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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title> Fran&#231;ois Chesnais : Le capitalisme est mort parce qu'il a atteint des limites infranchissables en termes d'accumulation du capital&#8230;</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Crise Crisis</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Fran&#231;ois Chesnais : &lt;br class='autobr' /&gt;
Le capitalisme est mort parce qu'il a atteint des limites infranchissables en termes d'accumulation du capital&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Chesnais est un des rares &#233;conomistes marxistes &#224; avoir reconnu en 2007-2008 la fin du capitalisme. Contrairement &#224; ce que l'on pourrait imaginer, ceux qui se revendiquent du marxisme, qu'ils soient militants politiques, &#233;conomistes ou &#233;crivains, sont loin de reconnaitre en 2007-2008 l'&#233;pisode final du capitalisme comme syst&#232;me dynamique dont les r&#233;cessions (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique84" rel="directory"&gt;5- L'&#233;conomie mondiale en route vers une nouvelle crise syst&#233;mique autrement d&#233;vastatrice que 1929&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot47" rel="tag"&gt;Crise Crisis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fran&#231;ois Chesnais :
&lt;p&gt;Le capitalisme est mort parce qu'il a atteint des limites infranchissables en termes d'accumulation du capital&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chesnais est un des rares &#233;conomistes marxistes &#224; avoir reconnu en 2007-2008 la fin du capitalisme. Contrairement &#224; ce que l'on pourrait imaginer, ceux qui se revendiquent du marxisme, qu'ils soient militants politiques, &#233;conomistes ou &#233;crivains, sont loin de reconnaitre en 2007-2008 l'&#233;pisode final du capitalisme comme syst&#232;me dynamique dont les r&#233;cessions et les crises sont les respirations, les ponctuations, indispensables au fonctionnement. Depuis 2008, toute crise est imm&#233;diatement combattue &#224; fond par les Etats et banques centrales car elle mettrait en cause tout le syst&#232;me. Plus question de laisser un seul grand capitaliste chuter. Cela signifie que cette date marque le mot &#171; fin &#187; non seulement pour les crises capitalistes dites classiques mais aussi pour le capital non financier, pour la mondialisation, pour le d&#233;veloppement industriel, pour la d&#233;mocratie capitaliste, pour les relations internationales pacifiques, pour la stabilit&#233; mondiale, pour la d&#233;mocratie, pour l&#233; d&#233;veloppement de la sant&#233; et on en passe. A la base de cette chute historique d&#233;finitive, il y a la limite atteinte de l'accumulation du capital issue du travail humain productif. Depuis 2008, la part du capital qui n'est pas investie dans la production n'a pas cess&#233; de grandir, y compris en Chine ! Bien s&#251;r, dans les p&#233;riodes de r&#233;cession et de crise, cette part augmentait mais de mani&#232;re peu durable. D&#233;sormais, cette part augmente sans cesse. La finance a tout envahi. La sp&#233;culation aussi. Et l'ensemble ne tient plus qu'&#224; des manipulations de plus en plus hasardeuses des Etats et des banques centrales, au coup par coup, en aveugle. La classe capitaliste a conscience qu'elle est d&#233;pass&#233;e par la nouvelle situation. Cela ne veut pas dire qu'elle va d&#233;clarer forfait, bien entendu, et laisser la place au prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je mets en discussion est de savoir si la crise &#233;conomique et financi&#232;re mondiale de 2007-2008 peut simplement &#234;tre vue comme une &#171; tr&#232;s grande crise &#187; d'un capitalisme encore capable de s'ouvrir une nouvelle longue phase de reproduction &#233;largie &#224; l'&#233;chelle du &#171; march&#233; mondial enfin constitu&#233; &#187;, ou au contraire le point de d&#233;part du moment historique o&#249; le capitalisme rencontrerait des limites qu'il ne pourrait plus repousser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre III du Capital Marx argumente que &#171; la production capitaliste tend sans cesse &#224; d&#233;passer les limites qui lui sont immanentes, mais elle n'y parvient qu'en employant les moyens, qui de nouveau, et &#224; une &#233;chelle plus imposante, dressent devant elle les m&#234;mes barri&#232;res &#187;[5]. La question pos&#233;e est de savoir si la production capitaliste s'affronte d&#233;sormais &#224; des barri&#232;res qu'elle ne peut plus ou pas d&#233;passer m&#234;me temporairement. On serait en pr&#233;sence de deux formes de limites infranchissables ayant de tr&#232;s fortes implications pour la reproduction du capital et la gestion de l'ordre bourgeois, surtout pour la vie civilis&#233;e. L'une, attenant aux effets de l'automatisation, remonte au 19&#176; si&#232;cle et a un caract&#232;re immanent, interne au mouvement du capital sur lequel Marx a fortement insist&#233;. L'autre, attenant &#224; la destruction par la production capitaliste, des &#233;quilibres &#233;co-syst&#233;miques, notamment de la biosph&#232;re, n'a pas &#233;t&#233; pr&#233;vue par Marx et a d'abord &#233;t&#233; d&#233;finie comme limite externe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par la premi&#232;re au sujet de laquelle Ernest Mandel a d&#233;fendu d&#232;s 1986 la th&#232;se d'un changement qualitatif. La maximisation du profit, elle-m&#234;me sans limite, repose sur la maximisation du montant de plus-value ou survaleur produite et r&#233;alis&#233;e. Elle suppose contradictoirement l'emploi du plus grand nombre possible de prol&#233;taires et le recours &#224; la m&#233;canisation, donc le remplacement du travail vivant (celui des salari&#233;s) par le travail mort (les machines), autrement la diminution de la quantit&#233; de travail vivant n&#233;cessaire pour mettre en valeur un capital d&#233;termin&#233;. De ce fait &#233;crit Marx,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; l'extension de la production s'affirme sous un double aspect : elle pousse &#224; l'accroissement du surtravail, c'est-&#224;-dire &#224; la diminution du temps indispensable &#224; la reproduction de la force de travail ; elle restreint le nombre d'ouvriers n&#233;cessaires pour mettre en mouvement un capital donn&#233; &#187;[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que se trouve la cause de la baisse du taux de profit. La situation du capitalisme &#233;tant encore celle d'un syst&#232;me connaissant des technologies bien moins drastiquement &#171; labour saving &#187; qu'aujourd'hui et ayant encore la plan&#232;te &#224; conqu&#233;rir, Marx pouvait &#233;crire que si &#171; l'accroissement du capital d&#233;pend &#224; la fois de sa masse et du taux du profit &#187;, la situation &#233;tait celle o&#249; &#171; le d&#233;veloppement de la production capitaliste provoque la baisse du taux du profit, mais comme il comporte la mise en &#339;uvre de capitaux de plus en plus consid&#233;rables, il en augmente la masse &#187;. L'action de &#171; ces influences contradictoires &#187; s'affirmant &#171; p&#233;riodiquement par des crises, qui sont des irruptions violentes apr&#232;s lesquelles l'&#233;quilibre se r&#233;tablit momentan&#233;ment &#187;[7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'id&#233;e d'un changement de la force respective des influences contradictoires que d&#233;fend Mandel, sous la forme d'une analyse des cons&#233;quences de ce qu'il appelait le &#171; robotisme &#187;, alors &#224; ses tout d&#233;buts. En 1986 dans sa pr&#233;face &#224; l'&#233;dition Penguin Books du Volume III du Capital Mandel argumente que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; l'extension de l'automatisation au-del&#224; d'une certaine limite m&#232;ne, in&#233;vitablement, d'abord &#224; une r&#233;duction du volume total de la valeur produite, puis &#224; une r&#233;duction du volume de la survaleur r&#233;alis&#233;e. &#187; Il y voyait une &#171; limite infranchissable &#187; porteuse d'une &#171; tendance du capitalisme &#224; l'effondrement final &#187; [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus r&#233;cemment le rapport de l'automatisation avec la crise mondiale de 2007-2008 a &#233;t&#233; expos&#233; en 2011 par un auteur marxiste au parcours tr&#232;s diff&#233;rent, le chef de fil du groupe Krisis, Robert Kurz. Kurz parle de &#171; production r&#233;elle insuffisante de survaleur &#187; (&#8230;) sur fond d'une nouvelle rupture structurelle dans le d&#233;veloppement capitaliste, marqu&#233;e par la troisi&#232;me r&#233;volution industrielle (la micro&#233;lectronique) et de &#171; &#8216;limite interne du capital' qui finit par devenir une limite absolue. &#187;[9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde barri&#232;re a &#233;t&#233; progressivement cern&#233;e th&#233;oriquement par les d&#233;bats au sein de l'&#233;cologie politique &#233;tatsunienne, notamment entre James O'Connor, John Belamy Foster, Joel Kovel et Jason Moore. Ils ont commenc&#233; avec l'article de 1988 de James O'Connor sur la &#171; seconde contradiction &#187; du capitalisme. Dans le cas de l'&#233;cologie, les d&#233;bats sur les &#171; limites absolues &#187; auxquels on revient plus loin, portent d'une part sur l'ampleur des effets sur le taux de profit de la diminution des ressources naturelles non-renouvelables et de l'autre sur les cons&#233;quences autrement s&#233;rieuses de l'incapacit&#233; du capitalisme de freiner l'avanc&#233;e du changement climatique, le mode de production capitaliste ayant d&#233;velopp&#233; un type de rapport &#224; son environnement qui transforme la biosph&#232;re au point de menacer les rapports civilis&#233;s.[10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'avenir du capitalisme est devenue une question suffisamment pressante pour que Michael Roberts consacre le dernier chapitre de son r&#233;cent livre &#224; la &#171; possibilit&#233; que le capitalisme ait atteint sa date de p&#233;remption &#187;, alors qu'il l'avait simplement &#233;voqu&#233;e jusque-l&#224; au d&#233;tour de phrases &#233;pisodiques dans les articles sur son blog. Apr&#232;s beaucoup de tergiversations, il conclut que &#171; la Longue D&#233;pression n'est pas une esp&#232;ce de crise finale &#187;, qu'il y a &#171; toujours plus d'&#234;tres humains &#224; exploiter &#187; et qu'il y &#171; aura toujours des innovations technologiques pour lancer un nouveau Kondratiev &#187; alors qu'il aligne dans ce m&#234;me chapitre des &#233;l&#233;ments qui sugg&#232;rent le contraire. Il estime que &#171; le capitalisme r&#233;cup&#233;rera &#224; un moment donn&#233; la sant&#233; &#187;, proposant pour terminer une d&#233;finition bien particuli&#232;re de la barbarie, comme &#171; une chute &#224; un niveau de productivit&#233; du travail et dans des conditions de vie pr&#233;capitalistes &#187; qui contraste singuli&#232;rement avec celle que Mandel donne plus bas[11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enjeux politiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre par le capitalisme de limites qu'il ne peut pas franchir ne signifie en aucune mani&#232;re la fin de la domination politique et sociale de la bourgeoisie, encore moins sa mort, mais elle ouvre la perspective que celle-ci entraine l'humanit&#233; dans la barbarie. L'enjeu est que celles et ceux qui sont exploit&#233;s par la bourgeoisie ou qui n'ont pas partie li&#233;e avec elle, trouvent les moyens de se d&#233;gager de son parcours mortif&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les implications sociales et politiques d'une &#171; stagnation s&#233;culaire &#187; bien plus s&#233;rieuse dans ses fondements que celle des ann&#233;es 1930 sont difficiles &#224; mesurer mais &#233;videmment immenses, d'autant plus que la situation peut basculer en cas de rupture d'un point de l'&#233;cosyst&#232;me sous l'effet du changement climatique. Une croissance tr&#232;s faible du PIB mondial, et plus encore du PIB per capita pose d&#233;j&#224; de tr&#232;s grands probl&#232;mes aux bourgeoisies. Le march&#233; mondial est fait de groupes industriels et bancaires en concurrence brutale et d'oligarchies nationales profond&#233;ment rivales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de Donald Trump traduit une situation o&#249; entre bourgeoisies tous les coups sont d&#233;sormais permis. Au plan interne la croissance des in&#233;galit&#233;s (revenus, patrimoines, acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation et &#224; la sant&#233;) s'accroissent et leurs cons&#233;quences toujours plus difficiles &#224; g&#233;rer. Mandel parlait en 1986 &#171; des d&#233;fis croissants de toutes les relations bourgeoises fondamentales et des valeurs de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble &#187; cons&#233;cutive &#224; une &#171; augmentation du ch&#244;mage de masse et des secteurs marginalis&#233;s de la population, du nombre de ceux qui &#8216;abandonnent' et de tous ceux que le d&#233;veloppement &#8216;final' de la technologie capitaliste expulse du processus de production. &#187; Pour celles et ceux &#171; d'en bas &#187; qui vivent dans une soci&#233;t&#233; mondialis&#233;e domin&#233;e par le capitalisme de part en part, les implications sont extr&#234;mement s&#233;rieuses au plan quotidien comme &#224; l'horizon historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet Mandel &#233;crivait que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; la tendance du capitalisme &#224; l'effondrement final (&#8230;.) n'est pas n&#233;cessairement favorable &#224; une forme sup&#233;rieure d'organisation sociale ou de civilisation. Pr&#233;cis&#233;ment en fonction de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence propre du capitalisme, les ph&#233;nom&#232;nes de d&#233;cadence culturelle, de r&#233;gression dans les domaines de l'id&#233;ologie et du respect des droits de l'homme se multiplient en accompagnant la suite des crises multiformes avec lesquelles cette d&#233;g&#233;n&#233;rescence nous fera face (nous fait d&#233;j&#224; face F.C.). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marqu&#233; par les formes prises par la barbarie au 20&#176; si&#232;cle, Mandel pensait que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; la barbarie, en tant qu'un r&#233;sultat possible de l'effondrement du syst&#232;me, est une perspective beaucoup plus concr&#232;te et pr&#233;cise aujourd'hui qu'elle ne l'a &#233;t&#233; dans les ann&#233;es 1920 ou 1930. M&#234;me les horreurs d'Auschwitz et de Hiroshima appara&#238;tront minimes par rapport aux horreurs que l'humanit&#233; devra affronter dans la d&#233;cr&#233;pitude continue du syst&#232;me. Dans ces circonstances, la lutte pour une issue socialiste prend la signification d'une lutte pour la survie de la civilisation humaine et du genre humain. &#187;[12]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mandel mod&#233;rait cette perspective catastrophique avec ce message d'espoir inspir&#233; par le Programme de transition :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le prol&#233;tariat, comme Marx l'a montr&#233;, unit tous les pr&#233;requis pour conduire cette lutte avec succ&#232;s ; aujourd'hui cela reste plus vrai que jamais. Et il a au moins le potentiel pour acqu&#233;rir &#233;galement les pr&#233;requis subjectifs pour une victoire du socialisme mondial. La r&#233;alisation de ce potentiel d&#233;pendra, en derni&#232;re analyse, des efforts conscients des marxistes r&#233;volutionnaires, s'int&#233;grant aux luttes spontan&#233;es p&#233;riodiques du prol&#233;tariat pour r&#233;organiser la soci&#233;t&#233; selon les principes socialistes et le conduisant vers des objectifs pr&#233;cis : la conqu&#234;te du pouvoir d'&#201;tat et la r&#233;volution sociale radicale. Je ne vois pas plus de raisons pour &#234;tre plus pessimiste aujourd'hui sur le r&#233;sultat de cette entreprise que Marx ne l'&#233;tait lorsqu'il &#233;crivait le Capital. &#187;[13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1986, la possibilit&#233; que l'effondrement de la bureaucratie sovi&#233;tique d&#233;gage la voie &#224; la &#171; r&#233;volution politique &#187; en URSS et les d&#233;mocraties populaires &#233;tait encore ouverte, et le mouvement contemporain de mondialisation du capital &#233;tait &#224; peine lanc&#233;e. La situation dans laquelle nous sommes est toute autre. Les processus de d&#233;passement du capitalisme et de passage &#224; la soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e qui &#233;taient contenus, semblait-il, dans le mouvement m&#234;me du capital et que les gens de ma g&#233;n&#233;ration enseignions aux jeunes militants, ont perdu leur validit&#233;, y compris ceux pr&#233;sent&#233;s par Marx lui-m&#234;me[14]. La bifurcation par rapport &#224; la direction actuelle de la route o&#249; l'humanit&#233; est engag&#233;e d&#233;pendra exclusivement de la lutte, donc de l'&#233;tat des rapports politiques de classe entre les travailleurs largo sensu et la bourgeoisie (les &#171; rapports de force &#187;). Or au plan global, ils sont pour l'instant tr&#232;s d&#233;favorables aux premiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques traits originaux de la crise &#233;conomique et financi&#232;re ouverte en 2007-2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de parler plus en d&#233;tail de la mani&#232;re et du degr&#233; auxquels les deux barri&#232;res sont infranchissables, il faut caract&#233;riser la crise &#233;conomique et financi&#232;re mondiale commenc&#233;e en 2007-2008. Il existe entre marxistes travaillant de par le monde anglophone et des h&#233;t&#233;rodoxes &#233;tatsuniens comme Krugman et Stiglitz, un consensus, large mais bien s&#251;r tr&#232;s flou, pour dire qu'il s'agit une tr&#232;s grande crise, d'une importance analogue &#224; celle de 1929. Certains la caract&#233;risent comme &#171; structurelle &#187; ou &#171; syst&#233;mique &#187;. Mais m&#234;me chez ceux-ci, la tr&#232;s grande majorit&#233; des &#233;conomistes critiques ou anticapitalistes attend qu'elle prenne fin, qu'&#224; un moment donn&#233; il y ait une reprise de l'accumulation. Chez les &#233;conomistes de langue fran&#231;aise les termes &#171; structurel &#187; et &#171; syst&#233;mique &#187; renvoient peu ou prou (surtout le premier) &#224; la th&#233;orie de la R&#233;gulation, dont les tenants sont divis&#233;s sur la nature de la crise actuelle[15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je cherche &#224; &#233;viter ces termes, en particulier &#171; structurel &#187; fortement connot&#233; au fordisme, en prenant appui sur des remarques de Paul Mattick :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Si la crise trouve sa raison derni&#232;re dans le capitalisme lui-m&#234;me, chaque crise particuli&#232;re se distingue de celle qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e, pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause des transformations permanentes qui affectent &#224; l'&#233;chelle mondiale les relations de march&#233; et la structure du capital. Dans ces conditions, on ne peut d&#233;terminer d'avance ni les crises elles-m&#234;mes ni leur dur&#233;e et gravit&#233;, et cela d'autant moins que les sympt&#244;mes de crise apparaissent post&#233;rieurement &#224; la crise elle-m&#234;me et ne font que la rendre manifeste aux yeux de l'opinion publique. On ne peut pas non plus ramener la crise &#224; des facteurs &#171; purement &#233;conomiques &#187;, quoiqu'elle survienne bel et bien de fa&#231;on &#171; purement &#233;conomique &#187;, c'est-&#224;-dire prenne sa source dans des rapports sociaux de production travestis en formes &#233;conomiques. La concurrence internationale, qui se m&#232;ne &#233;galement avec des moyens politiques et militaires, r&#233;agit sur le d&#233;veloppement &#233;conomique, de m&#234;me que celui-ci stimule &#224; son tour les diverses formes de concurrence. Aussi ne peut-on comprendre chaque crise concr&#232;te que dans le rapport qu'elle entretient avec le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; globale. &#187;[16]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on t&#233;l&#233;graphique on peut retenir les particularit&#233;s suivantes de la crise de 2007-2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Elle a &#233;clat&#233; au terme d'une tr&#232;s longue phase, soixante-dix ans (donc sans parall&#232;le dans l'histoire du capitalisme) d'accumulation ininterrompue. La crise de 1974-1976 avec son double dip de 1980-1982, a entrain&#233; un changement de rythme dans les pays capitalistes avanc&#233;s, mais pas entam&#233; la dynamique de reproduction &#233;largie au niveau mondial. A la diff&#233;rence de Jean-Marie Harribey, Michel Husson, Esther Jeffers, Fr&#233;d&#233;ric Lemaire et Dominique Plihon, dans le livre tout r&#233;cent d'Attac[17], je ne pense pas que les trois d&#233;cennies s&#233;parant 1976 et 2007 soient une sorte de crise &#171; structurelle &#187; permanente aux &#233;pisodes multiformes. La p&#233;riode qui commence en 1982 voit les bourgeoisies emmen&#233;es par Reagan et Thatcher non seulement se lancer contre la classe ouvri&#232;re &#224; des rythmes diff&#233;rents selon les pays, mais se tourner vers le march&#233; mondial et en achever la construction compl&#232;te avec la r&#233;int&#233;gration de la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Il ne faut jamais perdre de vue que la phase fordiste d'abord et la longue p&#233;riode d'accumulation ont eu lieu dans les conditions historiques tr&#232;s particuli&#232;res, en l'occurrence &#224; la suite de la Grande d&#233;pression des ann&#233;es 1930, avec ses cons&#233;quences de fermeture massive de capacit&#233;s de production et au lendemain de la Seconde guerre mondiale avec ses destructions &#224; tr&#232;s, tr&#232;s grande &#233;chelle. Le terrain pour l'investissement rentable &#233;tait d&#233;blay&#233;. Autre dimension tr&#232;s importante aussi, le capital a pu puiser dans un stock encore peu exploit&#233; de technologies cr&#233;atrices de grands secteurs industriels ainsi dans une r&#233;serve de connaissances scientifiques aux potentialit&#233;s encore peu exploit&#233;es. M&#234;me l'affaiblissement politique passager de 1945 de la bourgeoisie face &#224; la classe ouvri&#232;re a jou&#233; en faveur de la relance de l'accumulation. Sans les concessions que le capital a &#233;t&#233; contraint de faire au prol&#233;tariat, il n'y aurait jamais eu de r&#233;gulation &#171; fordiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire Chesnais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/chesnais-limites-capitalisme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/chesnais-limites-capitalisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://alencontre.org/economie/economie-mondiale-une-situation-systemique-qui-est-specifique-a-la-financiarisation-comme-phase-historique.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/economie/economie-mondiale-une-situation-systemique-qui-est-specifique-a-la-financiarisation-comme-phase-historique.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/chesnais/limites_infranchissables.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/chesnais/limites_infranchissables.pdf&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/chesnais/entretien.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/chesnais/entretien.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://classiques.uqam.ca/contemporains/chesnais_francois/crise_suraccumulation_mondiale/crise_suraccumulation_mondiale_texte.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://classiques.uqam.ca/contemporains/chesnais_francois/crise_suraccumulation_mondiale/crise_suraccumulation_mondiale_texte.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/fct17.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hussonet.free.fr/fct17.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/Francois-Chesnais-une-contribution-incontournable-a-l-analyse-du-capitalisme&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.pressegauche.org/Francois-Chesnais-une-contribution-incontournable-a-l-analyse-du-capitalisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/chesnais143.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/chesnais143.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://pinguet.free.fr/agone1996.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://pinguet.free.fr/agone1996.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://theorie-regulation.org/wp-content/uploads/2012/12/03_chesnais.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://theorie-regulation.org/wp-content/uploads/2012/12/03_chesnais.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://classiques.uqam.ca/contemporains/chesnais_francois/Contribution_debat_capitalisme_XXe_siecle/Contribution_debat_capitalisme_XXe_siecle_texte.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://classiques.uqam.ca/contemporains/chesnais_francois/Contribution_debat_capitalisme_XXe_siecle/Contribution_debat_capitalisme_XXe_siecle_texte.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/fc101.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/fc101.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://alencontre.org/economie/le-capital-financier-et-ses-limites-autour-du-livre-de-francois-chesnais.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/economie/le-capital-financier-et-ses-limites-autour-du-livre-de-francois-chesnais.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://pinguet.free.fr/fcinp6.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://pinguet.free.fr/fcinp6.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;file :///C :/Users/Dell/Downloads/chesnais-2008-quelques-detours-par-la-theorie.pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://iris-recherche.qc.ca/blogue/economie-et-capitalisme/finance-capital-today-le-plus-recent-livre-de-francois-chesnais/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://iris-recherche.qc.ca/blogue/economie-et-capitalisme/finance-capital-today-le-plus-recent-livre-de-francois-chesnais/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3771&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3771&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7478&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7478&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.org/spip.php?article9249&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.org/spip.php?article9249&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8631&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8631&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8570&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8570&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5914&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5914&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5308&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5308&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5938&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5938&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5911&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5911&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5848&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5848&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Science &#233;conomique, la m&#233;thode de Karl Marx</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8574</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article8574</guid>
		<dc:date>2026-01-27T23:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Karl MARX &lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#233;thode de l'&#233;conomie politique &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous consid&#233;rons un pays donn&#233; au point de vue de l'&#233;conomie politique, nous commen&#231;ons par &#233;tudier sa population, la division de celle-ci en classes, sa r&#233;partition dans les villes, &#224; la campagne, au bord de la mer, les diff&#233;rentes branches de production, l'exportation et l'importation, la production et la consommation annuelles, les prix des marchandises, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il semble que ce soit la bonne m&#233;thode de commencer par le r&#233;el et le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl MARX
&lt;p&gt;La m&#233;thode de l'&#233;conomie politique&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quand nous consid&#233;rons un pays donn&#233; au point de vue de l'&#233;conomie politique, nous commen&#231;ons par &#233;tudier sa population, la division de celle-ci en classes, sa r&#233;partition dans les villes, &#224; la campagne, au bord de la mer, les diff&#233;rentes branches de production, l'exportation et l'importation, la production et la consommation annuelles, les prix des marchandises, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que ce soit la bonne m&#233;thode de commencer par le r&#233;el et le concret, qui constituent la condition pr&#233;alable effective, donc en &#233;conomie politique, par exemple, la population qui est la base et le sujet de l'acte social de production tout entier. Cependant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, on s'aper&#231;oit que c'est l&#224; une erreur. La population est une abstraction si l'on n&#233;glige par exemple les classes dont elle se compose. Ces classes sont &#224; leur tour un mot creux si l'on ignore les &#233;l&#233;ments sur lesquels elles reposent, par exemple le travail salari&#233;, le capital etc. Ceux-ci supposent l'&#233;change, la division du travail, le prix etc. Le capital, par exemple, n'est rien sans le travail salari&#233;, sans la valeur, l'argent, le prix, etc. Si donc on commen&#231;ait ainsi par la population, on aurait une repr&#233;sentation chaotique du tout, et, par une d&#233;termination plus pr&#233;cise, par l'analyse, on aboutirait &#224; des concepts de plus en plus simples ; du concret figur&#233; on passerait &#224; des abstractions de plus en plus minces, jusqu'&#224; ce que l'on soit arriv&#233; aux d&#233;terminations les plus simples. Partant de l&#224;, il faudrait refaire le chemin &#224; rebours jusqu'&#224; ce qu'enfin on arrive de nouveau &#224; la population, mais celle-ci ne serait pas, cette fois, la repr&#233;sentation chaotique d'un tout, mais une riche totalit&#233; de d&#233;terminations et de rapports nombreux. La premi&#232;re voie est celle qu'a prise tr&#232;s historiquement l'&#233;conomie politique &#224; sa naissance. Les &#233;conomistes du XVIIe si&#232;cle, par exemple, commencent toujours par une totalit&#233; vivante : population, nation, &#201;tat, plusieurs &#201;tats ; mais ils finissent toujours par d&#233;gager par l'analyse quelques rapports g&#233;n&#233;raux abstraits d&#233;terminants tels que la division du travail, l'argent, la valeur, etc. D&#232;s que ces facteurs isol&#233;s ont &#233;t&#233; plus ou moins fix&#233;s et abstraits, les syst&#232;mes &#233;conomiques ont commenc&#233; ; qui partent des notions simples telles que travail, division du travail, besoin, valeur d'&#233;change, pour s'&#233;lever jusqu'&#224; l'&#201;tat, les &#233;changes entre nations et le march&#233; mondial. Cette derni&#232;re m&#233;thode est manifestement la m&#233;thode scientifique correcte. Le concret est concret parce qu'il est la synth&#232;se de multiples d&#233;terminations, donc unit&#233; de la diversit&#233;. C'est pourquoi il appara&#238;t dans la pens&#233;e comme proc&#232;s de synth&#232;se, comme r&#233;sultat, non comme point de d&#233;part, bien qu'il soit le v&#233;ritable point de d&#233;part et par la suite &#233;galement le point de d&#233;part de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. La premi&#232;re d&#233;marche a r&#233;duit la pl&#233;nitude de la repr&#233;sentation &#224; une d&#233;termination abstraite ; avec la seconde, les d&#233;terminations abstraites conduisent &#224; la reproduction du concret par la voie de la pens&#233;e. C'est pourquoi Hegel est tomb&#233; dans l'illusion de concevoir le r&#233;el comme le r&#233;sultat de la pens&#233;e, qui se concentre en elle-m&#234;me, s'approfondit en elle-m&#234;me, se meut par elle-m&#234;me, alors que la m&#233;thode qui consiste &#224; s'&#233;lever de l'abstrait au concret n'est pour la pens&#233;e que la mani&#232;re de s'approprier le concret, de le reproduire sous la forme d'un concret pens&#233;. Mais ce n'est nullement l&#224; le proc&#232;s de la gen&#232;se du concret lui-m&#234;me. Par exemple, la cat&#233;gorie &#233;conomique la plus simple, mettons la valeur d'&#233;change, suppose la population, une population produisant dans des conditions d&#233;termin&#233;es ; elle suppose aussi un certain genre de famille, ou de commune, ou d'&#201;tat, etc. Elle ne peut jamais exister autrement que sous la forme de relation unilat&#233;rale et abstraite d'un tout concret, vivant, d&#233;j&#224; donn&#233;. Comme cat&#233;gorie, par contre, la valeur d'&#233;change m&#232;ne une existence ant&#233;diluvienne. Pour la conscience &#8212; et la conscience philosophique est ainsi faite que pour la pens&#233;e qui con&#231;oit constitue l'homme r&#233;el et, par la suite, le monde n'appara&#238;t comme r&#233;el qu'une fois con&#231;u &#8212; pour la conscience, donc, le mouvement des cat&#233;gories appara&#238;t comme l'acte de production r&#233;el &#8212; qui re&#231;oit une simple impulsion du dehors et on le regrette &#8212; dont le r&#233;sultat est le monde ; et ceci (mais c'est encore l&#224; une tautologie) est exact dans la mesure o&#249; la totalit&#233; concr&#232;te en tant que totalit&#233; pens&#233;e, en tant que repr&#233;sentation mentale du concret, est en fait un produit de la pens&#233;e, de la conception ; il n'est par contre nullement le produit du concept qui s'engendrerait lui-m&#234;me, qui penserait en dehors et au-dessus de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation, mais un produit de l'&#233;laboration de concepts &#224; partir de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. Le tout, tel qu'il appara&#238;t dans l'esprit comme une totalit&#233; pens&#233;e, est un produit du cerveau pensant, qui s'approprie le monde de la seule fa&#231;on qu'il lui soit possible, d'une fa&#231;on qui diff&#232;re de l'appropriation de ce monde par l'art, la religion, l'esprit pratique. Apr&#232;s comme avant, le sujet r&#233;el subsiste dans son ind&#233;pendance en dehors de l'esprit ; et cela aussi longtemps que l'esprit a une activit&#233; purement sp&#233;culative, purement th&#233;orique. Par cons&#233;quent, dans l'emploi de la m&#233;thode th&#233;orique aussi, il faut que le sujet, la soci&#233;t&#233;, reste constamment pr&#233;sent &#224; l'esprit comme donn&#233;e premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces cat&#233;gories simples n'ont-elles pas aussi une existence ind&#233;pendante, de caract&#232;re historique ou naturel, ant&#233;rieure &#224; celle des cat&#233;gories plus concr&#232;tes ? Ca d&#233;pend. Hegel, par exemple, a raison de commencer la philosophie du droit par la possession, celle-ci constituant le rapport juridique le plus simple du sujet. Mais il n'existe pas de possession avant que n'existe la famille, ou les rapports entre ma&#238;tres et esclaves, qui sont des rapports beaucoup plus concrets. Par contre, il serait juste de dire qu'il existe des familles, des communaut&#233;s de tribus, qui ne sont encore qu'au stade de la possession, et non &#224; celui de la propri&#233;t&#233;. Par rapport &#224; la propri&#233;t&#233;, la cat&#233;gorie la plus simple appara&#238;t donc comme le rapport de communaut&#233;s simples de familles ou tribus. Dans la soci&#233;t&#233; parvenue &#224; un stade sup&#233;rieur, elle appara&#238;t comme le rapport plus simple d'une organisation plus d&#233;velopp&#233;e. Mais on pr&#233;suppose toujours le substrat concret qui s'exprime par un rapport de possession. On peut se repr&#233;senter un sauvage isol&#233; qui poss&#232;de. Mais la possession ne constitue pas alors un rapport juridique. Il n'est pas exact qu'historiquement la possession &#233;volue jusqu'&#224; la forme familiale. Elle suppose au contraire toujours l'existence de cette &#8220;cat&#233;gorie juridique plus concr&#232;te&#8221;. Cependant il n'en demeurerait pas moins que les cat&#233;gories simples sont l'expression de rapports dans lesquels le concret non encore d&#233;velopp&#233; a pu s'&#234;tre r&#233;alis&#233; sans avoir encore pos&#233; la relation ou le rapport plus complexe qui trouve son expression mentale dans la cat&#233;gorie plus concr&#232;te ; tandis que le concret plus d&#233;velopp&#233; laisse subsister cette m&#234;me cat&#233;gorie comme un rapport subordonn&#233;. L'argent peut exister et a exist&#233; historiquement avant que n'exist&#226;t le capital, que n'existassent les banques, que n'exist&#226;t le travail salari&#233;, etc. &#192; cet &#233;gard, on peut donc dire que la cat&#233;gorie plus simple peut exprimer des rapports dominants d'un tout moins d&#233;velopp&#233; ou, au contraire, des rapports subordonn&#233;s d'un tout plus d&#233;velopp&#233; qui existaient d&#233;j&#224; historiquement avant que le tout ne se d&#233;velopp&#226;t dans le sens qui trouve son expression dans une cat&#233;gorie plus concr&#232;te. Dans cette mesure, la marche de la pens&#233;e abstraite, qui s'&#233;l&#232;ve du plus simple au plus complexe, correspondrait au processus historique r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, on peut dire qu'il y a des formes de soci&#233;t&#233;s tr&#232;s d&#233;velopp&#233;es, mais qui historiquement manquent assez de maturit&#233;, dans lesquelles on trouve les formes les plus &#233;lev&#233;es de l'&#233;conomie, comme par exemple la coop&#233;ration, une division du travail d&#233;velopp&#233;e, etc., sans qu'il existe aucune sorte de monnaie, par exemple le P&#233;rou. Chez les Slaves aussi, l'argent et l'&#233;change qui le conditionne n'apparaissent pas ou peu &#224; l'int&#233;rieur de chaque communaut&#233;, mais ils apparaissent &#224; leurs fronti&#232;res, dans leur trafic avec d'autres communaut&#233;s. C'est d'ailleurs une erreur que de placer l'&#233;change au centre des communaut&#233;s, d'en faire l'&#233;l&#233;ment qui les constitue &#224; l'origine. Au d&#233;but, il appara&#238;t au contraire dans les relations des diverses communaut&#233;s entre elles, bien plut&#244;t que dans les relations des membres &#224; l'int&#233;rieur d'une seule et m&#234;me communaut&#233;. De plus, quoique l'argent apparaisse tr&#232;s t&#244;t et joue un r&#244;le multiple, il est dans l'antiquit&#233;, en tant qu'&#233;l&#233;ment dominant, l'apanage de nations d&#233;termin&#233;es unilat&#233;ralement, de nations commer&#231;antes. Et m&#234;me dans l'antiquit&#233; la plus cultiv&#233;e, chez les Grecs et les Romains, il n'atteint son complet d&#233;veloppement, postulat de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, que dans la p&#233;riode de leur dissolution. Donc cette cat&#233;gorie pourtant toute simple n'appara&#238;t historiquement avec toute sa vigueur que dans les &#201;tats les plus d&#233;velopp&#233;s de la soci&#233;t&#233;. Elle ne se fraie nullement un chemin &#224; travers tous les rapports &#233;conomiques. Dans l'Empire romain, par exemple, &#224; l'&#233;poque de son plus grand d&#233;veloppement, l'imp&#244;t en nature et les prestations en nature demeur&#232;rent le fondement. Le syst&#232;me mon&#233;taire &#224; proprement parler n'y &#233;tait compl&#232;tement d&#233;velopp&#233; que dans l'arm&#233;e. Il ne s'est jamais saisi non plus de la totalit&#233; du travail. Ainsi, bien qu'historiquement la cat&#233;gorie la plus simple puisse avoir exist&#233; avant la plus concr&#232;te, elle peut appartenir dans son complet d&#233;veloppement &#8212; en compr&#233;hension et en extension &#8212; pr&#233;cis&#233;ment &#224; une forme de soci&#233;t&#233; complexe, alors que la cat&#233;gorie plus concr&#232;te se trouvait plus compl&#232;tement d&#233;velopp&#233;e dans une forme de soci&#233;t&#233; qui, elle, l'&#233;tait moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail semble &#234;tre une cat&#233;gorie toute simple. L'id&#233;e du travail dans cette universalit&#233; &#8212; comme travail en g&#233;n&#233;ral &#8212; est, elle aussi, des plus anciennes. Cependant, con&#231;u du point de vue &#233;conomique sous cette forme simple, le &#8220;travail&#8221; est une cat&#233;gorie tout aussi moderne que les rapports qui engendrent cette abstraction simple. Le syst&#232;me mon&#233;taire, par exemple, place encore d'une fa&#231;on tout &#224; fait objective, comme une chose en dehors de soi, la richesse dans l'argent. Par rapport &#224; ce point de vue, ce fut un grand progr&#232;s quand le syst&#232;me manufacturier ou commercial transposa la source de la richesse de l'objet &#224; l'activit&#233; subjective &#8212; le travail commercial et manufacturier &#8212;, tout en ne concevant encore cette activit&#233; elle-m&#234;me que sous la forme limit&#233;e de productrice d'argent. En face de ce syst&#232;me, le syst&#232;me des physiocrates pose une forme d&#233;termin&#233;e du travail &#8212; l'agriculture &#8212; comme la forme du travail cr&#233;atrice de richesse et pose l'objet lui-m&#234;me non plus sous la forme d&#233;guis&#233;e de l'argent, mais comme produit en tant que tel, comme r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral du travail. Ce produit, en raison du caract&#232;re limit&#233; de l'activit&#233;, reste encore un produit d&#233;termin&#233; par la nature &#8212; produit de l'agriculture, produit de la terre par excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;norme progr&#232;s fut fait par Adam Smith quand il rejeta toute d&#233;termination particuli&#232;re de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse pour ne consid&#233;rer que le travail tout court, c'est-&#224;-dire ni le travail manufacturier, ni le travail commercial, ni le travail agricole, mais toutes ces formes de travail dans leur caract&#232;re commun. Avec la g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse appara&#238;t alors &#233;galement la g&#233;n&#233;ralit&#233; de l'objet dans la d&#233;termination de richesse, le produit consid&#233;r&#233; absolument, ou encore le travail en g&#233;n&#233;ral, mais en tant que travail pass&#233;, objectiv&#233; dans un objet. L'exemple d'Ad. Smith, qui retombe lui-m&#234;me de temps &#224; autre dans le syst&#232;me des physiocrates, montre combien &#233;tait difficile et important le passage &#224; cette conception nouvelle. Il pourrait alors sembler que l'on e&#251;t par l&#224; simplement trouv&#233; l'expression abstraite de la relation plus simple et la plus ancienne qui s'&#233;tablit &#8212; dans quelque forme de soci&#233;t&#233; que ce soit - entre les hommes consid&#233;r&#233;s en tant que producteurs. C'est juste en un sens. Dans l'autre non. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un genre d&#233;termin&#233; de travail pr&#233;suppose l'existence d'une totalit&#233; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e de genres de travaux r&#233;els dont aucun n'est absolument pr&#233;dominant. Ainsi, les abstractions les plus g&#233;n&#233;rales ne prennent somme toute naissance qu'avec le d&#233;veloppement concret le plus riche, o&#249; un caract&#232;re appara&#238;t comme commun &#224; beaucoup, commun &#224; tous. On cesse alors de pouvoir le penser sous une forme particuli&#232;re seulement. D'autre part, cette abstraction du travail en g&#233;n&#233;ral n'est seulement le r&#233;sultat dans la pens&#233;e d'une totalit&#233; concr&#232;te de travaux. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de tel travail d&#233;termin&#233; correspond &#224; une forme de soci&#233;t&#233; dans laquelle les individus passent avec facilit&#233; d'un travail &#224; l'autre et dans laquelle le genre pr&#233;cis de travail est pour eux fortuit, donc indiff&#233;rent. L&#224; le travail est devenu non seulement sur le plan des cat&#233;gories, mais dans la r&#233;alit&#233; m&#234;me, un moyen de cr&#233;er la richesse en g&#233;n&#233;ral et a cess&#233;, en tant que d&#233;termination, de ne faire qu'un avec les individus, sous quelque aspect particulier. Cet &#233;tat de chose a atteint son plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement dans la forme d'existence la plus moderne des soci&#233;t&#233;s bourgeoises, aux &#201;tats-Unis. C'est donc l&#224; seulement que l'abstraction de la cat&#233;gorie &#034;travail&#034;, &#8220;travail en g&#233;n&#233;ral&#8221;, travail &#8220;sans phrase&#034;, point de d&#233;part de l'&#233;conomie moderne, devient une v&#233;rit&#233; pratique. Ainsi l'abstraction la plus simple, que l'&#233;conomie politique moderne place au premier rang et qui exprime un rapport tr&#232;s ancien et valable pour toutes les formes de soci&#233;t&#233;, n'appara&#238;t pourtant sous cette forme abstraite comme v&#233;rit&#233; pratique qu'en tant que cat&#233;gorie de la soci&#233;t&#233; la plus moderne. On pourrait dire que cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'une forme d&#233;termin&#233;e de travail, qui se pr&#233;sente aux &#201;tats-Unis comme produit historique, appara&#238;t chez les Russes par exemple comme une disposition naturelle. Mais d'une part, quelle sacr&#233;e diff&#233;rence entre les barbares qui ont des dispositions naturelles &#224; se laisser employer &#224; tous les travaux et des civilis&#233;s qui s'y emploient eux-m&#234;mes. Et, d'autre part, chez les Russes, &#224; cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un travail d&#233;termin&#233; correspond dans la pratique leur assujettissement traditionnel &#224; un travail bien d&#233;termin&#233;, auquel ne peuvent les arracher des influences ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple du travail montre d'une fa&#231;on frappante que m&#234;me les cat&#233;gories les plus abstraites, bien que valables &#8212; pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de leur nature abstraite &#8212; pour toutes les &#233;poques, n'en sont pas moins sous la forme d&#233;termin&#233;e de cette abstraction m&#234;me le produit de conditions historiques et ne restent pleinement valables pour ces conditions et dans le cadre de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; est l'organisation historique de la production la plus d&#233;velopp&#233;e et la plus vari&#233;e qui soit. De ce fait, les cat&#233;gories qui expriment les rapports de cette soci&#233;t&#233; et qui permettent d'en comprendre la structure permettent en m&#234;me temps de se rendre compte de la structure et des rapports de production de toutes les formes de soci&#233;t&#233; disparues avec les d&#233;bris et les &#233;l&#233;ments desquelles elle s'est &#233;difi&#233;e, dont certains vestiges, partiellement non encore d&#233;pass&#233;s, continuent &#224; subsister en elle, et dont certains simples signes, en se d&#233;veloppant, ont pris toute leur signification, etc. L'anatomie de l'homme est la clef de l'anatomie du singe. Dans les esp&#232;ces animales inf&#233;rieures, on ne peut comprendre les signes annonciateurs d'une forme sup&#233;rieure que lorsque la forme sup&#233;rieure est elle-m&#234;me d&#233;j&#224; connue. Ainsi l'&#233;conomie bourgeoise nous donne la clef de l'&#233;conomie antique, etc. Mais nullement &#224; la mani&#232;re des &#233;conomistes qui effacent toutes les diff&#233;rences historiques et voient dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; celles de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. On peut comprendre le tribut, la d&#238;me, etc., quand on conna&#238;t la rente fonci&#232;re. Mais il ne faut pas les identifier. Comme, de plus, la soci&#233;t&#233; bourgeoise n'est elle-m&#234;me qu'une forme antith&#233;tique du d&#233;veloppement historique, il est des rapports appartenant &#224; des formes de soci&#233;t&#233; ant&#233;rieures que l'on pourra ne rencontrer en elle que tout &#224; fait &#233;tiol&#233;s, ou m&#234;me travestis. Par exemple, la propri&#233;t&#233; communale. Si donc il est vrai que les cat&#233;gories de l'&#233;conomie bourgeoise poss&#232;dent une certaine v&#233;rit&#233; valable pour toutes les autres formes de soci&#233;t&#233;, cela ne peut &#234;tre admis que cum grano salis (avec un grain de sel). Elles peuvent rec&#233;ler ces formes d&#233;velopp&#233;es, &#233;tiol&#233;es caricatur&#233;es, etc., mais toujours avec une diff&#233;rence essentielle. Ce que l'on appelle d&#233;veloppement historique repose somme toute sur le fait que la derni&#232;re forme consid&#232;re les formes pass&#233;es comme des &#233;- tapes menant &#224; son propre degr&#233; de d&#233;veloppement, et, comme elle est rarement capable, et ceci seulement dans des conditions bien d&#233;termin&#233;es, de faire sa propre critique &#8212; il n'est naturellement pas question ici des p&#233;riodes historiques qui se consid&#232;rent elles-m&#234;mes comme des &#233;poques de d&#233;cadence &#8212; elle les con&#231;oit toujours sous un aspect unilat&#233;ral. La religion chr&#233;tienne n'a &#233;t&#233; capable d'aider &#224; comprendre objectivement les mythologies ant&#233;rieures qu'apr&#232;s avoir achev&#233; jusqu'&#224; un certain degr&#233;, pour ainsi dire (virtuellement), sa propre critique. De m&#234;me l'&#233;conomie politique bourgeoise ne parvint &#224; comprendre les soci&#233;t&#233;s f&#233;odales, antiques, orientales que du jour o&#249; eut commenc&#233; l'autocritique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Pour autant que l'&#233;conomie politique bourgeoise, cr&#233;ant une nouvelle mythologie, ne s'est pas purement et simplement identifi&#233;e au pass&#233;, sa critique des soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures, en particulier de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, contre laquelle elle avait &#224; lutter directement, a ressembl&#233; &#224; la critique du paganisme par le christianisme, ou encore &#224; celle du catholicisme par le protestantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que dans toute science historique ou sociale en g&#233;n&#233;ral, il ne faut jamais oublier, &#224; propos de la marche des cat&#233;gories &#233;conomiques, que le sujet, ici la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, est donn&#233;, aussi bien dans la r&#233;alit&#233; que dans le cerveau, que les cat&#233;gories expriment donc des formes d'existence, des conditions d'existence d&#233;termin&#233;es, souvent de simples aspects particuliers de cette soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e, de ce sujet, et que par cons&#233;quent cette soci&#233;t&#233; ne commence nullement &#224; exister, du point de vue scientifique aussi, &#224; partir du moment seulement o&#249; il est question d'elles en tant que telle. C'est une r&#232;gle &#224; retenir, car elle fournit des indications d&#233;cisives pour le choix du plan &#224; adopter. Rien ne semble plus naturel, par exemple, que de commencer par la rente fonci&#232;re, par la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, &#233;tant donn&#233; qu'elle est li&#233;e &#224; la terre, source de toute production et de toute existence, et par elle &#224; la premi&#232;re form&#233; de production de toute soci&#233;t&#233; parvenue &#224; une certaine stabilit&#233; &#8212; &#224; l'agriculture. Or rien ne serait plus erron&#233;. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233;, c'est une production d&#233;termin&#233;e et les rapports engendr&#233;s par elle qui assignent &#224; toutes les autres productions et aux rapports engendr&#233;s par celle-ci leur rang et leur importance. C'est comme un &#233;clairage g&#233;n&#233;ral o&#249; sont plong&#233;es toutes les couleurs et qui en modifie les tonalit&#233;s particuli&#232;res. C'est comme un &#233;ther particulier qui d&#233;termine le poids sp&#233;cifique de toutes les formes d'existence qui y font saillie. Voici, par exemple, des peuples de bergers. (De simples peuples de chasseurs et de p&#234;cheurs sont en de&#231;&#224; du point o&#249; commence le v&#233;ritable d&#233;veloppement.) Chez eux appara&#238;t une certaine forme d'agriculture, une forme sporadique. C'est ce qui d&#233;termine chez eux la forme de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. C'est une propri&#233;t&#233; collective et elle conserve plus ou moins cette forme selon que ces peuples restent plus ou moins attach&#233;s &#224; leur tradition : exemple, la propri&#233;t&#233; communale chez les Slaves. Chez les peuples &#224; agriculture solidement implant&#233;e &#8212; cette implantation constitue d&#233;j&#224; une &#233;tape importante &#8212; o&#249; pr&#233;domine cette forme de culture, comme dans les soci&#233;t&#233;s antiques et f&#233;odales, l'industrie elle-m&#234;me, ainsi que son organisation et les formes de propri&#233;t&#233; qui lui correspondent, a plus ou moins le caract&#232;re de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Ou bien l'industrie d&#233;pend compl&#232;tement de l'agriculture, comme chez les anciens Romains, ou bien, comme au moyen-&#226;ge elle imite &#224; la ville et dans ses rapports l'organisation rurale. Le capital lui-m&#234;me au moyen-&#226;ge &#8212; dans la mesure o&#249; il ne s'agit pas purement de capital mon&#233;taire &#8212; a, sous la forme d'outillage de m&#233;tier traditionnel, etc., ce caract&#232;re de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, c'est l'inverse. L'agriculture devient de plus en plus une simple branche de l'industrie et elle est enti&#232;rement domin&#233;e par le capital. Il en est de m&#234;me de la rente fonci&#232;re. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; o&#249; domine la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, le rapport avec la nature reste pr&#233;pond&#233;rant. Dans celles o&#249; domine le capital, c'est l'&#233;l&#233;ment social cr&#233;&#233; au cours de l'histoire qui pr&#233;vaut. On ne peut comprendre la rente fonci&#232;re sans le capital. Mais on peut comprendre le capital sans la rente fonci&#232;re. Le capital est la force &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise qui domine tout. Il constitue n&#233;cessairement le point de d&#233;part comme le point final et doit &#234;tre expliqu&#233; avant la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Apr&#232;s les avoir &#233;tudi&#233;s chacun en particulier, il faut examiner leurs rapports r&#233;ciproques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait impossible et erron&#233; de ranger les cat&#233;gories &#233;conomiques dans l'ordre o&#249; elles ont &#233;t&#233; historiquement d&#233;terminantes. Leur ordre est au contraire d&#233;termin&#233; par les relations qui existent entre elles dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne et il est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'inverse de ce qui semble &#234;tre leur ordre naturel ou correspondre &#224; leur ordre de succession au cours de l'&#233;volution historique. Il ne s'agit pas de la relation qui s'&#233;tablit historiquement entre les rapports &#233;conomiques dans la succession des diff&#233;rentes formes de soci&#233;t&#233;. Encore moins de leur ordre de succession &#8220;dans l'id&#233;e&#8221; (Proudhon) (conception n&#233;buleuse du mouvement historique). Il s'agit de leur hi&#233;rarchie dans le cadre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat de puret&#233; (d&#233;termination abstraite) dans lequel apparurent dans le monde antique les peuples commer&#231;ants &#8212; Ph&#233;niciens, Carthaginois &#8212; est d&#233;termin&#233; par la pr&#233;dominance m&#234;me des peuples agriculteurs. Le capital en tant que capital commercial ou capital mon&#233;taire appara&#238;t pr&#233;cis&#233;ment sous cette forme abstraite l&#224; o&#249; le capital n'est pas encore l'&#233;l&#233;ment dominant des soci&#233;t&#233;s. Les Lombards, les Juifs occupent la m&#234;me position &#224; l'&#233;gard des soci&#233;t&#233;s du moyen-&#226;ge pratiquant l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de la place diff&#233;rente qu'occupent ces m&#234;mes cat&#233;gories &#224; diff&#233;rents stades de la soci&#233;t&#233; : une des derni&#232;res formes de la soci&#233;t&#233; bourgeoise : les joint stock-compagnies (soci&#233;t&#233;s par actions). Mais elles apparaissent aussi &#224; ses d&#233;buts dans les grandes compagnies de commerce privil&#233;gi&#233;es et jouissant d'un monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de richesse nationale lui-m&#234;me s'insinue chez les. &#233;conomistes du XVIIe si&#232;cle &#8212; l'id&#233;e subsiste encore en partie chez ceux du XVIIIe &#8212; sous cette forme ; la richesse est cr&#233;&#233;e pour l'&#201;tat seulement, mais la puissance de celui-ci se mesure &#224; cette richesse. C'&#233;tait l&#224; la forme encore inconsciemment hypocrite qui annonce l'id&#233;e faisant de la richesse elle-m&#234;me et de sa production le but final des &#201;tats modernes, consid&#233;r&#233;s alors uniquement comme moyens de produire la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan &#224; adopter doit manifestement &#234;tre le suivant : l&#176; les d&#233;terminations abstraites g&#233;n&#233;rales, convenant donc plus ou moins &#224; toutes les formes de soci&#233;t&#233;, mais dans le sens expos&#233; plus haut ; 2&#176; les cat&#233;gories constituant la structure interne de la soci&#233;t&#233; bourgeoise et sur lesquelles reposent les classes fondamentales. Capital, travail salari&#233;, propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Leurs rapports r&#233;ciproques. Ville et campagne. Les trois grandes classes sociales, l'&#233;change entre celles-ci. Circulation. Cr&#233;dit (priv&#233;). 3&#176; Concentration de la soci&#233;t&#233; bourgeoise sous la forme de l'&#201;tat. Consid&#233;r&#233; dans sa relation avec lui-m&#234;me. Les classes &#8220;improductives&#8221;. Imp&#244;ts. Dette publique. Cr&#233;dit public. La population. Les colonies. Emigration. 4&#176; Rapports internationaux de production. Division internationale du travail. Echange international. Exportation et importation. Cours des changes. 5&#176; Le march&#233; mondial et les crises.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction : Production, consommation, distribution, &#233;change (Circulation)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I. Production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) L'objet de cette &#233;tude est tout d'abord la production mat&#233;rielle. Des individus produi&#173;sant en soci&#233;t&#233; - donc une production d'individus socialement d&#233;termin&#233;e, tel est naturelle&#173;ment le point de d&#233;part. Le chasseur et le p&#234;cheur individuels et isol&#233;s, par lesquels commen&#173;cent Smith et Ricardo, font partie des plates fictions du XVIII&#176; si&#232;cle. Robinsonades qui n'expriment nullement, comme se l'imaginent certains historiens de la civilisation, une simple r&#233;action contre des exc&#232;s de raffinement et un retour &#224; un &#233;tat de nature mal compris. De m&#234;me, le contrat social de Rousseau qui, entre des sujets ind&#233;pendants par nature, &#233;tablit des relations et des liens au moyen d'un pacte, ne repose pas davantage sur un tel naturalisme. Ce n'est qu'apparence, apparence d'ordre purement esth&#233;tique dans les petites et grandes robinso&#173;nades. Il s'agit, en r&#233;alit&#233;, d'une anticipation de la &#171; soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187; qui se pr&#233;parait depuis le XVI&#176; si&#232;cle et qui, au XVIII&#176; marchait &#224; pas de g&#233;ant vers sa maturit&#233;. Dans cette soci&#233;t&#233; o&#249; r&#232;gne la libre concurrence, l'individu appara&#238;t d&#233;tach&#233; des liens naturels, etc., qui font de lui &#224; des &#233;poques historiques ant&#233;rieures un &#233;l&#233;ment d'un conglom&#233;rat humain d&#233;termin&#233; et d&#233;limit&#233;. Pour les proph&#232;tes du XVIII&#176; si&#232;cle, - Smith et Ricardo se situent encore compl&#232;tement sur leurs positions, - cet individu du XVIII&#176; si&#232;cle - produit, d'une part, de la d&#233;composition des formes de soci&#233;t&#233; f&#233;odales, d'autre part, des forces de production nouvelles qui se sont d&#233;velopp&#233;es depuis le XVI&#176; si&#232;cle - appara&#238;t comme un id&#233;al qui aurait exist&#233; dans le pass&#233;. Ils voient en lui non un aboutissement historique, mais le point de d&#233;part de l'histoire, parce qu'ils consid&#232;rent cet individu comme quelque chose de naturel, conforme &#224; leur conception de la nature humaine, non comme un produit de l'histoire, mais comme une donn&#233;e de la nature. Cette illusion a &#233;t&#233; jusqu'&#224; maintenant partag&#233;e par toute &#233;poque nou&#173;velle. Steuart, qui, &#224; plus d'un &#233;gard, s'oppose au XVIII&#176; si&#232;cle et, en sa qualit&#233; d'aristo&#173;crate, se tient davantage sur le terrain historique, a &#233;chapp&#233; &#224; cette illusion na&#239;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus on remonte dans le cours de l'histoire, plus l'individu &#8211; et par suite l'individu produc&#173;teur, lui aussi, - appara&#238;t dans un &#233;tat de d&#233;pendance, membre d'un ensemble plus grand : cet &#233;tat se manifeste tout d'abord de fa&#231;on tout &#224; fait naturelle dans la famille et dans la famille &#233;largie jusqu'&#224; former la tribu ; puis dans les diff&#233;rentes formes de communaut&#233;s, issues de l'opposition et de la fusion des tribus. Ce n'est qu'au XVIII&#176; si&#232;cle, dans la &#171; soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187;, que les diff&#233;rentes formes de l'ensemble social se pr&#233;sentent &#224; l'individu com&#173;me un simple moyen de r&#233;aliser ses buts particuliers, comme une n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure. Mais l'&#233;poque qui engendre ce point de vue, celui de l'individu isol&#233;, est pr&#233;cis&#233;ment celle o&#249; les rapports sociaux (rev&#234;tant de ce point de vue un caract&#232;re g&#233;n&#233;ral) ont atteint le plus grand d&#233;veloppement qu'ils aient connu. L'homme est, au sens le plus litt&#233;ral, un [...] [1], non seule&#173;ment un animal sociable, mais un animal qui ne peut s'isoler que dans la soci&#233;t&#233;. La production r&#233;alis&#233;e en dehors de la soci&#233;t&#233; par l'individu isol&#233; - fait exceptionnel qui peut bien arriver &#224; un civilis&#233; transport&#233; par hasard dans un lieu d&#233;sert et qui poss&#232;de d&#233;j&#224; en puissance les forces propres &#224; la soci&#233;t&#233; - est chose aussi absurde que le serait le d&#233;veloppe&#173;ment du langage sans la pr&#233;sence d'individus vivant et parlant ensemble. Inutile de s'y arr&#234;ter plus longtemps. Il n'y aurait aucune raison d'aborder ce point si cette niaiserie, qui avait un sens et une raison d'&#234;tre chez les gens du XVIII&#176; si&#232;cle, n'avait &#233;t&#233; r&#233;introduite tr&#232;s s&#233;rieuse&#173;ment par Bastiat, Carey, Proudhon etc., en pleine &#233;conomie politique moderne. Pour Proudhon entre autres, il est naturellement bien commode de faire de la mythologie pour donner une explication historico-philosophique d'un rapport &#233;conomique dont il ignore l'ori&#173;gine historique : l'id&#233;e de ce rapport serait venue un beau jour toute pr&#234;te &#224; l'esprit d'Adam ou de Prom&#233;th&#233;e, qui l'ont alors introduite dans le monde, etc... Rien de plus fastidieux et de plus plat que le locus communis [lieu commun] en proie au d&#233;lire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;TERNISATION DES RAPPORTS DE PRODUCTION HISTORIQUES.&lt;br class='autobr' /&gt;
PRODUCTION ET DISTRIBUTION EN G&#201;N&#201;RAL. PROPRI&#201;T&#201;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand donc nous parlons de production, c'est toujours de la production &#224; un stade d&#233;ter&#173;mi&#173;n&#233; du d&#233;veloppement social qu'il s'agit - de la production d'individus vivant en soci&#233;t&#233;. Aussi pourrait-il sembler que, pour parler de la production en g&#233;n&#233;ral, il faille, soit suivre le proc&#232;s historique de son d&#233;veloppement dans ses diff&#233;rentes phases, soit d&#233;clarer de prime abord que l'on s'occupe d'une &#233;poque historique d&#233;termin&#233;e, par exemple de la production bourgeoise moderne, qui est, en fait, notre v&#233;ritable sujet. Mais toutes les &#233;poques de la production ont certains caract&#232;res communs, certaines d&#233;terminations communes. La production en g&#233;n&#233;ral est une abstraction, mais une abstraction rationnelle, dans la mesure o&#249;, soulignant et pr&#233;cisant bien les traits communs, elle nous &#233;vite la r&#233;p&#233;tition. Cepen&#173;dant, ce caract&#232;re g&#233;n&#233;ral, ou ces traits communs, que permet de d&#233;gager la comparaison, forment eux-m&#234;mes un ensemble tr&#232;s complexe dont les &#233;l&#233;ments divergent pour rev&#234;tir des d&#233;termi&#173;nations diff&#233;rentes. Certains de ces caract&#232;res appartiennent &#224; toutes les &#233;poques, d'autres sont communs &#224; quelques-unes seulement. [Certaines] de ces d&#233;terminations appara&#238;tront communes &#224; l'&#233;poque la plus moderne comme &#224; la plus ancienne. Sans elles, on ne peut concevoir aucune production. Mais, s'il est vrai que les langues les plus &#233;volu&#233;es ont en commun avec les moins &#233;volu&#233;es certaines lois et d&#233;terminations, ce qui constitue leur &#233;volution, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui les diff&#233;rencie de ces caract&#232;res g&#233;n&#233;raux et communs ; aussi faut-il bien distinguer les d&#233;terminations qui valent pour la production en g&#233;n&#233;ral, afin que l'unit&#233; - qui d&#233;coule d&#233;j&#224; du fait que le sujet, l'humanit&#233;, et l'objet, la nature, sont identi&#173;ques - ne fasse pas oublier la diff&#233;rence essentielle. C'est de cet oubli que d&#233;coule, par exemple, toute la sagesse des &#233;conomistes modernes qui pr&#233;tendent prouver l'&#233;ternit&#233; et l'harmonie des rapports sociaux existant actuellement. Par exemple, pas de production possible sans un instrument de production, cet instrument ne serait-il que la main. Pas de production possible sans travail pass&#233; accumul&#233;, ce travail ne serait-il que l'habilet&#233; que l'exe&#173;r&#173;cice r&#233;p&#233;t&#233; a d&#233;velopp&#233;e et fix&#233;e dans la main du sauvage. Entre autres choses, le capital est, lui aussi, un instrument de production, c'est, lui aussi, du travail pass&#233;, objectiv&#233;. Donc le capital est un rapport naturel universel et &#233;ternel ; oui, mais &#224; condition de n&#233;gliger pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;l&#233;ment sp&#233;cifique, ce qui seul transforme en capital l'&#171; instrument de produc&#173;tion &#187;, le &#171; travail accumul&#233; &#187;. Toute l'histoire des rapports de production appara&#238;t ainsi, par exemple chez Carey, comme une falsification provoqu&#233;e par la malveillance des gouverne&#173;ments. S'il n'y a pas de production en g&#233;n&#233;ral, il n'y a pas non plus de production g&#233;n&#233;rale. La production est toujours une branche particuli&#232;re de la production - par exemple l'agriculture, l'&#233;levage du b&#233;tail, la manufacture, etc., ou bien elle constitue un tout. Mais l'&#233;conomie politique n'est pas la technologie. Il faudra expliquer ailleurs (plus tard) le rapport entre les d&#233;terminations g&#233;n&#233;rales de la production &#224; un stade social donn&#233; et les formes particuli&#232;res de la production. Enfin la production n'est pas non plus uniquement une production particuli&#232;re, elle appara&#238;t toujours sous la forme d'un certain corps social d'un sujet social, qui exerce son activit&#233; dans un ensemble plus ou moins grand et riche de branches de la production. Il n'y a pas encore lieu non plus d'&#233;tudier ici le rapport existant entre l'expos&#233; scientifique et le mouvement r&#233;el. Production en g&#233;n&#233;ral. Branches particuli&#232;res de la production. Production consid&#233;r&#233;e dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de mode en &#233;conomie politique de faire pr&#233;c&#233;der toute &#233;tude d'une partie g&#233;n&#233;rale, - celle, pr&#233;cis&#233;ment, qui figure sous le titre de Production (cf., par exemple, J. Stuart Mill), - dans laquelle on traite des conditions g&#233;n&#233;rales de toute production. Cette partie g&#233;n&#233;rale comprend ou est cens&#233;e comprendre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'&#233;tude des conditions sans lesquelles la production n'est pas possible, et qui se borne donc en fait &#224; la mention des facteurs essentiels communs &#224; toute production. Mais, en r&#233;alit&#233;, cela se r&#233;duit, comme nous le verrons, &#224; quelques d&#233;terminations tr&#232;s simples rab&#226;ch&#233;es en plates tautologies ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'&#233;tude des conditions qui favorisent plus ou moins le d&#233;veloppement de la produc&#173;tion, comme, par exemple, l'&#233;tat social progressif ou stagnant d'Adam Smith. Pour donner un caract&#232;re scientifique &#224; ce qui, chez lui, a sa valeur comme aper&#231;u, il faudrait &#233;tudier les p&#233;riodes de divers degr&#233;s de productivit&#233; au cours du d&#233;veloppement de diff&#233;rents peuples - &#233;tude qui d&#233;passe les limites proprement dites de notre sujet, mais qui, dans la mesure o&#249; elle y entre, doit &#234;tre expos&#233;e dans la partie expliquant la concurrence, l'accumu&#173;lation, etc. Sous sa forme g&#233;n&#233;rale, la conclusion aboutit &#224; cette g&#233;n&#233;ralit&#233; qu'un peuple industriel est &#224; l'apog&#233;e de sa production au moment m&#234;me o&#249;, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il atteint son apog&#233;e historique. Et, de fait, un peuple est &#224; son apog&#233;e industrielle tant que ce n'est pas encore le profit, mais la recherche du gain qui est pour lui l'essentiel. Sup&#233;riorit&#233;, en ce sens, des Yankees sur les Anglais. Ou bien, aussi, on aboutit &#224; ceci, que certaines races, certaines dispositions, certains climats, certaines conditions naturelles, comme la situation au bord de la mer, la fertilit&#233; du sol, etc., sont plus favorables que d'autres &#224; la production. Ce qui donne de nouveau cette tautologie : la richesse se cr&#233;e d'autant plus facilement que ses &#233;l&#233;ments subjectifs et objectifs existent &#224; un degr&#233; plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans cette partie g&#233;n&#233;rale, ce n'est pas de tout cela qu'il s'agit en r&#233;alit&#233; pour les &#233;conomistes. Il s'agit bien plut&#244;t, comme le montre l'exemple de Mill, de repr&#233;senter la production, &#224; la diff&#233;rence de la distribution, etc., comme enclose dans des lois naturelles, &#233;ternelles, ind&#233;pendantes de l'histoire, et &#224; cette occasion de glisser en sous-main cette id&#233;e que les rapports bourgeois sont des lois naturelles immuables de la soci&#233;t&#233; con&#231;ue in abstracto [dans l'abstrait]. Tel est le but auquel tend plus ou moins consciemment tout ce proc&#233;d&#233;. Dans la distribution, au contraire, les hommes se seraient permis d'agir en fait avec beaucoup d'arbitraire. Abstraction faite de cette disjonction brutale de la production et la distribution et de la rupture de leur rapport r&#233;el, on peut d&#232;s l'abord voir au moins ceci clairement : si diverse que puisse &#234;tre la distribution aux diff&#233;rents stades de la soci&#233;t&#233;, il doit &#234;tre possible, tout aussi bien que pour la production, de d&#233;gager des caract&#232;res communs, et possible aussi d'effacer ou de supprimer toutes les diff&#233;rences historiques pour &#233;noncer des lois s'appliquant &#224; l'homme en g&#233;n&#233;ral. Par exemple, l'esclave, le serf, le travailleur salari&#233; re&#231;oivent tous une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de nourriture qui leur permet de subsister en tant qu'esclave, serf, salari&#233;. Qu'ils vivent du tribut, de l'imp&#244;t, de la rente fonci&#232;re, de l'aum&#244;ne ou de la d&#238;me, le conqu&#233;rant, le fonctionnaire, le propri&#233;taire foncier, le moine ou le l&#233;vite re&#231;oivent tous une quote-part de la production sociale qui est fix&#233;e suivant d'autres lois que celle des esclaves, etc. Les deux principaux points que tous les &#233;conomistes placent sous cette rubrique sont : 1&#176; propri&#233;t&#233; ; 2&#176; garantie de cette derni&#232;re par la justice, la police, etc. On peut r&#233;pondre &#224; cela tr&#232;s bri&#232;vement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point : Toute production est appropriation de la nature par l'individu dans le cadre et par l'interm&#233;diaire d'une forme de soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e. En ce sens, c'est une tautologie de dire que la propri&#233;t&#233; (appropriation) est une condition de la production. Mais il est ridicule de partir de l&#224; pour passer d'un saut &#224; une forme d&#233;termin&#233;e de la propri&#233;t&#233;, par exemple &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. (Ce qui, de plus, suppose &#233;galement comme condition une forme oppos&#233;e, la non-propri&#233;t&#233;.)L'histoire nous montre bien plut&#244;t dans la propri&#233;t&#233; commune (par exemple chez les Indiens, les Slaves, les anciens Celtes, etc.) la forme primitive, forme qui, sous l'aspect de propri&#233;t&#233; communale, jouera longtemps encore un r&#244;le important. Quant &#224; savoir si la richesse se d&#233;veloppe mieux sous l'une ou l'autre forme de propri&#233;t&#233;, il n'en est encore nullement question ici. Mais, dire qu'il ne puisse &#234;tre question d'aucune production, ni par cons&#233;quent d'aucune soci&#233;t&#233; o&#249; n'existe aucune forme de propri&#233;t&#233;, est pure tautologie. Une appropriation qui ne s'approprie rien est une contradictio in subjecto [une contradiction dans les termes].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le deuxi&#232;me point : Mise en s&#251;ret&#233; des biens acquis, etc. Si l'on r&#233;duit ces banalit&#233;s &#224; leur contenu r&#233;el, elles expriment beaucoup plus que ne s'en doutent ceux qui les pr&#234;chent. A savoir que toute forme de production engendre ses propres rapports juridiques, sa propre forme de gouvernement, etc. C'est manquer de finesse et de perspicacit&#233; que d'&#233;tablir entre des choses formant un tout organique des rapports contingents, que d'&#233;tablir seulement entre elles un lien de la r&#233;flexion. C'est ainsi que les &#233;conomistes bourgeois ont le sentiment vague que la production est plus facile avec la police moderne qu'&#224; l'&#233;poque par exemple du &#171; droit du plus fort &#187;. Ils oublient seulement que le &#171; droit du plus fort &#187; est &#233;galement un droit, et qui survit sous une autre forme dans leur &#171; &#201;tat juridique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les conditions sociales r&#233;pondant &#224; un stade d&#233;termin&#233; de la production sont seulement en voie de formation ou, au contraire, quand elles sont d&#233;j&#224; en voie de disparition, des perturbations se produisent naturellement dans la production, bien qu'elles soient d'un degr&#233; et d'un effet variables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer : tous les stades de la production ont des d&#233;terminations communes auxquelles la pens&#233;e pr&#234;te un caract&#232;re g&#233;n&#233;ral ; mais les pr&#233;tendues conditions g&#233;n&#233;rales de toute production ne sont rien d'autre que ces facteurs abstraits, qui ne r&#233;pondent &#224; aucun stade historique r&#233;el de la production.&lt;br class='autobr' /&gt;
II. Rapport g&#233;n&#233;ral entre la production et la distribution, l'&#233;change, la consommation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de nous engager plus avant dans l'analyse de la production, il est n&#233;cessaire d'examiner les diff&#233;rentes rubriques dont l'accompagnent les &#233;conomistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; l'id&#233;e telle qu'elle se pr&#233;sente d'elle-m&#234;me : dans la production, les membres de la soci&#233;t&#233; adaptent (produisent, fa&#231;onnent) les produits de la nature conform&#233;ment &#224; des besoins humains ; la distribution d&#233;termine la proportion dans laquelle l'individu participe &#224; la r&#233;partition de ces produits ; l'&#233;change lui procure les produits particuliers en lesquels il veut convertir la quote-part qui lui est d&#233;volue par la distribution ; dans la consommation enfin les produits deviennent objets de jouissance, d'appropriation individuelle. La production cr&#233;e les objets qui r&#233;pondent aux besoins ; la distribution les r&#233;partit suivant des lois sociales ; l'&#233;chan&#173;ge r&#233;partit de nouveau ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;parti, mais selon les besoins individuels ; dans la consommation enfin, le produit s'&#233;vade de ce mouvement social, il devient directement objet et serviteur du besoin individuel, qu'il satisfait dans la jouissance. La production appara&#238;t ainsi comme le point de d&#233;part, la consommation comme le point final, la distribution et l'&#233;change comme le moyen terme, lequel a, &#224; son tour, un double caract&#232;re, la distribution &#233;tant le moment ayant pour origine la soci&#233;t&#233; et l'&#233;change le moment ayant l'individu pour origine. Dans la production la personne s'objective et dans la personne [2] se subjectivise la chose ; dans la distribution c'est la soci&#233;t&#233;, sous forme de d&#233;terminations g&#233;n&#233;rales domi&#173;nantes, qui fait office d'interm&#233;diaire entre la production et la consommation ; dans l'&#233;change, le passage de l'une &#224; l'autre est assur&#233; par la d&#233;termination contingente de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution d&#233;termine la proportion (la quantit&#233;) des produits qui &#233;choient &#224; l'individu ; l'&#233;change d&#233;termine les produits que chaque individu r&#233;clame en tant que part qui lui a &#233;t&#233; assign&#233;e par la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Production, distribution, &#233;change, consommation forment ainsi [suivant la doctrine des &#233;conomistes [3]]un syllogisme dans les r&#232;gles ; la production constitue le g&#233;n&#233;ral, la distribu&#173;tion et l'&#233;change le particulier, la consommation le singulier, &#224; quoi aboutit l'ensemble. Sans doute, c'est bien l&#224; un encha&#238;nement, mais fort superficiel. La production est d&#233;termin&#233;e par des lois naturelles g&#233;n&#233;rales ; la distribution par la contingence sociale, et celle-ci peut, par suite, exercer sur la production une action plus ou moins stimulante ; l'&#233;change se situe entre les deux comme un mouvement social de caract&#232;re formel, et l'acte final de la consommation, con&#231;u non seulement comme abou&#173;tis&#173;se&#173;ment, mais comme but final, est, &#224; vrai dire, en dehors de l'&#233;conomie, sauf dans la mesure o&#249; il r&#233;agit &#224; son tour sur le point de d&#233;part, o&#249; il ouvre &#224; nouveau tout le proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adversaires des &#233;conomistes - adversaires de l'int&#233;rieur ou du dehors, - qui leur reprochent de dissocier d'une fa&#231;on barbare des choses formant un tout, se placent ou bien sur le m&#234;me terrain qu'eux, ou bien au-dessous d'eux. Rien de plus banal que le reproche fait aux &#233;conomistes de consid&#233;rer la production trop exclusivement comme une fin en soi et all&#233;guant que la distribution a tout autant d'importance. Ce reproche repose pr&#233;cis&#233;ment sur la conception &#233;conomique suivant laquelle la distribution existe en tant que sph&#232;re autonome, ind&#233;pendante, &#224; c&#244;t&#233; de la production. Ou bien [on leur reproche] de ne pas consid&#233;rer dans leur unit&#233; ces diff&#233;rentes phases. Comme si cette dissociation n'&#233;tait pas pass&#233;e de la r&#233;alit&#233; dans les livres, mais au contraire des livres dans la r&#233;alit&#233;, et comme s'il s'agissait ici d'un &#233;quilibre dialectique de concepts et non pas de la conception [4] des rapports r&#233;els !&lt;br class='autobr' /&gt;
a) La production est aussi consommation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Double caract&#232;re de la consommation, subjectif et objectif : d'une part, l'individu qui d&#233;ve&#173;&#173;lop&#173;pe ses facult&#233;s en produisant les d&#233;pense &#233;galement, les consomme dans l'acte de la produc&#173;tion, tout comme la procr&#233;ation naturelle est consommation des forces vitales. Deuxi&#232;mement : consommation des moyens de production que l'on emploie, qui s'usent, et qui se dissolvent en partie (comme par exemple lors de la combustion) dans les &#233;l&#233;ments de l'univers. De m&#234;me pour la mati&#232;re premi&#232;re, qui ne conserve pas sa forme et sa constitution naturelles, mais qui se trouve consomm&#233;e. L'acte de production est donc lui-m&#234;me dans tous ses moments un acte de consommation &#233;galement. Les &#233;conomistes, du reste, l'admettent. La production consid&#233;r&#233;e comme imm&#233;diatement identique &#224; la consommation et la consomma&#173;tion comme co&#239;ncidant de fa&#231;on imm&#233;diate avec la production, c'est ce qu'ils appellent la consommation productive. Cette identit&#233; de la production et de la consommation revient &#224; la proposition de Spinoza : Determinatio est negatio [Toute d&#233;termination est n&#233;gation].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette d&#233;termination de la consommation productive n'est pr&#233;cis&#233;ment &#233;tablie que pour distinguer la consommation qui s'identifie &#224; la production, de la consommation propre&#173;ment dite, qui est plut&#244;t con&#231;ue comme antith&#232;se destructrice de la production. Consid&#233;rons donc la consommation proprement dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation est de mani&#232;re imm&#233;diate &#233;galement production, de m&#234;me que dans la nature la consommation des &#233;l&#233;ments et des substances chimiques est production de la plante. Il est &#233;vident que dans l'alimen&#173;tation, par exemple, qui est une forme particuli&#232;re de la consommation, l'homme produit son propre corps. Mais cela vaut &#233;galement pour tout autre genre de consommation qui, d'une mani&#232;re ou d'une autre, contribue par quelque c&#244;t&#233; &#224; la production de l'homme. Production consommatrice. Mais, objecte l'&#233;conomie, cette produc&#173;tion qui s'identifie &#224; la consommation est une deuxi&#232;me production, issue de la destruction du premier produit. Dans la premi&#232;re le producteur s'objectivait ; dans la seconde, au contraire, c'est l'objet qu'il a cr&#233;&#233; qui se person&#173;nifie. Ainsi, cette production consommatrice - bien qu'elle constitue une unit&#233; imm&#233;diate de la production et de la consommation - est essen&#173;tiel&#173;le&#173;&#173;ment diff&#233;rente de la production propre&#173;ment dite. L'unit&#233; imm&#233;diate, dans laquelle la produc&#173;tion co&#239;ncide avec la consommation et la consommation avec la production, laisse subsis&#173;ter leur dualit&#233; fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production est donc imm&#233;diatement consommation, la consommation imm&#233;diatement production. Chacune est imm&#233;diatement son contraire. Mais il s'op&#232;re en m&#234;me temps un mouvement m&#233;diateur entre les deux termes. La production est m&#233;diatrice de la consom&#173;mation, dont elle cr&#233;e les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels et qui, sans elle, n'aurait point d'objet. Mais la consommation est aussi m&#233;diatrice de la production en procurant aux produits le sujet pour lequel ils sont des produits. Le produit ne conna&#238;t son ultime accomplissement que dans la consommation. Un chemin de fer sur lequel on ne roule pas, qui donc ne s'use pas, n'est pas consomm&#233;, n'est un chemin de fer que dans le domaine de la possibilit&#233; [...] et non dans celui de la r&#233;alit&#233;. Sans production, pas de consommation ; mais, sans consommation, pas de production non plus, car la production serait alors sans but. La consommation produit la production doublement. 1&#186; C'est dans la consommation seulement que le produit devient r&#233;ellement produit. Par exemple, un v&#234;tement ne devient v&#233;ritablement v&#234;tement que par le fait qu'il est port&#233; ; une maison qui n'est pas habit&#233;e n'est pas, en fait, une v&#233;ritable maison ; le produit donc, &#224; la diff&#233;rence du simple objet naturel, ne s'affirme comme produit, ne devient produit que dans la consommation. C'est la consommation seulement qui, en absor&#173;bant le produit, lui donne la derni&#232;re touche (finishing stroke) ; carla production n'est pas produit en tant qu'activit&#233; objectiv&#233;e, mais seulement en tant qu'objet pour le sujet agissant [la consommation produit la production] [5]. 2&#186; La consommation cr&#233;e le besoin d'une nouvelle production, par cons&#233;quent la raison id&#233;ale, le mobile interne de la production, qui en est la condition pr&#233;alable. La consommation cr&#233;e le mobile de la production ; elle cr&#233;e aussi l'objet qui agit dans la production en d&#233;terminant sa fin. S'il est clair que la production offre, sous sa forme mat&#233;rielle, l'objet de la consommation, il est donc tout aussi clair que la consommation pose id&#233;alement l'objet de la production, sous forme d'image int&#233;rieure, de besoin, de mobile et de fin. Elle cr&#233;e les objets de la production sous une forme encore subjective. Sans besoin, pas de production. Mais la consommation reproduit le besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce double caract&#232;re correspond du c&#244;t&#233; de la production : 1&#186; Elle fournit &#224; la consom&#173;ma&#173;tion sa mati&#232;re, son objet. Une consommation sans objet n'est pas une consommation ; &#224; cet &#233;gard donc la production cr&#233;e, produit la consommation. 2&#186; Mais ce n'est pas seulement l'objet que la production procure &#224; la consommation. Elle lui donne aussi son aspect d&#233;termin&#233;, son caract&#232;re, son fini (finish). Tout comme la consommation donnait la derni&#232;re touche au produit en tant que produit, la production le donne &#224; la consommation. D'abord l'objet n'est pas un objet en g&#233;n&#233;ral, mais un objet d&#233;termin&#233;, qui doit &#234;tre consomm&#233; d'une fa&#231;on d&#233;termin&#233;e, &#224; laquelle la production elle-m&#234;me doit servir [6] d'interm&#233;diaire. La faim est la faim, mais la faim qui se satisfait avec de la viande cuite, mang&#233;e avec fourchette et couteau, est une autre faim que celle qui avale de la chair crue en se servant des mains, des ongles et des dents. Ce n'est pas seulement l'objet de la consommation, mais aussi le mode de consommation qui est donc produit par la production, et ceci non seulement d'une mani&#232;re objective, mais aussi subjective. La production cr&#233;e donc le consommateur. 3&#186; La production ne fournit donc pas seulement un objet mat&#233;riel au besoin, elle fournit aussi un besoin &#224; l'objet mat&#233;riel. Quand la consommation se d&#233;gage de sa grossi&#232;ret&#233; primitive et perd son caract&#232;re imm&#233;diat - et le fait m&#234;me de s'y attarder serait encore le r&#233;sultat d'une production rest&#233;e &#224; un stade de grossi&#232;ret&#233; primitive -, elle a elle-m&#234;me, en tant qu'instinct, l'objet pour m&#233;diateur. Le besoin qu'elle &#233;prouve de cet objet est cr&#233;&#233; par la perception de celui-ci. L'objet d'art - comme tout autre produit - cr&#233;e un public apte &#224; comprendre l'art et &#224; jouir de la beaut&#233;. La production ne produit donc pas seulement un objet pour le sujet, mais aussi un sujet pour l'objet. La production produit donc la consommation 1&#186; en lui fournissant la mati&#232;re ; 2&#186; en d&#233;terminant le mode de consommation ; 3&#186; en faisant na&#238;tre chez le consom&#173;ma&#173;teur le besoin de produits pos&#233;s d'abord simplement par elle sous forme d'objets. Elle pro&#173;duit donc l'objet de la consommation, le mode de consommation, l'instinct de la consom&#173;mation. De m&#234;me la consommation engendre l'aptitude du producteur en le sollicitant sous la forme d'un besoin d&#233;terminant le but de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233; entre la consommation et la production appara&#238;t donc sous un triple aspect :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Identit&#233; imm&#233;diate. La production est consommation ; la consommation est produc&#173;tion. Production consommatrice. Consommation productive. Toutes deux sont appel&#233;es consommation productive par les &#233;cono&#173;mis&#173;tes. Mais ils font encore une diff&#233;rence. La premi&#232;re prend la forme de reproduction ; la seconde, de consommation productive. Toutes les recherches sur la premi&#232;re sont l'&#233;tude du travail productif ou improductif ; les recherches sur la seconde sont celle de la consommation productive ou improductive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Chacune appara&#238;t comme le moyen de l'autre ; elle est m&#233;di&#233;e par l'autre ; ce qui s'expri&#173;me par leur interd&#233;pendance, mouvement qui les rapporte l'une &#224; l'autre et les fait appara&#238;tre comme indispensables r&#233;ciproquement, bien qu'elles restent cependant ext&#233;rieures l'une &#224; l'autre. La production cr&#233;e la mati&#232;re de la consommation en tant qu'objet ext&#233;rieur ; la consommation cr&#233;e pour la production le besoin en tant qu'objet interne, en tant que but. Sans production, pas de consommation ; sans consommation, pas de production. Ceci figure dans l'&#233;conomie politique sous de nombreuses formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La production n'est pas seulement imm&#233;diatement consommation, ni la consommation imm&#233;diatement production ; la production n'est pas non plus seulement moyen pour la consommation, ni la consommation but pour la production, en ce sens que chacune d'elles fournit &#224; l'autre son objet, la production l'objet ext&#233;rieur de la consommation, la consom&#173;ma&#173;tion l'objet figur&#233; de la production. En fait, chacune d'elles n'est pas seulement imm&#233;diate&#173;ment l'autre, ni seulement m&#233;diatrice de l'autre, mais chacune d'elles, en se r&#233;alisant, cr&#233;e l'autre ; se cr&#233;e sous la forme de l'autre. C'est la consommation qui accomplit pleinement l'acte de la production en donnant au produit son caract&#232;re achev&#233; de produit, en le dissolvant en consommant la forme objective ind&#233;pendante qu'il rev&#234;t, en &#233;levant &#224; la dext&#233;rit&#233;, par le besoin de la r&#233;p&#233;tition, l'aptitude d&#233;velopp&#233;e dans le premier acte de la production ; elle n'est donc pas seulement l'acte final par lequel le produit devient v&#233;ritablement produit, mais celui par lequel le producteur devient &#233;galement v&#233;ritablement producteur. D'autre part, la production produit la consommation en cr&#233;ant le mode d&#233;termin&#233; de la consommation, et ensuite en faisant na&#238;tre l'app&#233;tit de la consommation, la facult&#233; de consommation, sous forme de besoin. Cette derni&#232;re identit&#233;, que nous avons pr&#233;cis&#233;e au paragraphe 3, est com&#173;men&#173;t&#233;e en &#233;conomie politique sous des formes multiples, &#224; propos des rapports entre l'offre et la demande, les objets et les besoins, les besoins cr&#233;&#233;s par la soci&#233;t&#233; et les besoins naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de plus simple alors, pour un h&#233;g&#233;lien, que de poser la production et la consomma&#173;tion comme identiques. Et cela n'a pas &#233;t&#233; seulement le fait d'hommes de lettres socialistes, mais de prosa&#239;ques &#233;conomistes m&#234;me ; par exemple de Say, sous la forme suivante : quand on consid&#232;re un peuple, ou bien l'humanit&#233; in abstracto, on voit que sa production est sa consommation. Storch a montr&#233; l'erreur de Say : un peuple, par exemple, ne consomme pas purement et simplement sa production, mais cr&#233;e aussi des moyens de production, etc., du capital fixe, etc. Consid&#233;rer la soci&#233;t&#233; comme un sujet unique, c'est au surplus la consid&#233;rer d'un point de vue faux - sp&#233;culatif. Chez un sujet, production et con&#173;som&#173;ma&#173;tion apparaissent comme des moments d'un m&#234;me acte. L'important ici est seulement de souligner ceci : que l'on consid&#232;re la production et la consommation comme des activit&#233;s d'un sujet ou de nom&#173;breux individus [7], elles apparaissent en tout cas comme les moments d'un proc&#232;s dans lequel la production est le v&#233;ritable point de d&#233;part et par suite aussi le facteur qui l'emporte. La consommation en tant que n&#233;cessit&#233;, que besoin, est elle-m&#234;me un facteur interne de l'activit&#233; productive ; maiscette derni&#232;re est le point de d&#233;part de la r&#233;alisa&#173;tion et par suite aussi son facteur pr&#233;dominant, l'acte dans lequel tout le proc&#232;s se d&#233;roule &#224; nouveau. L'individu produit un objet et fait retour en soi-m&#234;me par la consommation de ce dernier, mais il le fait en tant qu'individu productif et qui se reproduit lui-m&#234;me. La consom&#173;ma&#173;tion appara&#238;t ainsi comme moment de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans la soci&#233;t&#233;, le rapport entre le producteur et le produit, d&#232;s que ce dernier est achev&#233;, est un rapport ext&#233;rieur,- et le retour du produit au sujet d&#233;pend des relations de celui-ci avec d'autres individus. Il n'en devient pas imm&#233;diatement possesseur. Aussi bien, l'appropriation imm&#233;diate du produit n'est-elle pas la fin que se propose le producteur quand il produit dans la soci&#233;t&#233;. Entre le producteur et les produits intervient la distribution, qui par des lois sociales d&#233;termine la part qui lui revient dans la masse des produits et se place ainsi entre la production et la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, alors, la distribution constitue-t-elle une sph&#232;re autonome &#224; c&#244;t&#233; et en dehors de la production ?&lt;br class='autobr' /&gt;
b) Distribution et production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe n&#233;cessairement tout d'abord, quand on consid&#232;re les trait&#233;s ordinaires d'&#233;conomie politique, c'est que toutes les cat&#233;gories y sont pos&#233;es sous une double forme. Par exemple, dans la distribution figurent : rente fonci&#232;re, salaire, int&#233;r&#234;t et profit, tandis que dans la production terre, travail, capital figurent comme agents de la production. Or, en ce qui concerne le capital, il appara&#238;t clairement d&#232;s l'abord qu'il est pos&#233; sous deux formes : 1&#176; comme agent de production ; 2&#176; comme source de revenus : comme formes de distribution d&#233;termin&#233;es et d&#233;terminantes. Par suite, int&#233;r&#234;t et profit figurent aussi en tant que tels dans la production, dans la mesure o&#249; ils sont des formes sous lesquelles le capital augmente, s'accro&#238;t, donc des facteurs de sa production m&#234;me. Int&#233;r&#234;t et profit, en tant que formes de distribution, supposent le capital consid&#233;r&#233; comme agent de la production. Ce sont des modes de distribution qui ont pour postulat le capital comme agent de la production. Ce sont &#233;galement des modes de reproduction du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le salaire est le travail salari&#233;, que les &#233;conomistes consid&#232;rent sous une autre rubrique : le caract&#232;re d&#233;termin&#233; d'agent de production que poss&#232;de ici le travail appara&#238;t l&#224; comme d&#233;termination de la distribution. Si le travail n'&#233;tait pas d&#233;fini comme travail salari&#233;, le mode suivant lequel il participe &#224; la r&#233;partition des produits n'appara&#238;trait pas sous la forme de salaire : c'est le cas par exemple dans l'esclavage. Enfin la rente fonci&#232;re, pour prendre tout de suite la forme la plus d&#233;velopp&#233;e de la distribution, par laquelle la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re participe &#224; la r&#233;partition des produits, suppose la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re (&#224; vrai dire la grande agriculture) comme agent de production, et non tout simplement la terre, pas plus que le salaire ne suppose le travail tout court. Les rapports et les modes de distribution apparais&#173;sent donc simplement comme l'envers des agents de production. Un individu qui participe &#224; la production sous la forme du travail salari&#233; participe sous la forme du salaire &#224; la r&#233;partition des produits, r&#233;sultats de la production. La structure de la distribution est enti&#232;rement d&#233;termin&#233;e par la structure de la production. La distribution est elle-m&#234;me un produit de la production non seulement en ce qui concerne l'objet, le r&#233;sultat de la production seul pouvant &#234;tre distribu&#233;, mais aussi en ce qui concerne la forme, le mode pr&#233;cis de participation &#224; la production d&#233;terminant les formes particuli&#232;res de la distribution, c'est-&#224;-dire d&#233;terminant sous quelle forme le producteur participera &#224; la distribution. Il est absolu&#173;ment illusoire de placer la terre dans la production, la rente fonci&#232;re dans la distribution, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;conomistes comme Ricardo, auxquels on a le plus reproch&#233; de n'avoir en vue que la production, ont par suite d&#233;fini la distribution comme l'objet exclusif de l'&#233;conomie politique, parce qu'instinctivement ils voyaient dans les formes de distribution l'expression la plus nette des rapports fixes des agents de production dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport &#224; l'individu isol&#233;, la distribution appara&#238;t naturellement comme une loi sociale qui conditionne sa position &#224; l'int&#233;rieur de la production dans le cadre de laquelle il produit, et qui pr&#233;c&#232;de donc la production. De par son origine, l'individu n'a pas de capital, pas de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. D&#232;s sa naissance, il est r&#233;duit au travail salari&#233; par la distribution sociale. Mais le fait m&#234;me qu'il y soit r&#233;duit r&#233;sulte de l'existence du capital, de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re comme agents de production ind&#233;pendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re des soci&#233;t&#233;s enti&#232;res, la distribution, &#224; un autre point de vue encore, semble pr&#233;c&#233;der la production et la d&#233;terminer ; pour ainsi dire comme un fait pr&#233;&#173;&#233;cono&#173;mique. Un peuple conqu&#233;rant partage le pays entre les conqu&#233;rants et impose ainsi une certaine r&#233;partition et une certaine forme de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re : Il d&#233;termine donc la production. Ou bien il fait des peuples conquis des esclaves et fait ainsi du travail servile la base de la production. Ou bien un peuple, par la r&#233;volution, brise la grande propri&#233;t&#233; et la morcelle ; il donne donc ainsi par cette nouvelle distribution un nouveau caract&#232;re &#224; la production. Ou bien enfin la l&#233;gislation perp&#233;tue la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re dans certaines familles, ou fait du travail un privil&#232;ge h&#233;r&#233;ditaire et lui imprime ainsi un caract&#232;re de caste. Dans tous ces cas, et tous sont historiques, la distribution ne semble pas &#234;tre organis&#233;e et d&#233;termin&#233;e par la production, mais inversement la production semble l'&#234;tre par la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa conception la plus banale, la distribution appara&#238;t comme distribution des produits, et ainsi comme plus &#233;loign&#233;e de la production et pour ainsi dire ind&#233;pendante de celle-ci. Mais, avant d'&#234;tre distribution des produits, elle est : 1&#176; distribution des instruments de production, et 2&#176;, ce qui est une autre d&#233;termination du m&#234;me rapport, distribution des membres de la soci&#233;t&#233; entre les diff&#233;rents genres de production. (Subordination des individus &#224; des rapports de production d&#233;termin&#233;s.) La distribution des produits n'est manifestement que le r&#233;sultat de cette distribution, qui est incluse dans le proc&#232;s de production lui-m&#234;me et d&#233;termine la structure de la production. Consid&#233;rer la production sans tenir compte de cette distribution, qui est incluse en elle, c'est manifestement abstraction vide, alors qu'au contraire la distribution des produits est impliqu&#233;e par cette distribution, qui constitue &#224; l'origine un facteur m&#234;me de la production. Ricardo, &#224; qui il importait de concevoir la production moderne dans sa structure sociale d&#233;termin&#233;e et qui est l'&#233;conomiste de la production par excellence [8], affirme pour cette raison que ce n'estpas la production, mais la distribution qui constitue le sujet v&#233;ritable de l'&#233;conomie politique moderne. D'o&#249; l'absurdit&#233; des &#233;conomistes qui traitent de la production comme d'une v&#233;rit&#233; &#233;ternelle, tandis qu'ils rel&#232;guent l'histoire dans le domaine de la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir quel rapport s'&#233;tablit entre la distribution et la production qu'elle d&#233;termine rel&#232;ve manifestement de la production m&#234;me. Si l'on pr&#233;tendait qu'alors, du fait que la production a n&#233;cessairement son point de d&#233;part dans une certaine distribution des instruments de production, la distribution, au moins dans ce sens, pr&#233;c&#232;de la production, en constitue la condition pr&#233;alable, on pourrait r&#233;pondre &#224; cela que la production a effectivement ses propres conditions et pr&#233;misses, qui en constituent des facteurs. Ces derniers peuvent appara&#238;tre tout au d&#233;but comme des donn&#233;es naturelles. Le proc&#232;s m&#234;me de la production transforme ces donn&#233;es naturelles en donn&#233;es historiques et, s'ils apparaissent pour une p&#233;riode comme des pr&#233;misses naturelles de la production, ils en ont &#233;t&#233; pour une autre p&#233;riode le r&#233;sultat historique. Dans le cadre m&#234;me de la production, ils sont constamment modifi&#233;s. Par exemple, le machinisme a modifi&#233; aussi bien la distribution des instruments de production que celle des produits. La grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re moderne elle-m&#234;me est le r&#233;sultat aussi bien du commerce moderne et de l'industrie moderne que de l'application de cette derni&#232;re &#224; l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les, questions soulev&#233;es plus haut se ram&#232;nent toutes en derni&#232;re instance &#224; celle de savoir comment des conditions historiques g&#233;n&#233;rales interviennent dans la production et quel est le rapport de celle-ci avec le mouvement historique en g&#233;n&#233;ral. La question rel&#232;ve manifestement de la discussion et de l'analyse de la production elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, sous la forme triviale o&#249; elles ont &#233;t&#233; soulev&#233;es plus haut, on peut les r&#233;gler &#233;galement d'un mot. Dans toutes les conqu&#234;tes, il y a trois possibilit&#233;s. Le peuple conqu&#233;rant impose au peuple conquis son propre mode de production (par exemple les Anglais en Irlande dans ce si&#232;cle, en partie dans l'Inde) ; ou bien il laisse subsister l'ancien mode de production et se contente de pr&#233;lever un tribut (par exemple les Turcs et les Romains) ; ou bien il se produit une action r&#233;ciproque qui donne naissance &#224; quelque chose de nouveau, &#224; une synth&#232;se (en partie dans les conqu&#234;tes germaniques). Dans tous les cas, le mode de production, soit celui du peuple conqu&#233;rant ou celui du peuple conquis, ou encore celui qui provient de la fusion des deux pr&#233;c&#233;dents, est d&#233;terminant pour la distribution nouvelle qui appara&#238;t. Bien que celle-ci se pr&#233;sente comme condition pr&#233;alable de la nouvelle p&#233;riode de production, elle est ainsi elle-m&#234;me &#224; son tour un produit de la production, non seulement de la production historique en g&#233;n&#233;ral, mais de telle ou telle production historique d&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Mongols, par leurs d&#233;vastations en Russie par exemple, agissaient conform&#233;ment &#224; leur mode de production fond&#233; sur le p&#226;turage, qui exigeait comme condition essentielle de grands espaces inhabit&#233;s. Les barbares germaniques, dont le mode de production traditionnel comportait la culture par les serfs et la vie isol&#233;e &#224; la campagne, purent d'autant plus facile&#173;ment soumettre les provinces romaines &#224; ces conditions, que la concentration de la propri&#233;t&#233; terrienne qui s'y &#233;tait op&#233;r&#233;e avait d&#233;j&#224; compl&#232;tement boulevers&#233; l'ancien r&#233;gime de l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une image traditionnelle que dans certaines p&#233;riodes on n'aurait v&#233;cu que de pillage. Mais, pour pouvoir piller, il faut qu'il existe quelque chose &#224; piller, donc une production. Et le mode de pillage est lui-m&#234;me &#224; son tour d&#233;termin&#233; par le mode de production. Une stock-jobbing nation [nation de sp&#233;culateurs en Bourse] par exemple ne peut pas &#234;tre pill&#233;e comme une nation de vachers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En la personne de l'esclave, l'instrument de production est directement ravi. Mais alors la production du pays, au profit duquel il est ravi, doit &#234;tre organis&#233;e de telle sorte qu'elle permette le travail d'esclave, ou (comme dans l'Am&#233;rique du Sud, etc.) il faut que l'on cr&#233;e un mode de production conforme &#224; l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des lois peuvent perp&#233;tuer dans certaines familles un instrument de production, par exemple la terre. Ces lois ne prennent une importance &#233;conomique que lorsque la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re est en harmonie avec la production sociale, comme en Angleterre par exemple. En France, on a pratiqu&#233; la petite culture malgr&#233; l'existence de la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, aussi cette derni&#232;re fut-elle d&#233;truite par la R&#233;volution. Mais qu'advient-il si l'on pr&#233;tend perp&#233;tuer par des lois le morcellement par exemple. Malgr&#233; ces lois, la propri&#233;t&#233; se concentre de nouveau. Il y a lieu de d&#233;terminer &#224; part quelle influence les lois exercent sur le maintien des rapports de distribution et par suite quelle est leur influence sur la production.&lt;br class='autobr' /&gt;
c) &#201;change et production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La circulation elle-m&#234;me n'est qu'un moment d&#233;termin&#233; de l'&#233;change ou encore l'&#233;change consid&#233;r&#233; dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; l'&#233;change n'est qu'un facteur servant d'interm&#233;diaire entre la produc&#173;tion et la distribution qu'elle d&#233;termine ainsi que la consommation ; dans la mesure d'autre part o&#249; cette derni&#232;re appara&#238;t elle-m&#234;me comme un facteur de la production, l'&#233;change est manifestement aussi inclus dans cette derni&#232;re en tant que moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, il est &#233;vident que l'&#233;change d'activit&#233;s et de capacit&#233;s qui s'effectue dans la production elle-m&#234;me en fait directement partie et en est un &#233;l&#233;ment essentiel. Deuxi&#232;me&#173;ment, cela est vrai de l'&#233;change des produits pour autant que cet &#233;change est l'instrument qui sert &#224; fournir le produit achev&#233; destin&#233; &#224; la consommation imm&#233;diate. Dans cette mesure, l'&#233;change lui-m&#234;me est un acte inclus dans la production. Troisi&#232;mement, l'&#233;change (exchange) entre marchands (dealers) est, de par son organisation, &#224; la fois d&#233;termin&#233; enti&#232;&#173;re&#173;ment par la production et lui-m&#234;me activit&#233; productive. L'&#233;change n'appara&#238;t comme ind&#233;pendant &#224; c&#244;t&#233; de la production, comme indiff&#233;rent vis-&#224;-vis d'elle, que dans le dernier stade, o&#249; le produit est &#233;chang&#233; imm&#233;diatement pour &#234;tre consomm&#233;. Mais, 1&#176; il n'y a pas d'&#233;change sans division du travail, que celle-ci soit naturelle ou m&#234;me d&#233;j&#224; un r&#233;sultat historique ; 2&#176; l'&#233;change priv&#233; suppose la production priv&#233;e ; 3&#176; l'intensit&#233; de l'&#233;change comme son extension et son mode sont d&#233;termin&#233;s par le d&#233;veloppement et la structure de la production. Par exemple, l'&#233;change entre la ville et la campagne ; l'&#233;change &#224; la campagne, &#224; la ville, etc. Dans tous ces moments, l'&#233;change appara&#238;t donc comme directement compris dans la production, ou d&#233;termin&#233; par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat auquel nous arrivons n'est pas que la production, la distribution, l'&#233;change, la consommation sont identiques, mais qu'ils sont tous des &#233;l&#233;ments d'une totalit&#233;, des diff&#233;renciations &#224; l'int&#233;rieur d'une unit&#233;. La production d&#233;borde aussi bien son propre cadre dans sa d&#233;termination antith&#233;tique d'elle-m&#234;me que les autres moments. C'est &#224; partir d'elle que recommence sans cesse le proc&#232;s. Il va de soi qu'&#233;change et consommation ne peuvent &#234;tre ce qui l'emporte. Il en est de m&#234;me de la distribution en tant que distribution des produits. Mais, en tant que distribution des agents de production, elle est elle-m&#234;me un moment de la production. Une production d&#233;termin&#233;e d&#233;termine donc une consommation, une distribution, un &#233;change d&#233;termin&#233;s, elle r&#232;gle &#233;galement les rapports r&#233;ciproques d&#233;termin&#233;s de ces diff&#233;rents moments. A vrai dire, la production, elle aussi, sous sa forme exclusive, est, de son c&#244;t&#233;, d&#233;termin&#233;e par les autres facteurs. Par exemple quand le march&#233;, c'est-&#224;-dire la sph&#232;re de l'&#233;change, s'&#233;tend, le volume de la production s'accro&#238;t et il s'op&#232;re en elle une division plus profonde. Une transformation de la distribution entra&#238;ne une transformation de la production ; c'est le cas, par exemple, quand il y a concentration du capital, ou r&#233;partition diff&#233;rente de la population &#224; la ville et &#224; la campagne, etc. Enfin les besoins inh&#233;rents &#224; la consommation d&#233;terminent la production. Il y a action r&#233;ciproque entre les diff&#233;rents moments. C'est le cas pour n'importe quelle totalit&#233; organique.&lt;br class='autobr' /&gt;
III. La m&#233;thode de l'&#233;conomie politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous consid&#233;rons un pays donn&#233; au point de vue de l'&#233;conomie politique, nous commen&#231;ons par &#233;tudier sa population, la division de celle-ci en classes, sa r&#233;partition dans les villes, &#224; la campagne, au bord de la mer, les diff&#233;rentes branches de production, l'exportation et l'importation, la production et la consommation annuelles, les prix des marchandises, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que ce soit la bonne m&#233;thode de commencer par le r&#233;el et le concret, qui constituent la condition pr&#233;alable effective, donc en &#233;conomie politique, par exemple, la population qui est la base et le sujet de l'acte social de production tout entier. Cependant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, on s'aper&#231;oit que c'est l&#224; une erreur. La population est une abstraction si l'on n&#233;glige par exemple les classes dont elle se compose. Ces classes sont &#224; leur tour un mot creux si l'on ignore les &#233;l&#233;ments sur lesquels elles reposent, par exemple le travail salari&#233;, le capital etc. Ceux-ci supposent l'&#233;change, la division du travail, les prix, etc. Le capital, par exemple, n'est rien sans le travail salari&#233;, sans la valeur, l'argent, le prix, etc. Si donc on commen&#231;ait ainsi par la population, on aurait une repr&#233;sentation chaotique du tout et, par une d&#233;termination plus pr&#233;cise, par l'analyse, on aboutirait &#224; des concepts de plus en plus simples ; du concret figur&#233; ou passerait &#224; des abstractions de plus en plus minces, jusqu'&#224; ce que l'on soit arriv&#233; aux d&#233;terminations les plus simples. Partant de l&#224;, il faudrait refaire le chemin &#224; rebours jusqu'&#224; ce qu'enfin on arrive de nouveau &#224; la population, mais celle-ci ne serait pas, cette fois, la repr&#233;sentation chaotique d'un tout, mais une riche totalit&#233; de d&#233;termi&#173;na&#173;tions et de rapports nombreux. La premi&#232;re voie est celle qu'a prise tr&#232;s historiquement l'&#233;conomie politique &#224; sa naissance. Les &#233;conomistes du XVII&#176; si&#232;cle, par exemple, commen&#173;cent toujours par une totalit&#233; vivante : population, nation, &#201;tat, plusieurs &#201;tats ; mais ils finissent toujours par d&#233;gager par l'analyse quelques rapports g&#233;n&#233;raux abstraits d&#233;terminants tels que la division du travail, l'argent, la valeur, etc. D&#232;s que ces facteurs isol&#233;s ont &#233;t&#233; plus ou moins fix&#233;s et abstraits, les syst&#232;mes &#233;conomiques ont commenc&#233;, qui partent des notions simples telles que travail, division du travail, besoin, valeur d'&#233;change, pour s'&#233;lever jusqu'&#224; l'&#201;tat, les &#233;changes entre nations et le march&#233; mondial. Cette derni&#232;re m&#233;thode est manifeste&#173;ment la m&#233;thode scientifique correcte. Le concret est concret parce qu'il est la synth&#232;se de multiples d&#233;terminations, donc unit&#233; de la diversit&#233;. C'est pourquoi il appara&#238;t dans la pens&#233;e comme proc&#232;s de synth&#232;se, comme r&#233;sultat, non comme point de d&#233;part, bien qu'il soit le v&#233;ritable point de d&#233;part et par suite &#233;galement le point de d&#233;part de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. La premi&#232;re d&#233;marche a r&#233;duit la pl&#233;nitude de la repr&#233;sentation &#224; une d&#233;termination abstraite ; avec la seconde, les d&#233;terminations abstraites conduisent &#224; la repro&#173;duc&#173;tion du concret par la voie de la pens&#233;e. C'est pourquoi Hegel est tomb&#233; dans l'illusion de concevoir le r&#233;el comme le r&#233;sultat de la pens&#233;e, qui se concentre en elle-m&#234;me, s'approfon&#173;dit en elle-m&#234;me, se meut par elle-m&#234;me, alors que la m&#233;thode qui consiste &#224; s'&#233;lever de l'abstrait au concret n'est pour la pens&#233;e que la mani&#232;re de s'approprier le concret, de le reproduire sous la forme d'un concret pens&#233;. Mais ce n'est nullement l&#224; le proc&#232;s de la gen&#232;se du concret lui-m&#234;me. Par exemple, la cat&#233;gorie &#233;conomique la plus simple, mettons la valeur d'&#233;change, suppose la population, une population produisant dans des conditions d&#233;termin&#233;es ; elle suppose aussi un certain genre de famille, ou de commune, ou d'&#201;tat, etc. Elle ne peut jamais exister autrement que sous forme de relation unilat&#233;rale et abstraite d'un tout concret, vivant, d&#233;j&#224; donn&#233;. Comme cat&#233;gorie, par contre, la valeur d'&#233;change m&#232;ne une existence ant&#233;diluvienne. Pour la conscience - et la conscience philosophique est ainsi faite que pour elle la pens&#233;e qui con&#231;oit constitue l'homme r&#233;el et, par suite, le monde n'appara&#238;t comme r&#233;el qu'une fois con&#231;u - pour la conscience, donc, le mouvement des cat&#233;gories appara&#238;t comme l'acte de production r&#233;el - qui re&#231;oit une simple impulsion du dehors et on le regrette - dont le r&#233;sultat est le monde ; et ceci (mais c'est encore l&#224; une tautologie) est exact dans la mesure o&#249; la totalit&#233; concr&#232;te en tant que totalit&#233; pens&#233;e, en tant que repr&#233;sentation mentale du concret, est en fait un produit de la pens&#233;e, de la conception ; il n'est par contre nullement le produit du concept qui s'engendrerait lui-m&#234;me, qui penserait en dehors et au-dessus de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation, mais un produit de l'&#233;laboration de concepts &#224; partir de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. Le tout, tel qu'il appara&#238;t dans l'esprit comme une totalit&#233; pens&#233;e, est un produit du cerveau pensant, qui s'approprie le monde de la seule fa&#231;on qu'il lui soit possible, d'une fa&#231;on qui diff&#232;re de l'appropriation de ce monde par l'art, la religion, l'esprit pratique. Apr&#232;s comme avant, le sujet r&#233;el subsiste dans son ind&#233;pendance en dehors de l'esprit ; et cela aussi longtemps que l'esprit a une activit&#233; purement sp&#233;culative, purement th&#233;orique. Par cons&#233;quent, dans l'emploi de la m&#233;thode th&#233;orique aussi, il faut que le sujet, la soci&#233;t&#233;, reste constamment pr&#233;sent &#224; l'esprit comme donn&#233;e premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces cat&#233;gories simples n'ont-elles pas aussi une existence ind&#233;pendante, de caract&#232;re historique ou naturel, ant&#233;rieure &#224; celle des cat&#233;gories plus concr&#232;tes ? &#199;a d&#233;pend [9]. Hegel, par exemple, a raison de commencer la philosophie du droit par la possession, celle-ci constituant le rapport juridique le plus simple du sujet. Mais il n'existe pas de possession avant que n'existe la famille, ou les rapports entre ma&#238;tres et esclaves, qui sont des rapports beaucoup plus concrets. Par contre, il serait juste de dire qu'il existe des familles, des communaut&#233;s de tribus, qui ne sont encore qu'au stade de la possession, et non &#224; celui de la propri&#233;t&#233;. Par rapport &#224; la propri&#233;t&#233;, la cat&#233;gorie la plus simple appara&#238;t donc comme le rapport de communaut&#233;s simples de familles ou de tribus. Dans la soci&#233;t&#233; parvenue &#224; un stade sup&#233;rieur, elle appara&#238;t comme le rapport plus simple d'une organisation plus d&#233;velop&#173;p&#233;e. Mais on pr&#233;suppose toujours le substrat concret qui s'exprime par un rapport de posses&#173;sion. On peut se repr&#233;senter un sauvage isol&#233; qui poss&#232;de. Mais la possession ne constitue pas alors un rapport juridique. Il n'est pas exact qu'historiquement la possession &#233;volue jusqu'&#224; la forme familiale. Elle suppose au contraire toujours l'existence de cette &#171; cat&#233;gorie juridique plus concr&#232;te &#187;. Cependant il n'en demeurerait pas moins que les cat&#233;gories simples sont l'expression de rapports dans lesquels le concret non encore d&#233;velopp&#233; a pu s'&#234;tre r&#233;alis&#233; sans avoir encore pos&#233; la relation ou le rapport plus complexe qui trouve son expression mentale dans la cat&#233;gorie plus concr&#232;te ; tandis que le concret plus d&#233;velopp&#233; laisse subsister cette m&#234;me cat&#233;gorie comme un rapport subordonn&#233;. L'argent peut exister et a exist&#233; historiquement avant que n'exist&#226;t le capital, que n'existassent les banques, que n'exist&#226;t le travail salari&#233;, etc. A cet &#233;gard, on peut donc dire que la cat&#233;gorie plus simple peut exprimer des rapports dominants d'un tout moins d&#233;velopp&#233; ou, au contraire, des rapports subordonn&#233;s d'un tout plus d&#233;velopp&#233; qui existaient d&#233;j&#224; historiquement avant que le tout ne se d&#233;velopp&#226;t dans le sens qui trouve son expression dans une cat&#233;gorie plus concr&#232;te. Dans cette mesure, la marche de la pens&#233;e abstraite, qui s'&#233;l&#232;ve du plus simple au plus complexe, correspondrait au processus historique r&#233;el. D'autre part, on peut dire qu'il y a des formes de soci&#233;t&#233; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;es, mais qui historiquement manquent assez de maturit&#233;, dans lesquelles on trouve les formes les plus &#233;lev&#233;es de l'&#233;conomie, comme par exemple la coop&#233;ration, une division du travail d&#233;velopp&#233;e, etc., sans qu'existe aucune sorte de monnaie, par exemple le P&#233;rou. Chez les Slaves aussi, l'argent et l'&#233;change qui le conditionne n'apparaissent pas ou peu &#224; l'int&#233;rieur de chaque communaut&#233;, mais ils apparais&#173;sent &#224; leurs fronti&#232;res, dans leur trafic avec d'autres communaut&#233;s. C'est d'ailleurs une erreur que de placer l'&#233;change au centre des communaut&#233;s, d'en faire l'&#233;l&#233;ment qui les constitue &#224; l'origine. Au d&#233;but, il appara&#238;t au contraire dans les relations des diverses communaut&#233;s entre elles, bien plut&#244;t que dans les relations des membres &#224; l'int&#233;rieur d'une seule et m&#234;me communaut&#233;. De plus, quoique l'argent apparaisse tr&#232;s t&#244;t et joue un r&#244;le multiple, il est dans l'antiquit&#233;, en tant qu'&#233;l&#233;ment dominant, l'apanage de nations d&#233;termin&#233;es unilat&#233;ralement, de nations commer&#231;antes. Et m&#234;me dans l'antiquit&#233; la plus cultiv&#233;e, chez les Grecs et les Romains, il n'atteint son complet d&#233;veloppement, postulat de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, que dans la p&#233;riode de leur dissolution. Donc cette cat&#233;gorie pourtant toute simple n'appara&#238;t historiquement avec toute sa vigueur que dans les &#201;tats les plus d&#233;velopp&#233;s de la soci&#233;t&#233;. Elle ne se fraie nullement un chemin &#224; travers tous les rapports &#233;conomiques. Dans l'Empire romain, par exemple, &#224; l'&#233;poque de son plus grand d&#233;veloppement, l'imp&#244;t en nature et les prestations en nature demeur&#232;rent le fondement. Le syst&#232;me mon&#233;taire &#224; proprement parler n'y &#233;tait compl&#232;tement d&#233;velopp&#233; que dans l'arm&#233;e. Il ne s'est jamais saisi non plus de la totalit&#233; du travail. Ainsi, bien qu'historiquement la cat&#233;gorie la plus simple puisse avoir exist&#233; avant la plus concr&#232;te, elle peut appartenir dans son complet d&#233;veloppement - en compr&#233;hen&#173;sion et en extension - pr&#233;cis&#233;ment &#224; une forme de soci&#233;t&#233; complexe [10], alors que la cat&#233;gorie plus concr&#232;te se trouvait plus compl&#232;tement d&#233;velopp&#233;e dans une forme de soci&#233;t&#233; qui, elle, l'&#233;tait moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail semble &#234;tre une cat&#233;gorie toute simple. L'id&#233;e du travail dans cette universalit&#233; - comme travail en g&#233;n&#233;ral - est, elle aussi, des plus anciennes. Cependant, con&#231;u du point de vue &#233;conomique sous cette forme simple, le &#171; travail &#187; est une cat&#233;gorie tout aussi moderne que les rapports qui engendrent cette abstraction simple. Le syst&#232;me mon&#233;taire, par exemple, place encore d'une fa&#231;on tout &#224; fait objective, comme une chose en dehors de soi, la richesse dans l'argent. Par rapport &#224; ce point de vue, ce fut un grand progr&#232;s quand le syst&#232;me manu&#173;fac&#173;turier ou commercial transposa la source de la richesse de l'objet &#224; l'activit&#233; subjective le travail commercial et manufacturier -, tout en ne concevant encore cette activit&#233; elle-m&#234;me que sous la forme limit&#233;e de productrice d'argent. En face de ce syst&#232;me, le syst&#232;me des physiocrates pose une forme d&#233;termin&#233;e du travail - l'agriculture - comme la forme de travail cr&#233;atrice de richesse et pose l'objet lui-m&#234;me non plus sous la forme d&#233;guis&#233;e de l'argent, mais comme produit en tant que tel, comme r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral du travail. Ce produit, en raison du caract&#232;re limit&#233; de l'activit&#233;, reste encore un produit d&#233;termin&#233; par la nature - produit de l'agriculture, produit de la terre par excellence [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;norme progr&#232;s fut fait par Adam Smith quand il rejeta toute d&#233;termination particuli&#232;re de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse pour ne consid&#233;rer que le travail tout court, c'est-&#224;-dire ni le travail manufacturier, ni le travail commercial, ni le travail agricole, mais toutes ces formes de travail dans leur caract&#232;re commun. Avec la g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse appara&#238;t alors &#233;galement la g&#233;n&#233;ralit&#233; de l'objet dans la d&#233;ter&#173;mi&#173;nation de richesse, le produit consid&#233;r&#233; absolument, ou encore le travail en g&#233;n&#233;ral, mais en tant que travail pass&#233;, objectiv&#233; dans un objet. L'exemple d'Adam Smith, qui retombe lui-m&#234;me de temps &#224; autre dans le syst&#232;me des physiocrates, montre combien &#233;tait difficile et important le passage &#224; cette conception nouvelle. Il pourrait alors sembler que l'on e&#251;t par l&#224; simplement trouv&#233; l'expression abstraite de la relation la plus simple et la plus ancienne qui s'&#233;tablit - dans quelque forme de soci&#233;t&#233; que ce soit - entre les hommes consid&#233;r&#233;s en tant que producteurs. C'est juste en un sens. Dans l'autre, non. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un genre d&#233;termin&#233; de travail pr&#233;suppose l'existence d'une totalit&#233; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e de genres de travaux r&#233;els dont aucun n'est plus absolument pr&#233;dominant. Ainsi, les abstractions les plus g&#233;n&#233;rales ne prennent somme toute naissance qu'avec le d&#233;veloppement concret le plus riche, o&#249; un caract&#232;re appara&#238;t comme commun &#224; beaucoup, comme commun &#224; tous. On cesse alors de pouvoir le penser sous une forme particuli&#232;re seulement. D'autre part, cette abstraction du travail en g&#233;n&#233;ral n'est pas seulement le r&#233;sultat dans la pens&#233;e d'une totalit&#233; concr&#232;te de travaux. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de tel travail d&#233;termin&#233; correspond &#224; une forme de soci&#233;t&#233; dans laquelle les individus passent avec facilit&#233; d'un travail &#224; l'autre et dans laquelle le genre pr&#233;cis de travail est pour eux fortuit, donc indiff&#233;rent. L&#224; le travail est devenu non seulement sur le plan des cat&#233;gories, mais dans la r&#233;alit&#233; m&#234;me, un moyen de cr&#233;er la richesse en g&#233;n&#233;ral et a cess&#233;, en tant que d&#233;termination, de ne faire qu'un avec les individus, sous quelque aspect particulier. Cet &#233;tat de choses a atteint son plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement dans la forme d'existence la plus moderne des soci&#233;t&#233;s bourgeoises, aux &#201;tats-Unis. C'est donc l&#224; seulement que l'abstraction de la cat&#233;gorie &#171; travail &#187;, &#171; travail en g&#233;n&#233;ral &#187;, travail &#171; sans phrase &#187; [12], point de d&#233;part de l'&#233;conomie moderne, devient v&#233;rit&#233; pratique. Ainsi l'abstraction la plus simple, que l'&#233;conomie politique moderne place au premier rang et qui exprime un rapport tr&#232;s ancien et valable pour toutes les formes de soci&#233;t&#233;, n'appara&#238;t pourtant sous cette forme abstraite comme v&#233;rit&#233; pratique qu'en tant que cat&#233;gorie de la soci&#233;t&#233; la plus moderne. On pourrait dire que cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'une forme d&#233;termin&#233;e de travail, qui se pr&#233;sente aux &#201;tats-Unis comme produit historique, appara&#238;t chez les Russes par exemple comme une disposition naturelle. Mais, d'une part, quelle sacr&#233;e diff&#233;rence entre des barbares qui ont des disposi&#173;tions naturelles &#224; se laisser employer &#224; tous les travaux et des civilis&#233;s qui s'y emploient eux-m&#234;mes. Et, d'autre part, chez les Russes, &#224; cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un travail d&#233;termin&#233; correspond dans la pratique leur assujettissement traditionnel &#224; un travail bien d&#233;termin&#233;, auquel ne peuvent les arracher que des influences ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple du travail montre d'une fa&#231;on frappante que m&#234;me les cat&#233;gories les plus abstraites, bien que valables - pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de leur nature abstraite - pour toutes les &#233;poques, n'en sont pas moins sous la forme d&#233;termin&#233;e de cette abstraction m&#234;me le produit de conditions historiques et ne restent pleinement valables que pour ces conditions et dans le cadre de celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; bourgeoise est l'organisation historique de la production la plus d&#233;velopp&#233;e et la plus vari&#233;e qui soit. De ce fait, les cat&#233;gories qui expriment les rapports de cette soci&#233;t&#233; et qui permettent d'en comprendre la structure permettent en m&#234;me temps de se rendre compte de la structure et des rapports de production de toutes les formes de soci&#233;t&#233; disparues avec les d&#233;bris et les &#233;l&#233;ments desquelles elle s'est &#233;difi&#233;e, dont certains vestiges, partiellement non encore d&#233;pass&#233;s, continuent &#224; subsister en elle, et dont certains simples signes, en se d&#233;velop&#173;pant, ont pris toute leur signification, etc. L'anatomie de l'homme est la clef de l'anatomie du singe. Dans les esp&#232;ces animales inf&#233;rieures, on ne peut comprendre les signes annonciateurs d'une forme sup&#233;rieure que lorsque la forme sup&#233;rieure est elle-m&#234;me d&#233;j&#224; connue. Ainsi l'&#233;conomie bourgeoise nous donne la clef de l'&#233;conomie antique, etc. Mais nullement &#224; la mani&#232;re des &#233;conomistes qui effacent toutes les diff&#233;rences historiques et voient dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; celles de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. On peut comprendre le tribut, la d&#238;me, etc., quand on conna&#238;t la rente fonci&#232;re. Mais il ne faut pas les identifier. Comme, de plus, la soci&#233;t&#233; bourgeoise n'est elle-m&#234;me qu'une forme antith&#233;tique du d&#233;veloppement historique, il est des rapports appartenant &#224; des formes de soci&#233;t&#233; ant&#233;rieures que l'on pourra ne rencon&#173;trer en elle que tout &#224; fait &#233;tiol&#233;s, ou m&#234;me travestis. Par exemple, la propri&#233;t&#233; communale. Si donc il est vrai que les cat&#233;gories de l'&#233;conomie bourgeoise poss&#232;dent une certaine v&#233;rit&#233; valable pour toutes les autres formes de soci&#233;t&#233;, cela ne peut &#234;tre admis que cum grano, salis [avec un grain de sel]. Elles peuvent receler ces formes d&#233;velopp&#233;es, &#233;tiol&#233;es, caricatur&#233;es, etc., mais toujours avec une diff&#233;rence essentielle. Ce que l'on appelle d&#233;veloppement histori&#173;que repose somme toute sur le fait que la derni&#232;re forme consid&#232;re les formes pass&#233;es comme des &#233;tapes menant &#224; son propre degr&#233; de d&#233;veloppement, et, comme elle est rarement capable, et ceci seulement dans des conditions bien d&#233;termin&#233;es, de faire sa propre critique - il n'est naturellement pas question ici des p&#233;riodes historiques qui se consid&#232;rent elles-m&#234;mes comme des &#233;poques de d&#233;cadence - elle les con&#231;oit toujours sous un aspect unilat&#233;ral. La religion chr&#233;tienne n'a &#233;t&#233; capable d'aider &#224; comprendre objectivement les mythologies ant&#233;rieures qu'apr&#232;s avoir achev&#233; jusqu'&#224; un certain degr&#233;, pour ainsi dire [...] [virtuellement], sa propre critique. De m&#234;me l'&#233;conomie politique bourgeoise ne parvint &#224; comprendre les soci&#233;t&#233;s f&#233;odales, antiques, orientales que du jour o&#249; eut commenc&#233; l'autocri&#173;ti&#173;que de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Pour autant que l'&#233;conomie politique bourgeoise, cr&#233;ant une nouvelle mythologie, ne s'est pas purement et simplement identifi&#233;e au pass&#233;, sa critique des soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures, en particulier de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, contre laquelle elle avait encore &#224; lutter directement, a ressembl&#233; &#224; la critique du paganisme par le christianisme, ou encore &#224; celle du catholicisme par le protestantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que dans toute science historique ou sociale en g&#233;n&#233;ral, il ne faut jamais oublier, &#224; propos de la marche des cat&#233;gories &#233;conomiques, que le sujet, ici la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, est donn&#233;, aussi bien dans la r&#233;alit&#233; que dans le cerveau, que les cat&#233;go&#173;ries expriment donc des formes d'existence, des conditions d'existence d&#233;termin&#233;es, souvent de simples aspects particuliers de cette soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e, de ce sujet, et que par cons&#233;quent cette soci&#233;t&#233; ne commence nullement &#224; exister, du point de vue scientifique aussi, &#224; partir du moment seulement o&#249; il est question d'elle en tant que telle. C'est une r&#232;gle &#224; retenir, car elle fournit des indications d&#233;cisives pour le choix du plan &#224; adopter. Rien ne semble plus naturel, par exemple, que de commencer par la rente fonci&#232;re, par la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, &#233;tant donn&#233; qu'elle est li&#233;e &#224; la terre, source de toute production et de toute existence, et par elle &#224; la premi&#232;re forme de production de toute soci&#233;t&#233; parvenue &#224; une certaine stabilit&#233; - &#224; l'agri&#173;culture. Or rien ne serait plus erron&#233;. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233;, c'est une produc&#173;tion d&#233;termin&#233;e et les rapports engendr&#233;s par elle qui assignent &#224; toutes les autres productions et aux rapports engendr&#233;s par celles-ci leur rang et leur importance. C'est comme un &#233;clairage g&#233;n&#233;ral o&#249; sont plong&#233;es toutes les couleurs et qui en modifie les tonalit&#233;s particuli&#232;res. C'est comme un &#233;ther particulier qui d&#233;termine le poids sp&#233;cifique de toutes les formes d'existence qui y font saillie. Voici, par exemple, des peuples de bergers. (De simples peuples de chasseurs et de p&#234;cheurs sont en de&#231;&#224; du point o&#249; commence le v&#233;ritable d&#233;veloppement.) Chez eux appara&#238;t une certaine forme d'agriculture, une forme sporadique. C'est ce qui d&#233;termine chez eux la forme de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. C'est une propri&#233;t&#233; collective et elle conserve plus ou moins cette forme selon que ces peuples restent plus ou moins attach&#233;s &#224; leur tradition : exemple, la propri&#233;t&#233; communale des Slaves. Chez les peuples &#224; agriculture solidement implant&#233;e - cette implanta&#173;tion constitue d&#233;j&#224; une &#233;tape importante - o&#249; pr&#233;domine cette forme de culture, comme dans les soci&#233;t&#233;s antiques et f&#233;odales, l'industrie elle-m&#234;me, ainsi que son organisation et les formes de propri&#233;t&#233; qui lui correspondent, a plus ou moins le caract&#232;re de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Ou bien l'industrie d&#233;pend compl&#232;tement de l'agriculture, comme chez les anciens Romains, ou bien, comme au moyen &#226;ge, elle imite &#224; la ville et dans ses rapports l'organisation rurale. Le capital lui-m&#234;me au moyen &#226;ge - dans la mesure o&#249; il ne s'agit pas purement de capital mon&#233;taire - a, sous la forme d'outillage de m&#233;tier traditionnel, etc., ce caract&#232;re de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, c'est l'inverse. L'agricul&#173;ture devient de plus en plus une simple branche de l'industrie et elle est enti&#232;rement domin&#233;e par le capital. Il en est de m&#234;me de la rente fonci&#232;re. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; o&#249; domine la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, le rapport avec la nature reste pr&#233;pond&#233;rant. Dans celles o&#249; domine le capital, c'est l'&#233;l&#233;ment social cr&#233;&#233; au cours de l'histoire qui pr&#233;vaut. On ne peut comprendre la rente fonci&#232;re sans le capital. Mais on peut comprendre le capital sans la rente fonci&#232;re. Le capital est la force &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise qui domine tout. Il constitue n&#233;cessairement le point de d&#233;part comme le point final et doit &#234;tre expliqu&#233; avant la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Apr&#232;s les avoir &#233;tudi&#233;s chacun en particulier, il faut examiner leur rapport r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait donc impossible et erron&#233; de ranger les cat&#233;gories &#233;conomiques dans l'ordre o&#249; elles ont &#233;t&#233; historiquement d&#233;terminantes. Leur ordre est au contraire d&#233;termin&#233; par les relations qui existent entre elles dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne et il est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'inverse de ce qui semble &#234;tre leur ordre naturel ou correspondre &#224; leur ordre de succession au cours de l'&#233;volution historique. Il ne s'agit pas de la relation qui s'&#233;tablit historiquement entre les rapports &#233;conomiques dans la succession des diff&#233;rentes formes de soci&#233;t&#233;. Encore moins de leur ordre de succession &#171; dans l'id&#233;e &#187; (Proudhon) (conception n&#233;buleuse du mouvement historique). Il s'agit de leur hi&#233;rarchie dans le cadre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat de puret&#233; (d&#233;termination abstraite) dans lequel apparurent dans le monde antique les peuples commer&#231;ants - Ph&#233;niciens, Carthaginois - est d&#233;termin&#233; par la pr&#233;dominance m&#234;me des peuples agriculteurs. Le capital en tant que capital commercial ou capital mon&#233;&#173;taire appara&#238;t pr&#233;cis&#233;ment sous cette forme abstraite l&#224; o&#249; le capital n'est pas encore l'&#233;l&#233;ment dominant des soci&#233;t&#233;s. Les Lombards, les Juifs occupent la m&#234;me position &#224; l'&#233;gard des soci&#233;t&#233;s du moyen &#226;ge pratiquant l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de la place diff&#233;rente qu'occupent ces m&#234;mes cat&#233;gories &#224; diff&#233;rents stades de la soci&#233;t&#233; : une des derni&#232;res formes de la soci&#233;t&#233; bourgeoise : les joint stock-companies [soci&#233;t&#233;s par actions]. Mais elles apparaissent aussi &#224; ses d&#233;buts dans les grandes compagnies de commerce privil&#233;gi&#233;es et jouissant d'un monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de richesse nationale lui-m&#234;me s'insinue chez les &#233;conomistes du XVIII&#176; si&#232;cle - l'id&#233;e subsiste encore en partie chez ceux du XVIII&#176; - sous cette forme ; la richesse est cr&#233;&#233;e pour l'&#201;tat seulement, mais la puissance de celui-ci se mesure &#224; cette richesse. C'&#233;tait l&#224; la forme encore inconsciemment hypocrite qui annonce l'id&#233;e faisant de la richesse elle-m&#234;me et de sa production le but final des &#201;tats modernes, consid&#233;r&#233;s alors uniquement comme moyens de produire la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan &#224; adopter doit manifestement &#234;tre le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. les d&#233;terminations abstraites g&#233;n&#233;rales, convenant donc plus ou moins &#224; toutes les formes de soci&#233;t&#233;, mais dans le sens expos&#233; plus haut ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. les cat&#233;gories constituant la structure interne de la soci&#233;t&#233; bourgeoise et sur lesquelles reposent les classes fondamentales. Capital, travail salari&#233;, propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Leurs rapports r&#233;ciproques. Ville et campagne. Les trois grandes classes sociales. L'&#233;change entre celles-ci. Circulation. Cr&#233;dit (priv&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Concentration de la soci&#233;t&#233; bourgeoise sous la forme de l'&#201;tat. Consid&#233;r&#233; dans sa relation avec lui-m&#234;me. Les classes &#171; improductives &#187;. Imp&#244;ts. Dette publique. Cr&#233;dit public. La population. Les colonies. &#201;migration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Rapports internationaux de production. Division internationale du travail. &#201;change international. Exportation et importation. Cours des changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le march&#233; mondial et les crises.&lt;br class='autobr' /&gt;
IV. Production. Moyens de production et rapports de production. Rapports de production et rapports de circulation. Formes de l'&#201;tat et de la conscience par rapport aux conditions de production et de circulation. Rapports juridiques. Rapports familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nota bene, en ce qui concerne des points &#224; mentionner ici et a ne pas oublier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La guerre d&#233;velopp&#233;e ant&#233;rieurement &#224; la paix : montrer comment par la guerre et dans les arm&#233;es, etc., certains rapports &#233;conomiques, comme le travail salari&#233;, le machinisme, etc., se sont d&#233;velopp&#233;s plus t&#244;t qu'&#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. De m&#234;me le rapport entre la force productive et les rapports de circulation particuli&#232;rement manifeste dans l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Rapport entre l'histoire id&#233;aliste telle qu'on l'a &#233;crite jusqu'ici et l'histoire r&#233;elle. En particulier celles qui se disent histoires de la civilisation, et qui sont toutes histoires de la religion et des &#201;tats [13]. (A cette occasion, on peut aussi parler des diff&#233;rents genres d'histoire &#233;crite jusqu'&#224; maintenant. L'histoire dite objective. La subjective (morale, etc.). La philosophique [14].)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Ph&#233;nom&#232;nes secondaires et tertiaires. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, rapports de production d&#233;riv&#233;s, transf&#233;r&#233;s, non originaux. Ici entr&#233;e en jeu de rapports internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Reproches au sujet du mat&#233;rialisme de cette conception. Rapport avec le mat&#233;rialisme naturaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Dialectique des concepts force productive (moyens de production) et rapports de production, dialectique dont les limites sont &#224; d&#233;terminer et qui ne supprime pas la diff&#233;rence r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Le rapport in&#233;gal entre le d&#233;veloppement de la production mat&#233;rielle et celui de la production artistique par exemple. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ne pas prendre l'id&#233;e de progr&#232;s sous la forme abstraite habituelle. Art moderne, etc. [15]. Cette disproportion est loin d'&#234;tre aussi importante, ni aussi difficile &#224; saisir que celle qui se produit &#224; l'int&#233;rieur des rapports sociaux pratiques. Par exemple, de la culture. Rapport des &#201;tats-Unis avec l'Europe [16]. Mais la vraie difficult&#233; &#224; discuter ici est celle-ci : comment les rapports de production, en prenant la forme de rapports juridiques, suivent un d&#233;veloppement in&#233;gal. Ainsi, par exemple, le rapport entre le droit priv&#233; romain (pour le droit criminel et le droit public c'est moins le cas) et la production moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Cette conception appara&#238;t comme un d&#233;veloppement n&#233;cessaire. Mais justification du hasard. Comment [17]. (La libert&#233; notamment aussi.) (Influence des moyens de communication. L'histoire universelle n'a pas toujours exist&#233; ; l'histoire consid&#233;r&#233;e comme histoire universelle est un r&#233;sultat [18].)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le point de d&#233;part naturellement dans les d&#233;terminations naturelles ; subjectivement et objectivement. Tribus, races, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Pour l'art, on sait que certaines &#233;poques de floraison artistique ne sont nullement en rapport avec le d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, ni par cons&#233;quent avec celui de sa base mat&#233;rielle, qui est pour ainsi dire l'ossature de son organisation. Par exemple les Grecs compar&#233;s aux modernes, ou encore Shakespeare. Pour certaines formes de l'art, l'&#233;pop&#233;e par exemple, il est m&#234;me reconnu qu'elles ne peuvent jamais &#234;tre produites dans la forme classique o&#249; elles font &#233;poque, d&#232;s que la production artistique appara&#238;t en tant que telle ; que donc, dans le domaine de l'art lui-m&#234;me, certaines de ses cr&#233;ations importantes ne sont possibles qu'&#224; un stade inf&#233;rieur du d&#233;veloppement artistique. Si cela est vrai du rapport des diff&#233;rents genres artistiques &#224; l'int&#233;rieur du domaine de l'art lui-m&#234;me, Il est d&#233;j&#224; moins surprenant que cela soit &#233;galement vrai du rapport du domaine artistique tout entier au d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;. La difficult&#233; ne r&#233;side que dans la mani&#232;re g&#233;n&#233;rale de saisir ces contradictions. D&#232;s qu'elles sont sp&#233;cifi&#233;es, elles sont par l&#224; m&#234;me expliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons, par exemple, le rapport de l'art grec d'abord, puis de l'art de Shakespeare avec notre temps. On sait que la mythologie grecque n'a pas &#233;t&#233; seulement l'arsenal de l'art grec, mais la terre m&#234;me qui l'a nourri. La fa&#231;on de voir la nature et les rapports sociaux qui inspire l'imagination grecque et constitue de ce fait le fondement de [la mythologie [19]] grecque est-elle compatible avec les Selfactors [machines &#224; filer automatiques], les chemins de fer, les locomotives et le t&#233;l&#233;graphe &#233;lectrique ? Qu'est-ce que Vulcain aupr&#232;s de Roberts and Co, Jupiter aupr&#232;s du paratonnerre et Herm&#232;s aupr&#232;s du Cr&#233;dit mobilier ? Toute mythologie ma&#238;trise, domine les forces de la nature dans le domaine de l'imagination et par l'imagination et leur donne forme : elle dispara&#238;t donc quand ces forces sont domin&#233;es r&#233;ellement. Que devient Fama &#224; c&#244;t&#233; de Printing-house square [20] ? L'art grec suppose la mythologie grecque, c'est-&#224;-dire l'&#233;laboration artistique mais inconsciente de la nature et des formes sociales elles-m&#234;mes par l'imagination populaire. Ce sont l&#224; ses mat&#233;riaux. Ce qui ne veut pas dire n'importe quelle mythologie, c'est-&#224;-dire n'importe quelle &#233;laboration artistique inconsciente de la nature (ce mot sous-entendant ici tout ce qui est objectif, donc y compris la soci&#233;t&#233;). Jamais la mythologie &#233;gyptienne n'aurait pu fournir un terrain favorable &#224; l'&#233;closion de l'art grec. Mais il faut en tout cas une mythologie. Donc en aucun cas une soci&#233;t&#233; arriv&#233;e &#224; un stade de d&#233;veloppement excluant tout rapport mythologique avec la nature, tout rapport g&#233;n&#233;rateur de mythes, exigeant donc de l'artiste une imagination ind&#233;pendante de la mythologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, Achille est-il compatible avec la poudre et le plomb ? Ou, somme toute, l'Iliade avec la presse ou encore mieux la machine &#224; imprimer ? Est-ce que le chant, le po&#232;me &#233;pique, la Muse ne disparaissent pas n&#233;cessairement devant la barre du typographe, est-ce que ne s'&#233;vanouissent pas les conditions n&#233;cessaires de la po&#233;sie &#233;pique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la difficult&#233; n'est pas de comprendre que l'art grec et l'&#233;pop&#233;e sont li&#233;s &#224; certaines formes du d&#233;veloppement social. La difficult&#233; r&#233;side dans le fait qu'ils nous procurent encore une jouissance esth&#233;tique et qu'ils ont encore pour nous, &#224; certains &#233;gards, la valeur de normes et de mod&#232;les inaccessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme ne peut redevenir enfant, sous peine de tomber dans la pu&#233;rilit&#233;. Mais ne prend-il pas plaisir &#224; la na&#239;vet&#233; de l'enfant et, ayant acc&#233;d&#233; &#224; un niveau sup&#233;rieur, ne doit-il pas aspirer lui-m&#234;me &#224; reproduire sa v&#233;rit&#233; ? Dans la nature enfantine, chaque &#233;poque ne voit-elle pas revivre son propre caract&#232;re dans sa v&#233;rit&#233; naturelle ? Pourquoi l'enfance historique de l'humanit&#233;, l&#224; o&#249; elle a atteint son plus bel &#233;panouissement, pourquoi ce stade de d&#233;veloppement r&#233;volu &#224; jamais n'exercerait-il pas un charme &#233;ternel ? Il est des enfants mal &#233;lev&#233;s et des enfants qui prennent des airs de grandes personnes. Nombre de peuples de l'antiquit&#233; appartiennent &#224; cette cat&#233;gorie. Les Grecs &#233;taient des enfants normaux. Le charme qu'exerce sur nous leur art n'est pas en contradiction avec le caract&#232;re primitif de la soci&#233;t&#233; o&#249; il a grandi. Il en est bien plut&#244;t le produit et il est au contraire indissolublement li&#233; au fait que les conditions sociales insuffisamment m&#251;res o&#249; cet art est n&#233;, et o&#249; seulement il pouvait na&#238;tre, ne pourront jamais revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Animal politique. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Dans la version Kautsky : dans la consommation. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Addition de Kautsky &#224; l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Kautsky a lu tel Aufl&#245;sung (analyse) au lieu de Aufjassung (Conception). (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Cette phrase n'existe pas dans l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dans le texte de Kautsky : sert. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Dans le texte de Kautsky : d'individus isol&#233;s. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Restitu&#233; d'apr&#232;s l'original. Dans le texte de Kautsky : grade nur kombinierten gesellschaftsformen (pr&#233;cis&#233;ment &#224; des formes de soci&#233;t&#233; complexes seulement) au lieu de : grade einer kombinierten Gesellschaftsform. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Chez Kautsky ; l'ancienne histoire de la religion et des &#201;tats. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Les parenth&#232;ses dans l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Restitu&#233; d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Toute la ponctuation de ce passage, pleine d'erreurs dans le premier d&#233;chiffrage, est r&#233;tablie tel d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Restitu&#233; d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Parenth&#232;ses d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Dans l'original, le mot est sant&#233;. Nous reprenons le mot &#171; mythologie &#187; donn&#233; dans l'&#233;dition de Moscou (1939) et qui nous parait plus satisfaisant que le mot &#171; art &#187; de l'&#233;dition Kautsky. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Imprimerie du Times. (N. R.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Intervention des USA au V&#233;n&#233;zuela : Trump d&#233;guise une d&#233;route &#233;conomique en victoire ?</title>
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		<dc:creator>Alex</dc:creator>



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&lt;p&gt;Intervention des USA au V&#233;n&#233;zuela : Trump d&#233;guise une d&#233;route &#233;conomique en victoire ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qu'un grand g&#233;n&#233;ral ? Napol&#233;on a &#233;crit qu'on rencontre beaucoup de bon g&#233;n&#233;raux victorieux, mais qu'un grand g&#233;n&#233;ral est celui qui dans la d&#233;faite, parvient &#224; reculer en gardant la coh&#233;sion de son arm&#233;e, &#233;vitant la d&#233;bandade. &lt;br class='autobr' /&gt;
Remarquons que par avance, Napol&#233;on salut ainsi la politique du parti bolch&#233;vique qui en juillet 1917, parvint &#224; s'opposer &#224; l'insurrection ouvri&#232;re, faisant battre en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique84" rel="directory"&gt;5- L'&#233;conomie mondiale en route vers une nouvelle crise syst&#233;mique autrement d&#233;vastatrice que 1929&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Intervention des USA au V&#233;n&#233;zuela : Trump d&#233;guise une d&#233;route &#233;conomique en victoire ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'un grand g&#233;n&#233;ral ? Napol&#233;on a &#233;crit qu'on rencontre beaucoup de bon g&#233;n&#233;raux victorieux, mais qu'un grand g&#233;n&#233;ral est celui qui dans la d&#233;faite, parvient &#224; reculer en gardant la coh&#233;sion de son arm&#233;e, &#233;vitant la d&#233;bandade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons que par avance, Napol&#233;on salut ainsi la politique du parti bolch&#233;vique qui en juillet 1917, parvint &#224; s'opposer &#224; l'insurrection ouvri&#232;re, faisant battre en retraite le prol&#233;tariat de P&#233;trograd, pour mieux lancer &#224; l'assaut celui de toute la Russie en octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons &#224; notre sujet : Trump semble avoir remport&#233; une victoire le 1er janvier, par une op&#233;ration exemplaire, kidnappant le pr&#233;sident du V&#233;n&#233;zuela Maduro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vierges effarouch&#233;es d&#233;mocrates, anti-capitalistes ont pouss&#233; des cris d'indignation d&#233;mocrates, anticapitalistes : Trump a bafou&#233; le droit international, les droits du peuple V&#233;n&#233;zuelien ; c'est un durcissement de l'imp&#233;rialisme, la marche &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mis&#232;re des &#034;analyses&#034; de l'extr&#234;me-gauche opportuniste apparait dans leur ralliement &#224; toutes ces formules de la d&#233;mocratie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acte de Trump n'a rien d'exceptionnel, et n'est en soi pas le signe que l'on marche vers la guerre mondiale, car de telles interventions imp&#233;rialistes en Am&#233;rique du Sud datent de l'arriv&#233;e de Christophe Colomb en 1492. L'enl&#232;vement de Maduros est similaire &#224; un des nombreux &#233;pisode de la Fran&#231;afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les points suivants conduisent &#224; une interpr&#233;tation diff&#233;rente :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Ceux qui ont lu &#034;Les veines ouvertes de l'Am&#233;rique latine&#034; d'Eduardo Galleano, &#034;Week-end au Guatemala&#034; de M.-A. Asturias, &#034;Missing&#034; de Thomas Hauser, remarquent que l'op&#233;ration &#171; Absolute Resolve &#187; (bonne ann&#233;e 2026 aux v&#233;n&#233;zueliens dans le langage de la CIA) n'a rien de la violence des interventions de 1954, 1973 et autres : o&#249; sont les stades de prisonniers, les centres de torture, les officiers fran&#231;ais instructeurs etc. Les seules victimes semblent &#234;tre les gardes cubains du couple pr&#233;sidentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) US go home ! r&#233;p&#232;tent les &#034;anticapitalistes&#034;. Mais les Yankees sont repartis tout de suite ! Ils ont nettoy&#233; la chambre de Maduros et gracieusement offert une bouteille d'eau dans l'avion. Ils n'ont rien tent&#233; contre le r&#233;gime, &#233;cartant par avance l'opposition &#034;d&#233;mocratique&#034; pro-am&#233;ricaine symbolis&#233;e par la prix Nobel de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Certes, Trump le &#034;colonialiste&#034;, l'&#034;imp&#233;rialiste&#034; a affirm&#233; que le p&#233;trole v&#233;n&#233;zu&#233;lien &#233;tait d&#233;sormais am&#233;ricain. Il connait son m&#233;tier. Et certes c'est m&#233;chant, c'est un des 7 p&#233;ch&#233;s capitaux : l'envie. Mais au lieu de s'enflammer, les r&#233;volutionnaires devraient r&#233;fl&#233;chir. Car cette affirmation est en fait un revirement politique complet : &lt;strong&gt;le p&#233;trole v&#233;n&#233;zu&#233;lien ne sera donc dor&#233;navant plus sous embargo, puisqu'il a un passeport am&#233;ricain !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) L'appareil bonapartiste de type p&#233;roniste qui avait &#224; sa t&#234;te Chavez, puis Maduro, se r&#233;jouit sans doute : il pourra d&#233;sormais vendre son p&#233;trole. C'est peut-&#234;tre ce qui explique que la d&#233;fense anti-a&#233;rienne du V&#233;n&#233;zuela a &#233;t&#233; &#034;d&#233;branch&#233;e&#034; : le r&#233;gime du V&#233;n&#233;zu&#233;la a coop&#233;r&#233; avec la CIA. C'est un Etat bourgeois, qui n'a rien de r&#233;volutionnaire, sa coop&#233;ration occasionnelle avec l'imp&#233;rialisme est coh&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Le p&#233;trole du V&#233;n&#233;zuela est dit &#034;lourd&#034;. Or &#224; force de sanctions contre la Russie, l'Iran etc, les USA viennent &#224; manquer d'un tel p&#233;trole :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le Venezuela dispose des plus grandes r&#233;serves de p&#233;trole au monde, l'&#233;quivalent de 303 milliards de barils en 2023, selon l'Agence internationale de l'&#233;nergie, mais Caracas ne produit que 874.000 barils par jour : du p&#233;trole lourd ou extra-lourd venu de l'Or&#233;noque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, voisin du nord et premier producteur de p&#233;trole au monde, c'est du brut l&#233;ger qui est produit. Mais le pays dispose d'une concentration unique au monde d'une dizaine de raffineries, principalement situ&#233;es autour du Golfe du Mexique, sp&#233;cialis&#233;es pr&#233;cis&#233;ment dans le raffinage de p&#233;trole lourd essentiel pour toute une s&#233;rie d'usages industriels. Il sert notamment &#224; produire du diesel, des carburants industriels et des sous-produits comme le bitume, indispensable &#224; la construction des routes. C'est un p&#233;trole moins adapt&#233; &#224; la production d'essence, mais central pour l'appareil industriel am&#233;ricain. Mais cet or noir-l&#224; se trouve dans quelques pays seulement : Canada, Venezuela et Russie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des raffineries de p&#233;trole construites sur mesure au Venezuela&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ann&#233;es 1920 jusqu'aux nationalisations v&#233;n&#233;zu&#233;liennes de 1976 puis de 2007, le p&#233;trole du Venezuela a &#233;t&#233; largement exploit&#233; par des compagnies am&#233;ricaines. Les raffineries am&#233;ricaines ont donc &#233;t&#233; dimensionn&#233;es, techniquement et &#233;conomiquement, pour ce type de brut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1957, au sommet de ce syst&#232;me, les profits r&#233;alis&#233;s par les majors am&#233;ricaines au Venezuela sont colossaux rappelle l'&#233;conomiste Gabriel Zucman &#224; Mediapart : l'&#233;quivalent de 12% du revenu national v&#233;n&#233;zu&#233;lien est vers&#233; aux actionnaires am&#233;ricains, soit &#224; peu pr&#232;s autant que ce que touche la classe populaire du Venezuela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais depuis 2019 et l'embargo am&#233;ricain, Washington a d&#251; compenser l'absence de ce p&#233;trole lourd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis se sont tourn&#233;s massivement vers le Canada, dont le brut est tr&#232;s similaire. Aujourd'hui, environ 60% des importations am&#233;ricaines de p&#233;trole lourd proviennent du Canada. Le Canada est devenu le fournisseur dominant, presque incontournable. Mais ce p&#233;trole est plus cher, et il expose Washington &#224; une d&#233;pendance accrue vis-&#224;-vis de son voisin du nord. C'est l&#224; que le Venezuela redevient central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.rtbf.be/article/venezuela-canada-chine-la-bataille-du-petrole-lourd-qui-faconne-la-strategie-americaine-11656845&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.rtbf.be/article/venezuela-canada-chine-la-bataille-du-petrole-lourd-qui-faconne-la-strategie-americaine-11656845&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;6) Quoi qu'il en soit, les investissements chinois massifs sont en train de faire passer le V&#233;n&#233;zuela dans l'Empire russo-chinois. Trump est sur la d&#233;fensive, il d&#233;fend un de ses bijoux de famille contre les nouveaux riches. Le capital financier de type A-A' est sur la d&#233;fensive, alors que le capital industriel de type A-M-A' de l'imp&#233;rialisme chinois est en train de montrer que la doctrine Monroe est prise en d&#233;faut.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La pr&#233;tendue &#171; r&#233;volution de l'intelligence artificielle &#187;, rien d'autre qu'une nouvelle bulle sp&#233;culative...</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article9325</link>
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		<dc:date>2025-11-10T23:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La pr&#233;tendue &#171; r&#233;volution de l'intelligence artificielle &#187; n'est rien d'autre qu'une bulle sp&#233;culative mondiale &lt;br class='autobr' /&gt;
On nous vend la th&#232;se des robots plus intelligents et capables que les humains&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
https://matierevolution.fr/spip.php?article4772 &lt;br class='autobr' /&gt;
A l'inverse, on nous dit que c'est l'IA qui d&#233;truit la soci&#233;t&#233;&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7626 &lt;br class='autobr' /&gt;
La pr&#233;tendue &#171; r&#233;volution de l'intelligence artificielle &#187; n'est rien d'autre qu'une bulle sp&#233;culative mondiale visant &#224; absorber (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique84" rel="directory"&gt;5- L'&#233;conomie mondiale en route vers une nouvelle crise syst&#233;mique autrement d&#233;vastatrice que 1929&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_16782 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L275xH183/sans_titre-12-c2aa9.jpg?1782544205' width='275' height='183' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La pr&#233;tendue &#171; r&#233;volution de l'intelligence artificielle &#187; n'est rien d'autre qu'une bulle sp&#233;culative mondiale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On nous vend la th&#232;se des robots plus intelligents et capables que les humains&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article4772&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article4772&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse, on nous dit que c'est l'IA qui d&#233;truit la soci&#233;t&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7626&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7626&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;tendue &#171; r&#233;volution de l'intelligence artificielle &#187; n'est rien d'autre qu'une bulle sp&#233;culative mondiale visant &#224; absorber momentan&#233;ment le trop-plein des capitaux qui &#233;touffe mortellement le syst&#232;me capitaliste afin de faire durer un peu plus ce mort-vivant&#8230; Tous les &#233;conomistes et leurs m&#233;dias savent parfaitement que c'est une nouvelle bulle sp&#233;culative du type de l'ancienne &#171; bulle des technos &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.alternatives-economiques.fr/une-bulle-de-lia-point-declater/00116308&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.alternatives-economiques.fr/une-bulle-de-lia-point-declater/00116308&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/08/23/intelligence-artificielle-les-economistes-s-inquietent-d-un-risque-de-bulle-financiere_6634010_3234.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/08/23/intelligence-artificielle-les-economistes-s-inquietent-d-un-risque-de-bulle-financiere_6634010_3234.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lesnumeriques.com/intelligence-artificielle/ce-sera-vraiment-catastrophique-l-inquietude-sur-la-bulle-ia-se-propage-de-wall-street-a-la-silicon-valley-n243912.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lesnumeriques.com/intelligence-artificielle/ce-sera-vraiment-catastrophique-l-inquietude-sur-la-bulle-ia-se-propage-de-wall-street-a-la-silicon-valley-n243912.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.alternatives-economiques.fr/une-bulle-de-lia-point-declater/00116308&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.alternatives-economiques.fr/une-bulle-de-lia-point-declater/00116308&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://intelligence-artificielle.developpez.com/actu/376050/-Il-n-existe-pas-une-bulle-unique-de-l-IA-mais-trois-dynamiques-distinctes-qui-coexistent-la-bulle-speculative-la-bulle-d-infrastructure-et-les-promesses-irrealistes-selon-une-analyse/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://intelligence-artificielle.developpez.com/actu/376050/-Il-n-existe-pas-une-bulle-unique-de-l-IA-mais-trois-dynamiques-distinctes-qui-coexistent-la-bulle-speculative-la-bulle-d-infrastructure-et-les-promesses-irrealistes-selon-une-analyse/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.01net.com/actualites/boom-de-lia-des-centaines-de-milliards-de-dollars-au-service-dune-bulle-speculative-des-economistes-sinquietent.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.01net.com/actualites/boom-de-lia-des-centaines-de-milliards-de-dollars-au-service-dune-bulle-speculative-des-economistes-sinquietent.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, une bonne partie du grand public croit encore &#224; la th&#232;se m&#233;diatique et gouvernementale selon laquelle on assisterait &#224; une nouvelle r&#233;volution technologique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7981&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7981&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression &#171; intelligence &#187; artificielle est d&#233;j&#224; un premier mensonge pour une op&#233;ration qui en comporte de nombreux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ladn.eu/archives/powering-people/intelligence-artificielle-existe-pas/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ladn.eu/archives/powering-people/intelligence-artificielle-existe-pas/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.veonum.com/lillusion-de-lintelligence-artificielle-ce-que-lia-nous-fait-croire-et-pourquoi-cest-fascinant/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.veonum.com/lillusion-de-lintelligence-artificielle-ce-que-lia-nous-fait-croire-et-pourquoi-cest-fascinant/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.comechezwouam.com/docs/IA.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.comechezwouam.com/docs/IA.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le fond, elle n'est m&#234;me pas nouvelle et encore moins r&#233;volutionnaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://musees.isere.fr/expo/musee-dauphinois-vaucanson-lhomme-artificiel&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://musees.isere.fr/expo/musee-dauphinois-vaucanson-lhomme-artificiel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.automates-boites-musique.com/index.php?file=hisvaucanson&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.automates-boites-musique.com/index.php?file=hisvaucanson&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la robotisation informatique dite IA n'est pas une v&#233;ritable r&#233;volution technologique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://acculturation-numerique.fr/lintelligence-artificielle-est-elle-une-revolution/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://acculturation-numerique.fr/lintelligence-artificielle-est-elle-une-revolution/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord parce que terme est trompeur, qu'aucune technologie n'a repr&#233;sent&#233; en soi une r&#233;volution sociale et &#233;conomique, c'est-&#224;-dire un moteur de pouss&#233;e en avant global du monde. Le capitalisme n'est pas la technologie et la science n'est pas la technologie, pas plus la technologie des robots ou de l'IA que d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6203&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6203&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4517&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4517&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2697&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2697&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements parlent de &#171; r&#233;volution industrielle &#187; mais c'est pure propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.tresor.economie.gouv.fr/banque-assurance-finance/financer-la-iveme-revolution-industrielle&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.tresor.economie.gouv.fr/banque-assurance-finance/financer-la-iveme-revolution-industrielle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle mobilisation des capitaux pour la pr&#233;tendue r&#233;volution technologique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne m&#233;diatique mondiale &#224; grande &#233;chelle de l'intelligence artificielle n'a pas d'abord pour but d'enthousiasmer le public mais de mobiliser les capitaux&#8230; Elle vise d&#233;j&#224; 500 milliards de dollars !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.statista.com/infographie/33548/projection-du-chiffre-affaires-mondial-du-secteur-intelligence-artificielle-par-segment/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.statista.com/infographie/33548/projection-du-chiffre-affaires-mondial-du-secteur-intelligence-artificielle-par-segment/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en termes de profits, l'IA n'a pas fait ses preuves. C'est un investissement sp&#233;culatif en ce sens d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ideal-investisseur.fr/eco-politique/lintelligence-artificielle-trois-ans-aprs-chatgpt-un-paradoxe-conomique-32030.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ideal-investisseur.fr/eco-politique/lintelligence-artificielle-trois-ans-aprs-chatgpt-un-paradoxe-conomique-32030.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.duperrin.com/2025/07/02/lia-generative-est-elle-condamnee-a-ne-jamais-etre-rentable/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.duperrin.com/2025/07/02/lia-generative-est-elle-condamnee-a-ne-jamais-etre-rentable/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://trustmyscience.com/pdg-microsoft-ia-pas-prouve-valeur-economique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://trustmyscience.com/pdg-microsoft-ia-pas-prouve-valeur-economique/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette &#171; r&#233;volution technologique &#187; serait capable de redynamiser le syst&#232;me capitaliste ? Ou viserait seulement &#224; le faire durer&#8230; en versant une sp&#233;culation dans une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; que le manque relatif de possibilit&#233;s d'investissements productifs (par rapport &#224; la masse totale des capitaux sans cesse croissante), cet appel massif de capitaux que permet l'annonce (m&#234;me fallacieuse en grande partie) permet de diminuer d'autres masses sp&#233;culatives explosives comme celle des cryptomonnaies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.project-syndicate.org/onpoint/ai-crypto-bubbles-american-innovation-ecosystem-breaking-down-by-william-h-janeway-2025-08/french&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.project-syndicate.org/onpoint/ai-crypto-bubbles-american-innovation-ecosystem-breaking-down-by-william-h-janeway-2025-08/french&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel trop-plein de capitaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7478&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7478&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme la &#171; bulle des techno &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Bulle_Internet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Bulle_Internet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou la bulle des subprimes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_financi%C3%A8re_mondiale_de_2007-2008&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_financi%C3%A8re_mondiale_de_2007-2008&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie essaie de se redonner de l'espoir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/conjoncture/l-intelligence-artificielle-fait-repartir-de-l-avant-la-demande-d-electricite-20251014&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lefigaro.fr/conjoncture/l-intelligence-artificielle-fait-repartir-de-l-avant-la-demande-d-electricite-20251014&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IA : les promesses de paradis pourraient tourner au cauchemar&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.alternatives-economiques.fr/ia-promesses-de-paradis-pourraient-tourner-cauchemar/00116260&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.alternatives-economiques.fr/ia-promesses-de-paradis-pourraient-tourner-cauchemar/00116260&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne peut pas suffire pour relancer le syst&#232;me compl&#232;tement mort&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.org/spip.php?article9161&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.org/spip.php?article9161&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1747&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1747&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel de fonds de l'IA lanc&#233;e par les gouvernements n'est rien d'autre que l'&#233;quivalent d'un nouveau plan de sauvetage du capitalisme par les gouvernants, aussi impuissant que les pr&#233;c&#233;dents&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.org/spip.php?article6895&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.org/spip.php?article6895&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque sp&#233;culatif engendr&#233; peut &#234;tre l'occasion d'un nouvel effondrement du type 2007-2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://intelligence-artificielle.developpez.com/actu/370459/L-eclatement-de-la-bulle-de-l-IA-pourrait-aneantir-les-societes-de-capital-risque-de-la-Silicon-Valley-et-provoquer-la-chute-des-marches-publics-ainsi-qu-un-effondrement-de-l-economie-dans-son-ensemble/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://intelligence-artificielle.developpez.com/actu/370459/L-eclatement-de-la-bulle-de-l-IA-pourrait-aneantir-les-societes-de-capital-risque-de-la-Silicon-Valley-et-provoquer-la-chute-des-marches-publics-ainsi-qu-un-effondrement-de-l-economie-dans-son-ensemble/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion : l'IA ne sauvera pas le capitalisme moribond !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.frenchweb.fr/lia-enrichira-une-minorite-et-ruinera-tout-le-reste/453391&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.frenchweb.fr/lia-enrichira-une-minorite-et-ruinera-tout-le-reste/453391&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2105&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2105&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les circonstances font que l'explosion de la bulle IA marque la derni&#232;re chute du syst&#232;me, ce ne sera que la description des circonstances et pas la cause de l'effondrement qui, elle, reste li&#233;e au succ&#232;s historique de ce mode de production qui a atteint un tel niveau d'accumulation du capital qu'il n'est plus contenable dans le cadre d'un syst&#232;me d'exploitation et n&#233;cessite de passer au socialisme. Mais, l&#224;, ce n'est pas non plus l'IA qui fera le travail&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Toute science serait superflue s'il y avait co&#239;ncidence imm&#233;diate entre la forme ph&#233;nom&#233;nale et l'essence des choses, disait Karl Marx</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8840</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article8840</guid>
		<dc:date>2025-11-02T23:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Sciences</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Que voulait dire Marx quand il &#233;crivait dans &#171; Le Capital &#187;, Livre III : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Toute science serait superflue s'il y avait co&#239;ncidence imm&#233;diate entre la forme ph&#233;nom&#233;nale et l'essence des choses. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la phrase pr&#233;c&#233;demment cit&#233;e, Marx voulait dire d'abord que l'&#233;conomie appara&#238;t comme un &#233;change entre des objets (des marchandises) et que c'est, en fait, une relation sociale (entre des hommes). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il voulait dire ensuite que la nature de la marchandise n'est pas seulement celle d'un objet, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique71" rel="directory"&gt;2 - Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot245" rel="tag"&gt;Sciences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Que voulait dire Marx quand il &#233;crivait dans &#171; Le Capital &#187;, Livre III :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toute science serait superflue s'il y avait co&#239;ncidence imm&#233;diate entre la forme ph&#233;nom&#233;nale et l'essence des choses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la phrase pr&#233;c&#233;demment cit&#233;e, Marx voulait dire d'abord que l'&#233;conomie appara&#238;t comme un &#233;change entre des objets (des marchandises) et que c'est, en fait, une relation sociale (entre des hommes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il voulait dire ensuite que la nature de la marchandise n'est pas seulement celle d'un objet, contrairement aux apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il voulait dire encore que la nature de la classe des travailleurs n'&#233;tait pas seulement celle de personnes qui recherchent un travail aupr&#232;s d'autres qui lui proposent un travail. Leur nature n'apparaissait pas directement puisqu'elle r&#233;sultait d'un vol plus ancien, celui des moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il voulait dire enfin que la nature du capital, elle-m&#234;me, n'&#233;tait pas une &#233;vidence, qu'il ne s'agissait pas seulement d'une certaine somme d'argent, investi ou non, mais, l&#224; encore, d'une mani&#232;re bien particuli&#232;re d'investir cet argent en vue d'un profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature du profit capitaliste, elle non plus, n'apparaissait pas de fa&#231;on &#233;vidente mais, en comprenant que l'augmentation de capital ne provient pas fondamentalement de l'&#233;change, d'une bonne affaire commerciale (qui expliquerait qu'un capitaliste s'enrichisse aux d&#233;pens d'un autre mais pas que l'ensemble du capital augmente) mais de l'exploitation du travail humain (la plus-value &#233;tant du travail non pay&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre illusion s&#233;pare ou oppose diam&#233;tralement les rapports de distribution et les rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre erreur concerne les rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'illusion recouvre la transformation du capital-marchandise et du capital-argent en capital commercial&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le capital n'est pas une chose, c'est un syst&#232;me social de production bien d&#233;termin&#233;, appartenant &#224; un type historique particulier de la soci&#233;t&#233;, syst&#232;me qui se manifeste dans un objet auquel il imprime un caract&#232;re social sp&#233;cifique &#187;, Karl Marx, Le Capital, Livre III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre III du Capital, Karl Marx distingue en premier lieu deux traits caract&#233;ristiques fondamentaux pour d&#233;crire le capital :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) il produit des marchandises. Ce qui le distingue des autres modes de production. Le caract&#232;re dominant et d&#233;cisif de cette production est d'&#234;tre une production de marchandises. Cela implique en premier lieu que l'ouvrier lui-m&#234;me appara&#238;t uniquement comme vendeur de marchandises et, partant, comme ouvrier salari&#233; libre, donc que le travail appara&#238;t essentiellement en tant que travail salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) La production de la plus-value est son but direct et son mobile d&#233;terminant. Le capital produit essentiellement du capital, mais il ne le fait que dans la mesure o&#249; il produit de la plus-value. La production en vue de la valeur et de la plus-value implique la tendance toujours manifeste &#224; r&#233;duire en toutes circonstances au-dessous de la moyenne sociale le temps de travail n&#233;cessaire &#224; la production d'une marchandise, autrement dit sa valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) La tendance &#224; r&#233;duire le co&#251;t de production &#224; son minimum devient le principal levier de l'accroissement de la productivit&#233; sociale du travail mais cet accroissement se manifeste ici uniquement comme accroissement constant de la productivit&#233; du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur est le rapport renvers&#233; de la force de travail &#224; elle-m&#234;me. Est source de valeur ce qui contribue &#224; la reproduction de la force de travail. En tant que processus de valorisation, la valeur dans son ensemble est d&#233;termin&#233;e quantitativement par le temps de reproduction n&#233;cessaire &#224; l'&#233;chelle de l'ensemble des forces productives, et qualitativement par sa contribution &#224; la reproduction &#233;largie des forces productives.&lt;br class='autobr' /&gt;
La reproduction est le renouvellement constant du processus de production. La reproduction simple est le renouvellement de la production sous un volume constant. La reproduction &#233;largie signifie que la production se renouvelle dans un volume accru. C'est par l'exploitation du prol&#233;tariat que le capital grandit et, qu'en m&#234;me temps, les rapports de production capitalistes se reproduisent sur une base &#233;largie.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'accumulation du capital est la source de la reproduction &#233;largie. L'accumulation est l'addition au capital d'une partie de la plus-value sous forme d'investissements, visant &#224; l'accroissement de la production : achat de moyens de production et embauche de main-d'&#339;uvre suppl&#233;mentaires (augmentation des forces productives). L'accumulation capitaliste aboutit &#224; une &#233;l&#233;vation de la composition organique du capital.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au centre des rapports sociaux de production se trouve la marchandise, laquelle poss&#232;de une valeur d'usage et une valeur d'&#233;change. La valeur d'usage correspond &#224; l'utilit&#233; et &#224; la satisfaction d'un besoin. La valeur d'&#233;change est mesur&#233;e par le travail humain n&#233;cessaire &#224; la production. Le co&#251;t de la force de travail est le d&#233;nominateur commun des &#233;changes marchands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx expose simplement, mais dialectiquement, ce qu'est le capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4208&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4208&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique de l'&#233;conomie capitaliste, telle que l'a expos&#233;e Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettres sur &#171; Le Capital &#187; de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6451&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6451&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction &#224; la brochure &#171; Salaires, prix et profits &#187; de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5136&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5136&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le salariat sous le capitalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6491&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6491&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'accumulation du capital ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5811&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5811&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'&#233;conomie politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6622&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6622&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous citons ici le passage ici discut&#233; du Capital de Marx en entier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En r&#233;alit&#233; l'&#233;conomie vulgaire ne fait qu'interpr&#233;ter, syst&#233;matiser et justifier doctrinalement les conceptions bourgeoises des agents de la production. Il n'y a donc rien d'&#233;tonnant &#226; ce qu'elle ne soit pas frapp&#233;e par ces absurdes contradictions apparentes des manifestations des rapports &#233;conomiques - toute science serait superflue si l'apparence r&#233;pondait directement &#224; la nature des choses - et &#224; ce qu'elle trouve ces rapports d'autant plus compr&#233;hensibles qu'elle en saisit moins la connexion intime et que la conception vulgaire les admet plus facilement. Aussi ne se doute-t-elle pas le moins du monde que la trinit&#233; (Sol et sous-sol-Rente, Capital-Int&#233;r&#234;t, Travail-Salaire ou prix du travail) qui lui sert de point de d&#233;part, se compose de trois &#233;l&#233;ments &#224; premi&#232;re vue incompatibles. En effet, nous avons une valeur d'usage, le sol, qui n'a pas de valeur, accoupl&#233;e &#224; une valeur d'&#233;change, la rente : de sorte qu'un rapport social, consid&#233;r&#233; comme un objet, est mis en rapport avec la nature, c'est-&#224;-dire qu'on &#233;tablit un rap&#172;port entre deux grandeurs incommensurables. Puis vient Capital-Int&#233;r&#234;t. Si l'on consid&#232;re le capital comme une valeur d&#233;termin&#233;e repr&#233;sent&#233;e par de l'argent, il est prima facie absurde qu'une valeur ait plus de valeur qu'elle en a en r&#233;alit&#233;. Aucun terme interm&#233;diaire n'appara&#238;t dans l'expression Capital-Int&#233;r&#234;t, qui donne du capital la for&#172;mule la plus g&#233;n&#233;rale et par cela m&#234;me la moins explicite. Aussi l'&#233;conomie vulgaire pr&#233;f&#232;re-t-elle &#224; Capital-Int&#233;r&#234;t, qui attribue &#224; une valeur la qualit&#233; occulte de n'&#234;tre pas &#233;gale &#224; elle-m&#234;me, la formule Capital - Profit, qui r&#233;fl&#232;te avec plus de pr&#233;cision le rapport capitaliste. Et alors, poursuivie par la notion que 4 n'est pas &#233;gal &#224; 5 et qu'il n'est pas possi&#172;ble d'&#233;galer 100 &#224; 110 thalers, elle passe du capital-valeur au capital-mati&#232;re, aux machines, aux mati&#232;res premi&#232;res, &#224; la valeur d'usage du capital comme condition du fonc&#172;tionnement du travail. Mais en raisonnant ainsi elle abou&#172;tit, comme pour la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, &#224; une expression incommensurable, le rapport entre une valeur d'usage, un objet, et un rapport inh&#233;rent &#224; une production sociale d&#233;ter&#172;min&#233;e, la plus-value. Et une fois arriv&#233;e dans le domaine de l'incommensurable, elle trouve que tout est &#233;clairci et qu'il n'y a pas lieu d'aller plus loin ; le &#171; Rationel &#187; de la con&#172;ception bourgeoise est atteint. Vient enfin Travail-Salaire, prix du travail, expression qui, ainsi que nous l'avons mon&#172;tr&#233; dans notre premier volume, contredit &#224; premi&#232;re vue &#224; la notion de la valeur et &#224; celle du prix, qui n'est en g&#233;n&#233;ral qu'une expression d&#233;termin&#233;e de la valeur. Il est &#233;videmment absurde de parler du &#171; prix du travail &#187; ; mais ici l'&#233;conomiste vulgaire est tout &#224; fait satisfait, car il est d'accord avec la conviction profonde du bourgeois qui se figure qu'il paie de l'argent pour le travail, et la contradiction entre la formule et la notion de la valeur le dispense de l'obligation de comprendre cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que le proc&#232;s de production capitaliste est une forme historiquement d&#233;termin&#233;e du proc&#232;s de production sociale en g&#233;n&#233;ral. Ce dernier est autant un proc&#232;s de production des conditions mat&#233;rielles de la vie humaine qu'un proc&#232;s (en voie d'&#233;volution) de production et de reproduction des conditions m&#234;mes de la production, c'est-&#224;-dire de la forme sociale &#233;conomique qui y correspond. En effet, l'ensemble des rapports que les agents de la production ont entre eux et avec la nature constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Comme dans tous les syst&#232;mes qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, le proc&#232;s de production capitaliste se d&#233;roule dans des conditions mat&#233;rielles d&#233;termin&#233;es, qui r&#232;glent en m&#234;me temps les rapports sociaux de la vie de ceux qui y participent. Ces conditions comme ces rapports sont &#224; la fois des facteurs et des r&#233;sultats de la production capitaliste, qui les produit et les reproduit. Nous avons vu ensuite que, durant le proc&#232;s social de production qui lui est ad&#233;quat, le capital extrait une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de surtravail du producteur imm&#233;diat, surtravail dont il ne paie pas l'&#233;quivalent et qui, de par son essence, est du travail forc&#233;, bien qu'il semble &#234;tre le r&#233;sultat d'un contrat librement consenti. Ce surtravail rev&#234;t la forme d'une plus-value, qui existe &#224; l'&#233;tat d'un surproduit. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le surtravail, le travail en quantit&#233; plus consid&#233;rable que ne l'exigent les besoins, est in&#233;vitable dans toutes les organisations ; mais dans la soci&#233;t&#233; capitaliste comme dans l'esclavage il repose sur un antagonisme, sur l'oisivet&#233; d'une partie de la soci&#233;t&#233;. Une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de surtravail est n&#233;cessaire pour l'assurance contre les accidents et l'extension progressive et in&#233;vitable du proc&#232;s de production - ce qui constitue l'accumulation dans la soci&#233;t&#233; capitaliste - sous l'action du d&#233;veloppement des besoins et de l'augmentation de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme contribue au progr&#232;s de la civilisation en ce qu'il extrait ce surtravail par des proc&#233;d&#233;s et sous des formes qui sont plus favorables que ceux des syst&#232;mes pr&#233;c&#233;dents (esclavage, servage, etc.) au d&#233;veloppement des forces productives, &#224; l'extension des rapports sociaux et &#224; l'&#233;closion des facteurs d'une culture sup&#233;rieure. Il pr&#233;&#172;pare ainsi une forme sociale plus &#233;lev&#233;e, dans laquelle l'une des parties de la soci&#233;t&#233; ne jouira plus, au d&#233;triment de l'autre, du pouvoir et du monopole du d&#233;veloppement social, avec les avantages mat&#233;riels et intellectuels qui s'y rattachent, et dans laquelle le sutravail aura pour effet la r&#233;duction du temps consacr&#233; au travail mat&#233;riel en g&#233;n&#233;&#172;ral. Lorsque le travail n&#233;cessaire et le surtravail sont l'un et l'autre &#233;gaux &#224; 3, la journ&#233;e de travail est &#233;gale &#224; 6 et le taux du surtravail est de 100 %, tandis que le taux du surtravail n'est plus que de 33 &#8531; %, lorsque la journ&#233;e de travail est &#233;gale &#224; 12, et se d&#233;compose en 9 de tra&#172;vail n&#233;cessaire et 3 de surtravail. Or c'est la productivit&#233; du travail qui d&#233;termine la quantit&#233; de valeurs d'usage qui peut &#234;tre produite dans un temps d&#233;termin&#233; de travail n&#233;cessaire et de surtravail. La richesse effective de la soci&#233;t&#233; et la possibilit&#233; d'une extension continue du proc&#232;s de reproduction d&#233;pendent donc, non de la longueur, mais de la productivit&#233; du surtravail et des conditions plus ou moins favorables dans lesquelles il est ex&#233;cut&#233;. Le r&#232;gne de la libert&#233; ne commence en fait que l&#224; o&#249; cesse le tra&#172;vail impos&#233; par la n&#233;cessit&#233; et les consid&#233;rations ext&#233;rieu&#172;res ; de par la nature des choses, il existe donc au-del&#224; de la sph&#232;re de la production mat&#233;rielle proprement dite. La lutte du sauvage contre la nature pour la satisfaction de ses besoins, la conservation et la reproduction de son existence, s'&#233;tend &#224; l'homme civilise, quels que soient la forme de la soci&#233;t&#233; et le syst&#232;me de la production. A mesure que l'homme se civilise, s'&#233;tendent le cercle de ses besoins et son asservissement &#224; la nature, mais en m&#234;me temps se d&#233;veloppent les forces productives qui lui permettent de s'en affranchir. A ce point de vue la libert&#233; ne peut &#234;tre conquise que pour autant que les hommes socialis&#233;s, devenus des producteurs associ&#233;s, combinent rationnellement et contr&#244;lent leurs &#233;changes de mati&#232;re avec la nature, de mani&#232;re &#224; les r&#233;aliser avec la moindre d&#233;pense de force et dans les conditions les plus dignes et les plus conformes &#224; la nature humaine. Sans cela le joug de la n&#233;cessit&#233; ne cessera de peser sur eux et ils ne conna&#238;tront pas le vrai r&#233;gime de la libert&#233;, dans lequel le d&#233;veloppement de leurs forces se fera exclusivement pour eux. La condition fondamentale de, cette situation est le raccourcissement de la journ&#233;e de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on fait abstraction des irr&#233;gularit&#233;s accidentelles de la r&#233;partition pour ne consid&#233;rer que l'action g&#233;n&#233;rale de la loi, on voit que dans la soci&#233;t&#233; capitaliste la plus-value ou le surproduit se partage comme un dividende entre les capitalistes au prorata de la fraction de capital social que chacun poss&#232;de. Elle est repr&#233;sent&#233;e par le profit moyen, qui se subdivise en profit d'entreprise et int&#233;r&#234;t, et tombe ainsi en partage &#224; deux cat&#233;gories distinctes de capitalistes. Mais la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re intervient pour limiter la part de la plus-value que peut s'approprier le capital ; car de m&#234;me que le capitaliste pr&#233;l&#232;ve sur l'ouvrier le surtravail et la plus-value sous forme de profit, de m&#234;me le propri&#233;taire foncier enl&#232;ve au capitaliste une partie de cette plus-value, qui constitue la rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous parlons du profit, de la part de la plus-value qui tombe en partage au capital, nous pensons donc au profit moyen (le profit d'entreprise + l'int&#233;r&#234;t), c'est-&#224;-dire &#224; ce qui reste du profit total lorsque la rente en a &#233;t&#233; d&#233;duite. Le profit du capital et la rente fonci&#232;re ne sont donc que les deux parties dans lesquelles se d&#233;compose la plus-value, et il n'y a entre eux que cette diff&#233;rence que l'une repr&#233;sente la part du propri&#233;taire foncier et l'autre, la part du capitaliste. C'est le capital qui extrait directement des ouvriers le surtravail (qui devient la plus-value et le surproduit) et &#224; ce point de vue il doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le producteur de la plus-value. Quant &#224; la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, elle reste en dehors du proc&#232;s r&#233;el de production, et son r&#244;le se borne &#224; s'annexer une partie de la plus-value pr&#233;lev&#233;e par le capital. Il n'en r&#233;sulte pas cependant que le propri&#233;taire foncier reste &#233;tranger au proc&#232;s capitaliste de production ; il y joue un r&#244;le, et ce r&#244;le r&#233;sulte, non de ce qu'il exerce une pression sur le capital ou de ce que la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, qui exproprie les travailleurs de leurs moyens de travail, est une pr&#233;mice et une condition de la production capitaliste, mais de ce qu'il personnifie un des &#233;l&#233;ments essentiels de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin vient l'ouvrier qui, en sa qualit&#233; de propri&#233;taire et de vendeur de sa force de travail, re&#231;oit sous le nom de salaire une part du produit, &#233;quivalente &#224; la fraction de son travail que nous appelons le travail n&#233;cessaire et devant servir &#224; sa conservation et &#224; sa reproduction quelque ais&#233;e ou quelque mis&#233;rable que soit son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque disparates que puissent para&#238;tre les rapports du capital, de la terre et du travail, ils ont cependant quelque chose de commun. Bon an, mal an, le capital produit du profit pour le capitaliste, la, terre fournit de la rente au propri&#233;taire et la force de travail - dans des conditions normales et aussi longtemps qu'elle peut &#234;tre utilis&#233;e - rapporte du salaire &#224; l'ouvrier. Ces trois parties de la valeur produite annuellement et les fractions du produit annuel qui les repr&#233;sentent, peuvent &#234;tre d&#233;pens&#233;es - nous faisons abstraction de l'accumulation - ann&#233;e par ann&#233;e, sans que la source de leur reproduction tarisse. Ils repr&#233;sentent les fruits annuels d'un arbre perp&#233;tuel ou plut&#244;t de trois arbres, les revenus de trois classes - capitalistes, propri&#233;taires, ouvriers - dont la r&#233;partition est faite par le capitaliste producteur, qui met le travail en &#339;uvre et pr&#233;l&#232;ve directement la plus-value. Le capital, la terre et la force de travail ou plut&#244;t le travail sont pour le capitaliste, le propri&#233;taire et l'ouvrier les trois sources de leurs revenus sp&#233;cifiques, le profit, la rente et le salaire. En effet, pour le capitaliste, le capital est une pompe qui aspire sans cesse de la plus-value, pour le propri&#233;taire, la terre est un aimant qui attire continuellement une partie de la plus-value, et pour l'ouvrier, le travail est un moyen &#224; action ininterrompue d'obtenir une partie de la valeur qu'il cr&#233;e, c'est-&#224;-dire le salaire qui doit le faire vivre. En outre ce sont le capital, la terre et le travail qui assignent respectivement la forme de profit, rente et salaire aux trois parties de la valeur et du produit du travail annuel, et en font par cette transformation les revenus des capitalistes, des propri&#233;taires et des ouvriers. Alors que la r&#233;partition doit avoir pour point de d&#233;part la valeur du produit annuel (qui n'est que du travail social mat&#233;rialis&#233;), les choses se pr&#233;sentent d'une mani&#232;re oppos&#233;e dans l'esprit des agents de la production. Le capital, la terre et le travail leur apparaissent comme trois sources ind&#233;pendantes, desquelles sortent trois parties distinctes du produit annuel et qui, par cons&#233;quent, n'interviennent pas seulement pour donner aux parties de la valeur annuellement produite les formes diff&#233;rentes sous lesquelles elles deviennent les revenus des agents de production, mais donnent naissance &#224; cette valeur elle-m&#234;me, la substance des revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s de la rente sont en rapport avec les in&#233;galit&#233;s de fertilit&#233; des terres et d&#233;pendent donc de propri&#233;t&#233;s qui ont leur source dans le sol. Il en est r&#233;ellement ainsi lorsqu'elles r&#233;sultent de diff&#233;rences entre les valeurs des produits des diff&#233;rentes terres. Mais lorsqu'elles d&#233;rivent de diff&#233;rences entre les valeurs du march&#233;, elles sont la cons&#233;quence d'une loi sociale bas&#233;e sur la concurrence et qui est ind&#233;pendante de la terre et de ses diff&#233;rents degr&#233;s de fertilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblerait que tout au moins &#171; Travail-Salaire &#187; devrait &#234;tre l'expression d'un rapport rationnel. Il n'en est ainsi pas plus que de &#171; Terre-Rente &#187;. Le travail, cr&#233;ateur de valeur et s'ext&#233;riosant dans la valeur des marchandises, n'a rien &#224; voir dans la r&#233;partition de cette valeur entre diff&#233;rentes cat&#233;gories, et le travail, caract&#233;ris&#233; socialement par le salaire, n'est pas cr&#233;ateur de valeur. Nous avons d&#233;montr&#233; pr&#233;c&#233;demment que le salaire, le prix du travail, est une expression irrationnelle de la valeur ou du prix de la force de travail, et que les conditions sociales d&#233;termin&#233;es dans lesquelles se fait la vente de la force de travail, sont compl&#232;tement ind&#233;pendantes du travail, agent g&#233;n&#233;ral de la production. Le travail s'objective dans la partie de la valeur de la marchandise qui, sous forme de salaire, constitue le prix de la force de travail ; il engendre cette partie au m&#234;me titre que les autres parties du produit, mais il ne s'objective ni plus, ni autrement dans cette partie que dans celles qui constituent la rente ou le profit. D'ailleurs lorsque nous consid&#233;rons le travail comme cr&#233;ateur de la valeur, nous ne l'envisageons pas sous sa forme concr&#232;te comme condition de la production, mais dans sa destination sociale, qui est diff&#233;rente de celle du travail salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me l'expression &#171; Capital-Profit &#187; est incorrecte. Lorsque l'on prend le capital dans la seule relation o&#249; il est producteur de plus-value, c'est-&#224;-dire dans son rapport avec la force de travail, dans lequel il extrait de la plus-value par la pression qu'il exerce sur l'ouvrier, on est amen&#233; &#224; consid&#233;rer la plus-value totale, c'est-&#224;-dire le profit (profit d'entreprise + int&#233;r&#234;t) et la rente. Or, dans l'expression &#171; Capital-Profit &#187;, il n'est en rapport qu'avec la partie de la plus-value qui repr&#233;sente le revenu du capitaliste, et toute relation s'efface encore davantage d&#232;s que l'expression prend la forme &#171; Capital-Int&#233;r&#234;t &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, si nous avons &#233;t&#233; amen&#233;s en premier lieu &#224; signaler le disparate des trois sources, nous sommes conduits maintenant &#224; constater que leurs produits, les revenus, appartiennent tous &#224; la m&#234;me sph&#232;re, celle de la valeur. Le rapport entre des grandeurs, non seulement incommensurables mais incomparables, a donc pu s'&#233;tablir, parce que l'on a envisag&#233; le capital, de m&#234;me que la terre, de m&#234;me que le travail, uniquement au point de vue mat&#233;riel, comme moyen de production, et que l'on a fait abstraction de ses rapports avec les travailleurs et de son existence comme valeur. Dans ce sens la formule Capital-Int&#233;r&#234;t (profit), Terre-Rente, Travail-Salaire, manque de co&#239;ncidence. En effet, pour ceux dont la conception est limit&#233;e par le cadre de la production capitaliste, le travail salari&#233; n'est pas une forme socialement d&#233;termin&#233;e du travail, mais tout travail est de par sa nature un travail salari&#233; ; il en r&#233;sulte que pour eux les formes sociales sp&#233;cifiques que les conditions mat&#233;rielles du travail - les moyens de production et la terre - rev&#234;tent par opposition au travail salari&#233;, se confondent avec la forme purement mat&#233;rielle de ces conditions de travail dans le proc&#232;s de production. La forme des conditions du travail au sein desquelles les moyens de travail se convertissent en capital et la terre en terre monopolis&#233;e, en propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, cette forme caract&#233;ristique d'une phase d&#233;termin&#233;e de l'histoire n'est pas distingu&#233;e par eux de la nature et de la fonction des moyens de production et de la terre dans le proc&#232;s de production en g&#233;n&#233;ral. A leurs yeux, ces moyens de production sont capital de par leur nature et le mot capital n'est que leur &#171; d&#233;nomination &#233;conomique &#187; ; la terre est de par sa nature la terre monopolis&#233;e par un nombre d&#233;termin&#233; de propri&#233;taires fonciers. Et de m&#234;me que dans le capital et sa personnification, le capitaliste, le produit devient une force autonome qui s'oppose au producteur, de m&#234;me le propri&#233;taire foncier personnifie le sol avec le sous-sol, et se dresse sur ses ergots pour r&#233;clamer, en tant que force autonome, sa part du produit qu'il a contribu&#233; &#224; obtenir ; de sorte que ce n'est pas la terre qui re&#231;oit la part du produit qui lui revient et qui est n&#233;cessaire pour la conservation et l'accroissement de sa productivit&#233;, mais le propri&#233;taire qui en trafique et la gaspille. Il est clair que le capital suppose le travail sous forme de travail salari&#233; ; mais il est tout aussi clair que si l'on admet comme &#233;vident que le travail salari&#233; est la forme du travail en g&#233;n&#233;ral, le capital et la terre monopolis&#233;e doivent se pr&#233;senter comme les formes naturelles des conditions du travail. D&#232;s lors le capital est la forme naturelle du moyen de production, la caract&#233;ristique de son &#233;tat et de sa fonction dans le proc&#232;s de travail : capital et moyen de production sont deux expressions identiques, de m&#234;me que terre et terre monopolis&#233;e par la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Le moyen de production, capital de par sa nature, devient ainsi la source du profit et la terre, la source de la rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail comme tel, consid&#233;r&#233; uniquement comme &#233;nergie productive, est rapport&#233; au moyen de production, consid&#233;r&#233; non au point de vue de son r&#244;le social, mais au point de vue de sa substance, et envisag&#233; &#224; la fois comme mati&#232;re sur laquelle agit le travail et comme moyen par lequel il s'exerce, constituant par cons&#233;quent deux valeurs d'usage distinctes, la terre &#233;tant un moyen de travail naturel et le moyen de production, un moyen de travail artificiel. D&#232;s que le travail est confondu avec le travail salari&#233;, la forme sociale d&#233;termin&#233;e que les moyens de travail rev&#234;tent par opposition au travail, se confond avec leur forme mat&#233;rielle ; le moyen de travail en lui-m&#234;me devient capital et la terre, propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. La forme sp&#233;ciale que les moyens de travail personnifi&#233;s affectent dans leur rapport avec le travail est alors une propri&#233;t&#233; ins&#233;parable de leur existence mat&#233;rielle, un caract&#232;re immanent, leur appartenant n&#233;cessairement en tant qu'&#233;l&#233;ments de production, et le caract&#232;re social qu'une phase d&#233;termin&#233;e de l'histoire leur assigne dans la production capitaliste devient un caract&#232;re mat&#233;riel qui leur est propre naturellement et pour ainsi dire de toute &#233;ternit&#233;. Les parts respectives que prennent au proc&#232;s de production, d'une part les moyens de production artificiels (mati&#232;res premi&#232;res, outils, machines, etc.) et d'autre part la terre, champ d'activit&#233; primordial du travail, empire des forces naturelles et arsenal spontan&#233; des moyens de travail, semblent alors s'exprimer par les parts respectives qui leur sont assign&#233;es comme capital et comme propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, parts qui sont distribu&#233;es &#224; leurs repr&#233;sentants sociaux sous forme de profit et de rente, de m&#234;me que le salaire constitue la part de l'ouvrier. La rente, le profit et le salaire semblent donc r&#233;sulter du r&#244;le que la terre, les moyens de production artificiels et le travail jouent dans le proc&#232;s de travail, m&#234;me si nous consid&#233;rons ce proc&#232;s comme se d&#233;roulant uniquement entre l'homme et la nature et si nous faisons abstraction de toute cause historique d&#233;terminante. Les m&#234;mes choses sont donc exprim&#233;es simplement sous une autre forme quand on dit : le produit, qui pour l'ouvrier salari&#233; repr&#233;sente le produit de son travail, son revenu, n'est que le salaire, la partie de la valeur (du produit social mesur&#233; par cette valeur) qui repr&#233;sente celui-ci. Mais par le fait, le travail salari&#233; est confondu avec le travail en g&#233;n&#233;ral, le salaire avec le produit du travail, et la partie de la valeur que le salaire repr&#233;sente avec la valeur cr&#233;&#233;e d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale par le travail. Et en m&#234;me temps les autres parties de la valeur, le profit et la rente, deviennent autonomes et doivent &#234;tre rapport&#233;es &#224; des sources sp&#233;cifiquement diff&#233;rentes et ind&#233;pendantes du travail ; elles doivent r&#233;sulter des autres facteurs de la production et tomber en partage aux agents qui poss&#232;dent ceux-ci, le profit r&#233;sultant des moyens de production, des &#233;l&#233;ments mat&#233;riels du capital, et la rente de la terre &#233;tant repr&#233;sent&#233;e par les propri&#233;taires fonciers on la nature (Roscher).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, le capital et le travail salari&#233; se transforment ainsi en trois sources de revenu, dont l'une, le capital, attribue au capitaliste une partie de la plus-value qu'il extrait du travail sous forme de profit, dont l'autre, le monopole de la terre, en assigne une autre partie sous forme de rente au propri&#233;taire foncier, et dont la troisi&#232;me, le travail, accorde &#224; l'ouvrier la derni&#232;re partie disponible de la valeur. Le capital, la rente fonci&#232;re et le travail salari&#233; deviennent donc les trois sources effectives des parties de la valeur existant respectivement sous forme de profit, de rente et de salaire -, ils sont le point de d&#233;part de la valeur du produit m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons montr&#233; pr&#233;c&#233;demment comment les cat&#233;gories les plus simples de la production capitaliste et m&#234;me de la production de marchandises, comment la marchandise et l'argent pr&#233;sentent un caract&#232;re myst&#233;rieux, qui transforme en propri&#233;t&#233;s de la marchandise les rapports sociaux dont les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels de la richesse sont simplement la base dans la production et qui fait m&#234;me une chose (l'argent) du rapport de la production. Toutes les formes sociales qui contribuent &#224; la production des marchandises et &#224; la circulation de l'argent sont englob&#233;es dans cette confusion, mais celle-ci est surtout profonde dans la production capitaliste et dans le capital, qui en est la cat&#233;gorie dominante et le facteur d&#233;terminant. Les choses se pr&#233;sentent encore sous un aspect simple, lorsque l'on consid&#232;re le capital, comme extracteur de plus-value, dans le proc&#232;s de production proprement dit ; dans ce cas leur encha&#238;nement peut encore &#234;tre saisi par l'intelligence des capitalistes, ainsi que le montre la lutte pour la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail. Et cependant m&#234;me dans la sph&#232;re du proc&#232;s imm&#233;diat entre le travail et le capital, cette simplicit&#233; est loin de se maintenir. A mesure que se d&#233;veloppent, au sein de la production capitaliste proprement dite, la plus-value relative et la productivit&#233; sociale du travail, les forces productives et leur encha&#238;nement social semblent transport&#233;s du domaine du travail dans celui du capital, et le capital devient un &#234;tre myst&#233;rieux auquel on rapporte et dont on fait provenir toutes les forces socialement productives du travail. Alors intervient le proc&#232;s de circulation, qui englobe dans ses transformations de mati&#232;re et ses modifications de formes toutes les parties du capital, m&#234;me celles du capital agricole et qui met &#224; l'arri&#232;re plan les conditions primitives de la production de la valeur. D&#233;j&#224; dans le proc&#232;s imm&#233;diat de production, le capitaliste est producteur de marchandise et dirigeant de la production de marchandises, et le proc&#232;s ne se d&#233;roule pas pour lui comme s'il devait exclusivement lui permettre d'extraire de la plus-value. Quelle que soit la quantit&#233; de celle-ci que le proc&#232;s de production incorpore &#224; la marchandise, le proc&#232;s de circulation doit intervenir pour assurer la vente du produit, et il en r&#233;sulte que la reconstitution, tant de la plus-value que de la valeur qu'il contient, semble non pas &#234;tre r&#233;alis&#233;e simplement, mais d&#233;termin&#233;e par le proc&#232;s de circulation. Cette apparence semble d'autant plus &#234;tre la r&#233;alit&#233; que d'une part le profit qui accompagne les op&#233;rations de vente d&#233;pend de la fraude, de la ruse, de la pratique des affaires, de l'habilet&#233; et des mille conjonctures du march&#233;, et que d'autre part un second facteur, le temps de circulation, fait sentir son action &#224; c&#244;t&#233; du temps de travail. Il est vrai que ce facteur intervient pour limiter la formation de valeur et de plus-value, mais Il semble agir aussi positivement que le travail et avoir sa source dans le capital. Dans le Livre II, nous n'avons &#233;tudi&#233; la sph&#232;re de circulation qu'au point de vue des changements de formes qu'elle provoque et de l'&#233;volution morphologique que le capital y subit. En r&#233;alit&#233; la circulation est le champ d'action de la concurrence, dans lequel le hasard joue le grand r&#244;le et o&#249; la loi immanente qui r&#232;gle ce jeu du hasard, ne peut &#234;tre d&#233;gag&#233;e que lorsque l'on consid&#232;re un grand nombre de cas, ce qui fait qu'elle &#233;chappe n&#233;cessairement &#224; l'observation et &#224; la compr&#233;hension des agents isol&#233;s de la production. En outre le proc&#232;s de production dans son ensemble, qui comprend la production proprement dite et la circulation, engendre de nouvelles formes, qui effacent de plus en plus les traces de la connexion intime des faits, qui font appara&#238;tre les facteurs de la production comme ind&#233;pendants l'un de l'autre et dans lesquelles les &#233;l&#233;ments de la valeur se figent de plus en plus comme formes autonomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que nous l'avons vu, la transformation de la plus-value en profit n'est pas plus d&#233;termin&#233;e par le proc&#232;s de circulation que par celui de production. Le profit est rapport&#233; non au capital variable qui engendre la plus-value mais au capital total, et son taux est r&#233;gi par des lois qui lui sont propres, si bien qu'il peut varier ind&#233;pendamment du taux de la plus-value. Tous ces faits dissimulent la nature vraie de la plus-value et cachent le ressort qui fait agir le capital, ce qui est d'autant plus facile que le profit se transforme en profit moyen et que la valeur devient le co&#251;t de production moyen, le prix r&#233;gulateur du march&#233;. Nous nous trouvons ainsi en pr&#233;sence d'un proc&#232;s social tr&#232;s compliqu&#233;, dans lequel les capitaux sont &#233;galis&#233;s, o&#249; les prix moyens des marchandises sont diff&#233;rents de leurs valeurs et o&#249; les profits moyens dans les diff&#233;rentes branches de production sont ind&#233;pendants de l'exploitation effective du travail dans chaque entreprise. Et c'est non seulement en apparence, niais bien r&#233;ellement que le prix moyen des marchandises n'est pas &#233;gal &#224; leur valeur et au travail qu'elles contiennent, et que le profit moyen d'un capital d&#233;termin&#233; est diff&#233;rent de la plus-value que ce capital a extrait des ouvriers qu'il a mis en oeuvre. La valeur de la marchandise n'appara&#238;t plus directement que dans la variation que communique au co&#251;t de production la variation de la productivit&#233; du travail, par cons&#233;quent dans le mouvement du co&#251;t de production et non &#224; sa limite. Le profit ne semble plus &#234;tre d&#233;termin&#233; qu'accessoirement par l'exploitation imm&#233;diate du travail, dans les seuls cas o&#249; cette exploitation permet &#224; un capitaliste de r&#233;aliser un profit diff&#233;rent du profit moyen. M&#234;me les profits moyens semblent avoir leur source dans le capital et &#234;tre ind&#233;pendants de l'exploitation, m&#234;me de l'exploitation anormale et de l'exploitation normale dans des conditions exceptionnellement favorables, qui ne paraissent capables d'autres influences que de provoquer des d&#233;viations des profits moyens. Enfin la subdivision du profit en profit d'entreprise et int&#233;r&#234;t - nous faisons abstraction des profits des commerces de marchandises et d'argent, qui, bas&#233;s sur la circulation, semblent r&#233;sulter exclusivement de celle-ci et &#234;tre &#233;trangers au proc&#232;s de production. - ach&#232;ve de donner &#224; la plus-value une forme autonome et ind&#233;pendante de sa substance et de son essence. D'un c&#244;t&#233;, une partie du profit s'affranchit totalement du rapport capitaliste et semble avoir pour origine le travail salari&#233; du capitaliste et non la fonction de celui-ci d'exploiter le travail des salari&#233;s ; de l'autre c&#244;t&#233;, se pr&#233;sente l'int&#233;r&#234;t, ind&#233;pendant en apparence du travail salari&#233; de l'ouvrier et du travail du capitaliste, semblant d&#233;couler d'une source qui lui est propre, le capital. Si &#224; la surface de la circulation le capital se pr&#233;sente comme un f&#233;tiche, communiquant &#224; la valeur la propri&#233;t&#233; d'engendrer de la valeur, il rev&#234;t, lorsqu'il devient capital productif d'int&#233;r&#234;ts, sa forme la plus &#233;trange et la plus caract&#233;ristique. Aussi le terme &#171; Capital-Int&#233;r&#234;t &#187; est beaucoup plus logique que &#171; Capital - Profit &#187; &#224; c&#244;t&#233; de &#171; Terre - Rente &#187; et &#171; Travail-Salaire &#187;, car le profit emporte in&#233;vitablement un souvenir de son origine, tandis que la rente, loin de rappeler celle-ci, se dresse en opposition avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin &#224; c&#244;t&#233; du capital, engendrant par lui-m&#234;me de la plus-value, vient se placer la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, assignant une limite au profit moyen et transf&#233;rant une partie de la plus-value &#224; une classe qui ne travaille pas elle-m&#234;me, qui n'exploite pas directement des travailleurs et qui ne peut m&#234;me pas, comme le capital productif d'int&#233;r&#234;ts, s'adresser cette consolation qu'elle court un risque ou s'impose une privation. La partie de la plus-value qui est ici en cause semble avoir pour point de d&#233;part, non des rapports sociaux, mais un &#233;l&#233;ment naturel, la terre. Par l&#224; s'ach&#232;ve la s&#233;paration des diff&#233;rentes parties de la plus-value ; leur connexion intime cesse d'exister et la source dont elles d&#233;coulent est compl&#232;tement dissimul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trinit&#233; &#233;conomique Capital-Profit ou mieux Capital - Int&#233;r&#234;t, Terre - Rente, Travail - Salaire, qui rapproche de leurs sources les parties constitutives de la valeur et de la richesse, ach&#232;ve la mystification de la production capitaliste, compl&#232;te l'objectivation des rapports sociaux et marque l'interd&#233;pendance des conditions mat&#233;rielles de la production et de leur r&#244;le historico-social. Elle est la formule de ce monde ensorcel&#233; et renvers&#233;, dans lequel Monsieur le Capital et Madame la Terre font les revenants et apparaissent tant&#244;t avec leurs caract&#232;res sociaux, tant&#244;t comme de simples objets. Le plus grand m&#233;rite de l'&#201;conomie classique est d'avoir ramen&#233; l'int&#233;r&#234;t et la rente &#224; la plus-value, en consid&#233;rant l'int&#233;r&#234;t comme une partie du profit et la rente comme un exc&#233;dent sur le profit moyen, d'avoir d&#233;crit le proc&#232;s de circulation comme ayant pour objet de simples changements de formes et d'avoir r&#233;duit au travail, dans le proc&#232;s de production proprement dite, la valeur et la plus-value des marchandises. Agissant ainsi elle a mis en &#233;vidence la fausse apparence des &#233;l&#233;ments sociaux de la richesse, la personnification des objets et l'objectivation des rapports de la production, cette religion de la vie de tous les jours. Cependant - il ne pouvait gu&#232;re en &#234;tre autrement dans le monde bourgeois - les meilleurs de ses &#233;crivains n'ont pas pu se d&#233;gager enti&#232;rement de ce monde des apparences qui a sombr&#233; sous leurs critiques, et ils tombent tous plus ou moins dans des incons&#233;quences, des solutions imparfaites et des contradictions. D'autre part il est naturel que les agents effectifs de la production se trouvent tr&#232;s bien de la formule irrationnelle Capital-Int&#233;r&#234;t, Terre-Rente, Travail-Salaire, qui refl&#232;te fid&#232;lement les apparences an milieu desquelles ils se meuvent et avec lesquelles ils se trouvent journellement en contact. Et il est incontestablement tout aussi naturel que les &#233;crivains de l'&#201;conomie vulgaire, qui ne font que mettre sous une forme didactique, plus ou moins doctrinale et syst&#233;matique, les conceptions journali&#232;res des agents de la production, se soient jet&#233;s sur cette trinit&#233; &#233;conomique, qui masque la connexion intime des choses, comme sur la base absolument appropri&#233;e &#224; leur plate suffisance. Enfin cette formule r&#233;pond aux int&#233;r&#234;ts des classes dirigeantes, car elle proclame dogmatiquement la fatalit&#233; naturelle et la l&#233;gitimit&#233; &#233;ternelle de leurs revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant l'expos&#233; des formes objectives des rapports de la production, nous n'avons pas signal&#233; que les conjonctures du march&#233;, le mouvement des prix, les p&#233;riodes du cr&#233;dit, les cycles de l'industrie et du commerce, les alternatives de prosp&#233;rit&#233; et de crise ont pour effet de faire de ces rapports, aux yeux des agents de la production, des lois naturelles et des n&#233;cessit&#233;s in&#233;luctables. Si nous en avons agi ainsi, c'est parce que le mouvement effectif de la concurrence ne rentre pas dans le cadre de notre &#233;tude, qui n'a pour but que d'analyser l'organisation interne de la production capitaliste, pour ainsi dire dans sa moyenne id&#233;ale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les formes ant&#233;rieures de la soci&#233;t&#233; nous ne rencontrons gu&#232;re celte mystification &#233;conomique, si ce n'est en ce qui concerne l'argent et le capital productif d'int&#233;r&#234;ts. Et d'abord elle est exclue, Par la nature des choses, des organisations o&#249; la production ne fournit que des valeurs d'usage destin&#233;es a la consommation imm&#233;diate et o&#249; l'esclavage et le servage constituent, comme dans l'antiquit&#233; et au moyen &#226;ge, la base essentielle de la production sociale. Dans ces organisations l'asservissement des producteurs aux conditions de la production est cach&#233; par les rapports des sujets &#224; leurs ma&#238;tres, rapports qui apparaissent comme les ressorts imm&#233;diats du proc&#232;s de production. Dans les communaut&#233;s primitives o&#249; r&#232;gne un communisme natif et m&#234;me dans les cit&#233;s antiques, c'est la communaut&#233; elle-m&#234;me avec ses conditions d'existence, qui est la base et le but de la production et de la reproduction. M&#234;me dans les corporations de m&#233;tiers du moyen &#226;ge, le capital et le travail ne semblent pas &#234;tre ind&#233;pendants l'un de l'autre et leurs rapports sont d&#233;termin&#233;s par la corporation et ses attributs, par la conception du devoir professionnel, de la ma&#238;trise, etc. Ce n'est que dans la production capitaliste....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_47.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_47.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_48.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_48.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_49.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_49.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_50.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_50.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/kmcapI-6-3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/kmcapI-6-3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essais sur la th&#233;orie de la valeur de Marx, par Isaac Roubine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-3.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-3.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-4.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-4.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-5.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-5.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-6.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-6.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-7.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-7.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-8.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-8.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-9.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-9.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-10.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-10.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-11.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-11.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-12.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-12.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-13.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-13.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-14.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-14.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-15.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-15.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-16.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-16.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-3.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-3.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-4.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-4.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-3.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-3.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-4.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-4.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-5.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-5.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier mensonge de l'&#233;conomie politique bourgeoise consiste &#224; faire croire que tout part des march&#233;s, de l'&#233;change, comme si ce qui devait &#234;tre &#233;chang&#233; ne devait pas d'abord &#234;tre produit ! Du coup, tous les r&#233;formistes ne discutent que d'&#233;thique de l'&#233;change, ou de plus d'&#233;galit&#233; et de bien-&#234;tre du consommateur, en n&#233;gligeant volontairement l'existence m&#234;me du producteur, du prol&#233;taire en somme ! Le deuxi&#232;me mensonge concernant l'&#233;conomie politique est d'en faire une philosophie non dialectique selon laquelle les choses agissent dans un seul sens alors que tous ses concepts sont intrins&#232;quement contradictoires : contradiction dialectique entre valeur d'usage et valeur d'&#233;change, entre production et consommation, entre propri&#233;t&#233; priv&#233;e et production collectivement organis&#233;e, entre profit priv&#233; et organisation sociale, entre prol&#233;taires et capitalistes, entre taux de profit et productivit&#233; du travail, entre capital fixe et capital circulant, investissement productif et investissement sp&#233;culatif, fondamentalement entre forces productives et rapports de production, entre conservatisme des classes dirigeantes et n&#233;cessit&#233; du capitalisme de se r&#233;volutionner sans cesse, entre Capital et Travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Robert Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les autres sciences qu'&#233;conomiques, il en va de m&#234;me : la loi n'apparait pas directement dans le ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi issue du vide quantique n'appara&#238;t pas imm&#233;diatement dans le ph&#233;nom&#232;ne mat&#233;riel et lumineux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de l'&#233;volution n'appara&#238;t pas de mani&#232;re directe dans la succession des esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois de la m&#233;decine n'apparaissent pas directement en examinant des malades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois de la science n'apparaissent pas de mani&#232;re directe dans l'observation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2546&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2546&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avons-nous besoin de philosopher et ne pouvons-nous simplement nous contenter d'observer le monde et d'agir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5024&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5024&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le &#171; ph&#233;nom&#232;ne &#187; en sciences et en philosophie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3118&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3118&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le spectre de Marx hante-t-il toujours la science ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6493&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6493&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;ponse de Marx &#224; Proudhon</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8485</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article8485</guid>
		<dc:date>2025-03-05T23:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire sur Proudhon &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;ponse de Marx &#224; Proudhon &lt;br class='autobr' /&gt;
Lettre de K. Marx &#224; J.-B. Schweitzer &lt;br class='autobr' /&gt;
Londres, le 24 janvier 1865. &lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur, &lt;br class='autobr' /&gt;
(...) J'ai re&#231;u hier la lettre dans laquelle vous me demandez un jugement d&#233;taill&#233; sur Proudhon. Le temps me manque pour r&#233;pondre &#224; votre d&#233;sir. Et puis je n'ai sous la main aucun de ses &#233;crits. Cependant pour vous montrer ma bonne volont&#233;, je vous envoie, &#224; la h&#226;te, ces quelques notes. Vous pourrez les compl&#233;ter, ajouter ou retrancher, bref en faire ce que (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?page=recherche&amp;recherche=proudhon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire sur Proudhon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;ponse de Marx &#224; Proudhon&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettre de K. Marx &#224; J.-B. Schweitzer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 24 janvier 1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) J'ai re&#231;u hier la lettre dans laquelle vous me demandez un jugement d&#233;taill&#233; sur Proudhon. Le temps me manque pour r&#233;pondre &#224; votre d&#233;sir. Et puis je n'ai sous la main aucun de ses &#233;crits. Cependant pour vous montrer ma bonne volont&#233;, je vous envoie, &#224; la h&#226;te, ces quelques notes. Vous pourrez les compl&#233;ter, ajouter ou retrancher, bref en faire ce que bon vous semblera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me souviens plus des premiers essais de Proudhon. Son travail d'&#233;colier sur la Langue universelle t&#233;moigne du sans-g&#234;ne avec lequel il s'attaquait &#224; des probl&#232;mes pour la solution desquels les connaissances les plus &#233;l&#233;mentaires lui faisaient d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa premi&#232;re &#339;uvre : &#171; Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ? &#187; est sans conteste la meilleure. Elle fait &#233;poque, si ce n'est par la nouveaut&#233; du contenu, du moins par la mani&#232;re neuve et hardie de dire des choses connues. Les socialistes fran&#231;ais, dont il connaissait les &#233;crits, avaient naturellement non seulement critiqu&#233; de divers points de vue la propri&#233;t&#233; [96], mais encore l'avaient utopiquement supprim&#233;e. Dans son livre, Proudhon est &#224; Saint-Simon et &#224; Fourier &#224; peu pr&#232;s ce que Feuerbach est &#224; Hegel. Compar&#233; &#224; Hegel, Feuerbach est bien pauvre. Pourtant, apr&#232;s Hegel il fit &#233;poque, parce qu'il mettait l'accent sur des points d&#233;sagr&#233;ables pour la conscience chr&#233;tienne et importants pour le progr&#232;s de la critique philosophique, mais laiss&#233;s par Hegel dans un clair-obscur [97] mystique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le style de cet &#233;crit de Proudhon est encore, si je puis dire, fortement muscl&#233;, et c'est le style qui, &#224; mon avis, en fait le grand m&#233;rite. On voit que, lors m&#234;me qu'il se borne &#224; reproduire de l'ancien, Proudhon d&#233;couvre que ce qu'il dit est neuf pour lui et qu'il le sert pour tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'audace provoquante avec laquelle il porte la main sur le &#8220; sanctuaire &#8221; &#233;conomique, les paradoxes spirituels avec lesquels il se moque du plat sens commun bourgeois, sa critique corrosive, son am&#232;re ironie, avec &#231;&#224; et l&#224; un sentiment de r&#233;volte profond et vrai contre les infamies de l'ordre des choses &#233;tablies, son s&#233;rieux r&#233;volutionnaire, voil&#224; ce qui explique l'effet &#8220; &#233;lectrique &#8221;, l'effet de choc que produisit Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ? d&#232;s sa parution. Dans une histoire rigoureusement scientifique de l'&#233;conomie politique, cet &#233;crit m&#233;riterait &#224; peine une mention. Mais ces &#233;crits &#224; sensation jouent leur r&#244;le dans les sciences tout aussi bien que dans la litt&#233;rature. Prenez, par exemple, l' &#171; Essai sur la population &#187; de Malthus. La premi&#232;re &#233;dition est tout bonnement un pamphlet sensationnel [98] et, par-dessus le march&#233; un plagiat d'un bout &#224; l'autre. Et pourtant quel choc cette pasquinade du genre humain n'a-t-elle pas provoqu&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'avais sous les yeux le livre de Proudhon, il me serait facile par quelques exemples de montrer sa premi&#232;re mani&#232;re. Dans les chapitres que lui-m&#234;me consid&#233;rait les plus importants, il imite la m&#233;thode de Kant traitant des antinomies - Kant &#233;tait &#224; ce moment le seul philosophe allemand qu'il conn&#251;t en traduction ; il donne l'impression que pour lui comme pour Kant, les antinomies ne se r&#233;solvent qu' &#8220; au-del&#224; &#8221; de l'entendement humain, c'est-&#224;-dire que son entendement &#224; lui est incapable de les r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en d&#233;pit de ses allures d'iconoclaste, d&#233;j&#224; dans &#171; Qu'est ce que la propri&#233;t&#233; ? &#187;, on trouve cette contradiction que Proudhon, d'un c&#244;t&#233;, fait le proc&#232;s &#224; la soci&#233;t&#233; du point de vue et avec les yeux d'un petit paysan (plus tard d'un petit-bourgeois [99] ) fran&#231;ais, et de l'autre c&#244;t&#233;, lui applique l'&#233;talon que lui ont transmis les socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, le titre m&#234;me du livre en indiquait l'insuffisance. La question &#233;tait trop mal pos&#233;e pour qu'on p&#251;t y r&#233;pondre correctement. Les &#8220; rapports de propri&#233;t&#233; &#8221; antiques avaient &#233;t&#233; remplac&#233;s par la propri&#233;t&#233; f&#233;odale, celle-ci par la propri&#233;t&#233; bourgeoise. Ainsi l'histoire elle-m&#234;me avait soumis &#224; sa critique les rapports de propri&#233;t&#233; pass&#233;s. Ce qu'il s'agissait pour Proudhon de traiter c'&#233;tait la propri&#233;t&#233; bourgeoise actuelle. A la question de savoir ce qu'&#233;tait cette propri&#233;t&#233;, on ne pouvait r&#233;pondre que par une analyse critique de l'&#233;conomie politique, embrassant l'ensemble de ces rapports de propri&#233;t&#233;, non pas dans leur expression juridique de rapports de volont&#233;, mais dans la forme r&#233;elle, c'est-&#224;-dire de rapports de production. Comme Proudhon int&#232;gre l'ensemble de ces rapports &#233;conomiques &#224; la notion juridique de la propri&#233;t&#233;, il ne pouvait aller au-del&#224; de la r&#233;ponse donn&#233;e par Brissot, d&#232;s avant 1789, dans un &#233;crit du m&#234;me genre, dans les m&#234;mes termes : &#8220; La propri&#233;t&#233; c'est le vol [100]. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion que l'on en tire, dans le meilleur des cas, c'est que les notions juridiques du bourgeois sur le vol s'appliquent tout aussi bien &#224; ses profits honn&#234;tes. D'un autre c&#244;t&#233;, comme le vol, en tant que violation de la propri&#233;t&#233;, pr&#233;suppose la propri&#233;t&#233;, Proudhon s'est embrouill&#233; dans toutes sortes de divagations confuses sur la vraie propri&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant mon s&#233;jour &#224; Paris, en 1844, j'entrai en relations personnelles avec Proudhon. Je rappelle cette circonstance parce que jusqu'&#224; un certain point je suis responsable de sa &#8220; sophistication &#8221;, mot qu'emploient les anglais pour d&#233;signer la falsification d'une marchandise. Dans de longues discussions, souvent prolong&#233;es toute la nuit, je l'infectais, &#224; son grand pr&#233;judice, d'h&#233;g&#233;lianisme qu'il ne pouvait pas &#233;tudier &#224; fond, ne sachant pas l'allemand. Ce que j'avais commenc&#233;, M. Karl Gr&#252;n, apr&#232;s mon expulsion de France, le continua. Et encore ce professeur de philosophie allemande avait sur moi cet avantage de ne rien entendre &#224; ce qu'il enseignait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps avant la publication de son second ouvrage important : Philosophie de la mis&#232;re, etc., Proudhon me l'annon&#231;a dans une lettre tr&#232;s d&#233;taill&#233;e, o&#249; entre autres choses se trouvent ces paroles - &#8220; J'attends votre f&#233;rule critique [101]. &#8221; Mais bient&#244;t celle-ci tomba sur lui (dans ma Mis&#232;re de la philosophie, etc., Paris, 1847), d'une fa&#231;on qui brisa &#224; tout jamais notre amiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce qui pr&#233;c&#232;de, vous pouvez voir que sa Philosophie de la mis&#232;re ou syst&#232;me des contradictions &#233;conomiques devait, enfin, donner la r&#233;ponse &#224; la question : Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ? En effet, Proudhon n'avait commenc&#233; ses &#233;tudes &#233;conomiques qu'apr&#232;s la publication de ce premier livre ; il avait d&#233;couvert que, pour r&#233;soudre la question pos&#233;e par lui, il fallait r&#233;pondre non par des invectives, mais par une analyse de l'&#233;conomie politique moderne. En m&#234;me temps, il essaya d'exposer le syst&#232;me des cat&#233;gories &#233;conomiques au moyen de la dialectique. La contradiction h&#233;g&#233;lienne devait remplacer l'insoluble antinomie de Kant, comme moyen de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la critique de ses deux gros volumes, je dois vous renvoyer &#224; ma r&#233;plique. J'ai montr&#233;, entre autres, comme il a peu p&#233;n&#233;tr&#233; les secrets de la dialectique scientifique, combien, d'autre part, il partage les illusions de la philosophie &#8220; sp&#233;culative &#8221; : au lieu de consid&#233;rer les cat&#233;gories &#233;conomiques comme des expressions th&#233;oriques de rapports de production historiques correspondant &#224; un degr&#233; d&#233;termin&#233; du d&#233;veloppement de la production mat&#233;rielle, son imagination les transforme en id&#233;es &#233;ternelles, pr&#233;existantes &#224; toute r&#233;alit&#233;, et de cette mani&#232;re, par un d&#233;tour, il se retrouve &#224; son point de d&#233;part, le point de vue de l'&#233;conomie bourgeoise [102].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis je montre combien d&#233;fectueuse et rudimentaire est sa connaissance de l'&#233;conomie politique, dont il entreprenait cependant la critique, et comment avec les utopistes il se met &#224; la recherche d'une pr&#233;tendue &#8220; science &#8221;, d'o&#249; on ferait surgir une formule toute pr&#234;te et a priori pour la &#8220; solution de la question sociale &#8221;, au lieu de puiser la science dans la connaissance critique du mouvement historique, mouvement qui lui-m&#234;me produit les conditions mat&#233;rielles de l'&#233;mancipation. Ce que je d&#233;montre surtout, c'est que Proudhon n'a que des id&#233;es imparfaites, confuses et fausses sur la base de toute &#233;conomie politique, la valeur d'&#233;change, circonstance qui l'am&#232;ne &#224; voir les fondements d'une nouvelle science dans une interpr&#233;tation utopique de la th&#233;orie de la valeur de Ricardo. Enfin, je r&#233;sume mon jugement sur son point de vue g&#233;n&#233;ral en ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque rapport &#233;conomique a un bon et un mauvais c&#244;t&#233; : c'est le seul point dans lequel M. Proudhon ne se d&#233;ment pas. Le bon c&#244;t&#233;, il le voit expos&#233; par les &#233;conomistes ; le mauvais c&#244;t&#233;, il le voit d&#233;nonc&#233; par les socialistes. Il emprunte aux &#233;conomistes la n&#233;cessit&#233; des rapports &#233;ternels, il emprunte aux socialistes l'illusion de ne voir dans la mis&#232;re que la mis&#232;re (au lieu d'y voir le c&#244;t&#233; r&#233;volutionnaire, subversif, qui renversera la soci&#233;t&#233; ancienne). Il est d'accord avec les uns et les autres en voulant s'en r&#233;f&#233;rer &#224; l'autorit&#233; de la science. La science, pour lui, se r&#233;duit aux minces proportions d'une formule scientifique ; il est l'homme &#224; la recherche des formules. C'est ainsi que M. Proudhon se flatte d'avoir donn&#233; la critique et de l'&#233;conomie politique et du communisme : il est au-dessous de l'une et de l'autre. Au-dessous des &#233;conomistes, puisque comme philosophe, qui a sous la main une formule magique, il a cru pouvoir se dispenser d'entrer dans des d&#233;tails purement &#233;conomiques ; au-dessous des socialistes, puisqu'il n'a ni assez de courage, ni assez de lumi&#232;res pour s'&#233;lever, ne serait-ce que sp&#233;culativement au-dessus de l'horizon bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Il veut planer en homme de science au-dessus des bourgeois, et des prol&#233;taires ; il n'est que le petit bourgeois, ballott&#233; constamment entre le Capital et le Travail, entre l'&#233;conomie politique et le communisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque dur que paraisse ce jugement, je suis oblig&#233; de le maintenir encore aujourd'hui, mot pour mot. Mais il importe de ne pas oublier qu'au moment o&#249; je d&#233;clarai et prouvai th&#233;oriquement que le livre de Proudhon n'&#233;tait que le code du socialisme des petits-bourgeois [103], ce m&#234;me Proudhon fut anath&#233;matis&#233; comme ultra et archi-r&#233;volutionnaire &#224; la fois par des &#233;conomistes et des socialistes. C'est pourquoi plus tard je n'ai jamais m&#234;l&#233; ma voix a ceux qui jetaient les hauts cris sur sa &#8220; trahison &#8221; de la r&#233;volution. Ce n'&#233;tait pas sa faute si, mal compris &#224; l'origine par d'autres comme par lui-m&#234;me, il n'a pas r&#233;pondu &#224; des esp&#233;rances que rien ne justifiait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Philosophie de la mis&#232;re &#187;, mise en regard de &#171; Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ? &#187; fait ressortir tr&#232;s d&#233;favorablement tous les d&#233;fauts de la mani&#232;re d'exposer de Proudhon. Le style est souvent ce que les Fran&#231;ais appellent ampoul&#233; [104]. Un galimatias pr&#233;tentieux et sp&#233;culatif, qui se donne pour de la philosophie allemande, se rencontre partout o&#249; la perspicacit&#233; gauloise fait d&#233;faut. Ce qu'il vous corne aux oreilles, sur un ton de saltimbanque et de fanfaron suffisant, c'est un ennuyeux radotage sur la &#8220; science &#8221; dont il fait par ailleurs ill&#233;gitimement &#233;talage. A la place de la chaleur vraie et naturelle qui &#233;claire son premier livre, ici en maint endroit Proudhon d&#233;clame syst&#233;matiquement, et s'&#233;chauffe &#224; froid. Ajoutez &#224; cela le gauche et d&#233;sagr&#233;able p&#233;dantisme de l'autodidacte qui fait l'&#233;rudit, de l'ex-ouvrier qui a perdu sa fiert&#233; de se savoir penseur ind&#233;pendant et original, et qui maintenant, en parvenu de la science, croit devoir se pavaner et se vanter de ce qu'il n'est pas et de ce qu'il n'a pas. Puis il y a ses sentiments de petit-bourgeois qui le poussent &#224; attaquer d'une mani&#232;re inconvenante et brutale, mais qui n'est ni p&#233;n&#233;trante, ni profonde, ni m&#234;me juste, un homme tel que Cabet, respectable &#224; cause de son attitude pratique envers le prol&#233;tariat fran&#231;ais, tandis qu'il fait l'aimable avec un Dunoyer (conseiller d'&#201;tat, il est vrai), qui n'a d'autre importance que d'avoir pr&#234;ch&#233; avec un s&#233;rieux comique, tout au long (le trois gros volumes insupportablement ennuyeux, un rigorisme ainsi caract&#233;ris&#233; par Helv&#233;tius : &#8220; On veut que les malheureux soient satisfaits [105] &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la r&#233;volution de f&#233;vrier survint fort mal &#224; propos pour Proudhon qui, tout juste quelques semaines auparavant, venait de prouver de fa&#231;on irr&#233;futable que l' &#8220; &#232;re des r&#233;volutions &#8221; &#233;tait pass&#233;e &#224; jamais. Cependant son attitude &#224; l'Assembl&#233;e nationale ne m&#233;rite que des &#233;loges, bien qu'elle prouve son peu d'intelligence de la situation. Apr&#232;s l'insurrection de juin cette attitude &#233;tait un acte de grand courage. Elle eut de plus cette cons&#233;quence heureuse que M. Thiers, dans sa r&#233;ponse aux propositions de Proudhon, publi&#233;e par la suite en brochure, d&#233;voila &#224; toute l'Europe sur quel pi&#233;destal, au niveau des enfants qui fr&#233;quentent le cat&#233;chisme, se dressait ce pilier intellectuel de la bourgeoisie fran&#231;aise. Oppos&#233; &#224; Thiers, Proudhon prit en effet les proportions d'un colosse ant&#233;diluvien. Les derniers &#8220; exploits &#8221; &#233;conomiques de Proudhon furent sa d&#233;couverte du &#8220; Cr&#233;dit gratuit &#8221; et de la &#8220; Banque du peuple &#8221; qui devait le r&#233;aliser. Dans mon ouvrage &#171; Z&#252;r Kritik der politischen Oekonomie &#187; (&#171; Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique &#187;) Berlin 1859 (pp. 59-64) [106], on trouve la preuve que la base th&#233;orique de ces id&#233;es proudhoniennes r&#233;sulte d'une compl&#232;te ignorance des premiers &#233;l&#233;ments de l'&#233;conomie politique bourgeoise : le rapport entre la marchandise et l'argent ; tandis que leur superstructure pratique n'&#233;tait que la reproduction de projets bien ant&#233;rieurs et bien mieux &#233;labor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas douteux, il est m&#234;me tout &#224; fait &#233;vident que le syst&#232;me de cr&#233;dit qui a servi par exemple en Angleterre, au commencement du XVIII&#176; et plus r&#233;cemment du XIX&#176; si&#232;cle, &#224; transf&#233;rer les richesses d'une classe &#224; une autre pourrait servir aussi, dans certaines conditions politiques et &#233;conomiques, &#224; acc&#233;l&#233;rer l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re. Mais consid&#233;rer le capital portant int&#233;r&#234;ts comme la forme principale du capital, mais vouloir faire une application particuli&#232;re du cr&#233;dit, de l'abolition pr&#233;tendue de l'int&#233;r&#234;t, la base de la transformation sociale - voil&#224; une fantaisie tout ce qu'il y a de plus philistin. Aussi la trouve-t-on d&#233;j&#224; &#233;lucubr&#233;e con amore chez les porte-parole &#233;conomiques de la petite bourgeoisie anglaise du XVII&#176; si&#232;cle. La pol&#233;mique de Proudhon contre Bastiat au sujet du capital portant int&#233;r&#234;ts (1850) est de beaucoup au-dessous de &#171; Philosophie de la mis&#232;re &#187;. Il r&#233;ussit &#224; se faire battre m&#234;me par Bastiat et pousse de hauts cris, d'une mani&#232;re burlesque, toutes les fois que son adversaire lui porte un coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es, Proudhon &#233;crivit une dissertation sur les imp&#244;ts, sur un sujet mis au concours, &#224; ce que je crois, par le gouvernement du canton de Vaud. Ici s'&#233;vanouit la derni&#232;re lueur de g&#233;nie : il ne reste que le petit-bourgeois tout pur [107].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;crits politiques et philosophiques de Proudhon ont tous le m&#234;me caract&#232;re double et contradictoire que nous avons trouv&#233; dans ses travaux &#233;conomiques. De plus, ils n'ont qu'une importance locale limit&#233;e &#224; la France. Toutefois, ses attaques contre la religion et l'&#201;glise avaient un grand m&#233;rite en France &#224; une &#233;poque o&#249; les socialistes fran&#231;ais se targuaient de leurs sentiments religieux comme d'une sup&#233;riorit&#233; sur le voltairianisme du XVIII&#176; si&#232;cle et sur l'ath&#233;isme allemand du XIX&#176; si&#232;cle. Si Pierre le Grand abattit la barbarie russe par la barbarie, Proudhon fit de son mieux pour terrasser la phrase fran&#231;aise par la phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on ne peut plus consid&#233;rer comme de mauvais &#233;crits seulement, mais tout bonnement comme des vilenies - correspondant toutefois parfaitement au point de vue petit-bourgeois - c'est le livre sur le coup d'&#201;tat, o&#249; il coquette avec L. Bonaparte, s'effor&#231;ant en r&#233;alit&#233; de le rendre acceptable aux ouvriers fran&#231;ais, et son dernier ouvrage contre la Pologne, o&#249;, en l'honneur du tsar, il fait montre d'un cynisme de cr&#233;tin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent compar&#233; Proudhon &#224; Jean-Jacques Rousseau. Rien ne saurait &#234;tre plus faux. Il ressemble plut&#244;t &#224; Nicolas Linguet, dont la &#171; Th&#233;orie des lois civiles &#187; est d'ailleurs une oeuvre de g&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature de Proudhon le portait &#224; la dialectique. Mais n'ayant jamais compris la dialectique vraiment scientifique, il ne parvint qu'au sophisme. En fait, c'&#233;tait li&#233; &#224; son point de vue petit-bourgeois. Le petit-bourgeois, tout comme notre historien Raumer, se compose de &#8220; d'un c&#244;t&#233; &#8221; et de &#8220; de l'autre c&#244;t&#233; &#8221;. M&#234;me tiraillement oppos&#233; dans ses int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels et par cons&#233;quent ses vues religieuses, scientifiques et artistiques, sa morale, enfin son &#234;tre tout entier. Il est la contradiction faite homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est, de plus, comme Proudhon, un homme d'esprit, il saura bient&#244;t jongler avec ses propres contradictions et les &#233;laborer selon les circonstances en paradoxes frappants, tapageurs, parfois scandaleux, parfois brillants. Charlatanisme scientifique et accommodements politiques sont ins&#233;parables d'un pareil point de vue. Il ne reste plus qu'un seul mobile, la vanit&#233; de l'individu, et, comme pour tous les vaniteux, il ne s'agit plus que de l'effet du moment, du succ&#232;s du jour. De la sorte, s'&#233;teint n&#233;cessairement le simple tact moral qui pr&#233;serva un Rousseau, par exemple, de toute compromission, m&#234;me apparente, avec les pouvoirs existants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre la post&#233;rit&#233; dira, pour caract&#233;riser la toute r&#233;cente phase de l'histoire fran&#231;aise, que Louis Bonaparte en fut le Napol&#233;on et Proudhon le Rousseau-Voltaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous m'avez confi&#233; le r&#244;le de juge... Si peu de temps apr&#232;s la mort de l'homme : &#224; vous maintenant d'en prendre la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre tout d&#233;vou&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl MARX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[95] Extrait du Social-Demokrat, nos 16, 17 et 18. 1. 3 et 5 f&#233;vrier 1865 (N.R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[96] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[97] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[98] Ces deux mots en anglais dans le texte, &#8220; sensational pamphlet &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[99] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[100] Brissot de Warville : Recherche sur le droit de propri&#233;t&#233; et sur le vol, etc., Berlin, 1782.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[101] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[102] &#8220; En disant que les rapports actuels, - les rapports de la production bourgeoise. - sont naturels, les &#233;conomistes font entendre que ce sont des rapports dans lesquels se cr&#233;e la richesse et se d&#233;veloppent les forces productives aux lois naturelles ind&#233;pendantes de l'influence du temps. Ce sont des lois &#233;ternelles qui doivent toujours r&#233;gir la soci&#233;t&#233;. Ainsi, il y a eu de l'histoire mais il n'y en a plus. &#8221; Mis&#232;re de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[103] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[104] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[105] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[106] K. Marx : Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique, &#201;ditions sociales, Paris 1957, pp. 39 &#224; 49.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[107] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Marx - Les gr&#232;ves et les coalitions des ouvriers&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Tout mouvement de hausse dans les salaires ne peut avoir d'autre effet que celui d'une hausse sur le bl&#233;, le vin, etc., c'est-&#224;-dire l'effet d'une disette. Car qu'est-ce que le salaire ? C'est le prix de revient du bl&#233;, etc. ; c'est le prix int&#233;gral de toute chose. Allons plus loin encore : le salaire est la proportionnalit&#233; des &#233;l&#233;ments qui composent la richesse et qui sont consomm&#233;s reproductivement chaque jour par la masse des travailleurs. Or, doubler les salaires, c'est attribuer &#224; chacun des producteurs une part plus grande que son produit, ce qui est contradictoire ; et si la hausse ne porte que sur un petit nombre d'industries, c'est provoquer une perturbation g&#233;n&#233;rale dans les &#233;changes, en un mot, une disette... Il est impossible, je le d&#233;clare, que les gr&#232;ves suivies d'augmentation de salaires n'aboutissent pas &#224; un rench&#233;rissement g&#233;n&#233;ral : cela est aussi certain que deux et deux font quatre [89].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nions toutes ces assertions, except&#233; que deux et deux font quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord il n'y a pas de rench&#233;rissement g&#233;n&#233;ral. Si le prix de toute chose double en m&#234;me temps que le salaire, il n'y a pas de changement dans les prix, il n'y a de changement que dans les termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires ne peut jamais produire un rench&#233;rissement plus ou moins g&#233;n&#233;ral des marchandises. Effectivement, si toutes les industries employaient le m&#234;me nombre d'ouvriers en rapport avec le capital fixe ou avec les instruments dont elles se servent, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires produirait une baisse g&#233;n&#233;rale des profits et le prix courant des marchandises ne subirait aucune alt&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme le rapport du travail manuel au capital fixe n'est pas le m&#234;me dans les diff&#233;rentes industries, toutes les industries qui emploient relativement une plus grande masse de capital fixe et moins d'ouvriers, seront forc&#233;es t&#244;t ou tard de baisser le prix de leurs marchandises. Dans le cas contraire o&#249; le prix de leurs marchandises ne baisse pas, leur profit s'&#233;l&#232;vera au-dessus du taux commun des profits. Les machines ne sont pas des salari&#233;s. Donc la hausse g&#233;n&#233;rale des salaires atteindra moins les industries qui emploient comparativement aux autres plus de machines que d'ouvriers. Mais la concurrence tendant toujours &#224; niveler les profits, ceux qui s'&#233;l&#232;vent au-dessus du taux ordinaire, ne sauraient &#234;tre que passagers. Ainsi, &#224; part quelques oscillations, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires am&#232;nera au lieu d'un rench&#233;rissement g&#233;n&#233;ral, comme le dit M. Proudhon, une baisse partielle, c'est-&#224;-dire une baisse dans le prix courant des marchandises qui se fabriquent principalement &#224; l'aide des machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hausse et la baisse du profit et des salaires n'expriment que la proportion dans laquelle les capitalistes et les travailleurs participent au produit d'une journ&#233;e de travail, sans influer dans la plupart des cas sur le prix du produit. Mais que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; les gr&#232;ves suivies d'augmentation de salaires aboutissent &#224; un rench&#233;rissement g&#233;n&#233;ral, &#224; une disette m&#234;me,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce sont l&#224; de ces id&#233;es qui ne peuvent &#233;clore que dans le cerveau d'un po&#232;te incompris,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, les gr&#232;ves ont r&#233;guli&#232;rement donn&#233; lieu &#224; l'invention et &#224; l'application de quelques machines nouvelles. Les machines &#233;taient, on peut le dire, l'arme qu'employaient les capitalistes pour abattre le travail sp&#233;cial en r&#233;volte. Le self-acting mule, la plus grande invention de l'industrie moderne, mit hors de combat les fileurs r&#233;volt&#233;s. Quand les coalitions et les gr&#232;ves n'auraient d'autre effet que de faire r&#233;agir contre elles les efforts du g&#233;nie m&#233;canique, toujours exerceraient-elles une influence immense sur le d&#233;veloppement de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je trouve, continue M. Proudhon, dans un article publi&#233; par M. L&#233;on Faucher... septembre 1845, que depuis quelque temps les ouvriers anglais ont perdu l'habitude des coalitions, ce qui est assur&#233;ment un progr&#232;s, dont on ne peut que les f&#233;liciter : mais que cette am&#233;lioration dans le moral des ouvriers vient surtout de leur instruction &#233;conomique. Ce n'est point des manufacturiers, s'&#233;criait au meeting de Bolton, un ouvrier fileur, que les salaires d&#233;pendent. Dans les &#233;poques de d&#233;pression les ma&#238;tres ne sont pour ainsi dire que le fouet dont s'arme la n&#233;cessit&#233;, et qu'ils le veuillent ou non, il faut qu'ils frappent. Le principe r&#233;gulateur est le rapport de l'offre avec la demande ; et les ma&#238;tres n'ont pas ce pouvoir... A la bonne heure, s'&#233;crie M. Proudhon, voil&#224; des ouvriers bien dress&#233;s, des ouvriers mod&#232;les, etc., etc. Cette mis&#232;re manquait &#224; l'Angleterre : elle ne passera pas le d&#233;troit [90] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes les villes de l'Angleterre, Bolton est celle o&#249; le radicalisme est le plus d&#233;velopp&#233;. Les ouvriers de Bolton sont connus pour &#234;tre on ne peut plus r&#233;volutionnaires. Lors de la grande agitation qui eut lieu en Angleterre pour l'abolition des lois c&#233;r&#233;ales, les fabricants anglais ne crurent pouvoir faire face aux propri&#233;taires fonciers qu'en mettant en avant les ouvriers. Mais comme les int&#233;r&#234;ts des ouvriers n'&#233;taient pas moins oppos&#233;s &#224; ceux des fabricants, que les int&#233;r&#234;ts des fabricants ne l'&#233;taient &#224; ceux des propri&#233;taires fonciers, il &#233;tait naturel que les fabricants dussent avoir le dessous dans les meetings des ouvriers. Que firent les fabricants ? Pour sauver les apparences, ils organis&#232;rent des meetings compos&#233;s, en grande partie des contrema&#238;tres, du petit nombre d'ouvriers qui leur &#233;taient d&#233;vou&#233;s et des amis du commerce proprement dits. Quand ensuite les v&#233;ritables ouvriers essay&#232;rent, comme &#224; Bolton et &#224; Manchester, d'y prendre part pour protester contre ces d&#233;monstrations factices, on leur d&#233;fendit l'entr&#233;e, en disant que c'&#233;tait un ticket-meeting. On entend par ce mot des meetings o&#249; l'on n'admet que des personnes munies de cartes d'entr&#233;e. Cependant les affiches, placard&#233;es sur les murs, avaient annonc&#233; des meetings publics. Toutes les fois qu'il y avait de ces meetings, les journaux des fabricants rendaient un compte pompeux et d&#233;taill&#233; des discours qu'on y avait prononc&#233;s. Il va sans dire que c'&#233;taient les contrema&#238;tres qui pronon&#231;aient ces discours. Les feuilles de Londres les reproduisaient litt&#233;ralement. M. Proudhon a le malheur de prendre les contrema&#238;tres pour des ouvriers ordinaires et leur enjoint l'ordre de ne pas passer le d&#233;troit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en 1844 et en 1845 les gr&#232;ves frappaient moins les regards qu'auparavant, c'est que 1844 et 1845 &#233;taient les deux premi&#232;res ann&#233;es de prosp&#233;rit&#233; qu'il y e&#251;t pour l'industrie anglaise depuis 1837. N&#233;anmoins, aucune des trades-unions n'avait &#233;t&#233; dissoute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons maintenant les contrema&#238;tres de Bolton. Selon eux les fabricants ne sont pas les ma&#238;tres du salaire, parce qu'ils ne sont pas les ma&#238;tres du prix du produit, et ils ne sont pas les ma&#238;tres du produit parce qu'ils ne sont pas les ma&#238;tres du march&#233; de l'univers. Par cette raison ils donnaient &#224; entendre qu'il ne fallait pas faire des coalitions pour arracher aux ma&#238;tres une augmentation de salaires. M. Proudhon, au contraire, leur interdit les coalitions de crainte qu'une coalition ne soit suivie d'une hausse de salaires, qui entra&#238;nerait une disette g&#233;n&#233;rale. Nous n'avons pas besoin de dire que sur un seul point il y a entente cordiale entre les contrema&#238;tres et M. Proudhon : c'est qu'une hausse de salaires &#233;quivaut &#224; une hausse dans le prix des produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crainte d'une disette. est-ce l&#224; la v&#233;ritable cause de la rancune de M. Proudhon ? Non. Il en veut tout bonnement aux contrema&#238;tres de Bolton, parce qu'ils d&#233;terminent la valeur par l'offre et la demande et qu'ils ne se soucient gu&#232;re de la valeur constitu&#233;e, de la valeur pass&#233;e &#224; l'&#233;tat de constitution, de la constitution de la valeur, y compris l'&#233;changeabilit&#233; permanente et toutes les autres proportionnalit&#233;s de rapports et rapports de proportionnalit&#233;, flanqu&#233;s de la Providence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La gr&#232;ve des ouvriers est ill&#233;gale, et ce n'est pas seulement le Code p&#233;nal qui dit cela, c'est le syst&#232;me &#233;conomique, c'est la n&#233;cessit&#233; de l'ordre &#233;tabli... Que chaque ouvrier individuellement ait la libre disposition de sa personne et de ses bras, cela peut se tol&#233;rer : mais que les ouvriers entreprennent par des coalitions de faire violence au monopole, c'est ce que la soci&#233;t&#233; ne peut permettre [91] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon pr&#233;tend faire passer un article du Code p&#233;nal pour un r&#233;sultat n&#233;cessaire et g&#233;n&#233;ral des rapports de la production bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, les coalitions sont autoris&#233;es par un acte de Parlement et c'est le syst&#232;me &#233;conomique qui a forc&#233; le Parlement &#224; donner cette autorisation de par la loi. En 1825, lorsque sous le ministre Huskisson le Parlement dut modifier la l&#233;gislature, pour la mettre de plus en plus d'accord avec un &#233;tat de choses r&#233;sultant de la libre concurrence, il lui fallut n&#233;cessairement abolir toutes les lois qui interdisaient les coalitions des ouvriers. Plus l'industrie moderne et la concurrence se d&#233;veloppent, plus il y a des &#233;l&#233;ments [92] qui provoquent et secondent les coalitions, et aussit&#244;t que les coalitions sont devenues un fait &#233;conomique, prenant de jour en jour plus de consistance, elles ne peuvent pas tarder &#224; devenir un fait l&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'article du Code p&#233;nal prouve tout au plus que l'industrie moderne et la concurrence n'&#233;taient pas encore bien d&#233;velopp&#233;es sous l'Assembl&#233;e constituante et sous l'Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes et les socialistes [93] sont d'accord sur un seul point : c'est de condamner les coalitions. Seulement ils motivent diff&#233;remment leur acte de condamnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes disent aux ouvriers : ne vous coalisez pas. En vous coalisant, vous entravez la marche r&#233;guli&#232;re de l'industrie, vous emp&#234;chez les fabricants de satisfaire aux commandes, vous troublez le commerce et vous pr&#233;cipitez l'envahissement des machines qui, en rendant votre travail en partie inutile, vous forcent d'accepter un salaire encore abaiss&#233;. D'ailleurs, vous avez beau faire, votre salaire sera toujours d&#233;termin&#233; par le rapport des bras demand&#233;s avec les bras offerts et c'est un effort aussi ridicule que dangereux, que de vous mettre en r&#233;volte contre les lois &#233;ternelles de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes disent aux ouvriers : ne vous coalisez pas, car, au bout du compte, qu'est-ce que vous y gagneriez ? Une hausse de salaires ? Les &#233;conomistes vous prouveront jusqu'&#224; l'&#233;vidence, que les quelques sous que vous pourriez y gagner, en cas de r&#233;ussite, pour quelques moments, seront suivis d'une baisse pour toujours. D'habiles calculateurs vous prouveront qu'il vous faudrait des ann&#233;es pour vous rattraper. seulement sur l'augmentation des salaires, des frais qu'il vous a fallu faire pour organiser et entretenir les coalitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous, nous vous dirons, en notre qualit&#233; de socialistes, qu'&#224; part cette question d'argent, vous ne serez pas moins les ouvriers, et les ma&#238;tres seront toujours les ma&#238;tres, apr&#232;s comme avant. Ainsi pas de coalitions, pas de politique, car faire des coalitions, n'est-ce pas faire de la politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes veulent que les ouvriers restent dans la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est form&#233;e et telle qu'ils l'ont consign&#233;e et scell&#233;e dans leurs manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes veulent que les ouvriers laissent l&#224; la soci&#233;t&#233; ancienne, pour pouvoir mieux entrer dans la soci&#233;t&#233; nouvelle qu'ils leur ont pr&#233;par&#233;e avec tant de pr&#233;voyance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les uns et les autres, malgr&#233; les manuels et les utopies, les coalitions n'ont pas cess&#233; un instant de marcher et de grandir avec le d&#233;veloppement et l'agrandissement de l'industrie moderne. C'est &#224; tel point maintenant, que le degr&#233; o&#249; est arriv&#233; la coalition dans un pays, marque nettement le degr&#233; qu'il occupe dans la hi&#233;rarchie du march&#233; de l'univers. L'Angleterre, o&#249; l'industrie a atteint le plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement, a les coalitions les plus vastes et les mieux organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, on ne s'en est pas tenu &#224; des coalitions partielles, qui n'avaient pas d'autre but qu'une gr&#232;ve passag&#232;re, et qui disparaissaient avec elle. On a form&#233; des coalitions permanentes, des trades-unions qui servent de rempart aux ouvriers dans leurs luttes avec les entrepreneurs. Et &#224; l'heure qu'il est, toutes ces trades-unions locales trouvent un point d'union dans la National Association of United Trades, dont le comit&#233; central est &#224; Londres, et qui compte d&#233;j&#224; 80 000 membres. La formation de ces gr&#232;ves, coalitions, trades-unions marcha simultan&#233;ment avec les luttes politiques des ouvriers qui constituent maintenant un grand parti politique sous le nom de Chartistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sous la forme des coalitions qu'ont toujours lieu les premiers essais des travailleurs pour s'associer entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande industrie agglom&#232;re dans un endroit une foule de gens inconnus les uns aux autres. La concurrence les divise d'int&#233;r&#234;ts. Mais le maintien du salaire, cet int&#233;r&#234;t commun qu'ils ont contre leur ma&#238;tre, les r&#233;unit dans une m&#234;me pens&#233;e de r&#233;sistance - coalition. Ainsi la coalition a toujours un double but, celui de faire cesser entre eux la concurrence, pour pouvoir faire une concurrence g&#233;n&#233;rale au capitaliste. Si le premier but de r&#233;sistance n'a &#233;t&#233; que le maintien des salaires, &#224; mesure que les capitalistes &#224; leur tour se r&#233;unissent dans une pens&#233;e de r&#233;pression, les coalitions, d'abord isol&#233;es, se forment en groupes, et en face du capital toujours r&#233;uni, le maintien de l'association devient plus n&#233;cessaire pour eux que celui du salaire. Cela est tellement vrai, que les &#233;conomistes anglais sont tout &#233;tonn&#233;s de voir les ouvriers sacrifier une bonne partie du salaire en faveur des associations qui, aux yeux de ces &#233;conomistes, ne sont &#233;tablies qu'en faveur du salaire. Dans cette lutte - v&#233;ritable guerre civile - se r&#233;unissent et se d&#233;veloppent tous les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; une bataille &#224; venir. Une fois arriv&#233;e &#224; ce point-l&#224;, l'association prend un caract&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions &#233;conomiques avaient d'abord transform&#233; la masse du pays en travailleurs. La domination du capital a cr&#233;&#233; &#224; cette masse une situation commune, des int&#233;r&#234;ts communs. Ainsi cette masse est d&#233;j&#224; une classe vis-&#224;-vis du capital, mais pas encore pour elle-m&#234;me. Dans la lutte, dont nous n'avons signal&#233; que quelques phases, cette masse se r&#233;unit, elle se constitue en classe pour elle-m&#234;me. Les int&#233;r&#234;ts qu'elle d&#233;fend deviennent des int&#233;r&#234;ts de classe. Mais la lutte de classe &#224; classe est une lutte politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bourgeoisie, nous avons deux phases &#224; distinguer celle pendant laquelle elle se constitua en classe sous le r&#233;gime de la f&#233;odalit&#233; et de la monarchie absolue, et celle o&#249;, d&#233;j&#224; constitu&#233;e en classe, elle renversa la f&#233;odalit&#233; et la monarchie, pour faire de la soci&#233;t&#233; une soci&#233;t&#233; bourgeoise. La premi&#232;re de ces phases fut la plus longue et n&#233;cessita les plus grands efforts. Elle aussi avait commenc&#233; par des coalitions partielles contre les seigneurs f&#233;odaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a fait bien des recherches pour retracer les diff&#233;rentes phases historiques que la bourgeoisie a parcourues, depuis la commune jusqu'&#224; sa constitution comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand il s'agit de se rendre un compte exact des gr&#232;ves, des coalitions et des autres formes dans lesquelles les prol&#233;taires effectuent devant nos yeux leur organisation comme classe, les uns sont saisis d'une crainte r&#233;elle, les autres affichent un d&#233;dain transcendantal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe opprim&#233;e est la condition vitale de toute soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'antagonisme des classes. L'affranchissement de la classe opprim&#233;e implique donc n&#233;cessairement la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; nouvelle. Pour que la classe opprim&#233;e puisse s'affranchir, il faut que les pouvoirs productifs d&#233;j&#224; acquis et les rapports sociaux existants ne puissent plus exister les uns &#224; c&#244;t&#233; des autres. De tous les instruments de production, le plus grand pouvoir productif, c'est la classe r&#233;volutionnaire elle-m&#234;me. L'organisation des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires comme classe suppose l'existence de toutes les forces productives qui pouvaient s'engendrer dans le sein de la soci&#233;t&#233; ancienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire qu'apr&#232;s la chute de l'ancienne soci&#233;t&#233; il y aura une nouvelle domination de classe, se r&#233;sumant dans un nouveau pouvoir politique ? Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition d'affranchissement de la classe laborieuse c'est l'abolition de toute classe, de m&#234;me que la condition d'affranchissement du tiers &#233;tat, de l'ordre bourgeois, fut l'abolition de tous les &#233;tats [94] et de tous les ordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe laborieuse substituera, dans le cours de son d&#233;veloppement, &#224; l'ancienne soci&#233;t&#233; civile une association qui exclura les classes et leur antagonisme, et il n'y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est pr&#233;cis&#233;ment le r&#233;sum&#233; officiel de l'antagonisme dans la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, l'antagonisme entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie est une lutte de classe &#224; classe, lutte qui, port&#233;e &#224; sa plus haute expression, est une r&#233;volution totale. D'ailleurs, faut-il s'&#233;tonner qu'une soci&#233;t&#233;, fond&#233;e sur l'opposition des classes, aboutisse &#224; la contradiction brutale, &#224; un choc de corps &#224; corps comme dernier d&#233;nouement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne dites pas que le mouvement social exclut le mouvement politique. Il n'y a jamais de mouvement politique qui ne soit social en m&#234;me temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que dans un ordre de choses o&#249; il n'y aura plus de classes et d'antagonisme de classes, que les &#233;volutions sociales cesseront d'&#234;tre des r&#233;volutions politiques. Jusque-l&#224;, &#224; la veille de chaque remaniement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, le dernier mot de la science sociale sera toujours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le combat ou la mort la lutte sanguinaire ou le n&#233;ant. C'est ainsi que la question est invinciblement pos&#233;e. (George Sand.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[89] Proudhon : Ouvrage cit&#233; tome I, pp. 110 et 111.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[90] Proudhon : Ouvrage cit&#233;. tome I, pp. 281 et 262.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[91] Proudhon : Ouvrage cit&#233;, Tome I. pp. 237 et 235.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[92] Pour &#8220; ... plus il y a d'&#233;l&#233;ments &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[93] C'est-&#224;-dire les socialistes de l'&#233;poque, les fouri&#233;ristes en France, les partisane d'Owen en Allemagne. (Note d'Engels pour l'&#233;dition de 1885.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[94] &#201;tats, au sens historique tels qu'ils existant &#224; l'&#233;poque f&#233;odale, c'est-&#224;-dire des &#233;tats poss&#233;dant des privil&#232;ges pr&#233;cis et limit&#233;s. La r&#233;volution bourgeoise abolit ces &#233;tats et leurs privil&#232;ges. La soci&#233;t&#233; bourgeoise ne conna&#238;t plus que des classes. C'&#233;tait donc une contradiction historique que de d&#233;signer le prol&#233;tariat noua le nom de &#8220; quatri&#232;me &#233;tat &#8221;. (Note d'Engels pour l'&#233;dition de 1885.)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Philosophie de la mis&#232;re &#187;, de Pierre-Joseph Proudhon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chapitre I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; DE LA SCIENCE &#201;CONOMIQUE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) Qu'est-ce, par exemple, que le profit ? c'est ce qui reste &#224; l'entrepreneur apr&#232;s qu'il a pay&#233; tous ses frais. Or les frais se composent de journ&#233;es de travail et de valeurs consomm&#233;es, ou en d&#233;finitive de salaires. Quel est donc le salaire d'un ouvrier ? le moins qu'on puisse lui donner, c'est-&#224;-dire on ne sait pas. Quel doit &#234;tre le prix de la marchandise port&#233;e au march&#233; par l'entrepreneur ? le plus grand qu'il pourra obtenir, c'est-&#224;-dire encore, on ne sait pas. Il est m&#234;me d&#233;fendu, en &#233;conomie politique, de supposer que la marchandise et la journ&#233;e de travail puissent &#234;tre tax&#233;es, bien que l'on convienne qu'elles peuvent &#234;tre &#233;valu&#233;es ; et cela par la raison, disent les &#233;conomistes, que l'&#233;valuation est une op&#233;ration essentiellement arbitraire, qui ne peut aboutir jamais &#224; une s&#251;re et certaine conclusion. Comment donc trouver le rapport de deux inconnues qui, d'apr&#232;s l'&#233;conomie politique, ne peuvent en aucun cas &#234;tre d&#233;gag&#233;es ? Ainsi l'&#233;conomie politique pose des probl&#232;mes insolubles ; et pourtant nous verrons bient&#244;t qu'il est in&#233;vitable qu'elle les pose, et que notre si&#232;cle les r&#233;solve. Voil&#224; pourquoi j'ai dit que l'Acad&#233;mie des sciences morales, en mettant au concours le rapport des profits et des salaires, avait parl&#233; sans conscience, avait parl&#233; proph&#233;tiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dira-t-on, n'est-il pas vrai que si le travail est fort demand&#233; et les ouvriers rares, le salaire pourra s'&#233;lever pendant que d'un autre c&#244;t&#233; le profit baissera ? que si, par le flot des concurrences, la production surabonde, il y aura encombrement et vente &#224; perte, par cons&#233;quent absence de profit pour l'entrepreneur, et menace de f&#233;riation pour l'ouvrier ? qu'alors celui-ci offrira son travail au rabais ? que si une machine est invent&#233;e, d'abord elle &#233;teindra les feux de ses rivales ; puis, le monopole &#233;tabli, l'ouvrier mis dans la d&#233;pendance de l'entrepreneur, le profit et le salaire iront en sens inverse l'un de l'autre ? Toutes ces causes, et d'autres encore, ne peuvent-elles &#234;tre &#233;tudi&#233;es, appr&#233;ci&#233;es, compens&#233;es, etc., etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh ! des monographies, des histoires : nous en sommes satur&#233;s depuis Ad. Smith et J.-B. Say ; et l'on ne fait plus gu&#232;re que des variations sur leurs textes. Mais ce n'est pas ainsi que la question doit &#234;tre entendue, bien que l'Acad&#233;mie ne lui ait pas donn&#233; d'autre sens. Le rapport du profit et du salaire doit &#234;tre pris dans un sens absolu, et non au point de vue inconcluant des accidents du commerce et de la division des int&#233;r&#234;ts, deux choses qui doivent ult&#233;rieurement recevoir leur interpr&#233;tation. Je m'explique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant le producteur et le consommateur comme un seul individu, dont la r&#233;tribution est naturellement &#233;gale &#224; son produit ; puis, distinguant dans ce produit deux parts, l'une qui rembourse le producteur de ses avances, l'autre qui figure son profit, d'apr&#232;s l'axiome que tout travail doit laisser un exc&#233;dant : nous avons &#224; d&#233;terminer le rapport de l'une de ces deux parts avec l'autre. Cela fait, il sera ais&#233; d'en d&#233;duire les rapports de fortune de ces deux classes d'hommes, les entrepreneurs et les salari&#233;s, comme aussi de rendre raison de toutes les oscillations commerciales. Ce sera une s&#233;rie de corollaires &#224; joindre &#224; la d&#233;monstration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pour qu'un tel rapport existe et devienne appr&#233;ciable, il faut de toute n&#233;cessit&#233; qu'une loi, interne ou externe, pr&#233;side &#224; la constitution du salaire et du prix de vente ; et comme, dans l'&#233;tat actuel des choses, le salaire et le prix varient et oscillent sans cesse, on demande quels sont les faits g&#233;n&#233;raux, les causes, qui font varier et osciller la valeur, et dans quelles limites s'accomplit cette oscillation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette question m&#234;me est contraire aux principes : car qui dit oscillation, suppose n&#233;cessairement une direction moyenne, vers laquelle le centre de gravit&#233; de la valeur la ram&#232;ne sans cesse ; et quand l'Acad&#233;mie demande qu'on d&#233;termine les oscillations du profit et du salaire, elle demande par l&#224; m&#234;me qu'on d&#233;termine la valeur. Or, c'est justement ce que repoussent messieurs de l'Acad&#233;mie : ils ne veulent point entendre que si la valeur est variable, elle est par cela m&#234;me d&#233;terminable ; que la variabilit&#233; est indice et condition de d&#233;terminabilit&#233;. Ils pr&#233;tendent que la valeur, variant toujours, ne peut jamais &#234;tre d&#233;termin&#233;e. C'est comme si l'on soutenait qu'&#233;tant donn&#233; le nombre des oscillations par seconde d'un pendule, l'amplitude des oscillations, la latitude et l'&#233;l&#233;vation du lieu o&#249; se fait l'exp&#233;rience, la longueur du pendule ne peut &#234;tre d&#233;termin&#233;e, parce que ce pendule est en mouvement. Tel est le premier article de foi de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au socialisme, il ne para&#238;t pas davantage avoir compris la question ni s'en soucier. Parmi la multitude de ses organes, les uns &#233;cartent purement et simplement le probl&#232;me, en substituant &#224; la r&#233;partition le rationnement, c'est-&#224;-dire en bannissant de l'organisme social le nombre et la mesure ; les autres se tirent d'embarras en appliquant au salaire le suffrage universel. Il va sans dire que ces pauvret&#233;s trouvent des dupes par mille et centaines de mille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condamnation de l'&#233;conomie politique a &#233;t&#233; formul&#233;e par Malthus dans ce passage fameux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un homme qui na&#238;t dans un monde d&#233;j&#224; occup&#233;, si sa famille n'a pas le moyen de le nourrir, ou si la soci&#233;t&#233; n'a pas besoin de son travail, cet homme, dis-je, n'a pas le moindre droit &#224; r&#233;clamer une portion quelconque de nourriture ; il est r&#233;ellement de trop sur la terre. Au grand banquet de la nature, il n'y a point de couvert mis pour lui. La nature lui commande de s'en aller, et ne tardera pas &#224; mettre elle-m&#234;me cet ordre &#224; ex&#233;cution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc quelle est la conclusion n&#233;cessaire, fatale, de l'&#233;conomie politique, conclusion que je d&#233;montrerai avec une &#233;vidence jusqu'&#224; pr&#233;sent inconnue dans cet ordre de recherches : La mort &#224; qui ne poss&#232;de pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de mieux saisir la pens&#233;e de Malthus, traduisons-la en propositions philosophiques, en la d&#233;pouillant de son vernis oratoire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La libert&#233; individuelle, et la propri&#233;t&#233; qui en est l'expression, sont donn&#233;es dans l'&#233;conomie politique ; l'&#233;galit&#233; et la solidarit&#233; ne le sont pas. &lt;br class='autobr' /&gt; &#187; Sous ce r&#233;gime, chacun chez soi, chacun pour soi : le travail, comme toute marchandise, est sujet &#224; la hausse et &#224; la baisse : de l&#224; les risques du prol&#233;tariat. &lt;br class='autobr' /&gt; &#187; Quiconque n'a ni revenu ni salaire, n'a pas droit de rien exiger des autres : son malheur retombe sur lui seul ; au jeu de la fortune, la chance a tourn&#233; contre lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de vue de l'&#233;conomie politique, ces propositions sont irr&#233;fragables ; et Malthus, qui les a formul&#233;es avec une si alarmante pr&#233;cision, est &#224; l'abri de tout reproche. Au point de vue des conditions de la science sociale, ces m&#234;mes propositions sont radicalement fausses, et m&#234;me contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur de Malthus, ou pour mieux dire de l'&#233;conomie politique, ne consiste point &#224; dire qu'un homme qui n'a pas de quoi manger doit p&#233;rir, ni &#224; pr&#233;tendre que sous le r&#233;gime d'appropriation individuelle, celui qui n'a ni travail ni revenu n'a plus qu'&#224; sortir de la vie par le suicide, s'il ne pr&#233;f&#232;re s'en voir chass&#233; par la famine : telle est, d'une part, la loi de notre existence ; telle est, de l'autre, la cons&#233;quence de la propri&#233;t&#233; ; et M. Rossi s'est donn&#233; beaucoup trop de peine pour justifier sur ce point le bon sens de Malthus. Je soup&#231;onne, il est vrai, M. Rossi, faisant si longuement et avec tant d'amour l'apologie de Malthus, d'avoir voulu recommander l'&#233;conomie politique de la m&#234;me mani&#232;re que son compatriote Machiavel, dans le livre du Prince, recommandait &#224; l'admiration du monde le despotisme. En nous faisant voir la mis&#232;re comme la condition sine qu&#226; non de l'arbitraire industriel et commercial, M. Rossi semble nous crier : voil&#224; votre droit, votre justice, votre &#233;conomie politique ; voil&#224; la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la na&#239;vet&#233; gauloise n'entend rien &#224; ces finesses ; et mieux e&#251;t valu dire &#224; la France, dans sa langue immacul&#233;e : L'erreur de Malthus, le vice radical de l'&#233;conomie politique, consiste, en th&#232;se g&#233;n&#233;rale, &#224; affirmer comme &#233;tat d&#233;finitif une condition transitoire, savoir la distinction de la soci&#233;t&#233; en patriciat et prol&#233;tariat ; &#8212; sp&#233;cialement, &#224; dire que dans une soci&#233;t&#233; organis&#233;e, et par cons&#233;quent solidaire, il se peut que les uns poss&#232;dent, travaillent et consomment, tandis que les autres n'auraient ni possession, ni travail, ni pain. Enfin Malthus, ou l'&#233;conomie politique, s'&#233;gare dans ses conclusions, lorsqu'il voit dans la facult&#233; de reproduction ind&#233;finie dont jouit l'esp&#232;ce humaine, ni plus ni moins que toutes les esp&#232;ces animales et v&#233;g&#233;tales, une menace permanente de disette ; tandis qu'il fallait seulement en d&#233;duire la n&#233;cessit&#233;, et par cons&#233;quent l'existence d'une loi d'&#233;quilibre entre la population et la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deux mots, la th&#233;orie de Malthus, et c'est l&#224; le grand m&#233;rite de cet &#233;crivain, m&#233;rite dont aucun de ses confr&#232;res n'a song&#233; &#224; lui tenir compte, est une r&#233;duction &#224; l'absurde de toute l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au socialisme, il a &#233;t&#233; jug&#233; d&#232;s longtemps par Platon et Thomas Morus en un seul mot, utopie, c'est-&#224;-dire non-lieu, chim&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, il faut le dire pour l'honneur de l'esprit humain, et afin que justice soit rendue &#224; tous : ni la science &#233;conomique et l&#233;gislative ne pouvait &#234;tre dans ses commencements autre que ce que nous l'avons vue ; ni la soci&#233;t&#233; ne peut s'arr&#234;ter &#224; cette premi&#232;re position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute science doit d'abord circonscrire son domaine, produire et rassembler ses mat&#233;riaux : avant le syst&#232;me, les faits ; avant le si&#232;cle de l'art, le si&#232;cle de l'&#233;rudition. Soumise comme toute autre &#224; la loi du temps et aux conditions de l'exp&#233;rience, la science &#233;conomique, avant de chercher comment les choses doivent se passer dans la soci&#233;t&#233;, avait &#224; nous dire comment elles se passent ; et toutes ces routines, que les auteurs qualifient si pompeusement dans leurs livres de lois, de principes et de th&#233;ories, malgr&#233; leur incoh&#233;rence et leur contrari&#233;t&#233;, devaient &#234;tre recueillies avec une diligence scrupuleuse, et d&#233;crites avec une impartialit&#233; s&#233;v&#232;re. Pour accomplir cette t&#226;che, il fallait plus de g&#233;nie peut-&#234;tre, surtout plus de d&#233;vouement, que n'en exigera le progr&#232;s ult&#233;rieur de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc l'&#233;conomie sociale est encore aujourd'hui plut&#244;t une aspiration vers l'avenir qu'une connaissance de la r&#233;alit&#233;, il faut reconna&#238;tre aussi que les &#233;l&#233;ments de cette &#233;tude sont tous dans l'&#233;conomie politique ; et je crois exprimer le sentiment g&#233;n&#233;ral en disant que cette opinion est devenue celle de l'immense majorit&#233; des esprits. Le pr&#233;sent trouve peu de d&#233;fenseurs, il est vrai ; mais le d&#233;go&#251;t de l'utopie n'est pas moins universel : et tout le monde comprend que la v&#233;rit&#233; est dans une formule qui concilierait ces deux termes : conservation et mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, gr&#226;ces en soient rendues aux A. Smith, aux J.-B. Say, aux Ricardo et aux Malthus, ainsi qu'&#224; leurs t&#233;m&#233;raires contradicteurs, les myst&#232;res de la fortune, atria Ditis, sont mis &#224; d&#233;couvert ; la pr&#233;pond&#233;rance du capital, l'oppression du travailleur, les machinations du monopole, &#233;clair&#233;es sur tous les points, reculent devant les regards de l'opinion. Sur les faits observ&#233;s et d&#233;crits par les &#233;conomistes, on raisonne et l'on conjecture : des droits abusifs, des coutumes iniques, respect&#233;s aussi longtemps que dura l'obscurit&#233; qui les faisait vivre, &#224; peine tra&#238;n&#233;s au grand jour, expirent sous la r&#233;probation g&#233;n&#233;rale ; on soup&#231;onne que le gouvernement de la soci&#233;t&#233; doit &#234;tre appris, non plus dans une id&#233;ologie creuse, &#224; la fa&#231;on du Contrat social, mais, ainsi que l'avait entrevu Montesquieu, dans le rapport des choses ; et d&#233;j&#224; une gauche &#224; tendances &#233;minemment sociales, form&#233;e de savants, de magistrats, de jurisconsultes, de professeurs, de capitalistes m&#234;me et de chefs industriels, tous n&#233;s repr&#233;sentants et d&#233;fenseurs du privil&#232;ge, et d'un million d'adeptes, se pose dans la nation au-dessus et en dehors des opinions parlementaires, et cherche, dans l'analyse des faits &#233;conomiques, &#224; surprendre les secrets de la vie des soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repr&#233;sentons-nous donc l'&#233;conomie politique comme une immense plaine, jonch&#233;e de mat&#233;riaux pr&#233;par&#233;s pour un &#233;difice. Les ouvriers attendent le signal, pleins d'ardeur, et br&#251;lant de se mettre &#224; l'&#339;uvre : mais l'architecte a disparu sans laisser de plan. Les &#233;conomistes ont gard&#233; m&#233;moire d'une foule de choses : malheureusement ils n'ont pas l'ombre d'un devis. Ils savent l'origine et l'historique de chaque pi&#232;ce ; ce qu'elle a co&#251;t&#233; de fa&#231;on ; quel bois fournit les meilleures solives, et quelle argile les meilleures briques ; ce qu'on a d&#233;pens&#233; en outils et charrois ; combien gagnaient les charpentiers, et combien les tailleurs de pierre : ils ne connaissent la destination et la place de rien. Les &#233;conomistes ne peuvent se dissimuler qu'ils aient sous les yeux les fragments jet&#233;s p&#234;le-m&#234;le d'un chef-d'&#339;uvre, disjecti membra poet&#230; ; mais il leur a &#233;t&#233; impossible jusqu'&#224; pr&#233;sent de retrouver le dessin g&#233;n&#233;ral, et toutes les fois qu'ils ont essay&#233; quelques rapprochements, ils n'ont rencontr&#233; que des incoh&#233;rences. D&#233;sesp&#233;r&#233;s &#224; la fin de combinaisons sans r&#233;sultat, ils ont fini par &#233;riger en dogme l'inconvenance architectonique de la science, ou, comme ils disent, les inconv&#233;nients de ses principes ; en un mot, ils ont ni&#233; la science[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la division du travail, sans laquelle la production serait &#224; peu pr&#232;s nulle, est sujette &#224; mille inconv&#233;nients, dont le pire est la d&#233;moralisation de l'ouvrier ; les machines produisent, avec le bon march&#233;, l'encombrement et le ch&#244;mage ; la concurrence aboutit &#224; l'oppression ; l'imp&#244;t, lien mat&#233;riel de la soci&#233;t&#233;, n'est le plus souvent qu'un fl&#233;au redout&#233; &#224; l'&#233;gal de l'incendie et de la gr&#234;le ; le cr&#233;dit a pour corr&#233;latif oblig&#233; la banqueroute ; la propri&#233;t&#233; est une fourmili&#232;re d'abus ; le commerce d&#233;g&#233;n&#232;re en jeu de hasard, o&#249; m&#234;me il est quelquefois permis de tricher : bref, le d&#233;sordre se trouvant partout en &#233;gale proportion avec l'ordre, sans qu'on sache comment celui-ci parviendra &#224; &#233;liminer celui-l&#224;, taxis ataxian di&#244;kein, les &#233;conomistes ont pris le parti de conclure que tout est pour le mieux, et regardent toute proposition d'amendement comme hostile &#224; l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;difice social a donc &#233;t&#233; d&#233;laiss&#233; ; la foule a fait irruption sur le chantier : colonnes, chapiteaux et socles, le bois, la pierre et le m&#233;tal, ont &#233;t&#233; distribu&#233;s par lots et tir&#233;s au sort, et de tous ces mat&#233;riaux rassembl&#233;s pour un temple magnifique, la propri&#233;t&#233;, ignorante et barbare, a construit des huttes. Il s'agit donc, non-seulement de retrouver le plan de l'&#233;difice, mais de d&#233;loger les occupants, lesquels soutiennent que leur cit&#233; est superbe, et, au seul mot de restauration, se rangent en bataille sur leurs portes. Pareille confusion ne se vit autrefois &#224; Babel : heureusement nous parlons fran&#231;ais, et nous sommes plus hardis que les compagnons de Nemrod.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quittons l'all&#233;gorie : la m&#233;thode historique et descriptive, employ&#233;e avec succ&#232;s tant qu'il n'a fallu op&#233;rer que des reconnaissances, est d&#233;sormais sans utilit&#233; : apr&#232;s des milliers de monographies et de tables, nous ne sommes pas plus avanc&#233;s qu'au temps de X&#233;nophon et d'H&#233;siode. Les Ph&#233;niciens, les Grecs, les Italiens, travaill&#232;rent autrefois comme nous faisons aujourd'hui : ils pla&#231;aient leur argent, salariaient leurs ouvriers, &#233;tendaient leurs domaines, faisaient leurs exp&#233;ditions et recouvrements, tenaient leurs livres, sp&#233;culaient, agiotaient, se ruinaient, selon toutes les r&#232;gles de l'art &#233;conomique, s'entendant non moins bien que nous &#224; s'arroger des monopoles, et &#224; ran&#231;onner le consommateur et l'ouvrier. De tout cela, les relations surabondent ; et quand nous repasserions &#233;ternellement nos statistiques et nos chiffres, nous n'aurions toujours devant les yeux que le chaos, le chaos immobile et uniforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On croit, il est vrai, qu'&#224; partir des temps mythologiques jusqu'&#224; la pr&#233;sente ann&#233;e 57 de notre grande r&#233;volution, le bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral s'est accru : le christianisme a longtemps pass&#233; pour la principale cause de cette am&#233;lioration, dont les &#233;conomistes r&#233;clament actuellement tout l'honneur pour leurs principes. Car apr&#232;s tout, disent-ils, quelle a &#233;t&#233; l'influence du christianisme sur la soci&#233;t&#233; ? Profond&#233;ment utopiste &#224; sa naissance, il n'a pu se soutenir et s'&#233;tendre qu'en adoptant peu &#224; peu toutes les cat&#233;gories &#233;conomiques, le travail, le capital, le fermage, l'usure, le trafic, la propri&#233;t&#233;, en un mot, en consacrant la loi romaine, expression la plus haute de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le christianisme, &#233;tranger, quant &#224; sa partie th&#233;ologique, aux th&#233;ories sur la production et la consommation, a &#233;t&#233; pour la civilisation europ&#233;enne ce qu'&#233;taient nagu&#232;re pour les ouvriers ambulants les soci&#233;t&#233;s de compagnonnage et la franc-ma&#231;onnerie, une esp&#232;ce de contrat d'assurance et de secours mutuel ; sous ce rapport, il ne doit rien &#224; l'&#233;conomie politique, et le bien qu'il a fait ne peut &#234;tre invoqu&#233; par elle en t&#233;moignage de certitude. Les effets de charit&#233; et de d&#233;vouement sont hors du domaine de l'&#233;conomie, laquelle doit procurer le bonheur des soci&#233;t&#233;s par l'organisation du travail et par la justice. Pour le surplus, je suis pr&#234;t &#224; reconna&#238;tre les effets heureux du m&#233;canisme propri&#233;taire ; mais j'observe que ces effets sont enti&#232;rement couverts par les mis&#232;res qu'il est de la nature de ce m&#233;canisme de produire : en sorte que, comme l'avouait nagu&#232;re devant le parlement anglais un illustre ministre, et comme nous le d&#233;montrerons bient&#244;t, dans la soci&#233;t&#233; actuelle, le progr&#232;s de la mis&#232;re est parall&#232;le et ad&#233;quat au progr&#232;s de la richesse, ce qui annulle compl&#232;tement les m&#233;rites de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'&#233;conomie politique ne se justifie ni par ses maximes ni par ses &#339;uvres ; et, quant au socialisme, toute sa valeur se r&#233;duit &#224; l'avoir constat&#233;. Force nous est donc de reprendre l'examen de l'&#233;conomie politique, puisqu'elle seule contient, du moins en partie, les mat&#233;riaux de la science sociale ; et de v&#233;rifier si ses th&#233;ories ne cacheraient pas quelque erreur dont le redressement concilierait le fait et le droit, r&#233;v&#233;lerait la loi organique de l'humanit&#233;, et donnerait la conception positive de l'ordre. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1-	&#171; Le principe qui pr&#233;side &#224; la vie des nations, ce n'est pas la science pure : ce sont les donn&#233;es complexes qui ressortent de l'&#233;tat des lumi&#232;res, des besoins et des int&#233;r&#234;ts. &#187; Ainsi s'exprimait, en d&#233;cembre 1844, un des esprits les plus lucides qui soient en France, M. L&#233;on Faucher. Qu'on explique, si l'on peut, comment un homme de cette trempe a &#233;t&#233; amen&#233;, par ses convictions &#233;conomiques, &#224; d&#233;clarer que les donn&#233;es complexes de la soci&#233;t&#233; sont oppos&#233;es &#224; la science pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHAPITRE II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE LA VALEUR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; I. &#8212; Opposition de la valeur d'utilit&#233; et de la valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur est la pierre angulaire de l'&#233;difice &#233;conomique. Le divin artiste qui nous a commis &#224; la continuation de son &#339;uvre ne s'en est expliqu&#233; &#224; personne : mais, sur quelques indices, on le conjecture. La valeur, en effet, pr&#233;sente deux faces : l'une, que les &#233;conomistes appellent valeur d'usage, ou valeur en soi ; l'autre, valeur en &#233;change, ou d'opinion. Les effets que produit la valeur sous ce double aspect, et qui sont fort irr&#233;guliers tant qu'elle n'est point assise, ou, pour nous exprimer plus philosophiquement, tant qu'elle n'est pas constitu&#233;e, changent totalement par cette constitution. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, en quoi consiste la corr&#233;lation de valeur utile k valeur en &#233;change ; que faut-il entendre par valeur constitu&#233;e, et par quelle p&#233;rip&#233;tie s'op&#232;re cette constitution : c'est l'objet et la fin de l'&#233;conomie politique. Je supplie le lecteur de donner toute son attention &#224; ce qui va suivre : ce chapitre &#233;tant le seul de l'ouvrage qui exige de sa part un peu de bonne volont&#233;. De mon c&#244;t&#233;, je m'efforcerai d'&#234;tre de plus en plus simple et clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui peut m'&#234;tre de quelque service a pour moi de la valeur, et je suis d'autant plus riche que la chose utile est plus abondante : &#224; cela point de difficult&#233;. Le lait et la chair, les fruits et les graines, la laine, le sucre, le coton, le vin, les m&#233;taux, le marbre, la terre enfin, l'eau, l'air, le feu et le soleil, sont, relativement &#224; moi, valeurs d'usage, valeurs par nature et destination. Si toutes les choses qui servent &#224; mon existence &#233;taient aussi abondantes que certaines d'entre elles, par exemple la lumi&#232;re ; en d'autres termes, si la quantit&#233; de chaque esp&#232;ce de valeurs &#233;tait in&#233;puisable, mon bien-&#234;tre serait &#224; jamais assur&#233; : je n'aurais que faire de travailler, je ne penserais m&#234;me pas. Dans cet &#233;tat, il y aurait toujours utilit&#233; dans les choses, mais il ne serait plus vrai de dire qu'elles valent ; car la valeur, ainsi que nous le verrons bient&#244;t, indique un rapport essentiellement social ; et c'est m&#234;me uniquement par l'&#233;change, en faisant une esp&#232;ce de retour de la soci&#233;t&#233; sur la nature, que nous avons acquis la notion d'utilit&#233;. Tout le d&#233;veloppement de la civilisation tient donc &#224; la n&#233;cessit&#233; o&#249; se trouve la race humaine de provoquer incessamment la cr&#233;ation de nouvelles valeurs, de m&#234;me que les maux de la soci&#233;t&#233; ont leur cause premi&#232;re dans la lutte perp&#233;tuelle que nous soutenons contre notre propre inertie. Otez &#224; l'homme ce besoin qui sollicite sa pens&#233;e et la fa&#231;onne &#224; la vie contemplative, et le contrema&#238;tre de la cr&#233;ation n'est plus que le premier des quadrup&#232;des.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment la valeur d'utilit&#233; devient-elle valeur en &#233;change ? Car il faut remarquer que les deux sortes de valeurs, bien que contemporaines dans la pens&#233;e (puisque la premi&#232;re ne s'aper&#231;oit qu'&#224; l'occasion de la seconde), soutiennent n&#233;anmoins un rapport de succession : la valeur &#233;changeable est donn&#233;e par une sorte de reflet de la valeur utile, comme les th&#233;ologiens enseignent que dans la trinit&#233;, le p&#232;re, se contemplant de toute &#233;ternit&#233;, engendre le fils. Cette g&#233;n&#233;ration de l'id&#233;e de valeur n'a pas &#233;t&#233; not&#233;e par les &#233;conomistes avec assez de soin : il importe de nous y arr&#234;ter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis donc que parmi les objets dont j'ai besoin, un tr&#232;s grand nombre ne se trouve dans la nature qu'en une quantit&#233; m&#233;diocre, ou m&#234;me ne se trouve pas du tout, je suis forc&#233; d'aider &#224; la production de ce qui me manque ; et comme je ne puis mettre la main &#224; tant de choses, je proposerai &#224; d'autres hommes, mes collaborateurs dans des fonctions diverses, de me c&#233;der une partie de leurs produits en &#233;change du mien. J'aurai donc par devers moi, de mon produit particulier, toujours plus que je ne consomme ; de m&#234;me que mes pairs auront par devers eux, de leurs produits respectifs, plus qu'ils n'usent. Cette convention tacite s'accomplit par le commerce. &#192; cette occasion, nous ferons observer que la succession logique des deux esp&#232;ces de valeur appara&#238;t bien mieux encore dans l'histoire que dans la th&#233;orie, les hommes ayant pass&#233; des milliers d'ann&#233;es &#224; se disputer les bien naturels (c'est ce qu'on appelle la communaut&#233; primitive), avant que leur industrie e&#251;t donn&#233; lieu &#224; aucun &#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la capacit&#233; qu'ont tous les produits, soit naturels, soit industriels, de servir &#224; la subsistance de l'homme, se nomme particuli&#232;rement valeur d'utilit&#233; ; la capacit&#233; qu'ils ont de se donner l'un pour l'autre, valeur en &#233;change. Au fond, c'est la m&#234;me chose, puisque le second cas ne fait qu'ajouter au premier l'id&#233;e d'une substitution, et tout cela peut para&#238;tre d'une subtilit&#233; oiseuse : dans la pratique, les cons&#233;quences sont surprenantes, et tour &#224; tour heureuses ou funestes. Ainsi, la distinction &#233;tablie dans la valeur est donn&#233;e par les faits et n'a rien d'arbitraire : c'est &#224; l'homme, en subissant cette loi, de la faire tourner au profit de son bien-&#234;tre et de sa libert&#233;. Le travail, selon la belle expression d'um auteur, M. Walras, est une guerre d&#233;clar&#233;e &#224; la parcimonie de la nature ; c'est par lui que s'engendrent &#224; la fois la richesse et la soci&#233;t&#233;. Non-seulement le travail produit incomparablement plus de biens que ne nous en donne la nature ; &#8212; ainsi, l'on a remarqu&#233; que les seuls cordonniers de France produisaient dix fois plus que les mines r&#233;unies du P&#233;rou, du Br&#233;sil et du Mexique ; &#8212; mais le travail, par les transformations qu'il fait subir aux valeurs naturelles, &#233;tendant et multipliant &#224; l'infini ses droits, il arrive peu &#224; peu que toute richesse, &#224; force de passer par la fili&#232;re industrielle, revient tout enti&#232;re &#224; celui qui la cr&#233;e, et qu'il ne reste rien ou presque rien pour le d&#233;tenteur de la mati&#232;re premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est donc la marche du d&#233;veloppement &#233;conomique : au premier moment, appropriation de la terre et des valeurs naturelles ; puis association et distribution par le travail jusqu'&#224; compl&#234;te &#233;galit&#233;. Les ab&#238;mes sont sem&#233;s sur notre route, le glaive est suspendu sur nos t&#234;tes ; mais, pour conjurer tous les p&#233;rils, nous avons la raison ; et la raison, c'est la toute-puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte du rapport de valeur utile &#224; valeur &#233;changeable que si, par accident ou malveillance, l'&#233;change &#233;tait interdit &#224; l'un des producteurs, ou si l'utilit&#233; de son produit venait &#224; cesser tout &#224; coup, avec ses magasins remplis il ne poss&#233;derait rien. Plus il aurait fait de sacrifices et d&#233;ploy&#233; de vaillance &#224; produire, plus profonde serait sa mis&#232;re. &#8212; Si l'utilit&#233; du produit, au lieu de dispara&#238;tre tout &#224; fait, &#233;tait seulement diminu&#233;e, chose qui peut arriver de cent fa&#231;ons : le travailleur, au lieu d'&#234;tre frapp&#233; de d&#233;ch&#233;ance et ruin&#233; par une catastrophe subite, ne serait qu'appauvri ; oblig&#233; de livrer une quantit&#233; forte de sa valeur pour une quantit&#233; faible de valeurs &#233;trang&#232;res, sa subsistance se trouverait r&#233;duite dans une proportion &#233;gale au d&#233;ficit de sa vente, ce qui le conduirait par degr&#233;s de l'aisance &#224; l'ext&#233;nuation. Si enfin l'utilit&#233; du produit venait &#224; cro&#238;tre, ou bien si la production en &#233;tait rendue moins co&#251;teuse, la balance de l'&#233;change tournerait &#224; l'avantage du producteur, dont le bien-&#234;tre pourrait ainsi s'&#233;lever de la m&#233;diocrit&#233; laborieuse &#224; l'oisive opulence. Ce ph&#233;nom&#232;ne de d&#233;pr&#233;ciation et d'enrichissement se manifeste sous mille formes et par mille combinaisons : c'est en cela que consiste le jeu passionnel et intrigu&#233; du commerce et de l'industrie ; c'est cette loterie pleine d'emb&#251;ches que les &#233;conomistes croient devoir durer &#233;ternellement, et dont l'Acad&#233;mie des sciences morales et politiques demande, sans le savoir, la suppression, lorsque, sous les noms de profit et de salaire, elle demande que l'on concilie la valeur utile et la valeur en &#233;change, c'est-&#224;-dire qu'on trouve le moyen de rendre toutes les valeurs utiles &#233;galement &#233;changeables, et vice versa toutes les valeurs &#233;changeables &#233;galement utiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes ont tr&#232;s-bien fait ressortir le double caract&#232;re de la valeur : mais ce qu'ils n'ont pas rendu avec la m&#234;me nettet&#233;, c'est sa nature contradictoire. Ici commence notre critique. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'utilit&#233; est la condition n&#233;cessaire de l'&#233;change ; mais &#244;tez l'&#233;change, et l'utilit&#233; devient nulle : ces deux termes sont indissolublement li&#233;s. O&#249; est-ce donc qu'appara&#238;t la contradiction ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque tous tant que nous sommes nous ne subsistons que par le travail et l'&#233;change, et que nous sommes d'autant plus riches que nous produisons et &#233;changeons davantage, la cons&#233;quence, pour chacun, est de produire le plus possible de valeur utile, afin d'augmenter d'autant ses &#233;changes, et partant ses jouissances. Eh bien, le premier effet, l'effet in&#233;vitable de la multiplication des valeurs est de les avilir : plus une marchandise abonde, plus elle perd &#224; l'&#233;change et se d&#233;pr&#233;cie commercialement. N'est-il pas vrai qu'il y a contradiction entre la n&#233;cessit&#233; du travail et ses r&#233;sultats ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Je conjure le lecteur, avant de courir au devant de l'explication, d'arr&#234;ter son attention sur le fait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un paysan qui a r&#233;colt&#233; vingt sacs de bl&#233;, qu'il se propose de manger avec sa famille, se juge deux fois plus riche que s'il n'en avait r&#233;colt&#233; que dix ; &#8212; pareillement une m&#233;nag&#232;re qui a fil&#233; cinquante aunes de toile se croit deux fois plus riche aussi que si elle n'en avait fil&#233; que vingt-cinq. Relativement au m&#233;nage, ils ont raison tous deux ; mais au point de vue de leurs relations ext&#233;rieures, ils peuvent se tromper du tout au tout. Si la r&#233;colte du bl&#233; est double dans tout le pays, vingt sacs se vendront moins que dix ne se seraient vendus si elle avait &#233;t&#233; de moiti&#233; ; comme aussi, dans un cas semblable, cinquante aunes de toile vaudront moins que vingt-cinq. En sorte que la valeur d&#233;cro&#238;t comme la production de l'utilit&#233; augmente, et qu'un producteur peut arriver &#224; l'indigence en s'enrichissant toujours. Et cela para&#238;t sans rem&#232;de, puisque le seul moyen de salut serait que les produits industriels devinssent tous, comme l'air et la lumi&#232;re, en quantit&#233; infinie, ce qui est absurde. Dieu de ma raison ! se serait dit Jean-Jacques : ce ne sont pas les &#233;conomistes qui d&#233;raisonnent ; c'est l'&#233;conomie politique elle-m&#234;me qui est infid&#232;le &#224; ses d&#233;finitions : Mentita est iniquitas sibi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les exemples qui pr&#233;c&#232;dent, la valeur utile d&#233;passe la valeur &#233;changeable : dans d'autres cas, elle est moindre. Alors le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne se produit, mais en sens inverse : la balance est favorable au producteur, et c'est le consommateur qui est frapp&#233;. C'est ce qui arrive notamment dans les disettes, o&#249; la hausse des subsistances a toujours quelque chose de factice. Il y a aussi des professions dont tout l'art consiste &#224; donner &#224; une utilit&#233; m&#233;diocre, et dont on se passerait fort bien, une valeur d'opinion exag&#233;r&#233;e : tels sont en g&#233;n&#233;ral les arts de luxe. L'homme, par sa passion esth&#233;tique, est avide de futilit&#233;s dont la possession satisfait hautement sa vanit&#233;, son go&#251;t inn&#233; du luxe, et son amour plus noble et plus respectable du beau : c'est l&#224;-dessus que sp&#233;culent les pourvoyeurs de ces sortes d'objets. Imposer la fantaisie et l'&#233;l&#233;gance n'est une chose ni moins odieuse ni moins absurde que de mettre des taxes sur la circulation : mais cet imp&#244;t est per&#231;u par quelques entrepreneurs en vogue, que l'engouement g&#233;n&#233;ral prot&#232;ge, et dont tout le m&#233;rite est bien souvent de fausser le go&#251;t et de faire na&#238;tre l'inconstance. D&#232;s lors personne ne se plaint ; et tous les anath&#232;mes de l'opinion sont r&#233;serv&#233;s aux monopoleurs qui, &#224; force de g&#233;nie, parviennent &#224; &#233;lever de quelques centimes le prix de la toile et du pain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peu d'avoir signal&#233;, dans la valeur utile et dans la valeur &#233;changeable, cet &#233;tonnant contraste, o&#249; les &#233;conomistes sont accoutum&#233;s &#224; ne voir rien que de tr&#232;s-simple : il faut montrer que cette pr&#233;tendue simplicit&#233; cache un myst&#232;re profond, que notre devoir est de p&#233;n&#233;trer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je somme donc tout &#233;conomiste s&#233;rieux de me dire, autrement qu'en traduisant ou r&#233;p&#233;tant la question, par quelle cause la valeur d&#233;cro&#238;t, &#224; mesure que la production augmente ; et r&#233;ciproquement qu'est-ce qui fait grandir cette m&#234;me valeur, &#224; mesure que le produit diminue. En termes techniques, la valeur utile et la valeur &#233;changeable, n&#233;cessaires l'une &#224; l'autre, sont en raison inverse l'une de l'autre : je demande donc pourquoi la raret&#233;, non l'utilit&#233;, est synonyme de chert&#233;. Car, remarquons-le bien, la hausse et la baisse des marchandises sont ind&#233;pendantes de la quantit&#233; de travail d&#233;pens&#233;e dans la production ; et le plus ou le moins de frais qu'elles co&#251;tent ne sert de rien pour expliquer les variations de la mercuriale. La valeur est capricieuse comme la libert&#233; : elle ne consid&#232;re ni l'utilit&#233; ni le travail ; loin de l&#224;, il semble que, dans le cours ordinaire des choses, et &#224; part certaines perturbations exceptionnelles, les objets les plus utiles soient toujours ceux qui doivent se livrer &#224; plus bas prix ; en d'autres termes, qu'il est juste que les hommes qui travaillent avec le plus d'agr&#233;ment soient le mieux r&#233;tribu&#233;s, et ceux qui versent dans leur peine le sang et l'eau, le plus mal. Tellement qu'en suivant le principe jusqu'aux derni&#232;res cons&#233;quences, on arriverait &#224; conclure le plus logiquement du monde, que les choses dont l'usage est n&#233;cessaire et la quantit&#233; infinie, doivent &#234;tre pour rien ; et celles dont l'utilit&#233; est nulle et la raret&#233; extr&#234;me, d'un prix inestimable. Mais, et pour comble d'embarras, la pratique n'admet point ces extr&#234;mes : d'un c&#244;t&#233;, aucun produit humain ne saurait jamais atteindre l'infini en grandeur ; de l'autre, les choses les plus rares ont besoin d'&#234;tre, &#224; un degr&#233; quelconque, utiles, sans quoi elles ne seraient susceptibles d'aucune valeur. La valeur utile et la valeur &#233;changeable restent donc fatalement encha&#238;n&#233;es l'une &#224; l'autre, bien que par leur nature elles tendent continuellement &#224; s'exclure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne fatiguerai pas le lecteur de la r&#233;futation des logomachies qu'on pourrait pr&#233;senter pour &#233;claircir ce sujet : il n'y a pas, sur la contradiction inh&#233;rente &#224; la notion de valeur, de cause assignable, ni d'explication possible. Le fait dont je parle est un de ceux qu'on nomme primitifs, c'est-&#224;-dire qui peuvent servir &#224; en expliquer d'autres, mais qui en eux-m&#234;mes, comme les corps appel&#233;s simples, sont insolubles. Tel est le dualisme de l'esprit et de la mati&#232;re. L'esprit et la mati&#232;re sont deux termes qui, pris s&#233;par&#233;ment, indiquent chacun une vue sp&#233;ciale de l'esprit, mais sans r&#233;pondre &#224; aucune r&#233;alit&#233;. De m&#234;me, &#233;tant donn&#233; le besoin pour l'homme d'une grande vari&#233;t&#233; de produits avec l'obligation d'y pourvoir par son travail, l'opposition de valeur utile &#224; valeur &#233;changeable en r&#233;sulte n&#233;cessairement ; et de cette opposition, une contradiction sur le seuil m&#234;me de l'&#233;conomie politique. Aucune intelligence, aucune volont&#233; divine et humaine ne saurait l'emp&#234;cher. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, au lieu de chercher une explication chim&#233;rique, contentons-nous de bien constater la n&#233;cessit&#233; de la contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit l'abondance des valeurs cr&#233;&#233;es et la proportion dans laquelle elles s'&#233;changent, pour que nous &#233;changions nos produits, il faut, si vous &#234;tes demandeur, que mon produit vous convienne, et si vous &#234;tes offrant, que j'agr&#233;e le v&#244;tre. Car nul n'a droit d'imposer &#224; autrui sa propre marchandise : le seul juge de l'utilit&#233;, ou, ce qui revient au m&#234;me, du besoin, est l'acheteur. Donc, dans le premier cas, vous &#234;tes arbitre de la convenance ; dans le second, c'est moi. &#212;tez la libert&#233; r&#233;ciproque, et l'&#233;change n'est plus l'exercice de la solidarit&#233; industrielle : c'est une spoliation. Le communisme, pour le dire en passant, ne triomphera jamais de cette difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, avec la libert&#233;, la production reste n&#233;cessairement ind&#233;termin&#233;e, soit en quantit&#233;, soit en qualit&#233; ; si bien qu'au point de vue du progr&#232;s &#233;conomique, comme &#224; celui de la convenance des consommateurs, l'estimation demeure &#233;ternellement arbitraire, et toujours le prix des marchandises flottera. Supposons pour un moment que tous les producteurs vendent &#224; prix fixe : il y en aura qui, produisant &#224; meilleur march&#233; ou produisant mieux, gagneront beaucoup, pendant que les autres ne gagneront rien. De toute mani&#232;re l'&#233;quilibre est rompu. &#8212; Veut-on, afin de parer &#224; la stagnation du commerce, limiter la production au juste n&#233;cessaire ? C'est violer la libert&#233; : car, en m'&#244;tant la facult&#233; de choisir, vous me condamnez &#224; payer un maximum ; vous d&#233;truisez la concurrence, seule garantie du bon march&#233;, et provoquez &#224; la contrebande. Ainsi, pour emp&#234;cher l'arbitraire commercial, vous vous jetterez dans l'arbitraire administratif ; pour cr&#233;er l'&#233;galit&#233;, vous d&#233;truirez la libert&#233; : ce qui est la n&#233;gation de l'&#233;galit&#233; m&#234;me. &#8212; Grouperez-vous les producteurs en un atelier unique, je suppose que vous poss&#233;diez ce secret ? Cela ne suffit point encore : il vous faudra grouper aussi les consommateurs en un m&#233;nage commun : mais alors vous d&#233;sertez la question. Il ne s'agit pas d'abolir l'id&#233;e de valeur, ce qui est aussi impossible que d'abolir le travail, mais de la d&#233;terminer ; il ne s'agit pas de tuer la libert&#233; individuelle, mais de la socialiser. Or, il est prouv&#233; que c'est le libre arbitre de l'homme qui donne lieu &#224; l'opposition entre la valeur utile et la valeur en &#233;change : comment r&#233;soudre cette opposition, tant que subsistera le libre arbitre ? Et comment sacrifier celui-ci, &#224; moins de sacrifier l'homme ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, par cela seul qu'en ma qualit&#233; d'acheteur libre je suis juge de mon besoin, juge de la convenance de l'objet, juge du prix que je veux y mettre ; et que d'autre part, en votre qualit&#233; de producteur libre, vous &#234;tes ma&#238;tre des moyens d'ex&#233;cution, et qu'en cons&#233;quence vous avez la facult&#233; de r&#233;duire vos frais, l'arbitraire s'introduit forc&#233;ment dans la valeur, et la fait osciller entre l'utilit&#233; et l'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette oscillation, parfaitement signal&#233;e par les &#233;conomistes, n'est rien que l'effet d'une contradiction qui, se traduisant sur une vaste &#233;chelle, engendre les ph&#233;nom&#232;nes les plus inattendus. Trois ann&#233;es de fertilit&#233;, dans certaines provinces de la Russie, sont une calamit&#233; publique ; comme, dans nos vignobles, trois ann&#233;es d'abondance sont une calamit&#233; pour le vigneron. Les &#233;conomistes, je le sais bien, attribuent cette d&#233;tresse au manque de d&#233;bouch&#233;s ; aussi est-ce une grande question parmi eux que les d&#233;bouch&#233;s. Malheureusement il en est de la th&#233;orie des d&#233;bouch&#233;s comme de celle de l'&#233;migration qu'on a voulu opposer &#224; Malthus ; c'est une p&#233;tition de principe. Les &#233;tats les mieux pourvus de d&#233;bouch&#233;s sont sujets &#224; la surproduction comme les pays les plus isol&#233;s : o&#249; est-ce que la baisse et la hausse sont plus connues qu'&#224; la bourse de Paris et de Londres ? &lt;br class='autobr' /&gt;
De l'oscillation de la valeur et des effets irr&#233;guliers qui en d&#233;coulent, les socialistes et les &#233;conomistes, chacun de leur c&#244;t&#233;, ont d&#233;duit des cons&#233;quences oppos&#233;es, mais &#233;galement fausses : les premiers en ont pris texte pour calomnier l'&#233;conomie politique, et l'exclure de la science sociale ; les autres, pour rejeter toute possibilit&#233; de conciliation entre les termes, et affirmer comme loi absolue du commerce l'incommensurabilit&#233; des valeurs, partant l'in&#233;galit&#233; des fortunes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je dis que des deux parts l'erreur est &#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1o L'id&#233;e contradictoire de valeur, si bien mise en lumi&#232;re par la distinction in&#233;vitable de valeur utile et valeur en &#233;change, ne vient pas d'une fausse aperception de l'esprit, ni d'une terminologie vicieuse, ni d'aucune aberration de la pratique : elle est intime &#224; la nature des choses, et s'impose &#224; la raison comme forme g&#233;n&#233;rale de la pens&#233;e, c'est-&#224;-dire comme cat&#233;gorie. Or, comme le concept de valeur est le point de d&#233;part de l'&#233;conomie politique, il s'ensuit que tous les &#233;l&#233;ments de la science, j'emploie le mot science par anticipation, sont contradictoires en eux-m&#234;mes et oppos&#233;s entre eux, si bien que sur chaque question l'&#233;conomiste se trouve incessamment plac&#233; entre une affirmation et une n&#233;gation &#233;galement irr&#233;futables. L'antinomie enfin, pour me servir du mot consacr&#233; par la philosophie moderne, est le caract&#232;re essentiel de l'&#233;conomie politique, c'est-&#224;-dire tout &#224; la fois son arr&#234;t de mort et sa justification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antinomie, litt&#233;ralement contre-loi, veut dire opposition dans le principe ou antagonisme dans le rapport, comme la contradiction ou antilogie indique opposition ou contrari&#233;t&#233; dans le discours. L'antinomie, je demande pardon d'entrer dans ces d&#233;tails de scolastique, mais peu familiers encore &#224; la plupart des &#233;conomistes, l'antinomie est la conception d'une loi &#224; double face, l'une positive, l'autre n&#233;gative : telle est, par exemple, la loi appel&#233;e attraction, qui fait tourner les plan&#232;tes autour du soleil, et que les g&#233;om&#232;tres ont d&#233;compos&#233;e en force centrip&#232;te et force centrifuge. Tel est encore le probl&#232;me de la divisibilit&#233; de la mati&#232;re &#224; l'infini, que Kant a d&#233;montr&#233; pouvoir &#234;tre ni&#233; et affirm&#233; tour &#224; tour par des arguments &#233;galement plausibles et irr&#233;futables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antinomie ne fait qu'exprimer un fait, et s'impose imp&#233;rieusement &#224; l'esprit : la contradiction proprement dite est une absurdit&#233;. Cette distinction entre l'antinomie (contra-lex) et la contradiction (contra-dictio) montre en quel sens on a pu dire que, dans un certain ordre d'id&#233;es et de faits, l'argument de contradiction n'a plus la m&#234;me valeur qu'en math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En math&#233;matiques, il est de r&#232;gle qu'une proposition &#233;tant d&#233;montr&#233;e fausse, la proposition inverse est vraie, et r&#233;ciproquement. Tel est m&#234;me le grand moyen de d&#233;monstration math&#233;matique. En &#233;conomie sociale, il n'en ira plus de m&#234;me : ainsi nous verrons, par exemple, que la propri&#233;t&#233; &#233;tant d&#233;montr&#233;e fausse par ses cons&#233;quences, la formule contraire, la communaut&#233;, n'est pas du tout vraie pour cela, mais qu'elle est niable en m&#234;me temps et au m&#234;me titre que la propri&#233;t&#233;. S'ensuit-il, comme on l'a dit avec une emphase assez ridicule, que toute v&#233;rit&#233;, toute id&#233;e proc&#232;de d'une contradiction, c'est-&#224;-dire d'un quelque chose qui s'affirme et se nie au m&#234;me moment et au m&#234;me point de vue, et qu'il faille rejeter bien loin la vieille logique, qui fait de la contradiction le signe par excellence de l'erreur ? Ce bavardage est digne de sophistes qui, sans foi ni bonne foi, travaillent &#224; &#233;terniser le scepticisme, afin de maintenir leur impertinente inutilit&#233;. Comme l'antinomie, aussit&#244;t qu'elle est m&#233;connue, conduit infailliblement &#224; la contradiction, on les a prises l'une pour l'autre, surtout en fran&#231;ais, o&#249; l'on aime &#224; d&#233;signer chaque chose par ses effets. Mais ni la contradiction, ni l'antinomie que l'analyse d&#233;couvre au fond de toute id&#233;e simple, n'est le principe du vrai. La contradiction est toujours synonyme de nullit&#233; ; quant &#224; l'antinomie, que l'on appelle quelquefois du m&#234;me nom, elle est, en effet, l'avant-coureur de la v&#233;rit&#233;, &#224; qui elle fournit pour ainsi dire la mati&#232;re ; mais elle n'est point la v&#233;rit&#233;, et, consid&#233;r&#233;e en elle-m&#234;me, elle est la cause efficiente du d&#233;sordre, la forme propre du mensonge et du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antinomie se compose de deux termes, n&#233;cessaires l'un &#224; l'autre, mais toujours oppos&#233;s, et tendant r&#233;ciproquement &#224; se d&#233;truire. J'ose &#224; peine ajouter, mais il faut franchir ce pas, que le premier de ces termes a re&#231;u le nom de th&#232;se, position, et le second celui d'anti-th&#232;se, contre-position. Ce m&#233;canisme est maintenant si connu, qu'on le verra bient&#244;t, j'esp&#232;re, figurer au programme des &#233;coles primaires. Nous verrons tout &#224; l'heure comment de la combinaison de ces deux z&#233;ros jaillit l'unit&#233;, ou l'id&#233;e, laquelle fait dispara&#238;tre l'antinomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans la valeur, rien d'utile qui ne se puisse &#233;changer, rien d'&#233;changeable s'il n'est utile : la valeur d'usage et la valeur en &#233;change sont ins&#233;parables. Mais tandis que, par le progr&#232;s de l'industrie, la demande varie et se multiplie &#224; l'infini ; que la fabrication tend en cons&#233;quence &#224; exhausser l'utilit&#233; naturelle des choses, et finalement &#224; convertir toute valeur utile en valeur d'&#233;change ; &#8212; d'un autre c&#244;t&#233;, la production, augmentant incessamment la puissance de ses moyens et r&#233;duisant toujours ses frais, tend &#224; ramener la v&#233;nalit&#233; des choses &#224; l'utilit&#233; primitive : en sorte que la valeur d'usage et la valeur d'&#233;change sont en lutte perp&#233;tuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets de cette lutte sont connus : les guerres de commerce et de d&#233;bouch&#233;s, les encombrements, les stagnations, les prohibitions, les massacres de la concurrence, le monopole, la d&#233;pr&#233;ciation des salaires, les lois de maximum, l'in&#233;galit&#233; &#233;crasante des fortunes, la mis&#232;re, d&#233;coulent de l'antinomie de la valeur. On me dispensera d'en donner ici la d&#233;monstration, qui d'ailleurs ressortira naturellement des chapitres suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes, tout en demandant avec juste raison la fin de cet antagonisme, ont eu le tort d'en m&#233;conna&#238;tre la source, et de n'y voir qu'une m&#233;prise du sens commun, que l'on pouvait r&#233;parer par d&#233;cret d'autorit&#233; publique. De l&#224; cette explosion de sensiblerie lamentable, qui a rendu le socialisme si fade aux esprits positifs, et qui, propageant les plus absurdes illusions, fait tous les jours encore tant de dupes. Ce que je reproche au socialisme, n'est pas d'&#234;tre venu sans motif ; c'est de rester si longtemps et si obstin&#233;ment b&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2o Mais les &#233;conomistes ont eu le tort non moins grave de repousser &#224; priori, et cela justement en vertu de la donn&#233;e contradictoire, ou pour mieux dire antinomique de la valeur, toute id&#233;e et tout espoir de r&#233;forme, sans vouloir jamais comprendre que par cela m&#234;me que la soci&#233;t&#233; &#233;tait parvenue &#224; son plus haut p&#233;riode d'antagonisme, il y avait imminence de conciliation et d'harmonie. C'est pourtant ce qu'un examen attentif de l'&#233;conomie politique aurait fait toucher au doigt &#224; ses adeptes, s'ils avaient tenu plus de compte des mati&#232;res de la m&#233;taphysique moderne. Il est en effet d&#233;montr&#233;, par tout ce que la raison humaine sait de plus positif, que l&#224; o&#249; se manifeste une antinomie, il y a promesse de r&#233;solution des termes, et par cons&#233;quent annonce d'une transformation. Or, la notion de valeur, telle qu'elle a &#233;t&#233; expos&#233;e entre autres par M. J. B. Say, tombe pr&#233;cis&#233;ment dans ce cas. Mais les &#233;conomistes, demeur&#233;s pour la plupart, et par une inconcevable fatalit&#233;, &#233;trangers au mouvement philosophique, n'avaient garde de supposer que le caract&#232;re essentiellement contradictoire, ou, comme ils disaient, variable de la valeur, f&#251;t en m&#234;me temps le signe authentique de sa constitutionnalit&#233;, je veux dire de sa nature &#233;minemment harmonique et d&#233;terminable. Quelque d&#233;shonneur qui en r&#233;sulte pour les diverses &#233;coles &#233;conomistes, il est certain que l'opposition qu'elles ont faite au socialisme proc&#232;de uniquement de cette fausse conception de leurs propres principes ; une preuve, entre mille, suffira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Acad&#233;mie des sciences (non pas celle des sciences morales, l'autre), sortant un jour de ses attributions, fit lecture d'un m&#233;moire dans lequel on proposait de calculer des tables de valeur pour toutes les marchandises, d'apr&#232;s les moyennes de produit par homme et par journ&#233;e de travail dans chaque genre d'industrie. Le Journal des &#201;conomistes (ao&#251;t 1845) prit aussit&#244;t texte de cette communication, usurpatrice &#224; ses yeux, pour protester contre le projet de tarif qui en &#233;tait l'objet, et r&#233;tablir ce qu'il appelait les vrais principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a pas, disait-il dans ses conclusions, de mesure de la valeur, d'&#233;talon de la valeur ; c'est la science &#233;conomique qui dit cela, comme la science math&#233;matique nous dit qu'il n'y a pas de mouvement perp&#233;tuel et de quadrature du cercle, et que cette quadrature et ce mouvement ne se trouveront jamais. Or, s'il n'y a pas d'&#233;talon de la valeur, si la mesure de la valeur n'est pas m&#234;me une illusion m&#233;taphysique, quelle est donc en d&#233;finitive la r&#232;gle qui pr&#233;side aux &#233;changes ? C'est, nous l'avons dit, l'offre et la demande d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, voil&#224; le dernier mot de la science. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, comment le Journal des &#201;conomistes prouvait-il qu'il n'y a pas de mesure de valeur ? Je me sers du terme consacr&#233; : je montrerai tout &#224; l'heure que cette expression, mesure de la valeur, a quelque chose de louche, et ne rend pas exactement ce que l'on veut, ce que l'on doit dire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce journal r&#233;p&#233;tait, en l'accompagnant d'exemples, l'exposition que nous avons faite plus haut de la variabilit&#233; de la valeur, mais sans atteindre comme nous &#224; la contradiction. Or, si l'estimable r&#233;dacteur, l'un des &#233;conomistes les plus distingu&#233;s de l'&#233;cole de Say, avait eu des habitudes dialectiques plus s&#233;v&#232;res ; s'il e&#251;t &#233;t&#233; de longue main exerc&#233;, non-seulement &#224; observer les faits, mais &#224; en chercher l'explication dans les id&#233;es qui les produisent, je ne doute pas qu'il ne se f&#251;t exprim&#233; avec plus de r&#233;serve, et qu'au lieu de voir dans la variabilit&#233; de la valeur le dernier mot de la science, il n'e&#251;t reconnu de lui-m&#234;me qu'elle en &#233;tait le premier. En r&#233;fl&#233;chissant que la variabilit&#233; dans la valeur proc&#232;de non des choses, mais de l'esprit, il se serait dit que comme la libert&#233; de l'homme a sa loi, la valeur doit avoir la sienne ; cons&#233;quemment, que l'hypoth&#232;se d'une mesure de la valeur, puisque ainsi l'on s'exprime, n'a rien d'irrationnel, tout au contraire, que c'est la n&#233;gation de cette mesure qui est illogique, insoutenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de fait, en quoi l'id&#233;e de mesurer, et par cons&#233;quent de fixer la valeur, r&#233;pugne-t-elle &#224; la science ? Tous les hommes croient &#224; cette fixation ; tous la veulent, la cherchent, la supposent : chaque proposition de vente ou d'achat n'est en fin de compte qu'une comparaison entre deux valeurs, c'est-&#224;-dire une d&#233;termination, plus ou moins juste, si l'on veut, mais effective. L'opinion du genre humain sur la diff&#233;rence qui existe entre la valeur r&#233;elle et le prix de commerce, est, on peut le dire, unanime. C'est ce qui fait que tant de marchandises se vendent &#224; prix fixe ; il en est m&#234;me qui, jusque dans leurs variations, sont toujours fix&#233;es : tel est le pain. On ne niera pas que si deux industriels peuvent s'exp&#233;dier r&#233;ciproquement en compte-courant, et &#224; prix fait, des quantit&#233;s de leurs produits respectifs, dix, cent, mille industriels ne puissent en faire autant. Or, ce serait pr&#233;cis&#233;ment avoir r&#233;solu le probl&#232;me de la mesure de la valeur. Le prix de chaque chose serait d&#233;battu, j'en conviens, parce que le d&#233;bat est encore pour nous la seule mani&#232;re de fixer le prix ; mais enfin comme toute lumi&#232;re jaillit du choc, le d&#233;bat, bien qu'il soit une preuve d'incertitude, a pour but, abstraction faite du plus ou moins de bonne foi qui s'y m&#234;le, de d&#233;couvrir le rapport des valeurs entre elles, c'est-&#224;-dire leur mensuration, leur loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ricardo, dans sa th&#233;orie de la rente, a donn&#233; un magnifique exemple de la commensurabilit&#233; des valeurs. Il a fait voir que les terres arables sont entre elles comme, &#224; frais &#233;gaux, sont leurs rendements ; et la pratique universelle est en cela d'accord avec la th&#233;orie. Or, qui nous dit que cette mani&#232;re, positive et s&#251;re, d'&#233;valuer les terres, et en g&#233;n&#233;ral tous les capitaux engag&#233;s, ne peut pas s'&#233;tendre aussi aux produits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit : L'&#233;conomie politique ne se gouverne point par des &#224; priori ; elle ne prononce que sur des faits. Or, ce sont les faits, c'est l'exp&#233;rience qui nous apprend qu'il n'est ni peut exister de mesure de la valeur, et qui prouve que si une pareille id&#233;e a d&#251; se pr&#233;senter naturellement, sa r&#233;alisation est tout &#224; fait chim&#233;rique. L'offre et la demande, telle est la seule r&#232;gle des &#233;changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne r&#233;p&#233;terai pas que l'exp&#233;rience prouve pr&#233;cis&#233;ment le contraire ; que tout, dans le mouvement &#233;conomique des soci&#233;t&#233;s, indique une tendance &#224; la constitution et &#224; la fixation de la valeur ; que c'est l&#224; le point culminant de l'&#233;conomie politique, laquelle, par cette constitution, se trouve transform&#233;e, et le signe supr&#234;me de l'ordre dans la soci&#233;t&#233; : cet aper&#231;u g&#233;n&#233;ral, r&#233;it&#233;r&#233; sans preuve, deviendrait insipide. Je me renferme pour le moment dans les termes de la discussion, et je dis que l offre et la demande, que l'on pr&#233;tend &#234;tre la seule r&#232;gle des valeurs, ne sont autre chose que deux formes c&#233;r&#233;monielles servant &#224; mettre en pr&#233;sence la valeur d'utilit&#233; et la valeur en &#233;change, et &#224; provoquer leur conciliation. Ce sont les deux p&#244;les &#233;lectriques, dont la mise en rapport doit produire le ph&#233;nom&#232;ne d'affinit&#233; &#233;conomique, appel&#233; &#233;change. Comme les p&#244;les de la pile, l'offre et la demande sont diam&#233;tralement oppos&#233;es, et tendent sans cesse &#224; s'annuler l'une l'autre ; c'est par leur antagonisme que le prix des choses ou s'exag&#232;re ou s'an&#233;antit : on veut donc savoir s'il n'est pas possible, en toute occasion, d'&#233;quilibrer ou faire transiger ces deux puissances, de mani&#232;re &#224; ce que le prix des choses soit toujours l'expression de la valeur vraie, l'expression de la justice. Dire apr&#232;s cela que l'offre et la demande sont la r&#232;gle des &#233;changes, c'est dire que l'offre et la demande sont la r&#232;gle de l'offre et de la demande ; ce n'est point expliquer la pratique, c'est la d&#233;clarer absurde, et je nie que la pratique soit absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; l'heure j'ai cit&#233; Ricardo comme ayant donn&#233;, pour un cas sp&#233;cial, une r&#232;gle positive de comparaison des valeurs : les &#233;conomistes font mieux encore ; chaque ann&#233;e ils recueillent, des tableaux de la statistique, la moyenne de toutes les mercuriales. Or, quel est le sens d'une moyenne ? Chacun con&#231;oit que dans une op&#233;ration particuli&#232;re, prise au hasard sur un million, rien ne peut indiquer si c'est l'offre, valeur utile, qui l'a emport&#233;, ou si c'est la valeur &#233;changeable, c'est-&#224;-dire la demande. Mais comme toute exag&#233;ration dans le prix des marchandises est t&#244;t ou tard suivie d'une baisse proportionnelle ; comme, en d'autres termes, dans la soci&#233;t&#233; les profits de l'agio sont &#233;gaux aux pertes, on peut regarder avec juste raison la moyenne, des prix, pendant une p&#233;riode compl&#232;te, comme indiquant la valeur r&#233;elle et l&#233;gitime des produits. Cette moyenne, il est vrai, arrive trop tard : mais qui sait si l'on ne pourrait pas, &#224; l'avance, la d&#233;couvrir ? Est-il un &#233;conomiste qui ose dire que non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon gr&#233;, mal gr&#233;, il faut donc chercher la mesure de la valeur : c'est la logique qui le commande, et ses conclusions sont &#233;gales contre les &#233;conomistes et contre les socialistes. L'opinion qui nie l'existence de cette mesure est irrationnelle, d&#233;raisonnable. Dites tant qu'il vous plaira, d'un c&#244;t&#233;, que l'&#233;conomie politique est une science de faits, et que les faits sont contraires &#224; l'hypoth&#232;se d'une d&#233;termination de la valeur ; &#8212; de l'autre, que cette question scabreuse n'a plus lieu dans une association universelle, qui absorberait tout antagonisme : je r&#233;pliquerai toujours, &#224; droite et &#224; gauche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Que comme il ne se produit pas de fait qui n'ait sa cause, de m&#234;me il n'en existe pas qui n'ait sa loi ; et que si la loi de l'&#233;change n'est pas trouv&#233;e, la faute en est, non pas aux faits, mais aux savants ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#034; Qu'aussi longtemps que l'homme travaillera pour subsister, et travaillera librement, la justice sera la condition de la fraternit&#233; et la base de l'association : or, sans une d&#233;termination de la valeur, la justice est boiteuse, est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; II. &#8212; Constitution de la valeur : d&#233;finition de la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons la valeur sous ses deux aspects contraires : nous ne la connaissons pas dans son tout. Si nous pouvions acqu&#233;rir cette nouvelle id&#233;e, nous aurions la valeur absolue ; et une tarification des valeurs, telle que la demandait le m&#233;moire lu &#224; l'Acad&#233;mie des sciences, serait possible. Figurons-nous donc la richesse comme une masse tenue par une force chimique ou &#233;tat permanent de composition, et dans laquelle des &#233;l&#233;ments nouveaux entrant sans cesse, se combinent en proportions diff&#233;rentes, mais d'apr&#232;s une loi certaine : la valeur est le rapport proportionnel (la mesure) selon lequel chacun de ces &#233;l&#233;ments fait partie du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suit de l&#224; deux choses : l'une, que les &#233;conomistes se sont compl&#232;tement abus&#233;s lorsqu'ils ont cherch&#233; la mesure g&#233;n&#233;rale de la valeur dans le bl&#233;, dans l'argent, dans la rente, etc. ; comme aussi lorsqu'apr&#232;s avoir d&#233;montr&#233; que cet &#233;talon de mesure n'&#233;tait ni ici ni l&#224;, ils ont conclu qu'il n'y avait raison ni mesure &#224; la valeur ; &#8212; l'autre, que la proportion des valeurs peut varier continuellement, sans cesser pour cela d'&#234;tre assuj&#233;tie &#224; une loi, dont la d&#233;termination est pr&#233;cis&#233;ment la solution demand&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce concept de la valeur satisfait, comme on le verra, &#224; toutes les conditions : car il embrasse &#224; la fois et la valeur utile, dans ce qu'elle a de positif et de fixe, et la valeur en &#233;change, dans ce qu'elle a de variable ; en second lieu fait cesser la contrari&#233;t&#233; qui semblait un obstacle insurmontable &#224; toute d&#233;termination ; de plus, nous montrerons que la valeur ainsi entendue diff&#232;re enti&#232;rement de ce que serait une simple juxta-position des deux id&#233;es de valeur utile et valeur &#233;changeable, et qu'elle est dou&#233;e de propri&#233;t&#233;s nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proportionnalit&#233; des produits n'est point une r&#233;v&#233;lation que nous pr&#233;tendions faire au monde : ni une nouveaut&#233; que nous apportions dans la science, pas plus que la division du travail n'&#233;tait chose inou&#239;e, lorsqu'Adam Smith en expliqua les merveilles. La proportionnalit&#233; des produits est, comme il nous serait facile de le prouver par des citations sans nombre, une id&#233;e vulgaire qui tra&#238;ne partout dans les ouvrages d'&#233;conomie politique, mais &#224; laquelle personne jusqu'&#224; ce jour n'a song&#233; &#224; restituer le rang qui lui est d&#251; : et c'est ce que nous entreprenons aujourd'hui de faire. Nous tenions, du reste, &#224; faire cette d&#233;claration, afin de rassurer le lecteur sur nos pr&#233;tentions &#224; l'originalit&#233;, et de nous r&#233;concilier les esprits que leur timidit&#233; rend peu favorables aux id&#233;es nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes semblent n'avoir jamais entendu, par la mesure de la valeur, qu'un &#233;talon, une sorte d'unit&#233; primordiale, existant par elle-m&#234;me, et qui s'appliquerait &#224; toutes les marchandises, comme le m&#232;tre s'applique &#224; toutes les grandeurs. Aussi a-t-il sembl&#233; &#224; plusieurs que tel &#233;tait en effet le r&#244;le de l'argent. Mais la th&#233;orie des monnaies a prouv&#233; de reste que, loin d'&#234;tre la mesure des valeurs, l'argent n'en est que l'arithm&#233;tique, et une arithm&#233;tique de convention. L'argent est &#224; la valeur ce que le thermom&#232;tre est &#224; la chaleur : le thermom&#232;tre, avec son &#233;chelle arbitrairement gradu&#233;e, indique bien quand il y a d&#233;perdition ou accumulation de calorique : mais quelles sont les lois d'&#233;quilibre de la chaleur, quelle en est la proportion dans les divers corps, quelle quantit&#233; est n&#233;cessaire pour produire une ascension de 10, 15 ou 20 degr&#233;s dans le thermom&#232;tre, voil&#224; ce que le thermom&#232;tre ne dit pas ; il n'est pas m&#234;me s&#251;r que les degr&#233;s de l'&#233;chelle, tous &#233;gaux entre eux, correspondent &#224; des additions &#233;gales de calorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que l'on s'&#233;tait faite jusqu'ici de la mesure de la valeur est donc inexacte ; ce que nous cherchons n'est pas l'&#233;talon de la valeur, comme on l'a dit tant de fois, et ce qui n'a pas de sens ; mais la loi suivant laquelle les produits se proportionnent dans la richesse sociale ; car c'est de la connaissance de cette loi que d&#233;pendent, dans ce qu'elles ont de normal et de l&#233;gitime, la hausse et la baisse des marchandises. En un mot, comme par la mesure des corps c&#233;lestes on entend le rapport r&#233;sultant de la comparaison de ces corps entre eux, de m&#234;me, par la mesure des valeurs, il faut entendre le rapport qui r&#233;sulte de leur comparaison ; or, je dis que ce rapport a sa loi, et cette comparaison son principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suppose donc une force qui combine, dans des proportions certaines, les &#233;l&#233;ments de la richesse, et qui en fait un tout homog&#232;ne : si les &#233;l&#233;ments constituants ne sont pas dans la proportion voulue, la combinaison ne s'en op&#233;rera pas moins ; mais, au lieu d'absorber toute la mati&#232;re, elle en rejettera une partie comme inutile. Le mouvement int&#233;rieur par lequel se produit la combinaison, et que d&#233;termine l'affinit&#233; des diverses substances, ce mouvement dans la soci&#233;t&#233; est l'&#233;change, non plus seulement l'&#233;change consid&#233;r&#233; dans sa forme &#233;l&#233;mentaire et d'homme &#224; homme, mais l'&#233;change en tant que fusion de toutes les valeurs produites par les industries priv&#233;es en une seule et m&#234;me richesse sociale. Enfin, la proportion selon laquelle chaque &#233;l&#233;ment entre dans le compos&#233;, cette proportion est ce que nous appelons valeur ; l'exc&#233;dant qui reste apr&#232;s la combinaison est non-valeur, tant que, par l'accession d'une certaine quantit&#233; d'autres &#233;l&#233;ments, il ne se combine, ne s'&#233;change pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous expliquerons plus bas le r&#244;le de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci pos&#233;, on con&#231;oit qu'&#224; un moment donn&#233; la proportion des valeurs formant la richesse d'un pays puisse, &#224; force de statistiques et d'inventaires, &#234;tre d&#233;termin&#233;e ou du moins approxim&#233;e empiriquement, &#224; peu pr&#232;s comme les chimistes ont d&#233;couvert par l'exp&#233;rience, aid&#233;e de l'analyse, la proportion d'hydrog&#232;ne et d'oxyg&#232;ne n&#233;cessaire &#224; la formation de l'eau. Cette m&#233;thode, appliqu&#233;e &#224; la d&#233;termination des valeurs, n'a rien qui r&#233;pugne ; ce n'est, apr&#232;s tout, qu'une affaire de comptabilit&#233;. Mais un pareil travail, quelque int&#233;ressant qu'il f&#251;t, nous apprendrait fort peu de chose. D'une part, en effet, nous savons que la proportion varie sans cesse ; de l'autre, il est clair qu'un relev&#233; de la fortune publique ne donnant la proportion des valeurs que pour le lieu et l'heure o&#249; la table serait faite, nous ne pourrions en induire la loi de proportionnalit&#233; de la richesse. Ce n'est pas un seul travail de ce genre qu'il faudrait pour cela ; ce serait, en admettant que le proc&#233;d&#233; f&#251;t digne de confiance, des milliers et des millions de travaux semblables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il en est ici de la science &#233;conomique tout autrement que de la chimie. Les chimistes, &#224; qui l'exp&#233;rience a d&#233;couvert de si belles proportions, ne savent rien du comment ni du pourquoi de ces proportions, pas plus que de la force qui les d&#233;termine. L'&#233;conomie sociale, au contraire, &#224; qui nulle recherche &#224; posteriori ne pourrait faire conna&#238;tre directement la loi de proportionnalit&#233; des valeurs, peut la saisir dans la force m&#234;me qui la produit, et qu'il est temps de faire conna&#238;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette force, qu'A. Smith a c&#233;l&#233;br&#233;e avec tant d'&#233;loquence et que ses successeurs ont m&#233;connue, lui donnant pour &#233;gal le privil&#232;ge, cette force est le travail. Le travail diff&#232;re de producteur &#224; producteur en quantit&#233; et qualit&#233; ; il en est de lui &#224; cet &#233;gard comme de tous les grands principes de la nature et des lois les plus g&#233;n&#233;rales, simples dans leur action et leur formule, mais modifi&#233;s &#224; l'infini par la multitude des causes particuli&#232;res, et se manifestant sous une vari&#233;t&#233; innombrable de formes. C'est le travail, le travail seul, qui produit tous les &#233;l&#233;ments de la richesse, et qui les combine jusque dans leurs derni&#232;res mol&#233;cules selon une loi de proportionnalit&#233; variable, mais certaine. C'est le travail enfin qui, comme principe de vie, agite, mens agitat, la mati&#232;re, molem, de la richesse, et qui la proportionne. &lt;br class='autobr' /&gt;
La soci&#233;t&#233;, ou l'homme collectif, produit une infinit&#233; d'objets dont la jouissance constitue son bien-&#234;tre. Ce bien-&#234;tre se d&#233;veloppe non-seulement en raison de la quantit&#233; des produits, mais aussi en raison de leur vari&#233;t&#233; (qualit&#233;) et proportion. De cette donn&#233;e fondamentale il suit que la soci&#233;t&#233; doit toujours, &#224; chaque instant de sa vie, chercher dans ses produits une proportion telle, que la plus forte somme de bien-&#234;tre s'y rencontre, eu &#233;gard &#224; la puissance et aux moyens de production. Abondance, vari&#233;t&#233; et proportion dans les produits, sont les trois termes qui constituent la richesse : la richesse, objet de l'&#233;conomie sociale, est soumise aux m&#234;mes conditions d'existence que le beau, objet de l'art ; la vertu, objet de la morale ; le vrai, objet de la m&#233;taphysique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment s'&#233;tablit cette proportion merveilleuse et si n&#233;cessaire, que sans elle une partie du labeur humain est perdue, c'est-&#224;-dire inutile, inharmonique, invraie, par cons&#233;quent synonyme d'indigence, de n&#233;ant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e, selon la fable, est le symbole de l'activit&#233; humaine. Prom&#233;th&#233;e d&#233;robe le feu du ciel, et invente les premiers arts ; Prom&#233;th&#233;e pr&#233;voit l'avenir et veut s'&#233;galer &#224; Jupiter ; Prom&#233;th&#233;e est Dieu. Appelons donc la soci&#233;t&#233; Prom&#233;th&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e donne au travail, en moyenne, dix heures par jour, sept au repos, autant au plaisir. Pour tirer de ses exercices le fruit le plus utile, Prom&#233;th&#233;e tient note de la peine et du temps que chaque objet de sa consommation lui co&#251;te. Rien que l'exp&#233;rience ne peut l'en instruire, et cette exp&#233;rience sera de toute sa vie. Tout en travaillant et produisant, Prom&#233;th&#233;e &#233;prouve donc une infinit&#233; de m&#233;comptes. Mais, en dernier r&#233;sultat, plus il travaille, plus son bien-&#234;tre se raffine et son luxe s'id&#233;alise ; plus il &#233;tend ses conqu&#234;tes sur la nature, plus il fortifie en lui-m&#234;me le principe de vie et d'intelligence dont l'exercice seul le rend heureux. C'est au point que, la premi&#232;re &#233;ducation du Travailleur une fois faite, et l'ordre mis dans ses occupations, travailler pour lui n'est plus peiner, c'est vivre, c'est jouir. Mais l'attrait du travail n'en d&#233;truit pas la r&#232;gle, puisqu'au contraire il en est le fruit ; et ceux qui, sous pr&#233;texte que le travail doit &#234;tre attrayant, concluent &#224; la n&#233;gation de la justice et &#224; la communaut&#233;, ressemblent aux enfants qui, apr&#232;s avoir cueilli des fleurs au jardin, &#233;tablissent leur parterre sur l'escalier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233; la justice n'est donc pas autre chose que la proportionnalit&#233; des valeurs ; elle a pour garantie et sanction la responsabilit&#233; du producteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e sait que tel produit co&#251;te une heure de travail, tel autre un jour, une semaine, un an ; il sait en m&#234;me temps que tous ces produits, par l'accroissement de leurs frais, forment la progression de sa richesse. Il commencera donc par assurer son existence, en se pourvoyant des choses les moins co&#251;teuses, et par cons&#233;quent les plus n&#233;cessaires ; puis, &#224; mesure qu'il aura pris ses s&#251;ret&#233;s, il avisera aux objets de luxe, proc&#233;dant toujours, s'il est sage, selon la gradation naturelle du prix que chaque chose lui co&#251;te. Quelquefois Prom&#233;th&#233;e se trompera dans son calcul, ou bien, emport&#233; par la passion, il sacrifiera un bien imm&#233;diat pour une jouissance pr&#233;matur&#233;e ; et, apr&#232;s avoir su&#233; le sang et l'eau, il s'affamera. Ainsi, la loi porte en elle-m&#234;me sa sanction : elle ne peut &#234;tre viol&#233;e, sans que l'infracteur soit aussit&#244;t puni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Say a donc eu raison de dire : &#171; Le bonheur de cette classe (celle des consommateurs), compos&#233;e de toutes les autres, constitue le bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral, l'&#233;tat de prosp&#233;rit&#233; d'un pays. &#187; Seulement, il aurait d&#251; ajouter que le bonheur de la classe des producteurs, qui se compose aussi de toutes les autres, constitue &#233;galement le bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral, l'&#233;tat de prosp&#233;rit&#233; d'un pays. &#8212; De m&#234;me quand il dit : &#171; La fortune de chaque consommateur est perp&#233;tuellement en rivalit&#233; avec tout ce qu'il ach&#232;te, &#187; il aurait d&#251; ajouter encore : &#171; La fortune de chaque producteur est attaqu&#233;e sans cesse par tout ce qu'il vend. &#187; Sans cette r&#233;ciprocit&#233; nettement exprim&#233;e, la plupart des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques deviennent inintelligibles ; et je ferai voir en son lieu comment, par suite de cette grave omission, la plupart des &#233;conomistes faisant des livres ont d&#233;raisonn&#233; sur la balance du commerce. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit tout &#224; l'heure que la soci&#233;t&#233; produit d'abord les choses les moins co&#251;teuses, et par cons&#233;quent les plus n&#233;cessaires&#8230; Or, est-il vrai que dans le produit, la n&#233;cessit&#233; ait pour corr&#233;latif le bon march&#233;, et vice vers&#226; ; en sorte que ces deux mots, n&#233;cessit&#233; et bon march&#233;, de m&#234;me que les suivants, chert&#233; et superflu, soient synonymes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si chaque produit du travail, pris isol&#233;ment, pouvait suffire &#224; l'existence de l'homme, la synonymie en question ne serait pas douteuse ; tous les produits ayant les m&#234;me propri&#233;t&#233;s, ceux-l&#224; nous seraient les plus avantageux &#224; produire, par cons&#233;quent les plus n&#233;cessaires, qui co&#251;teraient le moins. Mais ce n'est point avec cette pr&#233;cision th&#233;orique que se formule le parall&#233;lisme entre l'utilit&#233; et le prix des produits : soit pr&#233;voyance de la nature, soit par toute autre cause, l'&#233;quilibre entre le besoin et la facult&#233; productrice est plus qu'une th&#233;orie, c'est un fait, dont la pratique de tous les jours, aussi bien que le progr&#232;s de la soci&#233;t&#233;, d&#233;pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transportons-nous au lendemain de la naissance de l'homme, au jour de d&#233;part de la civilisation : n'est-il pas vrai que les industries &#224; l'origine les plus simples, celles qui exig&#232;rent le moins de pr&#233;parations et de frais, furent les suivantes : cueillette, p&#226;ture, chasse et p&#234;che, &#224; la suite desquelles et longtemps apr&#232;s l'agriculture est venue ? Depuis lors, ces quatre industries primordiales ont &#233;t&#233; perfectionn&#233;es et de plus appropri&#233;es : double circonstance qui n'alt&#232;re pas l'essence des faits, mais qui lui donne au contraire plus de relief. En effet, la propri&#233;t&#233; s'est toujours attach&#233;e de pr&#233;f&#233;rence aux objets de l'utilit&#233; la plus imm&#233;diate, aux valeurs faites, si j'ose ainsi dire ; en sorte que l'on pourrait marquer l'&#233;chelle des valeurs par le progr&#232;s de l'appropriation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ouvrage sur la Libert&#233; du travail, M. Dunoyer s'est positivement rattach&#233; &#224; ce principe, en distinguant quatre grandes cat&#233;gories industrielles, qu'il range selon l'ordre de leur d&#233;veloppement, c'est-&#224;-dire de la moindre &#224; la plus grande d&#233;pense de travail. Ce sont : industrie extractive, comprenant toutes les fonctions demi-barbares cit&#233;es plus haut ; &#8212; industrie commerciale, industrie manufacturi&#232;re, industrie agricole. Et c'est avec une raison profonde que le savant auteur a plac&#233; en dernier lieu l'agriculture. Car, malgr&#233; sa haute antiquit&#233;, il est positif que cette industrie n'a pas march&#233; du m&#234;me pas que les autres ; or, la succession des choses dans l'humanit&#233; ne doit point &#234;tre d&#233;termin&#233;e d'apr&#232;s l'origine, mais d'apr&#232;s l'entier d&#233;veloppement. Il se peut que l'industrie agricole soit n&#233;e avant les autres, ou que toutes soient contemporaines ; mais celle-l&#224; sera jug&#233;e la derni&#232;re en date, qui se sera perfectionn&#233;e post&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la nature m&#234;me des choses, autant que ses propres besoins, indiquaient au travailleur l'ordre dans lequel il devait attaquer la production des valeurs qui composent son bien-&#234;tre : notre loi de proportionnalit&#233; est donc tout &#224; la fois physique et logique, objective et subjective ; elle a le plus haut degr&#233; de certitude. Suivons-en l'application.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les produits du travail, aucun peut-&#234;tre n'a co&#251;t&#233; de plus longs, de plus patients efforts, que le calendrier. Cependant il n'en est aucun dont la jouissance puisse aujourd'hui s'acqu&#233;rir &#224; meilleur march&#233;, et cons&#233;quemment, d'apr&#232;s nos propres d&#233;finitions, soit devenue plus n&#233;cessaire. Comment donc expliquerons-nous ce changement ? Comment le calendrier, si peu utile aux premi&#232;res hordes, &#224; qui il suffisait de l'alternance de la nuit et du jour, comme de l'hiver et de l'&#233;t&#233;, est-il devenu &#224; la longue si indispensable, si peu dispendieux, si parfait ; car, par un merveilleux accord, dans l'&#233;conomie sociale toutes ces &#233;pith&#232;tes se traduisent ? Comment, en un mot, rendre raison de la variabilit&#233; de valeur du calendrier, d'apr&#232;s notre loi de proportion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que le travail n&#233;cessaire &#224; la production du calendrier f&#251;t ex&#233;cut&#233;, f&#251;t possible, il fallait que l'homme trouv&#226;t moyen de gagner du temps sur ses premi&#232;res occupations, et sur celles qui en furent la cons&#233;quence imm&#233;diate. En d'autres termes, il fallait que ces industries devinssent plus productives, ou moins co&#251;teuses, qu'elles n'&#233;taient au commencement : ce qui revient &#224; dire qu'il fallait d'abord r&#233;soudre le probl&#232;me de la production du calendrier sur les industries extractives elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suppose donc que tout &#224; coup, par une heureuse combinaison d'efforts, par la division du travail, l'emploi de quelque machine, la direction mieux entendue des agents naturels, en un mot par son industrie, Prom&#233;th&#233;e trouve moyen de produire en un jour, d'un certain objet, autant qu'autrefois il produisait en dix : que s'ensuivra-t-il ? le produit changera de place sur le tableau des &#233;l&#233;ments de la richesse ; sa puissance d'affinit&#233; pour d'autres produits, si j'ose ainsi dire, s'&#233;tant accrue, sa valeur relative se trouvera diminu&#233;e d'autant, et au lieu d'&#234;tre cot&#233;e comme 100, elle ne le sera plus que comme 10. Mais cette valeur n'en sera pas moins, et toujours, rigoureusement d&#233;termin&#233;e ; et ce sera encore le travail qui seul fixera le chiffre de son importance. Ainsi la valeur varie, et la loi des valeurs est immuable : bien plus, si la valeur est susceptible de variation, c'est parce qu'elle est soumise &#224; une loi dont le principe est essentiellement mobile, savoir le travail mesur&#233; par le temps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#234;me raisonnement s'applique &#224; la production du calendrier, comme de toutes les valeurs possibles. Je n'ai pas besoin d'ajouter comment la civilisation, c'est-&#224;-dire le fait social de l'accroissement des richesses, multipliant nos affaires, rendant nos instants de plus en plus pr&#233;cieux, nous for&#231;ant &#224; tenir registre perp&#233;tuel et d&#233;taill&#233; de toute notre vie, le calendrier est devenu pour tous une des choses les plus n&#233;cessaires. Un sait d'ailleurs que cette d&#233;couverte admirable a suscit&#233;, comme son compl&#233;ment naturel, l'une de nos industries les plus pr&#233;cieuses, l'horlogerie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ici se place tout naturellement une objection, la seule qu'on puisse &#233;lever contre la th&#233;orie de la proportionnalit&#233; des valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Say, et les &#233;conomistes qui l'ont suivi, ont observ&#233; que le travail &#233;tant lui-m&#234;me sujet &#224; &#233;valuation, une marchandise comme une autre, enfin, il y avait cercle vicieux &#224; le prendre pour principe et cause efficiente de la valeur. Donc, conclut-on, il faut s'en r&#233;f&#233;rer &#224; la raret&#233; et &#224; l'opinion. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces &#233;conomistes, qu'ils me permettent de le dire, ont fait preuve en cela d'une prodigieuse inattention. Le travail est dit valoir, non pas en tant que marchandise lui-m&#234;me, mais en vue des valeurs qu'on suppose renferm&#233;es puissanciellement en lui. La valeur du travail est une expression figur&#233;e, une anticipation de la cause sur l'effet. C'est une fiction, au m&#234;me titre que la productivit&#233; du capital. Le travail produit, le capital vaut : et quand, par une sorte d'ellipse, on dit la valeur du travail, on fait un enjambement qui n'a rien de contraire aux r&#232;gles du langage, mais que des th&#233;oriciens doivent s'abstenir de prendre pour une r&#233;alit&#233;. Le travail, comme la libert&#233;, l'amour, l'ambition, le g&#233;nie, est chose vague et ind&#233;termin&#233;e de sa nature, mais qui se d&#233;finit qualitativement par son objet, c'est-&#224;-dire qui devient une r&#233;alit&#233; par le produit. Lors donc que l'on dit : le travail de cet homme vaut cinq francs par jour, c'est comme si l'on disait : le produit du travail quotidien de cet homme vaut cinq francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'effet du travail est d'&#233;liminer incessamment la raret&#233; et l'opinion, comme &#233;l&#233;ments constitutifs de la valeur, et, par une cons&#233;quence n&#233;cessaire, de transformer les utilit&#233;s naturelles ou vagues (appropri&#233;es ou non) en utilit&#233;s mesurables ou sociales : d'o&#249; il r&#233;sulte que le travail est tout &#224; la fois une guerre d&#233;clar&#233;e &#224; la parcimonie de la nature, et une conspiration permanente contre la propri&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'apr&#232;s cette analyse, la valeur, consid&#233;r&#233;e dans la soci&#233;t&#233; que forment naturellement entre eux, par la division du travail et par l'&#233;change, les producteurs, est le rapport de proportionnalit&#233; des produits qui composent la richesse ; et ce qu'on appelle sp&#233;cialement la valeur d'un produit est une formule qui indique, en caract&#232;res mon&#233;taires, la proportion de ce produit dans la richesse g&#233;n&#233;rale. &#8212; L'utilit&#233; fonde la valeur ; le travail en fixe le rapport ; le prix est l'expression qui, sauf les aberrations que nous aurons &#224; &#233;tudier, traduit ce rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le centre autour duquel oscillent la valeur utile et la valeur &#233;changeable, le point o&#249; elles viennent s'ab&#238;mer et dispara&#238;tre ; telle est la loi absolue, immuable, qui domine les perturbations &#233;conomiques, les caprices de l'industrie et du commerce, et qui gouverne le progr&#232;s. Tout effort de l'humanit&#233; pensante et travailleuse, toute sp&#233;culation individuelle et sociale, comme partie int&#233;grante de la richesse collective, ob&#233;issent &#224; cette loi. La destin&#233;e de l'&#233;conomie politique &#233;tait, en posant successivement tous ses termes contradictoires, de la faire reconna&#238;tre ; l'objet de l'&#233;conomie sociale, que je demande pour un moment la permission de distinguer de l'&#233;conomie politique, bien qu'au fond elles ne doivent pas diff&#233;rer l'une de l'autre, sera de la promulguer et de la r&#233;aliser partout. &lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#233;orie de la mesure ou de la proportionnalit&#233; des valeurs est, qu'on y prenne garde, la th&#233;orie m&#234;me de l'&#233;galit&#233;. De m&#234;me, en effet, que dans la soci&#233;t&#233;, o&#249; l'on a vu que l'identit&#233; entre le producteur et le consommateur est compl&#232;te, le revenu pay&#233; &#224; un oisif est comme une valeur jet&#233;e aux flammes de l'Etna ; de m&#234;me, le travailleur &#224; qui l'on alloue un salaire excessif est comme un moissonneur &#224; qui l'on donnerait un pain pour cueillir un &#233;pi : et tout ce que les &#233;conomistes ont qualifi&#233; de consommation improductive n'est au fond qu'une infraction &#224; la loi de proportionnalit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous verrons par la suite comment, de ces donn&#233;es simples, le g&#233;nie social d&#233;duit peu &#224; peu le syst&#232;me encore obscur de l'organisation du travail, de la r&#233;paration des salaires, de la tarification des produits et de la solidarit&#233; universelle. Car l'ordre dans la soci&#233;t&#233; s'&#233;tablit sur les calculs d'une justice inexorable, nullement sur les sentiments paradisiaques de fraternit&#233;, de d&#233;vouement et d'amour que tant d'honorables socialistes s'efforcent aujourd'hui d'exciter dans le peuple. C'est en vain qu'&#224; l'exemple de J&#233;sus-Christ ils pr&#234;chent la n&#233;cessit&#233; et donnent l'exemple du sacrifice ; l'&#233;go&#239;sme est plus fort, et la loi de s&#233;v&#233;rit&#233;, la fatalit&#233; &#233;conomique, est seule capable de le dompter. L'enthousiasme humanitaire peut produire des secousses favorables au progr&#232;s de la civilisation ; mais ces crises du sentiment, de m&#234;me que les oscillations de la valeur, n'auront jamais pour r&#233;sultat que d'&#233;tablir plus fortement, plus absolument la justice. La nature, ou la Divinit&#233;, s'est m&#233;fi&#233;e de nos c&#339;urs ; elle n'a point cru &#224; l'amour de l'homme pour son semblable ; et tout ce que la science nous d&#233;couvre des vues de la Providence sur la marche des soci&#233;t&#233;s, je le dis &#224; la honte de la conscience humaine, mais il faut que notre hypocrisie le sache, atteste de la part de Dieu une profonde misanthropie. Dieu nous aide, non par bont&#233;, mais parce que l'ordre est son essence ; Dieu procure le bien du monde, non qu'il l'en juge digne, mais parce que la religion de sa supr&#234;me intelligence l'y oblige ; et tandis que le vulgaire lui donne le doux nom de p&#232;re, il est impossible &#224; l'historien, &#224; l'&#233;conomiste philosophe, de croire qu'il nous aime ni nous estime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imitons cette sublime indiff&#233;rence, cette ataraxie sto&#239;que de Dieu ; et puisque le pr&#233;cepte de charit&#233; a toujours &#233;chou&#233; dans la production du bien social, cherchons dans la raison pure les conditions de la concorde et de la vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur, con&#231;ue comme proportionnalit&#233; des produits, autrement dire la valeur constitu&#233;e, suppose n&#233;cessairement, et dans un degr&#233; &#233;gal, utilit&#233; et v&#233;nalit&#233;, indivisiblement et harmoniquement unies. Elle suppose utilit&#233;, car, sans cette condition, le produit aurait &#233;t&#233; d&#233;pourvu de cette affinit&#233; qui le rend &#233;changeable, et par cons&#233;quent fait de lui un &#233;l&#233;ment de la richesse ; &#8212; elle suppose v&#233;nalit&#233;, puisque si le produit n'&#233;tait pas &#224; toute heure et pour un prix d&#233;termin&#233; acceptable &#224; l'&#233;change, il ne serait plus qu'une non-valeur, il ne serait rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans la valeur constitu&#233;e, toutes ces propri&#233;t&#233;s acqui&#232;rent une signification plus large, plus r&#233;guli&#232;re et plus vraie qu'auparavant. Ainsi, l'utilit&#233; n'est plus cette capacit&#233; pour ainsi dire inerte qu'ont les choses de servir &#224; nos jouissances et &#224; nos explorations ; la v&#233;nalit&#233; n'est pas davantage cette exag&#233;ration d'une fantaisie aveugle ou d'une opinion sans principe ; enfin, la variabilit&#233; a cess&#233; de se traduire en un d&#233;bat plein de mauvaise foi entre l'offre et la demande : tout cela a disparu pour faire place &#224; une id&#233;e positive, normale, et, sous toutes les modifications possibles, d&#233;terminable. Par la constitution des valeurs, chaque produit, s'il est permis d'&#233;tablir une pareille analogie, est comme la nourriture qui, d&#233;couverte par l'instinct d'alimentation, puis pr&#233;par&#233;e par l'organe digestif, entre dans la circulation g&#233;n&#233;rale, o&#249; elle se convertit, suivant des proportions certaines, en chairs, en os, en liquides, etc., et donne au corps la vie, la force et la beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, que se passe-t-il dans l'id&#233;e de valeur, lorsque, des notions antagonistes de valeur utile et valeur en &#233;change, nous nous &#233;levons &#224; celle de valeur constitu&#233;e ou valeur absolue ? Il y a, si j'ose ainsi dire, un embo&#238;tement, une p&#233;n&#233;tration r&#233;ciproque dans laquelle les deux concepts &#233;l&#233;mentaires, se saisissant chacun comme les atomes crochus d'&#201;picure, s'absorbent l'un l'autre, et disparaissent, laissant &#224; leur place un compos&#233; dou&#233;, mais &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur, de toutes leurs propri&#233;t&#233;s positives, et d&#233;barrass&#233; de leurs propri&#233;t&#233;s n&#233;gatives. Une valeur v&#233;ritablement telle, comme la monnaie, le papier de commerce de premier choix, les titres de rente sur l'&#201;tat, les actions sur une entreprise solide, ne peut plus ni s'exag&#233;rer sans raison, ni perdre &#224; l'&#233;change : elle n'est plus soumise qu'&#224; la loi naturelle de l'augmentation des sp&#233;cialit&#233;s industrielles et de l'accroissement des produits. Bien plus, une telle valeur n'est point le r&#233;sultat d'une transation, c'est-&#224;-dire d'un &#233;clectisme, d'un juste-milieu ou d'un m&#233;lange : c'est le produit d'une fusion compl&#232;te, produit enti&#232;rement neuf et distinct de ses composants : comme l'eau, produit de la combinaison de l'hydrog&#232;ne et de l'oxyg&#232;ne, est un corps &#224; part, totalement distinct de ses &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution de deux id&#233;es antith&#233;tiques en une troisi&#232;me d'ordre sup&#233;rieur est ce que l'&#233;cole nomme synth&#232;se. Elle seule donne l'id&#233;e positive et compl&#232;te, laquelle s'obtient, comme on a vu, par l'affirmation ou n&#233;gation successive, car cela revient au m&#234;me, de deux concepts en opposition diam&#233;trale. D'o&#249; l'on d&#233;duit ce corollaire d'une importance capitale en application aussi bien qu'en th&#233;orie : toutes les fois que dans la sph&#232;re de la morale, de l'histoire ou de l'&#233;conomie politique, l'analyse a constat&#233; l'antinomie d'une id&#233;e, on peut affirmer &#224; priori que cette antinomie cache une id&#233;e plus &#233;lev&#233;e qui t&#244;t ou tard fera son apparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regrette d'insister si longuement sur des notions famili&#232;res &#224; tous les jeunes gens du baccalaur&#233;at ; mais je devais ces d&#233;tails &#224; certains &#233;conomistes qui, &#224; propos de ma critique de la propri&#233;t&#233;, ont entass&#233; dilemmes sur dilemmes pour me prouver que si je n'&#233;tais pas propri&#233;taire, j'&#233;tais n&#233;cessairement communiste ; le tout, faute de savoir ce que c'est que th&#232;se, antith&#232;se et synth&#232;se. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e synth&#233;tique de valeur, comme condition fondamentale d'ordre et de progr&#232;s pour la soci&#233;t&#233;, avait &#233;t&#233; vaguement aper&#231;ue par Ad. Smith, lorsque, pour me servir des expressions de M. Blanqui, &#171; il montra dans le travail la mesure universelle et invariable des valeurs, et fit voir que toute chose avait son prix naturel, vers lequel elle gravitait sans cesse au milieu des fluctuations du prix courant, occasionn&#233;es par des circonstances accidentelles &#233;trang&#232;res &#224; la valeur v&#233;nale de la chose. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette id&#233;e de la valeur &#233;tait tout intuitive chez Ad. Smith : or, la soci&#233;t&#233; ne change pas ses habitudes sur la foi d'intuitions ; elle ne se d&#233;cide que sur l'autorit&#233; des faits. Il fallait que l'antinomie s'exprim&#226;t d'une mani&#232;re plus sensible et plus nette : J. B. Say fut son principal interpr&#232;te. Mais, malgr&#233; les efforts d'imagination et l'effrayante subtilit&#233; de cet &#233;conomiste, la d&#233;finition de Smith le domine &#224; son insu, et &#233;clate partout dans ses raisonnements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;valuer une chose, dit Say, c'est d&#233;clarer qu'elle doit &#234;tre estim&#233;e autant qu'une autre qu'on d&#233;signe&#8230; La valeur de chaque chose est vague et arbitraire tant qu'elle n'est pas reconnue&#8230;&#8230; &#187; Il y a donc une mani&#232;re de reconna&#238;tre la valeur des choses, c'est-&#224;-dire de la fixer ; et comme cette reconnaissance ou fixation se fait par la comparaison des choses entre elles, il y a donc aussi un caract&#232;re commun, un principe, au moyen duquel on d&#233;clare qu'une chose vaut plus, moins ou autant qu'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Say avait dit d'abord : &#171; La mesure de la valeur est la valeur d'un autre produit. &#187; Plus tard, s'&#233;tant aper&#231;u que cette phrase n'&#233;tait qu'une tautologie, il la modifia ainsi : &#171; La mesure de la valeur est la quantit&#233; d'un autre produit, &#187; ce qui est tout aussi peu intelligible. Ailleurs, cet &#233;crivain, ordinairement si lucide et si ferme, s'embarrasse de distinctions vaines : &#171; On peut appr&#233;cier la valeur des choses ; on ne peut pas la mesurer, c'est-&#224;-dire la comparer avec un titre invariable et connu, parce qu'il n'y en a point. Tout ce que l'on peut faire se r&#233;duit &#224; &#233;valuer les choses en les comparant. &#187; D'autres fois, il distingue des valeurs r&#233;elles et des valeurs relatives : &#171; Les premi&#232;res sont celles o&#249; la valeur des choses change avec les frais de production ; les secondes sont celles o&#249; la valeur des choses change par rapport &#224; la valeur des autres marchandises. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Singuli&#232;re pr&#233;occupation d'un homme de g&#233;nie qui ne s'aper&#231;oit plus que comparer, &#233;valuer, appr&#233;cier, c'est mesurer ; que toute mesure n'&#233;tant jamais qu'une comparaison, indique par cela m&#234;me un rapport vrai si la comparaison est bien faite ; qu'en cons&#233;quence, valeur ou mesure r&#233;elle et valeur ou mesure relative, sont choses parfaitement identiques ; et que la difficult&#233; se r&#233;duit, non &#224; trouver un &#233;talon de mesure, puisque toutes les quantit&#233;s peuvent s'en tenir lieu r&#233;ciproquement, mais &#224; d&#233;terminer le point de comparaison. En g&#233;om&#233;trie, le point de comparaison est l'&#233;tendue, et l'unit&#233; de mesure est tant&#244;t la division du cercle en 360 parties, tant&#244;t la circonf&#233;rence du globe terrestre, tant&#244;t la dimension moyenne du bras, de la main, du pouce ou du pied de l'homme. Dans la science &#233;conomique, nous l'avons dit apr&#232;s A. Smith, le point de vue sous lequel toutes les valeurs se comparent est le travail ; quant &#224; l'unit&#233; de mesure, celle adopt&#233;e en France est le franc. Il est incroyable que tant d'hommes de sens se d&#233;m&#232;nent depuis quarante ans contre une id&#233;e si simple. Mais non : La comparaison des valeurs s'effectue sans qu'il y ait entre elles aucun point de comparaison, et sans unit&#233; de mesure ; &#8212; voil&#224;, plut&#244;t que d'embrasser la th&#233;orie r&#233;volutionnaire de l'&#233;galit&#233;, ce que les &#233;conomistes du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle ont r&#233;solu de soutenir envers et contre tous. Qu'en dira la post&#233;rit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais pr&#233;sentement montrer, par des exemples frappants, que l'id&#233;e de mesure ou proportion des valeurs, n&#233;cessaire en th&#233;orie, s'est r&#233;alis&#233;e et se r&#233;alise tous les jours dans la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; III. &#8212; Application de la loi de proportionnalit&#233; des valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout produit est un signe repr&#233;sentatif du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout produit peut en cons&#233;quence &#234;tre &#233;chang&#233; par un autre, et la pratique universelle est l&#224; qui en t&#233;moigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais supprimez le travail : il ne vous reste que des utilit&#233;s plus ou moins grandes, qui, n'&#233;tant frapp&#233;es d'aucun caract&#232;re &#233;conomique, d'aucun signe humain, sont incommensurables entre elles, c'est-&#224;-dire logiquement in&#233;changeables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent, comme toute autre marchandise, est un signe repr&#233;sentatif du travail : &#224; ce titre, il a pu servir d'&#233;valuateur commun, et d'interm&#233;diaire aux transactions. Mais la fonction particuli&#232;re que l'usage a d&#233;volue aux m&#233;taux pr&#233;cieux de servir d'agent au commerce est purement conventionnelle, et toute autre marchandise pourrait, moins commod&#233;ment peut-&#234;tre, mais d'une mani&#232;re aussi authentique, remplir ce r&#244;le ; les &#233;conomistes le reconnaissent, et l'on en cite plus d'un exemple. Quelle est donc la raison de cette pr&#233;f&#233;rence g&#233;n&#233;ralement accord&#233;e aux m&#233;taux, pour servir de monnaie, et comment s'explique cette sp&#233;cialit&#233; de fonction, sans analogue dans l'&#233;conomie politique, de l'argent ? Car toute chose unique et sans comparses dans son esp&#232;ce est par cela m&#234;me de plus difficile intelligence, souvent m&#234;me ne s'entend pas du tout. Or, est-il possible de r&#233;tablir la s&#233;rie d'o&#249; la monnaie semble avoir &#233;t&#233; d&#233;tach&#233;e, et, par cons&#233;quent, de ramener celle-ci &#224; son v&#233;ritable principe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette question les &#233;conomistes, suivant leur habitude, se sont jet&#233;s hors du domaine de leur science : ils ont fait de la physique, de la m&#233;canique, de l'histoire, etc. ; ils ont parl&#233; de tout, et n'ont pas r&#233;pondu. Les m&#233;taux pr&#233;cieux, ont-ils dit, par leur raret&#233;, leur densit&#233;, leur incorruptibilit&#233;, offraient pour la monnaie des commodit&#233;s qu'on &#233;tait loin de rencontrer au m&#234;me degr&#233; dans les autres marchandises. Bref, les &#233;conomistes, au lieu de r&#233;pondre &#224; la question d'&#233;conomie qui leur &#233;tait pos&#233;e, se sont mis &#224; traiter la question d'art. Ils ont tr&#232;s-bien fait valoir la convenance m&#233;canique de l'or et de l'argent &#224; servir de monnaie ; mais ce qu'aucun d'eux n'a ni vu ni compris, c'est la raison &#233;conomique qui a d&#233;termin&#233;, en faveur des m&#233;taux pr&#233;cieux, le privil&#232;ge dont ils jouissent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, ce que nul n'a remarqu&#233;, c'est que de toutes la marchandises, l'or et l'argent sont les premi&#232;res dont la valeur soit arriv&#233;e &#224; sa constitution. Dans la p&#233;riode patriarcale, l'or et l'argent se marchandent encore et s'&#233;changent en lingots, mais d&#233;j&#224; avec une tendance visible &#224; la domination, et avec une pr&#233;f&#233;rence marqu&#233;e. Peu &#224; peu les souverains s'en emparent et y apposent leur sceau : et de cette cons&#233;cration souveraine na&#238;t la monnaie, c'est-&#224;-dire la marchandise par excellence, celle qui, nonobstant toutes les secousses du commerce, conserve une valeur proportionnelle d&#233;termin&#233;e, et se fait accepter en tout payement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui distingue la monnaie, en effet, n'est point la duret&#233; du m&#233;tal, elle est moindre que celle de l'acier ; ni son utilit&#233;, elle est de beaucoup inf&#233;rieure &#224; celle du bl&#233;, du fer, de la houille, et d'une foule d'autres substances, r&#233;put&#233;es presque viles &#224; c&#244;t&#233; de l'or ; &#8212; ce n'est ni la raret&#233;, ni la densit&#233; : l'une et l'autre pouvaient &#234;tre suppl&#233;&#233;es, soit par le travail donn&#233; &#224; d'autres mati&#232;res, soit, comme aujourd'hui, par du papier de banque, repr&#233;sentant de vastes amas de fer ou de cuivre. Le trait distinctif de l'or et de l'argent vient, je le r&#233;p&#232;te, de ce que, gr&#226;ce &#224; leurs propri&#233;t&#233;s m&#233;talliques, aux difficult&#233;s de leur production, et surtout &#224; l'intervention de l'autorit&#233; publique, ils ont de bonne heure conquis, comme marchandises, la fixit&#233; et l'authenticit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis donc que la valeur de l'or et de l'argent, notamment de la partie qui entre dans la fabrication des monnaies, bien que peut-&#234;tre cette valeur ne soit pas encore calcul&#233;e d'une mani&#232;re rigoureuse, n'a plus rien d'arbitraire ; j'ajoute qu'elle n'est plus susceptible de d&#233;pr&#233;ciation, &#224; la mani&#232;re des autres valeurs, bien que cependant elle puisse varier continuellement. Tous les frais de raisonnement et d'&#233;rudition qu'on a faits pour prouver, par l'exemple de l'argent, que la valeur est chose essentiellement ind&#233;terminable, sont autant de paralogismes, provenant d'une fausse id&#233;e de la question, ab ignoranti&#226; elenchi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Ier, roi de France, m&#234;le &#224; la livre tournois de Charlemagne un tiers d'alliage, s'imaginant que lui seul ayant le monopole de la fabrication des monnaies, il peut faire ce que fait tout commer&#231;ant ayant le monopole d'un produit. Qu'&#233;tait-ce, en effet, que cette alt&#233;ration des monnaies tant reproch&#233;e &#224; Philippe et &#224; ses successeurs ? un raisonnement tr&#232;s-juste au point de vue de la routine commerciale, mais tr&#232;s-faux en science &#233;conomique, savoir, que l'offre et la demande &#233;tant la r&#232;gle des valeurs, on peut, soit en produisant une raret&#233; factice, soit en accaparant la fabrication, faire monter l'estimation et partant la valeur des choses, et que cela est vrai de l'or et de l'argent, comme du bl&#233;, du vin, de l'huile, du tabac. Cependant la fraude de Philippe ne fut pas plus t&#244;t soup&#231;onn&#233;e, que sa monnaie fut r&#233;duite &#224; sa juste valeur, et qu'il perdit lui-m&#234;me tout ce qu'il avait cru gagner sur ses sujets. M&#234;me chose arriva &#224; la suite de toutes les tentatives analogues. D'o&#249; venait ce m&#233;compte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, disent les &#233;conomistes, que par le faux monnayage, la quantit&#233; d'or et d'argent n'&#233;tant r&#233;ellement ni diminu&#233;e ni accrue, la proportion de ces m&#233;taux avec les autres marchandises n'&#233;tait point chang&#233;e, et qu'en cons&#233;quence il n'&#233;tait pas au pouvoir du souverain de faire que ce qui ne valait que comme 2 dans l'&#201;tat, val&#251;t 4. Il est m&#234;me &#224; consid&#233;rer que si, au lieu d'alt&#233;rer les monnaies, il avait &#233;t&#233; au pouvoir du roi d'en doubler la masse, la valeur &#233;changeable de l'or et de l'argent aurait aussit&#244;t baiss&#233; de moiti&#233;, toujours par cette raison de proportionnalit&#233; et d'&#233;quilibre. L'alt&#233;ration des monnaies &#233;tait donc, de la part du roi, un emprunt forc&#233;, disons mieux, une banqueroute, une escroquerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; merveille : les &#233;conomistes expliquent fort bien, quand ils veulent, la th&#233;orie de la mesure des valeurs ; il suffit pour cela de les mettre sur le chapitre de la monnaie. Comment donc ne voient-ils pas que la monnaie est la loi &#233;crite du commerce, le type de l'&#233;change, le premier terme de cette longue cha&#238;ne de cr&#233;ations qui toutes, sous le nom de marchandises, doivent recevoir la sanction sociale, et devenir, sinon de fait, au moins de droit, acceptables comme la monnaie en toute esp&#232;ce de march&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La monnaie, dit tr&#232;s-bien M. Augier, ne peut servir, soit d'&#233;chelle de constatation pour les march&#233;s pass&#233;s, soit de bon instrument d'&#233;change, qu'autant que sa valeur approche le plus de l'id&#233;al de la permanence ; car elle n'&#233;change ou n'ach&#232;te jamais que la valeur qu'elle poss&#232;de. &#187; (Hist. du Cr&#233;dit public.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduisons cette observation &#233;minemment judicieuse en une formule g&#233;n&#233;rale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail ne devient une garantie de bien-&#234;tre et d'&#233;galit&#233;, qu'autant que le produit de chaque individu est en proportion avec la masse : car il n'&#233;change ou n'ach&#232;te jamais qu'une valeur &#233;gale &#224; la valeur qui est en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas &#233;trange qu'on prenne hautement la d&#233;fense du commerce agioteur et infid&#232;le, et qu'en m&#234;me temps on se r&#233;crie sur la tentative d'un monarque faux-monnayeur, qui, apr&#232;s tout, ne faisait qu'appliquer &#224; l'argent le principe fondamental de l'&#233;conomie politique, l'instabilit&#233; arbitraire des valeurs ? Que la r&#233;gie s'avise de donner 750 grammes de tabac pour un kilogramme, les &#233;conomistes crieront au vol ; &#8212; mais si la m&#234;me r&#233;gie, usant de son privil&#232;ge, augmente le prix du kilogramme de 2 fr., ils trouveront que c'est cher, mais ils n'y verront rien qui soit contraire aux principes. Quel imbroglio que l'&#233;conomie politique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc, dans la mon&#233;tisation de l'or et de l'argent, quelque chose de plus que ce qu'en ont rapport&#233; les &#233;conomistes : il y a la cons&#233;cration de la loi de proportionnalit&#233;, le premier acte de constitution des valeurs. L'humanit&#233; op&#232;re en tout par des gradations infinies : apr&#232;s avoir compris que tous les produits du travail doivent &#234;tre soumis &#224; une mesure de proportion qui les rende tous &#233;galement permutables, elle commence par donner ce caract&#232;re de permutabilit&#233; absolue &#224; un produit sp&#233;cial, qui deviendra pour elle le type et le patron de tous les autres. C'est ainsi que pour &#233;lever ses membres &#224; la libert&#233; et &#224; l'&#233;galit&#233;, elle commence par cr&#233;er des rois. Le peuple a le sentiment confus de cette marche providentielle, lorsque dans ses r&#234;ves de fortune et dans ses l&#233;gendes, il parle toujours d'or et de royaut&#233; ; et les philosophes n'ont fait que rendre hommage &#224; la raison universelle, lorsque dans leurs hom&#233;lies soi-disant morales et leurs utopies soci&#233;taires, ils tonnent avec un &#233;gal fracas contre l'or et la tyrannie. Auri sacra fames ! Maudit or ! s'&#233;crie plaisamment un communiste. Autant vaudrait dire : maudit froment, maudites vignes, maudits moutons ; car, de m&#234;me que l'or et l'argent, toute valeur commerciale doit arriver &#224; une exacte et rigoureuse d&#233;termination. L'&#339;uvre est d&#232;s longtemps commenc&#233;e : aujourd'hui elle avance &#224; vue d'&#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons &#224; d'autres consid&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un axiome g&#233;n&#233;ralement admis par les &#233;conomistes, est que tout travail doit laisser un exc&#233;dant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette proposition est pour moi d'une v&#233;rit&#233; universelle et absolue : c'est le corollaire de la loi de proportionnalit&#233;, que l'on peut regarder comme le sommaire de toute la science &#233;conomique. Mais, j'en demande pardon aux &#233;conomistes, le principe que tout travail doit laisser un exc&#233;dant n'a pas de sens dans leur th&#233;orie, et n'est susceptible d'aucune d&#233;monstration. Comment, si l'offre et la demande sont la seule r&#232;gle des valeurs, peut-on reconna&#238;tre ce qui exc&#232;de et ce qui suffit ? Ni le prix de revient, ni le prix de vente, ni le salaire, ne pouvant &#234;tre math&#233;matiquement d&#233;termin&#233;s, comment est-il possible de concevoir un surplus, un profit ? La routine commerciale nous a donn&#233;, ainsi que le mot, l'id&#233;e du profit : et comme nous sommes politiquement &#233;gaux, on en conclut que chaque citoyen a un droit &#233;gal &#224; r&#233;aliser, dans son industrie personnelle, des b&#233;n&#233;fices. Mais les op&#233;rations du commerce sont essentiellement irr&#233;guli&#232;res, et l'on a prouv&#233; sans r&#233;plique que les b&#233;n&#233;fices du commerce ne sont qu'un pr&#233;l&#232;vement arbitraire et forc&#233; du producteur sur le consommateur, en un mot un d&#233;placement, pour ne pas dire mieux. C'est ce que l'on apercevrait bient&#244;t, s'il &#233;tait possible de comparer le chiffre total des d&#233;ficits de chaque ann&#233;e, avec le montant des b&#233;n&#233;fices. Dans le sens de l'&#233;conomie politique, le principe que tout travail doit laisser un exc&#233;dant n'est autre que la cons&#233;cration du droit constitutionnel que nous avons tous acquis par la r&#233;volution, de voler le prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de proportionnalit&#233; des valeurs peut seule rendre raison de ce probl&#232;me. Je prendrai la question d'un peu haut : elle est assez grave pour que je la traite avec l'&#233;tendue qu'elle m&#233;rite. &lt;br class='autobr' /&gt;
La plupart des philosophes, comme des philologues, ne voient dans la soci&#233;t&#233; qu'un &#234;tre de raison, ou pour mieux dire un nom abstrait servant &#224; d&#233;signer une collection d'hommes. C'est un pr&#233;jug&#233; que nous avons tous re&#231;u d&#232;s l'enfance avec nos premi&#232;res le&#231;ons de grammaire, que les noms collectifs, les noms de genre et d'esp&#232;ce, ne d&#233;signent point des r&#233;alit&#233;s. Il y aurait fort &#224; dire sur ce chapitre : je me renferme dans mon sujet. Pour le v&#233;ritable &#233;conomiste, la soci&#233;t&#233; est un &#234;tre vivant, dou&#233; d'une intelligence et d'une activit&#233; propres, r&#233;gi par des lois sp&#233;ciales que l'observation seule d&#233;couvre, et dont l'existence se manisfeste, non sous une forme physique, mais par le concert et l'intime solidarit&#233; de tous ses membres. Ainsi, lorsque tout &#224; l'heure, sous l'embl&#232;me d'un dieu de la fable, nous faisions l'all&#233;gorie de la soci&#233;t&#233;, notre langage n'avait au fond rien de m&#233;taphorique : c'&#233;tait l'&#234;tre social, unit&#233; organique et synth&#233;tique, auquel nous venions de donner un nom. Aux yeux de quiconque a r&#233;fl&#233;chi sur les lois du travail et de l'&#233;change (je laisse de c&#244;t&#233; toute autre consid&#233;ration), la r&#233;alit&#233;, j'ai presque dit la personnalit&#233; de l'homme collectif, est aussi certaine que la r&#233;alit&#233; et la personnalit&#233; de l'homme individu. Toute la diff&#233;rence est que celui-ci se pr&#233;sente aux sens sous l'aspect d'un organisme dont les parties sont en coh&#233;rence mat&#233;rielle, circonstance qui n'existe pas dans la soci&#233;t&#233;. Mais l'intelligence, la spontan&#233;it&#233;, le d&#233;veloppement, la vie, tout ce qui constitue au plus haut degr&#233; la r&#233;alit&#233; de l'&#234;tre, est aussi essentiel &#224; la soci&#233;t&#233; qu'&#224; l'homme : et de l&#224; vient que le gouvernement des soci&#233;t&#233;s est science, c'est-&#224;-dire &#233;tude de rapports naturels ; et non point art, c'est-&#224;-dire bon plaisir et arbitraire. De l&#224; vient enfin que toute soci&#233;t&#233; d&#233;cline, d&#232;s qu'elle passe aux mains des id&#233;ologues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe que tout travail doit laisser un exc&#233;dant, ind&#233;montrable &#224; l'&#233;conomie politique, c'est-&#224;-dire &#224; la routine propri&#233;taire, est un de ceux qui t&#233;moignent le plus de la r&#233;alit&#233; de la personne collective : car, ainsi qu'on va voir, ce principe n'est vrai des individus que parce qu'il &#233;mane de la soci&#233;t&#233;, qui leur conf&#232;re ainsi le b&#233;n&#233;fice de ses propres lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons aux faits. On a remarqu&#233; que les entreprises de chemins de fer sont beaucoup moins une source de richesse pour les entrepreneurs que pour l'&#201;tat. L'observation est juste ; et l'on aurait d&#251; ajouter qu'elle s'applique non-seulement aux chemins de fer, mais &#224; toute industrie. Mais ce ph&#233;nom&#232;ne, qui d&#233;rive essentiellement de la loi de porportionnalit&#233; des valeurs, et de l'identit&#233; absolue de la production et de la consommation, est inexplicable avec la notion ordinaire de valeur utile et valeur &#233;changeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix moyen du transport des marchandises par le roulage est 18 cent, par tonne et kilom&#232;tre, marchandise prise et rendue en magasin. On a calcul&#233; qu'&#224; ce prix, une entreprise ordinaire de chemin de fer n'obtiendrait pas 10 p. 100 de b&#233;n&#233;fice net, r&#233;sultat &#224; peu pr&#232;s &#233;gal &#224; celui d'une entreprise de roulage. Mais admettons que la c&#233;l&#233;rit&#233; du transport par fer soit &#224; celle du roulage de terre, toutes compensations faites, comme 4 est &#224; 1 : comme dans la soci&#233;t&#233; le temps est la valeur m&#234;me, &#224; &#233;galit&#233; de prix le chemin de fer pr&#233;sentera sur le roulage un avantage de 400 p. 100. Cependant cet avantage &#233;norme, tr&#232;s-r&#233;el pour la soci&#233;t&#233;, est bien loin de se r&#233;aliser dans la m&#234;me proportion pour le voiturier, qui, tandis qu'il fait jouir la soci&#233;t&#233; d'une mieux value de 400 p. 100, ne retire pas quant &#224; lui 10 p. 100. Supposons, en effet, pour rendre la chose encore plus sensible, que le chemin de fer porte son tarif &#224; 25 cent., celui du roulage restant &#224; 18 ; il perdra &#224; l'instant toutes ses consignations. Exp&#233;diteurs, destinataires, tout le monde reviendra &#224; la malbrouk, &#224; la patache, s'il faut. On d&#233;sertera la locomotive ; un avantage social de 500 p. 100 sera sacrifi&#233; &#224; une perte priv&#233;e de 35 p. 100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison de cela est facile &#224; saisir : l'avantage qui r&#233;sulte de la c&#233;l&#233;rit&#233; du chemin de fer est tout social, et chaque individu n'y participe qu'en une proportion minime (n'oublions pas qu'il ne s'agit en ce moment que du transport des marchandises), tandis que la perte frappe directement et personnellement le consommateur. Un b&#233;n&#233;fice social &#233;gal &#224; 400, repr&#233;sente pour l'individu, si la soci&#233;t&#233; est compos&#233;e seulement d'un million d'hommes, quatre dix milli&#232;mes ; tandis qu'une perte de 33 p. 100 pour le consommateur supposerait un d&#233;ficit social de trente-trois millions. L'int&#233;r&#234;t priv&#233; et l'int&#233;r&#234;t collectif, si divergents au premier coup d'&#339;il, sont donc parfaitement identiques et ad&#233;quats : et cet exemple peut d&#233;j&#224; servir &#224; faire comprendre comment, dans la science &#233;conomique, tous les int&#233;r&#234;ts se concilient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, pour que la soci&#233;t&#233; r&#233;alise le b&#233;n&#233;fice suppos&#233; ci-dessus, il faut de toute n&#233;cessit&#233; que le tarif du chemin de fer ne d&#233;passe pas, ou d&#233;passe de fort peu le prix du roulage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, pour que cette condition soit remplie, en d'autres termes, pour que le chemin de fer soit commercialement possible, il faut que la mati&#232;re transportable soit assez abondante pour couvrir au moins l'int&#233;r&#234;t du capital engag&#233;, et les frais d'entretien de la voie. Donc la premi&#232;re condition d'existence d'un chemin de fer est une forte circulation, ce qui suppose une production plus forte encore, une grande masse d'&#233;changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais production, circulation, &#233;changes, ne sont point choses qui s'improvisent ; puis, les diverses formes du travail ne se d&#233;veloppent pas isol&#233;ment et ind&#233;pendamment l'une de l'autre : leur progr&#232;s est n&#233;cessairement li&#233;, solidaire, proportionnel. L'antagonisme peut exister entre les industriels : malgr&#233; eux, l'action sociale est une, convergente, harmonique, en un mot, personnelle. Donc enfin il est un jour marqu&#233; pour la cr&#233;ation des grands instruments de travail ; c'est celui o&#249; la consommation g&#233;n&#233;rale peut en soutenir l'emploi, c'est-&#224; dire, car toutes ces propositions se traduisent, celui o&#249; le travail ambiant peut alimenter les nouvelles machines. Anticiper l'heure marqu&#233;e par le progr&#232;s du travail, serait imiter ce fou qui, descendant de Lyon &#224; Marseille, fit appareiller pour lui seul un steamer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces points &#233;claircis, rien de plus ais&#233; que d'expliquer comment le travail doit laisser &#224; chaque producteur un exc&#233;dant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'abord, pour ce qui concerne la soci&#233;t&#233; : Prom&#233;th&#233;e, sortant du sein de la nature, s'&#233;veille &#224; la vie dans une inertie pleine de charme, mais qui deviendrait bient&#244;t mis&#232;re et torture s'il ne se h&#226;tait d'en sortir par le travail. Dans cette oisivet&#233; originelle, le produit de Prom&#233;th&#233;e &#233;tant nul, son bien-&#234;tre est identique &#224; celui de la brute, et peut se repr&#233;senter par z&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e se met &#224; l'&#339;uvre : et d&#232;s sa premi&#232;re journ&#233;e, premi&#232;re journ&#233;e de la seconde cr&#233;ation, le produit de Prom&#233;th&#233;e, c'est-&#224;-dire sa richesse, son bien-&#234;tre, est &#233;gal &#224; 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second jour, Prom&#233;th&#233;e divise son travail, et son produit devient &#233;gal &#224; 100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me jour, et chacun des jours suivants, Prom&#233;th&#233;e invente des machines, d&#233;couvre de nouvelles utilit&#233;s dans les corps, de nouvelles forces dans la nature ; le champ de son existence s'&#233;tend du domaine sensitif &#224; la sph&#232;re du moral et de l'intelligence, et, &#224; chaque pas que fait son industrie, le chiffre de sa production s'&#233;l&#232;ve et lui d&#233;nonce un surcro&#238;t de f&#233;licit&#233;. Et puisque enfin pour lui consommer c'est produire, il est clair que chaque journ&#233;e de consommation n'emportant que le produit de la veille, laisse un exc&#233;dant de produit &#224; la journ&#233;e du lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais remarquons aussi, remarquons surtout ce fait capital, c'est que le bien-&#234;tre de l'homme est en raison directe de l'intensit&#233; du travail et de la multiplicit&#233; des industries, en sorte que l'accroissement de la richesse et l'accroissement du labeur sont corr&#233;latifs et parall&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire maintenant que chaque individu participe &#224; ces conditions g&#233;n&#233;rales du d&#233;veloppement collectif, ce serait affirmer une v&#233;rit&#233; qui, &#224; force d'&#233;vidence, pourrait sembler niaise. Signalons plut&#244;t les deux formes g&#233;n&#233;rales de la consommation dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233;, de m&#234;me que l'individu, a d'abord ses objets de consommation personnelle, objets dont le temps lui fait sentir peu &#224; peu le besoin, et que ses instincts myst&#233;rieux lui commandent de cr&#233;er. Ainsi, il y eut au moyen &#226;ge, pour un grand nombre de villes, un instant d&#233;cisif o&#249; la construction d'h&#244;tels de ville et de cath&#233;drales devint une passion violente, qu'il fallut &#224; tout prix satisfaire ; l'existence de la communaut&#233; en d&#233;pendait. S&#233;curit&#233; et force, ordre public, centralisation, nationnalit&#233;, patrie, ind&#233;pendance, voil&#224; ce qui compose la vie de la soci&#233;t&#233;, l'ensemble de ses facult&#233;s mentales ; voil&#224; les sentiments qui devaient trouver leur expression et leurs insignes. Telle avait &#233;t&#233; autrefois la destination du temple de J&#233;rusalem, v&#233;ritable palladium de la nation juive ; tel &#233;tait le temple de Jupiter-Capitolin, &#224; Rome. Plus tard, apr&#232;s le palais municipal et le temple, organes pour ainsi dire de la centralisation et du progr&#232;s, vinrent les autres travaux d'utilit&#233; publique, ponts, th&#233;&#226;tres, h&#244;pitaux, routes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les monuments d'utilit&#233; publique &#233;tant d'un usage essentiellement commun, et par cons&#233;quent gratuit, la soci&#233;t&#233; se couvre de ses avances par les avantages politiques et moraux qui r&#233;sultent de ces grands ouvrages, et qui, donnant un gage de s&#233;curit&#233; au travail et un id&#233;al aux esprits, impriment un nouvel essor &#224; l'industrie et aux arts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il on est autrement des objets de consommation domestique, qui seuls tombent dans la cat&#233;gorie de l'&#233;change : ceux-ci ne sont productibles que selon les conditions de mutualit&#233; qui en permettent la consommation, c'est-&#224;-dire le remboursement imm&#233;diat et avec b&#233;n&#233;fice aux producteurs. Ces conditions, nous les avons suffisamment d&#233;velopp&#233;es dans la th&#233;orie de proportionnalit&#233; des valeurs, que l'on pourrait nommer &#233;galement th&#233;orie de la r&#233;duction progressive des prix de revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;montr&#233; par la th&#233;orie et par les faits le principe que tout travail doit laisser un exc&#233;dant ; mais ce principe, aussi certain qu'une proposition d'arithm&#233;tique, est loin encore de se r&#233;aliser pour tout le monde. Tandis que par le progr&#232;s de l'industrie collective, chaque journ&#233;e de travail individuel obtient un produit de plus en plus grand, et, par une cons&#233;quence n&#233;cessaire, tandis que le travailleur, avec le m&#234;me salaire, devrait devenir tous les jours plus riche, il existe dans la soci&#233;t&#233; des &#233;tats qui profitent et d'autres qui d&#233;p&#233;rissent ; des travailleurs &#224; double, triple et centuple salaire, et d'autres en d&#233;ficit ; partout enfin des gens qui jouissent et d'autres qui souffrent, et, par une division monstrueuse des facult&#233;s industrielles, des individus qui consomment, et qui ne produisent pas. La r&#233;partition du bien-&#234;tre suit tous les mouvements de la valeur, et les reproduit, en mis&#232;re et luxe, sur des dimensions et avec une &#233;nergie effrayantes. Mais partout aussi le progr&#232;s de la richesse, c'est-&#224;-dire la proportionnalit&#233; des valeurs, est la loi dominante ; et quand les &#233;conomistes opposent aux plaintes du parti social l'accroissement progressif de la fortune publique et les adoucissements apport&#233;s &#224; la condition des classes m&#234;me les plus malheureuses, ils proclament, sans s'en douter, une v&#233;rit&#233; qui est la condamnation de leurs th&#233;ories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car j'adjure les &#233;conomistes de s'interroger un moment dans le silence de leur c&#339;ur, loin des pr&#233;jug&#233;s qui les troublent, et sans &#233;gard aux emplois qu'ils occupent ou qu'ils attendent, aux int&#233;r&#234;ts qu'ils desservent, aux suffrages qu'ils ambitionnent, aux distinctions dont leur vanit&#233; se berce : qu'ils disent si, jusqu'&#224; ce jour, le principe que tout travail doit laisser un exc&#233;dant leur &#233;tait apparu avec cette cha&#238;ne de pr&#233;liminaires et de cons&#233;quences que nous avons soulev&#233;e ; et si par ces mots ils ont jamais con&#231;u autre chose que le droit d'agioter sur les valeurs, en man&#339;uvrant l'offre et la demande ? s'il n'est pas vrai qu'ils affirment tout &#224; la fois, d'un c&#244;t&#233; le progr&#232;s de la richesse et du bien-&#234;tre, et par cons&#233;quent la mesure des valeurs ; de l'autre, l'arbitraire des transactions commerciales et l'incommensurabilit&#233; des valeurs, c'est-&#224;-dire tout ce qu'il y a de plus contradictoire ? N'est-ce pas en vertu de cette contradiction qu'on entend sans cesse r&#233;p&#233;ter dans les cours, et qu'on lit dans les ouvrages d'&#233;conomie politique, cette hypoth&#232;se absurde : Si le prix de toutes choses &#233;tait doubl&#233; &#8230; Comme si le prix de toutes choses n'&#233;tait pas la proportion des choses, et qu'on p&#251;t doubler une proportion, un rapport, une loi ! N'est-ce pas enfin en vertu de la routine propri&#233;taire et anormale, d&#233;fendue par l'&#233;conomie politique, que chacun dans le commerce, dans l'industrie, dans les arts et dans l'&#201;tat, sous pr&#233;texte de services rendus &#224; la soci&#233;t&#233;, tend sans cesse &#224; exag&#233;rer son importance, sollicite des r&#233;compenses, des subventions, de grosses pensions, de larges honoraires : comme si la r&#233;tribution de tout service n'&#233;tait pas n&#233;cessairement fix&#233;e par le montant de ses frais ? Pourquoi les &#233;conomistes ne r&#233;pandent-ils pas de toutes leurs forces cette v&#233;rit&#233; si simple et si lumineuse : Le travail de tout homme ne peut acheter que la valeur qu'il renferme, et cette valeur est proportionnelle aux services de tous les autres travailleurs ; si, comme ils paraissent le croire, le travail de chacun doit laisser un exc&#233;dant ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici se pr&#233;sente une derni&#232;re consid&#233;ration que j'exposerai en peu de mots. &lt;br class='autobr' /&gt;
J. B. Say, celui de tous les &#233;conomistes qui a le plus insist&#233; sur l'ind&#233;terminabilit&#233; absolue de la valeur, est aussi celui qui s'est donn&#233; le plus de peine pour renverser cette proposition. C'est lui qui, si je ne me trompe, est auteur de la formule : Tout produit vaut ce qu'il co&#251;te, ou, ce qui revient au m&#234;me, les produits s'ach&#232;tent avec des produits. Cet aphorisme, plein de cons&#233;quences &#233;galitaires, a &#233;t&#233; contredit depuis par d'autres &#233;conomistes ; nous examinerons tour &#224; tour l'affirmative et la n&#233;gative. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je dis : Tout produit vaut les produits qu'il a co&#251;t&#233;s, cela signifie que tout produit est une unit&#233; collective qui, sous une forme nouvelle, groupe un certain nombre d'autres produits consomm&#233;s en des quantit&#233;s diverses. D'o&#249; il suit que les produits de l'industrie humaine sont, les uns par rapport aux autres, genres et esp&#232;ces, et qu'ils forment une s&#233;rie du simple au compos&#233;, selon le nombre et la proportion des &#233;l&#233;ments, tous &#233;quivalents entre eux, qui constituent chaque produit. Peu importe, quant &#224; pr&#233;sent, que cette s&#233;rie, ainsi que l'&#233;quivalence de ses &#233;l&#233;ments, soit plus ou moins exactement exprim&#233;e dans la pratique par l'&#233;quilibre des salaires et des fortunes : il s'agit avant tout du rapport dans les choses, de la loi &#233;conomique. Car ici, comme toujours, l'id&#233;e engendre d'abord et spontan&#233;ment le fait, lequel, reconnu ensuite par la pens&#233;e qui lui a donn&#233; l'&#234;tre, se rectifie peu &#224; peu et se d&#233;finit conform&#233;ment &#224; son principe. Le commerce, libre et concurrent, n'est qu'une longue op&#233;ration de redressement ayant pour objet de faire ressortir la proportionnalit&#233; des valeurs, en attendant que le droit civil la consacre et la prenne pour r&#232;gle de la condition des personnes. Je dis donc que le principe de Say, Tout produit vaut ce qu'il co&#251;te, indique une s&#233;rie de la production humaine, analogue aux s&#233;ries animale et v&#233;g&#233;tale, et dans laquelle les unit&#233;s &#233;l&#233;mentaires (journ&#233;es de travail) sont r&#233;put&#233;es &#233;gales. En sorte que l'&#233;conomie politique affirme d&#232;s son d&#233;but, mais par une contradiction, ce que ni Platon, ni Rousseau, ni aucun publiciste ancien ou moderne n'a cru possible, l'&#233;galit&#233; des conditions et des fortunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e est tour &#224; tour laboureur, vigneron, boulanger, tisserand. Quelque m&#233;tier qu'il exerce, comme il ne travaille que pour lui-m&#234;me, il ach&#232;te ce qu'il consomme (ses produits) avec une seule et m&#234;me monnaie (ses produits), dont l'unit&#233; m&#233;trique est n&#233;cessairement sa journ&#233;e de travail. Il est vrai que le travail lui-m&#234;me est susceptible de variation : Prom&#233;th&#233;e n'est pas toujours &#233;galement dispos, et d'un moment &#224; l'autre son ardeur, sa f&#233;condit&#233;, monte et descend. Mais, comme tout ce qui est sujet &#224; varier, le travail a sa moyenne, et cela nous autorise &#224; dire qu'en somme la journ&#233;e de travail paye la journ&#233;e de travail, ni plus ni moins. Il est bien vrai, si l'on compare les produits d'une certaine &#233;poque de la vie sociale &#224; ceux d'une autre, que la cent-millionni&#232;me journ&#233;e du genre humain donnera un r&#233;sultat incomparablement sup&#233;rieur &#224; celui de la premi&#232;re ; mais c'est le cas de dire aussi que la vie de l'&#234;tre collectif, pas plus que celle de l'individu, ne peut &#234;tre scind&#233;e ; que si les jours ne se ressemblent pas, ils sont indissolublement unis, et que dans la totalit&#233; de l'existence la peine et le plaisir leur sont communs. Si donc le tailleur, pour rendre la valeur d'une journ&#233;e, consomme dix fois la journ&#233;e du tisserand, c'est comme si le tisserand donnait dix jours de sa vie pour un jour de la vie du tailleur. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui arrive quand un paysan paye 12 francs &#224; un notaire pour un &#233;crit dont la r&#233;daction co&#251;te une heure ; et cette in&#233;galit&#233;, cette iniquit&#233; dans les &#233;changes, est la plus puissante cause de mis&#232;re que les socialistes aient d&#233;voil&#233;e et que les &#233;conomistes avouent tout bas, en attendant qu'un signe du ma&#238;tre leur permette de la reconna&#238;tre tout haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute erreur dans la justice commutative est une immolation du travailleur, une transfusion du sang d'un homme dans le corps d'un autre homme&#8230;&#8230; Qu'on ne s'effraie pas : je n'ai nul dessein de fulminer une irritante philippique &#224; la propri&#233;t&#233; ; j'y pense d'autant moins, que, selon mes principes, l'humanit&#233; ne se trompe jamais ; qu'en se constituant d'abord sur le droit de propri&#233;t&#233; elle n'a fait que poser un des principes de son organisation future ; et que, la pr&#233;pond&#233;rance de la propri&#233;t&#233; une fois abattue, ce qui reste &#224; faire est de ramener &#224; l'unit&#233; cette fameuse antith&#232;se. Tout ce que l'on pourrait m'objecter en faveur de la propri&#233;t&#233;, je le sais aussi bien qu'aucun de mes censeurs, &#224; qui je demande pour toute gr&#226;ce de montrer du c&#339;ur, alors que la dialectique leur fait d&#233;faut. Comment des richesses dont le travail n'est pas le module seraient-elles valables ? Et si c'est le travail qui cr&#233;e la richesse et l&#233;gitime la propri&#233;t&#233;, comment expliquer la consommation de l'oisif ? Comment un syst&#232;me de r&#233;partition dans lequel le produit vaut, selon les personnes, tant&#244;t plus, tant&#244;t moins qu'il ne co&#251;te, est-il loyal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es de Say conduisaient &#224; une loi agraire ; aussi le parti conservateur s'est-il empress&#233; de protester contre elles. &#171; La premi&#232;re source de la richesse, avait dit M. Rossi, est le travail. En proclamant ce grand principe, l'&#233;cole industrielle a non-seulement mis en &#233;vidence un principe &#233;conomique, mais celui des faits sociaux qui, dans la main d'un historien habile, devient le guide le plus s&#251;r pour suivre l'esp&#232;ce humaine, dans sa marche et ses &#233;tablissements sur la face du globe. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi, apr&#232;s avoir consign&#233; dans son cours ces paroles profondes, M. Rossi a-t-il cru devoir les r&#233;tracter ensuite dans une revue, et compromettre gratuitement sa dignit&#233; de philosophe et d'&#233;conomiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dites que la richesse n'est que le r&#233;sultat du travail ; affirmez que dans tous les cas le travail est la mesure de la valeur, le r&#233;gulateur des prix ; et pour &#233;chapper tant bien que mal aux objections que soul&#232;vent de toutes parts ces doctrines, les unes incompl&#232;tes, les autres absolues, vous serez amen&#233;s bon gr&#233; mal gr&#233; &#224; g&#233;n&#233;raliser la notion du travail, et &#224; substituer &#224; l'analyse une synth&#232;se parfaitement erron&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regrette qu'un homme tel que M. Rossi me sugg&#232;re une si triste pens&#233;e ; mais en lisant le passage que je viens de rapporter, je n'ai pu m'emp&#234;cher de dire : La science et la v&#233;rit&#233; ne sont plus rien ; ce que l'on adore maintenant, c'est la boutique, et apr&#232;s la boutique, le constitutionnalisme d&#233;sesp&#233;r&#233; qui la repr&#233;sente. &#192; qui donc M. Rossi pense-t-il s'adresser ? Veut-il du travail ou d'autre chose ? de l'analyse ou de la synth&#232;se ? Veut-il toutes ces choses &#224; la fois ? Qu'il choisisse, car la conclusion est in&#233;vitable contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le travail est la source de toute richesse, si c'est le guide le plus s&#251;r pour suivre l'histoire des &#233;tablissements humains sur la face du globe, comment l'&#233;galit&#233; de r&#233;partition, l'&#233;galit&#233; selon la mesure du travail, ne serait-elle pas une loi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, au contraire, il est des richesses qui ne viennent pas du travail, comment la possession de ces richesses est-elle un privil&#232;ge ? Quelle est la l&#233;gitimit&#233; du monopole ? Qu'on expose donc, une fois, cette th&#233;orie du droit de consommation improductive, cette jurisprudence du bon plaisir, cette religion de l'oisivet&#233;, pr&#233;rogative sacr&#233;e d'une caste d'&#233;lus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifie maintenant cet appel &#224; l'analyse des faux jugements de la synth&#232;se ? ces termes de m&#233;taphysique ne sont bons qu'&#224; endoctriner les niais, qui ne se doutent pas que la m&#234;me proposition peut &#234;tre rendue indiff&#233;remment et &#224; volont&#233;, analytique ou synth&#233;tique. &#8212; Le travail est le principe de la valeur et la source de la richesse : proposition analytique, telle que M. Rossi la veut, puisque cette proposition est le r&#233;sum&#233; d'une analyse, dans laquelle on d&#233;montre qu'il y a identit&#233; entre la notion primitive de travail et les notions subs&#233;quentes de produit, valeur, capital, richesse, etc. Cependant nous voyons que M. Rossi rejette la doctrine qui r&#233;sulte de cette analyse. &#8212; Le travail, le capital et la terre, sont les sources de la richesse. Proposition synth&#233;tique, telle pr&#233;cis&#233;ment que M. Rossi n'en veut pas ; en effet, la richesse est ici consid&#233;r&#233;e comme notion g&#233;n&#233;rale, qui se produisit sous trois esp&#232;ces distinctes, mais non identiques. Et pourtant la doctrine, ainsi formul&#233;e, est celle qui a la pr&#233;f&#233;rence de M. Rossi. Pla&#238;t-il maintenant &#224; M. Rossi que nous rendions sa th&#233;orie du monopole analytique, et la n&#244;tre du travail synth&#233;tique ? Je puis lui donner cette satisfaction&#8230;. Mais je rougirais, avec un homme aussi grave, de prolonger un tel badinage. M. Rossi sait mieux que personne que l'analyse et la synth&#232;se ne prouvent par elles-m&#234;mes absolument rien, et que ce qui importe, comme disait Bacon, c'est de faire des comparaisons exactes et des d&#233;nombrements complets. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque M. Rossi &#233;tait en verve d'abstractions, que ne disait-il &#224; cette phalange d'&#233;conomistes qui recueillent avec tant de respect les moindres paroles tomb&#233;es de sa bouche : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le capital est la mati&#232;re de la richesse, comme l'argent est la mati&#232;re de la monnaie, comme le bl&#233; est la mati&#232;re du pain, et, en remontant la s&#233;rie jusqu'au bout, comme la terre, l'eau, le feu, l'atmosph&#232;re, sont la mati&#232;re de tous nos produits. Mais c'est le travail, le travail seul, qui cr&#233;e successivement chaque utilit&#233; donn&#233;e &#224; ces mati&#232;res, et qui cons&#233;quemment les transforme en capitaux et en richesses. Le capital est du travail, c'est-&#224;-dire de l'intelligence et de la vie r&#233;alis&#233;es : comme les animaux et les plantes sont des r&#233;alisations de l'&#226;me universelle ; comme les chefs-d'&#339;uvre d'Hom&#232;re, de Rapha&#235;l et de Rossini, sont l'expression de leurs id&#233;es et de leurs sentiments. La valeur est la proportion suivant laquelle toutes les r&#233;alisations de l'&#226;me humaine doivent se balancer pour produire un tout harmonique, qui, &#233;tant richesse, engendre pour nous le bien-&#234;tre, ou plut&#244;t est le signe, non l'objet, de notre f&#233;licit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; La proposition, il n'y a pas de mesure de la valeur, est illogique et contradictoire ; cela r&#233;sulte des motifs m&#234;me sur lesquels on a pr&#233;tendu l'&#233;tablir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; La proposition, le travail est le principe de proportionnalit&#233; des valeurs, non-seulement est vraie, parce qu'elle r&#233;sulte d'une irr&#233;fragable analyse, mais elle est le but du progr&#232;s, la condition et la forme du bien-&#234;tre social, le commencement et la fin de l'&#233;conomie politique. De cette proposition et de ses corollaires, tout produit vaut ce qu'il co&#251;te, et les produits s'ach&#232;tent avec des produits, se d&#233;duit le dogme de l'&#233;galit&#233; des conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; L'id&#233;e de valeur socialement constitu&#233;e, ou de proportionnalit&#233; des produits, sert &#224; expliquer en outre : a) comment une invention m&#233;canique, nonobstant le privil&#232;ge qu'elle cr&#233;e temporairement et les perturbations qu'elle occasionne, produit toujours &#224; la fin une am&#233;lioration g&#233;n&#233;rale ; &#8212; b) comment la d&#233;couverte d'un proc&#233;d&#233; &#233;conomique ne peut jamais valoir &#224; l'inventeur un profit &#233;gal &#224; celui qu'il procure &#224; la soci&#233;t&#233; ; &#8212; c) comment, par une s&#233;rie d'oscillations entre l'offre et la demande, la valeur de chaque produit tend constamment &#224; se mettre de niveau avec le prix de revient et avec les besoins de la consommation, et par cons&#233;quent &#224; s'&#233;tablir d'une mani&#232;re fixe et positive ; &#8212; d) comment la production collective augmentant incessamment la masse des choses consommables, et cons&#233;quemment la journ&#233;e de travail &#233;tant de mieux en mieux pay&#233;e, le travail doit laisser &#224; chaque producteur un exc&#233;dant ; &#8212; e) comment le labeur', loin de diminuer par le progr&#232;s industriel, augmente incessamment en quantit&#233; et qualit&#233;, c'est-&#224;-dire en intensit&#233; et difficult&#233; pour toutes les industries ; &#8212; f) comment la valeur sociale &#233;limine continuiellement les valeurs fictives, en d'autres termes, comment l'industrie op&#232;re la socialisation du capital et de la propri&#233;t&#233; ; &#8212; g) enfin, comment la r&#233;partition des produits se r&#233;gularisant &#224; fur et mesure de la garantie mutuelle, produite par la constitution des valeurs, pousse la soci&#233;t&#233; &#224; l'&#233;galit&#233; des conditions et des fortunes. &lt;br class='autobr' /&gt; &#187; Enfin, la th&#233;orie de la constitution successive de toutes les valeurs commerciales impliquant un progr&#232;s &#224; l'infini du travail, de la richesse et du bien-&#234;tre, la destin&#233;e sociale, au point de vue &#233;conomique, nous est r&#233;v&#233;l&#233;e : Produire incessamment, avec la moindre somme possible de travail pour chaque produit, la plus grande quantit&#233; et la plus grande vari&#233;t&#233; possibles de valeurs, de mani&#232;re &#224; r&#233;aliser pour chaque individu la plus grande somme de bien-&#234;tre physique, moral et intellectuel, et pour l'esp&#232;ce, la plus haute perfection, et une gloire infinie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que nous avons d&#233;termin&#233;, non sans peine, le sens de la question propos&#233;e par l'Acad&#233;mie des sciences morales, touchant les oscillations du profit et du salaire, il est temps d'aborder la partie essentielle de notre t&#226;che. Partout o&#249; le travail n'a point &#233;t&#233; socialis&#233;, c'est-&#224;-dire partout o&#249; la valeur ne s'est pas d&#233;termin&#233;e synth&#233;tiquement, il y a perturbation et d&#233;loyaut&#233; dans les &#233;changes, guerre de ruses et d'embuscades, emp&#234;chement &#224; la production, &#224; la circulation et &#224; la consommation, labeur improductif, absence de garanties, spoliation, insolidarit&#233;, indigence et luxe, mais en m&#234;me temps effort du g&#233;nie social pour conqu&#233;rir la justice, et tendance constante vers l'association et l'ordre. L'&#233;conomie politique n'est autre chose que l'histoire de cette grande lutte. D'une part, en effet, l'&#233;conomie politique, en tant qu'elle consacre et pr&#233;tend &#233;terniser les anomalies de la valeur et les pr&#233;rogatives de l'&#233;go&#239;sme, est v&#233;ritablement la th&#233;orie du malheur et l'organisation de la mis&#232;re ; mais en tant qu'elle expose les moyens invent&#233;s par la civilisation pour vaincre le paup&#233;risme, bien que ces moyens aient constamment tourn&#233; &#224; l'avantage exclusif du monopole, l'&#233;conomie politique est le pr&#233;ambule de l'organisation de la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe donc de reprendre l'&#233;tude des faits et des routines &#233;conomiques, d'en d&#233;gager l'esprit et d'en formuler la philosophie. Sans cela, nulle intelligence de la marche des soci&#233;t&#233;s ne peut &#234;tre acquise, nulle r&#233;forme essay&#233;e. L'erreur du socialisme a &#233;t&#233; jusqu'ici de perp&#233;tuer la r&#234;verie religieuse en se lan&#231;ant dans un avenir fantastique, au lieu de saisir la r&#233;alit&#233; qui l'&#233;crase ; comme le tort des &#233;conomistes est de voir dans chaque fait accompli un arr&#234;t de proscription contre toute hypoth&#232;se de changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, ce n'est point ainsi que je con&#231;ois la science &#233;conomique, la v&#233;ritable science sociale. Au lieu de r&#233;pondre par des &#224; priori aux redoutables probl&#232;mes de l'organisation du travail et de la r&#233;partition des richesses, j'interrogerai l'&#233;conomie politique comme la d&#233;positaire des pens&#233;es secr&#232;tes de l'humanit&#233;, je ferai parler les faits selon l'ordre de leur g&#233;n&#233;ration, et raconterai, sans y mettre du mien, leurs t&#233;moignages. Ce sera tout &#224; la fois une triomphante et lamentable histoire, o&#249; les personnages seront des id&#233;es, les &#233;pisodes des th&#233;ories, et les dates des formules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sources :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re/Chapitre_01&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re/Chapitre_01&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re/Chapitre_02&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re/Chapitre_02&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mis&#232;re de la philosophie &#187;, la r&#233;ponse de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I : Une d&#233;couverte scientifique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Opposition de la valeur d'utilit&#233; et de la valeur d'&#233;change&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La capacit&#233; qu'ont tous les produits, soit naturels, soit industriels, de servir &#224; la subsistance de l'homme, se nomme particuli&#232;rement valeur d'utilit&#233; ; la capacit&#233; qu'ils ont de se donner l'un pour l'autre, valeur en &#233;change... Comment la valeur d'utilit&#233; devient-elle valeur en &#233;change ?... La g&#233;n&#233;ration de l'id&#233;e de la valeur (en &#233;change) n'a pas &#233;t&#233; not&#233;e par les &#233;conomistes avec assez de soin : il importe de nous y arr&#234;ter. Puis donc que, parmi les objets dont j'ai besoin, un tr&#232;s grand nombre ne se trouve dans la nature qu'en une quantit&#233; m&#233;diocre, ou m&#234;me ne se trouve pas du tout, je suis forc&#233; d'aider &#224; la production de ce qui me manque, et comme je ne puis mettre la main &#224; tant de choses, je proposerai &#224; d'autres hommes, mes collaborateurs dans des fonctions diverses, de me c&#233;der une partie de leurs produits en &#233;change du mien &#187; [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon se propose de nous expliquer avant tout la double nature de la valeur, la &#8220; distinction dans la valeur &#8221;, le mouvement qui fait de la valeur d'utilit&#233; la valeur d'&#233;change. Il importe de nous arr&#234;ter avec M. Proudhon &#224; cet acte de transsubstantiation. Voici comment cet acte s'accomplit d'apr&#232;s notre auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tr&#232;s grand nombre de produits ne se trouvent pas dans la nature, ils se trouvent au bout de l'industrie. Supposez que les besoins d&#233;passent la production spontan&#233;e de la nature, l'homme est forc&#233; de recourir &#224; la production industrielle. Qu'est-ce que cette industrie, dans la supposition de M. Proudhon ? Quelle en est l'origine ? Un seul homme &#233;prouvant le besoin d'un tr&#232;s grand nombre de choses &#8220; ne peut mettre la main &#224; tant de choses &#8221;. Tant de besoins &#224; satisfaire supposent tant de choses &#224; produire - il n'y a pas de produits sans production - tant de choses &#224; produire ne supposent d&#233;j&#224; plus la main d'un seul homme aidant &#224; les produire. Or, du moment que vous supposez plus d'une main aidant &#224; la production, vous avez d&#233;j&#224; suppos&#233; toute une production, bas&#233;e sur la division du travail. Ainsi le besoin, tel que M. Proudhon le suppose, suppose lui-m&#234;me toute la division du travail. En supposant la division du travail, vous avez l'&#233;change et cons&#233;quemment la valeur d'&#233;change. Autant aurait valu supposer de prime abord la valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais M. Proudhon a mieux aim&#233; faire le tour. Suivons-le dans tous ses d&#233;tours, pour revenir toujours &#224; son point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sortir de l'&#233;tat de choses o&#249; chacun produit en solitaire, et pour arriver &#224; l'&#233;change, &#8220; je m'adresse &#8221;, dit M. Proudhon, &#8220; &#224; mes collaborateurs dans des fonctions diverses &#8221;. Donc, moi, j'ai des collaborateurs, qui tous ont des fonctions diverses, sans que pour cela moi et tous les autres, toujours d'apr&#232;s la supposition de M. Proudhon, nous soyons sortis de la position solitaire et peu sociale des Robinson. Les collaborateurs et les fonctions diverses, la division du travail, et l'&#233;change qu'elle implique, sont tout trouv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons : j'ai des besoins fond&#233;s sur la division du travail et sur l'&#233;change. En supposant ces besoins, M. Proudhon se trouve avoir suppos&#233; l'&#233;change, la valeur d'&#233;change, dont il se propose pr&#233;cis&#233;ment de &#8220; noter la g&#233;n&#233;ration avec plus de soin que les autres &#233;conomistes &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon aurait pu tout aussi bien intervertir l'ordre des choses, sans intervertir pour cela la justesse de ses conclusions. Pour expliquer la valeur en &#233;change, il faut l'&#233;change. Pour expliquer l'&#233;change, il faut la division du travail. Pour expliquer la division du travail, il faut des besoins qui n&#233;cessitent la division du travail. Pour expliquer ces besoins, il faut les &#8220; supposer &#8221;, ce qui n'est pas les nier, contrairement au premier axiome du prologue de M. Proudhon : &#8220; Supposer Dieu c'est le nier [2]. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment M. Proudhon, pour lequel la division du travail est suppos&#233;e connue, s'y prend-il pour expliquer la valeur d'&#233;change, qui pour lui est toujours l'inconnu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Un homme &#8221; s'en va &#8220; proposer &#224; d'autres hommes, ses collaborateurs dans des fonctions diverses &#8221;, d'&#233;tablir l'&#233;change et de faire une distinction entre la valeur usuelle et la valeur &#233;changeable. En acceptant cette distinction propos&#233;e, les collaborateurs n'ont laiss&#233; &#224; M. Proudhon d'autre &#8220; soin &#8221; que de prendre acte du fait, de marquer, &#8220; de noter &#8221; dans son trait&#233; d'&#233;conomie politique la &#8220; g&#233;n&#233;ration de l'id&#233;e de la valeur &#8221;. Mais il nous doit toujours, &#224; nous, d'expliquer la &#8220; g&#233;n&#233;ration &#8221; de cette proposition, de nous dire enfin comment ce seul homme, ce Robinson, a eu tout &#224; coup l'id&#233;e de faire &#8220; &#224; ses collaborateurs &#8221; une proposition du genre connu et comment ces collaborateurs l'ont accept&#233;e sans protestation aucune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon n'entre pas dans ces d&#233;tails g&#233;n&#233;alogiques. Il donne simplement au fait de l'&#233;change une mani&#232;re de cachet historique en le pr&#233;sentant sous la forme d'une motion, qu'un tiers aurait faite, tendant &#224; &#233;tablir l'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; un &#233;chantillon de &#8220; la m&#233;thode historique et descriptive &#8221; de M. Proudhon, qui professe un d&#233;dain superbe pour la &#8220; m&#233;thode historique et descriptive &#8221; des Adam Smith et des Ricardo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;change a son histoire &#224; lui. Il a pass&#233; par diff&#233;rentes phases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut un temps, comme au moyen-&#226;ge, o&#249; l'on n'&#233;changeait que le superflu, l'exc&#233;dent de la production sur la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut encore un temps o&#249; non seulement le superflu, mais tous les produits, toute l'existence industrielle &#233;tait pass&#233;e dans le commerce, o&#249; la production tout enti&#232;re d&#233;pendait de l'&#233;change. Comment expliquer cette deuxi&#232;me phase de l'&#233;change - la valeur v&#233;nale &#224; sa deuxi&#232;me puissance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon aurait une r&#233;ponse toute pr&#234;te : mettez qu'un homme ait &#8220; propos&#233; &#224; d'autres hommes, ses collaborateurs dans des fonctions diverses &#8221;, d'&#233;lever la valeur v&#233;nale &#224; sa deuxi&#232;me puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vint enfin un temps o&#249; tout ce que les hommes avaient regard&#233; comme inali&#233;nable devint objet d'&#233;change, de trafic et pouvait s'ali&#233;ner. C'est le temps o&#249; les choses m&#234;mes qui jusqu'alors &#233;taient communiqu&#233;es, mais jamais &#233;chang&#233;es ; donn&#233;es mais jamais vendues ; acquises, mais jamais achet&#233;es - vertu, amour, opinion, science, conscience, etc., - o&#249; tout enfin passa dans le commerce. C'est le temps de la corruption g&#233;n&#233;rale, de la v&#233;nalit&#233; universelle, ou, pour parler en termes d'&#233;conomie politique, le temps o&#249; toute chose, morale ou physique, &#233;tant devenue valeur v&#233;nale, est port&#233;e au march&#233; pour &#234;tre appr&#233;ci&#233;e &#224; sa plus juste valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer encore cette nouvelle et derni&#232;re phase de l'&#233;change - la valeur v&#233;nale &#224; sa troisi&#232;me puissance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon aurait une r&#233;ponse toute pr&#234;te : Mettez qu'une personne ait &#8220; propos&#233; &#224; d'autres personnes, ses collaborateurs dans des fonctions diverses &#8221;, de faire de la vertu, de l'amour, etc., une valeur v&#233;nale, d'&#233;lever la valeur d'&#233;change &#224; sa troisi&#232;me et derni&#232;re puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, la &#8220; m&#233;thode historique et descriptive &#8221; de M. Proudhon est bonne &#224; tout, elle r&#233;pond &#224; tout, elle explique tout. S'agit-il surtout d'expliquer historiquement la &#8220; g&#233;n&#233;ration d'une id&#233;e &#233;conomique &#8221;, il suppose un homme qui propose &#224; d'autres hommes, ses collaborateurs dans des fonctions diverses, d'accomplir cet acte de g&#233;n&#233;ration, et tout est dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, nous acceptons la &#8220; g&#233;n&#233;ration &#8221; de la valeur d'&#233;change comme un acte accompli ; il ne reste maintenant qu'&#224; exposer le rapport de la valeur d'&#233;change &#224; la valeur d'utilit&#233;. &#201;coutons M. Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes ont tr&#232;s bien fait ressortir le double caract&#232;re de la valeur ; mais ce qu'ils n'ont pas rendu avec la m&#234;me nettet&#233;, c'est sa nature contradictoire ; ici commence notre critique... C'est peu d'avoir signal&#233; dans la valeur utile et dans la valeur &#233;changeable cet &#233;tonnant contraste, o&#249; les &#233;conomistes sont accoutum&#233;s &#224; ne voir rien que de tr&#232;s simple : il faut montrer que cette pr&#233;tendue simplicit&#233; cache un myst&#232;re profond que notre devoir est de p&#233;n&#233;trer... En termes techniques, la valeur utile et la valeur &#233;changeable sont en raison inverse l'une de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous avons bien saisi la pens&#233;e de M. Proudhon, voici les quatre points qu'il se propose d'&#233;tablir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La valeur utile et la valeur &#233;changeable forment un &#8220; contraste &#233;tonnant &#8221;, se font opposition ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La valeur utile et la valeur &#233;changeable sont en raison inverse l'une de l'autre, en contradiction ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Les &#233;conomistes n'ont ni vu ni connu l'opposition ni la contradiction ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La critique de M. Proudhon commence par la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aussi nous commencerons par la fin, et pour disculper les &#233;conomistes des accusations de M. Proudhon, nous laisserons parler deux &#233;conomistes assez importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sismondi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'opposition entre la valeur usuelle et la valeur &#233;changeable &#224; laquelle le commerce a r&#233;duit toute chose, etc. [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lauderdale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, la richesse nationale [la valeur utile] diminue &#224; proportion que les fortunes individuelles s'accroissent par l'augmentation de la valeur v&#233;nale ; et &#224; mesure que celles-ci se r&#233;duisent par la diminution de cette valeur, la premi&#232;re augmente g&#233;n&#233;ralement [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sismondi a fond&#233; sur l'opposition entre la valeur usuelle et la valeur &#233;changeable, sa principale doctrine, d'apr&#232;s laquelle la diminution du revenu est proportionnelle &#224; l'accroissement de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lauderdale a fond&#233; son syst&#232;me sur la raison inverse des deux esp&#232;ces de valeur et sa doctrine &#233;tait m&#234;me tellement populaire du temps de Ricardo, que celui-ci pouvait en parler comme d'une chose g&#233;n&#233;ralement connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en confondant les id&#233;es de la valeur v&#233;nale et des richesses (valeur utile) qu'on a pr&#233;tendu qu'en diminuant la quantit&#233; des choses n&#233;cessaires, utiles ou agr&#233;ables &#224; la vie, on pouvait augmenter les richesses [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons de voir que les &#233;conomistes, avant M. Proudhon, ont &#8220; signal&#233; &#8221; le myst&#232;re profond d'opposition et de contradiction. Voyons maintenant comment M. Proudhon explique &#224; son tour ce myst&#232;re apr&#232;s les &#233;conomistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur &#233;changeable d'un produit baisse &#224; mesure que l'offre va croissant, la demande restant la m&#234;me ; en d'autres termes : plus un produit est abondant relativement &#224; la demande, plus sa valeur &#233;changeable ou son prix est bas. Vice-versa : plus l'offre est faible relativement &#224; la demande, plus la valeur &#233;changeable ou le prix du produit offert hausse ; en d'autres termes, plus il y a raret&#233; des produits offerts relativement &#224; la demande, plus il y a chert&#233;. La valeur d'&#233;change d'un produit d&#233;pend de son abondance ou de sa raret&#233;, mais toujours par rapport &#224; la demande. Supposez un produit plus que rare, unique dans son genre, je le veux bien : ce produit unique sera plus qu'abondant, il sera superflu, s'il n'est pas demand&#233;. En revanche, supposez un produit multipli&#233; &#224; millions : il sera toujours rare, s'il ne suffit pas &#224; la demande, c'est-&#224;-dire s'il est trop demand&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; de ces v&#233;rit&#233;s, nous dirons presque banales, et qu'il a fallu cependant reproduire ici pour faire comprendre les myst&#232;res de M. Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tellement qu'en suivant le principe jusqu'aux derni&#232;res cons&#233;quences on arriverait &#224; conclure, le plus logiquement du monde, que les choses dont l'usage est n&#233;cessaire et la quantit&#233; infinie, doivent &#234;tre pour rien, et celles dont l'utilit&#233; est nulle et la raret&#233; extr&#234;me, d'un prix inestimable. Pour comble d'embarras, la pratique n'admet point ces extr&#234;mes : d'un c&#244;t&#233;, aucun produit humain ne saurait jamais atteindre l'infini en grandeur ; de l'autre, les choses les plus rares ont besoin &#224; un degr&#233; quelconque d'&#234;tre utiles, Sans quoi elles ne seraient susceptibles d'aucune valeur. La valeur utile et la valeur &#233;changeable restent donc fatalement encha&#238;n&#233;es l'une &#224; l'autre, bien que par leur nature elles tendent continuellement &#224; s'exclure [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui met le comble &#224; l'embarras de M. Proudhon ? C'est qu'il a tout simplement oubli&#233; la demande, et qu'une chose ne saurait &#234;tre rare ou abondante qu'autant qu'elle est demand&#233;e. Une fois la demande mise de c&#244;t&#233;, il assimile la valeur &#233;changeable &#224; la raret&#233; et la valeur utile &#224; l'abondance. Effectivement, en disant que les choses &#8220; dont l'utilit&#233; est nulle et la raret&#233; extr&#234;me &#8221; sont &#8220; d'un prix inestimable &#8221;, il dit tout simplement que la valeur en &#233;change n'est que la raret&#233;. &#8220; Raret&#233; extr&#234;me et utilit&#233; nulle &#8221;, c'est la raret&#233; pure. &#8220; Prix inestimable &#8221;, c'est le maximum de la valeur &#233;changeable, c'est la valeur &#233;changeable toute pure. Ces deux termes, il les met en &#233;quation. Donc, valeur &#233;changeable et raret&#233; sont des termes &#233;quivalents. En arrivant &#224; ces pr&#233;tendues &#8220; cons&#233;quences extr&#234;mes &#8221;, M. Proudhon se trouve en effet avoir pouss&#233; &#224; l'extr&#234;me, non, pas les choses, mais les termes qui les expriment, et en cela il fait preuve de rh&#233;torique bien plus que de logique. Il retrouve ses hypoth&#232;ses premi&#232;res dans toute leur nudit&#233;, quand il croit avoir trouv&#233; de nouvelles cons&#233;quences. Gr&#226;ce au m&#234;me proc&#233;d&#233;, il r&#233;ussit &#224; identifier la valeur utile avec l'abondance pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir mis en &#233;quation la valeur &#233;changeable et la raret&#233;, la valeur utile et l'abondance, M. Proudhon est tout &#233;tonn&#233; de ne trouver ni la valeur utile dans la raret&#233; et la valeur &#233;changeable, ni la valeur &#233;changeable dans l'abondance et la valeur utile ; et en voyant que la pratique n'admet point ces extr&#234;mes il ne peut plus faire autrement que de croire au myst&#232;re. Il y a pour lui prix inestimable, parce qu'il n'y a pas d'acheteurs, et il n'en trouvera jamais, tant qu'il fait abstraction de, la demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, l'abondance de M. Proudhon semble &#234;tre quelque chose de spontan&#233;. Il oublie tout &#224; fait qu'il y a des gens qui la produisent, et qu'il est de l'int&#233;r&#234;t de ceux-ci de ne jamais perdre de vue la demande. Sinon, comment M. Proudhon aurait-il pu dire que les choses qui sont tr&#232;s utiles doivent &#234;tre &#224; tr&#232;s bas prix ou m&#234;me ne co&#251;ter rien ? Il lui aurait fallu conclure, au contraire, qu'il faut restreindre l'abondance, la production des choses tr&#232;s utiles, si l'on veut en &#233;lever le prix, la valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anciens vignerons de France, en sollicitant une loi qui interdisait la plantation de nouvelles vignes ; les Hollandais, en br&#251;lant les &#233;pices de l'Asie, en d&#233;racinant les girofliers dans les Moluques, voulaient tout simplement r&#233;duire l'abondance pour &#233;lever la valeur d'&#233;change. Tout le moyen-&#226;ge, en limitant par des lois le nombre des compagnons qu'un seul ma&#238;tre pouvait occuper, en limitant le nombre des instruments qu'il pouvait employer, agissait d'apr&#232;s ce m&#234;me principe. (Voir Anderson : Histoire du commerce.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir repr&#233;sent&#233; l'abondance comme la valeur utile, et la raret&#233; comme la valeur &#233;changeable, - rien de plus facile que de d&#233;montrer que l'abondance et la raret&#233; sont en raison inverse - M. Proudhon identifie la valeur utile &#224; l'offre et la valeur &#233;changeable &#224; la demande. Pour rendre l'antith&#232;se encore plus tranch&#233;e, il fait une substitution de termes en mettant &#8220; valeur d'opinion &#8221; &#224; la place de valeur &#233;changeable. Voil&#224; donc que la lutte a chang&#233; de terrain, et nous avons d'un c&#244;t&#233; l'utilit&#233; (la valeur en usage, l'offre), de l'autre l'opinion (la valeur &#233;changeable, la demande).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux puissances oppos&#233;es l'une &#224; l'autre, qui les conciliera ? Comment faire pour les mettre d'accord ? Pourrait-on seulement &#233;tablir entre elles un point de comparaison ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, s'&#233;crie M. Proudhon, il y en a un ; c'est l'arbitraire. Le prix qui r&#233;sultera de cette lutte entre l'offre et la demande, entre l'utilit&#233; et l'opinion, ne sera pas l'expression de la justice &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon continue &#224; d&#233;velopper cette antith&#232;se :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En ma qualit&#233; d'acheteur libre, je suis juge de mon besoin, juge de la convenance de l'objet, du prix que je veux y mettre. D'autre part, en votre qualit&#233; de producteur libre, vous &#234;tes ma&#238;tre des moyens d'ex&#233;cution, et, en cons&#233;quence, vous avez la facult&#233; de r&#233;duire vos frais &#187; [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme la demande ou la valeur en &#233;change est identique avec l'opinion, M. Proudhon est amen&#233; &#224; dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est prouv&#233; que c'est le libre arbitre de l'homme qui donne lieu &#224; l'opposition entre la valeur utile et la valeur en &#233;change. Comment r&#233;soudre cette opposition tant que subsistera le libre arbitre ? Et comment sacrifier celui-ci, &#224; moins de sacrifier l'homme &#187; [8] ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il n'y a pas de r&#233;sultat possible. Il y a une lutte entre deux puissances pour ainsi dire incommensurables, entre l'utile et l'opinion, entre l'acheteur libre et le producteur libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons les choses d'un peu plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offre ne repr&#233;sente pas exclusivement l'utilit&#233;, la demande ne repr&#233;sente pas exclusivement l'opinion. Celui qui demande n'offre-t-il pas aussi un produit quelconque ou le signe repr&#233;sentatif de tous les produits, l'argent, et en offrant ne repr&#233;sente-t-il pas, d'apr&#232;s M. Proudhon, l'utilit&#233; ou la valeur en usage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, celui qui offre ne demande-t-il pas aussi un produit quelconque ou le signe repr&#233;sentatif de tous les produits, de l'argent ? Et ne devient-il pas ainsi le repr&#233;sentant de l'opinion, de la valeur d'opinion ou de la valeur en &#233;change ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La demande est en m&#234;me temps une offre, l'offre est en m&#234;me temps une demande. Ainsi l'antith&#232;se de M. Proudhon, en identifiant simplement l'offre et la demande, l'une &#224; l'utilit&#233;, l'autre &#224; l'opinion, ne repose que sur une abstraction futile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que M. Proudhon appelle valeur utile, d'autres &#233;conomistes l'appellent avec autant de raison valeur d'opinion. Nous ne citerons que Storch [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon lui, on appelle besoins les choses dont nous sentons le besoin ; on appelle valeurs les choses auxquelles nous attribuons de la valeur. La plupart des choses ont seulement de la valeur parce qu'elles satisfont aux besoins engendr&#233;s par l'opinion. L'opinion sur nos besoins peut changer, donc l'utilit&#233; des choses, qui n'exprime qu'un rapport de ces choses &#224; nos besoins, peut changer aussi. Les besoins naturels eux-m&#234;mes changent continuellement. Quelle vari&#233;t&#233; n'y a-t-il pas, en effet, dans les objets qui servent de nourriture principale chez les diff&#233;rents peuples !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte ne s'&#233;tablit pas entre l'utilit&#233; et l'opinion : elle s'&#233;tablit entre la valeur v&#233;nale que demande l'offreur, et la valeur v&#233;nale qu'offre le demandeur. La valeur &#233;changeable du produit est chaque fois la r&#233;sultante de ces appr&#233;ciations contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En derni&#232;re analyse, l'offre et la demande mettent en pr&#233;sence la production et la consommation, mais la production et la consommation fond&#233;es sur les &#233;changes individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le produit qu'on offre n'est pas l'utile en lui-m&#234;me. C'est le consommateur qui en constate l'utilit&#233;. Et lors m&#234;me qu'on lui reconna&#238;t la qualit&#233; d'&#234;tre utile, il n'est pas exclusivement l'utile. Dans le cours de la production il a &#233;t&#233; &#233;chang&#233; contre tous les frais de production, tels que les mati&#232;res premi&#232;res, les salaires des ouvriers, etc., toutes choses qui sont valeurs v&#233;nales. Donc le produit repr&#233;sente, aux yeux du producteur, une somme de valeurs v&#233;nales. Ce qu'il offre, ce n'est pas seulement un objet utile, mais encore et surtout une valeur v&#233;nale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la demande, elle ne sera effective qu'&#224; la condition d'avoir &#224; sa disposition des moyens d'&#233;change. Ces moyens eux-m&#234;mes sont des produits, des valeurs v&#233;nales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'offre et la demande nous trouvons donc d'un c&#244;t&#233; un produit qui a co&#251;t&#233; des valeurs v&#233;nales, et le besoin de vendre ; de l'autre, des moyens qui ont co&#251;t&#233; des valeurs v&#233;nales, et le d&#233;sir d'acheter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon oppose l'acheteur libre au producteur libre. Il donne &#224; l'un et &#224; l'autre des qualit&#233;s purement m&#233;taphysiques. C'est ce qui lui fait dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est prouv&#233; que c'est le libre arbitre de l'homme qui donne lieu &#224; l'opposition entre la valeur utile et la valeur en &#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le producteur, du moment qu'il a produit dans une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la division du travail et sur les &#233;changes, et c'est l&#224; l'hypoth&#232;se de M. Proudhon, est forc&#233; de vendre. M. Proudhon fait le producteur ma&#238;tre des moyens de production ; mais il conviendra avec nous que ce n'est pas du libre arbitre que d&#233;pendent ses moyens de production. Il y a plus ; ces moyens de production sont en grande partie des produits qui lui viennent du dehors, et dans la production moderne il n'est pas m&#234;me libre de produire la quantit&#233; qu'il veut. Le degr&#233; actuel du d&#233;veloppement des forces productives l'oblige de produire sur telle ou telle &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le consommateur n'est pas plus libre que le producteur. Son opinion repose sur ses moyens et ses besoins. Les uns et les autres sont d&#233;termin&#233;s par sa situation sociale, laquelle d&#233;pend elle-m&#234;me de l'organisation sociale tout enti&#232;re. Oui, l'ouvrier qui ach&#232;te des pommes de terre, et la femme entretenue qui ach&#232;te des dentelles, suivent l'un et l'autre leur opinion respective. Mais la diversit&#233; de leurs opinions s'explique par la diff&#233;rence de la position qu'ils occupent dans le monde, laquelle est le produit de l'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me des besoins tout entier est-il fond&#233; sur l'opinion ou sur toute l'organisation de la production ? Le plus souvent les besoins naissent directement de la production, ou d'un &#233;tat de choses bas&#233; sur la production. Le commerce de l'univers roule presque entier sur des besoins, non de la consommation individuelle, mais de la production. Ainsi, pour choisir un autre exemple, le besoin que l'on a des notaires ne suppose-t-il pas un droit civil donn&#233;, qui n'est qu'une expression d'un certain d&#233;veloppement de la propri&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire de la production ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas &#224; M. Proudhon d'avoir &#233;limin&#233; du rapport de l'offre et de la demande les &#233;l&#233;ments dont nous venons de parler. Il pousse l'abstraction aux derni&#232;res limites, en fondant tous les producteurs en un seul producteur, tous les consommateurs en un seul consommateur, et en &#233;tablissant la lutte entre ces deux personnages chim&#233;riques. Mais dans le monde r&#233;el les choses se passent autrement. La concurrence entre ceux qui offrent et la concurrence entre ceux qui demandent, forment un &#233;l&#233;ment n&#233;cessaire de la lutte entre les acheteurs et les vendeurs, d'o&#249; r&#233;sulte la valeur v&#233;nale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;limin&#233; les frais de production et la concurrence, M. Proudhon peut tout &#224; son aise, r&#233;duire &#224; l'absurde la formule de l'offre et de la demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offre et la demande, dit-il, ne sont autre chose que deux formes c&#233;r&#233;monielles servant &#224; mettre en pr&#233;sence la valeur d'utilit&#233; et la valeur d'&#233;change, et &#224; provoquer leur conciliation. Ce sont les p&#244;les &#233;lectriques dont la mise en rapport doit produite le ph&#233;nom&#232;ne d'affinit&#233; appel&#233; &#233;change [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant vaut dire que l'&#233;change n'est qu'une &#8220; forme c&#233;r&#233;monielle &#8221;, pour mettre en pr&#233;sence le consommateur et l'objet de la consommation. Autant vaut dire que tous les rapports &#233;conomiques sont des &#8220; formes c&#233;r&#233;monielles &#8221;, pour servir d'interm&#233;diaire &#224; la consommation imm&#233;diate. L'offre et la demande sont des rapports d'une production donn&#233;e, ni plus ni moins que les &#233;changes individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, toute la dialectique de M. Proudhon en quoi consiste-t-elle ? A substituer &#224; la valeur utile et &#224; la valeur &#233;changeable, &#224; l'offre et &#224; la demande, des notions abstraites et contradictoires, telles que la raret&#233; et l'abondance, l'utile et l'opinion, un producteur ci un consommateur, tous les deux chevaliers du libre-arbitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; quoi voulait-il en venir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A se m&#233;nager le moyen d'introduire plus tard un des &#233;l&#233;ments qu'il avait &#233;cart&#233;s, les frais de production, comme la synth&#232;se entre la valeur utile et la valeur &#233;changeable. C'est ainsi qu'&#224; ses yeux les frais de production constituent la valeur synth&#233;tique ou la valeur constitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Proudhon : syst&#232;me des contradictions, ou philosophie de la mis&#232;re, tome I, chap. II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Proudhon : Ouvrage cit&#233;, prologue p. 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Sismondi : &#201;tudes, tome II, page 162, &#233;dition de Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Lauderdale : Recherches sur la nature et l'origine de la richesse publique ; traduit par Largentie de Lavaisse. Paris, 1808.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Ricardo : Principes d'&#233;conomie politique, traduits par Constancio, annot&#233;s par J.-B. Say, Paris, 1835 ; tome II, chapitre &#8220; Sur la valeur et les richesses &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Proudhon : Ouvrage cit&#233;, tome I. p. 39.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Proudhon : Ouvrage cit&#233;, tome I, p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Idem, p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Cours d'&#233;conomie politique, Paris. 1823, pp. 88 et 99.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Proudhon : Ouvrage cit&#233;, tome. I. pp. 19-50.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/km18470615.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/km18470615.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/misere.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/misere.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La contradiction entre les forces productives et les rapports sociaux de production</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Criticalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;La contradiction entre les forces productives et les rapports sociaux de production &lt;br class='autobr' /&gt;
L'existence d'une contradiction entre le mode capitaliste de r&#233;partition du travail et les forces de travail, c'est &#224; dire une contradiction entre la subordination de l'individu &#224; la division du travail et les forces de production a &#233;t&#233; d&#233;couverte par Karl Marx et expos&#233;e dans le Capital Livre 1. La suppression de cette contradiction n'est rien d'autre que la lutte pour le socialisme car elle est permanente (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot80" rel="tag"&gt;Criticalit&#233;&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La contradiction entre les forces productives et les rapports sociaux de production&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'existence d'une contradiction entre le mode capitaliste de r&#233;partition du travail et les forces de travail, c'est &#224; dire une contradiction entre la subordination de l'individu &#224; la division du travail et les forces de production a &#233;t&#233; d&#233;couverte par Karl Marx et expos&#233;e dans le Capital Livre 1. La suppression de cette contradiction n'est rien d'autre que la lutte pour le socialisme car elle est permanente et inh&#233;rente au syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience et le comportement des hommes sont d&#233;termin&#233;s &#224; la fois par la soci&#233;t&#233; du pass&#233; et la conscience de l'avenir n'est produite qu'au cours de la transformation elle-m&#234;me, de la lutte r&#233;volutionnaire, qui est provoqu&#233;e par les contradictions entre les forces productives et les rapports de production. L'id&#233;ologie d'une &#233;poque d&#233;pend bien s&#251;r de son niveau scientifique et technologique, c'est-&#224;-dire du niveau des forces productives, mais plus encore de l'organisation sociale, de l'&#233;tat des rapports entre hommes, c'est-&#224;-dire fondamentalement des rapports de production et de la structure sociale qui en d&#233;coule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces productives sont toutes les forces (humaines ou mat&#233;rielles) qui concourent &#224; la production de biens mat&#233;riels. Les rapports de production sont les rapports sociaux entre les hommes qui sont rendus n&#233;cessaires par l'organisation de la production &#224; une &#233;poque donn&#233;e et &#224; un stade donn&#233; du d&#233;veloppement &#233;conomique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la production sociale de leur vie, les hommes se trouvent li&#233;s par certains rapports indispensables, ind&#233;pendants de leur volont&#233;, par des rapports de production, qui correspondent &#224; un degr&#233; d&#233;termin&#233; de l'&#233;volution de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, le fondement r&#233;el sur lequel s'&#233;l&#232;ve la superstructure juridique et politique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A un certain degr&#233; de leur d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en collision avec les rapports de production existants, ou avec les rapports de propri&#233;t&#233; au sein desquels elles s'&#233;taient mues jusqu'alors ... Alors commence une &#232;re de r&#233;volution sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Hier encore formes de d&#233;veloppement des forces productives ces conditions se changent en de lourdes entraves. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; bourgeoise ; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ce r&#233;gime qui alors leur fait obstacle ; et toutes les fois que les forces productives sociales triomphent de cet obstacle, elles pr&#233;cipitent dans le d&#233;sordre la soci&#233;t&#233; bourgeoise tout enti&#232;re et menacent l'existence de la propri&#233;t&#233; bourgeoise. Le syst&#232;me bourgeois est devenu trop &#233;troit pour contenir les richesses cr&#233;&#233;es dans son sein. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au-del&#224; d'un certain point, le d&#233;veloppement des forces productives devient une barri&#232;re pour le capital ; en d'autres termes, le syst&#232;me capitaliste devient un obstacle pour l'expansion des forces productives du travail. Arriv&#233; &#224; ce point, le capital, ou plus exactement le travail salari&#233;, entre dans le m&#234;me rapport avec le d&#233;veloppement de la richesse sociale et des forces productives que le syst&#232;me des corporations, le servage, l'esclavage, et il est n&#233;cessairement rejet&#233; comme une entrave&#8230; Le travail salari&#233; et le capital sont, &#224; leur tour, ni&#233;s par les conditions mat&#233;rielles et spirituelles issues de leur propre processus de production. C'est par des conflits aigus, des crises, des convulsions que se traduit l'incompatibilit&#233; croissante entre le d&#233;veloppement cr&#233;ateur de la soci&#233;t&#233; et les rapports de production &#233;tablis. L'an&#233;antissement violent du capital par des forces venues non pas de l'ext&#233;rieur, mais jaillies du dedans, de sa propre volont&#233; d'autoconservation, voil&#224; de quelle mani&#232;re frappant avis lui sera donn&#233; de d&#233;guerpir pour faire place nette &#224; une phase sup&#233;rieure de la production sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La limite du capital appara&#238;t dans le fait que tout ce d&#233;veloppement se d&#233;roule de mani&#232;re antagonique et que l'&#233;closion des forces productives, de la richesse g&#233;n&#233;rale, du savoir etc., se manifeste de telle fa&#231;on que les travailleurs s'ali&#232;ne lui-m&#234;me&#8230; Mais cette forme antagonique est elle-m&#234;me transitoire et produit les conditions de sa propre abolition&#8230; Parvenu &#224; un certain niveau, le d&#233;veloppement des forces productives mat&#233;rielles &#8211; qui implique celui des forces de la classe laborieuse &#8211; entra&#238;ne l'abolition du capital lui-m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a un fait &#233;clatant qui est caract&#233;ristique pour notre si&#232;cle, un fait qu'aucun parti politique n'oserait contester. D'un c&#244;t&#233; nous avons vu na&#238;tre des forces industrielles et scientifiques qu'on n'aurait pu imaginer &#224; aucune &#233;poque ant&#233;rieure de l'histoire humaine. De l'autre, on aper&#231;oit les sympt&#244;mes d'une d&#233;b&#226;cle telle qu'elle &#233;clipsera m&#234;me les horreurs de la fin de l'Empire romain. De nos jours, chaque chose para&#238;t grosse de son contraire. La machine qui poss&#232;de le merveilleux pouvoir d'abr&#233;ger le travail de l'homme et de le rendre plus productif entra&#238;ne la faim et l'exc&#232;s de fatigue. Par un &#233;trange caprice du destin, les nouvelles sources de richesse se transforment en sources de mis&#232;re. On dirait que chaque victoire de la technique se paie par une d&#233;ch&#233;ance de l'individu. A mesure que l'homme se rend ma&#238;tre de la nature, il semble se laisser dominer par ses semblables ou par sa propre infamie. La pure lumi&#232;re de la science elle-m&#234;me semble avoir besoin, pour resplendir, des t&#233;n&#232;bres de l'ignorance. (&#8230;) Les forces nouvelles de la soci&#233;t&#233; r&#233;clament des hommes nouveaux, les ouvriers. Ils sont le produit des temps nouveaux, au m&#234;me titre que les machines elles-m&#234;mes. Aux signes qui d&#233;concertent la bourgeoisie, l'aristocratie et les pauvres annonciateurs du d&#233;clin, nous reconnaissons la vieille taupe qui sait si vite travailler sous la terre, le digne pionnier &#8211; la r&#233;volution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour opprimer une classe, il faut pouvoir lui garantir des conditions d'existence qui, au moins, lui permettent de vivre dans la servitude. (...) Il est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de remplir plus longtemps son r&#244;le de classe dirigeante et d'imposer, &#224; la soci&#233;t&#233;, comme loi r&#233;gulatrice, les conditions d'existence de sa classe. Elle ne peut plus r&#233;gner, parce qu'elle est incapable d'assurer l'existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu'elle est oblig&#233;e de le laisser d&#233;choir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. La soci&#233;t&#233; ne peut plus vivre sous sa domination, ce qui revient &#224; dire que l'existence de la bourgeoisie n'est plus compatible avec celle de la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La v&#233;ritable barri&#232;re de la production capitaliste, c'est le capital lui-m&#234;me : le capital et sa mise en valeur par lui-m&#234;me apparaissent comme point de d&#233;part et point final, moteur et fin de la production ; la production n'est qu'une production pour le capital et non l'inverse : les moyens de production ne sont pas de simples moyens de donner forme, en l'&#233;largissant sans cesse, au processus de la vie au b&#233;n&#233;fice de la soci&#233;t&#233; des producteurs. Les limites qui servent de cadre infranchissable &#224; la conservation et la mise en valeur de la valeur-capital reposent sur l'expropriation et l'appauvrissement de la grande masse des producteurs ; elles entrent donc sans cesse en contradiction avec les m&#233;thodes de production que le capital doit employer n&#233;cessairement pour sa propre fin, et qui tendent &#224; promouvoir un accroissement illimit&#233; de la production, un d&#233;veloppement inconditionn&#233; des forces productives sociales du travail, &#224; faire de la production une fin en soi. Le moyen d&#233;veloppement inconditionn&#233; de la productivit&#233; sociale entre perp&#233;tuellement en conflit avec la fin limit&#233;e : mise en valeur du capital existant. Si donc le mode de production capitaliste est un moyen historique de d&#233;velopper la force productive mat&#233;rielle et de cr&#233;er le march&#233; mondial correspondant, il repr&#233;sente en m&#234;me temps une contradiction permanente entre cette t&#226;che historique et les rapports de production sociaux qui lui correspondent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voici les r&#233;sultats qui d&#233;coulent, entre autres, de la conception de l'histoire, telle que nous l'avons d&#233;velopp&#233;e : 1- A un certain degr&#233; de d&#233;veloppement des forces productives, surgissent des forces de production et des moyens de communication tels que, dans les conditions existantes, ils ne font que provoquer des catastrophes. Ce ne sont plus alors des forces de production mais des forces de destruction (la machine et l'argent)&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lors d'une prosp&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale, au cours de laquelle les forces productives de la soci&#233;t&#233; bourgeoise se d&#233;veloppent avec toute la luxuriance possible dans les rapports sociaux bourgeois, il ne peut &#234;tre question de v&#233;ritable r&#233;volution. Celle-ci n'est possible qu'aux p&#233;riodes o&#249; deux facteurs, les forces productives modernes et les formes bourgeoises de production, entrent en conflit les unes avec les autres&#8230; Une nouvelle r&#233;volution ne sera possible qu'&#224; la suite d'une nouvelle crise : l'une est aussi certaine que l'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le capitalisme ne sera jamais aussi vuln&#233;rable que quand il atteindra son apog&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La production du capitalisme engendre, tel une loi de la nature inexorable, sa propre n&#233;gation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral auquel je parvins, et qui, une fois acquis, servit de fil conducteur &#224; mes &#233;tudes, peut &#234;tre bri&#232;vement formul&#233; ainsi : dans la production sociale de leur vie, les hommes entrent dans des rapports d&#233;termin&#233;s, n&#233;cessaires et ind&#233;pendants de leur volont&#233;, rapports de production qui correspondent &#224; un stade de d&#233;veloppement de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la base r&#233;elle sur laquelle s'&#233;l&#232;ve une superstructure juridique et politique et &#224; laquelle correspondent des formes de conscience sociales d&#233;termin&#233;es. Le mode de production de la vie mat&#233;rielle conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas la conscience des hommes qui d&#233;termine leur &#234;tre mais inversement leur &#234;tre social qui d&#233;termine leur conscience. &#192; un certain stade de leur d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en contradiction avec les rapports de production pr&#233;sents, ou ce qui n'en est qu'une expression juridique, les rapports de propri&#233;t&#233;, &#224; l'int&#233;rieur desquels elles s'&#233;taient mues jusque-l&#224;. De formes de d&#233;veloppement des forces productives qu'ils &#233;taient, ces rapports se changent en cha&#238;nes pour ces derni&#232;res. Alors s'ouvre une &#233;poque de r&#233;volution sociale. Avec la transformation de la base &#233;conomique fondamentale se trouve boulevers&#233;e plus ou moins rapidement toute l'&#233;norme superstructure. Quand on examine de tels bouleversements, il fout toujours distinguer le bouleversement mat&#233;riel des conditions de production &#233;conomiques, que l'on peut constater aussi rigoureusement que dans les sciences de la nature, des formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref des formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent &#224; terme. Pas plus qu'on ne peut juger de ce qu'est un individu d'apr&#232;s l'image qu'il a de lui-m&#234;me, on ne peut juger d'une telle &#233;poque de bouleversement d'apr&#232;s sa conscience ; il faut bien plut&#244;t expliquer cette conscience par les contradictions de la vie mat&#233;rielle, par le conflit existant entre les forces productives sociales et les rapports de production. Une formation sociale ne dispara&#238;t jamais avant que ne soient d&#233;velopp&#233;es toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, et jamais de nouveaux rapports de production sup&#233;rieurs ne la remplacent avant que les conditions d'existence mat&#233;rielles de ces rapports n'aient &#233;clos au sein m&#234;me de l'ancienne soci&#233;t&#233;. L'humanit&#233; ne s'assigne donc jamais que des t&#226;ches qu'elle peut r&#233;soudre car, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, il se trouvera toujours que la t&#226;che ne na&#238;t elle-m&#234;me que l&#224; o&#249; sont d&#233;j&#224; pr&#233;sents soit les conditions mat&#233;rielles de sa r&#233;solution, soit au moins le processus de leur devenir. &#192; grands traits, on peut d&#233;signer comme &#233;poques progressives de la formation &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; les modes de production asiatique, antique, f&#233;odal et le mode de production bourgeois moderne. Les rapports de production bourgeois sont la derni&#232;re forme antagoniste du processus social de production, antagoniste non au sens d'un antagonisme individuel, mais au sens d'un antagonisme issu des conditions de vie sociales des individus ; cependant, les forces productives qui se d&#233;veloppent au sein de la soci&#233;t&#233; civile bourgeoise cr&#233;ent en m&#234;me temps les conditions mat&#233;rielles de la r&#233;solution de cet antagonisme. Avec cette formation sociale, c'est la pr&#233;histoire de la soci&#233;t&#233; humaine qui s'ach&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral auquel j'arrivai et qui, une fois acquis, servit de fil conducteur &#224; mes &#233;tudes, peut bri&#232;vement se formuler ainsi : dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports d&#233;termin&#233;s, n&#233;cessaires, ind&#233;pendants de leur volont&#233;, rapports de production qui correspondent &#224; un degr&#233; de d&#233;veloppement d&#233;termin&#233; de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la base concr&#232;te sur laquelle s'&#233;l&#232;ve une superstructure juridique et politique et &#224; laquelle correspondent des formes de conscience sociale d&#233;termin&#233;es. Le mode de production de la vie mat&#233;rielle conditionne le processus de vie sociale, politique et intellectuelle en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas la conscience des hommes qui d&#233;termine leur &#234;tre ; c'est inversement leur &#234;tre social qui d&#233;termine leur conscience. A un certain stade de leur d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n'en est que l'expression juridique, avec les rapports de propri&#233;t&#233; au sein desquels elles &#233;taient jusqu'alors. De formes de d&#233;veloppement des forces productives qu'ils &#233;taient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s'ouvre une &#233;poque de r&#233;volution sociale. Le changement dans la base &#233;conomique bouleverse plus ou moins rapidement toute l'&#233;norme superstructure. Lorsqu'on consid&#232;re de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement mat&#233;riel &#8212; qu'on peut constater d'une mani&#232;re scientifiquement rigoureuse &#8212; des conditions de production &#233;conomiques et les formes juridiques, politiques religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout. Pas plus qu'on ne juge un individu sur l'id&#233;e qu'il se fait de lui-m&#234;me, on ne saurait juger une telle &#233;poque de bouleversement sur sa conscience de soi ; il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de la vie mat&#233;rielle, par le conflit qui existe entre les forces productives sociales et les rapports de production. Une formation sociale ne dispara&#238;t jamais avant que soient d&#233;velopp&#233;es toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et sup&#233;rieurs ne s'y substituent avant que les conditions d'existence mat&#233;rielles de ces rapports soient &#233;closes dans le sein m&#234;me de la vieille soci&#233;t&#233;. C'est pourquoi l'humanit&#233; ne se pose jamais que des probl&#232;mes qu'elle peut r&#233;soudre, car, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, il se trouvera toujours que le probl&#232;me lui-m&#234;me ne surgit que l&#224; o&#249; les conditions mat&#233;rielles pour le r&#233;soudre existent d&#233;j&#224; ou du moins sont en voie de devenir. A grands traits, les modes de production asiatique, antique, f&#233;odal et bourgeois moderne peuvent &#234;tre qualifi&#233;s d'&#233;poques progressives de la formation sociale &#233;conomique. Les rapports de production bourgeois sont la derni&#232;re forme contradictoire du processus de production sociale, contradictoire non pas dans le sens d'une contradiction individuelle, mais d'une contradiction qui na&#238;t des conditions d'existence sociale des individus ; cependant les forces productives qui se d&#233;veloppent au sein de la soci&#233;t&#233; bourgeoise cr&#233;ent en m&#234;me temps les conditions mat&#233;rielles pour r&#233;soudre cette contradiction. Avec cette formation sociale s'ach&#232;ve donc la pr&#233;histoire de la soci&#233;t&#233; humaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'est pas n&#233;cessaire d'ajouter que les hommes ne sont pas libres arbitres de leurs forces productives - qui sont la base de toute leur histoire - car toute force productive est une force acquise, le produit d'une activit&#233; ant&#233;rieure. Ainsi les forces productives sont le r&#233;sultat de l'&#233;nergie pratique des hommes, mais cette &#233;nergie elle-m&#234;me est circonscrite par les conditions dans lesquelles les hommes se trouvent plac&#233;s, par les forces productives d&#233;j&#224; acquises, par la forme sociale qui existe avant eux, qu'ils ne cr&#233;ent pas, qui est la production de la g&#233;n&#233;ration ant&#233;rieure. (...) Les hommes ne renoncent jamais &#224; ce qu'ils ont gagn&#233;, mais cela ne vient pas &#224; dire qu'ils ne renoncent jamais &#224; la forme sociale, dans laquelle ils ont acquis certaines forces productives. Tout au contraire. Pour ne pas &#234;tre priv&#233; du r&#233;sultat obtenu, pour ne pas perdre les fruits de la civilisation, les hommes sont forc&#233;s, du moment o&#249; le mode de leur commerce ne correspond plus aux forces productives acquises, de changer toutes leurs formes sociales traditionnelles. (...) Ainsi les formes &#233;conomiques sous lesquelles les hommes produisent, consomment, &#233;changent, sont transitoires et historiques. Avec de nouvelles facult&#233;s productives acquises, les hommes changent leur mode de production, et avec leur mode de production, ils changent tous les rapports &#233;conomiques qui n'ont &#233;t&#233; que les relations n&#233;cessaires de ce mode de production d&#233;termin&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chesnais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/writers/chesnais/01-chesnais.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/history/etol/writers/chesnais/01-chesnais.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/chesnais/limites_infranchissables.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/chesnais/limites_infranchissables.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dangeville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes du passage d'un mode de production &#224; l'autre sont complexes et variables ; cependant Marx insiste sur le fait que le d&#233;veloppement des forces productives (hommes, moyens de production, machines, techniques) entre &#224; un moment donn&#233; en contradiction avec le maintien des rapports humains de production anciens. La superstucture, par exemple id&#233;ologique, subit &#171; plus ou moins rapidement &#187; les transitions et changements de mode de production. Engels pr&#233;cise en 1890 &#171; Le facteur d&#233;terminant de l'histoire est en derni&#232;re instance la production et la reproduction de la vie r&#233;elle. Ni Marx, ni moi, n'avons affirm&#233; davantage. Si ensuite quelqu'un triture cela jusqu'&#224; dire que le facteur &#233;conomique est le seul d&#233;terminant, il transforme cela en une phrase vide, abstraite, absurde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3478#forum25983&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3478#forum25983&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour Marx, le probl&#232;me de la reconstruction de la soci&#233;t&#233; ne se posait pas en raison de ses pr&#233;f&#233;rences personnelles ; il surgissait, comme une n&#233;ces&#172;sit&#233; historique inexorable, d'une part de la croissance des forces pro&#172;ductives jusqu'&#224; leur pleine maturit&#233;, d'autre part de l'impossibilit&#233; de d&#233;velopper davantage ces forces productives sous l'empire de la loi de la valeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;lucubrations de certains intellectuels, selon lesquelles, en d&#233;pit de l'enseignement de Marx, le socialisme ne serait pas in&#233;luctable, mais seulement possible, sont absolument vides de sens. Il est &#233;vident que Marx n'a jamais voulu dire que le socialisme se r&#233;aliserait sans l'intervention de la volont&#233; et de l'action de l'homme ; une telle id&#233;e est simplement absurde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx a pr&#233;dit que, pour sortir de la catastrophe &#233;conomique o&#249; doit conduire in&#233;vitablement le d&#233;veloppement du capitalisme &#8211; et cette catastrophe est devant nos yeux -, il ne peut y avoir d'autre issue que la socialisation des moyens de production. Les forces productives ont besoin d'un nouvel organisateur et d'un nouveau ma&#238;tre ; et, l'existence d&#233;terminant la conscience, Marx ne doutait pas que la classe ouvri&#232;re, au prix d'erreurs et de d&#233;faites, parviendrait &#224; prendre conscience de la situation, et, t&#244;t ou tard, tirerait les conclusions pratiques qui s'imposent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que la socialisation des moyens de production cr&#233;&#233;s par le capitalisme offre un avantage &#233;conomique &#233;norme, c'est ce que l'on peut d&#233;montrer aujourd'hui, non seulement en th&#233;orie, mais aussi par l'exp&#233;&#172;rience de l'U.R.S.S., en d&#233;pit des limites de cette exp&#233;rience. Il est vrai que les r&#233;actionnaires capitalistes, non sans artifice, se servent du r&#233;gime de Staline comme d'un &#233;pouvantail contre les id&#233;es de socialisme. En fait, Marx n'a jamais dit que le socialisme pouvait se r&#233;aliser dans un seul pays, et, de plus, dans un pays arri&#233;r&#233;. Les privations que les masses subissent toujours en U.R.S.S., l'omnipotence de la caste privil&#233;gi&#233;e qui s'est &#233;lev&#233;e au-dessus de la nation et de sa mis&#232;re, l'arbitraire insolent des bureaucrates, ce ne sont pas l&#224; des cons&#233;quences des m&#233;thodes &#233;conomiques du socialisme, mais de l'isolement et du retard historique de l'U.R.S.S., prise dans l'&#233;tau de l'encerclement capitaliste. L'&#233;tonnant, c'est que, dans des conditions aussi exceptionnellement d&#233;favorables, l'&#233;conomie planifi&#233;e ait r&#233;ussi &#224; d&#233;montrer ses avantages indiscutables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les sauveurs du capitalisme, ceux de l'esp&#232;ce d&#233;mocratique aussi bien que ceux de l'esp&#232;ce fasciste, s'efforcent de limiter ou, tout au moins, de camoufler la puissance des magnats du capital, afin de pr&#233;venir l'expropriation des expropriateurs. Ils reconnaissent tous, et certains d'entre eux l'admettent m&#234;me ouvertement, que l'&#233;chec de leurs tentatives de r&#233;formes doit in&#233;vitablement conduire &#224; la r&#233;volution socialiste. Ils ont tous r&#233;ussi &#224; d&#233;montrer que leurs m&#233;thodes pour sauver le capitalisme ne sont que charlatanisme r&#233;actionnaire et impuis&#172;sant. L'in&#233;luctabilit&#233; du socialisme, pr&#233;dite par Marx, est ainsi confirm&#233;e par l'absurde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2369&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2369&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3102&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3102&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4436&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4436&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3988&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3988&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les exploit&#233;s ne doivent jamais payer les dettes...</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article9051</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article9051</guid>
		<dc:date>2024-12-24T23:33:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les exploit&#233;s ne doivent jamais payer les dettes des exploiteurs &lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune de Paris de 1871 et les dettes des capitalistes &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un document adopt&#233; en solidarit&#233; avec la Commune le 30 mai 1871 par la direction de l'Association internationale des travailleurs (connue aussi comme la Premi&#232;re Internationale), Karl Marx soulignait le poids &#233;norme de la dette publique qui b&#233;n&#233;ficiait &#224; la bourgeoisie fran&#231;aise et qui pesait sur le gouvernement &#171; r&#233;publicain &#187; de Thiers qui avait remplac&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique84" rel="directory"&gt;5- L'&#233;conomie mondiale en route vers une nouvelle crise syst&#233;mique autrement d&#233;vastatrice que 1929&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les exploit&#233;s ne doivent jamais payer les dettes des exploiteurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Commune de Paris de 1871 et les dettes des capitalistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un document adopt&#233; en solidarit&#233; avec la Commune le 30 mai 1871 par la direction de l'Association internationale des travailleurs (connue aussi comme la Premi&#232;re Internationale), Karl Marx soulignait le poids &#233;norme de la dette publique qui b&#233;n&#233;ficiait &#224; la bourgeoisie fran&#231;aise et qui pesait sur le gouvernement &#171; r&#233;publicain &#187; de Thiers qui avait remplac&#233; celui de Napol&#233;on III : &#171; Le Second Empire avait plus que doubl&#233; la dette nationale et lourdement endett&#233; toutes les grandes villes. La guerre avait enfl&#233; les charges d'une mani&#232;re effrayante et ravag&#233; sans piti&#233; les ressources de la nation. &#187; Marx ajoutait &#224; cela les frais que repr&#233;sentaient l'entretien d'un demi-million de soldats prussiens sur le sol fran&#231;ais, l'indemnit&#233; de cinq milliards r&#233;clam&#233;e par Bismarck et l'int&#233;r&#234;t de 5 % &#224; ajouter &#224; cette somme en cas de retard &#224; la payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Marx de poser la question : &#171; Qui allait payer la note ? &#187; Il r&#233;pondait que, du point de vue de la bourgeoisie et de Thiers, ce n'&#233;tait qu'en &#233;crasant le peuple par la violence, &#171; que ceux qui s'appropriaient la richesse pouvaient esp&#233;rer faire supporter aux producteurs de cette richesse les frais d'une guerre qu'ils avaient eux-m&#234;mes provoqu&#233;e. &#187; Selon Marx, pour imposer au peuple de la France d'accepter de se saigner aux quatre veines pour rembourser la dette publique, le gouvernement de Thiers &#233;tait convaincu qu'il devait provoquer une guerre civile au cours de laquelle il viendrait &#224; bout de la r&#233;sistance du peuple et l'obligerait &#224; payer la facture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour imposer au peuple de la France d'accepter de rembourser la dette publique, le gouvernement de Thiers a provoqu&#233; une guerre civile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bismarck partageait cette opinion et &#233;tait convaincu que pour avoir une France docile pr&#234;te &#224; respecter les conditions fix&#233;es par la Prusse victorieuse, il fallait &#233;craser le peuple en commen&#231;ant par celui de Paris mais il ne voulait pas utiliser &#224; cette fin l'arm&#233;e prussienne &#233;puis&#233;e. Il voulait que Thiers se charge du sale boulot.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thiers avait essay&#233; sans succ&#232;s de convaincre Bismarck d'envoyer ses troupes dans Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour poursuivre le paiement de la dette nationale qui profitait &#224; la bourgeoisie, et pour commencer &#224; rembourser la dette de guerre, Thiers proc&#233;da &#224; un emprunt de 2 milliards de francs dans les semaines qui pr&#233;c&#232;dent la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de pouvoir &#233;craser le peuple de Paris qui &#233;tait en armes, Thiers a mont&#233; une op&#233;ration militaire le 18 mars 1871 afin de lui voler 400 canons et des mitrailleuses. L'&#233;chec de cette tentative r&#233;sulta de la mobilisation populaire et d&#233;boucha sur la fuite du gouvernement de Thiers et son installation &#224; Versailles. Les responsables des Communards ont eu le tort de ne pas se lancer &#224; la poursuite de Thiers et de son gouvernement. Il aurait fallu aller le chercher &#224; Versailles pour l'emprisonner et emp&#234;cher le gouvernement de regrouper ses forces et les lancer plus tard contre le peuple de Paris et des autres villes qui se soulev&#232;rent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les responsables de la Commune ont eu tort de ne pas se lancer &#224; la poursuite de Thiers et de son gouvernement&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis Versailles, Thiers organisa dans les jours et les semaines qui suivirent l'&#233;crasement des Communes qui naquirent en diff&#233;rents endroits de France (Marseille, Lyon, Narbonne, Saint-&#201;tienne, Toulouse, Le Creusot, Limoges&#8230;). Alors qu'il utilisait la partie de l'arm&#233;e qui &#233;tait &#224; sa disposition pour mettre fin aux Communes du sud du pays, Thiers faisait mine de n&#233;gocier avec la Commune de Paris pour gagner du temps et r&#233;unir les conditions pour lancer une offensive finale contre elle. &#192; cette fin, une d&#233;l&#233;gation du gouvernement de Thiers se rendit &#224; Francfort d&#233;but mai 1871 pour obtenir de Bismarck les moyens d'&#233;craser la Commune de Paris. Bismarck r&#233;pondit qu'il fallait le plus vite possible effectuer le paiement des premi&#232;res &#233;ch&#233;ances de la dette et, que pour cr&#233;er les conditions permettant la victoire, il &#233;tait d'accord de permettre &#224; Thiers d'utiliser, pour attaquer Paris, la partie de l'arm&#233;e fran&#231;aise jusque-l&#224; prisonni&#232;re des Prussiens. Bismarck &#233;tait &#233;galement d'accord de faire intervenir, en appui et sans entrer dans Paris, une partie des troupes prussiennes. Finalement, au bout des n&#233;gociations, Bismarck acceptait d'attendre la fin de la Commune de Paris pour recevoir le premier paiement. C'est ce plan con&#231;u de concert entre le gouvernement fran&#231;ais et le dirigeant prussien qui finalement vint &#224; bout de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/La-Commune-de-Paris-la-banque-et-la-dette&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/La-Commune-de-Paris-la-banque-et-la-dette&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui paiera les dettes ? Le Capital ou le Travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'endettement de l'Etat &#233;tait d'un int&#233;r&#234;t direct pour la fraction de la bourgeoisie qui gouvernait et l&#233;gif&#233;rait au moyen des Chambres. C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment le d&#233;ficit de l'Etat qui &#233;tait l'objet m&#234;me de ses sp&#233;culations et la source principale de son enrichissement. A la fin de chaque ann&#233;e, nouveau d&#233;ficit. Au bout de quatre ou cinq ans, nouvel emprunt. Or, chaque nouvel emprunt fournissait &#224; l'aristocratie une nouvelle occasion de ran&#231;onner l'Etat, qui, maintenu artificiellement au bord de la banqueroute, &#233;tait oblig&#233; de traiter avec les banquiers dans les conditions les plus d&#233;favorables. Chaque nouvel emprunt &#233;tait une nouvelle occasion de d&#233;valiser le public, qui place ses capitaux en rentes sur l'Etat, au moyen d'op&#233;rations de Bourse, au secret desquelles gouvernement et majorit&#233; de la Chambre &#233;taient initi&#233;s. (...) Du fait que l'aristocratie financi&#232;re dictait les lois, dirigeait la gestion de l'Etat, disposait de tous les pouvoirs publics constitu&#233;s, dominait l'opinion publique dans les faits et par la presse, se reproduisaient, dans toutes les sph&#232;res, depuis la cour jusqu'au caf&#233; borgne, la m&#234;me prostitution, la m&#234;me tromperie &#233;hont&#233;e, la m&#234;me soif de s'enrichir, non point par la production, mais par l'escamotage de la richesse d'autrui d&#233;j&#224; existante, et se d&#233;cha&#238;nait, notamment aux sommets de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, la manifestation des convoitises les plus malsaines et les plus d&#233;r&#233;gl&#233;es&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx, &#171; Les luttes de classes en France &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4855&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4855&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pudiation des dettes des capitalistes, un &#233;l&#233;ment important du programme r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien qui est trop souvent oubli&#233; et abandonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7277&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7277&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui paiera les dettes ? Le Capital ou le Travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4855&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4855&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'Etat capitaliste, les dettes sont un mode de gouvernement qui vise &#224; retarder l'effondrement du grand capital&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2880&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2880&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont fait des dettes mortelles pour &#233;viter les crises syst&#233;miques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4280&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4280&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne sont pas en guerre contre les dettes. Ils sont en guerre contre nous, travailleurs !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2350&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2350&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aide aux capitalistes nous co&#251;te un pognon de dingue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5955&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5955&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des mani&#232;res de cacher l'effondrement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4872&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4872&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat bourgeois paie, sur fonds publics, la faillite du capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2370&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2370&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faillite des mairies, des collectivit&#233;s locales et des services publics&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2529&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2529&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui va gagner aux jeux olympiques de la faillite des Etats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7794&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7794&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me de cavalerie financi&#232;re &#224; la Madoff, une survie illusoire d'un capitalisme mondial en bout de course&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4561&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4561&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peuple doit-il payer les dettes de l'Etat ? Point de vue de Marat, l'Ami du Peuple&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1640&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1640&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ni personne ne sauvera le capitalisme &#224; l'agonie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4246&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4246&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le pouvoir des soviets de Russie a refus&#233; de payer les dettes du tsarisme et du capitalisme ! Travailleurs, organisons-nous en soviets pour faire de m&#234;me !&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La chute &#233;conomique des Etats-Unis va-t-elle entrainer le monde ?</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8948</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article8948</guid>
		<dc:date>2024-09-22T22:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les craintes de r&#233;cession et de turbulence fnanci&#232;re aux Etats-Unis s'intensifient &lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les yeux du monde financier seront tourn&#233;s vers Wall Street aujourd'hui pour voir si la liquidation qui a eu lieu vendredi, apr&#232;s qu'un rapport sur l'emploi plus faible que pr&#233;vu a indiqu&#233; que l'&#233;conomie pourrait entrer en r&#233;cession, se poursuivra. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux jours seulement apr&#232;s avoir d&#233;cid&#233; de maintenir les taux d'int&#233;r&#234;t &#224; leur niveau &#233;lev&#233; actuel, la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale s'est retrouv&#233;e sous le feu des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique84" rel="directory"&gt;5- L'&#233;conomie mondiale en route vers une nouvelle crise syst&#233;mique autrement d&#233;vastatrice que 1929&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les craintes de r&#233;cession et de turbulence fnanci&#232;re aux Etats-Unis s'intensifient&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les yeux du monde financier seront tourn&#233;s vers Wall Street aujourd'hui pour voir si la liquidation qui a eu lieu vendredi, apr&#232;s qu'un rapport sur l'emploi plus faible que pr&#233;vu a indiqu&#233; que l'&#233;conomie pourrait entrer en r&#233;cession, se poursuivra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours seulement apr&#232;s avoir d&#233;cid&#233; de maintenir les taux d'int&#233;r&#234;t &#224; leur niveau &#233;lev&#233; actuel, la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale s'est retrouv&#233;e sous le feu des critiques pour avoir r&#233;duit trop peu, trop tard. La premi&#232;re r&#233;action a &#233;t&#233; une hausse des march&#233;s lorsque le pr&#233;sident de la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale, Jerome Powell, a entrepris de r&#233;duire les taux lors de la prochaine r&#233;union en septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment du march&#233; est rapidement devenu n&#233;gatif apr&#232;s que le rapport sur l'emploi de vendredi a montr&#233; que seulement 114.000 emplois avaient &#233;t&#233; ajout&#233;s en juillet par rapport aux attentes de 175.000. Le nombre d'emplois cr&#233;&#233;s en juin a &#233;t&#233; r&#233;vis&#233; &#224; la baisse de 29.000. Les offres d'emploi ont &#233;galement chut&#233; de mani&#232;re significative. Le ratio des ouvertures d'emplois est tomb&#233; &#224; 1,2 pour un, alors qu'il avait atteint un sommet de deux pour un en mars 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les craintes d'un ralentissement et d'une chute importante du march&#233; boursier ont &#233;t&#233; renforc&#233;es par la baisse continue des valeurs de haute technologie, qui a fait entrer l'indice NASDAQ, bas&#233; sur la technologie, dans ce que l'on appelle un territoire de &#171; correction &#187;, en baisse de 10 pour cent par rapport &#224; son plus haut niveau du 11 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute la plus importante a &#233;t&#233; celle du fabricant de puces Intel. Le cours de son action a chut&#233; de 26 pour cent apr&#232;s l'annonce de la suppression de 15.000 emplois. Pas moins de 3.000 milliards de dollars ont &#233;t&#233; effac&#233;s de la valeur marchande des grandes entreprises technologiques le mois dernier, alors qu'elles avaient connu une forte hausse en juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de baisse a touch&#233; l'ensemble du secteur, car il est devenu &#233;vident que la fr&#233;n&#233;sie sp&#233;culative autour de l'intelligence artificielle (IA), qui a fait grimper en fl&#232;che le cours de l'action du fabricant de puces Nvidia, commence &#224; s'estomper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le note un reportage de Bloomberg, le risque accru de ralentissement alors que la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale poursuit sa politique mon&#233;taire restrictive intervient &#171; juste au moment o&#249; le grand boom de l'IA de 2024 fr&#233;mit apr&#232;s des d&#233;ceptions de r&#233;sultats tr&#232;s m&#233;diatis&#233;es et de nouvelles craintes que les d&#233;penses d'investissement n'aient pas encore port&#233; leurs fruits pour une grande partie de l'Am&#233;rique des affaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'augmentation du taux de ch&#244;mage de 0,2 pour cent &#224; 4,3 pour cent a d&#233;clench&#233; la r&#232;gle dite de Sahm, qui est cens&#233;e indiquer une r&#233;cession lorsque la moyenne mobile sur trois mois du taux de ch&#244;mage d&#233;passe d'au moins un demi-point de pourcentage son niveau le plus bas au cours des 12 mois pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre grand mouvement sur les march&#233;s financiers a &#233;t&#233; le rendement des obligations du Tr&#233;sor. Le rendement des obligations &#224; 10 ans a baiss&#233; de 0,38 pour cent en une semaine pour atteindre 3,8 pour cent, les investisseurs recherchant la s&#233;curit&#233; relative de la dette publique, ce qui a fait grimper le prix des obligations. [Les rendements et les prix des obligations ont une relation inverse.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un march&#233; o&#249; les mouvements significatifs peuvent n'&#234;tre que de quelques fractions de point de pourcentage, la chute de la semaine derni&#232;re a &#233;t&#233; un changement important. C'est la plus importante depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie en f&#233;vrier-mars 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre indication des turbulences financi&#232;res a &#233;t&#233; la hausse de l'indice de volatilit&#233; Vix, connu comme la &#171; jauge de la peur &#187; de Wall Street. Il a atteint 29 vendredi, alors qu'il &#233;tait nettement inf&#233;rieur &#224; 20 ces derniers mois, et a atteint son niveau le plus &#233;lev&#233; depuis la crise bancaire de mars 2023, lorsque trois grandes banques r&#233;gionales ont fait faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses remarques &#224; la fin de la r&#233;union de la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale mercredi, indiquant qu'une baisse des taux en septembre &#233;tait tr&#232;s probable, Powell a refus&#233; de dire que ce serait le d&#233;but d'un cycle de r&#233;duction des taux et a indiqu&#233; que rien de plus qu'une baisse de 0,25 point n'aurait lieu. Un mouvement plus important n'est &#171; pas quelque chose auquel nous pensons en ce moment &#187;, a-t-il d&#233;clar&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins de 48 heures plus tard, une clameur a &#233;clat&#233; de la part des repr&#233;sentants du capital financier pour des baisses de taux importantes ainsi que des d&#233;nonciations de la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale pour avoir &#171; pris du retard &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mark Zandi, &#233;conomiste en chef de Moody's, a d&#233;clar&#233; au Financial Times : &#171; Ils ont commis une erreur. Ils auraient d&#251; r&#233;duire les taux il y a plusieurs mois. On a l'impression qu'une baisse d'un quart de point en septembre ne suffira pas. Il faut une baisse d'un demi-point, accompagn&#233;e d'un signal clair indiquant que la normalisation des taux sera beaucoup plus agressive qu'ils l'ont laiss&#233; entendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les march&#233;s &#224; terme &#233;valuent d&#233;sormais &#224; 70 pour cent les chances d'une baisse de 0,5 point en septembre, contre 28 pour cent avant le rapport sur l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analystes de JP Morgan et de Citi ont revu &#224; la hausse leurs pr&#233;visions de r&#233;duction des taux cette ann&#233;e pour atteindre un total de 1,25 point de pourcentage. Cela signifierait deux baisses d'un demi-point et une baisse d'un quart de point au cours des trois prochaines r&#233;unions de la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Priya Misra, gestionnaire de portefeuille chez JPMorgan Asset Management, a d&#233;clar&#233; &#224; Bloomberg : &#171; Les march&#233;s sont tourn&#233;s vers l'avenir et reconnaissent le danger tr&#232;s r&#233;el que l'&#233;conomie glisse vers une croissance inf&#233;rieure &#224; la tendance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour toutes les d&#233;clarations de ce type &#233;manant des repr&#233;sentants du capital financier, il est n&#233;cessaire de d&#233;masquer les v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts de classe &#224; l'&#339;uvre. L'appel &#224; la baisse des taux est formul&#233; en termes de dommages caus&#233;s &#224; l'&#233;conomie par la politique restrictive de la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, comme ils le savent tr&#232;s bien, les baisses de taux ne feront rien ou presque pour arr&#234;ter ce qui est en train de devenir un massacre de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce massacre est d&#251; au ralentissement de l'&#233;conomie mondiale et aux efforts d&#233;ploy&#233;s par les grandes entreprises pour am&#233;liorer leur position concurrentielle dans la lutte pour les march&#233;s. Pour ce faire, elles cherchent &#224; &#233;touffer les revendications salariales des travailleurs dans des conditions o&#249;, malgr&#233; les affirmations selon lesquelles l'inflation diminue, le niveau de vie continue de baisser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exigences des march&#233;s financiers ne sont pas motiv&#233;es par la crainte d'une hausse du ch&#244;mage, mais par la demande d'un retour &#224; l'argent bon march&#233; afin que leur parasitisme et leur sp&#233;culation puissent se poursuivre et que les transactions financ&#233;es lorsque les taux d'int&#233;r&#234;t &#233;taient proches de z&#233;ro &#8211; essentiellement fond&#233;es sur l'argent gratuit &#8211; ne s'&#233;croulent pas dans le cadre du r&#233;gime restrictif actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective d'une r&#233;cession doubl&#233;e d'une crise financi&#232;re est de plus en plus r&#233;elle. La classe ouvri&#232;re ne peut pas se bercer de l'illusion que l'intervention de la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale, qui a pour fonction de d&#233;fendre le capital financier, va d'une mani&#232;re ou d'une autre att&#233;nuer la situation. Elle doit mettre en place des comit&#233;s de base ind&#233;pendants pour lutter pour ses propres int&#233;r&#234;ts contre la police industrielle du patronat et du gouvernement Biden-Harris : la bureaucratie syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a fait remarquer Jerry White, candidat du Parti de l'&#233;galit&#233; socialiste &#224; la vice-pr&#233;sidence, suite &#224; l'annonce d'Intel et au rapport sur l'emploi : &#171; Les travailleurs doivent r&#233;agir en &#233;laborant un plan d'action ind&#233;pendant bas&#233; sur leurs propres int&#233;r&#234;ts de classe. Contre le programme de guerre, d'aust&#233;rit&#233; et de dictature de la classe dirigeante, la classe ouvri&#232;re doit avancer une strat&#233;gie d'unit&#233; mondiale contre le syst&#232;me de profit capitaliste visant &#224; placer les banques, les transports et l'industrie sous la propri&#233;t&#233; et le contr&#244;le d&#233;mocratiques de la classe ouvri&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2024/08/06/wkya-a06.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2024/08/06/wkya-a06.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un chapitre in&#233;dit du Capital de Karl Marx - Par Dangeville</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8297</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article8297</guid>
		<dc:date>2024-08-16T22:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un chapitre in&#233;dit du Capital de Karl Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Dangeville &lt;br class='autobr' /&gt;
1. Le plus terrible missile &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Marx, la th&#233;orie est un acte mat&#233;riel en m&#234;me temps qu'un r&#233;sultat abstrait des conditions sociales g&#233;n&#233;rales, dont l'intelligence fournit &#224; l'action un cadre, une voie trac&#233;e et un but conscient. Ce n'est jamais qu'un premier pas, mais c'est d&#233;j&#224; une conqu&#234;te finale. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce sens, Marx affirmait que le Capital &#233;tait &#171; certainement le plus terrible missile qui ait encore jamais &#233;t&#233; lanc&#233; &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un chapitre in&#233;dit du Capital de Karl Marx
&lt;p&gt;Par Dangeville&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1. Le plus terrible missile&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, la th&#233;orie est un acte mat&#233;riel en m&#234;me temps qu'un r&#233;sultat abstrait des conditions sociales g&#233;n&#233;rales, dont l'intelligence fournit &#224; l'action un cadre, une voie trac&#233;e et un but conscient. Ce n'est jamais qu'un premier pas, mais c'est d&#233;j&#224; une conqu&#234;te finale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, Marx affirmait que le Capital &#233;tait &#171; certainement le plus terrible missile qui ait encore jamais &#233;t&#233; lanc&#233; &#224; la face des bourgeois (y compris les propri&#233;taires fonciers) &#187;. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx a toujours attribu&#233; une importance primordiale &#224; la th&#233;orie. D&#232;s 1842, il affirmait : &#171; Nous avons la ferme conviction que le v&#233;ritable danger n'est pas dans les tentatives pratiques, mais dans la r&#233;alisation des id&#233;es communistes &#224; partir de la th&#233;orie. En effet, on peut r&#233;pondre par des canons aux tentatives pratiques, m&#234;me si elles sont effectu&#233;es en masse. &#187; [2]. Lorsque le socialisme dialectique d&#233;couvre que la soci&#233;t&#233; &#233;volue dans tel sens d&#233;termin&#233;, les efforts des r&#233;volutionnaires, soutenus par la dynamique historique, prennent un maximum d'efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le Capital pr&#233;cis&#233;ment que Marx a &#233;nonc&#233; &#171; la loi concr&#232;te de la soci&#233;t&#233; moderne &#187; qui aboutit &#224; la crise g&#233;n&#233;rale du capitalisme et &#224; une soci&#233;t&#233; sup&#233;rieure, dont l'instauration s'impose in&#233;luctablement comme t&#226;che au prol&#233;tariat : &#171; Il ne s'agit pas de savoir ce que tel ou tel prol&#233;taire, ou m&#234;me le prol&#233;tariat tout entier, se propose comme but momentan&#233;ment. Il s'agit de savoir ce que le prol&#233;tariat est et ce qu'il doit faire historiquement, conform&#233;ment &#224; son &#234;tre. Son but et son action historiques lui sont trac&#233;s, de mani&#232;re tangible et irr&#233;vocable, dans sa propre situa&#173;tion historique, comme dans toute l'organisation de la soci&#233;t&#233; actuelle. &#187; [3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bon disciple de Marx, L&#233;nine &#233;crivit &#224; propos du Congr&#232;s d'avril 1906, qui d&#233;finit les t&#226;ches du prol&#233;tariat russe dans la r&#233;volution : &#171; Le gros d&#233;faut de la presque totalit&#233; de la presse social-d&#233;mocrate dans la question du programme en g&#233;n&#233;&#173;ral et, en particulier, l'insuffisance des d&#233;bats de notre Congr&#232;s de Stockholm, c'est que les consid&#233;rations pratiques l'emportent sur les th&#233;oriques, et les consid&#233;&#173;rations politiques sur les &#233;conomiques. &#187; [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette orientation de L&#233;nine n'est pas fortuite, mais constante. Il est facile de cons&#173;tater que ce fut un marxiste rigoureux et qu'il subordonna toujours son action aux principes doctrinaux, si l'on confronte son activit&#233; au cours historique de la r&#233;volution russe, de 1905 &#224; 1917. [5] Bien des l&#233;ninistes affirment le contraire et rejoignent sur ce point l'opinion bourgeoise la plus commune, pour qui L&#233;nine est une esp&#232;ce de surhomme qui a su man&#339;uvrer en transgressant toutes les r&#232;gles pour r&#233;ussir une r&#233;volution dans des conditions qui n'&#233;taient pas celles que Marx et Engels pr&#233;voyaient pour un bouleversement socialiste. La r&#233;volution russe n'e&#251;t pas &#233;t&#233; possible sans son action exceptionnelle : il n'aurait pas appris le marxisme, et la r&#233;volution future d'Europe occidentale n'aurait plus rien &#224; apprendre ni du vieux marxisme, ni du g&#233;nial L&#233;nine. [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;volution socialiste a triomph&#233; dans la Russie de 1917, c'est que L&#233;nine et, avec lui, le parti bolchevik ont su reprendre et manier avec &#233;nergie l'arme th&#233;orique, forg&#233;e par Marx. D&#232;s 1899, en se fondant sur le mod&#232;le th&#233;orique du Capital, L&#233;nine s'est mis &#224; &#233;tudier l'organisation de la soci&#233;t&#233; russe en vue d'y d&#233;couvrir la dialectique de son &#233;volution : c'est sa vaste recherche sur le D&#233;veloppement du capitalisme en Russie (Ed. Soc., 758 p.). C'est encore cette m&#233;thode que L&#233;nine, soucieux de voir le parti accomplir ses t&#226;ches premi&#232;res, recommandait aux socialistes en 1906, comme on l'a vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le communisme est la th&#233;orie des conditions sociales et historiques de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat. L'&#233;laboration de cette th&#233;orie a commenc&#233; d&#232;s la p&#233;riode des premiers mouvements prol&#233;tariens, face aux pr&#233;tentions du syst&#232;me de production bourgeois ; elle a pris forme dans la critique de l'&#233;conomie capitaliste, dans la m&#233;thode du mat&#233;rialisme historique, dans la pratique de la lutte des classes et dans la conscien&#173;ce des bouleversements que manifestera le cours historique jusqu'&#224; la chute du r&#233;gime capitaliste et au triomphe de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. &#187; [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1899, c'est-&#224;-dire avant m&#234;me la r&#233;volution de 1905, L&#233;nine concevait claire&#173;ment les structures de la soci&#233;t&#233; russe et son d&#233;veloppement. Il commen&#231;a aussit&#244;t de mettre en place sur l'&#233;chiquier du champ de forces les diff&#233;rentes classes, couches sociales, avec leurs partis et programmes, afin de d&#233;terminer leur rayon d'action et de pr&#233;voir la nature et le cours ult&#233;rieur de la r&#233;volution. Par la suite, chaque &#233;pisode de la lutte devait pr&#233;ciser le &#171; sch&#233;ma &#187;, en confirmant ou en infirmant - succ&#232;s ou d&#233;faite de l'&#226;pre lutte de classe - la justesse de cette pr&#233;vision th&#233;orique. Au fur et &#224; mesure, les partis, d&#233;pass&#233;s par l'&#233;volution historique, &#233;taient &#233;limin&#233;s et la pr&#233;vision s'imposait de plus en plus aux masses et &#224; leur conscience. Cet art de la r&#233;volution, par sa coh&#233;rence logique tout autant que par ses effets pratiques, fit que la th&#233;orie devint effectivement une force en s'emparant des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que quiconque, L&#233;nine a appris chez Marx-Engels et a &#233;pluch&#233; leurs textes, saluant toute publication nouvelle de leurs &#233;crits comme une victoire et un renfor&#173;cement du parti r&#233;volutionnaire. Sa lutte incessante contre les r&#233;visionnistes t&#233;moigne de la pl&#233;nitude et de l'orthodoxie de son marxisme qui fut le secret de son efficacit&#233; pratique. [8]&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Hommage &#224; L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec la victoire de la r&#233;volution russe que triompha le marxisme restaur&#233; par L&#233;nine et qu'une partie consid&#233;rable de l'&#339;uvre de Marx, mise sous le boisseau, fit enfin surface [9] : les deux faits - le bouleversement politique, &#233;conomique et social de l'immense Russie, et l'exhumation de quelques vieux papiers - sont &#233;videmment sans commune mesure, mais un fil solide les relie n&#233;anmoins : l'int&#233;r&#234;t port&#233; par les bolcheviks aux id&#233;es de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine ne se contentait pas de lire, il voulait conna&#238;tre : &#171; On ne saurait compren&#173;dre enti&#232;rement le Capital de Marx, et notamment le premier chapitre, si l'on n'a pas &#233;tudi&#233; et compris toute la Logique de Hegel. En cons&#233;quence, on peut affirmer que, depuis un demi-si&#232;cle, aucun marxiste n'a compris Marx. &#187; [10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine ne se proposait &#233;videmment pas de d&#233;courager un &#233;ventuel lecteur du Capital. Pas plus que nous, il n'avait le pouvoir et l'intention de sonder les esprits pour &#233;tablir ce que cette lecture avait donn&#233; pour r&#233;sultat. Au reste, l'ouvrier apprendra plus du Capital - &#171; la bible de la classe ouvri&#232;re &#187;, selon l'expression d'Engels - que de n'importe quelle autre lecture, m&#234;me s'il commence par le second chapitre, puisque &#171; la premi&#232;re partie qui contient l'analyse de la marchandise est d'une intelligence un peu difficile &#187; (Marx).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe vraiment, c'est que L&#233;nine se proposait de chercher, &#224; tout prix, &#224; saisir compl&#232;tement la pens&#233;e de Marx, quitte &#224; recourir &#224; un auteur dont les travaux sur la dialectique et le raisonnement font autorit&#233; pour resserrer les fils qui traversent l'&#339;uvre de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en tout cas l'attitude inverse de celle des &#171; marxistes &#187; modernes, qui n'&#233;crivent que pour rechercher une faille, afin de d&#233;former la pens&#233;e de Marx, comme aucun r&#233;visionniste d'antan n'e&#251;t os&#233; le faire : opposer Marx &#224; lui-m&#234;me, le mettre en contradiction avec ses propres affirmations et id&#233;es, en d&#233;coupant par exemple son &#339;uvre en &#233;crits de jeunesse et en &#233;crits de maturit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la Dialectique du Concret [11], Karel Kosik, notant que l'opposition entre le jeune Marx et le Marx de la maturit&#233; n'est possible qu'en faisant abstraction des ouvrages qui forment le relais entre les Manuscrits de 1844 et le Capital, entre la &#171; philo&#173;sophie &#187; et l' &#171; &#233;conomie &#187;, estime que le meilleur moyen de combler les &#171; lacunes &#187;, c'est de compl&#233;ter l'&#339;uvre publi&#233;e de Marx par ses &#233;crits encore in&#233;dits et par ses travaux pr&#233;paratoires, qui permettent de suivre jusque dans le d&#233;tail le cheminement de sa pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roman Rosdolsky d&#233;fend la m&#234;me th&#232;se, et commente comme suit l'aphorisme ci-dessous de L&#233;nine : &#171; J'ignore si beaucoup de marxistes ont m&#233;dit&#233; cette phrase de L&#233;nine et s'ils furent nombreux &#224; suivre ce conseil. Quoi qu'il en soit, je pense que, depuis la publication des Fondements, il n'est plus aussi n&#233;cessaire d'avoir recours &#224; ce d&#233;tour aride qu'est l'&#233;tude compl&#232;te de toute la Logique de Hegel pour comprendre le Capital de Marx. En effet, on peut d&#233;sormais atteindre le m&#234;me r&#233;sultat gr&#226;ce &#224; l'&#233;tude de ces manuscrits pr&#233;paratoires &#187;. [12]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, L&#233;nine n'e&#251;t sans doute pas trouv&#233; dans les travaux pr&#233;paratoires des Fondements ce qui lui paraissait manquer dans le premier livre du Capital. En effet, il pr&#233;cise que le point difficile en est le chapitre I&#176;, consacr&#233; &#224; l'&#233;tude de la marchan&#173;dise et la monnaie, dont Marx dit qu'elles sont des formes devant encore se transformer en capital. Or, c'est le VI&#176; Chapitre pr&#233;cis&#233;ment qui traite en d&#233;tail de la marchandise devenue capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que ce VI&#176; Chapitre n'ait pas &#233;t&#233; publi&#233; explique le grave malentendu qui a pu surgir : le lecteur peut consid&#233;rer que la marchandise simple, d&#233;crite au d&#233;but du Capital, subsiste m&#234;me dans le capitalisme d&#233;velopp&#233;, alors qu'elle change compl&#232;te&#173;ment de caract&#232;re. Cette &#233;volution de la marchandise &#233;tait tout &#224; fait claire pour Marx, et ne pr&#234;te pas &#224; confusion dans le 1er livre du Capital, dont elle sous-tend l'argumen&#173;tation. [13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la publication du VI&#176; Chapitre, l'analyse marxiste de la marchandise-capital est explicite, [14] et le circuit de l'&#233;tude du capital, qui suit fid&#232;lement le d&#233;veloppe&#173;ment historique, est boucl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une lettre &#224; Engels du 24.VIII.1867, Marx souligne combien il importe d'analyser correctement la marchandise et de d&#233;finir clairement le capital en tant que cr&#233;ation de plus-value, ce qui est proprement l'objet du VI&#176; Chapitre, avec l'&#233;tude de la forme capitaliste d&#233;velopp&#233;e : &#171; Ce qu'il y a de meilleur dans mon livre, c'est : 1&#730; qu'il met en &#233;vidence, d&#232;s le premier chapitre, le caract&#232;re double du travail, selon qu'il s'exprime en valeur d'usage ou en valeur d'&#233;change, et c'est sur quoi repose toute l'intelligence du texte ; 2&#730; qu'il analyse la plus-value, ind&#233;pendamment de ses formes particuli&#232;res (profit, int&#233;r&#234;t, rente fonci&#232;re, etc.). C'est au second volume surtout que tout cela appara&#238;tra. Dans l'&#233;conomie classique, ces formes particuli&#232;res sont cons&#173;tam&#173;ment m&#233;lang&#233;es et confondues avec la forme g&#233;n&#233;rale, de sorte qu'il en r&#233;sulte un fouillis inextricable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#233;tait donc bien clair pour Marx. Les al&#233;as de la vie et les difficult&#233;s de publi&#173;cation et de traduction ont embrouill&#233; les choses, du moins tant qu'on ne disposait pas de l'ensemble des &#233;crits de Marx et d'Engels, publi&#233;s ou manuscrits : mais, c'est l&#224; plut&#244;t la faute des &#171; marxistes &#187; que de Marx. [15]&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Petite chronique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut donc &#233;voquer les conditions dans lesquelles fut r&#233;dig&#233; le VI&#176; Chapitre et le sort r&#233;serv&#233; &#224; ce manuscrit : nous nous contenterons de l'essentiel et de ce qui est s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir achev&#233; en juin 1863 les 23 cahiers de 1472 pages in-quarto, intitul&#233;es Critique de l'&#233;conomie politique, dont Engels tirera, avec le scrupule et l'exactitude dont seul il &#233;tait capable, le texte du livre II du Capital, et Kautsky le texte du livre IV, connu en France sous le titre de Histoire des doctrines &#233;conomiques (&#201;ditions Costes), Marx se consacra &#224; l'&#233;laboration du gigantesque mat&#233;riel en vue de la publication du I&#176; livre, tout en d&#233;veloppant parall&#232;lement le canevas (en partie contenu dans les 23 cahiers, en partie r&#233;uni en cahiers successifs) du livre III, publi&#233; lui aussi, comme on le sait, par Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1864, retrouvant la liaison entre th&#233;orie et pratique r&#233;volutionnaires, Marx est pris par son activit&#233; au sein de la I&#176; Internationale, et il lui faudra presque quatre ans avant que le I&#176; livre soit pr&#234;t pour l'impression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est entre juin 1863 et d&#233;cembre 1866 - et plut&#244;t au d&#233;but de cette p&#233;riode - que se situe la r&#233;daction du pr&#233;sent cahier intitul&#233; : Premier livre. Le proc&#232;s de production du capital. - Sixi&#232;me chapitre [16]. R&#233;sultats du proc&#232;s de production imm&#233;diat. A la page 1110 du manuscrit de la Critique, Marx a trac&#233; un plan du Livre I&#176; qui permet de situer la place qu'il comptait donner au VI&#176; chapitre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le premier livre sur le proc&#232;s de production du capital se subdivise comme suit :&lt;br class='autobr' /&gt;
1. Introduction. Marchandise. Argent.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Transformation de l'argent en capital.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. La plus-value absolue ...&lt;br class='autobr' /&gt;
4. La plus-value relative ...&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Combinaison de la plus-value relative et de la plus-value absolue. Rapports (proportion) entre travail salari&#233; et plus-value. Soumission formelle et r&#233;elle du travail au capital. Productivit&#233; du capital. Travail productif et improductif. [17]&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Reconversion de la plus-value en capital. L'accumulation primitive. La th&#233;orie coloniale de Wakefield.&lt;br class='autobr' /&gt;
7. R&#233;sultats du proc&#232;s de production. [18] (Le change sous forme de la loi d'appro&#173;priation peut &#234;tre trait&#233; ici ou &#224; la pr&#233;c&#233;dente rubrique).&lt;br class='autobr' /&gt;
8. Th&#233;orie de la plus-value.&lt;br class='autobr' /&gt;
9. Th&#233;ories sur le travail productif et improductif. [19] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le lecteur compare ce plan avec l'ordonnancement des chapitres de la premi&#232;re &#233;dition du Livre I du Capital, il notera que le I&#176; chapitre (marchandise et argent) est devenu une introduction, de sorte que les chapitres se r&#233;duisent &#224; six. Celui des R&#233;sultats du proc&#232;s de production imm&#233;diat aurait alors &#233;t&#233; &#224; sa place, la sixi&#232;me. En revanche, les chapitres 8 et 9 ont disparu, tandis que Marx a substitu&#233; au chapitre 5 du plan le chapitre relatif aux Nouvelles recherches sur la production de plus-value, et le livre s'ach&#232;ve avec le Proc&#232;s d'accumulation du capital, le VI&#176; chapitre &#233;tant finale&#173;ment &#233;cart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est sans doute oiseux de se demander pourquoi Marx a d&#233;cid&#233; finalement de ne pas reprendre le VI&#176; chapitre pour lui donner sa place et une forme d&#233;finitive &#224; la fin du I&#176; livre ou ailleurs. De m&#234;me, ce serait pure sp&#233;culation que se demander si Engels n'en a pas tenu compte, parce que le livre I &#233;tait d&#233;sormais publi&#233; et n'admet&#173;tait plus d'&#234;tre compl&#233;t&#233;, ou s'il savait de Marx qu'il fallait l'&#233;carter du plan final du Capital, ou enfin s'il avait l'intention de le faire para&#238;tre s&#233;par&#233;ment, ou parmi l'&#233;norme mat&#233;riel qui restait encore &#224; publier apr&#232;s le livre III du Capital. Ce qui est certain, c'est que le manuscrit est rest&#233; dans les tiroirs jusque dans les ann&#233;es 1930 [20].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx avait not&#233; que l'&#233;conomie politique bourgeoise avait culmin&#233; avec la phase r&#233;volutionnaire du mode de production capitaliste, et n'avait cess&#233; de d&#233;cliner et de d&#233;g&#233;n&#233;rer ensuite, sombrant dans l'&#233;conomie vulgaire, pure apolog&#233;tique du capitalis&#173;me. Marx et Engels se sont battus pour rompre le mur du silence qui ne cessa d'entourer le Capital [21] et qui repr&#233;sente l'ultime moyen pour la bourgeoisie de combattre les effets de l'&#339;uvre ma&#238;tresse de Marx. De fait, la pens&#233;e &#233;conomique en d&#233;cadence n'a jamais r&#233;ussi &#224; r&#233;futer - voire &#224; discuter s&#233;rieusement - le contenu de l'&#233;conomie marx&#173;iste, et la critique ne porte jamais que sur des questions de formes et de plus en plus sur des questions personnelles : elle pr&#233;f&#232;re sp&#233;culer sur les intentions subjecti&#173;ves, plut&#244;t que d'aborder la discussion des id&#233;es exprim&#233;es. Ainsi, parlera-t-on &#224; perte de vue sur le point de savoir si les Manuscrits parisiens de 1844 sont philosophiques ou &#233;conomiques, sont une &#339;uvre de jeunesse et donc ne sont pas une... &#339;uvre de maturit&#233;, et pourquoi ces textes n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s pour l'impression, ce qui leur enl&#232;verait une grande partie de leur importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette introduction au texte int&#233;gral du VI&#176; Chapitre a pour but de parer &#224; l'absence de discussion sur le fond, mais plus encore de faciliter au lecteur la compr&#233;hension d'un texte qui, faisant partie du Capital, est par d&#233;finition ardu. [22] Il ne s'agit pas d'une pr&#233;sentation personnelle, mais de parti, non seulement pour ce qui est de l'&#233;laboration, mais encore de la continuit&#233; de pens&#233;e avec le &#171; parti Marx &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Transition et synth&#232;se&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formant charni&#232;re entre le I&#176; livre (traitant de la production, non des marchandises, mais du capital) et le 2&#176; livre (traitant de la circulation dans toute la soci&#233;t&#233;, non des marchandises, mais du capital), le VI&#176; Chapitre rassemble tous les fils qui traversent l'&#339;uvre de Marx pour former une unit&#233; significative de l'ensemble. Marx y traite d'un point central, du proc&#232;s de production imm&#233;diat du capital, l'antre, le Saint des Saints, la forge du capitalisme. Il y d&#233;finit le capital par ce qui le caract&#233;rise de mani&#232;re sp&#233;cifique et le distingue de toutes les formes - surtout les plus proches - qui, historiquement, le pr&#233;c&#232;dent ou lui succ&#232;dent. Bref, par la formule definitio fit per genus maximum et differentiam specilicam, il s'efforce constamment de percer les mystifications du capital : la recherche &#233;conomique suit un but politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'esclavage et le servage, le capital est production de plus-value, mais il la produit de mani&#232;re syst&#233;matique et &#224; une &#233;chelle toujours croissante. Comme la production marchande simple, le capital se pr&#233;sente tout entier sous forme de mar&#173;chandise, mais celle-ci a une structure complexe, &#233;tant compos&#233;e d'une fraction de capital variable, de capital constant et de plus-value. En somme, cette production de plus-value est cr&#233;ation de capital : la production capitaliste produit et reproduit tout le syst&#232;me (les rapports de production et de classes, les conditions de sa production nouvelle en m&#234;me temps que ses produits mat&#233;riels). Il appara&#238;t de la sorte comme son propre fondement, donc &#233;ternel, et Marx s'acharne &#224; combattre cette pr&#233;tention exorbitante et cette mystification qui s'impose aux agents qui sont impliqu&#233;s dans son proc&#232;s, les capitalistes aussi bien que les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d&#233;chiffr&#233;, dans la dynamique sociale, la n&#233;cessit&#233; de l'av&#232;nement du capitalisme, dans ses c&#244;t&#233;s n&#233;gatifs aussi bien que positifs, Marx met en &#233;vidence que le capital d&#233;veloppe en son sein les &#233;l&#233;ments d'une soci&#233;t&#233; sup&#233;rieure. Il montre que cette &#233;volution in&#233;luctable est inscrite dans le cours des choses et na&#238;t de lui, avant de se r&#233;v&#233;ler &#224; la conscience des agents et classes du mode de production capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Les marchandises capitalistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marchandise et l'argent existent bien avant le capital, mais ne survivent pas au capital. N&#233;anmoins, avant le capitalisme, la marchandise n'est pas la forme g&#233;n&#233;rale du produit, l'exc&#233;dent seul &#233;tant commercialis&#233; dans les modes de production asiati&#173;que, esclavagiste ou servile. L'argent, simple forme d&#233;termin&#233;e de la marchandise, ne se transforme en capital qu'au terme d'une longue p&#233;riode historique, et essentiel&#173;lement au moment o&#249; la force de travail de l'ouvrier est elle-m&#234;me devenue une marchandise : avec le salariat ayant atteint une grande ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que dans l'agriculture, point de naissance du capital, une grande partie du produit est moyen de subsistance et qu'une grande partie de la population laborieuse n'est pas encore salari&#233;e, le capital ne jouit pas encore de la domination r&#233;elle et com&#173;pl&#232;te, m&#234;me s'il a d&#233;j&#224; conquis la sph&#232;re de la manufacture. Dans les Pages &#201;parses, citant l'exemple de la France, Marx montre que le syst&#232;me de la parcellisation du sol, en emp&#234;chant la formation d'une nombreuse main-d'&#339;uvre disponible pour le capital, emp&#234;che le d&#233;veloppement de l'industrie et des rapports sp&#233;cifiquement capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture peut devenir une branche d'industrie g&#233;r&#233;e de mani&#232;re capitaliste, lorsque tous ses produits sont port&#233;s sur le march&#233; pour y &#234;tre vendus, au lieu d'entrer dans la consommation imm&#233;diate. Tout cela se v&#233;rifie, m&#234;me si une partie du produit de l'exploitation (les semences, la fumure, etc.) est restitu&#233;e en nature &#224; la production nouvelle : on en comptabilise la valeur en monnaie comme s'il avait fallu l'acheter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#233;volution, le capital exige que la marchandise soit produite &#224; grande &#233;chelle, sur des mod&#232;les fixes, avec un produit uniforme, bref une production de masse. D&#232;s lors que la production est &#233;troitement li&#233;e aux rapports sociaux de plein capitalisme, le lien imm&#233;diat qui existait dans la production marchande simple avec sa valeur d'usage et la satisfaction d'un besoin, devient tout &#224; fait indiff&#233;rent, contingent et inessentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marchandise produite dans le plein capitalisme se distingue de la marchandise simple qui fut l'&#233;l&#233;ment initial de la gen&#232;se du capital, en ce qu'elle contient une fraction de capital variable (salaire), de capital constant et de plus-value, bien que sa seule source de valeur soit le travail. &#201;tant d&#233;sormais du capital, la mystification consiste en ce qu'il se pr&#233;sente, dans la circulation, &#224; l'issue du proc&#232;s de production, sous la m&#234;me forme que la marchandise simple, produit qui s'ach&#232;te et se vend pour satisfaire un besoin d&#233;termin&#233;. Cette enveloppe masque sa structure interne qui correspond aux rapports de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la production sp&#233;cifiquement capitaliste, toute marchandise appara&#238;t - du point de vue de sa mati&#232;re et de sa valeur - comme une fraction du produit total. Ce n'est donc plus une marchandise sp&#233;cifique, un produit &#224; part. Le r&#233;sultat du proc&#232;s capitaliste n'est plus la simple marchandise, mais une masse de marchandises, dont chaque &#233;l&#233;ment comporte une fraction de la valeur avanc&#233;e ainsi qu'une plus-value. Contrairement &#224; ce que pensent les &#233;conomistes bourgeois, le capital ne s'estime pas en fonction du patrimoine d'installations fixes et de machines (ce que Marx appelle la valeur des moyens de production), mais de la masse de marchandises produites, le chiffre d'affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaliste pr&#233;tendra toujours que son capital correspond au patrimoine d'entreprise sanctionn&#233; par un titre de propri&#233;t&#233; juridique d'une valeur, mettons, de 2 millions. L'&#233;conomie marxiste affirme, au contraire, que son capital est de 20 mil&#173;lions, son chiffre d'affaires annuel. La diff&#233;rence est de taille. En effet, si l'on admet avec Adam Smith que l'argent est le pouvoir de commandement ou de disposition du travail d'autrui, soit sous forme directe de la force de travail, soit sous la forme du produit du travail, le pouvoir d'un capitaliste est quantitativement d&#233;cupl&#233; - de 2 &#224; 20 millions [23] - et l'on s'aper&#231;oit que son pouvoir outrepasse la sph&#232;re de la production proprement dite. Ce n'est pas tout : comme ce capital se reproduit, sans diminuer - au contraire - d'ann&#233;e en ann&#233;e, ce pouvoir, mettons pour une g&#233;n&#233;ration, est de 500 millions pour... 2 millions, si nous multiplions le chiffre d'affaires de 20 millions par 25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, la marchandise - en tant que support de la valeur totale du capital - doit s'exprimer en une masse d&#233;termin&#233;e, qui permette de la vendre effectivement sur le march&#233;, c'est-&#224;-dire de r&#233;aliser la valeur du capital avanc&#233; plus celle de la plus-value produite. Marx d&#233;montre ici qu'une marchandise (c'est-&#224;-dire une fraction de la masse produite) ne peut se vendre &#224; un prix de march&#233; &#233;gal &#224; sa valeur particuli&#232;re. Le capitaliste fait l'estimation pour toute la masse : il isole, d'une mani&#232;re ou d'une autre, dans la masse de marchandises la fraction de valeur transf&#233;r&#233;e pour l'&#233;l&#233;ment du capital constant (mati&#232;res premi&#232;res, usure des machines, etc.) et il recherche ensuite la diff&#233;rence avec la valeur du produit fini pour obtenir la fraction correspondant au capital variable (frais d'achat de la force de travail) et la fraction correspondant au profit cr&#233;&#233; dans le proc&#232;s de production : cette estimation, fort &#233;loign&#233;e de la d&#233;termination de la valeur, masque tous les gaspillages et les filouteries. Si l'on prend toute la production nationale, quelle part ne s'en va pas en fum&#233;e, quels que soient les bons g&#233;rants du capital ?&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Rapports entre les &#233;l&#233;ments constitutifs de la marchandise-capital&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la Mis&#232;re de la Philosophie, Marx avait parl&#233; du travailleur ou de l'atelier collectif dans l'entreprise capitaliste, &#224; la diff&#233;rence du travailleur individuel de l'&#233;conomie parcellaire, artisanale ou paysanne, qui produit la marchandise simple. Dans le VI&#176; Chapitre, il poursuit en parlant de la masse ou bloc de marchandises (mettons, 1 million d'automobiles, pour &#234;tre moderne) qui repr&#233;sente le capital, sous la forme du produit qui sort annuellement du proc&#232;s de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons vu, le capitaliste est incapable de d&#233;terminer la valeur exacte de chaque voiture produite, mais en fait une estimation gr&#226;ce au calcul de moyenne. Ce qui est &#233;galement essentiel pour la doctrine marxiste, c'est qu'il est tout aussi fastidieux et approximatif de calculer la valeur individuelle du travail de l'ouvrier particulier, d&#232;s lors que nous avons affaire &#224; la grande industrie moderne. Ainsi, la r&#233;alit&#233; moderne d&#233;ment la th&#233;orie de Proudhon et de Lassalle - et du &#171; communisme des conseils &#187; - selon laquelle chaque ouvrier doit toucher le fruit int&#233;gral de son travail : m&#234;me si l'on voulait le faire, ce ne serait qu'une moyenne &#171; injuste &#187;, et ce serait faire revivre la loi de la valeur-travail de l'&#233;conomie mercantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, Marx qualifie cette th&#233;orie de r&#233;actionnaire. Le communisme moderne part des conditions m&#234;mes de l'actuel d&#233;veloppement &#233;conomique et historique : d'o&#249; l'importance de l'analyse de l'&#233;volution du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Marx entend d&#233;montrer c'est que le capitalisme produit sa propre n&#233;gation au cours de son d&#233;veloppement, et cette &#233;volution antagonique est la source non seulement des crises et guerres violentes qui p&#233;riodiquement d&#233;chirent le capitalisme, mais encore du mode de production socialiste futur. Dans les Fondements, etc., et le Capital, Marx a mis en &#233;vidence que le capital se d&#233;valorisait de plus en plus, en dimi&#173;nuant non seulement la valeur de la force de travail, mais encore celle des condi&#173;tions de production en g&#233;n&#233;ral, et ce, d'une mani&#232;re in&#233;gale, spasmodique, et donc anarchique. Or, la loi fondamentale du capitalisme est celle qu'&#224; &#233;nonc&#233;e Ricardo : la loi de la valeur-travail, qui permet d'&#233;valuer le co&#251;t de toutes les marchandises (force de travail, machines, installations, mati&#232;res premi&#232;res, produit, etc.), de mesurer les conditions de la production et de la consommation et de r&#233;mun&#233;rer les divers agents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le VI&#176; chapitre, Marx aborde ce m&#234;me probl&#232;me, en analysant les contradictions internes de la marchandise, produit du capital. Pour ce faire, il dresse cinq tableaux num&#233;riques, o&#249; il fait varier l'un des &#233;l&#233;ments constitutifs du capital-marchandise, afin de d&#233;terminer, du point de vue de la valeur, son effet sur les autres &#233;l&#233;ments ou la marchandise dans son entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une m&#234;me avance de capital et une m&#234;me plus-value, la valeur de production ou prix de march&#233; peut varier consid&#233;rablement dans l'industrie - et plus encore dans l'agriculture - sans qu'il en r&#233;sulte n&#233;cessairement une modification du taux de la plus-value, c'est-&#224;-dire de l'int&#233;r&#234;t du capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans les exemples de Marx les fractions en shilling, pence et tiers de pence, compliquent la d&#233;monstration, nous avons dress&#233; un tableau synth&#233;tique o&#249; tout est ramen&#233; &#224; des nombres d&#233;cimaux : si les chiffres changent, les rapports, &#224; l'int&#233;rieur de chaque exemple et d'un exemple &#224; l'autre sont les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux exemples de la manufacture de toile figurent dans les colonnes horizontales 1 et 2. Dans la premi&#232;re, les avances de capital sont de 1000 pour le capital cons&#173;tant, et de 250 pour le capital variable et la plus-value (ces deux derniers &#233;l&#233;&#173;ments forment ce que Marx appelle la &#171; valeur additionnelle &#187;, c'est-&#224;-dire la valeur ajout&#233;e dans le proc&#232;s de travail, d&#233;sign&#233;e dans notre tableau par la lettre V.). Le capital total est de 1500. Le taux de plus-value est de 1 (ou 100 %), la composition organique ou taux de productivit&#233; est de 4. Pour ces avances, nous supposons que la toile produite soit de 30 m&#232;tres, et le prix du m&#232;tre en sera de 50. Marx subdivise la masse globale (30 m&#232;tres) en les diff&#233;rentes fractions du capital : le capital constant repr&#233;sente 20 m&#232;tres, le capital variable 5 m&#232;tres et la plus-value 5 m&#232;tres &#233;galement : la valeur ajout&#233;e, somme des deux derni&#232;res, est donc de 10 m&#232;tres. L'autre partie du tableau reproduit les donn&#233;es pour l'unit&#233; de mar&#173;chandise et permet une claire vision de la structure complexe de la marchandise et de ses &#233;volutions et contradictions internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple num&#233;rique correspond au premier donn&#233; par Marx en I-B. L'exemple suivant de Marx figure sous C-II, &#224; la troisi&#232;me ligne de notre tableau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'entendons pas, &#233;videmment, substituer notre tableau aux exemples num&#233;riques de Marx. Il permet simplement une premi&#232;re vision d'ensemble et nous &#233;vite d'entrer dans le d&#233;tail des exemples que l'on trouve dans le texte. Nous pouvons donc aller directement &#224; la conclusion [24] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. si le prix des marchandises change, le taux et la masse de plus-value peuvent rester constants. C'est ce qui ressort des exemples des deux premi&#232;res lignes de notre tableau : le progr&#232;s de la technique capitaliste a fait tomber le prix de la toile de 50 &#224; 40, cependant les ouvriers re&#231;oivent le m&#234;me salaire et les capitalistes le m&#234;me profit : l'avantage social est indiscutable, et c'est ce qui justifie la sup&#233;riorit&#233; historique du mode de production capitaliste par rapport aux modes ant&#233;rieurs. Comme on le verra, Marx n'est pas du tout &#171; ennuy&#233; &#187; par les c&#244;t&#233;s positifs du capitalisme, au contraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Variation des &#233;l&#233;ments&lt;br class='autobr' /&gt;
constitutifs de la marchandise-capital dans les exemples trait&#233;s par Marx dans la premi&#232;re partie du VI&#176; chapitre&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;f&#233;rence aux exemples de Marx BI &amp; CI BII CII CIII CIIIa&lt;br class='autobr' /&gt;
Capital constant (c) 1000 4300 1200 1000 1250&lt;br class='autobr' /&gt;
Capital variable (v) 250 250 250 200 250&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus-value (p) 250 250 350 300 375&lt;br class='autobr' /&gt;
Valeur ajout&#233;e (V) soit : p + v 500 500 600 500 625&lt;br class='autobr' /&gt;
Capital total (C) soit : c + v 1500 4800 1800 1500 1875&lt;br class='autobr' /&gt;
Taux de plus-value soit p/v en % 100 100 140 150 150&lt;br class='autobr' /&gt;
Composition organique (produc&#173;tivit&#233;) : c/v 4 17,2 4,8 5 5&lt;br class='autobr' /&gt;
Quantit&#233; de produit (q) 30 120 36 30 37,5&lt;br class='autobr' /&gt;
Prix de l'unit&#233; (u) soit : C/q 50 40 50 50 50&lt;br class='autobr' /&gt;
Capital constant par unit&#233; (c/u) 20 107.5 24 20 25&lt;br class='autobr' /&gt;
Capital variable par unit&#233; v/u 5 6,25 5 4 5&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus-value par unit&#233; p/u 5 6,25 7 6 7,5&lt;br class='autobr' /&gt;
Valeur ajout&#233;e par unit&#233; V/u 10 12,5 12 10 12,5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. si le prix des marchandises reste constant, le taux et la masse de plus-value peuvent changer. Les quatre cas des lignes I, III, IV et V confirment cette loi. Le prix de l'unit&#233; y est toujours de 50, mais dans le second cas (ligne III), la masse de plus-value est mont&#233;e de 250 &#224; 350 et son taux de 100 &#224; 140 %, tandis que la productivit&#233; passe de 4 &#224; 4,8 : s'il y a avantage pour le capitaliste, il n'y en a pas pour la soci&#233;t&#233;. Il a &#233;t&#233; obtenu en prolongeant la dur&#233;e de travail de 20 %, comme cela se passe dans la phase initiale du capitalisme avec la soumission formelle du travail au capital : ceci implique que l'on tienne compte de ce que Marx a d&#233;velopp&#233; ailleurs [25]. Dans le cas de la ligne IV, au lieu d'augmenter la journ&#233;e de travail, le salaire ouvrier est diminu&#233;, si bien que la plus-value passe de 250 &#224; 300, et la productivit&#233; de 4 &#224; 5. L&#224; encore, aucun avantage ni pour la soci&#233;t&#233;, ni pour la classe ouvri&#232;re, et de nouveau soumis&#173;sion formelle du travail au capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la derni&#232;re ligne, le prix de march&#233; et du salaire sont constants, mais la produc&#173;ti&#173;vit&#233; passe, pour des raisons techniques, de 4 &#224; 5 : la masse de plus-value atteint sa valeur maxima avec 375, ainsi que la valeur ajout&#233;e avec 625. Nous avons affaire &#224; la soumission r&#233;elle du travail au capital, avec d&#233;veloppement du machinisme et de la grande industrie. Historiquement, la productivit&#233; du travail augmente alors de plus en plus, et d&#233;passe m&#234;me celle de la ligne II, celle du seul exemple o&#249; le prix des marchandises a sensiblement diminu&#233;, cette fois, du fait du capitalisme pleinement d&#233;velopp&#233; et techniquement avanc&#233; [26]. Cela nous am&#232;ne &#224; la derni&#232;re loi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. le mode de production capitaliste tend &#224; augmenter sans cesse la productivit&#233; du travail. Il accro&#238;t donc constamment la masse des moyens de production trans&#173;form&#233;s en produit pour un m&#234;me travail additionnel, qui se r&#233;partit sur une quantit&#233; toujours plus grande de marchandises, de sorte que le prix de la marchandise baisse de plus en plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix de la marchandise &#233;volue en rapport inverse du nombre total de marchan&#173;dises produites : plus ce nombre augmente, plus le prix de chaque marchandise dimi&#173;nue. C'est l'opposition fondamentale entre le d&#233;veloppement de la valeur d'&#233;change et celui de la valeur d'usage, qui aboutit &#224; la d&#233;valorisation g&#233;n&#233;rale de tous les &#233;l&#233;ments du capital, force de travail y comprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;duire que le capital cr&#233;e lui-m&#234;me les conditions de l'abolition de la valeur, et donc du capital, du salariat et des classes, Marx se place dans la vision la plus optimiste du d&#233;veloppement capitaliste (qui, en fait, cr&#233;e de nombreux obstacles &#224; cette tendance, notamment dans l'agriculture, o&#249; du fait de la rente, le produit se vend g&#233;n&#233;ralement au-dessus de sa valeur, comme le d&#233;veloppe le livre III du Capital) [27].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Capital, Marx n'a pas voulu d&#233;montrer aux bourgeois qu'il e&#251;t su mieux qu'eux g&#233;rer le capital, ni r&#233;pondre &#224; la question absurde &#171; qu'est-ce que le capi&#173;tal ? &#187;, mais il y d&#233;montre que le capitalisme na&#238;t, vit et meurt (de mort violente), et, mieux encore, qu'il renferme dans son sein une soci&#233;t&#233; sup&#233;rieure en contradiction directe avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition la plus ramass&#233;e et la plus dialectique que nous connaissions de l'&#339;uvre centrale de Marx est la suivante : le Capital n'est pas la biologie, mais la n&#233;crologie du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en bonne logique que Marx termine cette premi&#232;re partie du VI&#176; Chapitre en pol&#233;miquant avec Proudhon qui a une vision tout &#224; fait erron&#233;e de la soci&#233;t&#233; socialiste et ne comprend pas qu'il est impossible aux travailleurs de reconqu&#233;rir la totalit&#233; du fruit de leur travail par de simples augmentations de leur r&#233;mun&#233;ration (salaire) : il s'agit bien d'abolir le capital aussi bien que son corollaire le salariat. [28]&lt;br class='autobr' /&gt;
7. La production capitaliste comme cr&#233;ation de plus-value&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde rubrique, Marx d&#233;finit positivement le capital. Comme on le sait, les marchandises et l'argent existent dans l'histoire, bien avant qu'on puisse parler de production et de soci&#233;t&#233; capitalistes. Cependant, le capital moderne rev&#234;t toujours les formes &#233;l&#233;mentaires de la marchandise et de l'argent. Le capitaliste moderne est pos&#173;ses&#173;seur de marchandises et d'argent, bien que cette figure sociale lui soit ant&#233;rieure. Mais, l'essentiel n'est pas l&#224;. En effet, ce qu'il importe de d&#233;finir, ce sont les con&#173;di&#173;tions sociales sp&#233;cifiques qui transforment la marchandise et l'argent en capital, et donc aussi leur possesseur en capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'une somme d'argent - capital potentiel - puisse devenir du capital r&#233;el, il faut un rapport social lui permettant de s'accro&#238;tre, la somme d'argent devenant un fluens (dans les Fondements, etc., Marx dira proc&#232;s, ou mouvement faisant perdre &#224; l'argent (valeur) sa forme fig&#233;e pour le faire entrer dans le proc&#232;s de production, et son augmentation une fluxion. [29]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la diff&#233;rence des formes simples de la production marchande (par exemple, l'artisanat individuel ou familial qui, pour se procurer ses objets de consommation, proc&#232;de d'abord au troc, puis &#224; l'&#233;change mon&#233;taire entre &#233;quivalents), le capital se d&#233;finit donc par le fait que si, avant le proc&#232;s, le capital est une somme &#233;gale &#224; x, cet x tend &#224; devenir et devient du capital en se transformant en x + &#916;x, l'augmentation &#233;tant repr&#233;sent&#233;e par la lettre grecque &#916;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne de x qui devient x + &#916;x n'existe pas seulement dans la forme historique capitaliste, mais encore dans d'autres formes historiques ant&#233;rieures, telles que l'esclavage et le servage. Mais, Marx prend bien soin de pr&#233;ciser qu'il n'existe pas l&#224; o&#249; l'on &#233;change uniquement des &#233;quivalents, c'est-&#224;-dire dans la sph&#232;re de la production marchande simple, dont proc&#232;de pr&#233;cis&#233;ment le mode de production sp&#233;cifiquement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point, la mystification est la plus totale. En effet, comme le capital conti&#173;nue de rev&#234;tir la forme de la marchandise et de l'argent, les &#233;conomistes bourgeois attribuent au capital et au salariat les lois de la production marchande simple, et no&#173;tam&#173;ment le principe de l'&#233;change d'&#233;quivalents alors que le capital se d&#233;finit &#224; l'inver&#173;se par l'&#233;change de non-&#233;quivalents. Marx explique que le capitalisme reprend donc les conceptions juridiques et id&#233;ologiques propres &#224; la petite production marchande et les reporte sans plus de fa&#231;on sur un mode de production diff&#233;rent : le capitalisme. Ce qui permet ce quiproquo, c'est le rapport entre acheteur et vendeur dans la sph&#232;re de la circulation, ce rapport restant formellement le m&#234;me dans les deux cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la superstructure id&#233;ologique et juridique du capitalisme d&#233;velopp&#233; n'est donc qu'un reflet de conditions de production d&#233;pass&#233;es. En effet, d&#232;s lors que la force de travail est devenue, &#224; une vaste &#233;chelle, une marchandise, en &#233;tant salari&#233;e, la production marchande simple aboutit n&#233;cessairement au capitalisme et est elle-m&#234;me d&#233;truite par la production capitaliste, qui &#233;limine la production individuelle autonome et l'&#233;change entre possesseurs ayant produit eux-m&#234;mes leur marchandise, c'est-&#224;-dire l'&#233;change d'&#233;quivalents entre les producteurs. D&#233;sormais, quoique le capitalisme le maintienne et le glorifie, l'&#233;change entre &#233;quivalents n'est plus qu'un vernis super&#173;ficiel, masquant la r&#233;alit&#233; profonde des choses, qui ne se d&#233;roule pas dans le proc&#232;s d'&#233;change (circulation), mais dans le proc&#232;s de production, o&#249; Marx nous entra&#238;ne pour d&#233;finir le capital, de mani&#232;re sp&#233;cifique et fondamentale, comme cr&#233;ation de plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mystification fatale pour le prol&#233;tariat est celle de Staline, qui affirme - &#224; l'oppo&#173;s&#233; de Marx - que la production marchande ne conduit pas n&#233;cessairement au capitalisme [30], et que le socialisme continue de produire des marchandises : &#171; Les kolkhoz n'acceptent pas aujourd'hui d'autres relations &#233;conomiques avec la ville que celles intervenant dans les &#233;changes par achat et vente de marchandises [conform&#233;&#173;ment &#224; la th&#233;orie marxiste, ce sont les classes qui dictent au &#171; dictateur &#187;]. Aussi la production marchande et les &#233;changes sont-ils chez nous, &#224; l'heure actuelle, une n&#233;cessit&#233; pareille &#224; celle d'il y a trente ans, par exemple, &#233;poque &#224; laquelle L&#233;nine proclamait la n&#233;cessit&#233; de d&#233;velopper par tous les moyens les &#233;changes. &#187; [31]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;change gr&#226;ce auquel l'argent devient capital ne peut porter sur des marchandises, mais sur son contraire. la force de travail vivante. Le travail est la seule valeur d'usage contre laquelle l'argent, capital virtuel, peut s'&#233;changer pour qu'il y ait conservation et augmentation de la valeur d'&#233;change, plus-value. En effet, l'&#233;change du capital et de la force de travail est essentiellement in&#233;gal : ce que l'ouvrier vend au capitaliste, c'est la valeur d'usage de sa force de travail, qui produira une valeur d'&#233;chan&#173;ge bien sup&#233;rieure &#224; celle que l'ouvrier touche pour salaire. Dans le VI&#176; cha&#173;pitre, Marx appelle donc la force de travail capacit&#233; de travail [32].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mystification est d'autant plus ais&#233;e ici qu'il y a plusieurs &#233;changes que l'on peut confondre. En effet, l'ouvrier &#233;change, selon le principe de l'&#233;quivalence, sa force de travail contre les moyens de subsistance n&#233;cessaires &#224; la produire et &#224; la reproduire, et cet &#233;change qui se produit dans la sph&#232;re de la circulation marchande est aussit&#244;t glorifi&#233; par les apologistes du capital pour montrer que l'ouvrier est libre de choisir, d'acheter et de consommer ses moyens de subsistance. Mais, cet &#233;change de capital variable contre les moyens de subsistance, m&#234;me s'il noue le rapport capitaliste, n'a rien &#224; voir avec l'&#233;change fondamental qui a lieu dans le proc&#232;s de production, o&#249; l'ouvrier fournit au capitaliste la contrepartie de son salaire en produisant des marchandises en exc&#233;dent, c'est-&#224;-dire une valeur plus grande.&lt;br class='autobr' /&gt;
8. Proc&#232;s de travail capitaliste comme valeur d'usage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de travail de l'ouvrier ne cr&#233;e et ne multiplie pas seulement la valeur, mais elle transforme encore dans le proc&#232;s de travail r&#233;el les &#233;l&#233;ments objectifs et sub&#173;jectifs du capital avanc&#233; en des produits qualitativement et quantitativement nou&#173;veaux. C'est elle qui change les moyens de production en &#233;l&#233;ments mat&#233;riels de sa propre activit&#233;, les faisant passer de leur forme primitive de valeurs d'usage (mati&#232;res premi&#232;res &#224; transformer et instruments &#224; utiliser) en la forme nouvelle des produits du travail, ayant une autre valeur d'usage. Elle effectue une v&#233;ritable transformation physico-chimique des mat&#233;riaux introduits dans le proc&#232;s de production. En ce sens, le proc&#232;s de production est valeur d'usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient ici de distinguer toutes les diff&#233;rences sp&#233;cifiques parmi les &#233;l&#233;ments qui forment le proc&#232;s de production et qui, dans l'optique bourgeoise, sont identiques du point de vue de la valeur d'&#233;change - sauf pour ce qui est de la quantit&#233; - tous ayant &#233;t&#233; achet&#233;s avec l'argent du capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le capital constant, on peut dire qu'il est la propri&#233;t&#233; absolue du capitaliste qui l'a achet&#233; &#224; sa valeur de march&#233;. (Cependant, sa valeur mon&#233;taire ou marchande n'aurait jamais pu avoir d'effet comme capital, sans l'intervention d'un autre facteur, le travail vivant.) En ce qui concerne l'autre fraction, c'est l'argent avanc&#233; pour payer les ouvriers, la force de travail. C'est l&#224; qu'intervient la diff&#233;rence sp&#233;cifique. L'emploi de cette seconde fraction du capital avanc&#233; consiste justement dans le proc&#232;s de travail, celui-ci &#233;tant la fonction de l'ouvrier et non du capitaliste. Bref, les fractions de capital dans lesquelles le capitaliste a investi son argent op&#232;rent de fa&#231;on toute diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s ne pourrait s'effectuer sans la fusion de ces deux valeurs d'usage, [33] et c'est &#224; cause d'elle et d'elle seule que le r&#233;sultat est plus grand que le capital avanc&#233;. Or, Marx d&#233;montre que la force vivante du travail est le seul facteur actif de cette fusion, la valeur cr&#233;&#233;e ne provenant que du facteur variable. Par ailleurs, on se contente le plus souvent d'admettre que la valeur du capital constant utilis&#233; ou us&#233; dans le cycle de production se transmet sans plus &#224; la masse des marchandises produites. Or, dit Marx, dans le proc&#232;s de production, le travail vivant fait de l'instrument et de la mati&#232;re le corps de son &#226;me et les &#233;veille d'entre les morts. Sans l'activit&#233; du travail vivant, les moyens de production objectifs se d&#233;t&#233;rioreraient et fini&#173;raient par se corrompre. Par exemple, gr&#226;ce &#224; son travail de tissage, l'ouvrier con&#173;serve l'utilit&#233; du coton et de la broche qui constitueront le fil. De la sorte, le capitaliste obtient gratuitement le surtravail, ainsi que la conservation de la valeur des mati&#232;res premi&#232;res et des instruments. En ajoutant une valeur nouvelle &#224; l'ancienne, le travail conserve et &#233;ternise le capital. En s'appropriant le travail pr&#233;sent, le capitaliste d&#233;tient d&#233;j&#224; une assignation sur le travail futur. [34]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse du proc&#232;s de production, source v&#233;ritable du capitalisme, r&#233;v&#232;le que les &#233;l&#233;ments objectifs de la valeur du capital dont l'un existe sous forme de mati&#232;re premi&#232;re et l'autre sous celle de l'instrument ne sont plus s&#233;par&#233;s de l'ouvrier ou travail vivant du fait qu'ils sont la propri&#233;t&#233; du capital. De m&#234;me, ils ne repr&#233;sentent plus des valeurs d'&#233;change, mais de simples valeurs d'usage, de simples &#233;l&#233;ments de production pour l'ouvrier en activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dit Marx, l'existence du capital et du travail salari&#233; repose sur cette s&#233;paration. Sa conclusion est &#233;vidente : contrairement aux &#233;conomistes bourgeois, qui affirment que l'achat des moyens objectifs de production assure la propri&#233;t&#233; de tout le produit au capitaliste, Marx met en &#233;vidence que le travail vivant, bien qu'achet&#233; par le capitaliste, n'appartient pas &#224; celui-ci, mais est et reste la fonction et le lot de l'ouvrier qui produit gratuitement l'ensemble des rapports de production. La r&#233;ponse de Marx aux &#233;conomistes et apologistes du capital est donc claire : expropriation des expro&#173;pria&#173;teurs capitalistes, et retour aux producteurs des moyens de production et du produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx tire ses d&#233;ductions de l'analyse scrupuleuse de l'ensemble du mode de pro&#173;duction capitaliste, et d&#233;montre que la production, m&#234;me avec le machinisme et les proc&#233;d&#233;s techniques les plus &#233;volu&#233;s, peut se poursuivre sans les capitalistes. En effet, l'acte fondamental de la production est l'&#339;uvre du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le capital domine cependant le travail vivant, c'est du fait de rapports sociaux d&#233;termin&#233;s de subordination qui, dans le capitalisme sp&#233;cifique, se nouent, non pas dans le proc&#232;s de production, mais dans un proc&#232;s pr&#233;alable et non essentiel, le proc&#232;s de circulation marchande, avec l'achat-vente des conditions objectives et subjectives de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; l'analyse scientifique et objective du m&#233;canisme et de la dynamique du syst&#232;me capitaliste, Marx situe exactement o&#249; la r&#233;volution ouvri&#232;re devra porter le fer pour transformer le syst&#232;me social tout entier. Et de fait, il s'agit d'extirper tout le syst&#232;me de distribution et d'&#233;change capitaliste, soit la sph&#232;re de la circulation o&#249; se nouent les rapports sp&#233;cifiques d'exploitation, gr&#226;ce au principe de l'&#233;quivalence dans l'&#233;change des marchandises, avec le syst&#232;me mon&#233;taire et l'ali&#233;nation de la force de travail (salariat). Marx montre que dans le proc&#232;s de production le capital lui-m&#234;me abandonne sa valeur d'&#233;change pour op&#233;rer seulement en fonction de la valeur d'usage. Salaire, marchandise, &#233;changes priv&#233;s, argent sont autant de formes rev&#234;tues par le capital dans la circulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi la sph&#232;re de la circulation exprime-t-elle le plus nettement, dans le capitalisme d&#233;velopp&#233;, les limitations historiques du mode de production capitaliste. D'ores et d&#233;j&#224;, il r&#233;v&#232;le qu'au fur et &#224; mesure de son d&#233;veloppement le capital est de plus en plus asocial et parasitaire : les statistiques les plus r&#233;centes elles-m&#234;mes le prouvent et confirment l'analyse de Marx d'il y a plus de cent ans. En effet, depuis environ 10 ans aux &#201;tats-Unis, et quelque deux ans en France, les frais de circulation d&#233;passent les frais de production dans les marchandises produites par le syst&#232;me capitaliste. Cela signifie que la soci&#233;t&#233; actuelle d&#233;pense plus d'activit&#233; et d'&#233;nergie &#224; r&#233;aliser les mar&#173;chandises qu'&#224; les produire, et que les revenus des improductifs d&#233;passent en nombre et en volume ceux des classes productives. [35]&lt;br class='autobr' /&gt;
9. Proc&#232;s de circulation et proc&#232;s de valeur d'&#233;change&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx aborde ici la question de l'antagonisme fondamental entre le mode de circu&#173;la&#173;tion, de distribution ou d'appropriation priv&#233; (c'est-&#224;-dire individuel, de groupes, d'associations anonymes ou de coop&#233;ratives, bref de classe, &#224; l'exclusion du reste de la population) et le mode de production r&#233;el, qui socialise de plus en plus les forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce point du texte, Marx d&#233;montre que si le proc&#232;s de production est &#233;galement proc&#232;s de valorisation [36], c'est de par sa connexion avec l'acte de l'achat-vente de la force de travail dans la sph&#232;re de la circulation marchande, connexion qui n'est pas naturelle ni n&#233;cessaire, mais transitoire et cr&#233;&#233;e par la soci&#233;t&#233;. Dans ce chapitre, Marx n'explique pas en d&#233;tail comment l'&#233;change entre capitalistes et ouvriers sur le march&#233; se prolonge dans le proc&#232;s de production par la circulation - ou distribution - des ouvriers et instruments au sein des branches productives, puis dans la circulation des produits de consommation aussi bien que de production : il se borne &#224; &#233;tudier le point de d&#233;part fondamental de toute cette circulation et distribution propres au capitalisme : le march&#233; du travail qui est, aux yeux de Marx, le march&#233; principal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le rapport social, nou&#233; dans la sph&#232;re de la circulation et appuy&#233; par tout l'&#233;crasant ordre social, politique, juridique, administratif et commercial de la soci&#233;t&#233;, soit par la majeure partie des activit&#233;s des individus d'une soci&#233;t&#233; de capitalisme d&#233;ve&#173;loppe, c'est ce rapport social qui contraint l'ouvrier &#224; produire la plus-value pour le capital, la valeur d'usage de sa force de travail cr&#233;ant une quantit&#233; de produits plus grande que celle qu'il touche comme salaire, pour sa valeur d'&#233;change. Cependant, le capitaliste n'y voit pas la source de sa richesse. Pour lui, propri&#233;taire absolu des moyens de production objectifs, le capital par excellence est le coton ou la machine, bref des objets. Il identifie absolument valeur d'&#233;change &#224; valeur d'usage, de sorte que le capital appara&#238;t inscrit dans la nature m&#234;me des choses qu'il poss&#232;de, et ce, en d&#233;pit du fait que le travail soit la source de toute valeur et de toute richesse. Dans ces conditions, les moyens de production objectifs, du point de vue capitaliste, ont pour seule fonction d'absorber la plus grande quantit&#233; de travail vivant possible. La force de travail qui valorise le capital, c'est-&#224;-dire en conserve la valeur et lui ajoute une plus-value, appara&#238;t comme force du capital. La domination de classe des capitalistes sur les travailleurs se fonde sur le proc&#232;s d'ali&#233;nation du travail de l'ouvrier &#171; libre &#187;. Toute la production - et toutes les structures de la soci&#233;t&#233; - op&#232;rent non pas pour produire le plus grand nombre de valeurs d'usage possible, mais pour obtenir la plus grande production possible de plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que le capital puisse se valoriser, il faut donc deux sph&#232;res absolument diff&#233;rentes dans le proc&#232;s d'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est celle de la circulation des marchandises qui s'effectue sur le march&#233;. Dans cette sph&#232;re d'&#233;change pur, il y a non seulement l'achat de tout ce qui constitue le capital constant et la vente finale du produit, mais encore l'ali&#233;nation du travail vivant : la vente et l'achat de la force de travail qui s'&#233;change contre un salaire en monnaie. Le travail y est trait&#233; comme une marchandise quelconque et est pay&#233; au cours en vigueur sur le march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde sph&#232;re, absolument ind&#233;pendante quoique conditionn&#233;e par la premi&#232;re, repr&#233;sente la consommation par le capital de la force de travail achet&#233;e : c'est le proc&#232;s de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#233;tablit d'ores et d&#233;j&#224; que si l'ouvrier ne vendait pas sa force de travail pour pouvoir vivre, la richesse mat&#233;rielle ne pourrait pas se transformer en capital ni s'accumuler en quantit&#233;s croissantes. C'est par rapport au travail salari&#233; que tous les objets repr&#233;sentant les conditions objectives du travail deviennent du capital. Sans salariat, pas de production de plus-value. Partout o&#249; il y a salariat, monnaie et mar&#173;chandise, il y a donc plus-value et capitalisme, m&#234;me si ce pays s'appelle l'U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois effectu&#233; l'&#233;change entre capital variable et force de travail, l'unique pr&#233;misse indispensable &#224; la valorisation du capital est fournie. L'auto-valorisation du capital, c'est, une fois les choses d&#233;mystifi&#233;es, la valorisation gr&#226;ce au seul effet du travail, c'est-&#224;-dire le proc&#232;s de consommation r&#233;el de la force de travail dans l'acte de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la sph&#232;re de circulation, capitaliste et ouvrier op&#232;rent comme tous les pos&#173;ses&#173;seurs de marchandises. L'op&#233;ration respecte le code bourgeois et le principe mercantile de l'&#233;change d'&#233;quivalents. Une seule chose distingue l'ouvrier des autres ven&#173;deurs du march&#233; : la nature sp&#233;cifique de sa marchandise pour ce qui est de sa valeur d'usage. Si l'ouvrier est amen&#233; &#224; offrir sur le march&#233; cette marchandise originale, c'est qu'il n'est propri&#233;taire d'aucune autre marchandise ou bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx met ici en &#233;vidence un point cardinal non seulement &#233;conomique, mais encore politique et social, &#224; savoir que le v&#233;ritable prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire est celui qui ne poss&#232;de rien et dont la force de travail n'a pas de valeur. [37]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; dans les conditions actuelles, la force de travail est, de par elle-m&#234;me, sans valeur, ni ne sert &#224; rien, si elle ne trouve pas les conditions objectives de son travail dans les mains d'une s&#233;rie de capitalistes aupr&#232;s desquels l'ouvrier doit aller les chercher, et que Marx appelle tout simplement capitalistes n&#176; 1, 2 et 3, selon qu'ils poss&#232;dent l'argent, les moyens de production ou les moyens de subsistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;alit&#233;, le ph&#233;nom&#232;ne peut se compliquer autant qu'on voudra, mais en substance les capitalistes n&#176; 1, 2 et 3 dans leur ensemble (classe) sont les possesseurs exclusifs (monopolistes) de l'argent, des moyens de production et de subsistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx va encore plus loin, il d&#233;finit simplement le capitaliste comme la personnification du capital, et cette puissance &#233;trang&#232;re - &#224; l'ouvrier, il la d&#233;crit comme un &#171; f&#233;tiche &#187;, dou&#233; de volont&#233; et d'une &#226;me exploiteuses. En somme, dans sa formule g&#233;niale, ce sont ces marchandises, anim&#233;es par le d&#233;mon capitaliste, qui s'incarnent dans le capitaliste, jouent le r&#244;le d'acheteuses de personnes humaines et font du salari&#233; moderne un esclave qui se vend lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse abstraite du capital n'a rien de &#171; philosophique &#187;, elle est parfaitement &#233;conomique et scientifique. Elle souligne que le rapport social objectif est d&#233;ter&#173;minant et d&#233;passe les consid&#233;rations juridiques du titre de propri&#233;t&#233;. Au reste, dans ce contexte, Marx n'utilise jamais le terme de &#171; bourgeois &#187; au sens de l'individu qui est propri&#233;taire dans la soci&#233;t&#233; civile. En r&#233;sum&#233;, &#171; le travail appartient &#224; l'ouvrier pour ce qui est de la peine et de l'effort, et au capitaliste pour ce qui est de la substance cr&#233;atrice de richesses toujours plus grandes &#187; c'est-&#224;-dire des richesses accumul&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
10. Fonctions du capitaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;finition du capital par une analyse &#171; statique &#187;, Marx reprend l'analyse &#171; cin&#233;tique &#187;, historique, afin d'&#233;lucider certains points particuliers : la fonction du capitaliste dans le proc&#232;s de production d'ensemble, par quoi les &#233;conomistes bourgeois justifient le revenu capitaliste du profit ainsi que le syst&#232;me capitaliste tout entier et &#224; tout jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaliste &#171; fonctionne &#187;, d'une part, dans le proc&#232;s de circulation gr&#226;ce au&#173;quel le proc&#232;s de travail devient proc&#232;s de valorisation, d'autre part, dans le proc&#232;s de produc&#173;tion qu'il dirige et surveille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx est cat&#233;gorique en ce qui concerne le proc&#232;s de circulation. le capitaliste y joue, certes, un r&#244;le &#171; &#233;conomique &#187; en choisissant de mani&#232;re ad&#233;quate les valeurs d'&#233;change et d'usage, mais, dit-il, on introduirait &#171; la pire confusion si l'on consid&#233;rait le temps consacr&#233; par le capitaliste &#224; la circulation comme du temps cr&#233;ant de la valeur ou de la plus-value &#187;. [38] De toute fa&#231;on, &#171; le capital, en tant que tel, n'a pas de temps de travail en dehors de son temps de production... Les frais de circulation repr&#233;sentent une d&#233;duction sur les valeurs produites. Si ces fonctions diminuent les faux frais et ajoutent quelque chose &#224; la production, ce n'est pas en cr&#233;ant des valeurs, mais en r&#233;duisant les d&#233;ductions &#224; op&#233;rer sur les valeurs produites. Si elles remplissaient &#224; fond leur r&#244;le, elles ne repr&#233;senteraient jamais que le minimum possi&#173;ble des faux frais de production. &#187; [39]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le proc&#232;s de production, le capitaliste, comme tel, n'y travaille pas, car telle est la fonction du travail vivant qui est salari&#233;. En effet, &#171; le temps du capitaliste est du temps superflu, temps de non-travail, temps non cr&#233;ateur de valeur, bien que ce soit le capital qui r&#233;alise la valeur produite &#187;. [40] Si le capitaliste y travaille n&#233;anmoins, &#171; il ne cr&#233;e pas de plus-value parce qu'il travaille en tant que capitaliste, mais parce que, mise &#224; part sa qualit&#233; de capitaliste, il travaille lui aussi. Cette partie de la plus-value n'est donc plus du tout de la plus-value, mais son contraire : un &#233;quivalent pour du travail accompli. &#187; [41]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, pour devenir capitaliste, le chef hi&#233;rarchique doit poss&#233;der un certain volume de moyens objectifs de production et d'ouvriers, afin d'avoir du temps libre pour exercer les fonctions du capital. Certes, aujourd'hui encore, il y a des artisans en voie de se transformer en capitalistes, mais c'est un ph&#233;nom&#232;ne secondaire &#224; l'&#233;chelle de la production actuelle. Cependant, il entretient l'id&#233;e du travail utile des capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, Marx montre qu'avec l'&#233;volution de l'&#233;conomie capitaliste, la s&#233;paration entre profit d'entreprise et salaire d'administrateur devient de plus en plus nette et emp&#234;che les apologistes du capital de justifier tant soit peu le profit par ce travail. Pour preuve, Marx cite, d'une part, les coop&#233;ratives des ouvriers o&#249; toutes les fonctions sont assum&#233;es par des travailleurs et, d'autre part, les soci&#233;t&#233;s par actions o&#249; des salari&#233;s remplissent les fonctions de direction et d'administration. Et de conclure : &#171; le capitaliste dispara&#238;t du proc&#232;s de production comme superflu &#187;. [42]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Marx d&#233;veloppe dans l'analyse relative &#224; la soumission r&#233;elle du travail au capital, stade auquel le capital &#171; perd tous ses caract&#232;res individuels &#187; (p. 219), la contrainte n'&#233;tant plus ext&#233;rieure au proc&#232;s du travail, comme dans la sou&#173;mis&#173;sion formelle, mais objective, au sein du m&#233;canisme lui-m&#234;me : les machines elles-m&#234;mes dictent un rythme intensif au travail vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, Marx a d&#233;j&#224; r&#233;gl&#233; la question du r&#244;le du capitaliste dans le proc&#232;s de circulation et de production, en attribuant au seul travail vivant la facult&#233; de produire un exc&#233;dent, de la plus-value.&lt;br class='autobr' /&gt;
11. Soumission formelle du travail au capital&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Marx observe que si le capitaliste n'est pas un travailleur productif dans ses fonctions sp&#233;cifiques au sein du proc&#232;s de circulation au sens o&#249; il cr&#233;erait de la plus-value, il n'en reste pas moins qu'&#224; l'&#233;chelle historique, la classe capitaliste a &#233;t&#233; une &#171; classe productive par excellence &#187;. C'est ce que Marx explique dans la partie consacr&#233;e &#224; la soumission formelle du travail au capital : c'est en s'assujettissant les ouvriers - par une action qui va bien au-del&#224; de l'&#233;troite sph&#232;re de production - que le capital obtient d'eux une augmentation des forces productives. Bref, par rapport au f&#233;odalisme, le capitalisme constitue un progr&#232;s consid&#233;rable, et le Manifeste affirme que : &#171; la bourgeoisie a jou&#233; dans l'histoire un r&#244;le &#233;minemment r&#233;volutionnaire &#187;. De fait, Marx soutient, pour un temps, le repr&#233;sentant de l'&#233;conomie politique classique r&#233;volutionnaire, Ricardo, et va jusqu'&#224; le d&#233;fendre : &#171; A juste titre, Ricardo consid&#232;re, pour son &#233;poque du moins, que la production capitaliste EST LA PLUS AVANTA&#173;GEUSE pour la production de richesses. Il veut la production pour la production, et en cela il a raison. S'il voulait pr&#233;tendre - comme le font certains de ses adversaires sentimentaux - que la production, en tant que telle, ne peut &#234;tre le but, cela reviendrait &#224; oublier que la formule &#171; la production pour la production &#187; signifie simplement d&#233;veloppement de toutes les forces productives humaines, pos&#233; comme son propre but. Si l'on oppose &#224; un tel but le bien-&#234;tre de l'individu, comme l'a fait Sismondi, on pr&#233;tend que le d&#233;veloppement de l'esp&#232;ce doit &#234;tre arr&#234;t&#233; pour assurer le bien-&#234;tre de l'individu, que par exemple, il ne faut jamais faire la guerre, parce que ce serait tuer des individus. On ne comprend pas alors que le d&#233;veloppement des capacit&#233;s de l'esp&#232;ce humaine, bien qu'elle se fasse d'abord au d&#233;triment de la majorit&#233; des individus et de classes enti&#232;res, BRISERA FINALEMENT CET ANTAGONISME et se confondra avec le d&#233;veloppement de l'individu. En somme, le d&#233;veloppement sup&#233;rieur des individus ne se conquiert qu'au travers d'un proc&#232;s historique dans lequel les individus sont continuellement sacrifi&#233;s. &#187; [43]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le temps de travail consacr&#233; &#224; faire circuler les marchandises ne cr&#233;e jamais de valeurs, mais se d&#233;duit des valeurs produites, par rapport &#224; la production marchande simple, o&#249; le producteur perdait une partie consid&#233;rable de son temps &#224; marchander, le capitalisme diminue, sans aucun doute, le temps de circulation des marchandises de mani&#232;re draconienne. Cependant, parvenu &#224; un certain stade de son &#233;volution, le capital, par rapport aux forces productives d&#233;velopp&#233;es alors, tend &#224; augmenter de plus en plus le temps de circulation aux d&#233;pens du temps de production : le capitalisme doit alors c&#233;der la place &#224; un mode de production plus avantageux pour l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, si le temps consacr&#233; par le capitaliste &#224; la production est du travail qui ne produit pas de plus-value, il a cependant un effet &#233;conomique. Deux simples exemples : lorsqu'un capitaliste surveille et stimule l'ouvrier : &#171; Vas-y, fain&#233;ant ! &#187;, son langage est un acte &#233;conomique, &#171; productif &#187;, non parce qu'il cr&#233;e de la valeur ou de la plus-value, mais parce qu'il oblige autrui &#224; en cr&#233;er davantage, simplement parce que le capitaliste lui fait sentir que chaque minute perdue lui enl&#232;ve une fraction de son profit. [44]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, un capitaliste, qui concentre une centaine d'ouvriers dans un seul atelier, fait que ces ouvriers pris ensemble vont produire davantage que lorsqu'ils &#233;taient s&#233;par&#233;s ; pourtant ce n'est pas le capitaliste qui produit la plus-value, mais bien les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, le capital est plus productif que la production marchande simple, parce que, ayant s&#233;par&#233; de force les producteurs de leurs moyens de production lors du proc&#232;s dit d'accumulation primitive, il peut contraindre les travailleurs &#224; lui c&#233;der gratuitement - sans &#233;quivalent - une partie de leur travail. En d'autres termes, dans le r&#233;gime capitaliste, au proc&#232;s de production imm&#233;diat s'ajoute le proc&#232;s de valori&#173;sation, qui est conditionn&#233; par la sph&#232;re de la circulation et les rapports de domina&#173;tion capitalistes dans la soci&#233;t&#233; politique et la vie priv&#233;e. Et Marx pr&#233;cise que c'est l&#224; une forme g&#233;n&#233;rale de toutes les phases d'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; capitaliste. C'est dire que les structures id&#233;ologiques ou politiques ne sont pas un simple reflet de l'&#233;cono&#173;mie, mais bien plut&#244;t son prolongement complexe dans des sph&#232;res d'activit&#233; (politique, militaire, administratif, religieux, &#233;ducatif, juridique), servant &#224; maintenir et &#224; perp&#233;tuer la domination bourgeoise dans tous les domaines. C'est en ce sens que la violence ou l'&#201;tat est un agent &#233;conomique (Engels). [45]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui distingue donc la production sp&#233;cifiquement capitaliste de la production marchande simple, c'est que cette derni&#232;re est, en th&#233;orie, un syst&#232;me fond&#233; sur le seul proc&#232;s de production imm&#233;diat, sans qu'il y ait contradiction avec les autres institutions sociales. En effet, le proc&#232;s de production imm&#233;diat encha&#238;ne rapports physiques et op&#233;rations mat&#233;rielles pour transformer les moyens de production en produits, sans consid&#233;rer les interm&#233;diaires constitu&#233;s par les institutions sociales et les rapports de classe. Une soci&#233;t&#233; de production marchande simple, si elle avait jamais exist&#233; de par elle-m&#234;me [46] ou ailleurs que dans les utopies petites-bourgeoises de Proudhon, Lassalle ou du communisme de conseil moderne, serait un encha&#238;ne&#173;ment de rapports sociaux calqu&#233;s strictement sur le proc&#232;s mat&#233;riel de travail, chaque ouvrier, proportionnellement &#224; sa capacit&#233; ou sa force de travail, mettant &#224; la disposition de la soci&#233;t&#233; la quantit&#233; requise de mati&#232;res premi&#232;res et d'instruments, sans devoir en partager la disposition avec personne : il toucherait l'int&#233;gralit&#233; des fruits de son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, cette union est abolie et bris&#233;e d&#233;finitivement par la soci&#233;t&#233; capitaliste : la violence et le pouvoir politique y sont aussi une puissance &#233;conomique. A ce point du Vle chapitre, il faut tenir compte non seulement du r&#244;le de la violence dans l'accu&#173;mulation primitive du capital, mais encore de toutes les luttes et r&#233;volutions politiques qui ont permis &#224; la bourgeoisie de s'emparer des r&#234;nes du pouvoir dans la soci&#233;t&#233; et d'imposer sa domination au travail. M&#234;me s'il ne d&#233;crit que le proc&#232;s de production capitaliste dans le VI&#176; Chapitre, toute l'analyse de Marx d&#233;signe ses &#233;tudes et ouvrages &#171; politiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa phase initiale, le capitalisme reprend le proc&#232;s de production tel qu'il le trouve, c'est-&#224;-dire avec les techniques et proc&#233;d&#233;s d&#233;velopp&#233;s par la soci&#233;t&#233; pr&#233;&#173;capitaliste. Le capital impose simplement une domination formelle &#224; l'ouvrier au sein du proc&#232;s de production, domination formelle, au sens o&#249; elle est encore ext&#233;rieure au proc&#232;s de production, et non encore produite par celui-ci, comme cela est le cas dans la domination r&#233;elle. La domination formelle implique la rupture de l'unit&#233; entre producteur et moyens de production, autrement dit l'expropriation des artisans et paysans parcellaires. Cette unit&#233;, le capital ne la r&#233;tablira que dans le proc&#232;s de production r&#233;el, mais &#224; ses conditions et &#224; son profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx note &#224; ce propos que la force productive isol&#233;e (individuelle) du travail est d&#233;sormais impuissante, non seulement lorsqu'elle ne trouve pas les conditions objectives de production, mais encore lorsqu'elle n'est pas associ&#233;e &#224; de nombreuses autres forces de travail vivantes et soutenue par la science qui se d&#233;veloppe dans tous les secteurs de la soci&#233;t&#233; (de nombreuses d&#233;couvertes viennent de la guerre, ou bien de Chine et d'Arabie, et certaines se font en regardant une marmite ou en se pr&#233;lassant sous un pommier).&lt;br class='autobr' /&gt;
12. Travail productif et improductif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx proc&#232;de &#224; la fa&#231;on d'un bulldozer : il commence par la critique g&#233;n&#233;rale du capitalisme et &#233;branle d'un coup de boutoir l'&#233;difice tout entier, puis il continue dans le d&#233;tail, le rouleau compresseur &#233;crasant au fur et &#224; mesure ce qui reste encore debout. La t&#226;che de Marx est d&#233;j&#224; tr&#232;s avanc&#233;e lorsqu'il aborde la question du travail productif et improductif : il ne s'agit plus que de classifier les diff&#233;rents travaux effec&#173;tu&#233;s dans la soci&#233;t&#233;. Tout serait simple, sans les mystifications de l'apolog&#233;tique bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx nous entra&#238;ne en plein dans l'histoire et la dialectique : il n'entend nullement nous apprendre quels m&#233;tiers - les &#171; productifs &#187; seront maintenus dans la soci&#233;t&#233; future - ce serait utopique et r&#233;actionnaire. Il d&#233;montrerait, bien plut&#244;t, comment la soci&#233;t&#233; capitaliste elle-m&#234;me est de moins en moins productive et de plus en plus improductive, d'apr&#232;s ses propres crit&#232;res d'appr&#233;ciation. [47]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx commence par le travail productif et improductif tel qu'il est d&#233;fini dans la production marchande simple, qui est, en th&#233;orie, proc&#232;s de production imm&#233;diat : est productif tout travail qui se r&#233;alise dans un produit, une marchandise. Dans un sens encore plus large, quiconque aura fabriqu&#233; un objet, m&#234;me s'il n'est pas destin&#233; &#224; l'&#233;change, fait un travail productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mode de production capitaliste, il faut consid&#233;rer comme improductif tout travail qui ne sert pas &#224; augmenter la masse de plus-value, et, en substance, de capital. L'ouvrier doit donc &#234;tre consid&#233;r&#233; comme productif ou improductif en fonction du travail qu'il effectue : tout travail cr&#233;ant de la plus-value, c'est-&#224;-dire valorisant le capital, sera vraiment productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, la mentalit&#233; bourgeoise ne reconna&#238;t pas ce principe, dont les &#233;conomistes classiques &#233;taient pourtant bien proches : consid&#233;rant comme naturels et &#233;ternels la forme capitaliste et le travail salari&#233;, elle finit par appeler productif et utile tout travail qui trouve &#224; s'employer, car sinon il ne serait pas pay&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le texte, Marx dit que toutes les activit&#233;s, depuis celle du roi &#224; celle de la prostitu&#233;e (nous dirions aujourd'hui du pr&#233;sident des &#201;tats-Unis au dernier parasite) sont, en fin de compte, salari&#233;es, et donc consid&#233;r&#233;es comme productives d'une mani&#232;re ou d'une autre. De fait, la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, par exemple - ne demande pas &#224; un individu s'il collabore &#224; la production de certaines marchandises socialement utiles, mais s'il a un &#171; job &#187;. Pourvu qu'il r&#233;ussisse &#224; faire entrer de l'argent dans son bilan personnel, nul ne lui demandera, si son activit&#233; ou le temps pendant lequel il est occup&#233; contribue &#224; la production de quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Anti-D&#252;hring (1878), Marx et Engels affirment qu'avec le capitalisme d&#233;velopp&#233;, &#171; la bourgeoisie s'av&#232;re comme une classe superflue : toutes ses fonctions sociales sont maintenant remplies par des employ&#233;s r&#233;mun&#233;r&#233;s. &#187; (&#201;ditions Soc., p. 323). La mystification est d&#233;sormais &#224; son comble : exploit&#233;s et exploiteurs sont tous des travailleurs salari&#233;s [48], comme s'il n'y avait plus de profiteurs (on pratique, bien s&#251;r, pour ceux-l&#224;, la politique des &#171; hauts salaires &#187;). Qui plus est, tous les salari&#233;s, quels qu'ils soient, sont utiles et indispensables, et ce, bien que le capital d&#233;veloppe davantage les travailleurs improductifs, vivant de la plus-value, que les ouvriers productifs, vivant vraiment d'un salaire cr&#233;ateur de la plus-value. Toutes les &#171; va&#173;leurs &#187; sont d&#233;sormais renvers&#233;es : plus on travaille durement et productivement, plus le salaire est bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mystification s'op&#232;re en reprenant les crit&#232;res de la soci&#233;t&#233; marchande sim&#173;ple, et en rejetant ceux de l'&#233;conomie bourgeoise classique. Si l'on consid&#232;re comme productifs m&#234;me ceux dont la t&#226;che consiste &#224; manger la plus-value cr&#233;&#233;e par d'autres ou &#224; maintenir les obstacles &#224; la production en s'agitant dans la sph&#232;re de la circulation pour r&#233;aliser tant bien que mal les marchandises produites, on peut qualifier pour toujours les capitalistes de &#171; classe productive par excellence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le vieux Malthus, l'ouvrier productif est celui qui augmente directement la richesse de son patron. Aujourd'hui encore, le marxisme d&#233;finit comme travail pro&#173;ductif celui qui produit de la plus-value, du moins tant que nous sommes en soci&#233;t&#233; capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion r&#232;gne sur ce point plus encore qu'il y a un si&#232;cle ou deux, du fait que le syst&#232;me capitaliste devient de plus en plus improductif et parasitaire et se justifie de moins en moins &#224; l'&#233;chelle de l'humanit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
13. Produit brut et produit net&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point aussi, l'&#233;volution est consid&#233;rable entre l'&#233;conomie classique d'antan et l'&#233;conomie vulgaire d'aujourd'hui. Il est normal qu'au d&#233;but du capitalisme, les &#233;conomistes pr&#234;chent les vertus de l'&#233;pargne et pr&#244;nent les mesures les plus efficaces pour obtenir le rendement le plus fort. Et Marx de citer Ricardo. Puisque le but de la production capitaliste (et donc du travail productif) n'est pas l'existence des produc&#173;teurs, mais la production de plus-value, tout travail n&#233;cessaire (salaire) qui ne produit pas de surtravail est superflu et sans valeur pour la production capitaliste. Toute production (produit brut) qui ne sert qu'&#224; l'entretien de l'ouvrier, c'est-&#224;-dire ne con&#173;tient pas de surtravail, est aussi superflu que l'ouvrier lui-m&#234;me. En d'autres termes, il ne faut que le nombre d'hommes qui, dans la soci&#233;t&#233;, est susceptible de cr&#233;er du profit au capital. C'est tout le probl&#232;me des pays sous-d&#233;velopp&#233;s o&#249; le capital est incapable de procurer du travail rentable aux grandes masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, le but de la production capitaliste est le produit net, dont la forme concr&#232;te est le surproduit r&#233;alis&#233; en plus-value. Aujourd'hui, la mystification sur ce point ne porte pas sur le contenu, mais sur les termes : l'&#233;quivoque na&#238;t de la d&#233;finition du produit. Le produit brut est le r&#233;sultat d'ensemble de la production d'une entreprise ou d'une nation enti&#232;re. Or, les bourgeois classiques ne distinguent que deux parties dans le produit brut : le capital total avanc&#233; dans la production, le profit r&#233;alis&#233; dans celle-ci, que chaque entreprise a coutume d'appeler son revenu net.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marxistes ont toujours divis&#233; le produit brut en trois, en distinguant le capital constant et le capital variable, &#224; quoi s'ajoute la plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le produit net est assimil&#233; au revenu net, alors son rapport au produit brut va en diminuant, et nous obtenons la loi marxiste de la baisse tendancielle du taux de profit. [49]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on feint d'admettre la division marxiste du produit brut en trois parties, afin de brouiller les distinctions de classe. Dans ce but, on admet l'existence de la partie constante du produit brut, mais on cherche &#224; confondre - surtout &#224; des fins politiques - la plus-value et les salaires. On en arrive ainsi, &#224; l'Est, &#224; la &#171; propri&#233;t&#233; des moyens de production du peuple &#187;, et &#224; l'Ouest, &#224; la moderne politique des revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On maintient la plus-value pour la part (croissante) &#224; r&#233;investir dans la production nouvelle, et l'on pr&#233;tend &#233;liminer le &#171; profit &#187; en ne versant plus que des &#171; salaires &#187;. Ce qui, entreprise par entreprise, se d&#233;finit comme valeur ajout&#233;e par le travail au cours de la production, est consid&#233;r&#233; comme le patrimoine commun de la classe des entrepreneurs et de la classe travailleuse, et on en d&#233;duit, par exemple, le revenu par t&#234;te d'habitant, sans se demander quelle partie de la population appartient &#224; la classe dominante et quelle autre &#224; la classe exploit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme n'est plus alors un mode de production et de distribution nouveau, mais un capitalisme &#224; peine retouch&#233; par la pr&#233;tendue &#233;limination des revenus d&#233;coulant d'un titre de propri&#233;t&#233; (en fait de quelques revenus d'actionnaires dans les monopoles de l'industrie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cl&#233; de vo&#251;te de la courbe du d&#233;veloppement capitaliste est la composition organique du capital. c'est-&#224;-dire le rapport entre sa partie constante et sa partie variable. Avec les progr&#232;s techniques, la productivit&#233; du travail augmente et du m&#234;me coup ce rapport. La mystification capitaliste cherche &#224; faire croire que la masse de travail objectiv&#233; dans le capital constant n'est pas la base de la domination capitaliste sur la classe ouvri&#232;re, mais un patrimoine commun... puisqu'il participe &#224; cr&#233;er les revenus de tous et profite &#224; toute la nation. [50]&lt;br class='autobr' /&gt;
14. La mystification du capital&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident, m&#234;me aux yeux du simple bon sens, que toutes les forces produc&#173;ti&#173;ves appartiennent au travail, et donc &#224; la classe qui travaille. Mais toute l'organisation de la pr&#233;sente soci&#233;t&#233; et le poids des id&#233;es traditionnelles dont elle est infest&#233;e, conduisent &#224; faire croire que les forces productives sont une propri&#233;t&#233; inh&#233;rente au capital. De la sorte, le caract&#232;re social moderne du travail humain, avec son rende&#173;ment fabuleux, on l'attribue, non &#224; la puissance collective du travail humain, mais &#224; celle du capital. Le capital s'octroie le m&#233;rite de diminuer historiquement le prix des objets manufactur&#233;s produits par le travail associ&#233;, afin de se d&#233;clarer ma&#238;tre pour toujours de ce qui a &#233;t&#233; accumul&#233;. Par ce mensonge et par bien d'autres, il veut faire oublier que, par rapport aux r&#233;gimes antiques, il a provoqu&#233; un rench&#233;rissement des moyens de subsistance vitaux et transform&#233; la majeure partie de l'humanit&#233; en une masse d'affam&#233;s. Pendant ce temps, la petite minorit&#233; des peuples privil&#233;gi&#233;s et de leurs classes sup&#233;rieures elles-m&#234;mes vit sous la menace effrayante de guerres, de crises catastrophiques, d'inflation et de p&#233;nurie g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mystifications du capital ne sont pas de purs et simples mensonges, mais repr&#233;sentent toute l'organisation sociale actuelle qui est d&#233;pass&#233;e et inad&#233;quate par rapport aux forces de production sociales d&#233;velopp&#233;es Par le prol&#233;tariat moderne, Marx ne combat donc pas pour d&#233;voiler la v&#233;rit&#233;, mais pour abattre tout l'ordre ali&#233;n&#233; et mystificateur qui pr&#233;vaut actuellement dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les Fondements, Marx &#233;crit : &#171; Si l'ouvrier d&#233;couvre que les produits du travail sont les siens, s'il condamne sa s&#233;paration d'avec ses conditions de travail et juge qu'on lui impose une situation intol&#233;rable, il aura acquis une immense conscien&#173;ce, qui d&#233;coule d'ailleurs du mode de production reposant sur le capital &#187; (tome I, p. 426-427).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette claire conscience ne d&#233;coule pas de la propagande d'id&#233;es vraies (les mystifications ont une certaine r&#233;alit&#233;), mais de l'&#233;volution du champ des forces sociales. L'ouvrier ne se soumet au futur sort d'esclave ou lutte pour la future condition de ma&#238;tre que parce qu'il choisit, qu'il le veuille ou non, le pr&#233;sent en fonction de l'avenir : il fa&#231;onne son pr&#233;sent dans la perspective de l'avenir. Mais l'avenir se d&#233;ter&#173;mine d&#233;j&#224; dans l'imm&#233;diat. [51] En effet, la dialectique du mouvement imm&#233;diat des choses transforme d&#232;s &#224; pr&#233;sent le futur, soit en d&#233;valorisant le futur de l'esclave comme situation intol&#233;rable, soit en valorisant le futur de l'esclave comme situation tol&#233;rable, selon la crise ou la &#171; prosp&#233;rit&#233; &#187; du capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
15. Le capital produit et reproduit l'ensemble des rapports capitalistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue imm&#233;diat, les entreprises capitalistes produisent des marchandises, dont la valeur d'&#233;change r&#233;alis&#233;e sur le march&#233; est propri&#233;t&#233; exclusive du capi&#173;tal individuel (entreprise ou son propri&#233;taire). Mais dans sa d&#233;finition des caract&#232;res sp&#233;cifiques de la forme, capitaliste, Marx a &#233;tabli que le but de celle-ci n'est pas la valeur d'&#233;change des produits vendus et encore moins leur valeur d'usage, mais la marge b&#233;n&#233;ficiaire que l'on appelle plus-value. C'est pourquoi, le capital est beaucoup plus qu'une masse de marchandises et d'argent, c'est une valeur qui se valorise, une valeur qui engendre plus de la valeur, du capital qui se reproduit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx va encore plus loin : le ph&#233;nom&#232;ne social le plus significatif est que la classe capitaliste - surtout &#224; ses d&#233;buts - ne consomme qu'une petite partie de la plus-value, destinant le reste &#224; l'investissement de capital additionnel. Ainsi le proc&#232;s d'accumu&#173;lation est immanent au proc&#232;s capitaliste de production. Il implique la cr&#233;ation de nouveaux salari&#233;s (femmes, enfants, couches de la population occup&#233;es pr&#233;c&#233;demment dans l'agriculture familiale, etc.) : le capital produit &#224; une &#233;chelle toujours plus large les travailleurs salari&#233;s productifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin : &#171; Le proc&#232;s de valorisation du capital a essentiellement pour but de produire des capitalistes et des travailleurs salari&#233;s. C'est ce que l'&#233;conomie politique oublie compl&#232;tement, car elle ne retient que les choses produites. &#187; Or, la reproduc&#173;tion de ce rapport des classes est &#171; un r&#233;sultat plus important de ce proc&#232;s que n'en sont les produits mat&#233;riels &#187;. [52]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit en termes sociaux et politiques, cela signifie qu'il est impossible au capitalisme, tant qu'il n'est pas abattu par les forces enserr&#233;es dans ses contradictions internes, d'&#234;tre autre chose que lui-m&#234;me, de se &#171; r&#233;former &#187;, &#233;tant condamn&#233; par sa nature m&#234;me a se reproduire continuellement et &#224; une &#233;chelle quantitative toujours plus vaste, avec les caract&#232;res et les rapports entre &#171; personnes &#187;, c'est-&#224;-dire entre les classes, qui le caract&#233;risent de son point de d&#233;part &#224; son point d'arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx montre que des rapports d'une fixit&#233; compl&#232;te se nouent entre les individus dans la sph&#232;re de la circulation et que le proc&#232;s de valorisation de la production capitaliste les produit et les reproduit sans cesse. Cependant, le proc&#232;s de production r&#233;el cr&#233;e bien davantage, malgr&#233; les entraves que repr&#233;sentent toute l'organisation et l'ordre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise : une cr&#233;ation sans cesse nouvelle &#224; une &#233;chelle crois&#173;sante, soit pour le capital une continuelle surproduction : &#171; L'inad&#233;quation crois&#173;sante du d&#233;veloppement productif de la soci&#233;t&#233; aux conditions de production actuelles se manifeste au travers de contradictions tranchantes, de crises et de convulsions. Les destructions violentes de capital dues non pas &#224; des conditions ext&#233;rieures, mais &#224; celles de sa propre conservation, telle est la forme la plus frappante de l'avertissement qui lui est donn&#233; de c&#233;der la place &#224; un mode de production sup&#233;rieure, et de dispara&#238;tre. &#187; [53]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La facult&#233; du travail humain de cr&#233;er des quantit&#233;s plus grandes et des qualit&#233;s nouvelles ne saurait &#234;tre toujours contenue et st&#233;rilis&#233;e : le travail fera voler en &#233;clats les cha&#238;nes qui l'enserrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf. K. Marx &#224; J. Ph. Becker, le 17 avril 1867. Et pour qu'il n'y ait pas de doute sur l'efficacit&#233; de ce missile : sur le plan th&#233;orique, le Capital porte &#224; la bourgeoisie &#171; un coup dont elle ne se rel&#232;vera jamais. &#187; Cf. K. Marx &#224; K. Klings, 4 octobre 1864, in : Lettres sur &#171; le Capital &#187;, pr&#233;sent&#233;es et annot&#233;es par G. Badia, Paris, Ed. Soc., 1964, p. 144.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. K. Marx, le Communisme et la &#171; Gazette g&#233;n&#233;rale &#187; d'Augsbourg, in : Gazette rh&#233;nane, 16 octobre 1842.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cf. Marx-Engels, la Sainte Famille, 1845, Ed. Costes, tome 2, pp. 61-62, et Ed. Soc., p. 48. Dans son acception la plus haute, le d&#233;terminisme ne nie pas la libert&#233;, ni la volont&#233; et son efficacit&#233;, ni la &#171; cr&#233;ation &#187; (si l'on traduit ce mot par Schaffung, travail, production, son caract&#232;re ex nihilo s'estompe) : &#171; La libert&#233; n'est pas dans une ind&#233;pendance r&#234;v&#233;e &#224; l'&#233;gard des lois de la nature mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilit&#233; donn&#233;e par l&#224; m&#234;me de les mettre en &#339;uvre m&#233;thodiquement pour des fins d&#233;termin&#233;es. &#187; cf. Marx-Engels, Anti-D&#252;hring, Ed. Soc., p. 146.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#339;uvre de Marx et d'Engels formant un tout, une question pos&#233;e sur le plan &#171; philoso&#173;phi&#173;que &#187; peut recevoir sa r&#233;ponse dans l' &#171; &#233;conomie &#187;, le Capital par exemple. Au fur et &#224; mesure, la r&#233;ponse est plus &#233;labor&#233;e, et les solutions &#233;tay&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Cf. L&#233;nine, &#338;uvres, tome 13, p. 309 : Programme agraire de la social-d&#233;mocratie dans la premi&#232;re r&#233;volution russe de 1905-1907. Soulign&#233; par nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] &#171; Rien n'est plus dangereux que de vouloir amoindrir en temps de r&#233;volution la port&#233;e des mots d'ordre tactique strictement conformes aux principes... L'&#233;laboration de d&#233;cisions tactiques correctes a une importance &#233;norme pour un parti qui veut diriger le prol&#233;tariat dans un esprit rigoureusement marxiste, et non pas simplement se laisser remorquer par les &#233;v&#233;nements &#187;. L&#233;nine, Deux tactiques de la social-d&#233;mocratie dans la r&#233;volution d&#233;mocratique, 1905, in : &#338;uvres, tome 9, pp. 13-14.&lt;br class='autobr' /&gt;
La seule analyse syst&#233;matique que nous connaissions du rapport entre l'action de L&#233;nine et toutes les phases successives de la r&#233;volution, de la fin du XIX&#176; si&#232;cle &#224; 1917 est celle publi&#233;e par Programma Comunista de 1954 &#224; 1961 : Russia e Rivoluzione nella teoria marxista, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] C'est ce qu'implique, par exemple, la th&#233;orie du passage au socialisme en France par des voies pacifiques. Les principaux &#233;v&#233;nements th&#233;oris&#233;s par Marx-Engels et L&#233;nine - les r&#233;volutions de 1848, la Commune de Paris, 1905 et 1917 - seraient alors &#171; d&#233;pass&#233;s &#187; et la r&#233;volution violente deviendrait une anormalit&#233;, une sorte de particularisme du sous-d&#233;veloppement, voire de l'asiatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] C'est la premi&#232;re des th&#232;ses de la fraction communiste abstentionniste d'Italie, mai 1920, in : Fil du Temps, n&#186; 8. Cette fraction a fond&#233; en janvier 1921 &#224; Livourne le Parti communiste d'Italie, conform&#233;ment aux m&#233;thodes l&#233;ninistes, et collabora &#224; la r&#233;daction des th&#232;ses sur le Parti de l'Internationale communiste (notamment pour la 21&#176; condition).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] L&#233;nine se range lui-m&#234;me parmi les &#171; marxistes dogmatiques &#187; et rejette la &#171; libert&#233; de critique &#187; du marxisme, cf. Que faire ? chap. 1&#176; : Dogmatisme et &#171; libert&#233; de critique &#187;, in :&#338;uvres, tome 5, p. 358-380.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Le VI&#176; chapitre in&#233;dit du Capital de Marx, qui fait l'objet de ce volume, fait partie de ce lot. Il fut publi&#233; pour la premi&#232;re fois dans Arkhiv Marksa i Engelsa, vol. II (VII), sous le titre : Erstes Buch. Der Produktionsprozess des Kapitals. Sechstes Kapitel. Resultate des unmittelbaren Produktionsprozesses, avec en regard la traduction russe, Moscou, 1933, pp. 4-266.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Cf. L&#233;nine, Aus dem philosophischen Nachlass, Berlin, 1961, p. 240, et, en fran&#231;ais, Cahiers Philosophiques, Ed. Soc., p. 149.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Cf. Karel Kosik, la Dialectique du Concret, Ed. Fr. Maspero, BS 15, Paris, 1970, 171 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Cf. En partant du &#171; Capital &#187;, Roman Rosdolsky : la Signification du &#171; Capital &#187; pour la recherche marxiste contemporaine, p. 253, Ed. Anthropos, Paris, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Engels suppose comme admise cette distinction entre marchandise-capital et marchandise simple. &#171; En cons&#233;quence, on voit clairement pourquoi Marx, au d&#233;but du livre I&#176;, part de la simple production marchande qui est pour lui la condition historique pr&#233;alable pour en venir ensuite, en partant de cette base, au capital ; on voit pourquoi il part pr&#233;cis&#233;ment de la marchandise simple et non pas directement de la marchandise d&#233;j&#224; modifi&#233;e, Par le capitalisme qui n'en est, du point de vue conceptuel et historique, que la forme seconde. &#187; Cf. Pr&#233;face au Capital, livre III&#176;, Ed. Soc., vol. VI, pp. 17-18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Marx dit express&#233;ment &#224; la fin de ce qui devait &#234;tre le VI&#176;chapitre. &#171; Ainsi se trouve r&#233;solue la difficult&#233; soulev&#233;e au chapitre I&#176; &#187;. (p. 83).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Une grande partie de la pol&#233;mique portant sur l'opposition entre les &#233;crits philosophiques et &#233;conomiques de Marx repose sur des questions de forme ou de traduction. La traduction fran&#231;aise notamment a &#233;limin&#233; syst&#233;matiquement tout le jargon non seulement philosophique, mais encore dialectique du Capital, en provoquant la col&#232;re d'Engels : &#171; Hier, j'ai lu, en fran&#231;ais, le chapitre sur la l&#233;gislation des fabriques. Sauf tout le respect que j'ai pour l'art avec lequel on a transform&#233; ce chapitre en un fran&#231;ais &#233;l&#233;gant, cela me fait mal au c&#339;ur pour ce beau chapitre. Sa vigueur, sa s&#232;ve et sa vie s'en sont all&#233;es au diable. On paie la possibilit&#233; qu'a l' &#171; &#233;crivain moyen &#187; de s'exprimer avec une certaine &#233;l&#233;gance, par une castration de la langue. Donner la vie &#224; des id&#233;es en fran&#231;ais moderne, cette camisole de force, devient de plus en plus impossible. Ne serait-ce que le renversement de la construction des phrases, rendu presque partout n&#233;cessaire par cette logique formelle p&#233;dante, &#244;te &#224; l'expos&#233; tout ce qu'il a de frappant et de vivant. Je consid&#233;rerais comme une grosse faute que de prendre comme base pour la traduction anglaise le v&#234;tement fran&#231;ais. &#187; Engels &#224; Marx, le 29.X.1873, cf., Lettres sur le Capital &#187;, p. 273. Cf. infra, p. 163 note.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Il serait plus exact de parler de Sixi&#232;me section, puisque c'est &#224; cette subdivision que correspond le texte. Cependant, nous avons gard&#233; la traduction de Sixi&#232;me chapitre, parce que le texte est d&#233;j&#224; connu, en France et &#224; l'&#233;tranger, sous ce nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Marx a regroup&#233; ces rubriques dans le VI&#176; chapitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] C'est l'objet proprement dit du pr&#233;sent manuscrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Ce chapitre est trait&#233; dans le livre IV du Capital (Histoire des Doctrines &#201;conomiques). Trad. J. Molitor, Ed. Costes, 8 vol., cf. vol. 2, pp. 5-215).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Dans &#201;conomies et Soci&#233;t&#233;s, Cahiers de l'I.S.E.A., S&#233;rie &#201;tudes de Marxologie, n&#176; 6, juin 1967, p. 128-175, Maximilien Rubel a publi&#233; une premi&#232;re traduction (environ le tiers) de ce VI&#176; Chapitre, puis il en a donn&#233; de tr&#232;s larges extraits (environ les deux tiers) dans Karl Marx, &#201;conomie II, de la collection La Pl&#233;iade, pp. 365-472. Plus r&#233;cemment, Bruno Maffi a publi&#233; une traduction italienne du VI&#176; chapitre, sans y inclure les Pages Eparses, cf. Marx. Il Capitale : Libro 1, capitolo VI inedito, La Nuova Italia, Firenze, 1969, XXVIII-131 p. Actuellement, une &#233;dition allemande est sous presse en R&#233;publique F&#233;d&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Pour rompre le mur du silence, Marx et Engels all&#232;rent jusqu'&#224; imaginer &#171; d'attaquer le livre d'un point de vue bourgeois pour lancer la discussion &#187;, cf. lettres du 11.IX, 12.IX, 11.X et 18.X.1867, in : Lettres sur &#171; le Capital &#187;. Correspondance Marx-Engels, pr&#233;sent&#233;e et annot&#233;e par Gilbert Badia, Paris, Ed. Soc., pp. 182-187.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Marx a encourag&#233; la r&#233;daction d'abr&#233;g&#233;s ou de r&#233;sum&#233;s du Capital, non seulement pour faciliter l'acc&#232;s &#224; un sujet difficile, mais pour donner au lecteur un premier sch&#233;ma de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] C'est pourquoi Engels d&#233;montrait que les capitalistes ne voudront jamais c&#233;der leurs entreprises aux ouvriers, de mani&#232;re pacifique, en leur vendant les usines &#224; leur valeur de patrimoine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Pour des raisons techniques, le tableau a &#233;t&#233; invers&#233; lors de son &#233;dition HTML. Il faudra donc comprendre &#034;lignes&#034; l&#224; o&#249; l'auteur &#233;crit &#034;colonnes&#034; et r&#233;ciproquement dans le passage qui suit. (N.R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Ici, pp. 98-99 et au livre I&#176;du Capital, 5&#176; section, chap. XVI sur la plus-value absolue et la plus-value relative, Ed. Soc., II, pp. 183-191. Ces deux notions ont un caract&#232;re historique : la plus-value absolue s'obtient au stade o&#249; le capital ne domine que formellement le travail, en augmentant le nombre d'ouvriers salari&#233;s au d&#233;triment de l'agriculture, en prolongeant la journ&#233;e de travail ; la plus-value relative s'obtient au stade de la domination r&#233;elle par l'augmentation de la productivit&#233; technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Au chapitre XV du I&#176; livre du Capital, Marx d&#233;veloppe un autre cas sur l'augmentation de la productivit&#233; g&#233;n&#233;rale qui fait diminuer le co&#251;t de la vie au point qu'il en r&#233;sulte un avantage pour le prol&#233;tariat m&#234;me si son salaire reste constant, quoique la masse et le taux de plus-value puissent augmenter consid&#233;rablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Cf. le Capital, troisi&#232;me livre, vol. VIII des Ed. Soc., p. 146. Cf. &#233;galement le Marxisme et la question agraire (suite) dans la revue ron&#233;otyp&#233;e Fil du Temps, n&#186; 6, pp. 137-139, Jacques Angot, B.P. 24 Paris-19e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Dans la r&#233;daction d&#233;finitive, cette partie e&#251;t form&#233; la conclusion du VI&#176; chapitre, et donc du Livre I&#176;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] En math&#233;matique, le fluente d&#233;signe une fonction variable (int&#233;grale), et la fluxion la diff&#233;rentielle d'une fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Cf. J. Staline, les probl&#232;mes &#233;conomiques du socialisme en U.R.S.S., Ed. Soc, 1952, p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Ibid., pp. 17-18. Dans la Russie de L&#233;nine, il &#233;tait question de dictature du prol&#233;tariat et d'un secteur capitaliste de l'&#233;conomie. D'ailleurs, il est normal qu'un secteur de production non socialiste subsiste alors, puisque la dictature du prol&#233;tariat est un &#233;tat o&#249; l'&#233;conomie est encore antagonique, le prol&#233;tariat, en tant que classe dirigeante, luttant contre les survivances de l'&#233;cono&#173;mie pr&#233;-socialiste. Au fur et &#224; mesure de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'internationale communiste, le but n'&#233;tait plus, comme au d&#233;but, la dictature du prol&#233;tariat &#224; l'&#233;chelle internationale, mais la construction acc&#233;l&#233;r&#233;e de l'&#233;conomie russe ; l'&#233;conomie capitaliste, loin de r&#233;gresser, s'&#233;panouit alors, &#233;tant la meilleure pour accumuler et d&#233;velopper les forces productives, en vue d'accro&#238;tre la production &#224; un rythme &#233;lev&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Staline, certes, essaie de tergiverser, et s'il reconna&#238;t qu'il y a production marchande en Russie, il pr&#233;tend n&#233;anmoins que le salariat n'y existe pas, parce qu'il est absurde de croire que &#171; la classe ouvri&#232;re, poss&#233;dant les moyens de production, se salarie elle-m&#234;me et se vend &#224; elle-m&#234;me sa force de travail &#187;. En fait, les ouvriers russes ne se salarient pas eux-m&#234;mes et vendent leur force de travail &#224; autrui. En th&#233;orie, la personne de cet autrui - capitaliste qui d&#233;tient l'argent, ach&#232;te la force de travail, vend les produits, dirige le proc&#232;s de production et le surveille - n'est pas d&#233;termi&#173;nante pour d&#233;finir le rapport salariat-capital. Peu importe que les capitalistes n&#186; 1, 2 et 3 soient l'&#201;tat, la direction devenue autonome des usines, l'association des entreprises anonymes, les sovkhoz ou kholkoz qui d&#233;tiennent les moyens de subsistance, etc. : l'essentiel dans la d&#233;finition du salariat, c'est qu'il y a production de plus-value accumul&#233;e sous forme mon&#233;taire et de marchan&#173;dises, par une force de travail qui ne peut survivre qu'en vendant sa marchandise-travail. Cf. p. 164.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, Staline pense pouvoir faire de la loi de la valeur marchande un instrument commode pour mesurer la production et les besoins : c'est tourner le dos au marxisme, qui voit dans la marchandise, le salariat, la monnaie et la valeur d'&#233;change des r&#233;alit&#233;s qui ne sont pas susceptibles d'&#234;tre manipul&#233;es, mais qui, au contraire, dominent les hommes. Cf. le Dialogue avec Staline, in : Programme communiste, n&#186; 8, 1959, 55 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Arbeitsverm&#246;gen peut se traduire par facult&#233;, capacit&#233; ou puissance possible du travail, et ce en un double sens : 1&#186; le travail, &#233;tant s&#233;par&#233; des conditions objectives de production, pure force de travail vivante et &#171; subjective &#187;, n'a pas la certitude, mais seulement la possibilit&#233; de produire : pour que cette possibilit&#233; se r&#233;alise, le capitaliste doit &#171; donner &#187; du travail &#224; l'ouvrier ; 2&#186; la force de travail est potentielle, parce que d'une part elle est elle-m&#234;me essentiellement variable (plus ou moins productive, sp&#233;cialis&#233;e, etc.) et que d'autre part elle produit une valeur tout &#224; fait variable, au sens o&#249; elle cr&#233;e un exc&#233;dent par rapport au salaire touch&#233; par l'ouvrier (&#224; la diff&#233;rence du capital constant qui transmet au produit une valeur &#233;quivalente).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] En effet, dans le proc&#232;s de production, les machines et les mati&#232;res premi&#232;res ne fonctionnent pas en raison de leur valeur mon&#233;taire, mais de leur nature et finalit&#233; particuli&#232;res - valeur d'usage - et op&#232;rent dont de mani&#232;re sp&#233;cifique, comme machines et mati&#232;res servant, par exemple, &#224; produire du fil ou des saucissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] Cf. les Fondements, etc., tome I, pp. 314-318. Marx anticipe ici sur la 3&#176; rubrique du VI&#176; chapitre : la production capitaliste est production et reproduction du rapport sp&#233;cifiquement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Dans la partie consacr&#233;e au Produit brut et produit net, Marx pr&#233;voit cette &#233;volution d&#232;s le si&#232;cle dernier : la production capitaliste a pour id&#233;al de diminuer autant que possible le nombre de ceux qui vivent du salaire, et d'augmenter le plus possible le nombre de ceux qui vivent de la plus-value (p. 245).&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon l'&#233;tude Statistiques de la population active pour les ann&#233;es 1956 &#224; 1967 de l'O.C.D.E., la population industrielle n'est plus que de 39,7 % en Europe, de 33,5 % au Japon, de 33,7 % aux &#201;tats-Unis par rapport &#224; la population active totale. L'agriculture n'y forme plus que 20,9 % en Europe, 23,2 % au Japon et 5,5 % aux &#201;tats-Unis, tandis que la population tertiaire est mont&#233;e &#224; 39,4 % en Europe, 43,4 % au Japon et 60,8 % aux &#201;tats-Unis. L'&#233;volution s'accentue non seule&#173;ment depuis ces dix derni&#232;res ann&#233;es, mais elle est la plus prononc&#233;e dans les pays les plus d&#233;ve&#173;lopp&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, le capitalisme ne cesse de prol&#233;tariser de plus en plus les grandes masses. En effet, d'une part, la population agricole diminue de plus en plus, d'autre part, ce sont les masses les plus nombreuses des pays sous-d&#233;veloppes qui perdent de plus en plus la disposition et la propri&#233;t&#233; de leurs instruments de production et deviennent des travailleurs &#171; libres &#187;, c'est-&#224;-dire disponibles &#224; l'exploitation capitaliste. Ce ph&#233;nom&#232;ne est li&#233; &#224; l'expansion du capitalisme dans le monde entier, la fameuse exportation de capitaux des pays les plus d&#233;velopp&#233;s vers les moins d&#233;velopp&#233;s, ph&#233;no&#173;m&#232;ne appel&#233; imp&#233;rialisme et li&#233; fondamentalement au mode de production capitaliste qui se d&#233;finit comme production de plus-value, d'exc&#233;dents. Ainsi, les &#201;tats-Unis voient leur population industrielle diminuer le plus, mais leur exportation de capitaux augmenter le plus : les deux mouvements de prol&#233;tarisation et de d&#233;prol&#233;tarisation sont li&#233;s, mais le premier l'emporte sur le second, &#224; l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] L'expression, pourtant fondamentale, de proc&#232;s de valorisation ne se trouve pas dans la traduction fran&#231;aise du I&#176; livre du Capital, et notamment dans la 3&#176; Section qui traite du proc&#232;s de travail et du proc&#232;s de valorisation. Roy a traduit cette expression par production de plus-value ou production de valeur. Ces d&#233;fectuosit&#233;s de traduction compliquent &#233;videmment la compr&#233;hension du processus par lequel la valeur d'usage et la valeur d'&#233;change de la marchandise se prolongent dans le proc&#232;s de production capitaliste qui est donc proc&#232;s de travail, du point de vue de la valeur d'usage, et proc&#232;s de valorisation, du point de vue de la valeur d'&#233;change.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce m&#234;me chapitre, Marx distingue entre proc&#232;s de valorisation et proc&#232;s de production de valeur simple. Ce dernier consiste &#224; produire une valeur correspondant au remplacement de la valeur du travail pay&#233;, selon le strict principe de l'&#233;quivalence de la production marchande simple. Le proc&#232;s de production de valeur devient proc&#232;s de valorisation (capitaliste) d&#232;s lors qu'il se prolonge au-del&#224; de ce point, autrement dit : produit de la plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] Dans le I&#176; livre du Capital (Ed. Soc. vol. II, pp. 206-209) et au d&#233;but des Pages &#201;parses du VI&#176; Chapitre, Marx d&#233;montre que la force de travail &#233;tant la mesure de toutes les valeurs, il n'est pas possible de la mesurer &#224; elle-m&#234;me. La force vivante du travail n'a pas de valeur, mais (dans le syst&#232;me mercantile) ce qu'elle produit en a. Elle-m&#234;me est pay&#233;e (salaire), non pas pour ce qu'elle vaut, mais pour ce qu'il faut de produits pour reconstituer la vie de la capacit&#233; physique et nerveuse du travail. Il ne s'agit donc pas d'un &#171; truc &#187; comptable, d'une difficult&#233; m&#233;thodologique. Cette constatation historique de premi&#232;re importance ne peut surgir qu'au moment o&#249; les conditions objectives du travail sont compl&#232;tement s&#233;par&#233;es de la force de travail. La conclusion socialiste en est qu'il est absurde de revendiquer la propri&#233;t&#233; de la force de travail, puisque celle-ci, en soi, n'a pas de valeur. Ainsi, Marx consid&#232;re que les syndicats se placent encore sur le plan de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, en s'effor&#231;ant de garantir aux ouvriers la valeur de leur force de travail, seul &#233;l&#233;ment de valeur qui leur appartienne. C'est pourquoi, il leur enjoint d'&#234;tre r&#233;volutionnaires, en luttant aussi pour l'abolition du salariat. Pour la m&#234;me raison, Marx rejette l'utopie d'une soci&#233;t&#233; o&#249;, parce que l'ouvrier est propri&#233;taire de sa force de travail, il recevrait l'int&#233;gralit&#233; du fruit de son travail. D&#232;s lors que les conditions objectives du travail sont r&#233;unies &#224; la force de travail collective, associ&#233;e de mani&#232;re rationnelle et appuy&#233;e par la science, il n'est plus de propri&#233;t&#233; priv&#233;e des individus, des groupes, des nations ou des classes.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce que Marx dit de la propri&#233;t&#233; de la terre qui conditionne, dans les soci&#233;t&#233;s de classe, la propri&#233;t&#233; de tout le reste :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Du point de vue d'une organisation &#233;conomique sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233;, le droit de propri&#233;t&#233; de certains individus sur des parties du globe para&#238;tra tout aussi absurde que le droit de propri&#233;t&#233; d'un individu sur son prochain. [et, &#224; plus forte raison, le droit de propri&#233;t&#233; de l'individu sur lui-m&#234;me]. Une soci&#233;t&#233; enti&#232;re, une nation et m&#234;me toutes les soci&#233;t&#233;s contemporaines r&#233;unies ne sont pas propri&#233;taires de la terre. Elles n'en sont que les possesseurs, elles n'en ont que la jouissance et doivent la transmettre aux g&#233;n&#233;rations futures apr&#232;s l'avoir am&#233;lior&#233;e en bons p&#232;res de famille. &#187; (Capital, III, vol. VIII, Ed. Soc., p. 159).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] Cf. K. Marx, Fondements, etc., tome II, p. 143.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] Ibid.,p. 141, 143.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] Ibid.,p. 142.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] Cf. K. Marx, Capital, livre III, Ed. Sec., vol. VII, p. 47. Marx traite de la question du &#171; salaire du capitaliste &#187; de la page 43 &#224; 54.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Ibid., p. 53. Cette conclusion th&#233;orique peut avoir des effets pratiques consid&#233;rables. Cet apr&#232;s-guerre en fournit la preuve a contrario : apr&#232;s 1945, la C.G.T. a d&#233;fendu parmi les ouvriers le principe de la hi&#233;rarchie des salaires, c'est-&#224;-dire de salaires tr&#232;s &#233;lev&#233;s (pour les improductifs ou op&#233;rateurs du capital) et tr&#232;s bas (pour les productifs). Les masses lutt&#232;rent avec moins de fermet&#233; pour &#233;lever les salaires les plus faibles qui sont les plus nombreux, et n'entam&#232;rent en rien les privil&#232;ges parasitaires du profit des capitalistes. Pourtant, en France m&#234;me, la Commune avait d&#233;j&#224; os&#233;, il y a un si&#232;cle, &#233;galiser des salaires ouvriers &#224; tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;sultat de la reconnaissance de la hi&#233;rarchie des salaires fut une d&#233;moralisation croissante de la classe ouvri&#232;re, perdant de plus en plus sa confiance en soi. Elle d&#233;serta les syndicats plus que dans tout autre pays europ&#233;en de d&#233;veloppement analogue. Aujourd'hui, la France a les salaires les plus bas et les plus hauts, parmi ces pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mots d'ordre tactique doivent d&#233;couler de principes th&#233;oriques justes, la th&#233;orie devenant une force si elle est radicale, c'est-&#224;-dire correspondant &#224; la situation et aux besoins profonds des masses laborieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] Cf. K. Marx, Theorien &#252;ber den Mehrwert, Dietz, Berlin, vol. 2, p. 107.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] Cf. les Facteurs de race et de nation dans la th&#233;orie marxiste, in : Fil du Temps, n&#176; 5, pp. 42, et 33-39. Que la force soit un &#171; acte &#233;conomique &#187; c'est une nouvelle de tous les jours. Par exemple : &#171; A Ghisonaccia. Les habitants barrent la route : ils obtiennent 300.000 F du pr&#233;fet &#187;, in : le Monde, du 14 Ao&#251;t 1969, p. 12, col. 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] Cf. Engels &#224; C. Schmidt, 27. X. 1890, in : K. Marx et Fr. Engels sur la litt&#233;rature et l'art, Ed. Soc., Paris, 1954, p. 158.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46] La production marchande simple s'est, en r&#233;alit&#233;, d&#233;velopp&#233;e au sein de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, &#224; l'abri des privil&#232;ges de l'&#201;tat politique qui garantissait les chartes de franchise de m&#233;tier, les artisans et autres petits-bourgeois formant un &#233;tat &#224; c&#244;t&#233; du clerg&#233; et des seigneurs, etc. Aux &#201;tats-Unis, la production marchande simple semble avoir exist&#233; de par elle-m&#234;me vers la fin du XVIII&#176; lorsque la population de propri&#233;taires parcellaires de la campagne formait 90 % de la population totale. N&#233;anmoins, la violence &#233;tait omnipr&#233;sente, et l'&#201;tat anglais &#224; l'arri&#232;re-plan. Cf. l'&#201;tat et la nation dans la th&#233;orie marxiste, in : Fil du Temps, n&#186; 4, p. 89-102, le chapitre sur la Contribution f&#233;odale au d&#233;veloppement &#233;conomique de la production marchande des communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[47] Dans les Fondements, Marx indique des crit&#232;res meilleurs : &#171; D&#232;s que le travail, sous sa forme imm&#233;diate, a cess&#233; d'&#234;tre la source principale de la richesse [autrement dit, d&#232;s que le travail est socialis&#233;, &#233;tant associ&#233; et b&#233;n&#233;ficiant de la technique et des proc&#233;d&#233;s &#233;labor&#233;s par toutes les g&#233;n&#233;rations humaines], le temps de travail cesse et doit cesser d'&#234;tre la mesure de la valeur d'usage &#187; (tome 2, p. 222.) Le capital ayant accumul&#233; toutes les richesses et facult&#233;s dans le capital fixe, on ne peut plus d&#233;velopper les forces productives qu'en accroissant la force de travail vivante de l'homme. C'est pourquoi : &#171; la richesse v&#233;ritable signifie, en effet, le d&#233;veloppement de la force productive de tous les individus. D&#232;s lors, ce n'est plus le temps de travail, mais le temps disponible qui mesure la richesse. &#187; Ibid., p. 226.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[48] En ce sens, le salariat portant sur la forme mensuelle et comptable de la r&#233;mun&#233;ration, est purement formel, et n'a rien &#224; voir avec le salaire qui est capital variable et source de plus-value. Mais, ce mode formel de r&#233;mun&#233;ration permet, &#224; l'Est comme &#224; l'Ouest, de nier le caract&#232;re capitaliste de l'&#233;conomie, en donnant une m&#234;me apparence ext&#233;rieure &#224; tous les revenus (salaires, profits, rente) des trois classes fondamentales de la soci&#233;t&#233; capitaliste. C'est l&#224; &#233;videmment une, grande force mystificatrice en faveur des classes dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[49] &#201;conomiste plus que m&#233;diocre, Staline a pr&#233;tendu que la tendance du capitalisme moderne &#233;tait la recherche du profit maximum qui remplacerait la loi marxiste de la baisse tendancielle du taux de profit. En fait il a confondu deux choses : historiquement, la masse du produit brut capitaliste augmente, ainsi que la masse du profit net (qui cro&#238;t cependant moins vite). En revanche, le taux de profit baisse tendanciellement.&lt;br class='autobr' /&gt;
En g&#233;n&#233;ral, Staline se place plut&#244;t au niveau de l'&#233;conomie bourgeoise classique des Ricardo qu'au niveau de l'&#233;conomie vulgaire d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e. Avec sa formule &#171; l'homme est le capital le plus pr&#233;cieux &#187;, il se situe m&#234;me au niveau de la soumission formelle du travail au capital, caract&#233;ris&#233;e par la production de la plus-value absolue, o&#249; le capital obtient la majeure partie de sa plus-value en augmentant la dur&#233;e du travail et le nombre des ouvriers, soit le &#171; capital humain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[50] Si l'on confond de la m&#234;me fa&#231;on, tous les revenus (profits et salaires) sur le plan de l'entreprise, on obtient la gestion ouvri&#232;re ou la cogestion des r&#233;gimes aussi bien fasciste, d&#233;mocratique que &#171; socialiste &#187; : le capital constant (installations fixes, machines, etc.) appartient &#224; tous ceux qui sont employ&#233;s par l'entreprise, puisqu'il contribue &#224; leur donner un revenu justifi&#233; par un &#171; job &#187; dans l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[51] Cf. K. Kosik, la Dialectique du concret, pp. 152-153.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[52] Cf. les Fondements, etc., tome I&#176;, pp. 422, 478.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[53] L.c., tome 2, pp. 276-277.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/presentation.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/presentation.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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