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Léon Trotsky sur l’arrivée d’Hitler au pouvoir

samedi 4 juillet 2026, par Robert Paris

Léon Trotsky sur l’arrivée d’Hitler au pouvoir

Avant la prise du pouvoir

L’Allemagne vit aujourd’hui une de ses plus grandes heures historiques ; le destin du peuple allemand, le destin de l’Europe et, dans une large mesure, le destin de toute l’humanité pour les décennies à venir en dépendent. Quand on place une boule au sommet d’une pyramide, une faible poussée suffit à la faire rouler soit à droite soit à gauche. Telle est la situation dont l’Allemagne se rapproche d’heure en heure. Certaines forces veulent que la boule roule à droite et brise les reins de la classe ouvrière. D’autres veulent maintenir la boule au sommet. C’est une utopie. La boule ne peut se maintenir sur la pointe de la pyramide. Les communistes voudraient que la boule roule à gauche et casse les reins du capitalisme. Il ne suffit pas de vouloir, il faut en être capable. Essayons une nouvelle fois d’examiner calmement la situation : la politique que mène actuellement le Comité central du Parti communiste allemand est-elle juste ou fausse ?

Que veut Hitler ?

Les fascistes augmentent très rapidement. Les communistes augmentent aussi mais beaucoup plus lentement. Cette croissance des deux pôles extrêmes prouve que la boule ni se maintenir au sommet de la pyramide. La croissance rapide des fascistes implique que la boule peut rouler à droite. Cela constitue un immense danger.

Hitler cherche à persuader qu’il est contre un coup d’Etat. Pour étrangler une bonne fois pour toutes la démocratie, il prétend arriver au pouvoir par la seule voie démocratique Peut-on réellement le croire sur parole ?

Il est clair que, si les fascistes étaient sûrs d’obtenir par la voie pacifique la majorité absolue des mandats aux prochaines élections, ils préféreraient peut-être cette voie. En fait elle leur est fermée. Il serait stupide de penser que les nazis se développeront pendant une longue période au même rythme qu’aujourd’hui. Tôt ou tard, leur réservoir social sera à sec.

Le fascisme renferme de si terribles contradictions que le moment est proche où le flux cessera de compenser le reflux. Ce moment peut arriver bien avant que les fascistes aient réussi à rassembler plus de la moitié des voix. Il leur sera impossible de s’arrêter car ils n’auront plus rien à espèrer. Ils seront obligés d’en venir au coup d’Etat.

Mais même sans parler de cela, la voie démocratique est barrée aux fascistes. La croissance formidable des antagonismes politiques dans le pays et, surtout, l’agitation des bandits fascistes auront forcément pour conséquence que plus les fascistes seront près de la majorité, plus l’atmosphère sera chauffée à blanc et plus les escarmouches et les combats se multiplieront. Dans cette perspective, la guerre civile est absolument inévitable. La question de la prise du pouvoir par les fascistes se résoudra non par un vote mais par la guerre civile que les fascistes préparent et provoquent.

Peut-on imaginer un seul instant qu’Hitler et ses conseillers ne le comprennent pas et ne le prévoient pas ? Ce serait les prendre pour des imbéciles. Il n’y a pas de plus grand crime en politique que de compter sur la bêtise d’un ennemi puissant. Puisque Hitler ne peut pas ne pas comprendre que le chemin du pouvoir passe par une guerre civile très dure, ses discours sur la voie démocratique et pacifique ne sont donc qu’une couverture, c’est-à-dire une ruse de guerre. Il faut d’autant plus être sur ses gardes.

Que cache la ruse de guerre d’Hitler ?

Son calcul est tout à fait clair et évident : il cherche à endormir l’adversaire avec la perspective plus lointaine de la croissance parlementaire des nazis, pour porter au moment favorable un coup mortel à l’adversaire que l’on aura endormi. Il est tout à fait possible que l’admiration d’Hitler pour le parlementarisme démocratique doive l’aider à réaliser dans un proche avenir une coalition où les fascistes occuperont les postes les plus importants et qu’ils s’en serviront... pour un coup d’Etat. En effet, il est plus qu’évident que la coalition du centre avec les fascistes serait non une étape vers la solution " démocratique " de la question, mais servirait de tremplin à un coup d’Etat dans les conditions les plus favorables pour le fascisme.

Il faut viser près

Tout prouve que le dénouement, même indépendamment de la volonté de l’état-major fasciste, se produira dans le courant des prochains mois, si ce n’est des prochaines semaines. Cette circonstance a une énorme importance pour l’élaboration d’une politique juste. Si on admet que les fascistes vont prendre le pouvoir dans deux ou trois mois, il sera dix fois plus difficile de se battre contre eux l’année prochaine, que cette année. Les plans révolutionnaires de toutes sortes, élaborés pour deux, trois ou cinq ans à l’avance, ne sont qu’un bavardage pitoyable et honteux, si la classe ouvrière laisse les fascistes arriver au pouvoir dans les deux, trois ou cinq prochains mois. Le facteur temps dans les opérations militaires, comme en politique lors des crises révolutionnaires, a une importance décisive. Pour illustrer cette idée, prenons un exemple. Hugo Urbahns qui se considère comme un " communiste de gauche ", déclare que le Parti communiste allemand a fait faillite, qu’il est mort politiquement, et il propose de construire un nouveau parti. Si Urbahns avait raison, cela signifierait que la victoire des fascistes est assurée, car il faut des années pour créer un nouveau parti (de plus, il n’est absolument pas prouvé que le parti d’Urbahns sera meilleur que celui de Thaelmann : quand Urbahns était à la tête du parti, il n’y avait pas moins d’erreurs).

Si le fascisme conquérait effectivement le pouvoir, cela signifierait non seulement la liquidation physique du Parti communiste, mais aussi sa faillite politique complète. Les millions d’ouvriers qui forment le prolétariat ne pardonneraient jamais à l’Internationale communiste et à sa section allemande une défaite honteuse, infligée par des bandes de poussières humaines. C’est pourquoi l’arrivée des fascistes au pouvoir rendrait, selon toute vraisemblance, nécessaire la création d’un nouveau parti révolutionnaire et d’une nouvelle internationale. Ce serait une effroyable catastrophe historique. Seuls de véritables liquidateurs, ceux qui, se réfugiant derrière des phrases creuses, se préparent en fait à capituler lâchement avant le combat, considèrent dès maintenant que tout cela est inévitable. Nous, bolcheviks-léninistes, que les staliniens qualifient de " trotskystes ", n’avons rien de commun avec ces gens-là. Nous sommes fermement persuadés que la victoire sur les fascistes est possible non après leur arrivée au pouvoir, non après cinq, dix ou vingt ans de leur domination, mais aujourd’hui, dans la situation actuelle, dans les mois ou les semaines à venir.

Thaelmann considère que la victoire du fascisme est inévitable.

Pour vaincre, il faut une politique juste. Cela implique en particulier qu’il faut une politique adaptée à la situation présente, au regroupement actuel des forces, et non calculée pour une situation qui doit arriver dans un, deux ou trois ans, quand la question du pouvoir sera depuis longtemps résolue.

Tout le malheur vient de ce que la politique du Comité central du Parti communiste allemand est fondée, en partie consciemment, en partie inconsciemment, sur la reconnaissance du caractère inévitable de la victoire du fascisme. En effet, dans son appel pour le " front unique rouge ", publié le 29 novembre, le Comité central du Parti communiste allemand part de l’idée qu’il est impossible de vaincre le fascisme, sans avoir vaincu au préalable la social-démocratie allemande.

Cette idée, Thaelmann la répète sur tous les tons dans son article. Cette idée est-elle juste ? A l’échelle historique, elle est absolument vraie. Mais cela ne signifie pas du tout que l’on peut résoudre les questions à l’ordre du jour grâce à elle, c’est-à-dire en se contentant de la répéter. Cette idée, juste du point de vue de la stratégie révolutionnaire dans son ensemble, devient un mensonge, et même un mensonge réactionnaire une fois traduite dans le langage de la tactique. Est-il vrai que pour faire disparaître le chômage et la misère il faut détruire au préalable le capitalisme ? C’est vrai. Mais seul le dernier des imbéciles en tirera la conclusion que nous ne devons pas nous battre aujourd’hui de toutes nos forces contre les mesures qui permettent au capitalisme d’augmenter la misère des ouvriers.

Peut-on espérer que le Parti communiste renversera la social-démocratie et le fascisme dans les prochains mois ? Aucun homme de bon sens, qui sait lire et compter, ne se risquerait à une telle affirmation. Politiquement, la question se pose ainsi : peut-on aujourd’hui, dans le courant des prochains mois, c’est-à-dire malgré la présence de la social-démocratie, malheureusement encore très puissante bien qu’affaiblie, opposer une résistance victorieuse à l’attaque du fascisme ? Le Comité central du Parti communiste allemand répond négativement. En d’autres termes, Thaelmann considère la victoire du fascisme comme inévitable.
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/11/311126.html

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/00/320000a.htm

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/12/311208.html

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/10/321015.htm

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article636

Après la prise du pouvoir

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/02/lt19330206.htm

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/03/330314.htm

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/11/ldt19331113.htm

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/11/ldt19331123.htm

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/330610.htm

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/12/lt04121939.htm

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1940/00/lt19400000.htm

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