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En France, seule la révolution sociale et politique a émancipé les juifs !

mardi 29 juillet 2025, par Robert Paris

En France, seule la révolution sociale et politique a émancipé les juifs !

L’émancipation des juifs 1789

Requête à Nos Seigneurs les États Généraux en Soutien aux Juifs

Il y a plus de quatre mois, cet ouvrage a été remis à l’imprimeur par l’auteur. Des raisons privées ont occasionné un retard dans la publication, mais l’abbé Grégoire ayant demandé à être entendu à ce sujet nous nous empressons de faire ressortir ces réflexions.

Une nation entière condamnée à l’opprobre et à la pauvreté, réduite au métier de l’usure chez un peuple doux et bien élevé pour vivre. Ce sont là des contradictions dont l’histoire humaine fournit des exemples et qui affligent plus qu’elles ne surprennent les philosophes.

A vous, messieurs, de mettre fin à cette barbarie que nous exerçons à l’égard des juifs et qui retombe sur nous, puisqu’ils sont obligés de nous duper sans cesse et de nous arracher le pain qu’ils mangent en séduisant ceux de nos concitoyens. qui ont le malheur d’être obligés d’y recourir.

Le récent édit en faveur des différentes sectes et religions, dicté par un esprit de bienfaisance et d’humanité et dans lequel il n’y a aucune exception pour elles, ne leur a été d’aucune utilité. Lorsqu’ils voulaient s’adonner à un commerce, à une profession, les ordres marchands et professionnels s’y opposaient. Pour ne pas avoir de Juifs parmi eux, ils leur refusèrent la maîtrise, et par conséquent les condamnèrent à végéter dans le mépris et la pauvreté, contre l’esprit de la loi qui semblait viser à leur procurer une existence confortable et honnête.

Mais si l’on parvenait à détruire l’usure, que deviendraient ces malheureux ? Dans la synagogue de Metz, quinze à vingt usuriers nourrissent leurs frères au nombre de plus de quatre cents, qui n’ont d’autres moyens d’existence que d’errer dans la ville en vendant de vieux chiffons et de la ferraille. Il est impossible de décrire leur pauvreté. Entassés dans une rue étroite et puante, ils ne disposent pas du quart du logement qui leur serait nécessaire pour ne pas être empoisonnés par l’air vicié et la crasse. Aussi sont-ils fragiles, cachectiques et galeux, et on est assez cruel pour se moquer d’eux, quand ce sont nos lois barbares à leur égard qui les réduisent à cet état déplorable.

L’humanité et la nature s’indignent et gémissent lorsqu’elles voient des hommes nés parmi nous en France traités ignominieusement, payant pour entrer à Strasbourg comme des animaux crasseux, haïs, humiliés, entassés à Metz de manière horrible, contraints sous peine de mort par la faim de vivre. de la plus basse des professions (celle d’usurier) sans pouvoir en professer aucune autre. Condamné au commerce en haillons, partout racheté, partout humilié, et pourquoi ? Parce qu’ils suivent une croyance différente de la nôtre, et cela au XVIIIe siècle, où l’on ne parle que de tolérance, d’humanité, de liberté de conscience, etc. Les humains ! Soyez enfin cohérent. Cessez de vous charger de venger votre dieu, ou vengez-le d’une manière plus digne de lui. Venez au secours de vos frères ; aidez-les à supporter les souffrances et les nécessités de la vie, et plaignez-les des erreurs auxquelles ils sont attachés. Pères de la patrie : soyez touchés du sort de ces malheureux ; c’est leur titre à votre égard. Portez leurs justes revendications au pied du trône ; demandez la clémence du meilleur des rois pour un ordre de Français qui gémissent depuis des siècles sous le poids de la pauvreté et du malheur.

Ils abandonneront sans difficulté leur infâme métier d’usurier si nous leur procurons les moyens de pouvoir subsister honnêtement. Ils ne vous demandent pas de titres, de postes ou de positions honorifiques. Ils savent que, selon les lois de l’État, ils ne peuvent pas prétendre à cela. Ils ne réclament que les droits dont jouissent les moindres citoyens : pouvoir être agriculteurs, commerçants, artistes, journaliers, etc. en se conformant aux lois et taxes exigées par les différents organismes commerciaux et artisanaux.

Ce peuple qui se disait autrefois peuple de pasteurs demande, comme acte de grâce, la permission de cultiver les cantons arides et abandonnés de plusieurs provinces de France. Ils paieront au roi ou aux propriétaires la valeur ou le loyer de ces terres qui ne rapportent actuellement rien. Et leur industrie, leur fidélité et leur joie d’entrer dans le monde leur donneront le courage de rendre fertiles ces terres. Il en résultera une augmentation des récoltes, du bétail et des revenus publics. Les terres de Bordeaux fourniront seules du travail à ceux d’entre eux qui s’engageront dans l’agriculture. D’autres s’engageront dans différents arts mécaniques et certains entreront dans le commerce, qu’ils augmenteront aussi par leur industrie.

Nous ne pouvons leur autoriser les synagogues que dans les lieux où ils seront rassemblés en masse, mais on ne peut sous aucun prétexte permettre une différence de tenue vestimentaire avec celle des autres citoyens afin d’éviter la haine et la dissension que l’ignorance et le fanatisme font naître parmi les gens. de croyances différentes.

La religion chrétienne ne sera en aucune manière insultée par ces nouvelles dispositions, étant donné que malgré ce nouvel ordre de choses les Juifs n’en seront pas moins dispersés sur la surface de la terre et seront partout étrangers parmi les nations qui les tolèrent. C’est simplement qu’en France, ils seront traités avec plus de gentillesse et d’humanité que ce n’a été le cas jusqu’à aujourd’hui et qu’ils jouiront d’une existence similaire à celle dont jouissent leurs frères en Pologne et dans plusieurs autres États d’Europe.

Les Juifs, en vivant honnêtement et en renonçant pour la plupart à l’usure, qui est le seul moyen dont ils disposaient pour exister, ne seront plus dégradés et n’auront plus lieu de rougir ou de craindre le regard du peuple. Leur nom ne sera plus une insulte à leur égard. Bientôt, une fois instruits, les sciences, les arts, les talents leur feront partager avec nous les plaisirs qu’ils ne peuvent goûter aujourd’hui. N’étant plus entassés dans un espace minuscule, bénéficiant d’une nourriture meilleure et plus abondante, leur corps montrera les effets positifs de cette vie plus facile et de la liberté de respirer un air pur. Au lieu d’êtres faibles et pâles, nous verrons bientôt parmi eux la structure, la légèreté et la force des autres nations.

S’ils sont séparés de la nation par leur croyance, ils auront du moins la consolation de s’en rapprocher sur tous les autres points qui rendent la société précieuse, surtout par leur amour pour un gouvernement, un monarque et une patrie à qui ils seront obligés et de qui ils auront reçu un nouvel être.

Les vœux que nous formons pour cette malheureuse portion de l’humanité sont ceux de tous les êtres sensibles et éclairés. Quel meilleur moment pour faire résonner la voix de l’humanité, de la raison et de la philosophie que celui où les pères de la patrie, réunis autour d’un souverain humain, sensible, adoré, peuvent lui présenter l’humble et touchante demande de ces malheureux ; peut présenter leur profonde pauvreté, l’opprobre sous lequel la plupart d’entre eux croupissent, et les vœux de la nation, qui désire une amélioration de leur sort et voir anéanti le piège dangereux que l’excès et l’usure tendent aux citoyens.

L’usure minée à sa base, l’excès attaqué par l’impossibilité de trouver les moyens de se soutenir ; l’ordre, la paix et la tranquillité rétablis dans les familles et les héritages, une nation retrouvée ; des hommes nés français arrachés à la pauvreté, à l’opprobre et à l’infamie ; tout cela est de grands sujets dignes d’occuper votre auguste assemblée et d’être placés devant les yeux du bon père qui vous a appelé à lui pour lui présenter tous les moyens possibles de rendre le peuple aussi heureux qu’il le voudrait.

Si l’usure était interdite aux Juifs, s’il leur était permis de s’adonner à l’agriculture, d’exercer des arts et des professions, il leur faudrait puiser dans leurs fonds, actuellement dispersés çà et là. Mais d’un autre côté, il serait injuste d’obliger leurs créanciers à les rembourser avant le terme convenu.

En interdisant l’usure et en leur accordant les privilèges et les douceurs dont nous venons de parler, il faudra aussi veiller au retour de leurs fonds, sans causer un trop grand trouble dans la fortune des malheureuses victimes de leur usure. Dans ce cas, il me semble qu’un fonds d’amortissement pour l’argent dû aux Juifs permettrait d’éviter tous ces inconvénients. Ce fonds fournirait, selon des conditions convenues, l’argent dû aux Juifs par les citoyens. Ce fonds prendra également en charge leurs dettes actuelles. Il sera également chargé des factures qui leur sont dues et, moyennant un petit sacrifice des deux côtés, le fonds réalisera un bénéfice honnête, ce qui encouragera les riches capitalistes à y investir leur argent. Elle sera sous la protection du gouvernement, qui pourrait chaque année sacrifier quelque chose pour faire face aux pertes et aux retards auxquels sont exposés certains créanciers des Juifs. Par ce moyen, les créanciers des Juifs, en payant un petit intérêt au fonds, obtiendront le temps nécessaire pour mettre de l’ordre dans leurs affaires et seront soulagés des intérêts énormes et ruineux qu’ils paient actuellement. En revanche, les Juifs disposeront immédiatement de tous leurs fonds, avec lesquels ils pourront créer les établissements que leur suggèrent leur industrie et leurs goûts.

Pour établir ce fonds sur des bases solides et inébranlables, il faudra que le gouvernement nomme des commissaires chargés de recevoir des Juifs des rapports détaillés sur tout ce qui leur est dû et sur la nature des dettes. Il faudra également que les commissaires se renseignent sur la solidité de ces dettes, sur les modalités et moyens de remboursement des créanciers afin qu’ils puissent établir solidement les calculs sur la base desquels ce fonds sera constitué. Il me semble opportun, pour la paix et la tranquillité des familles, que cette opération soit réalisée avec discrétion, et même qu’il y ait trois mois entre la publication de cette opération et son exécution, afin que les créanciers qui ne veulent pas de leur les noms devant figurer sur la liste des dettes envers les juifs (qui seront néanmoins extrêmement discrets) ont la possibilité de les rembourser avant que la liste ne soit établie.

Les certificats de dettes actuellement dus aux Juifs recevront la sanction d’un juge afin qu’ils puissent faire l’objet de poursuites conformément aux dispositions qui seront prises à cet égard et aux conditions que le fonds d’amortissement accordera aux créanciers. Il faudra même que toutes les factures soient renouvelées au profit du fonds et sous une forme à déterminer.

Discours présenté à l’Assemblée nationale par les Juifs résidant à Paris, 26 août 1789

Messieurs :

Les juifs résidant à Paris, remplis d’admiration et de respect à la vue des nombreux actes de justice émanant de l’Assemblée nationale, ont osé se flatter que leur sort n’échapperait pas à votre attention ; qu’eux aussi ressentiront les heureux effets de votre sagesse. Et ils se permettent de rendre à votre auguste assemblée l’hommage attendu de leur gratitude et le témoignage solennel de leur dévouement patriotique.

Dégradé jusqu’ici par l’opinion publique, offensé de toutes parts, poursuivi par notre nom même, dont d’autres se servent pour nous insulter, séparé de la société et ne participant à aucun de ses avantages, quoique des charges communes nous soient imposées, tel a été notre sort dans cet empire. Et telle est celle de tous nos frères dans la plupart des pays de l’univers où ils sont dispersés. Ces persécutions terribles et incessantes que nous avons subies ne nous ont jamais fait oublier que la soumission est le premier de nos devoirs. Nous avons tout souffert sans murmurer. Nous avons gémi sans nous plaindre. Le royaume n’a jamais été troublé par nos exigences, et cette longue démission de notre part est peut-être la preuve la plus authentique, Messieurs, que nous sommes enfin dignes d’un autre sort.

Nous aimerions penser que votre justice ne demande pas à être sollicitée ou invoquée par nos vœux. En rendant à l’homme sa dignité primordiale, en le rétablissant dans la jouissance de ses droits, vous n’aviez pas l’intention de faire de distinction entre un homme et un autre. Ce titre appartient à tous les membres de la société, et les droits qui en découlent nous appartiennent donc également.

Voilà donc, Messieurs, la conséquence rassurante qui résulte des principes que vous venez d’établir. Nous sommes certains que nous jouirons désormais d’une existence différente de celle que nous avons été jusqu’ici la nôtre. Dans cet empire qu’est notre patrie, le titre d’homme garantit le titre de citoyen, et le titre de citoyen nous donnera tous les droits de cité, toutes les facultés civiles que nous voyons aux membres d’une société dont nous sommes un une partie profite à nos côtés.

Mais pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté à cet égard ; pour que la longue oppression dont nous avons été victimes ne serve pas de prétexte aux yeux de certains pour continuer à nous opprimer ; pour que le peuple, dont les idées sont parfois difficiles à changer, perde vite – grâce à la confiance qu’il a dans vos décrets – l’habitude qu’il a prise de nous considérer comme étrangers à la nation française et indignes d’avoir ici notre propre existence. , nous venons vous demander, messieurs, de faire une mention particulière de la nation juive dans vos décrets et de consacrer ainsi notre titre et nos droits de citoyens.

La soumission à la loi, dont nous avons constamment donné l’exemple, notre amour ardent pour le monarque, le caractère pacifique de notre nation, le vœu solennel que nous faisons de sacrifier à jamais nos fortunes et nos vies pour le bien public, tout nous promet que nos prières ne seront pas vaines, et que nos vœux seront écoutés avec intérêt.

Nous avons une religion différente de celle qui domine la France. Nous sommes attachés à cette religion. Mais cet attachement même parle en notre faveur. C’est notre garantie. Cela garantit que nous serons fidèles à notre vœu. Car l’attachement à une religion, quelle qu’elle soit, a des effets plus salutaires que l’indifférence. Notre religion sera notre guide dans toutes les actions de notre vie. Elle servira de frein aux passions qui pourraient nous égarer. Et comme elle n’est pas entre nos mains une cause de trouble et de discorde dans la société, il est bien plus utile à cette société de nous permettre de pratiquer notre religion que de nous voir indifférents à la pratique de ses cérémonies.

Le passé doit répondre de l’avenir. Nous n’avons jamais troublé et nous ne troublerons jamais la société par l’exercice de notre religion. Nous serons désormais ce que nous étions et ce que nous sommes encore.

Un seul objet domine nos âmes : le bien de la patrie et le désir d’y consacrer toutes nos forces. Nous ne passerons en second lieu à cet égard devant aucun habitant de la France. Nous sommes les égaux de tout citoyen en termes de zèle, de courage et de patriotisme. Nous voulons tellement être rendus dignes de ce titre ; nous sommes si convaincus de la nécessité pour tous les citoyens de ce grand empire de se soumettre à un plan uniforme de règlements et de jurisprudence, que nous exigeons d’être soumis, comme tous les Français, à la même jurisprudence, aux mêmes règlements, aux mêmes tribunaux. . Ainsi, toujours subordonnés à l’intérêt général, nous renonçons en conséquence, pour le bien public et pour notre propre avantage, au privilège qui nous a été accordé d’avoir des dirigeants tirés parmi nous et nommés par le gouvernement.

Daignez, Messieurs, recevoir cette renonciation formelle que nous remettons entre vos mains.

Daignez rappeler le vœu que nous avons fait de sacrifier chaque instant de notre vie et de notre fortune à la gloire de la nation et du roi.

Daignez enfin vous occuper de notre sort, expliquez solennellement ce qu’il doit être, et sauvez-nous ainsi à jamais de la proscription à laquelle nous avons été trop longtemps condamnés.

Tels sont, messieurs, les objets que nous avons à placer sous les yeux de l’Assemblée nationale. Peut-être méritaient-ils d’être traités de manière plus approfondie, mais nous avons pensé qu’un simple aperçu suffisait. Votre zèle et votre humanité nous promettent que vous peserez nos exigences et nos sacrifices avec une attention digne des devoirs que vous vous êtes imposés.

Nous élever au rang de citoyens et nous accorder des droits civiques ne constitue rien d’autre que l’exercice d’un acte de justice. Nous le considérerions néanmoins comme un acte bénéfique . Nous le publierons partout avec gratitude. Nos frères, dispersés dans les différents pays de l’univers, partageront avec nous cette gratitude. Bientôt, comme nous, ils seront appelés à un autre sort, car votre sagesse, messieurs, a une influence non seulement sur cet empire, mais sur toutes les nations étrangères qui vous contemplent et vous admirent en ce moment. Quelles bénédictions sont réservées aux hommes justes et humains qui, du milieu de l’univers, auront sauvé les JUIFS de la proscription et en auront fait des citoyens !

Signé,

J. Goldschmidt, Président
Abraham Lopes Lagouna, Vice-président
M. Weil, électeur
J. Benjamin, électeur
J. Fernandès, électeur
Mardoche Lévi, député
Lazard Jacob, député
Trenelle l’aînée, député
Mardoche elie, député
Joseph Pereyra Brandon, député
Delcampo le plus jeune, député

Proclamation du Roi sur un décret de l’Assemblée nationale concernant les Juifs

Vu le décret dont la teneur suit,

Décret de l’Assemblée nationale, du 16 avril 1790

L’Assemblée nationale place à nouveau les juifs d’Alsace et des autres provinces du Royaume sous la sauvegarde de la loi. Il interdit à toute personne de porter atteinte à sa sécurité ; ordonne aux municipalités et à la garde nationale de protéger leurs personnes et leurs biens de tout leur pouvoir.

Le Roi sanctionne et sanctionne ledit édit et ordonne en conséquence aux municipalités et à la Garde nationale de s’y conformer et de le faire exécuter et observer.

Exécuté à Paris, le 18 avril 1790 et la seizième année de notre règne

Signé,
LOUIS

Discours des députés des provinces et des évêchés d’Alsace et de Lorraine prononcé à la barre de l’Assemblée nationale par Berr-Isaac-Berr, un des députés de Lorraine et un extrait du procès-verbal de l’Assemblée nationale y relatif.

Messieurs,

C’est au nom de l’Éternel, auteur de toute justice et de toute vérité ; c’est au nom de ce Dieu qui, en donnant à tous les mêmes droits, a prescrit à tous les mêmes devoirs ; c’est au nom d’une humanité insultée depuis tant de siècles par les traitements ignominieux que les malheureux descendants du plus ancien de tous les peuples ont subis dans presque toutes les terres de la terre, que nous venons aujourd’hui devant vous pour vous appeler à veuillez prendre en considération leur déplorable destin.

Partout persécuté, partout dégradé et pourtant soumis, et jamais rebelle. Objets parmi tous les peuples d’indignation et de mépris alors qu’ils auraient dû être des objets de tolérance et de pitié. Les Juifs que nous représentons à vos pieds se sont permis d’espérer qu’au milieu des travaux importants que vous entreprenez, vous ne rejetterez pas leurs vœux, vous ne dédaignerez pas leurs plaintes et que vous écouterez avec un certain intérêt les timides affirmations qu’ils osent faire. se forment à l’intérieur de la profonde humiliation sous laquelle ils sont enterrés.

Nous n’abuserons pas de votre temps, messieurs, en vous parlant de la nature et de la justice de nos revendications. Ils sont contenus dans le rapport que nous avons eu l’honneur de déposer devant vous.

Si seulement nous pouvions vous devoir une existence moins pénible que celle à laquelle nous sommes condamnés. Que le voile de l’opprobre qui nous couvre depuis si longtemps se déchire ; que les hommes nous considèrent comme leurs frères ; que cette charité divine qui vous est commandée s’étende aussi à nous ; qu’une réforme absolue soit opérée dans les institutions ignominieuses auxquelles nous sommes soumis, et que cette réforme, jusqu’ici vainement souhaitée, et que nous sollicitons les larmes aux yeux, soit votre acte bienfaisant et votre œuvre.
Extrait des Procès-verbaux de l’Assemblée Nationale
Du mercredi 14 octobre 1789 au soir

Les députés des juifs des provinces et évêchés d’Alsace et de Lorraine demandèrent l’autorisation d’être admis au barreau. L’Assemblée leur ayant accordé cela, l’un d’eux donna lecture d’une requête, dans laquelle ils expriment leurs vœux et espèrent que l’Assemblée s’occupera de leur sort. Le Président leur répond : « Les raisons avec lesquelles vous appuyez vos demandes ne permettent pas à l’Assemblée nationale de les entendre sans intérêt. Elle étudiera votre demande et se fera un plaisir de rappeler vos frères à la paix et au bonheur, et vous pourrez en informer provisoirement ceux qui vous ont délégué.

L’Assemblée leur accorda une séance à la barre et décréta que leur affaire serait réglée au cours de la présente séance.

Versailles, le 15 octobre 1789

Signé

Bureaux de Pusy, Secrétaire
Alexandre de la Mette, Secrétaire
Marquis de Rostaing, Secrétaire

Discours des députés des provinces et des évêchés d’Alsace et de Lorraine prononcé à la barre de l’Assemblée nationale par Berr-Isaac-Berr, un des députés de Lorraine et un extrait du procès-verbal de l’Assemblée nationale y relatif.

Messieurs,

C’est au nom de l’Éternel, auteur de toute justice et de toute vérité ; c’est au nom de ce Dieu qui, en donnant à tous les mêmes droits, a prescrit à tous les mêmes devoirs ; c’est au nom d’une humanité insultée depuis tant de siècles par les traitements ignominieux que les malheureux descendants du plus ancien de tous les peuples ont subis dans presque toutes les terres de la terre, que nous venons aujourd’hui devant vous pour vous appeler à veuillez prendre en considération leur déplorable destin.

Partout persécuté, partout dégradé et pourtant soumis ; jamais rebelle. Objets parmi tous les peuples d’indignation et de mépris alors qu’ils auraient dû être des objets de tolérance et de pitié. Les Juifs que nous représentons à vos pieds se sont permis d’espérer qu’au milieu des travaux importants que vous entreprenez, vous ne rejetterez pas leurs vœux, vous ne dédaignerez pas leurs plaintes, et que vous écouterez avec un certain intérêt les timides. les revendications qu’ils osent former à partir de la profonde humiliation sous laquelle ils sont enterrés.

Nous n’abuserons pas de votre temps, messieurs, en vous parlant de la nature et de la justice de nos revendications. Ils sont contenus dans le rapport que nous avons eu l’honneur de déposer devant vous.

Si seulement nous pouvions vous devoir une existence moins pénible que celle à laquelle nous sommes condamnés. Que le voile de l’opprobre qui nous couvre depuis si longtemps se déchire ; que les hommes nous considèrent comme leurs frères ; que cette charité divine qui vous est commandée s’étende aussi à nous ; qu’une réforme absolue soit opérée dans les institutions ignominieuses auxquelles nous sommes soumis, et que cette réforme, jusqu’ici vainement souhaitée, et que nous sollicitons les larmes aux yeux, soit votre acte bienfaisant et votre œuvre.

Opinion du comte Stanislas de Clermont-Tonerre relative aux persécutions menaçant les juifs d’Alsace

Depuis longtemps, messieurs, les juifs domiciliés.... si l’on peut appeler « domiciliés » des hommes qui ne sont pas citoyens, qui ne jouissent pas des mêmes droits de l’homme, et qui, tantôt tolérés, tantôt persécutés, n’ont que une existence et une résidence précaires. Depuis longtemps, dis-je, les Juifs d’Alsace, de Lorraine et des Évêchés attendent le moment où vos occupations importantes vous permettront de les entendre. Ce moment n’est pas encore arrivé. Je n’anticiperai pas les vérités que leur défenseur vous présentera. Il était réservé à ce siècle de tolérance et de raison de voir un ministre respectable [1] élever la voix dans cette tribune en faveur des malheureux restes d’Israël. Je n’usurperai pas l’œuvre sainte qu’il s’est réservée. Je ne plaiderai pas cette cause où il n’y a pas d’objections à combattre, où il y a une abondance de choix de vérités à établir, et qui se réduit à un seul mot : prouver qu’il suffit d’être un homme, un homme civilisé – pour jouir des droits d’un citoyen. Mais ce que je ne peux pas différer, messieurs, c’est votre demande positive de protection des Juifs. Les plus grands dangers les entourent ; la haine du peuple les poursuit, et ils ont mérité cette haine. Tel est l’effet de l’oppression et de l’opprobre : l’homme opprimé devient injuste et l’homme dégradé devient ignoble. Le peuple ne peut pas suivre la chaîne des vérités ; leur vision s’arrête à ce qui les blesse. Ils ne cherchent pas à savoir si l’homme dont ils sont victimes n’est pas lui-même victime d’autres hommes, et si la cause immédiate de ses maux n’est pas elle-même l’effet d’une autre cause, lointaine et pourtant impérieuse. Mais vous, messieurs, dont la sagesse et la prudence ne manqueront pas de reconnaître la véritable source des torts imputés aux Juifs, vous ne voudrez pas qu’ils périssent sous les effets du régime oppressif sous lequel ils ont vécu parmi vous. Vous ne voulez pas que le décret que vous prononcerez en leur faveur fasse que les citoyens d’eux ne fassent que consoler leur mémoire. Leurs maisons ont déjà été pillées, leurs personnes exposées aux outrages et à la violence. La prochaine fête d’expiation, en les réunissant dans leurs synagogues, les laisse sans défense face à la haine populaire, et leur lieu de culte peut devenir celui de leur mort.

Je demande que le président soit autorisé à faire connaître aux communes et aux fonctionnaires de la province d’Alsace que l’Assemblée nationale place les personnes et les biens des juifs sous la protection de la loi, et je voudrais qu’il soit enfin reconnu qu’un homme , même s’il n’est pas citoyen, ne peut être assassiné en toute impunité.

NB L’Assemblée a autorisé le président à rédiger la lettre demandée en faveur des Juifs d’Alsace.

1. L’abbé Grégoire, curé d’Emberménil [note dans l’original]

La Révolte des Juifs d’Avignon ou, Le Ténébreux complot contre le vice-légat, suivi de ce qui s’est passé dans cette ville le 15 septembre, écrit par un notable bourgeois de la ville.

Le 15 de ce mois, les Juifs, épuisés depuis longtemps par le joug onéreux que leur imposait la cour de Rome pour qu’on les laissât rester dans ses États, et voulant se livrer à la France, complotèrent un complot pour massacrer le vice-légat du pape, l’archevêque d’Avignon, l’inquisiteur, les officiers municipaux et tous les prêtres de la ville, à l’exception des religieuses, que ces misérables comptaient utiliser à leurs plaisirs en les forçant à apostasier.

Pour faire aboutir leur projet le 1er septembre le grand rabbin de la synagogue d’Avignon, homme très sage, réunit tous les rabbins de Carpentras, Cavaillon, L’Ille et Vaison, grandes villes du département Venaissien où se trouvent à la fois un évêque et un rabbin.

Après avoir harangué ces prêtres juifs, leur ayant exposé la tyrannie du pape et la liberté qu’aurait leur nation sous le gouvernement français, le rabbin termina son discours en disant : « Quelles circonstances meilleures pouvons-nous espérer que celles d’aujourd’hui ? pour avoir échappé à l’esclavage dans lequel nous sommes retenus par les hommes d’Église ? Depuis l’édit de Louis XVI nous sommes libres de nous installer en France. Massacrons ces ennemis de la loi de Moïse qui nous accusent de déicide pour attirer sur nous l’horreur de toutes les nations. Notre richesse réside dans l’argent et le papier, il nous est donc facile de décamper. Achetons des armes aux provinces voisines, et en une nuit nous serons plus de 20 000 hommes armés rassemblés dans chacune des quatre synagogues, plus celle d’Avignon. Nous n’en avons pas besoin d’autant pour nous débarrasser de cette masse de poltrons. Si la France refuse qu’on lui rende une des plus belles provinces de son royaume, où se trouvent de dix à trente-deux villes, une trentaine de villages, et située dans un pays fertile traversé de rivières, nous passerons en Allemagne : notre richesse et notre industrie nous feront aimer partout. Le pape a usurpé ce beau domaine du Comtat à la dernière comtesse de Provence qui, mourant sans successeur, a fait don de tous ses domaines au roi de France d’alors. Comment Louis XIV, qui aimait les conquêtes, n’a-t-il pas fait subir au Saint-Père ce démembrement de la Provence ?

Tous les rabbins portèrent dans leurs synagogues le discours du rabbin d’Avignon, leur chef. Ils se procurèrent des armes et le jour du massacre fut fixé à la nuit du 15. Heureusement, l’un des principaux juifs, assez riche et ami du vice-légat, et qui pour des raisons politiques voulait changer de religion pour obtenir une charge, connaissant tous les secrets du projet, les révéla au vice-légat. le 13 septembre. Ce prince arma tous les chrétiens du Comtat, qui remplirent bientôt Avignon, et les principaux conspirateurs furent arrêtés. La Providence veillait ainsi sur ces ecclésiastiques, comme elle l’avait fait sur les Parisiens dans la nuit du 12 juillet dernier, événement dont la nouvelle fit le tour du monde et poussa tous les peuples à s’armer.

Le vice-légat envoya aussitôt le juif qui avait donné l’avertissement à Rome sous une lourde escorte afin de le protéger de la vengeance de ses compatriotes juifs. Les cinq principaux rabbins des cinq synagogues furent exécutés par un supplice appelé en Avignon « le massoulement ». Les yeux du criminel agenouillé sont bandés et, de deux coups de massue sur les tempes, il est étendu mort aux pieds du bourreau, qui, avec une hache, sépare la tête et tous les membres du corps, qu’il disperse ensuite. la potence sur crochets placée là exprès à cet effet pour qu’elle ressemble à une horrible boucherie. L’Église, qui hait le sang, a imaginé ce supplice plus effrayant pour les spectateurs que cruel pour le criminel, qui tombe souvent mort au premier coup et ne souffre par conséquent guère.

Dix des principaux – et les plus riches – Juifs, qui avaient financé les armes, subirent les mêmes tortures et tous les autres Juifs furent enfermés dans leur quartier, dont les portes étaient renforcées de fer et gardées par 6 000 hommes armés pendant l’exécution. Deux des coupables invoquaient le Dieu chrétien ; c’était la conversion du voleur sur la croix.

Le lendemain le vice-légat, l’archevêque, le clergé, les corps de la ville, les notables et tous les bourgeois participèrent à une messe solennelle et à un te deum célébré par le vice-légat et chanté par sa chorale, une des meilleures d’Europe. . Ensuite, il y eut un grand gala dans son palais ; toutes les rues d’Avignon furent illuminées et un magnifique feu d’artifice fut tiré devant l’Hôtel de Ville.

Le vice-légat imposait des impositions ; la cour de Rome envoie toujours à Avignon des hommes qu’elle veut enrichir, et il taxa les cinq synagogues pour la somme de 2 000 000 livres chacune en punition de leur horrible complot. Le conseil municipal exigea que les Juifs soient décimés, c’est-à-dire qu’un juif sur dix soit condamné à mort, en tirant au sort pour décider qui périrait. Le vice-légat rejeta cette opinion, car elle aurait causé la mort de trop de personnes et ne lui aurait rien apporté, tandis que, suivant la voie qu’il avait choisie, il en sauva beaucoup et remplit ses coffres. Les Juifs du comté de Venaissain furent obligés de jurer fidélité sous de lourdes sanctions s’ils ne s’y conformaient pas, et une troupe de 6 000 bourgeois fut constituée.

C’est ce qui s’est passé ce mois-ci, le 15 septembre à Avignon, et que j’affirme vrai.

Martin, ex-consul de la ville d’Avignon.

Nouvelle adresse des Juifs à l’Assemblée nationale

24 décembre 1789

Nos Seigneurs :

Les espoirs que nous avons été amenés à former et par vos décrets peuvent-ils disparaître ? Se pourrait-il que nous n’ayons pas bien mérité du gouvernement après les témoignages de soutien que nous avons reçus de votre part ?

En tant que régénérateurs de l’empire français, non, vous ne voulez pas que nous cessions d’être citoyens alors que depuis six mois nous avons si assidûment rempli ces devoirs, et la récompense de notre zèle à accélérer la révolution ne sera pas que nous soyons condamnés à ne pas être autorisé à participer à l’un de ses avantages lorsqu’il est consommé.

Néanmoins, certains membres de votre assemblée opposent une vive résistance à nos revendications et à nos droits.

Ils prétendent que nous avons des vices qui nous rendent indignes du statut de citoyens. Mais ce sont les anciennes institutions qui nous ont donné et entretenu ces vices. N’établissez aucune distinction entre les autres hommes et nous-mêmes et nous serons tout aussi capables de vertus qu’eux.

On dit que nous avons des fêtes qui ne sont pas aux mêmes dates que celles des catholiques, et que ces jours-là nous refuserions de remplir notre devoir de porter les armes pour la patrie. Mais demandez aux chefs de la Garde nationale, demandez aux braves officiers des milices, demandez aux différents officiers des braves milices, demandez aux courageux soldats des troupes citoyennes si chaque fois il a fallu prendre les armes pour le salut public – jour, la nuit, les jours de nos vacances, nous n’avons pas abandonné nos occupations les plus chères pour aller là où la patrie menacée nous appelait. Demandez-leur s’ils avaient des raisons de regretter notre incorporation parmi eux et si nous n’avons pas gagné l’amitié de certains et l’estime de tous.

Nous aimerions connaître les autres objections par lesquelles ils veulent nous dégrader, et nous osons dire que nous y répondrons tout aussi avantageusement.

Mais toutes les objections qu’on peut nous faire ont été faites par le généreux et éloquent pasteur de la région messine [1] dans sa motion à notre sujet. D’autres membres tout aussi distingués [2] les ont rappelés lors de la séance d’hier, et tous ont été victorieusement réfutés.

Nous avons confiance en eux et nous leur demandons d’être, dans la cause la plus noble qui ait jamais été présentée à un tribunal, les avocats de 50 000 citoyens malheureux. Ou plutôt, nos seigneurs, nous avons confiance en vous tous. Et votre respect notoire des droits de l’homme, l’impossibilité pour vous de vous mettre en contradiction avec tous les actes de sagesse et de justice qui ont émané de vous ; la douleur que vous auriez à déshonorer par une injustice flagrante une constitution qui devrait faire le bonheur de la France et l’objet de l’admiration des étrangers ; tout cela garantit que notre cause, qui a trouvé hier tant d’ennemis parmi vous, trouvera aujourd’hui en vous tous autant de défenseurs et de partisans.

Il est temps que nos longs malheurs prennent fin, et ils seraient plus grands qu’ils ne l’ont jamais été si nous n’obtenions pas la justice que nous exigeons. En effet, nous serions plus que dégradés dans la mesure où les autres citoyens seraient plus honorés. Et la liberté que nous verrions régner autour de nous sans que nous puissions en jouir nous rendrait plus sensibles à la servitude à laquelle nous serions condamnés, et aggraverait les maux qui pèsent depuis si longtemps sur nos têtes.

Nos seigneurs, nous sommes tous de bons citoyens, et dans cette révolution mémorable, nous osons dire qu’il n’y a aucun de nous qui n’en ait donné la preuve. Nous nous montrerons tels dans toutes les occasions qui s’offriront à notre zèle. Et nos efforts pour soutenir la constitution que la France vous doit ne différeront pas de ceux que nous avons mis en œuvre pour vous aider à l’établir.

Nous vous demandons donc de consulter votre justice coutumière. Et puis la consternation que nous avons éprouvée hier en apprenant les oppositions formées par certains membres de votre assemblée à l’allégement de notre sort, sera, par le décret que vous rendrez, changée en une douce joie que tous les Français partageront avec nous. .

1. Abbé Grégoire

2. MM. de Clermont-Tonerre, Duport, etc.

Déclaration de soutien aux Juifs de Metz Concernant un prélèvement de 20 000 francs qu’ils versent annuellement au duc de Brancas au titre de « taxe de séjour, de protection et de tolérance ».

Les Juifs de Metz existaient dans cette ville lorsqu’elle passa sous domination française en 1552. Ils devinrent français en même temps que les autres habitants de Metz et de sa région recevaient ce statut.

Ils ne sont donc venus en France pour chercher ni le séjour, ni la protection, ni la tolérance puisque tous ces droits étaient les leurs dans le pays qu’ils habitaient avant son rattachement à la France [1] .

Au préjudice d’une possession aussi ancienne que légitime, en 1715, la comtesse de Fontaine, connue pour le crédit dont elle jouissait auprès du duc d’Orléans, et le duc de Brancas, marié à cette dame, sollicitèrent et obtinrent pour leur bénéfice et pour une durée de trente ans l’établissement d’un impôt de 40 livres sur chaque famille juive établie à Metz et sa région.

Cet impôt fut institué sous le titre d’impôt de résidence, de protection et de tolérance, redevance aussi inconnue jusqu’alors dans la province des Trois Évêchés que dans les autres provinces du royaume. Il s’agissait donc d’un prélèvement d’un genre nouveau, d’une servitude unique et personnelle pour les Juifs de Metz et de sa région.

Les lettres patentes du 31 décembre 1715, établissant cet impôt, ayant été présentées par la comtesse de Fontaine et le duc de Brancas au parlement de Metz pour enregistrement, le procureur général de ce tribunal crut de son devoir d’adresser la communication aux représentants. de la communauté juive. Ces derniers s’y opposèrent, mais cette opposition ayant été invoquée, les Juifs furent contraints de céder le crédit.

Ils ne pouvaient obtenir qu’une souscription de 20 000 livres par an et devaient déterminer eux-mêmes comment la répartir proportionnellement selon les capacités de chaque famille. En conséquence d’autres lettres patentes, datées du 9 juillet 1718, furent adressées et enregistrées par le parlement de Metz.

Les trente ans de la première concession étant sur le point d’expirer, elle fut renouvelée pour trente années supplémentaires en faveur du mariage que le duc de Lauraguais était sur le point de contracter avec maîtresse de Mailly. Tels étaient les termes de la loi du 15 décembre 1742.

Bien que ce renouvellement n’expire que le 31 décembre 1775, la maison Brancas sollicite et obtient, à compter du 1er mai 1750, un autre acte qui prolonge à nouveau la concession jusqu’en 1805.

La conséquence nécessaire à tirer de ce simple rapport est que la maison Brancas ne peut plus exiger ce prélèvement ni les juifs de Metz le payer sans violer le serment d’obéissance à la constitution prêté par l’Assemblée nationale et sanctionné par le roi.

En effet, 1- L’établissement du prélèvement en question fut un des actes de despotisme les plus absolus, et 2- la suppression de celui-ci est prononcée par tous les décrets de l’Assemblée Nationale sanctionnés par le roi.
je

Voici la seule mesure des lettres patentes du 15 décembre 1715 qui instituait cette surtaxe sur les juifs de Metz : Le duc de Brancas et madame la comtesse de Fontaine, nous ont informés que nous devons payer un impôt de résidence , protection et tolérance pour chaque famille juive établie dans notre ville de Metz. »

Il ne s’agissait donc pas d’une réquisition d’un ministère public ou d’un individu chargé des intérêts du fisc ; c’est sur la représentation, c’est-à-dire sur la seule affirmation du duc de Brancas et de la comtesse de Fontaine, que cet impôt fut décidé.

Ils bénéficièrent de l’impôt de séjour, de protection et de tolérance , nom aussi inconnu des coutumes et réglementations de Metz et de sa région que des traités concernant les droits de domaines.

Si l’on demandait quels avantages les Juifs ont obtenus pour un prélèvement si onéreux, ce qu’ils ont obtenu pour la somme de 1 500 000 livres qu’ils ont payée jusqu’à présent aux maisons de Fontaine et de Brancas, nous répondrions qu’ils ont obtenu et payé la possibilité de respirer l’air du pays dans lequel ils sont nés, puisqu’ils n’ont pas la liberté de posséder des terres, ni de faire du commerce, ni d’exercer les arts, ce qui n’empêche pas d’être forcés de payer une surtaxe.

Bien qu’ils ne forment pas un dix-huitième de la population de la ville de Metz, ils paient un sixième de la capitation de la ville, 8 297 livres, plus 7,706 livres pour le droit au travail, 3 465 livres pour le vingtième de leur misérable logement, 1 391 livres pour le travail obligatoire. , 450 livres pour l’hôpital général, où ils ne sont jamais admis, 200 livres pour le vicaire de la paroisse, 500 livres pour le logement des soldats, 200 livres pour les huissiers de justice, et enfin, dans toutes les opérations passives, ils sont considérés et agissent en tant que citoyens. Ils ont déjà contribué à hauteur de 300 louis à l’emprunt pour l’acquisition de céréales. Enfin, les officiers municipaux de Metz leur demandent la déclaration d’un quart de leurs revenus. Ils auraient accédé à cette demande s’ils n’avaient pas espéré obtenir du jour au lendemain une décision définitive concernant leur statut. Les principes d’égalité établis par l’Assemblée nationale seraient violés si les Juifs, payant un quart de leurs revenus, restaient soumis à des prélèvements spécifiques.
II

Mais il faut qu’ils soient affranchis de l’odieux prélèvement de 20 000 livres par la loi qui était déjà dans le cœur de certains hommes et qui est actuellement sous les yeux de tous : les fameux Droits de l’Homme et du Citoyen. Nous y lisons avec gratitude cette vérité : les hommes naissent et restent libres et égaux en droits.

C’est le titre authentique qui a proscrit à jamais le prélèvement en question, ainsi que toutes les charges et impositions spécifiques aux Juifs. Puisqu’ils n’ont jamais bénéficié d’une faveur particulière, ils n’auraient jamais dû faire l’objet d’une quelconque charge particulière. A l’avenir, ce ne sera donc pas grâce à une prétendue taxe de séjour, de tolérance et de protection qu’ils existeront à Metz et sa région ; ils y existeront sous la condition d’hommes libres et égaux en droits à tous leurs concitoyens.

Les lettres patentes qui instituaient le prélèvement créaient une souveraineté particulière et la transmettaient à la comtesse de Fontaine et à la maison de Brancas sur toute la communauté juive de Metz. Mais le principe de toute souveraineté, dit l’article 3 de la déclaration citée ci-dessus, « réside essentiellement dans la nation. Aucun corps, aucun individu ne peut exercer une autorité qui n’en émane expressément. Puisque l’impôt de la Maison Brancas n’émane pas de la nation, il ne peut plus avoir aucune autorité.

La religion particulière aux Juifs sert-elle de prétexte à ce prélèvement ? Toute protection spécifique était rendue inutile par cet autre article de la même déclaration : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre établi par la loi. » C’est dans cet article que la communauté juive de Metz trouvera le maintien du droit de séjour, de protection et de tolérance, sans rien payer à la maison Brancas ni à qui que ce soit. Et ils ne feront que récupérer les droits qu’ils possédaient avant que leur patrie, la ville de Metz et sa région, ne passe sous domination française.

Si légitime que soit leur demande, le duc de Brancas s’efforce de la refuser.
Objections faites au nom du duc de Brancas

Les Juifs de Metz doivent être considérés comme des étrangers et le prélèvement comme un impôt sur les étrangers. C’est en tant qu’étrangers qu’ils ont, de règne en règne, reçu des lettres de confirmation. Les souverains sont maîtres pour accorder l’entrée et le séjour aux étrangers et pour imposer à ces faveurs les conditions qui leur plaisent. La concession faite à la maison de Brancas d’un prélèvement de 20 000 livres avait pour objet de récompenser les services rendus à l’État par cette maison. C’est à cela que se résume la défense du duc de Brancas.
Réponses

En changeant le statut des personnes et des choses, il n’y a aucune supposition qui ne puisse être présentée comme des vérités. On peut répondre que les Juifs de Metz, ainsi que leurs concitoyens, habitants de la région messine, sont français depuis 1552 ; que les mots d’étrangers et d’impôt sur les étrangers n’étaient pas inconnus en 1715, et que les lettres patentes instituant le prélèvement n’utilisaient pas le mot d’impôt sur les étrangers, mais plutôt ceux de tolérance, de protection et de résidence.

Ce n’est pas en tant qu’étrangers, mais en tant que personnes formant une corporation particulière que les Juifs de Metz ont obtenu des lettres patentes confirmant leurs droits à chaque changement de règne. A cet égard, ils ont suivi l’usage d’autres Français, leurs concitoyens, formant des corps ou des communautés qui, dans des circonstances semblables, ont obtenu des lettres confirmant leur corporation.

Ils ne remettent en aucun cas en question les services rendus à l’État par la Maison Brancas. Ils s’étonnent simplement qu’ils persistent ainsi à chercher une récompense de leurs services par un acte du despotisme le plus absolu, par un odieux prélèvement personnel proscrit par tous les décrets de l’Assemblée nationale.

Oui, il est impossible d’exiger des citoyens le paiement d’un tel prélèvement sans désobéir à la constitution et sans violer le serment que tous les citoyens lui doivent.

Louis Wolff
Député des Juifs de Metz et des Trois Évêchés.

1. Les dernières lettres patentes, du 17 mai 1777, confirmant les droits des Juifs de Metz, rappellent celles qui précédèrent, à savoir celles d’Henri IV du 24 mars 1603. Dans celles-ci ce prince déclarait être informé de la conduite fidèle des Juifs de Metz et comment, lors des récents troubles, ils s’employèrent à prendre soin, à apporter aide et assistance à ceux qui étaient chargés par lui, et furent employés à son service, tant dans la garnison qu’ailleurs. Celles de Louis XIII de 1632, qui citait les services que les Juifs de Metz avaient rendus à la garnison pendant les guerres civiles, pendant lesquelles (et ce sont les mots du Prince) les troupes ne pouvaient être payées. Et enfin ceux de Louis XIV et Louis XV qui témoignèrent unanimement de leur satisfaction quant à la fidélité des juifs et aux services qu’ils rendirent.

Décret du 20 juillet 1790 sur les Juifs de Metz

L’Assemblée Nationale, considérant que la protection des forces publiques est due à tous les habitants du royaume sans aucune distinction, à la seule condition qu’ils s’acquittent des contributions communes ;

Après avoir entendu le rapport de sa commission des domaines,

Décrété et décrète que la taxe annuelle de 20 000 livres prélevée contre les juifs de Metz et de sa région, au nom de redevance d’habitation, de protection et de tolérance, est et reste supprimée et abolie, sans aucune indemnisation pour l’actuel concessionnaire et possesseur de ladite accusation ;

Il décrète aussi que les charges de même nature qui sont ailleurs levées contre les Juifs sous quelque nom que ce soit, seront abolies et supprimées sans indemnisation de la part des débiteurs, même si ces taxes sont levées au profit du trésor public, ou si ils sont possédés par des villes, des communautés ou des individus. En cas d’adversité, il sera décidé, après avis des directoires départementaux des territoires où sont prélevées ces taxes, les sommes dues aux concessionnaires, à cet effet les propriétaires et possesseurs de ces titres devront les présenter dans l’année.

Il décrète enfin qu’aucun arriéré desdites taxes ne pourra être exigé et que toutes poursuites intentées à ce titre sont et restent closes.

Discours sur l’octroi des droits civils aux juifs

Le 10 février 1790, M. Godard ayant annoncé que la grande majorité des districts avaient exprimé une opinion favorable concernant l’octroi aux Juifs des droits civils, et que tous paraissaient avoir les mêmes intentions, observa que l’Assemblée des Représentants de la Commune avait le droit de s’adresser à l’Assemblée nationale, et qu’elle ne devrait pas tarder à prendre des mesures si honorables pour elle si elle veut agir de manière à la fois opportune et efficace.

En conséquence, il a proposé une adresse à l’Assemblée nationale qui lui a été soumise pour examen par l’assemblée des représentants de la Commune.

Trois commissaires, à savoir M. l’abbé Fauchet, M. l’abbé Bertolio et M. Duveyrier, furent choisis pour recevoir cette adresse, ainsi que M. Godard et le rapporteur de l’assemblée.

24 février M. Godard donne lecture de l’adresse suivante, qui est adoptée à l’unanimité.
DISCOURS
de l’Assemblée des Représentants de la Commune de Paris à l’Assemblée Nationale sur l’octroi aux Juifs des droits civiques

Messieurs :

Le sort de la majorité des Juifs du royaume est encore indécis. Ou plutôt, il n’est que trop certain qu’ils restent encore chargés de leurs fers, et leurs chaînes semblent s’alourdir chaque jour à mesure que la jouissance de la liberté augmente autour d’eux.

Peut-être attendez-vous un avis fortement prononcé pour fortifier vos intentions généreuses et accélérer le moment de votre justice. Nous nous félicitons d’avoir été les premiers à vous apporter cet avis. Ce n’est pas seulement le nôtre ; c’est celui de bien des quartiers de cette capitale, et c’est tout Paris qui vous parle en ce moment à travers nous.

Dans cette ville, il y a un certain nombre de Juifs.

Certains sont dispersés dans les différents quartiers de Paris.

Les autres, et en plus grand nombre, pour faciliter leur rassemblement et compenser ainsi leur isolement des autres hommes, sont attirés dans des quartiers particuliers, où il leur était impossible d’échapper à la surveillance publique. Chacun d’entre eux et partout ils ont été irréprochables dans leur conduite. Aucune plainte n’a été déposée contre eux. Ils n’ont jamais troublé l’ordre général, et s’ils furent les plus malheureux, ils furent peut-être aussi, ce qui est tout à fait extraordinaire, les citoyens les plus paisibles.

Au moment de la Révolution, leur courage, leur zèle et leur patriotisme leur valent droit à la reconnaissance publique.

Nous les avons vus parmi nous, décorés du signe national, nous aider à conquérir la liberté, et chaque jour ils nous aident à conserver notre patrimoine commun.

Ah ! messieurs : s’ils ont contribué à la conquête de la liberté, peuvent-ils être condamnés à ne pas jouir de leur propre travail ? S’ils sont de vrais citoyens, sous quel prétexte peut-on leur refuser le titre ? Nous osons dire qu’ils la mériteraient à titre de récompense, si elle ne leur était pas due à titre d’acte de justice.

Leur religion n’est pas incompatible avec ce titre et les droits qui en découlent, puisque les juifs portugais, espagnols et avignonais , qui ont reçu de vous la qualité de citoyens actifs, ont la même religion, les mêmes principes et les mêmes usages que les Juifs. d’autres juifs du royaume, désignés sous les titres polonais et allemands. Vous ne permettrez donc pas que la simple différence de ce qui est accessoire dans leur dénomination ait une influence différente sur les deux classes d’hommes qui portent le même nom, qui sont unis par les mêmes principes, et qui doivent aujourd’hui se mélanger, même si d’anciennes injustices et des prétentions extraordinaires les séparaient pendant longtemps. Vous ne permettrez pas que dans une même ville, où existent des juifs portugais et des juifs allemands, les uns aient tout et les autres rien, et que, par exemple, à Paris, où les juifs portugais vivent à côté des juifs allemands, les premiers soient traités aux faveurs de la nation, et celle-ci accablée de son mépris.

Ni la raison ni la liberté ne peuvent plus tolérer une répartition aussi monstrueusement inégale.

Les lettres patentes furent obtenues par les juifs portugais, et bien que fondées sur la nature et la justice, elles n’étaient néanmoins qu’un choix d’autorité arbitraire. Est-ce que cela seul peut être ce qui vous aura déterminé ? Certes, ce que les lettres patentes ont fait pour les Juifs du Sud, un décret national peut, et à plus forte raison, le faire pour les autres Juifs du royaume.

Enfin, messieurs, lorsque vous effacez toutes les distinctions entre les hommes, vous ne devez pas les permettre dans une classe particulière et consacrer parmi les Juifs une aristocratie forte que vos généreux efforts ont réussi à détruire parmi les citoyens français.

Au nom de l’humanité et de la Patrie, au nom des qualités sociales des Juifs, de leurs vertus patriotiques, de leur profond amour de la liberté, nous vous demandons de leur donner le titre et les droits qui seraient injustes envers quiconque. plus les en priver. Nous les considérons comme des frères ; il est temps que nous les appelions concitoyens. Déjà nous les traitons comme tels, et nous avons intérêt à nous mêler à eux. Nos intérêts nous donnent le droit de réclamer votre justice, pour eux-mêmes et pour nous-mêmes. Accélérez leur bonheur et le nôtre.

Décret par nous, commissaires nommés par la Commune. Hôtel de Ville, 24 février 1790

Signé,

Godard
Abbé Fauchet
Bertolio
Duveyrier

La réponse de l’évêque d’Autun à l’adresse du 25 février :

Messieurs :

L’Assemblée nationale a fait du rendu à tous les hommes de leurs droits un devoir sacré. Il a décrété les conditions nécessaires pour être un citoyen actif. C’est dans cet esprit, c’est en les comparant à ces conditions, qu’elle examinera avec justice les raisons que vous avez exposées de manière si touchante en faveur des Juifs.

Loi relative aux Juifs

Donné à Paris, le 13 novembre 1791

LOUIS, par la grâce de Dieu et par la loi constitutionnelle de l’état Roi des Français. À tous présents et à venir : salutations

L’Assemblée nationale a décrété, et nous souhaitons et ordonnons ce qui suit :

DÉCRET DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE
Du 27 septembre 1791

L’Assemblée Nationale, considérant que les conditions nécessaires pour être citoyen français et devenir citoyen actif sont fixées par la constitution et, que tout homme qui réunit ces conditions, prête serment civique, et s’engage à remplir tous les devoirs que l’État la constitution impose a droit à tous les avantages qu’elle assure ;

Révoque tous les ajournements , réserves et exceptions insérés dans les décrets précédents relatifs aux individus juifs qui prêtent le serment civique, dont l’accomplissement sera considéré comme une renonciation à tous les privilèges et exceptions précédemment insérés en leur faveur.

Nous exigeons et ordonnons à tous les organes administratifs et tribunaux de l’inscrire dans leurs registres ; lisez-le, publiez-le et affichez-le dans leurs départements et domaines de responsabilité respectifs, et exécutez-le comme la loi du royaume. En foi de quoi Nous avons signé le présent, sur lequel Nous avons apposé le sceau de l’État. Paris, le treizième jour du mois de novembre, année de grâce mil sept cent quatre-vingt-onze, et dix-huitième de notre règne.

Signé
LOUIS

Observations des Juifs d’Avignon à la Convention nationale [1]

Les Juifs d’Avignon sont français. Ce sont des citoyens. Ce sont de fervents amis de la Révolution et ils en ont embrassé les principes avec enthousiasme. Ils l’ont servi de toutes leurs forces. Ils l’ont servi avec une gratitude d’autant plus forte qu’ils lui doivent d’avoir été libérés d’une oppression qui a duré vingt siècles et d’avoir enfin accédé à la dignité d’homme. Et pourtant une question se pose aujourd’hui à leur sujet, une question qui pourrait presque laisser douter s’ils sont bien citoyens, voire français.

C’est contre ce doute, si préjudiciable pour eux, que les juifs d’Avignon réclament aujourd’hui justice à la Convention nationale ainsi qu’à son pouvoir.

Tout le monde connaît l’acte législatif qui, en France, abolissait les corporations de toute espèce, et qui déclarait que les dettes contractées par les corporations seraient désormais des dettes nationales, de même que les biens qu’elles possédaient seraient eux-mêmes des biens nationaux.

Ce noble décret était le résultat nécessaire du principe même de l’égalité.

Et en fait, il ne peut y avoir d’égalité là où il y a des différences. Et dans une nation qui, aux yeux de la raison, n’est qu’une seule et grande famille, les corporations sont de véritables différences.

En France même, ces différences étaient monstrueuses.

Les sociétés s’y étaient énormément multipliées. Ils avaient décomposé l’État en un nombre infini de parties. Ils avaient créé une multitude de petites nations distinctes au sein de la nation elle-même.

Chacune de ces sociétés avait des intérêts différents et souvent opposés.

Ils avaient également des privilèges distincts et avaient même des rivaux. Ces privilèges se croisaient perpétuellement dans leur exercice. Il y avait sans cesse de nouvelles revendications, de nouveaux combats. Et à la honte de la raison, les hommes, qui s’étaient initialement réunis pour vivre en frères, en sont venus, avec le temps, à se diviser et à se battre comme s’ils étaient des ennemis.

Toutes ces disparités révoltantes devraient nécessairement s’effacer devant la flamme de la philosophie, qui aujourd’hui répand enfin une lumière éclatante.

Au moment où, au nom du peuple français, on proclamait l’égalité de tous les citoyens français, on proclamait l’abolition des corporations.

Leur abolition fut proclamée, car on sentait que cette partie de notre législation serait incomplète s’il était permis de faire quelques exceptions à un principe qui, par sa nature, n’en permet aucune.

Néanmoins, contre l’autorité sacrée de ce principe, il y avait des gens qui semblaient vouloir reconnaître les Juifs d’Avignon comme une corporation existante.

Et de fait, pendant plusieurs siècles, ils ne faisaient qu’un à Avignon.

Cette corporation était même complètement séparée des Avignonnais, tout en vivant à leurs côtés.

Il avait des privilèges particuliers ; elle avait son gouvernement, son administration, ses règlements. Elle avait des officiers municipaux qui la présidaient et elle délibérait sur ses propres intérêts. Elle tenait des assemblées composées de chefs de famille choisis parmi la communauté. Elle était soumise à des lois qui n’avaient d’influence que sur elle. En un mot, au sein de la commune d’Avignon, c’était une commune à part dont l’existence n’avait rien de commun avec celle des autres habitants du même pays.

Sous l’oppression de l’ancien régime, où les Juifs se voyaient si durement refuser le statut de citoyens, ils étaient néanmoins reconnus comme citoyens en matière d’impôts.

Des impôts de toutes sortes avaient été établis pour eux. Ils étaient soumis au paiement des dépenses publiques. Ils furent surtout rigoureusement soumis à tous ceux de la guerre. Ils ont même été imposés arbitrairement sans consulter non plus leurs capacités. Mais ils n’avaient aucun moyen de protester ou de faire entendre leur voix, puisqu’ils étaient juifs.

La corporation fut obligée de recourir à des emprunts pour faire face à ces impôts, et ces emprunts formèrent des dettes.

Mais ces dettes n’étaient pas garanties. La corporation avait des propriétés, elle avait des immeubles, elle avait des revenus, et tous ces biens étaient autant de garanties qui rassuraient d’avance les créanciers et servaient de caution à leur paiement.

Lorsque la Révolution vint et que la législation détruisit toutes les corporations qui existaient en France, les Juifs d’Avignon, dont les vœux allaient tous dans ce sens, cessèrent d’exister dans cette ville en tant que corporation.

Ils s’empressèrent d’abdiquer leur existence particulière pour s’élever au rang de citoyens au même titre que tous les citoyens français.

Ils consentirent alors individuellement tous les sacrifices que leur exigeait la Révolution.

Ces sacrifices furent pris en compte par les autorités constituées.

Ces autorités reconnaissaient si bien les Juifs d’Avignon comme dignes du statut de citoyens français qu’elles n’hésitaient pas à les traiter comme tels.

La corporation était propriétaire d’un grand bâtiment qui formait un temple où ils se rendaient pour exercer leur religion. La municipalité en profite aujourd’hui.

Elle disposait d’un terrain assez étendu pour son cimetière ; le ministère s’en est chargé.

Le temple avait des ornements et des meubles précieux y étaient attachés ; ces meubles étaient donnés à la société populaire et celle-ci les donnait à son tour à la nation, ainsi que d’autres objets provenant du temple.

Ainsi les biens de la corporation furent dispersés, et il ne lui resta plus que des dettes.

Mais qui peut aujourd’hui prendre en charge ces dettes, sinon la nation, qui possède désormais les biens que possédaient autrefois les Juifs d’Avignon et qui les a remplacés ?

Ce n’est pas l’entreprise qui peut les payer... Elle n’existe plus.

Ce ne sont pas les particuliers... Ce ne sont pas eux qui ont contracté les dettes.

Et pourtant, aussi difficile à croire, ce sont ces individus qui sont aujourd’hui poursuivis, et avec vigueur, comme si c’étaient eux les débiteurs.

Mais n’est-il pas inconcevable qu’on force ces malheureux juifs à recourir à l’autorité de la Convention pour forcer la Convention à se prononcer sur une question déjà si formellement résolue en principe ?

Sous quel prétexte en effet peuvent-ils demander à chaque juif d’Avignon en particulier de payer les dettes contractées par leur ancienne corporation ?

On ne peut pas prétendre que cette corporation à elle seule n’a pas été détruite avec toutes les autres de la république. La législation prouve le contraire.

On ne peut pas non plus dire que les dettes dont il est question ou sur lesquelles il se prononce ne sont pas des dettes contractées par cette société... La liste des dettes précise leur nature.

Enfin, on ne peut soutenir que ces dettes ne soient pas légales. Leur légalité est établie par leur objet et la forme même dans laquelle ils ont été contractés.

Pourquoi alors refuseraient-ils d’appliquer aux Juifs d’Avignon à la fois la loi générale qui, en abolissant les corporations de toute espèce, déclarait leurs dettes comme dettes nationales, et la loi particulière du 15 août 1793 qui, en étendant cette disposition générale, déclarait aussi les dettes nationales. « les dettes de toutes communes, départements et arrondissements contractées en vertu d’une délibération légalement autorisée jusqu’au 10 août 1793 inclusivement. »

Ils doutent donc que ces juifs soient français, car s’ils sont français, leur corporation est détruite.

S’ils sont Français, il faut que les dettes contractées par cette corporation pour faire face aux dépenses d’un gouvernement oppressif soient devenues nationales, tout comme la propriété elle-même est devenue nationale.

Enfin, s’ils sont Français, chaque individu juif ne peut pas plus être poursuivi pour le paiement des dettes contractées par sa corporation que les habitants d’une commune ne peuvent être poursuivis notamment pour les dettes contractées par cette commune.

Se peut-il que les biens des juifs d’Avignon soient considérés comme nationaux ? Qu’ils vont s’en emparer et s’en servir ? Et que les dettes dont ces propriétés constituaient la garantie et dont la valeur est supérieure à la dette deviendront des dettes individuelles ?

Et ainsi ils traiteront les Juifs aujourd’hui comme ils ont été traités autrefois, c’est-à-dire qu’ils accepteront de les considérer comme des citoyens uniquement en matière d’impôts, et en matière de droits, ils ne seront que des étrangers !

Ces malheureux redeviendraient les jouets d’une nation généreuse, comme ils l’étaient autrefois de tous les dépôts.

Le malheur n’aurait pas cessé de les poursuivre : il leur sera toujours attaché. Les préjugés dont ils sont victimes depuis vingt siècles resteront les mêmes. Ils n’auront rien gagné de nos principes. Le zèle avec lequel ils ont embrassé et servi la Révolution ne sera qu’un zèle inutile. Tous leurs sacrifices auront été vains. Ils seraient toujours opprimés, persécutés, humiliés, hors la loi. En un mot, ils seraient encore juifs aux yeux de la loi, alors que depuis quelque temps déjà, aux yeux de la loi, il n’existe plus que des citoyens.

Non ! La législation française ne sera pas ainsi insultée !

Ils n’introduiront pas dans nos lois une contradiction qui les déshonorerait.

Ils ne noirciront pas ainsi la réputation de la Révolution.

Lorsqu’un système est fondamentalement juste, il faut en accepter les conséquences.

L’honnêteté dans les lois est nécessaire.

L’égalité ne peut pas être un vain mot.

Il ne peut y avoir une partie des Français traités d’une manière et une autre partie traitée d’une autre.

Nous ne pouvons pas avoir aboli les corporations et n’en reconnaître qu’une seule.

La Convention nationale ne peut pas reconnaître les Juifs.

Il n’y a plus de juifs en France.

En France, il n’y a plus ni catholiques, ni protestants, ni anabaptistes, ni juifs, ni sectaires de quelque sorte que ce soit. Il n’y a que des Français.

Mais s’il n’y a que des Français au sein de la nation, il ne peut y avoir de distinctions.

Les Juifs d’Avignon ne doivent pas être considérés différemment des autres citoyens français.

Leur corporation ne peut être reconnue comme existant encore lorsque cette corporation a été abolie avec toutes les autres.

Toutes nos lois doivent leur être appliquées.

Il faut surtout leur appliquer le décret du 15 août 1793, qui déclara formellement nationales les dettes autorisées de toutes les corporations, dont la même loi déclare leurs propriétés nationales.

Cela est d’autant plus nécessaire que la nation est aujourd’hui propriétaire de tous ses biens. Elle serait obligée de leur restituer ces biens, et de les restituer tels qu’ils étaient au moment où ils ont été sacrifiés, avec la compensation appropriée à ce sacrifice, si elle n’assume pas leurs dettes.

En un mot, il ne faut pas hésiter à accorder aux juifs d’Avignon la jouissance des mêmes droits que tous les autres citoyens, puisqu’ils partagent les mêmes devoirs.

Autrement, nous n’avons pas d’autre choix que de dire que l’égalité n’existe pas. Il n’y aura pas d’unité dans notre législation. Il n’y en aura même pas dans la république. Et contre la volonté reconnue et prononcée de nos principes, en France nous distinguerons encore entre Français et Juifs.

Signé,
Aaron Ravel
Représentant
Aaron Vidal Milhaud

Ce 3 vendémiaire de l’An III de la République une et indivisible.

1. Ces observations ont été rédigées pour être présentées à chaque Conventionnel national, en appui à la demande plus détaillée présentée à la Convention le 28 fructidor par les juifs d’Avignon.

Cette demande des Juifs d’Avignon n’a rien de commun avec la demande présentée à la Convention par les Juifs de la ville de Metz.

Il paraît que l’objet de la demande des Juifs de Metz était le remboursement des fournitures qu’ils fournissaient à la nation et pour lesquelles on nous dit qu’ils sont dus.

Au contraire, les Juifs d’Avignon demandent que la nation, qui a détruit leur ancienne corporation, et qui possède désormais tous leurs biens, assume également les dettes dont ces biens constituaient une garantie et qui ont été causées par les impôts que levait l’ancien gouvernement. contre eux. Les deux pétitions sont donc complètement différentes. [ Note du traducteur : note de bas de page dans l’original ]

Source : https://www-marxists-org.translate.goog/history/france/revolution/emancipation-jews.htm?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc

Lire aussi :

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mancipation_des_Juifs

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9343k

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k33467688/f1.item

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9344w.texteImage

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9338v

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9340n.texteImage

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9337j.image

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4809261w.texteImage

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