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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>L&#233;nine contre le nationalisme grand-russe</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>

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&lt;p&gt;L&#233;nine contre le nationalisme grand-russe &lt;br class='autobr' /&gt;
Le nationalisme bourgeois et l'internationalisme socialiste sont des politiques totalement inconciliables, et la politique de L&#233;nine visait &#224; lutter contre le nationalisme, dans le camp du pays oppresseur comme dans le camp du pays opprim&#233; : &#171; Si un marxiste ukrainien se laisse entra&#238;ner par une haine parfaitement l&#233;gitime et naturelle contre les oppresseurs grands-russes au point de reporter ne serait-ce qu'une parcelle de cette haine, ou m&#234;me un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine contre le nationalisme grand-russe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le nationalisme bourgeois et l'internationalisme socialiste sont des politiques totalement inconciliables, et la politique de L&#233;nine visait &#224; lutter contre le nationalisme, dans le camp du pays oppresseur comme dans le camp du pays opprim&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si un marxiste ukrainien se laisse entra&#238;ner par une haine parfaitement l&#233;gitime et naturelle contre les oppresseurs grands-russes au point de reporter ne serait-ce qu'une parcelle de cette haine, ou m&#234;me un sentiment d'hostilit&#233; sur la culture prol&#233;tarienne et l'&#339;uvre prol&#233;tarienne des ouvriers grands-russes, il glissera par l&#224; m&#234;me dans le bourbier du nationalisme bourgeois. De m&#234;me, un marxiste grand-russe glissera dans le bourbier du nationalisme, non seulement bourgeois, mais aussi ultra-r&#233;actionnaire, s'il oublie un seul instant la revendication de la compl&#232;te &#233;galit&#233; en droits pour les Ukrainiens ou leur droit de constituer un Etat ind&#233;pendant. [&#8230;] Toute tentative d'&#233;tablir une s&#233;paration entre les ouvriers d'une nation et ceux d'une autre [&#8230;] s'inspire du nationalisme bourgeois, contre lequel il faut lutter sans merci. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Consid&#233;rez la Russie et l'attitude des Grands Russes envers les Ukrainiens. Certes, tout d&#233;mocrate, pour ne rien dire des marxistes, luttera avec &#233;nergie contre les humiliations inou&#239;es dont sont victimes les Ukrainiens et revendiquera &#224; leur profit une enti&#232;re &#233;galit&#233; de droits. Mais ce serait une trahison directe envers le socialisme et une politique &#224; la petite semaine, m&#234;me du point de vue des &#171; t&#226;ches nationales &#187; bourgeoises des Ukrainiens, que de rel&#226;cher la liaison et l'alliance actuellement existantes, au sein du m&#234;me Etat, entre le prol&#233;tariat ukrainien et le prol&#233;tariat grand russe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; Notes critiques sur la question nationale. &#187; 1913)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/10/vil19131000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/10/vil19131000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour nous, repr&#233;sentants de la nation dominante de l'extr&#234;me-est europ&#233;en et d'une bonne partie de l'Asie, il serait inconvenant d'oublier l'importance consid&#233;rable qui s'attache &#224; la question nationale - surtout dans un pays que l'on appelle avec juste raison la &#034;prison des peuples&#034; - &#224; un moment o&#249;, justement &#224; l'extr&#234;me-est de l'Europe et en Asie, le capitalisme &#233;veille &#224; la vie et &#224; la conscience tout un ensemble de nations &#034;nouvelles&#034;, grandes et petites ; &#224; un moment o&#249; la monarchie tsariste a mis sous les armes des millions de Grands-Russes et d'&#034;allog&#232;nes&#034; pour &#034;r&#233;gler&#034; un ensemble de questions nationales, conform&#233;ment aux int&#233;r&#234;ts du conseil de la noblesse unifi&#233;e, des Goutchkov et des Krestovnikov, des Dolgoroukov, des Kutler, des Roditchev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment de la fiert&#233; nationale nous est-il &#233;tranger, &#224; nous, prol&#233;taires grands-russes conscients ? Evidemment non. Nous aimons notre langue et notre patrie ; ce &#224; quoi nous travaillons le plus, c'est &#224; &#233;lever ses masses laborieuses (c'est-&#224;-dire les neuf dixi&#232;mes de sa population) &#224; la vie consciente de d&#233;mocrates et de socialistes. Le plus p&#233;nible pour nous, c'est de voir et sentir quelles violences, quelle oppression et quelles vexations les bourreaux tsaristes, les nobles et les capitalistes font subir &#224; notre belle patrie. Nous sommes fiers que ces violences aient provoqu&#233; des r&#233;sistances dans notre milieu, dans le milieu des Grands-Russes ; que ce milieu ait produit Radichtchev, les d&#233;cembristes, les r&#233;volutionnaires-roturiers de 1870-1880 ; que la classe ouvri&#232;re grande-russe ait cr&#233;&#233; en 1905 un puissant parti r&#233;volutionnaire de masse ; que le moujik grand-russe ait commenc&#233; en m&#234;me temps &#224; devenir d&#233;mocrate, qu'il ait commenc&#233; &#224; renverser le pope et le propri&#233;taire foncier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous souvenons qu'il y a un demi-si&#232;cle le d&#233;mocrate grand-russe Tchernychevski, qui consacra sa vie &#224; la cause r&#233;volutionnaire, avait dit : &#034;Nation mis&#233;rable, nation d'esclaves ; de haut en bas, tous sont esclaves.&#034; D&#233;clar&#233;s ou masqu&#233;s, les esclaves grands-russes (esclaves par rapport &#224; la monarchie tsariste) n'aiment pas &#224; &#233;voquer ces paroles. Or selon nous, c'&#233;taient des paroles d'amour v&#233;ritable pour la patrie, d'un amour qui d&#233;plore l'absence d'esprit r&#233;volutionnaire dans les masses de la population grande-russe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; De la fiert&#233; nationale des Grands-Russes &#187;, 1914)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1914/12/vil19141212.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1914/12/vil19141212.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La social-d&#233;mocratie de Russie a pour t&#226;che essentielle et primordiale de mener un combat impitoyable contre le chauvinisme grand-russe et monarcho-tsariste, et contre les sophismes qu'invoquent pour le d&#233;fendre les lib&#233;raux, les cadets, une partie des populistes et les autres partis bourgeois. Du point de vue de la classe ouvri&#232;re et des masses laborieuses des peuples de Russie, le moindre mal serait la d&#233;faite de la monarchie tsariste et de ses arm&#233;es qui oppriment la Pologne, l'Ukraine et nombre d'autres peuples de Russie, et qui attisent la haine nationale afin de renforcer le joug des Grands-Russes sur les autres nationalit&#233;s et de consolider le pouvoir r&#233;actionnaire et barbare de la monarchie tsariste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; Th&#232;ses sur la guerre &#187;, 1914)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1914/08/vil19140814.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1914/08/vil19140814.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le jusqu'auboutisme r&#233;volutionnaire est le fruit de la duperie des masses par la bourgeoisie, le fruit de l'aveugle cr&#233;dulit&#233; des paysans et d'une partie des ouvriers ; d'autre part, il exprime les int&#233;r&#234;ts et la mentalit&#233; du petit patron, int&#233;ress&#233; jusqu'&#224; un certain point aux annexions et aux profits bancaires, qui garde &#171; pieusement &#187; les traditions du tsarisme, lequel a corrompu les Grands Russes en faisant d'eux les bourreaux d'autres peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie trompe le peuple en sp&#233;culant sur le noble orgueil que lui inspire la r&#233;volution ; elle veut faire accroire que le caract&#232;re politique et social de la guerre a chang&#233; pour la Russie depuis cette &#233;tape de la r&#233;volution, du fait que la monarchie tsariste a &#233;t&#233; remplac&#233;e par la pseudo r&#233;publique de Goutchkov Milioukov. Et le peuple l'a cru momentan&#233;ment par suite surtout des vieux pr&#233;jug&#233;s qui l'induisent &#224; penser que les autres peuples de la Russie sont une sorte de propri&#233;t&#233; ou d'apanage des Grands Russes. Les suites de cette inf&#226;me corruption du peuple grand-russe par le tsarisme, qui lui apprenait &#224; consid&#233;rer les autres peuples comme inf&#233;rieurs, appartenant &#171; de droit &#187; &#224; la Grande Russie, ne pouvaient dispara&#238;tre d'embl&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; Les t&#226;ches du prol&#233;tariat dans notre r&#233;volution &#187;, 1917)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/05/vil19170528e.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/05/vil19170528e.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Soumis aux int&#233;r&#234;ts du capital russe et de son puissant protecteur et ma&#238;tre, le capital imp&#233;rialiste anglo fran&#231;ais, le plus riche du monde, le nouveau gouvernement, malgr&#233; les v&#339;ux formul&#233;s de la fa&#231;on la plus pr&#233;cise par le Soviet des d&#233;put&#233;s soldats et ouvriers au nom de l'ind&#233;niable majorit&#233; des peuples de Russie, n'a rien entrepris de concret en vue de mettre fin au massacre des peuples qui s'entre-tuent pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des capitalistes. Il n'a pas m&#234;me publi&#233; les trait&#233;s secrets de caract&#232;re manifestement spoliateur (pr&#233;voyant le partage de la Perse, le pillage de la Chine, le pillage de la Turquie, le partage de l'Autriche, l'annexion de la Prusse orientale et des colonies allemandes, etc.) qui lient notoirement la Russie aux forbans du capital imp&#233;rialiste anglo fran&#231;ais. Il a confirm&#233; ces trait&#233;s conclus par le tsarisme qui, pendant des si&#232;cles, a spoli&#233; et opprim&#233; plus de peuples que les autres despotes, par le tsarisme qui, non content de l'opprimer, d&#233;shonorait et corrompait le peuple grand-russe dont il avait fait le bourreau des autres peuples. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; La politique ext&#233;rieure du nouveau gouvernement &#187;, 1917)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/05/vil19170528b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/05/vil19170528b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s l'exp&#233;rience de six mois de la r&#233;volution de 1917, on ne peut gu&#232;re contester que le parti du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire de Russie, le parti qui travaille en langue grand-russe, doive reconna&#238;tre le droit de s&#233;paration. Apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir, nous reconna&#238;trions sans condition et sur-le-champ ce droit &#224; la Finlande, &#224; l'Ukraine, &#224; l'Arm&#233;nie et &#224; toute nationalit&#233; opprim&#233;e par le tsarisme (et par la bourgeoisie grand-russe). Mais, d'autre part, nous ne souhaitons nullement la s&#233;paration. Nous voulons un Etat aussi grand que possible, une union aussi &#233;troite que possible, un aussi grand nombre que possible de nations qui vivent au voisinage des Grands-Russes ; nous le voulons dans l'int&#233;r&#234;t de la d&#233;mocratie et du socialisme, en vue d'amener &#224; la lutte du prol&#233;tariat le plus grand nombre possible de travailleurs de diff&#233;rentes nations. Nous voulons l'unit&#233; du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, l'union et non la division. Nous voulons l'union r&#233;volutionnaire : c'est pourquoi nous ne posons pas comme mot d'ordre l'union de tous les Etats quels qu'ils soient ; car la r&#233;volution sociale met &#224; l'ordre du jour l'union des seuls Etats qui sont pass&#233;s au socialisme ou qui marchent vers le socialisme, les colonies en voie de lib&#233;ration, etc. Nous voulons l'union libre et nous devons par cons&#233;quent reconna&#238;tre la libert&#233; de s&#233;paration (sans libert&#233; de s&#233;paration, une union ne saurait &#234;tre qualifi&#233;e de libre). Nous sommes d'autant plus tenus de reconna&#238;tre la libert&#233; de s&#233;paration que le tsarisme et la bourgeoisie grand-russe ont, par leur oppression, suscit&#233; dans les nations voisines une multitude de ranc&#339;urs et une m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des Grands-Russes en g&#233;n&#233;ral ; cette m&#233;fiance, il faut la dissiper par des actes, et non par des paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous voulons l'union, il faut le dire. Il est si important de le dire dans le programme du parti d'un Etat multinational qu'il vaut la peine de s'&#233;carter de la ligne habituelle, et de faire place &#224; une d&#233;claration. Nous voulons que la r&#233;publique du peuple russe (je serais m&#234;me enclin &#224; dire, du peuple grand-russe, car ce serait plus juste) attire &#224; elle les autres nations ; mais comment ? Non pas par la force, mais exclusivement par un accord librement consenti. Sinon, l'unit&#233; et l'alliance fraternelle des ouvriers de tous les pays est viol&#233;e. A la diff&#233;rence des d&#233;mocrates bourgeois, nous posons comme mot d'ordre non pas la fraternit&#233; des peuples, mais la fraternit&#233; des ouvriers de toutes les nationalit&#233;s, car nous n'avons pas confiance dans la bourgeoisie de tous les pays, nous la consid&#233;rons comme notre ennemie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; Pour une r&#233;vision du programme du parti &#187;, 1917)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis fort coupable, je crois, devant les ouvriers de Russie, de n'&#234;tre pas intervenu avec assez d'&#233;nergie et de rudesse dans la fameuse question de l'autonomie, appel&#233;e officiellement, si je ne me trompe, question de l'union des r&#233;publiques socialistes sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;t&#233;, au moment o&#249; cette question s'est pos&#233;e, j'&#233;tais malade, et en automne j'ai trop compt&#233; sur ma gu&#233;rison et aussi sur l'espoir que les sessions pl&#233;ni&#232;res d'octobre et de d&#233;cembre me permettraient d'intervenir dans cette question. Or, je n'ai pu assister ni &#224; la session d'octobre (consacr&#233;e &#224; ce probl&#232;me), ni &#224; celle de d&#233;cembre ; et c'est ainsi que la question a &#233;t&#233; discut&#233;e presque compl&#232;tement en dehors de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pu seulement m'entretenir avec le camarade Dzerjinski qui, &#224; son retour du Caucase, m'a fait savoir o&#249; en &#233;tait cette question en G&#233;orgie. J'ai pu de m&#234;me &#233;changer deux mots avec le camarade Zinoviev et lui dire mes craintes &#224; ce sujet. De la communication que m'a faite le camarade Dzerjinski, qui &#233;tait &#224; la t&#234;te de la commission envoy&#233;e par le Comit&#233; central pour &#171; enqu&#234;ter &#187; sur l'incident g&#233;orgien, je n'ai pu tirer que les craintes les plus s&#233;rieuses. Si les choses en sont venues au point qu'Ordjonikidz&#233; s'est laiss&#233; aller &#224; user de violence, comme me l'a dit le camarade Dzerjinski, vous pouvez bien vous imaginer dans quel bourbier nous avons gliss&#233;. Visiblement, toute cette entreprise d'&#171; autonomie &#187; a &#233;t&#233; fonci&#232;rement erron&#233;e et inopportune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pr&#233;tend qu'il fallait absolument unifier l'appareil. D'o&#249; &#233;manaient ces affirmations ? N'est-ce pas de ce m&#234;me appareil de Russie, que, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit dans un num&#233;ro pr&#233;c&#233;dent de mon journal, nous avons emprunt&#233; au tsarisme en nous bornant &#224; le badigeonner l&#233;g&#232;rement d'un vernis sovi&#233;tique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aucun doute, il aurait fallu renvoyer cette mesure jusqu'au jour o&#249; nous aurions pu dire que nous nous portions garants de notre appareil, parce que nous l'avions bien en mains. Et maintenant nous devons en toute conscience dire l'inverse ; nous appelons n&#244;tre un appareil qui, de fait, nous est encore fonci&#232;rement &#233;tranger et repr&#233;sente un salmigondis de survivances bourgeoises et tsaristes, qu'il nous &#233;tait absolument impossible de transformer en cinq ans faute d'avoir l'aide des autres pays et alors que pr&#233;dominaient les pr&#233;occupations militaires et la lutte contre la famine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, il est tout &#224; fait naturel que &#171; la libert&#233; de sortir de l'union &#187; qui nous sert de justification, apparaisse comme une formule bureaucratique incapable de d&#233;fendre les allog&#232;nes de Russie contre l'invasion du Russe authentique, du Grand-Russe, du chauvin, de ce gredin et de cet oppresseur qu'est au fond le bureaucrate russe typique. Il n'est pas douteux que les ouvriers sovi&#233;tiques et sovi&#233;tis&#233;s, qui sont en proportion infime, se noieraient dans cet oc&#233;an de la racaille grand-russe chauvine, comme une mouche dans du lait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour appuyer cette mesure, on dit que nous avons cr&#233;&#233; les commissariats du peuple s'occupant sp&#233;cialement de la psychologie nationale, de l'&#233;ducation nationale. Mais alors une question se pose : est-il possible de d&#233;tacher ces commissariats du peuple int&#233;gralement ? Seconde question : Avons- nous pris avec assez de soin des mesures pour d&#233;fendre r&#233;ellement les allog&#232;nes contre le typique argousin russe ? Je pense que nous n'avons pas pris ces mesures, encore que nous eussions pu et d&#251; le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'un r&#244;le fatal a &#233;t&#233; jou&#233; ici par la h&#226;te de Staline et son go&#251;t pour l'administration, ainsi que par son irritation contre le fameux &#171; social-nationalisme &#187;. L'irritation joue g&#233;n&#233;ralement en politique un r&#244;le des plus d&#233;sastreux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La question des nationalit&#233;s ou de l' &#171; autonomie &#187; &#187;, 1922)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/12/vil19221231.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/12/vil19221231.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai d&#233;j&#224; &#233;crit dans mes ouvrages sur la question nationale qu'il est tout &#224; fait vain de poser dans l'abstrait la question du nationalisme en g&#233;n&#233;ral. Il faut distinguer entre le nationalisme de la nation qui opprime et celui de la nation opprim&#233;e, entre le nationalisme d'une grande nation et celui d'une petite nation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par rapport au second nationalisme, nous, les nationaux d'une grande nation, nous nous rendons presque toujours coupables, &#224; travers l'histoire, d'une infinit&#233; de violences, et m&#234;me plus, nous commettons une infinit&#233; d'injustices et d'exactions sans nous en apercevoir. Il n'est que d'&#233;voquer mes souvenirs de la Volga sur la fa&#231;on dont on traite chez nous les allog&#232;nes : le Polonais, le Tatar, l'Ukrainien, le G&#233;orgien et les autres allog&#232;nes du Caucase ne s'entendent appeler respectivement que par des sobriquets p&#233;joratifs, tels &#171; Poliatchichka &#187;, &#171; Kniaz &#187;, &#171; Khokhol &#187;, &#171; Kapkazski tch&#233;lovek &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi l'internationalisme du c&#244;t&#233; de la nation qui opprime ou de la nation dite &#171; grande &#187; (encore qu'elle ne soit grande que par ses violences, grande simplement comme l'est, par exemple, l'argousin) doit-il consister non seulement dans le respect de l'&#233;galit&#233; formelle des nations, mais encore dans une in&#233;galit&#233; compensant de la part de la nation qui opprime, de la grande nation, l'in&#233;galit&#233; qui se manifeste pratiquement dans la vie. Quiconque n'a pas compris cela n'a pas compris non plus ce qu'est l'attitude vraiment prol&#233;tarienne &#224; l'&#233;gard de la question nationale : celui-l&#224; s'en tient, au fond, au point de vue petit-bourgeois et, par suite, ne peut que glisser &#224; chaque instant vers les positions de la bourgeoisie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qui est important pour le prol&#233;taire ? Il est important, mais aussi essentiel et indispensable, qu'on lui assure dans la lutte de classe prol&#233;tarienne le maximum de confiance de la part des allog&#232;nes. Que faut-il pour cela ? Pour cela il ne faut pas seulement l'&#233;galit&#233; formelle, il faut aussi compenser d'une fa&#231;on ou d'une autre, par son comportement ou les concessions &#224; l'allog&#232;ne, la d&#233;fiance, le soup&#231;on, les griefs qui, au fil de l'histoire, ont &#233;t&#233; engendr&#233;s chez lui par le gouvernement de la nation &#171; imp&#233;rialiste &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense que pour les bolch&#233;viks, pour les communistes, il n'est gu&#232;re n&#233;cessaire d'expliquer cela plus longuement. Et je crois qu'ici nous avons, en ce qui concerne la nation g&#233;orgienne, l'exemple typique du fait qu'une attitude vraiment prol&#233;tarienne exige que nous redoublions de prudence, de pr&#233;venance et d'accommodement. Le G&#233;orgien qui consid&#232;re avec d&#233;dain ce c&#244;t&#233; de l'affaire, qui lance d&#233;daigneusement des accusations de &#171; social-nationalisme &#187;, (alors qu'il est lui-m&#234;me non seulement un vrai, un authentique &#171; social-national &#187;, mais encore un brutal argousin grand-russe), ce G&#233;orgien-l&#224; porte en r&#233;alit&#233; atteinte &#224; la solidarit&#233; prol&#233;tarienne de classe, car il n'est rien qui en retarde le d&#233;veloppement et la consolidation comme l'injustice nationale ; il n'est rien qui soit plus sensible aux nationaux &#171; offens&#233;s &#187;, que le sentiment d'&#233;galit&#233; et la violation de cette &#233;galit&#233;, f&#251;t-ce par n&#233;gligence ou plaisanterie, par leurs camarades prol&#233;taires. Voil&#224; pourquoi, dans le cas consid&#233;r&#233;, il vaut mieux forcer la note dans le sens de l'esprit d'accommodement et de la douceur &#224; l'&#233;gard des minorit&#233;s nationales que faire l'inverse. Voil&#224; pourquoi, dans le cas consid&#233;r&#233;, l'int&#233;r&#234;t fondamental de la solidarit&#233; prol&#233;tarienne, et donc de la lutte de classe prol&#233;tarienne, exige que nous n'observions jamais une attitude purement formelle envers la question nationale, mais que nous tenions toujours compte de la diff&#233;rence obligatoire dans le comportement du prol&#233;taire d'une nation opprim&#233;e (ou petite) envers la nation qui opprime (ou grande). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quelles sont donc les mesures pratiques &#224; prendre dans la situation ainsi cr&#233;&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, il faut maintenir et consolider l'union des r&#233;publiques socialistes ; il ne peut exister aucun doute sur ce point. Cette mesure nous est n&#233;cessaire comme elle l'est au prol&#233;tariat communiste mondial pour combattre la bourgeoisie mondiale et pour se d&#233;fendre contre ses intrigues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, il faut maintenir l'union des r&#233;publiques socialistes en ce qui concerne l'appareil diplomatique. C'est d'ailleurs une exception dans notre appareil d'Etat. Nous n'y avons pas admis une seule personne quelque peu influente de l'ancien appareil tsariste. Dans son personnel les cadres moyens comme les cadres sup&#233;rieurs sont communistes. Aussi a-t-il d&#233;j&#224; conquis (on peut le dire hardiment) le nom d'appareil communiste &#233;prouv&#233;, infiniment mieux &#233;pur&#233; des &#233;l&#233;ments de l'ancien appareil tsariste, bourgeois et petit-bourgeois que celui dont nous sommes oblig&#233;s de nous contenter dans les autres commissariats du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, il faut infliger une punition exemplaire au camarade Ordjonikidz&#233; (je dis cela avec d'autant plus de regret que je compte personnellement parmi ses amis et que j'ai milit&#233; avec lui &#224; l'&#233;tranger, dans l'&#233;migration), et aussi achever l'enqu&#234;te ou proc&#233;der &#224; une enqu&#234;te nouvelle sur tous les documents de la commission Dzerjinski, afin de redresser l'&#233;norme quantit&#233; d'irr&#233;gularit&#233;s et de jugements partiaux qui s'y trouvent indubitablement. Il va de soi que c'est Staline et Dzerjinski qui doivent &#234;tre rendus politiquement responsables de cette campagne fonci&#232;rement nationaliste grand-russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;mement, il faut introduire les r&#232;gles les plus rigoureuses quant &#224; l'emploi de la langue nationale dans les r&#233;publiques allog&#232;nes faisant partie de notre Union, et v&#233;rifier ces r&#232;gles avec le plus grand soin. I1 n'est pas douteux que, sous pr&#233;texte d'unit&#233; des services ferroviaires, sous pr&#233;texte d'unit&#233; fiscale, etc., une infinit&#233; d'abus de nature authentiquement russe, se feront jour chez nous avec notre appareil actuel. Pour lutter contre ces abus, il faut un esprit d'initiative tout particulier, sans parler de l'extr&#234;me loyaut&#233; de ceux qui m&#232;neront cette lutte. Un code minutieux sera n&#233;cessaire, et seuls les nationaux habitant la r&#233;publique donn&#233;e sont capables de l'&#233;laborer avec quelque succ&#232;s. Et il ne faut jamais jurer d'avance qu'&#224; la suite de tout ce travail on ne revienne en arri&#232;re au prochain congr&#232;s des Soviets en ne maintenant l'union des r&#233;publiques socialistes sovi&#233;tiques que sur le plan militaire et diplomatique, et en r&#233;tablissant sous tous les autres rapports la compl&#232;te autonomie des diff&#233;rents commissariats du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas oublier que le morcellement des commissariats du peuple et le d&#233;faut de coordination de leur fonctionnement par rapport &#224; Moscou et autres centres peuvent &#234;tre suffisamment compens&#233;s par l'autorit&#233; du Parti, si celle-ci s'exerce avec assez de circonspection et en toute impartialit&#233; ; le pr&#233;judice que peut causer &#224; notre Etat l'absence d'appareils nationaux unifi&#233;s avec l'appareil russe est infiniment, incommensurablement moindre que celui qui en r&#233;sulte pour nous, pour toute l'Internationale, pour les centaines de millions d'hommes des peuples d'Asie, qui appara&#238;tra apr&#232;s nous sur l'avant-sc&#232;ne historique dans un proche avenir. Ce serait un opportunisme impardonnable si, &#224; la veille de cette intervention de l'Orient et au d&#233;but de son r&#233;veil, nous ruinions &#224; ses yeux notre autorit&#233; par la moindre brutalit&#233; ou injustice &#224; l'&#233;gard de nos propres allog&#232;nes. Une chose est la n&#233;cessit&#233; de faire front tous ensemble contre les imp&#233;rialistes d'Occident, d&#233;fenseurs du monde capitaliste. L&#224; il ne saurait y avoir de doute, et il est superflu d'ajouter que j'approuve absolument ces mesures. Autre chose est de nous engager nous-m&#234;mes, f&#251;t-ce pour les questions de d&#233;tail, dans des rapports imp&#233;rialistes &#224; l'&#233;gard des nationalit&#233;s opprim&#233;es, en &#233;veillant ainsi la suspicion sur la sinc&#233;rit&#233; de nos principes, sur notre justification de principe de la lutte contre l'imp&#233;rialisme. Or, la journ&#233;e de demain, dans l'histoire mondiale, sera justement celle du r&#233;veil d&#233;finitif des peuples opprim&#233;s par l'imp&#233;rialisme et du commencement d'une longue et &#226;pre bataille pour leur affranchissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BILLET &#192; L. B. KAM&#201;NEV SUR LA LUTTE CONTRE LE CHAUVINISME DE GRANDE PUISSANCE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarade Kam&#233;nev, je d&#233;clare une guerre &#224; mort au chauvinisme de grande puissance. Aussit&#244;t que je serai d&#233;livr&#233; de ma maudite dent, je d&#233;vorerai avec toutes mes dents saines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut absolument insister pour que le C.E.C. f&#233;d&#233;ral soit pr&#233;sid&#233; &#224; tour de r&#244;le par&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un Russe&lt;br class='autobr' /&gt;
un Ukrainien&lt;br class='autobr' /&gt;
un G&#233;orgien, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 juin 1920&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	La fa&#231;on abstraite ou formelle de poser la question de l'&#233;galit&#233; en g&#233;n&#233;ral, y compris l'&#233;galit&#233; nationale, est inh&#233;rente &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise de par sa nature. Sous le couvert de l'&#233;galit&#233; de la personne humaine en g&#233;n&#233;ral, la d&#233;mocratie bourgeoise proclame l'&#233;galit&#233; formelle ou juridique du propri&#233;taire et du prol&#233;taire, de l'exploiteur et de l'exploit&#233;, induisant ainsi les classes opprim&#233;es dans la plus grave erreur. L'id&#233;e d'&#233;galit&#233;, qui n'est en elle-m&#234;me que le reflet des rapports de la production marchande, devient entre les mains de la bourgeoisie une arme de lutte contre l'abolition des classes, sous le pr&#233;texte d'une &#233;galit&#233; absolue des personnes humaines. Le sens r&#233;el de la revendication de l'&#233;galit&#233; se r&#233;duit &#224; la revendication de l'abolition des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Conform&#233;ment &#224; son objectif essentiel de lutte contre la d&#233;mocratie bourgeoise et de d&#233;nonciation de ses mensonges et de son hypocrisie, le Parti communiste, interpr&#232;te conscient du prol&#233;tariat luttant pour secouer le joug de la bourgeoisie, doit - dans la question nationale &#233;galement &#8211; mettre au premier plan, non pas des principes abstraits ou formels, mais 1&#176; une appr&#233;ciation exacte de la situation historique concr&#232;te et avant tout &#233;conomique ; 2&#176; une discrimination tr&#232;s nette entre les int&#233;r&#234;ts des classes opprim&#233;es, des travailleurs, des exploit&#233;s et l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale des int&#233;r&#234;ts populaires en g&#233;n&#233;ral, qui n'est que l'expression des int&#233;r&#234;ts de la classe dominante ; 3&#176; une distinction tout aussi nette entre les nations opprim&#233;es, d&#233;pendantes, ne b&#233;n&#233;ficiant pas de l'&#233;galit&#233; des droits, et les nations qui oppriment, qui exploitent, qui b&#233;n&#233;ficient de l'int&#233;gralit&#233; des droits, par opposition au mensonge d&#233;mocratique bourgeois qui dissimule l'asservissement colonial et financier - propre &#224; l'&#233;poque du capital financier et de l'imp&#233;rialisme - de l'immense majorit&#233; de la population du globe par une infinie minorit&#233; de pays capitalistes avanc&#233;s et ultra-riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La guerre imp&#233;rialiste de 1914-1918 a r&#233;v&#233;l&#233;, de toute &#233;vidence, devant toutes les nations et les classes opprim&#233;es de l'univers, le caract&#232;re mensonger des belles phrases d&#233;mocratiques bourgeoises, en montrant pratiquement que le trait&#233; de Versailles des fameuses d&#233;mocraties occidentales est une violence encore plus f&#233;roce et l&#226;che exerc&#233;e sur les nations faibles que le trait&#233; de Brest-Litovsk impos&#233; par les junkers allemands et le kaiser. La Soci&#233;t&#233; des Nations et toute la politique d'apr&#232;s-guerre de l'Entente r&#233;v&#232;lent cette v&#233;rit&#233; d'une mani&#232;re encore plus claire et plus nette, renfor&#231;ant partout la lutte r&#233;volutionnaire, aussi bien du prol&#233;tariat des pays avanc&#233;s que de toutes les masses laborieuses des pays coloniaux et d&#233;pendants, h&#226;tant la faillite des illusions nationales petites-bourgeoises sur la possibilit&#233; de la coexistence pacifique et de l'&#233;galit&#233; des nations en r&#233;gime capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Il r&#233;sulte de ces th&#232;ses essentielles qu'&#224; la base de toute la politique de l'Internationale Communiste dans les questions nationale et coloniale doit &#234;tre plac&#233; le rapprochement des prol&#233;taires et des masses laborieuses de toutes les nations et de tous les pays pour la lutte r&#233;volutionnaire commune en vue de renverser les propri&#233;taires fonciers et la bourgeoisie. Car seul ce rapprochement garantit la victoire sur le capitalisme, sans laquelle la suppression du joug national et de l'in&#233;galit&#233; des droits est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. La situation politique mondiale inscrit maintenant &#224; l'ordre du jour la dictature du prol&#233;tariat, et tous les &#233;v&#233;nements de la politique mondiale convergent in&#233;luctablement vers le m&#234;me point central, &#224; savoir : la lutte de la bourgeoisie mondiale contre la R&#233;publique des Soviets de Russie, qui groupe in&#233;vitablement autour d'elle, d'une part, les mouvements sovi&#233;tiques des ouvriers avanc&#233;s de tous les pays, d'autre part, tous les mouvements de lib&#233;ration nationale des colonies et des nationalit&#233;s opprim&#233;es qu'une exp&#233;rience douloureuse convainc qu'il n'y a pas pour elles de salut en dehors de la victoire du pouvoir des Soviets sur l'imp&#233;rialisme mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Par cons&#233;quent, on ne peut se borner, &#224; l'heure actuelle, &#224; reconna&#238;tre ou &#224; proclamer simplement le rapprochement des travailleurs des diff&#233;rentes nations, mais il est indispensable de faire une politique tendant &#224; r&#233;aliser l'union la plus &#233;troite de tous les mouvements de lib&#233;ration nationale et coloniale avec la Russie des Soviets, en d&#233;terminant les formes de cette union selon le degr&#233; de d&#233;veloppement du mouvement communiste au sein du prol&#233;tariat de chaque pays ou du mouvement de lib&#233;ration d&#233;mocratique bourgeois des ouvriers et des paysans des pays arri&#233;r&#233;s, ou des nationalit&#233;s arri&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. La f&#233;d&#233;ration est la forme transitoire vers l'unit&#233; totale des travailleurs des diff&#233;rentes nations. La f&#233;d&#233;ration a d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; son utilit&#233; tant dans les rapports de la R.S.F.S.R. avec les autres R&#233;publiques sovi&#233;tiques (de Hongrie, de Finlande, de Lettonie dans le pass&#233; ; d'Azerba&#239;djan et d'Ukraine actuellement), qu'&#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la R.S.F.S.R. &#224; l'&#233;gard des nationalit&#233;s qui n'avaient auparavant ni existence particuli&#232;re en tant qu'Etat, ni autonomie (par exemple, les r&#233;publiques autonomes de Bachkirie et de Tatarie au sein de la R.S.F.S.R., cr&#233;&#233;es en 1919 et 1920) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. La t&#226;che de I'Internationale Communiste consiste, sous ce rapport, aussi bien &#224; d&#233;velopper qu'&#224; &#233;tudier et v&#233;rifier &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience ces nouvelles f&#233;d&#233;rations, cr&#233;&#233;es sur la base du r&#233;gime et du mouvement des Soviets. Consid&#233;rant la f&#233;d&#233;ration comme une forme transitoire vers l'unit&#233; totale, nous devons n&#233;cessairement nous orienter vers une union f&#233;d&#233;rative de plus en plus &#233;troite, en ayant toujours pr&#233;sent &#224; l'esprit que, premi&#232;rement, il est impossible de pr&#233;server l'existence des r&#233;publiques sovi&#233;tiques, entour&#233;es des puissances imp&#233;rialistes de tout l'univers, infiniment sup&#233;rieures sur le plan militaire, sans l'union la plus &#233;troite de ces r&#233;publiques sovi&#233;tiques ; que deuxi&#232;mement, il est indispensable de r&#233;aliser une &#233;troite union &#233;conomique des r&#233;publiques sovi&#233;tiques, sans laquelle il serait impossible de restaurer les forces de production d&#233;truites par l'imp&#233;rialisme et d'assurer le bien-&#234;tre des travailleurs ; que troisi&#232;mement, on tend &#224; cr&#233;er une &#233;conomie mondiale unique, consid&#233;r&#233;e comme un tout et dirig&#233;e selon un plan d'ensemble par le prol&#233;tariat de toutes les nations, tendance qui s'est d&#233;j&#224; manifest&#233;e de toute &#233;vidence en r&#233;gime capitaliste et qui est appel&#233;e assur&#233;ment &#224; se d&#233;velopper et &#224; triompher en r&#233;gime socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Dans le domaine des rapports &#224; l'int&#233;rieur de l'Etat, la politique nationale de l'Internationale Communiste ne peut se borner &#224; une simple reconnaissance, toute formelle, purement d&#233;clarative et n'engageant &#224; rien, de l'&#233;galit&#233; des nations, dont se contentent les d&#233;mocrates bourgeois, qu'ils s'avouent franchement tels ou qu'ils se couvrent de l'&#233;tiquette de socialistes, comme le font ceux de la IIe Internationale. Non seulement dans toute la propagande et toute l'agitation des partis communistes - &#224; la tribune des parlements comme en dehors d'elle - doivent &#234;tre inlassablement d&#233;nonc&#233;es les violations constantes du principe de l'&#233;galit&#233; des nations et des garanties des droits des minorit&#233;s nationales dans tous les Etats capitalistes, en d&#233;pit de leurs constitutions &#171; d&#233;mocratiques &#187;, mais il est &#233;galement indispensable, premi&#232;rement, de d&#233;montrer sans cesse que seul le r&#233;gime des Soviets est en mesure d'assurer r&#233;ellement l'&#233;galit&#233; des nations, en r&#233;alisant d'abord l'union de tous les prol&#233;taires, puis celle de toute la masse des travailleurs dans la lutte contre la bourgeoisie, et deuxi&#232;mement, tous les partis communistes doivent aider directement les mouvements r&#233;volutionnaires des nations d&#233;pendantes ou ne b&#233;n&#233;ficiant pas de l'&#233;galit&#233; des droits (par exemple, l'Irlande, les N&#232;gres d'Am&#233;rique, etc.) et des colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans cette derni&#232;re condition, particuli&#232;rement importante, la lutte contre l'oppression des nations d&#233;pendantes et des colonies, de m&#234;me que la reconnaissance de leur droit &#224; la s&#233;cession, ne sont que des enseignes trompeuses, comme c'est le cas dans les partis de la IIe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. La reconnaissance verbale du principe de l'internationalisme, auquel on substitue en fait, dans toute la propagande, l'agitation et le travail pratique, le nationalisme et le pacifisme petits-bourgeois, n'est pas seulement le fait constant des partis de la IIe Internationale ; c'est aussi celui de ceux qui l'ont quitt&#233;e, et m&#234;me assez souvent de ceux qui s'intitulent maintenant communistes. La lutte contre ce mal, contre les pr&#233;jug&#233;s nationalistes petits-bourgeois les plus enracin&#233;s acquiert d'autant plus d'importance que devient plus actuel chaque jour le probl&#232;me de la transformation de la dictature du prol&#233;tariat de nationale (c'est-&#224;-dire existant dans un seul pays et incapable de d&#233;terminer une politique mondiale) en internationale (c'est-&#224;-dire la dictature du prol&#233;tariat d'au moins plusieurs pays avanc&#233;s et susceptible d'avoir une influence d&#233;cisive sur toute la politique mondiale). Le nationalisme petit-bourgeois appelle internationalisme la seule reconnaissance de l'&#233;galit&#233; des nations, et laisse intact (sans parler m&#234;me du caract&#232;re purement verbal de cette reconnaissance) l'&#233;go&#239;sme national, alors que l'internationalisme prol&#233;tarien exige : 1&#176; que les int&#233;r&#234;ts de la lutte prol&#233;tarienne dans un pays soient subordonn&#233;s aux int&#233;r&#234;ts de cette lutte &#224; l'&#233;chelle mondiale ; 2&#176; que les nations en train de vaincre la bourgeoisie soient aptes et pr&#234;tes &#224; accepter les plus grands sacrifices sur le plan national en vue du renversement du capital international,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans les Etats d&#233;j&#224; compl&#232;tement capitalistes, o&#249; existent des partis ouvriers qui forment r&#233;ellement l'avant- garde du prol&#233;tariat, la lutte contre les d&#233;viations opportunistes, petites-bourgeoises et pacifistes de la notion et de la politique de l'internationalisme est-elle la premi&#232;re et la plus importante des t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Quant aux Etats et nations plus arri&#233;r&#233;s, o&#249; pr&#233;dominent des rapports de caract&#232;re f&#233;odal, patriarcal ou patriarcal-paysan, il faut tout particuli&#232;rement avoir pr&#233;sent &#224; l'esprit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; La n&#233;cessit&#233; pour tous les partis communistes d'aider le mouvement de lib&#233;ration d&#233;mocratique bourgeois de ces pays ; et, au premier chef, l'obligation d'apporter l'aide la plus active incombe aux ouvriers du pays dont la nation arri&#233;r&#233;e d&#233;pend sous le rapport colonial et financier ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; La n&#233;cessit&#233; de lutter contre le clerg&#233; et les autres &#233;l&#233;ments r&#233;actionnaires et moyen&#226;geux qui ont de l'influence dans les pays arri&#233;r&#233;s ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; La n&#233;cessit&#233; de lutter contre le panislamisme et autres courants analogues, qui tentent de conjuguer le mouvement de lib&#233;ration contre l'imp&#233;rialisme europ&#233;en et am&#233;ricain avec le renforcement des positions des khans, des propri&#233;taires fonciers, des mollahs, etc. ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; La n&#233;cessit&#233; de soutenir sp&#233;cialement le mouvement paysan des pays arri&#233;r&#233;s contre les hob&#233;reaux, contre la grosse propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, contre toutes les manifestations ou survivances du f&#233;odalisme, et de s'attacher &#224; conf&#233;rer au mouvement paysan le caract&#232;re le plus r&#233;volutionnaire en r&#233;alisant l'union la plus &#233;troite possible du prol&#233;tariat communiste d'Europe occidentale avec le mouvement r&#233;volutionnaire paysan des pays d'Orient, des colonies et en g&#233;n&#233;ral des pays arri&#233;r&#233;s ; il est indispensable, en particulier, de faire tous ses efforts pour appliquer les principes essentiels du r&#233;gime des Soviets aux pays o&#249; dominent des rapports pr&#233;capitalistes, par la cr&#233;ation de &#171; Soviets de travailleurs &#187;, etc. ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176; La n&#233;cessit&#233; de lutter r&#233;solument contre la tendance &#224; parer des couleurs du communisme les courants de lib&#233;ration d&#233;mocratique bourgeois des pays arri&#233;r&#233;s ; l'Internationale Communiste ne doit appuyer les mouvements nationaux d&#233;mocratiques bourgeois des colonies et des pays arri&#233;r&#233;s qu'&#224; la condition que les &#233;l&#233;ments des futurs partis prol&#233;tariens, communistes autrement que par le nom, soient dans tous les pays arri&#233;r&#233;s group&#233;s et &#233;duqu&#233;s dans l'esprit de leurs t&#226;ches particuli&#232;res, t&#226;ches de lutte contre les mouvements d&#233;mocratiques bourgeois de leur propre nation ; l'Internationale Communiste doit conclure une alliance temporaire avec les d&#233;mocrates bourgeois des colonies et des pays arri&#233;r&#233;s, mais pas fusionner avec eux, et maintenir fermement l'ind&#233;pendance du mouvement prol&#233;tarien, m&#234;me sous sa forme la plus embryonnaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176; La n&#233;cessit&#233; d'expliquer et de d&#233;noncer inlassablement aux larges masses laborieuses de tous les pays, et plus particuli&#232;rement des pays arri&#233;r&#233;s, la duperie pratiqu&#233;e syst&#233;matiquement par les puissances imp&#233;rialistes qui, sous le couvert de la cr&#233;ation d'Etats politiquement ind&#233;pendants, cr&#233;ent en fait des Etats enti&#232;rement sous leur d&#233;pendance dans les domaines &#233;conomique, financier et militaire ; dans la situation internationale actuelle, en dehors de l'union des r&#233;publiques sovi&#233;tiques, il n'y a pas de salut pour les nations d&#233;pendantes et faibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. L'oppression s&#233;culaire des peuples coloniaux et faibles par les puissances imp&#233;rialistes a laiss&#233; dans les masses laborieuses des pays opprim&#233;s non seulement de la haine, mais &#233;galement de la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des nations oppressives en g&#233;n&#233;ral, y compris &#224; l'&#233;gard du prol&#233;tariat de ces nations. L'inf&#226;me trahison du socialisme par la majorit&#233; des chefs officiels de ce prol&#233;tariat en 1914-1919, quand par &#171; d&#233;fense de la patrie &#187;, les social-chauvins camouflaient la d&#233;fense du &#171; droit &#187; de &#171; leur &#187; bourgeoisie &#224; opprimer les colonies et &#224; piller les pays financi&#232;rement d&#233;pendants, ne pouvait qu'aggraver cette m&#233;fiance parfaitement l&#233;gitime. D'un autre c&#244;t&#233;, plus un pays est arri&#233;r&#233;, et plus y sont puissants la petite production agricole, le mode de vie patriarcal et l'indigence d'esprit, ce qui conf&#232;re immanquablement une grande force de r&#233;sistance aux plus enracin&#233;s des pr&#233;jug&#233;s petits-bourgeois, &#224; savoir ceux de l'&#233;go&#239;sme national, de l'&#233;troitesse nationale. Etant donn&#233; que ces pr&#233;jug&#233;s ne pourront dispara&#238;tre qu'apr&#232;s la disparition de l'imp&#233;rialisme et du capitalisme dans les pays avanc&#233;s, et apr&#232;s la transformation radicale de toute la base &#233;conomique des pays arri&#233;r&#233;s, l'extinction de ces pr&#233;jug&#233;s ne pourra &#234;tre que tr&#232;s lente. D'o&#249; l'obligation, pour le prol&#233;tariat communiste conscient de tous les pays, de faire preuve d'une prudence et d'une attention particuli&#232;res &#224; l'&#233;gard des survivances du sentiment national des pays et des peuples opprim&#233;s depuis tr&#232;s longtemps, et le devoir, aussi, de faire certaines concessions dans le but de h&#226;ter la disparition de cette m&#233;fiance et de ces pr&#233;jug&#233;s. Sans un libre effort vers l'union et l'unit&#233; du prol&#233;tariat, puis, de toutes les masses laborieuses de tous les pays et de toutes les nations du monde, la victoire sur le capitalisme ne peut &#234;tre parachev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Notes de L&#233;nine, 1922)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 ao&#251;t 1922, le Bureau politique requit l'Orgbjuro (c'est-&#224;-dire Staline) aux fins de constituer une commission qui pr&#233;parerait, pour la prochaine session du Comit&#233; central, un projet de r&#232;glement des relations de la F&#233;d&#233;ration russe avec les autres R&#233;publiques. L&#233;nine &#233;tait malade et contr&#244;lait de moins en moins les affaires. Les dirigeants &#233;taient visiblement press&#233;s, et peut-&#234;tre avaient-ils d&#233;j&#224; une id&#233;e pr&#233;cise des conclusions auxquelles ils allaient aboutir, car la commission &#233;tait mise sur pied d&#232;s le lendemain de la d&#233;cision du Bureau politique. Sa composition n'est pas sans int&#233;r&#234;t. On y trouvait Staline, Kuybytchev, Ordjonikidz&#233;, Rakovsky, Sokolnikov, et probablement aussi Molotov (&#8230;) C'est Staline lui-m&#234;me qui r&#233;digea, de main de ma&#238;tre, la r&#233;solution de cette commission, portant sur les relations mutuelles entre la RSFSR et les R&#233;publiques ind&#233;pendantes, projet dit &#171; d'autonomisation &#187; qui pr&#233;voyait l'inclusion pure et simple de ces &#171; R&#233;publiques ind&#233;pendantes &#187; dans la F&#233;d&#233;ration russe en tant que &#171; R&#233;publiques autonomes &#187;. Le projet stipulait que le gouvernement de la r&#233;publique russe, son comit&#233; ex&#233;cutif central et son gouvernement constitueraient d&#233;sormais le gouvernement de l'ensemble. Le texte de Staline fut envoy&#233; pour avis aux Comit&#233;s centraux des Partis des R&#233;publiques (&#8230;) La r&#233;ponse des G&#233;orgiens, elle, &#233;tait nette : ils &#233;taient contre. La session de leur Comit&#233; central du 15 septembre refusa (&#8230;) &#224; l'unanimit&#233; moins une voix. Elle provoqua la riposte imm&#233;diate d'Ordjonikidz&#233; et de son Zakkvajkom, qui adopta aussit&#244;t une r&#233;solution favorable au projet de Staline, et mieux encore, usant de sa sup&#233;riorit&#233; dans la hi&#233;rarchie du Parti, ordonna au Comit&#233; central g&#233;orgien de se conformer aux ordre de Staline et de ne pas rendre publiques ses divergences avec Moscou. (&#8230;) Staline aurait t&#233;l&#233;graphi&#233; &#224; Mdivani le 29 ao&#251;t 1922 pour lui annoncer que d&#233;sormais les d&#233;cisions des instances gouvernementales sup&#233;rieures de la RSFSR avaient force obligatoire pour toutes les R&#233;publiques. (&#8230;) Entre temps, L&#233;nine, toujours en convalescence, demanda &#224; Staline des informations sur la marche des travaux de la commission. Il les obtint le 25 septembre (&#8230;). La r&#233;action de L&#233;nine ne se fit pas attendre. La lettre qu'il adressait d&#232;s le lendemain &#224; Kam&#233;nev, son second au sovnarcom (gouvernement), et non pas directement &#224; Staline attirait l'attention de ce dernier sur l'importance de l'affaire et lui demandait de lui accorder une r&#233;flexion approfondie. (&#8230;) Le mois suivant, dans une lettre, il trouve Staline &#171; un peu trop press&#233; &#187;. (&#8230;) Il faut aboutir, dit-il, &#224; une &#171; F&#233;d&#233;ration de R&#233;publiques jouissant d'une &#233;galit&#233; de droits &#187;. Pour mieux garantir cette &#233;galit&#233;, il biffe dans le projet de Staline, le paragraphe relatif &#224; l'adh&#233;sion des R&#233;publiques &#224; la RSFSR, et pr&#233;conise &#224; la place &#171; une unification formelle conjointement avec la RSFSR dans une Union des R&#233;publiques sovi&#233;tiques de l'Europe et de l'Asie Le gouvernement russe ne sera pas celui de l'Union. (&#8230;) Pendant ce temps, Staline se comporte effectivement en homme press&#233;. (&#8230;) Il communique, sans attendre l'avis de L&#233;nine, les r&#233;sultats de sa commission &#224; tous les membres du Comit&#233; central, comme mat&#233;riel de leur prochaine s&#233;ance, qui devait avoir lieu le 6 octobre. La lettre de L&#233;nine contenant un projet d'union des R&#233;publiques sovi&#233;tiques n'&#233;tait &#224; ses yeux qu'une inutile ing&#233;rence du &#171; vieux &#187; dans un domaine o&#249; lui, commissaire aux Nationalit&#233;s, s'&#233;tait acquis une solide r&#233;putation (&#8230;) Lors des s&#233;ances du Bureau politique, Staline et Kam&#233;nev &#233;chang&#232;rent deux br&#232;ves notes au sujet du m&#233;morandum de L&#233;nine. Note de Kam&#233;nev : &#171; Ilitch part en guerre pour d&#233;fendre l'ind&#233;pendance &#187;. R&#233;ponse de Staline : &#171; Je pense qu'il faut montrer de la fermet&#233; contre L&#233;nine. &#187; (&#8230;) Communiquant le texte de L&#233;nine le 27 septembre aux membres du Bureau politique, Staline y joignit une lettre o&#249; il ne cachait pas son opinion et accusait carr&#233;ment L&#233;nine de &#171; lib&#233;ralisme national &#187; qui ne manquerait pas d'encourager les s&#233;paratismes. &#187;. S'apercevant qu'il serait mis en minorit&#233; au Comit&#233; central, Staline c&#233;da sur toute la ligne et transforma lui-m&#234;me son projet d'autonomisation en projet d'Union, dans le sens des amendements de L&#233;nine. (&#8230;) L'introduction au nouveau projet pr&#233;tendait en toute s&#233;r&#233;nit&#233; qu'il ne s'agissait que d'une &#171; formulation l&#233;g&#232;rement modifi&#233;e, plus pr&#233;cise &#187; que celle de l'Orgburo, cette derni&#232;re ayant &#233;t&#233; &#171; correcte en principe et pleinement acceptable &#187;. (&#8230;) L&#233;nine d&#233;clare &#224; Kam&#233;nev : &#171; Camarade Kam&#233;nev ! Je d&#233;clare la guerre, non pas une petite guerre mais une guerre &#224; la vie et &#224; la mort, au chauvinisme grand-russien. D&#232;s que je serai d&#233;barrass&#233; de ma maudite dent, je d&#233;vorerai de toutes mes dents saines. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Donc d&#232;s que la sant&#233; ira mieux, comme le pensent les m&#233;decins, j'irai au combat final contre Staline. Ce dernier va faire en sorte que cela n'arrive jamais&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
(...) Gr&#226;ce &#224; l'autorit&#233; de L&#233;nine dont les conceptions semblaient &#234;tre accept&#233;es de tout le monde, le Comit&#233; central adopta le projet dans son ensemble, en confiant &#224; une nouvelle commission le soin d'une &#233;laboration plus d&#233;taill&#233;e pour la prochaine session. (&#8230;) Ordjonikidz&#233; commen&#231;a &#224; employer les grands moyens. Avec la caution du Secr&#233;tariat de Moscou dont il b&#233;n&#233;ficiait constamment, il &#233;loigna de G&#233;orgie les partisans du Comit&#233; central de cette R&#233;publique, en leur ordonnant par voie disciplinaire de quitter leur pays et de se mettre &#224; la disposition du Comit&#233; central &#224; Moscou. (&#8230;) A bout de patience, d&#233;sesp&#233;rant de trouver justice &#224; Moscou, exasp&#233;r&#233;s par les d&#233;portations ordonn&#233;es par Ordjonikidz&#233;, les ts&#233;kistes g&#233;orgiens firent un geste sans pr&#233;c&#233;dent : le 22 octobre, ils donn&#232;rent leur d&#233;mission collective. Ordjonikidz&#233; n'attendait probablement que cette occasion. Son Zakkrajkom nomma imm&#233;diatement un nouveau Comit&#233; central compos&#233; de jeunes hommes incomp&#233;tents et dociles, qui accept&#232;rent sans sourciller la F&#233;d&#233;ration. Le Secr&#233;tariat de Moscou s'&#233;tait empress&#233; d'accepter la d&#233;mission des anciens ts&#233;kistes et les nouvelles nominations. (&#8230;) Au cours de ces confrontations, les nerfs d'Ordjonikidz&#233; cess&#232;rent de lui ob&#233;ir : il frappa un autre membre du Parti, partisan de Mdivani. Cela s'est pass&#233; pendant une s&#233;ance priv&#233;e chez Ordjoniikidz&#233;. Rykov, adjoint de L&#233;nine et membre du Bureau politique, &#233;tait pr&#233;sent. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos d'Ordjonikidz&#233;, L&#233;nine qui n'a pas encore d&#233;couvert l'ensemble du plan de Staline, &#233;crit : &#171; Ordjonikidz&#233; n'a pas fait preuve de la souplesse et de la prudence n&#233;cessaires dans la conduite de la politique nationale du Parti en G&#233;orgie, il a admis des m&#233;thodes administratives, il a pris trop rapidement certaines mesures, il n'a pas toujours tenu compte des opinions et des droits du Comit&#233; central du Parti communiste de G&#233;orgie. Il n'a pas non plus montr&#233; une ma&#238;trise de soi-m&#234;me convenable dans ses relations avec le groupe de Mdivani. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine alors commence &#224; s'inqui&#233;ter. Ce serait la lettre du G&#233;orgien Okudjava, ts&#233;kiste d&#233;missionnaire, accusant Ordjonikidz&#233; d'avoir prof&#233;r&#233; des menaces contre les communistes de G&#233;orgie, qui l'aurait soudain alarm&#233;. (...) On peut mesurer combien &#233;tait profonde la diff&#233;rence entre L&#233;nine et Staline en comparant leurs attitudes respectives au sujet de la question nationale. Staline propose une solution aussi simple qu'exp&#233;ditive, qui cristalliserait et renforcerait la r&#233;alit&#233; du pouvoir : le gouvernement de la RSFSR n'&#233;tait-il pas pratiquement celui de l'ensemble des R&#233;publiques ? Eh bien, il deviendrait officiellement celui de l'Union. Comment proc&#233;der ? On peut lire au paragraphe 6 du projet de Staline : &#171; La pr&#233;sente d&#233;cision, si elle est confirm&#233;e par le Comit&#233; central du PCR ne sera pas publi&#233;e mais communiqu&#233;e aux Comit&#233;s centraux des R&#233;publiques pour circuler dans les organes sovi&#233;tiques, les comit&#233;s ex&#233;cutifs centraux, ou les congr&#232;s des Soviets desdites R&#233;publiques, avant la convocation du congr&#232;s panrusse des Soviets, o&#249; elle sera d&#233;clar&#233;e exprimer le v&#339;u de ces R&#233;publiques. &#187; Puisque de toute fa&#231;on c'&#233;tait le Comit&#233; central &#224; Moscou qui d&#233;cidait et imposait sa d&#233;cision aux comit&#233;s centraux nationaux par &#171; directive circulaire &#187;, c'est-&#224;-dire par un ordre dont la non-ex&#233;cution &#233;tait passible de mesures disciplinaires, puisque la volont&#233; du Comit&#233; central devait finalement &#234;tre solennellement d&#233;clar&#233;e r&#233;pondre au souhait des R&#233;publiques, le sens du projet de Staline est clair : il s'agissait de faire ent&#233;riner le fait pour qu'il devienne le droit. L&#233;nine au contraire refuse de prendre en consid&#233;ration la seule efficacit&#233; administrative, et cherche &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me en appliquant les principes qui &#233;taient les siens depuis des ann&#233;es. Il dit dans sa lettre qu'il veut non pas d&#233;truire l'ind&#233;pendance des R&#233;publiques sovi&#233;tiques, mais cr&#233;er un nouvel &#233;tage dans l'ordonnancement constitutionnel : &#171; une F&#233;d&#233;ration des R&#233;publiques ind&#233;pendantes &#187;. L'efficacit&#233; compte, bien s&#251;r, pour L&#233;nine, et la solution adopt&#233;e doit aussi renforcer l'Etat, mais, pr&#233;cis&#233;ment, l'ensemble de la question des nationalit&#233;s doit &#234;tre r&#233;solue et non pas supprim&#233;e. L'internationalisme ne doit pas &#234;tre reni&#233; au b&#233;n&#233;fice du centralisme ; il faut aussi continuer &#224; combattre la puissante tradition d'oppression qui caract&#233;risait l'Etat tsariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il reprend la conduite des affaires en octobre 1922, L&#233;nine ne retrouve ni sa capacit&#233; de travail ni son ancienne emprise. Son discours du 20 est confus et visiblement improvis&#233;. (&#8230;) Quelques jours apr&#232;s ce discours, alors que de p&#233;nibles soup&#231;ons commencent &#224; naitre chez L&#233;nine &#224; propos de l'affaire g&#233;orgienne, les m&#233;decins exigent qu'il r&#233;duise consid&#233;rablement la cadence de son travail. (&#8230;) Finalement, il accepte de partir &#224; Gorki se reposer, mais sa participation active &#224; la vie politique se maintient par lettres et coups de t&#233;l&#233;phone. Il attend impatiemment des nouvelles de Rykov et de Djerzinsky, mais il consacre le meilleur de son temps &#224; l'organisation du travail de ses adjoints, qui sont &#224; pr&#233;sent au nombre de trois : Rykov, Kamenev et Tsjurupa ; il reste constamment en contact avec eux pour fixer par une &#233;laboration collective les modalit&#233;s des activit&#233;s du Sovnarkom. La r&#233;organisation du Sovnarkom (conseil des commissaires du peuple ou gouvernement) avec une nouvelle r&#233;partition des t&#226;ches est visiblement li&#233;e dans son esprit &#224; la probl&#233;matique de la succession. Aussi bien L&#233;nine invite-t-il au d&#233;but de d&#233;cembre Trotsly &#224; une nouvelle entrevue au cours de laquelle il lui sugg&#232;re d'abord la constitution d'un &#171; bloc contre la bureaucratie &#187;, c'est-&#224;-dire pratiquement de participer &#224; un comit&#233; sp&#233;cial que l'on instituerait pour mener cette lutte ; il lui propose de devenir un de ses adjoints dans le gouvernement.&#034; Moshe Lewin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1570&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1570&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lewin poursuit : &#171; On peut mesurer combien &#233;tait profonde la diff&#233;rence entre L&#233;nine et Staline en comparant leurs attitudes respectives au sujet de la question nationale. Staline propose une solution aussi simple qu'exp&#233;ditive, qui cristalliserait et renforcerait la r&#233;alit&#233; du pouvoir : le gouvernement de la RSFSR n'&#233;tait-il pas pratiquement celui de l'ensemble des R&#233;publiques ? Eh bien, il deviendrait officiellement celui de l'Union. Comment proc&#233;der ? On peut lire au paragraphe 6 du projet de Staline : &#171; La pr&#233;sente d&#233;cision, si elle est confirm&#233;e par le Comit&#233; central du PCR ne sera pas publi&#233;e mais communiqu&#233;e aux Comit&#233;s centraux des R&#233;publiques pour circuler dans les organes sovi&#233;tiques, les comit&#233;s ex&#233;cutifs centraux, ou les congr&#232;s des Soviets desdites R&#233;publiques, avant la convocation du congr&#232;s panrusse des Soviets, o&#249; elle sera d&#233;clar&#233;e exprimer le v&#339;u de ces R&#233;publiques. &#187; Puisque de toute fa&#231;on c'&#233;tait le Comit&#233; central &#224; Moscou qui d&#233;cidait et imposait sa d&#233;cision aux comit&#233;s centraux nationaux par &#171; directive circulaire &#187;, c'est-&#224;-dire par un ordre dont la non-ex&#233;cution &#233;tait passible de mesures disciplinaires, puisque la volont&#233; du Comit&#233; central devait finalement &#234;tre solennellement d&#233;clar&#233;e r&#233;pondre au souhait des R&#233;publiques, le sens du projet de Staline est clair : il s'agissait de faire ent&#233;riner le fait pour qu'il devienne le droit. L&#233;nine au contraire refuse de prendre en consid&#233;ration la seule efficacit&#233; administrative, et cherche &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me en appliquant les principes qui &#233;taient les siens depuis des ann&#233;es. Il dit dans sa lettre qu'il veut non pas d&#233;truire l'ind&#233;pendance des R&#233;publiques sovi&#233;tiques, mais cr&#233;er un nouvel &#233;tage dans l'ordonnancement constitutionnel : &#171; une F&#233;d&#233;ration des R&#233;publiques ind&#233;pendantes &#187;. L'efficacit&#233; compte, bien s&#251;r, pour L&#233;nine, et la solution adopt&#233;e doit aussi renforcer l'Etat, mais, pr&#233;cis&#233;ment, l'ensemble de la question des nationalit&#233;s doit &#234;tre r&#233;solue et non pas supprim&#233;e. L'internationalisme ne doit pas &#234;tre reni&#233; au b&#233;n&#233;fice du centralisme ; il faut aussi continuer &#224; combattre la puissante tradition d'oppression qui caract&#233;risait l'Etat tsariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2018&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2018&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine s'oppose au projet de Staline dit d'&#034;autonomisation&#034; qui repr&#233;sente a contrario une int&#233;gration forc&#233;e des autres r&#233;publiques et une dictature contre les peuples. Il &#233;crit de mutlples notes et lettres et constate ainsi qu'il a beaucoup moins de poids que par le pass&#233;, y compris avec des proches comme Kamenev et Zinoviev. Dans un courrier &#224; Kamenev, il &#233;crit le 26 septembre 1922 : &#034;Camarade Kamenev ! Vous avez sans doute d&#233;j&#224; re&#231;u de Staline la r&#233;solution de sa commission concernant l'incorporation des R&#233;publiques ind&#233;pendantes &#224; la RSFSR. (...) Staline a accept&#233; de faire une concession, celle de remplacer le terme d'&#034;adh&#233;sion&#034; &#224; la RSFSR du paragraphe 1 par &#034;union formelle avec la RSFSR dans le cadre de l'Union des R&#233;publiques sovi&#233;tiques d'Europe et d'Asie. J'esp&#232;re que le sens de cette concession est clair : nous nous reconnaissons &#233;gaux en droit avec la RSS d'Ukraine et entrons avec elle sur un pied d'&#233;galit&#233; dans la nouvelle union.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline n'est pas caract&#233;ris&#233; par L&#233;nine de mani&#232;re plus obligeante dans cette affaire : &#034;Je pense qu'un r&#244;le fatal a &#233;t&#233; jou&#233; ici par la h&#226;te de Staline et son go&#251;t pour l'administration, ainsi que par son irritation contre le fameux &#171; social-nationalisme &#187;. L'irritation joue g&#233;n&#233;ralement en politique un r&#244;le des plus d&#233;sastreux. (...) Ici se pose une importante question de principe : Comment concevoir l'internationalisme ? (...) Il faut infliger une punition exemplaire au camarade Ordjonikidz&#233; (je dis cela avec d'autant plus de regret que je compte personnellement parmi ses amis et que j'ai milit&#233; avec lui &#224; l'&#233;tranger, dans l'&#233;migration), et aussi achever l'enqu&#234;te ou proc&#233;der &#224; une enqu&#234;te nouvelle sur tous les documents de la commission Dzerjinski, afin de redresser l'&#233;norme quantit&#233; d'irr&#233;gularit&#233;s et de jugements partiaux qui s'y trouvent indubitablement. Il va de soi que c'est Staline et Dzerjinski qui doivent &#234;tre rendus politiquement responsables de cette campagne fonci&#232;rement nationaliste grand-russe.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine fut finalement contraint d'&#233;crire aux oppositionnels g&#233;orgiens, le 6 mars 1923 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Aux camarades Mdivani, Makharadz&#233; et autres, (copie aux camarades Trotsky et Kam&#233;nev ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chers camarades. Je suis avec vous dans cette affaire de tout mon c&#339;ur. Je suis scandalis&#233; par l'arrogance d'Ordjonikidz&#233; et la connivence de Staline et Dzerjinsky. Je pr&#233;pare des notes et un discours en votre faveur.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour pr&#233;c&#233;dent, il avait dict&#233; pour moi la note suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Cher camarade Trotsky,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous demande instamment de vous charger de la d&#233;fense de l'affaire g&#233;orgienne au Comit&#233; central du Parti. Elle est maintenant &#171; poursuivie &#187; par Staline et Dzerjinsky, de sorte que je ne peux pas compter sur leur impartialit&#233;. En v&#233;rit&#233;, c'est tout le contraire ! Si vous acceptez de vous charger de cette d&#233;fense, je serai tranquille. Si pour quelque raison, vous n'acceptiez pas, veuillez me retourner le dossier. Je consid&#233;rerai cela comme la marque de votre d&#233;saccord. Avec mes meilleurs saluts de camarade.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine contre les man&#339;uvres nationalistes grand-russes de Staline, notamment en G&#233;orgie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine dans &#034;Discours au onzi&#232;me congr&#232;s du parti bolchevik de mars-avril 1922 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Vous, communistes, vous, ouvriers, vous, partie consciente du prol&#233;tariat, qui vous &#234;tes charg&#233;s de gouverner l'Etat, saurez- vous faire en sorte que l'Etat, dont vous avez assum&#233; la charge, fonctionne comme vous l'entendez ? Nous avons v&#233;cu une ann&#233;e, l'Etat est entre nos mains ; eh bien, sur le plan de la nouvelle politique &#233;conomique, a-t-il fonctionn&#233; comme nous l'entendions ? Non. Nous ne voulons pas l'avouer : l'Etat n'a pas fonctionn&#233; comme nous l'entendions. Et comment a-t-il fonctionn&#233; ? La voiture n'ob&#233;it pas : un homme est bien assis au volant, qui semble la diriger, mais la voiture ne roule pas dans la direction voulue ; elle va o&#249; la pousse une autre force - force ill&#233;gale, force illicite, force venant d'on ne sait o&#249; -, o&#249; la poussent les sp&#233;culateurs, ou peut-&#234;tre les capitalistes priv&#233;s, ou peut-&#234;tre les uns et les autres, - mais la voiture ne roule pas tout &#224; fait, et, bien souvent, pas du tout comme se l'imagine celui qui est au volant. (...) Et il faut poser nettement cette question : qu'est-ce qui fait notre force et qu'est-ce qui nous manque ? Le pouvoir politique, nous en avons autant qu'il faut. Il ne se trouvera probablement personne ici pour dire qu'&#224; l'endroit de telle ou telle question pratique, dans telle ou telle institution, les communistes, le Parti communiste n'ont pas suffisamment de pouvoir. Il y a des gens qui ont constamment cette pens&#233;e en t&#234;te, mais ce sont des gens tourn&#233;s d&#233;sesp&#233;r&#233;ment vers le pass&#233;, qui ne comprennent pas qu'il faut se tourner vers l'avenir. La force &#233;conomique essentielle est entre nos mains. Toutes les grandes entreprises cl&#233;s, les chemins de fer, etc., sont entre nos mains. Le bail, si largement qu'il soit pratiqu&#233; en certains lieux, ne joue, dans l'ensemble, qu'un r&#244;le minime. C'est, dans l'ensemble, une part tout &#224; fait insignifiante. La force &#233;conomique dont dispose l'Etat prol&#233;tarien de Russie est tout &#224; fait suffisante pour assurer le passage au communisme. Qu'est-ce donc qui manque ? C'est clair : ce qui manque, c'est la culture chez les communistes dirigeants. De fait, si nous consid&#233;rons Moscou - 4700 communistes responsables - et si nous consid&#233;rons la machine bureaucratique, cette masse &#233;norme, qui donc m&#232;ne et qui est men&#233; ? Je doute fort qu'on puisse dire que les communistes m&#232;nent. A dire vrai ce ne sont pas eux qui m&#232;nent. C'est eux qui sont men&#233;s. Il s'est pass&#233; l&#224; quelque chose de pareil &#224; ce qu'on nous racontait dans notre enfance, aux le&#231;ons d'histoire. Il arrive, nous enseignait-on, qu'un peuple en subjugue un autre, et alors le peuple qui a subjugu&#233; est un peuple conqu&#233;rant, et celui qui a &#233;t&#233; subjugu&#233; est un peuple vaincu. Voil&#224; qui est simple et compr&#233;hensible pour chacun. Mais qu'advient-il de la culture de ces peuples ? Cela n'est pas si simple. Si le peuple conqu&#233;rant est plus cultiv&#233; que le peuple vaincu, il lui impose sa culture. Dans le cas contraire, il arrive que c'est le vaincu qui impose sa culture au conqu&#233;rant. Ne s'est-il pas produit quelque chose de pareil dans la capitale de la R.S.F.S.R. et n'est-il pas arriv&#233; ici que 4700 communistes (presque toute une division, et des meilleurs) ont &#233;t&#233; soumis &#224; une culture &#233;trang&#232;re ? Il est vrai qu'on pourrait, ici, avoir l'impression d'un niveau culturel &#233;lev&#233; chez les vaincus. Erreur. Leur culture est mis&#233;rable, insignifiante. Mais, tout de m&#234;me, elle est sup&#233;rieure &#224; la n&#244;tre. Si pi&#232;tre, si mis&#233;rable qu'elle soit, elle surpasse celle de nos communistes responsables, parce que ceux-ci ne savent pas suffisamment diriger. Les communistes qui se mettent &#224; la t&#234;te des institutions - parfois des saboteurs les y poussent habilement, &#224; dessein, pour se faire une enseigne -, se trouvent souvent dup&#233;s. Aveu tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able. Ou, tout au moins, pas tr&#232;s agr&#233;able. Mais il faut le faire, me semble-t-il, car c'est l&#224;, &#224; pr&#233;sent, le n&#339;ud de la question. C'est &#224; cela que se ram&#232;ne, selon moi, la le&#231;on politique de l'ann&#233;e, et c'est sous ce signe que la lutte se d&#233;roulera en 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes responsables de la R.S.F.S.R. et du Parti communiste de Russie sauront-ils comprendre qu'ils ne savent pas diriger ? Qu'ils s'imaginent mener les autres, alors qu'en r&#233;alit&#233; c'est eux qu'on m&#232;ne ? S'ils arrivent &#224; le comprendre, ils apprendront certainement &#224; diriger, car c'est possible. Mais, pour cela, il faut &#233;tudier, or, chez nous, on n'&#233;tudie pas. On lance &#224; tour de bras ordres et d&#233;crets, et le r&#233;sultat n'est pas du tout celui que l'on souhaite. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#226;tir la soci&#233;t&#233; communiste par les mains des communistes est une id&#233;e pu&#233;rile s'il en fut. Les communistes sont une goutte dans l'oc&#233;an, une goutte dans l'oc&#233;an populaire. Ils ne sauront conduire le peuple dans leur voie qu'&#224; la condition de la tracer d'une fa&#231;on juste non pas seulement du point de vue de l'orientation historique mondiale. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine a trop insist&#233; pour que Staline puisse lui refuser le dossier (de l'affaire g&#233;orgienne) sans &#234;tre couvert par le Bureau politique (&#8230;) Fot&#233;va, sans pr&#233;ciser davantage ses sources, rapporte un &#233;change de messages entre Kam&#233;nev et Staline au cours de la s&#233;ance du Bureau :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kam&#233;nev : &#171; Puisque Vladimir Ilyich insiste, je crois qu'il serait encore plus mauvais qu'on lui refuse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline : &#171; Je n'en sais rien ; qu'il fasse comme bon lui semble. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Le Bureau passe outre et d&#233;cide de faire parvenir le dossier &#224; L&#233;nine, sans comprendre au juste ce qu'il compte en faire. L&#233;nine voulait tout simplement v&#233;rifier les faits par ses propres soins. Dans cette intention, il constitua une commission d'enqu&#234;te priv&#233;e, compos&#233;e de Gorbunov, son charg&#233; d'affaires au S.N.K. et de ses secr&#233;taires Foti&#233;va et Glasser. Les premi&#232;res questions que cette commission devait tirer au clair &#8211; d'autres viendront au fur et &#224; mesure que l'&#233;tude du dossier avancera &#8211; &#233;taient les suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; 1) Pourquoi l'ancien Comit&#233; central g&#233;orgien &#233;tait-il accus&#233; de d&#233;viationnisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Que leur reproche-t-on comme infraction &#224; la discipline ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Pourquoi le Zakkrajkom (aux mains d'Ordjonikidz&#233; et Dzerjinsky) est-il accus&#233; de r&#233;pression &#224; l'&#233;gard du C.C. g&#233;orgien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Les moyens physiques de l'oppression ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) La ligne du C.C. du Parti communiste de russie en l'absence de Vladimir Ilyich et en sa pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6) Avec qui la commission est-elle entr&#233;e en relations ? A-t-elle enqu&#234;t&#233; sur les seules accusations port&#233;es contre le C.C. g&#233;orgien, ou bien &#233;galement sur celles port&#233;es contre le Zakkrajkom ? (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 f&#233;vrier, de nouvelles indications sont donn&#233;es par L&#233;nine &#224; la commission, qui d&#233;notent son &#233;tat d'esprit et sa r&#233;solution &#224; ne rien laisser dans l'ombre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Trois &#233;l&#233;ments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Il n'est pas permis de frapper quelqu'un ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Des concessions sont indispensables ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) On ne peut pas comparer un petit Etat avec un grand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Est-ce que Staline savait l'incident (Ordjonikidz&#233; a frapp&#233; un militant) ? Pourquoi n'a-t-il pas r&#233;agi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Il donne l'ordre suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Directive de Vladimir Ilyich : faire devant Solz allusion &#224; l'id&#233;e que Vladimir Ilyich est du c&#244;t&#233; des plus faibles. Faire comprendre &#224; quelqu'un parmi les offens&#233;s qu'il prend leur parti. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Il appela Voloditcheva vers midi le 5 mars et dicta deux lettres. La premi&#232;re, hautement secr&#232;te, et &#233;crite sur un ton affectueux bien rare chez L&#233;nine, &#233;tait destin&#233;e &#224; Trotsky et le contenu devait lui en &#234;tre communiqu&#233; sur le champ. Le voici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vous prie avec insistance de vous charger de la d&#233;fense de l'affaire g&#233;orgienne au Comit&#233; central du Parti. Cette affaire se trouve actuellement sous la &#171; pers&#233;cution &#187; de Staline et de Dzerjinsky, et je ne puis pas me fier &#224; leur impartialit&#233; ; c'est le contraire qui est vrai. Si vous consentez &#224; entreprendre la d&#233;fense, je pourrai alors &#234;tre rassur&#233; ; si vous ne consentiez pas, pour une raison quelconque, rende-moi alors le dossier, j'y verrai le signe de votre d&#233;saccord.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec mon meilleur salut de camarade,&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sch&#233;matiquement, on pourrait r&#233;sumer la partie la plus explicite du legs de L&#233;nine en ces trois commandements :&lt;br class='autobr' /&gt;
1&#176;) Donnez un coup de frein au nationalisme, particuli&#232;rement au nationalisme russe, combattez ce chauvinisme de grande puissance que tous les bras de la machine gouvernementale tendent &#224; servir ; veillez &#224; l'&#233;ducation internationaliste des peuples de Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) Combattez la bureaucratie inculte, gaspilleuse et g&#233;n&#233;ratrice d'oppression, combattez-la &#224; tous les &#233;chelons, y compris dans le sommet du Parti ; luttez pour une administration efficace de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) D&#233;posez Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2018&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2018&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky aussi en 1923 sur le nationalisme grand-russe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par quelles mesures et quelles m&#232;thodes d'action, par quelle approche, pouvons-nous maintenir et consolider le pouvoir de la classe ouvri&#232;re dans un territoire o&#249; vivent, l'une &#224; c&#244;t&#233; de l'autre, de nombreuses nationalit&#232;s, avec un noyau central grand-russe qui a jou&#232; auparavant le r&#244;le d'une grande puissance parmi ces nationalit&#232;s tout en repr&#232;sentant moins de la moiti&#232; de la population globale de l'Union ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement dans le processus de d&#232;veloppement de la dictature du prol&#232;tariat, dans notre activit&#232; de construction de notre &#201;tat dans sa totalit&#232; et dans notre lutte quotidi&#232;nne pour maintenir et renforcer le pouvoir ouvrier, que nous devons faire face maint&#232;nant, av&#232;c plus d'urgence que jamais, &#224; la question nationale dans toute sa r&#232;alit&#232; vivante et ses manifestations quotidi&#232;nnes concr&#232;tes sur le terrain de l'&#201;tat, de l'&#232;conomie, de la culture et de la vie quotidi&#232;nne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement dans l'int&#232;r&#234;t de la dictature du prol&#232;tariat que, dans la pratique, nous nous engageons maintenant de plus en plus dans la question nationale (et nous devrons le faire encore davantage dans le futur). Seuls des gens qui ne compr&#232;nnent pas la signification des &#171; Facteurs nationaux dans l'&#201;tat et le Parti &#187; [note : Il s'agit du titre de la r&#233;solution du XIIe congr&#232;s en discussion. Cette r&#233;solution avait &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e par Staline et son intitul&#233; exact &#233;tait : &#171; Les Facteurs nationaux dans l'&#233;dification du Parti et de l'&#201;tat &#187;.], pour reprendre le titre de la r&#232;solution de notre congr&#232;s, peuvent pr&#232;s&#232;nter les choses comme tu le fais. En tous cas, tous ceux qui adoptent une attitude nihiliste et de m&#232;pris face &#224; la question nationale, utilis&#232;ront avec plaisir ta formule. Il est tr&#232;s facile de tourner le dos auxrevendications et aux int&#232;r&#234;ts des petites nationalit&#232;s autrefois opprim&#232;es et notamment celles qui sont arri&#232;r&#232;es et compos&#233;es principalement de paysans, surtout lorsqu'une telle indiff&#232;rence paresseuse peut se cacher d&#232;rri&#232;re d&#232;s g&#233;n&#233;ralit&#233;s sur l'internationalisme, la dictature du prol&#233;tariat qui serait plus importante que toute question nationale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un communiste sur place ferme les yeux face &#224; la question nationale dans toute son ampleur et commence &#224; lutter contre le nationalisme (ou, souvent, ce qui semble &#234;tre nationaliste) par des m&#233;thodes sommaires et simplistes, un refus intol&#232;rant, la pers&#232;cution, la d&#232;nonciation, etc., il pourra, peut-&#234;tre, regrouper autour de lui des jeunes r&#232;volutionnaires actifs et de &#171; gauche &#187;, subjectivement fid&#232;les &#224; l'internationalisme, mais il ne nous assurera jamais un lien durable et solide avec les masses paysannes indig&#232;nes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1923/05/dialogue_question_nationale.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1923/05/dialogue_question_nationale.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question ukrainienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 avril 1939&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390422b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390422b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ce qu'a &#233;crit L&#233;nine sur l'imp&#233;rialisme</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8878</link>
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		<dc:date>2026-01-22T23:19:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Victor Serge &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine et l'imp&#233;rialisme &lt;br class='autobr' /&gt;
(13 septembre 1923) &lt;br class='autobr' /&gt;
Lors du IIe Congr&#232;s de l'Internationale Communiste en 1920, L&#233;nine se rendit &#224; Petrograd pour prendre la parole lors de la s&#233;ance d'ouverture du congr&#232;s. Il a parl&#233; assez longuement, pendant deux ou trois heures si je ne me trompe pas. Non pas &#224; la mani&#232;re d'un orateur public, mais comme quelqu'un qui parle avec aisance sur un sujet qui lui est parfaitement familier, et qui s'empresse d'enfoncer une id&#233;e dans le cerveau de son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Victor Serge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine et l'imp&#233;rialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(13 septembre 1923)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du IIe Congr&#232;s de l'Internationale Communiste en 1920, L&#233;nine se rendit &#224; Petrograd pour prendre la parole lors de la s&#233;ance d'ouverture du congr&#232;s. Il a parl&#233; assez longuement, pendant deux ou trois heures si je ne me trompe pas. Non pas &#224; la mani&#232;re d'un orateur public, mais comme quelqu'un qui parle avec aisance sur un sujet qui lui est parfaitement familier, et qui s'empresse d'enfoncer une id&#233;e dans le cerveau de son auditoire &#224; coups de plus en plus forts. Il n'a fait aucun effort oratoire. Mais il analysait, d&#233;crivait, faisait toujours appel &#224; la raison pure, et plus encore au bon sens ordinaire. Il n'a exprim&#233; aucun sentiment, mais a seulement avanc&#233; des faits, des faits impressionnants. Il parlait avec humour et terminait fr&#233;quemment ses d&#233;monstrations par des gestes expressifs des deux mains. &#034;Est-ce que tu comprends ?&#034; Il souriait souvent, et son visage, marqu&#233; par ses pommettes saillantes et son front puissant, &#233;tait constamment &#233;clair&#233; par un regard aigu et rieur, plein de sagesse, qui balayait l'assembl&#233;e, cherchait les visages et recevait la compr&#233;hension des visages lorsqu'ils les rencontraient. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;cout&#233; L&#233;nine et, en tant que vieil anarchiste, j'ai eu l'impression qu'ici la grandeur du socialisme r&#233;volutionnaire m'&#233;tait r&#233;v&#233;l&#233;e sous une forme bien plus efficace que dans le livre &#233;crit le plus convaincant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques traits brefs, L&#233;nine a esquiss&#233; des tableaux v&#233;ritablement colossaux. Le mot &#171; millions &#187; &#233;tait sur ses l&#232;vres plus souvent que tout autre. L'&#234;tre humain abstrait, le m&#233;taphysicien, l'individu de l'anarchiste, n'existaient gu&#232;re pour lui. Il a calcul&#233; avec des millions et encore avec des millions d'&#234;tres humains, avec l'humanit&#233; mondiale, avec la puissante r&#233;alit&#233; sociale . Il parlait constamment des masses et pla&#231;ait les diff&#233;rentes races devant notre vision mentale. Arm&#233; du livre de Keynes, mais voyant bien plus loin, il expose les calamit&#233;s que le trait&#233; de paix de Versailles avait d&#233;j&#224; provoqu&#233;es sur l'Europe, et celles qu'il est susceptible d'entra&#238;ner &#224; l'avenir. Puis il montra l'&#233;mergence de nouvelles formes de vie sociale des races d'Asie : 330 millions de Chinois, 328 millions d'Hindous, 80 millions de Japonais, 45 millions de Malais... des millions et encore des millions d'&#234;tres humains, pouss&#233;s en avant par le fouet. du propri&#233;taire de la plantation, du fouet du propri&#233;taire d'esclaves et des mitrailleuses des agents de la &#171; civilisation &#187;... des masses d'&#234;tres humains se mettant lentement en mouvement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et soudain, nous nous demandions avec &#233;tonnement : &#171; Comment est-il possible que nous, socialistes, anarchistes, gens de bonne volont&#233;, ayons pu ne pas reconna&#238;tre toutes ces grandes choses pendant tant d'ann&#233;es ? &#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades qui liront le petit ouvrage de L&#233;nine : L'imp&#233;rialisme comme derni&#232;re &#233;tape du capitalisme , enfin publi&#233; en langue fran&#231;aise, recevront, je crois, une impression similaire &#224; la mienne. Cet ouvrage &#233;crit en 1915 n'a rien perdu de sa valeur depuis. La guerre, la &#171; paix &#187; de Versailles, l'apr&#232;s-guerre, la d&#233;cadence du socialisme r&#233;formiste ne sont que des confirmations suppl&#233;mentaires de tous les arguments de L&#233;nine de l'ann&#233;e 1915. La valeur scientifique des m&#233;thodes employ&#233;es par allusion est ainsi brillamment d&#233;montr&#233;e ; car seul celui qui conna&#238;t parfaitement et comprend le jeu des lois naturelles et sociales peut pr&#233;voir les &#233;v&#233;nements comme l'a fait L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque d'avant-guerre ! Les &#171; socialistes &#187; ont men&#233; une mis&#233;rable politique de capture des voix. Les fonctionnaires du parti et les d&#233;put&#233;s capables de voir au-del&#224; des limites &#233;troites de leur circonscription ou des intrigues parlementaires &#233;taient rares. Les anarchistes d&#233;clamaient les belles v&#233;rit&#233;s simples qu'ils avaient apprises de Grave, Kropotkine et R&#233;clus, ils luttaient contre la vieille soci&#233;t&#233; bourgeoise en francs-tireurs isol&#233;s , en r&#234;veurs, en artistes, en v&#233;g&#233;tariens ou en bandits. Le syndicalisme, rejoint par les &#233;l&#233;ments les plus r&#233;volutionnaires des deux tendances, d&#233;veloppa progressivement simultan&#233;ment une th&#233;orie et une pratique de la lutte des classes. Le monde s'est pr&#233;cipit&#233; sur une voie clairement trac&#233;e vers la guerre. La majorit&#233; de ceux qui se consid&#233;raient comme r&#233;volutionnaires s'y dirigeaient en r&#233;alit&#233;, n&#233;gligemment et aveugl&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il leur manquait une m&#233;thode scientifique de recherche et de r&#233;flexion. Mais cette m&#233;thode existait d&#233;j&#224; : le marxisme r&#233;volutionnaire. Mais &#224; l'exception des Russes, d'une minorit&#233; d'Allemands et d'une infime minorit&#233; de camarades que l'on rencontre ici et l&#224;, presque personne ne connaissait, et encore moins n'appliquait, cette m&#233;thode. Mais il est clair que de grandes choses peuvent &#234;tre accomplies gr&#226;ce &#224; son aide. et cela est incontestablement d&#233;montr&#233; par ce petit ouvrage de L&#233;nine sur l'imp&#233;rialisme. La premi&#232;re chose que cet ouvrage accomplit est d'&#233;largir et d'&#233;largir immens&#233;ment l'horizon de tous les &#233;v&#233;nements. Les petits &#233;v&#233;nements de la vie quotidienne, le drame de votre vie personnelle, camarade, les crises minist&#233;rielles, tout cela a sans doute une grande importance, mais cela d&#233;pend de choses infiniment plus grandes. Le monde capitaliste est un tout, et dans cet ensemble les ministres et tous les individus sont comme les protozoaires infinit&#233;simaux de l'oc&#233;an. Tout devient et dispara&#238;t. Nous ne sommes pas des r&#233;volutionnaires si nous ne pouvons pas reconna&#238;tre d'un seul coup d'&#339;il les grands facteurs principaux qui r&#233;gissent tous les autres, si nous ne sommes pas profond&#233;ment impr&#233;gn&#233;s du sentiment de changements puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat de soci&#233;t&#233; capitaliste est un syst&#232;me dont le m&#233;canisme et les fonctions, qui sont contr&#244;l&#233;s et actionn&#233;s par des lois fixes, doivent nous &#234;tre connus. Le r&#233;volutionnaire n'a besoin que du simple &#233;nonc&#233; de ces lois, d'un r&#233;sum&#233; des faits, pour poss&#233;der une armure sup&#233;rieure, un fondement in&#233;branlable pour ses convictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, en 1915, tant de nos camarades se sont battus pour &#171; le droit et la civilisation &#187; &#8211; et il est d&#233;chirant que beaucoup aient d&#233;lib&#233;r&#233;ment pris part &#224; la guerre &#8211; ; lorsque Sombat et Guesde &#233;taient ministres dans un cabinet de la d&#233;fense nationale ; quand Plechanov pr&#244;nait la d&#233;fense de la patrie ; quand Kropotkine, Cornelissen et Malato appelaient les anarchistes &#224; mener la lutte pour la &#171; d&#233;mocratie &#187; contre le &#171; militarisme prussien &#187;, alors L&#233;nine faisait tranquillement ses notes marginales sur les travaux des &#233;conomistes politiques bourgeois, prenait ici et l&#224; une s&#233;rie de chiffres de leurs statistiques, et a formul&#233; son diagnostic. En voici un petit extrait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous vivons une p&#233;riode de politique coloniale mondiale, &#233;troitement li&#233;e &#224; la derni&#232;re phase du d&#233;veloppement capitaliste, la phase du capital financier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;poque est l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme, la derni&#232;re &#233;tape, l'&#233;tape pr&#233;datrice, du capitalisme. Cela ressort des &#233;l&#233;ments suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des trusts se forment, qui remplacent la libre concurrence commerciale par le monopole, par la dictature &#233;conomique. Aux &#201;tats-Unis, le nombre des trusts s'&#233;levait &#224; 185 en 1900 et &#224; 250 en 1907. En 1904, les soci&#233;t&#233;s financi&#232;res poss&#233;daient 23,6% de toutes les entreprises industrielles, en 1909 25,6% (plus d'un quart). En 1904, ils employaient 70,6 % du nombre total des salari&#233;s, en 1909, 75,6 % (plus des trois quarts). La m&#234;me &#233;volution peut &#234;tre observ&#233;e en dehors des &#201;tats-Unis. Des trusts internationaux se constituent, ce sont eux qui poussent les diff&#233;rents Etats vers la conqu&#234;te du monde. En 1860, l'Angleterre poss&#233;dait des colonies couvrant une superficie de 2,5 millions de milles carr&#233;s. En 1880, la superficie de ses colonies &#233;tait pass&#233;e &#224; 7,7 millions de milles carr&#233;s et en 1889 &#224; 9,3 millions. Elle dirigeait d&#233;sormais plus de 309 millions de sujets, contre seulement 145 trente ans plus t&#244;t. Durant cette m&#234;me p&#233;riode, les possessions fran&#231;aises pass&#232;rent de 0,2 &#224; 3,7 millions de kilom&#232;tres carr&#233;s, le nombre de ses sujets coloniaux de 3,4 &#224; 5,6 millions. En 1880, l'Allemagne ne poss&#233;dait aucune colonie. Neuf ans plus tard, elle exploitait pr&#232;s de 15 millions de sujets noirs. La r&#233;partition du monde touche &#224; sa fin. Mais comme le partage n'est pas de nature &#224; satisfaire l'avidit&#233; des divers &#201;tats voleurs dirig&#233;s par la haute finance, la guerre ne tardera pas &#224; &#233;clater sur la question d'un partage diff&#233;rent du butin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme, par sa politique coloniale, pr&#233;pare ainsi la crise qui peut entra&#238;ner sa propre destruction : la guerre. L'imp&#233;rialisme serait certainement d&#233;truit par cette crise et jet&#233; par le prol&#233;tariat dans la tombe qu'il s'est creus&#233;e, si les effets de ses actions ne se propageaient comme un ulc&#232;re canc&#233;reux et paralysaient les &#233;nergies r&#233;volutionnaires de la classe ouvri&#232;re. L&#233;nine montre que l'exploitation coloniale est &#224; l'origine de l'opportunisme et du r&#233;formisme, et cite &#224; ce propos la lettre envoy&#233;e par Engels &#224; Kautsky le 12 d&#233;cembre 1882 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous me demandez ce que les ouvriers anglais pensent de la politique coloniale. C'est exactement la m&#234;me chose qu'ils pensent de la politique en g&#233;n&#233;ral. Il n'existe pas de v&#233;ritable parti travailliste ici. Ici, il n'y a que des conservateurs et des lib&#233;raux radicaux, et les travailleurs profitent tranquillement du monopole colonial et du monopole des marchandises que poss&#232;de l'Angleterre. Quel en est le r&#233;sultat ? 1. Les partis prol&#233;tariens en Angleterre deviennent bourgeois. 2. Une partie de ce prol&#233;tariat est susceptible de se laisser diriger par des &#233;l&#233;ments corrompus ou du moins pay&#233;s par la bourgeoisie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces faits en eux-m&#234;mes peuvent &#234;tre &#233;vidents, et pourtant il fallait un L&#233;nine pour r&#233;v&#233;ler aux masses cette cause principale de l'impuissance du mouvement ouvrier, &#224; la lumi&#232;re des incendies r&#233;volutionnaires de la Russie. Il fallait un L&#233;nine pour observer et d&#233;crire l'importance du probl&#232;me colonial et des nouveaux mouvements r&#233;volutionnaires &#224; l'Est. L&#233;nine est un g&#233;nie r&#233;volutionnaire arm&#233; d'une m&#233;thode scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce qu'a &#233;crit L&#233;nine sur l'imp&#233;rialisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/vlimperi/vlimp.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire &#171; l'imp&#233;rialisme, stade supr&#234;me du capitalisme &#187; de L&#233;nine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine et la guerre imp&#233;rialiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est toujours arriv&#233; dans l'histoire &#187;, &#233;crivait L&#233;nine en 1916, &#171; qu'apr&#232;s leur mort leurs ennemis aient essay&#233; de s'approprier les noms de chefs r&#233;volutionnaires populaires parmi les classes opprim&#233;es afin de tromper les classes opprim&#233;es &#187;. Personne dans l'histoire n'a pratiqu&#233; cette op&#233;ration aussi cruellement qu'avec L&#233;nine lui-m&#234;me. La doctrine officielle actuelle du Kremlin et la politique du Komintern sur la question de l'imp&#233;rialisme et de la guerre pi&#233;tinent dans la boue toutes les conclusions auxquelles L&#233;nine est parvenu et d'apr&#232;s lesquelles il a dirig&#233; le parti pendant la p&#233;riode 1914-1918.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re question soulev&#233;e par l'ouverture des hostilit&#233;s en ao&#251;t 1914 &#233;tait de savoir si les socialistes des pays imp&#233;rialistes devaient prendre sur eux la &#171; d&#233;fense de la patrie &#187;. Il ne s'agissait pas de savoir si un socialiste, individuellement, devait remplir les devoirs d'un soldat : ?? Il n'avait pas d'autre choix, la d&#233;sertion n'est pas une politique r&#233;volutionnaire, mais il s'agissait de savoir si le parti socialiste devait soutenir politiquement la guerre : voter le budget militaire, abandonner la lutte contre le gouvernement, faire de l'agitation pour la &#034;d&#233;fense de la patrie&#034; ? L&#233;nine r&#233;pondit : non, il ne le doit pas, il n'en a pas le droit ; non pas parce que c'est une guerre, mais parce que c'est une guerre r&#233;actionnaire, un duel d'esclavagistes pour le repartage du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
La formation des &#201;tats-nations sur le continent europ&#233;en s'est &#233;tendue sur une p&#233;riode commen&#231;ant approximativement avec la R&#233;volution fran&#231;aise et se terminant avec la guerre franco-prussienne (1870-1871). Au cours de ces huit d&#233;cennies dramatiques, les guerres avaient un caract&#232;re essentiellement national. La guerre pour la cr&#233;ation ou la d&#233;fense d'un &#201;tat national, n&#233;cessaire au d&#233;veloppement des forces productives et de la culture, avait un caract&#232;re historique profond&#233;ment progressiste &#224; cette &#233;poque. Les r&#233;volutionnaires non seulement pouvaient mais &#233;taient oblig&#233;s de soutenir politiquement les guerres nationales.&lt;br class='autobr' /&gt;
De 1871 &#224; 1914, le capitalisme europ&#233;en a non seulement fleuri sur la base des &#201;tats-nations, mais s'est surv&#233;cu en se transformant en capitalisme monopoliste ou imp&#233;rialiste. &#034;L'imp&#233;rialisme est cet &#233;tat du capitalisme o&#249; ce dernier, apr&#232;s avoir accompli pour lui tout ce qui &#233;tait en son pouvoir, s'oriente vers son d&#233;clin.&#034; La cause de ce d&#233;clin est que les forces productives sont entrav&#233;es et par le cadre de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, et par la limite des fronti&#232;res de l'&#201;tat-nation. L'imp&#233;rialisme cherche &#224; diviser et rediviser le monde. Les guerres nationales sont remplac&#233;es par des guerres imp&#233;rialistes. Elles sont totalement r&#233;actionnaires, exprimant le d&#233;sespoir, la stagnation et la d&#233;cadence du capitalisme monopoliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nature r&#233;actionnaire de l'imp&#233;rialisme&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, le monde reste extr&#234;mement h&#233;t&#233;rog&#232;ne. L'imp&#233;rialisme coercitif des nations avanc&#233;es ne peut exister que parce qu'il existe sur notre plan&#232;te des nations arri&#233;r&#233;es, des peuples opprim&#233;s, des pays coloniaux et semi-coloniaux. La lutte des peuples opprim&#233;s pour l'unification nationale et l'ind&#233;pendance nationale est doublement progressiste, car, d'une part, elle pr&#233;pare des conditions plus favorables &#224; leur propre d&#233;veloppement, et, d'autre part, elle porte atteinte &#224; l'imp&#233;rialisme. Il en r&#233;sulte, en particulier, que dans la lutte entre une r&#233;publique d&#233;mocratique imp&#233;rialiste civilis&#233;e et la monarchie barbare et arri&#233;r&#233;e d'un pays colonial, les socialistes seront compl&#232;tement du c&#244;t&#233; du pays opprim&#233;, malgr&#233; sa monarchie, et contre le pays oppresseur, malgr&#233; sa &#034;d&#233;mocratie&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'imp&#233;rialisme camoufle ses propres objectifs : la capture des colonies, des march&#233;s, des sources de mati&#232;res premi&#232;res, des sph&#232;res d'influence, avec des id&#233;es telles que &#034;d&#233;fendre le monde contre les agresseurs&#034;, &#034;d&#233;fendre la patrie&#034;, &#034;d&#233;fendre la d&#233;mocratie&#034;, etc. Ces id&#233;es sont compl&#232;tement FAUSSES. Le devoir d'un socialiste n'est pas de les soutenir, mais de les d&#233;masquer devant le peuple. &#171; La question de savoir quel camp a tir&#233; le premier coup de feu ou a &#233;t&#233; le premier &#224; d&#233;clarer la guerre &#187;, &#233;crivait L&#233;nine en mars 1915, &#171; n'a aucune importance pour d&#233;terminer la tactique des socialistes. Les phrases sur la d&#233;fense de la patrie, sur l'invasion ennemie &#224; repousser, sur la guerre d&#233;fensive, etc. sont des deux c&#244;t&#233;s une tromperie compl&#232;te du peuple. &#171; Pendant des d&#233;cennies, expliqua L&#233;nine, trois bandits (la bourgeoisie et les gouvernements d'Angleterre, de Russie, et de France) se sont arm&#233;s pour d&#233;pouiller l'Allemagne. Faut-il s'&#233;tonner que deux gangsters (Allemagne et Autriche-Hongrie) aient attaqu&#233; avant que les trois bandits n'aient r&#233;ussi &#224; obtenir les nouveaux couteaux qu'ils avaient command&#233;s ? Le sens historique objectif de la guerre est d'une importance d&#233;cisive pour le prol&#233;tariat : quelle classe la m&#232;ne ? et dans quel but ? C'est &#231;a qui est d&#233;cisif, et non les artifices de la diplomatie, qui devant les siens r&#233;ussira toujours &#224; pr&#233;senter l'ennemi comme un agresseur. Tout aussi mensong&#232;res sont les r&#233;f&#233;rences des imp&#233;rialistes aux mots d'ordre de la d&#233;mocratie et de la culture. &#034;... La bourgeoisie allemande... trompe la classe ouvri&#232;re et les masses laborieuses, en assurant que la guerre est men&#233;e au nom de la libert&#233; et de la culture, pour lib&#233;rer les peuples opprim&#233;s par le tsarisme... Les bourgeoisies anglaise et fran&#231;aise... trompent la classe ouvri&#232;re et les masses laborieuses, en pr&#233;tendant qu'elles font la guerre... contre le militarisme et le despotisme de l'Allemagne &#187;. &#171; Telle ou telle superstructure politique ne peut pas changer la base &#233;conomique r&#233;actionnaire de l'imp&#233;rialisme. Au contraire, c'est l'infrastructure qui subordonne &#224; elle-m&#234;me la superstructure. De nos jours... il serait ridicule de penser &#224; une bourgeoisie progressiste, &#224; un mouvement bourgeois progressiste. La vieille &#034;d&#233;mocratie&#034; bourgeoise... est devenue r&#233;actionnaire. &#187; Cette &#233;valuation de la &#034;d&#233;mocratie&#034; imp&#233;rialiste est la pierre angulaire de toute la conception de L&#233;nine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque la guerre est men&#233;e par les deux camps imp&#233;rialistes, non pour d&#233;fendre la patrie et la d&#233;mocratie, mais pour le partage du monde et l'asservissement colonial, un socialiste n'a pas le droit de pr&#233;f&#233;rer un camp de bandits &#224; un autre. Il serait tout &#224; fait vain d'essayer de &#171; d&#233;terminer, du point de vue du prol&#233;tariat international, lequel, si la d&#233;faite de l'un des deux groupes de nations bellig&#233;rantes serait un moindre mal pour le socialisme &#187;. D&#232;s les premiers jours de septembre 1914, L&#233;nine caract&#233;risait le contenu de la guerre pour chacun des pays imp&#233;rialistes et pour tous leurs alli&#233;s dans les termes suivants : &#171; La lutte pour les march&#233;s et le pillage des pays &#233;trangers, le d&#233;sir d'arr&#234;ter le mouvement r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat dans tous les pays, dresser les esclaves salari&#233;s d'une nation contre les esclaves salari&#233;s d'une autre nation au profit de la bourgeoisie, voil&#224; le seul v&#233;ritable contenu et le seul vrai sens de la guerre. Comme tout cela c'est loin de la doctrine actuelle de Staline, Dimitrov et Cie !&lt;br class='autobr' /&gt;
[La politique d'&#171; unit&#233; nationale &#187; en temps de guerre signifie, plus encore qu'en temps de paix, un soutien &#224; la r&#233;action et &#224; la perp&#233;tuation de la barbarie imp&#233;rialiste. Le refus de cet appui &#8212; devoir &#233;l&#233;mentaire d'un socialiste &#8212; n'est cependant que le c&#244;t&#233; n&#233;gatif ou passif de l'internationalisme. Cela seul ne suffit pas. La t&#226;che du parti du prol&#233;tariat est la propagande tous azimuts pour la r&#233;volution socialiste et pour la n&#233;cessit&#233; de diriger les armes non pas contre ses fr&#232;res, les esclaves salari&#233;s d'autres pays, mais contre les gouvernements et les partis r&#233;actionnaires et bourgeois de tous les pays, en &#233;tendant cette propagande &#224; l'arm&#233;e et au th&#233;&#226;tre m&#234;me des op&#233;rations militaires. Il y a n&#233;cessit&#233; absolue d'organiser une telle propagande, par des cellules et groupes ill&#233;gaux, dans les arm&#233;es de toutes les nations et dans toutes leurs langues. Dans tous les pays sans exception, il faut une lutte impitoyable contre le chauvinisme et le &#171; patriotisme &#187; des philistins et de la bourgeoisie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais une lutte r&#233;volutionnaire pendant une guerre pourrait entra&#238;ner la d&#233;faite de son propre gouvernement ? L&#233;nine n'a pas peur de cette conclusion. &#171; Dans chaque pays, la lutte contre son propre gouvernement, menant dans la guerre une politique imp&#233;rialiste, ne doit pas s'arr&#234;ter &#224; la possibilit&#233; d'une agitation r&#233;volutionnaire entra&#238;nant la d&#233;faite de ce pays. C'est la voie ouverte par la th&#233;orie dite du &#171; d&#233;faitisme &#187;. Des ennemis sans scrupule ont essay&#233; de l'interpr&#233;ter comme si L&#233;nine autorisait la coop&#233;ration avec l'imp&#233;rialisme &#233;tranger pour vaincre la r&#233;action nationale. En fait, il s'agissait de la lutte parall&#232;le des travailleurs de tous les pays contre leur propre imp&#233;rialisme, en tant qu'ennemi direct et principal. &#171; Pour nous, Russes, du point de vue des int&#233;r&#234;ts des masses ouvri&#232;res et de la classe ouvri&#232;re de Russie &#187;, &#233;crivait L&#233;nine &#224; Chliapnikov en octobre 1914, &#171; il ne peut y avoir le moindre, absolument aucun doute que le moindre mal serait maintenant la d&#233;faite imm&#233;diate du tsarisme dans cette guerre &#187;&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est impossible de lutter contre la guerre imp&#233;rialiste en soupirant apr&#232;s la paix, &#224; l'instar des pacifistes. &#171; L'un des moyens de duper la classe ouvri&#232;re est le pacifisme et la propagande abstraite pour la paix. Sous le capitalisme, et surtout dans sa phase imp&#233;rialiste, les guerres sont in&#233;vitables. La paix conclue par les imp&#233;rialistes ne sera qu'un r&#233;pit avant une nouvelle guerre. Seule une lutte r&#233;volutionnaire de masse contre la guerre et l'imp&#233;rialisme qui l'a engendr&#233;e peut assurer une paix r&#233;elle. &#171; Sans une s&#233;rie de r&#233;volutions, la pr&#233;tendue paix d&#233;mocratique est une utopie petite-bourgeoise &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte contre les illusions narcotiques et d&#233;bilitantes du pacifisme est un &#233;l&#233;ment essentiel de la doctrine de L&#233;nine. Il a rejet&#233;, avec une hostilit&#233; particuli&#232;re, la revendication du &#034;d&#233;sarmement&#034; comme manifestement utopique sous le capitalisme [et susceptible de d&#233;tourner la pens&#233;e des travailleurs de la n&#233;cessit&#233; de leur propre armement. &#034;Une classe opprim&#233;e qui ne s'efforce pas d'apprendre &#224; avoir des armes et &#224; s'en servir, ne m&#233;riterait que d'&#234;tre trait&#233;e en esclave.&#034; Et plus loin : &#171; Notre mot d'ordre doit &#234;tre : armer le prol&#233;tariat pour vaincre, exproprier et d&#233;sarmer la bourgeoisie... Ce n'est qu'apr&#232;s que le prol&#233;tariat aura d&#233;sarm&#233; la bourgeoisie qu'il pourra, sans renoncer &#224; sa t&#226;che historique mondiale, jeter toutes les armes &#224; la ferraille &#187;... D'o&#249; la conclusion que L&#233;nine tire en une dizaine d'articles :]&lt;br class='autobr' /&gt;
Les racines du social-chauvinisme&lt;br class='autobr' /&gt;
La plupart des partis ouvriers des pays capitalistes avanc&#233;s se sont rang&#233;s aux c&#244;t&#233;s de leurs bourgeoisies respectives pendant la guerre. L&#233;nine a qualifi&#233; leur tendance de social-chauvinisme : socialisme en paroles, chauvinisme en actes. La trahison de l'internationalisme n'est pas tomb&#233;e du ciel, mais a &#233;t&#233; une continuation et un d&#233;veloppement in&#233;vitables des politiques d'adaptation r&#233;formiste. &#034;Les contenus id&#233;ologiques et politiques de l'opportunisme et du social-chauvinisme se d&#233;finissent par une seule et m&#234;me formule : la coop&#233;ration de classe au lieu de la lutte de classe, [le renoncement aux moyens de lutte r&#233;volutionnaires], le soutien apport&#233; &#224; &#034;son propre&#034; gouvernement dans une situation difficile au lieu d'utiliser ses difficult&#233;s pour la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
La derni&#232;re p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233; capitaliste avant la guerre &#8211; de 1909 &#224; 1913 &#8211; a li&#233; particuli&#232;rement &#233;troitement les couches sup&#233;rieures du prol&#233;tariat &#224; l'imp&#233;rialisme. Sur les surprofits que la bourgeoisie imp&#233;rialiste recevait des colonies et, en g&#233;n&#233;ral, des pays arri&#233;r&#233;s des miettes juteuses revenaient aussi &#224; l'aristocratie ouvri&#232;re et &#224; la bureaucratie ouvri&#232;re. Leur patriotisme &#233;tait par cons&#233;quent dict&#233; par un int&#233;r&#234;t direct &#224; la politique de l'imp&#233;rialisme. Pendant la guerre, qui a mis &#224; nu tous les rapports sociaux, &#034;les opportunistes et les chauvins ont &#233;t&#233; investis d'un pouvoir gigantesque en raison de leur alliance avec la bourgeoisie, avec le gouvernement et avec les &#233;tats-majors&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La tendance interm&#233;diaire et peut-&#234;tre la plus large du socialisme, le soi-disant centre (Kautsky, etc.), qui oscillait en temps de paix entre le r&#233;formisme et le marxisme, se cachant derri&#232;re des phrases g&#233;n&#233;rales pacifistes, &#233;tait presque compl&#232;tement captives des social-chauvins. Quant aux masses, elles ont &#233;t&#233; prises par surprise et tromp&#233;es par leur propre appareil, qu'elles construisaient depuis des d&#233;cennies. Apr&#232;s avoir dress&#233; un bilan sociologique et politique de la bureaucratie ouvri&#232;re de la IIe Internationale, L&#233;nine ne s'est pas arr&#234;t&#233; &#224; mi-chemin. &#034;L'unit&#233; avec les opportunistes est une alliance des travailleurs avec &#034;leur&#034; bourgeoisie nationale et une scission de la classe ouvri&#232;re r&#233;volutionnaire internationale.&#034; D'o&#249; sa conclusion sur la n&#233;cessit&#233; d'une scission entre les internationalistes et les social-chauvins. &#171; Il est impossible de remplir les t&#226;ches du socialisme &#224; l'heure actuelle, il est impossible de r&#233;aliser une v&#233;ritable unit&#233; internationale des travailleurs sans une rupture d&#233;cisive avec l'opportunisme&#034;... ainsi qu'avec le centrisme, &#034;cette tendance bourgeoise du socialisme&#034;. Le nom m&#234;me du parti doit &#234;tre chang&#233;. &#171; Ne vaudrait-il pas mieux abandonner le nom de &#171; sociaux-d&#233;mocrates &#187;, qu'ils ont sali et humili&#233;, et revenir au vieux nom marxiste de communistes ? Il est temps de rompre avec la Deuxi&#232;me Internationale et de construire la Troisi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui a chang&#233; ces vingt derni&#232;res ann&#233;es ? L'imp&#233;rialisme a pris un caract&#232;re encore plus violent et oppressif. Son expression la plus coh&#233;rente est le fascisme. Les d&#233;mocraties imp&#233;rialistes sont tomb&#233;es plusieurs &#233;chelons plus bas et &#233;voluent elles-m&#234;mes naturellement et organiquement vers le fascisme. L'oppression coloniale devient d'autant plus intol&#233;rable que s'&#233;veille avec plus de force le d&#233;sir d'ind&#233;pendance nationale des peuples opprim&#233;s. En d'autres termes, tous les traits qui formaient la base de la th&#233;orie de L&#233;nine sur la guerre imp&#233;rialiste ont maintenant pris un caract&#232;re incomparablement plus aigu et plus net.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les com-chauvins, il est vrai, se r&#233;f&#232;rent &#224; l'existence de l'URSS, qui introduit pr&#233;tendument une r&#233;volution compl&#232;te dans la politique du prol&#233;tariat international. On peut ici r&#233;pondre bri&#232;vement : avant l'&#233;mergence de l'URSS, il y avait des nations opprim&#233;es, des colonies, etc., dont la lutte m&#233;ritait &#233;galement d'&#234;tre soutenue. S'il &#233;tait possible de soutenir des mouvements r&#233;volutionnaires et progressistes &#224; l'ext&#233;rieur de son propre pays en soutenant sa propre bourgeoisie imp&#233;rialiste, alors la politique de social-patriotisme &#233;tait en principe correcte. Alors il n'y avait pas besoin de fonder la Troisi&#232;me Internationale. C'est un c&#244;t&#233; de la question, mais il y en a un autre. L'URSS existe depuis 22 ans. Pendant dix-sept ans, les principes de L&#233;nine sont rest&#233;s en vigueur. La politique com-chauvine n'a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e qu'il y a quatre ou cinq ans. [La r&#233;f&#233;rence &#224; l'existence de l'URSS n'est donc qu'une fausse couverture.]&lt;br class='autobr' /&gt;
Si, il y a un quart de si&#232;cle, L&#233;nine condamnait comme social-chauvinisme et trahison sociale la d&#233;fection des socialistes vers le c&#244;t&#233; de leur imp&#233;rialisme national, sous pr&#233;texte de d&#233;fendre la culture et la d&#233;mocratie, alors la m&#234;me politique est aujourd'hui d'autant plus criminelle, du point de vue des principes de L&#233;nine. Il n'est pas difficile de deviner comment L&#233;nine aurait d&#233;sign&#233; les dirigeants actuels du Komintern, qui ont raviv&#233; tous les sophismes de la Deuxi&#232;me Internationale dans les conditions d'une d&#233;sint&#233;gration encore plus profonde de la civilisation capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le paradoxe inqui&#233;tant est que les pitoyables &#233;pigones du Komintern, qui ont transform&#233; son drapeau en un chiffon sale pour effacer les traces de l'oligarchie du Kremlin, appellent ceux qui restent fid&#232;les &#224; la doctrine du fondateur de l'Internationale communiste des &#171; ren&#233;gats &#187;. L&#233;nine avait raison : les classes dirigeantes non seulement pers&#233;cutent les grands r&#233;volutionnaires de leur vivant, mais se vengent d'eux par des mesures encore plus raffin&#233;es, apr&#232;s leur mort, en essayant d'en faire des ic&#244;nes, dont la mission serait de pr&#233;server &#171; la loi et l'ordre &#187;. Personne n'est oblig&#233;, bien s&#251;r, de se tenir sur le terrain des enseignements de L&#233;nine. Mais nous, ses disciples, ne permettrons &#224; personne de se moquer de ces enseignements et de les transformer en leur contraire !&lt;br class='autobr' /&gt;
L. Trotsky. F&#233;v.1939&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/02/lenine-imperialisme.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/02/lenine-imperialisme.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/lenin/works/cw/volume39.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine, Cahiers sur l'imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/10/vil191610001.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine, L'imp&#233;rialisme et la scission du socialisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/lenin/works/1917/may/03b.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine, La d&#233;fense de l'imp&#233;rialisme masqu&#233;e de phrases trompeuses&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/texts/fr/%C2%AB_Recettes_de_Paix_%C2%BB_ou_lutte_contre_l%27Imp%C3%A9rialisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine, &#171; Recettes de paix &#187; ou lutte contre l'imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article99&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire toujours&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/subject/imperialism/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore sur l'imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1858&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire enfin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4605&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ils accusent &#224; nouveau L&#233;nine d'&#234;tre &#034;un agent de l'imp&#233;rialisme allemand&#034; !!!&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1323&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait des th&#232;ses de l'Internationale communiste pour les pays soumis &#224; l'imp&#233;rialisme et aux restes du f&#233;odalisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3751&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'imp&#233;rialisme d&#233;crit par L&#233;nine (premi&#232;re partie)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3768&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'imp&#233;rialisme d&#233;crit par L&#233;nine (deuxi&#232;me partie)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/07/vil19200726.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine et la question nationale et coloniale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les bolcheviks et l'oppression des noirs</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8570</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article8570</guid>
		<dc:date>2026-01-17T23:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les bolcheviks et l'oppression des noirs &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Russes et N&#232;gres &#187; &#233;crivait L&#233;nine en 1913&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Quel &#233;trange rapprochement, se dira le lecteur, comment peut-on placer c&#244;te &#224; c&#244;te une race et une nation ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le rapprochement est pourtant possible. Les N&#232;gres ont &#233;t&#233; les derniers &#224; s'affranchir de l'esclavage et plus que les autres ils en portent encore les lourdes s&#233;quelles, ceci m&#234;me dans les pays avanc&#233;s, car le capitalisme ne peut &#171; comporter &#187; d'autre lib&#233;ration que celle accord&#233;e par la loi, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les bolcheviks et l'oppression des noirs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Russes et N&#232;gres &#187; &#233;crivait L&#233;nine en 1913&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel &#233;trange rapprochement, se dira le lecteur, comment peut-on placer c&#244;te &#224; c&#244;te une race et une nation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapprochement est pourtant possible. Les N&#232;gres ont &#233;t&#233; les derniers &#224; s'affranchir de l'esclavage et plus que les autres ils en portent encore les lourdes s&#233;quelles, ceci m&#234;me dans les pays avanc&#233;s, car le capitalisme ne peut &#171; comporter &#187; d'autre lib&#233;ration que celle accord&#233;e par la loi, laquelle est d'ailleurs restreinte autant qu'il se peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire dit des Russes qu'ils se sont &#171; presque &#187; lib&#233;r&#233;s du joug du servage en 1861. C'est &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque, apr&#232;s la guerre civile contre les propri&#233;taires d'esclaves am&#233;ricains, que les N&#232;gres d'Am&#233;rique du Nord se sont affranchis de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affranchissement des esclaves am&#233;ricains s'est effectu&#233; d'une mani&#232;re moins &#171; r&#233;formiste &#187; que celui des esclaves russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi &#224; pr&#233;sent, un demi-si&#232;cle plus tard, les s&#233;quelles de l'esclavage sont beaucoup plus marqu&#233;es sur les Russes que sur les N&#232;gres. Et il serait s&#251;rement plus juste de parler non seulement des s&#233;quelles mais aussi des institutions&#8230; Dans le pr&#233;sent article, nous nous bornerons toutefois &#224; une petite illustration de ce que nous venons de dire : le probl&#232;me de l'instruction. On sait que l'analphab&#233;tisme est une des s&#233;quelles de l'esclavage. Dans un pays opprim&#233; par les pachas, les Pourichk&#233;vitch, etc., la majorit&#233; de la population ne peut &#234;tre instruite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, il y a 73 % d'analphab&#232;tes, sans compter les enfants &#226;g&#233;s de moins de neuf ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les N&#232;gres des Etats-Unis d'Am&#233;rique, il y avait, en 1900, 44,5 % d'analphab&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pourcentage scandaleusement &#233;lev&#233; d'analphab&#232;tes est une honte pour un pays civilis&#233;, avanc&#233; comme la r&#233;publique d'Am&#233;rique du Nord. Et chacun sait de plus que, dans l'ensemble, la situation des N&#232;gres d'Am&#233;rique est indigne d'un pays civilis&#233; : le capitalisme ne peut donner une lib&#233;ration compl&#232;te, ni m&#234;me une &#233;galit&#233; compl&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est instructif de savoir que parmi les blancs d'Am&#233;rique le pourcentage des analphab&#232;tes n'est que de 6 %. Mais si nous divisons l'Am&#233;rique en zones anciennement esclavagistes (la &#171; Russie &#187; am&#233;ricaine) et en zones non esclavagistes (la non-Russie am&#233;ricaine) nous obtenons pour la population blanche un pourcentage d'analphab&#232;tes &#233;gal &#224; 11-12 % pour les premi&#232;res zones et 4 &#224; 6 % pour les secondes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc deux fois plus d'analphab&#232;tes parmi les blancs dans les ex-zones d'esclavage. Il n'y a pas que les N&#232;gres qui portent les s&#233;quelles de l'esclavage !&lt;br class='autobr' /&gt;
Honte &#224; l'Am&#233;rique pour la situation qu'elle fait aux N&#232;gres !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/02/vil19130200.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/02/vil19130200.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute la vie des Etats Unis d'Am&#233;rique du Nord subsiste encore la division du pays en Etats du Nord et du Sud ; dans les premiers pr&#233;dominent les traditions de libert&#233; et de lutte contre les propri&#233;taires d'esclaves ; dans les seconds pr&#233;dominent les traditions esclavagistes, avec les vestiges de la pers&#233;cution des N&#232;gres sur qui p&#232;sent l'oppression &#233;conomique, le retard culturel (44 % d'illettr&#233;s parmi les N&#232;gres et 6 % parmi les blancs), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/10/vil19131000e.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/10/vil19131000e.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oppression des noirs et l'internationale de L&#233;nine et Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article609&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article609&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;ses sur la question n&#232;gre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Pendant et apr&#232;s la guerre, il s'est d&#233;velopp&#233; parmi les peuples coloniaux et semi-coloniaux, un mouvement de r&#233;volte contre le pouvoir du capital mondial, mouvement qui fait de grands progr&#232;s. La p&#233;n&#233;tration et la colonisation intense des r&#233;gions habit&#233;es par des races noires pose le dernier grand probl&#232;me dont d&#233;pend le d&#233;veloppement futur du capitalisme. Le capitalisme fran&#231;ais admet clairement que son imp&#233;rialisme, apr&#232;s la guerre, ne pourra se maintenir que par la cr&#233;ation d'un empire franco-africain, reli&#233; par une voie terrienne transsaharienne. Les maniaques financiers de l'Am&#233;rique, qui exploitent chez eux 12 millions de n&#232;gres, s'appliquent maintenant &#224; p&#233;n&#233;trer pacifiquement en Afrique. Les mesures extr&#234;mes prises pour &#233;craser la gr&#232;ve du Rrand montrent assez combien l'Angleterre redoute la menace surgie pour sa position en Afrique. De m&#234;me que sur le Pacifique le danger d'une autre guerre mondiale est devenu mena&#231;ant par suite de la concurrence des puissances imp&#233;rialistes, de m&#234;me l'Afrique appara&#238;t comme l'objet de leurs rivalit&#233;s. Bien plus, la guerre, la r&#233;volution russe, les grands mouvements qui ont soulev&#233; les nationalistes d'Asie et les musulmans contre l'imp&#233;rialisme, ont &#233;veill&#233; la conscience de millions de n&#232;gres opprim&#233;s par les capitalistes, r&#233;duits &#224; une situation inf&#233;rieure depuis des si&#232;cles, non seulement en Afrique, mais peut-&#234;tre m&#234;me encore davantage en Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'histoire a d&#233;volu aux n&#232;gres d'Am&#233;rique un r&#244;le important dans l'affranchissement de toute la race africaine. Il y a 300 ans que les n&#232;gres am&#233;ricains ont &#233;t&#233; arrach&#233;s de leur pays natal, l'Afrique, transport&#233;s en Am&#233;rique o&#249; ils ont &#233;t&#233; l'objet des pires traitements et vendus comme esclaves. Depuis 250 ans, ils ont travaill&#233; sous le fouet des propri&#233;taires am&#233;ricains : ce sont eux qui ont coup&#233; les for&#234;ts, construit les routes, plant&#233; les cotonniers, pos&#233; les traverses de chemins de fer et soutenu l'aristocratie du Sud. Leur r&#233;compense a &#233;t&#233; la mis&#232;re, l'ignorance, la d&#233;gradation. Le n&#232;gre n'&#233;tait pas un esclave docile, il a eu recours &#224; la r&#233;bellion, &#224; l'insurrection, aux men&#233;es souterraines pour recouvrer sa libert&#233; ; mais ses soul&#232;vements ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;s dans le sang ; par la torture, on l'a forc&#233; &#224; se soumettre ; la presse bourgeoise et la religion se sont associ&#233;es pour justifier son esclavage. Quand l'esclavage concurren&#231;a le salariat et devint un obstacle au d&#233;veloppement de l'Am&#233;rique capitaliste, il dut dispara&#238;tre. La guerre de s&#233;cession entreprise, non pas pour affranchir les n&#232;gres, mais pour maintenir la supr&#233;matie industrielle des capitalistes du Nord, mit le n&#232;gre dans l'obligation de choisir entre l'esclavage dans le Sud et le salariat dans le Nord. Les muscles, le sang, les larmes du n&#232;gre &#171; affranchi &#187; ont aid&#233; &#224; l'&#233;tablissement du capitalisme am&#233;ricain, et quand, devenue une puissance mondiale, l'Am&#233;rique a &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;e dans la guerre mondiale, le n&#232;gre am&#233;ricain a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; l'&#233;gal du blanc, pour tuer et se faire tuer pour la d&#233;mocratie. Quatre cent mille ouvriers de couleur ont &#233;t&#233; enr&#244;l&#233;s dans les troupes am&#233;ricaines, o&#249; ils ont form&#233; les r&#233;giments de &#171; Jim crow &#187;. A peine sortis de la fournaise de la guerre, les soldats n&#232;gres, revenus au foyer, ont &#233;t&#233; pers&#233;cut&#233;s, lynch&#233;s, assassin&#233;s, priv&#233;s de toute libert&#233; et clou&#233;s au pilori. Ils ont combattu, mais pour affirmer leur personnalit&#233; ils ont d&#251; payer cher. On les a encore plus pers&#233;cut&#233; qu'avant la guerre pour leur apprendre &#224; &#171; rester &#224; leur place &#187;. La large participation des n&#232;gres &#224; l'industrie apr&#232;s la guerre, l'esprit de r&#233;bellion qu'ont &#233;veill&#233; en eux les brutalit&#233;s dont ils sont les victimes, met les n&#232;gres d'Am&#233;rique, et surtout ceux de l'Am&#233;rique du Nord, &#224; l'avant-garde de la lutte de l'Afrique contre l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. C'est avec une grande joie que l'Internationale Communiste voit les ouvriers n&#232;gres exploit&#233;s r&#233;sister aux attaques des exploiteurs, car l'ennemi de la race n&#232;gre est aussi celui des travailleurs blancs. Cet ennemi, c'est le capitalisme, l'imp&#233;rialisme. La lutte internationale de la race n&#232;gre est une lutte contre le capitalisme et l'imp&#233;rialisme. C'est sur la base de cette lutte que le mouvement n&#232;gre doit &#234;tre organis&#233; : en Am&#233;rique, comme centre de culture n&#232;gre et centre de cristallisation de la protestation des n&#232;gres ; en Afrique, comme r&#233;servoir de main-d'&#339;uvre pour le d&#233;veloppement du capitalisme ; en Am&#233;rique Centrale (Costa-Rica, Guat&#233;mala, Colombie, Nicaragua et les autres r&#233;publiques &#171; ind&#233;pendantes &#187; o&#249; l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain est pr&#233;dominant) ; &#224; Porto-Rico, &#224; Ha&#239;ti, &#224; Saint-Domingue et dans les autres &#238;les de la mer du Cara&#239;bes, o&#249; les mauvais traitements inflig&#233;s aux n&#232;gres par les envahisseurs am&#233;ricains ont soulev&#233; les protestations des n&#232;gres protestations des n&#232;gres conscients et des ouvriers blancs r&#233;volutionnaires. En Afrique du Sud et au Congo, l'industrialisation croissante de la population n&#232;gre a provoqu&#233; des soul&#232;vements de formes vari&#233;es ; en Afrique Orientale, la p&#233;n&#233;tration r&#233;cente du capital mondial pousse la population indig&#232;ne &#224; r&#233;sister activement &#224; l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. L'Internationale Communiste doit indiquer au peuple n&#232;gre qu'il n'est pas seul &#224; souffrir de l'oppression du capitalisme et de l'imp&#233;rialisme, elle doit lui montrer que les ouvriers et les paysans d'Europe, d'Asie et d'Am&#233;rique, sont aussi les victimes de l'imp&#233;rialisme ; que la lutte contre l'imp&#233;rialisme n'est pas la lutte d'un seul peuple, mais de tous les peuples du monde ; qu'en Chine, en Perse, en Turquie, en Egypte et au Maroc, les peuples coloniaux combattent avec h&#233;ro&#239;sme contre leurs exploiteurs imp&#233;rialistes, que ces peuples se soul&#232;vent contre les m&#234;mes maux que ceux qui accablent les n&#232;gres (oppression de race, exploitation industrielle intensifi&#233;e. mise &#224; l'index) ; que ces peuples r&#233;clament les m&#234;mes droits que les n&#232;gres : affranchissement et &#233;galit&#233; industrielle et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Internationale Communiste, qui repr&#233;sente les ouvriers et les paysans r&#233;volutionnaires du monde entier dans leur lutte pour abattre l'imp&#233;rialisme, l'Internationale Communiste qui n'est pas seulement l'organisation des ouvriers blancs d'Europe et d'Am&#233;rique, mais aussi celle des peuples de couleur opprim&#233;s du monde entier, consid&#232;re qu'il est de son devoir d'encourager et d'aider l'organisation internationale du peuple n&#232;gre dans sa lutte contre l'ennemi commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le probl&#232;me n&#232;gre est devenu une question vitale de la r&#233;volution mondiale. La III&#176; Internationale qui a reconnu le pr&#233;cieux secours que pouvaient apporter &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne les populations asiatiques dans les pays semi-capitalistes, regarde la coop&#233;ration de nos camarades noirs opprim&#233;s essentielle &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui d&#233;truira la puissance capitaliste. C'est pourquoi le 4&#176; Congr&#232;s d&#233;clare que tous les communistes doivent sp&#233;cialement appliquer au probl&#232;me n&#232;gre les &#171; th&#232;ses sur la question coloniale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. a) Le 4&#176; Congr&#232;s reconna&#238;t la n&#233;cessit&#233; de soutenir toute forme du mouvement n&#232;gre ayant pour but de miner et d'affaiblir le capitalisme ou l'imp&#233;rialisme, ou d'arr&#234;ter sa p&#233;n&#233;tration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) L'Internationale Communiste luttera pour assurer aux n&#232;gres l'&#233;galit&#233; de race, l'&#233;galit&#233; politique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) L'internationale Communiste utilisera tous les moyens &#224; sa disposition pour amener les trade-unions &#224; admettre les travailleurs n&#232;gres dans leurs rangs ; l&#224; o&#249; ces derniers ont le droit nominal d'adh&#233;rer aux trade-unions, elle fera une propagande sp&#233;ciale pour les attirer ; si elle n'y r&#233;ussit pas, elle organisera les n&#232;gres dans des syndicats sp&#233;ciaux et appliquera particuli&#232;rement la tactique du front unique pour forcer les syndicats &#224; les admettre dans leur sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) L'Internationale Communiste pr&#233;parera imm&#233;diatement un Congr&#232;s ou une conf&#233;rence g&#233;n&#233;rale des n&#232;gres &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1922/ic4_11.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1922/ic4_11.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe a-t-elle eu une importance pour l'Afrique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/revolution-russe-afrique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/revolution-russe-afrique/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks noirs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'African Blood Brotherhood (ABB), qui recruta et forma la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration de militant&#8226;e&#8226;s et dirigeant&#8226;e&#8226;s communistes noir&#8226;e&#8226;s aux &#201;tats-Unis. Le cas de Cyril Briggs, la mani&#232;re dont les militant&#8226;e&#8226;s du mouvement noir autonome aux &#201;tats-Unis ont nou&#233; un lien &#233;troit avec la R&#233;volution russe, le mouvement communiste et la th&#233;orie marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/bolcheviks-noirs/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/bolcheviks-noirs/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cyril Briggs, bolchevik noir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Cyril_Briggs?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Cyril_Briggs?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octobre 1917 : quand l'Afrique aussi vivait la r&#233;volution russe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.jeuneafrique.com/485792/politique/octobre-1917-quand-lafrique-aussi-vivait-la-revolution-russe/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jeuneafrique.com/485792/politique/octobre-1917-quand-lafrique-aussi-vivait-la-revolution-russe/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Russie sovi&#233;tique et les n&#232;gres&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;cembre 1923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je dis ici sera qualifi&#233; de propagande. Cela ne me d&#233;range pas ; la propagande a maintenant acquis son droit au respect et je suis fier d'&#234;tre un propagandiste. La diff&#233;rence entre la propagande et l'art a &#233;t&#233; grav&#233;e dans mon esprit d&#232;s l'enfance par un mentor litt&#233;raire &#8211; Milton, sa po&#233;sie et sa prose politique pr&#233;sentes c&#244;te &#224; c&#244;te comme exemples supr&#234;mes. De m&#234;me, mon professeur, aussi splendide et large d'esprit soit-il, mais inconsciemment partial &#224; l'&#233;gard de ce qu'il consid&#233;rait comme de la propagande, pensait que cette artificialit&#233; dor&#233;e, &#034;Le portrait de Dorian Gray&#034;, survivrait &#224; &#034;L'Homme et les Armes&#034; et &#224; &#034;L'autre &#238;le de John Bull&#034; [de George Bernard Shaw]. Mais in&#233;vitablement, en grandissant, j'ai d&#251; r&#233;viser et changer d'avis sur la propagande. J'ai d&#233;couvert que l'un des plus grands sonnets de Milton &#233;tait de la pure propagande et, en &#233;largissant mon horizon, j'ai d&#233;couvert que certains des plus grands esprits de la litt&#233;rature moderne &#8211; Voltaire, Hugo, Heine, Swift, Shelly, Byron, Tolsto&#239;, Ibsen - avaient &#233;t&#233; contamin&#233;s par la propagande. Cette vision &#233;largie n'a pas seulement inclus la litt&#233;rature de propagande dans mes perspectives litt&#233;raires ; elle m'a &#233;galement &#233;loign&#233; de l'&#226;ge enfantin de la jouissance du travail cr&#233;atif pour une curiosit&#233; plaisante, pour m'amener &#224; un autre extr&#234;me o&#249; j'ai toujours cherch&#233; la force de motivation ou l'intention de propagande qui sous-tend toute litt&#233;rature d'int&#233;r&#234;t. Mon droit d'a&#238;nesse et le contexte historique de la race qui me l'a donn&#233; m'ont rendu tr&#232;s respectueux et r&#233;ceptif &#224; la propagande et les &#233;v&#233;nements mondiaux depuis l'ann&#233;e 1914 ont prouv&#233; que ce n'est pas une mince science que de convaincre des informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Noirs am&#233;ricains ne sont pas encore profond&#233;ment impr&#233;gn&#233;s de l'esprit du mouvement de masse et ne r&#233;alisent donc pas l'importance d'une propagande organis&#233;e. C'est la plus grande contribution de Marcus Garvey au mouvement n&#232;gre ; son travail de pionnier dans ce domaine est un exploit que les hommes &#224; la compr&#233;hension plus large et aux id&#233;es plus saines qui lui succ&#233;deront devront poursuivre. Ce n'est qu'&#224; mon arriv&#233;e en Europe, en 1919, que j'ai pleinement r&#233;alis&#233; et compris l'efficacit&#233; de la propagande insidieuse qui est g&#233;n&#233;ralement entretenue contre la race noire. Et ce n'est pas par l'affront occasionnel d'une minorit&#233; de d&#233;mons civilis&#233;s - principalement les Europ&#233;ens qui avaient s&#233;journ&#233; &#224; l'&#233;tranger pour voler les peuples de couleur dans leur pays natal - que j'ai acquis mes connaissances, mais plut&#244;t par les questions sur les Noirs qui m'ont &#233;t&#233; pos&#233;es par des personnes sinc&#232;rement compatissantes et cultiv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Europ&#233;ens moyens qui lisent les journaux, les livres et les revues populaires, et qui vont voir les pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre moyennes et les films de Mary Pickford, sont tr&#232;s au fait du probl&#232;me des Noirs ; et ils constituent la partie la plus importante du grand public que les propagandistes n&#232;gres pourraient atteindre. Pour eux, la trag&#233;die du Noir am&#233;ricain s'est termin&#233;e avec &#034;La case de l'oncle Tom&#034; et l'&#233;mancipation. Depuis lors, ils ne connaissent que la com&#233;die - le m&#233;nestrel et le vaudevilliste noirs, le boxeur, la m&#232;re et le majordome noirs du cin&#233;matographe, les caricatures des romans d'amour et le sauvage lynch&#233; qui a viol&#233; une belle fille blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques rares personnes demandent si Booker T. Washington se porte bien ou si la &#034;Black Star Line&#034; fonctionne ; peut-&#234;tre que quelqu'un de moins discret que sagace se demandera comment les hommes de couleur peuvent d&#233;sirer &#224; ce point les femmes blanches alors qu'ils sont condamn&#233;s au lynchage. La d&#233;sinformation, l'indiff&#233;rence et la l&#233;g&#232;ret&#233; r&#233;sument l'attitude de l'Europe occidentale &#224; l'&#233;gard des Noirs. Il y a une minorit&#233; intellectuelle sup&#233;rieure mais tr&#232;s fractionn&#233;e qui sait mieux, mais dont l'influence sur l'opinion publique est infinit&#233;simale, de sorte qu'il peut &#234;tre relativement facile pour les propagandistes am&#233;ricains blancs - dont les int&#233;r&#234;ts les poussent &#224; d&#233;former la r&#233;alit&#233; du Noir - de transformer l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale en antagonisme hostile si les Noirs am&#233;ricains qui ont la tutelle intellectuelle des int&#233;r&#234;ts raciaux ne s'organisent pas efficacement, et &#224; l'&#233;chelle mondiale, pour lutter contre leurs exploiteurs et traducteurs blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre mondiale a fondamentalement modifi&#233; le statut des Noirs en Europe. Elle a amen&#233; des milliers d'entre eux d'Am&#233;rique et des colonies britanniques et fran&#231;aises &#224; participer &#224; la lutte contre les puissances centrales. Depuis lors, de graves affrontements ont eu lieu en Angleterre entre les Noirs qui se sont ensuite install&#233;s dans les villes portuaires et les autochtones. La France a fait appel &#224; ses troupes noires pour assurer la police dans les r&#233;gions occup&#233;es d'Allemagne. La couleur de ces troupes, leurs coutumes aussi, sont diff&#233;rentes et &#233;tranges et la nature de leur travail rendrait naturellement leur pr&#233;sence irritante et insupportable aux habitants dont la connaissance ant&#233;rieure des n&#232;gres &#233;tait bas&#233;e, peut-&#234;tre, sur leurs prouesses de cannibales. Et puis, la pr&#233;sence de ces troupes fournit un aliment rare aux chauvins d'une race jadis fi&#232;re et dominatrice, aujourd'hui battue et buvant la lie la plus sale de l'humiliation sous les ba&#239;onnettes du vainqueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi splendide que soit le geste de la France r&#233;publicaine &#224; l'&#233;gard des gens de couleur, son utilisation de troupes noires en Allemagne pour atteindre ses objectifs imp&#233;riaux ne devrait rencontrer rien de moins que la condamnation de la part de la section avanc&#233;e des Noirs. La propagande que les Noirs doivent faire en Allemagne n'est pas celle des troupes noires avec des ba&#239;onnettes dans ce malheureux pays. En tant que soldats conscrits et esclaves de la France imp&#233;riale, ils ne peuvent en aucun cas aider le mouvement des Noirs ni gagner la sympathie des groupes blancs internationaux &#224; large vision dont les adversaires internationaux sont &#233;galement les ennemis intransigeants du progr&#232;s des Noirs. En examinant la situation des troupes noires en Allemagne, les Noirs intelligents devraient la comparer &#224; celle des troupes blanches en Inde, &#224; Saint-Domingue et &#224; Ha&#239;ti. Que n'auraient pas fait les propagandistes ha&#239;tiens avec les marines s'ils avaient &#233;t&#233; noirs au lieu d'&#234;tre blancs am&#233;ricains ! Les bouleversements mondiaux ayant rapproch&#233; les trois plus grandes nations europ&#233;ennes - l'Angleterre, la France et l'Allemagne - des Noirs, les Am&#233;ricains de couleur devraient saisir l'occasion de promouvoir une meilleure compr&#233;hension interraciale. Comme les Am&#233;ricains blancs en Europe profitent de la situation pour intensifier leur propagande contre les Noirs, les Noirs doivent y r&#233;pondre par un contre-mouvement vigoureux. Les Noirs doivent se rendre compte que la supr&#233;matie du capital am&#233;ricain aujourd'hui accro&#238;t proportionnellement l'influence am&#233;ricaine dans la politique et la vie sociale du monde. Chaque fonctionnaire am&#233;ricain &#224; l'&#233;tranger, chaque touriste suffisant, est un protagoniste de la culture du dollar et un propagandiste contre les Noirs. En plus de brandir le b&#226;ton rooseveltien au visage des petits indig&#232;nes du nouveau monde, l'Am&#233;rique tient un club &#233;conomique au-dessus de la t&#234;te de toutes les grandes nations europ&#233;ennes, &#224; l'exception de la Russie, de sorte que les individus audacieux d'Europe occidentale qui ont autrefois rican&#233; de la culture du dollar peuvent encore trouver n&#233;cessaire et utile de se taire discr&#232;tement. Plus l'influence am&#233;ricaine s'accro&#238;t dans le monde, et particuli&#232;rement en Europe, gr&#226;ce &#224; l'extension du capital am&#233;ricain, plus il devient n&#233;cessaire pour toutes les minorit&#233;s en lutte des Etats-Unis de s'organiser largement pour propager leurs griefs dans le monde entier. De tels efforts de propagande, outre qu'ils renforceront la cause dans le pays, attireront certainement la sympathie et l'aide des groupes &#233;trangers qui m&#232;nent une lutte &#224; mort pour &#233;chapper aux octuple bras des int&#233;r&#234;ts commerciaux am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le Noir, en tant que minorit&#233; la plus r&#233;prim&#233;e et la plus pers&#233;cut&#233;e, devrait profiter de cette p&#233;riode d'effervescence dans les affaires internationales pour sortir sa cause de l'obscurit&#233; nationale et la faire avancer en tant que question internationale de premier plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'on puisse dire que l'Europe occidentale est plut&#244;t ignorante et apathique &#224; l'&#233;gard des Noirs dans les affaires mondiales, il y a une grande nation avec un bras en Europe qui pense intelligemment aux Noirs comme elle le fait pour tous les probl&#232;mes internationaux. Lorsque les travailleurs russes ont renvers&#233; leur gouvernement inf&#226;me en 1917, l'un des premiers actes du nouveau Premier ministre, L&#233;nine, a &#233;t&#233; une proclamation saluant tous les peuples opprim&#233;s &#224; travers le monde, les exhortant &#224; s'organiser et &#224; s'unir contre l'oppresseur international commun, le capitalisme priv&#233;. Plus tard, &#224; Moscou, L&#233;nine lui-m&#234;me s'est attaqu&#233; &#224; la question des Noirs am&#233;ricains et s'est exprim&#233; &#224; ce sujet devant le deuxi&#232;me congr&#232;s de la Troisi&#232;me Internationale. Il consulta John Reed, le journaliste am&#233;ricain, et insista sur la n&#233;cessit&#233; urgente d'une propagande et d'un travail d'organisation parmi les Noirs du Sud. Le sujet n'a pas &#233;t&#233; abandonn&#233;. Lorsque Sen Katayama, r&#233;volutionnaire japonais chevronn&#233;, se rendit des &#201;tats-Unis en Russie en 1921, il pla&#231;a le probl&#232;me des Noirs am&#233;ricains au premier rang de ses pr&#233;occupations. Depuis lors, il travaille sans rel&#226;che et de mani&#232;re d&#233;sint&#233;ress&#233;e pour promouvoir la cause des Noirs am&#233;ricains exploit&#233;s au sein des conseils sovi&#233;tiques de Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce pays gigantesque solidement sous leur contr&#244;le, et malgr&#233; l'&#233;nergie et la r&#233;flexion qu'ils consacrent &#224; la renaissance de l'industrie nationale, l'avant-garde des travailleurs russes et les minorit&#233;s nationales, maintenant lib&#233;r&#233;es de l'oppression imp&#233;riale, pensent s&#233;rieusement au sort des classes opprim&#233;es, des minorit&#233;s nationales et raciales opprim&#233;es dans le reste de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Am&#233;rique. Ils se sentent proches en esprit de ces peuples. Ils veulent contribuer &#224; leur lib&#233;ration. Parmi les opprim&#233;s qui occupent les pens&#233;es de la nouvelle Russie, les N&#232;gres d'Am&#233;rique et d'Afrique ne sont pas les moindres. Si nous nous reportons deux d&#233;cennies en arri&#232;re pour nous rappeler comment la pers&#233;cution tsariste des Juifs russes a agit&#233; l'Am&#233;rique d&#233;mocratique, nous aurons une id&#233;e de l'&#233;tat d'esprit de la Russie lib&#233;r&#233;e &#224; l'&#233;gard des N&#232;gres d'Am&#233;rique. Le peuple russe lit la terrible histoire de son propre pass&#233; r&#233;cent dans la situation tragique du Noir am&#233;ricain d'aujourd'hui. En effet, les Etats du Sud peuvent tr&#232;s bien servir &#224; montrer ce qui s'est pass&#233; en Russie. En effet, si les pauvres Blancs exploit&#233;s du Sud pouvaient un jour faire cause commune avec les Noirs pers&#233;cut&#233;s et pill&#233;s, vaincre l'oligarchie oppressive - les cambrioleurs politiques et les propri&#233;taires terriens voleurs - et la priver de tous les privil&#232;ges politiques, la situation serait tr&#232;s semblable &#224; celle de la Russie sovi&#233;tique d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Moscou, j'ai rencontr&#233; un vieux r&#233;volutionnaire juif qui avait fait un s&#233;jour en Sib&#233;rie, redevenu jeune et rempli de l'esprit de la r&#233;volution triomphante. Nous avons parl&#233; des affaires am&#233;ricaines et avons naturellement abord&#233; le sujet des Noirs. Je lui ai parl&#233; des difficult&#233;s du probl&#232;me, je lui ai dit que les meilleurs &#233;l&#233;ments blancs lib&#233;raux travaillaient &#233;galement &#224; l'am&#233;lioration du statut des Noirs, et il a fait la remarque suivante : &#034;Lorsque la bourgeoisie d&#233;mocratique des &#201;tats-Unis condamnait le tsarisme pour les pogroms juifs, elle infligeait &#224; votre peuple un traitement plus sauvage et plus barbare que celui que les Juifs ont connu dans l'ancienne Russie. L'Am&#233;rique&#034;, disait-il religieusement, &#034;devait faire une sorte de geste expiatoire pour ses p&#233;ch&#233;s&#034;. Il n'y a pas de bourgeoisie suraliment&#233;e ici en Russie pour faire un passe-temps des probl&#232;mes sociaux laids, mais les travailleurs russes, qui ont gagn&#233; &#224; travers l'&#233;preuve de la pers&#233;cution et de la r&#233;volution, tendent la main de la fraternit&#233; internationale &#224; tous les millions de n&#232;gres r&#233;prim&#233;s de l'Am&#233;rique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rencontr&#233; cet esprit d'appr&#233;ciation et de r&#233;ponse sympathique dans tous les cercles de Moscou et de Petrograd. Je n'avais jamais imagin&#233; ce qui m'attendait en Russie. J'avais quitt&#233; l'Am&#233;rique en septembre 1922, d&#233;termin&#233; &#224; m'y rendre, &#224; voir la nouvelle vie r&#233;volutionnaire du peuple et &#224; en rendre compte. Je ne fus pas peu constern&#233; lorsque, ayant une aversion cong&#233;nitale pour la notori&#233;t&#233;, je d&#233;couvris qu'en posant le pied sur le sol russe, je devins imm&#233;diatement un personnage notoire. Et curieusement, il n'y avait rien de d&#233;sagr&#233;able &#224; ce que je sois emport&#233; dans la vague de la Russie r&#233;volutionnaire. Pour le meilleur ou pour le pire, chaque personne en Russie est vitalement affect&#233;e par la r&#233;volution. Seul un corps sans &#226;me peut y vivre sans &#234;tre profond&#233;ment boulevers&#233; par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis arriv&#233; en Russie en novembre, le mois du quatri&#232;me congr&#232;s de l'Internationale communiste et du cinqui&#232;me anniversaire de la r&#233;volution russe. Toute la nation r&#233;volutionnaire &#233;tait mobilis&#233;e pour l'occasion, Petrograd &#233;tait magnifique avec ses drapeaux rouges et ses banderoles. Les drapeaux rouges flottaient sur la neige de tous les grands b&#226;timents de granit. Les trains, les tramways, les usines, les magasins, les h&#244;tels, les &#233;coles portaient tous des d&#233;corations. Ce fut un mois de f&#234;te auquel, en tant que membre de la race noire, j'ai particip&#233; tr&#232;s activement. J'ai &#233;t&#233; re&#231;u comme si les gens avaient &#233;t&#233; inform&#233;s de ma venue et s'y &#233;taient pr&#233;par&#233;s. Lorsque Max Eastman et moi avons essay&#233; de nous frayer un chemin &#224; travers la foule dense qui encombrait la rue Tverskaya &#224; Moscou le 7 novembre, j'ai &#233;t&#233; attrap&#233;, lanc&#233; en l'air et pass&#233; par des douzaines de jeunes robustes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Comme ils sont excit&#233;s par un visage &#233;tranger&#034;, dit Eastman. Un jeune communiste russe remarque : &#034;Mais o&#249; est la diff&#233;rence ? &#034;Mais o&#249; est la diff&#233;rence ? Certains Indiens sont aussi sombres que vous.&#034; Ce &#224; quoi un autre a r&#233;pondu : &#034;Les lignes du visage sont diff&#233;rentes : &#034;Les lignes du visage sont diff&#233;rentes. Les Indiens sont avec nous depuis longtemps. Les gens voient donc instinctivement la diff&#233;rence.&#034; Et c'est ainsi que la conversation tournait toujours autour de moi, jusqu'&#224; ce que mon visage s'enflamme. La presse moscovite imprima de longs articles sur les Noirs d'Am&#233;rique, un po&#232;te fut inspir&#233; de rimer sur les Africains qui se tournaient vers la Russie socialiste et bient&#244;t on me demanda partout - aux conf&#233;rences des po&#232;tes et des journalistes, aux r&#233;unions des soldats et des ouvriers d'usine. Lentement, j'ai commenc&#233; &#224; perdre conscience de moi-m&#234;me en r&#233;alisant que j'&#233;tais accueilli comme un symbole, comme un membre du grand groupe n&#232;gre am&#233;ricain - semblable aux malheureux esclaves noirs de l'imp&#233;rialisme europ&#233;en en Afrique - que les travailleurs de la Russie sovi&#233;tique, se r&#233;jouissant de leur libert&#233;, saluaient &#224; travers moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie, en termes g&#233;n&#233;raux, est un pays o&#249; toutes les races d'Europe et d'Asie se rencontrent et se m&#233;langent. Le fait est que, sous le pouvoir r&#233;pressif de la bureaucratie tsariste, les diff&#233;rentes races ont conserv&#233; une certaine tol&#233;rance bienveillante les unes envers les autres. Les haines raciales f&#233;roces qui s&#233;vissent dans les Balkans n'ont jamais exist&#233; en Russie. Alors que dans le Sud, aucun Noir ne pouvait approcher un &#034;cracker&#034; comme un homme de confiance, un p&#232;lerin juif dans l'ancienne Russie pouvait trouver le repos et la subsistance dans la maison d'un paysan orthodoxe. Il est difficile de d&#233;finir le type russe par ses caract&#233;ristiques. L'Hindou, le Mongol, le Persan, l'Arabe, l'Europ&#233;en de l'Ouest, tous ces types peuvent se retrouver dans la population polyglotte de Moscou. Ainsi, pour les Russes, je n'&#233;tais qu'un autre type, mais &#233;tranger, avec lequel ils n'&#233;taient pas encore familiaris&#233;s. Ils &#233;taient curieux de moi, tous et chacun, jeunes et vieux, d'une mani&#232;re amicale et rafra&#238;chissante. Leur curiosit&#233; n'avait rien de l'intol&#233;rable impertinence et souvent de l'affront pur et simple que tout homme de couleur tr&#232;s fonc&#233;e, qu'il soit Noir, Indien ou Arabe, subissait en Allemagne et en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1920, alors que j'essayais de publier un volume de mes po&#232;mes &#224; Londres, j'ai re&#231;u la visite de Bernard Shaw qui a fait remarquer qu'il devait &#234;tre tragique pour un Noir sensible d'&#234;tre un artiste. Shaw avait raison. Certaines des critiques anglaises de mon livre touchaient le fond de la boue journalistique. Le critique anglais surpassait son cousin am&#233;ricain (&#224; l'exception du Sud, bien s&#251;r, ce qui ne pouvait surprendre aucun Blanc et encore moins un Noir) en saupoudrant la critique de pr&#233;jug&#233;s raciaux. Le s&#233;dentaire et cuivr&#233; &#034;Spectator&#034; a m&#234;me d&#233;clar&#233; qu'aucun homme blanc &#034;cultiv&#233;&#034; ne pouvait lire la po&#233;sie d'un Noir sans pr&#233;jug&#233;s, qu'il devait instinctivement chercher ce &#034;quelque chose&#034; qui devait le rendre hostile &#224; cette po&#233;sie. Mais heureusement, M. McKay n'a pas froiss&#233; nos susceptibilit&#233;s ! Les Anglais, du plus bas au plus haut, ne peuvent imaginer qu'un Noir puisse &#234;tre autre chose qu'un amuseur, un boxeur, un pr&#233;dicateur baptiste ou un subalterne. Les Allemands sont un peu pires. N'importe quel Noir d'apparence saine et &#224; l'esprit aventureux peut s'amuser &#224; se faire passer pour un autre Siki ou un buck dancer. Lorsqu'un &#233;crivain am&#233;ricain m'a pr&#233;sent&#233; comme po&#232;te &#224; un Allemand tr&#232;s cultiv&#233;, amateur de tous les arts, il ne pouvait pas le croire, et je ne pense pas qu'il le croie encore. Un &#233;tudiant am&#233;ricain annonce &#224; sa logeuse de la classe moyenne qu'il invite un ami noir &#224; d&#233;jeuner : &#034;Mais &#234;tes-vous s&#251;r qu'il n'est pas cannibale ?&#034; lui demande-t-elle sans la moindre once d'un sourire humoristique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; Petrograd et &#224; Moscou, je n'ai pu d&#233;celer aucune trace de ce snobisme ignorant parmi les classes &#233;duqu&#233;es. L'attitude des simples travailleurs, des soldats et des marins &#233;tait encore plus remarquable. Elle &#233;tait si merveilleusement na&#239;ve ; pour eux, je n'&#233;tais qu'un membre noir du monde de l'humanit&#233;. On pourrait pr&#233;tendre que les bons sentiments des Russes &#224; l'&#233;gard d'un Noir &#233;taient l'effet de la pression et de la propagande bolchevistes. Le fait est que j'ai pass&#233; la plupart de mon temps libre dans des cercles non partisans et antibolchevistes. &#192; Moscou, je trouvais l'h&#244;tel Luxe o&#249; je logeais extr&#234;mement d&#233;primant, la salle &#224; manger &#233;tait un anath&#232;me pour moi et j'&#233;tais fatigu&#233; &#224; mort de rencontrer les ambassadeurs prol&#233;tariens des pays &#233;trangers, dont certains se comportaient comme s'ils &#233;taient les saints messagers de J&#233;sus, Prince du Ciel, au lieu d'&#234;tre des repr&#233;sentants de la classe ouvri&#232;re. Je passais donc beaucoup de mes soir&#233;es libres au caf&#233; Domino, repaire notoire de po&#232;tes et d'&#233;crivains dilettantes. C'est l&#224; que venaient les jeunes anarchistes, les menchevistes et tous les jeunes aspirants &#224; la friture pour lire et discuter de leur po&#233;sie et de leur prose. Parfois, un groupe d'hommes plus &#226;g&#233;s venait aussi. Un soir, j'ai vu Pilnyal, le romancier, Okonoff, le critique, Feodor, le traducteur de Poe, un &#233;diteur, un directeur de th&#233;&#226;tre et leurs jeunes disciples, boire de la bi&#232;re au cours d'une discussion litt&#233;raire tr&#232;s int&#233;ressante. Il y avait toujours de la musique, de bons chants folkloriques et de mauvais violons, l'endroit ressemblait plus &#224; un cabaret de seconde zone qu'&#224; un club de po&#232;tes, mais il y avait n&#233;anmoins de quoi s'amuser, avec des bavardages aimables et des plaisanteries l&#233;g&#232;res qui permettaient &#224; la soir&#233;e de s'&#233;couler agr&#233;ablement. C'&#233;tait le lieu de rencontre du groupe frivole avec lequel je me d&#233;tendais apr&#232;s avoir &#233;crit toute la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soir&#233;es des po&#232;tes prol&#233;tariens qui se tenaient &#224; l'Arbot &#233;taient beaucoup plus s&#233;rieuses. La direction &#233;tait communiste, le public ouvrier et attentif comme des &#233;coliers assidus. A ces r&#233;unions venaient aussi quelques uns des plus brillants intellectuels du Domino Caf&#233;. L'une de ces jeunes femmes m'a dit qu'elle voulait rester en contact avec toutes les phases de la nouvelle culture. &#192; Petrograd, les r&#233;unions de l'intelligentzia semblaient plus formelles et plus ouvertes. On y trouvait des hommes aussi remarquables que Tchoukovski, le critique, Eug&#232;ne Zamiatan, le c&#233;l&#232;bre romancier, et Maishack, le po&#232;te et traducteur de Kipling. Le monde des artistes et du th&#233;&#226;tre est &#233;galement repr&#233;sent&#233;. L'esprit communiste n'&#233;tait pas pr&#233;sent lors de ces r&#233;unions de l'intelligentzia. Il y r&#233;gnait m&#234;me un climat d'hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard des bolchevistes. Mais j'&#233;tais invit&#233; &#224; parler et &#224; lire mes po&#232;mes chaque fois que j'apparaissais &#224; l'une d'entre elles et j'&#233;tais trait&#233; avec toute la courtoisie et la consid&#233;ration qui s'imposaient en tant qu'&#233;crivain. Parmi ces Russes sophistiqu&#233;s et cultiv&#233;s, dont beaucoup parlaient de deux &#224; quatre langues, il n'y avait pas d'exc&#232;s de correction, pas d'&#233;tonnement vulgaire ni de sup&#233;riorit&#233; d&#233;mesur&#233;e sur le fait qu'un Noir soit po&#232;te. J'&#233;tais un po&#232;te, c'est tout, et leurs questions passionn&#233;es montraient qu'ils &#233;taient beaucoup plus int&#233;ress&#233;s par la technique de ma po&#233;sie, mes opinions et ma position &#224; l'&#233;gard des mouvements litt&#233;raires modernes que par la diff&#233;rence de ma couleur. Mais je ne pr&#233;tends pas que cette petite diff&#233;rence n'avait rien d'attrayant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de ma derni&#232;re visite &#224; Petrograd, j'ai s&#233;journ&#233; dans le palais du grand-duc Vladimir Alexandre, le fr&#232;re du tsar Nicolas II. Son vieil et aimable intendant, qui s'est occup&#233; de mon confort, erre comme un fant&#244;me dans les grandes salles. La maison est aujourd'hui le si&#232;ge des intellectuels de Petrograd. Une belle peinture du duc est expos&#233;e dans la salle &#224; manger. On m'a dit qu'il avait un esprit lib&#233;ral, qu'il &#233;tait un m&#233;c&#232;ne et qu'il &#233;tait tr&#232;s appr&#233;ci&#233; par l'intelligentsia russe. L'atmosph&#232;re de la maison &#233;tait th&#233;oriquement apolitique, mais j'ai rapidement senti une forte hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard de l'autorit&#233; bolcheviste. Mais m&#234;me ici, je n'ai eu que des rencontres agr&#233;ables et des conversations enrichissantes avec les d&#233;tenus et les visiteurs, qui exprimaient librement leurs opinions contre le gouvernement sovi&#233;tique, m&#234;me s'ils me savaient tr&#232;s sympathique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les premiers jours de ma visite, j'ai eu le sentiment que cette grande d&#233;monstration d'amabilit&#233; &#233;tait en quelque sorte l'expression de l'esprit enthousiaste des jours de f&#234;te, qu'une fois le mois termin&#233;, je pourrais tranquillement m'installer pour terminer le livre sur le Noir am&#233;ricain que le d&#233;partement des publications d'&#201;tat de Moscou m'avait demand&#233; d'&#233;crire, et pendant ce temps-l&#224;, continuer tranquillement &#224; faire des contacts int&#233;ressants. Mais mes journ&#233;es en Russie ont &#233;t&#233; marqu&#233;es par l'enthousiasme affectueux de la population &#224; mon &#233;gard. Parmi les ouvriers, les soldats et les marins aux &#233;toiles rouges et aux chevrons, les &#233;tudiants et les enfants prol&#233;taires, je ne pouvais pas m'en tirer aussi facilement qu'avec l'intelligentsia. A chaque r&#233;union, j'&#233;tais accueilli par des acclamations bruyantes, des manifestations amicales. Les ouvri&#232;res de la grande banque de Moscou insist&#232;rent pour conna&#238;tre les conditions de travail des femmes de couleur en Am&#233;rique et, apr&#232;s un bref expos&#233;, on me posa les questions les plus pr&#233;cises sur les postes les plus accessibles aux femmes de couleur, leurs salaires et leurs relations g&#233;n&#233;rales avec les ouvri&#232;res blanches. Je n'ai pas pu donner de d&#233;tails, mais lorsque j'ai eu termin&#233;, les femmes russes ont adopt&#233; une r&#233;solution envoyant leurs salutations aux travailleuses de couleur d'Am&#233;rique, les exhortant &#224; organiser leurs forces et &#224; envoyer une repr&#233;sentante en Russie. J'ai re&#231;u un message similaire du d&#233;partement de la propagande du Soviet de Petrograd, dirig&#233; par Nicoleva, une femme tr&#232;s &#233;nergique. On m'y a montr&#233; le nouveau statut des femmes russes acquis gr&#226;ce &#224; la r&#233;volution de 1917. Les femmes capables peuvent s'adapter &#224; n'importe quel poste ; &#224; travail &#233;gal, salaire &#233;gal &#224; celui des hommes ; salaire complet pendant la p&#233;riode de grossesse et pas de travail pour la m&#232;re deux mois avant et deux mois apr&#232;s l'accouchement. L'obtention d'un divorce est relativement facile et n'est pas influenc&#233;e par le pouvoir de l'argent, les chicaneries des d&#233;tectives et les trafics d'influence. Un service sp&#233;cial s'occupe des probl&#232;mes de propri&#233;t&#233; personnelle commune et de la tutelle et de l'entretien des enfants. L'avortement l&#233;gal n'est pas sanctionn&#233; et les enfants n&#233;s hors mariage ne sont pas stigmatis&#233;s par la loi comme &#233;tant ill&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes des classes inf&#233;rieures submerg&#233;es et des minorit&#233;s nationales r&#233;prim&#233;es de l'ancienne Russie ne pouvaient pas &#234;tre compar&#233;s &#224; la situation p&#233;nible des millions de Noirs aux &#201;tats-Unis aujourd'hui. Tout comme les Noirs sont exclus de la marine am&#233;ricaine et des rangs sup&#233;rieurs de l'arm&#233;e, les Juifs et les fils de la paysannerie et du prol&#233;tariat ont fait l'objet de discriminations dans l'Empire russe. Il est inutile de r&#233;p&#233;ter l'&#233;vidence en disant que la Russie sovi&#233;tique ne tol&#232;re pas de telles discriminations, car le gouvernement r&#233;el du pays est maintenant entre les mains des minorit&#233;s nationales combin&#233;es, de la paysannerie et du prol&#233;tariat. Avec la permission de L&#233;on Trotsky, commissaire en chef des forces militaires et navales de la Russie sovi&#233;tique, j'ai visit&#233; les plus hautes &#233;coles militaires au Kremlin et dans les environs de Moscou. C'est l&#224; que j'ai vu le nouveau mat&#233;riel, les fils des travailleurs form&#233;s comme cadets par les vieux officiers des classes sup&#233;rieures. Pendant deux semaines, j'ai &#233;t&#233; l'invit&#233; de la marine rouge &#224; Petrograd avec la m&#234;me jeunesse prol&#233;tarienne enthousiaste de la nouvelle Russie, qui m'a conduit &#224; travers la machinerie complexe des sous-marins, m'a fait visiter les avions captur&#233;s aux Britanniques pendant la guerre contre-r&#233;volutionnaire autour de Petrograd et m'a montr&#233; la fabrication d'un navire de guerre pr&#234;t &#224; l'action. Mais ce qui &#233;tait encore plus int&#233;ressant, c'&#233;tait la vie des hommes et des officiers, la discipline simplifi&#233;e qui &#233;tait strictement appliqu&#233;e, la nourriture qui &#233;tait servie &#224; tous et &#224; chacun de la m&#234;me mani&#232;re, les cours d'&#233;ducation extra-politique et l'extr&#234;me tact et &#233;lasticit&#233; des commissaires politiques, tous communistes, qui agissaient en tant que conseillers et arbitres entre les hommes et les &#233;tudiants et les officiers. Deux ou trois fois, on m'a donn&#233; de la kasha qui est parfois servie avec les repas. &#192; Moscou, j'ai commenc&#233; &#224; beaucoup aimer cette nourriture, mais il &#233;tait toujours difficile de l'obtenir. J'avais toujours imagin&#233; qu'il s'agissait d'un aliment malsain et peu app&#233;tissant, que le paysan russe ne mangeait qu'en raison de son extr&#234;me pauvret&#233;. Mais au contraire, je l'ai trouv&#233; tr&#232;s rare et nourrissant lorsqu'il est bien cuit avec un peu de viande et servi avec du beurre - un aliment &#224; base de c&#233;r&#233;ales qui ressemble beaucoup au riz et aux pois des Antilles, qui sont communs mais tr&#232;s d&#233;licieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cadets rouges sont vus sous leur meilleur jour lors des exercices de gymnastique et des assembl&#233;es politiques o&#249; la discipline est mise de c&#244;t&#233;. C'est surtout &#224; ces derni&#232;res que le visiteur a l'impression de se trouver au milieu des premi&#232;res journ&#233;es r&#233;volutionnaires, tant les discours sont encourageants et tant l'enthousiasme des hommes est intense. A toutes ces r&#233;unions, j'ai d&#251; prendre la parole et les &#233;tudiants m'ont pos&#233; des questions g&#233;n&#233;rales sur les Noirs dans l'arm&#233;e et la marine am&#233;ricaines, et lorsque je leur ai donn&#233; des informations communes connues de tous les Noirs am&#233;ricains, les &#233;tudiants, les officiers et les commissaires ont &#233;t&#233; unanimes &#224; souhaiter que ce groupe de jeunes Noirs am&#233;ricains suive une formation pour devenir officiers dans l'arm&#233;e et la marine de la Russie sovi&#233;tique. Les &#233;tudiants prol&#233;taires de Moscou &#233;taient impatients de d&#233;couvrir la vie et le travail des &#233;tudiants noirs. Ils envoy&#232;rent des messages d'encouragement et de bonne volont&#233; aux &#233;tudiants noirs d'Am&#233;rique et, par un beau geste de fraternit&#233;, &#233;lurent la d&#233;l&#233;gation noire du Parti communiste am&#233;ricain et moi-m&#234;me membres honoraires du Soviet de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces journ&#233;es russes restent les plus m&#233;morables de ma vie. Les communistes intellectuels et l'intelligentsia &#233;taient int&#233;ress&#233;s de savoir que l'Am&#233;rique avait produit un formidable corps d'intellectuels et de professionnels n&#232;gres, poss&#233;dant une litt&#233;rature distincte et des int&#233;r&#234;ts culturels et commerciaux diff&#233;rents de ceux des Blancs. Et ils pensent naturellement que les dirigeants militants de l'intelligentsia doivent sentir et exprimer l'esprit de r&#233;volte qui sommeille dans les masses n&#232;gres inarticul&#233;es, pr&#233;cis&#233;ment parce que le mouvement d'&#233;mancipation des masses russes est pass&#233; par des phases similaires. La Russie est pr&#234;te &#224; recevoir des messagers et des h&#233;rauts de bonne volont&#233; et de compr&#233;hension interraciale de la part de la race noire. Sa d&#233;monstration d'amabilit&#233; et d'&#233;quit&#233; &#224; l'&#233;gard des N&#232;gres peut ne pas conduire &#224; des relations saines entre la Russie sovi&#233;tique et l'Am&#233;rique d&#233;mocratique, les anthropologues 100 pour cent purs blancs am&#233;ricains invoqueront bient&#244;t la science pour prouver que les Russes ne sont pas du tout le peuple blanc de Dieu J'ai m&#234;me surpris un peu de propagande am&#233;ricaine anti-n&#232;gre en Russie. Une de mes amies, membre de l'intelligentsia moscovite, m'a r&#233;p&#233;t&#233; les remarques de l'&#233;ditrice d'un journal danois, &#224; savoir qu'il ne fallait pas me consid&#233;rer comme un Noir repr&#233;sentatif, car elle avait v&#233;cu en Am&#233;rique et avait trouv&#233; tous les Noirs paresseux, mauvais et vicieux, et qu'ils &#233;taient une terreur pour les femmes blanches. A Petrograd, j'ai pu entendre une histoire similaire de la bouche de Chukovsky, le critique, qui &#233;tait en relations intimes avec un haut fonctionnaire de l'American Relief Administration et sa femme sudiste. Chukovsky est lui-m&#234;me un intellectuel &#034;occidental&#034;, terme qui s'applique &#224; ces Russes qui placent la civilisation ouest-europ&#233;enne avant la culture russe et qui croient que le salut de la Russie r&#233;side dans son occidentalisation compl&#232;te. Il a pass&#233; une partie impressionnante de sa jeunesse &#224; Londres et adore tout ce qui est anglais ; pendant la guerre mondiale, il &#233;tait tr&#232;s pro-anglais. Il exprime &#233;galement une admiration sinc&#232;re pour la d&#233;mocratie am&#233;ricaine. Il poss&#232;de plus de livres anglo-am&#233;ricains que de livres russes dans sa belle biblioth&#232;que et consid&#232;re la section litt&#233;raire du New York Times comme un journal de tr&#232;s haut niveau. C'est un v&#233;ritable maniaque de la culture am&#233;ricaine anglo-saxonne. Chukovsky &#233;tait assez incr&#233;dule lorsque je lui ai expos&#233; les faits concernant le statut du Noir dans la civilisation am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les Am&#233;ricains sont un peuple d'une telle &#233;nergie et d'une telle capacit&#233;, m'a-t-il dit, comment peuvent-ils agir de fa&#231;on aussi mesquine envers une minorit&#233; raciale ? Puis il m'a racont&#233; une aventure qu'il aurait v&#233;cue &#224; Londres et qui ressemble fort &#224; une bonne plaisanterie. Cependant, je la rapporte ici avec la conviction qu'elle est authentique, car Chukovsky est un homme int&#232;gre : Au d&#233;but du si&#232;cle, il a &#233;t&#233; envoy&#233; en Angleterre en tant que correspondant d'un journal d'Odessa, mais &#224; Londres, il &#233;tait plus enclin &#224; la r&#234;verie po&#233;tique et &#224; l'&#233;tude de la litt&#233;rature anglaise au British Museum et n'envoyait que rarement des nouvelles chez lui. Il perd donc son emploi et doit trouver des chambres meubl&#233;es bon march&#233;. Quelques semaines plus tard, alors qu'il s'est install&#233; dans de nouveaux locaux, un invit&#233; noir arrive, un homme d'&#233;glise am&#233;ricain. Le pr&#233;dicateur se procure une chambre au dernier &#233;tage et utilise la salle &#224; manger et le salon avec les autres invit&#233;s, parmi lesquels se trouve une famille am&#233;ricaine blanche. Cette derni&#232;re proteste contre la pr&#233;sence du Noir dans la maison et en particulier dans la chambre d'amis. La propri&#233;taire est confront&#233;e &#224; un dilemme : elle ne peut pas perdre ses pensionnaires am&#233;ricains et l'argent du pasteur n'est pas &#224; d&#233;daigner. Elle finit par trouver un compromis en obtenant des Am&#233;ricains blancs qu'ils acceptent que le Noir reste sans avoir le privil&#232;ge de la chambre d'amis, et Chukovsky fut pri&#233; de dire la v&#233;rit&#233; au Noir. Chukovsky monte &#224; l'&#233;tage pour pr&#233;senter les faits d&#233;sagr&#233;ables au pr&#234;cheur et lui offrir un peu de r&#233;confort, mais l'homme noir n'est pas offens&#233; outre mesure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les invit&#233;s blancs ont le droit de s'opposer &#224; moi, expliqua-t-il, anticipant sur Garvey, ils appartiennent &#224; une race sup&#233;rieure.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Mais, dit Chukovsky, je ne m'oppose pas &#224; vous, je ne sens pas de diff&#233;rence ; nous ne comprenons pas les pr&#233;jug&#233;s de couleur en Russie.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Eh bien&#034;, philosophe le pr&#233;dicateur, &#034;vous &#234;tes tr&#232;s gentil, mais si je me fie aux Ecritures, je ne consid&#232;re pas les Russes comme des Blancs&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/kaye/works/1923/kaye.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/kaye/works/1923/kaye.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher camarade,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais r&#233;pondre, point par point, &#224; vos questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; - Quels moyens pratiques pourraient emp&#234;cher la France d'employer des n&#232;gres pour des fins imp&#233;rialistes sur le continent europ&#233;en ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a qu'un moyen : &#233;veiller chez les n&#232;gres un sentiment de r&#233;volte contre la besogne qu'on leur impose. Il faut leur ouvrir les yeux, leur prouver qu'en aidant les imp&#233;rialistes fran&#231;ais &#224; asservir l'Europe, ils s'asservissent eux-m&#234;mes, qu'ils assurent la domination du capital fran&#231;ais dans les colonies africaines et ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re d'Europe, et le monde ouvrier de France et d'Allemagne en particulier, est directement int&#233;ress&#233;e &#224; ce que les Noirs soient instruits de cette situation et de ses cons&#233;quences. Nous nous sommes content&#233;s jadis d'affirmer le droit des populations dans les colonies &#224; une libre d&#233;termination de leur r&#233;gime politique ; nous avons proclam&#233; l'&#233;galit&#233; de toutes les races humaines. Le temps de ces manifestations platoniques est pass&#233;. Il faut agir. Toutes les fois qu'on pourra mener des Noirs sous le drapeau de la R&#233;volution, toutes les fois qu'on formera des groupes dispos&#233;s &#224; r&#233;pandre l'id&#233;e de la r&#233;volution dans les colonies africaines, on rendra &#224; la cause du prol&#233;tariat un service beaucoup plus important que ne sauraient l'&#234;tre des r&#233;solutions de principe, comme celles que multipliait la IIe Internationale. Si le Parti Communiste se contentait de r&#233;solutions de ce genre, s'il n'appliquait tous ses efforts &#224; conqu&#233;rir des esprits et des c&#339;urs, parmi les n&#232;gres les plus avanc&#233;s, il n'aurait pas le droit de s'appeler Parti Communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; - Sans aucun doute, l'utilisation des troupes de couleur pendant la guerre imp&#233;rialiste et, actuellement, pour l'occupation de la Ruhr fait partie de l'ex&#233;cution d'un plan soigneusement pr&#233;par&#233; et syst&#233;matiquement mis en &#339;uvre par le capital fran&#231;ais et anglais : le capitalisme aux abois cherche en dehors de l'Europe trop agit&#233;e, trop peu s&#251;re, des forces nouvelles qui lui permettraient, dans les cas extr&#234;mes, de r&#233;sister aux masses r&#233;volutionnaires ; il compte sur des Africains ou des Asiatiques mobilis&#233;s, arm&#233;s, disciplin&#233;s. L'utilisation des r&#233;serves coloniales met en question la r&#233;volution europ&#233;enne, le sort du prol&#233;tariat ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; - Il est, d'autre part, &#233;vident que l'intervention des forces coloniales, compos&#233;es d'&#233;l&#233;ments arri&#233;r&#233;s, dans les conflits d'imp&#233;rialisme europ&#233;en pr&#233;sente des risques tr&#232;s s&#233;rieux pour la bourgeoisie qui recourt &#224; ce moyen de domination. Les Noirs et, en g&#233;n&#233;ral, les indig&#232;nes des colonies ne sont conservateurs ou plut&#244;t ne gardent leur immobilit&#233; d'esprit que dans les conditions &#233;conomiques et sous l'influence des coutumes du pays natal. Lorsque le capital les arrache &#224; ces conditions et les force &#224; risquer leur vie dans des conflits dont ils ne comprennent pas les origines complexes et les fins obscures (conflits internationaux, conflits de classes) une transformation s'op&#232;re rapidement dans la conscience de ces hommes sacrifi&#233;s, et l'id&#233;e r&#233;volutionnaire prend une importance qu'autrement ils ne lui auraient jamais accord&#233;e ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; - Voil&#224; pourquoi il est bon de former d&#232;s &#224; pr&#233;sent des cadres d'hommes intelligents, conscients, d&#233;vou&#233;s, parmi les repr&#233;sentants les plus cultiv&#233;s de race noire, il faut que des n&#232;gres s'occupent du rel&#232;vement mat&#233;riel et moral de leur pays et qu'ils apprennent &#224; tenir compte de ce qui se passe dans les m&#233;tropoles, qu'ils comprennent que le sort des races opprim&#233;es d&#233;pend de l'affranchissement du prol&#233;tariat dans les pays d'o&#249; vient l'oppression : le sort des Noirs d&#233;pend de la destin&#233;e qui sera faite &#224; la classe ouvri&#232;re internationale. La pr&#233;paration de propagandistes n&#232;gres doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une des t&#226;ches les plus importantes et les plus urgentes du mouvement r&#233;volutionnaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176; - Dans l'Am&#233;rique du Nord, une difficult&#233; consid&#233;rable g&#234;ne cet effort de propagande par un stupide orgueil de caste et de race, les privil&#233;gi&#233;s de la classe ouvri&#232;re se refusent &#224; consid&#233;rer les n&#232;gres comme des fr&#232;res de lutte et de labeur. La politique de Gompers est tout enti&#232;re bas&#233;e sur l'exploitation de pr&#233;jug&#233;s de cette vile esp&#232;ce et ne peut garantir que l'asservissement des ouvriers blancs ou noirs. Il faut combattre &#224; outrance cette politique dans tous les domaines, sur tous les points. Le capitalisme ne songe qu'&#224; obscurcir et amoindrir la conscience des masses prol&#233;tariennes ; pour lui faire &#233;chec, on s'efforcera d'&#233;veiller chez les n&#232;gres, esclaves du capitalisme am&#233;ricain, le sentiment de la dignit&#233; humaine et de la protestation r&#233;volutionnaire. Cette t&#226;che peut &#234;tre accomplie surtout, comme je vous l'ai d&#233;j&#224; dit, par des noirs, r&#233;volutionnaires d&#233;vou&#233;s et pourvus d'une instruction politique. Il ne saurait &#234;tre question, bien entendu, d'un chauvinisme des n&#232;gres &#224; opposer au chauvinisme des blancs. Il s'agit de solidarit&#233; entre tous les travailleurs exploit&#233;s, &#224; quelque race qu'ils appartiennent. Je ne puis indiquer ici les formes d'organisation qui conviendraient le mieux &#224; ce mouvement dans l'Am&#233;rique du Nord, parce que je ne connais pas d'assez pr&#232;s les conditions concr&#232;tes et les possibilit&#233;s qui s'offrent dans ce pays. Mais, j'en suis certain, on trouvera des formes d'organisation d&#232;s qu'on aura la ferme volont&#233; d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salutations communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. TROTSKY.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1923/09/lt19230923.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1923/09/lt19230923.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition de gauche (bolchevik-l&#233;niniste) peut et doit devenir le drapeau de la partie la plus opprim&#233;e du prol&#233;tariat mondial, et par cons&#233;quence, en premier lieu, pour les ouvriers n&#232;gres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/06/lt19320613.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/06/lt19320613.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question noire aux Etats-Unis en 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/02/lt19330228.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/02/lt19330228.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autod&#233;termination pour les n&#232;gres am&#233;ricains en 1939&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390404a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390404a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390411b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390411b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390405b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390405b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trotsky et la question n&#232;gre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par C.L.R. James&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky commen&#231;a &#224; prendre un int&#233;r&#234;t sp&#233;cial &#224; la question n&#232;gre d&#232;s qu'il s'attaqua lui-m&#234;me aux probl&#232;mes am&#233;ricains du point de vue de la constitution d'une organisation trotskyste r&#233;volutionnaire. Depuis ce temps-l&#224; il ne cessa de mettre l'accent sur l'importance de cette question. Bien que non ordonn&#233;es et dans une certaine mesure accidentelles, ces discussions et ces conversations sont organis&#233;es gr&#226;ce &#224; la mani&#232;re tr&#232;s homog&#232;ne dont les questions y sont trait&#233;es et r&#233;unies toutes ensemble, elles constituent un exemple remarquable d'analyse marxiste pour tout travail n&#232;gre aux Etats-Unis. Dans toute r&#233;solution sur la question n&#232;gre &#224; l'&#233;poque actuelle, il est n&#233;cessaire de r&#233;sumer bri&#232;vement les id&#233;es de Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question de l'auto-d&#233;termination, Trotsky pensait que les diff&#233;rences qui existent entre les Indes, la Catalogne, la Pologne, etc. et la situation des n&#232;gres aux &#201;tats-Unis n'&#233;taient pas d&#233;cisives. En d'autres termes, la question n&#232;gre faisait partie pour lui de la question nationale. Il s'opposait fermement &#224; tous ceux qui dans la Ive Internationale rejetaient tout de go le principe de l'auto-d&#233;termination pour les n&#232;gres des &#201;tats-Unis. Dans une discussion datant de 1939, Trotsky d&#233;clarait qu'il ne proposait pas que le parti invoqu&#226;t le mot d'ordre de l'auto-d&#233;termination pour les n&#232;gres am&#233;ricains, mais il insista sur le fait que le parti devait se d&#233;clarer pr&#234;t &#224; lutter avec les n&#232;gres sur le mot d'ordre de l'auto-d&#233;termination, &#224; quelque moment que ceux-ci la revendiquent. Trotsky insistait sur le fait que si les n&#232;gres d&#233;cidaient, sous la pouss&#233;e d'&#233;v&#233;nements historiques impr&#233;vus (par exemple une p&#233;riode de fascisme aux &#201;tats-Unis) de lutter pour l'auto-d&#233;termination, la lutte serait de toute fa&#231;on progressive, pour la raison bien simple que cette auto-d&#233;termination ne pourrait &#234;tre obtenue qu'&#224; travers une guerre contre le capitalisme am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es de Trotsky sur la question n&#232;gre sont contenues tr&#232;s clairement, quoique incompl&#232;tement, dans une discussion datant de 19391. En abordant le travail n&#232;gre, Trotsky se basait sur les sentiments des masses n&#232;gres r&#233;elles aux U.S.A. et le fait que leur oppression en tant que n&#232;gres est si forte qu'ils la ressentent &#224; chaque instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous ceux qui souffrent de l'oppression et de la discrimination, les n&#232;gres furent de tout temps les plus opprim&#233;s et les plus discrimin&#233;s au sein m&#234;me du milieu le plus dynamique de la classe ouvri&#232;re. Le parti devrait dire aux &#233;l&#233;ments conscients parmi les n&#232;gres qu'ils ont &#233;t&#233; convoqu&#233;s par le processus historique pour prendre leur place &#224; l'avant-garde de la lutte de la classe ouvri&#232;re pour le socialisme. Trotsky disait aussi que si le parti &#233;tait incapable de se tracer une voie pour atteindre cette couche de la soci&#233;t&#233;, dans laquelle il donnait aux n&#232;gres une place tr&#232;s importante, cela signifierait qu'il s'avoue lui-m&#234;me incapable d'aller vers la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que conscient du r&#244;le des n&#232;gres dans l'avant-garde, Trotsky, toutefois mettait toujours l'accent sur la conscience que devaient avoir les n&#232;gres d'&#234;tre une minorit&#233; opprim&#233;e &#224; l'&#233;chelle nationale. Chaque fois que cela &#233;tait possible, il insistait sur la conclusion politique qui devait &#234;tre tir&#233;e de la situation politique sp&#233;ciale des n&#232;gres sous le capitalisme am&#233;ricain pendant 300 ans. Il pr&#233;voyait sauvent des r&#233;voltes violentes parmi les n&#232;gres &#224; l'occasion desquelles ils se vengeraient de toute l'oppression et de toutes les humiliations dont ils ont souffert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky s'int&#233;ressa beaucoup au mouvement de Garvey en tant qu'expression des sentiments spontan&#233;s des masses n&#232;gres, sontan&#233;it&#233; qui le pr&#233;occupait essentiellement. Il recommandait sp&#233;cialement au parti d'&#233;tudier l'attitude des n&#232;gres pendant la guerre civile pour comprendre la question n&#232;gre aujourd'hui. Il recommandait l'&#233;tude du mouvement de Garvey en tant qu'indication indispensable pour le parti s'il voulait trouver la voie qui m&#232;ne vers les masses noires. Il approuvait l'id&#233;e d'une organisation ind&#233;pendante de masse du peuple n&#232;gre, form&#233;e gr&#226;ce &#224; l'instrument du parti. La mani&#232;re g&#233;n&#233;rale dont il abordait ie probl&#232;me n&#232;gre peut se caract&#233;riser par le fait suivant : il pensait que dans certaines occasions le parti r&#233;volutionnaire pouvait retirer son propre candidat aux &#233;lections pour le congr&#232;s et soutenir un d&#233;mocrate n&#232;gre pr&#233;sent&#233; par une communaut&#233; n&#232;gre soucieuse d'avoir son propre repr&#233;sentant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes ces id&#233;es Trotsky ne fait qu'appliquer &#224; la lutte concr&#232;te le principe fondamental com pris dans le droit de l'auto-d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune t&#226;che n'est plus urgente que la collection et la publication des textes et des id&#233;es de Trotsky sur la question n&#232;gre aux &#201;tats-Unis, ainsi que leur &#233;tude s&#233;rieuse par tous les membres du parti et leur divulgation sous une forme organis&#233;e parmi le prol&#233;tariat et les masses n&#232;gres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/james/1943/00/question.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/james/1943/00/question.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Workers Party et le travail n&#232;gre dans le mouvement ouvrier organis&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/james/1943/00/02.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/james/1943/00/02.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question noire en Afrique du sud en 1935&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand les th&#232;ses disent que le mot d'ordre de &#171; r&#233;publique noire &#187; est aussi nuisible (&#171; equally harmful &#187;) &#224; la cause de la r&#233;volution que celui de &#171; l'Afrique du Sud aux Blancs &#187;, nous ne pouvons &#234;tre d'accord avec cette affirmation. De la part des Blancs, il s'agit du maintien d'une domination inf&#226;me ; de la part des Noirs, des premiers pas vers leur &#233;mancipation. Le droit total et inconditionnel des Noirs &#224; l'ind&#233;pendance, il nous faut le reconna&#238;tre absolument et sans r&#233;serve. C'est seulement sur la base d'une lutte commune contre la domination des exploiteurs blancs que pourra s'&#233;lever et se renforcer la solidarit&#233; des travailleurs noirs et des travailleurs blancs. Il est possible qu'apr&#232;s la victoire les Noirs tiennent pour inutile la cr&#233;ation en Afrique du Sud d'un &#201;tat noir particulier. Naturellement, nous ne leur imposerons pas un s&#233;paratisme d'&#201;tat. Mais qu'ils le reconnaissent librement, sur la base de leur exp&#233;rience propre, pas sous les verges des oppresseurs blancs. Les r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens ne doivent jamais oublier le droit des nationalit&#233;s opprim&#233;es &#224; disposer d'elles-m&#234;mes, y compris leur droit &#224; la s&#233;paration compl&#232;te, et le devoir du prol&#233;tariat de la nation qui opprime &#224; d&#233;fendre ce droit, y compris, s'il le faut, les armes &#224; la main ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/04/national.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/04/national.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quand le Parti Communiste Am&#233;ricain, optant sous l'&#233;gide de Staline pour l'alliance avec l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, l&#226;chait le combat des noirs comme il l&#226;chait le combat des travailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article699&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article699&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le panafricanisme sera l'internationalisme du communisme prol&#233;tarien ou ne sera pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3812&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3812&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bilan d'une discussion sur le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8693</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article8693</guid>
		<dc:date>2025-06-20T22:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire aussi : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5743 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3241 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6259 &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine, en 1916 en pleine guerre mondiale, d&#233;bat avec Rosa Luxemburg dans le cadre de la conf&#233;rence internationale socialiste contre la guerre de Zimmerwald &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Le n&#176;2 de la revue marxiste de la gauche de Zimmerwald Vorbote (n&#176;2, avril 1916) publie les th&#232;ses pour et contre le droit des nations &#224; disposer (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot279" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5743&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5743&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3241&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3241&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6259&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6259&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine, en 1916 en pleine guerre mondiale, d&#233;bat avec Rosa Luxemburg dans le cadre de la conf&#233;rence internationale socialiste contre la guerre de Zimmerwald&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#176;2 de la revue marxiste de la gauche de Zimmerwald Vorbote (n&#176;2, avril 1916) publie les th&#232;ses pour et contre le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes, sign&#233;es par la r&#233;daction de notre organe central le Social-D&#233;mocrate et par celle de la Gazeta Robotnicza, organe de l'opposition social-d&#233;mocrate polonaise. Le lecteur trouvera plus haut le texte des premi&#232;res th&#232;ses [1] et la traduction des secondes. C'est sans doute la premi&#232;re fois que cette question est pos&#233;e avec autant d'ampleur dans l'ar&#232;ne internationale : lors de la discussion men&#233;e il y a 20 ans, en 1895-1896, avant le Congr&#232;s socialiste international de Londres de 1896, dans la revue marxiste allemande Neue Zeit, par Rosa Luxemburg, K. Kautsky et les &#034;niepodleglosciowcy&#034; (partisans de l'ind&#233;pendance de la Pologne, P.S.P.), qui repr&#233;sentaient trois points de vue diff&#233;rents, la question n'avait &#233;t&#233; pos&#233;e qu'au sujet de la Pologne. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, pour autant que nous le sachions, la question de l'autod&#233;termination n'a &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;e de fa&#231;on quelque peu m&#233;thodique que par les hollandais et les polonais. Esp&#233;rons que la Vorbote r&#233;ussira &#224; faire avancer l'examen de cette question si br&#251;lante aujourd'hui pour les anglais, les am&#233;ricains, les fran&#231;ais, les allemands, les italiens. Le socialisme officiel, repr&#233;sent&#233; aussi bien par les Plekhanov, les David et Cie, partisans avou&#233;s de &#034;leur&#034; gouvernement, que par les kautskistes, d&#233;fenseurs camoufl&#233;s de l'opportunisme (y compris Axelrod, Martov, Tchkh&#233;idz&#233;, etc.), a surench&#233;ri au point que, pendant longtemps encore, resteront in&#233;vitables, d'une part, les efforts pour esquiver et noyer la question, et, d'autre part, les r&#233;clamations des ouvriers exigeant qu'il leur soit donn&#233; des &#034;r&#233;ponses nettes&#034; &#224; ces &#034;questions maudites&#034;. Nous t&#226;cherons d'informer nos lecteurs en temps utile de la lutte d'opinions parmi les socialistes &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous ; social-d&#233;mocrates russes, cette question pr&#233;sente une importance toute particuli&#232;re ; cette discussion est le prolongement de celles de 1903 et de 1913 [2] ; la question a suscit&#233; pendant la guerre un certain flottement id&#233;ologique parmi les membres de notre Parti ; elle a encore gagn&#233; en acuit&#233; du fait des subterfuges dont usent des chefs marquants du parti ouvrier gvozd&#233;vien ou chauvin, comme Martov et Tchkh&#233;idz&#233;, pour &#233;luder le fonds du probl&#232;me. C'est pourquoi il est n&#233;cessaire de dresser ne serait-ce qu'un premier bilan de la discussion d&#233;j&#224; engag&#233;e dans l'ar&#232;ne internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il ressort des th&#232;ses, nos camarades polonais apportent une r&#233;ponse directe &#224; quelques-uns de nos arguments, par exemple &#224; propos du marxisme et du proudhonisme. Toutefois, dans la plupart des cas, ils nous r&#233;pondent, non pas directement, mais par un biais, en nous opposant leurs propres affirmations. Examinons donc leurs r&#233;ponses, qu'elles soient indirectes ou directes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir &#034;La r&#233;volution socialiste et le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La discussion de 1903 est celle qui avait eu lieu &#224; l'occasion de l'adoption du programme du P.O.S.D.R. Celle de 1913 concernait la th&#232;se de l'autonomie nationale-culturelle pr&#244;n&#233;e par le Bund, l'Union G&#233;n&#233;rale des Travailleurs Juifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le socialisme et le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons affirm&#233; que ce serait trahir le socialisme que de ne pas appliquer, en r&#233;gime socialiste, le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes. L'on nous r&#233;pond : &#034;le droit d'autod&#233;termination n'est pas applicable &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste.&#034; C'est l&#224; une divergence radicale. Quelle en est l'origine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous savons, d&#233;clarent nos contradicteurs, que le socialisme abolira toute oppression nationale, &#233;tant donn&#233; qu'il abolit les int&#233;r&#234;ts de classe qui conduisent &#224; cette oppression&#034;... Que vient faire ici ce raisonnement sur les conditions &#233;conomiques, connues de longue date et incontestables, de l'abolition du joug national, alors que la discussion porte sur l'une des formes du joug politique, &#224; savoir le maintien par la violence d'une nation dans les fronti&#232;res d'Etat d'une autre nation ? C'est l&#224;, tout simplement, une tentative d'&#233;luder les probl&#232;mes politiques ! Et les raisonnements qui suivent ne font que nous confirmer dans cette id&#233;e : &#034;Nous n'avons aucune raison de croire que, dans une soci&#233;t&#233; socialiste, la nation aura le caract&#232;re d'une unit&#233; &#233;conomique et politique. Selon toute probabilit&#233;, elle n'aura que le caract&#232;re d'une unit&#233; culturelle et linguistique, car la division territoriale d'un groupe culturel socialiste, pour autant qu'elle existera, ne saurait se faire que par suite des n&#233;cessit&#233;s de la production, le probl&#232;me de cette division devant naturellement &#234;tre tranch&#233;, non par des nations isol&#233;es, une par une, et poss&#233;dant la pl&#233;nitude de leur propre pouvoir (ainsi que l'exige le &#034;droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes&#034;), mais par tous les citoyens int&#233;ress&#233;s, qui en d&#233;cideront en commun&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier argument, qui substitue la d&#233;cision en commun &#224; l'autod&#233;termination, flatte tellement le go&#251;t des camarades polonais qu'ils le r&#233;p&#232;tent trois fois dans leurs th&#232;ses ! Mais la fr&#233;quence des r&#233;p&#233;titions ne transforme pas cet argument octobriste et r&#233;actionnaire en un argument social-d&#233;mocrate. Car tous les r&#233;actionnaires et tous les bourgeois accordent aux nations maintenues par la violence &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res d'un Etat donn&#233; le droit de &#034;d&#233;cider en commun&#034; de son sort, au sein d'un parlement commun. Guillaume Il accorde, lui aussi, aux belges le droit de &#034;d&#233;cider en commun&#034; du sort de l'Empire allemand au sein d'un parlement commun &#224; toute l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement le point litigieux, le seul qui soit pr&#233;cis&#233;ment l'objet de la discussion, &#224; savoir le droit de libre s&#233;paration, que nos contradicteurs s'efforcent d'&#233;luder. Cela pr&#234;terait &#224; rire, si ce n'&#233;tait pas si triste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est dit dans la premi&#232;re de nos th&#232;ses que la lib&#233;ration des nations opprim&#233;es suppose, dans le domaine politique, une double transformation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) l'&#233;galit&#233; absolue en droits des nations. Pas de discussion sur ce point, qui ne se rapporte qu'&#224; ce qui se passe au sein de l'Etat ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) la libert&#233; de s&#233;paration politique [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela concerne la d&#233;termination des fronti&#232;res de l'Etat. C'est le seul point litigieux. Et c'est lui, pr&#233;cis&#233;ment, que nos contradicteurs passent sous silence. Ils ne veulent songer ni aux fronti&#232;res de l'Etat, ni m&#234;me &#224; l'Etat en g&#233;n&#233;ral. C'est l&#224; une sorte d'&#034;&#233;conomisme imp&#233;rialiste&#034; analogue au vieil &#034;&#233;conomisme&#034; des ann&#233;es 1894-1902, qui raisonnait ainsi : le capitalisme a triomph&#233; ; par cons&#233;quent, il n'y a plus &#224; s'occuper des questions politiques ! L'imp&#233;rialisme a triomph&#233; ; par cons&#233;quent, il n'y a plus &#224; s'occuper des questions politiques ! Une pareille th&#233;orie apolitique est fonci&#232;rement hostile au marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx a &#233;crit dans sa critique du programme de Gotha : &#034;Entre la soci&#233;t&#233; capitaliste et la soci&#233;t&#233; communiste se situe la p&#233;riode de transformation r&#233;volutionnaire de celle-l&#224; en celle-ci. A quoi correspond une p&#233;riode de transition politique o&#249; l'Etat ne saurait &#234;tre autre chose que la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat.&#034; Jusqu'&#224; pr&#233;sent, cette v&#233;rit&#233; &#233;tait hors de discussion pour les socialistes ; or, elle implique la reconnaissance de l'Etat jusqu'au moment o&#249; le socialisme victorieux sera pass&#233; au communisme int&#233;gral. On sait ce qu'a dit Engels sur l'extinction de l'Etat. Nous avons soulign&#233; &#224; dessein dans la premi&#232;re th&#232;se que la d&#233;mocratie est une forme d'Etat qui s'&#233;teindra, elle aussi, quand s'&#233;teindra l'Etat. Et tant que nos contradicteurs n'auront pas remplac&#233; le marxisme par un point de vue nouveau, &#034;a-&#233;tatique&#034;, leurs raisonnements ne seront qu'un tissu d'erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de parler de l'Etat (et, par cons&#233;quent, de la d&#233;termination de ses fronti&#232;res !) ils parlent d'un &#034;groupe culturel socialiste&#034;, c'est-&#224;-dire qu'ils choisissent &#224; dessein une expression vague en ce sens que toutes les questions relatives &#224; l'Etat sont supprim&#233;es ! Il en r&#233;sulte une tautologie ridicule : naturellement, s'il n'y a pas d'Etat, il ne peut &#234;tre question de ses fronti&#232;res. En ce cas, tout le programme politique d&#233;mocratique devient superflu. Quand l'Etat &#034;s'&#233;teindra&#034;, il n'y aura pas non plus de r&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des articles que nous avons mentionn&#233;s en note &#224; la th&#232;se 5, le chauvin allemand Lensch cite un passage int&#233;ressant de l'ouvrage d'Engels : Le P&#244; et le Rhin. Engels y dit notamment que les fronti&#232;res &#034;des grandes nations viables de l'Europe&#034; se sont de plus en plus d&#233;termin&#233;es, au cours de leur d&#233;veloppement historique qui a englouti toute une s&#233;rie de petites nations non viables, &#034;en fonction de la langue et des sympathies&#034; de la population [2]. Engels qualifie ces fronti&#232;res de &#034;naturelles&#034;. Il en &#233;tait ainsi, en Europe, &#224; l'&#233;poque du capitalisme progressif, vers 1848-1871. Maintenant, le capitalisme imp&#233;rialiste r&#233;actionnaire brise de plus en plus ces fronti&#232;res d&#233;mocratiquement d&#233;termin&#233;es. Tous les indices attestent que l'imp&#233;rialisme l&#233;guera au socialisme qui le remplacera des fronti&#232;res moins d&#233;mocratiques, une s&#233;rie d'annexions en Europe et dans les autres parties du monde. Qu'est-ce &#224; dire ? Le socialisme vainqueur, r&#233;tablissant et r&#233;alisant jusqu'au bout la d&#233;mocratie int&#233;grale sur toute la ligne, se refuserait &#224; une d&#233;termination d&#233;mocratique des fronti&#232;res de l'Etat ? Il se refuserait &#224; tenir compte des &#034;sympathies&#034; de la population ? Il suffit de poser ces questions pour voir que, de toute &#233;vidence, nos coll&#232;gues polonais glissent du marxisme vers l'&#034;&#233;conomisme imp&#233;rialiste&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieux &#034;&#233;conomistes&#034; enseignaient aux ouvriers, faisant du marxisme une caricature, que &#034;seul&#034; l'&#034;&#233;conomique&#034; importait pour les marxistes. Les nouveaux &#034;&#233;conomistes&#034; pensent ou bien que l'Etat d&#233;mocratique du socialisme victorieux pourra exister sans fronti&#232;res (dans le genre d'un &#034;complexe de sensations&#034; sans mati&#232;re), ou bien que les fronti&#232;res seront d&#233;termin&#233;es &#034;seulement&#034; en fonction des besoins de la production. En fait, ces fronti&#232;res seront d&#233;termin&#233;es d'une fa&#231;on d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire conform&#233;ment &#224; la volont&#233; et aux &#034;sympathies&#034; de la population. Le capitalisme violente ces sympathies, cr&#233;ant ainsi de nouvelles difficult&#233;s au rapprochement des nations. Le socialisme, en organisant la production sans oppression de classe, en assurant le bien-&#234;tre de tous les membres de l'Etat, permet par l&#224; m&#234;me le libre essor des &#034;sympathies&#034; de la population et, par suite, facilite et acc&#233;l&#232;re prodigieusement le rapprochement et la fusion des nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour reposer quelque peu le lecteur des balourdises et des maladresses de l''&#034;&#233;conomisme&#034;, nous rappellerons le raisonnement d'un auteur socialiste &#233;tranger &#224; notre discussion. Il s'agit d'Otto Bauer qui, lui aussi, a sa &#034;marotte&#034; : l'&#034;autonomie nationale culturelle&#034;, mais qui raisonne tr&#232;s justement sur toute une s&#233;rie de questions essentielles. Par exemple, au &#167; 29 de son livre La question nationale et la social-d&#233;mocratie, il d&#233;nonce on ne peut plus justement la man&#339;uvre consistant &#224; camoufler la politique imp&#233;rialiste sous le masque de l'id&#233;ologie nationale. Au &#167; 30 &#034;Le socialisme et le principe de la nationalit&#233;&#034;, il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Jamais la communaut&#233; socialiste ne sera en mesure d'incorporer de force en son sein des nations enti&#232;res. Repr&#233;sentez-vous des masses populaires assur&#233;es de tous les bienfaits d'une culture nationale, prenant une part enti&#232;re et active &#224; la l&#233;gislation et &#224; la direction des affaires, et enfin pourvues d'armes - serait-il possible de plier par la force des nations de ce genre &#224; la domination d'un organisme social &#233;tranger ? Tout pouvoir d'Etat repose sur la force des armes. Gr&#226;ce &#224; un m&#233;canisme ing&#233;nieux, l'arm&#233;e populaire actuelle reste jusqu'&#224; pr&#233;sent un instrument aux mains d'un individu, d'une famille, d'une classe d&#233;termin&#233;e, exactement comme les troupes de chevaliers et de mercenaires des temps pass&#233;s. Par contre, l'arm&#233;e de la communaut&#233; d&#233;mocratique de la soci&#233;t&#233; socialiste n'est rien d'autre que le peuple en armes, parce qu'elle est compos&#233;e d'hommes hautement cultiv&#233;s, travaillant de leur plein gr&#233; dans les ateliers sociaux et prenant une part enti&#232;re &#224; toutes les activit&#233;s de I'Etat. Dans ces conditions dispara&#238;t toute possibilit&#233; de domination nationale &#233;trang&#232;re.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est tr&#232;s juste. En r&#233;gime capitaliste, il est impossible de briser le joug national (et le joug politique, en g&#233;n&#233;ral). Pour cela, il est n&#233;cessaire de supprimer les classes, c'est-&#224;-dire d'instaurer le socialisme. Mais, tout en reposant sur l'&#233;conomie, le socialisme ne se r&#233;duit nullement &#224; ce seul facteur. La suppression du joug national exige un fondement, la production socialiste, mais sur ce fondement il est encore indispensable d'&#233;difier une organisation d&#233;mocratique de l'Etat, une arm&#233;e d&#233;mocratique, etc. En transformant le capitalisme en socialisme, le prol&#233;tariat rend possible l'abolition compl&#232;te de l'oppression nationale ; mais cette possibilit&#233; se transformera en r&#233;alit&#233; &#034;seulement&#034; - &#034;seulement&#034; ! - avec l'instauration int&#233;grale de la d&#233;mocratie dans tous les domaines, jusques et y compris la d&#233;limitation des fronti&#232;res de l'Etat selon les &#034;sympathies&#034; de la population jusques et y compris la pleine libert&#233; de s&#233;paration. A partir de l&#224; se r&#233;alisera &#224; son tour pratiquement la suppression absolue des moindres frictions nationales et s'op&#233;reront le rapprochement acc&#233;l&#233;r&#233; et la fusion des nations, qui aboutiront &#224; l'extinction de l'Etat. Telle est la th&#233;orie du marxisme, dont se sont &#233;cart&#233;s bien &#224; tort nos coll&#232;gues polonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir &#034;La r&#233;volution socialiste et le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir &#034;La r&#233;volution socialiste et le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes&#034;, section V : &#034;le marxisme et le proudhonisme dans la question nationale&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La d&#233;mocratie est-elle &#034;r&#233;alisable&#034; &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la vieille pol&#233;mique des social-d&#233;mocrates polonais contre le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes repose sur cet argument qu'il est &#034;irr&#233;alisable&#034; en r&#233;gime capitaliste. D&#233;j&#224; en 1903, &#224; la commission du programme du II&#176; Congr&#232;s du P.O.S.D.R., nous nous moquions, nous les iskristes, de cet argument, en disant qu'&#224; l'instar de la position des &#034;&#233;conomistes&#034; (de triste m&#233;moire), il caricaturait le marxisme. Dans nos th&#232;ses, nous avons particuli&#232;rement insist&#233; sur cette erreur ; or, c'est justement sur ce point, base th&#233;orique de toute la discussion, que les camarades polonais n'ont voulu (ou pu ?) r&#233;pondre &#224; aucun de nos arguments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impossibilit&#233; &#233;conomique de l'autod&#233;termination aurait d&#251; &#234;tre d&#233;montr&#233;e au moyen d'une analyse &#233;conomique, comme nous le faisons pour d&#233;montrer l'impossibilit&#233; d'interdire les machines ou d'introduire la monnaie de travail, etc. Personne ne songe &#224; tenter une telle analyse. Personne n'ira affirmer qu'on ait r&#233;ussi, f&#251;t-ce dans un seul pays au monde et &#034;&#224; titre exceptionnel&#034;, &#224; introduire en r&#233;gime capitaliste la &#034;monnaie de travail&#034;, comme il a &#233;t&#233; donn&#233; &#224; un petit pays, &#224; titre exceptionnel, &#224; l'&#233;poque des orgies de l'imp&#233;rialisme, de r&#233;aliser l'irr&#233;alisable autod&#233;termination, et cela sans guerre ni r&#233;volution (la Norv&#232;ge, en 1905).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la d&#233;mocratie politique n'est qu'une des formes possibles (bien qu'en th&#233;orie elle soit absolument normale pour le capitalisme &#034;pur&#034; ) de superstructure du capitalisme. Comme le d&#233;montrent les faits, le capitalisme et l'imp&#233;rialisme se d&#233;veloppent sous toutes les formes politiques, en se les subordonnant toutes. C'est pourquoi il est absolument faux, du point de vue th&#233;orique, de pr&#233;tendre &#034;impossible&#034; la r&#233;alisation d'une des formes et d'une des revendications de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence de r&#233;ponse des coll&#232;gues polonais &#224; ces arguments nous oblige &#224; consid&#233;rer la discussion comme close sur ce point. A titre de d&#233;monstration, pour ainsi dire, nous avons cherch&#233; &#224; &#234;tre aussi concret que possible en affirmant qu'il serait &#034;ridicule&#034; de nier la &#034;possibilit&#233;&#034; de reconstituer la Pologne &#224; pr&#233;sent, compte tenu des facteurs strat&#233;giques et autres de la guerre actuelle. Il n'y a pas eu de r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades polonais ont simplement repris une assertion manifestement erron&#233;e (paragraphe Il, 1), en disant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;dans les questions d'annexion de r&#233;gions &#233;trang&#232;res, les formes de la d&#233;mocratie politique sont exclues : c'est la violence d&#233;clar&#233;e qui d&#233;cide... Le capital ne permettra jamais au peuple de trancher la question de ses fronti&#232;res d'Etat&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si le &#034;capital&#034; pouvait &#034;permettre&#034;que ses fonctionnaires, serviteurs de l'imp&#233;rialisme, soient choisis par &#034;le peuple&#034; ! Ou bien comme s'il &#233;tait en g&#233;n&#233;ral concevable que soient tranch&#233;es sans &#034;violence d&#233;clar&#233;e&#034; les questions importantes relatives aux grands probl&#232;mes d&#233;mocratiques, tels que r&#233;publique au lieu de monarchie, milice au lieu d'arm&#233;e permanente ! Subjectivement, les camarades polonais veulent &#034;approfondir&#034; le marxisme, mais ils s'y prennent vraiment tr&#232;s mal. Objectivement, leurs phrases sur l'impossibilit&#233; de r&#233;aliser l'autod&#233;termination sont de l'opportunisme, car ou suppose tacitement que celle-ci est &#034;irr&#233;alisable&#034; sans une s&#233;rie de r&#233;volutions, comme sont irr&#233;alisables &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme toute la d&#233;mocratie et toutes ses revendications en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seule fois, tout &#224; la fin du paragraphe II,1, quand ils traitent de l'Alsace, nos coll&#232;gues polonais ont abandonn&#233; la position de l'&#034;&#233;conomisme imp&#233;rialiste&#034; pour donner aux probl&#232;mes relatifs &#224; l'une des formes de la d&#233;mocratie une r&#233;ponse concr&#232;te, au lieu de se r&#233;f&#233;rer, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, &#224; l'&#034;&#233;l&#233;ment &#233;conomique&#034;. Et cette fa&#231;on d'aborder la question s'est pr&#233;cis&#233;ment r&#233;v&#233;l&#233;e fausse ! Il serait &#034;particulariste et non d&#233;mocratique&#034;, &#233;crivent-ils, que les alsaciens seuls, sans consulter les fran&#231;ais, leur &#034;imposent&#034; la r&#233;union de l'Alsace &#224; la France, alors m&#234;me qu'une partie de l'Alsace serait attir&#233;e vers les allemands et que cela constituerait une menace de guerre !!! La confusion est vraiment plaisante. L'autod&#233;termination suppose (cela va de soi et nous l'avons sp&#233;cialement soulign&#233; dans nos th&#232;ses) la libert&#233; de se s&#233;parer d'un Etat oppresseur ; il n'est pas davantage &#034;de mise&#034;, en politique, de dire que la r&#233;union &#224; un Etat donn&#233; implique le consentement de ce dernier que d'indiquer, dans le domaine &#233;conomique, que le capitaliste &#034;consent&#034; &#224; percevoir son b&#233;n&#233;fice ou l'ouvrier &#224; toucher son salaire ! Il serait ridicule d'en parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut &#234;tre un homme politique marxiste, on doit, parlant de l'Alsace, s'en prendre aux gredins du socialisme allemand parce qu'ils ne luttent pas pour la libert&#233; de s&#233;paration de l'Alsace, aux gredins du socialisme fran&#231;ais parce qu'ils pactisent avec la bourgeoisie fran&#231;aise qui veut annexer de force toute l'Alsace, aux uns et aux autres parce qu'ils sont au service de l'imp&#233;rialisme de &#034;leur&#034; pays et qu'ils ont peur de voir se constituer un Etat s&#233;par&#233;, m&#234;me petit : il faut montrer de quelle mani&#232;re, en reconnaissant le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes, les socialistes r&#233;soudraient cette question en quelques semaines sans attenter &#224; la volont&#233; des alsaciens. Ergoter, au lieu de cela, sur cette terrible &#233;ventualit&#233; de voir les alsaciens fran&#231;ais &#034;s'imposer&#034; &#224; la France, c'est tout simplement une perle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Qu'est-ce qu'une annexion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pos&#233; cette question de la fa&#231;on la plus nette dans nos th&#232;ses (paragraphe 7 [1]). Les camarades polonais n'y ont pas r&#233;pondu : ils l'ont &#233;lud&#233;e, en d&#233;clarant p&#233;remptoirement 1) qu'ils sont contre les annexions et 2) en expliquant pourquoi ils sont contre. Certes, ce sont l&#224; des questions tr&#232;s importantes. Mais d'un autre ordre. Si nous nous pr&#233;occupons un tant soit peu d'approfondir th&#233;oriquement nos principes, de leur donner une formulation claire et pr&#233;cise, nous ne pouvons &#233;luder la question de savoir ce qu'est une annexion, puisque cette notion figure dans notre propagande et notre agitation politiques. L'&#233;luder dans une discussion entre coll&#232;gues ne peut &#234;tre interpr&#233;t&#233; que comme un refus de prendre position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avons-nous pos&#233; cette question ? Nous nous sommes expliqu&#233;s en la posant. Parce que &#034;protester contre les annexions &#233;quivaut &#224; reconna&#238;tre le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes&#034;. La notion d'annexion implique ordinairement : 1) la notion de violence (rattachement par la violence) ; 2) la notion de joug &#233;tranger (rattachement d'une r&#233;gion &#034;&#233;trang&#232;re&#034;, etc.) ; et parfois 3) la notion de violation du statu quo. C'est ce que nous avons indiqu&#233; dans nos th&#232;ses, et cela sans soulever de critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question se pose : les social-d&#233;mocrates peuvent-ils &#234;tre, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, contre la violence ? Il est clair que non. Donc, nous ne sommes pas contre les annexions parce qu'elles sont un acte de violence, mais pour une autre raison. De m&#234;me, les social-d&#233;mocrates ne peuvent &#234;tre pour le statu quo. Vous aurez beau faire, vous ne pourrez &#233;chapper &#224; cette conclusion : l'annexion est une violation des droits d'autod&#233;termination d'une nation, c'est l'&#233;tablissement des fronti&#232;res d'un Etat contre la volont&#233; de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre contre les annexions, c'est &#234;tre pour le droit d'autod&#233;termination. Etre &#034;contre le maintien par la violence d'une nation quelconque &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res d'un Etat donn&#233;&#034; (nous avons &#224; dessein employ&#233; aussi cette formulation l&#233;g&#232;rement modifi&#233;e de la m&#234;me id&#233;e au paragraphe 4 de nos th&#232;ses [2], et les camarades polonais nous ont r&#233;pondu ici d'une fa&#231;on tr&#232;s nette en d&#233;clarant, au commencement de leur paragraphe I, 4, qu'ils sont &#034;contre le maintien par la violence des nations opprim&#233;es &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res de l'Etat qui les a annex&#233;es&#034; - c'est la m&#234;me chose que d'&#234;tre pour le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas discuter sur les mots. S'il existe un parti pr&#234;t &#224; affirmer dans son programme (ou dans une r&#233;solution obligatoire pour tous, la forme importe peu) qu'il est contre les annexions [3], contre le maintien par la violence des nations opprim&#233;es &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res de son Etat, nous proclamons notre plein accord de principe avec ce parti. Il serait absurde de se cramponner au mot &#034;autod&#233;termination&#034;. Et s'il se trouve dans notre parti des gens qui veuillent modifier dans cet esprit les mots, la formulation du paragraphe 9 de notre programme, nous consid&#233;rerons que notre d&#233;saccord avec ces camarades-l&#224; n'a rien d'un d&#233;saccord de principe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule chose qui compte est la clart&#233; politique et la maturit&#233; th&#233;orique de nos mots d'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des discussions verbales sur cette question - dont l'importance, surtout maintenant, en temps de guerre, n'est contest&#233;e par personne - on a avanc&#233; l'argument suivant (nous ne l'avons pas trouv&#233; dans la presse) : protester contre un mal donn&#233; ne signifie pas obligatoirement qu'on se rallie &#224; une conception positive excluant ce mal. Il est manifeste que cet argument ne tient pas, et c'est sans doute pourquoi il n'a &#233;t&#233; nulle part reproduit dans la presse. Si un parti socialiste d&#233;clare qu'il est &#034;contre le maintien par la violence d'une nation opprim&#233;e &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res de l'Etat qui l'a annex&#233;e&#034;, ce parti s'engage par l&#224;-m&#234;me &#224; renoncer au maintien par la violence, quand il sera au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne doutons pas un instant que si, demain, Hindenburg remporte sur la Russie une demi-victoire ayant pour r&#233;sultat (par suite du d&#233;sir de l'Angleterre et de la France d'affaiblir quelque peu le tsarisme) la formation d'un nouvel Etat polonais, parfaitement &#034;r&#233;alisable&#034; du point de vue des lois &#233;conomiques du capitalisme et de l'imp&#233;rialisme, et si ensuite, apr&#232;s-demain, la r&#233;volution socialiste triomphe &#224; Petrograd, &#224; Berlin et &#224; Varsovie, le gouvernement socialiste polonais, &#224; l'instar des gouvernements socialistes russe et allemand, renoncera alors &#224; &#034;maintenir par la violence&#034;, disons, des ukrainiens &#034;&#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res de l'Etat polonais&#034;. Si des membres de la r&#233;daction de la Gazeta Robotnicza font partie de ce gouvernement, ils feront, sans aucun doute, le sacrifice de leurs &#034;th&#232;ses&#034; et d&#233;savoueront ainsi la &#034;th&#233;orie&#034; selon laquelle &#034;le droit d'autod&#233;termination ne peut s'appliquer &#224; une soci&#233;t&#233; socialiste&#034;. Si nous pensions autrement, nous aurions inscrit &#224; notre ordre du jour, non pas une discussion amicale avec les social-d&#233;mocrates de Pologne, mais une lutte implacable contre eux, consid&#233;r&#233;s comme des chauvins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons que, sortant dans la rue d'une ville europ&#233;enne quelconque, j'&#233;l&#232;ve une &#034;protestation&#034; publique, r&#233;p&#233;t&#233;e ensuite dans les journaux, contre le fait qu'on m'emp&#234;che d'acheter un homme en qualit&#233; d'esclave. Il est hors de doute que l'on me tiendra &#224; juste titre pour un esclavagiste, pour un partisan du principe ou du syst&#232;me, comme vous voudrez, de l'esclavage. Mes sympathies pour l'esclavage auront beau avoir rev&#234;tu la forme n&#233;gative d'une protestation, au lieu de s'exprimer d'une fa&#231;on positive (&#034;je suis pour l'esclavage&#034;), cela ne trompera personne. Une &#034;protestation&#034; politique &#233;quivaut absolument &#224; un programme politique ; cela est &#233;vident au point qu'il semble m&#234;me un peu g&#234;nant d'&#234;tre oblig&#233; de l'expliquer. Nous sommes, en tout cas, fermement convaincus qu'au moins parmi les zimmerwaldiens de gauche, nous ne parlons pas de tous les zimmerwaldiens car, parmi eux, se trouvent Martov et d'autres kautskistes, personne ne &#034;protestera&#034; si nous disons que, dans la III&#176; Internationale, il n'y aura pas de place pour des gens capables d'&#233;tablir une distinction entre une protestation politique et un programme politique, de les opposer l'un &#224; l'autre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne voulant pas ergoter sur les mots, nous nous permettrons d'exprimer le ferme espoir que les social-d&#233;mocrates polonais s'efforceront sous peu de formuler officiellement, d'une part, leur proposition de supprimer le paragraphe 9 du programme de notre Parti (et aussi du leur), ainsi que du programme de l'Internationale (r&#233;solution du Congr&#232;s de Londres de 1896), et, d'autre part, la d&#233;finition de leur propre point de vue politique on ce qui concerne &#034;les anciennes et les nouvelles annexions&#034;, ainsi que &#034;le maintien par la violence d'une nation opprim&#233;e &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res de l'Etat qui l'a annex&#233;e&#034;. Passons &#224; la question suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir &#034;La r&#233;volution socialiste et le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes&#034;, section VII : &#034;Le social-chauvinisme et le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir la section &#034;Comment le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire doit poser le probl&#232;me du droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#034;contre les anciennes et les nouvelles annexions&#034;, ainsi que s'est exprim&#233; K. Radek dans l'un de ses articles du Berner Tagwvacht.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Pour ou contre les annexions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au paragraphe 3 du chapitre 1 de leurs th&#232;ses, les camarades polonais d&#233;clarent express&#233;ment qu'ils sont contre toute annexion. Malheureusement, au paragraphe 4 du m&#234;me chapitre, nous rencontrons des affirmations qu 'il nous faut qualifier d'annexionnistes. Ce paragraphe commence, pour employer un euph&#233;misme... par cette phrase &#233;trange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La lutte de la social-d&#233;mocratie contre les annexions, contre le maintien par la violence de nations opprim&#233;es &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res de l'Etat qui les a annex&#233;es, a pour point de d&#233;part le rejet de toute d&#233;fense de la patrie (les italiques sont des auteurs), laquelle, &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme, est la d&#233;fense des droits de sa propre bourgeoisie &#224; l''oppression et au pillage de peuples &#233;trangers .... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ? Qu'est-ce &#224; dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le point de d&#233;part de la lutte contre les annexions, c'est le rejet de toute d&#233;fense de la patrie&#034;... Mais l'on peut appeler &#034;d&#233;fense de la patrie&#034;, et il &#233;tait commun&#233;ment admis de le faire jusqu'&#224; maintenant, toute guerre nationale et toute insurrection nationale ! Nous sommes contre les annexions, mais... nous entendons par l&#224; que nous sommes contre la guerre des annex&#233;s pour leur lib&#233;ration du joug des annexionnistes, nous sommes contre l'insurrection des annex&#233;s tendant &#224; se lib&#233;rer du joug des annexionnistes. N'est-ce pas l&#224; une affirmation d'annexionnistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs des th&#232;ses motivent leur... &#233;trange affirmation en disant que, &#034;&#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme&#034;, la d&#233;fense de la patrie est la d&#233;fense des droits de sa propre bourgeoisie &#224; l'oppression de peuples &#233;trangers. Mais cela est vrai seulement pour une guerre imp&#233;rialiste, c'est-&#224;-dire pour une guerre entre des puissances ou des groupes de puissances imp&#233;rialistes, quand les deux parties bellig&#233;rantes, non contentes d 'opprimer des &#034;peuples &#233;trangers&#034;, font une guerre avec pour enjeu : qui en opprimera davantage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment, les auteurs posent la question de la &#034;d&#233;fense de la patrie&#034; tout autrement que ne le fait notre Parti. Nous r&#233;pudions la &#034;d&#233;fense de la patrie&#034; dans la guerre imp&#233;rialiste. Cela est dit on ne peut plus clairement dans le manifeste du Comit&#233; Central de notre Parti, ainsi que dans les r&#233;solutions de Berne, reproduites dans la brochure Le socialisme et la guerre qui a paru en fran&#231;ais et en allemand. Nous avons soulign&#233; cela par deux fois &#233;galement dans nos th&#232;ses (remarques aux paragraphes 4 et 6) [1]. Apparemment, les auteurs des th&#232;ses polonaises repoussent la d&#233;fense de la patrie en g&#233;n&#233;ral, c'est-&#224;-dire aussi pour les guerres nationales, estimant peut-&#234;tre que celles-ci sont impossibles &#034;&#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme&#034;. Nous disons : &#034;peut-&#234;tre&#034;, parce que ce point de vue ne se trouve pas expos&#233; dans les th&#232;ses des camarades polonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, ce point de vue est clairement exprim&#233; dans les th&#232;ses du groupe allemand &#034;lnternationale&#034; et dans la brochure de Junius &#224; laquelle nous consacrons un article sp&#233;cial [2]. Soulignons pour compl&#233;ter ce qui y est dit, que l'insurrection nationale d 'une r&#233;gion ou d 'un pays annex&#233; contre l'Etat qui l'a annex&#233; peut tr&#232;s bien &#234;tre qualifi&#233;e d 'insurrection et non de guerre (nous avons entendu cette objection, et c'est pourquoi nous la citons, encore que nous estimions peu s&#233;rieuse cette discussion terminologique). De toute fa&#231;on, il est peu probable qu 'il se trouve quelqu'un pour nier que la Belgique, la Serbie, la Galicie, l'Arm&#233;nie annex&#233;es qualifieront de &#034;d&#233;fense de la patrie&#034; leur &#034;insurrection&#034; contre les pays qui les ont annex&#233;es, et cela comme de raison. Il appara&#238;t donc que les camarades polonais sont contre une telle insurrection pour la raison que, dans ces pays annex&#233;s, il y a aussi une bourgeoisie qui opprime aussi des peuples &#233;trangers ou, plus exactement : qui pourrait en opprimer, car il est seulement question &#034;de son droit &#224; opprimer&#034;. Pour porter un jugement sur une guerre ou une insurrection donn&#233;e, ils consid&#232;rent, en l'occurrence, non pas son contenu social r&#233;el (la lutte d 'une nation opprim&#233;e en vue de sa lib&#233;ration contre l'oppression), mais l'exercice &#233;ventuel pour une bourgeoisie actuellement opprim&#233;e de son &#034;droit &#224; opprimer&#034;. Prenons un exemple Si, en 1917, la Belgique &#233;tait annex&#233;e par l'Allemagne et qu'elle s'insurge en 1918 pour se lib&#233;rer, les camarades polonais se prononceraient contre cette insurrection pour la raison que la bourgeoisie belge a &#034;le droit d 'opprimer des peuples &#233;trangers&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas un grain de marxisme ni, en g&#233;n&#233;ral, d'esprit r&#233;volutionnaire dans ce raisonnement. Si nous ne voulons pas trahir le socialisme, nous devons soutenir toute insurrection contre notre ennemi principal, la bourgeoisie des grands Etats, &#224; condition toutefois que ce ne soit pas une insurrection de la classe r&#233;actionnaire. En nous refusant &#224; soutenir l'insurrection des r&#233;gions annex&#233;es, nous devenons, objectivement, des annexionnistes. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#034;&#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme&#034;, qui est celle de la r&#233;volution sociale naissante, que le prol&#233;tariat soutiendra avec une &#233;nergie toute particuli&#232;re, aujourd'hui, l'insurrection des r&#233;gions annex&#233;es, pour attaquer demain ou simultan&#233;ment la bourgeoisie de la &#034;grande&#034; puissance affaiblie par cette insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les camarades polonais vont encore plus loin dans leur annexionnisme. Ils ne sont pas seulement contre l'insurrection des r&#233;gions annex&#233;es, ils sont contre tout r&#233;tablissement de leur ind&#233;pendance, m&#234;me par des moyens pacifiques. Ecoutez plut&#244;t :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La social-d&#233;mocratie, qui d&#233;cline toute responsabilit&#233; quant aux cons&#233;quences de la politique d'oppression de l'imp&#233;rialisme, et qui lutte contre ces cons&#233;quences avec la derni&#232;re &#233;nergie, ne se prononce en aucune fa&#231;on pour l'&#233;tablissement de nouveaux poteaux-fronti&#232;res en Europe, pour le r&#233;tablissement de ceux que l'imp&#233;rialisme a abattus&#034;(les italiques sont des auteurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, &#034;l'imp&#233;rialisme a abattu les poteaux-fronti&#232;res&#034; qui s&#233;paraient l'Allemagne de la Belgique et la Russie de la Galicie. La social-d&#233;mocratie internationale doit &#234;tre, voyez-vous, contre leur r&#233;tablissement en g&#233;n&#233;ral, de quelque fa&#231;on que ce soit. En 1905, &#034;&#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme&#034;, lorsque la Di&#232;te autonome de Norv&#232;ge proclama la s&#233;paration d'avec la Su&#232;de, et que la guerre contre la Norv&#232;ge pr&#234;ch&#233;e par les r&#233;actionnaires de Su&#232;de n'&#233;clata pas, tant &#224; cause de la r&#233;sistance des ouvriers su&#233;dois que par suite de la conjoncture internationale de l'imp&#233;rialisme, la social-d&#233;mocratie aurait d&#251; &#234;tre contre la s&#233;paration de la Norv&#232;ge, car cette s&#233;paration signifiait incontestablement &#034;I '&#233;tablissement de nouveaux poteaux-fronti&#232;res en Europe&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224;, cette fois, de l'annexionnisme direct, avou&#233;. Point n'est besoin de le r&#233;futer, il se r&#233;fute de lui-m&#234;me. Aucun parti socialiste n 'oserait adopter la position suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Nous sommes contre les annexions en g&#233;n&#233;ral, mais pour ce qui est de l'Europe, nous sanctionnons les annexions ou nous nous en accommodons, d&#232;s l'instant qu'elles sont un fait acquis&#034;....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous contenterons de nous arr&#234;ter sur les origines th&#233;oriques de l'erreur qui a conduit nos camarades polonais &#224; cette si &#233;vidente... &#034;impossibilit&#233;&#034;. Nous montrerons plus loin combien il est mal fond&#233; de faire un sort &#224; part &#224; l''&#034;Europe&#034;. Les deux phrases suivantes des th&#232;ses nous expliquent les autres sources de l'erreur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;... L&#224; ou la roue de l'imp&#233;rialisme est pass&#233;e, en l'&#233;crasant, sur un Etat capitaliste d&#233;j&#224; constitu&#233;, l&#224; s'op&#232;re sous la forme sauvage de l'oppression imp&#233;rialiste, une concentration politique et &#233;conomique du monde capitaliste, laquelle pr&#233;pare le socialisme&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on de justifier les annexions, c 'est du strouvisme et non du marxisme. Les social-d&#233;mocrates russes qui se rappellent les ann&#233;es 1890 en Russie connaissent bien cette mani&#232;re de falsifier le marxisme, commune aux Strouv&#233;, aux Cunow, aux Legien et Cie. Pr&#233;cis&#233;ment au sujet des strouvistes allemands, dits &#034;social-imp&#233;rialistes&#034;, nous lisons ce qui suit dans une autre th&#232;se (11,3) des camarades polonais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;... (Le mot d 'ordre du droit des nations &#224; disposer d 'elles-m&#234;mes) donne aux social-imp&#233;rialistes la possibilit&#233;, en d&#233;montrant le caract&#232;re illusoire de ce mot d'ordre, de pr&#233;senter notre lutte contre l'oppression nationale comme proc&#233;dant d 'une position sentimentale qui ne se justifie pas du point de vue historique, et de saper ainsi la confiance du prol&#233;tariat dans le bien-fond&#233; scientifique du programme de la social-d&#233;mocratie .... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie que les auteurs consid&#232;rent comme &#034;scientifique&#034; la position des strouvistes allemands ! Nos f&#233;licitations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il suffit d 'un &#034;d&#233;tail&#034; pour mettre &#224; bas cet &#233;tonnant argument qui nous menace de prouver que les Lensch, les Cunow, les Parvus ont raison contre nous : &#224; savoir que ces Lensch sont des gens cons&#233;quents &#224; leur mani&#232;re et que dans le num&#233;ro 8-9 de la revue chauvine allemande la Cloche - c'est &#224; dessein que, dans nos th&#232;ses, nous avons cit&#233; ces num&#233;ros - Lensch d&#233;montre simultan&#233;ment l'&#034;absence de fondement scientifique&#034; du mot d'ordre de l'autod&#233;termination (les social-d&#233;mocrates polonais ont visiblement consid&#233;r&#233; cette argumentation de Lensch comme irr&#233;futable, ainsi qu'il ressort du raisonnement que nous avons cit&#233; en l'empruntant &#224; leurs th&#232;ses...) et l'&#034;absence de fondement scientifique&#034; du mot d 'ordre contre les annexions !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Lensch a parfaitement compris cette v&#233;rit&#233; &#233;l&#233;mentaire que nous avons indiqu&#233;e &#224; nos coll&#232;gues polonais et &#224; laquelle ils n'ont pas voulu r&#233;pondre, &#224; savoir qu'il n'y a aucune diff&#233;rence &#034;ni &#233;conomique, ni politique&#034;, ni en g&#233;n&#233;ral logique entre la &#034;reconnaissance&#034; de l'autod&#233;termination et la &#034;protestation&#034; contre les annexions. Si les camarades polonais consid&#232;rent comme irr&#233;futables les arguments des Lensch contre l'autod&#233;termination, ils sont &#233;galement oblig&#233;s de reconna&#238;tre ce fait : tous ces arguments, les Lensch les opposent de m&#234;me &#224; la lutte contre les annexions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur th&#233;orique qui est &#224; la base de tous les raisonnements de nos coll&#232;gues polonais les a amen&#233;s &#224; devenir des annexionnistes incons&#233;quents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir &#034;La r&#233;volution socialiste et le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Il s'agit de l'article &#034;A propos de la brochure de Junius&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.Pourquoi la social-d&#233;mocratie est-elle contre les annexions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre point de vue, la r&#233;ponse est claire : parce que l'annexion enfreint le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes ou, autrement dit, parce qu'elle est une des formes de l'oppression nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue des social-d&#233;mocrates polonais, il faut des explications particuli&#232;res, et les auteurs de ces explications (1,3 des th&#232;ses), sont in&#233;vitablement emp&#234;tr&#233;s dans une nouvelle s&#233;rie de contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arguments qu'ils avancent pour &#034;justifier&#034; le fait que nous sommes (en d&#233;pit des arguments &#034;scientifiquement fond&#233;s&#034; des Lensch) contre les annexions, sont au nombre de deux. Premier argument :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;... A l'affirmation suivant laquelle les annexions en Europe sont indispensables &#224; la protection militaire de l'Etat imp&#233;rialiste victorieux, la social-d&#233;mocratie oppose le fait que les annexions ne font que renforcer les antagonismes et, par l&#224;, aggravent le danger de guerre&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une r&#233;ponse insuffisante aux Lensch, car leur principal argument n'est pas la n&#233;cessit&#233; militaire, mais le caract&#232;re progressiste, au point de vue &#233;conomique, des annexions, qui constituent une concentration &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme. O&#249; est donc ici la logique, si les social-d&#233;mocrates polonais, tout &#224; la fois, reconnaissent le caract&#232;re progressiste d'une pareille concentration en se refusant &#224; r&#233;tablir en Europe les poteaux-fronti&#232;res renvers&#233;s par l'imp&#233;rialisme, et s'&#233;l&#232;vent contre les annexions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivons. Les annexions accroissent le danger de quelles sortes de guerres ? Pas des guerres imp&#233;rialistes, celles-ci &#233;tant provoqu&#233;es par d'autres causes : dans la guerre imp&#233;rialiste actuelle, les antagonismes principaux sont incontestablement ceux qui opposent l'Angleterre &#224; l'Allemagne, d'une part, la Russie &#224; l'Allemagne d'autre part. En l'occurrence, il n'y a pas eu et il n'y a pas d'annexions. Le danger dont on d&#233;nonce l'accroissement est celui des guerres nationales et des insurrections nationales. Mais comment peut-on, d'une part, proclamer impossibles les guerres nationales &#034;&#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme&#034;, et, d'autre part, parler du &#034;danger&#034; des guerres nationales ? Ce n'est pas logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Second argument. Les annexions &#034;creusent un ab&#238;me entre le prol&#233;tariat de la nation dominante et celui de la nation opprim&#233;e&#034;... &#034;Le prol&#233;tariat de la nation opprim&#233;e s'unirait &#224; sa bourgeoisie et consid&#233;rerait comme un ennemi le prol&#233;tariat de la nation dominante. A la lutte de classe internationale du prol&#233;tariat contre la bourgeoisie internationale se substitueraient la scission du prol&#233;tariat, sa perversion id&#233;ologique&#034;....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes absolument d'accord avec ces arguments. Mais est-il logique, &#224; propos d'une seule et m&#234;me question, d'avancer en m&#234;me temps des arguments s'excluant l'un l'autre ? Au paragraphe 3 du chapitre I des th&#232;ses, nous trouvons les arguments d&#233;j&#224; cit&#233;s affirmant que les annexions auront pour r&#233;sultat la scission du prol&#233;tariat, et &#224; c&#244;t&#233;, au paragraphe 4, on nous d&#233;clare qu'en Europe, il faut &#234;tre contre l'annulation des annexions d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;es, qu'il faut &#234;tre pour &#034;l'&#233;ducation des masses ouvri&#232;res des nations opprim&#233;es et des nations oppressives en vue d'une lutte solidaire&#034;. Si l'abolition des annexions rel&#232;ve d'une &#034;sentimentalit&#233;&#034; r&#233;actionnaire, il est impossible alors d'affirmer que les annexions creusent un &#034;ab&#238;me&#034; dans le &#034;prol&#233;tariat&#034; et provoquent sa &#034;scission&#034; ; il faut, au contraire, voir dans les annexions la condition du rapprochement du prol&#233;tariat des diverses nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disons : pour &#234;tre en mesure d'accomplir la r&#233;volution socialiste et de renverser la bourgeoisie, les ouvriers doivent s'unir &#233;troitement, et la lutte pour le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes, c'est-&#224;-dire la lutte contre les annexions, favorise cette &#233;troite union. Nous demeurons cons&#233;quents. Tout au contraire, les camarades polonais, qui reconnaissent l'&#034;intangibilit&#233;&#034; des annexions en Europe et l'&#034;impossibilit&#233;&#034; des guerres nationales, se flagellent eux-m&#234;mes quand ils s'&#233;l&#232;vent &#034;contre&#034; les annexions en invoquant, pr&#233;cis&#233;ment, &#224; titre d'argument, des guerres nationales ! Des arguments indiquant, pr&#233;cis&#233;ment, que les annexions font obstacle au rapprochement et &#224; la fusion des ouvriers des diverses nations !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit pour s'&#233;lever contre les annexions, les social-d&#233;mocrates polonais sont contraints de puiser des arguments dans un bagage th&#233;orique dont ils repoussent eux-m&#234;mes les principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela appara&#238;t avec encore plus d'&#233;vidence dans la question des colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Peut-on, dans cette question, opposer les colonies &#224; l'&#034;Europe&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est dit dans nos th&#232;ses que la revendication de la lib&#233;ration imm&#233;diate des colonies est tout aussi &#034;irr&#233;alisable&#034;, (c'est-&#224;-dire irr&#233;alisable sans une s&#233;rie de r&#233;volutions et pr&#233;caire sans le socialisme) en r&#233;gime capitaliste que le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes, l'&#233;lection des fonctionnaires par le peuple, la r&#233;publique d&#233;mocratique, etc. ; d'autre part, que cette revendication n'est pas autre chose que &#034;la reconnaissance du droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades polonais n'ont r&#233;pondu &#224; aucun de ces arguments. Ils ont essay&#233; d'&#233;tablir une distinction entre l'&#034;Europe&#034; et les colonies. C'est seulement pour ce qui est de l'Europe qu'ils deviennent des annexionnistes incons&#233;quents, en refusant d'annuler les annexions d&#232;s l'instant qu'elles sont faites. Mais en ce qui concerne les colonies, ils proclament une revendication cat&#233;gorique : &#034;Hors des colonies !&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes russes doivent exiger : &#034;Hors du Turkestan, de Khiva, de Boukhara, etc.&#034;, mais, voyez-vous, ils tomberaient dans l'&#034;utopie&#034;, dans une &#034;sentimentalit&#233;&#034; &#034;antiscientifique&#034; et ainsi de suite, s'ils exigeaient la m&#234;me libert&#233; de s&#233;paration pour la Pologne, la Finlande, l'Ukraine, etc. Les mots d'ordre des socialistes anglais doivent &#234;tre &#034;Hors de l'Afrique, de l'Inde, de l'Australie&#034;, mais non pas &#034;Hors de l'Irlande&#034;. Sur quels arguments th&#233;oriques peut se fonder une distinction dont la fausset&#233; saute aux yeux ? C'est l&#224; une question qu'on ne saurait &#233;luder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'argument massue&#034; des adversaires de l'autod&#233;termination, c'est &#034;qu'elle est irr&#233;alisable&#034;. C'est la m&#234;me id&#233;ologie qu'exprime, &#224; une nuance pr&#232;s, la r&#233;f&#233;rence &#224; la &#034;concentration &#233;conomique et politique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que la concentration se r&#233;alise aussi par l'annexion des colonies. Autrefois, la diff&#233;rence &#233;conomique entre les colonies et les peuples europ&#233;ens - la plupart de ces derniers, tout au moins - tenait au fait que les colonies participaient &#224; l'&#233;change des marchandises, mais pas encore &#224; la production capitaliste. L'imp&#233;rialisme a chang&#233; tout cela. L'imp&#233;rialisme est caract&#233;ris&#233;, notamment, par l'exportation du capital. La production capitaliste s'implante de plus on plus rapidement dans les colonies, qu'il est impossible de soustraire &#224; la d&#233;pendance vis-&#224;-vis du capital financier europ&#233;en. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, la s&#233;paration dos colonies n'est r&#233;alisable, tant du point de vue militaire que du point de vue de l'expansion, que par le socialisme ; en r&#233;gime capitaliste, elle ne peut se produire qu'&#224; titre exceptionnel ou bien au prix de toute une s&#233;rie de r&#233;volutions ou d'insurrections, tant dans la colonie que dans la m&#233;tropole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, la plupart des nations d&#233;pendantes sont plus d&#233;velopp&#233;es au point de vue capitaliste (pas toutes pourtant les albanais, beaucoup de peuples allog&#232;nes de Russie) que les colonies. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui suscite une plus grande r&#233;sistance &#224; l'oppression nationale et aux annexions ! C'est pr&#233;cis&#233;ment la raison pour laquelle le d&#233;veloppement du capitalisme est mieux assur&#233; en Europe, dans quelques conditions politiques que ce soit, y compris la s&#233;paration des r&#233;gions annex&#233;es, que dans les colonies... &#034;La-bas, affirment les camarades polonais en parlant des colonies (I,4), le capitalisme a encore &#224; assurer le d&#233;veloppement ind&#233;pendant dos forces productives&#034;... En Europe, c'est encore plus frappant : en Pologne, en Finlande, en Ukraine, en Alsace, le capitalisme d&#233;veloppe sans nul doute les forces productives d'une fa&#231;on plus vigoureuse, plus rapide et plus ind&#233;pendante que dans l'Inde, au Turkestan, on Egypte et autres r&#233;gions purement coloniales. Aucun d&#233;veloppement ind&#233;pendant ni, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, aucun d&#233;veloppement quel qu'il soit, n'est possible sans capital dans une soci&#233;t&#233; o&#249; r&#232;gne la production marchande. En Europe, les nations d&#233;pendantes ont, tout &#224; la fois, leur propre capital et de grandes facilit&#233;s pour s'en procurer &#224; des conditions tr&#232;s diverses. Les colonies, elles, ne poss&#232;dent pas ou presque pas de capital en propre ; il ne leur est possible d'en obtenir, sous le r&#233;gime du capital financier, qu'&#224; la condition de se laisser asservir politiquement. Que signifie donc, d&#232;s lors, la revendication d'une lib&#233;ration imm&#233;diate et sans conditions des colonies ? N'est-il pas clair que c'est &#224; propos de cette revendication qu'on est surtout fond&#233; &#224; parler d'&#034;utopie&#034;, au sens vulgaire dans lequel emploient ce mot, en caricaturant le marxisme, les Strouv&#233;, les Lensch, les Cunow et aussi, malheureusement, les camarades polonais qui leur embo&#238;tent le pas ? Au fond, ils taxent d'&#034;utopisme&#034; tout ce qui, pour un philistin, sort de l'ordinaire, y compris tout ce qui est r&#233;volutionnaire. Mais les mouvements r&#233;volutionnaires sous toutes leurs formes - y compris les mouvements nationaux - sont plus possibles, plus r&#233;alisables, plus opini&#226;tres, plus conscients, plus difficiles &#224; vaincre en Europe que dans les colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme, d&#233;clarent les camarades polonais (1,3), &#034;saura assurer aux peuples non d&#233;velopp&#233;s des colonies une aide culturelle d&#233;sint&#233;ress&#233;e, sans les dominer&#034;. Tr&#232;s juste. Mais de quel droit peut-on penser qu'une grande nation, un grand Etat, ayant r&#233;alis&#233; le passage au socialisme, ne saura pas attirer &#224; lui une petite nation opprim&#233;e d'Europe au moyen d'une &#034;aide culturelle d&#233;sint&#233;ress&#233;e&#034; ? C'est pr&#233;cis&#233;ment la libert&#233; de s&#233;paration, que les social-d&#233;mocrates polonais &#034;accordent&#034; aux colonies, qui incitera les nations opprim&#233;es d'Europe, petites mais cultiv&#233;es et politiquement exigeantes, &#224; vouloir s'allier aux grands Etats socialistes, car, en r&#233;gime socialiste, le terme de grand Etat signifiera : tant d'heures de travail par jour en moins, tant de salaire par jour en plus. Les masses laborieuses se lib&#233;rant du joug de la bourgeoisie tendront de toutes leurs forces vers l'union et la fusion avec les grandes nations socialistes avanc&#233;es pour recevoir cette &#034;aide culturelle&#034;, &#224; la seule condition que les oppresseurs de la veille ne blessent pas le sentiment d&#233;mocratique hautement d&#233;velopp&#233; qu'a de sa dignit&#233; une nation longtemps opprim&#233;e, &#224; la seule condition qu'on lui assure l'&#233;galit&#233; dans tous les domaines, y compris dans l'&#233;dification de son Etat, dans ses efforts pour &#233;difier &#034;son&#034; Etat. En r&#233;gime capitaliste, ces &#034;efforts&#034; signifient les guerres, l'isolement, le repli sur soi-m&#234;me, l'&#233;go&#239;sme &#233;troit des petites nations privil&#233;gi&#233;es (Hollande, Suisse). En r&#233;gime socialiste, les masses laborieuses elles-m&#234;mes ne voudront nulle part de l'isolement pour les motifs d'ordre purement &#233;conomique indiqu&#233;s plus haut ; et la diversit&#233; des formes politiques, la libert&#233; de s&#233;paration, les efforts r&#233;alis&#233;s dans le domaine de l'&#233;dification de l'Etat, tout cela - avant l'extinction de tout Etat en g&#233;n&#233;ral - sera la base d'une riche vie culturelle, le gage de l'acc&#233;l&#233;ration du rapprochement et de la fusion librement consentis des nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mettant &#224; part les colonies et en les opposant &#224; l'Europe, les camarades polonais tombent dans une contradiction qui d&#233;molit d'un seul coup toute leur argumentation erron&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Marxisme ou proudhonisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre r&#233;f&#233;rence au point de vue de Marx sur la s&#233;paration de l'Irlande a suscit&#233; de la part des camarades polonais une r&#233;ponse non pas d&#233;tourn&#233;e, pour une fois, mais directe. En quoi consiste leur objection ? Ils sont d'avis que les r&#233;f&#233;rences &#224; l'attitude de Marx au cours des ann&#233;es 1848-1871 sont &#034;sans aucune valeur&#034;. Cette d&#233;claration singuli&#232;rement s&#233;v&#232;re et p&#233;remptoire est motiv&#233;e par le fait que Marx s'est prononc&#233; &#034;dans le m&#234;me temps&#034; contre les aspirations &#224; l'ind&#233;pendance &#034;des Tch&#232;ques, des Slaves du Sud, etc [1].&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette motivation est particuli&#232;rement s&#233;v&#232;re, c'est parce qu'elle est aussi particuli&#232;rement inconsistante. Les marxistes polonais pr&#233;tendent que Marx n'aurait &#233;t&#233; qu'un brouillon, affirmant &#034;dans le m&#234;me temps&#034; des choses contradictoires ! Cela n'a absolument rien d'exact ni de marxiste. L'analyse &#034;concr&#232;te&#034; que les camarades polonais exigent sans pour autant l'appliquer nous fait justement un devoir d'examiner si l'attitude diff&#233;rente de Marx envers les diff&#233;rents mouvements &#034;nationaux&#034; concrets ne d&#233;coulait pas d'une seule et m&#234;me conception socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le sait, Marx &#233;tait pour l'ind&#233;pendance de la Pologne du point de vue des int&#233;r&#234;ts de la d&#233;mocratie europ&#233;enne dans sa lutte contre les forces et l'influence - on peut dire : contre la toute-puissance et I'influence r&#233;actionnaire pr&#233;dominante du tsarisme. La justesse de ce point de vue a re&#231;u la plus &#233;clatante et la plus concr&#232;te des confirmations en 1849, lorsque l'arm&#233;e f&#233;odale russe &#233;crasa le soul&#232;vement d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire de la Hongrie pour sa lib&#233;ration nationale. Depuis ce moment-l&#224; jusqu'&#224; la mort de Marx et m&#234;me plus tard, jusqu'en 1890, quand mena&#231;ait de se d&#233;clencher une guerre r&#233;actionnaire du tsarisme alli&#233; &#224; la France contre I'Allemagne, alors non imp&#233;rialiste, mais nationalement ind&#233;pendante, Engels fut avant tout et par-dessus tout pour la lutte contre le tsarisme. C'est pour cela, et uniquement pour cela, que Marx et Engels &#233;taient contre le mouvement national des Tch&#232;ques et des Slaves du Sud. Il suffira &#224; tous ceux qui s'int&#233;ressent au marxisme autrement que pour le r&#233;pudier, de se reporter &#224; ce qu'&#233;crivaient Marx et Engels en 1848-1849 pour se convaincre qu'&#224; cette &#233;poque ils opposaient, nettement et tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment, &#034;des peuples r&#233;actionnaires en leur entier&#034; et servant d'&#034;avant-postes russes&#034; en Europe aux &#034;peuples r&#233;volutionnaires&#034;, les allemands, les polonais, les magyars. C'est l&#224; un fait. Et ce fait &#233;tait &#224; l'&#233;poque d'une exactitude incontestable en 1848, les peuples r&#233;volutionnaires se battaient pour la libert&#233;, dont le principal ennemi &#233;tait le tsarisme, alors que les Tch&#232;ques, etc., &#233;taient effectivement des peuples r&#233;actionnaires, des avant-postes du tsarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nous montre donc cet exemple concret qu'il faut analyser concr&#232;tement si l'on veut rester fid&#232;le au marxisme ? Simplement : 1) que l'int&#233;r&#234;t de la lib&#233;ration de plusieurs grands et tr&#232;s grands peuples d'Europe est sup&#233;rieur &#224; celui du mouvement de lib&#233;ration des petites nations ; 2) que la revendication de la d&#233;mocratie doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e &#224; l'&#233;chelle de l'Europe enti&#232;re - il faut dire aujourd'hui : &#224; l'&#233;chelle mondiale - et non pas isol&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de plus. Cela ne d&#233;ment en rien ce principe socialiste &#233;l&#233;mentaire que les polonais oublient, mais auquel Marx est toujours rest&#233; fid&#232;le, &#224; savoir qu'un peuple qui en opprime d'autres ne saurait &#234;tre libre. Si la situation concr&#232;te devant laquelle se trouvait Marx &#224; l'&#233;poque o&#249; le tsarisme exer&#231;ait une influence pr&#233;dominante sur la politique internationale venait &#224; se reproduire, par exemple en ce sens que plusieurs peuples s'engageraient dans la r&#233;volution socialiste (comme ils se sont engag&#233;s en Europe, en 1848, dans la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise), et si d'autres peuples se trouvaient &#234;tre les piliers de la r&#233;action bourgeoise, nous devrions aussi nous prononcer pour une guerre r&#233;volutionnaire contre ces derniers afin de les &#034;&#233;craser&#034;, afin de d&#233;truire tous leurs avant-postes, quels que soient les mouvements au sein des petites nations en cause. Par cons&#233;quent, loin de rejeter les exemples de la tactique de Marx, ce qui reviendrait &#224; professer le marxisme en paroles et &#224; rompre avec lui en fait, nous devons tirer de leur analyse concr&#232;te des le&#231;ons inappr&#233;ciables pour l'avenir. Les diff&#233;rentes revendications de la d&#233;mocratie, y compris le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes, ne sont pas un absolu, mais une parcelle de l'ensemble du mouvement d&#233;mocratique (aujourd'hui : socialiste) mondial. Il est possible que, dans certains cas concrets, la parcelle soit en contradiction avec le tout : elle est alors &#224; rejeter. Il peut arriver que le mouvement r&#233;publicain d'un pays ne soit que l'instrument d'intrigues cl&#233;ricales, financi&#232;res ou monarchiques d'autres pays nous avons alors le devoir de ne pas soutenir ce mouvement concret donn&#233;, mais il serait ridicule, sous ce pr&#233;texte, de rayer du programme de la social-d&#233;mocratie internationale le mot d'ordre de r&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi exactement s'est modifi&#233;e la situation concr&#232;te depuis 1848-1871 jusqu'&#224; 1898-1916 (je prends les principaux jalons de l'imp&#233;rialisme, en tant que p&#233;riode allant de la guerre imp&#233;rialiste hispano-am&#233;ricaine &#224; la guerre imp&#233;rialiste europ&#233;enne) ? Le tsarisme a notoirement et incontestablement cess&#233; d'&#234;tre le principal rempart de la r&#233;action, d'abord parce qu'il est soutenu par le capital financier international, notamment par celui de la France ; ensuite, &#224; cause de la r&#233;volution de 1905. A l'&#233;poque, le syst&#232;me des grands Etats nationaux - des d&#233;mocraties d'Europe - apportait au monde, au m&#233;pris du tsarisme, la d&#233;mocratie et le socialisme [2]. Marx et Engels n'ont pas v&#233;cu jusqu'&#224; l'imp&#233;rialisme. Actuellement, il s'est form&#233; un syst&#232;me comprenant une poign&#233;e (5 ou 6) de &#034;grandes&#034; puissances imp&#233;rialistes, dont chacune opprime des nations &#233;trang&#232;res, et cette oppression est l'un des facteurs qui retardent artificiellement la chute du capitalisme, qui maintiennent artificiellement l'opportunisme et le social-chauvinisme dans les nations imp&#233;rialistes ma&#238;tresses du monde. A l'&#233;poque, la d&#233;mocratie d'Europe occidentale, qui affranchissait les plus grandes nations, &#233;tait contre le tsarisme qui utilisait &#224; des fins r&#233;actionnaires quelques petits mouvements nationaux isol&#233;s. Aujourd'hui, l'alliance de l'imp&#233;rialisme tsariste et de l'imp&#233;rialisme capitaliste avanc&#233; d'Europe, fond&#233;e sur l'oppression en commun d'une s&#233;rie de nations, se dresse en face du prol&#233;tariat socialiste, scind&#233; en un prol&#233;tariat chauvin, &#034;social-imp&#233;rialiste&#034;, et un prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; en quoi consiste le changement concret de la situation, dont les social-d&#233;mocrates polonais ne tiennent aucun compte, malgr&#233; leur promesse d'&#234;tre concrets. D'o&#249; le changement concret quant &#224; l'application des m&#234;mes principes socialistes &#224; l'&#233;poque, on &#233;tait avant tout &#034;contre le tsarisme&#034; (et contre certains mouvements de petites nations que celui-ci utilisait dans un sens antid&#233;mocratique) et pour les grandes nations r&#233;volutionnaires des peuples d'Occident. Aujourd'hui, on est contre le front d&#233;sormais uni des puissances imp&#233;rialistes, de la bourgeoisie imp&#233;rialiste, des social-imp&#233;rialistes, et pour l'utilisation au profit de la r&#233;volution socialiste de tous les mouvements nationaux dirig&#233;s contre l'imp&#233;rialisme. Plus est pure la lutte du prol&#233;tariat contre le front g&#233;n&#233;ral imp&#233;rialiste, et plus gagne &#233;videmment en importance le principe internationaliste : &#034;Un peuple qui en opprime d'autres ne saurait &#234;tre libre.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les proudhoniens, au nom de la r&#233;volution sociale qu'ils comprenaient en doctrinaires, ne tenaient aucun compte du r&#244;le international de la Pologne et m&#233;connaissaient les mouvements nationaux. C'est absolument de la m&#234;me fa&#231;on doctrinaire que proc&#232;dent les social-d&#233;mocrates polonais, qui brisent le front international de lutte contre les social-imp&#233;rialistes, et qui les aident (objectivement) par leurs h&#233;sitations au sujet des annexions. Car c'est pr&#233;cis&#233;ment le front international de la lutte prol&#233;tarienne qui s'est transform&#233; par rapport &#224; la situation concr&#232;te des petites nations : auparavant (1848-1871), les petites nations avaient un certain poids en tant qu'alli&#233;es possibles, soit de la &#034;d&#233;mocratie occidentale&#034; et des peuples r&#233;volutionnaires, soit du tsarisme ; aujourd'hui (1898-1914), elles n'ont plus cette importance elles sont d&#233;sormais l'une des sources qui alimentent le parasitisme et, par suite, le social-imp&#233;rialisme des &#034;grandes nations dominantes&#034;. L'important n'est pas de savoir si c'est un cinquanti&#232;me ou un centi&#232;me des petites nations qui se sera affranchi avant la r&#233;volution socialiste ; ce qui importe, c'est qu'&#224; l'&#233;poque imp&#233;rialiste, et par suite de causes objectives, le prol&#233;tariat s'est divis&#233; en deux camps internationaux, dont l'un est corrompu par les miettes qui tombent de la table de la bourgeoisie des grandes puissances - en raison, notamment, de la double et triple exploitation des petites nations - tandis que l'autre ne peut s'affranchir lui-m&#234;me sans affranchir les petites nations, sans &#233;duquer les masses dans un esprit anti-chauvin, c'est-&#224;-dire anti-annexionniste, c'est-&#224;-dire favorable &#224; l'&#034;autod&#233;termination&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aspect capital de la question est m&#233;connu par les camarades polonais qui n'envisagent pas la situation sous l'angle devenu essentIel &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme, c'est-&#224;-dire en partant de l'existence de deux camps au sein du prol&#233;tariat international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici d'autres exemples frappants de leur proudhonisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) leur attitude &#224; l'&#233;gard du soul&#232;vement irlandais de 1916, dont nous parlerons plus loin ; 2) la d&#233;claration contenue dans leurs th&#232;ses (Il, 3 &#224; la fin du paragraphe 3), suivant laquelle le mot d'ordre de r&#233;volution socialiste &#034;ne doit pas &#234;tre voil&#233; par quoi que ce soit&#034;. C'est l&#224; une id&#233;e profond&#233;ment antimarxiste que de croire qu'on puisse &#034;voiler&#034; le mot d'ordre de la r&#233;volution socialiste en l'associant &#224; une position r&#233;volutionnaire cons&#233;quente dans n'importe quelle question, y compris la question nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les social-d&#233;mocrates polonais trouvent que notre programme est &#034;national-r&#233;formiste&#034;. Comparez ces deux propositions pratiques 1) pour l'autonomie (th&#232;ses polonaises III, 4) et 2) pour la libert&#233; de s&#233;paration. Nos programmes diff&#232;rent pr&#233;cis&#233;ment et uniquement sur ce point ! N'est-il pas clair que c'est le premier qui est r&#233;formiste, et c'est ce qui le distingue du second ? Un changement r&#233;formiste est celui qui n'&#233;branle pas les bases du pouvoir de la classe dominante, dont il n'est qu'une concession, et qui maintient sa domination. Un changement r&#233;volutionnaire sape le pouvoir jusque dans ses fondements. Dans le programme national, le r&#233;formisme n'abolit pas tous les privil&#232;ges de la nation dominante ; il n'&#233;tablit pas l'&#233;galit&#233; compl&#232;te des droits ; il ne supprime pas toutes les formes d'oppression nationale. Une nation &#034;autonome&#034; n'est pas l'&#233;gale en droits d'une nation &#034;souveraine&#034; ; les camarades polonais n'auraient pas manqu&#233; de s'en rendre compte s'ils ne persistaient (tels nos vieux &#034;&#233;conomistes&#034;) &#224; m&#233;conna&#238;tre l'analyse des notions et des cat&#233;gories politiques. La Norv&#232;ge autonome jouissait jusqu'en 1905, en tant que partie de la Su&#232;de, d'une tr&#232;s large autonomie, mais elle n'&#233;tait pas l'&#233;gale en droits de la Su&#232;de. C'est seulement par sa libre s&#233;paration qu'elle a manifest&#233; pratiquement et d&#233;montr&#233; son &#233;galit&#233; en droits (soit dit entre parenth&#232;ses, c'est justement cette libre s&#233;paration qui a cr&#233;&#233; une base de rapprochement plus &#233;troit et plus d&#233;mocratique, reposant sur l'&#233;galit&#233; des droits). Tant que la Norv&#232;ge n'&#233;tait qu'autonome, l'aristocratie su&#233;doise poss&#233;dait un privil&#232;ge de plus, et ce privil&#232;ge n'a pas &#233;t&#233; &#034;att&#233;nu&#233;&#034; (l'essence du r&#233;formisme est d'att&#233;nuer le mal et non pas de le supprimer), mais compl&#232;tement aboli par la s&#233;paration (signe principal du caract&#232;re r&#233;volutionnaire d'un programme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fait : il y a une diff&#233;rence de principe entre l'autonomie, en tant que r&#233;forme, et la libert&#233; de s&#233;paration, en tant que mesure r&#233;volutionnaire. Cela est incontestable. Mais une r&#233;forme, comme chacun sait, n'est souvent dans la pratique qu'un pas vers la r&#233;volution. C'est pr&#233;cis&#233;ment l'autonomie qui permet &#224; une nation maintenue par la violence dans les limites d'un Etat donn&#233; de se constituer d&#233;finitivement en corps de nation, de rassembler, d'apprendre &#224; conna&#238;tre et d'organiser ses forces, de choisir le moment le plus propice pour d&#233;clarer... &#224; la mani&#232;re &#034;norv&#233;gienne&#034; : nous, di&#232;te autonome de telle nation ou de tel territoire, d&#233;clarons que le tsar de toutes les Russies a cess&#233; d'&#234;tre roi de Pologne, etc. A cela on &#034;objecte&#034; ordinairement que de telles questions sont tranch&#233;es par des guerres et non par des d&#233;clarations. C'est juste : dans l'immense majorit&#233; des cas, par des guerres (de m&#234;me que les questions relatives &#224; la forme de gouvernement des grands Etats ne sont tranch&#233;es, dans l'immense majorit&#233; des cas, que par des guerres ou des r&#233;volutions). On devrait cependant se demander si une pareille &#034;objection&#034; au programme politique d'un parti r&#233;volutionnaire est logique. Sommes-nous contre les guerres et les r&#233;volutions qui se font pour la justice et pour le bien du prol&#233;tariat, pour la d&#233;mocratie et pour le socialisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous ne pouvons pourtant pas &#234;tre pour une guerre entre grandes nations, pour l'extermination de 20 millions d'hommes, en vue de la lib&#233;ration probl&#233;matique d'une petite nation qui ne compte peut-&#234;tre que 10 ou 20 millions d'&#226;mes&#034; ! Non, bien s&#251;r. Ce n'est pas parce que nous &#233;liminons de notre programme la compl&#232;te &#233;galit&#233; des nations, mais parce qu'il faut subordonner les int&#233;r&#234;ts de la d&#233;mocratie d'un seul pays aux int&#233;r&#234;ts de la d&#233;mocratie de plusieurs et de tous les pays. Admettons qu'entre deux grandes monarchies se trouve un petit royaume dont le roitelet est &#034;li&#233;&#034; pour des raisons de parent&#233; ou autres aux monarques de deux pays voisins. Admettons ensuite que la proclamation de la r&#233;publique dans le petit pays, que l'expulsion de son monarque signifie pratiquement la guerre entre les deux grands Etats voisins, d&#233;sireux l'un et l'autre d'imposer tel ou tel monarque au petit pays. Il est hors de doute que toute la social-d&#233;mocratie internationale, ainsi que la partie vraiment internationaliste de la social-d&#233;mocratie de ce petit pays, serait dans ce cas contre le remplacement de la monarchie par la r&#233;publique. Le remplacement de la monarchie par la r&#233;publique n'est pas un absolu, mais une revendication d&#233;mocratique, subordonn&#233;e aux int&#233;r&#234;ts de la d&#233;mocratie en g&#233;n&#233;ral (et plus encore, naturellement, aux int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat socialiste). Il est certain que si un pareil cas se pr&#233;sentait, il ne provoquerait pas l'ombre d'une divergence entre les social-d&#233;mocrates de n'importe quels pays. Mais si, fort de cet exemple, un social-d&#233;mocrate proposait de rayer en g&#233;n&#233;ral du programme de la social-d&#233;mocratie internationale le mot d'ordre de r&#233;publique, on le prendrait certainement pour un fou. On lui dirait : il ne faut tout de m&#234;me pas oublier la distinction logique &#233;l&#233;mentaire entre le particulier et le g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple nous am&#232;ne, par une voie quelque peu d&#233;tourn&#233;e, &#224; la question de l'&#233;ducation internationaliste de la classe ouvri&#232;re. Cette &#233;ducation, dont la n&#233;cessit&#233; et l'importance de tout premier plan ne sauraient susciter aucune divergence parmi les zimmerwaldiens de gauche, peut-elle &#234;tre concr&#232;tement identique dans les grandes nations qui oppriment et dans les petites nations opprim&#233;es ? Dans les nations qui annexent et dans celles qui sont annex&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, bien s&#251;r. La marche vers un but unique : la compl&#232;te &#233;galit&#233; en droits, le rapprochement le plus &#233;troit et, ult&#233;rieurement, la fusion de toutes les nations, emprunte &#233;videmment ici des chemins concrets diff&#233;rents, de m&#234;me, par exemple, que le chemin qui m&#232;ne au point central d'une page prend &#224; gauche en partant d'une des marges et &#224; droite en partant de la marge oppos&#233;e. Si, pr&#234;chant la fusion des nations en g&#233;n&#233;ral, un social-d&#233;mocrate d'une grande nation qui annexe et opprime oubliait, un instant, que &#034;son&#034; Nicolas Il, &#034;son&#034; Guillaume, &#034;son&#034; Georges, &#034;son&#034; Poincar&#233;, etc., sont eux aussi pour la fusion avec les petites nations (au moyen d'annexions), Nicolas Il est pour la &#034;fusion&#034; avec la Galicie, Guillaume Il, pour la &#034;fusion&#034; avec la Belgique, etc., - un tel social-d&#233;mocrate ne serait qu'un ridicule doctrinaire en th&#233;orie, et un auxiliaire de l'imp&#233;rialisme dans la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation internationaliste des ouvriers des pays oppresseurs doit n&#233;cessairement consister, en tout premier lieu, &#224; pr&#234;cher et &#224; d&#233;fendre le principe de la libert&#233; de s&#233;paration des pays opprim&#233;s. Sinon, pas d'internationalisme. Nous avons le droit et le devoir de traiter d'imp&#233;rialiste et de gredin tout social-d&#233;mocrate d'une nation oppressive qui ne fait pas cette propagande. Cette revendication doit &#234;tre pos&#233;e d'une fa&#231;on absolue, sans aucune r&#233;serve, quand bien m&#234;me l'&#233;ventualit&#233; de la s&#233;paration ne devrait se pr&#233;senter et &#234;tre &#034;r&#233;alisable&#034;, avant l'av&#232;nement du socialisme, que dans un cas sur mille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons le devoir de d&#233;velopper chez les ouvriers l'&#034;indiff&#233;rence&#034; &#224; l'&#233;gard des distinctions nationales. C'est incontestable. Mais non pas l'indiff&#233;rence que professent les annexionnistes. Un membre d'une nation oppressive doit rester &#034;indiff&#233;rent&#034; &#224; la question de savoir si des petites nations font partie de son Etat ou d'un Etat voisin, ou bien sont ind&#233;pendantes, selon leurs sympathies : s'il n'y est pas &#034;indiff&#233;rent&#034;, il n'est pas social-d&#233;mocrate. Pour &#234;tre un social-d&#233;mocrate internationaliste, il faut penser non pas seulement &#224; sa propre nation ; il faut placer au-dessus d'elle les int&#233;r&#234;ts de toutes les nations, leur libert&#233; et leur &#233;galit&#233; de droits &#224; toutes. En &#034;th&#233;orie&#034;, tout le monde est d'accord sur ce point, mais dans la pratique, on manifeste pr&#233;cis&#233;ment cette indiff&#233;rence qui est propre aux annexionnistes. C'est l&#224; la racine du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, le social-d&#233;mocrate d'une petite nation doit reporter le centre de gravit&#233; de son agitation sur le premier mot de notre formule g&#233;n&#233;rale : &#034;union librement consentie&#034; des nations. Il peut, sans faillir &#224; ses obligations d'internationaliste, &#234;tre &#249; la fois pour l'ind&#233;pendance politique de sa nation, et pour son int&#233;gration &#224; un Etat voisin X, Y, Z, etc. Mais il doit en tout &#233;tat de cause lutter contre la mentalit&#233; &#233;triqu&#233;e de petite nation, la tendance &#224; s'isoler et &#224; se replier sur soi-m&#234;me pour la prise en consid&#233;ration du tout et de l'universel, pour la subordination de l'int&#233;r&#234;t particulier &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens qui n'ont pas approfondi cette question trouvent &#034;contradictoire&#034; que les social-d&#233;mocrates des nations qui en oppriment d'autres insistent sur la &#034;libert&#233; de s&#233;paration&#034;, et les social-d&#233;mocrates des nations opprim&#233;es, sur la &#034;libert&#233; d'union&#034;. Mais un peu de r&#233;flexion montre que, pour parvenir &#224; l'internationalisme et &#224; la fusion des nations en partant de la situation actuelle, il n'y a pas et il ne peut y avoir d'autre voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ceci nous am&#232;ne &#224; la situation particuli&#232;re de la social-d&#233;mocratie hollandaise et polonaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] F. Engels : Le panslavisme d&#233;mocratique. Paru dans La nouvelle gazette rh&#233;nane n&#176;222 et 223, 15 et 16 f&#233;vrier 1849.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Riazanov a publi&#233; dans les Archives de l'histoire du socialisme de Gr&#252;nberg (1916, tome 1) un tr&#232;s int&#233;ressant article d'Engels sur la question polonaise, &#233;crit en 1866. Engels y souligne la n&#233;cessit&#233; pour le prol&#233;tariat de reconna&#238;tre l'ind&#233;pendance politique et le &#034;droit &#224; disposer d'elles-m&#234;mes&#034; (right to dispose of itself) des grandes et puissantes nations d'Europe, tout en faisant ressortir l'absurdit&#233; du &#034;principe des nationalit&#233;s&#034; (surtout dans son interpr&#233;tation bonapartiste), qui consiste &#224; placer n'importe quelle petite nation sur un pied d'&#233;galit&#233; avec les grandes nations. &#034;La Russie, dit Engels, d&#233;tient une quantit&#233; &#233;norme de propri&#233;t&#233; vol&#233;e&#034; (c'est-&#224;-dire de nations opprim&#233;es) &#034;qu'il lui faudra bien restituer le jour du r&#232;glement des comptes&#034; (&#034;Qu'a &#224; faire avec la Pologne, la classe ouvri&#232;re ? &#034;, 24, 31 mars, 5 mai 1866). Le bonapartisme comme le tsarisme utilisent les mouvements des petites nations &#224; leur propre avantage et contre la d&#233;mocratie europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Ce qu'il y a de particulier et de commun dans la position des social-d&#233;mocrates internationalistes hollandais et polonais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est hors de doute que les marxistes hollandais et polonais oppos&#233;s &#224; l'autod&#233;termination comptent parmi les meilleurs &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires et internationalistes de la social-d&#233;mocratie internationale. Comment peut-il donc se faire que leurs raisonnements th&#233;oriques ne soient, comme nous l'avons vu, qu'un tissu d'erreurs ? Pas un seul raisonnement d'ordre g&#233;n&#233;ral qui soit juste, qui sorte du cadre de l'&#8220;&#233;conomisme imp&#233;rialiste&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne tient aucunement &#224; de graves d&#233;fauts subjectifs qui seraient propres aux camarades hollandais et polonais, mais aux conditions objectives particuli&#232;res de leurs pays. Ces deux pays : 1) sont petits et impuissants dans le &#8220;syst&#232;me&#8221; actuel des grandes puissances ; 2) tous deux sont g&#233;ographiquement situ&#233;s entre des rapaces imp&#233;rialistes d'une force prodigieuse et qui rivalisent entre eux avec &#226;pret&#233; (l'Angleterre et l'Allemagne ; l'Allemagne et la Russie) ; 3) tous deux ont des souvenirs et des traditions encore tr&#232;s vivaces, datant de l'&#233;poque o&#249; ils &#233;taient eux-m&#234;mes de &#8220;grandes puissances&#8221; ; la Hollande &#233;tait une grande puissance coloniale plus forte que l'Angleterre ; la Pologne &#233;tait une grande puissance plus cultiv&#233;e et plus forte que la Russie et que la Prusse ; 4) tous deux ont conserv&#233; jusqu'&#224; maintenant le privil&#232;ge d'opprimer des peuples &#233;trangers : le bourgeois hollandais poss&#232;de les richissimes Indes n&#233;erlandaises ; le seigneur terrien polonais opprime les &#8220;vilains&#8221; d'Ukraine et de Bi&#233;lorussie, le bourgeois polonais opprime le juif, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette originalit&#233;, faite de la conjonction de quatre conditions particuli&#232;res, ne se retrouve pas dans la situation de l'Irlande, du Portugal (qui fut un temps annex&#233; par l'Espagne), de l'Alsace, de la Norv&#232;ge, de la Finlande, de l'Ukraine, des territoires de Lettonie, de Bi&#233;lorussie et de maintes autres nations. Or, c'est cette originalit&#233; qui fait tout le fond du probl&#232;me ! Quand les social-d&#233;mocrates hollandais et polonais se prononcent contre l'autod&#233;termination en invoquant des arguments d'ordre g&#233;n&#233;ral, c'est-&#224;-dire relatifs &#224; l'imp&#233;rialisme en g&#233;n&#233;ral, au socialisme en g&#233;n&#233;ral, &#224; la d&#233;mocratie en g&#233;n&#233;ral, &#224; l'oppression nationale en g&#233;n&#233;ral, on peut vraiment dire qu'ils entassent erreur sur erreur. Mais il suffit de rejeter cette enveloppe d'arguments g&#233;n&#233;raux, manifestement erron&#233;e, et de consid&#233;rer le fond du probl&#232;me en partant de l'originalit&#233; des conditions particuli&#232;res de la Hollande et de la Pologne pour que devienne compr&#233;hensible et parfaitement l&#233;gitime leur position originale. On peut affirmer, sans crainte de verser dans le paradoxe, que lorsque les marxistes hollandais et polonais se dressent, l'&#233;cume aux l&#232;vres, contre l'autod&#233;termination, ils ne disent pas tout &#224; fait ce qu'ils voudraient dire, ou encore ils ne veulent pas dire exactement ce qu'ils disent [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en avons d&#233;j&#224; donn&#233; un exemple dans nos th&#232;ses [2]. Gorter est contre l'autod&#233;termination de son pays, mais pour celle des Indes n&#233;erlandaises, opprim&#233;es par &#8220;sa&#8221; nation ! Faut-il s'&#233;tonner si nous le consid&#233;rons comme un internationaliste plus sinc&#232;re et un militant plus proche de nous que ceux qui reconnaissent l'autod&#233;termination d'une fa&#231;on aussi formelle, aussi hypocrite que Kautsky chez les Allemands, que Trotsky et Martov chez nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des principes g&#233;n&#233;raux et fondamentaux du marxisme d&#233;coule incontestablement le devoir de lutter pour la libert&#233; de s&#233;paration des nations opprim&#233;es par &#8220;ma propre&#8221; nation, mais il n'en d&#233;coule nullement que je doive mettre au premier plan l'ind&#233;pendance pr&#233;cis&#233;ment de la Hollande, pays qui souffre surtout de son isolement &#233;troit, encro&#251;t&#233;, cupide et abrutissant : le monde entier peut flamber, peu me chaut, &#8220;nous&#8221; nous satisfaisons de notre ancien butin et de ses richissimes &#8220;rogatons&#8221; les Indes, et &#8220;nous&#8221; ne voulons rien savoir d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple. Karl Radek, ce social-d&#233;mocrate polonais qui a en le grand m&#233;rite de lutter r&#233;solument d&#232;s le d&#233;but de la guerre en faveur de l'internationalisme au sein de la social-d&#233;mocratie allemande, se dresse avec violence dans son article &#8220;Le droit des nations a' disposer d'elles-m&#234;mes&#8221; (Lichtstrahlen [3] , revue mensuelle des radicaux de gauche, interdite par la censure prussienne et dont le r&#233;dacteur est J. Borchardt, 1915, 5 d&#233;cembre III&#176; ann&#233;e, n&#176; 3) contre le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes en se r&#233;f&#233;rant, d'ailleurs, uniquement aux avis des auteurs hollandais et polonais qui jouent en sa faveur et en avan&#231;ant, entre autres, l'argument suivant : le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes alimente cette id&#233;e &#8220;que la social-d&#233;mocratie aurait pr&#233;tendument l'obligation de soutenir toute lutte pour l'ind&#233;pendance&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale, cet argument est tout bonnement scandaleux, car il est manifestement illogique ; premi&#232;rement, il n'y a pas et il ne peut y avoir une seule revendication particuli&#232;re de la d&#233;mocratie qui n'engendre des abus si l'on ne subordonne pas le particulier au g&#233;n&#233;ral ; nous ne sommes oblig&#233;s de soutenir ni &#8220;toute&#8221; lutte pour l'ind&#233;pendance ni &#8220;tout&#8221; mouvement r&#233;publicain ou anticl&#233;rical. Deuxi&#232;mement, il n'y a pas et il ne peut y avoir une seule formule de lutte contre l'oppression nationale qui ne souffre du m&#234;me &#8220;d&#233;faut&#8221;. Radek lui-m&#234;me, dans le Berner Tagwacht (1915, n&#176;253), s'est servi de la formule : &#8220;contre les annexions anciennes et nouvelles&#8221;. N'importe quel nationaliste polonais en &#8220;d&#233;duira&#8221; l&#233;gitimement : &#8220;La Pologne est une annexion, je suis contre les annexions, donc je suis pour l'ind&#233;pendance de la Pologne.&#8221; Ou bien c'est Rosa Luxemburg qui, il m'en souvient, exprimait l'id&#233;e, dans un article de 1908 [4], qu'il suffisait de la formule suivante : &#8220;contre l'oppression nationale&#8221;. Mais n'importe quel nationaliste polonais pourra dire, et il aura pleinement raison, que l'annexion est une des formes de l'oppression nationale et que, par cons&#233;quent, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais consid&#233;rez, au lieu de ces arguments g&#233;n&#233;raux, les conditions particuli&#232;res de la Pologne : son ind&#233;pendance est actuellement &#8220;irr&#233;alisable&#8221; sans guerres ou r&#233;volutions. Etre partisan d'une guerre g&#233;n&#233;rale en Europe pour le seul r&#233;tablissement de la Pologne, ce serait &#234;tre un nationaliste de la pire esp&#232;ce, ce serait faire passer l'int&#233;r&#234;t d'un petit nombre de polonais avant celui des centaines de millions de gens qui souffrent de la guerre. Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment le point de vue des &#8220;fracs&#8221; (droite du parti socialiste polonais [5]), qui ne sont socialistes qu'en paroles et contre qui les social-d&#233;mocrates polonais ont mille fois raison. Lancer le mot d'ordre de l'ind&#233;pendance de la Pologne maintenant, dans les conditions du rapport actuel des forces entre les puissances imp&#233;rialistes voisines, c'est courir effectivement apr&#232;s une utopie, c'est tomber dans un nationalisme &#233;troit, c'est oublier une pr&#233;misse indispensable, &#224; savoir la r&#233;volution g&#233;n&#233;rale en Europe ou, tout au moins, en Russie et en Allemagne. De m&#234;me, avancer comme mot d'ordre ind&#233;pendant celui de la libert&#233; de coalition dans la Russie de 1908-1914, c'&#233;tait courir apr&#232;s une utopie et aider objectivement le parti ouvrier de Stolypine (aujourd'hui celui de Potressov et Gvozdev, ce qui, soit dit en passant, revient exactement au m&#234;me). Mais c'e&#251;t &#233;t&#233; de la d&#233;mence que d'&#233;liminer en g&#233;n&#233;ral du programme de la social-d&#233;mocratie la revendication de la libert&#233; de coalition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me exemple, peut-&#234;tre le plus important. Dans les th&#232;ses polonaises (III, paragraphe 2, &#224; la fin), l'id&#233;e de la cr&#233;ation d'un Etat-tampon polonais ind&#233;pendant est combattue par cet argument que c'est l&#224; &#8220;une utopie inconsistante de petits groupes impuissants. Si elle venait &#224; se r&#233;aliser, cette id&#233;e signifierait la cr&#233;ation d'un petit d&#233;bris d'Etat polonais qui ne serait que la colonie militaire de l'un ou de l'autre des groupes de grandes puissances, le jouet de leurs int&#233;r&#234;ts militaires et &#233;conomiques, un terrain d'exploitation pour le capital &#233;tranger et un champ de bataille pour les guerres futures&#8221;. Tout cela milite tr&#232;s justement contre le mot d'ordre de l'ind&#233;pendance de la Pologne maintenant, car m&#234;me la r&#233;volution dans la seule Pologne ne changerait rien &#224; la situation, et l'attention des masses polonaises serait d&#233;tourn&#233;e de l'essentiel : du lien qui rattache leur lutte &#224; celle des prol&#233;tariats russe et allemand. Ce n'est pas un paradoxe, mais un fait, que le prol&#233;tariat polonais, en tant que tel, ne peut aider actuellement la cause du socialisme et de la libert&#233;, y compris la libert&#233; polonaise, qu'en luttant en commun avec les prol&#233;taires des pays voisins contre les nationalistes &#233;troitement polonais. On ne saurait nier les grands m&#233;rites historiques que se sont acquis les social-d&#233;mocrates polonais dans la lutte contre ces derniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les m&#234;mes arguments, justes du point de vue des conditions particuli&#232;res de la Pologne d'aujourd'hui, sont manifestement faux sous la forme g&#233;n&#233;rale qu'on leur a donn&#233;e. Tant qu'il y aura des guerres, la Pologne servira toujours de champ de bataille dans les conflits entre l'Allemagne et la Russie ; ce n'est pas un argument contre une plus grande libert&#233; politique (et, par cons&#233;quent, contre l'ind&#233;pendance politique) dans l'intervalle des guerres. Il en est de m&#234;me pour le raisonnement sur l'exploitation par le capital &#233;tranger, sur le r&#244;le de jouet des int&#233;r&#234;ts &#233;trangers. Les social-d&#233;mocrates polonais ne peuvent lancer actuellement le mot d'ordre de l'ind&#233;pendance de la Pologne, car, en tant que prol&#233;taires internationalistes, les polonais ne peuvent rien faire sous ce rapport sans tomber, comme les &#8220;fracs&#8221;, dans une plate servilit&#233; &#224; l'&#233;gard d'une des monarchies imp&#233;rialistes Mais, pour les ouvriers russes et allemands, il n'est pas indiff&#233;rent de savoir s'ils participeront &#224; l'annexion de la Pologne (cela reviendrait &#224; &#233;duquer les ouvriers et les paysans allemands et russes dans l'esprit de la plus inf&#226;me muflerie, en leur faisant accepter le r&#244;le de bourreaux des peuples &#233;trangers) ou si la Pologne sera ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est sans contredit tr&#232;s embrouill&#233;e mais il y a une issue qui permettrait &#224; tous les participants de rester des internationalistes : les social-d&#233;mocrates russes et allemands exigeant &#8220;la libert&#233; de s&#233;paration&#8221; inconditionnelle de la Pologne : les social-d&#233;mocrates polonais s'attachant &#224; r&#233;aliser l'unit&#233; de la lutte prol&#233;tarienne dans un petit et dans les grands pays sans lancer pour le moment le mot d'ordre de l'ind&#233;pendance de la Pologne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Rappelons que, dans leur d&#233;claration de Zimmerwald, tous les social-d&#233;mocrates polonais ont reconnu l'autod&#233;termination en g&#233;n&#233;ral, mais sous une forme tr&#232;s l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente. (Note de l'auteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir &#034;La r&#233;volution socialiste et le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cette revue (&#8221;le rayon de lumi&#232;re&#8221;), o&#249; s'exprimait la gauche de la social-d&#233;mocratie allemande, par&#251;t irr&#233;guli&#232;rement de 1913 &#224; 1921.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] R. Luxemburg : &#8221;La question national et l'autonomie&#8221;, 1908-1909.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Les fracs repr&#233;sentaient l'aile droite du Parti Socialiste Polonais. Au nom de la lutte pour l'ind&#233;pendance, le P.S.P. d&#233;tournait la jonction du mouvement ouvrier polonais avec celui de Russie dans la lutte commune contre l'autocratie. Il se scindera entre droite et gauche en 1906, et la gauche sera &#224; l'origine de la constitution du P.C. polonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. La lettre d'Engels &#224; Kautsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa brochure Le socialisme et la politique coloniale (Berlin 1907), Kautsky, qui &#233;tait encore marxiste &#224; cette &#233;poque, a publi&#233; une lettre qu'Engels lui avait adress&#233;e le 12 septembre 1882 et qui pr&#233;sente un immense int&#233;r&#234;t au sujet de la question qui nous pr&#233;occupe : en voici le passage principal ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;... A mon avis, les colonies proprement dites, c'est-&#224;-dire les terres occup&#233;es par la population europ&#233;enne, le Canada, le Cap, l'Australie, deviendront toutes ind&#233;pendantes ; par contre, on ce qui concerne les contr&#233;es seulement asservies, habit&#233;es par les indig&#232;nes, l'Inde, l'Alg&#233;rie, les possessions hollandaises, portugaises, espagnoles, le prol&#233;tariat devra provisoirement s'en charger et les conduire le plus vite possible &#224; l'ind&#233;pendance. Il est difficile de dire comment se d&#233;roulera ce processus. L'Inde fera peut-&#234;tre, et m&#234;me probablement, une r&#233;volution, et puisque le prol&#233;tariat en voie d'&#233;mancipation ne peut pas mener de guerres coloniales, il faudra s'y r&#233;signer et, naturellement, cela ne se fera pas sans toutes sortes de destructions. Mais ces choses-l&#224; sont ins&#233;parables de toute r&#233;volution. Il pourrait en &#234;tre de m&#234;me dans d'autres lieux, par exemple en Alg&#233;rie et en Egypte, et, pour nous, c'est sans doute ce qui pourrait arriver de mieux. Nous aurons suffisamment &#224; faire chez nous. Sit&#244;t l'Europe et l'Am&#233;rique du Nord r&#233;organis&#233;es, cela donnera une force si colossale et sera d'un tel exemple que les pays semi-civilis&#233;s nous suivront d'eux-m&#234;mes : les n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques suffiront &#224; les y pousser. Quant aux phases sociales et politiques que ces pays auront alors &#224; traverser avant d'en arriver &#224; une organisation socialiste, nous ne pourrions, je crois, formuler &#224; cet &#233;gard que des hypoth&#232;ses assez oiseuses. Une seule chose est certaine : c'est que le prol&#233;tariat victorieux ne peut pas imposer un bonheur quelconque &#224; aucun peuple &#233;tranger sans compromettre par l&#224; sa propre victoire. Naturellement, cela n'exclut pas le moins du monde les guerres d&#233;fensives de natures diverses&#034;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels ne croit nullement que l'&#034;&#233;conomique&#034; vienne &#224; bout par lui-m&#234;me et directement de toutes les difficult&#233;s. La r&#233;volution &#233;conomique incitera tous les peuples &#224; s'orienter vers le socialisme, mais en m&#234;me temps des r&#233;volutions - contre l'Etat socialiste - sont possibles, ainsi que des guerres. L'adaptation du politique &#224; l'&#233;conomique se fera in&#233;vitablement, mais pas d'un seul coup et sans heurts, pas simplement ni directement. L'&#034;indubitable&#034;, pour Engels, c'est le seul principe suivant, absolument internationaliste, qu'il applique &#224; tous &#034;les peuples &#233;trangers&#034;, c'est-&#224;-dire pas seulement aux peuples coloniaux : leur imposer le bonheur serait compromettre la victoire du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que le prol&#233;tariat aura accompli la r&#233;volution sociale ne suffira pas &#224; en faire un saint et ne le mettra pas &#224; l'abri des erreurs et des faiblesses. Mais les erreurs &#233;ventuelles (et les int&#233;r&#234;ts &#233;go&#239;stes qui poussent &#224; s'installer sur le dos des autres) l'am&#232;neront in&#233;vitablement &#224; prendre conscience de cette v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, zimmerwaldiens de gauche, avons tous la conviction, que partageait aussi Kautsky, par exemple, avant sa volte-face do 1914 qui l'a fait passer du marxisme &#224; la d&#233;fense du chauvinisme, que la r&#233;volution socialiste est parfaitement possible dans l'avenir le plus proche, &#034;du jour au lendemain&#034;, comme s'exprima une fois ce m&#234;me Kautsky. Les antipathies nationales ne dispara&#238;tront pas de sit&#244;t ; la haine - d'ailleurs parfaitement l&#233;gitime - de la nation opprim&#233;e envers celle qui l'opprime subsistera quelque temps ; elle ne se dissipera qu'apr&#232;s la victoire du socialisme et apr&#232;s l'&#233;tablissement d&#233;finitif de rapports parfaitement d&#233;mocratiques entre les nations. Si nous voulons rester fid&#232;les au socialisme, nous devons proc&#233;der d&#232;s maintenant &#224; l'&#233;ducation internationaliste des masses, impossible, dans les nations oppressives, sans insister sur la libert&#233; de s&#233;paration pour les nations opprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. L'insurrection irlandaise de 1916&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos th&#232;ses ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es avant cette insurrection qui doit servir de mat&#233;riel d'&#233;tude pour v&#233;rifier nos vues th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opinions des adversaires de l'autod&#233;termination aboutissent &#224; cette conclusion que la viabilit&#233; des petites nations opprim&#233;es par l'imp&#233;rialisme est d'ores et d&#233;j&#224; &#233;puis&#233;e, qu'elles ne peuvent jouer aucun r&#244;le contre l'imp&#233;rialisme, qu'on n'aboutirait &#224; rien en soutenant leurs aspirations purement nationales, etc. L'exp&#233;rience de la guerre imp&#233;rialiste de 1914-1916 d&#233;ment concr&#232;tement ce genre de conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre a &#233;t&#233; une &#233;poque de crise pour les nations d'Europe occidentale et pour tout l'imp&#233;rialisme. Toute crise rejette ce qui est conventionnel, arrache les voiles ext&#233;rieurs, balaie ce qui a fait son temps, met &#224; nu des forces et des ressorts plus profonds. Qu'a-t-elle r&#233;v&#233;l&#233; du point de vue du mouvement des nations opprim&#233;es ? Dans les colonies, plusieurs tentatives d'insurrection que les nations oppressives se sont &#233;videmment efforc&#233;es, avec l'aide de la censure de guerre, de camoufler par tous les moyens. On sait, n&#233;anmoins, que les anglais ont sauvagement &#233;cras&#233; &#224; Singapour une mutinerie de leurs troupes hindoues ; qu il y a eu des tentatives d'insurrection dans l'Annam fran&#231;ais (voir Nach&#233; Slovo) et au Cameroun allemand (voir la brochure de Junius [1] ) ; qu'en Europe, il y a eu une insurrection en Irlande, et que les Anglais &#034;&#233;pris de libert&#233;&#034;, qui n'avaient pas os&#233; &#233;tendre aux irlandais le service militaire obligatoire, y ont r&#233;tabli la paix par des ex&#233;cutions ; et que, d'autre part, le gouvernement autrichien a condamn&#233; &#224; mort les d&#233;put&#233;s de la Di&#232;te tch&#232;que &#034;pour trahison&#034; et fait passer par les armes, pour le m&#234;me &#034;crime&#034;, des r&#233;giments tch&#232;ques entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette liste est naturellement bien loin d'&#234;tre compl&#232;te, tant s'en faut. Elle d&#233;montre n&#233;anmoins que des foyers d'insurrections nationales, surgies en liaison avec la crise de l'imp&#233;rialisme, se sont allum&#233;s &#224; la fois dans les colonies et en Europe ; que les sympathies et les antipathies nationales se sont exprim&#233;es en d&#233;pit des menaces et des mesures de r&#233;pression draconiennes. Et pourtant, la crise de l'imp&#233;rialisme &#233;tait encore loin d'avoir atteint son point culminant : la puissance de la bourgeoisie imp&#233;rialiste n'&#233;tait pas encore &#233;branl&#233;e (la guerre &#034;d'usure&#034; peut aboutir &#224; ce r&#233;sultat, mais on n'en est pas encore l&#224;) ; les mouvements prol&#233;tariens au sein des puissances imp&#233;rialistes sont encore tr&#232;s faibles. Qu'arrivera-t-il lorsque la guerre aura provoqu&#233; un &#233;puisement complet ou bien lorsque, au moins dans l'une des puissances, le pouvoir de la bourgeoisie chancellera sous les coups de la lutte prol&#233;tarienne, comme le pouvoir du tsarisme en 1905 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal Berner Tagwacht, organe des zimmerwaldiens, jusques et y compris certains &#233;l&#233;ments de gauche, a publi&#233; le 9 mai 1916 un article consacr&#233; au soul&#232;vement irlandais, sign&#233; des initiales K.R. et intitul&#233; &#034;Finie, la chanson !&#034; L'insurrection irlandaise y &#233;tait qualifi&#233;e de &#034;putsch&#034;, ni plus ni moins, car la &#034;question irlandaise&#034;, y disait-on, &#233;tait une &#034;question agraire&#034;, les paysans avaient &#233;t&#233; apais&#233;s par des r&#233;formes, et le mouvement national n'&#233;tait plus maintenant &#034;qu'un mouvement purement urbain, petit-bourgeois, et qui, en d&#233;pit de tout son tapage, ne repr&#233;sentait pas grand-chose &#034;au point de vue social&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant que cette appr&#233;ciation d'un doctrinarisme et d'un p&#233;dantisme monstrueux ait co&#239;ncid&#233; avec celle d'un national-lib&#233;ral russe, un cadet, monsieur A. Koulicher (Retch, n&#176; 102 du 15 avril 1916), qui a qualifi&#233; lui aussi l'insurrection de &#034;putsch de Dublin&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est permis d'esp&#233;rer que, conform&#233;ment au proverbe &#034;A quelque chose malheur est bon&#034;, beaucoup de camarades qui ne comprenaient pas dans quel marais ils s'enlisaient en s'opposant &#224; l'&#034;autod&#233;termination&#034; et en consid&#233;rant avec d&#233;dain les mouvements nationaux des petites nations, auront leurs yeux dessill&#233;s sous l'effet de cette co&#239;ncidence &#034;fortuite&#034; entre l'appr&#233;ciation d'un repr&#233;sentant de la bourgeoisie imp&#233;rialiste et celle d'un social-d&#233;mocrate' !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut parler de &#034;putsch&#034;, au sens scientifique du terme, que lorsque la tentative d'insurrection n'a rien r&#233;v&#233;l&#233; d'autre qu'un cercle de conspirateurs ou d'absurdes maniaques, et qu'elle n'a trouv&#233; aucun &#233;cho dans les masses. Le mouvement national irlandais, qui a derri&#232;re lui des si&#232;cles d'existence, qui est pass&#233; par diff&#233;rentes &#233;tapes et combinaisons d'int&#233;r&#234;ts de classe, s'est traduit, notamment, par un congr&#232;s national irlandais de masse, tenu en Am&#233;rique (Vorw&#228;rts du 20 mars 1916), lequel s'est prononc&#233; en faveur de l'ind&#233;pendance de l'Irlande ; il s'est traduit par des batailles de rue auxquelles prirent part une partie de la petite bourgeoisie des villes,ainsi q'une partie des ouvriers, apr&#232;s un long effort de propagande au sein des masses, apr&#232;s des manifestations, des interdictions de journaux, etc. Quiconque qualifie de putsch pareille insurrection est, ou bien le pire des r&#233;actionnaires, ou bien un doctrinaire absolument incapable de se repr&#233;senter la r&#233;volution sociale comme un ph&#233;nom&#232;ne vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croire que la r&#233;volution sociale soit concevable sans insurrections des petites nations dans les colonies et en Europe, sans explosions r&#233;volutionnaires d'une partie de la petite bourgeoisie avec tous ses pr&#233;jug&#233;s, sans mouvement des masses prol&#233;tariennes et semi-prol&#233;tariennes politiquement inconscientes contre le joug seigneurial, cl&#233;rical, monarchique, national, etc., c'est r&#233;pudier la r&#233;volution sociale. C'est s'imaginer qu'une arm&#233;e prendra position en un lieu donn&#233; et dira &#034;Nous sommes pour le socialisme&#034;, et qu'une autre, en un autre lieu, dira &#034;Nous sommes pour l'imp&#233;rialisme&#034;, et que ce sera alors la r&#233;volution sociale ! C'est seulement en proc&#233;dant de ce point de vue p&#233;dantesque et ridicule qu'on pouvait qualifier injurieusement de &#034;putsch&#034; l'insurrection irlandaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quiconque attend une r&#233;volution sociale &#034;pure&#034; ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n'est qu'un r&#233;volutionnaire en paroles qui ne comprend rien &#224; ce qu'est une v&#233;ritable r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe de 1905 a &#233;t&#233; une r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise. Elle a consist&#233; en une s&#233;rie de batailles livr&#233;es par toutes les classes, groupes et &#233;l&#233;ments m&#233;contents de la population. Parmi eux, il y avait des masses aux pr&#233;jug&#233;s les plus barbares, luttant pour les objectifs les plus vagues et les plus fantastiques, il y avait des groupuscules qui recevaient de l'argent japonais, il y avait des sp&#233;culateurs et des aventuriers, etc. Objectivement, le mouvement des masses &#233;branlait le tsarisme et frayait la voie &#224; la d&#233;mocratie, et c'est pourquoi les ouvriers conscients &#233;taient &#224; sa t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution socialiste en Europe ne peut pas &#234;tre autre chose que l'explosion de la lutte de masse des opprim&#233;s et m&#233;contents de toute esp&#232;ce. Des &#233;l&#233;ments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arri&#233;r&#233;s y participeront in&#233;vitablement - sans cette participation, la lutte de masse n'est pas possible, aucune r&#233;volution n'est possible - et, tout aussi in&#233;vitablement, ils apporteront au mouvement leurs pr&#233;jug&#233;s, leurs fantaisies r&#233;actionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais, objectivement, ils s'attaqueront au capital, et l'avant-garde consciente de la r&#233;volution, le prol&#233;tariat avanc&#233;, qui exprimera cette v&#233;rit&#233; objective d'une lutte de masse disparate, discordante, bigarr&#233;e, &#224; premi&#232;re vue sans unit&#233;, pourra l'unir et l'orienter, conqu&#233;rir le pouvoir, s'emparer des banques, exproprier les trusts ha&#239;s de tous (bien que pour des raisons diff&#233;rentes !) et r&#233;aliser d'autres mesures dictatoriales dont l'ensemble aura pour r&#233;sultat le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme, laquelle ne &#034;s'&#233;purera&#034; pas d'embl&#233;e, tant s'en faut, des scories petites-bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie, lisons-nous dans les th&#232;ses polonaises (1,4), &#034;doit utiliser la lutte men&#233;e par la jeune bourgeoisie coloniale contre l'imp&#233;rialisme europ&#233;en pour aggraver la crise r&#233;volutionnaire en Europe&#034; (les italiques sont des auteurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas clair que, sous ce rapport moins que sous tous les autres, on n'a pas le droit d'opposer l'Europe aux colonies ? La lutte des nations opprim&#233;es en Europe, capable d'en arriver &#224; des insurrections et &#224; des combats de rues, &#224; la violation de la discipline de fer de l'arm&#233;e et &#224; l'&#233;tat de si&#232;ge, &#034;aggravera la crise r&#233;volutionnaire en Europe&#034; infiniment plus qu'un soul&#232;vement de bien plus grande envergure dans une colonie lointaine. A force &#233;gale, le coup port&#233; au pouvoir de la bourgeoisie imp&#233;rialiste anglaise par l'insurrection en Irlande a une importance politique cent fois plus grande que s'il avait &#233;t&#233; port&#233; en Asie ou en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse chauvine fran&#231;aise a annonc&#233; r&#233;cemment la parution en Belgique du 80&#176; num&#233;ro de la revue ill&#233;gale la Libre Belgique [2]. La presse chauvine fran&#231;aise ment tr&#232;s souvent, certes, mais cette information semble exacte. Alors que la social-d&#233;mocratie allemande chauvine et kautskiste n'a pas cr&#233;&#233; de presse libre pendant ces deux ann&#233;es de guerre et supporte servilement le joug de la censure militaire (seuls les &#233;l&#233;ments radicaux de gauche ont, &#224; leur honneur, fait para&#238;tre des brochures et des proclamations sans les soumettre &#224; la censure), une nation cultiv&#233;e opprim&#233;e r&#233;pond aux atrocit&#233;s inou&#239;es de l'oppression militaire en cr&#233;ant un organe de protestation r&#233;volutionnaire ! La dialectique de l'histoire fait que les petites nations, impuissantes en tant que facteur ind&#233;pendant dans la lutte contre l'imp&#233;rialisme, jouent le r&#244;le d'un des ferments, d'un des bacilles, qui favorisent l'entr&#233;e en sc&#232;ne de la force v&#233;ritablement capable de lutter contre l'imp&#233;rialisme, &#224; savoir : le prol&#233;tariat socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la guerre actuelle, les &#233;tats-majors g&#233;n&#233;raux s'attachent minutieusement &#224; tirer profit de chaque mouvement national ou r&#233;volutionnaire qui &#233;clate dans le camp adverse : les allemands, du soul&#232;vement irlandais ; les Fran&#231;ais, du mouvement des Tch&#232;ques, etc. Et, de leur point de vue, ils ont parfaitement raison. On ne peut se comporter s&#233;rieusement &#224; l'&#233;gard d'une guerre s&#233;rieuse si l'on ne profite pas de la moindre faiblesse de l'ennemi, si l'on ne se saisit pas de la moindre chance, d'autant plus que l'on ne peut savoir &#224; l'avance &#224; quel moment pr&#233;cis et avec quelle force pr&#233;cise &#034;sautera&#034; ici ou l&#224; tel ou tel d&#233;p&#244;t de poudre. Nous serions de pi&#232;tres r&#233;volutionnaires, si, dans la grande guerre lib&#233;ratrice du prol&#233;tariat pour le socialisme, nous ne savions pas tirer profit de tout mouvement populaire dirig&#233; contre tel ou tel fl&#233;au de l'imp&#233;rialisme, afin d'aggraver et d'approfondir la crise. Si nous nous mettions, d'une part, &#224; d&#233;clarer et r&#233;p&#233;ter sur tous les tons que nous sommes &#034;contre&#034; toute oppression nationale, et, d'autre part, &#224; qualifier de &#034;putsch&#034; l'insurrection h&#233;ro&#239;que de la partie la plus active et la plus &#233;clair&#233;e de certaines classes d'une nation opprim&#233;e contre ses oppresseurs, nous nous ravalerions &#224; un niveau de stupidit&#233; &#233;gal &#224; celui des kautskistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur des irlandais est qu'ils se sont insurg&#233;s dans un moment inopportun, alors que l'insurrection du prol&#233;tariat europ&#233;en n'&#233;tait pas encore m&#251;re. Le capitalisme n'est pas harmonieusement agenc&#233; au point que les diverses sources d'insurrection peuvent fusionner d'elles-m&#234;mes et d'un seul coup, sans &#233;checs et sans d&#233;faites. Au contraire, c'est pr&#233;cis&#233;ment la diversit&#233; de temps, de forme et de lieu des insurrections qui est le plus s&#251;r garant de l'ampleur et de la profondeur du mouvement g&#233;n&#233;ral ; ce n'est que par l'exp&#233;rience acquise au cours de mouvements r&#233;volutionnaires inopportuns, isol&#233;s, fragmentaires et vou&#233;s de ce fait &#224; l'&#233;chec, que les masses acquerront de la pratique, s'instruiront, rassembleront leurs forces, reconna&#238;tront leurs v&#233;ritables chefs, les prol&#233;taires socialistes, et pr&#233;pareront ainsi l'offensive g&#233;n&#233;rale, de m&#234;me que les gr&#232;ves isol&#233;es, les manifestations dans les villes ou de caract&#232;re national, les mutineries dans l'arm&#233;e, les soul&#232;vements paysans, etc., avaient pr&#233;par&#233; l'assaut g&#233;n&#233;ral de 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir L&#233;nine : &#034;A propos de la brochure de Junius&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cette revue &#233;tait alors l'organe du Parti Ouvrier Belge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; l'assertion erron&#233;e des social-d&#233;mocrates polonais, la revendication du droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes a jou&#233;, dans la propagande de notre parti, un r&#244;le tout aussi important que. par exemple, les mots d'ordre de l'armement du peuple, de la s&#233;paration de l'Eglise et de I'Etat, de I'&#233;lection des fonctionnaires par le peuple et les autres points qualifi&#233;s d'&#8220;utopiques&#8221; par les petits esprits. Au contraire, la recrudescence des mouvements nationaux apr&#232;s 1905 a tout naturellement provoqu&#233; une recrudescence de notre propagande : la s&#233;rie d'articles de 1912-1913, la r&#233;solution de 1913 de notre Parti, qui a donn&#233; une d&#233;finition pr&#233;cise et &#8220;antikautskiste&#8221; (c'est-&#224;-dire intransigeante &#224; l'&#233;gard de la &#8220;reconnaissance&#8221; purement verbale) du fond m&#234;me de la question [1] . D&#232;s cette &#233;poque, un fait est apparu qu'il n'est pas permis de passer sous silence : les opportunistes de diverses nations, l'Ukrainien Iourk&#233;vitch, le bundiste Liebmann et Semkovski, le f&#233;al serviteur russe de Potressov et Cie, se prononc&#232;rent en faveur des arguments de Rosa Luxemburg contre le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes. Ce qui, chez la social-d&#233;mocrate polonaise, n'&#233;tait qu'une g&#233;n&#233;ralisation th&#233;orique erron&#233;e des conditions particuli&#232;res du mouvement en Pologne, est apparu pratiquement d'embl&#233;e, sur un plan plus large, dans les conditions non pas d'un petit Etat, mais d'un grand, &#224; l'&#233;chelle internationale, et non pas &#233;troitement polonaise, comme repr&#233;sentant oblectivement un soutien opportuniste de l'imp&#233;rialisme grand-russe. L'histoire des courants de la pens&#233;e politique (&#224; la diff&#233;rence des points de vue personnels) a confirm&#233; la justesse de notre programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant les social-imp&#233;rialistes av&#233;r&#233;s du genre de Lensch, se dressent ouvertement aussi bien contre l'autod&#233;termination que contre le rejet des annexions. Quant aux kautskistes, ils reconnaissent hypocritement l'autod&#233;termination : c'est la voie suivie chez nous, en Russie, par Trotsky et Martov. En paroles, ils sont tous les deux pour l'autod&#233;termination, comme Kautsky. Mais en fait ? En ce qui concerne Trotsky, Si vous prenez ses articles : &#8220;La nation et l'&#233;conomie&#8221;, dans Nach&#233; Slovo [2] vous y retrouverez son &#233;clectisme habituel : d'une part, l'&#233;conomie fusionne les nations, d'autre part, l'oppression nationale les d&#233;sunit. Conclusion ? La conclusion, c'est que l'hypocrisie continue &#224; r&#233;gner impun&#233;ment, que l'agitation reste sans vie, car elle ne touche pas au fondamental, au principal, &#224; l'essentiel, &#224; ce qui d&#233;bouche sur la pratique l'attitude &#224; l'&#233;gard d'une nation opprim&#233;e par &#8220;la mienne&#8221;. Martov et les autres secr&#233;taires &#224; ]'&#233;tranger ont pr&#233;f&#233;r&#233; oublier purement et simplement - opportune amn&#233;sie ! - la lutte de leur coll&#232;gue et confr&#232;re Semkovski contre l'autod&#233;termination. Dans la presse l&#233;gale des partisans de Gvozdev (Nach&#233; Goloss), Martov s'est prononc&#233; en faveur de l'autod&#233;termination en s'appliquant &#224; d&#233;montrer cette v&#233;rit&#233; incontestable que le fait de reconna&#238;tre l'autod&#233;termination n'obligeait pas pour autant &#224; participer &#224; la guerre imp&#233;rialiste, mais en &#233;ludant l'essentiel - comme il le fait aussi dans la presse libre, ill&#233;gale ! - &#224; savoir que la Russie avait battu d&#233;j&#224; en temps de paix le record mondial de l'oppression des nations sur la base d'un imp&#233;rialisme beaucoup plus grossier, m&#233;di&#233;val, &#233;conomiquement arri&#233;r&#233;, militaire et bureaucratique. Le social-d&#233;mocrate russe qui &#8220;reconna&#238;t&#8221; le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes &#224; peu pr&#232;s comme le reconnaissent MM. Plekhanov, Potressov et Cie, c'est-&#224;-dire sans lutter pour la libert&#233; de s&#233;paration des nations opprim&#233;es par le tsarisme, est en fait un imp&#233;rialiste et un valet du tsarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles que soient les &#8220;bonnes&#8221; intentions subjectives de Trotsky et de Martov, ils soutiennent objectivement par leur attitude &#233;vasive le social-imp&#233;rialisme russe. L'&#233;poque imp&#233;rialiste a amen&#233; toutes les &#8220;grandes&#8221; puissances &#224; opprimer une s&#233;rie de nations, et le d&#233;veloppement de l'imp&#233;rialisme entra&#238;nera infailliblement une division plus nette des courants qui se manifestent &#224; propos de cette question au sein, &#233;galement, de la social-d&#233;mocratie internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrit en juillet 1916, publi&#233; en octobre 1916 dans le &#8220;Recueil du Social-D&#233;mocrate&#8221; n&#176;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir la r&#233;solution sur la question nationale adopt&#233;e par la Conf&#233;rence &#233;largie aux militants du Comit&#233; Central du P.O.S.D.R. (&#233;t&#233; 1913).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Quotidien internationaliste russe, &#233;dit&#233; &#224; Paris et dirig&#233; par Trotsky et Martov.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lire encore sur la question nationale :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2591&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2591&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7037&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7037&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1622&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1622&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article313&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article313&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1239&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1239&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1525&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1525&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5742&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5742&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5487&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5487&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Qui &#233;tait L&#233;nine</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8547</link>
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		<dc:date>2025-05-02T22:13:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Ioff&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/joffe/works/1924/00/mort_Lenine.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine rapport&#233; par Rakovsky &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1924/01/Rakovsky_Lenine.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine rapport&#233; par Victor Serge &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/serge/works/1924/06/index.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/serge/works/1924/06/01.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/cmo/n23/JVictor_Serge_6_corr.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine rapport&#233; par Pr&#233;obrajensky (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Ioff&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/joffe/works/1924/00/mort_Lenine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/joffe/works/1924/00/mort_Lenine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Rakovsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1924/01/Rakovsky_Lenine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1924/01/Rakovsky_Lenine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Victor Serge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/serge/works/1924/06/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/serge/works/1924/06/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/serge/works/1924/06/01.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/serge/works/1924/06/01.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cmo/n23/JVictor_Serge_6_corr.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cmo/n23/JVictor_Serge_6_corr.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Pr&#233;obrajensky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/preobrajensky/works/1924/03/Lui.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/preobrajensky/works/1924/03/Lui.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Anatoli Lounatcharsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lounatcharsky/works/souvenirs.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lounatcharsky/works/souvenirs.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lounatcharsky/works/1918/00/Lounatcharsky-Silhouettes.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lounatcharsky/works/1918/00/Lounatcharsky-Silhouettes.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Kollonta&#239;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kollontai/works/1925/10/premiers_lenine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/kollontai/works/1925/10/premiers_lenine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Rosmer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1925/01/mort_Lenine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1925/01/mort_Lenine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/msl/msl2010.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/msl/msl2010.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/04/lt1924042100.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/04/lt1924042100.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/jeunesse_lenine/Jeunesse_Lenine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/jeunesse_lenine/Jeunesse_Lenine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Bordiga&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/bordiga/works/1924/02/bordiga_lenine.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/bordiga/works/1924/02/bordiga_lenine.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Tony Cliff&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cliff/1975/construire/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cliff/1975/construire/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Zinoviev&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/zinoviev/works/1918/09/Lenine_1918.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/zinoviev/works/1918/09/Lenine_1918.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/zinoviev/works/1923/00/esquisse.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/zinoviev/works/1923/00/esquisse.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Radek&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/radek/works/1923/03/Radek%20Lenine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/radek/works/1923/03/Radek%20Lenine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Gorky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/gorky/gorky.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/gorky/gorky.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Ma&#239;akovsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/maiakovsky/Maiakovsky_Lenine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/maiakovsky/Maiakovsky_Lenine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Souvarine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/souvarine/works/1924/02/Souvarine_sur_Lenine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/souvarine/works/1924/02/Souvarine_sur_Lenine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Rhys Williams&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/williams/works/1919/homme%20et%20oeuvre.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/williams/works/1919/homme%20et%20oeuvre.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Bloch&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/bloch/bloch-lenine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/bloch/bloch-lenine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine rapport&#233; par Matierevolution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?page=recherche&amp;recherche=l%C3%A9nine&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?page=recherche&amp;recherche=l%C3%A9nine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L&#233;nine : tout le pouvoir aux soviets</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8495</link>
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		<dc:date>2025-04-13T22:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;nine : tout le pouvoir aux soviets &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien des auteurs, politiques ou historiques, opposent le parti r&#233;volutionnaire et les soviets, affirmant qu'&#234;tre pour le r&#244;le du parti c'est combattre celui des soviets. C'est un contresens qui n'est nullement une erreur mais un parti pris car la classe exploit&#233;e ne peut diriger la lutte contre ses ennemis de classe au travers de ses soviets que si elle se dirige politiquement &#224; l'aide de partis. Toutes les r&#233;volutions sociales le d&#233;montrent. Et ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine : tout le pouvoir aux soviets&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien des auteurs, politiques ou historiques, opposent le parti r&#233;volutionnaire et les soviets, affirmant qu'&#234;tre pour le r&#244;le du parti c'est combattre celui des soviets. C'est un contresens qui n'est nullement une erreur mais un parti pris car la classe exploit&#233;e ne peut diriger la lutte contre ses ennemis de classe au travers de ses soviets que si elle se dirige politiquement &#224; l'aide de partis. Toutes les r&#233;volutions sociales le d&#233;montrent. Et ce n'est pas n'importe quel parti qui peut jouer ce r&#244;le : seulement ceux qui appuient de toutes leurs forces la formation des soviets et leur pr&#233;paration &#224; leur r&#244;le de destruction de l'Etat capitaliste et de mise en place du pouvoir des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article652&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article652&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170422i.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170422i.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170409.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170409.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/06/1-co-so/vil19170601.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/06/1-co-so/vil19170601.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;juillet 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/vil19170830.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/vil19170830.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/07/vil19170718.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/07/vil19170718.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ao&#251;t 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170912b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170912b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;septembre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170927b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170927b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170910m.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170910m.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171010.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171010.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008c.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008c.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novembre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1583&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1583&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine en 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4206&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4206&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110e.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110e.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article153&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article153&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine et les soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8306&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8306&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des soviets et du Parti dans la r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7329&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7329&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme politique de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4399&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4399&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment la Russie a cess&#233; d'&#234;tre le pays de la r&#233;volution des soviets, premier pas de la r&#233;volution mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4922&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4922&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue de Tony Cliff&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cliff/1976/soviets/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cliff/1976/soviets/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L&#233;nine et Zinoviev pendant la premi&#232;re guerre mondiale, &#171; Contre le courant &#187;</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8021</link>
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		<dc:date>2025-01-30T23:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;nine et Zinoviev pendant la premi&#232;re guerre mondiale, &#171; Contre le courant &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine et Zinoviev, &#171; Contre le courant &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Tome 1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Tome 2 &lt;br class='autobr' /&gt;
1914-1915 &lt;br class='autobr' /&gt;
1915-1917 &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine, La guerre et la social-d&#233;mocratie russe &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine, Le socialisme et la guerre &lt;br class='autobr' /&gt;
Zinoviev, Pacifisme ou marxisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Zinoviev, Qu'est-ce que l'imp&#233;rialisme ? Zinoviev, Les racines sociales de l'opportunisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Zinoviev, Deux &#233;poques de la guerre&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L&#233;nine et Zinoviev pendant la premi&#232;re guerre mondiale, &#171; Contre le courant &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&amp;version=1.2&amp;collapsing=disabled&amp;rk=107296;4&amp;query=%28gallica%20all%20%22la%20r%C3%A9volution%20sociale%20de%20karl%20Kautsky%22%29%20and%20dc.relation%20all%20%22cb307901101%22&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine et Zinoviev, &#171; Contre le courant &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://groupemarxiste.info/documents/Contre-le-courant_Tome-I_1914-1915_Lenine-Zinoviev.pdf.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tome 1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://groupemarxiste.info/documents/Contre-le-courant_Tome-II_1915-1917_Lenine-Zinoviev.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tome 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96333462.r=la%20r%C3%A9volution%20sociale%20de%20karl%20Kautsky?rk=21459;2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1914-1915&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9633347g.r=la%20r%C3%A9volution%20sociale%20de%20karl%20Kautsky?rk=42918;4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1915-1917&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1914/11/vil19141101a.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine, La guerre et la social-d&#233;mocratie russe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1915/08/vil19150800.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine, Le socialisme et la guerre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/zinoviev/works/1915/08/pacifisme.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Zinoviev, Pacifisme ou marxisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/zinoviev/works/1916/00/imperialisme.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Zinoviev, Qu'est-ce que l'imp&#233;rialisme ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/zinoviev/works/1916/war/opp-index.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Zinoviev, Les racines sociales de l'opportunisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/zinoviev/works/1916/war/2eras-index.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Zinoviev, Deux &#233;poques de la guerre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un combat politique et r&#233;volutionnaire sur l'h&#233;ritage de L&#233;nine</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8538</link>
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		<dc:date>2025-01-24T23:35:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un combat politique et r&#233;volutionnaire sur l'h&#233;ritage de L&#233;nine &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky rapporte : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L&#233;nine ne se faisait pas d'illusions. Sa pr&#233;occupation dominante &#233;tait alors l'avenir du Parti : comment marcherait le travail sans lui et apr&#232;s lui ? A cette &#233;poque se formait d&#233;j&#224; dans sa t&#234;te le document qui, dans la suite, est devenu connu comme son Testament. Dans la m&#234;me p&#233;riode, quelques semaines avant la deuxi&#232;me crise, j'eus avec lui une grande conversation. En raison de l'importance politique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un combat politique et r&#233;volutionnaire sur l'h&#233;ritage de L&#233;nine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trotsky rapporte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#233;nine ne se faisait pas d'illusions. Sa pr&#233;occupation dominante &#233;tait alors l'avenir du Parti : comment marcherait le travail sans lui et apr&#232;s lui ? A cette &#233;poque se formait d&#233;j&#224; dans sa t&#234;te le document qui, dans la suite, est devenu connu comme son Testament.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la m&#234;me p&#233;riode, quelques semaines avant la deuxi&#232;me crise, j'eus avec lui une grande conversation. En raison de l'importance politique de l'entretien, j'en fis part aussit&#244;t &#224; plusieurs de mes amis ; c'est une des raisons pour lesquelles j'ai gard&#233; des propos de L&#233;nine un souvenir tr&#232;s pr&#233;cis.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine m'avait demand&#233; d'aller le voir dans sa chambre au Kremlin. Il avait constat&#233;, &#224; son retour au travail, une croissance monstrueuse du bureaucratisme dans notre appareil sovi&#233;tique ; il &#233;tait urgent de l'enrayer. Il sugg&#233;rait la cr&#233;ation d'une commission sp&#233;ciale du Comit&#233; central et me demandait d'y participer activement. Je r&#233;pondis : &#171; Vladimir Ilitch, je suis convaincu que, dans la lutte contre le bureaucratisme de l'appareil sovi&#233;tique, nous ne devons pas perdre de vue le ph&#233;nom&#232;ne g&#233;n&#233;ral qui domine la situation : une s&#233;lection sp&#233;ciale de fonctionnaires et de sp&#233;cialistes, de membres du Parti et d'hommes hors parti, au Centre et dans les provinces, m&#234;me dans les bureaux locaux du Parti, est faite sur la base de la loyaut&#233; envers certaines personnalit&#233;s dominantes du Parti et certains groupes &#224; l'int&#233;rieur du Comit&#233; central lui-m&#234;me. Chaque fois que vous attaquez un petit secr&#233;taire, vous tombez sur un dirigeant important du Parti... Je ne pourrais donc pas, dans les circonstances pr&#233;sentes, travailler avec la commission dont vous parlez. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine se montra pr&#233;occup&#233; pour un moment et - je cite ses paroles litt&#233;ralement - me dit : &#171; En d'autres termes, je vous propose une campagne contre le bureaucratisme de l'appareil sovi&#233;tique et vous me proposez de l'&#233;tendre en y ajoutant le bureaucratisme du Bureau d'organisation du Parti ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me mis &#224; rire, tellement la remarque &#233;tait pour moi inattendue : &#171; Mettons qu'il en soit ainsi. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Eh bien ! alors, reprit L&#233;nine, je vous propose un bloc.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il est toujours agr&#233;able de faire un bloc avec un brave homme, dis-je. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous conv&#238;nmes que L&#233;nine se chargerait de la proposition tendant &#224; cr&#233;er cette commission du Comit&#233; central qui devrait engager la bataille contre le bureaucratisme &#171; en g&#233;n&#233;ral &#187;, et dans le Bureau d'organisation en particulier. Nous nous s&#233;par&#226;mes l&#224;-dessus. Deux semaines pass&#232;rent. La sant&#233; de L&#233;nine empira. C'est alors que ses secr&#233;taires m'apport&#232;rent ses notes et sa lettre sur la question nationale. Puis, pendant des mois, il fut paralys&#233; par l'art&#233;rioscl&#233;rose, et rien ne pouvait &#234;tre fait concernant notre bloc contre le bureaucratisme du Parti. Il est &#233;vident que le plan de L&#233;nine &#233;tait dirig&#233; avant tout contre Staline, bien que son nom ne f&#251;t pas mentionn&#233; ; cela correspondait &#224; la d&#233;marche de la pens&#233;e et des pr&#233;occupations que L&#233;nine formula explicitement dans son Testament. Si, &#224; cette &#233;poque, Staline tenait dans ses mains la commission centrale de contr&#244;le, le Bureau d'organisation et le secr&#233;tariat du Parti, Zinoviev avait la majorit&#233; au Bureau politique et au Comit&#233; central, ce qui contribuait &#224; lui assurer la premi&#232;re place dans le triumvirat. La lutte entre lui et Staline, dissimul&#233;e mais cependant fort vive, avait pour objet la conqu&#234;te de la majorit&#233; au congr&#232;s du Parti. Zinoviev contr&#244;lait compl&#232;tement l'organisation de P&#233;trograd, et son partenaire Kam&#233;nev celle de Moscou. Les deux centres les plus importants du Parti n'avaient donc besoin que de l'appui de quelques autres pour obtenir la majorit&#233; au congr&#232;s. Cette majorit&#233; &#233;tait n&#233;cessaire pour l'&#233;lection d'un Comit&#233; central et la ratification de r&#233;solutions favorables &#224; Zinoviev. Mais celui-ci &#233;choua &#224; obtenir une majorit&#233; ; la plupart des organisations du Parti en dehors de P&#233;trograd et de Moscou rest&#232;rent sous la solide emprise du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant Zinoviev insistait pour prendre la place de L&#233;nine au douzi&#232;me congr&#232;s et assumer ainsi ouvertment le r&#244;le de successeur de L&#233;nine en faisant le rapport politique d&#232;s la s&#233;ance d'ouverture. Durant les pr&#233;paratifs du congr&#232;s, la question la plus &#233;pineuse &#233;tait de savoir qui prononcerait ce discours cl&#233; ; depuis la fondation du parti, il avait toujours &#233;t&#233; la pr&#233;rogative de L&#233;nine. Quand elle vint devant le Bureau politique, Staline fut le premier &#224; dire : &#171; Le rapport politique devra &#234;tre fait naturellement par le camarade Trotsky. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne pouvais accepter, car &#224; mes yeux cela aurait sembl&#233; signifier que je songeais &#224; remplacer L&#233;nine au moment o&#249; il se d&#233;battait contre la maladie. Je r&#233;pondis &#224; peu pr&#232;s ceci : &#171; Il s'agit d'un int&#233;rim, nous esp&#233;rons que L&#233;nine sera bient&#244;t r&#233;tabli. Dans l'intervalle, le rapport doit &#234;tre fait par le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, cela d&#233;coule de sa fonction et &#233;liminera tout pr&#233;texte, &#224; de vaines sp&#233;culations. D'ailleurs, entre vous et moi, il y a de s&#233;rieuses divergences, notamment dans les questions &#233;conomiques, et je suis dans la minorit&#233;. - Mais supposons qu'il n'y ait pas de divergences ? &#187; demanda Staline, laissant ainsi entendre qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; faire des concessions, c'est-&#224;-dire &#224; conclure un compromis pourri.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kalinine intervint dans ce dialogue : &#171; Quelles divergences ? me demanda-t-il. Vos propositions sont toujours adopt&#233;es par le Bureau politique. &#187; Je continuais &#224; insister pour que Staline fit le rapport. &#171; En aucun cas, r&#233;pliqua-t-il avec une modestie d&#233;monstrative. Le Parti ne comprendrait pas. Le rapport doit &#234;tre fait par Ie membre le plus populaire du Comit&#233; central. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La question fut finalement tranch&#233;e au Comit&#233; central, o&#249; Zinoviev eut la majorit&#233;. Il devenait alors clair pour les membres du Parti que Zinoviev prenait la place de L&#233;nine &#224; la t&#234;te du Parti. Mais le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral se h&#226;ta de man&#339;uvrer contre son co-triumvir, Zinoviev ne fut pas accueilli par les applaudissements habituels ; un silence pesant r&#233;gna pendant qu'il pronon&#231;ait son discours. Le verdict des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;tait clair : dans son nouveau r&#244;le, Zinoviev &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un usurpateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le douzi&#232;me congr&#232;s du Parti, qui dura une semaine, du 17 au 25 avril 1923, &#233;leva Staline d'une position subalterne &#224; la premi&#232;re place dans le triumvirat. La majorit&#233; de Zinoviev au Comit&#233; central et au Bureau politique fut renvers&#233;e ; Staline gagnait le contr&#244;le de l'un et de l'autre. Mais son ach&#232;vement le plus important touchait la Commission centrale de contr&#244;le et le r&#233;seau des commissions de contr&#244;le provinciales. Au onzi&#232;me congr&#232;s, Staline &#233;tait devenu le ma&#238;tre secret de la Commission centrale de contr&#244;le ; la majorit&#233; de ses membres &#233;taient ses hommes. Mais les commissions provinciales ou locales, beaucoup d'entre elles &#233;lues avant qu'il dev&#238;nt secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, &#233;chappaient &#224; son emprise. Staline aborda le probl&#232;me selon sa mani&#232;re habituelle. Sous un pr&#233;texte quelconque, des affaires soumises &#224; la juridiction de commissions hostiles &#233;taient simplement transf&#233;r&#233;es &#224; la commission centrale quand elles touchaient aux int&#233;r&#234;ts du secr&#233;tariat ; de plus, partout o&#249; cela pouvait &#234;tre fait sans retenir l'attention, les commissions &#233;taient simplement abolies par d&#233;cision de la commission centrale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant &#233;t&#233; battu au douzi&#232;me congr&#232;s, Zinoviev tenta de r&#233;tablir sa position politique par un marchandage. Il h&#233;sita entre deux plans : 1&#176; r&#233;duire le secr&#233;tariat &#224; son ancien statut de d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard du Bureau politique, en le privant de tous les pouvoirs qu'il s'&#233;tait lui-m&#234;me attribu&#233;s, et 2&#176; y introduire un coll&#232;ge sp&#233;cial de trois membres qui constituerait sa plus haute autorit&#233;, ces trois devant &#234;tre Staline, Trotsky et soit Kam&#233;nev, soit Boukharine ou Zinoviev. Quelque combinaison de ce genre, pensait-il, &#233;tait indispensable pour contrecarrer l'influence excessive de Staline.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il inaugura ces tractations &#224; Kislovodsk, en septembre 1923. Vorochilov, alors &#224; Rostov, re&#231;ut une invitation t&#233;l&#233;graphique. De m&#234;me l'ami de Staline, Ordjonikidz&#233;. Les autres dirigeants pr&#233;sents &#233;taient Zinoviev, Boukharine, Lach&#233;vitch et Evdokimov. Zinoviev, qui &#233;crivit un r&#233;sum&#233; de cette conf&#233;rence, relatait que &#171; le camarade Staline r&#233;pondit par un t&#233;l&#233;gramme d'un ton grossier mais amical... Il vint quelque temps plus tard et nous e&#251;mes plusieurs conversations. On d&#233;cida finalement que nous ne toucherions pas au secr&#233;tariat, mais qu'afin de coordonner le travail d'organisation avec les activit&#233;s politiques, nous enverrions trois membres du Bureau politique au Bureau d'organisation. Cette suggestion peu pratique fut faite par le camarade Staline et nous l'accept&#226;mes... Les trois membres du Bureau politique &#233;taient Trotsky, Boukharine et moi. J'assistai aux s&#233;ances du Bureau d'organisation une ou deux fois, je pense ; Boukharine et Trotsky ne vinrent pas une seule fois. Il ne sortit rien de cet essai. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant cette p&#233;riode, la situation r&#233;volutionnaire en Allemagne &#233;tait entr&#233;e dans une phase aigu&#235;. Cependant les triumvirs &#233;taient trop pr&#233;occup&#233;s par leur lutte contre Trotsky et par leurs propres rivalit&#233;s pour accorder &#224; ce probl&#232;me capital - il dominait alors tous les autres - l'attention qu'il m&#233;ritait. Au Comit&#233; ex&#233;cutif &#233;largi de l'Internationale communiste, que Zinoviev r&#233;unit &#224; Moscou du 12 au 24 juin pour arr&#234;ter les grandes lignes de l'action et fixer le r&#244;le que chaque section de l'Internationale communiste devrait y jouer, les discussions et les conclusions furent si confuses que les participants eux-m&#234;mes &#233;taient embarrass&#233;s pour indiquer les d&#233;cisions prises, et les interpr&#233;tations qu'ils en donnaient &#233;taient parfois nettement divergentes. Elles ne faisaient, au reste, que refl&#233;ter celles qui existaient parmi les triumvirs, comme on l'apprit plus tard quand fut rendue publique la lettre suivante que Staline &#233;crivit &#224; la date du 7 ao&#251;t 1923 : &lt;br class='autobr' /&gt;
Devons-nous, nous communistes, chercher (dans phase actuelle) &#224; nous emparer du pouvoir sans les social-d&#233;mocrates ; sommes-nous assez m&#251;rs pour cela ? Selon moi, tout est l&#224;. En prenant le pouvoir, nous avions, en Russie des r&#233;serves comme : a) le pain, b) la terre au paysans, c) le soutien de l'immense majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re, d) la sympathie des paysans. Les communistes allemands n'ont en ce moment rien de semblable. Certes, ils ont dans leur voisinage la nation sovi&#233;tique, ce que nous n'avions pas, mais que pouvons-nous leur offrir &#224; l'heure actuelle ? Si, aujourd'hui, en Allemagne, le pouvoir pour ainsi dire tombait et que les communistes s'en saisissent, ils &#233;choueraient avec fracas. Cela dans le &#171; meilleur &#187; des cas. Et dans le pire, on les mettrait en pi&#232;ces et on les rejetterait en arri&#232;re. Le tout n'est pas que Brandler veut &#171; &#233;duquer les masses &#187; - le tout est que la bourgeoisie, plus les social-d&#233;morates de droite, transformeraient &#224; coup s&#251;r le cours - la d&#233;monstration - en bataille g&#233;n&#233;rale (en ce moment toutes les chances sont de leur c&#244;t&#233;) et les &#233;craseraient. Certes, les fascistes ne dorment pas, mais nous avons int&#233;r&#234;t &#224; ce qu'ils attaquent les premiers : cela groupera toute la classe ouvri&#232;re autour des communistes (l'Allemagne n'est pas la Bulgarie). D'ailleurs, d'apr&#232;s tous les renseignements, les fascistes sont faibles en Allemagne. Selon moi, on doit retenir les Allemands et non pas les stimuler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce document lamentable, o&#249; une crasse ignorance s'&#233;tale &#224; chaque ligne, marque les d&#233;buts de Staline dans la participation aux travaux de l'Internationale communiste, il n'avait assist&#233; &#224; aucun de ses congr&#232;s, et on peut comprendre pourquoi la direction du Parti communiste russe l'en tenait &#224; l'&#233;cart.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'un mouvement r&#233;volutionnaire engag&#233; dans de telles conditions se soit termin&#233; par une d&#233;b&#226;cle, on ne peut s'en &#233;tonner. Les triumvirs qui en portaient la pleine responsabilit&#233; n'eurent cependant d'autre souci que de trouver un bouc &#233;missaire et de d&#233;tourner sur lui Ieurs critiques, ils d&#233;nonc&#232;rent l'homme qui &#233;tait alors &#224; la t&#234;te du Parti communiste allemand, Brandler, comme &#171; droitier &#187; et le firent condamner par toutes les sections de l'Internationale communiste o&#249; le &#171; monolithisme &#187; commen&#231;ait &#224; s'implanter.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;route allemande eut une r&#233;percussion imm&#233;diate au sein du Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique. Les bolch&#233;viks sinc&#232;res &#233;taient troubl&#233;s, beaucoup d'entre eux insistaient pour avoir autre chose qu'un compte-rendu de pure forme au sujet de l'attitude des dirigeants du Parti en cette circonstance. Ils voulaient que les probl&#232;mes pos&#233;s soient discut&#233;s dans un d&#233;bat public. Leur premi&#232;re demande &#233;tait donc la restauration du droit de former des fractions &#224; l'int&#233;rieur du Parti, droit aboli par le dixi&#232;me congr&#232;s en 1921. Le m&#233;contentement manifest&#233; &#224; l'int&#233;rieur du Parti &#224; l'&#233;gard du triumvirat avait couv&#233; depuis le douzi&#232;me congr&#232;s ; il n'&#233;tait pas limit&#233; aux triumvirs, il &#233;tait dirig&#233; contre le Comit&#233; central dans son ensemble. Quarante-six bolch&#233;viks &#233;minents, parmi lesquels Piatakov, Sapronov, S&#233;r&#233;briakov, Pr&#233;obrajensky, Ossinsky, Drobnis, Alsky, V.M. Smirnov, publi&#232;rent une d&#233;claration dans laquelle ils disaient notamment : &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;gime qui a &#233;t&#233; &#233;tabli dans le Parti est absolument intol&#233;rable. Il annihile toute initiative &#224; l'int&#233;rieur du Parti. Il remplace le Parti par l'appareil.... qui fonctionne assez bien quand tout va bien, mais qui, in&#233;vitablement flanche dans les p&#233;riodes de crises et qui menace de faire compl&#232;te banqueroute lorsqu'il se trouvera en pr&#233;sence des graves d&#233;veloppements qui sont devant nous. La pr&#233;sente situation est due au fait que le r&#233;gime d'une dictature fractionnelle, qui se d&#233;veloppa apr&#232;s le dixi&#232;me congr&#232;s, a surv&#233;cu &#224; son utilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les quarante-six se d&#233;claraient non satisfaits des gestes vides de la r&#233;union pl&#233;ni&#232;re de septembre &#171; &#233;largissant la d&#233;mocratie &#187; dans le Parti. Des meetings de protestation &#233;taient organis&#233;s, et l'agitation publique contre le r&#233;gime bureaucratique ne se manifestait pas seulement &#224; l'int&#233;rieur des institutions sovi&#233;tiques, mais m&#234;me dans les organisations du Parti. Dans un effort pour d&#233;composer ce mouvement croissant de protestation, qui mena&#231;ait de se d&#233;velopper en une opposition unie de la gauche, Zinoviev, au nom du triumvirat, publia un article dans le num&#233;ro du 7 novembre de la Pravda - sixi&#232;me anniversaire de la R&#233;volution bolch&#233;viste - qui autorisait la discussion, en affirmant d'ailleurs qu'une &#171; d&#233;mocratie ouvri&#232;re &#187; existait dans le Parti. En m&#234;me temps, des d&#233;bats entre les dirigeants aboutirent finalement &#224; une r&#233;solution que le Comit&#233; central fit sienne le 5 d&#233;cembre 1923, dans laquelle la bureaucratie, les privil&#232;ges sp&#233;ciaux, etc.. &#233;taient condamn&#233;s, et la restauration du droit de critique solennellement promise, ainsi que des &#233;lections sinc&#232;res dans tous les domaines. Trotsky, malade depuis le commencement de novembre, et par suite incapable de participer &#224; la discussion g&#233;n&#233;rale, joignit sa signature &#224; celle des autres membres du Comit&#233; central.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte int&#233;rieure s'&#233;tait d&#233;roul&#233;e dans un tel secret que le Parti dans son ensemble l'ignorait compl&#232;tement et tous ses membres, sauf une poign&#233;e d'initi&#233;s, regardaient Trotsky comme un d&#233;fenseur du pr&#233;sent r&#233;gime. Aussi, apr&#232;s avoir sign&#233; la r&#233;solution du 5 d&#233;cembre, d&#233;cida-t-il de publier une d&#233;claration pr&#233;cisant sa propre position, dans laquelle il expliquait franchement ses craintes touchant le danger bureaucratique la possibilit&#233; d'une d&#233;g&#233;n&#233;rescence du mouvement bolch&#233;viste, appelait la jeunesse &#224; d&#233;daigner l'ob&#233;issance passive, l'arrivisme et la servilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette lettre provoqua une temp&#234;te d'indignation parmi les dirigeants. Le plus furieux de tous &#233;tait Zinoviev qui, comme Boukharine, devait le r&#233;v&#233;ler quatre ann&#233;es plus tard, insista pour que Trotsky f&#251;t arr&#234;t&#233; et accus&#233; de trahison. De plus, bien que la discussion ait &#233;t&#233; officiellement autoris&#233;e, la Commission centrale de contr&#244;le si&#233;gea sans arr&#234;t. La treizi&#232;me conf&#233;rence du Parti, r&#233;unie du 16 au 19 janvier 1924, pour pr&#233;parer le treizi&#232;me congr&#232;s qui devait avoir lieu en mai, adopta, sur la base d'un rapport de Staline, une r&#233;solution qui condamnait la discussion pour la d&#233;mocratie &#224; l'int&#233;rieur du Parti et le r&#244;le de Trotsky dans les termes suivants : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'opposition dirig&#233;e par Trotsky met en avant le mot d'ordre : &#034;l'appareil du Parti doit &#234;tre bris&#233;&#034;, et elle tente de transf&#233;rer le centre de gravit&#233; de la lutte contre la bureaucratie dans l'appareil de l'Etat en la lutte contre la &#034;bureaucratie&#034; de l'appareil du Parti. Une telle critique d&#233;pourvue de tout fondement et la tentative directe de discr&#233;diter l'appareil du Parti ne peuvent, objectivement parlant, conduire &#224; rien d'autre qu'&#224; soustraire l'appareil de l'Etat &#224; l'influence du Parti. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, le Bureau politique ordonna &#224; Trotsky, encore malade, d'aller faire une cure au Caucase. C'est pendant ce voyage qu'il re&#231;ut un t&#233;l&#233;gramme de Staline disant que L&#233;nine, dont la sant&#233; s'&#233;tait r&#233;cemment am&#233;lior&#233;e, &#233;tait mort soudainement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiquement, Staline et moi avons &#233;t&#233; longtemps dans des camps oppos&#233;s et irr&#233;conciliables. Mais dans certains cercles, c'est devenu la r&#232;gle de parler de ma &#171; haine &#187; de Staline et d'assumer a priori que tout ce que j'&#233;cris, non seulement sur le dictateur de Moscou mais sur l'Union sovi&#233;tique, est inspir&#233; par ce sentiment. Pendant les dix ann&#233;es de mon pr&#233;sent exil, les agents litt&#233;raires du Kremlin se sont syst&#233;matiquement d&#233;charg&#233;s de la n&#233;cessit&#233; de r&#233;pondre pertinemment &#224; ce que j'&#233;cris sur l'U.R.S.S. par une allusion trop commode &#224; ma &#171; haine &#187; de Staline. Freud d&#233;sapprouvait hautement cette vari&#233;t&#233; de psychanalyse de pacotille. La haine, est, apr&#232;s tout, une sorte de lien personnel. Or, Staline et moi nous avons &#233;t&#233; s&#233;par&#233;s par des &#233;v&#233;nements qui ont an&#233;anti et r&#233;duit en cendres tout ce qu'il pouvait y avoir de personnel entre nous, sans laisser aucun r&#233;sidu d'aucune sorte. Il y a un &#233;l&#233;ment d'envie dans la haine. Mais pour moi, en esprit et en sentiment, l'ascension sans pr&#233;c&#233;dent de Staline repr&#233;sente la chute la plus profonde. Staline est mon ennemi. Mais Hitler aussi est mon ennemi, et de m&#234;me Mussolini, et de m&#234;me beaucoup d'autres. Aujourd'hui, je porte aussi peu de haine &#224; Staline qu'&#224; Hitler, &#224; Franco ou au mikado. Avant tout, je m'efforce de les comprendre, de fa&#231;on &#224; &#234;tre mieux &#233;quip&#233; pour les combattre. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, dans les questions d'importance historique, la haine personnelle est un sentiment m&#233;diocre et m&#233;prisable. Il n'est pas seulement d&#233;gradant, il rend aveugle. Eh bien ! &#224; la lumi&#232;re des &#233;v&#233;nements qui se sont r&#233;cemment d&#233;roul&#233;s dans le monde, aussi bien que dans l'Union sovi&#233;tique, beaucoup de mes adversaires eux-m&#234;mes se sont convaincus que je n'&#233;tais pas si aveugle : celles de mes pr&#233;dictions qui semblaient les moins plausibles se sont montr&#233;es correctes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces lignes d'introduction pro domo sua sont d'autant plus n&#233;cessaires que je vais aborder maintenant un th&#232;me particuli&#232;rement p&#233;nible. Je me suis efforc&#233; de d&#233;gager les caract&#233;ristiques g&#233;n&#233;rales de Staline sur la base d'une observation attentive et d'une minutieuse &#233;tude de sa biographie. Je ne nie pas que le portrait qui en r&#233;sulte soit sombre et m&#234;me sinistre. Mais je d&#233;fie quiconque d'essayer de lui en substituer un autre, de trouver une figure plus humaine derri&#232;re ces faits qui ont choqu&#233; l'imagination des hommes durant les derni&#232;res ann&#233;es - les &#233;purations massives, les accusations sans analogue, les proc&#232;s fantastiques, l'extermination d'une enti&#232;re g&#233;n&#233;ration de r&#233;volutionnaires, et finalement les r&#233;centes machinations dans le domaine international.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, je vais pr&#233;senter des faits plut&#244;t exceptionnels, ainsi que des pens&#233;es et suspicions qui s'y rattachent, sur ce sujet-ci : comment un r&#233;volutionnaire provincial est devenu le dictateur d'un grand pays. Ces pens&#233;es et suspicions ne me sont pas venues d'un coup. Elles ont m&#251;ri lentement, et toutes les fois qu'elles me venaient &#224; l'esprit dans le pass&#233;, je les rejetais comme le produit d'une m&#233;fiance excessive. Mais les &#171; proc&#232;s de Moscou &#187; - qui r&#233;v&#233;l&#232;rent un diabolique essaim d'intrigues, de faux, de falsifications, d'empoisonnements et de meurtres, issu du dictateur du Kremlin - ont projet&#233; une lueur sinistre sur les ann&#233;es ant&#233;rieures. Je commen&#231;ais alors &#224; me demander avec une insistance croissante : &#171; Quel fut le r&#244;le r&#233;el de Staline au temps de la maladie de L&#233;nine ? Le &#034;disciple&#034; ne fit-il rien pour &#034;h&#226;ter&#034; la mort de son &#034;ma&#238;tre&#034; ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me rends compte mieux que quiconque de la monstruosit&#233; d'un tel soup&#231;on. Mais qu'y faire, quand il d&#233;coule de circonstances, de faits, et du caract&#232;re de Staline lui-m&#234;me ? En 1922, l'appr&#233;hension de L&#233;nine l'avait conduit &#224; donner cet avertissement : &#171; Ce cuisinier ne nous pr&#233;parera que des plats &#233;pic&#233;s. &#187; Ils se trouv&#232;rent &#234;tre non seulement &#233;pic&#233;s, mais empoisonn&#233;s, et pas seulement au sens figur&#233; mais litt&#233;ralement. En 1937, je notai par &#233;crit, pour la premi&#232;re fois, des faits, qui, en leur temps (1923-1924), ne furent connus que de sept ou huit personnes, et alors seulement partiellement. De ce nombre, en dehors de moi-m&#234;me, seuls Staline et Molotov sont encore parmi les vivants. Mais ces deux derniers - en accordant que Molotov f&#251;t parmi les initi&#233;s, ce dont je ne suis pas certain - n'ont aucune raison de confesser ce que je vais exposer maintenant. Je dois ajouter que chaque fait mentionn&#233; par moi, chaque r&#233;f&#233;rence et citation, peuvent &#234;tre confirm&#233;s, soit par des publications sovi&#233;tiques officielles, soit par des documents conserv&#233;s dans mes archives. J'eus l'occasion de fournir des explications orales et &#233;crites devant la commission d'enqu&#234;te sur les &#171; proc&#232;s de Moscou &#187; pr&#233;sid&#233;e par John Dewey, et pas une seule des centaines de ces r&#233;f&#233;rences et citations que j'ai pr&#233;sent&#233;es n'a jamais &#233;t&#233; contest&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'iconographie, riche en quantit&#233; (pour ne rien dire de sa qualit&#233;), constitu&#233;e durant les derni&#232;res ann&#233;es, montre invariablement L&#233;nine en compagnie de Staline. Ils sont assis c&#244;te &#224; c&#244;te, prennent conseil l'un du l'autre, se regardent amicalement. Cet encombrant motif r&#233;p&#233;t&#233; en peinture, en sculpture, sur l'&#233;cran, est dict&#233; par le d&#233;sir de faire oublier le fait que la derni&#232;re p&#233;riode de la vie de L&#233;nine fut domin&#233;e par un violent conflit entre Staline et lui, conflit qui s'acheva par une rupture totale. Comme toujours, il n'y avait absolument rien de personnel dans l'hostilit&#233; de L&#233;nine &#224; l'&#233;gard de Staline. Il est certain qu'il appr&#233;ciait hautement certains traits de Staline, sa fermet&#233; de caract&#232;re, son opini&#226;tret&#233;, m&#234;me sa duret&#233; et sa ruse, attributs indispensables dans les batailles, et par suite utiles au quartier g&#233;n&#233;ral du Parti. Mais, avec le temps, Staline profita de plus en plus des occasions que son poste offrait pour recruter des hommes d&#233;vou&#233;s &#224; lui personnellement, et pour se venger de ses adversaires. Ayant re&#231;u en 1919 la direction du commissariat de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne, Staline la transforma progressivement en un instrument de favoritisme et d'intrigues. Il fit du secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral du Parti une source in&#233;puisable de faveurs et de pr&#233;bendes. Il avait m&#233;sus&#233; de la m&#234;me fa&#231;on, pour des fins personnelles, de sa position de membre du Bureau d'organisation et du Bureau politique. Un motif personnel pouvait &#234;tre discern&#233; dans toutes ses actions. Peu &#224; peu L&#233;nine devint convaincu que certains traits de Staline, multipli&#233;s par l'appareil du Parti, &#233;taient directement nuisibles. C'est ainsi que m&#251;rit sa d&#233;cision d'&#233;carter Staline de l'appareil et de le replacer dans la situation de simple membre du Comit&#233; central du Parti. Les lettres de L&#233;nine de cette &#233;poque sont ce qu'il y a de plus inaccessible dans l'Union sovi&#233;tique d'aujourd'hui. Heureusement, des copies dactylographi&#233;es et des photocopies d'un certain nombre d'entre elles sont dans mes archives, j'en ai d&#233;j&#224; publi&#233; quelques-unes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La sant&#233; de L&#233;nine s'aggrava soudainement vers la fin 1921. La premi&#232;re attaque le frappa en mai de l'ann&#233;e suivante. Pendant deux mois, il fut incapable de se mouvoir, de parler ou d'&#233;crire. Il entra lentement en convalescence au commencement de juillet. Quand il put retourner au Kremlin, en octobre, et reprendre son travail, il fut litt&#233;ralement effray&#233; par le d&#233;veloppement de la bureaucratie, de l'arbitraire et des intrigues dans les institutions du Parti et du gouvernement. En d&#233;cembre, il ouvrit le feu contre Staline &#224; propos des pers&#233;cutions exerc&#233;es &#224; l'&#233;gard des nationalit&#233;s, sp&#233;cialement contre la politique qu'il imposait en G&#233;orgie, o&#249; l'autorit&#233; du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral &#233;tait ouvertement d&#233;fi&#233;e Il attaqua Staline sur la question du monopole du commerce ext&#233;rieur, et pr&#233;parait pour le prochain congr&#232;s du Parti un discours que ses secr&#233;taires, citant ses propres mots, d&#233;signaient comme &#171; une bombe contre Staline &#187;. Le 23 janvier, au grand effroi du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, il soumit un projet de cr&#233;ation d'une commission ouvri&#232;re de contr&#244;le qui devrait mettre un terme &#224; la toute-puissance de la bureaucratie. &#171; Parlons franchement, &#233;crivait L&#233;nine le 2 mars, le commissariat de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne ne jouit pas aujourd'hui de la plus l&#233;g&#232;re autorit&#233;... Il n'y a pas de pire institution, chez nous, que notre commissariat de l'Inspection. &#187; Or, Staline &#233;tait &#224; la t&#234;te de cette Inspection. Il comprit ce que signifiait un tel langage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au milieu de d&#233;cembre 1922, la sant&#233; de L&#233;nine empira de nouveau. Il dut s'abstenir d'assister aux conf&#233;rences, restant cependant en contact avec le Comit&#233; central au moyen de notes et de messages t&#233;l&#233;phon&#233;s. Staline agit imm&#233;diatement pour tirer profit de la situation en cachant &#224; L&#233;nine une grande partie des informations centralis&#233;es au secr&#233;tariat du Parti. Il s'effor&#231;ait de l'isoler, d'&#233;carter ceux qui lui &#233;taient le plus proches, tandis que Kroupska&#239;a faisait tout ce qu'elle pouvait pour d&#233;fendre le malade contre ces man&#339;uvres hostiles. Mais L&#233;nine &#233;tait capable de reconstituer une vue d'ensemble de la situation sur la base d'indications fortuites &#224; peine perceptibles. &#171; Prot&#233;gez-le contre tout souci &#187;, insistaient les m&#233;decins. C'&#233;tait plus facile &#224; dire qu'&#224; faire. Immobilis&#233; dans son lit, isol&#233; du monde ext&#233;rieur, L&#233;nine &#233;tait en proie &#224; l'inqui&#233;tude et &#224; l'indignation. La cause principale en &#233;tait Staline, dont la conduite devint plus impudente &#224; mesure que les bulletins de sant&#233; des m&#233;decins devinrent moins favorables. En ces jours, Staline &#233;tait sombre, la pipe serr&#233;e entre les dents, une lueur sinistre dans ses yeux jaunes, grognant au lieu de r&#233;pondre. Son destin &#233;tait en jeu. Il &#233;tait r&#233;solu &#224; surmonter tous les obstacles. Ce fut alors que la rupture finale eut lieu entre L&#233;nine et lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ancien diplomate Dmitri&#233;vsky, toujours tr&#232;s amical &#224; l'&#233;gard de Staline, rapporte ce qu'on disait dans l'entourage du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral au sujet de ce dramatique &#233;pisode : &#171; Comme Kroupska&#239;a, dont les constants tourments l'aga&#231;aient, lui t&#233;l&#233;phonait une fois encore pour obtenir de lui quelque information, Staline... lui r&#233;pondit dans un langage outrageant. Kroupska&#239;a, toute en larmes, alla imm&#233;diatement se plaindre &#224; L&#233;nine. Celui-ci, dont les nerfs &#233;taient d&#233;j&#224; tendus au plus haut point par les intrigues, ne put se contenir plus longtemps. Kroupska&#239;a envoya aussit&#244;t la lettre de rupture &#224; Staline... &#034;Mais vous connaissez Vladimir Ilitch, dit triomphalement Kroupska&#239;a &#224; Kam&#233;nev, il ne serait jamais all&#233; jusqu'&#224; rompre des relations personnelles, s'il n'avait pens&#233; n&#233;cessaire d'&#233;craser Staline politiquement.&#034; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Kroupska&#239;a dit r&#233;ellement ce qui est ici rapport&#233;, mais pas du tout sur un ton de triomphe ; au contraire, cette femme toujours sinc&#232;re et sensible &#233;tait pleine d'appr&#233;hension craintive et de souci. Il n'est pas vrai qu'elle se &#171; plaignit &#187; de Staline ; elle &#233;tait toujours dispos&#233;e, dans la mesure o&#249; elle le pouvait, &#224; jouer le r&#244;le de tampon. Mais, en r&#233;ponse aux questions pressantes de L&#233;nine, elle ne pouvait lui en dire plus que ce que le secr&#233;tariat voulait bien lui communiquer, et Staline dissimulait les informations les plus importantes. La lettre de rupture, ou plut&#244;t la note de quelques lignes dict&#233;e le 6 mars &#224; une st&#233;nographe de confiance, annon&#231;ait s&#232;chement la rupture de toute &#171; relation personnelle et de camarade avec Staline &#187;. Cette note, le dernier texte de L&#233;nine, est en m&#234;me temps la conclusion d&#233;finitive de ses relations avec Staline. L'attaque la plus s&#233;v&#232;re de toutes surgit alors et avec elle la perte de la parole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une ann&#233;e plus tard, quand L&#233;nine &#233;tait d&#233;j&#224; embaum&#233; dans son mausol&#233;e, la responsabilit&#233; de la rupture, comme il appara&#238;t nettement du r&#233;cit de Dm&#238;tri&#233;vsky, &#233;tait ouvertement attribu&#233;e &#224; Kroupska&#239;a. Staline l'accusait d' &#171; intrigues &#187; contre lui. Iaroslavsky, qui faisait habituellement les commissions douteuses de Staline, dit en juillet 1926, &#224; une s&#233;ance du Comit&#233; central : &#171; Ils tomb&#232;rent si bas qu'ils os&#232;rent tourmenter L&#233;nine malade avec leurs j&#233;r&#233;miades, se plaignant d'avoir &#233;t&#233; bless&#233;s par Staline. Quelle honte d'avoir m&#234;l&#233; des affaires personnelles &#224; des questions politiques de la plus haute importance ! &#187; - &#171; Ils &#187;, c'&#233;tait Kroupska&#239;a. On se vengeait ainsi contre elle des affronts que Staline avait d&#251; subir de la part de L&#233;nine. De son c&#244;t&#233;, Kroupska&#239;a me parla &#224; diverses reprises de la profonde m&#233;fiance de L&#233;nine &#224; l'&#233;gard de Staline durant les derniers mois de sa vie. &#171; Volodya me disait : &#034;Il&#034; (Kroupska&#239;a ne le d&#233;signait pas par son nom, mais inclinait la t&#234;te dans la direction de l'appartement de Staline) est d&#233;pourvu de l'honn&#234;tet&#233; la plus &#233;l&#233;mentaire, de la plus simple honn&#234;tet&#233; humaine... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; Testament &#187; de L&#233;nine - c'est-&#224;-dire ses ultimes conseils sur l'am&#233;nagement de la direction du Parti fut &#233;crit en deux fois durant sa seconde maladie : le 25 d&#233;cembre 1922 et le 4 janvier 1923. &#171; Staline, devenu secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, d&#233;clare, le Testament, a concentr&#233; dans ses mains un pouvoir immense et je ne suis pas convaincu qu'il puisse toujours en user avec suffisamment de prudence. &#187; Dix jours plus tard, cette formule r&#233;serv&#233;e sembla insuffisante &#224; L&#233;nine, et il ajouta un post-scriptum : &#171; Je propose aux camarades de r&#233;fl&#233;chir au moyen de d&#233;placer Staline de ce poste et de nommer sa place un homme qui, sous tous les rapports, se distingue du camarade Staline par une sup&#233;riorit&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il soit plus patient, plus loyal, plus poli et plus attentionn&#233; envers les camarades, moins capricieux, etc. &#187; L&#233;nine s'effor&#231;ait d'exprimer son appr&#233;ciation de Staline en termes aussi peu offensants que possible, mais il insistait sur la n&#233;cessit&#233; de l'&#233;loigner du seul poste qui pouvait lui donner son exceptionnel pouvoir,&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s ce qui s'&#233;tait pass&#233; durant les mois pr&#233;c&#233;dents, le &#171; Testament &#187; ne pouvait &#234;tre une surprise pour Staline. Il le ressentit n&#233;anmoins comme un coup cruel. Quand il lut le texte pour la premi&#232;re fois - Kroupska&#239;a le lui avait transmis pour le congr&#232;s du Parti qui allait se r&#233;unir - en pr&#233;sence de son secr&#233;taire, Mekhlis, plus tard chef politique de l'Arm&#233;e rouge, et du dirigeant sovi&#233;tique Syrtsov, qui a depuis disparu de la sc&#232;ne, il &#233;clata en exclamations grossi&#232;res et vulgaires qui donnaient la mesure de ses vrais sentiments &#224; l'&#233;gard de son &#171; ma&#238;tre &#187;. Bajanov, un autre ex-secr&#233;taire de Staline, a d&#233;crit la s&#233;ance du Comit&#233; central &#224; laquelle Kam&#233;nev lut le &#171; Testament &#187; : &#171; Une g&#233;nie terrible paralysa tous ceux qui &#233;taient pr&#233;sents. Staline, assis sur les marches de la tribune, se sentait petit et mis&#233;rable. Je l'examinai attentivement ; malgr&#233; son sang-froid et son affectation de calme, il &#233;tait &#233;vident qu'il sentait que son destin &#233;tait en jeu... &#187; Radek, assis pr&#232;s de moi &#224; cette s&#233;ance m&#233;morable, se pencha vers moi et dit : &#171; Maintenant, ils n'oseront plus rien contre vous. &#187; Il songeait &#224; deux passages du Testament : l'un qui me caract&#233;risait comme &#171; l'homme le plus capable du pr&#233;sent Comit&#233; central &#187;, et l'autre qui demandait l'&#233;loignement de Staline de son poste de secr&#233;taire &#224; cause de sa grossi&#232;ret&#233;, de sa d&#233;loyaut&#233; et de sa tendance &#224; abuser du pouvoir. Je r&#233;pondis &#224; Radek : &#171; Au contraire, ils voudront maintenant aller jusqu'au bout et aussi rapidement que possible. &#187; En fait, non seulement le Testament ne r&#233;ussit pas &#224; mettre fin &#224; la lutte int&#233;rieure - ce qu'avait voulu L&#233;nine, - mais il l'intensifia au supr&#234;me degr&#233;. Staline ne pouvait plus douter que le retour de L&#233;nine &#224; l'activit&#233; signifierait la mort politique du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Et inversement, seule la mort de L&#233;nine pouvait laisser la voie libre pour Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la seconde maladie de L&#233;nine, vers la fin de f&#233;vrier, 1923, &#224; une r&#233;union du Bureau politique &#224; laquelle assistaient Zinoviev, Kam&#233;nev et l'auteur de ces lignes, Staline nous informa, apr&#232;s le d&#233;part du secr&#233;taire, que L&#233;nine l'avait fait soudainement appeler et lui avait demand&#233; du poison. L&#233;nine avait perdu une fois encore l'usage de la parole, il consid&#233;rait son &#233;tat d&#233;sesp&#233;r&#233;, pr&#233;voyait proche une nouvelle attaque n'avait pas confiance en ses m&#233;decins, dont il avait remarqu&#233; les contradictions. Son esprit &#233;tait parfaitement clair, mais ses souffrances &#233;taient intol&#233;rables. J'&#233;tais en mesure de suivre le d&#233;veloppement de la maladie de L&#233;nine jour par jour gr&#226;ce au D' Gu&#233;tier, notre commun m&#233;decin, qui &#233;tait aussi un ami de notre famille.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Est-ce possible que ce soit la fin, Fiodor Alexandrovitch ? demandions-nous, anxieusement.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Absolument impossible de le dire. Il peut encore s'en sauver, il a une puissante constitution.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et ses facult&#233;s mentales ? &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Essentiellement, elles resteront intactes. Chaque note n'aura peut-&#234;tre pas sa puret&#233; ant&#233;rieure, mais le virtuose restera un virtuose. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous continuions &#224; esp&#233;rer et, tout d'un coup, je me trouvais inopin&#233;ment en pr&#233;sence de la r&#233;v&#233;lation que L&#233;nine, incarnation m&#234;me de la volont&#233; de vivre, cherchait du poison pour lui-m&#234;me. Par quelles luttes int&#233;rieures avait-il d&#251; passer !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens &#224; quel point l'expression du visage de Staline me sembla extraordinaire, &#233;nigmatique, peu en accord avec les circonstances. La requ&#234;te qu'il nous transmettait &#233;tait tragique ; pourtant un sourire malsain errait sur son visage comme sur un masque. Nous n'ignorions pas la contradiction qu'il pouvait y avoir entre ses traits et ses paroles. Mais, cette fois, c'&#233;tait absolument insupportable, le c&#244;t&#233; odieux en &#233;tait accru par le fait que Staline s'abstenait de formuler son opinion comme s'il attendait de savoir ce que les autres diraient : voulait-il voir d'abord quelle serait notre r&#233;action, sans s'engager lui-m&#234;me ? ou avait-il quelques pens&#233;es cach&#233;es, &#224; lui ? ... Je vois devant moi Kam&#233;nev, p&#226;le et silencieux, il aimait sinc&#232;rement L&#233;nine, et Zinoviev, &#233;gar&#233; comme toujours dans les moments difficiles. Savaient-ils quelque chose avant la s&#233;ance ? Ou Staline lan&#231;ait-il sa sinistre information comme une surprise sur ses alli&#233;s du triumvirat aussi bien que sur moi ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Naturellement, nous ne pouvons pas m&#234;me songer &#224; accueillir cette requ&#234;te ! m'exclamai-je. Gu&#233;tier n'a pas perdu l'espoir. L&#233;nine peut encore se r&#233;tablir.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je lui ai dit tout cela, r&#233;pondit Staline, non sans une marque d'ennui, mais il ne voulait rien entendre. Le Vieux souffre. Il doit avoir le poison &#224; port&#233;e de la main... Il ne l'utiliserait que lorsqu'il serait convaincu que son &#233;tat est d&#233;sesp&#233;r&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En tout cas, c'est absolument hors de question, insistai-je, et je crois que, cette fois, Zinoviev m'appuya. Il pourrait succomber &#224; une crise passag&#232;re et prendre la d&#233;cision irr&#233;vocable.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le Vieux souffre &#187;, r&#233;p&#233;ta Staline, le regard vague, au del&#224; de nous et, comme pr&#233;c&#233;demment, ne disant rien dans un sens ou dans l'autre. Sa pens&#233;e suivait visiblement une ligne parall&#232;le &#224; la conversation, mais pas enti&#232;rement en accord avec elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est possible, sans doute, que des &#233;v&#233;nements ult&#233;rieurs aient influenc&#233; certains d&#233;tails de mes souvenirs, bien que, en g&#233;n&#233;ral, je sais pouvoir me fier &#224; ma m&#233;moire. Cependant, cette sc&#232;ne, est de celles qui ont laiss&#233; en moi une empreinte ind&#233;l&#233;bile. A mon retour chez moi, je la d&#233;crivis en d&#233;tail &#224; ma femme. Et toujours, depuis, chaque fois que je la revois en pens&#233;e, je ne puis m'emp&#234;cher de me dire : la conduite de Staline, toute son attitude &#233;taient d&#233;concertantes et sinistres. Que voulait cet homme ? Et pourquoi gardait-il toujours cet insidieux sourire sur son visage ? ... On ne d&#233;cida rien, puisqu'il s'agissait d'une conversation priv&#233;e hors s&#233;ance, mais nous nous s&#233;par&#226;mes dans l'accord implicite que nous ne pouvions pas m&#234;me retenir l'id&#233;e d'envoyer du poison &#224; L&#233;nine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, naturellement, une question se pose : comment et pourquoi L&#233;nine, qui &#224; ce moment se m&#233;fiait extr&#234;mement de Staline, s'adressa-t-il &#224; lui pour une telle requ&#234;te, qui en soi pr&#233;supposait le plus haut degr&#233; de confiance personnelle ? Un mois auparavant, L&#233;nine avait &#233;crit l'impitoyable post-scriptum &#224; son Testament. Et c'est quelques jours apr&#232;s qu'il rompit toute relation personnelle avec lui. Staline n'avait pu manquer de se poser &#224; lui-m&#234;me la question : pourquoi est-ce justement &#224; moi que L&#233;nine s'adresse ? La r&#233;ponse est simple : L&#233;nine voyait en Staline le seul homme capable de lui apporter du poison parce qu'il avait un int&#233;r&#234;t direct &#224; le faire. Avec son instinct infaillible, le malade devinait ce qui se passait au Kremlin et hors de ses murs, et il connaissait les sentiments r&#233;els de Staline &#224; son &#233;gard. L&#233;nine n'avait pas m&#234;me besoin de faire le tour de ses camarades les plus proches pour se convaincre que pas un, sauf Staline, voudrait lui consentir cette &#171; faveur &#187;. En m&#234;me temps, il est possible qu'il ait voulu &#233;prouver Staline : savoir &#224; quel point ce &#171; cuisinier de plats &#233;pic&#233;s &#187; serait avide de profiter de cette occasion ? En ces jours, L&#233;nine ne songeait pas seulement &#224; sa mort mais au destin du Parti ; son nerf r&#233;volutionnaire &#233;tait incontestablement le dernier &#224; se rendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il &#233;tait encore un tr&#232;s jeune homme, en prison, Koba excitait hypocritement des Caucasiens fougueux contre ses adversaires : cela finissait habituellement par un pugilat, et une fois m&#234;me par un meurtre. Avec le temps, il perfectionna sa technique. L'appareil tout-puissant du Parti, combin&#233; avec la machine totalitaire de l'Etat, lui ouvrit des possibilit&#233;s que m&#234;me tel de ses pr&#233;d&#233;cesseurs comme C&#233;sar Borgia n'aurait pu imaginer. Le bureau dans lequel les juges d'instruction du Gu&#233;p&#233;ou proc&#232;dent &#224; leurs interrogatoires inquisitoriaux est reli&#233; par un microphone au bureau de Staline.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'invisible Joseph Djougachvili, la pipe entre ses dents, suit avidement le dialogue pr&#233;par&#233; par lui-m&#234;me, se frotte les mains et rit silencieusement. Plus de dix ans avant les d&#233;sormais c&#233;l&#232;bres &#171; proc&#232;s de Moscou &#187;, il avait confess&#233; &#224; Kam&#233;nev et &#224; Dzerjinsky, dans une br&#232;ve conversation, un soir d'&#233;t&#233;, en vacances, que sa plus grande joie dans la vie &#233;tait de choisir un ennemi, de tout pr&#233;parer minutieusement, d'assouvir une vengeance implacable, et ensuite d'aller se coucher. Il devait se venger plus tard de toute une g&#233;n&#233;ration de bolch&#233;viks ! Il est inutile de revenir ici sur les complots policiers et judiciaires de Moscou ; le jugement qu'on a port&#233; sur eux en leur temps fut &#224; la fois autoris&#233; et d&#233;finitif [1]. Mais afin de comprendre le vrai Staline et sa conduite durant les jours de la maladie et de la mort de L&#233;nine, il est n&#233;cessaire d'&#233;clairer certains &#233;pisodes du dernier de ces grands proc&#232;s, mont&#233; en mars 1938.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une place sp&#233;ciale au banc des accus&#233;s &#233;tait occup&#233;e par Henri Iagoda, il avait travaill&#233; &#224; la Tch&#233;ka et au Gu&#233;p&#233;ou pendant seize ans en qualit&#233; d'abord de chef-adjoint, puis de chef, toujours en &#233;troit contact avec le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, qui eut en lui le plus s&#251;r de ses aides dans la lutte contre l'opposition. Le syst&#232;me de confession de crimes jamais commis, c'est le travail de Iagoda, m&#234;me si la conception ne lui en revient pas. En 1933, Staline le r&#233;compensa en le d&#233;corant de l'ordre de L&#233;nine et, en 1935, il l'&#233;levait au rang de commissaire g&#233;n&#233;ral &#224; la d&#233;fense de l'Etat, c'est-&#224;-dire mar&#233;chal de la police politique, deux jours seulement apr&#232;s que le brillant Toukhatchevsky avait &#233;t&#233; promu au rang de mar&#233;chal de l'Arm&#233;e rouge. En la personne de Iagoda, une m&#233;diocrit&#233; avait &#233;t&#233; r&#233;compens&#233;e, connue de tous comme telle et m&#233;pris&#233;e par tous ; les vieux r&#233;volutionnaires ont d&#251; alors &#233;changer des regards d'indignation. M&#234;me au sein du docile Bureau politique, une tentative fut faite de s'y opposer. Mais Staline &#233;tait li&#233; &#224; Iagoda par quelques secrets, et, semblait-il, pour toujours, Pourtant ce lien myst&#233;rieux avait &#233;t&#233; myst&#233;rieusement bris&#233;. Durant la grande &#233;puration, Staline d&#233;cida du liquider en m&#234;me temps son complice : il en savait trop. En avril 1937, Iagoda fut arr&#234;t&#233;. Comme toujours Staline s'assurait ainsi plusieurs profits suppl&#233;mentaires : par la promesse d'un pardon, Iagoda assuma au proc&#232;s la responsabilit&#233; personnelle de crimes que la rumeur publique avait attribu&#233;s &#224; Staline. Naturellement, la promesse ne fut pas tenue : Iagoda fut ex&#233;cut&#233; pour donner la meilleure preuve de l'incompatibilit&#233; fonci&#232;re entre Staline et la morale. Mais des circonstances au plus haut degr&#233; r&#233;v&#233;latrices furent rendue publiques &#224; ce proc&#232;s. D'apr&#232;s le t&#233;moignage de son secr&#233;taire et confident, Boulanov, Iagoda avait un armoire sp&#233;ciale pour des poisons, de laquelle, quand c'&#233;tait n&#233;cessaire, il extrayait des fioles pr&#233;cieuses et les confiait &#224; ses agents avec des instructions appropri&#233;es. Le chef du Gu&#233;p&#233;ou, qui &#233;tait justement pharmacien par profession, t&#233;moignait d'un int&#233;r&#234;t exceptionnel pour les poisons, il avait &#224; sa disposition plusieurs toxicologistes pour lesquels il avait organis&#233; un laboratoire sp&#233;cial, disposant de moyens exceptionnels illimit&#233;s et sans contr&#244;le. Il est naturellement hors de question que Iagoda ait pu fonder une telle entreprise pour ses seuls besoins personnels. Loin de l&#224; ; dans ce cas comme dans les autres, Il exer&#231;ait ses fonctions officielles. En temps qu'empoisonneur, il &#233;tait simplement instrumentum regni, de m&#234;me que Locuste, la vieille empoisonneuse &#224; la cour de N&#233;ron avec cette diff&#233;rence qu'il surpassait de beaucoup son ignorant pr&#233;d&#233;cesseur en mati&#232;re de technique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux c&#244;t&#233;s de Iagoda, sur le banc des accus&#233;s, il y avait quatre m&#233;decins du Kremlin, accus&#233;s du meurtre de Maxime Gorki et de deux ministres sovi&#233;tiques. &#171; Je confesse que... j'ai ordonn&#233; des drogues contre-indiqu&#233;es pour une maladie donn&#233;e... Ainsi, j'&#233;tais resonsable de la mort pr&#233;matur&#233;e de Maxime Gorki et de Koulbychev. &#187; Durant les jours du proc&#232;s, dont le fond consistait en mensonges, les accusations comme les confessions d'avoir empoisonn&#233; l'&#233;crivain &#226;g&#233; et malade, tout cela me sembla fantastique. Des informations ult&#233;rieures et une analyse plus attentive des circonstances m'oblig&#232;rent &#224; modifier ce jugement. Tout n'&#233;tait pas mensonge dans ces proc&#232;s. Il y avait bien des empoisonn&#233;s et des empoisonneurs, et tous les empoisonneurs n'&#233;taient pas sur le banc des accus&#233;s. Le principal conduisait le proc&#232;s par t&#233;l&#233;phone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gorki n'&#233;tait ni un conspirateur ni un politicien ; c'&#233;tait un vieil homme tendre, un d&#233;fenseur des faibles, un protestataire sentimental. Tel avait &#233;t&#233; son r&#244;le dans les premiers jours de la R&#233;volution d'Octobre. Pendant la famine du premier et du second plan quinquennal, le m&#233;contentement &#233;tait extr&#234;me et les r&#233;pressions pass&#232;rent toute limite. Les courtisans protestaient. M&#234;me la femme de Staline, Allilou&#239;&#233;va, protesta. Dans une telle atmosph&#232;re, Gorki constituait un s&#233;rieux danger. Il correspondait avec des &#233;crivains europ&#233;ens, des &#233;trangers le visitaient, les victimes venaient vers lui, il fa&#231;onnait l'opinion publique. Mais ce qui dominait tout, c'&#233;tait qu'il lui aurait &#233;t&#233; impossible de consentir &#224; l'extermination, que pr&#233;parait Staline, des vieux bolch&#233;viks, qu'il avait intimement connus pendant de nombreuses ann&#233;es. Une protestation publique de Gorki contre les &#171; complots &#187; policiers aurait imm&#233;diatement rompu le &#171; charme &#187; de la justice de Staline aux yeux du monde entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;duire alors au silence, on n'y pouvait songer, l'arr&#234;ter, l'exiler, pour ne rien dire de l'ex&#233;cuter, c'&#233;tait encore moins concevable. La pens&#233;e de h&#226;ter sa fin par l'interm&#233;diaire de Iagoda, &#171; sans verser du sang &#187;, dut appara&#238;tre au dictateur du Kremlin comme la seule issue possible dans les circonstances pr&#233;sentes. L'esprit de Staline est ainsi constitu&#233; que de telles d&#233;cisions lui sont impos&#233;es par la force de simples r&#233;flexes. Ayant accept&#233; la t&#226;che, Iagoda se tourna vers ses &#171; propres &#187; m&#233;decins. Il ne risquait rien. Un refus, selon les mots m&#234;mes du Dr. L&#233;vine, &#171; signifiait la ruine pour moi et ma famille. En outre, compl&#232;tement impossible d'&#233;chapper &#224; Iagoda. C'est un homme qui ne recule devant rien, il vous trouverait m&#234;me si vous vous cachiez sous terre &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pourquoi les m&#233;decins autoris&#233;s et respect&#233;s du Kremlin ne se plaignaient-ils pas aux membres du gouvernement qu'ils connaissaient tous tr&#232;s bien puisqu'ils &#233;taient leurs propres clients ? Sur la liste du seul Dr. L&#233;vine figuraient vingt-quatre officiels de haut rang, comprenant des membres du Bureau politique et du Conseil des commissaires du peuple. La r&#233;ponse est que le Dr. L&#233;vine savait parfaitement - comme tout familier du Kremlin - de qui Iagoda &#233;tait l'agent. Le Dr. L&#233;vine se soumettait &#224; Iagoda parce qu'il &#233;tait impuissant devant Staline : &lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au m&#233;contentement de Gorki, &#224; ses efforts pour aller &#224; l'&#233;tranger, au refus de Staline de lui accorder un passeport - on le savait et on en discutait &#224; voix basse. Imm&#233;diatement apr&#232;s la mort du grand &#233;crivain, on se demanda si Staline n'avait pas quelque peu aid&#233; les forces destructrices de la nature. Une des raisons du proc&#232;s de Iagoda &#233;tait de d&#233;gager nettement Staline de cette suspicion. De l&#224;, les d&#233;clarations r&#233;p&#233;t&#233;es de Iagoda, des m&#233;decins et des autres accus&#233;s que Gorki &#233;tait &#171; un ami intime de Staline &#187;, &#171; un ami s&#251;r &#187;, &#171; un staliniste &#187;, qu'il approuvait pleinement la politique du &#171; chef &#187;, parlait &#171; avec un enthousiasme exceptionnel &#187; du r&#244;le de Staline. Si seulement la moiti&#233; de ceci e&#251;t &#233;t&#233; vrai, Iagoda n'aurait pas pris sur lui d'assassiner Gorki et encore moins aurait-il os&#233; charger d'une telle op&#233;ration un m&#233;decin du Kremlin qui aurait pu se d&#233;barrasser de lui simplement en t&#233;l&#233;phonant &#224; Staline.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224; un simple &#171; d&#233;tail &#187; pris dans un seul proc&#232;s. Il y eut beaucoup de proc&#232;s et de multiples &#171; d&#233;tails &#187;. Tous portent l'empreinte ineffa&#231;able de Staline. L'&#339;uvre est fondamentalement la sienne. Allant et venant dans son bureau, il &#233;tudie minutieusement divers plans au moyen desquels il pourra r&#233;duire quiconque lui d&#233;pla&#238;t au plus bas degr&#233; de l'humiliation, aux d&#233;nonciations mensong&#232;res de ses amis les plus chers, &#224; la plus horrible trahison de soi-m&#234;me. Pour celui qui r&#233;siste en d&#233;pit de tout, il y a toujours une petite fiole. C'est seulement Iagoda qui a disparu ; son armoire aux poisons reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au proc&#232;s de 1938, Staline accusa Boukharine, comme en passant, d'avoir pr&#233;par&#233; en 1918 un attentat contre la vie de L&#233;nine. Le na&#239;f et ardent Boukharine v&#233;n&#233;rait L&#233;nine, l'aimait de l'amour d'un enfant pour sa m&#232;re et, quand il pol&#233;miquait avec lui, gardait toujours l'attitude d&#233;f&#233;rente d'un disciple. Boukharine, &#171; mall&#233;able comme cire &#187;, pour reprendre l'expression de L&#233;nine, n'avait pas et ne pouvait avoir eu d'ambitieuses vis&#233;es personnelles. Si, avant l'&#232;re stalinienne, quelqu'un avait pr&#233;dit qu'un jour viendrait o&#249; Boukharine serait accus&#233; d'un attentat contre la vie de L&#233;nine, chacun de nous, et L&#233;nine plus que quiconque, aurait &#233;clat&#233; de rire et aurait conseill&#233; d'envoyer un tel proph&#232;te dans un asile d'ali&#233;n&#233;s. Pourquoi alors Staline a-t-il recours &#224; une accusation aussi &#233;videmment absurde ? La supposition la plus vraisemblable est que c'&#233;tait l&#224; sa r&#233;ponse aux soup&#231;ons de Boukharine, imprudemment exprim&#233;s, en r&#233;f&#233;rence &#224; Staline lui-m&#234;me. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, toutes les accusations sont taill&#233;es sur ce mod&#232;le. Les &#233;l&#233;ments essentiels des complots policiers de Staline ne sont pas les produits de la pure fantaisie ; ils sont emprunt&#233;s &#224; la r&#233;alit&#233; - le plus souvent &#224; des actes ou &#224; des desseins du &#171; cuisinier &#187; lui-m&#234;me. Le m&#234;me &#171; r&#233;flexe stalinien &#187; de d&#233;fensive-offensive, r&#233;v&#233;l&#233; si clairement dans le cas de la mort de Gorki, se montre &#233;galement dans toute sa force dans le cas de la mort de L&#233;nine. Dans le premier cas, Iagoda paya de sa vie ; dans le second - Boukharine.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'imagine que les choses se pass&#232;rent &#224; peu pr&#232;s de la sorte. L&#233;nine demanda du poison &#224; la fin de f&#233;vrier 1923. Au d&#233;but de mars, il &#233;tait encore paralys&#233;. Le diagnostic m&#233;dical &#233;tait &#224; ce moment prudemment d&#233;favorable. Se sentant plus s&#251;r de lui-m&#234;me, Staline commen&#231;a &#224; agir comme si L&#233;nine &#233;tait d&#233;j&#224; mort. Mais le malade le trompa ; son organisme puissant, soutenu par sa volont&#233; inflexible, l'emporta. Vers l'hiver, l'&#233;tat de L&#233;nine commen&#231;a &#224; s'am&#233;liorer lentement, lui permit de se mouvoir plus librement, d'&#233;couter des lectures et de lire lui-m&#234;me, l'usage de la parole revenait. Les observations des m&#233;decins devinrent progressivement plus encourageantes. Le r&#233;tablissement de L&#233;nine n'aurait pu, naturellement, emp&#234;cher la r&#233;action bureaucratique de supplanter la R&#233;volution, Kroupska&#239;a avait de bonnes raisons pour dire, en 1926, &#171; si Volodya &#233;tait vivant, il serait maintenant en prison &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Staline, il n'&#233;tait pas question du cours g&#233;n&#233;ral la R&#233;volution, mais plut&#244;t de son propre destin : ou il pourrait man&#339;uvrer tout de suite, ce jour m&#234;me, pour devenir le ma&#238;tre de l'appareil politique, et par l&#224; du Parti et du pays, ou bien il serait rel&#233;gu&#233; &#224; un r&#244;le de troisi&#232;me plan pour le reste de sa vie. Staline voulait le pouvoir, tout le pouvoir, quoi qu'il arrive. Il le tenait d&#233;j&#224; d'une main ferme ; le but &#233;tait proche, mais le danger &#233;manant de L&#233;nine &#233;tait plus proche encore. En ces jours, Staline dut prendre la r&#233;solution qu'il &#233;tait imp&#233;ratif d'agir sans d&#233;lai. Il avait partout des complices dont le destin &#233;tait enti&#232;rement li&#233; au sien. A c&#244;t&#233; de lui , il y avait le pharmacien Iagoda. Si Staline envoya le poison &#224; L&#233;nine apr&#232;s que les m&#233;decins aient laiss&#233; entendre &#224; demi-mot qu'il n'y avait plus d'espoir, ou s'il eut recours &#224; des moyens plus directs, je l'ignore. Mais suis fermement convaincu que Staline n'aurait pu attendre passivement quand son destin &#233;tait en jeu et que la d&#233;cision d&#233;pendait d'un petit, d'un tr&#232;s petit mouvement de sa main.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques jours apr&#232;s la mi-janvier 1924, je partis pour Soukhoum, au Caucase, pour essayer de me d&#233;barrasser d'une myst&#233;rieuse et tenace infection, dont la nature resta un myst&#232;re pour mes m&#233;decins. La nouvelle de la mort de L&#233;nine m'atteignit en cours de route. Selon une version tr&#232;s r&#233;pandue, j'ai perdu le pouvoir parce que je n'&#233;tais pas pr&#233;sent aux fun&#233;railles de L&#233;nine. Cette explication peut &#224; peine &#234;tre retenue s&#233;rieusement. Mais le fait de mon absence &#224; ces c&#233;r&#233;monies provoqua chez beaucoup de mes amis de graves pressentiments. Dans la lettre de mon fils a&#238;n&#233; - il allait vers ses dix-huit ans - il y avait une note de juv&#233;nile d&#233;sespoir : j'aurais d&#251; venir &#224; tout prix ! Telles &#233;taient bien mes intentions. Le t&#233;l&#233;gramme chiffr&#233; annon&#231;ant la mort de L&#233;nine nous trouva, ma femme et moi, en gare de Tiflis.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'envoyai imm&#233;diatement une note chiffr&#233;e au Kremlin : &#171; J'estime n&#233;cessaire de rentrer &#224; Moscou. Quand auront lieu les fun&#233;railles ? &#187; La r&#233;ponse de Moscou me parvint une heure plus tard : &#171; Les fun&#233;railles auront lieu samedi ; vous ne pourriez revenir &#224; temps. Le Bureau politique estime qu'&#224; cause de l'&#233;tat de votre sant&#233; vous devez poursuivre votre voyage &#224; Soukhoum. - Staline. &#187; Je ne crus pas devoir demander l'ajournement des fun&#233;railles pour ma seule convenance. Ce n'est qu'&#224; Soukhoum, envelopp&#233; de couvertures sous la v&#233;randa d'un sanatorium, que j'appris que les fun&#233;railles avaient &#233;t&#233; report&#233;es au dimanche. Les circonstances en liaison avec l'arrangement des fun&#233;railles et le changement ult&#233;rieur de leur date sont si compliqu&#233;es qu'elle ne peuvent &#234;tre clarifi&#233;es en quelques lignes. Staline man&#339;uvra, non seulement me trompant, mais, ainsi qu'il appara&#238;t, trompant aussi ses alli&#233;s du triumvirat. A la diff&#233;rence de Zinoviev, qui consid&#233;rait chaque question du point de vue de son efficacit&#233; imm&#233;diate pour l'agitation, Staline &#233;tait guid&#233; dans ses man&#339;uvres risqu&#233;es par des consid&#233;rations plus tangibles. Il put avoir redout&#233; que je rapprocherais la mort de L&#233;nine de la conversation de l'an pass&#233; sur le poison, interrogerais les docteurs pour savoir s'il pouvait &#234;tre question d'un empoisonnement, et demanderais une autopsie sp&#233;ciale. Il &#233;tait par cons&#233;quent plus s&#251;r, &#224; tous les points de vue, de me tenir &#233;loign&#233; jusqu'apr&#232;s l'embaumement du corps, les visc&#232;res br&#251;l&#233;s, un examen post mortem n'&#233;tant alors plus possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je questionnai plus tard les m&#233;decins, &#224; Moscou, sur la cause imm&#233;diate de la mort de L&#233;nine, qui les prit par surprise, ils ne savaient que dire &#224; ce sujet. Je ne voulus pas tourmenter Kroupska&#239;a, qui m'avait &#233;crit une lettre tr&#232;s chaleureuse &#224; Soukhoum, avec des questions sur ce sujet. Je ne renouai des relations personnelles avec Zinoviev et Kam&#233;nev que deux ans plus tard, apr&#232;s qu'ils eurent rompu avec Staline. Ils &#233;vitaient ostensiblement toute discussion concernant les circonstances de la mort de L&#233;nine, r&#233;pondant par monosyllabes et &#233;vitant mon regard. Savaient-ils quelque chose ou n'avaient-ils que des soup&#231;ons ? En tout cas, ils avaient &#233;t&#233; si intimement li&#233;s &#224; Staline durant les trois pr&#233;c&#233;dentes ann&#233;es qu'ils ne pouvaient s'emp&#234;cher d'&#234;tre inquiets, craignant que l'ombre du soup&#231;on ne tomb&#226;t &#233;galement sur eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant le cercueil de L&#233;nine, Staline lut, &#233;crit sur une feuille de papier, son serment de fid&#233;lit&#233; aux commandements de son ma&#238;tre, r&#233;dig&#233; dans le style des hom&#233;lies qu'il avait &#233;tudi&#233;es au s&#233;minaire th&#233;ologique de Tiflis. Ce serment fut, &#224; l'&#233;poque, &#224; peine remarqu&#233; ; aujourd'hui, il est dans tous les manuels scolaires, ayant remplac&#233; les Dix Commandements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les noms de N&#233;ron et de C&#233;sar Borgia ont &#233;t&#233; mentionn&#233;s plus d'une fois &#224; l'occasion des &#171; proc&#232;s de Moscou &#187; et des r&#233;cents &#233;v&#233;nements sur la sc&#232;ne internationale. Puisque ces anciens fant&#244;mes ont &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;s, il convient, me semble-t-il, de parler d&#233;sormais d'un super-N&#233;ron et d'un super-Borgia, si modestes et presque na&#239;fs nous apparaissent aujourd'hui les crimes de ces &#233;poques en comparaison avec les exploits de notre temps. Il est cependant possible de discerner une signification historique plus profonde dans ces analogies purement personnelles. Les coutumes de l'Empire romain &#224; son d&#233;clin s'&#233;tablirent durant la transition de l'esclavage au f&#233;odalisme, du paganisme &#224; la chr&#233;tient&#233;. L'&#233;poque de la Renaissance marqua la transition de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise, du catholicisme au protestantisme et au lib&#233;ralisme. Dans les deux cas, l'ancienne morale s'&#233;tait dissip&#233;e avant que la nouvelle se soit form&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous vivons de nouveau durant la transition d'un syst&#232;me &#224; un autre, dans une &#233;poque d'exceptionnelle crise sociale, qui, comme toujours, s'accompagne d'une crise dans le domaine de la morale. L'ancienne a &#233;t&#233; &#233;branl&#233;e jusque dans ses fondements. La nouvelle commence &#224; peine &#224; &#233;merger. Quand le toit s'est effondr&#233;, que les portes et les fen&#234;tres sont sorties de leurs gonds, la maison est triste et la vie y est dure. Aujourd'hui, des rafales balayent l'enti&#232;re plan&#232;te. Tous les principes traditionnels de moralit&#233; sont de plus en plus avilis et non seulement ceux que bafouent les pratiques staliniennes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais une explication historique n'est pas une justification. N&#233;ron, lui aussi, fut un produit de son temps. N&#233;anmoins, apr&#232;s qu'il eut disparu, ses statues furent bris&#233;es et son nom partout effac&#233;. La vengeance de l'histoire est plus terrible que celle du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral le plus puissant. J'ose penser que c'est consolant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] The Case of Leon Trotsky : Report of Hearings on the Charges Made Against Him in the Moscow Trials, by the Preliminary Commission of Inquiry, John Dewey, Chairman, and others. Harper and Brothers, New York and London, 1937, 617 pp. &lt;br class='autobr' /&gt;
Not Guilty : Report of the Commission of Inquiry Into the Charges made against Leon Trotsky in the Moscow Trials, by John Dewey Chairman and others. Harper and Brothers, New York and London, 1938, 422 pp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/staline/lt_stal19.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/staline/lt_stal19.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre au Congr&#232;s de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/12/vil19221229.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/12/vil19221229.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine : ultimes recommandations au Comit&#233; central du Parti communiste russe&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1923/12/vil19231225.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1923/12/vil19231225.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'en disait Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/12/19321231.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/12/19321231.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le testament politique de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6204&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6204&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le testament supprim&#233; de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6646&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6646&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte finale de L&#233;nine contre la bureaucratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6866&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6866&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier combat de L&#233;nine et Trotsky contre la bureaucratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2402&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2402&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derniers combats&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5715&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5715&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve505&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve505&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2067&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2067&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3732&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3732&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine s'est battu contre la bureaucratie jusqu'&#224; &#234;tre &#233;limin&#233; par elle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1847&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1847&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine a &#233;t&#233; empoisonn&#233; par Staline....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2019&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2019&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline n'est en rien l'h&#233;ritier de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve114&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve114&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2018&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2018&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1384&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1384&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3088&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3088&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse du stalinisme et de ses alli&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1929/01/testament.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1929/01/testament.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kroupskaia/works/1925/08/testament_Lenine.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/kroupskaia/works/1925/08/testament_Lenine.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jamais L&#233;nine et Trotsky n'ont pr&#233;tendu que la prise du pouvoir du prol&#233;tariat en Russie inaugurait l'av&#232;nement du socialisme</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8489</link>
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		<dc:date>2024-12-31T23:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
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		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme - Socialism</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Jamais L&#233;nine et Trotsky n'ont pr&#233;tendu que la prise du pouvoir du prol&#233;tariat en Russie inaugurait l'av&#232;nement du socialisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Roger Dangeville dans &#171; Le syndicalisme pour Marx et Engels &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Jusqu'en 1926, date de la th&#233;orie du socialisme dans un seul pays, il n'&#233;tait pas question que l'&#233;conomie russe f&#251;t socialiste puisqu'elle utilisait la monnaie, les salaires, l'accumulation &#233;largie, le march&#233; et m&#234;me de larges secteurs de production pr&#233;capitalistes. Il n'y avait l&#224; rien d'anormal, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jamais L&#233;nine et Trotsky n'ont pr&#233;tendu que la prise du pouvoir du prol&#233;tariat en Russie inaugurait l'av&#232;nement du socialisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Roger Dangeville dans &#171; Le syndicalisme pour Marx et Engels &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Jusqu'en 1926, date de la th&#233;orie du socialisme dans un seul pays, il n'&#233;tait pas question que l'&#233;conomie russe f&#251;t socialiste puisqu'elle utilisait la monnaie, les salaires, l'accumulation &#233;largie, le march&#233; et m&#234;me de larges secteurs de production pr&#233;capitalistes. Il n'y avait l&#224; rien d'anormal, puisque la dictature du prol&#233;tariat implique des contradictions &#233;conomiques et classsites, surtout dans un pays arri&#233;r&#233;, premier maillons de la r&#233;volution internationale et non premier pays d'&#233;conomie socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine l'a toujours r&#233;p&#233;t&#233;. Citons simplement un exemple :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Parmi les gens qui se sont int&#233;ress&#233;s &#224; l'&#233;conomie de la Russie, personne, semble-t-il, n'a ni&#233; le caract&#232;re transitoire de cette &#233;conomie. Aucun communiste, non plus n'a ni&#233;, semble-t-il, que l'exrpession R&#233;publique socialiste des Soviets traduit la volont&#233; du pouvoir des Soviets d'assurer la transition au socialisme, mais n'entend nullement signifier que le nouvel ordre &#233;conomique soit socialiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;(&#338;uvres, tome 30. P. 351)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/04/vil19210421.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/04/vil19210421.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Voulant &#8211; et devant &#8211; montrer que les r&#233;alisations &#171; socialistes &#187; en Russie accroissement du nombre des salari&#233;s donc du capital ; extension de la hi&#233;rarchie des salaires, de l'autonomie des entreprises, donc des classes ; approfondissement de la division du travail, donc opposition entre manuel et intellectuel, industrie et agriculture, etc. &#8211; sont un mod&#232;le pour les ouvriers du monde entier, le pr&#233;tendu mouvement communiste (en fait devenu stalinien NDLR) est tout naturellement amen&#233; &#224; fausser les revendications &#233;conomiques du prol&#233;tariat mondial en substituant aux mots d'ordre marxistes les mots d'ordre bourgeois conservateurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait en 1905 dans &#171; Deux tactiques &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La compl&#232;te victoire de la r&#233;volution actuelle sera la conclusion de la r&#233;volution d&#233;mocratique et le d&#233;but d'une lutte r&#233;solue pour la r&#233;volution socialiste. La satisfaction des exigences de la paysannerie contemporaine, le complet &#233;crasement de la r&#233;action, la conqu&#234;te de la r&#233;publique d&#233;mocratique, tel sera l'aboutissement de l'esprit r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie et m&#234;me de la petite bourgeoisie, tel sera le d&#233;but de la v&#233;ritable lutte du prol&#233;tariat pour le socialisme... Les r&#233;volutionnaires russes, qui s'appuient sur un certain nombre de g&#233;n&#233;rations r&#233;volutionnaires d'Europe, ont le droit de &#034; r&#234;ver &#034; qu'ils r&#233;ussiront &#224; r&#233;aliser avec une pl&#233;nitude exceptionnelle toutes les transformations d&#233;mocratiques, tout notre programme minimum. Et s'il y a r&#233;ussite sur ce point, alors, alors l'incendie r&#233;volutionnaire gagnera toute l'Europe... L'ouvrier europ&#233;en se soul&#232;vera &#224; son tour et nous montrera &#034; comment on fait &#231;a &#034; ; alors aussi le soul&#232;vement r&#233;volutionnaire de l'Europe aura sa r&#233;action sur la Russie et changera une &#233;poque de quelques ann&#233;es de r&#233;volution en une &#233;poque de quelques dizaines d'ann&#233;es r&#233;volutionnaires&#8230; Le prol&#233;tariat lutte d&#233;j&#224; pour la conservation des conqu&#234;tes d&#233;mocratiques, au nom d'une r&#233;volution socialiste. Cette lutte serait presque d&#233;sesp&#233;r&#233;e pour le prol&#233;tariat russe seul, si le prol&#233;tariat socialiste europ&#233;en ne venait pas &#224; l'aide du prol&#233;tariat. Dans cette phase, la bourgeoisie lib&#233;rale et la paysannerie cossue (avec, en plus, une partie de la paysannerie moyenne) organiseront la contre-r&#233;volution. Le prol&#233;tariat russe et le prol&#233;tariat europ&#233;en, conjointement, organiseront la r&#233;volution. Dans ces conditions, le prol&#233;tariat russe pourra remporter une seconde victoire. L'affaire n'est pas d&#233;j&#224; si d&#233;sesp&#233;r&#233;e. La seconde victoire sera une insurrection socialiste en Europe. Les ouvriers europ&#233;ens nous montreront &#034; comment ces choses-l&#224; se font &#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crvait en mars 1917 dans sa Lettre d'adieu aux ouvriers suisses&lt;br class='autobr' /&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le prol&#233;tariat russe ne pourra accomplir victorieusement, par ses seules forces, la r&#233;volution socialiste. Mais il peut faciliter les choses pour l'entr&#233;e dans les luttes d&#233;cisives de son alli&#233; principal, le plus s&#251;r : le prol&#233;tariat socialiste europ&#233;en et am&#233;ricain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait encore en avril 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La Pravda et L&#233;nine ont dit et r&#233;p&#233;t&#233; on ne peut plus clairement que nous reconnaissons tous, sans r&#233;serve, la n&#233;cessit&#233; de l'Etat et d'un pouvoir organis&#233;, non seulement &#224; l'heure actuelle, mais aussi dans la phase historique ult&#233;rieure, celle de la transition du capitalisme au socialisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait ainsi en juin 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il suffit de consulter la r&#233;solution de la conf&#233;rence bolch&#233;vique des 24-29 avril 1917 pour constater que les bolch&#233;viks consid&#232;rent, eux aussi, l'&#171; instauration &#187; imm&#233;diate du socialisme en Russie comme impossible. (&#8230;) Tout le monde reconna&#238;t que l'&#233;tablissement imm&#233;diat du socialisme en Russie est impossible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Alors la dictature du prol&#233;tariat n'est pas le socialisme, mais est une transition vers le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crit dans &#171; L'Etat et la R&#233;volution &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; &#034;Entre la soci&#233;t&#233; capitaliste et la soci&#233;t&#233; communiste, poursuit Marx, se place la p&#233;riode de transformation r&#233;volutionnaire de celle-l&#224; en celle-ci. A quoi correspond une p&#233;riode de transition politique o&#249; l'Etat ne saurait &#234;tre autre chose que la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette conclusion repose, chez Marx, sur l'analyse du r&#244;le que joue le prol&#233;tariat dans la soci&#233;t&#233; capitaliste actuelle, sur les donn&#233;es relatives au d&#233;veloppement de cette soci&#233;t&#233; et &#224; l'inconciliabilit&#233; des int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s du prol&#233;tariat et de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois, la question se posait ainsi : le prol&#233;tariat doit, pour obtenir son affranchissement, renverser la bourgeoisie, conqu&#233;rir le pouvoir politique, &#233;tablir sa dictature r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, la question se pose un peu autrement : le passage de la soci&#233;t&#233; capitaliste, qui &#233;volue vers le communisme, &#224; la soci&#233;t&#233; communiste est impossible sans une &#034;p&#233;riode de transition politique&#034; ; et l'Etat de cette p&#233;riode ne peut &#234;tre que la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont donc les rapports entre cette dictature et la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que le Manifeste communiste rapproche simplement l'une de l'autre ces deux notions : &#034;transformation du prol&#233;tariat en classe dominante&#034; et &#034;conqu&#234;te de la d&#233;mocratie&#034;. Tout ce qui pr&#233;c&#232;de permet de d&#233;terminer plus exactement les modifications que subit la d&#233;mocratie lors de la transition du capitalisme au communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; capitaliste, consid&#233;r&#233;e dans ses conditions de d&#233;veloppement les plus favorables, nous offre une d&#233;mocratie plus ou moins compl&#232;te en r&#233;publique d&#233;mocratique. Mais cette d&#233;mocratie est toujours confin&#233;e dans le cadre &#233;troit de l'exploitation capitaliste et, de ce fait, elle reste toujours, quant au fond, une d&#233;mocratie pour la minorit&#233;, uniquement pour les classes poss&#233;dantes, uniquement pour les riches. La libert&#233;, en soci&#233;t&#233; capitaliste, reste toujours &#224; peu pr&#232;s ce qu'elle fut dans les r&#233;publiques de la Gr&#232;ce antique : une libert&#233; pour les propri&#233;taires d'esclaves. Par suite de l'exploitation capitaliste, les esclaves salari&#233;s d'aujourd'hui demeurent si accabl&#233;s par le besoin et la mis&#232;re qu'ils se &#034;d&#233;sint&#233;ressent de la d&#233;mocratie&#034;, &#034;se d&#233;sint&#233;ressent de la politique&#034; et que, dans le cours ordinaire, pacifique, des &#233;v&#233;nements, la majorit&#233; de la population se trouve &#233;cart&#233;e de la vie politique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justesse de cette affirmation est peut-&#234;tre le mieux illustr&#233;e par l'Allemagne, parce que c'est dans ce pays pr&#233;cis&#233;ment que la l&#233;galit&#233; constitutionnelle s'est maintenue avec une constance et une dur&#233;e &#233;tonnantes pendant pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle (1871-1914), et parce que la social-d&#233;mocratie a su, durant cette p&#233;riode, faire beaucoup plus que dans d'autres pays pour &#034;mettre &#224; profit la l&#233;galit&#233;&#034; et organiser les ouvriers en un parti politique dans une proportion plus consid&#233;rable que nulle part au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est donc cette proportion - la plus &#233;lev&#233;e que l'on observe dans la soci&#233;t&#233; capitaliste - des esclaves salari&#233;s politiquement conscients et actifs ? Un million de membres du parti social-d&#233;mocrate sur 15 millions d'ouvriers salari&#233;s ! Trois millions de syndiqu&#233;s, sur 15 millions !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratie pour une infime minorit&#233;, d&#233;mocratie pour les riches, tel est le d&#233;mocratisme de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Si l'on consid&#232;re de plus pr&#232;s le m&#233;canisme de la d&#233;mocratie capitaliste, on verra partout, dans les &#034;menus&#034; (les pr&#233;tendus menus) d&#233;tails de la l&#233;gislation &#233;lectorale (conditions de r&#233;sidence, exclusion des femmes, etc.), dans le fonctionnement des institutions repr&#233;sentatives, dans les obstacles effectifs au droit de r&#233;union (les &#233;difices publics ne sont pas pour les &#034;mis&#233;reux&#034; !), dans l'organisation purement capitaliste de la presse quotidienne, etc., etc., - on verra restriction sur restriction au d&#233;mocratisme. Ces restrictions, &#233;liminations, exclusions, obstacles pour les pauvres paraissent menus, surtout aux yeux de ceux qui n'ont jamais connu eux-m&#234;mes le besoin et n'ont jamais approch&#233; les classes opprim&#233;es ni la vie des masses qui les composent (et c'est le cas des neuf dixi&#232;mes, sinon des quatre-vingt-dix neuf centi&#232;mes des publicistes et hommes politiques bourgeois), - mais, totalis&#233;es, ces restrictions excluent, &#233;liminent les pauvres de la politique, de la participation active &#224; la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx a parfaitement saisi ce trait essentiel de la d&#233;mocratie capitaliste quand il a dit dans son analyse de l'exp&#233;rience de la Commune : on autorise les opprim&#233;s &#224; d&#233;cider p&#233;riodiquement, pour un certain nombre d'ann&#233;es, quel sera, parmi les repr&#233;sentants de la classe des oppresseurs, celui qui les repr&#233;sentera et les foulera aux pieds au Parlement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la marche en avant, &#224; partir de cette d&#233;mocratie capitaliste, - in&#233;vitablement &#233;triqu&#233;e, refoulant sournoisement les pauvres, et par suite fonci&#232;rement hypocrite et mensong&#232;re, - ne m&#232;ne pas simplement, directement et sans heurts &#034;&#224; une d&#233;mocratie de plus en plus parfaite&#034;, comme le pr&#233;tendent les professeurs lib&#233;raux et les opportunistes petits-bourgeois. Non. La marche en avant, c'est-&#224;-dire vers le communisme, se fait en passant par la dictature du prol&#233;tariat ; et elle ne peut se faire autrement, car il n'est point d'autres classes ni d'autres moyens qui puissent briser la r&#233;sistance des capitalistes exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la dictature du prol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire l'organisation de l'avant-garde des opprim&#233;s en classe dominante pour mater les oppresseurs, ne peut se borner &#224; un simple &#233;largissement de la d&#233;mocratie. En m&#234;me temps qu'un &#233;largissement consid&#233;rable de la d&#233;mocratie, devenue pour la premi&#232;re fois d&#233;mocratie pour les pauvres, d&#233;mocratie pour le peuple et non pour les riches, la dictature du prol&#233;tariat apporte une s&#233;rie de restrictions &#224; la libert&#233; pour les oppresseurs, les exploiteurs, les capitalistes. Ceux-l&#224;, nous devons les mater afin de lib&#233;rer l'humanit&#233; de l'esclavage salari&#233; ; il faut briser leur r&#233;sistance par la force ; et il est &#233;vident que, l&#224; o&#249; il y a r&#233;pression, il y a violence, il n'y a pas de libert&#233;, il n'y a pas de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela, Engels l'a admirablement exprim&#233; dans sa lettre &#224; Bebel, o&#249; il disait, comme le lecteur s'en souvient : &#034;... tan que le prol&#233;tariat a encore besoin de l'Etat, ce n'est point pour la libert&#233;, mais pour r&#233;primer ses adversaires. Et le jour o&#249; il devient possible de parler de libert&#233;, l'Etat cesse d'exister comme tel.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratie pour l'immense majorit&#233; du peuple et r&#233;pression par la force, c'est-&#224;-dire exclusion de la d&#233;mocratie pour les exploiteurs, les oppresseurs du peuple ; telle est la modification que subit la d&#233;mocratie lors de la transition du capitalisme au communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement dans la soci&#233;t&#233; communiste, lorsque la r&#233;sistance des capitalistes est d&#233;finitivement bris&#233;e, que les capitalistes ont disparu et qu'il n'y a plus de classes (c'est-&#224;-dire plus de distinctions entre les membres de la soci&#233;t&#233; quant &#224; leurs rapports avec les moyens sociaux de production), c'est alors seulement que &#034;l'Etat cesse d'exister et qu'il devient possible de parler de libert&#233; &#034;. Alors seulement deviendra possible et sera appliqu&#233;e une d&#233;mocratie vraiment compl&#232;te, vraiment sans aucune exception. Alors seulement la d&#233;mocratie commencera &#224; s'&#233;teindre pour cette simple raison que, d&#233;livr&#233;s de l'esclavage capitaliste, des horreurs, des sauvageries, des absurdit&#233;s, des ignominies sans nombre de l'exploitation capitaliste, les hommes s'habitueront graduellement &#224; respecter les r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de la vie en soci&#233;t&#233; connues depuis des si&#232;cles, rebattues durant des mill&#233;naires dans toutes les prescriptions morales, &#224; les respecter sans violence, sans contrainte, sans soumission, sans cet appareil sp&#233;cial de coercition qui a nom : l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression est tr&#232;s heureuse, car elle exprime &#224; la fois la gradation du processus et sa spontan&#233;it&#233;. Seule l'habitude peut produire un tel effet et elle le traduira certainement, car nous constatons mille et mille fois autour de nous avec quelle facilit&#233; les hommes s'habituent &#224; observer les r&#232;gles n&#233;cessaires &#224; la vie en soci&#233;t&#233; quand il n'y a pas d'exploitation, quand il n'y a rien qui excite l'indignation, qui suscite la protestation et la r&#233;volte, qui n&#233;cessite la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, en soci&#233;t&#233; capitaliste, nous n'avons qu'une d&#233;mocratie tronqu&#233;e, mis&#233;rable, falsifi&#233;e, une d&#233;mocratie uniquement pour les riches, pour la minorit&#233;. La dictature du prol&#233;tariat, p&#233;riode de transition au communisme, &#233;tablira pour la premi&#232;re fois une d&#233;mocratie pour le peuple, pour la majorit&#233;, parall&#232;lement &#224; la r&#233;pression n&#233;cessaire d'une minorit&#233; d'exploiteurs. Seul le communisme est capable de r&#233;aliser une d&#233;mocratie r&#233;ellement compl&#232;te ; et plus elle sera compl&#232;te, plus vite elle deviendra superflue et s'&#233;teindra d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes : nous avons, en r&#233;gime capitaliste, l'Etat au sens propre du mot, une machine sp&#233;ciale d'oppression d'une classe par une autre, de la majorit&#233; par la minorit&#233;. On con&#231;oit que pour &#234;tre men&#233;e &#224; bien, la r&#233;pression syst&#233;matique exerc&#233;e contre une majorit&#233; d'exploit&#233;s par une minorit&#233; d'exploiteurs exige une cruaut&#233;, une f&#233;rocit&#233; extr&#234;mes dans la r&#233;pression, des mers de sang &#224; travers lesquelles l'humanit&#233; poursuit sa route sous le r&#233;gime de l'esclavage, du servage et du salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, dans la p&#233;riode de transition du capitalisme au communisme, la r&#233;pression est encore n&#233;cessaire, mais elle est d&#233;j&#224; exerc&#233;e sur une minorit&#233; d'exploiteurs par une majorit&#233; d'exploit&#233;s. L'appareil sp&#233;cial, la machine sp&#233;ciale de r&#233;pression, l'&#034;Etat&#034;, est encore n&#233;cessaire, mais c'est d&#233;j&#224; un Etat transitoire, ce n'est plus l'Etat proprement dit, car la r&#233;pression exerc&#233;e sur une minorit&#233; d'exploiteurs par la majorit&#233; des esclaves salari&#233;s d'hier est chose relativement si facile, si simple et si naturelle qu'elle co&#251;tera beaucoup moins de sang que la r&#233;pression des r&#233;voltes d'esclaves, de serfs et d'ouvriers salari&#233;s, qu'elle co&#251;tera beaucoup moins cher &#224; l'humanit&#233;. Elle est compatible avec l'extension de la d&#233;mocratie &#224; une si grande majorit&#233; de la population que la n&#233;cessit&#233; d'une machine sp&#233;ciale de r&#233;pression commence &#224; dispara&#238;tre. Les exploiteurs ne sont naturellement pas en mesure de mater le peuple sans une machine tr&#232;s compliqu&#233;e, destin&#233;e &#224; remplir cette t&#226;che ; tandis que le peuple peut mater les exploiteurs m&#234;me avec une &#034;machine&#034; tr&#232;s simple, presque sans &#034;machine&#034;, sans appareil sp&#233;cial, par la simple organisation des masses arm&#233;es (comme, dirons-nous par anticipation, les Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, seul le communisme rend l'Etat absolument superflu, car il n'y a alors personne &#224; mater, &#034;personne&#034; dans le sens d'aucune classe ; il n'y a plus lutte syst&#233;matique contre une partie d&#233;termin&#233;e de la population. Nous ne sommes pas des utopistes et nous ne nions pas du tout que des exc&#232;s individuels soient possibles et in&#233;vitables ; nous ne nions pas davantage qu'il soit n&#233;cessaire de r&#233;primer ces exc&#232;s. Mais, tout d'abord, point n'est besoin pour cela d'une machine sp&#233;ciale, d'un appareil sp&#233;cial de r&#233;pression ; le peuple arm&#233; se chargera lui-m&#234;me de cette besogne aussi simplement, aussi facilement qu'une foule quelconque d'hommes civilis&#233;s m&#234;me dans la soci&#233;t&#233; actuelle s&#233;pare des gens qui se battent ou ne permet pas qu'on rudoie une femme. Ensuite, nous savons que la cause sociale profonde des exc&#232;s qui constituent une violation des r&#232;gles de la vie en soci&#233;t&#233;, c'est l'exploitation des masses, vou&#233;es au besoin, &#224; la mis&#232;re. Cette principale cause une fois &#233;cart&#233;e, les exc&#232;s commenceront infailliblement &#224; &#034;s'&#233;teindre&#034;. Avec quelle rapidit&#233; et quelle gradation, nous l'ignorons ; mais nous savons qu'ils s'&#233;teindront. Et, avec eux, l'Etat s'&#233;teindra &#224; son tour. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1918, L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Au fond, tous ces bourgeois atterr&#233;s, constern&#233;s, terrifi&#233;s, ces petits bourgeois et ces &#171; commis de la bourgeoisie &#187; s'en tiennent, souvent sans en avoir conscience, &#224; la vieille id&#233;e absurde, sentimentale, plate, propre &#224; la gent intellectuelle, de l'&#171; introduction du socialisme &#187;, acquise &#171; par ou&#239;-dire &#187;, en attrapant au vol des bribes de la doctrine socialiste, en reprenant &#224; leur compte les d&#233;formations de cette doctrine, dues &#224; des ignorants, &#224; des pseudo-savants, en nous attribuant &#224; nous, marxistes, cette id&#233;e et m&#234;me un plan pour &#171; introduire &#187; le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles id&#233;es, pour ne pas parler de plans, nous sont &#233;trang&#232;res, &#224; nous, marxistes. Nous avons toujours su, toujours dit, toujours r&#233;p&#233;t&#233; qu'on ne peut pas &#171; introduire &#187; le socialisme, qu'il appara&#238;t au cours de la lutte de classes la plus intense, la plus aigu&#235;, la plus &#226;pre, la plus farouche, et au cours de la guerre civile, qu'entre le capitalisme et le socialisme s'&#233;tend une longue p&#233;riode &#171; d'enfantement douloureux &#187;, que la violence est toujours l'accoucheuse de la vieille soci&#233;t&#233;, qu'&#224; la p&#233;riode de transition de la soci&#233;t&#233; bourgeoise &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste correspond un Etat sp&#233;cial (c'est-&#224;-dire un syst&#232;me sp&#233;cial de violence organis&#233;e &#224; l'&#233;gard d'une classe donn&#233;e), &#224; savoir : la dictature du prol&#233;tariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait en mars 1918 dans Rapport sur la guerre et la paix au VIIe Congr&#232;s du Parti :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour quiconque r&#233;fl&#233;chissait aux pr&#233;misses &#233;conomiques d'une r&#233;volution socialiste en Europe, il &#233;tait &#233;vident qu'il est bien plus difficile de commencer la r&#233;volution en Europe et bien plus facile de la commencer chez nous, mais qu'ici il sera plus difficile de la continuer.&#8230; Si l'on envisage les choses &#224; l'&#233;chelle mondiale, il est absolument certain que la victoire finale de notre r&#233;volution, si elle devait rester isol&#233;e, s'il n'y avait pas de mouvement r&#233;volutionnaire dans les autres pays, serait sans espoir. Si le Parti bolchevique a pris seul l'affaire en main, c'est avec la conviction que la r&#233;volution m&#251;rit dans tous les pays et qu'&#224; la fin des fins, - et non au commencement des commencements, - quelles que soient les difficult&#233;s que nous ayons &#224; surmonter, quelles que soient les d&#233;faites que nous ayons &#224; subir, la r&#233;volution socialiste, internationale viendra, car elle est en marche ; qu'elle arrivera &#224; maturit&#233;, car elle m&#251;rit d&#233;j&#224;. Nous ne serons pr&#233;serv&#233;s de toutes ces difficult&#233;s, je le r&#233;p&#232;te, que par la r&#233;volution europ&#233;enne.&#8230; La r&#233;volution ne viendra pas aussi vite que nous l'esp&#233;rions. Cela, l'histoire l'a prouv&#233;, il faut savoir l'accepter comme un fait, il faut savoir tenir compte de ce que la r&#233;volution socialiste mondiale dans les pays avanc&#233;s ne peut commencer avec la m&#234;me facilit&#233; qu'en Russie, pays de Nicolas II et de Raspoutine, o&#249; une partie &#233;norme de la population se d&#233;sint&#233;ressait compl&#232;tement de ce qui se passait &#224; la p&#233;riph&#233;rie et de ce qu'&#233;taient les peuples qui l'habitaient. Il &#233;tait facile, en ce pays-l&#224;, de commencer la r&#233;volution ; c'&#233;tait soulever une plume&#8230; La v&#233;rit&#233; absolue, c'est qu'&#224; moins d'une r&#233;volution allemande, nous sommes perdus. Nous p&#233;rirons peut-&#234;tre, non &#224; Piter, non &#224; Moscou, mais .&#224; Vladivostok, ou bien dans d'autres endroits &#233;loign&#233;s vers lesquels nous devrons battre en retraite, mais, en tout cas, quelles que soient les vicissitudes possibles et concevables, si la r&#233;volution allemande ne vient pas, nous p&#233;rirons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans &#171; La r&#233;volution prol&#233;tarienne et le ren&#233;gat Kautsky &#187; en 1918 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; O&#249; le reniement de Kautsky appara&#238;t plus en relief&#8230; il en vient &#224; critiquer la tactique bolch&#233;vique. Et voici en quels termes : &#171; La r&#233;volution bolch&#233;vique a &#233;t&#233; bas&#233;e sur l'hypoth&#232;se qu'elle serait le point de d&#233;part d'une r&#233;volution europ&#233;enne g&#233;n&#233;rale ; que l'initiative hardie de la Russie inciterait les prol&#233;taires de toute l'Europe &#224; se soulever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette hypoth&#232;se, peu importait &#233;videmment quelles formes prendrait la paix s&#233;par&#233;e russe, quelles mutilations et quels sacrifices elle entra&#238;nerait pour le peuple russe, quelle solution elle donnerait au droit de libre disposition des peuples. De m&#234;me, peu importait de savoir alors si la Russie &#233;tait apte &#224; se d&#233;fendre ou non. La r&#233;volution europ&#233;enne constituait, selon ce point de vue, la meilleure d&#233;fense de la r&#233;volution russe ; elle devait assurer &#224; tous les peuples de l'ancien territoire russe le droit int&#233;gral, r&#233;el, de disposer d'eux m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une r&#233;volution en Europe, qui apporterait et affermirait le socialisme, devait aussi servir &#224; &#233;carter les obstacles qu'opposait, &#224; la r&#233;alisation en Russie d'un syst&#232;me de production socialiste, le retard &#233;conomique du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela &#233;tait tr&#232;s logique et bien fond&#233; d&#232;s que l'on admettait l'hypoth&#232;se fondamentale : que la r&#233;volution russe doit n&#233;cessairement amorcer la r&#233;volution europ&#233;enne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si la chose ne se faisait pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici cette hypoth&#232;se ne s'est pas justifi&#233;e. Et maintenant on accuse les prol&#233;taires d'Europe d'avoir laiss&#233; tomber et trahi la r&#233;volution russe. Accusation port&#233;e contre des inconnus, car qui veut on rendre responsable de la conduite du prol&#233;tariat europ&#233;en ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compter sur la r&#233;volution europ&#233;enne est obligatoire pour un marxiste, du moment qu'on se trouve en pr&#233;sence d'une situation r&#233;volutionnaire. C'est une v&#233;rit&#233; premi&#232;re du marxisme, que la tactique du prol&#233;tariat socialiste ne peut &#234;tre la m&#234;me quand la situation est r&#233;volutionnaire et quand elle ne l'est pas&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Kautsky avait pos&#233; cette question, obligatoire pour un marxiste, il aurait vu que la r&#233;ponse lui &#233;tait nettement d&#233;favorable. Bien avant la guerre, tous les marxistes, tous les socialistes s'accordaient &#224; reconna&#238;tre que la guerre europ&#233;enne cr&#233;erait une situation r&#233;volutionnaire. Du temps o&#249; Kautsky n'&#233;tait pas encore un ren&#233;gat, il admettait la chose d'une fa&#231;on claire et pr&#233;cise, en 1902 (la R&#233;volution sociale) et en 1909 (le Chemin du pouvoir). Le manifeste de B&#226;le l'a reconnu au nom de la II&#176; Internationale tout enti&#232;re : ce n'est pas sans raison que dans tous les pays les social-chauvins et les kautskistes (les &#171; centristes &#187;, ceux qui balancent entre les r&#233;volutionnaires et les opportunistes) craignent comme le feu ces d&#233;clarations du Manifeste de B&#226;le !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, l'attente d'une situation r&#233;volutionnaire en Europe n'&#233;tait pas un engouement des bolch&#233;viks ; c'&#233;tait l'opinion commune de tous les marxistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique des bolch&#233;viks &#233;tait juste ; elle &#233;tait la seule tactique internationaliste, puisqu'elle ne reposait pas sur une crainte pusillanime de la r&#233;volution mondiale, sur le &#171; scepticisme &#187; petit-bourgeois &#224; son &#233;gard, sur le d&#233;sir &#233;troitement nationaliste de d&#233;fendre &#171; sa &#187; patrie (la patrie de sa bourgeoisie) et de &#171; cracher &#187; sur tout le reste ; elle reposait sur l'appr&#233;ciation juste (et universellement reconnue avant la guerre, avant le reniement des social chauvins et des social-pacifistes) des perspectives d'une situation r&#233;volutionnaire en Europe. Cette tactique &#233;tait la seule tactique internationaliste puisqu'elle faisait le maximum de ce qui est r&#233;alisable dans un seul pays pour le d&#233;veloppement, le soutien, l'&#233;veil de la r&#233;volution dans tous les pays. Cette tactique s'est v&#233;rifi&#233;e par un immense succ&#232;s, car le bolch&#233;visme (non point en raison des m&#233;rites des bolch&#233;viks russes, mais &#224; cause de la plus profonde et universelle sympathie des masses pour cette tactique authentiquement r&#233;volutionnaire) est devenu le bolch&#233;visme mondial ; il a donn&#233; une id&#233;e, une th&#233;orie, un programme, une tactique qui se distinguent concr&#232;tement, dans la pratique, du social chauvinisme et du social-pacifisme. Le bolch&#233;visme a port&#233; le coup de gr&#226;ce &#224; la vieille Internationale pourrie des Scheidemann et des Kautsky, des Renaudel et des Longuet, des Henderson et des MacDonald, qui vont maintenant se jeter dans les jambes l'un de l'autre en &#171; r&#234;vant &#187; d'unit&#233; et en s'effor&#231;ant de ressusciter un cadavre. Le bolch&#233;visme a cr&#233;&#233; les fondements id&#233;ologiques et tactiques d'une III&#176; Internationale, vraiment prol&#233;tarienne et communiste, et qui tient compte &#224; la fois des conqu&#234;tes de l'&#233;poque de paix, et de l'exp&#233;rience de l'&#233;poque d&#233;j&#224; commenc&#233;e des r&#233;volutions&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait en novembre 1918 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les faits de l'histoire mondiale ont montr&#233; que la transformation de notre r&#233;volution russe en une r&#233;volution socialiste n'est pas une aventure &#224; courir, mais une n&#233;cessit&#233;, car il n'y a pas d'autre &#171; choix &#187; : les imp&#233;rialismes anglo-fran&#231;ais et am&#233;ricain &#233;toufferont in&#233;vitablement l'ind&#233;pendance et la libert&#233; de la Russie s'il n'y a pas de victoire de la r&#233;volution socialiste mondiale, du bolchevisme mondial. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait en avril 1919 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#8211; La troisi&#232;me internationale et sa place dans l'histoire &#8211; 15 avril 1919 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#171; Comment a-t-il pu se faire que le premier pays qui ait r&#233;alis&#233; la dictature du prol&#233;tariat et fond&#233; la R&#233;publique sovi&#233;tique, ait &#233;t&#233; un des pays les plus arri&#233;r&#233;s de l'Europe ? Nous ne risquons gu&#232;re de nous tromper, en disant que justement cette contradiction entre le retard de la Russie et le &#171; bond &#187; effectu&#233; par elle, pardessus la d&#233;mocratie bourgeoise, vers la forme sup&#233;rieure du d&#233;mocratisme, vers la d&#233;mocratie sovi&#233;tique ou prol&#233;tarienne, justement cette contradiction a &#233;t&#233; (en plus des pratiques opportunistes et des pr&#233;jug&#233;s philistins qui pesaient sur la plupart des chefs socialistes) une des raisons qui ont rendu particuli&#232;rement difficile ou retard&#233; en Occident la compr&#233;hension du r&#244;le des Soviets.(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il s'&#233;tonner que la r&#233;alisation de la dictature prol&#233;tarienne ait r&#233;v&#233;l&#233; avant tout cette &#171; contradiction &#187; entre le retard de la Russie et le &#171; bond &#187; effectu&#233; par elle par-dessus la d&#233;mocratie bourgeoise ? Il e&#251;t &#233;t&#233; &#233;tonnant si l'histoire nous gratifiait d'une nouvelle forme de d&#233;mocratie sans entra&#238;ner une s&#233;rie de contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout marxiste, voire toute personne initi&#233;e &#224; la science moderne, en g&#233;n&#233;ral, si on lui posait cette question : &#171; Le passage &#233;gal ou harmonieux et proportionnel des divers pays capitalistes &#224; la dictature du prol&#233;tariat est-il possible ? &#187; &#8212; r&#233;pondra sans doute par la n&#233;gative. Ni &#233;galit&#233; de d&#233;veloppement, ni harmonie, ni proportionnalit&#233; n'ont jamais exist&#233; et ne pouvaient exister dans le monde capitaliste. Chaque pays a fait ressortir avec un singulier relief tel ou tel autre c&#244;t&#233;, tel trait ou ensemble de particularit&#233;s du capitalisme et du mouvement ouvrier. Le processus de d&#233;veloppement &#233;tait in&#233;gal. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire universelle s'achemine irr&#233;sistiblement vers la dictature du prol&#233;tariat, mais elle n'y va pas par des chemins unis, simples et droits, tant s'en faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu l'occasion de le r&#233;p&#233;ter souvent : en comparaison des pays avanc&#233;s, il &#233;tait plus facile aux Russes de commencer la grande R&#233;volution prol&#233;tarienne, mais il leur sera plus difficile de la continuer et de la mener jusqu'&#224; la victoire d&#233;finitive, dans le sens de l'organisation int&#233;grale de la soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous a &#233;t&#233; plus facile de commencer, d'abord parce que le retard politique peu ordinaire &#8212; pour l'Europe du XXe si&#232;cle &#8212; de la monarchie tsariste provoqua un assaut r&#233;volutionnaire des masses, d'une vigueur inaccoutum&#233;e. En second lieu, le retard de la Russie unissait d'une fa&#231;on originale la R&#233;volution prol&#233;tarienne contre la bourgeoisie, &#224; la r&#233;volution paysanne contre les grands propri&#233;taires fonciers. C'est par l&#224; que nous avons commenc&#233; en octobre 1917, et nous n'aurions pas triomph&#233; si facilement si nous avions agi diff&#233;remment. D&#232;s 1856 Marx indiqua, en parlant de la Prusse, la possibilit&#233; d'une combinaison originale de la r&#233;volution prol&#233;tarienne avec la guerre paysanne. Les bolch&#233;viks, depuis le d&#233;but de 1905, d&#233;fendirent l'id&#233;e d'une dictature d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et de la paysannerie. En troisi&#232;me lieu, la R&#233;volution de 1905 a fait &#233;norm&#233;ment pour l'&#233;ducation politique de la masse des ouvriers et des paysans, tant pour initier leur avant-garde au &#171; dernier mot &#187; du socialisme d'Occident, que dans le sens de l'action r&#233;volutionnaire des masses. Sans cette &#171; r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale &#187; de 1905, les r&#233;volutions de 1917, bourgeoise en f&#233;vrier, prol&#233;tarienne en octobre, n'eussent pas &#233;t&#233; possibles. En quatri&#232;me lieu, la situation g&#233;ographique de la Russie lui a permis plus longtemps qu'aux autres pays de tenir, en d&#233;pit de la sup&#233;riorit&#233; ext&#233;rieure des pays capitalistes avanc&#233;s. En cinqui&#232;me lieu, l'attitude particuli&#232;re du prol&#233;tariat &#224; l'&#233;gard de la paysannerie a facilit&#233; le passage de la r&#233;volution bourgeoise &#224; la r&#233;volution socialiste, facilit&#233; l'influence des prol&#233;taires de la ville sur les semi-prol&#233;taires, sur les couches de travailleurs pauvres des campagnes. En sixi&#232;me lieu, la longue &#233;cole des gr&#232;ves et l'exp&#233;rience du mouvement ouvrier de masse en Europe ont facilit&#233;, dans une situation r&#233;volutionnaire tendue et vite aggrav&#233;e, l'apparition d'une forme d'organisation r&#233;volutionnaire prol&#233;tarienne aussi originale que les Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;num&#233;ration n'est &#233;videmment pas compl&#232;te. Mais on peut pour l'instant s'en tenir l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie sovi&#233;tique ou prol&#233;tarienne est n&#233;e en Russie. Par rapport &#224; la Commune de Paris, ce fut un second pas d'une importance historique universelle. La R&#233;publique prol&#233;tarienne et paysanne des Soviets est apparue comme la premi&#232;re et solide r&#233;publique socialiste du monde. D&#233;sormais elle ne peut mourir en tant que nouveau type d'&#201;tat. Elle n'est plus seule aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour continuer l'&#339;uvre de construction socialiste et la mener &#224; bien, il y a encore beaucoup &#224; faire. Les R&#233;publiques sovi&#233;tiques des pays plus cultiv&#233;s, o&#249; le prol&#233;tariat a plus de poids et plus d'influence, ont toutes les chances de d&#233;passer la Russie, d&#232;s qu'elles s'engageront dans la voie de la dictature du prol&#233;tariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine en mai 1920 dans &#171; La maladie infantile &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; On aurait &#233;galement tort de perdre de vue qu'apr&#232;s la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, si m&#234;me elle n'a lieu que dans un seul des pays avanc&#233;s, il se produira, selon toute probabilit&#233;, un brusque changement, &#224; savoir : la Russie redeviendra, bient&#244;t apr&#232;s, un pays, non plus exemplaire, mais retardataire (au point de vue &#034;sovi&#233;tique&#034; et socialiste). (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'influence d'une s&#233;rie de facteurs historiques tr&#232;s particuliers, la Russie retardataire fut la premi&#232;re &#224; donner au monde non seulement l'exemple d'une progression par bonds, pendant la r&#233;volution, de l'activit&#233; spontan&#233;e des masses opprim&#233;es (on avait vu cela dans toutes les grandes r&#233;volutions), mais encore l'exemple d'un prol&#233;tariat dont le r&#244;le est infiniment sup&#233;rieur &#224; son importance num&#233;rique dans la population ; l'exemple de la combinaison de la gr&#232;ve &#233;conomique et de la gr&#232;ve politique avec transformation de cette derni&#232;re en insurrection arm&#233;e, et enfin, de L'apparition d'une nouvelle forme de lutte massive et d'organisation massive des classes opprim&#233;es par le capitalisme : les Soviets. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait en 1920 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous effectuons la transition au socialisme et la question capitale, celle du bl&#233;, celle du travail, n'est pas du ressort de l'int&#233;r&#234;t priv&#233;, n'est pas l'affaire priv&#233;e du patron, mais celle de la soci&#233;t&#233; enti&#232;re. Tout paysan tant soit peu capable de penser doit avoir nettement conscience, comprendre que, si l'Etat pose dans toute sa presse, dans chaque article, dans chaque num&#233;ro de journal la question des transports, c'est que c'est l'affaire de tous ! Notre &#233;dification fait passer le paysan des t&#233;n&#232;bres et de l'aveuglement auxquels le condamnait l'esclavage &#224; la libert&#233; v&#233;ritable o&#249; les travailleurs, connaissant toutes les difficult&#233;s qui les attendent et, faisant fi de ce qui n'est que du clinquant, des colifichets, de la com&#233;die des motions de toute esp&#232;ce et des plus ing&#233;nieuses promesses que prodiguent les folliculaires en tout pays bourgeois, ils dirigent toutes les forces de l'organisation sociale, de l'appareil de l'Etat, tous les moyens d'agitation, vers les t&#226;ches les plus simples et les plus substantielles. Il faut axer toutes les forces, toute l'attention sur ces t&#226;ches &#233;conomiques les plus &#233;l&#233;mentaires, intelligibles &#224; tout paysan, contre lesquelles nul paysan moyen, voire cossu, mais tant soit peu honn&#234;te, ne peut pr&#233;senter d'objections et dont la mise &#224; l'ordre du jour dans toute r&#233;union nous donne absolument raison. La masse ouvri&#232;re et paysanne la moins consciente confirmera que l'important, c'est de relever d&#232;s maintenant l'&#233;conomie de fa&#231;on qu'elle ne puisse tomber une nouvelle fois aux mains des exploiteurs, de fa&#231;on que celui-l&#224; ne b&#233;n&#233;ficie d'aucun passe-droit qui, poss&#233;dant dans un pays affam&#233; des exc&#233;dents de bl&#233;, les emploie &#224; s'enrichir et &#224; r&#233;duire les pauvres &#224; la famine. Vous ne trouverez pas un homme, f&#251;t-il le plus arri&#233;r&#233;, le plus inconscient, qui n'ait le sentiment que c'est injuste, qui n'ait l'id&#233;e peut-&#234;tre confuse, peut-&#234;tre brumeuse, mais pr&#233;sente tout de m&#234;me, que les arguments des partisans du pouvoir sovi&#233;tique sont pleinement conformes aux int&#233;r&#234;ts des travailleurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans Notre situation ext&#233;rieure et int&#233;rieure et les t&#226;ches du parti - 21 novembre 1920 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les succ&#232;s obtenus par le pouvoir des Soviets sont colossaux. Lorsqu'il y a trois ans nous posions la question du r&#244;le et des conditions de la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Russie, nous disions toujours nettement que cette victoire ne pouvait &#234;tre solide qu'&#224; condition d'&#234;tre soutenue par une r&#233;volution prol&#233;tarienne en Occident, et que notre R&#233;volution ne pouvait &#234;tre justement appr&#233;ci&#233;e que du point de vue international. Afin d'obtenir que notre victoire soit solide nous devons obtenir la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne dans tous les pays, ou du moins dans quelques-uns des principaux pays capitalistes. Apr&#232;s trois ans de lutte acharn&#233;e, nous voyons dans quelle mesure nos pr&#233;dictions se sont v&#233;rifi&#233;es et dans quelle mesure elles ne se sont pas v&#233;rifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ne se sont pas v&#233;rifi&#233;es en ce sens que la question n'a pas re&#231;u de solution rapide et simple. Bien s&#251;r, aucun de nous ne s'attendait &#224; voir durer trois ans une lutte aussi in&#233;gale que celle de la Russie contre toutes les puissances capitalistes du monde. Si nos pr&#233;dictions ne se sont pas v&#233;rifi&#233;es purement et simplement, rapidement et directement, elles se sont v&#233;rifi&#233;es cependant dans la mesure o&#249; nous avons re&#231;u l'essentiel, car l'essentiel &#233;tait de conserver au pouvoir du prol&#233;tariat et &#224; la r&#233;publique sovi&#233;tiste la possibilit&#233; d'exister, m&#234;me dans le cas o&#249; se ferait attendre la r&#233;volution socialiste dans le reste de l'univers. Et, &#224; ce point de vue, il faut dire que notre situation internationale actuelle donne la meilleure et la plus exacte confirmation de tous nos calculs et de toute notre politique&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la guerre imp&#233;rialiste, les &#201;tats bourgeois ont r&#233;ussi &#224; sortir bourgeois. Ils ont r&#233;ussi &#224; remettre et &#224; reculer la crise qui les mena&#231;ait imm&#233;diatement, mais ils ont ruin&#233; leur situation dans sa racine &#224; un tel point que, malgr&#233; leurs forces arm&#233;es gigantesques, ils ont d&#251; reconna&#238;tre, apr&#232;s trois ans, leur impuissance &#224; &#233;trangler la Russie sovi&#233;tiste, presque d&#233;nu&#233;e de forces militaires. Ainsi s'est trouv&#233;e confirm&#233;e dans sa base notre politique avec nos pr&#233;visions, et nous avons eu pour alli&#233;s r&#233;els les masses opprim&#233;es de tous les &#201;tats capitalistes, puisque ces masses ont fait &#233;chouer la guerre. Sans obtenir la victoire universelle, la seule solide pour nous, nous avons conquis une situation dans laquelle nous pouvons exister c&#244;te &#224; c&#244;te avec les puissances imp&#233;rialistes, oblig&#233;es aujourd'hui d'entrer en relations commerciales avec nous. Au cours de cette lutte, nous avons conquis le droit &#224; l'existence ind&#233;pendante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crit en 1921 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le socialisme est impossible sans la technique de la grosse industrie capitaliste, technique organis&#233;e selon le dernier mot de la science moderne ; il est impossible sans une organisation m&#233;thodique r&#233;gl&#233;e par l'Etat et qui impose &#224; des dizaines de millions d'hommes la stricte observation d'une norme unique dans la production et la r&#233;partition des produits. Nous, marxistes, l'avons toujours dit ; quant aux gens qui n'ont pas compris m&#234;me cette v&#233;rit&#233; (tels que les anarchistes et une bonne moiti&#233; des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche), il ne vaut pas la peine de perdre f&#251;t-ce deux secondes &#224; parler avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(D'autre part, le socialisme est impossible sans la domination du prol&#233;tariat dans l'Etat : c'est aussi une v&#233;rit&#233; premi&#232;re. L'histoire (dont nul, si ce n'est les imb&#233;ciles mench&#233;viks num&#233;ro un, n'attendait qu'elle donn&#226;t sans encombres, tranquillement, ais&#233;ment et simplement le socialisme &#171; int&#233;gral &#187;) a suivi des voies si singuli&#232;res qu'elle a engendr&#233; en 1918 deux moiti&#233;s s&#233;par&#233;es du socialisme, l'une &#224; c&#244;t&#233; de l'autre, comme deux futurs poussins, dans la m&#234;me coquille de l'imp&#233;rialisme international. En 1918, l'Allemagne et la Russie mat&#233;rialisaient avec le plus d'&#233;vidence les conditions &#233;conomiques, &#8212; production, &#233;conomie sociale, &#8212; d'une part, et les conditions politiques du socialisme, de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse en Allemagne aurait bris&#233; du coup, avec une extr&#234;me facilit&#233; toute coquille imp&#233;rialiste (faite, malheureusement, avec le meilleur acier et capable, pour cette raison de r&#233;sister aux efforts de tout... poussin) ; elle assurerait la victoire du socialisme mondial, &#224; coup s&#251;r, sans difficult&#233; ou avec des difficult&#233;s insignifiantes, &#8212; bien entendu, si l'on consid&#232;re le &#171; difficile &#187; &#224; l'&#233;chelle historique et mondiale, et non point : &#224; celle du vulgaire et de l'&#233;troit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crit dans &#171; L'&#233;conomie et la politique &#224; l'&#233;poque de la dictature du prol&#233;tariat &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le socialisme, c'est l'abolition des classes. Pour abolir les classes, il faut, premi&#232;rement, renverser les propri&#233;taires fonciers et les capitalistes. Cette partie de l'ouvrage est faite, mais c'est une partie seulement, et non la plus difficile. Pour abolir les classes, il faut, deuxi&#232;ment, supprimer la diff&#233;rence entre l'ouvrier et les paysans et faire de tous des travailleurs. Cela ne peut &#234;tre fait d'un coup. C'est un travail incomparablement plus difficile et, forc&#233;ment, tr&#232;s long. C'est un probl&#232;me que l'on ne peut r&#233;soudre simplement en renversant une classe. On ne peut le r&#233;soudre que par la transformation de toute la structure de l'&#233;conomie sociale, par le passage de la petite &#233;conomie marchande, individuelle, isol&#233;e, &#224; la grande &#233;conomie collective. Cette transition est n&#233;cessairement fort longue&#8230; Pour r&#233;soudre la seconde partie, la plus difficile, du probl&#232;me, le prol&#233;tariat, apr&#232;s avoir vaincu la bourgeoisie, doit s'en tenir &#224; la ligne politique suivante par rapport &#224; la paysannerie : d&#233;limiter, s&#233;parer le paysan travailleur du paysan propri&#233;taire, du paysan commer&#231;ant et du paysan sp&#233;culateur&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crit dans &#171; De l'enfantillage de gauche et de l'esprit petit-bourgeois &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le socialisme est inconcevable sans une technique capitaliste r&#233;pondant aux exigences de la science moderne sans une organisation &#233;tatique syst&#233;matique&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clare dans son &#171; Rapport sur les t&#226;ches actuelles du pouvoir sovi&#233;tique &#187; du 29 avril 1918 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La voie de l'organisation est longue, et la r&#233;alisation du socialisme exige un travail pers&#233;v&#233;rant et des connaissances sp&#233;ciales qui sont chez nous insuffisantes. Il est fort douteux que la prochaine g&#233;n&#233;ration qui, pourtant, sera plus d&#233;velopp&#233;e, puisse r&#233;aliser le socialisme dans tous les domaines. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clare dans son &#171; Discours au premier congr&#232;s des communes et cartels agricoles &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le communisme est le plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement du socialisme, car, alors, les hommes travaillent parce qu'ils comprennent la n&#233;cessit&#233; de travailler pour le bien de tous. Nous savons que nous ne pouvons pas encore introduire maintenant le r&#233;gime socialiste. Bien heureux encore si nos enfants ou m&#234;me nos petits-enfants parviennent &#224; l'instaurer ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clare dans son intervention au dixi&#232;me congr&#232;s du parti communiste (bolchevik) de Russie :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il n'est pas douteux que la r&#233;volution socialiste dans un pays o&#249; la majorit&#233; &#233;crasante de la population est constitu&#233;e par les petits cultivateurs n'est possible que par une suite de mesures transitoires sp&#233;ciales, qui seraient tout &#224; fait inutiles dans les pays &#224; capitalisme d&#233;velopp&#233;, o&#249; les salari&#233;s, dans l'industrie et l'agriculture, constituent l'immense majorit&#233;&#8230; Nous avons soulign&#233; dans plusieurs ouvrages, dans tous nos discours, dans toute la presse, qu'en Russie il n'en est pas ainsi, qu'en Russie nous avons une minorit&#233; d'ouvriers dans l'industrie et une immense majorit&#233; de petits agriculteurs. La r&#233;volution sociale, dans un tel pays, ne peut obtenir un succ&#232;s d&#233;finitif qu'&#224; deux conditions : premi&#232;rement, &#224; condition qu'elle soit soutenue &#224; temps par la r&#233;volution sociale dans un ou plusieurs pays avanc&#233;s&#8230; La deuxi&#232;me condition est l'accord entre le prol&#233;tariat r&#233;alisant sa dictature ou d&#233;tenant le pouvoir d'Etat et la majorit&#233; de la population paysanne&#8230; Nous savons que seul l'accord avec la paysannerie peut sauver la r&#233;volution sociale en Russie, tant que la r&#233;volution n'est pas survenue dans les autres pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crit dans &#171; La maladie infantile du communisme &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Dans la Russie de 1917, plac&#233;e dans une situation historique extr&#234;mement originale, il &#233;tait facile de commencer la r&#233;volution socialiste, tandis qu'il y sera plus difficile que dans les pays occidentaux de la continuer et de la mener &#224; son terme. J'ai d&#233;j&#224; eu l'occasion, au commencement de 1918, de signaler ce fait, et une exp&#233;rience de deux ans m'a enti&#232;rement raison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait en 1917 dans sa &#171; Lettre d'adieu aux ouvriers suisses &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le prol&#233;tariat russe ne peut parachever la r&#233;volution socialiste avec ses seules forces. Mais il peut donner &#224; sa r&#233;volution une ampleur qui cr&#233;era les conditions les plus favorables &#224; cette r&#233;volution socialiste, qui lui permettra m&#234;me, en un certain sens, de la commencer. Il peut facileter l'entr&#233;e dans le combat d&#233;cisif de son principal et plus s&#251;r collaborateur, le prol&#233;tariat capitaliste d'Europe et d'Am&#233;rique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait dans son &#171; Rapport sur l'activit&#233; du Conseil des commissaires du peuple au troisi&#232;me congr&#232;s des soviets &#187; le 11 janvier 1918 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Certes, la victoire d&#233;finitive du socialisme est impossible dans un seul pays. Notre d&#233;tachement d'ouvriers et de paysans, qui soutient le pouvoir des soviets, n'est que l'un des d&#233;tachements de cette arm&#233;e universelle qui est actuellement divis&#233;e par la guerre mondiale. Le pays o&#249; la situation est favorable est celui qui doit commencer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans ses &#171; Th&#232;ses sur la paix &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il n'est pas douteux que la r&#233;volution sociale en Europe doit avoir lieu et qu'elle aura lieu. Tous nos espoirs en la victoire d&#233;finitive du socialisme sont bas&#233;s sur cette certitude et sur cette pr&#233;vision scientifique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans son &#171; Rapport sur la paix de Brest &#187; au septi&#232;me congr&#232;s du Parti communiste (bolchevik) de Russie :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour la r&#233;volution russe, la plus grande difficult&#233;, le plus grand probl&#232;me historique r&#233;side dans la n&#233;cessit&#233; de r&#233;soudre les probl&#232;mes internationaux, de provoquer la r&#233;volution internationale, en faisant de notre r&#233;volution, &#233;troitement nationale, une r&#233;volution mondiale&#8230; Si nous, parti bolchevik, avons assum&#233; cette t&#226;che, c'est parce que nous avons la conviction que la r&#233;volution m&#251;rit dans tous les pays et qu'en fin de compte la r&#233;volution socialiste viendra, car elle vient d&#233;j&#224;, quelles que soient les difficult&#233;s &#224; traverser et les d&#233;faites &#224; subir. Notre sauvegarde contre toutes ces difficult&#233;s, je le r&#233;p&#232;te, est dans la r&#233;volution europ&#233;enne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine dclare dans son &#171; Rapport du Conseil des commissaires du peuple &#187; au septi&#232;me congr&#232;s du Parti communiste (bolchevik) de Russie :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Avant, comme apr&#232;s Octobre, nous avons toujours dit que nous nous consid&#233;rions comme un d&#233;tachement de l'arm&#233;e internationale du prol&#233;tariat, d&#233;tachement qui s'est trouv&#233; plac&#233; &#224; l'avant-garde non pas par suite de son d&#233;veloppement et de sa pr&#233;paration, mais par suite des circonstances exceptionnelles de la Russie. C'est pourquoi on ne pourra consid&#233;rer la victoire de la r&#233;volution socialiste comme d&#233;finitive que lorsqu'elle deviendra la victoire du prol&#233;tariat dans plusieurs pays avanc&#233;s tout au moins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans &#171; Tactique du Parti communiste (bolchevik) de Russie &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Sans l'appui de la r&#233;volution mondiale, la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne est impossible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait dans son &#171; Discours &#224; la conf&#233;rence des repr&#233;sentants des comit&#233;s ex&#233;cutifs de districts, de cantons et de villages &#187; du 15 octobre 1920 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Lorsque les bolcheviks commen&#231;aient la r&#233;volution, ils disaient que nous pouvions et devions la commencer : mais en m&#234;me temps nous n'oublions pas qu'on peut la &#226;rachever, l'amener &#224; la victoire d&#233;finitive, non pas en se limitant &#224; la Russie, mais en triomphant du capital international avec l'aide d'une s&#233;rie de pays&#8230; Nous voyons la confirmation du fait que la r&#233;volution russe n'est qu'un anneau dans la cha&#238;ne de la r&#233;volution internationale et que notre r&#233;volution s'y d&#233;veloppe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clare dans son &#171; Discours &#224; l'assembl&#233;e pl&#233;ni&#232;re du soviet de Moscou &#187; du 27 novembre 1920 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous savions alors que notre victoire n'en serait une que lorsque notre cause aurait triomph&#233; dans le monde entier, parce que nous avons commenc&#233; notre &#339;uvre en escomptant la r&#233;volution mondiale&#8230; Nous misions sur la r&#233;volution mondiale et nous avions absolument raison d'agir ainsi&#8230; Si nous jetons maintenant un regard d'ensemble sur les rapports internationaux (nous avons toujours soulign&#233; que nous nous placions au point de vue international et qu'il est impossible d'accomplir dans un seul pays une &#339;uvre comme la r&#233;volution socialiste) et sur l'histoire de la guerre&#8230; il ne faut pas oublier que nous n'avons remport&#233; qu'une demi-victoire&#8230; Nous savons et nous n'oublierons pas que notre &#339;uvre est internationale, et tant que la r&#233;volution n'aura pas &#233;clat&#233; dans tous les Etats &#8211; y compris les plus riches et les plus civilis&#233;s &#8211; notre victoire ne sera qu'une demi-victoire, ou peut-&#234;tre moins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait dans son &#171; Discours sur les concessions &#187; du 27 novembre 1920 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Tant que le socialisme et le capitalisme subsistent, nous ne pouvons pas vivre en paix ; l'un ou l'autre devra vaincre &#224; la fin : la R&#233;publique des soviets ou le capitalisme mondial dispara&#238;tra. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans son &#171; Rapport sur la paix de Brest &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Au point de vue historique mondial il n'est pas douteux que si notre r&#233;volution restait isol&#233;e, si elle n'avait pas l'appui du mouvement r&#233;volutionnaire dans les autres pays, sa victoire finale serait impossible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait dans son &#171; Discours au soviet de Moscou &#187; du 23 avril 1918 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous n'arriverons &#224; la victoire d&#233;finitive que quand nous aurons r&#233;ussi &#224; briser le capitalisme international, qui s'appuie sur la puissance formidable de sa technique et de sa discipline. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans &#171; Notre situation int&#233;rieure et ext&#233;rieure et les t&#226;ches du parti &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous avons toujours dit nettement que cette victoire ne peut &#234;tre solide si elle n'est pas soutenue par la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Occident, qu'une appr&#233;ciation juste de notre r&#233;volution n'est possible qu'au point de vue international. Pour vaincre d&#233;finitivement, nous devons arriver &#224; ce que la r&#233;volution prol&#233;tarienne triomphe dans les principaux pays capitalistes, ou, tout au moins, dans quelques uns. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait dans son &#171; Discours &#224; la r&#233;union des secr&#233;taires de cellules de Moscou &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous avons toujours dit que nous ne sommes qu'un anneau dans la cha&#238;ne de la r&#233;volution mondiale, et jamais nous n'avons compt&#233; vaincre uniquement par nos propres forces. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait dans son &#171; Discours au huiti&#232;me Congr&#232;s panrusse des soviets &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Tant que notre R&#233;publique des soviets restera un il&#244;t dans l'ensemble du monde capitaliste, ce serait une fantaisie, une utopie risible, que de songer &#224; notre compl&#232;te ind&#233;pendance &#233;conomique et &#224; la disparition de tout danger. Naturellement, tant que ces oppositions radicales subsisteront, les dangers resteront et ne pourront &#234;tre &#233;vit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait dans son &#171; Discours au quatri&#232;me congr&#232;s panrusse des travailleurs du V&#234;tement &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Vous savez jusqu'&#224; quel point le capital est une force internationale, jusqu'&#224; quel point les usines, entreprises et magasins capitalistes les plus importants sont li&#233;s entre eux dans le monde entier, et, par suite, il est &#233;vident qu'il est impossible de vaincre compl&#232;tement le capital d'un seul c&#244;t&#233;. C'est une force internationale et, pour la vaincre compl&#232;tement, il faut une action commune des ouvriers &#224; l'&#233;chelle internationale. Et depuis que nous avons lutt&#233; contre les gouvernements bourgeois r&#233;publicains en Russie en 1917, depuis que nous avons r&#233;alis&#233; le pouvoir des soviets en novembre 1917, nous n'avons cess&#233; d'indiquer aux ouvriers que la t&#226;che essentielle, la condition fondamentale de notre victoire est la diffusion de la r&#233;volution tout au moins dans quelques-uns des pays les plus avanc&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans &#171; Moins vaut moins mais mieux &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Parviendrons-nous &#224; nous maintenir avec notre petite production paysanne, avec notre mis&#232;re, jusqu'&#224; ce que les pays capitalistes d'Europe occidentale accomplissent leur &#233;volution vers le socialisme ? Telle est la question qui se pose &#224; nous en ce moment&#8230; Nous ne sommes pas assez civilis&#233;s pour passer directement au socialisme, quoique nous ayons pour cela les pr&#233;misses politiques n&#233;cessaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait au septi&#232;me congr&#232;s du Parti communiste (bolchevik) de Russie le 7 mars 1918 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; C'est l&#224; une le&#231;on, car la v&#233;rit&#233; absolue est que nous p&#233;rirons sans la r&#233;volution allemande. Nous p&#233;rirons, peut-&#234;tre pas &#224; P&#233;trograd ni &#224; Moscou, mais &#224; Vladivostok ou dans d'autres lointaines r&#233;gions, o&#249; nous devrons battre en retraite&#8230; En tout cas, quelles que soient les p&#233;rip&#233;ties de la lutte, si la r&#233;volution allemande ne survient pas, nous sommes perdus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans &#171; La principale t&#226;che actuelle &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le salut n'est possible que dans la voie de la r&#233;volution socialiste internationale, o&#249; nous nous sommes engag&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans son &#171; Rapport sur les t&#226;ches actuelles du pouvoir aux soviets &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Notre t&#226;che, tant que nous sommes seuls, consiste &#224; sauvegarder la r&#233;volution, &#224; lui conserver une certaine dose de socialisme, si faible soit-elle, jusqu'au moment o&#249; la r&#233;volution &#233;clatera dans les autres pays et o&#249; d'autres d&#233;tachements viendront &#224; la rescousse. Mais escompter que l'histoire mettra en mouvement les d&#233;tachements socialistes des diff&#233;rents pays dans une progression m&#233;thodique, c'est n'avoir aucune id&#233;e de la r&#233;volution ou renoncer par b&#234;tise &#224; l'appui de la r&#233;volution socialiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans sa &#171; Lettre aux ouvriers am&#233;ricains &#187; du 20 ao&#251;t 1918, L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Quelle que soit la rapidit&#233; de sa maturation, la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe peut ne pas &#233;clater au cours des prochaines semaines. Nous misons sur l'in&#233;lucatibilit&#233; de la r&#233;volution mondiale, mais il ne s'ensuit pas que nous misions sottement sur son arriv&#233;e &#224; une date rapproch&#233;e et d&#233;termin&#233;e&#8230; Nous serons dans une forteresse assi&#233;g&#233;e tant que les autres d&#233;tachements de la r&#233;volution socialiste internationale ne viendront pas &#224; notre secours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans son &#171; Rapport au troisi&#232;me congr&#232;s panrusse des soviets &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous voyons maintenant toute l'ampleur du d&#233;veloppement de la r&#233;volution ; le Russe a commenc&#233;, l'Allemand, le Fran&#231;ais, l'Anglais ach&#232;veront et le socialisme vaincra. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un point de vue largement partag&#233; dans le parti bolchevik et que personne n'avait cherch&#233; &#224; combattre du vivant de L&#233;nine. Dans &#171; L'ABC du communisme &#187;, on peut lire par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La r&#233;volution communiste ne peut vaincre que comme r&#233;volution mondiale&#8230; Lorsque les ouvriers n'ont vaincu que dans un seul pays, le rel&#232;vement &#233;conomique, l'organisation de l'&#233;conomie sont tr&#232;s difficiles&#8230; Si, pour la victoire du communisme, la victoire de la r&#233;volution mondiale et l'appui mutuel des ouvriers sont n&#233;cessaires, il s'ensuit que la condition indispensable de la victoire est la solidarit&#233; internationale de la classe ouvri&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev &#233;crivait ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat dans un seul pays est d&#233;j&#224; une grande victoire du socialisme, et, dans ce cas, elle est une victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Mais nous ne voulons nullement dire par l&#224; que m&#234;me une victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat soit d&#233;j&#224; le triomphe d&#233;finitif du socialisme&#8230; Le fait m&#234;me de d&#233;clarer propri&#233;t&#233; d'Etat les instruments et les moyens de production n'est pas encore le triomphe du r&#233;gime socialiste&#8230; Nous n'avons pas encore vaincu d&#233;finitivement. Et la r&#233;volution prol&#233;tarienne ne peut vaincre d&#233;finitivement dans un seul pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; En avril 1924, trois mois apr&#232;s la mort de L&#233;nine, Staline &#233;crivait encore dans sa compilation sur les Bases du l&#233;ninisme : &#034;Il suffit des efforts d'un pays pour renverser la bourgeoisie, l'histoire de notre r&#233;volution l'enseigne. Pour la victoire d&#233;finitive du socialisme, pour l'organisation de la production socialiste, les efforts d'un seul pays, surtout paysan comme le n&#244;tre, sont d&#233;j&#224; insuffisants ; il y faut les efforts r&#233;unis des prol&#233;taires de plusieurs pays avanc&#233;s.&#034; (&#8230;) Petrov &#233;crivait : &#034;Comment ! Nous n'arriverions pas nous-m&#234;mes &#224; faire le bonheur de notre pays ? S'il en est autrement d'apr&#232;s Marx, eh bien, nous ne sommes pas marxistes, nous sommes des bolcheviks de Russie, voil&#224; tout.&#034; Petrov ajoute : &#034;Je ne puis m'emp&#234;cher de penser &#224; pr&#233;sent que la th&#233;orie du socialisme dans un seul pays est plus qu'une simple invention stalinienne.&#034; (&#8230;) Boukharine, qui tenta de fonder la nouvelle th&#233;orie, proclama, comme &#233;tant irr&#233;futablement prouv&#233; : &#034;Les diff&#233;rences de classes dans notre pays ou notre technique arri&#233;r&#233;e ne nous m&#232;neront pas &#224; notre perte ; nous pouvons b&#226;tir le socialisme sur cette base de mis&#232;re technique elle-m&#234;me ; la croissance de ce socialisme sera tr&#232;s lente, nous avancerons &#224; pas de tortue, mais nous construirons le socialisme et nous en ach&#232;verons la construction...&#034; (&#8230;) La n&#233;cessit&#233; m&#234;me du nouveau programme des Jeunesses communistes fut justifi&#233;e en ces termes par le rapporteur : &#034;L'ancien programme renferme une affirmation erron&#233;e, profond&#233;ment antil&#233;niniste, selon laquelle &#034;la Russie ne peut arriver au socialisme que par la r&#233;volution mondiale&#034;. (&#8230;) La bureaucratie a d&#251;, dans sa lutte pour l'&#233;conomie planifi&#233;e, exproprier le koulak ; la classe ouvri&#232;re aura, dans sa lutte pour le socialisme, &#224; exproprier la bureaucratie, sur la tombe de laquelle elle pourra mettre cette &#233;pitaphe : &#034;Ici repose la th&#233;orie du socialisme dans un seul pays.&#034; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Trotsky en 1928 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky en 1936 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article267&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article267&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en 1905 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Cela nous incite &#224; concevoir une situation historique o&#249; la victoire de la r&#233;volution &#8220;bourgeoise&#8221; ne serait possible que gr&#226;ce &#224; la conqu&#234;te du pouvoir r&#233;volutionnaire par le prol&#233;tariat. Cette r&#233;volution cesserait elle d'&#234;tre bourgeoise ? Oui et non. Cela ne d&#233;pendrait pas d'une d&#233;finition, mais du d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements. Si le prol&#233;tariat est repouss&#233; par la coalition des classes bourgeoises, et entre autres la classe paysanne qu'il aura affranchie, la r&#233;volution conservera son caract&#232;re &#233;troitement bourgeois. Mais si le prol&#233;tariat est capable de mettre en &#339;uvre toutes les ressources de sa domination politique et s'il r&#233;ussit ainsi &#224; rompre les cadres nationaux de la r&#233;volution russe, celle ci pourra devenir le prologue d'un cataclysme socialiste mondial. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_a_1.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_a_1.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment les anticapitalistes du NPA-r&#233;volutionnaires &#034;r&#233;visent&#034; la brochure &#034;Que Faire ?&#034; de L&#233;nine </title>
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		<dc:date>2024-10-27T23:52:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pourquoi le NPA-R s'int&#233;resse-t-il &#224; Que Faire ? (1902) de L&#233;nine, dans l' expos&#233; sur &#034;Que Faire ?&#034; donn&#233; &#224; l'universit&#233; d'&#233;t&#233; 2024 de ce parti ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Disons-le tout de suite, le NPA ne r&#233;pond pas &#224; cette question. &lt;br class='autobr' /&gt;
Que Faire ? (abr&#233;g&#233; en QF) est une brochure publi&#233;e par L&#233;nine en 1902. &lt;br class='autobr' /&gt;
Etre marxiste aujourd'hui, c'est-&#224;-dire pour nous l&#233;niniste ou encore trotskiste (le NPA-R ne se dit pas l&#233;niniste mais trotskiste, bienvenue dans la novlangue centriste confuse et contradictoire !) c'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;12 - QUOI DE NEUF DANS LES ORGANISATIONS REVOLUTIONNAIRES - WHAT'S NEW UPON REVOLUTIONNARY ORGANISATIONS&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi le NPA-R s'int&#233;resse-t-il &#224; &lt;i&gt;Que Faire ?&lt;/i&gt; (1902) de L&#233;nine, dans l' &lt;a href=&#034;https://npa-revolutionnaires.org/centenaire-de-la-mort-de-lenine-que-faire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;expos&#233; sur &#034;Que Faire ?&#034;&lt;/a&gt; donn&#233; &#224; l'universit&#233; d'&#233;t&#233; 2024 de ce parti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons-le tout de suite, le NPA ne r&#233;pond pas &#224; cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que Faire ? (abr&#233;g&#233; en QF) est une brochure publi&#233;e par L&#233;nine en 1902.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre marxiste aujourd'hui, c'est-&#224;-dire pour nous l&#233;niniste ou encore trotskiste (le NPA-R ne se dit pas l&#233;niniste mais trotskiste, bienvenue dans la novlangue centriste confuse et contradictoire !) c'est &#234;tre favorable &#224; la dictature du prol&#233;tariat, et le parti bolchevik fond&#233; par L&#233;nine en 1903 est le premier parti qui, dans l'histoire de l'humanit&#233;, a r&#233;ussi &#224; prendre la direction d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne pour mettre en place la dictature du prol&#233;tariat. C'est avant tout L&#233;nine &#224; la t&#234;te de ce parti bolchevik qui le 25 Octobre 1917 r&#233;alisa cet exploit. Les marxistes souhaitent imiter cet exemple &#224; l'&#233;chelle mondiale. Que Faire est LA brochure de r&#233;f&#233;rence o&#249; L&#233;nine d&#233;crit la construction de son parti, &#224; la veille de sa fondation en 1903 lors du II&#232;me congr&#232;s du POSDR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le NPA-R ne parle jamais de &lt;i&gt;dictature du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;, ni de &lt;i&gt;r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt;, et ne proclame pas dans sa video, ni ailleurs, &#234;tre favorable &#224; la construction d'un &lt;i&gt;parti de type bolchevik&lt;/i&gt;. Dans cette video, l'orateur affirme seulement : &#171; le parti bolchevik a des choses &#224; nous apprendre &#187;. Lesquelles ? On ne le saura pas. D'o&#249; la question que nous posons au d&#233;but de cet article !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les marxistes modernes : non ,le parti bolchevik n'a pas seulement &#171; des choses &#187; &#224; nous apprendre, il a quasiment &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; &#224; nous apprendre. Nous sommes, concernant la question du parti, comme Trotsky de 1917 &#224; 1940, des disciples de L&#233;nine, pas de R. Luxemburg ou du Trotsky d'avant 1917. Les IV premiers congr&#232;s de l'IC (dont le Congr&#232;s de Bakou) ont r&#233;capitul&#233; cette exp&#233;rience bolch&#233;vique, et sont le manuel du r&#233;volutionnaire en campagne depuis 100 ans ! Si le NPA-R pense que QF ne d&#233;crit rien du mod&#232;le du parti bolchevik, pourquoi ne nous donne-t-il pas la version d&#233;finitive donn&#233;e par le m&#234;me L&#233;nine dans les Th&#232;ses de ces IV congr&#232;s ? Car le NPA-R devrait admettre qu'il ne se r&#233;clame pas de ce mod&#232;le !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement cette video du NPA-R est typique des anticapitalistes : ils se r&#233;clament du marxisme &#224; la va-vite, sans pr&#233;ciser ce que cela signifie, seulement pour se donner un brevet de &#034;sp&#233;cialiste&#034;, &#034;d'ami sinc&#232;re&#034; du marxisme. Puis ils passent leur temps &#224; critiquer le marxisme, embrouiller les choses, de sorte qu'apr&#232;s un peu plus d'une heure l'auditeur, au mieux n'a rien appris et s'est ennuy&#233;, au pire se souviendra d'un fouillis d'affirmations fallacieuses, dont le but est de le d&#233;tourner de ces questions qui apparaissent compliqu&#233;es, inutiles et laiss&#233;es sans cons&#233;quences aux &#171; &#233;rudits &#187;. Les militants doivent ensuite faire &#034;confiance&#034; aux dirigeants qui eux ont assimil&#233; tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les orateurs de cette video ont sans doute travaill&#233; avec passion leur sujet. Mais un parti qui d&#233;nigre l'int&#233;r&#234;t des id&#233;es ne peut produire des topos int&#233;ressants. Par exemple on apprend dans cette video que le livre II du Capital est illisible et sans int&#233;r&#234;t ! Que le probl&#232;me de la lutte contre les directions syndicales n'a pas &#233;t&#233; pos&#233; en 1902 alors qu'il aurait d&#251; l'&#234;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a autant de faits potentiellement int&#233;ressants que de contre-v&#233;rit&#233;s dans cette video, les deux cat&#233;gories se recoupant malheureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette video est au fond des choses une attaque contre le bolch&#233;visme, indirecte et mielleuse dans le style anticapitaliste. Car le caract&#232;re du parti bolch&#233;vik que nous voulons construire est un acquis du mouvement ouvrier, de L&#233;nine et Trotsky, et le NPA-R veut nous faire croire que c'est un concept mal d&#233;fini et &#034;en d&#233;bat&#034; chez les trotskistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de video met donc le NPA-R en dehors du courant trotskiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Que Faire ?&#034; ne serait qu'un texte de circonstances, dat&#233; et valable seulement pour les Russes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proc&#233;d&#233; anticapitaliste typique, l'exposant, au lieu de rentrer dans le vif du sujet, commence par mettre en avant une version &#171; marxiste orthodoxe &#187; de l'histoire, mais qui serait fausse et que le NPA va donc &#171; nuancer &#187;, &#171; critiquer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes au coeur de l'anticapitalisme, faux marxisme, vrai anti-marxisme : le NPA divise artificiellement le &#171; camp marxiste &#187; en deux, et attire le bourgeois en proclamant : oui, nous sommes divis&#233;s entre nous, le marxisme est en d&#233;bat ! QF &#034;n'est pas ce que l'on dit&#034;, il faut &#034;nuancer&#034;, &#034;prendre en compte&#034; la brochure de Martov sur la propagande que vous n'avez pas lue, se rappeler que L&#233;nine &#233;tait contre les bolch&#233;viks appel&#233;s &#034;comitards&#034;, qu'il pensait tout et son contraire concernant le passage &#034;spontan&#233;&#034; des ouvriers &#224; la conscience social-d&#233;mocrate etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est donc cette version &#171; marxiste orthodoxe &#187; que l'orateur du NPA r&#233;futera avec tout son bazar pseudo-&#233;rudit ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; On m'avait dit que c'&#233;tait un peu le livre d&#233;finitif concernant la construction du parti. En fait ce n'est pas du tout &#231;a. Pour L&#233;nine le mod&#232;le du parti existait d&#233;j&#224;, c'&#233;tait le parti social-d&#233;mocrate allemand, celui qui bien apr&#232;s allait trahir en se rangeant du c&#244;t&#233; de la guerre imp&#233;rialiste. En r&#233;alit&#233; Que Faire ? parle d'une &#233;tape de la construction d'un parti, le Parti Ouvrier Social d&#233;mocrate russe &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; On m'avait dit &#8230;. Tu parles que des conneries &#187;, la confession de l'orateur rappelle la &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=JNp3trPgdZE&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chanson de Patrick Bruel&lt;/a&gt;, dont le texte est presque un r&#233;sum&#233; de de l'expos&#233; du NPA-R sur QF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s le NPA-R la version &#171; marxiste &#187; orthodoxe &#233;tait &#171; fausse &#187; mais de plus 1) &lt;i&gt;Que Faire ?&lt;/i&gt; ne d&#233;crit presque rien, une seule &#233;tape d'un loooong processus, et c'est tellement russe que c'est sans int&#233;r&#234;t pour nous, incompr&#233;hensible, du Dosto&#239;evesky 2) le mod&#232;le du parti existait d&#233;j&#224;, et L&#233;nine n'en dit pas un mot dans QF : c'est le mod&#232;le allemand. L&#233;nine nous cacherait son vrai mod&#232;le dans QF ! Le mod&#232;le du parti bolchevik est d&#233;crit dans un autre document cach&#233; ou pire, non &#233;crit, seulement implicite dans tous les &#233;crits de L&#233;nine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les &#171; autres &#233;tapes &#187; avant ou apr&#232;s &lt;i&gt;Que Faire ?&lt;/i&gt; ? O&#249; dans &lt;i&gt;Que Faire ?&lt;/i&gt; ou ailleurs, L&#233;nine &#233;crit-il que le parti social-d&#233;mocrate allemand, qui trahira en 1914 (en fait c'est l'aile opportuniste de ce parti qui a trahi, l'aile marxiste de R. Luxemburg n'a pas trahi), est son mod&#232;le ? L&#233;nine serait-il donc comme un constructeur de bateau qui aurait pris mod&#232;le sur le Titanic ? O&#249; L&#233;nine, qui a de nombreuses reprise a rappel&#233; les grandes lignes de l'histoire du bolch&#233;visme, a-t-il &#233;crit tout cela ? Nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orateur sous-entend que la v&#233;rit&#233; sur &lt;i&gt;Que Faire ?&lt;/i&gt; n'apparait pas dans le livre lui-m&#234;me, mais ne cite aucune source d'o&#249; proviendraient ses affirmations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel int&#233;r&#234;t a donc QF pour le NPA ? Difficile de r&#233;pondre. L'orateur ne r&#233;pond pas clairement. Le but est de d&#233;courager les militants de lire QF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de proposer d'autres th&#233;ories fumeuses, bas&#233;es sur une autre chanson &#224; la P. Bruel, &#224; propos de QF, citons L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si, QF pose bien les fondements d&#233;finitifs du bolch&#233;visme !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le NPA est incapable de d&#233;crire l'essence du futur bolch&#233;visme d&#233;crite par L&#233;nine dans QF, car cette essence est la lutte contre l'opportunisme &#224; l'&#233;chelle internationale, et les modes d'organisation qui en d&#233;coulent. Elle sera r&#233;sum&#233;e dans les 21 conditions 18 ans plus tard, mais d&#233;crite d&#232;s le d&#233;but de QF, que nous citerons :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; La &#034;libert&#233; de critique&#034; est, sans nul doute, le mot d'ordre le plus en vogue &#224; l'heure actuelle, celui qui revient le plus fr&#233;quemment dans les discussions entre socialistes et d&#233;mocrates de tous les pays. Au premier abord, rien de plus &#233;trange que de voir une des parties en litige se r&#233;clamer solennellement de la libert&#233; de critique. Se peut-il que, dans les partis avanc&#233;s, des voix se soient &#233;lev&#233;es contre la loi constitutionnelle qui, dans la plupart des pays europ&#233;ens, garantit la libert&#233; de la science et de l'investigation scientifique ? &#034;Il y a l&#224;-dessous autre chose !&#034; se dira n&#233;cessairement tout homme impartial qui a entendu ce mot d'ordre &#224; la mode r&#233;p&#233;t&#233; &#224; tous les carrefours, mais n'a pas encore saisi fond du d&#233;saccord. &#034;Ce mot d'ordre est &#233;videmment un de petits mots conventionnels qui, comme les sobriquets, sont consacr&#233;s par l'usage et deviennent presque des noms communs.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce n'est un myst&#232;re pour personne que, dans social-d&#233;mocratie internationale d'aujourd'hui [1], il s'est form&#233; deux tendances dont la lutte tant&#244;t s'anime et brille d'une flamme &#233;clatante, tant&#244;t s'apaise et couve sous la cendre d'imposantes &#034;r&#233;solutions de tr&#234;ve&#034;. En quoi consiste la &#034;nouvelle&#034; tendance qui &#034;critique&#034; l' &#034;ancien&#034; marxisme &#034;dogmatique&#034;, c'est ce que Bernstein a dit et ce que Millerand a montr&#233; avec une nettet&#233; suffisante.&lt;br class='autobr' /&gt;
La social-d&#233;mocratie doit se transformer de parti de r&#233;volution sociale en parti d&#233;mocratique de r&#233;formes sociales. Cette revendication politique, Bernstein l'a entour&#233;e de toute une batterie de &#034;nouveaux&#034; arguments et consid&#233;rations assez harmonieusement orchestr&#233;s. Il nie la possibilit&#233; de donner un fondement scientifique au socialisme et de prouver, du point de vue de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, sa n&#233;cessit&#233; et son in&#233;vitabilit&#233; ; il nie la mis&#232;re croissante, la prol&#233;tarisation et l'aggravation des contradictions capitalistes ; il d&#233;clare inconsistante la conception m&#234;me du &#034;but final&#034; et repousse cat&#233;goriquement l'id&#233;e de la dictature du prol&#233;tariat ; il nie l'opposition de principe entre le lib&#233;ralisme et le socialisme ; il nie la th&#233;orie de la lutte de classes, soi-disant inapplicable &#224; une soci&#233;t&#233; strictement d&#233;mocratique, administr&#233;e selon la volont&#233; de la majorit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la revendication d'un coup de barre d&#233;cisif de la social-d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire vers le social-r&#233;formisme bourgeois &#233;tait accompagn&#233;e d'un revirement non moins d&#233;cisif vers la critique bourgeoise de toutes les id&#233;es fondamentales du marxisme. Et comme cette critique &#233;tait depuis longtemps men&#233;e contre le marxisme du haut de la tribune politique et de la chaire universitaire, en une quantit&#233; de brochures et dans une s&#233;rie de savants trait&#233;s ; comme, depuis des dizaines d'ann&#233;es, elle &#233;tait inculqu&#233;e syst&#233;matiquement &#224; la jeune g&#233;n&#233;ration des classes instruites, il n'est pas &#233;tonnant que la &#034;nouvelle&#034; tendance &#034;critique&#034; dans la social-d&#233;mocratie ait surgi du premier coup sous sa forme d&#233;finitive, telle Minerve du cerveau de Jupiter. Dans son contenu, cette tendance n'a pas eu &#224; se d&#233;velopper et &#224; se former : elle a &#233;t&#233; transplant&#233;e directement de la litt&#233;rature bourgeoise dans la litt&#233;rature socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivons. Si la critique th&#233;orique de Bernstein et ses convoitises politiques demeuraient encore obscures pour certains, les fran&#231;ais ont pris soin de faire une d&#233;monstration pratique de la &#034;nouvelle m&#233;thode&#034;. Cette fois encore la France a justifi&#233; sa vieille r&#233;putation de &#034;pays dans l'histoire duquel la lutte des classes, plus qu'ailleurs, &#233;tait pouss&#233;e r&#233;solument jusqu'au bout&#034; (Engels, extrait de la pr&#233;face au 18 Brumaire de Marx). Au lieu de th&#233;oriser, les socialistes fran&#231;ais ont agi ; les conditions politiques de la France, plus &#233;volu&#233;es sous le rapport d&#233;mocratique, leur ont permis de passer imm&#233;diatement au &#034;bernsteinisme pratique&#034; avec toutes ses cons&#233;quences. Millerand a fourni un brillant exemple de ce bernsteinisme pratique ; aussi, avec quel z&#232;le Bernstein et Vollmar sont-ils accourus pour d&#233;fendre et louanger Millerand ! En effet, si la social-d&#233;mocratie n'est au fond que le parti des r&#233;formes et doit avoir le courage de le reconna&#238;tre ouvertement, le socialiste non seulement a le droit d'entrer dans un minist&#232;re bourgeois, mais il doit m&#234;me s'y efforcer toujours. Si la d&#233;mocratie signifie, dans le fond, la suppression de la domination de classe, pourquoi un ministre socialiste ne s&#233;duirait-il pas le monde bourgeois par des discours sur la collaboration des classes ? Pourquoi ne conserverait-il pas son portefeuille, m&#234;me apr&#232;s que des meurtres d'ouvriers par les gendarmes ont montr&#233; pour la centi&#232;me et la milli&#232;me fois le v&#233;ritable caract&#232;re de la collaboration d&#233;mocratique des classes ? Pourquoi ne saluerait-il pas personnellement le tsar que les socialistes fran&#231;ais n'appellent plus autrement que knouteur, pendeur et d&#233;portateur ? Et pour compenser cet ab&#238;me d'avilissement et d'auto fustigation du socialisme devant le monde entier, pour compenser cette perversion de la conscience socialiste des masses ouvri&#232;res - seule base pouvant nous assurer la victoire - on nous offre de grandiloquents projets de r&#233;formes infimes, infimes au point qu'on obtenait davantage des gouvernements bourgeois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ne ferment pas sciemment les yeux ne peuvent pas ne pas voir que la nouvelle tendance &#034;critique&#034; dans le socialisme n'est qu'une nouvelle vari&#233;t&#233; de l'opportunisme. Et si l'on juge des gens, non pas d'apr&#232;s le brillant uniforme qu'ils ont eux-m&#234;mes rev&#234;tu ou le nom &#224; effet qu'ils se sont eux-m&#234;mes attribu&#233;, mais d'apr&#232;s leur fa&#231;on d'agir et les id&#233;es qu'ils propagent effectivement, il appara&#238;tra clairement que la &#034;libert&#233; de critique&#034; est la libert&#233; de la tendance opportuniste dans la social-d&#233;mocratie, la libert&#233; de transformer cette derni&#232;re en un parti d&#233;mocratique de r&#233;formes, la libert&#233; de faire p&#233;n&#233;trer dans le socialisme les id&#233;es bourgeoises et les &#233;l&#233;ments bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; est un grand mot, mais c'est sous le drapeau de la libert&#233; de l'industrie qu'ont &#233;t&#233; men&#233;es les pires guerres de brigandage ; c'est sous le drapeau de la libert&#233; du travail qu'on a spoli&#233; les travailleurs. L'expression &#034;libert&#233; de critique&#034;, telle qu'on l'emploie aujourd'hui, renferme le m&#234;me mensonge. Des gens vraiment convaincus d'avoir pouss&#233; en avant la science ne r&#233;clameraient pas pour des conceptions nouvelles la libert&#233; d'exister &#224; c&#244;t&#233; des anciennes, mais le remplacement de celles-ci par celles-l&#224;. Or, les cris actuels de : &#034;Vive la libert&#233; de critique !&#034; rappellent trop la fable du tonneau vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit groupe compact, nous suivons une voie escarp&#233;e et difficile, nous tenant fortement par la main. De toutes parts nous sommes entour&#233;s d'ennemis, et il nous faut marcher presque constamment sous leur feu. Nous nous sommes unis en vertu d'une d&#233;cision librement consentie, pr&#233;cis&#233;ment afin de combattre l'ennemi et de ne pas tomber dans le marais d'&#224; c&#244;t&#233;, dont les h&#244;tes, d&#232;s le d&#233;but, nous ont bl&#226;m&#233;s d'avoir constitu&#233; un groupe &#224; part, et pr&#233;f&#233;r&#233; la voie de la lutte &#224; la voie de la conciliation. Et certains d'entre nous de crier : Allons dans ce marais ! Et lorsqu'on leur fait honte, ils r&#233;pliquent : Quels gens arri&#233;r&#233;s vous &#234;tes ! N'avez-vous pas honte de nous d&#233;nier la libert&#233; de vous inviter &#224; suivre une voie meilleure ! Oh ! oui, Messieurs, vous &#234;tes libres non seulement d'inviter, mais d'aller o&#249; bon vous semble, f&#251;t-ce dans le marais ; nous trouvons m&#234;me que votre v&#233;ritable place est pr&#233;cis&#233;ment dans le marais, et nous sommes pr&#234;ts, dans la mesure de nos forces, &#224; vous aider &#224; y transporter vos p&#233;nates. Mais alors l&#226;chez-nous la main, ne vous accrochez pas &#224; nous et ne souillez pas le grand mot de libert&#233;, parce que, nous aussi, nous sommes &#034;libres&#034; d'aller o&#249; bon nous semble, libres de combattre aussi bien le marais que ceux qui s'y dirigent !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En termes imag&#233;s, tout le L&#233;ninisme est bien dans ce tout d&#233;but de QF. Les NPAs sont une composante du marais fran&#231;ais moderne. Nous nous trompons ? Que le NPA-R nous explique si ces premiers paragraphes de QF sont encore valables, comment s'appellent les opportunistes, les parti du marais etc. C'est ainsi qu'une v&#233;ritable discussion sur QF commencerait dans un cercle trotskiste vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un expos&#233; utilise pourrait donc commencer par cette lecture. De jeunes militants acc&#232;deraient peut-&#234;tre pour la premi&#232;re fois &#224; L&#233;nine dans le texte. Ils auraient lu une partie de QF. Mais le NPA-R n'aime pas citer L&#233;nine ! Expliquons-en la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi le NPA ne peut-il parler d'opportunisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'opportunisme ? C'est un courant bourgeois dans le mouvement ouvrier socialiste, incarn&#233; par E. Bernstein dans le parti allemand &#224; partir de 1898. Sophie Binet, la direction de Solidaires, sont des opportunistes. Besancenot et Poutou sont des opportunistes car ils se r&#233;clament encore du mouvement ouvrier, mais se sont ralli&#233;s au NFP et &#224; F. Hollande, &#224; une coalition de partis bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien s&#251;r le NPA-R est incapable d'&#234;tre explicite sur ce point, car apr&#232;s avoir pr&#233;sent&#233; pendant des ann&#233;es Poutou comme &#171; notre candidat aux &#233;lections &#187;, il est difficile d'expliquer que Poutou est opportuniste depuis 2022 (scission du NPA), alors qu'il ne l'aurait pas &#233;t&#233; avant. Tout le monde voit que Poutou n'a absolument pas chang&#233; de discours, il a toujours &#233;t&#233; partisan d'une alliance avec LFI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le NPA-R ne discute donc pas en employant les m&#234;mes cat&#233;gories que L&#233;nine dans QF, celle d' &lt;i&gt;opportunisme&lt;/i&gt; a disparu de son vocabulaire, car les militants du NPA se sentiraient vis&#233;s, d'autres pourraient devenir vraiment l&#233;ninistes. Il faut donc faire croire que QF est un texte &#233;crit dans les circonstance particuli&#232;res de la Russie Tsariste, de l'&#226;me slave etc. Et surtout ne pas citer L&#233;nine, abandonner le vocabulaire de L&#233;nine et Trotsky : opportunistes, minist&#233;rialistes, centristes, staliniens etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or justement L&#233;nine, en note de bas de page des premiers paragraphes que nous avons cit&#233;s, explique que le probl&#232;me que l'opportunisme pose est pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de la II&#232;me internationale (organisation dont le NPA-R ne mentionne m&#234;me pas l'existence !) et du socialisme en g&#233;n&#233;ral, un probl&#232;me qui n'est pas sp&#233;cifiquement russe ou allemand ou fran&#231;ais ou anglais, mais touche le socialisme de tous ces pays :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; A propos. C'est l&#224; un fait presque unique dans l'histoire du socialisme moderne et extr&#234;mement consolant dans son genre : pour la premi&#232;re fois une dispute entre diverses tendances au sein du socialisme d&#233;borde le cadre national pour devenir internationale. Nagu&#232;re, les discussions entre lassalliens et eisenachiens (partisans allemands du marxisme - N.R.), entre guesdistes (partisans fran&#231;ais du marxisme - N.R.) et possibilistes (forme fran&#231;aise de r&#233;formisme - N.R.), entre fabiens (forme britannique de r&#233;formisme - N.R.) et social-democrates, entre narodovoltsy (partisans de la soci&#233;t&#233; secr&#232;te Narodna&#239;a Volia, populiste - N.R.) et social-d&#233;mocrates, restaient purement nationales, refl&#233;taient des particularit&#233;s purement nationales, se d&#233;roulaient pour ainsi dire sur des plans diff&#233;rents. A l'heure pr&#233;sente (ceci appara&#238;t clairement, aujourd'hui), les fabiens anglais, les minist&#233;rialistes fran&#231;ais, les bernsteiniens allemands, les critiques russes (il s'agit des &#034;marxistes l&#233;gaux&#034; tr&#232;s &#224; doite - N.R.) forment tous une seule famille, tous s'adressent des louanges r&#233;ciproques, s'instruisent les uns aupr&#232;s des autres et m&#232;nent campagne en commun contre le marxisme &#034;dogmatique&#034;. Peut-&#234;tre, dans cette premi&#232;re m&#234;l&#233;e v&#233;ritablement internationale avec l'opportunisme socialiste, la social-d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire internationale se fortifiera-t-elle assez pour mettre fin &#224; la r&#233;action politique qui s&#233;vit depuis longtemps en Europe ? (Note de L&#233;nine)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Millerand le minist&#233;rialiste (premier socialiste &#224; devenir ministre en 1899, condamn&#233; par l'Internationale) est un nom que le NPA-R ne peut prononcer. Car toutes les pol&#233;miques du NPA-R sur les alliances avec M&#233;lenchon reposent sur son &#233;lectoralisme qui serait &#171; inefficace &#187;. Or M&#233;lenchon fut un ministre bourgeois comme Millerand. Les r&#233;volutionnaires repoussent cette cat&#233;gorie depuis 1899, voir &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7320&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cet article&lt;/a&gt;. Mais bien s&#251;r, le NPA-R pr&#233;f&#232;re parler de &#171; tactique &#187;, le pot-aux-roses est moins visible, on peut donc discuter avec Besancenot pendant des ann&#233;es, au lieu d'&#233;carter la question de M&#233;lenchon en quelques minutes. Poutou &#233;tait d&#233;j&#224; un ami des minist&#233;rialistes comme M&#233;lenchon au moins depuis 2009, la Fraction l'Etincelle (futur NPA-R) faisait semblant de ne pas le voir. Des partis comme le NPA-R reposent id&#233;ologiquement sur un ch&#226;teau de carte, seul le culte de l'organisation, qui n'est qu'une forme collective du culte de la personnalit&#233;, cimente l'organisation. Et encore : apr&#232;s s'&#234;tre c&#244;toy&#233;es pendant 15 ans, les deux tendances qui forment le NPA-R n'ont toujours pas r&#233;ussi &#224; fusionner !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Opportunisme, minist&#233;rialistes sont des cat&#233;gories fondamentales pour la description du paysage politique, elles apparaissent d&#232;s la page 1 de QF. Le NPA-R est incapable de citer ces paragraphes et de donner des noms correspondants dans la politique fran&#231;aise actuelle, seule fa&#231;on de les rendre compr&#233;hensibles, car le NPA-R est lui-m&#234;me une composante du marais opportuniste dont le bolch&#233;visme est l'ennemi, dans QF ou ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opportunistes comme les minist&#233;rialistes, S. Binet comme M&#233;lenchon sont des politiciens bourgeois, qui sont souvent dans le mouvement ouvrier (comme Binet, mais pas M&#233;lenchon).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bolchv&#233;visme c'est donc 1) lutter haut et fort en permanence contre les opportunistes dans le mouvement ouvrier, par l'action l'agitation et la propagande 2) se s&#233;parer d'eux organisationnellement concernant le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or alors que Poutou est devenu ouvertement opportuniste, le NPA-R proclame encore ne pas avoir voulu la scission avec lui en 2022 ! Le NPA-R est &#224; l'oppos&#233; du bolch&#233;visme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La II&#232;me internationale renvoya le minist&#233;rialiste Millerand, mais pas l'opportuniste Bernstein. L&#233;nine &#233;tait pour se s&#233;parer des deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le sens de la scission entre bolcheviks et mencheviks en 1903. A partir de 1917, cela devint la r&#232;gle pour tout parti communiste. Ce n'est plus l'enseignement sup&#233;rieur du marxisme, mais son &#233;cole &#233;l&#233;mentaire. Trotsky et R. Luxemburg &#233;taient enti&#232;rement du c&#244;t&#233; de L&#233;nine concernant le 1) depuis toujours, mais Trotsky se rallia au 2) en 1917 seulement, R. Luxemburg en 1918 en fondant le PC allemand, bien trop tard. Depuis ces deux dates, les marxistes ne &#034;d&#233;battent&#034; plus sur cette question pendant des heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens l'essence du bolch&#233;visme, les points 1) et 2), n'ont rien de sp&#233;cifiquement russe, tout est d&#233;j&#224; &#233;crit dans les premiers paragraphes de QF. La suite de l'histoire ne fut que le d&#233;veloppement des principes et fondements organisationnels pos&#233;s en 1903 par L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire comme le NPA que QF d&#233;crit &#034;une &#233;tape&#034; pour la l'histoire d' &#034;un seul parti particulier&#034; est analogue aux formules staliniennes, qui pr&#233;tendent que les soviets de 1917 ne furent qu'une des &#034;formes possibles&#034; de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, qu'ensuite apr&#232;s 1945 le KGB suffisait pour fonder des d&#233;mocraties populaires en Europe de l'est. L&#233;nine a pos&#233; en 1903 les principes valables pour tous les partis communistes dans &#224; peu pr&#232;s toutes les circonstances. (Oui, nous acceptons de nous faire reprocher la croyance en des &#034;v&#233;rit&#233;s &#233;ternelles&#034; dans le marxisme !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orateur s'&#233;vertue pour faire de 1903 &#034;une &#233;tape pour un parti&#034;, mais ce sont bien les m&#234;mes principes que ceux expos&#233;s dans QF qui inspir&#232;rent les &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1921/ic3_04.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#232;ses&lt;/a&gt; sur le &#034;mod&#232;le du parti&#034;. L'orateur pourrait renvoyer &#224; ce &#034;mod&#232;le&#034; si son but &#233;tait vraiment de construire un parti bolchevik, or il ne le fait pas, nous laisse dans le flou complet concernant les pr&#233;tendues &#034;&#233;tapes&#034; ult&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le NPA-R ne souhaite pas construire un parti bolchevik, et pr&#233;tend abandonner ce mod&#232;le au nom du trotskisme, c'est un mensonge n&#233;o-stalinien, dans le sens o&#249; Staline poussait les militants communiste &#224; constuire le Kuomintang, ou des Fronts populaires, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout &#224; l'inverse de ce que pr&#233;tend le NPA ce n'est pas le pr&#233;tendu &#034;mod&#232;le allemand&#034; qui inspire L&#233;nine, car le Parti allemand r&#233;unit les opportunistes (Bernstein) et les r&#233;volutionnaires (Luxemburg), et ce parti en 1904 par le biais l'Internationale, imposa &#224; tous les pays de suivre ce mod&#232;le du &#171; parti social-d&#233;mocrate unique &#187;. Les bolcheviks de L&#233;nine furent justement ceux qui ne suivirent pas ce mod&#232;le allemand !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le NPA-R d&#233;forme &lt;i&gt;Que Faire ?&lt;/i&gt;, le bolch&#233;visme de L&#233;nine, le trotskisme sur toute la ligne, en masquant que le fil conducteur des vrais marxistes est la lutte id&#233;ologique et organisationnelle contre l'opportunisme, en 1902 comme encore aujourd'hui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le NPA-R est hostile &#224; la conception bolch&#233;vique et au trotskisme, sous couvert de &#034;d&#233;bats&#034;. En plus d'une heure les orateurs du NPA-R ne lisent pas une seule ligne d'une brochure qu'ils pr&#233;tendent expliquer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire : lisons et commentons &lt;i&gt;Que Faire ?&lt;/i&gt; dans des cercles de lyc&#233;es, d'universit&#233;s ou de syndicats !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1902/02/19020200.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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