Matière et Révolution
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69144Qui était Lech Walesa ?
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http://matierevolution.org/spip.php?article53482017-01-07T00:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisGrève StrikeOuvriers WorkersPologne
<p>« Mon destin m'a placé à la tête des gens. Ce que j'appelle marcher à la tête du troupeau. » <br class='autobr' />
Lech Walesa <br class='autobr' />
Dans son autobiographie intitulée <br class='autobr' />
« Un chemin d'espoir » <br class='autobr' />
Luttes ouvrières dans la Pologne des années 70-80 <br class='autobr' />
L'Etat polonais des années 1970-80 fait partie de ce que l'on a appelé les « démocraties populaires », traduisez dictature anti-ouvrière sous la domination de la bureaucratie et de l'armée russes. La mise en place de ce régime ne doit rien à une intervention des masses (…)</p>
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<div class='rss_texte'><p><i>« Mon destin m'a placé à la tête des gens. Ce que j'appelle marcher à la tête du troupeau. »<br />
</i><strong>Lech Walesa<br />
</strong>Dans son autobiographie intitulée <br />
« Un chemin d'espoir »<br />
<strong></p>
<p>Luttes ouvrières dans la Pologne des années 70-80<br />
</strong>L'Etat polonais des années 1970-80 fait partie de ce que l'on a appelé les « démocraties populaires », traduisez dictature anti-ouvrière sous la domination de la bureaucratie et de l'armée russes. La mise en place de ce régime ne doit rien à une intervention des masses populaires de Pologne et encore moins à une révolution communiste, en Pologne ou nulle part ailleurs. Ce régime a été mis en place avec l'accord de l'impérialisme et non contre lui. C'est ainsi que s'est constitué toute la zone sous domination russe – et pas communiste – à l'Est. L'étatisme polonais ne découle nullement d'une perspective communiste, de renversement du capitalisme à l'échelle mondiale, mais de la lutte mondiale de l'impérialisme uni au stalinisme contre les risques révolutionnaires de l'après-guerre. C'est donc un Etat qui est dirigé de A à Z et dès le début contre la classe ouvrière. Sa mise en place a nécessité la destruction d'anciennes structures mais ni celles des anciennes classes, ni des anciens appareils de l'Etat. Non, il s'agit de celles des anciens partis et syndicats ouvriers, qui sont entièrement détruits et reconstruits par le nouvel Etat, y compris l'ancien Parti communiste (comme dans tous les « Pays de l'Est »). La mise en place du parti unique et du syndicat unique à partir de la guerre froide en 1947 ne sont nullement des mesures en faveur des travailleurs, au contraire. C'est la dictature politique et sociale qui s'abat sur les travailleurs qui sont privés de tout droit démocratique. <br />
Dès que la classe ouvrière a tenté de protester, de revendiquer, elle a subi la répression violente de cet Etat. En 1956, alors que la révolution se déroulait en Hongrie, les ouvriers polonais sont également entrés en lutte. En juin 1956, ce sont notamment les 15.000 ouvriers des usines Staline de Pozna'n qui se mobilisent. Pour les écraser, le pouvoir envoie l'armée avec 200 tanks. Elle fait 53 morts et 400 blessés. Puis, en octobre 1956, tout le pays se couvre de conseils ouvriers, suivant l'exemple des ouvriers de l'usine Zéran de Varsovie. Le pouvoir parvient à détourner la colère des travailleurs, en faisant venir au pouvoir un prétendu réformateur, en fait un stalinien momentanément écarté : Gomulka. Il réussit à calmer les esprits. <br />
C'est en 1970 qu'un nouveau mouvement massif de la classe ouvrière contre le pouvoir reprend. L'annonce d'une hausse des prix de 30% met le feu aux poudres. Des arrêts de travail spontanés dans toutes les villes du littoral de la Baltique, à Gdynia, Gdansk et Szczecin, sont suivies de manifestations où les travailleurs vont demander des comptes aux dirigeants des localités et du parti unique. A Gdynia, les membres du comité de grève qui ont négocié avec la direction des chantiers sont arrêtés. A cette nouvelle, une véritable foule ouvrière en colère attaque et met le feu à la direction du parti unique et fait le siège des commissariats. Il en va de même ensuite à Gdansk et Szczecin. Il en résulte des arrestations, des tortures et des assassinats dans les commissariats. Des ouvriers des chantiers de Gdansk sont fusillés près de l'entrée. L'armée fait évacuer les chantiers de Gdansk. A Gdynia, les travailleurs sont battus au cours d'une offensive d'une grande violence, à la mitrailleuse et par des attaques d'hélicoptères, le 16 décembre. Le lendemain, c'est Szczecin qui est le théâtre d'une terrible bataille de rue. L'armée et la milice tirent sur les grévistes qui occupent le chantier Warski. <br />
Le régime a vaincu, mais il est discrédité. Gomulka est démissionné. Il doit laisser la place à un nouveau chef d'Etat, Gierek, qui s'adresse aux ouvriers, leur fait des excuses, retire les mesures anti-ouvrières, supprime les mesures de répression, annonce un nouveau type de relations avec les travailleurs, fait de nombreuses promesses et fait appel au sens des responsabilités des travailleurs. Avec succès. <br />
Six ans plus tard, la classe ouvrière polonaise retrouve la voie de la lutte. Le 24 juin 1976, à l'annonce d'une hausse des prix de 39% décidée par Gierek, un mouvement de grève s'étend à tout le pays. C'est à Ursus dans la banlieue de Varsovie et à Radom que le mouvement est le plus dur. A Radom, la milice tire sur la foule et 17 personnes sont tuées. Le gouvernement prend peur. 24 heures après l'annonce des hausses de prix, elles sont annulées. Mais il craint que cette victoire ouvrière entraîne une montée irrépressible de la mobilisation et de l'organisation de la classe ouvrière, c'est-à-dire par une situation pré-révolutionnaire. Il accompagne donc ce recul d'une sérieuse répression. Des centaines de grévistes sont arrêtés, tabassés dans les locaux de la police. Certains travailleurs subissent des procès publics où ils sont contraints de faire leur autocritique. Des intellectuels s'organisent alors pour défendre les travailleurs qui subissent la répression et les licenciements. Ils fondent le KOR, comité de défense des ouvriers. Des dirigeants politiques apparaissent alors, qui vont jouer un rôle dirigeant dans la mobilisation qui suivra en 1980. Certains sont des fondateurs des « syndicats libres » comme Lech Walesa, Anna Walentynowicz, les frères Kaczinski, Jack Kuron, Modzlewski, ou Adam Michnik. La conception qu'ils ont tirée des événements des années 70 est nationaliste et réformiste. En résumé : pas question d'attaquer ou même de menacer le pouvoir stalinien, il fait créer un rapport de forces pour négocier, revendiquer des droits syndicaux hors des « syndicats » du pouvoir et, sans affrontement, viser au développement d'une opinion nationale, chrétienne, pro-occidentale. En somme, leurs conceptions sont tout sauf révolutionnaires. Leur modèle est souvent l'ancienne Pologne, que gouvernait le général Pilsudski, un dictateur anti-communiste et pro-occidental, meneur de pogromes anti-sémites, mis au pouvoir par les puissances impérialistes pour contrer la révolution prolétarienne. Il s'agit même de convaincre le pouvoir que la transformation de la société devient la seule manière d'éviter la révolution prolétarienne. La mobilisation de la classe ouvrière est le moyen de négocier la sortie de crise, en obtenant progressivement la mise en place d'un régime bourgeois. Adam Michnik écrit ainsi, cité par Lech Walesa dans « Un chemin d'espoir » : <i>« La vérité est que sans entente entre le pouvoir et le peuple, on ne peut gouverner ce pays. (…) La vérité est la suivante : le seul gouvernement polonais accepté par les dirigeants de l'URSS est celui des communistes, et rien ne permet de penser que cet état de chose puisse changer du jour au lendemain. Qu'est-ce qu'il en résulte ? (…) Il en résulte que toute tentative de renversement du pouvoir communiste en Pologne porte directement atteinte aux intérêts de l'URSS. (…) Prenons bien soin de ne pas mettre en lambeaux ce qu'est l'Etat polonais dépouillé de sa souveraineté, mais toujours l'Etat, sans lequel notre sort serait infiniment plus pénible. » </i> De 1976 à 1978, leur groupe est passé de 6 à 600 militants en faveur de syndicats libres. La montée de la classe ouvrière continuant, ils sont plusieurs milliers en 1979 et diffusent massivement leur journal, « L'ouvrier du littoral ». Lorsque Anna Walentynowicz, militante des syndicats libres, est licenciée à six mois de la retraite, trois jeunes ouvriers des chantiers naval de Gdansk décident de mettre les chantiers en grève et vont chercher Lech Walesa, licencié depuis des années, mais qu'ils font rentrer dans les lieux. Malgré un début du mouvement très difficile, ils parviennent finalement à mettre les chantiers de Gdansk en grève, un mouvement qui va gagner tout le pays, et contraindre le pouvoir aux négociations qu'espérait Lech Walesa et ses amis. Il a fallu non seulement mobiliser les travailleurs mais aussi les empêcher de s'en prendre au pouvoir et canaliser leur énergie dans un sens qui ne menace pas le pouvoir. Il a fallu que ces dirigeants issus du mouvement se montrent capables de prendre la tête des luttes ouvrières pour les calmer et s'imposer ainsi comme la force la plus importante face au pouvoir. Ils ont reçu pour cette tâche délicate un appui important : celui de L'Eglise et de la papauté. Ils ont également eu l'appui de la petite bourgeoisie nationaliste de Pologne. Le meilleur compte-rendu de cette stratégie réformiste est certainement son auteur, Lech Walesa lui-même. Si son passé est celui d'un leader ouvrier décidé, combatif qui comprend que le prolétariat est la principale force politique, il est aussi opposé à toute forme réelle de pouvoir ouvrier. Il sait négocier dans le dos d'un mouvement, imposer quand il ne convainc pas, effectuer un chantage avec succès, faire appel au sens des responsabilités des travailleurs pour les faire reculer. Dans ses mémoires, il ne s'en cache nullement et, comme tout bon leader nationaliste, il reconnaît volontiers qu'il n'est pas un défenseur des intérêts des opprimés, mais un défenseur de l'intérêt supérieur du pays, c'est-à-dire des perspectives nationales bourgeoises. Il est fier de s'être fait le pompier des grèves qui parcoure tout le pays dans un véhicule fourni par le pouvoir. Dès le début de la grève, Walesa parvient à se faire élire au comité de grève bien qu'il ne soit plus ouvrier des chantiers, étant parvenu à établir le lien entre la revendication de la réintégration d'Anna Walentynowicz et la sienne. Walesa s'avère un tacticien très habile dans les discussions avec les travailleurs, plus encore que dans celles avec les membres du pouvoir. Il sait parfaitement être radical quand c'est nécessaire pour garder son crédit et il sait aussi prendre complètement à rebrousse-poil toute une assemblée ouvrière. Mais ces grandes capacités personnelles sont mises au service d'une stratégie qui vise certes dans un premier temps à augmenter le rapport de forces des travailleurs, mais, ensuite, à préparer la mise en place d'un nouveau nationalisme polonais qui n'a que faire des revendications ouvrières. Walesa se considère comme l'un des piliers de la « nouvelle Pologne », les deux autres piliers étant le pouvoir et l'Eglise. C'est un partisan de l'ordre et un ennemi ouvert de la révolution, il l'affirme lui-même. Sans cesse, il prédit que, si on ne suit pas ses propositions, c'est la révolution, avec comme conséquence immédiate le bain de sang et, surtout, l'intervention de l'armée russe. Les leaders radicaux, il ne craint pas de les écarter de façon radicale, en se servant directement et grossièrement parfois de sa popularité. La révolution lui sert autant d'épouvantail que l'écrasement par l'Etat russe. Le pacifisme, une fois de plus, sert à rendre les opprimés pacifiques c'est-à-dire à les désarmer, mais pas à contraindre le pouvoir à être pacifique, en entraînant les petits soldats aux côtés des travailleurs. Loin d'avoir préparé les travailleurs, qui étaient pourtant massivement mobilisés et organisés, au risque d'intervention armée de l'Etat polonais, il les a ainsi complètement désarmé politiquement et ils seront complètement pris par surprise par le coup d'Etat militaire de Jaruzelski en 1981 parce qu'il était organisé par l'armée polonaise et non par la Russie, situation qu'ils refusaient politiquement d'envisager, par nationalisme. <br /> <br />
<strong>La mobilisation ouvrière de 1980<br />
</strong>Dès que la grève apparaît comme massive et qu'elle démontre qu'elle a une direction décidée à aller jusqu'au bout, elle gagne la totalité des Chantiers de Gdansk, car la seule chose qui retenait les travailleurs était la crainte d'une grève faible qui terminerait rapidement par un échec. Dès que la grève prend solidement, le 15 août 1980, toutes les entreprises travaillant pour l'industrie navale s'y joignent. Les Chantiers sont occupés et gardés nuit et jour. Le comité de grève choisit de faire des Chantiers un bastion de la lutte, plutôt que de se confronter aux forces de l'ordre dans les rues. Les leaders y dorment, y mangent et ne les quittent pas, pour éviter arrestations et intimidations. Au lieu d'aller chercher des soutiens dans la région et le reste du pays, il font des chantiers le point de rencontre de toutes le forces du pays opposées au pouvoir, et particulièrement de la classe ouvrière. <br />
Devant le début de généralisation de la grève, de sa radicalisation et de la menace sociale dans une Pologne économiquement et politiquement dans l'impasse, la direction des chantiers cède le 16 août. Elle accepte une partie des revendications des travailleurs mais ne donne que 1500 zlotys au lieu des 2000 revendiqués. Cependant, malgré la montée de la lutte, ou à cause de celle-ci, Lech Walesa signe précipitamment le compromis proposé par la direction des Chantiers en ne consultant pas les salariés. Les travailleurs conspuent Lech Walesa revenu de sa signature aux cris de « 2000 ! 2000 ! ». Dans la nuit suivante, tous les chantiers se couvrent d'inscriptions « Walesa traître ! », « Walesa vendu ! ». Le lendemain, Walesa revient sur ses positions en disant : la grève des chantiers pour les alaires est terminée mais la grève de solidarité commence. Les autres salariés qui nous ont fait confiance et nous ont suivi doivent être soutenus par nous. Ce terme de « Solidarité », qui va donner son nom au mouvement puis au syndicat et qui est connu aux quatre coins du monde, provient seulement de la pirouette de Walesa pour garder la tête du mouvement, faute d'être parvenu à l'arrêter. <br />
Le 18 août, l'occupation des Chantiers de Gdansk reprend donc et Walesa a été maintenu à sa tête. Walesa a dû accepter que le mouvement prenne un caractère nouveau. La direction du mouvement change de caractère et Walesa s'adapte à cette nouvelle situation. Pour garder sa place et la transformer en une direction de l'ensemble de la lutte, il doit convaincre ses anciens camarades, nationalistes et réformistes, de laisser les leaders radicaux du mouvement participer à la direction du mouvement. Le comité de grève des chantiers s'élargit à des délégués de toutes les entreprises de Gdansk qui seront bientôt rejoints par ceux d'entreprises de la région et au-delà. C'est la fondation du MKS, comité de grève inter-entreprises, de Gdansk qui sera imité par d'autres MKS dans le reste du pays quelques jours plus tard. Le MKS se dote d'un programme : les fameuses 21 revendications bien plus axées sur les libertés publiques que sur la lutte pour les revendications ouvrières. Cependant, ce programme a le mérite de placer la classe ouvrière en position de direction pour la transformation du pays, puisqu'elle met en avant des transformations politiques et sociales qui vont dans le sens des aspirations de toute la population, y compris la petite bourgeoisie et la bureaucratie elle-même. La Pologne toute entière, et bientôt le monde entier, a alors les yeux fixés sur les ouvriers du Littoral. Toute la capacité de Walesa va être de transformer ce potentiel révolutionnaire, qui est encore sur des bases de classe, en un capital pour la transformation bourgeoise de la Pologne. Il ne va pas être seul, loin de là, pour réaliser ce retournement impressionnant. La petite bourgeoisie afflue à Gdansk est Walesa saura en faire un contrepoids politique contre la classe ouvrière. C'est notamment l'instauration du système des « experts » qui remplacent les délégués de grévistes dans les négociations. C'est encore les conseillers dont il s'entoure et qui ne le quittent plus. C'est enfin la mise en place d'un réseau de journalistes et de militants de la petite bourgeoisie qui donnent le ton dans la presse de la grève. Mais l'Eglise, y compris sa haute hiérarchie liée au pouvoir, et le pape lui-même, a été le point principal qui a permis à Walesa de l'emporter sur les leaders ouvriers radicaux et surtout sur le caractère impétueux de la lutte des classes elle-même. Non seulement, la prière, l'évocation religieuse des morts de 1970 a servi à Walesa de donner un caractère solennel au mouvement, de le calmer, de donner un drapeau religieux à la lutte, drapeau sensé dépasser les revendications sociales de la classe ouvrière. Mais, surtout, la religion permet de donner un caractère nationaliste à la lutte. Les ouvriers des Chantiers sont ainsi transformés en défenseurs des droits des chrétiens contre un pouvoir athée ! La lutte qui pouvait devenir un affrontement menant au renversement du régime devient un combat moral pour réformer le pouvoir ! L'objectif premier, la transformation des conditions matérielles d'existence des travailleurs est remis à plus tard et le renforcement de la classe ouvrière face à ses ennemis bureaucrates et bourgeois, est devenu, miraculeusement, le renforcement des nationalistes, des religieux et des bourgeois, ainsi que des bureaucrates dits réformateurs. Ce coup de baguette magique de Walesa s'appuie sur des aspirations légitimes des ouvriers eux-mêmes : éviter le déferlement de violence que produirait, selon lui, une évolution vers un conflit direct avec le pouvoir, réaliser l'entente de tous les Polonais, obtenir leurs droits en tant que religieux catholiques, transformer le pays de manière pacifique et consensuelle en entraînant y compris les membres du régime. Ce rêve réformiste va petit à petit l'emporter parmi les grévistes, transformant une vague ouvrière de portée révolutionnaire en un mouvement syndical réformiste, qui va devenir très vite un syndicat dont la direction freine les grèves. Religion, nationalisme, pacifisme et réformisme syndical ont constitué un véritable programme politique national bénéficiant d'un grand nombre d'appuis, de militants, y compris au plus haut sommet de l'Etat. <br />
Cependant, au début, rien de tout cela n'est joué. Jusqu'au 18 août, la force de la classe ouvrière grandit par l'élargissement du mouvement, en particulier l'extension à l'autre grand port du Littoral de la Baltique, Szczecin. Le pouvoir a tenté d'abord de proposer aux entreprises de négocier séparément, mais très peu d'entreprises l'acceptent. La direction politique du mouvement de la classe ouvrière est unanimement reconnue aux Chantiers de Gdansk. Le MKS refuse de rencontrer le pouvoir en dehors du contrôle des travailleurs eux-mêmes. Si bien que le Vice-premier ministre Jagielski est contraint de négocier dans les chantiers eux-mêmes, au beau milieu du chantier Lénine, fer de lance du mouvement ! Cela donne la mesure du rapport de forces à ce moment là. Les travailleurs, de nombreuses fois floués, ont exigé la publicité complète des négociations, avec diffusion en direct des débats à l'extérieur et avec enregistrements. Et les travailleurs seront massivement présents pour suivre la teneur des discussions. Cela n'empêchera pas les manœuvres bien entendu, mais là aussi les travailleurs imposent encore leur marque à la situation et empêchent l'essentiel des tromperies. Multipliant les tentatives de division, les calomnies, les menaces et les opérations pour acheter des délégués, Jagielski espère encore que les ouvriers se découragent et fait traîner les négociations pendant 9 jours.<br />
Le 26 août, Jagielski est contraint de supplier Walesa de signer vite fait les accords. Il recule sur le droit de grève mais refuse toujours le droit à des syndicats indépendants. Les évêques, dirigeants de l'Eglise polonaise et soutiens en réalité du pouvoir, appellent alors publiquement les grévistes à faire preuve de sagesse et à reprendre le travail. Le 26 août, le Primat de Pologne donnait le ton à cette politique de l'Eglise qui peut se résumer ainsi : empêcher tout risque de dérapage vers une révolution ouvrière. Il déclare : <i>« Je considère que parfois il ne faut pas réclamer, exiger, revendiquer beaucoup, pourvu que l'ordre règne. »</i> Comme on le voit, l'Eglise n'est absolument pas une force de transformation radicale de la société polonaise. Parmi les travailleurs de chantiers, c'est l'indignation et il faut tout le poids acquis par Walesa pour les défendre et tâcher de rétablir la fiction selon laquelle l'Eglise serait du côté des travailleurs. Walesa, une nouvelle fois s'adapte à la situation, reconnaît que la grève doit continuer et affirme qu'il sera le dernier à reprendre le travail. A ce moment, le principal appui de Walesa n'est déjà plus l'ancien groupe de militants en faveur des syndicats libres du Littoral, de militants du KOR et de jeunes ouvriers radicaux avec lesquels il avait commencé à militer et qui le suivait jusqu'au démarrage de la grève. Ces anciens amis lui deviennent hostiles et pensent qu'il n'est pas à la hauteur ou qu'il trahit, comme Anna Walentynowycz avec laquelle il a démarré la grève et qui lui demande de se retirer de ses responsabilités à la tête du mouvement. Il est devenu le militant de l'appareil de l'Eglise (comme il l'affirme dans « un chemin d'espoir » en exposant qu'il suit la ligne du Primat de Pologne), appuyé complètement par ce grand appareil très puissant en Pologne. On peut le voir au fait qu'il ne se déplace plus sans les deux mentors politiques que l'Eglise lui a envoyé : Mazowiecki et Geremek. Si Walesa prétend faire accepter pacifiquement au pouvoir des syndicats libres, c'est avec l'idée que ceux-ci joueront un rôle d'intermédiaire, de pompiers des grèves, rôle qu'il va jouer réellement dès que l'occasion lui en sera offerte, rôle qu'il a toujours considéré comme le sien depuis les grèves de 1970, n'étant absolument pas l'ouvrier radicalement opposé au pouvoir que la presse a voulu fabriquer. Il a toujours prétendu chercher au contraire le terrain d'un accord qui convienne également au pouvoir. Il a toujours dit qu'il ne se considérait pas comme représentant politique de la classe ouvrière mais comme défenseur des intérêts supérieurs de la Pologne, intérêts face auxquels n'importe quel haut bureaucrate était aussi important que les travailleurs. Et l'Etat polonais, loin d'être considéré comme un adversaire, représente l'idéal de Lech Walesa. Le mouvement se confronte aux dirigeants politique du pays mais, selon lui, il ne vise pas même à l'affaiblissement de l'Etat, et même au contraire à son renforcement. Lorsqu'il expose en quoi il a suivi le même programme que le Primat de Pologne, pourtant très inféodé au pouvoir, il explique qu'il s'agit de s'opposer aux risques d'explosion d'une révolution ouvrière : <i>« Mon objectif « était que la population ne s'oppose pas au pouvoir les armes à la main et prenne le pouvoir à sa place. Je défendais la même position que le Primat de Pologne, du haut de sa chaire, quand il disait qu'il était prêt à solliciter à genoux le pouvoir. Dès le début, j'ai fait part de mon alignement sur la position de l'Eglise de manière publique (…) »</i> <br />
Pour imposer son programme, Walesa n'a pas peur d'utiliser au sein du mouvement des méthodes de commandement bien peu démocratiques. Il s'appuie sur une fraction de la base qui lui est acquise sur la base d'un militantisme ouvertement religieux avec messes, croix et génuflexions. Il fait taire les délégués qui le dérangent, en les faisant siffler et couvrir leur voix par ses adeptes. Il se fait proclamer chef supérieur et seul véritable porte parole du mouvement. Il cultive son propre mythe et prétend que seuls ceux qui ont des ambitions personnelles peuvent y être opposés !<br />
Fin août, le rapport de forces s'est considérablement accru en faveur des ouvriers. La grève a fait tâche d'huile dans tout le pays : à Wroclaw, à Varsovie, parmi les mineurs de Silésie. La production de charbon est bloquée. <br />
Le 30 août, le Vice-premier ministre signe, devant des dizaines de milliers d'ouvriers assemblés, un accord qui restera dans les annales comme « Accords de Gdansk » qui, en principe, accepte les 21 conditions posées par les grévistes. Cette signature est une véritable victoire arrachée par les travailleurs de tout le pays. Mais en même temps, et c'est tout le problème, la signature de Walesa, obtenue à l'arrachée, au chantage, par Walesa contre la plupart des autres délégués des grévistes, est une trahison du mouvement. Et ce d'abord parce que le pouvoir est au bord du gouffre et que la signature de Walesa le sauve. Dans la pratique, les travailleurs constateront que les formulations, concoctées par les « experts » du MKS et le pouvoir, n'engagent à pas grand-chose. Par exemple, le MKS de Gdansk obtient le droit à des syndicats libres, mais seulement à Gdansk ! Les militants ouvriers emprisonnés dans tout le pays ne sont pas libérés, alors que c'était une condition répétée sans cesse lors des négociations. Le fait que les militants du KOR, des dirigeants importants du mouvement ne soient même pas libérés fait scandale. Walesa, hué par les ouvriers du chantier « La Commune » de Gdansk, fait marche arrière à nouveau : il exige du pouvoir la libération des membres du KOR. En apprenant que les troupes de Lublin, mobilisées pour se rendre à Gdansk se sont mutinées, le pouvoir recule et libère ces militants. On peut voir ainsi que le pouvoir est sur la corde raide : le crédit énorme des ouvriers de Gdansk est tel qu'ils pourraient appeler le pays tout entier à constituer des comités d'un nouveau pouvoir. Ils auraient alors non seulement la participation des travailleurs, mais le soutien de la majorité de la jeunesse, de la petite bourgeoisie et l'appareil d'Etat serait impuissant à enrayer le mouvement. C'est justement de ce danger que Walesa est parfaitement conscient et le rôle qu'il s'attribue est justement de sauver ce pouvoir polonais. Le prétexte avancé est qu'il vaut mieux être opprimé par un pouvoir polonais que de subir une occupation militaire russe, comme la Hongrie en 1956 ou comme la Tchécoslovaquie en 1968. L'épouvantail russe est, autant que le bain de sang avec les forces de l'ordre, un leitmotiv de Lech Walesa au nom duquel il affirme que toute la difficulté consiste à … ne pas gagner, et, même quand on a gagné, à ne pas en tirer profit. Il faut redonner du crédit à l'Etat, calmer les travailleurs et remettre le pays au travail, tel est le projet de Walesa !<br />
C'est ce Walesa là que le pouvoir accepte de diffuser pour la première fois à la télévision nationale, lors de la diffusion de la signature des accords de Gdansk. Il est propulsé ainsi dirigeant national reconnu du mouvement ouvrier. <br />
Le premier problème auquel se heurte alors Walesa, c'est de freiner l'aspiration qu'il a lui-même suscitée : la création de syndicats libres. Au début, c'était une manière de dire que l'objectif n'était pas le renversement du pouvoir, ni même l'obtention d'augmentations de salaires que le gouvernement ne pouvait pas accepter. Mais le mouvement en faveur des syndicats libres se heurte à nombre d'intérêts locaux des bureaucrates et suscite du coup des confrontations qui, même si elles ont un caractère local, menacent de ramener sur le devant de la scène la nécessité de renverser ce pouvoir honni. Walesa demande alors, et obtient, un service de voiturage permanent et gratuit, pour se propulser aux quatre coins du pays, et … y calmer tous les conflits ! Il déclare fièrement « je suis le pompier des grèves ! » En quelques jours, Lech Walesa avait obtenu la reprise du travail. Maintenant, il s'acharne efficacement à arrêter préventivement les mouvements explosifs qui éclatent un peu partout pour des motifs multiples, généralement sur des provocations de l'appareil bureaucratique local qui n'accepte ni ne comprend la nouvelle situation.<br />
Mais la classe ouvrière aspire à s'organiser. Elle ne fait pas sur le terrain politique parce ses militants lui affirment que le seul objectif est revendicatif et de réforme. Elle a commencé à constituer partout des MKS, des comités interentreprises de la grève. Ces comités avaient tendance à se constituer en un double pouvoir politique mais, avec la fin de la grève, sous l'égide de Walesa, ils sont transformés en mouvement pour la constitution de syndicats libres qui s'intituleront « Solidarité » en souvenir du mouvement de grève, que Walesa a affirmé être un mouvement « de solidarité ». Mais, comment parvenir à donner une place à ces nouveaux syndicats alors que la bureaucratie s'est octroyé de multiples petits privilèges au nom de sa « représentation » prétendue la classe ouvrière dans un Etat où officiellement les travailleurs ont le pouvoir ? Le mouvement est tellement explosif que le contenir est une gageure. En quelques jours, dix millions de travailleurs adhèrent aux syndicats Solidarnosc. Il ne s'agit plus seulement des grandes entreprises, mais de toute la classe ouvrière. Les autres catégories de la population suivent : des garçons de café aux pompiers et des étudiants aux chauffeurs de taxis. Les artisans veulent leurs syndicats. Les paysans aussi et c'est même d'eux que vont venir plusieurs situations explosives parce que le pouvoir leur refuse le droit de se syndiquer ! <br />
Cette explosion syndicale change à nouveau la donne pour Walesa qui comprend parfaitement le danger. De nouveaux leaders ouvriers vont se constituer partout dans le pays, qui ne seront sous le contrôle de personne, à part la population travailleuse. Mais, désormais, il a des moyens et un crédit personnel pour intervenir partout et calmer ou écarter les leaders radicaux. Walesa écrit : <i>« Les gens débarquaient au syndicat en très grand nombre avec des rapports, des déclarations, des plaintes, des demandes d'intervention dans tous les milieux où on empêchait la création des nouvelles organisations. (…) Les dix premiers jours, ce fut une tornade. (…) Ce n'était plus comme avant, quand chacun pouvait presque m'attraper par la moustache et me parler de tout ce qui lui passait par la tête. Quant aux membres des comités inter-entreprises qui étaient sous la pression des travailleurs, j'essayais en un sens de les protéger. » </i> Walesa, une protection des dirigeants ouvriers contre la pression des travailleurs ! Il l'a toujours été, même durant la grève de 1970 ou la grève de 1980. Il expliquait ainsi qu'heureusement en 1970 c'était la dernière fois que les travailleurs s'inspiraient de notions comme la lutte des classes ! Il affirmait qu'en 1980, c'est lui qui est parvenu à faire en sorte qu'à la lutte des classes, on substitue la religion, le nationalisme et le pacifisme ! Il écrit cependant : <i>« Je dois reconnaître que flottait encore en permanence un air de révolution ouvrière que l'irresponsabilité de bien des leaders entretenait et qu'il fallait combattre quasi continuellement. Ma chance, c'était mon contact personnel. Les ouvriers préféraient les discours des leaders les plus radicaux qui poussaient les flammes de la colère et s'appuyaient sur le fait que les ouvriers voulaient absolument en découdre avec le pouvoir. Mais personnellement, ils me préféraient moi et cédaient à mon sens des réalités. » </i> <i> <br />
</i>Le comité de Gdansk devient un centre de décision pour tout le pays, aussi puissant politiquement que le pouvoir du gouvernement. Mais, c'est pour mieux contrôler les luttes et les initiatives politiques des leaders ouvriers. Walesa demande et obtient que les comités, que les travailleurs le consultent avant toute décision d'action et d'organisation. Mais, en même temps, il transforme la signification de l'ancien comité dirigeant du MKS de Gdansk. Il produit un organisme de collaboration avec le pouvoir qui sera censé à la fois diriger la classe ouvrière et diriger aussi les négociations avec le pouvoir. C'est le praesidium de la Commission Nationale. <br />
Le pouvoir va accepter cette intervention du nouveau pouvoir de Lech Walesa tant qu'il ne sera pas parvenu à calmer l'essentiel du potentiel explosif de la classe ouvrière. C'est seulement alors que viendra la répression, sous la forme du « coup d'Etat militaire » du général Jaruzelski en 1981. Durant tout cet intermède, on est sans cesse à la limite de l'explosion populaire. Le pouvoir ouvrier, une espèce de double pouvoir, est une réalité, puisque c'est du côté des organisations de travailleurs que tout le peuple polonais attend son avenir. C'est à elles qu'il pose toutes ses questions quotidiennes. Mais la direction de la classe ouvrière n'a en fait aucunement l'objectif de faire triompher ce bras de fer de la lutte des classes en faveur du prolétariat. Walesa le répètera à qui veut l'entendre : il n'est pas pour la lutte des classes qui se résume selon lui à l'idéologie de la bureaucratie stalinienne. Il est hostile à la révolution qui ne mène, selon lui, qu'à un bain de sang inutile. Il expose ouvertement sa stratégie : <i>« Je soutenais qu'on ne pouvait absolument pas procéder à une opération aussi complexe que l'inversion du rapport des forces en Pologne dans un climat d'extrême tension, au bord de l'explosion sociale. Mon objectif était non pas l'affrontement, mais de durer le plus longtemps possible face au pouvoir pour montrer un aperçu de ce que pouvait être la Pologne. Bien sûr, au fur et à mesure, je me rendais compte que notre marge de manœuvre se réduisait ainsi que notre crédit parmi les travailleurs, parce que la volonté de coopérer du pouvoir atteignait ses limites. Mais mon objectif n'était nullement de le souligner. Au contraire, je cherchais toutes les possibilités de coopérations. (…) D'août 1980 à 1981, on m'a surnommé Lech-le-pompier. J'ai joué le rôle de celui qui allait partout éteindre les foyers de grèves. Et cela dans tout le pays que je parcourais en tous sens en voiture. »</i> <br />
En septembre 1980, la température sociale monte à nouveau dans la classe ouvrière. La confrontation ne peut plus être retardée. Lech Walesa affirme qu'il se prépare à une grève générale, mais il la retarde sans cesse. Et finalement, le 31 janvier 1981, le syndicat Solidarnosc signe un compromis pour décommander la lutte. Il prétexte qu'il a obtenu la semaine de cinq jours alors que le pouvoir voulait imposer les « samedis libres ». Libre veut dire prétendus volontaires mais surtout gratis : payés zéro ! <br />
Ce recul du syndicat empêche la classe ouvrière de construire son rapport de forces, mais n'empêche pas les affrontements. Des militants sont arrêtés, matraqués. Si bien que Solidarnosc est contraint d'appeler le 27 mars à une grève d'avertissement de quatre heures contre les brutalités policières. Malgré les efforts de Walesa, il ne parvient pas à empêcher le syndicat Solidarnosc d'appeler toute la classe ouvrière de Pologne pour le 30 mars. Par contre, le 29, il réussit à signer un nouvel accord avec le gouvernement et décommande la grève … du lendemain ! <br />
A nouveau, le 17 avril, le pays tout entier est à la limite de la confrontation du fait d'un affrontement entre les paysans qui veulent leur syndicat et le pouvoir qui ne veut pas d'un syndicat libre paysan. On assiste de nouveau aux opérations de Walesa et à sa stratégie démobilisation/conciliation. <br />
Le 25 juillet, les pénuries alimentaires provoquent cependant des marches de la faim dans plusieurs villes, et la capitale Varsovie est bloquée pendant trois jours. <br />
Dès fin juillet, il devient clair que la politique de Walesa est morte, que le pouvoir se prépare à la confrontation violente afin de détruire les formes d'organisation nées de la grève. Des généraux d'active entrent au gouvernement. La préparation du pouvoir à l'offensive, qu'on appellera « coup d'Etat » bien que ceux qui le réaliseront avaient déjà le pouvoir, les travailleurs vont en avoir maintes preuves du 31 juillet 1981 au 13 décembre, date du « coup d'Etat ». Pourtant, rien ne va être prévu pour que les organisations ouvrières s'y préparent et y préparent les travailleurs. Et surtout rien pour en avertir la classe ouvrière car cela aurait risqué de provoquer l'explosion ouvrière, la révolution que Walesa craignait plus que tout, plus que l'échec, plus que la répression, plus que l'écrasement du syndicat ou sa propre arrestation. Les jeunes soldats eux-mêmes viennent prévenir la direction du syndicat Solidarnosc, mais ils ne veulent surtout pas tenir compte de cet avertissement. S'adresser aux soldats, risquer de diviser l'armée, demander aux soldats de ne pas tirer sur le peuple, c'est risquer que la classe ouvrière casse l'Etat polonais. Pour le nationaliste, réformiste, pacifiste Lech Walesa, il n'y aurait pas de pire danger ! <br />
Il expose lui-même très clairement que le pire a été le résultat de sa politique et pas seulement la dureté de la répression : <i>« le choc éprouvé a été terrible, sans commune mesure avec la force de la répression. Et cela parce que personne ne nous avait fait part de cette éventualité. Les responsables du mouvement ne l'ont pas fait. Peut-on dire que leur devoir avait été accompli ? Personne n'était préparé. Personne n'avait envisagé cette hypothèse. (…) Nous avons été totalement livrés à nous-mêmes. Plus que la répression, ce sentiment était la véritable cause de la défaite de Solidarnosc. »<br />
</i>Pourtant, tous les éléments montraient clairement ce qui se préparait. En septembre, une liste des dirigeants ouvriers à arrêter était établie. En octobre, le général Jaruzelski, déjà chef de l'armée, prenait la tête de l'Etat. En novembre, il se faisait donner les pleins pouvoirs. <br />
Le 13 décembre, en une nuit, c'est le raz de marée. Des milliers de militants et la plupart des ouvriers combatifs sont arrêtés. Et pourtant, malgré l'absence de la moindre préparation, la classe ouvrière réagit. Il va falloir cinq jours à l'armée pour réduire la résistance spontanée des travailleurs qui s'est développée malgré un appel de Lech Walesa à ne pas réagir, pas même par la grève générale pacifique. Les mineurs, à bout, exaspérés, se sont enfermés et menacent de tout faire sauter si on donne l'assaut… <br />
La violence de la répression est à la mesure de la crainte d'explosion révolutionnaire qu'a connu le pouvoir pendant tous ces mois. Il s'agit d'éradiquer tous les sentiments de la force de la classe ouvrière qui sont montés depuis 1980. On arrête des familles entières. On frappe. On torture. On tue. Les prisonniers sont emmenés par fourgons entiers dans les camps de détention éparpillés dans tout le pays. <br />
Le nouveau régime s'intitule lui-même « l'état de guerre » ! L'Eglise, elle, appelle au calme et signe tout ce que veut le pouvoir. Glemp, le nouveau Primat de Pologne, est le seul appui d'un pouvoir complètement isolé. La population est démoralisée, mais pas résignée. Pendant des mois, les véhicules militaires sont hués à chaque fois qu'ils passent dans les quartiers ouvriers.</p>
<p>En décembre 1981, le réformisme a nouvelle fois produit ses effets : désarmer politiquement, moralement, matériellement la classe opprimée, donner à la classe dirigeante le temps de se préparer et de réagir. C'est encore une fois dans le sang des ouvriers que se sont payées les illusions sur une possibilité de collaboration entre une classe ouvrière mobilisée et un pouvoir dictatorial. La dictature mise en place en décembre 1981, les travailleurs polonais vont la subir jusqu'en 1988. <br />
Cette fois, ce ne sera pas la mobilisation de la classe ouvrière qui démantèlera le régime, mais l'accord entre le pouvoir, la direction de la bureaucratie russe et les chefs de l'impérialisme. L'avertissement de 1980 en Pologne, comme celui des luttes ouvrières d'Afrique du sud, de Corée du sud, de Turquie auront permis aux classes dirigeantes de mesurer que le mode de domination du monde devait changer et d'organiser, pour éviter la révolution ouvrière, la fin de l'ancienne politique des blocs, la « chute du mur de Berlin ». La fin du stalinisme ne s'est pas réalisée par la révolution prolétarienne comme la Hongrie de 1956 pouvait le faire espérer, mais au bénéfice politique et social de la bourgeoisie. <i> </i></p>
<p>DOCUMENTS</p>
<p><strong>Sur les grèves de 1970<br />
</strong><br />
Extraits de « Gdansk, la mémoire ouvrière » de <strong>Jean-Yves Potel </strong> :</p>
<p><i>« E : A Gdansk, le travail démarre dans une ambiance tendue. Vers neuf heures, à l'heure de la pause, les ouvriers commencent à se rassembler devant les bureaux de la direction du chantier. Ils exigent l'annulation de la hausse des prix. A part les postes de télé ou les frigo, tout a augmenté de 30%, à quinze jours de Noël : le saucisson, la farine, la semoule, la confiture, les produits de première nécessité. La direction s'avoue incompétente. (…) Nous nous dirigeons donc vers le siège du comité de voïvode du POUP. Là, très spontanément, une délégation est désignée (…) On les a baladés de bureau en bureau pour les écoeurer. Cette première délégation est, en fait, arrêtée. (…) Exaspérée pat l'attitude des autorités, la foule s'empare d'une voiture-radio de la milice qui appelait les gens à se disperser et utilise le haut-parleur pour diffuser slogans et revendications. Un cortège se forme derrière la voiture et traverse ainsi une partie de la ville, du chantier naval au chantier de réparations, puis vers le chantier Nord. Avant de rentrer, il s'arrête devant l'institut polytechnique de Gdansk. (…) Certains ouvriers ont pris des bâtons, d'autres des outils bien lourds, pour faire face à la milice en cas d'affrontement. Ouvriers et employés des bureaux marchent côte à côte. (…) Soudain, on les aperçoit. Ils sont là, près de l'hôtel Monopole ; plusieurs rangées de miliciens vêtus de cuir noir et leurs véhicules blindés dont dépassent ici ou là le nez d'une mitrailleuse ou d'autres engins. « C'est la Brigade noire » crie quelqu'un. (…) Devant la maison de la presse, la Brigade noire disperse les manifestants à coups de grenades. Les gens refluent, mais s'emparent au passage de pierres qui jonchent le sol du chantier de construction d'une banque. (…) Notre haut-parleur annonce : « Nous revenons vers le comité. » Devant le bâtiment, aucun milicien. Les cris montent vers la façade vide : « Du pain ! »</p>
<p>J : Subitement, le ciel s'éclaire autour du comité. On aperçoit de la fumée, puis des flammes qui montent derrière l'immeuble. Cette fois, les miliciens sont au rendez-vous. (…) Ils courent en file indienne et cognent à la matraque. (…)</p>
<p>Mardi 15 décembre<br />
(…)<br />
E : Dans les rues, l'atmosphère s'est durcie par rapport à la veille. Les ouvriers des chantiers ne sont plus seuls. Les travailleurs d'autres entreprises moins importantes se sont mis en grève et nous les retrouvons devant le bâtiment du comité. La foule qui s'y rassemble est considérable. (…)</p>
<p>J : J'ai l'impression, au début, qu'il s'agit d'une véritable insurrection nationale. (…) On entend des coups de feu. Ça vient de la rue Swierczewski ; je cours dans cette direction. Sur le pont qui nous sépare du siège de la milice et des bâtiments de la prison, miliciens et ouvriers se battent au corps à corps. (…) Un instant plus tard, l'immeuble de la milice et la prison sont pris d'assaut par des groupes d'ouvriers. (...) Entre-temps, les autorités ont barré les routes d'accès à la ville. Aucun train ne peut rentrer à Gdansk.</p>
<p>S : La ligne de front se stabilise à la hauteur du pont qui enjambe les voies de chemin de fer, rue Swierczewski. Vingt mille personnes, environ, sont massés dans les artères du centre ville, dont les ouvriers du chantier qui restent groupés ensemble et tentent de s'organiser. (…) Sur le pont, l'affrontement dure déjà depuis pus d'une heure. Excédée de ne pouvoir se frayer le passage jusqu'aux bâtiments gouvernementaux de la rue Swierczewski, la foule s'en prend au siège des syndicats, rue Kaliniovski. (…)</p>
<p>E : Devant la gare, les voitures de la milice flambent. Près du comité, c'est une voiture officielle. Deux tramways sont renversés. Rue Hewelisz, les barricades commencent à prendre une taille respectable. (…)</p>
<p>W : Ce même jour, mardi 16 décembre, on commence au chantier de réparation à organiser un peu mieux la grève. Des comités sont formés dans chaque atelier. Des personnes sont désignées pour protéger les installations contre des tentatives de sabotage et des provocations éventuelles : six environ par comité de grève d'atelier. Sur la base de ces comités, un comité de grève d'entreprise est constitué dont je fais partie. J'en fais partie. J'ai, comme les autres collègues élus, la confiance des travailleurs de ma boite. Nous prenons des dispositions pour assurer un service de santé en maintenant ouvert le dispensaire du chantier. (…) On décide de suspendre de ses fonctions le directeur général du chantier de réparations, Mr Zbigniew Gryglewski. (…) Nous sommes en grève, donc tous les ordres doivent émaner du comité de grève ; ainsi, c'est à nous de prendre la responsabilité des personnes et des biens sur tout le chantier. (…) Le Vice-premier ministre (…) a crié à la radio et à la télévision : « les ouvriers des Chantiers sont des hooligans, l'avant-garde des voyous et des bandits. » <br />
(…) Nous avons été reçus par le camarade Hajer, ou par Starzewski, je ne sais plus lequel des deux. (…) Quand les chars quadrillent les rues qui grouillent de miliciens et de soldats, une chose et une seule : annoncer nos revendications. J'ai déclaré que si elles n'étaient pas satisfaites d'ici 48 heures, nous proclamerions la grève générale et qu'ainsi le monde entier apprendrait leurs crimes. Il a répondu que ce n'est pas nous qui disposions de la force. « Notre force, ai-je dit, ne réside pas dans l'armée mais dans la classe ouvrière. Nous sommes 14 millions, vous ne pourrez tous nous abattre. » (…)</p>
<p>Mercredi 16 décembre<br />
E : Plusieurs heures avant l'aube, les chars passent (…) Nous trouvons le chantier encerclé par les chars. Devant le bâtiment de la direction, où tout le monde s'était d'abord rendu, un cortège se forme pour sortir en ville. Au moment où les rangs de tête atteignent la porte du chantier, on entend des rafales de mitraillettes. On pense au début qu'il s'agit d'intimidations, en l'air ou à blanc, mais cette illusion est de courte durée. Des personnes tombent, tuées sur le coup ou grièvement blessées.</p>
<p>J : La grève avec occupation est proclamée au chantier Lénine. On élit le comité de grève. (…) Soudain, les lignes téléphoniques sont coupées. Par haut-parleur, les voitures-radio de la milice diffusent un communiqué nous appelant à quitter les lieux, affirmant aussi que nous ne courrons aucun danger si nous obtempérons. Personne ne bouge. (…) Dans la soirée, nous apprenons que Stanislas Kociolek, ex secrétaire du comité de voïvodie du POUP à Gdansk et Vice-Premier ministre, est apparu devant les caméras de télévision. Il nous a traités de « provocateurs » et de « fauteurs de troubles » et a appelé à la reprise du travail pour le lendemain.</p>
<p>Jeudi 17 décembre<br />
S : Nous entamons notre deuxième nuit de veille au chantier. La nourriture manque ; nous partageons ce que nous avons. (…) La nouvelle nous parvient que l'armée va pénétrer dans le chantier pour nous régler notre compte. (…) les autorités ont lancé un ultimatum définitif. (…) Il se peut même que le chantier soit bombardé par l'aviation. (…) La décision est prise d'arrêter la grève avec occupation et de quitter les lieux.</p>
<p>E : En janvier 1971, nos comités de grève ont repris vie. Des délégations sont allées voir Gierek. J'y étais. Nous avons demandé que la liste des victimes soit rendue publique. Quand on nous a dit qu'il n'y avait eu que 45 morts, nous ne savions plus s'il fallait rire ou pleurer. »</p>
<p></i><br />
Extraits de « Un chemin d'espoir », autobiographie de <strong>Lech Walesa </strong> :<br />
<i> « Lorsque j'eus franchi pour la première fois l'entrée des Chantiers (les chantiers navals de Gdansk), moi, la « main d'or » du Parc national des Machines agricoles, je me sentis terriblement perdu. Après avoir passé plusieurs années au milieu des vieilles carcasses de voitures que, par esprit de curiosité, je démontais jusqu'au dernier rivet, j'avais fini par devenir un bon technicien. Aux Chantiers, à peine grimpai-je pour la première fois sur un navire en construction que je me fourvoyai parmi les étages des échafaudages des cales sans pouvoir retrouver par où j'étais venu, et je dus convenir que je n'étais là rien de plus qu'un ouvrier parmi des milliers d'autres. C'était fort désagréable, mais je ne pouvais plus faire marche arrière : j'ai horreur de reculer. (..)<br />
J'ai fait mes débuts à la brigade de Mosinski, une équipe d'électriciens chargée de poser les câbles à bord des navires-usines de pêche. Poser des dizaines de mètres de câbles de la grosseur d'un avant-bras depuis le générateur jusqu'au tableau général de commandes, sur une hauteur pouvant aller jusqu'à 60 mètres, n'est pas chose facile. La longueur du câble, ses coudes, ses ondulations et dérivations devaient tomber pile. (…)<br />
La plupart des ouvriers des Chantiers souffraient de maux d'estomac. Au début, je n'arrivais pas à comprendre pourquoi. Mais il pouvait difficilement en être autrement. Se levant tôt le matin sans absorber le moindre petit déjeuner, on travaillait jusqu'à 9 heures, grillant une cigarette de temps en temps, alors que l'effort fourni était considérable. (…)<br />
Les deux premières années de travail aux Chantiers constituaient une période d'essai. Tous ceux qui tenaient ces deux ans avaient des chances de pouvoir continuer. Les dépressions et les départs survenaient surtout durant la première année, au bout de quelques mois. (…)<br />
La production sur les Chantiers est régie par le système du travail aux pièces. C'est un merveilleux moyen, pour la direction, de se décharger de ses responsabilités. Dans un tel système, tout un chacun est intéressé à gagner le maximum. Personne, cependant, n'est là pour livrer là où il faut les matériaux nécessaires. Les Chantiers sont en mouvement perpétuel. (…)<br />
Peu à peu, je parvins à cerner la différence essentielle entre l'activité dans une entreprise aussi dispersée que le Parc national des Machines agricoles et le travail aux Chantiers. (…) Les Chantiers étaient régis par des lois radicalement différentes : chacun y apparaissait comme une petite vis, fraction infime d'une énorme mécanique, tout en représentant une certaine force dont il fallait tenir compte. De cela, tout le monde était conscient. Quand les choses ne tournaient pas rond – et, à ma connaissance, c'était en permanence -, on travaillait dans une atmosphère morose, en état de tension perpétuelle. (…)<br />
Dans les années 60, le régime serra la vis. Cette fois, compte tenu des événements de Poznan de 1956, le pouvoir se garda de mettre son plan en œuvre de façon directe, en réduisant les salaires horaires : il préféra faire donner ses « cerveaux » : économistes, ingénieurs, financiers. Pour faire des économies, ils mirent sur pied le système suivant : désormais, l'ouvrier n'était pas simplement chargé de fabriquer une table, par exemple, mais le temps qui lui était imparti pour la fabriquer lui était imposé. Il n'était plus payé pour fabriquer une table, mais pour consacrer un certain nombre d'heures à cette tâche. (…) Conformément aux dispositions prises en haut lieu, cette politique d'économies se traduisit aux Chantiers par une diminution globale d'environ un million d'heures de travail par an. L'ingénieur, qui ne devait pas dépasser les coûts de production du navire – chiffrés en heures -, était ainsi amené à réduire le temps prévu pour chaque tâche. (…)<br />
Je commençais à bien m'en rendre compte et à le comprendre quand la mort de 22 ouvriers vint alourdir le climat des Chantiers. Ils furent brûlés vifs en faisant des heures supplémentaires dans une cale, dans la fièvre de l'achèvement d'un navire qui devait à tout prix être prêt plus tôt que prévu. (…) Là encore se reproduisait le même scénario qu'à l'école, à l'armée, au Parc de Machines agricoles : de jour en jour, j'avais autour de moi un peu plus de gens pour m'écouter et me souffler ce que j'ignorais encore. Au sein de mon équipe, je me liai d'amitié avec Henryk Lenarciak, (…) amitié qui ne s'était pas démentie en août 1980, quand Lenarciak prit la tête du Comité pour l'édification du monument aux ouvriers des Chantiers tombés en 1970. Avant 1970, les Chantiers vivaient encore sous le coup de la révolte estudiantine de mars 1968, présentée de manière déformée par la propagande officielle. (…) Au lendemain des affrontements entre étudiants et forces de l'ordre, quelqu'un remarqua dans les vestiaires un stagiaire couvert d'ecchymoses causées par des coups de matraques. Nous l'avons promené, le dos nu, à travers les Chantiers en scandant : « Laisserons-nous tabasser nos enfants, enfants d'ouvriers et de paysans ? » Le même jour, les forces de l'ordre furent mises à mal à Wrzeszcz, dans la banlieue de Gdansk. (…) L'émeute n'était plus le fait d'intellectuels, mais d'ouvriers qui avaient pris le parti des étudiants. (…)</p>
<p>Décembre 1970<br />
Nous avons débrayé à l'annonce par le gouvernement de l'augmentation des prix des articles de première nécessité, y compris les denrées alimentaires. Juste avant les fêtes, on avait décrété cette hausse des prix à la consommation alors que l'ouvrier n'arrivait déjà pas à joindre les deux bouts et n'avait plus les moyens de se procurer certains produits de base. (…)<br />
La grève sur les Chantiers navals a démarré le lundi, aux ateliers de mécanique et aux « coques ». Les ouvriers qui y travaillaient avaient fait des stages chez Zulzer, en Suisse, et chez Baumeistr, au Danemark. C'était le sel des Chantiers, l'élite, et ils étaient très unis. Nantis d'un bon bagage de connaissances et d'expérience, ils formaient une équipe parfaitement organisée. Devant les cuisines se retrouvaient les conducteurs d'une trentaine d'engins qui servaient aussi, pendant la pause casse-croûte, à distribuer le café dans les ateliers. Ces conducteurs qui gagnaient un salaire de misère, étaient à la pointe du mouvement. En même temps que le café, ils servirent à tous le mot d'ordre de la grève… <br />
Nous avons rejoint ceux des « coques » pour nous rendre devant le bâtiment de la direction. Nous étions environ quatre mille, peut-être d'avantage. (…) Très vite, la foule rassemblée s'est mise à scander ses revendications à l'adresse du directeur qui, en compagnie du secrétaire du Parti pour les Chantiers, répondait depuis sa fenêtre. (…)<br />
Finalement, nous résolûmes à quelques-uns d'aller trouver le directeur. Une fois chez lui, nous nous sommes placés contre la fenêtre afin qu'on nous voie et nous entende d'en bas. (…) J'ai demandé au directeur s'il était à même d'obtenir la libération des ouvriers arrêtés la veille, et s'il était en mesure de faire rapporter l'augmentation des prix des denrées alimentaires. (…) Sa réponse fut négative. Dans son bureau, il y avait un porte-voix. Je m'en suis emparé pour faire part à la foule de ce que je venais d'entendre. Et j'ai demandé : « Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » Ceux d'en bas se sont écriés : « On y va ! » (…)<br />
Un groupe s'est dirigé vers le commissariat de police de la rue Svierczewskiego (…) je me retrouve devant le commissariat de police. (…) Je demande à le voir (le commissaire). (…) Je déclare que je suis venu chercher les nôtre : s'ils sont libérés sur le champ, tout va se passer dans le calme, car nous ne cherchons pas la bagarre. (…) Un moment je parviens à calmer la foule. Je dis que la milice est d'accord pour relâcher les nôtres sans affrontement. (…) La milice se met à charger des deux côtés, encerclant carrément la foule. J'entend crier à mon adresse : « Traître ! Salaud ! « Les gars sont persuadés que je les ai menés en bateau. (…) J'entends les gens crier que je les ai trompés, que je ne suis qu'un mouchard, un espion. (…) Je retourne au commissariat de police dont je me suis esquivé une heure plus tôt. La milice a réussi à disperser la foule, à moins que les gens ne soient partis d'eux-mêmes. Le bâtiment est en feu… Je réalise que la situation devient dangereuse. (…) le premier venu n'aura aucun mal à les inciter (les ouvriers) à la violence. Il faut faire quelque chose. Je vais voir ce que fabrique la milice. Je retourne rue Svierczewskiego, au commissariat, et y rencontre un commandant. Je lui demande ce que comptent faire les autorités : « Les magasins sont pillés, les gens se saoulent. S'ils continuent à picoler, ça va faire du vilain. » Il me répond qu'il n'en sait trop rien, mais qu'à l'intérieur se trouve quelqu'un qui peut me répondre. C'est un civil. Je lui repose ma question sur ce que comptent faire les autorités. (…) « Nous nous en occupons », me répond-il. Il me montre du doigt les munitions qu'il est en train de distribuer. Des étuis en carton contenant une vingtaine de balles.<br />
Qu'est-ce que vous êtes en train de mijoter ? Mais c'est un … Des Polonais tirer sur des Polonais ?<br />
Comment s'en sortir autrement ? Vous voyez une autre solution ?<br />
Je pense en avoir une<br />
Laquelle ? <br />
J'essaie d'en improviser une à toute allure et lui répond :<br />
On ne pourra s'en sortir qu'en s'organisant. Il faut faire le tour de la ville à pied ou à bord d'une voiture découverte. Il faut que ce soient des ouvriers des Chantiers, des copains, des anciens. Qu'ils disent aux ouvriers de se réunir sur leur lieu de travail et d'y choisir des délégués avec lesquels pourront s'ouvrir des négociations.<br />
J'arrête tout, dit le civil après m'avoir écouté. (…)<br />
Dès mon arrivée dans l'atelier, mes copains me choisissent comme délégué. Avec ceux des autres ateliers, nous nous retrouvons dans le bureau de la direction pour constituer un comité de grève. Nous sommes plutôt nombreux. Ma candidature est avancée pour faire partie de ce comité qui ne doit compter que trois membres. (…) Me voici élu président. (…) Je refusais de prendre seul la direction de cette grève. Elle fut dirigée par une équipe qui changea sans cesse, qui n'avait pas de conception cohérente et se montrait trop molle dans les pourparlers. Ce fut un échec. (…)<br />
Le mercredi matin, (…) les Chantiers étaient bouclés par l'armée. (…) les gens réagissaient diversement, mais la plupart sifflaient les soldats. Une femme s'est approchée d'eux en criant : « Alors les enfants, commença vous allez nous tirer dessus ? » Quelque chose en nous venait de se briser. (…) Dans notre atelier, nous faisions tout ce qui était en notre pouvoir pour empêcher les ouvriers de descendre. Ailleurs, il n'en allait pas toujours ainsi. Certains se regroupaient déjà pour débouler dans le rue, ce qui était d'ailleurs impossible, les grilles d'entrée, bien qu'ouvertes, étant bloquées par l'armée. Le chef de notre atelier, Lesinievski, Lenarciak, Suzko et moi-même nous nous rendîmes chez Zaczek, le directeur. Nous voulions négocier avec les responsables régionaux de la Sécurité afin d'éviter que la troupe n'ouvre le feu. (…) c'est en revenant dans l'atelier que j'entendis les premiers coups de feu. (…) Un meeting houleux s'était tenu sur l'esplanade devant le bâtiment directorial. On racontait que les ouvriers, curieux d'apprendre ce qui se passait, serrèrent de près les premiers rangs (…) Un ouvrier se détacha alors de la foule et s'adressa aux soldats. (…) Des sommations furent lancées mais la foule continua d'avancer. Un officier donna alors l'ordre de charger. (…) Oui, c'était bien l'arme et la police polonaise, ce sont nos soldats qui ont tiré. Nous ignorons combien ont été tués. (…) Nous avons tenté de nous organiser. Un comité a été élu, puis un autre, composé de sept à dix membres, lui a succédé. (…) Les chars piaffaient d'impatience devant les grilles d'entrée (…) Les blindés, les cordons de la milice, ceux de l'armée avaient également pris position autour des autres Chantiers. Les canons des chars étaient pointés sur nos ateliers. (…) Les gars de l'atelier de soudure se mirent alors à réfléchir au moyen de faire sauter un char à l'aide d'une bombe à acétylène. .. Nous avons dû abandonner la place. (…) Lorsque nous quittâmes les Chantiers, l'armée et la milice nous cédèrent le passage. Nous fûmes ainsi vingt mille à sortir, et non pas six mille, chiffre que l'on nous avait communiqué peu auparavant. L'immense cohorte n'en finissait pas de se dérouler… <br />
C'est à Gdynia que les événements de décembre se sont le plus fortement gravés dans les mémoires. Rien d'étonnant à cela. C'est là qu'il y eut le plus de victimes, que le parjure du pouvoir bouleversa le plus les gens. (…) Le mardi 15 décembre, la foule des salariés des entreprises de Gdynia, après avoir attendu en vain devant le Comité de ville du Parti, s'était regroupée devant le siège du PMRN (Conseil national pour la ville de Gdynia). Jan Marianski, à l'époque président de ce conseil, (…) après avoir signé avec les délégués ouvriers un protocole d'accord, (…) fit arrêter le Comité inter-entreprises de grève de la ville de Gdynia. Vint ensuite cette dramatique journée du jeudi : le feu des mitrailleuses ouvert sur les ouvriers qui se rendaient au travail. (…) Et, pour finir, les enterrements de nuit opérés par la milice. (…)<br />
A Szcecin, le 17 décembre, les ouvriers du chantier « Waeski » descendirent dans la rue sans s'être fixé de but bien précis. Une heure plus tard se forma un autre rassemblement constitué par les ouvriers du chantier « Gryfia », séparé du premier par un canal. Mis au courant, le Premier secrétaire du Parti pour la région, Walasek, prit ses cliques et ses claques et déguerpit du Comité régional. Ses collègues lui emboîtèrent le pas, si bien que les ouvriers trouvèrent le bâtiment vide. Ils le mirent à sac et l'incendièrent. Puis, ils prirent d'assaut le Commissariat régional de la Milice et le siège du Conseil régional des syndicats ouvriers, mettant le feu à ces deux bâtiments qui ne brûlèrent pas complètement. (…) Durant cette même nuit, les chars prirent position aux points névralgiques de la ville, y compris devant le chantier « Warski ». Le 18 décembre, la grève avec occupation fut proclamée sur les deux chantiers navals. Des comités de grève furent élus. D'un commun accord, ils rédigèrent 21 revendications dont voici quelques-unes :<br />
1°) dissolution du Conseil central des syndicats <br />
2°) création de syndicats indépendants<br />
3°) baisse des prix à leur valeur antérieure<br />
4°) augmentation des salaires de 30%.<br />
La grève générale gagna alors toute la ville. Le chantier naval « Warszava » devint le centre de ralliement des grévistes et de tous les gens solidaires du mouvement. (…)<br />
Le 20 décembre furent signées les « résolutions » qui étaient censées mettre fin à la grève. Mais lesdites « résolutions » avaient été si bien vidées de leur substance qu'elles furent rejetées par la majorité des grévistes et le mouvement repartit de plus belle. Au chantier « Warski » eut lieu une scission : environ mille ouvriers rentrèrent chez eux. Dans la nuit du 20 au 21, le comité de grève coopta 5 nouveaux membres, dont Edmunt Baluka. Le 22, à dix heures du matin, la grève dut être interrompue à cause de l'épuisement des grévistes. (…) Le 22 janvier, au chantier « Warski », la grève éclate à nouveau, aussitôt suivie par la ville entière. (…) Des tracts lancés par hélicoptère informent qu'un petit groupe de terroriste retient le personnel de force. (…) Au quatrième jour de grève, les autorités cèdent : les prix d'avant le 12 décembre 1970 sont rétablis. (…) L'ordre de licencier tous ceux qui étaient descendus dans la rue arriva aux Chantiers navals de Gdansk et de Gdynia. Aux Chantiers « Commune de Paris » de Gdynia, on licencia jusqu'à 800 personnes. A ceux de Gdansk, on n'en vira que 18 (…)</p>
<p>En 1976, voyant que les choses allaient de mal en pis, que de nouveaux soulèvements étaient inévitables, je décidai de faire une déclaration en mon nom propre, mettant à profit la campagne des élections syndicales sur les Chantiers (…) Je ne fus pas licencié sur le champ, on m'a seulement donné congé. <br />
Tout cela coïncida avec l'annonce, en juin 1971, de la hausse des prix des denrées alimentaires de base. Aux Chantiers, le temps vira à l'orage. Pourtant, cette fois, ce ne fut pas Gdansk, mais Radom et Ursus qui infléchirent le cours des événements en Pologne. Là-bas, tout se passa selon le scénario qu'avait connu Gdansk en 1970. (…) C'est dans cette atmosphère que, peu après les évènements de Radon et Ursus, fut fondé le Comité de défense des ouvriers (KOR). Les intellectuels essayèrent de faire ce que nous n'étions pas parvenus à faire aux Chantiers : nous organiser pour nous défendre nous-mêmes et enrayer une catastrophe en marche. (…)<br />
Après mon départ des Chantiers, les soucis financiers commencèrent à pleuvoir sur nous et je me fis embaucher sans tarder dans une entreprise de réparations mécaniques, la « Zremb », située non loin de chez nous. (…) Durant le premier semestre de 1978 commencèrent à circuler les premiers numéros d'un journal bimensuel des Syndicats libres, Robotnik (« L'Ouvrier »). Il était rédigé par une petit groupe de gens qui affichaient bien haut leurs idées : le journal comportait un encadré avec les noms et adresses de toute la rédaction. (…) Je n'étais pas là quand fut élaborée la déclaration annonçant la création des syndicats libres à Gdansk. (…) La même idée avait fait son chemin en différents endroits de Pologne : Kazimierz Switon et ses amis avaient organisé les premiers Syndicats libres dans la région industrielle de Silésie. (…) J'attends qu'un groupe se constitue, auquel je puisse me joindre. Je tombe alors (…) sur un numéro de « L'ouvrier du Littoral ». (…) Un autre groupe formé d'anciens lycées et connu comme le Mouvement de la Jeune Pologne consacre son action à la commémoration des événements de décembre 70 à Gdansk. (…)<br />
Alors que je travaillais à la « Zremb », je fus élu délégué à la KSR (Conférence pour l'Autogestion des Travailleurs, organisation fondée par le gouvernement pour répondre au besoin d'organisation des travailleurs). (…) A une conférence (…) : « J'ai là un recueil de pensées, une brochure de Jacek Kuron, où il écrit que ce que vous dites là est une pure absurdité. » (…) peu après, je suis licencie. (…) »<br />
</i><br />
<strong>Sur les grèves de 1976<br />
</strong>Extraits de « La révolte ouvrière de juin 1976 » par le Comité de défense des ouvriers KOR, tiré de « La Pologne, une société en dissidence » :<br />
<i>« Le gouvernement annonce le 25 juin la hausse des prix de la plupart des produits alimentaires, bloqués depuis la fin de 1970. La viande et les charcuteries vont augmenter de 60%, le sucre de 100%, le beurre et les fromages de 50%, le poisson de 69%, les légumes de 30% et les volailles de 30%. Seuls restent bloqués les prix du pain et du lait. Les ouvriers de Radom et Ursus et autres villes industrielles arrêtent, le 25 juin, le travail et sortent dans la rue.<br />
</i><strong> <i>Ursus<br />
</i> </strong><i>Dans les premières heures du vendredi 25 juin, presque tout le personnel des Ateliers mécaniques d'Ursus (fabrique de tracteurs) se met en grève. Vers neuf heures, les ouvriers quittent les ateliers et se rassemblent devant les bâtiments de la direction. Ils demandent que les représentants des instances les plus élevées viennent négocier avec eux. Cette revendication ayant été rejetée par la direction, les ouvriers sortent sur les voies de chemin de fer voisines et bloquent les lignes Varsovie-Kultno (c'est-à-dire la ligne internationale Moscou-Varsovie-Berlin-Paris) et Varsovie-Skiernievice. Des trains sont bloqués ; parmi eux un train international. Des rails sont démontés. Une locomotive est poussée sur le ballast. Un wagon de marchandises contenant des œufs est saisi et son contenu réparti entre grévistes et passants. Un autre wagon contenant du sucre est arrêté et une partie de son chargement distribuée. Vers vingt heures, le Premier ministre, dans une allocution radiodiffusée, annonce l'annulation de la hausse des prix. Des ouvriers commencent à rentrer chez eux. C'est à ce moment que les détachements de la milice les attaquent avec des grenades offensives et des gaz lacrymogènes ; ils se frayent un chemin à coups de matraques, assomment à coups de pieds ceux qui gisent à terre. Un total de deux à trois cent personnes sont arrêtés cette nuit-là. (…) Ceux qui, à la suite des mauvais traitements subis, étaient hors d'état de marcher, sont traînés par les pieds et jetés dans une voiture de police. (…) Les personnes arrêtées sont accusées d'avoir attaqué les miliciens, d'avoir désobéi aux ordres de dispersion et d'avoir gravement endommagé des boutiques et des wagons de chemin de fer – accusations non fondées dans la plupart des cas. (…) Quelques jours plus tard, tous les ouvriers qui ont été arrêtés sont congédiés sans préavis (…) Ceux qui habitaient dans des logements ouvriers appartenant à l'usine doivent décamper le jour même de leur licenciement. (…) Les 16 et 17 juillet, le tribunal de la voïvodie de Varsovie juge sept ouvriers accusés d'avoir fait dérailler une locomotive électrique. Aucun d'entre eux n'avait de condamnation antérieure à son casier. (…) Les accusés sont condamnés à des peines de trois, quatre, quatre et demi et cinq ans de emprisonnement. (…)</p>
<p></i><strong> <i>Radom<br />
</i> </strong><i>Vers dix heures du matin, nous sortons pour aller à l'usine de conserves de viande. A l'extérieur se forme un cortège de camions chargés de viande pour montrer qu'il y en avait beaucoup. Personne n'en vole. Les camions sont ramenés à l'intérieur aussi pleins qu'ils étaient sortis. Vers onze heures, le cortège descend dans la rue, chantant « L'Internationale » et l'hymne national. On crie : « Non à la hausse des prix ! » La plupart des manifestants sont des jeunes. Le cortège est tout à fait ordonné et pacifique. (…) Puis on arrive au siège du comité de voïvodie du parti. Les ouvriers envahissent le bâtiment. (…) Il y a alors une esquisse de négociation : les manifestants exigent des négociations avec le Comité central et l'annulation de la hausse des prix. Une réponse est attendue dans les deux heures. Vers midi, la direction du parti établit un pont aérien. Les effectifs de l'école de sous-officiers de la milice et des services de sécurité de Pila arrivent à l'aéroport militaire de Radom avec un armement spécial pour combats de rue. Les unités spéciales arrivent avec des appareils de l'armée, des quadrimoteurs du type Ukraine et des bimoteurs. Des unités de milice de Lublin, Rzesrow, Tarnobzeg et d'autres villes foncent sur Radom, phares allumés, à cent à l'heure. Beaucoup plus tard arrive aussi l'unité spéciale de milice de Golendzinow. Les unités de la milice arrivent par compagnie, en formation d'assaut, en tout mille hommes environ, casqués, armés de gourdins de 85 centimètres et de lance-grenades lacrymogènes. Des fusées éclairantes sont également tirées sur la foule. (…) Vers cinq heures, la milice arrive avec des lances d'incendie et des tubes lance-grenades à gaz. Ils progressent en rangs serrés par la rue Slowacki en direction du comité de voïvodie. Les manifestants mettent le feu aux voitures qui servent de barricade, se dispersent sur les côtés et commencent à attaquer la milice sur ses arrières. Une fois dispersée la manifestation devant l'immeuble du comité de voïvodie du parti, on commence à se rassembler autour du siège des bureaux de la voïvodie. Vers cinq heures de l'après-midi, deux morts, couverts de sang, sont transportés sur des voitures de trolleybus le long des rues. Les gens serrent les poings et tiennent bon. Vers vingt-trois heures, les forces de sécurité et le parti restent maîtres du terrain à Radom. Quelques milliers de personnes ont été arrêtées. (…) Toutes les personnes arrêtées furent brutalement maltraitées au moment de leur arrestation ou de leur interrogatoire par la milice. Un ouvrier est mort des tortures subies lors de son interrogatoire. (…)</p>
<p></i><strong> <i>Plock<br />
</i> </strong><i>Vers dix-sept heures, un cortège composé de quelques dizaines de manifestants est parti des Etablissements de raffinerie et de pétrochimie de Mazovie. Au cours du trajet de quelques kilomètres pour arriver à la ville, des gens se sont mêlés aux manifestants. (…) la foule a fait le siège du bâtiment de voïvodie du parti. (…) Une voiture fut envoyée, avec un mégaphone annonçant que la hausse avait été annulée. Personne ne crut à cette nouvelle et, dans un mouvement de colère, les gens renversèrent la voiture et malmenèrent le conducteur. Une partie de la foule se mit à lancer des pierres dans les vitres. D'autres se ruèrent dans le hall, d'où, au bout d'un instant, ils furent repoussés. Des divisions de la milice, probablement venues de Lodz, entrèrent en action et dispersèrent la foule.</p>
<p></i><strong> <i>Gdansk<br />
</i> </strong><i>Le département W4 des électriciens fut le premier à envoyer une délégation d'ouvriers à la direction. Le directeur des docks accepta de rencontrer les travailleurs. (…) Les ouvriers demandèrent l'annulation de la hausse des prix ou sa réduction ; ils firent remarquer que le problème du logement n'était toujours pas réglé. En réponse, le directeur les menaça de licenciement, mais on ne lui permit pas de terminer son intervention et on lui reprit le micro. (…) Le groupe de représentants des travailleurs des docks, qui s'était formé spontanément, alla au micro et lança le mot d'ordre de grève si le lendemain à sept heures la direction n'avait pas accordé satisfaction aux exigences des travailleurs. Cela dura donc jusqu'à quatorze heures. On ne travailla plus, jusqu'à la fin de la journée, sur les chantiers navals. <br />
Le 26, au soir, Piotr Jaroszovicz, Premier ministre annonce dans une brève allocution radiotélévisée qu'il s'est adressé au Parlement de la République pour lui demander d'annuler la hausse des prix. <br />
Le comité de défense des ouvriers victimes de la répression consécutive aux événements du 25 juin 1976 lance l'appel suivant :<br />
« La protestation des ouvriers contre l'augmentation des prix reflète l'attitude de la population tout entière ; elle a entraîné des poursuites brutales. A Ursus, à Radom et dans d'autres villes de Pologne, on a battu, frappé à coups de pied, emprisonné les manifestants. Des licenciements ont été pratiqués sur une grande échelle, ce qui, en plus des arrestations, a frappé les familles des victimes de la répression. (…) Les victimes de la répression actuelle ne peuvent compter sur aucune aide ou défense de la part des organismes dont ce devrait être la tâche, par exemple les syndicats, dont le rôle est lamentable. Les agents de la protection sociale, eux aussi, refusent toute aide. Dans cette situation, c'est la population, au service de laquelle les personnes victimes de la répression se sont exposées, qui doit assumer ce rôle. En effet, la population n'a d'autres moyens de défense contre l'arbitraire que la solidarité et l'aide mutuelle. C'est pourquoi les personnes soussignées décident de constituer le présent « Comité de défense des ouvriers », afin de prendre l'initiative de toutes les formes de défense et de soutien. »<br /> <br />
</i><strong>Des théoriciens de la réforme de la Pologne :<br />
</strong><br />
Leszek Kolakowski dans des extraits de « Thèses sur l'espoir le désespoir » (octobre 1966) :<br />
<i>« Résumons, tout d'abord, les principaux arguments avancés d'ordinaire par ceux qui soutiennent que le système communiste sous forme actuelle est irréformable. Les tenants de cette thèse affirment que la principale fonction sociale de ce système est le maintien du pouvoir incontrôlé monopolisé par l'appareil dirigeant (…) Le monopole d'un pouvoir despotique ne peut pas être supprimé partiellement. (…) Seules des catastrophes brutales et périodiques peuvent conduire à des modifications (…) Les fonctions fondamentales de ce système social sont dirigées contre la société qui se trouve démunie de toute forme institutionnelle d'autodéfense. Dès lors, l'unique transformation concevable est une révolution violente. Qui plus est, cette révolution ne peut être envisagée qu'à l'échelle du système socialiste mondial, puisque la supériorité militaire soviétique, comme le montre l'expérience, sera toujours mise à profit pour étouffer toute tentative révolutionnaire locale. Une telle révolution aurait pour conséquence – selon les espoirs des uns – une société socialiste, au sens défini par la tradition marxiste (c'est-à-dire la gestion sociale des processus de production et de répartition, impliquant un système représentatif), ou – selon l'espoir des autres – le passage au modèle occidental de capitalisme qui, face à la faillite économique et idéologique du socialisme, serait l'unique voie de développement digne de confiance. (…)<br />
Si je me prononce pour l'idée « réformiste », je n'entends nullement par là qu'on peut identifier le réformisme avec l'emploi des moyens « légaux » opposée aux moyens « illégaux ». Cette distinction est proprement impossible dans une situation où ce n'est pas le droit qui décide de la légalité mais l'interprétation arbitraire de lois confuses par la police et les autorités du parti. Là où les dirigeants peuvent, s'ils le veulent, arrêter et condamner des citoyens pour détention d'un livre « illégal », pour une conversation en petit cercle sur des sujets politiques ou pour des opinions exprimées dans une lettre privée, la notion de légalité politique n'a aucun sens. Le meilleur moyen de réagir contre les poursuites pour ces genres de « délits » est de les commettre en très grand nombre. Si je parle d'orientation réformiste, c'est au sens d'une foi dans la possibilité de pressions partielles et progressives efficaces exercées dans une perspective de longue durée, c'est-à-dire dans la perspective de la libération sociale et nationale. Le socialisme despotique n'est pas un système absolument rigide, de tels systèmes n'existent pas. Des indices de souplesse sont apparus au cours des dernières années dans des domaines où régnait naguère l'idéologie officielle : les fonctionnaires du parti ne prétendent plus connaître mieux la médecine que les professeurs de médecine, bien qu'ils continuent à connaître la littérature mieux que les écrivains. (…) Le principe de la nature irréformable du système peut donc servir d'absolution anticipée à la lâcheté et à la passivité. Le fait qu'une grande partie de l'intelligentsia polonaise se soit laissée convaincre de la totale rigidité du système honteux dans lequel elle vit est sûrement en grande partie responsable de la passivité dont elle a fait preuve au moment du combat dramatique livré par les ouvriers polonais en décembre 1970. (…) » <br />
</i><br />
Adam Michnik dans des extraits de « Une stratégie dans l'opposition polonaise » (1977) :<br />
<i>« Les événements historiques que nous désignons sous le nom d'Octobre polonais ont été la source principale d'un espoir d'évolution du système communiste. Cet espoir d'exprimait par deux visions ou concepts d'évolution, que nous appellerons « « révisionniste » et « néo-positiviste ».<br />
La conception révisionniste reconnaissait une certaine possibilité d'évolution à l'intérieur du parti. Jamais formulée sous forme de programme politique, elle impliquait la possibilité d'humanisation et de démocratisation du système d'exercice du pouvoir, ainsi que la capacité d'assimilation par la doctrine marxiste officielle de certaines notions des sciences humaines et sociales actuelles. Les révisionnistes désiraient agir dans la cadre du parti communiste et de la doctrine marxiste. (…)<br />
L'autre concept d'évolution, Stanislaw Stomma, l'un de ses meilleurs représentants l'appelait orientation « néopositiviste ». C'était une tentative d'appliquer la stratégie que Roman Dniowski avait préconisée, au début du 20e siècle, aux conditions politiques nouvelles. Dirigeant du groupe catholique Znak, Stalinaw Stomma prenait en considération les facteurs géopolitiques du pays, comme son catholicisme, partie intégrante et indispensable de la vie publique polonaise. (…) La conception évolutionniste de Stomma différait considérablement du révisionnisme. Son néopositivisme impliquait surtout la loyauté à l'égard de l'URSS, considéré comme la puissance russe d'autrefois, tout en rejetant la doctrine marxiste et l'idéologie socialiste. (…) Cependant, révisionnistes et néopositivistes se rejoignaient : pour réaliser leurs projets, les uns et les autres, comptaient sur des changements venant d'en haut ; ils s'attendaient à une évolution du parti, résultat de la politique réaliste de dirigeants intelligents. Ils n'envisageaient pas de forcer cette évolution par une pression sociale continue et organisée ; ils misaient sur la raison du prince communiste plutôt que sur la lutte pour l'établissement d'institutions souveraines aptes à contrôler le pouvoir. (…) <br />
Les événements du mois de mars 1968 ont marqué la limite du révisionnisme. A ce moment-là, le lien qui unissait l'intelligentsia révisionniste du parti fut définitivement coupé : on ne pouvait plus compter sur une démocratisation de la direction du parti. (…) Penser jusqu'au bout le révisionnisme et le néopositivisme mène inévitablement à accepter lors du conflit le point de vue du pouvoir. En effet, toute solidarité avec les ouvriers en grève, avec les étudiants qui manifestent, avec les intellectuels contestataires remet en question les stratégies révisionnistes, cherchant à agir à l'intérieur du parti, et celles des néopositivistes, qui préconisent la politique de l'entente. Le conflit ouvert, les deux stratégies se trouvent brusquement privées d'une composante essentielle : la référence au pouvoir.<br />
Le dilemme des mouvements de gauche du 20e siècle « réforme ou révolution » n'est pas un dilemme pour l'opposition polonaise. Postuler un renversement révolutionnaire de la dictature du parti, s'organiser dans ce but, serait aussi irréaliste que dangereux : on ne peut pas compter sur le renversement du régime tant que la structure politique de l'URSS est ce qu'elle est. Dans un pays où la culture politique et les normes démocratiques sont presque absentes, des activités conspiratrices ne peuvent qu'aggraver les maux de la société sans apporter des résultats bénéfiques. (…) A mon avis, la seule voie à prendre pour les dissidents des pays de l'Est est celle d'une lutte incessante pour les réformes en faveur d'une évolution qui élargira les libertés civiques et garantira le respect des droits de l'homme. L'exemple polonais démontre que la pression exercée sur le pouvoir apporte des concessions non négligeables. L'opposition polonaise (…) compte sur des changements progressifs et partiels plus que sur un renversement violent du système en place. (…) La nouvelle stratégie de l'opposition implique des changements lents et progressifs. Cela ne signifie pourtant pas que ce mouvement sera toujours pacifique ni qu'il pourra éviter de faire des victimes. (…) »</p>
<p></i>Extraits de Jacek Kuron dans « Pour une plate-forme unique de l'opposition » (1976) :<br />
<i>« Nous commencerons par définir le système en termes généraux. Ensuite, nous procéderons à une discussion des buts de l'opposition et à une analyse des conditions dans lesquelles elle doit travailler. (…)<br />
Dans un système totalitaire, le pouvoir et le peuple sont séparés. Tout le pouvoir de proposer, de réfléchir et de décider réside exclusivement dans le gouvernement. Les gens sont destinés à former une masse amorphe, dépourvue de droits personnels quels qu'ils soient. Ce système met en danger notre survie nationale et si, par souveraineté nationale nous entendons la capacité pour la nation à décider de son propre destin, le système est contraint de la détruire. Le système totalitaire a été imposé en Pologne il y a quelques trente ans par les forces armées de l'Union soviétique avec l'approbation des puissances occidentales, en particulier, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. La stabilité du système est garantie par la propension déjà démontrée trois fois par l'Union soviétique à se réimposer par la force à toute nation qui tenterait de se libérer. Nous ajouterons que ce sont là des raisons sérieuses pour penser que le gouvernement polonais doit se prêter à toutes les décisions importantes prises par la direction soviétique. L'Etat polonais n'est pas souverain et, dans l'esprit de notre peuple, c'est là le mal qui est à la racine de notre vie politique. (…) L'opposition lutte pour la souveraineté du peuple et de l'Etat polonais. Retenons pour le moment cette définition, quoique je suis d'accord avec ceux qui pensent que nos objectifs ne peuvent être pleinement réalisés dans notre situation géographique et politique actuelle. (…) <br />
Le mouvement paysan est né de besoins personnels et particuliers. Mais, en défendant la propriété privée, il prenait également position pour l'indépendance de la vie villageoise et il préservait l'agriculture d'une dévastation plus grave. C'est ainsi qu'il bénéficia à la totalité de la communauté. Je considère également le mouvement de protestation des travailleurs pour la défense de leurs salaires en termes de pouvoir d'achat réel comme socialement bénéfique. Des grèves locales éclatent assez souvent (…) Ces grèves sont brisées avec une grande promptitude par la police dépêchée par le parti, l'administration et les syndicats. (…) A trois occasions durant les trente dernières années, les grèves ont donné toute sa dimension à un mouvement social : en 1956-57, en 1970-71 et en 1976. Les travailleurs ont payé un prix très lourd, mais ces trois mouvements se sont terminés par une victoire. (…) Le troisième exemple de mouvements de protestation sociale est l'activité des fidèles dans la défense de l'Eglise catholique. Je pense ici aux participations massives aux processions, aux pèlerinages, aux activités paroissiales et également aux démonstrations et même aux manifestations pour la défense des constructions d'églises (…) <br />
L'opposition doit immédiatement commencer à organiser un certain nombre de groupes liés exprimant une variété de points de vue la plus large possible. En premier lieu, il faut une représentation organisée des travailleurs industriels, en particulier ceux qui sont employés dans les très grandes entreprises. L'organisation devrait commencer au niveau de l'usine et s'étendre ensuite. Ses revendications devraient s'entourer des avis de professionnels de l'économie, d'ingénieurs, d'hommes de loi et de sociologues. (…) Le plus important, et peut-être le plus spécifique, des revendications actuelles concerne la pleine réintégration des travailleurs licenciés après le 25 juin et une amnistie pour ceux qui ont été condamnés pour des actes en relation avec les événements de juin. Pour que cette demande soit entendue et acceptée, il est nécessaire de disposer du soutien uni d'une organisation de travailleurs de l'industrie. » <br /> <br />
</i><br />
<strong>Sur la grève de 1980<br />
</strong>Extraits de « Gdansk, la mémoire ouvrière » de <strong>Jean-Yves Potel </strong> :<br />
<i>« Un des gars a collé des affiches dans les vestiaires entre cinq et six heures du matin. Les gens surent ainsi que la grutière Anna Walentynowicz avait été licenciée, cinq mois avant la retraite, pour avoir défendu les ouvriers. C'était cela la « faute grave » dont la direction l'accusait. Décorée des croix du Mérite de bronze, d'argent et d'or, elle avait derrière elle trente ans de travail irréprochable. Le tribunal avait annulé le licenciement, mais le directeur refusait de la réintégrer. Anna Walentynowicz avait fait partie du comité de grève en 1970. Ici, sur le Littoral, ce sont les choses qui comptent. <br />
C'est la grève. Ce seul mot a suffi pour faire sortir du monde de la cale des constructions, des nefs de montage et des autres ateliers. Certains ont hésité, mais au bout d'une demi-heure la plupart ont laissé tomber leurs outils et se sont rendus sur la grande place du chantier, précédés d'une banderole où l'on venait d'inscrire « 2000 zlotys d'augmentation – Une prime de vie chère – Réintégrez la grutière Walentinowicz ! » Sur la place, tous se sont tus pour une minute de silence en hommage aux ouvriers du chantier tombés en 1970. Lech Walesa a fait son apparition. Ouvrier électricien, licencié lui aussi pour faits de grève en 1976, participant actif des grèves de 1970-1971, il a escaladé les grilles pour rejoindre les grévistes. On a crié « Hourrah ! ». Un discours a été improvisé du hait d'une excavatrice. Le directeur principal, Gniech, y est monté à son tour pour tenter de convaincre les gens de reprendre le travail. Sans succès ; les cris ont couvert sa voix. Lech Walesa a proposé une grève avec occupation. Chacun avait ses raisons de la faire, tous l'ont soutenue. (…)<br />
La grève a déferlé comme une vague, chacun y a adhéré de son côté en compagnie des collègues de l'atelier. (…) On buvait beaucoup trop au chantier des derniers temps (…) Les piquets de grève brisaient les bouteilles de bière et de vodka aux portes du chantier. Cette mesure, d'ailleurs, a impressionné tout le monde. La direction de la grève n'a fait aucune exception. Après trois jours de grève, les négociations avec la direction ont abouti à un accord. En son propre nom, le directeur a accordé une augmentation de 1500 zlotys, sur les 2000 demandés. Cet après-midi là, nous étions devant la grille de l'entrée quand Lech Walesa annonça que la grève prenait fin. La nouvelle que les revendications seraient satisfaites avait déjà fait le tour de la ville. Pour les délégués des autres usines, l'arrêt du mouvement au chantier était catastrophique. On ne leur avait rien promis, à eux. Les représentants de 21 entreprises en grève sont venus au chantier Lénine pour faire pression sur les ouvriers : « Nous vous avons apporté notre appui. A vous maintenant de nous donner le vôtre. » Un délégué de WPK a demandé que la grève continue, ici comme ailleurs, et pas mal de gens l'ont applaudi. Dans ce cas, a dit Walesa, je reste avec vous. Je vous ai promis de sortir le dernier. Entre-temps, la plupart des travailleurs du chantier, à l'appel du directeur, avaient quitté les lieux. <br />
(…) Le samedi, tard dans la soirée, les délégations présentes au chantier constituent un comité de grève interentreprises. Ce comité, le MKS, élabore une liste de revendications qui, dans sa version finale, comportera 21 points. Le premier est essentiel : c'est l'acceptation des syndicats libres, indépendants du parti et des employeurs. La deuxième, c'est le droit de grève. Voilà les garanties pour lesquelles la lutte continue. Ce sont les seules qui, si elles sont acquises, pourront donner aux travailleurs la certitude que les échecs, les pièges du passé ne se répèteront pas. Suivent ensuite, jusqu'au point 6, les revendications relevant du domaine de la démocratie : la liberté d'expression, la réintégration des licenciés pour faits de grève ou délit d'opinion et la libération des prisonniers politiques ; une information complète et permanente sur la situation socio-économique du pays et une discussion publique sur les programmes de réformes. (…) Les points suivants mis en avant par le MKS concernent justement ce socialisme-là : l'accès aux logements, aux crèches et aux maternelles, le droit à la santé, aux jours de repos, à un salaire convenable pour un travail honorable, à une retraite méritée. L'exigence, également, que se réduise le fossé entre les très pauvres et les très riches, entre les spoliés et les privilégiés, que tous puissent vivre décemment. (…) Au fil des heures passées ici, se renforce l'impression que la grève s'est donnée un groupe de leaders solides décidés à aller jusqu'au bout. La liste des « 21 Tak » - « oui aux 21 revendication » - est colportée d'une rue à l'autre dans les Trois-Villes. On la colle partout, sur les poteaux, les murs et les palissades. Ses formules nettes, carrées, peuvent sembler provocantes à certains, car les gens n'en ont guère l'habitude. Aucune réaction de la part des autorités. Cependant, l'atmosphère, on le sent, est devenue pesante. Il fait lourd, l'air est chargé d'électricité. <br />
Premier dimanche, première messe aux grilles du chantier. Le prêtre qui fait l'office prononce des paroles d'apaisement. Il appelle au calme, à la dignité. Quelques milliers de personnes sont agenouillées. Beaucoup ont pleuré. (…) La nuit précédente, les grévistes ont construit une croix en bois. Après la messe, ils l'ont emmenée au-delà de la porte principale, là où devra s'élever un monument aux ouvriers tombés en décembre 1970. (…)<br />
Dans la salle du praesidium du comité de grève, on a installé la maquette (du futur monument aux morts) et les dons ont commencé à affluer pour la réalisation du projet. Un extraordinaire élan de générosité du littoral, puis de toute la Pologne. <br />
Lundi 18 août, nombre de ceux qui avaient quitté le chantier samedi y sont revenus. (…) Au chantier Commune de Paris à Gdynia, ce sont les jeunes qui tiennent la barre de la grève. Les principes ont été plus sévères, les divisions plus rigoureuses. (…) Les tièdes, les hésitants, on ne les a pas laissé entrer. (…) <br />
Le directeur empêche le MKS d'accéder à la radio intérieure. Il fait également couper le circuit d'alimentation des hauts-parleurs de la porte numéro 2 pour contrer la popularisation de la grève vers l'extérieur. D'un avion, on lance des tracts : « La grève au chantier s'est conclue sur un accord. Elle est poursuivie par des irresponsables, alors qu'une large majorité entend reprendre le travail. » (…) Un coup très dur, c'est la coupure des lignes téléphoniques qui isole les Trois-Villes du reste du pays. Pendant ce temps-là, la milice s'active. Elle arrête les voitures qui se dirigent vers le chantier et celles qui en viennent, fouille les passagers, relève l'identité des conducteurs, et ceux qu'ils transportent. Les miliciens ne sont pas armés mais multiplient les intimidations. (…)<br />
Bientôt, toutes les entreprises de la voïvode ont rejoint le MKS. Le mouvement est irrésistible et cependant les manœuvres de dernière heure ne manquent pas. (...) Samedi 23 août, dixième jour de grève. Lech Walesa se met derrière la table du praesidium. (…) Les négociations préparatoires commencent, pour le moment à l'échelon du voïvode. (…) Le 28 août s'engage le troisième tour des négociations avec la commission gouvernementale. Le vice Premier ministre Jagielski a l'air maître de lui. (…) On discute ici de liberté d'expression et de conscience garantie par la constitution ; on parle beaucoup de la situation morale et sociale des croyants. Monsieur Jagielski souligne que la dialogue entre l'Etat et l'Eglise se développe bien… (…) La discussion est très animée. « En gros, nous sommes d'accord » dit Monsieur Jagielski. Mais, de fait, le débat n'a guère avancé. (…) Au dessus de la porte numéro 2 du chantier Lénine, les ouvriers ont suspendu une longue banderole « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »<br />
(…) La finale est âprement disputée. Vendredi 29, par deux fois les négociations sont reportées à plus tard. (…) L'énervement croît d'heure en heure, l'agressivité remonte à la surface. Car, si le travail reprend, on va se retrouver du jour au lendemain face au directeur, au secrétaire de cellule, ou même … Demain, la moitié de cette salle peut se retrouver en taule, s'est écrié quelqu'un sur un ton hystérique. De nouvelles délégations font leur entrée, venant d'autres voïvodes. (…) Le nouvel arrivant est embarrassé. Il ne sait pas où s'installer. Il vient du bassin du cuivre et représente 20.000 travailleurs. (…)<br />
Samedi 30 août. La commission gouvernementale vient pour la quatrième fois au chantier. « Il me semble, dit le vice Premier ministre Jagielski, que le moment est venu de terminer nos travaux » <br />
Dimanche. La signature des accords de Gdansk entre le MKS et Jagielski est retransmise à la télévision. <br />
</i>Compte-rendu de Henrika Dobisz et Andrej Zianecki<br />
<i><br /> </i> <br />
Extraits de « Un chemin d'espoir », autobiographie de <strong>Lech Walesa </strong> :<br />
<i>« Le moment décisif survint après le 3 mai 1980, date de l'arrestation de représentants du Mouvement de la Jeune Pologne et du Mouvement pour la Défense des Droits de l'Homme – Dariusz Robzdej et Tadeusz Szczudlowski -, à la suite de leur discours prononcé devant le monument au roi Jan II Sobieski. On se lance quasi ouvertement dans une large diffusion de tracts.</p>
<p>La grève<br />
Je descendis devant les Chantiers et le dirigeai vers l'entrée. Le matin, avant l'embauche, des tracts et le bulletin « L'Ouvrier du Littoral » avaient pu être distribués dans le train de banlieue et dans les tramways qu'empruntent la plupart des ouvriers pour se rendre au travail. L'information essentielle concernait le licenciement disciplinaire d'Anna Walentynowicz, survenu le 7 août, cinq mois avant qu'elle ne prenne sa retraite Le texte des tracts était le suivant : <br />
« Aux ouvriers des Chantiers navals de Gdansk !<br />
« Nous nous adressons à vous, collègues d'Anna Walentynowicz. Elle travaillait aux Chantiers depuis 1950 : 16 ans comme soudeur, puis comme conducteur d'un pont-roulant à l'atelier n°2. Elle s'est vue décerner la médaille de bronze, celle d'argent, puis en 1979, la Croix d'or du Mérite. Elle a toujours été une ouvrière irréprochable. Elle s'est toujours insurgée contre toute injustice, toute inégalité. C'est pourquoi elle a décidé de s'engager dans l'action qui avait pour but la mise sur pied d'un syndicat libre. C'est là que commencèrent pour elle les ennuis : elle a été mutée à deux reprises dans une autre unité pour avoir distribué « L'Ouvrier du Littoral », et elle s'est vue infliger un blâme. (…) En arrêt-maladie, Anna Walentynowicz a reçu une lettre de licenciement prenant effet le 7 août pour avoir enfreint le règlement….<br />
(…) C'est pourquoi nous vous lançons cet appel : défendez Anna Walentynowicz ! Si vous ne le faites pas, nombreux sont ceux qui risquent de se retrouver dans une situation semblable. Nous signalons d'autre part à la direction qu'un pareil acte, en cette période où une vague de grèves déferle sur notre pays, paraît un défi au bon sens.<br />
Signé : comité de fondation des syndicats libres »</p>
<p>Trois garçons de vingt ans, Jurek Borowczyk, Ludwig Pradzynski et Bogdan Felski, affiches, tracts et bulletins en mains, avaient su mettre en grève l'ensemble des Chantiers. (…) A la revendication en faveur d'Anna Walentynowicz, j'ajoutai ma propre réintégration et l'érection d'un monument (…) aux trois ouvriers abattus devant l'entrée des Chantiers en décembre 1970. (…) Ce qui concernait tout le monde, c'était la hausse individuelle de 2000 zlotys. Nous nous cramponnâmes donc à cette dernière exigence comme préalable à toute négociation (…) Au début, nous branchâmes des micros dans la salle du Service Hygiène et de la Sécurité du Travail où se déroulaient les négociations, ainsi qu'un autre à l'extérieur de la salle. Nous pouvions diffuser dans tous les ateliers, les halls de production. Par la suite, le nécessaire fut fait pour que les débats soient entendus dans les chantiers voisins et dans les entreprises de la rue Walowa. Plus tard encore, nos délégués emportèrent les enregistrements pour les faire écouter en d'autres entreprises. (…)<br />
Non, la grève n'a rien d'un épisode harmonieux, elle passe par des phases de vive exaltation auxquelles succèdent des périodes de compromis, voire des moments de peur. (…) Personne n'a trouvé de scénario idéal pour le déroulement d'une chose comme la grève, ni ne saurait d'ailleurs en concevoir. La grève, c'est la foule qui réagit à sa manière, diverse et changeante. Moi, je n'avais pas de scénario, mais je sentais la foule. Quand je me retrouve au milieu d'une foule, je sais toujours ce que les gens veulent. (…)<br />
Notre grève à nous arrivait à son terme : en ce troisième jour, le samedi après-midi, elle avait pris fin ; tout son élan, toutes ses motivations essentielles s'étaient évanouis. Comme j'avais affaire à un directeur qui avait su faire face à la situation (…), je m'étais senti obligé de contenir notre conflit dans certaines limites. Ça n'avait pas été une révolution s'appuyant sur le désordre, mais un mouvement où chaque objectif était soumis à un jugement public. Je ne pouvais et ne voulais personnellement exprimer que CELA. (…)<br />
Voici un témoignage :<br />
« A peu près au moment même où Walesa s'apprêtait à mettre fin à la grève (…), un représentant des employés des transports se trouva propulsé sur le podium, devant le micro, et exposa leur cause. Son discours se termina par une demande de soutien. Au bout d'un moment, des employés des tramways, sortant du bâtiment, se joignirent à lui. Des jeunes entourèrent le podium – cent, deux cents, cinq cents garçons : « Solidarité ! », « Solidarité ! », « Solidarité ! » (…) Sur les murs, la nuit, des inscriptions avaient fait leur apparition : « Walesa, traître ! ». Déjà, le samedi après-midi, (…) deux émissaires femmes des grévistes de Gdansk avaient eu des mots très durs contre Walesa (…) Le dimanche 17 août, Walesa, tel Simon de Cyrène, prit sur ses épaules une croix en bois et la porta devant l'entrée, jusqu'au lieu où l'on prévoyait d'élever à l'avenir le Monument. La croix fut cimentée dans le sol (…) Dans la nuit de dimanche à lundi, on fit disparaître les inscriptions diffamant (ou dénonçant) Walesa. La même nuit, Walesa affermit sa position en prenant officiellement la tête du Comité de grève créé solidairement pour la défense des intérêts des entreprises de Gdansk, Gdynia, Elblag, Pruszcz, Tczew, Lebork, … entre beaucoup d'autres. Le lundi matin, le directeur avait co-signé avec Walesa, le samedi, les accords concernant les Chantiers, s'efforça à nouveau de faire appel au loyalisme du personnel, et reprocha à Walesa d'avoir rompu leurs accords. Walesa ne sut que lui donner raison. » (…)<br />
Dès le début de la grève, j'exerçai un certain ascendant sur les gens, par exemple au sein du Comité inter-entreprises qui se rassemblait dans la grand-salle de réunion des Chantiers. Je me rendais compte d'emblée que les gars étaient beaucoup trop excités, que les passions étaient à leur comble, ce qui excluait toute discussion sérieuse et interdisait qu'on prenne aucune décision. J'avais établi le rituel suivant : je pénétrai dans la salle, la traversais d'un pas assuré, et, parvenu jusqu'au petit podium, je me retournai brusquement face à l'auditoire, gardais le silence une seconde, puis déclarais ouverte la session du Comité en proposant d'entonner l'hymne national. Tout le monde se levait, et les gars se mettaient à chanter à l'unisson. Les gens qui, dix minutes avant la réunion, étaient venus avec la ferme résolution de donner libre cours à leur colère, ne contestaient plus les décisions prises, se contentant de conciliabules en petits cercles. Et le moment où je me levais signifiait irrévocablement la clôture de la réunion : les gens emboîtaient le pas. (…)<br />
Au moment-clé où furent formulées les 21 revendications du mouvement et où l'on discuta avec passion de leur version définitive, la direction des syndicats libres n'était pas unanime. Dans leur hiérarchie informelle, je ne suis alors que le numéro trois ou quatre, peut-être même cinq. C'est à ce moment difficile que je me retrouve propulsé à la première place, que je me sens avancer seul dans le rôle de dirigeant, que je suis amené à imposer ma volonté, en dépit de l'amertume justifiée de certains, que je ne peux pas ne pas percevoir. (…) je sais que, pour l'heure, il faut nous montrer modérés, contrôler et limiter certaines revendications irréalistes, si fondées qu'elles soient, afin de gagner plus tard. (…) Il s'agissait de pouvoir dire en toute confiance aux représentants du gouvernement, dès leur arrivée chez nous : « A l'exemple de l'ordre qui règne ici et qui est accepté par tous, instaurons ensemble un ordre nouveau dans notre pays, dans toute la Pologne. » C'était un ordre sans vodka : à l'entrée des Chantiers, nous brisions les bouteilles apportées par ceux qui n'étaient pas encore au courant. C'était un ordre avec le Pape : son portrait fut suspendu à l'entrée dès le premier jour de grève. (…)<br />
Le programme comprenant nos « 21 revendications » vit rapidement le jour (…) :<br />
reconnaissance des syndicats libres, indépendants du Parti et des employeurs (…)<br />
garantie du droit de grève, de la sécurité des grévistes et des personnes qui leur viennent en aide<br />
respect des libertés d'expression et de publication (…)<br />
rétablissement dans leurs droits des personnes licenciées (…) des étudiants exclus de l'enseignement supérieur (…), libération des prisonniers politiques (…)<br />
rendre publique le comité inter-entreprises et ses revendications<br />
information de toute la population sur la situation économique et sociale<br />
paiement des jours de grève (…)<br />
augmentation mensuelle du salaire de base de chaque travailleur de 2100 zlotys (…)<br />
Instauration de l'échelle mobile des salaires<br />
Approvisionnement en produits alimentaires (…) »</p>
<p>(…) Le 22 août au soir, la délégation du praesidium du MKS a rencontré le président de la Commission gouvernementale, Monsieur le vice-premier ministre Mieczyslaw Jagielski, et lui a remis le message suivant : « Le MKS informe la Délégation gouvernementale dirigée par le vice-Premier ministre qu'il est prêt à entreprendre des pourparlers sur la base des 21 revendications, qui pourraient mettre un terme à la grève. »<br />
(…) Tadeusz Mazowiecki et Borislav Geremek sont venus de Varsovie en voiture par un chemin détourné. Ils vont travailler en temps qu'experts auprès du Comité. Ils ont reçu un accueil très chaleureux. (…)<br />
Gdansk devient alors une sorte de Mecque où affluent les délégués d'entreprises de l'ensemble du pays, venus apporter leur soutien et prêts à se joindre à la grève. (…)<br />
Le tournant décisif de la grève est le vendredi 22 août, marqué par la venue à Gdansk de Mieczyslaw Jagielski, vice-premier ministre, nommé à la place de Pyka qui vient d'être révoqué. La rencontre avec nos délégués a eu lieu le soir même (…) De retour, avant même d'avoir franchi la grille, ceux-ci crient déjà victoire : cette victoire réside dans la décision d'entamer des pourparlers entre le gouvernement et le Comité de grève inter-entreprises sur la base de nos 21 revendications. Un combat difficile nous attend alors. « Nous savons ce que nous voulons » ai-je dit à Mazowwicki et à Geremek lors de notre première entrevue sur le coup de minuit. (…) Comme tant d'autres, ils étaient venus avec un texte de soutien. Le voyant, je m'étais dit que ce n'était là qu'une motion de plus. Je leur ai demandé ce qu'ils avaient concrètement à nous proposer, car nous avions vraiment besoin d'aide. « Comme intellectuels, nous ne pouvons faire grand-chose, hormis vous servir de conseillers, d'experts. » Excellente idée ! Nous venions de trouver le maillon manquant à notre chaîne. Tout le monde s'accorda sur la nécessité de désigner une commission d'experts, à défaut desquels nous aurions bien été incapables de faire se rencontrer la « dialectique » du pouvoir et la côté un peu fruste et élémentaire de nos revendications. (…) Cette base de départ nous convenait tout à fait et n'était pas non plus pour déplaire aux autorités : non sans raison, celles-ci redoutaient les formulations trop radicales de gens simples, à bout de nerfs, qui mettent à mal respectabilités et convenances, et usent parfois d'un vocabulaire à rester pantois. Les uns comme les autres, nous avions besoin d'être assurés qu'il serait possible de trouver une réponse commune. Autrement, la situation était sans issue. Le fait de nommer une commission d'experts ouvrit cette perspective d'entente. Dans le courant de la nuit, ils définirent la marche à suivre : dans un premier temps, nous ne devions pas aller plus loin que le quatre premières revendications. (…) En cette journée du 23 août, (…) les gens se pressent de part et d'autre de la seconde grille d'entrée des Chantiers. Devant, sont assemblées plusieurs milliers de personnes informées de l'arrivée tant attendue de la Commission gouvernementale. (…) Hostiles, les gens reculent à contrecœur. (…) Le car ne peut avancer : devant lui, se dresse un mur d'ouvriers en bleus de travail usés. Ils se tiennent là, bras croisés, visages fermés. (…) Je m'avance en compagnie de Gniech, le directeur, et du Comité inter-entreprises. Jagielski descend du car. Pâle, les traits tirés, dossier noir sous le bras, le vice-premier ministre met pied à terre, suivi de Fizbach et des autres. Je m'approche, lui tends la main pour lui souhaiter la bienvenue aux Chantiers. (…) « Les-zek ! Les-zek ! » se met à scander d'une seule voix la foule - c'est son vote de confiance, le rappel à la partie adverse que le Comité est mandataire pleinement reconnu par tous les grévistes. Ceux-ci forment une véritable forêt humaine. Une frondaison de bras levés aux poings serrés. (…) Un hors d'œuvre aux pourparlers de la force et de la discipline sur lesquelles reposent notre attachement à la démocratie – et qui seront essentielles au moment où il faudra entériner l'accord intervenu. En cas de contestation, il y a bien sûr l'instance d'appel que constituent les Chantiers, ces milliers d'ouvriers qui attendent rassemblés autour du bâtiment et qui suivent le déroulement des négociations à travers les baies vitrées. Les délégués, présents dans la grand-salle, sont pour moi un appui considérable, de même que les experts, ou encore l'Eglise dont le soutien se fait de plus en plus ouvert. En ce qui concerne les syndicats libres, c'est déjà moins évident ; les relations les plus confuses existent entre le Praesidium du Comité de grève et moi : ce dernier compte en son sein une tendance radicale qui s'oppose aux vues « réalistes ». On y considère d'un mauvais œil toute tentative de contact direct avec les représentants du pouvoir, contacts pourtant nécessaires à la réussite de toute négociation. Ces « Jacobins » d'août 1980 épient les moindres faits et gestes de chacun. Ils sont obsédés par la crainte d'une manipulation politique et leur méfiance n'épargne pas les experts. En l'occurrence, j'ai dû me montrer intransigeant et ne pas céder aux pressions visant leur élimination. J'ai également cherché à éviter que ces divergences n'apparaissent en cours de négociations. Elles ont été tenues secrètes jusqu'à la fin de la grève. (…)<br />
Walesa : « Monsieur le vice-Président, nous vous accueillons au nom du Comité de grève inter-entreprises représentant près de 370 entreprises de la région de Gdansk et un certain nombre de celles d'Eblag et de Slupsk. Conscients de représenter des centaines de milliers d'hommes, nous sommes tout aussi convaincus de lutter pour la bonne cause. Vous avez la possibilité de visiter aujourd'hui un chantier naval autogéré par les ouvriers. Vous pouvez constater que l'ordre y règne. (…) <br />
Jagielski : (…) Je pense en premier lieu à un changement de la loi sur les syndicats (..) Il faudra à mon avis que le personnel des Chantiers et que les travailleurs des autres entreprises du Littoral participent à l'élaboration de cette loi (…) Le second facteur, à mon sens, concerne l'analyse et l'appréciation de l'évolution du pouvoir d'achat des diverses catégories professionnelles, qui devrait être évaluée et suivie par les syndicats indépendamment de l'administration d'Etat. (…) Si j'ai bien compris, le deuxième point porte sur la garantie du droit de grève, ainsi que sur la sécurité des personnes en grève et de ceux qui leur viennent en aide. (…) J'en suis à me demander s'il est bien opportun de prendre une telle décision aujourd'hui (…) A ce propos, il serait peut être utile d'écouter ce qu'en pense l'opinion publique. (…) Si nous laissions ce problème ouvert à la discussion. Pour ce qui est de la sécurité des personnes qui font grève, ainsi que pour celles qui les soutiennent, cette sécurité n'est pas menacée. (…) <br />
Florian Wisnievski : Florian Wisnievski, je viens d'Elektromontaz. (…) Nous ne sommes pas du même bord : nous autres, nous sommes en contact des travailleurs, au sein des entreprises. Cela fait longtemps que je travaille dans les syndicats, et les choses sont loin de se passer aussi simplement. (…) Le Code du travail autorise l'entreprise à licencier sur le champ toute personne qui fait grève. (…) ici, sur le Littoral, étant donné l'atmosphère que vous savez (…) ce n'est plus le moment de consulter l'opinion publique. (…) <br />
Jagielski : S'il s'agit du troisième point, à savoir : « respecter les libertés d'expression » (…) la Constitution garantit les libertés d'expression, d'édition, de publication, n'est-ce pas ? Le problème se pose, comment dire, au niveau de l'application de ces textes. (…) L'ouverture des médias aux représentants de toutes les confessions est une revendication à examiner. (…) Si quelqu'un me pose des conditions, je voudrai répondre ceci. Moi, je n'ai posé aucune condition. J'ai seulement exprimé mes souhaits. (…) <br />
Walesa : (…) Je prose d'élaborer ensemble un communiqué commun. (…) Nous demandons au surplus une retransmission radiophonique au moins sur Gdansk. (…) Je propose de chanter ensemble l'hymne national. (Ils chantent.) Nous attendrons gentiment, sagement, sans aucune … Mesdames, Messieurs, je voudrai que nous saluions courtoisement la délégation avant de nous séparer. Nos finirons sans doute par nous entendre. »<br />
(…) Nous avons trouvé une formule nouvelle, résultant de la fusion de plusieurs éléments : religion, patriotisme, stéréotype de la « classe ouvrière » - oui, cette tradition-là aussi … C'était une manière de « révolution à genoux », avec prière, chapelet et messe. La prière nous protégeait, mais nous avons magnifié son importance, cela n'avait plus rien à voir avec la dévotion. <br />
(…) On joua contre nous le contenu du sermon prononcé à Jasna-Gora par Mgr Stefan Wyzynski. (…) Les gars qui priaient sur les Chantiers, eux, accueillirent avec incrédulité et désarroi les propos du Primat. (…)<br />
Arrive la dernière séance de pourparlers avec la Commission gouvernementale, le samedi 30 août. Le climat de la discussion n'est plus le même. Jagielski est pressé d'aboutir, fait pression pour que des solutions rapides soient trouvées, sans trop ergoter sur les formulations de détail : « les points numéro un et deux des revendications … nous les paraphons ! » Puis, de but en blanc, il déclare qu'il souhaite revenir aux Chantiers avec ces textes revêtus de l'aval – donc de l'approbation – du plenum du Comité central. Il suggère déjà les termes du communiqué final. (…) Le plénum du Comité de grève inter-entreprises exige que je transforme l'affaire des prisonniers en ultimatum. Aucun accord ne doit être signé avant leur libération. (…) Aussi bien parmi l'assemblée des délégués qu'au sein du Præsidium du Comité de grève, commencent à s'exacerber les points de vue. (…) Nous convenons qu'un accord existe bel et bien pour le moment et que, pour le reste, nous ferons au mieux… Le lendemain, la célébration de la messe ramène le calme dans la grand-salle. (…) L'affaire s'éternisa pour des raisons pratiques. (…) Jagielski, tendu, blêmit et déclare : « je vous en prie… Je ne sais pas si, dans une heure, je pourrai encore signer cet accord… » (…) Nous avons apposé nos signatures.</p>
<p>Quand je veux évoquer la période qui a suivi les événements qui se sont alors déroulés dans notre pays, et que je cherche une image qui résume à la fois le climat et l'état d'esprit des gens (…) je compare volontiers la société polonaise d'après août 80 à un pauvre qui occupait jusque là un petit coin dans une belle maison dont il n'était pas propriétaire. Et voici que subitement, il devient clair que la maison est son ancienne propriété et qu'en réalité, tout lui appartient ! (…) Psychologiquement parlant, une telle situation n'est commode ni pour l'ancien ni pour le nouveau gestionnaire, et force est d'admettre que le tempérament de chacun commande ses actions. (…) Mais les Accords de Gdansk avaient lancé des ponts, ouvert des possibilités d'entrer dans une nouvelle étape de coexistence, fait apparaître la nécessité d'une « convivialité du pouvoir ». (…)<br />
Le lundi matin, ouverture des premiers locaux du Syndicat, rue Marchlewskiego, dans le vieux Wrescz. (…) Bientôt, la file d'attente s'étend jusqu'à la rue. (…) Gdansk devait expliquer, défendre, organiser, conférer son label. La capitale de la Pologne avait déménagé sur le Littoral. (…) La période difficile venait de commencer. De jour en jour, une force réelle se constituait ; les maillons syndicaux se multipliaient à une vitesse vertigineuse dans toutes les entreprises, les écoles, les hôpitaux, et cette force cherchait naturellement à s'exercer : elle entendait influencer les décisions concernant le Plan, les questions salariales, celles de la productivité, les cas individuels. Les directions d'entreprise lui refusaient généralement ce rôle. Il n'existait pas de jurisprudence indiquant avec précision comment comprendre les Accords d'août 80, dont les formulations étaient souvent trop générales. Les controverses se multipliaient (...) Toutes affaires devaient être réglées par le MKZ : le Comité inter-entreprises de fondation des syndicats indépendants autogérés. Nous n'étions que 18 et il nous revenait d'accomplir sur le champ la réforme du système. (…) Quand il devin manifeste que toute notre expérience acquise dans les Syndicats libres n'y suffirait pas (…) je découvris la voie menant à moi-même par l'Eglise, par la foi, qui m'avait été révélée dans les moments difficiles de la grève. (…) Durant les premiers jours de septembre nous parvint un signal de Varsovie : le Primat souhaitait rencontrer Walesa et l'équipe des dirigeants de la grève. Ainsi allait donc avoir lieu ce contact personnel, cette rencontre en tête à tête avec celui qui personnifiait la majesté de l'Eglise polonaise, qui représentait le lien principal entre la tradition nationale, toujours vivante, et le présent. (…) Nous avons commencé par une messe matinale au cours de laquelle le cardinal Wyszynski, s'adressant à nous, déclara : « (…) Les plus grandes énergies doivent se déployer afin de donner des fruits pour le bien des travailleurs qui entreprennent dans notre Patrie un immense effort. Mais comme il faut être sage ! Comme il faut savoir embrasser à la fois le présent et l'avenir de cette nation (…) » Il déclara un peu plus tard : « Il ne faut pas vouloir changer les gens en place, ce sont eux qui doivent changer, devenir autres. » (…) Je me sentais très proche du primat sur tous ces sujets ! (...) Le Primat surprenait parfois par son indulgence et sa générosité, si éloignés d'une tactique sommaire et plus aisée à adopter, tentante même. Il en avait été ainsi en 1970, après les événements de décembre, quand l'Eglise était à même d'exiger beaucoup d'un pouvoir affaibli par les récents bouleversements… Le Primat déclara alors qu'on ne pouvait « gagner » grâce qu sang ouvrier qui avait été répandu, que l'Eglise devait être forte de sa propre force, non de la faiblesse de l'adversaire. (…) Novice comme je l'étais à l'époque, ce sont là des éléments qui me permirent de construire ce qu'on a plus tard appelé la « ligne Walesa », qui ne faisait alors que s'esquisser. (…) En août, ce but était clair aux yeux de tous, tout était simple : il fallait arrêter la grève, formuler nos revendications, amener le pouvoir à les accepter. (…) Prendre le pouvoir, rétablir l'ordre par un nouveau pouvoir installé par nous ? Non ! Plutôt, un profond changement intérieur du pouvoir en place, puisque rien ne garantissait qu'un autre serait meilleur (…)<br />
Ce pendait, près du feu, là où tout se décidait, les affaires se révélaient beaucoup plus complexes. J'étais celui qui choisissait les éléments de l'alliage, mais, parallèlement, d'autres éléments s'y infiltraient à mon insu : par les côtés, par en haut, par derrière… Il y avait même des gens qui agissaient de leur propre initiative, sans demander la moindre autorisation. La température montait constamment. Situation nouvelle : dans la grève, nous étions la force motrice, nous dosions les problèmes à résoudre, le mouvement obéissait à un programme, donnait lui-même le tempo des événements qui, cette fois, se déroulaient indépendamment de nous. L'aiguillage avait été dévié : il fallait redoubler de force pour contrôler le cours de l'actualité, proposer à temps des corrections de trajectoires, éviter les catastrophes, servir de butoir là où des revendications déchaînées menaçaient directement l'existence de certaines structures concrètes du pouvoir. Au cours de dizaines de réunions, il me fallut combattre la tendance générale au règlement de comptes avec des chefs de services, des directeurs compromis dans leurs entreprises, des représentants du pouvoir à divers niveaux. Les gens étaient emportés par la fureur de tout nettoyer tout de suite. (…)<br />
Quelques jours après la grève, je reçus la visite d'Anna Walentynowicz, dans notre nouvel appartement, rue Pilotow, dans le quartier neuf de Zaspa. (…) Mme Anna vint me voir avec une proposition amicale bien concrète : « Donne ta démission du Comité inter-entreprises ! » Je n'avais pas les épaules assez larges, à ce qu'elle disait, il fallait un type dans le genre d'Andrej Gwiazda, de Kuron, de Modzelewski ou de tel autre encore… Le candidat n'était pas précisé, mais l'intention n'en était pas moins claire : d'après elle, j'étais trop faible, pas assez « révolutionnaire » dans mes revendications, trop mou avec les autorités. Cette idée n'émanait pas uniquement de madame Anna, il y avait derrière elle une fraction pas très nombreuse mais influente des syndicats libres du Littoral. (…) Il était devenu évident que le Comité inter-entreprises de Gdansk s'employait sans cesse à contester la position que j'avais acquise, il faut le reconnaître, grâce à la grève. Aux yeux de certains, je pouvais encore apparaître comme un « usurpateur ». (…) Ainsi Jacek Kuron était indiscutablement un homme aux idées bien arrêtées, initiateur de conceptions assez radicales. C'était le même homme avec qui j'avais eu une discussion interminable à l'époque où je faisais mes tout premiers pas dans les syndicats libres. C'est à lui que j'étais redevable de l'aide que le KOR (Comité de Défense des Ouvriers) avait apportée à moi-même et à beaucoup d'autres en période de chômage ou de difficultés personnelles. (…)<br />
Sous le label Solidarnosc, les Comités inter-entreprises régionaux iront tous ensemble se faire enregistrer au tribunal. (…) A présent, le groupe de conseillers et d'experts varsoviens travaillait à nos statuts qui devaient refléter à la fois notre expérience syndicale, la signification d'août 80, la tradition polonaise. (…) Dans le même temps, une équipe de télévision polonaise m'interroge sur le sort de la première grève d'avertissement annoncée par Solidarnosc. Ils ont du mal à comprendre que la proclamation de cette grève d'avertissement canalise toutes les grèves sauvages qui explosent comme des pétards dans tout le pays contre les autorités qui s'opposent à divers échelons aux inévitables revendications de la population. A cela s'ajoute encore en arrière-plan la création de l'organisation syndicale rurale qui est en train de se mettre précipitamment en place. »<br />
</i>Sur les « grèves de solidarité ouvrière », notamment aux revendications des agriculteurs, Walesa cite la bande son d'un film :<br />
<i>« Walesa : (…) C'est à Gdansk que ça se passe. Poznan a débrayé aussi, j'ai stoppé. J'ai tout de même stoppé deux grèves ! (…) Ce serait pire s'ils faisaient grève sans nous. Ce serait la révolution. (…) Je pense donc que ce que nous avons fait constituait l'issue la plus logique. (…) Nous étions obligés de nous prononcer, et nous nous sommes prononcés pour la maîtrise de ce mouvement. Le pire aurait été qu'il échappe à notre contrôle. Nous ne souhaitons pas la grève, parce qu'il en viendra alors sans cesse de nouveaux pour multiplier les revendications, et tout risque alors de mal tourner. C'est pourquoi nous n'en voulons pas. (…) Bien sûr que nous pouvons y aller, mais nous sommes bien placés pour savoir que, d'ici une heure, il peut aussi bien éclater une révolution. (…) Nous forçons les choses, poussés par des hourrah, de telle manière qu'il n'y ait plus de solution du tout ! »<br />
« Walesa : « Walesa à l'appareil. Monsieur le directeur, il y a deux affaires dont je voudrais vous parler. (…) En ce qui concerne cette grève. Vous savez, nous ne tenons pas à ce qu'il y ait des grèves en ce moment… (…) C'est pourquoi il serait bien que vous fassiez en sorte que (…) je m'entretienne avec eux (les grévistes), ou pour qu'ils viennent chez nous… Nous leur expliquerions en quoi ça fait problème. (…) Réponse de l'assistant du voïvode : nous enverrons des voitures vous chercher. »<br />
Les voitures sont bien arrivées, mais l'annulation de la première grève d'avertissement d'après août n'a pas été prononcée pour autant pour la simple raison qu'elle ne pouvait pas l'être. (…) De toute façon, j'allais mettre fin à ces grèves (…) <br />
La césure dans la brève existence officielle du syndicat se situe à mon avis en mars 1981. Elle correspond à la crise de Bydgoszcz, engendrée par l'agression perpétrée par la milice contre Rulewski, responsable de Solidarnosc pour cette région, et d'autres qui tentaient de présenter à la session du conseil régional de Bydgoszcz le problème de la reconnaissance du syndicat des agriculteurs privés. Cette crise de mars a été surmontée, mais nous avions déjà presque atteint le point limite. J'ai eu le plus grand mal à apaiser le climat de mobilisation générale qui s'était créé autour de la raison d'être de Solidarnosc, et qui, étant donné l'attitude du pouvoir, menaçait de conduire à la catastrophe. J'eus alors le sentiment d'avoir désamorcé une énorme charge de dynamite et d'avoir mené à bien quelque chose d'irréversible. A partir de ce moment-là, Solidarnosc ne bénéficierait certes plus jamais d'une conjoncture aussi favorable, mais, d'un autre côté, jamais une confrontation générale avec ce pouvoir aux abois n'avait été aussi lourde de dangers. <br />
L'affaire de mars est en effet une date clé pour comprendre l'histoire du syndicat. Je soutenais qu'on ne pouvait absolument pas procéder à une opération aussi complexe que l'inversion du rapport de forces en Pologne dans un climat d'extrême tension, au bord de l'explosion sociale. Je tablais sur une issue évolutive. Malheureusement, le pouvoir ne tira de la mobilisation qu'une seule conclusion : qu'il était très menacé et, qu'en l'espace d'une journée, l'ensemble de la population pouvait se dresser contre lui. Après ces événements, j'étais néanmoins certain d'une chose : tant que nous pourrions naviguer, tant que Solidarnosc continuerait d'exister, il serait possible, ne fût-ce que très lentement, de consolider les changements, de donner aux gens ne fût-ce qu'un aperçu de ce que pourrait être la vraie vie en Pologne. (…) Parfois, on préfèrerait presque que tout nous tombe dessus : on verra bien, ça nous tranchera peut-être pas la tête, si nous savons rester raisonnables ; le cas échéant, nous reviendrons alors sur nos pas… Je me représentais toujours l'avenir comme une marche par étapes, jamais comme une course d'une seule traite. (…)<br />
Si l'espoir était immense, les chances de réussir ici et maintenant n'étaient vraiment pas énormes. J'étais au contraire d'avis qu'elles étaient infimes. Elles résidaient dans le simple fait que la cause d'août 80 était commune à tous les Polonais. Elles reposaient sur l'espoir que le pouvoir représenterait le peuple dans cette mesure au moins où il serait capable de comprendre ses aspirations et il accepterait de participer à ce difficile processus. (…)<br />
Quoiqu'on puisse en penser, à aucun moment l'attitude de Solidarnosc n'avait abouti à aggraver les difficultés économiques, même si telle était alors la version des faits la plus courante parmi ceux qui défendaient les intérêts gouvernementaux. En voici une illustration : c'est la création des syndicats indépendants qui constituait la revendication principale des grévistes d'août 80, bien que les revendications salariales eussent dominé dans un premier temps. Les ouvriers des Chantiers cédèrent sur ces dernières jusqu'à y renoncer pour ainsi dire totalement. On en eut terminé avec une augmentation de quelques centaines de zlotys, et plutôt pour le principe, afin d'en finir avec l'aspect purement économique de la grève. Il y avait de notre part une grande compréhension des difficultés du pays. Les gens étaient prêts à consentir des sacrifices. Il y eut même des propositions comme quoi ceux qui en avaient encore les moyens allaient se cotiser pour rembourser ne fût-ce qu'une toute petite partie de la dette polonaise ? <br />
(…) Novembre 80 élargit dangereusement le champ de confrontation avec le pouvoir. Deux incidents y contribuèrent : le premier, lié à l'enregistrement du syndicat ; le second, concernant l'affaire Jan Narozniak, un mathématicien de l'Université de Varsovie qui avait rendu public un texte confidentiel du procureur général. (...) Dans le même temps déferle une vague de revendications plus générales : dans la région montagneuse, à Bielsko-Biala, à Jelenia-Gora. Un puissant mouvement social se développe, exigeant que soient restitués de nombreux centres de loisirs luxueusement équipés, des maisons de repos, des bâtiments publics appartenant jusqu'alors aux différents organes gouvernementaux et inaccessibles au reste de la population. (…) D'où une vague de grèves dans toutes les régions de Pologne. Je passe cette période à voyager sans cesse pour participer aux négociations entre grévistes et autorités. Les conseillers et experts du syndicat ne me quittent pas un instant. Ils sont partout où les conflits se propagent. (…) L'Eglise jouait avec succès le rôle de médiateur entre les grévistes et le pouvoir. L'image en est devenue classique et restera longtemps dans les mémoires : trois évêques assis à la table des pourparlers entre représentants des autorités et de Solidarnosc. C'est le moment où la tension à Bielsko-Biala était à son comble. (…) Je me suis mis en route en janvier 1981. A Rome m'attendait un grand Polonais, le pape Jean Paul II, et cette rencontre fut pour moi le temps fort de mon séjour en Italie. Nous apportions au Pape le message de Solidarnosc, et j'avais grandement conscience de l'importance de ce que nous reçûmes de lui qui, publiquement, à la face du monde, approuva nos idéaux. (...) J'avais reçu une invitation à me rendre à Genève pour participer, au début de juin, à la prochaine session annuelle de l'Organisation Internationale du Travail. (…) Nous sommes partis en juin de Varsovie avec le ministre Jerzy Obodowski et un petit groupe de ses conseillers représentant la « sphère des employeurs ». Pour ma part, j'étais accompagné par Bronislaw Geremek, Andrej Stelmachowski et Ryszard Kalinowski qui avait, au sein de son syndicat, la responsabilité des contacts avec l'étranger. Dès le décollage de l'avion se créa entre nous une bonne atmosphère : après tout nous partions représenter conjointement la Pologne à une assemblée internationale où on ne se priva pas de nous scruter attentivement. (…) L'appui de la France se révéla alors essentiel, dissipant les malentendus auxquels se heurtait l'idéal de Solidarnosc et éclairant par contrecoup le malaise de l'équipe dirigeante polonaise. Il fit mieux comprendre à l'opinion politique internationale le sens et la portée réels de l' »été polonais ». (…) Les cinq grandes organisations syndicales représentées ce jour-là reflétaient à elles seules tout l'éventail des tendances existantes, depuis le mouvement d'inspiration chrétienne jusqu'aux communistes. Toutes soulignèrent néanmoins – et cette unanimité était capitale – l'importance de l'expérience polonaise pour le mouvement syndical mondial. (…) Ce sont les chrétiens de la CFTC qui percevaient le mieux la nature de notre attachement à la religion et à l'Eglise. (…)<br />
Mes déplacements en Pologne même commencèrent à compter d'octobre 1980. (…) Je devais enfourcher ce cheval là – exprimer certaines choses en usant de la langue de bois de la politique – afin de ne pas permettre à ce cheval de me désarçonner, et pour mieux le freiner ensuite. »</p>
<p></i>Témoignage de Mieczyslaw Wachoowski cité par Walesa : <br />
<i>« Il faut commencer par dire que Lech avait une passion pour les voyages et les foules. (…) Déjà, à cette époque, on le surnommait « Lech-le-pompier », il jouait le rôle de celui qui allait partout éteindre les foyers de grèves. (…) A Jelenia-Gora, c'étaient Wielowieyski et Sila-Nowicki qui menaient les pourparlers. (…) Lech arrive et explique que vouloir aujourd'hui confisquer quoi que ce soit à la milice est une pure bêtise, qu'on se faire briser les reins pour des futilités. (...) Résultat : le bâtiment fut concédé, les gens rentrèrent chez eux, le problème était réglé. Lech eut ce mot de la fin : « Encore une grève d'éteinte. »</p>
<p></i>Témoignage d'Anna Kowalczyk cité par Walesa : <br />
<i>« Leszek n'aimait décidément pas ce déferlement de grèves. Prétendre qu'il les soutenait n'est que calomnie. Il y allait plutôt en tant que « pompier », pour étouffer l'incendie. »</p>
<p></i>Walesa<i> </i> : <i> <br />
« En février 1981 survient un changement important. Pietkowski est remplacé à son poste par le général Wojciech Jaruzelski qui devient Premier ministre tout en conservant le portefeuille de la Défense qu'il détient depuis 1968. (…) Dans sa première allocution, le général-Premier ministre appelle à 90 jours de trêve, tout en exposant un programme anti-crise en dix points. A peine nommé vice-Premier ministre Rokowski entreprend des négociations avec Solidarnosc. On note alors de rapides progrès dans l'action visant à apaiser les menaces de grève dans l'ensemble du pays (…) Tous ces acquis peuvent paraître bien minces. Mais l'opinion prévaut que le Général fait montre de bonne volonté et qu'il convient donc de l'aider. Le 18 février 1981, une semaine après l'entrée en fonctions de Jaruzelski comme Premier ministre, les grèves ont cessé et le calme règne partout dans le pays. Mais, dans le même temps, une règle arbitraire, limitant considérablement le droit de grève, est introduite par décret : le pouvoir se réserve de décider de la conformité d'une grève aux conditions prévues dans les conventions, et il exige que la durée de préavis soit portée à au moins sept jours. (…) On assiste à une nouvelle vague de représailles à l'encontre de militants de Solidarnosc. (…) <br />
En dépit de tout cela, on parvient à m'organiser un premier entretien en tête à tête avec Jaruzelski. (…) Je ne me dissimule pas pour autant l'estime instinctive que je voue à l'uniforme. Le fait que le Général ait revêtu l'uniforme pour cette rencontre si attendue n'est d'ailleurs pas dénué de signification… (…) La rencontre elle-même se déroule dans un climat qu'il serait exagéré de qualifier de chaleureux, mais, entre nous, le courant passe qui avait été complètement absent de ma première rencontre avec Kania (…) Je nourris en revanche une certaine estime pour Jaruzelski, probablement liée au port de l'uniforme, mais pas seulement. (…) Tout donne alors à croire qu'il existe un langage commun, susceptible d'être employé et compris par l'un et par l'autre. (…) <br />
Quelle est la situation au moment où éclate l'incident de Bydgoszcz ? Dans le Nored de la Pologne se déroulent de grandes manœuvres du Pacte de Varsovie. On nous signale que plane sur le pays la menace d'une instauration de l'état d'urgence. On sait également que sont constituées des listes de militants que les autorités ont à l'œil. (…) Nous n'étions pas à même de nous battre. J'avais confiance en la sagesse de notre population, je ne concevais pas qu'on en arriverait à une telle situation, même au cas où une certaine « aide » extérieure viendrait nous tomber dessus. Les événements ne pouvaient tourner au tragique, puisque la population n'était pas armée, n'était nullement préparée et ne souhaitait pas lutter de cette façon-là. (…) Bydgoszcz ouvrit cette faille si contraire à ma conception : je savais que si nous commencions et si nous nous révélions incapables de nous arrêter, ceux d'en haut n'auraient plus le choix. C'est pourquoi je ne tenais pas à aborder ainsi ce genre de problèmes. Il fallait y faire face, mais pour leur trouver une solution toujours possible, et non de manière offensive, comme l'on se prépare à un conflit. Je misais sur une longue et patiente obstination (…) <br />
A la veille du Congrès de Solidarnosc, je me rendais bien compte que de nos trois courants : pragmatique, représenté en principe par notre groupe d'experts, organisationnel, représenté par les délégués arrivés à Gdansk, c'était le troisième, celui de l'action pratique, qui devait se voir accorder la plus grande importance : pour ce courant, la question était de savoir si et comment nous pourrions arriver à passer avec le pouvoir un compromis permettant d'insérer Solidarnosc dans le paysage politique polonais en tant que force populaire indépendante, non soumise au Parti. (...) Le problème était que les membres de cette assemblée voulaient à tout prix briller, voler plus haut que leurs ailes ne le leur permettaient. (…) La mode était aux slogans, on en braillait pour un oui, pour un non. (…) L'ensemble des décisions et motions adoptées n'avait à mes yeux qu'une valeur toute théorique car, en vérité, une seule chose comptait désormais : savoir si on parviendrait à créer en Pologne un système tripartite entre le pouvoir, l'Eglise et Solidarnosc. Prenant part à la discussion pour soutenir ce point de vue, j'eus plusieurs fois l'occasion de perdre patience, et ne pus le dissimuler jusqu'à la clôture des débats. Quelqu'un se déclara même scandalisé lorsque j'avouai ne pas connaître dans le détail l'assez volumineux projet de plate-forme soumis au vote des congressistes…<br />
Voici le témoignage d'un participant au Congrès sur son déroulement :<br />
« Au cours des débats du Congrès de Solidarnosc, Walesa n'est apparemment attentif qu'à une chose : il essaie et finit par obtenir une composition des instances dirigeantes qui lui assure un plein contrôle sur le syndicat. (…) Il réclame au Congrès les pleins pouvoirs. Cette proposition ne soulève guère l'enthousiasme. (…) La motion présentée par Karol Modzlewski, mise aux voix, est adoptée, de même que le projet de loi pour l'autogestion ouvrière. Celui-ci balaie le projet gouvernemental adressé à la Diète : au lieu de faire nommer les directeurs par un organe d'Etat, il réclame leur désignation par voix d'élections. Cette autogestion ouvrière s'inscrit ainsi comme une contestation radicale de la nomenklatura. »</p>
<p></i>Walesa : <br />
<i>« A la conférence de presse clôturant les longs et orageux débats du Congrès, j'expose à nouveau mon idée de « triple entente » entre le gouvernement, l'Eglise et Solidarnosc. C'est au cours des derniers mois de l'année 1981, les plus tendus, lors de la rencontre du « grand trio » Jaruzelski-Glemp-Walesa, que sera formulée officiellement la proposition suivante ; pour Solidarnosc, non pas une voix sur trois, mais tout au plus une voix dans un chœur de sept. Dans le projet de création d'un Front d'Entente nationale, le grand syndicat ne disposera que d'un strapontin aux côtés de multiples autres organisations sociales. (…) Quelques jours avant la rencontre du « grand trio » se déchaîne une violente campagne contre Solidarnosc (…) Le général Jaruzelski y parle de la folie des grèves, de la campagne de haine déclenchée contre le pays, le socialisme et ses alliés naturels. (…) Le 4 novembre dans l'après-midi, Lech Walesa est accueilli par le primat Jozef Glemp. C'est bientôt l'heure de la rencontre avec Wojzech Jaruzelski. (…) Le texte de proposition d'élaboration d'une ligne commune entre Solidarnosc et le pouvoir, rédigé par Tadeuz Mazowiecki n'est même pas examiné lors de cette rencontre. » (…) La rencontre du « trio » a finalement abouti à une impasse, elle n'a donné aucun résultat. Ce qui ne veut pas dire que je suis resté sourd aux arguments du pouvoir. Après cette rencontre et jusqu'au 12 septembre, tous les foyers de grève furent étouffés ; la dernière grève, objet de discussion entre le Primat et moi - , celle des étudiants, allait se terminer par une messe solennelle au sanctuaire de Jasna Gora, à Czestochova. Les autorités en furent elles aussi informées. Je déclarai également que la meilleure solution au problème des grèves serait la création de commissions paritaires : une grève générale ou régionale ne pourrait être déclenchée qu'après qu'on ait épuisé toute possibilité de médiation. Cela vaudrait aussi bien à l'échelon local, jusqu'au niveau des entreprises ; interdit de déclencher une grève sans médiation préalable, sauf peut-être en cas d'attaque directe contre le syndicat… (…) J'ai présenté tout un catalogue de propositions semblables, la principale, sciemment passée sous silence par les autorités, devait contribuer à changer le fonctionnement de la Commission Nationale (…) lui permettant de s'occuper d'avançage de solutions pratiques aux problèmes au lieu de se sentir investie de la mission de formuler en permanence une litanie de revendications emblématiques. (…) Une modification fut apportée en toute connaissance de cause, pendant le Congrès, à la liste des membres de l'instance dirigeante du mouvement, autrement dit du Praesidium de la Commission Nationale. N'y figurait plus aucune « personnalité » dont le cas eut risqué de paraître politiquement « épineux » aux yeux du pouvoir. On me reprocha d'ailleurs d'avoir ainsi créé un « praesidium-croupion », mais, en ces temps de transition difficile, ce n'était pas une mauvaise chose. Qui en était membre ? Des gens compétents, non plus des meneurs de grèves, mais des hommes capables de travailler. (…) je pouvais compter sur l'équipe qui m'entourait et sur moi-même. Ayant déjà une certaine expérience, je pensais que nous pourrions maintenir les choses le plus longtemps possible et que nous serions capables d'empêcher ce qui s'était passé avec les conseils ouvriers après 1956, avec l'autogestion après 1970. (…)<br />
Le 13 décembre 1981, le général Wojciech Jaruzelski fait sa rentrée sur la scène nationale dans un tout nouveau rôle. (…) L'état de guerre (…) ressemble à une action militaire de grande envergure. (…) J'ai compris que, pour le moment, notre mouvement est stoppé. Il faut l'accepter, de même qu'on a accepté les règles du jeu. Quand vient le tour du joueur qu nous fait face, il faut savoir se retirer, réfléchir à tête reposée, garder bon moral et refaire ses forces pour affronter la suite. (…) <br />
A Gdansk et sur les Chantiers, la situation durant ces journées critique est la suivante : <br />
« Décret instaurant l'Etat de guerre et toutes les dispositions qui en découlent : couvre-feu, interdiction de voyager, coupure des liaisons téléphoniques et du telex, suppression de la liberté d'expression, réduction des programmes de la radio et de la télévision, suspension des cours dans les écoles et les universités, contribution obligatoire au profit des forces armées, militarisation de nombreuses entreprises, service de défense civile, suspension des activités des organisations étudiantes et des associations, blocage des retraits d'argent polonais et étranger. (…) Les gens accourus devant le bâtiment de la Direction régionale du syndicat forment une foule considérable. Un jeune homme a planté sur le toit le drapeau de Solidarnosc. (…) De l'intérieur, on annonce par hauts-parleurs : « Nous nous attendons à une intervention de la milice, nous vous prions de ne pas rester devant l'entrée. » (…) Il est terrible le coup de massue reçu par les militants de Solidarnosc. Comme tout le monde, ils ne s'y attendaient pas. Puis la stupeur laisse place à la réflexion : « n'aurait-on pas dû préparer l'opinion à cette éventualité ? Si les responsables du mouvement ne l'ont pas fait, peut-on dire que leur devoir a été rempli ? » Il est exact que le syndicat avait élaboré un plan précis, mais qui ne s'appliquait qu'au cas où la Diète se serait apprêtée à voter des pouvoirs spéciaux au gouvernement. « <br />
(…) Une réunion a lieu à laquelle participent les membres des trois comités de grève : national, régional et celui des Chantiers. (…) Le président de la réunion passe le micro au Père Jankowski qui affirme s'être entretenu avec Lech, interné pour le moment à Varsovie :<br />
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Il nous demande d'attendre sa décision. Ce soir ou demain matin, Lech parlera avec les représentants du gouvernement. <br />
A peine le Père Jankowski a-t-il terminé sa phrase qu'un homme se presse en s'écriant :<br />
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> A quoi bon attendre ? (…) Les dirigeants de Solidarnosc sont-ils arrêtés ? Ils le sont ! Il ne reste donc qu'une seule réponse face à ces événements : la grève générale !<br />
Madame Walesa a demandé la parole : (…) Lech vous demande de ne pas prendre de décisions irréfléchies…. <br />
La salle est parcourue par des mouvements divers. Quelqu'un lance :<br />
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Walesa n'est pas le syndicat à lui tout seul ! (…)<br />
La détermination des gens est telle que plus personne ne veut entendre parler de vote : la décision est déjà prise (la grève générale).<br />
(…) Au fond, je savais bien qu'il n'était pas dans la tradition de ce pays que sa population s'oppose par la force, les armes à la main, au pouvoir en face ; notre chemin n'était pas celui-là. C'était également la façon de penser du Primat qui appelait en chaire à l'ouverture de pourparlers, disant qu'il était disposé à aller les solliciter à genoux. Sur ce point, il n'y avait guère de divergences entre nous et j'ai clairement fait part de mon alignement sur la position de l'Eglise. (…) Je ne suis pas candidat au suicide. Je ne vais pas me lancer dans des histoires stupides, je n'ai nulle intention d'ameuter les foules ni d'organiser des grèves. Je veux aider à une sortie progressive de la grève, car je sais qu'on ne peut impunément plonger la société dans le chaud pour brusquement l'exposer au froid... (…) La période de l'état de guerre, même si elle doit durer une année, pourrait être mise à profit pour changer progressivement de modèle en en discutant en commun ; je la considère également comme une solution préférable à toute intervention extérieure. J'ai moi-même connu des difficultés à maîtriser certaines tendances. (…) <br />
La décision de dissoudre Solidarnosc n'ayant pas été prise dès le début, tout pouvait encore s'arranger ; il fallait simplement attendre : un jour, une semaine, un mois… <br />
(…) La Vistule déborde. Des milliers d'hommes et de femmes se retrouvent coupés du monde. (…) Les gens se révoltent. Les rues sont le théâtre de manifestations, d'affrontements. (…) Des dizaines, des centaines de bulletins et d'éditoriaux clandestins voient le jour (…) <br />
Le 11 novembre 1982, pour le 64e anniversaire de l'indépendance de la Pologne, la Commission (de ccordination provisoire du syndicat Solidarnosc) lance un appel à une manifestation massive. Pour ma part, j'étais plutôt sceptique sur les chances de réussite à grande échelle d'une telle manifestation. Je craignais que ces impulsions successives ne rapportent rien, sauf un regain de rafles et d'arrestations préventives de nos syndicalistes. (…) Je décidai de risquer une ouverture. (…) j'écris au général Jaruzelski (…) Le lendemain, la presse publia le texte de cette lettre assorti du commentaire suivant : « (…) Le ministre de l'Intérieur a ordonné au commandant de la Milice de Gdansk de lever la décision d'internement de Lech Walesa. » Le climat est alors le suivant : j'apprend que la Commission de Coordination provisoire, après avoir lancé un appel à la population, annonce des manifestations pour le 11 novembre. Je suis persuadé que ce sera un échec. (…) En ces circonstances, j'essaie de prévenir un éventuel échec de la manifestation. J'ai également présent à l'esprit, d'après ce que j'ai pu entendre, que l'armée risque de passer à l'action, ce qui ne peut me laisser indifférent. Voilà comment j'ai l'idée de rédiger cette lettre. »</p>
<p></i>Témoignage de Jan Mur, cité par Walesa :<br />
<i>« (…) La clandestinité lance un appel à une grève d'avertissement d'une durée de huit heures. (…) La télévision nous montre la lettre manuscrite de Walesa adressée au général Jaruzelski (…) Cette lettre annonçait une certaine ouverture. (…) Mais les dirigeants de la clandestinité, que deviennent-ils dans tout cela ? La lettre place-t-elle Walesa en retrait par rapport à leur décision ? (…)</p>
<p></i>Walesa lors de son premier discours le 16 décembre :<br />
<i>« Notre cause n'est pas dirigée contre quoi que ce soit. Nous ne cherchons pas à renverser le pouvoir, nous acceptons les réalités politiques crées par l'environnement mondial et par l'Histoire. C'est dans ces conditions que nous entendons servir notre patrie. (…) je vous demande, à vous qui attendez la concrétisation de ces espoirs, de rentrer chez vous dans le calme. (…) Ne nous laissons pas écarter de la voie pacifique que nous avons choisie (…) » <br /> <br /></p></div>
Luttes ouvrières des années 1970-1980
http://matierevolution.org/spip.php?article1661
http://matierevolution.org/spip.php?article16612010-09-28T06:51:25Ztext/htmlfrGrève StrikeOuvriers WorkersManifestationTurquiePologneEthiopieCorée du sud South Korea
<p>Lire ici - Read here</p>
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<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique63" rel="directory">15- Pologne-Turquie-Corée : luttes ouvrières années 70-80</a>
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Renversement de la dictature de l'empereur en Ethiopie en 1974
http://matierevolution.org/spip.php?article1660
http://matierevolution.org/spip.php?article16602010-09-28T06:46:32Ztext/htmlfr
<p>L'aggravation de la situation économique et sociale du pays suite au choc pétrolier de 1973, des mécontentements croissants parmi les étudiants et une partie des élites entraînent la démission du Premier ministre en février 1974. L'empereur le remplace par le ras Endalkachew Makonnen. <br class='autobr' />
Loin de rétablir l'ordre, cette première en Éthiopie encouragea les revendications protestataires : grèves ouvrières et manifestations étudiantes réclamaient des réformes sur la propriété des terres, des (…)</p>
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<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique63" rel="directory">15- Pologne-Turquie-Corée : luttes ouvrières années 70-80</a>
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<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L464xH371/negus2-b4a33.jpg?1792784543' width='464' height='371' alt='' />
</figure>
</div><h2 class="spip">L'aggravation de la situation économique et sociale du pays suite au choc pétrolier de 1973, des mécontentements croissants parmi les étudiants et une partie des élites entraînent la démission du Premier ministre en février 1974. L'empereur le remplace par le ras Endalkachew Makonnen.
<p>Loin de rétablir l'ordre, cette première en Éthiopie encouragea les revendications protestataires : grèves ouvrières et manifestations étudiantes réclamaient des réformes sur la propriété des terres, des enquêtes sur la corruption aux plus hauts niveaux du gouvernement ainsi que des réformes politiques. En avril 1973, pressé par les manifestations étudiantes, l'empereur lève la censure sur l'état de famine au Wello, après s'être opposé à la publication d'un rapport critique de la FAO. C'est le début de la révolution éthiopienne, avec la première grève générale de l'histoire éthiopienne en mars 1974.</p>
<p>L'empereur est renversé le 12 septembre 1974, par un coup d'État mené par un groupe de 120 militaires, réunis au sein du Derg, parmi lesquels Aman Mikael Andom (premier chef de l'État après la chute d'Haile Selassie), Tafari Benti (son successeur, assassiné en 1977) et Mengistu Haile Maryam (qui devient en 1977 l'homme fort de l'Éthiopie).</p>
<p>Les médias relayèrent la nouvelle de sa mort en prison le 27 août 1975, suite à une opération de la prostate, mais une mort par strangulation ou par étouffement est bien plus vraisemblable.</p>
<p>Sa dépouille fut dissimulée dans les soubassements du palais impérial, où elle fut découverte en 1992, un an après la chute du dictateur Mengistu qui fut défait en 1991.</p>
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<p><strong>CHRONOLOGIE</strong></p>
<p> * <strong>1960</strong>. Tentative de coup d'État.</p>
<p> * Été <strong>1968</strong>. Création du Meison (Mouvement socialiste pan-éthiopien) comme fraction au sein de l'Union mondiale des étudiants éthiopiens par des étudiants essentiellement basés en Europe : Haïlé Fida, Neguede Gobeze, Fikré Merid, Kebebe Menguesha…</p>
<p> * 29 février <strong>1969</strong>. Intervention de la police sur le campus de l'université lors d'une grève étudiante : 2 morts.</p>
<p> * Avril <strong>1972</strong>. Fondation du Parti révolutionnaire du peuple éthiopien (PRPE).</p>
<p> * Avril <strong>1973</strong>. Scission au sein des mouvements étudiants à l'étranger.</p>
<p> * 18 octobre <strong>1973</strong>. La BBC diffuse le film de Jonathan Dimbleby, La famine cachée.</p>
<p><strong>1974 </strong> :</p>
<p> * 12 janvier, Sidamo. Rébellion de soldats dans une base militaire : les officiers refusaient à la troupe l'accès à la pompe à eau.</p>
<p> * 10-13 février, Debre-Zeit. Révolte à la base de Debre-Zeit.</p>
<p> * 13 février. Hausse du prix de l'essence.</p>
<p> * 14 février, Addis-Abeba. Manifestation de lycéens, attaque des bus (propriétés de l'empereur).</p>
<p> * 18 février, Addis-Abeba. Début de la grève des taxis et des enseignants.</p>
<p> * 20 février, Addis-Abeba. Vaste manifestation populaire rassemblant toutes les couches de la population, des prêtres aux prostituées.</p>
<p> * 23 février, Addis-Abeba. Discours du Négus qui réduit l'augmentation du prix de l'essence.</p>
<p> * 25 février, Asmara. Révolte de la deuxième division : les officiers sont arrêtés, les bâtiments publics occupés et les 34 revendications des mutins diffusées à la radio. “Mouvements” à la base de Debre-Zeit.</p>
<p> * 28 février, Addis-Abeba. Démission du Premier ministre Aklilu Habte Wolde. Endelkatchew Makonnen le remplace.</p>
<p> * 1er mars, Addis-Abeba. Manifestation étudiante contre le nouveau Premier ministre.</p>
<p> * 4 mars, Addis-Abeba. Entrée en action de la CELU (Confederation of Ethiopian Labour Unions), le syndicat unique. Elle présente ses revendications syndicales et politiques au Premier ministre.</p>
<p> * 5 mars, Addis-Abeba. Second discours du Négus qui promet une monarchie constitutionnelle, une relance économique et une réforme agraire.</p>
<p> * Début mars. Création du Comité de coordination des Forces armées et de la police.</p>
<p> * 7 mars. Grève générale (la première dans le pays).</p>
<p> * 25 mars, Debre-Zeit. Tentative de mise au pas de la base. L'armée l'occupe pour neutraliser les militaires “radicaux”.</p>
<p> * 25 mars, Addis-Abeba. Le Premier ministre, Endelkatchew Makonnen, annonce que toute la lumière sera faite sur la gestion du précédent gouvernement.</p>
<p> * 8 avril, Addis-Abeba. Publication du Livre blanc sur les réformes.</p>
<p> * 18 avril, Addis-Abeba. Défilé de 150.000 musulmans et chrétiens pour l'égalité religieuse.</p>
<p> * 18 avril, Addis-Abeba. Le Premier ministre, Endelkatchew Makonnen se rend au QG de la Quatrième division pour négocier la fin de l'agitation sociale. Le Comité de coordination des forces armées et de la police demande en contrepartie l'arrestation des “responsables de la famine”.</p>
<p> * 26 avril, Addis-Abeba. Le Négus refuse les exigences du Comité de coordination. Deux cents dignitaires sont arrêtés.</p>
<p> * 28 avril, Addis-Abeba. Le Premier ministre annonce la fin de la censure sur la presse.</p>
<p> * 30 avril, Addis-Abeba. Création d'une commission nationale de sécurité autour du général Abiye regroupant les officiers généraux opposés aux changements.</p>
<p> * Début mai, Addis-Abeba. Création d'un second Comité de coordination autour de la Quatrième division dirigé par Tefera Tekleab et Atnafu Abate.</p>
<p> * 28 juin, Addis-Abeba. La Quatrième division occupe les points stratégiques de la ville et procède à une nouvelle vague d'arrestations.</p>
<p> * Début juillet, Addis-Abeba. Élection secrète des dirigeants du derg (“les égaux”) : Menguistu Haïlé-Mariam président, Atnafu Abate, vice-président.</p>
<p> 8 juillet, Addis-Abeba. Publication du programme “Ethiopia Tikdem”.</p>
<p> * 22 juillet, Addis-Abeba. Démission du Premier ministre Endelkaltchew, Mikaél Imru le remplace.</p>
<p> * 15-16 août, Addis-Abeba. Dissolution du Conseil de la plume, du Conseil de la couronne et de la Cour de justice impériale.</p>
<p> * Fin août. Nationalisation des biens de la Couronne. Voyage du général Aman Adom, ministre de la Défense en Érythrée.</p>
<p> * 12 septembre, Addis-Abeba. Déposition d'Haïle Sellassié, dissolution du Parlement. Le pouvoir est exercé par le Conseil militaire administratif provisoire (CMAP).</p>
<p> * 16 septembre. Manifestation d'étudiants contre le nouveau régime, pour le “pouvoir populaire”.</p>
<p> * 20 septembre, Addis-Abeba. Aman Andom, président du CMAP, propose l'instauration d'une République.</p>
<p> * 22 septembre, Addis-Abeba. Arrestation des principaux dirigeants du syndicat CELU.</p>
<p> * 22 novembre, Addis-Abeba. Rupture au sein du derg, arrestation de Aman Andom.</p>
<p> * 23 novembre, Addis-Abeba. Exécution de Aman Andom et de 57 hauts dignitaires du régime impérial.</p>
<p> * 30 novembre, Addis-Abeba. Série d'attentats à la bombe, commis par le FLE (Front de libération de l'Érythrée).</p>
<p> * 21 décembre. Lancement de la zemetcha (“campagne”). Les étudiants vont porter la bonne parole révolutionnaire chez les paysans.</p>
<p><strong>1975 </strong> :</p>
<p> * 1er janvier. Nationalisation des banques et assurances.</p>
<p> * 30 janvier-6 février. Première bataille d'Asmara.</p>
<p> * 4 mars. Proclamation de la réforme agraire.</p>
<p> * 19 mars. Dissolution de la CELU.</p>
<p> * 26 juillet. Proclamation sur la propriété urbaine.</p>
<p> * Août. Apparition de la presse du Parti révolutionnaire du peuple éthiopien (PRPE).</p>
<p> * 27 août. Décès de Haïle Sellassié.</p>
<p> * 25 septembre, Addis-Abeba. Sept distributeurs de la résolution de la CELU sont tués à l'aéroport de Bolé.</p>
<p> * 30 septembre. Proclamation de la loi martiale. Nouvelle dissolution de la CELU.</p>
<p> * 6 décembre. Création de l'AETU (All Ethiopian Trade Union), nouveau syndicat unique.</p>
<p> * 1er décembre. Seconde réforme agraire. La proclamation n° 71 régit les organisations paysannes.</p>
<p> * 31 décembre, Djibouti. Le président de la République française reconnaît la « vocation de Djibouti à devenir un État ».</p>
<p><strong>1976 </strong> :</p>
<p> * 20 avril, Addis-Abeba. Promulgation du Programme de la révolution démocratique. Institution du Bureau provisoire pour l'organisation des masses (POMOA).</p>
<p> * Mai. Désastre de la “marche rouge” sur l'Érythrée.</p>
<p> * Juillet. Troubles inter-ethniques au Sidamo et entre Afars et Issas.</p>
<p> * 10 juillet, Addis-Abeba. Conflit interne au derg opposant Menguistu Haïlé-Mariam, Sisay Habte et le général Nadew.</p>
<p> * 13 juillet. Exécution de Sisay Habte et du général Nadew.</p>
<p> * 16 juillet. Clôture officielle de la zemetcha.</p>
<p> * Septembre-octobre. Répression et nombreux assassinats politiques.</p>
<p> * 16 septembre. Le PRPE est déclaré “ennemi de la révolution”.</p>
<p> * 20 septembre. Réforme monétaire.</p>
<p> * 23 septembre. Premier attentat contre Menguistu.</p>
<p> * 9 octobre. Création des conseils de quartier (kebelés).</p>
<p> * Octobre. Création secrète du Abyot Sedded (“la flamme révolutionnaire”) à l'instigation de Menguistu Haïlé-Mariam.</p>
<p> * 20 octobre, Addis-Abeba. Assassinat de Fikre Merid, dirigeant du Meison et vice président du POMOA. Début de la “Terreur blanche”.</p>
<p> * 2 novembre, Addis-Abeba. Exécution de 23 personnes accusées d'être membres du PRPE.</p>
<p> * 18 novembre, Addis-Abeba. Exécution de 27 personnes accusées d'être membres du PRPE.</p>
<p> * 14 décembre, Gondar. Violente manifestation antigouvernementale.</p>
<p> * 26 décembre, Khartoum. Violent discours anti-éthiopien du président soudanais, Nemeiry.</p>
<p><strong>1977 </strong> :</p>
<p> * Janvier, Tigré. Début de l'offensive de Ethiopian Democratic Union (EDU, monarchiste) à partir du Soudan.</p>
<p> * 13 janvier, Humera. Prise de la cité par les troupes de l'EDU, appuyées par des miliciens du Front de libération de l'Érythrée (FLE) et un demi-bataillon de l'armée éthiopienne qui a fait défection après l'élimination de Sisay Habte.</p>
<p> * 30 janvier, Addis-Abeba. Discours de Teferi Bante sur Abyot. Il n'attaque jamais le PRPE. Seuls l'EDU et le FLE sont traités de “contre-révolutionnaires”.</p>
<p> * 3 février. Réunion violente du derg qui se règle à coups de fusil, puis de mitrailleuse. Teferi Bante est tué.</p>
<p> * 4 février, Addis-Abeba. La révolution passe à l'offensive. Début de la “Terreur rouge”.</p>
<p> * 7-11 février, Addis-Abeba. Congrès de derg. Menguistu, président, Atnafu Abate, vice-président.</p>
<p> * 25 février, Addis-Abeba. Assassinat de Théodros Bekele, membre du Meison et président de l'AETU.</p>
<p> * 26 février, Washington. Le président Carter annonce la fin de l'aide militaire américaine à l'Éthiopie.</p>
<p> * Mars. Premières distributions d'armes aux kebelés.</p>
<p> * 14-15 mars. Visite officielle du président cubain, Fidel Castro.</p>
<p> * 22 mars, Nakfa. Prise de la ville par le Front populaire de libération de l'Érythrée (FPLE).</p>
<p> * Avril. Le Meison perd le contrôle absolu du POMOA au profit du Sedded, créé par Menguistu.</p>
<p> * 2 avril, Addis-Abeba. Girma Kebebe, membre important du Meison et sept membres de son kebelé sont exécutés. Assassinats “officiellement” attribués au PRPE.</p>
<p> * 6 avril, Afabaret. Prise de la ville par le FPLE qui continue son offensive.</p>
<p> * 23 avril, Addis-Abeba. L'Éthiopie demande la fermeture par les Américains de la base de Kagnew.</p>
<p> * 29 avril-1er mai, Addis-Abeba. Massacre d'un millier d'étudiants et de lycéens.</p>
<p> * 3 mai, Moscou. Première visite en URSS de Menguistu Haïlé-Mariam.</p>
<p> * 8 mai. à une écrasante majorité, la population du Territoire français des Afars et des Issas (aujourd'hui Djibouti) opte pour l'indépendance.</p>
<p> * 20 mai, Addis-Abeba. Expulsion des attachés militaires britanniques et américains.</p>
<p> * 1er juin. Vague de sabotages organisée par le Front de libération de la Somalie occidentale (FLSO).</p>
<p> * 10 juin, Humera. Reprise de la ville par les forces de la “Gessit Army”.</p>
<p> * 27 juin. Proclamation de l'indépendance du Territoire français des Afars et des Issas, qui devient la République de Djibouti.</p>
<p> * 8 juillet, Keren. Prise de la ville par le FPLE. Asmara est encerclée.</p>
<p> * 23 juillet, Ogaden. Attaque de l'armée somalienne qui atteindra Jijiga, Diré-Daoua et Harar.</p>
<p> * 16 août, Addis-Abeba. À l'initiative des ministres Meison, distribution d'armes aux kebelés.</p>
<p> * 19 août, Addis-Abeba. Le Meison rompt avec le gouvernement et passe à la clandestinité.</p>
<p> * 20 août. Mobilisation générale.</p>
<p> * 26 août, Addis-Abeba. Arrestation de la direction du Meison. Kebebe Menguesha, Tefere Wolde et Daniel Tadesse sont abattus sur place.</p>
<p> * Septembre. Début de la seconde phase de la “Terreur rouge”.</p>
<p> * 1er septembre, Jijiga. Prise de la ville par les troupes somaliennes.</p>
<p> * 7-12 novembre, Addis-Abeba. Congrès du derg. Exécution d'Atnafu Abate et de 46 officiers.</p>
<p> * 13 novembre, Mogadiscio. Expulsion des experts soviétiques.</p>
<p> * Décembre. Arrivée massive de “conseillers” cubains.</p>
<p> * 9-25 décembre, Massaoua. Siège de la ville par le FPLE.</p>
<p><strong>1978 </strong> :</p>
<p> * 23 janvier, Ogaden. Offensive cubano-éthiopienne.</p>
<p> * 5 mars, Jijiga. Reprise de la ville par les forces éthiopiennes.</p>
<p> * 16 mars, Érythrée. Création d'un front démocratique uni par le FPLE et le FLE.</p>
<p> * 6 avril. Les armées somaliennes sont repoussées. L'armée éthiopienne occupe le dernier poste frontière.</p>
<p> * 20-26 avril, Cuba. Visite officielle de Menguistu Haïlé-Mariam.</p>
<p> * 25 avril, Addis-Abeba. Tentative de conciliation de Neguede Gobezé, dirigeant du Meison pour faire libérer les militants emprisonnés.</p>
<p> * 7-11 juin, Berlin. Echec des tentatives de médiation entre le derg et le FPLE.</p>
<p> * 15 juin, Érythrée. Lancement d'une offensive majeure par l'armée éthiopienne.</p>
<p> * 13 juillet, Massaoua. Fin du siège après de violents tirs d'artillerie des navires soviétiques positionnés au large de la ville.</p>
<p> * 27 juillet, Asmara. Fin de l'encerclement.</p>
<p> * 20 novembre, Moscou. Menguistu Haïlé-Mariam signe un “traité d'amitié et de coopération” avec l'URSS.</p>
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<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH387/Ethiopie-6-juin-1975-243e7.jpg?1792784543' width='500' height='387' alt='' />
</figure>
</div>
<p><strong><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_%C3%A9thiopienne" class="spip_out" rel="external">Lire sur la révolution éthiopienne</a></p>
<p> <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_de_l%27%C3%89thiopie" class="spip_out" rel="external">Chronologie de l'Ethiopie</a></p>
<p><a href="http://www.larousse.fr/encyclopedie/pays/%C3%89thiopie/118584" class="spip_out" rel="external">A lire sur l'Ethiopie</a></strong></p>
<p><a href="http://www.lepoint.fr/archives/article.php/2557" class="spip_out" rel="external">La guerre Erythrée-Ethiopie</a></p>
<p><strong>Ce qu'en dit wikipedia</strong> :</p>
<p> À la suite d'une tentative de coup d'État en décembre 1960, à laquelle fut mêlée le prince héritier Asfaw Wossen, il poursuivit une politique plus conservatrice, alignant l'Éthiopie avec l'Occident contre les gouvernements africains plus radicaux, tout en initiant quelques réformes timides. Il remplace le Premier ministre ras Abebe Aregai, abattu lors du putsch, par Aklilu Habte-Wold, qui restera à cette fonction jusqu'en 1974, cumulant à partir de 1964 le portefeuille de l'Intérieur. Progressivement, Sélassié se consacrera à la scène internationale pour laisser son Premier ministre s'occuper des affaires intérieures.</p>
<p>Il envoya des troupes participer à l'Opération des Nations unies au Congo lors de la crise congolaise de 1960.</p>
<p>L'année suivante, le refus de Sélassié d'accorder l'autonomie à l'Erythrée, comme prévu par la résolution 390 de l'ONU de 1950, conduit à la guerre de sécession de l'Erythrée, qui aboutit à la proclamation d'un nouvel Etat, entre l'Ethiopie et le Soudan, en 1993.</p>
<p>Il présida en 1963 l'Organisation de l'unité africaine, dont le siège fut établi à Addis-Abeba. Avec le président malien Modibo Keïta, il parvient à convaincre le Maroc et l'Algérie de conclure les accords de Bamako (1964), mettant fin à la guerre des sables. Suite à des conflits avec la Somalie à propos de l'Ogaden, territoire éthiopien peuplé majoritairement de Somalis, le Négus signa un traité de défense mutuelle en 1964 avec le Premier ministre kényan Jomo Kenyatta.</p>
<p>La chute de l'empereur</p>
<p>L'aggravation de la situation économique et sociale du pays suite au choc pétrolier de 1973, des mécontentements croissants parmi les étudiants et une partie des élites entraînent la démission du Premier ministre en février 1974, remplacé par le ras Endalkachew Makonnen. Loin de rétablir l'ordre, cette première en Ethiopie encouragea les revendications protestataires : grèves ouvrières et manifestations étudiantes réclamaient des réformes sur la propriété des terres, des enquêtes sur la corruption aux plus hauts niveaux du gouvernement ainsi que des réformes politiques. En avril 1973, pressé par les manifestations étudiantes, l'empereur lève la censure sur l'état de famine au Wello, après s'être opposé à la publication d'un rapport critique de la FAO. C'est le début de la révolution éthiopienne, avec la première grève générale de l'histoire éthiopienne en mars 1974.</p>
<p>L'empereur est renversé le 12 septembre 1974, conséquence d'un coup d'État militaire mené par un groupe de 120 militaires, réunis au sein du Derg, parmi lesquels Aman Mikael Andom (premier chef de l'Etat après la chute de Selassie), Tafari Benti (son successeur, éliminé en 1977) et Mengistu Hailé Maryam (qui devient en 1977 l'homme fort de l'Ethiopie).</p>
<p>Les médias relayèrent la nouvelle de sa mort en prison le 27 août 1975, suite à une opération de la prostate, mais une mort par strangulation ou par étouffement est bien plus vraisemblable.</p>
<p>Sa dépouille fut dissimulée dans les soubassements du palais impérial, où elle fut découverte en 1992 après la chute du dictateur Mengistu qui fut défait en 1991. Pendant dix ans, le corps de l'empereur demeura déposé auprès de celui de son grand-oncle Ménélik dans l'église de Bhata. Il reçut finalement des funérailles populaires le 5 novembre 2000 en la cathédrale de la Trinité d'Addis Abeba.</p>
<p>Rastafari</p>
<p>Parmi les adeptes du mouvement rastafari, un mouvement spirituel qui s'est développé dans les années 1930 en Jamaïque sous l'influence du mouvement « Back to Africa » (Retour vers l'Afrique) de Marcus Garvey et des prêches de Leonard Percival Howell, Hailé Sélassié est considéré comme un messie noir qui mènera la diaspora et les peuples africains vers la liberté. Beaucoup de Rastas pensent que Sélassié est encore vivant et que la mise en scène médiatique de sa mort fait partie d'un complot visant à discréditer leur spiritualité. D'autres affirment que Jah, c'est-à-dire Dieu, est toujours vivant, quand bien même la présence terrestre de Sélassié ne serait plus visible.</p>
<p>Un discours prononcé par Hailé Sélassié aux Nations unies en 1963 est devenu une des chansons cultes de Bob Marley : War, sur l'album Rastaman Vibration. L'empereur parlait essentiellement de paix et d'espoir, de douleur également mais toujours de non-violence. Hailé Sélassié, chrétien pratiquant, a relativisé les croyances du Rastafari le proclamant comme messie. Une visite d'État en Jamaïque en 1966, où Sélassié fut salué par une foule très nombreuse dès son arrivée à l'aéroport, marqua profondément le monarque. Après sa visite, l'Empereur confia à un clerc éthiopien, l'Abuna Yesehaq : « Il y a un problème en Jamaïque... Veuillez aider ces personnes. Ils comprennent mal, ils ne comprennent pas notre culture... Ils ont besoin d'une Église établie et vous êtes désigné pour y aller ». L'Église éthiopienne orthodoxe s'installa alors en Jamaïque pour convertir les rastas au christianisme tewahedo.( Mouvement Rastafari )</p>
<div class='spip_document_1063 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L373xH475/v_8_ill_639236_bio_emperor_haile_selass-66-808fd.jpg?1792784543' width='373' height='475' alt='' />
</figure>
</div></div>
Trois révoltes en Corée du sud (1945-1960-1980)
http://matierevolution.org/spip.php?article1531
http://matierevolution.org/spip.php?article15312010-07-26T18:25:57Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionOuvriers WorkersPaysansManifestationStalinismeSyndicalism - le syndicalismeRévolteCorée du sud South KoreaCorée du sud
<p>1945 : l'armée américaine écrase et occupe la Corée du sud et y impose une dictature sanglante sous prétexte de sauver le pays des mains de l'impérialisme japonais <br class='autobr' />
... celle de Syngman Rhee <br class='autobr' />
Russes et Américains mettent en place leur dictature "coréeenne" au nord et au sud : <br class='autobr' /> Écrasement de la révolution de 1945-1946 en Corée du sud avec la complicité américaine et russe (fosses communes des victimes de la répression) <br class='autobr' />
Photos du soulèvement du Kwangju (1980) qui finit par renverser (…)</p>
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<div class='rss_texte'><p>1945 : l'armée américaine écrase et occupe la Corée du sud et y impose une dictature sanglante sous prétexte de sauver le pays des mains de l'impérialisme japonais</p>
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<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/merlin_127754792_e64e3684-2d22-469d-8be0-163da65be197-superJumbo-e1605719059391.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH332/merlin_127754792_e64e3684-2d22-469d-8be0-163da65be197-superJumbo-e1605719059391-ec4ac.jpg?1792728214' width='500' height='332' alt='' /></a>
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<p>... celle de Syngman Rhee</p>
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<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/syngman_rhee_2.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH407/syngman_rhee_2-2d77e.jpg?1792728214' width='500' height='407' alt='' /></a>
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<p>Russes et Américains mettent en place leur dictature "coréeenne" au nord et au sud :</p>
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<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH366/ec2657aae72cc462187925bd1c1d7db7-a1a40.jpg?1792728214' width='500' height='366' alt='' />
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<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/EhjhuegU8AET7Gs.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH336/EhjhuegU8AET7Gs-48e84.jpg?1792728214' width='500' height='336' alt='' /></a>
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<p>Écrasement de la révolution de 1945-1946 en Corée du sud avec la complicité américaine et russe (fosses communes des victimes de la répression)</p>
<div class='spip_document_993 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH337/Executions_massives_prisonniers-1950-1f5f1.jpg?1792728214' width='500' height='337' alt='' />
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<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/restmb_idxmake_amp-php.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/restmb_idxmake_amp-php-3d35c.jpg?1792728214' width='500' height='375' alt='' /></a>
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<p>Photos du soulèvement du Kwangju (1980) qui finit par renverser Syngman Rhee</p>
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<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH326/d2c4d4d82d486907a091ca898246a2e4f91258bf-cb080.jpg?1792728214' width='500' height='326' alt='' />
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<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH345/gwangju-1-d5106.jpg?1792728215' width='500' height='345' alt='' />
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<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L213xH300/Lu-Vu-CommuneKwangju-5-213x300-0bc01.jpg?1792728215' width='213' height='300' alt='' />
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<p>La chute de Syngman Rhee :</p>
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<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L450xH253/100418_p04_1-9b430.jpg?1792728215' width='450' height='253' alt='' />
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<p>Le mouvement ouvrier en Corée, une force considérable</p>
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<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH355/Strike-AFP280206-500-2afad.jpg?1792728215' width='500' height='355' alt='' />
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</div><h2 class="spip">Trois révoltes en Corée du sud</h2>
<p>INTRODUCTION</p>
<p>Rappelons d'abord que ce sont les impérialismes anglais et américain qui ont exigé de Staline qu'il occupe militairement le nord de l'Asie et notamment le nord de la Corée pendant qu'eux occupaient le sud. Rappelons également que cela n'avait pas un but militaire car la guerre se gagnait alors au Japon écrasé sous les bombes et qui ne demandait qu'à capituler. Ce qui motivait ces impérialismes, c'est la crainte d'une révolution sociale. En Corée, frappée par la misère et le féodalisme, la révolution sociale était une évidence frappante et la population s'y préparait de manière non camouflait. Le peuple travailleur comptait bien en finir avec les souffrances sociales et politiques en même temps qu'avec la domination japonaise.</p>
<p>L'opposition entre gouvernement du nord et du sud, entre stalinisme et impérialisme a été complètement instrumentalisé afin de servir de justification pour écraser la révolution sociale et il l'est encore aujourd'hui.</p>
<p>En 1945, en Corée comme au Vietnam et dans toute l'Indochine, des soulèvements ont suivi le départ des troupes japonaises. Des comités du peuple se sont formés partout, organisés sous forme soviétique et se préparant en vue du pouvoir. L'armée américaine a dû les écraser dans le sang avant de mettre à la tête d'une dictature militaire au sud son homme de paille <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Syngman_Rhee" class="spip_out" rel="external">Sungman Rhee</a> (qui s'est tout de suite distingué en écrasant lui aussi dans le sang les puissantes grèves générales de 1946 et 48) alors que le nord était occupé par les troupes russes qui ont placé à la tête du pays Kim Il Sung, un leader de guérilla militaire contre le Japon. Au sud, les militaires ont remis sur pied à la fois l'Etat et l'économie et ils ont instauré des relations privilégiées avec les trusts, les chaebols, relations qui institutionnalisent la corruption : un véritable système d'aide mutuelle qui a permis aux chaebols comme aux généraux de prospérer. Samsung doit tout au premier président le féroce dictateur Sungman Rhee et Daewoo ne serait rien sans le président Park. En contrepartie, certains ont fait fortune comme Roh qui a constitué la modeste cagnotte de 650 millions de dollars ! Ce pays qui a été gouverné dictatorialement par des équipes de chefs militaires s'est vu contraint de les retirer de la scène politique : les généraux Chun Doo-hwan et Roh Tae-woo qui ont gouverné respectivement de 80 à 87 et de 88 à 92 ont été contraints de démissionner de l'armée. Le général Roh a été condamné à 22 ans et demi de prison pour corruption. Le général Chun a été condamné à la peine capitale (commuée en prison à vie) pour avoir conduit le putsch militaire de 79 et réprimé dans le sang une manifestation étudiante. Tous les deux ont été également déclarés responsables du massacre de la commune de Kwanju en mai 1980. C'est dire à quel point actuellement l'armée est sur le plan politique complètement mise à l'écart de la direction des affaires.</p>
<p>C'est dans les années 80 que la bourgeoisie coréenne a commencé à trouver le prix de la dictature militaire trop coûteux. Le pays devenant riche et développé, elle préférait une autre forme de direction politique, sans coups d'Etat, sans répression et révoltes permanentes. Et c'est aussi de là que vient l'explosion de 87. En effet, les militaires se sont accrochés au pouvoir et on a vu pendant des années non seulement les classes pauvres et les travailleurs mais toute une partie des fils de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie se battre pour en finir avec la dictature militaire, participant à des manifestations, arrêtés, torturés, assassinés, choisissant une vie militante dans des organisations clandestines plutôt que l'intégration sociale, pour lutter contre ce pouvoir détesté. De là est né le mouvement des ouvriers et des jeunes.</p>
<p>TROIS REVOLTES</p>
<p>1- 1945-1948</p>
<p>2- Avril 1960</p>
<p>3 - Mai 1980</p>
<h2 class="spip">Corée 1945-1948</h2>
<p>En Corée les alliés avaient décidé d'un système d'occupation apparemment absurde et qui allait donner lieu au pire affrontement de la guerre froide en 1950 mais qui, en cette fin de guerre mondiale, correspondait aux différentes zones dans cette région. En effet la péninsule coréenne était divisée en deux, une partie sous occupation russe et une autre sous occupation américaine, les deux étant séparées par le 38ème parallèle. En fait en disant cela on oublie lune grande part du problème, on attribuait à la Chine la partie de la Corée continentale, le Kan Do, prise lors des conquêtes militaires et cela allait s'avérer très important par la suite.</p>
<p>Au départ cette division discutée lors des conférences de Téhéran en 1943 et Yalta en 1945 devait être provisoire. Les premiers arrivés sur place sont les russes au nord le 24 août 1945. Puis les USA arrivent un mois plus tard au sud en septembre 45. Des deux côtés tout est programmé et aucun des deux camps n'a l'intention de demander à la population de décider. Les russes ont dans leurs bagages Kim Il Sung qu'ils comptent imposer comme dirigeant sous l'étiquette parti communiste. Pourtant il existe en Corée un parti communiste clandestin dont Kim n'est pas le dirigeant mais c'est l'homme des russes et dans l'ambiance d'effervescence sociale les russes s'en méfient comme ils se méfient de tous les militants démocrates ou syndicalistes qui vont très vite peupler leurs prisons. Pour se débarrasser du réel parti communiste coréen, les russes vont avoir de grandes difficultés car il faut s'en débarrasser à la fois au nord et au sud. Au nord cela se fera sous l'occupation militaire russe, les anciens dirigeants iront en prison ainsi qu'au fur et à mesure tous les opposants à Kim Il Sung. Au sud, ce sera beaucoup plus difficile d'autant que traditionnellement la direction du parti communiste résidait au sud à Séoul et que le parti va rester un seul parti malgré la division du pays.</p>
<p>Des deux côtés, il y a la même situation catastrophique pour la population qui se traduit tout de suite par une explosion sociale La misère des travailleurs est catastrophique. Le nombre des morts est considérable. Et, en plus la population sort de nombreuses années d'occupation japonaise où ils ont souffert atrocement. Ce n'est pas pour accepter facilement une autre occupation militaire. Enfin, très vite le problème du partage du pays en deux qui semble être du provisoire qui dure va devenir un problème politique de premier ordre, empêchant les deux pouvoirs de se stabiliser et de gagner du crédit.</p>
<p>En effet, sur ordre de Staline, Kim Il Sung au nord va défendre la division du pays de la même manière qu'au sud le fantoche des américains Syngman Rhee, un dictateur d'extrême-droite corrompu et ultra-violent. Des deux côtés, la classe ouvrière va s'opposer à cette division et en particulier les syndicats d'origine plutôt anarcho-syndicalistes avec des militants d'extrême gauche et qui ne sont pas encore contrôlés par le parti communiste. La pression est telle au sud que le parti communiste sud coréen prend son indépendance politique de la direction du nord en août 46. Mais en même temps il le fait sur des bases tout ce qu'il y a de moins révolutionnaire, du moins dans un sens prolétarien. La thèse d'août qui souligne cette indépendance politique à la fois n'accepte plus la division du pays mais affirme qu'il faut mener une révolution bourgeoise en vue de la réunification, révolution qui aura pour base les campagnes et non les villes. Et cela signifie aussi que le PC du sud appelle les ouvriers et les paysans à rejoindre les montagnes pour y organiser la guérilla. Le syndicat des ouvriers du sud va s'opposer violemment à ces propositions. En effet, les travailleurs sont très loin de se sentir impuissants dans leurs luttes dans les usines au point d'aller se retrancher dans les montagnes. La thèse du caractère bourgeois de la révolution n'est pas mieux acceptée.</p>
<p>En fait, dans les usines c'est à une offensive ouvrière que l'on assiste en Corée du sud. L'insurrection ouvrière part de deux villes : Taekou, grande ville du sud est et Busan le grand port du sud. C'est un soulèvement spontané qui débute par une grève des cheminots et qui se termine par de véritables affrontements armés, les travailleurs s'étant organisés en milice ouvrière. Partout des comités de grève sont mis en place et la grève s'étend à de nombreuses autres villes. La réaction des troupes américaines est très violente. La répression s'étend à tout le pays contre les syndicats et les militants radicaux. Le PC du sud qui n'était pour rien dans le mouvement est interdit. La dictature de Syngman Rhee devient féroce. Des opposants politiques et des dirigeants syndicalistes sont assassinés comme le leader anarcho-syndicaliste.</p>
<p>Kim Ku et le dirigeant social-démocrate Yo Un Hyong. Le Parti communiste a été contraint de passer dans la clandestinité totale. La direction politique du PC du nord en profite pour réussir pour la première fois à établir sa domination sur l'ensemble du parti communiste.</p>
<p>En 1946-47, loin de se stabiliser, le régime de Corée du sud est attaqué sur tous les fronts : mutineries militaires, insurrections paysannes, mouvements politiques dans les villes contre le régime de Syngman Rhee et mouvements sociaux. Le pouvoir central de Séoul est tellement affaibli qu'il est contraint de laisser les paysans occuper toute une région dite libérée. Le PC du sud décide de s'investir dans cette révolution paysanne et il appelle à nouveau les ouvriers à le suivre. La plupart des ouvriers et des militants intellectuels qui vont suivre cet appel sont massacrés avant même qu'ils aient pu rejoindre la région ni s'armer. Le PC du sud va quand même prendre la direction politique de ces paysans insurgés. Il leur conseille de quitter les terres agricoles pour rejoindre les montagnes et effectivement cette guérilla va tenir là jusqu'à la guerre de Corée en 1950, où elle fera sa jonction avec l'armée nord coréenne. Paradoxalement c'est cela qui lui sera fatal car le régime de Corée du nord n'avait nullement envie de soutenir les paysans du sud et va les abandonner en cessant de les armer dès l'offensive américaine.</p>
<p>Au lendemain de la Libération, le placement de la Corée sous la tutelle des Soviétiques et des Étasuniens, de part et d'autre du 38e parallèle, fut l'occasion d'implanter les embryons des régimes antagonistes que nous connaissons aujourd'hui. Au sud, les idées économiques préconçues de l'administration d'occupation américaine (l'USAMGIK) se traduisirent par une libéralisation du marché des céréales qui provoqua une effrayante spéculation sur le marché du riz. En effet, la Corée du Sud, largement agricole, était le grenier à blé du Japon pendant la colonisation. Or la pénurie se faisant sentir dans l'archipel, certains producteurs renouèrent les anciennes relations avec le Japon, qui manquait alors de riz, en raison de la mobilisation massive des paysans pour l'armée et de la perte de son empire colonial. Le prix du riz flamba en Corée, et les villes ne furent plus approvisionnées, car les spéculateurs préféraient vendre au Japon, au prix le plus fort. Les autorités américaines firent immédiatement machine arrière et imposèrent des restrictions non seulement sur la vente du riz, mais aussi sur celle des autres céréales, selon des normes si dures que certains producteurs regrettèrent le temps des Japonais. À Taegu, dans le sud du pays, une furieuse révolte mit aux prises les paysans et des sympathisants « de gauche » aux autorités. Plusieurs centaines de policiers et de manifestants furent tués avant que des troupes américaines ne rétablissent l'ordre.</p>
<h2 class="spip">Le régime stalinien de Corée du Nord</h2>
<p>L'effondrement soudain de l'administration coloniale japonaise entraîna une explosion populaire. Sorti de la clandestinité, le Parti communiste constitua une coalition avec tous les mouvements nationalistes. Des comités de préparation à l'indépendance de la Corée surgirent dans tout le pays. Le 6 septembre 1945, une conférence nationale de ces comités, réunie à Séoul, proclama la naissance de la République Populaire de Corée (RPC).</p>
<p>Suivant en cela la ligne définie par Moscou, le Parti communiste coréen, qui était de loin le courant le plus puissant dans ce mouvement, s'efforça de contenir l'explosion des revendications sociales parmi les masses exploitées. Prétendant que l'heure était à l'émancipation nationale et non à l'émancipation sociale, sous le prétexte fallacieux que toute autre politique diviserait la « nation coréenne », le Parti communiste mit les masses pauvres de Corée à la remorque politique de leurs propres exploiteurs comme le firent d'ailleurs les partis communistes dans le monde entier durant cette période et utilisa leur mobilisation pour garantir la continuité de l'ordre capitaliste.</p>
<p>Mais ce respect pour l'ordre capitaliste ne suffit pas au PC coréen à gagner les faveurs de Washington. Certes, ce que redoutaient les États-Unis, ce n'était ni le programme politique de la RPC, avec son appel à l'instauration du suffrage universel et à la création d'institutions démocratiques, ni sa défense des nationalisations et de la réforme agraire : après tout, la plupart des grandes entreprises et exploitations agricoles coréennes n'avaient plus de propriétaires depuis l'expulsion des colons japonais. Non, ce qui inquiétait le plus l'impérialisme américain, c'était que le régime de la RPC avait été mis en place sans son accord préalable, à la faveur d'une mobilisation populaire, et qu'il n'avait donc nul besoin de l'impérialisme pour se maintenir au pouvoir. Ce régime ne serait donc pas docile vis-à-vis des intérêts des États-Unis. Aussi, lorsque le comité exécutif de la RPC fit une offre de collaboration à l'état-major américain, celui-ci lui opposa une fin de non-recevoir.</p>
<p>Les dirigeants américains entreprirent alors de mettre en oeuvre leurs propres conceptions de la démocratie dans leur zone d'occupation. L'ancienne force de police coloniale fut rétablie dans ses fonctions, avec pratiquement les mêmes personnels (on ne changea même pas leurs uniformes !) que sous l'occupation japonaise. Les postes de responsabilité dans les nouvelles institutions furent confiés à des hommes politiques qui avaient collaboré avec l'occupant japonais ou qui avaient trouvé protection auprès du dictateur nationaliste chinois et allié des USA, Tchang Kaï-chek. Il s'agissait d'individus viscéralement anticommunistes qui avaient des liens étroits avec la classe des propriétaires fonciers coréens. A la tête du nouveau régime, Washington mit Syngman Rhee, un politicien nationaliste de droite bien connu, qui avait des amis tant aux États-Unis qu'au sein du régime de Tchang Kaï-chek. En février 1946, ils mirent en place un gouvernement provisoire de Corée du Sud présidé par Syngman Rhee, dont la moitié des membres furent nommés directement par les autorités américaines d'occupation et l'autre par les classes riches, selon le système électoral censitaire en vigueur sous l'occupation japonaise.</p>
<p>L'orientation politique du nouveau régime se révéla aussi réactionnaire et socialement conservatrice qu'on pouvait l'escompter vu la composition sociale du gouvernement. Les appels à une réforme agraire d'ensemble furent traités par le mépris tandis que les dignitaires du régime accumulaient des fortunes colossales en s'appropriant les terres des anciennes exploitations japonaises et que les paysans sans terre mouraient de faim. La corruption et le marché noir devinrent la règle. De sorte qu'au bout du compte, la population pauvre de la zone d'occupation américaine ne vit guère de différence entre la nouvelle République de Corée, qui y fut proclamée officiellement en août 1948, et l'ancienne administration coloniale japonaise, sinon dans la langue des troupes d'occupation.</p>
<p>Face à la répression qui le visait au Sud, où il fut très vite interdit, le comité exécutif de la RPC élu en septembre 1945 s'était réfugié dans la zone d'occupation soviétique. Là, les autorités d'occupation acceptèrent ce comité exécutif et les comités de préparation à l'indépendance comme partenaires dans l'administration quotidienne des affaires sur le terrain.</p>
<p>Contrairement aux États-Unis dans leur zone d'occupation, l'URSS appliqua à la lettre le protocole de 1945 dans la sienne en s'abstenant de mettre en place des institutions permanentes susceptibles de préjuger de la forme définitive de l'État. Tout au moins c'est ce qu'elle fit jusqu'à la création d'institutions propres au Sud sous l'égide des USA. Un comité populaire provisoire fut alors constitué à Pyongyang, cette fois sous la direction de Kim Il Sung, un jeune dirigeant du PC récemment de retour dans le pays, qui semble avoir été choisi moins pour ses liens avec Moscou que pour la raison opposée : contrairement à nombre de dirigeants communistes, Kim Il Sung avait passé les années précédentes non pas à Moscou, mais dans un maquis coréen contre les Japonais en Mandchourie, en liaison avec la résistance chinoise. Il pouvait être ainsi présenté comme un héros de la résistance nationale contre le Japon, sans qu'il puisse être associé, comme les anciens leaders du PC clandestins, à la mobilisation des masses de l'année 1945, à laquelle il n'avait pas participé. A tous égards, Kim Il Sung était le parfait porte-parole d'un gouvernement « national ».</p>
<p>Dès qu'il fut formé, le nouveau régime mit en oeuvre un programme de deux ans prévoyant la nationalisation des industries auparavant accaparées par les Japonais et une réforme agraire radicale entraînant la confiscation sans compensation des grandes exploitations et leur redistribution gratuite aux paysans sans terre. Des lois sur les conditions de travail et un embryon de système social complétèrent l'ensemble.</p>
<p>Ce n'est qu'après le tournant dans les relations américano-soviétiques et les débuts de la « guerre froide » que, en septembre 1948, trois semaines après la proclamation de la République de Corée dans le sud du pays, une République démocratique populaire de Corée fut proclamée dans le nord. Peu après, les troupes soviétiques se retirèrent de Corée, ne laissant que quelques centaines de conseillers militaires.</p>
<p>Avant d'en arriver là, le PC coréen avait fusionné en août 1946 avec différents groupes radicaux et nationalistes pour créer le Parti des Travailleurs de Corée du Nord. Les mouvements qui n'avaient pas rejoint le nouveau parti furent d'abord marginalisés, puis ceux qui tentèrent de maintenir une existence politique firent l'objet de persécutions.</p>
<p>Le régime qui s'installait au Nord était indubitablement répressif, réunissant les traits de beaucoup de dictatures militaires du tiers monde à l'époque. Comme dans les démocraties populaires mises en place sous la protection de l'Armée Rouge en Europe centrale et orientale, la première victime du nouveau régime fut la classe ouvrière tant politiquement que physiquement, en raison des efforts surhumains exigés des travailleurs au nom des nécessités de la reconstruction économique. Mais en même temps, le discours anti-impérialiste de Pyongyang, ses nationalisations et surtout la réforme agraire radicale qu'il avait mise en place rendaient le régime très populaire, non seulement au Nord mais également au Sud, où montait le ressentiment contre l'oligarchie parasitaire des propriétaires fonciers.</p>
<h2 class="spip">La grève générale de 1946 en Corée du sud</h2>
<p>La grève des cheminots a commencé à Busan le 23 septembre 1946 et a conduit au soulèvement de Daegu le 1er octobre 1946.</p>
<p>La grève était contrôlée par un Conseil national des travailleurs coréens. La première grève du conseil a commencé le 23 septembre par plus de 7 000 cheminots à Busan . Environ 40 000 cheminots ont rapidement participé à la grève des cheminots, qui s'est rapidement propagée à travers le pays. Entre 250 000 et 300 000 travailleurs en grève dans tous les secteurs industriels, y compris les métaux et les produits chimiques. La grève générale a commencé avec des revendications telles que le rationnement du riz, les augmentations de salaire, l'opposition au licenciement, la liberté du mouvement ouvrier et la libération des figures démocratiques. Quinze mille étudiants des écoles et lycées professionnels de Séoul sont également descendues dans la rue le 27 septembre, exigeant l'abolition de l'enseignement colonial. Certaines forces de défense sud-coréennes (maintenant l' armée de la République de Corée ) et les forces de sécurité maritime (maintenant la marine de la République de Corée ) se sont jointes à la grève, et à Séoul, des dizaines de membres du Parti communiste américain de l'armée américaine en Corée ont appelé au retrait des troupes américaines de Joseon. La sixième réunion du Comité central du Comité populaire provisoire de Corée du Nord a adopté une déclaration affirmant la légitimité de la grève et soutenant les grévistes dans le sud, mais le comité n'a pas toléré la lutte violente.</p>
<p>L'USAMGIK a envoyé plus de 2 000 officiers armés à Seoul Railroad, le centre de la grève générale, le 30 septembre. Environ 1 000 manifestants, dont la Confédération coréenne des syndicats (l'actuelle Fédération des syndicats coréens ), le Bureau du peuple coréen et la presse de l'Assemblée nationale, ont également rejoint la bataille de rue de huit heures menée par Kim Du-han. Trois personnes ont été tuées et des centaines ont été blessées.</p>
<p>Une manifestation organisée le 1er octobre par des grévistes à Daegu a été la cible de tirs de la police et un cheminot a été tué. Des milliers de manifestants (y compris des étudiants) ont transporté son corps dans les rues de la ville le lendemain, malgré les tentatives de la police pour les arrêter. La grève a ensuite évolué vers le soulèvement d'automne plus large , au cours duquel des dizaines de personnes ont été tuées, des milliers ont été arrêtées et la loi martiale a été imposée.</p>
<p>Soulèvement d'automne de 1946</p>
<p>Le soulèvement de Daegu 10.1 de 1946 en Corée était un soulèvement paysan dans les provinces du sud de la Corée contre les politiques du gouvernement militaire de l'armée américaine en Corée dirigé par le général John R. Hodge et en faveur du rétablissement du pouvoir aux comités populaires qui composaient la République populaire de Corée . Le soulèvement est également appelé « révolte de Daegu » ou de « Mouvement de Résistance de Daegu ». La Commission vérité et réconciliation de Corée du Sud choisit le nom neutre de « Incident d'octobre de Daegu », en fait <a href="https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Autumn_Uprising_of_1946?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=nui" class="spip_out" rel="external">un véritable soulèvement</a>.</p>
<p>Le soulèvement a été précédé par la grève générale coréenne en septembre, à la fin de laquelle plus de 250 000 travailleurs avaient participé. La grève a été déclarée illégale par le gouvernement militaire américain et les grévistes ont été attaqués par la police. Le 1er octobre, une manifestation de grévistes à Daegu a été la cible de tirs de la police et un cheminot a été tué. Le lendemain, des milliers de manifestants, dont des élèves d'écoles et d'universités, ont transporté son corps dans les rues de la ville, malgré les tentatives de la police pour les arrêter. La grève a ensuite évolué vers le soulèvement d'automne plus général (ou soulèvement de Daegu 10.1).</p>
<p>Le soulèvement lui-même a commencé à Busan et s'est finalement étendu à Séoul, Daegu, Gyeongsangbuk-do, Gyeongsangnam-do, Chungcheongnam-do et Jeollanam-do et s'est terminé à la mi-novembre. D'autres revendications exprimées pendant le soulèvement concernaient de meilleures conditions de travail, des salaires plus élevés, le droit de s'organiser et la libération des prisonniers politiques.</p>
<p>Selon les conditions, le gouvernement militaire des États-Unis a répondu de différentes manières, notamment en mobilisant des briseurs de grève , la police, des groupes de jeunes de droite, en envoyant des troupes et des chars américains, et en déclarant la loi martiale , et a réussi à réprimer le soulèvement. Le soulèvement a entraîné la mort de 92 policiers, 163 travailleurs civils, 116 civils et 240 émeutiers. 2 609 personnes ont été arrêtées par la police et l'armée. Certains analystes disent que le soulèvement, qui était en partie une réaction aux élections d'octobre pour l'Assemblée législative intérimaire sud-coréenne, organisée par le gouvernement militaire des États-Unis, est un meilleur indicateur de l'opinion publique que l'élection elle-même.</p>
<p>La défaite du soulèvement est considérée comme un tournant dans l'établissement d'un contrôle politique sur la Corée, car les comités populaires et le Conseil national des syndicats coréens ont été affaiblis par la répression. Pour les Américains, la rébellion de la récolte d'automne a ajouté une nouvelle urgence à l'effort de trouver une formule pour unifier les deux zones d'occupation de la Corée sous un gouvernement élu.</p>
<p>En 2010, la Commission vérité et réconciliation a présenté ses conclusions, il y avait 60 victimes aux familles desquelles il a suggéré que le gouvernement devrait fournir une indemnisation, et il y avait environ 7 500 autres personnes qui ont souffert de l'incident. Certaines victimes ont été arrêtées et torturées, puis la police et des groupes d' extrême droite ont endommagé ou confisqué leurs maisons et leurs biens. Les familles des victimes ont dû endurer la honte d'être considérées comme des criminels.</p>
<p>Le soulèvement d'octobre, l'incident du 1er octobre, les émeutes de Yeongnam et les émeutes d'octobre, selon le point de vue historique. D'un point de vue partisan, cela s'appelle le soulèvement d'octobre, une critique l'appelle émeutes de Yeongnam et émeutes d'octobre, et d'un point de vue neutre, il s'appelle l'incident du 1er octobre. Du point de vue de l'affirmation de l'agitation et de l'initiative du Parti communiste de Corée, on l'appelle parfois l'émeute d'Octobre. Dans le passé, les termes de l'émeute d'octobre, de l'émeute de Yeongnam et de l'émeute d'octobre étaient utilisés de manière interchangeable, et officiellement, le terme était désigné comme l'incident plus neutre du 1er octobre.</p>
<p>Après la libération , la vie des Coréens sous l' USAMGIK du commandement militaire américain en Corée du Sud était affamée. Parce que la politique de rationnement de riz de l' USAMGIK a échoué. La faim à Daegu , où des épidémies de choléra au cours de cette période, était particulièrement sévère. Après la survenue de 2 000 patients atteints de choléra à Daegu et Gyeongsangbuk-do, le gouvernement a bloqué Daegu sans prendre les mesures appropriées pour le traitement en disant qu'il prévenait la transmission. En conséquence, les véhicules et les personnes ne pouvaient pas traverser les limites de la ville et l'approvisionnement en récoltes et en produits de première nécessité a été coupé. Surtout, le riz était rare.</p>
<p>De plus, la police de l'ancien pro-japonais qui a été embauché comme police nationale a volé des agriculteurs de riz de la même manière que pendant la Corée sous la domination japonaise . La colère des citoyens contre les policiers pro-japonais a beaucoup augmenté, et la police a riposté contre eux ici et là. Au milieu de cela, le sentiment public de Daegu et de Gyeongsnabuk-do était très chaotique.</p>
<p>Pendant ce temps, en mai 1946, dans le cas des faux billets de Jung Pan-sa, l' USAMGIK a annoncé « l'illégalisation des activités communistes » et a émis un mandat d'arrêt massif contre les responsables du parti communiste.</p>
<p>L'agitation des ouvriers n'a pas décru avec la répression et ils ont organisé une grève massive menée par les cheminots et les travailleurs des transports en septembre 1946, qui est la grève générale de septembre.</p>
<p>La grève générale de septembre s'est étendue à tout le pays, en commençant par la grève des cheminots dans la région de Busan. De cette façon, le Parti communiste et Jeon-pyeong ont mené une grève générale en septembre et ont frappé de plein fouet l' USAMGIK pour de bon. La grève générale de septembre s'est rapidement étendue à tout le pays et les travailleurs se sont mis en grève. L' USAMGIK a mis la police nationale et les groupes de jeunes anticommunistes pour écraser la grève, mais il y avait une situation inattendue ici. Lorsque la police a tiré sur les grèves des travailleurs à Daegu, la réaction ouvrière et populaire s'est développée en réponse.</p>
<h2 class="spip">En avril 1960, le soulèvement d'avril 1960 mettait fin au régime Syngman Rhee</h2>
<p>La Révolution d'Avril 1960 en Corée du Sud a marqué une étape décisive dans la lutte contre l'autoritarisme. Si la victoire de la démocratie n'a alors été qu'éphémère, suite au coup d'Etat militaire du 16 mai 1961, le soulèvement du 19 avril 1960 a abattu le régime Syngman Rhee et, plus fondamentalement encore, marqué l'irruption des masses dans l'histoire de la Corée du Sud. La Révolution d'Avril 1960 a aussi consacré l'alliance des jeunes et des travailleurs.</p>
<p>1959 : l'autocrate Syngman Rhee, au pouvoir depuis 1948 et alors âgé de 84 ans, prépare sa troisième réélection à la présidence de la République, tandis que sa formation politique, le Parti libéral, désigne Yi Gi-bung comme candidat à la vice-présidence.</p>
<p>En décembre 1959, Syngman Rhee annonce son intention d'avancer au 15 mars 1960 la date de l'élection présidentielle, normalement prévue en mai 1960, au motif d'éviter la période chargée des récoltes... bien que le mois de mai ne corresponde à aucune date de récolte. Ce choix était en fait lié à l'état de santé du candidat du Parti démocrate (opposition) à l'élection présidentielle : le 15 février, huit jours après le dépôt des candidatures, Jo Byeong-ok mourait, et les demandes de son parti de présenter un nouveau candidat à la présidence étaient rejetées. Syngman Rhee devenait ainsi l'unique candidat au poste de président de la République. Le 13 février, le chef de l'Etat avait déclaré, sans fondement constitutionnel, que le vice-président devait appartenir au même parti que le président. Dès lors, l'élection était verrouillée, même si le candidat du Parti démocrate à la vice-présidence (et vice-président sortant, élu lors du précédent scrutin de 1956), Jang Myeon, devait obtenir à nouveau plus de voix que Yi Gi-bung, choisi par Rhee.</p>
<p>L'étincelle du mouvement révolutionnaire fut allumée par les étudiants de l'université de Daegu qui décidèrent de manifester contre la décision de fixer au 28 février, jour d'un meeting dans leur ville de Jang Myeon, la date des examens de fin de semestre. Après les étudiants de Daegu, c'est au tour de ceux de Séoul puis de Daejon de manifester, respectivement le 5 mars et le 8 mars, avant la généralisation des manifestations étudiantes, entre le 10 et le 14 mars. Deux revendications sont à l'ordre du jour : aux demandes récurrentes de respecter la liberté des campus s'ajoute le refus de la supercherie électorale.</p>
<p>Le 15 mars, les bourrages d'urnes, les votes publics par groupes de trois personnes ou encore les expulsions des superviseurs du Parti démocrate donnèrent les résultats officiels attendus du pouvoir : Syngman Rhee remportait plus de 9,6 millions de voix (88,7 % des suffrages exprimés) et Yi Gi-bung obtenait un succès écrasant au poste de vice-président (8,3 millions de voix, soit 79 % des suffrages exprimés, contre 1,8 million de voix et 21 % des suffrages exprimés pour Jang Myeon).</p>
<p>Face à l'ampleur des fraudes, des manifestations violemment réprimées eurent lieu le jour même du scrutin, en particulier à Masan, près de Pusan, où le bilan parmi les manifestants entraîna 8 morts et 70 blessés. Comme tout au long du soulèvement, le gouvernement Syngman Rhee accusa les communistes d'être derrière les événements. A Masan, le soulèvement avait conduit au sac de postes de police, d'un journal pro-gouvernemental et du siège du comité de campagne du Parti libéral.</p>
<p>Le 11 avril était retrouvé dans la baie de Masan le corps d'un étudiant de 17 ans porté disparu, Kim Ju-yeol (photo ci-dessus, source : Korea Times). Le même jour, à 18 heures, une manifestation réunit 30 000 participants à Masan. Durant la nuit, deux personnes furent abattues par la police. Les étudiants allaient désormais prendre une part essentielle aux manifestations qui devaient causer la chute de Syngman Rhee.</p>
<p>Le 18 avril, les étudiants de l'Université de Goryo, à Séoul, organisèrent un sit-in devant l'Assemblée nationale. Une attaque orchestrée par des voyous soutenus par le Parti libéral causa une dizaine de blessés. Le lendemain, l'incident faisait la une des journaux. Les médias se désolidarisaient du pouvoir, rendant désormais compte en détail des manifestations étudiantes.</p>
<p>La nouvelle manifestation étudiante, le mardi 19 avril, eut une ampleur inégalée, rassemblant les étudiants en lettres, en sciences en droit et en art de l'Université nationale de Séoul, ceux en sciences de l'éducation et en gestion de l'Université de Konkuk, les lycéens de Dongsung, les étudiants des Universités de Goryo, Dongguk, Yonsei et Chungang. A 11h50, une partie des étudiants marcha sur le Capitole, siège du gouvernement, et le palais présidentiel, en conspuant le chef de l'Etat. Les forces de police du palais présidentiel ouvrirent le feu vers 13h40, entraînant 21 morts. Vers 14h30, les manifestants étaient 200.000 à Séoul, s'opposant aux forces de police. Vingt-six bâtiments furent détruits, dont le siège du Seoul Sinmun et la Maison de l'anticommunisme. Le bilan des combats à Séoul s'établissait, au 21 avril, à 104 morts (dont 3 policiers).</p>
<p>Le même jour, la loi martiale était proclamée à Séoul à 14h40 (avec effet rétroactif à 13h), puis étendue aux principales villes de province, où des manifestations de masse avaient entraîné des morts à Gwangju et Pusan. Le bilan total de la répression atteignit 186 morts, dont 77 étudiants, collégiens et lycéens et 66 paysans.</p>
<p>Sous la direction de Song Yo-chan, les troupes de la loi martiale engagèrent des pourparlers avec les manifestants, conduisant à la libération des étudiants emprisonnés. La tournure des évènements surprit Syngman Rhee et ses ministres, d'autant plus - fait unique dans l'histoire de la Corée du Sud - qu'ils avaient perdu le soutien du gouvernement américain. Initialement, les Etats-Unis n'avaient pas critiqué les fraudes de l'élection du 15 mars, confirmant même une visite officielle du président Dwight D. Eisenhower. Mais au lendemain du soulèvement du 19 avril, le ministère américain des Affaires étrangères fit une déclaration, le 20 avril, demandant une démocratisation de la Corée du Sud. Le 21 avril, le gouvernement et les dirigeants du Parti libéral remirent collectivement leur démission. Mais Syngman Rhee restait en place, déclarant se tenir à l'écart des partis, en évitant d'aborder les questions de la fraude électorale et de la répression.</p>
<p>Le 25 avril, 300 professeurs se réunirent à l'Université nationale de Séoul et déclarèrent que les manifestations traduisaient l'esprit de la nation. Ils demandèrent la démission du président, des députés et des juges de la Cour suprême. Prenant la tête d'une manifestation appelant à venger les étudiants morts, ils furent rejoints par plus de 40.000 manifestants, alors que les troupes de la loi martiale attendaient des instructions. Syngman Rhee procédait à la nomination du Premier ministre par intérim Heo Jeong comme ministre des Affaires étrangères, appelé à exercer les fonctions de chef de l'Etat s'il démissionnait.</p>
<p>Les manifestations du 26 avril commencèrent dès 5 heures du matin, à la fin du couvre-feu. Les manifestants montèrent sur les chars des troupes de la loi martiale, tandis que la statue de bronze de Syngman Rhee au milieu du parc de la Pagode était renversée. Syngman Rhee n'avait plus d'autre choix que de remettre sa démission, annoncée à 10h20 par le Quartier général de la loi martiale. Le 28 avril, Yi Gi-bung, sa femme, son fils aîné - également fils adoptif de Syngmann Rhee - et son fils cadet se suicidèrent dans le palais présidentiel. Le 29 mai, Syngman Rhee partait en exil à Hawaï, où il mourrait en 1965.</p>
<p>La révolution d'avril 1960 avait eu raison de douze ans de régime autoritaire. Il restait aux vainqueurs du jour à s'organiser, divisés entre l'ancienne opposition de droite et la gauche décapitée après l'exécution de Cho Bong-am, moins d'un an plus tôt. Si dans ce contexte de dissensions le coup d'Etat militaire de mai 1961 devait bientôt mettre fin à la première période de démocratie en Corée du Sud, celle-ci n'en allait pas moins façonner l'histoire de la Corée contemporaine.</p>
<p>Sources :</p>
<p><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Seo Joong-seok, La Corée du Sud : 60 ans d'histoire contemporaine. Origines et étapes du mouvement démocratique, Fondation coréenne pour la démocratie, Séoul, 2007, pp. 85-108.</p>
<p><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Kang Man-gil, A History of contemporary Korea, Global oriental, 2005 pour la version anglaise, pp. 238-240.</p>
<p>Le mouvement populaire contre la misère, la dictature et la division du pays</p>
<h2 class="spip">De la dictature de Park Chung Hee à celle de Chun Doo Hwan</h2>
<p>Tout au long de la dictature de Park, malgré la répression, de grands mouvements de protestation éclatent chroniquement dans lesquels les étudiants jouent un rôle de premier plan. C'est notamment le cas des grandes manifestations en 1965 contre la signature du traité entre le Japon et la Corée et en 1972 contre la proclamation de la loi martiale et la nouvelle Constitution qui octroie au dictateur de rester en poste jusqu'à sa mort. Des manifestations étudiantes durement réprimées dans la ville de Pusan, en octobre 1979, déclenchent une crise de régime qui se solde par l'assassinat de Park Chung Hee, le 26 octobre. Park tombe sous les balles de son collaborateur le plus proche, Kim Jae Kyu, alors directeur de la KCIA (Agence centrale de renseignement sud-coréenne). Une grande manifestation étudiante dans la cité industrielle de Pusan, le 16 octobre, a dégénéré en affrontement avec la police le lendemain. Le gouvernement Park a aussitôt proclamé l'état d'urgence dans cette ville, envoyant une division d'infanterie. Malgré cette mesure, les manifestations s'étendent à d'autres villes comme Masan, une autre ville industrielle, où se trouvent de nombreuses entreprises exportatrices. De nombreux ouvriers se sont engagés dans des actions de rue. Park déclare aussi l'état de siège à Masan. Pendant les quatre jours d'affrontement, ce sont 4 207 personnes qui sont arrêtées. Les manifestations étudiantes s'étendent à la capitale, Séoul |25|. Le chef de la KCIA juge qu'en se débarrassant de Park, il est possible de sauver la situation. Au lendemain de la mort du général Park, l'armée est divisée : un secteur laisse miroiter la perspective d'une certaine « libéralisation » du régime. Les mobilisations se poursuivent. Début décembre 1979, la plupart des détenus politiques (dont certains purgeaient de très longues peines de prison) sont libérés. Le 12 décembre, coup de théâtre, le major-général Chun Doo Hwan réussit un putsch au sein de l'armée, il fait arrêter son principal rival le général Ching et prend le contrôle total de l'armée. Les mobilisations se poursuivent. Le 14 avril 1980, Chun Doo Hwan qui conserve ses fonctions de chef de l'armée est nommé directeur de la KCIA par le chef de l'Etat. Les mobilisations se poursuivent. Le retour à la dictature militaire ouverte a lieu le 18 mai 1980. Une répression brutale est déclenchée : tous les dirigeants de l'opposition sont arrêtés. Cela provoque de grandes explosions sociales dont l'insurrection urbaine de Kwangju est le point culminant.</p>
<p>Immédiatement après la proclamation d'une nouvelle loi martiale, le 18 mai 1980, plusieurs milliers d'étudiants de l'université de Chonam à Kwangju descendent dans la rue. Des régiments de parachutistes sont envoyés et assassinent des manifestants, dont des jeunes filles, à la baïonnette (voir encadré en bas d'article). Le lendemain, plus de 50 000 personnes commencent à affronter les soldats. Au cours des combats, plus de 260 d'entre elles sont tuées. Après quatre jours de lutte acharnée, le nombre des insurgés atteint 200 000 dans une ville dont la population est d'environ 750 000. Ils prennent finalement le contrôle de la ville toute entière. Les stations de radio sont incendiées par les manifestants rendus furieux par le fait qu'aucune information n'a été donnée sur leur lutte en raison de la censure imposée par la loi martiale. Les insurgés se saisissent des armes abandonnées par les troupes repliées à l'extérieur et s'organisent en comités de contrôle et d'administration de la ville. Le 23 mai, c'est la province de Cholla au sud de la Corée qui est toute entière aux mains des étudiants et de la population insurgée. Les étudiants de Kwangju s'emparent de bus et de camions et, les armes à la main, se rendent d'une ville à l'autre permettant ainsi l'extension du mouvement. Alors que de nouvelles troupes gouvernementales approchent de Kwangju, les insurgés constituent un comité de crise afin de négocier avec les autorités chargées d'imposer la loi martiale. Ils exigent de ces autorités qu'elles présentent des excuses au peuple de Kwangju pour les atrocités commises, qu'elles versent des indemnités pour les blessés et les morts, qu'elles n'exercent pas de représailles après les événements, que les chefs militaires ne déplacent pas les troupes avant qu'un règlement n'intervienne. Malgré ces négociations, les troupes, environ 17 000 hommes, prennent d'assaut la ville à l'aube du 27 mai et l'occupent. Le nombre des morts du côté des étudiants et des habitants de la ville dépasse plusieurs centaines |26|. La répression s'est faite avec la bénédiction de l'armée américaine et de Washington |27|. Dans les mois qui suivent, la répression touche tout le pays. Selon un rapport officiel daté du 9 février 1981, plus de 57 000 personnes ont été arrêtées à l'occasion de la ‘Campagne de purification sociale' engagée depuis l'été 1980. Près de 39 000 d'entre elles ont été envoyées dans des camps militaires pour une ‘rééducation physique et psychologique' |28|. En février 1981, le dictateur Chun Doo Hwan est reçu à la Maison Blanche par le nouveau président des Ėtats-Unis, Ronald Reagan |29|.</p>
<p>Treizième constat : Un puissant mouvement social anti-dictatorial avec à sa tête les étudiants affronte la dictature. Après l'assassinat de Park (octobre 1979) et un court intermède démocratique, une nouvelle dictature féroce s'installe en déclenchant une répression sanglante en mai 1980 soutenue par Washington et par Tokyo.</p>
<p>La politique économique du dictateur Chun Doo Hwan (1980-1987)</p>
<p>Après l'assassinat du dictateur Park Chung Hee en 1979 et la mise en place de la dictature du général Chun Doo Hwan, l'orientation économique ne change pas fondamentalement. La Corée qui s'est endettée fortement au cours des années 1970 auprès des banques étrangères, principalement japonaises, subit plus durement que les autres PED le choc de la hausse brutale des taux d'intérêt car elle a largement emprunté à taux variables. En 1983, la Corée du Sud est quatrième sur la liste des pays les plus endettés en chiffres absolus (43 milliards de dollars), elle n'est précédée que par le Brésil (98 milliards), le Mexique (93 milliards) et l'Argentine (45 milliards). Mais, encore une fois, sa position géostratégique lui donne droit à un traitement différent de celui des autres pays en développement. Le Japon vient à la rescousse en versant à la Corée 3 milliards de dollars (au titre des réparations de guerre) que celle-ci utilise pour maintenir le remboursement de la dette à l'égard des banquiers japonais. Cela lui évite de devoir faire appel au FMI et de se plier à ses conditions draconiennes |30|. De son côté, le gouvernement japonais évite ainsi la faillite de certaines de ses banques et obtient de la Corée du Sud de plus grandes facilités d'investissement. Quatorzième constat : Contrairement à la version de la Banque mondiale, le recours massif à l'endettement externe auprès des banques privées a failli coûter très cher à la Corée du Sud. Si celle-ci n'avait pas occupé une place géostratégique de toute première importance aux yeux des Etats-Unis et du Japon, elle aurait pu connaître le sort de pays comme l'Argentine, le Brésil et le Mexique qui ont dû se soumettre aux conditions du FMI. Comme on le verra dans la suite, elle a pu continuer à suivre une voie partiellement indépendante de développement jusqu'aux années 1990.</p>
<p>La Corée est aussi affectée par le second choc pétrolier de 1979 (hausse du prix du pétrole provoquée par la révolution iranienne et le renversement du Shah) mais encaisse le coup. Le contrôle autoritaire sur l'économie est maintenu : le gouvernement impose aux industries de fabriquer tel produit plutôt que tel autre. Il décide de restructurer l'industrie de production de véhicules de transport et charge deux chaebols de produire des automobiles. La Banque mondiale s'oppose à cette orientation et recommande au contraire à la Corée d'abandonner la production de véhicules finis en se concentrant sur la production de pièces détachées destinées à l'exportation. La Banque explique que les voitures coréennes ne se vendront pas. Les autorités coréennes tiennent tête. Résultat : au milieu des années 1980, la firme coréenne Hyundai (contrôlée à 100% par du capital privé coréen soutenu par les pouvoirs publics) réussit à exporter ses voitures aux États-Unis et à y conquérir de substantielles parts de marché !</p>
<p>A l'époque, la Banque a définitivement tourné la page des concessions à l'égard du modèle d'industrialisation par substitution d'importation. En 1981, sous l'administration Reagan, les derniers économistes favorables à une intervention de l'État sont remplacés par des néolibéraux purs et durs avec Anne Krueger comme économiste en chef. Celle-ci a écrit quelques années auparavant un livre sur la Corée pour démontrer la supériorité de la substitution d'exportation sur la substitution d'importation |31|. La volonté de Séoul de produire des automobiles pour l'exportation s'inscrit dans une démarche agressive de substitutions d'exportation et, en principe, elle devrait être fermement soutenue par la Banque. Ce n'est pas le cas car la décision de Séoul menace l'industrie automobile des Ėtats-Unis. La limite de la grande flexibilité des économistes de la Banque est vite atteinte lorsque les intérêts des Ėtats-Unis sont en jeu. Quinzième constat : Le régime de Chun Doo Hwan refuse une nouvelle fois de suivre les recommandations de la Banque mondiale et gagne son pari contre elle. La Banque maintient cependant son soutien à la dictature car elle veut à tout prix tenter de l'influencer. De leur côté, les Ėtats-Unis commencent à se méfier de l'appétit des entreprises sud-coréennes.</p>
<p>Vers la fin de la dictature de Chun Doo Hwan (1980-1987)</p>
<p>En 1979-1980, dans de nombreuses entreprises, des ouvriers cherchent à se doter de syndicats. L'enjeu est la formation de nouveaux syndicats « indépendants », défiant ouvertement la politique de collaboration de la direction de la FKTU, tout en étant obligés de s'y affilier conformément à la loi. Suite à la répression déclenchée par Chun Doo Hwan, une centaine de sections locales de la FKTU sont dissoutes, 191 permanents sont licenciés et certains sont envoyés dans des camps. Dans ce mouvement de création des syndicats indépendants, le rôle moteur a été joué par des jeunes, ouvriers ou étudiants contestataires, qui ont choisi de s'établir en usine pour poursuivre la lutte politique entamée à l'université. Le mouvement étudiant a commencé à relever la tête en 1983-1984 et connaît un processus non seulement de radicalisation mais aussi de politisation en profondeur. De début 1986 à mai 1986, 166 000 étudiants ont participé à des manifestations |32|. L'importance du mouvement dans les universités |33| est reflétée par le fait que ce sont les étudiants qui constituent la grande majorité des prisonniers politiques (800 étudiants sur 1 300 détenus politiques). Dans les usines, les ouvriers reprennent le combat à partir de 1985. Pour la première fois, une grève importante éclate dans un chaebol, l'entreprise Daewoo Motors. Elle est couronnée de succès et un nouveau syndicat indépendant est créé. Le 12 février 1986, une campagne de pétition est lancée à Séoul par le Nouveau Parti démocratique de Corée (NKDP) pour changer la Constitution (l'objectif est de permettre l'élection par suffrage direct du président et non par un collège électoral). Dans les mois suivants, une série de rassemblements mobilisent des dizaines de milliers de personnes dans les grandes villes du pays. Les étudiants participent de manière autonome au mouvement démocratique en mettant en avant des mots d'ordre radicaux tels que ‘A bas la dictature militaire', ‘Contre la présence dans le pays des 40.000 soldats US' et pour une ‘Constitution populaire'. Le 29 novembre 1986, le régime fait investir la ville de Séoul par 50 000 policiers afin d'empêcher la tenue d'un rassemblement du NKDP. Le régime applique la force de l'État contre l'opposition mais cette politique échoue car une lame de fond traverse toutes les couches de la société pour les revendications démocratiques. Les négociations entre dictature et opposition sur les procédures électorales n'aboutissent pas. Le gouvernement est affaibli par les suites politiques de l'assassinat d'un étudiant dans un commissariat. Dans cette situation, toutes les forces d'opposition, dont la nouvelle coalition issue d'une scission du NKDP, appellent à une manifestation le 10 juin 1987. La veille, la police a interpellé 3 000 personnes, mis en résidence surveillée 140 dirigeants de l'opposition, déployé des dizaines de milliers de policiers. Rien n'y fait : le 10 juin et les jours suivants, la protestation s'étend à tout le pays, des affrontements massifs atteignent un tel niveau que le régime commence à reculer : les élections présidentielles directes sont acquises |34|. Cette fois-ci, Washington a fini par mettre la pression sur la dictature pour qu'elle lâche du lest.</p>
<p>Du côté des usines, le mouvement ne se limite pas à la perspective des urnes. Les travailleurs sud-coréens s'engouffrent dans la brèche ouverte par la victoire du mouvement de masse de juin 1987 dont le fer de lance fut constitué par les étudiants. L'été 1987 voit la Corée du Sud secouée par une vague de grèves sans précédent. Entre le 17 juillet et le 25 août, on dénombre 1 064 conflits du travail |35| alors que la moyenne annuelle des dix années précédentes s'établit à 200 conflits |36|. Tous les secteurs de l'économie sont touchés, y compris les chaebols (24 000 ouvriers des chantiers navals de Hyundai, 15 000 mineurs de charbon, etc.). Les luttes sont marquées par une forte combativité : occupation des entreprises et même des locaux de direction, blocage des voies ferrées et occupation des gares, refus de la tactique du lock-out patronal... Les conflits aboutissent à des augmentations de salaire significatives et la reconnaissance de syndicats indépendants et démocratiques. En 1988, on compte déjà 2 799 syndicats démocratiques. En 1989, on dépasse les 7 000. En janvier 1990 est fondé le Congrès des syndicats coréens, qui devient quelques années plus tard la Confédération des syndicats coréens (KCTU). Pourtant, jusque dans les années 2000, la création d'une confédération syndicale est un acte illégal.</p>
<h2 class="spip">Soulèvement de Gwangju et réfugiés en Corée du sud</h2>
<p>Le 18 mai 1980, un jour après l'application de l'état de siège dans la province de Gwangju, des étudiants manifestent dans le centre-ville de Gwangju (sud-ouest du pays) pour la défense de la démocratie après l'arrivée au pouvoir du dictateur Chun Doo-hwan lors d'un coup d'état en 1979... Ce soulèvement de Gwangju sera sévèrement réprimé par l'armée qui reprendra le contrôle de la ville le 27 mai 1980. Le bilan officiel de ce massacre est incertain, entre 170 et 2000 morts suivant les sources...</p>
<p>La ville de Gwangju a été depuis surnommée "le mémorial de la démocratie coréenne" et un cimetière national y a été inauguré en 2002 pour rendre hommage aux victimes de cette tuerie. La poste coréenne a émis, le 18 mai 2010, une carte illustrée pré-affranchie (220 won) pour commémorer le 30ème anniversaire de ce soulèvement étudiant.</p>
<p>Le 4 décembre 2000, l'assemblée générale des Nations Unies adoptait une résolution instituant une Journée mondiale des réfugiés, célébrée depuis chaque année le 20 juin.</p>
<p>Cette journée internationale a pour but de sensibiliser le plus grand nombre à la cause des populations réfugiées à travers le monde (estimée à 34 millions de personnes) qui ont fui leur pays après des conflits ou des persécutions religieuses, ethniques, sociales, politiques... Les femmes et les enfants faisant partie de ces populations déplacées sont les plus vulnérables (privations, faim, viols, crimes...). Pour commémorer le 10ème anniversaire de l'institution de cette Journée mondiale des réfugiés, la poste coréenne a émis, le 18 juin 2010, le timbre sur le FDC ci-dessus (merci beaucoup Kim !), disponible en feuille de 12 timbres avec des marges illustrées. Sur ce timbre, des enfants et des femmes forment un toit avec leurs bras, rappelant l'emblème du HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés).</p>
<p>la classe ouvrière sud-coréenne a détruit, grâce à des grèves de masse remarquables au cours des années 1987-1990, les bases d'une dictature militaire qui sévissait depuis des décennies. Pendant une brève période (1990-1994), les grèves ont abouti à la création de syndicats démocratiques radicaux et donc à des augmentations de salaires élevées et générales. Mais, comme dans les autres cas cités ci-dessus, la classe ouvrière a été reléguée au rôle de bélier facilitant un changement politique « démocratique » qui a rapidement chanté l'hymne de la mondialisation et du néolibéralisme en faveur de l'économie de marché. En fait, avant la vague de grèves mais surtout après, le capital sud-coréen investissait déjà à l'étranger et cherchait à imposer une politique d'austérité néolibérale à l'intérieur du pays. En 1997-98, la crise financière asiatique força la Corée du Sud à passer sous la tutelle du FMI, ce qui accéléra considérablement la précarisation de la classe ouvrière coréenne, précarisation qui avait été la principale riposte capitaliste aux avancées de la fin des années 80. Aujourd'hui, au moins 60% de la main-d'œuvre vivent dans la précarité la plus brutale. Soumis aux licenciements instantanés, les travailleurs précaires touchent des salaires et des avantages sociaux qui sont au moins inférieurs de moitié au statut des 10% constitués par les travailleurs fixes. Les vestiges bureaucratiques des syndicats démocratiques radicaux du début des années 90 ne sont plus aujourd'hui que des organisations corporatistes représentant cette élite de la classe ouvrière, et autant de luttes ont éclaté entre les travailleurs fixes et les travailleurs précarisés qu'entre l'ensemble des ouvriers et le capital lui-même.</p>
<h2 class="spip">Chronologie de la révolte débutée à Gwangju</h2>
<p>18 mai au 21 mai 1980</p>
<p>Le matin du 18 mai, les étudiants ont protesté la porte de Université de national de Chonnam contre sa fermeture, pierres de lancement à parachutistes qui bloquaient la porte. Les parachutistes, qualifiés dans la guerre peu usuelle et la commande non civile d'émeute, ont répondu en battant les protestataires avec des baïonnettes et des bâtons. Après l'incident, des étudiants entrés dans le centre-ville et continués abolition pour protester, de la demande de loi martiale et le dégagement de Kim Dae-jung. Parachutistes bientôt suivis et de nouveau opposés avec des démonstrateurs.</p>
<p>La suppression a été marquée par violence. Les témoins disent que les soldats ont matraqué des démonstrateurs et des spectateurs. La première fatalité connue était un homme sourd de 29 ans appelé Kim Gyeong-cheol, qui n'a jamais participé à la protestation mais était a matraqué à la mort le 18 mai tout en passant par la scène. Quelques témoignages et photographies suggèrent même l'utilisation des baïonnettes. Pendant que des citoyens étaient fâchés par la violence, le nombre de protestataires a rapidement augmenté et a excédé 100.000 pour le 20 mai.</p>
<p>Il était inévitable que les accidents se produiraient dans les militaires et la police pendant le conflit avec les démonstrateurs civils. Pendant que le conflit escaladait, l'armée a soudainement commencé à employer le tir, tuant des nombres inconnus de citoyens immédiatement près de la station de Gwangju le 20 mai. Que le même jour, les protestataires irrités ont brûlé en bas des gens du pays MBC postez qui a dénoncé des civils de Gwangju comme rioters aussi bien que des faits fabriqués sur la situation dans Gwangju à ce moment. Quatre policiers ont été tués à une barricade de police près du bâtiment provincial de gouvernement après qu'une voiture enfoncée dans eux[1].</p>
<p>La nuit du 20 mai, les centaines de taxis ont mené un grand défilé des autobus, des grands camions et des voitures vers l'Office provincial pour rencontrer la protestation. Pendant que les conducteurs conduisaient dans la démonstration, les troupes ont employé le gaz lacrymogène, tiré leur hors des voitures et les ont battues. Ces « conducteurs de démocratie » ont montré jusqu'à l'appui les citoyens et la démonstration en raison de la brutalité de troupe étée témoin de bonne heure, comme hors de la colère après que beaucoup de conducteurs de taxi aient été assaillis quand essayant d'aider blessé et tout en portant des personnes à l'hôpital. Certains ont été même tirés après les conducteurs essayés pour utiliser les véhicules pour bloquer des soldats ou comme armes. [2]</p>
<p>La violence a culminé le 21 mai. À environ 1 P.M., l'armée mise le feu à une foule de protestation a recueilli devant l'Office provincial de Jeonnam, causant beaucoup d'accidents. Les citoyens ont commencé à s'armer avec fusil M1 et carabines pris des arsenaux et des commissariats de police dans les villes voisines pour leur propre défense. Plus tard cet après-midi, combats d'armes à feu sanglants entre les milices civiles et l'armée a éclaté dans la place provinciale d'Office. Par 5:30 P.M., les milices avaient acquis deux mitrailleuses légères et les avaient employées contre l'armée, qui a commencé à retraiter du centre-ville.</p>
<p>22 mai au 25 mai</p>
<p>En ce moment, toutes les troupes ont retraité aux secteurs suburbains, attendant des renforts. Pendant cette période l'armée a bloqué tous les itinéraires et communications menant dans et hors de la ville. Quoiqu'il ait y eu une accalmie dans le combat entre les milices et l'armée, plus d'accidents ont été encourus quand des soldats mis le feu à un autobus de dépassement dans le Jiwon-coup, tuant 17 des 18 passagers le 23 mai. Les soldats suivants de jour mis le feu aux garçons nageant dans le réservoir de Wonje et tué d'entre eux. Plus tard ce jour l'armée a souffert ses accidents plus lourds, quand des troupes de manière erronée mises le feu à l'un l'autre dans le Songam-coup.</p>
<p>En attendant, dans la ville « libérée » de Gwangju, le Comité du règlement des citoyens et le Comité du règlement des étudiants ont été formés. L'ancien s'est composé d'environ 20 prédicateurs, avocats et professeurs. Ils étaient en pourparlers avec l'armée exigeant le dégagement des citoyens arrêtés, la compensation pour des victimes et la prohibition de la revanche en échange du désarmement des milices. Le dernier a été constitué par des étudiants d'université, et a pris la charge des enterrements, des campagnes publiques, de la commande de trafic, du retrait des armes, et de l'aide médicale. L'ordre de la ville a été bien maintenu, mais les négociations sont venues à une impasse pendant que l'armée invitait les milices à se désarmer immédiatement. Cette question a causé la division chez les comités de règlement ; les colombes ont voulu la reddition immédiate, alors que les faucons réclamaient la résistance continue jusqu'à ce que leurs demandes aient été met. Après discussions houleuses, par la suite les faucons ont pris la commande.</p>
<p>Comme les nouvelles de la diffusion de massacre de Gwangju, d'autres protestations contre le gouvernement ont éclaté dans des régions voisines comprenant Hwasun, Naju, Haenam, Mokpo, Yeongam, Gangjin, et Muan. Tandis que les protestations finissaient paisiblement dans la plupart des régions, dans Haenam il y avait des combats d'armes à feu entre les protestataires et les troupes armés. Pour le 24 mai, la plupart de ces protestations étaient mortes vers le bas, excepté Mokpo où les protestations ont continué jusqu'au 28 mai.</p>
<p>26 mai</p>
<p>Pour le 26 mai, l'armée était prête à réintroduire la ville. Les membres du Comité du règlement des citoyens ont sans succès essayé de bloquer l'avance de l'armée par le mensonge vers le bas sur la rue. Comme les nouvelles de la diffusion imminente d'attaque, les milices civiles ont recueilli dans l'Office provincial, se préparant au dernier stand.</p>
<p>27 mai</p>
<p>Chez 4:00 heure du matin, troupes de cinq divisions entrées dans le centre-ville et défaites les milices civiles en seulement 90 minutes.</p>
<p>Il n'y a aucun péage exact de la mort du soulèvement 1980 de Gwangju. Les figures « officielles » ont libéré par la commande martiale de loi ont mis le péage de la mort à 144 civils, à 22 troupes et à 4 polices tués, avec 127 civils, 109 troupes et 144 polices enroulées. Les individus qui ont essayé de contester ces figures étaient responsables de l'arrestation pour « des rumeurs fausses de propagation ».[3]</p>
<p>Selon le 18 mai l'association privée de famille, au moins 165 personnes est morte entre les 18 et 27 mai. Encore 65 manquent toujours et présumé complètement. 23 soldats et 4 policiers ont été tués pendant le soulèvement, y compris 13 soldats tués dans l'incident du l'amical-feu entre les troupes dans le Songam-coup. Les figures pour des accidents de police sont susceptibles d'être plus hautes, en raison des rapports de plusieurs policiers eux-mêmes tué par des soldats pour libérer des rioters capturés.[4]</p>
<p>Selon le film de 2007 Coréens 18 mai (Hyuga de Hwaryeohan), dirigé par le Ji-hun de Kim, « l'incident a eu comme conséquence les 207 décès, 2.392 enroulé, et 987 personnes absentes, mais le nombre exact d'accidents a été sujet au conflit considérable. Des membres du gouvernement militaire ont été accusés avec la rébellion mais le coupable de commander le feu ouvert contre les citoyens a pour être identifié encore ".</p>
<p>Le gouvernement a dénoncé le soulèvement comme rébellion incitée par Kim Dae-jung et ses disciples. Dans des épreuves suivantes, Kim a été condamné et condamné à la mort, bien que sa punition plus tard ait été réduite en réponse aux outcries internationaux. Des 1394 personnes globales ont été arrêtées pour une certaine participation dans l'incident de Gwangju et 427 ont été accusés. Parmi eux, 7 phrases de mort et 12 reçus ont reçu des phrases de la vie.</p>
<p>Le mouvement de Gwangju a eu un impact profond sur la politique coréenne du sud et l'histoire. Chun Doo-hwan a souffert des problèmes de popularité parce qu'il a pris la puissance par un coup militaire, mais après l'autorisation de l'expédition des forces spéciales sur des citoyens, sa légitimité a été sensiblement endommagée. Les Etats-Unis ont été précédemment vus en tant qu'un libérateur et protecteur, mais le mouvement de démocratisation de Gwangju a changé l'image des États-Unis parce qu'on l'a supposé les Etats-Unis ont su en avant du temps au sujet de l'expédition des troupes spéciales et reposée à vide pendant que des civils étaient tués. L'image américaine a été encore endommagée quand les États-Unis suite pour soutenir Chun Doo-hwan par les années 80. Cependant, le mouvement a également préparé le terrain pour les mouvements postérieurs dans les années 80 qui ont par la suite apporté la démocratie en Corée du Sud. Le mouvement de démocratisation de Gwangju est devenu un symbole de la lutte du sud des Coréens contre des régimes autoritaires et de leur combat pour la démocratie.</p>
<p>Au cimetière de Mangwol-coup dans Gwangju où les corps des victimes ont été enterrés, les survivants du massacre et les familles privées ont tenu un service commémoratif annuel le 18 mai chaque année depuis 1983. Beaucoup de démonstrations pro-démocratiques dans les années 80 ont exigé l'identification officielle de la vérité du massacre et de la punition de Gwangju pour ceux responsables. La réévaluation officielle a commencé après le rétablissement des élections présidentielles directes en 1987. En 1988, Assemblée nationale a tenu une audition publique sur le massacre de Gwangju, et a officiellement retiré l'incident comme mouvement de démocratisation de Gwangju.</p>
<p>En 1995, pendant que la pression publique montait, l'Assemblée nationale a passé le mouvement spécial de démocratisation de loi le 18 mai, qui a permis la poursuite de ceux responsables du coup d'état du 12 décembre et du massacre de Gwangju malgré le fait que le statut des limitations s'était épuisé. Plus tard 8 politiciens ont été accusés pour la trahison élevée et le massacre en 1996. Leurs punitions ont été arrangées en 1997, y compris une phrase de la vie pour l'ancien Président Chun Doo-hwan. Mais tout condamne a été pardonné au nom de la réconciliation nationale le 22 décembre par le président Jeune-SAM de Kim.</p>
<p>En 1997, 18 mai a été déclaré un jour commémoratif officiel. En 2002, une loi favorisant les familles privées est entrée en vigueur, et le cimetière de Mangwol-coup a été élevé au statut d'un cimetière national.</p>
<h2 class="spip">La vague de grèves ouvrières</h2>
<p>À partir de juin 1987 et de manière significative jusqu'en 1990, la vague de grèves que l'on appelle en coréen « Nodongja Taettujaeng », la Grande Lutte des Travailleurs, représente un des principaux épisodes de la lutte de classe durant les années 80, de même que Solidarnosc en Pologne (1980-81), les conseils ouvriers (shura) iraniens (1979-1981) et la vague brésilienne de grèves de 1978-1983. La vague de grèves a ébranlé les bases d'une dictature qui avait régné façon presque interrompue après la fin de la guerre de Corée.</p>
<p>Ces grèves ont permis que des secteurs importants de la classe ouvrière coréenne bénéficient d'augmentations de salaire significatives, et qu'apparaissent, durant une brève période (1990-1994), des syndicats démocratiques radicaux qui formèrent le Congrès national des syndicats (ChoNoHyop), regroupement qui défendait une politique anticapitaliste, au moins verbalement.</p>
<p>Dès que cette vague de grèves eut triomphé, ses gains commencèrent à être sérieusement attaqués.</p>
<p>Le ChoNoHyop fut détruit par la répression gouvernementale qui frappa ses meilleurs militants. D'autre part, le gouvernement incita les militants plus conservateurs à former la Confédération coréenne des syndicats (Minju Nochong ou KCTU) qui fut crée en 1995 ; en décembre 1996, le gouvernement essaya d'imposer par la force une loi de précarisation du travail à laquelle la KCTU s'opposa à contrecœur durant la grève de janvier 1997. En automne 1997, la crise financière asiatique obligea la Corée du Sud à passer sous la tutelle du FMI en échange d'un renflouement de 57 milliards de dollars, et le FMI exigea explicitement la précarisation de la force de travail et des licenciements de masse pour appliquer son programme de restructurations. En décembre 1997, Kim Dae Jong, dirigeant de l'opposition démocratique depuis des décennies, fut élu président de la République ; en février 1998, il amena la KCTU à signer un « accord historique » et à accepter des centaines de milliers de licenciements et des plans sociaux avec réductions d'effectifs en accord avec les demandes du FMI, le tout en échange de la légalisation définitive du syndicat.</p>
<p> Première partie : Contexte historique</p>
<p>Débutant en juin 1987 et se poursuivant de manière significative jusqu'en 1990, la vague de grèves connue en Corée sous le nom de Grande Lutte Ouvrière (Nodongja Taettujaeng) se range aux côtés de Solidarnosc polonais (1980-81), des conseils ouvriers iraniens de (1979-1981) et du Vague de grève brésilienne de 1978-1983 comme l'un des principaux épisodes de la lutte de la classe ouvrière des années 1980. La vague de grèves a brisé les fondements d'une dictature presque ininterrompue après la fin de la guerre de Corée, a obtenu d'importantes augmentations de salaire pour de larges secteurs de la classe ouvrière coréenne et a brièvement établi (de 1990 à 1994) des syndicats démocratiques radicaux au sein du Congrès national des syndicats. (ChoNoHyop), engagé au moins verbalement dans l'anticapitalisme.</p>
<p>A peine cette vague de grèves a-t-elle triomphé que ses acquis commencent à être sérieusement compromis. Le ChoNoHyop a été détruit par la répression gouvernementale de ses meilleurs militants. Le gouvernement était en revanche prêt à tolérer les militants plus conservateurs de la Confédération coréenne des syndicats (Minju Nochong ou KCTU), à partir de 1995 ; en décembre 1996, le gouvernement a tenté de faire adopter une loi sur la précarisation du travail à laquelle la KCTU s'est opposée du bout des lèvres lors de la grève générale de janvier 1997. À l'automne 1997, la crise financière asiatique a placé la Corée du Sud sous la tutelle du FMI en échange d'un plan de sauvetage de 57 milliards de dollars, le FMI exigeant explicitement la précarisation de la main-d'œuvre et des licenciements massifs dans le cadre de son programme de restructuration. En décembre 1997, l'opposant démocratique de longue date Kim Dae Jong a été élu président de la Corée,et en février 1998, il a fait entrer la KCTU dans « l'accord historique » pour accepter des centaines de milliers de licenciements et de réductions d'effectifs conformément aux exigences du FMI, en échange d'une légalisation complète.</p>
<p>En guise de façade, le gouvernement de Kim Dae Jong a également créé en 1998 la Commission tripartite de l'État, du capital et du travail selon des principes corporatistes, un organe dénué de sens qui n'a agi, bien sûr, qu'au nom de l'État et du capital.</p>
<p>Malgré ce tableau sombre et une série de revers presque interminables, la classe ouvrière coréenne a dû être battue petit à petit, avec de longues et amères grèves, et les événements récents montrent que cette combativité est loin d'être éliminée.</p>
<p>Aujourd'hui, vingt ans après la Grande Lutte Ouvrière de 1987, la situation du travail en Corée est devenue l'une des précarisations capitalistes les plus réussies au monde, certainement dans n'importe quel pays industriel avancé. Environ 10 % de la main-d'œuvre coréenne est organisée dans des syndicats KCTU avec des emplois et des salaires réguliers, tandis que 60 % sont précarisés, externalisés et réduits. Chez Hyundai Motor Company, par exemple, l'un des bastions du militantisme industriel de 1987-90, les travailleurs réguliers et les travailleurs occasionnels travaillent côte à côte, faisant exactement les mêmes travaux, les occasionnels gagnant 50% du salaire des travailleurs réguliers. (ce dernier gagnant entre 50 000 $ et 60 000 $ par an, plus les primes et les heures supplémentaires). La KCTU est largement détestée dans la classe ouvrière précarisée en tant que porte-parole corporatiste des travailleurs réguliers très bien payés,et les travailleurs réguliers de leur côté ont même agressé physiquement des travailleurs occasionnels lorsque ces derniers se sont mis à l'état sauvage (comme cela s'est produit par exemple chez Kia Motor Company en août 2007). Lors des récentes élections (décembre 2007), un grand nombre de travailleurs ont voté pour Lee Myoung Back, candidat d'extrême droite du parti One Nation Party (Hanaratang), ancien PDG de Hyundai et maire de Séoul, dans le vain espoir d'un retour à l'économie expansive. des années 1970 et 1980.dans le vain espoir d'un retour à l'économie expansive des années 1970 et 1980.dans le vain espoir d'un retour à l'économie expansive des années 1970 et 1980.</p>
<p>Comment la classe ouvrière coréenne est passée de la lutte et de la victoire offensives à la précarité et à la retraite en à peine deux décennies, c'est donc le sujet de cet article.</p>
<p>Deuxième partie : la démocratie vend l'austérité ; Lutte des classes dans un régime de développement autoritaire</p>
<p>Nous ferions bien de situer l'expérience de la classe ouvrière coréenne dans le cycle plus large des transitions de la dictature à la démocratie (bourgeoise), commençant en Espagne et au Portugal (1974-1976) et se poursuivant dans des pays comme la Pologne et le Brésil. On peut également noter qu'après les « transitions » ibériques, les explosions qui ont suivi ont eu lieu pendant une période de recul et de recul des classes ouvrières nord-américaines et européennes.</p>
<p>En effet, elles ont eu lieu dans le contexte général de crise économique mondiale après la fin du boom de l'après-guerre. En Ibérie, en Pologne et au Brésil, comme en Corée du Sud, une intervention majeure de la classe ouvrière dans la politique et la société a été précédée d'une longue période de « croissance économique » intensive (de qualité très variable) et de répression intensive de l'activité, de l'organisation et les salaires. Dans chaque cas, les luttes ouvrières étaient au cœur de la bataille de l'« opposition démocratique » plus large contre la dictature, et dans chaque cas, l'« opposition démocratique » plus large a pris le pouvoir et mis en œuvre (toujours en étroite collaboration avec</p>
<p>capital international) des programmes d'austérité sévères qui ont fragmenté le mouvement ouvrier. On pourrait conclure que « la démocratie vend l'austérité » et c'est effectivement ma conclusion.</p>
<p>Le cas coréen, bien sûr, a de nombreux détails qui ne devraient pas être submergés par une comparaison générale.</p>
<p>La Corée était, en 1960, considérée comme un « cas du panier » économique, aussi pauvre par habitant que l'Inde ou la Tanzanie. En 1996, en grande pompe, elle a été accueillie au sein de l'OCDE en tant qu'« économie avancée » et seulement un an plus tard (comme indiqué) est tombée sous le contrôle du FMI.</p>
<p>Néanmoins, la Corée, l'un des « tigres » asiatiques aux côtés de Taïwan, Hong Kong et Singapour, s'est imposée dans la période 1960-1997 comme l'une des rares réussites, face à la centaine d'échecs et de régressions des pays du Tiers-Monde bénéficiaires. de l'« aide » occidentale et de la tutelle du FMI et de la Banque mondiale.</p>
<p>Qu'est-ce qui rend la Corée différente ? On peut tout de suite citer son statut particulier (comme les autres tigres) d'avant-poste « vitrine » de l'impérialisme américain, dont le succès économique fut un important contrepoids de propagande aux régimes (dits) socialistes du voisinage immédiat, à savoir la Corée du Nord, la Chine. et l'Union soviétique. Les États-Unis, avec des dizaines de milliers de soldats en Corée du Sud après la fin de la guerre de Corée, ont toléré là-bas des politiques de développement étatiques auxquelles ils s'opposaient ou renversaient régulièrement dans le reste du monde sous-développé.</p>
<p>Deuxièmement, la Corée du Sud, comme Taiwan, se distingue de presque tous les autres pays du Tiers-Monde par la réforme agraire qui a définitivement éliminé l'aristocratie précapitaliste « yangban » entre 1945 et 1950. (Cette réforme a eu lieu sous la pression intense de la réforme agraire. au nord, l'un s'est étendu au sud lorsque les armées de Kim il-sung ont brièvement capturé presque toute la péninsule dans les premiers mois de la guerre.)</p>
<p>Troisièmement, la Corée du Sud, pauvre en ressources naturelles et écrasée par les hostilités de 1950-1953, est le pays par excellence du « capital humain », avec une forte emphase, pour ne pas dire la folie de l'éducation. Même en 1960, le taux d'alphabétisation des adultes était de 90 %, ce qui est à peine le cas dans les pays comparables du tiers monde à l'époque.</p>
<p>Le pays a été divisé au 38e parallèle en 1945 par les armées d'occupation des États-Unis et de l'Union soviétique. La défaite du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale a mis fin à 35 ans de domination coloniale japonaise, cette dernière ayant été un moment important pour jeter les bases d'une économie capitaliste moderne (l'héritage exact de cette période est controversé à ce jour).</p>
<p>Lorsque les occupants japonais ont fui en août 1945, un à deux millions de travailleurs de la zone américaine ont construit des conseils ouvriers (Changpyong, ou Conseil national des travailleurs de Choson) dans les usines abandonnées, moins de tout engagement spécifique envers l'autogestion des travailleurs ( la gauche coréenne était majoritairement stalinienne) que par simple nécessité de produire les bases de la vie quotidienne. Ce système de conseils ouvriers a été dûment fermé par les autorités d'occupation américaines en décembre 1945.</p>
<p>Comme dans les pays européens occupés par l'Allemagne nazie et dont les bourgeoisies avaient également été des collaborateurs, le yangban coréen et la petite classe capitaliste étaient politiquement et socialement discrédités. À partir de ces forces hétéroclites, l'occupation américaine a dû concocter un gouvernement viable capable de vaincre les ouvriers et les paysans éveillés, dont beaucoup étaient fortement favorables à Kim il-Sung et à ses forces de guérilla, et généralement en faveur d'un changement radical. Les États-Unis se sont emparés de la figure de Rhee Syngman et ont supervisé et participé à l'écrasement sans merci de la gauche dans la zone sud au cours de cinq années de guerre partisane et de massacres avant le déclenchement de la guerre avec la Corée du Nord en juin 1950.Ce qui restait d'une gauche sérieuse en 1950 a été physiquement éliminé pendant les années de guerre ou s'est enfui vers le Nord (où beaucoup d'entre eux ont également été éliminés). La continuité avec la gauche coréenne d'avant 1945 dans le sud a été totalement rompue, un facteur qui a joué un rôle non négligeable dans le réveil qui a commencé dans les années 1970.</p>
<p>Rhee Syngman a dirigé une Corée du Sud généralement inepte et économiquement stagnante jusqu'en 1960, entièrement soutenue par le soutien et l'aide militaires américains. Il est finalement renversé lors d'émeutes menées par des étudiants en 1960, et la Corée du Sud profite d'une brève ouverture démocratique. Cette ouverture a été refermée par le coup d'État de Park Chung-hee en 1961, et une nouvelle ère a commencé.</p>
<p>Park Chung-hee n'était pas, ou du moins pas seulement, le dictateur fantoche typique soutenu par les Américains de l'après-Seconde Guerre mondiale. Il est largement admis (bien qu'à ma connaissance aucune preuve définitive n'ait été révélée) pour avoir été communiste dès 1943, et en 1948, il a été arrêté dans le cadre d'un groupe d'étude communiste de jeunes officiers. Lorsqu'il a pris le pouvoir en 1961, les États-Unis ont d'abord hésité à le reconnaître, et à plusieurs reprises au cours de son régime dictatorial (1961-1979), les États-Unis se sont méfiés de ses impulsions nationalistes (comme dans son programme nucléaire indépendant) et de ses flirts diplomatiques occasionnels avec la Corée du Nord. .</p>
<p>De plus, Park avait fait ses études dans une académie militaire japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale et était très amoureux du modèle de développement économique japonais, qu'il tenta rapidement d'imiter en Corée du Sud, avec un certain succès. Le modèle japonais ayant été à son tour copié sur le modèle prussien à la fin du XIXe siècle, la Corée du Sud a acquis un certain placage « allemand » qui est généralement occulté par l'héritage japonais très contesté (et souvent occulté). La constitution de Park, par exemple, a été écrite par un juriste coréen qui a étudié le droit en Allemagne dans les années 50 et qui s'est épris des théories de Carl Schmitt ; par conséquent, « l'état d'urgence » était la pierre angulaire de l'idéologie de Park. Ahn Ho Sang, qui avait été ouvertement pro-nazi dans les années 30 et avait étudié en Allemagne à l'époque hitlérienne,a écrit les manuels d'histoire du lycée d'après-guerre avec le genre de mythe hyper-nationaliste hérité du populisme romantique allemand.</p>
<p>Plus fondamentalement, Park a réprimé les capitalistes parasites de la période Rhee et les a soit éliminés, soit entraînés dans l'investissement productif. Il a mis en œuvre la politique du « nouveau village » (Se Maul) à la campagne, conçue pour capitaliser pleinement l'agriculture et forcer de grandes populations rurales vers les villes et vers l'emploi industriel. Par le biais de la Fédération anticommuniste des syndicats coréens de la guerre froide (FKTU), le régime a exercé un contrôle draconien sur le travail, avec des semaines de travail posté de sept jours et 12 heures qui ne sont pas inhabituelles, et appliquées si nécessaire avec la terreur et la torture policières. A l'époque du Parc, les fameux chaebol (conglomérats) s'élevaient à la prééminence, sous contrôle étatique du crédit et sélection d'industries « championnes nationales »,cette pratique a ensuite été dénoncée comme un « capitalisme de copinage » lorsque l'économie coréenne a connu des difficultés dans les années 1990.</p>
<p>La Corée, comme les autres tigres et contrairement à la plupart des pays du tiers monde à cette époque, s'est développée en progressant, avec une stratégie orientée vers l'exportation, vers le haut de la « chaîne de produits » internationale, en commençant par les textiles et autres industries de consommation légère, puis en procédant à la fabrication (automobile, construction navale) et enfin à la haute technologie, capturant d'importants marchés mondiaux pour les composants informatiques dans les années 1990.</p>
<p>Le succès économique des décennies Park chung-hee, évidemment, ne peut être séparé ni de ses méthodes dictatoriales ni de la conjoncture internationale de l'époque (deux réalités largement ignorées aujourd'hui dans les débats sur les problèmes économiques croissants de la Corée du Sud ; la victoire en décembre 2007 du l'extrême droite aux élections présidentielles s'inspire d'une vision nostalgique et rosée de l'époque du Parc). En plus de bénéficier de sa grande visibilité dans la stratégie géopolitique américaine de la guerre froide, l'économie sud-coréenne a également profité de la vague croissante d'investissements industriels qui, à partir de ca. 1965, a commencé à chercher des lieux en dehors de l'Amérique du Nord et de l'Europe. La rémunération des Coréens à l'étranger a également joué un rôle important,alors que les troupes sud-coréennes rapatriaient des millions de dollars de leur service pendant la guerre du Vietnam et que des dizaines de milliers de travailleurs sud-coréens se rendaient au Moyen-Orient pour travailler sur des projets de construction pendant le boom pétrolier d'après 1973.</p>
<p>Compte tenu de la centralité de la fabrication légère dans la période de « décollage » des années 1960, la renaissance du mouvement ouvrier coréen n'a donc pas commencé par hasard dans les industries textiles, et pas non plus par hasard (puisque la main-d'œuvre était principalement composée de jeunes femmes) dirigée par des travailleuses.</p>
<p>Le mouvement ouvrier coréen contemporain marque ses débuts symboliques le 13 novembre 1970, lorsque Jeon Tae-il, un jeune ouvrier du textile, s'est immolé lors d'une petite manifestation dans l'un des quartiers des ateliers clandestins de Séoul. Jeon avait auparavant poursuivi toutes les formes légales de réparation pour la main-d'œuvre des ateliers clandestins, en vain.</p>
<p>Le mouvement des années 1970 s'est caractérisé par un nombre croissant de grèves menées dans les conditions les plus extrêmes par des ouvrières du textile. Les revendications étaient simples et directes, visaient les horaires de travail inhumains, les bas salaires, les contremaîtres autoritaires et la vie de dortoir forcée des femmes, qui étaient généralement recrutées directement à la campagne et dans les bidonvilles qui surgissaient autour de Séoul et d'autres villes. Les frappes se sont heurtées presque sans exception à une répression brutale de la part du personnel de sécurité de l'usine, de la police, des soldats et des voyous de la pègre coréen. La lutte pour une union démocratique à la Dongil Textile Company à Inchon de 1972 à 1976 a été exemplaire à cet égard.</p>
<p>Les années 1970 ont également vu les débuts de l'implication dans le mouvement ouvrier de groupes religieux (principalement chrétiens) et d'étudiants radicaux (ces derniers appelés « hakchul », ou « venant de l'université »). Les groupes religieux s'inspiraient de la théologie catholique de la libération et de doctrines sociales protestantes similaires. Les groupes religieux et les étudiants ont formé des écoles du soir pour les travailleurs du textile, enseignant l'alphabétisation et les compétences de secrétariat, mais aussi les droits fondamentaux des travailleurs.</p>
<p>Les années 1970, enfin, virent l'essor du mouvement minjung (culture populaire), étroitement lié au mouvement religieux et hakchul. Le mouvement minjung en grande partie de la classe moyenne a atteint la culture populaire coréenne, s'effritant rapidement sous l'impact de la modernisation de la marche forcée, et a tenté de l'utiliser dans la création d'une « contre-culture de la lutte » utilisant la musique et la danse du chamanisme coréen et rural. des traditions paysannes, des créations qui ont réussi à solidifier la détermination du groupe à lutter contre les vicissitudes et la répression. À ce jour, le chant, qui rappelle les IWW américains, reste une partie importante du mouvement ouvrier coréen, avec des manifestations et des grèves chantant des dizaines de chansons que tout le monde connaît par cœur.</p>
<p>Le mouvement coréen des années 1970, qu'il soit ouvrier ou hakchul ou minjung ou religieux, restait très dans le cadre de l'idéologie démocratique libérale et avait tendance à considérer avec sympathie les États-Unis comme une force qui orienterait la dictature coréenne vers la démocratie. Tout cela a changé avec le soulèvement de Kwangju et le massacre qui a suivi en mai 1980.</p>
<p>La Corée a été historiquement un pays de loyautés régionales intenses, loyautés qui ont persisté à l'ère du capitalisme moderne. La province de Cholla, au sud-ouest, est traditionnellement une région d'agriculture et de retard. Park chung-hee, quant à lui, était originaire de la province du sud-est du Gyeongsang, et ses politiques industrielles y étaient principalement dirigées, donnant naissance aux grands centres d'Ulsan, Pohang et Pusan. Les habitants de la province de Cholla en voulaient à cette négligence.</p>
<p>En 1979, des manifestations de masse balayaient le pays, réclamant la démocratie. Les travailleurs étaient à l'avant-garde de bon nombre de ces manifestations. En octobre de la même année, Park chung-hee a été assassiné par le chef de la Central Intelligence Agency coréenne, prétendument après une dispute sur la manière de contenir et de réprimer les manifestations.</p>
<p>Troisième partie : Le soulèvement de Kwangju et le tournant vers le « marxisme-léninisme »</p>
<p>Une brève ouverture démocratique, similaire à 1960, a eu lieu, mais Park a été remplacé par un autre dictateur militaire, Chun Doo Hwan. En mai 1980, l'armée a tiré sur une manifestation à Kwangju, la plus grande ville de la province de Cholla. Le résultat a été un soulèvement au cours duquel la population de Kwangju a pris le contrôle de la ville, s'est armée d'armes provenant d'un arsenal militaire et a combattu les forces de répression, y compris une unité d'élite retirée de la DMZ avec la Corée du Nord, pendant des jours. Les estimations du nombre total de morts des deux côtés (la plupart d'entre eux de toute évidence de la répression de la révolte) à Kwangju vont jusqu'à 2000.</p>
<p>Kwangju a été bouclé et une censure extrême a empêché toute fuite d'informations sérieuses. (La loi draconienne sur la sécurité nationale de la Corée, datant de 1948 et toujours en vigueur aujourd'hui, a fait un crime grave, jusque dans les années 1990, de discuter du soulèvement de Kwangju en public.) . Cependant, il était largement admis que le gouvernement américain, du récent renversement du Shah d'Iran en 1979, au milieu de la crise des otages de Téhéran, et ne voulant plus de mouvements radicaux de masse contre les dictateurs pro-américains, avait été profondément impliqué dans la décision d'utiliser la force extrême (une croyance considérablement renforcée par la divulgation plus récente de documents sur la communication de gouvernement à gouvernement pendant la crise).</p>
<p>À partir de ce moment-là, le mouvement coréen s'est rapidement éloigné des idéologies libérales démocratiques et religieuses des années 1970 pour adopter une orientation révolutionnaire plus radicale, essentiellement « marxiste-léniniste ».</p>
<p>Ce tournant idéologique montre l'importance de toute la période antérieure : la discontinuité quasi totale avec la gauche qui a émergé après l'effondrement du Japon en 1945 et qui a été détruite par la répression gouvernementale et militaire américaine entre 1945 et 1953 ; les décennies de dictature après la guerre de Corée qui ont qualifié la critique sociale la plus modérée d'inspiration nordiste ; l'isolement de la Corée du Sud du bouillonnement mondial des années 1960 et au-delà. (Lorsque des étudiants coréens ont rejoint des groupes d'opposition clandestins dans les années 1970 et 1980, l'une des premières tâches était souvent d'apprendre le japonais, afin de lire tous les livres politiques (et particulièrement marxistes) qui ne pouvaient pas être publiés en Corée.) Ainsi les décennies -longue érosion du stalinisme tel qu'il a été vécu en Europe et aux États-Unis, l'impact de 1968 et de la Nouvelle Gauche occidentale, la critique radicale du léninisme,la renaissance de Hegel et l'impact de la popularisation du Marx des années 1840 étaient tous inconnus ou vus à travers une vitre sombre en Corée du Sud. (Au début des années 1980, un groupe d'étude clandestin se forma pour lire les écrits de Lukacs et Hegel sur l'esthétique - en allemand - et fut découvert ; ses membres furent condamnés à six mois de prison.) En conséquence, la radicalisation du mouvement coréen après Kwangju procédait presque invariablement selon les lignes staliniennes, « marxistes-léninistes », pro-soviétique, pro-Chine, pro-Corée du Nord, mais stalinienne à tous les niveaux. Trotsky était peu connu jusqu'à la fin des années 1980, sans parler des critiques de gauche de Trotsky.un groupe d'étude clandestin formé pour lire les écrits de Lukacs et Hegel sur l'esthétique – en allemand – fut découvert ; ses membres ont été condamnés à six mois de prison.) En conséquence, la radicalisation du mouvement coréen après Kwangju s'est déroulée presque invariablement selon les lignes staliniennes, « marxistes-léninistes », pro-soviétique, pro-Chine, pro-Corée du Nord, mais stalinien à tous les niveaux. Trotsky était peu connu jusqu'à la fin des années 1980, sans parler des critiques de gauche de Trotsky.un groupe d'étude clandestin formé pour lire les écrits de Lukacs et Hegel sur l'esthétique – en allemand – fut découvert ; ses membres ont été condamnés à six mois de prison.) En conséquence, la radicalisation du mouvement coréen après Kwangju s'est déroulée presque invariablement selon les lignes staliniennes, « marxistes-léninistes », pro-soviétique, pro-Chine, pro-Corée du Nord, mais stalinien à tous les niveaux. Trotsky était peu connu jusqu'à la fin des années 1980, sans parler des critiques de gauche de Trotsky.pour ne rien dire des critiques de gauche de Trotsky.pour ne rien dire des critiques de gauche de Trotsky.</p>
<p>Certaines des factions marxistes-léninistes qui ont émergé dans les années 1980 ont été le point de départ des deux tendances majeures du mouvement coréen organisé aujourd'hui (à la fois au sein de la KCTU mentionnée précédemment et du Parti travailliste démocrate coréen ou KDLP). Ces factions sont la « Libération nationale » pro-coréenne (NL, ou juche-istes, ainsi appelée en raison de la doctrine nord-coréenne du « juche » ou de l'autonomie) et de la grande minorité « Démocratie populaire » (PD, plus social-démocrate) . À l'approche de l'élection présidentielle de décembre 2007, les juchéistes ont pris le contrôle total de l'appareil du KDLP et ont purgé certains membres du PD. (Il est également important de noter que les factions NL et PD ont leur base principalement dans les syndicats de cols blancs, tels que les banques, les enseignants et autres fonctionnaires, alors que les cols bleus sont largement indifférents aux deux. Sous la direction de NL,le vote KDLP à l'échelle nationale a chuté, par rapport à 2002, aux élections de décembre 2007 de 5 à 3%, et à Ulsan, le bastion de la classe ouvrière coréenne, de 11 à 8%.)</p>
<p>Le nationalisme est endémique en Corée, y compris dans le mouvement ouvrier. Les raisons en sont à rechercher dans les siècles de domination étrangère (chinoise, puis japonaise, puis américaine), la division du pays après 1945, et la position géopolitique de la Corée au « carrefour » des Chinois, Japonais, Russes et Américains. sphères d'influence. La péninsule coréenne, ou son hégémonie, a été le prix des intrusions étrangères il y a des siècles, et plus récemment la guerre sino-japonaise de 1895, la guerre russo-japonaise de 1904-1905, et plus récemment la guerre de Corée. « Quand les baleines se battent, les vairons se mettent à l'abri » est un vieux proverbe coréen exprimant cette réalité. La tentative japonaise, sur 35 ans (1910-1945) de domination coloniale, d'éliminer pratiquement la culture coréenne a encore renforcé cette impulsion nationaliste. Enfin, les mythes d'homogénéité ethnique,renforcés par des manuels d'histoire populistes mythiques ou plus récemment des drames historiques à la télévision sur les époques de la grandeur coréenne, complètent le tableau. (Une version différente, encore plus virulente, de ce nationalisme est promue en Corée du Nord.) Dans ce contexte, même des événements sportifs, comme les Jeux olympiques de Séoul en 1988 ou les succès de l'équipe coréenne lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2002, deviennent des événements dans le forger une identité nationale.</p>
<p>Pour les mêmes raisons géopolitiques, toute émergence d'une lutte de classe sérieuse en Corée du Sud prend immédiatement une dimension internationale.</p>
<p>Le nationalisme était donc incontesté dans le renouveau de la gauche dans les années 1970 et 1980. Alors qu'un « marxisme » stalinisé repoussait les orientations démocratiques libérales d'avant Kwangju au cours des années 1980, les importations dominantes étaient des variantes de la théorie de l'impérialisme de Lénine, de la théorie du capital monopoliste et de la théorie de la dépendance, popularisées par les groupes marxistes-léninistes et par des journaux clandestins influents.</p>
<p>Les années 1980 ont également vu l'accélération du mouvement hakchul dans les usines, aussi répandu que n'importe quel « tournant vers la classe ouvrière » comparable dans les pays occidentaux par les radicaux de la classe moyenne après 1968. Au sommet du mouvement, des milliers d'anciens étudiants avaient pris des emplois d'usine, et à l'occasion même mené des grèves importantes.</p>
<p>Le mouvement coréen de la fin des années 1980 considérait à juste titre la Corée du Sud comme un pays « périphérique » du système impérial américain, dont seuls le « socialisme » (au sens stalinien) et la réunification nationale pouvaient l'extirper. Il y avait ainsi une tendance à sous-estimer la profondeur du développement industriel coréen et surtout l'élasticité du système qui permettrait des salaires nettement plus élevés dans un cadre capitaliste après la révolte ouvrière de 1987-1990. De telles théories ont été renforcées par le fait que la Corée du Sud n'a rattrapé et dépassé la Corée du Nord économiquement qu'environ. 1980.</p>
<p>La convergence de tous ces facteurs signifiait que l'effondrement de l'Union soviétique en 1991, coïncidant avec le ralentissement des luttes ouvrières après 1990, a eu un impact psychologique bien plus lourd sur les militants en Corée que partout ailleurs en Occident, où le prestige de l'Union soviétique se dégonfle depuis au moins 1956 et certainement depuis 1968. L'ambiance était déjà devenue sombre au printemps 1991, lorsqu'un étudiant de Séoul a été battu à mort par la police et que les candidats de la gauche démocrate ont été écrasés lors des élections municipales de juin 1991. élections, comme pour souligner un sentiment de défaitisme et de futilité après des années de mobilisation et de lutte. On peut ajouter que l'économie coréenne, dans une phase de boom dans la période 1986-88 et la première phase de la Grande Lutte Ouvrière, était entrée dans de nouvelles difficultés en 1990,difficultés dont il ne s'est jamais complètement remis.</p>
<p>Tout comme des développements comparables en Occident après la fin des années 1970, des milliers d'activistes ont abandonné, se sont retirés dans la vie privée, ont tenté de poursuivre des carrières dans la classe moyenne ou, dans le monde universitaire, ont succombé à l'attrait du post-modernisme.</p>
<p>Quatrième partie : La politique nationale et la grande lutte des travailleurs, 1987-1990</p>
<p>Une discussion sur la toile de fond politique du cours de la lutte des classes est également indispensable. À partir des années 1980, les luttes des travailleurs pour des syndicats démocratiques sont passées (avec l'économie coréenne elle-même) de l'industrie légère à l'industrie lourde. La dictature militaire de Chun Doo Hwan qui a succédé à Park chung-hee a été forcée d'assouplir les contrôles au milieu des années 1980, sous la pression croissante de l'opposition démocratique plus large à l'approche des Jeux olympiques panasiatiques (1986) et des Jeux olympiques de Séoul ( 1988). En particulier, la « déclaration de démocratisation » de juin 1987, faite en réponse à la menace que la classe ouvrière se joigne aux manifestations pro-démocratie, a été le déclencheur immédiat de la Grande Lutte Ouvrière de cet été. Pour la première fois, le mouvement s'est déplacé de la région de Séoul-Inchon vers les nouvelles zones industrielles du sud d'Ulsan,Masan et Changwon. Au total, il y a eu plus de 3 000 grèves en 1987, gagnant la syndicalisation, 25 à 30 % d'augmentations de salaire et l'abolition de la discipline militaire détestée (longueur de cheveux imposée, exercices matinaux obligatoires) dans les usines. Ulsan, en particulier, la ville de l'entreprise Hyundai, a connu une mobilisation de rue massive et des combats de rue qui ont duré jusqu'en 1990.</p>
<p>La grève de 128 jours (décembre 1988-avril 1989) chez Hyundai Heavy Industries (HHI) a abouti à une attaque militaire coordonnée contre le chantier naval occupé de Hyundai par 9 000 soldats et policiers, venant de la mer, de l'air et de la terre. Cela a été suivi de dix jours de combats de rue (mobilisant non seulement les travailleurs mais leurs femmes et leurs enfants) dans les quartiers ouvriers d'Ulsan. Cette lutte a été à son tour suivie en 1990 par la grève de Goliat, toujours à HHI, et qui s'est soldée par une cuisante défaite. (Hyundai a construit de vastes immeubles de grande hauteur pour les travailleurs en réponse à ces luttes.)</p>
<p>Cinquième partie : Déclin et début du retour en arrière, 1990-1997</p>
<p>Le reflux des luttes offensives de masse de la période 1987-1990, et l'atmosphère générale de défaite qui s'en est suivie, ont ouvert une nouvelle phase dans les organisations ouvrières coréennes. Les augmentations salariales remportées à la fin des années 1980 ont brièvement renforcé l'illusion de la possibilité d'une cohabitation capital-travail, et donc les courants réformistes. En particulier, au sein du Congrès national des syndicats (ChoNoHyop), la faction de libération nationale de droite et ouvertement réformiste (pro-nord-coréen) a commencé à prendre le dessus sur la faction radicale affaiblie. (Le nom coréen de la faction NL, Kukminpa, signifie littéralement 'Travail avec la nation'). Cette faction a toujours été orientée vers les bureaucrates et les politiciens. Comme mentionné précédemment,une politique gouvernementale de répression visant les meilleurs militants de la NCTU et la tolérance des réformistes ouverts détruisirent la NCTU en 1995 et conduisirent au regroupement de la KCTU sous la direction de droite. (En effet, lors de la fondation même de la NCTU en janvier 1990, la plupart de ses dirigeants étaient en prison ou dans la clandestinité.) La longue expérience de la dictature et du copinage a également rendu certains travailleurs initialement sympathiques à la démocratie bourgeoise et au néolibéralisme. Ulsan est cependant resté en effervescence intense et en juin 1991, lorsque Park Chang Su, un dirigeant syndical, a été tué en prison, 20 000 travailleurs de HHI et 30 000 de HMC ont attaqué la mairie d'Ulsan, la lutte ayant finalement duré un mois.la plupart de ses dirigeants étaient en prison ou dans la clandestinité.) La longue expérience de la dictature et du copinage a également rendu certains ouvriers initialement sympathiques à la démocratie bourgeoise et au néolibéralisme. Ulsan est cependant resté en effervescence intense et en juin 1991, lorsque Park Chang Su, un dirigeant syndical, a été tué en prison, 20 000 travailleurs de HHI et 30 000 de HMC ont attaqué la mairie d'Ulsan, la lutte ayant finalement duré un mois.la plupart de ses dirigeants étaient en prison ou dans la clandestinité.) La longue expérience de la dictature et du copinage a également rendu certains ouvriers initialement sympathiques à la démocratie bourgeoise et au néolibéralisme. Ulsan est cependant resté en effervescence intense et en juin 1991, lorsque Park Chang Su, un dirigeant syndical, a été tué en prison, 20 000 travailleurs de HHI et 30 000 de HMC ont attaqué la mairie d'Ulsan, la lutte ayant finalement duré un mois.</p>
<p>En 1992, la Corée du Sud a rejoint l'Organisation internationale du travail (OIT), à peu près au même moment où les capitalistes se regroupaient pour une répression des gains salariaux. Au cours de cette période, les travailleurs à bas salaires du secteur public ont commencé à s'organiser, les travailleurs de Korea Telcom (KT) étant les plus militants, même si leurs luttes avaient tendance à être principalement axées sur les salaires, bien que liées à une poussée pour la démocratie sur le lieu de travail.</p>
<p>En 1993-1994, le débat a fait rage dans le mouvement sur la voie à suivre, y compris un besoin ressenti de grèves politiques. Les courants les plus radicaux voulaient déplacer les syndicats des syndicats d'entreprise (la forme dominante des syndicats coréens à ce jour) aux syndicats de l'industrie, et créer une organisation faîtière. Alors que la NCTU continuait de décliner sous les coups de la répression et les machinations de la faction NL, la voie était ouverte à la création de la KCTU, officiellement créée (mais pas légalisée avant la crise du FMI) en novembre 1995. Certaines grèves réussies se sont poursuivies en 1995. -96, notamment une grève chez KT, qui a remporté d'importants gains salariaux. En raison de ces grèves, les salaires des cols bleus dépassaient les salaires de la fonction publique. Dans le même temps, les employeurs coréens passaient de plus en plus du modèle chaebol à une orientation vers les avantages de la mondialisation.Les deux parties se préparaient à la confrontation de 1996-1997 sur la loi sur la précarisation du travail. À l'automne 1996, la pression de la base et la préparation d'une grève générale se sont intensifiées. Sous cette pression, la KCTU a dû se retirer des discussions menant à la tristement célèbre Commission tripartite (État-travail-capital) qui, une fois de plus, sera créée au milieu de la crise du FMI au printemps 1998. -dossier de rejet du groupe NL. Une contre-mesure importante des militants radicaux a été la formation des « hyung-jang jujik », ou organisations d'atelier, qui ont tenté de lutter contre la dégénérescence des syndicats et de la KCTU avec une organisation alternative, non pas « en dehors » des syndicats mais en tant que pouvoir de l'ombre à la fois au sein des syndicats et avec des liens « horizontaux » avec les militants d'autres syndicats,lutter contre une tendance à l'esprit de clocher d'entreprise. L'arc du hyung-jang jujik s'est étendu de 1990 à 2005. Dans différentes circonstances, le hyungjang jujik a réussi à prendre le pouvoir dans les principaux syndicats et a alors souvent succombé à la bureaucratisation ; au cours de leurs dernières années, ils sont devenus la proie de divers groupes cherchant une voie détournée vers le pouvoir dans les syndicats, et se sont finalement effondrés. Mais au mieux, dans une situation généralement défensive, ils ont conservé une continuité avec l'élan radical de la période 1987-1990.et finalement effondré. Mais au mieux, dans une situation généralement défensive, ils ont conservé une continuité avec l'élan radical de la période 1987-1990.et finalement effondré. Mais au mieux, dans une situation généralement défensive, ils ont conservé une continuité avec l'élan radical de la période 1987-1990.</p>
<p>Sixième partie : La grève générale et la crise du FMI, 1997-1998</p>
<p>Juste après Noël 1996, le gouvernement coréen de Kim Young-sam, lors d'une session spéciale nocturne du parlement sans la présence de l'opposition, a fait adopter la première d'une série de lois sur la précarisation du travail visant à faire entrer pleinement l'économie sud-coréenne dans l'ère de « mondialisation » et faciliter les licenciements pour les employeurs, ainsi que l'introduction de contrats à plusieurs niveaux. Les employeurs, comme indiqué précédemment, avaient régulièrement réduit les gains des travailleurs de la fin des années 1980, et l'économie s'est encore affaiblie jusqu'en 1996 avec l'accélération des faillites, mais il s'agissait de la première confrontation directe avec le pouvoir ouvrier nouvellement conquis. .</p>
<p>La KCTU, fermement aux mains des droitiers qui avaient vaincu et supplanté la NCTU, a appelé à une grève générale immédiate sous une intense pression de la base, une grève générale qui a été largement suivie. Même la FKTU « jaune » conservatrice de l'époque de la guerre froide s'y est jointe. Les cols blancs y ont également adhéré, et à son apogée, trois millions de travailleurs étaient en grève. (La législation initiale a été retirée, mais une loi pratiquement identique a été adoptée en mars 1997, sans réponse significative de la KCTU.) Encore une fois, l'expérience historique de la classe ouvrière coréenne et la nouveauté de la précarisation ont rendu la grève plus « antifasciste » qu'anti-néo-libéral. La KCTU a fait tout ce qui était en son pouvoir pour éviter une confrontation avec le gouvernement et s'est activement démobilisée là où elle le pouvait. La base, pour sa part, a fait preuve d'une grande spontanéité,comme chez Hyundai et Kia Motor Company. On disait que la KCTU avait rencontré secrètement les capitalistes pour leur assurer que la grève était sous contrôle et qu'elle diminuait. Ils ont proposé la tactique impuissante de la « grève du mercredi », une tactique répétée encore et encore au cours des années suivantes. La grève générale s'est arrêtée fin janvier, avec (comme indiqué) rien de résolu. À la suite de la grève générale, le Parti travailliste démocratique coréen (KDLP, ou Minju Nodong Tang) a été fondé au printemps 1997, avec les mêmes éléments de droite dominants dans la majorité KCTU. L'échec de la grève générale de janvier 1997 a cependant été à son tour éclipsé par la dévastation de l'économie coréenne lors de la crise financière asiatique de 1997-1998.et décroissant. Ils ont proposé la tactique impuissante de la « grève du mercredi », une tactique répétée encore et encore au cours des années suivantes. La grève générale s'est arrêtée fin janvier, avec (comme indiqué) rien de résolu. À la suite de la grève générale, le Parti travailliste démocratique coréen (KDLP, ou Minju Nodong Tang) a été fondé au printemps 1997, avec les mêmes éléments de droite dominants dans la majorité KCTU. L'échec de la grève générale de janvier 1997 a cependant été à son tour éclipsé par la dévastation de l'économie coréenne lors de la crise financière asiatique de 1997-1998.et décroissant. Ils ont proposé la tactique impuissante de la « grève du mercredi », une tactique répétée encore et encore au cours des années suivantes. La grève générale s'est arrêtée fin janvier, avec (comme indiqué) rien de résolu. À la suite de la grève générale, le Parti travailliste démocratique coréen (KDLP, ou Minju Nodong Tang) a été fondé au printemps 1997, avec les mêmes éléments de droite dominants dans la majorité KCTU. L'échec de la grève générale de janvier 1997 a cependant été à son tour éclipsé par la dévastation de l'économie coréenne lors de la crise financière asiatique de 1997-1998.ou Minju Nodong Tang) a été fondée au printemps 1997, avec les mêmes éléments de droite dominants dans la majorité KCTU. L'échec de la grève générale de janvier 1997 a cependant été à son tour éclipsé par la dévastation de l'économie coréenne lors de la crise financière asiatique de 1997-1998.ou Minju Nodong Tang) a été fondée au printemps 1997, avec les mêmes éléments de droite dominants dans la majorité KCTU. L'échec de la grève générale de janvier 1997 a cependant été à son tour éclipsé par la dévastation de l'économie coréenne lors de la crise financière asiatique de 1997-1998.</p>
<p>Commençant en Thaïlande en juillet 1997 avec l'effondrement de la monnaie thaïlandaise, la crise s'est propagée à travers l'Asie au cours des mois suivants, car chaque pays qui avait embrassé le « marché libre » et donc assoupli les contrôles des capitaux a vu une fuite massive de capitaux et la chute de sa monnaie. , la Thaïlande, l'Indonésie et la Corée du Sud étant les plus durement touchées. Le won coréen a chuté de 40 % en novembre 1997, lorsque le gouvernement de Kim Young Sam a obtenu un renflouement de 57 milliards de dollars du FMI. Les quatre candidats aux élections présidentielles de décembre 1997 ont dû signer une acceptation de l'accord du FMI comme condition de décaissement. Ainsi Kim Dae Jong, finalement élu président de la Corée après des décennies dans le désert de l'opposition démocratique, a dû consacrer son mandat à la mise en œuvre du paquet draconien de licenciements, de coupes dans les services gouvernementaux, dele rachat à effet de levier et déréglementé d'industries et de banques coréennes par des étrangers et la précarisation de la main-d'œuvre. La démocratie coréenne, comme le travail organisé coréen avant elle, a triomphé au moment même où l'accomplissement de sa promesse apparente antérieure est devenu impossible, et a triomphé en tant que feuille de vigne nécessaire pour une médecine aussi dure. Les faillites se multiplient et les suicides montent en flèche. Le FMI a d'abord exigé que les banques coréennes licencient 50% de leur personnel (le chiffre a ensuite été abaissé à 30%) et un nombre similaire de fonctionnaires. Le taux de chômage a triplé en 1999 et des millions de personnes ont été replongées dans la pauvreté.a triomphé au moment même où l'accomplissement de sa promesse apparente antérieure est devenu impossible, et a triomphé comme la feuille de vigne nécessaire pour une médecine si dure. Les faillites se multiplient et les suicides montent en flèche. Le FMI a d'abord exigé que les banques coréennes licencient 50% de leur personnel (le chiffre a ensuite été abaissé à 30%) et un nombre similaire de fonctionnaires. Le taux de chômage a triplé en 1999 et des millions de personnes ont été replongées dans la pauvreté.a triomphé au moment même où l'accomplissement de sa promesse apparente antérieure est devenu impossible, et a triomphé comme la feuille de vigne nécessaire pour une médecine si dure. Les faillites se multiplient et les suicides montent en flèche. Le FMI a d'abord exigé que les banques coréennes licencient 50% de leur personnel (le chiffre a ensuite été abaissé à 30%) et un nombre similaire de fonctionnaires. Le taux de chômage a triplé en 1999 et des millions de personnes ont été replongées dans la pauvreté.</p>
<p>Dans cette situation, Kim Dae Jong et la KCTU ont joué leur rôle. Comme mentionné précédemment, Kim a entraîné la direction de la KCTU dans les accords tripartites de février 1998, la KCTU approuvant des licenciements massifs d'urgence. La base de la KCTU s'est révoltée contre une reddition aussi abjecte et a renversé la direction qui avait signé l'accord. Il y a eu quelques grèves à grande échelle contre les licenciements en 1998, comme la grève de la Hyundai Motor Company (HMC), mais les nouveaux dirigeants de la KCTU ont été emprisonnés et les grèves ont généralement été défaites.</p>
<p>Pendant la crise de la FIOM, de nombreuses petites usines ont été anéanties, y compris celles avec une main-d'œuvre militante originaire de la vague de grèves de la fin des années 1980 et auparavant sympathique à la NCTU. Pour la première fois, conformément aux exigences de la FIOM, les travailleurs intérimaires sont devenus un phénomène majeur dans la main-d'œuvre coréenne. En réponse à la vente imposée des actions de Korea Telcom aux investisseurs de Wall Street, par exemple, une grève a éclaté. Cette grève montra de plus en plus le fossé qui se développait entre les travailleurs réguliers et occasionnels. En plus de toucher un salaire plus élevé pour moins de travail, les travailleurs réguliers plus âgés n'avaient pas les compétences informatiques des jeunes occasionnels et ressentaient une insécurité d'emploi croissante. Les dirigeants syndicaux ont parlé dur mais n'ont rien fait. En fin de compte, les travailleurs réguliers et occasionnels ont fait grève, mais pas en même temps. La grève de KT s'est terminée par le licenciement de 10,000 travailleurs occasionnels. L'accord de février 1998 entre Kim Dae Jong et la direction de droite de la KCTU pour des licenciements massifs a conduit à une révolte de la base au sein de la KCTU, et toute la direction a été évincée après que des militants ouvriers eurent occupé les bureaux de la KCTU armés de tuyaux en acier. . Une nouvelle direction de gauche a pris le contrôle, comme mentionné précédemment, et a tenté de relancer une grève générale contre la nouvelle loi du travail en mai, juin et juillet, mais en vain. L'ancienne direction est restée enracinée dans les syndicats de l'industrie lourde et s'est opposée à l'action militante. En juin-août 1998, une grève de 28 jours a eu lieu chez HMC, entraînant le licenciement de 10 000 travailleurs réguliers. En deux ans, 10 000 occasionnels avaient été embauchés pour faire leur travail. KT et diverses banques ont également licencié des travailleurs réguliers et les ont réembauchés comme occasionnels.L'accord de février 1998 entre Kim Dae Jong et la direction de droite de la KCTU pour des licenciements massifs a conduit à une révolte de la base au sein de la KCTU, et toute la direction a été évincée après que des militants ouvriers eurent occupé les bureaux de la KCTU armés de tuyaux en acier. . Une nouvelle direction de gauche a pris le contrôle, comme mentionné précédemment, et a tenté de relancer une grève générale contre la nouvelle loi du travail en mai, juin et juillet, mais en vain. L'ancienne direction est restée enracinée dans les syndicats de l'industrie lourde et s'est opposée à l'action militante. En juin-août 1998, une grève de 28 jours a eu lieu chez HMC, entraînant le licenciement de 10 000 travailleurs réguliers. En deux ans, 10 000 occasionnels avaient été embauchés pour faire leur travail. KT et diverses banques ont également licencié des travailleurs réguliers et les ont réembauchés comme occasionnels.L'accord de février 1998 entre Kim Dae Jong et la direction de droite de la KCTU pour des licenciements massifs a conduit à une révolte de la base au sein de la KCTU, et toute la direction a été évincée après que des militants ouvriers eurent occupé les bureaux de la KCTU armés de tuyaux en acier. . Une nouvelle direction de gauche a pris le contrôle, comme mentionné précédemment, et a tenté de relancer une grève générale contre la nouvelle loi du travail en mai, juin et juillet, mais en vain. L'ancienne direction est restée enracinée dans les syndicats de l'industrie lourde et s'est opposée à l'action militante. En juin-août 1998, une grève de 28 jours a eu lieu chez HMC, entraînant le licenciement de 10 000 travailleurs réguliers. En deux ans, 10 000 occasionnels avaient été embauchés pour faire leur travail. KT et diverses banques ont également licencié des travailleurs réguliers et les ont réembauchés comme occasionnels.</p>
<p>Septième partie : Post-1998 : les travailleurs réguliers contre les travailleurs occasionnels deviennent l'enjeu du mouvement ouvrier</p>
<p>Depuis la crise de la FIOM, la question des travailleurs occasionnels est devenue de plus en plus importante dans le mouvement coréen, ainsi que l'antagonisme entre les travailleurs réguliers et occasionnels, les travailleurs réguliers considérant les travailleurs occasionnels comme sapant leur emploi. (En 2000, un syndicat national des travailleurs occasionnels a été fondé et est maintenant une organisation faîtière avec plus de 50 000 membres.)</p>
<p>Dès 1999, une grève nationale de 32 jours de 4000 tuteurs des écoles Jaenung (hakwon, ou académies privées pour l'enseignement après les heures de cours) a obtenu le droit de négociation collective. Le gouvernement avait nié qu'il s'agissait de travailleurs, les qualifiant plutôt d'« entrepreneurs indépendants ». La grève a été importante pour montrer que l'organisation des travailleurs occasionnels était possible, contre la résistance de l'État et des employeurs.</p>
<p>En 2000-2002, une nouvelle grève de KT a duré 517 jours. Au lendemain de la défaite, le syndicat des travailleurs occasionnels KT a été dissous. Les travailleurs réguliers de KT étaient généralement hostiles aux travailleurs irréguliers. Après la grève, KT a embauché des personnes en tant que « travailleurs sous contrat indirect ». En 2002, 49 % des actions de KT ont été vendues à des investisseurs américains, avec une augmentation des indemnités de départ en contrepartie, ainsi que des actions remises aux travailleurs réguliers. En 2000-2001, une grève d'une usine de climatisation a duré plus d'un mois et a été trahie par les travailleurs réguliers, contre et contre le militantisme des travailleurs occasionnels. Un contre-exemple, cependant, a été la campagne d'organisation des travailleurs de Lotte Hotel en 2000, qui a montré qu'un syndicat de travailleurs réguliers pouvait, dans certaines circonstances, organiser des travailleurs irréguliers. Après une terrible répression des hôteliers et l'incarcération des grévistes,l'hôtel a accepté de régulariser les travailleurs sur une période de deux ans. Au cours de ces mêmes années, cependant, le KDLP se déplaçait vers la droite, et la domination de la ligne NL, orientée vers les bureaucrates de la KCTU et les politiciens du KDLP, empêchait d'organiser les travailleurs occasionnels. (En 2004, la KCTU a même aidé un PDG de Hyundai dans sa campagne électorale en tant qu'indépendant.) De l'avis de certains militants, la KCTU faisait partie intégrante du néolibéralisme, presque au point d'imposer l'externalisation. En 2003, par exemple, les chauffeurs de camion de Pusan ont réussi à faire grève, mais le gouvernement, les employeurs, la KCTU et le KDLP l'ont sabotée. La même année, une grande grève a éclaté à la raffinerie LG Caltex (aujourd'hui GS Caltex), mais la KCTU n'a rien fait pour aider les grévistes. En 2005, 10,000 travailleurs occasionnels du pétrole et de la chimie à Ulsan ont fait grève pendant 83 jours à cause des conditions de travail. La structure d'embauche compliquée imposée par les lois du travail et la stratégie de l'entreprise a entravé la grève. Un « comité pour la région d'Ulsan » a été créé pour s'installer, comprenant des capitalistes, des PDG, des hommes d'affaires plus petits, des ONG et la branche d'Ulsan de la KCTU. Un accord se limitait à la reconnaissance du syndicat. Les ouvriers ont repris le travail pendant six mois de « discussions » en comité qui n'ont abouti à rien. Le retour au travail a été provoqué par des concessions de petites entreprises, mais après le retrait de la KCTU et du KDLP, aucune partie de l'accord n'a jamais été mise en œuvre. Au cours de l'été 2005, une bataille a de nouveau fait rage à Ulsan HMC au sujet de la précarisation. Un travailleur s'est immolé en signe de protestation et le syndicat a refusé de lier sa mort à la situation du travail.Les travailleurs occasionnels ont essayé d'arrêter la chaîne de montage, mais les travailleurs réguliers ont refusé de collaborer. Les chefs d'entreprise et les briseurs de grève ont redémarré la ligne pendant que les travailleurs réguliers se tenaient debout, ne faisant rien. Tous les travailleurs occasionnels impliqués dans la lutte ont été licenciés.</p>
<p>En juin 2006, le syndicat des métallurgistes a voté pour former un syndicat industriel pour tenter de surmonter la fragmentation des travailleurs dans la myriade de filiales dérivées avec des contrats différents, mais HMC négocie toujours avec le syndicat d'entreprise HMC. De nombreux travailleurs militants se sont opposés à l'initiative du syndicat industriel en raison de son programme corporatiste.</p>
<p>Plus tard cet été-là, les ouvriers occasionnels du bâtiment de l'aciérie géante POSCO à Pohang se sont échappés et ont été vaincus. En août 2007, les travailleurs occasionnels de la Kia Motor Company ont pillé et occupé une partie de l'usine, où ils ont été physiquement agressés par les travailleurs réguliers de Kia et contraints de reprendre le travail.</p>
<p>Fait positif, en novembre 2007, les travailleurs réguliers et irréguliers de Hyundai Motor Company à Ulsan ont organisé pour la première fois un mouvement de base ensemble.</p>
<p>Huitième partie : La grève E-Land illumine l'horizon social</p>
<p>La grève E-Land toujours en cours (au moment d'écrire ces lignes, mars 2008) est la dernière et à certains égards la lutte la plus importante de toutes pour placer la question des travailleurs occasionnels au premier plan dans la société sud-coréenne.</p>
<p>En novembre 2006, le gouvernement coréen a adopté une autre série de lois sur le travail occasionnel, appelée à la manière orwellienne Loi sur la protection des travailleurs occasionnels. La loi a été conçue pour créer l'illusion de « faire quelque chose » au sujet d'une condition affectant maintenant plus de 60 % de la population active de la Corée du Sud. La loi prévoyait qu'après deux ans de travail, tous les travailleurs deviendraient automatiquement des travailleurs réguliers. La loi est entrée en vigueur sept mois plus tard, le 1er juillet 2007, et a laissé d'énormes lacunes pour les employeurs qui voulaient licencier les occasionnels avant la date limite. Certaines entreprises se sont conformées à la loi, mais beaucoup d'autres ne l'ont pas fait et ont licencié leurs travailleurs occasionnels en juin. L'ensemble du processus a été mis au point dans une chaîne de grands magasins connue sous le nom d'E-Land, avec une lutte connexe dans une chaîne similaire connue sous le nom de New Core. E-Land avait commencé comme une petite entreprise familiale,sous un propriétaire chrétien fondamentaliste, et était devenue une entreprise annuelle de 58 milliards de dollars avec 61 points de vente à travers le pays. Elle avait repris les magasins de la chaîne française Carrefour. L'entreprise était connue pour ses conditions d'emploi particulièrement difficiles, avec principalement des travailleuses occasionnelles gagnant 800 $ par mois pendant 36 heures par semaine, souvent obligées de travailler des quarts de 12 heures sans même aller aux toilettes. De plus, l'entreprise exigeait que tous les employés, chrétiens ou non, fréquentent la chapelle sur place. Le PDG d'E-Land a versé 10 millions de dollars à son église en 2006. Juste avant l'entrée en vigueur de la nouvelle loi, E-Land et New Core ont licencié 1 000 travailleurs qui seraient considérés comme des travailleurs réguliers en vertu de ses dispositions. La réponse immédiate a été une grève maintenant (mars 2008) dans son 9ème mois, et maintenant face à une défaite presque certaine. Mais dans les premiers jours de la grève,Partout en Corée du Sud, des milliers de travailleurs occasionnels d'autres secteurs sont venus aider à fermer les magasins E-Land. La KCTU est passée à l'action, faisant tout pour étouffer la grève sous une rhétorique abondante tout en détournant les énergies de la base et de ses partisans « de l'extérieur » dans des actions symboliques dénuées de sens. Le 20 juillet, cependant, 200 employés d'E-Land ont occupé un point de vente à Séoul et l'ont fermé. La réponse du gouvernement a été d'envoyer 7 000 soldats, policiers et hommes de main embauchés pour expulser et arrêter violemment 200 personnes. Le gouvernement en déclin de Noh Moon Yon (très impopulaire et qui devait quitter ses fonctions en février 2008) a beaucoup profité du succès de la nouvelle loi. Mais il n'était guère le seul à percevoir l'importance de la grève. De nombreux grands chaebols sont venus en aide à E-Land avec des millions de dollars de prêts. La KCTU, pour sa part,a promis de prêter de l'argent aux syndicats E-Land et New Core lorsque leurs fonds de grève seraient épuisés à la fin de l'été, puis a renié son offre. La KCTU a constamment fait pression sur les syndicats de l'entreprise pour qu'ils viennent à la table de négociation tandis que la direction d'E-Land n'a offert aucune concession. A Pohang, en novembre, E-Land a même tenté d'ouvrir un nouveau point de vente avec uniquement des travailleurs occasionnels. 500 employés d'E-Land et autres occasionnels ont non seulement bloqué l'entrée du magasin, mais ont également attaqué et désarmé la police et les voyous qui le protégeaient. Des actions similaires, y compris des blocages et des occupations de magasins, se sont produites par intermittence tout au long de l'automne. Peut-être le plus remarquable dans la grève E-Land, contrairement à de nombreuses grèves antérieures avec le travail occasionnel comme principal problème, était la large sympathie et le soutien de la grève parmi les travailleurs dans la même situation précaire.Un boycott à l'échelle nationale avait réduit les ventes de 30 % à l'échelle nationale en décembre 2007, et même les médias avaient accordé une couverture généralement favorable à la grève, au moins dans les premières semaines. Que la grève d'E-Land récupère ou non les emplois des grévistes (à ce stade, il semble que ce ne sera pas le cas), ce sera une victoire pour le mouvement ouvrier dans son ensemble en faisant enfin de la précarisation du travail en Corée du Sud une question qui ne peut plus être ignoré. En décembre 2007, le candidat d'extrême droite Hanaratang (One Nation Party) Lee Myoung Back a remporté les élections présidentielles avec un soutien important de la classe ouvrière, une évolution politique qui a probablement scellé le sort de la grève d'E-Land, puisque le nouveau gouvernement (aujourd'hui en place) soutiendrait la gestion d'E-Land encore plus ouvertement que le gouvernement de centre-gauche sortant, largement méprisé, qui avait déçu tant de gens.La direction d'E-Land continue de bénéficier du soutien financier d'autres grands chaebols coréens, alors que les grévistes d'E-Land ont été abandonnés par la quasi-totalité de leurs alliés, KCTU en tête. Le nouveau gouvernement promet une offensive totale de privatisations et de « réformes de marché libre » et doit nécessairement décevoir ses partisans de la classe ouvrière, qui exprimaient plus de dégoût pour l'ancien gouvernement que de soutien au nouveau, ainsi que des rêves vains que l'ex-PDG de Hyundai Lee Myoung Back ramènerait les jours de gloire du capitalisme coréen, qui a pris fin il y a 20 ans. On sait que les grèves perdues en Corée durent depuis des années avec un noyau dur en diminution tandis que la plupart des grévistes trouvent d'autres emplois ou retournent aux anciens. Mais, encore une fois, à cause de la grève d'E-Land,la crise croissante représentée par le travail précaire en Corée du Sud ne peut plus être reléguée au silence. Séoul, Corée du Sud Mars 2008</p>
<p>Bibliographie :</p>
<p>(J'ai appris beaucoup plus dans les conversations et la collaboration avec des militants coréens et des intellectuels pro-ouvriers pour l'article ci-dessus que dans n'importe quel livre, à l'exception de Korean Workers (2001), le seul point de vue complet disponible dans une langue occidentale de Histoire de la classe ouvrière coréenne. Je suis bien sûr grandement gêné par le manque de maîtrise du coréen. Ce qui suit est une bibliographie sommaire des ouvrages que j'ai trouvés utiles.)</p>
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