<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://matierevolution.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
	<link>https://www.matierevolution.org/</link>
	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://matierevolution.org/spip.php?id_rubrique=26&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
		<url>http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-5aeb8-d0407.jpg?1782615988</url>
		<link>https://www.matierevolution.org/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Iakov Blumkine a &#233;t&#233; assassin&#233; par Staline</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article9637</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article9637</guid>
		<dc:date>2026-06-21T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A Moscou, seuls des cercles &#233;troits du parti sont inform&#233;s de ce que Staline a fait &#224; Blumkine. Ils r&#233;pandent syst&#233;matiquement des rumeurs selon lesquelles Blumkine se serait suicid&#233;. Ainsi Staline, jusqu'&#224; pr&#233;sent, n'ose-t-il pas reconna&#238;tre ouvertement qu'il a ex&#233;cut&#233; le &#034;contre-r&#233;volutionnaire&#034; Blumkine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est tout &#224; fait remarquable que la presse capitaliste mondiale ne se soit pas empress&#233;e d'utiliser l'affaire Blumkine. Elle pense &#224; juste titre que la d&#233;fense des communistes de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A Moscou, seuls des cercles &#233;troits du parti sont inform&#233;s de ce que Staline a fait &#224; Blumkine. Ils r&#233;pandent syst&#233;matiquement des rumeurs selon lesquelles Blumkine se serait suicid&#233;. Ainsi Staline, jusqu'&#224; pr&#233;sent, n'ose-t-il pas reconna&#238;tre ouvertement qu'il a ex&#233;cut&#233; le &#034;contre-r&#233;volutionnaire&#034; Blumkine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout &#224; fait remarquable que la presse capitaliste mondiale ne se soit pas empress&#233;e d'utiliser l'affaire Blumkine. Elle pense &#224; juste titre que la d&#233;fense des communistes de gauche contre les repr&#233;sailles de Staline n'entre pas dans la sph&#232;re de ses int&#233;r&#234;ts. Aussi l'Opposition communiste de gauche est-elle tenue de faire campagne avec d'autant plus de constance et de fermet&#233; pour d&#233;noncer les crimes staliniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier num&#233;ro, nous avons dit qu'outre Blumkine, deux oppositionnels suppl&#233;mentaires avaient &#233;t&#233; fusill&#233;s, les camarades Silov et Rabinovich, Ainsi la question rev&#234;t-elle une importance exceptionnelle : seule la publicit&#233; autour de ses crimes parmi les ouvriers progressistes du monde entier peut arr&#234;ter la sanglante violence de Staline contre les bolcheviks r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ex-communiste Souvarine a vol&#233; au secours de Staline, pr&#233;tendant que Blumkine aurait soi-disant ex&#233;cut&#233; dans le G.P.U. les instructions de l'Opposition et que l'existence m&#234;me du G.P.U. lui dicte d'ex&#233;cuter ceux qu'il emploie quand ils le trahissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvarine en conclut que &#034;dans la treizi&#232;me ann&#233;e de la r&#233;volution&#034;, il faut supprimer le G.P.U.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons aucune raison de nous engager dans un d&#233;bat th&#233;orique avec Souvarine. Nous estimons suffisant de nous limiter &#224; la d&#233;claration suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Blumkine n'a jamais ex&#233;cut&#233; et, du fait m&#234;me du caract&#232;re de son travail, n'aurait jamais pu ex&#233;cuter dans le G.P.U. ou par lui les instructions de l'Opposition. Il suffit d'indiquer qu'il a pass&#233; le plus gros de la derni&#232;re p&#233;riode en Extr&#234;me-Orient, principalement en Mongolie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interdiction faite aux travailleurs du G.P.U. comme de l'arm&#233;e d'avoir d'autres opinions que celles du comit&#233; central aujourd'hui, &#233;quivaut &#224; priver des droits de parti &#233;l&#233;mentaires les communistes qui travaillent dans ces institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls des bureaucrates staliniens pourraient d&#233;fendre une mesure aussi abjecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le G.P.U. est un organe d'autod&#233;fense de la dictature du prol&#233;tariat. Dans la mesure o&#249; la r&#233;volution d'Octobre, m&#234;me dans sa treizi&#232;me ann&#233;e, est entour&#233;e d'un monde d'ennemis, elle ne peut renoncer &#224; de tels organes - la dictature ne peut pas cesser d'&#234;tre une dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls des lib&#233;raux ou des social-d&#233;mocrates en train de devenir lib&#233;raux pourraient voir cette question d'un point de vue formel. Nous l'examinons d'un point de vue de classe : au nom de qui ces mesures de r&#233;pression sont-elles adopt&#233;es ? Contre qui le sont-elles ? Qui servent-elles et pourquoi ? C'est une question d'efficacit&#233; r&#233;volutionnaire, pas de justice au-dessus des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meurtre de Blumkine et, en g&#233;n&#233;ral, les actes de r&#233;pression contre l'opposition l&#233;niniste affaiblissent l'avant-garde r&#233;volutionnaire, sapent le parti et renforcent les ennemis de classe. Nous menons la bataille contre le meurtre - l&#226;che et tra&#206;tre - de Blumkine par Staline, au nom de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nos amis et nos ennemis le sachent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Note tir&#233;e des &#201;crits de L&#233;on Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Jakob Blumkin fusill&#233; par les staliniens. &#187; Biulleten Oppozitsii , num&#233;ro 9, f&#233;vrier-mars 1930. Non sign&#233;. Traduit pour ce volume par Jim Burnett. Des extraits de cet article, dat&#233;s du lendemain, sign&#233;s par Trotsky et r&#233;&#233;crits &#224; la premi&#232;re personne sous forme de lettre &#224; Alfred Rosmer, ont &#233;t&#233; traduits dans The Militant , le 1er mars 1930, sous le titre &#171; L'opposition au service de la r&#233;volution bolchevique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne reste plus aucun doute, m&#234;me pour ceux qui ne voulaient pas le croire : Blumkin a &#233;t&#233; fusill&#233; sous l'accusation d'avoir rendu visite &#224; Trotsky &#224; Constantinople et d'avoir eu une conversation avec lui sur la situation du parti et les t&#226;ches de l'Opposition. [ 1 ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blumkin a &#233;t&#233; fusill&#233; &#8211; sur d&#233;cision du GPU. [ 2 ] Cela n'a pu se produire que parce que le GPU &#233;tait devenu l'instrument personnel de Staline . Pendant les ann&#233;es de guerre civile, la Tch&#233;ka a accompli un travail macabre. Mais elle le faisait sous le contr&#244;le du parti. Des centaines de fois, des protestations, des d&#233;clarations et des demandes d'explications ont fus&#233; de l'int&#233;rieur du parti. &#192; la t&#234;te de la Tch&#233;ka se trouvait Dzerjinski, [ 3 ] un homme d'une autorit&#233; morale exceptionnelle. Il recevait des ordres du Politburo, [ 4 ] dont les membres connaissaient ses opinions personnelles sur tous les sujets et soutenaient ses positions. Tout cela garantissait que la Tch&#233;ka &#233;tait une arme de la dictature r&#233;volutionnaire. &#192; pr&#233;sent, le parti est &#233;trangl&#233;. Avec l'ex&#233;cution de Blumkin, des milliers, voire des dizaines de milliers de membres du parti, se terrent, murmurant des horreurs. &#192; la t&#234;te du GPU se trouve Menjinski, non pas un homme, mais son ombre. [ 5 ] Au sein du GPU, le r&#244;le principal est jou&#233; par Yagoda, [ 6 ] un carri&#233;riste m&#233;prisable qui a li&#233; son destin &#224; Staline et qui est pr&#234;t &#224; ex&#233;cuter tous les ordres qu'on lui donne, sans r&#233;fl&#233;chir ni poser de questions. Le Politburo n'existe pas. Boukharine a d&#233;j&#224; affirm&#233; que Staline tenait les membres du pr&#233;tendu Politburo entre ses mains, [ 7 ] gr&#226;ce &#224; des documents collect&#233;s par le GPU. Dans ces conditions, l'ex&#233;cution de Blumkine relevait de la responsabilit&#233; personnelle de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce crime inou&#239; n'aurait pu passer inaper&#231;u, m&#234;me dans le contexte actuel d'un appareil tout-puissant. Staline n'aurait pu &#234;tre insensible &#224; cette situation auparavant ; et le fait que, malgr&#233; toutes les pr&#233;cautions prises, il ait d&#233;cid&#233; de faire assassiner Blumkin t&#233;moigne de la profonde crainte que cet homme nourrissait de l'Opposition de gauche. Il n'y a aucun doute : Blumkin a &#233;t&#233; victime d'un assassinat pour payer le fait qu'une infime minorit&#233; de l'Opposition ait suivi Radek [ 8 ] et les autres capitulants, au moment m&#234;me o&#249; l'Opposition &#224; l'&#233;tranger remportait d'importants succ&#232;s id&#233;ologiques et organisationnels dans plusieurs pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant ex&#233;cuter Blumkine, Staline entend avertir l'opposition bolchevique-l&#233;niniste internationale qu'il d&#233;tient &#224; l'int&#233;rieur du pays des centaines, voire des milliers d'otages pr&#234;ts &#224; payer de leur vie pour les succ&#232;s du bolchevisme authentique sur la sc&#232;ne mondiale. Autrement dit, apr&#232;s les exclusions du parti, la perte d'emploi, la famine qui accable les familles, l'emprisonnement, le bannissement et l'exil, Staline tente d'intimider les derniers membres de l'opposition encore sous son contr&#244;le par la m&#233;thode du &#171; fusillage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut l'affirmer avec certitude : les r&#233;sultats d&#233;montreront exactement le contraire des objectifs que Staline s'est fix&#233;s. La progression d'un courant id&#233;ologique historiquement progressiste, agissant selon la logique du d&#233;veloppement, ne sera ni intimid&#233;e ni r&#233;prim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s l'insurrection des SR de gauche &#8211; alors qu'il n'avait que dix-huit ans, il lan&#231;a une bombe &#224; Mirbach [ 9 ] &#8211; Blumkin rejoignit les bolcheviks et joua un r&#244;le h&#233;ro&#239;que dans la guerre civile. Peu apr&#232;s, il travailla au secr&#233;tariat militaire de Trotsky. Par la suite, il travailla principalement pour le GPU, mais aussi pour l'arm&#233;e et le parti. Il accomplit des missions &#224; haute responsabilit&#233;. Son d&#233;vouement &#224; la R&#233;volution d'Octobre et au parti &#233;tait absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; ses derniers instants, Blumkin s'est consacr&#233; &#224; des fonctions sovi&#233;tiques importantes. Comment pouvait-il y rester, &#233;tant de l'opposition ? Cela tient &#224; la nature m&#234;me de son travail, qui rev&#234;tait un caract&#232;re tout &#224; fait individuel. Blumkin n'avait rien &#8211; ou presque rien &#8211; &#224; voir avec les cellules du parti ou les discussions sur les probl&#232;mes du parti, etc. Mais cela ne signifiait pas qu'il dissimulait ses opinions. Au contraire, &#224; Menjinski et &#224; Trilisser [ 10 ] &#8211; ancien chef de la section &#233;trang&#232;re du GPU &#8211;, Blumkin a d&#233;clar&#233; que ses sympathies allaient &#224; l'opposition, mais qu'il allait de soi qu'il &#233;tait pr&#234;t &#8211; comme tout opposant &#8211; &#224; accomplir son devoir en faveur de la d&#233;fense de la R&#233;volution d'Octobre. Menjinski et Trilisser consid&#233;raient Blumkin comme irrempla&#231;able, et ils ne se trompaient pas. Ils l'ont maintenu dans ses fonctions, qu'il a poursuivies jusqu'&#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blumkin a bel et bien cherch&#233; &#224; rencontrer le camarade Trotsky &#224; Constantinople. Comme mentionn&#233; pr&#233;c&#233;demment, Blumkin &#233;tait &#233;troitement li&#233; &#224; Trotsky, ayant travaill&#233; dans son secr&#233;tariat. Il avait notamment pr&#233;par&#233; l'un des ouvrages militaires du camarade Trotsky (dont la pr&#233;face fait mention). Blumkin a donc cherch&#233; &#224; rencontrer Trotsky &#224; Constantinople pour conna&#238;tre son analyse de la situation et v&#233;rifier s'il agissait correctement en restant au service d'un gouvernement qui d&#233;portait, exilait et emprisonnait ses plus proches compagnons de pens&#233;e. Le camarade Trotsky lui a r&#233;pondu qu'il agissait bien s&#251;r parfaitement correctement en accomplissant son devoir r&#233;volutionnaire &#8211; non pas envers le gouvernement stalinien, qui avait usurp&#233; les droits du parti, mais envers la R&#233;volution d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article de Yaroslavsky [ 11 ], il est fait mention d'une conversation, durant l'&#233;t&#233;, entre le camarade Trotsky et un visiteur, au cours de laquelle ce dernier aurait pr&#233;dit la fin rapide et in&#233;vitable du pouvoir sovi&#233;tique. Il va sans dire que ce flagorneur m&#233;prisable ment. Mais, &#224; la lumi&#232;re de ces propos, nous estimons que cette remarque se rapporte &#224; la conversation du camarade Trotsky avec Blumkin. Interrog&#233; par Blumkin sur le lien entre son travail et son adh&#233;sion &#224; l'Opposition, le camarade Trotsky lui r&#233;pondit, entre autres, que son exil &#224; l'&#233;tranger, comme l'emprisonnement d'autres camarades, ne modifiait en rien notre ligne fondamentale ; qu'au moment du danger, les Oppositionnistes seraient aux premi&#232;res loges ; qu'&#224; l'heure o&#249; Staline rencontrerait des difficult&#233;s, ce dernier ferait appel &#224; eux, comme Tseretelli avait fait appel aux bolcheviks contre Kornilov. [ 12 ] &#192; ce propos, il ajouta : &#171; Pourvu qu'il ne soit pas trop tard pour aider. &#187; Apr&#232;s son arrestation, Blumkin pr&#233;senta &#233;videmment cette conversation comme preuve de la sinc&#233;rit&#233; des sentiments et des intentions de l'Opposition. Il ne faut pas oublier que le camarade Trotsky fut exil&#233;, accus&#233; de pr&#233;parer un soul&#232;vement arm&#233; contre le pouvoir sovi&#233;tique. Par l'interm&#233;diaire de Blumkin, une lettre d'information destin&#233;e aux sympathisants parvint &#224; Moscou. On y lisait essentiellement les id&#233;es expos&#233;es dans plusieurs articles de Trotsky : la r&#233;pression stalinienne &#224; notre encontre ne signifiait pas pour autant une trahison de la nature de classe de l'&#201;tat, mais seulement qu'elle pr&#233;parait et facilitait une telle trahison ; notre voie, comme auparavant, demeure celle de la r&#233;forme, et non celle de la r&#233;volution ; il faut s'attendre &#224; une lutte acharn&#233;e pour nos id&#233;es pendant encore longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a ensuite appris que Blumkin avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et que la lettre envoy&#233;e par son interm&#233;diaire &#233;tait parvenue entre les mains de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blumkin n'a pas &#233;t&#233; fusill&#233; en 1918 pour avoir particip&#233; &#224; une insurrection arm&#233;e contre le pouvoir sovi&#233;tique, mais il l'a &#233;t&#233; en 1929 pour avoir servi avec abn&#233;gation la cause de la R&#233;volution d'Octobre, se d&#233;marquant toutefois sur des questions importantes de la faction stalinienne, et pour avoir consid&#233;r&#233; comme son devoir de diffuser les id&#233;es des bolcheviks-l&#233;ninistes (Opposition).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout &#224; fait possible que Staline tente d'utiliser une variante pernicieuse, dans le style associ&#233; &#224; l'&#171; officier Wrangel &#187; [ 13 ] &#8211; pr&#233;parant un soul&#232;vement arm&#233; ou des actes terroristes. Nous devons nous pr&#233;parer &#224; ce genre d'abjection. Une telle explication, cependant, n'aura gu&#232;re d'effets significatifs. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, elle rappelle trop les m&#233;thodes polici&#232;res bonapartistes [ 14 ] et, en particulier, dans sa lutte contre l'Opposition, Staline a d&#233;j&#224;, de fait, &#233;puis&#233; toutes ses ressources. Il est inutile de rappeler que la position de principe adopt&#233;e par Blumkine en notre nom &#224; tous excluait de sa part toute forme de lutte aventuriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Blumkin (1899-1929) &#233;tait un terroriste social-r&#233;volutionnaire de gauche devenu communiste et fonctionnaire du GPU. Il travailla un temps au secr&#233;tariat de Trotsky, o&#249; il participa &#224; l'&#233;dition du premier tome de son ouvrage * Comment la r&#233;volution s'est arm&#233;e* . Il fut le premier sympathisant russe de l'Opposition de gauche &#224; rendre visite &#224; Trotsky en exil en Turquie. Portant une lettre de Trotsky &#224; l'Opposition, il fut d&#233;nonc&#233; au GPU et fusill&#233; en d&#233;cembre 1929. L&#233;on Trotsky (1879-1940) devint r&#233;volutionnaire en 1896 et collaborateur de L&#233;nine sur le projet Iskra en 1902. Il rompit avec L&#233;nine l'ann&#233;e suivante en raison de d&#233;saccords sur la nature du parti r&#233;volutionnaire et se rallia aux mencheviks. Il rompit de nouveau avec eux l'ann&#233;e suivante et tenta, durant la d&#233;cennie qui suivit, de r&#233;unir les factions. Lors de la r&#233;volution de 1905, il dirigea le Soviet de Saint-P&#233;tersbourg et d&#233;veloppa la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. En 1915, il r&#233;digea le Manifeste Zimmerwald contre la guerre. Il adh&#233;ra au Parti bolchevique en 1917, fut &#233;lu &#224; son Comit&#233; central et organisa l'insurrection qui rendit possible la cr&#233;ation du nouvel &#201;tat sovi&#233;tique. Son premier poste au sein du gouvernement fut celui de commissaire aux Affaires &#233;trang&#232;res. Puis, en tant que commissaire &#224; la Guerre, il organisa l'Arm&#233;e rouge et la mena &#224; la victoire apr&#232;s trois ann&#233;es de guerre civile et d'intervention imp&#233;rialiste. Il fonda l'Opposition de gauche en 1923 et lutta pendant la d&#233;cennie suivante pour ramener l'Union sovi&#233;tique et le Komintern &#224; l'internationalisme l&#233;niniste et &#224; la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne. Vaincu par la faction stalinienne, il fut exclu du Parti communiste et du Komintern, et exil&#233; en Turquie en 1929. En 1933, il cessa ses efforts pour r&#233;former le Komintern et appela &#224; la cr&#233;ation d'une nouvelle Internationale. Il consid&#233;rait son travail au sein de la Quatri&#232;me Internationale comme le plus important de sa carri&#232;re. Le nom de Constantinople a &#233;t&#233; officiellement chang&#233; en Istanbul en 1930, mais beaucoup de gens ont continu&#233; &#224; utiliser l'ancien nom pendant un certain temps apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; GPU &#233;tait l'un des noms abr&#233;g&#233;s de la police politique sovi&#233;tique ; d'autres noms &#233;taient Cheka, NKVD, MVD, KGB, etc., mais GPU est souvent utilis&#233; &#224; leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; F&#233;lix Dzerjinski (1877-1926), fondateur du Parti social-d&#233;mocrate polonais, participa activement aux mouvements r&#233;volutionnaires polonais et russe. Apr&#232;s la r&#233;volution russe, il dirigea la Tch&#233;ka d&#232;s sa cr&#233;ation en d&#233;cembre 1917, puis le Conseil supr&#234;me de l'&#233;conomie nationale &#224; partir de 1924.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sous L&#233;nine, le Politburo &#233;tait un organe subordonn&#233; au Comit&#233; central du Parti communiste russe. Le premier Politburo, &#233;lu en 1919, &#233;tait compos&#233; de L&#233;nine, Trotsky, Kamenev, Krestinsky et Staline. Apr&#232;s le XVIe Congr&#232;s, alors que le Comit&#233; central et le Politburo &#233;taient devenus des chambres d'enregistrement des d&#233;cisions de Staline, le Politburo comprenait Staline, Kaganovitch, Kalinine, Kirov, Kosior, Kou&#239;bychev, Molotov, Roudzoutak, Rykov et Vorochilov. En d&#233;cembre 1930, Rykov fut destitu&#233; et remplac&#233; par Ordjonikidze.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vyacheslav Menzhinsky (1874-1934) a succ&#233;d&#233; &#224; Dzerzhinsky &#224; la t&#234;te de la police secr&#232;te sovi&#233;tique en 1926, mais il n'en &#233;tait que nominalement responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Henry Yagoda (1891-1938) &#233;tait le principal lieutenant de Staline au sein du GPU. Apr&#232;s avoir supervis&#233; l'organisation du proc&#232;s de Moscou de 1936, il fut lui-m&#234;me jug&#233; en 1938, reconnu coupable et ex&#233;cut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Boukharine (1888-1938), pr&#233;sident du Komintern de 1926 &#224; 1929, &#233;tait un vieux bolchevik repr&#233;sentant l'aile droite du Parti communiste, alli&#233; &#224; Staline contre l'aile gauche. La r&#233;pression stalinienne contre les dirigeants de l'Opposition de droite d&#233;buta peu apr&#232;s l'expulsion de l'Opposition de gauche par le XVe Congr&#232;s, fin 1927 ; fin 1929, ces dirigeants capitul&#232;rent face &#224; Staline. Boukharine d&#233;non&#231;a la mainmise de Staline sur le Politburo en 1929, quelques mois avant d'en &#234;tre destitu&#233;. Malgr&#233; sa capitulation, il fut ex&#233;cut&#233; &#224; l'issue du troisi&#232;me proc&#232;s de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Radek (1885-1939) fut un r&#233;volutionnaire de premier plan en Pologne et en Allemagne avant la Premi&#232;re Guerre mondiale, et un dirigeant du Komintern. Figure de proue de l'opposition de gauche, il fut l'un des premiers &#224; capituler face &#224; Staline apr&#232;s son expulsion et sa d&#233;portation. R&#233;int&#233;gr&#233; au parti en 1930, il travailla comme propagandiste pour Staline jusqu'&#224; son arrestation lors du second proc&#232;s de Moscou, o&#249; il fut condamn&#233; &#224; dix ans de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les SR de gauche &#233;taient une faction dissidente du Parti social-r&#233;volutionnaire (SR) en 1917. Ils particip&#232;rent bri&#232;vement &#224; une coalition avec les bolcheviks au sein du nouveau gouvernement sovi&#233;tique, mais rejoignirent rapidement l'opposition &#171; par la gauche &#187;. Ils organis&#232;rent une insurrection contre le gouvernement sovi&#233;tique en 1918, apr&#232;s que celui-ci eut vot&#233; l'acceptation des conditions allemandes pour la fin de la guerre. Mirbach (1871-1918), nomm&#233; ambassadeur d'Allemagne &#224; Moscou en avril 1918, fut assassin&#233; en juillet par les SR de gauche, qui souhaitaient faire &#233;chouer le trait&#233; de paix de Brest-Litovsk entre l'Allemagne et la r&#233;publique sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; M.A. Trilisser , un vieux bolchevik, &#233;tait un fonctionnaire du GPU et fut promu &#224; la t&#234;te d'une section sp&#233;ciale du Komintern en 1935, dont la fonction &#233;tait d'&#233;purer le Komintern. Il disparut lors des purges de 1937-1938.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Emelyan Yaroslavsky (1878-1943) &#233;tait un sp&#233;cialiste stalinien de premier plan dans l'extirpation du &#171; trotskisme &#187;, ce qui, cependant, ne l'a pas emp&#234;ch&#233; de tomber en disgr&#226;ce en 1931-32 lorsqu'il n'a pas r&#233;ussi &#224; suivre le rythme exig&#233; par Staline dans la r&#233;&#233;criture de l'histoire sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Iraklii Tseretelli (1882-1959) &#233;tait un ministre menchevik du gouvernement provisoire de coalition, de mars &#224; ao&#251;t 1917. Bien que ce gouvernement ait pers&#233;cut&#233; et emprisonn&#233; les bolcheviks, il les a appel&#233;s &#224; aider &#224; combattre et &#224; vaincre la pouss&#233;e contre-r&#233;volutionnaire contre le gouvernement provisoire men&#233;e par son propre commandant en chef, le g&#233;n&#233;ral tsariste Lavr G. Kornilov (1870-1918).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; le GPU tenta de discr&#233;diter l'Opposition de gauche en pr&#233;tendant qu'un &#171; officier Wrangel &#187; cherchait &#224; entrer en contact avec ses membres. Piotr N. Wrangel (1878-1928) &#233;tait un g&#233;n&#233;ral de la Garde blanche qui avait combattu pour renverser les Soviets pendant la guerre civile. Cette tentative de pr&#233;senter les opposants comme des collaborateurs des contre-r&#233;volutionnaires se retourna contre le GPU, contraint d'admettre que le pr&#233;tendu officier Wrangel &#233;tait en r&#233;alit&#233; un agent du GPU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; bonapartisme est un terme marxiste d&#233;signant une dictature ou un r&#233;gime pr&#233;sentant certaines caract&#233;ristiques d'une dictature, en p&#233;riode de fragilit&#233; de la domination de classe ; il repose sur l'arm&#233;e, la police et la bureaucratie d'&#201;tat, plut&#244;t que sur des partis parlementaires ou un mouvement de masse. Dans les ann&#233;es 1930, Trotsky distinguait deux types de bonapartisme : bourgeois et sovi&#233;tique. Ses &#233;crits les plus importants sur le bonapartisme bourgeois (qu'il distinguait du fascisme) se trouvent dans *La Lutte contre le fascisme en Allemagne* (Pathfinder Press, 1971). Sa conception du bonapartisme sovi&#233;tique trouve sa forme d&#233;finitive dans son essai &#171; L'&#201;tat ouvrier, Thermidor et le bonapartisme &#187;, *&#201;crits*, p. 34-35 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://wikirouge-net.translate.goog/texts/en/Jakob_Blumkin_Shot_by_the_Stalinists?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://wikirouge-net.translate.goog/texts/en/Jakob_Blumkin_Shot_by_the_Stalinists?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre camarade Iakov Gregorievitch Blumkine fut assassin&#233; &#8211; fusill&#233; &#8211; en d&#233;cembre 1929. Nous veillerons &#224; ce que cette puissante figure de combattant ne soit pas oubli&#233;e. Il avait eu une vie &#233;pique. Terroriste socialiste-r&#233;volutionnaire de gauche, il avait ex&#233;cut&#233;, par ordre de son parti, en 1918, le comte Mirbach, ambassadeur d'Allemagne &#224; Moscou. Pass&#233; un peu plus tard au parti communiste, il avait rempli les missions les plus p&#233;rilleuses en Ukra&#239;ne et en &#233;tait revenu couvert de blessures. En Perse, au d&#233;but de 1919, il avait dirig&#233; la tentative r&#233;volutionnaire de Koutchouk Khan dans le Ghilan. Plus tard, organisateur de l'arm&#233;e de la R&#233;publique de Mongolie, collaborateur des Izvestia dans laquelle il donnait des articles remarqu&#233;s sur Joffre et Foch, charg&#233; de missions secr&#232;tes aux Indes, en Egypte, &#224; Constantinople&#8230;. Il vit l&#224; Trotski banni et s'offrit &#224; transmettre un message de lui &#224; des camarades de Moscou. (Cette lettre exposait les tendances de l'opposition &#224; l'&#233;tranger et demandait que l'on tent&#226;t de diffuser en Russie le Bulletin &#233;dit&#233; &#224; Paris. Trahi &#224; son retour &#224; Moscou, il eut un entretien avec Radek qui, d'apr&#232;s mes renseignements personnels, lui aurait conseill&#233; de se rendre chez Ordjonikidz&#233;, &#171; le seul homme qui pourrait te sauver, car le G&#233;orgien (Staline) ne te manquera pas&#8230; &#187; Blumkine, de chez Radek, t&#233;l&#233;phona &#224; Ordjonikidz&#233;, prit rendez-vous avec lui au Kremlin. Mais les t&#233;l&#233;phones &#233;taient surveill&#233;s, il fut arr&#234;t&#233; en sortant et bient&#244;t fusill&#233; sur l'ordre personnel de Staline. Il avait v&#233;cu courageusement, il mourut de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7380&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7380&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Yakov_Blumkin?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Yakov_Blumkin?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/texts/fr/Staline_et_son_Agabekov&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://wikirouge.net/texts/fr/Staline_et_son_Agabekov&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La strat&#233;gie r&#233;volutionnaire de Marx, Engels, L&#233;nine et Trotsky...</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article9459</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article9459</guid>
		<dc:date>2026-06-15T22:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La strat&#233;gie de Marx, Engels, L&#233;nine et Trotsky n'est ni opportuniste, ni peureuse, ni gauchiste, ni inutilement aventuri&#232;re. Elle est v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx/Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4825 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3367 &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/02/vil19180225.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110h.htm (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La strat&#233;gie de Marx, Engels, L&#233;nine et Trotsky n'est ni opportuniste, ni peureuse, ni gauchiste, ni inutilement aventuri&#232;re. Elle est v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx/Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4825&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4825&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3367&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3367&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/02/vil19180225.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/02/vil19180225.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110h.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110h.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1919/03/d8c/vil19190300-02c8.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1919/03/d8c/vil19190300-02c8.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical222.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical222.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv39.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv39.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1921/08/lt19210819b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1921/08/lt19210819b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/01/320127n.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/01/320127n.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie r&#233;volutionnaire aujourd'hui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8300&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8300&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5769&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5769&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8249&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8249&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Etat policier ne prot&#232;ge pas les enfants et la population</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article9631</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article9631</guid>
		<dc:date>2026-06-14T22:08:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ils s'adressent tous &#224; l'Etat capitaliste pour qu'il agisse aux c&#244;t&#233;s des enfants viol&#233;s ou violent&#233;s alors que l'Etat n'est nullement de leur c&#244;t&#233;... &lt;br class='autobr' /&gt;
La lib&#233;ration des femmes et des enfants n'est jamais venue et ne viendra jamais des institutions de la bourgeoisie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le capitalisme d&#233;liquescent et sous perfusion, plus antisocial et sanglant que jamais, est encore plus incompatible avec la libert&#233; des femmes et des enfants&#8230;&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ils s'adressent tous &#224; l'Etat capitaliste pour qu'il agisse aux c&#244;t&#233;s des enfants viol&#233;s ou violent&#233;s alors que l'Etat n'est nullement de leur c&#244;t&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ration des femmes et des enfants n'est jamais venue et ne viendra jamais des institutions de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme d&#233;liquescent et sous perfusion, plus antisocial et sanglant que jamais, est encore plus incompatible avec la libert&#233; des femmes et des enfants&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17644 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.org/IMG/png/1000067194.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH708/1000067194-46d9d.jpg?1782641227' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17641 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.org/IMG/png/1000067188.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/1000067188-bf121.jpg?1782641227' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17640 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.org/IMG/png/1000067186.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH708/1000067186-a76f4.jpg?1782641227' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17643 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.org/IMG/png/1000067193.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/1000067193-0911f.jpg?1782641227' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17639 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.org/IMG/png/1000067075_1_.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/1000067075_1_-95c5e.jpg?1782641227' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17642 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.org/IMG/png/1000067190.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/1000067190-37b27.jpg?1782641228' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.org/IMG/png/sans_titre-12.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH707/sans_titre-12-ee065.jpg?1782641228' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.org/IMG/png/mandon_4.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/mandon_4-ce510.jpg?1782641228' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17650 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.org/IMG/png/mandon_5.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/mandon_5-ba4c4.jpg?1782641228' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;volte prol&#233;tarienne au Kenya</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8946</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article8946</guid>
		<dc:date>2026-06-06T22:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte de classes - Class struggle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous diffusons ici non pas un article de Voix des Travailleurs mais un texte que nous transmet le groupe &#171; Guerre de classe &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;volte prol&#233;tarienne au Kenya &#8211; Contre toutes les falsifications bourgeoises ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sentation de &#171; Guerre de classe &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte que nous pr&#233;sentons ici sur la tr&#232;s r&#233;cente vague de lutte de classe qui a balay&#233; le Kenya (et qui le balaye toujours au moment o&#249; nous &#233;crivons) ne pr&#233;tend pas &#234;tre &#171; complet &#187;, ni &#234;tre une analyse &#171; s&#233;rieuse &#187;, &#171; objective &#187; et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;5- La formation de la conscience de classe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot278" rel="tag"&gt;Lutte de classes - Class struggle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous diffusons ici non pas un article de Voix des Travailleurs mais un texte que nous transmet le groupe &#171; Guerre de classe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;volte prol&#233;tarienne au Kenya &#8211; Contre toutes les falsifications bourgeoises !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation de &#171; Guerre de classe &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte que nous pr&#233;sentons ici sur la tr&#232;s r&#233;cente vague de lutte de classe qui a balay&#233; le Kenya (et qui le balaye toujours au moment o&#249; nous &#233;crivons) ne pr&#233;tend pas &#234;tre &#171; complet &#187;, ni &#234;tre une analyse &#171; s&#233;rieuse &#187;, &#171; objective &#187; et p&#233;dante de la situation. Nous ne sommes pas l&#224; pour faire un simple diagnostic des maux du Capital, nous sommes l&#224; pour en &#234;tre le fossoyeur ! Nous n'avons que faire des &#171; savantes &#187; et &#171; brillantes &#187; analyses de l'&#233;conomie politique bourgeoise, tant pris&#233;es par toutes les couleurs et les nuances du prisme de la gauche et de l'extr&#234;me gauche du capital, analyses qui &#233;crasent du poids de leurs chiffres, de leurs pourcentages, de leurs graphiques, de leurs courbes, de leur logorrh&#233;e&#8230; toute expression de la vie de notre classe et de sa lutte, toute manifestation du vivant. Pour ce qui nous concerne, nous adressons simplement et modestement un vibrant et chaleureux salut &#224; nos fr&#232;res et s&#339;urs de classe en lutte au Kenya, comme partout ailleurs dans cet enfer capitaliste qui s'impose &#224; notre humanit&#233;, et nous les appelons &#224; tenir t&#234;te, apr&#232;s l'avoir relev&#233;e, &#224; s'organiser toujours plus puisement pour les luttes &#224; venir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 juin 2024, les manifestations ont commenc&#233; &#224; Nairobi, avec l'occupation de la place devant le Parlement national et, d&#232;s le d&#233;but, des affrontements avec les forces r&#233;pressives de l'&#201;tat. L'&#233;l&#233;ment d&#233;clencheur de ces manifestations &#233;tait la proposition du projet de loi de finances 2024 par le pr&#233;sident du Kenya, M. Ruto. Son adoption entra&#238;nerait une augmentation des prix d'un large &#233;ventail de produits de base, allant du pain, des &#339;ufs, des l&#233;gumes et de l'huile de cuisson &#224; l'essence et aux produits d'hygi&#232;ne n&#233;cessaires aux femmes et aux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, en raison de la nature de l'organisation du capital au Kenya, si on souhaite obtenir un emploi dans &#171; l'&#233;conomie du secteur des services urbains &#187;, on n'a pas d'autre choix que de devenir ce que l'on appelle un &#171; auto-entrepreneur &#187; et on doit acheter son propre &#233;quipement, sa propre essence et payer les taxes &#224; l'&#201;tat, m&#234;me si on travaille ensuite pour une grande entreprise technologique, une soci&#233;t&#233; de m&#233;dias sociaux ou une agence locale de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a incit&#233; les prol&#233;taires dont l'appartenance de classe est masqu&#233;e par l'id&#233;ologie bourgeoise, qui leur donne l'illusion d'&#234;tre des &#171; entrepreneurs priv&#233;s &#187;, et qui &#233;taient les plus touch&#233;s par les changements, &#224; devenir les initiateurs des protestations. Et tout comme dans le cas du mouvement des Gilets Jaunes en France, les grands m&#233;dias aussi bien que la gauche du capital &#224; l'id&#233;ologie ouvri&#233;riste ont saut&#233; sur l'occasion pour interpr&#233;ter les manifestations comme un mouvement &#171; petit bourgeois &#187;, &#171; contre la corruption du gouvernement &#187;, &#171; la fiscalit&#233; injuste &#187;, &#171; pour plus de d&#233;mocratie &#187;, etc. Tout comme dans le cas des Gilets Jaunes, nous voulons souligner la nature prol&#233;tarienne du mouvement qui s'exprime et se confirme dans l'expropriation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des marchandises, les attaques contre l'infrastructure et les symboles de l'&#201;tat et le refus de toute m&#233;diation bourgeoise, malgr&#233; l'occasionnel &#171; citoyen enrag&#233; &#187; qui pleurniche sur TikTok que la nouvelle loi &#171; nuit &#224; ses affaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet arrangement, o&#249; la classe des capitalistes est capable de profiter des circonstances locales et de d&#233;charger une partie des co&#251;ts des moyens de production sur les &#233;paules du prol&#233;tariat, n'a rien de nouveau ni d'extraordinaire. Cela ne change en rien le fait que la force de travail du prol&#233;tariat est exploit&#233;e par le rapport social d&#233;sincarn&#233; qu'est le Capital ; pas plus que lorsque les ouvriers qui construisaient le chemin de fer &#224; travers le Midwest am&#233;ricain &#233;taient oblig&#233;s d'acheter &#171; leurs propres &#187; pelles et &#171; leur propre &#187; dynamite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuelle explosion sociale survient pr&#232;s d'un an apr&#232;s qu'un projet de loi similaire, ayant pour effet d'augmenter drastiquement le co&#251;t de la vie pour les prolos au Kenya, ait entra&#238;n&#233; plusieurs jours d'&#233;meutes endommageant l'autoroute et plusieurs gares ferroviaires de Nairobi. Entre-temps, le Kenya a &#233;galement connu des manifestations contre les coupures d'eau et d'&#233;lectricit&#233;, l'occupation de l'universit&#233; de Meru par ses &#233;tudiants et, r&#233;cemment, une gr&#232;ve de deux mois des travailleurs du secteur de la sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement aux manifestations pr&#233;c&#233;dentes, o&#249; les milliardaires Odinga, Kenyatta et quelques autres pouvaient au moins faire semblant de repr&#233;senter le mouvement et essayer d'exploiter ses contradictions internes et ses illusions pour obtenir un certain soutien &#233;lectoral, cette fois-ci, au grand dam des m&#233;dias, aucune figure pouvant pr&#233;tendre au titre de &#171; leader &#187; ne peut &#234;tre trouv&#233;e. Bien s&#251;r, si le mouvement fait preuve d'un degr&#233; &#233;lev&#233; de &#171; spontan&#233;it&#233; &#187; dans le sens o&#249; les prol&#233;taires en lutte, o&#249; qu'ils soient, comprennent qui est leur ennemi de classe et n'ont pas besoin de d&#233;lib&#233;rer pendant des jours pour choisir leurs cibles, cela n'implique pas l'absence d'organisation. Les m&#233;thodes adopt&#233;es par le mouvement consistent &#224; s'organiser &#224; la fois en ligne et au niveau des quartiers et impliquent &#224; la fois des structures pr&#233;existantes actives dans les luttes pr&#233;c&#233;dentes et des structures nouvellement cr&#233;&#233;es qui donnent une direction au mouvement. Le crowd sourcing est utilis&#233; pour les d&#233;penses m&#233;dicales ainsi que les frais d'avocat et certains m&#233;decins ont rejoint le mouvement et soignent les bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Nairobi, les manifestations se sont rapidement &#233;tendues &#224; Kisumu, Eldoret, Mombasa, Lamu et &#224; d'autres grandes villes ainsi qu'&#224; de nombreuses petites localit&#233;s. Les revendications &#171; &#233;conomiques &#187; initiales ont fusionn&#233; organiquement avec la rage prol&#233;tarienne contre les bouchers en uniforme, rage accumul&#233;e au cours des ann&#233;es de r&#233;pression brutale de tout mouvement de protestation et renforc&#233;e par leurs tentatives d'&#233;touffer le soul&#232;vement actuel. Des dizaines de personnes ont &#233;t&#233; assassin&#233;es par les flics, des centaines ont &#233;t&#233; bless&#233;es et des centaines d'autres ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es ou sont port&#233;es &#171; disparus &#187;. La tactique de terreur de masse, d&#233;ploy&#233;e par l'&#201;tat au Kenya tant de fois auparavant, s'est toutefois retourn&#233;e contre lui cette fois-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, lorsque les flics ont tent&#233; de briser les barrages dress&#233;s par les manifestants sur l'autoroute reliant Nairobi &#224; Mombasa en lan&#231;ant des vol&#233;es de gaz lacrymog&#232;nes, de balles en caoutchouc et de balles r&#233;elles, les jeunes prolos des bidonvilles situ&#233;s le long de l'autoroute se sont insurg&#233;s et ont rejoint les &#233;meutiers. Le champ des protestations s'est &#233;galement &#233;largi aux probl&#232;mes d'approvisionnement en eau et en &#233;lectricit&#233;, qui avaient d&#233;j&#224; d&#233;clench&#233; des manifestations de col&#232;re par le pass&#233;. Le 25 juin, apr&#232;s une bataille contre les flics, les manifestants ont pris d'assaut le Parlement national du Kenya, l'ont mis &#224; sac et l'ont partiellement incendi&#233;. Cela a incit&#233; Ruto &#224; d&#233;ployer l'arm&#233;e dans les rues et &#224; restreindre l'acc&#232;s &#224; Internet, mais sans l'effet pacificateur que lui et le reste de la bourgeoisie escomptaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tactiques offensives du mouvement contre les forces r&#233;pressives ne sont pas rest&#233;es limit&#233;es au cadre des affrontements lors des manifestations. Les photos, les cartes d'identit&#233;, les num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone et les adresses des flics violents ont &#233;t&#233; dox&#233;s &#8211; rendus publics en ligne &#8211; et certains d'entre eux ont pu faire l'exp&#233;rience directe de la justice prol&#233;tarienne. Alors que de plus en plus de carnages sont commis par les forces de r&#233;pression &#8211; y compris la d&#233;couverte r&#233;cente de dizaines de femmes assassin&#233;es dans une carri&#232;re &#224; la p&#233;riph&#233;rie de Nairobi, juste &#224; c&#244;t&#233; du commissariat de police &#8211; la ligne de confrontation du mouvement se poursuit. Et ce, au moment m&#234;me o&#249; les forces sp&#233;ciales de la police kenyane sont d&#233;ploy&#233;es en Ha&#239;ti pour y &#233;craser la r&#233;sistance prol&#233;tarienne, sous pr&#233;texte de lutter contre les gangs. Des signes de fissures apparaissent au sein m&#234;me des corps de la police et de l'arm&#233;e et certains flics et soldats ont chang&#233; de camp et rejoint les manifestations, m&#234;me si c'est encore tr&#232;s (trop) rare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, les tentatives d'apaisement, d'isolement et de canalisation du mouvement se poursuivent &#233;galement. Ruto a supprim&#233; le projet de loi, au moins temporairement, ce qui n'a pas eu d'effet. Le r&#233;cent limogeage du chef de la police, Japhet Koome, n'a pas non plus eu d'effet. La derni&#232;re tentative en date est la cr&#233;ation du &#171; Forum national multisectoriel pour le dialogue &#187;, une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e de transformer la lutte des classes en &#171; dialogue civil &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les concurrents politiques traditionnels de Ruto, comme Odinga, sont silencieux cette fois-ci, divers &#171; influenceurs &#187; ainsi que les staliniens du soi-disant &#171; Parti communiste du Kenya &#187; tentent d'intervenir. La critique de l'orientation pro-FMI et pro-OTAN de Ruto est un th&#232;me majeur des partisans de leurs concurrents prochinois. Les syndicats, fid&#232;les &#224; leur pratique historique, ont annonc&#233; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pacificatrice, mais n'ont m&#234;me pas donn&#233; suite &#224; sa r&#233;alisation effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, comme pour tout autre mouvement prol&#233;tarien r&#233;el, les limites apparaissent dans son orientation g&#233;n&#233;rale &#171; anti-Ruto &#187;, sans beaucoup de critiques envers l'opposition, dans ses illusions sur la d&#233;mocratie et le &#171; peuple &#187;, sans conscience de classe exprim&#233;e, dans son manque de perspective au-del&#224; des besoins imm&#233;diats et de sa col&#232;re envers les forces r&#233;pressives. Nous n'avons vu aucun mat&#233;riel militant &#8211; tracts, affiches, pancartes, textes en ligne, etc. &#8211; qui exprimerait une critique du capitalisme au-del&#224; de la col&#232;re contre la pauvret&#233; et les violences polici&#232;res ou au-del&#224; des plaintes concernant le style de gestion capitaliste, c'est-&#224;-dire la &#171; corruption &#187;. Il faut dire que nous n'avons aucun contact militant au Kenya et que nous ne parlons aucune des langues locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci &#233;tant dit, rien n'est encore termin&#233; au Kenya malgr&#233; le r&#233;cent d&#233;clin de la lutte ; et l'une des expressions du d&#233;passement potentiel de ces limites, pour la solidarit&#233; prol&#233;tarienne internationaliste, est sa position claire contre l'envoi des flics kenyans en Ha&#239;ti ainsi que d'autres op&#233;rations de &#171; maintien de la paix &#187;. En outre, il semble que la r&#233;volte prol&#233;tarienne au Kenya serve d'inspiration et de point de r&#233;f&#233;rence pour les r&#233;centes manifestations violentes en Ouganda et au Nigeria.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que communistes, nous voyons dans chaque lutte prol&#233;tarienne autonome une bribe de la guerre sociale que le prol&#233;tariat m&#232;ne contre la bourgeoisie, une expression de la lutte historique du prol&#233;tariat en tant que classe pour la r&#233;volution contre le capitalisme et pour la communaut&#233; mondiale sans classe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que communistes, nous voulons donc souligner la nature prol&#233;tarienne du mouvement au Kenya contre tous les falsificateurs bourgeois :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	qu'il s'agisse des racistes qui tentent d'attiser les divisions raciales au sein de notre classe entre &#171; Africains &#187; et &#171; Europ&#233;ens &#187; ou &#171; Asiatiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	qu'il s'agisse de ceux qui tentent de limiter la substance du mouvement &#224; ses pr&#233;misses initiales ou superficielles &#8211; en tant que mouvement anti-corruption, mouvement anti-taxes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	qu'il s'agisse des partisans de la &#171; lib&#233;ration nationale &#187; qui d&#233;fendent le droit des nations &#224; r&#233;primer &#171; leurs &#187; prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	qu'il s'agisse des soi-disant &#171; communistes &#187; qui divisent la soci&#233;t&#233; capitaliste mondiale en pays &#171; centraux &#187; et &#171; p&#233;riph&#233;riques &#187; et pr&#233;tendent que la lutte du prol&#233;tariat dans ces derniers a moins d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montrons notre solidarit&#233; pratique avec le prol&#233;tariat en lutte au Kenya en ajoutant les int&#233;r&#234;ts de la fraction capitaliste locale &#224; notre liste de cibles &#8211; qu'il s'agisse de l'&#201;tat kenyan ou de soci&#233;t&#233;s comme Safaricom, KTDA, East African Breweries !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre la guerre capitaliste et contre la paix capitaliste &#8211; Contre les efforts de militarisation globale, dont les forces exp&#233;ditionnaires kenyanes font partie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de cl&#244;turer ce court texte sur les luttes de notre classe au Kenya, nous parviennent comme un &#233;cho amplifi&#233; les clameurs des &#171; Jours de Rage &#187; qui enflamment le Nig&#233;ria, aliment&#233;s par le refus de la mis&#232;re, de l'esclavage, de la d&#233;shumanisation, et toujours selon le m&#234;me sc&#233;nario : manifestations, r&#233;pression, &#233;meutes, attaques de commissariats de police, mise &#224; sac de b&#226;timents gouvernementaux, pillages, etc. Avec toujours les m&#234;mes forces mais aussi les m&#234;mes faiblesses : d&#233;termination &#224; saccager tout ce qui rend notre vie invivable, d'un c&#244;t&#233;, et critique limit&#233;e de la &#171; mauvaise gouvernance &#187;, de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rendons hommage &#233;galement, et saluons la lutte que nos fr&#232;res et s&#339;urs de classe m&#232;nent depuis plusieurs semaines, sous d'autres latitudes, au Bangladesh ; luttes qui ne sont pas que la &#233;ni&#232;me tentative du prol&#233;tariat de tout renverser mais qui sont aussi, semble-t-il, un saut qualitatif dans la d&#233;termination de celui-ci, dans sa d&#233;j&#224; tr&#232;s longue histoire d'affrontements d'avec les capitalistes, &#224; &#171; rendre l'affaire non rentable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, saluons les prol&#233;taires en lutte au Pakistan, et tout particuli&#232;rement dans la ville portuaire de Gwadar, gigantesque concentration ouvri&#232;re, tant utile au d&#233;veloppement du capitalisme chinois. Depuis des ann&#233;es, ces prol&#233;taires impulsent un affrontement sans borne face aux exploiteurs, et cela malgr&#233; tous les efforts des r&#233;formistes de tout poil de les enfermer dans le cadre d'une &#171; lutte de lib&#233;ration nationale du peuple baloutche &#187;, dont le prol&#233;tariat doit absolument faire la critique par sa lutte d&#233;termin&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#344;&#205;DN&#205; V&#193;LKA # CLASS WAR # GUERRE DE CLASSE&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi le mouvement trotskyste n'est pas parvenu &#224; intervenir dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1936 en France</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8826</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article8826</guid>
		<dc:date>2026-05-18T22:04:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>1936</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pourquoi le mouvement trotskyste n'est pas parvenu &#224; intervenir dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1936 en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons d'abord la perspective que d&#233;veloppait Trotsky pour la France de 1934-1938 : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
La question est pos&#233;e directement &#224; Trotsky par C.L.R. James lors de discussions en avril 1939... &lt;br class='autobr' /&gt;
James. &lt;br class='autobr' /&gt; 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique mont&#233;e de la combativit&#233; des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi le mouvement trotskyste n'est pas parvenu &#224; intervenir dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1936 en France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord la perspective que d&#233;veloppait Trotsky pour la France de 1934-1938 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est pos&#233;e directement &#224; Trotsky par C.L.R. James lors de discussions en avril 1939...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique mont&#233;e de la combativit&#233; des ouvriers fran&#231;ais et, parall&#232;lement, de l'incontestable d&#233;clin de notre propre mouvement en France durant la m&#234;me p&#233;riode. &#192; la conf&#233;rence de fondation, on a consacr&#233; six s&#233;ances &#224; la question fran&#231;aise et, au dernier moment, il y a eu encore une discussion sur la r&#233;solution qu'on allait pr&#233;senter. Cela donne une id&#233;e des difficult&#233;s. Cannon et Shachtman pensaient qu'il s'agissait exclusivement d'un probl&#232;me de direction et d'organisation. Blasco pensait que les camarades fran&#231;ais &#233;taient capables d'analyser la situation politique, mais incapable d'intervenir activement dans la lutte des masses. Mon opinion personnelle est qu'un tel &#233;tat de choses r&#233;sulte de la composition sociale du groupe, de sa concentration &#224; Paris et de l'int&#233;r&#234;t pr&#233;dominant qu'il porte aux questions purement politiques au d&#233;triment des probl&#232;mes des usines, encore que j'aie pu remarquer au milieu de 1937 un grand changement de ce point de vue. Je crois cependant qu'il s'agit d'une question qui demande une r&#233;flexion et une analyse s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2. La question de l'Espagne. Je crois qu'il n'est pas trop tard pour commencer, &#224; partir de toutes les sources disponibles, une enqu&#234;te sur l'activit&#233; organisationnelle de nos camarades en Espagne &#224; partir de 1936. D'apr&#232;s tout ce que j'ai entendu dire, 500 camarades bien organis&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du P.O.U.M. auraient &#233;t&#233; capables d'essayer de prendre le pouvoir en mai 1937 . Je crois que nous avons beaucoup &#224; apprendre des m&#233;thodes de travail appliqu&#233;es par nos camarades, &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur du P.O.U.M . Et comme, de m&#234;me qu'en France et peut&#8209;&#234;tre en Hollande, et en Grande&#8209;Bretagne o&#249; il y a entre nous et la social&#173;-d&#233;mocratie des partis centristes dans lesquels il est vraisemblable que nous ayons &#224; travailler comme nos camarades ont d&#251; le faire dans le P.O.U.M., pour toutes ces raisons, je crois qu'il est tr&#232;s important de travailler &#224; partir de l'exp&#233;rience r&#233;elle de nos camarades en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La section britannique. Vous &#234;tes tous au courant de l'histoire de cette section : la scission de 1936 et la formation de deux groupes, l'un enracin&#233; dans le Labour Party et l'autre &#224; l'ext&#233;rieur .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le camarade Cannon est arriv&#233;, &#224; l'&#233;t&#233; 1938, la Revolutionary Socialist League a r&#233;sult&#233; d'une fusion entre l'ancienne Marxist League, qui avait fait scission avec Groves et le Marxist Group , et &#233;tait en contact avec une vingtaine de camarades admirables d'Edinburgh . Le pacte d'unit&#233; et de paix stipulait que chaque groupe devait continuer son activit&#233; propre et qu'au bout de six mois, on tirerait un bilan. Aux derni&#232;res nouvelles, les frictions ont continu&#233; et c'est maintenant le groupe &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party qui domine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe aussi un autre groupe &#8209; celui de Lee - &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party, qui a refus&#233; de rien avoir &#224; faire avec la fusion, disant qu'elle &#233;tait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Le groupe Lee est tr&#232;s actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit au camarade Cannon qu'en fin de compte j'&#233;tais arriv&#233; &#224; la conclusion a) que je n'avais aucune objection &#224; ce que m&#234;me la majorit&#233; des camarades du groupe fusionn&#233; soient dans le Labour Party, b) mais que le groupe ind&#233;pendant, avec son journal, devait continuer. En derni&#232;re analyse, la fraction dans le Labour Party ne gagnerait pas beaucoup d'adh&#233;rents dans les circonstances actuelles et notre ind&#233;pendance de groupe, avec un journal &#233;tait absolument n&#233;cessaire. Wicks, Sara, Sumner et autres, de l'ancienne Marxist League, qui ont travaill&#233; pendant quatre ans dans le Labour Party et s'y trouvaient encore, &#233;taient tout &#224; fait d'accord avec nous sur la n&#233;cessit&#233; d'une organisation ind&#233;pendante. Les camarades du Labour Party voulaient un organe comme New International. Nous avons dit non ; nous voulions un journal comme l'ancien Militant mi- th&#233;orique et mi- d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il n'y a pas eu lieu de discuter plus avant la question britannique dans la mesure o&#249; on a eu le temps de l'&#233;tudier de loin. Il est clair que ni des conseils ni une politique ne peuvent faire des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de l'Independent Labour Party est pourtant importante pour nous. Organisationnellement, il est faible, mais il a quatre d&#233;put&#233;s, un journal qui se vend entre 25 000 et 30 000 exemplaires par semaine, ses congr&#232;s et ses d&#233;clarations sont l'objet de publicit&#233; dans la presse bourgeoise ; il a suffisamment de soutien financier pour pr&#233;senter quinze candidats aux &#233;lections dont la majorit&#233; ont perdu le d&#233;p&#244;t de 750 livres par candidat. En g&#233;n&#233;ral, il dit plut&#244;t le m&#234;me genre de choses que nous et recueille tout le soutien moral et financier qui nous revient, par exemple aux &#201;tats-Unis o&#249; il n'y a rien, entre la social-d&#233;mocratie et nous, du type de ce parti. En outre, l'I.L.P. a pass&#233; son temps &#224; s'ouvrir puis se fermer, mais nous avons &#233;t&#233; incapables d'exploiter les scissions r&#233;p&#233;t&#233;es et le m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral de sa gauche. Si nous pouvions scissionner l'I.L.P. et, ainsi que Maxton a, de sa propre initiative, menac&#233; de le faire, entra&#238;ner les Ecossais et laisser le champ libre en Angleterre, nous ne pourrions certes pas cr&#233;er tout de suite un grand parti dirigeant, mais nous ferions un progr&#232;s extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que la r&#233;solution de 1936 sur les partis centristes, qui affirmait que l'l.L.P. allait bient&#244;t tomber dans le stalinisme, &#233;tait une erreur qui a d&#233;sorient&#233; la section anglaise. Maintenant, il semblerait que nos progr&#232;s futurs en Grande&#8209;Bretagne dans la direction de l'l.L.P. vont d&#233;pendre largement des succ&#232;s de notre section fran&#231;aise (et de sa capacit&#233;) &#224; attirer &#224; elle les meilleurs &#233;l&#233;ments du P.S.O.P.. Je propose cependant que notre section britannique ne n&#233;glige nullement l'I.L.P. et que, par des brochures, dans sa presse par des articles, elle concentre son offensive sur ses points faibles et ses divergences internes et s'emploie de son mieux &#224; aggraver les scissions qui se dessinent constamment en son sein afin de faciliter sa destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a enfin la question des camarades qui vont dans les usines, comme on l'a d&#233;j&#224; fait dans une ou deux r&#233;gions d'Am&#233;rique du Nord, o&#249; les intellectuels, d&#233;termin&#233;s &#224; entrer en contact avec les masses, sont entr&#233;s dans l'industrie de l'alimentation et dans d'autres, partout o&#249; cela a &#233;t&#233; possible et, en certains endroits, avec un grand succ&#232;s. Il me semble qu'en France et, tr&#232;s certainement en Grande&#8209;Bretagne, cela constitue un moyen &#224; tenter pour renforcer ce contact avec les masses qui est l'un des plus gros points faibles de notre parti dans les grandes villes comme Londres, Paris, et dans une certaine mesure, New York, tandis que le parti belge, bas&#233; en province sur une r&#233;gion industrielle est extr&#234;mement bien organis&#233; et, en d&#233;pit de certaines faiblesses politiques au cours de la derni&#232;re p&#233;riode, d&#233;montre que, dans toute mont&#233;e comme celle qui s'est produite en France, il jouerait vraisemblablement un r&#244;le plus important et r&#233;aliserait au moins des progr&#232;s infiniment plus substantiels que ne l'a fait notre section fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trotsky &#8209; Oui, la question est de savoir pourquoi nous ne progressons pas en fonction de la valeur de nos id&#233;es, qui ne sont pas aussi d&#233;nu&#233;es de sens que le croient certains de nos amis. Nous ne progressons pas politiquement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fait est l'expression du recul g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier dans les quinze derni&#232;res ann&#233;es. Quand le mouvement r&#233;volutionnaire d&#233;cline de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, quand une d&#233;faite suit une autre d&#233;faite, quand le fascisme s'&#233;tend sur le monde entier, quand le marxisme officiel s'incarne dans la plus formidable machine &#224; duper les travailleurs, il va de soi que les r&#233;volutionnaires ne peuvent travailler que contre le courant historique g&#233;n&#233;ral. Et cela, quand bien m&#234;me leurs id&#233;es sont aussi intelligentes et exactes qu'on peut le souhaiter. C'est que les masses ne font pas leur &#233;ducation &#224; travers des pronostics ou des conceptions th&#233;oriques, mais &#224; travers l'exp&#233;rience g&#233;n&#233;rale de leur vie. C'est l&#224; l'explication globale : l'ensemble de la situation est contre nous. Il faut que se produise un tournant dans la prise de conscience de classes, dans les r&#233;actions et les sentiments des masses, un tournant qui nous donnera la possibilit&#233; de remporter un grand succ&#232;s politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens des discussions en 1927 &#224; Moscou apr&#232;s l'&#233;crasement des ouvriers chinois par Tchiang Ka&#239;&#8209;chek. Nous l'avions pr&#233;dit dix jours auparavant et Staline nous avait r&#233;pondu par des affirmations de ce genre : &#171; Borodine est vigilant &#187;, &#171; Tchiang Ka&#239;&#8209;chek ne peut mat&#233;riellement nous trahir &#187;, etc. Huit ou dix jours plus tard, c'&#233;tait la trag&#233;die et nos camarades exprim&#232;rent leur confiance : notre analyse &#233;tait si manifestement correcte que tout le monde s'en apercevait et que nous &#233;tions s&#251;rs d'entra&#238;ner le parti. Je r&#233;pondis que l'&#233;tranglement de la r&#233;volution chinoise &#233;tait mille fois plus important pour les masses que toutes nos pr&#233;dictions. Nos pr&#233;dictions pouvaient convaincre une poign&#233;e d'intellectuels qui s'int&#233;ressaient &#224; ces probl&#232;mes, mais pas les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire militaire de Tchiang devait in&#233;vitablement provoquer un reflux, une d&#233;moralisation, et ne pouvait en rien favoriser la progression d'une fraction r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1917, nous avons connu une longue suite de d&#233;faites. Nous sommes comme des gens qui tenteraient d'escalader une montagne et qui recevraient toujours et toujours des avalanches de pierre et de neige. Il s'est cr&#233;&#233; dans les masses en Asie et en Europe un sentiment nouveau de d&#233;sespoir. Elles ont entendu quelque chose comme ce que nous disions il y a dix ou quinze ans du parti communiste, et elles sont pessimistes. C'est l&#224; l'&#233;tat d'esprit g&#233;n&#233;ral des masses. C'est la raison la plus g&#233;n&#233;rale. Il ne nous est pas possible de nous situer en dehors du courant historique g&#233;n&#233;ral, hors de la disposition g&#233;n&#233;rale des forces. Le courant est contre nous, c'est clair. Je me souviens de la p&#233;riode entre 1908 et 1913, en Russie. &#192; cette &#233;poque aussi nous &#233;tions en pleine r&#233;action. En 1905 pourtant, nous avions les ouvriers avec nous, mais en 1908, et m&#234;me en 1907, d&#233;j&#224;, commen&#231;a la grande r&#233;action, le grand reflux. Tout le monde inventait des mots d'ordre et des m&#233;thodes nouvelles pour conqu&#233;rir les masses, mais personne n'y arrivait. Tout ce qu'on pouvait faire &#224; cette &#233;poque, c'&#233;tait de former des cadres, mais ils fondaient ensuite litt&#233;ralement. Il se produisit de nombreuses scissions, &#224; droite, &#224; gauche, vers le syndicalisme, ailleurs... L&#233;nine restait &#224; Paris avec un petit groupe, une secte. Il gardait pourtant confiance, car il savait qu'il y aurait bient&#244;t des possibilit&#233;s de redressement... C'est ce qui se produisit en 1913, o&#249; il y eut une vague dont la guerre brisa le d&#233;veloppement. Pendant la guerre, il r&#233;gna d'abord parmi les ouvriers un silence de mort. Les gens qui se r&#233;unirent &#224; Zimmerwald &#233;taient en majorit&#233; des &#233;l&#233;ments tr&#232;s confus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plus profond des masses, dans les tranch&#233;es et ailleurs, il existait bien un &#233;tat d'esprit nouveau, mais tellement souterrain, tellement terroris&#233; encore, que nous nous ne pouvions ni l'atteindre ni lui donner une expression. C'est pour cela que le mouvement se sentait si mis&#233;rable, et m&#234;me la majorit&#233; des gens qui s'&#233;taient rencontr&#233;s &#224; Zimmerwald allaient virer &#224; droite pendant le mois suivant. Je ne cherche pas &#224; d&#233;gager leurs responsabilit&#233;s personnelles mais, l&#224; aussi, il faut une explication globale : c'est que le mouvement zimmerwaldien avait &#224; nager contre le courant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre situation &#224; nous est incomparablement plus difficile que celle d'aucune autre organisation, &#224; aucune autre &#233;poque. Nous avons &#224; subir le poids terrible de la trahison de l'Internationale Communiste qui s'&#233;tait dress&#233;e justement contre la trahison de la II&#176; internationale. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la III&#176; Internationale s'est accomplie si rapidement et de fa&#231;on tellement inattendue que c'est la m&#234;me g&#233;n&#233;ration &#224; qui nous avons autrefois annonc&#233; sa formation qui est encore l&#224; pour nous entendre aujourd'hui d&#233;noncer sa trahison. Et ces hommes se souviennent qu'ils ont d&#233;j&#224; une fois entendu tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenir compte aussi de l'importance de la d&#233;faite de l'Opposition de gauche en Russie. Car la IV&#176; Internationale, par sa naissance, est li&#233;e &#224; l'Opposition de gauche russe, et les masses, d'ailleurs, nous appellent les &#171; trotskistes &#187;. On nous dit : &#171; Trotsky veut prendre le pouvoir. Mais pourquoi donc l'a-t-il perdu ? &#187; C'est &#233;videmment une question de fond. Nous devons commencer par y r&#233;pondre en expliquant la dialectique de l'histoire, de la lutte de classes : toute r&#233;volution engendre une r&#233;action. Max Eastman a &#233;crit que Trotsky accordait &#224; la doctrine trop d'importance et que, s'il avait eu plus de bon sens, il n'aurait pas perdu le pouvoir. Effectivement, il n'est rien au monde qui soit plus convaincant que le succ&#232;s et rien de plus repoussant, surtout pour les larges masses, qu'une d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut donc ajouter la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'Internationale communiste, d'un c&#244;t&#233;, et, de l'autre, la terrible d&#233;faite de l'Opposition de gauche en Russie, suivie de son extermination. Ces faits&#8209;l&#224; sont mille fois plus convaincants pour la classe ouvri&#232;re que notre pauvre petit journal, m&#234;me quand il atteint le tirage fantastique des cinq mille exemplaires de notre Socialist Appeal . Nous sommes sur un fr&#234;le esquif au milieu d'un courant terrible. Sur cinq ou six bateaux, l'un coule, et on dit tout de suite que c'est la faute du pilote. Mais la v&#233;ritable raison n'est pas l&#224;. La v&#233;rit&#233;, c'est que le courant &#233;tait trop fort. Voil&#224; l'explication la plus g&#233;n&#233;rale, celle que nous ne devons jamais oublier, si nous ne voulons pas sombrer dans le pessimisme ou le d&#233;couragement, nous qui sommes l'avant&#8209;garde de l'avant&#8209;garde. Car cette ambiance marque tous les groupes qui se rassemblent autour de notre drapeau. Il y a des &#233;l&#233;ments courageux qui n'aiment pas aller dans le sens du courant : c'est leur caract&#232;re. Il y a des gens intelligents qui ont mauvais caract&#232;re, n'ont jamais &#233;t&#233; disciplin&#233;s et ont toujours cherch&#233; une tendance plus radicale ou plus ind&#233;pendante : ils ont trouv&#233; la n&#244;tre. Mais les uns et les autres sont toujours plus ou moins des outsiders, &#224; l'&#233;cart du courant g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier. Leur grande valeur a &#233;videmment son c&#244;t&#233; n&#233;gatif, car celui qui nage contre le courant ne peut pas &#234;tre li&#233; aux masses. Aussi la composition sociale d'un mouvement r&#233;volutionnaire qui commence &#224; se construire n'est&#173; elle pas &#224; pr&#233;dominance ouvri&#232;re. Ce sont les intellectuels qui sont les premiers m&#233;contents des organisations existantes. Par&#173;tout, il y a aussi beaucoup d'&#233;trangers qui, dans leur propre pays, ne se seraient sans doute pas m&#234;l&#233;s aussi facilement au mouve&#173;ment ouvrier. Un Tch&#232;que sera plus facilement membre de la IV&#176; Internationale au Mexique ou aux &#201;tats-Unis qu'en Tch&#233;coslovaquie m&#234;me, et de m&#234;me pour un Fran&#231;ais aux &#201;tats-Unis, car l'atmosph&#232;re nationale exerce une profonde influence sur les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les juifs, par exemple, sont souvent &#224; moiti&#233; &#233;trangers, pas tout &#224; fait assimil&#233;s : ils adh&#232;rent volontiers &#224; toute tendance nouvelle, critique, r&#233;volutionnaire ou &#224; moiti&#233; r&#233;volutionnaire, que ce soit en politique, en art ou en litt&#233;rature. Une tendance r&#233;volutionnaire nouvelle, qui va contre le courant g&#233;n&#233;ral dominant de l'histoire &#224; un moment donn&#233;, se cristallise d'abord autour d'hommes qui sont plus ou moins coup&#233;s de la vie nationale, dans quelque pays que ce soit : et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour eux qu'il est le plus difficile de p&#233;n&#233;trer dans les masses. Bien entendu, nous devons critiquer la composition sociale de notre organisation et la modifier, mais nous devons aussi comprendre qu'elle n'est pas tomb&#233;e du ciel, qu'elle est d&#233;termin&#233;e, au contraire, aussi bien par la situation objective que par le caract&#232;re de notre mission historique en cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que nous puissions nous satisfaire d'une telle situation. Pour la France, par exemple, il existe, en outre, une vieille tradition du mouvement ouvrier qui n'est pas sans rapport avec la composition sociale du pays, surtout dans le pass&#233; : d'un c&#244;t&#233; une mentalit&#233; petite&#8209;bourgeoise &#8209; l'individualisme - et de l'autre, un &#233;lan, une extraordinaire capacit&#233; d'improvisation. Si on les compare &#224; l'&#233;poque classique de la II&#176; Internationale, on s'aper&#231;oit que le parti socialiste fran&#231;ais et la social-d&#233;mocratie allemande, avaient au parlement le m&#234;me nombre d'&#233;lus. Mais il n'est m&#234;me pas possible de comparer les organisations. Les Fran&#231;ais &#233;taient tout juste capables de collecter 25 000 francs, et encore au prix des pires difficult&#233;s, tandis que pour les Allemands, trouver un demi&#8209;million ne posait pas de probl&#232;mes. Les Allemands avaient dans leurs syndicats plusieurs millions d'ouvriers, les Fran&#231;ais, eux, quelques millions qui ne payaient pas leurs cotisations. Engels terminait en ces termes une lettre dans laquelle il avait caract&#233;ris&#233; l'organisation fran&#231;aise : &#171; Et comme d'habitude, les cotisations ne rentrent pas ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre organisation fran&#231;aise souffre de la m&#234;me maladie, le mal fran&#231;ais traditionnel, cette incapacit&#233; d'organisation et, bien entendu, en m&#234;me temps, de l'absence des conditions qui permettraient l'improvisation. En outre, dans la mesure o&#249; la France a connu une mont&#233;e ouvri&#232;re, elle s'est produite en liaison avec le Front populaire. Dans ce contexte, la d&#233;faite du Front populaire a constitu&#233; la preuve que nous avions raison comme, auparavant, l'extermination des ouvriers chinois. Mais une d&#233;faite est une d&#233;faite, et elle se retourne directement contre les tendances r&#233;volutionnaires, au moins jusqu'&#224; ce que se produise une nouvelle mont&#233;e &#224; un niveau sup&#233;rieur. Il nous faut nous pr&#233;parer surtout et attendre un &#233;l&#233;ment nouveau, un facteur nouveau dans la configuration g&#233;n&#233;rale des forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en France des camarades comme Naville et d'autres qui sont venus &#224; nous, il y a quinze, seize ans, alors qu'ils &#233;taient encore de tout jeunes gens ; ce sont maintenant des hommes m&#251;rs, et, pendant toute leur vie consciente, ils n'ont re&#231;u que des coups, subi que des d&#233;faites, de terribles d&#233;faites, et ils en ont l'habitude. Ils appr&#233;cient hautement la justesse de leurs conceptions, ils sont capables de bonnes analyses, mais ils n'ont jamais &#233;t&#233; capables de p&#233;n&#233;trer dans les masses, d'y travailler, ils n'ont jamais pu apprendre &#224; le faire. Or il est terriblement n&#233;cessaire de regarder ce qui se passe dans les masses. Mais nous avons en France des camarades qui sont ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connais beaucoup moins bien la situation britannique, mais je crois qu'il y a l&#224; aussi des gens comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avons&#8209;nous perdu des hommes ? Apr&#232;s ces terribles d&#233;faites mondiales, la mont&#233;e ouvri&#232;re en France s'est r&#233;alis&#233;e &#224; un niveau tr&#232;s bas, tr&#232;s primitif politiquement, sous la direction du Front populaire. Toute la p&#233;riode du Front populaire a &#233;t&#233; une sorte de caricature de notre r&#233;volution de f&#233;vrier. C'est une honte pour la France, qui traversait voici cent cinquante ans, la plus grande r&#233;volution bourgeoise du monde, que ce mouvement ouvrier ait eu &#224; passer par une caricature de la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Vous ne rejetterez donc pas toute la responsabilit&#233; sur le parti communiste ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky. &#8209; Il constitue un facteur important dans l'&#233;laboration de la mentalit&#233; des masses, et on peut dire, en effet, que la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du parti communiste a &#233;t&#233; un facteur tr&#232;s actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1914, les bolcheviks dominaient compl&#232;tement le mouvement ouvrier. Les statistiques les plus s&#233;rieuses d&#233;montrent qu'&#224; la veille de la guerre les bolcheviks ne repr&#233;sentaient pas moins des trois quarts de l'avant&#8209;garde ouvri&#232;re. Pourtant, avec le d&#233;but de la r&#233;volution de f&#233;vrier, les &#233;l&#233;ments les plus arri&#233;r&#233;s, les paysans, les soldats, et m&#234;me d'anciens ouvriers bolcheviques ont &#233;t&#233; attir&#233;s dans ce courant Front populaire. Le parti bolch&#233;vique fut r&#233;duit &#224; l'isolement et tr&#232;s affaibli. Le courant g&#233;n&#233;ral &#233;tait &#224; un bas niveau politique, mais il &#233;tait puissant et il aboutit finalement &#224; la r&#233;volution d'Octobre. Il s'agit d'une question de rythme. En France, venant apr&#232;s toutes ces d&#233;faites, le front populaire a attir&#233; des &#233;l&#233;ments qui avaient des sympathies pour nous sur le plan des id&#233;es, mais qui &#233;taient engag&#233;s dans le mouvement des masses, et nous avons &#233;t&#233; encore plus isol&#233;s qu'auparavant, du moins pendant quelque temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenir compte de tous ces &#233;l&#233;ments. Je peux m&#234;me affirmer que nombre de nos dirigeants &#8209; attention, pas tous !, surtout dans les sections les plus anciennes, se verront rejet&#233;s hors du mouvement de masse r&#233;volutionnaire lors du nouveau tournant et que de nouveaux dirigeants, une direction fra&#238;che, na&#238;tront dans le courant r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la r&#233;g&#233;n&#233;ration de notre groupe a commenc&#233; avec l'entr&#233;e dans le parti socialiste. Cette politique ne fut pas clairement comprise par tous ; elle nous permit pourtant de gagner de nouveaux militants. Malheureusement, ces recrues &#233;taient habitu&#233;es &#224; un milieu large et, apr&#232;s la scission, elles se sont un peu d&#233;courag&#233;es. Au fond, elles n'&#233;taient pas suffisamment tremp&#233;es, elles n'ont pas su s'accrocher et elles ont &#233;t&#233; reprises par le courant du Front populaire. C'est regrettable, mais explicable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Espagne, ces m&#234;mes raisons ont jou&#233; un r&#244;le identique, en plus ce d&#233;plorable facteur qu'a constitu&#233; le comportement du groupe de Nin. C'est lui qui repr&#233;sentait en Espagne l'Opposition de gauche russe, et, au cours de la premi&#232;re ann&#233;e nous n'avons pas tent&#233; de mobiliser et d'organiser nos forces de fa&#231;on ind&#233;pendante. Nous esp&#233;rions pouvoir gagner Nin a une conception correcte, etc. En public, l'Opposition de gauche le soutenait. Dans une correspondance priv&#233;e, nous avons essay&#233; de le convaincre, de le pousser, mais nous n'avons pas r&#233;ussi. Nous avons perdu du temps. Fallait&#8209;il le faire ? C'est difficile &#224; dire. Si nous avions eu en Espagne un camarade exp&#233;riment&#233;, nous aurions connu une situation bien plus favorable, mais nous n'en avions pas un seul. Nous avons plac&#233; nos espoirs en Nin, et sa politique a consist&#233; en une s&#233;rie de man&#339;uvres personnelles, destin&#233;es &#224; esquiver ses propres responsabilit&#233;s. Il jouait avec la r&#233;volution. Il &#233;tait sinc&#232;re, mais sa mentalit&#233; &#233;tait celle d'un menchevik. C'&#233;tait l&#224; un handicap effroyable, et qu'il &#233;tait difficile de ne surmonter qu'au moyen de formules correctes mais falsifi&#233;es d&#232;s le d&#233;part par ceux&#8209;l&#224; m&#234;me qui nous repr&#233;sentaient dans la premi&#232;re p&#233;riode, les Nin. N'oubliez pas que nous avons perdu la premi&#232;re r&#233;volution, celle de 1905... Avant 1905, nous avions une tradition de grand courage et d'esprit de sacrifice, des forces. Apr&#232;s, nous &#233;tions r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de mis&#233;rable minorit&#233;, de trente &#224; quarante hommes peut&#8209;&#234;tre. Puis il y eut la guerre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Combien le parti bolchevique comptait&#8209;il de militants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky. &#8209; En 1910, dans tout le pays, quelques dizaines. Il y en avait pas mal en Sib&#233;rie. Mais en fait ils n'&#233;taient pas organis&#233;s. Les gens que L&#233;nine pouvait atteindre par lettre ou par un agent n'&#233;taient pas plus de trente ou quarante. Notre tradition, les id&#233;es que nous avions r&#233;pandues parmi l'avant-garde ouvri&#232;re constituaient un extraordinaire capital qui devait &#234;tre utilis&#233;, plus tard, au cours de la r&#233;volution, mais pratiquement, &#224; cette date, nous &#233;tions compl&#232;tement isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire a ses lois propres, tr&#232;s puissantes, plus puissantes que notre propre conception th&#233;orique de l'histoire ! Aujourd'hui en Europe, c'est la catastrophe, le d&#233;clin, l'exter&#173;mination de tous les pays. Cela p&#232;se lourdement sur les ouvriers. Ils voient d'un c&#244;t&#233; toutes ces combinaisons diplomatiques, ces mouvements d'arm&#233;es, et de l'autre un groupe minuscule avec un petit journal qui donne les explications. Or le probl&#232;me, pour eux, c'est qu'ils vont &#234;tre mobilis&#233;s demain, que leurs enfants peuvent &#234;tre tu&#233;s. Il y a une terrible disproportion entre la t&#226;che et les moyens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la guerre &#233;clate maintenant, et il semble qu'elle doive &#233;clater -, dans le premier mois, nous perdrons les deux tiers des militants que nous avons en France aujourd'hui. Ils seront dispers&#233;s d'abord : jeunes, ils seront mobilis&#233;s ; mais subjective&#173;ment, ils resteront fid&#232;les au mouvement. Quant &#224; ceux qui ne seront ni arr&#234;t&#233;s, ni mobilis&#233;s et qui resteront fid&#232;les, &#8209; peut&#173;-&#234;tre trois ou quatre, je ne peux dire combien au juste &#8209;, ils seront compl&#232;tement isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement apr&#232;s plusieurs mois que critique et d&#233;go&#251;t commenceront &#224; se manifester &#224; une grande &#233;chelle et un peu partout : nos camarades isol&#233;s, un bless&#233; dans un h&#244;pital, un soldat dans une tranch&#233;e, ou une femme dans un village, sentiront que l'atmosph&#232;re a chang&#233;, et prononceront une parole hardie. Et celui&#8209;l&#224; m&#234;me qui &#233;tait un camarade tout &#224; fait inconnu dans une section parisienne deviendra le leader d'un r&#233;giment, d'une division et se sentira un dirigeant r&#233;volution&#173;naire. C'est caract&#233;ristique de notre p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas dire par l&#224; qu'il faille nous r&#233;signer &#224; l'impuissance de notre organisation fran&#231;aise. Je crois sinc&#232;re&#173;ment que, si les camarades am&#233;ricains nous aident, nous pouvons gagner le P.S.O.P. et faire un grand bond en avant. La situation est en train de m&#251;rir et elle insiste pour que nous sachions exploiter cette occasion. Si nos camarades se laissent convaincre qu'il faut virer, la situation changera. Nos camarades am&#233;ricains doivent absolument retourner en Europe, et ne pas se contenter de donner des conseils. Avec le secr&#233;tariat international, il faut d&#233;cider que notre section doit entrer dans le P.S.O.P. Il compte plusieurs milliers de membres. Pour une r&#233;volution, la diff&#233;&#173;rence n'est pas &#233;norme mais pour le travail de pr&#233;paration de l'avant&#8209;garde, elle est consid&#233;rable. Avec des &#233;l&#233;ments neufs, nous pouvons faire un &#233;norme pas en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, aux &#201;tats-Unis, nous avons un autre type de travail, et je crois que nous pouvons &#234;tre tr&#232;s optimistes sans nous faire d'illusions, et sans exag&#233;rer. Aux &#201;tats-Unis, nous avons un cr&#233;dit&#8209;temps sup&#233;rieur. La situation n'est pas imm&#233;diatement aussi pressante, aussi aigu&#235;. C'est important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, je suis d'accord avec le camarade Stanley qui &#233;crit que nous pouvons maintenant remporter des succ&#232;s tr&#232;s importants dans les pays coloniaux et semi&#8209;coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons un mouvement tr&#232;s important en Indochine. Je suis absolument d'accord avec le camarade James qu'il nous est possible d'avoir un tr&#232;s important mouvement n&#232;gre, parce que ces gens n'ont pas travers&#233; de la m&#234;me mani&#232;re l'histoire des deux derni&#232;res d&#233;cennies. En tant que masse, ils n'ont rien su de la r&#233;volution russe, ni de la Ill&#176; Internationale. Ils peuvent commencer l'histoire comme si elle en &#233;tait &#224; ses d&#233;buts. Il nous faut absolument du sang frais. C'est pourquoi nous avons plus de succ&#232;s dans la jeunesse. Dans la mesure o&#249; nous avons pu l'aborder, nous avons eu de bons r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes sont tr&#232;s attentifs &#224; un programme r&#233;volutionnaire, clair et honn&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Grande&#8209;Bretagne et l'I.L.P. ? C'est aussi une t&#226;che particuli&#232;re. Je l'ai suivie d'un peu plus pr&#232;s quand j'&#233;tais en Norv&#232;ge. Il me semble que nos camarades qui sont entr&#233;s dans l'I.L.P. ont fait avec lui la m&#234;me exp&#233;rience que nos camarades am&#233;ricains avec le S.P. Mais tous nos camarades ne sont pas entr&#233;s dans l'I.L.P. et, autant que j'aie pu le voir, ils ont men&#233; une politique opportuniste et c'est pourquoi leur exp&#233;rience dans l'I.L.P. n'a pas &#233;t&#233; si bonne. L'I.L.P. est rest&#233; presque comme il &#233;tait avant, alors que le P.S. am&#233;ricain s'est vid&#233;. Je ne sais comment il faut l'aborder maintenant. C'est une organisation de Glasgow. C'est un appareil local, avec de l'influence sur la machine municipale, dont j'ai dire qu'elle &#233;tait tr&#232;s corrompue. C'est un travail &#224; part de Maxton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;voltes de la base sont un ph&#233;nom&#232;ne familier dans l'I.L.P. Au cours de la pr&#233;paration d'un congr&#232;s, Fenner Brockway devient le patron de la partie qui se rebelle et obtient la majorit&#233;. Maxton annonce alors qu'il va d&#233;missionner. Fenner Brockway s'&#233;crie : &#171; Non, nous abandonnerons notre victoire ? Nous pouvons abandonner nos principes, pas notre Maxton ! &#187;. Je crois que le plus important, c'est de les compromettre &#8209; de les rouler dans la boue &#8209;, les Maxton et les Brockway. Il faut les identifier avec des ennemis de classe. Il faut compromettre l'I.L.P. par des attaques f&#233;roces, impitoyables, contre Maxton. Il est le bouc &#233;missaire de tous les p&#233;ch&#233;s du mouvement britannique, en particulier de l'I.L.P. C'est par de telles attaques, concentr&#233;es contre Maxton, des attaques syst&#233;matiques dans notre presse, que nous pourrons h&#226;ter la scission dans l'I.L.P. En m&#234;me temps, il nous faut souligner que, si Maxton est le laquais de Chamberlain , Fenner Brockway, lui, est le laquais de Maxton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Et que pensez&#8209;vous d'un journal ind&#233;pendant, pour fustiger Maxton, etc. ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky - C'est une question pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si notre section en France entre dans le P.S.O.P., je crois que le S.I. devrait publier la Quatri&#232;me Internationale pour tous les pays de langue fran&#231;aise, deux fois par mois. C'est juste une question de possibilit&#233; juridique. Je crois que, m&#234;me si nous travaillons &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party, il nous faut avoir un journal ind&#233;pendant, non pas en opposition &#224; nos camarades qui sont dedans, mais plut&#244;t pour &#233;chapper au contr&#244;le de l'I.L.P.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marx et Engels sur l'organisation des travailleurs</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8803</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article8803</guid>
		<dc:date>2026-05-12T22:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1847 &lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#232;ves et regroupements de travailleurs &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tout mouvement &#224; la hausse des salaires ne peut avoir d'autre effet qu'une hausse du prix du bl&#233;, du vin, etc., c'est-&#224;-dire l'effet d'une disette. A quoi servent les salaires ? Il s'agit du prix de revient du ma&#239;s, etc. ; ils sont le prix int&#233;gral de tout. On peut aller encore plus loin : le salaire est la proportion des &#233;l&#233;ments composant la richesse et consomm&#233;s de mani&#232;re reproductive chaque jour par la masse des travailleurs. Or, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1847&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gr&#232;ves et regroupements de travailleurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout mouvement &#224; la hausse des salaires ne peut avoir d'autre effet qu'une hausse du prix du bl&#233;, du vin, etc., c'est-&#224;-dire l'effet d'une disette. A quoi servent les salaires ? Il s'agit du prix de revient du ma&#239;s, etc. ; ils sont le prix int&#233;gral de tout. On peut aller encore plus loin : le salaire est la proportion des &#233;l&#233;ments composant la richesse et consomm&#233;s de mani&#232;re reproductive chaque jour par la masse des travailleurs. Or, doubler les salaires... c'est attribuer &#224; chacun des producteurs une part plus grande que son produit, ce qui est contradictoire, et si la hausse ne s'&#233;tend qu'&#224; un petit nombre d'industries, elle am&#232;ne une perturbation g&#233;n&#233;rale des &#233;changes ; en un mot, une disette....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est impossible, je le d&#233;clare, que des gr&#232;ves suivies d'augmentations de salaires n'aboutissent pas &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix : c'est aussi certain que deux et deux font quatre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Proudhon, Vol. I, p. 110 et 111)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nions toutes ces affirmations, sauf que deux et deux font quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il n'y a pas de hausse g&#233;n&#233;rale des prix . Si le prix de tout double en m&#234;me temps que les salaires, il n'y a pas de changement de prix, le seul changement est celui des termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires ne peut jamais produire une hausse plus ou moins g&#233;n&#233;rale du prix des marchandises. En fait, si chaque industrie employait le m&#234;me nombre de travailleurs par rapport au capital fixe ou aux instruments utilis&#233;s, une augmentation g&#233;n&#233;rale des salaires produirait une baisse g&#233;n&#233;rale des profits et le prix courant des marchandises ne subirait aucune modification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme le rapport entre le travail manuel et le capital fixe n'est pas le m&#234;me dans les diff&#233;rentes industries, toutes les industries qui emploient une masse relativement plus grande de capital et moins de travailleurs seront oblig&#233;es t&#244;t ou tard de baisser le prix de leurs marchandises. Dans le cas contraire, o&#249; le prix de leurs marchandises ne baisse pas, leur profit s'&#233;l&#232;vera au-dessus du taux commun des profits. Les machines ne sont pas des salari&#233;s. La hausse g&#233;n&#233;rale des salaires affectera donc moins les industries qui, par rapport aux autres, emploient plus de machines que de travailleurs. Mais comme la concurrence tend toujours &#224; niveler le taux des profits, les profits qui s'&#233;l&#232;vent au-dessus du taux moyen ne peuvent qu'&#234;tre transitoires. Ainsi, &#224; quelques fluctuations pr&#232;s, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires conduira, non comme le dit M. Proudhon, &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix, mais &#224; une baisse partielle, c'est-&#224;-dire une baisse du prix courant des marchandises fabriqu&#233;es. principalement &#224; l'aide de machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hausse et la baisse des profits et des salaires expriment simplement la proportion dans laquelle capitalistes et ouvriers se partagent le produit d'une journ&#233;e de travail, sans influencer dans la plupart des cas le prix du produit. Mais que &#171; des gr&#232;ves suivies d'augmentations de salaires aboutissent &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix, voire &#224; une disette &#187;, voil&#224; des notions qui ne peuvent fleurir que dans le cerveau d'un po&#232;te incompris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, les gr&#232;ves ont r&#233;guli&#232;rement donn&#233; lieu &#224; l'invention et &#224; l'application de nouvelles machines. Les machines &#233;taient, peut-on dire, l'arme employ&#233;e par le capitaliste pour r&#233;primer la r&#233;volte du travail sp&#233;cialis&#233;. La mule autonome , la plus grande invention de l'industrie moderne, mit hors de combat les fileurs r&#233;volt&#233;s. Si les coalitions et les gr&#232;ves n'avaient d'autre effet que de faire r&#233;agir contre elles les efforts du g&#233;nie m&#233;canique, elles exerceraient encore une immense influence sur le d&#233;veloppement de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je trouve, continue M. Proudhon, dans un article publi&#233; par M. L&#233;on Faucher... septembre 1845, que depuis quelque temps les ouvriers britanniques ont perdu l'habitude de se regrouper, ce qui est assur&#233;ment un progr&#232;s pour lequel on ne peut mais f&#233;licitez-les : mais cette am&#233;lioration du moral des ouvriers vient surtout de leur &#233;ducation &#233;conomique. &#171; Ce n'est pas des fabricants, s'&#233;crie un ouvrier de filature lors d'une r&#233;union &#224; Bolton, que d&#233;pendent les salaires. Dans les p&#233;riodes de d&#233;pression, les ma&#238;tres ne sont pour ainsi dire que le fouet dont la n&#233;cessit&#233; s'arme et, qu'ils le veuillent ou non, ils doivent porter des coups. Le principe r&#233;gulateur est la relation entre l'offre et la demande ; et les ma&#238;tres n'ont pas ce pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Bien jou&#233; !&#034; s'&#233;crie M. Proudhon. &#171; Ce sont des travailleurs bien form&#233;s, des travailleurs mod&#232;les, etc., etc., etc. Une telle pauvret&#233; n'existait pas en Grande-Bretagne ; il ne traversera pas la Manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Proudhon, Vol. I, p. 261 et 262)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes les villes d'Angleterre, Bolton est celle o&#249; le radicalisme est le plus d&#233;velopp&#233;. Les ouvriers de Bolton sont connus pour &#234;tre les plus r&#233;volutionnaires de tous. A l'&#233;poque de la grande agitation en Angleterre pour l'abolition des Corn Laws, les fabricants anglais pensaient qu'ils ne pourraient faire face aux propri&#233;taires terriens qu'en mettant les ouvriers au premier plan. Mais comme les int&#233;r&#234;ts des ouvriers n'&#233;taient pas moins oppos&#233;s &#224; ceux des fabricants que les int&#233;r&#234;ts des fabricants ne l'&#233;taient &#224; ceux des propri&#233;taires fonciers, il &#233;tait naturel que les fabricants se trouvent mal dans les r&#233;unions ouvri&#232;res. Qu'ont fait les constructeurs ? Pour sauver les apparences, ils organis&#232;rent des r&#233;unions compos&#233;es en grande partie de contrema&#238;tres, du petit nombre d'ouvriers qui leur &#233;taient d&#233;vou&#233;s et des vrais amis du m&#233;tier . Lorsque, plus tard, les v&#233;ritables travailleurs ont tent&#233;, comme &#224; Bolton et &#224; Manchester, de prendre part &#224; ces fausses manifestations pour protester contre elles, on leur a interdit l'entr&#233;e au motif qu'il s'agissait d'une r&#233;union &#224; billet &#8211; une r&#233;union &#224; laquelle seules les personnes ayant les qualifications requises &#233;taient autoris&#233;es. les cartes d'entr&#233;e &#233;taient admises. Pourtant les affiches placard&#233;es sur les murs annon&#231;aient des r&#233;unions publiques. Chaque fois qu'une de ces r&#233;unions avait lieu, les journaux des constructeurs rendaient compte de mani&#232;re pompeuse et d&#233;taill&#233;e des discours prononc&#233;s. Il va sans dire que ce sont les contrema&#238;tres qui faisaient ces discours. Les journaux de Londres les reproduisent mot pour mot. M. Proudhon a le malheur de prendre des contrema&#238;tres pour de simples ouvriers, et il leur enjoint de ne pas traverser la Manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en 1844 et 1845 les gr&#232;ves retinrent moins l'attention qu'auparavant, c'est parce que 1844 et 1845 furent les deux premi&#232;res ann&#233;es de prosp&#233;rit&#233; que l'industrie britannique connut depuis 1837. N&#233;anmoins aucun des syndicats n'avait &#233;t&#233; dissous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutons maintenant les contrema&#238;tres de Bolton. Selon eux, les fabricants n'ont aucun contr&#244;le sur les salaires parce qu'ils n'ont aucun contr&#244;le sur le prix des produits, et ils n'ont aucun contr&#244;le sur le prix des produits parce qu'ils n'ont aucun contr&#244;le sur le march&#233; mondial. C'est pourquoi ils souhaitent qu'il soit entendu qu'il ne faut pas former de coalitions pour extorquer aux patrons une augmentation de salaire. M. Proudhon, au contraire, interdit les coalitions, de peur qu'elles ne soient suivies d'une hausse des salaires qui n'entra&#238;nerait une disette g&#233;n&#233;rale. Inutile de dire que sur un point il y a une entente cordiale entre les contrema&#238;tres et M. Proudhon : qu'une hausse des salaires &#233;quivaut &#224; une hausse du prix des produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crainte de la disette est-elle la v&#233;ritable cause de la rancune de M. Proudhon ? Non. Tout simplement, il est ennuy&#233; par les contrema&#238;tres de Bolton parce qu'ils d&#233;terminent la valeur par l'offre et la demande et ne tiennent pratiquement pas compte de la valeur constitu&#233;e , de la valeur pass&#233;e &#224; l'&#233;tat de constitution, de la constitution de la valeur, y compris l'&#233;changeabilit&#233; permanente et toutes les autres proportionnalit&#233;s de rapports et rapports de proportionnalit&#233;, avec la Providence &#224; leurs c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une gr&#232;ve ouvri&#232;re est ill&#233;gale, et ce n'est pas seulement le Code p&#233;nal qui le dit, c'est le syst&#232;me &#233;conomique, la n&#233;cessit&#233; de l'ordre &#233;tabli...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que chaque ouvrier individuellement dispose librement de sa personne et de ses mains, cela peut &#234;tre tol&#233;r&#233;, mais que les ouvriers entreprennent par coalition de faire violence au monopole, c'est quelque chose que la soci&#233;t&#233; ne peut permettre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Vol. I, p. 334 et 335)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon veut faire passer un article du Code p&#233;nal comme une cons&#233;quence n&#233;cessaire et g&#233;n&#233;rale des rapports de production bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, le regroupement est autoris&#233; par une loi du Parlement, et c'est le syst&#232;me &#233;conomique qui a contraint le Parlement &#224; accorder cette autorisation l&#233;gale. En 1825, lorsque, sous le ministre Huskisson, le Parlement dut modifier la loi pour la rendre de plus en plus conforme aux conditions r&#233;sultant de la libre concurrence, il dut n&#233;cessairement abolir toutes les lois interdisant les regroupements d'ouvriers. Plus l'industrie et la concurrence se d&#233;veloppent, plus il y a d'&#233;l&#233;ments qui provoquent et renforcent la combinaison, et d&#232;s que la combinaison devient un fait &#233;conomique, gagnant chaque jour en solidit&#233;, elle ne tardera pas &#224; devenir un fait juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'article du Code p&#233;nal prouve tout au plus que l'industrie moderne et la concurrence n'&#233;taient pas encore bien d&#233;velopp&#233;es sous l'Assembl&#233;e constituante et sous l'Empire. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;conomistes et socialistes [*1] sont d'accord sur un point : la condamnation de la combinaison . Seulement, ils ont des motifs diff&#233;rents pour justifier leur acte de condamnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes disent aux travailleurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne combinez pas. Par la combinaison vous g&#234;nez le progr&#232;s r&#233;gulier de l'industrie, vous emp&#234;chez les fabricants d'ex&#233;cuter leurs commandes, vous perturbez le commerce et vous pr&#233;cipitez l'invasion des machines qui, en rendant votre travail en partie inutile, vous obligent &#224; accepter un salaire encore inf&#233;rieur. D'ailleurs, quoi que vous fassiez, votre salaire sera toujours d&#233;termin&#233; par le rapport des mains demand&#233;es aux mains fournies, et c'est un effort aussi ridicule que dangereux pour vous de vous r&#233;volter contre les lois &#233;ternelles de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes disent aux ouvriers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne combinez pas, car de toute fa&#231;on, qu'y gagnerez-vous ? Une hausse des salaires ? Les &#233;conomistes vous prouveront bien clairement que les quelques gains que vous pourrez en tirer pendant quelques instants si vous r&#233;ussissez seront suivis d'une baisse permanente. D'habiles calculateurs vous prouveront qu'il vous faudrait des ann&#233;es pour r&#233;cup&#233;rer, par l'augmentation de vos salaires, les d&#233;penses occasionn&#233;es par l'organisation et l'entretien des combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous, socialistes, vous disons qu'en dehors de la question d'argent, vous continuerez n&#233;anmoins &#224; &#234;tre des ouvriers, et que les ma&#238;tres continueront &#224; &#234;tre les ma&#238;tres, comme avant. Donc pas de combinaison ! Pas de politique ! Car entrer en coalition, n'est-ce pas s'engager dans la politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes veulent que les ouvriers restent dans la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est constitu&#233;e et telle qu'elle a &#233;t&#233; sign&#233;e et scell&#233;e par eux dans leurs manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes veulent que les ouvriers abandonnent l'ancienne soci&#233;t&#233; pour mieux pouvoir entrer dans la nouvelle soci&#233;t&#233; qu'ils leur ont pr&#233;par&#233;e avec tant de pr&#233;voyance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les deux, malgr&#233; les manuels et les utopies, la combinaison n'a pas encore cess&#233; un instant d'avancer et de cro&#238;tre avec le d&#233;veloppement et la croissance de l'industrie moderne. Elle est aujourd'hui parvenue &#224; un tel stade que le degr&#233; auquel la combinaison s'est d&#233;velopp&#233;e dans un pays donn&#233; marque clairement le rang qu'il occupe dans la hi&#233;rarchie du march&#233; mondial. L'Angleterre, dont l'industrie a atteint le plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement, poss&#232;de les combinaisons les plus nombreuses et les mieux organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, on ne s'est pas arr&#234;t&#233; &#224; des combinaisons partielles qui n'ont d'autre objectif qu'une frappe passag&#232;re, et qui disparaissent avec elle. Des coalitions permanentes se sont constitu&#233;es, des syndicats , qui servent de remparts aux ouvriers dans leurs luttes contre le patronat. Et &#224; l'heure actuelle, tous ces syndicats locaux trouvent un point de ralliement dans la National Association of United Trades , dont le comit&#233; central est &#224; Londres et qui compte d&#233;j&#224; 80 000 membres. L'organisation de ces gr&#232;ves, coalitions et syndicats se poursuivit simultan&#233;ment avec les luttes politiques des ouvriers, qui constituent aujourd'hui un grand parti politique, sous le nom de Chartistes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re tentative des travailleurs de s'associer entre eux se fait toujours sous forme de combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande industrie concentre en un m&#234;me lieu une foule de gens qui ne se connaissent pas. La concurrence divise leurs int&#233;r&#234;ts. Mais le maintien des salaires, cet int&#233;r&#234;t commun qu'ils ont contre leur patron, les unit dans une pens&#233;e commune de r&#233;sistance &#8211; de combinaison . Ainsi, la coalition a toujours un double objectif : mettre un terme &#224; la concurrence entre les travailleurs, afin qu'ils puissent poursuivre une concurrence g&#233;n&#233;rale avec le capitaliste. Si le premier but de la r&#233;sistance &#233;tait simplement le maintien des salaires, les coalitions, d'abord isol&#233;es, se constituent en groupes &#224; mesure que les capitalistes s'unissent &#224; leur tour en vue de la r&#233;pression, et face &#224; un capital toujours uni, le maintien de l'association. leur devient plus n&#233;cessaire que celui du salaire. C'est si vrai que les &#233;conomistes anglais s'&#233;tonnent de voir les ouvriers sacrifier une bonne partie de leur salaire au profit d'associations qui, aux yeux de ces &#233;conomistes, sont &#233;tablies uniquement en faveur des salaires. Dans cette lutte &#8211; v&#233;ritable guerre civile &#8211; tous les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; une bataille &#224; venir s'unissent et se d&#233;veloppent. Une fois parvenue &#224; ce point, l'association prend un caract&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions &#233;conomiques avaient d'abord transform&#233; la masse de la population du pays en travailleurs. La combinaison du capital a cr&#233;&#233; pour cette masse une situation commune, des int&#233;r&#234;ts communs. Cette masse est donc d&#233;j&#224; une classe contre le capital, mais pas encore pour elle-m&#234;me. Dans la lutte, dont nous n'avons not&#233; que quelques phases, cette masse s'unit et se constitue comme classe &#224; part. Les int&#233;r&#234;ts qu'elle d&#233;fend deviennent des int&#233;r&#234;ts de classe. Mais la lutte de classe contre classe est une lutte politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bourgeoisie, nous avons deux phases &#224; distinguer : celle o&#249; elle s'est constitu&#233;e en classe sous le r&#233;gime de la f&#233;odalit&#233; et de la monarchie absolue, et celle o&#249;, d&#233;j&#224; constitu&#233;e en classe, elle a renvers&#233; la f&#233;odalit&#233; et la monarchie pour faire de la soci&#233;t&#233; une soci&#233;t&#233; bourgeoise. soci&#233;t&#233;. La premi&#232;re de ces phases fut la plus longue et n&#233;cessita les plus grands efforts. Cela aussi commen&#231;a par des coalitions partielles contre les seigneurs f&#233;odaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses recherches ont &#233;t&#233; men&#233;es pour retracer les diff&#233;rentes phases historiques par lesquelles la bourgeoisie est pass&#233;e, depuis la commune jusqu'&#224; sa constitution en classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsqu'il s'agit de faire une &#233;tude pr&#233;cise des gr&#232;ves, regroupements et autres formes sous lesquelles les prol&#233;taires r&#233;alisent sous nos yeux leur organisation en classe, les uns sont saisis d'une peur r&#233;elle et les autres affichent un d&#233;dain transcendantal .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe opprim&#233;e est la condition vitale de toute soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'antagonisme des classes. L'&#233;mancipation de la classe opprim&#233;e implique donc n&#233;cessairement la cr&#233;ation d'une nouvelle soci&#233;t&#233;. Pour que la classe opprim&#233;e puisse s'&#233;manciper, il faut que les puissances productives d&#233;j&#224; acquises et les rapports sociaux existants ne puissent plus coexister. De tous les instruments de production, la plus grande puissance productive est la classe r&#233;volutionnaire elle-m&#234;me. L'organisation des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires en classe suppose l'existence de toutes les forces productives qui pourraient &#234;tre engendr&#233;es au sein de l'ancienne soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il qu'apr&#232;s la chute de l'ancienne soci&#233;t&#233;, il y aura une nouvelle domination de classe aboutissant &#224; un nouveau pouvoir politique ? Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition de l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re est l'abolition de toute classe, tout comme la condition de la lib&#233;ration du tiers-&#233;tat, de l'ordre bourgeois, &#233;tait l'abolition de tous les domaines et de tous les ordres. [*2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, au cours de son d&#233;veloppement, substituera &#224; l'ancienne soci&#233;t&#233; civile une association qui exclura les classes et leurs antagonismes, et il n'y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est pr&#233;cis&#233;ment l'expression officielle de la volont&#233; politique. antagonisme dans la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, l'antagonisme entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie est une lutte de classe contre classe, une lutte qui, port&#233;e &#224; sa plus haute expression, est une r&#233;volution totale. En effet, est-il surprenant qu'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l' opposition des classes aboutisse &#224; la contradiction brutale , au choc des corps contre les corps, comme d&#233;nouement final ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne dites pas que le mouvement social exclut le mouvement politique. Il n'y a jamais de mouvement politique qui ne soit en m&#234;me temps social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que dans un ordre de choses o&#249; il n'y aura plus de classes et d'antagonismes de classes que les &#233;volutions sociales cesseront d'&#234;tre des r&#233;volutions politiques . D'ici l&#224;, &#224; la veille de tout remaniement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, le dernier mot des sciences sociales sera toujours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le combat ou la mort ; la lutte sanguinaire ou le n&#233;ant. C'est ainsi que la question est invinciblement pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Extrait du roman Jean Siska de George Sand :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le combat ou la mort : lutte sanglante ou extinction. C'est ainsi que la question se pose inexorablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes de bas de page&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les lois alors en vigueur en France &#8211; la loi dite Le Chapelier adopt&#233;e en 1791 lors de la r&#233;volution par l'Assembl&#233;e constituante et le code p&#233;nal &#233;labor&#233; sous l'Empire napol&#233;onien &#8211; interdisaient aux ouvriers de se syndiquer ou de se rendre en gr&#232;ve. L'interdiction des syndicats a &#233;t&#233; abolie en France en 1884.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*1] C'est-&#224;-dire les socialistes de l'&#233;poque : les fouri&#233;ristes en France, les owenistes en Angleterre. FE [&#8211; Note d'Engels sur l'&#233;dition allemande, 1885]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*2] Domaines ici au sens historique des domaines de la f&#233;odalit&#233;, domaines aux privil&#232;ges d&#233;finis et limit&#233;s. La r&#233;volution de la bourgeoisie a aboli les domaines et leurs privil&#232;ges. La soci&#233;t&#233; bourgeoise ne conna&#238;t que des classes . Il &#233;tait donc absolument en contradiction avec l'histoire de d&#233;crire le prol&#233;tariat comme le &#171; quatri&#232;me pouvoir &#187;. [&#8211; Engels, &#233;dition allemande de 1885.]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discours du Comit&#233; central &#224; la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Londres, mars 1850&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des deux ann&#233;es r&#233;volutionnaires de 1848-1849, la Ligue fit ses preuves de deux mani&#232;res. Premi&#232;rement, ses membres se sont partout impliqu&#233;s &#233;nergiquement dans le mouvement et se sont tenus aux premiers rangs de la seule classe r&#233;solument r&#233;volutionnaire, le prol&#233;tariat, dans la presse, sur les barricades et sur les champs de bataille. La Ligue a en outre fait ses preuves dans la mesure o&#249; sa compr&#233;hension du mouvement, telle qu'exprim&#233;e dans les circulaires publi&#233;es par les Congr&#232;s et le Comit&#233; central de 1847 et dans le Manifeste du Parti communiste , s'est r&#233;v&#233;l&#233;e la seule correcte, et les attentes exprim&#233;es dans ces documents ont &#233;t&#233; pleinement remplies. Ce message, autrefois propag&#233; en secret par la Ligue, est d&#233;sormais sur toutes les l&#232;vres et pr&#234;ch&#233; ouvertement sur le march&#233;. Mais dans le m&#234;me temps, l'organisation autrefois solide de la Ligue s'est consid&#233;rablement affaiblie. Un grand nombre de membres directement impliqu&#233;s dans le mouvement pensaient que le temps des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes &#233;tait r&#233;volu et que la seule action publique suffisait. Les diff&#233;rents districts et communes ont laiss&#233; leurs liens avec le Comit&#233; central s'affaiblir et s'endormir progressivement. Ainsi, tandis que le parti d&#233;mocrate, le parti de la petite-bourgeoisie, s'organise de plus en plus en Allemagne, le parti ouvrier a perdu son seul point d'ancrage solide, restant organis&#233; au mieux dans des localit&#233;s individuelles pour des objectifs locaux ; au sein du mouvement g&#233;n&#233;ral, elle est par cons&#233;quent tomb&#233;e sous la domination et la direction compl&#232;tes des d&#233;mocrates petits-bourgeois. Cette situation ne peut pas durer ; l'ind&#233;pendance des travailleurs doit &#234;tre restaur&#233;e. Le Comit&#233; central reconnut cette n&#233;cessit&#233; et envoya donc un &#233;missaire, Joseph Moll, en Allemagne au cours de l'hiver 1848-1849 pour r&#233;organiser la Ligue. La mission de Moll n'a cependant pas produit d'effet durable, en partie parce que les ouvriers allemands de l'&#233;poque n'avaient pas assez d'exp&#233;rience et en partie parce qu'elle a &#233;t&#233; interrompue par l'insurrection de mai dernier. Moll lui-m&#234;me prit les armes, rejoignit l'arm&#233;e du Bade-Palatinat et tomba le 29 juin lors de la bataille de la Murg. La Ligue perdit en lui l'un des membres les plus anciens, les plus actifs et les plus fiables, qui avait particip&#233; &#224; tous les congr&#232;s et comit&#233;s centraux et qui avait auparavant men&#233; une s&#233;rie de missions avec beaucoup de succ&#232;s. Depuis la d&#233;faite des partis r&#233;volutionnaires allemand et fran&#231;ais en juillet 1849, presque tous les membres du Comit&#233; central se sont rassembl&#233;s &#224; Londres : ils ont reconstitu&#233; leurs effectifs avec de nouvelles forces r&#233;volutionnaires et ont entrepris de r&#233;organiser la Ligue avec un z&#232;le renouvel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;organisation ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e que par un &#233;missaire, et le Comit&#233; central consid&#232;re qu'il est tr&#232;s important d'envoyer cet &#233;missaire au moment m&#234;me o&#249; une nouvelle r&#233;volution est imminente, c'est-&#224;-dire lorsque le parti ouvrier doit entrer dans la bataille avec toute la force n&#233;cessaire. d'organisation, d'unit&#233; et d'ind&#233;pendance, afin qu'elle ne soit pas exploit&#233;e et prise en charge par la bourgeoisie comme en 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vous avions d&#233;j&#224; dit en 1848, mes fr&#232;res, que la bourgeoisie lib&#233;rale allemande arriverait bient&#244;t au pouvoir et retournerait imm&#233;diatement son pouvoir nouvellement conquis contre les ouvriers. Vous avez vu comment cette pr&#233;vision s'est r&#233;alis&#233;e. C'est en effet la bourgeoisie qui a pris possession de l'autorit&#233; de l'&#201;tat &#224; la suite du mouvement de mars 1848 et a utilis&#233; ce pouvoir pour repousser les ouvriers, ses alli&#233;s dans la lutte, vers leur ancienne position d'oppression. Bien que la bourgeoisie n'ait pu y parvenir qu'en concluant une alliance avec le parti f&#233;odal vaincu en mars et qu'elle ait finalement d&#251; c&#233;der &#224; nouveau le pouvoir &#224; ce parti f&#233;odal absolutiste, elle s'est n&#233;anmoins assur&#233;e des conditions favorables. Compte tenu des difficult&#233;s financi&#232;res du gouvernement, ces conditions garantiraient qu'&#224; long terme le pouvoir retomberait entre ses mains et que tous ses int&#233;r&#234;ts seraient sauvegard&#233;s, s'il &#233;tait possible au mouvement r&#233;volutionnaire d'assumer d&#233;sormais ce qu'on appelle cours pacifique du d&#233;veloppement. Pour garantir son pouvoir, la bourgeoisie n'aurait m&#234;me pas besoin d'attiser la haine en prenant des mesures violentes contre le peuple, puisque toutes ces mesures violentes ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mises en &#339;uvre par la contre-r&#233;volution f&#233;odale. Mais les &#233;v&#233;nements ne suivront pas ce cours pacifique. Au contraire, la r&#233;volution qui acc&#233;l&#233;rera le cours des &#233;v&#233;nements est imminente, qu'elle soit initi&#233;e par un soul&#232;vement ind&#233;pendant du prol&#233;tariat fran&#231;ais ou par une invasion de la Babel r&#233;volutionnaire par la Sainte-Alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le perfide que la bourgeoisie lib&#233;rale allemande a jou&#233; contre le peuple en 1848 sera assum&#233; dans la r&#233;volution &#224; venir par la petite bourgeoisie d&#233;mocratique, qui occupe d&#233;sormais dans l'opposition la m&#234;me position que la bourgeoisie lib&#233;rale d'avant 1848. Ce parti d&#233;mocratique, qui est bien plus dangereux pour les ouvriers que ne l'&#233;taient auparavant les lib&#233;raux, est compos&#233; de trois &#233;l&#233;ments : 1) Les &#233;l&#233;ments les plus progressistes de la grande bourgeoisie, qui poursuivent l'objectif du renversement imm&#233;diat et complet de la f&#233;odalit&#233; et de l'absolutisme. Cette fraction est repr&#233;sent&#233;e par l'ancien Berlin Vereinbarer, les r&#233;sistants aux imp&#244;ts ; 2) Le petit bourgeois constitutionnel-d&#233;mocrate, dont l'objectif principal lors du mouvement pr&#233;c&#233;dent &#233;tait la formation d'un Etat f&#233;d&#233;ral plus ou moins d&#233;mocratique ; c'est pour cela que leurs repr&#233;sentants, la gauche &#224; l'Assembl&#233;e de Francfort et plus tard au Parlement de Stuttgart, ont &#339;uvr&#233;, comme ils l'ont eux-m&#234;mes fait dans la campagne pour la Constitution du Reich ; 3) Les petits-bourgeois r&#233;publicains, dont l'id&#233;al est une r&#233;publique f&#233;d&#233;rale allemande semblable &#224; celle de la Suisse et qui se disent d&#233;sormais &#171; rouges &#187; et &#171; sociaux-d&#233;mocrates &#187; parce qu'ils nourrissent le pieux d&#233;sir d'abolir la pression exerc&#233;e par le grand capital sur le petit capital. , par la grande bourgeoisie sur la petite bourgeoisie. Les repr&#233;sentants de cette fraction &#233;taient les membres des congr&#232;s et comit&#233;s d&#233;mocratiques, les dirigeants des associations d&#233;mocratiques et les r&#233;dacteurs des journaux d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s leur d&#233;faite, toutes ces fractions se pr&#233;tendent &#171; r&#233;publicaines &#187; ou &#171; rouges &#187;, tout comme aujourd'hui les membres de la petite bourgeoisie r&#233;publicaine en France se disent &#171; socialistes &#187;. L&#224; o&#249;, comme dans le Wurtemberg, en Bavi&#232;re, etc., ils trouvent encore une chance de parvenir &#224; leurs fins par la voie constitutionnelle, ils profitent de l'occasion pour conserver leurs anciennes phrases et prouver par leurs actes qu'ils n'ont pas chang&#233; le moins du monde. En outre, il va sans dire que le changement de nom de ce parti ne modifie en rien ses rapports avec les travailleurs, mais prouve simplement qu'il est d&#233;sormais oblig&#233; de former un front contre la bourgeoisie unie &#224; l'absolutisme et de rechercher le soutien du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti d&#233;mocrate petit-bourgeois en Allemagne est tr&#232;s puissant. Elle n'embrasse pas seulement la grande majorit&#233; de la classe moyenne urbaine, les petits commer&#231;ants industriels et les ma&#238;tres artisans ; il compte aussi parmi ses partisans les paysans et le prol&#233;tariat rural, dans la mesure o&#249; ce dernier n'a pas encore trouv&#233; d'appui parmi le prol&#233;tariat ind&#233;pendant des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation du parti ouvrier r&#233;volutionnaire avec les d&#233;mocrates petits-bourgeois est la suivante : il coop&#232;re avec eux contre le parti qu'ils visent &#224; renverser ; il s'oppose &#224; eux partout o&#249; ils souhaitent assurer leur propre position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits-bourgeois d&#233;mocrates, loin de vouloir transformer la soci&#233;t&#233; enti&#232;re dans l'int&#233;r&#234;t des prol&#233;taires r&#233;volutionnaires, aspirent seulement &#224; un changement des conditions sociales qui rendra la soci&#233;t&#233; existante aussi tol&#233;rable et confortable que possible pour eux. Ils exigent donc avant tout une r&#233;duction des d&#233;penses publiques par une restriction de la bureaucratie et le transfert de la majeure partie de la charge fiscale vers les grands propri&#233;taires fonciers et la bourgeoisie. Ils exigent en outre la suppression de la pression exerc&#233;e par le grand capital sur le petit capital par la cr&#233;ation d'institutions publiques de cr&#233;dit et l'adoption de lois contre l'usure, gr&#226;ce auxquelles il leur serait possible, ainsi qu'aux paysans, de recevoir des avances de l'&#201;tat &#224; des conditions favorables. des capitalistes ; aussi, l'introduction de rapports de propri&#233;t&#233; bourgeoise sur la terre par l'abolition compl&#232;te de la f&#233;odalit&#233;. Pour r&#233;aliser tout cela, ils ont besoin d'une forme de gouvernement d&#233;mocratique, soit constitutionnelle, soit r&#233;publicaine, qui leur donnerait, ainsi qu'&#224; leurs alli&#233;s paysans, la majorit&#233; ; ils ont &#233;galement besoin d'un syst&#232;me d&#233;mocratique de gouvernement local qui leur donne un contr&#244;le direct sur la propri&#233;t&#233; municipale et sur une s&#233;rie de fonctions politiques actuellement aux mains des bureaucrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination du capital et son accumulation rapide doivent &#234;tre encore contrecarr&#233;es, en partie par une r&#233;duction du droit de succession, et en partie par le transfert d'autant d'emplois que possible &#224; l'&#201;tat. En ce qui concerne les ouvriers, une chose est avant tout certaine : ils doivent rester des salari&#233;s comme avant. Cependant, les petits-bourgeois d&#233;mocrates veulent de meilleurs salaires et une meilleure s&#233;curit&#233; pour les travailleurs, et esp&#232;rent y parvenir par une extension de l'emploi public et par des mesures sociales ; en bref, ils esp&#232;rent soudoyer les ouvriers avec une aum&#244;ne plus ou moins d&#233;guis&#233;e et briser leur force r&#233;volutionnaire en rendant temporairement leur situation tol&#233;rable. Les revendications de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise r&#233;sum&#233;es ici ne sont pas exprim&#233;es simultan&#233;ment par toutes ses sections et, dans leur totalit&#233;, elles sont l'objectif explicite d'un tr&#232;s petit nombre seulement de ses partisans. Plus certains individus ou fractions de la petite bourgeoisie avanceront, plus ils adopteront explicitement ces revendications, et les rares personnes qui reconnaissent leur propre programme dans ce qui a &#233;t&#233; mentionn&#233; ci-dessus pourraient bien croire qu'elles ont avanc&#233; le maximum qu'on peut exiger de la petite bourgeoisie. la r&#233;volution. Mais ces revendications ne peuvent en aucun cas satisfaire le parti du prol&#233;tariat. Tandis que les petits-bourgeois d&#233;mocrates veulent mettre un terme &#224; la r&#233;volution le plus rapidement possible, en atteignant tout au plus les objectifs d&#233;j&#224; mentionn&#233;s, il est de notre int&#233;r&#234;t et de notre t&#226;che de rendre la r&#233;volution permanente jusqu'&#224; ce que toutes les classes plus ou moins poss&#233;dantes aient &#233;t&#233; chass&#233;es du pouvoir. leurs positions dirigeantes, jusqu'&#224; ce que le prol&#233;tariat ait conquis le pouvoir d'&#201;tat et jusqu'&#224; ce que l'association des prol&#233;taires ait suffisamment progress&#233; &#8211; non seulement dans un pays mais dans tous les pays dirigeants du monde &#8211; pour que cesse la concurrence entre les prol&#233;taires de ces pays et au moins les forces d&#233;cisives de la production sont concentr&#233;es entre les mains des ouvriers. Notre pr&#233;occupation ne peut pas &#234;tre simplement de modifier la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais de l'abolir, non d'&#233;touffer les antagonismes de classe mais d'abolir les classes, non d'am&#233;liorer la soci&#233;t&#233; existante mais d'en fonder une nouvelle. Il ne fait aucun doute qu'au cours de la r&#233;volution allemande, les d&#233;mocrates petits-bourgeois acquerront pour le moment une influence pr&#233;dominante. La question est donc de savoir quelle doit &#234;tre l'attitude du prol&#233;tariat, et en particulier de la Ligue, &#224; son &#233;gard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Tant que perdurent les conditions actuelles dans lesquelles les d&#233;mocrates petits-bourgeois sont &#233;galement opprim&#233;s ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2) Dans la lutte r&#233;volutionnaire &#224; venir, qui les mettra dans une position dominante ;&lt;br class='autobr' /&gt;
3) Apr&#232;s cette lutte, pendant la p&#233;riode de pr&#233;dominance petite-bourgeoise sur les classes renvers&#233;es et sur le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. En ce moment, alors que les petits-bourgeois d&#233;mocrates sont partout opprim&#233;s, ils pr&#234;chent au prol&#233;tariat l'unit&#233; g&#233;n&#233;rale et la r&#233;conciliation ; ils tendent la main de l'amiti&#233; et cherchent &#224; fonder un grand parti d'opposition qui embrasserait toutes les nuances de l'opinion d&#233;mocratique ; c'est-&#224;-dire qu'ils cherchent &#224; pi&#233;ger les ouvriers dans une organisation de parti dans laquelle pr&#233;valent des expressions sociales-d&#233;mocrates g&#233;n&#233;rales tandis que leurs int&#233;r&#234;ts particuliers sont cach&#233;s derri&#232;re eux et dans laquelle, dans le souci de pr&#233;server la paix, les revendications sp&#233;cifiques du prol&#233;tariat ne peuvent pas &#234;tre satisfaites. &#234;tre pr&#233;sent&#233;e. Une telle unit&#233; serait &#224; leur seul avantage et au d&#233;savantage total du prol&#233;tariat. Le prol&#233;tariat perdrait toute sa position ind&#233;pendante durement acquise et serait r&#233;duit une fois de plus &#224; un simple appendice de la d&#233;mocratie bourgeoise officielle. Il faut donc r&#233;sister de la mani&#232;re la plus d&#233;cisive &#224; cette unit&#233;. Au lieu de s'abaisser au rang d'un ch&#339;ur applaudissant, les ouvriers, et surtout la Ligue, doivent &#339;uvrer &#224; la cr&#233;ation d'une organisation ind&#233;pendante du parti ouvrier, &#224; la fois secr&#232;te et ouverte, et aux c&#244;t&#233;s des d&#233;mocrates officiels et de la Ligue. doit viser &#224; faire de chacune de ses communes un centre et un noyau d'associations ouvri&#232;res dans lequel la position et les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat peuvent &#234;tre discut&#233;s sans influence bourgeoise. Les d&#233;mocrates de Breslau, qui m&#232;nent une campagne furieuse dans leur organe, la Neue Oder Zeitung, d&#233;montrent &#224; quel point les d&#233;mocrates bourgeois prennent au s&#233;rieux une alliance dans laquelle le prol&#233;tariat aurait un pouvoir et des droits &#233;gaux., contre les travailleurs organis&#233;s de mani&#232;re ind&#233;pendante, qu'ils appellent &#171; socialistes &#187;. Dans le cas d'une lutte contre un ennemi commun, une alliance sp&#233;ciale n'est pas n&#233;cessaire. D&#232;s qu'il faudra combattre directement un tel ennemi, les int&#233;r&#234;ts des deux parties co&#239;ncideront pour un moment et une association d'opportunit&#233;s momentan&#233;es surgira spontan&#233;ment dans le futur, comme cela s'est produit dans le pass&#233;. Il va sans dire que dans les conflits sanglants &#224; venir, comme dans tous les autres, ce seront les travailleurs, avec leur courage, leur d&#233;termination et leur abn&#233;gation, qui seront les principaux responsables de la victoire. Comme par le pass&#233;, ainsi dans la lutte &#224; venir &#233;galement, la petite bourgeoisie, en g&#233;n&#233;ral, h&#233;sitera le plus longtemps possible et restera craintive, ind&#233;cise et inactive ; mais lorsque la victoire sera certaine, il la revendiquera et appellera les ouvriers &#224; se comporter de mani&#232;re ordonn&#233;e, &#224; retourner au travail et &#224; pr&#233;venir les soi-disant exc&#232;s, et il exclura le prol&#233;tariat des fruits de la victoire. Il n'est pas au pouvoir des ouvriers d'emp&#234;cher les d&#233;mocrates petits-bourgeois de le faire ; mais il est en leur pouvoir de rendre aussi difficile que possible &#224; la petite bourgeoisie l'usage de son pouvoir contre le prol&#233;tariat arm&#233;, et de lui dicter des conditions telles que la domination des d&#233;mocrates bourgeois, d&#232;s le d&#233;but, portera en elle cela portera les germes de sa propre destruction, et son d&#233;placement ult&#233;rieur par le prol&#233;tariat sera consid&#233;rablement facilit&#233;. Surtout, pendant et imm&#233;diatement apr&#232;s la lutte, les ouvriers doivent, dans la mesure du possible, s'opposer aux tentatives de pacification bourgeoises et contraindre les d&#233;mocrates &#224; mettre &#224; ex&#233;cution leurs phrases terroristes. Ils doivent veiller &#224; ce que l'enthousiasme r&#233;volutionnaire imm&#233;diat ne soit pas soudainement r&#233;prim&#233; apr&#232;s la victoire. Au contraire, il faut la maintenir le plus longtemps possible. Loin de s'opposer aux soi-disant exc&#232;s &#8211; cas de vengeance populaire contre des individus d&#233;test&#233;s ou contre des b&#226;timents publics auxquels sont associ&#233;s des souvenirs haineux &#8211; le parti ouvrier doit non seulement tol&#233;rer ces actions mais doit m&#234;me leur donner une direction. Pendant et apr&#232;s la lutte, les ouvriers doivent &#224; chaque occasion pr&#233;senter leurs propres revendications contre celles des d&#233;mocrates bourgeois. Ils doivent exiger des garanties pour les travailleurs d&#232;s que la bourgeoisie d&#233;mocratique entreprendra de prendre le pouvoir. Ils doivent obtenir ces garanties par la force si n&#233;cessaire, et g&#233;n&#233;ralement s'assurer que les nouveaux dirigeants s'engagent &#224; faire toutes les concessions et promesses possibles &#8211; le moyen le plus s&#251;r de les compromettre. Ils doivent contr&#244;ler par tous les moyens et dans la mesure du possible l'euphorie victorieuse et l'enthousiasme pour la nouvelle situation qui suivent chaque bataille de rue r&#233;ussie, par une analyse froide et froide de la situation et par une m&#233;fiance non dissimul&#233;e &#224; l'&#233;gard du nouveau gouvernement. Aux c&#244;t&#233;s des nouveaux gouvernements officiels, ils doivent simultan&#233;ment &#233;tablir leurs propres gouvernements ouvriers r&#233;volutionnaires,soit sous la forme de comit&#233;s et de conseils ex&#233;cutifs locaux, soit par l'interm&#233;diaire de clubs ou de comit&#233;s ouvriers, de sorte que les gouvernements d&#233;mocratiques bourgeois non seulement perdent imm&#233;diatement le soutien des ouvriers, mais se retrouvent d&#232;s le d&#233;but surveill&#233;s et menac&#233;s par les autorit&#233;s derri&#232;re lesquelles se tiennent les travailleurs. toute la masse des ouvriers. En un mot, d&#232;s le moment de la victoire, la suspicion des ouvriers doit se porter non plus contre le parti r&#233;actionnaire vaincu, mais contre leur ancien alli&#233;, contre le parti qui entend exploiter pour lui-m&#234;me la victoire commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Pour pouvoir s'opposer avec force et menace &#224; ce parti, dont la trahison des travailleurs commencera d&#232;s la premi&#232;re heure de la victoire, les travailleurs doivent &#234;tre arm&#233;s et organis&#233;s. Il faut armer imm&#233;diatement tout le prol&#233;tariat de mousquets, de fusils, de canons et de munitions, et s'opposer &#224; la r&#233;surgence de la milice citoyenne &#224; l'ancienne, dirig&#233;e contre les ouvriers. L&#224; o&#249; la formation de cette milice ne peut &#234;tre emp&#234;ch&#233;e, les ouvriers doivent essayer de s'organiser de mani&#232;re ind&#233;pendante en tant que garde prol&#233;tarienne, avec des dirigeants &#233;lus et avec leur propre &#233;tat-major &#233;lu ; ils doivent essayer de se placer non sous les ordres de l'autorit&#233; de l'Etat mais sous les ordres des conseils locaux r&#233;volutionnaires constitu&#233;s par les ouvriers. L&#224; o&#249; les ouvriers sont employ&#233;s par l'Etat, ils doivent s'armer et s'organiser en corps sp&#233;ciaux avec des dirigeants &#233;lus, ou en tant que partie de la garde prol&#233;tarienne. Sous aucun pr&#233;texte, les armes et les munitions ne doivent &#234;tre restitu&#233;es ; toute tentative de d&#233;sarmer les travailleurs doit &#234;tre d&#233;jou&#233;e, par la force si n&#233;cessaire. La destruction de l'influence des d&#233;mocrates bourgeois sur les ouvriers et l'imposition de conditions qui compromettent le r&#232;gne de la d&#233;mocratie bourgeoise, qui est pour le moment in&#233;vitable, et le rendent aussi difficile que possible - tels sont les principaux points sur lesquels le prol&#233;tariat et c'est pourquoi la Ligue doit garder &#224; l'esprit pendant et apr&#232;s le soul&#232;vement prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. D&#232;s que les nouveaux gouvernements seront &#233;tablis, leur lutte contre les travailleurs commencera. Pour que les ouvriers puissent s'opposer par la force aux petits-bourgeois d&#233;mocrates, il est avant tout essentiel qu'ils soient organis&#233;s de mani&#232;re ind&#233;pendante et centralis&#233;s dans des clubs. D&#232;s que possible apr&#232;s le renversement des gouvernements actuels, le Comit&#233; central se rendra en Allemagne et convoquera imm&#233;diatement un congr&#232;s, lui soumettant les propositions n&#233;cessaires pour la centralisation des clubs ouvriers sous une direction &#233;tablie au centre du mouvement. op&#233;rations. L'organisation rapide de liaisons, au moins provinciales, entre les clubs ouvriers est une des conditions essentielles du renforcement et du d&#233;veloppement du parti ouvrier ; le r&#233;sultat imm&#233;diat du renversement des gouvernements existants sera l'&#233;lection d'un organe repr&#233;sentatif national. Ici, le prol&#233;tariat doit veiller : 1) &#224; ce que, par des pratiques agressives, les autorit&#233;s locales et les commissaires du gouvernement n'excluent, sous aucun pr&#233;texte que ce soit, une quelconque partie des travailleurs ; 2) que des candidats ouvriers sont nomm&#233;s partout en opposition aux candidats d&#233;mocrates bourgeois. Dans la mesure du possible, ils devraient &#234;tre membres de la Ligue et leur &#233;lection devrait se faire par tous les moyens possibles. M&#234;me l&#224; o&#249; il n'y a aucune chance d'&#234;tre &#233;lus, les travailleurs doivent pr&#233;senter leurs propres candidats pour pr&#233;server leur ind&#233;pendance, &#233;valuer leur propre force et porter leur position r&#233;volutionnaire et le point de vue de leur parti &#224; l'attention du public. Ils ne doivent pas se laisser &#233;garer par les phrases creuses des d&#233;mocrates, qui affirmeront que les candidats ouvriers diviseront le parti d&#233;mocrate et offriront aux forces de r&#233;action une chance de victoire. Tous ces discours signifient, en derni&#232;re analyse, que le prol&#233;tariat doit &#234;tre escroqu&#233;. Les progr&#232;s que fera le parti prol&#233;tarien en agissant ainsi de mani&#232;re ind&#233;pendante sont infiniment plus importants que les inconv&#233;nients r&#233;sultant de la pr&#233;sence de quelques r&#233;actionnaires dans le corps repr&#233;sentatif. Si les forces de la d&#233;mocratie entreprennent d&#232;s le d&#233;but une action terroriste d&#233;cisive contre la r&#233;action, l'influence r&#233;actionnaire dans les &#233;lections sera d&#233;j&#224; d&#233;truite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point sur lequel les d&#233;mocrates bourgeois entreront en conflit avec les ouvriers sera l'abolition de la f&#233;odalit&#233;, car lors de la premi&#232;re r&#233;volution fran&#231;aise, la petite bourgeoisie voudra donner les terres f&#233;odales aux paysans comme propri&#233;t&#233; gratuite ; c'est-&#224;-dire qu'ils tenteront de perp&#233;tuer l'existence du prol&#233;tariat rural et de former une classe paysanne petite-bourgeoise qui sera soumise au m&#234;me cycle d'appauvrissement et d'endettement qui afflige encore le paysan fran&#231;ais. Les ouvriers doivent s'opposer &#224; ce projet &#224; la fois dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat rural et dans leur propre int&#233;r&#234;t. Ils doivent exiger que les propri&#233;t&#233;s f&#233;odales confisqu&#233;es restent propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat et soient utilis&#233;es pour des colonies ouvri&#232;res, cultiv&#233;es collectivement par le prol&#233;tariat rural avec tous les avantages de la grande agriculture et o&#249; le principe de la propri&#233;t&#233; commune trouvera imm&#233;diatement une base solide au sein du groupe. du syst&#232;me fragile des relations de propri&#233;t&#233; bourgeoises. De m&#234;me que les d&#233;mocrates s'allient aux paysans, les ouvriers doivent s'allier au prol&#233;tariat rural.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit les d&#233;mocrates travailleront directement &#224; une r&#233;publique f&#233;d&#233;r&#233;e, soit du moins, s'ils ne peuvent &#233;viter la r&#233;publique une et indivisible, ils tenteront de paralyser le gouvernement central en accordant aux communes et aux provinces la plus grande autonomie et ind&#233;pendance possible. En opposition &#224; ce projet, les ouvriers doivent lutter non seulement pour une r&#233;publique allemande une et indivisible, mais aussi, au sein de cette r&#233;publique, pour une centralisation la plus d&#233;cisive du pouvoir entre les mains du pouvoir d'Etat. Ils ne doivent pas se laisser &#233;garer par des discours d&#233;mocratiques vides de sens sur la libert&#233; des communes, l'autonomie, etc. Dans un pays comme l'Allemagne, o&#249; tant de vestiges du Moyen &#194;ge doivent encore &#234;tre abolis, o&#249; tant de choses locales et Il faut briser l'obstination provinciale, on ne peut en aucun cas tol&#233;rer que chaque village, chaque ville et chaque province oppose de nouveaux obstacles &#224; l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, qui ne peut se d&#233;velopper avec toute son efficacit&#233; qu'&#224; partir d'un point central. Une reprise de la situation actuelle, dans laquelle les Allemands doivent mener une lutte s&#233;par&#233;e dans chaque ville et province pour obtenir le m&#234;me degr&#233; de progr&#232;s, ne peut pas non plus &#234;tre tol&#233;r&#233;e. Surtout, on ne peut pas permettre &#224; un soi-disant syst&#232;me libre de gouvernement local de perp&#233;tuer une forme de propri&#233;t&#233; qui est plus arri&#233;r&#233;e que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e moderne et qui se transforme partout et in&#233;vitablement en propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; &#224; savoir la propri&#233;t&#233; communale, avec les conflits qui en r&#233;sultent entre les communaut&#233;s pauvres et riches. On ne peut pas non plus permettre &#224; ce soi-disant syst&#232;me libre de gouvernement local de perp&#233;tuer, &#224; c&#244;t&#233; du droit civil de l'&#201;tat, l'existence d'un droit civil communal avec ses pratiques acerbes dirig&#233;es contre les travailleurs. Comme en France en 1793, la t&#226;che du parti v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire en Allemagne est de r&#233;aliser la centralisation la plus stricte. [Il faut rappeler aujourd'hui que ce passage repose sur un malentendu. A cette &#233;poque &#8211; gr&#226;ce aux falsificateurs bonapartistes et lib&#233;raux de l'histoire &#8211; il &#233;tait consid&#233;r&#233; comme acquis que l'appareil administratif centralis&#233; fran&#231;ais avait &#233;t&#233; introduit par la Grande R&#233;volution et surtout qu'il avait &#233;t&#233; utilis&#233; par la Convention comme une arme indispensable et d&#233;cisive. pour vaincre la r&#233;action royaliste et f&#233;d&#233;raliste et l'ennemi ext&#233;rieur. Mais on sait aujourd'hui que, tout au long de la r&#233;volution jusqu'au XVIII brumaire, toute l'administration des d&#233;partements, des arrondissements et des communesse composait d'autorit&#233;s &#233;lues par les constituants respectifs eux-m&#234;mes, et que ces autorit&#233;s agissaient en toute libert&#233; dans le cadre des lois g&#233;n&#233;rales de l'&#201;tat ; que pr&#233;cis&#233;ment ce gouvernement autonome provincial et local, semblable &#224; celui am&#233;ricain, est devenu le levier le plus puissant de la r&#233;volution et &#224; tel point que Napol&#233;on, imm&#233;diatement apr&#232;s son coup d'&#201;tat du XVIII brumaire, s'est empress&#233; de le remplacer par le une administration pr&#233;fectorale encore existante, qui fut donc d&#232;s le d&#233;but un pur instrument de r&#233;action. Mais pas plus que l'autonomie locale et provinciale n'est en contradiction avec la centralisation politique nationale, elle n'est n&#233;cessairement li&#233;e &#224; cet &#233;go&#239;sme cantonal ou communal born&#233; qui nous para&#238;t si r&#233;pugnant en Suisse et que tous les pays d'Allemagne du Sud En 1849, les r&#233;publicains f&#233;d&#233;raux voulaient &#233;tablir le pouvoir en Allemagne. &#8211; Note d'Engels sur l'&#233;dition de 1885.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu comment la prochaine pouss&#233;e am&#232;nera les d&#233;mocrates au pouvoir et comment ils seront contraints de proposer des mesures plus ou moins socialistes. on demandera quelles mesures les ouvriers doivent proposer en r&#233;ponse. Au d&#233;but, bien s&#251;r, les ouvriers ne peuvent proposer aucune mesure directement communiste. Mais les actions suivantes sont possibles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Ils peuvent forcer les d&#233;mocrates &#224; s'introduire dans autant de domaines que possible de l'ordre social existant, afin de perturber son fonctionnement r&#233;gulier et de faire en sorte que les d&#233;mocrates petits-bourgeois se compromettent ; en outre, les travailleurs peuvent imposer la concentration du plus grand nombre possible de forces productives &#8211; moyens de transport, usines, chemins de fer, etc. &#8211; entre les mains de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ils doivent pousser les propositions des d&#233;mocrates jusqu'&#224; leur extr&#234;me logique (les d&#233;mocrates agiront de toute fa&#231;on de mani&#232;re r&#233;formiste et non r&#233;volutionnaire) et transformer ces propositions en attaques directes contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Si, par exemple, la petite bourgeoisie propose l'achat des chemins de fer et des usines, les ouvriers doivent exiger que ces chemins de fer et ces usines soient simplement confisqu&#233;s par l'&#201;tat, sans compensation, comme propri&#233;t&#233; des r&#233;actionnaires. Si les d&#233;mocrates proposent un imp&#244;t proportionnel, alors les travailleurs doivent exiger un imp&#244;t progressif ; si les d&#233;mocrates eux-m&#234;mes proposent un imp&#244;t progressif mod&#233;r&#233;, alors les travailleurs doivent insister sur un imp&#244;t dont les taux augmentent si fortement qu'il ruine le grand capital ; si les d&#233;mocrates exigent la r&#233;gulation de la dette de l'&#201;tat, alors les travailleurs doivent exiger la faillite nationale. Les revendications des travailleurs devront donc &#234;tre ajust&#233;es en fonction des mesures et des concessions des d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les ouvriers allemands ne puissent pas acc&#233;der au pouvoir et r&#233;aliser leurs int&#233;r&#234;ts de classe sans passer par un d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire prolong&#233;, ils peuvent cette fois au moins &#234;tre s&#251;rs que le premier acte du drame r&#233;volutionnaire qui approche co&#239;ncidera avec la victoire directe de leur propre pays. classe en France et sera ainsi acc&#233;l&#233;r&#233;e. Mais ce sont eux qui doivent contribuer le plus &#224; leur victoire finale, en s'informant de leurs propres int&#233;r&#234;ts de classe, en prenant le plus t&#244;t possible leur position politique ind&#233;pendante, en ne se laissant pas induire en erreur par les phrases hypocrites de la petite bourgeoisie d&#233;mocratique et en les faisant douter. pendant un instant la n&#233;cessit&#233; d'un parti du prol&#233;tariat organis&#233; de mani&#232;re ind&#233;pendante. Leur cri de guerre doit &#234;tre : La R&#233;volution Permanente.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discours du Comit&#233; central &#224; la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;juin 1850&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre derni&#232;re circulaire, remise par l'&#233;missaire de la Ligue, nous avons discut&#233; de la position du parti ouvrier et, en particulier, de la Ligue, tant &#224; l'heure actuelle qu'en cas de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif principal de cette lettre est de pr&#233;senter un rapport sur l'&#233;tat de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant un certain temps, &#224; la suite des d&#233;faites subies par le parti r&#233;volutionnaire l'&#233;t&#233; dernier, l'organisation de la Ligue s'est presque compl&#232;tement d&#233;sint&#233;gr&#233;e. Les membres les plus actifs de la Ligue impliqu&#233;s dans les diff&#233;rents mouvements sont dispers&#233;s, les contacts sont rompus et les adresses ne peuvent plus &#234;tre utilis&#233;es ; &#224; cause de cela et &#224; cause du danger d'ouverture des lettres, la correspondance devint temporairement impossible. Le Comit&#233; central a donc &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; une inactivit&#233; compl&#232;te jusque vers la fin de l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que les s&#233;quelles imm&#233;diates de nos d&#233;faites s'estompaient, il devint &#233;vident que le parti r&#233;volutionnaire avait besoin d'une organisation secr&#232;te forte dans toute l'Allemagne. La n&#233;cessit&#233; de cette organisation, qui conduisit le Comit&#233; central &#224; d&#233;cider d'envoyer un &#233;missaire en Allemagne et en Suisse, conduisit &#233;galement la commune de Cologne &#224; tenter d'organiser la Ligue en Allemagne m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'ann&#233;e, plusieurs r&#233;fugi&#233;s plus ou moins connus des diff&#233;rents mouvements form&#232;rent en Suisse une organisation qui entendait renverser les gouvernements au moment opportun et tenir les hommes pr&#234;ts &#224; prendre la direction du mouvement et m&#234;me &#224; le gouvernement lui-m&#234;me. Cette association ne poss&#233;dait aucun caract&#232;re de parti particulier ; les &#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;roclites qui le composaient rendaient cela impossible. Les membres &#233;taient des personnes de tous les groupes du mouvement, depuis les communistes r&#233;solus et m&#234;me les anciens membres de la Ligue jusqu'aux d&#233;mocrates petits-bourgeois les plus timides et aux anciens membres du gouvernement du Palatinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux des carri&#233;ristes du Bade-Palatinat et des personnalit&#233;s de moindre ambition, si nombreux en Suisse &#224; cette &#233;poque, cette association repr&#233;sentait pour eux une occasion id&#233;ale de progresser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les instructions que cette association a envoy&#233;es &#224; ses agents &#8212; et que le Comit&#233; central a en sa possession &#8212; donnent tout aussi peu de raisons de se fier. L'absence d'un point de vue pr&#233;cis du parti et la tentative de rassembler tous les &#233;l&#233;ments d'opposition disponibles dans une association simul&#233;e ne sont que mal masqu&#233;es par une masse de questions d&#233;taill&#233;es concernant la situation industrielle, agricole, politique et militaire de chaque localit&#233;. Num&#233;riquement aussi, l'association &#233;tait extr&#234;mement faible ; d'apr&#232;s la liste compl&#232;te des membres que nous poss&#233;dons, la soci&#233;t&#233; enti&#232;re en Suisse comptait, au fa&#238;te de sa force, une trentaine de membres &#224; peine. Il est significatif que les travailleurs soient &#224; peine repr&#233;sent&#233;s parmi les membres. D&#232;s le d&#233;but, c'&#233;tait une arm&#233;e d'officiers et de sous-officiers sans aucun soldat. Parmi ses membres figurent A. Fries et Greiner du Palatinat, Korner d'Elberfeld, Sigel, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont envoy&#233; deux agents en Allemagne. Le premier agent, Bruhn, membre de la Ligue, r&#233;ussit, par de faux semblants, &#224; persuader certains membres de la Ligue et certaines communes d'adh&#233;rer pour le moment &#224; la nouvelle association, car ils croyaient qu'il s'agissait de la Ligue ressuscit&#233;e. Tout en rendant compte de la Ligue au Comit&#233; central suisse &#224; Zurich, il nous envoyait simultan&#233;ment des rapports sur l'association suisse. Il ne peut pas se contenter de son r&#244;le d'informateur, car alors qu'il correspondait encore avec nous, il a &#233;crit de pures calomnies aux habitants de Francfort, gagn&#233;s &#224; l'association suisse, et il leur a ordonn&#233; de ne conclure aucun accord. aucun contact avec Londres. Pour cela, il fut imm&#233;diatement expuls&#233; de la Ligue. Les affaires de Francfort furent r&#233;gl&#233;es par un &#233;missaire de la Ligue. On peut ajouter que les activit&#233;s de Bruhn au nom du Comit&#233; central suisse rest&#232;rent infructueuses. Le deuxi&#232;me agent, l'&#233;tudiant Schurz de Bonn, n'obtint aucun r&#233;sultat car, comme il l'&#233;crivait &#224; Zurich, il constatait que tous les gens utiles &#233;taient d&#233;j&#224; entre les mains de la Ligue. Il a ensuite quitt&#233; brutalement l'Allemagne et tra&#238;ne d&#233;sormais &#224; Bruxelles et &#224; Paris, o&#249; il est surveill&#233; par la Ligue. Le Comit&#233; central ne consid&#232;re pas cette nouvelle association comme un danger, d'autant plus qu'un membre tout &#224; fait fiable de la Ligue fait partie du comit&#233;, avec pour instruction d'observer et de rendre compte des actions et des projets de ces personnes, dans la mesure o&#249; ils op&#232;rent contre le Ligue. Par ailleurs, nous avons envoy&#233; un &#233;missaire en Suisse afin de recruter les personnes qui seront utiles &#224; la Ligue, avec l'aide dudit membre de la Ligue, et afin d'organiser la Ligue en Suisse en g&#233;n&#233;ral. Ces informations sont bas&#233;es sur des documents enti&#232;rement authentiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre tentative de m&#234;me nature avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite auparavant par Struve, Sigel et d'autres, au moment o&#249; ils unissaient leurs forces &#224; Gen&#232;ve. Ces gens n'eurent aucun scrupule &#224; affirmer sans ambages que l'association qu'ils tentaient de fonder &#233;tait la Ligue, ni &#224; utiliser les noms des membres de la Ligue pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette fin. Bien s&#251;r, ils n'ont tromp&#233; personne avec ce mensonge. Leur tentative fut si infructueuse &#224; tous &#233;gards que les quelques membres de cette association avort&#233;e rest&#233;s en Suisse durent finalement adh&#233;rer &#224; l'organisation mentionn&#233;e pr&#233;c&#233;demment. Mais plus cette coterie devenait impuissante, plus elle se vantait de titres pr&#233;tentieux comme &#171; Comit&#233; central de la d&#233;mocratie europ&#233;enne &#187;, etc. Struve, avec quelques autres grands hommes d&#233;&#231;us, a poursuivi ces tentatives ici &#224; Londres. Des manifestes et des appels &#224; adh&#233;rer au &#171; Bureau central des r&#233;fugi&#233;s allemands &#187; et au &#171; Comit&#233; central de la d&#233;mocratie europ&#233;enne &#187; ont &#233;t&#233; envoy&#233;s dans toutes les r&#233;gions d'Allemagne, mais cette fois encore sans le moindre succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contacts que cette coterie pr&#233;tend avoir nou&#233;s avec des r&#233;volutionnaires fran&#231;ais et autres non-allemands n'existent pas. Toute leur activit&#233; se limite &#224; quelques petites intrigues parmi les r&#233;fugi&#233;s allemands ici &#224; Londres, qui n'affectent pas directement la Soci&#233;t&#233; des Nations et qui sont inoffensives et faciles &#224; surveiller. Toutes ces tentatives ont soit le m&#234;me objectif que la Ligue, &#224; savoir l'organisation r&#233;volutionnaire du parti ouvrier, auquel cas elles sapent la centralisation et la force du parti en le fragmentant et ont donc un caract&#232;re s&#233;paratiste r&#233;solument nuisible, soit sinon, ils ne peuvent servir qu'&#224; utiliser le parti ouvrier &#224; des fins qui lui sont &#233;trang&#232;res ou carr&#233;ment hostiles. Dans certaines circonstances, le parti ouvrier peut utiliser avec profit d'autres partis et groupes pour ses propres objectifs, mais il ne doit se subordonner &#224; aucun autre parti. Ceux qui &#233;taient au gouvernement lors du dernier mouvement et qui ont utilis&#233; leur position uniquement pour trahir le mouvement et &#233;craser le parti ouvrier s'il tentait d'agir de mani&#232;re ind&#233;pendante doivent &#224; tout prix &#234;tre tenus &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un rapport sur l'&#233;tat de la Ligue :&lt;br class='autobr' /&gt;
je. Belgique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de la Ligue parmi les ouvriers belges, telle qu'elle existait en 1846 et 1847, a naturellement pris fin, puisque les principaux membres ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s en 1848 et condamn&#233;s &#224; mort, leur peine &#233;tant commu&#233;e en r&#233;clusion &#224; perp&#233;tuit&#233; avec travaux forc&#233;s. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la Ligue en Belgique a perdu de sa force depuis la r&#233;volution de f&#233;vrier et depuis que la plupart des membres de l'Association des travailleurs allemands ont &#233;t&#233; chass&#233;s de Bruxelles. Les mesures polici&#232;res mises en place ont emp&#234;ch&#233; sa r&#233;organisation. N&#233;anmoins, une commune bruxelloise a pers&#233;v&#233;r&#233; jusqu'au bout ; il existe encore aujourd'hui et fonctionne au mieux de ses capacit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
ii. Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette circulaire, le Comit&#233; central avait l'intention de pr&#233;senter un rapport sp&#233;cial sur la situation de la Soci&#233;t&#233; des Nations en Allemagne. Cependant, cette information ne peut pas &#234;tre faite &#224; l'heure actuelle, car la police prussienne enqu&#234;te actuellement sur un vaste r&#233;seau de contacts au sein du parti r&#233;volutionnaire. Cette circulaire, qui arrivera en toute s&#233;curit&#233; en Allemagne mais qui, bien entendu, pourra tomber ici et l&#224; entre les mains de la police lors de sa diffusion en Allemagne, doit donc &#234;tre r&#233;dig&#233;e de mani&#232;re &#224; ce que son contenu ne fournisse pas &#224; ces derni&#232;res des armes qui pourraient &#234;tre utilis&#233;es contre la Ligue. Le Comit&#233; central se bornera donc, pour l'heure, aux remarques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, la ligue a ses principaux centres &#224; Cologne, Francfort-sur-le-Main, Hanau, Mayence, Wiesbaden, Hambourg, Schwerin, Berlin, Breslau, Liegnitz, Glogau, Leipzig, Nuremberg, Munich, Bamberg, Wurzburg, Stuttgart et Baden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villes suivantes ont &#233;t&#233; choisies comme districts centraux : Hambourg pour le Schleswig-Holstein ; Schwerin pour le Mecklembourg ; Breslau pour la Sil&#233;sie ; Leipzig pour la Saxe et Berlin ; Nuremberg pour la Bavi&#232;re, Cologne pour la Rh&#233;nanie et la Westphalie. Les communes de G&#246;ttingen, Stuttgart et Bruxelles resteront pour l'instant en contact direct avec le Comit&#233; central, jusqu'&#224; ce qu'elles soient parvenues &#224; &#233;largir leur influence dans la mesure n&#233;cessaire pour former de nouveaux districts centraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;cision ne sera prise sur la position de la Ligue &#224; Bade qu'apr&#232;s r&#233;ception du rapport de l'&#233;missaire envoy&#233; l&#224;-bas et en Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout o&#249; existent des associations de paysans et d'ouvriers agricoles, comme dans le Schleswig-Holstein et le Mecklembourg, les membres de la Ligue ont r&#233;ussi &#224; exercer une influence directe sur elles et, dans certains cas, &#224; en obtenir un contr&#244;le total. Pour la plupart, les associations d'ouvriers et de travailleurs agricoles de Saxe, de Franconie, de Hesse et de Nassau sont &#233;galement sous la direction de la Ligue. Les membres les plus influents de la Fraternit&#233; ouvri&#232;re appartiennent &#233;galement &#224; la Ligue. Le Comit&#233; central veut faire remarquer &#224; toutes les communes et aux membres de la Ligue qu'il est de la plus haute importance de conqu&#233;rir partout une influence dans les associations ouvri&#232;res, sportives, paysannes et agricoles, etc. Il demande aux districts centraux et aux communes correspondant directement au Comit&#233; central de faire un rapport sp&#233;cial dans leurs lettres ult&#233;rieures sur ce qui a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;missaire en Allemagne, qui a re&#231;u un vote d'&#233;loge du Comit&#233; central pour son activit&#233;, n'a recrut&#233; partout dans la Ligue que les personnes les plus s&#251;res et a laiss&#233; l'expansion de la Ligue &#224; leurs connaissances locales les plus comp&#233;tentes. La possibilit&#233; de recruter des r&#233;volutionnaires convaincus d&#233;pendra de la situation locale. L&#224; o&#249; cela n'est pas possible, une deuxi&#232;me classe de membres de la Ligue doit &#234;tre cr&#233;&#233;e pour ceux qui sont fiables et qui font des r&#233;volutionnaires utiles mais qui ne comprennent pas encore toutes les implications communistes du mouvement actuel. Cette seconde classe, aupr&#232;s de laquelle l'association doit &#234;tre repr&#233;sent&#233;e comme une simple affaire locale ou r&#233;gionale, doit rester sous la direction continue des membres et des comit&#233;s actuels de la Ligue. Gr&#226;ce &#224; ces nouveaux contacts, l'influence de la Ligue sur les associations paysannes et sportives en particulier peut &#234;tre tr&#232;s fermement organis&#233;e. Les arrangements d&#233;taill&#233;s sont laiss&#233;s aux districts centraux ; le Comit&#233; central esp&#232;re &#233;galement recevoir le plus t&#244;t possible leurs rapports sur ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une commune a propos&#233; au Comit&#233; central de convoquer un congr&#232;s de la Ligue, en allemand m&#234;me. Les communes et les districts comprendront certainement que, dans les circonstances actuelles, m&#234;me les congr&#232;s r&#233;gionaux des districts centraux ne sont pas partout souhaitables et qu'un congr&#232;s g&#233;n&#233;ral de la Ligue est actuellement purement impossible. Toutefois, le Comit&#233; central convoquera un congr&#232;s de la Ligue communiste dans un lieu appropri&#233; d&#232;s que les circonstances le permettront. La Rh&#233;nanie et la Westphalie prussiennes ont r&#233;cemment re&#231;u la visite d'un &#233;missaire du district central de Cologne. Le rapport sur le r&#233;sultat de ce voyage n'est pas encore parvenu &#224; Cologne. Nous demandons &#224; tous les districts centraux d'envoyer des &#233;missaires similaires dans leurs r&#233;gions et de rendre compte de leurs succ&#232;s dans les plus brefs d&#233;lais. Signalons enfin qu'au Schleswig-Holstein, des contacts ont &#233;t&#233; &#233;tablis avec l'arm&#233;e : nous attendons toujours le rapport plus d&#233;taill&#233; sur l'influence que la Ligue peut esp&#233;rer y gagner.&lt;br class='autobr' /&gt;
iii. Suisse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de l'&#233;missaire est toujours attendu. il ne sera donc pas possible de fournir des informations plus pr&#233;cises avant la prochaine circulaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
iv. France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contacts avec les ouvriers allemands de Besan&#231;on et d'autres localit&#233;s du Jura seront r&#233;tablis depuis la Suisse. A Paris Ewerbeck, le Ligueur qui &#233;tait jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; la t&#234;te de la commune, a annonc&#233; sa d&#233;mission de la Ligue, car il consid&#232;re que ses activit&#233;s litt&#233;raires sont plus importantes. Les contacts sont donc momentan&#233;ment interrompus et doivent &#234;tre repris avec une prudence particuli&#232;re, car les Parisiens ont enr&#244;l&#233; un grand nombre de personnes absolument inaptes &#224; la Ligue et qui y &#233;taient m&#234;me directement oppos&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
c.Angleterre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le district de Londres est le plus fort de toute la Ligue. Elle a acquis un cr&#233;dit particulier en couvrant &#224; elle seule les d&#233;penses de la Ligue pendant plusieurs ann&#233;es, notamment celles li&#233;es aux voyages des &#233;missaires de la Ligue. Elle a &#233;t&#233; r&#233;cemment renforc&#233;e par le recrutement de nouveaux &#233;l&#233;ments et elle continue de diriger ici l'Association &#233;ducative ouvri&#232;re allemande, ainsi que la section plus r&#233;solue des r&#233;fugi&#233;s allemands en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central est en contact avec les partis r&#233;solument r&#233;volutionnaires fran&#231;ais, anglais et hongrois par l'interm&#233;diaire de membres d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; cet effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les partis impliqu&#233;s dans la r&#233;volution fran&#231;aise, c'est en particulier le v&#233;ritable parti prol&#233;tarien dirig&#233; par Blanqui qui nous a rejoint. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la soci&#233;t&#233; secr&#232;te blanquiste sont en contact r&#233;gulier et officiel avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Ligue, &#224; qui ils ont confi&#233; d'importants travaux pr&#233;paratoires &#224; la prochaine r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de l'aile r&#233;volutionnaire des chartistes sont &#233;galement en contact r&#233;gulier et &#233;troit avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233; central. Leurs journaux sont mis &#224; notre disposition. La rupture entre ce parti ouvrier r&#233;volutionnaire et ind&#233;pendant et la faction dirig&#233;e par O'Connor, qui tend davantage vers une politique de r&#233;conciliation, a &#233;t&#233; consid&#233;rablement acc&#233;l&#233;r&#233;e par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central est &#233;galement en contact avec la partie la plus progressiste des r&#233;fugi&#233;s hongrois. Ce parti est important car il comprend de nombreux excellents experts militaires, qui seraient &#224; la disposition de la Ligue en cas de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central demande aux districts centraux de diffuser cette lettre parmi leurs membres dans les plus brefs d&#233;lais et de soumettre prochainement leurs propres rapports. Il exhorte tous les membres de la Ligue &#224; l'activit&#233; la plus intense, surtout maintenant que la situation est devenue si critique qu'il ne faudra pas longtemps avant qu'une nouvelle r&#233;volution n'&#233;clate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1885&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Engels&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur l'histoire de la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Londres&lt;br class='autobr' /&gt;
, 8 octobre 1885&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la condamnation des communistes de Cologne en 1852, le rideau tombe sur la premi&#232;re p&#233;riode du mouvement ouvrier ind&#233;pendant allemand. Aujourd'hui, cette p&#233;riode est presque oubli&#233;e. Il dura pourtant de 1836 &#224; 1852 et, avec la propagation des travailleurs allemands &#224; l'&#233;tranger, le mouvement se d&#233;veloppa dans presque tous les pays civilis&#233;s. Et ce n'est pas tout. Le mouvement ouvrier international actuel est en substance une continuation directe du mouvement ouvrier allemand de l'&#233;poque, qui fut le premier mouvement ouvrier international de tous les temps et qui donna naissance &#224; nombre de ceux qui prirent un r&#244;le dirigeant dans son mouvement. Association internationale des travailleurs. Et les principes th&#233;oriques que la Ligue communiste avait inscrits sur sa banni&#232;re dans le Manifeste du Parti communiste de 1847 constituent aujourd'hui le lien international le plus fort de tout le mouvement prol&#233;tarien d'Europe et d'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, il n'existe qu'une seule source pour une histoire coh&#233;rente de ce mouvement. Il s'agit du soi-disant Livre noir, Les Conspirations communistes du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle , de Wermuth et Stieber, Erline, en deux parties, 1853 et 1854. Cette compilation grossi&#232;re, h&#233;riss&#233;e de falsifications d&#233;lib&#233;r&#233;es, fabriqu&#233;e par deux des canailles de la police les plus m&#233;prisables. de notre si&#232;cle, sert encore aujourd'hui de source ultime pour tous les &#233;crits non communistes sur cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je puis donner ici n'est qu'une esquisse, et encore seulement en ce qui concerne la Soci&#233;t&#233; des Nations elle-m&#234;me ; seulement ce qui est absolument n&#233;cessaire pour comprendre les R&#233;v&#233;lations . J'esp&#232;re qu'un jour j'aurai l'occasion d'exploiter le riche mat&#233;riel rassembl&#233; par Marx et moi-m&#234;me sur l'histoire de cette p&#233;riode glorieuse de la jeunesse du mouvement ouvrier international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* En 1836, les &#233;l&#233;ments les plus extr&#233;mistes, principalement prol&#233;tariens, de la Ligue secr&#232;te d&#233;mocrate-r&#233;publicaine des hors-la-loi, fond&#233;e en 1834 par des r&#233;fugi&#233;s allemands &#224; Paris, se s&#233;par&#232;rent et form&#232;rent la nouvelle Ligue secr&#232;te des Justes. La Ligue m&#232;re, dans laquelle il ne restait que des &#233;l&#233;ments endormis &#224; la Jakobus Venedey, s'endormit bient&#244;t compl&#232;tement ; Lorsqu'en 1840 la police flairait quelques quartiers en Allemagne, elle n'&#233;tait plus que l'ombre d'elle-m&#234;me. La nouvelle Ligue, au contraire, se d&#233;veloppa relativement rapidement. &#192; l'origine, il s'agissait d'une exception allemande du communisme ouvrier fran&#231;ais, rappelant le babouvisme et prenant forme &#224; Paris &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque ; la communaut&#233; des biens &#233;tait exig&#233;e comme la cons&#233;quence n&#233;cessaire de &#171; l'&#233;galit&#233; &#187;. Les objectifs &#233;taient ceux des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes parisiennes de l'&#233;poque : moiti&#233; association de propagande, moiti&#233; complot, Paris &#233;tant cependant toujours consid&#233;r&#233; comme le point central de l'action r&#233;volutionnaire, m&#234;me si la pr&#233;paration de putschs occasionnels en Allemagne n'&#233;tait nullement exclue. Mais comme Paris restait le champ de bataille d&#233;cisif, la Ligue n'&#233;tait alors en r&#233;alit&#233; que la branche allemande des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes fran&#231;aises, notamment la Soci&#233;t&#233; des saisons dirig&#233;e par Blanqui et Barbes, avec laquelle &#233;taient entretenues des relations &#233;troites. Les Fran&#231;ais entrent en action le 12 mai 1839 ; les sections de la Ligue march&#232;rent avec eux et furent ainsi impliqu&#233;es dans la d&#233;faite commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les Allemands arr&#234;t&#233;s se trouvaient Karl Schapper et Heinrich Bauer ; Le gouvernement de Louis Philippe se contente de les expulser apr&#232;s un assez long emprisonnement. Tous deux sont all&#233;s &#224; Londres. Schapper &#233;tait originaire de Weilburg &#224; Nassau et, alors qu'il &#233;tudiait en foresterie &#224; Giessen en 1832, il &#233;tait membre de la conspiration organis&#233;e par Georg Buchner ; il participa &#224; la prise du commissariat de Francfort le 3 avril 1833, s'enfuit &#224; l'&#233;tranger et rejoignit en f&#233;vrier 1834 la marche de Mazzini sur la Savoie. De stature gigantesque, r&#233;solu et &#233;nergique, toujours pr&#234;t &#224; risquer l'existence et la vie civiles, il &#233;tait un mod&#232;le du r&#233;volutionnaire professionnel qui joua un r&#244;le important dans les ann&#233;es trente. Malgr&#233; une certaine lenteur de pens&#233;e, il n'&#233;tait en aucun cas incapable d'une compr&#233;hension th&#233;orique profonde, comme le prouve son &#233;volution de &#171; d&#233;magogue &#187; &#224; communiste, et il s'en tenait alors d'autant plus rigidement &#224; ce qu'il &#233;tait parvenu &#224; reconna&#238;tre. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que sa passion r&#233;volutionnaire a parfois pris le dessus sur la compr&#233;hension, mais il s'est toujours rendu compte ensuite de son erreur et l'a ouvertement reconnu. Il &#233;tait pleinement un homme et ce qu'il a fait pour la fondation du mouvement ouvrier allemand ne sera pas oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heinrich Bauer, originaire de Franconie, &#233;tait cordonnier ; un petit gar&#231;on vif, alerte et plein d'esprit, dont le petit corps contenait cependant aussi beaucoup d'astuce et de d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; Londres, o&#249; Schapper, qui avait &#233;t&#233; compositeur &#224; Paris, tentait d&#233;sormais de gagner sa vie comme professeur de langues, ils se mirent tous deux &#224; l'&#339;uvre pour rassembler les fils bris&#233;s et firent de Londres le centre de la Ligue. Ils ont &#233;t&#233; rejoints ici, sinon d&#233;j&#224; plus t&#244;t &#224; Paris, par Joseph Moll, un horloger de Cologne, un Hercule de taille moyenne &#8211; combien de fois Schapper et lui ont-ils d&#233;fendu victorieusement l'entr&#233;e d'une salle contre des centaines d'adversaires qui se pr&#233;cipitaient ! &#8212; un homme qui &#233;tait au moins &#233;gal &#224; ses deux camarades en &#233;nergie et en d&#233;termination, et intellectuellement sup&#233;rieur &#224; tous deux. Non seulement il &#233;tait un diplomate n&#233;, comme le prouve le succ&#232;s de ses nombreux voyages dans le cadre de diverses missions ; il &#233;tait &#233;galement plus capable de perspicacit&#233; th&#233;orique. Je les ai connus tous les trois &#224; Londres en 1843. Ce furent les premiers prol&#233;taires r&#233;volutionnaires que j'ai rencontr&#233;s, et aussi &#233;loign&#233;s que soient nos points de vue &#224; cette &#233;poque - car j'admettais toujours, contre leur communisme &#233;galitaire et born&#233; [par &#233;galitaire Communisme Je comprends, comme je l'ai dit, seulement ce communisme qui se fonde exclusivement ou principalement sur la revendication de l'&#233;galit&#233;], qui fait du bien d'une arrogance philosophique tout aussi born&#233;e - je n'oublierai jamais la profonde impression que ces trois hommes r&#233;els m'ont fait , qui voulait alors seulement devenir un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Londres, comme dans une moindre mesure en Suisse, ils b&#233;n&#233;ficiaient des libert&#233;s d'association et de r&#233;union. D&#232;s le 7 f&#233;vrier 1840, l'Association allemande pour l'&#233;ducation ouvri&#232;re, fonctionnant l&#233;galement et qui existe toujours, fut fond&#233;e. Cette Association servait &#224; la Ligue de terrain de recrutement pour de nouveaux membres, et comme, comme toujours, les communistes &#233;taient les membres les plus actifs et les plus intelligents de l'Association, il allait de soi que sa direction reposait enti&#232;rement entre les mains de la Ligue. La Ligue eut bient&#244;t plusieurs communaut&#233;s, ou, comme on les appelait encore alors, &#171; loges &#187;, &#224; Londres. Les m&#234;mes tactiques &#233;videntes ont &#233;t&#233; suivies en Suisse et ailleurs. L&#224; o&#249; des associations de travailleurs pouvaient &#234;tre fond&#233;es, elles &#233;taient utilis&#233;es de la m&#234;me mani&#232;re. L&#224; o&#249; cela &#233;tait interdit par la loi, on rejoignait des chorales, des clubs sportifs, etc. Les connexions &#233;taient dans une large mesure entretenues par les membres qui voyageaient continuellement d'avant en arri&#232;re ; ils servaient &#233;galement, lorsque cela &#233;tait n&#233;cessaire, d'&#233;missaires. Dans les deux cas, la Ligue obtint un vif soutien gr&#226;ce &#224; la sagesse des gouvernements qui, en recourant &#224; la d&#233;portation, transform&#232;rent en &#233;missaire tout ouvrier r&#233;pr&#233;hensible &#8212; et dans neuf cas sur dix, il &#233;tait membre de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tendue de la diffusion de la Ligue restaur&#233;e &#233;tait consid&#233;rable. Notamment en Suisse, Weitling, August Becker (un homme tr&#232;s dou&#233; qui, cependant, comme tant d'Allemands, a connu un &#233;chec en raison d'une instabilit&#233; inn&#233;e de caract&#232;re) et d'autres ont cr&#233;&#233; une organisation forte plus ou moins attach&#233;e au syst&#232;me communiste de Weitling. Ce n'est pas le lieu de critiquer le communisme de Weitling. Mais en ce qui concerne sa signification en tant que premier mouvement th&#233;orique ind&#233;pendant du prol&#233;tariat allemand, je souscris encore aujourd'hui aux paroles de Marx dans le Vorwarts de Paris de 1844 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; O&#249; la bourgeoisie (allemande) &#8211; y compris ses philosophes et ses scribes &#233;rudits &#8211; pourrait-elle citer un ouvrage relatif &#224; l'&#233;mancipation de la bourgeoisie &#8211; son &#233;mancipation politique &#8211; comparable aux Garanties d'harmonie et de libert&#233; de Weitlings ? Si l'on compare la m&#233;diocrit&#233; terne et farfelue de la litt&#233;rature politique allemande avec ces d&#233;buts incommensurables et brillants des ouvriers allemands, si l'on compare ces gigantesques chaussures d'enfant du prol&#233;tariat avec les proportions naines des spectacles politiques &#233;puis&#233;s de la bourgeoisie, on Je dois proph&#233;tiser une silhouette d'athl&#232;te pour cette Cendrillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La figure de cet athl&#232;te se pr&#233;sente aujourd'hui &#224; nous, bien qu'elle soit encore loin d'&#234;tre pleinement d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses sections existaient &#233;galement en Allemagne ; dans la nature des choses, ils &#233;taient d'un caract&#232;re passager, mais ceux qui naissaient compensaient largement ceux qui disparaissaient. Ce n'est qu'au bout de sept ans, &#224; la fin de 1846, que la police d&#233;couvrit des traces de la Ligue &#224; Berlin (Mentel) et &#224; Magdebourg (Beck), sans pouvoir les suivre plus avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, Weitling, qui s'y trouvait encore en 1840, rassembla &#233;galement les &#233;l&#233;ments &#233;pars avant de partir pour la Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tailleurs constituaient la force centrale de la Ligue. Les tailleurs allemands &#233;taient partout : en Suisse, &#224; Londres, &#224; Paris. Dans cette derni&#232;re ville, l'allemand &#233;tait tellement la langue dominante dans ce commerce que j'y ai connu en 1846 un tailleur norv&#233;gien qui avait voyag&#233; directement par mer de Trondhjem en France et, en l'espace de dix-huit mois, n'avait presque pas appris un mot. de fran&#231;ais mais avait acquis une excellente connaissance de l'allemand. Deux des communaut&#233;s parisiennes en 1847 &#233;taient majoritairement compos&#233;es de tailleurs, une d'&#233;b&#233;nistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que le centre de gravit&#233; se soit d&#233;plac&#233; de Paris vers Londres, un fait nouveau est apparu : d'allemande, la Ligue est progressivement devenue internationale . Dans la soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re, on trouvait, outre les Allemands et les Suisses, des membres de toutes les nationalit&#233;s pour lesquelles l'allemand constituait le principal moyen de communication avec les &#233;trangers, notamment les Scandinaves, les Hollandais, les Hongrois, les Tch&#232;ques, les Slaves du Sud, mais aussi des Russes et des Alsaciens. En 1847, parmi les habitu&#233;s figurait un grenadier britannique de la Garde en uniforme. La soci&#233;t&#233; s'appela bient&#244;t Association d'&#233;ducation ouvri&#232;re communiste et les cartes de membres portaient l'inscription &#171; Tous les hommes sont fr&#232;res &#187;, dans au moins vingt langues, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas sans erreurs ici et l&#224;. Comme l'Association ouverte, la Ligue secr&#232;te prit bient&#244;t un caract&#232;re plus international ; d'abord dans un sens restreint, pratiquement &#224; travers les diverses nationalit&#233;s de ses membres, th&#233;oriquement &#224; travers la prise de conscience que toute r&#233;volution pour &#234;tre victorieuse doit &#234;tre europ&#233;enne. On n'allait pas encore plus loin ; mais les fondations &#233;taient l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des liens &#233;troits furent entretenus avec les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais par l'interm&#233;diaire des r&#233;fugi&#233;s londoniens, compagnons d'armes du 12 mai 1839. De m&#234;me avec les Polonais les plus radicaux. Les &#233;migr&#233;s polonais officiels, tout comme Mazzini, &#233;taient, bien entendu, des adversaires plut&#244;t que des alli&#233;s. Les chartistes anglais, en raison du caract&#232;re sp&#233;cifiquement anglais de leur mouvement, furent consid&#233;r&#233;s comme non r&#233;volutionnaires. Les dirigeants londoniens de la Ligue ne prirent contact avec eux que plus tard, par mon interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres mani&#232;res &#233;galement, le caract&#232;re de la Ligue avait chang&#233; avec les &#233;v&#233;nements. M&#234;me si Paris &#233;tait encore &#8212; et &#224; cette &#233;poque &#224; juste titre &#8212; consid&#233;r&#233;e comme la ville m&#232;re de la r&#233;volution, on &#233;tait n&#233;anmoins sortie de l'&#233;tat de d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des conspirateurs parisiens. La propagation de la Ligue a accru sa conscience de soi. On sentait que des racines s'enracinaient de plus en plus dans la classe ouvri&#232;re allemande et que ces travailleurs allemands &#233;taient historiquement appel&#233;s &#224; &#234;tre les porte-drapeaux des travailleurs du Nord et de l'Est de l'Europe. Il y avait en Weitling un th&#233;oricien communiste qui pouvait &#234;tre hardiment plac&#233; aux c&#244;t&#233;s de ses rivaux fran&#231;ais contemporains. Enfin, l'exp&#233;rience du 12 mai nous avait appris que pour l'instant il n'y avait rien &#224; gagner &#224; des tentatives de putsch . Et si l'on continuait &#224; expliquer chaque &#233;v&#233;nement comme le signe de l'approche de la temp&#234;te, si l'on conservait intactes les anciennes r&#232;gles semi-conspiratrices, c'&#233;tait principalement la faute du vieux d&#233;fi r&#233;volutionnaire, qui avait d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; se heurter aux sonneurs. des opinions qui gagnaient du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la doctrine sociale de la Ligue, si impr&#233;cise qu'elle f&#251;t, contenait un tr&#232;s grand d&#233;faut, mais qui avait ses racines dans les conditions elles-m&#234;mes. Les membres, dans la mesure o&#249; ils &#233;taient ouvriers, &#233;taient presque exclusivement des artisans. M&#234;me dans les grandes m&#233;tropoles, celui qui les exploitait n'&#233;tait g&#233;n&#233;ralement qu'un petit ma&#238;tre. L'exploitation &#224; grande &#233;chelle de la couture, ce qu'on appelle aujourd'hui la fabrication de v&#234;tements de confection, par la transformation de la couture artisanale en une industrie nationale travaillant pour un grand capitaliste, n'en &#233;tait alors qu'&#224; ses d&#233;buts, m&#234;me &#224; Londres. D'une part, l'exploitant de ces artisans &#233;tait un petit ma&#238;tre ; d'un autre c&#244;t&#233;, ils esp&#233;raient tous devenir eux-m&#234;mes de petits ma&#238;tres. En outre, une masse de notions h&#233;rit&#233;es des corporations s'accrochaient encore &#224; l'artisan allemand &#224; cette &#233;poque. Le plus grand honneur leur est d&#251;, dans la mesure o&#249; eux, qui n'&#233;taient pas encore eux-m&#234;mes des prol&#233;taires &#224; part enti&#232;re mais seulement un appendice de la petite bourgeoisie, un appendice qui passait dans le prol&#233;tariat moderne et qui ne s'opposait pas encore directement &#224; la bourgeoisie, c'est-&#224;-dire au grand capital, dans la mesure o&#249; ces artisans &#233;taient capables d'anticiper instinctivement leur d&#233;veloppement futur et de constituer, m&#234;me s'ils ne l'&#233;taient pas encore en pleine conscience, le parti du prol&#233;tariat. Mais il &#233;tait &#233;galement in&#233;vitable que leurs vieux pr&#233;jug&#233;s artisanaux soient pour eux une pierre d'achoppement &#224; chaque instant, lorsqu'il s'agissait de critiquer en d&#233;tail la soci&#233;t&#233; existante, c'est-&#224;-dire d'&#233;tudier les faits &#233;conomiques. Et je ne crois pas qu'&#224; cette &#233;poque, dans toute la Soci&#233;t&#233; des Nations, un seul homme ait jamais lu un livre d'&#233;conomie politique. Mais cela importait peu ; pour l'instant, &#171; l'&#233;galit&#233; &#187;, la &#171; fraternit&#233; &#187; et la &#171; justice &#187; les aident &#224; surmonter tous les obstacles th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; celui de la Ligue et de Weitling, un second communisme, essentiellement diff&#233;rent, se d&#233;veloppait. Lors de mon s&#233;jour &#224; Manchester, je me suis rendu compte de mani&#232;re tangible que les faits &#233;conomiques, qui jusqu'&#224; pr&#233;sent n'ont jou&#233; aucun r&#244;le ou seulement un r&#244;le m&#233;prisable dans l'&#233;criture de l'histoire, constituent, du moins dans le monde moderne, une force historique d&#233;cisive ; qu'ils constituent la base de l'origine des antagonismes de classe actuels ; que ces antagonismes de classes, dans les pays o&#249; ils se sont pleinement d&#233;velopp&#233;s gr&#226;ce &#224; la grande industrie, donc notamment en Angleterre, sont &#224; leur tour la base de la formation des partis politiques et des luttes de partis, et donc de toute l'histoire politique . Marx non seulement &#233;tait parvenu au m&#234;me point de vue, mais l'avait d&#233;j&#224; g&#233;n&#233;ralis&#233; dans le Deutsche-Franz&#246;sische Jahrb&#252;cher (1844) en ce sens que, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ce n'est pas du tout l'&#201;tat qui conditionne et r&#233;gule la soci&#233;t&#233; civile, mais la soci&#233;t&#233; civile qui conditionne et r&#233;gule l'&#201;tat et, par cons&#233;quent, cette politique et son histoire doivent s'expliquer &#224; partir des relations &#233;conomiques et de leur d&#233;veloppement, et non l'inverse. Lorsque j'ai rendu visite &#224; Marx &#224; Paris au cours de l'&#233;t&#233; 1844, notre accord complet dans tous les domaines th&#233;oriques est devenu &#233;vident et notre travail commun date de cette &#233;poque. Lorsque, au printemps 1845, nous nous retrouv&#226;mes &#224; Bruxelles, Marx avait d&#233;j&#224; pleinement d&#233;velopp&#233; sa th&#233;orie mat&#233;rialiste de l'histoire dans ses principales caract&#233;ristiques sur la base mentionn&#233;e ci-dessus et nous nous appliqu&#226;mes maintenant &#224; l'&#233;laboration d&#233;taill&#233;e du mode de pens&#233;e nouvellement acquis. perspectives dans les directions les plus diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;couverte, qui a r&#233;volutionn&#233; la science de l'histoire et, comme nous l'avons vu, est essentiellement l'&#339;uvre de Marx &#8212; d&#233;couverte dans laquelle je ne peux revendiquer pour moi qu'une part tr&#232;s insignifiante &#8212; &#233;tait cependant d'une importance imm&#233;diate pour les travailleurs contemporains. mouvement. Le communisme chez les Fran&#231;ais et les Allemands, le chartisme chez les Anglais n'apparaissent plus comme quelque chose de fortuit qui aurait tout aussi bien pu ne pas se produire. Ces mouvements se pr&#233;sentaient d&#233;sormais comme un mouvement de la classe opprim&#233;e moderne, le prol&#233;tariat, comme les formes plus ou moins d&#233;velopp&#233;es de sa lutte historiquement n&#233;cessaire contre la classe dirigeante, la bourgeoisie ; en tant que formes de la lutte des classes, mais qui se distinguent de toutes les luttes de classes ant&#233;rieures par cette seule chose : la classe opprim&#233;e actuelle, le prol&#233;tariat, ne peut pas parvenir &#224; son &#233;mancipation sans en m&#234;me temps &#233;manciper la soci&#233;t&#233; dans son ensemble de la division en classes et, par cons&#233;quent, , des luttes de classes. Et le communisme ne signifiait plus la cr&#233;ation, au moyen de l'imagination, d'une soci&#233;t&#233; id&#233;ale aussi parfaite que possible, mais la compr&#233;hension de la nature, des conditions et des objectifs g&#233;n&#233;raux qui en d&#233;coulaient, de la lutte men&#233;e par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, nous n'&#233;tions nullement d'avis que les nouveaux r&#233;sultats scientifiques devaient &#234;tre confi&#233;s, dans de grands volumes, exclusivement au monde &#171; savant &#187;. Bien au contraire. Nous &#233;tions tous deux d&#233;j&#224; profond&#233;ment impliqu&#233;s dans le mouvement politique et poss&#233;dons une certaine audience dans le monde instruit, notamment en Allemagne occidentale, ainsi que de nombreux contacts avec le prol&#233;tariat organis&#233;. Il &#233;tait de notre devoir de fournir une base scientifique &#224; notre vision, mais il &#233;tait tout aussi important pour nous de gagner &#224; notre conviction le prol&#233;tariat europ&#233;en et en premier lieu le prol&#233;tariat allemand. D&#232;s que nous &#233;tions devenus clairs dans notre esprit, nous nous sommes mis &#224; la t&#226;che. Nous avons fond&#233; une soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re allemande &#224; Bruxelles et repris la Deutsche Br&#252;sseler Zeitung , qui nous a servi d'organe jusqu'&#224; la r&#233;volution de F&#233;vrier. Nous sommes rest&#233;s en contact avec la section r&#233;volutionnaire des chartistes anglais par l'interm&#233;diaire de Julian Harney, r&#233;dacteur en chef de l'organe central du mouvement, The Northern Star , auquel j'ai contribu&#233;. Nous sommes &#233;galement entr&#233;s dans une sorte de cartel avec les d&#233;mocrates bruxellois (Marx &#233;tait vice-pr&#233;sident de la Soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique) et avec les sociaux-d&#233;mocrates fran&#231;ais de la R&#233;forme , que je fournissais des nouvelles des mouvements anglais et allemand. Bref, nos relations avec les organisations radicales et prol&#233;tariennes et les organes de presse &#233;taient tout &#224; fait ce qu'on pouvait souhaiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos relations avec la Ligue des Justes &#233;taient les suivantes : L'existence de la Ligue nous &#233;tait &#233;videmment connue ; en 1843, Schapper m'avait propos&#233; d'y adh&#233;rer, ce que je refusais naturellement &#224; cette &#233;poque. Mais non seulement nous entretenions une correspondance continue avec les Londoniens, mais nous restions encore plus proches du Dr Ewerbeck, alors chef des communaut&#233;s parisiennes. Sans entrer dans les affaires int&#233;rieures de la Ligue, nous avons &#233;t&#233; inform&#233;s de tous les &#233;v&#233;nements importants. D'un autre c&#244;t&#233;, nous avons influenc&#233; les vues th&#233;oriques des membres les plus importants de la Ligue par la parole, par la lettre et par la presse. Nous avons &#233;galement r&#233;alis&#233; &#224; cet effet diverses circulaires lithographi&#233;es, que nous envoyions &#224; nos amis et correspondants dans le monde entier, &#224; des occasions particuli&#232;res, lorsqu'il s'agissait des affaires int&#233;rieures du Parti communiste en voie de formation. Dans ces cas-l&#224;, la Ligue elle-m&#234;me &#233;tait parfois mise en cause. Ainsi, un jeune &#233;tudiant westphalien, Hermann Kriege, parti en Am&#233;rique, s'y pr&#233;senta comme &#233;missaire de la Ligue et s'associa au fou Harro Harring dans le but d'utiliser la Ligue pour bouleverser l'Am&#233;rique du Sud. Il a fond&#233; un journal dans lequel, au nom de la Ligue, il pr&#234;chait un communisme extravagant d'amour r&#234;v&#233;, bas&#233; sur &#171; l'amour &#187; et d&#233;bordant d'amour. Contre cela nous avons lanc&#233; une circulaire qui n'a pas manqu&#233; de son effet. Kriege a disparu de la sc&#232;ne de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, Weitling vint &#224; Bruxelles. Mais il n'&#233;tait plus le jeune compagnon tailleur na&#239;f qui, &#233;tonn&#233; par ses propres talents, essayait de clarifier dans son esprit &#224; quoi ressemblerait une soci&#233;t&#233; communiste. Il &#233;tait d&#233;sormais le grand homme, pers&#233;cut&#233; par les environs &#224; cause de sa sup&#233;riorit&#233;, qui flairait partout des rivaux, des ennemis secrets et des pi&#232;ges - le proph&#232;te, chass&#233; de pays en pays, qui portait toute faite la recette pour la r&#233;alisation du paradis sur terre. dans sa poche, et qui l'&#233;tait &#233;tait poss&#233;d&#233; par l'id&#233;e que tout le monde avait l'intention de le lui voler. Il s'&#233;tait d&#233;j&#224; brouill&#233; avec les membres de la Ligue &#224; Londres ; et &#224; Bruxelles, o&#249; Marx et sa femme l'accueillaient avec une patience presque surhumaine, il ne pouvait s'entendre avec personne non plus. Peu apr&#232;s, il se rendit en Am&#233;rique pour y essayer son r&#244;le de proph&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces circonstances contribu&#232;rent &#224; la r&#233;volution tranquille qui s'op&#233;rait dans la Ligue, et surtout parmi les dirigeants de Londres. L'insuffisance de la conception ant&#233;rieure du communisme, aussi bien le simple communisme &#233;galitaire fran&#231;ais que celle de Weitling, leur devint de plus en plus &#233;vidente. En remontant le communisme au christianisme primitif introduit par Weitling &#8212; si brillants soient certains passages de son &#201;vangile des pauvres p&#233;cheurs &#8212;, on avait abouti &#224; ce que le mouvement en Suisse soit en grande partie entre les mains, d'abord d'imb&#233;ciles comme Albrecht, puis d'exploiter de faux proph&#232;tes comme Kuhlmann. Le &#171; vrai socialisme &#187; &#233;voqu&#233; par quelques &#233;crivains litt&#233;raires &#8211; une traduction de la phras&#233;ologie socialiste fran&#231;aise en allemand h&#233;g&#233;lien corrompu et des r&#234;ves d'amour sentimentaux (voir la section sur l'allemand du &#171; vrai &#187; socialisme dans le Manifeste du Parti communiste &#8211; que Kriege et l'&#233;tude de la litt&#233;rature correspondante introduite dans la Ligue s'est vite av&#233;r&#233;e d&#233;go&#251;ter les vieux r&#233;volutionnaires de la Ligue, ne serait-ce qu'&#224; cause de sa faiblesse baveuse. Face au caract&#232;re intenable des vues th&#233;oriques ant&#233;rieures et aux aberrations pratiques qui en r&#233;sultaient, on s'est rendu compte davantage. et plus encore &#224; Londres que Marx et moi avions raison dans notre nouvelle th&#233;orie. Cette compr&#233;hension &#233;tait sans aucun doute favoris&#233;e par le fait que parmi les dirigeants londoniens se trouvaient d&#233;sormais deux hommes qui &#233;taient consid&#233;rablement sup&#233;rieurs &#224; ceux mentionn&#233;s pr&#233;c&#233;demment en termes de capacit&#233; de connaissances th&#233;oriques : le peintre miniature. Karl Pfander de Heilbronn et le tailleur Georg Eccarius de Thuringe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note en bas de page d'Engels : Pfander est d&#233;c&#233;d&#233; il y a environ huit ans &#224; Londres. c'&#233;tait un homme d'une intelligence particuli&#232;rement fine, spirituel, ironique et dialectique. Eccarius, comme nous le savons, fut ensuite pendant de nombreuses ann&#233;es secr&#233;taire du Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Association internationale des travailleurs, au sein duquel se trouvaient, entre autres, les anciens membres suivants de la Ligue : Eccarius, Pfander, Lessner, Lochner, Marx et moi. Eccarius se consacre ensuite exclusivement au mouvement syndical anglais.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de dire qu'au printemps 1847, Moll rendit visite &#224; Marx &#224; Bruxelles et imm&#233;diatement apr&#232;s &#224; moi &#224; Paris et nous invita &#224; plusieurs reprises, au nom de ses camarades, &#224; adh&#233;rer &#224; la Ligue. Il rapporta qu'ils &#233;taient autant convaincus de la justesse g&#233;n&#233;rale de notre fa&#231;on de voir les choses que de la n&#233;cessit&#233; de lib&#233;rer la Ligue des vieilles traditions et formes conspiratrices. Si nous entrions, nous aurions l'occasion d'exposer notre communisme critique devant un congr&#232;s de la Ligue dans un manifeste, qui serait ensuite publi&#233; comme manifeste de la Ligue ; nous pourrions &#233;galement contribuer, avec notre part, au remplacement de l'organisation obsol&#232;te de la Ligue par une organisation conforme aux temps et aux objectifs nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne doutions pas qu'une organisation au sein de la classe ouvri&#232;re allemande &#233;tait n&#233;cessaire, ne serait-ce qu'&#224; des fins de propagande, et que cette organisation, dans la mesure o&#249; elle n'aurait pas un caract&#232;re simplement local, ne pourrait &#234;tre qu'une organisation secr&#232;te, m&#234;me en dehors de l'Allemagne. Or, une telle organisation existait d&#233;j&#224;, sous la forme de la Ligue. Ce &#224; quoi nous nous opposions auparavant dans cette Ligue est d&#233;sormais consid&#233;r&#233; comme erron&#233; par les repr&#233;sentants de la Ligue eux-m&#234;mes ; nous f&#251;mes m&#234;me invit&#233;s &#224; collaborer aux travaux de r&#233;organisation. Pouvons-nous dire non ? Certainement pas. Nous sommes donc entr&#233;s dans la Ligue ; Marx a fond&#233; une communaut&#233; de la Ligue &#224; Bruxelles parmi nos amis proches, tandis que j'ai fr&#233;quent&#233; les trois communaut&#233;s de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'&#233;t&#233; 1847, eut lieu &#224; Londres le premier congr&#232;s de la Ligue, au cours duquel W. Wolff repr&#233;sentait les communaut&#233;s de Bruxelles et moi celle de Paris. Lors de ce congr&#232;s, la r&#233;organisation de la Ligue fut d'abord r&#233;alis&#233;e. Ce qui restait des vieux noms mystiques remontant &#224; la p&#233;riode conspiratrice &#233;tait d&#233;sormais aboli ; la Ligue se compose d&#233;sormais de communaut&#233;s, de cercles, de cercles dirigeants, d'un Comit&#233; central et d'un Congr&#232;s, et s'appelle d&#233;sormais la &#171; Ligue communiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le but de la Ligue est le renversement de la bourgeoisie, la domination du prol&#233;tariat, l'abolition de l'ancienne soci&#233;t&#233; bourgeoise bas&#233;e sur les antagonismes de classes et la fondation d'une nouvelle soci&#233;t&#233; sans classes et sans propri&#233;t&#233; priv&#233;e&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; ainsi a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; le premier article. L'organisation elle-m&#234;me &#233;tait totalement d&#233;mocratique, avec des conseils d'administration &#233;lectifs et toujours r&#233;vocables. Cela seul a emp&#234;ch&#233; toute vell&#233;it&#233; de conspiration, qui exige une dictature, et la Soci&#233;t&#233; des Nations s'est transform&#233;e &#8211; du moins en temps de paix ordinaire &#8211; en une pure soci&#233;t&#233; de propagande. Ces nouvelles R&#232;gles furent soumises &#224; la discussion des communaut&#233;s &#8212; tant la proc&#233;dure &#233;tait d&#233;sormais d&#233;mocratique &#8212; puis de nouveau d&#233;battues au IIe Congr&#232;s et finalement adopt&#233;es par celui-ci le 8 d&#233;cembre 1847. On les retrouve r&#233;imprim&#233;es dans Wermuth et Stieber, vol.I, p.239, Annexe X.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Deuxi&#232;me Congr&#232;s a eu lieu fin novembre et d&#233;but d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e. Marx &#233;tait &#233;galement pr&#233;sent &#224; cette occasion et exposa la nouvelle th&#233;orie au cours d'un d&#233;bat assez long &#8211; le congr&#232;s dura au moins dix jours. Toutes les contradictions et tous les doutes ont finalement &#233;t&#233; lev&#233;s, les nouveaux principes fondamentaux ont &#233;t&#233; adopt&#233;s &#224; l'unanimit&#233; et Marx et moi avons &#233;t&#233; charg&#233;s de r&#233;diger le Manifeste. Cela a &#233;t&#233; fait imm&#233;diatement apr&#232;s. Quelques semaines avant la R&#233;volution de F&#233;vrier, il fut envoy&#233; &#224; Londres pour &#234;tre imprim&#233;. Depuis lors, il a fait le tour du monde, a &#233;t&#233; traduit dans presque toutes les langues et sert encore aujourd'hui dans de nombreux pays de guide pour le mouvement prol&#233;tarien. &#192; la place de l'ancienne devise de la Ligue, &#171; Tous les hommes sont fr&#232;res &#187;, est apparu le nouveau cri de guerre : &#171; Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! &#187; qui proclamait ouvertement le caract&#232;re international de la lutte. Dix-sept ans plus tard, ce cri de guerre r&#233;sonnait dans le monde entier comme le mot d'ordre de l'Association internationale des travailleurs, et aujourd'hui le prol&#233;tariat militant de tous les pays l'a inscrit dans son &#233;tendard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution de F&#233;vrier &#233;clate. Le Comit&#233; central de Londres, qui fonctionnait jusqu'&#224; pr&#233;sent, a imm&#233;diatement transf&#233;r&#233; ses pouvoirs au cercle dirigeant de Bruxelles. Mais cette d&#233;cision intervient &#224; un moment o&#249; un v&#233;ritable &#233;tat de si&#232;ge existait d&#233;j&#224; &#224; Bruxelles et o&#249; les Allemands notamment ne pouvaient plus se rassembler nulle part. Nous &#233;tions tous sur le point d'aller &#224; Paris, et le nouveau Comit&#233; central d&#233;cida donc de se dissoudre &#233;galement, de remettre tous ses pouvoirs &#224; Marx et de lui donner imm&#233;diatement le pouvoir de constituer un nouveau Comit&#233; central &#224; Paris. A peine les cinq personnes qui adopt&#232;rent cette d&#233;cision (3 mars 1848) furent-elles s&#233;par&#233;es, que la police p&#233;n&#233;tra de force dans la maison de Marx, l'arr&#234;ta et l'obligea &#224; partir le lendemain pour la France, l&#224; o&#249; il souhaitait se rendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, nous nous sommes bient&#244;t tous retrouv&#233;s. L&#224;, le document suivant fut r&#233;dig&#233; et sign&#233; par tous les membres du nouveau Comit&#233; central. Il a &#233;t&#233; distribu&#233; dans toute l'Allemagne et beaucoup peuvent encore en tirer des le&#231;ons aujourd'hui :&lt;br class='autobr' /&gt;
Exigences du Parti communiste en Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'Allemagne tout enti&#232;re sera d&#233;clar&#233;e une seule r&#233;publique indivisible.&lt;br class='autobr' /&gt; Les repr&#233;sentants du peuple seront pay&#233;s de mani&#232;re &#224; ce que les travailleurs puissent eux aussi si&#233;ger au Parlement du peuple allemand.&lt;br class='autobr' /&gt; Armement universel du peuple.&lt;br class='autobr' /&gt; Les domaines des princes et autres domaines f&#233;odaux, toutes mines, carri&#232;res, etc., seront transform&#233;s en propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat. Sur ces domaines, l'agriculture doit &#234;tre men&#233;e &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle et avec les moyens scientifiques les plus modernes pour le b&#233;n&#233;fice de toute la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Les hypoth&#232;ques sur les propri&#233;t&#233;s paysannes seront d&#233;clar&#233;es propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat ; les int&#233;r&#234;ts de ces hypoth&#232;ques seront pay&#233;s par les paysans &#224; l'&#201;tat.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les districts o&#249; le fermage est d&#233;velopp&#233;, le fermage ou la redevance agricole sont vers&#233;s &#224; l'&#201;tat &#224; titre d'imp&#244;t.&lt;br class='autobr' /&gt; Tous les moyens de transport : chemin de fer, canaux, bateaux &#224; vapeur, routes, poste, etc., seront pris en charge par l'Etat. Ils doivent &#234;tre transform&#233;s en propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat et mis gratuitement &#224; la disposition de la classe des non-poss&#233;dants.&lt;br class='autobr' /&gt; Limitation du droit de succession.&lt;br class='autobr' /&gt; Introduction d'une fiscalit&#233; progressive et graduelle et suppression des taxes sur les biens de consommation.&lt;br class='autobr' /&gt; Mise en place d'ateliers nationaux. L'&#201;tat doit garantir un revenu &#224; tous les travailleurs et subvenir aux besoins de ceux qui ne sont pas en mesure de travailler.&lt;br class='autobr' /&gt; Enseignement &#233;l&#233;mentaire universel et gratuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat allemand, de la petite bourgeoisie et de la paysannerie d'&#339;uvrer avec toute l'&#233;nergie possible &#224; la mise en &#339;uvre des mesures ci-dessus. Car ce n'est que par leur &#233;ducation que les millions d'Allemands, qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ont &#233;t&#233; exploit&#233;s par un petit nombre de personnes et que l'on s'efforce de maintenir dans une suj&#233;tion toujours plus grande, pourront obtenir leurs droits et le pouvoir qui leur sont dus en tant que producteurs d'&#233;nergie. toute richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; : Karl Marx, Karl Schapper, H. Bauer, F. Engels, J. Moll, W. Wolff&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, l'engouement pour les l&#233;gions r&#233;volutionnaires pr&#233;vaut &#224; Paris. Espagnols, Italiens, Belges, N&#233;erlandais, Polonais et Allemands se sont rassembl&#233;s en foule pour lib&#233;rer leurs patries respectives. La l&#233;gion allemande &#233;tait dirig&#233;e par Herwegh, Bornsted, Bornstein. Etant donn&#233; qu'au lendemain de la r&#233;volution tous les travailleurs &#233;trangers non seulement perdirent leur emploi mais furent en outre harcel&#233;s par le public, l'afflux dans ces l&#233;gions fut tr&#232;s grand. le nouveau gouvernement vit en eux un moyen de se d&#233;barrasser des travailleurs &#233;trangers et leur accorda l'&#233;tape du soldat , c'est-&#224;-dire un logement le long de leur ligne de marche et une indemnit&#233; de marche de 50 centimes par jour jusqu'&#224; la fronti&#232;re, apr&#232;s quoi l'&#233;loquent Lamartine , le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, si &#233;mu aux larmes, a rapidement trouv&#233; l'occasion de les trahir aupr&#232;s de leurs gouvernements respectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes oppos&#233;s de la mani&#232;re la plus d&#233;cisive &#224; ce jeu avec la r&#233;volution. Mener une invasion, qui consistait &#224; importer par la force la r&#233;volution de l'ext&#233;rieur, au milieu de la fermentation qui se d&#233;roulait alors en Allemagne, signifiait saper la r&#233;volution en Allemagne elle-m&#234;me, renforcer les gouvernements et d&#233;livrer les l&#233;gionnaires - Lamartine le garantissait. &#8212; sans d&#233;fense entre les mains des troupes allemandes. Lorsque par la suite la r&#233;volution fut victorieuse &#224; Vienne et &#224; Berlin, la l&#233;gion devint encore plus inutile ; mais une fois commenc&#233;, le jeu continuait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fond&#233; un club communiste allemand, dans lequel nous avons conseill&#233; aux ouvriers de se tenir &#224; l'&#233;cart de la l&#233;gion et de rentrer seuls chez eux et d'y travailler pour le mouvement. Notre vieil ami Flocon, qui si&#233;geait au Gouvernement Provisoire, obtint pour les ouvriers envoy&#233;s par nous les m&#234;mes facilit&#233;s de voyage que celles accord&#233;es aux l&#233;gionnaires. Nous renvoy&#226;mes ainsi en Allemagne trois ou quatre cents ouvriers, dont la grande majorit&#233; des membres de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on pouvait facilement le pr&#233;voir, la Ligue se r&#233;v&#233;la &#234;tre un levier beaucoup trop faible face au mouvement populaire de masse qui venait d'&#233;clater. Les trois quarts des membres de la Ligue qui vivaient auparavant &#224; l'&#233;tranger ont chang&#233; de domicile et sont retourn&#233;s dans leur pays d'origine ; leurs communaut&#233;s pr&#233;c&#233;dentes furent ainsi en grande partie dissoutes et ils perdirent tout contact avec la Ligue. Une partie, la plus ambitieuse d'entre eux, n'essaya m&#234;me pas de reprendre ce contact, mais chacun commen&#231;a pour son propre compte un petit mouvement s&#233;par&#233; dans sa localit&#233;. Enfin, les conditions dans chaque petit &#201;tat, dans chaque province et dans chaque ville &#233;taient si diff&#233;rentes que la Ligue e&#251;t &#233;t&#233; incapable de donner autre chose que les directives les plus g&#233;n&#233;rales ; ces directives sont cependant beaucoup mieux diffus&#233;es par la presse. Bref, &#224; partir du moment o&#249; les causes qui avaient rendu n&#233;cessaire la Ligue secr&#232;te ont cess&#233; d'exister, la Ligue secr&#232;te comme telle a cess&#233; de signifier quoi que ce soit. Mais cela ne pouvait surtout pas surprendre ceux qui venaient de d&#233;pouiller cette m&#234;me Ligue secr&#232;te du dernier vestige de son caract&#232;re conspirateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il &#233;tait d&#233;sormais d&#233;montr&#233; que la Ligue avait &#233;t&#233; une excellente &#233;cole d'activit&#233; r&#233;volutionnaire. Sur le Rhin, o&#249; la Neue Rheinische Zeitung constituait un centre solide, &#224; Nassau, dans la Hesse rh&#233;nane, etc., partout les membres de la Ligue se tenaient &#224; la t&#234;te du mouvement d&#233;mocratique extr&#234;me. Ce fut le cas &#224; Hambourg. En Allemagne du Sud, la pr&#233;dominance de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise faisait obstacle. &#192; Breslau, Wilhelm Wolff fut actif avec beaucoup de succ&#232;s jusqu'&#224; l'&#233;t&#233; 1848 ; en outre, il re&#231;ut un mandat sil&#233;sien en tant que repr&#233;sentant suppl&#233;ant au parlement de Francfort. Enfin, le compositeur Stephan Born, qui avait travaill&#233; &#224; Bruxelles et &#224; Paris comme membre actif de la Ligue, fonda &#224; Berlin une Confr&#233;rie ouvri&#232;re qui devint assez r&#233;pandue et exista jusqu'en 1850. Born, un jeune homme tr&#232;s talentueux, mais qui, &#233;tait un peu trop press&#233; de devenir un personnage politique, &#171; fraternis&#233; &#187; avec les plus divers ragtags et bobtails pour rassembler les foules, et n'&#233;tait pas du tout l'homme qui pouvait apporter l'unit&#233; dans les tendances oppos&#233;es, la lumi&#232;re dans les tendances oppos&#233;es. le chaos. Ainsi, dans les publications officielles de l'association, les opinions repr&#233;sent&#233;es dans le Manifeste du Parti communiste &#233;taient m&#234;l&#233;es de souvenirs et d'aspirations corporatives, de fragments de Louis Blanc et de Proudhon, de protectionnisme, etc. ; bref, ils voulaient plaire &#224; tout le monde [allen alles sein]. En particulier, les gr&#232;ves, les syndicats et les coop&#233;ratives de production se d&#233;clench&#232;rent et on oublia qu'il s'agissait avant tout de conqu&#233;rir d'abord, par des victoires politiques, le domaine dans lequel seul de telles choses pouvaient se r&#233;aliser de mani&#232;re durable. base. Lorsque, par la suite, les victoires de la r&#233;action firent comprendre aux dirigeants des Fr&#232;res musulmans la n&#233;cessit&#233; de prendre une part directe &#224; la lutte r&#233;volutionnaire, ils furent naturellement abandonn&#233;s par la masse confuse qu'ils s'&#233;taient group&#233;e autour d'eux. Born participa au soul&#232;vement de Dresde en mai 1849 et r&#233;ussit &#224; s'en sortir. Mais contrairement au grand mouvement politique du prol&#233;tariat, la Fraternit&#233; ouvri&#232;re s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre un pur Sonderbund [ligue s&#233;par&#233;e], qui n'existait dans une large mesure que sur le papier et jouait un r&#244;le tellement subordonn&#233; que la r&#233;action ne l'a pas trouv&#233;. il fallut le supprimer jusqu'en 1850, et ses branches survivantes jusqu'&#224; plusieurs ann&#233;es plus tard. Born, dont le vrai nom &#233;tait Buttermilk, n'est pas devenu un grand personnage politique mais un petit professeur suisse, qui ne traduit plus Marx dans le langage des corporations mais le doux Renan dans son propre allemand complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 juin 1849, avec la d&#233;faite des insurrections de mai en Allemagne et la r&#233;pression de la r&#233;volution hongroise par les Russes, une grande p&#233;riode de la R&#233;volution de 1848 prit fin. Mais la victoire de la r&#233;action n'&#233;tait pas encore d&#233;finitive. Une r&#233;organisation des forces r&#233;volutionnaires dispers&#233;es &#233;tait n&#233;cessaire, et donc aussi de la Ligue. La situation interdisait encore, comme en 1848, toute organisation ouverte du prol&#233;tariat ; il fallut donc s'organiser &#224; nouveau en secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 1849, la plupart des membres des comit&#233;s centraux et congr&#232;s pr&#233;c&#233;dents se r&#233;unirent &#224; nouveau &#224; Londres. Les seuls qui manquaient encore &#233;taient Schapper, qui fut emprisonn&#233; &#224; Wiesbaden mais qui revint apr&#232;s son acquittement, au printemps 1850, et Moll, qui, apr&#232;s avoir accompli une s&#233;rie de missions et de voyages d'agitation des plus dangereux, recruta finalement des cavaliers &#224; cheval. artilleurs de l'artillerie du Palatinat au beau milieu de l'arm&#233;e prussienne dans la province du Rhin &#8212; rejoignirent la compagnie ouvri&#232;re de Besan&#231;on du corps de Willich et furent tu&#233;s d'une balle dans la t&#234;te lors de la rencontre &#224; la Murg devant le pont Rotenfels. D'un autre c&#244;t&#233;, Willich entra en sc&#232;ne. Willich &#233;tait un de ces communistes sentimentaux si r&#233;pandus en Allemagne occidentale depuis 1845 et qui, pour cette seule raison, se montraient instinctivement et furtivement hostiles &#224; notre tendance critique. Bien plus, il &#233;tait enti&#232;rement proph&#232;te, convaincu de sa mission personnelle de lib&#233;rateur pr&#233;destin&#233; du prol&#233;tariat allemand et, en tant que tel, pr&#233;tendant direct tant &#224; la dictature politique que militaire. Ainsi, au communisme chr&#233;tien primitif pr&#234;ch&#233; pr&#233;c&#233;demment par Weitling, s'est ajout&#233;e une sorte d'islam communiste. Cependant, la propagande de cette nouvelle religion se limita pour la premi&#232;re fois aux casernes de r&#233;fugi&#233;s sous le commandement de Willich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Ligue fut donc r&#233;organis&#233;e ; L'adresse de mars 1850 fut publi&#233;e et Heinrich Bauer fut envoy&#233; comme &#233;missaire en Allemagne. L'Adresse, compos&#233;e par Marx et moi-m&#234;me, est encore int&#233;ressante aujourd'hui, car la d&#233;mocratie petite-bourgeoise est d&#233;j&#224; aujourd'hui le parti qui doit certainement &#234;tre le premier &#224; arriver au pouvoir en Allemagne comme sauveur de la soci&#233;t&#233; des ouvriers communistes &#224; l'occasion de le prochain bouleversement europ&#233;en est d&#233;sormais imminent (les r&#233;volutions europ&#233;ennes de 1815, 1830, 1848-1852, 1870 se sont produites &#224; des intervalles de 15 &#224; 18 ans au cours de notre si&#232;cle). Une grande partie de ce qui y est dit est donc toujours applicable aujourd'hui. La mission de Heinrich Bauer fut couronn&#233;e d'un plein succ&#232;s. Le fid&#232;le petit cordonnier &#233;tait un diplomate n&#233;. Il ramena dans l'organisation active les anciens membres de la Ligue, qui &#233;taient en partie &#224; la tra&#238;ne et en partie agissant pour leur propre compte, et en particulier aussi les dirigeants de l'&#233;poque de la Fraternit&#233; Ouvri&#232;re. La Ligue commen&#231;a &#224; jouer un r&#244;le dominant dans les associations ouvri&#232;res, paysannes et sportives dans une bien plus grande mesure qu'avant 1848, de sorte que le prochain discours trimestriel aux communaut&#233;s, en juin 1850, pouvait d&#233;j&#224; rapporter que l'&#233;tudiant Schurz de Bonn (plus tard ancien ministre am&#233;ricain), qui &#233;tait en tourn&#233;e en Allemagne dans l'int&#233;r&#234;t de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, &#171; avait d&#233;j&#224; trouv&#233; toutes les forces n&#233;cessaires entre les mains de la Ligue &#187;. La Ligue &#233;tait sans aucun doute la seule organisation r&#233;volutionnaire ayant une quelconque importance en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le but de cette organisation d&#233;pendait dans une large mesure de la r&#233;alisation ou non des perspectives d'un nouvel essor de la r&#233;volution. Et au cours de l'ann&#233;e 1850, cela devint de plus en plus improbable, voire impossible. La crise industrielle de 1847, qui avait ouvert la voie &#224; la R&#233;volution de 1848, avait &#233;t&#233; surmont&#233;e ; une nouvelle p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233; industrielle sans pr&#233;c&#233;dent s'&#233;tait install&#233;e ; quiconque avait des yeux pour voir et s'en servait devait clairement se rendre compte que la temp&#234;te r&#233;volutionnaire de 1848 s'&#233;teignait peu &#224; peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec cette prosp&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale, dans laquelle les forces productives de la soci&#233;t&#233; bourgeoise se d&#233;veloppent de mani&#232;re aussi luxuriante que possible dans les relations bourgeoises, on ne peut pas parler d'une v&#233;ritable r&#233;volution . Une telle r&#233;volution n'est possible que dans les p&#233;riodes o&#249; ces deux facteurs, les forces productives modernes et les formes productives bourgeoises, entrent en collision. Les diverses querelles dans lesquelles se livrent aujourd'hui et se compromettent les repr&#233;sentants des factions industrielles du parti de l'ordre continental, loin de fournir l'occasion de nouvelles r&#233;volutions, ne sont au contraire possibles que parce que la base des relations est momentan&#233;ment si s&#251;re. et, ce que la r&#233;action ne sait pas, c'est tellement bourgeois . De l&#224;, toutes les tentatives de la r&#233;action visant &#224; freiner le d&#233;veloppement bourgeois rebondiront aussi certainement que toute indignation morale et toutes les proclamations enthousiastes des d&#233;mocrates &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx et moi avons &#233;crit dans la &#171; Revue de mai &#224; octobre 1850 &#187; de la Neue Rheinische Zeitung , Politisch-okonomische Revue , n&#176; V et VI, Hambourg, 1850, p. 153.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette froide appr&#233;ciation de la situation &#233;tait cependant consid&#233;r&#233;e par beaucoup comme une h&#233;r&#233;sie, &#224; une &#233;poque o&#249; Ledru-Rollin, Louis Blanc, Mazzini, Kossuth et, parmi les petites lumi&#232;res allemandes, Ruge, Kinkel, Gogg et les autres se pressaient. &#224; Londres pour former les gouvernements provisoires du futur non seulement pour leurs patries respectives mais pour toute l'Europe, et alors qu'il ne restait plus qu'&#224; obtenir de l'Am&#233;rique l'argent n&#233;cessaire comme emprunt pour que la r&#233;volution r&#233;alise &#224; tout moment le La r&#233;volution europ&#233;enne et les diff&#233;rentes r&#233;publiques qui l'accompagnaient allaient de soi. Peut-on s'&#233;tonner qu'un homme comme Willich se soit laiss&#233; prendre &#224; cela, que Schapper, agissant selon son ancienne impulsion r&#233;volutionnaire, se soit lui aussi laiss&#233; tromper et que la majorit&#233; des ouvriers londoniens, eux-m&#234;mes en grande partie r&#233;fugi&#233;s, les aient suivis. dans le camp des artisans de la r&#233;volution bourgeois-d&#233;mocrates ? Il suffit de dire que la r&#233;serve que nous maintenions n'&#233;tait pas du go&#251;t de ces gens-l&#224; ; il s'agissait d'entrer dans le jeu de faire des r&#233;volutions. Nous avons cat&#233;goriquement refus&#233; de le faire. Une scission s'ensuit ; on peut en savoir plus &#224; ce sujet dans l' Apocalypse . Puis vint l'arrestation de Nothjung, suivie de celle de Haupt, &#224; Hambourg. Ce dernier est devenu tra&#238;tre en divulguant les noms du Comit&#233; central de Cologne et en &#233;tant d&#233;sign&#233; comme t&#233;moin principal au proc&#232;s ; mais ses proches ne souhaitaient pas &#234;tre ainsi d&#233;shonor&#233;s et l'envoy&#232;rent &#224; Rio de Janerio, o&#249; il s'&#233;tablit plus tard comme homme d'affaires et, en reconnaissance de ses services, fut nomm&#233; consul g&#233;n&#233;ral de Prusse puis d'Allemagne. Il est maintenant de nouveau en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note d'Engels : Schapper &#224; Londres &#224; la fin des ann&#233;es soixante. Willich a particip&#233; avec distinction &#224; la guerre civile am&#233;ricaine ; il est devenu g&#233;n&#233;ral de brigade et a re&#231;u une balle dans la poitrine lors de la bataille de Murfreesboro (Tennessee), mais s'est r&#233;tabli et est mort il y a une dizaine d'ann&#233;es en Am&#233;rique. Parmi les autres personnes mentionn&#233;es ci-dessus, je remarquerai seulement que Heinrich Bauer a &#233;t&#233; perdu en Australie et que Weitling et Ewerbeck sont morts en Am&#233;rique.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une meilleure compr&#233;hension des R&#233;v&#233;lations , je donne la liste des accus&#233;s de Cologne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) PG Roser, fabricant de cigares ; (2) Heinrich Burgers, d&#233;c&#233;d&#233; plus tard en tant que d&#233;put&#233; progressiste au Landtag ; (3) Peter Nothjung, tailleur, d&#233;c&#233;d&#233; il y a quelques ann&#233;es comme photographe &#224; Breslau ; (4) WJ Reiff ; (5) le Dr Hermann Becker, aujourd'hui bourgmestre en chef de Cologne et membre de la Chambre haute ; (6) le Dr Roland Daniels, m&#233;decin, d&#233;c&#233;d&#233; quelques ann&#233;es apr&#232;s le proc&#232;s des suites d'une tuberculose contract&#233;e en prison ; (7) Karl Otto, chimiste ; (8) Dr Abraham Jacoby, maintenant m&#233;decin &#224; New York ; (9) Dr IJ Klein, aujourd'hui m&#233;decin et conseiller municipal de Cologne ; (10) Ferdinand Freiligrath, qui se trouvait pourtant d&#233;j&#224; &#224; cette &#233;poque &#224; Londres ; (11) IL Ehrhard, commis ; (12) Friedrich Lessner, tailleur, actuellement &#224; Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un proc&#232;s public devant jury du 4 octobre au 12 novembre 1852, les personnes suivantes furent condamn&#233;es pour tentative de haute trahison : Roser, Burgers et Nothjung &#224; six ans, Reiff, Otto et Becker &#224; cinq ans et Lessner &#224; trois ans de prison. une forteresse ; Daniels, Klein, Jacoby et Ehrhard ont &#233;t&#233; acquitt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le proc&#232;s de Cologne, la premi&#232;re p&#233;riode du mouvement ouvrier communiste allemand prend fin. Imm&#233;diatement apr&#232;s la sentence, nous avons dissous notre Ligue ; quelques mois plus tard, la ligue s&#233;par&#233;e Willich-Schapper trouva &#233;galement le repos &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Il y a toute une g&#233;n&#233;ration entre hier et aujourd'hui. A cette &#233;poque, l'Allemagne &#233;tait un pays d'artisanat et d'industrie domestique bas&#233;e sur le travail manuel ; c'est aujourd'hui un grand pays industriel en constante transformation industrielle. A cette &#233;poque, il fallait rechercher un &#224; un les travailleurs qui comprenaient leur situation de travailleurs et leur antagonisme historico-&#233;conomique envers le capital, car cet antagonisme lui-m&#234;me commen&#231;ait seulement &#224; se d&#233;velopper. Aujourd'hui, l'ensemble du prol&#233;tariat allemand doit &#234;tre soumis &#224; des lois d'exception, simplement pour ralentir un peu le processus de son d&#233;veloppement vers la pleine conscience de sa position de classe opprim&#233;e. A cette &#233;poque, les quelques personnes dont l'esprit avait p&#233;n&#233;tr&#233; jusqu'&#224; la r&#233;alisation du r&#244;le historique du prol&#233;tariat devaient se rassembler en secret, se rassembler clandestinement en petites communaut&#233;s de 3 &#224; 20 personnes. Aujourd'hui, le prol&#233;tariat allemand n'a plus besoin d'aucune organisation officielle, ni publique ni secr&#232;te. La simple interconnexion &#233;vidente de camarades de classe partageant les m&#234;mes id&#233;es suffit, sans aucune r&#232;gle, conseil, r&#233;solution ou autre forme tangible, &#224; &#233;branler l'ensemble de l'Empire allemand jusque dans ses fondations. Bismarck est l'arbitre de l'Europe au-del&#224; des fronti&#232;res de l'Allemagne, mais &#224; l'int&#233;rieur de celles-ci, la figure athl&#233;tique du prol&#233;tariat allemand, que Marx pr&#233;voyait d&#233;j&#224; en 1844, devient chaque jour plus mena&#231;ante, le g&#233;ant pour qui l'&#233;difice imp&#233;rial exigu con&#231;u pour s'adapter aux philistins est encore aujourd'hui. devenu inad&#233;quat et dont la stature puissante et les &#233;paules larges grandissent jusqu'au moment o&#249;, en se levant simplement de son si&#232;ge, il brisera toute la structure de la constitution imp&#233;riale en fragments. Et bien plus encore. Le mouvement international du prol&#233;tariat europ&#233;en et am&#233;ricain s'est tellement renforc&#233; que non seulement sa premi&#232;re forme &#233;troite &#8212; la Ligue secr&#232;te &#8212; mais m&#234;me sa seconde forme, infiniment plus large &#8212; l'Association internationale des travailleurs &#8212; est devenue pour lui une entrave, et que le simple sentiment de solidarit&#233; fond&#233; sur la compr&#233;hension de l'identit&#233; de position de classe suffit &#224; cr&#233;er et &#224; maintenir un seul et m&#234;me grand parti du prol&#233;tariat parmi les ouvriers de tous pays et de toutes langues. La doctrine que la Ligue a repr&#233;sent&#233;e de 1847 &#224; 1852, et qui &#224; cette &#233;poque pouvait &#234;tre trait&#233;e par les sages philistins en haussant les &#233;paules comme des hallucinations de compl&#232;tement fous, comme la doctrine secr&#232;te de quelques sectaires dispers&#233;s, a maintenant d'innombrables adeptes. dans tous les pays civilis&#233;s du monde, parmi les condamn&#233;s aux mines de Sib&#233;rie autant que parmi les chercheurs d'or de Californie ; et le fondateur de cette doctrine, l'homme le plus d&#233;test&#233; et le plus calomni&#233; de son temps, Karl Marx, &#233;tait, &#224; sa mort, le conseiller toujours recherch&#233; et toujours volontaire du prol&#233;tariat de l'ancien et du nouveau monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/subject/organisation/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/subject/organisation/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste en 1928</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article9047</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article9047</guid>
		<dc:date>2026-05-08T22:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
13 janvier 1928 &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous soussign&#233;s, exclus des rangs du parti communiste de l'Union sovi&#233;tique avant le XV&#176; congr&#232;s de ce parti ou par d&#233;cision de ce congr&#232;s, avons estim&#233; n&#233;cessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion aupr&#232;s de l'organe supr&#234;me du mouvement communiste international, &#224; savoir le VI&#176; congr&#232;s du l'Internationale communiste . Cependant, sur ordre du G.P.U. (ou en partie sur r&#233;solution du comit&#233; central du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 janvier 1928&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous soussign&#233;s, exclus des rangs du parti communiste de l'Union sovi&#233;tique avant le XV&#176; congr&#232;s de ce parti ou par d&#233;cision de ce congr&#232;s, avons estim&#233; n&#233;cessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion aupr&#232;s de l'organe supr&#234;me du mouvement communiste international, &#224; savoir le VI&#176; congr&#232;s du l'Internationale communiste . Cependant, sur ordre du G.P.U. (ou en partie sur r&#233;solution du comit&#233; central du parti), nous, vieux&#8209;bolcheviks, sommes exil&#233;s dans les r&#233;gions les plus &#233;loign&#233;es d'Union sovi&#233;tique sans qu'aucune accusation soit port&#233;e contre nous, dans le but unique d'emp&#234;cher notre liaison avec Moscou et les autres centres ouvriers, et, par cons&#233;quent, avec le VI&#176; congr&#232;s mondial. Nous estimons donc n&#233;cessaire, &#224; la veille de notre d&#233;part forc&#233; vers des r&#233;gions lointaines de l'Union, d'adresser la d&#233;claration pr&#233;sente au pr&#233;sidium du comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, en le priant de le porter &#224; la connaissance des comit&#233;s centraux de tous les partis communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le G.P.U. nous exile sur la base de l'article 58 du Code criminel, c'est&#8209;&#224;&#173;-dire pour &#171; propagande ou agitation en faveur du renversement, de la sape ou de l'affaiblissement du pouvoir sovi&#233;tique ou pour commettre des actes individuels contre-r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Avec un calme d&#233;dain, nous rejetons la tentative d'appliquer cet article &#224; des dizaines de bolcheviks&#8209;l&#233;ninistes qui ont beaucoup fait pour &#233;tablir, d&#233;fendre et consolider le pouvoir sovi&#233;tique dans le pass&#233; et, qui, &#224; l'avenir aussi, consacreront toutes leurs forces &#224; d&#233;fendre la dictature du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;portation administrative de vieux militants, sur ordre administratif du G.P.U., est tout simplement un nouveau maillon de la cha&#238;ne des &#233;v&#233;nements qui &#233;branlent le P.C. sovi&#233;tique. Ces &#233;v&#233;nements auront une importance historique immense pour une s&#233;rie d'ann&#233;es. Les divergences de vues actuelles sont parmi les plus importantes de celles que connut l'histoire du mouvement r&#233;volutionnaire international. Il s'agit en substance de savoir comment ne pas mener &#224; sa perte la dictature du prol&#233;tariat qui fut conquise en octobre 1917. La lutte dans le P.C. de l'U.R.S.S. se d&#233;roule dans le dos de l'I.C. ; celle&#173;-ci n'y participe pas, elle l'ignore m&#234;me. Les documents principaux de l'Opposition consacr&#233;s aux grandes questions de notre &#233;poque continuent &#224; &#234;tre inconnus de l'Internationale communiste. Les partis communistes sont toujours plac&#233;s devant le fait accompli et ne font qu'apposer leur estampille sur des d&#233;cisions adopt&#233;es d'avance. Nous estimons qu'une telle situation est issue du r&#233;gime absolument faux en vigueur dans le P.C. de l'U.R.S.S. et dans l'I.C. tout enti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; L'&#226;pret&#233; exceptionnelle de la lutte au sein du parti, qui a amen&#233; notre exclusion de celui&#8209;ci (et actuellement notre exil, sans qu'aucun fait nouveau puisse &#234;tre invoqu&#233; pour le motiver), trouve pr&#233;cis&#233;ment sa cause dans notre aspiration &#224; faire conna&#238;tre notre point de vue au parti et &#224; l'I.C. Tant que L&#233;nine &#233;tait l&#224;, une telle activit&#233; &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme normale et logique Les discussions se d&#233;veloppaient &#224; cette &#233;poque sur la base de la publication et de l'examen int&#233;gral de tous les documents concernant les questions litigieuses. Faute d'un tel r&#233;gime l'I.C. ne peut devenir ce qu'elle doit &#234;tre. La lutte pour le pouvoir du prol&#233;tariat international contre la bourgeoisie, extr&#234;mement puissante, est encore enti&#232;rement devant lui. Cette lutte pr&#233;suppose, du c&#244;t&#233; des partis communistes, une direction forte, jouissant d'une autorit&#233; morale, et capable d'agir par elle-m&#234;me. Une telle direction ne peut &#234;tre cr&#233;&#233;e qu'au cours de nombreuses ann&#233;es, en s&#233;lectionnant les repr&#233;sentants les plus fermes, les plus aptes &#224; d&#233;terminer leur action d'une fa&#231;on autonome, les plus cons&#233;quents, les plus vaillants de l'avant&#8209;garde du prol&#233;tariat. Dans l'ex&#233;cution de leur t&#226;che, des fonctionnaires, m&#234;me les plus consciencieux, ne peuvent remplacer les guides de la R&#233;volution. La victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe et dans le monde entier d&#233;pend, dans une tr&#232;s large mesure, de la solution du probl&#232;me de la direction r&#233;volutionnaire. Le r&#233;gime int&#233;rieur de l'I.C. emp&#234;che de choisir et d'&#233;duquer une pareille direction. Cela se manifeste surtout de fa&#231;on &#233;clatante par l'attitude des partis communistes &#233;trangers en pr&#233;sence des proc&#233;dures internes du P.C. de l'U.R.S.S. dont le sort est intimement li&#233; au destin de l'I.C.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous, Oppositionnels, nous avons bris&#233; les normes de la vie du parti. Pourquoi ? Parce que nous avons &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;s ill&#233;galement de la possibilit&#233; d'exercer nos droits normaux de membres du parti. Pour porter notre point de vue &#224; la connaissance du congr&#232;s, nous avons &#233;t&#233; contraints de prendre sur nous d'utiliser une imprimerie d'&#201;tat. Pour r&#233;futer devant la classe ouvri&#232;re la falsification de notre point de vue, et, en particulier, la vile calomnie relative &#224; notre pr&#233;tendue liaison avec un officier de Wrangel [1] et la contre&#8209;r&#233;volution en g&#233;n&#233;ral, nous avons arbor&#233;, &#224; la manifestation du X&#176; anniversaire, des pancartes portant les inscriptions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Feu &#224; droite, contre les Koulaks, les Nepmen et les Bureaucrates ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; R&#233;alisons les derni&#232;res volont&#233;s de L&#233;nine ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour une v&#233;ritable d&#233;mocratie dans le Parti ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces mots d'ordre, incontestablement bolcheviques, furent d&#233;clar&#233;s non seulement hostiles au parti, mais contre&#8209;r&#233;volutionnaires. De nombreux signes montrent qu'il faut s'attendre &#233;galement, dans l'avenir, &#224; des tentatives de cr&#233;er de toutes pi&#232;ces de pr&#233;tendus liens entre l'Opposition et les organisations de gardes-blancs et de mencheviks dont nous sommes plus &#233;loign&#233;s que quiconque.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour forger un tel amalgame, point n'est besoin de donner de motifs, pas plus d'ailleurs que pour nous d&#233;porter.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la d&#233;claration que nous avons adress&#233;e au XV&#176; congr&#232;s, sign&#233;e des camarades Smilga , Mouralov , Rakovsky et Radek , nous avons annonc&#233; notre soumission aux d&#233;cisions du XV&#176; congr&#232;s et notre d&#233;termination &#224; cesser le travail fractionnel. N&#233;anmoins, on nous a exclus et l'on nous d&#233;porte &#224; cause de nos opinions. Mais, par&#8209;dessus tout, nous avons d&#233;clar&#233;, et nous r&#233;p&#233;tons ici, que nous ne pouvons pas renoncer aux opinions exprim&#233;es dans nos th&#232;ses et dans notre plate&#8209;forme, car le cours des &#233;v&#233;nements confirme leur justesse.&lt;br class='autobr' /&gt; La th&#233;orie de la construction du socialisme dans un seul pays conduit in&#233;luctablement &#224; s&#233;parer le sort de l'U.R.S.S. de celui de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale dans son ensemble. Poser ainsi la question, c'est saper, dans le domaine th&#233;orique et politique, les fondements m&#234;me de l'internationalisme prol&#233;tarien. La lutte contre cette nouvelle th&#233;orie fonci&#232;rement anti&#8209;marxiste, invent&#233;e en 1925 &#8209; c'est&#8209;&#224;&#8209;dire notre lutte pour les int&#233;r&#234;ts fondamentaux de l'I.C.&#8209; c'est ce qui a amen&#233; notre exclusion du parti et notre d&#233;portation administrative.&lt;br class='autobr' /&gt; La r&#233;vision du marxisme et du l&#233;ninisme, dans la question fondamentale du caract&#232;re international de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, provient du fait que la p&#233;riode de 1923 &#224; aujourd'hui a &#233;t&#233; marqu&#233;e par de dures d&#233;faites de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale (1923 en Bulgarie et en Allemagne, 1925 en Estonie, 1926 en Angleterre, 1927 en Chine et en Autriche [2] ). Ces d&#233;faites ont cr&#233;&#233; &#224; elles seules la possibilit&#233; de ce qu'on a nomm&#233; la stabilisation du capitalisme, car elles ont consolid&#233; provisoirement la situation de la bourgeoisie mondiale ; par la pression renforc&#233;e de celle&#8209;ci sur l'U.R.S.S., ces d&#233;faites ont ralenti l'allure de l'&#233;dification socialiste ; elles ont renforc&#233; les positions de notre bourgeoisie &#224; l'int&#233;rieur ; elles ont donn&#233; &#224; celle&#8209;ci la possibilit&#233; de se lier plus fortement &#224; beaucoup d'&#233;l&#233;ments de l'appareil d'&#201;tat sovi&#233;tique ; elles ont accru la pression de cet appareil sur celui du parti, et elles ont conduit &#224; l'affaiblissement de l'aile gauche de notre parti. Au cours de ces m&#234;mes ann&#233;es, il s'est produit en Europe une renaissance provisoire de la social-d&#233;mocratie, un affaiblissement provisoire des partis communistes, et un renforcement de l'aile droite &#224; l'int&#233;rieur de ces derniers. L'Opposition dans le P.C.R., en tant qu'aile gauche ouvri&#232;re, a subi des d&#233;faites en m&#234;me temps que s'affaiblissaient les positions de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt; Si les partis de l'I.C. n'ont eu aucune possibilit&#233; d'appr&#233;cier exactement la signification historique de l'Opposition, la bourgeoisie mondiale, en revanche, a d&#233;j&#224; &#233;mis son jugement sans ambigu&#239;t&#233;. Tous les journaux bourgeois plus ou moins s&#233;rieux, dans tous les pays, consid&#232;rent l'Opposition du P.C.R. comme leur mortelle ennemie et envisagent au contraire la politique de la majorit&#233; actuellement dirigeante comme une transition n&#233;cessaire &#224; l'U.R.S.S. vers le monde &#171; civilis&#233; &#187;, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pr&#233;sidium de l'I.C. devrait, selon nous, rassembler les opinions exprim&#233;es par les chefs politiques et par les organes principaux de la bourgeoisie, en ce qui concerne la lutte int&#233;rieure du P.C.R., afin de permettre au VI&#176; congr&#232;s la possibilit&#233; de tirer les conclusions politiques n&#233;cessaires sur cette question primordiale.&lt;br class='autobr' /&gt; L'issue et les le&#231;ons de la r&#233;volution chinoise, r&#233;volution qui constitue un des plus grands &#233;v&#233;nements de l'histoire mondiale, ont &#233;t&#233; tenus dans l'obscurit&#233;, &#233;cart&#233;s de la discussion, et n'ont pas &#233;t&#233; assimil&#233;s par l'opinion publique de l'avant&#8209;garde prol&#233;tarienne. En r&#233;alit&#233;, le comit&#233; central du P.C.R. a interdit la discussion des questions relatives &#224; la r&#233;volution chinoise. Mais, sans l'&#233;tude des fautes commises, fautes classiques de l'opportunisme, il est impossible de &#173;concevoir dans l'avenir la pr&#233;paration r&#233;volutionnaire des partis prol&#233;tariens d'Europe et d'Asie !&lt;br class='autobr' /&gt; Ind&#233;pendamment de la question de savoir sur qui retombe la responsabilit&#233; imm&#233;diate de la direction des &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre &#224; Canton [3] , ces &#233;v&#233;nements fournissent un exemple frappant de putschisme lors du reflux de la vague r&#233;volutionnaire. Dans une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, une d&#233;viation vers l'opportunisme est souvent le r&#233;sultat de d&#233;faites dont la cause imm&#233;diate r&#233;side dans une direction opportuniste. L'Internationale communiste ne peut faire aucun nouveau pas en avant sans avoir tir&#233; pr&#233;alablement les le&#231;ons de l'exp&#233;rience de l'insurrection de Canton, en corr&#233;lation avec la marche d'ensemble de la r&#233;volution chinoise. C'est l&#224; une des t&#226;ches essentielles du VI&#176; congr&#232;s mondial. Les mesures de r&#233;pression prises contre l'aile gauche, non seulement ne r&#233;pareront pas les fautes d&#233;j&#224; commises, mais, ce qui est plus grave, n'apprendront rien &#224; personne.&lt;br class='autobr' /&gt; La contradiction la plus flagrante et la plus mena&#231;ante de la politique du P.C.U.S. et de l'I.C. tout enti&#232;re est constitu&#233;e par le fait suivant : apr&#232;s quatre ann&#233;es de processus de stabilisation &#233;quivalant &#224; un renforcement des tendances de droite dans le mouvement ouvrier, le feu continue &#224; &#234;tre, comme auparavant, surtout dirig&#233; contre la Gauche. Dans la p&#233;riode qui vient de s'&#233;couler, nous avons &#233;t&#233; t&#233;moins de fautes et de d&#233;viations opportunistes monstrueuses dans les partis communistes d'Allemagne, d'Angleterre, de France, de Pologne, de Chine, etc. Entre&#8209;temps, l'aile gauche de l'I.C. a &#233;t&#233; l'objet d'un travail d'an&#233;antissement qui se poursuit encore. Il est incontestable qu'actuellement les masses ouvri&#232;res d'Europe s'orientent politiquement vers la gauche, en raison des contradictions inh&#233;rentes au processus de stabilisation. Il est difficile de pr&#233;dire &#224; quelle allure se d&#233;roulera ce d&#233;veloppement vers la gauche et quelle forme il prendra dans le proche avenir. Mais la campagne permanente contre les &#233;l&#233;ments de gauche pr&#233;pare, pour le moment o&#249; s'aggravera la situation r&#233;volutionnaire, une nouvelle crise de direction semblable &#224; celle que nous avons connue ces derni&#232;res ann&#233;es en Bulgarie, en Allemagne, en Angleterre, en Pologne, en Chine, etc., etc. ! Peut&#8209;on exiger que des r&#233;volutionnaires, des l&#233;ninistes, des bolcheviks, se taisent devant de telles perspectives ?&lt;br class='autobr' /&gt; Nous n'estimons pas n&#233;cessaire de r&#233;futer &#224; nouveau l'affirmation absolument fausse que nous nierions le caract&#232;re prol&#233;tarien de notre Etat, la possibilit&#233; de l'&#233;dification socialiste, ou m&#234;me la n&#233;cessit&#233; de la d&#233;fense inconditionnelle de la dictature prol&#233;tarienne contre ses ennemis de classe de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur. Ce n'est pas l&#224;&#8209;dessus que porte la discussion ; elle porte sur l'appr&#233;ciation des dangers qui menacent la dictature du prol&#233;tariat, sur les m&#233;thodes pour combattre ces dangers, et comment distinguer entre les v&#233;ritables et faux amis, les v&#233;ritables et faux ennemis.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous affirmons qu'au cours des derni&#232;res ann&#233;es, sous l'influence de causes int&#233;rieures et internationales, le rapport des forces s'est modifi&#233; d'une mani&#232;re d&#233;favorable pour le prol&#233;tariat ; que la place tenue par lui dans l'&#233;conomie, dans la vie politique, &#233;conomique et culturelle du pays, s'est amoindrie au lieu de grandir ; nous affirmons que, dans le pays, les forces de r&#233;action thermidorienne se sont consolid&#233;es, et qu'en sous-estimant les dangers qui en d&#233;coulent, ces dangers s'aggravent dans une proportion extraordinaire. En chassant l'Opposition du parti, l'appareil, inconsciemment, mais avec d'autant plus d'efficacit&#233;, rend service aux classes non prol&#233;tariennes qui ont tendance &#224; se renforcer et &#224; se consolider aux d&#233;pens de la classe ouvri&#232;re. C'est de ce point de vue que nous nous pla&#231;ons pour juger notre d&#233;portation, et nous ne doutons pas que dans un avenir prochain, l'avant&#8209;garde du prol&#233;tariat mondial portera sur cette question le m&#234;me jugement que nous.&lt;br class='autobr' /&gt; Les repr&#233;sailles contre les Oppositionnels co&#239;ncident avec une nouvelle aggravation des difficult&#233;s &#233;conomiques sans pr&#233;c&#233;dent dans les derni&#232;res ann&#233;es. La p&#233;nurie de produits industriels, la perturbation de la collecte des grains apr&#232;s trois bonnes r&#233;coltes, la menace grandissante contre le syst&#232;me mon&#233;taire &#8209; tout cela ralentit le d&#233;veloppement des force productives, affaiblit &#233;videmment les &#233;l&#233;ments socialistes de l'&#233;conomie et emp&#234;che d'am&#233;liorer les conditions de vie du prol&#233;tariat et des paysans pauvres.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les conditions d'une aggravation de la situation en ce qui concerne les biens de consommation sur le march&#233;, les ouvriers repoussent in&#233;vitablement les tentatives de r&#233;viser les conventions collectives dans le sens d'une baisse des salaires.&lt;br class='autobr' /&gt; Le G.P.U. assure que ces &#233;checs colossaux du cours qui pr&#233;vaut actuellement rel&#232;vent de la responsabilit&#233; criminelle des Oppositionnels exil&#233;s, dont le v&#233;ritable crime a &#233;t&#233; de pr&#233;dire &#224; plusieurs reprises, au cours des derni&#232;res ann&#233;es, que toutes les difficult&#233;s actuelles seraient l'in&#233;vitable cons&#233;quence d'un cours &#233;conomique erron&#233;, et d'avoir r&#233;clam&#233; &#224; temps un changement de ce cours.&lt;br class='autobr' /&gt; La pr&#233;paration du XV&#176; congr&#232;s du parti &#8209; convoqu&#233; apr&#232;s un intervalle d'un an et demi, en violation des statuts du parti &#8209; a &#233;t&#233; elle-m&#234;me une manifestation &#233;clatante et grave de la violence croissante de l'appareil, s'appuyant de plus en plus sur des mesures de r&#233;pression gouvernementale. De son c&#244;t&#233;, sans d&#233;lib&#233;ration et en brusquant les d&#233;bats, le XV&#176; congr&#232;s a adopt&#233; une r&#233;solution selon laquelle les congr&#232;s se r&#233;uniront dor&#233;navant tous les deux ans.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans un pays de dictature prol&#233;tarienne, dont le parti communiste est l'expression, il est apparu n&#233;cessaire, dix ans apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre, d'arracher au parti son droit &#233;l&#233;mentaire de contr&#244;ler, au moins une fois par an, l'activit&#233; de ses organes et avant tout de son comit&#233; central.&lt;br class='autobr' /&gt; M&#234;me dans les conditions les plus d&#233;favorables cr&#233;&#233;es par la guerre civile et par la famine, les congr&#232;s se r&#233;unissaient parfois deux fois par an, mais jamais moins d'une fois. Alors le parti d&#233;lib&#233;rait et d&#233;cidait r&#233;ellement, sur toutes les questions, ne cessant jamais d'&#234;tre ma&#238;tre de son propre sort. Quelles forces contraignent donc maintenant &#224; consid&#233;rer les congr&#232;s comme un mal n&#233;cessaire qu'on cherche &#224; r&#233;duire au minimum ?&lt;br class='autobr' /&gt; Ces forces ne sont pas celles du prol&#233;tariat. Elles sont la r&#233;sultante d'une pression &#233;trang&#232;re &#224; celui&#8209;ci, exerc&#233;e par son avant&#8209;garde. Cette pression a conduit &#224; l'exclusion de l'Opposition et &#224; la d&#233;portation des Vieux&#173;-bolcheviks en Sib&#233;rie et dans d'autres pays perdus.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous repoussons l'accusation d'aspirer &#224; cr&#233;er un nouveau parti. Nous disons par avance que les &#233;l&#233;ments d'un dit deuxi&#232;me parti se rassemblent en r&#233;alit&#233; &#224; l'insu des masses du pli parti et avant tout de leur noyau prol&#233;tarien, au point de rencontre des &#233;l&#233;ments d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s de l'appareil du parti et de l'Etat et des nouveaux propri&#233;taires. Les pires repr&#233;sentants de la bureaucratie, munis ou non de la carte du parti, n'ayant absolument rien de commun avec la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale, se groupent toujours davantage, cr&#233;ant ainsi des points d'appui pour un deuxi&#232;me parti qui commence &#224; se dessiner et qui, au cours de son d&#233;veloppement, peut devenir l'aile gauche des forces thermidoriennes.&lt;br class='autobr' /&gt; L'accusation selon laquelle, nous, les d&#233;fenseurs de la ligne historique du bolchevisme, aspirerions &#224; cr&#233;er un deuxi&#232;me parti, sert en r&#233;alit&#233; inconsciemment &#224; couvrir le profond travail souterrain des forces historiques hostiles au prol&#233;tariat. En face de ces processus, nous mettons l'I.C. en garde ; t&#244;t ou tard, un jour viendra o&#249; ces processus seront &#233;vidents pour tous, mais chaque jour perdu compromet incontestablement le succ&#232;s de la r&#233;sistance.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut pr&#233;parer le VI&#176; congr&#232;s de l'I.C. selon les voies et moyens selon lesquels les congr&#232;s &#233;taient pr&#233;par&#233;s du temps de L&#233;nine : publier tous les documents principaux se rapportant aux questions litigieuses, en finir avec la pers&#233;cution des communistes coupables seulement d'avoir exerc&#233; leur droit de membres du parti ; dans la discussion d'avant congr&#232;s, poser dans toute son ampleur la question du rapport des forces &#224; l'int&#233;rieur du P.C. R., ainsi que la question de la ligne politique suivie par ce dernier.&lt;br class='autobr' /&gt; Les questions litigieuses ne seront pas r&#233;gl&#233;es par de nouvelles m&#233;thodes de r&#233;pression. De telles mesures peuvent jouer un grand r&#244;le positif lorsqu'elles servent &#224; soutenir une ligne politique juste et &#224; liquider plus facilement les groupements r&#233;actionnaires. En tant que bolcheviks, nous connaissons la valeur des mesures de r&#233;pression r&#233;volutionnaires, et nous les avons appliqu&#233;es &#224; plusieurs reprises contre la bourgeoisie et ses agents, les s.r. et les mencheviks.&lt;br class='autobr' /&gt; Aussi ne pensons&#8209;nous pas un seul instant &#224; renoncer &#224; ces mesures contre les ennemis du prol&#233;tariat. Mais nous nous souvenons avec fermet&#233; que la r&#233;pression dirig&#233;e par les partis ennemis contre les bolcheviks est demeur&#233;e impuissante. En fin de compte, c'est la politique juste qui est d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour nous, soldats de la r&#233;volution, compagnons d'armes de L&#233;nine, notre d&#233;portation est l'expression la plus claire des changements dans le rapport des forces de classes dans ce pays et de la d&#233;rive opportuniste de la direction. En d&#233;pit de tout cela, nous demeurons fermement convaincus que la base du pouvoir sovi&#233;tique est encore le prol&#233;tariat. Il est encore possible, au moyen d'un changement d&#233;cisif dans la ligne de la direction, en corrigeant les erreurs d&#233;j&#224; commises, par de profondes r&#233;formes, sans un nouveau soul&#232;vement r&#233;volutionnaire, de renforcer et de consolider le syst&#232;me de la dictature prol&#233;tarienne. Cette possibilit&#233; peut devenir r&#233;alit&#233; si l'Internationale communiste intervient de fa&#231;on d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous en appelons &#224; tous les partis communistes et au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale, demandant avec instance l'examen de toutes ces questions, ouvertement, et avec la participation de tous les membres du parti. Le Testament de L&#233;nine n'a jamais paru plus proph&#233;tique qu'en ce moment. Personne ne sait combien de temps le cours des &#233;v&#233;nements historiques va nous laisser pour corriger les erreurs qui ont &#233;t&#233; commises. Nous soumettant &#224; la force, nous quittons nos postes dans le parti et les soviets pour un exil absurde et futile. Ce faisant, nous ne doutons cependant pas une minute que chacun d'entre nous et nous tous serons encore n&#233;cessaires au parti et qu'il aura besoin de nous, mais encore qu'&#224; l'heure des grandes batailles qui sont devant nous, nous retrouverons tous nos places dans les rangs combattants du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur la base de tout ce qui vient d'&#234;tre dit que nous demandons instamment au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale communiste de nous r&#233;int&#233;grer dans le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signatures : M . Alsky &#8209; A. Beloborodov &#8209; A. Ichtchenko - L. Trotsky &#8209; K. Radek &#8209; Kh. Rakovsky &#8209; E. A. Pr&#233;obrajensky &#8209; I. N. Smirnov &#8209; L. S&#233;r&#233;briakov &#8209; I. Smilga - L Sosnovsky &#8209; N. I. Mouralov &#8209; G. Valentinov - Nevelson-Man &#8209; V. Eltsine &#8209; V. Vaganian &#8209; V. Maliouta &#8209; V. Kasparova &#8209;S. Kavtaradz&#233; &#8209; Vilenskij (Sibiriakov).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Piotr N. Wrangel (1878&#8209;1928), g&#233;n&#233;ral du tsar, avait &#233;t&#233; le dernier chef de l'arm&#233;e blanche avec le soutien du gouvernement fran&#231;ais en 1920. L'&#233;pisode de &#171; l'officier de Wrangel &#187; s'&#233;tait produit l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Un individu pr&#233;tendant se nommer Stroilov s'&#233;tait pr&#233;sent&#233; aux dirigeants de l'Opposition qui cherchaient les moyens d'imprimer la plate&#8209;forme de cette derni&#232;re. Le G.P.U. &#171; r&#233;v&#233;la &#187; que Stroilov &#8209; qui ne fut pas officiellement &#171; retrouv&#233; &#187; &#8209; &#233;tait un ancien officier de l'arm&#233;e Wrangel. Mais l'Opposition d&#233;montre sans r&#233;plique que cet ancien officier de Wrangel &#233;tait aussi agent du G.P.U. en service.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon les services secrets polonais, Stroilov aurait &#233;t&#233; en r&#233;alit&#233; le c&#233;l&#232;bre Oupeninch, dit Opperput, l'homme qui noyauta puis d&#233;capita les organisations d'&#233;migr&#233;s blancs et construisit le Trust. (cf. P. Brou&#233;, &#171; La Main-d'&#339;uvre blanche de Staline &#187;, Cahiers L&#233;on Trotsky n&#176; 24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Trotsky fait allusion ici &#224; diff&#233;rentes d&#233;faites de l'I.C. ou du mouvement ouvrier, dans lesquelles la responsabilit&#233; des dirigeants de Moscou &#233;tait engag&#233;e diff&#233;remment. En Allemagne, apr&#232;s s'&#234;tre d&#233;cid&#233; tr&#232;s tard &#224; admettre l'existence d'une situation r&#233;volutionnaire, apr&#232;s avoir contribu&#233; &#224; freiner les masses par une politique de &#171; grand soir &#187;, l'I.C. avait sous&#8209;estim&#233; l'ampleur du recul d'Octobre et de la renonciation &#224; l'insurrection. En Bulgarie, elle avait fait pr&#233;parer un putsch qui fut r&#233;prim&#233; dans le sang ; la Lettonie fut aussi le th&#233;&#226;tre d'une insurrection manqu&#233;e en 1925 ; en 1926, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale britannique fut &#233;cras&#233;e sans que le P.C. de l'U.R.S.S. ait jug&#233; bon de rompre les relations au sein d'un comit&#233; syndical anglo&#8209;russe avec les dirigeants r&#233;formistes qui cautionnaient et avaient la responsabilit&#233; de cet &#233;crasement ; en Chine, Tchiang Ka&#239;&#8209;chek avait massacr&#233; les communistes &#224; partir du &#171; coup de Shanghai &#187; et les forces du gouvernement chr&#233;tien social de Vienne avaient mitraill&#233; en pleine capitale des manifestants ouvriers, faisant plus de trente morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Apr&#232;s avoir port&#233; pendant des mois la responsabilit&#233; de la politique de soutien au Guomindang et d'alliance avec Tchiang Ka&#239;&#8209;chek, et, apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;pression de celui-ci, apr&#232;s avoir continu&#233; cette politique avec ce qu'elle appelait &#171; le Guomindang de gauche &#187;, la direction Staline&#8209;Boukharine avait fait un brutal virage &#224; gauche, sans doute dans la perspective du XV&#176; congr&#232;s et pour &#233;touffer les critiques de l'Opposition. Une fois de plus, son &#171; gauchisme &#187; avait rev&#234;tu la forme du putschisme, les militants communistes, seuls, se soulevant le 11 d&#233;cembre 1927 au nom d'un &#171; soviet de Canton &#187; d&#233;sign&#233; par l'appareil. L'insurrection, priv&#233;e du soutien populaire par sa conception m&#234;me, ne dura que trois jours mais fut suivie d'une r&#233;pression f&#233;roce. Trotsky nuancera plus tard son appr&#233;ciation, comme on le verra dans ce volume, notamment dans sa correspondance avec Pr&#233;obrajensky.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'histoire fran&#231;aise du parti qui n'a de socialiste que le nom...</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article9503</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article9503</guid>
		<dc:date>2026-04-10T22:34:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme - Socialism</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'histoire fran&#231;aise du parti qui n'a de socialiste que le nom &lt;br class='autobr' /&gt;
Origines &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme dans tout conte pour enfants, il faudrait commencer par &#171; il &#233;tait une fois &#187; un parti qui se voulait v&#233;ritablement socialiste&#8230; qui &#233;tait r&#233;ellement implant&#233; dans la classe ouvri&#232;re et m&#234;me dont la majorit&#233; des militants et des adh&#233;rents comme des &#233;lecteurs &#233;taient ouvriers, qui pensait combattre contre le capitalisme et pour le renverser, contre l'Etat capitaliste et pour le renverser, contre l'imp&#233;rialisme, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'histoire fran&#231;aise du parti qui n'a de socialiste que le nom&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Origines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans tout conte pour enfants, il faudrait commencer par &#171; il &#233;tait une fois &#187; un parti qui se voulait v&#233;ritablement socialiste&#8230; qui &#233;tait r&#233;ellement implant&#233; dans la classe ouvri&#232;re et m&#234;me dont la majorit&#233; des militants et des adh&#233;rents comme des &#233;lecteurs &#233;taient ouvriers, qui pensait combattre contre le capitalisme et pour le renverser, contre l'Etat capitaliste et pour le renverser, contre l'imp&#233;rialisme, le colonialisme, la guerre imp&#233;rialiste, contre toute forme d'exploitation et d'oppression, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce parti a v&#233;ritablement exist&#233; mais il n'est m&#234;me plus concevable. Le simple fait, pour le parti socialiste d'autrefois, de se consid&#233;rer non comme un parti &#233;lectoral et de r&#233;formes mais comme un parti communiste r&#233;volutionnaire et de luttes de classes, non comme un parti national mais comme une section d'une internationale communiste r&#233;volutionnaire, comme un parti dont le but est la suppression de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production en dit long sur le chemin parcouru jusqu'au r&#233;formisme n&#233;o-lib&#233;ral propatronal de Hollande qui prend comme r&#233;f&#233;rence Cl&#233;menceau, glorifie la marche &#224; la premi&#232;re guerre mondiale et la fraternit&#233; des poilus des tranch&#233;es, qui pr&#233;sente les &#233;trangers comme des ennemis et affirme que les ouvriers sont des sans-dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme du Parti Ouvrier Fran&#231;ais de 1880 proclamait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Consid&#233;rant,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Que l'&#233;mancipation de la classe productive est celle de tous les &#234;tres humains sans distinction de sexe, ni de race,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Que les producteurs ne sauraient &#234;tre libres qu'autant qu'ils sont seront en possession des moyens de production (terres, usines, navires, banques, cr&#233;dits, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Qu'il n'y a que deux formes sous lesquelles les moyens de production peuvent leur appartenir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	La forme individuelle qui n'a jamais exist&#233; &#224; l'&#233;tat de fait g&#233;n&#233;ral et qui est &#233;limin&#233;e de plus en plus par le progr&#232;s industriel ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	La forme collective dont les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels et intellectuels sont constitu&#233;s par le d&#233;veloppement m&#234;me de la soci&#233;t&#233; capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Que cette appropriation collective ne peut sortir que de l'action r&#233;volutionnaire de la classe productive - ou prol&#233;tariat - organis&#233;e en parti politique distinct ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Qu'une pareille organisation doit &#234;tre poursuivie par tous les moyens dont dispose le prol&#233;tariat, y compris le suffrage universel transform&#233; en d'instrument de duperie qu'il a &#233;t&#233; jusqu'ici en instrument d'&#233;mancipation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs socialistes fran&#231;ais, se donnant pour but &#224; leurs efforts l'expropriation politique et &#233;conomique de la classe capitaliste et le retour &#224; la collectivit&#233; de tous les moyens de production&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_soc/pof/18800700.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/inter_soc/pof/18800700.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Guesdistes &#233;taient alors de loin le courant le plus d&#233;termin&#233; et le plus solide. La FPTSF, form&#233;e en parti au Congr&#232;s de Lyon en 1878, d&#233;cida l'ann&#233;e suivante, au congr&#232;s de Marseille, d'&#233;laborer un &#8220;programme &#233;lectoral minimum&#8221; qui fut en fait dict&#233; par Marx &#224; Guesde. Cette influence marqua notamment ses consid&#233;rants qui stipulent que ce programme passe par la &#8220;propri&#233;t&#233; collective et ne peut sortir que de l'action r&#233;volutionnaire de la classe productive (ou prol&#233;tariat) organis&#233;e en parti politique distinct&#8221;. Ce programme fut confirm&#233; en congr&#232;s national au Havre en 1880. Guesde, Lafargue et Deville, furent les principaux animateurs de ce parti qui devint le Parti ouvrier en 1882 puis le Parti ouvrier fran&#231;ais en 1893. Le parti se battit non seulement pour des r&#233;formes mais aussi pour la conqu&#234;te du pouvoir politique par les prol&#233;taires. Cette organisation directement inspir&#233;e par le marxisme devient d'ailleurs la fraction socialiste la plus nombreuse en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Possibilistes de Paul Brousse qui fond&#232;rent en 1882 la F&#233;d&#233;ration des travailleurs socialistes de France (FTSF) subissaient l'influence r&#233;formiste du mutualisme f&#233;d&#233;raliste et anarchisant proudhonien. Ils affirmaient la n&#233;cessit&#233; de &#8220;fractionner le but id&#233;al socialiste en plusieurs &#233;tapes s&#233;rieuses, imm&#233;diatiser en quelque sorte quelques-unes des revendications pour les rendre enfin possibles&#8221;. Leur programme fit une place importante &#224; la conqu&#234;te des institutions, particuli&#232;rement des municipalit&#233;s et &#224; une alliance avec le parti r&#233;publicain radical bourgeois. Les Allemanistes de Jean Allemane qui form&#232;rent en 1890 le Parti ouvrier socialiste r&#233;volutionnaire (POSR) s'inspiraient dans leur vision f&#233;d&#233;raliste d'un syndicalisme autogestionnaire et d'un r&#233;formisme municipal. Quant au Comit&#233; r&#233;volutionnaire central d'&#201;douard Vaillant (CRC) cr&#233;&#233; en 1881 qui devient en 1889 le Parti socialiste r&#233;volutionnaire (PSR), il mit en avant la vision blanquiste selon laquelle une petite minorit&#233; conspirative bien organis&#233;e pourrait effectuer des actions r&#233;volutionnaires pour entra&#238;ner &#224; sa suite la masse du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jules Guesde en 1894 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Constitu&#233; en parti de classe ou de travail, le prol&#233;tariat, qui n'est pas limit&#233; aux seuls ouvriers dits manuels, qui comprend, devant et contre les inutiles et les nuisibles de la rente, du dividende et du profit, toutes les activit&#233;s, depuis les plus musculaires jusqu'aux plus c&#233;r&#233;brales, &#8211; l'ensemble des producteurs industriels, agricoles et scientifiques &#8211; aura, pour remettre la soci&#233;t&#233; en possession, pour reconstituer la patrimoine de l'humanit&#233; au b&#233;n&#233;fice de tous ceux qui la constituent, &#224; exproprier les expropriateurs de cette derni&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est sa mission historique. Mais, avant tout, comme pr&#233;face et condition de cette expropriation &#233;conomique, il aura &#224; s'emparer du pouvoir politique, &#224; devenir le gouvernement, le facteur de la loi. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est gr&#226;ce &#224; l'Etat monopolis&#233; par elle et devenu entre ses mains un outillage de compression de plus en plus d&#233;velopp&#233; et de plus en plus perfectionn&#233;, que la petite minorit&#233; capitaliste peut continuer &#224; tenir, sous le joug, la grande majorit&#233; laborieuse. Tant que cet Etat &#8211; qui, dans tous les conflits entre les employ&#233;s et employeurs, entre salari&#233;s et salariants, joue le r&#244;le de l'&#233;p&#233;e de Brennus, faisant toujours et fatalement pencher la balance du c&#244;t&#233; du capital &#8211; n'aura pas &#233;t&#233; enlev&#233; &#224; ses d&#233;tenteurs actuels, il n'y aura rien de fait ni de faisable ; l'outil de la transformation nous manquera. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le collectivisme dont je vous ai dit longuement, au risque d'abuser de votre attention, la gen&#232;se et le but, est donc suspendu &#224; l'av&#232;nement politique ou gouvernemental des travailleurs, qu'ils arrivent au pouvoir pacifiquement ou au prix d'une de ces r&#233;volutions violentes qui ont &#233;t&#233; pour tous les partis en France, r&#233;publicains et monarchistes, orl&#233;anistes et bonapartistes, la condition de leur triomphe successif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du banquet de Saint-Mand&#233;, le 30 mai 1896, Millerand fit un discours qui servit de charte &#224; toutes les tendances r&#233;formistes, appelant &#224; l'unit&#233; de tous les socialistes autour des trois points suivants :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; substitution progressive de la propri&#233;t&#233; capitaliste par la propri&#233;t&#233; sociale ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; conqu&#234;te des pouvoirs publics par le suffrage universel ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; n&#233;cessit&#233; de ne pas sacrifier la patrie &#224; l'internationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le chef de file et le symbole de ce qu'allaient &#234;tre les socialistes de collaboration avec la bourgeoisie et l'Etat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6774&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6774&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quelques succ&#232;s &#233;lectoraux aux municipales de 1892 et aux l&#233;gislatives de 1893, plusieurs membres du POF, oubliant leur programme et l'objectif r&#233;volutionnaire, finirent m&#234;me par pr&#244;ner le r&#233;formisme, affirmant que le socialisme pouvaient &#234;tre atteint par la voie &#233;lectorale. Au poids du r&#233;formisme s'ajoutaient en outre les influences de la tradition artisanale et corporatiste port&#233;es par les d&#233;formations proudhoniennes et par la f&#233;d&#233;ration jurassienne de Bakounine, traduisant le poids de l'anarchisme en g&#233;n&#233;ral, mais aussi le poids du populisme boulangiste qui s&#233;vit dans le mouvement ouvrier en France, en particulier au sein du blanquisme. En 1889, les deux-tiers des d&#233;put&#233;s boulangistes venaient de la gauche et de l'extr&#234;me gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Jaur&#232;s en 1900 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A mes yeux, citoyens, l'id&#233;e de la lutte de classes, le principe de la lutte de classes, est form&#233; de trois &#233;l&#233;ments, de trois id&#233;es. D'abord, et &#224; la racine m&#234;me, il y a une constatation de fait, c'est que le syst&#232;me capitaliste, le syst&#232;me de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, divise les hommes en deux cat&#233;gories, divise les int&#233;r&#234;ts en deux vastes groupes, n&#233;cessairement et violemment oppos&#233;s. Il y a, d'un c&#244;t&#233;, ceux qui d&#233;tiennent les moyens de production et qui peuvent ainsi faire la loi aux autres, mais il y a de l'autre c&#244;t&#233; ceux qui, n'ayant, ne poss&#233;dant que leur force-travail et ne pouvant l'utiliser que par les moyens de production d&#233;tenus pr&#233;cis&#233;ment par la classe capitaliste, sont &#224; la discr&#233;tion de cette classe capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre les deux classes, entre les deux groupes d'int&#233;r&#234;ts, c'est une lutte incessante du salari&#233;, qui veut &#233;lever son salaire et du capitaliste qui veut le r&#233;duire ; du salari&#233; qui veut affirmer sa libert&#233; et du capitaliste qui veut le tenir dans la d&#233;pendance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; donc le premier &#233;l&#233;ment de la lutte de classes. La condition de fait qui le fonde, qui le d&#233;termine, c'est le syst&#232;me de la propri&#233;t&#233; capitaliste, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Et remarquez-le bien : comme ici il s'agit des moyens de travailler et, par cons&#233;quent, des moyens de vivre, il s'agit de ce qu'il y a pour les hommes d'essentiel, de fondamental, il s'agit de la vie priv&#233;e, de la vie de tous les jours. Et, par cons&#233;quent, un conflit qui a, pour principe, la division d'une soci&#233;t&#233; en poss&#233;dants et en non-poss&#233;dants n'est pas superficiel ; il va jusqu'aux racines m&#234;mes de la vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_soc/jaures/1900/11/jaures_19001126.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/inter_soc/jaures/1900/11/jaures_19001126.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain de l'entr&#233;e individuelle du d&#233;put&#233; socialiste Millerand (qui deviendra par la suite pr&#233;sident de la R&#233;publique de 1920 &#224; 1924) dans le gouvernement de Waldeck-Rousseau en juin 1899, aux c&#244;t&#233;s d'un des pires massacreurs de la Commune, le g&#233;n&#233;ral de Galliffet. Guesde, Lafargue et Vaillant furent parmi les signataires d'un manifeste adress&#233; aux ouvriers : &#8220;Le Parti socialiste, parti de classe, ne saurait devenir, sous peine de suicide, un parti minist&#233;riel. Il n'a pas &#224; partager le pouvoir avec la bourgeoisie, dans les mains de laquelle l'&#201;tat ne peut &#234;tre qu'un instrument de conservation et d'oppression sociale. (&#8230;) Parti d'opposition nous sommes, parti d'opposition, nous devons rester, n'envoyant les n&#244;tres dans les Parlements et autres assembl&#233;es &#233;lectives qu'&#224; l'&#233;tat d'ennemis, pour combattre la classe ennemie et ses divers repr&#233;sentants politiques&#8221;. Guesde d&#233;fendit avec passion l'id&#233;e d'un lien entre le positionnement dans l'Affaire Dreyfus et la complaisance du parti envers le &#8220;minist&#233;rialisme&#8221; de Millerand en affirmant qu'il y avait une continuit&#233; dans la d&#233;rive : &#8220;Pour une &#339;uvre de justice et de r&#233;paration individuelle, il s'est m&#234;l&#233; &#224; la classe ennemie, et le voil&#224; maintenant entra&#238;n&#233; &#224; faire gouvernement commun avec cette classe&#8221;, et insista sur le fait que l'&#8220;unit&#233; socialiste (...) serait bris&#233;e &#224; tout jamais le jour o&#249; (...) vous subordonneriez votre action &#224; un morceau de la classe ennemie, qui ne saurait se joindre &#224; nous que pour nous arracher &#224; notre v&#233;ritable et n&#233;cessaire champ de bataille. La R&#233;volution qui vous incombe n'est possible que dans la mesure o&#249; vous resterez vous-m&#234;mes, classe contre classe, ne connaissant pas et ne voulant pas conna&#238;tre les divisions qui peuvent exister dans le monde capitaliste&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 1901, lors du Congr&#232;s d'Ivry, le Parti Ouvrier Fran&#231;ais fusionne avec le Parti socialiste r&#233;volutionnaire d'Edouard Vaillant (blanquiste) pour former le Parti socialiste de France (PSDF). &lt;br class='autobr' /&gt;
En parall&#232;le, les socialistes dit &#171; ind&#233;pendants &#187; se regroupent autour de Jaur&#232;s. En mars 1902, ils fondent &#224; Tours le Parti socialiste fran&#231;ais (PSF).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1905, les diff&#233;rentes tendances socialistes s'unifient gr&#226;ce &#224; la pression de l'Internationale socialiste. La premi&#232;re d&#233;claration de prinicpe du parti socialiste de France a &#233;t&#233; adopt&#233;e en 1905 par la Section fran&#231;aise de l'Internationale ouvri&#232;re (SFIO). Elle d&#233;clarait dans son premier article :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Parti socialiste est un parti de classe qui a pour but de socialiser les moyens de production et d'&#233;change, c'est-&#224;-dire de transformer la soci&#233;t&#233; capitaliste en une soci&#233;t&#233; collectiviste ou communiste, et pour moyen l'organisation &#233;conomique et politique du prol&#233;tariat. Par son but, par son id&#233;al, par les moyens qu'il emploie, le parti socialiste, tout en poursuivant la r&#233;alisation des r&#233;formes imm&#233;diates revendiqu&#233;es par la classe ouvri&#232;re, n'est pas un parti de r&#233;forme, mais un parti de lutte des classes et de r&#233;volution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_soc/sfio/principes_sfio_1905.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/inter_soc/sfio/principes_sfio_1905.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le compte-rendu par Rosa Luxemburg du congr&#232;s d'unification :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1905/05/unification.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1905/05/unification.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, toutes les ann&#233;es de luttes fratricides entre socialistes, ann&#233;es aussi de politique marqu&#233;e par l'&#233;lectoralisme ont amen&#233; la scission entre le mouvement politique socialiste et le mouvement syndical. Elle est proclam&#233;e par la CGT en 1906. Le parti socialiste n'influencera pas directement le mouvement des luttes ouvri&#232;res. La mont&#233;e ouvri&#232;re menant &#224; l'action directe prol&#233;tarienne insurrectionnelle n'aura pas son parti politique. Loin d'offrir une perspective de renversement de l'Etat bourgeois, le parti socialiste apparaissait plut&#244;t comme une organisation de r&#233;forme de l'Etat et de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division entre politique ditig&#233;e par le parti et lutte de classe dirig&#233;e par le syndicat va favoriser des deux c&#244;t&#233;s le r&#233;formisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intentions guerri&#232;res du gouvernement sont claires d&#232;s le 19 juillet 1913, lorsqu'il fait passer la Loi des trois ans qui instaure un service militaire de trois ans en vue de pr&#233;parer l'arm&#233;e fran&#231;aise &#224; la guerre avec l'Allemagne. Les socialistes affirment une opposition de principe, mais ne cherchent pas &#224; mobiliser leur base ouvri&#232;re. Les directions de la SFIO et de la CGT sont r&#233;volutionnaires en paroles, mais leur pratique est r&#233;formiste. Ce qui conduit des hommes fonci&#232;rement honn&#234;tes comme Jean Jaur&#232;s &#224; faire du pacifisme un combat id&#233;aliste, &#224; croire qu'ils pourraient convaincre au sommet de l'&#201;tat de &#171; l'erreur &#187; que repr&#233;sentait la guerre. L'&#233;chec fut cinglant : les socialistes furent soit tra&#238;tres soit impuissants dans cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;alablement, la bourgeoisie a pr&#233;f&#233;r&#233; assassiner le socialiste Jean Jaur&#232;s, adversaire r&#233;solu et dangereux de la guerre imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3348&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3348&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2540&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2540&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un socialiste, Almereyda, &#233;crit dans Le Bonnet rouge du 1er ao&#251;t 1914 : &#171; Bloc autour de la France menac&#233;e ! Le bloc que nous r&#233;clamions, il y a quatre mois, pour le salut de la r&#233;publique, nous l'appelons de tout notre c&#339;ur pour le salut de la patrie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour beaucoup, il ne semble plus y avoir d'espoir de paix. La SFIO affirme alors qu'il ne reste d&#233;sormais pour la classe ouvri&#232;re que son &#171; devoir envers la patrie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1914, la France entre dans la guerre mondiale. Les dirigeants socialistes et syndicalistes de France, n'ayant jamais d&#233;fendu la perspective d&#233;faitiste r&#233;volutionnaire en cas de guerre imp&#233;rialiste mondiale, basculent dans la collaboration &#224; la guerre imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 ao&#251;t 1914, trois dirigeants socialistes entrent au gouvernement de la guerre imp&#233;rialiste : Jules Guesde, Marcel Sembat et Albert Thomas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant toute la guerre, les socialistes votent les cr&#233;dits de guerre, cautionnent toutes les horreurs, justifient les buts de guerre de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. Une infime minorit&#233; s'y oppose pendant la guerre. Les syndicalistes r&#233;volutionnaires regroup&#233;s autour de la revue La Vie ouvri&#232;re anim&#233;e par Pierre Monatte commencent &#224; contester le bien-fond&#233; de l'Union sacr&#233;e et d&#233;fendent le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire visant &#224; transformer la guerre mondiale en r&#233;volution mondiale pour abattre l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s de la SFIO de d&#233;cembre 1915 se prononce pour &#171; la poursuite de l'effort de guerre &#187; &#224; une large majorit&#233;, les tendances pacifistes appel&#233;es &#171; Minorit&#233; de guerre et zimmerwaldienne &#187; ne vont cesser de progresser. La Commission administrative permanente (CAP) &#233;lue au congr&#232;s de d&#233;cembre 1916 ne compte plus que 13 majoritaires contre 11 minoritaires. La r&#233;volution russe en 1917 et le trait&#233; de Brest-Litovsk sont suivis avec sympathie par les socialistes fran&#231;ais. Au congr&#232;s d'octobre 1918, la motion internationaliste de Jean Longuet l'emporte, et les minoritaires dominent d&#233;sormais la CAP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'apr&#232;s-guerre, avec la mont&#233;e des luttes ouvri&#232;res et des r&#233;voltes, une majorit&#233; rompt avec le r&#233;formisme du parti socialiste et fonde le parti communiste, section fran&#231;aise de l'Internationale communiste (SFIC). Le parti socialiste de France est plus r&#233;formiste et contre-r&#233;volutionnaire que jamais. Il est visc&#233;ralement hostile &#224; la r&#233;volution russe et au bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le personnage de L&#233;on Blum qui va marquer le parti socialiste est bien symptomatique de l'&#233;volution de ce parti. Il entre en politique au d&#233;but de la Premi&#232;re Guerre mondiale : en ao&#251;t 1914, r&#233;form&#233; pour cause de myopie, il devient chef de cabinet du socialiste Marcel Sembat dans le cadre du gouvernement d'Union sacr&#233;e. Le conseiller d'&#201;tat y apprend le quotidien de l'action gouvernementale. Lorsque Sembat d&#233;missionne le 12 d&#233;cembre 1916, L&#233;on Blum reprend ses fonctions au Conseil d'&#201;tat. Il a toujours soutenu l'effort de guerre et la politique de l'Union sacr&#233;e. Malgr&#233; les divisions de la SFIO sur la question de la guerre, Blum est rest&#233; convaincu qu'il s'agissait de la bonne option. Toutefois, tout en s'opposant aux pacifistes, il ne s'identifiait pas pour autant &#224; l'aile droite du parti. Ce n'est qu'un peu avant les &#233;lections l&#233;gislatives de 1919 que L&#233;on Blum acc&#232;de au cercle dirigeant de la SFIO.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti socialiste est un parti de gouvernement, il prend parti pour le syst&#232;me et d&#233;nonce le radicalisme de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s mars 1919, des gr&#232;ves d&#233;marrent dans les mines, le textile, les chemins de fer et dans les banques. Ces &#233;v&#233;nements provoquent de fortes pressions sur la SFIO, o&#249; deux franges s'affrontent : les &#171; zimmerwaldiens &#187; et les r&#233;formistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis mai 1919, une fraction active du parti socialiste de France autour de Boris Souvarine et Fernand Loriot est favorable &#224; l'adh&#233;sion &#224; l'internationale de L&#233;nine et Trotsky s'est organis&#233;e en &#171; Comit&#233; de la Troisi&#232;me internationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1920, au congr&#232;s de Strasbourg, les adh&#233;rents acceptent &#224; 92 % le retrait de la SFIO de la Deuxi&#232;me Internationale, discr&#233;dit&#233;e par son manque de fermet&#233; &#224; s'opposer &#224; la guerre. Il est d&#233;cid&#233; aussi d'envoyer une d&#233;l&#233;gation &#224; Moscou pour examiner les conditions d'un rattachement &#224; la Troisi&#232;me Internationale. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s sont Frossard et Cachin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne direction du parti (Blum, Guesde, Thomas) qui a cautionn&#233; l'union sacr&#233;e pendant la guerre veut continuer &#224; soutenir la contre-r&#233;volution apr&#232;s la guerre et pousse &#224; la rupture avec les partisans de L&#233;nine et Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Congr&#232;s de Tours de 1920, Blum proclame sa foi contre la r&#233;volution sociale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que la fin r&#233;volutionnaire, que l'id&#233;al r&#233;volutionnaire, ce soit la prise des pouvoirs publics en elle-m&#234;me et par elle-m&#234;me, ind&#233;pendamment de la transformation sociale dont elle doit devenir le moyen, cela, je le r&#233;p&#232;te, c'est une conception anarchiste. Car, lorsque vous raisonnez ainsi, quel est le seul r&#233;sultat positif, certain, que vous avez en vue ? C'est la destruction de l'appareil gouvernemental actuel. Lorsque vous vous fixez &#224; vous-m&#234;me comme but la prise du pouvoir, sans &#234;tre s&#251;r que cette prise du pouvoir puisse aboutir &#224; la transformation sociale, le seul but positif de votre renfort, c'est la destruction de ce qui est, et que l'on appelle l'appareil gouvernemental bourgeois. Erreur anarchiste dans son origine et qui, &#224; mon avis, est &#224; la racine de la doctrine communiste. Je fais en ce moment une d&#233;monstration, non pas pour g&#234;ner les uns ou servir les autres, mais pour apporter le plus possible de clart&#233; dans la discussion de cet ensemble de doctrines que j'ai, pour ma part, pendant des semaines, &#233;tudi&#233; avec un m&#233;lange de probit&#233; et d'anxi&#233;t&#233;. Ouvrez votre carte du&lt;br class='autobr' /&gt;
Parti. Quel est l'objet que le parti socialiste jusqu'&#224; pr&#233;sent se donnait &#224; lui-m&#234;me ? C'est la transformation du r&#233;gime &#233;conomique. Ouvrez les statuts de l'Internationale communiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lisez l'article dans lequel l'Internationale d&#233;finit son but. Quel est ce but ? La lutte &#224; la main arm&#233;e contre le pouvoir bourgeois. Je vais tout de suite vous montrer, faisant de votre propre doctrine un effort d'explication dont vous devriez me savoir plus de gr&#233;, &#224; quoi correspond, selon moi, cette conception. Je veux montrer &#224; quoi, dans la pens&#233;e de L&#233;nine et des r&#233;dacteurs des th&#232;ses, correspond cette nouvelle notion r&#233;volutionnaire. Elle r&#233;pond &#224; cette pens&#233;e, profond&#233;ment ancr&#233;e dans l'esprit des r&#233;dacteurs des th&#232;ses et qui revient sans cesse : c'est qu'il est impossible, avant la prise des pouvoirs publics, d'accomplir un travail de propagande et d'&#233;ducation ouvri&#232;re efficace. Ce qui revient &#224; dire que la conqu&#234;te des pouvoirs publics n'est pas seulement, comme nous l'avons toujours dit, la condition de la transformation sociale, mais qu'elle est d&#233;j&#224; la condition des premiers efforts d'organisation et de propagande qui devront plus tard mener &#224; cette transformation. Ce que pense L&#233;nine, c'est que tant que la domination de la classe capitaliste sur la classe ouvri&#232;re ne sera pas bris&#233;e par la violence, tout effort pour rassembler, &#233;duquer et organiser cette classe ouvri&#232;re demeurera n&#233;cessairement vain. De l&#224; cette sommation imp&#233;rative d'avoir &#224; prendre le pouvoir tout de suite, le plus vite possible, puisque c'est de cette conqu&#234;te que vont d&#233;pendre, non pas seulement vos efforts terminaux, mais vos efforts initiaux, puisque m&#234;me les premiers &#233;l&#233;ments de votre t&#226;che socialiste ne commenceront que quand vous aurez pris le pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cela - je demande pardon de le r&#233;p&#233;ter &#224; ceux qui l'ont d&#233;j&#224; entendu - je le con&#231;ois quand on est en pr&#233;sence d'un prol&#233;tariat tel que le prol&#233;tariat russe et d'un pays tel que la&lt;br class='autobr' /&gt;
Russie, o&#249; l'on n'avait fait avant la prise du pouvoir aucune propagande d'ensemble efficace.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut alors s'imaginer qu'avant tout il faut briser le pouvoir bourgeois pour que cette propagande m&#234;me devienne possible. Mais, dans nos pays occidentaux, est-ce que la situation est la m&#234;me ? &#187; Sa r&#233;ponse est bien entendu : non&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous croyons que, dans l'&#233;tat actuel de la soci&#233;t&#233; capitaliste, ce serait folie que de compter sur les masses inorganiques. Nous savons, en France, ce que sont les masses inorganiques. Nous savons derri&#232;re qui elles vont un jour et derri&#232;re qui elles vont le lendemain. Nous savons que les masses inorganiques &#233;taient un jour derri&#232;re Boulanger et marchaient un autre jour derri&#232;re Clemenceau&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pensons que tout mouvement de prise du pouvoir qui s'appuierait sur l'esp&#232;ce de passion instinctive, sur la violence moutonni&#232;re des masses profondes et inorganiques, reposerait sur un fondement bien fragile et serait expos&#233; &#224; de bien dangereux retours. Nous ne savons pas avec qui seraient, le lendemain, les masses que vous auriez entra&#238;n&#233;es la veille. Nous pensons qu'elles manqueraient peut-&#234;tre singuli&#232;rement de sto&#239;cisme r&#233;volutionnaire. Nous pensons qu'au premier jour o&#249; les difficult&#233;s mat&#233;rielles appara&#238;traient, le jour o&#249; la viande ou le lait arriveraient avec un peu de retard, vous ne trouveriez peut-&#234;tre pas chez elles la volont&#233; de sacrifice continu et sto&#239;que qu'exigent, pour triompher jusqu'au bout, les mouvements que vous envisagez. Et ceux qui auraient march&#233; derri&#232;re vous la veille seraient peut-&#234;tre, ce jour-l&#224;, les premiers &#224; vous coller au mur. Non, ce n'est pas par la tactique des masses inorganiques entra&#238;n&#233;es derri&#232;re vos avant-gardes communistes que vous avez des chances de prendre le pouvoir. Vous avez des chances de prendre le pouvoir dans ce pays, savez-vous comment ? Par de vastes mouvements ouvriers &#224; caract&#232;re organique, supposant une &#233;ducation et une puissance de moyens pouss&#233;s aussi loin que possible. Vous ne ferez pas la r&#233;volution avec ces bandes qui courent derri&#232;re tous les chevaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;affirme sa version : le socialisme par la voie parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'&#233;crit Trotsky sur le mouvement ouvrier en France en 1920 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7128&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7128&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti socialiste est clairement devenu l'aile gauche politique de&#8230; la bourgeoisie. C'est pourtant encore un parti massivement compos&#233;&#8230; d'ouvriers que ce soit en militants, en adh&#233;rents, en sympathisants et en &#233;lecteurs ! Il a encore plus de poids dans la classe ouvri&#232;re que le PCF devenu stalinien. Ce qui, aujourd'hui, est difficile &#224; imaginer quand on voit le parti socialiste actuel, bourgeois, capitaliste, imp&#233;rialiste, qui lance &#171; la r&#233;forme &#187;, la &#171; r&#233;habilitation des entrepreneurs &#187;, en vue de privatiser l'&#233;conomie tout en finan&#231;ant massivement les capitalistes sur fonds publics, au nom d'un pr&#233;tendu lib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; parti ouvrier &#187; ne m&#232;ne que des politiques ultra bourgeoises au gouvernement. Le cartel des gauches &#233;tait une coalition &#233;lectorale, constitu&#233;e dans une cinquantaine de d&#233;partements, pour les &#233;lections l&#233;gislatives de 1924 entre les radicaux ind&#233;pendants, le Parti radical et radical-socialiste, le Parti r&#233;publicain-socialiste auquel se joignirent des socialistes ind&#233;pendants, et la SFIO.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cartel des gauches entre 1924 et 1926 signe une majorit&#233; de gauche &#224; la Chambre autour de la SFIO et des radicaux. Les socialistes pratiquent alors pour la premi&#232;re fois le soutien sans participation au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la mont&#233;e ouvri&#232;re &#224; partir de 1934 qui va mener le parti socialiste au gouvernement pour&#8230; contrer cette mont&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1934, la classe ouvri&#232;re, marqu&#233;e par la r&#233;ussite du fascisme en Allemagne, r&#233;agit spontan&#233;ment contre la menace fasciste en France et elle est bloqu&#233;e par les partis de gauche dont la SFIO et le PCF ainsi que les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7538&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7538&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &#233;crit en 1934 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le dernier Conseil National du parti socialiste fran&#231;ais atteste la force de la pression qui s'exerce sur l'&#233;tat-major parlementaire. L&#233;on Blum a reconnu qu'&#224; Tours, en 1920, il ne comprenait pas tout &#224; fait correctement le probl&#232;me de la prise du pouvoir, quand il soutenait qu'il fallait d'abord cr&#233;er les conditions de la socialisation, et ensuite... mais pourquoi ensuite lutter pour le pouvoir si les conditions de la socialisation peuvent &#234;tre cr&#233;&#233;es sans lui ! Ou alors B. a en vue les conditions &#233;conomiques, et non pas politiques. Mais ces conditions ne sont pas cr&#233;&#233;es, mais d&#233;truites au contraire par une lutte pour le pouvoir qui tra&#238;ne en longueur : le capitalisme ne se d&#233;veloppe pas, il se d&#233;compose. B. ne comprend pas davantage la situation maintenant. La lutte r&#233;volutionnaire pour le pouvoir, il y est contraint selon lui non par la situation g&#233;n&#233;rale du capitalisme, mais par la menace venant des fascistes, lesquels apparaissent &#224; ses yeux non comme le produit de la d&#233;composition du capitalisme, mais comme un danger ext&#233;rieur suspendu sur la paisible socialisation de la d&#233;mocratie (c'&#233;tait aussi la vieille illusion de Jaur&#232;s).&lt;br class='autobr' /&gt;
Que les chefs de la bourgeoisie soient aveugles devant les lois du d&#233;clin du capitalisme, c'est compr&#233;hensible : le mourant ne veut pas, ni ne peut, se rendre compte des &#233;tapes de sa propre agonie. Mais l'aveuglement de BIum et Cie, je crois bien qu'il d&#233;montre mieux que tout que ces messieurs sont, non pas l'avant-garde du prol&#233;tariat, mais tout au plus le flanc gauche, et le plus apeur&#233;, de la bourgeoisie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la guerre mondiale, Blum consid&#233;rait (et il consid&#232;re en fait encore) que les conditions n'&#233;taient pas m&#251;res pour le socialisme. Quels na&#239;fs r&#234;veurs &#233;taient donc Marx et Engels, qui d&#232;s la seconde moiti&#233; du XIX&#232;me si&#232;cle attendaient la r&#233;volution sociale et s'y pr&#233;paraient !&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Blum il existe (pour autant qu'il existe quoi que ce soit pour lui dans ce domaine) on ne sait quelle &#034; maturit&#233; &#034; &#233;conomique absolue de la soci&#233;t&#233; pour le socialisme, une maturit&#233; qui se d&#233;termine d'elle-m&#234;me, par ses seuls sympt&#244;mes objectifs... J'ai men&#233; la lutte contre cette conception m&#233;caniquement fataliste d&#232;s 1905 (Voir &#034; Bilans et Perspectives &#034;). Apr&#232;s cela, il y a eu la R&#233;volution d'Octobre (sans parler de tout le reste), mais ces dilettantes parlementaires n'ont rien appris !&lt;br class='autobr' /&gt;
Autant que j'en puis juger par les journaux qu'on m'envoie, les laquais de Staline en France &#8211; Thorez et Cie &#8211; ont tram&#233; un v&#233;ritable complot avec les chefs social-d&#233;mocrates de droite pour mener campagne contre les &#034; trotskystes &#034;, en commen&#231;ant par les organisations de jeunesses. Pendant combien de temps Staline et Boukharine nous ont-ils qualifi&#233;s &#034; d&#233;viation social-d&#233;mocrate &#034;, puis social-fasciste ! En d&#233;pit de toute la diff&#233;rence de circonstances historiques, le bloc Blum-Cachin et leur lutte en commun contre le &#034; trotskysme &#034; rappellent &#233;tonnamment le bloc Kerensky-Tseretelli de 1912 et sa chasse &#224; courre au bolchevisme. Leurs points de ressemblance, c'est l'esprit born&#233; du petit-bourgeois &#034; radical &#034;, c'est sa terreur devant une situation mena&#231;ante, c'est son &#233;garement quand il sent le sol se d&#233;rober sous lui, c'est son horreur de ceux qui lui disent tout haut ses v&#233;rit&#233;s et lui pr&#233;disent son sort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les diff&#233;rences &#8211; et des diff&#233;rences qui ne sont malheureusement pas minces &#8211; c'est :&lt;br class='autobr' /&gt;
a) que les organisations ouvri&#232;res conservatrices (S.F.I.O., C.G.T.) jouent en France un r&#244;le incomparablement plus grand qu'en 1917 en Russie ;&lt;br class='autobr' /&gt;
b) que le bolch&#233;visme a &#233;t&#233; honteusement compromis par la caricature du parti stalinien ;&lt;br class='autobr' /&gt;
c) que toute l'autorit&#233; de l'Etat sovi&#233;tique a &#233;t&#233; mise en oeuvre pour d&#233;sorganiser et d&#233;moraliser l'avant-garde prol&#233;tarienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bataille historique en France n'est pas encore perdue. Mais le fascisme a en la personne de Blum et des laquais de Staline d'inestimables auxiliaires. Thorez a retourn&#233; sens dessus dessous tous les raisonnements, les arguments et les m&#233;thodes de Thaelmann. Mais m&#234;me retourn&#233;e sens dessus dessous, la politique du stalinisme reste essentiellement la m&#234;me. En Allemagne les deux appareils &#8211; social-d&#233;mocrate et communiste &#8211; en menant une lutte de parade foraine, d&#233;sax&#233;e, ignorant les proportions, charlatanesque, ont d&#233;tourn&#233; l'attention des travailleurs du p&#233;ril qui montait ; en France aussi les deux appareils se sont mis d'accord sur les illusions par lesquelles il est possible de d&#233;tourner les travailleurs de la r&#233;alit&#233;. Le r&#233;sultat est le m&#234;me ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7695&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7695&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1935, partis de gauche et syndicats continuent &#224; freiner et canaliser la mont&#233;e ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7695&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7695&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1936, les partis de gauche et les syndicats, unis dans le rassemblement du front populaire (unis aussi avec le parti bourgeois du centre, le parti radical) sous le pr&#233;texte de combattre le fascisme, ne peuvent pas emp&#234;cher la mont&#233;e de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale (ils l'arr&#234;tent dans les services publics o&#249; ils sont le plus influents), mais, parvenus au gouvernement, ils l'arr&#234;tent en pr&#233;tendant signer un accord avec le patronat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature du P.C.F. n'est pas identique &#224; celle de la S.F.I.O. L'un et l'autre sont des partis ouvriers. bourgeois contre-r&#233;volutionnaires. Mais la S.F.I.O. est directement li&#233;e &#224; sa bourgeoisie, au syst&#232;me imp&#233;rialiste. Le P.C.F. d&#233;pend enti&#232;rement de la bureaucratie du Kremlin : il est un rouage de son appareil international, et c'est par sa m&#233;diation qu'il est li&#233; &#224; l'imp&#233;rialisme au maintien du capitalisme, de l'ordre bourgeois international. Les masses, malgr&#233; sa politique, sentent que ce parti n'est pas identique &#224; la vieille S.F.I.O.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le P.C.F. ne participe pas au gouvernement de L&#233;on Blum, il se borne a le soutenir. Ce qui contribue &#224; le faire appara&#238;tre comme un parti &#171; diff&#233;rent &#187; de la S.F.I.O. pass&#233;e depuis 1914 du c&#244;t&#233; de l'ordre bourgeois avec toute la social-d&#233;mocractie internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en r&#233;alit&#233;, c'est le P.C.F. qui va en 1936 s'opposer le plus f&#233;rocement, le plus directement, et d&#233;j&#224; le plus efficacement, au mouvement des masses, &#224; leurs aspirations r&#233;volutionnaires. Comme c'est lui qui a appuy&#233; le plus fermement pour que les radicaux appartiennent au front populaire&#8230; Ordre de Staline !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes, eux, cautionnent les crimes de Staline et des staliniens contre les trotskystes de Russi et d'ailleurs&#8230; Et notamment les proc&#232;s de Moscou&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; entre socialistes et staliniens a un fondement solide : la contre-r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique dite de &#171; Front populaire &#187; en France : contre le peuple travailleur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7814&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7814&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Blum explique plus tard comment le Front Populaire de 1936 consistait, face &#224; la menace de r&#233;volution prol&#233;tarienne, &#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Blum :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mais je dois vous dire qu'&#224; ce moment, dans la bourgeoisie et en particulier dans le monde patronal, on me consid&#233;rait, on m'attendait, on m'esp&#233;rait comme un sauveur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je tiens &#224; rappeler enfin que, dans ma profonde conviction, le vote rapide des lois sociales et la politique ouvri&#232;re que j'ai pratiqu&#233;e &#8211; outre qu'ils m'&#233;taient impos&#233;s par le respect des principes r&#233;publicains &#8211; ont &#233;t&#233; l'unique moyen de pr&#233;venir, en France, les plus graves convulsions civiles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En ce qui concerne ma pr&#233;tendue faiblesse envers les meneurs extr&#233;mistes, c'est l&#224; une question de politique g&#233;n&#233;rale de mon Gouvernement sur laquelle je me suis d&#233;j&#224; expliqu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je r&#233;p&#232;te que, dans la situation qu'a trouv&#233;e mon Gouvernement, une autre mani&#232;re d'agir aurait risqu&#233; de provoquer les pires convulsions civiles, encore infiniment plus redoutables pour la sant&#233; morale du pays, pour sa productivit&#233; industrielle et pour sa capacit&#233; &#233;ventuelle de d&#233;fense contre l'ennemi. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait in&#233;vitable qu'apr&#232;s une crise quasi r&#233;volutionnaire comme celle de mai juin 1936, l'effervescence se prolonge&#226;t pendant un certain temps, mais je reste convaincu que toute autre mani&#232;re d'agir l'aurait prolong&#233;e et aggrav&#233;e plut&#244;t qu'apais&#233;e, et j'ai conscience d'avoir rempli, honn&#234;tement le premier des devoirs de ma charge, qui &#233;tait de pr&#233;server la paix civile et de travailler &#224; la concorde publique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vous demande, Messieurs, de vous souvenir. Rappelez-vous que les 4 et 5 juin, il y avait un million de gr&#233;vistes. Rappelez-vous que toutes les usines de la r&#233;gion parisienne &#233;taient occup&#233;es. Rappelez-vous que le mouvement gagnait d'heure en heure et de proche en proche dans la France enti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des t&#233;moins oculaires l'ont dit. M. Albert Sarraut l'a dit, M. Frossard l'a dit. La panique, la terreur &#233;taient g&#233;n&#233;rales. Je n'&#233;tais pas sans rapports moi-m&#234;me avec les repr&#233;sentants du grand patronat et je me souviens de ce qu'&#233;tait leur &#233;tat d'esprit &#224; cette &#233;poque. Je me souviens de ce qu'on me disait ou me faisait dire par des amis communs : &#8220;Alors quoi ? C'est la r&#233;volution ? Alors quoi ? Qu'est-ce qu'on va nous prendre ? Qu'est-ce qu'on va nous laisser ?&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ouvriers occupaient les usines. Et peut-&#234;tre ce qui contribuait le plus &#224; la terreur, c'&#233;tait cette esp&#232;ce de tranquillit&#233;, cette esp&#232;ce de majest&#233; calme avec laquelle ils s'&#233;taient install&#233;s autour des machines, les surveillant, les entretenant, sans sortir dehors, sans aucune esp&#232;ce de signe de violence ext&#233;rieur. (...) M. Lebrun, me r&#233;pondit alors : &#8220;Les ouvriers ont confiance en vous. Puisque vous ne pouvez convoquer les Chambres avant samedi et que certainement dans votre d&#233;claration minist&#233;rielle vous allez leur promettre le vote imm&#233;diat des lois qu'ils r&#233;clament, alors, je vous en prie, d&#232;s demain, adressez-vous &#224; eux par la voix de la radio. Dites-leur que le Parlement va se r&#233;unir, que d&#232;s qu'il sera r&#233;uni vous allez lui demander le vote rapide et sans d&#233;lai des lois dont le vote figure sur leurs cahiers de revendications, en m&#234;me temps que le rel&#232;vement des salaires. Ils vous croiront, ils auront confiance en vous, et alors peut-&#234;tre ce mouvement s'arr&#234;tera-t-il ?&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai fait ce que me demandait M. le pr&#233;sident de la R&#233;publique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; comment L&#233;on Blum, chef &#171; socialiste &#187; de l'Etat, explique la politique du front populaire de 1935-1937 : une politique contre les gr&#232;ves ouvri&#232;res et la menace r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1936, il expliquait seulement qu' &#171; il faut distinguer l'exercice du pouvoir de la conqu&#234;te du pouvoir &#187; pour justifier de ne pas faire un seul pas en direction du&#8230; socialisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant fait l'unit&#233; avec les radicaux, il s'en servait pour dire que ce n'&#233;tait pas seuls que les partis &#171; socialiste &#187; et &#171; communiste &#187; avaient obtenu leurs places au gouvernement. Certes le parti socialiste pr&#233;sidait mais il ne dirigeait pas, selon Blum, le pays ! Et, du coup, il ne menait pas une politique plus socialiste qu'un autre gouvernement&#8230; Beau raisonnement ! Les staliniens appuyaient &#224; fond ce j&#233;suitisme. Les fans du front populaire oublient tout cela en affirmant que les &#171; conqu&#234;tes sociales &#187; seraient dues &#224; ce gouvernement. Mais Blum doit reconnaitre, lui, que ce sont les patrons affol&#233;s qui ont pouss&#233; &#224; signer les fameuses conqu&#234;tes sociales dont l'essentiel allait &#234;tre effac&#233;es par la suite par le gouvernement Blum lui-m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la gauche du front populaire qui a d&#233;fait les ouvriers en 1938, pr&#233;parant le terrain au fascisme de P&#233;tain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://matierevolution.org/spip.php?article8848&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;http://matierevolution.org/spip.php?article8848&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Septembre 1936. Les masses sont rentr&#233;es ; la gr&#232;ve n'a pu d&#233;boucher politiquement gr&#226;ce aux chefs de la S.F.I.O. et du P.C.F. La classe ouvri&#232;re a conquis des droits et des positions, mais l'ordre social n'est pas modifi&#233;. Le canon tonne en Espagne, et les masses fran&#231;aises sont d&#233;sarm&#233;es devant cette situation. Le d&#233;senchantement est perceptible. Si elles ne savent pas o&#249; elles veulent aller, en l'absence d'un parti r&#233;volutionnaire qui exprime en un programme leurs aspirations et leurs besoins, et le traduise en termes d'action et d'organisation politiques, les masses sentent que l'essentiel leur a &#233;chapp&#233;. La droite recommence &#224; agir. La Cagoule se manifeste. Les patrons s'organisent pour la contre-offensive. La hausse des prix r&#233;duit jour apr&#232;s jour les &#171; conqu&#234;tes &#187; des accords Matignon. La fuite des capitaux organis&#233;e par le grand capital aggrave les cons&#233;quences du d&#233;ficit de la balance du commerce ext&#233;rieur. Le 25 septembre, le franc est d&#233;valu&#233;. Le gouvernement de Front populaire refuse de mobiliser les masses, d'instituer le contr&#244;le des changes et des mouvements de capitaux. Il s'aligne sur les int&#233;r&#234;ts de la classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine de la politique coloniale de la France aussi, le gouvernement de front populaire est plut&#244;t dans la continuit&#233; des gouvernements pr&#233;c&#233;dents&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'elle avait soutenu le Front populaire, l'&#201;toile nord-africaine de Messali Hadj est dissoute le 26 janvier 1937 en application du &#171; d&#233;cret R&#233;gnier &#187; qui r&#233;primait les manifestations contre la souverainet&#233; fran&#231;aise en Alg&#233;rie, marquant ainsi la fin de toute &#233;volution de la politique coloniale sous le Front populaire. Le Front populaire est pour une continuation de la colonisation du Maroc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En politique &#233;trang&#232;re, le plus remarquable est le refus absolu du gouvernement de front populaire du moindre soutien &#224; la r&#233;volution espagnole pendant que le fascisme allemand soutient &#224; fond les fascistes espagnols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 mars 1937, le parti social fran&#231;ais (ex-Croix-de-Feu) d&#233;cide d'organiser une r&#233;union &#224; Clichy. Le gouvernement de Front populaire se refuse &#224; l'interdire.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'appel du maire S.F.I.O. de Clichy, Charles Auffray, du conseiller g&#233;n&#233;ral Naile, communiste, et du d&#233;put&#233; &#233;galement communiste Honel, une contre-manifestation est organis&#233;e. La police du ministre socialiste Marx Dormoy ouvre le feu. Bilan : 5 morts et des centaines de bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dormoy et Blum accourus en smoking du gala de l'Op&#233;ra sont conspu&#233;s avec violence par les travailleurs : &#034;Dormoy assassin ! Dormoy d&#233;mission !&#034; Des dizaines de barricades ont &#233;t&#233; dress&#233;es, puis d&#233;cim&#233;es par la garde mobile de Dormoy et Daladier. Thorez, accouru &#224; l'appel du d&#233;put&#233; de Clichy Honel, n'ose dire mot. &#034;Sales trotskystes&#034;, lance-t-il seulement aux travailleurs qui se d&#233;fendent avec acharnement.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; A Asni&#232;res, tout proche, des mouvements analogues se produisent. Sous les coups de feu des fascistes et de la police deux travailleurs sont gri&#232;vement bless&#233;s. Dans la nuit m&#234;me du 16 au 17, la nouvelle se r&#233;pand dans le prol&#233;tariat. Une &#233;motion profonde souleva tout le prol&#233;tariat parisien &#224; l'annonce par les journaux du massacre de Clichy. Il comprit que c'&#233;tait son avant-garde, son corps m&#234;me qui avait &#233;t&#233; mitraill&#233; par l'ordre de M. Blum. Dans la journ&#233;e du mercredi 17 une s&#233;rie d'entreprises commenc&#232;rent la gr&#232;ve. Dans une s&#233;rie d'usines (Renault, entre autres), les ouvriers arr&#234;t&#233;s arr&#234;taient le travail, pr&#233;paraient des r&#233;unions pour le midi et le soir, exigeaient la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et commen&#231;aient &#224; chasser les fascistes (surtout des contrema&#238;tres et des chefs de service). Les directions syndicales d'usine se r&#233;unirent d'urgence. Dans la soir&#233;e, l'union r&#233;gionale du bureau conf&#233;d&#233;ral &#233;tait saisie de centaines de r&#233;solutions exigeant une r&#233;ponse foudroyante. Mais l'objectif de la gr&#232;ve restait incertain. Et c'est l&#224;-dessus que jou&#232;rent les chefs r&#233;formistes pour briser le mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Blum prend la d&#233;fense du ministre de l'Int&#233;rieur : il argumente. Le gouvernement d&#233;fend les libert&#233;s, il a prot&#233;g&#233; la r&#233;union du P.S.F., il condamne l'initiative des &#233;lus du Front populaire de Clichy.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucune sanction ne sera prise contre les responsables de la fusillade.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;motion dans la classe ouvri&#232;re est immense&lt;br class='autobr' /&gt;
Les d&#233;put&#233;s communistes sont bien s&#251;r parmi les 362 d&#233;put&#233;s qui votent la confiance au gouvernement des fusilleurs de Clichy !&lt;br class='autobr' /&gt;
Seuls les pivertistes et les trotskystes d&#233;noncent les &#171; assassins de Clichy &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la r&#233;sistance confuse mais farouche des masses, en l'absence d'un parti r&#233;volutionnaire, la politique des chefs, de la S.F.I.O. et du P.C.F. a sauv&#233; la bourgeoisie et d&#233;sarm&#233; la classe ouvri&#232;re. La r&#233;volution n'a pas &#233;t&#233; vaincue par la bourgeoisie, mais disloqu&#233;e de l'int&#233;rieur du mouvement ouvrier par les Blum et les Thorez. La classe ouvri&#232;re a cherch&#233; obstin&#233;ment une voie pour changer la soci&#233;t&#233;. Elle s'est, naturellement, tourn&#233;e vers les partis se r&#233;clamant du socialisme, du communisme. Ces partis l'ont conduite, de recul en recul, jusqu'&#224; la d&#233;moralisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 21 juin, le gouvernement Blum tombe, battu, mis en minorit&#233; au S&#233;nat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement Blum va-t-il faire appel aux masses pour chasser le S&#233;nat r&#233;actionnaire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Non. Le gouvernement d&#233;missionne dans une relative indiff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas eu de vote, pas de perte de voix de la gauche. Pourtant, Blum ne se contente pas de quitter la t&#234;te du gouvernement, il refuse qu'un socialiste ou dirigeant de gauche lui succ&#232;de, il veut que ce soit un du parti radical qui, soi-disant, est cens&#233; continuer l'&#339;uvre du Rassemblement populaire et du front populaire ! Blum a donn&#233; le signal de la faillite : d&#233;sormais, la d&#233;rive vers la droite ne va plus cesser. Et elle est cautionn&#233;e par la gauche puisque le gouvernement Chautemps est soutenu par le parti socialistes et le Rassemblement populaire. Mais en fait le front populaire est d&#233;j&#224; mort. Il a jou&#233; son r&#244;le : &#233;viter l'explosion ouvri&#232;re. Et maintenant, l'extr&#234;me droite peut se d&#233;chainer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, &#224; partir du gouvernement Chautemps, la France vire &#224; droite et les socialistes refusent de participer aux gouvernements successifs mais ne se radicalisent pas pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re politiquement battue par le Front populaire assiste impuissante &#224; l'irr&#233;sistible mont&#233;e de la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le partis socialiste SFIO expulse de son sein les critiques de gauche, non seulement les trotskystes mais les pivertistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;crets-lois de Paul Reynaud vont d&#233;chirer les avanc&#233;es arrach&#233;es par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autoritarisme se d&#233;veloppe en France. Le 24 ao&#251;t 1939, un d&#233;cret-loi permet la saisie de toutes publications &#171; de nature &#224; nuire &#224; la d&#233;fense nationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux dirigeants socialistes vont maintenant basculer dans le fascisme comme Paul Faure, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti socialiste. Le &#171; socialiste &#187; Laval est un des grands chefs du p&#233;tainisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le front populaire en France n'a pas combattu contre la mont&#233;e fasciste. Elle lui a seulement pr&#233;par&#233; le terrain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://matierevolution.org/spip.php?article8815&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;http://matierevolution.org/spip.php?article8815&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes ont majoritairement soutenu les pleins pouvoirs &#224; P&#233;tain apr&#232;s avoir cautionn&#233; l'arrestation des dirigeants staliniens sous pr&#233;texte de l'entente Hitler-Staline et ont ensuite soutenu l'entente Hitler-P&#233;tain&#8230; On notera que cet &#233;pisode particuli&#232;rement peu glorieux pour la gauche est carr&#233;ment absent dans l'histoire du parti socialiste de wikipedia :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_(France&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_(France&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on veuille ou pas s'en souvenir, m&#234;me wikipedia doit discuter que la chambre du front populaire a soutenu les pleins pouvoirs &#224; P&#233;tain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Vote_des_pleins_pouvoirs_constituants_%C3%A0_Philippe_P%C3%A9tain&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Vote_des_pleins_pouvoirs_constituants_%C3%A0_Philippe_P%C3%A9tain&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls 32 d&#233;put&#233;s &#171; socialistes &#187; sur 149 ont vot&#233; non aux pleins pouvoirs &#224; P&#233;tain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux socialistes qui n'ont pas soutenu P&#233;tain, ils vont rapidement soutenir le pacte avec l'imp&#233;rialisme anglo-am&#233;ricain et aussi avec Staline, pacte qui n'a rien d'un front d&#233;mocratique antifasciste comme l'ont pr&#233;tendu les socialistes&#8230; Ils vont s'aligner sur la &#171; r&#233;sistance &#187; essentiellement stalinienne ou gaulliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6937&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6937&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche socialiste a soutenu les staliniens, du moment qu'ils participaient au pacte anglo-am&#233;ricain. Plus question de leur reprocher le manque de d&#233;mocratie en URSS !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article94&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article94&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; r&#233;sistance nationale &#187; est un camouflage de ces alignements au bloc imp&#233;rialisme-stalinisme. Elle servira aussi &#224; blanchir &#224; la lib&#233;ration des ex-p&#233;tainistes comme Mitterrand ou Guy Mollet (ou encore Sartre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6675&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6675&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7788&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7788&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche socialiste et stalinienne &#233;tait majoritaire en France &#224; la &#171; lib&#233;ration &#187; mais a choisi de cautionner la venue au pouvoir de De Gaulle qui n'&#233;tait nullement de gauche ni &#233;lu des fran&#231;ais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1375&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1375&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/07/ldc64_070146.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/07/ldc64_070146.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche participant au pouvoir a contribu&#233; autant qu'elle a pu &#224; une politique visant &#224; reconstituer les trusts capitalistes de France en faisant suer le fric des prol&#233;taires de France&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article100&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article100&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le gouvernement de la Lib&#233;ration, &#224; participation socialiste, a lanc&#233; la guerre coloniale &#224; Madagascar, en Alg&#233;rie et en Indochine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article91&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article91&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3657&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3657&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article465&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article465&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/05/ldc47_052145.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/05/ldc47_052145.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article731&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article731&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1946 &#224; 1951, aucune majorit&#233; n'&#233;tait possible sans la pr&#233;sence des socialistes, et toutes les crises minist&#233;rielles avaient tourn&#233; autour de leur participation au gouvernement. Sous la quatri&#232;me r&#233;publique, les socialistes ont particip&#233; &#224; toutes sortes de gouvernements de coalition avec la droite et le centre. Tous aussi anti-ouvriers les uns que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1956, la gauche fran&#231;aise unie sur le plan &#233;lectoral et dirig&#233;e par le &#171; socialiste &#187; Guy Mollet, &#233;lue sur le programme de paix en Alg&#233;rie, y lance une nouvelle guerre coloniale sanglante qui d&#233;marre un v&#233;ritable g&#233;nocide contre le peuple alg&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1956, la coalition de &#171; Front r&#233;publicain &#187;, compos&#233;e essentiellement de socialistes et de radicaux, gagna les &#233;lections avec 30% des voix et 170 d&#233;put&#233;s, gr&#226;ce &#224; une campagne pour &#171; la paix en Alg&#233;rie &#187;. Le dirigeant du Parti Socialiste Guy Mollet se retrouva &#224; la t&#234;te du gouvernement avec le soutien du Parti Communiste (qui repr&#233;sentait 26% des voix et 150 d&#233;put&#233;s). Pourtant, si Guy Mollet pr&#233;tendait que &#171; l'objectif de la France, la volont&#233; du gouvernement c'est avant tout de r&#233;tablir la paix &#187;, il ajoutait &#233;galement : &#171; Dans l'imm&#233;diat, le potentiel militaire des forces d&#233;ploy&#233;es en Alg&#233;rie ne peut encore &#234;tre diminu&#233;. Les besoins des troupes seront satisfaits et leur rel&#232;ve assur&#233;e. &#187; Mais le PCF fit comme s'il n'avait pas entendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 mars 1956, les pouvoirs sp&#233;ciaux furent vot&#233;s avec l'apport du PCF. Ce vote signifiait pourtant la suspension de toutes les libert&#233;s individuelles en Alg&#233;rie et l'intensification de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 avril 1956, le gouvernement du socialiste Guy Mollet d&#233;cidait de rappeler 70000 soldats du contingent &#171; disponibles &#187; pour intensifier la guerre contre le peuple alg&#233;rien en lutte pour son ind&#233;pendance. Le service militaire passait de 18 mois &#224; 27 mois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Guy Mollet double en six mois les effectifs militaires d&#233;ploy&#233;s sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1551&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1551&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre octobre et novembre 1956, Guy Mollet associe la France &#224; la Grande-Bretagne et &#224; Isra&#235;l contre l'&#201;gypte lors de l'exp&#233;dition cons&#233;cutive &#224; la nationalisation de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez par Nasser. Cette man&#339;uvre militaire coloniale fut un &#233;chec retentissant, du fait de l'opposition de l'URSS, puis des &#201;tats-Unis. Elle scella le d&#233;clin des anciennes puissances coloniales face aux deux superpuissances et au Tiers monde &#233;mergent, dont Nasser &#233;tait l'un des repr&#233;sentants les plus embl&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1958, c'est encore le &#171; socialiste &#187; Guy Mollet qui va chercher De Goulle pour prendre le pouvoir et casser la quatri&#232;me r&#233;publique ! C'est le parti socialiste et le parti communiste qui vont lui donner les pouvoirs sous pr&#233;texte d'en finir avec les g&#233;n&#233;raux putschistes d'Alg&#233;rie et l'OAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vice-pr&#233;sident du Conseil dans le cabinet Pflimlin en mai 1958, Guy Mollet se rallie en effet au g&#233;n&#233;ral de Gaulle, car c'est selon lui le seul moyen d'&#233;viter &#171; une guerre civile sans arm&#233;e r&#233;publicaine &#187;. Il vote en cons&#233;quence les pleins pouvoirs &#224; Charles de Gaulle. Il est nomm&#233; ministre d'&#201;tat en juin de la m&#234;me ann&#233;e, participe &#224; la r&#233;daction de la nouvelle Constitution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses orientations sont tr&#232;s contest&#233;es au sein de la SFIO et les dissidents cr&#233;ent le Parti socialiste autonome en 1958, qui fusionnera en 1960 avec l'Union de la gauche socialiste pour fonder le Parti socialiste unifi&#233; (PSU).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1965, Guy Mollet participe &#224; la constitution de la F&#233;d&#233;ration de la gauche d&#233;mocrate et socialiste (FGDS) qui soutient la candidature de Fran&#231;ois Mitterrand &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Pourtant, Mitterrand est un homme au pass&#233; plus que douteux qui a &#233;t&#233; pr&#233;fet p&#233;tainiste et d&#233;cor&#233; par P&#233;tain. Son blanchiment par la r&#233;sistance est tout aussi douteux. La suite de son parcours politique montrera qu'il n'a jamais rompu avec le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sympathisant du colonel Fran&#231;ois de La Rocque, Mitterrand adh&#232;re aux Volontaires nationaux, organisation de jeunesse des Croix-de-feu en 1934. Cette adh&#233;sion &#224; la vision de La Rocque durera entre un et trois ans. Le 1er f&#233;vrier 1935, Fran&#231;ois Mitterrand participe &#224; la manifestation de l'Action fran&#231;aise contre les m&#233;decins &#233;trangers autoris&#233;s &#224; exercer en France, aux cris de &#171; La France aux Fran&#231;ais &#187; (plus connue sous le nom r&#233;ducteur de manifestation contre &#171; l'invasion m&#233;t&#232;que &#187;). En janvier 1935, Eug&#232;ne Deloncle fonde une organisation secr&#232;te d'extr&#234;me droite, l'Organisation secr&#232;te d'action r&#233;volutionnaire nationale, surnomm&#233;e la Cagoule par Maurice Pujo. C'est Eug&#232;ne Schueller, le fondateur de la soci&#233;t&#233; L'Or&#233;al, qui met ses moyens personnels et financiers &#224; disposition de la Cagoule et organise des r&#233;unions au si&#232;ge de sa soci&#233;t&#233;. Plusieurs jeunes gens, amis et &#233;tudiants pour la plupart, r&#233;sidant &#224; l'internat des p&#232;res maristes du 104, rue de Vaugirard &#224; Paris, fr&#233;quentent alors les chefs de la Cagoule. Sans tous adh&#233;rer au mouvement ou faire &#233;tat publiquement d'une quelconque approbation, on y retrouve Pierre Guillain de B&#233;nouville, Claude Roy, Fran&#231;ois Mitterrand et Andr&#233; Bettencourt. Mitterrand avait accept&#233; le double parrainage de cagoulards Gabriel Jeantet et Georges Soul&#232;s-Abellio lorsqu'il se vit remettre francisque en 1943. &#192; la Lib&#233;ration, Bouvyer b&#233;n&#233;ficie du t&#233;moignage en sa faveur de Fran&#231;ois Mitterrand, qui explique que l'ancien cagoulard avait cach&#233; chez lui du mat&#233;riel et fabriqu&#233; de faux papiers pour le Mouvement national des prisonniers de guerre, le mouvement de r&#233;sistance dirig&#233; par Fran&#231;ois Mitterrand et Maurice Pinot. En 1945, Mitterrand fut nomm&#233;, pour peu de temps, pr&#233;sident-directeur g&#233;n&#233;ral des &#201;ditions du Rond-Point (appartenant au groupe de Schueller), lesquelles publiaient un magazine intitul&#233; Votre Beaut&#233;. Durant l'hiver 1936, Fran&#231;ois Mitterrand participe &#224; des manifestations contre le professeur de droit public Gaston J&#232;ze. Ces manifestations, qui durent de janvier &#224; mars 1936, &#224; l'instigation de la droite nationaliste et de l'Action fran&#231;aise, demandent la d&#233;mission de Gaston J&#232;ze, pour avoir accept&#233; d'&#234;tre le conseiller d'Hail&#233; S&#233;lassi&#233;, n&#233;gus d'&#201;thiopie, chass&#233; d'Addis-Abeba par les troupes mussoliniennes. Install&#233; &#224; Vichy en janvier 1942, bien que recherch&#233; par les Allemands comme prisonnier &#233;vad&#233;, il occupe un emploi contractuel d'abord &#224; la L&#233;gion fran&#231;aise des combattants (LFC) puis en mai 1942, au Commissariat g&#233;n&#233;ral aux prisonniers de guerres et rapatri&#233;s et aux familles de prisonniers de guerre (sous les ordres de Maurice Pinot) dont la comp&#233;tence est principalement civique et sociale. En janvier 1943, le commissariat prendra cependant une orientation pro-nazie. Fran&#231;ois Mitterrand, alors chef de service de l'Information du commissariat pour la zone sud, d&#233;missionne. Il garde un poste &#224; la t&#234;te des centres d'entraide et c'est &#224; ce titre qu'il re&#231;oit la Francisque gallique en mars-avril 1943. Fran&#231;ois Mitterrand aurait tenu les propos suivants &#224; propos de Ren&#233; Bousquet, ancien secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la police du r&#233;gime de Vichy : &#171; Une carri&#232;re ainsi bris&#233;e &#224; trente-cinq ans, ce n'est pas supportable... Bousquet en souffrait cruellement. Imaginez cette cassure, cette carri&#232;re foudroy&#233;e ... &#187; En 1974, Ren&#233; Bousquet soutenait et apportait son concours financier au candidat Fran&#231;ois Mitterrand contre Val&#233;ry Giscard d'Estaing. Une photographie de l'&#233;poque t&#233;moigne de ces contacts entre les deux hommes, r&#233;unis autour d'une tabl&#233;e familiale dans la maison de Latche. En d&#233;fense, Fran&#231;ois Mitterrand d&#233;clarait que &#171; Ren&#233; Bousquet avait particip&#233; au financement de tous les principaux hommes politiques de gauche, des ann&#233;es 1950 au d&#233;but des ann&#233;es 1970, Pierre Mend&#232;s France compris &#187;. En 1981, apr&#232;s la victoire de Fran&#231;ois Mitterrand &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, Bousquet sera re&#231;u au palais de l'&#201;lys&#233;e &#171; pour parler politique &#187;. Pendant la pr&#233;sidence de Fran&#231;ois Mitterrand, la tombe de P&#233;tain est fleurie officiellement pour la premi&#232;re fois par le chef de l'Etat le 22 septembre 1984 (jour de la rencontre avec le chancelier Helmut Kohl &#224; Verdun), puis le 15 juin 1986 (70e anniversaire de la bataille de Verdun), puis chaque 11 novembre entre 1987 et 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 octobre 1942, Fran&#231;ois Mitterrand est donc re&#231;u par le mar&#233;chal P&#233;tain, avec plusieurs responsables du Comit&#233; d'entraide aux prisonniers rapatri&#233;s de l'Allier ; une photographie t&#233;moigne de cette rencontre compromettante. Et il aura la francisque ! Des ann&#233;es apr&#232;s on saura qu'il a toujours particip&#233; au comit&#233; pour la r&#233;habilitation de P&#233;tain et a re&#231;u un fasciste au sein de sa famille (de Grossouvre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier ou mars 1943, parrain&#233; par deux anciens &#171; cagoulards &#187; (Gabriel Jeantet, membre du cabinet du mar&#233;chal P&#233;tain, et Simon Arbellot), et apr&#232;s l'instruction de son dossier par Paul Racine, il est d&#233;cor&#233; de l'ordre de la Francisque par le mar&#233;chal P&#233;tain : il est le r&#233;cipiendaire no 2 202, d&#233;l&#233;gu&#233; du Service national des prisonniers de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a d'autre part &#233;t&#233; souvent ministre de 1947 &#224; 1954 sans mener la moindre politique &#171; socialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui est le dirigeant &#171; socialiste &#187; Mitterrand ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Mitterrand (ministre de l'int&#233;rieur, nov. 1954) proclame :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des Flandres au Congo (...), la loi s'impose et cette loi est fran&#231;aise. (...). Telle est notre r&#232;gle, non seulement parce que la Constitution nous l'impose, mais parce que cela est conforme &#224; nos volont&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Mitterrand, ministre de l'Int&#233;rieur du gouvernement Mend&#232;s France, d&#233;clarait &#224; l'Assembl&#233;e nationale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Faut-il que l'Alg&#233;rie ferme la boucle de cette ceinture du monde en r&#233;volte depuis quinze ans contre les nations qui pr&#233;tendaient les tenir en tutelle ? Eh bien ! non, cela ne sera pas, parce qu'il se trouve que l'Alg&#233;rie, c'est la France &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La France de Dunkerque &#224; Tamanrasset ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'Alg&#233;rie, c'est la France et la seul n&#233;gociation avec le peuple alg&#233;rien, c'est la guerre&#8230; &#187; : Mitterrand ministre qui a envoy&#233; en Alg&#233;rie les g&#233;n&#233;raux de l'Indochine pour qu'ils cassent des Alg&#233;riens comme ils avaient cass&#233; des Indochinois, par la torture&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand le garde des Sceaux, Fran&#231;ois Mitterrand, quitte son minist&#232;re, en mai 1957, en pleine guerre d'Alg&#233;rie, 45 nationalistes ont &#233;t&#233; guillotin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lui qui donna pour le gouvernement fran&#231;ais avis favorable donn&#233; &#233;galement par Mitterrand &#224; l'ex&#233;cution du militant communiste Fernand Iveton, lequel avait d&#233;pos&#233; dans son usine une bombe qui, d&#233;couverte &#224; temps, n'explosa pas. Fran&#231;ois Mitterrand &#8212; comme la totalit&#233; des membres du CSM &#8212; s'est bien oppos&#233; &#224; la gr&#226;ce du seul Europ&#233;en ex&#233;cut&#233; pendant la guerre d'Alg&#233;rie, un homme qui n'avait pourtant tu&#233; personne.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1960 &#224; 1970, il r&#233;affirme &#224; propos du colonialisme fran&#231;ais en Afrique qu'il veut maintenir : &#171; Je dis que le premier devoir de la France, c'est de tout faire pour que les liens ne soient pas coup&#233;s, de tout faire pour que nos fr&#232;res africains restent unis &#224; notre destin&#8230; La France reste celle qui conduit, celle dont on a besoin, celle &#224; laquelle on se rattache. Il ne pourra y avoir d'histoire de l'Afrique si la France est absente &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2021&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2021&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve383&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve383&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Mai 1968, la gauche de Mitterrand tente une op&#233;ration politicienne suite &#224; la r&#233;volte de la jeunesse et aux gr&#232;ves. Mais cette gauche social-d&#233;mocrate et stalinienne pousse &#224; la reprise du travail, suite &#224; quoi les &#233;lections sont un raz de mar&#233;e de droite. La gauche est &#233;lectoralement balay&#233;e. Il lui faudra 23 ans pour r&#233;ussir &#224; faire &#233;lire un pr&#233;sident de gauche sous la cinqui&#232;me r&#233;publique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Mitterrand est officiellement d&#233;sign&#233; comme candidat du Parti socialiste le 24 janvier 1981 lors du congr&#232;s de Cr&#233;teil, apr&#232;s un vote lors duquel 83,64 % des adh&#233;rents s'expriment en sa faveur. Sa fonction de premier secr&#233;taire du parti, laiss&#233;e vacante, est d&#232;s lors occup&#233;e par Lionel Jospin. &#192; cette occasion, le PS fait la d&#233;monstration de son unit&#233;, tous les courants, y compris ceux de ses anciens adversaires comme Michel Rocard, se rangent derri&#232;re Mitterrand. Au cours du m&#234;me congr&#232;s, Le PS adopte un manifeste dessinant un programme de gouvernement en 110 propositions. D'apr&#232;s Michel Charasse, dans un livre qu'il a publi&#233; en 1996, c'est lui que Mitterrand aurait charg&#233;, peu de temps avant le Congr&#232;s, de r&#233;diger un programme clair en plusieurs points, comme celui que les communistes venaient d'&#233;laborer pour la candidature de Georges Marchais. Toutefois, ce programme ne sera vraiment mis en avant qu'apr&#232;s l'&#233;lection, et est &#233;clips&#233;, durant la campagne par le simple slogan &#171; Changer la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; gauche, Arlette Laguiller, Huguette Bouchardeau et Michel Cr&#233;peau se rallient rapidement &#224; Fran&#231;ois Mitterrand, entre le soir et le surlendemain du premier tour. C'est le cas de plusieurs leaders syndicaux, tels que Edmond Maire, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CFDT. Le 28 avril, le comit&#233; central du PCF se r&#233;unit. Charles Fiterman tance les sympathisants qui ont vot&#233; utile d&#232;s le premier tour : &#171; Vous n'avez pas mesur&#233; le risque que vous avez pris en contribuant &#224; diminuer l'influence de notre parti. &#187; Les dirigeants communistes se r&#233;solvent &#224; soutenir le candidat socialiste, ne pouvant pas vraiment faire autrement, risquant soit de ne pas &#234;tre suivis dans le cas contraire, soit d'&#234;tre accus&#233;s de faciliter la victoire de la droite. Le m&#234;me jour, Georges Marchais appelle donc &#224; voter pour Mitterrand. &#192; la t&#233;l&#233;vision, il d&#233;clare avoir obtenu certaines garanties en vue de l'adoption de certaines parties du programme communiste, et ajoute : &#171; M'avez-vous d&#233;j&#224; vu rouler gratuitement ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mitterrand a obtenu 51,76 % des voix exprim&#233;es, choisi par 15 708 602 &#233;lecteurs, soit 1 065 956 de plus que son adversaire, et 8 202 302 de mieux que son r&#233;sultat du premier tour, quand Val&#233;ry Giscard d'Estaing n'a ralli&#233; que 6 419 874 nouveaux &#233;lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1981, Fran&#231;ois Mitterrand est le premier pr&#233;sident de la R&#233;publique issu du parti socialiste. Pour la deuxi&#232;me fois en France, des communistes staliniens sont au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1981, lorsque Mitterrand fut &#233;lu, &#224; la t&#234;te de la coalition des gauches y compris le PCF, apr&#232;s 23 ans de pouvoir sans partage de la droite (malgr&#233; et m&#234;me gr&#226;ce &#224; mai 1968, le mouvement de gr&#232;ve &#233;tant trahi par la gauche et les syndicats), apr&#232;s des d&#233;cennies sans union de la gauche, les illusions du monde du travail, sur ce qu'il pouvait attendre d'un gouvernement de gauche, &#233;taient tr&#232;s grandes et d'autant plus qu'il comprenait des ministres communistes (pour la premi&#232;re fois depuis la lib&#233;ration) et un accord de programme (le &#171; programme commun &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sous les deux pr&#233;sidences de Mitterrand, de 1981 &#224; 1995, les attaques n'ont pas manqu&#233; contre la classe ouvri&#232;re. D&#232;s 1982, le gouvernement Mauroy a organis&#233; le blocage des salaires et interdit d'indexer ceux-ci sur le co&#251;t de la vie. Pendant ce temps-l&#224;, l'imp&#244;t sur les b&#233;n&#233;fices des soci&#233;t&#233;s, qui &#233;tait de 50% sous Giscard, passait &#224; 45% en 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique men&#233;e par les socialistes sous Mitterrand d&#233;&#231;ut &#224; tel point l'&#233;lectorat populaire que la majorit&#233; &#233;lue en 1981 fut battue aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1986, comme celle issue des urnes apr&#232;s la r&#233;&#233;lection de Mitterrand en 1988 fut lamin&#233;e aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1993. &#192; chaque fois la gauche pr&#233;para le terrain pour un retour de la droite, qui elle-m&#234;me, par son cynisme et sa morgue envers le monde du travail, permit au PS de se refaire une virginit&#233;. C'est ce que les commentateurs appellent &#171; l'alternance &#187;, mais une alternance dans laquelle ce sont toujours les poss&#233;dants qui sont les gagnants, et les classes populaires les perdantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche a fait ce que la droite n'avait pas os&#233; : lever le tabou de la privatisation des services publics, en vendant de larges parts de France Telecom et d'Air France, cette derni&#232;re sous l'&#233;gide du ministre communiste Gayssot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1981, Mitterrand avait remport&#233; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle et nomm&#233; un gouvernement d'Union de la gauche comprenant quatre ministres communistes, du jamais vu depuis la Lib&#233;ration. Sit&#244;t &#233;lu, en octobre il faisait une tourn&#233;e en Lorraine et d&#233;clarait : &#171; Aucun poste de travail ne peut &#234;tre supprim&#233; dans la sid&#233;rurgie sans qu'un autre n'ait &#233;t&#233; cr&#233;&#233; auparavant dans un autre secteur &#187;, d&#233;non&#231;ant &#224; Longwy &#171; le co&#251;t social d'un capitalisme sauvage. &#187; Mais il ne fallut pas attendre bien longtemps pour que les paroles de Mitterrand s'envolent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vot&#233;e au Parlement en octobre, la nationalisation compl&#232;te de la sid&#233;rurgie fut achev&#233;e en f&#233;vrier 1982, sans que les patrons y perdent un centime. Cette nationalisation &#233;tait pr&#233;sent&#233;e par le PCF, depuis des ann&#233;es, comme la panac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le mois de juin 1982, l'&#201;tat annon&#231;ait 12 000 suppressions d'emplois. En Lorraine, c'&#233;tait le d&#233;but de la fin de l'aci&#233;rie de Pompey, celle qui avait coul&#233; l'acier ayant servi &#224; b&#226;tir la tour Eiffel. &#171; J'ai vot&#233; pour eux en 1981. Aujourd'hui ils ferment mon usine &#187;, pleurait, d&#233;sesp&#233;r&#233;, un sid&#233;rurgiste de Pompey mont&#233; &#224; Paris pour manifester, cit&#233; par le journal Le Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins de deux ans plus tard, le 29 mars 1984, le gouvernement socialiste Mauroy - comportant toujours quatre ministres communistes - r&#233;visait le plan Acier et annon&#231;ait la suppression de 21 000 emplois suppl&#233;mentaires. Ce fut alors la col&#232;re et le sentiment d'une immense trahison chez les travailleurs. Dans la r&#233;gion de Nancy, les aci&#233;ries de Pompey &#233;taient d&#233;finitivement ray&#233;es de la carte et celles de Neuves-Maisons au trois quarts liquid&#233;es. Le tiers des emplois de l'usine de Gandrange (qui en comptait plus de 6 000 &#224; l'&#233;poque) &#233;taient condamn&#233;s. Mais, surtout, ce plan Acier sonnait le glas de la sid&#233;rurgie &#224; Longwy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les usines souffle alors un vent de col&#232;re. Le 4 avril est journ&#233;e de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale interprofessionnelle en Lorraine. On d&#233;nombre 150 000 manifestants dans les villes de la r&#233;gion, soigneusement encadr&#233;s par les syndicats qui craignent plus que tout une explosion sociale, la r&#233;&#233;dition des &#233;meutes de Longwy de 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vendredi 13 avril, les syndicats organisent une grande marche des sid&#233;rurgistes sur Paris. Loin de s'appuyer sur la col&#232;re des sid&#233;rurgistes et d'en faire une marche contre les licenciements, contre le patronat et le gouvernement, les syndicats lui donnent un caract&#232;re r&#233;gional avec, en t&#234;te de cort&#232;ge, majorettes en costume r&#233;gional et croix de Lorraine. Et pourtant, ce plan Acier est d&#233;cid&#233; quelques mois seulement apr&#232;s les licenciements massifs chez Talbot &#224; Poissy et, le 13 avril, c'est Citro&#235;n qui annonce pr&#232;s de 6 000 suppressions d'emplois. Les conf&#233;d&#233;rations n'ont pas appel&#233; l'ensemble des travailleurs &#224; venir &#224; la manifestation, tr&#232;s encadr&#233;e par le service d'ordre syndical et qui traverse des quartiers d&#233;serts de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En donnant &#224; la lutte des sid&#233;rurgistes un caract&#232;re r&#233;gional, en l'orientant sur le terrain de la politique industrielle, les conf&#233;d&#233;rations syndicales l'envoyaient sur une voie de garage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier ministre &#171; socialiste &#187; Pierre Mauroy annon&#231;a le 13 juin 1982 le blocage des salaires et des prix pour quatre mois. Dans une p&#233;riode o&#249; le rythme d'inflation annuel &#233;tait de 13 %, et o&#249; les salaires suivaient plus ou moins les prix au gr&#233; des n&#233;gociations d'entreprise, cela signifiait d'embl&#233;e une importante perte de pouvoir d'achat pour les travailleurs. Les prix ne furent en effet jamais r&#233;ellement bloqu&#233;s, car leur pr&#233;tendu blocage n'&#233;tait qu'un alibi pour justifier celui des salaires. Aux termes m&#234;mes de la loi, de nombreux prix n'&#233;taient pas concern&#233;s : ceux des produits agroalimentaires tributaires des accords europ&#233;ens, fruits et l&#233;gumes, c&#233;r&#233;ales, ainsi que ceux des produits p&#233;troliers, qui augment&#232;rent de 11 % en juillet. On vit fleurir dans les grandes surfaces les produits dits nouveaux, pour lesquels il n'y avait par d&#233;finition aucun point de comparaison. Les services officiels eux-m&#234;mes pr&#233;voyaient une hausse de 2,5 %. Il y eut aussi, &#224; la veille du blocage, une valse des &#233;tiquettes, que le gouvernement ne chercha pas &#224; stopper. En revanche les salaires furent r&#233;ellement bloqu&#233;s. La loi suspendait toute clause conventionnelle en mati&#232;re de hausse de salaire jusqu'au 31 octobre. Les augmentations programm&#233;es dans les entreprises, en particulier celles qui &#233;taient attendues pour le 1er juillet afin de r&#233;ajuster les salaires sur l'inflation, &#233;taient donc annul&#233;es. M&#234;me les compensations pr&#233;vues au moment des n&#233;gociations sur les 39 heures devenaient nulles et non avenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er novembre, le blocage prit officiellement fin. Les prix, qui n'avaient jamais &#233;t&#233; r&#233;ellement bloqu&#233;s, devinrent &#171; encadr&#233;s &#187;. Les loyers augment&#232;rent &#224; nouveau, les transports d'&#206;le-de-France &#233;galement, ainsi que le prix des aliments et des v&#234;tements. Quant aux salaires, le gouvernement exhorta les patrons &#224; &#171; ne pas les laisser d&#233;raper &#187;. &#192; la fin de l'ann&#233;e, leur blocage se traduisait par une importante perte de pouvoir d'achat pour le monde du travail. C'&#233;tait aussi signifier aux travailleurs qu'ils ne verraient pas le gouvernement de gauche soutenir leurs revendications. Loin d'&#234;tre de leur c&#244;t&#233;, il soutiendrait les int&#233;r&#234;ts du grand patronat comme l'avait fait la droite avant lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, ce n'&#233;tait qu'un d&#233;but. Un nouveau plan d'aust&#233;rit&#233; fut annonc&#233; en mars 1983. Lorsque les travailleurs de l'automobile entr&#232;rent en gr&#232;ve cette ann&#233;e-l&#224;, Mauroy d&#233;non&#231;a &#171; une gr&#232;ve des ayatollahs &#187; et envoya les CRS d&#233;loger les gr&#233;vistes de Talbot Poissy qui occupaient l'usine. En 1984, il annon&#231;a la suppression de 21 000 emplois dans la sid&#233;rurgie, alors qu'il avait affirm&#233; qu'il n'y tol&#233;rerait aucun licenciement. Toutes ces mesures du gouvernement Mitterrand furent ressenties comme des trahisons, provoquant ranc&#339;ur et &#233;c&#339;urement parmi les travailleurs. Beaucoup d&#233;sert&#232;rent les syndicats. Au m&#234;me moment, le Front national, qui n'&#233;tait alors qu'un groupuscule, commen&#231;a son ascension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7150&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7150&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1994, c'est le pr&#233;sident fran&#231;ais &#171; socialiste &#187; Mitterrand qui organise le g&#233;nocide rwandais. Il ne le soutient pas, il le met en place. C'est lui qui l'a propos&#233;, c'est lui qui l'a financ&#233;, c'est lui qui l'a organis&#233;, c'est lui qui l'a arm&#233; et soutenu jusqu'au bout, c'est lui qui a sauv&#233; les g&#233;nocidaires apr&#232;s leur d&#233;faite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2806&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2806&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la France de Mitterrand soutenait &#224; fond la dictature sanglante de Milosevic en Yougoslavie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7601&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7601&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6858&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6858&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mitterrand discute avec les assassins fascistes serbes Ratko Mladic, Radovan Karad&#382;i&#263;. Il les couvrira jusqu'au bout (voir les cachoteries de la DGSE&#8230;). Parlant des bosniaques victimes des massacres serbes, Fran&#231;ois Mitterrand &#233;crira dans son livre L'ann&#233;e des adieux &#224; la page 175 : &#171; Il est vrai que ce qu'ils cherchent depuis le d&#233;but, c'est l'internationalisation, si n&#233;cessaire, par des provocations. Il y a quelques jours, M. Boutros Ghali m'a dit &#234;tre s&#251;r que l'obus tomb&#233; sur le march&#233; de Sarajevo &#233;tait une provocation bosniaque &#187;. Le massacre de Srebrenica par les forces serbes de Radovan Karadzic appuy&#233;es par les milices ultranationalistes et racialistes de Ratko Mladic est consid&#233;r&#233; depuis comme le plus grand massacre europ&#233;en depuis 1945, &#224; la charge symbolique immense. Le pr&#233;sident Izetbegovitc d&#233;clare &#224; Mitterrand le 28 juin 1992 que les serbes fascistes ont mis en place des camps d'extermination et Mitterrand&#8230; n'en dira jamais un mot !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Courrier International &#233;crit sous la plume de Juan Goytisolo : &#171; Les d&#233;fenseurs de la cause bosniaque qui manifestaient &#224; Paris avec des pancartes repr&#233;sentant le pr&#233;sident fran&#231;ais sur les cr&#226;nes des victimes, avec pour l&#233;gende &#8220;Fran&#231;ois Ier, roi des Serbes&#8221;, avaient raison. Le g&#233;nocide de 120 000 Musulmans de Bosnie ob&#233;issait &#224; un machiav&#233;lisme qui pr&#233;f&#233;rait ignorer les &#8220;dommages collat&#233;raux&#8221; du si&#232;ge de Sarajevo. Jamais Fran&#231;ois Mitterrand n'exprima sa compassion pour les victimes ; cette indiff&#233;rence, dissimul&#233;e sous le masque d'une pr&#233;tendue impartialit&#233; envers &#8220;les parties impliqu&#233;es dans le conflit&#8221;, poussa les souffrances des Bosniaques aux confins de l'indicible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lib&#233;ration &#233;crit : &#171; Dans une interview &#224; la Frankfurter Allgemeine Zeitung (29 novembre 1991), Fran&#231;ois Mitterrand justifie sa politique pro-serbe : &#171; Comme vous le savez, la Croatie faisait partie du bloc nazi, pas la Serbie&#8230; Pendant les premiers mois de la guerre en Bosnie, les informations sur les atrocit&#233;s commises par les troupes de Ratko Mladic n'avaient pas suffi &#224; &#233;mouvoir une opinion que l'affaire des faux charniers de Timisoara avait rendue sceptique. Il faudra, en ce mois d'ao&#251;t 1992, les images des camps serbes diffus&#233;s par les t&#233;l&#233;visions, les t&#233;moignages de r&#233;fugi&#233;s sur le &#171; nettoyage ethnique &#187; serbe, sur les viols de femmes bosniaques, pour que l'opinion occidentale commence &#224; basculer. &#171; Izetbegovic m'a dit qu'il avait donn&#233; la liste des camps &#224; Mitterrand lors de son voyage &#224; Sarajevo, affirme Bernard-Henri L&#233;vy. Et Mitterrand a refus&#233; de croire &#224; ces camps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France Inter d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, les serbe avaient h&#233;rit&#233; du gros de l'arsenal de l'arm&#233;e Yougoslave. Mais Fran&#231;ois Mitterrand restait farouchement oppos&#233;, m&#234;me &#224; la lev&#233;e de l'embargo sur les armes en ex-Yougoslavie qui aurait permis d'aider indirectement les bosniaques. Il disait qu'il ne fallait pas &#171; ajouter la guerre &#224; la guerre &#187;&#8230; Cet argument raisonne &#233;trangement aujourd'hui &#224; propos de la Syrie. Pour le conflit des Balkans, Fran&#231;ois Mitterrand dira plus tard &#171; moi vivant, jamais la France ne fera la guerre &#224; la Serbie &#187;. Pendant ces 27 et 28 juin 1992 Fran&#231;ois Mitterrand aura rencontr&#233; le pr&#233;sident Izetbegovic&#8230;Mais aussi le g&#233;n&#233;ral Mladic &#224; l'a&#233;roport avant de repartir&#8230; Ces deux hommes auront compris la vraie nature du voyage. Le si&#232;ge pouvait continuer de plus bel. Ils avaient compris que Fran&#231;ois Mitterrand resterait fid&#232;le &#224; la tradition pro serbe de la France. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le principal support de la Serbie &#233;tait Mitterrand et son entourage, prisonniers d'une mythologie pro-serbe remontant &#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale. Paradoxalement, un des principaux contrepoids &#224; Mitterrand &#233;tait Nicolas Kovac, Ambassadeur de la R&#233;publique de Bosnie-Herz&#233;govine, d'origine serbe... Parmi les pro-serbes notoires, on peut citer Jean-Pierre Chev&#232;nement, le g&#233;n&#233;ral Pierre-Maris Gallois, R&#233;gis Debray, Peter Handke, Daniel Salvatore, Schiffer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membre clandestin de l'OCI (pseudo trotskiste) avant de rejoindre le PS, il est &#233;lu d&#233;put&#233; en 1981. Il occupe les fonctions de premier secr&#233;taire du PS jusqu'en 1988, puis celles de ministre d'&#201;tat, ministre de l'&#201;ducation nationale, dans les gouvernements Rocard et Cresson, entre 1988 et 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sign&#233; candidat &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1995 &#224; l'issue d'une primaire &#8211; une premi&#232;re de ce type sous la Cinqui&#232;me R&#233;publique &#8211; et de deux septennats Mitterrand, il est battu par Jacques Chirac, recueillant 47,4 % des voix au second tour. Il redevient dans la foul&#233;e premier secr&#233;taire du Parti socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de la gauche aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1997 lui permet de devenir Premier ministre pour une troisi&#232;me cohabitation. &#192; la t&#234;te d'une &#171; majorit&#233; plurielle &#187; pendant cinq ans, il contribue &#224; la mise en place des 35 heures et des emplois-jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sa politique est tellement populaire qu'il est &#233;limin&#233; d&#232;s le premier tour aux &#233;lections suivantes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche a fait ce que la droite n'avait pas os&#233; : lever le tabou de la privatisation des services publics, en vendant de larges parts de France Telecom et d'Air France, cette derni&#232;re sous l'&#233;gide du ministre communiste Gayssot. Le gouvernement a d'ailleurs franchi une premi&#232;re &#233;tape, en faisant voter par l'assembl&#233;e, en f&#233;vrier 1999, l'ouverture du march&#233; de l'&#233;lectricit&#233;. Le gouvernement Jospin a mis La Poste et la SNCF sur la m&#234;me voie de &#171; l'ouverture du march&#233; &#187; et de la rentabilisation par secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bradage pass&#233; de France Telecom et &#224; venir d'EDF n'&#233;tait pas simplement destin&#233; &#224; donner &#224; des bourgeois fran&#231;ais de nouvelles opportunit&#233;s de profits, il doit aider &#224; faire de ces groupes des g&#233;ants capitalistes mondiaux. EDF, qui r&#233;alise d&#233;j&#224; presque le quart de son chiffre d'affaires &#224; l'&#233;tranger veut faire passer cette part &#224; 50 % d'ici 2004/2005. Pour cela l'entreprise souhaite justement l'ouverture du march&#233; europ&#233;en pour conqu&#233;rir de nouvelles positions &#224; l'ext&#233;rieur et l'ouverture de son capital pour mobiliser des fonds sur les march&#233;s financiers et n&#233;gocier des fusions-acquisitions. Sous la tutelle de la gauche, EDF et GDF n'ont pas attendu leur privatisation pour se lancer dans la sp&#233;culation sur le march&#233; international de l'&#233;nergie. Elles ont mont&#233; leur propre filiale de trading (le m&#233;tier d'Enron, la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine dont la faillite fait actuellement scandale), EDF-trading (en collaboration avec Vivendi) et Gaselys (avec la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale). Mais pour grossir &#224; l'&#233;tranger et devenir des num&#233;ros un mondiaux, ces entreprises doivent bien pr&#233;senter la facture &#224; quelqu'un. Ce sera leurs salari&#233;s, dont les conditions de travail se d&#233;gradent, et les usagers, qui ont vu le gouvernement augmenter plusieurs fois les tarifs du gaz et de l'&#233;lectricit&#233;. L'avenir est programm&#233; : comme France Telecom, EDF et GDF tenteront de plus en plus de se lib&#233;rer des contraintes du service public, au profit de la rentabilit&#233; imm&#233;diate ...aux d&#233;pens des salari&#233;s comme des usagers. Tout en faisant passer au priv&#233; les secteurs les plus rentables du secteur public, il a soumis le reste &#224; une di&#232;te de 5 ans. D&#232;s 1997, il a proclam&#233; le &#171; gel de l'emploi public &#187;. Le plan Jupp&#233; de 1995 a &#233;t&#233; prolong&#233;. Les h&#244;pitaux ont continu&#233; d'&#234;tre rationn&#233;s en effectifs et en moyens. Dans la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 1990, les d&#233;penses du secteur hospitalier avaient augment&#233; de 7 % par an, ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; insuffisant pour suivre le d&#233;veloppement de l'activit&#233;. Mais entre 1995 et 2000, cette augmentation a &#233;t&#233; de 7 % au total ! Un lit sur 15 a &#233;t&#233; supprim&#233; de 1994 &#224; 1999. En 2002, alors que le passage aux 35 heures aurait n&#233;cessit&#233; la cr&#233;ation d'au moins 80 000 postes, le gouvernement n'en promet que 40 000, et les hospitaliers exasp&#233;r&#233;s multiplient les gr&#232;ves. Gel de l'embauche, surcharge de travail, p&#233;nurie de moyens : le m&#234;me traitement a &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; aux transports, &#224; la poste ou encore &#224; l'&#233;ducation nationale. Le gouvernement &#034;de gauche&#034; a continu&#233; d'&#233;tendre la pr&#233;carit&#233; : sur 3,4 millions de salari&#233;s des trois fonctions publiques, il y a aujourd'hui 960 000 non titulaires et plus de 300 000 &#171; contrats aid&#233;s &#187; (CES, emplois-jeunes, contrats de ville&#8230;). De quoi donner envie de voir Jospin go&#251;ter &#224; son tour &#224; la pr&#233;carit&#233; de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche au gouvernement a bien s&#251;r mis en place de nouvelles lois, comme les 35 heures, pris des mesures budg&#233;taires, comme les emplois-jeunes, et avalis&#233; des r&#232;gles nouvelles, comme le PARE imposant aux ch&#244;meurs de nouvelles contraintes pour leur faire accepter n'importe quel travail &#224; n'importe quel prix. Mais si ces mesures ont eu des cons&#233;quences certaines sur les conditions de vie de bon nombre de salari&#233;s, leurs effets r&#233;els sur l'emploi sont, eux, tout &#224; fait incertains. Pour les 35 heures il n'a ainsi jamais &#233;t&#233; vraiment possible d'en &#233;valuer les effets sur l'emploi. Le gouvernement a pr&#233;tendu que l'application de la loi avait permis la cr&#233;ation de plusieurs centaines de milliers de postes. Mais personne n'a jamais pu savoir quelle &#233;tait dans ces chiffres la part des embauches en compensation de la r&#233;duction du temps de travail, et celle de &#171; l'effet d'aubaine &#187;, permettant aux patrons de rafler les cadeaux en mati&#232;re de charges sociales, pour des embauches qu'ils auraient de toutes fa&#231;ons &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; r&#233;aliser. Ce qui est par contre parfaitement palpable (surtout pour ceux qui les touchent), ce sont les milliards sous forme de baisses de charges sociales r&#233;cup&#233;r&#233;es par le patronat au titre de la pr&#233;tendue r&#233;duction du temps de travail. Et c'est aussi que cette loi concoct&#233;e et vot&#233;e par la gauche, a ouvert la porte &#224; une g&#233;n&#233;ralisation de la flexibilit&#233; et dans bien des cas d&#233;t&#233;rior&#233; les conditions de travail des salari&#233;s, en m&#234;me temps que donn&#233; lieu &#224; des r&#233;ductions de salaires ou de primes. Autre certitude, l'application des 35 heures a provoqu&#233; de tr&#232;s nombreux mouvements de gr&#232;ve et protestations &#8211; jusqu'&#224; aujourd'hui &#8211; r&#233;v&#233;lateurs de l'appr&#233;ciation des salari&#233;s concern&#233;s sur les pr&#233;tendus bienfaits de la loi. Quant aux emplois-jeunes, la gauche qui en avait promis 700 000 n'en a r&#233;alis&#233;s sur la l&#233;gislature qu'un peu moins de la moiti&#233;, cr&#233;&#233;s par les seuls secteurs public et associatif. Ces emplois ont certes &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s comme un d&#233;pannage bienvenu par une partie des jeunes concern&#233;s, en fin de scolarit&#233; ou d&#233;j&#224; au ch&#244;mage, ou encore salari&#233;s depuis peu et saisissant l'occasion de changer de patron. Mais ces emplois, sous forme de contrats de cinq ans, financ&#233;s &#224; 80 % par l'Etat, ont inaugur&#233; une nouvelle forme de pr&#233;carit&#233; et de salaire au rabais. Embauch&#233;s dans l'enseignement, dans la police, dans les transports en commun, dans les municipalit&#233;s, etc., les jeunes en question se sont souvent retrouv&#233;s &#224; boucher des trous dans des administrations qui ont ainsi pourvu les postes manquants en les payant en dessous du tarif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'a &#233;t&#233; fait par ailleurs par le gouvernement de gauche contre la pr&#233;carit&#233; en g&#233;n&#233;ral. Sauf &#224; consid&#233;rer que la disposition de la derni&#232;re loi dite &#171; de modernisation sociale &#187;, passant de 6 % &#224; 10 % la prime de pr&#233;carit&#233; des CDD pour l'aligner sur celle des int&#233;rimaires, puisse constituer une r&#233;elle pression sur les patrons. La progression de la pr&#233;carit&#233; a au contraire accompagn&#233; la cr&#233;ation des nouveaux emplois, avec pour corollaire l'ins&#233;curit&#233; au travail. Entre 1999 et 2000 le nombre d'accidents du travail a ainsi progress&#233; de 4,6 % selon les chiffres du minist&#232;re de l'emploi qui pr&#233;cise que le secteur de l'int&#233;rim est particuli&#232;rement touch&#233; et que la pr&#233;carit&#233; et la flexibilit&#233; des horaires en sont les principales causes. Quant aux licenciements collectifs pour motif dit &#233;conomique, ils se sont mis &#224; grimper &#224; nouveau brutalement avec la rafale des plans sociaux au printemps dernier. En un an, de novembre 2000 &#224; novembre 2001, leur nombre a progress&#233; de 39,8 % pendant que le ch&#244;mage lui progressait de 12,7 %. Pour faire croire qu'il se pr&#233;occupait des licenciements &#233;conomiques, le gouvernement a propos&#233; un dispositif, toujours dans le cadre de cette loi de &#171; modernisation sociale &#187;, suscitant une longue discussion parlementaire. Le texte n'est finalement qu'une collection de dispositions l&#233;gales d&#233;j&#224; existantes et de vagues recommandations. Et de plus la d&#233;finition du licenciement &#233;conomique &#8211; fruit de concessions de Jospin au PCF mais qui ne pouvait tout au plus que permettre de retarder de quelques jours la mise en application des licenciements &#8211; a &#233;t&#233; retoqu&#233;e par le Conseil Constitutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : le point essentiel est que la gauche a fait passer dans le mouvement ouvrier l'id&#233;e de la r&#233;forme... id&#233;e reprise ensuite par Sarkozy pour casser tous les droits sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et finalement c'est Hollande qui l'a fait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui est Fran&#231;ois Hollande ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1992&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1992&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; socialistes &#187; Hollande-Valls lancent la &#171; r&#233;forme &#187; n&#233;o-lib&#233;rale en France&#8230; Ce que la droite n'a pas os&#233; faire jusque l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2728&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2728&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les &#171; socialistes &#187; Hollande-Valls au gouvernement qui lancent &#171; la France en guerre &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.org/spip.php?article4591&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.org/spip.php?article4591&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas juste un slogan !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2589&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2589&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve652&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve652&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2013, le Front de Gauche promeut la guerre au Mali&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2613&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2613&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique &#171; socialiste &#187; de Hollande, c'est simplement la d&#233;fense de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article2332&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article2332&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hollande est le dernier pr&#233;sident de la fran&#231;afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve835&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve835&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hollande (aid&#233; par Le Maire) a ruin&#233; l'Etat fran&#231;ais pour &#171; sauver &#187; les capitalistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3466&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3466&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6230&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6230&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2313&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2313&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4063&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4063&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trajectoire personnelle de Hollande d&#233;crit celle du parti dit &#171; socialiste &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2313&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2313&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hollande-Valls poussent la France dans le sens raciste, fasciste, policier, anti-immigr&#233;s, anti-musulmans, anti-sans papiers, anti-&#233;trangers, anti-Roms, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve572&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve572&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve573&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve573&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3386&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3386&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le but : Hollande-Valls s'attaquent &#224; la classe ouvri&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3188&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3188&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4037&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4037&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et soutenir le patronat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3640&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3640&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2428&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2428&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mitterrandiste M&#233;lenchon, une nouvelle version social-d&#233;mocrate du courant &#171; socialiste &#187; en France&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8466&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8466&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4419&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4419&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7798&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7798&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3579&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3579&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2012, ils ont fait le &#171; front de gauche &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2337&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2337&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; socialistes &#187; ont pr&#233;tendu reconstituer le front populaire aux c&#244;t&#233;s des m&#233;lenchonistes, des &#233;cologistes et autres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7817&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7817&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://matierevolution.org/spip.php?article8871&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;http://matierevolution.org/spip.php?article8871&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'a dur&#233; qu'une &#233;lection et ensuite, le parti socialiste s'est fait le meilleur d&#233;fenseur de Macron et du gouvernement Lecornu. Sans le PS, les deux auraient chut&#233; depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sources historiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201707/9545/histoire-du-parti-socialiste-france-1878-1920-partie-i&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201707/9545/histoire-du-parti-socialiste-france-1878-1920-partie-i&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201711/9606/histoire-du-parti-socialiste-france-1878-1920-partie-ii-chaoti&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201711/9606/histoire-du-parti-socialiste-france-1878-1920-partie-ii-chaoti&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_(France&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_(France&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La transition du pouvoir aux travailleurs au socialisme</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8814</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article8814</guid>
		<dc:date>2026-04-06T22:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Transition de phase</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme - Socialism</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qu'est-ce que la soci&#233;t&#233; de transition, vers le socialisme ? Ni tout &#224; fait capitaliste, ni socialiste&#8230; C'est le pouvoir aux travailleurs mais la dictature de l'ancienne &#233;conomie et de l'ancienne soci&#233;t&#233; n'ont pas disparu par magie. &lt;br class='autobr' /&gt;
NOVACK &lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me des formations de transition &lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me des formations transitionnelles rev&#234;t une immense importance m&#233;thodologique tant dans les sciences naturelles que dans les sciences sociales. Il rev&#234;t une importance th&#233;orique et politique (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Transition de phase&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce que la soci&#233;t&#233; de transition, vers le socialisme ? Ni tout &#224; fait capitaliste, ni socialiste&#8230; C'est le pouvoir aux travailleurs mais la dictature de l'ancienne &#233;conomie et de l'ancienne soci&#233;t&#233; n'ont pas disparu par magie.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;NOVACK&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me des formations de transition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me des formations transitionnelles rev&#234;t une immense importance m&#233;thodologique tant dans les sciences naturelles que dans les sciences sociales. Il rev&#234;t une importance th&#233;orique et politique particuli&#232;re pour les marxistes contemporains, car le XXe si&#232;cle est avant tout une &#233;poque de transition d'une formation socio-&#233;conomique &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque &#233;poque du progr&#232;s de l'humanit&#233; a sa forme dominante d'&#233;conomie, de politique et de culture. Aux XVIIIe et XIXe si&#232;cles, c'&#233;tait le syst&#232;me capitaliste dans ses phases d'expansion. La forme g&#233;n&#233;rale distinctive du XXe si&#232;cle est son caract&#232;re transitionnel . Il s'agit d'une p&#233;riode de mouvement rapide et convulsif depuis la domination du capitalisme mondial comme forme ultime de soci&#233;t&#233; de classes jusqu'&#224; l'&#233;tablissement d'&#201;tats postcapitalistes orient&#233;s vers le socialisme, qui &#233;radiqueront tous les vestiges de diff&#233;renciations de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ancien qui survit dans le nouveau nous confronte &#224; chaque &#233;tape de la vie, dans la nature comme dans la soci&#233;t&#233; &#187;, observait L&#233;nine dans L'&#201;tat et la R&#233;volution . Il a &#233;crit cela pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale et la R&#233;volution russe &#8211; les deux &#233;v&#233;nements cataclysmiques qui ont marqu&#233; le d&#233;but de la nouvelle &#233;poque de l'histoire. Bien que cette &#233;poque ait d&#233;j&#224; 50 ans, elle est loin d'&#234;tre mature et sa prog&#233;niture souffre de nombreuses maladies cong&#233;nitales de l'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re fondamentalement transitionnel de cette p&#233;riode et la pr&#233;dominance de traits manifestement contradictoires n&#233;cessitent de rechercher la nature essentielle de ce ph&#233;nom&#232;ne. La pr&#233;sence de formations, de types et de p&#233;riodes de transition a &#233;t&#233; not&#233;e empiriquement et leurs caract&#233;ristiques concr&#232;tes analys&#233;es dans les &#233;crits de nombreux marxistes, et pas seulement par eux. Mais le sujet a rarement &#233;t&#233; trait&#233; de mani&#232;re syst&#233;matique. Cette lacune th&#233;orique est regrettable, car une foule de probl&#232;mes sociologiques et politiques embarrassants pourraient &#234;tre &#233;claircis par une compr&#233;hension correcte des particularit&#233;s de cet aspect tr&#232;s r&#233;pandu des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dualit&#233; exceptionnelle des &#201;tats en transition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le processus cosmique incessant du devenir et de l'&#234;tre, toutes choses passent d'un &#233;tat &#224; un autre. Cela signifie que les &#233;tats et les formes de transition se retrouvent partout dans le monde physique, dans la soci&#233;t&#233;, dans le d&#233;veloppement intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antith&#232;se d'une formation transitionnelle est une antith&#232;se fixe et stable avec des caract&#233;ristiques claires qui composent un mod&#232;le d&#233;finitif. La distinction entre les deux est relative, puisque m&#234;me l'entit&#233; la plus durable est sujette au changement et &#224; la transformation en autre chose sur une p&#233;riode de temps suffisamment longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La polarit&#233; dynamique des formes physiques est illustr&#233;e par un liquide. Il s'agit d'un &#233;tat plus ou moins stable de la mati&#232;re sur terre, interm&#233;diaire entre un solide et un gaz, &#233;tant en partie semblable &#224; l'un et en partie &#224; l'autre, mais essentiellement diff&#233;rent des deux. Un liquide a plus de coh&#233;sion qu'un gaz et plus de mobilit&#233; qu'un solide. Il ressemble &#224; un solide par son volume d&#233;fini mais en diff&#232;re et ressemble &#224; un gaz par l'absence de forme d&#233;finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transformations qualitatives de H2O et d'autres compos&#233;s chimiques r&#233;sultent de changements dans la constitution mol&#233;culaire. Un solide est constitu&#233; de mol&#233;cules rigidement verrouill&#233;es. Lorsque celles-ci sont d&#233;sagr&#233;g&#233;es par les changements de temp&#233;rature et de pression, elles passent dans un &#233;tat plus fluide dans lequel les mol&#233;cules maintiennent une certaine proximit&#233; les unes avec les autres tout en acqu&#233;rant plus de mobilit&#233; que dans un solide. Une fois que les mol&#233;cules s'&#233;loignent les unes des autres et sont compl&#232;tement d&#233;tach&#233;es de leurs liaisons mutuelles, elles deviennent gazeuses. L'&#233;tat gazeux est l'&#233;tat de la mati&#232;re le plus diff&#233;rent du solide en ce qui concerne l'imbrication de ses constituants mol&#233;culaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi un liquide est d&#233;fini n&#233;gativement par ses relations &#224; l'&#233;tat solide sur l'une de ses fronti&#232;res et &#224; l'&#233;tat gazeux sur l'autre. Il est positivement d&#233;termin&#233; par son m&#233;lange particulier de coh&#233;sion et de mobilit&#233;. Si la capacit&#233; d'un liquide &#224; se transformer en son contraire &#224; chaque extr&#233;mit&#233; pr&#233;sente son caract&#232;re interm&#233;diaire, la combinaison de propri&#233;t&#233;s contraires fait ressortir la dualit&#233; intrins&#232;que de son &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsqu'un liquide bout, ces polarit&#233;s de volume d&#233;fini et de forme variable s'accentuent jusqu'&#224; l'extr&#234;me contradiction. &#192; la fois, au sein du syst&#232;me dans son ensemble, il existe &#224; la fois un volume d&#233;fini et ind&#233;fini, ainsi qu'une forme ind&#233;finie. Cette diff&#233;rence est r&#233;partie sur des parties du syst&#232;me, sur diff&#233;rentes mol&#233;cules. Ainsi, l'eau et la vapeur cohabitent ; certaines mol&#233;cules sont &#224; l'&#233;tat gazeux, d'autres &#224; l'&#233;tat liquide. Mais pour le syst&#232;me dans son ensemble, on ne peut dire ni qu'il est exclusivement gazeux, ni exclusivement liquide ; c'est en fait &#224; la fois gazeux et liquide : c'est bouillant. C'est l'&#233;tape de transition entre le liquide et le gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes choses ont une double nature, comme le montre un exemple tir&#233; de la g&#233;ographie plut&#244;t que de la chimie. Une plage est d&#233;finie &#224; la fois par l'eau et par la terre. Chacune de ces entit&#233;s physiques oppos&#233;es sont des &#233;l&#233;ments essentiels de sa composition. Enlevez l'un ou l'autre et la plage n'existe plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les formations transitionnelles se distinguent des choses ordinaires par le caract&#232;re exacerb&#233; de leur double constitution. Ils appartiennent &#224; un type particulier de processus, d'&#233;v&#233;nements et de formes dans la nature, la soci&#233;t&#233; et l'exp&#233;rience individuelle qui pr&#233;sentent des traits contradictoires exceptionnellement prononc&#233;s, presque outrageusement. Ils poussent la coexistence des contraires dans un tout unique jusqu'aux limites les plus extr&#234;mes et les plus anormales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ph&#233;nom&#232;nes sont si contradictoires qu'ils peuvent incarner le passage d'une &#233;tape ou d'une forme d'existence &#224; une autre. Puisque les principales caract&#233;ristiques des formations de transition appartiennent &#224; des stades de d&#233;veloppement cons&#233;cutifs mais qualitativement diff&#233;rents, elles doivent repr&#233;senter une combinaison de l'ancien et du nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le processus de la vie, les premiers produits du d&#233;veloppement ne sont n&#233;cessairement pas r&#233;alis&#233;s de mani&#232;re ad&#233;quate selon leurs propres conditions. Ce qui est nouveau fait sa premi&#232;re apparition dans et &#224; travers des formes sous-d&#233;velopp&#233;es et affirme son existence &#233;mergente dans la coquille de l'ancien. Le nouveau devenir peine &#224; d&#233;passer son mode d'existence ant&#233;rieur. Il passe d'une &#233;tape &#224; l'autre mais n'est pas encore assez mature, puissant ou pr&#233;dominant pour d&#233;truire et rejeter l'apr&#232;s-naissance de son &#233;tat natal et se tenir pleinement et fermement sur ses propres pieds. Comme le f&#339;tus, il reste d&#233;pendant des conditions de sa naissance ou, comme un nourrisson, d&#233;pendant de ses parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un d&#233;veloppement complet et normal, les formations transitionnelles passent par trois phases. 1. Une &#233;tape pr&#233;natale ou embryonnaire au cours de laquelle les fonctions, structures et caract&#233;ristiques de l'entit&#233; naissante se d&#233;veloppent et s'agitent dans le cadre de la forme d&#233;j&#224; &#233;tablie. 2. La perc&#233;e qualitative de sa p&#233;riode de naissance, lorsque l'ensemble des pouvoirs et des caract&#233;ristiques nouveaux r&#233;ussit &#224; briser l'ancienne forme et &#224; avancer pour son propre compte. &#192; ce stade, la nouvelle cr&#233;ation continue de conserver de nombreux r&#233;sidus appartenant &#224; son &#233;tat pr&#233;c&#233;dent. 3. La p&#233;riode de maturation pendant laquelle les caract&#233;ristiques r&#233;siduelles inadapt&#233;es &#224; son propre mode d'existence sont largement &#233;limin&#233;es et o&#249; la nouvelle entit&#233; se d&#233;veloppe indubitablement, fermement et fortement sur ses fondements distinctifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut du temps pour que les caract&#233;ristiques et fonctions uniques de quelque chose de nouveau manifestent leur potentiel, engendrent le type d'expression le plus appropri&#233; et se stabilisent dans une forme normale ou perfectionn&#233;e. Au d&#233;but de leur carri&#232;re, ils sont entrav&#233;s, souvent m&#234;me d&#233;figur&#233;s, par l'h&#233;ritage du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ph&#233;nom&#232;nes limites sont si significatifs &#8211; et d&#233;routants &#8211; parce qu'ils constituent le pont entre les &#233;tapes successives de l'&#233;volution. Leur nature hybride, incarnant des caract&#233;ristiques appartenant &#224; des phases de croissance antith&#233;tiques, &#233;claire &#224; la fois l'ancien et le nouveau, le pass&#233; et le futur. Gr&#226;ce &#224; eux, il est possible de voir comment et o&#249; la carapace de l'ancien est bris&#233;e par des forces antagonistes qui s'efforcent d'&#233;tablir les bases, les conditions de base, pour des formes d'existence sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque tournant de l'&#233;volution de la vie a donn&#233; naissance &#224; des esp&#232;ces aux caract&#233;ristiques contradictoires appartenant &#224; des formes s&#233;quentielles diff&#233;rentes. Ceux-ci t&#233;moignent de leur statut de trait d'union entre deux esp&#232;ces distinctes et successives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probl&#232;mes de classification&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant le plus important de l'&#233;volution organique fut le passage du singe &#224; l'homme. Ici, les scientifiques ont trouv&#233; des fossiles autrefois vivants pr&#233;sentant des caract&#233;ristiques oppos&#233;es. Structurellement, l' Australopith&#232;que sud-africain n'est pas tout &#224; fait un singe ni tout &#224; fait un homme ; c'est quelque chose entre les deux. Il se tenait habituellement debout et marchait droit aussi habilement que l'homme et son volume c&#233;r&#233;bral se rapproche de celui de l'homme. Le fait que ces &#234;tres utilisaient des outils, et se livraient ainsi &#224; une activit&#233; de travail pour obtenir leurs moyens d'existence, prouve qu'ils avaient franchi la fronti&#232;re s&#233;parant le singe de l'homme et s'&#233;taient lanc&#233;s dans un nouveau mode d'existence, malgr&#233; les lourds vestiges du primate. pass&#233;, ils les ont support&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment en raison de leurs traits hautement contradictoires et inachev&#233;s, les formes transitionnelles pr&#233;sentent des probl&#232;mes extr&#234;mement &#233;pineux de d&#233;finition et de classification pr&#233;cises aux scientifiques et aux universitaires. Ce sont les ph&#233;nom&#232;nes les plus &#233;nigmatiques. Il est souvent difficile, voire impossible, de d&#233;terminer &#224; quel c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re ils appartiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che consiste &#224; distinguer ce qui est v&#233;ritablement nouveau de ce qui est enracin&#233; dans les conditions d'existence pr&#233;c&#233;dentes, puis &#224; &#233;valuer le poids relatif des traits et des tendances de d&#233;veloppement contradictoires incorpor&#233;s dans le sp&#233;cimen. Les taxonomistes parmi les biologistes, les botanistes et les anthropologues physiques se sont engag&#233;s dans des controverses prolong&#233;es, &#226;pres et parfois peu concluantes sur la question de savoir si un sp&#233;cimen donn&#233; appartient correctement &#224; une cat&#233;gorie ou &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui d&#233;termine le lieu de classification ? La simple possession de l'un ou l'autre trait d'un type sup&#233;rieur ou inf&#233;rieur n'est pas consid&#233;r&#233;e comme une preuve concluante. La question est tranch&#233;e d'une mani&#232;re ou d'une autre par l'ensemble des caract&#233;ristiques par rapport &#224; ce qui s'est pass&#233; avant et &#224; ce qui en est ressorti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, les restes fossiles de l'Archaeopteryx pr&#233;sentent de nombreuses caract&#233;ristiques que l'on ne retrouve d&#233;sormais que chez les reptiles ou chez les embryons d'oiseaux : queue reptilienne, m&#226;choires avec des dents et ailes griffues. Pourtant c'est un v&#233;ritable oiseau. Cette classification sup&#233;rieure est justifi&#233;e par la pr&#233;sence de plumes et la structure des pattes et des ailes qui l'&#233;quipent pour le vol. L'Arch&#233;opt&#233;ryx avait franchi les limites de l'&#233;tat de reptile pour devenir la premi&#232;re incarnation d'une forme sup&#233;rieure de cr&#233;ature vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les difficult&#233;s de classification r&#233;sultant des caract&#233;ristiques contradictoires des ph&#233;nom&#232;nes de transition sont bien illustr&#233;es par la controverse actuelle parmi les autorit&#233;s sur l'homme primitif &#224; propos des nouvelles d&#233;couvertes de fossiles dans les gorges d'Olduvai au Tanganyika. (Voir Current Anthropology , octobre 1965.) Ce site c&#233;l&#232;bre a fourni des preuves d'homino&#239;des utilisant et fabriquant des outils &#224; des niveaux remontant &#224; plus de deux millions d'ann&#233;es - les plus anciens jamais d&#233;couverts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me pos&#233; par les derni&#232;res d&#233;couvertes concerne un groupe de restes fossiles nomm&#233; Homo habilis . Le Code international de nomenclature zoologique (1961) insistait sur la division des Hominid&#233;s en deux genres : Australopith&#232;que et Homo . Il n'autorisait aucun groupe interg&#233;n&#233;rique ou ambig&#233;n&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Homo habilis ne rentre dans aucune de ces cat&#233;gories oppos&#233;es. Il s'&#233;cartait de l'Australopith&#232;que par son sch&#233;ma morphologique plus humanis&#233; (traits biologiques), mais plus significativement encore parce qu'il avait franchi le pas d&#233;cisif de fabriquer des outils en pierre selon un sch&#233;ma r&#233;gulier et &#233;volutif. Bien que l'Australopith&#232;que utilisait et modifiait des outils et les ait peut-&#234;tre m&#234;me improvis&#233;s &#224; des fins imm&#233;diates, il ne fabriquait pas d'outils selon un mod&#232;le &#233;tabli. D'un autre c&#244;t&#233;, les traits biologiques et culturels d' Homo habilis &#233;taient en de&#231;&#224; du statut d' Homo .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dilemme auquel sont confront&#233;s les classificateurs a &#233;t&#233; formul&#233; comme suit par Phillip V. Tobias, professeur d'anatomie &#224; l'Universit&#233; de Witwatersrand : &#171; Le groupe habilis &#233;tait &#224; bien des &#233;gards interm&#233;diaire entre l'Australopith&#232;que et l'Homo . Devons-nous le consid&#233;rer comme l'esp&#232;ce d' Australopith&#232;que la plus avanc&#233;e ou comme l'esp&#232;ce d' Homo la plus primitive ? &#187; Aucune de ces solutions n'&#233;tait satisfaisante. &#034;Nous &#233;tions confront&#233;s &#224; une faiblesse fondamentale de la proc&#233;dure taxonomique classique : nos syst&#232;mes de classification ne tiennent pas suffisamment compte des formes interm&#233;diaires ou transitionnelles.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment le probl&#232;me a-t-il &#233;t&#233; r&#233;solu ? Tobias et LBJ Leakey ont conclu que, sur la base des preuves concernant ces restes d'hominid&#233;s, il &#233;tait n&#233;cessaire de reconna&#238;tre une nouvelle esp&#232;ce d'homme primitif qu'ils ont d&#233;sign&#233;e comme Homo habilis . Cette esp&#232;ce d'hominid&#233; &#233;tait plus jeune et plus avanc&#233;e que l'Australopith&#232;que, mais plus &#226;g&#233;e et moins mature qu'Homo .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande importance d' Homo habilis en tant que pont entre les Australopith&#232;ques et Homo est qu'il comble la derni&#232;re lacune restante dans la s&#233;quence de la phylog&#233;nie des hominid&#233;s du Pl&#233;istoc&#232;ne. La lign&#233;e de l'&#233;volution humaine comprend d&#233;sormais trois &#233;tapes distinctes : partiellement humanis&#233;e ( Australopith&#232;que ) ; nettement humanis&#233; ( Homo habilis ) ; et pleinement humanis&#233; ( Homo ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur Tobias conclut : &#171; Il y aura toujours des d&#233;bats sur les noms &#224; donner aux formes transitionnelles (comme Homo habilis ) ; mais la reconnaissance de leur statut interm&#233;diaire crucial est plus importante que le nom donn&#233; au taxon. Il semble que notre proc&#233;dure de nomenclature ne soit pas &#233;quivalente &#224; la d&#233;signation des &#171; cha&#238;nons manquants &#187; alors que les &#233;carts se sont r&#233;tr&#233;cis jusqu'&#224; atteindre des gradations aussi fines que celles qui existent aujourd'hui dans la s&#233;quence des hominid&#233;s du Pl&#233;istoc&#232;ne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le fait remarquer Tobias en r&#233;ponse aux objections de ses critiques : &#171; Les formes interm&#233;diaires (&#171; cha&#238;nons manquants &#187;) provoquent toujours des probl&#232;mes taxonomiques, m&#234;me si elles ont un bon sens phylog&#233;n&#233;tique. &#187; Une fois qu'il a &#233;t&#233; &#233;tabli qu'Homo habilis n'appartenait pas correctement &#224; l'un ou l'autre groupe, il fallait lui accorder un statut distinct. Ce que cela devrait &#234;tre &#233;tait d&#233;termin&#233; par sa place sp&#233;cifique dans l'ascension &#233;volutive de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas un australopith&#232;que car il avait atteint la capacit&#233; de fabriquer des outils &#224; l'aide d'autres outils. Pourtant, il n'avait pas suffisamment progress&#233; sur la voie de l'humanisation pour justifier son inclusion avec Homo . Il n'y avait pas d'autre alternative que de le reconna&#238;tre comme une esp&#232;ce nouvelle et distincte du genre Homo .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tobias sugg&#232;re que le nouveau groupe d'hominid&#233;s aurait pu &#234;tre d&#233;sign&#233; Australopithecus-Homo habilis . Le compromis consistant &#224; en faire une sous-cat&#233;gorie aurait fait ressortir sa position &#233;mergente mais pas sa nature distinctive ni son destin ult&#233;rieur. Il poss&#232;de &#233;videmment suffisamment d'attributs importants pour m&#233;riter un statut ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toutes les formations transitionnelles, la diff&#233;rence qualitative de l'Homo habilis r&#233;sidait dans sa combinaison particuli&#232;re de caract&#233;ristiques, l'une ressemblant &#224; son pr&#233;d&#233;cesseur, l'autre anticipant son successeur. Le poids relatif de ces &#233;l&#233;ments contradictoires a chang&#233; au cours de son &#233;volution. Il s'est &#233;loign&#233; et au-del&#224; du genre ant&#233;c&#233;dent &#224; mesure qu'il s'est rapproch&#233; des premiers membres du stade sup&#233;rieur suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel a fourni une cl&#233; pour comprendre les formations transitionnelles par les concepts d'&#234;tre d&#233;termin&#233; et de limite analys&#233;s dans la premi&#232;re section de La Logique . Toute chose est ce qu'elle est en vertu des n&#233;gations qui fixent ses limites qualitatives. Ce dont il sort et ce dans quoi il passe sont des &#233;l&#233;ments essentiels de son &#234;tre. Cet &#234;tre est un processus perp&#233;tuel de devenir, de d&#233;termination et de red&#233;termination continuelles &#224; travers l'interaction des forces contradictoires en lui-m&#234;me. Ceux-ci le poussent &#224; devenir quelque chose d'autre qu'il a &#233;t&#233; ou qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Homo habilis doit &#234;tre d&#233;sign&#233; comme un &#234;tre d&#233;termin&#233;, c'est-&#224;-dire un groupement qualitativement distinct d&#233;limit&#233; d'un c&#244;t&#233; par l'Australopith&#232;que et de l'autre par Homo . Cette esp&#232;ce transitionnelle est d&#233;limit&#233;e par ses liens organiques avec les &#233;tapes ant&#233;rieures et post&#233;rieures de l'&#233;volution humaine. Son statut particulier d&#233;pend de ses diff&#233;rences qualitatives par rapport &#224; ces d&#233;terminants oppos&#233;s. Dans la mesure o&#249; ces diff&#233;rences s'effacent, elles passent et se confondent avec l'une ou l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition de la collecte alimentaire &#224; la production alimentaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transitions majeures au sein de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; pr&#233;sentent des traits contradictoires d'une mani&#232;re aussi frappante que le passage du singe &#224; l'homme. D'autres modifications de l'&#233;quipement physique de l'homme perdent de leur importance avec l'apparition de l' Homo sapiens . &#192; partir de ce moment, les lois du d&#233;veloppement social et historique, qui trouvent leur origine dans l'activit&#233; de travail et se fondent sur la croissance des forces productives, ont pris pleinement le contr&#244;le de l'&#233;volution de notre esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait possible de parcourir tout le cours de l'histoire sociale, dans la mesure o&#249; elle est connue, et de s&#233;lectionner pour l'&#233;tude une diversit&#233; de formes de transition dans lesquelles le nouveau se m&#234;le &#224; l'ancien et lutte pour le remplacer avec plus ou moins de succ&#232;s. . Nous ne pouvons donner que quelques exemples marquants pour clarifier en termes g&#233;n&#233;raux la nature int&#233;rieurement divis&#233;e des processus de transition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par la structure du premier chapitre de l'existence humaine, l'&#226;ge de pierre, qui a dur&#233; des centaines de milliers d'ann&#233;es. Durant toute cette p&#233;riode, aucun changement fondamental ne s'est produit dans les activit&#233;s &#233;conomiques des hommes. Ils acqu&#233;raient leurs moyens de subsistance exclusivement par diff&#233;rents moyens de cueillette de nourriture : la chasse, la p&#234;che (c'est-&#224;-dire la chasse dans l'eau) et la recherche de racines, de noix, de fruits, d'insectes et de petit gibier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;tat primitif de sauvagerie prend fin et le niveau sup&#233;rieur d'existence sociale, la barbarie, commence, avec le remplacement de la cueillette de nourriture par la production alimentaire. Cette nouvelle &#233;tape dans la cr&#233;ation de richesses mat&#233;rielles a &#233;t&#233; provoqu&#233;e il y a 10 &#224; 12 000 ans par la domestication des animaux et l'introduction des cultures c&#233;r&#233;ali&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les arch&#233;ologues, en collaboration avec d'autres sp&#233;cialistes scientifiques, &#233;tendent leurs investigations tant dans l'Ancien Monde que dans le Nouveau Monde pour comprendre comment, pourquoi et plus pr&#233;cis&#233;ment quand et o&#249; s'est produit ce changement d'&#233;poque. a eu lieu. Ils ont mis au jour beaucoup plus de traces des origines de l'agriculture et de l'&#233;levage qu'on n'en connaissait auparavant, de sorte qu'un aper&#231;u pr&#233;cis des &#233;tapes de la grande r&#233;volution productrice de nourriture commence &#224; se dessiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture est peut-&#234;tre n&#233;e de mani&#232;re ind&#233;pendante dans plusieurs endroits de notre plan&#232;te. Il est apparu presque simultan&#233;ment aux extr&#233;mit&#233;s oppos&#233;es de la terre, au Moyen-Orient et au Mexique, vers 7 000 av. On en sait davantage sur l'origine et la diffusion de l'agriculture gr&#226;ce aux sites arch&#233;ologiques du Moyen-Orient qu'en Am&#233;rique centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas, il semble que la domestication des animaux ait pr&#233;c&#233;d&#233; la culture des plantes. &#192; Zarvi Chemi Shanidan, non loin au nord de Jarmo, dans les collines du nord de l'Irak, des arch&#233;ologues de l'Universit&#233; de Columbia ont trouv&#233; des indications selon lesquelles, en passant de la vie troglodyte aux campements en plein air vers 9 000 avant JC, les habitants, qui chassaient autrefois de nombreuses ch&#232;vres sauvages et parfois des moutons sauvages, avaient apprivois&#233; des moutons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le type d'outils disponibles sur des sites ouverts similaires dans le nord de la Palestine, en Irak et en Iran a montr&#233; que les personnes qui vivaient dans ces camps, lorsqu'elles chassaient et ramassaient la plupart de leur nourriture, poss&#233;daient des faucilles et des mortiers. Si l'on y ajoute les nombreux ossements d'animaux capables de domestication, cela sugg&#232;re qu'ils sont peut-&#234;tre d&#233;j&#224; devenus des producteurs r&#233;guliers de nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site le plus ancien encore d&#233;couvert d'une communaut&#233; situ&#233;e &#224; la fronti&#232;re entre l'ancien et le nouvel &#226;ge de pierre se trouve &#224; J&#233;richo en Palestine. Il y a neuf mille ans, les habitants de cette oasis du d&#233;sert cultivaient des c&#233;r&#233;ales et &#233;levaient des moutons et des ch&#232;vres, en plus de chasser et collectionner. Cependant, ils ne fabriquaient pas encore de poterie ni n'utilisaient de haches en pierre broy&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc difficile de savoir si les villageois de J&#233;richo I, la plus ancienne colonie, compl&#233;taient simplement leur alimentation par la production alimentaire, ou s'ils &#233;taient all&#233;s jusqu'&#224; faire de la production alimentaire le fondement de leur &#233;conomie. Dans ce cas, ils auraient d&#233;pass&#233; les fronti&#232;res de la sauvagerie et seraient entr&#233;s dans la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est plus claire, mais pas encore indubitable, dans le cas du village le plus ancien, Jarmo, au Kurdistan, un village d'environ 30 maisons qui a &#233;t&#233; reconstruit 15 fois apr&#232;s sa fondation. Ses couches les plus profondes remontent &#224; environ 6750 avant JC. Les habitants poss&#233;daient des ch&#232;vres et des moutons domestiqu&#233;s. Non seulement ils cultivaient des c&#233;r&#233;ales comme plantes cultiv&#233;es, ce qui implique une histoire ant&#233;rieure consid&#233;rable, mais ils poss&#233;daient la plupart des &#233;quipements utilis&#233;s par les agriculteurs n&#233;olithiques ult&#233;rieurs pour transformer les c&#233;r&#233;ales en pain. Ils avaient des lames de faucilles en silex, des mortiers ou des quernes pour casser le grain, des fours pour le dess&#233;cher et des bols en pierre pour manger leur bouillie. Dans les niveaux sup&#233;rieurs, la poterie avait commenc&#233; &#224; remplacer certains r&#233;cipients en pierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela implique que les habitants de Jarmo avaient laiss&#233; derri&#232;re eux la collecte de nourriture et vivaient de ce qu'ils produisaient eux-m&#234;mes. Ils &#233;taient devenus des producteurs alimentaires &#224; part enti&#232;re, de v&#233;ritables villageois et agriculteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;clairage int&#233;ressant sur l'aspect botanique de ce processus de transformation a &#233;t&#233; fourni par les donn&#233;es accumul&#233;es par le botaniste arch&#233;ologique Hans Helbaek du Mus&#233;e national danois. Les changements successifs dans les d&#233;tails des grains carbonis&#233;s et dans les empreintes des parties v&#233;g&#233;tales peuvent en dire autant &#224; un botaniste &#224; l'&#339;il per&#231;ant que les changements successifs dans les outils et les artefacts peuvent en dire &#224; un arch&#233;ologue. Les plantes et les animaux domestiqu&#233;s sont des artefacts vivants, produits des modifications et des manipulations de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le botaniste danois a conclu que le bl&#233; et l'orge Jarmo &#233;taient des vari&#233;t&#233;s pr&#233;coces cultiv&#233;es depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations. Leurs producteurs &#233;taient &#224; plusieurs pas des premiers agriculteurs qui auraient pr&#233;lev&#233; les graines de plantes &#224; l'&#233;tat sauvage. Qui &#233;taient donc ces pionniers ? Les creuseurs ont r&#233;cemment d&#233;couvert des caches de c&#233;r&#233;ales sauvages dans des villages de chasseurs et de ramasseurs de graines. Ils ont peut-&#234;tre commenc&#233; &#224; r&#233;colter des c&#233;r&#233;ales sauvages avant de planter intentionnellement le premier bl&#233; et l'orge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, un village de chasseurs d'environ 200 petites maisons en pierre d&#233;couvert &#224; Mureybat, dans le nord de la Syrie, contenait des ossements d'animaux sauvages &#224; chacun des 17 niveaux. Des graines d'orge sauvage et de bl&#233; sont apparues au cinqui&#232;me niveau &#224; partir du bas, ainsi que des lames de faucille, des mortiers, des dalles de pierre plates et de petits foyers sur&#233;lev&#233;s remplis de gros cailloux et de cendres. Mauritz Van Loon, de l'Oriental Institute of Chicago, pense que les cailloux ont &#233;t&#233; chauff&#233;s et utilis&#233;s pour casser les graines sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu environ 2 500 ans pour passer de la chasse &#224; l'agriculture et arriver aux premiers villages agricoles. Selon les indications actuelles, la s&#233;quence d'&#233;tapes de cette r&#233;volution productrice d'aliments a commenc&#233; avec la domestication des animaux vers 10 000 avant JC, s'est poursuivie dans les hameaux de collecteurs de graines et a culmin&#233; avec l'&#233;mergence de communaut&#233;s agricoles vers 7 500 avant JC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit montre qu'avant de pouvoir se d&#233;barrasser de leur d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la cueillette de nourriture, les premiers domestiqu&#233;s de plantes et d'animaux ont d&#251; passer par des &#233;tapes interm&#233;diaires au cours desquelles le mode primitif d'obtention des moyens de subsistance &#233;tait combin&#233; soit &#224; la nourriture, soit &#224; l'&#233;levage, voire m&#234;me &#224; l'&#233;levage. les deux. Dans la premi&#232;re phase, la production alimentaire est rest&#233;e subordonn&#233;e et compl&#233;mentaire &#224; la chasse et &#224; la recherche de nourriture jusqu'&#224; ce que les nouvelles techniques et forces de production deviennent pr&#233;dominantes. Juste avant ce tournant crucial, une p&#233;riode a d&#251; arriver o&#249; les activit&#233;s totales et le produit du travail communal &#233;taient r&#233;partis &#224; peu pr&#232;s &#233;galement entre les deux, et il aurait &#233;t&#233; difficile de dire si le groupe appartenait &#224; une cat&#233;gorie ou &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction interne serait r&#233;solue par le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de nouvelles forces productives plus dynamiques. Ainsi, lorsque l'alimentation et l'&#233;levage ont &#233;t&#233; introduits dans la culture europ&#233;enne de l'&#226;ge de pierre, moins avanc&#233;e, quelques milliers d'ann&#233;es plus tard, les habitants de Starcevo qui vivaient dans la p&#233;ninsule balkanique ont appris &#224; pratiquer un syst&#232;me de rotation des cultures et des p&#226;turages qui rendait la chasse et la p&#234;che moins difficiles. et moins vital pour leur &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ambigu&#239;t&#233;s insurmontables de la fronti&#232;re s&#233;parant les cueilleurs et les producteurs de nourriture ont &#233;t&#233; soulign&#233;es dans un r&#233;cent r&#233;cit de l'essor de la civilisation m&#233;sopotamienne. &#171; Avec le mat&#233;riel dont nous disposons, nous ne pouvons pas identifier le passage crucial d'une &#233;conomie de collecte de nourriture &#224; une &#233;conomie de production alimentaire. On peut affirmer que les houes pourraient &#234;tre utilis&#233;es aussi bien pour arracher que pour labourer, les faucilles pour r&#233;colter le bl&#233; naturel ou cultiv&#233;, les quernes et les mortiers pour broyer et piler les graines sauvages ou m&#234;me les pigments min&#233;raux ; et il n'est pas toujours facile de d&#233;cider si les os de mouton ou de b&#233;tail appartenaient &#224; des animaux sauvages ou &#224; des animaux domestiques. Tout bien consid&#233;r&#233;, notre meilleur crit&#232;re est peut-&#234;tre la pr&#233;sence sur un site d'habitations permanentes, car l'agriculture lie l'homme &#224; la terre. Mais l&#224; encore, il est parfois difficile de tracer une ligne nette entre les cabanes en pierre des chasseurs, pour qui l'agriculture &#233;tait une activit&#233; occasionnelle, et les fermes des paysans pleinement s&#233;dentaires. &#187; ( Irak ancien , Georges Roux, 1964. p. 54 .)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Village, ville et ville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture est la base des &#233;tablissements humains permanents qui ont fourni les principales forces motrices du progr&#232;s depuis l'&#233;poque sauvage. Le village, la ville et la cit&#233; sont les trois sortes de communaut&#233;s qui jalonnent le chemin de la barbarie &#224; la civilisation. L'&#233;volution du village vers la ville met en &#233;vidence le caract&#232;re transitionnel et contradictoire de la ville, deuxi&#232;me maillon de la s&#233;quence des habitations humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture a consolid&#233; et prolif&#233;r&#233;, voire cr&#233;&#233;, le village. Ce type d'&#233;tablissement durable constitue la cellule, l'unit&#233; de base de toutes les structures sociales enracin&#233;es dans l'agriculture. Il s'agit de formes de soci&#233;t&#233; qui s'&#233;tendent depuis la naissance de la barbarie jusqu'au capitalisme industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me des formations transitionnelles se pose avec le plus d'acuit&#233; apr&#232;s l'&#233;mergence de la communaut&#233; agricole par le d&#233;veloppement du village en ville aux d&#233;buts de la civilisation. Bas&#233; sur l'agriculture ou la polyculture avec un artisanat familial, le village est commun &#224; la fois &#224; la barbarie et &#224; la civilisation. Elle est peu nombreuse, autonome, avec une division rudimentaire du travail social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville est un village agrandi n&#233; de l'expansion des forces productives. C'est une agglom&#233;ration de r&#233;sidents permanents situ&#233;e entre le village et la ville et transitoire entre eux. Il est difficile de tracer une fronti&#232;re nette entre un village et une ville, mais il existe un point pr&#233;cis &#224; partir duquel la ville se transforme en ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville n'est pas seulement quantitativement mais aussi qualitativement diff&#233;rente d'un village ou d'une ville car elle repose sur un fondement &#233;conomique diff&#233;rent. C'est le r&#233;sultat d'une division du travail bien plus avanc&#233;e entre les habitants ruraux et urbains. Les rois, pr&#234;tres, fonctionnaires, soldats, artisans et marchands des villes ne produisent pas leur propre nourriture. Ils subsistent gr&#226;ce au surplus de nourriture provenant de la production des producteurs directs, agriculteurs ou p&#234;cheurs, qui peuvent dans certains cas habiter dans l'enceinte de la ville mais r&#233;sident pour la plupart dans des communaut&#233;s villageoises en dehors de ses murs ou de ses fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville est l'expression organis&#233;e, l'incarnation visible d'une soci&#233;t&#233; hautement stratifi&#233;e bas&#233;e sur la division entre les cultivateurs de la terre qui assurent la subsistance et les couches de consommateurs qui produisent d'autres biens et les administrateurs de diverses sortes qui remplissent des fonctions sociales sup&#233;rieures. La ville en vient &#224; dominer le pays et est la force qui civilise les barbares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville est d'un c&#244;t&#233; un village envahi par la v&#233;g&#233;tation et de l'autre une ville embryonnaire. Il pr&#233;sente des caract&#233;ristiques communes aux deux types d'habitat sans l'&#234;tre ni l'un ni l'autre. Contrairement au village, il n'est pas enti&#232;rement rural mais est plus grand et plus complexe. En m&#234;me temps, elle est plus petite, moins diversifi&#233;e, moins d&#233;velopp&#233;e, moins centralis&#233;e et moins puissante que la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni rurale ni urbaine, la ville a un caract&#232;re ind&#233;termin&#233; et une connotation impr&#233;cise et fluctuante. Il n'est pas facile de d&#233;gager l'ensemble des traits positifs qui distinguent la ville du village dont elle est issue ou du statut de ville vers lequel elle pourrait tendre. Cette ambigu&#239;t&#233; est inscrite dans sa constitution en tant que forme interm&#233;diaire d'&#233;tablissement permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville illustre ainsi la fluidit&#233; cong&#233;nitale d'une forme transitionnelle. Sa structure est amorphe ; ses fronti&#232;res sont floues. Cette ind&#233;termination, inh&#233;rente &#224; sa nature m&#234;me, se refl&#232;te dans le concept de &#171; ville &#187;, &#233;galement assombri par un flou insurmontable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA TRANSITION DE L'ESCLAVAGE ROMAIN AU F&#201;UDALISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de la cueillette &#224; la production alimentaire, du village &#224; la ville et de la propri&#233;t&#233; communale &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e sont des exemples majeurs de changements fondamentaux dans la vie de l'humanit&#233; sur la voie d'une soci&#233;t&#233; de classes. Alors que la soci&#233;t&#233; de classes passait de l'esclavage au capitalisme, de nombreuses formations hautement anormales sont n&#233;es du remplacement d'un mode de production fondamental par un autre. Un cas qui a suscit&#233; une controverse consid&#233;rable tant parmi les historiens universitaires que parmi les universitaires marxistes concerne la nature de l'organisation sociale en Occident issue de la chute de l'Empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; ouest-europ&#233;enne du IVe au IXe si&#232;cle apr&#232;s J.-C. se situait entre la ruine de l'&#201;tat esclavagiste romain et la naissance de la f&#233;odalit&#233;. Cette formation interm&#233;diaire r&#233;sultait du m&#233;lange d'&#233;l&#233;ments issus de la civilisation romaine d&#233;cadente et de la barbarie germanique en d&#233;sint&#233;gration &#8211; deux soci&#233;t&#233;s &#224; des niveaux de d&#233;veloppement tr&#232;s diff&#233;rents &#8211; en une configuration vari&#233;e qui ne se conformait ni au mode de production esclavagiste ant&#233;rieur ni &#224; la forme f&#233;odale. qui en est sorti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement historique depuis l'Antiquit&#233; esclavagiste jusqu'au f&#233;odalisme europ&#233;en a suivi un chemin plus complexe et plus d&#233;tourn&#233; que le passage du f&#233;odalisme au capitalisme. L'organisation f&#233;odale n'est pas issue directement et imm&#233;diatement de son pr&#233;d&#233;cesseur dans la s&#233;quence des soci&#233;t&#233;s de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Empire romain ne contenait aucune force sociale capable de remplacer l'ordre d'exploitation obsol&#232;te par une &#233;conomie plus productive. La population esclave s'est r&#233;volt&#233;e &#224; plusieurs reprises mais n'a pas eu acc&#232;s aux conditions &#233;conomiques et sociales n&#233;cessaires &#224; l'&#233;tablissement d'un nouvel ordre. Le syst&#232;me esclavagiste a sombr&#233; dans une impasse qui ne laissait aucune issue &#224; une r&#233;volution sociale et politique progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du IVe si&#232;cle, la civilisation romaine d&#233;cline. Le gouvernement imp&#233;rial fit faillite ; les villes se sont d&#233;labr&#233;es ; le commerce tomba dans des proportions insignifiantes ; les propri&#233;taires fonciers et les masses agraires v&#233;g&#233;taient dans l'isolement rural. Le d&#233;sordre g&#233;n&#233;ral et le d&#233;clin des forces productives ont marqu&#233; le d&#233;but de l'&#226;ge des t&#233;n&#232;bres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conditions de d&#233;composition ont dur&#233; pr&#232;s de cinq si&#232;cles. Cependant, &#224; cette &#233;poque, une lente revitalisation de la vie &#233;conomique commen&#231;ait &#224; se manifester sous la stagnation superficielle. L'agriculture &#233;tait au centre des processus de r&#233;g&#233;n&#233;ration. Pour jeter les bases d'une forme sup&#233;rieure de production sociale, il fallait reconstituer deux classes. L'une &#233;tait la force de travail des cultivateurs du sol ; l'autre &#233;tait la classe des propri&#233;taires fonciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le noyau originel de la paysannerie soumise provenait des petits agriculteurs, ou coloni , mais pas comme ils l'&#233;taient sous la domination romaine. Les colons pass&#232;rent de leur statut marginal de semi-serfs sous la domination romaine au statut d'agriculteurs libres organis&#233;s en communaut&#233;s dispers&#233;es jusqu'&#224; ce que, fuyant la faim, la d&#233;tresse et le danger, ils tomb&#232;rent en nombre consid&#233;rable sous la protection et donc sous la domination de la noblesse terrienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs ma&#238;tres &#233;taient &#233;galement d'une nouvelle race. Ils &#233;taient compos&#233;s de la noblesse nouvellement cr&#233;&#233;e, de la caste militaire et de la hi&#233;rarchie eccl&#233;siale qui sont devenues une aristocratie agraire distincte et puissante de 500 &#224; 1000 apr&#232;s JC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le si&#232;ge principal de la f&#233;odalit&#233; occidentale n'&#233;tait pas en Italie mais en France et en Allemagne. La transformation des conqu&#233;rants germaniques de Rome de la barbarie au f&#233;odalisme fut plus d&#233;terminante pour l'avenir que leur conversion concomitante au christianisme en raison des contributions indispensables qu'ils apport&#232;rent &#224; l'organisation sociale post-imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissolution des liens tribaux et claniques a conduit &#224; des diff&#233;renciations sociales prononc&#233;es entre les Francs et les autres peuples. De membres plus ou moins &#233;galis&#233;s des groupements tribaux, la masse de la population agricole s'est transform&#233;e d'abord en paysans libres, puis en serfs &#224; mesure qu'ils s'appauvrissaient et passaient &#224; la soumission h&#233;r&#233;ditaire &#224; leur seigneur suzerain. Le servage semble s'&#234;tre largement implant&#233; &#224; partir du IXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si la f&#233;odalit&#233; reposait sur de grandes propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res comme forme de propri&#233;t&#233;, elle n'&#233;tait pas enracin&#233;e dans une production &#224; grande &#233;chelle. La culture du sol &#233;tait assur&#233;e par de petits producteurs. Quelle que soit l'&#233;tendue du manoir ou du domaine du propri&#233;taire, il &#233;tait exploit&#233; par un groupe de familles de serfs ou de paysans. La transition &#233;conomique de l'esclavage au f&#233;odalisme consistait donc dans le remplacement des latifundia esclaves des propri&#233;taires romains et des m&#233;nages individuels des communaut&#233;s germaniques par un type de petite agriculture plus productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les envahisseurs ont fourni des ingr&#233;dients importants pour &#233;lever le niveau technique et social du r&#233;gime f&#233;odal naissant. Ils introduisirent de nouvelles cultures comme le seigle, l'avoine, l'&#233;peautre et le houblon, ainsi que le savon et le beurre. La charrue &#224; lourdes roues a permis le d&#233;veloppement du syst&#232;me de labour &#224; trois champs dont d&#233;pendait le manoir m&#233;di&#233;val. Gr&#226;ce &#224; l'&#233;trier, au collier du cheval, au harnais tandem et au fer, les chevaux pouvaient &#234;tre utilis&#233;s &#224; la place des b&#339;ufs pour tirer la charrue ; ils avaient quatre fois la puissance de traction des animaux de trait ant&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre innovation cl&#233; &#233;tait la roue hydraulique, connue depuis l'Antiquit&#233; mais utilis&#233;e uniquement sous sa forme la plus simple. Les moulins &#224; eau m&#233;di&#233;vaux &#233;taient des installations vastes et co&#251;teuses qui appartenaient aux seigneurs f&#233;odaux, mais dans lesquelles leurs d&#233;pendants pouvaient apporter leur grain pour le moudre. La cr&#233;ation d'une technologie agricole plus efficace au cours de l'&#226;ge des t&#233;n&#232;bres a ouvert la voie &#224; une augmentation de la productivit&#233; agricole en Europe du Nord &#224; partir du IXe si&#232;cle. Comme le souligne le professeur Lynn White dans Technology and Invention in the Middle Ages : &#171; En technologie, au moins, l'&#226;ge des t&#233;n&#232;bres marque une avanc&#233;e constante et ininterrompue sur l'Empire romain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines caract&#233;ristiques h&#233;rit&#233;es du collectivisme tribal ont &#233;galement eu des cons&#233;quences importantes dans la pr&#233;paration de l'av&#232;nement du nouvel ordre. Lorsque les terres conquises par les Allemands furent attribu&#233;es &#224; des m&#233;nages individuels et que la hi&#233;rarchie des subordonn&#233;s et des sup&#233;rieurs s'&#233;tablit, les bois et les p&#226;turages furent r&#233;serv&#233;s &#224; l'usage commun et de nombreuses autres coutumes d'activit&#233; collective furent conserv&#233;es. Ces vestiges de possession commune incorpor&#233;s &#224; l'&#233;conomie agraire renfor&#231;aient la solidarit&#233; communautaire, rendaient les serfs et les vilains moins d&#233;pendants de leurs ma&#238;tres et donnaient &#224; la masse des travailleurs ruraux un certain contr&#244;le sur leurs moyens de subsistance, ce qui att&#233;nuait leur servitude et augmentait leur marge. de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; qui s'&#233;tendait des empires romains aux empires carolingiens &#233;tait un conglom&#233;rat d'&#233;l&#233;ments englobant l'esclavage, la barbarie, l'agriculture paysanne et les relations f&#233;odales naissantes. La structure f&#233;odale s'est finalement cristallis&#233;e &#224; partir de ce plasma bigarr&#233; lorsque les d&#233;pendants romains et les colons germaniques ont renonc&#233; &#224; leurs positions de paysans libres et sont entr&#233;s dans le servage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cours contradictoire du d&#233;veloppement qui a marqu&#233; la p&#233;riode prolong&#233;e de transition de l'esclavage romain &#224; l'&#233;poque f&#233;odale invalide tout sch&#233;ma rigide d'&#233;volution historique fond&#233; sur une ligne de succession ind&#233;viante d'une forme de production &#224; la suivante. La population indig&#232;ne du monde romano-germanique est tomb&#233;e &#224; un niveau inf&#233;rieur de production et de culture avant de rassembler les conditions d'un mode d'existence sup&#233;rieur. Cette discontinuit&#233; dans la croissance &#233;conomique illustre la nature dialectique des processus concrets d'&#233;volution sociale. Loin de suivre m&#233;caniquement les voies prescrites, les peuples du pass&#233; ont souvent recul&#233; avant de franchir l'&#233;tape suivante du progr&#232;s historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabrication : le tremplin de l'artisanat &#224; l'industrie des machines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme a directement supplant&#233; le f&#233;odalisme en Europe occidentale et, ce faisant, a engendr&#233; un ensemble de ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques de transition. Parmi eux se trouvait l'industrie manufacturi&#232;re qui, en tant que pont entre l'industrie m&#233;di&#233;vale et moderne, fut l'un des d&#233;veloppements essentiels dans l'&#233;mergence de la soci&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les corporations artisanales urbaines, le ma&#238;tre artisan poss&#233;dait tous les moyens de production, depuis les mati&#232;res premi&#232;res jusqu'&#224; l'atelier qui abritait habituellement sa famille et sa main-d'&#339;uvre compos&#233;e d'apprentis et de compagnons. Il vendait le produit fini sur un march&#233; local et r&#233;glement&#233; et empochait les b&#233;n&#233;fices. Cette simple production marchande &#224; petite &#233;chelle &#233;tait extr&#234;mement restreinte, dispers&#233;e, routini&#232;re, statique et monopolistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me manufacturier a contourn&#233;, d&#233;mantel&#233; et remplac&#233; les associations de corporations, allant au-del&#224; de ce type d'industrie &#224; d'importants &#233;gards. Contrairement au ma&#238;tre de guilde, qui &#233;tait un petit producteur personnel, le fabricant rassemblait sous un m&#234;me toit de nombreux travailleurs sans propri&#233;t&#233;, achetait leur force de travail contre salaire et les soumettait au contr&#244;le du capital. Le travail est ainsi devenu social plut&#244;t qu'individuel. Chaque &#233;l&#233;ment des op&#233;rations de l'entrepreneur &#233;tait &#224; plus grande &#233;chelle : il lui fallait plus d'argent, de plus grandes quantit&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res, de vastes ateliers, de meilleurs outils, une subdivision d&#233;taill&#233;e du travail, une supervision intense, des calculs plus minutieux et une planification &#224; plus long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette croissance quantitative a g&#233;n&#233;r&#233; de nombreuses am&#233;liorations qualitatives dans l'industrie. L'industrie capitaliste &#233;tait bien plus productive, innovante et progressiste que le syst&#232;me des corporations. Pourtant, ses artisans, artisans et contrema&#238;tres utilisaient essentiellement les m&#234;mes m&#233;thodes techniques que leurs pr&#233;d&#233;cesseurs m&#233;di&#233;vaux. Ils disposaient de peu ou pas de puissance m&#233;canique et comptaient exclusivement sur un travail manuel utilisant des outils simples. Dans cette forme rudimentaire d'&#233;conomie capitaliste, les relations de production avanc&#233;es &#233;taient li&#233;es &#224; une technologie ancienne remontant &#224; l'aube de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction interne de ce type transitoire d'activit&#233; capitaliste a &#233;t&#233; bris&#233;e et surmont&#233;e avec l'introduction des machines &#224; vapeur dans l'industrie et les transports. L'industrie m&#233;canique a fa&#231;onn&#233; le prol&#233;tariat moderne ; elle a permis aux capitalistes d'exploiter au maximum le travail salari&#233; en r&#233;duisant la valeur des marchandises et en augmentant ainsi la plus-value produite par les ouvriers et appropri&#233;e par les capitalistes. C'est sur cette base technique que le mode de production capitaliste a pour la premi&#232;re fois pu voler de ses propres ailes et s'est lanc&#233; &#224; la conqu&#234;te du globe. Mais elle n'aurait pu se lancer dans cette carri&#232;re que si l'industrie avait laiss&#233; derri&#232;re elle le syst&#232;me des corporations et pr&#233;par&#233; l'av&#232;nement de la technologie la mieux adapt&#233;e aux besoins de l'accumulation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;gimes et soci&#233;t&#233;s de transition au XXe si&#232;cle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons des d&#233;buts du capitalisme &#224; sa phase finale et concentrons-nous sur les principaux probl&#232;mes pos&#233;s par la transformation de la soci&#233;t&#233; au XXe si&#232;cle, qui voit &#224; la fois l'agonie du capitalisme et les affres de l'accouchement du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus r&#233;volutionnaire contemporain vise &#224; saper et &#224; abolir le pouvoir et la propri&#233;t&#233; des propri&#233;taires capitalistes et des classes privil&#233;gi&#233;es archa&#239;ques qui s'accrochent comme des parasites &#224; leur domination. Le m&#233;canisme politique de cette r&#233;volution sociale consiste dans le transfert du pouvoir d'&#201;tat de ces classes poss&#233;dantes vers les principaux producteurs de richesse, le prol&#233;tariat et ses alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutionnaires du XXe si&#232;cle doivent op&#233;rer dans trois principaux types de situations transitionnelles. Consid&#233;rons-les dans l'ordre de progression vers les objectifs ultimes de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re s'&#233;tend sur la p&#233;riode de pr&#233;paration au renversement de l'ancien r&#233;gime. Les masses laborieuses passent d'une condition non r&#233;volutionnaire, o&#249; les fondements sociaux et politiques de l'ordre &#233;tabli sont stables et solides, &#224; une p&#233;riode pr&#233;-r&#233;volutionnaire ou, au-del&#224;, vers une confrontation directe avec les d&#233;tenteurs du pouvoir. &#192; ce stade, m&#234;me si la classe dirigeante perd son emprise, les forces destin&#233;es &#224; la d&#233;loger et &#224; la remplacer ne sont pas encore pr&#234;tes ou capables de contester sa supr&#233;matie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage d'une situation moins r&#233;volutionnaire &#224; une situation plus r&#233;volutionnaire n&#233;cessite une strat&#233;gie sp&#233;ciale employant un ensemble de revendications qui, d'une part, sont adapt&#233;es aux conditions et &#224; la conscience des masses et, d'autre part, les m&#232;neront vers l'objectif. de la conqu&#234;te du pouvoir. La reconnaissance des caract&#233;ristiques particuli&#232;res de cette p&#233;riode int&#233;rimaire dans le d&#233;veloppement de la lutte des classes &#8211; qui n'est ni totalement non r&#233;volutionnaire ni totalement r&#233;volutionnaire mais va dans cette direction &#8211; est la base objective des revendications transitionnelles incorpor&#233;es dans le programme de la Quatri&#232;me Internationale. adopt&#233;e lors de sa fondation en 1938.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but avou&#233; de ce programme est de promouvoir et de faciliter le passage du prol&#233;tariat du souci de ses besoins imm&#233;diats &#224; la compr&#233;hension de la n&#233;cessit&#233; de diriger sa lutte toujours plus consciemment et &#233;nergiquement contre les bases du r&#233;gime bourgeois. De cette mani&#232;re, un &#201;tat pr&#233;-r&#233;volutionnaire peut se transformer en un &#201;tat r&#233;volutionnaire, &#224; mesure que les masses passent des positions d&#233;fensives &#224; l'action offensive. Un tel pas a &#233;t&#233; franchi, par exemple, lors de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale fran&#231;aise de mai-juin 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus r&#233;volutionnaire de notre &#233;poque a un caract&#232;re permanent. Ainsi, une fois engag&#233;es dans une action r&#233;volutionnaire directe &#224; grande &#233;chelle, les masses entrent dans une deuxi&#232;me sorte de p&#233;riode de transition, plus &#233;lev&#233;e. La classe ascendante, destin&#233;e &#224; exercer la souverainet&#233; &#224; la place des anciens dirigeants, ne peut pas concentrer tout le pouvoir entre ses mains du jour au lendemain. Il est encore moins capable de reconstruire en profondeur les relations sociales dans son propre pays en quelques d&#233;cennies. Ainsi, apr&#232;s que l'alignement pr&#233;c&#233;dent des forces de classe a &#233;t&#233; radicalement boulevers&#233;, il s'ensuit g&#233;n&#233;ralement un intervalle plus ou moins prolong&#233; pendant lequel le r&#233;gime capitaliste ou colonialiste a &#233;t&#233; bris&#233; mais o&#249; un nouveau pouvoir gouvernemental stable, reposant carr&#233;ment sur les forces de classe r&#233;volutionnaires, n'a pas encore &#233;t&#233; mis en place. &#234;tre solidement &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant cette p&#233;riode de transition, o&#249; le pouvoir supr&#234;me est transf&#233;r&#233; des anciens dirigeants aux masses laborieuses, des formes de gouvernement peuvent appara&#238;tre qui sont extr&#234;mement contradictoires, divis&#233;es int&#233;rieurement, instables et &#233;ph&#233;m&#232;res. Le premier exemple d'un tel interr&#232;gne avait un caract&#232;re classique. C'est le gouvernement provisoire qui a tent&#233; en vain de gouverner la Russie entre les r&#233;volutions de f&#233;vrier et d'octobre 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de ce r&#233;gime paralys&#233; cherchaient &#224; imposer &#224; une nation en pleine r&#233;volution une configuration politique interm&#233;diaire entre le tsarisme et le bolchevisme, entre la domination obsol&#232;te de la monarchie et des propri&#233;taires terriens et la domination des ouvriers et des paysans, entre Capitalisme f&#233;odal et socialisme. Ce fut une exp&#233;rience d&#233;sesp&#233;r&#233;e et malheureuse car, dans les circonstances de la guerre mondiale et de la gravit&#233; des conflits de classes, aucun gouvernement hybride de ce type ne pouvait r&#233;soudre les probl&#232;mes urgents de la paix, du pain et de la terre. Le v&#233;ritable choix &#233;tait entre une dictature militaire contre-r&#233;volutionnaire ou la dictature des travailleurs soutenus par la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement provisoire et les soviets constituaient un double pouvoir dans lequel les camps de classes en conflit se compensaient. Pour sortir de l'impasse, il fallait &#233;craser et &#233;liminer l'un ou l'autre de ces opposants. Dans l'&#233;preuve de force qui s'ensuivit, les soviets sortirent victorieux, gr&#226;ce au type de leadership fourni par les bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1917, des situations analogues de double pouvoir sont apparues dans de nombreuses r&#233;volutions avec des r&#233;sultats vari&#233;s. Cuba et l'Alg&#233;rie ont fourni les exemples les plus r&#233;cents et les plus dramatiques dans les pays coloniaux. &#192; Cuba, gr&#226;ce aux qualifications exceptionnelles de Castro et des dirigeants du 26 juillet, la p&#233;riode de transition du double pouvoir de 1959 &#224; 1961 s'est sold&#233;e par l'&#233;viction des conciliateurs procapitalistes, la consolidation du r&#233;gime r&#233;volutionnaire et l'expropriation des autochtones et des autochtones. propri&#233;taires &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Alg&#233;rie, en revanche, le processus r&#233;volutionnaire n'a pas encore abouti &#224; une conclusion aussi heureuse. Apr&#232;s la conqu&#234;te de l'ind&#233;pendance nationale, la marche vers le socialisme a &#233;t&#233; interrompue par le coup d'&#201;tat contre Ben Bella et a r&#233;gress&#233; sous Boumedienne. L'Alg&#233;rie est le parfait exemple d'une r&#233;volution inachev&#233;e, stopp&#233;e &#224; mi-chemin de sa progression du colonialisme et du capitalisme vers un &#201;tat ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous am&#232;ne &#224; la troisi&#232;me et plus haute cat&#233;gorie des p&#233;riodes de transition de notre &#233;poque. Une fois que la question du pouvoir de classe a &#233;t&#233; r&#233;solue de mani&#232;re d&#233;cisive avec la victoire des ouvriers et des paysans et que les bases socio-&#233;conomiques du nouvel ordre ont &#233;t&#233; pos&#233;es par la d&#233;possession des capitalistes et des propri&#233;taires fonciers, une nouvelle formation sociale commence &#224; prendre forme. L'&#201;tat ouvrier a n&#233;cessairement un caract&#232;re transitoire. M&#234;me s'il s'est d&#233;tach&#233; des exploiteurs du travail et s'est engag&#233; sur la voie du socialisme, il lui reste encore &#224; d&#233;velopper les forces productives et &#224; cr&#233;er les relations humaines propres au nouveau syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che historique du pouvoir prol&#233;tarien est de r&#233;aliser les conditions pr&#233;alables au socialisme sur la base des nouveaux rapports de production. Ce serait un travail ardu et prolong&#233; dans les meilleures conditions. Malheureusement, le contexte historique mondial au cours des 50 premi&#232;res ann&#233;es de l'actuelle p&#233;riode de transition du capitalisme vers le socialisme s'est r&#233;v&#233;l&#233; bien plus d&#233;favorable que ne l'avaient pr&#233;vu les fondateurs du marxisme, car les premi&#232;res r&#233;volutions anticapitalistes victorieuses ont eu lieu dans les pays les moins pr&#233;par&#233;s au changement. de nouvelles m&#233;thodes de production et de politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les peuples, de la Russie &#224; Cuba, qui ont chass&#233; les classes poss&#233;dantes et &#233;tabli un pouvoir d'&#201;tat r&#233;volutionnaire de type socialiste, n'avaient pas connu auparavant de r&#233;novation de leurs structures sociales et politiques selon des lignes d&#233;mocratiques bourgeoises. Ils furent donc oblig&#233;s d'entreprendre des t&#226;ches pr&#233;socialistes telles que l'abolition de la f&#233;odalit&#233;, la r&#233;forme agraire, l'ind&#233;pendance et l'unification nationales, la d&#233;mocratisation de leur vie politique ainsi que le renversement de la domination imp&#233;rialiste et des relations capitalistes. Ils &#233;taient surcharg&#233;s par la combinaison colossale de t&#226;ches pr&#233;socialistes et socialistes &#224; la fois. Leur construction d'un nouvel ordre social a &#233;t&#233; rendue encore plus compliqu&#233;e et difficile par les pressions et les ing&#233;rences de l'imp&#233;rialisme et par leur retard &#233;conomique et culturel h&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, ces r&#233;gimes transitionnels ont &#233;t&#233; soumis &#224; divers degr&#233;s de d&#233;g&#233;n&#233;rescence ou de d&#233;formation. Ils pr&#233;sentent d'&#233;tranges m&#233;langes de caract&#233;ristiques progressistes et r&#233;gressives, les premi&#232;res appartenant &#224; la nouvelle soci&#233;t&#233; en devenir, les secondes d&#233;coulant des conditions pass&#233;es et des pressions imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, l'Union sovi&#233;tique regorge de contradictions &#224; tous les niveaux de sa vie. Dans cet &#201;tat ouvrier, les travailleurs n'ont aucun pouvoir politique et la libert&#233; d'expression est s&#233;v&#232;rement restreinte. Pour le transport, d'&#233;normes avions &#224; r&#233;action filent &#224; toute vitesse au-dessus des &#233;tendues sauvages sans pistes et des chemins de terre o&#249; les charrettes des paysans grincent dans des orni&#232;res bien us&#233;es, comme elles le font depuis des si&#232;cles. Un pays &#224; l'avant-garde de la technologie, de la science et de l'industrie est faible dans les sciences sociales &#8211; &#233;conomie politique, sociologie, histoire et philosophie &#8211; o&#249; son h&#233;ritage marxiste devrait en faire le plus fort. Le public sovi&#233;tique n'avait acc&#232;s &#224; aucune histoire fiable sur ses origines r&#233;volutionnaires &#224; l'occasion du 50e anniversaire d'octobre. De telles anomalies sont la marque de la structure sociale sovi&#233;tique, fa&#231;onn&#233;e et d&#233;form&#233;e au cours de la premi&#232;re phase de la transition du capitalisme au socialisme. Cependant, les contradictions ne sont pas seulement des stigmates et des pierres d'achoppement, mais aussi des moteurs de discorde et de progr&#232;s. Les &#201;tats ouvriers ne sont pas stagnants mais tr&#232;s mobiles. En derni&#232;re analyse, ils doivent soit revenir en arri&#232;re vers le capitalisme, soit avancer vers le socialisme. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, aucun des peuples qui ont aboli le capitalisme ne l'a r&#233;tabli. &#192; cet &#233;gard, l'histoire du XXe si&#232;cle a &#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; sens unique. Ce fait t&#233;moigne de l'immense puissance et de la vitalit&#233; des nouvelles institutions ainsi que de la d&#233;bilit&#233; et de la d&#233;sint&#233;gration du capitalisme mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements des &#201;tats ouvriers sont &#233;galement en mutation. Ils peuvent soit retomber dans le despotisme bureaucratique, soit progresser vers une plus grande d&#233;mocratie. Les trois &#233;tapes de l'histoire politique de l'Union sovi&#233;tique depuis 1917 d&#233;montrent cette dialectique. Apr&#232;s la d&#233;mocratie bouillonnante des premi&#232;res ann&#233;es r&#233;volutionnaires, le pays a &#233;t&#233; plong&#233; dans les terribles t&#233;n&#232;bres de la tyrannie de Staline pendant trois d&#233;cennies. Depuis lors, trop lentement mais s&#251;rement, on assiste &#224; un tournant vers la d&#233;mocratisation qui doit aboutir &#224; une confrontation entre les bureaucrates et les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Cuba, depuis le d&#233;but, malgr&#233; la r&#233;sistance et de brefs d&#233;tours en cours de route, la tendance principale a &#233;t&#233; vers une prise de d&#233;cision accrue par les masses. La rupture de la Tch&#233;coslovaquie avec l'autoritarisme et sa marche vers la d&#233;mocratisation en 1968 ont &#233;t&#233; stopp&#233;es et invers&#233;es par l'intervention militaire de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme de la Quatri&#232;me Internationale contient &#233;galement une s&#233;rie de propositions transitoires pour la lutte contre le bureaucratisme au sein des &#201;tats ouvriers d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s et d&#233;form&#233;s. Ces revendications sont con&#231;ues pour acc&#233;l&#233;rer et achever le mouvement vers la d&#233;mocratie ouvri&#232;re dans les pays postcapitalistes et l'adoption de politiques et de perspectives socialistes r&#233;volutionnaires qui peuvent att&#233;nuer les affres de l'enfantement de la nouvelle soci&#233;t&#233; et raccourcir l'intervalle entre l'abolition du pouvoir capitaliste et le mouvement priv&#233;. propri&#233;t&#233; et la cr&#233;ation de relations harmonieuses et &#233;gales pour toute l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les relations &#233;conomiques postcapitalistes et leurs superstructures existent depuis un demi-si&#232;cle, elles n'en sont qu'au stade &#233;l&#233;mentaire de leur processus historique de formation et restent sujettes &#224; toutes les infirmit&#233;s de l'enfance. De plus, ils doivent encore &#234;tre install&#233;s dans l'habitat le plus propice &#224; leur croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la soci&#233;t&#233; bourgeoise est issue de l'Europe occidentale f&#233;odale, les relations capitalistes n'ont pas pris possession d'un seul coup de l'ensemble de la vie sociale. Ils ont d'abord pr&#233;empt&#233; le domaine du commerce o&#249; s'accumulait la richesse mon&#233;taire. Pendant ce temps, la production de richesses mat&#233;rielles soit se poursuivait selon les anciennes m&#233;thodes, soit, comme dans le cas de l'industrie, passait &#224; une manufacture qui conservait les anciennes techniques artisanales. Les nouvelles lois du d&#233;veloppement capitaliste n'ont pas d&#233;pass&#233; toutes les limites, pris le contr&#244;le total de la vie &#233;conomique et sociale et d&#233;ploy&#233; leur immense puissance jusqu'&#224; la r&#233;volution industrielle du d&#233;but du XIXe si&#232;cle, bas&#233;e sur la machine &#224; vapeur, la grande industrie et l'usine. syst&#232;me, a profond&#233;ment transform&#233; les m&#233;thodes de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une incompl&#233;tude comparable a caract&#233;ris&#233;, et m&#234;me d&#233;figur&#233;, la premi&#232;re p&#233;riode de la transition du capitalisme au socialisme. Depuis 1917, les lois du d&#233;veloppement socio-&#233;conomique li&#233;es au nouveau syst&#232;me de production doivent fonctionner dans les conditions les moins favorables et les plus restrictives. Alors qu'ils n&#233;cessitaient les forces productives les plus avanc&#233;es pour fonctionner efficacement, ils &#233;taient confin&#233;s aux pays les plus pauvres et les plus arri&#233;r&#233;s, o&#249; ils devaient faire face &#224; des r&#233;gimes nationaux incomp&#233;tents et bureaucratis&#233;s ainsi qu'&#224; l'encerclement et &#224; l'hostilit&#233; imp&#233;rialistes &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans des circonstances historiques aussi d&#233;favorables, le nouveau mode de production bas&#233; sur la propri&#233;t&#233; nationalis&#233;e et le principe de planification a r&#233;v&#233;l&#233; son efficacit&#233; et enregistr&#233; des r&#233;alisations colossales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces succ&#232;s, les m&#233;thodes de d&#233;veloppement socialiste n'ont pas encore eu l'occasion de manifester leur v&#233;ritable potentiel. Implant&#233;s dans un sol pauvre, ils n'ont pas b&#233;n&#233;fici&#233; de la nutrition ni de l'atmosph&#232;re ad&#233;quates pour leur floraison. Comme Marx l'a soulign&#233; il y a longtemps, le socialisme a besoin d'une classe ouvri&#232;re pr&#233;pond&#233;rante et hautement cultiv&#233;e, d'une industrie puissante, d'une &#233;conomie bien &#233;quilibr&#233;e et d'une base internationale. Aucune de ces conditions pr&#233;alables au socialisme n'a pr&#233;valu au cours du premier demi-si&#232;cle de la r&#233;volution anticapitaliste internationale. Ils ont d&#251; &#234;tre cr&#233;&#233;s en grande partie de toutes pi&#232;ces, sous la pression de la conscription forc&#233;e et au prix de sacrifices intol&#233;rables de la part des masses laborieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, les lois de la transition du capitalisme au socialisme ont jusqu'&#224; pr&#233;sent re&#231;u une expression mutil&#233;e et inad&#233;quate. Heureusement, la configuration des conditions historiques responsables de cet &#233;cart n'a pas un caract&#232;re permanent mais temporaire. Les distorsions des &#201;tats ouvriers sont le produit n&#233;faste du confinement du pouvoir prol&#233;tarien dans les pays les moins d&#233;velopp&#233;s et de l'emprise du capitalisme sur les &#233;conomies les plus industrialis&#233;es. Ces handicaps peuvent &#8211; &#8203;&#8203;et seront &#8211; &#234;tre affaiblis et supprim&#233;s une fois que les travailleurs renverseront le r&#233;gime capitaliste dans une ou plusieurs puissances imp&#233;rialistes. Cette avanc&#233;e permettra aux nouvelles lois du d&#233;veloppement social de trouver un espace bien plus appropri&#233; et un champ d'application plus large pour leur expression et leur r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture historique actuelle pr&#233;sente ce caract&#232;re paradoxal. La p&#233;riode de transition du capitalisme au socialisme a elle-m&#234;me &#233;t&#233; oblig&#233;e, en raison des progr&#232;s in&#233;gaux de la r&#233;volution mondiale, de passer par une situation de transition angoissante dans laquelle les forces du syst&#232;me social naissant ont &#233;t&#233; parqu&#233;es dans une zone la moins adapt&#233;e &#224; leurs capacit&#233;s. . Ces restrictions anormales et &#233;pisodiques &#224; leur croissance peuvent &#234;tre &#233;limin&#233;es &#224; condition que la r&#233;volution socialiste s'&#233;tende &#224; l'Europe occidentale, au Japon et, surtout, &#224; l'Am&#233;rique du Nord. Lorsque les nouvelles tendances du d&#233;veloppement socialiste pourront s'op&#233;rer librement et pleinement dans un environnement favorable, l'humanit&#233; &#233;mancip&#233;e sera &#233;tonn&#233;e des r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/works/history/ch09.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/works/history/ch09.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TROTSKY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE REGIME TRANSITOIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai, comme l'affirment les autorit&#233;s officielles, que le socialisme soit d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233; en U.R.S.S.? Si la r&#233;ponse est n&#233;gative, les succ&#232;s acquis garantissent-ils tout au moins la r&#233;alisation du socialisme dans des fronti&#232;res nationales, ind&#233;pendamment du cours des &#233;v&#233;nements dans le reste du monde ? L'appr&#233;ciation critique des principaux indices de l'&#233;conomie sovi&#233;tique doit nous donner un point de d&#233;part dans la recherche d'une r&#233;ponse juste. Mais nous ne pouvons nous passer d'une remarque th&#233;orique pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme proc&#232;de du d&#233;veloppement de la technique, comme du ressort principal du progr&#232;s, et b&#226;tit le programme communiste sur la dynamique des forces de production. A supposer qu'une catastrophe cosmique ravage dans un avenir plus ou moins rapproch&#233; notre plan&#232;te, force nous serait de renoncer &#224; la perspective du communisme comme &#224; bien d'autres choses. Abstraction faite de ce danger, probl&#233;matique pour le moment, nous n'avons pas la moindre raison scientifique d'assigner par avance des limites, quelles qu'elles soient, &#224; nos possibilit&#233;s techniques, industrielles et culturelles. Le marxisme est profond&#233;ment p&#233;n&#233;tr&#233; de l'optimisme du progr&#232;s et cela suffit, soit dit en passant, &#224; l'opposer irr&#233;ductiblement &#224; la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base mat&#233;rielle du communisme doit consister en un d&#233;veloppement de la puissance &#233;conomique de l'homme tel que le travail productif, cessant d'&#234;tre une charge et une peine, n'ait besoin d'aucun aiguillon et la r&#233;partition &#8212; comme aujourd'hui dans une famille ais&#233;e ou une pension &#034;convenable&#034; &#8212; d'autre contr&#244;le que ceux de l'&#233;ducation, de l'habitude, de l'opinion publique. Il faut, pour parler franc, une forte dose de stupidit&#233; pour consid&#233;rer comme utopique une perspective aussi modeste en d&#233;finitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme a pr&#233;par&#233; les conditions et les forces de la r&#233;volution sociale : la technique, la science, le prol&#233;tariat. La soci&#233;t&#233; communiste ne peut pourtant pas succ&#233;der imm&#233;diatement &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise ; l'h&#233;ritage mat&#233;riel et culturel du pass&#233; est insuffisant. A ses d&#233;buts, l'Etat ouvrier ne peut encore ni permettre &#224; chacun de travailler &#034;selon ses capacit&#233;s&#034;, en d'autres termes, tant qu'il pourra et voudra, ni r&#233;compenser chacun &#034;selon ses besoins&#034;, ind&#233;pendamment du travail fourni. L'int&#233;r&#234;t de l'accroissement des forces productives oblige &#224; recourir aux normes habituelles du salaire, c'est-&#224;-dire &#224; la r&#233;partition de biens d'apr&#232;s la quantit&#233; et la qualit&#233; du travail individuel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx appelait cette premi&#232;re &#233;tape de la soci&#233;t&#233; nouvelle &#034;le stade inf&#233;rieur du communisme&#034;, le distinguant du stade sup&#233;rieur o&#249; dispara&#238;t, en m&#234;me temps que le dernier spectre du besoin, l'in&#233;galit&#233; mat&#233;rielle. &#034;Nous n'en sommes naturellement pas encore au communisme complet, dit la doctrine sovi&#233;tique officielle d'aujourd'hui, mais nous avons d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233; le socialisme, c'est-&#224;-dire le stade inf&#233;rieur du communisme.&#034; Et d'invoquer &#224; l'appui de cette th&#232;se, la supr&#233;matie des trusts d'Etat dans l'industrie, des kolkhozes dans l'agriculture, des entreprises &#233;tatis&#233;es et coop&#233;ratives dans le commerce. A premi&#232;re vue, la concordance est totale avec le sch&#233;ma a priori &#8212; et partant hypoth&#233;tique &#8212; de Marx. Mais du point de vue du marxisme pr&#233;cis&#233;ment, la question ne concerne pas les seules formes de la propri&#233;t&#233;, ind&#233;pendamment du rendement obtenu du travail. Marx entendait en tout cas par &#034;stade inf&#233;rieur du communisme&#034; celui d'une soci&#233;t&#233; dont le d&#233;veloppement &#233;conomique serait d&#232;s le d&#233;but sup&#233;rieur &#224; celui du capitalisme avanc&#233;. En th&#233;orie, cette fa&#231;on de poser la question est irr&#233;prochable, car le communisme, consid&#233;r&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale, constitue, m&#234;me dans son stade initial, &#224; son point de d&#233;part, un degr&#233; sup&#233;rieur par rapport &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Marx s'attendait d'ailleurs &#224; ce que les Fran&#231;ais commencent la r&#233;volution socialiste, que les Allemands auraient continu&#233;e et les Anglais achev&#233;e. Quant aux Russes, il restaient loin &#224; l'arri&#232;re-garde. La r&#233;alit&#233; a &#233;t&#233; inverse. Et tenter d'appliquer m&#233;caniquement au cas particulier de l'U.R.S.S., dans la phase actuelle de son &#233;volution, la conception historique universelle de Marx, c'est tomber aussit&#244;t dans d'inextricables contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie n'&#233;tait pas le cha&#238;non le plus r&#233;sistant mais bien le plus faible du capitalisme. L'U.R.S.S. actuelle ne d&#233;passe pas le niveau de l'&#233;conomie mondiale, elle ne fait que rattraper les pays capitalistes. Si la soci&#233;t&#233; qui devait se former sur la base de la socialisation des forces productives des pays les plus avanc&#233;s du capitalisme &#224; son &#233;poque repr&#233;sentait pour Marx le &#034;stade inf&#233;rieur du communisme&#034;, cette d&#233;finition ne s'applique manifestement pas &#224; l'U.R.S.S. qui reste &#224; ce jour beaucoup plus pauvre, quant &#224; la technique, aux biens et &#224; la culture, que les pays capitalistes. Il est donc plus exact d'appeler le r&#233;gime sovi&#233;tique actuel, avec toutes ses contradictions, non point socialiste mais transitoire entre le capitalisme et le socialisme, ou pr&#233;paratoire au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souci d'une juste terminologie n'implique aucun p&#233;dantisme. La force et la stabilit&#233; des r&#233;gimes se d&#233;finissent en dernier lieu par le rendement relatif du travail. Une &#233;conomie socialis&#233;e en train de d&#233;passer, techniquement, le capitalisme, serait r&#233;ellement assur&#233;e d'un d&#233;veloppement socialiste en quelque sorte automatique, ce que l'on ne peut malheureusement dire en aucune fa&#231;on de l'&#233;conomie sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des apologistes vulgaires de l'U.R.S.S. telle qu'elle est sont enclins &#224; raisonner &#224; peu pr&#232;s ainsi : m&#234;me en reconnaissant que le r&#233;gime sovi&#233;tique actuel n'est pas encore socialiste, le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des forces productives, sur les bases actuelles, doit t&#244;t ou tard amener le triomphe complet du socialisme. Seul le facteur temps est en ce cas discutable. Est-ce donc la peine de faire tant de bruit ? Si incontestable que paraisse ce raisonnement, il est en r&#233;alit&#233; tr&#232;s superficiel. Le temps n'est nullement un facteur secondaire quand il s'agit d'un processus historique : il est infiniment plus dangereux de confondre le pr&#233;sent et le futur en politique qu'en grammaire. Le d&#233;veloppement ne consiste pas, comme se le repr&#233;sentent les &#233;volutionnistes vulgaires du genre des Webb, en l'accumulation planifi&#233;e et &#034;l'am&#233;lioration&#034; constante de ce qui est. Il comporte des transformations de la quantit&#233; en qualit&#233;, des crises, des bonds en avant et des reculs. Pr&#233;cis&#233;ment parce que l'U.R.S.S. n'en est pas encore au premier stade du socialisme, syst&#232;me &#233;quilibr&#233; de production et de consommation, le d&#233;veloppement n'y est pas harmonieux, mais contradictoire. Les contradictions &#233;conomiques font na&#238;tre les antagonismes sociaux qui d&#233;ploient leur propre logique sans attendre le d&#233;veloppement des forces productives. Nous venons de le voir dans la question du koulak, qui n'a pas consenti &#224; se laisser &#034;assimiler&#034; par le socialisme et a exig&#233; une r&#233;volution compl&#233;mentaire &#224; laquelle les bureaucrates et leurs id&#233;ologues ne s'attendaient pas. La bureaucratie, entre les mains de laquelle se concentrent le pouvoir et la richesse, consentira-t-elle &#224; se laisser assimiler par le socialisme ? Il est permis d'en douter. Il serait en tout cas imprudent de se fier &#224; sa parole. Dans quel sens &#233;voluera, au cours des trois, cinq, dix ann&#233;es &#224; venir le dynamisme des contradictions &#233;conomiques et des antagonismes sociaux de la soci&#233;t&#233; sovi&#233;tique ? Il n'y a pas encore de r&#233;ponse d&#233;finitive et incontestable &#224; cette question. L'issue d&#233;pend de la lutte des forces vives de la soci&#233;t&#233; et pas seulement &#224; l'&#233;chelle nationale, mais aussi &#224; l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque nouvelle &#233;tape nous impose d&#232;s lors l'analyse concr&#232;te des tendances et des rapports r&#233;els, dans leur connexion et leur constante interd&#233;pendance. L'importance d'une analyse de ce genre va ressortir &#224; nos yeux dans la question de l'Etat sovi&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
PROGRAMME ET REALITE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Marx et Engels, L&#233;nine voit le premier trait distinctif de la r&#233;volution en ce qu'expropriant les exploiteurs elle supprime la n&#233;cessit&#233; d'un appareil bureaucratique dominant la soci&#233;t&#233;, et avant tout de la police et de l'arm&#233;e permanente. &#034;Le prol&#233;tariat a besoin de l'Etat, tous les opportunistes le r&#233;p&#232;tent&#034;, &#233;crivait L&#233;nine en 1917, deux ou trois mois avant la conqu&#234;te du pouvoir, &#034;mais ils oublient d'ajouter que le prol&#233;tariat n'a besoin que d'un Etat d&#233;p&#233;rissant, c'est-&#224;-dire tel qu'il commence aussit&#244;t &#224; d&#233;p&#233;rir et ne puisse pas ne pas d&#233;p&#233;rir&#034; (L'Etat et la r&#233;volution). Cette critique &#233;tait en son temps dirig&#233;e contre les socialistes r&#233;formistes du type des mencheviks russes, des fabiens anglais, etc. ; aujourd'hui, elle se retourne avec une force doubl&#233;e contre les idol&#226;tres sovi&#233;tiques et leur culte de l'Etat bureaucratique qui n'a pas la moindre intention de &#034;d&#233;p&#233;rir&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie est socialement requise toutes les fois que d'&#226;pres antagonismes sont en pr&#233;sence et qu'il faut les &#034;att&#233;nuer&#034;, les &#034;accommoder&#034;, les &#034;r&#233;gler&#034; (toujours dans l'int&#233;r&#234;t des privil&#233;gi&#233;s et des poss&#233;dants et toujours &#224; l'avantage de la bureaucratie elle-m&#234;me). L'appareil bureaucratique s'affermit et se perfectionne &#224; travers toutes les r&#233;volutions bourgeoises, si d&#233;mocratiques soient-elles. &#034;Le fonctionnariat et l'arm&#233;e permanente, &#233;crit L&#233;nine, sont des &#034;parasites&#034; sur le corps de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, des parasites engendr&#233;s par les contradictions internes qui d&#233;chirent cette soci&#233;t&#233;, mais pr&#233;cis&#233;ment des parasites qui en bouchent les pores...&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
A partir de 1918, c'est-&#224;-dire du moment o&#249; le parti dut consid&#233;rer la prise du pouvoir comme un probl&#232;me pratique, L&#233;nine s'occupa sans cesse de l'&#233;limination de ces &#034;parasites&#034;. Apr&#232;s la subversion des classes d'exploiteurs, explique-t-il et d&#233;montre-t-il dans l'Etat et la r&#233;volution, le prol&#233;tariat brisera la vieille machine bureaucratique et formera son propre appareil d'ouvriers et d'employ&#233;s, en prenant, pour les emp&#234;cher de devenir des bureaucrates, des &#034;mesures &#233;tudi&#233;es en d&#233;tail par Marx et Engels : 1&#176; &#233;ligibilit&#233; et aussi r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment ; 2&#176; r&#233;tribution non sup&#233;rieure au salaire de l'ouvrier ; 3&#176; passage imm&#233;diat &#224; un &#233;tat de choses dans lequel tous s'acquitteront des fonctions de contr&#244;le et de surveillance, dans lequel tous seront momentan&#233;ment des &#034;bureaucrates&#034;, personne ne pouvant pour cela m&#234;me se bureaucratiser.&#034; On aurait tort de penser qu'il s'agit pour L&#233;nine d'une oeuvre exigeant des dizaines d'ann&#233;es ; non, c'est un premier pas : &#034;On peut et on doit commencer par l&#224; en faisant la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes vues hardies sur l'Etat de la dictature du prol&#233;tariat trouv&#232;rent, un an et demi apr&#232;s la prise du pouvoir, leur expression achev&#233;e dans le programme du parti bolchevique et notamment dans les paragraphes concernant l'arm&#233;e. Un Etat fort, mais sans mandarins ; une force arm&#233;e, mais sans samoura&#239;s ! La bureaucratie militaire et civile ne r&#233;sulte pas des besoins de la d&#233;fense, mais d'un transfert de la division de la soci&#233;t&#233; en classes dans l'organisation de la d&#233;fense. L'arm&#233;e n'est qu'un produit des rapports sociaux. La lutte contre les p&#233;rils ext&#233;rieurs suppose, cela va de soi dans l'Etat ouvrier, une organisation militaire et technique sp&#233;cialis&#233;e qui ne sera en aucun cas une caste privil&#233;gi&#233;e d'officiers. Le programme bolchevique exige le remplacement de l'arm&#233;e permanente par la nation arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa formation, le r&#233;gime de la dictature du prol&#233;tariat cesse de la sorte d'&#234;tre celui d'un &#034;Etat&#034; au vieux sens du mot, c'est-&#224;-dire d'une machine faite pour maintenir dans l'ob&#233;issance la majorit&#233; du peuple. Avec les armes, la force mat&#233;rielle passe directement, imm&#233;diatement, aux organisations des travailleurs telles que les soviets. L'Etat, appareil bureaucratique, commence &#224; d&#233;p&#233;rir d&#232;s le premier jour de la dictature du prol&#233;tariat. Telle est la voix du programme qui n'a pas &#233;t&#233; abrog&#233; &#224; ce jour. Chose &#233;trange, on croirait une voix d'outre-tombe sortant du mausol&#233;e...&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque interpr&#233;tation que l'on donne de la nature de l'Etat sovi&#233;tique, une chose est incontestable : &#224; la fin de ses vingt premi&#232;res ann&#233;es, il est loin d'avoir &#034;d&#233;p&#233;ri&#034;, il n'a m&#234;me pas commenc&#233; &#224; &#034;d&#233;p&#233;rir&#034; ; pis, il est devenu un appareil de coercition sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire ; la bureaucratie, loin de dispara&#238;tre, est devenue une force incontr&#244;l&#233;e dominant les masses ; l'arm&#233;e, loin d'&#234;tre remplac&#233;e par le peuple en armes, a form&#233; une caste d'officiers privil&#233;gi&#233;s au sommet de laquelle sont apparus des mar&#233;chaux, tandis que le peuple, &#034;exer&#231;ant en armes la dictature&#034;, s'est vu refuser en U.R.S.S. jusqu'&#224; la possession d'une arme blanche. La fantaisie la plus exalt&#233;e concevrait difficilement contraste plus saisissant que celui qui existe entre le sch&#233;ma de l'Etat ouvrier de Marx-Engels-L&#233;nine et l'Etat &#224; la t&#234;te duquel se trouve aujourd'hui Staline. Tout en continuant &#224; r&#233;imprimer les oeuvres de L&#233;nine (en les censurant et en les mutilant, il est vrai), les chefs actuels de l'U.R.S.S. et leurs repr&#233;sentants id&#233;ologiques ne se demandent m&#234;me pas quelles sont les causes d'un &#233;cart aussi flagrant entre le programme et la r&#233;alit&#233;. Effor&#231;ons-nous de le faire &#224; leur place.&lt;br class='autobr' /&gt;
LE DOUBLE CARACT&#200;RE DE L'ETAT SOVI&#201;TIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature du prol&#233;tariat est un pont entre les soci&#233;t&#233;s bourgeoise et socialiste. Son essence m&#234;me lui conf&#232;re donc un caract&#232;re temporaire. L'Etat qui r&#233;alise la dictature a pour t&#226;che d&#233;riv&#233;e, mais tout &#224; fait primordiale, de pr&#233;parer sa propre abolition. Le degr&#233; d'ex&#233;cution de cette t&#226;che &#034;d&#233;riv&#233;e&#034; v&#233;rifie en un certain sens avec quel succ&#232;s s'accomplit l'id&#233;e ma&#238;tresse : la construction d'une soci&#233;t&#233; sans classes et sans contradictions mat&#233;rielles. Le bureaucratisme et l'harmonie sociale sont en proportion inverse l'un de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels &#233;crivait dans sa c&#233;l&#232;bre pol&#233;mique contre D&#252;hring : &#034;...Quand dispara&#238;tront en m&#234;me temps que la domination de classe et que la lutte pour l'existence individuelle, engendr&#233;e par l'anarchie actuelle de la production, les heurts et les exc&#232;s qui d&#233;coulent de cette lutte, il n'y aura plus rien &#224; r&#233;primer, le besoin d'une force sp&#233;ciale de r&#233;pression ne se fera plus sentir dans l'Etat.&#034; Le philistin croit &#224; l'&#233;ternit&#233; du gendarme. En r&#233;alit&#233; le gendarme ma&#238;trisera l'homme tant que l'homme n'aura pas suffisamment ma&#238;tris&#233; la nature. Il faut, pour que l'Etat disparaisse, que disparaissent &#034;la domination de classe et la lutte pour l'existence individuelle&#034;. Engels r&#233;unit ces deux conditions en une seule : dans la perspective de la succession des r&#233;gimes sociaux, quelques dizaines d'ann&#233;es ne comptent gu&#232;re. Les g&#233;n&#233;rations qui portent la r&#233;volution sur leurs propres &#233;paules se repr&#233;sentent autrement les choses. Il est exact que la lutte de tous contre tous na&#238;t de l'anarchie capitaliste. Mais la socialisation des moyens de production ne supprime pas automatiquement &#034;la lutte pour l'existence individuelle&#034;. Et c'est le pivot de la question !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat socialiste, m&#234;me en Am&#233;rique, sur les bases du capitalisme le plus avanc&#233;, ne pourrait pas donner &#224; chacun tout ce qu'il lui faut et serait par cons&#233;quent oblig&#233; d'inciter tout le monde &#224; produire le plus possible. La fonction d'excitateur lui revient naturellement dans ces conditions et il ne peut pas ne pas recourir, en les modifiant et en les adoucissant, aux m&#233;thodes de r&#233;tribution du travail &#233;labor&#233;es par le capitalisme. En ce sens pr&#233;cis, Marx &#233;crivait en 1875 que &#034;le droit bourgeois... est in&#233;vitable dans la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste sous la forme qu'il rev&#234;t en naissant de la soci&#233;t&#233; capitaliste apr&#232;s de longues douleurs d'enfantement. Le droit ne peut jamais s'&#233;lever au-dessus du r&#233;gime &#233;conomique et du d&#233;veloppement culturel conditionn&#233; par ce r&#233;gime &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, commentant ces lignes remarquables, ajoute : &#034;Le droit bourgeois en matiere de r&#233;partition des articles de consommation suppose naturellement l'Etat bourgeois, car le droit n'est rien sans un appareil de contrainte imposant ses normes. Il appara&#238;t que le droit bourgeois subsiste pendant un certain temps au sein du communisme, et m&#234;me que subsiste l'Etat bourgeois sans bourgeoisie !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette conclusion significative, tout &#224; fait ignor&#233;e des th&#233;oriciens officiels d'aujourd'hui, a une importance d&#233;cisive pour l'intelligence de la nature de l'Etat sovi&#233;tique d'aujourd'hui, ou plus exactement pour une premi&#232;re approximation dans ce sens. L'Etat qui se donne pour t&#226;che la transformation socialiste de la soci&#233;t&#233;, &#233;tant oblig&#233; de d&#233;fendre par la contrainte l'in&#233;galit&#233;, c'est-&#224;-dire les privil&#232;ges de la minorit&#233;, demeure dans une certaine mesure un Etat &#034;bourgeois&#034;, bien que sans bourgeoisie. Ces mots n'impliquent ni louange ni bl&#226;me ; ils appellent seulement les choses par leur nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les normes bourgeoises de r&#233;partition, en h&#226;tant la croissance de la puissance mat&#233;rielle, doivent servir &#224; des fins socialistes. Mais l'Etat acquiert imm&#233;diatement un double caract&#232;re : socialiste dans la mesure o&#249; il d&#233;fend la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production ; bourgeois dans la mesure o&#249; la r&#233;partition des biens a lieu d'apr&#232;s des &#233;talons capitalistes de valeur, avec toutes les cons&#233;quences d&#233;coulant de ce fait. Une d&#233;finition aussi contradictoire &#233;pouvantera peut-&#234;tre les dogmatiques et les scolastiques ; il ne nous restera qu'&#224; leur en exprimer nos regrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physionomie d&#233;finitive de l'Etat ouvrier doit se d&#233;finir par la modification du rapport entre ses tendances bourgeoises et socialistes. La victoire des derni&#232;res doit signifier la suppression irr&#233;vocable du gendarme, en d'autres termes la r&#233;sorption de l'Etat dans une soci&#233;t&#233; s'administrant elle-m&#234;me. Ce qui suffit &#224; faire ressortir l'immense importance du probl&#232;me de la bureaucratie sovi&#233;tique, fait et sympt&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il donne, de par toute sa formation intellectuelle, &#224; la conception de Marx sa forme la plus accentu&#233;e, que L&#233;nine r&#233;v&#232;le la source des difficult&#233;s &#224; venir, y compris les siennes propres, bien qu'il n'ait pas eu le temps de pousser son analyse &#224; fond. &#034;L'Etat bourgeois sans bourgeoisie&#034; s'est r&#233;v&#233;l&#233; incompatible avec une democratie sovi&#233;tique authentique. La dualit&#233; des fonctions de l'Etat ne pouvait manquer de se manifester dans sa structure. L'exp&#233;rience a montr&#233; ce que la th&#233;orie n'avait pas su pr&#233;voir avec une nettet&#233; suffisante : si &#034;l'Etat des ouvriers arm&#233;s&#034; r&#233;pond pleinement &#224; ses fins quand il s'agit de d&#233;fendre la propri&#233;t&#233; socialis&#233;e contre la contre-r&#233;volution, il en va tout autrement quand il s'agit de r&#233;gler l'in&#233;galit&#233; dans la sph&#232;re de la consommation. Ceux qui sont priv&#233;s de propri&#233;t&#233; ne sont pas enclins &#224; cr&#233;er des privil&#232;ges et &#224; les d&#233;fendre. La majorit&#233; ne peut pas se montrer soucieuse des privil&#232;ges de la minorit&#233;. Pour d&#233;fendre le &#034;droit bourgeois&#034;, l'Etat ouvrier se voit contraint de former un organe du type &#034;bourgeois&#034;, bref de revenir au gendarme, tout en lui donnant un nouvel uniforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fait de la sorte le premier pas vers l'intelligence de la contradiction fondamentale entre le programme bolchevique et la r&#233;alit&#233; sovi&#233;tique. Si l'Etat, au lieu de d&#233;p&#233;rir, devient de plus en plus despotique ; si les mandataires de la classe ouvri&#232;re se bureaucratisent, tandis que la bureaucratie s'&#233;rige au-dessus de la soci&#233;t&#233; r&#233;nov&#233;e, ce n'est pas pour des raisons secondaires, telles que les survivances psychologiques du pass&#233;, etc., c'est en vertu de l'inflexible n&#233;cessit&#233; de former et d'entretenir une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e, tant qu'il n'est pas possible d'assurer l'&#233;galit&#233; r&#233;elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les tendances bureaucratiques qui &#233;touffent le mouvement ouvrier devront aussi se manifester partout apr&#232;s la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Mais il est tout &#224; fait &#233;vident que plus est pauvre la soci&#233;t&#233; n&#233;e de la r&#233;volution et plus cette &#034;loi&#034; doit se manifester s&#233;v&#232;rement, sans d&#233;tour ; et plus le bureaucratisme doit rev&#234;tir des formes brutales ; et plus il peut devenir dangereux pour le d&#233;veloppement du socialisme. Ce ne sont pas les &#034;restes&#034;, impuissants en eux-m&#234;mes, des classes autrefois dirigeantes qui emp&#234;chent, comme le d&#233;clare la doctrine purement polici&#232;re de Staline, l'Etat sovi&#233;tique de d&#233;p&#233;rir et m&#234;me de se lib&#233;rer de la bureaucratie parasitaire, ce sont des facteurs infiniment plus puissants, tels que l'indigence mat&#233;rielle, le manque de culture g&#233;n&#233;rale et la domination du &#034;droit bourgeois&#034; qui en d&#233;coule dans le domaine qui int&#233;resse le plus directement et le plus vivement tout homme : celui de sa conservation personnelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
GENDARME ET &#034;BESOIN SOCIALISE&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune Marx &#233;crivait, deux ans avant le Manifeste communiste : &#034;Le d&#233;veloppement des forces productives est pratiquement la condition premi&#232;re absolument n&#233;cessaire [du communisme] pour cette raison encore que l'on socialiserait sans lui l'indigence et que l'indigence ferait recommencer la lutte pour le n&#233;cessaire et par cons&#233;quent ressusciter tout le vieux fatras...&#034; Cette id&#233;e, Marx ne l'a d&#233;velopp&#233;e nulle part, et ce n'est pas par hasard : il ne pr&#233;voyait pas la victoire de la r&#233;volution dans un pays arri&#233;r&#233;. L&#233;nine ne s'y est pas arr&#234;t&#233; non plus, et ce n'est pas davantage par hasard : il ne pr&#233;voyait pas un si long isolement de l'Etat sovi&#233;tique. Or, le texte que nous venons de citer n'&#233;tant chez Marx qu'une supposition abstraite, un argument par opposition, nous offre une clef th&#233;orique unique pour aborder les difficult&#233;s tout &#224; fait concr&#232;tes et les maux du r&#233;gime sovi&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le terrain historique de la mis&#232;re, aggrav&#233;e par les d&#233;vastations des guerres imp&#233;rialiste et civile, &#034;la lutte pour l'existence individuelle&#034;, loin de dispara&#238;tre au lendemain de la subversion de la bourgeoisie, loin de s'att&#233;nuer dans les ann&#233;es suivantes, a connu par moments un acharnement sans pr&#233;c&#233;dent : faut-il rappeler que des actes de cannibalisme se sont produits par deux fois dans certaines r&#233;gions du pays ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distance qui s&#233;pare la Russie de l'Occident ne se mesure v&#233;ritablement qu'&#224; pr&#233;sent. Il faudrait &#224; l'U.R.S.S., dans les conditions les plus favorables, c'est-&#224;-dire en l'absence de convulsions int&#233;rieures et de catastrophes ext&#233;rieures, plusieurs lustres pour assimiler compl&#232;tement l'acquis &#233;conomique et &#233;ducatif qui a &#233;t&#233;, pour les premiers n&#233;s de la civilisation capitaliste, le fruit des si&#232;cles. L'application des m&#233;thodes socialistes &#224; des t&#226;ches pr&#233;-socialistes, tel est maintenant le fond du travail &#233;conomique et culturel de l'U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que l'U.R.S.S. d&#233;passe aujourd'hui par ses forces productives les pays les plus avanc&#233;s du temps de Marx. Mais, tout d'abord, dans la comp&#233;tition historique de deux r&#233;gimes, il s'agit bien moins de niveaux absolus que de niveaux relatifs : l'&#233;conomie sovi&#233;tique s'oppose au capitalisme de Hitler, de Baldwin et de Roosevelt et non &#224; celui de Bismarck, de Palmerston et d'Abraham Lincoln ; en second lieu, l'ampleur m&#234;me des besoins de l'homme se modifi&#233; radicalement avec la croissance de la technique mondiale : les contemporains de Marx ne connaissaient ni l'automobile, ni la T. S. F., ni l'avion. Or la soci&#233;t&#233; socialiste serait inconcevable de notre temps sans le libre usage de tous ces biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le stade inf&#233;rieur du communisme&#034;, pour employer le terme de Marx, commence &#224; un niveau dont le capitalisme le plus avanc&#233; s'est rapproch&#233;. Or le programme r&#233;el des prochaines p&#233;riodes quinquennales des r&#233;publiques sovi&#233;tiques consiste &#224; &#034;rattraper l'Europe et l'Am&#233;rique&#034;. Pour cr&#233;er un r&#233;seau de routes goudronn&#233;es et d'autoroutes dans les vastes espaces de l'U.R.S.S., il faut beaucoup plus de temps et de moyens que pour importer d'Am&#233;rique des fabriques d'automobiles toutes pr&#234;tes et m&#234;me pour s'approprier leur technique. Combien d'ann&#233;es faudra-t-il pour donner &#224; tout citoyen la possibilit&#233; d'user d'une automobile dans toutes les directions sans rencontrer de difficult&#233;s de ravitaillement en essence ? Dans la soci&#233;t&#233; barbare, le pi&#233;ton et le cavalier formaient deux classes. L'auto ne diff&#233;rencie pas moins la soci&#233;t&#233; que le cheval de selle. Tant que la modeste Ford demeure le privil&#232;ge d'une minorit&#233;, tous les rapports et toutes les habitudes propres &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise survivent. Avec eux subsiste l'Etat, gardien de l'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proc&#233;dant uniquement de la th&#233;orie marxiste de la dictature du prol&#233;tariat, L&#233;nine n'a pu, ni dans son ouvrage capital sur la question (L'Etat et la r&#233;volution), ni dans le programme du parti, faire, concernant le caract&#232;re de l'Etat, toutes les d&#233;ductions impos&#233;es par la condition arri&#233;r&#233;e et l'isolement du pays. Expliquant les r&#233;surgences de la bureaucratie par l'inexp&#233;rience administrative des masses et les difficult&#233;s n&#233;es de la guerre, le programme du parti prescrit des mesures purement politiques pour surmonter les &#034;d&#233;formations bureaucratiques&#034; : &#233;ligibilit&#233; et r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment de tous les mandataires, suppression des privil&#232;ges mat&#233;riels, contr&#244;le actif des masses. On pensait que, sur cette voie, le fonctionnaire cesserait d'&#234;tre un chef pour devenir un simple agent technique, d'ailleurs provisoire, tandis que l'Etat quitterait peu &#224; peu, sans bruit, la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sous-estimation manifeste des difficult&#233;s futures s'explique par le fait que le programme se fondait enti&#232;rement, sans r&#233;serves, sur une perspective internationale. &#034;La r&#233;volution d'Octobre a r&#233;alis&#233; en Russie la dictature du prol&#233;tariat... L'&#232;re de la r&#233;volution prol&#233;tarienne communiste universelle s'est ouverte.&#034; Telles sont les premi&#232;res lignes du programme. Les auteurs de ce document ne se donnaient pas uniquement pour but l'&#233;dification du &#034;socialisme dans un seul pays&#034; &#8212; cette id&#233;e ne venait alors &#224; personne et &#224; Staline moins qu'&#224; tout autre &#8212; et ils ne se demandaient pas quel caract&#232;re prendrait l'Etat sovi&#233;tique s'il lui fallait accomplir seul pendant vingt ans les t&#226;ches &#233;conomiques et culturelles depuis longtemps accomplies par le capitalisme avanc&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La crise r&#233;volutionnaire d'apr&#232;s-guerre n'a cependant pas amen&#233; la victoire du socialisme en Europe : la social-d&#233;mocratie a sauv&#233; la bourgeoisie. La p&#233;riode qui paraissait &#224; L&#233;nine et &#224; ses compagnons d'armes devoir &#234;tre une courte &#034;tr&#234;ve&#034; est devenue toute une &#233;poque de l'histoire. La structure sociale contradictoire de l'U.R.S.S. et le caract&#232;re ultra-bureaucratique de l'Etat sovi&#233;tique sont les cons&#233;quences directes de cette singuli&#232;re &#034;difficult&#233;&#034; historique impr&#233;vue, qui a en m&#234;me temps amen&#233; les pays capitalistes au fascisme ou &#224; la r&#233;action pr&#233;fasciste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la tentative du d&#233;but &#8212; cr&#233;er un Etat d&#233;barrass&#233; du bureaucratisme &#8212; s'est avant tout heurt&#233;e &#224; l'inexp&#233;rience des masses en mati&#232;re d'auto-administration, au manque de travailleurs qualifi&#233;s d&#233;vou&#233;s au socialisme, etc., d'autres difficult&#233;s n'allaient pas tarder &#224; se faire sentir. La r&#233;duction de l'Etat &#224; des fonctions &#034;de recensement et de contr&#244;le&#034;, les fonctions de coercition s'amoindrissant sans cesse, comme l'exige le programme, supposait un certain bien-&#234;tre. Cette condition n&#233;cessaire faisait d&#233;faut. Le secours de l'Occident n'arrivait pas. Le pouvoir des soviets d&#233;mocratiques se r&#233;v&#233;lait g&#234;nant et m&#234;me intol&#233;rable quand il s'agissait de favoriser les groupes privil&#233;gi&#233;s les plus indispensables &#224; la d&#233;fense, &#224; l'industrie, &#224; la technique, &#224; la science. Une puissante caste de sp&#233;cialistes de la r&#233;partition se forma et se fortifia gr&#226;ce &#224; l'op&#233;ration nullement socialiste qui consistait &#224; prendre &#224; dix personnes pour donner &#224; une seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment et pourquoi les immenses succ&#232;s &#233;conomiques des derniers temps, au lieu d'amener un adoucissement de l'in&#233;galit&#233;, l'ont-ils aggrav&#233;e en accroissant encore la bureaucratie qui, de &#034;d&#233;formation&#034;, est devenue syst&#232;me de gouvernement ? Avant de tenter de r&#233;pondre &#224; cette question, &#233;coutons ce que les chefs les plus autoris&#233;s de la bureaucratie sovi&#233;tique disent de leur propre r&#233;gime.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;LA VICTOIRE COMPLETE DU SOCIALISME&lt;br class='autobr' /&gt;
ET &#034;L'AFFERMISSEMENT DE LA DICTATURE&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire compl&#232;te du socialisme a plusieurs fois &#233;t&#233; annonc&#233;e en U.R.S.S., et sous une forme particuli&#232;rement cat&#233;gorique &#224; la suite de la &#034;liquidation des koulaks en tant que classe&#034;. Le 30 janvier 1931, la Pravda, commentant un discours de Staline, &#233;crivait : &#034;Le deuxi&#232;me plan quinquennal liquidera les derniers vestiges des &#233;l&#233;ments capitalistes de notre &#233;conomie&#034; (soulign&#233; par nous). De ce point de vue, l'Etat devrait dispara&#238;tre sans retour dans le m&#234;me laps de temps, car il n'a plus rien &#224; faire l&#224; o&#249; les &#034;derniers vestiges&#034; du capitalisme sont liquid&#233;s. &#034;Le pouvoir des soviets, d&#233;clare &#224; ce sujet le programme du parti bolchevique, reconna&#238;t hautement l'in&#233;luctable caract&#232;re de classe de tout Etat, tant que n'a pas enti&#232;rement disparu la division de la soci&#233;t&#233; en classes et, avec elle, toute autorit&#233; gouvernementale.&#034; Mais sit&#244;t que d'imprudents th&#233;oriciens moscovites eurent tent&#233; de d&#233;duire de la liquidation des &#034;derniers vestiges du capitalisme&#034; &#8212; admise par eux comme une r&#233;alit&#233; &#8212; le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat, la bureaucratie d&#233;clara leurs th&#233;ories &#034;contre-r&#233;volutionnaires&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur th&#233;orique de la bureaucratie est-elle donc dans la proposition principale ou dans la d&#233;duction ? Dans les deux. L'opposition objectait aux premi&#232;res d&#233;clarations sur la &#034;victoire totale&#034; qu'on ne peut pas se borner &#224; consid&#233;rer les seules formes juridico-sociales des rapports, d'ailleurs encore contradictoires et manquant de maturit&#233; dans l'agriculture, en faisant abstraction du crit&#232;re principal : le niveau atteint par le rendement du travail. Les formes juridiques elles-m&#234;mes ont un contenu social qui varie profond&#233;ment selon le degr&#233; de d&#233;veloppement de la technique : &#034;Le droit ne peut jamais s'&#233;lever au-dessus du r&#233;gime &#233;conomique et du d&#233;veloppement culturel de la soci&#233;t&#233; conditionn&#233; par ce r&#233;gime&#034; (Marx). Les formes sovi&#233;tiques de la propri&#233;t&#233; fond&#233;es sur les acquisitions les plus r&#233;centes de la technique am&#233;ricaine et &#233;tendues &#224; toutes les branches de l'&#233;conomie donneraient d&#233;j&#224; le premier stade du socialisme. Les formes sovi&#233;tiques, en pr&#233;sence du bas rendement du travail, ne signifient qu'un r&#233;gime transitoire dont les destin&#233;es ne sont pas encore d&#233;finitivement pes&#233;es par l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;N'est-ce pas monstrueux &#8212; &#233;crivions-nous en mars 1932 &#8212;, le pays ne sort pas de la p&#233;nurie de marchandises, le ravitaillement s'interrompt &#224; chaque instant, les enfants manquent de lait et les oracles officiels proclament que &#034;le pays est entre dans la p&#233;riode socialiste&#034;. Peut-on compromettre plus f&#226;cheusement le socialisme ?&#034; Karl Radek, aujourd'hui l'un des publicistes en vue des milieux sovi&#233;tiques dirigeants, r&#233;pliquait &#224; cette objection dans un num&#233;ro sp&#233;cial du Berliner Tageblatt consacr&#233; &#224; l'U.R.S.S. (mai 1932) dans les termes suivants, dignes d'&#234;tre conserv&#233;s &#224; la post&#233;rit&#233; : &#034;Le lait est le produit de la vache et non du socialisme, et il faut vraiment confondre le socialisme avec l'image du pays o&#249; coulent des fleuves de lait pour ne pas comprendre qu'un pays peut s'&#233;lever &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur de d&#233;veloppement sans que, momentan&#233;ment, la situation mat&#233;rielle des masses populaires en soit sensiblement am&#233;lior&#233;e.&#034; Ces lignes ont &#233;t&#233; &#233;crites &#224; un moment o&#249; le pays &#233;tait en proie &#224; une terrible famine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme est le r&#233;gime de la production planifi&#233;e pour la satisfaction la meilleure des besoins de l'homme, faute de quoi il ne m&#233;rite pas son nom. Si les vaches sont d&#233;clar&#233;es propri&#233;t&#233; collective, mais s'il y en a trop peu ou si leurs pis sont trop maigres, des conflits commencent par suite du manque de lait : entre la ville et les campagnes. entre les kolkhozes et les cultivateurs ind&#233;pendants, entre les diverses couches du prol&#233;tariat, entre la bureaucratie et l'ensemble des travailleurs. C'est pr&#233;cis&#233;ment la socialisation des vaches qui les fit abattre en masses par les paysans. Les conflits sociaux engendr&#233;s par l'indigence peuvent &#224; leur tour amener le retour &#224; &#034;tout l'ancien fatras&#034;. Telle fut notre r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa r&#233;solution du 20 ao&#251;t 1935, le VIIe congr&#232;s de l'Internationale communiste certifie solennellement que &#034;la victoire d&#233;finitive et irr&#233;vocable du socialisme et l'affermissement &#224; tous &#233;gards de l'Etat de la dictature du prol&#233;tariat&#034; sont en U.R.S.S. les r&#233;sultats des succ&#232;s de l'industrie nationalis&#233;e, de l'&#233;limination des &#233;l&#233;ments capitalistes et de la liquidation des koulaks en tant que classe. En d&#233;pit de son apparence cat&#233;gorique, l'attestation de l'Internationale communiste est profond&#233;ment contradictoire : si le socialisme a vaincu &#034;d&#233;finitivement et irr&#233;vocablement&#034;, non comme principe, mais comme vivante organisation sociale, le nouvel &#034;affermissement&#034; de la dictature est une absurdit&#233; &#233;vidente. Et, inversement, si l'affermissement de la dictature r&#233;pond aux besoins r&#233;els du r&#233;gime, c'est que nous sommes encore loin de la victoire du socialisme. Tout politique r&#233;aliste, pour ne pas dire marxiste, doit comprendre que la n&#233;cessit&#233; m&#234;me d'&#034;affermir&#034; la dictature, c'est-&#224;-dire la contrainte gouvernementale, prouve non le triomphe d'une harmonie sociale sans classes, mais la croissance de nouveaux antagonismes sociaux. Quelle est leur base ? La p&#233;nurie des moyens d'existence, qui est le r&#233;sultat du bas rendement du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine donna un jour du socialisme la d&#233;finition suivante : &#034;le pouvoir des soviets, plus l'&#233;lectrification&#034;. Cette d&#233;finition en forme d'&#233;pigramme, dont l'&#233;troitesse r&#233;pondait &#224; des fins de propagande, supposait en tout cas, comme point de d&#233;part minimum, le niveau capitaliste de l'&#233;lectrification. Mais aujourd'hui encore l'U.R.S.S. dispose, par t&#234;te d'habitant, de trois fois moins d'&#233;nergie &#233;lectrique que les pays capitalistes avanc&#233;s. Tenant compte du fait que les soviets ont entre-temps c&#233;d&#233; la place &#224; un appareil ind&#233;pendant des masses, il ne reste &#224; l'Internationale communiste qu'&#224; proclamer que le socialisme c'est &#034;le pouvoir de la bureaucratie, plus le tiers de l'&#233;lectrification capitaliste&#034;. Cette d&#233;finition sera d'une exactitude photographique, mais le socialisme y tiendra peu de place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son discours aux stakhanovistes, en novembre 1935, Staline, se conformant &#224; la fin empirique de cette conf&#233;rence, d&#233;clara brusquement : &#034;Pourquoi le socialisme peut-il, doit-il vaincre et vaincra-t-il n&#233;cessairement le syst&#232;me capitaliste ? Parce qu'il peut et doit donner... un rendement plus &#233;lev&#233; du travail.&#034; R&#233;futant incidemment la r&#233;solution de l'Internationale communiste adopt&#233;e trois mois auparavant, et aussi ses propres d&#233;clarations r&#233;it&#233;r&#233;es sur ce sujet, Staline parle cette fois de la &#034;victoire&#034; au futur : le socialisme vaincra le syst&#232;me capitaliste quand il le d&#233;passera dans le rendement du travail. On le voit, les temps du verbe ne sont pas seuls &#224; changer avec les circonstances, les crit&#232;res sociaux &#233;voluent aussi. Et il n'est assur&#233;ment pas facile au citoyen sovi&#233;tique de suivre la &#034;ligne g&#233;n&#233;rale&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er mars 1936, enfin, dans son entretien avec M. Roy Howard, Staline donne une nouvelle d&#233;finition du r&#233;gime sovi&#233;tique : &#034;L'organisation sociale que nous avons cr&#233;&#233;e peut &#234;tre appel&#233;e sovi&#233;tique, socialiste, elle n'est pas compl&#232;tement achev&#233;e, mais elle est au fond une organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;.&#034; Cette d&#233;finition intentionnellement confuse renferme presque autant de contradictions que de mots. L'organisation sociale y est qualifi&#233;e &#034;sovi&#233;tique, socialiste&#034;. Mais les soviets repr&#233;sentent une forme d'Etat et le socialisme un r&#233;gime social. Loin d'&#234;tre identiques, ces termes, du point de vue qui nous occupe, sont oppos&#233;s ; les soviets devraient dispara&#238;tre dans la mesure o&#249; l organisation sociale deviendrait socialiste, comme les &#233;chafaudages sont enlev&#233;s quand la b&#226;tisse est construite, Staline apporte un correctif : &#034;Le socialisme n'est pas compl&#232;tement achev&#233;.&#034; Que veut dire ce &#034;pas compl&#232;tement&#034; ? S'en faut-il de 5%, ou de 75% ? On ne nous le dit pas, de m&#234;me qu'on s'abstient de nous dire ce qu'il faut entendre par le &#034;fond&#034; de l'organisation socialiste de la soci&#233;t&#233; ? Les formes de la propri&#233;t&#233; ou la technique ? L'obscurit&#233; m&#234;me de cette d&#233;finition signifie un recul par rapport aux formules infiniment plus cat&#233;goriques de 1931 et de 1935. Un pas de plus dans cette voie et il faudrait reconna&#238;tre que la racine de toute organisation sociale est dans les forces productives, et que la racine sovi&#233;tique est pr&#233;cis&#233;ment trop faible encore pour la plante socialiste et le bonheur humain qui en est le couronnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revtrahie/frodcp3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revtrahie/frodcp3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/vers.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/vers.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/12/lt19221201a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/12/lt19221201a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/11/lt19221114.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/11/lt19221114.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5763&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5763&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3533&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3533&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1442&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1442&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOUKHARINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_prs.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_prs.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_04.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_04.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/boukharine_19260000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/boukharine_19260000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/07/remarques.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/07/remarques.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LENINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er5.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er5.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/04/vil19210421.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/04/vil19210421.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/03/d10c/vil19210300-06c10.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/03/d10c/vil19210300-06c10.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/lt19251107.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/lt19251107.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OPPOSITION DE GAUCHE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6390&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6390&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CASTORIADIS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/castoriadis/works/1952/chaulieu_19520700.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/castoriadis/works/1952/chaulieu_19520700.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA VERSION DE STALINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article267&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article267&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37007&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37007&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/editionsmsh/6255?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/editionsmsh/6255?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/lenine-trotsky-transition-socialisme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/lenine-trotsky-transition-socialisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand Labriola correspond avec Sorel</title>
		<link>http://matierevolution.org/spip.php?article8802</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.org/spip.php?article8802</guid>
		<dc:date>2026-03-15T23:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme - Socialism</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Antonio Labriola &lt;br class='autobr' /&gt;
Socialisme et Philosophie &lt;br class='autobr' /&gt;
I &lt;br class='autobr' /&gt;
Rome, 20 avril 1897. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cher Monsieur Sorel ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis quelque temps, j'ai l'intention d'avoir avec vous une conversation &#233;crite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sera la mani&#232;re la meilleure et la plus appropri&#233;e d'exprimer ma gratitude pour votre pr&#233;face &#224; mes essais. Il va de soi que je ne pouvais pas accepter silencieusement les paroles courtoises que vous m'aviez adress&#233;es avec tant de profusion. Je ne pouvais que vous r&#233;pondre imm&#233;diatement et reconna&#238;tre mon (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Antonio Labriola
&lt;p&gt;Socialisme et Philosophie&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 20 avril 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Monsieur Sorel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelque temps, j'ai l'intention d'avoir avec vous une conversation &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera la mani&#232;re la meilleure et la plus appropri&#233;e d'exprimer ma gratitude pour votre pr&#233;face &#224; mes essais. Il va de soi que je ne pouvais pas accepter silencieusement les paroles courtoises que vous m'aviez adress&#233;es avec tant de profusion. Je ne pouvais que vous r&#233;pondre imm&#233;diatement et reconna&#238;tre mon obligation envers vous par une lettre priv&#233;e. Et maintenant, nous n'avons plus besoin d'&#233;changer de compliments, surtout dans les lettres que vous ou moi aurons peut-&#234;tre l'occasion de publier ult&#233;rieurement. D'ailleurs, &#224; quoi me servirait-il maintenant de protester modestement et de conjurer vos &#233;loges puisque c'est enti&#232;rement gr&#226;ce &#224; vous que mes deux essais sur le mat&#233;rialisme historique, qui ne sont que des &#233;bauches, circulent en France sous forme de livre. Vous les avez pr&#233;sent&#233;s au public sous cette forme. Il ne m'a jamais &#233;t&#233; venu &#224; l'id&#233;e d'&#233;crire un livre standard, au sens o&#249; vous, Fran&#231;ais, qui admirez et cultivez les m&#233;thodes classiques en litt&#233;rature, utilisez ce terme. Je suis de ceux qui consid&#232;rent cette d&#233;votion persistante au culte du style classique comme plut&#244;t g&#234;nante pour ceux qui souhaitent exprimer les r&#233;sultats d'une pens&#233;e strictement scientifique d'une mani&#232;re originale, ad&#233;quate et facile. Pour moi, c'est aussi g&#234;nant qu'un manteau mal ajust&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissant donc tout compliment, je m'exprimerai sur les points que vous avez soulign&#233;s dans votre pr&#233;face. J'en discuterai franchement sans avoir en vue la r&#233;daction d'une monographie. Je choisis la forme des lettres parce que les interruptions, les ruptures dans la continuit&#233; de la pens&#233;e et les sauts occasionnels, comme cela se produirait dans une conversation, ne semblent pas ici d&#233;plac&#233;s et incongrus. Je n'aurais vraiment pas &#233;crit autant de th&#232;ses, de m&#233;moires ou d'articles, si je n'avais pas envie de r&#233;pondre aux nombreuses questions que vous posez dans les quelques pages de votre pr&#233;face, comme si vous &#233;tiez plong&#233; dans des pens&#233;es sceptiques. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pendant que j'&#233;crirai les choses telles qu'elles me viennent &#224; l'esprit, je n'ai pas l'intention de diminuer ma responsabilit&#233; pour tout ce que je peux dire ici, et je continuerai &#224; le dire. Je souhaite simplement me d&#233;barrasser du fardeau de la prose rigide et formelle qui est habituel pour l'exposition scientifique. De nos jours, il n'y a pas de petit &#233;tudiant, aussi petit soit-il, qui n'imagine qu'il &#233;rige un monument de lui-m&#234;me pour les g&#233;n&#233;rations contemporaines et futures chaque fois qu'il consacre un volume volumineux, ou une dissertation savante et complexe, &#224; quelque pens&#233;e errante ou observation fortuite prise dans conversation anim&#233;e ou inspir&#233;e par quelqu'un qui a un talent particulier pour l'enseignement. De telles impressions ont toujours un plus grand pouvoir suggestif par la force de leur expression naturelle, ce qui est un don de celui qui cherche la v&#233;rit&#233; par lui-m&#234;me ou qui en parle aux autres pour la premi&#232;re fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons bien que ce si&#232;cle qui s'ach&#232;ve, qui n'est que affaires, tout argent, ne circule pas librement dans la pens&#233;e, &#224; moins qu'elle ne soit &#233;galement exprim&#233;e sous la forme commerciale v&#233;n&#233;r&#233;e et approuv&#233;e par elle, afin qu'elle ait pour compagnon convenable la facture de l'&#233;diteur. et les publicit&#233;s litt&#233;raires, des bouff&#233;es mousseuses aux &#233;loges les plus sinc&#232;res. Dans la soci&#233;t&#233; de demain, o&#249; nous vivons avec nos esp&#233;rances, et plus encore avec bien des illusions qui ne sont pas toujours le fruit d'une imagination bien &#233;quilibr&#233;e, cro&#238;tront de mani&#232;re d&#233;mesur&#233;e, jusqu'&#224; devenir l&#233;gion, le nombre d'hommes qui sauront discuter avec cette joie divine de la recherche et ce courage h&#233;ro&#239;que de la v&#233;rit&#233; qu'on admire chez un Platon, un Bruno, un Galil&#233;e. Peut-&#234;tre aussi multiplier &#224; l'infini les individus qui, comme Diderot, seront capables d'&#233;crire des choses profondes et s&#233;duisantes, comme Jacques le Fataliste, que nous imaginons aujourd'hui comme in&#233;gal&#233;. Dans la soci&#233;t&#233; future, o&#249; les loisirs, raisonnablement accrus pour tous, donneront &#224; tous les besoins de libert&#233;, les moyens de culture et le droit &#224; la paresse, cette heureuse d&#233;couverte de notre Lafargue, il y en aura dans toutes les rues. coin, un g&#233;nie perdant son temps, comme le vieux ma&#238;tre Socrate, &#224; travailler avec acharnement &#224; quelque t&#226;che non pay&#233;e en argent. Mais aujourd'hui, dans le monde actuel, o&#249; seuls les fous ont des visions mill&#233;naires, de nombreux oisifs exploitent l'appr&#233;ciation du public par leur litt&#233;rature sans valeur, comme s'ils avaient m&#233;rit&#233; le droit de le faire par un travail l&#233;gitime. C'est ainsi que m&#234;me le socialisme devra ouvrir son sein &#224; une multitude discr&#232;te d'oisifs, d'escrocs et d'incapables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous d&#233;plorez que les th&#233;ories du mat&#233;rialisme historique soient devenues si peu appr&#233;ci&#233;es en France. Vous vous plaignez que la diffusion de ces th&#233;ories soit emp&#234;ch&#233;e par des pr&#233;jug&#233;s dus &#224; la vanit&#233; nationale, aux pr&#233;tentions litt&#233;raires des uns, &#224; l'aveuglement philosophique des autres, au d&#233;sir maudit de se poser pour quelque chose qu'on n'est pas, et enfin &#224; un d&#233;veloppement intellectuel insuffisant. , sans parler des nombreuses lacunes constat&#233;es m&#234;me parmi les socialistes. Mais toutes ces choses ne doivent pas &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme de simples accidents ! La vanit&#233;, la fausse fiert&#233;, le d&#233;sir de poser sans &#234;tre vraiment, la manie de soi, l'auto-agrandissement, la volont&#233; fr&#233;n&#233;tique de briller, toutes ces passions et vertus, ainsi que d'autres, de l'homme civilis&#233; ne sont en aucun cas sans importance dans la vie, mais peuvent plut&#244;t constituer tr&#232;s souvent, sa substance et son objectif. On sait que l'&#201;glise n'a pas r&#233;ussi dans la plupart des cas &#224; rendre humble l'esprit chr&#233;tien, mais lui a au contraire donn&#233; un nouveau titre &#224; une autre et plus grande pr&#233;tention. Eh bien... ce mat&#233;rialisme historique exige de ceux qui veulent le professer consciemment et franchement une certaine humilit&#233; &#233;trange, c'est-&#224;-dire d&#232;s que nous nous rendons compte que nous sommes li&#233;s au cours des &#233;v&#233;nements humains et que nous en &#233;tudions les lignes compliqu&#233;es. et les d&#233;tours tortueux, il nous incombe non seulement d'&#234;tre r&#233;sign&#233;s et acquies&#231;ants, mais de nous engager dans un travail conscient et rationnel. Mais l&#224; est la difficult&#233;. Nous en arriverons &#224; nous avouer que notre propre individualit&#233;, &#224; laquelle nous sommes si &#233;troitement attach&#233;s par une habitude &#233;vidente et g&#233;n&#233;tique, n'est qu'une bien petite chose dans le r&#233;seau complexe du m&#233;canisme social, aussi grand soit-il. ou nous appara&#238;tre, m&#234;me s'il ne s'agit pas d'une simple n&#233;antit&#233; &#233;vanescente comme le pr&#233;tendent certains th&#233;osophes farfelus. Nous devons nous adapter &#224; la conviction que les intentions et les objectifs subjectifs de chacun d'entre nous luttent toujours contre la r&#233;sistance des processus complexes de la vie, de sorte que nos projets ne laissent aucune trace d'eux-m&#234;mes, ou laissent une trace tout &#224; fait diff&#233;rente. de l'intention originale, car elle est alt&#233;r&#233;e et transform&#233;e par les conditions qui l'accompagnent. Nous devons admettre, apr&#232;s cette affirmation, que l'histoire vit pour ainsi dire nos vies et que notre propre contribution &#224; elle, bien qu'indispensable, n'est n&#233;anmoins qu'un facteur tr&#232;s infime dans le croisement des forces qui combinent, compl&#232;tent et alternativement &#233;liminent l'une. un autre. Mais toutes ces conceptions sont de v&#233;ritables ennuis pour tous ceux qui ressentent le besoin d'enfermer l'univers dans le cadre de leur vision individuelle. C'est pourquoi le privil&#232;ge des h&#233;ros doit &#234;tre pr&#233;serv&#233; dans l'histoire, afin que les nains ne soient pas priv&#233;s de la foi qu'ils sont capables de monter sur leurs propres &#233;paules et de se faire remarquer. Et cela doit leur &#234;tre accord&#233;, m&#234;me s'ils ne sont pas dignes, selon les mots de Jean Paul, de se mettre &#224; genoux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, cela fait des si&#232;cles que les gens vont &#224; l'&#233;cole pour se faire dire que Jules C&#233;sar a fond&#233; l'empire et que Charlemagne l'a reconstruit ? Que Socrate a invent&#233; la logique et que Dante a cr&#233;&#233; la litt&#233;rature italienne d'un trait de plume ? Il n'y a que tr&#232;s peu de temps que la conception mythologique de ces personnages en tant que cr&#233;ateurs de l'histoire a &#233;t&#233; progressivement remplac&#233;e, et pas toujours en termes pr&#233;cis, par la notion prosa&#239;que d'un processus historique de soci&#233;t&#233;. La R&#233;volution fran&#231;aise n'a-t-elle pas &#233;t&#233; voulue et faite, selon diverses versions de l'invention litt&#233;raire, par les diff&#233;rents saints des l&#233;gendes lib&#233;rales, les saints de droite, les saints de gauche, les saints girondins, les saints jacobins ? Il en r&#233;sulte que Paine a consacr&#233; une partie assez consid&#233;rable de son intellect lourd &#224; prouver, comme s'il &#233;tait un correcteur d'&#233;preuves d'histoire, que toutes ces perturbations auraient pu finalement ne pas se produire du tout. D'ailleurs, je n'ai jamais pu comprendre pourquoi un homme si peu sensible &#224; la grossi&#232;re n&#233;cessit&#233; des faits aurait pu se qualifier de positiviste. C'est la chance de la plupart de vos saints en France qui leur a permis tour &#224; tour de s'honorer et de se couronner en temps voulu de leur diad&#232;me d'&#233;pines m&#233;rit&#233;. C'est pour cette raison que les r&#232;gles de la trag&#233;die classique restaient pour eux glorieusement en vigueur. S'il n'en &#233;tait pas ainsi, qui sait combien d'imitateurs de Saint Juste (un grand homme vraiment) auraient fini entre les mains des sbires du canaille Fouch&#233;, et combien de complices de Danton (un grand homme qui avait rat&#233; sa place) auraient rev&#234;tu l'habit de criminel &#224; Cambac&#233;r&#232;s, tandis que d'autres se seraient content&#233;s de se mesurer &#224; l'aventurier Drouet, ou &#224; ce pitoyable acteur Tellien, pour les modestes galons de petit pr&#233;fet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, lutter pour la premi&#232;re place est une question de foi et de d&#233;votion pour tous ceux qui ont appris l'histoire du style antique et sont d'accord avec l'orateur Cic&#233;ron pour l'appeler la Ma&#238;tresse de la Vie. C'est pourquoi ils ressentent le besoin de &#171; rendre le socialisme moral &#187;. La morale ne nous a-t-elle pas appris depuis des si&#232;cles qu'il faut rendre &#224; chacun ce qui lui est d&#251; ? Ne vas-tu pas nous pr&#233;server juste un petit coin de paradis ? C'est ce qu'ils semblent me demander. Et s'il faut renoncer au paradis des fid&#232;les et des th&#233;ologiens, ne peut-on pas conserver en ce monde une petite apoth&#233;ose pa&#239;enne ? Ne jetez pas toute la morale de la r&#233;compense honn&#234;te. Gardez au moins un bon canap&#233;, ou une place aux premiers rangs du th&#233;&#226;tre de la vanit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est la raison pour laquelle les r&#233;volutions, en dehors d'autres causes n&#233;cessaires et in&#233;vitables, sont utiles et souhaitables &#224; ce point de vue. D'un coup de gros balai, ils d&#233;barrassent le sol de ceux qui l'ont occup&#233; si longtemps, ou du moins ils rendent l'air plus respirable en lui donnant plus d'ozone, &#224; la mani&#232;re des temp&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pr&#233;tendez-vous pas, &#224; juste titre, que toute la question pratique du socialisme (et par pratique vous entendez sans doute une m&#233;thode guid&#233;e par les faits intellectuels d'une conscience &#233;clair&#233;e bas&#233;e sur la connaissance th&#233;orique) peut &#234;tre r&#233;duite et r&#233;sum&#233;e &#224; On y aborde les trois points suivants : 1) Le prol&#233;tariat est-il parvenu &#224; une conception claire de son existence en tant que classe &#224; part ? 2) A-t-elle assez de force pour engager une lutte contre les autres classes ? 3) Est-il sur le point de renverser, avec l'organisation du capitalisme, tout le syst&#232;me de pens&#233;e traditionnelle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s bien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, que le prol&#233;tariat comprenne clairement ce qu'il peut accomplir, ou qu'il apprenne &#224; vouloir ce qu'il peut accomplir. Que ce prol&#233;tariat se donne pour mission, dans le langage inepte des &#233;crivains professionnels, de r&#233;soudre la soi-disant question sociale. Que ce prol&#233;tariat se donne pour t&#226;che d'&#233;liminer, entre autres formes d'exploitation de ses semblables, avec une fausse gloire, avec pr&#233;somption et avec cette singuli&#232;re comp&#233;tition entre eux qui pousse certains d'entre eux &#224; inscrire leur propre nom dans le livre d'or du m&#233;rite. au service de l'humanit&#233;. Qu'il fasse aussi un feu de joie de ce livre, ainsi que de tant d'autres qui portent le titre de Dette publique .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, ce serait une vaine entreprise que d'essayer de faire comprendre &#224; tous ces gens ce principe franc de l'&#233;thique communiste, un principe selon lequel la gratitude et l'admiration doivent provenir d'un don spontan&#233; de nos semblables. Beaucoup d'entre eux ne voudraient pas aspirer au progr&#232;s, s'ils &#233;taient s&#251;rs de se faire dire, selon les mots de Baruch Spinoza, que la vertu est sa propre r&#233;compense. En attendant, jusqu'&#224; ce que seules les choses les plus dignes restent comme objets d'admiration dans une soci&#233;t&#233; meilleure que la n&#244;tre, des objets comme les contours du Parth&#233;non, les tableaux de Rapha&#235;l, les vers de Dante et de Goethe, et tant d'autres choses utiles et s&#251;res. , et des dons d&#233;finitivement acquis de la science, d'ici l&#224;, dis-je, il ne nous appartient pas de faire obstacle &#224; ceux qui ont du souffle &#224; d&#233;penser, ou des cartes imprim&#233;es &#224; faire circuler, et qui souhaitent se parader au nom de cela. beaucoup de belles choses, comme l'humanit&#233;, la justice sociale, etc., et m&#234;me le socialisme, comme cela arrive fr&#233;quemment &#224; ceux qui concourent pour la m&#233;daille du m&#233;rite et une place dans la l&#233;gion d'honneur de la future r&#233;volution prol&#233;tarienne, m&#234;me si cela peut &#234;tre le cas. &#234;tre encore loin. De tels hommes ne devraient-ils pas pressentir que le mat&#233;rialisme historique est une satire de toutes leurs hypoth&#232;ses ch&#232;res et de leurs ambitions futiles ? Ne devraient-ils pas d&#233;tester cette nouvelle esp&#232;ce de panth&#233;isme, d'o&#249; a disparu, si vous me permettez de le dire, c'est si prosa&#239;que, m&#234;me le nom v&#233;n&#233;r&#233; de Dieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, nous devons mentionner une circonstance importante. Dans toutes les r&#233;gions de l'Europe civilis&#233;e, les esprits, qu'ils soient vrais ou faux, ont de nombreuses occasions de travailler au service de l'&#201;tat et dans tous les domaines du profit et de l'honneur que la classe capitaliste a &#224; offrir. Et cette classe n'est pas aussi proche de sa fin que certains joyeux proph&#232;tes voudraient nous le faire croire. Il n'est donc pas &#233;tonnant qu'Engels ait &#233;crit dans sa pr&#233;face au troisi&#232;me volume du Capital de Marx , le 4 octobre 1894 : &#171; &#192; notre &#233;poque agit&#233;e, comme au XVIe si&#232;cle, de simples th&#233;oriciens des affaires publiques ne se trouvent qu'&#224; c&#244;t&#233; des r&#233;actionnaires. &#187; Ces paroles, aussi claires que graves, devraient suffire &#224; fermer la bouche &#224; ceux qui se vantent que toutes les intelligences sont pass&#233;es de notre c&#244;t&#233; et que la classe capitaliste va bient&#244;t d&#233;poser les armes. C'est tout simplement l'inverse qui est vrai. Il y a une p&#233;nurie de forces intellectuelles dans nos rangs, d'autant plus que les v&#233;ritables travailleurs, pour des raisons &#233;videntes, protestent souvent contre les porte-parole et les &#233;crivains du parti. Il n'y a donc aucune raison de s'&#233;tonner que le mat&#233;rialisme historique ait fait si peu de progr&#232;s depuis sa premi&#232;re &#233;nonciation g&#233;n&#233;rale. Et m&#234;me si l'on passe &#224; ceux qui ont fait plus que simplement r&#233;p&#233;ter ou singer les &#233;nonc&#233;s fondamentaux d'une mani&#232;re qui se rapproche parfois du burlesque, il faut avouer que toutes les choses s&#233;rieuses, pertinentes et correctes qui ont &#233;t&#233; &#233;crites ne font pas encore l'affaire. une th&#233;orie compl&#232;te qui a d&#233;pass&#233; le stade de la formation premi&#232;re. Aucun d'entre nous n'oserait faire la comparaison avec le darwinisme, qui en moins de 40 ans a connu un d&#233;veloppement si intensif et &#233;tendu que sa th&#233;orie a d&#233;j&#224; une histoire &#233;norme, une surabondance de mat&#233;riel, une multitude de points de contact avec d'autres. sciences, une grande quantit&#233; de corrections m&#233;thodiques et un grand &#233;ventail de critiques de la part des amis et des ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ceux qui se situent en dehors du mouvement socialiste avaient et ont int&#233;r&#234;t &#224; combattre, &#224; d&#233;former ou &#224; ignorer cette nouvelle th&#233;orie. Les socialistes, au contraire, n'ont pas eu le temps de se consacrer aux soins et aux &#233;tudes n&#233;cessaires pour que tout d&#233;part mental puisse gagner en ampleur de d&#233;veloppement et en maturit&#233; savante, comme le caract&#233;risent les sciences prot&#233;g&#233;es, ou du moins pas combattues par le monde officiel, et qui grandissent et prosp&#232;rent gr&#226;ce &#224; la coop&#233;ration de nombreux collaborateurs d&#233;vou&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le diagnostic d'une maladie n'est-il pas une demi-consolation ? Les m&#233;decins n'agissent-ils pas ainsi aujourd'hui avec les malades, puisqu'ils sont davantage inspir&#233;s dans leur pratique m&#233;dicale par ce sentiment scientifique qui doit r&#233;soudre les probl&#232;mes de la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout, seuls quelques-uns des divers r&#233;sultats du mat&#233;rialisme historique sont de nature &#224; acqu&#233;rir une popularit&#233; marqu&#233;e. Il est certain que cette nouvelle m&#233;thode d'investigation permettra &#224; certains d'entre nous d'&#233;crire des ouvrages historiques plus concluants que ceux g&#233;n&#233;ralement &#233;crits par des hommes de lettres qui n'exercent leur art qu'avec l'aide de la philologie et de l'&#233;rudition classique. Et outre les connaissances que les socialistes actifs peuvent tirer de l'analyse pr&#233;cise du domaine dans lequel ils &#233;voluent, il ne fait aucun doute que le mat&#233;rialisme historique a exerc&#233;, directement ou indirectement, une grande influence sur de nombreux penseurs de notre &#233;poque, et exercera une influence encore plus grande encore. influence dans la mesure o&#249; l'&#233;tude de l'histoire &#233;conomique se d&#233;veloppe et s'interpr&#232;te pratiquement en mettant &#224; nu les causes fondamentales et les raisons intimes de certains &#233;v&#233;nements politiques. Mais il me semble que la th&#233;orie enti&#232;re dans ses aspects les plus intimes, ou la th&#233;orie enti&#232;re dans son int&#233;gralit&#233;, c'est-&#224;-dire en tant que philosophie , ne pourra jamais devenir un des articles de la culture populaire universelle. Et quand je dis philosophie , je sais bien que je peux &#234;tre mal compris. Et si je devais &#233;crire en allemand, je dirais Lebens-und-Welt-Anschauung , une conception de la vie et de l'univers. Car pour se familiariser avec cette philosophie, il faut avoir une puissance mentale profonde et s'habituer aux difficult&#233;s de la combinaison mentale. Tenter de r&#233;soudre ce probl&#232;me pourrait exposer les esprits superficiels, enclins &#224; tirer des conclusions faciles, au danger de dire des b&#234;tises relevant de la raison sacr&#233;e. Et nous ne voulons pas devenir responsables de la promotion d'un tel charlatanisme litt&#233;raire.&lt;br class='autobr' /&gt;
II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 24 avril 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi maintenant de passer &#224; l'examen de certaines choses prosa&#239;quement petites, qui cependant, comme c'est souvent le cas dans les grandes affaires du monde, ont un poids consid&#233;rable dans notre discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parler des &#233;crits de Marx et d'Engels, puisqu'ils sont particuli&#232;rement discut&#233;s, n'ont-ils jamais &#233;t&#233; lus dans leur int&#233;gralit&#233; par quiconque en dehors du cercle des amis et des disciples les plus proches, et en dehors du cercle des disciples et interpr&#232;tes directs ? , de ces auteurs ? Ces &#233;crits, dans leur ensemble, n'ont-ils jamais fait l'objet de commentaires et d'illustrations de la part de personnes ext&#233;rieures au camp form&#233; autour des traditions de la social-d&#233;mocratie allemande ? Je fais r&#233;f&#233;rence en particulier &#224; ceux qui ont fait le travail d'application et d'explication de ces &#233;crits, et en particulier &#224; la Neue Zeit , la revue qui a tenu le premier rang parmi les publications du parti. En bref, la question est de savoir si ces &#233;crits ont rassembl&#233; autour d'eux ce que les penseurs modernes appellent un environnement litt&#233;raire dans un autre pays que l'Allemagne, et si m&#234;me dans ce pays un tel d&#233;veloppement n'a &#233;t&#233; que partiel et r&#233;alis&#233; par des moyens qui n'ont pas toujours &#233;t&#233; au-dessus des critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme beaucoup de ces &#233;crits sont rares, et comme certains d'entre eux sont difficiles &#224; trouver ! Y en a-t-il beaucoup qui, comme moi, ont eu la patience de chercher pendant des ann&#233;es un exemplaire de la Pauvret&#233; de la Philosophie , qui n'a &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233;e que tr&#232;s r&#233;cemment &#224; Paris, ou de cet ouvrage singulier de La Sainte Famille ; ou qui serait pr&#234;t &#224; endurer plus de difficult&#233;s pour obtenir un exemplaire de la Neue Rheinische Zeitung qu'un &#233;tudiant en philologie ou en histoire ne le ferait dans des conditions ordinaires pour lire et &#233;tudier tous les documents de l'Egypte ancienne ! J'ai la r&#233;putation d'&#234;tre un homme exp&#233;riment&#233; dans la recherche et la localisation de livres, mais je n'ai jamais rencontr&#233; autant de difficult&#233;s que dans la qu&#234;te de ce journal. La lecture de tous les &#233;crits des fondateurs du socialisme scientifique a &#233;t&#233; jusqu'ici en grande partie un privil&#232;ge d'initi&#233;s ! [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il alors s'&#233;tonner qu'en dehors de l'Allemagne, par exemple en France, et particuli&#232;rement l&#224;-bas, de nombreux &#233;crivains, notamment parmi les publicistes, aient &#233;t&#233; tent&#233;s de puiser les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la formation d'un marxisme de leur propre fabrication &#224; partir des critiques de nos adversaires, &#224; partir de citations fortuites, d'extraits h&#226;tifs tir&#233;s d'articles sp&#233;ciaux ou de vagues souvenirs ? Cela s'est produit d'autant plus facilement que la mont&#233;e des partis socialistes en France et en Italie a donn&#233; plus ou moins la parole aux repr&#233;sentants du pr&#233;tendu marxisme, m&#234;me s'il serait &#224; mon avis inexact de les appeler ainsi. Mais cela donnait aux hommes de lettres de tout bord l'excuse facile de croire, ou de faire croire, que chaque discours d'un agitateur ou d'un homme politique, chaque d&#233;claration de principes, chaque article de journal et chaque action officielle d'un parti &#233;tait une r&#233;v&#233;lation authentique et orthodoxe. de la nouvelle doctrine dans une nouvelle &#233;glise. La Chambre des d&#233;put&#233;s fran&#231;aise n'&#233;tait-elle pas , il y a environ deux ans, sur le point de discuter de la th&#233;orie de la valeur de Marx ? Et que dire de tant de professeurs italiens qui ont cit&#233; et discut&#233; pendant des ann&#233;es des livres et des ouvrages qui, notoirement, n'avaient jamais atteint notre latitude ? Peu de temps apr&#232;s, George Adler &#233;crivit ses deux livres superficiels et peu concluants, [3] dans lequel il offrait des tr&#233;sors faciles de bibliographie et de copieuses citations &#224; tous ceux qui recherchaient un enseignement confortable et une chance de plagier. On pourrait vraiment dire qu'Adler avait beaucoup lu et beaucoup p&#233;ch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme historique est, dans un certain sens, tout ce qu'il y a dans le marxisme. Avant de s'entourer d'une litt&#233;rature &#233;crite par des penseurs comp&#233;tents, capables de la d&#233;velopper et de la poursuivre, le marxisme a travers&#233; parmi les peuples de langue n&#233;o-latine d'innombrables erreurs, contresens, alt&#233;rations grotesques, travestissements &#233;tranges et inventions gratuites. Personne n'a le droit de placer ces choses dans le registre de l'histoire du socialisme. Mais ils ne pouvaient que causer beaucoup d'embarras &#224; ceux qui &#233;taient d&#233;sireux de cr&#233;er une culture socialiste, surtout s'ils appartenaient aux rangs des &#233;tudiants professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous connaissez l'histoire fantastique racont&#233;e par Croce dans Le Devenir Social de ce Marx blond qui est cens&#233; avoir fond&#233; l'Internationale &#224; Naples, en 1867. Je pourrais raconter d'autres histoires similaires. Je pourrais vous parler d'un &#233;tudiant qui est venu chez moi, il y a quelques ann&#233;es, pour jeter au moins un regard personnel sur la fameuse Pauvret&#233; de la Philosophie . Il &#233;tait assez d&#233;&#231;u. &#034;C'est un livre s&#233;rieux sur l'&#233;conomie politique ?&#034; il a dit. &#171; Non seulement s&#233;rieux, dis-je, mais aussi difficile &#224; lire et obscur sur bien des points. Il ne pouvait pas du tout comprendre. &#171; Vous attendiez-vous, continuai-je, &#224; un po&#232;me sur les h&#233;ros du grenier, ou &#224; un roman comme celui du pauvre jeune homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre farfelu de La Sainte Famille a donn&#233; &#224; certains une excuse pour des contes &#233;tranges. C'est le sort singulier de ce cercle de Jeunes-H&#233;g&#233;liens, parmi lesquels se trouvait au moins un homme de marque, Bruno Bauer, qu'ils soient connus de la post&#233;rit&#233; par le ridicule que leur ont inflig&#233; deux jeunes &#233;crivains. Et dire que ce livre, qui para&#238;trait sec, difficile &#224; comprendre et dur &#224; la plupart des lecteurs fran&#231;ais, n'est en r&#233;alit&#233; pas tr&#232;s remarquable, si ce n'est qu'il montre la mani&#232;re dont Marx et Engels, apr&#232;s avoir d&#233;rout&#233; le fardeau de la scolastique h&#233;g&#233;lienne, commen&#231;aient &#224; s'extirper de l'humanitarisme de Feuerbach ! Et tandis qu'ils d&#233;veloppaient ce qui devint plus tard leur propre th&#233;orie, ils &#233;taient encore, dans une certaine mesure, impr&#233;gn&#233;s de ce v&#233;ritable socialisme qu'ils ridiculis&#232;rent eux-m&#234;mes plus tard dans le Manifeste .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; part les histoires ridicules qui ont circul&#233; sur ces deux-l&#224;, il y en a une qui s'est d&#233;velopp&#233;e en Italie, et il n'y a pas de quoi rire. C'est le cas de Loria. C'est d'autant plus triste que ces derni&#232;res ann&#233;es, malgr&#233; les grandes difficult&#233;s qui l'entourent, un parti socialiste est en train de se former en Italie, qui, dans son programme et dans ses intentions, repr&#233;sente les tendances du socialisme international jusqu'&#224; pr&#233;sent. dans la mesure o&#249; les conditions de notre pays le permettent, et s'efforce d'accomplir son &#339;uvre. Il est regrettable qu'&#224; cette &#233;poque certains, &#233;tudiants ou anciens &#233;tudiants, se soient mis en t&#234;te de proclamer Loria, tant&#244;t comme l'auteur authentique des th&#233;ories du socialisme scientifique, tant&#244;t comme le d&#233;couvreur de l'&#233;conomie. interpr&#233;tation de l'histoire, tant&#244;t comme ceci, tant&#244;t comme cela, aussi contradictoire soit-elle. Loria a ainsi &#233;t&#233; acclam&#233;, d'un seul coup, mais &#224; son insu et sans son consentement, comme un champion de Marx, comme un ennemi de Marx, comme un substitut, un sup&#233;rieur et un inf&#233;rieur de Marx. Eh bien, ce malentendu appartient d&#233;sormais au pass&#233;. Et la paix soit &#224; sa m&#233;moire. Depuis que les Probl&#232;mes sociaux de Loria ont &#233;t&#233; traduits en fran&#231;ais, beaucoup de vos compatriotes se demanderont comment il a &#233;t&#233; possible qu'il ait pu &#234;tre confondu, pas tant avec un socialiste quelconque - car cela aurait pu &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un signe ou une intention d'ing&#233;niosit&#233;. &#8211; mais comme un homme qui a poursuivi et am&#233;lior&#233; l'&#339;uvre de Marx. L'id&#233;e m&#234;me fait dresser les cheveux sur la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en ce qui concerne la France, vous pouvez &#234;tre tranquille sur ces anecdotes d'intuition mod&#232;le. Car il est non seulement vrai que les p&#233;ch&#233;s sont commis &#224; l'ext&#233;rieur et &#224; l'int&#233;rieur des murs de Troie, mais c'est aussi un axiome que chacun acceptera qui n'appartient pas &#224; la cat&#233;gorie insens&#233;e des g&#233;nies incompris, que personne n'arrive trop tard dans le monde. monde pour faire son devoir. Et dans le cas pr&#233;sent, il est d'autant moins trop tard, comme nous pouvons le dire avec v&#233;rit&#233; dans les paroles d'Engels, qui m'ont &#233;t&#233; &#233;crites peu de temps avant sa mort : &#171; Nous sommes encore au tout d&#233;but des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme nous n'en sommes encore qu'aux premiers commencements, il me semble que le parti socialiste allemand devrait consid&#233;rer comme de son devoir de publier une &#233;dition critique compl&#232;te des &#339;uvres de Marx et d'Engels, afin que les &#233;tudiants puissent s'occuper de ces th&#233;ories avec une compr&#233;hension compl&#232;te de leurs causes et en obtiennent la connaissance avec le moins d'inconv&#233;nients possible &#224; partir des premi&#232;res sources. Cette &#233;dition doit &#234;tre fournie au cas par cas avec des pr&#233;faces contenant des expos&#233;s de faits, avec des notes de bas de page, des r&#233;f&#233;rences et des explications. Ce serait &#224; lui seul une &#339;uvre m&#233;ritoire que de priver les bouquinistes du privil&#232;ge de faire des objets de sp&#233;culation ind&#233;cente sur les exemplaires les plus rares d'&#233;crits anciens. Je peux raconter une histoire ou deux &#224; ce sujet. Les ouvrages d&#233;j&#224; parus sous forme de livres ou de brochures doivent &#234;tre compl&#233;t&#233;s par des articles de journaux, des manifestes, des circulaires, des programmes et toutes ces lettres qui, bien qu'&#233;crites &#224; des particuliers, ont une valeur politique et scientifique parce qu'elles traitent de questions d'int&#233;r&#234;t public et public. int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle entreprise ne peut &#234;tre entreprise que par les socialistes germanophones. Non pas que Marx et Engels appartiennent uniquement &#224; l'Allemagne, au sens patriotique et chauvin du terme, que beaucoup confondent avec la nationalit&#233;. La forme de leur cerveau, le cours de leurs productions, l'ordre logique de leur fa&#231;on de voir les choses, leur esprit scientifique et leur philosophie &#233;taient le fruit et l'aboutissement de la culture allemande. Mais l'essentiel de leur pens&#233;e et de leur enseignement concerne les conditions sociales qui, jusqu'&#224; l'&#233;poque de leur maturit&#233;, se sont d&#233;velopp&#233;es pour la plupart en dehors de l'Allemagne. Elle s'enracine particuli&#232;rement dans les conditions cr&#233;&#233;es par cette grande r&#233;volution &#233;conomique et politique qui, &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle, a trouv&#233; sa base et son d&#233;veloppement en grande majorit&#233; en Angleterre et en France. Tous deux &#233;taient &#224; tous &#233;gards des esprits internationaux. Mais seuls les socialistes allemands, depuis le Club communiste jusqu'au programme d'Erfurt et jusqu'aux derniers articles du prudent et exp&#233;riment&#233; Kautsky, ont cette continuit&#233; et cette persistance de la tradition, et ce secours d'une exp&#233;rience constante, qui sont n&#233;cessaires pour qu'un l'&#233;dition critique de ces ouvrages pourra trouver dans les choses elles-m&#234;mes et dans la m&#233;moire des hommes les donn&#233;es n&#233;cessaires pour la rendre compl&#232;te et fid&#232;le &#224; la vie. Et ce n'est pas une question de s&#233;lection. Toute l'activit&#233; scientifique et politique, toutes les productions litt&#233;raires des deux fondateurs du socialisme critique, m&#234;me si elles ont &#233;t&#233; &#233;crites pour l'occasion, doivent &#234;tre rendues accessibles au lecteur. Il ne s'agit pas de r&#233;diger un Corpus juris ou un Testamentum juxta canonem receptum (un code de lois ou un testament selon les canons re&#231;us). Il s'agit de rassembler une s&#233;rie &#233;labor&#233;e d'&#233;crits, afin qu'ils puissent s'adresser directement &#224; tous ceux qui souhaitent les lire. Ce n'est qu'ainsi que les &#233;tudiants des autres pays pourront disposer de toutes les sources. Ceux qui ont acquis leur savoir d'une autre mani&#232;re, par le biais de reproductions peu fiables ou de vagues souvenirs, ont donn&#233; lieu &#224; un ph&#233;nom&#232;ne &#233;trange : jusqu'&#224; une &#233;poque tr&#232;s r&#233;cente, il n'y avait pas un seul ouvrage sur le marxisme en dehors de la langue allemande, &#233;crit sur la base d'une critique documentaire. Et souvent, ces &#339;uvres provenaient de la plume d'&#233;crivains d'autres partis r&#233;volutionnaires ou d'autres &#233;coles du socialisme. Un cas typique de ce genre est celui des &#233;crivains anarchistes, pour lesquels, surtout en France et en Italie, le fondateur du marxisme semble g&#233;n&#233;ralement n'avoir pas exist&#233; du tout, &#224; moins que ce ne soit comme l'homme qui fouetta Proudhon et s'opposa &#224; Bakounine, ou comme chef de ce qui est &#224; leurs yeux le plus grand crime, &#224; savoir le repr&#233;sentant typique du socialisme politique et donc &#8211; quelle infamie ! &#8211; du socialisme parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces &#233;crits ont un fondement commun. Et c'est l&#224; le mat&#233;rialisme historique, pris comme une triple th&#233;orie, &#224; savoir comme m&#233;thode philosophique pour la compr&#233;hension g&#233;n&#233;rale de la vie et de l'univers, comme critique de l'&#233;conomie politique r&#233;ductible &#224; certaines lois seulement parce qu'elle repr&#233;sente une certaine phase historique, et comme interpr&#233;tation de la politique, surtout de ces mouvements politiques qui sont n&#233;cessaires et utiles &#224; la marche de la classe ouvri&#232;re vers le socialisme. Ces trois aspects, que j'&#233;num&#232;re abstraitement, comme c'est toujours l'usage en mati&#232;re d'analyse, ne forment qu'une seule unit&#233; dans l'esprit des deux auteurs. C'est pour cette raison que leurs &#233;crits, &#224; l'exception de l' Anti-D&#252;hring d'Engels et du premier volume du Capital , ne semblent jamais aux hommes de lettres de tradition classique avoir &#233;t&#233; &#233;crits selon les canons de l'art de l'&#233;criture du livre. Ces &#233;crits sont en r&#233;alit&#233; des monographies et, dans la plupart des cas, ils sont le r&#233;sultat d'occasions sp&#233;ciales. Ce sont des fragments d'une science et d'une politique en processus de croissance continue. D'autres, qui ne sont &#233;videmment pas de simples venus par hasard, doivent et peuvent poursuivre ce travail. Afin de les comprendre pleinement, ces &#233;crits doivent &#234;tre class&#233;s de mani&#232;re biographique. Et dans une telle biographie nous retrouverons, pour ainsi dire, les traces et les empreintes, les marques et les reflets de la gen&#232;se du socialisme moderne. Ceux qui ne sont pas capables de suivre cette gen&#232;se chercheront dans ces fragments quelque chose qui n'y est pas et qui ne devrait pas y &#234;tre, par exemple des r&#233;ponses &#224; toutes les questions que les sciences historiques et sociales peuvent toujours poser dans leur une exp&#233;rience vaste et vari&#233;e, ou une solution sommaire des probl&#232;mes pratiques de tous les temps et de tous les lieux. Pour illustrer, dans le d&#233;bat sur la question orientale, o&#249; certains socialistes pr&#233;sentent le spectacle singulier d'une lutte entre idiotie et insouciance, on entend de toutes parts des r&#233;f&#233;rences au marxisme ! [4] Les doctrinaires et th&#233;oriciens de tout poil, qui ont besoin d'idoles intellectuelles, les cr&#233;ateurs de syst&#232;mes classiques bons pour l'&#233;ternit&#233;, les r&#233;dacteurs de manuels et d'encyclop&#233;dies, chercheront en vain dans le marxisme ce qu'il n'a jamais offert &#224; personne. Ces gens con&#231;oivent la pens&#233;e et la connaissance comme des choses qui ont une existence mat&#233;rielle , mais ils ne comprennent pas que la pens&#233;e et la connaissance sont des activit&#233;s en cours de formation. Ce sont des m&#233;taphysiciens au sens o&#249; Engels utilisait ce terme, ce qui n'est bien entendu pas le seul sens possible. Dans le cas pr&#233;sent, je veux dire que ces hommes sont des m&#233;taphysiciens au sens o&#249; Engels leur appliquait ce terme en &#233;largissant cette caract&#233;ristique que Hegel conf&#233;rait &#224; des ontologues comme Wolf et d'autres comme lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Marx, bien qu'il soit un publiciste sans &#233;gal, a-t-il jamais pr&#233;tendu se pr&#233;senter comme un &#233;crivain accompli en mati&#232;re d'histoire, alors qu'il r&#233;digeait de 1848 &#224; 1860 ses essais sur l'histoire contemporaine et ses m&#233;morables articles de journaux ? Et peut-&#234;tre a-t-il &#233;chou&#233; en cela, parce que ce n'&#233;tait pas sa vocation et parce qu'il n'y avait aucune aptitude ? Ou bien Engels, lorsqu'il &#233;crivait son Anti-D&#252;hring , qui est &#224; ce jour l'ouvrage le plus abouti du socialisme critique et contient en un mot toute la philosophie n&#233;cessaire aux penseurs du socialisme, r&#234;vait-il d'&#233;puiser les possibilit&#233;s de l'univers connaissable dans son ouvrage court et exquis, ou de tracer &#224; jamais les grandes lignes de la m&#233;taphysique, de la psychologie, de l'&#233;thique, de la logique, et quels que soient les noms des autres sections de l'encyclop&#233;die, qui ont &#233;t&#233; choisies soit pour des raisons intrins&#232;ques de division objective, soit pour des raisons d'opportunit&#233;, de confort, de vanit&#233;, par ceux qui pr&#233;tendent &#234;tre des enseignants ? Ou bien le Capital de Marx est -il peut-&#234;tre une autre de ces encyclop&#233;dies de toute la science &#233;conomique, avec lesquelles les professeurs surtout, surtout en Allemagne, surapprovisionnent le march&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage, compos&#233; de trois gros volumes r&#233;partis en quatre livres pas tr&#232;s petits, peut &#234;tre assimil&#233; &#224; une monographie colossale, &#224; la diff&#233;rence de tant de compilations encyclop&#233;diques. Son objet principal est de d&#233;montrer l'origine et la production de la plus-value (dans le syst&#232;me capitaliste), puis de montrer la mani&#232;re dont la plus-value est divis&#233;e par la combinaison de la production avec la circulation du capital. La base des analyses est la th&#233;orie de la valeur , qui est une perfection d'une &#233;laboration faite par la science &#233;conomique depuis un si&#232;cle et demi. Cette th&#233;orie ne repr&#233;sente pas un fait empirique tir&#233; de l'induction vulgaire, ni une simple cat&#233;gorie de logique, comme certains l'ont relat&#233;. Il s'agit plut&#244;t du postulat typique sans lequel tout le reste de l'&#339;uvre est impensable. Les pr&#233;misses factuelles, &#224; savoir la soci&#233;t&#233; pr&#233;capitaliste et la gen&#232;se sociale du travail salari&#233;, sont les points de d&#233;part de l'explication historique de l'origine du capitalisme actuel. Le m&#233;canisme de la circulation, avec ses lois secondaires et mineures, et enfin les ph&#233;nom&#232;nes de distribution, consid&#233;r&#233;s sous leurs aspects antith&#233;tiques et relativement ind&#233;pendants, constituent le moyen par lequel nous arrivons aux faits concrets tels qu'ils sont donn&#233;s par les mouvements &#233;vidents de la circulation. vie courante. Les faits et les processus sont g&#233;n&#233;ralement pr&#233;sent&#233;s sous leurs formes typiques, en supposant que toutes les conditions r&#233;guli&#232;res de la production capitaliste sont pleinement en vigueur. Les autres modes de production ne sont discut&#233;s que dans la mesure o&#249; ils sont d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;s et, pour montrer de quelle mani&#232;re ils ont &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;s ou, s'ils survivent encore, on prend en consid&#233;ration dans quelle mesure ils deviennent des obstacles &#224; la production capitaliste. Marx cite donc fr&#233;quemment des illustrations de l'histoire descriptive, puis, apr&#232;s avoir expos&#233; ses pr&#233;misses r&#233;elles, il donne une explication g&#233;n&#233;tique de la mani&#232;re dont ces pr&#233;misses suivent leur d&#233;veloppement typique, une fois donn&#233;es les conditions de leur interrelation. La structure morphologique de la soci&#233;t&#233; capitaliste est ainsi mise &#224; nu. L'&#339;uvre de Marx n'est donc pas dogmatique, mais critique. Et elle est critique, non pas au sens subjectif du terme, mais parce qu'elle tire sa critique du caract&#232;re antith&#233;tique et contradictoire des choses elles-m&#234;mes. M&#234;me lorsque Marx en vient aux parties descriptives des r&#233;f&#233;rences historiques, il ne se perd jamais dans des conceptions vulgaires, dont le secret consiste &#224; &#233;viter de s'interroger sur les lois du d&#233;veloppement et &#224; simplement coller sur une simple &#233;num&#233;ration et description d'&#233;v&#233;nements des &#233;tiquettes telles que &#034;processus historique&#034;. , d&#233;veloppement ou &#233;volution&#034;. Le fil conducteur de l'enqu&#234;te est la m&#233;thode dialectique. Et c'est l&#224; le point d&#233;licat qui jette dans la plus triste des confusions tous ces lecteurs du Capital.qui portent dans sa lecture les habitudes intellectuelles des empiristes, des m&#233;taphysiciens et des auteurs de d&#233;finitions d'entit&#233;s con&#231;ues pour l'&#233;ternit&#233;. Les questions &#233;pineuses soulev&#233;es par beaucoup concernant les pr&#233;tendues contradictions entre le premier et le troisi&#232;me tome [5] de cet ouvrage se r&#233;v&#232;lent, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, comme le r&#233;sultat d'une mauvaise compr&#233;hension de la m&#233;thode dialectique de la part de ces critiques. Je me r&#233;f&#232;re ici simplement &#224; l'esprit dans lequel le conflit a &#233;t&#233; men&#233;, et non aux points particuliers qui ont &#233;t&#233; soulev&#233;s. Car c'est un fait que le troisi&#232;me volume n'est en aucun cas une &#339;uvre achev&#233;e et peut &#234;tre critiquable m&#234;me de la part de ceux qui sont d'accord avec ses principes g&#233;n&#233;raux. Les contradictions relev&#233;es par les critiques ne sont pas des contradictions entre un livre et un autre, ne sont pas dues &#224; un manquement de l'auteur &#224; respecter ses pr&#233;misses et ses promesses, mais sont de v&#233;ritables contradictions trouv&#233;es dans la production capitaliste elle-m&#234;me. Exprim&#233;s sous forme de formules, ces ph&#233;nom&#232;nes apparaissent &#224; l'esprit pensant comme des contradictions. Un taux de profit moyen bas&#233; sur le capital total investi, quelle que soit sa composition organique, c'est-&#224;-dire quelle que soit la proportion entre sa partie constante et sa partie variable ; des prix form&#233;s sur le march&#233; au moyen de moyennes qui fluctuent largement autour de la valeur des marchandises ; les int&#233;r&#234;ts simples sur l'argent d&#233;tenu en tant que tel et pr&#234;t&#233; &#224; des tiers pour investir dans une entreprise ; la rente fonci&#232;re, c'est-&#224;-dire la rente sur quelque chose qui n'a &#233;t&#233; produit par le travail de personne : ces r&#233;futations et d'autres de la soi-disant loi de la valeur sont de v&#233;ritables contradictions inh&#233;rentes &#224; la production capitaliste. D'ailleurs, ce terme de droit en confond beaucoup. Ces antith&#232;ses, aussi irrationnelles qu'elles puissent para&#238;tre, existent en r&#233;alit&#233;, &#224; commencer par l' irrationalit&#233; fondamentale selon laquelle le travail du salari&#233; devrait cr&#233;er un produit sup&#233;rieur &#224; son co&#251;t (salaire) pour celui qui l'embauche. Ce vaste syst&#232;me de contradictions &#233;conomiques (merci &#224; Proudhon pour ce terme) appara&#238;t dans son int&#233;gralit&#233; comme une somme d'injustices sociales &#224; tous les socialistes sentimentaux, socialistes rationnels et &#224; toutes les nuances de radicaux d&#233;clamateurs. Les r&#233;formateurs honn&#234;tes souhaitent &#233;liminer ces injustices au moyen d'efforts juridiques honn&#234;tes. Quand on compare maintenant, cinquante ans plus tard, la pr&#233;sentation de ces antinomies, dans leurs d&#233;tails concrets, comme le montre le troisi&#232;me volume du Capital , avec les grandes lignes donn&#233;es dans La Pauvret&#233; de la Philosophie., on reconna&#238;t ais&#233;ment la nature du fil dialectique qui relie ces analyses. Les antinomies, que Proudhon voulait r&#233;soudre abstraitement sous pr&#233;texte que l'esprit raisonnant les condamnait au nom de la justice (et cette erreur lui assigne une certaine place dans l'histoire), apparaissent d&#233;sormais comme des contradictions dans la structure sociale elle-m&#234;me, de sorte que la nature m&#234;me du processus engendre des contradictions. Lorsque nous r&#233;alisons que les irrationalit&#233;s naissent du processus historique lui-m&#234;me, nous nous &#233;mancipons de la simplicit&#233; de la raison abstraite et comprenons que le pouvoir n&#233;gatif de la r&#233;volution est relativement n&#233;cessaire dans le cycle du d&#233;veloppement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'on puisse dire de cette question grave et tr&#232;s complexe de l'interpr&#233;tation historique, que je n'oserai pas traiter exhaustivement comme un incident de lettre, il n'en demeure pas moins que personne ne parviendra &#224; s&#233;parer les pr&#233;misses, le processus m&#233;thodique, les inf&#233;rences et conclusions de ces travaux, &#224; partir du monde r&#233;el dans lequel ils se d&#233;veloppent et des faits vivants auxquels ils se r&#233;f&#232;rent. Personne ne pourra jamais r&#233;duire son enseignement &#224; une simple Bible, ou &#224; une recette pour l'interpr&#233;tation de l'histoire d'un moment ou d'un lieu. Il n'y a pas de phrase plus insipide et ridicule que celle qui qualifie le Capital de Marx de Bible du socialisme. La Bible, qui est un recueil d'ouvrages religieux et d'essais th&#233;ologiques, a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e au cours des si&#232;cles. Et m&#234;me si le Capital &#233;tait notre Bible, la connaissance du socialisme ne suffirait pas &#224; elle seule &#224; rendre les socialistes omniscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme n'est pas et ne sera pas confin&#233; aux &#233;crits de Marx et d'Engels. Le nom appara&#238;t encore aujourd'hui comme le symbole et le recueil d'une tendance aux multiples facettes et d'une th&#233;orie complexe. Il reste encore beaucoup &#224; faire avant que le marxisme puisse devenir une th&#233;orie pleine et enti&#232;re de toutes les phases de l'histoire jusqu'ici rattach&#233;es &#224; leurs formes respectives de production &#233;conomique, une th&#233;orie qui r&#233;gulerait le rythme du d&#233;veloppement politique. Pour y parvenir, ceux qui veulent se consacrer &#224; l'&#233;tude du pass&#233; du point de vue de cette nouvelle m&#233;thode de recherche historique doivent soumettre les sources originales &#224; une &#233;preuve nouvelle et pr&#233;cise, et ceux qui veulent l'appliquer &#224; les questions pratiques de la politique actuelle doivent trouver des modes d'orientation particuliers. Cette th&#233;orie &#233;tant par essence critique, elle ne peut &#234;tre poursuivie, appliqu&#233;e et am&#233;lior&#233;e que si elle se critique elle-m&#234;me. Puisqu'il s'agit d'&#233;clairer et d'approfondir des processus d&#233;termin&#233;s, aucun cat&#233;chisme ne tiendra, aucune g&#233;n&#233;ralisation sch&#233;matique ne servira. J'en ai re&#231;u la preuve au cours de cette ann&#233;e o&#249; je me proposais de donner une conf&#233;rence &#224; l'universit&#233; sur la situation &#233;conomique de la Haute et de la Moyenne Italie &#224; la fin du XIIIe et au d&#233;but du XIVe si&#232;cle, dans le but principal d'expliquer la situation &#233;conomique de la Haute et de la Moyenne Italie. l'origine du prol&#233;tariat agricole et urbain et trouver ainsi un moyen pratique de retracer la mont&#233;e de certains mouvements communistes et de r&#233;v&#233;ler, comme conclusion finale, les vicissitudes quelque peu obscures de la vie h&#233;ro&#239;que de Fra Dolcino. C'&#233;tait certainement mon intention d'&#234;tre et de rester marxiste. Mais je ne peux &#233;viter d'assumer la responsabilit&#233; des choses que j'ai dites &#224; mes risques et p&#233;rils, car les sources sur lesquelles j'ai bas&#233; mes &#233;tudes &#233;taient celles qui sont manipul&#233;es par tous les autres historiens, de toutes les autres &#233;coles et tendances, et je ne pouvais pas demander Marx pour obtenir des conseils, car il n'avait rien &#224; offrir sur ces faits particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble avoir donn&#233; une r&#233;ponse satisfaisante &#224; la question principale qui revient non seulement dans votre pr&#233;face, &#224; laquelle je me r&#233;f&#232;re particuli&#232;rement, mais aussi dans divers articles &#233;crits par vous pour Le Devenir Social . Bien entendu, je devrai aborder encore d'autres questions. Mais votre question principale tournait autour de ce point : quelles sont les raisons qui expliquent que le mat&#233;rialisme historique se soit jusqu'&#224; pr&#233;sent si peu r&#233;pandu et si mal d&#233;velopp&#233; ? Sans pr&#233;judice de ce que je dirai dans mes prochaines lettres &#8211; vous voyez que je vous menace de parler encore plus ennuyant &#8211; vous ne devriez pas &#233;prouver de grandes difficult&#233;s &#224; faire votre propre r&#233;ponse &#224; une autre question que vous avez pos&#233;e notamment dans certains livres. critiques, et qui se r&#233;sume comme suit (du moins c'est ainsi que je l'interpr&#232;te) : Comment se fait-il que tant de personnes aient essay&#233; de compl&#233;ter cette compr&#233;hension et cette &#233;laboration imparfaites du marxisme, tant&#244;t avec l'aide de Spencer, tant&#244;t avec le positivisme ? en g&#233;n&#233;ral, tant&#244;t avec Darwin, tant&#244;t avec tout autre don des dieux, montrant une &#233;vidente inclination &#8211; que dirai-je &#8211; &#224; Italianiser, Franciser, Russer ce mat&#233;rialisme historique ? Pourquoi ont-ils oubli&#233; deux choses, &#224; savoir que cette th&#233;orie porte en elle les conditions et les expressions de sa propre philosophie, et qu'elle est essentiellement internationale dans son origine et sa substance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est aussi pour cette raison que je devrai continuer mes lettres.&lt;br class='autobr' /&gt;
III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 10 mai 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parler encore une fois des deux fondateurs du socialisme scientifique, je dois avouer que j'utilise ce terme non sans appr&#233;hension, de peur que le faux usage qui en a &#233;t&#233; fait dans certains milieux n'ait pu le rendre presque ridicule, surtout lorsqu'il est cens&#233; repr&#233;senter un une sorte de science universelle. Si ces deux hommes avaient &#233;t&#233;, sinon des saints du genre l&#233;gendaire, du moins des cr&#233;ateurs de projets et de syst&#232;mes dont la forme classique et les contours nets auraient pr&#234;t&#233; facilement &#224; l'admiration ! Mais non, monsieur ! Ils &#233;taient des penseurs critiques et agressifs, non seulement dans leurs &#233;crits, mais aussi dans leur fa&#231;on de faire les choses. Et ils n'ont jamais expos&#233; ni leur propre personnalit&#233; ni leurs propres id&#233;es comme exemples et mod&#232;les. Ils proclamaient certes le caract&#232;re r&#233;volutionnaire des choses dans les processus sociaux de l'histoire, mais pas dans l'esprit des hommes qui mesurent les grands &#233;v&#233;nements historiques &#224; l'aune de leur personnalit&#233; fantastique et impulsive. D'o&#249; le m&#233;pris du plus grand nombre ! S'ils avaient &#233;t&#233; au moins comme ces professeurs aimants qui descendent parfois de leur pi&#233;destal pour honorer de leurs conseils l'humanit&#233; pauvre et p&#233;cheresse et se pavaner parmi eux en protecteur et gardien de la question sociale ! Mais ils ont fait exactement l'inverse. Ils se sont identifi&#233;s &#224; la cause du prol&#233;tariat et sont devenus ins&#233;parables de la conscience et de la science de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. M&#234;me s'ils &#233;taient &#224; tous &#233;gards de v&#233;ritables r&#233;volutionnaires (bien qu'ils ne soient ni passionn&#233;s ni &#233;motifs), ils n'ont jamais sugg&#233;r&#233; de plans conspirateurs ou de projets politiques, mais ont expliqu&#233; la th&#233;orie de leur nouvelle politique et ont aid&#233; &#224; son application pratique, de la m&#234;me mani&#232;re que la classe ouvri&#232;re moderne. le mouvement indique et exige comme une n&#233;cessit&#233; actuelle de l'histoire. En d'autres termes, aussi incroyable que cela puisse para&#238;tre, ils &#233;taient bien plus que de simples socialistes . Et en fait, beaucoup de ceux qui n'&#233;taient que de simples socialistes , ou m&#234;me de simples artisans de r&#233;volutions, les consid&#233;raient souvent, sinon avec suspicion, du moins avec m&#233;pris et aversion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'aurais jamais fini si j'essayais d'&#233;num&#233;rer toutes les raisons qui ont retard&#233; pendant de longues ann&#233;es une discussion objective sur le marxisme. Vous savez bien que certains &#233;crivains de l'aile gauche des partis r&#233;volutionnaires en France traitent le mat&#233;rialisme historique, non pas de la mani&#232;re habituelle lorsqu'il s'agit des dons de l'esprit scientifique, certes critiquables comme toute la science, mais comme une th&#232;se personnelle de ces deux auteurs, qui, si remarquables et si grands soient-ils, ne restent pour ces gens-l&#224; toujours que deux parmi les autres dirigeants du socialisme, c'est-&#224;-dire deux parmi tant d'autres X de l'univers ! [6] Pour &#234;tre clair, je dirai que seuls des arguments bons ou mauvais ont &#233;t&#233; avanc&#233;s contre cette th&#233;orie, car ils constituent toujours des obstacles et des pierres d'achoppement sur le chemin des id&#233;es nouvelles, en particulier parmi les sages professionnels. Souvent, les objections provenaient aussi d'un motif tr&#232;s particulier. Les th&#233;ories de Marx et d'Engels, notamment, &#233;taient consid&#233;r&#233;es comme des opinions de camarades et mesur&#233;es selon des crit&#232;res de sympathie ou d'antipathie suscit&#233;s par ces camarades. Les r&#233;sultats bizarres d'une d&#233;mocratie pr&#233;matur&#233;e sont tels qu'il ne nous est pas permis d'exon&#233;rer quoi que ce soit du contr&#244;le des incomp&#233;tents, pas m&#234;me la logique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a d'autres raisons. Lorsque le premier volume du Capital de Marx parut en 1867, il fut pour les professeurs et les &#233;crivains universitaires, notamment allemands, comme un coup sur la t&#234;te. C'&#233;tait alors une p&#233;riode de grande inactivit&#233; en science &#233;conomique. L'&#233;cole historique n'avait pas encore produit ces volumes volumineux et souvent utiles qui parurent plus tard en Allemagne. En France, en Italie et m&#234;me en Allemagne, les productions tr&#232;s banales de cette &#233;conomie vulgaire , qui avait effac&#233; l'esprit critique des grands &#233;conomistes classiques entre 1840 et 1860, menaient une existence pr&#233;caire. L'Angleterre s'&#233;tait attach&#233;e &#224; John Stuart Mill, qui, bien que logicien de m&#233;tier, &#233;tait toujours suspendu entre le oui et le non dans les questions importantes, comme l'un des personnages bien connus de notre sc&#232;ne comique. Personne n'avait alors r&#233;fl&#233;chi &#224; cette nouvelle &#233;conomie que les h&#233;donistes ont r&#233;cemment produite. En Allemagne, o&#249; Marx aurait d&#251; &#234;tre lu le premier, pour des raisons &#233;videntes, et o&#249; Rodbertus restait presque inconnu, les esprits m&#233;diocres r&#233;gnaient sur la situation, au premier rang desquels ce c&#233;l&#232;bre &#233;crivain de notes &#233;rudites et minutieuses, Roscher, qui aimait &#224; encombrer des passages tr&#232;s clairs. avec des d&#233;finitions nominales et souvent insens&#233;es. Le premier volume du Capital parut juste &#224; temps pour d&#233;sillusionner les esprits des professeurs et des acad&#233;miciens. Eux, les &#233;rudits porteurs de titres, particuli&#232;rement privil&#233;gi&#233;s au pays dit des penseurs, &#233;taient cens&#233;s aller &#224; l'&#233;cole ! Soit ils s'&#233;taient perdus dans les d&#233;tails minutieux de l'&#233;rudition, soit ils avaient essay&#233; de faire une &#233;cole d'apolog&#233;tique de l'&#233;conomie politique, soit ils s'&#233;taient donn&#233; la peine de trouver un moyen plausible d'appliquer &#224; leur propre pays les conclusions d'une science d&#233;velopp&#233;e dans le monde entier. conditions diff&#233;rentes d'un autre pays. Et ainsi tous ces professeurs du pays des savants par excellence avaient oubli&#233; l'art de l'analyse et de la critique. Le capital les a oblig&#233;s &#224; commencer leurs &#233;tudes par le bas. Il leur fallait une fondation enti&#232;rement nouvelle. Car cet ouvrage, tout en &#233;manant de la plume d'un communiste extr&#233;miste et d&#233;termin&#233;, ne montrait aucune trace de protestation subjective ou d'intrigue, mais constituait une analyse strictement et rigoureusement objective du processus de production capitaliste. Il y avait &#233;videmment quelque chose de plus terrible chez ce journaliste r&#233;volutionnaire de 1848 et exil&#233; de 1849 qu'une simple continuation ou un compl&#233;ment de ce socialisme que la litt&#233;rature bourgeoise de tous les pays r&#234;vait d'avoir d&#233;finitivement vaincu comme expression politique depuis la chute du chartisme et le triomphe de l'Occident. le sinistre chef du coup d'&#201;taten France. Il devint n&#233;cessaire d'&#233;tudier &#224; nouveau l'&#233;conomie. En d'autres termes, cette science a ouvert une fois de plus une p&#233;riode critique. Pour rendre justice au diable, il faut admettre que les professeurs allemands apr&#232;s cette date, c'est-&#224;-dire &#224; partir de 1870, et plus encore depuis 1880, entreprirent la r&#233;vision critique de l'&#233;conomie avec cette diligence, cette pers&#233;v&#233;rance, cette bonne volont&#233; et cette la p&#233;nibilit&#233; dont les savants de ce pays ont toujours fait preuve dans tous les domaines de la recherche. Bien que nous ne puissions presque jamais accepter pleinement tout ce qu'ils ont &#233;crit, il n'en reste pas moins vrai que le domaine de l'&#233;conomie a &#233;t&#233; nouvellement labour&#233; par leurs travaux de la mani&#232;re habituelle parmi les professeurs et les acad&#233;miciens, et que maintenant cette science ne peut plus &#234;tre envisag&#233;e. aussi facilement que la le&#231;on de n'importe quel paresseux. Le nom de Marx est devenu si &#224; la mode ces derniers temps qu'il est entendu dans les amphith&#233;&#226;tres des universit&#233;s comme l'un des sujets privil&#233;gi&#233;s de critique, de pol&#233;mique et de r&#233;f&#233;rence, et non plus seulement en termes de regret et d'invectives vulgaires. La litt&#233;rature sociale allemande est d&#233;sormais enti&#232;rement impr&#233;gn&#233;e de souvenirs de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'a pas pu avoir lieu en 1867. Le capital a fait son apparition au moment m&#234;me o&#249; l'on commen&#231;ait &#224; parler de l' Internationale et &#224; se faire craindre pendant un court moment, non seulement en raison de ce qu'elle repr&#233;sentait intrins&#232;quement et de ce qu'elle aurait pu devenir. Si la guerre franco-allemande et l'incident tragique de la Commune ne lui avaient pas port&#233; des coups durs, mais aussi &#224; cause des discours &#224; glacer le sang de certains de ses membres et des stupides man&#339;uvres r&#233;volutionnaires de certains intrus. N'&#233;tait-il pas notoire que le discours inaugural de l'Association internationale des travailleurs (dont tout socialiste peut encore apprendre beaucoup) est sorti de la plume de Marx ? Et n'y avait-il pas de bonnes raisons de lui attribuer les actions et les r&#233;solutions les plus d&#233;termin&#233;es de l'Internationale ? Eh bien, si un r&#233;volutionnaire d'une loyaut&#233; et d'une perspicacit&#233; incontestables comme Mazzini n'a pas pu faire la distinction entre l' Internationale &#224; laquelle Marx a consacr&#233; son travail et l' Alliance bakouniste , il est &#233;tonnant que les professeurs allemands aient &#233;t&#233; peu enclins &#224; engager une discussion critique avec l'auteur. du capital ? Comment &#233;tait-il possible de s'entendre avec un homme qui &#233;tait pour ainsi dire pendu en effigie dans toutes les lois d'exception faites &#224; l'usage de Favre et de ses consorts, et qui &#233;tait tenu moralement responsable de tous les actes des r&#233;volutionnaires ? , m&#234;me leurs erreurs et leurs extravagances, m&#234;me s'il avait en m&#234;me temps &#233;crit une &#339;uvre magistrale, comme un nouveau Ricardo, qui &#233;tudiait impassiblement les processus &#233;conomiques &#224; la mani&#232;re des g&#233;om&#232;tres ? Ce fait est &#224; l'origine de cette &#233;trange m&#233;thode de pol&#233;mique qui rendait les intentions de l'auteur responsables de ses conclusions. On pr&#233;tendait que Marx avait con&#231;u son analyse scientifique dans le but de renforcer certaines tendances. Cela a conduit pendant de nombreuses ann&#233;es &#224; r&#233;diger des articles &#224; sensation plut&#244;t que des analyses objectives. [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pire, c'est que les effets de cette critique grossi&#232;rement fausse se sont fait sentir m&#234;me dans l'esprit des socialistes, en particulier dans celui des jeunes intellectuels qui ont adh&#233;r&#233; &#224; la cause du prol&#233;tariat entre 1870 et 1880. Nombre des ardents remodeleurs du prol&#233;tariat le monde a entrepris de se proclamer champion des th&#233;ories marxistes, choisissant comme monnaie l&#233;gale pr&#233;cis&#233;ment le marxisme plus ou moins fallacieux de nos adversaires. Le cas est particuli&#232;rement r&#233;pandu en Allemagne, o&#249; il a laiss&#233; des traces dans les d&#233;bats du parti et dans sa petite litt&#233;rature. Le point le plus paradoxal de toute cette erreur est le suivant : ceux qui penchent vers des d&#233;ductions faciles, comme le font la plupart des nouveaux venus, pensaient que les th&#233;ories de la valeur et de la plus-value, telles qu'habituellement pr&#233;sent&#233;es dans les expos&#233;s populaires, contenaient ici et maintenant les canons de l'activit&#233; pratique. , le moteur, la base &#233;thique et juridique de tous les efforts prol&#233;tariens. N'est-ce pas une grande injustice que de priver des millions et des millions d'&#234;tres humains du fruit de leur travail ! Cette affirmation est si simple et si poignante que toutes les Bastilles modernes devraient tomber au premier coup scientifique des nouvelles trompettes de J&#233;richo ! Cette simplicit&#233; facile a &#233;t&#233; renforc&#233;e par de nombreuses erreurs th&#233;oriques de Lassalle, comme celles qui &#233;taient dues &#224; son relatif manque de connaissances, par exemple la loi d'airain des salaires , une demi-v&#233;rit&#233; qui devient une erreur totale lorsqu'elle n'est pas enti&#232;rement expliqu&#233;e, ou celles qui, dans son cas, peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des exp&#233;dients d'agitation, par exemple ses fameuses coop&#233;ratives aid&#233;es par l'&#201;tat. Quiconque est enclin &#224; limiter toute sa confession de foi socialiste &#224; la plus simple d&#233;duction de l'exploitation reconnue &#224; l'exigence de l'&#233;mancipation des exploit&#233;s, qui n'est in&#233;vitable que parce qu'elle est juste, n'a qu'&#224; faire un pas de plus sur le chemin glissant de la logique. afin de r&#233;duire toute l'histoire du genre humain &#224; un cas de conscience morale et de consid&#233;rer son d&#233;veloppement successif dans la vie sociale comme autant de variations d'une erreur de calcul continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1870 et 1880, et un peu apr&#232;s, une sorte de nouvel utopisme s'est form&#233; autour de cette vague conception d'un certain quelque chose qu'on appelle le socialisme scientifique et qui, comme des fruits hors de saison, &#233;tait bien fade. Et qu'est-ce que l'utopisme sans le g&#233;nie d'un Fourier et l'&#233;loquence d'un Consid&#233;rant, sinon un sujet de ridicule ? Ce nouvel utopisme, qui fleurit encore ici et l&#224;, a jou&#233; un certain r&#244;le en France. Il a laiss&#233; son empreinte dans les luttes contre d'autres sectes et &#233;coles men&#233;es par nos courageux amis du Parti travailliste r&#233;volutionnaire, qui, d&#232;s le d&#233;but, se sont efforc&#233;s de d&#233;velopper le socialisme sur la base de la conscience de classe et de la conqu&#234;te progressive du pouvoir politique par le prol&#233;tariat. Ce n'est que par l'exp&#233;rience de cette &#233;preuve pratique, seulement par l'&#233;tude quotidienne de la lutte des classes, seulement en testant et retestant les forces du prol&#233;tariat dans la mesure o&#249; elles sont d&#233;j&#224; organis&#233;es et concentr&#233;es, que nous pouvons &#233;valuer les chances du socialisme. . Ceux qui proc&#232;dent diff&#233;remment sont et restent des utopistes, m&#234;me au nom v&#233;n&#233;r&#233; de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre ces nouveaux utopistes, contre les repr&#233;sentants d&#233;pass&#233;s des vieilles &#233;coles, contre les diverses marges du socialisme contemporain, nos deux auteurs n'ont cess&#233; d'appliquer les rayons de leur critique. Au cours de leur longue carri&#232;re, ils ont pris leur science comme guide pour leur travail pratique et, &#224; partir de leur exp&#233;rience pratique, ils ont s&#233;lectionn&#233; le mat&#233;riel et re&#231;u des instructions pour approfondir leur science. Ils n'ont jamais trait&#233; l'histoire comme si elle &#233;tait une jument qu'ils pouvaient chevaucher et trotter, ni cherch&#233; des formules permettant d'entretenir des illusions momentan&#233;es. Ils furent ainsi contraints, par la n&#233;cessit&#233; des circonstances, de mesurer le fer dans des controverses am&#232;res, vives et incessantes avec tous ceux qu'ils consid&#233;raient comme des dangers pour le mouvement prol&#233;tarien. Qui ne se souvient, par exemple, des Proudhonistes, qui pr&#233;tendaient d&#233;truire l'&#201;tat en le r&#233;duisant furtivement, comme s'il fermait les yeux et faisait semblant de ne pas voir ? Ou les anciens blanquistes, qui voulaient s'emparer du pouvoir de l'&#201;tat par la force et ensuite d&#233;clencher une r&#233;volution ? Ou Bakounine qui s'est infiltr&#233; subrepticement dans l'Internationale et a oblig&#233; les autres &#224; l'expulser ? Ou bien ici et l&#224; les pr&#233;tentions de tant d'&#233;coles diff&#233;rentes du socialisme et la concurrence de tant de dirigeants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le moment o&#249; Marx a mis en d&#233;route l'ing&#233;nu Weitling dans un d&#233;bat personnel [8] Outre sa critique acerbe du programme Gotha (1875), qui ne fut publi&#233;e qu'en 1890, sa vie fut un combat continu, non seulement contre la bourgeoisie et la politique qu'elle repr&#233;sentait, mais aussi contre les diff&#233;rents courants r&#233;volutionnaires et r&#233;actionnaires. qui, &#224; tort ou par m&#233;chancet&#233;, a pris le nom de socialisme. Toutes ces luttes ont &#233;t&#233; men&#233;es au sein de l'Internationale, et je parle d'une Internationale aux records glorieux, qui a laiss&#233; son empreinte jusqu'&#224; aujourd'hui sur toute l'activit&#233; actuelle du prol&#233;tariat, non de sa caricature ult&#233;rieure. La plus grande partie des controverses avec le marxisme, un marxisme que l'imagination de certains critiques a r&#233;duit &#224; une simple vari&#233;t&#233; d'&#233;cole politique, est due aux traditions de ces r&#233;volutionnaires qui, surtout dans les pays latins, ont reconnu en Bakounine leur chef et leur ma&#238;tre. . Que r&#233;p&#232;tent les anarchistes d'aujourd'hui, sinon les lamentations et les erreurs des jours pass&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a vingt ans, la majorit&#233; du public italien, &#224; l'exception des scientifiques qui m&#226;chaient sans cesse chez eux ce qu'ils avaient lu dans les livres, ne connaissait des deux fondateurs du socialisme scientifique que ce qui avait &#233;t&#233; conserv&#233;. &#224; travers les souvenirs des invectives de Mazzini et de la m&#233;chancet&#233; de Bakounine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le communisme critique, qui a &#233;t&#233; si tardivement admis &#224; l'honneur des d&#233;bats dans les cercles de la science officielle, s'est heurt&#233; dans son propre camp &#224; la pire des adversit&#233;s, &#224; l'inimiti&#233; de ses propres amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces difficult&#233;s sont d&#233;sormais surmont&#233;es ou, du moins, pour la plupart, sur le point de dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas la vertu intrins&#232;que des id&#233;es, qui n'ont jamais eu de pieds pour marcher ni de mains pour saisir, mais le seul fait que les programmes des partis socialistes, partout o&#249; de tels partis sont apparus, ont adopt&#233; les m&#234;mes tendances, ont incit&#233; les socialistes de tous les pays, &#224; travers la suggestion imp&#233;rieuse de conditions, pour se placer sous l'angle visuel du Manifeste Communiste. Ne pensez-vous pas que j'ai &#233;crit mon essai en souvenir de ce manifeste &#224; un moment opportun ? Les classes exploiteuses cr&#233;ent presque partout les m&#234;mes conditions pour les classes exploit&#233;es. C'est pour cette raison que les repr&#233;sentants actifs de ces exploit&#233;s parcourent partout le m&#234;me chemin d'agitation et suivent les m&#234;mes points de vue dans leur propagande et leur organisation. Beaucoup appellent cela le marxisme pratique . Qu'il en soit ainsi ! A quoi bon se disputer sur les mots ? M&#234;me si le marxisme se r&#233;duit pour beaucoup &#224; de simples mots, ou au culte de l'image de Marx, de son buste de Paris en pl&#226;tre ou de ses traits sur un bouton (la police italienne montre fr&#233;quemment son profond sentiment pour de tels symboles innocents), il n'en demeure pas moins que cette unanimit&#233; symbolique est une preuve de l'unification naissante dans la r&#233;alit&#233; et de l'unit&#233; croissante de pens&#233;e et d'action dans tous les mouvements prol&#233;tariens du monde. En d'autres termes, la solidarit&#233; internationale se fa&#231;onne &#224; long terme en fonction des conditions mat&#233;rielles. Ceux qui utilisent le langage des &#233;crivains d&#233;cadents de la bourgeoisie, prenant le symbole pour la chose, disent maintenant qu'il s'agit l&#224; d'un triomphe personnel de Marx. C'est comme si l'on avait dit que le christianisme &#233;tait un triomphe personnel de J&#233;sus de Nazareth (ou pourquoi ne pas dire carr&#233;ment sa r&#233;ussite ?), de J&#233;sus qui s'est d&#233;pouill&#233; de sa qualit&#233; de fils d'un dieu ayant pris forme humaine, et qui, dans le langage doux et faible de votre Renan, devenu un homme d'une divinit&#233; si enfantine qu'il semblait &#234;tre un dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette conception intuitive de la politique socialiste, qui &#233;quivaut &#224; une politique prol&#233;tarienne, les divergences des vieilles &#233;coles se sont effondr&#233;es. Certaines d'entre elles n'&#233;taient en fait que des distinctions de lettre et de vaines distinctions, qui ont d&#251; c&#233;der la place &#224; des distinctions utiles qui surgissent spontan&#233;ment &#224; travers les diff&#233;rentes mani&#232;res de traiter les probl&#232;mes pratiques. Dans la r&#233;alit&#233; concr&#232;te, dans le d&#233;veloppement positif et prosa&#239;que du socialisme, peu importe que tous ses chefs, dirigeants, orateurs et repr&#233;sentants se conforment &#224; une th&#233;orie ou ne s'y conforment pas, qu'ils la professent ou non publiquement. Le socialisme n'est pas une &#233;glise, ni une secte, qui doit avoir son dogme ou sa formule fixe. Si tant de gens parlent aujourd'hui du triomphe du marxisme, une expression aussi cat&#233;gorique, formul&#233;e sous une forme grossi&#232;rement prosa&#239;que, signifie simplement que d&#233;sormais personne ne peut &#234;tre socialiste s'il ne se demande &#224; chaque instant : quelle est la bonne chose &#224; penser ? dire, faire, dans les circonstances actuelles, pour le meilleur int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat. Le temps est r&#233;volu pour des dialecticiens, ou plut&#244;t des sophistes comme Proudhon, pour les inventeurs de syst&#232;mes sociaux personnels, pour les faiseurs de r&#233;volutions priv&#233;es.L'indication pratique de ce qui est r&#233;alisable est donn&#233;e par la condition du prol&#233;tariat, et cela est appr&#233;ciable et mesurable pr&#233;cis&#233;ment parce que le marxisme (je veux dire la chose et non le symbole) nous fournit un &#233;talon progressiste par sa th&#233;orie . Les deux choses, le mesurable et la mesure, ne font qu'une du point de vue du processus historique, surtout lorsqu'elles sont vues &#224; une distance convenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vous pouvez effectivement constater qu'&#224; mesure que les contours de la politique pratique du socialisme se pr&#233;cisent, toutes les vieilles id&#233;es po&#233;tiques et fantastiques se dispersent et ne laissent derri&#232;re elles que des traces phras&#233;ologiques. Dans le m&#234;me temps, l'&#233;tude critique de la science &#233;conomique s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; tous &#233;gards dans le domaine de la recherche universitaire. L'exil&#233; Marx s'est install&#233;, apr&#232;s sa mort, dans les cercles de la science officielle, du moins en tant qu'adversaire qui ne se laisse pas tromper. Et tout comme les socialistes ont parcouru tant de chemins diff&#233;rents pour comprendre qu'une r&#233;volution ne peut pas &#234;tre faite, mais se fait par un processus de croissance, de m&#234;me s'est progressivement form&#233; un public pour qui le mat&#233;rialisme historique est une n&#233;cessit&#233; intellectuelle v&#233;ritable et distincte. Vous avez vu que beaucoup ont mis le nez dans cette th&#233;orie ces derni&#232;res ann&#233;es, m&#234;me si elle &#233;tait mal faite ou avec de mauvaises intentions. Maintenant, si vous regardez bien, vous constaterez que nous n'avons pas recul&#233;. Depuis ma jeunesse, j'ai souvent entendu raconter comment Hegel avait dit qu'un seul de ses &#233;l&#232;ves le comprenait. Cette anecdote ne peut &#234;tre v&#233;rifi&#233;e, car ce disciple n'a jamais &#233;t&#233; identifi&#233;. Mais la m&#234;me chose peut se r&#233;p&#233;ter &#224; l'infini, de syst&#232;me en syst&#232;me, d'&#233;cole en &#233;cole, car, en r&#233;alit&#233;, l'activit&#233; intellectuelle n'est pas due uniquement &#224; la suggestion personnelle, et la pens&#233;e ne se communique pas m&#233;caniquement de cerveau &#224; cerveau en tant que telle. Les grands syst&#232;mes ne se diffusent pas non plus, &#224; moins que des conditions sociales semblables n'y disposent et n'y inclinent plusieurs esprits en m&#234;me temps. Le mat&#233;rialisme historique sera &#233;largi, diffus&#233;, sp&#233;cialis&#233; et aura sa propre histoire. Sa couleur et son contour peuvent varier d'un pays &#224; l'autre. Mais cela ne fera pas grand mal, aussi longtemps qu'il conservera ce noyau qui est, pour ainsi dire, toute sa philosophie . L'une de ses th&#232;ses fondamentales est la suivante : la nature de l'homme, sa construction historique, est un processus pratique. Et quand je dis pratique , cela implique l'&#233;limination de la distinction vulgaire entre th&#233;orie et pratique. Car, en d'autres termes, l'histoire de l'homme est l'histoire du travail. Et le travail implique et inclut d'une part le d&#233;veloppement relatif, proportionnel et proportionn&#233; des activit&#233;s mentales et manuelles, et d'autre part le concept d'histoire du travail implique toujours la forme sociale du travail et ses variations. L'homme historique est toujours la soci&#233;t&#233; humaine, et la pr&#233;somption d'un homme pr&#233;social ou suprasocial est une cr&#233;ature de l'imagination. Et nous y sommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, je m'arr&#234;te, principalement pour &#233;viter de me r&#233;p&#233;ter, et pour vous &#233;viter une r&#233;p&#233;tition des choses que j'ai &#233;crites dans mes deux essais. Vous ne ressentez certainement pas le besoin d'une telle r&#233;p&#233;tition, et certainement pas moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;REMARQUES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Pour une meilleure compr&#233;hension de mes lettres, je joins la pr&#233;face (III) que Sorel a &#233;crite pour l'&#233;dition fran&#231;aise de mes deux essais (Paris 1897, Giard et Bri&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Tout r&#233;cemment, Franz Mehring a entrepris de publier un recueil de tous les &#233;crits moins connus de Marx et d'Engels de 1840 &#224; 1850, parmi lesquels figurait &#233;galement &#171; La Sainte Famille &#187;. &#034;La pauvret&#233; de la philosophie&#034; est d&#233;sormais publi&#233; en anglais par la Twentieth Century Press de Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Je veux parler du &#171; Geschichte der ersten sozialpolitischen Arbeiterbewegung in Deutschland &#187; et du &#171; Die GrundlaKen der Karl Marxischen Kritik &#187;, qui ont &#233;t&#233; pill&#233;s &#233;galement en Italie par des critiques bon march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Pendant que je pr&#233;pare la publication de ces lettres, fin septembre 1901 arrive &#224; mon bureau &#034;La Question d'Orient, de Karl Marx, Londres, &#233;dition Sonnenschein, pages XVI et 656, en grand in-8&#176;, avec un copieux index et deux cartes g&#233;ographiques. Il s'agit d'une reproduction soigneusement &#233;dit&#233;e, par Ealeanor Marx et Edward Aveling, des articles que Karl Marx a &#233;crits de 1853 &#224; 1856 sur la question orientale, principalement dans le New York Tribune. en passant, lorsque Marx &#233;crivait des articles politiques , il ne se perdait pas dans un nuage de doctrinarisme et d'expos&#233; de principes, mais cherchait &#224; se faire comprendre et &#224; comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Je pense notamment aux &#233;crits pol&#233;miques de B&#246;hm-Bawerk et de Kormorzynski. A ma grande surprise, l'ouvrage du premier nomm&#233;, intitul&#233; &#034;Karl Max et la fin de son syst&#232;me&#034;, a &#233;t&#233; trait&#233; avec beaucoup d'indulgence par Conrad Schmidt dans le suppl&#233;ment du &#034;Vorw&#228;rts&#034;, 16 avril 1897, n&#176; 85 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. J'invite ces X &#224; une r&#233;union commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. &#034;Marx part du principe... que la valeur des marchandises est exclusivement d&#233;termin&#233;e par la quantit&#233; de travail qu'elles contiennent. Or, s'il n'y a dans la valeur des marchandises que du travail, si une marchandise n'est rien d'autre mais du travail cristallis&#233;, il est alors &#233;vident qu'il doit appartenir enti&#232;rement au travailleur et qu'aucune partie ne doit &#234;tre appropri&#233;e par le capitaliste. Par cons&#233;quent, si le travailleur n'obtient qu'une partie de la valeur de son produit, cela ne peut &#234;tre que la perte. r&#233;sultat d'une usurpation. &#187; Ainsi &#233;crivait Loria &#224; la page 462 de la &#171; Nuova Antologia &#187;, en f&#233;vrier 1895, dans l'article cit&#233; &#171; L'&#339;uvre posthume de Karl Marx &#187;. Je cite ces mots, qui ne sont pas les seuls de ce genre &#233;crits par Loria, simplement pour illustrer la mani&#232;re dont peuvent &#234;tre donn&#233;es des versions libres de Marx &#224; la mani&#232;re de Proudhon. Et c'est sur de telles versions libres que reposaient ces al&#233;as mentaux des ann&#233;es 1870 &#224; 1880 dont je parlerai plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le Russe Annencoff fut un t&#233;moin personnel de ce d&#233;bat et y fit r&#233;f&#233;rence plus tard, parmi de nombreux autres souvenirs de Marx, dans le &#034;Vyestnik Yevropy&#034;, 1880. (Reproduit dans la &#034;Neue Zeit&#034;, mai 1883.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Ce que j'ai &#233;crit en mai 1897 n'a certainement pas &#233;t&#233; d&#233;menti par les &#233;v&#233;nements d'Italie de mai 1898. Ces &#233;v&#233;nements n'&#233;taient pas l'&#339;uvre d'un parti particulier, mais un v&#233;ritable cas d'anarchie spontan&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transcrit pour les archives Internet Marx/Engels en 1997 par Rob Ryan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, le 14 mai 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir &#224; mon premier argument, il me semble que la question suivante est au premier plan dans votre esprit : par quels moyens et de quelle mani&#232;re serait-il possible d'inaugurer une &#233;cole de mat&#233;rialisme historique en France ? Je ne sais pas si j'ai le droit de r&#233;pondre &#224; cette question, sans courir le risque de figurer parmi ces journalistes de la vieille &#233;cole qui, avec une assurance imperturbable, ont donn&#233; de bons conseils &#224; l'Europe au risque de n'&#234;tre presque jamais &#233;cout&#233;s. En fait, ils ne l'ont jamais &#233;t&#233;. Je vais essayer d'&#234;tre modeste. En premier lieu, il ne devrait pas &#234;tre si difficile de trouver en France des r&#233;dacteurs et des &#233;diteurs dispos&#233;s &#224; publier et &#224; diffuser les traductions exactes des &#339;uvres de Marx, d'Engels et d'autres qui pourraient &#234;tre souhait&#233;es. Ce serait la meilleure fa&#231;on de commencer. Je suis conscient que dans l'art de traduire, on se heurte &#224; d'&#233;tranges difficult&#233;s. Je lis l'allemand depuis plus de trente-sept ans et j'ai toujours remarqu&#233; que nous, les gens de langue latine, nous engageons dans d'&#233;tranges d&#233;tours linguistiques et litt&#233;raires chaque fois que nous essayons de traduire &#224; partir de l'allemand. Ce qui semble vivant, clair, direct en allemand devient assez souvent, lorsqu'il est traduit en italien, un jargon froid, inutile et m&#234;me carr&#233;ment jargon. Dans les traductions courantes, l'effet convaincant se perd avec celui du sens. Dans un travail de vulgarisation aussi vaste que celui que j'ai en vue, il serait souhaitable, outre l'interpr&#233;tation fid&#232;le du texte original, de fournir dans les pr&#233;faces, notes de bas de page et commentaires des &#233;crits traduits les mat&#233;riaux pour cela. assimilation facile, d&#233;j&#224; en cours ou pr&#233;par&#233;e dans les &#233;crits cultiv&#233;s sur le sol natal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les langues ne sont pas des variations accidentelles du discours universel. Ils sont bien plus que de simples moyens de communication externes exprimant la pens&#233;e et l'esprit. Ce sont les conditions et les limites de notre activit&#233; interne, qui pour cette raison, entre autres, n'est pas redevable au hasard des diff&#233;rents modes et formes nationaux. S'il y a des internationalistes qui ignorent cela, il faudrait plut&#244;t les qualifier de confusionnistes et d'ignorants de la forme. Parmi ceux-l&#224;, il y a ceux qui tirent leurs informations, non pas des anciennes apocalypses, mais de ce sp&#233;cieux Bakounine qui a m&#234;me proclam&#233; l'&#233;galisation des sexes. L'assimilation d'id&#233;es, de lignes de pens&#233;e, de tendances d&#233;finies, de projets qui ont trouv&#233; leur expression m&#251;re dans la litt&#233;rature d'une langue &#233;trang&#232;re, est un cas assez difficile de p&#233;dagogie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Puisque cette derni&#232;re expression a gliss&#233; de ma plume, permettez-moi aussi d'avouer que ce n'est pas la croissance continue des succ&#232;s &#233;lectoraux qui me remplit plus que toute autre chose d'admiration et d'un vif espoir, lorsque j'examine de pr&#232;s l'histoire pass&#233;e et la situation actuelle du pays. la social-d&#233;mocratie allemande. Au lieu de sp&#233;culer sur le vote comme mesure de l'avenir, selon des calculs souvent erron&#233;s d'inf&#233;rence et de combinaison statistique, j'&#233;prouve une admiration particuli&#232;re pour ce cas vraiment nouveau et imposant d'&#233;ducation sociale. C'est l&#224; le point important que chez un si grand nombre d'hommes, en particulier parmi les ouvriers et les petits bourgeois, une nouvelle conscience est en train de se former, &#224; laquelle l'influence directe des conditions &#233;conomiques qui les poussent &#224; lutter et la propagande du socialisme en tant que moyen et objectif de d&#233;veloppement, contribuent &#233;galement. Cette digression me rappelle un souvenir. J'ai &#233;t&#233; soit le premier, soit certainement l'un des premiers, en Italie, &#224; attirer l'attention de ceux de nos ouvriers qui &#233;taient et sont capables d'avancer sur la ligne de la lutte de classe prol&#233;tarienne moderne, sur l'exemple de l'Allemagne. Mais il ne m'est jamais venu &#224; l'esprit de supposer que l'imitation de l'Allemagne puisse nous soustraire en quoi que ce soit &#224; l'action spontan&#233;e. Il ne m'est jamais venu &#224; l'esprit de suivre l'exemple de ces moines et pr&#234;tres, qui furent pendant des si&#232;cles les &#233;ducateurs presque exclusifs d'une Italie d&#233;j&#224; en d&#233;composition, et qui enseignaient all&#232;grement l'art de la po&#233;sie en ordonnant &#224; leurs &#233;l&#232;ves d'apprendre par c&#339;ur l'art po&#233;tique d'Horace. Il serait &#233;trange que toi, Bebel, avec tes m&#233;rites, ton activit&#233; et ta sagesse, tu sois introduit parmi nous sous le costume d'un autre Horace ! Cela surprendrait m&#234;me mon ami Lombroso, qui d&#233;teste le latin plus que la fi&#232;vre de la famine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bref, il existe encore d'autres difficult&#233;s, plus vastes et plus lourdes. M&#234;me si des &#233;crivains et des &#233;diteurs comp&#233;tents et exp&#233;riment&#233;s, non seulement en France, mais aussi dans les autres pays civilis&#233;s, entreprenaient de diffuser les traductions de tous les ouvrages sur le mat&#233;rialisme historique, cela ne ferait que stimuler, mais non former et maintenir vivants dans les diverses nations ces des &#233;nergies cr&#233;atrices qui produisent et nourrissent vigoureusement un certain mouvement intellectuel. Penser, c'est produire. Apprendre signifie produire par reproduction. Nous ne connaissons r&#233;ellement et v&#233;ritablement une chose que lorsque nous sommes capables de la produire nous-m&#234;mes par la pens&#233;e, le travail, la preuve et la preuve renouvel&#233;e. Nous ne le faisons qu'en vertu de nos propres pouvoirs, dans notre groupe social et du point de vue que nous y occupons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et maintenant pensez &#224; la France, avec sa grande histoire, avec sa litt&#233;rature qui a &#233;t&#233; si dominante pendant des si&#232;cles, avec ses ambitions patriotiques et avec sa diff&#233;renciation ethnologique et psychologique tr&#232;s particuli&#232;re, qui se manifeste m&#234;me dans les produits les plus abstraits de l'esprit ! Il ne conviendrait pas &#224; moi, Italien, de me poser en d&#233;fenseur de vos chauvins, sur lesquels vous jetez tant d'opprobre bien m&#233;rit&#233;. Mais rappelons-nous ce qui s'est pass&#233; au XVIIIe si&#232;cle. La pens&#233;e r&#233;volutionnaire venait de plus d'une partie du monde civilis&#233;, d'Italie, d'Angleterre, d'Allemagne, mais elle n'&#233;tait europ&#233;enne que si elle prenait l'apparence de l'esprit fran&#231;ais. Et la r&#233;volution europ&#233;enne &#233;tait, au fond, la r&#233;volution fran&#231;aise. Cette gloire imp&#233;rissable de votre nation p&#232;se, comme toutes les gloires, sur le peuple. Cela vous accable d'un pr&#233;jug&#233; profond&#233;ment enracin&#233;. Mais les pr&#233;jug&#233;s ne sont-ils pas &#233;galement des forces, du moins des obstacles au progr&#232;s, au moins ? Paris ne sera plus le cerveau du monde, ne serait-ce que pour la simple raison que le monde n'a pas de cerveau, sauf dans l'imagination de quelques sociologues superficiels. [1] Paris n'est pas non plus aujourd'hui, et ne sera jamais dans l'avenir, cette J&#233;rusalem sacr&#233;e des r&#233;volutionnaires de toutes les parties du monde qu'elle semblait &#234;tre autrefois. En tout &#233;tat de cause, la future r&#233;volution prol&#233;tarienne n'aura rien de commun avec un mill&#233;naire apocalyptique. Et de nos jours, les privil&#232;ges sp&#233;ciaux sont vou&#233;s &#224; l'&#233;chec tant pour les nations que pour les individus. Ainsi Engels l'a observ&#233; avec raison. D'ailleurs, cela vaudrait la peine, vous Fran&#231;ais, de lire ce qu'il &#233;crivait en 1871 sur les blanquistes qui tentaient de fomenter une r&#233;volution violente, si peu de temps apr&#232;s la catastrophe de la Commune. [2] Mais en fin de compte, lorsqu'on tient compte des conditions particuli&#232;res de l'agriculture et de l'industrie fran&#231;aises, qui ont retard&#233; si longtemps la concentration du mouvement ouvrier, et qu'on impute le bl&#226;me appropri&#233; aux divers petits dirigeants et dirigeants qui Si longtemps le socialisme fran&#231;ais a &#233;t&#233; divis&#233; et divis&#233;, il reste toujours que le mat&#233;rialisme historique ne fera aucun progr&#232;s chez vous, tant qu'il donnera l'impression d'&#234;tre simplement une &#233;laboration mentale de deux Allemands de grand g&#233;nie. Par cette expression, Mazzini a intensifi&#233; le ressentiment national contre ces deux auteurs qui, &#233;tant communistes et mat&#233;rialistes, semblaient faits pour mettre en &#233;chec la formule id&#233;aliste du Patriotisme et de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; cet &#233;gard, le sort des deux fondateurs du socialisme scientifique fut presque tragique. Ils &#233;taient souvent consid&#233;r&#233;s comme les deux Allemands par tant de chauvins m&#234;me s'ils &#233;taient r&#233;volutionnaires. Et Bakounine, dont l'esprit si fortement enclin &#224; l'invention, c'est le moins qu'on puisse dire, les accusait d'&#234;tre des champions du pangermanisme, bien que ces deux Allemands, qui ont quitt&#233; leur pays en exil d&#232;s l'&#233;poque de leur jeunesse, aient &#233;t&#233; re&#231;us avec un silence &#233;tudi&#233;. par ces professeurs pour qui la servilit&#233; est un acte de patriotisme. En fait, ces professeurs se sont veng&#233;s. Car Le Capital, dont toute la pr&#233;sentation est enracin&#233;e dans les traditions de l'&#233;conomie classique, sans exclure les &#233;crivains ing&#233;nieux et souvent talentueux de l'Italie du XVIIIe si&#232;cle, ne parle qu'avec un m&#233;pris souverain d'hommes comme Roscher et d'autres comme lui. Engels, qui s'est consacr&#233; avec tant d'habilet&#233; &#224; l'amplification et &#224; la vulgarisation des r&#233;sultats des recherches faites par l'Am&#233;ricain Morgan, avait la conviction bien &#233;tablie que ce qu'il appelait &#224; juste titre philosophie classique &#233;tait parvenu &#224; sa dissolution avec Feuerbach. Et lorsqu'il &#233;crivit son Anti-D&#252;hring, il montrait une franche insouciance &#224; l'&#233;gard des philosophes de l'&#233;poque, du n&#233;ocriticisme de ses compatriotes, une insouciance qui s'explique, sinon est excusable, dans son cas, mais qui est ridicule chez d'autres socialistes qui affecter de l'imiter. Leur destin tragique &#233;tait pour ainsi dire inh&#233;rent &#224; leur mission. Ils s'&#233;taient donn&#233;s corps et &#226;me &#224; la cause du prol&#233;tariat de toutes les nations. Et c'est pour cette raison que leur travail scientifique ne trouve dans chaque nation que le public de lecteurs capables d'une semblable r&#233;volution intellectuelle. En Allemagne, o&#249; la social-d&#233;mocratie se tient fermement en rangs serr&#233;s, en raison de conditions historiques, notamment du fait que la classe capitaliste n'a jamais pu rompre ses liens avec l'ancien r&#233;gime (regardez cet empereur qui parle impun&#233;ment dans le langage d'un vice-dieu et qui n'est qu'un Fr&#233;d&#233;ric Barberousse agissant en voyageur de commerce pour les marchandises fabriqu&#233;es en Allemagne), il &#233;tait tout naturel que les id&#233;es du socialisme scientifique trouvent un terrain favorable &#224; leur diffusion normale et progressive. Mais aucun des socialistes allemands &#8211; du moins je l'esp&#232;re &#8211; ne songera jamais &#224; consid&#233;rer les id&#233;es de Marx et d'Engels du simple point de vue des droits et devoirs, des m&#233;rites et des d&#233;m&#233;rites des camarades du parti. Voici ce qu'Engels &#233;crivait il n'y a pas si longtemps : [3] &#034;On remarquera que dans ces articles, je ne me qualifie pas de social-d&#233;mocrate, mais de communiste. Je le fais parce que le nom de social-d&#233;mocrate &#233;tait alors donn&#233; &#224; beaucoup de gens qui n'avaient pas &#233;crit. sur leurs banni&#232;res l'exigence de la socialisation de tous les moyens de production. Par peuple social-d&#233;mocrate, on entendait en France un d&#233;mocrate r&#233;publicain, qui avait des sympathies r&#233;elles, mais ind&#233;finies, pour les ouvriers comme Ledru-Rollin en 1848, et comme les socialistes radicaux de 1874, teint&#233;s de Proudhonisme. En Allemagne, les Lasalliens se disaient sociaux-d&#233;mocrates, bien que la grande majorit&#233; d'entre eux reconnaisse peu &#224; peu la n&#233;cessit&#233; de la socialisation des moyens de production, pourtant un des points essentiels de leur opinion publique. Le programme est rest&#233; des associations productives avec l'aide de l'&#201;tat. Il &#233;tait donc tout &#224; fait impossible pour Marx et moi-m&#234;me de choisir un terme aussi &#233;lastique pour d&#233;signer notre point de vue sp&#233;cifique. Aujourd'hui, c'est diff&#233;rent et ce terme peut &#234;tre retenu. N&#233;anmoins, cela sera toujours inadapt&#233; &#224; un parti dont le programme n'est pas g&#233;n&#233;riquement socialiste, mais directement communiste, et dont le but politique ultime est d'&#233;liminer toute forme d'&#201;tat, et donc aussi de d&#233;mocratie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il me semble que les patriotes &#8211; je n'utilise pas ce terme par d&#233;rision &#8211; ont de bonnes raisons de se consoler et de se r&#233;conforter. Car rien ne permet de conclure que le mat&#233;rialisme historique est le patrimoine intellectuel d'une seule nation, ou qu'il devait devenir le privil&#232;ge d'une clique, d'un cercle ou d'une secte. Ses origines objectives appartiennent &#233;galement &#224; la France, &#224; l'Angleterre et &#224; l'Allemagne. Je ne r&#233;p&#233;terai pas ici ce que j'ai dit dans une autre lettre concernant la forme de la pens&#233;e qui s'est d&#233;velopp&#233;e dans l'esprit de nos deux auteurs dans les conditions cr&#233;&#233;es par la culture intellectuelle de l'Allemagne dans leur jeunesse, notamment par la philosophie, tandis que l'h&#233;g&#233;lianisme soit perdait elle s'est engag&#233;e dans les d&#233;marches d'une nouvelle scolastique, ou a c&#233;d&#233; la place &#224; une critique nouvelle et plus lourde. Mais en m&#234;me temps existaient les grandes industries d'Angleterre avec toutes les mis&#232;res qui les accompagnaient, avec le contrepoids id&#233;ologique d'Owen et le contrepoids pratique de l'agitation chartiste. Il y avait en outre les &#233;coles du socialisme fran&#231;ais et les traditions r&#233;volutionnaires de l'Occident, &#224; partir desquelles se d&#233;veloppaient &#224; peine les formes d'un communisme v&#233;ritablement prol&#233;tarien. Qu'est-ce que le Capital sinon la critique de cette &#233;conomie politique qui, en tant que r&#233;volution pratique et expression th&#233;orique, n'avait atteint sa pleine maturit&#233; qu'en Angleterre, vers les ann&#233;es soixante, et qui venait &#224; peine de commencer en Allemagne ? Qu'est-ce que le Manifeste communiste sinon la conclusion et l'explication de ce socialisme qui &#233;tait soit latent, soit manifeste dans les mouvements ouvriers de France et d'Angleterre ? Toutes ces choses ont &#233;t&#233; continu&#233;es et port&#233;es &#224; la critique, sans exclure la philosophie de Hegel, par le caract&#232;re critique immanent de l'avanc&#233;e dialectique et de ses transformations. Tel est le processus de cette n&#233;gation qui ne consiste pas dans la discussion contentieuse et oppositionnelle d'un concept avec un autre, d'une opinion avec une autre, mais qui v&#233;rifie plut&#244;t les choses qu'elle nie parce que ce qu'elle rend n&#233;gatif soit contient le mat&#233;riel conditions ou pr&#233;misses intellectuelles pour la poursuite du processus. [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La France et l'Angleterre peuvent reprendre leur part dans l'&#233;laboration du mat&#233;rialisme historique sans para&#238;tre commettre un acte de simple imitation. Les Fran&#231;ais ne devraient-ils jamais &#233;crire des livres v&#233;ritablement critiques sur Fourier et Saint Simon, montrant qu'ils furent, et dans quelle mesure, les pr&#233;curseurs du socialisme contemporain. N'y a-t-il pas suffisamment d'occasions pour consacrer une &#339;uvre litt&#233;raire aux &#233;v&#233;nements de 1830 &#224; 1848, pour que l'on puisse voir que la th&#233;orie du Manifeste communiste n'&#233;tait pas leur n&#233;gation, mais plut&#244;t leur r&#233;sultat et leur solution. N'y a-t-il pas besoin d'un ouvrage exhaustif sur le coup d'&#201;tat de Louis Napol&#233;on, en contrepartie du 18 brumaire de Marx, qui, bien qu'ouvrage d'un grand g&#233;nie et d'une vis&#233;e insurmontable, est n&#233;anmoins en grande partie un ouvrage de l'heure et color&#233; par des m&#233;thodes publicitaires ? La Commune n'attend-elle pas encore son dernier traitement critique ? La grande r&#233;volution du XVIIIe si&#232;cle, dont la litt&#233;rature est colossale quant &#224; son histoire g&#233;n&#233;rale, mais tr&#232;s petite quant aux d&#233;tails, a-t-elle jamais &#233;t&#233; trait&#233;e de mani&#232;re approfondie avec un aper&#231;u des mouvements de classe qui la constituaient et comme un exemple typique ? illustration de l'histoire industrielle ? Pour &#234;tre bref, toute l'histoire moderne de la France et de l'Angleterre n'offre-t-elle pas aux &#233;tudiants de ces pays un champ bien plus grand pour illustrer le mat&#233;rialisme historique que celui offert jusqu'&#224; r&#233;cemment par la situation de l'Allemagne ? Les conditions de l'Allemagne &#233;taient, depuis la guerre de Trente Ans, grandement compliqu&#233;es par les obstacles au progr&#232;s et restaient presque toujours envelopp&#233;es dans les brumes de diverses sp&#233;culations dans la t&#234;te de ceux qui vivaient sous elles et les observaient. Les chroniqueurs florentins du XIVe si&#232;cle seraient &#233;mus de joie par ces id&#233;es brumeuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'ai insist&#233; sur ces d&#233;tails, non pour prendre les airs d'un conseiller de la France, mais pour conclure en disant que, dans l'&#233;tat actuel des esprits latins, il n'est pas chose facile de les impr&#233;gner de des id&#233;es nouvelles, si l'on entreprend de les aborder simplement avec des formes de pens&#233;e abstraites. Mais ils assimileront rapidement et efficacement les nouvelles id&#233;es lorsqu'elles leur seront propos&#233;es sous la forme d'histoires ou d'essais contenant certains &#233;l&#233;ments de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je reviens un instant &#224; la question de la traduction. L'Anti-D&#252;hring d'Engels est l'ouvrage qui, avant tout autre, devrait b&#233;n&#233;ficier d'une diffusion internationale. Je connais peu de livres qui lui &#233;galent en termes de compacit&#233; de pens&#233;e, de multiplicit&#233; de points de vue et d'efficacit&#233; &#224; faire comprendre ses arguments. Cela peut devenir un rem&#232;de mental pour les jeunes penseurs, qui se tournent g&#233;n&#233;ralement avec un toucher vague et incertain vers des livres cens&#233;s traiter d'un socialisme quelconque. C'est ce qui s'est pass&#233; lors de la parution de ce livre, comme l'&#233;crivait Bernstein il y a environ trois ans dans la Neue Zeit, dans un article comm&#233;morant l'&#233;v&#233;nement. Cet ouvrage d'Engels reste le livre in&#233;gal&#233; dans la litt&#233;rature du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or, ce livre n'a pas &#233;t&#233; &#233;crit pour une th&#232;se, mais plut&#244;t pour une antith&#232;se. A l'exception de quelques parties d&#233;tachables qui ont &#233;t&#233; transform&#233;es en livre par elles-m&#234;mes et qui ont fait sous cette forme le tour du monde (Socialisme, Utopie et Scientifique), ce livre a pour fil conducteur la critique d'Eug&#232;ne D&#252;hring, qui avait invent&#233; une philosophie et un socialisme qui lui est propre. Mais quelle personne, en dehors du cercle des scientifiques de profession, et combien de lecteurs de nationalit&#233; autre que allemande devraient s'int&#233;resser &#224; M. D&#252;hring ? Eh bien, malheureusement, chaque nation a trop de D&#252;hring. Qui sait quel livre contre un autre je-sais-tout un Engels d'une autre nationalit&#233; aurait pu &#233;crire, ou pourrait encore &#233;crire ? L'effet de ce travail sur les socialistes des autres pays devrait &#234;tre, &#224; mon avis, de leur fournir les aptitudes critiques qui sont n&#233;cessaires pour &#233;crire tous les autres Anti-Quelque chose n&#233;cessaires pour r&#233;futer ceux qui tentent de contrecarrer ou d'infester le mouvement socialiste. au nom de tant de notions confuses en sociologie. Les armes et les m&#233;thodes de critique varieront bien entendu d'un pays &#224; l'autre en fonction des exigences de l'adaptation locale. Le but est de gu&#233;rir le patient et non la maladie. C'est la m&#233;thode de la m&#233;decine moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Essayer d'agir diff&#233;remment reviendrait &#224; subir le sort des h&#233;g&#233;liens qui se sont impos&#233;s en Italie de 1840 &#224; 1880, notamment dans le Sud, par exemple &#224; Naples. La plupart d'entre eux n'&#233;taient que de simples adeptes, mais quelques-uns &#233;taient de fervents penseurs. Dans l'ensemble, ils repr&#233;sentaient un courant r&#233;volutionnaire d'une grande importance, en raison de leur scolastique traditionnelle, de leur esprit fran&#231;ais et de leur philosophie du soi-disant bon sens. Ce mouvement est devenu quelque peu connu en France. Car c'est l'un de ces h&#233;g&#233;liens, nomm&#233; V&#233;ra, et non le plus profond et le plus fort d'entre eux, qui a fourni &#224; la France les traductions les plus lisibles de quelques-unes des &#339;uvres fondamentales de Hegel et les a accompagn&#233;es de copieux commentaires. [5] Aujourd'hui, toute trace et m&#234;me le souvenir de ce mouvement ont disparu parmi nous au bout de quelques ann&#233;es seulement. Les &#233;crits de ces penseurs ne se trouvent nulle part ailleurs que chez les antiquaires et les libraires de second ordre. Cette dissolution dans le n&#233;ant de toute une &#233;cole scientifique sans importance n'est pas due uniquement aux vicissitudes souvent m&#233;chantes et peu louables de la vie universitaire, ni &#224; la propagation &#233;pid&#233;mique d'un positivisme qui rassemble ici et l&#224; les fruits d'une science assez demi-mondaine. mais &#224; des causes plus profondes. Ces h&#233;g&#233;liens &#233;crivaient, enseignaient et discutaient entre eux, comme s'ils vivaient simplement &#224; Berlin ou dans l'Utopie, au lieu de Naples. Ils eurent une conversation mentale avec leurs camarades allemands. [6] Ils ne r&#233;pondaient de leur chaire ou dans leurs &#233;crits qu'aux critiques qu'ils faisaient eux-m&#234;mes, de sorte qu'ils entretenaient un dialogue qui apparaissait comme un monologue &#224; leur auditoire et &#224; leurs lecteurs. Ils ne r&#233;ussirent pas &#224; transformer leurs trait&#233;s et leur dialectique en livres qui ressemblaient &#224; de nouvelles conqu&#234;tes intellectuelles de la nation. Ce souvenir d&#233;sagr&#233;able et peu attrayant m'est venu &#224; l'esprit lorsque j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire le premier de mes deux essais sur le mat&#233;rialisme historique, et il n'y a d&#233;sormais aucune raison pour que je ne les donne pas suite &#224; d'autres. Mais ensuite je me suis souvent demand&#233; : comment dois-je proc&#233;der pour dire des choses qui ne paraissent pas dures, &#233;trang&#232;res et &#233;tranges aux lecteurs italiens ? Vous me dites que j'ai r&#233;ussi, et c'est peut-&#234;tre le cas. Ne serait-ce pas un singulier manque de courtoisie si je devais &#234;tre mon propre juge et discuter des &#233;loges que vous me faites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a environ cinq ans, j'&#233;crivais &#224; Engels : &#171; En lisant la Sainte Famille, je me suis souvenu des h&#233;g&#233;liens de Naples, parmi lesquels j'ai v&#233;cu dans ma premi&#232;re jeunesse, et il me semble que j'ai compris et appr&#233;ci&#233; ce livre plus que d'autres qui ne le sont pas. Je connaissais bien les faits int&#233;rieurs particuliers de cette dr&#244;le de satire. Il me semblait avoir personnellement vu de pr&#232;s ce cercle pittoresque de Charlottenburg, que vous et Marx avez si dr&#244;lement satiris&#233;, j'ai vu devant mon esprit, plus que quiconque. un certain professeur d'esth&#233;tique, homme tr&#232;s original et talentueux, qui expliqua les romans de Balzac par d&#233;duction, fit construire la coupole de l'&#233;glise Saint-Pierre, et arrangea les instruments de musique en s&#233;rie g&#233;n&#233;tique et qui peu &#224; peu, de n&#233;gation en n&#233;gation, par la n&#233;gation de la n&#233;gation, nous sommes finalement arriv&#233;s &#224; la m&#233;taphysique de l'inconnaissable que lui, bien que peu familier avec Spencer, mais en quelque sorte lui-m&#234;me un Spencer non glorifi&#233;, appelait l'innommable. Moi aussi, j'ai v&#233;cu dans ma jeunesse. jours, pour ainsi dire, dans une telle salle d'entra&#238;nement, et je n'en suis pas d&#233;sol&#233;. Pendant des ann&#233;es, mon esprit a &#233;t&#233; partag&#233; entre Hegel et Spinoza. Avec une ing&#233;niosit&#233; juv&#233;nile, j'ai d&#233;fendu la dialectique du premier contre Zeller, le fondateur du n&#233;o-kantisme. Je connaissais par c&#339;ur les &#233;crits de Spinoza et, avec une compr&#233;hension aimante, j'exposais sa th&#233;orie des affections et des passions. Mais maintenant, toutes ces choses semblent aussi lointaines dans mes souvenirs que l'histoire primitive. Aurai-je moi aussi &#224; pr&#233;sent ma n&#233;gation de la n&#233;gation ? Vous m'encouragez &#224; &#233;crire sur le communisme. Mais j'ai toujours des r&#233;ticences &#224; l'id&#233;e de faire des choses qui d&#233;passent mes forces et qui ont peu d'effet en Italie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sur quoi il r&#233;pondit... Mais je ferai ici un point. Il semble presque impoli de reproduire les lettres priv&#233;es d'un homme, surtout si peu de temps apr&#232;s sa mort, &#224; moins que l'int&#233;r&#234;t public ne l'exige de toute urgence. En tout &#233;tat de cause, compar&#233;es aux &#233;crits destin&#233;s &#224; &#234;tre publi&#233;s, les citations de lettres priv&#233;es ont peu de conviction et peu de poids, m&#234;me si elles se r&#233;f&#232;rent &#224; des sujets d'actualit&#233; et se limitent &#224; des questions de th&#233;orie et de science. Avec l'int&#233;r&#234;t croissant pour le mat&#233;rialisme historique, et en l'absence d'une litt&#233;rature qui l'illustrerait de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale et sp&#233;cifique, il arriva qu'Engels, au cours des derni&#232;res ann&#233;es de sa vie, fut interrog&#233;, et m&#234;me tourment&#233; par des questions sans fin, par beaucoup se sont inscrits comme &#233;tudiants volontaires et libres dans l'universit&#233; aventureuse et interdite du socialisme, dont Engels &#233;tait professeur sans chaire. Cela explique ses lettres publi&#233;es et beaucoup d'entre elles qui n'ont pas &#233;t&#233; publi&#233;es. De ces trois lettres, r&#233;cemment reproduites par Le Devenir Social d'une revue berlinoise et d'un journal de Leipzig, il ressort qu'il craignait quelque peu que le marxisme ne se transforme &#224; pr&#233;sent en une sorte de doctrinarisme bon march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour beaucoup de ceux qui pr&#233;tendent &#234;tre des scientifiques, non pas dans l'universit&#233; aventureuse des peuples &#224; venir, mais dans celle de la soci&#233;t&#233; officielle actuelle, il arrive qu'ils soient pris au vol par des &#233;tudiants et des chercheurs d'informations et que, un pied lev&#233; , ils r&#233;pondent &#224; chaque question comme s'ils avaient l'explication de tout grav&#233;e dans leur cerveau. Les professeurs les plus pr&#233;tentieux, ne voulant pas priver la science de sa saintet&#233; sacerdotale et pr&#233;tendant qu'elle consiste enti&#232;rement en un savoir mat&#233;rialis&#233; au lieu d'&#234;tre principalement une comp&#233;tence visant &#224; diriger la formation du savoir, donnent des r&#233;ponses d&#233;sinvoltes et r&#233;ussissent ainsi fr&#233;quemment &#224; se moquer d'eux-m&#234;mes, apr&#232;s &#224; la mani&#232;re de ce d&#233;licieux M&#233;phistoph&#233;l&#232;s sous les traits d'un ma&#238;tre des quatre facult&#233;s. Rares sont ceux qui ont la r&#233;signation socratique pour r&#233;pondre : je ne sais pas, mais je sais que je ne sais pas, et je sais ce que l'on pourrait savoir et ce que je pourrais savoir si j'avais fait ces efforts ou accompli ces travaux. qui sont n&#233;cessaires pour savoir ; et si vous me donnez un nombre infini d'ann&#233;es et une capacit&#233; infinie de travail m&#233;thodique, je pourrais &#233;tendre mes connaissances presque ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est l&#224; l'essence de la r&#233;volution mentale pratique de la th&#233;orie de la compr&#233;hension qu'implique le mat&#233;rialisme historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout acte de penser est un effort, c'est-&#224;-dire un nouveau travail. Pour le r&#233;aliser, nous avons avant tout besoin du mat&#233;riel d'une exp&#233;rience m&#251;re et d'instruments m&#233;thodiques, rendus familiers et efficaces par un long maniement. Il ne fait aucun doute qu'une t&#226;che accomplie ou une pens&#233;e achev&#233;e facilite la production d'une nouvelle pens&#233;e par de nouvelles forces. Il en est ainsi, premi&#232;rement, parce que les produits d'hier restent incorpor&#233;s dans les &#233;crits et autres arts repr&#233;sentatifs d'aujourd'hui, et, deuxi&#232;mement, parce que les &#233;nergies accumul&#233;es par nous p&#233;n&#232;trent int&#233;rieurement et dotent le travail, entretenant ainsi un mouvement rythmique. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce processus rythmique qui constitue la m&#233;thode de m&#233;moire, de raisonnement, d'expression, de communication. et ainsi de suite. Mais cela ne veut pas dire pour autant que nous deviendrons un jour des machines pensantes. Chaque fois que nous entreprenons de produire une pens&#233;e nouvelle, nous avons besoin non seulement des mat&#233;riaux et des impulsions externes de l'exp&#233;rience r&#233;elle, mais aussi d'un effort ad&#233;quat pour passer des &#233;tapes les plus primitives de la vie mentale &#224; cette &#233;tape sup&#233;rieure, d&#233;riv&#233;e et complexe appel&#233;e pens&#233;e, dans laquelle nous ne pouvons nous maintenir que si nous exer&#231;ons notre volont&#233;, qui a une certaine intensit&#233; et une certaine dur&#233;e au-del&#224; de laquelle elle ne peut &#234;tre exerc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout acte de penser est un effort, c'est-&#224;-dire un nouveau travail. Pour le r&#233;aliser, nous avons avant tout besoin du mat&#233;riel d'une exp&#233;rience m&#251;re et d'instruments m&#233;thodiques, rendus familiers et efficaces par un long maniement. Il ne fait aucun doute qu'une t&#226;che accomplie ou une pens&#233;e achev&#233;e facilite la production d'une nouvelle pens&#233;e par de nouvelles forces. Il en est ainsi, premi&#232;rement, parce que les produits d'hier restent incorpor&#233;s dans les &#233;crits et autres arts repr&#233;sentatifs d'aujourd'hui, et, deuxi&#232;mement, parce que les &#233;nergies accumul&#233;es par nous p&#233;n&#232;trent int&#233;rieurement et dotent le travail, entretenant ainsi un mouvement rythmique. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce processus rythmique qui constitue la m&#233;thode de m&#233;moire, de raisonnement, d'expression, de communication. et ainsi de suite. Mais cela ne veut pas dire pour autant que nous deviendrons un jour des machines pensantes. Chaque fois que nous entreprenons de produire une pens&#233;e nouvelle, nous avons besoin non seulement des mat&#233;riaux et des impulsions externes de l'exp&#233;rience r&#233;elle, mais aussi d'un effort ad&#233;quat pour passer des &#233;tapes les plus primitives de la vie mentale &#224; cette &#233;tape sup&#233;rieure, d&#233;riv&#233;e et complexe appel&#233;e pens&#233;e, dans laquelle nous ne pouvons nous maintenir que si nous exer&#231;ons notre volont&#233;, qui a une certaine intensit&#233; et une certaine dur&#233;e au-del&#224; de laquelle elle ne peut &#234;tre exerc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous voici donc arriv&#233;s une fois de plus &#224; la philosophie de la pratique, qui est la voie du mat&#233;rialisme historique. C'est la philosophie immanente des choses sur laquelle les gens philosophent. Le processus r&#233;aliste m&#232;ne d'abord de la vie &#224; la pens&#233;e, et non de la pens&#233;e &#224; la vie. Cela m&#232;ne du travail, du travail de cognition, &#224; la compr&#233;hension en tant que th&#233;orie abstraite, et non de la th&#233;orie &#224; la cognition. Cela m&#232;ne des d&#233;sirs, et donc des divers sentiments de bien-&#234;tre ou de maladie r&#233;sultant de la satisfaction ou de la n&#233;gligence de ces d&#233;sirs, &#224; la cr&#233;ation du mythe po&#233;tique des forces surnaturelles, et non l'inverse. Dans ces d&#233;clarations r&#233;side le secret d'une phrase utilis&#233;e par Marx, qui a &#233;t&#233; la cause de bien des soucis chez certains. Il a dit qu'il avait remis &#224; l'endroit la dialectique de Hegel. Cela signifie en termes clairs que le mouvement rythmique de l'id&#233;e elle-m&#234;me (la g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e de la pens&#233;e !) a &#233;t&#233; mis de c&#244;t&#233; et que les mouvements rythmiques des choses r&#233;elles ont &#233;t&#233; adopt&#233;s, mouvement qui en fin de compte produit la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le mat&#233;rialisme historique, ou philosophie de la pratique, prend donc en compte l'homme en tant qu'&#234;tre social et historique. Elle porte le coup final &#224; toutes les formes d'id&#233;alisme qui consid&#232;rent les choses r&#233;ellement existantes comme de simples r&#233;flexes, reproductions, imitations, illustrations, r&#233;sultats de la pens&#233;e dite a priori, pens&#233;e avant le fait. Elle marque aussi la fin du mat&#233;rialisme naturaliste, prenant ce terme dans le sens qu'il avait encore il y a quelques ann&#233;es. La r&#233;volution intellectuelle, qui en est venue &#224; consid&#233;rer les processus de l'histoire humaine comme absolument objectifs, s'accompagne simultan&#233;ment de cette r&#233;volution intellectuelle qui consid&#232;re l'esprit philosophique lui-m&#234;me comme un produit de l'histoire. Cet esprit n'est plus pour tout homme pensant un fait qui n'a jamais &#233;t&#233; en train de se produire, un &#233;v&#233;nement qui n'a eu aucune cause, une entit&#233; &#233;ternelle qui ne change pas, et encore moins la cr&#233;ature d'un seul acte. Il s'agit plut&#244;t d'un processus de cr&#233;ation &#224; perp&#233;tuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, le 24 mai 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenant mon fil au point o&#249; je l'avais laiss&#233; tomber l'autre jour, je tiens &#224; dire que je pense que vous avez parfaitement raison de placer le probl&#232;me de la philosophie g&#233;n&#233;rale &#224; l'ordre du jour. Je me r&#233;f&#232;re &#224; cet &#233;gard non seulement &#224; votre pr&#233;face, dont j'essaie d'accro&#238;tre l'effet par ma longue conversation &#233;crite, mais aussi &#224; certains de vos articles dans Le Devenir Social et &#224; quelques-unes des lettres priv&#233;es que vous avez eu la gentillesse de &#224; m'adresser. Vous avez l'id&#233;e que le mat&#233;rialisme historique peut para&#238;tre suspendu en l'air tant qu'il a pour adversaires d'autres philosophies qui ne s'harmonisent pas avec lui, et tant qu'il ne trouve pas les moyens de d&#233;velopper sa propre philosophie, comme c'est le cas aujourd'hui. inh&#233;rente et irr&#233;manente dans ses faits et pr&#233;misses fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ai-je bien compris votre sens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vous faites explicitement r&#233;f&#233;rence &#224; la psychologie, &#224; l'&#233;thique et &#224; la m&#233;taphysique. Par ce dernier terme, vous entendez exprimer ce que j'appellerais, en raison d'autres habitudes mentales et d'autres m&#233;thodes d'enseignement, soit la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de la cognition , soit la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des formes fondamentales de la pens&#233;e . Je pr&#233;f&#232;re ces termes, ou des termes similaires, en partie par tr&#232;s grande prudence, en partie par crainte d'&#234;tre mal compris, et aussi pour ne pas me heurter &#224; certains pr&#233;jug&#233;s. Cependant, je passe sous silence ces termes auxiliaires. Car dans le domaine scientifique, nous ne sommes pas tenus de nous en tenir servilement &#224; la signification que les termes ont dans l'exp&#233;rience ordinaire et dans les esprits ordinaires, &#224; moins qu'il ne s'agisse de termes de la vie quotidienne que la science utilise de la m&#234;me mani&#232;re que tout le monde, lorsqu'elle appelle pain : pain. Mais ces autres termes ont &#233;t&#233; choisis par nous-m&#234;mes, lorsque nous avons fix&#233; et d&#233;velopp&#233; certains concepts que nous souhaitions formuler de mani&#232;re globale au moyen de mots pratiques. Il serait absurde de vouloir d&#233;duire de l'&#233;tymologie de ce mot le sens et l'essence d'une science, par exemple la chimie. Car nous serions face &#224; face avec l'Egypte la plus ancienne, au lieu du nom qui signifie la terre jaune des deux c&#244;t&#233;s du Nil, depuis son embouchure jusqu'aux montagnes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je vous laisserai jouir en paix de la compagnie du mot m&#233;taphysique , s'il vous convient de vous en contenter. Fini ces frivolit&#233;s ! Si quelqu'un qui voulait &#233;largir son catalogue devait saisir les Premiers Principes du d&#233;sormais indispensable Spencer sous le titre de m&#233;taphysique , il ne ferait ni plus ni moins que le biblioth&#233;caire de Troie, &#224; savoir coller autant d'&#233;tiquettes sur les diff&#233;rents essais traitant des premiers principes de la philosophie (Aristote utilisait les m&#234;mes termes pour les d&#233;signer), et aucun commentaire des &#233;crivains anciens, ni aucune critique des &#233;crivains modernes, n'ont jamais r&#233;ussi &#224; les amener &#224; la clart&#233; et &#224; la coh&#233;rence d'un livre parfait. Qui sait, mais beaucoup seraient maintenant heureux de d&#233;couvrir qu'apr&#232;s tout, l'ancien Stagirite, qui a imprim&#233; ses id&#233;es dans l'esprit de l'humanit&#233; pendant tant de si&#232;cles et dont le nom a &#233;t&#233; port&#233; comme une banni&#232;re dans tant de batailles de l'esprit, n'&#233;tait qu'un autre Spencer d'autrefois, qui. uniquement &#224; cause du temps, a &#233;crit en grec au lieu d'anglais, et pas tr&#232;s bien en grec non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La tradition ne doit pas nous peser comme un cauchemar. Il ne doit pas &#234;tre un emp&#234;chement, un obstacle, un objet de culte ou de r&#233;v&#233;rence stupide. Nous sommes assez bien d'accord l&#224;-dessus. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, la tradition est ce qui nous lie &#224; l'histoire, je veux dire, c'est ce qui nous unit aux &#233;tapes p&#233;niblement acquises, qui facilitent le travail et font progresser davantage. Cela nous distingue des brutes. Ce ne sont que de longs si&#232;cles de travail qui diff&#233;rencient notre histoire de celle des animaux. En r&#233;alit&#233;, quiconque se consacre &#224; quelque &#233;tude, f&#251;t-elle concr&#232;te, empirique, particuli&#232;re, minutieuse et d&#233;taill&#233;e, quelque part dans la vie r&#233;elle, ne peut manquer d'admettre qu'il y a un certain point o&#249; il &#233;prouve le besoin pressant de tout reconsid&#233;rer. concepts g&#233;n&#233;raux (cat&#233;gories) r&#233;currents dans des actes particuliers de pens&#233;e, tels que l'unit&#233;, la multiplicit&#233;, la totalit&#233;, la condition, la fin, la raison de tout, la cause, l'effet, la progression, le fini, l'infini, etc. Or, m&#234;me si nous ne nous arr&#234;tons pas tr&#232;s longtemps &#224; consid&#233;rer ces aspects nouveaux et curieux, nous sommes impressionn&#233;s par les probl&#232;mes universels de la cognition. Ces probl&#232;mes nous paraissent n&#233;cessairement existants. C'est cette suggestion de la fatalit&#233; qui est la source et le si&#232;ge de ce que vous appelez m&#233;taphysique, et qu'on peut aussi appeler autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Toute la question est de savoir comment nous traitons ces donn&#233;es n&#233;cessaires. La marque caract&#233;ristique de la pens&#233;e classique, en g&#233;n&#233;ral, par exemple de la pens&#233;e grecque, est une certaine ing&#233;nuit&#233; dans l'usage et le maniement de tels concepts. D'autre part, la marque caract&#233;ristique de la philosophie moderne, toujours d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, est un doute m&#233;thodique, une attitude critique qui accompagne l'usage de ces concepts comme une garde m&#233;fiante et prudente et les scrute int&#233;rieurement comme ext&#233;rieurement, dans leurs port&#233;es plus larges. . Le facteur d&#233;cisif dans le passage de l'ing&#233;nuit&#233; &#224; l'analyse critique est l'observation m&#233;thodique (dont la port&#233;e et les moyens &#233;taient limit&#233;s chez les anciens), et plus encore que l'observation, c'est l'exp&#233;rience minutieuse et techniquement pr&#233;cise (qui &#233;tait presque enti&#232;rement inconnue chez les anciens). . Par l'exp&#233;rience, nous devenons des collaborateurs de la nature. Nous produisons artificiellement des choses que la nature produit d'elle-m&#234;me. Gr&#226;ce &#224; l'art de l'exp&#233;rimentation, les choses cessent d'&#234;tre de simples objets de vision rigides, car elles sont g&#233;n&#233;r&#233;es sous notre direction. Et la pens&#233;e cesse d'&#234;tre une hypoth&#232;se, ou un pr&#233;curseur &#233;nigmatique des choses, et devient une chose concr&#232;te, parce qu'elle grandit avec les choses, et continue de cro&#238;tre avec elles dans la mesure o&#249; nous apprenons &#224; les comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'art de l'exp&#233;rimentation m&#233;thodique nous conduit finalement &#224; accepter la simple v&#233;rit&#233; suivante : M&#234;me avant l'av&#232;nement de la science, et chez tous les &#234;tres humains qui n'ont jamais adopt&#233; la science, les activit&#233;s internes, y compris la r&#233;flexion naturelle, constituent un processus de croissance qui prend place en nous pendant que nous poursuivons la satisfaction de nos besoins, et qui implique la cr&#233;ation successive de nouvelles conditions.[7] De ce point de vue &#233;galement, le mat&#233;rialisme historique est le r&#233;sultat d'un long d&#233;veloppement. Il explique l'essor historique du savoir scientifique, en montrant que ce savoir correspond en dualit&#233;, et est proportionnel en quantit&#233;, &#224; la productivit&#233; du travail. En d'autres termes, la science d&#233;pend de nos besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Maintenant, je me tourne vers vous et j'approuve le coup de pied que vous donnez &#224; l'agnosticisme . Car ce n'est que le pendant anglais du n&#233;okantisme allemand. Il n'y a qu'une diff&#233;rence appr&#233;ciable. Le n&#233;okantisme ne repr&#233;sente en fin de compte qu'une certaine ligne de pens&#233;e acad&#233;mique, qui nous a fourni une meilleure connaissance de Kant et une litt&#233;rature utile de gens instruits. L'agnosticisme, au contraire, du fait de sa diffusion parmi le peuple, est un v&#233;ritable sympt&#244;me de la condition actuelle de certaines classes sociales. Les socialistes auraient de bonnes raisons de croire que ce sympt&#244;me est une des manifestations de la d&#233;cadence de la bourgeoisie. Cela contraste certainement avec le d&#233;vouement h&#233;ro&#239;que &#224; la v&#233;rit&#233; manifest&#233; par la pens&#233;e des pr&#233;curseurs de l'histoire moderne, tels que Bruno et Spinoza, ou avec cette affirmation de soi conventionnelle, typique des penseurs du XVIIIe si&#232;cle, jusqu'&#224; l'&#233;poque classique allemande. la philosophie entre progressivement en sc&#232;ne. Cela est encore plus en contradiction avec la pr&#233;cision des moyens de recherche modernes, qui, &#224; notre &#233;poque, ont tellement accru la domination de la pens&#233;e humaine sur la nature. Il lui manque cette caract&#233;ristique qui, selon Hegel, est essentielle &#224; toute philosophie, &#224; savoir le courage de la v&#233;rit&#233;. Cela donne l'impression d'une l&#226;che r&#233;signation. Certains de ces marxistes, qui passent par un raccourci des conditions &#233;conomiques aux r&#233;flexions mentales, comme s'il s'agissait simplement d'interpr&#233;ter des signes st&#233;nographiques, pourraient dire que cet inconnaissable , si sacr&#233; pour un grand nombre de qui&#233;tistes du domaine, de la raison, est une preuve que l'esprit de l'&#233;poque bourgeoise n'est plus capable de voir clairement &#224; travers l'organisation du monde, parce que le capitalisme, dont il re&#231;oit ses orientations, est d&#233;j&#224; dans un &#233;tat de d&#233;sint&#233;gration. En d'autres termes, la bourgeoisie pressent instinctivement sa ruine imminente et se livre donc &#224; une sorte de religion de l'imb&#233;cillit&#233;. Une telle affirmation pourrait m&#234;me para&#238;tre ing&#233;nieuse et belle, m&#234;me si elle ne peut &#234;tre d&#233;montr&#233;e. Pourtant, cela ressemble un peu au grand nombre d'absurdit&#233;s qui ont &#233;t&#233; dites par beaucoup au nom de l'interpr&#233;tation &#233;conomique de l'histoire. [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En revanche, je dis que cet agnosticisme nous rend un grand service. En r&#233;p&#233;tant sans cesse qu'il ne nous est pas donn&#233; de conna&#238;tre la chose elle-m&#234;me, la nature intime des choses, la cause finale et la raison fondamentale des ph&#233;nom&#232;nes, les agnostiques arrivent &#224; leur mani&#232;re, par un autre chemin, &#224; savoir en regrettant l'impossibilit&#233; de conna&#238;tre ce pr&#233;tendu myst&#232;re, au m&#234;me r&#233;sultat que nous le faisons, seulement nous ne regrettons pas, mais cherchons plut&#244;t la connaissance sans l'aide de l'imagination. Ce r&#233;sultat est que nous ne pouvons penser que des choses dont nous faisons l'exp&#233;rience nous-m&#234;mes, en prenant ce mot dans son sens le plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il suffit de voir ce qui s'est pass&#233; dans le domaine de la psychologie. D'un c&#244;t&#233;, l'illusion selon laquelle les faits psychiques pouvaient s'expliquer par l'hypoth&#232;se d'une entit&#233; surnaturelle s'est dispers&#233;e. De l'autre c&#244;t&#233;, on a abandonn&#233; l'id&#233;e vulgaire et plus mat&#233;rielle que mat&#233;rialiste selon laquelle la pens&#233;e est une s&#233;cr&#233;tion du cerveau. Il a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; que les faits psychiques sont coupl&#233;s &#224; un organisme sp&#233;cifique, que cet organisme lui-m&#234;me &#233;tait dans un processus constant de formation, que les faits psychiques sont accompagn&#233;s de processus nerveux internes, dans la mesure o&#249; ces processus font partie de la conscience. L'hypoth&#232;se grossi&#232;re du mat&#233;rialisme m&#233;canique a &#233;t&#233; rejet&#233;e, selon laquelle il &#233;tait possible d'observer l'activit&#233; interne, son maintien et ses complications en fonction de la conscience, par des moyens externes, simplement parce que l'on peut d&#233;couvrir de jour en jour l'&#233;tat correspondant dans le nerf. centres. Nous sommes ainsi arriv&#233;s &#224; la science psychique. Il est inexact, pour ne pas dire erron&#233;, d'appeler cette science une psychologie sans &#226;me. Il faudrait plut&#244;t l'appeler la science des produits psychiques sans le mythe de la substance spirituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quand Engels, dans son Anti-D&#252;hring , utilisait le terme m&#233;taphysique de mani&#232;re d&#233;pr&#233;ciative, il entendait pr&#233;cis&#233;ment se r&#233;f&#233;rer &#224; cette fa&#231;on de penser, de concevoir, de d&#233;duire, d'exposer qui est &#224; l'oppos&#233; d'une consid&#233;ration g&#233;n&#233;tique, et donc dialectique, des choses. La pens&#233;e m&#233;taphysique pr&#233;sente les caract&#233;ristiques suivantes : elle consid&#232;re en premier lieu comme des choses ind&#233;pendantes les unes des autres, les modes de pens&#233;e qui ne sont en r&#233;alit&#233; des modes que dans la mesure o&#249; ils repr&#233;sentent des points de corr&#233;lation. et transition dans un processus ; en deuxi&#232;me lieu, elle consid&#232;re ces modes de pens&#233;e comme existant avant le fait, comme pr&#233;existants, comme types ou prototypes de la r&#233;alit&#233; faible et obscure des perceptions sensorielles. Du premier point de vue, par exemple, des pens&#233;es telles que la cause et l'effet, les moyens et la fin, l'origine et la r&#233;alit&#233;, etc., apparaissent simplement comme des terminaisons distinctes de types diff&#233;rents, et parfois oppos&#233;s. Certaines d'entre elles semblent n'&#234;tre que des causes, d'autres seulement des effets, et ainsi de suite. Dans le second cas, le monde de l'exp&#233;rience semble se d&#233;sint&#233;grer et s'effondrer sous nos yeux, se s&#233;parant en substance et attribut, chose en soi et ph&#233;nom&#232;ne, possibilit&#233; et r&#233;alit&#233; &#233;vidente. La critique d'Engels exige de mani&#232;re substantielle et r&#233;aliste que la pens&#233;e terminale ne soit pas consid&#233;r&#233;e comme une entit&#233; fixe, mais comme une fonction. Car de tels concepts terminaux n'ont de valeur que dans la mesure o&#249; ils nous aident &#224; penser maintenant, alors que nous sommes activement engag&#233;s dans la poursuite d'une nouvelle pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette critique d'Engels, qui peut &#234;tre am&#233;lior&#233;e &#224; bien des &#233;gards par des affirmations plus sp&#233;cifiques et plus pr&#233;cises, notamment en ce qui concerne l'origine de la pens&#233;e m&#233;taphysique, r&#233;p&#232;te &#224; sa mani&#232;re la distinction h&#233;g&#233;lienne entre l'entendement , qui d&#233;finit les contraires comme tels, et la raison. , qui dispose ces contraires en s&#233;rie ascendante (Bruno dirait : L'art divin de concilier les contraires , et Spinoza disait : Toute d&#233;termination est une n&#233;gation ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La pens&#233;e m&#233;taphysique, vue &#224; distance, a certains points communs avec l'origine des mythes. Elle est enracin&#233;e dans la th&#233;ologie, qui tente de rendre les articles de foi (que l'auto-illusion pr&#233;sente comme des faits objectifs, alors qu'ils sont des hypoth&#232;ses subjectives) plausibles pour la raison logique. Combien de miracles ce mythe de la Parole a-t-il accompli ! De telles pens&#233;es m&#233;taphysiques, utilisant ce terme dans un sens d&#233;pr&#233;ciatif, comme d&#233;signant un certain stade de la pens&#233;e qui interf&#232;re avec la formation d'une nouvelle pens&#233;e, se retrouvent dans toutes les branches de la connaissance humaine. Quelle &#233;nergie &#233;norme a d&#251; &#234;tre d&#233;pens&#233;e par la r&#233;flexion doctrinaire dans le domaine de l'&#233;tude des langues, avant que l'illusion sch&#233;matique des formes grammaticales ne soit remplac&#233;e par leur gen&#232;se ! Cette gen&#232;se est d&#233;sormais recherch&#233;e et localis&#233;e dans les diff&#233;rentes &#233;tapes de la composition du langage, qui est un processus de travail et de production et non un simple fait. La m&#233;taphysique dans ce sens ironique existe, et existera peut-&#234;tre toujours, dans les mots et la phras&#233;ologie d&#233;riv&#233;s de l'expression de la pens&#233;e. Car le langage, sans lequel nous ne pourrions ni saisir pr&#233;cis&#233;ment la pens&#233;e ni formuler son expression, change la chose qu'il exprime en m&#234;me temps qu'il la prononce. C'est pour cette raison que le langage a peut-&#234;tre presque un germe mythique. On aura beau perfectionner la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des vibrations, on dira toujours : La lumi&#232;re produit tel ou tel effet ; la chaleur fonctionne comme &#231;a. Il existe toujours la tentation (ou du moins le danger) de personnifier un processus ou ses points terminaux. Au moyen d'une projection illusoire, les relations deviennent des choses, et en cogitant plus loin sur elles, ces choses deviennent des sujets op&#233;ratoires. Si nous pr&#234;tons attention &#224; ces fr&#233;quentes chutes de notre esprit dans le mode pr&#233;-scientifique d'utilisation des mots, nous d&#233;couvrirons en nous-m&#234;mes les donn&#233;es psychologiques permettant d'expliquer la mani&#232;re dont les formes de pens&#233;e se sont transform&#233;es en entit&#233;s objectives, dans des circonstances et des situations diff&#233;rentes. en d'autres temps. Les id&#233;es platoniciennes sont typiques de ce cas. Je l'appelle typique, car c'est le plus plastique. Toute l'histoire est pleine de telles m&#233;taphysiques, qui t&#233;moignent d'un esprit immature qui n'est pas encore aiguis&#233; par l'autocritique ni renforc&#233; par l'exp&#233;rience. Les m&#234;mes raisons, entre autres, mettent dans la m&#234;me classe des choses telles que la superstition, la mythologie, la religion, la po&#233;sie, un culte fanatique des mots, un culte des formes vides. Cette m&#233;taphysique laisse &#233;galement ses traces dans ce domaine de la pens&#233;e que nous appelons aujourd'hui, avec vanit&#233;, science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un tel mode de pens&#233;e m&#233;taphysique n'obscurcit-il pas le domaine de l'&#233;conomie politique ? L'argent, qui n'est &#224; l'origine qu'un moyen d'&#233;change et se transforme en capital uniquement parce qu'il est combin&#233; &#224; un processus de travail productif, ne devient-il pas dans l'imagination de certains &#233;conomistes un capital auto-g&#233;n&#233;r&#233;, qui s&#233;cr&#232;te des int&#233;r&#234;ts par une puissance inh&#233;rente ? C'est pour cette raison que le chapitre du Capital de Marx , qui parle du f&#233;tichisme du capital, est tr&#232;s important. [9] La science &#233;conomique regorge de tels f&#233;tiches. Le caract&#232;re de marchandise, que le produit du travail humain ne rev&#234;t que dans certaines conditions historiques, dans lesquelles vivent les &#234;tres humains lorsqu'il existe un syst&#232;me d&#233;fini d'interrelations sociales, est consid&#233;r&#233; par certains comme une dualit&#233; intrins&#232;que du produit de toute &#233;ternit&#233;. Le salaire, qui ne peut &#234;tre con&#231;u que si certains sont dans la n&#233;cessit&#233; de s'offrir &#224; d'autres &#234;tres humains, est consid&#233;r&#233; comme une cat&#233;gorie absolue, c'est-&#224;-dire comme un &#233;l&#233;ment de tout gain, de sorte qu'en fin de compte l'intrigant capitaliste se pare de avec le titre d'un homme qui gagne par son propre m&#233;rite les salaires les plus &#233;lev&#233;s. Et qu'en est-il du loyer de la terre &#8211; de la terre , remarquez. Je n'en aurais jamais fini si je voulais &#233;num&#233;rer toutes ces transformations m&#233;taphoriques de conditions relatives en attributs &#233;ternels des hommes et des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qu'ont pens&#233; les interpr&#232;tes grossiers du darwinisme de la lutte pour l'existence ? Un imp&#233;ratif, un commandement, un destin, un tyran. Ils ont oubli&#233; les circonstances mat&#233;rielles entourant la souris et le chat, la chauve-souris et l'insecte, le bourdon et le tr&#232;fle. Le processus d'&#233;volution, qui est une expression mutuellement &#233;quilibr&#233;e de mouvements infinis donnant lieu &#224; de nombreux probl&#232;mes complexes et non &#224; un seul th&#233;or&#232;me, se transforme soudainement en une &#233;volution fantastique . Par cons&#233;quent, les vulgarisateurs de la sociologie marxiste transforment les conditions, les relations et les interconnexions de la vie &#233;conomique commune en une sorte de quelque chose de fantastique qui nous domine, souvent parce que ces interpr&#232;tes du marxisme manquent de capacit&#233;s litt&#233;raires. Tout cela donne l'impression qu'il y a encore d'autres questions &#224; consid&#233;rer, mais simplement les &#233;l&#233;ments naturels du probl&#232;me, tels que les personnes et les personnes, les locataires et les propri&#233;taires de maisons, les propri&#233;taires fonciers et les ouvriers agricoles, les capitalistes et les salari&#233;s, les messieurs et les domestiques. , exploit&#233;s et exploiteurs, en un mot, des &#234;tres humains vivant dans des conditions de temps et de lieu d&#233;termin&#233;es, dans des degr&#233;s divers de d&#233;pendance mutuelle en raison de la mani&#232;re particuli&#232;re de poss&#233;der et d'utiliser les moyens sociaux de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;currence incontestable du vice m&#233;taphysique , qui co&#239;ncide parfois directement avec la mythologie, devrait nous rendre indulgents envers les causes et les conditions, soit directement psychiques, soit plus g&#233;n&#233;ralement sociales, qui ont retard&#233; dans le pass&#233; l'av&#232;nement de la pens&#233;e critique, consciemment exp&#233;rimentale. et se m&#233;fie prudemment du verbalisme. Il ne sert &#224; rien de revenir aux trois &#233;poques de Comte. Bien entendu, la question de la pr&#233;dominance quantitative des formes th&#233;ologiques et m&#233;taphysiques dans les diff&#233;rentes &#233;poques de l'histoire humaine doit &#234;tre discut&#233;e. Mais il ne faut pas l'envisager &#224; la lumi&#232;re d'une diff&#233;rence exclusivement qualitative par rapport &#224; l'&#233;poque dite scientifique. Les &#234;tres humains n'ont jamais &#233;t&#233; exclusivement th&#233;ologiques ou m&#233;taphysiques, et ils ne seront jamais exclusivement scientifiques. Le moindre sauvage, qui a peur de son f&#233;tiche, sait qu'il co&#251;te moins de peine de descendre avec la rivi&#232;re que de nager &#224; contre-courant, et l'accomplissement de ses travaux les plus &#233;l&#233;mentaires implique une certaine somme d'exp&#233;rience et de science. D'un autre c&#244;t&#233;, nous avons aujourd'hui des scientifiques dont l'esprit est obscurci par les mythologies. La m&#233;taphysique, &#224; l'oppos&#233; de l'exactitude scientifique, n'est pas encore devenue un fait pr&#233;historique au point d'&#234;tre au m&#234;me niveau que le tatouage et le cannibalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Personne, je l'esp&#232;re, ne mettrait enti&#232;rement au cr&#233;dit du mat&#233;rialisme historique la victoire d&#233;finitive sur la m&#233;taphysique, du moins sur la m&#233;taphysique telle qu'elle &#233;tait comprise jusqu'&#224; pr&#233;sent, selon Engels. Cette victoire constitue plut&#244;t un cas particulier dans le d&#233;veloppement de la pens&#233;e anti-m&#233;taphysique. Cela ne serait pas arriv&#233; si la pens&#233;e critique ne s'&#233;tait pas d&#233;velopp&#233;e depuis longtemps. Nous devons confronter les comptes en la mati&#232;re avec toute l'histoire de la science moderne. Lorsque Don Ferrante des Promessi Sposi (au XVIIe si&#232;cle, remarquez bien) mourut de la peste en niant son existence, parce qu'elle n'&#233;tait pas mentionn&#233;e dans les dix cat&#233;gories d'Aristote, la scolastique avait d&#233;j&#224; re&#231;u les premiers coups durs et d&#233;cisifs. Il fut le dernier scolastique convaincu, et j'esp&#232;re que L&#233;on XIII ne s'opposera pas &#224; cette affirmation car elle interf&#232;re avec ses affaires. Et depuis lors jusqu'&#224; aujourd'hui, j'ai une longue histoire de conqu&#234;tes positives de la pens&#233;e, par lesquelles l'essence de la philosophie ind&#233;pendante, qui la distinguait de la science, &#224; savoir la th&#233;orie de la cognition, a &#233;t&#233; soit absorb&#233;e, soit &#233;limin&#233;e, soit r&#233;duite et assimil&#233;e d'une autre mani&#232;re. Sur cette voie de la pens&#233;e scientifique, nous rencontrons des sujets tels que la psychologie empirique, l'&#233;tude des langues, le darwinisme, l'histoire des institutions et la critique proprement dite. J'ajouterais aussi le positivisme, si je ne craignais pas d'&#234;tre incompris. En fait, si l'on consid&#232;re le positivisme dans son ensemble et sommairement, il a &#233;t&#233; l'une des nombreuses formes par lesquelles la pens&#233;e de l'humanit&#233; s'est rapproch&#233;e d'une conception de la philosophie, qui ne raisonne pas avant le fait, mais est le r&#233;sultat de l'immanent nature des choses. Nous ne devons pas &#234;tre surpris, &#224; ce propos, si la similitude g&#233;n&#233;rique du mat&#233;rialisme historique avec tant d'autres produits de la pens&#233;e et du savoir contemporains a conduit beaucoup de ceux qui traitent de la science &#224; la mani&#232;re des hommes de lettres ou des lecteurs de magazines, &#224; commettre l'erreur d'agir sous des impressions superficielles, de suivre les impulsions d'une curiosit&#233; &#233;rudite, et de se flatter de pouvoir rendre la th&#233;orie marxiste plus compl&#232;te par tel ou tel ajout. Nous devrons supporter de tels bricolages pendant un certain temps. Beaucoup sont induits &#224; cette erreur par l'habitude, aujourd'hui commune dans toutes les branches de la science moderne, de tout consid&#233;rer du point de vue de l'&#233;volution et de la croissance. Puisque tout le monde parle d'&#233;volution, les inexp&#233;riment&#233;s et les superficiels pensent que tout le monde veut dire la m&#234;me chose. Vous avez tr&#232;s justement attir&#233; votre attention sur les diff&#233;rents points de diff&#233;renciation du mat&#233;rialisme historique, qui, permettez-moi d'ajouter, sont caract&#233;ristiques d'une science fond&#233;e sur la dialectique et le communisme r&#233;volutionnaire. Vous n'avez pas propos&#233; de trancher la question de savoir si Marx pourrait aller bras dessus bras dessous avec tel ou tel autre philosophe, mais vous vous efforcez plut&#244;t de d&#233;terminer quelle sorte de philosophie est le r&#233;sultat logique et n&#233;cessaire de la th&#233;orie marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est pour ces raisons que je ne me suis pas oppos&#233;, et je ne m'oppose pas encore, &#224; l'usage de votre part d'un langage m&#233;taphysique, en prenant ce terme dans un sens qui n'est pas d&#233;nigrant. Le marxisme traite fondamentalement de probl&#232;mes g&#233;n&#233;raux. Et celles-ci se r&#233;f&#232;rent, d'une part, aux limites et aux formes de la cognition, et d'autre part, aux relations de l'humanit&#233; avec le reste de l'univers connaissable et connu. N'est-ce pas ce que vous comptez transmettre ? C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que j'ai consacr&#233; mon attention aux questions les plus g&#233;n&#233;rales dans le deuxi&#232;me de mes essais. Mais j'ai trait&#233; le sujet de telle mani&#232;re que mon intention restait cach&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quiconque consid&#232;re le mat&#233;rialisme historique dans toute sa signification constatera qu'il pr&#233;sente trois axes d'&#233;tude. La premi&#232;re correspond aux exigences pratiques des partis socialistes, exige l'acquisition d'une connaissance ad&#233;quate des conditions sp&#233;cifiques du prol&#233;tariat dans chaque pays et adapte l'activit&#233; socialiste aux causes, aux perspectives et aux dangers d'une politique complexe. La seconde peut conduire, et conduira certainement, &#224; une r&#233;vision des m&#233;thodes d'&#233;criture de l'histoire, car elle tend &#224; ancrer cet art sur le terrain des luttes de classes et des relations sociales qui en d&#233;coulent, &#224; partir de la structure &#233;conomique correspondante, que tout historien doit d&#233;sormais conna&#238;tre et comprendre. La troisi&#232;me consiste dans le traitement des principes directeurs. Pour les comprendre et les suivre, il faut n&#233;cessairement se laisser guider par les points de vue g&#233;n&#233;raux que vous indiquez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or, il me semble &#8211; et j'en ai fourni la preuve par &#233;crit &#8211; que l'adh&#233;sion aux principes g&#233;n&#233;raux en tant que tels n'implique pas n&#233;cessairement un retour &#224; une scolastique formelle, ni un m&#233;pris des choses dont ces principes g&#233;n&#233;raux sont d&#233;duits, tant que nous ne retombons pas dans l'erreur ancienne de croire que les id&#233;es sont une sorte d'agent surnaturel plac&#233; au-dessus des choses, tout en admettant l'in&#233;vitable division du travail. Il est certain que ces trois axes d'&#233;tudes se sont combin&#233;s en un seul dans l'esprit de Marx, et non seulement dans son esprit, mais aussi dans ses &#339;uvres. Sa politique &#233;tait, d'une certaine mani&#232;re, l'application pratique de son mat&#233;rialisme historique, et sa philosophie &#233;tait incorpor&#233;e dans sa critique de l'&#233;conomie politique, car c'&#233;tait sa m&#233;thode pour aborder l'histoire. Mais en admettant qu'une telle compr&#233;hension universelle soit la marque caract&#233;ristique d'un g&#233;nie qui inaugure une nouvelle ligne de pens&#233;e, le fait est que Marx lui-m&#234;me n'a men&#233; sa th&#233;orie jusqu'&#224; sa pleine conclusion que dans un cas, celui du Capital .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'identification parfaite de la philosophie, ou de la pens&#233;e critique et consciente, avec le mat&#233;riel de la connaissance, en d'autres termes, l'&#233;limination compl&#232;te de la distinction traditionnelle entre philosophie et science, est une tendance de notre &#233;poque. Mais c'est une tendance qui reste pour l'essentiel au stade du simple d&#233;sir. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette tendance &#224; laquelle se r&#233;f&#232;rent certains lorsqu'ils pr&#233;tendent que la m&#233;taphysique est compl&#232;tement d&#233;pass&#233;e. D'autres encore, plus exacts, supposent qu'une science dans son &#233;tat parfait aura absorb&#233; la philosophie. La m&#234;me tendance justifie l'utilisation du terme de philosophie scientifique , qui serait autrement ridiculement absurde. Si cette expression peut un jour avoir sa v&#233;rification pratique par l'&#233;vidence, ce sera pr&#233;cis&#233;ment au moyen du mat&#233;rialisme historique, comme c'&#233;tait le cas dans l'esprit et dans les &#233;crits de Marx. L&#224;, la philosophie est tellement dans les choses elles-m&#234;mes, et tellement impr&#233;gn&#233;e d'elles, que le lecteur de cet ouvrage en ressent l'effet, comme si philosopher &#233;tait une fonction naturelle de la m&#233;thode scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dois-je m'arr&#234;ter ici et faire des aveux ? Ou dois-je seulement me limiter &#224; une discussion objective avec vous sur les points sur lesquels nous pouvons nous rapprocher dans nos objectifs ? Si je devais me contenter des expressions aphoristiques typiques d'une confession, je dirais : a) L'id&#233;al de la connaissance doit &#234;tre celui dans lequel l'antagonisme entre science et philosophie prend fin ; b) Cependant, la science (empirique) est dans un processus de croissance continue, se multiplie en mat&#233;riel et en d&#233;partements, et diff&#233;rencie en m&#234;me temps les instruments utilis&#233;s dans les diverses lignes, tandis que d'autre part la masse de connaissances m&#233;thodiques et formelles s'accumule continuellement. sous le nom de philosophie ; c) C'est pour cette raison que la distinction entre science et philosophie sera toujours maintenue comme &#233;l&#233;ment provisoire, afin d'indiquer que la science est toujours en processus de croissance et que cette croissance s'accompagne largement d'autocritique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il suffit de regarder Darwin pour comprendre avec quelle prudence il faut &#234;tre prudent en affirmant que la science implique d&#233;sormais par elle-m&#234;me la fin de la philosophie. Darwin a certainement r&#233;volutionn&#233; le domaine de la science des organismes, et avec lui toute la conception de la nature. Mais Darwin lui-m&#234;me n'avait pas pleinement compris la port&#233;e de ses d&#233;couvertes. Il n'&#233;tait pas le philosophe de sa science. Le darwinisme en tant que nouvelle vision de la vie et de la nature d&#233;passe la personnalit&#233; et les intentions de Darwin lui-m&#234;me. D'un autre c&#244;t&#233;, certains interpr&#232;tes vulgaires du marxisme ont d&#233;pouill&#233; cette th&#233;orie de sa philosophie immanente et l'ont r&#233;duite &#224; une simple mani&#232;re de d&#233;duire des changements dans les conditions historiques &#224; partir de changements dans les conditions &#233;conomiques. Des observations aussi simples suffisent &#224; nous convaincre que, m&#234;me si nous pouvons affirmer qu'une science parfaite est une philosophie parfaite, ou qu'une telle philosophie ne signifie que le plus haut degr&#233; d'&#233;laboration de concepts (Herbart), nous ne devons autoriser personne &#224; faire une telle affirmation , pour parler de mani&#232;re d&#233;sobligeante de ce que nous pourrions appeler philosophie en tant que question de diff&#233;renciation. Nous ne devrions pas non plus croire tout scientifique qui pr&#233;tend, quel que soit le niveau de d&#233;veloppement mental auquel il peut s'arr&#234;ter, qu'il a triomph&#233; de cette bagatelle qu'est la philosophie ou qu'il en est devenu l'h&#233;ritier. C'est pourquoi vous ne posez pas une question vaine lorsque vous demandez en substance : quel sera l'esprit dans lequel les partisans du mat&#233;rialisme historique consid&#233;reront les philosophies restantes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, le 28 mai 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la biographie scientifique de nos deux grands auteurs, il y a un blanc. Une de leurs &#339;uvres parvint chez l'imprimeur en 1847. Mais pour des raisons fortuites, elle resta in&#233;dite. [10] Dans cet ouvrage, rest&#233; sous forme de manuscrit, et qui, &#224; ma connaissance, n'a jamais &#233;t&#233; revu depuis par aucun autre auteur ext&#233;rieur, [11] ils ont r&#233;gl&#233; leurs comptes avec leur propre conscience en parvenant &#224; s'entendre sur leur position &#224; l'&#233;gard des autres courants de la philosophie contemporaine. Il ne fait aucun doute que ce r&#233;cit a &#233;t&#233; cl&#244;tur&#233; principalement par les conclusions h&#233;g&#233;liennes et leur contrepartie mat&#233;rialiste dans les th&#233;ories de Feuerbach. Outre les raisons g&#233;n&#233;rales li&#233;es au mouvement philosophique de l'&#233;poque, cette opinion est encore renforc&#233;e par divers passages d'articles de magazines et de journaux r&#233;cemment publi&#233;s par Struve dans la Neue Zeit , comme souvenirs d'anciennes controverses de Marx. Mais quelle &#233;tait la situation mentale totale de ces deux &#233;crivains ? Jusqu'o&#249; s'&#233;tendait leur horizon bibliographique ? Quelle attitude adoptaient-ils &#224; l'&#233;gard des autres luttes scientifiques, qui se sont ensuite transform&#233;es en tant de r&#233;volutions, tant dans le domaine de la philosophie naturelle que dans celui de la philosophie historique, et qu'en savaient-ils ? Nous n'avons pas de r&#233;ponses satisfaisantes &#224; ces questions. Bien s&#251;r, on comprend qu'on puisse regretter d'avoir publi&#233; dans ses jeunes ann&#233;es des &#233;crits qu'on &#233;crirait tout autrement dans ses ann&#233;es avanc&#233;es. Mais il nous est d'autant plus difficile d'y avoir acc&#232;s lorsque nous souhaitons &#233;tudier ces auteurs. Engels lui-m&#234;me estimait que cet ouvrage avait produit l'effet escompt&#233;, dans la mesure o&#249; il avait clarifi&#233; la question pour ceux qui l'avaient &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par la suite, apr&#232;s que les auteurs eurent suivi leur propre voie, ils n'&#233;crivirent plus sur des questions de philosophie au sens strict du terme. [12] Non seulement leur activit&#233; d'agitateurs pratiques, d'&#233;crivains publicistes, de fid&#232;les du mouvement prol&#233;tarien les a influenc&#233;s &#224; cet &#233;gard, mais aussi leurs propres inclinations mentales ont eu tendance &#224; les &#233;loigner de l'occupation de philosophes professionnels. Ce serait donc une vaine entreprise que de rechercher &#233;tape par &#233;tape les opinions personnelles qu'ils ont nourries dans leurs &#233;tudes et dans la lecture de nouvelles conclusions scientifiques, si celles-ci &#233;taient conformes &#224; leur nouvelle m&#233;thode de recherche historique ou s'y opposaient. Il est certain qu'il faut reconna&#238;tre comme auxiliaires et comme cas analogues &#224; la mont&#233;e du mat&#233;rialisme historique, la psychologie r&#233;cemment d&#233;velopp&#233;e, la critique acerbe de la philosophie professionnelle, l'&#233;cole de l'histoire industrielle, le darwinisme dans son sens strict et large, la tendance croissante dans l'histoire, la reconnaissance des ph&#233;nom&#232;nes naturels, la d&#233;couverte des institutions des temps pr&#233;historiques et la tendance toujours croissante &#224; combiner philosophie et science. Mais il serait ridicule d'appliquer &#224; Marx et &#224; Engels l'&#233;talon d'un &#233;diteur de quelque Revue critique , &#224; l'aune duquel il mesure les nouveaux livres, ou d'un professeur qui pr&#233;sente &#224; ses &#233;l&#232;ves les impressions successives de ses propres lectures. Ce n'est pas ainsi qu'on peut &#233;valuer le travail qu'ont pu faire, ou ont fait effectivement, les deux penseurs pour assimiler les fruits de la science contemporaine, ces penseurs qui regardaient les choses de leur point de vue sp&#233;cifique et sp&#233;cifi&#233; et utilisaient leur mat&#233;rialisme historique comme un instrument individualis&#233; de recherche et d'analyse. C'est essentiellement la marque de l'originalit&#233;. Utiliser ce terme sans de telles restrictions serait absurde. Mais alors qu'ils abandonnaient l'&#233;criture philosophique au sens strictement professionnel du terme, ils devinrent les types les plus parfaits de scientifiques philosophiques . Cette philosophie scientifique n'est pour beaucoup qu'un d&#233;sir inaccessible, tandis que d'autres en font un moyen de dire la pure v&#233;rit&#233; sur des faits &#233;vidents de l'exp&#233;rience scientifique dans un nouveau style d'affectation phras&#233;ologique. Il s'agit parfois d'une forme g&#233;n&#233;rale de rationalisme, et apr&#232;s tout il n'est pas possible de le saisir, &#224; moins de se familiariser avec les particularit&#233;s de la vie r&#233;elle de la mani&#232;re p&#233;n&#233;trante qui convient &#224; une m&#233;thode g&#233;n&#233;tique issue de la nature des choses. . Engels &#233;crivait r&#233;cemment dans son Anti-D&#252;hring : &#171; D&#232;s que chaque science individuelle est confront&#233;e &#224; la n&#233;cessit&#233; de parvenir &#224; une compr&#233;hension claire de sa position dans la relation g&#233;n&#233;rale des choses et dans la connaissance des choses, toute science particuli&#232;re de la relation g&#233;n&#233;rale devient aucune partie de toute la philosophie des temps ant&#233;rieurs ne restera alors ind&#233;pendante, sauf la th&#233;orie de la cognition et de ses lois, c'est-&#224;-dire la logique formelle et la dialectique. Tout le reste sera absorb&#233; par la science positive de la nature et de l'histoire. &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout est possible pour les &#233;rudits, les chercheurs de sujets de th&#232;se, les dipl&#244;m&#233;s en herbe. Ils ont fait un rago&#251;t de l'&#233;thique d'H&#233;rodote, de la psychologie de Pindare, de la g&#233;ologie de Dante, de l'entomologie de Shakespeare et de la p&#233;dagogie de Schopenhauer. Pour des raisons plus fortes et meilleures, ils peuvent parler de la logique du Capital et construire un syst&#232;me de philosophie de Marx, d&#251;ment sp&#233;cifi&#233; et class&#233; selon les canons sacramentels de la science professionnelle. C'est une question de go&#251;t. Pour ma part, je pr&#233;f&#232;re la na&#239;vet&#233; d'H&#233;rodote et le style pesant de Pindare &#224; cette &#233;rudition qui en extrait leurs propri&#233;t&#233;s sp&#233;cifiques &#224; l'aide d'une analyse posthume. Je pr&#233;f&#232;re laisser intacte l'individualit&#233; du Capital , auquel ont contribu&#233;, comme &#224; un organisme, toutes les id&#233;es et connaissances qui se distinguent sous le nom de logique, psychologie, sociologie, droit et histoire, dans leur sens strict. C'est aussi &#224; cela qu'ont contribu&#233; cette rare souplesse et cette douceur de pens&#233;e qui forment l'esth&#233;tique de la m&#233;thode dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bien entendu, ce livre fait et fera toujours l'objet d'une analyse particuli&#232;re, malgr&#233; cela. Mais elle ne sera jamais r&#233;fut&#233;e dans son ensemble par les simples exp&#233;rimentateurs, les scolastiques qui aiment les belles d&#233;finitions qui ne sont pas assimil&#233;es par le courant de la pens&#233;e, les penseurs utopistes de toutes nuances, notamment les utopistes critiques et les libertaires, qui sont plus ou moins r&#233;fut&#233;s. anarchistes sans le savoir. C'est une difficult&#233; presque insurmontable pour certains intellectuels que de se fondre dans la r&#233;alit&#233; des interrelations sociales et historiques. Au lieu de consid&#233;rer la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, dans laquelle certaines lois sont engendr&#233;es par un processus naturel et deviennent les relations mutuelles de mouvements, beaucoup ressentent le besoin de consid&#233;rer les choses comme fixes, par exemple l'&#233;go&#239;sme par-ci, l'altruisme par-l&#224;, etc. Un cas typique de ce genre est celui des h&#233;donistes modernes. Ils ne se contentent pas d'&#233;tudier la combinaison sociale vue du point de vue de l'interpr&#233;tation &#233;conomique, mais recourent &#224; l'exp&#233;dient de l'&#233;valuation comme pr&#233;misse psychologique logique de l'&#233;conomie. Cet exp&#233;dient leur fournit une &#233;chelle, et ils &#233;tudient ses degr&#233;s comme s'ils &#233;taient l'expression th&#233;orique de types d&#233;finis. Autant &#233;tudier l'esth&#233;tique formelle en &#233;tudiant uniquement les degr&#233;s de plaisir. Au moyen de cette &#233;chelle, avec ses degr&#233;s d'estimation des besoins, ils mesurent les choses qu'ils appellent bonnes. Ils examinent les relations des choses aux diff&#233;rents degr&#233;s de cette &#233;chelle, en tenant compte de leurs quantit&#233;s disponibles et obtenables, et d&#233;terminent ainsi la qualit&#233; de leurs valeurs, les limites de leurs valeurs et leur valeur finale. Apr&#232;s avoir ainsi constitu&#233; l'&#233;conomie politique sur la base de g&#233;n&#233;ralit&#233;s abstraites, indiff&#233;rentes aux choses que la nature donne librement ainsi qu'&#224; celles qui sont produites &#224; la sueur du front humain (et par le travail ingrat de l'histoire), ils transformer la production pauvre, &#233;vidente et simple, avec sa vie commune famili&#232;re, que les auteurs th&#233;oriques de l'&#233;conomie classique et du socialisme critique ont analys&#233;e, en un cas particulier d'alg&#232;bre universelle. Le travail, qui est &#224; nos yeux le nerf m&#234;me de la vie, parce qu'il est l'homme en devenir, devient &#224; leurs yeux un moyen d'&#233;viter la douleur ou de s&#233;lectionner la moindre douleur. Au milieu de cette atomisation abstraite de forces, d'estimations et de degr&#233;s de plaisir, l'homme perd de vue l'histoire et le progr&#232;s se r&#233;sout en une simple ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si je devais en donner une sorte d'esquisse, il ne serait pas d&#233;plac&#233; de dire que la philosophie qu'implique le mat&#233;rialisme historique est la tendance au monisme . Et j'insiste particuli&#232;rement sur le mot tendance. Je dis tendance, et j'ajoute une tendance formelle et critique . Chez nous, il ne s'agit pas de s'appuyer sur une connaissance th&#233;osophique ou m&#233;taphysique intuitive de l'univers, en supposant que nous sommes parvenus sans autre c&#233;r&#233;monie &#224; une vision globale de la substance fondamentale de tous les ph&#233;nom&#232;nes et processus par un acte de cognition transcendantale. Le mot tendance exprime pr&#233;cis&#233;ment que notre esprit s'est adapt&#233; &#224; la conviction que tout peut &#234;tre con&#231;u comme en devenir, que m&#234;me le concevable n'est qu'en devenir, et que le processus de croissance a un caract&#232;re similaire &#224; celui de la continuit&#233;. Ce qui diff&#233;rencie cette conception du processus g&#233;n&#233;tique des vagues imaginations transcendantales d'hommes comme Schelling, c'est le discernement critique. Cela implique une sp&#233;cialisation de la recherche et une adh&#233;sion &#224; des m&#233;thodes empiriques pour suivre les mouvements internes du processus. Cela signifie renoncer &#224; la pr&#233;tention de tenir dans la main un sch&#233;ma universel de toutes choses. C'est ainsi que proc&#232;dent les &#233;volutionnistes vulgaires. Une fois qu'ils se sont empar&#233;s de l'id&#233;e abstraite de croissance (&#233;volution), ils attrapent tout avec elle, depuis la concentration d'une n&#233;buleuse jusqu'&#224; leur propre fatuit&#233;. Il en &#233;tait de m&#234;me des imitateurs de Hegel, avec leur rythme &#233;ternel de th&#232;se, d'antith&#232;se et de synth&#232;se. Le principe principal de la cognition critique, par lequel le mat&#233;rialisme historique corrige le monisme, est le suivant : il s'&#233;carte de la pratique des choses, du d&#233;veloppement du processus de travail, tout comme il est la th&#233;orie de l'homme au travail, il consid&#232;re &#233;galement la science elle-m&#234;me en tant que travail. Cela impressionne d&#233;finitivement les sciences empiriques par la compr&#233;hension implicite que nous accomplissons les choses par l'exp&#233;rience, et nous am&#232;ne &#224; prendre conscience du fait que les choses sont elles-m&#234;mes en train de se fabriquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le passage d'Engels que j'ai cit&#233; tout &#224; l'heure pourrait peut-&#234;tre donner lieu &#224; quelques r&#233;sultats curieux. Certaines personnes vous prennent toute la main lorsque vous leur tendez un petit doigt. Si l'on admet que la logique et la dialectique continuent d'exister comme lignes de pens&#233;e ind&#233;pendantes, n'est-ce pas une belle opportunit&#233; pour reconstruire toute l'encyclop&#233;die de la philosophie ? En reprenant, pi&#232;ce par pi&#232;ce, ou dans chaque science individuelle, le travail d'abstraction des &#233;l&#233;ments formels qu'ils contiennent, des syst&#232;mes logiques vastes et complets peuvent &#234;tre &#233;crits, tels que ceux de Sigwart et Wundt. Ce sont en effet de v&#233;ritables encyclop&#233;dies de la doctrine des principes de la compr&#233;hension. Eh bien, si c'est tout ce que veulent les professeurs, ils peuvent &#234;tre assur&#233;s que leurs chaires ne seront pas abolies. La division du travail dans le domaine intellectuel permet de nombreuses combinaisons pratiques. Si un homme veut faire une compilation et une esquisse sch&#233;matique de principes, par lesquels nous nous rendons compte d'un groupe d&#233;fini de faits, par exemple d'un certain cours de droit, rien ne l'emp&#234;che d'appeler son ouvrage la science g&#233;n&#233;rale de la science. le droit, ou, s'il pr&#233;f&#232;re, la philosophie du droit, tant qu'il garde &#224; l'esprit qu'il organise simplement de mani&#232;re provisoire une certaine cat&#233;gorie de faits historiques, ou qu'il rassemble une certaine s&#233;rie de faits historiques qui sont des produits du d&#233;veloppement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une tendance formelle et critique au monisme d'un c&#244;t&#233;, une capacit&#233; experte &#224; garder la t&#234;te froide dans des recherches sp&#233;cialis&#233;es, de l'autre, tel est le r&#233;sultat. Si un homme s'&#233;carte un peu de cette ligne, soit il retombe dans le simple empirisme (sans philosophie), soit il s'&#233;l&#232;ve vers le domaine transcendantal de l'hyper-philosophie avec la pr&#233;tention qu'un homme peut saisir le processus du monde dans son ensemble par une simple intuition intellectuelle. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si vous n'avez pas lu la conf&#233;rence de H&#228;ckel sur le monisme , faites-moi la faveur de la lire. Il a &#233;t&#233; introduit en France par un darwinien enthousiaste en sociologie sous le titre Le Monisme lien entre la Religion et la Science (traduction de G. Vacher de Lapouge, Paris, 1897.) H&#228;ckel r&#233;unit dans sa personnalit&#233; trois facult&#233;s diff&#233;rentes : Une merveilleuse capacit&#233; pour des recherches et des expositions sp&#233;cialis&#233;es, pour une syst&#233;matisation profonde de faits particuliers et pour une intuition po&#233;tique de l'univers qui, tout en &#233;tant purement imagination, prend parfois l'aspect de la philosophie. Mais, mon illustre H&#228;ckel, cela surpasse m&#234;me la force de votre excellent esprit pour expliquer l'univers tout entier, depuis les vibrations de l'&#233;ther jusqu'&#224; la formation de votre cerveau ! Mais pourquoi est-ce que je m'arr&#234;te &#224; ton cerveau ? Plus loin, depuis les origines des nations et des &#201;tats et l'&#233;thique jusqu'&#224; nos jours, en passant par les principes protecteurs de votre universit&#233; d'I&#233;na, &#224; laquelle vous rendez hommage sur seulement 47 pages in-8 ! Ne vous souvenez-vous pas de toutes les &#233;nigmes que l'univers pr&#233;sente, m&#234;me &#224; notre science avanc&#233;e ? Ou avez-vous chez vous une grande armurerie pleine de ces bonnets de nuit, dont Heine disait que les H&#233;g&#233;liens se servaient pour dissimuler ces &#233;nigmes ? Ou ne vous souvenez-vous pas de ce cas qui devrait vous int&#233;resser plus directement, le cas de ce Bathybius auquel Huxley a donn&#233; votre nom et qui s'est av&#233;r&#233; plus tard &#234;tre une erreur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bref, cette tendance au monisme doit s'accompagner d'une reconnaissance claire de la sp&#233;cialisation de toute recherche. C'est une tendance &#224; combiner science et philosophie, mais en m&#234;me temps aussi un examen continu de la pens&#233;e concr&#232;te que nous utilisons et de sa port&#233;e. Cette pens&#233;e concr&#232;te peut tr&#232;s bien &#234;tre d&#233;tach&#233;e de son objet concret, comme cela arrive dans la logique proprement dite et dans la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de la cognition, que vous appelez m&#233;taphysique. Nous pouvons penser concr&#232;tement, tout en r&#233;fl&#233;chissant de mani&#232;re abstraite sur les mat&#233;riaux et les conditions des choses pensables. La philosophie existe et ce n'est pas le cas. [13] Pour quiconque n'est pas parvenu &#224; cette compr&#233;hension, c'est quelque chose qui d&#233;passe la science. Et pour celui qui y arrive, c'est une science perfectionn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aujourd'hui, comme autrefois, nous pouvons &#233;crire des trait&#233;s sur les aspects abstraits de certaines exp&#233;riences particuli&#232;res, par exemple sur l'&#233;thique ou la politique, et nous pouvons imprimer dans notre travail toute la clart&#233; d'un syst&#232;me. Mais nous devons &#233;galement garder &#224; l'esprit que les pr&#233;misses fondamentales de notre trait&#233; sont le produit d'une interrelation g&#233;n&#233;tique. Nous ne devons pas tomber dans l'illusion m&#233;taphysique selon laquelle les principes sont des diagrammes &#233;ternels ou des choses surnaturelles ext&#233;rieures &#224; l'exp&#233;rience humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En ce qui concerne cela, il n'y a aucune raison pour que nous ne prononcions pas une formule comme celle-ci : tout ce qui est connaissable peut &#234;tre connu ; et tout ce qui est connaissable sera connu dans un temps infini ; et pour le connaissable r&#233;fl&#233;chissant sur lui-m&#234;me, pour nous, dans le domaine de la cognition, il n'y a rien de plus important. Une telle affirmation g&#233;n&#233;rale se r&#233;duit pratiquement &#224; dire : la connaissance a de la valeur dans la mesure o&#249; nous pouvons r&#233;ellement conna&#238;tre les choses. C'est un simple jeu de fantaisie que de supposer que notre esprit reconna&#238;t comme un fait une diff&#233;rence absolue entre les limites du connaissable et de l'absolument inconnaissable. C'est ce que vous, von Hartmann, faites depuis de nombreuses ann&#233;es en hantant les r&#233;gions de l' Inconscient , que vous voyez si consciemment &#224; l'&#339;uvre, et vous, M. Spencer, qui op&#233;rez continuellement avec la connaissance de l' Inconnaissable , dont vous au fond, savez quelque chose, pendant que vous d&#233;finissez les limites de la cognition. Derri&#232;re ces phrases de Spencer se cache le Dieu du cat&#233;chisme. Elle n'est apr&#232;s tout que la relique d'une hyper-philosophie qui se voue, comme la religion, au culte d'un inconnu , qui est pourtant &#224; la fois d&#233;clar&#233; connu et transform&#233; en objet de culte. Dans cet &#233;tat d'esprit, la philosophie est r&#233;duite &#224; une &#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes (l'apparence des choses), et le concept d'&#233;volution n'implique pas du tout que les choses r&#233;elles soient en train de cro&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Contrairement &#224; ce mode de pens&#233;e, le mat&#233;rialisme historique, le processus de formation, ou d'&#233;volution, est r&#233;el et traite de la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me. De m&#234;me, le travail est r&#233;el, c'est-&#224;-dire le d&#233;veloppement personnel de l'homme, qui s'&#233;l&#232;ve de la simple vie (l'animalit&#233;) &#224; la libert&#233; parfaite (dans le communisme). Par cette inversion pratique du probl&#232;me de la cognition, nous nous remettons enti&#232;rement entre les mains de la science, qui est notre &#339;uvre. Encore une victoire sur le f&#233;tichisme ! La connaissance est pour nous une n&#233;cessit&#233;. Il est produit naturellement, raffin&#233;, perfectionn&#233;, renforc&#233; par les mat&#233;riaux et la technique, comme tout autre besoin humain. Nous apprenons peu &#224; peu les choses que nous devons savoir. L'exp&#233;rience exp&#233;rimentale est un processus de croissance. Ce que nous appelons le progr&#232;s de l'esprit est une accumulation d'&#233;nergies de travail. C'est ce processus prosa&#239;que dans lequel se r&#233;sout le pr&#233;tendu caract&#232;re absolu de la conscience, cette conscience qui &#233;tait pour l'id&#233;aliste un postulat de la raison, ou une entit&#233; ontologique. [14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose &#233;trange (cette soi-disant chose en soi ), que nous ne connaissons ni aujourd'hui ni demain, que nous ne conna&#238;trons jamais, et dont nous savons n&#233;anmoins que nous ne pouvons pas la conna&#238;tre. Cette chose ne peut pas appartenir au domaine de la connaissance, car elle ne nous donne aucune information sur l'inconnaissable. Si de telles id&#233;es entrent dans le champ de la philosophie, c'est parce que la conscience du philosophe n'est pas tout &#224; fait scientifique, mais qu'elle abrite encore de nombreux autres &#233;l&#233;ments, tels que des sentiments et des &#233;motions, qui g&#233;n&#232;rent des combinaisons psychiques sous l'influence de la peur. ou &#224; travers la fantaisie et les mythes. Ces combinaisons ont entrav&#233; le d&#233;veloppement de la compr&#233;hension rationnelle dans le pass&#233; et jettent encore leur ombre sur le champ de la pens&#233;e &#233;tudi&#233;e et prosa&#239;que. Nous pensons &#224; la mort. Th&#233;oriquement, c'est immanent &#224; la vie. La mort, qui appara&#238;t si tragique chez les individus complexes, qui semblent &#234;tre les organismes v&#233;ritables et l&#233;gitimes &#224; l'intuition commune, est immanente aux &#233;l&#233;ments primitifs de la substance organique, en raison de l'instabilit&#233; et de la l&#233;g&#232;re plasticit&#233; du protoplasme. Mais la peur de la mort est tout autre. C'est l'&#233;go&#239;sme de la vie. Et il en va de m&#234;me pour tous les autres sentiments et &#233;motions. Leurs ant&#233;c&#233;dents mythiques, po&#233;tiques et religieux ont jet&#233;, jettent et jetteront plus ou moins leur ombre sur le champ de la conscience. La philosophie d'un penseur purement th&#233;orique, qui envisage toutes choses du point de vue des choses en elles-m&#234;mes, appartient &#224; la m&#234;me classe que la tentative d'appliquer la pens&#233;e abstraite &#224; l'ensemble du champ de la conscience sans rencontrer de d&#233;tours ni d'arr&#234;ts. Regardez Baruch Spinoza, ce v&#233;ritable h&#233;ros de la pens&#233;e, qui a &#233;tudi&#233; dans sa propre personne la mani&#232;re dont les &#233;motions et les passions, comme expressions de son m&#233;canisme interne, se transforment pour lui en objets d'analyse g&#233;om&#233;trique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En attendant, jusqu'&#224; ce que l'h&#233;ro&#239;sme de Baruch Spinoza devienne la vertu concr&#232;te de la vie quotidienne dans l'humanit&#233; plus d&#233;velopp&#233;e du futur, et jusqu'&#224; ce que les mythes, la po&#233;sie, la m&#233;taphysique et la religion n'&#233;clipsent plus le champ de la conscience, que soyons heureux que jusqu'&#224; pr&#233;sent et jusqu'&#224; pr&#233;sent, la philosophie, dans son sens diff&#233;renci&#233; et am&#233;lior&#233;, ait servi et serve d'instrument critique et aide la science &#224; garder claires ses m&#233;thodes formelles et ses processus logiques ; qu'il nous aide dans nos vies &#224; r&#233;duire les obstacles que les projections fantastiques des &#233;motions, des passions, des peurs et des espoirs s'opposent &#224; la libre pens&#233;e ; qu'elle aide et sert, comme dirait Spinoza lui-m&#234;me, &#224; vaincre imaginationem et ignorantiam .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;REMARQUES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Bien avant que le symbolisme et les analogies avec les organismes ne deviennent la mode en sociologie, j'ai eu l'occasion de critiquer cette curieuse tendance dans un article passant en revue la &#171; Psychologie sociale &#187; de Lindner (dans &#171; Nuova Antologia &#187;, d&#233;cembre 1872, pages 971-989).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Dans un article intitul&#233; &#034;Program der blanquistischen Kommune Fluchtlinge&#034;, publi&#233; dans le &#034;Volksstaat&#034;, n&#176; 73, et reproduit plus tard aux pages 40-46 de la brochure &#034;Internationales aus dem Volksstaat&#034;, Berlin, 1894.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. A la page 6 de la pr&#233;face du pamphlet &#171; Internationales aus dem Volksstaat &#187;, qui contient des articles &#233;crits par Engels entre 1871 et 1875. Cette pr&#233;face, remarquez bien, porte la date du 3 janvier 1894.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. C'est pour cette raison que Hegel et les H&#233;g&#233;liens, qui utilisaient si souvent des symboles verbaux, employaient le terme &#171; aufheben &#187;, qui peut signifier &#224; la fois &#233;loigner et &#233;lever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Vera a &#233;crit en 1870 encore une &#171; Philosophie de l'histoire &#187; dans le style h&#233;g&#233;lien le plus strict, pour laquelle je l'ai r&#244;ti dans une revue &#233;crite pour la &#171; Zeitschrift f&#252;r exacte Philosophie &#187;, vol. X, pages 79, suiv., 1872.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. En fait, Rosenkranz, l'un des chefs de file parmi les derniers disciples de Hegel, a &#233;crit un ouvrage sp&#233;cial sur &#171; Hegel's Naturphilosophie und die Bearbeitung derselben durch den italienischen Philosophen A. Vera &#187;, Berlin, 1865. Je cite quelques passages de cet ouvrage. ouvrage qui illustre mon propos : &#034;Il est int&#233;ressant d'observer la mani&#232;re dont l'allemand de Hegel revit dans la langue italienne. Messieurs....(voici suit une liste de noms)....et d'autres ont rendu le pens&#233;es de Hegel avec une pr&#233;cision et une facilit&#233; qui auraient sembl&#233; impossibles en Allemagne il y a dix ans. &#187; (Page 3.) &#034;Vera est la syst&#233;matisatrice la plus stricte que Hegel ait jamais trouv&#233;e et qui suit son ma&#238;tre pas &#224; pas avec le plus grand d&#233;vouement.&#034; (Page 5.) &#171; Si apr&#232;s cela quelqu'un s'excuse de la difficult&#233; de comprendre Hegel en allemand, on lui conseillera de le lire dans la traduction italienne de Vera. Il comprendra cela, en supposant toujours qu'il a assez d'intelligence pour comprendre toute philosophie &#187; (Page 9.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. &#171; Les jeux de l'enfance &#8211; je le dis sinc&#232;rement &#8211; &#8203;&#8203;sont les premiers commencements et le premier fondement de toutes les choses s&#233;rieuses de la vie. Ils permettent la d&#233;charge et l'expression imm&#233;diates des activit&#233;s internes, stimulent les actes d'observation successifs et favorisent une transition progressive. d'une forme de connaissance &#224; une autre. Au sommet de ce processus surgit l'illusion que le contr&#244;le acquis (de nous-m&#234;mes sur nous-m&#234;mes) est un pouvoir ind&#233;pendant et la cause constante de ces effets visibles, que nous et les autres percevons objectivement dans nos actions. &#034; Vous le trouverez aux pages 13-14 de mon ouvrage, Le concept de libert&#233;. Une &#233;tude psychologique . Rome, 1878. Il a &#233;t&#233; &#233;crit pendant la phase aigu&#235; de la crise psychologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Certaines de ces absurdit&#233;s ont &#233;t&#233; savamment illustr&#233;es par B. Croce. Voir Les th&#233;ories historiques du professeur Loria (Naples, 1897) ; et Concernant le communisme de Tommaso Campanella .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Aujourd'hui, les h&#233;donistes, op&#233;rant avec la raison de leur temps, expliquent l'int&#233;r&#234;t en tant que tel (l'argent qui produit de l'argent) au moyen de la valeur diff&#233;rentielle entre le bien du pr&#233;sent et le bien de l'avenir. Ils &#233;laborent un concept psychologique de la prise en charge du risque et d'autres consid&#233;rations li&#233;es aux pratiques commerciales factuelles. Et puis ils op&#232;rent sur ces questions &#224; l'aide de processus math&#233;matiques qui sont souvent factices et fictifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Voir Marx, &#171; Critique de l'&#233;conomie politique &#187;, pr&#233;face de l'auteur, page 13. Aussi Engels, &#171; Feuerbach &#187;, pr&#233;face de l'auteur, page 33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. J'ai demand&#233; un jour &#224; Engels de montrer ce manuscrit, non pas &#224; moi, mais &#224; l'anarchiste Mackay, qui s'int&#233;ressait beaucoup &#224; Stirner. Mais Engels m'a r&#233;pondu que le manuscrit avait &#233;t&#233; trop rong&#233; par les souris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Bien entendu, nous excluons de cette affirmation les premiers chapitres de l' Anti-D&#252;hring , qui sont par ailleurs d'un caract&#232;re controvers&#233;, et le &#034;Feuerbach&#034; d'Engel, qui n'est en substance qu'une critique approfondie d'un certain livre, entrecoup&#233;e de quelques r&#233;trospectives. et observations personnelles de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. En disant cela, je pense &#224; un dr&#244;le de livre, de XXIII et 539 pages en grande octave, &#233;crit par le professeur R. Whale, de l'Universit&#233; de Czernowitz. Je ne reproduis pas son titre, tr&#232;s diffus et argumentatif. Le livre est publi&#233; chez Braumuller, Vienne, 1896. Son objet est de d&#233;montrer que la philosophie a atteint sa fin. C'est dommage que le livre soit philosophique d'un bout &#224; l'autre. Cela montre que la philosophie, pour accomplir sa propre n&#233;gation, doit s'affirmer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Le postulat d'absolu &#233;tait impliqu&#233; dans les preuves de l'existence de Dieu, en particulier dans l'argument ontologique. En moi, &#234;tre fini et imparfait, avec une connaissance limit&#233;e, existe la capacit&#233; de penser &#224; l'&#234;tre infini et absolument parfait, qui sait tout. C'est pourquoi je suis... aussi parfait ! C'est ainsi que Cartesius commet un faux pas singulier en dialectique, qui pour lui restait cependant un simple doute (et que les critiques ont &#233;videmment n&#233;glig&#233;) : &#171; Mais peut-&#234;tre puis-je &#234;tre quelque chose de plus que ce que j'imagine, et toutes les perfections, que j'attribue &#224; la nature d'un Dieu, peuvent &#234;tre en quelque sorte emmagasin&#233;s en moi, bien qu'ils ne se manifestent pas encore et ne se manifestent par aucune action. En fait, j'&#233;prouve d&#233;j&#224; que ma connaissance grandit. et se perfectionne par degr&#233;s et je ne vois aucune raison pour laquelle elle ne continuerait pas &#224; cro&#238;tre ainsi infiniment, ni pourquoi, ayant ainsi grandi et perfectionn&#233;, je n'acquerrais pas par ce moyen toutes les autres perfections de la nature divine, ni enfin pourquoi le pouvoir que j'ai pour acqu&#233;rir ces perfections, s'il est vrai qu'un tel pouvoir est maintenant en moi, ne devrait pas &#234;tre suffisant pour produire les id&#233;es correspondantes. (&#171; &#338;uvres de Descartes &#187;, &#233;dition de V. Cousin, I, pages 282-83.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transcrit pour les archives Internet Marx/Engels en 1997 par Rob Ryan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 16 juin 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu une belle exp&#233;rience. Avant d'arriver &#224; la fin de ces lettres, j'ai d&#251; discuter du m&#234;me sujet, qui est le sujet de ma conversation avec vous, dans un autre endroit, sous une autre forme, et pas tout &#224; fait aussi agr&#233;ablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un des num&#233;ros r&#233;cents de la Critica Sociale est apparu une sorte de message, lanc&#233; par M. Antonino De Bella, sociologue de Calabre, contre ces socialistes exclusifs qui, selon lui, prennent la parole de Marx pour tout dans chaque question. De Bella a oubli&#233; de nous dire si le Marx, auquel font appel ceux qu'il ratisse sur les braises, est le v&#233;ritable sp&#233;cimen, ou un autre fait sur commande, pour ainsi dire, invent&#233; expr&#232;s, un Marx blond, ou un autre. Il m'a estim&#233; digne d'une place parmi ces obstin&#233;s, &#224; qui il adresse ses remontrances et ses conseils, afin qu'ils se perfectionnent au moyen d'une culture plus large en sociologie et en histoire naturelle. Mais il ne mentionne que mon nom, sans nous dire &#224; quel livre, parole ou action particuli&#232;re il fait r&#233;f&#233;rence. Puis il ajoute un peu du charabia habituel de la sociologie avec un soup&#231;on de darwinisme et l'in&#233;vitable longue liste de noms d'auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pens&#233; qu'il &#233;tait opportun de r&#233;pondre. Je voulais d'abord lui dire s&#232;chement que le socialisme scientifique n'&#233;tait pas en si mauvais &#233;tat qu'il aurait besoin de ses conseils. Ensuite, j'ai voulu montrer que ses suggestions renvoyaient soit &#224; des choses comprises, soit &#224; des choses contraires au marxisme. Et surtout, comme je venais d'engager avec vous une conversation au sujet du socialisme et de la philosophie, j'ai cru opportun de recourir &#224; une illustration vivante pour rapporter quelques-unes des observations critiques que j'&#233;change avec vous dans ce livre un peu bizarre. mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je joins ma r&#233;ponse, telle qu'elle est parue dans la Critica Sociale d'hier . C'est aussi une lettre. Et bien qu'il ne vous soit pas adress&#233;, vous pouvez n&#233;anmoins le classer avec les autres, comme s'il s'agissait de leur suite. Il compl&#232;te et r&#233;sume les autres, avec quelques l&#233;g&#232;res et excusables r&#233;p&#233;titions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lettre sp&#233;ciale, que j'ai envoy&#233;e au r&#233;dacteur en chef de la Critica Sociale , n'est pas particuli&#232;rement douce. Je ne l'ai pas &#233;crit exactement avec l'intention de rendre service &#224; M. De Bella. C'est de la mauvaise humeur par endroits. Peut-&#234;tre cette amertume dans ma critique est-elle due au fait que, profond&#233;ment pr&#233;occup&#233; par l'&#233;tude de ce grave probl&#232;me des relations du mat&#233;rialisme historique avec l'autre pens&#233;e scientifique de mon temps, j'ai estim&#233; que l'avis de M. De Bella &#233;tait plut&#244;t inopportun, du moins en ce qui me concerne, ne serait-ce que parce que je ne l'avais pas demand&#233;. Bien s&#251;r, je n'avais pas l'intention qu'il voie ce que je vous &#233;crivais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 5 juin 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Turati !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas s&#251;r que De Bella parle vraiment de moi lorsqu'il mentionne mon nom. J'ai plut&#244;t tendance &#224; penser qu'il s'adresse &#224; un homme de paille de sa propre initiative, sur le dos duquel il a coll&#233; mon nom parce que c'&#233;tait pratique. Quoi qu'il en soit, d&#232;s qu'il m&#234;le mon nom dans ses m&#233;ditations, je ne puis m'emp&#234;cher d'ajouter un post-scriptum &#224; votre r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bien connu que je me suis alli&#233; explicitement et publiquement &#224; la pens&#233;e socialiste il y a dix ans. [1] Dix ans, ce n'est pas une tr&#232;s longue p&#233;riode de mon existence physique, puisque j'en compte quatre de plus qu'un demi-cent. Mais ils ne repr&#233;sentent certainement qu'une courte p&#233;riode de ma vie intellectuelle. Avant de devenir socialiste, j'avais eu l'envie, le loisir, le temps, l'opportunit&#233; et l'obligation de mettre mes comptes en balance avec le darwinisme, le positivisme, le n&#233;okantisme et tant d'autres questions scientifiques qui se sont d&#233;velopp&#233;es autour de moi et m'ont donn&#233; l'occasion de me d&#233;velopper parmi mes contemporains. . Car je suis titulaire de la chaire de philosophie dans mon universit&#233; depuis 1871, et auparavant j'avais &#233;tudi&#233; les choses qui sont n&#233;cessaires pour un philosophe. Quand je me suis tourn&#233; vers le socialisme, je n'ai pas cherch&#233; chez Marx un ABC du savoir. Je n'ai cherch&#233; dans le marxisme que ce qu'il contient r&#233;ellement, &#224; savoir sa critique d&#233;termin&#233;e de l'&#233;conomie politique, ses contours du mat&#233;rialisme historique et la politique prol&#233;tarienne qu'il proclame ou implique. Je n'ai pas non plus cherch&#233; dans le marxisme une connaissance de cette philosophie, qui en est la pr&#233;misse et qu'il continue en quelque sorte apr&#232;s avoir invers&#233; la dialectique de cette philosophie. Je veux parler de l'h&#233;g&#233;lianisme, qui a fleuri en Italie dans ma jeunesse et dans lequel j'avais pour ainsi dire &#233;t&#233; &#233;lev&#233;. Je ne le dis pas dans une intention malveillante, mais ma premi&#232;re composition en philosophie, dat&#233;e de mai 1862, est une d&#233;fense de la dialectique de Hegel contre le retour &#224; Kant initi&#233; par Ed. Zeller ! C'est pourquoi je n'ai pas eu besoin de me familiariser d'abord avec le mode de pens&#233;e dialectique, ni avec la m&#233;thode &#233;volutionniste ou g&#233;n&#233;tique, peu importe comment vous voulez l'appeler, avant de pouvoir comprendre le socialisme scientifique, car j'avais v&#233;cu dans ce cercle d'id&#233;es d&#232;s le d&#233;but de mon existence. commenc&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir consciemment. J'ajoute cependant que si le marxisme ne m'a pos&#233; aucune difficult&#233; quant aux contours intrins&#232;ques et formels de sa conception et de sa m&#233;thode, je n'ai acquis son contenu &#233;conomique qu'&#224; force de travail acharn&#233;. Et m&#234;me si j'ai acquis ces connaissances de la meilleure fa&#231;on possible, je n'ai &#233;t&#233; ni oblig&#233; ni autoris&#233; &#224; confondre la ligne de d&#233;veloppement propre au mat&#233;rialisme historique, en d'autres termes, &#224; confondre le sens de l'&#233;volution dans ce cas concret avec cet &#233;tat presque maladif. du cerveau de certaines personnes, notamment en Italie, ce qui les am&#232;ne &#224; parler d'une Madona Evolution et &#224; l'adorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que De Bella veut de moi ? Que je devrais retourner &#224; l'&#233;cole comme un &#233;tudiant de premi&#232;re ann&#233;e plum&#233; et recommencer mes cours ? Ou veut-il que je sois rebaptis&#233; par Darwin, reconfirm&#233; par Spencer, que je r&#233;cite ensuite ma confession g&#233;n&#233;rale devant mes camarades et que je me pr&#233;pare &#224; recevoir de lui l'extr&#234;me-onction ? Par souci de paix, je devrais &#234;tre pr&#234;t &#224; rejeter toutes les autres choses. Mais je proteste fermement contre un appel &#224; la conscience de mes camarades. J'admets qu'il y a des raisons de faire preuve de rigueur et souvent de tyrannie de la part de mes camarades en mati&#232;re de politique partisane, dans une certaine mesure et sous certaines conditions. Mais que mes camarades aient le pouvoir de parler de mani&#232;re arbitraire en mati&#232;re de science, simplement parce qu'ils sont camarades... Partez, la science ne sera jamais soumise &#224; un vote test, m&#234;me dans la soi-disant soci&#233;t&#233; du futur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou veut-il quelque chose de moins pr&#233;somptueux que &#231;a ? Dois-je affirmer et jurer que le marxisme n'est pas la science universelle et que les choses qu'il &#233;tudie ne sont pas l'univers ? Tr&#232;s bien, je l'accorde tout de suite. Et je d&#233;fie l'id&#233;e selon laquelle je ne peux pas l'accorder. Je n'ai qu'&#224; me souvenir du plan d'&#233;tudes &#224; l'universit&#233; et des nombreux cours qu'il comprend. J'accorde m&#234;me plus que cela. La voici : &#034;Cette doctrine elle-m&#234;me n'en est qu'&#224; ses d&#233;buts et a encore besoin de nombreux d&#233;veloppements &#034;. ( Mat&#233;rialisme historique , I, page 97.) [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce qui tourmente De Bella et d'autres comme lui, c'est pr&#233;cis&#233;ment la poursuite de cette philosophie universelle , dans laquelle le socialisme pourrait s'ins&#233;rer comme le point central de tout. Allez-y ! Le journal est patient &#187; , disent les r&#233;dacteurs allemands aux &#233;crivains en herbe. Mais je ne peux m'emp&#234;cher de faire deux remarques. La premi&#232;re est qu'aucun sage ne parviendra jamais &#224; nous donner une id&#233;e de cette philosophie universelle dans deux colonnes de la Critica Sociale . La seconde est personnelle. Depuis vingt ans, j'ai d&#233;test&#233; la philosophie syst&#233;matique. Cette attitude de mon esprit m'a rendu non seulement plus enclin &#224; accepter le marxisme, qui est l'une des fa&#231;ons par lesquelles l'esprit scientifique s'est lib&#233;r&#233; de la philosophie en tant que telle, mais a &#233;galement fait de moi un opposant inv&#233;t&#233;r&#233; au philosophe Spencer, qui a donn&#233; nous encore un autre diagramme de l'univers dans ses Premiers Principes . Et maintenant je dois citer mes propres &#233;crits : &#171; Je ne suis pas venu dans cette universit&#233;, il y a vingt-trois ans, comme repr&#233;sentant d'une quelconque philosophie orthodoxe, ni dans le but d'&#233;laborer un nouveau syst&#232;me. Au cours de ma vie, j'ai fait mes &#233;tudes sous l'influence directe et directe de deux grands syst&#232;mes, qui ont marqu&#233; la fin de cette philosophie, que nous pouvons maintenant appeler classique, je veux dire les syst&#232;mes d'Herbart et de Hegel, qui ont port&#233; &#224; son point culminant l'antith&#232;se du r&#233;alisme. et id&#233;alisme, entre pluralisme et monisme, entre psychologie scientifique et phr&#233;nologie de l'esprit, entre sp&#233;cialisation des m&#233;thodes et anticipation de chaque m&#233;thode par une dialectique omnisciente. La philosophie de Hegel s'&#233;tait d&#233;j&#224; &#233;panouie dans le mat&#233;rialisme historique de Karl Marx, et cela. de Herbart &#224; la psychologie empirique, qui, dans certaines conditions et dans certaines limites, est aussi exp&#233;rimentale, comparative, historique et sociale. Ce furent les ann&#233;es o&#249; l'application intensive et &#233;tendue du principe de l'&#233;nergie, de la th&#233;orie atomique, fut d&#233;velopp&#233;e. Le darwinisme et la red&#233;couverte des formes et conditions pr&#233;cises de la philosophie g&#233;n&#233;rale ont r&#233;volutionn&#233; sous nos yeux toute notre conception de la nature. Et &#224; cette &#233;poque, l'&#233;tude compar&#233;e des institutions, aid&#233;e par l'&#233;tude compar&#233;e des langues et de la mythologie, puis de la pr&#233;histoire et enfin de l'histoire industrielle, bouleversa la plupart des positions et hypoth&#232;ses r&#233;elles sur lesquelles et par lesquelles on avait jusqu'alors philosoph&#233; concernant le droit, la morale et la soci&#233;t&#233;. Les ferments de la pens&#233;e, ces ferments qu'impliquent les sciences nouvelles ou renouvel&#233;es, ne se rapprochaient pas encore, et ne se rapprochent pas non plus, d'un nouveau d&#233;veloppement de la philosophie syst&#233;matique, qui devrait contenir et dominer tout le champ de l'exp&#233;rience.. Je laisse de c&#244;t&#233; les philosophies &#224; usage priv&#233; et d'invention priv&#233;e, comme celles de Nietzsche et de von Hartmann, et je me garde de toute critique de ces pr&#233;tendus retours aux philosophes d'autrefois. [3] qui produisent une philologie au lieu d'une philosophie, comme ce fut le cas pour les N&#233;okantiens.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je m'arr&#234;te ici pour attirer l'attention sur l'erreur presque incroyable par laquelle beaucoup, surtout en Italie, confondent sans autre c&#233;r&#233;monie le positivisme, en tant que certaine philosophie, avec les acquisitions positives faites par l'exp&#233;rience incessante de la nature et de la soci&#233;t&#233;. il arrive, par exemple, qu'ils ne puissent pas distinguer le m&#233;rite incontestable de Spencer, &#224; savoir celui d'avoir contribu&#233; &#224; la formulation d'une philosophie g&#233;n&#233;rale, de son incapacit&#233; &#224; expliquer un seul fait historique au moyen de sa sociologie enti&#232;rement sch&#233;matique. incapable de s&#233;parer ce qui appartient au scientifique Spencer de ce qui appartient au philosophe Spencer. Ce dernier est &#233;galement un ancien num&#233;ro, car il se bat avec des cat&#233;gories telles que l'homog&#232;ne, l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne, l'indistinct, le diff&#233;renci&#233;, le connu. et l'Inconnu. Autrement dit, il est tour &#224; tour un kantien sans le savoir et une caricature de Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le plan de cours de l'universit&#233; doit refl&#233;ter clairement l'&#233;tat actuel de la philosophie, qui exige actuellement l'insistance de la pens&#233;e sur des choses r&#233;ellement connues. En d'autres termes, il exige exactement le contraire de toutes les th&#233;ories pr&#233;con&#231;ues concernant la cognition au moyen de m&#233;thodes th&#233;ologiques ou m&#233;taphysiques. r&#233;flexion.&#034; ( L'Universita e la Liberta della scienza , Rome 1897, pages 15, 16 et 17.) [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, cette soi-disant philosophie d&#233;fendue par De Bella n'est au fond qu'une autre &#233;dition de cette trinit&#233; Darwin-Spencer-Marx, qu'Enrico Ferri a mise en circulation il y a environ trois ans avec une &#233;loquence si suggestive, mais avec si peu de chance. . [5] Eh bien, cher Turati, je souhaite honn&#234;tement assumer le r&#244;le de l'avocat du diable et admettre qu'il y a un germe de v&#233;rit&#233;, une exigence de satisfaction d'un besoin r&#233;el, dans ces vagues aspirations &#224; une philosophie du socialisme, et dans les nombreuses b&#234;tises dites &#224; ce sujet (et certains en sont presque arriv&#233;s &#224; croire que cela devrait &#234;tre une sorte de philosophie &#224; l'usage priv&#233; des seuls socialistes). Beaucoup de ceux qui adh&#232;rent au socialisme, et pas seulement en tant que simples agitateurs, conf&#233;renciers et candidats, estiment qu'il est impossible de l'accepter comme une conviction scientifique, &#224; moins qu'il ne puisse &#234;tre combin&#233; d'une mani&#232;re ou d'une autre avec le reste de cette conception g&#233;n&#233;tique des choses. qui se situe plus ou moins au bas de toutes les autres sciences. Cela explique la manie de beaucoup de faire entrer dans le cadre du socialisme tout le reste de la science dont ils disposent. Cela conduit &#224; de nombreuses erreurs et ing&#233;niosit&#233;s, toutes explicables. Mais cela comporte aussi un danger. Beaucoup de ces intellectuels oublient peut-&#234;tre que le socialisme trouve sa v&#233;ritable base dans les conditions actuelles de la soci&#233;t&#233; capitaliste et dans les objectifs et actions possibles du prol&#233;tariat et des autres pauvres. Marx peut devenir un personnage mythique gr&#226;ce au travail des intellectuels. Et tandis qu'ils discutent de toute l'&#233;chelle de l'&#233;volution de haut en bas, de bas en haut, les camarades pourront soumettre au vote, lors d'un de leurs prochains congr&#232;s, la th&#232;se philosophique suivante : Le premier fondement du socialisme se trouve dans les vibrations de l'&#233;ther. [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'explique ainsi l'ing&#233;niosit&#233; de De Bella. Si Marx &#233;tait encore en vie ! Tu ne vois pas ? Il est n&#233; le 5 mai 1818 et est d&#233;c&#233;d&#233; le 14 mars 1883. Il est donc peut-&#234;tre encore en vie, selon la mesure de la vie humaine. Et s'il &#233;tait vivant, devrais-je continuer, il aurait pu terminer le tome III du Capital , si d&#233;connect&#233; et si obscur. Non monsieur ! dit De Bella, il serait devenu mat&#233;rialiste ! Mais gr&#226;ce &#224; moi ! C'est ce qu'il &#233;tait depuis 1845, et c'est &#224; cause de cela qu'il s'est brouill&#233; avec les id&#233;ologues radicaux qu'il connaissait. Et il serait non seulement devenu un mat&#233;rialiste, selon De Bella, mais aussi un positiviste ! Positivisme ! Dans la chronologie vulgaire, ce terme d&#233;signe la philosophie de Comte et de ses disciples. Id&#233;alement, il avait rendu l'&#226;me avant m&#234;me la mort physique de Marx. Quel beau spectacle ! Mat&#233;rialisme &#8211; Positivisme &#8211; Dialectique, une sainte trinit&#233; ! Et encore un beau spectacle ! La papaut&#233; scientifique de Comte s'est r&#233;concili&#233;e avec le processus infini du mat&#233;rialisme historique, qui r&#233;sout le probl&#232;me de la cognition diff&#233;remment de toutes les autres philosophies et d&#233;clare : Il n'y a pas de limites fixes, ni a priori ni a posteriori , &#224; la cognition, car les &#234;tres humains apprennent tout cela. ils doivent conna&#238;tre par un processus infini de travail, qui est l'exp&#233;rience, et d'exp&#233;rience, qui est le travail. [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comte, au contraire, proclamait que le cycle de la physique et de l'astronomie &#233;tait &#224; jamais clos, au moment m&#234;me o&#249; l'on trouvait l'&#233;quivalent m&#233;canique de la chaleur, et quelques ann&#233;es avant la brillante d&#233;couverte de l'analyse spectrale. Et en 1845, il d&#233;clara absurde la recherche sur l'origine des esp&#232;ces !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, poursuit De Bella, le mat&#233;rialisme historique doit &#233;tudier la soci&#233;t&#233; pr&#233;historique. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que le diable joue sa plaisanterie. Ancient Society , de Lewis H. Morgan, qui fut publi&#233; en Am&#233;rique et parvint en Europe en quelques exemplaires par l'interm&#233;diaire de la maison Macmillan de Londres (1877), fut presque tu&#233; par le silence impitoyable des ethnographes anglais, envieux ou envieux. effray&#233;. Mais les r&#233;sultats des recherches de Morgan ont fait le tour du monde pr&#233;cis&#233;ment parce qu'Engels les a sauv&#233;s gr&#226;ce &#224; son livre L'origine de la famille, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de l'&#201;tat (premi&#232;re &#233;dition 1884, quatri&#232;me &#233;dition 1891). Ce livre est &#224; la fois une revue, une exposition et un suppl&#233;ment de celui de Morgan. C'est une combinaison de Morgan et de Marx. Et que dit Engels de Morgan ? Qu'il avait &#034;d'une certaine mani&#232;re red&#233;couvert la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, issue de Marx...&#034; et, &#034;en comparant la barbarie et la civilisation, il &#233;tait arriv&#233;, pour l'essentiel, aux m&#234;mes r&#233;sultats que Marx&#034;. Et pourquoi Engels a-t-il &#233;crit son livre ? Parce qu'il souhaitait utiliser les notes et commentaires laiss&#233;s par Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; ! La chronologie ordinaire est d'une grande importance, m&#234;me pour les socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant tournons-nous vers l'in&#233;vitable Spencer. Y a-t-il quelqu'un en dehors de l'Italie qui l'a jamais consid&#233;r&#233; comme un socialiste ? Spencer est-il peut-&#234;tre un philosophe de l'autre monde ? On peut le lire, et &#224; son sujet, dans toutes les langues, sans exclure celle du Japon modernis&#233;. Il ne p&#232;che pas par manque de clart&#233;. De mon point de vue, qui aime la bri&#232;vet&#233;, il souffre plut&#244;t de prolixit&#233; et de vulgarisation excessive. Le premier de ses &#233;crits connus porte la date de 1843. C'est l'&#233;poque o&#249; le chartisme est &#224; son apog&#233;e. Cet ouvrage s'intitule La sph&#232;re propre du gouvernement . Spencer &#233;tait aux yeux du monde entier en tant que collaborateur admir&#233; de la Westminster Review , de l' Economist et de l' Endinburgh Review . Et notez encore une fois les dates de ses contributions, notamment de 1848 &#224; 1859. Quelqu'un s'est-il jamais tromp&#233; en Angleterre sur le sens et la valeur de son &#339;uvre sociale et politique ? Sa Statique Sociale parut en 1551, sa Psychologie (premi&#232;re &#233;dition) en 1855, son &#201;ducation en 1861, la premi&#232;re &#233;dition des Premiers Principes en 1862, sa Classification des Sciences en 1864, sa Biologie de 1564 &#224; 1867, sans oublier ses petits essais. , parmi les plus remarquables d'entre eux son Hypoth&#232;se du d&#233;veloppement (1852), sa Gen&#232;se de la science (1854) et son Progr&#232;s et sa loi (1857). Je terminerai ici cette &#233;num&#233;ration en m'arr&#234;tant aux ouvrages parus avant la sortie du premier volume du Capital (25 juillet 1867). Il n'a s&#251;rement pas fallu le g&#233;nie d'un Marx pour d&#233;couvrir ce que j'avais r&#233;alis&#233; en tant que simple &#233;tudiant en philosophie, &#224; savoir que les &#233;crits de Spencer et la doctrine de l'&#233;volution qui y est &#233;nonc&#233;e sont sch&#233;matiques et non empiriques, que l'&#233;volution de Spencer est l'un des ph&#233;nom&#232;nes, et non des choses r&#233;elles, qui derri&#232;re lui se dresse le spectre de la chose de Kant en soi , qu'il a ador&#233; d&#232;s le d&#233;but dans tous ses essais comme Dieu ou Divinit&#233; ( Statique , &#233;dition de 1851), et qu'il a ensuite circonscrit avec le nom v&#233;n&#233;r&#233; de l' Inconnaissable .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Marx avait jamais revu les travaux de Spencer entre 1860 et 1870, je parierais qu'il l'aurait fait dans le style suivant : &#171; Nous avons ici la derni&#232;re avanc&#233;e de l'ombre projet&#233;e par le d&#233;isme anglais du XVIIe si&#232;cle ; nous avons la derni&#232;re tentative de l'hypocrisie anglaise pour combattre la philosophie de Hobbes et de Spinoza ; nous avons ici la derni&#232;re projection du transcendantalisme dans le domaine de la science positive ; nous avons ici le dernier m&#233;lange du cr&#233;tinisme &#233;go&#239;ste de Bentham avec le cr&#233;tinisme altruiste du rabbin ; de Nazareth ; nous avons ici la derni&#232;re tentative de l'intellect bourgeois pour sauver, au moyen de la libre recherche et de la libre concurrence dans ce monde, un lambeau &#233;nigmatique de foi dans l'autre monde. Seul le triomphe du prol&#233;tariat peut assurer &#224; l'esprit scientifique. les conditions pleines et parfaites de son existence, car l'intellect ne peut &#234;tre clair tant que les conditions dans lesquelles il travaille ne sont pas rendues transparentes. &#187; Ce Marx l'aurait &#233;crit, ou aurait pu l'&#233;crire. Mais il &#233;tait occup&#233; &#224; s'occuper de l'Internationale et Spencer n'avait pas le temps de pr&#234;ter attention &#224; cette association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 mars 1883, Engels prit la parole au cimeti&#232;re de Highgate &#224; la m&#233;moire de son ami Marx, d&#233;c&#233;d&#233; trois jours auparavant, et commen&#231;a son discours par ces mots : &#171; Tout comme Darwin a d&#233;couvert les lois du d&#233;veloppement dans la nature organique, de m&#234;me Marx a d&#233;couvert les lois du d&#233;veloppement de l'histoire humaine. [8] De Bella ne devrait-il pas se sentir mortifi&#233; en lisant ceci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas tout. Dans son Anti-D&#252;hring (premi&#232;re &#233;dition 1878, troisi&#232;me &#233;dition 1894), le m&#234;me Engels avait d&#233;j&#224; acquis toutes les id&#233;es fondamentales du darwinisme, n&#233;cessaires &#224; l'orientation g&#233;n&#233;rale d'un socialiste scientifique. Il lui avait fallu une dizaine d'ann&#233;es pour acqu&#233;rir cette nouvelle formation en sciences naturelles, et il d&#233;clarait franchement qu'il y &#233;tait plus &#224; l'aise que Marx, tandis que Marx &#233;tait plus vers&#233; en math&#233;matiques. Ce n'est m&#234;me pas tout. La premi&#232;re &#233;dition du Capital contient une note caract&#233;ristique et tr&#232;s originale concernant le nouveau monde d&#233;couvert par Darwin. Comprenez bien que ces deux modestes mortels, qui n'ont jamais fait de portions surnaturelles de l'univers, ne faisaient toujours r&#233;f&#233;rence &#224; aucun autre darwinisme que celui prosa&#239;que de l' Origine des esp&#232;ces (1859), qui consiste en une s&#233;rie d'observations et d'exp&#233;riences sur le domaine limit&#233;. domaine de la r&#233;alit&#233;, une r&#233;alit&#233; qui s'&#233;tend au-del&#224; des origines de la vie et pr&#233;c&#232;de de loin l'histoire humaine. Ils ne pouvaient s'emp&#234;cher de percevoir que les th&#233;ories darwiniennes pr&#233;sentaient un cas analogue &#224; leur conception &#233;pig&#233;n&#233;tique de l'histoire, qu'ils avaient en partie d&#233;finie, en partie tout juste commenc&#233;e &#224; &#233;tudier. [9] Ils n'ont jamais entendu parler de ce darwinisme, que De Bella appelle le d&#233;couvreur des lois de l'humanit&#233; enti&#232;re , de ce darwinisme, qui est cens&#233; &#234;tre bon pour tout, qui est une invention gratuite des publicistes scientifiques et des d&#233;cadents philosophiques. Leur ami Heine ne leur a-t-il pas dit que l'univers est plein de trous, et que le professeur allemand de l'&#233;cole de Hegel bouche ces trous avec son dernier verre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais laissons de c&#244;t&#233; l'univers et ses trous, cher Turati, et faisons tous notre devoir. Je me souviens toujours de cette forte invective lanc&#233;e il y a environ 30 ans par l'h&#233;g&#233;lien B. Spaventa : &#171; Chez nous, on &#233;tudie l'histoire de la philosophie dans la g&#233;ographie de l'Arioste et on cite comme &#233;gaux Platon et l'abb&#233; Fornari, Torquato Tasso et Totonno. Tasse.&#034; [dix]&lt;br class='autobr' /&gt;
VIII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 20 juin 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me faut &#233;crire une sorte de post-scriptum, qui compl&#233;tera ma lettre pr&#233;c&#233;dant la derni&#232;re, si pleine de questions difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s naturellement, je classe parmi les produits de nos &#233;motions, par lesquels l'esprit scientifique est obscurci, aussi ces sensations complexes, que nous appelons ordinairement respectivement optimisme et pessimisme, et qui repr&#233;sentent certaines inclinations, tendances, &#233;valuations et pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne peut trouver dans ces modes d'expression qui oscillent entre po&#233;sie et passion et frappent toujours cette note incertaine et inr&#233;ductible &#224; des termes pr&#233;cis, ni une tendance, ni une promesse d'interpr&#233;tation rationnelle des choses. Prises dans leur ensemble, ces &#233;motions sont des combinaisons et des expressions de sentiments individuels infinis, qui peuvent avoir leur si&#232;ge, comme c'est &#233;videmment le cas du pessimisme, soit dans le temp&#233;rament sp&#233;cifique de quelque personnalit&#233; individuelle (comme Leopardi), soit dans les conditions communes. de grandes multitudes (par exemple, l'origine du bouddhisme). En bref, l'optimisme et le pessimisme sont essentiellement des g&#233;n&#233;ralisations d'&#233;motions r&#233;sultant d'une exp&#233;rience ou d'une condition sociale particuli&#232;re, qui sont projet&#233;es si loin en dehors de notre environnement imm&#233;diat qu'elles en font, pour ainsi dire, l'axe, le point d'appui ou la finalit&#233; de notre vie. l'univers. Par ce moyen, les cat&#233;gories du bien et du mal, qui n'ont en r&#233;alit&#233; qu'un rapport modeste avec nos besoins pratiques, deviennent finalement des normes selon lesquelles le monde entier est jug&#233;, le r&#233;duisant &#224; des dimensions si petites qu'il en fait une simple base et une simple condition de jugement. notre bonheur ou notre malheur. Quel que soit le point de vue, le monde semble n'avoir d'autre sens que celui du bien ou du mal, et le r&#233;sultat final semble d&#233;pendre de la pr&#233;dominance ou du triomphe de l'un sur l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, cette fa&#231;on de voir les choses, c'est toujours la po&#233;sie primitive qui ne se s&#233;pare jamais du mythe. Et de tels modes de conception constituent toujours le caract&#232;re concret et le pouvoir suggestif des syst&#232;mes religieux, depuis l'optimisme grossier du mahom&#233;tanisme jusqu'au pessimisme raffin&#233; du bouddhisme. Et c'est tr&#232;s naturel. La religion est un besoin pr&#233;cis&#233;ment pour la raison, et seulement pour la raison, qu'elle repr&#233;sente la transfiguration de tant de peurs, d'espoirs, de douleurs, d'exp&#233;riences am&#232;res de la vie quotidienne en croyances et jugements pr&#233;d&#233;termin&#233;s. De cette mani&#232;re, les soi-disant luttes de ce monde se transforment en antagonismes transcendantaux de l'univers, tels que Dieu et le Diable, le p&#233;ch&#233; et la r&#233;demption, la cr&#233;ation et la renaissance, l'&#233;chelle des expiations et le Nirvana. Cet optimisme et ce pessimisme, qui prennent forme de pens&#233;e et s'entourent d'une certaine philosophie, ne sont que des survivances plus ou moins conscientes de la religion sous une autre forme, ou de cette anti-religion qui, dans un transport d'incr&#233;dulit&#233; passionn&#233;e, ressemble &#224; foi. L'optimisme de Leibniz, par exemple, n'est certainement pas une fonction philosophique de son &#233;tude du calcul diff&#233;rentiel, ni de sa critique de l'action &#224; distance, ni de sa th&#233;orie m&#233;taphysique des monades, ni de sa d&#233;couverte du d&#233;terminisme interne. Son optimisme est sa religion. C'est cette religion qui lui appara&#238;t comme la religion perp&#233;tuelle et durable. C'est pour lui le christianisme qui r&#233;concilie toutes les croyances chr&#233;tiennes, une providence justifi&#233;e par l'id&#233;e que ce monde est le meilleur qui puisse jamais exister et continuer. Cette po&#233;sie th&#233;ologique a son pendant humoristique, et donc dialectique, dans le Candide de Voltaire. De m&#234;me, le pessimisme de Schopenhauer n'est pas un r&#233;sultat n&#233;cessaire de sa critique de la critique kantienne, ni une fonction directe de ses recherches exquises en logique. C'est plut&#244;t l'expression de son &#226;me petite-bourgeoise, malheureuse, m&#233;contente, maussade, cherchant sa satisfaction dans la contemplation m&#233;taphysique des forces aveugles de l'inconnaissable (ou l'effort aveugle pour exister). En d'autres termes, il recherche sa satisfaction dans une forme de religion &#224; laquelle on pr&#234;te peu d'attention, la religion de l'ath&#233;isme. [11]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on part des configurations et complications secondaires et d&#233;riv&#233;es de la religion ou de la philosophie th&#233;ologique, auxquelles appartiennent l'optimisme et le pessimisme, jusqu'&#224; l'origine de ces cr&#233;ations mentales elles-m&#234;mes, nous nous trouvons en pr&#233;sence d'un fait aussi &#233;vident que simple. . C'est que tout &#234;tre humain, du fait de sa condition physique et de son environnement social, est amen&#233; &#224; faire une sorte de calcul h&#233;doniste, c'est-&#224;-dire &#224; mesurer ses besoins et les moyens de les satisfaire. Le r&#233;sultat est une appr&#233;ciation plus ou moins color&#233;e des conditions d'existence et de la vie elle-m&#234;me dans ses interrelations. Aujourd'hui, lorsque l'intelligence a progress&#233; jusqu'&#224; vaincre les incantations de l'imagination et de l'ignorance, qui lient la pauvret&#233; prosa&#239;que de la vie ordinaire aux forces transcendantales fantastiques, alors les suggestions cr&#233;atrices de l'optimisme et du pessimisme ne peuvent plus s'exercer. L'esprit se tourne vers l'&#233;tude prosa&#239;que des moyens par lesquels on peut atteindre, non pas cette entit&#233; fabuleuse qu'on appelle le bonheur, mais le d&#233;veloppement normal des facult&#233;s humaines. Dans des conditions naturelles et sociales favorables, ces facult&#233;s trouvent dans la vie elle-m&#234;me les raisons de son existence et une explication de ses causes. C'est le d&#233;but de cette sagesse qui seule donne &#224; l'homme le droit au nom d'homo sapiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme historique, &#233;tant une philosophie de la vie, au lieu de ses simples ph&#233;nom&#232;nes intellectuels, surmonte l'antith&#232;se entre l'optimisme et le pessimisme, parce qu'il d&#233;passe leurs limites et les comprend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire est en effet une interminable succession de luttes douloureuses. Le travail, qui est la marque distinctive de la vie humaine, a &#233;t&#233; le moyen d'opprimer la grande majorit&#233;. Le travail, qui est la condition pr&#233;alable de tout progr&#232;s, a mis les souffrances, les privations, le travail et les maux de la multitude au service du confort d'un petit nombre. L'histoire est comme un enfer. On pourrait le pr&#233;senter comme un drame sombre, intitul&#233; La trag&#233;die du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette m&#234;me sombre histoire a produit, &#224; partir de cet &#233;tat m&#234;me des choses, presque &#224; l'insu des hommes, et certainement pas par la providence de qui que ce soit, les moyens n&#233;cessaires &#224; la perfection relative, d'abord de tr&#232;s peu, puis de quelques-uns. , puis de plusieurs. Et maintenant, cela semble fonctionner pour tous. La grande trag&#233;die &#233;tait in&#233;vitable. Cela n'&#233;tait pas d&#251; &#224; la faute ou au p&#233;ch&#233; de quelqu'un, ni &#224; l'aberration ou &#224; la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de quelqu'un, ni &#224; l'&#233;garement capricieux et p&#233;cheur de quelqu'un du droit chemin. Cela &#233;tait d&#251; &#224; une n&#233;cessit&#233; immanente du m&#233;canisme de la vie sociale et &#224; son processus rythmique. Ce m&#233;canisme op&#232;re sur les moyens de subsistance, qui sont le produit du travail humain et de la coop&#233;ration dans des conditions naturelles plus ou moins favorables. Aujourd'hui, alors que s'ouvre devant nos yeux la perspective d'organiser la soci&#233;t&#233; de mani&#232;re &#224; donner &#224; chacun les moyens de se perfectionner, nous voyons clairement le bien-fond&#233; de cette vision, car la productivit&#233; croissante du travail fournit toutes les conditions n&#233;cessaires au perfectionnement de soi. une culture sup&#233;rieure &#224; tous. C'est sur ce fait que le socialisme scientifique fonde son droit &#224; l'existence, au lieu de compter sur le triomphe d'une bont&#233; universelle, que les socialistes utopistes et sentimentaux ont d&#233;couverte dans le c&#339;ur de tous et proclam&#233;e comme justice &#233;ternelle. Le socialisme scientifique compte sur le d&#233;veloppement des moyens mat&#233;riels qui favoriseront les conditions dans lesquelles tous les &#234;tres humains auront le loisir de se d&#233;velopper en toute libert&#233;. En d'autres termes, les causes de l'injustice (pour reprendre ce terme des id&#233;ologues) seront supprim&#233;es, comme la domination de classe, le bossisme, l'oppression de l'homme par l'homme. Les injustices qui r&#233;sultent de ces causes sont pr&#233;cis&#233;ment les conditions indispensables de ce mis&#233;rable fait mat&#233;riel qu'est l'exploitation &#233;conomique de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que dans une soci&#233;t&#233; communiste que le travail ne sera plus exploit&#233; mais mesur&#233; rationnellement. Ce n'est que dans une soci&#233;t&#233; communiste qu'un calcul h&#233;doniste deviendra r&#233;alisable, sans &#234;tre entrav&#233; par l'exploitation priv&#233;e des forces sociales. Une fois &#233;cart&#233;s les obstacles au libre d&#233;veloppement de tous, ces obstacles qui divisent d&#233;sormais les classes et les individus jusqu'&#224; ce qu'ils soient s&#233;par&#233;s au-del&#224; de toute reconnaissance, chacun trouvera &#224; port&#233;e de main le moyen par lequel les facult&#233;s et les besoins de chacun pourront &#234;tre mesur&#233;s par l'opinion publique. exigences de la soci&#233;t&#233;. S'adapter au r&#233;alisable et le faire sans aucune contrainte ext&#233;rieure, telle est la norme de la libert&#233;, qui &#233;quivaut &#224; la sagesse. Car il ne peut y avoir de v&#233;ritable morale sans une conscience du d&#233;terminisme. Dans une soci&#233;t&#233; communiste, l'apparent antagonisme entre optimisme et pessimisme s'effondre. Car dans cette soci&#233;t&#233;, il n'y a plus de contradiction entre la n&#233;cessit&#233; de travailler au service de la collectivit&#233; et l'&#233;panouissement de la personnalit&#233;. Cette n&#233;cessit&#233; et cette libert&#233; personnelle seront comprises comme ne faisant qu'une. L'&#233;thique de cette soci&#233;t&#233; abolira la contradiction entre droits et devoirs, car cette contradiction est essentiellement l'&#233;laboration th&#233;orique des conditions sociales antagonistes actuelles, dans lesquelles les uns ont le droit de commander et les autres ont le devoir d'ob&#233;ir. Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la bont&#233; ne signifie pas la charit&#233;, il ne semblera pas utopique d'exiger que chacun donne selon ses facult&#233;s et chacun prenne selon ses besoins. Dans une telle soci&#233;t&#233;, l'&#233;ducation pr&#233;ventive &#233;liminera dans une large mesure les sources de la criminalit&#233;, et l'&#233;ducation pratique &#224; la vie et au travail coop&#233;ratifs r&#233;duira au minimum la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;pression. Bref, la punition appara&#238;tra comme une simple sauvegarde d'un certain ordre et perdra tout caract&#232;re de justice surnaturelle, qu'il faut justifier ou &#233;tablir. Dans une telle soci&#233;t&#233;, il ne sera plus n&#233;cessaire de chercher une explication transcendantale du destin pratique de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique des causes motrices de l'histoire, des raisons de l'existence de la soci&#233;t&#233; actuelle et d'une vision rationnellement mesurable et mesur&#233;e de la soci&#233;t&#233; du futur, montre pourquoi l'optimisme, le pessimisme et tant d'autres tissus imaginaires ont d&#251; servir. , et doivent continuer &#224; servir, d'expressions d'&#233;motions qui agitent les esprits sous l'influence des luttes de la vie sociale. Si c'est ce que veulent dire les penseurs transcendantaux, auxquels vous faites allusion, et s'ils entendent &#234;tre les collectionneurs posthumes des soupirs et des larmes de l'humanit&#233; au cours des si&#232;cles, qu'il en soit ainsi. La licence po&#233;tique n'est pas interdite, m&#234;me aux socialistes. Ils ne parviendront cependant pas &#224; remettre sur pied le mythe de la justice &#233;ternelle et &#224; l'envoyer lutter contre le r&#232;gne des t&#233;n&#232;bres. Cette grande et bienfaisante dame ne d&#233;placera jamais une seule pierre de la structure capitaliste. Ce que les penseurs m&#233;taphysiques socialistes appellent le mal, contre lequel le bien lutte, n'est pas une n&#233;gation abstraite, mais un syst&#232;me dur et solide de faits pratiques. C'est une pauvret&#233; organis&#233;e pour produire de la richesse. Or, les mat&#233;rialistes historiques ont si peu de tendresse de c&#339;ur qu'ils pr&#233;tendent que ce mal est en r&#233;alit&#233; le berceau du bien futur. La libert&#233; viendra de la r&#233;volution des opprim&#233;s, et non de la bont&#233; des oppresseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une rechute facile dans une m&#233;taphysique de type offensant est souvent le sort m&#234;me des &#233;tudes qui, selon leurs auteurs, repr&#233;sentent la quintessence de la proc&#233;dure positive et scientifique. C'est le cas, par exemple, de nombreux tenants de l'anthropologie criminelle, tr&#232;s discut&#233;e et controvers&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses objectifs et ses tendances, cette science repr&#233;sente un facteur notable dans cette critique salutaire du droit p&#233;nal, qui a r&#233;ussi peu &#224; peu &#224; renverser les fondements des id&#233;es philosophiques, et surtout &#233;thiques, concernant un fait aussi simple que l'exp&#233;rience qu'il doit y avoir une punition pour cela. tant qu'il y aura une soci&#233;t&#233;. Cependant, dans sa m&#233;thode, elle d&#233;passe rarement le domaine de la compilation statistique, ou au-del&#224; de cette masse de probabilit&#233;s qui constituent les diverses nuances d'&#233;tude embrass&#233;es par le terme g&#233;n&#233;ral d'anthropologie. Elle n'atteint presque jamais le degr&#233; de pr&#233;cision qui a permis &#224; des &#233;tudes analogues comme la recherche psychique, gr&#226;ce aux merveilleux progr&#232;s de l'anatomie du syst&#232;me nerveux central et de tous les d&#233;partements de la m&#233;decine, de contribuer en quelques ann&#233;es encore au d&#233;veloppement du syst&#232;me nerveux central. de psychologie que n'ont apport&#233; vingt si&#232;cles de controverses sur le texte d'Aristote, ou sur l'hypoth&#232;se du spiritualisme, ou sur celle du mat&#233;rialisme purement rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas ce que je veux souligner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette doctrine entra&#238;ne une tendance &#224; consid&#233;rer la r&#233;cidive de la criminalit&#233; comme le r&#233;sultat d'une pr&#233;disposition inn&#233;e d'individus pr&#233;sentant certaines caract&#233;ristiques. Cependant, ces rep&#232;res ne sont pas dans tous les cas objectivement &#233;tudi&#233;s ni bien fix&#233;s. Pourtant, il n'y a rien de mal &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie qui est &#224; la base du droit p&#233;nal des pays o&#249; les effets de la r&#233;volution bourgeoise se sont &#233;tendus partage les m&#233;rites et les d&#233;fauts de ce principe &#233;galitaire de tout soi-disant lib&#233;ralisme qui ne peut &#234;tre que formel et abstrait, compte tenu des cons&#233;quences naturelles. et les in&#233;galit&#233;s sociales des hommes. Bien entendu, cette th&#233;orie constituait un progr&#232;s sur la justice corporelle et sur les privil&#232;ges du clerg&#233; et de l'aristocratie. Et c'est pour cette raison qu'une victoire historique est proclam&#233;e par ces mots : La loi est &#233;gale pour tous. Cependant, cette th&#233;orie r&#233;duit la fonction de punition &#224; une simple d&#233;fense du syst&#232;me actuel au moyen de lois &#233;tablies. Il se contente de punir uniquement les violations de cet ordre, sans p&#233;n&#233;trer dans le probl&#232;me de la conscience. Il a &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233; de tout caract&#232;re religieux et ne concerne plus l'esprit ni l'&#226;me. Ce n'est plus l'instrument d'une &#233;glise, d'un credo, d'une superstition. Ce droit p&#233;nal est prosa&#239;que, tout aussi prosa&#239;que que toute la soci&#233;t&#233; capitaliste. Et c'est l&#224; un autre triomphe de la libre pens&#233;e, si l'on laisse de c&#244;t&#233; quelques l&#233;g&#232;res incoh&#233;rences. Bref, c'est l'acte qui est puni, pas l'homme. C'est le perturbateur de cet ordre qui est puni par la loi qui le d&#233;fend. La punition ne vise pas la conscience d'un homme, qu'elle soit irr&#233;ligieuse, h&#233;r&#233;tique, ath&#233;e ou autre. Pour arriver &#224; ce r&#233;sultat, cette th&#233;orie devait construire une &#233;galit&#233; typique de responsabilit&#233; pour tous les &#234;tres humains, sur la base d'un libre arbitre, excluant seulement les cas extr&#234;mes de manque de contr&#244;le mental et de libert&#233; d'action. [12] C'est par l&#224; m&#234;me que la justice vant&#233;e et c&#233;l&#233;br&#233;e, par l'ironie du sort, transforme le principe de l'&#233;galit&#233; devant la loi en la plus grossi&#232;re injustice. Car les &#234;tres humains sont en r&#233;alit&#233; socialement et naturellement in&#233;gaux devant la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dialectique a &#233;t&#233; r&#233;cemment discut&#233;e par des sociologues, des socialistes et des critiques de toutes sortes. Ils ont construit une longue s&#233;rie d'arguments contre le droit existant, allant du paradoxe mystique et color&#233; selon lequel la soci&#233;t&#233; punit les crimes qu'elle engendre jusqu'&#224; l'exigence humanitaire selon laquelle l'&#233;galit&#233; dans l'&#233;ducation devrait justifier le principe de l'&#233;galit&#233; devant la loi en cr&#233;ant les conditions r&#233;elles de son application. praticabilit&#233;. Le point saillant de toutes ces critiques est mis en &#233;vidence par les socialistes coh&#233;rents, qui se rendent compte que les luttes de classes sont une partie essentielle de la soci&#233;t&#233; actuelle et qui n'esp&#232;rent pas obtenir une justice &#233;gale pour tous, ni par le droit de punir, ni par tout autre droit existant. loi. Car agir autrement &#233;quivaudrait &#224; chercher une soci&#233;t&#233; improbable, dans laquelle les divisions seraient causes de concorde et d'union. Cette loi d'une justice m&#233;diocre, en conflit constant avec elle-m&#234;me, est le produit d'une soci&#233;t&#233; o&#249; l'exigence d'&#233;galit&#233; est toujours en guerre contre elle-m&#234;me. Le mensonge devient tr&#232;s clair dans cette belle d&#233;couverte des apologistes du capitalisme selon laquelle les salari&#233;s sont apr&#232;s tout des citoyens libres, qui acceptent volontairement la servitude en concluant des contrats &#224; conditions &#233;gales avec leurs &#233;gaux, les capitalistes. Pourtant, nous, socialistes, ne souhaitons pas abandonner ce principe contradictoire pour nous jeter dans les bras des r&#233;actionnaires, qui le combattent pour d'autres raisons et voudraient l'abolir d'une autre mani&#232;re. Nous la consid&#233;rons plut&#244;t comme l'un des facteurs n&#233;gatifs inh&#233;rents &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise, comme l'un des moyens historiques par lesquels elle se mine elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anthropologie criminelle est arriv&#233;e &#224; point nomm&#233; pour &#233;tayer, par ses &#233;tudes sp&#233;cialis&#233;es, l'affirmation critique selon laquelle la loi n'est pas &#233;gale pour tous. Dans cette mesure, c'est une science progressiste. Aux diff&#233;rences sociales, qui rendent absurde l'exigence d'une &#233;gale responsabilit&#233; de tous, &#224; mesure que varie la forme typique du libre arbitre dans les esprits sains, cette science a ajout&#233; l'&#233;tude des diff&#233;rences pr&#233;sociales, qui sont les limites trac&#233;es autour de notre volont&#233; par notre nature animale et qui opposent une r&#233;sistance invincible &#224; toute tentative de s'adapter aux exigences de l'&#233;ducation. Ce n'est pas le lieu de rechercher si cette science a exag&#233;r&#233; l'&#233;tendue de cette nature animale, si elle a interpr&#233;t&#233; imparfaitement les cas qu'elle voulait &#233;tudier, et si elle a g&#233;n&#233;ralis&#233; de fa&#231;on fantastique les r&#233;sultats d'observations partielles et peu exactes. L'essentiel est que certaines de ses m&#233;thodes le rejettent inconsciemment dans la m&#233;taphysique qu'il d&#233;teste. Dans ses efforts l&#233;gitimes pour combattre la conception de la justice et de la responsabilit&#233; en tant qu'entit&#233;s, il commet l'erreur d'attribuer trop d'importance &#224; des faits naturels tels que la disposition &#224; commettre un crime, et de les d&#233;signer et de les d&#233;finir de mani&#232;re &#224; d&#233;tourner l'attention de ces cat&#233;gories de faits. la protection sociale, qui d&#233;coule des conditions d'existence auxquelles les hommes se sont habitu&#233;s apr&#232;s leur naissance. Pour &#234;tre plus explicite, c'est &#224; la nature animale qu'il faut attribuer la licence excessive et effr&#233;n&#233;e, mais certainement pas l'adult&#232;re, qui est tr&#232;s clairement un produit social. La rapacit&#233; doit &#234;tre class&#233;e dans la nature animale, mais pas le vol dans ses aspects &#233;conomiques, y compris la falsification de ch&#232;ques. Le temp&#233;rament sanguinaire appartient &#224; la cat&#233;gorie des animaux, mais pas le meurtre des rois, etc. Il ne faut pas dire que ce ne sont que des distinctions verbales. Ils touchent le fond des choses. Ils concernent la compr&#233;hension claire des limites m&#233;thodiques. Ils montrent combien il est important de rappeler que la m&#233;taphysique est un mal atavique, auquel n'&#233;chappent pas m&#234;me ceux qui crient continuellement : A bas la m&#233;taphysique ! La m&#234;me chose s'est produite depuis longtemps dans d'autres sciences, par exemple en psychologie g&#233;n&#233;rale ou dans l'&#233;tude sp&#233;ciale des esprits malades. Beaucoup ont tent&#233; de localiser les ph&#233;nom&#232;nes psychiques dans le cerveau, au lieu de s'en tenir aux faits les plus &#233;l&#233;mentaires, qui, il est vrai, n'ont &#233;t&#233; constat&#233;s que r&#233;cemment. Ils ont essay&#233; de localiser la facult&#233; de l'&#226;me, par exemple le c&#233;l&#232;bre physiologiste Ludwig. En d'autres termes, ils essayaient de d&#233;terminer le si&#232;ge local des concepts rationalistes, de choses qui n'existaient pas dans la r&#233;alit&#233;. L'anthropologie criminelle doit encore s&#233;parer ses cat&#233;gories et les d&#233;terminer de mani&#232;re critique. Elle doit surmonter l'erreur de consid&#233;rer comme des faits inn&#233;s et naturels les cat&#233;gories simples que le droit p&#233;nal a fix&#233;es et d&#233;finies pour des raisons pratiques afin de les appliquer &#224; l'exp&#233;rience de simples conditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, le 2 juillet 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous faites r&#233;f&#233;rence &#224; ces critiques de caract&#232;re et de nature diff&#233;rents, qui soutiennent, pour des raisons diverses, que le christianisme recule devant une interpr&#233;tation mat&#233;rialiste de l'histoire, et qui pensent avoir ainsi soulev&#233; une objection insurmontable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dois-je entrer dans ces bois qui, s'ils ne sont peut-&#234;tre pas imp&#233;n&#233;trables et sauvages, sont certainement tr&#232;s sombres pour moi ? Vous savez &#224; quel point tous les syst&#232;mes durs et rapides me r&#233;pugnent. Je ne suis pas d'avis &#8211; et il serait stupide de penser le contraire &#8211; qu'une th&#233;orie de l'histoire soit jamais si bonne et excellente en elle-m&#234;me qu'elle constituera une cl&#233; pour comprendre chaque phase particuli&#232;re de l'histoire, sans d'abord s'y consacrer &#224; des recherches sp&#233;ciales dans de tels cas. Or, je n'ai pas encore fait d'&#233;tude particuli&#232;re sur l'histoire de l'&#201;glise chr&#233;tienne et je ne suis donc pas en mesure d'aborder le sujet avec aisance. Les objecteurs ordinaires parlent de ce sujet sur la base d'impressions g&#233;n&#233;rales. Dans ma jeunesse, j'ai lu Strauss et les principaux &#233;crits de l'&#233;cole de T&#252;bingen, comme tous ceux qui &#233;tudiaient la philosophie classique allemande. Et je pourrais m'&#233;crier avec bien d'autres, en variant l&#233;g&#232;rement le cri de Faust : &#171; Moi aussi, j'ai malheureusement &#233;tudi&#233; la th&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus tard, je ne me suis plus occup&#233; de ces questions. N&#233;anmoins, j'ai adh&#233;r&#233; &#224; la conviction que l'&#233;cole de T&#252;bingen fut la premi&#232;re &#224; entreprendre d&#233;finitivement et s&#233;rieusement cette &#233;tude du christianisme qui seule peut pr&#233;tendre au terme d'histoire, et que les progr&#232;s r&#233;cents dans cette direction, autant qu'il y ait eu de progr&#232;s, ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s. accompli ou est en train de s'accomplir, consiste principalement en des corrections et des suppl&#233;ments des r&#233;sultats de cette &#233;cole. La principale correction devrait &#234;tre &#224; mon avis la suivante : les savants de T&#252;bingen se sont consacr&#233;s principalement, mais non exclusivement, &#224; l'&#233;tude de l'origine et du d&#233;veloppement des croyances et des dogmes , alors qu'il est devenu plus tard n&#233;cessaire, et est encore n&#233;cessaire, d'&#233;tudier les formation et d&#233;veloppement d' associations chr&#233;tiennes . Dans la mesure o&#249; nous abordons cette m&#233;thode d'examen de la question, que j'appellerai par souci de bri&#232;vet&#233; m&#233;thode sociologique, nous nous rapprocherons d'une recherche objective. Car comprendre le comment et le pourquoi de l'origine et du d&#233;veloppement des associations nous donnera les moyens de comprendre, pour quelles raisons et de quelle mani&#232;re, les &#226;mes, les imaginations, les intellects, les d&#233;sirs, les peurs, les espoirs. , les aspirations des membres de ces associations devaient chercher &#224; s'exprimer &#224; travers certains credo, adopter certains symboles et parvenir &#224; la formulation de certains dogmes ; en d'autres termes, comment se fait-il que ces associ&#233;s aient d&#251; reconstituer tout un monde de doctrines et de concepts imaginaires. Une fois ce pas franchi, nous sommes sur la voie qui m&#232;ne directement au mat&#233;rialisme historique. Car nous sommes alors parvenus &#224; l'affirmation g&#233;n&#233;rale selon laquelle les id&#233;es doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des produits, et non comme des causes, de certaines structures sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je me trompe &#8211; car, comme je l'ai dit, je comprends relativement peu ces arguments &#8211; les &#233;tudes r&#233;centes sur le christianisme ancien ont principalement suivi cette ligne r&#233;aliste. Et il me semble que des &#233;crivains comme Harnack sont aux premiers rangs de cette &#233;tude. Je fais d'ailleurs r&#233;f&#233;rence &#224; l'ouvrage tr&#232;s remarquable de l'Anglais Hatch, que j'ai lu. Il d&#233;montre avec la plus grande lucidit&#233; et &#224; l'aide de preuves documentaires que l'association chr&#233;tienne, &#224; partir d'un certain point apr&#232;s ses premi&#232;res origines, s'est d&#233;velopp&#233;e et consolid&#233;e gr&#226;ce &#224; l'adaptation aux diverses formes de droit corporatif qui fleurissaient dans les diff&#233;rentes r&#233;gions de l'&#233;poque romaine. Empire. En d'autres termes, le mouvement s'est adapt&#233; aux conditions propres au droit romain, ou aux coutumes locales et nationales, notamment aux institutions grecques et hell&#233;nistes. J'esp&#232;re que nos &#233;v&#234;ques ne le prendront pas mal. Le Saint-Esprit sera intervenu en &#233;levant les &#233;v&#234;ques au-dessus de la masse restante des fid&#232;les, dans la mesure o&#249; l'organisation d&#233;mocratique originelle s'est transform&#233;e en hi&#233;rarchie par la diff&#233;renciation entre clerg&#233; et la&#239;cs (ou peuple). Le nom indique certainement que l'organisation chr&#233;tienne &#233;tait calqu&#233;e sur les corps de bateliers, marchands de poisson, boulangers et autres, qui avaient leur &#233;piscopi et reliqua (surveillants et autres personnes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade, nous devons faire un autre pas en avant. Nous devons abandonner le concept abstrait d'une histoire uniforme de tout le christianisme et aborder l'histoire particuli&#232;re, dans le temps et dans l'espace, des associations chr&#233;tiennes . Ces associations faisaient d'abord partie de cette grande soci&#233;t&#233; civilis&#233;e, semi-civilis&#233;e ou directement barbare, dans laquelle elles se d&#233;velopp&#232;rent au cours des trois premiers si&#232;cles. Il semble alors qu'ils aient absorb&#233; et fa&#231;onn&#233; toutes les relations complexes de cette soci&#233;t&#233; semi-civilis&#233;e ou semi-barbare, comme ce fut le cas, par exemple, dans l'Occident latin pendant ce qu'on appelle le Moyen &#194;ge. Et finalement, lorsque l'unit&#233; du catholicisme fut bris&#233;e par le protestantisme, la libert&#233; de conscience fut reconnue, surtout apr&#232;s la Grande R&#233;volution . Les associations chr&#233;tiennes sont alors devenues un &#233;l&#233;ment incontournable de la vie politique et sociale, jouant ici un r&#244;le pr&#233;dominant, l&#224; mineur, ou restant insignifiantes ailleurs, selon les cas. C'est dans cette direction qu'il faut aborder le probl&#232;me des relations entre l'&#201;tat et l'&#201;glise, car il s'agit l&#224; d'une question de relations historiques et non de formules th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;thode est de plus en plus appliqu&#233;e &#224; l'&#233;tude et &#224; l'explication des conditions mat&#233;rielles par lesquelles les associations chr&#233;tiennes ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es, perp&#233;tu&#233;es et port&#233;es &#224; leur dissolution partielle ou locale, tout comme l'&#233;taient d'autres formes de vie commune. Toutes les causes et raisons de ces diff&#233;rents changements deviennent facilement &#233;videntes par ce moyen. Et puis il est entendu que les croyances, les dogmes, les symboles, les l&#233;gendes, les liturgies et autres choses de m&#234;me nature sont des questions de consid&#233;ration secondaire, au m&#234;me titre que toute autre superstructure d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuer &#224; &#233;crire l'histoire du christianisme en tant qu'entit&#233; signifie multiplier les erreurs des hommes de lettres et des sages qui commettent l'erreur m&#233;thodique d'&#233;crire des histoires de la litt&#233;rature ou de la philosophie comme s'il s'agissait d'entit&#233;s ind&#233;pendantes. Dans ces &#339;uvres de sagesse fabriqu&#233;e, il semble que les po&#232;tes, les orateurs et les philosophes des diff&#233;rentes &#233;poques, isol&#233;s de l'autre vie de leurs &#233;poques respectives, se tenaient la main &#224; travers les si&#232;cles pour former une cha&#238;ne de c&#233;l&#233;brit&#233;s ; ou comme s'ils n'avaient pas r&#233;ussi &#224; tirer des conditions et du stade d'&#233;volution de leur &#233;poque la mati&#232;re et l'occasion de r&#233;diger des po&#232;mes et des essais philosophiques et avaient donc essay&#233; de s'en aller seuls dans un coin. C'est la marque &#233;tudi&#233;e des compilations savantes. Bien entendu, il est tr&#232;s pratique d'avoir sous la main un manuel contenant toutes les informations sur ce que nous appelons la litt&#233;rature fran&#231;aise, depuis par exemple La Chanson de Roland jusqu'aux romans de Zola. Mais la chronologie de milliers d'ann&#233;es ne s'&#233;tend pas simplement d'une chose &#224; une autre, et le don de la po&#233;sie ne varie pas non plus simplement d'un cas &#224; l'autre. Il s'agit plut&#244;t de transformations dans l'ensemble des relations de la vie dans toutes ses grandes lignes. Mais les expressions litt&#233;raires ne sont que des indices relatifs, des s&#233;diments sp&#233;cifiques, des cas particuliers, parmi cette masse de transmutations sociales. Il est tr&#232;s commode, surtout au vu du bachotage artificiel courant dans nos universit&#233;s, de r&#233;duire &#224; un recueil tout ce que nous entendons historiquement par le terme philosophie. Mais qui peut dire, apr&#232;s une telle instruction, comment il se fait que les philosophes individuels en soient arriv&#233;s &#224; avoir des opinions si diff&#233;rentes et souvent contradictoires ? Comment peut-on faire de la philosophie antique, qui jusqu'&#224; Platon constituait &#224; peu pr&#232;s toute la science, une seule ligne de progr&#232;s ind&#233;pendant, puis de la scolastique transform&#233;e par la th&#233;ologie avec une absence presque compl&#232;te de science, puis de cette la philosophie du XVIIe si&#232;cle qui &#233;tait une sorte d'exploration mentale parall&#232;le &#224; la nouvelle science contemporaine bas&#233;e sur l'exp&#233;rimentation et l'observation, et enfin issue de cette nouvelle critique qui tend &#224; faire de la philosophie un simple r&#233;sum&#233; des connaissances particuli&#232;res des sciences individuelles, qui sont devenus si largement diff&#233;renci&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, il est absurde de continuer &#224; &#233;crire des histoires universelles du christianisme, sauf pour des raisons de commodit&#233; acad&#233;mique. Je ne fais pas r&#233;f&#233;rence &#224; ceux qui pensent avec l'esprit des croyants. Ceux-ci pensent que le fil conducteur de ces histoires universelles consiste en la mission providentielle de l'&#201;glise &#224; travers les &#226;ges. Nous n'avons rien &#224; dire, ni &#224; sugg&#233;rer, &#224; ceux qui pensent ainsi et qui consid&#232;rent cet id&#233;al et cette histoire &#233;ternelle comme une sorte de r&#233;v&#233;lation immanente ou continue. Ils se trouvent en dehors de notre champ. Je fais r&#233;f&#233;rence &#224; ces critiques qui &#233;crivent des histoires universelles du christianisme comme s'il s'agissait d'un tout homog&#232;ne, bien qu'ils sachent et admettent que ce mat&#233;riel entre leurs mains fait partie des conditions successives variables et plus ou moins n&#233;cessaires de la vie humaine. Comment se fait-il qu'ils ne voient pas que leur ligne continue et droite de pr&#233;sentation repose sur un fil tr&#232;s t&#233;nu de tradition et refl&#232;te une image sch&#233;matique et vague de choses difficilement conciliables ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'origine, la croissance, la diffusion, l'organisation, voire la disparition (dans certaines parties du monde, comme en Asie Mineure et en Afrique du Nord) des associations chr&#233;tiennes, les diverses attitudes qu'elles assument &#224; l'&#233;gard du reste de la vie pratique, les nombreux liens qui les unissent les reliait &#224; d'autres corps et pouvoirs politiques et sociaux : toutes ces choses, qui constituent une histoire vraie et r&#233;aliste, ne peuvent &#234;tre comprises que si l'on s'&#233;carte des conditions complexes de chaque pays individuel, dans lequel les adeptes du christianisme &#233;taient peu nombreux. , ou plusieurs, ou dont tous les habitants et citoyens &#233;taient chr&#233;tiens, soit membres de quelque secte modeste, soit d'un catholicisme imp&#233;rieux, pers&#233;cut&#233;s ou tol&#233;r&#233;s, ou eux-m&#234;mes intol&#233;rants et pers&#233;cutant les autres. Ce n'est qu'ainsi que nous mettrons le pied sur un terrain solide et que nous serons en mesure d'&#233;valuer objectivement les pr&#233;tentions historiques des choses. Et de cette position &#224; celle du mat&#233;rialisme historique, nous avan&#231;ons sans plus d'efforts que n'importe quelle autre branche de notre connaissance du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, l'histoire de la vie r&#233;elle est une histoire de l'&#201;glise ou des diff&#233;rentes &#201;glises , c'est-&#224;-dire une histoire d'une soci&#233;t&#233; qui a une certaine base &#233;conomique, ce qui signifie un arrangement d&#233;fini de son &#233;conomie et un mode d'acquisition, de production, de distribution et de consommation des biens (qui repose sur le contr&#244;le de la terre &#8211; Malheur &#224; moi !). D'autres peuvent continuer &#224; entendre par christianisme exclusivement un simple complexe de croyances et d'opinions concernant le destin de l'humanit&#233;. Mais, pour ne citer qu'un exemple, ces croyances diff&#232;rent autant que le libre arbitre du catholicisme apr&#232;s le concile de Trente de la pr&#233;destination absolue de Calvin. Et il est temps que ces &#233;crivains se r&#233;concilient &#224; comprendre que cet ensemble de points de vue et de tendances est apparu et s'est d&#233;velopp&#233; dans le cercle d'associations d&#233;finies, qui diff&#233;raient continuellement &#224; divers &#233;gards et qui &#233;taient toujours plus ou moins entour&#233;es d'un ensemble vaste et complexe. environnement historique , pour reprendre un terme favori des &#233;crivains modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a encore une autre chose &#224; consid&#233;rer. Dans ce quart d'heure de prose scientifique dans lequel nous vivons actuellement, aucun homme sens&#233; ne croira plus que la grande masse des croyants de ces associations de chr&#233;tiens ait eu une compr&#233;hension exacte des diff&#233;rents dogmes, ou des subtiles discussions. des savants et des professeurs. Nous ne savons rien de bien pr&#233;cis sur les passions, les int&#233;r&#234;ts, les conditions de vie quotidienne, l'&#233;tat d'esprit naturel et habituel des peuples d'Antioche, d'Alexandrie, de Constantinople et autres, rassembl&#233;s autour des banni&#232;res d'Arius et d'Athanase. Nous ne pouvons pas d&#233;crire ces choses avec autant de pr&#233;cision que dans le cas de Naples ou de Londres d'aujourd'hui. Mais nous ne serons jamais assez cr&#233;dules pour croire que ces foules aient compris un seul mot de la dispute men&#233;e sur la question de savoir si la substance du Fils &#233;tait identique &#224; celle du P&#232;re, ou seulement semblable &#224; elle. On ne mesurera pas non plus la diff&#233;rence r&#233;elle entre les artisans de Gen&#232;ve et ceux de l'Italie du XVIe si&#232;cle par les diff&#233;rences th&#233;oriques entre Calvin et Bellarmino. &#192; cet &#233;gard, l'histoire du christianisme reste tr&#232;s obscure, car elle s'est transmise dans une enveloppe de concepts id&#233;ologiques, qui furent le r&#233;flexe dogmatique et litt&#233;raire du d&#233;veloppement sous-jacent du mouvement. Dans ces circonstances, nous savons relativement peu de choses sur la vie pratique du mouvement chr&#233;tien, et ce peu diminue au fur et &#224; mesure que l'on s'approche des premiers si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, la masse des associ&#233;s gardait toujours dans leur c&#339;ur et portait dans leurs croyances les plus intimes et dans leurs l&#233;gendes beaucoup de superstitions et la plupart des mythes qui &#233;taient les leurs avant leur conversion, et ils durent les utiliser, et en cr&#233;er d'autres, afin de rendre les doctrines m&#233;taphysiques et abstraites du christianisme plausibles pour elles-m&#234;mes. Cela s'est produit de mani&#232;re tr&#232;s visible dans la seconde moiti&#233; du IIe si&#232;cle, lorsque la soci&#233;t&#233; chr&#233;tienne avait perdu un peu de son caract&#232;re d&#233;mocratique de camarades attendant l'av&#232;nement d'un Royaume des Cieux , des camarades tous remplis de l'Esprit Saint, et commen&#231;ait &#224; prendre la forme d'un catholicisme organis&#233;, non seulement dans le sens orthodoxe du terme, mais aussi dans le sens d'une hi&#233;rarchie semi-politique d'une multitude compos&#233;e non plus de saints, mais de simples &#234;tres humains. Puis se d&#233;veloppa ce transfert de superstitions locales, nationales et ethnologiques, qui accompagna la transformation progressive du christianisme en une &#201;glise officielle et territoriale, &#224; tel point que les penseurs capables furent s&#233;lectionn&#233;s avec z&#232;le et scrupule et s&#233;par&#233;s de la grande masse de ceux qui il suffisait de croire et de se conformer &#224; des rites et &#224; des formalit&#233;s toutes faites. Peu &#224; peu, l'empire d'Occident se d&#233;sint&#233;gra, tandis que les barbares des tribus germaniques et slaves se convertirent de force et que, proportionnellement, le pouvoir de ces croyances, qui devinrent la nourriture quotidienne des masses, fut contraint d'adopter des symboles et des id&#233;es qui &#233;taient aussi loin que possible. au-del&#224; de leur horizon mental, tout comme ces compos&#233;s de nombreuses semi-philosophies diff&#233;rentes. Toutes ces populations chr&#233;tiennes vivaient et continuaient de vivre selon leurs multiples croyances. C'est pour cette raison qu'ils ont effectivement transform&#233; les &#233;l&#233;ments communs du christianisme en voies et moyens pour des mythologies nouvelles et sp&#233;cieuses. En face de cette vie barbare ind&#233;pendante, les d&#233;finitions des savants et les d&#233;cisions des conciles restaient suspendues en l'air, devenaient des conceptions intangibles pour la multitude et prenaient l'habit de doctrines utopiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles &#233;taient donc les raisons et les causes, les buts et les moyens qui maintenaient les chr&#233;tiens unis &#224; cette &#233;poque o&#249; la religion est cens&#233;e avoir &#233;t&#233; le seul pivot et l'&#226;me de toute vie ? Je ne discuterai pas des insultes et des agressions violentes, qui forment un de ces chapitres &#233;pineux auxquels recourent habituellement les adversaires passionn&#233;s du christianisme. Je laisserai de c&#244;t&#233; ce chapitre, qui d&#233;roule sous nos yeux une histoire de la tyrannie la plus odieuse, des pers&#233;cutions les plus f&#233;roces et les plus inhumaines, et de l'hypocrisie la plus raffin&#233;e. Tantum religio potuit suadere malorum ! Tant de maux pourraient engendrer la religion ! Le point que je souhaite particuli&#232;rement souligner est que la principale force de coh&#233;sion se trouve pr&#233;cis&#233;ment dans ces moyens mat&#233;riels m&#233;pris&#233;s , dont l'utilisation, la gestion et le contr&#244;le ont favoris&#233; la croissance de l'association en une organisation &#233;conomique puissante, avec ses propres bureaux. sa propre hi&#233;rarchie, sa propre loi, ses propres serviteurs, esclaves, d&#233;pendants, colons, ministres, prot&#233;g&#233;s et b&#233;n&#233;ficiaires. La propri&#233;t&#233; eccl&#233;siastique repr&#233;sente de nombreuses &#233;tapes de variation, depuis l'obole du semi-communisme jusqu'&#224; la corporation l&#233;gale, et de l&#224; &#224; la concentration des serfs, jusqu'&#224; la constitution des complexes territoriaux en domaines latifundiaires, puis la f&#233;odalit&#233; avec ses d&#238;mes et son commerce des biens. &#226;mes, jusqu'aux tentatives de colonisation industrielle les plus modernes (les J&#233;suites), etc. Les pauvres &#233;taient alors, comme ils le sont en grande partie aujourd'hui, soud&#233;s par les dons de charit&#233;, l'assistance aux malades, aux indigents, aux orphelins, aux veuves, etc., par la gestion syst&#233;matique des champs, le d&#233;frichement des terres nouvellement acquises et leur culture. Ce sont ces moyens qui ont fait de l'association chr&#233;tienne une chose vitale, comme de toute autre collectivit&#233; humaine. Ils ont permis &#224; une poign&#233;e de doctrinaires, surtout au Moyen &#194;ge, de mettre une vaste association &#233;conomique au service d'objectifs relativement plus &#233;lev&#233;s, plus nobles, plus altruistes et plus progressistes que ceux qui relevaient de la propri&#233;t&#233; strictement f&#233;odale entre les mains de ma&#238;tres chanteurs souverains. des voleurs et des pirates. La bourgeoisie, &#224; ses diff&#233;rentes &#233;tapes, a ensuite mis fin &#224; cette &#233;conomie du peuple chr&#233;tien par des mesures plus ou moins rapides et r&#233;volutionnaires. Elle int&#232;gre cette propri&#233;t&#233; de diverses mani&#232;res dans sa propri&#233;t&#233; priv&#233;e et la fluidifie sous le syst&#232;me capitaliste. Partout o&#249; la propri&#233;t&#233; eccl&#233;siastique a partiellement r&#233;sist&#233;, ou r&#233;siste encore, aux coups de cet &#226;ge progressiste, elle l'a fait, et le fait, parce qu'elle a encore rendu quelque service utile, que d'autres organisations et l'&#201;tat qui les repr&#233;sente n'ont pas pris soin de rendre. sur eux-m&#234;mes, ou autoris&#233;s &#224; rester entre les mains de l'&#201;glise par voie de comp&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de cette &#233;conomie est l'essence de cette interpr&#233;tation des changements dans le christianisme, qu'une critique ult&#233;rieure devra &#233;laborer. Nul autre que Gregorious Magnus, qui a si t&#244;t eu la conviction que l'&#233;v&#234;que de Rome &#233;tait destin&#233; &#224; r&#233;gner sur l'empire d&#233;sint&#233;gr&#233; d'Occident, et qui est g&#233;n&#233;ralement connu des personnes cultiv&#233;es par ses visions, par son amour de la musique et par son l'apostolat de son d&#233;l&#233;gu&#233; Augustin en Anglia dictait les lois &#233;conomiques par lesquelles les latifundia eccl&#233;siastiques &#233;taient administr&#233;es. Apr&#232;s quelques si&#232;cles, &#224; travers toutes les adversit&#233;s des &#201;tats imparfaits et des communaut&#233;s semi-politiques qui se sont d&#233;velopp&#233;es dans les limites de l'empire occidental toujours instable et mal reconstruit, c'est cette vaste propri&#233;t&#233; eccl&#233;siastique qui, par sa diffusion universelle et p&#233;n&#233;tration, a donn&#233; naissance &#224; cette diplomatie, qui depuis Gr&#233;goire VII. &#224; Boniface VIII visait &#224; faire du successeur de Pierre un h&#233;ritier d'Auguste. Cette diplomatie n'&#233;tait pas ce qu'elle &#233;tait parce que sa th&#233;orie avait &#233;t&#233; r&#233;fl&#233;chie par des moines dans leurs cellules, ou parce que Gr&#233;goire VII et Innocent III &#233;taient d'excellents hommes &#8211; bien s&#251;r, ils l'&#233;taient &#8211; &#8203;&#8203;mais parce que les possibilit&#233;s d'un grand projet d'organisation n'&#233;taient offertes que par ce vaste syst&#232;me &#233;conomique. Mais ce syst&#232;me fut combattu non seulement par les autres dirigeants plus ou moins puissants de l'&#233;poque, mais aussi par certaines parties de la population pl&#233;b&#233;ienne et de la bourgeoisie en d&#233;veloppement, dans les r&#233;gions industrielles et commerciales plus d&#233;velopp&#233;es (par exemple en Flandre, Provence, Italie du Nord), pour diverses raisons, comme l'asc&#232;se monastique, ou la libert&#233; civile des chr&#233;tiens. En fait, l'humiliation inflig&#233;e &#224; Boniface VIII dans Anagni n'indique que le point culminant de la politique de Philippe le Bel, qui, tr&#232;s t&#244;t annonciateur des princes r&#233;volutionnaires du XVIe si&#232;cle, eut pour la premi&#232;re fois l'audace de mettre la main sur la substance du peuple chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que je voudrais m'arr&#234;ter dans ma digression. Car cette histoire &#233;conomique n'est pas encore &#233;crite, et je ne suis pas enclin &#224; la commencer par ces allusions passag&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il me semble que les objecteurs habituels diront : Mais tout le reste sera-t-il clair une fois que cette histoire &#233;conomique aura &#233;t&#233; &#233;crite ? Nous retrouvons ici le cas ordinaire de ceux qui construisent un ch&#226;teau de cartes pour avoir le plaisir de le faire sauter. Expliquer un processus signifie g&#233;n&#233;ralement le r&#233;soudre dans ses conditions les plus &#233;l&#233;mentaires, dans la mesure o&#249; l'on peut discerner et suivre leurs phases successives (de la limite la plus basse &#224; la limite la plus &#233;lev&#233;e), en passant de la cause &#224; l'effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne songerait &#224; pr&#233;tendre, par exemple, que si l'on conna&#238;t parfaitement la structure &#233;conomique de la ville d'Ath&#232;nes entre la fin du Ve et le d&#233;but du IVe si&#232;cle avant J&#233;sus-Christ, on peut alors passer directement &#224; une compr&#233;hension de tout le contenu id&#233;ologique de chaque dialogue de Platon, sans autre c&#233;r&#233;monie, c'est-&#224;-dire sans l'aide critique des &#233;l&#233;ments intellectuels rassembl&#233;s par la tradition. Il faut avant tout pouvoir expliquer Platon, l'homme, ses dispositions esth&#233;tiques et mentales, son pessimisme, sa fuite hors du monde, son id&#233;alisme et son utopisme. Toutes ces choses sont le produit de conditions qui se sont d&#233;velopp&#233;es dans l'esprit de Platon individuel comme elles l'ont fait &#233;galement chez tant d'autres de ses contemporains, qui autrement n'auraient pas pu le comprendre, l'admirer et le suivre au point de cr&#233;er autour de lui une secte. , qui a surv&#233;cu pendant des si&#232;cles avec tant de modifications. Si quelqu'un essayait de s&#233;parer cette formation id&#233;ologique du milieu dans lequel elle est n&#233;e en tant que premier pr&#233;curseur du christianisme, il la rendrait inintelligible, ou presque absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela s'applique encore plus aux dispositions et aux inclinations &#224; la pens&#233;e fantastique ou r&#233;fl&#233;chie, qui ont donn&#233; lieu au besoin de tant de croyances, de symboles, de dogmes, de l&#233;gendes dans une association aussi vaste que l'&#233;tait le chr&#233;tien, avec ses nombreuses fonctions et ses diff&#233;rentes relations. Il est assur&#233;ment plus facile de comprendre les relations qui conduisent d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale de certaines conditions mat&#233;rielles d&#233;termin&#233;es de la vie commune &#224; toutes ces id&#233;es, que d'expliquer le contenu particulier de chaque id&#233;e individuelle. Cette difficult&#233; d'une explication ad&#233;quate est due au fait que nous avons affaire &#224; des temps de catastrophes terribles, de confusion indescriptible, de d&#233;cadence des aptitudes pour une science correcte ; des temps, en bref, o&#249; les t&#233;moignages, les critiques et l'opinion publique sans pr&#233;jug&#233;s font presque toujours d&#233;faut, et o&#249; les esprits les plus forts, isol&#233;s de la vie, penchent vers l'abstrus, le subtil, le verbal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet la difficult&#233; d'expliquer pr&#233;cis&#233;ment la mani&#232;re dont les id&#233;es naissent des conditions mat&#233;rielles de la vie qui donne de la force &#224; l'argumentation de ceux qui nient la possibilit&#233; d'expliquer clairement la gen&#232;se du christianisme. En g&#233;n&#233;ral, il est vrai que la ph&#233;nom&#233;nologie ou la psychologie de la religion, quel que soit le nom qu'on lui donne, pr&#233;sente de grandes difficult&#233;s et porte en elle des points assez obscurs. Il n'est pas toujours facile de comprendre pleinement comment les faits v&#233;cus de la nature et de la vie sociale se transforment, &#224; certains moments d&#233;termin&#233;s et dans certaines conditions ethnologiques d&#233;termin&#233;es, et apr&#232;s avoir travers&#233; le creuset de quelque fantaisie particuli&#232;re, en personnes, en dieux, anges, d&#233;mons, puis en attributs, &#233;manations et ornements de ces m&#234;mes personnifications, et enfin en entit&#233;s abstraites et m&#233;taphysiques comme le Logos, la Bont&#233; infinie, la Justice supr&#234;me, etc. Sur ce domaine de production psychique d&#233;riv&#233;e et compliqu&#233;e, nous sommes encore tr&#232;s &#233;loign&#233; des conditions les plus &#233;l&#233;mentaires n&#233;cessaires pour permettre par l'observation et l'exp&#233;rience de suivre la mont&#233;e et le d&#233;veloppement des premi&#232;res sensations d'un extr&#234;me &#224; l'autre, c'est-&#224;-dire depuis l'appareil p&#233;riph&#233;rique jusqu'aux centres c&#233;r&#233;braux o&#249; se produisent les irritations et les vibrations. sont convertis en aperception consciente, en conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette difficult&#233; psychologique est-elle un privil&#232;ge des croyances chr&#233;tiennes ? N'est-ce pas caract&#233;ristique de la gen&#232;se de toutes les croyances, de toutes les imaginations mythiques et religieuses ? Les cr&#233;ations tr&#232;s originales du bouddhisme le plus primitif, ou les collections plus brocantes du mahom&#233;tanisme, sont-elles peut-&#234;tre plus claires ? Ou bien, au-del&#224; de ces grands syst&#232;mes religieux, les processus fantastiques dans la cr&#233;ation des mythes les plus &#233;l&#233;mentaires de nos anc&#234;tres aryens sont-ils peut-&#234;tre plus clairs et plus transparents &#224; premi&#232;re vue ? Est-il peut-&#234;tre facile de rendre compte de chaque d&#233;tail de toutes les transitions de la fantaisie au cours des si&#232;cles et des g&#233;n&#233;rations depuis le pramantha , c'est-&#224;-dire le b&#226;ton utilis&#233; pour faire du feu en le frottant et en le frottant contre un autre morceau de bois, jusqu'au ascension progressive du h&#233;ros Prom&#233;th&#233;e ? C'est pourtant le mythe le plus connu de la mythologie indo-europ&#233;enne. Nous disposons de plus de donn&#233;es permettant de suivre ses phases embryonnaires successives, depuis les hymnes v&#233;diques les plus anciens en l'honneur du Dieu Agni (le feu) jusqu'&#224; la cr&#233;ation de la trag&#233;die &#233;thique et religieuse d'Eschyle, que de tout autre mythe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, de telles productions psychiques des hommes des si&#232;cles pass&#233;s pr&#233;sentent &#224; notre compr&#233;hension des difficult&#233;s tr&#232;s particuli&#232;res. Nous ne pouvons pas facilement reproduire en nous-m&#234;mes les conditions n&#233;cessaires par lesquelles nous pourrions nous rapprocher de leur &#233;tat d'esprit concernant ces productions. Il faut une longue formation avant d'acqu&#233;rir cette aptitude d'interpr&#233;tation qui caract&#233;rise le connaisseur des langues, le philologue, le critique, l'&#233;tudiant en pr&#233;histoire, ou l'attitude mentale d'un homme qui, par une longue formation et des essais r&#233;p&#233;t&#233;s, a acquis une conscience artificielle, pour ainsi dire, qui est conforme et en accord avec l'objet d'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces circonstances, le christianisme (et j'entends ici le credo, la doctrine, le mythe, le symbole, la l&#233;gende, et non seulement l'association dans son oikonomika ) nous devient plus facilement intelligible dans la mesure o&#249; il se rapproche de notre &#233;poque. Nous en sommes entour&#233;s et nous devons sans cesse consid&#233;rer ses cons&#233;quences et son influence sur la litt&#233;rature et les diverses philosophies qui nous sont famili&#232;res. Nous pouvons observer chaque jour que la multitude combine grossi&#232;rement les superstitions anciennes et modernes avec une acceptation g&#233;n&#233;rale plus ou moins indistincte du principe sous-jacent, commun &#224; toutes les confessions, &#224; savoir le principe de r&#233;demption. Nous pouvons voir le christianisme &#224; l'&#339;uvre et observer ses r&#233;alisations et ses luttes. Et nous sommes en mesure de tirer des conclusions du pr&#233;sent quant au pass&#233; par analogie, ce qui nous met en mesure d'entreprendre l'interpr&#233;tation de croyances plus lointaines. Nous assistons aussi &#224; la cr&#233;ation de nouveaux dogmes, de nouveaux saints, de nouveaux miracles, de nouveaux p&#232;lerinages. Et en comparant cela avec le pass&#233;, on peut s'exclamer dans la plupart des cas : Tout comme chez nous ! Exactement ce que nous voyons aujourd'hui ! En d'autres termes, nous disposons d'une r&#233;serve d'observations et d'exp&#233;riences en psychologie qui nous permet de faire revivre le pass&#233; avec moins d'effort qu'il n'en faut pour l'analyse purement documentaire des conditions de la plus haute antiquit&#233;. Depuis combien de temps comprenons-nous quelque chose de pr&#233;cis sur : l'origine du langage ? Cela date du moment m&#234;me o&#249; nous avons compris que nous n'avions pas de meilleur moyen d'exp&#233;rimenter &#224; cet &#233;gard que d'&#233;tudier la mani&#232;re dont les enfants apprennent encore &#224; parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de l'origine du christianisme est en outre obscurci pour beaucoup par un autre pr&#233;jug&#233;. Ils s'imaginent qu'elle est due &#224; des causes premi&#232;res qui l'ont cr&#233;&#233;e, pour ainsi dire, &#224; partir de rien. Ces gens oublient que ceux qui sont devenus chr&#233;tiens l'ont fait en renon&#231;ant &#224; d'autres religions ; et que le probl&#232;me de l'origine du christianisme se r&#233;duit avant tout &#224; la t&#226;che prosa&#239;que d'&#233;tudier la mani&#232;re dont les &#233;l&#233;ments des &#233;poques ant&#233;rieures ont pris des formes nouvelles dans l'environnement de cette association, qui constituait le noyau m&#234;me de la nouvelle organisation. Cet &#233;v&#233;nement a eu lieu &#224; des &#233;poques historiques. Et parmi les religions qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e, la plus connue est celle du juda&#239;sme avanc&#233;, dont les grandes masses attendaient la venue d'un nouveau Messie, tandis que ses doctrinaires coupaient les cheveux en quatre. Nous connaissons &#233;galement assez bien les cultes, les superstitions et les croyances des diverses religions pa&#239;ennes de l'empire romain, ainsi que les inclinations religieuses de nombreux penseurs de cette &#233;poque, tout comme nous connaissons les tendances des multitudes de cette p&#233;riode. qui &#233;taient toujours pr&#234;ts &#224; accepter de nouvelles croyances, de nouvelles promesses et de bonnes nouvelles .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit donc pas de cr&#233;ation, mais de transformation, et nous poursuivons notre enqu&#234;te sur le m&#234;me terrain que celui de toute autre histoire. La question est, par exemple, (pour donner quelques indications g&#233;n&#233;rales), comment J&#233;sus est devenu le Messie des Juifs (une forme primitive de d&#233;veloppement), comment le Messie des Juifs est devenu le R&#233;dempteur de toute l'humanit&#233; du p&#233;ch&#233; (Paul), et enfin, comment la Parole s'est combin&#233;e avec le n&#233;oplatonisme de Philon (quatri&#232;me &#233;vangile). C'est l&#224; l'esquisse de l'&#233;volution id&#233;ologique. Et d'autre part, nous devons d&#233;couvrir comment l'association communiste primitive (un communisme de consommation) de camarades attendant la fin imminente du monde et la catastrophe finale (l'Apocalypse) est devenue une congr&#233;gation (une &#233;glise) qui a report&#233; la venue du monde. du mill&#233;naire ind&#233;finiment (la deuxi&#232;me &#233;p&#238;tre de Pierre) et est devenue une organisation qui a d&#233;velopp&#233; sa propre &#233;conomie et a progressivement assum&#233; des attributs et des fonctions plus complexes. Dans ce passage d'une secte &#224; une &#233;glise, d'une attente na&#239;ve &#224; une doctrine compliqu&#233;e, r&#233;side tout le probl&#232;me de l'origine du christianisme. L'expansion de l'association s'accompagna en temps voulu d'une adaptation aux formes dominantes du droit, et les exigences de la doctrine s'adapt&#232;rent &#224; la diffusion du platonisme d&#233;cadent. Bien entendu, nous ne pourrons jamais nous rapprocher de ces choses avec notre vision et notre observation par un mode de chronique intuitif. On ne verra jamais Philippe, Matthieu, Pierre, Jacques et leurs prochains successeurs, en conversation, etc., comme on peut observer Camille Desmoulins dans un caf&#233; du Palais Royal, &#224; 15 heures, le dimanche 12 juillet. ., 1789. Nous ne pourrons pas suivre la gen&#232;se et l'&#233;tablissement de ces dogmes comme nous pouvons suivre la compilation des articles de l' Encyclop&#233;die. Car nous avons affaire &#224; des temps d'impressions vagues et de fermentations telles qu'on n'en a jamais vu depuis. De grandes &#233;pid&#233;mies morales envahissent les &#226;mes des hommes. Les relations les plus &#233;l&#233;mentaires de la vie approchent d'une p&#233;riode de crise aigu&#235;. Sous la surface de cette civilisation des pays m&#233;diterran&#233;ens, qui combinait le pouvoir politique et administratif de l'empire avec tout ce qu'il y avait de plus utile et de plus raffin&#233; dans l'hell&#233;nisme, v&#233;g&#233;taient mille formes de barbarie locale et de produits purulents et pourris de la d&#233;cadence. Il suffit de rappeler que le christianisme, en tant que chose en soi, a pris naissance, en fait et en nom, &#224; Antioche, ce cloaque de tous les vices, et que Paul adressait ses subtiles m&#233;ditations, qui nous le montrent dans la lumi&#232;re d'un de ces Juifs, qui compila plus tard le Talmud, aux Galates, c'est-&#224;-dire aux Juifs dispers&#233;s dans un pays de v&#233;ritables barbares. Le christianisme s'est r&#233;pandu parmi les humbles, les exclus, les pl&#233;b&#233;iens, les esclaves, les multitudes d&#233;sesp&#233;r&#233;es de ces grandes villes, dont la vie vicieuse est dans une certaine mesure r&#233;v&#233;l&#233;e par les satires de P&#233;trone et de Juv&#233;nal, les contes voltairiens de Lucien ou les horribles &#233;crits d'Apul&#233;e. Connaissons-nous quelque chose de pr&#233;cis sur la condition des Juifs de la ville de Rome, parmi lesquels cette nouvelle et triste superstition, comme l'appelait Tacite, s'est d&#233;velopp&#233;e pour la premi&#232;re fois, cette superstition qui, au cours des si&#232;cles, est devenue l'organisme social le plus puissant jamais cr&#233;&#233; ? connu dans l'histoire ? Nous ne pouvons pas reconstituer ces premi&#232;res origines par des descriptions intuitives, mais nous devons recourir &#224; des conjectures et &#224; des combinaisons. C'est la raison principale de l'interminable litt&#233;rature sur ce sujet. Et cela s'applique particuli&#232;rement aux &#233;rudits d'Allemagne, qui ont l'habitude de qualifier de th&#233;ologique une telle litt&#233;rature critique et &#233;rudite , m&#234;me s'ils ne sont pas eux-m&#234;mes croyants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obscurit&#233; relative des premi&#232;res origines du christianisme fait na&#238;tre dans l'esprit de beaucoup la croyance &#233;trange en un vrai christianisme, qui est cens&#233; avoir &#233;t&#233; tout &#224; fait diff&#233;rent de celui qui prit plus tard le nom de chr&#233;tien. Ce soi-disant vrai christianisme, ou christianisme originel, qui est &#224; son tour si obscur que chacun peut l'interpr&#233;ter &#224; sa mani&#232;re, sert souvent de motif aux pol&#233;miques de ces rationalistes qui lancent des invectives contre cette &#201;glise historique, qui nous connaissons par exp&#233;rience, puis vantons avec un grand d&#233;bit oratoire cette &#233;glise id&#233;ale, qui est cens&#233;e avoir &#233;t&#233; la premi&#232;re communion des saints . Ceci n'est qu'un mythe historique, au m&#234;me titre que la Sparte des orateurs ath&#233;niens, la Rome antique des Gibelins d&#233;cadents du XIVe si&#232;cle, et toutes les autres cr&#233;ations fantastiques d'un paradis perdu ou d'un paradis futur qui n'est pas encore sorti. notre port&#233;e. Ce mythe historique a pris diverses formes. Les sectaires, qui se sont r&#233;volt&#233;s contre le catholicisme &#224; ses d&#233;buts ou &#224; ses d&#233;buts, ces sectaires, dont l'&#233;galit&#233; d&#233;mocratique dans des conditions historiques d&#233;finies, des montanistes aux anabaptistes, errait en r&#233;bellion contre l'&#201;glise profane, mondaine et hi&#233;rarchiquement orthodoxe, ont ressenti le besoin de reconstruire. dans leur imagination le vrai christianisme, c'est-&#224;-dire la simple vie primitive des premiers &#233;vang&#233;listes. En m&#234;me temps, ils se plaignaient de la d&#233;cadence, des aberrations, des &#339;uvres de Satan et des autres choses qui se sont produites apr&#232;s cette &#233;poque. C'est ce christianisme le plus vrai des vrais, qui a souvent &#233;t&#233; invoqu&#233; par les communistes na&#239;fs, qui ont dessin&#233; des tableaux de leurs propres aspirations en l'absence de toute autre id&#233;e ad&#233;quate concernant la mani&#232;re de vivre dans ces conditions honteuses d'in&#233;galit&#233; dans ce monde injuste. Et ces images pourraient trouver inspiration et couleur dans la po&#233;sie &#233;vang&#233;lique et dans tant d'autres r&#233;cits vrais ou fantastiques. Cela est &#233;galement arriv&#233; &#224; Weitling, qui, de son c&#244;t&#233;, a compos&#233; un &#201;vangile d'un pauvre p&#233;cheur . Et pourquoi ne devrais-je pas mentionner ces disciples de Saint-Simon, qui ont fabul&#233; sur un christianisme plus vrai pour l'avenir, dans lequel ils ont projet&#233; toutes les aspirations de leur imagination enflamm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes ces raisons et d'autres encore, l'image d'un christianisme ultra-parfait est suspendue dans l'air, dans l'imagination fantastique de beaucoup, qui sera diff&#233;rente, ou absolument diff&#233;rente, de celle que l'histoire vulgaire conna&#238;t et d&#233;peint. un christianisme qui a lapid&#233; &#201;tienne, qui a institu&#233; la Sainte Inquisition, qui a envoy&#233; tant de multitudes d'infid&#232;les dans l'autre monde ; depuis le p&#234;cheur aux pieds nus Pierre, qui jouait le r&#244;le d'un Sancho Panza par ses l&#226;ches d&#233;n&#233;gations, jusqu'au pape Pie, qui se consolait de la perte de son pouvoir temporel en assumant l'infaillibilit&#233; ; depuis l' agape spontan&#233;e des pauvres visit&#233;s par le consolateur jusqu'aux J&#233;suites qui arment des escadrons et contractent des emprunts commerciaux, comme d'audacieux pr&#233;curseurs de la politique coloniale du monde bourgeois ; depuis le rabbin de Nazareth, qui dit que son royaume n'est pas de ce monde, jusqu'aux &#233;v&#234;ques et autres pr&#233;lats qui occupent en son nom d'un cinqui&#232;me au tiers du pays, selon les divers pays, et qui gouvernent en tant que souverains et propri&#233;taires, b&#233;n&#233;ficiant m&#234;me du jus primae noctus . Quiconque croit en ce soi-disant vrai christianisme, pour une raison ou une autre, ne serait-ce que par hypocrisie litt&#233;raire pure et simple, se trouve naturellement confront&#233; &#224; l'obligation d'expliquer d'o&#249; est venu plus tard l'autre christianisme moins vrai, si diff&#233;rent du vrai christianisme. celui que nous connaissons. Et il est &#233;vident que ce vrai christianisme doit devenir un miracle, sinon de r&#233;v&#233;lation, du moins d'id&#233;ologie humaine. Nous ne sommes pas oblig&#233;s de fournir une explication de ce miracle, ni au nom du mat&#233;rialisme, ni au nom de toute autre th&#233;orie, pour la m&#234;me raison qu'aucune m&#233;canique rationnelle n'est oblig&#233;e d'expliquer ni la fuite d'Icare ni l'hippogriffe de L'Arioste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, nous ne devons pas oublier que ce vrai christianisme, cet antagoniste id&#233;al du christianisme positif et r&#233;alistement humain, que nous connaissons et qui s'est d&#233;velopp&#233; dans des conditions accessibles &#224; nos recherches, a &#233;galement rempli une fonction historique et sert aujourd'hui entre nos mains de une cl&#233; par laquelle nous pouvons entrer dans l'&#233;tat d'esprit et les conditions de vie des chr&#233;tiens primitifs. Car ce vrai christianisme n'est qu'un symbole des diverses r&#233;volutions du prol&#233;tariat, de la pl&#233;b&#233;ie, des petits, des affranchis, des serfs, des exploit&#233;s, jusqu'au XVIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu l'occasion, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit dans une autre lettre, de m'occuper longuement, dans mes cours acad&#233;miques, de Fra Dolcino, qui marque le point culminant et le d&#233;clin imminent de la secte apostolique. Apr&#232;s avoir d&#233;crit les conditions g&#233;n&#233;rales du d&#233;veloppement &#233;conomique et politique de l'Italie du Nord et du Moyen-Italie, ainsi que celles du milieu particulier (ou des classes sociales) dans lequel la secte apostolique est n&#233;e et s'est d&#233;velopp&#233;e, j'ai d&#251; expliquer, &#224; un moment donn&#233;, , la doctrine par laquelle Dolcino a maintenu ensemble les rangs de ses partisans, qui ont &#233;t&#233; des combattants intr&#233;pides et tenaces jusqu'au bout et ont travaill&#233; comme des h&#233;ros, des martyrs et des pr&#233;curseurs d'un nouvel ordre de la vie humaine. Sa doctrine &#233;tait &#233;galement un de ces retours apocalyptiques &#224; un christianisme purement &#233;vang&#233;lique. C'&#233;tait une n&#233;gation de tout ce que la hi&#233;rarchie avait &#233;tabli depuis le pape Sylvestre (du moins le l&#233;gendaire), et cette n&#233;gation &#233;tait renforc&#233;e par une ardeur apostolique, que l'esprit de bataille transformait en devoir de combattre. Il est naturel que la premi&#232;re explication de ces id&#233;es , comme diraient les hommes de lettres, soit recherch&#233;e dans des mouvements de r&#233;bellion similaires, imm&#233;diatement ant&#233;rieurs, contre la hi&#233;rarchie. D'un petit pas nous arrivons aux Albigeois, et d'un autre pas &#224; ces mouvements populaires confus et multicolores connus sous le nom commun de mouvements patar&#233;niens . Et d'autre part il faut essayer de comprendre l'agitation mystique et asc&#233;tique, qui a souvent failli bouleverser l'empire papal, depuis le communisme th&#233;orique de Joaqu&#237;n de Flore jusqu'&#224; la r&#233;sistance active des fr&#232;res. Si l'on franchit un pas de plus dans cette enqu&#234;te, il n'est pas difficile de voir que derri&#232;re ce voile mystique de l'asc&#232;se et derri&#232;re la passion exalt&#233;e du vraiDans le christianisme, se cachaient ces conditions mat&#233;rielles et ces incitations mat&#233;rielles qui rassemblaient autour de certains symboles de r&#233;volte les moines modestes, les paysans des pays o&#249; la f&#233;odalit&#233; &#233;tait encore vivante, les paysans des autres pays qui, lib&#233;r&#233;s de la f&#233;odalit&#233;, &#233;taient prol&#233;taris&#233;s de force par la formation rapide de communes libres, les pauvres de ces communes impitoyablement corporatives eux-m&#234;mes, et enfin, comme toujours, les id&#233;alistes qui ont fait sienne la cause des opprim&#233;s : en d'autres termes, tous les &#233;l&#233;ments de la r&#233;volution sociale. De cette analyse approfondie, nous passons &#224; une analyse plus g&#233;n&#233;rale ou, devrais-je dire, typique. Le mouvement de Dolcino est un maillon de cette longue cha&#238;ne de soul&#232;vements du peuple chr&#233;tien, qui s'est r&#233;volt&#233; contre la hi&#233;rarchie avec plus ou moins de chance et dans des conditions compliqu&#233;es et qui, dans les crises les plus aigu&#235;s, est arriv&#233; &#224; la conclusion logique d'&#233;pouser le communisme. L'exemple classique, qui fut le plus vigoureux, en ce qui concerne les circonstances de temps, d'extension et de dur&#233;e, est certainement le soul&#232;vement des anabaptistes. Cependant, la r&#233;volte des Dolciniens n'&#233;tait pas une mince affaire, d'autant plus que la vall&#233;e du P&#244;, au d&#233;but du XIVe si&#232;cle, &#233;tait pr&#233;cocement moderne dans ses conditions &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'instinct d'affinit&#233; tournait l'esprit des repr&#233;sentants et des chefs des peuples r&#233;volt&#233;s vers l'image, ou vers le souvenir confus, ou vers une reproduction approximative dans l'imagination, de ce christianisme primitif, qui n'&#233;tait compos&#233; que de pauvres gens, d'afflig&#233;s et de pauvres. l'humanit&#233; souffrante esp&#233;rant la r&#233;demption des mis&#232;res de ce monde p&#233;cheur. Le vrai christianisme, vers lequel ces rebelles z&#233;l&#233;s se tournaient avec tant d'ardeur de foi et de fantaisie, par sympathie n&#233;e de conditions similaires, &#233;tait une r&#233;alit&#233;. C'&#233;tait un fait, non pas dans le sens d'un id&#233;al ou d'un type dont la pauvre et faible humanit&#233; s'&#233;tait &#233;loign&#233;e &#224; cause d'erreurs ou de mauvaise volont&#233;, mais dans le sens d'une r&#233;alit&#233; historique sobre. Le christianisme primitif &#233;tait, compte tenu des diff&#233;rences historiques, beaucoup plus proche dans son ensemble, dans ses aspects et ses motivations, de celui que Montano, Dolcino ou Thomas M&#252;nzer voulaient r&#233;tablir &#224; des &#233;poques inopportunes, que de tous les dogmes , liturgies, rangs hi&#233;rarchiques, dominations et domaines, luttes politiques, supr&#233;maties, inquisitions et autres vanit&#233;s, autour desquelles tourne l'histoire sobre et profane de l'&#201;glise. Dans ces tentatives des rebelles m&#233;di&#233;vaux, nous voyons comme une reproduction d'une exp&#233;rience du pass&#233;, nous reconnaissons ce qui a d&#251; &#234;tre, approximativement, la forme originelle du christianisme comme secte de saints parfaits, c'est-&#224;-dire d'&#233;gaux parfaits. , sans aucune diff&#233;rence entre clercs et la&#239;cs, tous &#233;galement participants de l'esprit saint, r&#233;volutionnaires et fid&#232;les en un seul, tous au m&#234;me niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me le plus difficile et le plus &#233;pineux de toute l'histoire du christianisme est pr&#233;cis&#233;ment celui-ci : comprendre par quels moyens une secte d'&#233;gaux parfaits s'est transform&#233;e, au cours de seulement deux si&#232;cles, en une association divis&#233;e en rangs hi&#233;rarchiques, de sorte que nous avons d'un c&#244;t&#233; la masse des croyants, de l'autre le clerg&#233; investi de pouvoirs sacr&#233;s. Cette division hi&#233;rarchique est compl&#233;t&#233;e par un dogme, c'est-&#224;-dire par des r&#233;glementations qui suppriment la spontan&#233;it&#233; de la croyance comme fait de pratique personnelle de la part des croyants individuels. Une hi&#233;rarchie signifie une r&#232;gle par les pr&#234;tres, une administration des choses et un gouvernement des personnes par le clerg&#233;. Cela donne lieu &#224; des politiques politiques. Et l'enqu&#234;te sur ces politiques constitue le c&#339;ur de l'histoire du troisi&#232;me si&#232;cle. La r&#233;union. La formation de l'&#201;glise et de l'&#201;tat au IVe si&#232;cle n'est que le r&#233;sultat de l'entrem&#234;lement de deux politiques, dans lequel la religion et la gestion des affaires publiques se confondent finalement en une seule. Ce passage d'une association libre &#224; un semi-&#201;tat organis&#233;, qui est responsable du fait que l'&#201;glise s'est depuis lors m&#234;l&#233;e &#224; la politique, soit pour soutenir l'&#201;tat, soit contre l'&#201;tat, soit elle-m&#234;me en tant qu'&#201;tat, ne v&#233;rifie que le la v&#233;rit&#233; de l'affirmation selon laquelle toute organisation qui a des choses &#224; administrer et des bureaux &#224; remplir devient n&#233;cessairement un gouvernement. L'&#201;glise a reproduit en son sein les m&#234;mes antagonismes que n'importe quel autre &#201;tat, c'est-&#224;-dire les antagonismes entre riches et pauvres, protecteurs et prot&#233;g&#233;s, patrons et clients, propri&#233;taires et exploit&#233;s, princes et sujets, souverains et opprim&#233;s. C'est pourquoi elle a eu dans ses rangs des luttes de classes qui lui sont propres, par exemple des luttes entre une hi&#233;rarchie patricienne et un sacerdoce pl&#233;b&#233;ien, entre le haut et le bas clerg&#233;, entre le catholicisme et les sectes. Les sectes furent largement inspir&#233;es, jusqu'au XVIe si&#232;cle, par l'id&#233;e d'un retour au christianisme primitif, et c'est pour cette raison qu'elles color&#232;rent souvent leurs conceptions sur les conditions existantes d'inspirations id&#233;ologiques proche de l'utopisme. L'&#201;glise, en revanche, telle qu'elle est devenue, a suivi les m&#233;thodes utilis&#233;es par l'&#201;tat profane et est devenue une congr&#233;gation hi&#233;rarchique d'in&#233;gaux, au lieu d'&#233;gaux &#224; l'esprit saint, et a exerc&#233; les droits des privil&#233;gi&#233;s au moyen de l'oppression. et la violence, comme un empire parfait, dont certaines parties seraient c&#233;d&#233;es &#224; d'autres dirigeants, avec un contr&#244;le surajout&#233; des &#226;mes, qui doit aller de pair avec un gouvernement des choses, car les &#226;mes ne peuvent exister sans les choses mat&#233;rielles. Ces caract&#233;ristiques humaines, qui, d&#232;s lors qu'il existe une condition d'in&#233;galit&#233; &#233;conomique entre les hommes, rendent toute association religieuse semblable &#224; tout autre gouvernement des choses dans ce monde, montrent d'un coup d'oeil qu'une association de saints ne peut jamais avoir eu d'autre qu'une vision utopique. forme, et d'autre part ils nous montrent une tendance constante &#224; l'intol&#233;rance et au catholicisme sous ses diverses formes, dans la mesure o&#249; cette association,l'oubli du simple martyr de Nazareth, dont la forme est rest&#233;e path&#233;tiquement suspendue &#224; la croix sur les autels, a fait de ce monde son royaume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour m'en tenir &#224; une illustration qui me est famili&#232;re gr&#226;ce &#224; des &#233;tudes r&#233;centes, la papaut&#233; super-imp&#233;riale tomba dans la personne de Boniface VIII, comme l'avait proph&#233;tis&#233; Dolcino, qui lui surv&#233;cut trois ans. Mais il n'est pas tomb&#233; pour laisser place &#224; l'apocalypse. Il est vrai que l'humiliation de l'exil d'Avignon a &#233;t&#233; inflig&#233;e &#224; la papaut&#233;, mais non pour c&#233;der la place &#224; un nouvel empire c&#233;sarien, conform&#233;ment &#224; l'utopie de Dante. Les indications de l'&#233;poque moderne, les pressentiments du r&#232;gne bourgeois &#233;taient d&#233;j&#224; manifestes. Philippe le Bel, qui recherchait depuis longtemps ce pouvoir civil sous lequel la bourgeoisie traversa deux si&#232;cles plus tard la premi&#232;re &#233;tape de sa domination politique sur la soci&#233;t&#233;, condamna les Templiers &#224; mort, comme s'il voulait dire que le po&#232;me h&#233;ro&#239;que des croisades s'est termin&#233; par les mains des chr&#233;tiens eux-m&#234;mes. Et pour qu'on retrouve la morale de la situation m&#234;me dans l'anecdote, qui expose et d&#233;masque toujours les passages stridents sur l'ironie de l'histoire, l'agent du Sire de France, qui pr&#233;para l'humiliation d'Anagni, n'&#233;tait pas un capitaine. des bandes f&#233;odales, mais un civil, qui n&#233;gociait l'argent n&#233;cessaire pour couvrir une lettre de change remise &#224; un banquier de Florence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces l&#233;gistes, ces princes usurpant les droits historiques et ces banquiers accumulant de l'argent qui devint plus tard du capital, furent les initiateurs de l'histoire moderne, si transparente dans la structure prosa&#239;que de ses objectifs et de ses moyens. Sur les ruines de la soci&#233;t&#233; corporative et f&#233;odale ainsi que sur les ruines du patrimoine de l'eccl&#233;siastique s'est install&#233;e cette cruelle bourgeoisie qui, m&#233;fiante &#224; l'&#233;gard des forces myst&#233;rieuses, a inaugur&#233; l'&#232;re de la libre pens&#233;e et de la libre recherche. Et maintenant, la bourgeoisie attend d'&#234;tre d&#233;tr&#244;n&#233;e. Mais assur&#233;ment, cela ne sera pas le cas du vrai christianisme, ni du plus vrai des vrais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les peuples de l'avenir, dont nous, socialistes, avons souvent des id&#233;es si exalt&#233;es, produiront encore ou non une religion, je ne peux ni l'affirmer ni le nier. Et je leur laisse le soin d'arranger leur vie, ce qui ne sera pas facile, je l'esp&#232;re, afin qu'ils ne deviennent pas des imb&#233;ciles dans la b&#233;atitude paradisiaque. Mais je le vois bien : le christianisme, qui dans son ensemble est jusqu'&#224; pr&#233;sent la religion des nations les plus avanc&#233;es, ne laissera de place &#224; aucune autre religion apr&#232;s lui. Celui qui ne sera pas chr&#233;tien sera d&#233;sormais sans religion. Et en deuxi&#232;me lieu, je note que les socialistes ont eu la sagesse d'&#233;crire dans leurs programmes : La religion est une affaire priv&#233;e. J'esp&#232;re que personne n'interpr&#233;tera cette affirmation dans le sens d'un point de vue th&#233;orique qui pourrait conduire &#224; l'&#233;laboration d'une philosophie de la religion. Cette d&#233;claration tout &#224; fait pratique signifie simplement que pour le moment les socialistes sont trop occup&#233;s &#224; des travaux plus utiles et plus s&#233;rieux que ceux qui les compareraient &#224; ces h&#233;bertistes, blanquistes, bakounistes et autres, qui ont d&#233;cr&#233;t&#233; l'abolition de la divinit&#233; et d&#233;capit&#233; Dieu en effigie. . Les mat&#233;rialistes historiques pensent cependant, de leur c&#244;t&#233; et en dehors de toute appr&#233;ciation subjective, que les hommes du futur se passeront tr&#232;s probablement de toute explication transcendantale des probl&#232;mes pratiques de la vie quotidienne. Primus &#224; Orbe Deos Focit Timor ! La peur a &#233;t&#233; la premi&#232;re au monde &#224; cr&#233;er des dieux. La d&#233;claration est tr&#232;s ancienne. Mais c'est pr&#233;cieux, et c'est pourquoi je le perp&#233;tue.&lt;br class='autobr' /&gt;
X&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Resina (Naples), 15 septembre 1597.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Sorel ! En relisant, en r&#233;visant, en retouchant les lettres que je vous ai adress&#233;es d'avril &#224; juillet de cette ann&#233;e &#8211; j'ai l'intention de les publier &#8211; je trouve qu'elles constituent une sorte de s&#233;rie et traitent dans l'ensemble du m&#234;me sujet. Bien s&#251;r, si j'avais l'intention d'&#233;crire un livre digne d'un titre retentissant comme Socialisme et science ou Mat&#233;rialisme historique et conception du monde , ou autre, je devrais examiner &#224; nouveau cette question par une m&#233;ditation &#233;labor&#233;e. Et puis les pens&#233;es auxquelles je n'ai fait ici qu'esquisser, les affirmations que je n'ai fait qu'esquisser, les observations qui sont souvent faites incidemment, et les critiques bizarres &#233;parses &#231;&#224; et l&#224;, enfin toutes ces choses qui me sont venues &#224; l'esprit en &#233;crivant. avec une plume fluide prendrait une forme tout &#224; fait diff&#233;rente et serait dispos&#233;e diff&#233;remment. Mais comme, en conversant avec vous &#224; distance, j'ai fait usage des libert&#233;s particuli&#232;res &#224; la conversation, je vais maintenant, en faisant de ces lettres &#233;ph&#233;m&#232;res un petit volume, le mettre en t&#234;te du titre modeste et appropri&#233; : Discours sur le socialisme et Philosophie, Lettres &#224; G. Sorel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la faute des conseils insistants de mon ami Benedetto Croce si je commets ce nouveau p&#233;ch&#233; litt&#233;raire. Cet ami b&#233;ni est devenu pour moi un tourment et une croix. Apr&#232;s avoir lu ces lettres, il ne m'a laiss&#233; aucun r&#233;pit jusqu'&#224; ce que je lui promette que je les publierais sous forme de livre. Si je le suivais, je deviendrais dans mes vieux jours un producteur continu et perp&#233;tuel d'imprim&#233;s. Dans le pass&#233;, j'ai toujours pr&#233;f&#233;r&#233; laisser dormir tranquillement dans mon bureau les manuscrits &#233;pars que j'ai accumul&#233;s au fil des ann&#233;es en ma qualit&#233; d'enseignant et de passionn&#233; de litt&#233;rature. Mais dans le cas pr&#233;sent, Croce continuait &#224; plaider qu'il &#233;tait de mon devoir, maintenant que le socialisme se r&#233;pandait en Italie, de participer, de la mani&#232;re et par les moyens qui convenaient &#224; mes inclinations, &#224; la vie du parti qui grandissait. et gagner en force. Et c'est peut-&#234;tre le cas. Il reste encore &#224; voir si les socialistes ressentent le besoin et le d&#233;sir de mon aide et de ma participation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A vrai dire, je n'ai jamais eu un grand penchant pour l'&#233;criture publique, et je n'ai jamais acquis l'art d'&#233;crire en prose. J'ai toujours &#233;crit les choses telles qu'elles me venaient. J'ai toujours &#233;t&#233; et je suis toujours passionn&#233; par l'art de l'enseignement oral sous toutes ses formes. Et en m'occupant de ce travail avec une grande intensit&#233;, j'ai perdu depuis longtemps le don de r&#233;p&#233;ter par &#233;crit les choses que j'exprimais spontan&#233;ment, dans un langage pr&#234;t et souple, selon les circonstances, gros d'enjeux secondaires et plein de r&#233;f&#233;rences. Et qui peut vraiment r&#233;p&#233;ter de telles choses de m&#233;moire ? Plus tard, lorsque je suis n&#233; de nouveau spirituellement et que j'ai accept&#233; le socialisme, je suis devenu plus d&#233;sireux de communiquer avec le public au moyen de brochures, de lettres occasionnelles, d'articles et de conf&#233;rences, et ceux-ci ont grandi avec le temps presque sans que je m'en rende compte. Ne sont-ce pas l&#224; les devoirs et les charges du professionnel ? C'est &#224; ce moment-l&#224;, il y a environ deux ans, que mon bienheureux M. Croce est arriv&#233; &#224; une heure opportune et m'a conseill&#233; de publier des essais sur le socialisme scientifique, afin de donner une base plus solide &#224; mon activit&#233; de socialiste. Et comme les choses s'encha&#238;nent, ces lettres fortuites peuvent &#233;galement &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme un essai subsidiaire et compl&#233;mentaire sur le mat&#233;rialisme historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident, cher Sorel, que ce discours ne vous regarde pas, mais seulement moi. Car je cherche, pour ainsi dire, un pr&#233;texte pour publier un nouveau livre, &#233;crit par un Italien vivant en Italie. Si ces lettres devaient &#234;tre lues par d'autres que vous en France, ces lecteurs diront probablement que je ne les ai pas gagn&#233;s au mat&#233;rialisme historique, et peut-&#234;tre r&#233;p&#233;teront-ils &#224; juste titre l'observation de certains critiques de mes essais selon laquelle les humeurs intellectuelles d'une nation ne sont pas modifi&#233;s par des traductions &#224; partir d'une langue &#233;trang&#232;re. [13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que j'&#233;cris ceci dans le but de conclure ces lettres, j'ai quelques doutes quant &#224; la possibilit&#233; de ne pas vouloir les poursuivre. Les lettres ne peuvent-elles pas se multiplier ind&#233;finiment, comme les fables et les r&#233;cits ? Heureusement, j'avais d&#233;cid&#233;, d&#232;s mes d&#233;buts, de reprendre d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale les probl&#232;mes que vous souleviez dans votre pr&#233;face en abordant des questions si difficiles. L'une des raisons qui nous am&#232;ne &#224; conclure est donn&#233;e par les grandes lignes de votre propre article, auquel j'ai fait r&#233;f&#233;rence de temps en temps. Si je m'abandonnais au cours de la conversation, qui sait o&#249; je m'arr&#234;terais ! Les lettres pourraient devenir une litt&#233;rature. Vous ne me remercieriez pas du tout pour &#231;a. Mais cela plairait &#224; M. Croce, qui voudrait combler tout le monde de son instinct de prolixit&#233; litt&#233;raire. &#192; cet &#233;gard, il forme un contraste &#233;trange avec les habitudes tranquilles de la tranquille Naples, o&#249; les hommes, comme les Mangeurs de Lotus, qui d&#233;daignaient toute autre nourriture, vivent dans la douce jouissance du pr&#233;sent et pensent se moquer de la philosophie de l'histoire &#224; la vue de l'heure. statue de GB Vico.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je souhaite vraiment conclure et je dois donc formuler quelques br&#232;ves remarques suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble tout d'abord que vous demandez, non pas par curiosit&#233; personnelle, mais parce que vous vous placez astucieusement &#224; la place de vos lecteurs : existe-t-il un moyen de nous expliquer d'une mani&#232;re simple et claire En quoi consiste cette dialectique si souvent invoqu&#233;e pour &#233;lucider l'essentiel du mat&#233;rialisme historique ? Et je pense que vous pourriez ajouter que la conception de cette dialectique reste obscure pour les scientifiques purement empiriques, pour les m&#233;taphysiciens encore survivants et pour ces &#233;volutionnistes populaires, qui s'abandonnent si volontiers &#224; une impression g&#233;n&#233;rale de ce qui est et se passe, appara&#238;t et dispara&#238;t, na&#238;t et meurt, et qui entendent par &#233;volution en dernier ressort l'inconnaissable, et non le processus de compr&#233;hension. En fait, par dialectique, nous entendons ce mouvement rythmique de la compr&#233;hension qui tente de reproduire les grandes lignes de la r&#233;alit&#233; en devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part &#8211; si ces lettres n'&#233;taient pas trop longues pour rendre une telle chose improbable &#8211; si jamais j'avais envie de reprendre cette affaire, je devrais, avant de r&#233;pondre &#224; des questions si difficiles, me souvenir de ce po&#232;te grec, qui, interrog&#233; par le tyran de Syracuse : &#171; Que sont les dieux ? demanda d'abord un jour de r&#233;pit, puis un deuxi&#232;me, puis un troisi&#232;me, et ainsi de suite jusqu'&#224; l'infini. Et pourtant les po&#232;tes qui cr&#233;ent, inventent, louent et c&#233;l&#232;brent les dieux, devraient les conna&#238;tre mieux que je ne pourrais l'&#234;tre avec la dialectique, si un homme me tenait dans une position &#233;troite et exigeait imp&#233;rieusement que je lui r&#233;ponde. Je prendrais mon temps, m&#233;thode de proc&#233;dure qui n'est pas en harmonie avec la pens&#233;e dialectique, et je dirais en tant de mots (et cette r&#233;ponse est implicite) : Nous ne pouvons nous rendre compte de fa&#231;on ad&#233;quate de la pens&#233;e que si ce n'est par un acte de r&#233;flexion. pens&#233;e. Il faut s'habituer aux diverses mani&#232;res d'appliquer la pens&#233;e par efforts successifs. Et il est toujours dangereux de sauter &#224; deux pieds de l'application concr&#232;te d'un certain concept &#224; la formulation de sa d&#233;finition g&#233;n&#233;rale. Et si j'&#233;tais press&#233; de r&#233;pondre, je recommanderais, pour &#233;pargner &#224; celui qui pose la question la peine d'une &#233;tude longue, ardue et compliqu&#233;e, la lecture de l' Anti-D&#252;hring , en particulier du chapitre intitul&#233; &#171; La n&#233;gation de la n&#233;gation &#187;. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y verra, et tout au long du livre, qu'Engels a non seulement fait de grands efforts pour expliquer ce qu'il enseignait, mais qu'il s'est &#233;galement efforc&#233; de lutter contre l'utilisation erron&#233;e des processus mentaux, comme c'est le cas par des gens qui, au contraire, d'arriver &#224; des pens&#233;es concr&#232;tes dans lesquelles la facult&#233; mentale se montre vivante et fra&#238;che, ont tendance &#224; tomber dans des sch&#233;mas a priori ou dans la scolastique. Et qu'il soit dit, sans pr&#233;judice pour les ignorants, que la scolastique n'&#233;tait en aucun cas exclusivement r&#233;serv&#233;e aux savants du Moyen &#194;ge et qu'elle ne se porte pas simplement comme une robe sacerdotale. La scolastique peut s'appuyer sur n'importe quelle th&#233;orie. Aristote lui-m&#234;me fut le premier scolastique. Il &#233;tait en effet bien d'autres choses, et surtout un g&#233;nie scientifique. La scolastique se pr&#233;sente m&#234;me au nom de Marx. Le fait est que la plus grande difficult&#233; dans la compr&#233;hension et l'&#233;laboration ult&#233;rieure du mat&#233;rialisme historique n'est pas la compr&#233;hension des aspects formels du marxisme, mais la possession des faits auxquels ces formes sont immanentes. Marx poss&#233;dait certains de ces faits et les a &#233;labor&#233;s, et il en reste bien d'autres que nous devons d&#233;couvrir et &#233;laborer par nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des nombreuses ann&#233;es que j'ai pass&#233;es dans l'&#233;ducation, j'ai acquis la ferme conviction du grand tort caus&#233; aux jeunes esprits en les impr&#233;gnant sans avertissement de formules, de diagrammes et de d&#233;finitions comme s'ils &#233;taient les pr&#233;curseurs de choses r&#233;elles, au lieu de les guider vers l'avenir. par &#233;tapes graduelles et bien pes&#233;es &#224; travers un d&#233;partement choisi de la r&#233;alit&#233; et d'abord en observant, comparant et exp&#233;rimentant des objets r&#233;els avant de formuler des th&#233;ories. Bref, une d&#233;finition plac&#233;e au d&#233;but d'une &#233;tude n'a aucun sens. Les d&#233;finitions ne prennent un sens que lorsqu'elles sont g&#233;n&#233;tiquement d&#233;velopp&#233;es. Au cours de la construction, on constate souvent &#224; quel point de simples d&#233;finitions sont pr&#233;judiciables. L'interpr&#233;tation commune donn&#233;e par des esprits incultes &#224; certains passages du droit romain est tout &#224; fait diff&#233;rente du sens r&#233;el. L'enseignement n'est pas une activit&#233; qui produit un simple effet au moyen d'objets nus. Il s'agit plut&#244;t d'une activit&#233; qui engendre une autre activit&#233;. En enseignant, nous apprenons &#224; comprendre que le premier germe de toute pens&#233;e philosophique est toujours plant&#233; par la m&#233;thode socratique, c'est-&#224;-dire par le talent accompli de g&#233;n&#233;rer des id&#233;es. [14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En recommandant l'Anti-D&#252;hring et le chapitre cit&#233;, je n'entends pas faire un cat&#233;chisme de ces choses, mais seulement m'y r&#233;f&#233;rer comme une illustration de la capacit&#233; d'enseigner. Les armes et les instruments ne remplissent leur fonction que tant qu'ils sont utilis&#233;s, et non lorsqu'ils sont accroch&#233;s aux murs des mus&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos, s'il ne fallait pas terminer, je voudrais m'arr&#234;ter un instant sur ce passage o&#249; vous dites que l'Italie m&#233;rite l'hommage de tous, parce qu'elle est le berceau commun de toutes les civilisations. Ces paroles peuvent sembler un peu ronflantes, &#233;tant donn&#233; que vous parlez d'un socialisme qui, en r&#233;alit&#233;, n'a pas une grande dette envers l'Italie. Cependant, s'il est vrai que le socialisme est le r&#233;sultat d'une civilisation avanc&#233;e, alors les hommes m&#251;rs et avanc&#233;s des autres pays feraient bien de tourner de temps en temps leurs regards vers ce berceau. En pensant de temps en temps &#224; l'Italie, qui a fait pendant des si&#232;cles la plus grande partie de l'histoire universelle, chacun pourra toujours apprendre quelque chose de nous. Et alors ils s'apercevront qu'ils avaient d&#233;j&#224; cette Italie chez eux comme pr&#233;curseur de celle qu'ils sont maintenant. Certains Fran&#231;ais ont estim&#233; que l'Italie, du berceau de la civilisation, &#233;tait devenue un tombeau. Et comme un tombeau, il doit appara&#238;tre &#224; tous les &#233;trangers qui le visitent comme s'il s'agissait d'un mus&#233;e, mais qui ignorent notre histoire actuelle. Et en cela ils ont tort, et, si &#233;rudits que soient ces visiteurs, ils restent dans cette mesure ignorants de la vie r&#233;elle de notre pays, une vie qui semble &#234;tre celle d'un ressuscit&#233; des morts. Et cela, au moins, m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consiste r&#233;ellement cette renaissance de l'Italie et quelles perspectives offre-t-elle &#224; ceux qui regardent le progr&#232;s g&#233;n&#233;ral de l'humanit&#233; sans pr&#233;jug&#233;s ni id&#233;es pr&#233;con&#231;ues ? [15] Je ne parlerai pas des grandes difficult&#233;s qui doivent &#234;tre surmont&#233;es dans le traitement de l'histoire r&#233;elle de chaque pays d'un point de vue objectif, qui ne permettra pas aux opinions personnelles d'influencer la recherche scientifique. Dans le cas particulier de l'Italie, il faudrait remonter au XVIe si&#232;cle, lorsque les premiers d&#233;buts de l'&#232;re capitaliste furent inaugur&#233;s par les pays m&#233;diterran&#233;ens, o&#249; le capitalisme avait alors son si&#232;ge principal. Il faudrait atteindre les pr&#233;misses positives et n&#233;gatives, internes et externes, de la situation actuelle de l'Italie &#224; travers l'histoire des d&#233;cadences successives. Il n'est pas n&#233;cessaire que je dise que mes pouvoirs ne seraient pas &#224; la hauteur de la t&#226;che. Je ne ressens pas la moindre tentation de l'entreprendre comme un incident dans un discours occasionnel et familier comme celui d'aujourd'hui. Celui qui peut r&#233;sumer une telle &#233;tude dans un livre pourrait pr&#233;tendre avoir apport&#233; une contribution &#224; l'expression mentale de la situation r&#233;elle et de la vie de pens&#233;e r&#233;elle des Italiens. [16] Ici, nous avons souvent parmi nous des optimistes aveugles ou des pessimistes aveugles, dans le sens dans lequel les gens non philosophiques utilisent ces termes. Car en Italie, il existe non seulement une grande ignorance concernant la situation r&#233;elle des autres pays, mais aussi une &#233;valuation de la situation int&#233;rieure selon une norme tout &#224; fait id&#233;ale, hypoth&#233;tique et souvent utopique, au lieu d'&#234;tre comparative et pratique. Il est en effet singulier qu'ici, dans notre pays, o&#249; les sciences consacr&#233;es &#224; l'observation de la nature, sciences r&#233;ellement cultiv&#233;es pour des raisons particularistes et anti-philosophiques, aient connu un tel essor, nous rencontrions si peu de compr&#233;hension positive des probl&#232;mes sociaux actuels. conditions, alors qu'en m&#234;me temps nous avons un tr&#232;s grand nombre de sociologues qui fournissent des d&#233;finitions aux chercheurs de v&#233;rit&#233;. Mais il est bien connu que les sociologues de tous les pays &#233;prouvent une &#233;trange antipathie &#224; l'&#233;gard de l'&#233;tude de l'histoire. Et pourtant, cette m&#234;me histoire est, aux yeux des profanes, ce par quoi la soci&#233;t&#233; s'est d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, rares sont ceux qui voient clairement que la bourgeoisie italienne, qui est d&#233;j&#224; l'objet du m&#233;pris et de la haine de la part des petits, des esclaves affranchis et exploit&#233;s, comme dans tous les autres pays, et d'autre part est pouss&#233;e et peupl&#233;e de petits commer&#231;ants, est instable, agit&#233;e et m&#233;fiante dans ses propres rangs, parce qu'elle ne peut pas rivaliser sur un pied d'&#233;galit&#233; avec les capitalistes des autres pays. Pour cette raison, et pour l'autre qu'ils ont le Pape, [17] Avec ses marchandises encore marchandes que seuls les th&#233;oriciens de l'utopisme lib&#233;ral proclament comme &#233;tant &#224; jamais d&#233;pass&#233;es, cette bourgeoisie, qui doit encore se d&#233;velopper, est intrins&#232;quement r&#233;volutionnaire, comme le dirait le Manifeste. Et comme ils n'ont pas eu la chance d'&#234;tre jacobins, comme ils auraient tant aim&#233; l'&#234;tre, ils se sont habitu&#233;s &#224; la formule d'un roi par la gr&#226;ce de Dieu et de la nation, tout &#224; la fois. Puisque cette bourgeoisie ne pouvait compter sur un d&#233;veloppement rapide et &#224; grande &#233;chelle de l'industrie, qui est en fait lent &#224; venir, ni, par cons&#233;quent, sur une conqu&#234;te rapide des march&#233;s &#233;trangers, en raison du progr&#232;s lent et incertain de l'&#233;conomie nationale, en grande partie agricoles, ils pratiquent la politique m&#233;diocre de l'opportunisme et d&#233;pensent tous leurs talents en adroitit&#233;. C'est le r&#244;le jou&#233; depuis quelques mois par notre marine en Orient. Il joue le r&#244;le du renard dans la fable, qui d&#233;clarait que les raisins &#233;taient aigres, parce qu'il ne pouvait pas les atteindre. Mais ce renard se retrouve parmi d'autres renards, qui gardent les raisins ou s'appr&#234;tent &#224; les saisir. Et puis le renard devient id&#233;aliste, faute de positif. Cette bourgeoisie italienne se sent dans le r&#244;le de la nation tout enti&#232;re, en partie &#224; cause de l'abstention r&#233;actionnaire ou d&#233;magogique des cl&#233;ricaux de l'activit&#233; politique, en partie &#224; cause du tr&#232;s lent d&#233;veloppement d'une opposition prol&#233;tarienne. En l'absence de divisions partisanes dans la soci&#233;t&#233;, la bourgeoisie donnait le nom de partis aux factions qui se rassemblaient autour de capitaines ou de proconsuls, de dirigeants entreprenants ou aventureux. La premi&#232;re apparition du socialisme les frappa comme la foudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, se trompent ceux qui croient que toute agitation de la multitude dans ce pays, comme nous en avons &#233;t&#233; t&#233;moins &#224; plusieurs reprises en divers endroits de l'Italie, est l'indice d'un mouvement prol&#233;tarien, qui a pour base concr&#232;te la lutte &#233;conomique. et oriente plus ou moins explicitement ses aspirations vers le socialisme des autres pays. Le plus souvent, ces troubles ressemblent &#224; des r&#233;voltes de forces &#233;l&#233;mentaires contre un &#233;tat de choses dans lequel ces forces ne trouvent pas cette discipline de contr&#244;le typique d'un r&#233;gime bourgeois tendant &#224; former le prol&#233;tariat en escouades. Regardez, par exemple, le ph&#233;nom&#232;ne aggrav&#233; de l'&#233;migration qui, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, emporte des hommes capables d'offrir &#224; l'exploitation capitaliste &#224; l'&#233;tranger des armes puissantes, un z&#232;le incomparable et des estomacs capables de toutes les privations. Ce sont, en un mot, des ouvriers des champs superflus, ou des artisans de m&#233;tiers en d&#233;clin, que le r&#232;gne de l'&#233;ducation capitaliste regrouperait dans des escadrons de travail en usine, si l'industrie &#224; grande &#233;chelle &#233;tait pr&#234;te &#224; d&#233;velopper ce genre de choses, ou que notre capitale inviterait dans nos colonies natales, si nous en avions, et si nous n'avions pas &#233;t&#233; saisis par la folie de fonder des colonies dans des endroits o&#249; il est presque impossible de le faire. [18]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Italie est devenue ces derni&#232;res ann&#233;es, pour des raisons tout &#224; fait naturelles, la terre promise des d&#233;cadents, des autoglorifiants, des critiques superficiels, des sceptiques exigeants et pos&#233;s. La partie saine et v&#233;ridique du mouvement socialiste (qui n'a pour l'instant d'autre devoir &#224; accomplir dans les circonstances actuelles que de pr&#233;parer la petite classe moyenne &#224; l'&#233;ducation d&#233;mocratique) contient donc des m&#233;langes d'&#233;l&#233;ments qui devraient l'admettre s'ils ils voulaient &#234;tre honn&#234;tes avec eux-m&#234;mes, qu'ils sont d&#233;cadents, qu'ils ne sont pas pouss&#233;s &#224; s'agiter par une forte volont&#233; de vivre, mais par une vague sati&#233;t&#233; du pr&#233;sent. Ce ne sont que des boh&#232;mes rassasi&#233;s et ennuy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut vraiment que je termine. Il me semble cependant entendre une petite voix de protestation venant de ces camarades toujours si pr&#234;ts &#224; &#233;lever des objections. Et cette voix dit : &#171; Tout cela n'est que sophisme et doctrinarisme. Ce dont nous avons besoin, c'est de pratique. Certes, je suis d'accord avec toi, tu as raison. Le socialisme a &#233;t&#233; si longtemps utopique, intrigant, d&#233;sinvolte et visionnaire, qu'il est bon de r&#233;p&#233;ter sans cesse aujourd'hui que ce dont nous avons besoin, c'est de la pratique. Car l'esprit de ceux qui adoptent le socialisme ne doit jamais &#234;tre d&#233;connect&#233; des choses du monde r&#233;el et doit continuellement &#233;tudier leur domaine dans lequel ils sont oblig&#233;s de travailler dur pour tracer une voie claire. Mais mon soi-disant critique devrait se garder de devenir lui-m&#234;me un doctrinaire. Car ce terme d&#233;signe, pour celui qui le comprend, une certaine disposition mentale &#224; se perdre dans les abstractions et &#224; pr&#233;tendre que les id&#233;es d&#233;clar&#233;es excellentes en elles-m&#234;mes et les fruits recueillis par l'exp&#233;rience en diff&#233;rents temps et lieux peuvent s'appliquer directement &#224; cas concrets et conviennent &#224; tous les temps et &#224; tous les lieux. La pratique des partis socialistes dans leurs relations avec les autres politiques s'est jusqu'&#224; pr&#233;sent exerc&#233;e plut&#244;t en conformit&#233; avec des exigences rationnelles qu'avec la science. C'est le r&#233;sultat d'une observation constante, d'une adaptation incessante &#224; des conditions nouvelles. C'est le fruit &#233;prouv&#233; de la lutte pour un alignement des tendances souvent diff&#233;rentes et antagonistes du prol&#233;tariat dans la m&#234;me direction. C'est l'effort visant &#224; r&#233;aliser des projets pratiques &#224; l'aide d'une compr&#233;hension claire de toutes les interrelations compliqu&#233;es et complexes qui unissent le monde dans lequel nous vivons. S'il n'en &#233;tait pas ainsi, de quel droit et de quelle pr&#233;tention pourrions-nous parler d'un marxisme tant vant&#233; ? Si le mat&#233;rialisme historique ne tient pas, cela signifie que les perspectives de l'av&#232;nement du socialisme sont douteuses et que notre conception d'une soci&#233;t&#233; future est un r&#234;ve utopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est trop souvent vrai que tout notre socialisme contemporain contient encore en lui-m&#234;me les germes latents d'un nouvel utopisme. [19]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas de ceux qui ne cessent de ressasser le dogme de la n&#233;cessit&#233; de l'&#233;volution, qu'ils confondent avec un certain droit &#224; une condition meilleure. Et ils disent que la future soci&#233;t&#233; de production &#233;conomique collectiviste, avec toutes ses cons&#233;quences techniques et p&#233;dagogiques, viendra parce qu'elle DEVRAIT venir . Ils semblent oublier que cette soci&#233;t&#233; future doit &#234;tre produite par les &#234;tres humains eux-m&#234;mes en r&#233;ponse aux exigences des conditions dans lesquelles ils vivent actuellement et par le d&#233;veloppement de leurs propres aptitudes. Bienheureux ceux qui mesurent l'avenir de l'histoire et le droit au progr&#232;s &#224; l'aune d'une police d'assurance-vie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dogmatiques des id&#233;es bon march&#233; oublient plusieurs choses. En premier lieu, ils oublient que le futur, justement parce qu'il est un futur qui sera un pr&#233;sent alors que nous appartenons au pass&#233;, ne peut pas &#234;tre utilis&#233; comme crit&#232;re pratique pour nos actions pr&#233;sentes. Ce sera la chose &#224; laquelle nous souhaitons arriver, mais non le chemin par lequel y parvenir. En deuxi&#232;me lieu, l'exp&#233;rience de ces cinquante derni&#232;res ann&#233;es devrait convaincre ceux qui savent penser de mani&#232;re critique de la v&#233;rit&#233; suivante : dans la mesure o&#249; la capacit&#233; d'organisation dans un parti de classe grandira parmi les prol&#233;taires et les petits commer&#231;ants, le processus de ce mouvement compliqu&#233; fournira lui-m&#234;me la preuve que le d&#233;veloppement de la nouvelle &#232;re devra &#234;tre mesur&#233; selon un &#233;talon de temps consid&#233;rablement plus lent que celui initialement suppos&#233; par les premiers socialistes qui &#233;taient encore entach&#233;s de souvenirs jacobins. Il est &#233;vident que nous ne pouvons pas envisager des p&#233;riodes aussi longues avec une tr&#232;s grande certitude. Nous devons prendre en compte l'&#233;norme complexit&#233; de la vie moderne et la vaste expansion du capitalisme ou de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. [20] Qui ne voit que le Pacifique remplace d&#233;sormais l'oc&#233;an Atlantique, tout comme l'Atlantique a autrefois remplac&#233; la mer M&#233;diterran&#233;e ? Enfin, en troisi&#232;me lieu, la science pratique du socialisme consiste &#224; observer clairement tous les processus compliqu&#233;s du monde &#233;conomique et &#224; &#233;tudier simultan&#233;ment les conditions dans lesquelles vit le prol&#233;tariat, devenu capable de se concentrer dans un parti de classe. et apporte dans cette concentration successive l'esprit dont il a besoin dans la lutte &#233;conomique qui fa&#231;onne sa propre politique particuli&#232;re. Sur la base de ces donn&#233;es actuelles, nous pouvons fonder des calculs suffisamment clairs pour nos pr&#233;visions et &#233;tablir un lien avec le point o&#249; le prol&#233;tariat devient dominant et fa&#231;onne la politique politique de l'&#201;tat. Ce point doit co&#239;ncider avec celui o&#249; le capitalisme devient inapte &#224; gouverner. Et &#224; partir de ce point, que personne ne peut tr&#232;s bien imaginer &#234;tre une bagarre bruyante, nous aurons le d&#233;but de ce que beaucoup, avec une obstination ennuyeuse, appellent la r&#233;volution sociale par excellence . l'histoire est une s&#233;rie de r&#233;volutions sociales. Aller au-del&#224; de ce point dans notre raisonnement serait le prendre pour un tissu de notre imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps des proph&#232;tes est r&#233;volu. Heureux toi, Fra Dolcino, qui dans tes trois lettres [21] n'a pas su transfigurer les incidents passagers de la politique (comme le pape C&#233;lestin et le pape Boniface VIII, les champions d'Anjou et d'Aragon, les Guelfes et les Gibelins, la pl&#232;be pauvre et les patriciens des communes, etc.) en types qui avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; symbolis&#233;s par les proph&#232;tes et l'Apocalypse, mesurant les p&#233;riodes de providence par corrections successives selon les ann&#233;es, les mois et les jours. Mais tu &#233;tais un h&#233;ros. Et cela prouve que ces fantasmes n'&#233;taient pas la cause de tes luttes, mais plut&#244;t leur enveloppe id&#233;ologique, au moyen de laquelle tu te rendais compte, comme beaucoup d'autres l'ont fait, pendant tout un si&#232;cle avant toi et Fran&#231;ois de Assise, du mouvement d&#233;sesp&#233;r&#233; de la pl&#232;be contre la hi&#233;rarchie papale, contre la bourgeoisie croissante dans les communes et contre la monarchie naissante. Mais toutes ces enveloppes ont &#233;t&#233; d&#233;chir&#233;es, y compris la religion des id&#233;es, comme diraient certains qui emploient un jargon hypocrite par respect superstitieux pour la religion des autres. Aujourd'hui, seuls les imb&#233;ciles sont autoris&#233;s &#224; rester des utopistes. L'utopie des imb&#233;ciles est soit une chose ridicule, soit une id&#233;e ch&#232;re aux hommes de lettres qui visitent ce phalanst&#232;re d'enfants que Bellamy a construit. Notre humble Marx, en revanche, un homme de science tout &#224; fait prosa&#239;que, s'est efforc&#233; de recueillir modestement dans la soci&#233;t&#233; actuelle les indications de sa transition vers la soci&#233;t&#233; &#224; venir, par exemple l'essor des coop&#233;ratives (les vraies !) en Angleterre et des choses similaires, et c'est &#224; lui qu'incombe la t&#226;che (surtout gr&#226;ce au travail consacr&#233; &#224; l'Internationale) d'&#234;tre l'accoucheur de l'avenir, ce qui n'est pas tout &#224; fait la m&#234;me chose que d'en &#234;tre le b&#226;tisseur fantaisiste. Lui et Engels parlaient de la soci&#233;t&#233; du futur, consid&#233;rant la dictature du prol&#233;tariat comme un fait, non pas du point de vue intuitif de celui qui croit la voir devant lui, mais du point de vue d'un principe de formation. de la structure &#233;conomique qui devrait se d&#233;velopper en opposition &#224; la soci&#233;t&#233; actuelle. [22]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, si quelqu'un &#233;prouve le besoin de vivre dans l'avenir comme s'il pouvait le ressentir et l'essayer sur sa peau, et s'il balbutie au nom de telles id&#233;es et veut investir de son sens les membres de la soci&#233;t&#233; future, droits et devoirs, qu'il aille de l'avant. J'esp&#232;re qu'il me permettra, moi qui ai aussi une sorte de droit d'envoyer sa carte de visite &#224; la post&#233;rit&#233;, d'exprimer le sentiment que les hommes de l'avenir ne renonceront pas &#224; leur nature humaine au point de ne plus &#234;tre comparables &#224; nous du pr&#233;sent, et qu'ils auront assez de la joie dialectique du rire pour plaisanter sur les proph&#232;tes d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, je ferme pour de bon. Et c'est &#224; vous de recommencer, si jamais vous le d&#233;sirez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;REMARQUES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &#171; Depuis 1873, j'ai &#233;crit contre les principes fondamentaux du syst&#232;me lib&#233;ral et, en 1879, j'ai commenc&#233; &#224; marcher sur le chemin de ma nouvelle foi intellectuelle, &#224; laquelle je tiens toujours et qui a &#233;t&#233; confirm&#233;e par des &#233;tudes et des observations plus approfondies au cours des derni&#232;res ann&#233;es. trois ans.&#034; C'est ainsi que j'ai &#233;crit &#224; la page 23 de ma conf&#233;rence &#171; Sur le socialisme &#187;, Rome, 1889. Cette conf&#233;rence, qui &#233;tait en quelque sorte une confession de foi dans un style populaire, a &#233;t&#233; compl&#233;t&#233;e par moi avec le pamphlet &#171; Prol&#233;taires et radicaux &#187;, Rome, 1890.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &#034;Je ne fais pas le v&#339;u de m'enfermer dans un syst&#232;me comme dans une prison.&#034; C'est ainsi que je l'ai &#233;crit il y a 24 ans dans la pr&#233;face de mon ouvrage De la libert&#233; morale (Naples, 1873). Et je peux le r&#233;p&#233;ter maintenant. Ce livre contient un expos&#233; d&#233;taill&#233; du d&#233;terminisme, et a ensuite &#233;t&#233; compl&#233;t&#233; par un autre de mes travaux, intitul&#233; &#171; Moralit&#233; et religion &#187; (Napes, 1873).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Un retour &#224; d'autres philosophies est aujourd'hui &#233;galement sugg&#233;r&#233; par certains socialistes. On veut revenir &#224; Spinoza, c'est-&#224;-dire &#224; une philosophie dans laquelle le d&#233;veloppement historique n'a aucune place. Un autre se contenterait du mat&#233;rialisme m&#233;canique du XVIIIe si&#232;cle, c'est-&#224;-dire du rejet de toute histoire. D'autres encore pensent &#224; faire revivre Kant. Cela implique-t-il aussi la renaissance de son antinomie insoluble entre raison pratique et raison th&#233;orique ? Cela signifie-t-il un retour &#224; ses cat&#233;gories fixes et &#224; ses facult&#233;s fixes de l'&#226;me, dont Herbart semblait n'avoir fait qu'une bouch&#233;e ? Cela inclut-il son imp&#233;ratif cat&#233;gorique, dans lequel Schopenhauer avait d&#233;couvert les commandements chr&#233;tiens sous le d&#233;guisement d'un principe m&#233;taphysique ? S'agit-il de la th&#233;orie des droits naturels, que m&#234;me le Pape ne se soucie plus de soutenir ? Pourquoi ne laissent-ils pas les morts enterrer les morts ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous n'avez que le choix entre deux alternatives logiques. Soit vous acceptez ces autres philosophies dans leur int&#233;gralit&#233;, telles qu'elles &#233;taient &#224; leur &#233;poque, et dans ce cas vous devez dire adieu au mat&#233;rialisme historique. Ou bien vous en choisissez ce qui vous convient et vous adaptez vos arguments &#224; votre choix, et dans ce cas vous vous chargez d'un travail inutile, car l'histoire de la pens&#233;e est ainsi constitu&#233;e que rien n'est perdu des choses qui &#233;taient dans le pass&#233;. les conditions et les pr&#233;paratifs de nos conceptions actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe finalement une troisi&#232;me possibilit&#233;, &#224; savoir celle de tomber dans le syncr&#233;tisme et la confusion. Une bonne illustration de ce type est L. Woltmann (&#171; System des moralischen Bewusstseins &#187;, D&#252;sseldorf, 1898), qui r&#233;concilie les lois &#233;ternelles de la morale avec le darwinisme, et Marx avec le christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Je recommanderais au lecteur ma conf&#233;rence sur &#034;La Laurea in Filosofia&#034; (Le Doctorat en Philosophie), qui est annex&#233;e &#224; l'ouvrage ci-dessus. Mon ami Lombroso appelait cela en plaisantant &#171; la d&#233;capitation de la m&#233;taphysique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;5. Le manque de chance a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; par de nombreux articles &#233;crits contre cette conception, &#224; commencer par celui fortement poivr&#233; et sal&#233; de Kautsky dans &#034;Die Neue Zeit&#034;, XIII, Vol. I, pages 709-716, &#224; celle de David dans &#171; Le Devenir Social &#187;, d&#233;cembre 1896, pages 1059-65, sans parler des autres. Ferri dit d'ailleurs dans une note de bas de page de son annexe &#224; l'&#233;dition fran&#231;aise de son ouvrage &#171; Darwin, Spencer, Marx &#187;, Paris, 1897 : &#171; Le professeur Labriola a r&#233;cemment r&#233;p&#233;t&#233;, sans preuve, l'affirmation selon laquelle le socialisme n'est pas conciliable avec le darwinisme (en son article sur &#171; Le Manifeste de Marx et Engels &#187;, dans &#171; Le Devenir Social &#187;, juin 1895. &#187; Or il est vrai que je conteste, dans mon essai &#171; En m&#233;moire du Manifeste communiste &#187;, ceux qui &#171; cherchent dans cette doctrine un d&#233;riv&#233; du darwinisme, qui n'est une th&#233;orie analogue que d'un certain point de vue et dans un sens tr&#232;s large. &#187; (page 10) &#8211; Mais il me semble que nier sa d&#233;rivation et admettre son analogie ne signifie pas Je veux dire nier qu'il puisse &#234;tre r&#233;concili&#233; avec le darwinisme. Veuillez consulter mon essai sur le &#171; Mat&#233;rialisme historique &#187;, chapitre iv&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Cette th&#232;se philosophique est en quelque sorte annonc&#233;e par les mots suivants de Ferri, qui concluent la note susmentionn&#233;e : &#171; Le transformisme biologique est &#233;videmment fond&#233; sur le transformisme universel, et en m&#234;me temps il est la base du transformisme &#233;conomique et social. &#034; Dans ces circonstances, Spencer est &#224; la fois un g&#233;nie et un idiot, car il est le prince de l'&#233;volution et pourtant il n'a jamais pu comprendre le socialisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Ensuite, j'attends un Socrate-Marx &#224; deux &#233;toiles. Car Socrate fut le premier &#224; d&#233;couvrir que la compr&#233;hension est un processus de travail et que l'homme ne conna&#238;t bien que les choses qu'il peut faire. Un de mes livres sur &#034;La Dottrina di Socrate&#034; porte la date de 1871, Naples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Voir &#171; Zuricher Socialdemokrat &#187;, 22 mars 1883, page 1. Je remarque au passage que Darwin, d&#233;c&#233;d&#233; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, est n&#233; en 1809. Engels est n&#233; en 1820, comme Spencer. Ils &#233;taient tous de vrais contemporains, &#224; peu pr&#232;s du m&#234;me &#226;ge et vivant dans le m&#234;me environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. J'ai expliqu&#233; ce que j'entends par &#171; conception &#233;pig&#233;n&#233;tique &#187; dans un ouvrage intitul&#233; &#171; Les probl&#232;mes de la philosophie de l'histoire &#187;, Rome, 1887. Cet ouvrage est en partie bas&#233; sur un de mes travaux plus anciens intitul&#233; &#171; L'enseignement de l'histoire &#187;, Rome, 1876.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Ce dernier &#233;tait un chanteur de music-hall et, selon sa propre estimation, un pr&#233;curseur d'Oscar Wilde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. J'exceptionne le philosophe Teichm&#252;ller, qui a &#233;tudi&#233; et d&#233;crit uniquement cette forme d'ath&#233;isme actif, qui est une religion et une foi. D'autre part, l'absence de toute religion, qui caract&#233;rise les sciences purement exp&#233;rimentales, correspond &#224; l'indiff&#233;rence de l'esprit &#224; l'&#233;gard de toute croyance ou croyance. L'ath&#233;isme, en tant que croyance active, est &#224; l'origine de ce cercle d'&#233;crivains parisiens dont les principaux fondateurs furent l'ing&#233;nu Chaumette et l'ambigu H&#233;bert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. &#034;....Les juristes n'y pr&#234;tent g&#233;n&#233;ralement aucune attention. La responsabilit&#233; au sens psychologique du terme signifie qu'une action est attribu&#233;e &#224; une personne (&#224; la volont&#233; d'une personne), dans la mesure o&#249; cette personne est consciente. de son action et la veut. Mais comme une responsabilit&#233; au sens psychologique implique une responsabilit&#233; au sens moral, il faut comparer la volont&#233;, qui est le principe de l'action, avec cette somme d'id&#233;es qui forment la conscience morale de l'homme. personne qui agit. Et une telle comparaison doit clairement r&#233;v&#233;ler le fait que la responsabilit&#233; morale de chacun se r&#233;duit &#224; une diff&#233;renciation infinit&#233;simale d'individu &#224; individu. Voir page 124 de mon ouvrage sur la &#171; Libert&#233; morale &#187;, Naples, 1873. Cela pourra &#234;tre v&#233;rifi&#233; au fur et &#224; mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Dans ce petit volume, j'avais l'intention de r&#233;soudre exclusivement les probl&#232;mes que soulevaient dans mon esprit de diverses mani&#232;res les questions et les objections de Sorel. Le lecteur ne peut donc trouver dans ce livre aucune r&#233;ponse, directe ou indirecte, aux diverses critiques adress&#233;es &#224; mes essais. Laissant de c&#244;t&#233; les simples critiques moqueuses et laissant de c&#244;t&#233; les pol&#233;miques incidentes et les impertinences gratuites de quelques &#233;crivains grossiers, je remercie sinc&#232;rement Messieurs Andler, Durkheim, Gide, Seignobos, Xenopol, Bourdeau, Bernheim, Pareto, Petrone, Croce, Gentile et les &#233;diteurs de &#034; Ann&#233;e Sociologique&#034; et &#034;Novoie Slovo&#034;, pour les longues critiques dont ils m'ont fait l'honneur. Je ne peux m'emp&#234;cher de remarquer que j'ai &#233;t&#233; l'objet d'observations aussi oppos&#233;es que celles-ci : &#171; Vous &#234;tes trop marxiste &#187; et &#171; Vous n'&#234;tes plus marxiste &#187;. Les deux affirmations sont &#233;galement infond&#233;es. La v&#233;rit&#233; est simplement que j'ai d'abord accept&#233; la th&#233;orie du mat&#233;rialisme historique, puis je l'ai trait&#233;e du point de vue de la science moderne et &#8211; selon mon propre temp&#233;rament intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Je renvoie le lecteur &#224; mon ouvrage sur La Doctrine de Socrate , Naples, 1871, notamment aux pages 56 &#224; 72, o&#249; je discute de sa m&#233;thode. Je cite quelques passages de cet ouvrage, histoire de montrer &#171; l'&#233;l&#233;ment socratique &#187; dans toute forme de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;tat primitif de la conscience humaine, bien que typique de l'&#233;poque primitive du d&#233;veloppement social, continue et se perp&#233;tue dans les p&#233;riodes historiques ult&#233;rieures, parce qu'il acquiert un certain degr&#233; de pouvoir durable par l'habitude et fixe son expression dans les mythes et la po&#233;sie primitive. l'essor successif et le lent d&#233;veloppement de la r&#233;flexion... ne parviennent pas enti&#232;rement &#224; surmonter les diverses manifestations de l'esprit primitif et irraisonn&#233;. La transformation des &#233;l&#233;ments anciens en concepts consciemment compris et exprim&#233;s ne s'op&#232;re qu'au terme d'un long processus, d'un travail assidu et assidu. lutte incessante &#224; travers les si&#232;cles. Ce processus de transformation ne s'op&#232;re pas simplement gr&#226;ce &#224; ces motivations internes de critique et de recherche que l'on peut qualifier de th&#233;oriques. Il est plut&#244;t le r&#233;sultat n&#233;cessaire des &#171; collisions pratiques entre la volont&#233; de l'individu et celle de l'individu &#187;. opinions traditionnelles exprim&#233;es par les coutumes. &#187; Plus tard encore, elle rev&#234;t le caract&#232;re d'&#171; une lutte sociale entre classe et classe, entre individu et individu &#187;. Dans l'histoire de cette lutte, l'un des &#233;l&#233;ments de la vie primitive qui offre le plus de mati&#232;re &#224; contrastes. ... est le langage... qui prend dans les p&#233;riodes ult&#233;rieures l'apparence d'une r&#232;gle &#224; laquelle tous les individus doivent n&#233;cessairement et in&#233;vitablement se conformer. Mais quand les hommes ne s'accordent plus instinctivement pour appeler les m&#234;mes choses justes, vertueuses, honn&#234;tes, etc., quand ils ont perdu confiance dans ces types abstraits de l&#233;gendes et de mythes, dans lesquels l'esprit primitif avait d&#233;pos&#233; et exprim&#233; des points communs. accord... alors surgit... chez l'individu le besoin de retrouver cette certitude, qui est venue de l'accord sur un crit&#232;re naturel et commun et il demande : Qu'est-ce que c'est ? Cette question manifeste l'int&#233;r&#234;t logique de Socrate. Car nous sommes d'abord envahis par l'illusion que les m&#234;mes mots expriment le m&#234;me sens, mais &#224; la longue nous acqu&#233;rons la conviction de la grande diff&#233;rence entre nos concepts et ceux des autres. La premi&#232;re illusion devient ainsi d'autant plus &#233;vidente et finalement elle est enti&#232;rement dissip&#233;e. &#187; (Page 62.) - &#171; La question : Qu'est-ce que c'est ? comprend toute l'enqu&#234;te sur la valeur d'un concept, depuis ses limites &#233;videntes et d&#233;terminables jusqu'&#224; l'id&#233;e que nous nous en faisons. Le contenu d'un concept, qui semble &#224; premi&#232;re vue exprim&#233; par sa simple d&#233;nomination, doit &#234;tre en r&#233;alit&#233; constat&#233;, dans son essence et son identit&#233;. Et cela ne peut pas se faire en allant du haut vers le bas. ou, comme on dit, de mani&#232;re d&#233;ductive, parce qu'il nous manque encore la conviction de l'existence d'une valeur logique inconditionnelle et absolue.&#034; (Page 65.) - &#034;Le point de d&#233;part, c'est-&#224;-direle nom qui dans sa simple unit&#233; phon&#233;tique fut d'abord le centre de la recherche, devient finalement la limite extr&#234;me de la pens&#233;e, qui se place au terme de la recherche en en faisant consciemment l'expression d'un contenu d&#251; &#224; une pens&#233;e d&#233;lib&#233;r&#233;e. Alors les images concr&#232;tes, qui s'organisaient d'abord de mani&#232;re douteuse autour d'une d&#233;nomination vague, ne dominent plus la nouvelle synth&#232;se et sont contraintes de se dissoudre et de chercher un nouvel emplacement. Et seulement l'&#233;l&#233;ment nouveau qui est le fruit de la recherche. ou le contenu constant de l'objet d'enqu&#234;te trouv&#233; par induction, peut d&#233;terminer la coordination et la subordination dans lesquelles les images doivent exister c&#244;te &#224; c&#244;te. &#034; (Pages 66-67.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Lorsque j'ai &#233;crit pour la premi&#232;re fois ces aper&#231;us h&#226;tifs de la situation actuelle en Italie, je les ai r&#233;dig&#233;s plut&#244;t longuement. Plus tard, lorsque j'ai pr&#233;par&#233; ces lettres pour l'imprimeur, j'ai d&#233;cid&#233; de raccourcir ce plan. Car dans un avenir pas tr&#232;s lointain, j'ai l'intention de publier un autre essai, dans lequel j'aurai l'occasion de parler assez longuement des causes lointaines et des raisons imm&#233;diates de la situation actuelle de notre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. J'ai fait cette analyse, au moins de fa&#231;on sommaire, au d&#233;but de mon cours d'acad&#233;mie de 1897-98, consacr&#233; &#224; la chute de &#171; l'Ancien R&#233;gime &#187;. Afin d'expliquer l'&#233;volution catastrophique de la soci&#233;t&#233; capitaliste en France, il m'est venu &#224; l'esprit de le faire pr&#233;c&#233;der d'une description g&#233;n&#233;rale de ce que nous appelons la soci&#233;t&#233; moderne. Mais le d&#233;veloppement entrav&#233; ou retard&#233; de la vie italienne prive de nombreux Italiens d'une vision claire du monde capitaliste, et c'est pourquoi il m'a convenu de donner un expos&#233; pr&#233;cis des causes, des raisons et de la mani&#232;re dont se sont d&#233;velopp&#233;es les conditions actuelles en Italie. De nombreux socialistes italiens n'ont pas compris jusqu'&#224; r&#233;cemment que les obstacles au d&#233;veloppement capitaliste sont autant d'obstacles &#224; la formation d'une soci&#233;t&#233; prol&#233;tarienne capable d'action politique. Dans cette mesure, ils &#233;taient et restaient des utopistes, qu'ils le veuillent ou non. A cette &#233;poque, en d&#233;cembre 1897, je ne pouvais pas pr&#233;voir l'ouragan qui s'est d&#233;cha&#238;n&#233; en Italie en mai 1898. Mais cet ouragan m'a trouv&#233; au moins pr&#233;par&#233; &#8211; &#224; le comprendre. Et que puis-je faire d'autre dans certaines circonstances que comprendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. J'ai eu &#224; plusieurs reprises, depuis 1887 jusqu'&#224; nos jours, l'occasion de combattre par la parole et par l'&#233;crit les tentatives de r&#233;conciliation de l'Italie et du Vatican. Mais je n'ai jamais fait appel dans mes pol&#233;miques ni au mat&#233;rialisme, ni &#224; l'ath&#233;isme, etc., comme le font g&#233;n&#233;ralement les id&#233;ologues. J'ai toujours fait appel aux int&#233;r&#234;ts pratiques de notre bourgeoisie, qui, pour le dire en deux mots, ne peut se passer de deux choses &#224; la fois, &#224; savoir l'hymne de Garibaldi et la marche royale. L'impossibilit&#233; pratique d'un v&#233;ritable parti conservateur est l'un des traits caract&#233;ristiques de notre pays. Car pour conserver, il faudrait ici d&#233;truire. En outre, nos pr&#234;tres, aussi prosa&#239;ques que les autres Italiens, travaillent toujours pour un Royaume des Cieux sur terre, g&#232;rent des affaires comme des humanitaires tardifs et importent la th&#233;ologie, l'instruction sacr&#233;e, la d&#233;mocratie chr&#233;tienne et les tr&#233;sors confessionnels comme articles de luxe d'Allemagne et d'Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. &#171; L'Italie a besoin de progr&#232;s mat&#233;riel, moral et intellectuel. J'esp&#232;re que vous verrez une Italie dans laquelle la gestion arri&#233;r&#233;e de l'agriculture sera supplant&#233;e par la machinerie et la chimie &#224; grande &#233;chelle ; puissance de l'&#233;lectricit&#233;, qui seule peut suppl&#233;er &#224; notre manque de charbon, attel&#233;e aux cours sup&#233;rieurs des rivi&#232;res, ou peut-&#234;tre aux vagues de la mer et aux vents. J'attends le temps o&#249; vous ne verrez plus d'analphab&#232;tes. en Italie, et donc plus d'hommes qui ne sont pas des citoyens et de foules qui ne sont pas des gens. Vous serez peut-&#234;tre t&#233;moin et participerez &#224; une politique qui sera dirig&#233;e conform&#233;ment &#224; une compr&#233;hension d'une culture croissante et d'un pouvoir &#233;conomique croissant, au lieu de cela. des alliances basses et des entreprises fantastiquement aventureuses qui se terminent par des actes de prudence qui semblent vils. &#8211; C'est ainsi que j'ai parl&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re, dans mon discours inaugural &#224; l'Universit&#233; de Rome, le 14 novembre, en m'adressant aux &#233;tudiants. Ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces paroles qui ont fait tant de bruit. Voir &#171; L'Universit&#233; et la libert&#233; de la science &#187;, Rome, 1897, page 50.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Bernstein a r&#233;cemment &#233;crit avec une grande habilet&#233; quelques articles ing&#233;nieux dans le NEUE ZEIT sur l'utopisme latent chez certains marxistes. Et beaucoup de ceux &#224; qui cette chaussure convenait se sont peut-&#234;tre demand&#233;s : &#171; Est-ce que cela me concerne ? (Quand j'&#233;crivais ceci en 1897, je n'aurais jamais imagin&#233; que ce Bernstein, dont je louais la critique simplement dans la mesure o&#249; c'&#233;tait une critique, serait port&#233; dans le monde entier comme le plus grand exemple de r&#233;formiste, par les vendeurs de la &#171; crise &#187;. du marxisme.&#034; &#8211; Note &#224; la nouvelle &#233;dition.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. La multiplication des centres de production et la complexit&#233; des interrelations qui en r&#233;sulte ont &#233;galement conduit &#224; une &#233;volution des crises commerciales. A la place des spasmes p&#233;riodiques qui, &#224; l'&#233;poque de Marx, survenaient tous les dix ans dans l'exemple typique de l'Angleterre, nous avons aujourd'hui un &#233;tat de d&#233;pression diffus et chronique. Cela a &#233;t&#233; transform&#233; en un argument de poids par ceux qui combattent l'id&#233;e des catastrophes. En bref, ils tentent de faire du marxisme une th&#233;orie responsable des erreurs de pr&#233;vision et de calcul que Marx &#233;tait susceptible de commettre parce qu'il vivait dans un certain environnement limit&#233; par l'espace, le temps et les circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. D'une de ces lettres nous n'avons que des fragments par indirection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Pour plus d'informations sur ce point, voir les citations &#224; la fin de mon essai sur le &#171; Mat&#233;rialisme historique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transcrit pour les archives Internet Marx/Engels en 1997 par Rob Ryan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ANNEXE I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POST-SCRIPT DE L'AUTEUR &#192; L'&#201;DITION FRAN&#199;AISE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frascati (Rome), 10 septembre 1898.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si Sorel n'a donn&#233; aucun signe de reprise jusqu'&#224; pr&#233;sent, il se peut qu'il le fasse encore. Cependant, j'ai de bonnes raisons de craindre qu'il prenne une route tout autre que celle &#224; laquelle je m'attendais s'il recommen&#231;ait, puisqu'il parle maintenant de sa crise du socialisme scientifique (voir son article dans Critica Sociale , 1er mai 1898, pages 134-138), qu'il &#233;crit en r&#233;f&#233;rence aux m&#234;mes publications de Merlino, qu'il avait si s&#233;v&#232;rement critiqu&#233;es l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, dans Le Devenir Social (octobre 1897, pages 854-858).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'il reprenne ou non la discussion des probl&#232;mes g&#233;n&#233;raux que j'ai trait&#233;s dans les lettres qui lui pr&#233;c&#232;dent, je me sens oblig&#233; de pr&#233;ciser ici, afin d'&#233;viter tout malentendu et de pr&#233;server le lecteur des erreurs, que je ne le ferai pas. suivez-le dans ses &#233;lucubrations immatures et pr&#233;matur&#233;es sur la th&#233;orie de la valeur (dans le Journal des Economistes , Paris, 15 mai 1897 ; Sozialistische Monatatshefte , Berlin, ao&#251;t 1897, Giornale degli Economisti , Rome, juillet 1898). Sans entrer dans le m&#233;rite de ces &#233;lucubrations, ce qui ne peut se faire en passant ou comme passe-temps, je tiens &#224; dire que je n'ai pas envie de partager la compagnie ind&#233;finie de Sorel simplement pour le plaisir d'&#234;tre cit&#233; parmi les exemples. pour une crise du marxisme (Voir Th. Masarky, Die Krise des Marxismus , Vienne, 1898, traduction fran&#231;aise dans la Revue de Sociologie , juillet 1898, o&#249; Sorel est cit&#233; &#224; l'appui de cette pr&#233;cieuse d&#233;couverte litt&#233;raire). &#192; mon avis, il y a beaucoup de personnages dramatiques dans cette pr&#233;tendue crise, qui soit n'ont pas tr&#232;s bien appris leurs r&#233;pliques, soit ont peur de les apprendre, soit les r&#233;citent mis&#233;rablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me r&#233;serve que je dois faire aussi &#224; l'&#233;gard de Croce, et je la fais avec une certaine insistance, en ce qui concerne son m&#233;moire sur L'interpr&#233;tation et la critique de quelques concepts du marxisme , publi&#233; &#224; Naples, en 1897, et reproduit dans Le Devenir Sociale , tome IV, f&#233;vrier et mars 1898.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que cet ouvrage soit cens&#233; &#234;tre une revue libre de mon Socialisme et philosophie (comme le dit l'auteur lui-m&#234;me &#224; la page 3), le fait est qu'outre quelques observations utiles sur les m&#233;thodes historiques et quelques remarques sagaces sur la tactique politique, il contient des &#233;nonc&#233;s th&#233;oriques. , qui n'ont rien &#224; voir avec mes publications et mes opinions, mais qui leur sont plut&#244;t diam&#233;tralement oppos&#233;es . Dois-je maintenant m'engager officiellement dans une pol&#233;mique explicite contre l'ensemble de cette th&#232;se, qui m&#233;rite d'&#234;tre lue pour tant d'autres raisons ? Mais pourquoi devrais-je le faire ? A quoi cela servirait-il ? Je laisse volontiers au libre critique jouir de sa libert&#233; d'opinion, pourvu qu'elle ne passe pas aux yeux du lecteur pour un compl&#233;ment de ma part, et en outre comme un compl&#233;ment approuv&#233; par moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, je ne peux me limiter &#224; la r&#233;serve g&#233;n&#233;rale, qui suffit dans le cas de Sorel. Je dois plut&#244;t aborder quelques points de critique g&#233;n&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe sans plus attendre sur les distinctions subtiles et scolastiques sur lesquelles Croce insiste, comme celle entre science pure et science appliqu&#233;e , homme &#233;conomique et homme moral , &#233;go&#239;sme et utilit&#233; , ce que nous sommes et ce que nous devrions &#234;tre , etc., parce qu'un la tol&#233;rance &#224; l'&#233;gard de la scolastique traditionnelle fait largement partie de ma profession. Cette scolastique peut servir &#224; donner &#224; la candeur de la jeunesse sa premi&#232;re formation, mais elle n'est jamais une science compl&#232;te et concr&#232;te. Comment l'astronome pourra-t-il jamais emp&#234;cher les gens de dire que le soleil se l&#232;ve et se couche ? Je pourrais me r&#233;f&#233;rer &#224; un autre cas similaire en logique et &#224; peu pr&#232;s conforme &#224; celui-ci, trait&#233; dans les chapitres VI et VIII de mon essai sur le mat&#233;rialisme historique . J'y ai montr&#233; &#233;tape par &#233;tape que les &#233;l&#233;ments indispensables comme mat&#233;riau pour la cognition exp&#233;rimentale et directe se transforment &#224; un moment donn&#233; en aspects ou en parties d'une combinaison mentale complexe, selon le cas. Mais, pour plus de clart&#233;, comment un homme dont l'esprit est encore plong&#233; dans une logique si &#233;troite de premi&#232;re cognition exp&#233;rimentale peut-il entreprendre de s'attaquer au probl&#232;me du marxisme, qui se situe au-dessus de distinctions aussi vulgaires, ou, pour &#234;tre poli envers nos adversaires, pr&#233;tend se tenir au-dessus d'eux ? N'est-ce pas un combat &#224; armes trop in&#233;gales ? Je voudrais inviter Croce &#224; essayer son art de la critique dans un autre domaine, &#224; lire de mani&#232;re critique certains trait&#233;s sur l'Energitica , par exemple le r&#233;cent de Helm, &#224; laisser Helmholtz, R. Mayer et d'autres hommes aller au diable, et restaurer l'honneur et l'adoration du bon sens pour lequel la lumi&#232;re brille toujours et la chaleur est toujours chaude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'o&#249; Croce vient-il l'id&#233;e &#8211; et cela lorsqu'il s'agit de Marx &#8211; qu'en dehors des diff&#233;rentes &#233;conomies qui se sont succ&#233;d&#233;es dans l'histoire, dont l'&#233;conomie de l'industrie capitaliste est un cas particulier (mais, bien entendu, le seul cas qui ait autant d'importance) ? jusqu'ici produit sa th&#233;orie, repr&#233;sent&#233;e par de nombreuses &#233;coles et &#233;coles d'&#233;coles), il existe une &#233;conomie pure , qui &#233;claire d'elle-m&#234;me et explique tous ces cas, ou disons, toutes ces formes d'exp&#233;rience prosa&#239;que ? Un animal en soi , en dehors des animaux visibles et palpables ? Et quel est le contenu de cette &#233;conomie de l'homme surhistorique et sursocial, qui devient plus g&#234;nant que tous les surhommes de la litt&#233;rature et de la philosophie ? S'agit-il peut-&#234;tre d'une doctrine nue des besoins et des app&#233;tits, bas&#233;e uniquement sur l'environnement naturel, mais sans aucune exp&#233;rience du travail, sans outils et sans interrelations pr&#233;cises entre la vie commune et la soci&#233;t&#233; ? Cette conjecture pourrait probablement passer pour une explication de la psychologie de la vie pr&#233;historique. Mais non, cette &#233;conomie de l'homme en lui-m&#234;me est cens&#233;e &#234;tre perp&#233;tuelle et toujours existante. Et c'est ici que je me perds. Par exemple, il nous dit &#224; la page 19 : &#171; Je m'en tiens fermement &#224; la construction &#233;conomique du principe h&#233;doniste, &#224; l'utilit&#233; marginale , &#224; l'utilit&#233; finale, et enfin &#224; l'explication &#233;conomique du profit sur le capital comme d&#233;coulant de diff&#233;rents degr&#233;s d'utilit&#233; du pr&#233;sent. et l'avenir . Mais cela ne supprime pas la n&#233;cessit&#233; d'une explication sociologique des profits sur le capital. Et cette explication, avec d'autres de m&#234;me nature, ne peut &#234;tre trouv&#233;e autrement que par celle dans laquelle Marx la cherchait. &#187; Mon ami Croce est un gar&#231;on assez insatiable, et pour cette raison il peut para&#238;tre plut&#244;t capricieux &#224; ceux qui ne le connaissent pas. Il avale en un mois tout un syst&#232;me d'&#233;conomie, un syst&#232;me qui pr&#233;tend embrasser toutes les connaissances &#233;conomiques. Ce syst&#232;me est d'ailleurs assez connu en Italie, o&#249; il a des repr&#233;sentants &#233;minents, et m&#234;me quelques-uns qui l'ont continu&#233; et perfectionn&#233;, comme Barone, qui, pr&#233;tend-on, a &#233;labor&#233; la th&#233;orie de la r&#233;partition . En affirmant sa confession de foi, qui ne peut qu'&#234;tre pleine de joie, puisqu'elle est h&#233;doniste, il lance un appel particulier &#224; l'admiration en d&#233;clarant qu'il accepte l' explication &#233;conomique.(il ne pourrait pas s'agir d'autre chose qu'&#233;conomique) du &#171; profit sur le capital r&#233;sultant de diff&#233;rents degr&#233;s d'utilit&#233; des biens pr&#233;sents et futurs &#187;. Et maintenant, autant dire que Marx &#233;tait ignorant et perdait son temps, alors qu'il consacrait tant d'efforts &#224; ses recherches sur l'origine, la production et la r&#233;partition de la plus-value, qu'il regardait dans une tout autre direction que Croce. Car c'est l&#224;, en derni&#232;re analyse, la contribution essentielle et sp&#233;cifique de Marx &#224; l'&#233;conomie en tant que critique et innovateur. La formule b&#233;nie du MM', c'est-&#224;-dire de l'argent rendu avec plus d'argent, &#233;tait pour ainsi dire l'id&#233;e fixe dans l'esprit de l'explorateur Marx, le pivot de toute sa recherche. Or Croce, apr&#232;s avoir fait sa confession de foi en h&#233;doniste convaincu, se comporte comme un homme qui a mang&#233; et bu &#224; sa faim et qui veut manger et boire encore en se tournant vers Marx &#224; la recherche d'une th&#233;orie sociologique qui devrait compl&#233;ter l'autre. celui-l&#224;, que Croce accepte de mani&#232;re si ferme et d&#233;cisive. Bien s&#251;r, Marx ne peut pas lui dire autre chose que ceci : &#034;Poursuivez au diable votre viande h&#233;doniste. Ne me posez pas de questions sur de telles absurdit&#233;s. Je ne peux vous proposer que le contraire.&#034; En fait, Croce est oblig&#233; d'inventer un Marx plus ou moins diff&#233;rent du vrai, pour avoir un Marx dont les principes semblent conciliables avec ceux indiscutables de l'h&#233;donisme. En parlant de la mani&#232;re dont Marx &#171; pourrait r&#233;ussir &#224; d&#233;couvrir et &#224; d&#233;finir l'origine sociale du profit, ou plus-value &#187;, il &#233;crit la phrase suivante : &#171; La plus-value, dans l'&#233;conomie pure, est un terme d&#233;nu&#233; de sens, car le Le terme lui-m&#234;me le montre, puisque la plus-value est une extra-valeur et sort du domaine de l'&#233;conomie. Mais elle a un sens, et n'est pas absurde, en tant que concept de distinction faite en comparant une soci&#233;t&#233; avec une autre, un fait avec un autre. ou deux hypoth&#232;ses l'une avec l'autre.&#034; Et puis il ajoute dans une note : &#171; Je r&#233;pare une erreur que j'ai commise dans un de mes pr&#233;c&#233;dents essais, dans lequel, tout en disant avec raison que la plus-value n'est pas un concept purement &#233;conomique, je la d&#233;finissais en outre de mani&#232;re inexacte comme une notion morale. Et j'aurais plut&#244;t d&#251; dire, comme je le dis maintenant, que la plus-value est un concept de diff&#233;rence entre la sociologie &#233;conomique et l'&#233;conomie appliqu&#233;e, et non la morale pure, qui n'a rien &#224; voir avec cela et n'a aucun r&#244;le. dans toute l'analyse de Marx. &#187; Je conseillerais &#224; Croce, lorsqu'il r&#233;digera son troisi&#232;me m&#233;moire, d'avouer qu'il pourrait r&#233;parer sa premi&#232;re erreur, car il s'agissait au moins d'une g&#233;n&#233;ralisation d'une opinion commun&#233;ment d&#233;fendue par le socialisme vulgaire, &#224; savoir que la plus-value est la chose, contre quoi les exploit&#233;s protestent ; mais qu'il n'a aucune excuse pour sa seconde erreur, car il n'est plus capable de d&#233;chiffrer ses propres pens&#233;es. Et cela n'est pas seulement vrai parce qu'il confond continuellement le profit. les int&#233;r&#234;ts et la plus-value,mais parce qu'il suppose &#224; plus d'un endroit qu'il existe une chose telle queune soci&#233;t&#233; de travail comme forme en soi . (peut-&#234;tre par diff&#233;rence avec une soci&#233;t&#233; de saints au paradis ? Et il dit : &#171; Marx comparait la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; une de ses parties, isol&#233;e et &#233;lev&#233;e &#224; une existence ind&#233;pendante ; en d'autres termes, il comparait la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; une soci&#233;t&#233; &#233;conomique en elle-m&#234;me. &#187; (mais seulement dans la mesure o&#249; il s'agit d'une soci&#233;t&#233; de travail). &#187; Et il continue : &#171; L'&#233;conomie marxiste est celle qui &#233;tudie la soci&#233;t&#233; de travail abstraite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si quelqu'un ressentait le besoin de se lib&#233;rer du maudit bacille m&#233;taphysique, responsable de tels arguments, je lui recommanderais comme rem&#232;de de lire, non pas les pol&#233;miques des &#233;conomistes, pas m&#234;me celles de l'Allemagne, mais qui ont &#233;crit leurs critiques sur les &#339;uvres de Dietzel, car celles-ci peuvent para&#238;tre douteuses, mais sur la Logique de Wundt (Vol. II, Partie II, pages 499-533). Dans cette Logique , vous constaterez d'ailleurs, sur d'autres pages que celles qui viennent d'&#234;tre cit&#233;es, que la plus-value est justement utilis&#233;e comme illustration d'un cas typique de loi sociale. Le croiriez-vous ! Et Wundt n'est particuli&#232;rement tendre ni envers les sociologues, ni envers les soi-disant lois sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, cette &#233;conomie dite pure, comme on l'appelle en Italie, qui est toujours le pays de l'accent ou de l'exag&#233;ration, ou cette m&#233;thode de recherche et de syst&#233;matisation, qui s'est d&#233;velopp&#233;e sur les bases faibles, inconnues ou oubli&#233;es pos&#233;es par Gossen. , Walrass et Jevons, et est maintenant vulgairement connue sous le nom d'&#233;cole autrichienne, n'est qu'une vari&#233;t&#233; d'interpr&#233;tations th&#233;oriques des m&#234;mes faits empiriques de la vie &#233;conomique moderne qui ont toujours &#233;t&#233; l'objet d'&#233;tude de tant d'autres &#233;coles. Elle se distingue de l'&#233;cole classique (qui n'&#233;tait pas si anti-historique que certains voudraient nous le faire croire, et comme le montre R. Sch&#252;ler dans son ouvrage Die klassische National&#246;konomie , Berlin, 1895) par une plus grande tendance &#224; l'abstraction et &#224; la g&#233;n&#233;ralisation. Il s'efforce de rendre plus &#233;videntes les &#233;tapes psychologiques qui accompagnent les processus et les relations &#233;conomiques. Il utilise et abuse des exp&#233;dients math&#233;matiques. Il n'est pas enti&#232;rement superhistorique, m&#234;me s'il met souvent en sc&#232;ne des personnages comme Robinson Cruso&#233;, qu'il tente ensuite de cacher sous le couvert d'une subtile psychologie individualiste. En fait, elle est si peu surhistorique qu'elle pr&#233;suppose de l'histoire r&#233;elle deux concepts et les fa&#231;onne dans des extr&#234;mes th&#233;oriques, &#224; savoir la libert&#233; de travailler et la libert&#233; de concurrence, qui ont &#233;t&#233; pouss&#233;es &#224; leur maximum comme hypoth&#232;ses. C'est pour cela qu'elle est palpable, compr&#233;hensible et discutable sur les points qu'elle cherche &#224; faire valoir, car elle peut se confronter aux exp&#233;riences dont elle est souvent une interpr&#233;tation forc&#233;e et unilat&#233;rale. Le grand public fran&#231;ais a d&#233;sormais l'occasion de lire une explication claire et compl&#232;te de la th&#233;orie de la valeur de cette &#233;cole dans le livre d'E. Petit, Etude critique des diff&#233;rentes th&#233;ories de la valeur , Paris, 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; Croce, je ne sais comment cacher mon &#233;tonnement devant son ridicule &#224; l'&#233;gard d'Engels, qui parle de la science &#233;conomique comme &#233;tant historique dans un endroit et comme th&#233;orique dans un autre. Pour ceux qui s'accrochent aux mots, il suffira de dire que l' historique , tel qu'appliqu&#233; dans ce cas, est &#224; l'oppos&#233; de l'id&#233;e fixe et immuable de la nature (telles que les fameuses lois naturelles de l'&#233;conomie vulgaire), et que le th&#233;orique est utilis&#233; comme &#224; l'oppos&#233; de la m&#233;thode de connaissance grossi&#232;rement descriptive et empirique. Mais ce n'est pas tout. Toute th&#233;orie n'est qu'une pr&#233;sentation plus ou moins parfaite des conditions relatives de certains faits, qui apparaissent homog&#232;nes, conciliables et li&#233;s dans n'importe quel domaine de la connaissance. Mais tous ces diff&#233;rents groupes sont des &#233;l&#233;ments d'un processus de d&#233;veloppement. Or, si un physiologiste, apr&#232;s avoir expliqu&#233; la th&#233;orie physique et m&#233;canique de la respiration pulmonaire, devait conclure en disant que la respiration ne d&#233;pend pas exclusivement des poumons, et que les poumons eux-m&#234;mes ne sont qu'un produit particulier dans l'histoire g&#233;n&#233;rale de la croissance des organismes, voudriez-vous tra&#238;ner ce physiologiste comme accus&#233; devant le tribunal d'une autre science pure , par exemple devant le tribunal de la physiologie la plus pure , qui &#233;tudie l'entit&#233; m&#233;taphysique La vie au lieu des &#234;tres vivants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, Croce reproche &#224; plusieurs reprises &#224; Marx de ne pas avoir &#233;tabli de points de relation entre sa m&#233;thode et les concepts de l'&#233;conomie pure, afin de montrer &#171; par un expos&#233; m&#233;thodique que les faits apparemment les plus diff&#233;rents du monde &#233;conomique sont en fin de compte gouvern&#233;e par la m&#234;me loi, ou, ce qui revient au m&#234;me, que cette loi se manifeste de diff&#233;rentes mani&#232;res en passant par diff&#233;rentes organisations sans aucun changement de sa part, car autrement le mode et le crit&#232;re de l'explication elle-m&#234;me manqueraient. Si Marx &#233;tait en mesure de r&#233;pondre &#224; cela, il ne saurait que dire. Cela d&#233;passe Marx. Il ne s'agit m&#234;me plus de g&#233;n&#233;ralisations abstraites de l'&#233;cole h&#233;doniste, telles qu'elles sont couramment utilis&#233;es dans les processus l&#233;gitimes d'abstraction et d'isolement de toutes les sciences qui cherchent &#224; d&#233;river des principes &#224; partir d'une base empirique. Nous nous trouvons ici en pr&#233;sence d'une loi &#233;conomique qui prend pour ainsi dire l'apparence d'une entit&#233; et traverse myst&#233;rieusement les diff&#233;rentes phases de l'histoire, pour qu'elles n'aient pas &#224; se s&#233;parer. C'est le pur possible , qui s'av&#232;re en r&#233;alit&#233; &#234;tre : le v&#233;ritable impossible . D&#252;hring est un arri&#232;re, m&#234;me s'il est parfois d&#233;fendu par Croce. Il s'agit ici de retrouver des difficult&#233;s dans la conception pr&#233;liminaire de tout probl&#232;me scientifique qui excluent de la compr&#233;hension non seulement Marx, mais les trois quarts de la pens&#233;e contemporaine. La logique formelle de la m&#233;moire b&#233;nie devient l'arbitre de la connaissance. Rappelons cependant que Port-Royal &#171; Logic &#187; avait autrefois une vente &#233;tendue dans toute la France. Vous partez d'un concept de plus grande extension et de plus petit contenu, et au moyen de notations m&#233;caniquement augment&#233;es, vous arrivez &#224; un concept de plus petite extension et de plus grand contenu. Alors, si nous sommes confront&#233;s &#224; un processus r&#233;el, tel que le passage des invert&#233;br&#233;s aux vert&#233;br&#233;s, ou du communisme primitif &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la terre, ou des racines de mots indiff&#233;renci&#233;es aux verbes et noms diff&#233;renci&#233;s dans les groupes aryen et s&#233;mitique, nous ne consid&#233;rons ces faits comme le r&#233;sultat d'un processus lent et r&#233;el de d&#233;veloppement r&#233;el, mais nous recourons &#224; un concept agr&#233;able et pr&#233;con&#231;u et &#233;crivons par une m&#233;thode facile de notation d'abord un a, puis un a', puis un a'', et un a''' puis un a'''' et ainsi de suite, et tout sera beau. Je pense que cela fera l'affaire sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ainsi les affirmations quelque peu bizarres suivantes : La soci&#233;t&#233; &#233;tudi&#233;e par Marx dans Le Capital &#171; est une soci&#233;t&#233; id&#233;ale et sch&#233;matique, d&#233;duite de quelques hypoth&#232;ses, qui n'auraient peut-&#234;tre finalement pas &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es au cours de l'histoire &#187; (page 2). ). Marx devient ici l'illustrateur th&#233;orique d'une sorte d'utopie. Puis nous lisons &#224; la page 4 que &#171; Marx a assum&#233; en dehors du camp de la th&#233;orie &#233;conomique pure une proposition qui revient &#224; la fameuse &#233;galit&#233; de la valeur et du travail &#187;. En effet, o&#249; l'a-t-il obtenu ? L'a-t-il trouv&#233;, peut-&#234;tre, comme certains le disent, en &#171; poussant jusqu'&#224; ses derni&#232;res cons&#233;quences une conception assez malheureuse de Ricardo ? Ce Ricardo devrait &#234;tre rapidement exclu de l'histoire des sciences, car il n'a pas trouv&#233; un terme plus heureux. A un autre endroit (page 20, note de bas de page), Croce conteste Pantaleoni, car cet &#233;crivain &#171; combat B&#246;hm-Bawerk et lui demande o&#249; l'emprunteur de capitaux obtient l'argent pour payer les int&#233;r&#234;ts &#187;. Pantaleoni dit en effet &#224; la page 301 de ses Principii di Economia Politica : &#171; La cause g&#233;n&#233;ratrice de l'int&#233;r&#234;t se trouve dans la productivit&#233; du capital en sa qualit&#233; de facteur suppl&#233;mentaire dans un processus technique lucratif exigeant un certain temps, et non dans la vertu du temps. qui laisserait les choses telles qu'elles les ont trouv&#233;es. &#187; Ici, et tout au long d'un chapitre entier, Pantaleoni r&#233;p&#232;te, &#224; la mani&#232;re propre &#224; son &#233;cole et dans son propre style, cette explication de l'int&#233;r&#234;t par la productivit&#233; du capital (argent) , qui sortit vainqueur d&#232;s le XVIIe si&#232;cle des controverses avec les moralistes et les canonistes et prend pour la premi&#232;re fois sa forme &#233;conomique &#233;l&#233;mentaire &#224; Barbon et Massey. C'est la seule explication que l'&#233;conomiste puisse donner, jusqu'&#224; ce que la productivit&#233; du capital, qui appara&#238;t &#233;vidente &#224; premi&#232;re vue, soit elle-m&#234;me devenue un objet d'analyse. C'est ce que Marx a ensuite transpos&#233; dans la formule plus g&#233;n&#233;rale et le principe g&#233;n&#233;tique de la plus-value. Dans ce m&#234;me chapitre, Pantaleoni s'engage dans une pol&#233;mique habile contre B&#246;hm-Bawerk, qui, s'adressant &#224; Croce, &#171; donne une explication ( &#233;conomique ) du profit sur le capital comme d&#233;coulant des diff&#233;rents degr&#233;s d'utilit&#233; des biens pr&#233;sents et futurs &#187;. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;aliseriez-vous pour votre passe-temps la farce id&#233;ologique suivante : supposer d'un c&#244;t&#233; l'attente l&#233;gitime du cr&#233;ancier et de l'autre la promesse honn&#234;te du d&#233;biteur ? Mettez en &#233;vidence ces deux attributs psychologiques, qui parlent si bien de l'excellence de leur esprit. Supposons alors que le cr&#233;ancier et le d&#233;biteur soient tous deux des hommes &#233;conomiques aussi parfaits qu'on doit le pr&#233;sumer apr&#232;s &#234;tre n&#233;s avec la marque de Gossen grav&#233;e sur leur cerveau. [2] Ajoutez ensuite la notion de temps abstrait .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir ainsi constitu&#233; la Sainte Trinit&#233; de l'attente, de la promesse et du temps, attribuez-lui le pouvoir de se convertir en ce plus de valeur qui doit &#234;tre contenu, par exemple, dans les bottes produites avec l'argent emprunt&#233;. Car l'emprunteur, s'il veut payer sa dette avec int&#233;r&#234;ts, doit mourir de faim, &#224; moins qu'il ne puisse lui-m&#234;me gagner quelque chose gr&#226;ce &#224; la transaction. Mais cela met un frein &#224; la science. En r&#233;alit&#233;, le temps, en &#233;conomie comme dans la nature, n'est qu'une mesure d'un processus. En &#233;conomie notamment, c'est une mesure des processus de production et de circulation (en d'autres termes, et en derni&#232;re analyse, une mesure du travail). Et le temps n'est aussi une mesure int&#233;ressante que dans la mesure o&#249; il entre ainsi dans l'&#233;conomie. Un temps qui agit comme une cause r&#233;elle comme le temps en soi est une cr&#233;ature de la mythologie. (Sur les survivances mythiques dans la repr&#233;sentation du temps, lire Zeit und Weile dans Ideale Fragen of Lazarus, Berlin, 1878, pages 161-232). Si nous devons revenir &#224; la mythologie, pla&#231;ons alors ce tr&#232;s ancien Kronos , que le peuple grec ordinaire confondait avec chronos (le temps), sur son tr&#244;ne c&#233;leste au-dessus du mont Olympe. Et si les attentes, les promesses et les espoirs sont &#224; eux seuls les v&#233;ritables causes des faits &#233;conomiques, alors adonnons-nous sans r&#233;serve &#224; la magie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit par inadvertance, soit au moyen d'une forme litt&#233;raire bizarre, il semble que Croce se heurte &#224; la magie lorsqu'il &#233;crit &#224; la page 16 : &#171; Et si dans l'hypoth&#232;se de Marx les marchandises apparaissent comme de la gel&#233;e de travail ou du travail cristallis&#233;, pourquoi ne pourraient-elles pas ils apparaissent dans une autre hypoth&#232;se comme une gel&#233;e de besoins, comme des quantit&#233;s de besoins cristallis&#233;s ? Dieux sacr&#233;s ! Marx n'&#233;tait pas exactement un mod&#232;le de ce que l'on pourrait appeler la diction classique, notamment en ce qui concerne la plasticit&#233;, la transparence et la continuit&#233; de ses illustrations. Marx &#233;tait un scientifique. Mais ses illustrations, bien que souvent bizarres, ne sont jamais fantaisistes ou fac&#233;tieuses, et elles disent toujours quelque chose de profond&#233;ment r&#233;aliste. Si vous r&#233;p&#233;tez cette illustration de la gel&#233;e, ou de la p&#226;te, qui d'ailleurs n'a rien de sacramentel ni d'obligatoire, au premier cordonnier que vous rencontrerez, il vous dira aussit&#244;t qu'il la comprend, et il pourra vous r&#233;f&#233;rer &#224; ses mains calleuses, courb&#233;es en arri&#232;re et au front en sueur et affirme que les bottes qu'il produit contiennent une partie de lui-m&#234;me, son &#233;nergie m&#233;canique dirig&#233;e par sa volont&#233; selon un plan pr&#233;con&#231;u, que son activit&#233; c&#233;r&#233;brale ex&#233;cute pendant qu'il est occup&#233; &#224; son travail. travail. Mais jusqu'&#224; pr&#233;sent, seuls les sorciers ont cru, ou ont fait semblant de croire, que nous pouvons transf&#233;rer une partie de nous-m&#234;mes vers une marchandise par de simples souhaits, que cette marchandise soit produite ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychologie ne supportera aucune bagatelle. Je n'entreprendrais pas de dire en termes simples quelle part de cela devrait entrer dans les hypoth&#232;ses de l'&#233;conomie politique. Mais je suis au moins certain que la plupart des concepts psychologiques que les h&#233;donistes et d'autres recherchent en &#233;conomie ont un air d'&#234;tres l&#224; expr&#232;s pour aveugler les imprudents, un certain air d'&#234;tre pens&#233;s, pas r&#233;ellement d&#233;couverts, un certain air d'avoir &#233;t&#233; pens&#233;s et non r&#233;ellement d&#233;couverts. &#233;t&#233; import&#233; d'une terminologie vulgaire, sans &#233;volution critique. C'est un autre cas o&#249; l'on r&#233;p&#232;te que l'artisan doit se tourner vers ses outils. Et je sais en outre que toute la gamme de la psychologie humaine s'&#233;tend du d&#233;sir au travail, comme dans le cas particulier de la soif, qui est un d&#233;sir de boire, qu'un b&#233;b&#233; n'associe pas encore &#224; l'id&#233;e de l'eau, sans parler des mouvements n&#233;cessaires pour se le procurer, tandis qu'un travailleur pr&#233;voyant dot&#233; d'une volont&#233; et d'un intellect m&#251;rs, une volont&#233; dans laquelle l'exp&#233;rience et l'imagination, l'imitation et l'invention se combinent, creuse un puits ou ouvre une source. C'&#233;tait le d&#233;faut de la psychologie vulgaire d'avoir tent&#233; de r&#233;duire cette formation vivante &#224; un squelette sec, et pourtant les &#233;conomistes de nos jours montrent encore une grande pr&#233;f&#233;rence pour la m&#234;me chose dans leurs &#233;lucubrations particuli&#232;res. La psychologie du travail , qui serait le couronnement du d&#233;terminisme, reste &#224; &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi servira ce post-scriptum ? se demanderont peut-&#234;tre certains lecteurs. Juste ceci : je ne suis pas le porteur du bouclier de Marx, je suis ouvert &#224; toutes les critiques, je suis moi-m&#234;me critique dans tout ce que je dis, et donc je n'oublie pas la phrase selon laquelle comprendre signifie surmonter . Mais je suis dispos&#233; &#224; ajouter que pour vaincre, il faut avoir compris .&lt;br class='autobr' /&gt;
PR&#201;FACE DE L'AUTEUR &#192; L'&#201;DITION FRAN&#199;AISE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 31 d&#233;cembre 1898.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce petit livret, comme le montre &#233;galement le post-scriptum, devait para&#238;tre &#224; Paris en septembre de cette ann&#233;e. Des causes accidentelles ont retard&#233; sa publication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps Sorel s'est livr&#233; corps et &#226;me &#224; la crise du marxisme , la traite, l'expose, la commente avec enthousiasme partout o&#249; il en a l'occasion, par exemple dans la Revue Parlementaire du 10 d&#233;cembre, pages 597-612 (o&#249; il transforme cette crise en crise du socialisme ) et dans la Rivista Critica del Socialismo , Rome, num&#233;ro I, pages 9-21. Et il l'&#233;tablit et le canonise encore davantage dans sa pr&#233;face aux Formes et Essence du Socialisme de Merlino . Nous sommes finalement menac&#233;s d'un congr&#232;s de s&#233;cessionnistes r&#233;fl&#233;chis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; &#233;videmment une guerre de la Fronde devant nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que devais-je faire ? Tout recommencer ? &#201;crire un anti-Sorel apr&#232;s avoir &#233;crit un avec-Sorel ? Je n'ai pas c&#233;d&#233; &#224; la tentation. Il est vrai que j'avais nomm&#233; ma composition d'un maquillage un peu insolite Discours. Mais l'homme parle quand il en a envie, et non quand on le lui commande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je demande simplement au lecteur de regarder les dates de ces lettres, ou de ces petites monographies en style libre, que j'ai adress&#233;es &#224; Sorel. Ces dates vont du 20 avril au 15 septembre 1897. J'&#233;crivais &#224; ce Sorel. pas &#224; ce nouveau. Je m'adressais au vieux Sorel, que j'avais connu dans les pages du Devinir Social , qui m'avait pr&#233;sent&#233; aux lecteurs fran&#231;ais en qualit&#233; de marxiste, qui m'avait envoy&#233; des lettres pleines de belles observations et d'int&#233;ressantes r&#233;flexions critiques. Il est vrai qu'il &#233;tait plein de doutes et semblait parfois impr&#233;gn&#233; d'un esprit de frondeur , mais lorsque j'&#233;crivais avec un esprit tourn&#233; vers lui, je ne pensais pas, en 1897, qu'il deviendrait si prochainement le h&#233;raut de une guerre de s&#233;cession . Oh, comme cela fera plaisir aux petites lumi&#232;res de l'intellectualisme, ou &#224; ceux qui ont besoin d'un t&#233;moignage pour prouver qu'ils ne sont pas des l&#226;ches ! Sorel nous laisse au moins une petite lueur d'espoir lorsqu'il &#233;crit : &#171; Moi et quelques amis nous efforcerons d'exploiter les tr&#233;sors de r&#233;flexion et d'hypoth&#232;ses rassembl&#233;s par Marx dans ses livres. une &#339;uvre de g&#233;nie rest&#233;e inachev&#233;e.&#034; ( Revue Parlementaire , m&#234;me num&#233;ro, page 612). Eh bien, il y a donc bien des augures pour la nouvelle ann&#233;e, qui commence demain, dans cette &#339;uvre de sauvetage b&#233;nigne et pitoyable, dont d'ailleurs ni moi ni bon nombre d'autres comme moi n'avons besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;prouve aucune rancune, mais je ne peux certainement pas m'emp&#234;cher d'&#233;prouver une certaine mortification. En proposant ces pages d'une composition peu conventionnelle au public de lecture fran&#231;ais, je crains que des lecteurs intelligents &#8211; et la France en compte plus en abondance que tout autre pays &#8211; ne me disent : Vous &#234;tes un causeur assez supportable, mais un tr&#232;s mauvais professeur. . Vous ouvrez votre dialogue didactique avec un ami comme un &#233;rudit, et voil&#224; que cet ami court de l'autre c&#244;t&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas, monsieur Sorel ? Eh bien, accommodons tous les partis. Ce dialogue n'a &#233;t&#233; qu'un monologue. J'aurais aim&#233; qu'il en soit autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PR&#201;FACE DE G. SOREL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AUX ESSAIS SUR LA CONCEPTION MAT&#201;RIALISTE DE L'HISTOIRE,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Antonio Labriola, Traduction fran&#231;aise, Paris, Giard et Bri&#232;re 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme contemporain pr&#233;sente un caract&#232;re d'originalit&#233; qui a frapp&#233; tous les &#233;conomistes. Il doit ce caract&#232;re au fait qu'il s'inspire des id&#233;es &#233;nonc&#233;es par Karl Marx sur le mat&#233;rialisme historique . Partout o&#249; ces id&#233;es ont profond&#233;ment p&#233;n&#233;tr&#233; la conscience des gens, le Parti Socialiste est fort et vivant, sinon il est faible et divis&#233; en sectes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses marxistes ont g&#233;n&#233;ralement &#233;t&#233; mal comprises en France par les &#233;crivains qui s'occupent des questions sociales. M. Bourguin, professeur &#224; l'universit&#233; de Lille, &#233;crivait en 1892 [3] : &#171; Les penseurs de nos socialistes n'acceptent pas la doctrine d&#233;vastatrice de leur ma&#238;tre, d'o&#249; l'id&#233;e de Droit et de Justice est si rigoureusement bannie, sans r&#233;serve. C'est un v&#234;tement &#233;trange, qu'ils portent avec peu d'aisance et qu'ils ils y retoucheront sans doute un jour pour mieux l'adapter &#224; leur silhouette.&#034; L'&#233;crivain faisait r&#233;f&#233;rence &#224; un essai publi&#233; en 1887 par M. Rouanet, dans la Revue Socialiste , sous le titre : Le mat&#233;rialisme &#233;conomique de Marx et le socialisme fran&#231;ais .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque tous ceux qui parlent du mat&#233;rialisme historique connaissent cette doctrine uniquement &#224; travers cet essai de M. Rouanet. Cet &#233;crivain a occup&#233; pendant longtemps une place importante dans les partis avanc&#233;s de France. Il informait ses lecteurs qu'il avait fait une &#233;tude approfondie de Marx et qu'il s'&#233;tait consacr&#233; &#224; des recherches approfondies pour comprendre Hegel. On pourrait naturellement le croire bien inform&#233;. [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de commencer la lecture de l'expos&#233; que M. Labriola donne dans des termes excellents, mais tr&#232;s concis, de mat&#233;rialisme historique, le lecteur fran&#231;ais devrait se garder des pr&#233;jug&#233;s largement r&#233;pandus. C'est pourquoi je crois n&#233;cessaire de montrer ici combien sont fausses et futiles les grandes objections contre la doctrine marxiste. Il faut donc s'arr&#234;ter sur les id&#233;es &#233;nonc&#233;es par M. Rouanet en 1887.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;jug&#233;s qui existent parmi nous ont dans une large mesure une origine sentimentale. M. Rouanet s'est donn&#233; beaucoup de mal pour montrer que les doctrines marxistes vont &#224; l'encontre du g&#233;nie fran&#231;ais . Ce reproche nous est r&#233;p&#233;t&#233; chaque jour. En quoi consiste cet antagonisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me du d&#233;veloppement moderne, consid&#233;r&#233; du point de vue mat&#233;rialiste, repose sur trois questions : 1) Le prol&#233;tariat a-t-il acquis une conscience claire de son existence en tant que classe indivisible ? 2) A-t-elle assez de force pour commencer la lutte contre les autres classes ? 3) Est-il en mesure de renverser, avec l'organisation capitaliste, tout le syst&#232;me des id&#233;ologies traditionnelles ? C'est &#224; la sociologie de r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un homme adopte les principes de Marx, il peut dire qu'il n'y a plus de question sociale. Il peut m&#234;me dire que le socialisme (au sens ordinaire et historique du terme) est d&#233;pass&#233;. En fait, la recherche ne porte plus sur ce que devrait &#234;tre la soci&#233;t&#233; , mais sur ce que le prol&#233;tariat peut accomplir dans la lutte de classes actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mani&#232;re de voir les choses ne convient pas au g&#233;nie fran&#231;ais , du moins pas &#224; ceux qui ont la pr&#233;tention de pr&#233;tendre le repr&#233;senter. Dans notre pays, les partis progressistes renferment un nombre effroyable d'hommes de g&#233;nie, dont le talent actuel de la soci&#233;t&#233; est l'incompr&#233;hension, qui ont dans le c&#339;ur un oracle infaillible de justice, qui ont consacr&#233; leur vie &#224; l'&#233;laboration de plans merveilleux pour assurer le bonheur du peuple. humanit&#233;. Ces messieurs ne souhaitent pas descendre de leurs tr&#233;pieds fastidieux et se m&#234;ler &#224; la foule. Ils sont faits pour diriger, pas pour devenir coop&#233;rateurs dans une t&#226;che prol&#233;tarienne . Ils entendent d&#233;fendre les droits de l'intelligence contre les audacieux qui manquent de respect &#224; l'Olympe lib&#233;ral et qui ne tiennent pas suffisamment compte des mentalit&#233;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutez &#224; cela que ces esprits rares ont une foi na&#239;ve dans la supr&#233;matie fran&#231;aise, dans le r&#244;le moteur de la France. [5] , qu'ils ont la superstition de la phras&#233;ologie r&#233;volutionnaire, et qu'ils pratiquent avec d&#233;votion le culte des grands hommes. Ils ne peuvent pardonner &#224; Marx, Engels et surtout &#224; Lafargue leur manque de respect envers leurs propres idoles v&#233;n&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne fais pas partie de ceux qui ont une grande admiration pour le g&#233;nie fran&#231;ais ainsi entendu. J'ai d'ailleurs des raisons de croire que ce genre de g&#233;nie fran&#231;ais n'est pas celui que poss&#232;dent ceux de mes compatriotes qui se consacrent &#224; la recherche scientifique et n'&#233;prouvent pas le besoin de se poser en chefs spirituels du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand reproche adress&#233; &#224; la doctrine de Marx d'un point de vue scientifique est celui de conduire au fatalisme. Selon Rouanet, il est tr&#232;s proche de l'id&#233;alisme h&#233;g&#233;lien, d&#233;pouill&#233; de son &#171; n&#233;buleux transcendantalisme &#187;. [6] Il y a &#171; la m&#234;me succession fatale d'&#233;v&#233;nements, qui sont des phases n&#233;cessaires d'un processus non &#233;clair&#233; par la volont&#233; humaine, et m&#234;me un culte de la force, ce sombre dieu de fer, qui est l'instrument aveugle des lois du grand Destin vou&#233; &#224; s'accomplir malgr&#233; tout.&#034; On pourrait faire de nombreuses objections &#224; l'id&#233;e que cet auteur fran&#231;ais se fait de la philosophie de Hegel. Mais une lecture superficielle du Capital suffit &#224; montrer que Marx n'a jamais pens&#233; &#224; l'apocalypse &#233;volutionniste qu'on lui pr&#234;te si g&#233;n&#233;reusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;terminisme suppose que les changements sont automatiquement li&#233;s les uns aux autres, que les ph&#233;nom&#232;nes simultan&#233;s forment une masse compacte ayant une structure d&#233;termin&#233;e, qu'il existe des lois d'airain assurant un ordre n&#233;cessaire entre toutes choses. On ne trouve rien de tel dans la doctrine de Marx. Les &#233;v&#233;nements sont consid&#233;r&#233;s d'un point de vue empirique. C'est leur interconnexion qui aboutit &#224; la loi historique qui d&#233;termine le mode temporaire de leur g&#233;n&#233;ration. Il ne s'agit plus de reconna&#238;tre dans le monde social un syst&#232;me analogue au monde astronomique. Il nous est seulement demand&#233; de reconna&#238;tre que l'entrem&#234;lement des causes produit des p&#233;riodes suffisamment r&#233;guli&#232;res et caract&#233;ristiques pour qu'elles puissent devenir objets d'une compr&#233;hension intelligente des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx donne une tr&#232;s bonne id&#233;e de la multiplicit&#233; des causes qui ont produit le capitalisme moderne. Rien ne prouve que ces causes doivent appara&#238;tre ensemble &#224; une date d&#233;termin&#233;e. Leur coexistence fortuite engendre la transformation de l'industrie et change tous les rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais certains insistent et disent que, selon Marx, tous les ph&#233;nom&#232;nes politiques, moraux, esth&#233;tiques sont d&#233;termin&#233;s (au sens strict du terme) par des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques. Que peut signifier une telle formule ? Dire qu'une chose est d&#233;termin&#233;e par une autre, sans donner en m&#234;me temps une description pr&#233;cise de la mani&#232;re dont elles s'unissent, c'est prononcer une de ces absurdit&#233;s qui ont rendu si ridicules les vulgarisateurs du mat&#233;rialisme vulgaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx n'est pas responsable de cette caricature de son mat&#233;rialisme historique. Le fait que toutes les manifestations sociologiques, pour &#234;tre claires, doivent &#234;tre plac&#233;es sur leur base &#233;conomique n'implique pas que la compr&#233;hension de la base &#233;vite la compr&#233;hension de la superstructure. Les liens entre le fondement &#233;conomique et les produits qui en d&#233;pendent sont tr&#232;s variables et ne peuvent &#234;tre traduits par une quelconque formule g&#233;n&#233;rale. Cela ne peut pas &#234;tre appel&#233; d&#233;terminisme, puisqu'il n'y a rien &#224; d&#233;terminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Rouanet se forme une conception tr&#232;s singuli&#232;re de la doctrine marxiste. Il suppose que les moyens de production, l'organisation &#233;conomique et les relations sociales sont des &#234;tres qui se succ&#232;dent comme des esp&#232;ces pal&#233;ontologiques par la voie myst&#233;rieuse de l'&#233;volution, et que toute l'histoire de l'humanit&#233; en est d&#233;duite par des lois qu'il n'en sait pas plus que moi, et que Marx n'a jamais divulgu&#233;. Le mat&#233;rialisme historique aurait ainsi un fondement id&#233;aliste, &#224; savoir la succession fatale des formes de production ! Ce serait certainement une conception tr&#232;s singuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un professeur distingu&#233;, M. Petrone [7] , est d'accord avec M. Rouanet pour soutenir que le mat&#233;rialisme historique &#233;choue lorsqu'il est appliqu&#233; &#224; la R&#233;volution chr&#233;tienne. Je crois au contraire que les th&#233;ories de Marx jettent un certain &#233;clairage sur cette question, en montrant les raisons qui emp&#234;chent l'historien de comprendre pleinement ce qui s'est pass&#233;. Nous ne pouvons pas discuter scientifiquement du probl&#232;me, car nous manquons des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires pour l'&#233;claircir. L'auteur italien se place du point de vue catholique. M. Rouanet invente une histoire fantastique. Les savants devraient rester tranquilles et attendre que les monuments nous aient r&#233;v&#233;l&#233; les conditions &#233;conomiques de l'&#233;glise primitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Bourguin veut savoir [8] Ne faut-il pas compter parmi les forces actives &#171; la conscience plus ou moins d&#233;velopp&#233;e chez les travailleurs d'&#234;tre objets d'une pr&#233;tendue exploitation &#187; ? Mais le d&#233;veloppement de la conscience de classe n'est-il pas le pivot de la question sociale, aux yeux de Marx ? Il suffit d'avoir une connaissance m&#233;diocre des &#339;uvres du grand philosophe socialiste pour le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on accuser Marx d'avoir trop peu pr&#234;t&#233; attention &#224; la mentalit&#233; humaine, lui qui a montr&#233; l'importance des moindres cr&#233;ations du g&#233;nie inventif ? Nulle part l'intelligence n'appara&#238;t avec autant de relief que dans la technologie, dont le r&#244;le historique est plac&#233; au premier rang de mani&#232;re frappante, dans le Capital . Je sais bien que les repr&#233;sentants du g&#233;nie fran&#231;ais ont peu d'estime pour les constructeurs de machines, incapables de d&#233;clamer de formidables cantates sur les Droits de l'Homme du haut de l'estrade. Mais les simples mortels croient avec M. Bourdeau [9] que la machine &#224; vapeur &#171; a exerc&#233; plus d'influence sur l'organisation sociale que tous les syst&#232;mes philosophiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il que les produits intellectuels et moraux sont sans efficacit&#233; historique, comme certains pr&#233;tendent qu'ils sont le r&#233;sultat du mat&#233;rialisme historique ? Pas du tout. De tels produits poss&#232;dent la facult&#233; de se d&#233;tacher de leur berceau naturel et de prendre une forme mystique, &#171; comme s'ils &#233;taient des &#234;tres ind&#233;pendants capables de communiquer avec les hommes et entre eux &#187;. [10] Apr&#232;s s'&#234;tre ainsi lib&#233;r&#233;s, ils sont susceptibles d'entrer dans les combinaisons imaginaires les plus diverses. Aucune grande r&#233;volution n'a jamais eu lieu sans produire de nombreuses illusions insistantes. C'est encore Marx qui nous le dit. Mais cette affirmation va &#224; contre-courant de nos hommes de progr&#232;s. Ils n'aiment pas l'id&#233;e d'avoir attribu&#233; au fantasme ce qu'ils attribuent &#224; la raison. Car cela signifie manquer de respect &#224; tous les Titans du pr&#233;sent et du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'introduction de sa traduction des &#339;uvres choisies de Vico, Michelet &#233;crivait : &#171; Le mot de la science nouvelle est que l'humanit&#233; est elle-m&#234;me construite... La science sociale date du jour o&#249; cette grande id&#233;e fut exprim&#233;e pour l'humanit&#233;. Pour la premi&#232;re fois, l'humanit&#233; pensait qu'elle devait son progr&#232;s aux al&#233;as du g&#233;nie individuel &#8230; L'histoire &#233;tait un spectacle st&#233;rile, tout au plus une fantasmagorie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se fait l'histoire ? Engels nous dit dans le passage suivant : &#171; Les conflits innombrables des volont&#233;s individuelles et des agents individuels dans le domaine de l'histoire aboutissent &#224; une conclusion qui est dans l'ensemble analogue &#224; celle du domaine de la nature, qui est sans but d&#233;fini. les actions sont intentionnelles, mais les r&#233;sultats qui en d&#233;coulent ne sont pas intentionnels, ou dans la mesure o&#249; ils semblent correspondre au but souhait&#233;, leurs r&#233;sultats finaux sont tout &#224; fait diff&#233;rents de la conclusion souhait&#233;e. [11] Cette th&#232;se est admise sans aucune difficult&#233; par les scientifiques. Mais c'est plein de d&#233;sespoir pour les grands hommes dont le g&#233;nie d&#233;borde. Leurs plans ne peuvent pas &#234;tre r&#233;alis&#233;s tels qu'ils les ont con&#231;us ! Et pourtant ces plans sont si bien faits, qu'on ne peut y toucher sans nuire &#224; leur efficacit&#233; et attaquer la Justice, dont ces messieurs sont les d&#233;l&#233;gu&#233;s autoris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais laissons de c&#244;t&#233; toutes ces objections vulgaires et abordons ce qui constitue &#224; mes yeux la partie vuln&#233;rable de la doctrine, cette partie que les critiques fran&#231;ais n'ont pas encore examin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux scientifiques sont dispos&#233;s &#224; admettre la valeur du mat&#233;rialisme historique en tant que formation de l'esprit et &#224; reconna&#238;tre que les th&#232;ses marxistes fournissent des indications utiles &#224; l'historien des institutions. [12] Mais il reste &#224; d&#233;couvrir quelle est la base m&#233;taphysique de cette th&#233;orie. Il ne sert &#224; rien de dire que cette recherche est superflue, pour que l'on puisse suivre la m&#234;me m&#233;thode qui a eu tant de succ&#232;s en psychologie apr&#232;s l'abandon de la discussion sur l'&#226;me. Mais o&#249; est le m&#233;taphysicien qui reste totalement indiff&#233;rent au probl&#232;me m&#233;taphysique ? Chacun a sa propre hypoth&#232;se. Et ces hypoth&#232;ses, souvent adroitement dissimul&#233;es, distinguent les diff&#233;rentes &#233;coles. De nombreuses erreurs ont &#233;t&#233; commises par une application h&#226;tive du mat&#233;rialisme historique. Presque toutes ces erreurs peuvent &#234;tre attribu&#233;es &#224; l'agnosticisme, que professaient les auteurs et qui cachait en r&#233;alit&#233; des hypoth&#232;ses de travail imparfaitement &#233;labor&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, si l'on examine les applications faites par Marx, on constate qu'il a employ&#233; un grand nombre de principes psychologiques, qui n'ont g&#233;n&#233;ralement pas &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;s sous une forme scientifique. Au fur et &#224; mesure que nous avancerons, nous verrons la n&#233;cessit&#233; de sortir de cette position provisoire et de couper du bois solide pour soutenir les relations historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc deux grands blancs. Les disciples de Marx devraient s'efforcer d'achever l'&#339;uvre de leur ma&#238;tre. Ce ma&#238;tre semble n'avoir rien craint tant que l'id&#233;e de laisser derri&#232;re lui un syst&#232;me trop rigide et trop ferme. Il a compris qu'une th&#233;orie est &#224; la fin de sa carri&#232;re, lorsqu'elle est achev&#233;e, et que la condition de toute science m&#233;taphysique est de laisser une large porte &#224; un d&#233;veloppement ult&#233;rieur. La prudence de Marx &#233;tait extr&#234;me. Il n'a pas essay&#233; de mettre fin &#224; une seule th&#233;orie. Des discussions r&#233;centes montrent qu'il n'a pas dit son dernier mot sur la valeur et la plus-value. Combien sont donc aveugles les critiques qui accusent les disciples de Marx de vouloir enfermer la pens&#233;e humaine dans une enceinte construite par leur ma&#238;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#339;uvre de perfection, nous devons suivre l'exemple donn&#233; par Marx et &#234;tre prudents. Le moment n'est pas venu d'&#233;noncer la m&#233;taphysique et de d&#233;finir la psychologie du mat&#233;rialisme historique, tant que ses fondements n'ont &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;s que de mani&#232;re limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes de grand c&#339;ur disent que l'esprit ne peut se contenter de cet &#233;tat d'attente, lorsqu'il s'agit de moralit&#233; et de droit. Les critiques superficiels ne tardent pas &#224; d&#233;noncer l'absence d'id&#233;aux, sans se demander si une th&#233;orie raisonnable de l'&#233;thique peut &#234;tre ind&#233;pendante de la m&#233;taphysique, et si celle-ci vaut quelque chose sans fondement scientifique. On peut admettre la valeur historique et sociale de l'enseignement moral [13] sans avoir la pr&#233;tention de lui imposer des r&#232;gles, des lois et des postulats sortis de l'imagination. Il semble plut&#244;t qu'en donnant &#224; l'&#233;thique un fondement de m&#233;taphores, de th&#233;ories psychologiques insuffisantes ou de d&#233;clamations sur la Nature , l'effet de cet enseignement se trouve consid&#233;rablement amoindri. Ramener la morale sur terre, la d&#233;barrasser de toute fantaisie, ce n'est pas la nier. Cela signifie au contraire le traiter avec le respect d&#251; au travail de la raison. Est-ce un d&#233;ni de la science que de laisser de c&#244;t&#233; les sp&#233;culations sur l'essence des choses et de s'en tenir aux r&#233;alit&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital est plein d'appr&#233;ciation pour la moralit&#233;. Il est donc assez paradoxal de reprocher &#224; Marx d'avoir soigneusement &#233;vit&#233; toute consid&#233;ration sur la Justice. Chacun a sa propre interpr&#233;tation de ce mot. M. Bourguin, dans le passage cit&#233; ci-dessus, s'appuie sur l'ancienne th&#233;orie du sens moral . Mais cette th&#233;orie est d&#233;pass&#233;e. M. Rouanet prend la parole [14] d'&#171; une justice naturelle, conforme &#224; la loi du d&#233;veloppement social, qui est la libre solidarit&#233; des divers partis constituant l'humanit&#233; dans son ensemble et se rapprochant de plus en plus &#187;. C'est &#233;videmment ce que Marx appelait &#171; le charabia de l'id&#233;ologie juridique ch&#232;re aux d&#233;mocrates et socialistes fran&#231;ais &#187;. [15] Le fait que les deux auteurs pr&#233;cit&#233;s soient d'accord pour attribuer un certain caract&#232;re moral &#224; la doctrine de Marx prouve seulement qu'ils ne trouvent pas dans le Capital une expression de leurs th&#233;ories personnelles sur la morale, qui d'ailleurs n'ont aucune valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au nom de la m&#233;taphysique de la morale que Jaur&#232;s prend part &#224; ce d&#233;bat et propose de concilier les points de vue mat&#233;rialiste et id&#233;aliste. Rien ne lui paraissait plus facile. Il affirme tout d'abord que les disciples de Marx reconnaissent l'existence d'une &#171; direction dans le mouvement &#233;conomique et humain &#187;. Il demande qu'on lui accorde comme axiome incontestable qu'il y a dans l'histoire non seulement &#171; une &#233;volution n&#233;cessaire, mais une direction appr&#233;ciable et un sens id&#233;al &#187;. Admettre ces pr&#233;misses reviendrait &#224; expliquer l'histoire au moyen de l'id&#233;alisme, et seulement de l'id&#233;alisme. Ce serait un rejet de la doctrine de Marx. Mais si tel est le cas, comment peut-il les concilier ? Tr&#232;s simple. Si nous condamnons toutes les id&#233;es de Marx, nous proclamons l'auteur comme un grand homme, aussi grand que ses disciples peuvent le d&#233;sirer. [16]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on admet tout ce que r&#233;clame le c&#233;l&#232;bre orateur, nous serons convaincus que &#171; le mot Justice a un sens m&#234;me dans la conception mat&#233;rialiste de l'histoire ! &#187; Cette conclusion est vraie, seulement elle a un sens diff&#233;rent de celui de M. Jaur&#232;s. &#171; L'humanit&#233; se cherche, dit-il, et s'affirme, si diff&#233;rent que soit son environnement... C'est le m&#234;me soupir de souffrance et d'esp&#233;rance qui sort de la bouche de l'esclave, du serf et du prol&#233;taire. . C'est le souffle immortel de l'humanit&#233;, qui est l'&#226;me de ce que nous appelons le Droit. &#187; Marx n'y avait certainement jamais pens&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai dit assez pour montrer que le mat&#233;rialisme historique est presque inconnu en France. Le livre de M. Labriola met les lecteurs fran&#231;ais en contact avec des r&#233;gions nouvelles, &#224; travers lesquelles le savant professeur italien nous conduit avec une grande habilet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication de cet ouvrage marque une date dans l'histoire du socialisme. C'est en effet la premi&#232;re fois qu'un auteur de langue latine &#233;tudie de mani&#232;re originale et approfondie l'un des fondements philosophiques sur lesquels repose le socialisme contemporain. L'&#339;uvre de M. Labriola occupe une place marqu&#233;e dans les biblioth&#232;ques, aux c&#244;t&#233;s des livres classiques de Marx et d'Engels. Il s'agit d'une &#233;lucidation et d'un d&#233;veloppement m&#233;thodiques d'une th&#233;orie que les ma&#238;tres de la nouvelle pens&#233;e socialiste n'ont jamais trait&#233;e de mani&#232;re didactique. Son livre est donc indispensable pour ceux qui souhaitent comprendre les id&#233;es prol&#233;tariennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que les &#339;uvres de Marx et d'Engels, le pr&#233;sent ouvrage s'adresse &#224; un public &#233;tranger ayant un go&#251;t pour les probl&#232;mes sociaux. L'historien trouvera dans ces pages des indications substantielles et pr&#233;cieuses pour l'&#233;tude de la gen&#232;se et de la transformation des institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.SOREL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, d&#233;cembre 1896.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annexe 4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CONCERNANT LA CRISE DU MARXISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un article publi&#233; par Antonio Labriola dans la Rivista Italiana Di Sociologia, Volume III, 1899.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais ici r&#233;f&#233;rence &#224; un livre, ni bref, ni facile &#224; lire, &#233;crit par Th. G. Masaryk, professeur &#224; l'Universit&#233; de Boh&#234;me de Prague, et publi&#233; tout r&#233;cemment. Son volume est visible au bas de cette page. [17] , o&#249; je donne son titre au complet. Je n'ai cependant pas l'intention d'&#233;crire une simple critique de ce livre. Et s'il fallait dire que l'expression d'une opinion personnelle sur un livre n&#233;cessite sa r&#233;vision, je r&#233;pondrais que celui-ci devrait prendre les proportions et la composition d'un article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon nom et le titre de mon article pourraient laisser penser que j'&#233;tais sur le point de m'engager dans une pol&#233;mique de parti. Le lecteur peut reposer en paix. Je ne confondrai pas les pages de la Rivista Italiana di Sociologia avec les chroniques d'un quotidien politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirai simplement en passant que le grand tumulte suscit&#233;, assez curieusement, par la presse politique italienne, qu'elle soit quotidienne ou p&#233;riodique, &#224; propos de la pr&#233;tendue mort du socialisme &#224; cause d'une soi-disant crise du marxisme, m'appara&#238;t comme une preuve suppl&#233;mentaire de cette nature organique. vice national qu'on pourrait appeler le droit &#224; l'ignorance . Pas un de ces fossoyeurs du socialisme, qui m&#233;langeaient indistinctement les &#233;crivains les plus incompatibles pour rassembler les foules autour de leur crise, n'a pens&#233; &#224; se poser ces questions simples et honn&#234;tes : Que la critique soulev&#233;e dans d'autres pays en mati&#232;re de marxisme ait quelque une incidence directe sur l'Italie ? Cette th&#233;orie avait-elle ou a-t-elle eu une base solide et une diffusion &#233;tablie dans notre pays ? Et enfin, le Parti Socialiste Italien a-t-il suffisamment de force et suffisamment d'adh&#233;rents parmi les masses, et porte-t-il en lui un d&#233;veloppement, des conditions complexes et des objectifs politiques qui r&#233;v&#232;lent les marques pr&#233;cises et claires d'une organisation prol&#233;tarienne stable et durable, pour qu'un une discussion approfondie de la th&#233;orie &#233;quivaudra &#224; une discussion des choses plut&#244;t que des mots ? Et pour aller plus au fond des choses, quelqu'un peut-il dire si tout le chemin &#233;pineux du d&#233;veloppement &#233;conomique a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; parcouru, qui a conduit &#224; l'&#233;tablissement du soi-disant syst&#232;me capitaliste dans d'autres pays, et dont le marxisme est le protagoniste critique. r&#233;flexe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quiconque aurait pos&#233; ces questions et d'autres similaires serait parvenu &#224; la conclusion honn&#234;te qu'il ne peut y avoir de crise d'une chose... qui n'existe pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut, ou plut&#244;t il est certain, qu'aucun de ces n&#233;crologues du socialisme ne savait que l'expression de crise du marxisme avait &#233;t&#233; invent&#233;e et mise en circulation par le professeur Masaryk, &#224; qui elle appartenait (&#224; son insu, comme cela arrive souvent &#233;trangers aux affaires concernant l'Italie) pour apporter &#224; notre pays une contribution nouvelle et inattendue &#224; la fortune des mots . Mais c'est un fait. L'expression &#8211; Crise du marxisme &#8211; a &#233;t&#233; invent&#233;e par Masaryk dans les num&#233;ros 177 &#224; 179 du Zeit de Vienne, en f&#233;vrier 1898, et ses articles furent ensuite rassembl&#233;s dans un seul pamphlet. [18] et publi&#233; sous la date du 10 mars. Et bien, l'auteur de cette d&#233;couverte litt&#233;raire n'avait pas l'intention de d&#233;clarer que le socialisme &#233;tait en train de mourir, mais simplement qu'il lui semblait observer une crise au sein du marxisme. En fait, il concluait ainsi : &#171; J'exhorte les ennemis du socialisme &#224; ne pas nourrir de vains espoirs pour leurs propres partis en raison de cette crise du marxisme, qui pourrait plut&#244;t renforcer consid&#233;rablement le socialisme, si ses dirigeants critiquent franchement ses principes fondamentaux et surmonter leurs d&#233;fauts, comme tout autre parti de r&#233;forme sociale, le socialisme trouve sa source de vie dans les imperfections manifestes de l'ordre social actuel, dans son injustice, son immoralit&#233; et surtout dans la mis&#232;re mat&#233;rielle, morale et intellectuelle des grandes masses. toutes les nations. &#187; [19]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces 24 pages, trop peu nombreuses pour l'importance du sujet, les donn&#233;es concernant la crise &#8211; dans la mesure o&#249; elles concernaient la social-d&#233;mocratie allemande et avec quelques r&#233;f&#233;rences &#224; la litt&#233;rature fran&#231;aise et anglaise &#8211; &#233;taient rassembl&#233;es, &#233;num&#233;r&#233;es, d&#233;fini, de mani&#232;re un peu h&#226;tive... Mais &#224; quoi bon parler du petit ouvrage du 10 mars 1898, puisque ces 24 pages sont devenues 600 dans le livre du 27 mars 1899, 600, remarquez, ce qui est &#224; son tour &#171; trop assez &#187;, comme dirait un Napolitain, tant en ce qui concerne le fond du sujet trait&#233; que la patience du lecteur moyen ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur Masaryk est un positiviste. Ce terme a en Italie une signification extr&#234;mement large et &#233;lastique, mais pour lui, en tant que philosophe de profession, cela signifie en termes concrets qu'il se tient sur la ligne qui m&#232;ne de Comte &#224; Spencer... ou &#224; Masaryk lui-m&#234;me. Je ne suis pas en mesure de lui accorder toute l'admiration qui lui est peut-&#234;tre due. Car il a l'habitude d'&#233;crire en boh&#232;me, ce qui me g&#234;ne assez. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, je n'avais rien lu de lui, sauf sa Logique concr&#232;te dans sa traduction allemande. Je ne dirais pas non plus le sens subtil de ses expressions, car ce livre a &#233;t&#233; traduit par M. Kalandra dans un allemand plut&#244;t bureaucratique. L'&#339;uvre dans son ensemble, comme le dit l'auteur lui-m&#234;me dans sa pr&#233;face, ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e sous l'aspect de la composition et du style. Il s'agit d'une production ultra-acad&#233;mique, avec la division habituelle en introduction et sections. Il y en a cinq, suivis d'une r&#233;capitulation, et ils sont subdivis&#233;s en chapitres, avec des sous-titres A, B, C, et ainsi de suite, jusqu'&#224; une division des subdivisions en 162 paragraphes, avec diverses bibliographies sous forme libre et libre. dans un ordre concentr&#233;, et avec un index vraiment merveilleux, qui fait penser &#224; beaucoup de choses qu'on ne trouve pas dans le livre en s'y tournant, et avec l'in&#233;vitable table des mati&#232;res. En bref, c'est un livre de le&#231;ons compl&#232;tes et instructives, au ton &#233;quilibr&#233;, avec quelques touches de l&#233;g&#232;ret&#233; occasionnelles, et il est &#233;dit&#233; sur le mod&#232;le d'une encyclop&#233;die. Cependant, tous les cours ne peuvent pas &#234;tre r&#233;f&#233;r&#233;s &#224; la m&#234;me date. Tandis que ce livre, initialement &#233;crit en langue boh&#233;mienne et annonc&#233; dans le petit livret de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente qui peut le remplacer pour ceux qui n'aiment pas lire 600 pages, &#233;tait imprim&#233; en langue allemande, le d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre livre de Bernstein (cit&#233; dans une note de bas de page &#224; la page 590 du livre de Masaryk) est apparu, et l'auteur a ressenti le besoin d'en h&#233;berger ses amis dans un autre endroit. [20]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite de Masaryk est v&#233;ritablement dans une classe &#224; part. Il n'est pas socialiste, il a une connaissance approfondie de la litt&#233;rature socialiste, il n'est pas un adversaire professionnel du socialisme, il le juge d'en haut, au nom de la Science . Il &#233;tait membre du Reichsrath de Cisleithanie, mais il est en m&#234;me temps nationaliste et progressiste, ce qui, &#224; ma connaissance, ne se retrouve jamais dans une combinaison chez les Jeunes Tch&#232;ques. Il me semble qu'&#224; l'heure actuelle, il se tient &#224; l'&#233;cart de la politique. Il publie une revue qui ressemble un peu &#224; notre Nuova Antologia . C'est un scientifique de profession, c'est-&#224;-dire un grand lecteur et un rapporteur pr&#233;cis de ce qu'il lit, jusqu'aux moindres d&#233;tails de la plus petite particule. Et c'est l&#224; le premier et principal d&#233;faut de son livre. Le livre aborde une infinit&#233; de choses, mais ne va jamais &#224; l'essentiel. C'est comme si le regard de l'auteur &#233;tait obstru&#233; par les imprim&#233;s et obscurci par les ombres des &#233;crivains, &#224; travers lesquels il chemine avec tant d'obs&#233;quiosit&#233; pour tous, comme un homme dont les yeux ont perdu tout sens de perspective. N'est-il pas le devoir principal de celui qui entreprend d'&#233;tudier les fondements du marxisme d'&#234;tre en mesure de r&#233;pondre &#224; la question suivante, sur la base d'une &#233;tude des conditions r&#233;elles : &#171; Croyez-vous ou non dans la possibilit&#233; d'une transformation des soci&#233;t&#233;s des pays les plus avanc&#233;s, qui ferait dispara&#238;tre les causes et les effets des luttes de classes ? Face &#224; ce probl&#232;me g&#233;n&#233;ral, la question du mode de transition vers la soci&#233;t&#233; future souhait&#233;e ou pr&#233;vue est une question d'importance secondaire. Car ce mode de transition n'est pas soumis &#224; notre jugement et ne d&#233;pend assur&#233;ment pas de nos d&#233;finitions. En ce qui concerne cette proposition g&#233;n&#233;rale, il est, je ne dirai pas indiff&#233;rent, mais certainement de valeur secondaire, de savoir quelle partie de la pens&#233;e et des opinions (beaucoup confondent malheureusement ces deux-l&#224;) de Marx et de ses collaborateurs directs les adeptes et les interpr&#232;tes sont d'accord ou non avec les conditions pr&#233;sentes et futures du mouvement prol&#233;tarien. Il n'est pas n&#233;cessaire qu'on soit un partisan passionn&#233; du mat&#233;rialisme historique pour comprendre que les th&#233;ories ont une valeur en tant que th&#233;ories, c'est-&#224;-dire dans la mesure o&#249; elles &#233;clairent un certain ordre de faits, mais qu'en tant que simples th&#233;ories elles ne sont la cause de rien .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais M. Masaryk est aussi un doctrinaire, c'est-&#224;-dire un croyant au pouvoir des id&#233;es, en d'autres termes, un penseur acad&#233;mique, pour qui tout consiste en une lutte pour une conception g&#233;n&#233;rale du monde. Il ne faut donc pas s'&#233;tonner qu'il rejette avec un m&#233;pris souverain l'expression d' instinct de masse . Cette critique, qui tire de la Science toute son hypoth&#232;se d'un jugement impartial sur les luttes pratiques de la vie, et qui ignore l'orientation de la pens&#233;e par le cours naturel de l'histoire, est et reste essentiellement fallacieuse, car elle continue de tourner autour du marxisme, sans jamais toucher son point culminant, qui est la conception g&#233;n&#233;rale du d&#233;veloppement historique du point de vue de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m'arr&#234;tant pour d&#233;finir la r&#233;alisation particuli&#232;re de Masaryk, je pense que je lui paierai avec la courtoisie italienne son ignorance de mes &#233;crits relatifs &#224; son argument. S'il les avait un jour lus, il comprendrait peut-&#234;tre que l'on peut encore aujourd'hui &#234;tre un partisan du mat&#233;rialisme historique, en tenant bien entendu compte des nouvelles exp&#233;riences historiques et sociales v&#233;cues entre-temps et en r&#233;visant des concepts tels que suit naturellement le d&#233;veloppement de la pens&#233;e. Et cela sans tomber dans une controverse sur des points infimes et sans en venir aux mains avec la presse du parti, et sans se proclamer d&#233;couvreur ou auteur d'une crise du marxisme. Les th&#233;ories en voie de d&#233;veloppement et de progr&#232;s ne se pr&#234;tent pas au traitement &#233;rudit et philologique, comme on peut l'accorder aux formes de pens&#233;e pass&#233;es et aux choses qui nous sont transmises par la tradition et appel&#233;es antiques. Mais les temp&#233;raments intellectuels des hommes diff&#232;rent tellement les uns des autres ! Certains &#8211; et ils sont peu nombreux &#8211; pr&#233;sentent au public le r&#233;sultat de leur propre travail et ne se sentent pas oblig&#233;s d'y joindre l'histoire intime de leurs lectures jusqu'au portrait de la plume qu'ils ont utilis&#233;e. D'autres &#8211; et ils sont majoritaires &#8211; ressentent le besoin imp&#233;rieux d'imprimer tout le fruit de leurs lectures. Ils sont des gardiens minutieux de leurs notes et ne laisseront pas perdre la moindre partie de leur travail, que ce soit pour le pr&#233;sent ou pour l'avenir. Le professeur Masaryk, qui &#233;tend la discussion d'une proposition momentan&#233;e sur 600 pages, est l'un d'entre eux. La proposition est simplement la suivante : que peut penser un &#233;tranger du marxisme &#224; l'heure actuelle, &#233;tant donn&#233; qu'il est discut&#233; au sein du parti ? Le professeur Masaryk, qui a tant lu, ne peut s'emp&#234;cher de consid&#233;rer &#233;galement le marxisme selon les formules sacramentelles de la philosophie, de la religion, de l'&#233;thique et de la politique. et ainsi de suite jusqu'&#224; l'infini. Et ce qui est curieux, c'est que lui, qui a tant de d&#233;f&#233;rence pour la bureaucratie des universit&#233;s et pour les casiers du f&#233;tichisme scientifique, d&#233;clare finalement que le marxisme est un syst&#232;me syncr&#233;tique (d'ailleurs tout au long de son livre, et explicitement &#224; la page 587). ) ! Il m'avait sembl&#233; que cette th&#233;orie &#233;tait exactement &#224; l'oppos&#233; de la syncr&#233;tisme, et qu'elle &#233;tait si nettement unitaire qu'elle tendait non seulement &#224; surmonter l'antagonisme doctrinaire entre science et philosophie, mais aussi l'antagonisme plus &#233;vident entre th&#233;orie et pratique. Mais M. Masaryk est ce qu'il est. Alors suivons-le &#224; travers ses casiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous laissons volontiers &#224; d'autres le soin de s'occuper du socialisme en tant que tendance aux r&#233;formes juridiques &#224; la mani&#232;re de A. Menger. Il d&#233;clare qu'il n'intervient pas directement dans les questions d'&#233;conomie (dans lesquelles, en fait, il semble boiteux des deux pieds). Il se limite &#224; discuter surtout de la philosophie de Marx, qui existe m&#234;me si elle a n'a pas &#233;t&#233; expos&#233;e dans un ouvrage sp&#233;cial &#233;crit &#224; cet effet. Et il &#233;tudie sur 600 pages la crise dans la mesure o&#249; elle est strictement &#171; scientifique et philosophique &#187;. (Page 5.) Ne vous attendez donc pas &#224; ce que notre auteur vous donne un examen concret des conditions r&#233;elles du monde &#233;conomique &#224; partir d'une &#233;tude de premi&#232;re main, ni un manuel pratique et complet de l&#233;gislation sociale. Que la prol&#233;tarisation des masses se poursuive ou non, que la th&#233;orie de la valeur de Marx soit exacte ou non, ces questions et d'autres encore, bien que de la plus haute importance, ne l'int&#233;ressent pas en tant que philosophe. (Page 4.) Le r&#233;sultat pratique de ses &#233;tudes est simplement de conseiller aux socialistes de s'en tenir au programme d'Engels de 1895, c'est-&#224;-dire &#224; la tactique parlementaire. C'est ce qu'ils font effectivement partout dans le monde, et, &#224; mon humble avis, pour la simple raison qu'ils ne peuvent rien faire d'autre sans se r&#233;v&#233;ler fous ou insens&#233;s. Cependant, Masaryk renforce son conseil en avertissant que les socialistes devraient &#233;galement abandonner les id&#233;ologies marxistes ! Une fois de plus, ce n'est donc pas le cours naturel des changements politiques de l'Europe civilis&#233;e qui a pouss&#233; les socialistes &#224; changer de tactique (l'auteur ne saurait nous dire combien de temps la tactique actuelle durera ou pourra durer), mais c'est les id&#233;es qui changent et doivent changer. Tout se confond dans la lutte pour la Weltanschauung (conception du monde) &#8211; voir notamment pages 586 &#224; 592 &#8211; comme cela est naturel chez un &#233;crivain si attach&#233; aux concepts sacramentels de la classification scientifique (page 4) et &#224; la position sur&#233;minente de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philistin, dans sa sous-esp&#232;ce professorale, se r&#233;v&#232;le ici pleinement dans sa vraie nature. Conna&#238;tre intimement la litt&#233;rature socialiste, tout en ignorant l'&#226;me et le sens les plus profonds du socialisme ! Si cette signification est une fois comprise, il va de soi qu'elle change compl&#232;tement l'orientation scientifique et change &#233;galement la position de la science dans l'&#233;conomie de nos int&#233;r&#234;ts. Mais Masaryk n'arrive jamais aussi loin, car il lui faudrait pour cela sortir des limites des d&#233;finitions. Pour cette raison, son livre, bien que rempli d'informations consciencieuses et exempt de m&#233;pris professionnel &#224; l'&#233;gard du socialisme, &#233;quivaut en intention et en effet &#224; un &#233;norme plaidoyer du positivisme contre le marxisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux observations me viennent &#224; l'esprit &#224; ce stade. L'affirmation qui pr&#233;c&#232;de semblera &#233;trange &#224; beaucoup en Italie, o&#249; il est d'usage de d&#233;signer tout et n'importe quoi par le terme de positivisme. D'un autre c&#244;t&#233;, j'ai souvent dit que cette mani&#232;re de concevoir la vie et le monde, que l'on entend sous le nom de mat&#233;rialisme historique, n'a pas atteint la perfection dans les &#233;crits de Marx, d'Engels et de leurs successeurs imm&#233;diats. Et je d&#233;clare maintenant avec plus de pr&#233;cision que le d&#233;veloppement de cette th&#233;orie avance encore lentement et qu'il se poursuivra peut-&#234;tre au m&#234;me rythme pendant un bon moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais des livres comme celui de Masaryk ne servent &#224; rien. Il s'agit bien d'une accumulation d'objections au nom du positivisme, mais non au nom d'une r&#233;vision authentique et directe des probl&#232;mes de la science historique, ni au nom de questions politiques r&#233;elles. La soi-disant crise ne fait pas l'objet d'un examen publiciste, ni d'une &#233;tude sociologique, mais est plut&#244;t un espace vide, ou une pause, dans lequel l'auteur d&#233;pose ou r&#233;cite ses protestations philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un essai, ni inutile ni d&#233;nu&#233; d'int&#233;r&#234;t, est consacr&#233; &#224; la premi&#232;re formation de la pens&#233;e de Marx (pages 17-89). Mais le r&#233;sultat est plut&#244;t maigre. &#034;Marx a finalement trouv&#233; dans la mutation continue de la structure sociale la raison historique du communisme, quelque chose qui impose son emprise sur sa propre n&#233;cessit&#233;. &#8211; Selon Marx, la philosophie est la copie naturelle du processus mondial. &#8211; Le communisme d&#233;coule de l'histoire elle-m&#234;me. &#8211; Le mat&#233;rialisme de Marx est un mat&#233;rialisme historique. &#8211; &#187; De telles propositions, qui reproduisent d'un seul trait de plume la pens&#233;e fondamentale de l'auteur en question, devraient inciter notre critique, me semble-t-il, &#224; examiner les fondements de ces conceptions, afin de les renverser, s'il le peut. Et que fait M. Masaryk &#224; la place ? Quelques lignes plus loin, il &#233;crit : &#171; Sa philosophie, ainsi que celle d'Engels, portent l'empreinte de l'&#233;clectisme. &#187; Et l&#224;-dessus, il nous traite sous la lettre D du titre II d'une salade russe d'opinions controvers&#233;es de Bax, K. Schmidt, Stern, Bernstein, Plekanoff, Mehring, dans la mesure o&#249; ils ont discut&#233; de la question de savoir si cette philosophie, d'un point de vue marxiste, est, ou non, conciliable avec un retour &#224; Kant, Spinoza ou autres. Et il ne se souvient jamais du po&#232;te qui &#233;tait pr&#233;sent &#224; la fondation de l'universit&#233; de Prague, pour s'&#233;crier avec lui : Tu vas pauvre et nue, philosophie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement accord&#233; par l'auteur au mat&#233;rialisme historique (pages 92-168) est quelque peu d&#233;connect&#233;. Il parle d'abord des diff&#233;rentes d&#233;finitions et de leur choc, pour finalement aboutir &#224; une critique fond&#233;e sur ce vieil ennui qu'est la doctrine des facteurs, qu'il cache plus ou moins sous une phras&#233;ologie sociologique et psychologique assez douteuse et incertaine. Enfin, l'id&#233;e d'une conception objectivement unitaire de l'histoire r&#233;pugne &#224; notre auteur, et il arrive fr&#233;quemment qu'il confonde l'explication des effets de masse historiques principalement par le biais de changements dans les fondements &#233;conomiques avec l'explication br&#232;ve et grossi&#232;re de tel ou tel fait historique. en fonction de conditions &#233;conomiques particuli&#232;res et concr&#232;tes. Il n'y a donc pas lieu de s'&#233;tonner quand on voit qu'il consid&#232;re Marx comme une sorte de Comte d&#233;t&#233;rior&#233;, qui devient un disciple inconscient de Schopenhauer et accepte la primaut&#233; de la volont&#233;, doctrine qui contredit cependant la trinit&#233; sacr&#233;e de l'intellect, du sentiment et de la volont&#233;. Il est probable que le pauvre Marx ne savait pas que l'homme avait non seulement un intellect, mais aussi un foie, ce qui est d'autant plus surprenant qu'il souffrait lui-m&#234;me d'une maladie du foie ! C'est peut-&#234;tre une bonne raison pour laquelle il n'a pas vu que la plus-value est un concept &#233;minemment &#233;thique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un professeur d'universit&#233; qui traite sa mati&#232;re comme il traite sa profession, peut facilement &#234;tre tent&#233; de soumettre un certain auteur &#224; l'&#233;preuve de toutes les diverses doctrines qu'il a, en tant que critique, l'habitude d'&#233;tudier et de manipuler. Et puis il arrive, par une &#233;trange illusion de l'&#233;rudit, que les termes de comparaison, qui sont dans l'esprit subjectif du critique, deviennent subrepticement des termes de d&#233;rivation r&#233;elle. Cela est &#233;galement arriv&#233; &#224; Masaryk. Nous le trouvons ici, au beau milieu de ses tentatives de comparaison, se contredire par la d&#233;claration sentencieuse (page 166) : &#171; En fait, Marx a moul&#233; dans une formule quelque chose qui &#233;tait dans l'air, comme on dit : et c'est pour cette raison que je n'ai pas attribu&#233; beaucoup de poids &#224; des influences particuli&#232;res sur son d&#233;veloppement mental.&#034; Par cons&#233;quent, je dirais qu'il faut tout recommencer et essayer le chemin inverse. Chez l'auteur que vous critiquez, ce processus inverse s'est produit, car il est pass&#233; d'une critique de l'&#233;conomie et du fait de la lutte des classes &#224; une nouvelle conception de l'histoire et, par l&#224; m&#234;me, &#224; une nouvelle orientation sur les probl&#232;mes g&#233;n&#233;raux de la cognition. (et, remarquez, pas par une modification de ce que l'on appelle techniquement la recherche historique). Mais vous faites violence aux faits. Vous les renversez et vous suivez une voie qui n'est pas celle choisie par l'objet de votre critique. Mais bien s&#251;r, vous, philosophe professionnel, descendez de l'altitude des d&#233;finitions jusqu'&#224; ce qu'on appelle le mat&#233;rialisme historique. Et malgr&#233; tout le respect d&#251; &#224; la bureaucratie, on arrive ainsi &#224; la th&#233;orie de la lutte des classes comme on arrive &#224; un corollaire en logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas &#233;galement, la fid&#233;lit&#233; &#224; l'expos&#233; mat&#233;riel rend d'autant plus visible l'incapacit&#233; d'une compr&#233;hension intime et vivante. On rencontre ici et l&#224; quelques remarques utiles sur l'insuffisance de pr&#233;cision de termes tels que bourgeoisie, prol&#233;tariat, etc., et d'autres plus pr&#233;cieuses sur l'impossibilit&#233; de r&#233;duire toute la soci&#233;t&#233; actuelle &#224; ces deux fameuses classes, puisqu'elle est d'une composition plus complexe et diff&#233;renci&#233;e. Malgr&#233; tout cela, il montre une singuli&#232;re inaptitude &#224; saisir une id&#233;e aussi simple que celle-ci : &#233;tant donn&#233; que la vie sociale est si complexe, les intentions de tel individu peuvent toutes &#234;tre erron&#233;es. Ce fait am&#232;ne notre auteur &#224; dire que le marxisme r&#233;duit la conscience individuelle &#224; une pure illusion. Cela va &#224; son encontre de croire que les lois &#233;conomiques devraient &#234;tre soumises &#224; un processus naturel de d&#233;veloppement. Eh bien, qu'il prouve que la succession des &#233;v&#233;nements historiques peut &#234;tre modifi&#233;e par des actes arbitraires. Apr&#232;s avoir revendiqu&#233; une spontan&#233;it&#233; (qu'est-ce que c'est ?) des forces qui animent l'histoire, et proclam&#233; l'aristocratie de l'esprit philosophique, l'auteur nous dit que le d&#233;terminisme marxiste s'identifie au fatalisme, puis il avoue (page 234) : &#034;J'explique le monde et l'histoire de mani&#232;re th&#233;iste.&#034; Dieu merci !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons enfin &#224; la question principale, &#224; savoir l'explication du monde capitaliste (pages 235-313) et la critique du communisme et du d&#233;veloppement de la civilisation (pages 313-386). C'est l&#224; le point essentiel pour les socialistes, et ils ne peuvent &#234;tre combattus sur aucun autre terrain. Mais l'auteur est descendu des hauteurs, et qu'il en soit ainsi. Je ne peux nier &#8211; pour commencer par ses conclusions &#8211; qu'il y ait une certaine justification dans ses remarques sur notre primitivit&#233; et notre simplicit&#233; excessives, notamment en ce qui concerne la tentative d'Engels de d&#233;crire bri&#232;vement les principales phases de l'histoire de la civilisation. L'origine de l'&#201;tat, ou de la soci&#233;t&#233; de classes, au moyen de la domination et de l'autorit&#233;, en supposant la pr&#233;sence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de la famille monogamique, a connu divers modes de d&#233;veloppement, dans des cas historiques particuliers et concrets, et aucune explication facile ne tiendra dans le contexte actuel. tenter de rendre plausibles des sch&#233;mas trop simples. Il peut arriver que les socialistes, dans leurs d&#233;bats quotidiens, voient habituellement les subtilit&#233;s de l'histoire sous un jour trop simple et les r&#233;duisent trop en taille. Cela les am&#232;ne &#224; trop uniformiser les subtilit&#233;s de la soci&#233;t&#233; actuelle pour les rapprocher de la m&#234;me mani&#232;re, de mani&#232;re arbitraire. Il est certain aussi qu'il ne convient pas de se r&#233;f&#233;rer continuellement &#224; la n&#233;gation de la n&#233;gation , car celle-ci n'est pas un instrument de recherche, mais seulement une formule globale, valable certes, mais post factum . Il est en outre certain que le communisme, c'est-&#224;-dire une approche plus ou moins lointaine de la soci&#233;t&#233; actuelle vers une nouvelle forme de production, ne sera pas le fruit mental d'une dialectique subjective. C'est pour cette raison que je crois &#8211; pour &#234;tre courtois dans l'usage des armes contre mes adversaires &#8211; qu'il n'y a qu'un seul moyen de combattre s&#233;rieusement le socialisme, et c'est de prouver que le syst&#232;me capitaliste, du moins pour le moment, a suffisamment de capacit&#233; d'adaptation pour r&#233;duire, pour un temps ind&#233;fini, tous les mouvements prol&#233;tariens de fond &#224; une agitation fulgurante, sans jamais aboutir &#224; un processus ascendant qui &#233;liminerait finalement la domination de classe avec l'esclavage salari&#233;. C'est l'essentiel des efforts critiques d'&#233;coles telles que celle de Brentano et de ses disciples. Mais cela ne semble pas &#234;tre le genre de pain qui convient aux dents de M. Masaryk, qui r&#233;v&#232;le toute son inaptitude &#224; saisir le lien &#233;conomique de son sujet, notamment dans le chapitre qu'il consacre &#224; une critique du surplus. valeur. (Pages 250 &#224; 313.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir parcouru une multitude de r&#233;f&#233;rences concernant la question &#233;pineuse de la pr&#233;tendue diff&#233;rence fondamentale entre le premier et le troisi&#232;me volume du Capital , Masaryk rejette la th&#233;orie de la plus-value comme &#233;tant inexacte, puis il affirme que Marx ne pouvait pas s'&#233;carter de la th&#233;orie de la plus-value. notion d'utilit&#233;, car son extr&#234;me objectivit&#233; l'emp&#234;chait de prendre en compte les consid&#233;rations psychologiques ! Il donne ensuite sa propre opinion sur la place que devrait occuper l'&#233;conomie politique parmi les sciences, en la supposant d&#233;pendante des pr&#233;misses de la sociologie g&#233;n&#233;rale. Il rejette l'id&#233;e selon laquelle l'&#233;conomie politique est une science historique et r&#233;affirme sa croyance en une pr&#233;tendue science &#233;conomique qui, sans se confondre avec l'&#233;thique, embrasserait l'homme tout entier, et pas seulement l'homme en tant que travailleur. Il avance quelques sophismes sur l'impossibilit&#233; de trouver une mesure du travail, dans la mesure o&#249; celui-ci, &#224; son tour, doit servir de mesure de la valeur, et consid&#232;re la plus-value comme un concept mental d&#233;riv&#233; de l'hypoth&#232;se de deux classes engag&#233;es dans une activit&#233; &#233;conomique. une lutte mutuelle. Au moyen de nombreux subterfuges, il &#233;crit une apologie du capitaliste dans la mesure o&#249; il est entreprenant, c'est-&#224;-dire ouvrier et dirigeant. Et tandis qu'il fulmine contre la classe parasitaire et contre le commerce malhonn&#234;te, il r&#233;clame une &#233;thique qui enseigne &#224; chacun son devoir et sa place. Il a la gentillesse d'admettre que Marx a d&#233;couvert l'importance des petits travailleurs, m&#234;me s'il aurait commis de petites erreurs comme le note Masaryk, par exemple, la r&#233;duction du travail complexe au travail simple, et surtout la croyance en un travail simple. lutte des classes alors qu'il n'y a en r&#233;alit&#233; qu'une lutte entre individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il est si facile de r&#233;duire en poudre le mat&#233;rialisme historique, si les luttes de classes en tant que dynamique de l'histoire ne sont qu'une g&#233;n&#233;ralisation erron&#233;e de faits mal compris, si les attentes des faits, si les attentes du communisme sont pratiquement utopiques, si les Les th&#233;ories du capital sont si manifestement fausses, et si tous les fondements du marxisme ont maintenant &#233;t&#233; d&#233;truits, pourquoi Masaryk prend-il la peine d'&#233;crire encore deux cents pages sur les droits, l'&#233;thique, la religion, etc., c'est-&#224;-dire sur les syst&#232;mes qui sont appel&#233;s id&#233;ologiques ? Pour ma part, j'aurais d&#251; me contenter des affirmations faites, par exemple, aux pages 509-519, qui comblent une sorte de blanc s'intercalant entre le r&#233;seau des paragraphes. L&#224;, il essaie de parvenir &#224; un r&#233;sum&#233; final, mais en raison de d&#233;fauts de style, la pens&#233;e est trop peu concentr&#233;e et le r&#233;sum&#233; manque de concision. Cette tentative de synth&#232;se donne une sorte de tour d'horizon des caract&#233;ristiques du marxisme et met ainsi en relief la th&#232;se de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#8211; c'est l'essentiel de ce r&#233;sum&#233; &#8211; marque la limite extr&#234;me de la r&#233;action contre le subjectivisme, dans la mesure o&#249; il consid&#232;re la nature comme la chose premi&#232;re et la conscience comme la chose r&#233;sultante. Il s'agit donc d'un objectivisme positif absolu. Pour lui, l'histoire est l'ant&#233;c&#233;dent et l'individu le cons&#233;quent. Sa conception &#233;quivaut donc &#224; une n&#233;gation absolue de l'individualisme. La question de la compr&#233;hension est purement pratique. Entre la nature de l'homme et l'histoire humaine, il existe un accord parfait. Il n'existe aucune autre source de conscience humaine en dehors de celle offerte par l'histoire. L'homme est enti&#232;rement constitu&#233; de ce qu'il fait. D'o&#249; le fondement &#233;conomique de tout le reste. D'o&#249; le travail comme fil conducteur de l'histoire. D'o&#249; la conviction que les diverses formes sociales ne sont que des formes diff&#233;rentes d'organisation du travail. D'o&#249; le point de vue du socialisme, non plus comme simple aspiration ou attente. D'o&#249; la conception du communisme, non pas comme un simple sch&#233;ma de relations &#233;conomiques, mais comme une nouvelle conscience d&#233;passant les limites de toutes les illusions actuelles et comme une application d'un humanisme positif. Mais cet objectivisme extr&#234;me est aujourd'hui en train de se briser par un retour &#224; Kant, c'est-&#224;-dire &#224; la critique. L'&#339;uvre de Marx &#233;tait incompl&#232;te. Il ne parvint pas &#224; vaincre Hegel, il ne trouva pas d'expression ad&#233;quate &#224; ses tendances, il retomba dans le romantisme de Rousseau, il tenta en vain de s'extirper de Ricardo et de Smith qu'il tentait de critiquer, et il resta l'auteur d'un syst&#232;me incomplet. . Il personnifie en quelque sorte une trag&#233;die philosophique. Il a mis de vieilles id&#233;es au service de nouveaux id&#233;aux, il n'a trouv&#233; d'autre motivation pour le travail r&#233;volutionnaire qu'une impulsion vers l'h&#233;donisme, et c'est pourquoi il est rest&#233; aristocratique et absolutiste dans sa passion r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la caract&#233;ristique de Masaryk. Je laisse &#224; quelqu'un poss&#233;dant une facult&#233; d'expression ad&#233;quate le soin de donner de la couleur &#224; cette &#233;bauche. Cela est certainement de nature &#224; attirer notre attention sur la grande trag&#233;die du travail , qui traverse toute l'histoire. [21] Mais tout cela laisse notre auteur de marbre dans son p&#233;dantisme acad&#233;mique. Il n'oppose pas une conception &#224; une autre dans son rapide survol d'une nouvelle interpr&#233;tation des destin&#233;es humaines, mais s'y oppose simplement au nom &#171; de la mission de notre temps de trouver une nouvelle synth&#232;se des sciences &#187; (page 513). Puis il fait appel une fois de plus &#224; Hume et &#224; Kant et pose la question : qu'est-ce que la v&#233;rit&#233; ? Vient ensuite une discussion sur la nouvelle n&#233;o-&#233;thique , qui doit descendre pour nous donner une critique scientifique de la soci&#233;t&#233;. La nouvelle philosophie doit r&#233;soudre le probl&#232;me de la religion, que Marx croyait avoir r&#233;solu, la qualifiant de forme d'illusion. Le pessimisme est la note dominante de notre &#233;poque. Schopenhauer s'est quelque peu rapproch&#233; de la v&#233;rit&#233; en faisant de la volont&#233; la racine du monde. Marx &#233;tait pour lui un pendant avec sa th&#233;orie unilat&#233;rale du travail. Le marxisme a le d&#233;faut d'&#234;tre rest&#233; n&#233;gatif. &#171; Le capital n'est que la transcription &#233;conomique de M&#233;phistoph&#233;l&#232;s par Faust &#187; (c'est ce qu'il dit &#224; la page 516, et si vous ne me croyez pas, allez voir par vous-m&#234;mes !). Et enfin on apprend &#8211; si je l'ai bien compris &#8211; que la crise consiste essentiellement dans un retour &#224; Kant et un penchant de l'esprit r&#233;volutionnaire vers le parlementarisme. Ceci marque donc le d&#233;but de l'&#233;poque Masaryk dans l'histoire du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant et le parlement, qu'il en soit ainsi ! Mais quel Kant ? Veut-il parler du Kant de la vie philistine la plus priv&#233;e de K&#246;nigsberg ? Ou bien s'agit-il de l'auteur r&#233;volutionnaire d'&#233;crits subversifs, qui apparaissait &#224; Heine comme l'un des h&#233;ros de la Grande R&#233;volution ? Et quel parlement de composition ordinaire et coutumi&#232;re est destin&#233; &#224; transformer l'histoire ? Eh bien, disons Kant et la Convention. Mais la Convention a suivi la r&#233;volution, c'est-&#224;-dire apr&#232;s la chute de tout un syst&#232;me social, la ruine de tout un ordre politique, le d&#233;cha&#238;nement de toutes les passions de classe... et cela suffira. M. Masaryk, en tant que sociologue universitaire professionnel, a le droit d'ignorer cette histoire vivante, agit&#233;e, impulsive et passionn&#233;e, qui pla&#238;t aux autres &#234;tres humains qui ont un sentiment de sympathie pour les r&#233;alit&#233;s humaines. Il peut donc se reposer confortablement sur la persuasion que la p&#233;riode des r&#233;volutions est r&#233;volue pour toujours et que nous sommes d&#233;finitivement entr&#233;s dans la p&#233;riode de lente &#233;volution, l'idylle de la raison tranquille et r&#233;sign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tournons-nous n&#233;anmoins vers ses casiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cours de th&#233;orie de l'&#201;tat et du droit (pages 387-426) combat principalement le point de vue selon lequel ceci ou cela est une forme secondaire ou d&#233;riv&#233;e par rapport &#224; la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral. L'&#201;tat existe d&#232;s le d&#233;but de l'&#233;volution, et il existera toujours parce que la raison et la morale l'approuvent (page 405) ; et l'homme, &#171; par sa disposition naturelle, n'aime pas seulement commander, mais aussi &#234;tre command&#233; et ob&#233;ir volontairement &#187;. Les in&#233;galit&#233;s naturelles justifient la hi&#233;rarchie (page 406). Et c'est r&#233;gl&#233; ! Mais si cela est vrai, pourquoi se donner tant de mal pour d&#233;montrer que le droit ne peut pas d&#233;couler de la situation &#233;conomique ? Pourquoi perdre du temps &#224; combattre les th&#233;ories &#233;galitaires d'Engels ? Dans quel but fait-il appel &#224; l'autorit&#233; redoutable de Bernstein (page 409), qui aurait remis l'&#201;tat &#224; l'honneur (imaginez, dans un article de la Neue Zeit !! ), d&#233;clarant que c'est une chose que les socialistes ne veut plus abolir, mais seulement r&#233;former ? Il lui est assez facile de se mettre en accord avec l'esprit ordinaire, qui n'h&#233;site pas &#224; admettre, tout comme M. Masaryk, qu'il existe des in&#233;galit&#233;s justes, et parmi elles des in&#233;galit&#233;s. J'aimerais qu'il nous dise sa mesure de ce qui est juste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe sous silence le chapitre intitul&#233; Nationalit&#233; et internationalit&#233; (pages 426-565), dans lequel l'auteur, outre qu'il manifeste son indignation face &#224; la Slavophobja de Marx, fait quelques observations utiles sur les obstacles &#224; l'internationalisme qui naissent naturellement des particularit&#233;s de l'esprit national. , et je me suis arr&#234;t&#233; une minute pour consid&#233;rer les remarquables paradoxes qu'il expose &#224; propos de la religion (pages 455-481). Il se r&#233;v&#232;le ici comme un v&#233;ritable d&#233;cadent. Le catholicisme et le protestantisme sont encore pour lui les faits fondamentaux de la vie et ont une importance pr&#233;pond&#233;rante. influence sur les destin&#233;es du monde ! Nous sommes tous soit l'un, soit l'autre. En effet, toute philosophie moderne est protestante, et il n'y a de philosophie catholique que par d&#233;faut (et votre Comte en contient-il un &#233;l&#233;ment ?). du catholicisme, non seulement parce qu'il a adopt&#233; le socialisme fran&#231;ais, qui est catholique et r&#233;pugnant &#224; l'esprit protestant, mais parce qu'il &#233;tait autoritaire, ennemi de l'individualit&#233;, internationaliste et champion de l'objectivisme absolu (page 476). Tout comme la R&#233;volution fran&#231;aise &#233;tait en grande partie un mouvement religieux, de m&#234;me tout socialisme contemporain porte en lui un &#233;l&#233;ment religieux. Ici et l&#224;, il aborde l'id&#233;e selon laquelle catholicisme et protestantisme se compl&#232;tent. Et il est fort probable que l'auteur pense que la religion du futur est en train d'&#234;tre pr&#233;par&#233;e par le socialisme, consid&#233;rant que &#034;la foi est le plus haut objectivisme de l'homme normal, et par l&#224; m&#234;me social... Mais l'objectivisme de Marx est trop bilieux&#034;. (Page 480.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la religion est p&#233;renne, si l'&#201;tat est immortel, si la loi est naturelle, reste &#224; savoir si l'&#233;thique (pages 482 &#224; 500) ne doit pas &#234;tre sur&#233;ternelle. L'auteur revendique pour la conscience morale le privil&#232;ge d'un fait incontestable et direct. Je n'ai pas besoin de d&#233;clarer qu'il n'est pas n&#233;cessaire d'&#234;tre un mat&#233;rialiste historique, ni m&#234;me un simple mat&#233;rialiste, pour attribuer &#224; une opinion aussi infantile une place parmi les contes de f&#233;es. Et c'est pour cette raison que je remercie l'auteur pour sa citation d'articles de revues dans lesquels un Bernstein, un Schmidt et des socialistes comme eux auraient avanc&#233; des raisons &#233;thiques contre l'indiff&#233;rence de Marx &#224; l'&#233;gard de la morale (page 497).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux pages 500 &#224; 508, nous trouvons les d&#233;fauts du socialisme en mati&#232;re d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces raisons ainsi que les d&#233;clarations de l'auteur dans la section V concernant la politique pratique du socialisme, qui sont trait&#233;es sous deux titres, l'un intitul&#233; R&#233;volution et r&#233;forme , l'autre marxisme et parlementarisme , nous font conna&#238;tre un ouvrage doctrinaire de l'&#233;poque. le meilleur type de verbalisme. On sait assez que le socialisme s'est d&#233;velopp&#233;, au cours de ces cinquante derni&#232;res ann&#233;es, d'une secte &#224; un parti. On sait &#233;galement que le communisme imp&#233;ratif et cat&#233;gorique, tel qu'il fut autrefois con&#231;u, est devenu la social-d&#233;mocratie. Le fait que les partis socialistes soient actuellement engag&#233;s dans un travail pratique vari&#233; et diff&#233;renci&#233; n'est pas seulement un fait historique, mais aussi une fa&#231;on de faire l'histoire de leur part. Que dans toutes ces choses des erreurs soient commises et des incertitudes pratiques rencontr&#233;es, c'est in&#233;vitable pour les &#234;tres humains. Mais il est &#233;galement vrai que, pour comprendre ces choses, il faut vivre parmi elles et les &#233;tudier avec l'&#339;il et l'intellect de l'observateur historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que fait M. Masaryk ? Il ne voit que des divisions en cat&#233;gories. Il en vient ainsi &#224; l'id&#233;e d'un passage d'un r&#233;volutionnisme syst&#233;matique &#224; une n&#233;gation de la possibilit&#233; de toute r&#233;volution, du romantisme &#224; l'exp&#233;rience, de l'aristocratie r&#233;volutionnaire &#224; l'&#233;thique d&#233;mocratique, d'un imp&#233;ratif cat&#233;gorique aux m&#233;thodes empiriques, de l'objectivisme absolu &#224; l'autocritique. des conceptions titanesques &#224; je ne sais quoi, mais on sait seulement que &#171; Faust-Marx devient &#233;lecteur &#187; (page 562). Vous, heureux &#233;lecteurs socialistes, qui ach&#232;vez l'&#339;uvre de Goethe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis regardez la m&#233;thode sp&#233;cieuse de l'auteur. Il suppose que la personnalit&#233; de Marx (dont il pr&#233;tend ignorer la biographie pour une raison quelconque, &#224; la page 517) se prolonge ind&#233;finiment, pour ainsi dire, &#224; travers toutes les actions et expressions des partis socialistes et de la presse socialiste, et il place le les paroles et les actes de tous les autres au r&#233;cit du marxisme de Marx, comme s'il s'agissait de ses propres modifications et r&#233;visions. Mais il semble que le N&#233;m&#233;sis l'ait rattrap&#233;, parce qu'il voulait &#234;tre trop &#224; la fois, ce Marx, &#224; savoir un philosophe allemand et un r&#233;volutionnaire latin, un protestant et un catholique &#8211; et la revanche du protestantisme l'a rattrap&#233; (page 566), de sorte que nous avons ici le v&#233;ritable dispositif de la crise, le sens clair du nouveau 9 Thermidor de Maximilien Carl Robespierre Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne vaut pas la peine de suivre l'auteur dans ses divagations &#224; travers toute la presse socialiste et les documents du parti, dans sa tentative de rassembler les preuves de la dissolution du marxisme par l'&#339;uvre des marxistes eux-m&#234;mes, qui sont une sorte de Marx prolong&#233;. Sa th&#232;se est que le socialisme devient constitutionnel . Tout est bon pour prouver cette th&#232;se, m&#234;me l'appel au t&#233;moignage d'Enrico Ferri, qui aurait dit, je ne sais vraiment o&#249;, qu'une r&#233;publique est dans l'int&#233;r&#234;t priv&#233; des partis bourgeois. Donc &#224; bas la r&#233;publique ! Et tel est l'espoir de l'auteur : &#171; Que le socialisme perdra les marques aigu&#235;s de l'ath&#233;isme, du mat&#233;rialisme et du r&#233;volutionnisme, et se d&#233;veloppera finalement en une v&#233;ritable d&#233;mocratie, qui acquerra les proportions d'une conception universelle de la vie et du monde, d'une politique sub specie aeternitatis &#187;, avec une vision de l'&#233;ternit&#233; (page 858). En ce qui me concerne, je dois avouer que je ne comprends pas cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai lu les 600 pages de M. Masaryk avec un soin et une patience inhabituels, consid&#233;rant que la nature de mes occupations m'emp&#234;che de parcourir un seul et m&#234;me livre en une seule fois. J'ai eu une grande curiosit&#233; de le voir d&#232;s son annonce. On avait tant dit et bavard&#233; sur une crise du marxisme par un si grand nombre de personnes m&#233;diocres et peu cultiv&#233;es, ce qui d'ailleurs &#233;tait presque toujours incongru, que j'ai cru pouvoir apprendre beaucoup du chef-d'&#339;uvre de l'auteur de la nouvelle expression en sciences sociales. J'ai &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;&#231;u par les choses que j'ai mentionn&#233;es ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Masaryk n'a assur&#233;ment rien de commun avec les diverses sortes d'ignorance professionnelle et d'affirmation de soi audacieuse, qui ont produit en si peu de temps tant de critiques d&#233;finitives du socialisme dans notre heureux pays, o&#249; fleurissent toutes sortes d'anarchismes moraux et intellectuels. L'auteur dont je me suis occup&#233; ne partage rien avec la soi-disant crise du marxisme en Italie que l'&#233;tiquette ext&#233;rieure, et cette &#233;tiquette nous est parvenue sans aucun doute par la presse fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intention honn&#234;te et modeste de Masaryk &#233;tait simplement de pr&#234;cher les fun&#233;railles du marxisme au nom d'une autre philosophie. Il a rassembl&#233; le mat&#233;riel de sa critique dans des notes patiemment et minutieusement &#233;labor&#233;es. Il ressort clairement de l'ensemble de son contexte et de la s&#233;r&#233;nit&#233; de son ton tout au long de l'&#339;uvre, au nom et dans quel but il a &#233;crit cette critique. La question sociale est un fait, le socialisme est un autre fait, le socialisme et le marxisme ne font qu'un (l'auteur le r&#233;p&#232;te plusieurs fois et il me semble qu'il commet une grave erreur), mais le probl&#232;me social doit &#234;tre r&#233;solu d'une mani&#232;re diff&#233;rente de celle celui attendu par le socialisme marxiste. Retouchons donc, r&#233;visons et renversons la Weltanshauung sur laquelle repose le marxisme, et puisque les marxistes eux-m&#234;mes discutent justement de cette question, intervenons entre eux dans cette crise en tant qu'arbitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Masaryk souhaite personnellement dans la pratique, nous le saurons probablement mieux une autre fois. Et j'avoue que je ne suis pas rong&#233; par le d&#233;sir de le savoir. Mais la lecture de son livre m'a fait penser &#224; tout un si&#232;cle d'histoire de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le positivisme a depuis ses d&#233;buts march&#233; sur les traces du socialisme. Quant aux id&#233;es, les deux choses sont n&#233;es &#224; peu pr&#232;s en m&#234;me temps dans l'esprit vague du g&#233;nie Saint-Simon. Ils &#233;taient en quelque sorte les compl&#233;ments inverses des principes de la R&#233;volution. L'antagonisme entre ces deux choses s'est d&#233;velopp&#233; dans la suite bigarr&#233;e de Saint-Simon. Et &#224; un moment donn&#233;, Comte devient le repr&#233;sentant de la r&#233;action (la r&#233;action aristocratique, comme dirait Masaryk), qui assigne aux hommes leur position et leur destination selon le sch&#233;ma fixe du syst&#232;me, au nom d'une science classificatrice et omnisciente. Dans la mesure o&#249; le socialisme est devenu la conscience de la lutte des classes dans l'orbite de la production capitaliste, et dans la mesure o&#249; la sociologie, souvent mal exp&#233;riment&#233;e, s'est ralli&#233;e au mat&#233;rialisme historique, le positivisme, h&#233;ritier infid&#232;le de l'esprit de la r&#233;volution, s'est retir&#233; dans l'orgueil sur&#233;minent de la classification scientifique, qui d&#233;pr&#233;cie la conception mat&#233;rialiste de la science elle-m&#234;me, selon laquelle elle serait une chose changeante soumise &#224; la transformation des conditions naturelles, en d'autres termes soumise au travail. Masaryk est un homme trop modeste pour imiter l'infaillibilit&#233; scientifique de Comte, mais il est assez professeur pour s'accrocher &#224; l'id&#233;e que la Weltanschauung est quelque chose au-dessus de la question sociale des humbles travailleurs. Tournez-le comme vous voulez, il y a toujours quelque chose de cur&#233; chez un professeur. Il cr&#233;e le Dieu qu'il adore, qu'il soit f&#233;tiche ou hostie sacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant nous pouvons dire que nous comprenons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais &#234;tre tent&#233; de citer quelques passages de mes &#233;crits qui montreraient clairement la distinction entre critique et crise . Mais il me semble que je suis all&#233; assez loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque la politique ne peut &#234;tre autre chose qu'une interpr&#233;tation pratique et op&#233;rationnelle d'un certain moment historique, le socialisme est aujourd'hui confront&#233; &#8211; d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale et sans tenir compte des diff&#233;rences locales des diff&#233;rents pays &#8211; au probl&#232;me difficile et complexe suivant : il doit se m&#233;fier des se perdant dans de vaines tentatives de reproduction romantique du r&#233;volutionnisme traditionnel (ou, comme dirait Masaryk, il doit fuir l'id&#233;ologie), et pourtant il doit en m&#234;me temps veiller &#224; ne pas tomber dans une attitude d'acquiescement et de bonne volont&#233; qui entra&#238;nerait sa disparition dans le m&#233;canisme &#233;lastique du monde bourgeois au moyen du compromis. Certains nourrissent le d&#233;sir, l'attente, l'espoir d'un tel acquiescement au socialisme, et ces apologistes de l'ordre actuel de la soci&#233;t&#233; ont attribu&#233; un grand poids aux controverses litt&#233;raires ouvertes au sein du parti et au modeste livre de Bernstein qui a &#233;t&#233; publi&#233;. &#233;lev&#233;e d'un seul coup &#224; l'honneur d'une &#339;uvre historique. [22] Ce fait caract&#233;rise et condamne ce livre ainsi que tant d'expressions similaires. Mais tout cela n'a rien &#224; voir avec Masaryk. Masaryk, en tant que professeur dans l'exercice de sa profession, a expos&#233; la philologie au moyen de caract&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ANTONIO LABRIOLA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 18 juin 1899.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;REMARQUES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. En r&#233;visant les &#233;preuves, il me vient &#224; l'esprit que le lecteur pourrait avoir des doutes sur le caract&#232;re de cet &#233;crivain. Pantaleoni, que je d&#233;fends ici, est lui-m&#234;me un repr&#233;sentant de cet h&#233;donisme que Croce, employant l'illustration bien connue des deux foyers d'une ellipse, voudrait concilier avec le marxisme. Il est m&#234;me un repr&#233;sentant extr&#234;me de cette &#233;cole. Pantaleoni est si extr&#234;me dans son esprit partisan que, dans son introduction &#224; son cours &#224; Gen&#232;ve, ce semestre (voir son &#034;Prolusione&#034;, reproduit dans le num&#233;ro de novembre du &#034;Giornale Degli Economisti&#034;, pages 407-431), il expulse le nom de Marx de l'histoire des sciences &#8211; qui ne peut enregistrer aucune erreur ! &#8211; (Voir page 427.) Il a une tr&#232;s mauvaise opinion des socialistes, notamment ceux d'Italie, et les consid&#232;re comme des imb&#233;ciles, des ap&#244;tres de la violence, et pire encore (voir sa lettre du 12 ao&#251;t de cette ann&#233;e, pages 101-110). de l'ouvrage du professeur Pareto sur &#034;La Libert&#233; &#233;conomique et les &#233;v&#233;nements d'Italie&#034;, Lausanne, 1898, notamment pages 103 et suivantes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Je me plais &#224; faire r&#233;f&#233;rence pour cette marque &#224; la critique virulente du tr&#232;s sagace Lexis dans son article sur l'utilit&#233; marginale dans le volume suppl&#233;mentaire du &#034;Handwerterbuch&#034; de Conrad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Des rapports entre Proudhon et K. Marx, page 29.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Je constate au passage que M. Rouanet n'avait lu de Marx que le &#171; Manifeste communiste &#187; et le &#171; Capital &#187;. Il n'avait d'ailleurs qu'une id&#233;e assez imparfaite des th&#233;ories &#233;conomiques contenues dans ce dernier ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Un seul pays me semble avoir le droit de revendiquer une place exceptionnelle dans notre civilisation moderne : l'Italie, patrie commune des esprits libres et cultiv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Revue Socialiste, mai 1887, p. 400.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. M. Petrone est charg&#233; de cours gratuit &#224; l'universit&#233; de Rome. Il a r&#233;dig&#233; un rapport critique tr&#232;s int&#233;ressant sur le livre de M. Labriola dans la &#034;Rivista internationale di science sociali e discipline ausiliarie&#034;, quatri&#232;me ann&#233;e, tome XI, pages 551-560.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Des rapports entre Proudhon et K. Marx, page 25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Journal des D&#233;bats, 1er mai 1896.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Le Capital, traduction fran&#231;aise, page 28. Marx dit cela de la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Feuerbach, &#171; Les racines de la philosophie socialiste &#187;, pages 104-105.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. M. Petrone l'admet sans aucune difficult&#233;. Tandis que M. Bourdeau dit que les th&#232;ses de Marx jettent un nouvel &#233;clairage sur l'histoire. (D&#233;bats, 13 octobre 1896.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Sur la grande importance de la morale dans les philosophies socialistes, lire les belles observations de M. B. Croce dans sa Sulla concezionematerialistica della storia, publi&#233;e dans les Atti della Accademia Pontaniana, vol. XXVI, 1896.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Revue socialiste, juin 1887, page 591.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Lettre sur le programme Gotha, publi&#233;e dans Revue d'&#233;conomie politique, 1894, page 758. Le texte allemand a paru dans la Neue Zeit , neuvi&#232;me ann&#233;e, vol. I, num&#233;ro 18, pages 560-575.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Ce paradoxe a &#233;t&#233; publi&#233; dans la Jeunesse socialiste, de janvier 1895, sous le titre d'Id&#233;alisme de l'histoire. Lisez la r&#233;ponse pleine d'entrain de M. Lafargue dans le num&#233;ro de f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Die Philosophischen und sociologischen Grundlagen du Marxismus &#8211; Studien zur sozialen Frage, von Th. G. Masaryk. Professeur an der b&#246;hmischen Universit&#228;t Prag, Wien, C. Konegen, pages XV et 600, en grand in-8&#176;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Die wissenschaftliche und philosophische Krise innerhalb of gegenw&#228;rtigen Marxismus. Vienne, 1898, 24 pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Ibidem , page 24. La m&#234;me d&#233;claration est maintenant amplement r&#233;p&#233;t&#233;e dans le pr&#233;sent livre vers sa fin, en particulier aux pages 59-92. Pour citer encore une petite illustration de la fortune d'un mot, j'observe que la crise du marxisme est devenue la crise du marxisme dans la traduction fran&#231;aise de cet ouvrage de Bugiel, Paris, 1898, (extrait de la Revue internationale de sociologie , num&#233;ro de juillet ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. C'est ce qui a &#233;t&#233; fait dans les num&#233;ros 239 et 240 du 20 avril et du 6 mai du &#034;Zeit&#034; de Vienne. Il avait fait de m&#234;me en octobre de l'ann&#233;e derni&#232;re avec le message de Bernstein au congr&#232;s national de Stuttgart. &lt;br class='autobr' /&gt;
21. Voir lettre IX du Socialisme et de la Philosophie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. En r&#233;f&#233;rence au livre de Bernstein voir mon article dans Le Mouvement Socialiste , mai 1899.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transcrit pour les archives Internet Marx/Engels en 1997 par Rob Ryan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/labriola/index.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/labriola/index.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
