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NPA-R : la guerre mondiale dissoute dans une revendication salariale
dimanche 31 mai 2026, par
NPA-R, édito du 18 mai 2026 : la guerre mondiale dissoute dans une revendication salariale
Le NPA-Révolutionnaires publie son éditorial à la veille du vote de la Loi de programmation militaire.
Source : https://npa-revolutionnaires.org/preparons-nous-a-nous-battre-pour-nos-salaires/
L’article reconnaît, dans son premier paragraphe, que les 436 milliards d’euros de la LPM *« alimentent une course mondiale aux armements et participent à la menace qu’éclate dans un horizon pas si lointain une guerre d’envergure ».* La montagne est posée. Six paragraphes plus loin, elle a accouché d’une souris : la seule revendication concrète de l’édito est une augmentation de salaire de 400 euros mensuels et un Smic à 2 000 euros net. Entre la menace de guerre mondiale et la fiche de paie, rien. Pas une ligne pour dire comment le prolétariat de France peut arrêter la machine impérialiste française. Pas une consigne. Pas un programme. L’économisme à l’état pur.
## L’impérialisme français escamoté
L’édito désigne l’adversaire : Trump. *« Vivre dans un pays allié de Trump, ça coûte cher. »* *« Ses sales guerres au Moyen-Orient. »* *« Par sa faute. »* La guerre contre l’Iran est qualifiée d’« américano-israélienne » et le porte-avions Charles de Gaulle se contente de faire des « ronds dans l’eau en appui » — choix de mots qui transforme un acte d’agression impérialiste française en suivisme passif, en figuration. La bourgeoisie française n’est pas l’adversaire principal de l’édito. Elle n’apparaît qu’en clause subordonnée, sous la formule générique des « grandes entreprises françaises ». Thales, Dassault, MBDA, Naval Group, KNDS, Airbus Defence and Space, qui empochent les 36 milliards de rallonge votés ce mardi 19 mai, ne sont pas nommés une seule fois.
C’est la position invariante de Lutte Ouvrière, et le NPA-R la reproduit fidèlement : la France serait un impérialisme de seconde zone, un allié, un suiveur. Cette formule n’est pas une variante secondaire du marxisme. C’est l’opérateur kautskyste de l’ultra-impérialisme, dénoncé par Lénine en 1915 dans *L’impérialisme, stade suprême du capitalisme* : transformer les rapports inter-impérialistes en hiérarchie pacifique de dominants et dominés, gommer la concurrence réelle, et déplacer toute la critique sur la puissance hégémonique pour épargner sa propre bourgeoisie. La France remplit pourtant les cinq critères léninistes de l’impérialisme : capital financier dominant, fusion capital bancaire-industriel, exportation de capitaux, partage du monde entre groupes monopolistes nationaux, partage territorial achevé et constamment redéployé.
## Ce que l’édito ne dit pas : l’Afrique en mouvement
Et c’est précisément sur ce dernier point — le partage territorial constamment redéployé — que le silence du NPA-R devient assourdissant. Pas un mot sur le Mali. Pas un mot sur le Burkina Faso. Pas un mot sur le Niger. Pas un mot sur les événements de Kidal du 26 avril 2026, qui scellent le recul francophone au Sahel. Pas un mot sur la chaîne d’intervention par procuration que la bourgeoisie française met en œuvre pour compenser ce recul : opérations clandestines du renseignement militaire ukrainien (GUR) au Sahel, formation et armement par Paris des Forces Libres Africaines (FLA) contre les juntes de Bamako, Ouagadougou et Niamey. La France a transféré le sale boulot à un proxy — l’Ukraine, qu’elle finance par ailleurs — pendant que l’édito du NPA-R parle du *« pillage des pays pauvres par les pays riches »* comme on récitait un catéchisme avant 1914. Abstraction généralisante, identique à celle qui permit aux socialistes français de voter les crédits de guerre en août 1914 : le pillage est l’œuvre de tous les pays riches en général, donc de personne en particulier, donc pas spécifiquement de la bourgeoisie française.
Et pas un mot, surtout, sur la séquence qui se déroule sous les yeux du NPA-R : Macron vient de sortir d’un déplacement africain — Nairobi, 23 milliards d’euros d’engagements, partenariat avec le Kenya, ATIDI, prise de position de CMA CGM sur le port de Mombasa — qui n’est pas l’agonie d’un empire mais le redéploiement actif d’un impérialisme de plein exercice depuis la zone francophone vers la zone anglophone du continent. Ce n’est pas une défaite française : c’est une recomposition. Et ce redéploiement, qui mobilise précisément les capitaux, l’armement, la diplomatie et les forces auxquels la LPM votée le 19 mai apporte 36 milliards de plus, n’apparaît nulle part dans l’éditorial. Tout se passe comme si la guerre se déroulait quelque part — au Moyen-Orient, dans l’imaginaire d’un Trump tout-puissant — mais jamais en Afrique, jamais sous direction française, jamais à portée d’une grève de dockers à Marseille, d’un blocage à l’aéroport militaire d’Évreux, d’un appel aux soldats du 1er RHP de Tarbes ou aux marins de Toulon. Une analyse de la guerre qui passe à côté du redéploiement africain de l’impérialisme français en mai 2026, c’est une analyse qui demande à être contournée.
## Ce que l’édito refuse de dire
Le défaitisme révolutionnaire — *porazhenchestvo* de Lénine, repris par Trotsky en 1938 dans le *Programme de transition*, transmis par Barta — exige cinq positions cumulatives : nommer sa propre bourgeoisie comme adversaire principal, appeler à la défaite militaire de son propre gouvernement, exiger l’expropriation sans indemnité de l’industrie d’armement nationale, appeler à la constitution de comités de soldats avec droit de refus d’ordres, et articuler le tout à la dictature du prolétariat et à l’Internationale à reconstruire. L’édito du NPA-R ne valide aucune de ces cinq positions. Pas un appel aux marins du Charles de Gaulle. Pas un appel aux dockers de Toulon ou de Marseille pour refuser de charger les obus à destination du Sahel ou du Levant. Pas un appel aux ouvriers de Roanne, Bourges, Saint-Chamond, Marignane, Bordes pour bloquer la production d’armement. Pas un appel à la fraternisation avec les soldats iraniens, les ouvriers de Téhéran ou de Tabriz, ni avec les populations maliennes, burkinabées, nigériennes en lutte contre la recomposition impérialiste qui les vise. Pas un mot sur l’expropriation de Thales et Dassault. Pas un mot sur l’Internationale.
L’édito ne sort pas du cadre national de la négociation salariale. Il ne pose à aucun moment la question : comment empêcher matériellement le départ d’un convoi d’armes, le décollage d’un Rafale chargé, l’appareillage d’un bâtiment de guerre, l’embarquement d’un instructeur militaire vers Kiev ou vers Nairobi ? Ce silence n’est pas un oubli. C’est la position.
## La fausse auto-organisation
L’édito conclut : *« rien ne nous empêche d’organiser, à la base, une lutte qui s’étende partout où les bas salaires sévissent. »* Formule centriste classique. La fraction révolutionnaire dans les syndicats existants, méthode Barta dans la CGT des années 1940, n’est pas posée. La construction du parti embryonnaire, section française d’une Internationale à reconstruire, n’est pas posée. Le Front Unique Prolétarien comme stratégie d’unité du prolétariat sur son propre terrain de classe n’est pas posé. L’« organisation à la base » sans aucun de ces leviers concrets n’est pas l’auto-organisation prolétarienne : c’est l’invocation d’une spontanéité abstraite, qui dispense de poser la question du programme et de l’organisation. Les directions syndicales confédérales — CGT, FO, FSU, Solidaires — qui se taisent sur la LPM, qui votent ou laissent voter dans leurs branches les productions militaires, ne sont pas nommées. Le silence sur la chaîne Marignane-Bordes-Bourges-Saint-Chamond protège les bureaucraties syndicales en même temps qu’il protège la bourgeoisie française.
Et pendant que l’édito explique qu’« il ne sert à rien d’attendre 2027 », la page d’accueil du même site, le même jour, met « à la une » une vidéo titrée *« Le NPA Révolutionnaires sera présent aux élections présidentielles de 2027 ! »*, doublée d’un article complet — *« Présidentielles 2027 : le NPA-R s’engage dans une campagne ouvrière et révolutionnaire »* — qui théorise par le détail les modalités de cette candidature. La phraséologie anti-électoraliste de l’édito recouvre la pratique électoraliste effective affichée à dix centimètres au-dessus. Contradiction de centriste, jamais théorisée, jamais expliquée aux lecteurs : on leur dit dans l’édito que la présidentielle est un piège — et on les invite, sur la même page, à soutenir la candidature NPA-R à cette même présidentielle. Le centrisme parle deux langues simultanément parce qu’il vit deux pratiques simultanément, l’une révolutionnaire en mots, l’autre réformiste en actes.
## Le même jour, à l’autre bout du même mensonge : Lutte Ouvrière
Et il y a plus comique encore. Le même 18 mai 2026, Nathalie Arthaud signe pour Lutte Ouvrière un éditorial qui dénigre « le cirque présidentiel », « la comédie dont il ne faut rien attendre », et appelle les travailleurs à se détourner des urnes pour « s’organiser pour mener la lutte de classe ». Pas une ligne pour préciser qu’Arthaud sera elle-même candidate à cette présidentielle de 2027. Pas un mot. Côté NPA-R : édito anti-élections, et sur la même page d’accueil une vidéo « À la une » et un article complet annonçant la candidature pour 2027. Côté LO : édito anti-élections signé par la candidate elle-même, qui se garde bien de le dire. Deux éditos synchrones, deux postures identiques : *l’électoralisme honteux*. On dénigre publiquement les urnes pour rassurer la base militante sur la pureté révolutionnaire, et on s’y présente quand même pour ne pas perdre la subvention publique, la profession de foi distribuée à tous les foyers, le temps d’antenne, et le rituel groupusculaire qui tient lieu d’horizon stratégique depuis quarante ans. Mieux : l’article du NPA-R sur 2027 propose explicitement une campagne commune à Lutte Ouvrière — proposition que LO aurait annoncé refuser. Symétrie parfaite, fusion programmée puis manquée — sur la base d’un programme inexistant des deux côtés, soudés non par une stratégie mais par cette même incapacité à articuler candidature et révolution autrement que par le mensonge à leurs propres lecteurs. Lénine en 1920, dans *La maladie infantile du communisme*, distinguait la position léniniste de l’abstentionnisme : utilisation de la tribune parlementaire bourgeoise *et* construction simultanée des soviets. LO et le NPA-R pratiquent la moitié électoraliste de l’équation tout en répudiant verbalement le terrain électoral. C’est l’inversion exacte du léninisme : la tribune sans les soviets, et la dénégation de la tribune par-dessus le marché.
## La position objective
Reconnaître la menace de guerre mondiale et conclure par une revendication salariale, c’est désarmer le prolétariat devant la guerre. C’est lui dire qu’il peut réclamer son dû sans poser la question du pouvoir, sans poser la question de l’armement, sans poser la question de l’État, sans poser la question des opérations clandestines françaises au Sahel, sans poser la question du redéploiement vers Nairobi. C’est lui interdire d’utiliser sa position de classe productrice — y compris dans les usines d’armement, sur les bases militaires, dans les ports, sur les voies de chemin de fer qui transportent les obus, dans les aéroports militaires qui acheminent les conseillers — pour stopper la guerre impérialiste française. C’est, objectivement, une position sociale-chauvine : compatible avec la marche à la guerre du capital français, parce qu’elle ne pose aucun acte qui pourrait l’enrayer.
La revendication des 400 euros est juste. Elle est nécessaire. Mais sans l’échelle mobile des salaires indexée sur les prix calculés par contrôle ouvrier, sans l’échelle mobile des heures, sans la confiscation des gros capitaux et l’expropriation sans indemnité des industries d’armement, sans le défaitisme révolutionnaire intégral devant la guerre d’Iran, la LPM, l’intervention par procuration au Sahel et la recomposition vers l’Afrique anglophone, elle est une lutte d’arrière-garde présentée comme avant-garde. La montagne du 19 mai 2026 — vote de 36 milliards de plus pour tuer — méritait autre chose qu’une souris salariale.
# Premier mensonge du NPA-R : « c’est la faute de Trump »
**Brève — édito NPA-Révolutionnaires du 18 mai 2026**
Le NPA-Révolutionnaires sort le 18 mai 2026 un éditorial qui, le jour où l’Assemblée s’apprête à voter 36 milliards de rallonge à la Loi de programmation militaire, désigne au prolétariat français un seul et unique responsable : Donald Trump. *« Vivre dans un pays allié de Trump, ça coûte cher. »* *« Trump fait payer au monde entier ses sales guerres au Moyen-Orient. »* *« Par sa faute, de plus en plus de pays sont confrontés aux pénuries d’électricité. »* Toute la chaîne causale — la guerre, les pénuries d’énergie, les pénuries alimentaires, les licenciements, l’inflation, jusqu’au panier de courses du supermarché — est imputée à un homme : le président des États-Unis.
C’est le premier mensonge, et c’est le mensonge fondateur. Parce que pendant que le NPA-R désigne Washington, à Paris la bourgeoisie française vote 36 milliards de plus pour ses canons. Pendant que le NPA-R désigne Washington, le porte-avions Charles de Gaulle croise au large de l’Iran — pas en « appui » comme le prétend l’édito, mais en acteur de plein droit d’une agression impérialiste à laquelle la France a sa part. Pendant que le NPA-R désigne Washington, le renseignement militaire ukrainien (GUR), financé et armé par Paris, exécute pour le compte de la bourgeoisie française les opérations clandestines au Sahel que l’armée française ne peut plus mener directement après les défaites de Bamako, Ouagadougou et Niamey. Pendant que le NPA-R désigne Washington, Macron sort d’un déplacement à Nairobi avec 23 milliards d’engagements et redéploie depuis la zone francophone en recul vers l’Afrique anglophone, le port de Mombasa, le partenariat avec le Kenya, ATIDI, CMA CGM. Cette séquence — l’impérialisme français en pleine recomposition active, mai 2026 — n’apparaît nulle part dans l’édito du NPA-R. Pas un mot.
Désigner Trump comme l’adversaire principal, c’est la formule sociale-chauvine la plus efficace de 2026. Elle permet à un militant NPA-R de paraître anti-impérialiste tout en n’attaquant jamais sa propre bourgeoisie. Elle permet de mobiliser le ressentiment populaire contre les États-Unis pour le détourner du seul terrain où il pourrait devenir révolutionnaire : la lutte contre l’État français, son armée, son industrie d’armement, ses opérations en Ukraine, au Sahel, au Levant, en Afrique anglophone. C’est exactement la fonction qu’a remplie en août 1914 le « c’est la faute du Kaiser » pour les socialistes français votant les crédits de guerre, et le « c’est la faute des Alliés » pour les sociaux-démocrates allemands faisant la même chose au Reichstag : externaliser l’adversaire pour épargner sa propre bourgeoisie.
Cette position porte un nom dans le marxisme. Lénine l’a appelée *social-chauvinisme* en 1915, dans *Le socialisme et la guerre* : « socialiste en paroles, chauvin en actes ». La rhétorique anti-Trump tient lieu de socialisme en paroles. Le silence complet sur Thales, Dassault, MBDA, KNDS, Naval Group, Airbus Defence and Space, sur la chaîne ukrainienne, sur le redéploiement vers Nairobi — c’est le chauvinisme en actes. Le NPA-R n’est pas seul à pratiquer cette opération : Lutte Ouvrière fait la même chose depuis quarante ans avec sa formule de la France « impérialisme de seconde zone », opérateur kautskyste qui transforme la concurrence inter-impérialiste réelle en hiérarchie pacifique de dominants et dominés. Le NPA-R reproduit la même position en la modernisant : on remplace « les États-Unis dominent » par « Trump est aux commandes », mais le résultat politique est identique. La bourgeoisie française est épargnée. Sa LPM est votée. Ses ouvriers de l’armement restent à leur poste. Ses dockers chargent les obus. Ses marins embarquent sur le Charles de Gaulle. Ses Rafale décollent vers l’Iran et vers Nairobi.
Le défaitisme révolutionnaire — *porazhenchestvo* de Lénine en 1915, repris par Trotsky en 1938 dans le *Programme de transition*, transmis par Barta dans la résistance à l’Union sacrée stalino-gaulliste de 1944 — pose une règle non négociable : **chaque prolétariat combat principalement sa propre bourgeoisie**. Le prolétariat français n’arrêtera pas la guerre en s’indignant de Trump à Washington. Il l’arrêtera en bloquant les convois d’armes à Marseille, en stoppant les Rafale sur les pistes d’Évreux, en immobilisant les chaînes de production de Bordes, Bourges, Marignane, Saint-Chamond, en appelant à la fraternisation les marins du Charles de Gaulle et les soldats du 1er RHP de Tarbes, en exigeant l’expropriation sans indemnité de Thales et de Dassault, et en se donnant pour horizon la dictature du prolétariat et l’Internationale à reconstruire. Aucun de ces actes n’est nommé dans l’édito du NPA-R. C’est exactement ce que le mensonge « c’est Trump » sert à empêcher de penser.
Le premier mensonge produit tous les autres. Désigner Trump, c’est dispenser le NPA-R de désigner l’industrie d’armement française. Dispenser le NPA-R de désigner l’industrie d’armement française, c’est dispenser le NPA-R de mener la fraction révolutionnaire dans la CGT de Marignane. Dispenser le NPA-R de mener la fraction dans la CGT, c’est se contenter d’une revendication salariale plate — 400 euros, Smic à 2 000 — qui n’enraye rien. La chaîne se déroule entière. *« C’est la faute de Trump »* est le premier maillon. C’est par là qu’il faut commencer à dénoncer.


