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Forum du NPA-R à la Fête de Lutte ouvrière 2026...
lundi 1er juin 2026, par
# Forum du NPA-R à la Fête de Lutte ouvrière 2026
## Retranscription complète des trois interventions
**Cadre.** Forum tenu au stand accordé par Lutte ouvrière à la Fête de LO 2026. Thème annoncé : *« la nécessité, dans l’intérêt des travailleurs, de construire un front des révolutionnaires dans les élections comme dans les luttes, en toute indépendance de la gauche radicale »*. Trois intervenants de la direction nationale du NPA-R : **Ken** (électromécanicien, NPA-R Stellantis Poissy, SUD), **Gaël Quirante** (postier licencié, porte-parole NPA-R, SUD-PTT 92), **Selma Labi** (porte-parole nationale, conductrice de bus région parisienne, RATP).
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Voir la video :
https://www.youtube.com/watch?v=yqsd5FNfdRU
## 0. Présentateur
« Nous tenons à remercier encore une fois les camarades de Lutte ouvrière pour leur accueil, le stand qu’ils nous accordent et la possibilité d’organiser ce forum. Cette année, nous avons choisi de centrer la discussion sur la nécessité — dans l’intérêt des travailleurs et des travailleuses — de construire un front des révolutionnaires dans les élections comme dans les luttes, en toute indépendance de la gauche radicale. Trois camarades de notre direction nationale interviendront : Ken, ouvrier de l’automobile à Stellantis Poissy ; Gaël, postier syndicaliste licencié mais ayant obtenu le droit de continuer à intervenir dans les centres de La Poste ; et enfin Selma Labi, porte-parole nationale, conductrice de bus en région parisienne. Je passe la parole à Ken. »
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## 1. Ken (NPA-R / SUD Stellantis Poissy)
Ken se présente : électromécanicien, militant du **NPA-R à Stellantis Poissy** et **militant à SUD**.
**Diagnostic.** Plus de 2 000 salariés (CDI, CDD, sous-traitants internes). La direction cache un plan de fermeture : fin officielle de la production automobile en 2028, prétendu maintien de 1 000 salariés sur « d’autres activités » restées vagues. Ken n’y croit pas (« des menteurs comme nos patrons ») : la production peut s’arrêter avant 2028, le site être vidé en ne gardant que 200 salariés quelques années. Calendrier politique : une fois la **présidentielle de mai 2027** passée, Stellantis « videra l’usine ». En septembre : passage à une seule équipe ( 500), pressions au départ ou mutation à des centaines de kilomètres, indemnités faibles.
**Revendications.** Des « garanties écrites **signées par la direction et contresignées par le gouvernement** » sur : emplois, salaires, pré-retraites, limites de licenciement, formations.
**Méthode interne.** « Mettre de côté les étiquettes syndicales » ; lutte dirigée par les travailleurs, syndiqués ou non ; débrayages.
**Méthode externe.** Sortir de l’isolement, « se montrer à l’extérieur », prendre contact avec d’autres boîtes menacées. Chaîne tissée : Stellantis → MA France (Aulnay) → Valeo (Isère) → Michelin (Cholet) ; sous-traitants directs OP Mobility (Normandie), Forvia, MC Synchro, Lear (Yvelines). Aboutissement : rassemblement du **23 avril, 400 travailleurs** (Stellantis, Forvia, MC Synchro, soutiens Renault), « intervention remarquée de notre syndicat SUD ». À amplifier vers Renault, la chimie, l’électronique, le commerce.
**Conclusion politique.** Seule l’extrême gauche (« le NPA-R **et** Lutte ouvrière ») peut proposer cette coordination ; CGT, PCF, LFI en sont « incapables », « s’y opposent même » : impasses électorales/parlementaires, nationalisme économique, projets industriels bidon. « C’est la seule manière de se faire craindre du patronat et de gagner. »
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## 2. Gaël Quirante (NPA-R / SUD-PTT 92)
« Insister sur les remerciements à Lutte ouvrière n’est pas pure rhétorique : cette fête permet à l’ensemble de la gauche révolutionnaire de débattre librement. C’est une des fêtes les plus importantes de la gauche révolutionnaire au niveau européen ; même sans être membre de LO, on peut juger ce moment important pour le débat entre révolutionnaires.
Vous me direz : c’est pour ça que le NPA-R a proposé, à son dernier CPN, une campagne commune à la présidentielle avec pour candidate Nathalie Arthaud. Mais les raisons sont plus profondes. Des tweetos malicieux ont dit : "le NPA-R fait une proposition qui sera à nouveau refusée." Vous avez raison — on l’a faite aux municipales, aux européennes, aux législatives. Et on va tuer le suspense : on ne va pas arrêter. On ne cessera pas de proposer l’unité des révolutionnaires, parce que la situation — la guerre sociale et la guerre tout court — l’exige. Non par défensive, mais pour des raisons politiques : une proximité politique et programmatique.
Nous mettons au centre la classe ouvrière, l’indépendance de classe, l’implantation ouvrière. Sans la mise en mouvement des travailleurs, rien ne tourne ; c’est la classe ouvrière qui a la force et la responsabilité historique d’en finir avec l’exploitation. Nous assumons pleinement une perspective révolutionnaire, une société communiste, les idées communistes révolutionnaires, le trotskysme. Cette proximité n’est pas le fruit du hasard : le NPA-R est l’expression, à petite échelle, d’une fusion de camarades venant des deux traditions du trotskysme en France — la LCR et Lutte ouvrière. Prenons le meilleur des courants révolutionnaires et fusionnons, non pour la concurrence mais pour défendre une nouvelle tradition. Cette proximité, vérifiée dans les élections récentes, c’est aussi ne pas jouer à la petite gauche institutionnelle ou "fût-elle radicale" avec un programme électoraliste, la petite mesurette. Nous avons défendu en commun que tout était possible par nos luttes, nos grèves, leur généralisation, les occupations — sans mentir sur le rapport de force.
Quand LO, pour justifier qu’il n’y aurait pas besoin de faire ensemble, alourdit le trait sur les reculs : évidemment qu’on n’a pas un boulevard, qu’on n’est pas en 68. Mais ce qui manque, ce ne sont pas les luttes, ce sont des militants révolutionnaires communistes capables d’y intervenir et d’empêcher qu’elles restent isolées. La situation peut changer à tout moment. Le mouvement des retraites n’a pas été victorieux, mais il a permis d’accumuler des expériences et de montrer la force des travailleurs — y compris vis-à-vis de l’extrême droite : quand les travailleurs se mettent en mouvement, l’extrême droite ferme son clapet, bien plus qu’à n’importe quel moment électoral où la gauche institutionnelle, fût-elle radicale, nous appelle aux multiples barrages républicains.
Quand nous défendons des revendications, ce n’est pas un programme électoral municipaliste ou pour les législatives : ce sont des mesures de lutte, un programme de lutte où l’on dit la vérité, avec toutes ses difficultés. Sans mouvement d’ensemble, sans prise en main par les travailleurs, rien ne changera. Notre rôle n’est pas de dire "votez pour nous pour régler vos problèmes". Même face à la police : notre problème, ce n’est pas qu’ils aient des LBD, ce ne serait pas de dire "il faut les désarmer". On est marxistes, révolutionnaires : l’État capitaliste, c’est une bande d’hommes armés. Cette police sert avant tout les intérêts des capitalistes ; il faut en finir avec cette logique. Dire qu’on en finira avec la police de classe en lui retirant une arme, c’est comme dire qu’on en finira avec l’exploitation en gardant des patrons "de gauche" — non, ça maintient l’exploitation et la domination par les armes, propres au capitalisme.
On a porté ces éléments ensemble — mais séparément. Cette logique du "on additionne nos résultats"… nous disons que rien ne nous cantonne à une marginalité électorale. Une campagne commune proposée par deux organisations révolutionnaires, ça ferait un changement, ça montrerait la capacité d’organisations proches à prendre au sérieux ce qu’elles disent. Si on dit qu’il y a une guerre sociale et une guerre tout court, si on décrit l’offensive de l’impérialisme dominant — et qu’on y va séparément… L’histoire nous oblige à tisser ces liens politiques et organisationnels. Sinon on laisse le nationalisme l’emporter, on laisse Mélenchon faire l’ode au PDG de Dassault, alors qu’on pourrait disputer ensemble ce combat.
Les camarades de LO vont nous dire "bonne chance, obtenez vos parrainages" — et on le fera, on se donnera les moyens d’être présents à cette présidentielle, parce que ce discours porte bien au-delà des militants et des votants de la gauche révolutionnaire. Le 10 septembre nous est tombé sur le coin du bec : quand Bayrou a annoncé retirer des jours fériés, un mécontentement fort s’est installé tout l’été, d’où la nécessité du blocage de l’économie autour du 10 septembre, qui a politisé des travailleurs et des jeunes. Ces explosions sociales sont devant nous. L’unité d’action entre révolutionnaires est essentielle, dans nos entreprises, nos lieux d’étude. On l’a fait à Paris le 17 avril contre la guerre impérialiste. **Dans le cadre de la rivalité interimpérialiste menée par les États-Unis, une discussion est menée avec le Parti des travailleurs, le NPA-R et l’UCL pour une manifestation en juin.** Il faut relayer ce type d’initiative. Contre la répression, plusieurs syndicats et députés ont défendu qu’il faut s’opposer à toute répression ; c’est à nous de construire ces initiatives.
Je termine : LO refuse aujourd’hui, comme en 2002. Elle nous écrit que c’était justifié parce que la direction de la Ligue avait appelé à voter Chirac de manière fourbe. Ça tombe bien : aucun des camarades aujourd’hui au NPA-R n’a mené cette politique — ce qui n’a pas empêché des listes communes régionales en 2004. Soyons sérieux : on peut faire ensemble, il faut le faire ensemble, la situation l’exige. On le proposera pour la présidentielle, et tenez-vous prêts, on le proposera aussi aux prochaines législatives. »
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## 3. Selma Labi (porte-parole nationale, NPA-R / RATP)
« Salut. Je veux remercier chaleureusement les camarades de Lutte ouvrière de faire vivre, une fois par an, ce pôle des révolutionnaires à l’occasion de la fête — pour les 3 ans d’existence du NPA-R, entre rupture et continuité.
"Pôle des révolutionnaires" : à force, on pourrait croire que c’est notre mantra, une croyance, comme nous le dit LO dans son courrier. On rappelle qu’on est communistes, révolutionnaires, trotskystes, attachés au matérialisme dialectique, pas aux croyances. Ce n’est pas une façon de se tenir au chaud entre convaincus : c’est une proposition pour raisonner au-delà de nous-mêmes et de nos milieux respectifs, vers des objectifs de lutte d’ensemble pour notre classe. Cette proposition découle de notre analyse de la situation.
Quelle situation ? Des concurrences économiques accrues qui tournent à la guerre économique entre grandes puissances impérialistes, menée sur la peau des travailleurs, premières victimes ; des guerres économiques qui se transforment en guerres tout court contre les peuples : Palestine, Liban, Iran, Ukraine, mais aussi Congo, Afghanistan, Soudan, peut-être bientôt Cuba. Des guerres impérialistes pour l’accaparement des ressources, qui puent le pétrole, le gaz, les terres rares. Le principal fauteur de guerre, c’est l’impérialisme américain — le principal, pas le seul : en Europe, c’est le régime capitaliste russe de Poutine qui tente d’annexer l’Ukraine. Mais l’Amérique reste le principal, un impérialisme dont la domination est contestée et qui emploie les moyens les plus sordides pour maintenir sa mainmise.
Le principal — mais celui que nous visons ici en priorité, c’est son allié : **l’impérialisme français de seconde zone**. C’est l’impérialisme français qu’on vise en priorité, parce que l’ennemi principal est dans notre propre pays, et que l’État français sert les plus grands groupes capitalistes français, qui exploitent ici et sur toute la planète, y compris dans les colonies — Mayotte, les Antilles, la Kanaky, l’Afrique. Cette montée du militarisme s’accompagne d’une propagande nationaliste pour faire avaler aux travailleurs qu’ils paient déjà la facture et qu’on les prépare à mourir pour la patrie — autrement dit pour la prospérité de la bourgeoisie nationale. La France n’est pas encore engagée dans une guerre de haute intensité mobilisant des centaines de milliers de soldats — on n’en est pas là. Mais son armée régulière n’a jamais cessé de semer le chaos, notamment en Afrique, et réprime dans le sang quand les peuples se révoltent, comme en Kanaky il y a deux ans. On nous prépare à plus, quand on donne la parole à des colonels qui nous demandent de faire des gosses pour servir de chair à canon.
Qui s’y oppose dans le champ politique ? La semaine dernière, l’arc républicain, du PS au RN, a voté en chœur 36 milliards de plus pour un budget militaire déjà record d’ici 2030. Certains partis de gauche ont voté contre — mais regardons les arguments. Est-ce de l’antimilitarisme ? Non. S’agit-il d’affaiblir notre propre bourgeoisie, notre ennemi ? Non plus. Est-ce au nom de l’internationalisme ? Et puis quoi encore — non, tout ça c’est au nom de l’indépendance de la France et de sa défense. C’est Manuel Bompard qui le dit. Pour cette gauche qui se dit radicale mais surtout pas d’extrême gauche — et on les rassure, ils ne sont pas d’extrême gauche — ce n’est pas le budget militaire le problème, c’est "la stratégie de l’impérialisme français" que Mélenchon prétend défendre, comme il dit, sur les cinq continents.
Dans cette situation, qui d’autre que l’extrême gauche va enfoncer ce clou, appuyer la contradiction entre l’affichage pacifiste de la gauche et sa responsabilité historique vis-à-vis de la bourgeoisie impérialiste ? **Est-ce que par exemple — Gaël en a parlé — l’initiative du Parti des travailleurs d’un rassemblement des révolutionnaires contre les guerres impérialistes, qu’on propose à nouveau fin juin, qui dénonce notre propre impérialisme et qui assume des perspectives clairement internationalistes : est-ce qu’on pense que c’est un petit pas pour qu’une autre issue se démarque ?** On assume, on pense que oui. Deux rassemblements et des discussions entre révolutionnaires, ça ne va pas menacer Macron et l’impérialisme français, évidemment. Mais c’est un point d’appui, un point d’accroche, un point de rendez-vous pour celles et ceux qui ne sont pas résignés et qui veulent exprimer leur colère dans un cadre clair. C’est aussi une aide pour discuter avec nos collègues, nos amis, nos voisins, avec celles et ceux qui sont plus loin de nos idées, qui sont aussi un peu perdus. Défendre nos idées ensemble, même avec leurs nuances, ça aide à rendre nos perspectives communistes révolutionnaires plus crédibles.
Le pôle des révolutionnaires, on cherche à le construire pour qu’une ligne claire et nette se dessine, une perspective au-delà de tous ceux et celles qui aspirent à gérer le système capitaliste — y compris la gauche. Parce que cette gauche ne s’en prend jamais au pouvoir du patronat. Alors que le capitalisme nous emmène dans une nouvelle crise, financière probablement doublée d’un choc pétrolier, que nous promet la France insoumise ? Une économie verte pour sortir de la dépendance au pétrole, et plus de réglementation du secteur financier. Et quand Mélenchon s’intéresse aux usines d’armement, c’est pour aller discuter avec Trappier, le PDG de Dassault, pas pour aller discuter avec les travailleurs du secteur. Quand Sophie Binet de la CGT et les autres directions syndicales s’inquiètent des fermetures d’usine, c’est pour aller parler de plan industriel aux ministres macronistes de l’industrie et au patronat — avec leur pitoyable salon Made in France — pas pour aller parler aux travailleurs dont les emplois sont menacés.
**Ken l’a bien dit, dans ce contexte les travailleurs ne se sentent peut-être pas forcément de se mettre en bagarre pour aller chercher, au-delà de garanties face aux fermetures. Les garanties, c’est déjà nécessaire ; et si les travailleurs sont prêts à se battre même pour discuter du montant des indemnités de départ, évidemment on sera totalement solidaires et partie prenante de cette lutte. Mais ces mots d’ordre évoluent, ils peuvent évoluer, ils sont dépendants d’un rapport de force.** Et qui d’autre que les révolutionnaires pour défendre la perspective face aux restructurations qu’organise le patronat : une lutte d’ensemble pour l’**interdiction des licenciements**, pour dire non aux fermetures d’usine, pour dire que c’est aux patrons de payer leur politique avec leur profit, et pas aux travailleurs.
On peut se poser le problème de ce qui manque aux travailleurs qui baissent la tête et ne se sentent pas la force de se battre. On voudrait aussi prendre le problème dans l’autre sens : qu’est-ce qui a manqué aux travailleurs qui ont relevé la tête et se sont battus ? À ceux-là, on pense qu’il leur a manqué, entre autres, une autre perspective que celle défendue par les centrales syndicales ou par la gauche — d’autres perspectives que celle de tenir dans sa tôle face à un patronat de combat qui mène, avec l’aide de l’État, une politique de division des travailleurs. Cette politique de s’adresser à d’autres, de faire que les travailleurs décident par eux-mêmes : on la défend chacun de notre côté, mais ce serait autre chose de le faire ensemble.
Autre exemple : on sort de période de NaO, négociations annuelles obligatoires. Dans beaucoup d’entreprises, ça a été la bulle ou la bulle avec une virgule, rien qui permette de vivre. Mais sur les salaires il y a eu des luttes : SXI, les ateliers de la RATP, et d’autres. On a chacun tenté de faire connaître ces luttes, d’en parler dans nos journaux, souvent sur les mêmes entreprises. Pour défendre que les travailleurs doivent décider par eux-mêmes de leurs revendications ; pour défendre le piège que sont les NaO — on négocie chacun dans sa boîte face à son patron, avec un petit budget déjà préparé en amont, alors que tous les travailleurs sont dans la même merde ; pour proposer aux collègues en bagarre d’aller s’adresser à d’autres : bien sûr que ce sont les révolutionnaires, pour défendre la nécessité d’une bagarre générale pour les salaires et contre les licenciements, pour reprendre les termes du camarade de Lutte ouvrière de l’automobile dans l’Est dans son intervention radio de la semaine dernière.
Moi je bosse dans le transport, aujourd’hui à la RATP. Demain, au 1er août, je serai chez Keolis, parce que les travailleurs des transports en région parisienne ont fait les frais d’une vieille politique du patronat — la division — déjà à l’œuvre quasiment partout, maintenant en cours à la RATP et à la SNCF, pour que chacun soit bien gardé dans son entreprise. Dans le transport, c’est vraiment visible : rien que dans l’année, combien de travailleurs ont fermé leurs dépôts par la grève en grande couronne pour défendre leurs conditions de travail et leur salaire, et combien se sont retrouvés isolés face à leur patron qui jouait la montre, et combien ont cherché des perspectives pour gagner ?
Face aux politiques de division, on pense que les révolutionnaires ensemble pourraient être force de proposition, jusqu’à faire que des travailleurs se rencontrent, discutent, créent des liens précieux dans les luttes à venir. Ce serait une force, plutôt que de défendre ça chacun dans son entreprise, ce serait une force et un appui de le faire en commun dans le cadre d’un pôle des révolutionnaires.
Ce pôle, oui, c’est pour se faire entendre — on est convaincus que, dans ce cadre, 1 + 1 pourrait faire plus que 2. Évidemment on le défend aussi dans le cadre des campagnes électorales. Dans leur réponse à notre proposition, LO prétend que rien n’indique qu’on ferait ensemble plus de voix que la somme de nos scores séparés. C’est vrai, personne ne peut l’affirmer. Mais qui peut nier que ça répondrait à une certaine aspiration à l’unité qu’on entend de partout, en conservant une délimitation stricte avec la gauche institutionnelle et nationaliste, fût-elle radicale comme la France insoumise ? Ce serait un facteur de clarification politique. Ça permettrait peut-être à des travailleurs de s’y retrouver. Est-ce qu’ils voteront plus pour nous ? Je n’en sais rien. Peut-être qu’ils resteront prisonniers du vote utile ou du découragement. Mais peut-être que certains viendraient à des meetings s’ils sont communs. Rien que ça, même si ce ne sont pas, comme nous dit LO dans sa lettre, des centaines de milliers qui deviendraient révolutionnaires, ce serait une avancée pour nos idées, un petit pas modeste pour le rapport de force, mais un petit pas. Parce que franchement, on ne marquera pas de points les uns contre les autres, et on ne marquera pas de points les uns indépendamment des autres.
LO nous répond aussi qu’il n’y a pas d’enjeu à l’unité pour les présidentielles parce qu’il n’y a pas d’élus possibles. On a fait la même proposition aux dernières municipales, aux législatives, aux européennes — même réponse. À force de faire feu de tout bois pour refuser une proposition difficile à refuser, les camarades en viennent à se contredire. On prend acte une nouvelle fois du refus de LO. On maintient la proposition. Le NPA-R se donnera les moyens de présenter une candidature aux prochaines présidentielles, pour mener une campagne qui s’adresse à notre classe, pour se faire l’écho des luttes, pour lutter contre toutes les idées d’extrême droite qui sont défendues bien au-delà de l’extrême droite. Le NPA-R va mener cette campagne, va se donner les moyens d’y être comme aux européennes, aux législatives, aux municipales — y compris pour défendre que les révolutionnaires soient unis dans cette période. Ce ne sera pas facile, mais c’est un combat qu’on va mener, parce que le NPA-R c’est aussi tous les militants qui ont défendu, face à l’ancienne direction du NPA, que la perspective face à la montée de l’extrême droite et à l’offensive du patronat, ce n’est pas de s’effacer derrière la gauche, c’est de se donner les moyens d’exister pour combattre les illusions qu’elle entretient et le terreau qu’elle donne à l’extrême droite par tous ses échecs. Donc on aura les moyens d’être présents. »
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# Les questions que le NPA Révolutionnaires ne se pose pas
*À propos du panel de la direction nationale du NPA-R à la Fête de Lutte ouvrière 2026*
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À la Fête de Lutte ouvrière 2026, le NPA Révolutionnaires a tenu un forum sur le thème : *« construire un front des révolutionnaires dans les élections comme dans les luttes, en toute indépendance de la gauche radicale »*. Trois intervenants de sa direction nationale ont pris la parole : un militant ouvrier de l’automobile, un porte-parole syndicaliste licencié et une porte-parole nationale conductrice de bus en région parisienne.
Nous les avons écoutés.
À la lecture de leurs interventions, ce qui frappe n’est pas ce qu’ils ont dit. C’est ce qu’ils n’ont pas dit. Ce qu’ils n’ont, à aucun moment, posé. Un courant politique se juge à ce qu’il évacue autant qu’à ce qu’il proclame.
Voici les questions que le NPA Révolutionnaires ne se pose pas.
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**Quelle est la situation du capitalisme ?** Ils ne se posent pas la question.
**Quelles sont les perspectives pour les classes possédantes ?** Ils ne se posent pas la question.
**Quel est le programme qui caractérise actuellement les révolutionnaires ?** Ils ne se posent pas la question.
**Quelles sont les armes des travailleurs face à la guerre, face au fascisme, face à la dictature, face à la barbarie qui monte ?** Ils ne se posent pas la question.
**Comment frapper l’impérialisme, comment frapper l’État, comment saper la guerre, comment démoraliser l’armée, comment profiter des faiblesses de l’adversaire — et quelles sont-elles ?** Ils ne se posent pas la question. *Le mot défaitisme révolutionnaire ne vient même pas à leur bouche.*
**De quelle manière les travailleurs révolutionnaires doivent-ils s’organiser ?** *Le mot soviets ne vient même pas à la bouche de ces prétendus léninistes.*
**Quelle politique criminelle de votre propre impérialisme combattez-vous en ce moment ?** Ils ne se posent même pas la question.
**Quelle stratégie de lutte proposez-vous aux travailleurs, et que les bureaucraties syndicales rejettent systématiquement ?** Ils ne se posent même pas la question.
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## L’unité qu’ils prônent — et celle qu’ils ne prônent pas
Ils ont souvent à la bouche le mot d’« unité ». Mais leur unité — celle qu’ils appellent « unité des révolutionnaires » — ils ne l’ont pas prônée avec ceux qui se battaient avec un gilet jaune. Pourtant, c’était cela, l’unité des travailleurs.
Quand la classe se tait et se laisse encadrer par l’horizon républicain, ils réclament l’unité. Quand la classe se met en mouvement réel, hors des partis, hors des appareils, dans la rue, ils ne la posent pas.
## Politique et syndicalisme : la confusion qu’ils entretiennent
Ils se disent militants politiques et syndicaux au même titre.
Les révolutionnaires marxistes, léninistes et trotskystes ne le font pas. Ils défendent l’idée que **le syndicalisme s’accommode de la société, et que la politique révolutionnaire veut renverser le vieux monde.** Les deux registres ne sont ni identiques, ni hiérarchisables : ils sont qualitativement distincts.
La méthode bolchevique consiste à porter, à l’intérieur du syndicat, une **fraction politique révolutionnaire publique**, avec son propre organe, son propre programme, son indépendance publique. Aucune des interventions de la direction nationale du NPA Révolutionnaires ne pose cette question. Tous se présentent *au nom de leur syndicat* — pas au nom des militants communistes organisés en fraction à l’intérieur du syndicat.
## L’auto-organisation invoquée, l’auto-organisation refusée
Ils disent vouloir que les travailleurs, syndiqués et non-syndiqués, organisent eux-mêmes leurs luttes.
Mais en réalité, ils se font les militants des appels des intersyndicales bureaucratiques, totalement et virulemment opposées à l’auto-organisation des travailleurs. Pas un mot, dans le panel, sur le comité de grève élu en assemblée générale souveraine, sur le mandat révocable à tout instant, sur l’organe ouvrier propre, sur la coordination des AG par-dessus les directions syndicales. Le mot d’ordre flotte sans architecture.
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## Le test
*Quelle stratégie proposez-vous aux travailleurs, et que les bureaucraties syndicales rejettent systématiquement ?* — c’est la question qui discrimine.
Une politique révolutionnaire se reconnaît à ceci : **les bureaucraties la combattent.** Si la stratégie qu’on propose ne déclenche pas le refus structuré des appareils, c’est qu’elle leur convient.
Or les coordinations inter-boîtes que propose le NPA-R, les manifestations qu’il co-signe, les meetings qu’il appelle à tenir en commun, les candidatures qu’il propose : rien de tout cela ne provoque le refus des appareils. Tout cela leur convient.
Ce qui ne leur convient pas — ce qu’ils combattent systématiquement — c’est :
– la fraction révolutionnaire publique distincte du syndicat ;
– le comité de grève élu en AG souveraine, autonome de l’appareil ;
– l’expropriation sans indemnité ni rachat de l’industrie d’armement, sous contrôle ouvrier ;
– le refus de produire des armes et la reconversion industrielle décidée par les travailleurs eux-mêmes ;
– les comités de soldats et le droit de refus d’ordre ;
– la défaite de son propre gouvernement posée ouvertement comme mot d’ordre ;
– l’Internationale ouvrière révolutionnaire à reconstruire.
Aucun de ces mots d’ordre n’a été prononcé par les trois intervenants de la direction nationale du NPA Révolutionnaires à la Fête de Lutte ouvrière 2026.
Le mot **défaitisme révolutionnaire** ne vient pas à leur bouche.
Le mot **soviets** ne vient pas à leur bouche.
Voilà ce qu’il fallait dire et qu’ils ne diront pas.
Concluons par la liste des copains du NPA-R :
