Matière et Révolution
https://www.matierevolution.org/
Contribution au débat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la matière, de la vie, de l'homme et de la société
Ce site est complémentaire de https://www.matierevolution.fr/frSPIP - www.spip.netMatière et Révolutionhttp://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-5aeb8-d0407.jpg?1789960258
https://www.matierevolution.org/
69144Quatre grenades lacrymogènes sur une aire de jeux d'Ivry-sur-Seine
http://matierevolution.org/spip.php?article9698
http://matierevolution.org/spip.php?article96982026-08-27T22:33:00Ztext/htmlfrKarob
<p>Quatre grenades lacrymogènes sur une aire de jeux, une quarantaine d'enfants, une quinzaine de plaintes <br class='autobr' /> IVRY-SUR-SEINE, 21 JUILLET : L'IMPUNITÉ N'A PAS ATTENDU LA LOI <br class='autobr' />
L'interpellation était faite, à plusieurs mètres de la cité. C'est après que la BAC de Créteil est arrivée — contre le goûter des enfants. Puis la préfecture de police, dont relève cette BAC, a démenti sa propre opération. <br class='autobr' />
Ce que montre la vidéo, ce que confirment tous les autres récits <br class='autobr' />
Nous avons accès à une vidéo (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a>
<div class='rss_texte'><p>Quatre grenades lacrymogènes sur une aire de jeux, une quarantaine d'enfants, une quinzaine de plaintes</p>
<div class='spip_document_17840 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/png/333-2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH707/333-2-5a228.jpg?1789960259' width='500' height='707' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_17839 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/png/222-2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH625/222-2-7dc2f.jpg?1789960259' width='500' height='625' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_17841 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/png/1111-3.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH707/1111-3-ebb4d.jpg?1789960259' width='500' height='707' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_17842 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/png/1000022601-2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH707/1000022601-2-b229d.jpg?1789960259' width='500' height='707' alt='' /></a>
</figure>
</div>
<p>IVRY-SUR-SEINE, 21 JUILLET : L'IMPUNITÉ N'A PAS ATTENDU LA LOI</p>
<p>L'interpellation était faite, à plusieurs mètres de la cité. C'est après que la BAC de Créteil est arrivée — contre le goûter des enfants. Puis la préfecture de police, dont relève cette BAC, a démenti sa propre opération.</p>
<p>Ce que montre la vidéo, ce que confirment tous les autres récits</p>
<p>Nous avons accès à une vidéo diffusée dès le lendemain des faits : celle de Fanta, habitante de la cité, fille et sœur de deux des femmes agressées, mère de la fillette de six ans [18]. C'est elle qui a parlé la première, c'est d'elle que tout est parti. Le journal municipal, la presse, les rassemblements n'ont fait ensuite que confirmer son récit [1][2]. Nous le suivons donc, en signalant ce que chaque autre source y ajoute.</p>
<p>Un lieu que les habitants avaient construit eux-mêmes</p>
<p>Mardi 21 juillet, en début de soirée, cité Amédée-Huon, quartier Monmousseau-Vérollot, à Ivry-sur-Seine. Canicule : les appartements sont invivables, et ce sont les vacances — la vie se fait dehors. En bas des immeubles, les habitants ont construit leur propre équipement : des bancs, un barbecue, une cage de foot pour les enfants, des haltères, et des artistes ont décoré l'ensemble de graffs [18][1]. Ce soir-là, une quarantaine d'enfants et d'adolescents, et le goûter que les mères du quartier préparent à tour de rôle [1]. Rien de tout cela n'a été fourni par la mairie, le bailleur ou l'État : le quartier s'est équipé lui-même, gratuitement, pour vivre ensemble.</p>
<p>L'interpellation était faite. Pourquoi sont-ils venus vers les familles ?</p>
<p>Des policiers interpellent un homme à plusieurs mètres de la cité. L'affaire est réglée, l'homme est arrêté. C'est après que la BAC de Créteil est appelée — pour une raison restée inconnue, admet le journal municipal — et qu'elle arrive en moins de cinq minutes [1]. Pourquoi venir ensuite vers les familles ? Personne ne le dit. Lutte Ouvrière avance que les policiers n'auraient pas supporté d'être filmés [19]. La préfecture de police, elle, ne donne aucun motif. La question reste entière — c'est la première de celles que nous posons plus bas.</p>
<p>Trente à quarante minutes de chasse</p>
<p>Les hommes de la BAC sortent des voitures et tirent des salves de grenades lacrymogènes sur le lieu de vie — deux, puis deux autres [1][19]. Deux mères s'avancent pour demander l'arrêt : les enfants paniquent, toussent. Réponse : le gaz en pleine face. Les deux femmes reculent — et sont suivies. On ne disperse pas quelqu'un qui recule : on le poursuit. L'une est ceinturée, matraquée, plaquée au sol [18][19]. C'est la grand-mère, sa petite-fille de six ans à la main ; elle demande à un policier si ce sont eux qui ont jeté les grenades, il répond oui, un autre la frappe : « Rentrez dans vos pays de merde ! » [1]. Gazée, battue, elle suffoque et fait une crise d'angoisse ; on la laisse au sol, vingt minutes, pendant que des policiers l'accusent de jouer la comédie [1][18]. Sa fille descend demander des explications : gazée à son tour [18]. Un adolescent est touché au pied par un tir de LBD, une fillette de dix-huit mois respire les gaz [1][3]. L'ensemble dure trente à quarante minutes [1]. Une quinzaine de plaintes ont été déposées, l'IGPN saisie [1].</p>
<p>Qui a protégé les enfants ce soir-là</p>
<p>Pas la loi, pas un élu, pas un « contrôle » : le quartier. Une mère met les enfants à l'abri dans un magasin [18], des parents organisent le repli des plus petits loin des fumées [19][1], les téléphones filment [18][1]. Il faudra laver au lait les yeux de la fillette de six ans, qui a vu sa grand-mère à terre [18]. Les vidéos existent : la mère frappée au sol, l'enfant égarée dans les gaz [18]. Et le témoignage règle d'avance la question de la « bavure » : le quartier est patrouillé en permanence, la voiture de la BAC y est connue de tous — l'heure des familles était donc connue. « Vous l'avez fait sciemment » [18].</p>
<p>La préfecture de police dément sa propre opération</p>
<p>La préfecture de police a publié sa version : « une passante, victime d'une crise d'angoisse », prise en charge par les secours ; et aucun fait comparable recensé [2].</p>
<p>Posez le communiqué à côté du témoignage : chaque mot travaille. La crise d'angoisse est vraie — mais amputée de sa cause : la femme la fait après le gaz et les coups de matraque, et le communiqué garde le symptôme en supprimant ce qui l'a produit. « Passante » est faux deux fois : elle n'est pas de passage, elle est du quartier — grand-mère de la fillette de six ans, mère de celle qui témoigne — et le mot la déracine, la rend accidentelle, sans attaches, sans voisins. Quant aux grenades et aux coups : rien, puisque rien n'est recensé — c'est-à-dire rien dans les registres que la police tient elle-même. Le mensonge d'État ne fabrique pas du faux : il prélève dans le vrai ce qui l'innocente et jette le reste. C'est plus efficace qu'une invention, et plus difficile à réfuter — jusqu'à ce que la fille de la « passante » parle, vidéos à l'appui.</p>
<p>Il faut ensuite savoir qui parle. Il n'existe qu'un seul préfet de police pour Paris et la petite couronne : depuis le 14 septembre 2009, toute la sécurité publique des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne relève de lui [4][5]. Une BAC venue de Créteil — la BAC départementale du Val-de-Marne y a sa base [6] — s'inscrit dans cette chaîne : direction territoriale du 94, direction de l'agglomération, préfet de police. Quel échelon exact a appelé, quel échelon a couvert, nous ne le savons pas encore : c'est l'une de nos questions. Mais une chose est acquise : l'institution qui a publié le démenti est aussi l'autorité au sommet de la chaîne dont relève l'unité. La même maison commande et raconte.</p>
<p>Un préfet nommé pour « faire rempart »</p>
<p>Ce sommet a un nom : Patrice Faure, nommé préfet de police le 22 octobre 2025, jusque-là directeur de cabinet d'Emmanuel Macron à l'Élysée, militaire de formation passé par les troupes parachutistes, ancien haut-commissaire en Nouvelle-Calédonie [7]. Il a succédé à Laurent Nuñez, devenu ministre de l'Intérieur — lequel, en l'installant, lui a fixé publiquement sa feuille de route : « défendre cette maison de tout votre poids » contre les assauts qu'elle ne manquera pas d'essuyer [8]. Nous ne savons pas qui a ordonné les grenades du 21 juillet ; nous savons qui dirige l'institution qui les couvre, et ce qu'on lui a demandé le jour de son installation. La responsabilité est institutionnelle et politique — et elle a un visage.</p>
<p>Si des infractions ont été relevées, la loi obligeait à informer le maire. Qu'a-t-il reçu ?</p>
<p>Une précision qui change tout : l'article L. 132-3 du code de la sécurité intérieure oblige les responsables locaux de la police nationale à informer le maire, sans délai, des infractions causant un trouble à l'ordre public commises sur le territoire de sa commune [21]. Le texte vise les infractions commises sur la commune — il ne les réserve pas à celles que commettraient les habitants.<br class='autobr' />
Toute la question est donc celle de la qualification. Quarante enfants gazés au pied d'une cité, une femme matraquée et laissée au sol, un adolescent touché au LBD, une quinzaine de plaintes : si des infractions ont été relevées ce soir-là, la loi obligeait à en informer le maire sans délai. L'ont-elles été ? Et sinon, qu'est-ce que la police a bien pu considérer comme s'étant passé le 21 juillet ? Car c'est là la porte de sortie que l'administration s'est ménagée : l'obligation ne joue que pour les faits qualifiés d'infraction et de trouble à l'ordre public, notion que la loi ne définit pas [22]. Même mécanique que le communiqué — le corps qui a frappé qualifie lui-même ce qu'il a fait, et se dispense d'en rendre compte en décidant qu'il n'y a rien à recenser.</p>
<p>Philippe Bouyssou a appris les faits comme tout le monde, par les habitants et les réseaux, et n'a écrit qu'ensuite — à la préfecture, au ministre [1][2]. Or il n'est pas un simple témoin indigné. Le maire est officier de police judiciaire, et l'article L. 132-2 du code de la sécurité intérieure le dit sans détour : il est tenu de signaler sans délai au procureur de la République les crimes et délits dont il acquiert connaissance dans l'exercice de ses fonctions [23]. Le signalement au parquet n'est pas une option courageuse, c'est une obligation. Et il a un effet utile : lorsque le parquet prend ensuite une décision — classement sans suite, alternative aux poursuites, poursuites, jugement définitif, appel —, le maire qui avait signalé les faits doit en être informé dans un délai d'un mois [21]. Là où une lettre au ministre disparaît dans un tiroir, un signalement ouvre un droit de suivi.</p>
<p>Cent ans de gestion soi-disant communiste, zéro pouvoir sur la force publique</p>
<p>Car sur le fond, le maire ne commande rien. Sa qualité d'officier de police judiciaire est de papier : il n'a pas autorité sur un seul homme de la BAC opérant à Ivry. Le PCF tient l'hôtel de ville depuis l'élection de Georges Marrane, le 15 mai 1925 [25] ; la ville et le parti viennent d'en fêter le centenaire sous l'étiquette d'« un siècle de gestion communiste » [9][26]. Communiste, cette gestion ne l'est que de nom : cent ans de mairie soi-disant communiste, et pas une minute d'autorité sur la force armée qui quadrille la commune.</p>
<p>Que l'on ne se méprenne pas sur ce que nous reprochons là. Nous ne réclamons pas que la mairie ait sa propre police — ce serait réclamer une police de plus. Nous constatons ce que cent ans de gestion soi-disant communiste ont laissé intact : l'État bourgeois, ses corps armés, sa hiérarchie préfectorale. Une municipalité, fût-elle dirigée par un parti stalinien qui a gardé le nom de communiste, administre à l'intérieur de cet État ; elle en gère les marges — logements, crèches, colonies, subventions — sans jamais toucher à son noyau. C'est là toute la différence avec la Commune de 1871, dont le premier décret supprima l'armée permanente au profit du peuple en armes, et qui arracha la police au pouvoir central pour en faire un instrument de la Commune, responsable et révocable à tout instant. Toute la question d'Ivry est là : qui commande la force publique, et devant qui répond-elle ? Et c'est le sens du mot que nous employons ici : la gestion d'Ivry n'est pas communiste, elle est stalinienne — c'est-à-dire l'exact contraire, la gestion loyale de l'État bourgeois par un parti qui a rompu avec le communisme tout en en gardant l'enseigne. Le PCF a demandé et obtenu des places dans l'appareil d'État plutôt que de le briser, et sur le terrain qui nous occupe, il n'a jamais mis en cause l'existence même d'une police d'État — seulement ses excès.</p>
<p>D'où l'impuissance du 21 juillet, qui n'est pas celle d'un homme mais celle d'une politique : le maire condamne, écrit, saisit — et les gaz retombent quand même sur l'aire de jeux. L'architecture, elle, vient de loin. La préfecture de police, créée en 1800, est l'instrument du pouvoir central sur la ville insurrectionnelle : Paris n'a pas eu de maire élu de la Commune à 1977, et la réforme de 2009 a étendu ce régime d'exception à toute la banlieue ouvrière. La commune n'est pas dans la boucle parce que la boucle a été dessinée pour qu'elle n'y soit pas.</p>
<p>Quinze jours qui disent tout : 7, 21, 22 juillet</p>
<p>Le 7 juillet, l'Assemblée nationale adopte, par 313 voix contre 199 — bloc central, droite, extrême droite —, la proposition de loi d'Éric Pauget (LR) instaurant la présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre, durcie par amendement gouvernemental, soutenu par Laurent Nuñez, en présomption de légalité des tirs [10]. Précisons, parce que la précision est une arme : ce texte n'est pas une loi. Il est adopté en première lecture et transmis au Sénat ; la BAC n'a donc rien « appliqué » juridiquement le 21 juillet. Ce qu'elle a appliqué, c'est le climat : un Parlement qui blinde d'avance les tirs, un ministre qui soutient, et une pétition de plus de 700 000 signatures classée « redondante » par la commission de l'Assemblée le 22 juillet [11] — le lendemain d'Ivry. En quinze jours : le droit d'impunité voté, l'impunité pratiquée, la voie pétitionnaire fermée. Amnesty International l'a dit sans détour : avec ce texte, sans la vidéo, le tir qui a tué Nahel Merzouk aurait été considéré comme légal [12].</p>
<p>Une police née du contrôle colonial</p>
<p>La loi de juillet n'explique pourtant pas tout : la BAC vient de plus loin. Le sociologue Mathieu Rigouste l'a documenté : la première brigade anti-criminalité est fondée le 1er octobre 1971 à Saint-Denis, sous le préfet Pierre Bolotte — officier colonial en Indochine et en Algérie, ordonnateur de la répression de mai 1967 en Guadeloupe, qui fit des dizaines de morts —, théoricien d'une « anti-criminalité » consistant à pénétrer la population pour capturer l'« ennemi intérieur » [13]. Le contexte immédiat de cette création dit tout : à l'automne 1971, les affiches du Mouvement des travailleurs arabes dénonçaient dans Paris l'affaire Behar Rehala, ouvrier immigré poursuivi par des policiers pour le vol d'un pot de yaourt — à Ivry, déjà [20]. C'est contre ce type de dénonciations que l'État décide d'encadrer techniquement sa police anticriminalité, plutôt que d'y mettre fin. Charles Pasqua généralise les BAC à toute la France en 1994 [14]. Ce corps n'a pas « dérapé » le 21 juillet : il a fonctionné selon sa notice — le contrôle des populations issues des colonies, transféré des colonies vers les quartiers ouvriers. L'insulte qui a accompagné le coup de matraque n'est pas un excès individuel : c'est la doctrine qui parle par la bouche de l'exécutant.<br class='autobr' /> <br class='autobr' />
La gauche réformiste et stalinienne dénonce — et renvoie à l'État</p>
<p>Il faut le dire : ils ont dénoncé. Philippe Bouyssou (PCF) a condamné avec la plus grande fermeté [2]. Mathilde Panot (LFI), députée de la circonscription, a dénoncé, écrit à la préfecture, au ministre, au Premier ministre, et réclamé au rassemblement du 26 juillet la dissolution de la BAC [1][3]. Assa Traoré est venue à la tribune, dix ans après la mort de son frère [3]. La colère est réelle, la dénonciation aussi. Voici leurs deux prises de position, telles qu'elles ont été publiées.</p>
<p>Philippe Bouyssou, maire PCF d'Ivry-sur-Seine — communiqué publié le 22 juillet à 15 h 04.</p>
<p>Mathilde Panot, députée LFI de la circonscription — publication du 23 juillet, annonçant un courrier au ministre de l'Intérieur.</p>
<p>Regardez maintenant ce qu'ils ne disent pas. Le maire condamne, invite à porter plainte, saisit l'IGPN, écrit au ministre — et pas une ligne sur ce que la loi lui donne : ni ce qu'il a reçu au titre du L. 132-3, ni ce qu'il n'a pas reçu, ni le signalement au procureur auquel le code l'oblige. Tout se passe comme si ce code n'existait pas. La députée, elle, demande publiquement si la BAC a tous les droits dans les quartiers populaires et annonce un courrier au ministre : à notre connaissance, aucune question au gouvernement, aucune question écrite, aucune demande de commission d'enquête n'a été déposée sur les faits du 21 juillet [15]. Un courrier se range dans un tiroir ; une question écrite appelle une réponse publiée. Ils ont choisi l'instrument qui n'oblige à rien.</p>
<p>Rappelons enfin ce qu'ils sont l'un et l'autre : le Front populaire — la coalition qui, à Ivry comme à l'Assemblée, se présente comme le camp des travailleurs. Ce n'est pas la première fois cette année que la municipalité renvoie une affaire à l'État : en juin, contre l'élu RN qui déposait un amendement sur les signes religieux visant deux conseillères, le maire suspendait la séance et saisissait le préfet [27]. Deux fois en deux mois, le même réflexe — remettre le dossier à l'appareil, et attendre.<br class='autobr' />
Le rassemblement du 26 juillet a tout confirmé, dans leurs propres bouches [29]. Le maire s'y est dit — la formule est de lui — présent « plus en tant qu'invité ». Le maire, invité sur son propre territoire : l'aveu résume le siècle. Il a qualifié l'intervention de totalement inappropriée et surdimensionnée — qualification publique qui, dans la bouche d'un officier de police judiciaire, appelle mécaniquement le signalement au procureur qu'il n'annonce toujours pas. Sa théorie de l'action a tenu dans le décompte des plaintes, quatorze plus une enregistrée le lundi : il y aura des traces, a-t-il promis, et l'État ne pourra pas faire semblant d'ignorer. Politique de la preuve — qui suppose qu'un État confronté à des traces cède, quand le parquet et l'IGPN sont précisément les organes chargés de les traiter. Il a regretté le temps où sa génération disait « les gardiens de la paix » : sa génération est celle qui a vu naître les BAC, en 1971 — la police qu'il regrette n'a jamais existé pour les quartiers ouvriers. Et il a converti en une phrase l'auto-défense du quartier en procédure : les habitants ont su, selon lui, assurer leur propre défense en faisant valoir leurs droits. Mathilde Panot a salué le sang-froid extraordinaire des habitants — l'éloge de l'abstention — et annoncé qu'elle avait écrit au ministre et appelé le commissaire : les deux sommets de la chaîne mise en cause. Quant à Assa Traoré, elle a apporté à la tribune, sans le vouloir, la réfutation de toute cette politique : sa première plainte contre les forces de l'ordre, a-t-elle rappelé, a été classée sans suite — et c'est elle qui est poursuivie. Le bilan de la voie qu'on recommandait au quartier, énoncé sur l'estrade même.</p>
<p>Mais regardez où conduisent tous les chemins proposés. La plainte — au parquet. L'IGPN — la police enquêtant sur la police. Les lettres — à Laurent Nuñez, qui dirigeait la préfecture de police il y a dix mois et soutient le texte d'impunité. La pétition — sur le modèle de celle qu'on vient de classer sans la lire. La manifestation du 19 septembre — pour demander à l'État de retirer à l'État son « permis de tuer ». Chaque voie ramène la colère au guichet de l'appareil qui a frappé.</p>
<p>Et le cadre d'explication ferme le cercle : le racisme comme cause dernière, la bonne police républicaine comme horizon. Une habitante du quartier l'a formulé au rassemblement : les habitants veulent une police qui les protège, qui les rassure — pas une police qui les tabasse [29]. Or la même habitante, dans la même intervention, avait trouvé le mot le plus juste de la journée : ces « voyous légalisés » — légalisés, c'est-à-dire que l'illégalité est dans la loi, non dans la faute. La contradiction est entière, et elle n'est pas une trahison : c'est celle d'une conscience en mouvement. L'expérience du 21 juillet a produit la caractérisation exacte ; le cadre hérité, celui que la mairie, la députée et les médias répètent, fournit encore l'horizon. C'est exactement là que se joue notre travail — car si la violence est légalisée, aucune police réformée, produite par le même État, ne protégera quiconque. Le racisme n'est pas une invention, il est au dossier ; mais la section précédente montre d'où il vient : c'est un outil de fonctionnement du corps, pas un défaut à corriger. Corriger le racisme d'une force d'occupation, c'est réclamer une occupation polie. Et réclamer une police qui protège, c'est demander à l'État de classe un organe qu'il n'a jamais produit — quand la seule protection réelle, le 21 juillet, est venue du quartier lui-même. Dissoudre la BAC ? On dissoudra un sigle : la fonction lui préexiste et lui survivra tant que restera debout l'État qui l'exerce.</p>
<p>Lutte Ouvrière voit des cow-boys là où opère un État</p>
<p>Une organisation d'extrême gauche a écrit, à notre connaissance : Lutte Ouvrière, le 29 juillet [19]. L'article nomme la BAC de Créteil, les salves de grenades au mépris des dizaines d'enfants, les mères gazées en pleine face, matraquées, plaquées au sol : le constat y est, et il est juste. Mais lisez le vocabulaire : des cow-boys — c'est le titre —, des hommes déchaînés comme des bêtes, « des voyous en uniforme ». Un bestiaire, pas une analyse — une habitante du quartier a fait mieux au rassemblement, en deux mots : « voyous légalisés », où c'est la loi qui est mise en cause, et non la bête [29]. Tout s'arrête aux exécutants : pas un mot sur la préfecture de police, sur Patrice Faure, sur Laurent Nuñez, sur la chaîne de commandement ; pas une ligne sur le communiqué de déni, pourtant la pièce la plus politique du dossier. L'État y disparaît derrière des individus déchaînés — comme si un corps commandé, payé, couvert et bientôt légalement blindé était une meute échappée. LO écrit même que ces policiers se sentiraient encouragés par le vote, début juillet, d'une loi de présomption de légitime défense : or le texte n'est pas une loi — il est au Sénat, et l'imprécision escamote le fait que la bataille parlementaire continue et qu'une pétition de 700 000 signatures vient d'être enterrée. Reste la chute de l'article : la défense légitime, ce serait celle de la population victime des violences policières. C'est la seule direction juste — et LO s'y arrête net. Pas un mot sur comment : ni comité d'habitants, ni collecte des preuves, ni auto-défense organisée. Une intuition sans politique ; une formule de journal, pas un plan de bataille.</p>
<p>Quant à Révolution Permanente et au NPA-Révolutionnaires : au 20 août, nous n'avons trouvé sur leurs sites aucun article sur Ivry. Nous disons bien : nous n'avons rien trouvé — pas : ils n'ont rien publié. Le NPA-Révolutionnaires a pourtant conduit une liste aux municipales à Ivry même, menée par Selma Labib, conductrice de bus dans la ville [16]. Révolution Permanente, qui revendique le terrain des quartiers populaires et mène campagne présidentielle sur celui des violences policières, n'est passée en régime estival que le 31 juillet [17] : la fenêtre était ouverte — et Assa Traoré, qui fut un soutien de sa candidature, était à la tribune du 26.<br class='autobr' /> <br class='autobr' />
NOS QUESTIONS — ET À QUI NOUS LES POSONS</p>
<p>Fanta a posé publiquement les premières, dans sa vidéo puis au rassemblement [18][3]. Nous les reprenons et les prolongeons, parce qu'aucune institution ne les posera. Nous voulons toute la chaîne, de l'homme qui a lancé la première grenade au bureau qui a rédigé le démenti.</p>
<p>À monsieur le préfet de police, Patrice Faure — que s'est-il passé le 21 juillet ?</p>
<p>1. Quelle unité, exactement ? BAC départementale du Val-de-Marne, BAC locale, autre service : le nom du service engagé le 21 juillet.</p>
<p>2. Combien d'équipages, combien d'agents, et sous quel commandement — le nom et le grade de l'officier responsable du dispositif ce soir-là.</p>
<p>3. Les numéros RIO des agents présents, et les immatriculations des véhicules engagés. L'obligation de port apparent existe depuis 2014 ; le Conseil d'État a dû enjoindre au ministre de l'Intérieur, en 2023 puis en 2026, de la faire enfin respecter et de rendre le matricule lisible [24]. Vos agents étaient-ils identifiables au pied de la cité Amédée-Huon ? Les vidéos des habitants en jugeront.</p>
<p>4. Qui a appelé la BAC, alors que l'interpellation était déjà faite à plusieurs mètres de là — et quel motif figure dans les registres ?</p>
<p>5. Qui a ordonné, ou couvert, le tir de grenades lacrymogènes sur un lieu occupé par une quarantaine d'enfants ? Sur quelle base légale, après quelles sommations ?</p>
<p>6. À quelle heure la direction territoriale du Val-de-Marne a-t-elle été informée, et par qui ? Quel compte rendu est remonté à la direction de l'agglomération, puis à votre cabinet ?<br class='autobr' />
7. Qui a rédigé le communiqué assurant qu'aucun fait comparable n'était recensé, sur la base de quels rapports, et qui l'a validé ?</p>
<p>8. Endossez-vous l'opération de vos hommes — ou seulement leur version ?<br class='autobr' />
9. Et au ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui dirigeait la préfecture de police il y a dix mois et soutient la présomption de légalité des tirs : êtes-vous en position de sanctionner quoi que ce soit ?</p>
<p>À monsieur le maire d'Ivry-sur-Seine, Philippe Bouyssou (PCF, Front populaire)</p>
<p>Pas un communiqué de plus : trois actes, tous vérifiables.</p>
<p>10. Dites publiquement ce que vous avez reçu au titre de l'article L. 132-3 : quelles notes d'information, à quelle date, émanant de quel service, sous quelle qualification des faits. Si vous n'avez rien reçu, dites-le aussi clairement — l'absence est une réponse, et elle nous en apprendra autant. Rendez public tout ce qui peut légalement l'être, l'information au maire s'exerçant dans le respect du secret de l'enquête [21].</p>
<p>11. Avez-vous signalé les faits au procureur de la République, comme l'article L. 132-2 du code de la sécurité intérieure vous y oblige [23] ? À quelle date ? Sinon, faites-le. Et lorsque le parquet prendra une décision, publiez-la.</p>
<p>12. Ouvrez les archives de la relation entre la mairie et la préfecture sur ce quartier : conventions, réunions, comptes rendus de sécurité. Que se décide-t-il sur la vie des habitants sans eux ?<br class='autobr' />
À madame la députée de la circonscription, Mathilde Panot (LFI, Front populaire)<br class='autobr' />
Vous avez saisi le ministre. Utilisez ce que le courrier ne fait pas.</p>
<p>13. Déposerez-vous une question écrite et une question au gouvernement sur les faits du 21 juillet — et en publierez-vous le numéro et la date ? Le préfet de police est sous l'autorité du gouvernement : c'est au gouvernement qu'il faut demander des comptes, pas au préfet de s'auto-évaluer.</p>
<p>14. Demanderez-vous publiquement l'identification de l'unité engagée, le nom et le grade de l'officier qui commandait le dispositif, les numéros RIO des agents, les immatriculations des véhicules, l'heure et le contenu des comptes rendus remontés à la hiérarchie ?</p>
<p>15. Associerez-vous les habitants organisés — c'est-à-dire les informerez-vous des questions que votre groupe entend poser, avant qu'elles le soient, et accepterez-vous d'y ajouter les leurs ? Ceux qui ont respiré les gaz ne sont pas le décor d'une publication.</p>
<p>Aux policiers du rang qui étaient là le 21 juillet</p>
<p>« L'ouvrier, devenu policier au service de l'État capitaliste, est un policier bourgeois et non un ouvrier. » Trotsky écrivait cela en janvier 1932, contre les sociaux-démocrates allemands qui comptaient sur la police prussienne pour arrêter Hitler ; et il ajoutait la phrase qui vaut ici mot pour mot — tout policier sait que les gouvernements changent, la police, elle, reste [28]. Voilà pourquoi les lettres au ministre ne font trembler personne à la préfecture de police, et voilà pourquoi nous ne nous adressons pas à vous comme à des camarades : vous êtes un corps recruté, payé et commandé pour tenir des quartiers comme celui-ci.</p>
<p>Mais le même constat ouvre une brèche. Le communiqué de la préfecture ne protège pas les hommes qui étaient au pied de la cité : il les efface, en attendant. Le jour où les images deviendront impossibles à nier, ce n'est ni le préfet, ni le ministre, ni le rédacteur du communiqué qui se retrouvera devant le juge — ce sera l'exécutant, et l'institution le lâchera avec le même sang-froid qu'elle met aujourd'hui à le couvrir. Un corps qui ment sur ce qu'il a fait ment aussi sur ce qu'il doit à ses hommes.</p>
<p>Vous n'êtes pas payés pour taper des enfants.</p>
<p>16. Porterez-vous votre numéro d'identification, visible, comme la loi vous y oblige et comme le Conseil d'État a dû l'exiger deux fois du ministre ?</p>
<p>17. Si vous étiez là, direz-vous ce que vous avez vu — un rapport écrit, un témoignage, un mot à un avocat ? Ce ne sera pas de la délation : ce sera la seule chose qui vous distinguera de ceux qui ont frappé.</p>
<p>18. Et la prochaine fois qu'on vous enverra faire cela devant des enfants : refuserez-vous ? Un ordre manifestement illégal n'a pas à être exécuté — votre propre code de déontologie vous l'impose.<br class='autobr' />
Nous ne vous demandons pas d'être de notre côté. Nous vous demandons de ne pas être le fusible du leur.</p>
<p>Aux travailleurs et aux habitants d'Ivry : organisons notre propre enquête</p>
<p>Ne confions notre affaire à personne. La plainte suit son chemin, l'IGPN le sien, les courriers le leur. Pendant ce temps, ce qui s'est réellement passé le 21 juillet risque de se perdre — et c'est cela, précisément, que l'oubli administratif appelle. Nous appelons les habitants et les travailleurs de la cité et des quartiers voisins à constituer un comité d'enquête. Son travail :</p>
<p>— recueillir et écrire les témoignages, un par un, datés et signés, tant qu'ils sont frais ;</p>
<p>— rassembler, dupliquer et mettre à l'abri toutes les vidéos et photos, hors des plateformes qui peuvent les supprimer ;</p>
<p>— faire établir sans délai les certificats médicaux, y compris pour les enfants ;</p>
<p>— relever sur les images tout ce qui permet d'identifier l'unité : numéros RIO, immatriculations et modèles des véhicules, marquages, heures affichées — chaque élément versé au dossier de plainte et remis à l'avocat ;</p>
<p>— établir la chronologie heure par heure, et tenir le compte public de ce que chaque autorité répond ou ne répond pas ;
<br />— faire le lien avec les autres quartiers : à Vitry, un élu a rapporté qu'un jeune avait été défiguré par la même BAC de Créteil. Ce quartier n'est pas un cas isolé.</p>
<p>Ce qui a été fait spontanément le 21 juillet — mettre les petits à l'abri, s'interposer, filmer — doit maintenant être organisé. C'est la seule protection réelle, et elle ne dépend d'aucune autorité.</p>
<p>19. Et la seule question qui engage l'avenir : le quartier, qui a démontré le 21 juillet qu'il était sa propre et unique protection, s'organisera-t-il durablement — comité d'habitants, collecte des preuves et des certificats médicaux, relevé des matricules et des immatriculations, défense collective ? Ou laissera-t-on cette force se dissoudre dans les guichets de ceux qui l'ont gazée ?<br class='autobr' /> <br class='autobr' />
Notes</p>
<p>[1] « Ivry face aux violences policières », Ivry ma ville, ville d'Ivry-sur-Seine (Daniel Paris-Clavel).</p>
<p>[2] « Une intervention de police musclée filmée à Ivry-sur-Seine, le maire dénonce des violences “inadmissibles” », actu.fr, 24 juillet 2026 (communiqué du maire du 22 juillet ; version de la préfecture de police ; témoignage recueilli par Cerveaux non disponibles).</p>
<p>[3] « Ivry-sur-Seine. Le quartier Huon relève la tête face aux violences policières », Nos Révolutions, 30 juillet 2026.</p>
<p>[4] Décret n° 2009-898 du 24 juillet 2009 ; création de la DSPAP le 14 septembre 2009 (Paris, 92, 93, 94 sous le préfet de police).</p>
<p>[5] Contrôleur général des lieux de privation de liberté, rapport de visite du commissariat de Créteil : la DTSP 94 est rattachée à la préfecture de police depuis le 14 septembre 2009.</p>
<p>[6] BAC départementale du Val-de-Marne (BAC D 94), base Créteil.</p>
<p>[7] Préfecture de police, « Les missions du préfet de Police » ; nomination de Patrice Faure en Conseil des ministres le 22 octobre 2025.</p>
<p>[8] Ministère de l'Intérieur, « Installation du nouveau préfet de Police », 27 octobre 2025.</p>
<p>[9] Ville d'Ivry-sur-Seine, « Bienvenue à Ivry-sur-Seine » : la ville revendique près de cent ans de « communisme municipal ».</p>
<p>[10] Assemblée nationale, dossier législatif de la PPL n° 691, texte adopté T.A. n° 328 du 7 juillet 2026, transmis au Sénat (texte n° 866).</p>
<p>[11] Actu-Juridique : pétition de 720 000 signatures (seuil légal : 500 000) classée « redondante » le 22 juillet 2026.</p>
<p>[12] Amnesty International France, « “Permis de tuer” : ce que changerait la loi sur la présomption de légitime défense de la police ».</p>
<p>[13] Mathieu Rigouste, La domination policière. Une violence industrielle (La Découverte) ; du même auteur, « Des massacres oubliés de mai 1967 en Guadeloupe aux prémices de l'ordre sécuritaire moderne dans les quartiers ».</p>
<p>[14] Généralisation des BAC à toute la France en 1994 (Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur).</p>
<p>[15] Vérification par nos soins au 20 août 2026.</p>
<p>[16] npa-revolutionnaires.org, « Municipales 2026 » : liste d'Ivry conduite par Selma Labib et Benoit Chazerand.</p>
<p>[17] revolutionpermanente.fr, rubrique « Médias » : passage en régime estival annoncé le 31 juillet 2026.</p>
<p>[18] Témoignage vidéo de Fanta, habitante de la cité Amédée-Huon, fille et sœur de deux des femmes agressées, mère de la fillette de six ans — diffusé au lendemain des faits, repris notamment par Cerveaux non disponibles. Source primaire de l'article.</p>
<p>[19] « Police : les cow-boys se déchaînent », Lutte ouvrière n° 3026, 29 juillet 2026 (Correspondant LO).</p>
<p>[20] Mathieu Rigouste, « L'invention de la BAC et le quadrillage sécuritaire des quartiers populaires » (Contretemps) : à l'automne 1971, des affiches du Mouvement des travailleurs arabes dénonçaient dans plusieurs quartiers de Paris le sort de Behar Rehala, ouvrier immigré poursuivi par des policiers à Ivry. Nous rapportons le contenu de ces affiches militantes, non un fait judiciairement établi : les sources contemporaines divergent sur l'issue.</p>
<p>[21] Article L. 132-3 du code de la sécurité intérieure : information du maire sans délai par les responsables locaux de la police des infractions causant un trouble à l'ordre public commises sur sa commune ; information systématique du maire, dans un délai d'un mois, des décisions du parquet concernant les infractions qu'il a signalées. Ces informations lui sont communiquées dans le respect de l'article 11 du code de procédure pénale (secret de l'enquête et de l'instruction).</p>
<p>[22] Réponses ministérielles au Sénat sur l'application du L. 132-3 : sont exclus les faits non constitutifs d'une infraction et ceux ne générant pas de trouble à l'ordre public, notion que la loi ne définit pas ; l'obligation est par ailleurs notoirement mal appliquée.</p>
<p>[23] Article 16 du code de procédure pénale : les maires et leurs adjoints ont la qualité d'officier de police judiciaire. Article L. 132-2 du code de la sécurité intérieure et article 40, second alinéa, du code de procédure pénale : obligation de signaler sans délai au procureur les crimes et délits dont on acquiert connaissance dans l'exercice de ses fonctions.</p>
<p>[24] Obligation de port apparent du RIO depuis 2014, article R. 434-15 du code de la sécurité intérieure ; Conseil d'État, 11 octobre 2023 : obligation « insuffisamment respectée », injonction au ministre sous douze mois ; nouvelle décision d'avril 2026 enjoignant d'achever la mise en œuvre avant fin 2026.</p>
<p>[25] Georges Marrane, élu maire d'Ivry-sur-Seine le 15 mai 1925 à la tête de la liste du Bloc ouvrier et paysan, maire jusqu'en 1965 (hors période d'occupation) — notice du Sénat, Le Maitron, ville d'Ivry-sur-Seine.</p>
<p>[26] « Ivry : un siècle de gestion communiste », site du PCF, novembre 2025.</p>
<p>[27] Séance du conseil municipal d'Ivry du 11 juin 2026 : amendement de l'élu RN visant les signes religieux des élus, refus de vote du maire, séance suspendue, saisine du préfet. Voir nos articles de juin 2026 sur cette municipalité.</p>
<p>[28] Léon Trotsky, « Et maintenant ? Questions vitales pour le prolétariat allemand », chapitre 1, 27 janvier 1932 — texte français, marxists.org, Œuvres, janvier 1932.</p>
<p>[29] Interventions au rassemblement du 26 juillet 2026 : extraits vidéo publiés par le site MDAP, transcriptions établies par nos soins. Extraits partiels, mis en ligne dans le désordre ; citations et propos rapportés à recaler sur l'audio original avant mise en ligne. Nos Révolutions prête une formule voisine (« On veut une police qui protège ») à Assa Traoré ; l'extrait vidéo la place dans la bouche d'une habitante — nous ne fondons pas les deux.</p>
<div class='spip_document_17843 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/png/1000022605-2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH707/1000022605-2-f2279.jpg?1789960259' width='500' height='707' alt='' /></a>
</figure>
</div></div>
1957-1974 : grèves générales des banques en France
http://matierevolution.org/spip.php?article9103
http://matierevolution.org/spip.php?article91032026-07-25T22:23:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>1957-1974 : grèves générales des banques en France <br class='autobr' /> La grève des banques de juillet 1957 <br class='autobr' />
https://www.marxists.org/francais/eemans/works/1957/11/eemans_57.htm <br class='autobr' />
https://www.lemonde.fr/archives/article/1957/07/24/la-greve-des-banques-se-poursuit-apres-l-echec-de-la-reunion-de-lundi_2319333_1819218.html <br class='autobr' />
https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/rcc8904092487/amiens-banques (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">1957-1974 : grèves générales des banques en France</h2>
<p> La grève des banques de juillet 1957</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/eemans/works/1957/11/eemans_57.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/eemans/works/1957/11/eemans_57.htm</a></p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1957/07/24/la-greve-des-banques-se-poursuit-apres-l-echec-de-la-reunion-de-lundi_2319333_1819218.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lemonde.fr/archives/article/1957/07/24/la-greve-des-banques-se-poursuit-apres-l-echec-de-la-reunion-de-lundi_2319333_1819218.html</a></p>
<p><a href="https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/rcc8904092487/amiens-banques" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/rcc8904092487/amiens-banques</a></p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1957/05/24/le-personnel-des-banques-envisage-une-greve-de-vingt-quatre-heures-le-5-juin_2336129_1819218.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lemonde.fr/archives/article/1957/05/24/le-personnel-des-banques-envisage-une-greve-de-vingt-quatre-heures-le-5-juin_2336129_1819218.html</a></p>
<p>La grève des banques de 1974</p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=rRjZiXolfe0" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=rRjZiXolfe0</a></p>
<p><a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-fabrique-de-l-histoire/quand-les-banquiers-criaient-a-bas-les-profits-1332927" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-fabrique-de-l-histoire/quand-les-banquiers-criaient-a-bas-les-profits-1332927</a></p>
<p><a href="https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/1974-greve-credit-lyonnais-cest-base-decide-166432.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/1974-greve-credit-lyonnais-cest-base-decide-166432.html</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/doc_uc/1974/greve_CL.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/doc_uc/1974/greve_CL.pdf</a></p>
<p><a href="https://www.persee.fr/doc/sotra_0038-0296_1983_num_25_1_1917" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.persee.fr/doc/sotra_0038-0296_1983_num_25_1_1917</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=K-Vx289odwE" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=K-Vx289odwE</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=fadKLJfy_mM" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=fadKLJfy_mM</a></p></div>
Le Groupe SNCF est une annexe de l'armée... Cheminots, battons-nous contre la guerre impérialiste !
http://matierevolution.org/spip.php?article9681
http://matierevolution.org/spip.php?article96812026-07-23T22:23:00Ztext/htmlfrKarobCheminotsSNCF
<p>« Le Groupe SNCF est un appui efficace de l'action de l'État. Partenaire de la défense nationale, le groupe a participé à plusieurs exercices militaires et s'est engagé à promouvoir la réserve opérationnelle en juillet 2023 en renouvelant sa "convention de soutien aux politiques de réserve" avec le ministère des Armées et des Anciens combattants. » — Fiche officielle du ministère des Armées, « Troupes à pied : Réservistes du Groupe SNCF », juillet 2026 <br class='autobr' />
14 juillet 2026 : dans les guerres à (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot224" rel="tag">Cheminots</a>,
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot232" rel="tag">SNCF</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_17769 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/png/chatgpt_image_21_juil__2026_14_48_05.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH667/chatgpt_image_21_juil__2026_14_48_05-92df3.jpg?1789980907' width='500' height='667' alt='' /></a>
</figure>
</div>
<p>« Le Groupe SNCF est un appui efficace de l'action de l'État. Partenaire de la défense nationale, le groupe a participé à plusieurs exercices militaires et s'est engagé à promouvoir la réserve opérationnelle en juillet 2023 en renouvelant sa "convention de soutien aux politiques de réserve" avec le ministère des Armées et des Anciens combattants. » — Fiche officielle du ministère des Armées, « Troupes à pied : Réservistes du Groupe SNCF », juillet 2026</p>
<p>14 juillet 2026 : dans les guerres à venir annoncées par Macron, la SNCF renoue avec la défense nationale et prépare les cheminots à servir l'impérialisme français — Kazib/SUD-Rail/Révolution Permanente détourne le regard</p>
<p>L'aveu ne vient pas d'un tract syndical ni d'un pamphlet : il vient du ministère lui-même. « Appui efficace de l'action de l'État », « partenaire de la défense nationale », « plusieurs exercices militaires », convention de soutien aux politiques de réserve renouvelée avec le ministère des Armées. L'institution se décrit elle-même, et sa langue dit tout. Reste à la traduire, et à regarder qui, à gauche, a choisi de ne pas le faire.</p>
<p>Le 14 juillet 2026, 107 agents du groupe SNCF ont défilé à pied sur les Champs-Élysées, aux côtés des forces armées, sous le commandement d'un colonel de réserve devenu « référent Garde nationale » permanent dans l'organigramme de l'entreprise. La question n'est pas de savoir ce que le 14 juillet fut jadis — la prise de la Bastille. La question est : à quoi sert ce défilé-ci, cette année-ci. La veille, Macron y a répondu lui-même.</p>
<p>« Préparer les guerres à venir » : le mot d'ordre est présidentiel</p>
<p>Le 13 juillet, à l'hôtel de Brienne, Macron ne dresse pas un bilan qui se ferme. Il trace une ligne à poursuivre : « Oui, nous devons préparer les guerres à venir », « ce sont les guerres d'aujourd'hui que nous devons gagner ». Il revendique un budget militaire porté à 64 milliards d'euros en 2027, soit en dix ans un doublement du budget des armées, plus 36 milliards supplémentaires pour la période 2026-2030. Il assume la formule : la France se tient prête à combattre pour défendre la liberté et le droit, au prix du sang s'il le faut. Ce n'est pas un spectacle du passé : c'est un armement tourné vers l'avenir, prononcé devant Zelensky et vingt-cinq chefs d'État de la « Coalition des volontaires » réunis la veille.</p>
<p>Et le mot que la fiche SNCF emploie pour se décrire — « participer à la résilience de la Nation » — est défini dans ce discours : l'actualisation de la loi de programmation militaire entend renforcer la résilience de la Nation et consolider cette force d'âme. Le vocabulaire de l'entreprise ferroviaire n'est pas une fioriture de communicant : c'est un fragment du lexique de guerre du chef des armées. Quand la SNCF dit « réseau stratégique défense » et « résilience », elle parle la langue de Brienne.</p>
<p>La réserve n'est pas du folklore : c'est un pilier nommé de l'économie de guerre</p>
<p>Le même discours soude la jeunesse et la réserve dans une seule phrase. Le nouveau service national, « purement militaire », lancé en septembre 2026, est selon Macron essentiel pour continuer à recruter les meilleurs, essentiel pour continuer aussi à accroître notre réserve. La réserve opérationnelle — celle qu'alimentent les 1 500 cheminots réservistes du groupe — n'est donc pas une lubie d'entreprise : c'est un rouage revendiqué de l'économie de guerre, au même rang que l'embrigadement des 18-25 ans. Le défilé des cheminots et le service national relèvent du même dispositif : fournir le « sang » que réclame le réarmement, à côté des milliards. L'agent SNCF en uniforme et le jeune appelé de septembre sont deux produits de la même chaîne.</p>
<p>Ce que la SNCF met en scène, l'État l'a déjà inscrit dans le contrat</p>
<p>Ce défilé ne se surajoute pas au rapport salarial : il le dévoile. Le réseau étant classé infrastructure de défense, le cheminot accepte, en signant, d'être appelé sous les drapeaux sur son lieu de travail en cas de mobilisation. La « réserve volontaire » festive qu'on parade le 14 juillet n'est que la face consentie d'une subordination militaire déjà là, pré-inscrite. Dans la conjoncture de 2026 — économie de guerre que Macron juge lui-même insuffisante, désengagement états-unien reporté sur les impérialismes européens, front ukrainien érigé en priorité — cette clause dormante cesse d'être théorique. On habitue aujourd'hui les corps, par la fierté et la parade, à ce que l'économie de guerre exigera d'eux demain par la contrainte.</p>
<p>Cette mobilisation du cheminot n'a d'ailleurs rien d'inédit : elle a déjà servi contre lui. En août 1953, lorsque quatre millions de travailleurs se mettent en grève contre les décrets Laniel reculant l'âge de la retraite des fonctionnaires, le gouvernement réquisitionne les cheminots et les postiers en s'appuyant sur un décret de 1938 relatif à la sécurité du territoire en temps de guerre. Les ordres de réquisition finirent en feu de joie et la grève l'emporta ; mais le principe était posé, et il tient toujours : l'État se réserve de traiter le cheminot en mobilisable, arme d'abord dirigée contre ses propres grèves.</p>
<p>Une histoire qu'il faut nommer sans la travestir : direction contre cheminots, 1940-1944<br class='autobr' />
Que l'appareil ne soit jamais neutre, l'histoire de l'entreprise l'a déjà démontré. Mais il faut nommer qui, dans cette histoire, fit quoi. La même fiche ministérielle fait défiler le passé du Groupe « de la reconstruction d'après-guerre à l'accueil des réfugiés ukrainiens » — et saute par-dessus 1940-1944.<br class='autobr' />
Sous l'Occupation, la direction de la SNCF, créée en 1938, a mis l'entreprise au service de l'effort de guerre allemand : acheminement des matières premières, de la main-d'œuvre du travail forcé, et des convois de déportation des Juifs — wagons, horaires, factures à l'occupant, établies sur la foi des travaux de l'historien Christian Bachelier (rapport SNCF/CNRS, 1996). C'est l'appareil qui collabore.<br class='autobr' />
Ce ne sont pas les cheminots. Une fraction d'entre eux a saboté précisément cet effort de guerre : déboulonnage de rails, aiguillages détruits, machines lancées à contre-voie, renseignement, filières d'évasion, et la grève du 10 août 1944 qui précipita l'insurrection de Paris. Ils l'ont payé : autour de 2 000 cheminots fusillés ou exécutés, quelque 7 000 déportés. La ligne de classe passe à l'intérieur de l'entreprise, entre une hiérarchie qui sert l'État du moment et des travailleurs qui le combattent.<br class='autobr' />
Encore ne faut-il pas idéaliser cette résistance ouvrière — et c'est ici que le mythe fabriqué doit être écarté. Dès 1946, la SNCF commande à René Clément le film La Bataille du rail, qui exalte le cheminot héroïque et efface la collaboration de la direction ; l'entreprise est citée à l'ordre de la Nation, décorée de la Légion d'honneur en 1951. Cette geste résistancialiste a servi à souder rétrospectivement direction et agents dans un même « service de la Nation » — exactement l'opération que reconduit la fiche de 2026. Et sur le fond, le sabotage cheminot, acte de classe réel, fut capté par le PCF et la CGT ralliés à de Gaulle : placé sous la tutelle du terrain bourgeois de l'union nationale, il fut désarmé à la Libération — « une seule armée, une seule police, un seul État », dira Thorez — et retourné en discipline productiviste au service de la reconstruction de l'État capitaliste. L'énergie de classe était réelle ; faute d'organisation indépendante, elle fut confisquée. La leçon vaut pour aujourd'hui.</p>
<p>Un siècle de grèves : ce que la parade veut faire oublier</p>
<p>On fait défiler derrière l'armée une corporation dont l'histoire est faite d'affrontements avec l'État patronal. Il faut les rappeler, car on les a oubliés — ou jamais appris.</p>
<p>Novembre-décembre 1947. Née à la régie Renault en avril, une vague de grèves quasi insurrectionnelles emporte trois millions de travailleurs ; les cheminots y tiennent une place centrale, jusqu'aux voies sabotées début décembre. Mais le PCF et la CGT, qui accompagnent le mouvement, ne cherchent jamais à en faire une véritable grève générale capable de renverser le rapport de forces : ils veulent reconquérir un crédit perdu, non prendre le pouvoir. Le conflit s'achève sur la scission de la CGT et la naissance de Force ouvrière, montée avec l'appui financier des syndicats américains. Première démonstration, à chaud, de ce que coûte à la classe ouvrière la tutelle de directions qui la subordonnent à leurs manœuvres.</p>
<p>Août 1953. Contre le plan d'austérité Laniel et le recul de l'âge de la retraite des fonctionnaires, une grève partie des postiers de Bordeaux s'étend en quelques jours à toute la fonction publique : SNCF, mines, PTT, EDF, puis métallurgie, banques, chimie. Quatre millions de grévistes, trois semaines, les réquisitions bravées. Le gouvernement recule : aucun décret n'est appliqué, l'âge de la retraite n'est pas repoussé. Une victoire arrachée par en bas, largement au-delà des consignes syndicales — ce n'est pas une grève « cheminote » mais un mouvement d'ensemble où les cheminots furent un contingent moteur.</p>
<p>Décembre 1986 - janvier 1987. C'est la pièce maîtresse. Partie des agents de conduite de Paris-Nord réunis en assemblée générale, contre une grille de salaire « au mérite » liquidant l'ancienneté et une remise en cause du statut, la grève reconductible gagne 80 % des dépôts. Surtout, les cheminots se dotent de leurs propres organes : comités de grève réunissant syndiqués et non-syndiqués, puis une Coordination nationale des agents de conduite — 55 dépôts sur 94 représentés par des grévistes mandatés en AG, contrôlant eux-mêmes les négociations, occupant les voies. La direction retire son projet de grille le 31 décembre. Cette auto-organisation, l'une des plus avancées du dernier demi-siècle, fut violemment combattue par la CGT, qui voyait la base lui échapper. Elle montre, en acte, ce dont les cheminots sont capables quand ils décident eux-mêmes.</p>
<p>Novembre-décembre 1995. Contre le plan Juppé — allongement de la durée de cotisation, attaque frontale sur les régimes spéciaux —, la SNCF et la RATP partent en grève reconductible, animée par des AG, et paralysent le pays trois semaines. Rejoints par la Poste, EDF, France Télécom, portés par le mot d'ordre « Tous ensemble » et le soutien de l'opinion, les grévistes font plier le gouvernement : le 15 décembre, Juppé retire sa réforme des retraites et l'attaque contre les régimes spéciaux. La dernière grande victoire sociale arrachée sous la Ve République.</p>
<p>Mars-juin 2018. Contre le « pacte ferroviaire » qui met fin au recrutement au statut pour tout cheminot embauché après le 31 décembre 2019 et prépare l'ouverture à la concurrence, l'intersyndicale organise une grève « perlée », deux jours sur cinq pendant trois mois. Le dispositif, pensé en haut, épuise les grévistes sans jamais bloquer durablement ; la loi passe. Défaite lourde : le statut, conquête ouvrière du XIXᵉ siècle, est liquidé pour les générations suivantes. La démonstration par la négative de 1986 — sans contrôle de la base sur sa propre grève, la combativité se dépense en pure perte.</p>
<p>Janvier-mars 2023. Contre la retraite à 64 ans, les cheminots sont de toutes les journées d'une mobilisation qui dépasse en ampleur les records de 1995 et de 2010. Mais l'intersyndicale s'en tient à des journées d'action espacées, sans jamais chercher le blocage reconductible qui, seul, aurait pu faire céder l'exécutif ; celui-ci passe en force au 49.3 le 16 mars et impose sa loi. Le rejet massif, faute de stratégie de rupture, ne se transforme pas en victoire.</p>
<p>Voilà la lignée qu'on fait défiler derrière l'armée. De ces six moments se dégage une même leçon : les cheminots ne l'ont emporté (1953, 1986, 1995) que lorsqu'ils débordaient les directions syndicales et prenaient leur grève en main ; ils ont été défaits (2018, 2023) chaque fois qu'ils s'en sont remis à des états-majors gérant la mobilisation par en haut. C'est cette histoire d'indépendance de classe que la parade du 14 juillet veut recouvrir d'un drapeau.</p>
<p>Retourner la question de l'armement</p>
<p>Le 14 juillet 2026 est le renversement de cette histoire, et il n'est pas symbolique : il enrôle cette force, dans le moment précis où Macron annonce ses guerres à venir, du côté de l'appareil qu'elle a passé un siècle à combattre. Ces réservistes cheminots viennent « renforcer », dit la fiche, les forces « de sécurité intérieure » — celles-là mêmes qui éborgnent les manifestants et qu'ils pourraient un jour retrouver en face, en grève.</p>
<p>Le défilé pose une question, et c'est une question militaire : qui arme qui, pour le compte de quelle classe, sous quel commandement. L'État capitaliste y répond en armant les cheminots pour son ordre à lui — la réserve, la mobilisation inscrite au contrat, le dressage à l'obéissance. La seule réponse conséquente ne consiste pas à déplorer cette militarisation, mais à en retourner le sens. Le prolétariat ne délègue pas sa défense à l'appareil qui l'exploite. Ce que 1944 a montré par la négative — une classe qui saborde l'occupant puis se laisse désarmer par ses propres directions — trace la tâche par l'endroit : les cheminots, comme l'ensemble du peuple travailleur, ont à s'organiser de manière autonome et indépendante, hors de la tutelle de l'État, de ses syndicats intégrés et des partis qui gèrent son ordre. À former leurs propres cadres, leurs propres bataillons du peuple travailleur — l'armement du prolétariat pour sa cause, et non pour les guerres de la bourgeoisie française. Les coordinations de 1986 en furent une ébauche : la base décidant elle-même, mandatant, contrôlant. Il s'agit de reprendre ce fil, et de le mener jusqu'au bout.</p>
<p>Révolution Permanente déréalise ce qu'il faudrait prendre au mot</p>
<p>Reste ceux qui, à gauche, prétendent porter cette perspective et détournent le regard au moment de l'appliquer. Le même 14 juillet, Révolution Permanente publie deux articles contre le défilé. L'un dénonce les douze policiers de la BRAV-M dans le cortège motorisé. L'autre, sous la plume de Gregorio Oneto, formule pourtant la thèse juste : la reconstruction de la capacité destructive de l'armée à l'étranger implique une militarisation interne de la société française. Anasse Kazib tweete le jour même contre « les écraseurs de révolution, les tabasseurs de gilets jaunes ».</p>
<p>Deux problèmes, du point de vue matérialiste.</p>
<p>D'abord le mot choisi. Oneto titre « le spectacle militariste de Macron » et le lit comme à l'image des deux mandats du président — une clôture, un bilan. Mais Macron dit l'inverse : non pas un bilan qui se ferme, une trajectoire qu'il enjoint à son successeur de continuer, vers les guerres à venir. Nommer « spectacle » — le registre de la représentation, de l'illusion — c'est déréaliser l'événement à l'instant précis où il faudrait le prendre au mot comme préparation matérielle. On regarde le 14 juillet comme une image, quand il est un ordre de marche.</p>
<p>Ensuite l'angle mort, et il est sélectif. RP dénonce le réarmement en général, l'austérité, la canicule, la BRAV-M, l'embrigadement de la jeunesse — jusqu'en Allemagne, où l'article cite le fiasco du service militaire. Partout, sauf dans le seul lieu où l'organisation a des militants, un mandat, une prise réelle : la réserve opérationnelle de la SNCF. Pas une ligne, dans aucun des deux articles, sur les 107 cheminots défilant à pied dans le même cortège que les douze policiers repérés. Kazib et Laura Varlet sont cheminots ; RP est implanté à la SNCF ; le journal sait suivre l'entreprise quand un agent y est licencié. Mais la militarisation de sa propre branche — l'incarnation exacte, dans le monde du travail, de la militarisation interne de la société qu'Oneto théorise — reste invisible. On voit la militarisation quand elle porte l'uniforme de l'ennemi désigné ; on ne la voit pas quand elle porte le gilet de la maison.</p>
<p>Ce n'est pas une distraction, c'est une position. Saisir la réserve SNCF obligerait à porter l'antimilitarisme dans les dépôts, contre la direction et contre l'adhésion d'une partie des agents, en rupture avec le cadre national-défensiste que l'appareil syndical — SUD-Rail, Solidaires — ne conteste pas, pas plus qu'il ne conteste le soutien à la guerre en Ukraine. RP tient la clé théorique, la militarisation interne de la société, et ne la tourne pas dans la seule serrure qui l'engagerait vraiment : son propre lieu de travail. Le radicalisme se déploie où il ne coûte rien — la police honnie, Gaza — et se retire là où il faudrait rompre. La question de l'armement du prolétariat ne se pose pas sur les réseaux, à distance des tabasseurs de gilets jaunes. Elle se pose dans les dépôts, là où l'État vient précisément de recruter ses réservistes. C'est là, et nulle part ailleurs, qu'on mesure une politique.</p>
<div class='spip_document_17768 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/png/chatgpt_image_21_juil__2026_14_47_05.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH708/chatgpt_image_21_juil__2026_14_47_05-8cfec.jpg?1789980907' width='500' height='708' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_17770 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/png/chatgpt_image_21_juil__2026_14_47_56.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH667/chatgpt_image_21_juil__2026_14_47_56-28af2.jpg?1789980908' width='500' height='667' alt='' /></a>
</figure>
</div></div>
Le peuple d'Algérie en a marre de la misère…...
http://matierevolution.org/spip.php?article9668
http://matierevolution.org/spip.php?article96682026-07-17T22:41:00Ztext/htmlfrRobert ParisAlgérie
<p>Le peuple d'Algérie en a marre de la misère… <br class='autobr' />
Document 1 <br class='autobr' />
Document 2 <br class='autobr' />
Document 3 <br class='autobr' />
Document 4 <br class='autobr' />
Document 5 <br class='autobr' />
Document 6 <br class='autobr' />
Document 7 <br class='autobr' />
Document 8 <br class='autobr' />
Document 9 <br class='autobr' />
Document 10 <br class='autobr' />
Document 11 <br class='autobr' />
Document 12 <br class='autobr' />
Document 13 <br class='autobr' />
Document 14 <br class='autobr' />
Document 15 <br class='autobr' />
Document 16</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot138" rel="tag">Algérie</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_17751 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH282/images-146-96e4f.jpg?1789961417' width='500' height='282' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_17752 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/jpg/jeunes.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH333/jeunes-870c1.jpg?1789961417' width='500' height='333' alt='' /></a>
</figure>
</div><h2 class="spip">Le peuple d'Algérie en a marre de la misère…</h2>
<p><a href="https://www.lematindz.net/2803-la-pauvreteacute-srsquoest-laquonbspconfortablementnbspraquo-installeacutee/" class="spip_out" rel="external">Document 1</a></p>
<p><a href="https://fr.le7tv.ma/2026/01/28/files-dattente-misere-sociale-penuries-alimentaires-et-un-dinar-algerien-sans-valeur-la-puissance-regionale-autoproclamee-seffondre-sous-nos-yeux/" class="spip_out" rel="external">Document 2</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article6393" class="spip_out" rel="external">Document 3</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve991" class="spip_out" rel="external">Document 4</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8417" class="spip_out" rel="external">Document 5</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5996" class="spip_out" rel="external">Document 6</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4375" class="spip_out" rel="external">Document 7</a></p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/07/02/pour-changer-un-simple-pneu-il-faut-attendre-son-tour-pendant-des-semaines-en-algerie-la-vie-chere-pese-sur-le-moral-des-familles_6717851_3212.html" class="spip_out" rel="external">Document 8</a></p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/afrique/article/2007/12/04/l-algerie-un-pays-riche-au-peuple-pauvre_985664_3212.html?srsltid=AfmBOor6UmNFwc8wiqUb8spaIusEgQipumUNvKFSxiHcMY2Soni29Rmk" class="spip_out" rel="external">Document 9</a></p>
<p><a href="https://fr.hespress.com/310565-algerie-pres-de-la-moitie-des-jeunes-vivent-dans-la-pauvrete-et-precarite.html" class="spip_out" rel="external">Document 10</a></p>
<p><a href="https://atlantico.fr/article/decryptage/algerie-pays-riche-peuple-vivant-mal-gachis-ressources-economiques-petrole-ahmed-rouadjia" class="spip_out" rel="external">Document 11</a></p>
<p><a href="https://www.courrierinternational.com/breve/2009/08/19/etat-riche-peuple-pauvre" class="spip_out" rel="external">Document 12</a></p>
<p><a href="https://www.lematindz.net/2803-la-pauvreteacute-srsquoest-laquonbspconfortablementnbspraquo-installeacutee/" class="spip_out" rel="external">Document 13</a></p>
<p><a href="https://fr.le7tv.ma/2022/04/19/la-pauvrete-menace-des-millions-dalgeriens-plus-de-43-des-menages-gagnent-moins-de-1-000-dhs-mois/" class="spip_out" rel="external">Document 14</a></p>
<p><a href="https://fr.aldar.ma/38468.html" class="spip_out" rel="external">Document 15</a></p>
<p><a href="https://berthoalain.com/?s=hirak" class="spip_out" rel="external">Document 16</a></p></div>
Le groupe d'extrême gauche RP (Révolution Permanente) dit au peuple travailleur de Bolivie : « Prenez la tête de la lutte » — Mais pas le pouvoir !
http://matierevolution.org/spip.php?article9651
http://matierevolution.org/spip.php?article96512026-07-14T22:53:00Ztext/htmlfrKarobBolivie Bolivia
<p>PREMIERE PARTIELe groupe d'extrême gauche RP (Révolution Permanente) dit au peuple travailleur de Bolivie : « Prenez la tête de la lutte » — Mais pas le pouvoir ! <br class='autobr' />
La LOR-CI, les mineurs boliviens et le refus de la dictature du prolétariat : non plus une timidité, une fonction contre-révolutionnaire Le 15 juin 2026, Javo Ferreira publie sur Révolution Permanente une lettre ouverte aux mineurs boliviens , signée au nom de la LOR-CI, section bolivienne du Courant Révolution Permanente. Le (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot154" rel="tag">Bolivie Bolivia</a>
<div class='rss_texte'><p>PREMIERE PARTIE</p>
<div class='spip_document_17684 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/png/bolivie.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/bolivie-35aae.jpg?1789980908' width='500' height='750' alt='' /></a>
</figure>
</div><h2 class="spip">Le groupe d'extrême gauche RP (Révolution Permanente) dit au peuple travailleur de Bolivie : « Prenez la tête de la lutte » — Mais pas le pouvoir !</h2>
<p>La LOR-CI, les mineurs boliviens et le refus de la dictature du prolétariat : non plus une timidité, une fonction contre-révolutionnaire<br class='autobr' />
Le 15 juin 2026, Javo Ferreira publie sur Révolution Permanente une lettre ouverte aux mineurs boliviens , signée au nom de la LOR-CI, section bolivienne du Courant Révolution Permanente. Le texte intervient au point le plus chaud de la crise : la veille, le 14 juin, la COB a de nouveau suspendu son assemblée élargie ; des groupes d'extrême droite postés aux portes de la FSTMB ont obtenu cette suspension sans combat ; le gouvernement Paz a tué des manifestants lors de ses opérations de déblocage, recouru aux paramilitaires à San Julián, arrêté et poursuivi plus de quatre cents personnes. Senkata, San Julián, Río Seco se soulèvent. Des dizaines de comités de blocage et de mobilisation se constituent et commencent à se coordonner.<br class='autobr' />
Nous avons établi dans notre article du 26 mai (Bolivie 1952 — Bolivie 2026 : la même limite programmatique à soixante-quatorze ans d'intervalle) que ce courant ne parvient pas à nommer la cause de la défaite de 1952. La lettre du 15 juin permet d'aller plus loin, et il le faut. Ce que nous appelions « limite » est en réalité une position déterminée, et cette position a un nom dans le mouvement ouvrier : elle est contre-révolutionnaire. Ce courant n'ignore pas la question du pouvoir sur le papier : son texte fondateur de décembre 2022 parle de renverser l'État bourgeois et de le remplacer par un « pouvoir démocratique de la majorité exploitée à travers ses organes d'auto-organisation », évoque les soviets et le « double pouvoir ». Mais il en efface le nom et le tranchant. L'expression « dictature du prolétariat » n'y figure pas une seule fois ; « centralisme démocratique » non plus. À leur place, le texte recentre toute la stratégie sur les catégories gramsciennes d'« hégémonie » et de « bloc ouvrier et populaire », et sur une « grève générale politique ». Ce déplacement de vocabulaire n'est pas neutre : « dictature du prolétariat » nomme précisément ce que « pouvoir démocratique de la majorité » brouille — la nature de classe du nouvel État, la destruction de l'appareil bourgeois, la mise au pas de la bourgeoisie comme classe. Reste un second déplacement, décisif : ce que le programme énonce en théorie disparaît dans l'intervention concrète. Dans la révolution bolivienne, où la question du pouvoir se pose en acte, ni la lettre de Ferreira ni l'article de La Izquierda Diario ne traduisent ce but en mot d'ordre transitoire — centraliser les comités en un pouvoir qui destitue Paz et prend sa place. La fonction contre-révolutionnaire est tout entière dans cet écart.<br class='autobr' />
La défaite réduite à la lâcheté : le moralisme qui dispense de poser le pouvoir<br class='autobr' />
La thèse centrale du texte tient en une phrase : « La défaite ne peut venir que de l'intérieur du mouvement, c'est-à-dire des dirigeants lâches, véreux ou réformistes. » La défaite est imputée à des qualités morales — lâcheté, vénalité, réformisme pris comme tares de caractère — non à une politique déterminée que la LOR-CI opposerait par un mot d'ordre alternatif.<br class='autobr' />
Or la bureaucratie de la COB n'est pas une collection d'individus défaillants. C'est une couche sociale dont les intérêts matériels découlent de sa position : intermédiaire entre le travail et l'État capitaliste, gestionnaire de la force de travail, elle a structurellement besoin que la lutte reste dans les bornes du cadre bourgeois, car son existence même dépend de la perpétuation de ce cadre. La caractériser par la « lâcheté » et la « corruption », c'est substituer la psychologie à l'analyse de classe. Et ce moralisme n'est pas innocent : il est la condition de tout le reste. Si la défaite ne tient qu'au courage des dirigeants, alors il suffit d'en appeler au courage des mineurs — et l'on n'a plus jamais à poser la question du pouvoir.<br class='autobr' />
Faire tomber Paz pour construire quoi ? Le contenu positif de l'omission<br class='autobr' />
C'est ici que l'analyse doit aller jusqu'au bout. Que demande la lettre, dans son paragraphe culminant ? Que les mineurs de Huanuni et de Colquiri viennent à La Paz à la tête de milliers de leurs camarades « pour faire comprendre une fois pour toutes au gouvernement qu'il doit démissionner ». L'horizon revendicatif effectif, à l'heure la plus chaude, est la démission de Paz. Rien d'autre. Aucun équivalent de « Tout le pouvoir à la COB ». Aucune indication de quel pouvoir devrait remplacer le gouvernement Paz.<br class='autobr' />
Mais une omission n'est jamais un vide : elle a un contenu positif. Faire tomber un gouvernement bourgeois sans appeler le prolétariat à instaurer son propre pouvoir, ce n'est pas s'arrêter à mi-chemin, c'est désigner par défaut ce qui prendra la place — un nouveau gouvernement bourgeois, le plus souvent dans sa variante « de gauche », front-populiste, indigéniste ou « citoyenne ». Qui ne pose pas la République des conseils prépare objectivement le successeur bourgeois. La question léniniste élémentaire — remplacé par quoi ? par quel organe de classe ? la COB prend-elle le pouvoir, oui ou non ? — n'est pas une subtilité doctrinale : elle départage la révolution et la contre-révolution. La taire au moment où des dizaines de comités s'auto-organisent, c'est exactement ce que Ferreira dénonce sans se reconnaître : une défaite venue de l'intérieur du mouvement. L'agent intérieur de la défaite n'est pas seulement la lâcheté de la bureaucratie : c'est aussi, et d'abord, le refus du mot d'ordre du pouvoir par ceux qui prétendent diriger la révolution.<br class='autobr' />
18 juin : la grève générale réformiste, ou le chemin vers la table de négociation<br class='autobr' />
Trois jours après la lettre de Ferreira, La Izquierda Diario Bolivie confirme tout. Le 18 juin, les négociations Paz-COB sont suspendues sans résultat ; la seule « avancée », présentée comme telle par le dirigeant de la COB Mario Argollo, est une commission juridique qui confie l'évaluation des détenus au procureur général — l'appareil judiciaire qui les a arrêtés. L'article dénonce les négociations « entre quatre murs et dans le dos des bases » et appelle à porter la grève sur les lieux de travail, à la rendre effective par l'arrêt total du travail. On pourrait croire à un progrès sur la grève « par roulement » que Ferreira laissait passer trois jours plus tôt. Il n'en est rien.<br class='autobr' />
Le syndicalisme révolutionnaire d'avant 1914 avait forgé la distinction qui tranche ici. Dès 1902, dans la brochure Grève générale réformiste et grève générale révolutionnaire éditée par la Commission de propagande de la grève générale de la CGT — au moment même où Victor Griffuelhes, secrétaire de la Confédération, et Émile Pouget opposaient leur conception à celle des réformistes — la classe ouvrière organisée séparait deux choses que tout distingue. La grève générale réformiste : épreuve de force destinée à arracher des concessions dans le cadre bourgeois, et que les chefs réformistes ramènent invariablement à la table — ainsi, la même année, Jaurès et le dirigeant minier réformiste Basly pressaient le gouvernement de soumettre la grève des mineurs à l'arbitrage. La grève générale révolutionnaire : non plus un moyen de pression, mais la forme même du processus de prise du pouvoir et d'expropriation. Le critère qui sépare les deux n'est pas l'intensité de l'arrêt de travail : c'est sa finalité.<br class='autobr' />
Sur cet axe, la grève « par roulement » de Ferreira et l'« arrêt total » de La Izquierda Diario ne sont pas séparés par le seuil qui compte. Ce sont deux variantes d'une même grève générale réformiste — l'une molle, l'autre militante. Dans les deux cas, la grève est posée comme moyen de pression, jamais comme organe et chemin d'un pouvoir ouvrier ; dans les deux cas, son unique débouché possible est le règlement négocié. Passer du roulement à l'arrêt total, c'est passer du réformisme mou au réformisme énergique : un écart de degré à l'intérieur du réformisme, jamais le saut vers la grève révolutionnaire.<br class='autobr' />
L'omission du pouvoir ne laisse donc pas un vide : elle garantit la défaite que l'article redoute. Car la grève générale réformiste est précisément la forme de grève dont la seule issue est la table de négociation. En appelant à la grève la plus totale tout en dénonçant la négociation, et en retirant le mot d'ordre d'un gouvernement ouvrier fondé sur les comités, Révolution Permanente produit la contradiction parfaite : une grève qui ne peut se terminer qu'à la table qu'elle prétend rejeter. « Aucune confiance dans la négociation » et « grève générale illimitée » se résolvent immanquablement en un retour à la négociation. La grève réformiste n'évite pas la table : elle y conduit. C'est la fonction même que nous décrivons — la mobilisation la plus énergique, sagement canalisée vers le compromis bourgeois. Et le mot d'ordre que les militants du courant portent à Paris, « Paz démission ! » , en dit le fond : faire partir le président, et abandonner à la bourgeoisie la question de qui gouverne après lui.<br class='autobr' />
Le précédent que l'on tait : Barcelone 1936, Montseny ministre de la bourgeoisie<br class='autobr' />
Il existe pour cette politique un précédent exact, et ce n'est pas un hasard si ce courant ne le convoque jamais. En juillet 1936, à Barcelone et dans toute la Catalogne, les ouvriers de la CNT-FAI écrasent le soulèvement militaire et tiennent la rue, les armes et les usines. Le pouvoir réel leur appartient. Companys, président bourgeois de la Generalitat, se déclare lui-même à leur merci. Les anarchistes ont alors la même décision devant eux que la COB en 1952, que la COB aujourd'hui : prendre le pouvoir au nom des organes ouvriers, ou le laisser à la bourgeoisie.<br class='autobr' />
Ils choisissent la seconde voie. Au nom du refus de la « dictature » — qu'ils confondent avec la dictature du prolétariat — ils dissolvent leur propre pouvoir dans les institutions bourgeoises, puis entrent, en novembre 1936, dans le gouvernement républicain de Largo Caballero : quatre ministres CNT, parmi lesquels Federica Montseny à la Santé et Juan García Oliver à la Justice. Montseny justifiera publiquement cette entrée dans l'État bourgeois comme un moindre mal destiné à « sauver » la révolution. Le résultat est connu : les journées de mai 1937 à Barcelone, où la République bourgeoise et ses alliés staliniens écrasent les ouvriers révolutionnaires, interdisent le POUM, assassinent Andrés Nin — pendant que la direction de la CNT, devenue ministérielle, appelle ses propres troupes à déposer les armes. Le refus de prendre le pouvoir n'a pas préservé la révolution : il a livré ses combattants à la contre-révolution. Trotsky en a tiré la leçon définitive : des dirigeants ouvriers devenus ministres d'un gouvernement bourgeois ne sont plus des révolutionnaires hésitants, mais un rouage de l'appareil qui étrangle la révolution .<br class='autobr' />
La Bolivie a déjà vécu sa version de ce mécanisme, et c'est précisément le précédent que Ferreira présente comme modèle. En 2003, l'unité de Huanuni, d'El Alto et du mouvement paysan chasse Sánchez de Lozada. Le pouvoir n'est pas pris par les organes des masses ; il transite par la succession constitutionnelle, puis par le canal électoral du MAS et le gouvernement d'Evo Morales — c'est-à-dire la canalisation de l'énergie révolutionnaire vers un gouvernement de gestion capitaliste à phraséologie indigéniste. La « nationalisation » que Ferreira porte au crédit de 2003 fut une nationalisation d'État bourgeois, décrétée par en haut, et non une expropriation par les organes ouvriers. Présenter 2003 comme l'objectif à « renouer », c'est donc fixer pour horizon maximal le successeur bourgeois de gauche. La révolution avortée de 2003 n'a pas accouché du pouvoir ouvrier : elle a accouché du MAS. Voilà ce que produit, concrètement, le refus de poser la question du pouvoir.<br class='autobr' />
Centrisme ou contre-révolution ? La caractérisation par la fonction, non par l'intention<br class='autobr' />
Que l'on ne se méprenne pas sur le mot. Dire de cette politique qu'elle est contre-révolutionnaire n'est pas lui opposer un autre moralisme — ce serait retomber dans le travers que nous reprochons à Ferreira. Nous ne disons pas que les militants de la LOR-CI sont des traîtres, des lâches ou des malhonnêtes. La catégorie de contre-révolution, dans le mouvement ouvrier, n'a jamais désigné une intention : elle désigne une fonction objective dans la lutte des classes. Une politique est contre-révolutionnaire lorsque, indépendamment des intentions et même de la sincérité de ses auteurs, elle remplit objectivement la fonction de maintenir la révolution dans le cadre bourgeois et de la défaire de l'intérieur.<br class='autobr' />
C'est en ce sens, et en ce sens seulement, que le qualificatif s'impose ici — comme il s'imposait pour le POR de Lora en 1952 et pour la CNT-FAI gouvernementale en 1936. La différence avec le simple centrisme est précise : le centriste hésite, oscille, parle révolution et agit réforme. Ce courant ne se contente pas d'hésiter au moment décisif : il a, dans son programme fondateur, effacé l'expression et le tranchant de la dictature du prolétariat au profit de l'« hégémonie » et du « bloc ouvrier et populaire », et il pousse cet effacement jusqu'à escamoter le mot d'ordre du pouvoir dans une situation de dualité de pouvoir naissante. Ce n'est plus l'oscillation du centriste, c'est la fonction déterminée de qui prépare, par son silence sur le pouvoir, le retour de la bourgeoisie.<br class='autobr' />
Finalité : la République des conseils, ou rien<br class='autobr' />
Reste à dire ce que la lettre aurait dû dire. Ferreira nomme correctement les enjeux matériels : il refuse « la privatisation des entreprises publiques », il refuse « le pillage de nos richesses naturelles communes comme le lithium, le tungstène et les terres rares ». Mais il nomme la richesse sans nommer l'agent : qui exproprie, sous quel pouvoir, et qui garde ce qui aura été exproprié ? Sous n'importe quel successeur bourgeois — fût-il « de gauche » — le lithium et l'étain restent propriété capitaliste, comme ils le sont redevenus sous le MAS. Seul un pouvoir de classe peut les arracher et les tenir.<br class='autobr' />
Ce pouvoir existe déjà en germe sous les yeux de Ferreira, et il le décrit sans le voir : les dizaines de comités de blocage et de mobilisation qui « commencent à coordonner leurs actions ». La tâche d'un parti révolutionnaire n'est pas d'exhorter les mineurs au courage — ils n'en ont jamais manqué, ni en 1952 où ils étaient armés et maîtres de la COB, ni aujourd'hui. Sa tâche est de poser le mot d'ordre que ce courant refuse depuis soixante-quatorze ans : centraliser ces comités en une fédération nationale, organe unique d'un pouvoir ouvrier et populaire opposé au gouvernement Paz et destiné à le remplacer ; désarmer les paramilitaires et briser l'armée bourgeoise par la milice de ces mêmes comités ; exproprier sans indemnité les grands groupes miniers et les ressources stratégiques sous le contrôle de ce pouvoir ; et lier d'emblée cette révolution à son extension continentale et à la reconstruction d'une Internationale ouvrière. C'est cela, et rien d'autre, que signifie « prendre la tête de la lutte » : non conduire les mineurs à faire tomber un gouvernement bourgeois pour en installer un autre, mais les conduire à prendre le pouvoir. Tout le reste — l'appel au courage, la démission de Paz, le modèle de 2003 — n'est que l'habillage radical d'un retour à l'ordre.</p></div>
La lutte des Feuillants : un bilan
http://matierevolution.org/spip.php?article9654
http://matierevolution.org/spip.php?article96542026-07-05T22:57:00Ztext/htmlfrKarobGrève Strike
<p>La lutte des Feuillants : un bilan <br class='autobr' />
Feuillants : 107 jours pour pérenniser la prime qu'on voulait leur reprendre <br class='autobr' />
Anatomie d'une grève juste, isolée et verrouillée, qui, dans cette forme, n'avait aucune chance d'obtenir satisfaction sur ses revendications — et que l'appareil CGT fait passer pour une victoire <br class='autobr' />
107 jours de grève. Zéro euro sur le taux horaire de base. Une prime publique transformée en « acquis maison ». Quatre jours payés sur cent-sept. Le dimanche en vitrine, la (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a>
/
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag">Grève Strike</a>
<div class='rss_texte'><p>La lutte des Feuillants : un bilan</p>
<div class='spip_document_17701 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/png/feuillants_1.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH707/feuillants_1-ec75e.jpg?1789972172' width='500' height='707' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_17702 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/png/feuillants2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH707/feuillants2-02cc2.jpg?1789972172' width='500' height='707' alt='' /></a>
</figure>
</div>
<p>Feuillants : 107 jours pour pérenniser la prime qu'on voulait leur reprendre</p>
<p>Anatomie d'une grève juste, isolée et verrouillée, qui, dans cette forme, n'avait aucune chance d'obtenir satisfaction sur ses revendications — et que l'appareil CGT fait passer pour une victoire</p>
<p>107 jours de grève. Zéro euro sur le taux horaire de base. Une prime publique transformée en « acquis maison ». Quatre jours payés sur cent-sept. Le dimanche en vitrine, la revendication centrale enterrée. Ce n'est pas une victoire : c'est une défaite revendicative rendue présentable par l'appareil.</p>
<p>Poitiers, juin 2026 — La grève des soignantes de l'Ehpad des Feuillants, groupe Vivalto Vie, s'est achevée le 11 juin après cent-sept jours [1]. Un protocole d'accord a été signé. La direction « se félicite que l'ensemble des parties ait choisi la voie du dialogue et de la responsabilité ». Le secrétaire général de la CGT Santé Action Sociale 86 juge le résultat « encore assez suffisant » [1]. La presse régionale titre sur un accord et une reprise. Nous, nous allons mesurer ce qui a réellement été obtenu — au seul endroit où une victoire ouvrière se mesure : au regard de ce que les grévistes réclamaient et de ce qu'elles avaient avant. Et ce que nous y trouvons n'est pas une victoire. C'est une reddition revendicative qu'on a maquillée en conquête. Disons-le tout de suite, car le mot est dur : il ne vise pas les salariées, qui ont tenu au-delà du raisonnable ; il vise la forme politique dans laquelle leur lutte a été enfermée.</p>
<p>1. La revendication : un euro cinquante de l'heure</p>
<p>Pour mesurer une grève, il faut d'abord savoir ce qu'elle réclamait. Et sur ce point, les grévistes des Feuillants ont été d'une clarté parfaite. Leur mot d'ordre salarial était unique, précis, chiffré : une revalorisation du taux horaire d'un euro cinquante, soit autour de cent cinquante à deux cents euros nets de plus par mois selon les situations — environ deux cent vingt-sept euros bruts sur un temps plein —, sur toutes les heures travaillées [2][3]. Plus du matériel pour lever les patients, car le corps des soignantes s'use à porter des résidents sans rails de transfert. C'est tout. Une augmentation, de leur propre aveu, « pas mirobolante » [4].</p>
<p>Derrière ce chiffre, une démonstration qui était la vraie force du mouvement. Quand la direction se vantait de payer ses soignantes « trois cents euros au-dessus du SMIC », les grévistes répondaient que ce calcul incluait la prime Ségur — un financement versé par l'État au secteur médico-social depuis 2020, et non une revalorisation décidée et payée par l'établissement [4]. Une aide-soignante l'a résumé sans détour : prime Ségur comprise, elle touchait autour de mille six cent cinquante à mille sept cents euros par mois ; sans le Ségur, elles seraient « à peine au SMIC » [4][5]. Elles sautent des repas, le petit-déjeuner a disparu, il n'y aura pas de vacances [5]. « On peut le dire, nous sommes des travailleurs pauvres. » Le grief était limpide : le patron faisait passer de l'argent public pour son propre effort salarial. Voilà l'étalon du conflit — un euro cinquante de l'heure, et la fin de la tromperie sur le Ségur.</p>
<p>2. Le protocole : zéro sur le taux de base</p>
<p>Voyons ce que l'accord du 11 juin accorde [1][6]. À partir du 1er juin, la revalorisation déjà versée aux aides-soignantes, accompagnants éducatifs et aides médico-psychologiques est « transformée en un complément contractuel pérenne de 75 euros bruts mensuels ». L'indemnité du dimanche et des jours fériés passe de 2,90 à 5,44 euros bruts de l'heure. La prime de partage de la valeur sera « réexaminée pour 2026 en fonction des résultats ». L'établissement prend en charge quatre journées de grève sur cent-sept.</p>
<p>Sur le mot d'ordre central — l'euro cinquante de l'heure sur le taux de base — le résultat tient en un mot : rien. Pas un centime d'augmentation du taux horaire. La revendication unique, claire, chiffrée, qui aurait porté sur toutes les heures de toutes les salariées, n'est pas satisfaite. Elle n'est pas négociée à la baisse : elle est absente du protocole. Le reste de l'accord se compose de postes que les grévistes n'avaient pas mis au centre, et d'un poste — le Ségur — qui retourne contre elles ce qu'elles dénonçaient.</p>
<p>3. Le dimanche : un gros pourcentage sur une petite assiette</p>
<p>Le seul chiffre flatteur de tout l'accord, c'est le dimanche : 2,90 € qui deviennent 5,44 € de l'heure, presque le double, près de quatre-vingt-huit pour cent de hausse. C'est ce chiffre qu'on brandit. Mais un pourcentage ne dit rien tant qu'on ignore sur quoi il porte, et combien d'heures il concerne.</p>
<p>D'abord, ce poste n'était pas une revendication des grévistes : leur demande, c'était l'euro cinquante sur le taux de base, pas une prime de dimanche. On ne peut donc pas parler d'une revendication satisfaite. Mieux : cette prime de dimanche était déjà sur la table dès avril, et les grévistes l'avaient refusée. L'une d'elles l'expliquait clairement à la fin avril : « Jusque-là, on nous a juste proposé des primes sur les dimanches, car on en travaille deux par mois, mais sous conditions, si les finances de l'établissement le permettent. On ne peut pas signer un accord avec des conditions pareilles. » [3] Autrement dit, le dimanche revalorisé n'est pas un gain arraché en juin : c'est l'os que le patron tendait déjà en avril, que les grévistes avaient jugé inacceptable, et qu'elles ont fini par avaler trois mois et demi plus tard sous l'effet de l'épuisement.</p>
<p>Mesurons-le, maintenant que nous connaissons le rythme par leur propre bouche : deux dimanches travaillés par mois [3]. Le gain est de deux euros cinquante de plus par heure. Sur deux dimanches de dix à douze heures, cela fait entre vingt et vingt-quatre heures de dimanche par mois, soit un gain d'environ cinquante à soixante euros bruts par mois — et seulement pour celles qui travaillent effectivement le dimanche. Sur l'année, environ six cents à sept cent trente euros bruts.</p>
<p>Comparons à la revendication enterrée. L'euro cinquante de l'heure portait sur les cent cinquante et une heures mensuelles de chacune : il aurait rapporté environ deux cent vingt-sept euros bruts par mois, soit deux mille sept cents euros par an, à toutes, dimanche ou pas. La revendication centrale valait donc près de quatre fois le gain dimanche, et profitait à l'ensemble des soignantes au lieu d'une fraction. Le patron a fait l'inverse exact de ce qui était demandé : il a déplacé le gain depuis le poste qui coûte cher et profite à toutes — le taux de base, sur cent cinquante heures — vers un poste qui brille mais coûte peu et ne touche qu'une partie — le dimanche, sur vingt heures. Un gros pourcentage sur une petite assiette coûte bien moins qu'un petit pourcentage sur une grande assiette. C'est de l'optique salariale : faire scintiller le chiffre qui se voit, esquiver le chiffre qui pèse.</p>
<p>4. Le Ségur : la tromperie contractualisée</p>
<p>Vient le cœur de l'affaire. Les grévistes reprochaient au patron de faire passer le financement Ségur de l'État pour un effort maison. Que fait l'accord ? Il « transforme » précisément ce financement Ségur en « complément contractuel pérenne » de l'établissement [1][6]. L'argent de l'État, dont elles dénonçaient le maquillage en générosité patronale, est désormais inscrit noir sur blanc dans le contrat comme un avantage consenti par Vivalto.</p>
<p>Le tour de passe-passe qu'elles avaient démasqué n'a pas été défait par l'accord : il a été gravé dans le marbre par l'accord. La boucle se referme exactement sur ce qu'elles combattaient. On leur a fait signer la consécration juridique de la tromperie qu'elles étaient parties dénoncer. Et il faut mesurer ce que « pérenniser » veut dire ici : cela ne coûte rien au patron, puisqu'il versait déjà cette somme, financée par la collectivité. Il a transformé une dépense publique en argument de paix sociale, sans sortir un euro de sa poche.</p>
<p>Le seul poste qui pouvait apporter une somme réelle et croissante — la prime de partage de la valeur — n'est pas accordé : il est renvoyé à plus tard, suspendu à une condition. « En fonction des résultats » [1][6]. C'est-à-dire en fonction de la rentabilité que décideront ceux-là mêmes contre qui la grève était dirigée : le groupe Vivalto et ses actionnaires financiers. Le seul levier matériel a été remis entre les mains de l'adversaire. C'est le mécanisme de l'argent-promesse : on déplace le gain réel hors du cycle de grève, là où le rapport de force présent ne peut plus rien exiger.</p>
<p>5. Concéder, ou lâcher ce qu'on peut lâcher</p>
<p>Ici se trouve la distinction qui commande tout, et que la rhétorique de l'appareil escamote.</p>
<p>Concéder, pour un patron, c'est céder sous la contrainte un terrain qu'il voulait garder. C'est subir une perte qu'il n'a pas choisie, parce qu'un rapport de force la lui impose. Une vraie concession entame le capital là où il ne voulait pas l'être.</p>
<p>Ce n'est pas ce qui s'est produit aux Feuillants, et il y a pour le démontrer une preuve matérielle imparable. La prise en charge des quatre jours de grève, présentée comme une concession finale, « avait été présentée dès les premières négociations qui n'avaient rien donné » [6]. Ces quatre jours étaient déjà sur la table au début du conflit. De même que la prime de dimanche, refusée en avril. L'accord de juin, sur ces deux points, c'est exactement la première offre patronale — celle qui avait été jugée insuffisante en mars-avril — acceptée trois mois et demi plus tard sous l'effet de l'épuisement. Le patron n'a pas reculé : il a fait signer en juin ce qu'il proposait déjà au départ. Ce qu'a « arraché » la durée de la grève sur ces points : zéro. Il a décidé lui-même de la borne de sa propre dépense. Il a regardé ce qu'il pouvait lâcher sans douleur, et il l'a lâché.</p>
<p>Les quatre jours sur cent-sept sont d'ailleurs un aveu en eux-mêmes. Ils disent que la perte salariale était négociable — donc que le patron pouvait en assumer une part — et qu'il a choisi d'en assumer quatre, laissant les cent-trois autres intégralement à la charge des grévistes, tout en s'offrant la posture de la « responsabilité ». Quatre sur cent-sept : voilà le prix exact que Vivalto a mis sur sa réputation.</p>
<p>Quant à l'argument du « déficit » brandi dans le communiqué patronal — un établissement « déficitaire depuis plusieurs exercices » [6] — il ne résiste pas à l'examen. Un site « déficitaire » au sein d'un groupe qui exploite plusieurs dizaines d'Ehpad en France, en Espagne, en Belgique et en Irlande, via une holding adossée au capital financier [5], ne prouve rien, à lui seul, de la rentabilité globale du capital qui le détient : un groupe peut répartir entre ses entités les charges, les dettes, les loyers, les frais de siège et les marges. Le déficit d'un établissement n'est pas le déficit du capital qui le détient. Et chaque résident paie quatre-vingt-dix euros la journée [4]. Surtout, ce patron prétendument sans moyens a dépensé sans compter pour briser la grève : quarante-quatre assignations de personnel — qualifiées de « réquisitions » dans la presse, mais ordonnées par la direction et signifiées par huissier au domicile des grévistes — à deux à trois cents euros pièce [3][4], et le recours à des intérimaires qui a valu à la direction une plainte de l'Union départementale CGT pour entrave à la grève [3]. Il a trouvé l'argent pour contraindre ; il jurait ne pas l'avoir pour augmenter. Voilà ce que vaut le « déficit ».</p>
<p>6. Pourquoi elles ont été acculées : l'isolement organisé</p>
<p>On a parlé d'une grève « étendue à trois établissements ». La réalité, à la fin, est tout autre, et la presse locale la dit crûment : le mouvement « n'avait pas réellement fait tache d'huile » [6]. Au terme des cent-sept jours, il ne restait en lutte que les Feuillants. À la Rose d'Aliénor, autre établissement Vivalto de Poitiers, il n'y avait plus qu'un seul gréviste, qui avait cessé une quinzaine de jours avant l'accord [6]. Un établissement de Charente-Maritime avait connu une grève, éteinte également. L'extension n'a pas seulement manqué : le peu qui existait s'est étiolé, jusqu'à laisser les soignantes des Feuillants absolument seules face au groupe.</p>
<p>Mais le problème n'est pas seulement que la grève est restée isolée. C'est que ceux qui la dirigeaient n'ont jamais construit les organes pratiques de son extension. Il ne suffit pas de dire « il aurait fallu étendre » : il faut nommer ce qui aurait dû exister et qui n'a pas existé. Un comité de grève élu par les grévistes elles-mêmes, et non une direction posée au-dessus d'elles. Une assemblée générale souveraine, réunie régulièrement, décidant de tout — des revendications à la reconduction, de la tactique à la signature. Des délégations mandatées partant vers les autres Ehpad Vivalto pour les entraîner, vers le CHU et les Ehpad publics de Poitiers, vers les aides à domicile, vers les travailleurs de la restauration et du nettoyage du grand âge. Une caisse de grève centralisée et publique, pour tenir financièrement. Un appel aux familles des résidents, premières témoins de la dégradation des soins. Des réunions de quartier et de population. Une plateforme commune santé–grand âge–vie chère à l'échelle de la ville, pour transformer un conflit d'entreprise en affaire de tout le peuple travailleur poitevin. Rien de cela n'a été mis sur pied. On a laissé la combativité réelle des grévistes s'épuiser dans le périmètre d'un seul établissement. L'isolement n'est pas une fatalité : c'est le produit d'une orientation.</p>
<p>7. Qui a dirigé, et vers quoi : la captation institutionnelle</p>
<p>Avant de regarder qui dirigeait la grève, voyons comment on a cherché, par le haut, à la refermer. Le tournant se joue fin avril. Le nouveau maire de Poitiers, Anthony Brottier — élu le 22 mars, et lui-même ancien directeur d'un Ehpad en Charente-Maritime [12], donc parfaitement au fait des rouages du secteur — intervient pour « faire avancer les choses ». Résultat de cette intervention : la convocation d'un comité social et économique le 29 avril. Mais ce CSE, la déléguée CGT le décrit elle-même sans détour : « C'est une chambre d'écoute qui ne sert à rien, aucune décision n'y est prise : notre direction nous a dit que ce n'était pas le lieu pour parler des revendications. » [2] Voilà le rôle réel de l'arbitrage par le haut : ouvrir une enceinte qui absorbe l'énergie du conflit sans rien trancher, et qui déplace la lutte du terrain du rapport de force — le seul où le patron peut être contraint — vers celui de la procédure, où il ne risque rien. Loin de débloquer le conflit, le CSE a confirmé aux grévistes qu'elles n'obtiendraient rien par cette voie ; c'est de là, elles le disent, qu'est née l'idée de monter à Paris. La médiation institutionnelle n'a pas rapproché la victoire : elle a fait gagner du temps au patron.</p>
<p>Cette grève a par ailleurs été dirigée. Au-dessus des dix-huit grévistes, trois échelons de l'appareil CGT : la section d'établissement, avec la déléguée Léa Guillon ; la fédération santé départementale, avec le secrétaire général Benoît Gadau ; et au sommet, l'Union départementale CGT 86, avec son secrétaire Julien Hémon [11]. Ce sont ces échelons, et l'UD au premier chef, qui ont tenu les rênes du mouvement, fixé sa tactique, négocié son issue.</p>
<p>Vers quoi ont-ils orienté l'énergie des grévistes ? Vers le haut, systématiquement. Vers le maire, vers le CSE, vers la médiation, vers les députés. La première prise de parole du secrétaire de l'UD, lors du grand rassemblement, en est le symbole : il ouvre en remerciant les députés présents et les renvoie à leur rôle institutionnel — « vous les portez à l'Assemblée » [11]. Le terrain est convoqué pour saluer les élus, et la lutte des soignantes est présentée comme le combustible d'un combat qui se mène, au fond, ailleurs : dans les institutions.</p>
<p>C'est ici qu'il faut être précis sur François Ruffin, car c'est le point où l'on nous répondra : « sans lui, personne n'aurait parlé de la grève. » L'objection manque l'essentiel. La question n'est pas de savoir s'il faut de la médiatisation — il en faut — mais de savoir vers quoi elle pousse. Toute médiatisation oriente : elle renforce soit l'auto-organisation des travailleurs, soit leur dépendance aux institutions. Il y a une médiatisation ouvrière, qui appelle d'autres travailleurs à entrer en lutte, à débrayer, à rejoindre la grève. Et il y a une médiatisation parlementaire, qui fait pression sur l'État pour qu'il arbitre. Ruffin a choisi la seconde, sans ambiguïté. Venu le 22 avril en « candidat à l'élection présidentielle de 2027 » [9], il a déposé une question écrite à l'Assemblée dont les mots disent tout : il demande à la ministre de la Santé si elle va « peser pour qu'un compromis soit enfin trouvé », pour que « les financiers de Vivalto Vie sortent le carnet de chèques », et il affirme que « l'État doit intervenir » [5][7]. Pas un mot sur l'extension de la grève, sur l'appel aux autres Ehpad, sur le pouvoir des grévistes. Tout est tourné vers l'arbitrage d'en haut — le préfet, l'ARS, la ministre, le « compromis ». Or l'État qu'il supplie d'intervenir est le même qui finance Vivalto par deux canaux, l'Agence régionale de santé et la Banque publique d'investissement — Ruffin le dit lui-même [5]. Il demande à l'actionnaire public d'arbitrer contre l'actionnaire privé, alors que c'est le même argent qui nourrit le groupe. Voilà la limite de la médiatisation parlementaire : elle détourne le regard des grévistes de leur propre force collective vers la bienveillance supposée de l'État.</p>
<p>Et c'est ainsi que la grève des Feuillants a aussi servi : de tribune à la gauche du Front populaire et à la candidature Ruffin — qui a d'ailleurs prolongé sa venue du 22 avril par une réunion publique place Charles-de-Gaulle pour présenter sa démarche présidentielle aux habitants [8]. Belluco, Moncond'huy, Harris, Ruffin se sont relayés sur le piquet [9][10], ont posé pour les photographies, prononcé les discours — sans jamais poser les deux questions qui décident d'une grève : son extension, et le pouvoir des grévistes sur leur propre lutte. Ce soutien ne renforce pas la grève : il la capte. Il transforme la combativité des soignantes en capital d'image pour des carrières électorales, et il habitue les travailleuses à attendre leur salut des élus plutôt que de leur organisation.</p>
<p>8. Le tour de passe-passe de l'appareil : changer l'étalon</p>
<p>Reste le travail propre de l'appareil syndical, qui est d'abord un travail idéologique. Écoutons le secrétaire général de la CGT Santé Action Sociale 86 : « On sait très bien qu'on n'aura pas tout, mais oui, il y a une avancée. On partait de loin et on aurait voulu plus, au niveau salarial. Je pense que c'est, pour ma part, encore assez suffisant. » Puis : « Le 1er octobre, on verra si cela a été respecté. » [1] Et la déléguée d'établissement, le jour de la signature : « C'est une satisfaction d'arriver à un accord. » [6]</p>
<p>Décortiquons — en visant l'orientation, non les personnes : la critique porte sur la ligne de l'appareil, pas sur des militantes prises individuellement. « On partait de loin » : voilà l'étalon que l'appareil substitue à la revendication. Le succès n'est plus mesuré à ce que les travailleuses exigeaient — un euro cinquante de l'heure, la fin de la tromperie Ségur — mais à la distance parcourue depuis le point de départ que le patron avait fixé. De même, « une satisfaction d'arriver à un accord » : la satisfaction porte sur le fait d'aboutir, non sur le contenu de ce à quoi l'on aboutit. Le critère bascule, du besoin de la salariée vers la simple existence d'une signature. C'est le retournement par lequel on transforme une défaite revendicative en « avancée ». Bien sûr qu'il y a une « avancée » par rapport à zéro ; il y en a presque toujours une — c'est tout l'intérêt, pour le patron, de lâcher quelque chose plutôt que rien. Mais une avancée ne se calcule pas par rapport à zéro. Elle se calcule par rapport à deux points : ce qu'il y avait avant, et ce qui était exigé. Mesurée ainsi, la « pérennisation » d'une prime payée par l'État n'est même pas un gain : c'est l'évitement d'une perte, doublé de la consécration de la tromperie dénoncée.</p>
<p>Voilà le millerandisme syndical : non plus l'organisation indépendante de la lutte, mais la gestion responsable de ce que le patron accepte de négocier. L'appareil ne mesure pas le combat à l'aune de ce qu'il visait, mais à l'aune de ce qui est gérable, négociable, présentable. Et le rendez-vous fixé au 1er octobre achève la dissolution : la grève, force agissante, se transforme en bureau de contrôle des promesses patronales. On range les chasubles, on attend octobre, on vérifiera. L'attente — l'arme de l'adversaire, celle qui démobilise et qui pourrit — devient l'horizon que l'appareil propose aux travailleuses.</p>
<p>Car il y a, pour l'appareil, un intérêt propre à clôturer ainsi. Une grève qui gagne réellement sur ses mots d'ordre, par l'extension et le pouvoir des grévistes, échappe aux permanents et démontre qu'on peut se passer de leur médiation. Une grève qu'on referme par un protocole homologué « avancée » consacre au contraire le rôle de l'appareil comme négociateur indispensable, seul habilité à dire ce qui est « suffisant ». Le maquillage de la reddition en victoire n'est pas une maladresse de communication : c'est la fonction sociale d'un appareil qui a besoin que la lutte passe par lui, qu'elle reste dans le cadre, et qu'elle ne déborde jamais — ni vers l'extension, ni vers l'auto-organisation.</p>
<p>Conclusion : la prochaine fois</p>
<p>Que les choses soient dites clairement, parce qu'il y va du respect dû aux grévistes : la grève des Feuillants fut juste, et les dix-huit soignantes qui l'ont menée méritent d'être saluées sans réserve. Tenir cent-sept jours, seules à la fin, contre un groupe de cette puissance, sous l'huissier et l'intérim briseurs de grève, en démasquant elles-mêmes la tromperie du Ségur, c'est un courage et une lucidité de classe que rien dans leur condition ne préparait. Notre critique ne vise pas une seconde celles qui se sont battues. Elle vise ce qui les a laissées se battre seules.</p>
<p>Car la défaite vient de là — non de la radicalité des grévistes, qui fut grande, mais de la forme dans laquelle l'appareil et l'Union départementale ont tenu leur lutte : isolée, sans extension, sans organes d'auto-organisation, enfermée dans les médiations et le CSE, transformée en tribune pour la gauche du Front populaire et la candidature Ruffin. Une grève juste peut être perdue par sa forme. Aux Feuillants, la combativité était du côté des salariées ; la forme était du côté de l'appareil.</p>
<p>La leçon n'est donc pas seulement qu'il aurait fallu mieux faire. Elle est plus tranchante : aucune grève contre un groupe financiarisé ne doit être laissée sous le monopole tactique de l'appareil syndical. Une grève d'entreprise isolée, face au capital financier concentré, ne tient que par sa jonction avec les autres travailleurs et par le pouvoir réel des grévistes sur leur propre grève — comité de grève élu, assemblée générale souveraine, délégués mandatés et révocables, caisse de grève publique, extension active vers ceux qui n'ont pas encore débrayé. C'est cela, et cela seul, qui aurait pu changer le rapport de force aux Feuillants : faire de la lutte des soignantes l'affaire de tout le peuple travailleur de Poitiers et de la Vienne, contre la vie chère — et non le marchepied d'une campagne présidentielle, ni la chose d'un appareil qui mesure la victoire à l'aune du patron.</p>
<p>La prochaine fois, il faudra que les grévistes dirigent leur grève, qu'elle ne reste pas seule, et qu'elle ne serve pas de tribune à ceux qui prêchent l'arbitrage de l'État là où il faut construire la force des travailleurs. C'est la seule leçon qui honore vraiment les cent-sept jours des Feuillants.</p>
<p>Sources</p>
<p>[1] France 3 Nouvelle-Aquitaine / franceinfo, « Après 107 jours de grève, les salariées d'un Ehpad trouvent un accord et reprennent le travail », 12 juin 2026. <a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/vienne/poitiers/apres-107-jours-de-greve-les-salaries-d-un-ehpad-trouvent-un-accord-et-reprennent-le-travail-3367483.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/vienne/poitiers/apres-107-jours-de-greve-les-salaries-d-un-ehpad-trouvent-un-accord-et-reprennent-le-travail-3367483.html</a></p>
<p>[2] ICI (ex-France Bleu Poitou), « Poitiers : les grévistes de l'Ehpad des Feuillants vont manifester à Paris » (revendication +1,50 €/h = 150-200 €/mois ; 44 réquisitions à 200-300 € ; soutiens élus), 5 mai 2026. <a href="https://www.ici.fr/nouvelle-aquitaine/vienne-86/poitiers/poitiers-les-grevistes-de-l-ehpad-des-feuillants-vont-manifester-a-paris-1363801" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.ici.fr/nouvelle-aquitaine/vienne-86/poitiers/poitiers-les-grevistes-de-l-ehpad-des-feuillants-vont-manifester-a-paris-1363801</a></p>
<p>[3] ICI Poitou, reportage vidéo, soutien de F. Ruffin (citation de Marthe Aamboa : « deux dimanches par mois », prime de dimanche déjà proposée sous conditions et refusée ; plainte UD CGT pour entrave / intérim), 22 avril 2026. <a href="https://www.ici.fr/emissions/l-info-d-ici-ici-poitou/poitiers-apres-un-mois-de-greve-et-requisitions-a-l-ehpad-des-feuillants-francois-ruffin-en-soutien-8712518" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.ici.fr/emissions/l-info-d-ici-ici-poitou/poitiers-apres-un-mois-de-greve-et-requisitions-a-l-ehpad-des-feuillants-francois-ruffin-en-soutien-8712518</a></p>
<p>[4] web86.info, « Réquisition à Poitiers dans un EPHAD privé lucratif » (réquisitions par huissier à 300 € pièce ; 90 €/jour/résident ; salaire 1 650 € prime Ségur comprise), 8 avril 2026. <a href="https://web86.info/requisition-a-poitiers-dans-un-ephad-prive-lucratif/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://web86.info/requisition-a-poitiers-dans-un-ephad-prive-lucratif/</a></p>
<p>[5] François Ruffin, « Ehpad Les Feuillants : quand les financiers de Vivalto Vie profitent du Grand âge (et des salariés) » (texte de présentation de la question écrite ; « l'État doit intervenir » ; double financement public ARS + Bpifrance ; holding multi-pays), 29 avril 2026. <a href="https://francoisruffin.fr/ehpad-les-feuillants-quand-les-financiers-de-vivalto-vie-profitent-du-grand-age-et-des-salaries/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://francoisruffin.fr/ehpad-les-feuillants-quand-les-financiers-de-vivalto-vie-profitent-du-grand-age-et-des-salaries/</a></p>
<p>[6] La Nouvelle République, « Poitiers : la grève à l'Ehpad des Feuillants s'arrête au 107e jour, un accord trouvé ce jeudi 11 juin » (protocole ; « pas fait tache d'huile » ; un seul gréviste à La Rose d'Aliénor ; quatre jours présentés dès les premières négociations ; « déficitaire » ; déclaration de Léa Guillon), 11 juin 2026. <a href="https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/poitiers-la-greve-a-l-ehpad-des-feuillants-s-arrete-au-107e-jour-un-accord-trouve-ce-jeudi-11-juin-1781197506" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/poitiers-la-greve-a-l-ehpad-des-feuillants-s-arrete-au-107e-jour-un-accord-trouve-ce-jeudi-11-juin-1781197506</a></p>
<p>[7] Assemblée nationale, question écrite n° 14880 de M. François Ruffin, « Ehpad Les Feuillants : quand Vivalto Vie profite du grand âge et des salariés », rubrique institutions sociales et médico-sociales (référencée sur la page officielle des questions du député ; le texte de la question est repris dans [5]). <a href="https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/deputes/PA722142/questions" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/deputes/PA722142/questions</a></p>
<p>[8] my-angers.info / La Nouvelle République, « François Ruffin s'invite à Poitiers pour soutenir les salariés en grève de l'Ehpad des Feuillants » (Ruffin candidat déclaré ; à l'issue de sa venue, rencontre publique place Charles-de-Gaulle pour présenter sa démarche présidentielle), 22 avril 2026. <a href="https://my-angers.info/04/22/francois-ruffin-sinvite-a-poitiers-pour-soutenir-les-salaries-en-greve-de-lehpad-des-feuillants/183357/amp" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://my-angers.info/04/22/francois-ruffin-sinvite-a-poitiers-pour-soutenir-les-salaries-en-greve-de-lehpad-des-feuillants/183357/amp</a></p>
<p>[9] Le7.info, « Ehpad des Feuillants : François Ruffin en soutien aux grévistes » (Ruffin candidat 2027 ; présence de Moncond'huy, Belluco, Harris ; grève depuis le 24 février), 1er mai 2026. <a href="https://www.le7.info/article/27131-ehpad-des-feuillants-francois-ruffin-en-soutien-aux-grevistes" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.le7.info/article/27131-ehpad-des-feuillants-francois-ruffin-en-soutien-aux-grevistes</a></p>
<p>[10] ICI / France Bleu Poitou, article reprenant le communiqué des élus Lisa Belluco et Benoît Tirant appelant les parties à « retrouver le chemin du dialogue » (publié le dimanche 29 mars 2026 ; le titre original décompte les jours de grève à partir de la phase continue de mi-mars, la grève ayant d'abord démarré sporadiquement fin février avant de devenir continue à la mi-mars). <a href="https://www.francebleu.fr/nouvelle-aquitaine/vienne-86/poitiers/douzieme-jour-de-greve-a-l-ehpad-des-feuillants-de-poitiers-la-deputee-de-la-vienne-lisa-belluco-reaffirme-son-soutien-5904148" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.francebleu.fr/nouvelle-aquitaine/vienne-86/poitiers/douzieme-jour-de-greve-a-l-ehpad-des-feuillants-de-poitiers-la-deputee-de-la-vienne-lisa-belluco-reaffirme-son-soutien-5904148</a></p>
<p>[11] Matière et Révolution (matierevolution.fr), couverture et transcription du conflit de l'Ehpad des Feuillants — identification des trois échelons de direction CGT (Union départementale 86, fédération santé départementale, section d'établissement) et transcription de la prise de parole du secrétaire de l'UD au rassemblement de soutien. <a href="https://www.matierevolution.fr/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/</a></p>
<p>[12] France 3 Nouvelle-Aquitaine, portrait d'Anthony Brottier, nouveau maire de Poitiers (parcours : droit à Poitiers et Montpellier, puis directeur d'un EHPAD en Charente-Maritime, CNED, OPCA hospitalier ; élu le 22 mars 2026), 24 mars 2026. <a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/vienne/poitiers/quand-je-fais-quelque-chose-je-le-fais-a-fond-qui-est-anthony-brottier-le-nouveau-maire-de-poitiers-3322350.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/vienne/poitiers/quand-je-fais-quelque-chose-je-le-fais-a-fond-qui-est-anthony-brottier-le-nouveau-maire-de-poitiers-3322350.html</a></p>
<p>Note méthodologique : les faits salariaux, le contenu du protocole, les réquisitions patronales et la chronologie reposent sur la presse régionale et nationale ([1] à [10]). L'identification nominative des échelons de direction CGT et la transcription des prises de parole syndicales au rassemblement reposent sur [11]. Le caractère patronal — et non préfectoral — des mesures de contrainte est établi par [3] et [4], qui les attribuent à la direction et à des huissiers.</p></div>
Ivry : deux Églises, un État faussement laïque...
http://matierevolution.org/spip.php?article9655
http://matierevolution.org/spip.php?article96552026-07-04T22:43:00Ztext/htmlfrKarob
<p>Ivry : deux Églises, un État faussement laïque — et une seule classe à défendre <br class='autobr' />
Conseil municipal du 11 juin 2026. Deux élues de la majorité siègent voilées ; l'une d'elles, l'adjointe Fenda Diarra, revendique publiquement sa « fierté » de l'être. Le conseiller RN Kévin Nader dépose un amendement au règlement intérieur pour interdire les signes religieux ostensibles aux élus — c'est-à-dire pour en chasser le voile. La majorité le rejette. Après l'adoption du règlement, Nader reprend la (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_17703 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/png/chatgpt_image_17_juin_2026_11_05_11.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH707/chatgpt_image_17_juin_2026_11_05_11-1959d.jpg?1789980908' width='500' height='707' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_17704 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/png/chatgpt_image_17_juin_2026_11_06_29.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH707/chatgpt_image_17_juin_2026_11_06_29-57c51.jpg?1789980908' width='500' height='707' alt='' /></a>
</figure>
</div><h2 class="spip">Ivry : deux Églises, un État faussement laïque — et une seule classe à défendre</h2>
<p>Conseil municipal du 11 juin 2026. Deux élues de la majorité siègent voilées ; l'une d'elles, l'adjointe Fenda Diarra, revendique publiquement sa « fierté » de l'être. Le conseiller RN Kévin Nader dépose un amendement au règlement intérieur pour interdire les signes religieux ostensibles aux élus — c'est-à-dire pour en chasser le voile. La majorité le rejette. Après l'adoption du règlement, Nader reprend la parole, accuse le maire de « renoncer à la laïcité », sort un crucifix, déclare placer le conseil « sous le signe de la croix » et récite un Je vous salue Marie. Le maire, le communiste Philippe Bouyssou, suspend la séance, saisit le préfet, et dénonce une « instrumentalisation de la religion catholique à des fins islamophobes » qui « insulte les deux communautés religieuses », auxquelles il adresse son soutien. Sur les réseaux, un militant « féministe-laïque » dénonce « l'entrisme islamiste » et Bouyssou « traître à la laïcité ». La gauche communautariste défend les élues au nom de l'inclusivité. Chacun tient son rôle. Et chacun sert le même camp.</p>
<p>Il faut le dire clairement, car personne ne le dit : ces deux mises en scène ne s'opposent pas, elles se complètent. L'extrême droite a besoin du voile comme épouvantail pour souder un bloc « de souche » contre l'étranger. L'islam politique a besoin de l'islamophobie d'État comme preuve que la République ment, pour souder « sa » communauté derrière ses propres encadreurs. L'un nourrit l'autre. Tous deux découpent la classe des exploité·es selon une ligne confessionnelle, dressent le travailleur français contre sa collègue musulmane, et abolissent la seule question qui émanciperait réellement les uns et les autres : celle de leurs conditions matérielles communes d'existence.<br class='autobr' />
Le RN : la croix n'est qu'un masque</p>
<p>Que la croix de l'élu RN soit un instrument et non une foi, la séance elle-même le prouve. Le même soir, avant de brandir son crucifix, le conseiller RN avait insulté les agents municipaux sur leurs salaires (« vous vous gavez avec ce fric monstre »), attaqué la programmation « décoloniale et internationaliste » d'un équipement culturel, et déroulé sa xénophobie à propos d'un comité consultatif destiné aux habitants de nationalité extra-européenne : « la nationalité, ça se gagne, elle ne se donne pas dans une pochette en chocolat ». Voilà le fond : nationalisme, mépris des fonctionnaires, hostilité à l'étranger. Le catholicisme n'y a aucune place réelle — un parti qui exalte la nationalité-mérite et tape sur les travailleurs du service public n'a rien d'évangélique. La croix n'est qu'un drapeau identitaire de plus, saisi pour l'occasion afin de viser le voile. Du reste, l'élu RN ne porte pas une croix — geste d'un croyant, que nul ne songerait à lui reprocher — il la dégaine, la brandit et récite une prière au micro : ce n'est pas un acte de foi, c'est une mise en scène politique. Le RN ne défend pas le Christ : il instrumentalise le catholicisme comme marqueur de « civilisation » contre l'islam, exactement comme il instrumentalise la laïcité dont il n'a que faire partout ailleurs.<br class='autobr' />
La laïcité française est un paravent</p>
<p>On invoque la loi de 1905 comme un absolu, et la légende républicaine en a fait le grand combat contre l'Église. Mais regardons ce qu'elle a fait, non ce qu'elle prétendait. 1905, c'est l'année de la révolution russe et d'une vague de grèves dans toute l'Europe : en dressant les républicains contre les cléricaux, la bourgeoisie radicale a trouvé le moyen de dériver la montée de classe vers un affrontement entre fractions de l'ordre, et de souder un bloc « républicain » par-dessus les classes au moment précis où le prolétariat montait. Et elle n'a rien enlevé d'essentiel à l'Église : le concordat d'Alsace-Moselle est resté en vigueur jusqu'à aujourd'hui, l'enseignement catholique a survécu et sera financé par la loi Debré, le chef de l'État demeure chanoine d'honneur de Saint-Jean-de-Latran, les funérailles nationales se tiennent à Notre-Dame. L'aile qui voulait frapper réellement l'Église n'a pas gagné. La laïcité réellement existante ne frappe donc que les pratiques religieuses des fractions dominées du prolétariat — les travailleurs immigrés et leurs enfants — tout en épargnant le catholicisme intégré à l'appareil d'État jusqu'à son sommet. Que l'on s'entende : il ne s'agit pas de faire de l'islam « la religion des opprimés », comme le voudrait la gauche identitaire. L'islam politique n'a rien d'un dominé — il est religion d'État dans des dizaines de pays, et ses mosquées en France sont souvent les relais d'États et de bourgeoisies étrangères (Turquie, Algérie, monarchies du Golfe), tout comme d'autres puissances ont les leurs. Ce ne sont pas les religions qui sont dominées ou dominantes : ce sont les travailleurs visés qui occupent une position de classe dominée. La laïcité à géométrie variable discipline leurs pratiques quand elle protège celles du culte intégré à l'État. La brandir contre une élue musulmane revient à lui faire faire ce qu'elle fait toujours : discipliner les pratiques des travailleurs immigrés tout en épargnant l'Église installée dans l'appareil d'État.</p>
<p>La géométrie variable joue jusqu'à l'intérieur du catholicisme lui-même. Qu'un évêque dissident appelle à « prendre les armes pour défendre le pays chrétien », et l'on trouvera des laïques sincères pour rappeler, à juste titre, qu'il viole la loi de 1905 et tombe sous le coup du Code pénal. Le franc-tireur clérical, marginal et spectaculaire, est dénoncé. Mais le catholicisme institutionnel, lui — celui qui salarie ses prêtres en Alsace-Moselle, fait financer ses écoles par le contribuable, place son chef d'honneur à l'Élysée et a couvert pendant des décennies les violences de Bétharram — demeure intouchable. On voit l'évêque séditieux ; on ne voit pas le président chanoine. La laïcité à géométrie variable ne distingue pas seulement entre l'islam et le catholicisme : elle distingue, au sein même de l'Église, entre le réactionnaire visible qu'on peut sanctionner et l'emprise institutionnelle qu'on protège.</p>
<p>Le bras de fer d'Ivry porte d'ailleurs sur un point de droit réel, et il faut le dire honnêtement. Le RN entretient à dessein la confusion entre laïcité et neutralité : la neutralité religieuse s'impose aux agents publics et aux élus quand ils exercent comme officiers d'état civil — mariages, bureaux de vote — mais pas, dans la tradition juridique classique, à un élu siégeant dans une assemblée délibérante, car l'élu tient son mandat du suffrage et n'est pas un fonctionnaire. De ce strict point de vue, le maire qui refuse l'amendement défend une lecture établie de la laïcité, et le RN qui l'accuse de « trahison » ment sur le droit. Mais cette tradition vacille : à Chalon-sur-Saône, le maire LR a fait inscrire dans le règlement intérieur l'interdiction de tout signe religieux ostensible aux élus, et le 18 mars 2026 le tribunal administratif de Dijon a refusé de la suspendre, estimant que la liberté de conscience de l'élu « doit être conciliée avec le principe de laïcité ». Deux communes, deux gestions bourgeoises opposées de la même question : ici l'interdit autoritaire validé par le juge, là le refus de trancher et la bénédiction des communautés. Notre position ne se range derrière aucune des deux. Du strict point de vue de la cohérence laïque, on ne devrait tolérer ni voile ni croix dans une institution ; mais nous ne confions pas à l'État bourgeois — ni à son juge, ni à son préfet — le soin d'imposer cette règle, car nous savons contre qui il la retournera. Ce que nous opposons aux deux, ce n'est pas un arbitrage juridique : c'est le terrain de classe que l'un et l'autre désertent.<br class='autobr' />
L'État qui « combat » l'islam politique est celui qui l'a fait prospérer</p>
<p>Et il y a pire que la géométrie variable. L'État qui agite la laïcité contre une élue d'Ivry est exactement le même qui a laissé prospérer l'islam politique quand cela l'arrangeait — et qui le promeut au-dehors quand sa stratégie le commande. Le 7 mai 2025, Emmanuel Macron recevait à l'Élysée, garde républicaine au garde-à-vous, Ahmed al-Charaa — l'ancien Joulani, ex-chef du Hayat Tahrir al-Cham, c'est-à-dire de l'ancienne branche syrienne d'al-Qaïda. Trois semaines plus tard, le même pouvoir présentait en Conseil de défense son grand rapport sur l'« entrisme islamiste », érigé en « menace pour la République ». L'ennemi intérieur absolu et l'invité d'honneur relèvent de la même mouvance, à trois semaines d'intervalle. Faut-il rappeler que l'assassin de Samuel Paty était en contact, le jour de son crime, avec un propagandiste de ce même HTC ?</p>
<p>Au-dedans, ce n'est pas différent. C'est l'État qui a institué l'encadrement confessionnel des travailleurs musulmans : le Conseil français du culte musulman est une création de Sarkozy, en 2003. Sa fonction objective fut d'enfermer une fraction du prolétariat dans une identité religieuse, de lui donner pour interlocuteurs des « représentants du culte » plutôt que des organisations de classe — avant de désigner ce bloc, le moment venu, comme la cible des campagnes sécuritaires. L'État n'a besoin d'aucun complot : il agit selon sa nature. Mais le résultat est qu'il ne combat pas l'islam politique — il l'instrumentalise, épouvantail au-dedans, supplétif au-dehors, et fabrique ainsi une part de la menace qu'il agite. (Ce mécanisme est développé dans notre article « L'islam politique en France : une réalité réactionnaire, un État qui l'exploite, une classe qu'on désarme ».)<br class='autobr' />
Le voile comme marqueur de l'islam politique est une arme de division</p>
<p>Cela ne signifie pas qu'il faille défendre le voile. La politique est aussi faite de symboles, et un symbole déployé par un appareil n'est pas une opinion individuelle : c'est un acte. Quand l'islam politique érige le foulard en marqueur identitaire, frontière visible entre « la communauté » et le reste, drapeau planté dans une institution, il en fait une arme de division et de contrôle du corps des femmes. Et qu'on ne nous serve pas la légende de la « pudeur » : le voile n'a pas d'origine spirituelle. Dès l'Antiquité, bien avant l'islam, il distingue la femme libre de l'esclave — laquelle, non voilée, restait sexuellement « disponible ». L'islam des origines reprend cette fonction : la tradition rapporte que le verset du jilbâb répond aux importunités subies par Sawda, épouse du Prophète, pour que les femmes libres « soient reconnues et ne soient pas offensées ». C'est un marqueur de statut et de propriété sur les corps, pas une prescription de piété — et les salafistes et Frères musulmans qui le présentent aujourd'hui comme un signe de pudeur réactivent en réalité ce vieux marquage, jusqu'à cette dérive bien réelle qui range la femme non voilée du côté de la « femme facile ». Le combattre est donc nécessaire. Mais la femme voilée n'est pas l'ennemie : elle est la première cible de cet endoctrinement, pas son auteur. Et l'arme contre l'islam politique n'est pas l'interdit d'État — qui le sacre persécuté et le renforce — c'est la vérité dite devant les travailleurs et l'unité de classe qui arrache les croyantes à l'emprise de leurs encadreurs. C'est la seule chose que les Frères musulmans redoutent réellement.<br class='autobr' />
Le PCF d'Ivry ne libère personne — il encadre</p>
<p>Le maire PCF n'agit pas par solidarité avec les opprimés — comme il agissait hier en cédant le foncier municipal pour l'édification d'une grande mosquée, sans que pareille faveur soit jamais consentie à une synagogue, un temple ou une église. Un communiste n'inaugure pas de lieu de culte : il sait que la religion est le soupir de la créature opprimée et que la tâche révolutionnaire est de tarir la source de cette détresse, pas d'en bénir les sanctuaires.</p>
<p>Car il faut le nommer pour ce qu'il est. Le PCF n'a jamais été un parti révolutionnaire au plein sens du terme : passé très vite, dès les années 1920-30, du stade du parti en construction à celui d'appareil stalinisé, courroie de la bureaucratie du Kremlin, il est devenu une force contre-révolutionnaire dont la seule boussole est la conciliation avec l'État bourgeois français. Ce parti qui se dit l'ami des dominés est celui qui, au gouvernement en 1945-47, a réprimé les colonisés — Sétif, Haïphong, Madagascar — et voté en 1956 les pouvoirs spéciaux de la guerre d'Algérie ; celui qui, au tournant des années 1980, chassait l'immigré de ses propres communes — le bulldozer du maire PCF sur un foyer malien à Vitry, la manifestation du maire PCF Robert Hue sous les fenêtres d'une famille marocaine à Montigny. Hier on rase et on dénonce l'immigré ; aujourd'hui on courtise « les musulmans d'Ivry » au nom de la « diversité ». Mais il ne s'agit pas de diversité : la diversité réelle, ce serait l'unité de travailleurs d'origines différentes dans un même combat de classe. Présenter l'alliance avec un appareil religieux réactionnaire comme de la « diversité » n'est que l'habillage d'une politique d'encadrement séparé. Le même parti qui chassait l'immigré au bulldozer le flatte aujourd'hui par populisme communautaire : preuve qu'aucune des deux postures n'a jamais eu le travailleur immigré pour sujet, mais seulement pour objet à gérer. Réprimer hier, flatter aujourd'hui : les deux gestes servent la même fonction — diviser les travailleurs et les encadrer pour le compte de la bourgeoisie, au lieu de les unir contre elle. Même finissant, l'appareil stalinien fait encore de la contre-révolution ; il a seulement retourné le signe.</p>
<p>Défendre l'islam politique par populisme communautaire n'est pas plus de gauche que de l'attaquer par racisme. C'est l'autre face de la même renonciation au terrain de classe.</p>
<p>Et l'on voit bien, à Ivry même, que ce maire ne sort jamais de l'ordre bourgeois : il l'administre. Face à la provocation du RN, il ne s'adresse pas au peuple travailleur, il ne dit pas un mot de la religion comme instrument de division des exploités. Il dénonce l'instrumentalisation du catholicisme, adresse son « soutien aux deux communautés religieuses » — et il saisit le préfet. Autrement dit, à l'instrumentalisation religieuse du RN il répond en patron des communautés et en appelant à l'État, à son représentant départemental, à la police administrative. Pas aux travailleurs d'Ivry, pas à leur unité. Là est la vérité de ce « communisme » municipal : une gestion institutionnelle des équilibres, qui face au RN en appelle au préfet et face aux travailleuses voilées en appelle à la « diversité » — jamais une politique d'unité prolétarienne, qui seule désarmerait et le RN et l'islam politique.</p>
<p>Sa défense le trahit d'ailleurs jusque dans sa logique. Pour condamner le geste du RN, le maire pose le bon critère : « imaginez qu'un élu musulman sorte un tapis et fasse une prière au milieu du conseil, tout le monde serait scandalisé ». Exactement : la performance religieuse mise en scène dans une institution est une faute, qu'elle soit catholique ou musulmane. Mais il applique ce critère à un rite musulman hypothétique — le tapis qu'aucun élu n'a déroulé — tout en restant aveugle au marqueur religieux réel de sa propre majorité, le voile que ses adjointes revendiquent « avec fierté » en séance. Il distingue le signe « porté » (qu'il tolère) du rite « brandi » (qu'il refuse) : distinction commode, qui range la croix dégainée du RN du mauvais côté et le voile-étendard de son camp du bon. Mais une revendication publique et fière du voile dans l'enceinte du conseil n'est pas un signe passif : c'est, elle aussi, un acte politique, le marqueur d'un appareil planté dans l'institution. Bouyssou trouve donc le bon principe et l'applique de travers — sévère pour la religion de l'adversaire, complaisant pour celle de sa clientèle. C'est le tri sélectif de la laïcité bourgeoise, simplement retourné : là où l'État frappe l'islam et épargne le catholicisme, le PCF municipal épargne le voile et ne voit que la croix. Dans les deux cas, la mesure n'est pas le principe, mais l'intérêt — et jamais l'unité des travailleurs.<br class='autobr' />
La seule ligne de classe</p>
<p>Ce qu'aurait dit un élu révolutionnaire à cette tribune ne ressemble à aucune des trois postures du conseil. Il n'aurait rien demandé à l'État bourgeois — ni texte d'interdiction, ni saisine. Il aurait dénoncé, d'un même mouvement et avec la même intransigeance : le RN qui brandit la croix et le Je vous salue Marie comme catholicisme identitaire — ce qui ne lui donne aucune leçon de laïcité, puisqu'il fait exactement ce qu'il reproche, du communautarisme religieux ; le maire PCF comme encadreur sans principes ; et le voile revendiqué « avec fierté » en séance comme un acte politique — celui de planter le marqueur de l'islam politique dans une institution. Sur l'élue elle-même, il n'aurait pas spéculé sur sa foi ni sur ses affiliations : qu'elle soit croyante sincère ou militante organisée importe peu et ne se prouve pas. Mais l'acte, lui, est public et il est politique : revendiquer fièrement le voile dans l'enceinte d'un conseil, c'est y planter un marqueur identitaire et confessionnel — comme le RN y plante sa croix. Les deux gestes ont la même fonction scénique : déplacer la classe vers la religion. Ils ne sont pas pour autant socialement équivalents — la croix du RN s'adosse au catholicisme intégré à l'appareil d'État français, le voile politique à des réseaux et des États étrangers qui encadrent une fraction des travailleurs immigrés. Deux points d'appui distincts, deux forces réactionnaires, une même fonction de division. Et il aurait relevé l'essentiel — qu'elle siège dans une majorité qui soutient l'armement de l'Ukraine et ne dit pas un mot de l'impérialisme français au Sahel. Sur le terrain qui décide, celui de l'impérialisme, elle se tient exactement où se tient le RN. Le voile que le PCF brandit comme signe de « diversité » ne sert pas l'émancipation des travailleuses : il sert l'encadrement communautaire qui les divise. Il aurait dit aux travailleurs et aux travailleuses musulmanes : voilà qui prétend vous représenter, voilà l'arme identitaire qu'on plante entre vous et vos frères de classe, et voilà l'État qui ne s'en prend qu'à vous pendant qu'il bénit ses propres prêtres. Tous vous divisent. Ne suivez aucun d'eux.<br class='autobr' />
Opposés ici, alliés ailleurs</p>
<p>Un test suffit à démasquer leur affrontement : aucun de ces courants n'est l'ennemi de l'impérialisme français. L'islam politique brandit un anti-occidentalisme de slogan, mais se retrouve allié de l'impérialisme dès que les intérêts convergent — Frères musulmans financés par le Qatar de Washington, groupes ex-al-Qaïda armés en Syrie, al-Charaa reçu à l'Élysée. Le RN n'en est pas l'ennemi mais l'aile la plus chauvine, pro-armée et pro-« grandeur nationale ». Et le PCF l'a soutenu à chaque épreuve — Union sacrée, crédits coloniaux, pouvoirs spéciaux de 1956, défense social-chauvine de « l'emploi français » contre le travailleur étranger : le socialisme dans les mots, la patrie impérialiste dans les actes. Sur chaque théâtre, le constat est le même : ni au Sahel, où la France a mené sa guerre et ses manœuvres avec les groupes armés, ni en Ukraine, où chacun s'accommode de la logique des blocs, aucun des trois ne dénonce l'impérialisme de son propre camp. Opposés sur la scène française, ils se retrouvent du même côté sur l'échiquier mondial. Le seul anti-impérialisme réel est celui du prolétariat qui combat d'abord sa propre bourgeoisie — ce qu'aucun ne fait.</p>
<p>Il en va de même de la fausse opposition entre racisme et « antiracisme ». Il y a un antiracisme de classe, qui défend l'immigré comme prolétaire et l'unit à l'ouvrier de souche : celui-là est juste. Et il y a un antiracisme politique, drapé de « diversité » et d'« inclusion », qui assigne chacun à sa « communauté » et divise le prolétariat aussi sûrement que le racisme. Le raciste dit « les Français d'abord », l'antiraciste identitaire « les racisés entre eux » : deux manières de couper la classe selon l'origine. Cela ne les rend pas équivalents — le racisme reste l'agression du dominant, et l'immigré doit être défendu sans réserve, mais comme travailleur, jamais comme « racisé ». Car l'assignation identitaire détourne la riposte de son seul terrain efficace, la classe, vers l'impasse communautaire où elle se brise.</p>
<p>Dénoncer les attaques contre les musulmans, ce n'est pas défendre l'islam ni le voile. Et combattre l'islam politique, ce n'est pas s'aligner sur l'islamophobie d'État. Car sous leurs affrontements de façade, le RN, l'islam politique, le PCF ne sont pas en face de l'État : ils en sont les rouages, du sommet de l'Assemblée nationale jusqu'au moindre conseil municipal. Le conseil d'Ivry est lui-même un échelon de l'État bourgeois, et chacun de ces courants y administre, à sa manière, le même appareil au service du même maître. Les milliardaires ne peuvent dominer une classe ouvrière unie : il leur faut la couper. Chacune de ces forces fournit une ligne de coupe sous un masque différent — le patriotisme pour le RN, l'identité religieuse pour l'islam politique, le faux progrès pour les croisés de la laïcité, la « diversité » pour le PCF qui chassait hier l'immigré au bulldozer. Le masque varie ; la fonction est unique : diviser le peuple travailleur — par la religion, la nationalité, l'identité, le faux progressisme — pour le compte d'une seule classe, celle des milliardaires. Toutes sont, à ce titre, contre-révolutionnaires. Contre elles, on ne défend qu'une chose — l'unité du prolétariat, par-delà les religions et les identités. Cette unité n'est pas un vœu : c'est l'arme qui dissout tous les masques. C'est elle, et elle seule, que toutes ces guerres de symboles ont pour fonction d'empêcher.</p>
<p>Matière et Révolution ★ Voix des Travailleurs ★ Gilets Jaunes Poitiers</p>
<p>L'islam politique en France : une réalité réactionnaire, un État qui l'exploite, une classe qu'on désarme</p>
<p>Il faut tenir trois choses à la fois, et c'est à cette condition seulement qu'on échappe aux deux mensonges qui se partagent le terrain. La première : l'islam politique est une force réelle, réactionnaire, hostile aux travailleurs. La deuxième : l'offensive d'État menée au nom de la « lutte contre l'entrisme » n'a pas pour but d'émanciper qui que ce soit, mais de diviser le prolétariat et de renforcer l'appareil répressif. La troisième, qui commande les deux autres : ce que ces deux camps ont en commun, c'est l'effacement du terrain de classe. Qui n'en retient qu'une bascule ou bien dans l'apologie communautaire, ou bien dans la croisade civilisationnelle. Les deux sont des impasses.<br class='autobr' />
I. L'islam politique est bien ce qu'il est</p>
<p>Commençons par ce qu'aucun matérialiste ne doit minimiser, car le minimiser serait mentir aux travailleurs. L'islamisme politique — au sens de la mouvance issue des Frères musulmans fondée en 1928 — est une idéologie interclassiste, patriarcale et contre-révolutionnaire. Son programme historique de 1936 réclamait la fortification de l'Oumma, l'interdiction de la mixité, l'oppression légale des femmes, la censure de toute critique de la religion, l'imposition de l'éducation religieuse. Son principal théologien, Youssef al-Qaradawi, a soutenu que les femmes violées « vêtues de façon impudique » devraient être punies, et s'est interrogé non sur l'opportunité de tuer les homosexuels mais sur la méthode. Voilà la doctrine. Aucune « inclusivité » ne la rend fréquentable.</p>
<p>Le voile, dans ce dispositif, n'est pas une simple affaire de foi privée. Lorsqu'une organisation l'érige en marqueur identitaire, en frontière visible entre « la communauté » et le reste, il devient une arme politique et un instrument de contrôle du corps des femmes. La politique se fait aussi de symboles ; un symbole déployé par un appareil est un acte, pas une opinion. Sur ce point, ceux qui décrivent le voile-imposition comme un outil de l'islam politique ont raison, et la gauche qui le nie ou le maquille en pur choix individuel se ment à elle-même.</p>
<p>Encore faut-il dire ce qu'est le voile historiquement, car la légende de la « pudeur » qu'on sert aux femmes est une falsification. Le voile n'a pas d'origine spirituelle. Il est, dès l'Antiquité — assyrienne, gréco-romaine, byzantine, bien avant l'islam — un marqueur de statut social : il distingue la femme libre de l'esclave. La femme libre se voile ; l'esclave, elle, ne le porte pas, et reste sexuellement disponible, « violable » sans conséquence sociale. Le voile est donc d'abord un instrument des rapports de propriété sur les corps : il signale qui appartient à un homme et doit être « protégée », et qui relève de la propriété servile. L'islam des origines reprend cette fonction. La tradition rapporte l'épisode de Sawda, épouse du Prophète, importunée lorsqu'elle sortait la nuit pour ses besoins : le verset dit du jilbâb prescrit de couvrir les femmes libres « afin qu'elles soient reconnues et ne soient pas offensées ». Ce n'est pas une prescription de piété intérieure : c'est un dispositif de signalement et de marquage dans une société esclavagiste. La « pudeur religieuse » est une relecture postérieure qui efface cette genèse sociale.</p>
<p>Cette origine n'est pas un détail d'érudition : elle survit dans les têtes. Quand le discours salafiste et frériste réactive l'idée que « la femme pudique se voile », il en réactive mécaniquement l'envers — la non-voilée serait l'impudique, la disponible. De là cette dérive, bien réelle quoique loin d'être générale : voir dans la femme non voilée une proie, une « femme facile ». C'est la trace de l'ancien marquage esclavagiste, la non-voilée glissée dans la case « violable ». Preuve que le voile n'a jamais relevé de la spiritualité privée, mais d'un contrôle des corps adossé à des rapports de propriété — et que sa réactivation politique charrie cette violence. Et pourtant : la femme voilée elle-même n'est pas l'ennemie. Elle est la première cible de cet endoctrinement qui lui fait prendre une falsification pour une vertu, non son auteur. Combattre l'arme politique qu'est le voile-marqueur n'est pas combattre les femmes qui le portent — c'est exactement l'inverse.</p>
<p>Que l'islam politique cherche à gagner du terrain — par les associations, les commerces, l'édition jeunesse, l'influence sur des élus — est également une réalité documentée. Il encadre une fraction des travailleurs croyants pour les soustraire à la lutte de classe et les rabattre vers une bourgeoisie ou une petite-bourgeoisie religieuse. C'est, par nature, une force de division du prolétariat. Le marxisme n'a aucune indulgence pour cela : il combat toutes les religions comme opium, et l'instrumentalisation politique de la religion comme réaction.<br class='autobr' />
II. Mais l'offensive d'État ne sert pas les travailleurs</p>
<p>Voici où la lucidité doit changer de cible sans rien renier de ce qui précède. Car depuis mai 2025, le discours de l'« entrisme islamiste » n'est plus celui de quelques essayistes : c'est le discours officiel de l'État bourgeois, et de son aile la plus réactionnaire.</p>
<p>Le rapport « Frères musulmans et islamisme politique en France » a été commandé par Darmanin, remis à Retailleau, et présenté par Macron en Conseil de défense. Ce sont les noms du gouvernement le plus à droite de la Ve République, celui qui casse les retraites, traque les chômeurs, réprime les manifestations et durcit chaque loi sur l'immigration. Quand un tel pouvoir se découvre une passion soudaine pour « l'égalité des sexes » et « les valeurs de la République », le matérialiste ne demande pas si l'intention est sincère — il demande à qui profite l'opération.</p>
<p>La réponse est lisible. Des observateurs pourtant peu suspects de complaisance — y compris des journalistes ayant enquêté sur les financements qataris — ont mis en garde contre la tentation de « tout mettre sur le dos des Frères musulmans ». Des analyses du rapport relèvent qu'il confond pratiques culturelles et extrémisme, et que ses véritables bénéficiaires politiques sont les Villiers et les Zemmour, dont les thèses, hier marginales, deviennent le sens commun d'État. Voilà le contenu social réel de la croisade « laïque » : non l'émancipation des femmes musulmanes, mais la légitimation, dans le vocabulaire républicain, d'une politique de désignation d'un ennemi intérieur.</p>
<p>Cette offensive a une fonction de classe précise. En faisant du musulman un pur problème culturel et religieux — jamais un exploité —, elle découpe la classe ouvrière selon une ligne confessionnelle, dresse le travailleur « de souche » contre sa collègue voilée, et détourne la colère sociale vers un bouc émissaire intra-prolétarien. C'est l'opération idéologique la plus utile qui soit pour la bourgeoisie : pendant qu'on débat du foulard, on ne débat pas des salaires, du chômage, du logement, de l'exploitation.<br class='autobr' />
II bis. L'État qui combat l'islamisme chez lui le promeut au-dehors</p>
<p>Le plus éclairant n'est pas la croisade intérieure prise isolément, mais sa confrontation avec la politique extérieure du même État — car c'est là que la dialectique se découvre. L'impérialisme français, qui désigne l'« entrisme islamiste » comme menace existentielle sur le sol national, s'allie sans état d'âme aux courants les plus radicaux dès lors qu'ils servent ses intérêts géopolitiques.</p>
<p>Le calendrier de l'année 2025 en fait la démonstration. Le 7 mai, Emmanuel Macron reçoit à l'Élysée Ahmed al-Charaa — c'est-à-dire l'homme connu sous son nom de guerre d'Abou Mohammed al-Joulani, ancien chef du Hayat Tahrir al-Cham, l'ex-branche syrienne d'al-Qaïda. Poignée de main dans la cour d'honneur, garde républicaine au garde-à-vous, soutien français à la levée des sanctions. Trois semaines plus tard, fin mai, le même pouvoir présente en Conseil de défense son rapport sur les Frères musulmans, érigeant l'islamisme en « menace pour la République et la cohésion nationale ». L'ennemi intérieur absolu et l'invité d'honneur de l'Élysée relèvent de la même mouvance. La contradiction n'est pas une opinion : elle tient en trois semaines de calendrier.</p>
<p>Cette duplicité n'est pas nouvelle et n'est pas un accident. En Syrie hier, contre Assad, l'Occident a armé et financé des groupes dont le HTC est issu. Au Mali aujourd'hui, l'impérialisme français manœuvre dans le jeu trouble des katibas et des médiations avec des groupes liés à al-Qaïda. Le fait le plus glaçant pour la France elle-même : l'assassin de Samuel Paty était en contact, le jour de son crime, avec un propagandiste du HTC installé à Idlib, et tenait publiquement cette organisation pour « le meilleur groupe à rejoindre » pour mener le « vrai djihad ». Autrement dit, les réseaux mêmes qui ont nourri la radicalisation du meurtrier d'un professeur français relèvent de la nébuleuse dont l'ancien chef sera reçu, quelques années plus tard, au palais présidentiel. On juge un État à sa pratique, non à ses discours : la pratique dit que la bourgeoisie française instrumentalise l'islam politique aux deux bouts — épouvantail au-dedans, supplétif au-dehors.</p>
<p>Et au-dedans même, l'encadrement confessionnel des travailleurs musulmans n'est pas le fait des seuls islamistes : c'est l'État qui l'a institué. Le Conseil français du culte musulman a été créé par Nicolas Sarkozy en 2003. Sa fonction objective — quelles qu'aient été les intentions affichées — était d'enfermer une fraction du prolétariat dans une identité religieuse, de lui donner pour interlocuteurs des « représentants du culte » plutôt que des organisations de classe, et donc de la détourner du terrain où elle pourrait s'unir à ses frères de travail. L'État n'a besoin d'aucun complot pour cela : il agit selon sa nature. Mais le résultat est qu'il a lui-même contribué à façonner la « communauté musulmane » comme bloc confessionnel — avant de désigner ce bloc, le moment venu, comme la cible des campagnes sécuritaires. Il a fabriqué une partie de l'épouvantail qu'il agite aujourd'hui.<br class='autobr' />
III. Le piège des trois miroirs</p>
<p>L'islam politique et l'islamophobie d'État ne s'opposent pas : ils se nourrissent. L'islamisme a besoin de la répression et du « blasphème » officiellement combattu pour prouver à « sa » communauté que la République la persécute et qu'il faut se serrer derrière ses encadreurs. L'État réactionnaire a besoin de l'épouvantail islamiste pour souder un bloc national et faire passer son tour de vis sécuritaire. Chacun est l'alibi de l'autre. Chacun recrute sur les dégâts de l'autre.</p>
<p>Tous, à un niveau ou à un autre, font monter la guerre de religion — et chacun y tient un rôle distinct. La gauche communautariste, type PCF ou fraction de LFI, joue le cheval de Troie : elle introduit le marqueur religieux dans le mouvement ouvrier en le maquillant en inclusivité, et livre ainsi les travailleurs croyants à leurs encadreurs. Dans le cas du PCF, cette complaisance n'a rien d'un amour des immigrés ni même d'un simple calcul de voix : elle est le dernier avatar d'une trajectoire de reniement. Ce parti stalinien — courroie de la bureaucratie du Kremlin, et à ce titre force contre-révolutionnaire — n'a jamais eu pour boussole l'internationalisme prolétarien, mais la conciliation permanente avec l'État bourgeois français. Au pouvoir en 1945-47, c'est lui qui réprime les colonisés : Thorez vice-président du Conseil quand l'armée écrase Sétif et Guelma, la fraction parlementaire votant les crédits du corps expéditionnaire après le bombardement de Haïphong, le gouvernement à participation communiste matant l'insurrection malgache. En 1956, le PCF vote les pouvoirs spéciaux qui intensifient la guerre d'Algérie. Puis, au tournant des années 1980, le voici versant ouvertement dans la chasse à l'immigré : à Vitry-sur-Seine, en décembre 1980, le maire PCF fait raser au bulldozer un foyer de travailleurs maliens ; à Montigny-lès-Cormeilles, en février 1981, le maire PCF Robert Hue organise une manifestation sous les fenêtres d'une famille marocaine, dénoncée à la vindicte publique comme trafiquante de drogue — et Georges Marchais vient le soutenir sur place. Hier réprimer ou stigmatiser les travailleurs immigrés parce que la conjoncture nationale le commandait, aujourd'hui flatter « les musulmans » d'une commune au nom de la « diversité » : il faut nommer cette dernière mystification. Car il ne s'agit pas de diversité. La diversité réelle, ce serait l'unité de travailleurs d'origines différentes dans un même combat de classe ; ce que fait l'appareil, c'est l'inverse — enfermer chacun dans son assignation religieuse ou ethnique. « Diversité » n'est que l'habillage idéologique d'une politique d'encadrement séparé. Et l'ironie est accablante : le même appareil qui chassait l'immigré au bulldozer le courtise aujourd'hui au nom de la tolérance — preuve qu'aucune des deux postures n'a jamais eu le travailleur immigré pour sujet, mais seulement pour objet à gérer. La constante n'est pas une politique, c'est l'absence de boussole, le suivisme opportuniste qui épouse à chaque époque les intérêts de l'ordre bourgeois. Même dans sa phase dégénérée et finissante, l'appareil stalinien continue de faire de la contre-révolution : il a seulement retourné le signe. L'extrême droite, elle, prétend combattre l'islam politique alors qu'elle a besoin de lui comme adversaire désigné pour exister, et prospère sur chaque attentat, chaque polémique, chaque foulard. Et le courant gouvernemental — Macron, Retailleau, Darmanin — agite la « laïcité » et l'« entrisme » d'une main, pendant que de l'autre il a laissé prospérer l'islam politique dans les quartiers, institué le CFCM, et reçu à l'Élysée l'ancien chef d'al-Qaïda-Syrie. Ces forces ont en commun de remplacer la lutte des classes par la guerre des identités — et que ce soit en réprimant, en stigmatisant ou en flattant, toutes servent la même fonction : diviser les travailleurs et les encadrer pour le compte de la bourgeoisie. C'est ce remplacement, et non l'une ou l'autre religion, qui sert l'ordre établi.</p>
<p>Le piège se referme aussi sur une fraction des laïques sincères. À force de tout ramener à une seule clé — le sexe, le patriarcat, le « 0 % spirituel, 100 % sexiste » —, ils en viennent à ne plus voir qu'une femme voilée d'un quartier populaire est d'abord une habitante du chômage et des bas salaires, et non une pure « croyante à rééduquer ». Ils partagent alors, sans toujours le vouloir, la prémisse fondamentale du RN : que la fracture décisive du pays serait civilisationnelle et non sociale. Les uns en tirent un combat « féministe », l'autre un combat identitaire ; mais dans les deux cas le terrain de classe a disparu, et la « guerre des identités » a remplacé la lutte des classes.<br class='autobr' />
III bis. Deux essentialisations symétriques, une même faute</p>
<p>Il existe bel et bien un courant qui, au sein du mouvement ouvrier, habille en antiracisme de gauche une essentialisation religieuse : qui fait de l'islam une quasi-« race » dont on ne pourrait s'émanciper, qui assigne tous les musulmans à la frange la plus rigoriste, et qui retourne les concepts marxistes pour présenter une morale patriarcale comme une libération. Ce courant existe, il faut le combattre, et le combattre est une tâche révolutionnaire — celle de la fraction qui dit la vérité aux travailleurs dans leurs propres organisations. Sur ce point, ceux qui le dénoncent ont raison.</p>
<p>Mais ils commettent aussitôt la faute inverse, et symétrique. Car essentialiser fonctionne dans les deux sens. La victimisation essentialise par le bas : elle fait du « non-blanc » une victime éternelle, innocente par nature, et de l'autre un oppresseur par naissance. La stigmatisation essentialise par le haut : elle décrète qu'une femme voilée est « psychologiquement incapable » de l'ôter, qu'elle « consent à s'auto-discriminer », qu'une élue trouverait le sexisme « charmant car exotique ». Dans les deux cas, on a cessé d'analyser des rapports sociaux pour lire des essences et des psychés ; dans les deux cas, l'individu réel — la travailleuse, l'exploité — disparaît derrière une figure fixe, victime sacrée ou coupable par nature. Le néoracisme victimaire et l'obsession civilisationnelle sont les deux faces d'un même renoncement au matérialisme.</p>
<p>Le terrain de classe est précisément ce qui permet de tenir les deux bouts sans tomber d'un côté ni de l'autre. On peut — on doit — combattre l'entrisme islamiste dans le mouvement ouvrier, sans pour autant rallier l'islamophobie d'État ni condamner en bloc toute lutte contre les discriminations subies par les travailleurs musulmans. Ce n'est pas « pour l'islam » ou « contre l'islam » : c'est pour le prolétariat, contre tous ceux qui prétendent l'encadrer — l'imam comme le préfet, le récupérateur identitaire comme le croisé laïque. Qui n'a pas ce fil perd l'équilibre et bascule fatalement dans l'un des deux camps de la guerre des identités.</p>
<p>De là découle une dernière fausse opposition, peut-être la plus efficace aujourd'hui : celle du racisme et de l'« antiracisme ». Encore faut-il distinguer, car il y a deux antiracismes que tout sépare. Il existe un antiracisme de classe, qui combat le racisme parce qu'il divise les travailleurs, défend l'immigré comme prolétaire et l'unit à l'ouvrier « de souche » contre le patron commun : celui-là est juste, et indispensable. Et il existe un antiracisme politique — le néoracisme victimaire drapé de « diversité » et d'« inclusion » — qui fait exactement l'inverse : il assigne chacun à sa « race » ou à sa « communauté », érige l'origine en identité indépassable, et divise le prolétariat aussi sûrement que le racisme. Le raciste dit « les Français d'abord » ; l'antiraciste identitaire dit « les racisés entre eux ». Le premier coupe par le mépris du dominant, le second par l'assignation victimaire — mais tous deux fragmentent la classe selon la couleur et l'origine, tous deux interdisent que l'exploité blanc et l'exploité immigré s'éprouvent comme une seule classe. L'antiracisme politique divise autant que le racisme. C'est cet antiracisme-là que cultivent ensemble le PCF de la « diversité » et l'islam politique, qui y puisent leur clientèle et leur vernis « de gauche ».</p>
<p>Cela ne signifie pas renvoyer les deux dos à dos comme des équivalents moraux. Le racisme reste l'agression du dominant, et l'immigré doit être défendu contre lui sans réserve. Mais il doit l'être comme travailleur, non comme « racisé » : car l'antiracisme identitaire détourne la riposte légitime de son seul terrain efficace — la classe — vers l'impasse communautaire, où elle se brise et où elle sert, une fois de plus, ceux qu'elle prétend combattre.<br class='autobr' />
IV. Une seule fonction, un seul maître</p>
<p>Il faut maintenant remonter d'un cran, car ces forces ne sont pas quatre erreurs séparées. Elles remplissent une seule et même fonction, pour un seul et même maître.</p>
<p>Les milliardaires et leur État ne peuvent pas dominer une classe ouvrière unie. Numériquement, le prolétariat les écraserait. Leur domination repose donc sur une condition permanente : que les exploités ne s'éprouvent jamais comme une seule classe. Il leur faut des lignes de fracture qui traversent le peuple travailleur et le débitent en blocs hostiles. La religion en est une, la nationalité une autre, l'identité une troisième, le faux progressisme une quatrième. Peu importe le contenu de chaque ligne — ce qui compte, pour le capital, c'est qu'elle coupe. Une classe divisée en « Français » et « immigrés », en « laïques » et « musulmans », en « civilisés » et « archaïques », en « progressistes » et « réactionnaires », est une classe qui ne peut pas faire front.</p>
<p>C'est là que ces forces, qui se présentent en ennemies, se révèlent interchangeables dans leur fonction. Le RN coupe au nom du patriotisme — le « Français » contre l'étranger. L'islam politique coupe au nom de l'identité religieuse — la « communauté » contre le reste. Le courant laïque-civilisationnel coupe au nom d'un faux progrès — la « civilisation » contre l'« archaïsme ». Le PCF stalinien coupe au nom de la « diversité » — l'assignation communautaire maquillée en inclusion — après avoir coupé hier au nom du patriotisme et de l'anti-immigré. Et toutes ces forces ne sont pas en face de l'État : elles en sont les rouages. Du sommet — l'Assemblée nationale, l'Élysée — jusqu'à la base — le moindre conseil municipal — ce sont elles qui font tourner l'appareil d'État, qui se le disputent et l'administrent. L'État ne « manie » pas les partis de l'extérieur, comme une main séparée : il est l'ensemble de ces rouages politiques par lesquels la classe dominante gouverne. Quand l'un finance le culte intégré, quand l'autre instrumentalise l'islam au-dehors, quand un troisième agite l'islamophobie au-dedans, ce n'est pas un acteur distinct qui agit — c'est le même appareil d'État, à ses différents étages et par ses différents courants.</p>
<p>Le masque varie — identitaire, patriote, progressiste, religieux. La fonction est unique : empêcher l'unité du prolétariat. Voilà pourquoi toutes ces forces, par-delà leurs affrontements de façade, sont contre-révolutionnaires au même titre — non parce qu'elles auraient le même programme, mais parce qu'elles rendent le même service à la même classe. La « guerre des identités » n'est pas le contraire de l'ordre des milliardaires : elle en est le mode de gestion du peuple travailleur.<br class='autobr' />
IV bis. Le test décisif : aucun n'est l'ennemi de l'impérialisme</p>
<p>Il existe un critère qui tranche tout, et qui démasque l'opposition de façade mieux qu'aucun autre : la position face à l'impérialisme français. Car si l'une de ces forces était réellement l'ennemie de l'État bourgeois, elle le combattrait là où il est le plus puissant et le plus criminel — comme puissance impérialiste. Or aucune ne le fait. Toutes le soutiennent, à des titres divers.</p>
<p>L'islam politique brandit un « anti-occidentalisme » qui n'est qu'un slogan identitaire. Dans les faits, il est l'allié de l'impérialisme dès que les intérêts convergent : les Frères musulmans financés par le Qatar, allié de Washington ; les groupes issus d'al-Qaïda armés en Syrie contre Assad ; al-Charaa reçu à l'Élysée. Il combat l'Occident en parole et le sert en acte. Le RN, lui, ne combat pas l'impérialisme français : il en est l'aile la plus chauvine, pro-armée, pro-« grandeur nationale », pro-dissuasion. Son « souverainisme » ne veut pas détruire l'impérialisme français mais le gérer avec une poigne plus dure. Quant au PCF, il a soutenu l'impérialisme français à chaque épreuve décisive — Union sacrée, vote des crédits du corps expéditionnaire en Indochine, pouvoirs spéciaux de 1956, défense de « l'industrie française » et de « l'emploi français » sur une ligne qui aligne le travailleur national sur sa propre bourgeoisie contre le travailleur étranger. C'est ce que le mouvement ouvrier nomme depuis 1914 le social-chauvinisme : le socialisme dans les mots, la défense de la patrie impérialiste dans les actes.</p>
<p>D'où la conclusion qui désarme définitivement le spectacle de leur affrontement : ces courants peuvent s'opposer ici, sur la scène intérieure française, et se retrouver alliés ailleurs, sur l'échiquier impérialiste mondial. Leur querelle est locale ; leur commune appartenance au camp de l'ordre impérialiste est structurelle. On le vérifie sur chaque théâtre. Au Sahel, où la France a mené sa guerre puis ses manœuvres troubles avec les groupes armés, aucun des trois ne dénonce réellement l'impérialisme français. En Ukraine, la gauche du « Front populaire » comme le RN s'accommodent de la logique d'armement et de blocs, aucun ne combat l'impérialisme de son propre camp. En Syrie, l'islam politique a servi de supplétif à l'Occident avant que son ancien chef soit reçu à l'Élysée. Le seul anti-impérialisme réel est celui du prolétariat qui combat d'abord sa propre bourgeoisie — ce qu'aucun des trois ne fait, ni ne fera jamais.<br class='autobr' />
V. La seule ligne de classe</p>
<p>Le matérialiste ne défend pas le voile : il n'a aucune religion à promouvoir et combat toute oppression réelle des femmes, là où elle s'exerce concrètement. Il combat l'islam politique comme force réactionnaire et le voile-imposition comme instrument de contrôle. Mais il refuse de confier à l'État bourgeois le soin de mener ce combat à sa place. Car cet État n'a jamais été neutre. La légende républicaine fait de la loi de 1905 le grand combat contre l'Église ; le bilan matériel dit autre chose. 1905, c'est l'année de la révolution russe et d'une vague de grèves en Europe : dresser les républicains contre les cléricaux a permis de dériver la montée de classe vers un affrontement entre fractions de l'ordre, et de souder un bloc « républicain » par-dessus les classes. Et l'on n'a rien enlevé d'essentiel à l'Église : le concordat d'Alsace-Moselle salarie toujours les cultes, l'école catholique est financée par la loi Debré, le président demeure chanoine de Latran, et l'Église a couvert pendant des décennies les violences de Bétharram dans l'enseignement catholique. L'aile qui voulait frapper réellement l'Église n'a pas gagné. Voilà pourquoi cet État ne réprime que les pratiques religieuses des fractions dominées du prolétariat — les travailleurs immigrés et leurs enfants — en épargnant le culte installé en lui jusqu'à son sommet. Non que l'islam soit « la religion des opprimés » : ce serait le glissement de la gauche identitaire. L'islam politique est religion d'État dans des dizaines de pays, et ses relais en France émanent d'États et de bourgeoisies étrangères. Ce ne sont pas les religions qui sont dominées, ce sont les travailleurs visés ; et c'est leur position de classe, non leur croyance, qui décide qui la laïcité d'État discipline et qui elle protège.</p>
<p>L'interdit étatique ne fait pas reculer l'islam politique : il le sacre persécuté et resserre son emprise sur les femmes qu'on prétend en détacher. Ce qui l'affaiblit réellement, ce qui le terrifie, c'est l'unité de classe — la seule force qui arrache les travailleuses croyantes à leurs encadreurs en les rejoignant comme égales et comme exploitées dans un combat commun. Le PCF qui flatte aujourd'hui les notables communautaires après avoir hier réprimé les colonisés, et l'État réactionnaire qui instrumentalise la laïcité contre les musulmans, ont en commun de rendre cette unité impossible : l'un en enfermant les travailleurs immigrés dans leur communauté, l'autre en les en faisant les ennemis.</p>
<p>Ni la fausse laïcité à géométrie variable du pouvoir et du RN, ni l'islam politique des Frères musulmans, ni le suivisme stalinien qui réprime, stigmatise ou flatte selon ce qu'exige l'ordre bourgeois : sous des masques opposés — patriote, religieux, progressiste — une seule et même fonction, diviser le peuple travailleur pour le compte des milliardaires et de leur État. Contre elle, une seule chose à reconstruire — l'unité du prolétariat, par-delà les religions, les nationalités, les identités et leurs marchands. Cette unité n'est pas un vœu moral : c'est l'arme décisive, la seule qui dissolve d'un coup tous les masques en rappelant aux exploités ce qu'ils sont par-delà ce qui les sépare. C'est elle, et elle seule, que toutes ces guerres de symboles ont pour fonction d'empêcher.</p>
<p>Matière et Révolution ★ Voix des Travailleurs ★ Gilets Jaunes Poitiers</p></div>
Ouigo SNCF, ça roule ! Les passagers !
http://matierevolution.org/spip.php?article9653
http://matierevolution.org/spip.php?article96532026-07-01T22:31:00Ztext/htmlfrKarob
<p>Ouigo SNCF, ça roule ! Les passagers !</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Ouigo SNCF, ça roule ! Les passagers !</h2><div class='spip_document_17693 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH281/-3240-b4ac9-67a8b.jpg?1789980908' width='500' height='281' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_17692 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/png/sans_titre-13.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH707/sans_titre-13-105ef.jpg?1789980908' width='500' height='707' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_17694 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH281/hq720-7-c397b.jpg?1789980909' width='500' height='281' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_17695 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L201xH251/images-140-a0373.jpg?1789961446' width='201' height='251' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_17696 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH281/hq720q-d01cb.jpg?1789980909' width='500' height='281' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_17697 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L168xH299/images-141-c654e.jpg?1789961446' width='168' height='299' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_17698 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L201xH251/imagesa-3-b85dd.jpg?1789961446' width='201' height='251' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_17699 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L201xH251/imagesd-5-9e444.jpg?1789961446' width='201' height='251' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_17700 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L168xH300/imagesk-2-bf436.jpg?1789961446' width='168' height='300' alt='' />
</figure>
</div></div>
Arrêts maladie plafonnés : punir le malade pour épargner le capital qui broie les corps
http://matierevolution.org/spip.php?article9656
http://matierevolution.org/spip.php?article96562026-06-28T22:49:00Ztext/htmlfrKarob
<p>La propagande mensongère du gouvernement : Arrêts maladie plafonnés : punir le malade pour épargner le capital qui broie les corps <br class='autobr' />
Un décret paru au Journal officiel le 13 juin 2026 plafonne la durée des arrêts de travail : trente et un jours pour une première prescription, soixante-deux pour une prolongation, à compter du 1er septembre. Un second décret limite à quatre ans l'indemnisation des accidents du travail et des maladies professionnelles à partir de 2027. Il faut juger ces textes (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_17712 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/webp/cet-lassurance-maladie-lance-procedures-contre-15-000-medecins-juges-prescripteurs_0.webp' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/webp"> <img src='http://matierevolution.org/IMG/webp/cet-lassurance-maladie-lance-procedures-contre-15-000-medecins-juges-prescripteurs_0.webp?1782191062' width="836" height="572" alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_17711 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH320/1779808781820-2f274.jpg?1789980909' width='500' height='320' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_17710 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L399xH501/images-142-e67ec.jpg?1789980909' width='399' height='501' alt='' />
</figure>
</div>
<p>La propagande mensongère du gouvernement :</p>
<div class='spip_document_17711 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH320/1779808781820-2f274.jpg?1789980909' width='500' height='320' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_17705 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://matierevolution.org/IMG/png/arretedetravail.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH707/arretedetravail-b93c8.jpg?1789980909' width='500' height='707' alt='' /></a>
</figure>
</div>
<p>Arrêts maladie plafonnés : punir le malade pour épargner le capital qui broie les corps</p>
<p>Un décret paru au Journal officiel le 13 juin 2026 plafonne la durée des arrêts de travail : trente et un jours pour une première prescription, soixante-deux pour une prolongation, à compter du 1er septembre. Un second décret limite à quatre ans l'indemnisation des accidents du travail et des maladies professionnelles à partir de 2027. Il faut juger ces textes non sur ce qu'ils déclarent, mais sur ce qu'ils font.</p>
<p>Ce qu'ils font : transférer au médecin une fonction de contrôle de la force de travail, sous le masque du « suivi ». La ministre de la Santé Stéphanie Rist promet qu'en revenant plus souvent chez le médecin, le patient sera « mieux pris en charge ». L'argument se renverse de lui-même : la fin n'est pas le malade, mais la dépense. Le ministre Jean-Pierre Farandou l'a dit sans détour — les indemnités journalières « coûtent 18 milliards » et croissent « d'un milliard par an ». La santé du travailleur n'est pas le but du dispositif ; elle en est le prétexte.</p>
<p>Reste à expliquer la hausse. Entre 2019 et 2025, l'absentéisme dans le privé a bondi de 25,5 %, avec des arrêts plus longs, de plus en plus liés à la santé mentale. Ce n'est pas une paresse soudaine : c'est un symptôme objectif. Intensification des cadences, travail étendu par le numérique, nerfs et corps pressés jusqu'à la corde — voilà la cause. Le procès de travail capitaliste use la force vivante, puis présente la facture comme un problème comptable. Face à un mal qu'elle produit, la bourgeoisie ne touche pas à la cause : elle agit sur l'effet, en le rendant plus coûteux et plus humiliant pour celui qui le subit.</p>
<p>Car ce que ces décrets attaquent, ce n'est pas seulement le repos du salarié : c'est sa vie même de malade. L'indemnité journalière n'est pas une faveur, c'est le moyen par lequel un travailleur empêché continue de manger, de payer son loyer, de se soigner. Sous le rapport salarial, son corps est du capital variable : un coût qu'on entretient au minimum et qu'on rogne dès qu'il cesse de produire. Plafonner l'arrêt, c'est comprimer le coût de reproduction de l'individu — décider qu'au-delà d'un seuil le malade coûte trop cher pour qu'on le laisse guérir. La défense des conditions de travail et la défense des conditions de vie du malade ne sont qu'une seule et même lutte : celle de l'être humain contre sa réduction à une variable d'ajustement.</p>
<p>Le second décret en donne la figure la plus crue. Jusqu'ici, la victime d'un accident du travail était indemnisée jusqu'à sa guérison, sa consolidation ou sa mort, sans aucune limite de temps : le capital devait payer aussi longtemps que durait le dommage qu'il avait causé. Le décret n° 2026-501 y substitue un compte à rebours de quatre ans, au terme duquel l'indemnisation cesse. Ce n'est plus le rétablissement du blessé qui mesure son droit, mais le calendrier ; l'accidenté non rétabli est renvoyé vers l'invalidité, c'est-à-dire vers une pension moindre. On socialise les profits que l'intensification du travail rapporte, on individualise l'usure qu'elle laisse derrière elle.</p>
<p>Le reste suit cette logique. La chasse aux « arrêts frauduleux » érige la suspicion en méthode et fait du travailleur épuisé un tricheur présumé. Et que les députés aient écarté le projet initial — quinze jours — pour imposer un mois ne change rien au principe : on a négocié le curseur de la restriction, jamais la restriction elle-même. C'est la fonction de cette arène : aménager les formes d'une politique de classe dont l'orientation reste hors de question.</p>
<p>Lui opposer la seule indignation ne suffit pas. Il faut des revendications qui défendent la vie du malade ici et maintenant : retrait des deux décrets ; maintien intégral du salaire pendant tout arrêt et suppression des jours de carence, à la charge du patronat et non d'une Sécurité sociale qu'on étrangle ; une médecine du travail au service du malade, et non un appareil de contrôle au service de l'employeur ; la reconnaissance des pathologies psychiques pour ce qu'elles sont, des maladies du travail ; et, pour frapper la cause elle-même, la réduction du temps de travail sans perte de salaire et le contrôle des travailleurs sur les cadences et l'organisation de la production.</p>
<p>Aucune de ces revendications n'est « modérée ». Poussée à son terme, chacune dispute au capital ce qu'il ne cède jamais : la maîtrise du temps, des cadences, du corps au travail — c'est-à-dire la propriété des moyens de production. Défendre jusqu'au bout la santé du travailleur, c'est lui arracher le contrôle du travail : c'est déjà le contenu de l'abolition du salariat. C'est dans les entreprises et les services, par l'organisation des travailleurs eux-mêmes, que se défend la santé contre le capital qui la consume — et que se prépare la fin de la soumission du travail au capital : l'abolition du salariat.</p>
<p>— Matière et Révolution ★ Voix des Travailleurs ★ Gilets Jaunes Poitiers</p>
<p>Déjà, le reste à charge a un énorme impact sur le renoncement aux soins médicaux…</p>
<p> <a href="https://www.ifop.com/article/limpact-du-reste-a-charge-sur-le-renoncement-aux-soins-medicaux/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.ifop.com/article/limpact-du-reste-a-charge-sur-le-renoncement-aux-soins-medicaux/</a></p>
<p>Contrairement à ce que prétend le gouvernement, se faire prescrire un arrêt maladie(Nouvelle fenêtre) et continuer d'aller au travail contre l'avis de son médecin est une pratique de plus en plus commune en France.</p>
<p><a href="https://www.franceinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/sante-au-travail/arrets-maladie-ces-travailleurs-qui-y-renoncent_3076381.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.franceinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/sante-au-travail/arrets-maladie-ces-travailleurs-qui-y-renoncent_3076381.html</a></p>
<p>Ce n'est pas les abus mais la dégradation des conditions de travail qui cause la hausse des arrêts-maladie…</p>
<p><a href="https://fr.linkedin.com/pulse/arr%C3%AAts-maladie-le-probl%C3%A8me-nest-pas-labus-mais-travail-amouroux-2wube" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.linkedin.com/pulse/arr%C3%AAts-maladie-le-probl%C3%A8me-nest-pas-labus-mais-travail-amouroux-2wube</a></p>
<p>L'augmentation des arrêts-maladie est d'abord la conséquence de la progression du taux d'emploi ainsi que du recul de l'âge de la retraite. Très souvent, l'intensification du travail, les effectifs calculés au plus juste, les contraintes de temps et de délais conduisent à réintégrer des salariés pas encore complètement guéris.</p>
<p><a href="https://www.souffrance-et-travail.com/magazine/dossiers/stress-travail-et-sante/arrets-maladie-risques-psychosociaux-souffrance-au-travail-management/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.souffrance-et-travail.com/magazine/dossiers/stress-travail-et-sante/arrets-maladie-risques-psychosociaux-souffrance-au-travail-management/</a></p>
<p>Sous couvert de lutte contre les arrêts maladie, le gouvernement annonce un renforcement massif des contrôles et encourage les signalements par les employeurs. D'ici à 2026, près de 740 000 contrôles administratifs et médicaux devraient être réalisés !</p>
<p>Déjà un quart des arrêts maladie n'est pas respecté ! Décision des salariés ou pression des patrons et des cadres…</p></div>
La vallée du Rhône, couloir de la mort...
http://matierevolution.org/spip.php?article9643
http://matierevolution.org/spip.php?article96432026-06-18T22:33:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>La vallée du Rhône, couloir de la mort de l'industrie chimique <br class='autobr' />
Il faut déjà remarquer que ce ne sont pas les ministères de la Santé, de l'Industrie, de la Justice, de la Police ni des services sanitaires de l'administration française qui ont relevé l'activité criminelle des industriels de la région de Lyon mais l'ONU ! <br class='autobr' />
Document 1 <br class='autobr' />
Document 2 <br class='autobr' />
Le couloir de la mort de l'industrie chimique <br class='autobr' />
Document 3 <br class='autobr' />
Document 4 <br class='autobr' />
Document 5 <br class='autobr' />
Document 6 <br class='autobr' />
Document 7 <br class='autobr' />
Document 8 <br class='autobr' />
Document 9 (…)</p>
-
<a href="http://matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">La vallée du Rhône, couloir de la mort de l'industrie chimique</h2>
<p>Il faut déjà remarquer que ce ne sont pas les ministères de la Santé, de l'Industrie, de la Justice, de la Police ni des services sanitaires de l'administration française qui ont relevé l'activité criminelle des industriels de la région de Lyon mais l'ONU !</p>
<p><a href="https://reporterre.net/PFAS-des-rapporteurs-de-l-ONU-epinglent-deux-geants-de-la-vallee-de-la-chimie" class="spip_out" rel="external">Document 1</a></p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/05/12/pfas-quatre-rapporteurs-de-l-onu-interpellent-le-gouvernement-sur-des-violations-presumees-des-droits-humains-dans-la-vallee-de-la-chimie-au-sud-de-lyon_6688271_3244.html" class="spip_out" rel="external">Document 2</a></p>
<h2 class="spip">Le couloir de la mort de l'industrie chimique</h2>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Vall%C3%A9e_de_la_chimie" class="spip_out" rel="external">Document 3</a></p>
<p><a href="https://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/transv/Risque/RisqueScient3.htm" class="spip_out" rel="external">Document 4</a></p>
<p><a href="https://www.eauxglacees.com/Pollution-du-Rhone-le-couloir-de" class="spip_out" rel="external">Document 5</a></p>
<p><a href="https://lettres-histoire-geographie.enseigne.ac-lyon.fr/spip/IMG/pdf/Seance_2_Le_couloir_de_la_chimie_au_sud_de_Lyon.pdf" class="spip_out" rel="external">Document 6</a></p>
<p><a href="https://www.lesechos.fr/2000/12/une-vallee-de-la-chimie-soumise-a-la-restructuration-des-sites-a-risques-758957" class="spip_out" rel="external">Document 7</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=fvyHcr_HKbI" class="spip_out" rel="external">Document 8</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=p-xR5811nUc" class="spip_out" rel="external">Document 9</a></p>
<h2 class="spip">L'industrie capitaliste chimique se défend mais ni pour défendre les emplois ni pour défendre la population…</h2>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=UUbH4_VLVsc" class="spip_out" rel="external">Document 10</a></p>
<p><a href="https://www.annales.org/edit/re/2007/re48/coanus.pdf" class="spip_out" rel="external">Document 11</a></p>
<p><a href="https://www.leprogres.fr/economie/2026/02/09/le-risque-zero-n-existe-pas-dans-la-vallee-de-la-chimie-vivre-et-travailler-avec-le-danger" class="spip_out" rel="external">Document 12</a></p>
<p><a href="https://www.lesechos.fr/1999/03/couloir-de-la-chimie-la-cohabitation-forcee-765383" class="spip_out" rel="external">Document 13</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=Hv_iGA7-dN8" class="spip_out" rel="external">Document 14</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=AAfoNQq3TEI" class="spip_out" rel="external">Document 15</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=aWZiAOqGEKI" class="spip_out" rel="external">Document 16</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=fsfji6ooZGI" class="spip_out" rel="external">Document 17</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=vZ0qlJN_MNM" class="spip_out" rel="external">Document 18</a></p>
<h2 class="spip">La population se défend</h2>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=wD6VlhAxbnE" class="spip_out" rel="external">Document 19</a></p>
<p><a href="https://www.facebook.com/TF1Info/videos/pollution-aux-pfas-pr%C3%A8s-de-200-riverains-de-la-vall%C3%A9e-de-la-chimie-portent-plain/1173628691237651/" class="spip_out" rel="external">Document 20</a></p>
<p><a href="https://www.liberation.fr/environnement/polluants-eternels-pres-de-200-riverains-de-la-vallee-de-la-chimie-assignent-deux-industriels-20260131_ECGJI7EWMVGENBFPJDTOA2UF6U/" class="spip_out" rel="external">Document 21</a></p>
<p><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/rhone/lyon/si-ca-explose-on-est-foutus-malgre-les-travaux-de-securite-effectues-dans-les-logements-les-habitants-de-la-vallee-de-la-chimie-restent-inquiets-3286614.html" class="spip_out" rel="external">Document 22</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=vdxPAnA6LLc" class="spip_out" rel="external">Document 23</a></p>
<h2 class="spip">Les « accidents » se multiplient et révèlent une dangerosité accrue…</h2>
<p><a href="https://www.mediacites.fr/decryptage/lyon/2026/01/05/lexplosion-mortelle-delkem-met-en-lumiere-le-grand-retard-de-la-securisation-des-logements-de-la-vallee-de-la-chimie/" class="spip_out" rel="external">Document 24</a></p>
<p><a href="https://www.actu-environnement.com/ae/news/explosion-elkem-silicones-vallee-de-la-chimie-mises-en-demaure-47294.php4" class="spip_out" rel="external">Document 25</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=gUtvVXdsJNo" class="spip_out" rel="external">Document 26</a></p>
<p><a href="https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20260102-accident-mortel-dans-une-usine-chimique-pr%C3%A8s-de-lyon-les-salari%C3%A9s-de-retour-lundi" class="spip_out" rel="external">Document 27</a></p>
<p><a href="https://www.lyoncapitale.fr/actualite/nuage-mortel-sur-lyon" class="spip_out" rel="external">Document 28</a></p>
<p><a href="https://www.tf1info.fr/regions/videos/video-pollution-chimique-des-vies-bouleversees-28555-2444717.html" class="spip_out" rel="external">Document 29</a></p>
<h2 class="spip">La chimie de la région de Lyon pollue mortellement et sciemment…</h2>
<p><a href="https://vamaurienne.ovh/wp-content/uploads/2023/09/Dossier-ARKEMA-2023_08.pdf" class="spip_out" rel="external">Document 30</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=_krXOr9hfmo" class="spip_out" rel="external">Document 31</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=iAERwZe6G3E" class="spip_out" rel="external">Document 32</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=GMGIp1NFxhw" class="spip_out" rel="external">Document 33</a></p>
<h2 class="spip">Un des résultats est l'empoisonnement aux PFAS. L'Etat est au courant et…ne fait rien…</h2>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=q6SKtJzDAzo" class="spip_out" rel="external">Document 134</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=ej0wRCN6pCE" class="spip_out" rel="external">Document 35</a></p>
<p><a href="https://www.instagram.com/reel/DZPl-2diQao/" class="spip_out" rel="external">Document 35</a></p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/05/21/pfas-l-etat-attaque-en-justice-pour-son-inaction-dans-la-lutte-contre-les-polluants-eternels_6691817_3244.html" class="spip_out" rel="external">Document 36</a></p>
<p><a href="https://lcp.fr/actualites/polluants-eternels-l-etat-assigne-en-justice-pour-des-carences-fautives-436683" class="spip_out" rel="external">Document 37</a></p>
<p><a href="https://www.leclubdesjuristes.com/observatoire-de-la-reforme-constitutionnelle/environnement/pfas-jusquou-letat-doit-il-proteger-la-population-contre-les-polluants-eternels-16051/" class="spip_out" rel="external">Document 38</a></p>
<h2 class="spip">Les cancers et autres maladies se multiplient dans la vallée et la région de Lyon. Le risque catastrophique est sans cesse évité de justesse… IL FAUT ARRETER LA MACHINE A TUER !!!</h2>
<p>La vraie lutte écologique est une lutte contre les capitalistes, une lutte de classes !</p></div>