucune communaut&#233;, aucune liaison nationale ni aucune organisation politique. C'est pourquoi ils sont incapables de d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts de classe en leur propre nom, soit par l'interm&#233;diaire d'un Parlement, soit par l'interm&#233;diaire d'une Assembl&#233;e. Ils ne peuvent se repr&#233;senter eux-m&#234;mes, ils doivent &#234;tre repr&#233;sent&#233;s. Leurs repr&#233;sentants doivent en m&#234;me temps leur appara&#238;tre comme leurs ma&#238;tres, comme une autorit&#233; sup&#233;rieure, comme une puissance gouvernementale absolue, qui les prot&#232;ge contre les autres classes et leur envoie d'en haut la pluie et le beau temps. L'influence politique des paysans parcellaires trouve, par cons&#233;quent, son ultime expression dans la subordination de la soci&#233;t&#233; au pouvoir ex&#233;cutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tradition historique a fait na&#238;tre dans l'esprit des paysans fran&#231;ais la croyance miraculeuse qu'un homme portant le nom de Napol&#233;on leur rendrait toute leur splendeur. Et il se trouva un individu qui se donna pour cet homme, parce qu'il s'appelait Napol&#233;on, conform&#233;ment &#224; l'article du code Napol&#233;on qui proclame : &#171; La recherche de la paternit&#233; est interdite &#187;. Apr&#232;s vingt ann&#233;es de vagabondage et une s&#233;rie d'aventures grotesques, la l&#233;gende se r&#233;alise, et l'homme devient empereur des Fran&#231;ais. L'id&#233;e fixe du neveu se r&#233;alisa parce qu'elle correspondait &#224; l'id&#233;e fixe de la classe la plus nombreuse de la population fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, objectera-t-on, et les insurrections paysannes dans la moiti&#233; de la France, et les exp&#233;ditions militaires contre les paysans, l'incarc&#233;ration et la d&#233;portation en masse des paysans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis Louis XIV, la France n'a pas connu de semblables pers&#233;cutions des paysans &#171; pour men&#233;es d&#233;magogiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais entendons-nous. La dynastie des Bonapartes ne repr&#233;sente pas le paysan r&#233;volutionnaire, mais le paysan conservateur ; non pas le paysan qui veut se lib&#233;rer de ses conditions d'existence sociales repr&#233;sent&#233;es par la parcelle, mais le paysan qui veut, au contraire, les renforcer ; non pas le peuple campagnard qui veut, par son &#233;nergie, renverser la vieille soci&#233;t&#233; en collaboration &#233;troite avec les villes, mais, au contraire, celui qui, &#233;troitement confin&#233; dans ce vieux r&#233;gime, veut &#234;tre sauv&#233; et avantag&#233;, lui et sa parcelle, par le fant&#244;me de l'Empire. La dynastie des Bonapartes ne repr&#233;sente pas le progr&#232;s, mais la foi superstitieuse du paysan, non pas son jugement, mais son pr&#233;jug&#233;, non pas son avenir, mais son pass&#233;, non pas ses C&#233;vennes [71], mais sa Vend&#233;e [72].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois ann&#233;es de domination s&#233;v&#232;re de la R&#233;publique parlementaire avaient lib&#233;r&#233; une partie des paysans fran&#231;ais de l'illusion napol&#233;onienne, et les avaient r&#233;volutionn&#233;s, quoique de fa&#231;on seulement superficielle, mais la bourgeoisie les repoussa violemment chaque fois qu'ils se mirent en mouvement. Sous la R&#233;publique parlementaire, la conscience moderne des paysans fran&#231;ais entra en conflit avec leur conscience traditionnelle. Le processus se poursuivit sous la forme d'une lutte incessante entre les ma&#238;tres d'&#233;cole et les pr&#234;tres. La bourgeoisie battit les ma&#238;tres d'&#233;cole. Pour la premi&#232;re fois, les paysans s'efforc&#232;rent d'avoir une attitude ind&#233;pendante &#224; l'&#233;gard de l'action du gouvernement. Cette opposition s'exprima par des conflits continuels entre les maires et les pr&#233;fets. La bourgeoisie r&#233;voqua les maires. Enfin, les paysans de diff&#233;rentes localit&#233;s se soulev&#232;rent, pendant la p&#233;riode de la R&#233;publique parlementaire, contre leur propre prog&#233;niture, l'arm&#233;e. La bourgeoisie les en punit au moyen de l'&#233;tat de si&#232;ge et d'ex&#233;cutions, et maintenant cette m&#234;me bourgeoisie se lamente sur la stupidit&#233; des masses, de la &#171; vile multitude &#187; qui l'a trahie en faveur de Bonaparte. C'est elle-m&#234;me qui a renforc&#233; violemment l'imp&#233;rialisme de la classe paysanne, c'est elle qui a maintenu les conditions qui ont donn&#233; naissance &#224; cette religion paysanne. Assur&#233;ment, la bourgeoisie ne peut que craindre la stupidit&#233; des masses, tant qu'elles restent conservatrices, et leur intelligence, d&#232;s qu'elles deviennent r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les soul&#232;vements qui se produisirent au lendemain du coup d'Etat, une partie des paysans fran&#231;ais protest&#232;rent, les armes &#224; la main, contre leur propre vote du 10 d&#233;cembre 1848. L'exp&#233;rience r&#233;alis&#233;e depuis 1848 les avait assagis. Mais ils s'&#233;taient donn&#233;s aux enfers de l'histoire, et celle-ci les prit au mot. D 'ailleurs, la majorit&#233; d'entre eux &#233;taient encore &#224; tel point prisonniers de leurs propres illusions que c'est pr&#233;cis&#233;ment dans les d&#233;partements les plus rouges que la population paysanne vota ouvertement pour Bonaparte. Pour eux, l'Assembl&#233;e nationale l'avait emp&#234;ch&#233; d'agir, et il n'avait bris&#233; que maintenant les liens dans lesquels les villes avaient enferm&#233; la volont&#233; des campagnes. Ils nourrissaient m&#234;me, par endroits, l'id&#233;e grotesque de placer &#224; c&#244;t&#233; de Napol&#233;on une Convention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que la premi&#232;re R&#233;volution eut transform&#233; les paysans demi-serfs en libres propri&#233;taires fonciers, Napol&#233;on consolida et r&#233;glementa les conditions leur permettant d'exploiter tranquillement les terres qui venaient de leur &#233;choir et de satisfaire leur enthousiasme juv&#233;nile de propri&#233;taires. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment sa parcelle m&#234;me, la division du sol, la forme de propri&#233;t&#233; que Napol&#233;on consolida en France, qui ruinent maintenant le paysan fran&#231;ais. Ce sont pr&#233;cis&#233;ment les conditions mat&#233;rielles qui firent du paysan f&#233;odal fran&#231;ais un paysan parcellaire et de Napol&#233;on un empereur. Deux g&#233;n&#233;rations ont suffi pour produire ce r&#233;sultat in&#233;vitable : aggravation progressive de la situation de l'agriculture, endettement progressif de l'agriculteur. La forme de propri&#233;t&#233; &#171; napol&#233;onienne &#187; qui, au d&#233;but du XIX&#176; si&#232;cle, &#233;tait la condition n&#233;cessaire de la lib&#233;ration et de l'enrichissement de la population paysanne fran&#231;aise, est devenue, au cours de ce si&#232;cle, la cause principale de son esclavage et de son appauvrissement. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment la premi&#232;re des &#171; id&#233;es napol&#233;oniennes &#187; que doit d&#233;fendre le second Bonaparte. S'il partage encore avec les paysans l'illusion que ce n'est pas dans la propri&#233;t&#233; parcellaire elle-m&#234;me, mais en dehors d'elle, dans l'effet de circonstances d'ordre secondaire, qu'il faut chercher la cause de sa ruine, toutes les exp&#233;riences qu'il tentera se briseront comme des bulles de savon au contact des rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement &#233;conomique de la propri&#233;t&#233; parcellaire a renvers&#233; de fond en comble les rapports de la paysannerie avec les autres classes de la soci&#233;t&#233;. Sous Napol&#233;on, le parcellement du sol ne fit que compl&#233;ter &#224; la campagne le r&#233;gime de la libre concurrence et de la grande industrie &#224; ses d&#233;buts dans les villes. [Le traitement de faveur m&#234;me dont b&#233;n&#233;ficia la classe paysanne &#233;tait dans l'int&#233;r&#234;t de la nouvelle soci&#233;t&#233; bourgeoise. Cette classe nouvellement cr&#233;&#233;e &#233;tait le prolongement universel du r&#233;gime bourgeois au-del&#224; des portes des villes, sa r&#233;alisation &#224; l'&#233;chelle nationale. Elle constituait... ] [73] La classe paysanne constituait une protestation partout pr&#233;sente contre l'aristocratie fonci&#232;re qu'on venait pr&#233;cis&#233;ment de renverser. [Si elle b&#233;n&#233;ficia d'un traitement de faveur, c'est qu'elle fournissait, plus que toutes les autres classes, une base d'offensive contre la restauration des f&#233;odaux.] [74] Les racines que la propri&#233;t&#233; parcellaire jeta dans le sol fran&#231;ais enlev&#232;rent tout aliment au f&#233;odalisme. Ses barri&#232;res constitu&#232;rent le rempart naturel de la bourgeoisie contre tout retour offensif de ses anciens seigneurs. Mais, au cours du XIX&#176; si&#232;cle, l'usurier des villes rempla&#231;a les f&#233;odaux, l'hypoth&#232;que, les servitudes f&#233;odales du sol, le capital bourgeois, la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re aristocratique. La parcelle du paysan n'est plus que le pr&#233;texte qui permet au capitaliste de tirer de la terre profit, int&#233;r&#234;t et rente et de laisser au paysan lui-m&#234;me le soin de voir comment il r&#233;ussira &#224; se procurer son salaire. La dette hypoth&#233;caire pesant sur le sol impose &#224; la paysannerie fran&#231;aise une redevance aussi consid&#233;rable que l'int&#233;r&#234;t annuel de toute la dette publique de l'Angleterre. La propri&#233;t&#233; parcellaire, &#224; laquelle son d&#233;veloppement impose in&#233;vitablement cet &#233;tat d'esclavage &#224; l'&#233;gard du capital, a transform&#233; la masse de la nation fran&#231;aise en troglodytes. Seize millions de paysans (femmes et enfants compris) habitent dans des cavernes, dont un grand nombre ne poss&#232;dent qu'une seule ouverture, une petite partie n'en a que deux et la partie la plus favoris&#233;e en a seulement trois. Or, les fen&#234;tres sont &#224; une maison ce que les cinq sens sont &#224; la t&#234;te. L'ordre bourgeois qui, au d&#233;but du si&#232;cle, fit de l'Etat une sentinelle charg&#233;e de veiller &#224; la d&#233;fense de la parcelle nouvellement constitu&#233;e qu'il engraissait de lauriers, est actuellement devenu un vampire qui suce son sang et sa cervelle et les jette dans la marmite d'alchimiste du capital. Le code Napol&#233;on n'est plus que le code des ex&#233;cutions et de la vente forc&#233;e. Aux quatre millions (enfants, etc., compris) d'indigents officiels, de vagabonds, de criminels et de prostitu&#233;es que compte la France, viennent s'ajouter cinq millions d'hommes suspendus au bord de l'ab&#238;me et qui, ou bien habitent eux-m&#234;mes &#224; la campagne, ou passent constamment avec leurs haillons et leurs enfants, de la campagne dans les villes, et inversement. L'int&#233;r&#234;t des paysans n'est plus, par cons&#233;quent, comme sous Napol&#233;on, en accord, mais en contradiction avec les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie, avec le capital. Ils trouvent, par cons&#233;quent, leur alli&#233; et leur guide naturel dans le prol&#233;tariat des villes, dont la t&#226;che est le renversement de l'ordre bourgeois. Mais le gouvernement fort et absolu, et c'est l&#224; la deuxi&#232;me &#171; id&#233;es napol&#233;oniennes &#187; que le second Napol&#233;on doit mettre &#224; ex&#233;cution, est pr&#233;cis&#233;ment appel&#233; &#224; d&#233;fendre par la force cet &#171; ordre mat&#233;riel &#187;. Aussi, cet &#171; ordre mat&#233;riel &#187; fournit-il le mot d'ordre qui revient constamment dans toutes les proclamations de Bonaparte contre les paysans r&#233;volt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de l'hypoth&#232;que que lui impose le capital, l'imp&#244;t vient &#233;galement peser sur la parcelle. L'imp&#244;t est la source de vie, de la bureaucratie, de l'arm&#233;e, de l'Eglise et de la cour, bref de tout l'appareil du pouvoir ex&#233;cutif. Gouvernement fort et lourds imp&#244;ts sont deux termes synonymes. La propri&#233;t&#233; parcellaire, par sa nature m&#234;me, sert de base &#224; une bureaucratie toute-puissante et innombrable. Elle cr&#233;e sur toute la surface du pays l'&#233;galit&#233; de niveau des rapports et des personnes et, par cons&#233;quent, la possibilit&#233; pour un pouvoir central d'exercer la m&#234;me action sur tous les points de la masse ainsi form&#233;e. Elle an&#233;antit les couches aristocratiques, interm&#233;diaires, plac&#233;es entre la masse du peuple et ce pouvoir central. Elle provoque, par cons&#233;quent, de toutes parts, l'intervention directe de ce pouvoir et l'ing&#233;rence de ses organes directs. Elle cr&#233;e enfin une surpopulation sans travail qui, ne trouvant place ni &#224; la campagne ni dans les villes, recherche, par cons&#233;quent, les postes de fonctionnaires comme une sorte d'aum&#244;ne respectable, et en provoque la cr&#233;ation. [Sous Napol&#233;on, ce nombreux personnel gouvernemental n'&#233;tait pas seulement directement productif en ce sens qu'au moyen des imp&#244;ts pr&#233;lev&#233;s par l'&#201;tat, il r&#233;alisait pour la paysannerie nouvellement constitu&#233;e, sous forme de travaux publics, ce que la bourgeoisie ne pouvait encore r&#233;aliser &#224; l'aide de son industrie priv&#233;e. L'imp&#244;t d'&#201;tat &#233;tait, par cons&#233;quent, un moyen de contrainte n&#233;cessaire pour maintenir les &#233;changes entre la ville et la campagne. Sinon le paysan parcellaire, comme c'est le cas en Norv&#232;ge et dans une partie de la Suisse, aurait rompu, en rustre satisfait de lui-m&#234;me, tout rapport avec le citadin.] [75]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ouvrant de nouveaux march&#233;s &#224; l'aide de ses ba&#239;onnettes et en pillant le continent, Napol&#233;on remboursa les imp&#244;ts pr&#233;lev&#233;s, capital et int&#233;r&#234;ts compris. Ces imp&#244;ts constituaient alors un stimulant pour l'industrie du paysan, tandis qu'ils enl&#232;vent maintenant &#224; cette industrie ses derni&#232;res ressources et finissent de la d&#233;sarmer contre le paup&#233;risme. Une &#233;norme bureaucratie chamarr&#233;e de galons et bien nourrie, voil&#224; l' &#171; id&#233;es napol&#233;oniennes &#187; qui sourit le plus au second Bonaparte. Comment ne lui plairait-elle pas, &#224; lui qui se voit contraint de cr&#233;er, &#224; c&#244;t&#233; des v&#233;ritables classes de la soci&#233;t&#233;, une caste artificielle, pour laquelle le maintien de son r&#233;gime devient une question de couteau et de fourchette ? Aussi, l'une de ses derni&#232;res op&#233;rations fut-elle le rel&#232;vement des appointements des fonctionnaires &#224; leur ancien taux et la cr&#233;ation de nouvelles sin&#233;cures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre &#171; id&#233;es napol&#233;oniennes &#187; est la domination des pr&#234;tres, en tant que moyen de gouvernement. Mais si la parcelle nouvellement constitu&#233;e, dans son accord avec la soci&#233;t&#233;, sa d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des forces naturelles et sa soumission &#224; l'autorit&#233;, qui la prot&#232;ge d'en haut, &#233;tait naturellement religieuse, la parcelle accabl&#233;e de dettes, brouill&#233;e avec la soci&#233;t&#233; et l'autorit&#233;, pouss&#233;e au-del&#224; de sa propre &#233;troitesse, devient naturellement irr&#233;ligieuse. Le ciel &#233;tait un agr&#233;able suppl&#233;ment au mince lopin de terre que l'on venait d'acqu&#233;rir, d'autant plus que c'est lui qui fait la pluie et le beau temps. Mais il devient une insulte d&#232;s qu'on veut l'imposer pour remplacer la parcelle. Le pr&#234;tre n'appara&#238;t plus, d&#232;s lors, que comme le limier consacr&#233; de la police terrestre, autre &#171; id&#233;es napol&#233;oniennes &#187;, [destin&#233;e, sous le second Bonaparte, non pas comme sous Napol&#233;on, &#224; surveiller les ennemis du r&#233;gime paysan dans les villes, mais les ennemis de Bonaparte &#224; la campagne.] [76] L'exp&#233;dition contre Rome aura lieu, la prochaine fois, en France m&#234;me, mais dans un tout autre sens que le voudrait M. de Montalembert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; id&#233;es napol&#233;oniennes &#187; essentielle, c'est, enfin, la pr&#233;pond&#233;rance de l'arm&#233;e. L'arm&#233;e &#233;tait le point d'honneur des paysans parcellaires, qui s'&#233;taient eux-m&#234;mes transform&#233;s en h&#233;ros, d&#233;fendant la nouvelle forme de propri&#233;t&#233; &#224; l'ext&#233;rieur, magnifiant leur nationalit&#233; nouvellement acquise, pillant et r&#233;volutionnant le monde. L'uniforme &#233;tait leur propre costume d'Etat, la guerre, leur po&#233;sie, la parcelle prolong&#233;e et arrondie en imagination, la patrie et le patriotisme, la forme id&#233;ale du sentiment de propri&#233;t&#233;. Mais les ennemis contre lesquels le paysan fran&#231;ais doit maintenant d&#233;fendre sa propri&#233;t&#233;, ce ne sont plus les cosaques, ce sont les huissiers et les percepteurs. La parcelle ne se trouve plus dans la pr&#233;tendue patrie, mais dans le registre des hypoth&#232;ques. L'arm&#233;e elle-m&#234;me n'est plus la fleur de la jeunesse paysanne, c'est la fleur de marais du lumpenprol&#233;tariat rural. Elle se compose en grande partie de rempla&#231;ants, de succ&#233;dan&#233;s, de m&#234;me que le second Bonaparte n'est que le rempla&#231;ant, le succ&#233;dan&#233; de Napol&#233;on. Ses exploits consistent maintenant en chasses &#224; courre et en battues contre les paysans, en un service de gendarmerie, et lorsque les contradictions internes de son syst&#232;me pousseront le chef de la soci&#233;t&#233; du Dix-D&#233;cembre hors des fronti&#232;res fran&#231;aises, elle r&#233;coltera, apr&#232;s quelques actes de banditisme, non des lauriers, mais des coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, toutes les &#171; id&#233;es napol&#233;oniennes &#187; sont des id&#233;es conformes aux int&#233;r&#234;ts de la parcelle non encore d&#233;velopp&#233;e et ayant encore la fra&#238;cheur de la jeunesse. [Elles sont en contradiction avec les int&#233;r&#234;ts avec les int&#233;r&#234;ts de la parcelle pass&#233;e au stade de la vieillesse.] [77] Elles ne sont que les hallucinations de son agonie, des mots qui se transforment en phrases, des esprits qui se transforment en spectres. Mais la parodie de l'empire (des Imperialismus) &#233;tait n&#233;cessaire pour lib&#233;rer la masse de la nation fran&#231;aise du poids de la tradition et d&#233;gager dans toute sa puret&#233; l'antagonisme existant entre l'Etat et la soci&#233;t&#233;. Avec la d&#233;cadence croissante de la propri&#233;t&#233; parcellaire, s'&#233;croule tout l'&#233;difice de l'Etat &#233;difi&#233; sur elle. La centralisation politique dont la soci&#233;t&#233; moderne a besoin ne peut s'&#233;lever que sur les d&#233;bris de l'appareil gouvernemental, militaire et bureaucratique, forg&#233; autrefois pour lutter contre le f&#233;odalisme. [La destruction de l'appareil d'Etat ne mettra pas en danger la centralisation. La bureaucratie n'est que la forme inf&#233;rieure et brutale d'une centralisation, qui est encore affect&#233;e de son contraire, le f&#233;odalisme. En d&#233;sesp&#233;rant de la restauration napol&#233;onienne, le paysan fran&#231;ais perd la foi en sa parcelle et la r&#233;volution prol&#233;tarienne r&#233;alise ainsi le choeur sans lequel, dans toutes les nations paysannes, son solo devient un chant fun&#232;bre.] [78]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation des paysans fran&#231;ais nous d&#233;voile l'&#233;nigme des &#233;lections g&#233;n&#233;rales des 20 et 21 d&#233;cembre, qui conduisirent le second Bonaparte sur le mont Sina&#239;, non pour recevoir des lois, mais pour en donner. [A vrai dire, la nation fran&#231;aise commit, au cours de ces journ&#233;es fatales, un p&#233;ch&#233; mortel &#224; l'&#233;gard de la d&#233;mocratie, qui est &#224; genou et prie quotidiennement : &#171; Saint suffrage universel, priez pour nous ! &#187; Les adorateurs du suffrage universel ne veulent &#233;videmment pas renoncer &#224; une puissance merveilleuse qui a r&#233;alis&#233; en leur faveur de si grandes choses, qui a transform&#233; Bonaparte II en un Napol&#233;on, un Sa&#252;l [79] en un saint Paul et un Simon [80] en un saint Pierre. L'esprit du peuple leur parle par l'interm&#233;diaire de l'urne &#233;lectorale, comme le Dieu du proph&#232;te Ez&#233;chiel [81] parla aux ossements dess&#233;ch&#233;s : Haec alicit dominus deus ossibus suis : Ecce, ego intromittan in vos spiritum et vivetis.] [82]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie n'avait alors manifestement d'autre choix que d'&#233;lire Bonaparte. [Despotisme ou anarchie. Elle se pronon&#231;a naturellement pour le despotisme.] [83] Lorsque, au concile de Constance [84], les puritains se plaignirent de la vie dissolue des papes et se lament&#232;rent sur la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;forme des m&#339;urs, le cardinal Pierre d'Ailly leur cria d'une voix de tonnerre : &#171; Seul le diable en personne peut sauver l'Eglise catholique, et vous demandez des anges ! &#187; De m&#234;me, la bourgeoisie fran&#231;aise s'&#233;cria au lendemain du coup d'Etat : Seul le chef de la soci&#233;t&#233; du Dix-D&#233;cembre peut encore sauver la soci&#233;t&#233; bourgeoise ! Seul le vol peut encore sauver la propri&#233;t&#233; ; seul le parjure peut sauver la religion ; seule la b&#226;tardise peut sauver la famille ; seul le d&#233;sordre peut sauver l'ordre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonaparte, en tant que pouvoir ex&#233;cutif qui s'est rendu ind&#233;pendant de la soci&#233;t&#233;, se sent appel&#233; &#224; assurer l'&#171; ordre bourgeois &#187;. Mais la force de cet ordre bourgeois, c'est la classe moyenne. C'est pourquoi il se pose en repr&#233;sentant de cette classe et publie des d&#233;crets dans cet esprit. Mais il n'est quelque chose que parce qu'il a bris&#233; et brise encore quotidiennement l'influence politique de cette classe moyenne. C'est pourquoi i1 se pose en adversaire de la puissance politique et litt&#233;raire de la classe moyenne. Mais, en prot&#233;geant sa puissance mat&#233;rielle, il cr&#233;e &#224; nouveau sa puissance politique. C'est pourquoi, i1 lui faut conserver la cause tout en supprimant l'effet, partout o&#249; il se manifeste. Mais tout cela ne peut se faire sans de petites confusions de cause et d'effet, &#233;tant donn&#233; que l'une et l'autre, dans leur action et r&#233;action r&#233;ciproques, perdent leur caract&#232;re distinctif. D'o&#249;, de nouveaux d&#233;crets qui effacent la ligne de d&#233;marcation. En m&#234;me temps, Bonaparte s'oppose &#224; la bourgeoisie en tant que repr&#233;sentant des paysans et du peuple, en g&#233;n&#233;ral, qui veut, dans les limites de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, faire le bonheur des classes inf&#233;rieures. D'o&#249;, de nouveaux d&#233;crets qui privent par avance les &#171; vrais socialistes &#187; de leur sagesse gouvernementale. Mais Bonaparte se pose avant tout en chef de la soci&#233;t&#233; du Dix-D&#233;cembre, en repr&#233;sentant du lumpenprol&#233;tariat, auquel il appartient lui-m&#234;me, ainsi que son entourage, son gouvernement et son arm&#233;e, et pour lequel il s'agit, avant tout, de soigner ses int&#233;r&#234;ts et de tirer du Tr&#233;sor public des billets de loteries californiennes. Et il s'affirme chef de la soci&#233;t&#233; du Dix-D&#233;cembre par d&#233;crets, sans d&#233;crets et malgr&#233; des d&#233;crets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette t&#226;che contradictoire de l'homme explique les contradictions de son gouvernement, ses t&#226;tonnements confus, s'effor&#231;ant tant&#244;t de gagner, tant&#244;t d'humilier telle ou telle classe, et finissant par les soulever toutes en m&#234;me temps contre lui. Cette incertitude pratique forme un contraste hautement comique avec le style imp&#233;rieux, cat&#233;gorique, des actes gouvernementaux, style docilement copi&#233; sur celui de l'oncle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie et le commerce, par cons&#233;quent, les affaires de la classe moyenne, doivent prosp&#233;rer sous un gouvernement fort comme en serre chaude. Par cons&#233;quent, octroi d'une foule de concessions de lignes de chemins de fer. Mais il faut enrichir &#233;galement le lumpenprol&#233;tariat bonapartiste. Par cons&#233;quent, tripotages &#224; la Bourse par les initi&#233;s sur les concessions de chemins de fer. Mais aucun capital ne se pr&#233;sente pour financer la construction des chemins de fer. On oblige donc la banque &#224; faire des avances sur les actions des compagnies de chemins de fer. Mais on veut &#233;galement exploiter personnellement la banque, et c'est pourquoi on la cajole. On la d&#233;charge de l'obligation de publier son bilan hebdomadaire. Contrat l&#233;onin de la banque avec le gouvernement. Mais il faut donner du travail au peuple. On ordonne donc des travaux publics. Mais les constructions publiques augmentent les charges fiscales du peuple. On diminue donc les imp&#244;ts au d&#233;triment des rentiers, en convertissant les rentes 5 % en rentes 4,5%. Mais il faut &#233;galement offrir quelque douceur aux classes moyennes. On double donc l'imp&#244;t sur le vin pour le peuple qui l'ach&#232;te au d&#233;tail et on le diminue de moiti&#233; pour les classes moyennes qui le boivent en gros. On dissout les organisations ouvri&#232;res existantes, mais on c&#233;l&#232;bre les futures merveilles de l'association. I1 faut venir en aide aux paysans. On cr&#233;e donc des banques de cr&#233;dit foncier, qui pr&#233;cipitent leur endettement et la concentration de la propri&#233;t&#233;. Mais ces banques doivent servir &#224; obtenir de l'argent sur les biens confisqu&#233;s de la maison d'Orl&#233;ans. Mais comme aucun capitaliste ne veut accepter cette condition, qui n'est pas dans le d&#233;cret, la banque fonci&#232;re reste un simple d&#233;cret, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonaparte voudrait appara&#238;tre comme le bienfaiteur patriarcal de toutes les classes de la soci&#233;t&#233;. Mais il ne peut rien donner &#224; l'une qu'il ne prenne &#224; l'autre. De m&#234;me qu'&#224; l'&#233;poque de la Fronde, on disait du duc de Guise qu'il &#233;tait l'homme le plus obligeant de France, parce qu'il avait transform&#233; tous ses biens en obligations de ses partisans envers lui, de m&#234;me Bonaparte voudrait &#234;tre l'homme le plus obligeant de France et transformer toute la propri&#233;t&#233;, tout le travail de la France, en une obligation personnelle envers lui. Il voudrait voler toute la France pour pouvoir ensuite en faire cadeau &#224; la France, ou plut&#244;t pour pouvoir la racheter &#224; l'aide d'argent fran&#231;ais, car, en tant que chef de la soci&#233;t&#233; du Dix-D&#233;cembre, il faut qu'il ach&#232;te ce qui doit lui appartenir. Et tout sert &#224; acheter, toutes les institutions d'Etat, le S&#233;nat, le Conseil d'Etat, le Corps l&#233;gislatif, la L&#233;gion d'honneur, la m&#233;daille militaire, les lavoirs, les travaux publics, les chemins de fer, l'Etat-major de la garde nationale sans soldats, les biens confisqu&#233;s de la maison d'Orl&#233;ans. Chaque poste dans l'arm&#233;e et dans la machine gouvernementale devient un moyen d'achat. Mais le plus important dans cette affaire, o&#249; l'on prend &#224; la France pour lui donner ensuite ce qu'on lui a vol&#233;, ce sont les pourcentages qui, pendant le trafic, tombent dans les poches du chef et des membres de la soci&#233;t&#233; du Dix-D&#233;cembre. Le mot d'esprit par lequel la comtesse L., la ma&#238;tresse de M. Morny, caract&#233;risa la confiscation des biens de la maison d'Orl&#233;ans : &#171; C'est le premier vol de l'aigle &#187;, s'applique &#224; tous les vols de cet aigle, qui est d'ailleurs plus un corbeau qu'un aigle. Lui-m&#234;me et ses partisans se r&#233;p&#232;tent tous les jours ce que ce chartreux italien disait &#224; l'avare qui &#233;num&#233;rait fastueusement les biens qu'il avait encore pour des ann&#233;es &#224; d&#233;vorer : Tu fai il conto sopra i beni, bisogna prima far il conto sopra gli anni [85]. Pour ne pas se tromper dans le compte des ann&#233;es, ils comptent par minutes. A la cour, dans les minist&#232;res, &#224; la t&#234;te de l'administration et de l'arm&#233;e, se presse une foule de dr&#244;les, dont on peut dire du meilleur qu'on ne sait d'o&#249; il vient, toute une boh&#232;me bruyante, mal fam&#233;e, pillarde, qui rampe dans ses habits galonn&#233;s avec la m&#234;me dignit&#233; grotesque que les grands dignitaires de Soulouque. On se repr&#233;sentera facilement cette couche sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; du Dix-D&#233;cembre si l'on songe qu'elle a pour moraliste V&#233;ron-Crevel et comme penseur Granier de Cassagnac [86].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Guizot, &#224; l'&#233;poque de son minist&#232;re, employait ce Granier dans une petite feuille contre l'opposition dynastique, il avait coutume de la vanter en disant : &#171; C'est le roi des dr&#244;les. &#187; On aurait tort de rappeler la R&#233;gence [87] ou Louis XV &#224; propos de la cour et de la clique de Bonaparte. Car &#171; ... la France a d&#233;j&#224; connu un assez grand nombre de gouvernements de ma&#238;tresses, mais jamais encore un gouvernement d'hommes entretenus &#187; [88].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Press&#233; par les exigences contradictoires de sa situation, et contraint, d'autre part, tel un prestidigitateur, de tenir par quelque tour surprenant les yeux du public constamment fix&#233;s sur lui comme sur le &#171; succ&#233;dan&#233; &#187; de Napol&#233;on, et par cons&#233;quent, de faire tous les jours un coup d'Etat en miniature, Bonaparte met sens dessus-dessous toute l'&#233;conomie bourgeoise, touche &#224; tout ce qui avait paru intangible &#224; la r&#233;volution de 1848, rend les uns r&#233;sign&#233;s &#224; la r&#233;volution et les autres d&#233;sireux d'une r&#233;volution, et cr&#233;e l'anarchie au nom m&#234;me de l'ordre, tout en enlevant &#224; la machine gouvernementale son aur&#233;ole, en la profanant, en la rendant &#224; la fois ignoble et ridicule. Il renouvelle &#224; Paris le culte de la Sainte Tunique de Tr&#232;ves [89] sous la forme du culte du manteau imp&#233;rial napol&#233;onien. Mais le jour o&#249; le manteau imp&#233;rial tombera enfin sur les &#233;paules de Louis Bonaparte, la statue d'airain de Napol&#233;on s'&#233;croulera du haut de la colonne Vend&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;dig&#233; par Marx de d&#233;cembre 1851 &#224; mars 1852. Paru sous forme du premier fascicule de la revue &#171; Die Revolution &#187;, New York, 1852.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[68] Fuis, tais-toi, reste tranquille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[69] Enchanteresse de la mythologie grecque, qui transformait les hommes en b&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[70] Tout le passage entre crochets n'appara&#238;t pas dans l'&#233;dition de 1976 (&#201;ditions du Progr&#232;s, Moscou), il est tir&#233; de l'&#233;dition de 1969 (&#201;ditions sociales, Paris). (Note du transcripteur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[71] C&#233;vennes, partie de la bordure orientale du Massif Central, th&#233;&#226;tre de 1702 &#224; 1705, d'un soul&#232;vement paysan d&#251; aux pers&#233;cutions des protestants et qui eut un caract&#232;re antif&#233;odal prononc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[72] Allusion &#224; la r&#233;bellion contre-r&#233;volutionnaire foment&#233;e en Vend&#233;e par les royalistes en 1793. Ces derniers utilis&#232;rent le mouvement paysan dans leur lutte contre la r&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[73] Ce passage entre crochets est issu de l'&#233;dition de 1969 (&#201;ditions sociales, Paris) et est absent de l'&#233;dition de 1976 (&#201;ditions du Progr&#232;s, Moscou).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[74] Ce passage entre crochets est issu de l'&#233;dition de 1969 (&#201;ditions sociales, Paris) et est absent de l'&#233;dition de 1976 (&#201;ditions du Progr&#232;s, Moscou).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[75] Le passage entre crochets vient de l'&#233;dition de 1969 (&#201;ditions sociales, Paris), et n'appara&#238;t pas dans l'&#233;dition de 1976 (&#201;dition du Progr&#232;s, Moscou).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[76] Le passage entre crochets vient de l'&#233;dition de 1969 (&#201;ditions sociales, Paris), et n'appara&#238;t pas dans l'&#233;dition de 1976 (&#201;dition du Progr&#232;s, Moscou).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[77] Le passage entre crochets vient de l'&#233;dition de 1969 (&#201;ditions sociales, Paris), et n'appara&#238;t pas dans l'&#233;dition de 1976 (&#201;dition du Progr&#232;s, Moscou).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[78] Ce passage entre crochets appara&#238;t en note en bas de page dans l'&#233;dition de 1976 (&#201;ditions du Progr&#232;s, Moscou), avec la note suivante : &#171; Dans l'&#233;dition de 1852, ce paragraphe se termine par les lignes suivantes supprim&#233;es par Marx dans l'&#233;dition de 1869 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[79] Sa&#252;l fut le premier roi d'Isra&#235;l, et David , le second. Sa&#252;l avait fait du berger David son favori et son gendre. Mais jaloux des succ&#232;s de celui-ci, il le pourchassa dans les montagnes, Il fut finalement battu par David qui lui succ&#233;da.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[80] Selon la th&#233;ologie catholique, l'un des douze ap&#244;tres de J&#233;sus-Christ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[81] Un des quatre proph&#232;tes h&#233;breux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[82] Ainsi parla le Seigneur &#224; ses ossements : Voici, je ferai p&#233;n&#233;trer en vous l'esprit et vous vivrez ! Le passage entre crochets vient de l'&#233;dition de 1969 (&#201;ditions sociales, Paris), et n'appara&#238;t pas dans l'&#233;dition de 1976 (&#201;dition du Progr&#232;s, Moscou).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[83] Le passage entre crochets vient de l'&#233;dition de 1969 (&#201;ditions sociales, Paris), et n'appara&#238;t pas dans l'&#233;dition de 1976 (&#201;dition du Progr&#232;s, Moscou).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[84] Ce concile (15 novembre 1414 - 22 avril 1418) avait pour but de recr&#233;er l'unit&#233; de la chr&#233;tient&#233; (il y avait alors trois papes) en luttant contre les h&#233;r&#233;sies et les moeurs dissolues du clerg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[85] Au lieu de compter tes biens, tu ferais mieux de commencer par compter les ann&#233;es qui te restent &#224; vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[86] Dans son roman, La cousine Bette, Balzac d&#233;crit Crevel, dont le prototype est le docteur V&#233;ron, possesseur du journal Constitutionnel, comme le philistin le plus d&#233;bauch&#233; de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[87] Il s'agit de la r&#233;gence de Philippe d'Orl&#233;ans de 1715 &#224; 1723 pendant la minorit&#233; de Louis XV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[88] Paroles de Madame Girardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[89] Relique sacr&#233;e conserv&#233;e &#224; la cath&#233;drale de Tr&#232;ves, en Allemagne. Les p&#233;lerins la v&#233;n&#232;rent comme le v&#234;tement qu'aurait port&#233; le Christ avant la crucifixion. D'apr&#232;s la l&#233;gende, cette tunique &#233;tait un cadeau fait par l'imp&#233;ratrice H&#233;l&#232;ne, m&#232;re de Constantin le Grand, &#224; l'&#201;v&#234;que de Tr&#232;ves. En 1844, l'&#233;v&#234;que Arnoldi exposa publiquement cette relique, ce qui provoqua l'indignation d'un grand nombre de catholiques et contribua &#224; la formation du mouvement catholique allemand dirig&#233; par Ronge. Ce dernier protesta vigoureusement dans une lettre adress&#233;e &#224; Arnoldi, contre un tel fanatisme et une telle superstition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sources :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Fortune des Rougon &#187; d'Emile Zola&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/La_Fortune_des_Rougon/III&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/La_Fortune_des_Rougon/III&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'Etat de Louis Bonaparte du 2 d&#233;cembre 1851 rapport&#233;e par Marx dans &#034;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article347&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article347&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7400&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7400&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution de 1848 qui avait pr&#233;c&#233;d&#233; cette contre-r&#233;volution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4563&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4563&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article302&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article302&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://1851.fr/publications/chrono_ba/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://1851.fr/publications/chrono_ba/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://francearchives.gouv.fr/fr/article/163630514&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://francearchives.gouv.fr/fr/article/163630514&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quelques contre-r&#233;volutions marquantes de l'Histoire</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8597</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



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&lt;p&gt;Quelques contre-r&#233;volutions marquantes de l'Histoire &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que la contre-r&#233;volution ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6334 &lt;br class='autobr' /&gt;
France, Cathares 1209, une contre-r&#233;volution sociale sanglante, de type fasciste, couverte par des pr&#233;jug&#233;s religieux &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5252 &lt;br class='autobr' /&gt;
France : Saint-Barth&#233;lemy 1572 : la religion, pr&#233;texte et moyen d'une contre-r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article403 &lt;br class='autobr' /&gt;
Allemagne 1525 (contre la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques contre-r&#233;volutions marquantes de l'Histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que la contre-r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6334&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6334&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France, Cathares 1209, une contre-r&#233;volution sociale sanglante, de type fasciste, couverte par des pr&#233;jug&#233;s religieux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5252&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5252&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France : Saint-Barth&#233;lemy 1572 : la religion, pr&#233;texte et moyen d'une contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article403&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article403&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allemagne 1525 (contre la guerre des paysans)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/00/fe1850.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/00/fe1850.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France &#8211; Thermidor 1794&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allemagne 1848 : r&#233;volution et contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1852/00/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1852/00/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Europe 1848&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5683&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5683&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France &#8211; 18 Brumaire 1851&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article347&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article347&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France &#8211; Paris 1871, la contre-r&#233;volution de Thiers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5912&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5912&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2194&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2194&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6060&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6060&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6401&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6401&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2559&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2559&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3170&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3170&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Russie1917 : Kornilov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr33.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr33.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Russie 1918 : la terreur blanche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6061&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6061&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finlande 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3802&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3802&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socialistes unis aux fascistes &#8211; Allemagne 1918-1919&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3081&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3081&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2172&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2172&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2171&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2171&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascisme &#8211; Italie 1922&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6893&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6893&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Russie 1928 et suites : la contre-r&#233;volution stalinienne assassine massivement les r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6240&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6240&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Argentine 1930&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Coup_d%27%C3%89tat_de_1930_en_Argentine&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Coup_d%27%C3%89tat_de_1930_en_Argentine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nazisme &#8211; Allemagne 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article635&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article635&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5194&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5194&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3483&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3483&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5808&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5808&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6398&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6398&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5273&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5273&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Espagne 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6967&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6967&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1545&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1545&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/morrow/espagne/morrow_table.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/morrow/espagne/morrow_table.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_12.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_12.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France 1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6766&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6766&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Europe 1941 : fascisme et extermination des Juifs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chili 1973&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article107&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article119&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article119&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Argentine 1976&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2127&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2127&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cambodge 1975&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1001&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1001&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article999&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article999&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iran 1979&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article249&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article249&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yougoslavie 1990&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6857&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6857&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rwanda 1994&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2513&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2513&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ukraine 2013-2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve691&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve691&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article3198&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article3198&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3144&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3144&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syrie 2011&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2886&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4768&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4768&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3890&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3890&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terrorisme 2015-2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3881&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3881&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4093&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4093&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maghreb et monde arabe apr&#232;s 2011&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve511&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve511&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bandes arm&#233;es terroristes de la contre-r&#233;volution s&#232;ment la mort, la peur et la haine. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3881&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3881&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui manipule le terrorisme et instrumentalise la &#171; guerre contre le terrorisme &#187; ? Ce sont les classes dirigeantes capitalistes ! Et leur v&#233;ritable cible, c'est le prol&#233;tariat ! Leur vrai but est le triomphe de la contre-r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4093&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4093&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; viennent les guerres, les guerres mondiales, les fascismes et les terrorismes ? De la contre-r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3638&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3638&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eph&#233;m&#233;rides des r&#233;voltes, des r&#233;volutions et des contre-r&#233;volutions dans le monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7245&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7245&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les r&#233;volutions (et les contre-r&#233;volutions, ins&#233;parables des premi&#232;res) qui d&#233;cident de l'avenir du monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4595&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4595&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formistes aussi arment la contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4874&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4874&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky sur la r&#233;volution et la contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article273&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article273&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;ses sur la r&#233;volution et la contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article591&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article591&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes d'extr&#234;me gauche ont-ils raison de s&#233;parer et d'opposer diam&#233;tralement des situations (ou des p&#233;riodes) contre-r&#233;volutionnaires et des situations (ou des p&#233;riodes) r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3411&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3411&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vue de la contre-r&#233;volution pr&#233;ventive en cas d'effondrement &#233;conomique, la bourgeoisie mondiale s'entraine &#224; la lutte arm&#233;e contre le prol&#233;tariat des villes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3927&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3927&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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