Matière et Révolution
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6914410 septembre ! Quel objectif numéro un pour le mouvement des Gilets jaunes ?
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<p>Quel objectif numéro un pour le mouvement des Gilets Jaunes du 10 septembre ? <br class='autobr' />
Le 10 septembre, laissons éclater notre révolte mais commençons aussi LA REVOLUTION SOCIALE ET POLITIQUE ! <br class='autobr' />
Bien sûr, on appelle tous les travailleurs, tous les chômeurs, tous les retraités, tous les jeunes, toutes les femmes, tous ceux que le pouvoir vole et opprime, à la lutte, aux ronds-points, aux assemblées, à la grève, aux manifestations mais il faut dès maintenant expliquer ce que sont les objectifs et (…)</p>
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<div class='rss_texte'><p>Quel objectif numéro un pour le mouvement des Gilets Jaunes du 10 septembre ?</p>
<div class='spip_document_16718 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/gilets_jaunes_0-3.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/gilets_jaunes_0-3-d7df0.jpg?1792723792' width='500' height='375' alt='' /></a>
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</div><h2 class="spip">Le 10 septembre, laissons éclater notre révolte mais commençons aussi LA REVOLUTION SOCIALE ET POLITIQUE !</h2>
<p>Bien sûr, on appelle tous les travailleurs, tous les chômeurs, tous les retraités, tous les jeunes, toutes les femmes, tous ceux que le pouvoir vole et opprime, à la lutte, aux ronds-points, aux assemblées, à la grève, aux manifestations mais il faut dès maintenant expliquer ce que sont les objectifs et les perspectives, c'est-à-dire s'en prendre au pouvoir des milliardaires.</p>
<p>Le mouvement des Gilets jaunes peut redémarrer en prenant en compte les leçons de son premier mouvement : à savoir l'inutilité de se contenter de faire pression sur le pouvoir des milliardaires, de chercher à se faire entendre de lui, de le contraindre à effectuer des transformations nécessaires au peuple travailleur. Car on ne peut pas compter sur les responsables de la catastrophe pour corriger la situation.</p>
<p>Au lieu de s'adresser à nos ennemis au pouvoir, il nous faut les renverser et les remplacer par le pouvoir du peuple travailleur.</p>
<p>C'est surtout pour cela qu'il est indispensable de nous organiser de manière autonome par rapport à toutes les organisations et institutions qui ont des liens avec ce pouvoir.</p>
<p>C'est pour cela qu'il est indispensable que notre organisation mène à l'élection de conseils qui se fédèrent dans tout le pays, qui prennent des décisions sur la lutte mais aussi sur l'avenir de la société et qui les mènent à devenir un pouvoir parallèle au pouvoir actuel et finalement qui deviennent le nouveau pouvoir des travailleurs.</p>
<p>Faire reculer le pouvoir des milliardaires, le faire réfléchir, le faire changer, ce ne sont que des illusions, il faut le renverser et le remplacer.</p>
<p>Ce n'est pas des individus qu'il faut renverser, c'est un système social et politique.</p>
<p>Bien des Gilets jaunes et bien des travailleurs sont d"accord avec le slogan tant repris "A bas le pouvoir des milliardaires ! Démocratie directe !" mais ils supposent un nouveau pouvoir du peuple travailleur auto-organisé...</p>
<p>Le premier rôle de l'organisation autonome et indépendante des Gilets jaunes est de proclamer que nous visons le pouvoir des conseils de Gilets jaunes, premier acte de la révolution sociale indispensable.</p>
<p>On ne s'adresse pas aux ennemis du peuple, on les démet et on défait leur mode de domination, on le remplace par notre propre pouvoir, celui du peuple travailleur.</p>
<p>Il ne sert à rien de cacher que cet objectif n'est pas encore dans toutes les têtes. Mais la minorité qui pense ainsi doit défendre partout son point de vue, doit faire la démonstration de sa nécessité.</p>
<p>Ce sont les faits, l'effondrement économique et social de la société dominante qui démontrera la validité de notre perspective.</p>
<p>En nous donnant cet objectif, nous nous armons contre nos ennemis car nous donnons à tous nos amis et nos alliés présents et futurs des raisons de nous soutenir puisque nous visons à être le nouveau pouvoir.</p>
<p>En restant un simple pôle de contestation, nous annonçons par avance que nous sommes aussi désarmés et sans perspective, sans alternative au monde capitaliste s'effondrant, que les syndicats, que les partis et associations de gauche, de la gauche de la gauche et de l'extrême gauche opportuniste.</p>
<p>Bien sûr, ceux que ces derniers influencent parmi nous crieront à l'hérésie, au mensonge, à la division, à l'isolement, à l'affaiblissement du mouvement, à la perte de signification du message des Gilets jaunes.</p>
<p>Il n'en reste pas moins que la force des Gilets jaunes n'est pas seulement dans leur nombre mais dans leur capacité à offrir une perspective complètement en dehors du système social et politique, contre le système, pour en finir définitivement avec le système.</p>
<p>Cependant, discutons un peu la question : faire reculer momentanément les classes dirigeantes sur leur attaque (face à une crise aigüe de la domination de la bourgeoisie, la menace de la guerre, du fascisme, des sacrifices multiples pour faire payer par une austérité accrue les dettes au peuple travailleur) est-il possible ?</p>
<p>En réalité, oui, c'est possible. C'est arrivé quand ces classes dirigeantes se sont trouvées en face d'une montée populaire de masse, avec des manifestations monstres, la grève générale avec occupation des usines, avec des comités de grève, le peuple partout mobilisé aux côtés des grévistes…</p>
<p>Que s'est-il passé alors ? Eh bien, les travailleurs n'ont pas été vers ce que nous proposons aujourd'hui. Ils n'ont pas été vers la prise de pouvoir par les comités ouvriers, vers la chute de l'Etat capitaliste et son remplacement par le pouvoir aux travailleurs auto-organisés. Les faux amis des travailleurs, gauche, gauche de la gauche, fausse extrême gauche, syndicats et associations de gauche les ont convaincus de faire confiance à la démocratie capitaliste, à un nouveau gouvernement capitaliste de gauche, au « front populaire » qui était en fait encore un adversaire du front des comités ouvriers.</p>
<p>Eh bien, le résultat, c'est que l'attaque a été retardée mais non annulée et elle en a été encore plus forte trois ans plus tard, en 1939-1940 : à nouveau face à une crise aigüe de la domination de la bourgeoisie, la menace de la guerre, du fascisme, des sacrifices multiples pour faire payer par une austérité accrue les dettes au peuple travailleur.</p>
<p>Et le front populaire n'a pas levé le petit doigt pour l'empêcher. Ce n'était que des faux amis.</p>
<p>Bien peu sont ceux qui, aujourd'hui, se souviennent d'une telle leçon. On leur raconte, au contraire, que le front populaire a été un gouvernement bourgeois de gauche qui aurait été du côté du peuple travailleur.</p>
<p>En fait toute la tâche de ce gouvernement de gauche a consisté à désarmer la révolution ouvrière montante. Une fois que cela a été fait, ce même font populaire a fait tirer sur une manifestation ouvrière à Clichy, puis a remis ses pouvoirs à l'extrême droite, la majorité des élus front populaire votant pour Pétain qui allait gouverner avec Laval (ex front populaire devenu fasciste).</p>
<p>Si nous avons besoin de nous organiser, de constituer nos comités, de les fédérer, c'est pour préparer un nouveau pouvoir diamétralement opposé à celui des capitalistes. Mais c'est aussi pour que les plus éclairés des éléments du peuple travailleur puissent être choisis pour diriger cette lutte menant à une insurrection et une prise du pouvoir et amenant la destruction du pouvoir des milliardaires.</p>
<p>Cet objectif peut paraître trop avancés à certains participants aujourd'hui. Mais quand la lutte avec nos ennemis se sera radicalisée, quand ils fermeront les banques, quand ils ne paieront plus les salaires, quand ils ne paieront plus les retraites, qui ils nous tirerons dessus dans les rues, le penseront-ils encore ?</p>
<p>Et, dès aujourd'hui, croient-ils que c'est avec des démonstrations pacifiques, juste en marchant nombreux dans la rue et en bloquant, qu'on va empêcher une classe possédante d'aller jusqu'au bout de projets qui lui semblent indispensables pour garder le pouvoir et l'argent ?</p>
<p>Non ! La constitution du peuple travailleur en future classe dominante est dès maintenant indispensable et l'affirmation de cet objectif doit devenir le but numéro un du mouvement qui doit être discuté dans toutes les assemblées des Gilets jaunes et dans tous les ronds-points.</p>
<p>Dire non à l'austérité, non aux sacrifices, non au fascisme, non à la guerre, c'est dire oui aux comités de Gilets jaunes, élisant des comités de lutte et de grève se fédérant dans tout le pays et même au-delà, contestant puis renversant le pouvoir des milliardaires…</p>
<div class='spip_document_16719 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://matierevolution.org/IMG/png/sans_titre1-2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH707/sans_titre1-2-a7b78.jpg?1792723792' width='500' height='707' alt='' /></a>
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<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://matierevolution.org/IMG/png/sans_titre2-2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH419/sans_titre2-2-f8d1d.jpg?1792723792' width='500' height='419' alt='' /></a>
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</div><div class='spip_document_16721 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://matierevolution.org/IMG/png/sans_titre3-2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH419/sans_titre3-2-40b00.jpg?1792723792' width='500' height='419' alt='' /></a>
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</div><div class='spip_document_16722 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://matierevolution.org/IMG/png/sans_titres-2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH419/sans_titres-2-023cf.jpg?1792723792' width='500' height='419' alt='' /></a>
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</div><div class='spip_document_16723 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://matierevolution.org/IMG/png/sans_titresss.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH419/sans_titresss-4da07.jpg?1792723793' width='500' height='419' alt='' /></a>
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</div><div class='spip_document_16724 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://matierevolution.org/IMG/png/sans_titressss.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH419/sans_titressss-6df20.jpg?1792723793' width='500' height='419' alt='' /></a>
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<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://matierevolution.org/IMG/png/sans_titrey.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH419/sans_titrey-4801d.jpg?1792723793' width='500' height='419' alt='' /></a>
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<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/marre_des_ine_galite_s_pdf_-_copie-2.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH708/marre_des_ine_galite_s_pdf_-_copie-2-51e06.jpg?1792723793' width='500' height='708' alt='' /></a>
</figure>
</div><h2 class="spip"><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6004" class="spip_out" rel="external">Pour se défendre, le monde du travail doit gouverner lui-même !</a></h2></div>
Sur les grèves de 1948 en France
https://matierevolution.org/spip.php?article8701
https://matierevolution.org/spip.php?article87012025-06-15T22:38:00Ztext/htmlfrRobert ParisGrève StrikeStalinismeSyndicalism - le syndicalisme1943-1947Mineurs
<p>Sur les grèves de 1948 en France <br class='autobr' />
Ou le faux radicalisme des staliniens <br class='autobr' />
En 1947, les staliniens proclamaient que « la grève est l'arme des trusts » et en 1948 que la grève est l'arme des travailleurs… un changement qui était motivé par la grève Renault de 1947 qui les avait contraint à sortir du gouvernement pour ne pas être débordés par la vague ouvrière… <br class='autobr' />
La grève Renault de 1947 : <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7540 (…)</p>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique45" rel="directory">0- Le point de vue du révolutionnaire Barta sur la guerre et l'après-guerre</a>
/
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag">Grève Strike</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot110" rel="tag">Syndicalism - le syndicalisme</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag">1943-1947</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot235" rel="tag">Mineurs</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Sur les grèves de 1948 en France</h2>
<p>Ou le faux radicalisme des staliniens</p>
<p>En 1947, les staliniens proclamaient que « la grève est l'arme des trusts » et en 1948 que la grève est l'arme des travailleurs… un changement qui était motivé par la grève Renault de 1947 qui les avait contraint à sortir du gouvernement pour ne pas être débordés par la vague ouvrière…</p>
<p>La grève Renault de 1947 :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7540" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7540</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1948/04/VDT43_042148.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1948/04/VDT43_042148.htm</a></p>
<p><a href="https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000016/la-greve-des-usines-renault.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000016/la-greve-des-usines-renault.html</a></p>
<p>Les grèves de 1947 qui l'ont suivie</p>
<p>Après Renault, des mouvements conduits par la CGT se multiplient après mai chez Citroën, à la SNCF, dans les banques, dans les grands magasins, à EDF, puis chez Peugeot, Berliet, Michelin, etc. Le principal motif des grèves est la revendication de hausse des salaires.</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ves_de_1947_en_France" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ves_de_1947_en_France</a></p>
<p><a href="https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000017/les-greves-de-l-automne-1947.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000017/les-greves-de-l-automne-1947.html</a></p>
<p>La grève des mineurs de 1948 est soutenue et organisée par le PCF (stalinisme politique et syndical) mais, même massivement suivie et déterminée, elle est isolée du reste de la classe ouvrière et n'est pas auto-organisée, et, du coup, elle est finalement vaincue avec un énorme prix à payer (morts, licenciés, recul social d'envergure).</p>
<p>Si le PCF assume toujours la radicalité de la grève des mineurs et des manifestations, il apparaît comme démuni d'une stratégie réelle, loin des accusations d'organisateur d'une insurrection subversive venues de Jules Moch. Ainsi, s'il appelle à une journée de solidarité le 23 octobre, il n'organise aucune manifestation nationale qui aurait pu être fédératrice. Les manifestations organisées par le PCF le sont trop tardivement pour jouer un rôle utile dans le soutien aux mineurs. De même, il ne se sert pas des victimes de la répression policière pour mobiliser autour des mineurs.</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_des_mineurs_de_1948" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_des_mineurs_de_1948</a></p>
<p>Les grèves de 1948</p>
<p>SEULE L'UNITE A LA BASE PERMETTRA AUX TRAVAILLEURS DE MENER LA LUTTE A BIEN</p>
<p>Il y a six semaines que, devant la montée continuelle des prix, le problème de la révision du minimum vital et du pouvoir d'achat a été à nouveau posé.</p>
<p>Rien n'a été résolu depuis. Des grèves ont éclaté : grève générale d'avertissement de 30.000 mineurs du Nord, grèves dans l'alimentation, l'hôtellerie, etc. Les cheminots du Maroc ont obtenu une hausse de salaires ; ailleurs, comme dans l'hôtellerie, les grèves visent à obtenir simplement l'augmentation votée en novembre dernier. Ce n'est pas le chiffre des revendications qui est en jeu, mais les moyens d'obtenir celles-ci, les moyens de lutter et d'unifier la classe ouvrière pour ces luttes.</p>
<p>De quoi demain sera-t-il fait ?</p>
<p>La C.G.T., qui appuie actuellement les mouvements grévistes, a démenti ses intentions de "lancer de nouveaux mouvements ou de nouveaux mots d'ordre" pour la mi-mars. Mais si elle dément devant des journalistes des intentions qu'on lui prêtait, les ouvriers ne connaissent pas davantage celles qui sont siennes.</p>
<p>Par quels moyens entend-elle lutter ? Entend-elle se contenter de palabres ? Entend-elle seulement appuyer les mouvements qui éclatent pour demander le retour du P.C.F. au pouvoir ? ou, comme au mois de novembre, déclencher un mouvement à l'improviste ? En ce qui la concerne, les ouvriers ne savent pas plus s'ils vont au-devant de grandes luttes qu'au-devant d'une capitulation.</p>
<p>De même que, pendant longtemps, la C.G.T. a présenté la grève comme l'arme des trusts et la grève générale comme une idiotie, pour déclencher ensuite une grève générale antidémocratique, de même aujourd'hui, les ouvriers ne savent pas à quoi s'en tenir quant à la C.G.T.</p>
<p>De telles méthodes ne peuvent que conduire à la défaite.</p>
<p>C'est, avec les mêmes données, répéter l'expérience de novembre : manque de confiance des ouvriers dans ceux qui les représentent, manque de démocratie, manque de contrôle sur la marche du mouvement, division de la classe ouvrière.</p>
<p>C'est pour cela qu'est, plus que jamais, valable ce que disait un tract du S.D.R. déjà avant la grève de novembre :</p>
<p>"La lutte, qu'on le veuille ou pas, reste à l'ordre du jour. Pour la mener à bien, il faut que nous, ouvriers de base, nous nous serrions les coudes et ne nous laissions pas diviser par des gens qui, depuis longtemps, ne savent plus ce qu'est un outil. La situation est loin d'être perdue si les ouvriers arrivent, sur le terrain de l'usine, à parler librement, déterminer une attitude commune et décider de moyens de lutte voulus par tous. Ce que nous avons à faire, c'est souder nos rangs pour pouvoir, dans une action déterminée par tous, aller de l'avant sans aucune crainte."</p>
<p>Ce n'est pas en se cachant la tête sous le sable, que les travailleurs empêcheront les vieilles bureaucraties syndicales, qui défendent la "3° force" ou le retour de ministres P.C.F. au gouvernement, de se servir de leurs luttes pour des buts qui n'ont rien d'ouvrier.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1948/03/vdt39_031748.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1948/03/vdt39_031748.htm</a></p>
<p>IL FAUT OBLIGER LES BUREAUCRATES A SE SOUMETTRE A LA VOLONTE DES OUVRIERS</p>
<p>Alors que la majorité des conducteurs du métro, groupés dans le syndicat autonome, a décidé la grève, la C.G.T. a donné l'ordre à ses adhérents, qui sont la minorité, de continuer le travail.</p>
<p>Tous ces temps derniers, la C.G.T. défendait "l'action directe" ; elle vantait chaque "victoire", aussi minime fût-elle, obtenue par des débrayages.</p>
<p>Pourquoi cette attitude de briseurs de grève vis-à-vis des conducteurs du métro ? Les dirigeants de la C.G.T. n'ont pu donner d'autre explication que celle-ci : "Il faut d'abord épuiser toutes les possibilités de discussion". Mais le fait, qu'à leur avis, il aurait fallu continuer encore à discuter, justifie-t-il le sabotage d'une action décidée par la majorité des ouvriers ? Ou le fait que les dirigeants cégétistes n'en soient pas les instigateurs autorise-t-il la trahison ?</p>
<p>Mais il n'y a pas plus de raisons, dictées par l'intérêt ouvrier, dans leur action de briseurs de grève, que dans les grèves dont ils prennent la tête.</p>
<p>Pourquoi plus antigrévistes ici que progrévistes ailleurs ? Nulle part leur action n'exprime la volonté de la majorité ouvrière.</p>
<p>Depuis plusieurs semaines, nous relatons des débrayages partiels chez Renault. La C.G.T. qui en a eu la direction, n'a jamais consulté les ouvriers, ni sur les revendications qui ont été élaborées par les bureaucrates, ni sur les moyens d'action. Des ouvriers réclament la suppression du travail au rendement, d'autres ont demandé le paiement des heures de grève ; aucune de ces revendications n'a été posée à la direction par les délégués cégétistes. Dans un département, le mot d'ordre est d'une heure de grève ; dans l'autre, d'un quart d'heure ; et dans un autre encore, "il ne faut pas faire le jeu de la direction en se mettant en grève !"</p>
<p>Dans la grève qu'ils brisent ou dans la grève qu'ils font, les bureaucrates syndicaux ont la même attitude. Ils veulent pouvoir agir en "représentants" des ouvriers sans se soumettre à leur contrôle. Et, pour pouvoir mieux manœuvrer les ouvriers, ils doivent les déshabituer de décider eux-mêmes de leurs propres affaires.</p>
<p>Les ouvriers ne surmonteront jamais la démoralisation que ces méthodes entraînent parmi eux, s'ils n'obligent pas les organisations syndicales à les laisser s'exprimer et à se soumettre à leur volonté.</p>
<p>Au sein du parlement bourgeois, les députés qui se prétendent ouvriers se soumettent bien à la majorité réactionnaire ; les députés du P.C.F., qui se disent contre les crédits militaires régulièrement votés, n'ont pas, pour cela, "brisé" la légalité parlementaire.</p>
<p>Pourquoi, au sein du mouvement ouvrier lui-même, ces gens agiraient-ils à leur guise et ne seraient-ils pas contraints de consulter les ouvriers et de se soumettre à la volonté de la majorité ?</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1948/05/vdt45_050548.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1948/05/vdt45_050548.htm</a></p>
<p>Quelle position doivent prendre les militants révolutionnaires<br class='autobr' />
dans le mouvement gréviste actuel ?</p>
<p>A l'époque de la grande collaboration et de la participation des staliniens au gouvernement, nous préconisions la méthode d'action gréviste contre la volonté des staliniens. La vague gréviste déclenchée en mai 47 a obligé les staliniens à se mettre du côté des grèves. Pour le camarade M., du moment que les staliniens sont du côté des grèves, nous sommes contre les grèves. De cette façon, il met en avant le facteur subjectif, que sont les partis et les organisations, et laisse de côté le facteur objectif.</p>
<p>Car nous considérons d'abord le mouvement ouvrier comme un fait objectif, auquel on ne commande pas. C'est pour cela qu'il faut partir de là où se trouvent les ouvriers et les grouper pour l'action.</p>
<p>Personne ne peut prétendre que les staliniens soient le parti des ouvriers. Mais le stalinisme s'appuie sur le mouvement ouvrier. Est fausse à cet égard la discrimination faite entre les "véritables réformistes" et les staliniens agents de Moscou. En réalité, les "réformistes" n'ont jamais été véritablement des réformistes, partisans et promoteurs de réformes. Ce sont les partis de la 2ème Internationale, à l'époque où eux-mêmes s'affirmaient révolutionnaires, qui étaient pratiquement devenus des réformistes de par l'époque à laquelle ils vivaient, surtout en occident, c'est-à-dire que par des méthodes de lutte ils obtenaient, dans le cadre du capitalisme ascendant, des réformes qui avaient pour résultat l'amélioration du niveau de vie des ouvriers. Quand les réformistes prennent ouvertement ce nom, après la création de l'Internationale Communiste, l'époque des réformes est close depuis longtemps, et ce sont les révolutionnaires qui appellent les réformistes tels, par dérision.</p>
<p>Notre attitude vis-à-vis des bureaucraties traîtres n'est pas déterminée par leur politique plus ou moins réformiste, mais par la confiance que peuvent encore leur accorder des couches ouvrières.</p>
<p>En rejetant le mouvement gréviste parce que lié aux manœuvres staliniennes, le camarade M. rompt avec la conception léniniste de la révolution. Lénine a souligné qu'il n'existe pas de mouvement prolétarien pur. Toutes les classes sont mêlées à tout mouvement quel qu'il soit. Tout mouvement est "utilisé" aussi bien par le gouvernement, les fascistes, les staliniens, etc. Si les staliniens utilisent la grève des mineurs pour faire le jeu de l'URSS, il est certain que le gouvernement utilise celle-ci pour faire le jeu de l'impérialisme et le sien propre (lois anti-ouvrières, etc.), et si la classe ouvrière ne bougeait pas, pour elle le résultat serait le même.</p>
<p>Mais les grèves sont-elles le fait des staliniens ?</p>
<p>En réalité toute l'expérience dément cette conception artificielle des appareils bureaucratiques déclenchant les grèves à leur convenance. Nous avons vu les ouvriers se mettre en grève contre la volonté des bureaucrates, et aussi bien ne pas suivre des ordres de grève donnés par eux. Avant tout les ouvriers, actuellement, voient et ressentent qu'ils sont écrasés et opprimés par le capitalisme. Ils ont besoin de lutter contre cet état de choses.</p>
<p>Des camarades ont peur du stalinisme parce qu'ils le surestiment en fait. En réalité, les staliniens ont peur du mouvement ouvrier. La CGT est l'obstacle principal dans la voie de la grève générale. L'emprise cégétiste a bien existé en 45-46. Mais déjà bien avant la grève de mai 47 il y a eu des explosions contre l'appareil. A l'heure actuelle la scission entre les ouvriers et l'appareil est plus grande que jamais. Mais les ouvriers voient que chaque fois qu'ils veulent faire quelque chose, ils manquent de cadres. Ce n'est pas en tant que parti que le P.C. mène la classe ouvrière, mais par les syndicats, qui fournissent aux ouvriers des cadres. A plusieurs reprises la classe ouvrière a essayé de se détacher de la CGT et est retombée sous sa coupe. Les masses se mettent en mouvement avec les chefs qu'elles trouvent.</p>
<p>Nous suivons dans la lutte la majorité des ouvriers. Nous sommes donc dans tout mouvement gréviste décidé par la majorité des ouvriers. Mais ce que nous recherchons c'est que la grève appartienne aux grévistes. Car même une grève menée par nous, dans laquelle les ouvriers ne participeraient pas, ne vaut rien. La grève vaut quelque chose dans la mesure où elle accroît la combativité, la conscience et la cohésion des ouvriers. Il s'agit pour nous que rien ne se passe par-dessus la tête des ouvriers.</p>
<p>La grève générale est impossible parce qu'il n'y a pas d'organisation révolutionnaire. Le problème n'est donc pas d'être pour ou contre les grèves, mais d'agir pour arracher la classe ouvrière, étudier les besoins du mouvement ouvrier, lui donner le plus de conscience ; car les mots-d'ordre on ne peut pas les inventer, ce sont les besoins ouvriers qui les fournissent.</p>
<p>On ne commande pas au mouvement de masse. Ou les appareils, stalinien ou bourgeois, sont les plus forts, et il faut renoncer au mouvement ouvrier, préconiser la suppression des grèves. Ou nous considérons que le mouvement ouvrier est plus fort que tous les appareils, et alors nous devons nous appuyer sur le mouvement et travailler pour lui donner le maximum d'efficacité et de cohésion. Notre tâche s'accomplit dans la classe ouvrière, non à côté. "L'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes". La tâche des révolutionnaires est, dans toutes les circonstances, d'intéresser les ouvriers, les organiser, les tirer de leur apathie, leur faire prendre leur sort entre leurs propres mains.</p>
<p>De quelle façon renforcer la cohésion, l'esprit critique, la volonté des ouvriers ? Voilà comment se pose pour nous le problème. (Mais on ne commande pas à la classe ouvrière ses sentiments et ses réactions). La caractéristique essentielle de la révolution, c'est que les masses font irruption dans les sphères où se décide leur propre sort. La grève de mai a été une action révolutionnaire démocratique, mais parce que les ouvriers ont senti qu'ils avaient sur qui s'appuyer.</p>
<p>Face à la lutte contre les staliniens, certains vont jusqu'à penser que De Gaulle est un moindre mal. Les ouvriers ne le pensent pas ainsi. A cet égard les traditions du mouvement ouvrier depuis 1934 sont tout à fait claires. Ils savent bien ce que veulent dire les mesures de Moch, ils savent que c'est du Daladier avec au bout du Pétain-De Gaulle. A cela on ne peut pas répondre :...mais les grèves sont conduites par les staliniens. Il faut partir de là où se trouvent les ouvriers et les grouper pour l'action. Notre tâche est de délivrer les masses des bureaucrates traîtres en luttant avec elles.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1948/10/note_102548.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1948/10/note_102548.htm</a></p>
<p>La fin de la grève des mineurs. ILS ONT ETE BATTUS PARCE QU'ILS ONT ETE TROMPES !</p>
<p>Après huit semaines de grève, les mineurs ont été contraints de reprendre le travail, sans qu'aucune de leurs revendications ait été satisfaite. Fidèle à la politique de blocage des salaires, inaugurée par De Gaulle-Thorez-Bidault, le gouvernement Queuille n'a reculé devant rien pour contraindre les mineurs à capituler "sans conditions".</p>
<p>Cependant, huit semaines durant, par leur combativité et leur héroïsme – car il fallait de l'héroïsme pour opposer, sans armes, une résistance acharnée à un ennemi armé jusqu'aux dents – les gueules noires se sont classées à l'avant-garde de tout le mouvement ouvrier. Une fois de plus, il est donc prouvé que la volonté de lutte et même l'héroïsme des ouvriers ne suffisent pas pour qu'ils obtiennent la victoire.</p>
<p>Les mineurs ont été héroïques, mais leurs dirigeants les ont trompés.</p>
<p>N'était-ce pas une escroquerie que de faire croire aux mineurs qu'ils pouvaient, par leur seule grève, arracher le Minimum Vital, qu'une grève de 2 ou 3 millions de travailleurs (Y COMPRIS LES MINEURS), en Novembre-Décembre 47, n'avait pu obtenir ?</p>
<p>N'était-ce pas de la poudre aux yeux que de prétendre organiser la solidarité avec les mineurs en demandant aux autres travailleurs de verser des sommes suffisantes pour permettre aux mineurs de tenir indéfiniment, alors que tous les travailleurs, qui déjà avec leurs salaires n'arrivent pas à joindre les deux bouts, ont à supporter les pertes de salaires occasionnées par leurs propres combats grévistes ?</p>
<p>Voilà pourquoi les mineurs ont été battus !</p>
<p>Quand aujourd'hui, par conséquent, B. Frachon prétend que c'est "la faim qui a entamé le bloc des mineurs", il ne fait que continuer à tromper les ouvriers. Si J. Moch et les capitalistes sont arrivés à affamer les mineurs, c'est que B. Frachon les avait engagé, dès le début, dans une impasse.</p>
<p>Nous en avions d'ailleurs averti les travailleurs dès le 19 Octobre (n° 50) : "Seule une GREVE GENERALE peut faire aboutir la revendication des travailleurs, un SALAIRE VITAL GARANTI PAR L'ECHELLE MOBILE. Mais la C.G.T. est impuissante à conduire la classe ouvrière dans une telle lutte. Et comment le pourrait-elle, quand c'est elle qui a été depuis la "libération" le principal garde-chiourme de la bourgeoisie ("produire d'abord"), quand c'est elle qui a été le principal briseur de grève de Mai à Septembre 47, et quand c'est elle qui en Novembre-Décembre 47, a mené à la défaite la grève générale, en éloignant, par son attitude bureaucratique, la majorité des ouvriers de la lutte ? Cette incapacité de la C.G.T. de mener la grève générale, qui a déjà contraint les travailleurs de l'Est de finir leur lutte par un compromis dérisoire, rend inévitable le "pourrissement de la grève des mineurs elle-même, isolée devant la coalition capitaliste nationale et internationale".</p>
<p>La grève générale, c'est du reste ce que désirent les travailleurs depuis le mouvement gréviste commencé en Avril 47. Car, comme en Juin 1936, seul un mouvement englobant simultanément la majorité écrasante de la classe ouvrière peut faire capituler les capitalistes.</p>
<p>Mais les sacrifices qu'exige une telle lutte ne peuvent être assumés par les travailleurs que s'ils savent qu'ils ne seront pas abandonnés dans la lutte, qu'on ne leur tirera pas dans le dos, qu'à l'intérieur du mouvement les opinions et les personnes seront respectées.</p>
<p>Or les agissements anti-démocratiques des bureaucrates, C.G.T., F.O., C.F.T.C. ont, au contraire, divisé les travailleurs et avili leur volonté de combat.</p>
<p>La lutte héroïque des mineurs, l'effort qu'elle a coûté à toute la classe ouvrière, auront été loin d'être inutiles si les travailleurs en tirent définitivement la leçon. Car c'est depuis bientôt 15 ans, depuis Février 1934, que la classe ouvrière voit mener à la défaite par les bureaucrates incontrôlés ses efforts héroïques d'améliorer son sort ou de résister à la politique de famine des gouvernements capitalistes. Et cependant ce n'est que très lentement qu'elle comprend qu'il faut, sous peine de mort, rebâtir de nouvelles organisations prolétariennes. Plus tôt la classe ouvrière apportera une aide décisive à la création de nouvelles organisations ouvrières, sous le contrôle de la base, plus tôt ses luttes seront couronnées de succès.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1948/12/vdt52_120148.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1948/12/vdt52_120148.htm</a></p>
<p>Lire encore :</p>
<p><a href="https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&q=gr%C3%A8ves+1948" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&q=gr%C3%A8ves+1948</a></p>
<p>Des films</p>
<p><a href="https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00135/la-greve-de-1948-greve-insurrectionnelle.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00135/la-greve-de-1948-greve-insurrectionnelle.html</a></p>
<p><a href="https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00130/greves-des-mineurs-a-valenciennes-intervention-de-l-armee.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00130/greves-des-mineurs-a-valenciennes-intervention-de-l-armee.html</a></p>
<p><a href="https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00134/la-situation-tendue-entre-la-cgt-et-le-gouvernement-en-1948.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00134/la-situation-tendue-entre-la-cgt-et-le-gouvernement-en-1948.html</a></p>
<p><a href="https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00129/les-greves-et-evenements-en-france-et-dans-le-nord-pas-de-calais.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00129/les-greves-et-evenements-en-france-et-dans-le-nord-pas-de-calais.html</a></p></div>
Révolte ouvrière à Zouérate (Mauritanie) en 1968
https://matierevolution.org/spip.php?article8841
https://matierevolution.org/spip.php?article88412024-06-11T22:38:00Ztext/htmlfrRobert ParisOuvriers WorkersRévolteMauritanieMineursLutte de classes - Class struggle
<p>Révolte ouvrière à Zouérate (Mauritanie) en 1968 <br class='autobr' />
Lire aussi comment les luttes ouvrières des mineurs de la Miferma de Zouérate ont débuté avant l'indépendance et ont joué un rôle politique aussi important que les luttes politiques et les gouvernements : <br class='autobr' />
https://cridem.org/C_Info.php?article=668229 <br class='autobr' />
https://cridem.org/C_Info.php?article=17933 <br class='autobr' />
Révolte ouvrière à Zouérate (Mauritanie) en 1968 <br class='autobr' />
Dès les premières années de l'implantation de la Miferma, de nombreux conflits apparaissent. (…)</p>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique60" rel="directory">09- Les mouvements de 1968-69 dans le monde</a>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag">Ouvriers Workers</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag">Révolte</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot207" rel="tag">Mauritanie</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot235" rel="tag">Mineurs</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot278" rel="tag">Lutte de classes - Class struggle</a>
<div class='rss_texte'><p>Révolte ouvrière à Zouérate (Mauritanie) en 1968</p>
<p>Lire aussi comment les luttes ouvrières des mineurs de la Miferma de Zouérate ont débuté avant l'indépendance et ont joué un rôle politique aussi important que les luttes politiques et les gouvernements :</p>
<p><a href="https://cridem.org/C_Info.php?article=668229" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://cridem.org/C_Info.php?article=668229</a></p>
<p><a href="https://cridem.org/C_Info.php?article=17933" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://cridem.org/C_Info.php?article=17933</a></p>
<h2 class="spip">Révolte ouvrière à Zouérate (Mauritanie) en 1968</h2>
<p>Dès les premières années de l'implantation de la Miferma, de nombreux conflits apparaissent. En 1965, de graves incidents ont lieu sur le siège de la mine de Tazadit. Sans rentrer dans les détails, il semble que le mépris affiché par « de petits blancs » (livre LMDF par P. Bonte) soit à l'origine d'une opération vengeresse qui fait six blessés graves. Soit dans les témoignages, soit dans les écrits, il est toujours dénoncé cette notion de maltraitance et de non respect des travailleurs mauritaniens. Mais ceux-ci, de part leur mode de vie et leurs traditions, n'ont aucune culture industrielle et rejettent en partie, la convention d'établissement de 1959 qui guide jusqu'alors les rapports entre les deux communautés, ils y voient une méthode de commandement, prolongeant de manière déguisée l'occupation coloniale française.<br class='autobr' />
Néanmoins, Le 15 Juillet 1965 sur demande du syndicat national, l'Union des travailleurs de Mauritanie (UTM) basé à Nouakchott, une convention collective du travail est promulguée incluant diverses primes et des plans de carrière. La Miferma en profite pour encourager les travailleurs à tout donner d'eux-mêmes afin de mieux la servir. Ely Salem Khayar nous livre quelques données : « A Zouerate les rapports entre personnel expatrié à majorité Européenne de Miferma et les travailleurs Mauritaniens étaient déjà très parallèles. Les premiers imposaient une culture fondée sur l'individualisme, la rigueur, l'organisation, le matérialisme et la propreté, les seconds se voulaient bien attachés aux grands espaces de liberté, simplicité, spiritualité et modestie. Deux communautés se côtoient à Zouerate, sans se toucher. » Il s'appelle Sidi o. Zegued, il est embauché le 23 Novembre 1966, voici ce qu'il raconte à propos de cette époque. « Je travaillais à la gare ferroviaire de Tazadit. Les N'çara (Européens), étaient très arrogants. Certains d'entre eux tapaient souvent de fois les Mauritaniens ».<br class='autobr' />
En France, sur ce chapitre, les choses en sont encore au moyen âge, on y voit aussi des travailleurs transportés dans les bennes des camions. Au sein des ateliers et des usines, les mots grossiers pleuvent sur les travailleurs immigrés, surtout ceux d'origine de Nord-Afrique, sûrement les métastases du conflit algérien qui vient de se terminer il y a peu. Pourtant, à la différence de ce qui se passe en métropole, la Miferma est relativement sévère vis à vis des gestes racistes émanant des expatriés et les reconduites à l'avion sont nombreuses. Malgré cette tension persistante dans les rapports entre personnels, la Miferma avance dans son projet et les objectifs sont pratiquement toujours atteints. N'est-ce point là aussi une source de conflit, la société n'était-elle pas trop exigeante et la pression exercée sur sa maîtrise européenne ne s'est-elle point reportée au niveau du terrain ? N'était-ce pas la fatigue qui en faisait craquer plus d'un ? « Sur les chantiers les hommes s'usaient en forçant leurs nerfs et physiques à supporter des conditions très austéres. Plus le temps passait, plus la pression sur eux grandissait et plus leurs mentalités évoluaient » nous déclare Ely Salem Khayar.<br class='autobr' />
Pour sa part, Michel Lemardeley nous livre quelques données des horaires pratiqués au sein de son service « trop de temps passé sur les chantiers, le total des heures pouvait allègrement dépasser les deux cent cinquante à trois cent heures dans le mois. » Pour preuve aussi, selon Pierre Bonte (LMDF), le turn-over important chez les expatriés de Zouérate : un quart des expatriés sont présents depuis moins de deux ans ; les deux tiers depuis moins de quatre ans ! Il décèle chez les expatriés un malaise persistant mais qui s'exprime de manière confuse.<br class='autobr' />
3. Autre source de conflit :<br class='autobr' />
« La cité des N'çara coquette et propre juxtaposait une cité Africaine grise et terne. Les habitants de celle-là par crainte des chiens ne fréquentaient pas ceux de celle-ci. Ceux de celle là, en raison du milieu insalubre n'osaient pas se rendre chez les autres. Les Mauritaniens qui se sentaient pourtant chez eux, donc propriétaires des lieux et ses richesses, enviaient ces toubabs venus d'ailleurs pour les déposséder de leurs biens » relate Ely Salem.<br class='autobr' />
On avait voulu une cité idéale, mais encore une fois, ce ne sont pas les architectes et les urbanistes qui font les villes, ce sont leurs habitants, ce sont eux qui s'approprient l'endroit, ce sont eux qui décident s'ils se fréquentent, se disent bonjour, s'évitent ou se jalousent. Le manque de logements est criant. Pour des problèmes liés au mode de vie des Mauritaniens (voir plus haut) les architectes n'avaient point prévu qu'un bidonville naîtrait à proximité de la ville. La ville de tentes qu'aperçoit Mohamed Ould Tajedine, en arrivant à Zouérate en 1963 du fond de son Berlier T46 (voir son éditorial) à vite fait place à « la cité BP ».<br class='autobr' />
Pour les autochtones on ne permet pas de casse croûte à la petite pose d'une demi-heure. Interdiction de faire du thé sur chantier. Pas de logements. Les primes de compensation de l'habitat ne sont que 1000 FCFA (200 ouguiyas)/mois pour les célibataires et 3600 FCFA (720 UM) pour un père de plus de 3 enfants. Les Mauritaniens les mieux payés percevaient mensuellement 50.000FCFA (10.000 UM) . Bien évidemment, les Européens passent pour des nantis et le soir autour du thé, à la périphérie de la ville, plus d'une discussion tourne autour de leur statut, oubliant leur rôle principal, faire tourner les installations et accessoirement leur rôle de formateur. On évoque leurs logements, on compare les salaires, on dénonce des avantages léonins… c'est un peu le bruit de la monnaie contre le froissement des billets ! Ces théories pernicieuses sont habilement distillées par les émissaires des différentes vagues léninistes marxistes ou maoïstes qui avaient échangé le Coran pour le petit livre rouge de Mao. Chaque fois qu'Ely Salem passait à Zouerate, il remarquait malgré son jeune âge, la haine qui habitait certains de ses parents pour les Toubabs. Le mouvement naissant des Kadihines agissait ainsi en sous-main et se montrait diablement efficace dénonçant systématiquement la Miferma comme un Etat dans l'Etat et la présentant comme une excroissance de l'économie française….. De fait, de part ses actionnaires et son fonctionnement, la société aurait été bien en peine de prouver le contraire.<br class='autobr' />
4. La grève est décidée<br class='autobr' />
En 1968, les quelques avancées acquises en 1965 sont déjà loin. La Miferma a continué à se développer et la ville de grossir. Les besoins des travailleurs nationaux restent les mêmes et s'ils taisaient leurs doléances dans la sobriété ils aspirent toujours à un mieux vivre qui semble s'éloigner.</p>
<p>À Zouérate, les travailleurs ont toujours su se faire respecter malgré la répression et son lot d'arrestations, de licenciements et même de morts comme cela avait été le cas en 1968 où l'armée mauritanienne avait tué huit grévistes.</p>
<p>Suite à la manifestation pacifique organisée par les travailleurs de la Société des Mines de Fer de Mauritanie (MIFERMA) le 29 mai 1968 à Zouérate et sur injonction des responsables de cette société, la soldatesque armée tire à bout portant sur une foule de manifestants. Il y eut sur le champ deux morts et une dizaine de blessés. Le bilan qui n'a jamais pu être élucidé semble être beaucoup plus lourd, car plusieurs sources concordantes font état de plus d'une dizaine de morts.<br class='autobr' />
Cet événement restera, pour des militants syndicalistes que nous sommes et pendant plusieurs générations à venir, gravé dans la mémoire collective.<br class='autobr' />
Les revendications de nos camarades portaient sur leurs dures conditions de travail et d'existence et étaient articulées autour de certains points parmi lesquels on peut citer :<br class='autobr' />
Les logements, l'augmentation des salaires, et la discrimination entre travailleurs mauritaniens et travailleurs étrangers.</p>
<p>Zouérate était à l'époque une petite bourgade créée en toutes pièces et à la va-vite pour répondre aux besoins de l'exploitation minière et les travailleurs mauritaniens qui étaient parqués dans des abris de fortune ne demandaient ni plus ni moins que d'avoir des logements leur permettant de dormir et de se reposer avec leurs familles, suite aux dures journées de labeur.<br class='autobr' />
Les salaires étaient maintenus à des niveaux très bas, de type colonial, alors que la société développait une exploitation capitaliste moderne, engrangeant des plus-values colossales sur les dos de nos camarades ouvriers.<br class='autobr' />
Mais la situation la plus insupportable était l'existence à la cité minière d'un mur de séparation (ou mur de honte) qui mettait d'un coté les travailleurs étrangers dans des villas de luxe bien équipées et de l'autre Tes travailleurs mauritaniens dans des ghettos, image qui rappelle l'apartheid en Afrique du Sud d'alors.<br class='autobr' />
Quelque temps après le massacre, le Gouvernement tenta de se justifier en disant, à travers les antennes de la radio diffusion nationale, qu'effectivement ordre avait été donné à l'armée mauritanienne de procéder à des tirs de sommation pour disperser la foule débordante et malheureusement certains travailleurs ont ramassé des balles perdues.<br class='autobr' />
La délégation de I'UTM qui s'est rendue sur les lieux après la catastrophe, a tout simplement pris faits et causes en faveur de la MIFERMA.<br class='autobr' />
Et encore quelques jours après<br class='autobr' />
Le Syndicat National des Enseignants de l'Arabe publie une déclaration condamnant le massacre, tous ses dirigeants sont aussitôt arrêtés et mis en prison.<br class='autobr' />
Les travailleurs, les étudiants et les élèves organisent un grand meeting à Nouakchott, ils sont dispersés au moyen de grenades lacrymogènes, certains seront ensuite embarqués dans des fourgonnettes et emmenés au commissariat de police où ils vont subir toutes sortes de tortures.<br class='autobr' />
C'est le début de ce qu'on appellera la spirale manifestation-répression-manifestation.<br class='autobr' />
Mais les conséquences de l'évènement ne s'arrêteront pas là :<br class='autobr' />
Au congrès ordinaire de I'UTM convoqué en juillet 1969, la direction de la centrale, qui avait manifestement peur d'être débarquée à cause de sa trahison à l'occasion du massacre de Zouerate, avait manœuvré de sorte que les (3) trois délégués des mines, totalisent plus de mandats que l'ensemble des autres délégués, pour assurer sa reconduction La direction de la MIFERMA avait joué sa partition en payant les cartes d'adhérents au syndicat à l'ensemble des 6000 travailleurs de la société.<br class='autobr' />
L'ouverture du congrès buta tout de suite sur l'épineuse question de procédure consistant au contrôle des mandats des délégués que la direction sortante avait purement et simplement refusée de cautionner. Il va s'en suivre l'éclatement du congrès et la création de deux centrales, l'UTM gouvernementale dite orthodoxe et I'UTM Rénovée.<br class='autobr' />
Cette division ne correspond pas seulement à une manifestation électoraliste mais à l'existence, à partir de ce jour, de deux lignes syndicales dans notre pays.<br class='autobr' />
Une ligne combative au service des travailleurs et une ligne opportuniste et collaborationniste au service du patronat et du Gouvernement.<br class='autobr' />
La CGTM a toujours cherché et cherchera encore à inscrire ses activités dans le cadre de cette ligne combative. Certains résultats qu'elle a obtenus sont satisfaisants et même élogieux, d'autres le sont beaucoup moins en fonction des contextes et des difficultés objectives. En tout état de cause, la volonté existe, la mobilisation et la participation effective des militants sont toujours demandées.<br class='autobr' />
La commémoration du 29 mai 68 est non seulement pour nous un devoir de mémoire, mais aussi une occasion pour exhorter la poursuite et la perpétuation du symbole donné par les martyrs de Zouérate, pour améliorer encore davantage les conditions de vie des travailleurs.</p>
<p>4. La grève est décidée<br class='autobr' />
En 1968, les quelques avancées acquises en 1965 sont déjà loin. La Miferma a continué à se développer et la ville de grossir. Les besoins des travailleurs nationaux restent les mêmes et s'ils taisaient leurs doléances dans la sobriété ils aspirent toujours à un mieux vivre qui semble s'éloigner. Leurs revendications n'aboutissent que sur des mesures sans rapport avec les problèmes de salaires et logements qui est en fait leur priorité.<br class='autobr' />
Le mercredi 15 mai une grève est déclarée “de manière spontanée“ nous dit-on », mais Jean Audibert ( Directeur de Miferma) témoignera par la suite dans le livre de Pierre Bonte “ La montagne de fer “, que la grève est lancée à la suite de l'annulation, huit jours plus tôt de la réunion hebdomadaire des délégués et ce pour une raison qui parait des plus futiles. Les délégués n'obtiennent aucune explication sur ce report, mieux, devant leur insistance, un des leurs est menacé de sanction. Dans la foulée, les onze délégués se font réprimander. Ils démissionnent en bloc. Jean Audibert nous livre alors son sentiment et met en cause le petit encadrement Européen qui lui, reporte tout en bloc sur le service du personnel (son témoignage suivra) …. Enfin, tout le monde se défausse et fuit ses responsabilités.<br class='autobr' />
A la même époque Sidi Ould Mouloud, mécanicien aux Services Généraux et qui construit sa baraque dans la « cité BP » voit arriver des jeunes gens qu'il ne connaît pas. Ceux-ci, au nombre de trois, se mettent à sa disposition pour l'aider, il apprend qu'ils viennent d'Atar et de Nouakchott. Comme ils ne connaissent rien à la ville ils questionnent Sidi… Celui-ci apprendra plus tard qu'ils sont des Kadihines (PKM). Finalement ils sont hébergés chez un certain Malek O. M'Barek et invitent Sidi à des réunions où il est question de faire des actions. Un de ces personnages, Mohamed Salem (?) à même été engagé par le chef de carreau de la mine comme secrétaire. Parallèlement, à l'économat, un certain Lavdal O.Abdel Ouedoud parle lui aussi de politique aux travailleurs. Il rédige les revendications et la grève est déclenchée par le syndicat UTM le 14 mai, peut être simplement pour ne pas se faire déborder par des nationalistes nassériens et les Kadihines.</p>
<p>5. Première semaine de grève<br class='autobr' />
Le mercredi 15, les bus restent au dépôt, spontanément un grand nombre de travailleurs acquiescent à cet ordre de grève. Cette mobilisation surprend les Européens de part son ampleur et peut être aussi les incitateurs eux mêmes. Dépassant leurs divisions ethniques, les travailleurs « incultes » de la Miferma se lancent dans la première action d'envergure du prolétariat mauritanien. Immédiatement des piquet de grèves sont formés et tentent d'empêcher les travailleurs mauritaniens de rejoindre leur poste de travail en prenant place aux principaux points névralgiques. Pendant ce temps, les Européens sont mobilisés et tentent de faire fonctionner les installations le mieux qu'ils peuvent. Ceci se poursuit tout au long de la semaine et la tension monte progressivement. Des Mauritaniens hostiles à la grève et souhaitant rejoindre leur poste de travail se font tabasser. Des Européens se font caillasser en rentrant de leur poste.<br class='autobr' />
La direction pense que le lundi suivant, il ne restera rien de ce mouvement se basant sur son expérience des années passées ou plusieurs grèves avaient été observées. Toutefois elle réclame aux autorités locales un appui sécuritaire mais les effectifs chargés du maintien de l'ordre sont limités à une dizaine de policiers sans moyen de transport et il est fait appel à la brigade de gendarmerie de F'derik.<br class='autobr' />
Jean Morvan est à son poste, aux Télécoms, entre la cité et le bidonville, entouré de ces trois opérateurs d'origine noire. Soudain il voit un groupe s'avancer vers les installations. Dans ce groupe y figurent des gendarmes. Il s'entend interpeller et on lui ordonne de quitter son poste. Cherchant du regard le soutien des gendarmes, ceux-ci lui disent la même chose et qu'ils sont là pour le reconduire chez lui, ce qui est fait néanmoins après avoir sécurisé les lieux. Voici Zouérate coupée du monde ! Quelques instants après, seul chez lui, Jean Morvan se précipite dans un local discrètement aménagé au sein de son habitation et met en service un poste de transmission de secours. Zouérate n'aura été coupé du monde que quelques minutes. A partir de ce moment, un va et vient incessant se produit entre son domicile et la résidence ou se trouve le directeur délégué Richardson.<br class='autobr' />
La même scène faillit se reproduire à la centrale électrique où les grévistes se rendent mais où ils trouvent les portes closes. A l'intérieur, Simon Wojkowiak et d'autres Européens se relaient par poste de 16 heures pour faire fonctionner les groupes. Ainsi pendant toute cette période de troubles, Zouérate ne fut jamais privée d'électricité. Par la suite, l'armée assura jours et nuits la sécurité de la centrale.<br class='autobr' />
Les grévistes passent à la vitesse supérieure. Maintenant, ce sont les « Toubabs » qu'il faut empêcher d'aller travailler car ceux-ci arrivent à faire fonctionner une partie des installations. L'ordre est donné en ce sens mais les gens, sans consignes bien précises font ce qu'ils veulent. Les actes vont du sabotage de véhicule au caillassage généralisé mais aussi « chaque fois qu'un Européen passe dans le quartier africain, il est pris à partie » précise Sidi Ould Zegued. « L'anarchie est instituée en système » nous précise Ely Salem.<br class='autobr' />
Dans ce cahot, un homme va émerger, le préfet Doudou Fall, mais il est taxé de protéger les « N'çara »(Européens). Il est vilipendé, et doit subir différentes vexations dont celui de voir un bourricot mort, sur lequel a été peint son nom, déposé devant sa porte après avoir été traîné au bout d'une corde dans une hilarité générale. Ce jour là, les habitants du bidonville ont rejoint les grévistes et les femmes agissent aux alentours des écoles en poussant cris et « youyou ». La pression devient trop intense, les mauvais gestes à destination des Européens deviennent récurrents. D'un côté un millier d'Européens compris femmes et enfants, de l'autre des milliers d'individus qui, de jour en jour, grossissent les rangs des manifestants et affichent de plus en plus d'hostilité vis-à-vis des premiers. La situation peut devenir dramatique, aussi il est demandé des renforts. Nous sommes à la fin de la première semaine.<br class='autobr' />
En attendant ces renforts, le préfet réclame des plans, qui eux évidemment se trouvent aux services généraux, il faut y aller. La direction mandate Jean Morvan qui s'est porté volontaire au côté du préfet. L'opération est prévue pour le soir même. Le préfet est un homme courageux. Au lieu de chercher à rejoindre les Services généraux par un chemin détourné, il fait prendre la route habituelle et va affronter de front les manifestants qui bloquent le carrefour sud de la ville (dénommé Canal de Suez). Jean Morvan précise : « La voiture est arrêtée, secouée, les insultes pleuvent sur nous, des gens tapent sur le capot et ma fois, je dois avouer que je ne suis pas bien rassuré, on a dû mettre une heure pour aller aux Service généraux ». Néanmoins ce coup d'audace fonctionne à merveille, et les manifestants s'écartent pour laisser passer le véhicule et les deux hommes rejoignent les bureaux et récupèrent les documents. Au retour, Jean Morvan, très inquiet, décide de rentrer en ville en faisant une large boucle.<br class='autobr' />
D'autres véhicules désireux de rentrer en ville cherchent à prendre le même chemin mais des manifestants placés sur le petit mont où se trouve les réservoirs d'eau les aperçoivent et courent au travers des ESA pour leur couper la route. Tout ceci tourne à la confusion et les habitants de ce secteur prennent ce mouvement pour une attaque directe et prennent peur surtout que beaucoup d'hommes sont encore au travail et les femmes sont seules avec les enfants. Les cris fusent, certains tambourinent aux portes, des pierres sont lancées contre les volets. Thierry Arnoud a assisté cette scène et s'en souvient fort bien.<br class='autobr' />
Le premier week-end permit aux Européens de faire le point et de s'organiser. Une évidence, les vivres commenceraient bientôt à manquer, des plans de regroupement par familles furent établis, mais jusque-là, la circulation en direction de l'économat et des écoles est encore possible car l'arrivée de quelques renforts de gendarmes avaient permis de mettre en place une sentinelle tous les cent mètres environs, ce qui pour l'instant suffisait à tenir à distance les Mauritaniens de la cité européenne.<br class='autobr' />
Les renforts sont annoncés dans la nuit. Jean Morvan se souvient qu'il fallut aller baliser le terrain d'aviation afin de permettre l'atterrissage de l'avion. Pour ne pas éveiller les soupçons, au lieu de prendre la route de l'aéroport, les véhicules se frayèrent un passage au travers du bidonville (El Hait, le mur). Ce sont uniquement les veilleuses des véhicules qui restèrent allumées, il se souvient de Cantos (chef sécurité) dirigeant la manœuvre du pilote l'ayant réussie, mais aussi du colonel Viyiah Ould Mayouv et surtout du capitaine Soueidat O. Weiddad (qui sera tué en 1976 à Aïn Ben Tili en combattant le Polisario).</p>
<p>6. Deuxième semaine<br class='autobr' />
Le lundi 20 est le jour où tout bascule, les manifestants dont le flot a encore grossi (on parle de deux à trois mille personnes) marchent vers la ville. Les soldats en armes, arrivés dans la nuit, forment un vrai cordon tout au long de l'axe principal coupant ainsi la ville en deux et isolant les communautés. Les hommes montés au travail rentrent précipitamment, les services généraux sont évacués en partie. Certains avaient senti le danger et avaient gardé les enfants à la maison, c'est le cas chez les Perichon ou Joseph, le père, emmena sa famille en regroupement chez les Bollon, leurs amis. Chez Arnould, Thierry entend sa mère lui dire « les Mauritaniens sont en grève et en colère, ils sont plus nombreux que nous et ici, c'est pas pareil, ce n'est pas comme en France. »<br class='autobr' />
Hélène Laurans, alors âgée de 15 ans se souvient qu'à l'école Mr Paquet(directeur ) répond à beaucoup de coups de téléphone émanant de mères de famille inquiètes. Il les rassure en leur disant que l'école est un lieu sûr, que les enfants ne craignent rien. Néanmoins il abrège la récréation car certains groupes de manifestants en provenance des « Télécom » semblent vouloir couper au cours pour se rendre en ville. Il regroupe les enfants présents dans la classe de sixième. A midi, ce sont les militaires qui organisent le retour vers la « cité mercurochrome », appellation donnée au quartier en raison de la proximité de l'ancienne polyclinique. Pour d'autres, ce sont les parents qui se chargent eux mêmes du retour. Au niveau de « l'école Sud », Mohamed Ould Tajedine, qui à 11 ans, sent la tension mais ne comprend pas ce que signifie tous ces défilés, dans sa tête, restera surtout l'image du cordon de militaires qui protègent la cité blanche.<br class='autobr' />
La sœur d'Hélène, France, âgée de 21 ans travaille aux services généraux, son père vient la chercher en catastrophe et rentre en ville par la piste. Son futur mari (mais elle ne le sait pas encore à cette époque), Santiago Sanz travaille pour la « SPIE », entreprise sous-traitante de Miferma. Il se trouve à ce moment là sur les lignes électriques le long de la route de F'dérik, Avec son équipe il décide de rentrer mais eux aussi son obligés d'entrer dans la cité par des voies détournées. Ils traversent les ESA et sont témoins, au niveau du Mif'Hôtel de violentes algarades entre les grévistes et les forces de l'ordre. Ils ont peut -être assisté à une action qui nous est rapportée par Sidi Ould Mouloud ; « on a appris qu'au Mif-hôtel, Abdallah Mehdi (maitre d'hotel) et trois autres cuisinaient pour les « Toubabs ». Nous sommes allés les déloger. C'est sous la protection du préfet Doudou Fall et de l'attaché de direction Grosjean, qu'Abdellahi est rentré chez lui. »<br class='autobr' />
Nous avons aussi recueilli le témoignage d'Aline Cianolli : « Pour ma part, j'avais rejoint mon poste de secrétaire aux Services Généraux où je venais d'être embauchée. Deux heures après quelqu'un nous a demandé de quitter les lieux le plus rapidement possible parce qu'un groupe de grévistes armés montaient vers nous. Il nous fallait rejoindre de toute urgence notre famille. C'était la panique, j'avais laissé dans la cité ma fille Dominique, chez sa Tata Christiane CLAUDE. Des militaires mauritaniens en jeep m'ont prise en charge et déposée chez moi. Nous habitions provisoirement dans un studio, construit en bande, sur une petite place située pas très loin du MIF HOTEL.<br class='autobr' />
Chez nous, j'espérais retrouver mon mari et notre fille, mais la maison était vide et le téléphone coupé. Il me fallait de toute urgence retrouver ma fille…<br class='autobr' />
Au moment de repartir, quelqu'un tambourine très fortement à la porte arrière du studio en criant » je vous en prie, ouvrez ». Après un moment d'hésitation, tant la peur me taraudait le corps, j'ai vu entrer un homme inconnu qui avait un petit accent italien. Il avait sauté de jardin en jardin pour aller rejoindre des amis un peu plus loin. Il était essoufflé et comme moi il était très inquiet. Il m'a confirmé ce que je craignais le plus, il y avait une mini révolte qui n'allait que s'aggraver. Nous avons décidé d'évacuer les lieux et sommes sortis nous protégeant mutuellement en faisant le guet l'un pour l'autre. Enfin, je suis arrivée chez mes amis, c'était le soulagement, les enfants étaient là. Peu après les hommes nous ont rejoint et les familles se sont reformées. »<br class='autobr' />
A partir de ce jour, l'économat resta fermé mais du côté de la cité mauritanienne, des boutiques sont fermées d'autorité. Les Européens, loin d'être rassurés par ce déploiement de forces, envisagent des solutions de repli, voire de survie. Certains se barricadent. Ayant aperçu les Mauritaniens à proximité des réservoirs d'eau, une folle rumeur enfle, « et si ils empoisonnaient l'eau ? » Vite des réserves, on remplit tous les récipients disponibles, y compris des brouettes.<br class='autobr' />
Au soir, vers 20 heures, un fourgon SG1 de la manutention qui revenait de Tazadit tente de forcer le barrage, mal leur en prit, des pierres leurs sont lancées, les vitres sont brisées, ils arrivent néanmoins aux premiers ESA complètement affolés et se réfugient dans les premiers logements, heureux d'avoir pu passer. A la vue de tous ces événements, Yvon Arnoud, qui les a recueilli cherche à s'armer mais ne trouve qu'un manche de pioche. Guy Breda, un voisin, rassure son entourage disant qu'il a ses couteaux de bouchers avec lui. Thierry et sa soeur sont affolés. Plus tard, ils voient arriver à pied Mr Gance terrorisé et essoufflé. Il raconte : « qu'il a du abandonner sa Land-Rover et se sauver en courant, des centaines de poursuivants à ses trousses. » Une demi-heure plus tard, c'est Mr Catinot qui arrive dans les mêmes conditions et relate les mêmes faits.<br class='autobr' />
Le lendemain, les expatriés sont consignés chez eux et un couvre-feu est instauré. Mais les victuailles commencent à manquer. L'armée organise des tournées de distribution. Par ailleurs, le boulanger Pagenaud appelle à l'aide car il n'a plus de main d'oeuvre, son fournil se trouve en pleine ville mauritanienne, vers l'EVB, les frères Bréda (Jacky, Jean et Michel), répondent à son appel, font le pain de nuit et le distribuent dans la journée aux familles, apparemment sans aucun problème. Guy Breda, gérant de l'économat prépare aussi des colis de ravitaillement qui sont distribués le plus discrètement possible avec l'aide de Jacques Rigot et d'Yvon Arnould, créant des dépôts épars tels chez Giraudon où par exemple se ravitaillait la famille Laurans. L'armée participe aussi à ces distributions.<br class='autobr' />
Toutes ses expéditions se faisaient dans une tension éprouvante pour les nerfs. Thierry Arnould nous raconte : « Les femmes n'étaient pas d'accord avec ses expéditions mais ils le firent quand même. C'est la première fois que j'ai pleuré pendant ses événements, mon père et ses copains allaient partir et avec tous les risques que j'avais entendus, c'était trop pour moi. »</p>
<p>7. Les Européens préparent leur défense<br class='autobr' />
Comme on l'a vu précédemment, il était interdit de sortir de chez soi. Dans l'après midi, les militaires ont demandé de se regrouper dans des maisons à étage.</p>
<p>Alors qu'on abordait la troisième semaine de grève, un drame éclate, l'armée tire à balles réelles en direction de la foule… Voici quelques témoignages d'instants qui nous paraissent encore confus aujourd'hui, faute de témoins et de précisions. Aussi c'est avec toutes les précautions nécessaires et au conditionnel que nous vous les livrons « bruts de fonderie ».</p>
<p>Bitiche Ould Alioune : 17 heures 30 : Le crépuscule s'annonce déjà, l'attente dure, les pourparlers ne semblent pas aboutir, les nerfs sont tendus à mes côtés les représentants de travailleurs confirment hélas que les concertations n'avançaient nullement pas.</p>
<p>A quelques mètres de là, un officier d'un haut rang, furieux, chargé des opérations, semblait énervé, était emporté balançant les bras, il ordonnait des tirs en l'ait afin d'effrayer les ouvriers.</p>
<p>En quelques secondes, des tirs nourris éclatèrent non vers le ciel, mais sur la foule provoquant une atmosphère indescriptible, une cohue au sein des ouvriers qui déchaînés, ripostèrent à cette déclaration de guerre inavouée, en projetant vers les soldats des jets de pierres nourris, une confusion générale s'en suivit.<br class='autobr' />
…. Parmi ses martyrs un étudiant innocent, venu rendre visite à des parents, et qui fut la première victime de ces douloureux évènements, j'ai nommé mon ami et mon frère, Youba Ould Toueyzigui que j'ai vu mourir criblé de balles sous mes yeux.<br class='autobr' />
J'étais en sa compagnie cet ami d'enfance, venu incognito non pas pour participer à ce mouvement de grève qui durait depuis presque une dizaine de jours, mais que le destin força pour qu'il s'y trouve et y perdre la vie.( témoignage entier de Bitiche : <a href="http://cridem.org/C_Info.php?article=655509" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://cridem.org/C_Info.php?article=655509</a>)…<br class='autobr' /> Mohamed Ould Reyoug En 1968 , On ne laissait travailler que les gens de la clinique et du service eau. Parfois il y'a des gens qui montent en cachette mais ils sont peu nombreux. Nous, on faisait nos réunions et on se regroupait dans le » Canal de Suez » sortie sud de la ville derrière la clinique. On sabotait un peu chaque voiture qu'on trouvait sans gardien parmi les militaires. On la faisait retourner sur le dos. On empêchait les « Toubabs » de sortir à l'économat ou l'hôtel. Les militaires ont encerclé toute la cité des blancs. Quand le commandant ou colonel Vyah. a constaté que les Européens risquaient leur vie, il a tiré sur nous, 15 bonhommes sont tombés. Après nous avons senti que nous sommes vaincus, alors on a repris le travail. On nous promis beaucoup de chose. Mais…..<br class='autobr' />
Sidi Ould Mouloud : Un jour les tirs ne sont plus comme les précédents. Ce jour là un travailleur est tombé. On crut qu'il était évanoui. Les femmes qui étaient là lui versèrent un seau d'eau. Il n'a pas bronché. On vit qu'il a reçu une balle réelle dans le bas ventre. Ça c'était devant le club gazelle actuel. Au même moment on crie sur un autre travailleur tué net derrière la clinique. Il y a des autres morts et blessés.<br class='autobr' />
Salek Ould Allaf : Le jour par exemple de la tuerie, je courais derrière des plus grands que moi qui étaient rassemblés sur le petit mont qui surplombe les services généraux là où il y'a les châteaux d'eau. Il semble qu'ils voulaient faire des sabotages. Quand il y a des tirs et des cris des parents sont venus en vitesse me ramener en ville. Les gens demandaient des augmentations et des postes qu'ils méritent<br class='autobr' />
Sidi Ould Zegued : Apres 15 jours d'arrêt de travail et de blocus au niveau du point (dénommé Canal de Suez) à l'entrée Sud de Zouerate, les militaires ont tiré des balles réelles sur les rassemblements. Neuf personnes sont mortes sur le champ.<br class='autobr' />
Michel Breda : Les premiers jours ont été assez calmes , et tout a commencé à se gâter lorsque les manifestants ont essayé de sauter les murs pour rentrer dans les villas. Là, l'armée a tiré. Si mes souvenirs sont exacts il y a eu 8 morts du côté des grévistes dont un qui travaillait à la manutention et qui s'appelait » Mami ». Le lundi suivant le travail a repris normalement, expatriés et locaux étions tous au boulot, sauf « Mami » !<br class='autobr' />
Gilles Aubry : Nos parents minimisaient la gravité de la situation pour ne pas nous inquiéter, mais quand à 8 ans tu vois des soldats tirer sur des gens que tu croises tous les jours, tu comprends malgré tout qu'on ne joue plus aux cow-boys et aux indiens. Nous étions en famille chez Michel Vidal quand la rumeur d'une manifestation nous a attiré dehors dans le jardin pour apercevoir un car de la mine mis à mal par une foule dont les cris étaient couverts par les youyous des femmes près de la station BP. Un moment après, alors que tout semblait s'être calmé, nous avons décidé de rentrer chez nous, à deux pas de l'autre côté de la place, au 77. C'est en sortant de chez Michel qu'un coup de feu claqua. Un militaire, noir comme la plupart de ceux que j'ai pu voir, ce détail si c'en est un m'avait frappé comme s'il s'agissait d'une armée d'occupation dans un autre pays, venait de tirer en direction de la ruelle. Juste devant l'entrée, un genou à terre, son arme pointée vers un groupe que je ne pouvais pas distinguer, il nous ordonna de rentrer. C'est le seul moment où j'ai eu la frousse.<br class='autobr' />
Mohamed Ould Tajedine : Il y eut des blessés et probablement des morts. Je me rappelle encore de cette femme qui a perdu sa jambe suite aux coups de feu alors qu'elle encourageait, disait-on, les ouvriers par ses you-yous.. Il y eut 8 ou 9 morts (si mes souvenirs sont bons) parmi les manifestants suite aux tirs de l'armée, qui, selon la version officielle, a tiré dans les pieds des manifestants qui voulaient prendre d'assaut » la cité européenne. Les leaders des grévistes ont répondu que si tel était le cas, cela signifiait que les victimes qui étaient atteintes marchaient sur leurs têtes. Cet après-midi ma mère, par je ne sais quel instinct, nous empêcha (mon frère et moi) d'aller à l'école. En y arrivant le matin, les élèves s'étaient rassemblés par petits groupes pour observer les impacts des balles qui avaient transpercé ou percuté les poteaux ou les murs de l'école.<br class='autobr' />
Michel Lemardeley : Personne n'aurait jamais pensé qu'on en serait arrivé là ! Nous habitions vers la Polyclinique et je me souviens avoir vu des militaires transportant des corps<br class='autobr' />
Thierry Arnould : J'entends encore les tacs tacs tacs des armes automatiques, les cris de la foule et du balai des ambulances à la polyclinique. Le calme revint, ce fut comme une libération !<br class='autobr' />
NDLR : Thierry évoque aussi l'arrivée des parachutistes mauritaniens dans le ciel de Zouérate . Il est bien exact que des paras ont sauté sur Zouérate, vers le terrain d'aviation, mais c'était le lendemain de la reprise du travail. Une manière supplémentaire des autorités mauritaniennes d'accentuer la pression et éviter ainsi une rechute (témoignage Jean Morvan).<br class='autobr' />
11. Témoignages de certains acteurs et officiels<br class='autobr' />
Ces témoignages sont rapportés dans le livre de Pierre Bonte et Abdel Wedoud Ould Cheikh (La montagne de fer – sur books.google pages 147 à 151 –)<br class='autobr' />
Un acteur Ouvrier : Je n'étais plus délégué et pas encore syndicaliste. Il y'avait beaucoup d'accidents de travail. Il n'y'avait pas de convention mine. on fonctionnait sur la base de la convention des travaux publics. On voulait une nouvelle convention avec des primes prenant en compte le travail de la mine ( santé) ..Logements. un texte en dix points a été élaboré dont le premier était l'établissement d'une convention spécifique. Ces points ont été définis lors de la grève qui a déjà démarré. Les expatriés voulaient travailler et ne la soutenaient pas. Laurent le chef du personnel était particulièrement hostile et méprisant à l'égard de nos revendications.les choses ont pris de l'ampleur jusqu' a l'arrivée des militaires qui ont fini par tirer. Moi même je n'ai pas participé à la grève pour des raisons de sécurité (alimentation eau et électricité), à la demande du syndicat, mais j'ai été dénoncé « pro-marocain » et emprisonné trois mois à Nouadhibou. J'ai été libéré mais je ne voulais pas quitter la prison. Le wali m'a convoqué et m'a demandé pourquoi je restais là.je lui ai dis que je ne savais pas pourquoi j'étais là. Pour fait de grève m'a-t-il répondu. Mais je n'ai pas fait de grève. Les 18 personnes emprisonnées doivent être libérées et réglées par la Miferma .j'ai obtenu gain de cause et on a fait un papier à Miferma. Les 18 ont été réintégrés. L'UTM a joué un rôle ambigu : favorable au début puis dénonçant les mineurs irresponsables ».<br class='autobr' />
Un témoin ouvrier : J'étais à Atar et j'ai trouvé les gens en grève quand je suis rentré. Ceux qui voulaient travailler ne pouvaient pas le faire. Je suis resté chez moi et j'allais parfois discuter vers le goudron Au bout de deux ou trois jours tout le monde était mécontent. Certains ont commencé à fermer les boutiques ce qui n'est pas le rôle d'une grève. L'Etat a envoyé des militaires et des gendarmes pour rétablir l'ordre. Le colonel a demandé aux gens de rester chez eux jusqu'à onze heures du matin .Ils ont obéi. Vers seize heures je revenais de la mosquée et j'allais vers une maison proche du four ( boulangerie ) que les gendarmes voulaient remettre en route. Je suis donc retourné vers la mosquée et j'ai entendu des tirs de grenades lacrymogènes. Au même moment les enfants sont allées chercher les enfants à l'école et les hommes sont venus les rejoindre pour les protéger. Ils se sont trouvés face aux militaires qui ont tiré. Il y'a eu des morts puis le couvre feu. La grève s'est terminée après un ou deux jours. Les autorités ont réuni tout le monde et ont fait un « tri », arrêtant les « meneurs » qu'ils ont enfermés dans un logement cadre vide. Elles ont envoyé 40 ou 50 personnes à Nouadhibou pour les juger. Beaucoup de gens ont été licenciés.<br class='autobr' />
Un acteur officiel : En 1968, j'exerçais des fonctions à Zouerate. l'histoire est partie d' un forgeron R'Gueiby, délégué du personnel , qui voulait remplacer un cadre expatrié parti en congé. Il était agent de maitrise mais voulait assumer l'intérim cadre. Il a chauffé les gens autour de lui…Et certaines autorités en contact avec les R'Guibatt qu'il avait contacté pour qu'elles le soutiennent nous ont alertés. Ahmed Ould Bah a été nommé délégué du gouvernement pour la baie du lévrier et du Tiris Zemmour. La gréve a eclaté et Grosjean (Responsable de la sécurité de Miferma ) est venu m'alerter. On a réquisitionné le peloton de gendarmerie de F'Dérick et comme cela ne suffisait pas on a demandé des renforts de Nouakchott. Ils ont envoyé Viya Ould Mayouv. Les troupes ont été déployées entre le quartier Français et la pagaie pour éviter une intervention des troupes Françaises. J'ai rencontré le Directeur de Miferma à Zouerate qui acceptait le départ du conseiller juridique de l'entreprise qui s'en tenait à une application trop rigide de la convention. Le Directeur délégué Richardson était d'accord. L'inspection du travail avait accepté les revendications et tout semblait réglé Un accord a été lu devant une partie de la population sur la ligne de démarcation (entre cité et bidonville). Certains sont partis, les autres n'avaient pas entendu et nous nous proposions de nous adresser à eux. Viya voulait une réquisition spéciale pour intervenir. On a demandé au délégué du gouvernement de venir. Il est arrivé et a réclamé la fermeté. Les gens se rassemblaient à nouveau. Nous avons repris alors les méthodes du « tribalisme » et demandé aux représentants des grandes tribus d'intervenir. Ils l'ont fait avec un certain succès. Pendant ce temps les gardes essayaient de repousser la population. Ils ont tiré en l'air, les gens ont répliqué avec des pierres. Les militaires ont commencé à reculer. Quand ils sont arrivés au niveau des autorités, le Déléguédu gouvernement a donné l'ordre de tirer. On a mis en barrière un FM avec 25 cartouches. Il y'a eu 8 morts et 23 blessés. Les choses se sont calmées tout de suite. Les gens savaient qu'ils étaient en tort car il y'avait eu beaucoup de destruction avant. Les accords ont été appliqués.<br class='autobr' />
Le Directeur de Miferma Jean Audibert<br class='autobr' />
A l'origine, il y''eu 8 jours plus tôt, le report unilatéral et sans explication de la réunion hebdomadaire avec les délégués par un membre du service du personnel. Cette réunion ,me dit-on a été prise en raison d'un travail urgent concernant l'informatique…Peut après une menace de sanction est transmise à un délégué par le service du personnel ; Puis vient un meeting où les onze délégués se font réprimander et démissionnent…Tout cela me parait classique encore que je note ,dans mon enquête, l'empressement du petit encadrement européen à designer comme bouc émissaire le service du personnel et sa volonté systématique de bloquer les informations, qu'elles viennent d'en haut ou d'en bas. C'est vraisemblablement le délègue mécontent qui, lundi a déclenché la grève des chauffeurs chargés de conduire le personnel au travail, sans doute dans l'idée de paralyser toute activité. Mais pourquoi, le mercredi, le bidonville qui côtoie la cité s'est-il mis en mouvement ? On n'avait jamais vu cela. Dans ce bidonville vivent maintenant 7.000 personnes venues de partout, la plupart oisives. Malgré nos demandes, l'administration ne s'y est pas implantée et a laissé la situation se dégrader ? Mercredi, les femmes sont sorties de leur ghetto et en rangs serrés, ont proféré des menaces à l'encontre des agents Européens. Ceux-ci s'étaient enfermés dans leurs maisons. Ils ont eu très peur. Jeudi, après sommation, la troupe tirait dans la foule. Résultat : huit tués -dont six travaillaient pour la Miferma- et vingt deux blessés qui sont soignés dans notre clinique. Vendredi un vote était organisé et samedi le travail reprenait.</p>
<p>Sidi Zegued : Le lendemain Doudou Fall, préfet de Zouerate et autres autorités militaires et civiles ont rassemblé tous les travailleurs. Ils leur ont demandé : ceux qui veulent monter au travail se mettent de ce coté ; Ceux qui ne le sont pas se mettent de l'autre. La quasi-totalité des travailleurs ont repris le boulot ».<br class='autobr' /> Gilles Aubry : J'avais le sentiment qu'il ne pouvait rien nous arriver, spectateur à plus d'un titre de quelque chose qui me dépassait complètement, je me suis senti étranger pour la première fois dans un monde que je ne comprenais pas. Pourquoi certaines maisons avaient été saccagées, pourquoi certaines personnes étaient parties précipitamment, qu'elles pouvaient être les raisons de cette colère, et que pouvait justifier la dureté d'une telle répression ? Je garde le souvenir dans les jours qui suivirent de ces hommes et de ces femmes, le bras bandé, qui avaient essuyé les tirs de l'armée pendant ce qu'on appela pudiquement par la suite les « évènements de 68″. Combien de morts, officiellement, officieusement… ?<br class='autobr' />
Sidi Ould Mouloud : Le lendemain on demande à tous les gens de se rassembler. J'étais avec Deddahi O.Naoucha et d'autres et nous nous sommes mis de coté, solidaires que nous n'allions pas monter au travail. Notre surprise était grande quand le capitaine ou commandant Yall Amadou encercla avec les militaires tout le rassemblement. On demanda aux gens des représentants pour parler avec eux. Les travailleurs désignèrent le jeune Kadeh Mohamed Salem et d'autres. Puis ils ont demandé à ceux qui veulent travailler d'aller de ce coté et les autres là-bas. Alors tout le monde a décidé de monter. Les jours qui suivent les délégués étaient avec les autorités et un bon nombre de travailleurs. Mohamed Salem répondait à toutes questions et eut une altercation avec le préfet Doudou Fall, alors le brigadier de police le gifla. On l'amena à la police. Mais quand ces derniers ont voulu le libérer. Il refusa de sortir exigeant des justificatifs à son arrestation. Le chef de la mine ayant constaté que c'était son secrétaire n'a pas tardé à le licencier. Après il y'a eu l'arrivée de Baba Fall du directeur du travail et les travailleurs ont commencé à avoir des primes, des augmentations etc.<br class='autobr' />
Michel Breda : Les Mauritaniens qui travaillaient avec nous étaient gentils, serviables agréables à vivre et ils le sont restés après tout cela, la confiance est vite revenue, mais il faut les comprendre, exploités comme ils étaient. Après ces évènements, nous avons reçu personnellement, mes frères et moi-même, une lettre de félicitations de la part du D.G.<br class='autobr' />
Thierry Arnould : Je me suis demandé, bien des années plus tard, si tout cela avait mal tourné, qu'aurait fait mon père en ce qui concernait ma sœur et moi, comment l'aurait il fait ? En aurait-il eu le temps ?<br class='autobr' />
Ely Salem Khayar : Deux jours plus tard les travailleurs sont pour la plupart montés aux chantiers. Les dirigeants Mauritaniens et ceux de Miferma semblent avoir admis que désormais les rapports entre expatriés et autochtones doivent changer. Dans la réunion du 5 juin 1968, entre les travailleurs Mauritaniens, représentés par Messieurs Nema O.Kabach (UTM) et Brahim O. Khaled (délégué syndical), et Miferma représentée par Messieurs Richardson (Directeur délégué) et Valleton (Directeur Siège Exploitation), et concernant le règlement du conflit collectif qui vient de prendre fin, plusieurs exigences des travailleurs ont été satisfaites : primes liées aux travaux dangereux, salissants, pénibles, inconfortables ainsi que la Mauritanisation des postes, le mode de fonctionnement des économats, relation des travailleurs, accidents de travail etc. Par la suite la table ronde organisée les 12 et 13 décembre 1968 entre administration Mauritanienne, travailleurs et employeur Miferma fut aussi et enfin l'occasion de dissiper tous malentendus entre expatriés et autochtones renvoyant tout le monde au respect strict des lois et règlements en vigueur. A partir de ce moment, Européens et Africains de Zouerate se sont situés dans la logique du respect et considérations réciproques.<br class='autobr' />
NDLR : A la suite de ces évènements beaucoup de travailleurs mauritaniens ont été licenciés. Trente pourcent des expatriés ont démissionné.</p>
<p><a href="https://kassataya.com/2014/05/26/evenements-de-zouerate-en-mai-68-le-terrible-face-a-face-expatries-autochtones-1-et-2/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://kassataya.com/2014/05/26/evenements-de-zouerate-en-mai-68-le-terrible-face-a-face-expatries-autochtones-1-et-2/</a></p></div>
La grève des mineurs de 1963
https://matierevolution.org/spip.php?article7650
https://matierevolution.org/spip.php?article76502022-09-10T22:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisGrève StrikeOuvriers WorkersSyndicalism - le syndicalismeMineurs
<p>La grève des mineurs de 1963 <br class='autobr' />
Un militant PCF conclue sur la grève : <br class='autobr' />
"Certains étaient grisés par toute cette solidarité et ça n'a pas été facile de faire reprendre le travail" après 35 jours de grève, le 4 avril, une fois obtenues une augmentation salariale de 11% et une semaine de congés supplémentaire. (Louis Bembenek, 24 ans à l'époque, mineur et délégué CGT à la fosse Delloye : voir ici) <br class='autobr' />
Il fallait faire reprendre le travail avant que cela s'étende à toute la classe ouvrière ! (…)</p>
-
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique95" rel="directory">10- SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS - SYNDICALISM AND SELF-ORGANISATION OF WORKERS </a>
/
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag">Grève Strike</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag">Ouvriers Workers</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot110" rel="tag">Syndicalism - le syndicalisme</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot235" rel="tag">Mineurs</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">La grève des mineurs de 1963</h2>
<p>Un militant PCF conclue sur la grève :</p>
<p>"Certains étaient grisés par toute cette solidarité et ça n'a pas été facile de faire reprendre le travail" après 35 jours de grève, le 4 avril, une fois obtenues une augmentation salariale de 11% et une semaine de congés supplémentaire. (<a href="https://www.20minutes.fr/societe/1121933-20130320-20130320-50-ans-apres-grande-greve-1963-anciens-mineurs-souviennent" class="spip_out" rel="external">Louis Bembenek, 24 ans à l'époque, mineur et délégué CGT à la fosse Delloye : voir ici</a>)</p>
<p>Il fallait faire reprendre le travail avant que cela s'étende à toute la classe ouvrière !</p>
<p>PCF et CGT ont présenté comme une victoire ce qui était presque une simple défaite et qui n'avait aucune raison de le devenir vu le soutien massif de la classe ouvrière et la mobilisation des mineurs.</p>
<p>CGT et PCF voulaient que le reste de la classe ouvrière, les non mineurs, s'en tienne à « la solidarité » ! C'est pour cela qu'il fallait en finir et vite.</p>
<p>Lire ici à la date du « jeudi 4 avril » comment les mineurs dénoncent la trahison des négociateurs syndicaux aux cris de « traitres, vendus » :</p>
<p><a href="https://www.google.fr/books/edition/Le_syndicalisme_%C3%A0_l_%C3%A9preuve/CUGEDwAAQBAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=gr%C3%A8ve+mineurs+1963&printsec=frontcover" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.google.fr/books/edition/Le_syndicalisme_%C3%A0_l_%C3%A9preuve/CUGEDwAAQBAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=gr%C3%A8ve+mineurs+1963&printsec=frontcover</a></p>
<p>L'extrême gauche fait croire à une victoire :</p>
<p><a href="https://wikirouge.net/Gr%C3%A8ve_des_mineurs_fran%C3%A7ais_de_1963" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge.net/Gr%C3%A8ve_des_mineurs_fran%C3%A7ais_de_1963</a></p>
<p>Comment on nous la présente :</p>
<p>La grève générale est lancée en janvier 1963 par la CFTC, afin d'attirer l'opinion sur l'avenir incertain du charbonnage. Très vite, la CGT lui emboîte le pas et s'empare de la grève, éliminant la CFTC du mouvement. Ce n'est plus l'avenir du mineur qui est alors mis en avant, mais les salaires.</p>
<p>La CGT proteste contre une stagnation des salaires et demande une revalorisation. A l'origine de cette grève il y a donc bien un archaïsme social, celui du dialogue impossible entre les syndicats et <br class='autobr' />
le gouvernement. C'est donc à la mi février 1963 que le mouvement social prend son <br class='autobr' />
ampleur, et que les premiers manques de charbon se font ressentir sur la production.</p>
<p>Pour éviter une pénurie de charbon, alors même que l'hiver 1963 est rigoureux, le <br class='autobr' />
ministre de l'Industrie décide de réquisitionner les mineurs pour les obliger à <br class='autobr' />
produire. Le Général est favorable à cela, et du reste la réquisition à déjà été <br class='autobr' />
employée, notamment en 1962 lors des grèves de la SNCF. Mais le décret est signé <br class='autobr' />
de façon désastreuse : de Gaulle étant parti à Colombey pour la fin de semaine, et le <br class='autobr' />
Premier ministre souhaitant que le décret paraisse le lundi, il lui envoya un motard <br class='autobr' />
afin qu'il puisse le signer, ce qui fit donc que le décret fut signé à Colombey, geste <br class='autobr' />
qui apparu comme un abus de pouvoir, alors même que cela était tout à fait légal. <br class='autobr' />
Lorsque Pompidou se rend compte de l'erreur commise, il est trop tard :</p>
<p>« Je m'en veux d'avoir envoyé un motard le samedi à Colombey, sans attendre que le <br class='autobr' />
Général revienne le lundi. Le Général est trop honnête et a inscrit à la main le lieu et la date. <br class='autobr' />
La presse a mis l'accent sur ce « décret de Colombey » saugrenu. Ça a exposé le Général <br class='autobr' />
beaucoup plus qu'il n'aurait dû l'être. Ce qui aurait dû être un paraphe de routine a été <br class='autobr' />
présenté comme une provocation personnelle du monarque, adressée à la classe ouvrière. <br class='autobr' />
Comme un caprice pharaonique. Je ne me le pardonne pas. »</p>
<p>La méthode Pompidou consiste a entretenir de bonnes relations avec les <br class='autobr' />
syndicats, à laisser faire la grève, pour qu'elle aille suffisamment loin, au point que la <br class='autobr' />
population française, qui soutenait les mineurs, en ait assez et espère la fin du <br class='autobr' />
conflit. Cette méthode de gestion agace certains députés UDR, qui lui reproche aussi <br class='autobr' />
de ne pas être l'un des leur, et de laisser pourrir le mouvement, au risque de leur <br class='autobr' />
faire perdre leur place. La majorité se déchaîne contre Pompidou, au point que <br class='autobr' />
certains pensent que sa démission est proche. Mais le Premier ministre tient bon.</p>
<p>La majorité s'exclamait qu'elle n'avait pas ménagé les mises en garde. Elle dénonçait <br class='autobr' />
l'insensibilité technocratique du gouvernement et ne se gênait pas pour dire à de Gaulle qu'on <br class='autobr' />
n'en serait pas là s'il n'était pas allé chercher hors du parti gaulliste un commis comme chef <br class='autobr' />
du gouvernement.</p>
<p>Le 13 mars, Pompidou institue une commission, la commission Massé, <br class='autobr' />
chargée d'étudier la situation des houillères, et de faire des préconisations sur le <br class='autobr' />
futur. Cette commission est une habile tactique de Pompidou, car cela lui permet de <br class='autobr' />
dévier les attaques, et de pouvoir présenter un document comme base de <br class='autobr' />
négociation, document qui n'est pas préparé par lui mais par une personne externe, <br class='autobr' />
ce qui lui assure d'être écouté par les syndicats. Le rapport Massé est rendu le 23 <br class='autobr' />
mars. Le 25, Alain Peyrefitte fait une intervention télévisée afin de présenter la réalité <br class='autobr' />
de la situation aux Français. Le rapport plus l'intervention, conjugué à la lassitude, <br class='autobr' />
assurent un retournement de l'opinion, qui commence à se désolidariser des <br class='autobr' />
grévistes. Les syndicats comprennent alors qu'il est temps de négocier et de mettre <br class='autobr' />
un terme à la grève. Les négociations s'ouvrent le 1er avril, le 3 un protocole d'accord <br class='autobr' />
est conclu. Après deux mois de grève larvée, et un mois de grève dure, le premier <br class='autobr' />
grand conflit social de la Ve République et le plus important depuis 1948, s'achève.</p>
<p>Les conséquences d'une grève</p>
<p>Mais au bout de trois mois de grève, quelles conclusions peut-on tirer ? Les <br class='autobr' />
mineurs ont été le jouet d'organisations syndicales sans scrupules, qui se sont servis <br class='autobr' />
d'eux pour assurer leur hégémonie. Avant le déclenchement de la grève le ministre <br class='autobr' />
de l'Industrie avait proposé une augmentation salariale de 5.77%. Après la grève ils <br class='autobr' />
ont obtenu 8% d'augmentation, ce qui n'a pas comblé la perte salariale subie par <br class='autobr' />
l'arrêt de travail. S'ils n'avaient pas fait grève, ils auraient donc gagné plus d'argent. <br class='autobr' />
Echec pour les mineurs, cette grève fut aussi un échec pour les syndicats et les <br class='autobr' />
partis de gauche qui n'ont pas réussi à regagner la confiance perdue de l'opinion. Le <br class='autobr' />
véritable gagnant fut le gouvernement. La grève a permis de renforcer la constitution <br class='autobr' />
de 1958.</p>
<p>CGT et FO avaient organisé une grève du rendement tandis que la CFTC (la CFDT, qui est issue de la CFTC, n'existait pas encore) appelait à la grève générale illimitée, ce qui lui valait de la part de l'hebdomadaire de la CGT, la Vie Ouvrière, ce commentaire : « Une petite organisation comme l'est la CFTC dans les mines peut se permettre de lancer des mots d'ordre irresponsables. Il est exclu que la grande organisation des mineurs de la CGT puisse voir les choses de cette façon (...) Chacun comprend qu'au moment où on manque de charbon à Paris jusque dans les asiles ou les hôpitaux, le gouvernement serait trop heureux de saisir l'occasion et de retourner la colère de ces victimes contre les mineurs. » Ce chantage fut utilisé tout au long de la grève, aussi bien par la CGT que par le gouvernement, dans le but de faire pression sur les mineurs. Ainsi, avant même le début de la grève, la CGT avait annoncé la couleur : pas question d'appeler à la grève générale.</p>
<p>Face à la montée générale du mécontentement ouvrier, la CGT avait lancé un mot d'ordre de grève de 48 heures à compter du 1er février, annulé sitôt que le gouvernement proposa des négociations. Elles s'engagèrent le 15 février avec la direction des Charbonnages, qui accorda une augmentation de salaire de 5,77 % pour l'année 1963, rejetée par les organisations syndicales (elles estimaient à 11 % le retard pris par les salaires). La CGT annonçait alors une semaine revendicative à partir du 1er mars, avec un temps fort d'une journée de grève totale, suivie d'une grève du rendement. La réaction du gouvernement fut immédiate. Il accorda dix minutes d'entretien aux trois confédérations, pour leur signifier d'arrêter ça tout de suite, faute de quoi les mineurs seraient réquisitionnés.</p>
<p>La réquisition des mineurs reste lettre morte</p>
<p>Non seulement la journée du vendredi 1er mars fut un succès avec la grève presque totale parmi les mineurs de fond du Nord-Pas-de-Calais et de Lorraine, mais, ce qui n'était pas prévu, la grève toucha également les mines de fer de Lorraine, divers gisements de potasse, de bauxite, d'uranium, des ardoisières, etc. Face à la grève, le gouvernement de Gaulle signa en urgence un décret de réquisition. Il concernait principalement les bassins de Lorraine et du Nord, mais resta sans effet, les mineurs refusant de descendre au fond. La CGT, la CFTC, la FEN, l'UNEF appelaient à une grève générale... de 15 minutes dans tout le pays pour la défense du droit de grève.</p>
<p>Au moment où la combativité des travailleurs exigeait une politique offensive, les directions syndicales faisaient du surplace. Nous écrivions dans Lutte de Classe, du 12 mars 1963 : « Les réactions des travailleurs de toutes les professions, le fait que des grèves de solidarité, de solidarité pure sans aucun objectif revendicatif, aient été suivies partout, est un indice de la combativité de la classe ouvrière. Les centrales syndicales se sont refusées à généraliser la grève (...). Cependant, elles ont dû engager des luttes (qu'elles ont limitées au maximum) telle la grève de deux heures de la SNCF ou la journée d'action de la métallurgie prévue pour jeudi (14 mars). » Le Figaro de son côté reconnaissait « tous les témoins le certifient, aujourd'hui comme hier, la base est plus intransigeante que la tête ».</p>
<p>Les mineurs se battent seuls</p>
<p>Les mineurs tinrent bon en effet, mais les centrales syndicales firent tout pour éviter d'étendre le mouvement à d'autres secteurs, y compris et surtout ceux de l'industrie privée comme l'automobile, qui auraient alors pu exercer une pression puissante pour contraindre le gouvernement à satisfaire les revendications. Pourtant, les débrayages se multipliaient et étaient massivement suivis chez les postiers, les gaziers, à l'EDF, chez les métallos et même chez les étudiants. L'opinion publique restait acquise aux grévistes, malgré les campagnes de dénigrement, et la solidarité s'exprimait financièrement.</p>
<p>Mais si « la grève générale est dans l'air », comme le notait la presse, les directions syndicales, et en particulier la plus puissante, la CGT, lui tournaient le dos. Un accord fut signé le 24 mars alors que la pénurie de charbon commençait à poser des problèmes sérieux au gouvernement. Il cédait une augmentation de salaire de 6,5 % au 1er avril 1963, une quatrième semaine de congés payés, une vague promesse de table ronde pour discuter de l'avenir de la profession. C'était loin du compte. À l'annonce de l'accord signé entre les directions syndicales et les Charbonnages, une vague de colère s'exprima, entre autres à Lens, Liévin et Hénin-Liétard. Les mineurs huèrent le secrétaire général de la Fédération CGT du sous-sol et refusèrent à 56 % à Lens, à 46 % à Hénin, de redescendre dans la mine. La grève se poursuivit et la reprise du travail totale se fit, difficilement, le 5 avril.</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_des_mineurs_fran%C3%A7ais_de_1963" class="spip_out" rel="external">Lire aussi</a></p>
<h2 class="spip">Films</h2>
<p><a href="http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/56147" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/56147</a></p>
<p><a href="https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00132/interview-du-premier-ministre-georges-pompidou-sur-l-ordre-de-requisition-dans-les-mines.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00132/interview-du-premier-ministre-georges-pompidou-sur-l-ordre-de-requisition-dans-les-mines.html</a></p>
<p><a href="https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00143/la-greve-de-1963.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00143/la-greve-de-1963.html</a></p>
<p><a href="https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00111/meeting-a-lens-lors-de-la-greve-des-mineurs.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00111/meeting-a-lens-lors-de-la-greve-des-mineurs.html</a></p>
<p><a href="https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/parcours/0009/le-temps-de-la-modernisation.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/parcours/0009/le-temps-de-la-modernisation.html</a></p>
<p><a href="https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00132/interview-du-premier-ministre-georges-pompidou-sur-l-ordre-de-requisition-dans-les-mines.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00132/interview-du-premier-ministre-georges-pompidou-sur-l-ordre-de-requisition-dans-les-mines.html</a></p>
<p><a href="https://www.franceculture.fr/emissions/les-annees-60/lannee-1963-44-la-grande-greve-des-mineurs-en-mars-1963" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.franceculture.fr/emissions/les-annees-60/lannee-1963-44-la-grande-greve-des-mineurs-en-mars-1963</a></p>
<p><a href="https://www.cinearchives.org/Films-447-237-0-0.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.cinearchives.org/Films-447-237-0-0.html</a></p>
<p><a href="https://www.franceinter.fr/emissions/affaires-sensibles/affaires-sensibles-07-octobre-2019" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.franceinter.fr/emissions/affaires-sensibles/affaires-sensibles-07-octobre-2019</a></p>
<h2 class="spip">Film et texte du PCF</h2>
<p><a href="https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur02015/extrait-de-la-grande-greve-des-mineurs-1963-de-louis-daquin.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur02015/extrait-de-la-grande-greve-des-mineurs-1963-de-louis-daquin.html</a></p>
<p><a href="https://www.humanite.fr/tribunes/mars-avril-1963-les-mineurs-en-greve-font-plier-le-518502" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.humanite.fr/tribunes/mars-avril-1963-les-mineurs-en-greve-font-plier-le-518502</a></p></div>
La fin de l'apartheid en Afrique du Sud
https://matierevolution.org/spip.php?article7116
https://matierevolution.org/spip.php?article71162020-11-05T23:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionGrève StrikeManifestationStalinismeAfrique du sud South AfricaSyndicalism - le syndicalismeRévolteMineurs
<p>La fin de l'apartheid en Afrique du Sud <br class='autobr' />
Comment la victoire de Mandela, soi-disant leader des travailleurs noirs, est aussi la victoire de De Klerk, leader du parti de l'apartheid ? <br class='autobr' /> En Afrique du Sud, l'année 1973 avait vu une première grande vague de grèves défier le régime de l'apartheid. Si ces grèves portaient sur les salaires (ceux des mineurs quadruplèrent entre 1972 et 1975) elles prenaient aussitôt un caractère politique, les syndicats noirs indépendants étant illégaux et tout (…)</p>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique76" rel="directory">1- 1 Cinq situations pré-révolutionnaires</a>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag">Grève Strike</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot95" rel="tag">Manifestation</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot109" rel="tag">Afrique du sud South Africa</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot110" rel="tag">Syndicalism - le syndicalisme</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag">Révolte</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot235" rel="tag">Mineurs</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">La fin de l'apartheid en Afrique du Sud</h2>
<p>Comment la victoire de Mandela, soi-disant leader des travailleurs noirs, est aussi la victoire de De Klerk, leader du parti de l'apartheid ?</p>
<div class='spip_document_14747 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH391/Frederik-De-Klerk-Nelson-Mandela-1992-Forum-economique-mondial-Davos-Suisse_1_730_570-67b6a.jpg?1792723793' width='500' height='391' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_14746 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L323xH400/deklerk_mandela-497ad-19916.jpg?1792723793' width='323' height='400' alt='' />
</figure>
</div>
<p>En Afrique du Sud, l'année 1973 avait vu une première grande vague de grèves défier le régime de l'apartheid. Si ces grèves portaient sur les salaires (ceux des mineurs quadruplèrent entre 1972 et 1975) elles prenaient aussitôt un caractère politique, les syndicats noirs indépendants étant illégaux et tout mouvement étant du coup dirigé contre la dictature. Les luttes se multiplièrent pour imposer la reconnaissance des syndicats noirs indépendants, et dès 1983, le patronat des mines lui-même, en toute illégalité, se résolut à organiser une rencontre avec les dirigeants du NUM, le syndicat noir des mines. 740000 travailleurs noirs étaient alors syndiqués. Le pays connut par la suite plusieurs vagues de grèves générales, notamment de 1984 à 1986. Le gouvernement de l'apartheid fut contraint de recourir à l'état d'urgence, mais la bourgeoisie n'en avait pas moins saisi qu'elle devrait faire des concessions. Le régime de l'apartheid était condamné.</p>
<p>L'Afrique du sud a été l'objet d'un changement politique et social parmi les plus étonnants et rapides de l'Histoire. En un petit nombre d'années, on a vu le Parti national au pouvoir, celui qui avait organisé un régime semi-fasciste pour imposer la suprématie blanche, le régime dit d'apartheid, décider de prendre contact avec le principal parti nationaliste noir, l'ANC, négocier puis sortir le leader de l'ANC de prison pour le porter à la présidence de l'Etat sud-africain. Que ce parti des tortionnaires racistes se retourne ainsi, il y a de quoi étonner. De Klerk, le dirigeant du Parti national, le parti de l'apartheid, a en Afrique du sud, l'une des dictatures les plus féroces du monde, a pris la tête d'un des changements politique et sociaux le plus impressionnants. De tels retournements méritent plus d'explications que n'en donnent les commentateurs, les politiques comme les historiens ou les journalistes. L'impérialisme, en particulier les Etats américain et anglais, qui avait assisté jusque là sans régir à toutes les exactions et atrocités du régime sud-africain a apporté un soutien total et même a pris la tête des négociations de changement de régime. Le Parti communiste sud-africain a été en tête des négociations, en liaison avec la direction du régime russe. En fait, le tournant en Afrique du sud a fait partie d'un tournant mondial, la fin de la politique des blocs. D'autres participants de ce changement sont tout aussi mobilisés en sa faveur : la grande bourgeoisie blanche d'Afrique du sud. Les plus grands patrons sud-africains, ceux des mines, sont même à l'origine des premières rencontres en Suisse. C'est à cette bourgeoisie que la direction de l'ANC, de l'UDF (alliance de toute la bourgeoisie noire avec les leaders populaires noirs et quelques militants démocrates blancs), du Parti communiste, des dirigeants des syndicats qui leur sont liés ont donné des garanties sur le type de société qui découlerait d'une venue au pouvoir de l'ANC. Il faut dire que jusque là ANC et Parti communiste étaient restés sur la lancée d'un discours sur la mise en place d'une « société socialiste ». Le tournant en matière de discours a été pris sans difficulté et à grande vitesse : aucune remise en cause du capitalisme ni de la propriété du grand capital en échange de la venue au pouvoir d'une partie de la direction nationaliste noire. La place des dirigeants syndicaux a été particulièrement négociée. Certains d'entre eux ont reçu un véritable pont d'or, à la mesure de la peur que la classe ouvrière suscitait dans la grande bourgeoisie. A la mesure aussi de la trahison de cette lutte que représentait la manière dont la fin de l'apartheid a été négociée.</p>
<p>La lutte de la classe ouvrière, et la menace que celle-ci constituait non seulement pour le régime, mais pour l'oppression capitaliste en Afrique du sud et même au-delà, était le principal problème qui explique un tournant aussi radical. En cas d'explosion révolutionnaire du prolétariat sud-africain, tout le continent africain pouvait être une immense caisse de résonance de l'insurrection, offrant d'énormes perspectives au développement de la lutte. Les régimes de parti unique étaient usés dans tout le continent noir. Les espoirs déçus des indépendances, une population jeune sans aucune sympathie pour les classes dirigeantes corrompues et dégoûtantes et une population pauvre ayant une grande sympathie pour le combat des opprimés d'Afrique du sud offraient un grand nombre de possibilités d'extension d'une lutte explosive en Afrique du sud. <br class='autobr' />
C'est la peur de la révolution, il faut le souligner clairement, qui a amené la grande bourgeoisie, tant impérialiste que sud-africaine et aussi que la bureaucratie russe, de se résoudre à prendre le tournant.</p>
<p>Nous allons voir que ce changement radical de la politique mondial s'appuie sur l'usure constatée dans tous les pays piliers de la politique des blocs, à l'est comme à l'ouest. C'est très exactement dans tous ces pays (Iran, Irak, Turquie, Corée du sud, Afrique du sud, Pologne, …) que la classe ouvrière commence à devenir une force menaçante et qui intervient non seulement par des grèves mais aussi par une action politique du plus en plus dangereuse pour les possédants.</p>
<p>En Afrique du sud également, c'est la classe ouvrière qui représentait l'élément le plus menaçant de la situation pour les classes possédantes. Contrairement à l'image donnée par bien des auteurs, l'ANC n'était pas le représentant naturel des travailleurs noirs d'Afrique du sud. Ayant fait le choix d'envoyer ses militants organiser des guérillas à partir des pays voisins, l'organisation nationaliste était peu implantée dans la classe ouvrière au milieu des années 80 et son discours d'alliance de classe ne lui permettait pas d'y recruter aisément parmi les leaders syndicalistes. Lorsque la bourgeoisie blanche d'Afrique du sud a choisi de détourner le danger prolétarien en pactisant avec l'ANC, personne ne pouvait dire si cela suffirait à calmer la situation. Et le pouvoir blanc acceptait d'intégrer les dirigeants noirs si ceux-ci s'en avéraient capables. Le 29 octobre (1989), a eu lieu le premier meeting autorisé de l'ANC. Les leaders nationalistes noirs y ont déclaré que l'ANC venait d'avoir un premier succès : démontrer qu'ils étaient capables de contrôler leurs troupes ! Walter Sisulu y déclarait : « Nous négocierons avec le régime blanc s'il fait preuve de sincérité et crée le climat nécessaire. »</p>
<p>Depuis juin 1976, les travailleurs et les opprimés d'Afrique du sud ont commencé à se faire craindre. En juin 1976, l'explosion de la jeunesse de Soweto ouvre une des périodes les plus explosives sur le terrain social et politique qu'ait connu l'Afrique du sud. Dix mille écoliers noirs défilent dans Soweto pour protester contre l'enseignement obligatoire en afrikaans, la langue du colonisateur hollandais. La police tire sur les manifestants et tue un adolescent de treize ans. Ce meurtre déclenche la colère des jeunes écoliers auxquels se sont joints des chômeurs de ce ghetto le plus peuplé d'Afrique du sud (un million cinq cent mille habitants). Contre des hommes casqués qui tirent dans le cas, les émeutiers dressent des barricades, mettent le feu aux bâtiments administratifs, à tout ce qui symbolise le pouvoir blanc. A l'exemple de Soweto, dans presque toutes les villes noires, autour de Johannesburg, puis de Pretoria, la jeunesse descend dans la rue. Le 11 août 1976, une grande grève des travailleurs noirs paralyse la moitié des activités de Johannesburg et, deux jours plus tard, une émeute se déclenche au Cap. Malgré les morts et les emprisonnés, le mouvement gagne l'ensemble du pays, ce qui ne s'était jamais encore produit. On était loin du pont de départ : une contestation de l'enseignement en afrikaans par les seuls étudiants. Ce sont les collégiens, encore adolescents, qui ont animé et dirigé le mouvement, appelant à plusieurs reprises et avec succès les travailleurs à la grève générale. Si la répression a décapité pour quelques années le mouvement, les militants étant morts, emprisonnés ou exilés, la classe ouvrière avait commencé à reprendre confiance dans ses propres forces.</p>
<p>Dans le début des années 80, la contestation repart de plus belle. Et, sur ce point, l'Afrique du sud fait partie d'un mouvement qui concerne l'ensemble de l'Afrique noire, et même qui concerne le monde à la même période. Il y a un réveil général qui concerne particulièrement les pays de la politique des blocs. Au nom de la nécessité des blocs, l'impérialisme a soutenu des régimes censés s'opposer au bloc adversaire, régimes qui se maintenaient malgré leur impuissance, leur corruption et la haine des populations, uniquement parce que les impérialisme s'interdisaient, pour l'essentiel, toute concurrence entre eux au nom des blocs. C'est ainsi que les partis uniques avaient pu se maintenir, des deux côtés, dans les deux blocs. Ces partis uniques, par exemple au Gabon ou en Côte d'ivoire, n'étaient même pas synonymes d'une prétention au socialisme.</p>
<p>A partir de 1981-82, il y a une recrudescence des affrontements en Afrique du sud. La crise économique entraîne grèves, manifestations, luttes dans les entreprises et dans les townships. La police et l'armée interviennent violemment mais, cette fois, ils s'avèrent incapables de venir à bout de la révolte. Des milliers de jeunes, des écoliers aux jeunes chômeurs, ne craignent plus de s'affronter aux forces de l'ordre et ces combats sont quotidiens. Malgré l'intervention des cars blindés de l'armée qui enlèvent les manifestants, la révolte s'installe en permanence dans les townships et crée un climat insurrectionnel qui va bientôt être complété par la montée du militantisme et de la mobilisation dans la classe ouvrière, puis par le développement de luttes ouvrières d'ampleur.</p>
<p>La petite et la moyenne bourgeoisie noire tente aussi d'influencer la montée militante et de lui donner un cadre. En août 1983, 700 associations, liées aux partis nationalistes et réformistes et aux églises et appuyés par la « libéraux » blancs, se sont fédérées au sein de l'UDF, au nom de la lutte contre la réforme constitutionnelle de Botha. C'est une tentative pour l'ANC de pénétrer le mouvement social qui se développe. En effet, cette organisation qui a un important crédit dans la population noire, en particulier dans la jeunesse, a fait le choix de la « lutte armée », ce qui signifie que la majorité de ses militants sont dans des maquis et sont coupés de leur milieu. La montée sociale a lieu sans que les militants de l'ANC eux-mêmes puissent y jouer véritablement un rôle au début. En particulier, la montée militante dans la classe ouvrière n'est pas dirigée par le courant de l'ANC, ni par celui de la « conscience noire », les courants du nationalisme noir s'étant détournés de la classe ouvrière considérée comme seulement capable de luttes économiques. Le militantisme ouvrier monte en flèche et se radicalise. Les syndicats d'ouvriers noirs, qui ne comptaient que 16.000 adhérents en 1969, passent de 223.000 en 1980 à 741.000 en 1983. Les nouveaux syndicats de travailleurs noirs se séparent de la fédération TUSCA contrôlée par les syndicats blancs. En 1979, est apparu notamment le FOSATU, importante fédération de syndicats noirs organisés par branche industrielle et qui va rapidement se radicaliser et se politiser. Le syndicalisme ouvrier passe très rapidement du corporatisme à la contestation politique et sociale du régime. Il est remarquable que, vers le milieu des années 80, la plupart des directions des plus grands syndicats ouvriers noirs soit formée de militants trotskystes. Cela souligne la montée du radicalisme ouvrier en même temps que l'absence de l'ANC dans la classe ouvrière des entreprises, même si l'ANC a commencé à apparaître dans la jeunesse mobilisée des townships et dans les organisations de la petite bourgeoisie noire. La fraction militante de la classe ouvrière se distingue des jeunes radicaux dans le sens d'une conscience de classe affirmée. Par exemple, l'immense majorité des syndicats refuse d'adhérer à l'UDF, front ouvertement bourgeois. Seul le SACTU, dirigé par l'ANC, y participe. Le FOSATU vote coup sur coup des résolutions contre la collaboration de classe prônée par l'ANC et l'UDF.</p>
<p>La tentative du régime d'assouplir un peu les règles de l'apartheid (notamment la suppression de l'interdiction des mariages mixtes, de la ségrégation dans les salles de théâtre, les plages et les hôtels de luxe, la création d'un parlement consultatif pour les Métis, d'un autre pour les Indiens, la nomination d'un ministre indien et d'un ministre métis – sans portefeuille), depuis 1984, n'a nullement permis de démobiliser la jeunesse, ni n'a diminué le soutien de l'ensemble de la population à son combat contre l'apartheid. En témoignent les chiffres impressionnants de la répression, et l'augmentation considérable du nombre de jeunes arrêtés. Selon les chiffres officiels, truqués bien entendu, parmi le nombre de personnes détenues entre le 2 juillet 1985 et le 7 mars 1986, il y avait 21.000 jeunes de moins de 16 ans. Des centaines, des milliers d'associations communautaires naissent dans les townships qui témoignent d'une montée du militantisme dans les milieux populaires. Certaines associations organisent le boycott des transports dont le prix augmente, d'autres organisent la grève des loyers des logements gérés par les municipalités. Des comités de quartier sont chargés d'empêcher l'entrée des forces de l'ordre. Des enfants de parents détenus ou « disparus » se regroupent. Les gens s'organisent pour abattre les mouchards ou les conseillers municipaux vendus au système. L'énorme majorité des organisations noires appellent au boycott des élections en Afrique du sud.</p>
<p>Si le gouvernement de Botha prétend qu'il va réformer l'apartheid, si depuis 1986 il affirme vouloir aller doucement vers la suppression du « pass » (le fameux passeport intérieur cause de nombreuses émeutes) et déclare : « Je suis engagé dans un processus de réformes destinées à élargir la démocratie », ce n'est pas seulement pour améliorer son image à l'extérieur mais parce que, depuis l'été 1984, l'insurrection populaire et ouvrière gagne chaque année en ampleur dans tout le pays. En août 1984, quelques jours après les élections, des émeutes éclatent dans la région de Johannesburg, violemment réprimées et faisant 29 mort officiellement. A Sabokeng, une grande cité noire, les forces de l'ordre tentent de détruire les groupes noirs armés. 7000 policiers occupent la ville, fouillent les maisons, et se heurtent à la population noire, faisant officiellement 95 morts. Le maire de Tembissa, une autre grande cité noire, a dû fuir devant la haine de la population qui manifestait et menaçait de s'occuper de lui. En avril 1985, dix conseillers municipaux noirs, accusés de collaboration avec le pouvoir blanc, ont été tués et 174 d'entre eux ont dû démissionner. En juillet 1985, 410 policiers ont été soit tués soit ont vu leur maison brûlée par les jeunes manifestants.</p>
<p>La bourgeoisie (impérialiste et sud africaine), inquiète de la montée ouvrière et populaire, cherche à trouver une issue politique qui intègrerait les nationalistes et les réformistes, en détournant le risque social. Les négociations de la grande bourgeoisie blanche sud africaine avec l'ANC débutent en 1985. Le 18 septembre 1985, une délégation d'hommes d'affaire blancs sud africains se rend en Zambie pour rencontrer la direction de l'ANC. L'un d'entre eux est Oppenheimer, principal actionnaire de la De Beer, premier producteur de diamant qui contrôle les deux tiers de la production mondiale de diamant. Il affirme qu'il va falloir rapidement supprimer l'apartheid. Ces patrons blancs n'ont cure des souffrances de la majorité de la population pauvre d'Afrique du sud, ni des exactions particulières subies par les Noirs mais le danger d'explosion ouvrière incontrôlable, de plus en plus évident pour tous, les pousse à vouloir changer de régime au plus vite. Ils trouvent dans l'ANC (et ses alliés de l'UDF) un partenaire prêt à sacrifier la révolution pour obtenir une part du pouvoir en sauvant la grande bourgeoisie. L'ANC qui affirmait vouloir le socialisme et diriger « une révolution démocratique assurant la libération des opprimés » rassure les possédants d'Afrique du sud. En fait, l'ANC n'avait jamais défendu une perspective de renversement de la bourgeoisie, mais seulement de mise place d'une bourgeoisie noire, comme le dit clairement son programme : « la charte de la liberté ». En 1956, Nelson Mandela la commentait ainsi : « Si la Charte proclame la nécessité de changement démocratique, il ne s'agit en aucune manière d'une prise de position pour un Etat socialiste, mais d'un programme pour l'unification des différentes classes et groupements populaires sur une base démocratique. » Il concluait : « Le démantèlement de ces monopoles (banques et mines d'or) ouvrira un horizon au développement d'une classe bourgeoise prospère non-européenne. Pour la première fois dans l'histoire de ce pays, une bourgeoisie non-européenne aura l'opportunité de posséder en son propre nom et en toute légitimité les mines et les usines. Le commerce et l'entreprise privée connaîtront un boom et fleuriront comme jamais auparavant. » Rien à voir avec l'image socialiste, et même communiste, que les partis communistes ont donné de Nelson Mandela. Lui, n'a jamais cautionné cette image. Même si la mobilisation ouvrière a contraint, par la suite, l'ANC à parler des travailleurs, le docteur Montlana, numéro deux de l'ANC, déclarait : « La solution, c'est que les Noirs travaillent plus dur au sein du système capitaliste. (…) Laissez ceux qui ont l'ambition, l'ambition capitaliste, individuelle et privée, de travailler à la satisfaire et ne leur tournez pas le dos parce qu'ils ne veulent pas devenir des vagabonds avec leur sac sur le dos. (…) Il y a des gens qui attendent d'un régime socialiste qu'il les conduise au pays du lait et du miel. A ces gens-là, je dis : vous êtes des idiots. Trop de nos gens sont simplement fainéants. Trop souvent nous reprochons au système nos propres limites. »</p>
<p>En juin 1986, la situation a tellement empiré que le gouvernement Botha est contraint de décréter l'Etat d'urgence. La répression qui s'abat alors est massive et féroce. Des organisations d'opposition jusque là tolérées sont interdites, leurs membres arrêtés, torturés, tués. Cependant, les grèves continuent de se multiplier. L'une des plus grandes est la grève générale de la région du Triangle de Vaal, en novembre 1984, dans laquelle 150.000 travailleurs sont soutenus par 250.000 élèves et étudiants. Les mots d'ordre sont : départ des forces de répression des cités noires, suppression des augmentations de loyers, des tarifs de l'eau et de l'électricité, abolition de taxes pour les habitants, amélioration du système éducatif pour les noirs.</p>
<p>Les nationalistes, qu'il s'agisse de l'ANC, des autres réformistes, bourgeois, religieux noirs ou du mouvement de la conscience noire, s'implantent massivement dans les comités de la jeunesse des townships et les autres associations qui y fleurissent, les civics. Ils y organisent des actions de harcèlement mais utilisent aussi ces structures pour encadrer le mouvement et se préparer au pouvoir. Les comités font la loi contre les Noirs eux-mêmes. C'est l'objet des « tribunaux populaires ». Le dirigeant du comité de Mamelody explique que les comités doivent faire la loi, imposer une politique et punir ceux qui prétendent s'en affranchir. C'est le but des « campagnes de nettoyage » qui punissent les « délinquants ». Un embryon d'appareil d'Etat-ANC et des forces de répression nouvelles sont ainsi mises en place, détournant le désir des jeunes de se donner les moyens de lutter contre le régime. L'un des objectifs de l'ANC et du PC sud-africain dans les civics est de s'en servir pour intimider les organisations syndicales qui refusent la tutelle de l'ANC et de son alliance avec la bourgeoisie noire et blanche, l'UDF. Des syndcalistes sont violemment attaqués. Des grèves sont imposées par les civics aux salariés de certaines entreprises et tous les syndicats qui ne se conforment pas à la grève imposée sont frappés. La non-participation à l'UDF est stigmatisée comme une complicité au pouvoir. La principale centrale ouvrière, la FOSATU, qui refuse la tutelle de l'ANC et l'appartenance à l'UDF, voit sa direction violemment attaquée, politiquement et parfois physiquement.</p>
<p>Grâce aux pressions conjuguées de l'ANC, du PC, de la bourgeoisie et de l'Etat, les principaux dirigeants syndicaux firent finalement le choix de renoncer à la perspective qu'ils défendaient jusque là : une Afrique du Sud post-apartheid où les travailleurs auraient le contrôle du pouvoir et des richesses de la société, ont accepté progressivement de devenir le prolongement politique de l'ANC dans la classe ouvrière, c'est-à-dire d'être la monnaie d'échange contre laquelle l'ANC est arrivée au pouvoir. C'est sur cette base que se constitua le COSATU, la grande centrale syndicale unifiée. L'unification des forces de la classe ouvrière a servi à cacher un changement complet d'orientation. Pour l'ANC, le PC sud-africain et pour la bourgeoisie comme pour l'impérialisme, les dirigeants nationalistes noirs n'étaient une bouée de sauvetage face à la menace révolutionnaire que s'ils s'avéraient capables de canaliser et de freiner le mouvement révolutionnaire des masses ouvrières d'Afrique du sud. Ils ont dû en faire progressivement la démonstration pendant que l'Afrique du sud faisait à pas comptés quelques gestes de désengagement dans le système de l'apartheid et dans ses interventions militaires contre les pays voisins. Le 22 décembre 1988, l'Afrique du Sud, l'Angola et Cuba signent à New York deux traités qui prévoient, l'un le retrait des soldats cubains d'Angola et l'autre, l'accession de la Namibie à l'indépendance.</p>
<p>Le 12 août 1988, Nelson Mandela, chef historique du Congrès national africain (ANC), emprisonné depuis 1963, est hospitalisé au Cap après avoir contracté la tuberculose. En fait, il s'agit du résultat d'une négociation au sommet entre les dirigeants de la grande bourgeoisie sud-africaine et les dirigeants de l'ANC qui suit une autre négociation au sommet entre la haute bureaucratie russe et l'impérialisme US. La fin de l'apartheid accompagne la fin de la politique des blocs et la réintégration de la haute bureaucratie russe au sein de la bourgeoisie mondiale. Les gestes se multiplient et les pas de chaque partie se succèdent. Le 23 novembre 1988, le président Botha décide de gracier les " six de Sharpeville ", tous les recours judiciaires ayant été épuisés après le sursis à exécution obtenu le 17 mars. Le 15 mars 1989, Pieter Botha reprend ses fonctions à la tête de l'Etat après la congestion cérébrale dont il a été victime le 18 janvier. Le Parti national, au pouvoir depuis 1948, a souhaité, le 13, que Frederik De Kerk, qui dirige le parti depuis la démission, le 2 février, de Pieter Botha, devienne président de la République " dans l'intérêt du pays ". Le 5 juillet 1989, le président Pieter Botha reçoit, dans sa résidence du Cap, Nelson Mandela, chef historique de l'ANC emprisonné depuis 1963, qui se prononce pour " une évolution pacifique de la situation ". Le 25 août 1989, Frederik De Klerk, nouveau président sud africain, confirme ses intentions réformistes : supprimer l'apartheid de façon négociée. Le 2 mai 1990, le gouvernement et l'ANC tiennent leur première série de discussions directes au Cap : ils s'engagent à " lutter contre la violence et l'intimidation, d'où qu'elles viennent ". Le 15 octobre 1989, huit dirigeants nationalistes, dont Walter Sisulu, compagnon de Nelson Mandela, sont libérés après vingt cinq ans passés en prison. Les sept membres de l'ANC libérés participent, le 29, au premier rassemblement autorisé par le régime depuis 1960, qui réunit soixante mille personnes dans le stade de Soweto. Le 2 février 1990, le président sud africain Frederik De Klerk annonce devant le Parlement la légalisation des mouvements nationalistes noirs, dont le Congrès national africain (ANC), interdit depuis 1960, la libération des prisonniers politiques qui n'ont pas commis de violences, la fin de la censure et la suspension des exécutions capitales. Le 11 février 1990, Nelson Mandela est libéré après vingt sept ans de captivité. Le 13 février 1990, parlant devant plus de cent mille personnes au stade de Soweto, à Johannesburg, Nelson Mandela multiplie les appels " au calme et à la discipline ". Le16 février 1990, le comité exécutif de l'ANC, réuni depuis le 14 à Lusaka (Zambie) en l'absence de Nelson Mandela, accepte de rencontrer Frederik De Klerk. Le 4 mars 1990, Lennox Sebe, " président à vie " du bantoustan du Ciskei, est renversé par un coup d'Etat militaire dirigé par le général Josh Gqozo. Le nouveau pouvoir réclame la réintégration du Ciskei au sein de l'Afrique du Sud. Le 2 mai 1990, le gouvernement et l'ANC tiennent leur première série de discussions directes au Cap : ils s'engagent à " lutter contre la violence et l'intimidation, d'où qu'elles viennent ". Le 7 juin 1990, l'état d'urgence, instauré le 12 juin 1986, est levé, sauf dans la province du Natal, où se poursuivent des affrontements entre factions rivales dans les cités noires. Le 19, la loi abolissant, à partir du 15 octobre, la ségrégation raciale dans les lieux publics est votée par les députés. Le 6 août 1990, le gouvernement et l'ANC tiennent, à Pretoria, leur deuxième série de pourparlers préalables à des négociations sur une nouvelle Constitution. Dans l'accord signé après quinze heures de discussions, l'ANC annonce qu'elle suspend la lutte armée, tandis que le gouvernement s'engage à libérer tous les prisonniers politiques et à autoriser le retour des exilés avant la fin de l'année. Le 13, éclatent de très violents affrontements entre partisans de l'ANC et partisans du mouvement zoulou Inkatha dans les cités noires autour de Johannesburg. Le 18 octobre 1990, l'état d'urgence est levé au Natal, seule région où il était encore en vigueur en raison des affrontements entre membres de l'Inkatha et militants de l'ANC, qui ont fait plus de quatre mille morts en quatre ans. Le 27 juin 1991, après le vote du Parlement, le président Frederik De Klerk signe l'abrogation des trois dernières lois qui régissaient l'apartheid. Le 14 septembre 1991, le président De Klerk et une vingtaine d'organisations politiques, syndicales et religieuses, dont l'ANC et le Parti Inkatha à dominante zouloue, signent un accord de paix destiné à mettre fin aux violences entre factions noires rivales, qui ont fait près de dix mille morts depuis 1984. Le 20 décembre 1991, dix neuf partis et organisations participent, près de Johannesburg, à la première réunion de la Convention pour une Afrique du Sud démocratique, chargée d'élaborer une nouvelle Constitution, qui consacrera la fin de l'apartheid. Le 17 mars 1992, le succès massif du " oui " (68,7 % des 3,29 millions d'électeurs blancs) au référendum sur la politique de réformes, demandé par le président Frederik De Klerk, ouvre la voie à l'accélération de la politique de partage du pouvoir entre les Blancs et les Noirs. Les 26-29 avril 1994, les premières élections multiraciales mettent fin au régime de l'apartheid. Le Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela recueille 62,65 % des voix, soit 252 sièges sur 400, contre 20,39 % (82 sièges) au Parti national (PN) du président sortant, Frederik De Klerk, et 10,54 % (43 sièges) à l'Inkatha de Mangosuthu Buthelezi. Le 10 mai 1994, élu le 9 à la présidence de l'Etat par le Parlement, Nelson Mandela, est investi en présence de quarante-deux chefs d'Etat ou de gouvernement. Le 25, le Conseil de sécurité de l'ONU vote la levée de l'embargo imposé à l'Afrique du Sud.</p>
<p>Les dirigeants syndicaux, qui avaient joué le rôle de pompiers du soulèvement ouvrier, reçurent leur récompense. Sur les 400 sièges du parlement national issu des premières élections multiraciales de l'histoire du pays, en 1994, 76 étaient occupés par des syndicalistes du COSATU, 80 par des membres du Parti communiste (SACP), tous élus sous une étiquette ANC. Mais le « Programme de Reconstruction et de Développement » du nouveau gouvernement Mandela, qui devait apporter aux pauvres des emplois, des maisons, l'électricité et l'eau potable, confié à la tutelle de l'ancien secrétaire général du COSATU, resta sur le papier. Et une loi interdisait dès 1995 les grèves dans les services dits « essentiels » et rendait illégale toute grève organisée contre des licenciements.</p>
<p>La société sud-africaine a fait disparaître l'apartheid formel mais elle reste plus que jamais l'une des plus inégalitaires au monde. Les Noirs sont toujours exclus et exploités au profit des mêmes sociétés capitalistes mais ils le sont en tant que prolétaires, plus en tant que noirs ! Mais la bureaucratie du COSATU a pu se lancer dans les affaires. Les milliards de dollars versés dans des caisses de retraite et de prévoyance par les 3,2 millions de syndiqués ont été utilisés par les organisations syndicales pour monter des fonds d'investissement. Le NUM, le syndicat des mineurs, a investi 1,5 milliard de francs… dans une holding du trust minier Anglo American. Son ancien secrétaire général, Cyril Ramaphosa, devenu millionnaire, résuma bien le singulier destin de ces chefs syndicalistes : « Voilà les syndicats qui se mettent aux affaires pour leur propre compte. (…) Je n'ai aucun scrupule moral à m'engager dans cette voie nouvelle, parce que j'y travaillerai avec des camarades et que nous nous conformerons à certains principes. Inutile de nous voiler la face : ce faisant, nous allons bien sûr nous enrichir. Mais en même temps, nous dirons que nos syndicats aussi doivent pouvoir s'enrichir. Bientôt le NUM nagera dans les millions. »</p>
<p>Dès le début des années 2000, il est devenu clair que le crédit de l'ANC ne suffisait plus à calmer le mécontentement social. La police sud-africaine est intervenue violemment durant tout la fin du mois de mai 2005 pour disperser des manifestations massives d'habitants des townships, les anciens ghettos noirs devenus des ceintures de la misère. Cela fait plus de deux mois que des troubles ont lieu non seulement dans un grand nombre de townships de la ville du Cap (avec de véritables soulèvements à Blackheath, Khayelitsha et Gugulethu) et de l'Etat de Western Cape (Sud-Ouest du pays) dont la ville du Cap fait partie mais touchent également d'autres Etats comme l'Eastern Cape (région sud-est) ou de Free State (une région du centre). A Harrismith (Free State) et à Port Elisabeth (Eastern Cape) où les affrontements ont duré quatre jours, les forces de l'ordre ne peuvent plus circuler sans être prises à partie. Des responsables locaux ont été escortés vers la sortie par la population révoltée. La population pauvre, lasse d'attendre des logements décents et des services sociaux de base, s'est révoltée. A Kommitjie (un bidonville à 45 km au sud du Cap), les émeutes ont explosé le lundi 30 mai.</p>
<p>Le mouvement a débuté en février 2005 dans deux townships de la région de Free State, près de Ventersburg (région de Free State), avant de s'étendre à Harrismith, Warden et Vrede (townships également de Free State). Il n'a cessé de se développer, atteignant en avril les bidonvilles de la ville du Cap. Le 27 avril, des centaines d'habitants de plusieurs townships proches du Cap, dont Langa, Gugulethu et Nyanga, ont marché sur la ville. Un leader du bidonville de Gugulethu déclarait : « Des maisons maintenant ou des terres. Sinon, nous sommes prêts à mourir pour cette cause. » Les manifestants ont réussi à faire reculer le gouvernement local qui a proposé quelques logements et ont été suivis par de nombreux autres township qui ont affronté les forces de l'ordre dans de véritables batailles rangées impliquant parfois un grand nombre de gens. Pneus brûlés, jets de pierre contre les véhicules de police, barricades, tirs contre les émeutiers et arrestations massives, on se croirait revenu à l'époque où le parti raciste blanc imposait la dictature des blancs sur les noirs. Devant le Parlement du Cap, le président Thabo Mbeki déclarait que « ce n'est pas encore un danger immédiat pour notre démocratie. Mais ils (les mouvements) reflètent les failles dont nous avons hérité du passé et qui, s'ils s'enracinaient et gagnaient un véritable soutien populaire, ils représenteraient une menace pour la stabilité de l'Afrique du sud démocratique. »</p>
<p>Quelques squats et bidonvilles pourraient déstabiliser un pays ? En fait, la révolte des townships avait contribué à déstabiliser le régime de l'apartheid en 1976-77 et en 1985-88. Elle peut encore menacer le régime post-apartheid parce que la population qui ne dispose que d'un logement précaire représente toujours l'essentiel et 5 millions d'habitants sont dans des bidonvilles. Selon Jeune Afrique du 4 mai 2004, « 40% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Les noirs ont un taux de chômage de 50% contre 10% pour les blancs et de 75% pour les 16-24 ans. Les townships où vivent plusieurs millions de personnes offrent un environnement insalubre et dangereux. Contrairement à la paranoïa développée par les riches et les blancs, les principales victimes de violence sont bien les noirs. » La misère, le chômage, la violence sont toujours le pain quotidien de la grande majorité de la population noire même si une grande bourgeoisie et une petite bourgeoisie noires ont fait leur apparition. Les inégalités se sont accrues et, face à un enrichissement d'une minorité de noirs, 22 millions de sud-africains vivent avec moins de un dollar par jour alors que la croissance du PIB était de 3,7% en 2004. La hausse massive du chômage est niée par le gouvernement qui publie des statistiques en contradiction flagrante avec la réalité vécue par la population. Dans sa lettre hebdomadaire aux membres de l'ANC de fin mai 2005, le président Thabo Mbeki déclarait qu'il était impossible que 26,9% (contre 23% en 2003) soit douze millions sur 44 millions soient sans emploi. « C'est un nombre trop grand pour qu'on ne les ait pas remarqué ». Il affirmait que « La question est plus un manque de qualification qu'un manque de travail. (..) Le chômage n'a augmenté que dans la mesure de la hausse des aides aux plus pauvres. », une manière de dire que c'est la faute des travailleurs s'ils ne sont pas assez qualifiés et que les pauvres ne devraient plus être aidés pour être obligés à travailler. Les syndicats répondaient que Thabo Mbeki avait mis des années à admettre que le virus HIV causait le sida et qu'il n'était pas étonnant qu'il nie l'existence d'un chômage massif. Le sida est d'ailleurs la principale catastrophe de l'Afrique su sud avec la misère car elle condamne une grande partie des enfants à devenir des orphelins et les malades n'ont pas les moyens de se soigner.</p>
<p>La situation est telle que la centrale syndicale COSATU, qui fait pourtant partie intégrante de la coalition au pouvoir, s'est crue obligée de faire mine de s'opposer publiquement au projet de réforme du droit du travail proposé par le gouvernement ANC, un véritable plan de déréglementation sociale pour favoriser le bourgeoisie. Sous prétexte de favoriser l'embauche des jeunes, il s'agit s'imposer la flexibilité des salaires, des horaires et des conditions de travail. L'Afrique du sud est le théâtre d'une offensive anti-sociale tous azimuts. L'Etat intervient violemment contre les grévistes, réprime les townships, réduit les aides aux chômeurs et aux sans logis. Les municipalités font de même et réduisent également les aides aux pauvres.</p>
<p>En fait, avec la fin de l'Apartheid, la bourgeoisie sud-africaine a eu gain de cause : la révolte a été pacifiée et le pays dirigé par des noirs a pu se tourner vers un rôle de leader économique (vendeur d'armes notamment) et politique du continent africain. Le pays pèse un quart du PIB de toute l'Afrique soit l'équivalent de la Grèce. « L'Afrique du sud n'existera que si elle a sa place dans le monde » déclare un ministre. Et le pays intervient dans un nombre de plus en plus grand de conflits africains, prenant la place de la France notamment auprès des dictateurs africains. Pour les travailleurs noirs, la fin de l'Apartheid en 1994 signifiait l'espoir d'une vie meilleure, et ils ont fait, à tort, crédit aux dirigeants de l'ANC. Dorénavant, ils savent qu'ils ne peuvent compter que sur leurs propres forces.</p>
<p>Et la force des travailleurs reste la principale du pays comme le retour des grandes grèves le démontre. Le 10 août 2005, près de 100000 mineurs sud-africains en grève illimitée. Premier arrêt national depuis 18 ans. Les grévistes, membres du syndicat national des mineurs (NUM) protestent à la fois contre les conditions de salaire et de travail dans l'industrie. La direction propose d'augmenter les salaires de 5-6% mais le syndicat dit que cela ne prend pas en compte la hausse du prix de l'or. En même temps, 800 000 travailleurs municipaux sont aussi en grève pour les salaires et s'affrontent à la police. Le syndicat appelle à la grève illimitée après que trois journées d'action en août et une autre en juillet. L'arrêt des mines coûte environ une perte de $12m par jour, selon un analyste. C'est une des plus grandes luttes de travailleurs depuis la fin de l'apartheid. « Je ne pense pas que l'industrie peut se permettre une grève, mais je suis absolument convaincu qu'elle ne peut pas se permettre une augmentation des salaires » a dit Bernard Swanepoel, PDG de Harmony Gold. Mais selon le NUM, puisque les cours de l'or et du rand montent en flèche depuis deux ans, les mineurs – qui travaillent souvent à 40°C à 3 km sous terre – réclament une meilleure répartition des bénéfices. Et un autre syndicat, Solidarity, semble se joindre à la lutte. La plupart des membres de ce syndicat Solidarité sont blancs et c'est rare de sa part de prendre part à une action aux côtés du syndicat NUM, principalement noir.</p>
<p>En novembre 2006, les mineurs sont à nouveau en grève, rappelant que désormais la fin de l'apartheid n'est plus un argument anti-grève. Des Noirs gouvernent et d'autres travaillent. Entre eux, il n'y a aucune solidarité mais une opposition claire et franche : une opposition de classe, comme partout dans le monde.</p>
<p>Extraits de « Une gauche syndicale en Afrique du sud (1978-1993) » de Claude Jacquin :<br class='autobr' />
« Les années quatre-vingt ont été, dans l'histoire sud-africaine, celles des plus grandes mobilisations politiques et sociales. Le mouvement syndical fut l'un des principaux protagonistes. (…) La gauche syndicale forma notamment la Fédération syndicale FOSATU en 1979 (Federation of South African Trade Unions). (…)<br class='autobr' />
Durant les années soixante-dix, plusieurs courants syndicaux se sont développés et se sont progressivement différenciés sur fond de reprise des conflits sociaux. (…) Le premier s'est constitué autour de la tradition syndicale du South African Congress Trade Union (SACTU) et de son lien à l'African National Congress (ANC). Le second s'est formé à partir de la mouvance Black Consciousness (Mouvement de la Conscience noire). Il formera notamment le Council of Unions of South Africa (CUSA), un certain nombre de dirigeants du CUSA étant liés à l'organisation politique Azanian People's Organization (AZAPO). Le dernier, enfin, est apparu de manière originale, sans lien apparent avec un courant politique connu. Il a donné naissance, en 1979, à la Federation of South African Trade Unions (FOSATU), la nouvelle fédération unitaire. (…) Ce courant a donné naissance aux principaux syndicats de l'industrie (hormis celui des mines) c'est-à-dire, entre autres, de l'automobile, de la métallurgie, de la chimie, du textile. Il a développé au début des années quatre-vingt un projet syndical original et ce, à partir d'une conception explicitement indépendante des principales forces politiques. (...)<br class='autobr' />
Il faut comprendre pourquoi un pays semi-industrialisé et disposant déjà d'un appareil d'Etat solide « s'aventure », après 1947, dans l'aggravation d'un système de ségrégation raciale produit du colonialisme, à une époque où commence à se poser le problème des formes nouvelles de contrôles politique et économique des empires. (…) Le danger d'une nouvelle résistance des ouvriers noirs avait été démontré par la grève des mineurs africains de 1946. Bien que cette grève ait été défaite et que les tentatives de solidarité parmi les travailleurs urbains aient échoué, l'Etat avait besoin de trouver une solution à long terme au problème du contrôle social. (…) <br class='autobr' />
Ainsi, au-delà des professions de foi politiques ou idéologiques des uns et des autres sur la supériorité de la race blanche ou sur une meilleure intégration des Noirs, divers secteurs discutaient depuis plusieurs années de la meilleure manière de maintenir une main d'œuvre au moindre coût tout en évitant la dislocation du système politique. La victoire électorale du Parti national en 1948 sanctionna la victoire de la seconde option, ouvrant une nouvelle période de l'histoire sud-africaine, jusqu'à ce que ce choix s'épuise progressivement au cours des années soixante-dix. (…) L'observation des taux de production des mines d'or montre que la production augmente substantiellement et régulièrement de 1952 jusqu'à 1970 avec un seul petit recul en 1967. (…)<br class='autobr' />
Au début des années soixante-dix, les deux principales fédérations de syndicats enregistrés étaient le Trade Union Council of South Africa (TUCSA) avec environ 234.000 membres (60% étant métis) et la South African Confederation of Labour (SACOL) avec 180.000 adhérents (en fait uniquement des syndicats de travailleurs blancs). (…) Des soixante syndicats non enregistrés qui existaient en 1961, trente-six avaient été affiliés au South African Congress of Trade Unions (le SACTU lié à l'ANC) et seize à la Federation of Free African Trade Union of South Africa (la FOFATUSA liée au PAC qui s'éteint en 1966). (…) L'essentiel des cadres du SACTU quittèrent le pays pour l'exil malgré le fait que le SACTU ne fut jamais interdit. (…) Ce fut le tournant de l'ANC vers une « stratégie de lutte armée » à partir d'un état-major en exil. En tout cas, au début des années soixante-dix, l'influence de l'ANC dans le mouvement syndical est fortement affaiblie et ne passe plus par une structure spécifique comme cela avait pu l'être avec le SACTU. (…)<br class='autobr' />
Avec les grèves du Natal en 1973 (…) D. du Toit écrit (…) Les travailleurs africains qui avaient peur de rejoindre des syndicats jusqu'à la fin des années soixante ne craignaient plus quelques années plus tard de participer ) des grèves illégales. » (…) 69 grèves en 1971 pour 4.196 grévistes, 71 grèves en 1972 avec 8.814 participants, 370 conflits du travail en 1973 avec 98.029 grévistes et, en 1974, 384 grèves engageant 58.975 travailleurs. (d'après Darcy du Toit)<br class='autobr' />
(…) Darcy du Toit écrit : « Les militants radicaux sur le terrain syndical n'avaient pas grand-chose à faire avec leurs homologues du mouvement de la Conscience noire. Alors même qu'en un sens les activités des intellectuels noirs et blancs étaient parallèles, elles demeuraient séparées du fait même de l'idéologie de la Conscience noire. Ironiquement ce furent les intellectuels blancs qui furent les plus capables d'approcher les ouvriers africains sur la base des intérêts de classe. Le Mouvement de la Conscience noire, en général, a minimisé ces intérêts et a approché des travailleurs noirs non pas comme des ouvriers mais comme des Noirs. » (dans « Capital et Travail en Afrique du sud, luttes de classe des années 70 ») (…)<br class='autobr' />
Les événements de Soweto, de juin 1976, allaient confirmer le changement politique en cours dans le pays. La révolte des jeunes du Transvaal s'ajouta à la renaissance du mouvement ouvrier noir pour déboucher sur les grands mouvements sociaux et politiques des années quatre-vingt. (…)<br class='autobr' />
La fondation de la FOSATU en avril 1979 représentait, depuis la disparition de la SACTU et l'autodissolution de la FOSATUSA, la réapparition d'une fédération majoritairement composée de syndicats non-enregistrés. (…) A son lancement cette dernière annonçait 45.000 membres au sein de douze syndicats. Parmi ceux-ci, seuls deux étaient nés avant la période 1973-74 : le National Automobile and Allied Workers Union (1967) et le Jewellers and Goldsmiths Union (1939). La philosophie générale était : « refus de la division raciale, contrôle ouvrier, syndicats de branche, organisation à la base, indépendance ouvrière, solidarité ouvrière internationale, unité syndicale. » (…) Cette position exprima tout à la fois la préoccupation d'une indépendance organique par rapport à tout mouvement politique, dont l'ANC, et celle d'un projet stratégique indépendant identifiant classe ouvrière, mouvement ouvrier et mouvement syndical. (…) La FOSATU est implantée dans les secteurs industriels représentatifs de l'évolution récente de l'économie du pays : la métallurgie (Metal and Allied Workers Union) et surtout l'Automobile (National Automobile and Allied Workers Union) avec une nette croissance au niveau de concentration de la main d'œuvre : le textile (NUTW), l'alimentation (SFAWU), et la chimie (CWIU) qui ont connu eux aussi une forte croissance des effectifs (…). <br class='autobr' />
On peut tout d'abord noter l'importance des dirigeants blancs :</p>
<p> Alec Erwin, secrétaire général du TUACC puis de la FOSATU (…)</p>
<p> John Copelyn, dirigeant du syndicat du textile, basé à Durban</p>
<p> Rob Crompton, dirigeant de la chimie, basé à Durban</p>
<p> Berny Fanaroff, astrophysicien de formation, dirigeant de la métallurgie, basé à Johanesburg. <br class='autobr' />
(…) Leur motivation comportant un fort volet politique consistant, en général, à faire le choix de la construction syndicale pour établir un instrument plus spécifiquement « ouvrier » dans la lutte anti-apartheid. (…)<br class='autobr' />
On pourrait aussi souligner la très grande collaboration entre Alec Erwin et Enver Motala, intellectuel de Durban. Ce dernier dirigeait le bureau local du SACHED-Lacon, un organisme indépendant et fédératif de publication et de formation au profit des mouvements sociaux. Enver Motala travailla avec Alec Erwin à l'élaboration du programme de formation des cadres de la FOSATU (…) qui comportait un volet sur la crise bureaucratique de l'Union soviétique. C'est l'organisme de Durban du Lacon qui publia en 1987 un livre de formation sur l'histoire du mouvement syndical tout à fait proche des analyses de l'ancienne FOSATU. (…)<br class='autobr' />
Vers la fin des années vingt, des militants adhérant aux critiques trotskystes se détachaient du Parti communiste. Certains d'entre eux furent les dirigeants d'un mouvement assez large dans les années quarante, portant le nom de Unity Movement. Par ailleurs, un syndicaliste de renom dans les années trente et quarante, Max Gordon, était trotskyste. Ce courant s'est fragmenté et fortement affaibli dans les années cinquante. Mais il existait toujours au Cap, dans les années soixante-dix, une forte implantation de ces groupes, principalement parmi les enseignants et la jeunesse militante noire. (…) Le dirigeant du syndicat des travailleurs municipaux du Cap avait été membre du Unity Movement. Marcel Golding, avant de devenir un dirigeant du syndicat des mineurs, a fait partie d'un petit groupe d'étude d'orientation trotskyste. Il faut souligner que dès le début des années quatre-vingt, ces cadres syndicaux considèrent tous ces groupes comme sectaires et obsolètes. (…) Alec Erwin souligne par ailleurs qu'ils pensaient dès cette époque que la perspective de fondation d'un parti était prématurée et qu'ils étaient effrayés par les dégâts de la division et du sectarisme dans l'extrême gauche britannique. (…) Les orientations suivantes leur sont communes :</p>
<p> une opposition à l'ANC à partir d'une lecture critique de la « Charte de la Liberté » considérée comme un document « nationaliste », ne distinguant pas les intérêts divergents entre classes sociales au cours de la lutte de libération</p>
<p> une opposition aux relations avec les libéraux blancs, avec le Parti fédéral progressiste (PFP) voire avec l'association des étudiants blancs, NUSAS</p>
<p> une affirmation du rôle central, si ce n'est exclusif, de la classe ouvrière dans les luttes d'émancipation et de transformation de la société, et ce, en opposition avec la stratégie de l'ANC et du Parti communiste</p>
<p> une critique du Parti communiste comme courant prosoviétique, sectaire et « stalinien ».<br class='autobr' />
Dans ce cadre, c'est la FOSATU qui apparaissait, en ce début des années quatre-vingt, comme la seule vraie tentative, large et représentative, de mettre en pratique une telle identité politique. (…) Le débat va s'accélérer à partir du début de l'année 1982. En avril de cette année-là, la FOSATU tient son second congrès. Un rapport politique général a été préparé par le noyau de direction et est présenté par Joe Foster. (…) Le rapport Foster semble correspondre à une période d'euphorie au sein de la FOSATU. Il faut en effet souligner qu'en 1982 l'ANC reste une force relativement faible. Il n'a pas reconstruit son hégémonie politique sur toute l'opposition à l'apartheid comme il sera capable de la faire à partir de 1984. Il peut même apparaître comme un mouvement handicapé par l'exil de sa direction et incapable de saisir les changements profonds survenus dans le pays. Le noyau dirigeant de la FOSATU se sent, à l'inverse, en phase avec les évolutions socio-économiques : importance grandissante des conflits du travail, émergence d'une nouvelle génération ouvrière, formation de nouvelles expériences de confrontation avec l'Etat et le patronat. Le rapport de Joe Foster souligne la possibilité nouvelle de placer la lutte contre l'apartheid sous le drapeau des « luttes anti-capitalistes ». C'est une orientation qui s'écarte ouvertement des postulats politiques de l'ANC et du Parti communiste. (…) Foster parle à ce propos de « construire le mouvement ouvrier » après avoir parlé de « parti des travailleurs », en opposition à la notion de mouvement de libération incarné par l'ANC. Le contexte international de 1982, marqué entre autres par l'essor de Solidarnosc en Pologne, permet alors à la direction de la FOSATU de présenter ses vues sur le « socialisme réellement existant. » (…) En octobre 1983, le journal « Fosatu – workers news » publia un article en double page centrale sur Solidarnosc et la Pologne. (…) Au Brésil, c'est une équipe de syndicalistes de la métallurgie qui, en 1979, avait lancé l'idée d'un « parti des travailleurs ». C'est finalement ce qu'ils réalisèrent en fondant ce parti autour d'Ignacio Lula da Silva, dirigeant syndical de la banlieue de Sao Paulo. En 1985, les numéros 39 et 40 de « Fosatu – workers news » publiaient un long article de reportage sur le Parti des Travailleurs du Brésil. (…) <br class='autobr' />
Il faut garder en mémoire que les années 1980-1982 voient une nouvelle accélération des conflits du travail et un renforcement des organisations syndicales :</p>
<p>Années : 1978 1979 1980 1981 1982</p>
<p>Nb de grèves : 106 101 207 342 281</p>
<p>Nb de grévistes : 14160 22803 61785 92842 189022</p>
<p>(…) Ce sont les syndicats de la FOSATU qui totalisent le plus de grèves à leur actif, et notamment ceux de la métallurgie et de l'automobile. (…) Seul le secteur des mines totalise, en 1982, un nombre supérieur de grévistes, malgré un nombre total de débrayages plus modeste. Mais il s'agit pour l'essentiel d'un seul conflit en juillet, sur des questions de salaires, impliquant neuf mines du Transvaal et trois autres au Natal. La répression fut très dure et de nombreux grévistes furent renvoyés dans leurs bantoustans. Il s'agissait du plus grand conflit dans les mines depuis la grève de 1946, annonciateur de la place qu'allait bientôt prendre ce secteur dans le mouvement syndical. <br class='autobr' />
(…) L'un des grands problèmes auquel dû faire face le mouvement syndical fut singulièrement celui du développement d'une autre forme d'organisation de la population noire : les civics ou community associations. Sous ce vocable ont été souvent regroupées toutes les formes associatives se développant au niveau des townships. (…) Les civics se sont rapidement développées au Cap à la fin des années soixante-dix. Elles prolongeaient d'une certaine manière les formes d'organisation au sein des townships qui étaient apparues au cours des mouvements de juin 1976 au Transvaal. (…) Beaucoup ont pu apparaître sous la forme de comité de lutte, soit pour le boycott des transports en commun contre une augmentation des tarifs, soit pour un boycott des loyers contre l'augmentation de ceux-ci. Certains ont pris la forme de comité politique traitant de tous les problèmes de la communauté. (…) Il semble que le développement des civics se soit surtout fait au départ au Cap sous l'impact de deux courants politiques concurrents à l'époque dans cette région : celui de la gauche politique indépendante (la nébuleuse politique héritière du Unity Movement) et celui lié ou influencé par l'ANC. C'est ainsi qu'au Cap les militants du Unity Movement formèrent avec les associations qu'ils contrôlaient Federation of Cape Civic Associations et que les militants de l'ANC et du Parti communiste formèrent de leur côté le Cape Area Housing Action Committee (CAHAC). S'y est rajoutée l'activité propre du parti Azapo et celle des militants du PAC. (…) Pour la gauche syndicale le problème était donc assez complexe. Elle voyait se développer une forme complémentaire d'organisation sociale susceptible de toucher la grande masse de ceux et celles qui ne travaillent pas ou éteint employés dans des entreprises inaccessibles au mouvement syndical. (…) <br class='autobr' />
Nombre de ces associations avaient comme principaux activistes des gens socialement stables ayant une certaine habileté politique. Beaucoup de ceux-là étaient des enseignants, des hommes d'églises, des médecins et plus généralement des membres de familles à revenus moyens au sein des quartiers. (…)<br class='autobr' />
Plus l'ANC étendait son influence sur les civics plus cela devenait un face-à-face entre ce parti (avec ses militants apparaissant sous le drapeau de leur association et défendant la « Charte de la Liberté » et les principaux syndicats de la FOSATU. (…) Les exemples abondent avec parfois des cas de violence physique. Les dirigeants de la FOSATU se plaignent que (…) des groupes de jeunes liés aux civics s'en prennent parfois à des travailleurs effectuant normalement leur travail. (…) « Au début du mois de mai, il y eut les funérailles d'un membre du FOSATU qui avait été tué durant les heurts. Au cours de la procession des groupes de jeunes ont lancé des pierres contre celle-ci. »<br class='autobr' />
(…) Les 5 et 6 novembre 1984 se déroula une grève générale dans la région du Transvaal. Cette grève fut conjointement appelée par le mouvement syndical, dont la FOSATU, et des organisations affiliées à l'UDF (dont l'organisation étudiante COSAS). (…) Cette grève du Transvaal de novembre 1984 fut un énorme succès et le gouvernement ne s'y trompant pas réprima essentiellement des syndicalistes. Plusieurs dirigeants dont Chris Dlamini (FOSATU), Moses Mayekiso (FOSATU), P Camay (CUSA) furent arrêtés. L'entreprise d'Etat Sasol (Pétrole), par exemple, licencia 90% des 6.500 travailleurs. (…)<br class='autobr' />
Si l'ANC ne réussit jamais, jusqu'an 1985, à s'affirmer de manière hégémonique dans le mouvement syndical, il n'en fut pas de même au niveau des civics et du mouvement de la jeunesse scolarisée. Le projet originel de Joe Foster et de la FOSATU impliquait une intervention syndicale hors des entreprises, dans les townships. Le projet existait, il était discuté mais ne fut jamais vraiment tenté. L'ANC disposa ainsi d'un espace supplémentaire pour se reconstruire à l'intérieur du pays. Il le fit en utilisant sa modeste présence syndicale (SAAWU, MACWUSA,…), ses rapports avec les églises (Desmond Tutu et Alan Boestak) ainsi que ses relations avec des milieux libéraux démocrates blancs (par exemple le syndicat étudiant NUSAS ou des éléments du Parti Fédéral Progressiste). L'occasion fut l'annonce par le gouvernement d'une modification constitutionnelle en vue d'un système à trois chambres (blanche, métis et indienne) et d'un conseil présidentiel consultatif. L'ensemble des forces d'opposition dénoncèrent ce projet. Et appelèrent au boycott (…) mais s'opposèrent le courant ANC et celui des divers groupes de la gauche « trotskyste ». Alors qu'une partie de ces derniers fondaient le National Forum Committee avec l'Azapo, l'ANC de son côté mit en place l'UDF, en prenant bien soin de donner, dans un premier temps, une place substantielle aux représentants des églises. (…) La mise en place de l'UDF produisit une aggravation de la tension entre le courant ANC et la gauche syndicale. (…) Il est facile de voir la contradiction qu'il y a entre la fondation de l'UDF et le projet du rapport Foster. (…) Le comité central du FOSATU prit position le 15 et 16 octobre 1983 : « La FOSATU a décidé de ne pas s'affilier à l'UDF. (…) L'UDF représente une variété d'intérêts de classe (…) » <br class='autobr' />
La réplique de l'ANC fut d'une extrême véhémence. (…) En substance :</p>
<p> les syndicats qui ne sont pas dans l'UDF mènent une politique « écoomiciste » et se refusent à participer au combat politique pour la fin de l'oppression.</p>
<p> ces syndicats sont dirigés par des gens qui ont eux-mêmes un projet politique, et celui-ci est entièrement tourné contre la direction historique et légitime que sont l'ANC et la SACTU (voire le Parti communiste).</p>
<p> ces directions sont incapables de comprendre l'importance des alliances sociales dans un pays comme l'Afrique du sud et dans la lutte contre l'apartheid. (…) Le Parti communiste (SACP) joua également un rôle de tout premier plan dans ces polémiques. (…) Dans le couple ANC-SACP, le premier est en effet considéré comme le cadre large, mais cependant dirigeant, de la lutte de libération nationale et de « la révolution démocratique nationale ». (…) Au début des années 1980, une partie de la direction de l'ANC est formée de membres du PC et l'appareil de la SACTU est essentiellement composé de membres du parti. Il faut aussi rappeler que l'aile armée, Umkhonto we Sizwe, n'a pas été conçue au départ comme un simple pseudopode de l'ANC, mais comme un organe conjoint de l'ANC et du PC. (…)<br class='autobr' />
La gauche syndicale sous-estime le poids de l'ANC et du Parti communiste. C'est avec retard qu'elle découvre le prestige de l'ANC et de Nelson Mandela, l'impact sur la jeunesse des actions de propagande armée et surtout la capacité des cadres du SACP à reconstituer dans les civics puis dans les syndicats la base large qu'ils n'avaient pas encore au début des années quatre-vingt. De ce point de vue la création de l'UDF marque un tournant dans la course de vitesse que se livrent ces deux forces. (….) Si l'on compare les textes de l'ANC et ceux de la FOSATU ayant valeur de propagande générale, on constate que le premier a plutôt tendance à annoncer un débouché victorieux sur court ou moyen terme (…) La direction de l'ANC opta pour une propagande ultra-radicale, décrivant une situation insurrectionnelle et un mouvement de masse aux portes du pouvoir. (….) Durant toute cette période le sectarisme des activistes de l'UDF sera à son comble à l'encontre de tous ceux qui ne dressent pas bannière de la Charte de la Liberté, que certaines directions syndicales vont vivre comme une menace pour le mouvement ouvrier. (…)<br class='autobr' />
C'est en septembre 1985 que se déroula la première grande initiative publique de contact entre les libéraux blancs et la direction de l'ANC. Une délégation importante se rendit à Lusaka dont Garvin Relly, dirigeant de l'Anglo American. Il dira à ce propos : « ce fut une des journées les plus agréables que j'ai jamais passée. » (…) Le 27 septembre 1985, 90 des plus grands noms du monde des affaires et de la haute finance, appartenant essentiellement à la communauté anglophone, signaient un document réclamant la fin de l'apartheid. (…) L'évêque Desmond Tutu et le leader de l'Inkhata Buthelezi soutinrent ce document. Parmi les signataires se trouvaient les patrons de la Nedbank, de Toyota, de la banque Barclays, de l'Anglo American (dont H.F.Oppenheimer), d'IBM, de Data, de Coca-Cola, du groupe de presse Argus, de Colgate, de Volkswagen, de General Motors… (…)<br class='autobr' />
Le congrès du COSATU, le South African Trade Union Congress, eut lieu du 29 novembre au 1er décembre 1985, à Durban. (…) Le rapport de forces interne réel va être déterminé par le syndicat des mines, la NUM. Celui-ci avait été créé en 1982 et avait adhéré au CUSA. Mais il avait rompu avec ce dernier et basculé dans le camp de ceux qui formeront le COSATU. Sa direction vient donc majoritairement de la Conscience noire mais, très vite, son principal dirigeant, Cyril Ramaphosa, s'affiche comme le plus chaud partisan du courant chartiste à la tête du plus gros syndicat de la nouvelle fédération. (…) Les relations internes allaient demeurer très tendues jusqu'en 1987. De forts doutes naîtront chez les anciens de la FOSATU sur la viabilité de l'unité. Les attaques des partisans de l'ANC seront incessantes. (…)<br class='autobr' />
Des personnalités libérales (…) vont rencontrer les dirigeants de la COSATU. Un premier contact se fait à Harare avec Jay Naidoo, son secrétaire général, fin 1985, puis les 5 et 6 mars 1986, une réunion se tient à Lusaka avec des délégations du COSATU, de l'ANC et de la SACTU. (…) La mise en forme concrète de cette « alliance » se fit, de manière privilégiée, entre le COSATU et le South African Youth Congress (SAYCO). (…) L'axe COSATU-SAYCO est présenté comme un axe usines-townships et comme un moyen de régler pacifiquement le passif entre syndicalistes et jeunes activistes des civics. (…) Le courant chartiste avait progressivement présenté l'alliance COSATU-UDF et COSATU-SAYCO comme étant fondée sur la Charte de la Liberté. La préparation du congrès de 1987 sera l'occasion de pousser l'avantage et de réclamer que chaque syndicat fasse du programme de l'ANC sa propre référence. (…) Pour la NUM, la Charte était alors « un guide pour la lutte contre l'oppression nationale ». (…) Le Parti communiste, pour sa part et sans surprise, donne son aval aux positions de la NUM : « L'adoption de la Charte de la Liberté par le récent congrès de la NUM reflète correctement le sentiment et la compréhension des masses populaires. C'est un signe donné au mouvement syndical pour un lien plus réaliste, dans la période actuelle, entre lutte économique et lutte politique. » (…) Finalement Jay Naidoo, le secrétaire général de la COSATU, cherchera à concilier les différentes positions (…) : « En adoptant la Charte, nous voyons cela comme un cadre de référence et non comme un schéma. (…) Il n'y aura pas de suspension de la lutte pour une société sans exploitation. » (…)<br class='autobr' />
Tous les débats de cette période doivent se comprendre dans le cadre d'une très forte activité syndicale et gréviste. (…) Le début de l'année 1987 voit des mouvements grévistes d'une très grande intensité : la grève des cheminots et des postiers, la grève des employés de commerce (…) Pour une partie des syndicats (essentiellement l'aile chartiste) la question du pouvoir est bien entrain de se poser. La question du programme politique est ainsi perçue comme une question de court ou moyen terme : quelle sera la nature d'un « gouvernement ANC » ? (…) La question de la Charte de Liberté (adoptée par la majorité des syndicats de la COSATU) est celle de l'acceptation d'un monopole accordé au seul ANC (…) En 1987 et 1988, la gauche syndicale n'a plus le monopole des références au « socialisme ». Dans le mouvement syndical, l'aile liée au SACP en a également fait sa bannière. (…)<br class='autobr' />
Devant le Parlement, le 2 février 1990, Frederick De Klerck annonçait qu'il avait décidé, dans la perspective d'une négociation globale, la légalisation de l'ANC, du Parti communiste et de toutes les organisations interdites : « La dynamique en cours dans la politique internationale a également créé de nouvelles opportunités pour l'Afrique du sud. (…) L'écroulement du système économique en Europe de l'Est constitue aussi un signal. » (…) Le Parti communiste sud-africain était désormais sous la pression soviétique (…) La direction du SACP avait toujours montré un suivisme sans faille envers les positions du Parti communiste d'Union soviétique. (…) L'ANC et le Parti communiste décidèrent à la suite de leur légalisation en 1990 la « suspension de l lutte armée ». La Charte de la Liberté fut progressivement oubliée au profit d'une série de propositions constitutionnelles ou économiques de l'ANC qui s'éloignaient de plus en plus des professions de foi antérieures. La perspective de la nationalisation des plus grandes entreprises fut écartée (…) <br class='autobr' />
En 1989-1990, le cadre de réflexion est donné par Alec Erwin : « Nous devons nous préparer à gouverner et à reconstruire le pays. (…) Notre priorité est de renforcer nos organisations politiques – l'ANC et le Parti communiste – et les syndicats, les civics. » (…) Au début d'année 1994, alors qu'en apparence le gouvernement et la direction de l'ANC se dirigent avec quiétude et à l'amiable vers les élections du 27 avril, la société, elle, reste une norme marmite bouillonnante. (…) L'ANC et le parti national de F.W. De Klerk s'apprêtent désormais à cogérer l'Etat sud-africain (…) ce choix politique ne libère pas pour autant la société sud-africaine de son héritage raciste. La pauvreté des plus pauvres s'est même aggravée au cours des trois dernières années. »</p>
<p>Extraits de « Vers le pouvoir populaire, un pari à gagner », déclaration du Comité central du Parti communiste sud-africain de novembre 1979 :<br class='autobr' />
« Dans notre situation, la lutte pour mettre fin à l'exploitation capitaliste ne peut être séparée de la lutte contre la tyrannie nationale. Une « lutte de classe » qui ignorerait cette vérité ne pourrait combattre s'en amphithéâtre et non dans la véritable arène de combat. C'est cette réalité qui permet d'expliquer pourquoi nous estimons qu'à l'étape actuelle de notre lutte la principale stratégie est de lutter pour remporter notre révolution démocratique nationale, première étape vers une transformation socialiste. (…) Notre histoire nous apprend qu'une large alliance des forces sociales renforce plutôt qu'elle n'affaiblit la volonté de libération. (…) Nier toute possibilité pour les couches moyennes noires de jouer un rôle aux côtés de la révolution serait une simplification grossière et dangereuse. (…) Il faut prendre toutes les mesures possibles pour consolider et élargir le véritable mouvement syndical qui refuse tous les efforts déployés pour éloigner les ouvriers de la lutte de libération nationale. (…) Les ouvriers doivent refuser de s'inscrire aux syndicats « multiraciaux » qui en feraient des pions dans le jeu des ouvriers blancs. (…) La politique de la lutte armée, les attentats contre l'ennemi et les mesures prises pour que l'armée de libération nationale puisse se retrancher dans les villes comme dans les campagnes sont un élément vital de la stratégie de libération. (…) Notre parti est une composante essentielle de l'alliance révolutionnaire en vue de la libération nationale que dirige l'ANC. En tant que tel, il n'a aucun intérêt qui le sépare de l'un quelconque des éléments de cette alliance que nous avons toujours cherché à renforcer. (…) Construisons en 1980, 25e anniversaire de la Charte de la Liberté, un large front de toutes les forces patriotiques et anti-racistes sous la bannière de l'ANC. »</p>
<p>Sur le combat du Parti communiste sud-africain contre le courant « lutte de classe » au sein du FOSATU :<br class='autobr' />
Extraits d'un article de Ruth Nhere de la revue « The African Communist » du Parti communiste sud-africain n°99 de septembre 1984 :<br class='autobr' />
« Un ouvriérisme économiste<br class='autobr' />
Les grandes avancées du mouvement syndical indépendant en Afrique du sud depuis 1973 ont été bien appréciées comme fondamentales dans notre lutte révolutionnaire. Il y a cependant d'importantes divergences de vue concernant le rôle et les possibilités de ces luttes syndicales. Un des courants de pensée les concernant peut être appelé « ouvriérisme » ou « classisme » est en fait une variante de ce que Lénine avait appelé « l'économisme » en Russie et qu'il avait combattu en ces termes : « La prétention que la politique doit suivre avec obéissance l'économie est une pensée à la mode, qui exerce une influence irrésistible sur la masse de la jeunesse attirée par le mouvement, mais qui, dans la majorité des cas, ne connaît du marxisme que ce qu'en ont dit les publications légales. » C'est un économisme de ce type qui forme la base d'adresse de Joe Foster à la conférence de 1982 du FOSATU, conférence si bien critiquée par Toussaint dans son article pour la revue « The African Communist », article intitulé « Un syndicat n'est PAS un parti politique ». La question du rôle du mouvement syndical et son alliance avec le mouvement démocratique dans son ensemble sont toujours chaudement débattues comme le montrent les débats sur la question de l'adhésion des syndicats à l'United Democratic Front. Dans une récente publication du Cap, « Social Review », un auteur anonyme répondait à un article d'un numéro précédent qui défendait la ligne ouvriériste contre les alliances entre classes sociales : « Je voudrait répondre que, si ce sont les travailleurs qui dirigent la lutte, une plus grande conscience socialiste sera développée au sein de la classe ouvrière si celle-ci mène des alliances entre classes et les dirige elle-même. » <br class='autobr' />
(…) L'idée d'une spontanéité du mouvement de la classe ouvrière et sa « pureté » semblent caractéristiques des conceptions d'une partie des intellectuels travaillant dans le mouvement syndical indépendant. Argumentant contre les alliances avec d'autres classes et groupes sociaux dans la lutte politique, ils proclament que « les travailleurs eux-mêmes doivent décider à quel moment et à quelles conditions une telle alliance serait souhaitable. »<br class='autobr' />
(…) Les avocats de l'ouvriérisme nient farouchement que leurs arguments servent à combattre le rôle du parti politique de classe. Ils affirment qu' « il n'y a pas, pour le moment, une telle organisation spécifique de la classe ouvrière en Afrique du sud. » Ces sentiments sont ceux qui sont repris dans la direction du FOSATU. On pourrait penser qu'il s'agit de gens qui espèrent, et attendent, qu'une telle organisation politique de la classe ouvrière, sur la base d'une conscience socialiste, apparaisse dans le cours des événements mais il semble au contraire que cela ne soit pas leur but. En lisant leurs publications, on discerne une autre stratégie.<br class='autobr' />
Certains d'entre eux ont été fascinés par l'exemple du Brésil. Un article récent sur ce pays dans le « South African Labour Bulletin » tente de dresser un parallèle avec les développements récents en Afrique du sud. Au brésil, ils rappellent que le militantisme syndical de masse a donné naissance à un parti politique qui « s'est rapidement développé chez les travailleurs, les chômeurs, la base de l'Eglise, la jeunesse progressiste et les intellectuels de gauche… » L'auteur mentionne en passant que ce parti « a attiré beaucoup d'hostilité de la part du Parti communiste brésilien illégal qui prétend (nous soulignons) qu'ils détiennent historiquement le titre de parti des travailleurs. »<br class='autobr' />
Le Brésil sert aussi de base d'étude au programme de formations militantes du FOSATU et à son journal. Dans ce cas, le raisonnement et les critiques contre le Parti communiste sont d'avantage sous-entendues qu'explicites : « Ce sont les travailleurs de la Métallurgie et du Textile qui ont lancé la réorganisation des syndicats illégaux. Chaque année depuis 1977, les travailleurs avaient mené des grèves pour leurs droits et pour de meilleurs salaires… Il en est sorti un Parti des Travailleurs afin de représenter les ouvriers dans les futures élections. Cela rencontra l'opposition de l'Etat, des autres partis et des dirigeants des syndicats officiels. »<br class='autobr' />
Probablement que les auteurs de ce type de document ont conscience qu'un anticommunisme trop ouvert ne leur permettrait pas d'obtenir le soutien qu'ils recherchent au sein de la classe ouvrière. Cependant, ils font semblant d'ignorer le programme et même l'existence de l'ANC et du Parti communiste sud-africain. (…) Les tentatives de cacher l'histoire, la stratégie et les tactiques des organes existants du mouvement de libération, l'ANC et le Parti communiste sud-africain, doivent être combattues dans les syndicats et au niveau du débat théorique, dans la propagande légale et illégale. Certains de ces écrits liés à ce groupe jouent un rôle important de division contre le mouvement de masse. Un article dans la presse estudiantine « Work in progress » caractérise par exemple le United Democratic Front comme mouvement « libéral radical » ayant sa base de classe « au sein de la petite-bourgeoisie noire et surtout indienne. » (…) Ils n'ont pas du tout perçu les interactions entre oppression nationale et oppression de classe qui donnent aux révolutionnaires d'Afrique du sud des tâches stratégiques spécifiques fondant les programmes de l'ANC et du Parti communiste sud-africain. (…)<br class='autobr' />
La lutte idéologique sur le front syndical<br class='autobr' />
L'article de Toussaint intitulé « Un syndicat n'est PAS un parti politique » dans le numéro 93 de 1983 de la revue « The African Communist » est une des plus importantes contributions de cette revue depuis longtemps. (…) Nous avions remarqué que notre parti avait tardé à répondre à la déclaration de Joe Foster qui constituait une attaque idéologique contre nous et contre tout le mouvement de libération nationale. Nous devons nous reprocher de ne pas avoir donné une réponse immédiate et scientifiquement fondée à Foster. Pour faire des progrès et gagner notre lutte idéologique, pour rester proches des masses, nous devons leur expliquer la nature des bases idéologique de Joe Foster, leurs racines sociales et le danger qu'elles représentent pour la classe ouvrière et les masses opprimées d'Afrique du sud. (…) Depuis les années 70, un nombre croissant de personnalités de l'intelligentsia blanche ont pris une part active dans le travail des syndicats. Une partie d'entre eux sont sur nos bases. Mais on voit très clairement qu'un certain nombre d'entre eux adoptent des positions ultra-gauches. (…) Il est intéressant de remarquer que le FOSATU a le même type de soutiens qu'avaient autrefois le Gang des Quatre et ils ont également en commun leur rejet du parti communiste et du syndicat SACTU. Le Gang des Quatre voulait, comme Foster, créer une alternative à notre Parti. Dans la réalité de la situation de l'Afrique du sud, rejeter le rôle du parti communiste et du SACTU, sous-estimer la contribution de l'ANC dans notre révolution, est le moyen de faire dévier la lutte de son vrai chemin en l'amenant vers une impasse tout en se cachant derrière des slogans sonnant comme très révolutionnaires.<br class='autobr' />
Le langage de Foster a une tonalité très révolutionnaire mais son essence est de désarmer la classe ouvrière et, en conséquence, de servir les intérêts des réformistes que les ultra-gauches favorisent finalement. Ultragauches et réformistes ont le même but : rejeter les principes du marxisme-léninisme dans le processus révolutionnaire et rejeter les formes correctes de lutte. Comme Toussaint l'a justement remarqué, Foster développe l'illusion que la lutte économique des travailleurs peut développer leur conscience politique. Foster considère que ce qui est nécessaire n'est pas un Parti, auquel il ne fait même pas référence, ni un syndicat comme le SACTU, auquel il reproche de s'occuper de politique, et pas non plus une ANC qui tendrait à devenir une organisation populiste, mais un mouvement ouvrier du type de Solidarnosc (en Pologne). Cette idéologie représente un danger pour le mouvement ouvrier et pour toute la lutte des masses en Afrique du sud. (…) Dans « Que faire ? », Lénine établit une distinction claire entre politique syndicaliste et politique communiste dans la lutte pour l'émancipation complète des millions d'opprimés, et souligne le rôle dirigeant du parti dans la lutte contre tous les opportunismes visant à limiter la lutte à quelques améliorations de salaires, du niveau de vie et à de petites réformes légales. L'Afrique du sud n'est pas une exception à cette règle. La politique syndicale doit être subordonnée à la politique communiste. Toussaint définit clairement la nécessité et le rôle du détachement avancé de la classe ouvrière, le Parti communiste sud-africain. <br class='autobr' />
S'il y a une seule critique à faire à l'article de Toussaint, c'est qu'il est trop gentil avec Foster. Bien que Foster évite soigneusement d'attaquer directement le Parti communiste, son point de vue est une attaque directe contre tout le mouvement de libération nationale et toutes les forces qui constituent cette alliance. Les prises de position de Foster et tous ceux qui suivent des positions du même type sont un poison pour la classe ouvrière et peuvent amener, comme le remarquait Lénine, à une subordination des intérêts des travailleurs derrière ceux de la bourgeoisie. De tels courants vont se poursuivre au cours de l'intensification de la lutte. C'est pour cette raison que nous ne devons pas être gentils avec Foster et que nous devons le considérer comme un ennemi idéologique et adopter une attitude plus offensive. Cette attaque de Foster doit être comprise non seulement comme un combat contre l'opportunisme mais comme un moyen d'éduquer les masses. Il ne faut pas le comprendre comme une attaque contre le FOSATU, ou toute autre organisation de masse, mais comme des éléments s'adressant à ces organisations pour leur éviter de se tromper de direction dans la révolution. <br class='autobr' />
L'article de Toussaint appelle l'attention sur les tâches du Parti communiste en relation avec la dynamique croissante du mouvement syndical et, en général, avec les luttes politiques en Afrique du sud. Selon nous, le Parti a devant lui les tâches suivantes :<br class='autobr' />
Il est urgent d'augmenter notre travail dans les syndicats, un domaine vital pour notre Parti et où il doit absolument consolider sa position. (…)<br class='autobr' />
(…) En même temps, nous devons combattre la prolifération des idées ultra-gauches et de droite. <br class='autobr' />
(…) Dans notre programme en direction des masses, nous devons développer de diverses manières des concepts comme « le colonialisme d'un type spécial » pour en déduire notre place vis-à-vis des autres organisations et leurs relations.</p>
<p>Sur les relations de Mandela et de l'ANC avec le Parti communiste sud-africain et avec les communisme :<br class='autobr' />
Extraits de la déclaration de Nelson Mandela à son Procès de Rovonia d'octobre 1963-mai 1964 :<br class='autobr' />
« (…) Je nierai pas le fait que j'ai été un des fondateurs de l'Umkonto we Sizwe, (organisation militaire clandestine de la lutte armée contre l'Apartheid), et que j'y ai joué un rôle important jusqu'à mon arrestation en août 1962. mais je veux dire d'emblée que l'idée émise par l'accusation dans son réquisitoire selon laquelle la lutte en Afrique du sud serait dirigée par des étrangers ou des communistes est dénuée de fondement. (...) Les fondateurs de l'Umkonto étaient tous membres du Congrès National Africain et nous avions derrière nous une longue tradition de non-violence et de recours à la négociation pour résoudre les conflits politiques. (…) En 1956, cent cinquante-six membres dirigeants de l'Alliance du Congrès (réunissant l'ANC, le Congrès indien, l'union nationale des gens de couleur, le Congrès démocrate, enfin le syndicat SACTU), dont j'étais furent arrêtés sous l'inculpation de haute trahison, et inculpés en vertu de la Loi sur la suppression du communisme. L'accusation mit en doute la politique non violente de l'ANC, mais la Cour en vint à la conclusion qu'il ne pratiquait pas une politique de violence, lorsque cinq ans plus tard nous fûmes acquittés de tous les chefs d'accusation, parmi lesquels la prétendue intention d'établir un Etat communiste à la place du régime existant. Le gouvernement a toujours cherché à qualifier ses adversaires de communistes. Aujourd'hui il a de nouveau repris ce grief, mais ainsi que je le montrerai, l'ANC n'est pas et n'a jamais été une organisation communiste. (…) Depuis longtemps le peuple souhaitait la violence en parlant du jour où il combattrait l'homme blanc et reconquérrait son pays, tandis que nous, dirigeants de l'ANC, nous efforcions de faire prévaloir notre point de vue : le recours aux voies pacifiques. (…) Chaque désordre exprimait clairement la conviction qui se répandait parmi les Africains que la violence devenait la seule solution ; il montrait aussi qu'un gouvernement qui utilise la force pour maintenir son pouvoir apprend aux opprimés à se servir de la force pour lutter contre lui. Déjà, de petits groupes s'étaient formés dans les régions urbaines et préparaient spontanément les bases d'une action violente. (…) Début juin 1961, après avoir mûrement étudié la situation, nous arrivâmes à cette conclusion que les dirigeants africains feraient preuve de peu de réalisme et de clairvoyance s'ils continuaient à prêcher la paix et la non-violence, au moment où le gouvernement répondait à nos requêtes pacifiques par la force. Nous n'aboutîmes pas de gaieté de cœur à une telle conclusion. Ce fut seulement quand tout le reste eut échoué, quand toutes les voies de protestation pacifique nous eurent été barrées, que la décision fut prise de s'engager dans les formes violentes d'action et de constituer l'Umkonto we Sizwe. (…) Il y a quatre formes d'action violente possible : le sabotage, la guérilla, le terrorisme et la révolution ouverte. Nous avons choisi d'adopter la première méthode (…) Notre Manifeste proclamait : « (…) Nous espérons ramener le pouvoir et ses partisans au bon sens avant qu'il ne soit trop tard. Nous espérons qu'une transformation du gouvernement et de sa politique interviendront avant qu'on ait atteint le seuil irrévocable de la guerre civile. » (…) Les attaques contre les points vitaux de l'économie du pays devaient s'accompagner de sabotage des bâtiments gouvernementaux et d'autres symboles de l'apartheid. Ces attaques devaient constituer un signal de ralliement pour notre peuple, et l'encourager à participer à des actions de masse non-violentes, comme des grèves et des manifestations. Constituant par ailleurs un exutoire pour les partisans des méthodes violentes, elles nous permettraient de prouver concrètement à nos militants que nous avions adopté une ligne plus dure et que nous riposterions désormais aux diverses positions de force du gouvernement. (…) Les activités de l'Umkonto étaient contrôlées et dirigées par le haut commandement national qui avait pouvoir de cooptation et de nommer des commandements régionaux. (…) Je signale au passage que les termes « haut commandement » et « commandement régional » avaient été empruntés à l'organisation nationale juive clandestine Irgoun Zvai Leumi, qui opéra en Israël entre 1944 et 1948. (Mandela fait référence à l'organisation d'extrême droite juive). (…)<br class='autobr' />
L'accusation assure encore que les faits et les objectifs de l'ANC et du Parti communiste sont identiques. Je voudrai en parler, ainsi que de ma propre position politique. Je cite ces allégations car il est à craindre que l'accusation ne se fonde sur certaines pièces pour affirmer que j'ai tenté d'introduire le marxisme dans l'ANC. L'allégation, en ce qui concerne l'ANC, est totalement fausse. Ce n'est pas un argument neuf : il a déjà été réfuté au procès de trahison. Mais, puisqu'on le ressort, j'en parlerai ici, de même que des relations entre l'ANC et le Parti communiste d'une part et avec le parti Umkonto d'autre part.<br class='autobr' />
La doctrine de l'ANC consiste et a toujours consisté dans un nationalisme africain. (….) Le document politique le plus important qu'ait adopté l'ANC est la Charte de la liberté, qui n'est en aucune façon un manifeste pour un Etat socialiste. Elle appelle à une redistribution, mais non à une nationalisation de la terre. (…) Selon la Charte de la liberté, les nationalisations s'inscriraient dans une économie fondée sur l'entreprise privée. La réalisation de la Charte de la liberté offrirait de nouvelles perspectives à toutes les classes – bourgeoisie comprise – d'une population africaine dès lors prospère. L'ANC n'a jamais, à aucune période de son histoire, préconisé un changement révolutionnaire de la structure économique du pays. Il n'a jamais non plus, autant que je m'en souvienne, condamné la société capitaliste. (…) Je suis entré à l'ANC en 1944. Quand j'étais jeune, je pensais que l'admission des communistes au sein de l'ANC et la coopération étroite qui existait parfois sur des problèmes particuliers entre cette organisation et le parti communiste finiraient par altérer le concept de nationalisme africain. J'étais alors membre de la Ligue de la jeunesse de l'ANC, et j'appartins à un groupe qui demanda l'expulsion des communistes de l'ANC. Cette motion fut repoussée à une grosse majorité. On trouvait parmi ceux qui votaient contre quelques uns des éléments les plus conservateurs de l'opinion africaine. Ils disaient que, depuis sa création, l'ANC s'était formé et développé non comme un parti exprimant une politique rigoureuse, mais comme un Parlement du peuple africain accueillant des gens d'opinions politiques différentes unis par un but commun : la libération nationale. Je fus finalement converti à cette façon de voir. Je l'ai soutenue depuis lors. (…) La tâche fondamentale, en ce moment, doit être l'élimination de toute discrimination raciale et l'établissement de droits démocratiques sur la base de la Charte de la liberté. La lutte pour ces droits devrait être menée par un ANC fort. Dans la mesure où le parti communiste fait sien cet objectif qu'il soit le bienvenu. De mes lectures d'ouvrages marxistes et de mes conversations avec des communistes, j'ai tiré l'impression que les communistes considèrent le système parlementaire occidental comme non démocratique et réactionnaire. Moi, au contraire, je l'admire. »</p></div>
En Bolivie, le face à face entre prolétaires en armes et contre-révolution militaire, policière et capitaliste
https://matierevolution.org/spip.php?article6686
https://matierevolution.org/spip.php?article66862019-11-13T23:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisManifestationFascismeBolivie BoliviaMineursLutte de classes - Class struggle
<p>En Bolivie, le face à face entre prolétaires en armes et contre-révolution militaire, policière et capitaliste <br class='autobr' />
La démission d'Evo Morales face au coup d'Etat de l'armée et de la police a laissé les deux vraies forces l'une en face de l'autre, c'est-à-dire le prolétariat et les forces armées de la bourgeoisie. <br class='autobr' />
Le 11 novembre, sous prétexte de pillages dans la capitale et, en fait, face à des révoltés politiques qui, pro-Morales ou pas, s'opposaient au coup d'Etat, l'armée a rejoint la (…)</p>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot95" rel="tag">Manifestation</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag">Fascisme</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot154" rel="tag">Bolivie Bolivia</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot235" rel="tag">Mineurs</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot278" rel="tag">Lutte de classes - Class struggle</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">En Bolivie, le face à face entre prolétaires en armes et contre-révolution militaire, policière et capitaliste</h2>
<p>La démission d'Evo Morales face au coup d'Etat de l'armée et de la police a laissé les deux vraies forces l'une en face de l'autre, c'est-à-dire le prolétariat et les forces armées de la bourgeoisie.</p>
<p>Le 11 novembre, sous prétexte de pillages dans la capitale et, en fait, face à des révoltés politiques qui, pro-Morales ou pas, s'opposaient au coup d'Etat, l'armée a rejoint la police pour imposer le calme dans le rues mais les fermes intentions des forces de répression, et leurs méthodes ultraviolentes n'ont pas suffi ni à calmer les émeutiers ni à écraser l'émeute, ni en une heure, ni en un jour, la révolte étant trop massive et trop profonde pour cela. La révolte contre la nouvelle dictature militaire n'est pas l'action d'infimes minorités mais une action de masse. Qui plus est de masses prolétariennes en armes ! El Alto, ville prolétarienne et minière a des fameuses traditions de combat et ne craint pas la lutte prolétarienne armée.</p>
<p>Si l'armée tire dans les rues, ne croyez pas que c'est pour tuer, non c'est pour… faire le moins de morts officiels possibles mais le plus de cadavres !!! « Le commandement militaire a décidé que des opérations conjointes seront menées avec la police pour éviter le sang et le deuil dans la famille bolivienne », a déclaré le commandant en chef de l'armée, William Kaliman, dans une déclaration télévisée. Il a appelé ses troupes à utiliser « la force de manière proportionnée contre les actions de groupes de vandales qui provoquent la terreur dans la population ». L'armée a décrété : « nous ne tirons pas sur le peuple mais sur les ennemis du peuple » et il ne reste plus que de savoir qui est l'ennemi des peuple et qui sont ses amis !!! Ce débat ne se tranchera pas par la parole mais par les armes ! L'armée tire dans les rues, se prétendant seulement sur la défensive et étant attaquée par les révoltés, et déclare tirer sur des bandits et des pillards « en rappelant à la population que les forces armées n'ouvriront jamais le feu contre elle ». Chacun appréciera la nuance : si on lui tire dessus, c'est qu'il est considéré comme un bandit. La plupart des gens ne sortent donc plus de chez eux. Allez savoir ce que cela signifie sur leur position face au coup d'Etat ?!!! Cela montre en tout cas que l'armée avait peur que son intervention violente ne pousse le peuple bolivien dans le camp des révoltés.</p>
<p>Les principaux points de la révolte armée étaient à El Alto, à La Paz (la capitale) et à Cocabamba, là où le militantisme radical qui est le plus hostile au coup d'Etat s'est le plus développé, organisé et armé, prêt à en découdre dans le sang s'il le faut mais nullement prêt à reculer même face à l'armée bolivienne. Et celle-ci ne les minimise pas, ne les néglige pas.</p>
<p>Personne ne pouvait négliger la menace d'El Alto d'envahir La Paz, ce type de menace du quartier le plus prolétarien de déferler sur la capitale a toujours fait trembler la classe possédante…</p>
<p>Dès le premier jour de cette révolte contre le coup d'Etat, de très nombreux commissariats de police ont flambé du fait des actions des manifestants. C'est ce qui a justifié l'appel officiel du chef de la police au chef de l'armée et la tentative de faire passer le coup d'Etat en simple opération de maintien de l'ordre contre des « pillards » !</p>
<p>Durant les semaines d'affrontement entre Morales et ses opposants, un grand nombre de policiers avaient démissionné ou disparu, ce qui a augmenté le chaos, les partisans des deux camps se battant physiquement et s'armant…</p>
<p>Quatre forces sociales se sont unies pour combattre la mise en place de la dictature militaire : les prolétaires, les démunis des villes, les paysans et les Amérindiens ! Il en résulte que l'insurrection n'est nullement une protestation finale de défenseurs de Morales mais des combattants d'une lutte que ce dernier a choisi de ne pas mener et a fui… Si la fuite de Morales a affaibli moralement ses partisans, comme ses méthodes de gouvernement les avait discrédités dans les milieux populaires, elle a aussi attisé leur colère et les a amenés à rejoindre les plus pauvres et les ouvriers radicaux, constituant un camp révolutionnaire pas ridicule du tout.</p>
<p>Non seulement Morales a fui le combat mais il a appelé son camp à la cessation des violences, en somme à se laisser faire et à compter sur l'Organisation des Etats américains pour refuser la dictature militaire en Bolivie !!</p>
<p>L'armée s'est retranché derrière son « devoir constitutionnel », suite à son départ et au vide du pouvoir, pour justifier la mise en place d'une nouvelle dictature sanglante soutenue par les USA que la population civile ne souhaite absolument pas, y compris la plupart des opposants à Morales qui étaient descendus dans les rues…</p>
<p>Les forces de répression sont le seul reste du pouvoir d'Etat, tous ses responsables ayant démissionné, le président, le vice-président, la présidente et le vice-président du Sénat ainsi que le président de la Chambre des députés. C'est le vide institutionnel. Tous les dirigeants politiques de la bourgeoisie reconnaissent se sentir incapables de gouverner un peuple en révolution !</p>
<p>Bien sûr, le chef de l'armée affirme que ce vide n'est que provisoire et que l'armée ne supprime pas le gouvernement civil. Il cherche à rassurer dans un pays où la dictature militaire est de sinistre mémoire !</p>
<p>Les forces de soutien au coup d'Etat essaient de faire croire que c'est Evo Morales qui a manipulé la révolte armée mais c'est complètement faux puisqu'il a appelé au contraire publiquement ses partisans à abandonner le combat !</p>
<p>Loin de lancer des appels révolutionnaires, Morales a essayé d'éteindre le feu pour « ne pas tomber dans la violence de groupes qui cherchent à détruire l'État de droit ». « Nous ne pouvons pas nous battre entre frères boliviens. J'appelle urgemment à résoudre les divergences par le dialogue et la consultation. »</p>
<p>Le pacifiste Morales ne pouvait empêcher l'occupation des rues par l'armée et la police qui tirent dans la foule. Il pouvait seulement achever de désarmer politiquement ses militants et une partie du camp des plus démunis, montrant une fois de plus qu'il n'a fait que tromper les pauvres et les Indiens opprimés !</p>
<p>Impossible de se méprendre : la révolte, ce n'est pas Morales contre le coup d'Etat, c'est bel et bien une guerre civile entre prolétariat des villes et des campagnes et bourgeoisie !</p>
<p>Les prolétaires d'El Alto et La Paz ont tenu des barricades défendues par de la dynamite fournie par les ouvriers mineurs ! Comme ils ne craignaient pas de sauter avec, les militaires et policiers n'étaient pas trop désireux de se confronter directement à eux !</p>
<p>L'armée bolivienne a affirmé ne pas défendre des intérêts de personnes mais « la constitution bolivienne » mais cela ne trompe personne : la nouvelle dictature est soutenue par les éléments les plus racistes et fascistes des classes possédantes ainsi que par le président Trump !</p>
<p>Le général Kaliman, devenu le nouveau pouvoir, prétend ne pas l'être et ne servir qu'à ramener l'ordre mais cela ne trompe personne.</p>
<p>Des combats acharnés ont eu lieu alors que des milliers de paysans et de travailleurs d'El Alto et d'autres régions environnantes de La Paz se sont mobilisés dans la capitale pour protester contre le coup d'État en scandant « Maintenant, l'heure de la guerre civile ». Plusieurs bâtiments de la police ont été occupés puis incendiés à El Alto.</p>
<p>Les forces armées ont réagi en activant « Plan Sebastián Pagador » pour « rétablir la paix et la stabilité », ce que la police applique en tirant des manifestants à coups de balles réelles et de grenades.</p>
<p>Même une fois que nombre de ses partisans étaient engagés dans la lutte armée contre le coup d'Etat, Morales s'est gardé de prendre leur parti dans le conflit. Il s'est contenté, avec son parti le MAS, d'appeler l'Organisation des États américains (OEA), qui avait déjà demandé un deuxième tour avant les résultats finaux, à effectuer un « audit contraignant » sur les élections ! Une dérobade ridicule ! L'OEA a annoncé que Morales avait triché et exigé une nouvelle élection et Morales le a suivis, s'inclinant devant cette décision. Mais ce n'est pas l'OEA qui va empêcher l'armée d'instaurer une dictature militaire avant toute élection et même sans élection, et d'écraser violemment le peuple travailleur. N'en déplaise à Morales, pour cela il ne faut certainement pas compter sur l'OEA !</p>
<p>Les fausses extrêmes gauches du monde qui semaient des illusions sur Morales en sont pour leurs mensonges ! Les ouvriers, les paysans, les femmes, les jeunes qui ont cru en Morales et dans le MAS ont appris rapidement qui étaient leurs faux amis et quelles étaient leurs vraies forces.</p>
<p>C'est l'armée bourgeoise bolivienne, que Morales n'a jamais dissoute bien entendu, et qui s'est ainsi montrée fidèle à ses traditions fascistes !<br class='autobr' />
C'est une véritable guerre civile qui a eu lieu en Bolivie, les troupes tirant à balles réelles et avec des grenades contre des manifestants qui bloquaient des rues et des autoroutes. Les paysans de Cochabamba ont subi les tirs d'hélicoptères tirant dans la foule !</p>
<p>Désormais, c'est l'ensemble du commandement militaire qui détient le pouvoir absolu en Bolivie et les exactions et vengeances contre leurs opposants se sont multipliées…</p></div>
La révolte et la fuite des esclaves des mines du Laurion en Grèce en 413 avant J.-C
https://matierevolution.org/spip.php?article6450
https://matierevolution.org/spip.php?article64502019-08-01T22:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisGrèceAntiquitéRévolutionEsclaves SlavesRévolteMineurs
<p>La révolte et la fuite des esclaves des mines du Laurion en Grèce en 413 avant J.-C. <br class='autobr' />
C'est l'une des grandes révoltes d'esclaves connues de l'Antiquité. <br class='autobr' />
Elle a vu, en Attique même, à la fin du second siècle av. les esclaves des mines du Laurion massacrer leurs surveillants, s'emparer de la forteresse de Sounion, et dévaster pendant longtemps le pays. (Osidonios, fragm. 35 - Müller) <br class='autobr' />
Les mines, de l'argent et de plomb du Laurion, exploité par Athènes au Ve siècle av. J.-C., utilisaient (…)</p>
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</figure>
</div><h2 class="spip">La révolte et la fuite des esclaves des mines du Laurion en Grèce en 413 avant J.-C.</h2>
<p>C'est l'une des grandes révoltes d'esclaves connues de l'Antiquité.</p>
<p>Elle a vu, en Attique même, à la fin du second siècle av. les esclaves des mines du Laurion massacrer leurs surveillants, s'emparer de la forteresse de Sounion, et dévaster pendant longtemps le pays. (Osidonios, fragm. 35 - Müller)</p>
<p>Les mines, de l'argent et de plomb du Laurion, exploité par Athènes au Ve siècle av. J.-C., utilisaient une grande quantité d'esclaves.</p>
<p>"Les mines du Laurion dans l'antiquité" :</p>
<p>« On désigne sous le nom de Laurion (Aaupiov, Aaupetov) la région <br class='autobr' />
de l'Attique, dont les Athéniens ont exploité dans l'antiquité les <br class='autobr' />
gisements de plomb argentifère. Elle est située à l'extrémité <br class='autobr' />
méridionale du pays et forme un triangle dont les trois sommets <br class='autobr' />
sont occupés par le cap Sounion, le golfe Saint-Nicolas et la <br class='autobr' />
baie de Daskalio. Elle est constituée par un groupe de collines, <br class='autobr' />
qui, baigné par la mer Egée à l'Est, au Sud, et au Sud-Ouest, est <br class='autobr' />
borné au Nord par la plaine de Kératéa (plaine Misogéé) et parla <br class='autobr' />
plaine d'Anavyssos. Entre les deux, le col de Métropisi (162™) l'isole de la montagne de Kératéa (mont Paneion) ; au Nord Est <br class='autobr' />
seulement, les hauteurs qui bordent le rivage se rattachent <br class='autobr' />
sans solution de continuité à celles de Daskalio et de Porto- <br class='autobr' />
Raphti. Ainsi délimité, le Laurion mesure environ dix-sept kilo- <br class='autobr' />
mètres et demi de longueur sur une largeur maxima de douze <br class='autobr' />
kilomètres ; ce n'est donc qu'une très petite partie de l'Attique <br class='autobr' />
ancienne.</p>
<p>Par la nature de ses terrains, le Laurion appartient au système <br class='autobr' />
des schistes cristallins et des calcaires-marbres qui forment le <br class='autobr' />
Sud de l'Attique et de l'Eubée et la majorité des Cyclades. Ces <br class='autobr' />
couches sédimentaires anciennes se répartissent en cinq séries : <br class='autobr' />
deux se composent de schistes et trois de calcaires. Reposant <br class='autobr' />
les unes sur les autres en stratification concordante, elles ont <br class='autobr' />
toutes également subi l'action des forces orogéniques. Elles sont <br class='autobr' />
plissées sous la forme d'un anticlinal, dont l'axe est dirigé <br class='autobr' />
du Sud-Ouest au Nord 15e Est. Du côté de l'Est, elles s'inclinent <br class='autobr' />
en pente douce ; du côté de l'Ouest, le plongement en est plus <br class='autobr' />
rapide et est encore accentué par une longue faille presque <br class='autobr' />
rectiligne qui suit la vallée Legrana et s'allonge jusqu'au Lulie <br class='autobr' />
Kouki. En outre, l'arête anticlinale ondule verticalement, de telle <br class='autobr' />
sorte que les strates se relèvent lentement du cap Sounion à Plaka <br class='autobr' />
et au delà descendent vers le Nord. Ce grand plissement donne au <br class='autobr' />
relief du Laurion son trait essentiel : le faîte orographique principal, nettement orienté du S.S.O. au N.N.E., est parallèle à <br class='autobr' />
l'axe de l'anticlinal et se confond sensiblement avec lui. Telle est, <br class='autobr' />
en effet, la direction des sommets de l'Ovrio Castro (312™) et du <br class='autobr' />
Tsakiri (328™), celle aussi des monts Ripari (372"a)et du plateau qui <br class='autobr' />
étale au Sud ses contreforts jusqu'au cap Sounion. Sont alignées <br class='autobr' />
de môme à l'Ouest la crête irrégulière qui court du Lulie Kouki <br class='autobr' />
(204™) au Katzulieri (220") ; à l'Est, celle qui, partant du Vélaturi <br class='autobr' />
ou pic de Thoricos (145"), longe la vallée du Potamo. Sous ce <br class='autobr' />
rapport, les collines du Laurion ressemblent au mont Hymette et <br class='autobr' />
appartiennent comme lui à la série des ridements, orientés du <br class='autobr' />
Sud-Ouest au Nord-Est, qui caractérisent plusieurs régions <br class='autobr' />
côtières de la mer Egée. Mais le dessin tectonique du pays est <br class='autobr' />
moins simple qu'on ne le supposerait d'après cette indication. Un <br class='autobr' />
plissement secondaire est venu compliquer en deux endroits la <br class='autobr' />
structure du relief. D'abord, au centre, les hauteurs de Plaka <br class='autobr' />
(360™) interrompent et coupent à angle droit la chaîne maîtresse : sur plus de trois kilomètres, de Métropisi à Thoricos, <br class='autobr' />
leur axe irrégulier prolonge celui de la montagne de Kératéa. <br class='autobr' />
Ensuite, au Sud-Ouest, le chaînon du Prophète Elias (356™) est <br class='autobr' />
perpendiculaire à l'alignement normal. Nous retrouvons ici l'orientation du mont Pentélique et des monts de la Grèce centrale. Ainsi, sur une petite surface, se manifestent clairement <br class='autobr' />
les effets du double effort de plissement qui a travaillé la région <br class='autobr' />
occidentale de l'Archipel, et le Laurion est comme une image <br class='autobr' />
réduite d'une contrée beaucoup plus vaste.</p>
<p>Des accidents locaux ont modifié dans le détail les résultats <br class='autobr' />
généraux des actions orogéniques. La grande faille, qui, sur <br class='autobr' />
douze kilomètres de longueur, a fendu en ligue droite le versant <br class='autobr' />
occidental du pli anticlinal, a tracé les premiers linéaments d'un <br class='autobr' />
sillon, creusé et déblayé ensuite par l'érosion. On le suit du Sud <br class='autobr' />
au Nord quand, partant du rivage, on remonte la vallée Legrana : <br class='autobr' />
dans ce tronçon inférieur, un torrent, qui ne roule d'eau qu'à la <br class='autobr' />
suite des orages, a établi son lit. La petite plaine de Mégala <br class='autobr' />
Pevka et le val Berzéko prolongent le couloir jusqu'au col de <br class='autobr' />
Syntérini. Au delà, le même accident reparaît encore, mais à une <br class='autobr' />
altitude plus élevée (164>) sur le plateau septentrional, allongé <br class='autobr' />
au pied des Ripari. C'est ainsi qu'une voie naturelle de communication relie les districts miniers du Nord à ceux du Sud. C'est <br class='autobr' />
de même à une cassure que la vallée du Potamo doit naissance, <br class='autobr' />
nouveau chemin d'accès, le plus facile, sinon le plus court, de <br class='autobr' />
ceux qui joignent Thoricos à la plaine de Kératéa. L'érosion a <br class='autobr' />
aplani ce corridor sinueux, que suit aujourd'hui le chemin de fer <br class='autobr' />
d'Athènes au Laurion : dans le fond circule un ruisseau, qui n'a <br class='autobr' />
d'un fleuve que le nom, mais c'est le seul du pays qui conserve. <br class='autobr' />
Tannée durant, quelques pieds d'eau dans certaines parties de <br class='autobr' />
son cours. C'est encore à un accident local qu'on peut attribuer <br class='autobr' />
le petit pointement granitique, qui, aux environs de Plaka, a <br class='autobr' />
interrompu l'allure normale des couches : il surgit en coupole <br class='autobr' />
à l'extrémité septentrionale de la faille, et barre le sillon qu'elle <br class='autobr' />
a creusé.</p>
<p>Les terrains du Laurion ont été diversement modelés par <br class='autobr' />
l'érosion. Les deux assises supérieures de calcaire et de schiste <br class='autobr' />
ont beaucoup souffert. Le calcaire supérieur a disparu presque <br class='autobr' />
partout ; on ne le trouve plus qu'à l'état de témoin au sommet <br class='autobr' />
des plus hautes collines, et là il se présente en masses tabulaires <br class='autobr' />
aux parois abruptes. Le schiste supérieur, laissé à découvert, <br class='autobr' />
possède par endroits une épaisseur de quarante à soixante <br class='autobr' />
mètres, maïs souvent aussi il a été complètement enlevé. Là où <br class='autobr' />
il a résisté, il se présente sous l'aspect d'éminences aux contours <br class='autobr' />
arrondis, ou de talus aux pentes douces ; quand il se désagrège, <br class='autobr' />
il se réduit en une argile grise, qui, mêlée de blocs calcaires, <br class='autobr' />
va dans les creux de terrain s'amasser en un sol végétal <br class='autobr' />
de médiocre valeur. Les couches inférieures, plus dures à <br class='autobr' />
entamer et soumises depuis moins longtemps aux intempéries <br class='autobr' />
de l'air, ont fait meilleure contenance : elles couvrent encore <br class='autobr' />
de vastes surfaces. Mais elles affectent des formes semblables à <br class='autobr' />
celles des strates précédentes : les parois verticales du calcaire <br class='autobr' />
moyen surplombent les plans inclinés du schiste inférieur. De là, <br class='autobr' />
dans les traits du paysage Lauriotique, une certaine monotonie <br class='autobr' />
rachetée, il est vrai, par le vif contraste des masses sombres <br class='autobr' />
des schistes et des blancheurs éclatantes des marbres. On <br class='autobr' />
rencontre enfin çà et là des serpentines, d'origine douteuse, <br class='autobr' />
qui, sur le bord de la mer, se dressent en falaises à pic et <br class='autobr' />
dessinent des pointes aiguës. Quant aux lambeaux de terrains <br class='autobr' />
tertiaires que l'on retrouve eu quelques points, ils ne changent <br class='autobr' />
en rien le modelé du relief…</p>
<p>Les travaux de mine et de métallurgie au Laurion étaient <br class='autobr' />
exécutés par des esclaves. Les hommes libres, citoyens ou étran- <br class='autobr' />
gers, se bornaient à les diriger ; souvent même ils remettaient ce <br class='autobr' />
soin à des intendants. Cependant, il arrivait que des Athéniens, <br class='autobr' />
peu fortunés, travaillaient de leurs propres mains dans leurs <br class='autobr' />
concessions. Un client de Démosthëne déclare qu'il a gagné <br class='autobr' />
beaucoup d'argent, eu payant de sa personne dans l'exploitation <br class='autobr' />
des mines. Un autre Athénien, nommé Callias, inventa lui- <br class='autobr' />
même un procédé pour fabriquer du cinabre avec un sable <br class='autobr' />
qu'il extrayait de sa mine. Il semble que ces exemples <br class='autobr' />
ne soient pas des exceptions. Xénopbon nous apprend qu'il y <br class='autobr' />
avait à Athènes une foule de gens qui avaient vieilli dans le <br class='autobr' />
métier. Il est en effet probable que les petits industriels, qui <br class='autobr' />
louaient des parts de mine à 150 ou 160 drachmes par an, ne <br class='autobr' />
se contentaient pas de surveiller leurs ouvriers, mais maniaient <br class='autobr' />
eux-mêmes le pic et le marteau. Il en était de même pour les étrangers : l'un se glorifie d'avoir été un véritable artiste en <br class='autobr' />
métallurgie ; un autre se donne le titre de maître fondeur. <br class='autobr' />
Mais il faut remarquer que ces hommes libres étaient toujours <br class='autobr' />
les concessionnaires de leurs mines ou propriétaires de leurs <br class='autobr' />
usines : ils travaillaient donc à leur propre compte. Nous <br class='autobr' />
n'avons en tous cas aucun indice qui nous laisse supposer qu'on <br class='autobr' />
trouvât au Laurion des ouvriers libres embauchés et salariés <br class='autobr' />
par autrui. Il n'y avait guère place, à côté des maîtres, que <br class='autobr' />
pour des esclaves…</p>
<p>Dans la mine comme dans l'usine, on peut distinguer diverses <br class='autobr' />
catégories d'ouvriers. Chaque chantier comportait un certain nombre d'hommes qui avaient chacun leurs <br class='autobr' />
fonctions. Tout d'abord venaient les mineurs proprement dits, <br class='autobr' />
ceux qui maniaient la pointerolle et le pic ; derrière eux, les porteurs, que les auteurs comiques désignaient sous un sobriquet, parce qu'ils portaient sur leurs épaules les <br class='autobr' />
sacs remplis de minerais ou de déblais. Enfin, il y <br class='autobr' />
avait des trieurs, chargés de séparer les minerais riches des <br class='autobr' />
gangues stériles. On choisissait pour le premier métier les <br class='autobr' />
hommes adultes les plus robustes ; les jeunes gens et les enfants <br class='autobr' />
étaient employés au transport ; je suppose que les femmes et les <br class='autobr' />
vieillards étaient occupés au triage.</p>
<p>De même dans les ateliers, il y avait trois classes d'ouvriers : <br class='autobr' />
les esclaves des mortiers et des meules, les laveurs et les fondeurs. <br class='autobr' />
Selon leur vigueur, leur âge, leur sexe, les esclaves étaient <br class='autobr' />
affectés à des tâches différentes. Ce sont des adultes qui <br class='autobr' />
maniaient le pilon ; ce sont des vieillards et des femmes qui <br class='autobr' />
tournaient la meule. Il est clair que les mineurs et les fondeurs formaient le personnel de choix : tous les autres pouvaient <br class='autobr' />
n'être que de simples manœuvres.</p>
<p>Au-dessus des ouvriers, il y avait des contre-maîtres <br class='autobr' />
et des surveillants. Les premiers avaient la <br class='autobr' />
direction des travaux techniques, et ils étaient estimés très haut : <br class='autobr' />
nous savons, par exemple, que le riche Nicias avait dépensé un <br class='autobr' />
talent (5,689 francs) pour l'achat d'un bon contre-maître. L'épistate <br class='autobr' />
était tantôt un maître mineur, tantôt un maître fondeur. C'est <br class='autobr' />
lui qui conduit les recherches, l'abatage, l'extraction ; c'est lui <br class='autobr' />
qui préside aux lavages des minerais, qui véritie les teneurs, qui <br class='autobr' />
indique la composition à donner aux lits de fusion et veille à la <br class='autobr' />
coupellation… Outre les épistates, il y avait des gardiens qui surveillaient l'exécution des travaux, stimulaient <br class='autobr' />
les ouvriers paresseux et prévenaient émeutes et désertions.</p>
<p>Dans la mine, on travaillait jour et nuit. C'est du moins ce qui <br class='autobr' />
se passait dans les mines d'or de la Haute-Egypte et dans les <br class='autobr' />
mines d'Espagne, et nous n'avons pas de raison de supposer <br class='autobr' />
qu'il en fût autrement au Laurion. Par suite, pour ne pas interrompre la besogne, il était bon de remplacer les équipes à certaines heures : il y avait des postes qui se succédaient régulièrement. Certains détails de travail, que nous avons relevés dans <br class='autobr' />
les galeries anciennes, nous permettent d'établir quelle était à peu près la durée de chaque veille…</p>
<p>Quelques auteurs anciens déplorent le sort des esclaves qui <br class='autobr' />
vivaient dans les mines. Plutarque reproche à Nicias d'avoir employé des esclaves ordinaires. « Il n'y a personne, dit-il, qui <br class='autobr' />
puisse approuver le travail que Nicias faisait faire dans ses <br class='autobr' />
mines, où l'on n'emploie ordinairement que des scélérats et des <br class='autobr' />
barbares dont la plupart sont enchaînés et périssent tôt ou tard <br class='autobr' />
dans ces cavernes souterraines où l'air est toujours malsain. » <br class='autobr' />
L'historien Diodore fait une peinture pathétique de leurs souffrances dans les mines d'Egypte et d'Espagne. « Tout le monde <br class='autobr' />
est saisi de commisération à l'aspect de ces malheureux, qui se <br class='autobr' />
livrent à ces travaux pénibles sans avoir autour du corps la <br class='autobr' />
moindre étoffe qui cache leur nudité. On ne fait grâce ni à <br class='autobr' />
l'infirme ni à l'estropié, ni au vieillard débile, ni à la femme <br class='autobr' />
malade. On les force tous au travail à coups redoublés, jusqu'à <br class='autobr' />
ce que, épuisés de fatigue, ils expirent à la peine. C'est pourquoi <br class='autobr' />
ces infortunés, ployant sous les maux du présent, sans espérance <br class='autobr' />
de l'avenir, attendent avec joie la mort, qui leur est préférable à <br class='autobr' />
la vie.</p>
<p><a href="https://archive.org/stream/lesminesdulauri02ardagoog/lesminesdulauri02ardagoog_djvu.txt" class="spip_out" rel="external">Source</a></p>
<p>L'exploitation des filons de plomb argentifère du Laurion, au sud de l'Attique, commence sur une grande échelle en -483/-482, après la découverte du filon. C'est la principale ressource financière d'Athènes. À Athènes, les esclaves sont les principaux extracteurs des mines d'argent du Laurion, nécessaires à la stabilité monétaire de la cité grecque. Lauffer estime même que près de 30 000 esclaves ont pu travailler dans ces seules mines et leurs moulins de traitement</p>
<p>L'Etat athénien afferme les mines. Il se constitue des associations de capitaux et l'exploitation donne lieu à toutes sortes de marchés. Certains capitalistes se spécialisent dans la location d'esclaves aux entrepreneurs : Nicias, qui possède un millier d'esclaves, parvient à constituer une fortune considérable. « Il n'y a personne qui puisse approuver le travail que Nicias faisait faire dans ses mines, où l'on n'emploie ordinairement que des scélérats et des barbares, dont la plupart sont enchaînés et périssent tôt ou tard dans ces cavernes souterraines où l'air est toujours malsain ».</p>
<p>Le site du Laurion, à l'extrémité S.-E. de l'Attique, constitue un exemple significatif d'exploitation minière, dont l'importance pour l'économie athénienne du Ve siècle, déjà soulignée par Thucydide et par Xénophon, a été largement confirmée par l'investigation archéologique. Ses mines de plomb argentifère, qui s'étendaient depuis le cap Sounion jusqu'au village de Thorikos, comportaient des puits descendant jusqu'à 120 mètres de profondeur et pourvus d'un dispositif d'aérage, un système de galeries horizontales à deux étages, des bassins de décantation très intelligemment aménagés. Ces mines appartiennent à l'État qui, moyennant adjudication, accorde, suivant des conventions variables (cf. Aristote, Constitution d'Athènes, 47), des concessions aux citoyens riches ; les droits et devoirs des parties sont garantis par la loi, et les conflits, réglés lors de procès dont les archontes saisissent un tribunal particulier. La main-d'œuvre servile affectée au Laurion travaille dans des conditions si rudes qu'elles ont suscité à plusieurs reprises désertions (cf. Thucydide, VII, 27, 5) et révoltes (Athénée, VI, 272 f) ; quant à son importance démographique, il est très difficile d'avancer une estimation : pour le Ve siècle, les chiffres vont de 10.000 à 30.000 (cf. par exemple C.E. Conophagos, Le Laurion antique et la technique grecque de la production de l'argent, Athènes 1980, p. 105 et 349). — La régularité à Athènes de cette pratique du partage (διανομή) des revenus miniers a été très discutée par les critiques modernes ; elle est en tout cas attestée pour Siphnos dès avant 524.</p>
<p>Dans l'industrie minière on distingue quelques gros concessionnaires. En Attique, on citait des personnages qui s'étaient enrichis dans les mines du Laurion. Tel était Nicias, dont la fortune montait à cent talents (600.000 fr. environ) ; il exploita d'abord lui-même sa concession avec mille esclaves, puis il sous-loua le tout à un certain Sosias pour une redevance fixe. Celle d'Épicratès et Cie fournissait un bénéfice annuel de cent talents. Diphilos avait gagné beaucoup d'argent en négligeant de prendre dans la sienne les mesures de sécurité prescrites par la loi, c'est au point que, lorsque ses biens furent confisqués, il fut distribué cent soixante talents (960.000 francs) entre les citoyens. Tous ces lots étaient assurément fort considérables, mais ils formaient une infinie minorité. La multiplicité des travaux anciens, le nombre des puits, le réseau si serré des galeries, tout laisse supposer que le partage des terrains miniers était extrême et les concessions très morcelées5. Aussi étaient-elles à la portée des plus petites bourses ; témoin cet Athénien qui, avec un patrimoine de 4.500 francs, en acquit une où il fit la besogne d'un simple ouvrier. Il en était de même des ateliers de métallurgie. L'examen attentif des lieux a conduit M. Ardaillon à celle conclusion qu'il n'y avait pas au Laurion de vastes ensembles organisés sous une même direction et par un seul maître pour traiter en grand des masses énormes de minerai, mais plutôt une foule de petits ateliers, ayant chacun leur indépendance et leurs moyens propres, et appartenant chacun à un propriétaire distinct. Cette assertion est confirmée par les textes. Nous connaissons notamment deux ateliers de ce genre, dont l'un fut hypothéqué, esclaves compris, pour la somme de 6.000 francs, et dont l'autre, garni de trente esclaves, servit de garantie à une créance de 10.500 francs.</p>
<p>En 425 avant J.-C., les Athéniens en conflit avec Sparte, utilisent la guerre sociale comme moyen de déstabiliser l'adversaire : il s'agit d'encourager, depuis leur base militaire de Pylos, les esclaves hilotes de Sparte à se révolter. Sparte réagit en agissant de même contre Athènes. Avec une base permanente à Décélie, ils encouragent la révolte des esclaves des mines de Laurion… avec succès !</p>
<p>A la fin de la guerre du Péloponnèse, 20.000 esclaves, exploités dans les mines de plomb et d'argent du Laurion, se révoltent, s'enfuient et mettent le pays à sac. L'exploitation du plomb argentifère est durablement interrompue. Or ces rentrées de richesses sont un élément important de la richesse d'Athènes…</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mines_du_Laurion" class="spip_out" rel="external">Les mines du Laurion</a></p>
<p><a href="http://rrhh.free.fr/antiqu/laurion.html" class="spip_out" rel="external">L'esclavage et l'exploitation des mines du Laurion</a></p></div>
1949 : la grève de l'amiante au Québec (Abestos- Mines Theford)
https://matierevolution.org/spip.php?article5956
https://matierevolution.org/spip.php?article59562018-08-28T22:07:00Ztext/htmlfrRobert ParisCanadaGrève StrikeOuvriers WorkersManifestationRévolteMineurs
<p>L'Eglise appuie les possédants... La répression violente <br class='autobr' />
En 1949, un conflit de travail éclate à Asbestos. Les mineurs de l'amiante réclament de meilleures conditions de travail, un meilleur salaire et surtout de meilleures protections contre les risques liés à la santé dans les mines d'amiante. Duplessis appuie les patrons, mais les 5000 mineurs (d'Asbestos et de Thetford Mines) n'abandonnent pas. Le conflit dure 4 mois. <br class='autobr' />
Tous les mouvements syndicaux appuient la cause. Des denrées (…)</p>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory">4ème chapitre : Révolutions prolétariennes jusqu'à la deuxième guerre mondiale</a>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot27" rel="tag">Canada</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag">Grève Strike</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag">Ouvriers Workers</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot95" rel="tag">Manifestation</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag">Révolte</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot235" rel="tag">Mineurs</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_10401 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/-4568.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/-4568-9a86d.jpg?1792723795' width='500' height='375' alt='' /></a>
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</div>
<p>L'Eglise appuie les possédants...</p>
<div class='spip_document_10402 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L400xH299/-4569-25c2c.jpg?1792723795' width='400' height='299' alt='' />
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</div> <p>La répression violente</p>
<div class='spip_document_10409 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L435xH284/-4576-18649.jpg?1792723795' width='435' height='284' alt='' />
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</div><div class='spip_document_10412 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L295xH458/-4579-e2c1a.jpg?1792723795' width='295' height='458' alt='' />
</figure>
</div>
<p>En 1949, un conflit de travail éclate à Asbestos. Les mineurs de l'amiante réclament de meilleures conditions de travail, un meilleur salaire et surtout de meilleures protections contre les risques liés à la santé dans les mines d'amiante. Duplessis appuie les patrons, mais les 5000 mineurs (d'Asbestos et de Thetford Mines) n'abandonnent pas. Le conflit dure 4 mois.</p>
<p>Tous les mouvements syndicaux appuient la cause. Des denrées sont envoyées aux grévistes pour les aider. Comme la grève est jugée illégale, Duplessis envoie les policiers, ce qui fait grimper la violence au sein des mineurs. C'est dans ce contexte que le gouvernement a imposé la Loi contre les émeutes qui stipule que la police peut arrêter n'importe qui ne se trouvant ni chez lui ni à son travail.</p>
<p>La grève d'Asbestos de 1949, qui dura plus de 8 mois, s'étendit aux mines de Thetford, a été l'un des conflits de travail les plus sévèrement réprimés de l'histoire du Québec.</p>
<div class='spip_document_10413 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L280xH330/-4580-4e4af.jpg?1792723795' width='280' height='330' alt='' />
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</div><div class='spip_document_10414 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L480xH270/-4581-3ddba.jpg?1792723795' width='480' height='270' alt='' />
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<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L351xH264/-4570-3988b.jpg?1792723795' width='351' height='264' alt='' />
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</div><div class='spip_document_10404 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/-4571.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/-4571-fb4f5.jpg?1792723795' width='500' height='375' alt='' /></a>
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<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH209/-4572-c0d4f.jpg?1792723795' width='300' height='209' alt='' />
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</div><div class='spip_document_10407 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH362/-4574-c96cc.jpg?1792723795' width='500' height='362' alt='' />
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</div><div class='spip_document_10408 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/-4575.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH341/-4575-1f7dd.jpg?1792723795' width='500' height='341' alt='' /></a>
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</div><div class='spip_document_10411 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH318/-4578-22033.jpg?1792723795' width='500' height='318' alt='' />
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</div>
<div class='spip_document_10415 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L200xH137/-4582-5b52a.jpg?1792723795' width='200' height='137' alt='' />
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</div><div class='spip_document_10416 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L444xH249/-4583-1f191.jpg?1792723795' width='444' height='249' alt='' />
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</div><div class='spip_document_10417 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L480xH314/-4584-de3e8.jpg?1792723795' width='480' height='314' alt='' />
</figure>
</div> <div class='spip_document_10410 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L283xH178/-4577-57091.jpg?1792723795' width='283' height='178' alt='' />
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</div><div class='spip_document_10406 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/-4573.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH708/-4573-6c303.jpg?1792723795' width='500' height='708' alt='' /></a>
</figure>
</div><h2 class="spip">La grande grève de l'amiante de 1949 d'Abestos au Québec </h2>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_de_l%27amiante" class="spip_out" rel="external">Chronologie</a></p>
<p><a href="http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/932.html" class="spip_out" rel="external">Déclenchement d'une grève par les travailleurs de l'amiante à Asbestos</a></p>
<p><a href="http://pages.infinit.net/histoire/19990213.html" class="spip_out" rel="external">Article dans « Le Devoir »</a></p>
<p><a href="http://www.sahra.qc.ca/exposition/progres.html" class="spip_out" rel="external">Un article de presse de l'époque</a></p>
<p><a href="http://asbestos1949.tumblr.com/" class="spip_out" rel="external">La grève au travers de la presse</a></p>
<p><a href="http://ici.radio-canada.ca/actualite/zonelibre/02-02/asbestos.html" class="spip_out" rel="external">Zone libre</a></p>
<p><a href="http://www.lignedutemps.org/#evenement/8/1949_greve_de_lamiante" class="spip_out" rel="external">Un exposé sur la grève</a></p>
<p><a href="http://classiques.uqac.ca/contemporains/rouillard_jacques/greve_amiante_mythe/greve_amiante_mythe.html" class="spip_out" rel="external">Lire Jacques Rouillard</a></p>
<p><a href="http://classiques.uqac.ca/contemporains/rouillard_jacques/greve_amiante_projet_reforme/greve_amiante_projet_reforme.html" class="spip_out" rel="external">Lire aussi</a></p>
<p><a href="http://classiques.uqac.ca/contemporains/david_helene/greve_et_le_bon_dieu/greve.html" class="spip_out" rel="external">Lire Hélène David</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=9dBisetskUY" class="spip_out" rel="external">Un film sur la grève</a></p>
<p><a href="http://faculty.marianopolis.edu/c.belanger/quebechistory/docs/asbestos/6Af.htm" class="spip_out" rel="external">Encore un article de Rouillard</a></p>
<p><a href="http://www.eve.coop/?a=30" class="spip_out" rel="external">La grève de l'amiante, récit de François Lamarche</a></p>
<p><a href="http://faculty.marianopolis.edu/c.belanger/quebechistory/docs/asbestos/6Bc.htm" class="spip_out" rel="external">Récit de Roger Chartier</a></p>
<h2 class="spip">Les films :</h2>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=5yz4H_7JFQo" class="spip_out" rel="external">Un film sur l'amiante d'Abestos</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=ydRO3zwOZYo" class="spip_out" rel="external">Film de la grève (en anglais)</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=9dBisetskUY" class="spip_out" rel="external">Une autre vidéo</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=jdkDm2OygL8" class="spip_out" rel="external">Encore sur la grève</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=GKO_4HydD0U" class="spip_out" rel="external">Les grévistes d'Abestos en 1949</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=owYxPB3Sggs" class="spip_out" rel="external">Grève des mineurs de l'amiante</a></p>
<p><a href="http://archives.radio-canada.ca/sports/syndicalisme/clips/15944/" class="spip_out" rel="external">Radio Canada</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=mDZs4103w7Y" class="spip_out" rel="external">Les débuts de l'exploitation</a></p>
<p>L'image restée emblématique :</p>
<div class='spip_document_10418 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/-4585.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-4585-b734e.jpg?1792723795' width='500' height='333' alt='' /></a>
</figure>
</div></div>
Octobre 1934 en Espagne : la révolution manquée
https://matierevolution.org/spip.php?article5890
https://matierevolution.org/spip.php?article58902018-05-04T22:09:00Ztext/htmlfrRobert ParisEspagne EspañaRévolutionOuvriers WorkersprolétairesSocialisme - SocialismMineurs
<p>Grandizo Munis : <br class='autobr' />
« Venons-en enfin aux Asturies, la seule partie du pays où le mouvement d'octobre 1934 prit dès le premier jour un caractère insurrectionnel aigu. Le mouvement ouvrier espagnol ne rendra jamais assez hommage à ces courageux mineurs, qui surent s'emparer rapidement de la région en attaquant la Garde civile avec seulement quelques armes et de la dynamite. Grâce à eux, l'insultante désertion socialiste se retourna contre les dirigeants du PSOE ; grâce à leur geste magnifique, (…)</p>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot28" rel="tag">Espagne España</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag">Ouvriers Workers</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag">prolétaires</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag">Socialisme - Socialism</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot235" rel="tag">Mineurs</a>
<div class='rss_texte'><p>Grandizo Munis :</p>
<p><i>« Venons-en enfin aux Asturies, la seule partie du pays où le mouvement d'octobre 1934 prit dès le premier jour un caractère insurrectionnel aigu. Le mouvement ouvrier espagnol ne rendra jamais assez hommage à ces courageux mineurs, qui surent s'emparer rapidement de la région en attaquant la Garde civile avec seulement quelques armes et de la dynamite. Grâce à eux, l'insultante désertion socialiste se retourna contre les dirigeants du PSOE ; grâce à leur geste magnifique, la réaction se trouva embourbée dans son offensive et le prolétariat put à nouveau relever la tête, récupérer de l'énergie et contre-attaquer ; grâce à ce soulèvement, la réaction fut finalement stoppée, bien que le prix à payer fût immense ; grâce aux mineurs asturiens, le prolétariat et les paysans espagnoles eurent l'occasion d'écrire, pendant la Guerre civile, une des pages les plus glorieuses et les attachantes de l'histoire révolutionnaire mondiale. Les classes révolutionnaires se souviendront à jamais des Asturies rouges de 1934. »</i></p>
<div class='spip_document_10222 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L197xH255/-4458-9eb94.jpg?1792723795' width='197' height='255' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_10223 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-4459-2c7c7.jpg?1792723795' width='500' height='334' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_10224 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L200xH341/-4460-7779d.jpg?1792723795' width='200' height='341' alt='' />
</figure>
</div><div class='spip_document_10225 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L298xH200/-288-5d794.png?1792723795' width='298' height='200' alt='' />
</figure>
</div><h2 class="spip">Octobre 1934 : pourquoi les Asturies ont été isolées malgré l'insurrection montante dans toute l'Espagne ?</h2>
<p>De Grandizo Munis</p>
<h2 class="spip">Le mouvement insurrectionnel d'octobre 1934 à Madrid, en Catalogne et dans les Asturies (extrait de « Leçons d'une défaite, promesse de victoire »</h2>
<p>« La vague « à gauche » qui parcourait l'Europe (fin 1933) poussait les jeunes socialistes à l'extrême gauche… de la deuxième internationale (social-démocratie). S'ajoutant en Espagne aux résultats réactionnaires de la collaboration de classe (politique précédente des « socialistes »), elle provoqua la division du Parti socialiste en deux tendances, l'une dirigée par Julian Besteiro, solidement attachée à un réformisme traditionnel, et l'autre dirigée par Largo Caballero. Partisan et acteur de la collaboration de classes depuis Primo de Rivera jusqu'à Manuel Azaña, Largo Caballero se saisit de l'occasion pour se reconvertir en défenseur du virage à gauche… Ce virage à gauche eut un effet électrique sur les masses espagnoles. Quand, de la tribune d'un village paysan de l'Estémadure, Largo Caballero déclara :</p>
<p>« Nous sommes convaincus que la démocratie bourgeoise a échoué ; à partir d'aujourd'hui, notre objectif sera la dictature du prolétariat. »</p>
<p>Le panorama politique en fut soudain radicalement modifié…</p>
<p>La fraction Caballero ne fit rien d'autre que rendre au mouvement ouvrier et paysan ses sentiments et ses penchants naturels, bâillonnés jusqu'alors par le Parti socialiste lui-même…</p>
<p>Indalecio Prieto, dirigeant socialiste, venait de prononcer l'un de ses vibrants discours au ton olympien et menaçant :</p>
<p>« Devant le prolétariat espagnol et le prolétariat mondial, le Parti socialiste prend l'engagement solennel de déclencher la révolution. »</p>
<p>Ainsi le partisan actuel du corporatisme menaçait le fascisme. Mais le fasciste Gil Robles, nullement impressionné, lui répondit :</p>
<p>« Vous, les socialistes, vous ne serez jamais capables de déclencher la révolution, car vous en avez peur ; nous savons qu'en ce qui vous concerne, tout restera au niveau des paroles. »</p>
<p>L'histoire du triomphe du fascisme dans toute l'Europe est condensée dans cette réponse du chef le plus accrédité de la réaction espagnole, du moins à l'époque. Il est difficile d'imaginer un jugement plus infamant pour un parti ouvrier qui se prétend socialiste…</p>
<p>Pour mieux comprendre les événements de cette période et les causes déterminantes de la défaite d'octobre 1934, il nous faut diviser la chronologie en trois étapes, correspondant aux changements des rapports de forces directement déterminés par l'évolution concrète de la lutte.</p>
<p>La première étape s'étend du virage à gauche socialiste (à la fin de 1933) jusqu'à la grève générale de Madrid (en avril 1934) et à la crise gouvernementale qu'elle provoqua.</p>
<p>La deuxième étape s'étend d'avril 1934 à la grève générale des paysans, durant l'été 1934.</p>
<p>La troisième débute par la débâcle des paysans et s'achève par la défaite des ouvriers en octobre 1934.</p>
<p>Malgré leur écrasante majorité parlementaire, Gil Robles et sa bande de troglodytes n'osaient pas siéger au gouvernement… et ils soutinrent le gouvernement formé par Alejandro Lerroux dans l'espoir que celui-ci briserait le renouveau d'énergie des masses et hâterait l'avènement de la droite.</p>
<p>Mais cette perspective s'éloignait à mesure que les semaines passaient. L'activité et l'optimisme gagnaient chaque jour du terrain chez les ouvriers et les paysans. La majorité des grèves – qui, au cours du mois précédent, se terminaient par des défaites – remportaient maintenant des victoires triomphales…</p>
<p>Deux petites organisations (la Izquierda Communista et le Bloc ouvrier et paysan), prirent l'initative de créer des organismes de front unique qui auraient pu se transformer en organes de pouvoir ouvrier.</p>
<p>Sous le nom d'Alliance Ouvrière (AO), le premier apparut à Barcelone, ville où le Parti socialiste était quasiment inexistant. L'UGT, l'Union socialiste, la izquierda Communista, le Bloc Ouvrier et Paysan, le PSOE, les syndicats d'opposition « trentistes » et la Union de Rabassaires (métayers-vigneronts) s'engagèrent à créer un front unique ouvrier.</p>
<p>Le principal paragraphe de la déclaration de l'Alliance Ouvrière de Barcelone déclarait :</p>
<p>« Nous, les organisations signataires, aux tendances et aspirations doctrinales diverses, mais unies dans un désir commun de préserver les conquêtes obtenues jusqu'ici par la classe ouvrière espagnole, avons constitué l'Alliance Ouvrière pour nous opposer à l'intronisation de la réaction dans notre pays… »</p>
<p>Malgré ses formules extrêmement vagues et le caractère défensif, limité, de ce texte, cet engagement commun stimula beaucoup l'action et marqua un pas en avant essentiel vers la création d'organismes de pouvoir ouvrier…</p>
<p>Après quelques hésitations des socialistes, une deuxième Alliance Ouvrière fut créée à Madrid, avec des représentants du Parti socialiste, des Jeunesses socialistes, du syndicat UGT, de la Izquierda Communista et des groupes syndicaux « trentistes ». La Fédération syndicale du tabac, organisation indépendante, la rejoignit ensuite.</p>
<p>Pour la première fois en Espagne, le Front unique ouvrier était accepté par des organisations de masse aussi importantes que l'UGT et le Parti socialiste. Le fait aurait pu être décisif pour le triomphe de la révolution, si les socialistes avaient considéré les Alliances Ouvrières comme un véritable instrument d'unité et d'action ouvrières, plutôt que d'y voir un moyen de pression supplémentaire pour obliger le président de la République à accepter de nouveau un gouvernement de coalition socialo-républicaine.</p>
<p>Anarchistes et staliniens refusèrent d'entrer dans les Alliances Ouvrières, malgré les propositions répétées qui leur furent adressées…</p>
<p>La CNT se divisa en deux tendances : l'une hostile, l'autre favorable à l'adhésion. La seconde tendance gagnait du terrain tous les jours et s'imposa dans la région des Asturies, où la CNT participa à la création d'une troisième Alliance Ouvrière ; dans le reste de l'Espagne, l'isolationnisme des anarchistes persista, en grande partie grâce à l'incapacité des deux principales Alliances Ouvrières.</p>
<p>De leur côté, les staliniens, soumis à la dictature de leurs chefs incontestés, ne purent exprimer deux tendances visibles à ce sujet… Deux délégués furent envoyés à l'AO de Madrid pour l'attaquer avec les quelques ritournelles stupides qu'il maniait à l'époque : « social-fascisme », « trotsko-fascisme », « front unique à la base », etc. L'un des principaux dirigeants staliniens s'écria : « Si je devais m'asseoir à la même table que des dirigeants socialistes, je rougirais comme une vierge placée au milieu des prostituées. » Quelques mois plus tard, le même et son organisation exigeaient la création d'un parti unique avec ces mêmes prostituées et prétendaient se faire passer pour les créateurs des AO…</p>
<p>La classe ouvrière et les paysans considéraient les Alliances Ouvrières comme « leurs » organisations et ils s'attendaient à les voir se multiplier partout, se mettre à la tête des luttes ouvrières et organiser la prise du pouvoir. Mais les socialistes n'en avaient nullement l'intention…</p>
<p>L'Alliance Ouvrière la plus importante à l'échelle nationale, celle de Madrid, était écrasée sous le poids des délégués socialistes. Le vote de ces derniers jouait un rôle décisif. On ne pouvait espérer modifier le rapport de forces ni influencer les votes à travers la discussion, étant donné le caractère bureaucratique des délégations. Et il était impossible de changer leur mode de désignation…</p>
<p>Après diverses réunions nationales des jeunesses de l'Action populaire (mouvement fasciste de Gil Robles qui arborait une chemise à la mode fasciste), organisées, sans grand succès, loin de la capitale, le Chef convoqua une grande réunion nationale à l'Escorial, haut lieu des fantasmes impériaux… Depuis plusieurs semaines, la Izquierda Communista soulignait, au sein de l'Alliance Ouvrière, la nécessité de combattre ce projet par tous les moyens… Les délégués socialistes s'opposaient systématiquement à ces propositions et déclarèrent que « l'AO ne doit pas s'immiscer dans des questions de cette nature »…</p>
<p>A Barcelone, l'Alliance Ouvrière ordonna vingt-quatre heures de grève en soutien aux travailleurs de Madrid. Le mouvement fut un succès. Pour la première fois, une AO dépassait les limites fixées à son initiative par le contrôle exaspérant des socialistes qui, à Madrid, accueillirent plutôt de mauvaise grâce la solidarité des Barcelonais.</p>
<p>De leur côté, les forces de la réaction commencèrent à comprendre que, si les menaces de révolution étaient de simples paroles en l'air dans la bouche des dirigeants socialistes, elles se transformaient en convictions solides et en actes quand elles se répercutaient dans la conscience des masses…</p>
<p>Au dernier moment, l'après-midi même du 21 avril 1934, les dirigeants socialistes capitulèrent devant la pression prolongée des délégués de la Izquierda Communista et des syndicats « trentistes » oppositionnels : ils acceptèrent de lancer une grève générale de vingt-quatre heures à Madrid ! Néanmoins, l'ordre ne fut pas lancé au nom de l'Alliance Ouvrière, mais des Jeunesses socialistes, tellement les sociaux-démocrates craignaient que l'Alliance Ouvrière n'acquière une force et un prestige nationaux !</p>
<p>Comme s'y attendaient tous ceux qui poussaient à la grève depuis des semaines, le succès de la mobilisation fut total, d'une rapidité surprenante et d'une ampleur telle qu'il mit en échec le rassemblement fascisant. Moins de trois heures après l'appel à la grève, la ville était entièrement paralysée et plongée dans le silence, comme si elle avait été désertée par ses habitants… La grande mobilisation fasciste subit un échec énorme et ridicule… Le succès même de la grève souligna combien la direction socialiste avait été incapable de tirer parti de la situation. Pour les dirigeants socialistes, la grève représentait une sorte de saut dans le vide, les yeux fermés, auquel ils n'avaient pas pu résister. Ils laissèrent localement des ouvriers, de jeunes militants socialistes et des organisations minoritaires prendre l'initiative et décider des actions à mener… Les dirigeants socialistes ne lancèrent pas d'autre consigne que celle d'une grève passive… Le principal objectif à ce moment était la dissolution des Cortes réactionnaires. Le Parti socialiste fut incapable de lancer ce mot d'ordre, extrêmement populaire, et d'agir pour le faire triompher. Ce qui aurait pu être une action offensive d'une grande profondeur et aux conséquences importantes (Barcelone, Valence, les Asturies et Bilbao auraient pu s'adjoindre au mouvement) resta, grâce aux socialistes, une simple bataille locale et défensive…</p>
<p>Le mouvement de solidarité avec la grève générale de Saragosse, qui durait déjà depuis plusieurs mois, donna aux socialistes une nouvelle occasion de violer traitreusement, et d'une façon encore plus éhontée, les décisions de l'Alliance Ouvrière. Le délégué de la Izquierda Communista, de concert avec le délégué des syndicats « trentistes », proposa à l'AO de Madrid que les ouvriers de toutes les organisations représentées fassent don d'une journée de travail à un fonds de résistance pour les grévistes, dont la lutte prolongée, les plongeant dans la misère, risquait de faire gagner les patrons… En même temps, les dirigeants socialistes publiaient les propositions en les présentant comme une initiative de la commission administrative de l'UGT. Que pouvait-on faire avec des alliés aussi manœuvriers qui niaient totalement le rôle de l'Alliance Ouvrière et qui l'éloignaient de plus en plus de son indispensable transformation en un organisme de front unique démocratique, susceptible de servir de base au futur pouvoir révolutionnaire ? (…)</p>
<p>Politiquement, la démission du gouvernement d'Alejandro Lerroux représenta une victoire pour le prolétariat… Mais l'action ouvrière n'avait pas réussi à obliger la réaction à opérer une retraite générale, uniquement un repli momentané…</p>
<p>Les socialistes, qui vivaient dans la nostalgie de leur coalition avec la bourgeoisie, crurent que le président de la République regrettait son évolution vers la droite, et que son geste inaugurait une nouvelle idylle socialo-républicaine. Au lieu d'accélérer la lutte révolutionnaire, de donner plus d'ampleur au front unique, et de prendre l'offensive, comme la situation l'exigeait, ils intensifièrent leur campagne contre les grèves, modérèrent leur phraséologie révolutionnaire et relâchèrent encore davantage leurs liens avec les autres organisations ouvrières.</p>
<p>Indalecio Prieto – qui (drôle de paradoxe) passait pour un grand rhéteur, voire un théoricien révolutionnaire – fut le premier à se retourner vers les républicains bourgeois. Dans un discours prononcé au Parlement, il promit tacitement de mettre fin aux velléités révolutionnaires de son parti, de rompre les contacts avec les autres organisations ouvrières et de conclure une nouvelle alliance socialo-bourgeoise. C'est avec un pied dans l'alliance avec la bourgeoisie et un demi-pied dans l'alliance avec le prolétariat, que les socialistes abordèrent la grève paysanne, l'une des plus importantes au cours de la révolution espagnole.</p>
<p>Les progrès du prolétariat, les grèves victorieuses, les grèves politiques à Madrid, à Barcelone et dans les Asturies, l'enthousiasme général en faveur du front unique, les quelques pas positifs effectués dans cette direction et les promesses d'une révolution prochaine, ainsi que l'aggravation chronique des problèmes agricoles provoquèrent une renaissance de l'activité et de la conscience paysanne…</p>
<p>La grève éclata au moment où les paysans du Sud devaient commencer les moissons. Des milliers d'ouvriers agricoles s'arrêtèrent de travailler, stimulés par les promesses de victoire lancées par les dirigeants socialistes de la Fédération. Le deuxième jour, pas moins de cent mille ouvriers agricoles étaient en grève dans toute l'Espagne. L'action, dont les mobiles immédiats étaient économiques, avaient indirectement une importance politique exceptionnelle… Vaincu, le mouvement paysan serait perdu pour l'action révolutionnaire et le prolétariat se retrouverait seul devant la réaction au moment de l'affrontement. Et vaincre sans le soutien du prolétariat urbain était impossible aux paysans. Le moment était propice pour une action convergente de prolétariat industriel, du prolétariat agricole et de la paysannerie pauvre… Les moissons attendaient dans les champs ; les tensions politiques et la détermination des paysans étaient à l'acmé. Les patrons ne pouvaient retarder la récolte sous peine de subir de graves pertes. Dans les villes, l'esprit combatif du prolétariat bouillonnait de nouveau ; il avait récupéré de ses défaites antérieures, grâce aux victoires des grèves politiques et aux grèves du Bâtiment, de la Métallurgie et de Saragosse et il se sentait enclin à soutenir les paysans qu'il sentait comme ses alliés naturels. Le moment politique était exceptionnellement favorable…</p>
<p>La Izquierda Communista posa à l'Alliance Ouvrière de Madrid la question de la grève paysanne, des semaines avant que celle-ci ne démarre… Les délégués du Parti socialiste répondaient invariablement :</p>
<p>« Inutile de s'engager dans des discussion théoriques profondes ; c'est à la Fédération des travailleurs de la terre de se charger du problème des paysans. L'Aliance Ouvrière ne doit pas se mêler des luttes quotidiennes… »</p>
<p> La nuit suivante, on reçut de nombreuses informations sur la violence féroce qui se déchaînait contre les paysans. L'Andalousie et l'Estrémadure n'étaient plus qu'un immense champ de guérillas, où les paysans désarmés et dispersés dans des milliers de villages, tombaient sous les balles de la garde civile et de la garde d'assaut, spécialement concentrées contre eux…</p>
<p>La Izquierda Communista publia un manifeste qui fut très bien accueilli, où il demandait aux ouvriers d'exiger de leurs syndicats qu'ils lancent une grève de solidarité avec les paysans durant quarante-huit heures…</p>
<p>Au cours de ces mois où les socialistes jouèrent aux pseudo-révolutionnaires, et où les masses se radicalisèrent effectivement, durant cette période où alternèrent triomphes et échecs, grandes impostures et promesses ou possibilités véritables, la CNT ne joua qu'un rôle secondaire. Elle s'enfonçait de plus en plus dans la crise qui avait débuté par la lutte de tendance entre ses oppositionnels « trentistes » et la FAI. Contrôlant presque totalement la direction, l'anarchisme affaiblissait chaque jour davantage l'organisation syndicale avec ses principes et ses méthodes absurdes. Son refus du front unique faillit provoquer une nouvelle scission. Sensibles aux sentiments du prolétariat et aux nécessités du moment, les éléments les plus conscients luttaient au sein de la CNT pour adhérer aux Alliances Ouvrières. Malheureusement, ils ne réussirent pas à s'imposer, en dehors des Asturies. La lutte interne autour de cette question donna de nouveau l'occasion aux militants de la FAI les plus récalcitrants de combattre la tendance favorable au front unique avec de grandes proclamations antimarxistes et en déployant un verbalisme ultra-maximaliste… L'influence de la FAI était si manifestement néfaste que l'Association Internationale des Travailleurs (l'AIT, l'organisme international des anarchistes) se vit obligée d'intervenir et condamna tacitement, dans une lettre, les manœuvres irresponsables et les aventures de la FAI…</p>
<p>La faiblesse de la CNT allait forcément laisser le champ libre au réformisme de l'UGT et du Parti socialiste… Les dirigeants anarchistes commirent une énorme faute en refusant le front unique. Fondée sur les intérêts de la classe ouvrière, et certainement plus sensible à l'émotion révolutionnaire des masses, leur participation aux Alliances Ouvrières aurait permis à ces organisations de prendre des décisions que les socialistes, en l'absence de la CNT, purent rejeter en toute impunité.</p>
<p>L'anarchisme prétendait ignorer l'importance énorme de la lutte qui se déroulait entre le prolétariat et la réaction, en Espagne. Il aspirait uniquement à rester en marge de ce combat. Après la grande grève politique du 8 septembre, l'organe anarchiste de la CNT de Madrid écrivait :</p>
<p>« Si les luttes actuelles pour le pouvoir opposent fascistes et marxistes, personne ne doit s'étonner de notre indépendance, car nous n'avons jamais eu d'appétit pour le pouvoir, et que la lutte électorale est étrangère à nos principes comme à notre tactique. »</p>
<p>(…) Ayant maîtrisé le front rural, le gouvernement et la réaction se retournèrent contre le front prolétarien. La suspension des garanties constitutionnelles, les mesures contre la presse ouvrière et la liberté d'expression, l'interdiction de réunions, l'emprisonnement de milliers de paysans et d'ouvriers, la fermeture de locaux syndicaux et politiques, la destitution de conseils municipaux hostiles au gouvernement, toutes les mesures arbitraires et les violences exercées par le pouvoir furent lancées par le gouvernement Samper, en préparation de la future attaque contre le prolétariat ! Tout cela de la part d'un gouvernement qui n'aurait pas résisté à une offensive cohérente et bien ciblée des masses. Tel fut le résultat de la veulerie du Parti socialiste…</p>
<p>Le 2 octobre, les socialistes annoncèrent aux délégués de l'Alliance Ouvrière qu'on passerait à l'insurrection au cas où l'Action populaire serait admise dans le nouveau cabinet… En effet, le 4 octobre 1934, lorsque fut rendue publique la composition du nouveau gouvernement présidé par Lerroux et auquel participait l'Action populaire (avec trois ministres, plus deux grands propriétaires), les socialistes adressèrent à l'AO un nouveau communiqué. Mais il ne s'agissait pas de l'insurrection… Non, les socialistes faisaient passer à l'AO un mot d'ordre de grève générale pacifique… afin de laisser au président Zamora le temps de méditer et demander la démission du gouvernement qui venait de se constituer…</p>
<p> Lorsque se produisit l'événement dont le Parti socialiste avait claironné qu'il serait le signal de la révolution, ce parti resta totalement coi. Le parti et ses bureaucrates disparurent comme si la terre les avait avalés. Les masses prolétariennes furent abandonnées à elles-mêmes, comme l'avaient auparavant été les masses paysannes…</p>
<p>Lorsqu'on annonça la composition du nouveau gouvernement, la grève revêtit un caractère général avant même que soit connu l'appel du PSOE. Dès la soirée du 4 juillet, la foule envahit les rues dans l'attente des armes qui avaient été vaguement promises. Un frisson terrible, de ceux qui précèdent les grands bouleversements, courut d'un bout à l'autre de Madrid. On sentait l'atmosphère surchargée d'électricité, prête à exploser… La foule énervée, mais décidée et impatiente de se lancer à l'attaque, se concentra intuitivement aux endroits stratégiques de la ville…</p>
<p>Sans s'inquiéter des forces de l'ordre, le prolétariat resta à son poste, attendant que le Parti socialiste lui procure des armes et lui dise comment et où commencerait le soulèvement…</p>
<p>Le lendemain, le 5, il n'était pas trop tard pour agir. Les masses occupaient encore les rues, pleines d'énergie et optimistes.</p>
<p>Le gouvernement de son côté avait repris un peu de confiance et occupé militairement les points les plus importants de la ville, mais il n'était pas sûr de ses troupes. Ses seuls éléments de répression sûrs étaient la Garde civile et la Garde d'assaut. Les soldats de la garnison de Madrid étaient en majorité des paysans dont les familles souffraient des conséquences de la répression de la grève générale précédente ; ils n'avaient donc que des raisons d'être hostiles au gouvernement et de sympathiser avec les révolutionnaires. Au premier succès du prolétariat, ils auraient déserté les rangs du gouvernement…</p>
<p>Les arrestations qui avaient commencé la nuit précédentes, se multiplièrent d'heure en heure durant toute la journée du 5 octobre. Et d'heure en heure s'estompait la possibilité d'une insurrection d'envergure…</p>
<p>Bref, la grève générale à Madrid dura avec une parfaite unanimité jusqu'au 13 octobre, jour où les socialistes donnèrent l'ordre de retourner au travail…</p>
<p> En Catalogne, malgré un prolétariat plus concentré que celui de Madrid, et aussi une Alliance Ouvrière (AO), sur laquelle le fardeau socialiste pesait moins, le mouvement d'octobre ne se développa pas beaucoup mieux qu'à Madrid. Cependant, dans cette région il fallait compter avec un autre avantage : la question régionaliste (catalane), question qui n'avait pas reçu de solution, s'était exacerbée depuis qu'un conflit ouvert entre le gouvernement catalan de la Généralité et le gouvernement central, du fait d'une loi sur les contrats agricoles édictée par le premier. Bien utilisées, ces circonstances pouvaient faciliter grandement le triomphe du prolétariat.</p>
<p>Mais la situation du mouvement ouvrier catalan avait montré, dans les derniers mois, certaines particularités qui devaient le mener à sa défaite. Il ne s'agissait pas d'un obstacle infranchissable, mais la politique suivie par les partis alliés dans l'Alliance Ouvrière et la politique de la FAI convergèrent pour maintenir ces particularités déplorables jusqu'au moment même de l'insurrection.</p>
<p>La scission syndicale en Catalogne (de l'aile de la CNT, dite des « Trentistas » favorable au front unique ouvrier, contre l'isolationnisme et de l'abstentionnisme de la FAI), a atteint son maximum durant les mois qui ont précédé Octobre… Cependant, le Bloc (Bloc Ouvrier et Paysan, principale force de l'Alliance Ouvrière en Catalogne et qui sera à l'origine de la formation du POUM) ne posa pas le problème syndical dans ses objectifs de classe : défendre et renforcer la CNT comme centrale syndicale, sans cesser de combattre le soi-disant apolitisme et l'isolationnisme aventuriste. A l'inverse, le Bloc vit dans la crise de la CNT une occasion de la liquider, en créant sa propre centrale syndicale…</p>
<p>La situation permettait permettait à la FAI de mettre sur le même plan la Généralité de Catalogne, l'AO catalane et la gauche caballeriste, de justifier son abstention et celle de la CNT. La FAI alla plus loin encore, et en vint à considérer que le gouvernement de Barcelone était davantage son ennemi que celui de Madrid…</p>
<p>De fait, même si Barcelone était le berceau, le prolétariat catalan avait perdu l'initiative révolutionnaire dont il avait presque toujours fait preuve auparavant. Cette initiative passa à Madrid et aux Asturies. Les grandes grèves politiques et ce vaste mouvement de solidarité avec les grévistes aragonais, affamés et héroïques, commencèrent à Madrid, et cela représenta une victoire politique retentissante. Ce fut dans les Asturies, et non en Catalogne, que le mouvement d'octobre 1934 acquit son plein niveau insurrectionnel et s'avança le plus loin. Et si Madrid, par décision des socialistes, laissa tomber les paysans en juin, Barcelone ne se posa même pas le problème. Néanmoins, si le prolétariat catalan uni s'était mis en marche, il aurait probablement réussi à insuffler au mouvement d'octobre 1934 un cours triomphant dans l'Espagne entière. Ce qui l'empêcha de remplir sa mission d'avant-garde, ce fut d'une part l'isolement anarchiste, opportunisme déguisé en radicalisme, et d'autre part l'opportunisme manifeste des partis coalisés dans l'Alliance Ouvrière, ainsi que le profond opportunisme de la gauche caballeriste…</p>
<p>A Barcelone, l'Alliance Ouvrière appela à des grèves en son propre nom et s'offrit au prolétariat comme une force collective dirigeante. Elle avait un avenir splendide en tant qu'organe de pouvoir et aurait pu servir d'exemple au reste du pays. Mais elle avait besoin, avant tout, de vaincre l'abstention de la CNT grâce à une politique juste, de se démocratiser en mettant la nomination des délégués entre les mains des usines, et de cesser tout flirt avec la bourgeoisie régionaliste, attitude commune à presque toutes les organisations qui faisaient partie de l'AO.</p>
<p>L'Alliance Ouvrière catalane échoua sur les trois questions. Au lieu de se convertir en poste avancé des Alliances Ouvrières, en adoptant en comportement quotidien ferme et en amorçant sa transformation en organes de pouvoir directement liés aux masses, l'AO vivota et finit par se laisser étouffer, comme un appendice de la Généralité bourgeoise catalane.</p>
<p>Le prolétariat aurait pu exploiter le conflit entre le gouvernement central et la Généralité, à condition de le faire servir aux intérêts du mouvement révolutionnaire, et non de mettre ce dernier au service des intérêts de la Généralité. C'est pourtant ce que fit l'AO de Barcelone… Voilà les fruits empoisonnés du catalanisme effréné de la majorité des organisations qui la composaient, surtout le Bloc Ouvrier et Paysan…</p>
<p>L'Alliance Ouvrière appela à la grève générale et s'adressa au gouvernement de la Généralité pour lui demander ce qu'il comptait faire. Comme ce dernier, à ce moment-là (le 4 octobre 1934) entrevoyait seulement la possibilité que Madrid lui accorde vie, l'AO attendit que la Généralité avance une idée… L'AO avait bien organisé, il est vrai, une manifestation devant le palais du gouvernement pour réclamer des armes ; celles-ci ayant été refusées, elle repartit attendre que bourgeois et petits-bourgeois catalanistes veuillent bien se battre… Mais ni aux régions ni au prolétariat, l'AO ne sut donner de directive, concernant une action insurrectionnelle ni d'un autre genre. Le mouvement la dépassait, il lui glissait entre les mains. Dans de nombreux villages, le prolétariat s'était rendu maître de la situation ; des barricades s'élevaient à Barcelone ; partout les masses agissaient spontanément et de façon désorganisée, sans que l'Alliance Ouvrière ne les guide et ne se place à l'avant-garde. Et comment l'aurait-elle fait, puisqu'elle était paralysée par un schéma qui octroyait l'initiative et la direction aux petits-bourgeois atterrés de la Généralité ? (…)</p>
<p>En effet, la Généralité ne se décida à faire quelque chose que lorsque la pression des masses lui interdit toute neutralité et lui barra la voie qu'elle empruntait pour s'entendre avec Madrid. Elle mit alors en scène une insurrection symbolique, uniquement pour « sauver l'honneur », selon le sermon du fameux document officiel de la Esquerra catalana. On était déjà le 6 octobre : c'était trop tard. Trop tard pour Madrid, et aussi pour Barcelone. A Madrid, les masses se sentaient déjà trahies et découragées, et le gouvernement très sûr de lui et maître de la rue… Il était aussi trop tard pour Barcelone, et ceci pour deux raisons : premièrement parce que durant les deux jours précédents on ne sut pas faire l'unité prolétarienne entre l'Alliance Ouvrière et la CNT, ce qui affaiblissait excessivement la capacité combative des masses et donnait à leur action un caractère inorganique et même contradictoire ; deuxièmement parce que, dans ces conditions, l' « insurrection » de la Généralité marquait seulement le signal de sa capitulation. Si l'AO s'était adressée à la CNT aux moments décisifs en lui proposant une action commune et indépendante, le mouvement aurait pu passer rapidement dans les mains de la direction ouvrière unifiée. C'était l'unique façon d'empêcher la Généralité de capituler ou de faire que sa capitulation n'emporte pas avec elle le mouvement…</p>
<p>Voici ce que raconte Azaña à propos de la conversation qu'il eut le 6 octobre, à une heure de l'après-midi, avec Juan Lluhi, conseiller de la Généralité :</p>
<p>« Le samedi… monsieur Lluhi vint me voir, à une heure de l'après-midi, pour me dire qu'ils ne pouvaient plus résister à la pression populaire ; ils craignaient que les éléments qui la composaient donnent l'assaut à la Généralité et y aillent armés ; qu'ils s'emparent du gouvernement par la violence ; que déjà on les traitait de traîtres, de mauvais Catalans et de mauvais républicains. » Et après lui avoir dit que, pour empêcher cela, ils proclameraient l'après-midi un « Etat catalan à l'intérieur de la République fédérale espagnole », Lluhi enchaîna : « Puis nous laisserons faire, les uns et les autres. Ici nous devrons céder, comme nous avons laissé faire avec la République catalane quand la République espagnole est arrivée ; à Madrid aussi ils laisseront faire, et tout se passera calmement. » (dans « Ma révolte à Barcelone » de Manuel Azaña, 1935)</p>
<p>(…) Venons-en enfin aux Asturies, la seule partie du pays où le mouvement d'octobre 1934 prit dès le premier jour un caractère insurrectionnel aigu. Le mouvement ouvrier espagnol ne rendra jamais assez hommage à ces courageux mineurs, qui surent s'emparer rapidement de la région en attaquant la Garde civile avec seulement quelques armes et de la dynamite. Grâce à eux, l'insultante désertion socialiste se retourna contre les dirigeants du PSOE ; grâce à leur geste magnifique, la réaction se trouva embourbée dans son offensive et le prolétariat put à nouveau relever la tête, récupérer de l'énergie et contre-attaquer ; grâce à ce soulèvement, la réaction fut finalement stoppée, bien que le prix à payer fût immense ; grâce aux mineurs asturiens, le prolétariat et les paysans espagnoles eurent l'occasion d'écrire, pendant la Guerre civile, une des pages les plus glorieuses et les attachantes de l'histoire révolutionnaire mondiale. Les classes révolutionnaires se souviendront à jamais des Asturies rouges de 1934.</p>
<p>La Fédération régionale de la CNT, peut-être parce qu'elle baignait dans un milieu socialiste plus ouvrier et combatif qu'ailleurs, se montra toujours moins sectaire que les anarcho-syndicalistes dans le reste du pays. Elle fut dès le départ partisane du front unique prolétarien, au point de défendre cette tactique à l'échelle nationale.</p>
<p>L'Alliance Ouvrière put se former tôt dans les Asturies, et la participation de la Fédération régionale cénétiste lui donna un caractère moins fictif. Même si elle était moins forte dans la région que l'UGT, la CNT contrebalançait le poids des socialistes, donnant ainsi au front unique d'action un caractère solide. Ce facteur contribua à faire du mouvement dans les Asturies une insurrection véritable, au lieu d'une mascarade.</p>
<p>Le pacte signé par les deux centrales syndicales – la CNT et l'UGT – en mars 1934 fut le plus radical de tous ceux rédigés par les Alliances Ouvrières. Une clause de non-exclusion des partis politiques du mouvement ouvrier, qui concluait le document, entama la rupture du prétendu principe d'apolitisme cher à la CNT…</p>
<p>L'AO asturienne conquit immédiatement la sympathie des ouvriers de toute l'Espagne et enflamma la volonté de ceux de sa région. La confiance que leur insuffla l'unité combative de leur classe les remplit d'assurance et de foi dans la victoire, un facteur capital pour le développement ultérieur des événements. Ces initiales terrifiantes aux yeux de la bourgeoisie, UHP (Union des Frères Prolétaires), ce slogan anonyme surgi du fond de la mine que les insurgés gravèrent sur leurs tanks de fabrication grossière, et au cri duquel tombèrent criblés de balles des milliers de héros, sont un exemple à suivre dans les batailles révolutionnaires à venir du prolétariat espagnol et mondial…</p>
<p>Si l'insurrection eut lieu et gagna aux Asturies, ce fut en dépit du Parti socialiste et aucunement par sa volonté ou à son instigation… Lorsqu'on connut la composition du nouveau cabinet, dans l'après-midi du 4 octobre, les socialistes, comme à Madrid, écartèrent l'Alliance Ouvrière et firent circuler, par le biais de l'UGT, l'ordre de grève. Celle-ci commença pacifiquement là où la bureaucratie réformiste était forte, mais elle prit instantanément un caractère insurrectionnel irrésistible dans le bassin minier…</p>
<p>Le bassin minier désobéit à la direction socialiste, et il disposait du minimum de moyens indispensables pour se lancer dans l'insurrection sans attendre ceux que la direction leur promettait…</p>
<p>L'insurrection elle-même constitue une preuve irréfutable contre la direction socialiste. Tous les ouvrages publiés sur la geste asturienne relèvent que l'insurrection est partie de la périphérie. Le mouvement démarre dans le bassin minier, dans la nuit du 4 au 5 octobre et prend immédiatement un caractère insurrectionnel. Les mineurs attaquent les postes des Gardes civils et des Gardes d'assaut, avec très peu d'armes et une bonne quantité de dynamite… Ils sont rapidement vainqueurs sur les lieux principaux du bassin, Langreo, Mieres, Sama, La Felguera, Pola de Sena, Olloniego, Avilés, Albaña, etc., et se répandent dans toute la région en détruisant les bases de l'Etat bourgeois. Mais Gijon et Oviedo, où étaient concentrés les contingents les plus nombreux des forces de répression, restèrent inactifs, en grève générale non insurrectionnelle, comme à Madrid, pendant la nuit du 4 et toute la journée du 5 octobre. Or Gijon était un centre maritime de la plus haute importance, d'où la flotte de guerre pouvait se lancer à l'attaque ; quant à Oviedo, c'était le siège du gouvernement provincial et de la bureaucratie réformiste de la province. Il fallut que des détachements de mineurs se présentent le 6 octobre aux portes d'Oviedo pour que la capitale provinciale entre en action. Manuel Grossi rapporte dans « L'Insurrection des Asturies » :</p>
<p>« Voilà déjà trente heures que nous soutenons une lutte victorieuse dans le bassin houiller et les ouvriers d'Oviedo ne semblent informés de rien. »</p>
<p>Evidemment qu'ils étaient informés, mais comme le même Grossi le raconte, le prolétariat d'Oviedo, lorsqu'il voulut entrer dans l'action le 5 octobre, en fut dissuada par ses dirigeants. Dès qu'il aperçut les mineurs venus à Oviedo, il courut se joindre à eux et ce fut le début d'une bataille épique contre des forces bien plus nombreuses, supérieurement armées, disciplinées et stratégiquement retranchées, de la Garde civile, de la Garde d'assaut et de l'armée. Employant presque exclusivement de la dynamite, les mineurs et les ouvriers d'Oviedo contraignirent les forces gouvernementales à évacuer les positions très fortes qu'elles tenaient pour les acculer dans la fameuse caserne de Pelayo, qui ne put être prise parce que l'aviation profita de sa position en dehors de la ville…</p>
<p>Les noms de José Maria Martinez, de Bonifacio Martin, et de tous les Martin et Martinez inconnus ont été l'âme de l'insurrection, tandis que les Belarmino Tomas, Les Javier Bueno, les Gonzalez Peña ont été des obstacles du commencement de la lutte, des entraves pendant la lutte, et des poids morts au court de la phase défensive. Sans les premiers, l'insurrection asturienne n'aurait pas eu lieu ; quant aux dirigeants, effrayés qu'elle se soit produite malgré eux, ils ne pensèrent qu'à la liquider…</p>
<p>A Gijon, le retard provoqua l'échec de l'insurrection…</p>
<p>La direction socialiste de la province fut incapable d'avoir un projet insurrectionnel parce que son action dans les deux villes principales, où elle était majoritaire, fut justement la même qu'à Madrid et servit les forces gouvernementales…</p>
<p>Ce qui caractérise le mouvement dans les Asturies, le caractérise aussi dans le reste du pays : partout où l'influence bureaucratique était faible, ou inexistante, le prolétariat rompit avec la docilité imposée par les dirigeants et donna au mouvement une tournure insurrectionnelle et un contenu socialiste…</p>
<p>Convaincu qu'aucun danger ne le menaçait plus dans le reste de l'Espagne, le gouvernement concentra son attention et ses forces armées contre les insurgés asturiens. Se méfiant, non sans motif, des troupes espagnoles, il chargea les Maures et les aventuriers du Troisième Régiment de la Légion Etrangère, qu'il fit précipitamment rapatrier du Maroc, de former l'avant-garde de la lutte contre les mineurs…</p>
<p>L'insurrection des Asturies souffrait d'une grave contradiction. Avec la prise d'Oviedo, la direction de l'insurrection passa entre les mains du Comité provincial socialiste, composé de bonzes réformistes à l'esprit tout à fait étranger à un événement révolutionnaire de ce type, et de plus ineptes au dernier degré…</p>
<p>Cet antagonisme entre la direction réformiste et l'insurrection éclata brusquement le 11 octobre quand la quasi-totalité des dirigeants déserta… abandonna l'insurrection au chaos, et les militants effectivement révolutionnaires, ceux qui avaient pris l'initiative dans le bassin houiller, aux représailles féroces du gouvernement…</p>
<p>C'est alors que le prolétariat asturien entama une autre action, prompte et admirable. Loin de s'effrayer, de perdre la tête et de déserter lui-même, il lança, comme dans la journée du 5 octobre, une multitude d'initiatives anonymes. Partout, de nouveaux comités improvisés prirent en mains la direction de la lutte armée et de l'administration. La bourgeoisie les appela ensuite des « comités extrémistes » parce qu'en effet, ils étaient composés de la fraction la plus avancée du prolétariat asturien… Ainsi, par exemple, la défense de Lopez Ochoa dura encore huit jours. On eut le temps de réfléchir et d'organiser la retraite, de cacher des armes, de sauver des militants… Le prolétariat asturien avait sauvé le prestige de la révolution et gagné l'ouverture d'une nouvelle lutte…</p>
<p>Le dernier mot du prolétariat asturien « Le prolétariat peut être battu mais jamais vaincu. » annonçait le 19 juillet 1936…</p>
<h2 class="spip">Lire encore sur la révolution de 1934 dans les Asturies</h2>
<p>C'est une révolution manquée ! Une de plus ! Et qui a été marquée, d'abord et avant tout, par le dynamisme de l'Alliance Ouvrière (anarchistes unis aux socialistes et syndicalistes) aux Asturies mais autant par l'abstention scandaleuse des anarcho-syndicalistes hors de la région asturienne…</p>
<p>En Catalogne aussi, il y a eu une Alliance Ouvrière et un <a href="https://www.marxists.org/francais/poum/works/1933/12/poum_19331200.htm" class="spip_out" rel="external">appel révolutionnaire</a> de celle-ci, mais la CNT ne s'est pas jointe…</p>
<p>L'Alliance ouvrière de Madrid, simple organe de liaison, appendice du Parti socialiste madrilène, n'a pas été non plus l'organe de front unique et de combat révolutionnaire attendu.</p>
<p>Il faut remarquer aussi que le parti stalinien a pris position contre le front uni ouvrier et révolutionnaire qui a prévalu dans les Asturies, unissant CNT et UGT. « Travailleurs, ne vous laissez pas abuser par le chemin de l'unité. Vos chefs vous trahissent. L'Alliance ouvrière est le nerf de la contre-révolution. A bas l'Alliance ouvrière de la trahison ! » : c'est ce qu'écrivait le P.C. vingt-quatre heures avant que s'engage l'action révolutionnaire. C'est-à-dire le 4 octobre 1934.</p>
<p>En octobre 1934 la direction du Parti socialiste d'alors appelle à la grève générale et au soulèvement dans toute l'Espagne. Mal préparé, mal coordonné, ce mouvement, accompagné parfois d'affrontements armés, échoue.</p>
<p>Par contre, au nord de l'Espagne, dans les Asturies, c'est une révolution sociale qui va secouer l'ensemble de la région minière. Sous le mot d'ordre de UHP (« ¡ Uníos hermanos proletarios ! », « Unissez-vous frères prolétaires ! »), armés de fusils, de bâtons de dynamite, de canons et de mitrailleuses, les mineurs asturiens de l'UGT et de la CNT vont instaurer une véritable Commune ouvrière.</p>
<p>Dans les Asturies, la CNT avec José Maria Martínez, est entrée dans l'Alliance ouvrière, que rejoint également en dernière minute le Parti communiste, et qui lance le célèbre mot d'ordre d'« UHP » (Unión hermanos proletarios : union, frères prolétaires). Dans tous les villages miniers se sont constitués des comités locaux qui, dès la nuit du 4 octobre, lancent la grève générale, occupent le 5 la plupart des localités, attaquant par surprise et désarmant les forces de police, occupant enfin la capitale provinciale, Oviedo, le 6. La nouvelle de l'échec de Barcelone et de Madrid ne diminue pas la volonté de combat des mineurs dont les comités prennent le pouvoir en mains, <br class='autobr' />
armant et organisant les milices, faisant régner un ordre révolutionnaire très strict, occupant les édifices, confisquant les entreprises, rationnant les vivres et les matières premières. Ils s'emparent de l'arsenal de La Trubia, de La Vega et de Marigoya, disposant de 30000 fusils et même d'une artillerie et de quelques blindés, mais manquant de munitions, emploieront surtout la dynamite, arme traditionnelle de leurs combats. Sûr de tenir le reste de l'Espagne, le gouvernement emploie les grands moyens, et sur les conseils des généraux Goded et Franco, confie au général Limez Ochoa, chargé de la reconquête, des troupes d'élite, Marocains et Légion étrangère. Oviedo tombe le 12 octobre, et le socialiste Ramón Gonzáles Peña démissionne du comité révolutionnaire La résistance continue, et l'armée reprendra village après village. Jusqu'au 18 octobre où le socialiste Belarmino Tomás négocie la <br class='autobr' />
reddition des insurgés. Des francs-tireurs résisteront encore ici ou là, pendant des semaines. La répression est féroce plus de 3000 travailleurs tués, 7000 blessés, plus de 40000 emprisonnés dont certains soumis à la torture des agents du commandant Doval qui soulèveront l'indignation dans des milieux très larges. L'état de guerre est maintenu pendant trois mois encore et de nombreuses municipalités suspendues, dont celles de Madrid, <br class='autobr' />
Barcelone et Valence.</p>
<p>Ils seront écrasés sans pitié par l'armée, la Légion étrangère et les supplétifs marocains dépêchés d'urgence d'Afrique. La résistance des mineurs et la répression qui s'ensuivirent résonnèrent profondément, en Espagne et au-delà.</p>
<p>Malgré cet échec, la Révolution des Asturies peut être considérée comme le prélude à la Révolution de 1936 en Espagne. Trahison stalinienne et faiblesse de la CNT sont déjà là en 1934…</p>
<p><a href="https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1934-10-linsurrection-des-asturies/" class="spip_out" rel="external">L'insurrection des Asturies</a></p>
<p><a href="https://bsstock.files.wordpress.com/2014/03/munis-quc3a9-son-las-dianzas-obreras-1934.pdf" class="spip_out" rel="external">Que sont les Alliances Ouvrières (esp)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_asturienne" class="spip_out" rel="external">Wikipedia</a></p>
<p><a href="http://redskins-limoges.over-blog.org/article-asturies-1934-une-revolution-inconnue-62522178.html" class="spip_out" rel="external">Des anarchistes estiment cette expérience riche d'enseignements… mais sans les tirer vraiment, mis à part l'intérêt de l'unité ouvrière</a></p>
<p><a href="http://www.alternativelibertaire.org/?Lire-Asturies-octobre-1934-une" class="spip_out" rel="external">Le point de vue d'Alternative Libertaire</a></p>
<p><a href="https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1934-10-linsurrection-des-asturies/" class="spip_out" rel="external">Lire aussi La Bataille Socialiste</a></p></div>
Histoire de la lutte des classes en Afrique du sud
https://matierevolution.org/spip.php?article5678
https://matierevolution.org/spip.php?article56782017-11-13T00:53:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionOuvriers WorkersprolétairesManifestationAfrique du sud South AfricaRévolteMineursLutte de classes - Class struggle
<p>Histoire de la lutte des classes en Afrique du sud <br class='autobr' />
Chronologie de l'Afrique du sud <br class='autobr' />
Les groupes San ou Bochimans <br class='autobr' />
Les groupes Khoïkhoï <br class='autobr' />
Les groupes Koïsans <br class='autobr' />
Les groupes Bantous <br class='autobr' />
1075 : Royaume de Mapungubwe <br class='autobr' />
1652 : Fondation de la Colonie du Cap <br class='autobr' />
1652 : Début des guerres anglo-néerlandaises qui s'échèveront en 1784 <br class='autobr' />
1795 : Débuts des républiques boers <br class='autobr' />
A partir de 1797 : les débuts sanglants du colonialisme capitaliste anglais en Afrique du sud <br class='autobr' />
1816 : Le Royaume zoulou de Shaka (…)</p>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot109" rel="tag">Afrique du sud South Africa</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag">Révolte</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot235" rel="tag">Mineurs</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot278" rel="tag">Lutte de classes - Class struggle</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Histoire de la lutte des classes en Afrique du sud</h2>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_de_l%27Afrique_du_Sud" class="spip_out" rel="external">Chronologie de l'Afrique du sud</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bochimans" class="spip_out" rel="external">Les groupes San ou Bochimans</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kho%C3%AFkho%C3%AF" class="spip_out" rel="external">Les groupes Khoïkhoï</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kho%C3%AFsan" class="spip_out" rel="external">Les groupes Koïsans</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bantous" class="spip_out" rel="external">Les groupes Bantous</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mapungubwe" class="spip_out" rel="external">1075 : Royaume de Mapungubwe</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_Colonie_du_Cap" class="spip_out" rel="external">1652 : Fondation de la Colonie du Cap</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerres_anglo-n%C3%A9erlandaises" class="spip_out" rel="external">1652 : Début des guerres anglo-néerlandaises qui s'échèveront en 1784</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publiques_boers" class="spip_out" rel="external">1795 : Débuts des républiques boers</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4446" class="spip_out" rel="external">A partir de 1797 : les débuts sanglants du colonialisme capitaliste anglais en Afrique du sud</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Royaume_zoulou" class="spip_out" rel="external">1816 : Le Royaume zoulou de Shaka</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Trek" class="spip_out" rel="external">1835 : Le Grand Trek</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Cafrerie_britannique" class="spip_out" rel="external">1835 : La cafrerie britannique</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_des_Boers" class="spip_out" rel="external">1880 : Début de la Guerre des Boers</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Anarchisme_en_Afrique_du_Sud" class="spip_out" rel="external">1880 : Naissance du mouvement anarchiste qui joue un rôle important jusqu'en 1920</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1552" class="spip_out" rel="external">1899 : Le massacre des Boers par l'armée anglaise</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Union_d%27Afrique_du_Sud" class="spip_out" rel="external">1910 : Fondation de l'Union d'Afrique du sud</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_national_(Afrique_du_Sud)" class="spip_out" rel="external">1914 : Fondation du Parti National, parti bourgeois des Afrikaners les plus racistes</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/international/comintern/sections/sacp/index.htm" class="spip_out" rel="external">1917 : Le communisme révolutionnaire ne séparait pas la lutte des Noirs de la lutte des classes (en)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_communiste_sud-africain" class="spip_out" rel="external">1921 : Fondation du Parti communiste sud-africain, qui deviendra ensuite stalinien puis l'un des piliers de la trahison de Mandela aux côtés de l'impérialisme et de la bourgeoisie sud-africaine</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/international/comintern/sections/sacp/1921/manifesto.htm" class="spip_out" rel="external">1921 : Le Manifeste du Parti communiste sud-africain, quand il était révolutionnaire et visait au renversement mondial du capitalisme comme le bolchevisme russe (en)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_du_Rand" class="spip_out" rel="external">1922 : La révolte armée des mineurs du rand</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/etol/revhist/backiss/vol4/no4/hirson04.htm" class="spip_out" rel="external">1930 : Naissance des groupes trotskystes en Afrique du sud (en)</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/04/lt19350420.htm" class="spip_out" rel="external">1935 : Le point de vue de Trotsky sur les tâches des bolcheviks-léninistes en Afrique du sud</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article1017" class="spip_out" rel="external">1937 : La question coloniale en Afrique du sud (en)</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3548" class="spip_out" rel="external">Les premières luttes du prolétariat sud-africain</a></p>
<p><a href="http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve?codeEve=966" class="spip_out" rel="external">1946 : Grève des mineurs dans la région de Witwatersrand</a></p>
<p><a href="http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve?codeEve=498&langue=fr" class="spip_out" rel="external">1948 : Élection du Parti national de Daniel Malan</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Apartheid" class="spip_out" rel="external">1948 : Mise en place de l'Apartheid</a></p>
<p><a href="https://fr.internationalism.org/revue-internationale/201501/9181/contribution-a-histoire-du-mouvement-ouvrier-afrique-du-sud-naissan" class="spip_out" rel="external">Capitalisme et mouvement ouvrier en Afrique du sud</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Sharpeville" class="spip_out" rel="external">1960 : Massacre de Sharpeville</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_d%27Afrique_du_Sud_(1961-1994)" class="spip_out" rel="external">1961 : Mise en place de la République d'Afrique du sud</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/international/comintern/sections/sacp/1962/road-freedom.htm" class="spip_out" rel="external">1962 : La manière dont les staliniens justifient leur politique (en)</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Steve_Biko" class="spip_out" rel="external">1968 : Steve Biko fonde le Mouvement de la Conscience noire, très critique de la politique réformiste de l'ANC, et sera arrêté par la police le 18 août 1977, et assassiné le 11 septembre 1977 après avoir été torturé</a></p>
<p><a href="http://www.politique-africaine.com/numeros/pdf/015097.pdf" class="spip_out" rel="external">1973 : Vague de grèves ouvrières contre l'Apartheid et les patrons</a></p>
<p><a href="http://www.politique-africaine.com/numeros/pdf/025067.pdf" class="spip_out" rel="external">Années 1970-1980 : le renouveau du syndicalisme noir</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=Qm-cKIJCpq8C&pg=PT265&dq=luttes+de+classes+en+afrique+du+sud&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=luttes%20de%20classes%20en%20afrique%20du%20sud&f=false" class="spip_out" rel="external">L'aile radicale du syndicalisme sud-africain de classe</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1066" class="spip_out" rel="external">Le syndicalisme révolutionnaire en Afrique du sud</a></p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?client=firefox-b&dcr=0&q=syndicalisme+afrique+du+sud&oq=syndicalisme+afrique+du+sud&gs_l=psy-ab.3..0i7i5i30k1.9688.13539.0.13734.16.15.1.0.0.0.137.1450.8j6.14.0....0...1.1.64.psy-ab..3.11.1118...0i7i30k1j0i13i30k1.XixX9-yxBog" class="spip_out" rel="external">Le syndicalisme en Afrique du sud</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article4078" class="spip_out" rel="external">L'apartheid et la lutte pour le combattre</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article282" class="spip_out" rel="external">Le rôle des syndicats dans la lutte contre l'apartheid en Afrique du sud</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/subject/africa/slovo/1988/national-democratic-revolution.htm" class="spip_out" rel="external">1988 : Pour le parti stalinien, la révolution n'est plus socialiste et internationale mais démocratique et nationale, donc bourgeoise (en)</a></p>
<p> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9gociations_sur_le_d%C3%A9mant%C3%A8lement_de_l%27apartheid_en_Afrique_du_Sud" class="spip_out" rel="external">1990 : Début des négociations pour la sortie de l'Apartheid sans heurts et sans dommages pour le grand capital</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/etol/document/ltt/sa-crossroads91.htm" class="spip_out" rel="external">1991 : Les grandes manœuvres de la bourgeoisie, de l'ANC et des staliniens pour détourner la menace révolutionnaire (en)</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/etol/document/ltt/sa-negs-rdca.htm" class="spip_out" rel="external">1992 : La petite bourgeoisie nationaliste et les staliniens trahissent la lutte révolutionnaire contre l'Apartheid (en)</a></p>
<p><a href="https://conflits.revues.org/137" class="spip_out" rel="external">1999-2000 : Les prétendus « affrontements intercommunautaires »</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article120" class="spip_out" rel="external">La fin de l'apartheid en Afrique du Sud</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique73" class="spip_out" rel="external">Comment le prolétariat s'est fait voler sa révolution contre l'apartheid par la bourgeoisie grâce à Mandela et au parti stalinien</a></p>
<p><a href="http://socialisme.free.fr/bulletin/2014_03_19_cps_53_afrique_du_sud.pdf" class="spip_out" rel="external">Le véritable rôle de Mandela pour sauver les capitalistes et détourner la lutte des classes révolutionnaire</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1598" class="spip_out" rel="external">Qui est Nelson Mandela ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique49" class="spip_out" rel="external">1988-1991 : L'Afrique noire était, elle aussi, en ébullition ; la trahison n'a pas seulement trompé et ôté leurs perspectives propres aux masses sud-africaines mais à toute l'Afrique noire</a></p>
<p><a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Afrique-du-sud-la-nouvelle-revolte-des-townships" class="spip_out" rel="external">2005 : La nouvelle révolte des townships</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ted_Grant" class="spip_out" rel="external">2006 – Décès de Ted Grant, dirigeant trotskiste sud-africain</a></p>
<p> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_des_mineurs_de_2007_en_Afrique_du_Sud" class="spip_out" rel="external">2007 : Grève des mineurs</a></p>
<p><a href="http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve?codePays=JPN&codeEve=1128&grandesRegions=100&slide=2000&codeStat2=x&mode=carte&langue=fr&afficheNom=aucun" class="spip_out" rel="external">2008 : La classe dirigeante manipule les dérives xénophobes</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve69" class="spip_out" rel="external">2009 : émeute dans les townships</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve58" class="spip_out" rel="external">2009 : révolte sociale en Afrique du sud</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve113" class="spip_out" rel="external">2009 : Grève à General Motors (en)</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article937" class="spip_out" rel="external">2009 : où va l'Afrique du sud ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve85" class="spip_out" rel="external">2009 : Grève dans la plus grande mine de platine du monde</a></p>
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<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve375" class="spip_out" rel="external">2010 : Grève de l'aluminerie de Hillside</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1735" class="spip_out" rel="external">Octobre 2010 : Les syndicats sud-africains arrêtent une grève générale de la fonction publique</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve437" class="spip_out" rel="external">2011 : Les townships s'embrasent</a></p>
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<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?breve484" class="spip_out" rel="external">2012 : c'est toujours l'apartheid !</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?breve431" class="spip_out" rel="external">2012 : la grève des mineurs noyée dans le sang</a></p>
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<p><a href="https://berthoalain.com/2012/09/04/affrontements-et-fusillade-a-la-mine-de-rustenburg-3-septembre-2012/" class="spip_out" rel="external">2012 : Affrontements et fusillade à la mine de Rustenburg</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?breve482" class="spip_out" rel="external">2012 : Assassinats et licenciements pour casser la lutte des mineurs (en)</a></p>
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<p><a href="http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=1452" class="spip_out" rel="external">2012 : La révolte sociale</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve588" class="spip_out" rel="external">2013 : Le monde capitaliste pleure Nelson Mandela</a></p>
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<p><a href="https://berthoalain.com/2013/02/18/mineurs-affrontements-a-rustenburg-18-fevrier-2013/" class="spip_out" rel="external">2013 : Nouveaux affrontements dans la mine de Rustenberg</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve589" class="spip_out" rel="external">2013 : Lettre ouverte à Mandela, Vous avez trahi et vendu le peuple noir</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve555" class="spip_out" rel="external">2013 : Bâtiment, Automobile, Mines, Pompistes, BTP, Transports, etc.. en grève</a></p>
<p><a href="http://www.rfi.fr/afrique/20130907-afrique-sud-mineurs-or-cessent-leur-mouvement-greve" class="spip_out" rel="external">2013 : Les syndicats font arrêter la grève des mineurs d'or</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve612" class="spip_out" rel="external">2014 : Le plus puissant syndicat sud-africain crée un parti politique ouvrier</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve602" class="spip_out" rel="external">Janvier 2014 : la grève se poursuit chez les trois premiers producteurs mondiaux de platine</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve641" class="spip_out" rel="external">Mai 2014 : L'ANC soutient les patrons des mines de platine</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve633" class="spip_out" rel="external">Mai 2014 : les patrons font à nouveau assassiner les mineurs de Marikana</a></p>
<p><a href="https://berthoalain.com/2014/11/30/contre-la-mine-de-platine-emeute-a-mahwelereng-limpopo-27-novembre-2014/" class="spip_out" rel="external">2014 : Emeute à la mine de platine de Mahwelereng</a></p>
<p><a href="http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/06/30/20002-20140630ARTFIG00169-afrique-du-sud-les-greves-sement-le-trouble-dans-le-secteur-automobile.php" class="spip_out" rel="external">2014 : Le syndicat Numsa, jaune de la grève des mines, tente de se recrédibiliser par une grève automobile</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve697" class="spip_out" rel="external">2015 : Mort de l'écrivain sud-africain André Brink</a></p>
<p><a href="https://berthoalain.com/2015/05/14/confllit-minier-affrontements-a-limpopo-13-mai-2015/" class="spip_out" rel="external">2015 : Conflit minier</a></p>
<p><a href="https://berthoalain.com/2016/09/08/conflit-des-taxis-affrontements-a-durban-7-septembre-2016/" class="spip_out" rel="external">2016 : Conflit des taxis</a></p>
<p><a href="https://berthoalain.com/2016/05/26/emeute-de-leau-a-jozini-kwazulu-natal-24-25-mai-2016/" class="spip_out" rel="external">2016 : Emeute de l'eau</a></p>
<p><a href="https://berthoalain.com/2016/03/13/greve-affrontements-a-johannesburg-11-mars-2016/" class="spip_out" rel="external">2016 : affrontements des piquets de grève avec la police</a></p>
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<p><a href="https://berthoalain.com/2017/06/23/emeutes-de-lelectricite-a-mamelodi-pretoria-21-22-juin-2017/" class="spip_out" rel="external">2017 : Emeutes de l'électricité</a></p>
<p><a href="https://www.amnesty.fr/presse/afrique-du-sud-cinq-ans-aprs-les-faits-les-victime" class="spip_out" rel="external">2017 : Les mineurs victimes du massacre de Marikana et leurs familles n'ont toujours pas obtenu justice</a></p>
<p><a href="http://apanews.net/fr/news/effondrement-dune-mine-dor-en-afrique-du-sud-un-mort-quatre-autres-pieges-dans-les-decombres" class="spip_out" rel="external">2017 : Effondrement d'une mine d'or</a></p>
<p><a href="http://www.revolutionpermanente.fr/APDUSA-Point-de-vue-d-extreme-gauche-sur-la-situation-politique-en-Afrique-du-Sud" class="spip_out" rel="external">2017 : La situation politique en Afrique du sud</a></p>
<p><a href="https://www.marxiste.org/international/afrique/afrique-du-sud/2159-crise-politique-en-afrique-du-sud" class="spip_out" rel="external">2017 : La crise politique</a><br class='autobr' />
<a href="https://berthoalain.com/emeutes-en-afrique/" class="spip_out" rel="external">Emeutes en Afrique du sud</a></p>
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<p><a href="http://www.labourstart.org/cgi-bin/newsquery2.pl?searchtext=afrique+du+sud&number=1000&language=fr&Go=OK" class="spip_out" rel="external">Les dernières luttes</a></p>
<p><a href="http://www.investigaction.net/fr/afrique-du-sud-le-paradis-des-inegalites-de-races-et-de-classes-23/" class="spip_out" rel="external">Conclusion : L'Afrique du Sud reste le paradis des inégalités de races et de classes, le paradis des exploiteurs et l'enfer pour les Noirs pauvres</a></p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?num=30&domains=www.marxists.org&hl=en&biw=1024&bih=643&ie=ISO-8859-1&oe=ISO-8859-1&q=allintext%3A++africa+OR+south+site%3Awww.marxists.org&oq=allintext%3A++africa+OR+south+site%3Awww.marxists.org&gs_l=psy-ab.3...5125.9193.0.9612.7.7.0.0.0.0.341.734.5j1j0j1.7.0....0...1.1.64.psy-ab..0.0.0.QUdyDBCvBN8" class="spip_out" rel="external">Read in english</a></p></div>