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De LFI au RN, les faux amis des travailleurs ne veulent pas mener la lutte des classes à la campagne

mardi 13 janvier 2026, par Karob

Les faux amis des travailleurs ne veulent pas mener la lutte des classes à la campagne

RN et LFI : le marteau et l’enclume contre la petite paysannerie

Pourquoi ils ne sont pas nos alliés — et avec qui lutter réellement


1. La petite paysannerie ne disparaît pas par hasard

En trente ans, le nombre d’exploitations agricoles a été divisé par plus de deux.

Dans le même temps, la taille moyenne des fermes augmente, la production se concentre, les terres s’accumulent entre moins de mains.

Ce n’est pas une crise ponctuelle.

C’est une trajectoire organisée.

Endettement, normes sanitaires, abattages massifs, intégration industrielle, dépendance à l’export : tout concourt à éliminer les petits producteurs au profit de l’agro-business.

Face à cette situation, deux forces politiques prétendent défendre les paysans :

• le Rassemblement National,
• la France insoumise.

En réalité, elles occupent deux rôles complémentaires dans la gestion de cette disparition.

Le marteau et l’enclume.


2. Première preuve : la PAC favorise structurellement les gros

Les aides agricoles européennes sont distribuées à l’hectare, pas au travail, pas au nombre de personnes, pas à la fonction nourricière.

Conséquence mécanique :

• plus on a de terres, plus on touche d’aides,
• plus on est petit, plus on est étranglé,
• les aides accélèrent la concentration foncière.

Position du RN :

• défense de la PAC comme “soutien à l’agriculture française”,
• aucune remise en cause du mode de répartition.

Position de LFI :

• critiques marginales,
• propositions d’aménagement,
• aucune remise en cause du principe central des aides à la surface.
Résultat identique :
le mécanisme qui élimine la petite paysannerie reste intact.
Ce n’est pas un oubli.
C’est l’acceptation du cadre de l’agro-business.


3. Deuxième preuve : les abattages sanitaires sont rationnels pour le capital
Les abattages massifs (DNC, influenza aviaire, etc.) sont souvent présentés comme :
• des erreurs,
• des excès bureaucratiques,
• des décisions absurdes.

C’est faux.

Ces décisions sont conformes aux normes OMSA et européennes, conçues pour garantir les statuts sanitaires commerciaux nécessaires à l’export.

Les normes sanitaires sont aussi des normes de marché.

RN :

• critique la brutalité,
• ne remet jamais en cause l’export ni les normes internationales.

LFI :

• critique la méthode,
• propose vaccination et indemnisation,
• ne remet jamais en cause la dépendance aux marchés mondiaux.

➡️ Dans les deux cas :

• on modifie les outils,
• on maintient le système,
• les petits producteurs continuent de disparaître.


4. Troisième preuve : l’État n’est pas un arbitre neutre

Dans toutes les crises agricoles, on observe les mêmes faits :

• arrêtés préfectoraux imposés,
• décisions prises sans les producteurs,
• forces de l’ordre mobilisées,
• troupeaux abattus sous protection policière.

Un État qui envoie des CRS pour détruire un outil de travail ne “dérape” pas.

Il applique une décision rationnelle du point de vue du capital agricole et de l’export.

RN :
• défend l’ordre,
• la légalité,
• l’autorité de l’État.

LFI :

• renvoie vers le Parlement,
• la loi,
• la “meilleure décision publique”.

Dans les deux cas, le pouvoir reste hors des mains des producteurs.


5. Quatrième preuve : l’action directe est systématiquement combattue

Question simple :

Que font RN et LFI quand les luttes bloquent réellement ?

RN :
• tolère la colère tant qu’elle reste symbolique,
• condamne dès que les flux sont bloqués,
• appelle au retour à l’ordre.

LFI :

• soutient verbalement,
• mais renvoie immédiatement vers médiation, négociation, cadre légal.

Fait constant, en agriculture comme dans l’industrie :

• aucun appel à des comités autonomes,
• aucun soutien aux décisions prises hors de l’État,
• aucune défense matérielle de l’action directe.

Pourquoi ?

Parce que l’action directe pose une question qu’ils refusent tous les deux :
qui décide sans passer par l’État ?


6. Cinquième preuve : l’alliance campagne–ville est empêchée

Une alliance entre paysans, ouvriers et jeunesse :

• bloque la production et la circulation,
• unit producteurs et exécutants,
• rend l’État impuissant sans violence massive.

RN :

• oppose villes et campagnes,
• segmente les fractions populaires.

LFI :

• segmente les luttes par secteurs,
• traite l’agriculture comme un “dossier” isolé,
• ne pose jamais la coordination matérielle.

Résultat commun : isolement maintenu.


7. Conclusion politique

RN et LFI ne sont pas deux solutions opposées.

Ils sont deux fonctions complémentaires :

• RN : union nationale → protection des gros → écrasement frontal.
• LFI : régulation étatique → neutralisation douce → élimination lente.

Le marteau et l’enclume.

La petite paysannerie n’a aucun allié politique dans ces partis.

Ses seuls alliés réels sont :

• la classe ouvrière,
• le prolétariat des villes,
• les ouvriers agricoles,
• la jeunesse précarisée.

La seule issue passe par :

• des comités de paysans,
• des comités du peuple travailleur,
• la liaison campagne–ville,
• le contrôle collectif sur ce qu’on produit, comment on le produit et comment on se défend.

Ni marteau nationaliste.

Ni enclume réformiste.

Organisation de classe.


Discussion

— Tu dis que RN et LFI sont contre les paysans, c’est exagéré.

Non. Ils sont contre leur autonomie politique.

Ils acceptent tous les mécanismes qui les détruisent.

— Pourtant, le RN est sur les barrages.

Oui, pour canaliser la colère dans l’union nationale.
Jamais pour laisser les paysans décider eux-mêmes.
— LFI veut indemniser.
Indemniser, ce n’est pas décider.
On détruit ton outil, puis on te paie pour te faire taire.
— Sans l’État, c’est le chaos.
Faux dilemme.
La vraie question, c’est : qui décide ?
— Les paysans sont trop isolés.
Justement.
C’est pour ça que l’alliance avec les ouvriers et la jeunesse est vitale.
— Donc voter ne suffit pas.
Non.
Sans organisation autonome, toute victoire est reprise ou annulée.

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