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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Quand Boukharine expliquait que Trotsky &#233;tait le tribun brillant et courageux du soul&#232;vement, l'ap&#244;tre infatigable et enflamm&#233; de la R&#233;volution </title>
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		<dc:date>2026-02-23T23:02:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De la dictature de l'imp&#233;rialisme &#224; la dictature du prol&#233;tariat &lt;br class='autobr' /&gt;
(extrait de La lutte des classes et la R&#233;volution en Russie) &lt;br class='autobr' /&gt;
1917 &lt;br class='autobr' /&gt;
N.I. Boukharine &lt;br class='autobr' /&gt;
A la glorieuse m&#233;moire des ouvriers et soldats de Moscou fusill&#233;s par les assassins bourgeois dans les grandes journ&#233;es d'octobre. &lt;br class='autobr' /&gt; La contre-r&#233;volution se h&#226;te trop de f&#234;ter sa victoire. Les balles ne nourrissent pas les affam&#233;s. La cravache des cosaques ne s&#232;che pas les larmes des m&#232;res et des &#233;pouses. Ni les cha&#238;nes, ni les n&#339;uds (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la dictature de l'imp&#233;rialisme &#224; la dictature du prol&#233;tariat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(extrait de La lutte des classes et la R&#233;volution en Russie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N.I. Boukharine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la glorieuse m&#233;moire des ouvriers et soldats de Moscou fusill&#233;s par les assassins bourgeois dans les grandes journ&#233;es d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La contre-r&#233;volution se h&#226;te trop de f&#234;ter sa victoire. Les balles ne nourrissent pas les affam&#233;s. La cravache des cosaques ne s&#232;che pas les larmes des m&#232;res et des &#233;pouses. Ni les cha&#238;nes, ni les n&#339;uds coulants n'&#233;puisent la mer des souffrances. La ba&#239;onnette ne calme pas les peuples. Les ordres des g&#233;n&#233;raux n'arr&#234;tent pas la d&#233;b&#226;cle de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi parlait le manifeste des bolch&#233;viki de juillet, publi&#233; le 12 ao&#251;t, le jour de la convocation de la Conf&#233;rence de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'&#233;tait pas pass&#233; trois mois depuis la victoire de la clique imp&#233;rialiste, o&#249; les galons des g&#233;n&#233;raux et les coffres-forts incombustibles des banquiers &#233;taient devenus le symbole du gouvernement russe de pair avec la pique cosaque et les tribunaux &#171; &#224; tir rapide &#187;, lorsqu'un bond dialectique de l'histoire renversa compl&#232;tement l'ancien rapport du &#171; peuple &#187; au pouvoir. Dans l'incendie d'une affreuse guerre civile, le front imp&#233;rialiste a &#233;t&#233; enfonc&#233; par la pouss&#233;e vigoureuse de la masse des ouvriers et des soldats. La &#171; poign&#233;e d'espions allemands &#187;, comme les bourgeois haineux appelaient les chefs du prol&#233;tariat, a &#233;t&#233; port&#233;e par la vague r&#233;volutionnaire au sommet de l'appareil nouveau du pouvoir des Soviets. La dictature de l'imp&#233;rialisme s'est chang&#233;e en dictature du prol&#233;tariat et des soldats-paysans, qui ont saisis leurs ennemis de classe dans leurs mains de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on la r&#233;volution russe a pass&#233; &#224; une phase nouvelle, la phase de la r&#233;volution socialiste. Les millions d'hommes dont se composent les classes laborieuses sont entr&#233;s en mouvement ; par leur soul&#232;vement victorieux, ils ont provoqu&#233; en m&#234;me temps une incroyable exasp&#233;ration de la part de toutes les couches de la soci&#233;t&#233;, li&#233;es au capital financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute du r&#233;gime imp&#233;rialiste a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e par toute l'histoire pr&#233;c&#233;dente de la r&#233;volution. Mais cette chute et la victoire du prol&#233;tariat appuy&#233; par le peuple pauvre des campagnes, victoire qui a ouvert des horizons inappr&#233;ciables &#224; l'univers entier, n'est pas encore le commencement d'une &#233;poque organique. La r&#233;sistance de la bourgeoisie est seulement transport&#233;e dans d'autres centres et un autre milieu, et le pouvoir prol&#233;tario-paysan est plac&#233; devant la n&#233;cessit&#233; de briser cette r&#233;sistance &#224; quelque prix que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital international qui &#224; tous les carrefours lance l'anath&#232;me sur &#171; la grande &#233;meute &#187; des ouvriers et des soldats, soutient par tous les moyens la lutte arm&#233;e de la contre-r&#233;volution et la &#171; sape lente &#187; des intellectuels et de leurs protecteurs par patriotisme. Et devant le prol&#233;tariat se pose, plus aigu que jamais, le probl&#232;me de la r&#233;volution internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les hommes ne se posent que des probl&#232;mes qu'ils peuvent r&#233;soudre. Tout l'ensemble des rapports qui se sont form&#233;s en Europe, m&#232;ne &#224; cette fin in&#233;vitable. Ainsi la r&#233;volution permanente en Russie se transforme en r&#233;volution europ&#233;enne du prol&#233;tariat, arm&#233; par ce m&#234;me &#201;tat imp&#233;rialiste sur la t&#234;te duquel il l&#232;ve d&#233;j&#224; le couteau luisant de la guillotine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le minist&#232;re &#171; ind&#233;pendant &#187;. &#8212; La Conf&#233;rence de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de la contre-r&#233;volution lors des journ&#233;es de juillet a abouti &#224; un minist&#232;re form&#233; de ministres ne &#171; d&#233;pendant de personne, que de leur conscience &#187;, c'est-&#224;- dire tout simplement d&#233;pendant compl&#232;tement du capital. L'organe officiel de Milioukov, Retch, l'a d&#233;clar&#233; urbi et orbi : &#171; Les exigences des cadets &#8212; &#233;crivait ce journal &#8212; ont certainement &#233;t&#233; pos&#233;es &#224; la base de l'activit&#233; du gouvernement tout entier... C'est justement pour cela, puisque les exigences fondamentales des cadets ont &#233;t&#233; accept&#233;es, que le parti n'a pas cru possible de poursuivre la discussion pour des diff&#233;renciations sp&#233;cifiques de parti. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la forme o&#249; s'est moul&#233;e la victoire effective de la contre-r&#233;volution ne fut pas une forme de gouvernement purement cadet, mais l'instauration du r&#233;gime bonapartiste de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de juillet, qui constitu&#232;rent un moment critique de la lutte r&#233;volutionnaire, ont &#233;t&#233; en fait un demi-soul&#232;vement contre la bourgeoisie. La masse des ouvriers et des soldats, pouss&#233;e par la politique du gouvernement, est sortie dans la rue, mais elle n'&#233;tait pas capable alors d'une action d&#233;cisive. Le parti prol&#233;tarien, qui d&#233;j&#224;, &#224; cette &#233;poque, avait conquis les sympathies des ouvriers et des soldats p&#233;tersbourgeois, comprenant toute la complexit&#233; de la situation et le caract&#232;re d&#233;sesp&#233;r&#233; du soul&#232;vement, se pronon&#231;ait contre l'action. Cette derni&#232;re a pris ainsi le caract&#232;re ind&#233;cis d'une d&#233;monstration &#224; demi-pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'action de juillet fut un demi-soul&#232;vement, en revanche la victoire de la contre-r&#233;volution a &#233;t&#233; dans une certaine mesure aussi une demi-victoire. Les ultra-imp&#233;rialistes ne purent organiser la boucherie, malgr&#233; tous leurs efforts. L'offensive de la contre-r&#233;volution commen&#231;a sur le front entier. Mais les forces du patriotisme de clinquant des fabricants et des manufacturiers, malgr&#233; la protection des cravaches cosaques, des mitrailleuses, du contre-espionnage et de l'appareil judiciaire tsariste, n'en furent pas moins insuffisantes pour sucer d&#233;finitivement &#224; mort le prol&#233;tariat et la garnison. La contre-r&#233;volution n'&#233;tait pas encore assez forte pour disperser les Soviets, alors que les Soviets &#233;taient d&#233;j&#224; trop faibles pour mener une contre-attaque d&#233;cisive et puissante : tra&#238;tres au prol&#233;tariat, le sceau de Ca&#239;n sur le front, ils souffraient maintenant eux-m&#234;mes sous le fardeau des suites de cette trahison. Ils s'&#233;taient transform&#233;s en un paravent, en une forme d&#233;corative derri&#232;re laquelle se cachait un contenu r&#233;actionnaire. Mais la d&#233;mocratie authentique &#8212; la d&#233;mocratie ouvri&#232;re en premier lieu &#8212; &#233;tait, elle aussi, hors d'&#233;tat de rejeter en arri&#232;re par un coup subit l'imp&#233;rialisme dont l'impudence croissait sans cesse : car elle &#233;tait, sinon compl&#232;tement en d&#233;route, du moins affaiblie et temporairement d&#233;sorganis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'&#233;tait cr&#233;&#233; cet &#233;quilibre relatif des forces sociales qui forma une base au bonapartisme russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bonapartisme est caract&#233;ris&#233; par le fait que des individus distincts acqui&#232;rent une importance hors de toute proportion avec leur r&#244;le r&#233;el. Ils ne poss&#232;dent pas de base sociale autonome comme appui. Mais c'est &#224; eux n&#233;anmoins qu'appartient le pouvoir dans l'&#201;tat. La personnalit&#233; du bonapartiste peut avoir de l'importance par elle-m&#234;me &#8230; tel fut Napol&#233;on Ier, tel fut C&#233;sar. Mais elle peut &#234;tre mis&#233;rable et m&#233;prisable par essence, telle la personnalit&#233; de Napol&#233;on III, ce &#171; passager sur le tr&#244;ne royal &#187;, ou telle encore celle de Kerensky. Dans l'un et l'autre cas cependant, le sens social du bonapartisme reste le m&#234;me : il exprime une forme cach&#233;e de la victoire de la contre-r&#233;volution, le dernier degr&#233; avant le pouvoir tout nu, d&#233;couvert, de la clique r&#233;actionnaire. Subjectivement, le bonapartiste s'imagine qu'il se tient entre les classes, utilisant pour soi la lutte des classes, &#171; tirant des bord&#233;es &#187; entre les classes. Objectivement, il n'est que l'instrument des classes poss&#233;dantes, qui l'utilisent. Dans ces conditions, ce qu'on appelle la lutte sur deux fronts est la lutte cach&#233;e du front contre la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordinairement, le h&#233;ros du jeu bonapartiste est un ren&#233;gat. Il doit passer d'abord par un stage d&#233;mocratique donn&#233;, avant que d'&#234;tre re&#231;u dans les salons politiques des dominateurs du monde. Il lui faut l'aur&#233;ole du &#171; h&#233;ros populaire &#187;, du &#171; sauveur de la patrie &#187;. Il lui faut la popularit&#233; parmi les masses, les ovations et &#171; l'amour du peuple &#187;. Cela peut &#234;tre un aventurier au pass&#233; suspect, ou un r&#233;volutionnaire honn&#234;te dans le pass&#233;, se tournant vers un pr&#233;sent suspect ; cela peut &#234;tre un civil qui devient un militaire, cherchant &#224; se cr&#233;er une garde pr&#233;torienne, ou un militaire qui s'empare des affaires civiles ; cela peut &#234;tre un homme d'action, qui, par ses &#171; exploits &#187;, met en valeur son h&#233;ro&#239;sme, ou un h&#233;ros phraseur, un charlatan de la langue, laquelle se meut d'autant plus vite que plus grande est l'infirmit&#233; intellectuelle de son possesseur. Mais il faut absolument qu'il &#171; sauve &#187;. Le r&#244;le du lib&#233;rateur-messie, &#8212; voici l'&#233;tiquette professionnelle de tout bonaparte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que, lorsque le capital financier eut besoin d'un homme de paille, cet homme ait &#233;t&#233; Kerensky. Il renfermait en lui les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires pour que l'aristocratie de l'argent appos&#226;t bienveillamment sur ce &#171; d&#233;mocrate &#187; le sceau de son approbation et de sa reconnaissance. Dans le pass&#233; &#8212; r&#233;volutionnaire, mais pas des plus fermes ; h&#233;ros de la r&#233;volution du printemps avec ses &#233;lans sentimentaux et sa fraternisation des soldats-paysans avec l'agrarien Rodzianko ; cabotin et phraseur jusqu'&#224; la moelle des os, qui sait et pleurer et rire, et s'arracher tragiquement les cheveux et embrasser la terre &#8212; lorsque les circonstances l'exigent ; favori du grand public et aventurier qui promet ; sp&#233;cialiste de la prostitution de la r&#233;volution, qui abrite habilement le pillage imp&#233;rialiste sous le drapeau rouge ; poltron qui traite bravement ses adversaires politiques de poltrons ; membre du parti socialiste, qui en &#233;lude &#224; chaque pas les dispositions ; cr&#233;ature des &#171; organes pl&#233;nipotentiaires &#187;, qui au fond se moque de ces organes ; homme qui a sauv&#233; Nicolas II de la peine de mort, mais qui a introduit, pour des consid&#233;rations &#171; d&#233;mocratiques &#187;, la peine de mort pour les soldats ; partisan de la r&#233;volution, qui soufflette cette r&#233;volution &#224; la face ; ennemi de l'imp&#233;rialisme allemand, qui vend sous &#171; la sauce r&#233;volutionnaire &#187; le sang des soldats russes &#224; l'imp&#233;rialisme anglais, et qui, derri&#232;re les coulisses de la diplomatie secr&#232;te, rampe &#224; genoux devant le capital alli&#233; ; enfin, lib&#233;rateur jur&#233; de la patrie, qui ne prononce le nom de celle-ci qu'avec un enrouement plein de v&#233;n&#233;ration, magicien et enchanteur, qui par les attributs de la splendeur imp&#233;riale fait habilement apercevoir le chemin du salut, &#8212; n'&#233;tait-ce pas l&#224; le petit homme convenant aux industriels unifi&#233;s et aux gros bonnets des exploitations mini&#232;res, aux maraudeurs et aux sp&#233;culateurs, aux endosseurs des commandes de l'Etat et des gros dividendes, aux grands rentiers et aux agrariens, aux propri&#233;taires d'immeubles et aux cocottes, aux chevaliers de la Bourse et aux archev&#234;ques de l'Eglise orthodoxe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir bonapartiste de Kerensky devait servir de pont transitoire pour le sauvetage des b&#233;n&#233;fices capitalistes et de la rente fonci&#232;re hors des atteintes des ouvriers et des paysans. Entre le peuple et le bloc des grands propri&#233;taires, ce pouvoir a pris le r&#244;le d'un arbitre, d'un &#171; pouvoir omni-national &#187; qui &#233;tait cens&#233; se tenir au-dessus des classes, mais qui dans les replis des chancelleries de minist&#232;re, agiotait avec les ennemis d&#233;clar&#233;s du peuple. Les sommit&#233;s de la bancocratie pensaient d&#233;j&#224; parvenir &#224; l'&#233;tablissement de leur domination inexpugnable, en passant par le pont du r&#233;gime de Kerensky. Cependant, ils n'avaient pas escompt&#233; une circonstance, qui diff&#233;renciait essentiellement le fruit h&#226;tif du bonapartisme russe de ses mod&#232;les de l'Europe occidentale. A l'Occident, le bonapartisme poussait, alors que les probl&#232;mes pos&#233;s par la r&#233;volution &#233;taient d&#233;j&#224; r&#233;solus ; et le bonapartisme &#171; suo-modo &#187; de Kerensky cr&#251;t &#224; une p&#233;riode o&#249; presque tous les probl&#232;mes de la r&#233;volution attendaient d'&#234;tre r&#233;solus : les paysans commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; perdre patience, ne recevant pas la terre ; les ouvriers et toutes les couches pauvres souffraient cruellement de la d&#233;sorganisation ; toutes les classes inf&#233;rieures de la ville et de la campagne, avec la masse des soldats, avaient soif de paix. En un mot, les aspirations subjectives des larges masses du peuple, comme la situation objective des affaires, ne pouvaient &#234;tre r&#233;solues par les m&#233;thodes dont disposaient Kerensky avec le Milioukov-des-Dardanelles qui regardait derri&#232;re son dos. La faillite de cette politique &#233;tait in&#233;vitable, et elle arriva plus t&#244;t que l'on ne pouvait s'y attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement &#171; ind&#233;pendant &#187; proclama solennellement la paix civile, et, comme il sied &#224; des prostitu&#233;s de la r&#233;volution, d&#233;clara que &#171; toute l'invincible puissance de la r&#233;volution russe serait employ&#233;e au salut de la Russie et &#224; la restauration de son honneur souill&#233; par la l&#226;chet&#233; et par une honteuse poltronnerie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par &#171; salut de la Russie &#187; ces messieurs entendaient le service du capital. Par &#171; honteuse poltronnerie &#187;, &#8212; l'esprit r&#233;volutionnaire des soldats, qui en d&#233;pit de la peine de mort marchaient contre leurs bourreaux. Par &#171; puissance de la r&#233;volution &#187;, &#8212; les assauts furieux d'une bande de contre-r&#233;volutionnaires. Comment les dirigeants bourgeois n'auraient-ils pas employ&#233; comme troupes de couverture un &#171; pouvoir r&#233;volutionnaire &#187; aussi excellent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte contre la r&#233;volution sous le pavillon de la lutte avec la contre-r&#233;volution &#8212; telle &#233;tait l'essence de la politique du gouvernement &#171; ind&#233;pendant &#187;. La presse bourgeoise, avec ses mercenaires hautement qualifi&#233;s, pr&#234;chait sur tous les tons, de pair avec la th&#233;orie de l'espionnage, la th&#233;orie de la &#171; contre-r&#233;volution de gauche &#187;, encourageant avec bienveillance &#8212; et quelquefois m&#234;me les grondant un peu &#8212; les adroits serviteurs des appartements minist&#233;riels. &#171; La contre-r&#233;volution &#8212; &#233;crivait le journal des millionnaires moscovites, le Roussko&#239;e Slowo, &#8212; est venue de nos jours, non du c&#244;t&#233; dont on l'attendait selon la th&#233;orie et l'habitude, non de droite, mais de gauche, non des bourgeois, mais de la part de l'extr&#234;me aile gauche de la r&#233;volution russe &#187; (Roussko&#239;e Slowo du 6/19 VIII 1917). Et pour cette raison, vive la lutte avec la &#171; contre-r&#233;volution &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la directive que donnaient au gouvernement ind&#233;pendant les dirigeants de la banque, de la bourse et des syndicats. Au Congr&#232;s du commerce et de l'industrie de Moscou, le millionnaire et le m&#233;c&#232;ne bien connu Riabouchinsky mit ouvertement en avant un programme cynique pour l'&#233;tranglement criminel de la r&#233;volution, la dissolution des Soviets, le blocus de la classe ouvri&#232;re par la faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre Gouvernement Provisoire &#8212; a d&#233;clar&#233; Riabouchinsky &#8212; se trouvait sous l'influence de personnes &#233;trang&#232;res. En fait, nous &#233;tions domin&#233;s par une poign&#233;e de charlatans... Le pouvoir ne favorise pas les classes commer&#231;antes et industrielles... Il est n&#233;cessaire que l'Etat se place un tant soit peu (!) au point de vue de la classe commer&#231;ante et industrielle. Le gouvernement doit &#234;tre bourgeois par ses pens&#233;es et bourgeois par ses actions... Il est possible que pour sortir de cette situation, il soit n&#233;cessaire de faire appel au bras d&#233;charn&#233; de la faim, &#224; une mis&#232;re du peuple qui saisisse &#224; la gorge les faux amis du peuple, les Soviets et les comit&#233;s d&#233;mocratiques &#187;. Les applaudissements furieux des gros porte-monnaies couvrirent ce discours v&#233;ritablement cannibale. Et c'est dans ce discours que le gouvernement du bonapartiste puisait d&#233;j&#224; son inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si durant la p&#233;riode des &#171; gouvernements d&#233;pendants &#187; la bourgeoisie financi&#232;re et capitaliste avait eu recours au sabotage organis&#233;, en cet instant, alors que l'appareil de l'Etat &#233;tait en fait tomb&#233; entre ses mains &#224; elle, elle d&#233;cida, par des coups simultan&#233;s dans le domaine politique comme dans le domaine &#233;conomique, de s'assurer la consolidation de sa victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en juillet avait eu lieu le Congr&#232;s des treize organisations d'entreprises les plus importantes avec, en t&#234;te, le Conseil des Congr&#232;s des Banques par Actions, rois du naphte et du sucre, barons de la houille et marchands de bois, &#171; as &#187; des chemins de fer et monopolisateurs du cuir, empereurs de la m&#233;tallurgie et fabricants de papier, &#8212; tous ils en vinrent &#224; la conclusion unanime, qu'une union panrusse du capital &#233;tait n&#233;cessaire. Ainsi surgit le &#171; Comit&#233; Principal de l'Industrie Unifi&#233;e &#187;, alias &#171; Comit&#233; de D&#233;fense de l'Industrie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; D&#233;fense de l'Industrie &#187;, apr&#232;s plus ample examen, se r&#233;duisait &#224; l'attaque contre les ouvriers. Apr&#232;s la d&#233;faite du parti prol&#233;tarien en juillet, le grand capital se d&#233;lectait d&#233;j&#224; d'avance de la restauration de l'autocratie dans les fabriques ci les usines, o&#249; les organisations des ouvriers r&#233;volutionnaires avaient brid&#233; leurs propres seigneurs. Le programme du capital financier fut formul&#233; bri&#232;vement et clairement par son organe officiel L'Industrie et le Commerce : &#171; Restauration de l'ordre dans les fabriques et les usines &#187;, &#171; Discipline de fer &#224; l'arri&#232;re et sur le front &#187; (Industrie et Commerce, n&#176; 26-27). En se fondant sur cette &#171; base &#187;, messieurs les industriels esp&#233;raient bien b&#226;tir une superstructure correspondante, limitant le salaire des ouvriers, s'assurant des dividendes maxima, introduisant pour les ouvriers le travail obligatoire des for&#231;ats et faisant comprendre aux ouvriers que &#171; le pouvoir ferme &#233;tait ressuscit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sycophantes, savants ou non, des classes dominantes qui, &#224; la solde du capital, se sentent aussi bien que l'Isra&#233;lite dans le sein d'Abraham, compl&#233;taient et &#171; motivaient &#187; ce programme. Le chien de garde des int&#233;r&#234;ts des propri&#233;taires fonciers, le professeur Migouline, le m&#234;me qui dans son livre Pour le Tricentenaire de la maison des Romanoff, l&#233;chait tour &#224; tour les bottes de tous les repr&#233;sentants de cette &#171; maison &#187;, excusez-moi d'en parler, ornait les pages du Nouvel Economiste de ses exigences d'une discipline militaire pour les chemins de fer et par sa d&#233;fense du Droit fondamental de l'homme et du citoyen, &#8212; le droit &#224; la propri&#233;t&#233;. Et la presse d&#233;veloppait d&#233;j&#224; des plans de ch&#226;timents et de r&#233;pression in concreto...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Gouvernement Provisoire &#171; correspondait &#187; d'une fa&#231;on assez r&#233;ussie &#224; ce programme. Il est vrai qu'il ne sortait pas d'un &#233;tat permanent d'accablement, et que son caract&#232;re provisoire ne contredisait nullement le caract&#232;re permanent de cet accablement. Chaque s&#233;ance presque du gouvernement s'achevait d'une fa&#231;on tragique : il &#233;tait arriv&#233; une d&#233;l&#233;gation du front &#8212; son rapport produisait une &#171; impression accablante &#187; ; on annon&#231;ait des d&#233;lits forestiers, &#8212; le gouvernement en &#233;tait &#171; accabl&#233; &#187; ; les bolch&#233;viki obtenaient des succ&#232;s &#8212; le gouvernement en &#233;tait &#171; accabl&#233; &#187; ; les paysans exigeaient de la terre &#8212; il en &#233;tait de nouveau &#171; accabl&#233; &#187; ; les ouvriers se mettaient en gr&#232;ve &#8212; cela agissait &#171; p&#233;niblement &#187; sur le gouvernement. Les comptes rendus de toutes ses s&#233;ances s'ach&#232;vent sans exception par ces mots. &#199;a aurait pu &#234;tre une trag&#233;die, si en r&#233;alit&#233; ce n'e&#251;t &#233;t&#233; une com&#233;die. Car l'accablement du gouvernement ne l'emp&#234;chait par extraordinaire en aucune fa&#231;on de r&#233;primer le peuple ainsi que l'exigeaient le capital et la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les paysans, le gouvernement de Kerensky partit en guerre au moyen d'arrestations, d'exp&#233;ditions, de r&#233;pression, de jugements. On jugeait pour la transgression des vieux trait&#233;s du temps du servage et pour la mise &#224; ex&#233;cution des instructions de Tchernov ; on mettait en prison les paysans ordinaires et les d&#233;l&#233;gu&#233;s aux comit&#233;s terriens ; on arr&#234;tait les simples membres et les pr&#233;sidents de ces comit&#233;s. Les uns et les autres &#233;chouaient au banc des accus&#233;s et allaient peupler les appartements gratuits de sa nouvelle &#171; Majest&#233; &#187;. C'est ainsi que le pouvoir r&#233;primait dans les gouvernements de Pskov, Moguilev, Podolie, etc., oubliant sans doute de penser &#224; la socialisation des terres qui figure dans le programme du parti pr&#233;sid&#233; par Kerensky. Ici s'est d&#233;voil&#233; avec une extr&#234;me clart&#233; le sens social du pouvoir bonapartiste. En apparence &#8212; le gouvernement &#171; moujik &#187; d'un socialiste paysan. En r&#233;alit&#233; &#8212; le poing rapace du capital usurier. En paroles &#8212; terre et libert&#233;. En fait &#8212; la d&#233;fense arm&#233;e de la propri&#233;t&#233; agraire. &#171; En principe &#187; &#8212; la libre initiative des organisations paysannes. En r&#233;alit&#233; &#8212; la camisole de force, le tribunal criminel et les policiers de province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les ouvriers, on menait la politique qu'exigeaient les industriels unifi&#233;s. Ceux-ci ne pouvaient encore prendre le prol&#233;tariat &#224; la gorge. Mais presque tous les produits de l'activit&#233; l&#233;gislative dans le domaine &#233;conomique se ramenaient &#224; toutes sortes de chausse-trappes pos&#233;es par le pouvoir d'Etat imp&#233;rialiste aux ouvriers &#171; n&#233;gligents &#187; qui se hasardaient &#224; porter atteinte au droit sacr&#233; utendi et abutendi.1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore moins dissimul&#233;e fut l'offensive contre les organisations politiques du prol&#233;tariat et contre ses &#171; droits et franchises &#187;. La presse a &#233;t&#233; mise presque hors la loi, les assembl&#233;es abandonn&#233;es &#224; la disposition de deux minist&#232;res, la Guerre et l'Int&#233;rieur. Le parti prol&#233;tarien a &#233;t&#233; serr&#233; dans l'&#233;tau d'une position sp&#233;ciale, laquelle empirait &#224; mesure que les administrateurs z&#233;l&#233;s avaient plus de libert&#233; d'initiative. Et, comme r&#233;sultat d'un aplatissement sans exemple devant les pillards de la guerre mondiale, et du triomphe d'un byzantinisme servile, les l&#233;gislateurs du Palais d'Hiver annonc&#232;rent au monde entier une nouvelle loi sur les offenses faites aux Majest&#233;s &#233;trang&#232;res et &#224; leurs repr&#233;sentants, ch&#226;tiant de prison toute r&#233;v&#233;lation du pillage international !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e paysanne partagea le sort du peuple entier. Elle fut livr&#233;e par le &#171; d&#233;mocrate &#187; Kerensky au bon plaisir et aux d&#233;pr&#233;dations des g&#233;n&#233;raux du tzar, qui organis&#232;rent dans le quartier-g&#233;n&#233;ral l'&#233;tat-major de la contre-r&#233;volution arm&#233;e. &#171; Discipline de fer &#187;, c'est-&#224;-dire f&#233;roce r&#233;pression des soldats ; justice militaire de campagne &#224; tir rapide, que les tra&#238;tres &#224; la r&#233;volution avaient le front et l'audace d'appeler r&#233;volutionnaire ; calomnie syst&#233;matique la plus &#233;hont&#233;e des soldats, organis&#233;e par le m&#234;me quartier-g&#233;n&#233;ral, tout cela se m&#234;la en un peloton de boue et de sang, au moyen duquel on pensait &#233;touffer l'esprit r&#233;volutionnaire de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature imp&#233;rialiste, qui dans la personne de l'aventurier cr&#233;&#233; par la &#171; r&#233;volution &#187;, avait pos&#233; sa botte ensanglant&#233;e sur le pays entier, se fit sentir aussi sur les r&#233;gions fronti&#232;res. Etait-il possible, en effet, d'oublier le grand droit des nations &#224; l'autod&#233;termination ? Et par la d&#233;monstration de ce droit, les filous du &#171; d&#233;mocratisme &#187; dispers&#232;rent la Di&#232;te finlandaise, la mena&#231;ant de la force arm&#233;e, et en Ukraine mirent en avant une argumentation sous forme de cuirassiers pour le plus grand triomphe de la &#171; libert&#233; et de la r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que l'imp&#233;rialisme russe montrait les dents &#224; ses colonies, sous le couvert du secret diplomatique, Kerensky et Terechtchenko jouaient la d&#233;go&#251;tante com&#233;die de la vente aux ench&#232;res de leur pass&#233; socialiste, s'entendant avec Lloyd George au sujet de la liquidation de la Conf&#233;rence internationale des social-patriotes &#224; Stockholm. Ayant d&#233;chir&#233;, derri&#232;re les coulisses des secrets d'Etat, le malheureux projet des &#171; socialistes &#187;, Lloyd George d&#233;clara au nom des quatre puissances de l'Entente, que les passeports pour la Conf&#233;rence ne seraient pas donn&#233;s, car &#171; au moment o&#249; en Russie l'on prend les premi&#232;res mesures pour r&#233;tablir la discipline et pour enrayer la fraternisation sur le front, rien ne saurait &#234;tre plus nuisible qu'une Conf&#233;rence avec la participation de sujets ennemis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'accompagnateur temporaire de l'imp&#233;rialisme britannique en Russie annon&#231;a solennellement que la &#171; d&#233;cision des questions de la guerre et de la paix lui appartenait &#224; lui seul, en union &#233;troite avec les gouvernements des pays- alli&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le gouvernement central de l'Etat incarnait d&#233;j&#224; la dictature imp&#233;rialiste, par cela m&#234;me une large carri&#232;re s'offrait &#224; la mobilisation des forces contre-r&#233;volutionnaires. Pour autant que le vieil appareil tzariste (l'Okhrana, transmu&#233;e en contre-espionnage, comprenant les juges, les fonctionnaires, tout ce que l'on appelait l' &#171; administration &#187;, les g&#233;n&#233;raux et les officiers) existait encore, pour autant qu'il n'avait pas &#233;t&#233; r&#233;duit en miettes par la r&#233;volution du printemps, il recommen&#231;a &#224; fleurir, absorbant les sucs vivifiants de la r&#233;action. A son aide arrivaient les volontaires de la bourgeoisie, la presse, les cellules contre-r&#233;volutionnaires multipli&#233;es, les conf&#233;rences et les congr&#232;s de toutes les esp&#232;ces, les organisations monarchiques demandant une &#171; r&#233;publique &#187;, et les cercles &#171; r&#233;publicains &#187; r&#233;clamant &#224; grands cris une monarchie, les conspirations des g&#233;n&#233;raux et des P&#232;res de l'Eglise, des chevaliers de la croix militaire de St-Georges et des &#171; as &#187; de l'industrie, des agrariens-propri&#233;taires-fonciers aux cheveux gris et des casse-cous junkers et banquiers, des grands seigneurs &#224; h&#233;morro&#239;des et des &#171; hardis cosaques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces personnalit&#233;s, ces groupes, ces organisations et ces soci&#233;t&#233;s, teint&#233;es de la couleur noir-vert de la r&#233;action bourgeoise, exprimaient par elles-m&#234;mes le bloc des poss&#233;dants, le &#171; parti de l'ordre &#187; unifi&#233;, qui marchait en rangs serr&#233;s contre le parti du soul&#232;vement prol&#233;tarien. Le centre d'affaires organisateur de cette clique fut ce que l'on appelait la &#171; conf&#233;rence des hommes politiques de Moscou &#187;, dirig&#233;e par les millionnaires avec en t&#234;te Rodzianko et Riabouchinsky ; parmi les savants consultants qui se mirent &#224; leur service, se trouvait, entre autres, toute la &#171; troupe des hommes c&#233;l&#232;bres &#187; : &#171; l'auteur du premier manifeste social-d&#233;mocrate &#187; prof. Strouv&#233; ; le sp&#233;cialiste de la philosophie id&#233;aliste prof. Novgorodsev, qui mit l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique de Kant au service des bourreaux, de Kerensky et des coffre forts des Riabouchinsky ; le prof. Boulgakov, marxiste transform&#233; en un &#171; P&#232;re savant &#187; qui par erreur ne portait pas la soutane ; M. Berdiaev, unissant adroitement le culte de l'Aphrodite C&#233;leste au culte du m&#233;tal d'origine des plus terrestre &#8212; les mots &#171; Bildung und Besitz &#187; ( &#171; les hommes cultiv&#233;s et les poss&#233;dants &#187; ), &#171; union de la science et de l'industrie &#187;, form&#232;rent pour ainsi dire le rempart de l'offensive d&#233;cisive qui se pr&#233;parait. Ces hommes s'unirent, repr&#233;sentant la &#171; force militaire &#187;, les g&#233;n&#233;raux du tsar et les chefs des Cosaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions centrales du parti de la libert&#233; du peuple, ce parti classique du capital financier et de l'imp&#233;rialisme russe, constitu&#232;rent l'&#233;tat-major des id&#233;es et de la politique de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La banque domine maintenant les syndicats, la Bourse, le commerce et l'industrie. Et, comme la petite industrie d&#233;pend actuellement de la grande et qu'en m&#234;me temps e&#252;e d&#233;pend des banques, comme les propri&#233;taires d'immeubles et les petits-bourgeois, les propri&#233;taires fonciers et les manufacturiers, les rois des trusts et les loups de Bourse sont tous soumis &#224; l'h&#233;g&#233;monie du capital &#8212; leurs groupements politiques sont devenus seulement un appareil de secours du parti dominant de tous les poss&#233;dants exasp&#233;r&#233;s, du parti de la &#171; libert&#233; du peuple &#187;. L'&#233;tendard vert de l'esp&#233;rance en la conservation de l'ordre capitaliste, contre l'&#233;tendard rouge du socialisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d&#233;cisif que la r&#233;action voulait porter &#224; la r&#233;volution, devait s'abriter sous le pavillon &#171; omninational &#187;. Il fallait accommoder les &#171; conqu&#234;tes &#187; du capital &#224; la sauce de &#171; l'ordre et la patrie &#187;. Il fallait cr&#233;er l'apparence d'une sanction omninationale pour le coup d'Etat d&#233;finitif qui arrivait, pour la restauration et le retour &#224; la monarchie, &#224; laquelle les &#171; r&#233;publicains &#187; de mars aspiraient comme le poisson aspire &#224; l'eau. Il fallait enfin se cr&#233;er une base solide d'organisation. Ainsi naquit l'id&#233;e de la Conf&#233;rence d'Etat de Moscou, des nouveaux Etats g&#233;n&#233;raux, o&#249; les &#171; cadavres &#187; de la Douma d'Empire devaient saisir &#224; la gorge la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mesure que la bourgeoisie se consolidait, ses app&#233;tits croissaient toujours davantage. Maintenant les sommit&#233;s bourgeoises trouvaient d&#233;j&#224; insuffisante la politique de Kerensky et de sa clique. Kerensky personnifiait sa dictature. Mais Kerensky &#233;tait un &#233;tranger, &#233;chou&#233; dans la bourgeoise. Kerensky servait le capital sans y &#234;tre forc&#233;, pour ses propres int&#233;r&#234;ts. Mais Kerensky avait des &#171; p&#233;ch&#233;s de jeunesse &#187;. Kerensky &#233;tait pr&#234;t &#224; l&#233;cher les bottes du capital. Mais Kerensky n'en &#233;tait pas moins un h&#233;ros en phrases et non en action. Sa destin&#233;e, il l'avait d&#233;j&#224; accomplie : par l'offensive de juillet, il avait aid&#233; le capital &#224; attacher les masses du peuple au char de l'imp&#233;rialisme ; par la d&#233;faite de juillet du prol&#233;tariat, il avait aid&#233; le capital &#224; brider les ouvriers et les soldats, il avait introduit la peine de mort sur le front. Mais il avait d&#233;j&#224; presque fini d'user sa popularit&#233;. Ayant r&#233;alis&#233; tout ce qu'exigeait de lui la bourgeoisie, il avait perdu tout cr&#233;dit aupr&#232;s de la masse. Ayant rempli son mandat en faveur des &#171; capitaines de l'industrie &#187;, il avait d&#233;j&#224; fait ha&#239;r son nom par le prol&#233;tariat et les soldats. Il &#233;tait r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de citron exprim&#233;, de beau parleur dont les phrases ne sont que ridicules. Il continuait &#224; parler au nom de la r&#233;volution, mais on lui jetait d&#233;j&#224; &#224; la face le nom de tra&#238;tre &#224; la r&#233;volution. Ses objurgations n'agissaient pas. Sa figure avait cess&#233; d'en imposer. Derri&#232;re l'&#233;clat ext&#233;rieur et le murmure tragique, les masses avaient d&#233;j&#224; distingu&#233; le vagabond vulgaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie exigeait maintenant un dictateur militaire et Kerensky n'&#233;tait qu'un bavard civil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que se pr&#233;para le terrain favorable &#224; l'apparition d'un nouveau pr&#233;tendant au r&#244;le historique de &#171; sauveur de la patrie &#187;. Pour &#234;tre ce pr&#233;tendant, l'aristocratie d'argent, les cercles commerciaux et industriels et les propri&#233;taires de latifundia d&#233;sign&#232;rent Kornilov. La Conf&#233;rence de Moscou devait proclamer dictateur ce g&#233;n&#233;ral-sauveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la &#171; d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#187; ? Elle se trouvait dans un &#233;tat de confusion et de prostration compl&#232;te. Les organes sovi&#233;tistes, le C.C.E. en t&#234;te, continuaient &#224; pr&#234;cher l'union de toutes les &#171; forces vives &#187;, mais troubl&#233;s par les mots d'ordre de Riabouchinsky, ils commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; regarder avec inqui&#233;tude de tous les c&#244;t&#233;s. Ils tent&#232;rent de convoquer une &#171; Conf&#233;rence de d&#233;fense &#187;, mais elle n'eut pour r&#233;sultat que des attaques contre les bolch&#233;viki. Ils tent&#232;rent de &#171; critiquer &#187; les Riabouchinsky, mais leurs critiques ne furent que les pitoyables balbutiements d'un esclave peureux. Ayant exclu les bolch&#233;viki de la d&#233;l&#233;gation, pour &#171; antipatriotisme &#187;, ils s'unirent en fait aux mots d'ordre &#171; omninationaux &#187; du gouvernement, qui avait fui la r&#233;volution &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le prol&#233;tariat veillait. Il voyait le danger terrible qui approchait de plus en plus, et il mobilisait ses forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Conf&#233;rence de Moscou. &#8212; Le complot de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une gr&#232;ve de protestation, d'indignation et de m&#233;pris que le prol&#233;tariat de Moscou opposa aux repr&#233;sentants du &#171; peuple &#187; arriv&#233;s de toutes parts, en galons de g&#233;n&#233;raux, en fracs et en mitres archi&#233;piscopales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vive la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, notre premier et terrible avertissement &#224; messieurs les contre-r&#233;volutionnaires ! &#187; &#8212; &#233;crivait l'organe de Moscou du parti du prol&#233;tariat, le Social-d&#233;mocrate. 41 unions professionnelles d&#233;cid&#232;rent &#224; une majorit&#233; &#233;crasante de d&#233;clarer cette gr&#232;ve. Il est vrai que les poltrons &#171; r&#233;volutionnaires &#187; du Soviet de Moscou, socialistes-r&#233;volutionnaires et mench&#233;viki, &#233;tant en paroles les repr&#233;sentants des masses, ne craignaient rien tant qu'une action de ces masses, et se h&#226;t&#232;rent de &#171; contremander &#187; la gr&#232;ve pour adopter une r&#233;solution d&#233;clarant que la gr&#232;ve &#233;tait &#171; funeste &#224; la r&#233;volution &#187;. Mais le prol&#233;tariat de Moscou confirma de nouveau sa d&#233;cision, et quatre cent mille ouvriers, comme un seul homme, relev&#232;rent le mot d'ordre de leurs organisations de classe. Et cependant qu'au nom du pr&#233;sident de la Douma noire, Rodzianko, arrivaient chaque jour des t&#233;l&#233;grammes de congratulation de la part des comit&#233;s de Bourse, des unions de propri&#233;taires fonciers et des organisations commerciales et industrielles, de toutes parts arrivaient les nouvelles des gr&#232;ves et des d&#233;monstrations du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la &#171; conscience publique &#187; des sommit&#233;s bourgeoises-militaires agraires entra en une collision extr&#234;mement aigu&#235; avec la &#171; conscience publique &#187; du prol&#233;tariat. &#171; Vive la dictature militaire ! &#187; criaient les &#171; hommes du cens &#187;. &#171; A bas la contre-r&#233;volution ! &#187; d&#233;clarait avec d&#233;cision le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clique bourgeoise-monarchiste s'&#233;tait impos&#233; le but d'agir par deux voies : par la voie de l'action &#171; parlementaire &#187; &#224; la &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187; et par la voie de l'action extra-parlementaire des junkers, des Cosaques et des officiers, en t&#232;te desquels les g&#233;n&#233;raux r&#233;actionnaires et sous la dictature personnelle de Kornilov. Le terrain d'une telle action &#233;tait soigneusement pr&#233;par&#233;. On appelait &#224; Moscou les r&#233;giments de Cosaques. Les chevaliers de la croix de St-Georges mobilisaient en h&#226;te leurs &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires. Les directeurs des &#233;coles militaires mettaient au point leurs mitrailleuses et en appelaient aux junkers, leur offrant de se &#171; lever en masse &#187;. Et pour les citadins, les petits boutiquiers, les marchands de grains, les nombreux fonctionnaires, les comm&#232;res, les &#171; intellectuels &#187;, tous ces avocats et ces journalistes, ces instituteurs et ces professeurs, ces popes et ces anciens brigadiers de police, ces rats de Palais et ces ing&#233;nieurs, ces artistes et ces docteurs en m&#233;decine &#8212; on leur pr&#233;parait l'entr&#233;e triomphale de Kornilov, qui devait, passant &#224; cheval sous des arcs de triomphe, aller &#171; baiser &#187;, &#224; l'exemple des tsars, l'ic&#244;ne d'Iversky devant les troupes &#233;chelonn&#233;es et criant &#171; un hourra enthousiaste &#187; pour le sauveur du monde bourgeois, et devant le public semant des fleurs sur son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citadin, qui applaudissait auparavant Kerensky apr&#232;s avoir, en mars, pleur&#233; des larmes d'attendrissement devant le &#171; premier r&#233;volutionnaire &#187; Rodzianko, le petit bourgeois attach&#233; au char de l'imp&#233;rialisme aspirait vraiment &#224; l'&#171; ordre &#187; et &#224; un &#171; pouvoir ferme &#187;. Il s'indignait positivement de tout : il s'indignait de voir les soldats suspendus absolument inutilement aux marchepieds des tramways, et il se r&#233;jouissait sinc&#232;rement lorsqu'ils se cassaient le cou ! il s'indignait des femmes de chambre et des concierges qui gagnaient maintenant un peu plus de 10 roubles par mois et qui avaient l'audace d'exiger une existence humaine ; il s'indignait des Soviets qui &#171; pillaient &#187; les propri&#233;taires et r&#233;quisitionnaient les locaux vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme une marchande des halles il accueillait avidement toutes les calomnies dirig&#233;es contre la r&#233;volution, et les r&#233;pandait imm&#233;diatement dans ses feuilles, ses journaux, ses proclamations, ses conversations &#224; haute voix et ses insinuations &#224; l'oreille. Le veston graisseux du charcutier et le costume &#233;l&#233;gant de la danseuse d'Op&#233;ra s'y rencontraient d'une fa&#231;on touchante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce citadin-l&#224; qui devait jouer le r&#244;le du &#171; peuple &#187; couronnant, de concert avec la &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187;, le nouveau Messie qui devait sauver les &#171; gens comme il faut &#187; de la &#171; tyrannie des soldats ne faisant pas la guerre et des ouvriers ne travaillant pas &#187;2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence de Moscou, d&#233;j&#224; proclam&#233;e &#171; d'Etat &#187; fut une com&#233;die historique de premi&#232;re grandeur. A peine serait-il possible de trouver un exemple d'hypocrisie plus profonde que les sc&#232;nes qui se jouaient dans la salle d'op&#233;ra du Grand Th&#233;&#226;tre, comme d'apr&#232;s une partition. Tout ce qui s'y passait &#233;tait un march&#233; o&#249; se jouait une lutte fictive, un march&#233; sans l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence repr&#233;sentait un march&#233; entre les chefs petits-bourgeois et les gens du cens, mais c'&#233;tait aussi un march&#233; entre deux dictateurs dont l'un &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sent, et l'autre, dont on ne faisait encore qu'attendre la venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;galisation du front avait lieu suivant les mots d'ordre du parti de la libert&#233; populaire &#187; &#8212; &#233;crivait l'officieux cadet Retch3, en bouclant le bilan de la com&#233;die. Ainsi, semblait-il, cette pi&#232;ce avait plus ou moins atteint son but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence parlait au nom de la &#171; nation &#187;. En r&#233;alit&#233;, les fondements de la nation, le prol&#233;tariat et les paysans pauvres en avaient &#233;t&#233; exclus. En revanche, toutes les nuances du bloc des poss&#233;dants avaient &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233;es. Le marchandage avait lieu en l'absence du ma&#238;tre. Mais il n'en &#233;tait pas moins un marchandage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enrouements imp&#233;rialement arrogants de Kerensky lorsqu'il promettait du fer et du sang au prol&#233;tariat, seraient d'introduction aux sc&#232;nes &#233;c&#339;urantes de fraternisation entre les gouvernants gav&#233;s par le capital et les h&#233;ros des perfidies petit-bourgeoises, entre le Bonaparte ex-avou&#233;, juriste et le dictateur des g&#233;n&#233;raux cosaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky savait que Kornilov concentrait des troupes pour tenter un coup d'Etat arm&#233;. Mais il le saluait comme &#171; le premier soldat de la R&#233;volution &#187;, au milieu des hurlements enthousiastes de tous les buffles et requins de la Bourse. Et en m&#234;me temps, &#171; &#224; toute &#233;ventualit&#233; &#187;, on faisait des contre-pr&#233;paratifs, et les deux adversaires allaient prudemment passer la nuit dans des wagons, pr&#234;ts &#224; chaque instant &#224; un d&#233;part pr&#233;cipit&#233;. Tseretelli savait que la d&#233;mocratie n'avait rien &#224; attendre de la r&#233;action qui se d&#233;veloppait &#224; toute vitesse. Mais il serrait avec effusion la main de la clique financi&#232;re Boublikoff, la suppliant &#8212; comme l'&#233;crivirent plus tard les Izvestia du C.C.E. d&#233;fensiste &#8212; d'&#171; effacer pour un temps les malentendus de classes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le triumvirat : Alexeiev, Kornilov, Kal&#233;dine &#8212; d&#233;veloppa pleinement le programme de tortures &#233;labor&#233; par les capitalistes de la finance. Coup de gr&#226;ce &#224; la r&#233;volution, destruction des &#171; Soviets et comit&#233;s &#187;, balayer compl&#232;tement ou rendre absolument inoffensives les organisations militaires &#8212; tel &#233;tait le programme des g&#233;n&#233;raux, approuv&#233; par l'usine, la propri&#233;t&#233;, la banque et la Bourse. Mais pas uniquement par ceux-ci, ni directement. Le discours-programme lu par Kornilov avait &#233;t&#233; &#233;crit pour le g&#233;n&#233;ral, par le lieutenant de Kerensky, Philonenko, le m&#234;me Philonenko qui avait, avec Savinkov, &#233;tabli pour Kerensky le projet de la peine de mort dans l'arm&#233;e. Inutile de dire que les Milioukov et les Riabouchinsky s'&#233;taient fix&#233; la m&#234;me ligne de conduite que leurs amis militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on appelait la &#171; d&#233;mocratie &#187;, c'est-&#224;-dire les Soviets, les conseillers municipaux, les employ&#233;s des coop&#233;ratives, qui agissaient sous le manteau de la r&#233;volution, arriva &#224; la Conf&#233;rence avec une d&#233;claration qui diminuait encore la plateforme d&#233;j&#224; si fragile des d&#233;fensistes. La lutte pour la paix avait presque compl&#232;tement cess&#233; (ce n'est pas en vain que le journal de l'Okhrana, le Novo&#239;e Vr&#233;mia, &#233;crivait que &#171; la Russie avait montr&#233; qu'elle n'&#233;tait nullement un troupeau internationaliste ! &#187;) &#8212; tout avait &#233;t&#233; ramen&#233; .m mot d'ordre &#171; omninational &#187; de la d&#233;fense. &#171; Prudence &#187; et &#171; r&#233;alisme &#187; sur toute la ligne ! Pas un pas sans la permission du ma&#238;tre qui crie d&#233;j&#224; : &#171; coucher &#187; ! M&#234;me l'organe de la r&#233;volution mod&#233;r&#233;e et de la mod&#233;ration r&#233;volutionnaire, la Nova&#239;a Jizn, appr&#233;ciant la d&#233;claration de Tchkheidz&#233;, demandait avec stup&#233;faction : &#171; La fantaisie la plus folle de Milioukov et de Goutchkov aurait-elle pu exiger quelque chose de plus il y a deux mois ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les app&#233;tits de la bourgeoisie croissaient sans cesse, il &#233;tait inutile d'en attendre de la reconnaissance envers les capitulants de la &#171; d&#233;mocratie &#187;. Et lorsque Tchernov, ce menu filou de la politique, qui cache sa poltronnerie sous des r&#233;flexions sur l'&#233;thique, se mit &#224; applaudir Kal&#233;dine alors que celui-ci protestait contre les accusations de contre-r&#233;volution dont on accablait les Cosaques, le brave g&#233;n&#233;ral lui fit une r&#233;ponse insultante, en d&#233;clarant qu'&#171; il n'y avait pas de place pour les d&#233;faitistes au sein du gouvernement ! &#187;. En vain s'&#233;tendit-on sur les &#171; sacrifices &#187;, sur les &#171; concessions mutuelles &#187;, sur les &#171; probl&#232;mes omninationaux &#187; ; en vain le &#171; g&#233;n&#233;reux &#187; Tseretelli versa-t-il des torrents de larmes, en vain le &#171; chef retrait&#233; &#187; Plekhanov multiplia-t-il les anecdotes ; en vain le n&#233;gateur de tout Etat, admirateur de la Conf&#233;rence d'Etat, le prince Kropotkine, prodigua-t-il ses enseignements, second&#233; de tous les grands-p&#232;res et de toutes les grands-m&#232;res de la r&#233;volution russe : les capitalistes et leurs id&#233;ologues maintinrent leur point de vue. Ils le maintinrent dans l'int&#233;r&#234;t m&#234;me de l'affaire : la &#171; d&#233;mocratie &#187; se montra ob&#233;issante. On pouvait lui faire pleine confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le petit boutiquier me chante victoire m&#234;me lorsqu'on soufflette l'une de ses joues : ne comprenez-vous pas qu'il a encore une force qui aurait pu &#234;tre soufflet&#233;e ? C'est pourquoi les chefs &#171; d&#233;mocrates &#187; regardaient chacune de leurs d&#233;faites comme une victoire. Quelques-uns d'entre eux reconnaissaient que la &#171; d&#233;mocratie &#187; avait recul&#233;. Mais c'est justement &#8212; assurait &#171; l'organe de la pens&#233;e socialiste &#187; le Dien, qui a mis sa pens&#233;e &#224; la solde du capital des banques &#8212; &#171; c'est justement parce qu'elle (la d&#233;mocratie) &#233;tait forte, qu'elle a eu l'audace de reculer &#187;. &#171; L'audace de reculer ! &#187; &#8212; telle &#233;tait &#171; l'audace &#187; de messieurs Tseretelli et Tchkheidz&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le r&#233;sultat de la Conf&#233;rence de Moscou fut un march&#233; comportant un coup de barre &#224; droite, ce fait ne servit pas seulement les r&#233;actionnaires naturels : le capital international y &#233;tait, lui aussi, profond&#233;ment int&#233;ress&#233;. Les ambassadeurs alli&#233;s, entass&#233;s dans la loge imp&#233;riale ne salu&#232;rent personne avec autant de chaleur que le trio sanguinaire des g&#233;n&#233;raux. L'on comprend que le &#171; plus proche r&#233;sultat de la Conf&#233;rence de Moscou ait &#233;t&#233; la possibilit&#233; de conclure un emprunt de cinq milliards sur le march&#233; &#233;tranger4 &#187;. Ce fut d'autant plus &#171; possible &#187; que le g&#233;n&#233;ral Kornilov mena&#231;ait ouvertement de rendre Riga, exigeant la peine de mort &#224; l'arri&#232;re. Il &#171; ex&#233;cuta &#187; plus tard cette menace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187; ne se transforma pas en un Long Parlement, comme l'esp&#233;raient ces messieurs du Novo&#239;e Vr&#233;mia. Mais aussi il n'y eut pas de coup d'Etat ext&#233;rieur, comme celui qu'invoquaient ardemment les bourgeois de toutes les nuances. Il est vrai que le &#171; nom &#187; du &#171; h&#233;ros &#187; volait d&#233;j&#224; sur toutes les bouches. L'aventurier militaire, l'&#171; honn&#234;te &#233;p&#233;e &#187;, born&#233;, mais allant droit au but, ce g&#233;n&#233;ral trapu &#224; la physionomie de Kalmouk, qui avait la ferme r&#233;solution de noyer les rues des villes dans le sang des ouvriers et, au moyen des fusillades, d'en finir avec les soldats r&#233;volutionnaires, &#233;tait tout &#224; fait l'homme qu'il fallait &#224; Milioukov et &#224; Riabouchinsky. A ses audiences, on arrivait avec des rapports comme l'on arrive avec des rapports chez les &#171; personnes augustes &#187; : Poutilov et Riabouchinsky, le diplomate suspect Aladyine, le chef du parti cadet Prilioukov, &#8212; tous se prosternaient successivement aux pieds du bourreau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si fort que d&#233;sirassent ceux qui aspiraient &#224; la dictature du g&#233;n&#233;ral, que la Conf&#233;rence de Moscou sanctionn&#226;t le coup d'&#201;tat, celui-ci n'eut pas lieu. Messieurs les g&#233;n&#233;raux s'aper&#231;urent que le prol&#233;tariat, qui avait salu&#233; de sa gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale les rapaces assembl&#233;s, avait r&#233;agi. Il fallait gagner du temps. Il convenait donc de mobiliser les forces militaires de la contre-r&#233;volution, afin de saigner &#224; blanc d'un coup d&#233;cisif les ouvriers rebelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le complot fut remis, mais non supprim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus importante des op&#233;rations pr&#233;paratoires &#224; ce complot fut la monstrueuse provocation sur le front. Kornilov rendit Riga en &#233;change de la peine de mort. A dessein, par fractions, on envoya &#224; une perte certaine les meilleurs r&#233;giments des tirailleurs lettons, enti&#232;rement bolch&#233;vistes. Kornilov jouait &#224; coup s&#251;r. S'ils avaient refus&#233; d'ob&#233;ir &#224; l'ordre, on aurait pu leur attribuer la responsabilit&#233; de la d&#233;faite et les d&#233;truire par la main des bourreaux. La peine de mort aurait alors envahi le pays tout entier. S'ils ob&#233;issaient, ils &#233;taient d&#233;truits par les balles allemandes. Ils ob&#233;irent, pour ne pas donner aux chevaliers de la contre-r&#233;volution la possibilit&#233; de calomnier les bolch&#233;viki. Et ils p&#233;rirent. Mais la mort ne les pr&#233;serva pas de la calomnie. En m&#234;me temps que Kornilov &#171; rassurait &#187; les pillards alli&#233;s par des renseignements secrets, leur communiquant les v&#233;ritables motifs de la reddition de Riga, de son quartier-g&#233;n&#233;ral il r&#233;pandait les calomnies les plus honteuses sur ses soldats. C'est en vain que les organisations militaires protestaient : c'est en vain m&#234;me que protestaient les commissaires du Gouvernement Provisoire : en vain Vo&#239;tinsky, qui aux journ&#233;es de juillet pr&#234;chait les fusillades d'ouvriers, jurait-il &#171; &#224; la face du pays tout entier &#187;, que les soldats se comportaient h&#233;ro&#239;quement. Le quartier-g&#233;n&#233;ral mentait sans interruption, racontant des histoires d'abandons illicites des positions, d'insubordination aux ordres, d'agents allemands. Une nouvelle vague boueuse de mensonges sans pr&#233;c&#233;dent et de perfide pers&#233;cution des soldats avait inond&#233; le pays entier. Les journaux &#171; hautement patriotiques &#187; des magnats du capital repr&#233;sentaient l'arm&#233;e comme une cohue de mis&#233;rables poltrons, comme une bande sauvage de pillards. Et en r&#233;ponse aux communiqu&#233;s officiels russes, envoy&#233;s par le &#171; commandant en chef &#187;, arrivait l'&#233;cho de la presse capitaliste d'Occident et d'Am&#233;rique. Le Matin et le Times, le Temps et le Daily Chronicle fourmillaient d'&#233;pith&#232;tes choisies, d'injures &#224; l'adresse d'une arm&#233;e trahie par les g&#233;n&#233;raux et par la bourgeoisie : &#171; fuite sans combat &#187;, &#171; d&#233;sob&#233;issance aux ordres &#187;, &#171; ridicules comit&#233;s d'arm&#233;e &#187;, &#171; esprit de trahison que l'on observe parmi les troupes russes &#187;, &#171; r&#233;tablissement d'une discipline de fer &#187;, &#8212; en un mot, toute la terminologie russe des policiers du Novo&#239;e Vr&#233;mia et des imp&#233;rialistes de la Retch &#233;tait brillamment assimil&#233;e par les &#171; alli&#233;s &#187;, qui &#233;taient secr&#232;tement inform&#233;s de tout et ne faisaient qu'aider les Milioukov &#224; atteindre le but d&#233;sir&#233; : la peine de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la &#171; d&#233;mocratie &#187; ? L'arm&#233;e de l'union sacr&#233;e poursuivait son ancienne politique : terroris&#233;e par les cris d'&#171; anarchie &#187;, pitoyable, battue, cette &#171; d&#233;mocratie &#187; de Tchkh&#233;&#239;dz&#233; et de Tseretelli, de Liber et de Dan ne trouvait en soi que le courage de tomber sur les bolch&#233;viki qui menaient une campagne &#233;nergique contre les fusillades et les supplices. Les choses en vinrent au point que le Novo&#239;e Vr&#233;mia &#233;crivait avec pleine raison : &#171; Ouvrez les Izvestia des Sov. des D&#233;p. Ouv. &#187; Cela m&#234;me qu'imprimait le Novo&#239;e Vr&#233;mia en avril, remplit maintenant les colonnes de ce journal gouvernemental. Avec un retard de deux mois ? &#8212; C'est en g&#233;n&#233;ral la norme pour la lente r&#233;flexion des camarades &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec un retard de deux mois &#187;, la d&#233;mocratie (!) r&#233;volutionnaire (! !) s'&#233;tait approch&#233;e des positions des gens de Souvorine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le bloc des partis petit-bourgeois, qui perdait la confiance des masses, s'amusait &#224; une capitulation permanente devant les forces contre-r&#233;volutionnaires, le bloc de ces derni&#232;res continuait &#224; se pr&#233;parer en vue de l'organisation de l'action. A l'arri&#232;re et sur le front, dans les capitales et sur le Don, des centres de combat de la contre-r&#233;volution se formaient. Le &#171; commandant en chef &#187; et le &#171; premier soldat de la r&#233;volution &#187; redistribuaient fi&#233;vreusement les forces militaires, &#233;vacuant les troupes r&#233;volutionnaires des centres de la r&#233;volution et remplissant ceux-ci d'unit&#233;s de cavalerie &#171; s&#251;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce travail pr&#233;paratoire &#233;tait men&#233; sous le mot d'ordre invent&#233; par les provocateurs des cadets et des g&#233;n&#233;raux : lutte contre le complot des bolch&#233;viki. Pr&#233;parant le complot des agrariens et des capitalistes, ils protestaient contre un complot des ouvriers ; emmenant les troupes du front, ils accusaient de trahison les partis du prol&#233;tariat ; organisant la contre-r&#233;volution, l'esprit contre-r&#233;volutionnaire des ouvriers et des soldats provoquait leurs hurlements ; allant vers la guerre civile, ils trompettaient que le prol&#233;tariat la pr&#233;parait ; d&#233;fendant les armes &#224; la main les b&#233;n&#233;fices du capital, ils d&#233;claraient que le mot d'ordre des ouvriers &#233;tait le mot d'ordre de la bourgeoisie fran&#231;aise : &#171; enrichissez- vous ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque jour les journaux capitalistes &#171; fixaient la date &#187; du soul&#232;vement bolch&#233;vik. Chaque jour, &#233;crivant sur les &#171; pogroms &#187; &#224; venir qu'&#233;taient cens&#233;s devoir produire les bolch&#233;viki, excitant le petit propri&#233;taire, qui par nature est poltron, mais devient sanguinaire d&#232;s qu'il se sent en s&#251;ret&#233;, les filous du gros capital &#171; cr&#233;aient l'atmosph&#232;re &#187; pour le coup d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Evaluant sobrement la situation &#8212; t&#233;l&#233;graphiait secr&#232;tement au minist&#232;re des Affaires Etrang&#232;res, le directeur de la chancellerie diplomatique aupr&#232;s de l'&#233;tat-major dans le G. Q.-G., Troubetsko&#239;. &#8212; il faut reconna&#238;tre que l'effectif entier du commandement, la majorit&#233; &#233;crasante de l'effectif des officiers et les meilleures unit&#233;s de combat de l'ann&#233;e suivront Kornilov. De son c&#244;t&#233; se mettront &#224; l'arri&#232;re, tous les Cosaques, la plus grande partie des &#233;coles militaires, ainsi que les meilleures unit&#233;s de ligne. A la force physique il faut ajouter... la sympathie morale de toutes les couches non-socialistes de la population, et dans les classes inf&#233;rieures... une indiff&#233;rence qui se soumettra &#224; chaque coup de cravache. Il est hors de doute qu'une quantit&#233; &#233;norme des socialistes de mars ne tarderont pas &#224; passer de leur c&#244;t&#233;... L'on ne peut dire que Kornilov pr&#233;pare le triomphe de Guillaume II, car au moment pr&#233;sent, les troupes allemandes n'ont plus &#224; triompher que de nos espaces. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le &#171; rapport r&#233;el des forces &#187; &#233;tait &#233;valu&#233; par les conspirateurs de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ensemble, le complot contre-r&#233;volutionnaire embrassait trois milieux. Le cercle le plus vaste comprenait entre autres le Gouvernement Provisoire avec Kerensky en t&#234;te. C'&#233;tait le march&#233; de deux dictateurs contre la r&#233;volution, march&#233; qui avait &#233;t&#233; consolid&#233; dans de multiples pourparlers de derri&#232;re les coulisses, cach&#233;s non seulement aux yeux du peuple mais aussi &#224; ceux des chefs de cette m&#234;me &#171; d&#233;mocratie &#187; qui suivait encore Kerensky. Le second cercle, plus &#233;troit, comprenait la conspiration de Kornilov dans son sens propre. Ici &#233;taient mobilis&#233;es toutes les forces les plus s&#251;res de la contre-r&#233;volution avec les g&#233;n&#233;raux r&#233;actionnaires en t&#234;te. Enfin, le troisi&#232;me cercle, la conspiration dans la conspiration, contenait la conspiration monarchique d'une poign&#233;e d'anciens courtisans de Nicolas II, sous la direction d'une paire de s&#233;nateurs, d'officiers titr&#233;s de la garde, de l'ex-demoiselle d'honneur Marguerite Dournovo, des grands-ducs et des ma&#238;tres-chanteurs filous de la clique du Palais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky, qui comprenait fort bien que la bourgeoisie avait besoin non plus de lui, mais de Kornilov, allait toujours plus loin sur le chemin de l'adaptation au courant contre-r&#233;volutionnaire. Mais il lui fallait l'apparence au moins d'une liaison avec les masses. Sa position &#233;tait en fait la m&#234;me que la situation d'un agent provocateur qui s'est emp&#234;tr&#233; dans les filets de l'Okhrana : s'il ne trahit pas, on le renvoie ; mais on le renvoie tout aussi bien lorsqu'il est d&#233;voil&#233; par les r&#233;volutionnaires qu'il trahissait. Kerensky avait d&#233;j&#224; perdu presque tout cr&#233;dit aupr&#232;s des masses. Mais pour remplir ses honorables fonctions, il devait encore faire un geste de menace &#224; droite, pour en r&#233;alit&#233; remplir son r&#244;le de massacreur par rapport aux gauches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'avancer ouvertement contre Kornilov &#8212; cela e&#251;t signifi&#233; rompre avec la clique des financiers et des g&#233;n&#233;raux ; mais entrer ouvertement en alliance avec eux, &#8230;. e&#251;t signifi&#233; d&#233;truire les derniers restes de confiance envers sa propre personne, dont la r&#233;putation &#233;tait d&#233;j&#224; sans cela fortement avari&#233;e. En pr&#233;sence de ces conditions, il ne restait qu'une chose &#224; faire : tout en jouant la com&#233;die de la lutte, entrer en r&#233;alit&#233; dans des marchandages de coulisses, c'est-&#224;-dire en fait entrer dans la conspiration contre la r&#233;volution. Ceci &#233;tait d'autant plus facile &#224; faire, que tous les lieutenants de Kerensky &#233;taient d'enrag&#233;s kornilovistes : Savinkov, Philonenko, Bourtsef, sans m&#234;me parler des membres du parti cadet, &#233;taient de chaleureux partisans du coup d'&#201;tat en faveur de la propri&#233;t&#233; des nobles et des bureaux des banquiers. C'est pourquoi les premiers pr&#233;paratifs pour la lutte (et pour la lutte non plus contre les &#171; bolch&#233;viki &#187; seulement, mais contre les soviets mench&#233;viki et social-r&#233;volutionnaires) furent faits selon les dispositions des com&#233;diens bonapartistes ; et Savinkov, de l'aveu m&#234;me de Kerensky, concentrait vers P&#233;tersbourg le 3me corps de cavalerie pour venir &#224; bout de cette m&#234;me d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, pour un partisan de laquelle il se donnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 ao&#251;t, Kornilov pr&#233;senta son ultimatum par l'interm&#233;diaire du prince Lvov, un des ministres du premier gouvernement &#171; r&#233;volutionnaire &#187;. Kerensky &#171; arr&#234;te &#187; Lvov. Kornilov, dans le quartier-g&#233;n&#233;ral duquel s'&#233;taient embusqu&#233;s les &#171; hommes politiques &#187;, &#233;dite un manifeste solennel &#171; au peuple russe &#187;, o&#249; il d&#233;clare que le gouvernement est aux mains des Allemands et des bolch&#233;viki. Les &#171; op&#233;rations militaires &#187; commencent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; Goutchkov, Rodzianko, Nabokov et les autres chefs de la bourgeoisie des cadets et des bandes noires organisent l'incursion des brigands du quartier-g&#233;n&#233;ral, les ministres cadets font sauter le gouvernement de l'int&#233;rieur, afin d'affaiblir leurs nigauds de coll&#232;gues &#171; socialistes &#187;. Le cabinet se disperse avec bruit et fracas. Une confusion incroyable commence parmi les &#171; dirigeants &#187;. Apr&#232;s des supplications, des pourparlers, des menaces et des pri&#232;res, dans le r&#233;seau des plus sales intrigues, le monde voit poindre le gouvernement Kerensky-Kichkine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bourse r&#233;pond &#224; l'entr&#233;e en sc&#232;ne de Kornilov par un rel&#232;vement g&#233;n&#233;ral des valeurs. Le capital international applaudit dans sa presse avec une rare unanimit&#233; au &#171; sauveur de la Russie &#187;. Non seulement les organes de la bancocratie alli&#233;e, tels que le Times, le Temps ou les mercenaires des trusts am&#233;ricains, mais la presse imp&#233;rialiste allemande, elle aussi, salue avec enthousiasme le nouveau h&#233;ros. Le gouvernement anglais met &#224; la disposition de Kornilov ses automobiles blind&#233;es, afin d'aider &#224; la r&#233;pression de P&#233;tersbourg rouge. L'armement et les finances sont dirig&#233;s contre les ouvriers et les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment avec le mouvement des troupes korniloviennes vers P&#233;tersbourg, l'ultimatum de la contre-r&#233;volution est soutenu par la menace d'ouvrir le front aux Allemands. La main droite de Kornilov, le g&#233;n&#233;ral Loukomsky, d&#233;clare que le front sera ouvert et qu'un armistice s&#233;par&#233; sera conclu, afin de jeter les troupes dans le bain sanglant de la capitale. Patriotes brevet&#233;s, gardiens jur&#233;s de la &#171; fiert&#233; nationale &#187;, Saint-Georges au c&#339;ur noir et &#224; la doublure rouge, ces g&#233;n&#233;raux &#233;taient pr&#234;ts &#224; ramper bassement devant la ba&#239;onnette prussienne, uniquement pour pouvoir diriger une partie de leurs troupes contre le prol&#233;tariat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vent d'orage passa sur le pays. Le prol&#233;tariat, qui avait veill&#233; tout le temps, qui avait vainement appel&#233; et averti la d&#233;mocratie petite-bourgeoise du danger mena&#231;ant, tressaillit. Les ouvriers des capitales et des provinces coururent aux armes. Partout o&#249; il y avait la moindre possibilit&#233; de trouver des d&#233;fenseurs d'acier pour la libert&#233;, les prol&#233;taires s'armaient. En un instant P&#233;tersbourg cr&#233;a une garde rouge. Les ouvriers des fabriques de canons doubl&#232;rent d'un coup la productivit&#233; de ces fabriques et se mirent &#224; fournir des mitrailleuses, des canons et des munitions pour la d&#233;fense contre leurs adversaires de classes. Le parti prol&#233;tarien, les bolch&#233;viki, proclama le mot d'ordre de la lutte jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte de sang, de la lutte, non pour Kerensky, mais pour la r&#233;volution. Et pourtant, en cet instant critique, la marche m&#234;me de la lutte fit occuper les postes dangereux par la classe ouvri&#232;re et par son parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Soviets et la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, pris d'une mortelle terreur, se pr&#233;cipit&#232;rent vers les prol&#233;taires. Les matelots bolch&#233;vistes de Kronstadt, que l'on avait tant calomni&#233;s, que l'on avait nomm&#233; contre-r&#233;volutionnaires et ennemis de la libert&#233;, furent proclam&#233;s ses meilleurs d&#233;fenseurs et appel&#233;s en toute h&#226;te &#224; P&#233;tersbourg. Les ouvriers, contre lesquels, en juillet, on faisait venir les r&#233;giments de cavalerie &#171; s&#251;rs &#187; et les &#171; unit&#233;s de choc &#187;, furent d&#233;clar&#233;s rempart de la r&#233;volution. Le parti du prol&#233;tariat, auparavant trait&#233; comme un ramassis de criminels, de provocateurs et d'espions, fut r&#233;habilit&#233; dans les vingt-quatre heures et reconnu un alli&#233; bienvenu. Les chefs sovi&#233;tistes de la petite bourgeoisie se jet&#232;rent pr&#233;cipitamment du c&#244;t&#233; de la classe ouvri&#232;re : ils comprenaient parfaitement que la contre-r&#233;volution avait sa logique ; ils savaient que la bande kornilovienne victorieuse balayerait non seulement les bolch&#233;viki, mais tous les coalitionnistes ; ils voyaient que la r&#233;action &#233;tait pr&#234;te &#224; tout d&#233;truire, les &#171; Soviets et les comit&#233;s &#187;, suivant la demande de Milioukov et de Riabouchinsky. Et, tremblant de tous leurs membres, ils se mirent &#224; glapir plaintivement sur l'&#171; unit&#233; du front r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e des masses fut extraordinairement forte. Litt&#233;ralement toutes les organisations ouvri&#232;res se lev&#232;rent. Dans les Soviets, malgr&#233; la majorit&#233; coalitionniste, on sentit les pulsations d'une nouvelle art&#232;re combative. Partout &#8212; dans les capitales et dans les villes perdues des provinces &#8212; il se cr&#233;ait des organes r&#233;volutionnaires du pouvoir. A P&#233;tersbourg et &#224; Moscou, le peuple arm&#233; r&#233;apparut sur la sc&#232;ne. Et partout o&#249; il &#233;tait question seulement de mobilisation des forces, de pression sur les troupes, de collectivit&#233;s de combat responsables, le parti du prol&#233;tariat se trouvait &#234;tre l'organisation la plus hardie, la plus d&#233;cid&#233;e et la plus capable de combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement de Kornilov se fl&#233;trit avant d'avoir eu le temps de fleurir. Les forces militaires de Kornilov, qui marchaient sur P&#233;tersbourg, ayant &#233;t&#233; tromp&#233;es par leurs g&#233;n&#233;raux, se d&#233;composaient d&#232;s leur premier contact avec les troupes envoy&#233;es contre elles, non par Kerensky, qui jouait la com&#233;die, mais par les organisations sovi&#233;tistes, auxquelles avait pass&#233; en fait la direction militaire. Et dans les centres urbains, o&#249; les chevaliers de la Croix de St- Georges, les soldats de choc et les femmes de choc, les officiers et les g&#233;n&#233;raux, avaient tant parl&#233; du &#171; jour &#187; de joie, et o&#249; ils avaient avec une telle &#171; intr&#233;pidit&#233; &#187; arbor&#233; les cocardes korniloviennes, d&#233;montrant leur m&#233;pris souverain envers la &#171; pl&#232;be d&#233;cha&#238;n&#233;e &#187; &#8212; ces h&#233;ros ne se d&#233;cid&#232;rent pas du tout &#224; agir. Ils connaissaient la valeur de leurs alli&#233;s &#8212; la masse des petits propri&#233;taires, qui n'est audacieuse que lorsqu'elle est en s&#233;curit&#233;. L'appui de Kal&#233;dine, qui devait marcher venant du sud et couper le nord des transports de bl&#233;, s'exprima seulement par le fait que l'on envoya vers Moscou durant quelques jours, des wagons de melons d'eau et de tournesols au lieu de bl&#233;. L'attaque des brigands contre le peuple avait &#233;chou&#233;. Les conspirateurs avaient &#233;videmment trop pr&#233;sum&#233; de leurs forces. Mais ils avaient aussi trop m&#233;pris&#233; les forces de la r&#233;volution. &#171; Les bas-fonds des villes &#187; ne montraient aucune disposition &#224; se soumettre aux &#171; coups de cravaches &#187;, comme l'esp&#233;raient les bandits du capital. Ces bas-fonds, en r&#233;ponse &#224; l'entr&#233;e en sc&#232;ne du g&#233;n&#233;ral s'&#233;taient &#233;cri&#233;s unanimement : &#171; La mort ou la victoire ! &#187; et avec un enthousiasme que seul est capable de d&#233;velopper une classe de travailleurs, brillants d'inspiration, comprenant leurs grandes destin&#233;es historiques ; jeunes et h&#233;ro&#239;ques, ils s'&#233;taient pr&#233;cipit&#233;s aux avant- postes de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraternisation fut la m&#233;thode fondamentale de dissolution des troupes korniloviennes. M&#234;me les Turkm&#232;nes-Tekk&#233;s &#224; moiti&#233; sauvages, dont le fougueux g&#233;n&#233;ral avait donn&#233; des cohortes choisies pour le salut de la civilisation bourgeoise, m&#234;me ces &#171; sauvages &#187; que l'on avait imagin&#233; d'apprivoiser pour ma&#238;triser les Huns du &#171; socialisme, du communisme et de l'anarchie &#187;, perdaient leur d&#233;vouement servile &#224; Kornilov. L'offensive militaire sur le front int&#233;rieur, que l'on pr&#233;parait dans les salons les plus &#233;l&#233;gants des m&#233;c&#232;nes russes, au sujet de laquelle la presse bourgeoise avait sonn&#233; les grands carillons de toutes ses cloches, cette offensive s'&#233;tait soudain rid&#233;e comme une vessie o&#249; l'on pique une aiguille, et l'aust&#232;re h&#233;ros de la bourgeoisie ne repr&#233;sentait plus qu'un homme stupidement ent&#234;t&#233;, qui se distingue par tout ce que l'on voudra, sauf par le g&#233;nie d'un triomphateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;meute kornilovienne joua un r&#244;le diam&#233;tralement oppos&#233; &#224; celui que cherchait la cabale bourgeoise : elle ouvrit les yeux non seulement aux ouvriers retardataires, mais aux paysans, non seulement aux hommes de l'arri&#232;re, mais aux soldats du front ; elle provoqua un immense regroupement de forces et consolida extraordinairement la position du parti du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir coalitionniste, qui avait ouvert toutes grandes les portes pour l'entr&#233;e solennelle de la contre-r&#233;volution, n'avait pu surgir ni se maintenir qu'en se basant sur la confiance inconsciente des masses capitalistes et sur leur d&#233;fensisme de bonne foi. Et c'est &#224; ce m&#234;me titre que les masses avaient pu reconna&#238;tre pour guides les socialistes- r&#233;volutionnaires et les mench&#233;viki. L'excitation joyeuse, sentimentalement na&#239;ve, de la r&#233;volution de mars, de cette r&#233;volution &#171; omninationale &#187;, o&#249; m&#234;me les filous br&#251;l&#233;s de l'oligarchie financi&#232;re faisaient semblant d'&#234;tre attendris et approchaient des mouchoirs blancs de leurs yeux bouffis de graisse, la confiance des masses tromp&#233;es envers les pesants &#171; chefs de la r&#233;volution &#187; v&#234;tus de noir, tels que les Rodzianko et les Lvov &#8212; s'en allait maintenant en fum&#233;e. Le d&#233;veloppement de la lutte des classes brisait toutes les illusions, faisait tomber tous les voiles, arrachant impitoyablement leurs masques &#224; tous les h&#233;ros du mensonge et montrant aux masses le v&#233;ritable visage de rapaces de ces &#171; bienfaiteurs du peuple &#187;. Les imp&#233;rialistes bourgeois et la presse de la social-trahison, auxquels l'on croyait auparavant, &#224; ce point que pendant les journ&#233;es de juillet la bourgeoisie avait r&#233;ussi &#224; cr&#233;er un &#233;tat de si&#232;ge contre le parti prol&#233;tarien traqu&#233; &#224; tous les carrefours, avaient maintenant perdu la confiance des masses, d&#233;finitivement et irr&#233;vocablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, qui d&#233;j&#224; au temps de la Conf&#233;rence de Moscou suivait en sa majorit&#233; la social-d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, perdait rapidement tout ce qui lui restait d'illusions petites-bourgeoises autrefois inh&#233;rentes &#224; ces couches attard&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans avaient vu dans l'action de Kornilov une attaque de la part des propri&#233;taires fonciers et une menace r&#233;elle &#224; leurs r&#234;ves terriens. Si jusque-l&#224; les paysans, &#224; la grande joie de tous les grands propri&#233;taires, avaient &#171; support&#233; &#187; et remis la d&#233;cision de la question &#171; jusqu'&#224; la r&#233;union de l'Assembl&#233;e Constituante &#187;, ce &#224; quoi s'appliquaient et s'occupaient messieurs les socialistes-r&#233;volutionnaires, en revanche leur patience m&#234;me &#233;tait maintenant &#224; bout. Aussit&#244;t apr&#232;s le mouvement kornilovien des propri&#233;taires, un immense mouvement des paysans se dessina, se muant parfois en un v&#233;ritable soul&#232;vement des paysans. La presse capitaliste signalait avec terreur ce fait, inscrivant les &#171; d&#233;sordres &#187; agraires dans la rubrique de &#171; l'anarchie &#187; et des &#171; pillages &#187;. En r&#233;alit&#233;, le mouvement agraire &#233;tait l'indice du d&#233;veloppement de la conscience des paysans, qui ne se contentaient plus des &#233;ternelles promesses. Les &#171; usurpations illicites &#187;, si ha&#239;es de la bourgeoisie, &#233;taient devenues des &#233;v&#233;nements ordinaires. La terre fuyait rapidement des mains des propri&#233;taires et commen&#231;ait &#224; se d&#233;poser solidement entre les mains des paysans. L'arm&#233;e, qui jadis croyait aveugl&#233;ment en Kerensky, attir&#233;e dans la honteuse offensive de juin, &#233;tait maintenant, apr&#232;s le coup de cravache du bourreau, remplie de haine envers tout l'effectif de commandement, y compris les officiers. L'effectif de commandement, qui s'&#233;tait montr&#233; enti&#232;rement korniloviste, avait introduit la peine de mort, avait calomni&#233; et pers&#233;cut&#233; les soldats, les trahissant &#224; chaque pas, traitant l'ancien &#171; saint animal &#187; comme une vile pl&#232;be &#8212; cet effectif de commandement avait senti se poser sur lui le regard fixe et rempli de haine d'une arm&#233;e de plusieurs millions d'hommes. La lutte de classes qui secouait la soci&#233;t&#233; enti&#232;re, s'&#233;tait transport&#233;e sur le front avec une force incroyable. Une fois pour toutes, l'arm&#233;e avait rejet&#233; de dessus soi le joug des imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'&#233;pop&#233;e kornilovienne avait aiguis&#233; &#224; l'extr&#234;me les questions nationales. Cette aventure avait &#233;t&#233; une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e de l'imp&#233;rialisme de grande puissance russe. Sous le faux mot d'ordre d'une &#171; Russie une et indivisible &#187;, que mettaient en avant les g&#233;n&#233;raux patriotisants et les patriotes g&#233;n&#233;ralisant de la &#171; classe commerciale et industrielle &#187;, se dissimulait la politique habituelle de strangulation des pillards imp&#233;rialistes, qui s'en d&#233;lectaient encore aux temps b&#233;nis du tsarisme. Et si les g&#233;n&#233;raux &#224; cravache et sans cravache mettaient en avant le mot d'ordre &#171; une et indivisible &#187;, cela signifiait que ceux que l'on appelait &#171; allog&#232;nes &#187; devaient commencer &#224; crier au secours. Aussi l'&#171; aventure &#187; kornilovienne et sa d&#233;faite provoqu&#232;rent-elles la croissance des tendances nationalistes et s&#233;paratistes et la d&#233;composition de l'imp&#233;rialisme russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement politique de la conscience de classes de larges masses populaires, s'exprima dans la compl&#232;te banqueroute des partis coalitionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mench&#233;viki s'appuyaient en majeure partie sur les couches arri&#233;r&#233;es, contamin&#233;es par les pr&#233;jug&#233;s, les esp&#233;rances et les croyances petite-bourgeoises de la classe ouvri&#232;re ; car la banqueroute des illusions allait particuli&#232;rement vite parmi le prol&#233;tariat pr&#233;cis&#233;ment : ces illusions s'usaient avec une rapidit&#233; presque catastrophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes-r&#233;volutionnaires &#233;taient entr&#233;s dans une p&#233;riode de d&#233;composition int&#233;rieure, se divisant avec toujours plus d'acuit&#233; en id&#233;ologues du solide moujik qui doit triompher du monde entier et en id&#233;ologues des paysans les plus pauvres ; ce processus a trouv&#233; son expression dans la d&#233;marcation chez les socialistes-r&#233;volutionnaires d'une aile gauche, qui se renfor&#231;ait chaque jour. Enfin, formant boule de neige, le parti du prol&#233;tariat s'&#233;tait augment&#233;. Le pays se s&#233;parait de plus en plus en deux camps ennemis : l'un, &#8212; en t&#234;te duquel se tenait le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et son parti &#8212; devenait le camp de tous les travailleurs, le camp &#171; populaire &#187; ; et l'autre &#8212; r&#233;unissait toutes les fractions des classes dominantes, depuis l'ex-demoiselle d'honneur jusqu'au marchand de grains et l'usurier de village ; &#224; la t&#234;te de ce camp se trouvait le capital financier et le parti de la trahison populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marche des &#233;v&#233;nements avait pos&#233; maintenant devant la camarilla bourgeoise le probl&#232;me direct de la guerre civile. La confiance disparue des masses envers le capital, la compl&#232;te d&#233;composition des partis coalitionnistes, la croissance fi&#233;vreusement rapide du parti du prol&#233;tariat, tout cela for&#231;ait la bourgeoisie &#224; s'orienter vers la guerre civile. Gouverner par le mensonge, la flatterie, la coalition ; gouverner par l'interm&#233;diaire des tra&#238;tres &#171; socialistes &#187; ; jouer aux d&#233;mocrates en brandissant le glaive de la peine de mort, devenait impossible. Il restait une chose &#224; faire : une nouvelle tentative de contre-r&#233;volution arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant que d'en arriver &#224; la bataille d&#233;finitive, l'histoire for&#231;a le pays &#224; passer encore une fois sous les fourches caudines d'une com&#233;die panrusse : la &#171; Conf&#233;rence D&#233;mocratique &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; liquidation &#187; de l'aventure Kornilov. &#8212; La Conf&#233;rence D&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e d'en bas avait fait d&#233;vier le n&#339;ud coulant qu'avait d&#233;j&#224; savonn&#233; pour le peuple Saurus Kornilov, lequel avait recueilli par avance, les lauriers de la reconnaissance bourgeoise. Que le gouvernement bonapartiste le voul&#251;t ou non &#8212; le fait restait un fait. Il n'y avait plus qu'&#224; compter d'une fa&#231;on ou d'une autre avec ce fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la situation de Kerensky tra&#231;ait une ligne de conduite : continuer la fiction de la &#171; lutte avec la contre- r&#233;volution &#187; et en r&#233;alit&#233; lutter &#224; gauche. C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment l&#224; l'essentiel de cette farce (politique) que signifiait par elle-m&#234;me la &#171; liquidation &#187; de l'aventure de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; pouvoir &#187; lui-m&#234;me commen&#231;a &#224; se montrer sous un aspect vraiment tragi-comique. Une crise succ&#233;dait &#224; l'autre. A l'arri&#232;re-plan de la corruption politique g&#233;n&#233;rale des milieux dirigeants, s'agitait une bande d'&#233;perviers bonapartistes, form&#233;e d'&#233;l&#233;ments de la plus grande diversit&#233;, pr&#233;tendant aux premiers r&#244;les : Savinkov, ex-militant et terroriste, plus tard auteur d'une hom&#233;lie larmoyante contre l'assassinat et enfin auteur de la peine de mort : Philonenko, homme dont, selon son propre aveu, &#171; les paupi&#232;res ne clignaient pas &#187; et &#171; la voix ne tremblait pas &#187; en pronon&#231;ant la peine de mort pour les soldats, &#171; socialiste &#187; qui &#233;dulcorait les aphorismes korniloviens d'une certaine proportion de sadico-sologoubisme de son propre cru ; Kerensky en personne, et toute une compagnie de ses &#171; aides &#187; cad&#233;tomorphes et m&#234;me cadets, qui se tenaient devant la porte et ne faisaient que &#171; convoiter &#187;. Enfin, l'&#233;cume boueuse des duperies mutuelles et des march&#233;s de derri&#232;re les coulisses, donna naissance &#224; un directoire russe, suspect sous tous les rapports et dont les parrains furent d'un c&#244;t&#233; Tseretelli-Gotz, et de l'autre, les h&#233;ros du parti cadet qui pr&#233;f&#233;raient demeurer derri&#232;re les coulisses. Le &#171; Conseil des cinq &#187; ne brillait pas par les noms : &#224; sa t&#234;te se mit naturellement Kerensky, qui en investit quatre autres &#224; &#171; son image et &#224; sa ressemblance &#187; : Tereschtchenko, Verkhovsky, Verderevsky et Nikitine, un r&#244;le technique &#233;tant r&#233;serv&#233; &#224; Verkhovsky et &#224; Verderevsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se forma le directoire, qui devait &#233;videmment &#234;tre un pont conduisant au consulat. Le na&#239;f travailliste Boulat reconnut ouvertement l'habilet&#233; du citoyen Kerensky : &#171; Pendant que nous nous disputions et que nous discourions ici, le pouvoir fut cr&#233;&#233; sans notre aide... Qui sait, peut-&#234;tre m&#234;me n'aurons-nous plus &#224; nous r&#233;unir ici [c'est-&#224;-dire dans le Com. Ex&#233;c. Centr. &#8212; note de N. Bouk.]. La loi martiale est d&#233;cr&#233;t&#233;e chez nous. On arrivera chez nous, on invoquera tel ou tel paragraphe et l'on nous dispersera... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, le pouvoir s'&#233;difia simplement : il fut &#233;lu par Kerensky, approuv&#233; par Kerensky, rendu responsable devant Kerensky. Kerensky &#8212; telle est l'unique source du pouvoir ind&#233;pendant. Kerensky &#8212; tel est le seul vase d'&#233;lection de la gr&#226;ce d&#233;vers&#233;e encore par le gouvernement de la premi&#232;re heure. Kerensky &#233;tait le chef &#171; reconnu de tous &#187; dans l'&#171; Etat russe &#187;. Ainsi du moins, semblait-il. Et il en &#233;tait effectivement ainsi. Mais en fait, c'&#233;taient l&#224; les derniers efforts de la clique des tra&#238;tres &#224; la d&#233;mocratie, qui commen&#231;ait &#224; r&#233;v&#233;ler un &#233;quilibre de plus en plus instable, ayant perdu d&#233;j&#224; tout point d'appui &#224; gauche, et perdant rapidement &#8212; malgr&#233; tous ses efforts pour le retenir &#8212; son point d'appui &#224; droite. L'organisation d'un directoire signifiait en fait la victoire pacifique du g&#233;n&#233;ral Kornilov : c'&#233;tait le fruit l&#233;gal du march&#233; ill&#233;gal entre le h&#233;ros de la cravache et l'aventurier de la langue. Le plan de Kornilov consistait pr&#233;cis&#233;ment en la formation d'un directoire. Il est vrai qu'au moment d&#233;cisif, Kerensky n'avait pas soutenu Kornilov ; autrement, &#224; la t&#234;te du directoire l'on aurait vu Kornilov. Mais, de fait, un pouvoir personnifi&#233; en cinq dictateurs et ne d&#233;pendant de personne que d'un dictateur-chef, un tel pouvoir constituait la victoire compl&#232;te des principes du g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu correspondait pleinement &#224; la forme. La &#171; liquidation &#187; de la r&#233;volte de Kornilov prit le caract&#232;re d'un v&#233;ritable persiflage des masses. Tout d'abord, Kornilov solennellement proclam&#233; tra&#238;tre, demeura en fait commandant en chef jusqu'&#224; son remplacement. Puis Kerensky se nomma commandant en chef, d&#233;signant comme chef d'&#233;tat-major &#8212; c'est-&#224;-dire encore une fois comme commandant en chef effectif &#8212; le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;eff, le bourreau tsariste, le meilleur ami du g&#233;n&#233;ral Kornilov, le participant direct de la conspiration kornilovienne et l'interm&#233;diaire entre Kornilov, Riabouchinsky et Milioukov ; Alex&#233;&#239;eff, qui au d&#233;but de la r&#233;volution mena&#231;ait de fusiller &#171; les bandes r&#233;volutionnaires qui venaient de P&#233;tersbourg ! &#187;, Alex&#233;&#239;eff, que lui-m&#234;me il avait d&#251; chasser sous la pouss&#233;e de la col&#232;re et de l'indignation g&#233;n&#233;rale !, Alex&#233;&#239;eff, qui, &#224; la &#171; petite conf&#233;rence &#187; des hommes politiques de Moscou avait prononc&#233; des &#171; paroles d'or &#187;, qu'il r&#233;p&#233;ta &#224; la &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187; et qui furent imprim&#233;es par Riabouchinsky sur la recommandation de Milioukov ! Et c'est cet individu-l&#224; qui fut d&#233;sign&#233; pour &#233;purer l'arm&#233;e des &#233;l&#233;ments de la contre-r&#233;volution ! Bien plus. Lui-m&#234;me, un participant de la conspiration, fut charg&#233; d'instruire l'affaire de la conspiration. Kerensky lui-m&#234;me, souill&#233; de cette boue, chargea son complice d'instruire l'affaire de leur principal associ&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proclam&#233; tra&#238;tre, le commandant en chef arriva donc dans un h&#244;tel de premi&#232;re classe au lieu d'arriver &#224; l'&#233;chafaud, et re&#231;ut pour le &#171; surveiller &#187; les troupes qui lui &#233;taient fid&#232;les. Le cadet Paltchinsky fut charg&#233; de la surveillance de P&#233;tersbourg. Les g&#233;n&#233;raux les plus r&#233;actionnaires, qui seulement par n&#233;gligence n'avaient pas eu le temps de passer ouvertement du c&#244;t&#233; de Kornilov (ou par poltronnerie ne l'avaient pas voulu), furent laiss&#233;s &#224; leurs postes ou re&#231;urent de l'avancement. Les comit&#233;s r&#233;volutionnaires qui avaient &#233;t&#233; nomm&#233;s aux journ&#233;es korniloviennes et qui avaient dirig&#233; les op&#233;rations militaires contre Kornilov, furent d&#233;clar&#233;s hors la loi. Eux, qui avaient sauv&#233; la r&#233;volution et la r&#233;publique, furent d&#233;clar&#233;s &#171; ennemis de la r&#233;publique ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les actes ind&#233;pendants &#8212; disait l'ordre du 4 septembre &#8212; ne doivent pas &#234;tre admis dans l'avenir, et le Gouvernement Provisoire luttera contre eux, comme &#233;tant des actes anarchiques et nuisibles &#224; la r&#233;publique &#187;. Ceci se passait en m&#234;me temps que la &#171; lutte &#187; contre Kornilov, cette lutte ne rev&#234;tant &#233;videmment aucun caract&#232;re &#171; anarchique &#187;, est exerc&#233;e par une bande d'aigrefins kornilovistes. Cela, au moment o&#249; des pourparlers officiels sont engag&#233;s pour faire entrer dans le cabinet des chefs du parti cadet, compromis dans la conspiration ; au moment o&#249; Maklakov est nomm&#233; ambassadeur &#224; l'&#233;tranger !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les masses, il fallait malgr&#233; tout trouver une &#171; couverture &#187;. On la trouva en tombant sur les gardes dirig&#233;s par l'ex-demoiselle d'honneur. En g&#233;n&#233;ral, il &#233;tait impossible de dissimuler la conspiration. Eh bien ! que Marguerite Khitrovo paie en bloc ! &#8212; tel &#233;tait le plan de la respectable compagnie qui livra volontiers le groupe de ses presque partisans, afin de sortir elle-m&#234;me plus ou moins s&#232;che de l'eau. Une ridicule &#171; r&#233;pression des conspirateurs &#187; commen&#231;a : on nettoya l'&#171; Aigle Imp&#233;rial &#187; &#224; Kiev, la soci&#233;t&#233; &#171; le H&#233;ros Russe &#187;, on arr&#234;ta (pour les rel&#226;cher imm&#233;diatement apr&#232;s) une paire d'ex-grands ducs, mais on laissa prudemment de c&#244;t&#233; l'&#226;me de la conspiration v&#233;ritable, et non d'op&#233;rette : Milioukov et Goutchkov, Rodzianko et Riabouchinsky, Poutilov et Vychnegradsky, Kornilov et Kal&#233;dine, le comit&#233; central du parti de la trahison populaire et la &#171; petite conf&#233;rence &#187; des hommes politiques-conspirateurs &#8212; en un mot tous ceux qui, de connivence avec Kerensky, avaient men&#233; les pourparlers pour le plan de la &#171; dictature collective &#187; de sang et de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux capitalistes qui, aux jours o&#249; l'on attendait la glorieuse venue de Kornilov, aiguisaient f&#233;rocement leurs dents, et avaient commenc&#233; &#224; se calmer aux jours de sa d&#233;faite, relev&#232;rent de nouveau la t&#234;te et recommenc&#232;rent &#224; passer &#224; l'offensive. Les personnages officiels repr&#233;sentant l'autorit&#233; judiciaire blanchissaient Kornilov avec la m&#234;me impudence qui leur avait permis auparavant de noircir le parti du prol&#233;tariat. Et de connivence avec le procureur r&#233;actionnaire Alexandrov, le &#171; d&#233;mocrate &#187; Stahl d&#233;clarait, en montrant du doigt les bolch&#233;viki : &#171; J'estime que la conspiration de droite et celle de gauche sont &#233;galement criminelles devant le pays &#187; et les obligeants juristes-journalistes expliquaient qu'il n'y avait pas eu de la part de Kornilov de crime &#171; contre l'ordre existant &#187;, pour la simple raison qu'&#171; il n'y a pas maintenant en Russie d'ordre existant &#187;5. Ceux que l'on qualifie d'intellectuels &#8212; les historiens, les avocats, les po&#232;tes, les savants et les dilettantes &#8212; s'&#233;lanc&#232;rent de nouveau &#224; l'attaque contre les ouvriers : le presque-marxiste professeur Wipper, oubliant ses esquisses de la th&#233;orie de la connaissance historique, racontait dans l'organe de Riabouchinsky que la r&#233;volution russe tout enti&#232;re engendra la mauvaise volont&#233; des g&#233;n&#233;raux allemands, et son coll&#232;gue au journal, Balmont, qui jadis avait chant&#233; le soul&#232;vement ouvrier, commen&#231;ait &#224; composer des odes inspir&#233;es &#224; Kornilov, nommant avec servilit&#233; ce possesseur d'une physionomie obtuse d'Asiatique, le &#171; fier cygne &#187; de la civilisation russe. Cependant, messieurs les capitalistes &#233;taient &#233;galement tr&#232;s m&#233;contents de la conduite de Kerensky, dont ils exigeaient une plus grande d&#233;cision, ou sa d&#233;mission en faveur de Kornilov. Ceci &#233;tait un plan &#233;labor&#233; par les conspirateurs. Kerensky n'avait-il pas, au lieu de soutenir Kornilov par la force arm&#233;e au moment le plus critique, jou&#233; la com&#233;die de la lutte contre lui ? Un tel r&#244;le ne convenait plus du tout aux tentatives r&#233;elles, aux rois des industries textile et m&#233;tallurgique. Et ils commenc&#232;rent une campagne &#233;nergique qui d&#233;voila enti&#232;rement le double jeu du &#171; d&#233;mocrate &#187; ha&#239; de la d&#233;mocratie, Kerensky. La campagne fut ouverte par l'organe de Riabouchinsky Outro Rossii. On d&#233;montra documentairement la participation de Kerensky &#224; l'&#233;laboration du plan de dictature militaire, ainsi qu'&#224; l'intention d'&#233;craser P&#233;tersbourg et Kronstadt, &#224; l'appel du troisi&#232;me corps militaire, &#224; la provocation du &#171; complot des bolch&#233;viki &#187; et &#224; la pr&#233;paration de la dissolution des Soviets ; il surnagea tout un fatras d'intrigues, de tromperies et de duperies mutuelles. Chaque jour nouveau apportait des informations plus sensationnelles les unes que les autres. Il devenait &#233;vident pour tout le monde qu'&#224; c&#244;t&#233; de l'aventure Kornilov, il existait une aventure Kerensky, qui ne se diff&#233;renciait &#171; principiellement &#187; de la premi&#232;re que par plus de duplicit&#233; et de poltronnerie. &#171; Tu veux te d&#233;filer ? Mais tu es n&#244;tre, tu as d&#233;j&#224; vendu ton &#226;me et tu as re&#231;u une avance consid&#233;rable ! &#187; &#8212; disait le diable bourgeois au minist&#233;riable pan Twardovsky, qui poss&#233;dait d&#233;j&#224; alors un compte-courant de presque un million.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les efforts du directoire de Kerensky pour effacer ses p&#233;ch&#233;s devant la bourgeoisie, cette derni&#232;re, sauvant Kornilov, montait &#224; l'assaut. Il est vrai que Kerensky avait proclam&#233; la r&#233;publique, afin de d&#233;montrer qu'en Russie &#171; il y a de l'ordre &#187;. Mais il avait supprim&#233; &#224; P&#233;tersbourg le Rabotchy6 et la Nova&#239;a Jizn. Sous pr&#233;texte de lutte contre l'anarchie, il pr&#233;parait en h&#226;te des exp&#233;ditions de r&#233;pression contre le Soviet de Tachkent et menait des pourparlers avec les gros bonnets de Moscou : Konovalov, Bourychkine, Tchetverikov, Tretiakov et Smirkov, c'est-&#224;-dire la fleur de la &#171; petite Conf&#233;rence &#187; de Moscou. Il tentait de dissoudre la &#171; Centre-flotte &#187;. Il nommait au Conseil Militaire le kornilovien av&#233;r&#233; Klembovsky. Et cependant la bourgeoisie ne graciait plus son commis : il lui en fallait un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'en haut l'on jouait sans interruption aux &#171; chevaux-fondus &#187; de minist&#232;res, ce petit jeu qui &#233;tait si caract&#233;ristique du r&#233;gime tsariste, lequel s'imaginait pouvoir par des substitutions de personnes arranger les choses, dans les basses couches il se passait un processus de &#171; gauchissement &#187; rapide. Ce processus trouva aussi son expression dans le changement de position des principaux Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs petit-bourgeois perdaient de plus en plus, m&#234;me leur propre assiette. Si auparavant ils exprimaient heureusement le caract&#232;re irr&#233;solu de la petite bourgeoisie &#8212; des paysans, des gueux des villes, des couches arri&#233;r&#233;es de la classe ouvri&#232;re, &#8212; en revanche, ils tournaient maintenant assez nettement &#224; droite : la masse de la petite bourgeoisie t&#233;moignait d'une forte attraction vers le prol&#233;tariat ; ses chefs t&#233;moignaient d'une attraction plus forte encore vers le grand capital. Le sommet bureaucratis&#233; du Com. Cent. Ex&#233;c., qui sous la pression des masses, avait pour un certain temps mod&#233;r&#233; quelque peu son ardeur r&#233;actionnaire et son empressement servile, s'&#233;tait de nouveau pr&#233;cipit&#233; &#224; toute vitesse vers le bloc avec la bourgeoisie du cens, et, craignant de reconna&#238;tre ouvertement son respect pour les cadets compl&#232;tement compromis par l'aventure Kornilov, les tra&#238;nait au gouvernement en qualit&#233; de &#171; candidatures d'affaires &#187; &#8212; masque sous lequel agissent constamment les jongleurs politiques et les menteurs de profession. Dans ces conditions, craignant la contagion bolch&#233;vik grandissante, ces messieurs, d&#233;j&#224; &#224; moiti&#233; entr&#233;s en accord avec les gens du cens, et transform&#233;s eux-m&#234;mes en &#171; petits bonapartes &#187;, devaient chercher un point d'appui social autre que celui qu'ils avaient auparavant. Et d'autre part il leur fallait, en pr&#233;sence du rapide accroissement du bolch&#233;visme non seulement dans le pays, mais dans les organisations sovi&#233;tistes, opposer aux Soviets quelque autre force &#171; &#233;galement &#8212; d&#233;mocratique &#187;, et avec cela panrusse. Refouler les Soviets en arri&#232;re, sanctionner la coalition, cr&#233;er l'organisation d'une solide bourgeoisie moyenne, pour que gr&#226;ce &#224; celle-ci p&#251;t gouverner l'oligarchie des finances ; enfin, pr&#233;venir la pouss&#233;e des bolch&#233;viki en opposant une solide barri&#232;re &#171; d&#233;mocratique &#187; &#224; l'&#171; anarchie &#187; r&#233;volutionnaire, tel &#233;tait le plan des Liber et des Dan, dont les noms sont d&#233;j&#224; devenus des qualificatifs pour les personnages du type social-tra&#238;tre7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ces besoins que surgit le plan de la &#171; Conf&#233;rence d&#233;mocratique &#187;. Le but pos&#233; par les sommit&#233;s du Com. Cent. Ex&#233;c. consistait en la cr&#233;ation d'une d&#233;mocratie &#224; la margarine. Il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que ce but ne put se r&#233;aliser que par la voie d'un faux. Si la Conf&#233;rence &#171; d'&#201;tat &#187; de Moscou devait falsifier la voix de la &#171; nation &#187;, en substituant &#224; cette nation des bourreaux galonn&#233;s et sans galons, la Conf&#233;rence D&#233;mocratique devait falsifier la voix de la d&#233;mocratie, en substituant aux paysans, aux soldats et aux ouvriers, le bourgeois moyen ais&#233; et l'intellectuel korniloviste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Soviets, ces uniques repr&#233;sentants de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, avaient acquis la troisi&#232;me place. Au premier rang l'on avait dispos&#233; les repr&#233;sentants des zemstvos, des villes, des coop&#233;ratives, auxquels se joignait toute une queue d'organisations professionnelles-intellectuelles. Les zemstvos pouvaient d'autant plus facilement servir de nouvelle base aux chefs d&#233;&#231;us dans leurs calculs, que beaucoup d'entre eux n'avaient m&#234;me pas &#233;t&#233; r&#233;&#233;lus, et de cette fa&#231;on, le sceau du tsarisme au front, pouvaient servir &#224; n'importe quel truquage, pourvu qu'il f&#251;t &#224; reculons. Les villes exprimaient d&#233;j&#224; une lassitude de la r&#233;volution ; la majorit&#233; soc.-r&#233;volut. de droite et cadette des conseils municipaux, qui approuvait les ex&#233;cutions, ne correspondait plus &#224; aucun titre &#224; la disposition d'esprit des grandes masses des villes. Enfin, les employ&#233;s des coop&#233;ratives, que les paysans ais&#233;s &#233;lisaient pour se livrer au commerce des harengs et du savon et auxquels ils n'avaient jamais remis aucun mandat politique, poss&#233;daient la confiance enti&#232;re du citoyen Tseretelli ; car la Jeanne d'Arc des politiciens de coop&#233;rative, Mme Kouskova, avait d&#233;clar&#233; au Congr&#232;s des coop&#233;ratives, parmi les hurlements enthousiastes de ses partisans du camp des cadets, qu'elle se ferait couper la main, si cette main venait &#224; d&#233;poser un bulletin portant les candidats de ce m&#234;me parti auquel appartenait la belliqueuse coop&#233;rante ; m&#234;me les mencheviki liberdanovites lui semblaient trop rouges !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant falsifi&#233;e par essence, la Conf&#233;rence D&#233;mocratique ne pouvait manquer de s'occuper de falsifications durant toute la p&#233;riode de son activit&#233;. D&#233;j&#224; Kerensky, qui avait pr&#233;alablement d&#233;fini par la voie de la presse le caract&#232;re priv&#233; de la Conf&#233;rence (pour &#234;tre &#171; d'Etat, &#187; il y manquait tout de m&#234;me Riabouchinsky et Kal&#233;dine !) avait &#171; donn&#233; le ton &#187; &#224; la respectable assembl&#233;e en d&#233;clarant : &#171; l'aventure Kornilov a &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;e par moi (c'est-&#224;-dire par Kerensky) jusqu'au bout &#187;. (Ceci pr&#233;cis&#233;ment alors que la commission d'enqu&#234;te avait dit publiquement qu'il lui &#171; &#233;tait p&#233;nible d'interroger Kornilov ! &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis les discours sans fin des ministres pass&#233;s et pr&#233;sents se mirent &#224; couler, et &#224; leur suite des repr&#233;sentants innombrables d'innombrables organisations. Tchernov racontait comment dans le minist&#232;re de coalition, on l'emp&#234;chait de travailler, &#8212; et il se pronon&#231;ait pour le minist&#232;re de coalition. Skobelev, qui jadis avait promis de pr&#233;lever 100 % sur la bourgeoisie, narrait d'une voix inintelligible les difficult&#233;s du travail et prenait parti pour la coalition. Zaroudny amusait le public de mauvaises anecdotes de la vie des ministres, affirmant qu'il n'avait rien compris et qu'il ne comprenait rien, et parlait aussi en faveur de la coalition. En un mot, tous les ministres habitu&#233;s aux commodit&#233;s de la coalition la d&#233;fendaient de toutes leurs forces. Et la &#171; masse &#187; habilement cuisin&#233;e par des sp&#233;cialistes de la duperie, fournit 766 voix &#224; la coalition, et 688 contre. Les Soviets avaient par une majorit&#233; &#233;crasante vot&#233; contre ; par une majorit&#233; plus &#233;crasante encore, avaient vot&#233; contre, les unions professionnelles ; la flotte s'&#233;tait prononc&#233;e contre sans une exception ; m&#234;me une moiti&#233; des anciennes organisations d'arm&#233;e avait rejet&#233; la coalition. Les coalitionnistes triomph&#232;rent gr&#226;ce &#224; ceux auxquels ils avaient d'avance assur&#233; la sup&#233;riorit&#233; : gr&#226;ce aux membres des zemstvos, aux conseillers municipaux, aux coop&#233;rateurs, unis aux social-tra&#238;tres de toutes les autres institutions. Mais lorsque l'on posa la question des cadets, m&#234;me cette majorit&#233; choisie n'osa pas voter pour le parti korniloviste de la trahison populaire. Les rossignols de la social-trahison eurent beau chanter, ce num&#233;ro n'eut aucun succ&#232;s. Et lorsqu'il fut d&#233;montr&#233; jusqu'&#224; l'&#233;vidence que la coalition avec la bourgeoisie sans les cadets &#233;tait un non-sens ; lorsque les mench&#233;viki et les soc.-r&#233;volut. virent se poser devant eux la question de l'organisation du pouvoir socialiste &#171; sans bourgeois &#187;, ils recul&#232;rent avec horreur devant une telle perspective et vot&#232;rent contre la R&#233;volution dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulta que la Conf&#233;rence D&#233;mocratique vit s'&#233;crouler sa propre r&#233;solution, prouvant ainsi son indigence, d&#233;couvrant sa nudit&#233; s&#233;nile et de loqueteuse apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici parurent sur la sc&#232;ne les prestidigitateurs de profession, dont le premier &#233;tait le &#171; noble Tseretelli. &#187; Gr&#226;ce &#224; une v&#233;ritable fraude, c'est tout juste s'ils ne parvinrent pas &#224; faire triompher la r&#233;solution la plus honteuse, proposant de cr&#233;er un organe &#171; sanctionn&#233; &#187; par le bonaparte et destin&#233; &#224; &#171; seconder &#187; le gouvernement pour la cr&#233;ation du pouvoir. Les bolcb&#233;viki, Trotski en t&#234;te, dont les discours brillants et courageux mettaient hors d'eux-m&#234;mes tous les buffles et tous les valets de la bourgeoisie, firent une sortie d&#233;monstrative en r&#233;ponse &#224; des sc&#232;nes de moquerie et d'infamie. Les amendements gliss&#233;s par Tseretelli furent toutefois retir&#233;s. Mais la politique effective qui r&#233;sultait du march&#233; conclu entre Kerensky, Tseretelli, Gotz &amp; Cie, entre les gens des coop&#233;ratives et ceux du cens, derri&#232;re lesquels se tenait aussi le ha&#239;ssable parti de la trahison populaire, cette politique continua &#224; &#234;tre mise en &#339;uvre par les h&#233;ros de la Conf&#233;rence, m&#234;me apr&#232;s tous ces &#233;v&#233;nements. Les r&#233;solutions vot&#233;es offraient, lors de la cr&#233;ation du pouvoir, d'&#171; exiger la r&#233;alisation du programme du 14 ao&#251;t &#187;, c'est-&#224;-dire de ce programme que Tchkheidz&#233; avait si chaudement d&#233;fendu en pr&#233;sence de Kal&#233;dine et en l'absence du prol&#233;tariat, &#224; la Conf&#233;rence de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Conf&#233;rence de Moscou au Grand Th&#233;&#226;tre avait &#233;t&#233; la sage-femme du complot de Kornilov, la montagne de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique aurait accouch&#233; avant tout de la ridicule souris du &#171; pr&#233;-parlement &#187;. Un organe de promulgation des lois plac&#233; aupr&#232;s de Kerensky et priv&#233; de tout pouvoir, un mis&#233;rable bureau dans lequel l'effectif fortement r&#233;duit de la Conf&#233;rence &#233;tait compl&#233;t&#233; par une masse compacte d'hommes du cens, les cadets en t&#234;te, contre lesquels la Conf&#233;rence avait jadis vot&#233; &#8212; tel fut le r&#233;sultat des discussions &#171; sur le pouvoir &#187;. Le probl&#232;me qui consistait &#224; mettre fin &#224; l'irresponsabilit&#233; du bonaparte avait trouv&#233; sa solution dans la cr&#233;ation d'une pr&#233;-Douma, responsable pr&#233;cis&#233;ment devant celui dont elle devait vaincre l'irresponsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence D&#233;mocratique se montra st&#233;rile comme le figuier de l'&#201;vangile. Mais lorsque messieurs les cadets se r&#233;jouissaient malignement de l'&#171; impuissance de la d&#233;mocratie &#187;, ils comprenaient parfaitement que leur joie &#233;tait toute de fa&#231;ade. Ils savaient parfaitement que l'impuissance du charroi de &#171; d&#233;mocrates &#187; amen&#233; par Tseretelli et approuv&#233; par Kerensky, avait peu de chose de commun avec la d&#233;mocratie qui se renfor&#231;ait tous les jours derri&#232;re les murs du th&#233;&#226;tre Alexandre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de la suite des &#233;v&#233;nements &#8212; &#233;crivait l'organe de la banque, Rousska&#239;a Volia, &#224; l'ouverture de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique &#8212; des &#233;v&#233;nements remplissant la p&#233;riode allant du moment de la d&#233;faite sur le front, au moment de la d&#233;faite de la contre-r&#233;volution, est que le bolch&#233;visme d&#233;magogique a relev&#233; la t&#234;te et que la &#171; d&#233;mocratie organis&#233;e &#187; de P&#233;trograd s'est trouv&#233;e prisonni&#232;re des l&#233;ninistes. On peut dire aussi que ce r&#233;sultat politique du sixi&#232;me mois de la r&#233;volution est &#171; bouleversant &#187;, si relative que puisse &#234;tre sa signification... La Conf&#233;rence des organisations d&#233;mocratiques s'est ouverte sous l'action pesante de ces -&#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irr&#233;sistible croissance du parti du prol&#233;tariat, qui, comme l'a d&#233;clar&#233; avec toute la profondeur de sentiments dont elle est capable, une dame patronnesse, Mme Breschkovska&#239;a &#8212; &#171; g&#226;te nos braves, nos bons ouvriers, paysans et soldats &#187;. Ce renforcement de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire du travail mettait la bourgeoisie dans une situation v&#233;ritablement critique. Dans le pays, un conflit succ&#233;dait &#224; l'autre : gr&#232;ve des ouvriers des chemins de fer, troubles paysans toujours croissants --- mobilisation des forces sovi&#233;tistes &#8212; n'&#233;tait-il pas clair que la vague de la guerre civile submergerait le piteux &#233;difice du pr&#233;-parlement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement de la guerre civile. La R&#233;volution d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout le pouvoir aux Soviets ! &#187; &#171; Convocation du Second Congr&#232;s ! &#187; &#8212; tel &#233;tait le mot d'ordre avec lequel les bolch&#233;viki allaient &#224; la Conf&#233;rence D&#233;mocratique et au pr&#233;-parlement. Le parti du prol&#233;tariat comprenait parfaitement l'in&#233;vitabilit&#233; objective de la guerre civile. Il ne restait &#224; la grande bourgeoisie d'autre issue que d'attaquer ouvertement le peuple, contre lequel elle menait une guerre de partisans permanente. En r&#233;ponse au mot d'ordre du prol&#233;tariat, Kerensky saccageait le Soviet de Tachkent ; en r&#233;ponse &#224; la voix des paysans, &#171; son &#187; Gouvernement continuait les arrestations de comit&#233;s terriens ; en r&#233;ponse aux supplications des ouvriers des chemins de fer et des mineurs du Don, on les &#171; r&#233;primait &#187; ; en r&#233;ponse aux demandes de reconnaissance des droits de la Finlande, on y envoyait des exp&#233;ditions destin&#233;es &#224; la pacification et l'on en &#233;loignait les unit&#233;s r&#233;volutionnaires ; en r&#233;ponse aux r&#233;solutions des ouvriers r&#233;clamant la mise en libert&#233; des bolch&#233;viki, on lib&#233;rait les anciens ge&#244;liers et les gendarmes ; enfin, en r&#233;ponse &#224; la clameur unanime du peuple entier : &#171; &#224; bas les tra&#238;tres-cadets ! &#187;, Kerensky forma un minist&#232;re cadet &#224; l'aide de laquais en livr&#233;e, anciens socialistes. Apr&#232;s toutes les r&#233;v&#233;lations, apr&#232;s la pers&#233;cution de l'arm&#233;e par les cadets, apr&#232;s l'&#233;chec de la r&#233;volte et de la trahison des cadets, apr&#232;s la tra&#238;trise de Riga, apr&#232;s le jeu monstrueux de provocation, dont l'enjeu &#233;tait la peine de mort &#8212; Kerensky jette le d&#233;fi, nommant au minist&#232;re des tra&#238;tres stigmatis&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de guerre civile &#8212; c'est sous ce nom qu'est entr&#233; dans l'histoire le nouveau cabinet de la r&#233;publique russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Konovalov, le plus important des industriels moscovites, l'id&#233;ologue et le praticien du sabotage panrusse &#8212; est nomm&#233; ministre du commerce et de l'industrie, et suppl&#233;ant du premier ministre. Tout n'est-il pas fini d&#233;sormais pour les lock-outers ? Tretiakov, encore un industriel et un boursier, l'un des monopolisateurs du rayon textile &#8212; est nomm&#233; pr&#233;sident du Conseil &#233;conomique. La d&#233;sorganisation ne va-t-elle pas &#234;tre maintenant &#233;cart&#233;e ? Comme contr&#244;leur d'Etat on d&#233;signe Smirnov, Smirnov, qui non seulement dans, sa fabrique donnait &#224; ses ouvriers un salaire de famine, les privait de feu et d'eau, mais faisait mourir de faim ses chevaux, afin d'avoir plus tard la possibilit&#233; de fermer son entreprise pour des raisons politiques. N'y aura-t-il pas maintenant un contr&#244;le suffisant sur les finances de l'Etat ? Est-ce que cet anthropophage ne remettra pas en ordre le m&#233;nage d&#233;sorganis&#233; du peuple ? Terechtchenko reste ministre des Affaires Etrang&#232;res. Mais n'a-t-il pas prouv&#233; l'ardeur de son z&#232;le pour la cause de la paix ? Efremov est nomm&#233; ministre pl&#233;nipotentiaire et envoy&#233; extraordinaire en Suisse. Mais ne s'est-il pas recommand&#233; comme le meilleur ami de l'imp&#233;rialisme anglais ? Et n'est-ce pas l&#224; la meilleure garantie pour la paix et la libert&#233; ? Kichkine, avec lequel les Soviets de Moscou ont refus&#233; d'avoir aucune esp&#232;ce de rapport, est confirm&#233; dans son titre de ministre de l'Assistance. Qui donc peut douter qu'il ne remplisse son devoir envers la R&#233;volution ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;bulosit&#233; &#171; socialiste &#187; &#8212; le collaborateur du Roussko&#239;e Slowo, Bernatzki, l'&#171; ouvrier &#187; Gvozdev, l'avocat Maliantovitch et les autres dii minores dispos&#233;s autour du noyau fortement imp&#233;rialiste (noyau &#171; d'affaires &#187;) des cadets et des korniloviens &#8212; &#233;tait d'avance destin&#233;e &#224; rester accroch&#233;e derri&#232;re le char triomphal du &#171; commerce et de l'industrie &#187;. Il est vrai que le cabinet avait &#233;t&#233; approuv&#233; par Monsieur Buchanan. Bien plus, les bons amis anglo-fran&#231;ais avaient eu recours tout simplement &#224; des exactions politiques et au chantage, afin d'obtenir du Gouvernement de leur nouvelle demie-colonie l'effectif d&#233;sir&#233;, et ce Gouvernement ne parvint au pouvoir qu'apr&#232;s de myst&#233;rieuses conf&#233;rences des petits bonapartes de Russie avec l'ambassadeur de Sa Majest&#233; George. Mais le peuple russe n'en recevait aucun soulagement. Le r&#244;le objectif du nouveau cabinet ne pouvait &#234;tre douteux : c'&#233;tait la provocation &#224; la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces messieurs du Gouvernement Provisoire esp&#233;raient avec cela &#234;tre soutenus par les petits propri&#233;taires et par les gens du juste milieu qui s'&#233;taient group&#233;s &#224; la Conf&#233;rence D&#233;mocratique sous l'h&#233;g&#233;monie politique des coop&#233;rateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je dois le dire franchement &#187; &#8212; &#233;crivait dans le journal &#171; banquier-d&#233;mocratique &#187; Den &#8212; l'un de ses collaborateurs les plus importants : &#171; partageant compl&#232;tement le programme politique de la coop&#233;ration &#187; &#8212; &#171; il est impossible de ne pas voir et de ne pas sentir que c'est de l&#224; que partira la masse des combattants aspirant &#224; la revanche pour tout ce que le bolch&#233;visme, dans le sens le plus large de ce mot, a apport&#233; et apporte avec lui de sombre et de mauvais. Et j'en suis convaincu : ce ne sera pas seulement une lutte de paroles &#187;. Et l'organe officieux de Kerensky, Savinkov et C&#176;, Volia Naroda, sonnait le tocsin et appelait tout le monde au ralliement sous l'&#233;tendard de la lutte contre le bolch&#233;visme, affirmant qu' &#171; il n'y avait pas de place pour le coalitionnisme &#187; et que la &#171; d&#233;mocratie devait s'unir et, d'une main de fer, forcer le bolch&#233;visme &#224; ob&#233;ir &#224; sa volont&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'exasp&#233;ration croissante du marchand de grains, de l'avocat et du coop&#233;rateur se refl&#233;tait la terreur du poss&#233;dant devant le communisme mena&#231;ant. Cette terreur les inondait d'une sueur froide : leur imagination effray&#233;e se repr&#233;sentait d&#233;j&#224; les horreurs des pillages, des massacres, du &#171; partage &#187; g&#233;n&#233;ral, des pogroms et du &#171; carnage &#187;. Le bourgeois moyen, malgr&#233; son r&#233;alisme indigent et sali de petit commer&#231;ant, n'est au fond jamais r&#233;aliste, et malgr&#233; son rationalisme qui veut &#234;tre sobre, il est domin&#233; tout entier par deux sortes d'&#233;motions : la peur, quand ses affaires vont mal, et la vengeance quand &#171; il &#187; a triomph&#233;. Il ferme d'une cha&#238;ne la porte de sa demeure et glisse son portefeuille sous son oreiller, lorsqu'aucune n&#233;cessit&#233; ne s'en fait sentir m&#234;me au point de vue de ses int&#233;r&#234;ts ; il devient taciturne comme un asc&#232;te, en lisant avec volupt&#233; les articles braillards de ses id&#233;ologues, alors qu'on lui laisse encore pleine libert&#233; de parole. Mais il cr&#232;ve de sa canne les yeux de ses ennemis vaincus, et il est pr&#234;t &#224; amener sa femme, sa fille et sa s&#339;ur pour assister &#224; l'ex&#233;cution de ses adversaires politiques. Son abjection et sa vindicte sont directement proportionnelles &#224; sa l&#226;chet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si exag&#233;r&#233;es que fussent les &#171; horreurs &#187; que pr&#233;voyait ce bourgeois, son instinct presque animal lui permettait de deviner que la collision &#233;tait in&#233;vitable. Pendant ce temps, le capital financier la pr&#233;parait en toute connaissance de cause et mobilisait toutes ses forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aggravation de la pouss&#233;e des classes dans ce sens gagnait toutes les directions &#224; la fois. Dans le domaine &#233;conomique, on introduisait syst&#233;matiquement et avec obstination le plan de Riabouchinsky &#8212; prendre les ouvriers par la &#171; main osseuse de la faim &#187;. Les lockouts &#171; cach&#233;s &#187; et &#171; ouverts &#187; se multipliaient toujours. En pr&#233;sence de l'effondrement complet de l'industrie et de la d&#233;sorganisation &#233;conomique compl&#232;te, la &#171; classe commerciale-industrielle &#187; versait savamment de l'huile sur le feu par un sabotage consciencieusement calcul&#233; et toujours croissant. Messieurs les ministres d&#233;cid&#232;rent enfin de centraliser cette affaire et d'organiser la d&#233;sorganisation, en &#233;levant le sabotage &#224; la hauteur de principe d'un probl&#232;me int&#233;ressant l'Etat et la nation. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans ce but, c'est-&#224;-dire dans le but de l'augmentation artificielle du ch&#244;mage et de la famine, d&#233;j&#224; grands par ailleurs, que les Smirnov et les Konovalov commenc&#232;rent &#224; provoquer avec tout le z&#232;le dont ils &#233;taient capables le &#171; d&#233;chargement &#187; &#8212; de P&#233;tersbourg d'abord (c'&#233;tait le point le plus rouge, et par cons&#233;quent le plus dangereux), puis ensuite du district de Moscou. Et pendant que les commer&#231;ants et les industriels op&#233;raient dans les fabriques et les usines, les &#233;tablissements financiers commenc&#232;rent &#224; suivre dans des proportions encore plus grandes la m&#234;me politique par rapport aux conseils municipaux &#171; nouveaux &#187;, et surtout aux bolch&#233;vistes, leur refusant n'importe quel cr&#233;dit. En effet, pouvait-on inventer une affaire plus &#171; pan-nationale &#187; que le lent resserrement du n&#339;ud coulant d&#233;j&#224; savonn&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique compl&#233;tait l'&#233;conomie nationale. Et avant tout, la politique internationale. Les ardents patriotes &#233;taient tout pr&#234;ts &#224; conclure n'importe quelle paix en &#233;change de la pacification des ouvriers et des paysans. Les myst&#233;rieuses conf&#233;rences &#224; l'&#233;tranger, au sujet desquelles il sourdait quelques informations dans la presse, exprimaient ce besoin arriv&#233; &#224; maturit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;parer la reddition de P&#233;trograd en m&#234;me temps que sa destruction par les canons allemands &#8212; &#233;tait devenu la pens&#233;e secr&#232;te des bourgeois russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, des coups de main arm&#233;s se pr&#233;paraient aussi &#224; l'int&#233;rieur. L'on vit la mobilisation g&#233;n&#233;rale et les organisations d&#233;faites lors des journ&#233;es de Kornilov, retranch&#233;es le plus solidement possible sur le Don. De cette Vend&#233;e russe devait sortir la croisade contre la r&#233;volution du peuple russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re de son c&#244;t&#233; tendait tous ses efforts, se pr&#233;parant &#224; passer de la d&#233;fensive &#224; l'offensive. Pour les grandes masses ouvri&#232;res, la n&#233;cessit&#233; de la lutte pour le pouvoir se faisait sentir plus que jamais. Les gr&#232;ves &#233;conomiques par lesquelles le prol&#233;tariat avait tent&#233; de r&#233;pondre &#224; la pouss&#233;e du capital n'&#233;taient d'aucun secours. Elles &#233;taient directement suscit&#233;es par provocation du capital, qui transformait cet instrument de lutte en des knock-out de la part des ouvriers. Le pouvoir aux Soviets ! Le pouvoir au Congr&#232;s des Soviets ! A bas le Gouvernement ! &#8212; ces mots d'ordre &#233;taient devenus si populaires qu'ils n'avaient besoin d'aucune explication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans augmentaient toujours plus leur activit&#233;, passant au soul&#232;vement direct contre les propri&#233;taires du sol ; les r&#233;pressions quelles qu'elles fussent ne pouvaient plus les intimider, bien qu'elles lui tombassent en abondance sur la t&#234;te. La crise m&#251;rissait avec une rapidit&#233; stup&#233;fiante...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration publi&#233;e par le nouveau Gouvernement confirmait pleinement les pires craintes : conduire la guerre &#171; en union avec les alli&#233;s &#187; ; &#171; mettre en ordre les rapports fonciers sans violation des droits de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re existante &#187; ; relever les imp&#244;ts indirects ; enfin, mener &#171; la lutte la plus d&#233;cid&#233;e, la plus suivie, la plus syst&#233;matique contre toutes les manifestations de la contre-r&#233;volution et de l'anarchie &#187; &#8212; tel &#233;tait ce &#171; programme &#187;. Traduit en langue vulgaire, il signifiait : brigandage international, protection des agrariens, spoliation des masses, &#233;tranglement de la R&#233;volution. Tel devait &#234;tre et tel fut le programme du Gouvernement de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la question de l'&#233;dification du pouvoir, elle devait &#234;tre &#171; r&#233;solue &#187; par la &#171; situation du Conseil Provisoire de la R&#233;publique Russe &#187;, publi&#233;e sous la signature du citoyen Konovalov. Cette &#171; position &#187; r&#233;v&#233;la avec une clart&#233; surprenante le r&#244;le des tra&#238;tres du social- patriotisme : ils avaient atteint le but de leurs d&#233;sirs ! Les droits d&#233;j&#224; fort &#233;court&#233;s de la d&#233;mocratie y &#233;taient plum&#233;s de tous les c&#244;t&#233;s. On autorisait avec bienveillance le &#171; Conseil de la R&#233;publique &#187; &#224; &#171; discuter les projets l&#233;gislatifs, au sujet desquels le Gouvernement Provisoire reconna&#238;t n&#233;cessaire de prendre l'avis du Conseil &#187; &#8212; telles furent les honorables fonctions de cette chancellerie de cour de Kerensky !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Conseil de la R&#233;publique &#187; consultatif, qui devait &#234;tre en m&#234;me temps un rempart contre l'Assembl&#233;e Constituante (Lvov, Karavulov et d'autres criaient d&#233;j&#224; &#224; la n&#233;cessit&#233; de remettre encore une fois les &#233;lections), et contre les Soviets des ouvriers, soldats et paysans &#8212; fut, au fond, de prime abord d&#233;truit par le parti du prol&#233;tariat. Les bolch&#233;viki se retir&#232;rent de ce pr&#233;-parlement &#171; r&#233;form&#233; &#187;, et il perdit imm&#233;diatement la signification d'un centre o&#249; se refl&#232;te enti&#232;rement le degr&#233; de tension de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat mobilisait avec toujours plus de pers&#233;v&#233;rance les forces des Soviets. Le Comit&#233; R&#233;gional de l'arm&#233;e, de la Flotte et des Ouvriers de Finlande publia un appel tranchant contre le Gouvernement, qui envoyait des troupes contre-r&#233;volutionnaires en Finlande ; on commen&#231;a &#224; pr&#233;parer une s&#233;rie de Congr&#232;s r&#233;gionaux et de soldats. Un travail fi&#233;vreux commen&#231;a pour la convocation du Congr&#232;s panrusse d&#233;cid&#233; &#233;galement en son temps &#8212; sous une forte pression de la part des masses &#8212; par le Comit&#233; Central Ex&#233;cutif. Le foyer de la vie politique devenait ainsi non le lamentable Conseil de la R&#233;publique, mais le Congr&#232;s approchant de la R&#233;volution russe. Au centre de ce travail de mobilisation se tenait le Soviet de P&#233;tersbourg, qui avait d&#233;monstrativement &#233;lu pr&#233;sident Trotsky, le tribun le plus brillant du soul&#232;vement prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, les sommit&#233;s de la vieille bureaucratie des Soviets, ceux qui encore au temps de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique reniaient les Soviets, sentant que leur terrain &#233;tait enfin d&#233;finitivement perdu, &#233;tablirent alors leur trahison compl&#232;te. L'organe officiel des Soviets engagea donc la lutte pour la destruction de ces Soviets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous (!) voulons remplacer &#8212; &#233;crivaient les Izvestia &#8212; l'organisation provisoire des Soviets par une organisation permanente compl&#232;te et g&#233;n&#233;rale de l'ordre, de la vie de l'Etat et des r&#233;gions. Lorsque l'autocratie fut tomb&#233;e et avec elle tout l'ordre bureaucratique, nous (!) avons construit les Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers, comme des baraques provisoires o&#249; p&#251;t trouver un refuge la d&#233;mocratie enti&#232;re. Maintenant, au lieu de baraques, l'on construit un b&#226;timent d&#233;finitif en pierres de taille, et, naturellement, les gens quittent constamment les baraques pour des installations plus commodes, &#224; mesure que l'on ach&#232;ve de construire un &#233;tage apr&#232;s l'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fensistes sans abri d&#233;cid&#232;rent de passer aux &#171; installations plus commodes &#187; de la nouvelle Douma de Boulyguine, qui pouvait &#171; poser des questions &#187; &#224; la clique incontr&#244;l&#233;e de la bourgeoisie... Des &#171; d&#233;mocrates &#187; et des &#171; socialistes &#187; &#233;taient tomb&#233;s si bas ! Mais ils ne se content&#232;rent pas de proclamer leur reniement : ils commenc&#232;rent une campagne acharn&#233;e pour couler le Congr&#232;s d&#233;j&#224; fix&#233; au 20 octobre. Dans le Bureau du Comit&#233; Central Ex&#233;cutif, le citoyen Dan, ce vieux renard du coalitionnisme, de l'hypocrisie et des transactions de derri&#232;re la coulisse, posa le premier la question de contremander le Congr&#232;s. Cela ne lui r&#233;ussit pas. Mais tous les agents locaux du Comit&#233; Central Ex&#233;cutif, tous les mench&#233;viki et les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite cherch&#232;rent &#224; couler le Congr&#232;s ou tout au moins &#224; le discr&#233;diter : &#171; par ce Congr&#232;s on d&#233;pr&#233;cie la Constituante &#187; ; ce congr&#232;s est inutile, car &#171; pour le moment nous avons le Conseil de la R&#233;publique &#187; , ce congr&#232;s, c'est la d&#233;magogie bolch&#233;viste qui jette la d&#233;mocratie dans les bras de la contre-r&#233;volution &#187;, etc., etc., &#8212; ainsi trompettaient partout et &#224; tout moment, ceux qui, en fait, n'avaient pas de place dans les grandes organisations de classes des ouvriers et des paysans ressuscit&#233;s &#224; une vie nouvelle au milieu des temp&#234;tes de la bataille sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne des d&#233;fensistes contre le Congr&#232;s &#233;tait cependant d'avance vou&#233;e &#224; un &#233;chec complet par la marche progressive de la lutte des classes dont la flamme ne faisait que grandir de jour en jour. Les propri&#233;taires fonciers, les marchands, les industriels, suppliaient d&#233;j&#224; t&#233;l&#233;graphiquement le Gouvernement de leur envoyer de l'artillerie et des troupes pour la r&#233;pression des paysans, &#8212; le Gouvernement satisfaisait &#224; leurs demandes et enjoignait par circulaire &#224; ses commissaires d'appliquer la loi avec la plus grande s&#233;v&#233;rit&#233; ; il amenait de tous c&#244;t&#233;s &#224; P&#233;tersbourg des junkers et des troupes de choc ; Tachkent, et en particulier le Soviet de Tachkent, form&#233; de socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, &#233;tait devenu le but constant des aspirations conqu&#233;rantes de Kerensky-Konovalov ; contre les Finnois, on menait la m&#234;me campagne de violence, et m&#234;me le plus &#171; d&#233;mocrate &#187; des ministres, Verkhovsky, donnait secr&#232;tement des ordres pour qu'on arr&#234;t&#226;t des commissaires du Comit&#233; R&#233;gional en cas de &#171; r&#233;sistance &#187; de leur part ; le contr&#244;leur d'Etat, le saboteur Smirnov, avait d&#233;j&#224; accompli une offensive directe contre tous les soviets, en &#233;laborant un projet pour leur r&#233;vision, comme s'ils avaient form&#233; un d&#233;partement de police aupr&#232;s du minist&#232;re de l'int&#233;rieur ; &#224; Minsk l'on avait ferm&#233; le tr&#232;s populaire Molot ; chez les Lettons, l'on avait ferm&#233; le Volnyi Stri&#233;lok ; pour &#233;difier la classe ouvri&#232;re, dans les myst&#232;res des chancelleries minist&#233;rielles, on pr&#233;parait d&#233;j&#224; la loi sur l'arbitrage obligatoire, c'est-&#224;-dire la loi contre les gr&#232;ves. Les bandes contre-r&#233;volutionnaires avaient commenc&#233; &#224; mener presque ouvertement une propagande antis&#233;mite de pogroms, contre laquelle le Gouvernement ne trouvait aucune mesure &#224; prendre. En revanche, ce Gouvernement approuva tacitement l'ex&#233;cution des soldats russes en France, dont certaines nouvelles &#233;taient arriv&#233;es jusqu'au pays, puis par l'organe de Terechtchenko, il mit &#224; la retraite Skobelev, que le Comit&#233; Central Ex&#233;cutif envoyait saluer les diplomates alli&#233;s, avec des instructions plus que mod&#233;r&#233;es : m&#234;me lui ne paraissait d&#233;j&#224; plus convenir &#224; la cordiale compagnie Terechtchenko-Maklakov-Alexeiev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et avec tout cela les cheminots ont le dessus ; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Bakou brise la r&#233;sistance du capital ; les &#233;lections aux Doumas de districts &#224; Moscou, donnent une brillante victoire aux bolch&#233;viki, &#233;levant le nombre de leurs voix de 11 &#224; 50 % ; le Congr&#232;s de la flotte Baltique se d&#233;clare enti&#232;rement pour les bolch&#233;viki ; le district entier de Moscou s'agite et bouillonne : les tanneurs sont en gr&#232;ve, les employ&#233;s de la ville se pr&#233;parent &#224; entrer en gr&#232;ve, avec les travailleurs sur bois, les ouvriers des industries textiles, les m&#233;tallurgistes ; dans les Soviets, l'on d&#233;molit radicalement tout le pass&#233; : les r&#233;&#233;lections proclament unanimement le triomphe des bolch&#233;viki ; &#231;&#224; et l&#224;, les ouvriers descendent dans les rues et exigent d&#233;j&#224; que les Soviets passent des paroles &#224; l'action ; enfin, la III&#232;me conf&#233;rence de Zimmerwald et le soul&#232;vement des matelots allemands font concevoir de nouveaux espoirs en un mouvement de l'autre c&#244;t&#233; des tranch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 septembre arrive la nouvelle de l'occupation par les Allemands d'Oesel. Puis l'on re&#231;oit les d&#233;tails sur les combats maritimes, d&#233;tails qui font d&#233;couvrir une nouvelle et monstrueuse provocation internationale sur le front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se d&#233;voile que la flotte anglaise avait tranquillement laiss&#233; p&#233;rir en h&#233;ros la flotte baltique rouge qui &#233;tait all&#233;e au combat. Il se d&#233;voile que le Gouvernement avait lui-m&#234;me pris des dispositions pour l'enl&#232;vement des canons qui prot&#233;geaient la route de P&#233;tersbourg. Il se d&#233;voile que le chef de la petite conf&#233;rence des politiciens moscovites, peu auparavant convaincu de livraisons frauduleuses, Rodzianko, avait dans son rapport presque exig&#233; la reddition de P&#233;tersbourg et de Kronstadt et s'&#233;tait extasi&#233; devant les ex&#233;cutions et l' &#171; ordre &#187; qu'avaient introduit &#224; Riga les Schutzleute de Guillaume II. C'est peu de Riga ! Il faut que l'on d&#233;truise la &#171; flotte pervertie ! &#187; Il faut que p&#233;risse Kronstadt ! A bas P&#233;tersbourg ! Le mot d'ordre du Gouvernement : &#171; &#224; Moscou ! &#187; &#8212; devint clair pour tout le monde : ils fuyaient la R&#233;volution, ces tra&#238;tres, ils filaient, comme jadis Thiers avait fil&#233; de Paris &#224; Versailles. Qu'il ne s'agissait pas du tout l&#224; du p&#233;ril allemand, &#8212; c'est ce qu'avait r&#233;v&#233;l&#233; le g&#233;n&#233;ral Alexeiev en personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'&#233;tendue du nouveau complot s'&#233;tait maintenant r&#233;v&#233;l&#233;e. A P&#233;tersbourg, Paltchinsky devait venir &#224; bout des ouvriers, en aggravant le ch&#244;mage et en &#171; d&#233;chargeant &#187; la ville, transformant le prol&#233;tariat conscient en des va-nu-pieds chroniques, incapables d'aucune esp&#232;ce de r&#233;sistance ; les centres de la r&#233;volution &#8212; la Finlande, P&#233;tersbourg, Kronstadt, la flotte &#8212; qu'ils soient tous, au pis-aller d&#233;truits avec tous leurs maudits Soviets et Comit&#233;s, par le feu des pi&#232;ces allemandes, avec la neutralit&#233; bienveillante des &#171; alli&#233;s &#187; ; le Gouvernement s'organise &#224; Moscou, &#224; c&#244;t&#233; de la petite conf&#233;rence, dans la patrie des Konovalov et des Tretiakovski ; sur le Don il se forme une &#171; arm&#233;e d&#233;vou&#233;e &#187;. Tel &#233;tait, en d&#233;sespoir de cause, le dernier des gros enjeux du capital russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces militaires de la contre-r&#233;volution se mobilisaient en effet &#224; fond. Les g&#233;n&#233;raux cosaques avaient introduit la lev&#233;e en masse, fortifi&#233; les stanitzi, s'armaient de mitrailleuses et commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; exp&#233;dier leurs unit&#233;s dans la Russie centrale ; les officiers organisaient en secret des d&#233;tachements de marche, form&#233;s d'officiers ; les junkers prenaient le fusil de nouveau &#8212; comme au temps de Kornilov. &#8212; Les militaires professionnels disaient d&#233;j&#224; avec orgueil que ce qui allait venir ne serait pas l'&#171; essai sur le papier &#187; de Kornilov, mais quelque chose de beaucoup plus important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dissolvant la Douma d'Empire, le Gouvernement n'avait fait un geste &#224; gauche, qu'afin de continuer sa politique de droite en g&#233;n&#233;ral. Il &#233;tait, par le fait, devenu le centre dirigeant de la contre-r&#233;volution des Cosaques et des cadets ; il s'&#233;criait d&#233;j&#224; : &#171; b&#233;ni soit qui vient au nom de Kornilow &#187;, t&#226;chant par tous les moyens de provoquer la &#171; r&#233;volte des bolch&#233;viki. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti du prol&#233;tariat comprenait tout le s&#233;rieux de la situation. Il n'&#233;tait plus question maintenant de d&#233;monstrations seulement ou de demi-d&#233;monstrations. Les masses se pr&#233;paraient au v&#233;ritable combat, non plus au combat de com&#233;die. Elles ne seraient pas all&#233;es &#224; une simple d&#233;monstration. Tous comprenaient fort bien que l'&#233;poque des paroles, de l'agitation, de la propagande, le temps de la pr&#233;paration &#233;tait pass&#233; : il faut agir, ou autrement on nous &#233;crasera &#8212; telle &#233;tait la disposition d'esprit presque aust&#232;re des masses. Aucun tapage, aucune excitation joyeuse ni sentimentale : des pens&#233;es d'affaires, des paroles d'affaires, une ferme r&#233;solution de lutter jusqu'au bout, d'accepter le combat et de le continuer de toutes ses forces jusqu'&#224; la d&#233;faite ou jusqu'&#224; la victoire &#8212; voici ce que pensaient, voici ce que sentaient les prol&#233;taires, en se pr&#233;parant &#224; la lutte. Le parti discutait la question du soul&#232;vement : l'extr&#234;me aile droite avait d&#233;j&#224; arbor&#233; le pavillon de combat &#8212; il fallait relever le gant et passer imm&#233;diatement &#224; l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier coup de feu fut tir&#233; par la contre-r&#233;volution : des unit&#233;s cosaques saccag&#232;rent le soviet de Kalouga. Ce ne fut qu'&#224; un pur hasard que les membres du Soviet durent de n'&#234;tre pas fusill&#233;s. Tout subit un saccage barbare, uniquement parce que la vague du m&#233;contentement populaire avait mis &#224; la t&#234;te du Soviet de Kalouga les bolch&#233;viki ; les troupes cosaques avaient r&#233;solu de s'entra&#238;ner contre eux, dirig&#233;es par le commissaire du gouvernement provisoire et avec la participation bienveillante des politiciens de la Douma locale. Le commissaire comme les &#171; politiciens &#187; se trouv&#232;rent &#234;tre des &#171; socialistes-r&#233;volutionnaires &#187;. Le premier mot dans la trahison et l'assassinat leur appartenait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de Kalouga forc&#232;rent les Soviets &#224; aller rapidement de l'avant. Pendant ce temps, le Soviet de P&#233;tersbourg adoptait d&#233;j&#224; la position de combat : une r&#233;solution tranchante contre le Gouvernement indiquait que les op&#233;rations militaires &#233;taient proches. Les matelots de Kronstadt vouaient &#224; la mal&#233;diction le &#171; mis&#233;rable bonaparte &#187; ; le Congr&#232;s des Soviets de la r&#233;gion septentrionale se d&#233;roula comme une parade r&#233;gl&#233;e et ordonn&#233;e de l'arm&#233;e de la R&#233;volution ; le Congr&#232;s des repr&#233;sentants du VIe corps d'arm&#233;e d&#233;clara refuser quelque aide que ce f&#251;t au Gouvernement de Kerensky et proclama la n&#233;cessit&#233; du pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 octobre, le Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats de P&#233;tersbourg d&#233;cida d'organiser un Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire. Le Comit&#233; central de la flotte de la Baltique, le Comit&#233; r&#233;gional de Finlande, les Comit&#233;s de fabrique et d'usine, les unions professionnelles, le Soviet de P&#233;tersbourg des d&#233;put&#233;s paysans, l'organisation militaire du parti, etc., y envoy&#232;rent leurs repr&#233;sentants. C'&#233;tait l&#224; l'&#233;tat-major militaire de la nouvelle R&#233;volution et du soul&#232;vement contre la dictature imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant ce temps, au sein du &#171; Conseil de la R&#233;publique &#187;, la droite organisait des ovations bruyantes au g&#233;n&#233;ral Alexeiev, et l'ap&#244;tre de l'imp&#233;rialisme russe, le cadet Pierre Strouv&#233;, d&#233;clarait que &#171; pour le nom glorieux du g&#233;n&#233;ral Kornilov nous donnerions notre vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A P&#233;tersbourg, sous les yeux de la population tout enti&#232;re, on se met ouvertement &#224; pr&#233;parer le soul&#232;vement. Les ouvriers s'arment. Les soldats s'arment. De tous c&#244;t&#233;s on concentre des forces. Des unit&#233;s d'arm&#233;e, des corps d'arm&#233;e entiers envoient leurs salutations et la promesse de leur soutien. Le congr&#232;s de la Ve arm&#233;e se prononce pour le passage imm&#233;diat de la terre aux paysans. Toutes les forces tendues, l'on attend la solution de la crise, se pr&#233;parant &#224; s'y m&#234;ler au moment d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le branle est donn&#233; par le conflit entre le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire et l'&#233;tat-major du district, qui refuse de reconna&#238;tre les pleins pouvoirs du Comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient &#233;vident pour tous qu'une collision est in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 octobre (4 novembre), l'on fixe le &#171; jour du Soviet de P&#233;tersbourg &#187; qui se transforme en une revue g&#233;n&#233;rale des forces de la R&#233;volution. Le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire prend des mesures pour la protection de la ville, nomme des commissaires dans toutes les unit&#233;s militaires et aux points les plus importants. La disposition effective des forces militaires passe de cette fa&#231;on au Soviet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit du 24 au 25 octobre (6 au 7 novembre), les troupes r&#233;volutionnaires occup&#232;rent les gares, la poste, le t&#233;l&#233;graphe, la Banque d'Etat, l'Agence t&#233;l&#233;graphique de P&#233;tersbourg (P. T. A.). Des ministres isol&#233;s furent arr&#234;t&#233;s. A 6 h. du soir, la veille encore, le Gouvernement Provisoire avait tent&#233; de supprimer le journal Rabotchiy i Soldat8. Et la m&#234;me nuit, une partie de ce m&#234;me Gouvernement se trouvait d&#233;j&#224; sous cl&#233;. Le pouvoir bonapartiste &#233;tait renvers&#233; sans qu'on e&#251;t vers&#233; une goutte de sang &#8212; si unie, si r&#233;guli&#232;re et si puissante avait &#233;t&#233; la pouss&#233;e des ouvriers et des soldats marchant au combat pour le pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 octobre (7 novembre), Trotsky, le tribun brillant et courageux du soul&#232;vement, l'ap&#244;tre infatigable et enflamm&#233; de la R&#233;volution, d&#233;clara au nom du Comit&#233; r&#233;volutionnaire militaire au Soviet de P&#233;trograd, sous le tonnerre d'applaudissements des assistants, que &#171; le Gouvernement Provisoire n'existait plus &#187;. Et comme une preuve vivante de ce fait, para&#238;t &#224; la tribune, salu&#233; d'une formidable ovation, L&#233;nine, que la nouvelle r&#233;volution lib&#233;rait du myst&#232;re dont il avait d&#251; s'entourer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 10 heures du soir s'ouvre le second Congr&#232;s panrusse des Soviets. D&#232;s les premiers mots, il devient clair qu'il n'y a pas de place l&#224; pour les d&#233;fensistes. Ma&#238;tres de la situation dans le pass&#233;, ils quittent maintenant le Congr&#232;s ; &#224; leur suite sort aussi la poign&#233;e des &#171; internationalistes &#187; dirig&#233;s par Martoff, qui se sont tout &#224; coup mis &#224; hurler &#224; la &#171; violence &#187; et &#224; la &#171; conspiration &#187;. Les r&#233;solutions du Congr&#232;s n'en devinrent que plus unanimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky avait introduit la peine de mort. Le Congr&#232;s l'abolit en premier lieu. Kerensky mettait en prison les membres des Comit&#233;s fonciers. Le Congr&#232;s mit en libert&#233; les paysans, les ouvriers, les soldats qui souffraient dans les cachots du Gouvernement bonapartiste. Les d&#233;crets relatifs &#224; la paix et &#224; la terre, qui offraient des pourparlers de paix imm&#233;diats et la remise des terres aux paysans, furent accept&#233;s avec un enthousiasme comme on n'en avait encore jamais vu. La proclamation du pouvoir des Soviets et l'&#233;lection du Conseil des Commissaires du Peuple, avec L&#233;nine en t&#234;te, souleva une joie imp&#233;tueuse du c&#244;t&#233; des ouvriers et des soldats et d&#233;cha&#238;na une haine rageuse, brutale, du c&#244;t&#233; de la bourgeoisie devenue folle de peur. L&#233;nine &#224; la t&#234;te du Gouvernement russe &#8212; cela ne devait-il pas sembler le monde renvers&#233; &#224; tous les &#171; &#233;l&#233;ments bien intentionn&#233;s &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#224; P&#233;tersbourg le pouvoir avait &#233;t&#233; conquis presque sans un coup de feu, en revanche dans l'autre centre &#8212; &#224; Moscou &#8212; la lutte avait &#233;t&#233; acharn&#233;e et cruelle. Ici s'&#233;taient dessin&#233;s plus nettement que partout ailleurs, tous les groupements de classes, qui s'&#233;taient instruites dans l'action, dans le processus de la lutte arm&#233;e, les positions des classes, des groupes, des partis, des organisations. Les ouvriers, dirig&#233;s par le parti du prol&#233;tariat &#8212; avaient assum&#233; la plus grande responsabilit&#233;. Les soldats,&#8212; toute la garnison comme un seul homme &#8212; marchaient de pair avec les ouvriers. Les bolch&#233;viki et les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche &#8212; d'un c&#244;t&#233; de la barricade. La grande bourgeoisie, les propri&#233;taires, les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite et les sommit&#233;s des organisations mench&#233;vistes, les g&#233;n&#233;raux, les officiers, les junkers et les Cosaques &#8212; de l'autre. Fusil contre fusil ! Mitrailleuse contre mitrailleuse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat de Moscou &#233;tait entr&#233; dans la lutte sans y &#234;tre pr&#233;par&#233;. Son but &#233;tait un but unique &#8212; soutenir les camarades de P&#233;tersbourg. P&#233;rir, mais soutenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le signal du soul&#232;vement fut donn&#233; par le parti du prol&#233;tariat, en occupant le poste de ses d&#233;tachements arm&#233;s. Plus loin, les &#233;v&#233;nements se d&#233;veloppent vertigineusement vite. Organisation du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, occupation du Kremlin, sa reddition, combats au centre et &#224; la p&#233;riph&#233;rie ; moment tragique o&#249; les d&#233;tachements des junkers expulsent presque les troupes sovi&#233;tistes du centre ; leur &#233;chec, et, enfin, h&#226;t&#233;e par le feu de l'artillerie lourde, la victoire &#8212; sous le tonnerre des pi&#232;ces de si&#232;ge, le p&#233;tillement des mitrailleuses et le sifflement des balles de fusil, toutes ces sc&#232;nes paraissaient et disparaissaient devant la &#171; tr&#232;s pieuse &#187; capitale de la Russie, qui vivait d&#233;j&#224; pour la seconde fois un soul&#232;vement r&#233;volutionnaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire fut obtenue uniquement gr&#226;ce &#224; l'h&#233;ro&#239;sme exclusif des ouvriers et des soldats eux-m&#234;mes. Les gardes-rouges se battaient comme de v&#233;ritables lions de la R&#233;volution, avec un d&#233;vouement aveugle, avec une bravoure ne connaissant pas la peur. Coude &#224; coude avec eux marchaient les soldats, le d&#233;tachement de Dvinsk &#224; leur t&#234;te, le d&#233;tachement de choc de la R&#233;volution. Ces soldats de Dvinsk avaient &#233;t&#233; jet&#233;s dans les prisons du front, puis dans la prison de Boutyr par le socialiste-r&#233;volutionnaire Kerensky. Ils avaient &#233;t&#233; d&#233;livr&#233;s par les ouvriers de Moscou. Et ils avaient jur&#233; de lutter jusqu'au bout. La lutte de Moscou fut r&#233;ellement la lutte des masses elles-m&#234;mes, &#233;nergiques, d&#233;brouillardes, actives et braves, comme seuls peuvent &#234;tre braves des fils du peuple qui rejettent les cha&#238;nes de l'esclavage et de l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le peuple se battaient les d&#233;tachements des junkers sous le commandement du soc.-r&#233;volut. Riabtzev. Le centre organisateur g&#233;n&#233;ral &#233;tait la Douma municipale, qui avait cr&#233;&#233; le &#171; Comit&#233; de Salut &#187; contre-r&#233;volutionnaire. Le soc.-r&#233;volut. Roudnev compl&#233;tait heureusement le soc.-r&#233;volut. Riabtzev, ayant cr&#233;&#233; et arm&#233; la garde blanche de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande bourgeoisie avait pr&#233;f&#233;r&#233; agir dans l'ombre. N'avait-elle pas des agents suffisamment s&#251;rs dans les terroristes du pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine quelques jours auparavant, ces social-tra&#238;tres avaient protest&#233; dans les Soviets contre la garde-rouge, craignant, disaient-ils, une &#171; scission entre les soldats et les ouvriers &#187;. Maintenant que soldats et ouvriers s'&#233;taient mis &#224; verser en commun leur sang, ces messieurs avaient arm&#233; les fils de famille, propri&#233;taires et bourgeois, dirigeant leurs fusils contre les soldats et contre les ouvriers ! Le Soviet de Moscou des d&#233;put&#233;s des soldats, o&#249; la majorit&#233; appartenait aux soc.-r&#233;volut. et aux mench&#233;viki, si&#233;geant dans le m&#234;me &#233;difice que les chefs des prol&#233;taires et des paysans soulev&#233;s, avait fourni des cadres choisis d'espions de Kerensky, qui suivaient, livraient, trahissaient et jugeaient les bolch&#233;viki faits prisonniers. Les soldats le destitu&#232;rent. Mais les g&#233;n&#233;raux &#171; socialistes &#187; des coalitionnistes continu&#232;rent son &#339;uvre. Ayant adopt&#233; tout d'abord le &#171; noble &#187; mot d'ordre : &#171; Assez de sang vers&#233; &#187;, ces mis&#233;rables imprimaient par centaines de mille exemplaires des nouvelles mensong&#232;res annon&#231;ant que Kerensky avait d&#233;j&#224; pris P&#233;tersbourg ; il leur fallait (car c'&#233;tait l&#224; ce qu'il fallait au capital) briser les forces des ouvriers et des soldats, non seulement par la force de la garde blanche, mais aussi par la force du mensonge et de la calomnie massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais trop profonde &#233;tait la haine envers les oppresseurs. Moscou fut pris de force. Mais il fut pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 octobre (11 novembre), &#224; P&#233;tersbourg, les anciens chefs de la petite bourgeoisie tent&#232;rent de soulever une r&#233;volte des junkers. La r&#233;volte fut r&#233;prim&#233;e en quelques heures, et son organisateur &#8212; G&#246;tz &#8212; s'enfuit. Kerensky, ayant rassembl&#233; le reste de ses troupes, marcha un instant sur P&#233;tersbourg. Mais les troupes rouges le battirent &#224; plate couture sous Gatchina, et lui, qui avait solennellement d&#233;clar&#233; que ceux qui tenteraient de renverser la coalition, passeraient par-dessus son cadavre, prit la fuite honteusement, tel un l&#226;che et un perfide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la r&#233;sistance arm&#233;e, la R&#233;volution avait vaincu dans les centres importants. Ce fait tranchait la destin&#233;e de l'ancien pouvoir. La dictature des imp&#233;rialistes avait &#233;t&#233; remplac&#233;e par la dictature du prol&#233;tariat, soutenu par les campagnes pauvres. Plus tard commen&#231;a son offensive contre l'ennemi qui avait d&#233;j&#224; rendu sa principale position, et sa lutte h&#233;ro&#239;que contre l'imp&#233;rialisme mondial, lutte pour la destruction du capital, pour la mise en ex&#233;cution active de la r&#233;organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie distingue toutes les r&#233;volutions en &#171; glorieuses r&#233;volutions &#187; et en &#171; grandes r&#233;voltes &#187;. Les glorieuses r&#233;volutions &#8212; c'est lorsque les ouvriers et les paysans tirent les marrons du feu pour la bourgeoisie ; les &#171; grandes r&#233;voltes &#187;, c'est lorsque les ouvriers ne veulent pas se contenter d'un r&#244;le aussi modeste ; c'est lorsqu'ils d&#233;passent les limites fix&#233;es par le capital. &#171; Nec plus ultra &#187; dit la &#171; glorieuse r&#233;volution &#187; au prol&#233;tariat : &#171; le pouvoir et la propri&#233;t&#233; appartiennent &#224; la bourgeoisie &#187;. &#171; En avant, au-del&#224; de ce trait maudit ; en avant, place au socialisme &#187; dit la &#171; grande r&#233;volte &#187;. La R&#233;volution d'octobre a &#233;t&#233; une &#171; grande r&#233;volte &#187; pour la bourgeoisie. Mais pour le prol&#233;tariat elle a &#233;t&#233; r&#233;ellement une glorieuse r&#233;volution. Sous ce rapport, entre mars et octobre, il y a un ab&#238;me profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde a &#233;t&#233; forc&#233; de &#171; saluer &#187; la R&#233;volution d'octobre ; elle &#233;tait &#171; claire &#187;, sous des &#171; v&#234;tements purs &#187;, &#171; lumineuse &#187;, &#171; innocente &#187;, &#8212; car elle &#233;tait &#171; omninationale &#187;. Puisqu'elle avait re&#231;u le sceau, m&#234;me des ennemis de toutes les r&#233;volutions comment n'e&#251;t-elle pas &#233;t&#233; bonne et belle ? Aux yeux de la bourgeoisie, la R&#233;volution de mars &#233;tait, en somme, acceptable, parce qu'ayant renvers&#233; les sauvages agrariens, elle avait livr&#233; le pouvoir &#224; la bourgeoisie imp&#233;rialiste. A cela, les bourgeois &#171; consentaient &#187;. Ici, le r&#244;le lib&#233;rateur de la R&#233;volution leur semblait clair : n'&#233;taient-ils pas parvenus les premiers &#224; se placer derri&#232;re le bouclier du pouvoir ! Il est vrai que d&#232;s le premier jour ils avaient senti que la R&#233;volution irait de l'avant, qu'il leur fallait &#234;tre sur leurs gardes ; mais, tout en pr&#233;parant la corde, ils souriaient joyeusement, s'extasiaient et pleuraient de cet &#171; enthousiasme r&#233;volutionnaire &#187; dont soudain furent saisis tous ceux qui, quelques jours auparavant, se donnaient encore le mot d'ordre &#171; plut&#244;t la d&#233;faite que la R&#233;volution &#187;. Les publicistes et les po&#232;tes appelaient la R&#233;volution : la R&#233;surrection du Christ, parce que le pouvoir agrarien tsariste qui &#233;crasait quelque peu les pieds de la &#171; classe commerciale et industrielle &#187; avait &#233;t&#233; pr&#233;cipit&#233;, et que le Christ bourgeois s'&#233;tait dress&#233; sur ses deux pieds aupr&#232;s du pouvoir. Tous les &#171; intellectuels &#187; vivant des aum&#244;nes de la table des seigneurs, en commen&#231;ant par les ex-solistes de S. M. et en finissant par la boh&#232;me irr&#233;ductible, applaudirent unanimement &#224; la R&#233;volution de mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute autre se pr&#233;sentait devant la &#171; soci&#233;t&#233; instruite la R&#233;volution ouvri&#232;re d'octobre. Inanim&#233;e, &#233;troitement de classe, couverte de sang, vandalesque, &#171; sans un grain d'id&#233;alisme &#187;, violente, conspiratrice, quelque chose comme une r&#233;volution &#171; contre-r&#233;volutionnaire &#187; &#8212; telle &#233;tait, aux yeux des pillards capitalistes, la plus grande r&#233;volution du prol&#233;tariat qu'ait vu le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; capitaliste est une loi de la nature &#8212; c'est l&#224; un axiome de la r&#233;volution bourgeoise qui d&#233;livre cette propri&#233;t&#233; et son annexe personnelle, des biens du f&#233;odalisme. La propri&#233;t&#233; capitaliste est destin&#233;e &#224; &#234;tre d&#233;truite avec les restes du f&#233;odalisme &#8212; c'est l&#224; l'axiome de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. C'est pourquoi la r&#233;volution prol&#233;tarienne est la n&#233;gation de la r&#233;volution bourgeoise ; elle est la n&#233;gation de l'ordre bourgeois en g&#233;n&#233;ral. Dans la r&#233;volution bourgeoise, la soci&#233;t&#233; ne perd que sa vieille coquille politique, le pouvoir passe des mains d'un groupe de poss&#233;dants aux mains d'un autre, des mains des nobles aux mains de la bourgeoisie. Il est vrai que comme la bourgeoisie accomplit cette op&#233;ration tout de m&#234;me un peu risqu&#233;e, par les mains des ouvriers, des paysans, de la petite bourgeoisie, quelque chose change pourtant dans les rapports de production. Mais le monopole de classe des poss&#233;dants reste intact. En principe, non seulement il n'est pas aboli, mais il en re&#231;oit son fondement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute autre est la r&#233;volution socialiste ; c'est avant tout la r&#233;volution des rapports de production. Car elle ne modifie pas la monopolisation des moyens de production par une poign&#233;e de poss&#233;dants : elle d&#233;truit cette monopolisation. Elle ne signifie pas le changement de place des groupes poss&#233;dants : mais leur expropriation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution bourgeoise actuelle est la r&#233;p&#233;tition des &#233;v&#233;nements que l'Occident a v&#233;cus il y a cent ans. La r&#233;volution socialiste est un nouveau levier qui renverse tous les rapports constitu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement victorieux d'octobre a montr&#233; que non seulement la r&#233;volution socialiste est possible en Russie, mais qu'elle y est historiquement indispensable. Contre les forces r&#233;unies de l'ennemi s'est avanc&#233;e la masse innombrable, qui a balay&#233; cet ennemi dans les centres principaux de la vie sociale avec une facilit&#233; &#224; laquelle personne ne s'attendait. Les bavards pu&#233;rils de la pens&#233;e &#171; socialiste &#187; tournant &#224; vide, qui voient leur vocation historique dans la critique du communisme ouvrier, ne comprenaient et ne comprennent pas que le fait m&#234;me de la dictature victorieuse t&#233;moigne d&#233;j&#224; de la justesse historique du bouleversement socialiste. Mais l'unique activit&#233; cr&#233;atrice dont les chefs en retraite de la petite bourgeoisie soient capables durant la lutte h&#233;ro&#239;que, est l'invention d'&#233;pith&#232;tes injurieuses nouvelles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande R&#233;volution d'octobre, accueillie par les hurlements sauvages et les grincements de dents de la bourgeoisie, devait immanquablement trouver son &#233;cho parmi le prol&#233;tariat de l'Europe occidentale : pour la premi&#232;re fois, depuis qu'existe la lutte de classes, le prol&#233;tariat a pris d'une main ferme le pouvoir d'Etat. Le spectre rouge du communisme est apparu, gigantesque ! La bancocratie europ&#233;enne commence &#224; s'agiter et &#224; se pr&#233;cipiter. Elle aspirait &#224; une d&#233;pression d&#233;finitive des bolch&#233;viki &#8212; elle a vu venir la r&#233;pression de la bourgeoisie russe. Au pouvoir se trouve le parti qu'elle ha&#239;t le plus, le plus extr&#234;me, le plus cons&#233;quent, le plus anticapitaliste, le plus r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le magasin &#224; poudre de la vieille Europe ensanglant&#233;e, est tomb&#233; le brandon de la R&#233;volution socialiste russe. Elle n'est pas morte. Elle vit. Elle s'&#233;largit. Et elle se confondra in&#233;vitablement avec l'immense soul&#232;vement triomphal du prol&#233;tariat mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Dans le droit romain , la propri&#233;t&#233; est d&#233;finie par le &#171; droit d'user et d'abuser &#187; (jus utendi et abutendi). (Note de la MIA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Novo&#239;e Vremia, 11/8/1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Retch, 16/8/1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Birjev&#239;a Vi&#233;domosti, 17/8/1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Rousko&#239;e Slovo, 25/VII 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Rabotchy Put, nom sous lequel est publi&#233; la Pravda entre le 3(16) septembre et le 26 octobre (8 novembre) 1917. (Note de la MIA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 En Russie, l'on dit couramment maintenant &#171; un liberdanovetz &#187; pour un social-patriote du type Liber et Dan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Titre utilis&#233; alors par la Pravda. (Note de la MIA)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;volution de 1917 en &#8230; Espagne</title>
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		<dc:date>2026-02-21T23:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>

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&lt;p&gt;La r&#233;volution de 1917 en &#8230; Espagne &lt;br class='autobr' /&gt;
Rapport&#233;e par Victor Serge : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/serge/works/1917/00/espagne.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
La p&#233;riode 1917-1920 garde aujourd'hui le nom de &#171; Trienio bolchevique &#187;, trois ann&#233;es de bolchevisme espagnol. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les images &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&amp;sca_esv=581841001&amp;q=CNT+1917+revolucion+espana&amp;tbm=isch&amp;source=lnms&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwiQ3cT20cCCAxWQXaQEHVXQB3MQ0pQJegQICBAB&amp;biw=1155&amp;bih=951&amp;dpr=0.9 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;volution de 1917 en &#8230; Espagne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rapport&#233;e par Victor Serge :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/serge/works/1917/00/espagne.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/serge/works/1917/00/espagne.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode 1917-1920 garde aujourd'hui le nom de &#171; Trienio bolchevique &#187;, trois ann&#233;es de bolchevisme espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&amp;sca_esv=581841001&amp;q=CNT+1917+revolucion+espana&amp;tbm=isch&amp;source=lnms&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwiQ3cT20cCCAxWQXaQEHVXQB3MQ0pQJegQICBAB&amp;biw=1155&amp;bih=951&amp;dpr=0.9&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&amp;sca_esv=581841001&amp;q=CNT+1917+revolucion+espana&amp;tbm=isch&amp;source=lnms&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwiQ3cT20cCCAxWQXaQEHVXQB3MQ0pQJegQICBAB&amp;biw=1155&amp;bih=951&amp;dpr=0.9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la pr&#233;cipitation de l'appel, au d&#233;but de la gr&#232;ve, les activit&#233;s ont &#233;t&#233; paralys&#233;es dans presque toutes les grandes zones industrielles (Biscaye et Barcelone, et m&#234;me dans certaines zones plus petites comme Yecla et Villena), les zones urbaines (Madrid, Valence, Saragosse, La Corogne) et les zones mini&#232;res (R&#237;o Tinto, Ja&#233;n, Asturies et Le&#243;n), mais seulement pendant quelques jours, tout au plus une semaine. Dans les petites villes et les zones rurales, elle n'a quasiment pas eu de r&#233;percussions. Les communications ferroviaires, un secteur cl&#233;, n'ont pas &#233;t&#233; perturb&#233;es longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 13 ao&#251;t, un train a d&#233;raill&#233; &#224; Bilbao, faisant 5 morts et 18 bless&#233;s. Pour le journal &#034;El Nervi&#243;n&#034; et pour les autorit&#233;s, les gr&#233;vistes ont soulev&#233; les rails &#224; l'origine de l'accident. Selon les socialistes, comme l'a d&#233;clar&#233; plus tard Prieto, l'&#233;v&#233;nement &#233;tait d&#251; au mauvais &#233;tat de la voie et &#224; la vitesse excessive du train pour &#233;viter d'&#234;tre arr&#234;t&#233; par les gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Madrid, dans la nuit du mardi 14 ao&#251;t, le Comit&#233; de gr&#232;ve est arr&#234;t&#233; par la police et l'&#233;meute qui &#233;clate dans la prison mod&#232;le est r&#233;prim&#233;e avec une grande duret&#233;, entra&#238;nant la mort de plusieurs d&#233;tenus, parmi lesquels sept militants socialistes de renom. C'est ainsi qu'en quelques jours, la gr&#232;ve a &#233;t&#233; ma&#238;tris&#233;e. &#192; Barcelone, en revanche, o&#249; la CNT a jou&#233; le r&#244;le principal, ce n'est qu'apr&#232;s plusieurs jours de combats de rue et de fusillades que la normalit&#233; est revenue. &#192; Sabadell, l'arm&#233;e a d&#251; recourir &#224; l'artillerie, qui a r&#233;duit le quartier g&#233;n&#233;ral des travailleurs en ruines, pour mettre fin au mouvement. Des affrontements violents ont &#233;galement eu lieu, faisant des morts et des bless&#233;s &#224; Alicante, Valence, Guip&#250;zcoa et Saragosse. Le 18 ao&#251;t, le gouvernement a pu proclamer que l'ordre &#233;tait r&#233;tabli, mais il a fallu encore plusieurs jours pour r&#233;duire le dernier bastion de la gr&#232;ve r&#233;volutionnaire, &#224; savoir les bassins miniers des Asturies, o&#249; l'arm&#233;e a appliqu&#233; une r&#233;pression tr&#232;s dure au moyen de ce que l'on a appel&#233; le Train de la mort, entre autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Catalogne, certains anarchistes ont utilis&#233; des grenades artisanales, qui n'ont pas fonctionn&#233; comme pr&#233;vu, pour le plus grand bonheur des forces de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan officiel de la r&#233;pression fu de 71 morts, 156 bless&#233;s et 2 000 arrestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;galement eu quelques morts parmi les forces de l'ordre, dont quatre gardes civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_g%C3%A9n%C3%A9rale_de_1917_en_Espagne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_g%C3%A9n%C3%A9rale_de_1917_en_Espagne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1917 : gr&#232;ve r&#233;volutionnaire pour renverser la monarchie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-elnortedecastilla-es.translate.goog/valladolid/el-cronista/1917-huelga-revolucionaria-20200721185006-nt.html?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-elnortedecastilla-es.translate.goog/valladolid/el-cronista/1917-huelga-revolucionaria-20200721185006-nt.html?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-bilbaopedia-info.translate.goog/huelga-general-1917?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-bilbaopedia-info.translate.goog/huelga-general-1917?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-eldiario-es.translate.goog/madrid/somos/tetuan/historia/huelga-revolucionaria-1917-bailaban-verbena-paloma-extrarradio-peleaban-ejercito_1_8240502.html?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-eldiario-es.translate.goog/madrid/somos/tetuan/historia/huelga-revolucionaria-1917-bailaban-verbena-paloma-extrarradio-peleaban-ejercito_1_8240502.html?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-ideal-es.translate.goog/hemerotecadegranada/huelga-general-revolucionaria-20170824234254-ntvo.html?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-ideal-es.translate.goog/hemerotecadegranada/huelga-general-revolucionaria-20170824234254-ntvo.html?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Espagne n'a pas particip&#233; &#224; la guerre, mais les capitalistes ont fait de bonnes affaires en vendant tout le n&#233;cessaire, sans tenir compte du c&#244;t&#233; de la tranch&#233;e. Au d&#233;but, cela repr&#233;sentait une forte demande d'emplois, les salaires augmentaient mais bien moins que les prix et, &#224; mesure que la guerre progressait, les conditions de vie de la classe ouvri&#232;re se d&#233;t&#233;rioraient. Le prix des produits du quotidien comme les pommes de terre, le sucre, la morue, le charbon, le papier, etc. a augment&#233; de plus de 150 % de 1914 &#224; 1917, tandis que les salaires ont augment&#233; entre 20 et 40 % au cours de la m&#234;me p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1916, la situation commen&#231;a &#224; atteindre ses limites. En juillet de la m&#234;me ann&#233;e, des d&#233;l&#233;gations de l'UGT et de la CNT se sont r&#233;unies &#224; Saragosse et ont sign&#233; un accord pour agir conjointement. Le 18 d&#233;cembre, une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 24 heures a &#233;t&#233; convoqu&#233;e, &#171; la plus unanime qui ait &#233;t&#233; men&#233;e dans notre pays &#187;, selon les mots d'&#193;ngel Pesta&#241;a, leader de la CNT. Le gouvernement, pr&#233;sid&#233; par le comte de Romanones, n'a pas tenu sa promesse de r&#233;pondre aux demandes des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1917, une gr&#232;ve des chemins de fer fut d&#233;clar&#233;e, qui paralysa &#233;galement le bassin houiller du nord et la r&#233;gion du Levant. En mars, une nouvelle r&#233;union de l'UGT et de la CNT s'est mise d'accord sur un manifeste annon&#231;ant que : &#171; il est impos&#233; au prol&#233;tariat espagnol d'utiliser la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, sans d&#233;lai de cessation d&#233;fini, comme l'arme la plus puissante dont il dispose pour faire valoir ses droits &#187;. Comme &#224; son habitude, le gouvernement a poursuivi et arr&#234;t&#233; certains des signataires, ferm&#233; la Casa del Pueblo &#224; Madrid et suspendu les garanties constitutionnelles. Les protestations l'ont contraint &#224; reculer et &#224; lib&#233;rer les d&#233;tenus. En juin, un accord a &#233;t&#233; sign&#233; entre les partis r&#233;publicains bourgeois et les socialistes pour g&#233;n&#233;rer un mouvement pacifique dans le but d'&#233;tablir un gouvernement provisoire qui convoquerait les Cortes constituantes. La CNT &#233;tait absente. Ce comit&#233; n'aurait pratiquement aucune activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 juillet, alors que se tenait l'Assembl&#233;e des parlementaires &#224; Barcelone, une gr&#232;ve des cheminots a &#233;clat&#233; &#224; Valence, &#224; laquelle se sont joints les travailleurs du port et d'autres secteurs. Le 20, selon la presse, &#171; m&#234;me les caf&#233;s fermaient &#187;, &#171; tout &#233;tait ferm&#233; et aucun tramway, aucune voiture, aucune voiture ne circulait &#187;. Le 21, le g&#233;n&#233;ral Tovar d&#233;clare l'&#233;tat de guerre et deux ouvriers meurent dans les affrontements. La r&#233;pression a pris fin avec la gr&#232;ve du 23. Apr&#232;s les mobilisations, 43 travailleurs ont &#233;t&#233; licenci&#233;s, ce qui a &#233;t&#233; l'un des d&#233;clencheurs de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du mois d'ao&#251;t. Marx a &#233;crit que les gouvernements sont comme le conseil d'administration de la classe capitaliste. Celle de cette &#233;poque en Espagne &#233;tait un fid&#232;le reflet de cette affirmation. Le pr&#233;sident du gouvernement, Eduardo Dato, ainsi que le pr&#233;sident du Tr&#233;sor, Gabino Bugallal, faisaient partie du conseil d'administration des chemins de fer Madrid-Saragosse-Alicante (MZA). Le ministre du D&#233;veloppement, Vizconde de Eza, &#233;tait le gendre du pr&#233;sident du conseil d'administration de la Compagnie des chemins de fer du Nord. D'autres ministres &#233;taient de grands propri&#233;taires fonciers ayant des liens directs avec le secteur bancaire (d'ailleurs, pas aussi diff&#233;rents qu'aujourd'hui).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet, le mouvement de gr&#232;ve s'est acc&#233;l&#233;r&#233;. &#192; Vizcaya, les m&#233;tallurgistes &#233;taient en gr&#232;ve pour une journ&#233;e de 9 heures et une augmentation de salaire d'une peseta. &#201;galement les m&#233;tallurgistes de Saragosse et de Vitoria, les boulangers de Saint-S&#233;bastien et les mines de Murcie, des Asturies et de Pe&#241;arroya (Cordoue). Le 29 juillet, le ministre S&#225;nchez Guerra a admis que dans cette situation &#171; de grands mat&#233;riaux r&#233;volutionnaires s'&#233;taient accumul&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cheminots ont fait pression pour la r&#233;int&#233;gration des licenci&#233;s de Valence, ce qui a acc&#233;l&#233;r&#233; l'appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 13 ao&#251;t. &#192; Madrid, un comit&#233; de gr&#232;ve a &#233;t&#233; form&#233; avec les dirigeants du PSOE et de l'UGT Largo Caballero, Besteiro, Anguiano et Saborit et Virginia Gonz&#225;lez, de l'Organisation des femmes socialistes. &#192; Barcelone, un autre s'est form&#233; avec les dirigeants de la CNT, Segu&#237; ( El Noi del Sucre ) Vidiella, Pesta&#241;a et autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve a eu lieu dans la plupart des zones industrielles du pays. Il fut g&#233;n&#233;ral dans pratiquement toutes les zones mini&#232;res, ainsi qu'&#224; Madrid, Barcelone - avec Terrassa et Sabadell -, Valence et Biscaye. Elle a dur&#233; cinq jours et a &#233;t&#233; prolong&#233;e de quelques jours suppl&#233;mentaires dans le bassin minier des Asturies et de Le&#243;n ; Dans la ville de Cistierna (Le&#243;n) la R&#233;publique fut proclam&#233;e. Elle &#233;tait &#233;galement importante &#224; Santander, Alicante, G&#233;rone et La Corogne, mais faible en Andalousie et dans les deux Castilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Madrid , la construction, les principales usines et les arts graphiques s'arr&#234;tent. Le 13, seuls deux journaux paraissent, l'agitation se r&#233;pand dans toute la ville et la fermeture des commerces se g&#233;n&#233;ralise. De nombreux affrontements ont eu lieu aux portes des usines et pour tenter d'arr&#234;ter la circulation des tramways. Le gouvernement a d&#233;clar&#233; l'&#233;tat de guerre et d&#233;ploy&#233; la police et l'arm&#233;e, d&#233;clenchant une &#233;norme r&#233;pression. La crainte que l'arm&#233;e ne r&#233;ponde pas s'est rapidement dissip&#233;e. Le 15, &#224; Cuatro Caminos, les &#233;v&#233;nements les plus violents ont eu lieu. Face &#224; une concentration de gr&#233;vistes, avec de nombreuses femmes et enfants, la cavalerie chargea la premi&#232;re, et ne parvenant pas &#224; les disperser, les soldats commenc&#232;rent &#224; tirer. Selon le t&#233;moignage du propri&#233;taire d'un magasin de vin de la rue Bravo Murillo : &#171; Il y a eu un incendie ici [&#8230;] ils ont install&#233; les deux mitrailleuses et ont tir&#233; trois coups de semonce. Au d&#233;but, ils ont tir&#233; en l'air, mais comme les groupes ne se sont pas dissous, ils ont tir&#233; sur la population. &#187; ( El Liberal , 15 ao&#251;t 1917). Quelques jours plus tard, le politicien conservateur Miguel Maura &#233;crivait : &#171; Les troupes se portent extraordinairement bien, car elles ont frapp&#233; violemment et n'ont &#233;pargn&#233; aucun moyen pour semer le d&#233;sordre. &#187; La m&#234;me nuit, la police a arr&#234;t&#233; le comit&#233; de gr&#232;ve, rue Desenga&#241;o, 12. La r&#233;pression et le manque d'orientation ont d&#233;gonfl&#233; le mouvement, qui s'est dissous le 18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Barcelone , des usines, des ateliers et des entreprises ont soutenu la gr&#232;ve et d&#232;s le premier jour il y a eu des affrontements. La paralysie des tramways &#233;tait essentielle au succ&#232;s du mouvement, car ils avaient &#233;t&#233; pris en charge par les militaires et il &#233;tait impossible d'arr&#234;ter leur passage. Un m&#233;tallurgiste du quartier de Poble Nou a r&#233;solu le probl&#232;me. Il s'est pr&#233;sent&#233; au syndicat avec une nouvelle &#171; arme &#187;, une pi&#232;ce de fer en forme de T adaptable aux rails, martel&#233;e et emp&#234;chant les tramways de bouger. La circulation &#233;tait paralys&#233;e dans pratiquement toute la ville. A Sabadell, les locaux de la F&#233;d&#233;ration syndicale des travailleurs, o&#249; s'&#233;taient &#233;tablis les gr&#233;vistes, ont &#233;t&#233; bombard&#233;s. La r&#233;pression, dirig&#233;e par le colonel M&#225;rquez, chef des juntes militaires, a fait 32 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve &#224; Biscaye a &#233;t&#233; totale et a mobilis&#233; quelque 100 000 travailleurs. Le caract&#232;re pacifique de la mobilisation &#8211; &#171; aucune violence n'a &#233;t&#233; commise &#187;, a d&#233;clar&#233; le leader socialiste Indalecio Prieto &#8211; a &#233;t&#233; interrompu par la mort d'un gr&#233;viste le 15 et par une r&#233;pression plus forte les jours suivants. Dans les Asturies et dans le bassin minier de Le&#243;n , la gr&#232;ve a &#233;galement &#233;t&#233; totale et la dure r&#233;pression n'a pu y mettre fin que quelques jours plus tard. Le gouverneur militaire, le g&#233;n&#233;ral Burguete, a proclam&#233; que &#171; la vermine, et non les hommes, s'est r&#233;fugi&#233;e dans les mines &#187; et a menac&#233; de les chasser &#171; comme des animaux sauvages &#187;. Un observateur conservateur, Salvador Canals, a reconnu qu'&#171; en r&#233;alit&#233;, le mouvement a pris fin dans les Asturies lorsque l'organisation des mineurs l'a voulu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les chiffres officiels, il y a eu 71 morts, un nombre ind&#233;termin&#233; de bless&#233;s et environ 2 000 personnes arr&#234;t&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque toutes les opinions politiques et tous les historiens s'accordent sur les raisons de l'&#233;chec de la gr&#232;ve. &#171; Pourquoi la gr&#232;ve a-t-elle &#233;chou&#233; ? Au fond, parce qu'il n'&#233;tait pas encore pr&#233;par&#233;, parce que l'arm&#233;e l'a affront&#233; et parce que la bourgeoisie et les partis r&#233;publicains l'ont ignor&#233; ; Parall&#232;lement &#224; cela, le prol&#233;tariat a agi de mani&#232;re d&#233;sunie et la paysannerie n'a pas particip&#233; au mouvement &#187; (Jos&#233; Antonio Lacomba. La crise espagnole de 1917 ). La gr&#232;ve a &#233;t&#233; &#171; vaincue, plus que par la r&#233;pression de l'arm&#233;e, m&#234;me si elle a &#233;t&#233; tr&#232;s dure. , par le manque de leadership absolu, la d&#233;fection des dirigeants politiques bourgeois... (et) l'absence de lutte des ouvriers agricoles&#034; (Manuel Tu&#241;&#243;n de Lara. Histoire de l'Espagne du XXe si&#232;cle ). Tu&#241;&#243;n de Lara lui-m&#234;me explique que &#171; D&#232;s le premier instant, la direction du mouvement &#233;tait incoh&#233;rente ; Tr&#232;s vite, comme nous le verrons, il dispara&#238;tra compl&#232;tement [&#8230;] La d&#233;sorientation fut totale, puisque les nouveaux slogans atteignirent certains endroits et pas d'autres. Les crit&#232;res &#233;taient loin de faire l'unanimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblait que les conditions &#233;taient pr&#233;par&#233;es : un pr&#233;c&#233;dent mouvement de gr&#232;ve, une grave crise du r&#233;gime politique, une division dans les rangs de la bourgeoisie (un secteur continuait &#224; soutenir l'oligarchie au pouvoir tandis qu'un autre participait &#224; l'Assembl&#233;e des parlementaires en juillet) et m&#234;me une certaine crise dans l'Arm&#233;e... mais tout cela n'a pas suffi. Il faut ajouter &#224; cela que l'unit&#233; entre l'UGT et la CNT n'a pas &#233;t&#233; efficace, puisque chaque syndicat avait son propre projet et qu'il n'y avait pratiquement aucune coordination. Victor Serge, qui a v&#233;cu et particip&#233; &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Barcelone, a &#233;crit : &#171; Nous sommes all&#233;s au combat dans une sorte d'obscurit&#233;. &#187; Les objectifs de la gr&#232;ve elle-m&#234;me &#233;taient assez diffus : elle exigeait une r&#233;ponse aux revendications de la population ouvri&#232;re et l'ouverture d'un processus constituant, c'est-&#224;-dire la fin du r&#233;gime de la Restauration. Cependant, le leader socialiste Largo Caballero dira des mois plus tard qu'&#171; en nous mettant en gr&#232;ve, notre objectif &#233;tait celui de l'Assembl&#233;e des parlementaires &#187;. C'est-&#224;-dire ce secteur de la bourgeoisie qui a tourn&#233; le dos &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et qui, quelques mois plus tard, conclurait un accord avec la monarchie et ferait partie de son gouvernement. Les organisations syndicales et de gauche n'avaient pas pr&#233;par&#233; leur propre alternative. Trotsky &#233;crivait en 1915 : &#171; Et la pire illusion du prol&#233;tariat a toujours &#233;t&#233;, tout au long de son histoire, l'espoir dans les autres. &#187; A cette &#233;poque, il y avait encore une prise de conscience et une organisation dans notre pays. Enfin, et &#224; la lumi&#232;re de ce qui se passait en Russie, il n'a pas &#233;t&#233; possible de cr&#233;er ses propres organisations repr&#233;sentant la majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re, comme des soviets ou des comit&#233;s, qui auraient permis une plus grande ampleur et une plus grande organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'oligarchie dirigeante et la monarchie, l'&#233;chec de la gr&#232;ve repr&#233;sentait un soulagement, car ils avaient r&#233;ussi &#224; surmonter les trois crises : militaire, des secteurs bourgeois et de l'organisation territoriale, et la crise ouvri&#232;re, mais leur tranquillit&#233; fut de courte dur&#233;e. . En septembre, un Conseil de guerre a condamn&#233; le comit&#233; de gr&#232;ve de Madrid &#171; &#224; la peine d'emprisonnement perp&#233;tuel, de peines accessoires et d'interdiction absolue perp&#233;tuelle &#187;. De grandes manifestations eurent lieu dans toute l'Espagne pour exiger leur libert&#233; et lors des &#233;lections de f&#233;vrier 1918, les membres du comit&#233; de gr&#232;ve furent &#233;lus d&#233;put&#233;s et quitt&#232;rent la prison pour entrer au Parlement. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale a &#233;t&#233; un premier test d'action ind&#233;pendante de la classe ouvri&#232;re. Cette proposition a &#233;t&#233; rejet&#233;e, mais elle a fait prendre conscience qu'il faudrait la tenter encore et encore. Cet esprit a &#233;t&#233; captur&#233; par V&#237;ctor Serge dans son r&#233;cit La Naissance de notre force lorsqu'il a mis ces mots dans la bouche de Dar&#237;o, l'alter ego de El Noi del Sucre : &#171; Nous, les travailleurs, avons construit cette ville, la bourgeoisie nous l'a prise, mais un jour nous le vaincrons et il sera &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-sinpermiso-info.translate.goog/textos/agosto-1917-huelga-general-en-espana?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-sinpermiso-info.translate.goog/textos/agosto-1917-huelga-general-en-espana?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de 1917 se nouent &#224; Barcelone par la conjonction de trois mouvements : la r&#233;volte de Juntes militaires constitu&#233;es d'officiers de l'arm&#233;e fut relay&#233;e &#224; la fin juillet par la convocation d'une assembl&#233;e de parlementaires espagnols par les d&#233;put&#233;s et s&#233;nateurs catalans pour promouvoir une r&#233;forme de la constitution en faveur de la Catalogne, et par un soul&#232;vement prol&#233;tarien (affrontement des ouvriers de la CNT contre le patronat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=s8V2DwAAQBAJ&amp;pg=PT240&amp;lpg=PT240&amp;dq=Les+%C3%A9v%C3%A9nements+de+1917+se+nouent+%C3%A0+Barcelone+par+la+conjonction+de+trois+mouvements+:+la+r%C3%A9volte+de+Juntes+militaires+constitu%C3%A9es+d%27officiers+de+l%27arm%C3%A9e+fut+relay%C3%A9e+%C3%A0+la+fin+juillet+par+la+convocation+d%27une+assembl%C3%A9e+de+parlementaires+espagnols+par+les+d%C3%A9put%C3%A9s+et+s%C3%A9nateurs+catalans+pour+promouvoir+une+r%C3%A9forme+de+la+...&amp;source=bl&amp;ots=f_OVqQZ87Z&amp;sig=ACfU3U3h9fSJ1w1akYU-9YssP616JRT88g&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjF-eWaxMCCAxW4VqQEHWz5CN8Q6AF6BAgFEAM#v=onepage&amp;q=Les%20%C3%A9v%C3%A9nements%20de%201917%20se%20nouent%20%C3%A0%20Barcelone%20par%20la%20conjonction%20de%20trois%20mouvements%20%3A%20la%20r%C3%A9volte%20de%20Juntes%20militaires%20constitu%C3%A9es%20d'officiers%20de%20l'arm%C3%A9e%20fut%20relay%C3%A9e%20%C3%A0%20la%20fin%20juillet%20par%20la%20convocation%20d'une%20assembl%C3%A9e%20de%20parlementaires%20espagnols%20par%20les%20d%C3%A9put%C3%A9s%20et%20s%C3%A9nateurs%20catalans%20pour%20promouvoir%20une%20r%C3%A9forme%20de%20la%20...&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; crise de 1917 &#187; est le nom que les historiens espagnols ont donn&#233; &#224; la s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements qui ont eu lieu au cours de l'&#233;t&#233; 1917 en Espagne . En particulier, trois d&#233;fis simultan&#233;s mena&#231;aient le gouvernement et le syst&#232;me de la Restauration : un mouvement militaire (les Juntas de Defensa ), un mouvement politique (l'Assembl&#233;e parlementaire, organis&#233;e par la Ligue r&#233;gionaliste de Catalogne &#224; Barcelone ) et un mouvement social (une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La neutralit&#233; de l'Espagne pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale a augment&#233; un certain nombre de ses exportations, depuis les mati&#232;res premi&#232;res agricoles et min&#233;rales jusqu'aux produits manufactur&#233;s du secteur industriel &#233;mergent , en particulier les textiles catalans et les forges basques . La balance commerciale est pass&#233;e d'un d&#233;ficit de plus de cent millions de pesetas &#224; un exc&#233;dent de cinq cents millions de pesetas. Ce boom &#233;conomique a favoris&#233; la classe moyenne industrielle et commerciale et l'oligarchie financi&#232;re et fonci&#232;re, mais a &#233;galement produit une hausse de l'inflation tandis que les salaires stagnaient. Alors que les profits connaissaient des taux de croissance extraordinaires, le niveau de vie de la population en g&#233;n&#233;ral a diminu&#233; de mani&#232;re significative, en particulier pour le prol&#233;tariat urbain et industriel, m&#234;me s'il a r&#233;ussi &#224; maintenir la pression pour obtenir des salaires plus &#233;lev&#233;s. Dans les campagnes, la situation &#233;tait diff&#233;rente : l'inflation avait un impact plus important, mais la disponibilit&#233; alimentaire plus directe att&#233;nuait ses effets sur les petits propri&#233;taires fonciers et les fermiers, pr&#233;dominants dans la structure agraire du nord de l'Espagne. C'&#233;tait tout le contraire, cependant, pour les travailleurs sans terre, une partie fondamentale de la main-d'&#339;uvre dans la moiti&#233; sud de l'Espagne, notamment en Andalousie et en Estr&#233;madure . Le r&#233;sultat de ce processus, d&#233;j&#224; clairement visible en 1917, fut une redistribution radicale du revenu national, tant entre classes sociales qu'entre territoires. L'exode rural et le d&#233;veloppement disproportionn&#233; entre les secteurs industriel et agricole ont progressivement aggrav&#233; les tensions entre zones rurales et urbaines et entre centre et p&#233;riph&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Juntes de D&#233;fense ( Juntas de Defensa ) &#233;taient un mouvement syndical militaire cr&#233;&#233; sans l'approbation du corps l&#233;gislatif espagnol et repr&#233;sentaient un d&#233;fi &#233;vident au gouvernement lib&#233;ral de Manuel Garc&#237;a Prieto , qui, incapable de les contr&#244;ler, fut contraint de d&#233;missionner. Son rempla&#231;ant, le conservateur Eduardo Dato, a l&#233;galis&#233; les Juntes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Juntes ont choisi un nom commun parmi les institutions espagnoles et qui &#233;tait cr&#233;dible gr&#226;ce &#224; son utilisation lors du soul&#232;vement populaire de la guerre d'ind&#233;pendance . Ils pr&#233;tendaient que leur objectif &#233;tait de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des responsables militaires de rang interm&#233;diaire, mais leur objectif d'intervention politique &#233;tait clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obsession de l'arm&#233;e pour l'unit&#233; nationale &#233;tait devenue l'un de ses principaux facteurs de mobilisation, comme en t&#233;moigne l' attaque de 1905 contre la publication satirique catalane &#161;Cu-Cut ! . Apr&#232;s l'attaque, le gouverneur a tent&#233; de les apaiser en adoptant la loi sur les juridictions , qui donnait &#224; l'arm&#233;e la comp&#233;tence sur &#171; les d&#233;lits oraux et &#233;crits contre l'unit&#233; nationale, le drapeau ou l'honneur militaire &#187;. Les militaires se trouvaient dans une situation sociale particuli&#232;re : les soldats de presque toutes les autres arm&#233;es du monde connaissaient une grande mobilit&#233; sociale bas&#233;e sur les m&#233;rites de la guerre et la n&#233;cessit&#233; de recruter un grand nombre de soldats, tandis que les soldats espagnols &#233;taient r&#233;duits &#224; l'inaction. Ils ne pouvaient m&#234;me pas &#234;tre compens&#233;s par des postes dans les colonies, puisque ceux-ci avaient &#233;t&#233; perdus lors de la guerre hispano-am&#233;ricaine de 1898. En fait, l'arm&#233;e espagnole disposait d'une surabondance d'officiers, avec 16 000 officiers pour 80 000 soldats, contre 29 000 officiers en France pour 500 000 soldats. Les ressentiments au sein de l'arm&#233;e se d&#233;veloppaient entre les seules destinations coloniales du Maroc et le reste. L'inflation a continu&#233; &#224; diminuer le pouvoir d'achat des salaires des militaires, qui &#233;taient fix&#233;s par le budget rigide de l'&#201;tat , contrairement aux contrats plus flexibles des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les activit&#233;s des Juntas ont commenc&#233; au premier trimestre de 1916, en raison d'une partie du programme de modernisation du gouverneur Conde de Ramanones , qui obligerait les soldats &#224; passer des tests d'aptitude pour pouvoir pr&#233;tendre &#224; des promotions. Le gouverneur a d'abord accept&#233; leurs protestations, mais apr&#232;s avoir vu le danger d'un mouvement quasi-syndical dans l'arm&#233;e, il a ordonn&#233; aux Juntes de se dissoudre, mais sans grand effet. &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me agissant ill&#233;galement, ils &#233;taient devenus plus francs depuis la fin de 1916. Surtout, la Junta de Defensa de l'infanterie de Barcelone, dirig&#233;e par le colonel Benito M&#225;rquez , &#233;tait devenue le promoteur le plus actif du mouvement. Fin mai 1917, ils subirent une forte r&#233;action disciplinaire de la part du nouveau gouvernement, alors dirig&#233; par Garc&#237;a Prieto. Le ministre de la Guerre, le g&#233;n&#233;ral Aguilera, ordonna l'arrestation de divers membres de la junte au ch&#226;teau de Montju&#239;c : deux lieutenants, trois capitaines, un commandant, un lieutenant-colonel et le colonel Benito M&#225;rquez, le leader le plus visible du mouvement. N&#233;anmoins, la cr&#233;ation imm&#233;diate d'une Junte par int&#233;rim, soutenue par les Juntes de l'artillerie et du g&#233;nie, et m&#234;me par la Garde civile dans sa demande &#171; respectueuse &#187; du 1er juin de lib&#233;rer les personnes arr&#234;t&#233;es, a entra&#238;n&#233; une augmentation spectaculaire de la tension militaire, ce que Garc&#237;a Prieto a fait, sans le soutien n&#233;cessaire pour y faire face. Prieto choisit de d&#233;missionner et le roi Alphonse XIII , qui entretenait des relations &#233;troites avec l'arm&#233;e, ordonna &#224; Eduardo Dato de former un gouvernement. Le gouvernement de Dato a d&#233;cid&#233; de c&#233;der aux demandes des militaires, de lib&#233;rer les personnes arr&#234;t&#233;es et de l&#233;galiser les Juntes. Afin de maintenir un contr&#244;le strict de la situation, le nouveau gouvernement a suspendu les garanties constitutionnelles et renforc&#233; la censure de la presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dirig&#233;e par Fransesc Camb&#243; , la Ligue r&#233;gionaliste de Catalogne repr&#233;sentait la bourgeoisie catalane. Ils avaient r&#233;cemment acquis une base de pouvoir local gr&#226;ce &#224; la formation du Commonwealth de Catalogne , n&#233; en 1914 sous la forme d'une agr&#233;gation de conseils provinciaux . Prat de la Riba fut le premier dirigeant du Commonwealth et mourut en 1917. Face &#224; la crise ouverte, Camb&#243; demanda au gouvernement de convoquer le Parlement, mais il re&#231;ut un refus. Face &#224; ce d&#233;ni et &#224; l'impossibilit&#233; d'utiliser la voie parlementaire ordinaire parce que les sessions du Congr&#232;s n'avaient pas &#233;t&#233; convoqu&#233;es, une grande partie des d&#233;put&#233;s &#233;lus par les circonscriptions catalanes (48, tous sauf ceux des partis dynastiques), se sont r&#233;unis dans ce que l'on appelle Assembl&#233;e des Parlements de Barcelone d&#233;but juillet 1917. L'Assembl&#233;e exigea la convocation d'une assembl&#233;e constitutionnelle dans le but de restructurer le gouvernement pour reconna&#238;tre l'autonomie r&#233;gionale. Ils ont &#233;galement exig&#233; des mesures dans les secteurs militaire et &#233;conomique. Il &#233;tait hautement improbable que l'Assembl&#233;e puisse relier son mouvement au m&#233;contentement &#233;conomique des officiers subalternes des Juntas de Defensa, mais elle a tent&#233; de le faire explicitement dans une proclamation qui d&#233;clarait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'acte commis par l'arm&#233;e le 1er juin sera suivi d'une profonde r&#233;novation de la vie publique espagnole, entreprise et r&#233;alis&#233;e par les &#233;l&#233;ments politiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si l'Assembl&#233;e repr&#233;sentait moins de 10% du total des d&#233;put&#233;s, persistait une atmosph&#232;re pr&#233;-r&#233;volutionnaire, qui remettait en question les fondamentaux du syst&#232;me politique de la Restauration : le tour des partis dynastiques fond&#233;s par C&#225;novas et Sagasta , la nette pr&#233;dominance du le pouvoir ex&#233;cutif sur le pouvoir l&#233;gislatif et le r&#244;le d'arbitre du roi. Dato a r&#233;pondu en d&#233;clarant l'Assembl&#233;e s&#233;ditieuse, en suspendant les journaux et en envoyant l'arm&#233;e occuper Barcelone. &#192; la mi-juillet, l'Assembl&#233;e s'est &#224; nouveau r&#233;unie au Sal&#243;n de Juntas du palais du Parc de la Ciutadella . Au total, 68 d&#233;put&#233;s &#233;taient pr&#233;sents, auxquels s'ajoutaient d'autres r&#233;gions comme le r&#233;publicain Alejandro Lerroux , le r&#233;formateur Melquiades &#193;lvarez et un seul d&#233;put&#233; socialiste, Pablo Iglesias , qui pr&#233;parait d&#233;j&#224; le mouvement de gr&#232;ve pr&#233;vu pour le mois suivant. Les d&#233;put&#233;s r&#233;unis ont convenu que &#171; la convocation du Parlement, qui, dans ses fonctions constituantes, peut d&#233;lib&#233;rer sur ces probl&#232;mes [du pays] et les r&#233;soudre, est essentielle &#187;. Mais, ont-ils ajout&#233;, le Parlement ne peut pas &#234;tre convoqu&#233; par un gouvernement divis&#233;, mais seulement par &#171; un gouvernement qui incarne et repr&#233;sente la volont&#233; souveraine du pays &#187;. Ils ont convenu de se r&#233;unir &#224; nouveau le 16 ao&#251;t &#224; Oviedo , mais la dissolution de l'Assembl&#233;e par les forces de s&#233;curit&#233; le 19 juillet et les &#233;v&#233;nements ult&#233;rieurs les ont emp&#234;ch&#233;s. La participation recherch&#233;e d' Antonio Maura n'a jamais eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barcelone, la capitale &#233;conomique de l'Espagne, &#233;tait particuli&#232;rement en conflit, comme l'a d&#233;montr&#233; la Semaine tragique de 1909, et la crise sociale &#233;tait confront&#233;e &#224; un mouvement ouvrier. Les socialistes et les anarchistes se sont battus contre les employeurs, ceux-ci utilisant toutes sortes de tactiques, des jaunes au pistolerisme . Les socialistes et les anarchistes ont eu recours &#224; des tactiques pacifiques telles que des gr&#232;ves, ainsi qu'&#224; des actions directes qui ont parfois pris la forme d'attaques aveugles, comme l'attentat &#224; la bombe contre le Liceu de Barcelone en 1893. Le mouvement ouvrier dans d'autres r&#233;gions d'Espagne &#233;tait moins d&#233;velopp&#233;, mais y voyait l'opportunit&#233; d'exploiter la faiblesse du conflit entre la bourgeoisie industrielle et le gouvernement. L' UGT , un syndicat socialiste &#233;tabli &#224; Madrid et au Pays basque, organisa une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;volutionnaire en ao&#251;t 1917, qui re&#231;ut le soutien de la CNT , un syndicat anarchiste op&#233;rant principalement en Catalogne. Les deux syndicats &#233;taient sur le point de s'unir, du moins dans leurs actions, depuis la gr&#232;ve de d&#233;cembre 1916 et le soi-disant Pacte de Saragosse. L'accord de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale fut conclu &#224; Madrid fin mars 1917 par les membres de l'UGT Juli&#225;n Besteiro et Francisco Largo Caballero et les membres de la CNT Salvador Segu&#237; et &#193;ngel Pesta&#241;a , et comprenait un vaste manifeste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le but de contraindre les classes dirigeantes &#224; ces changements fondamentaux du syst&#232;me qui garantissent au minimum au public des conditions de vie d&#233;centes et le d&#233;veloppement de leur auto-&#233;mancipation, le prol&#233;tariat espagnol doit recourir &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, sans date de fin pr&#233;cise, comme l'arme la plus puissante dont elle dispose pour r&#233;clamer ses droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les objections des anarchistes, des n&#233;gociations s'engagent avec les partis bourgeois, notamment les r&#233;publicains d'Alejandro Lerroux. Ils ont discut&#233; de la formation d'un gouvernement provisoire, avec le mod&#233;r&#233; Melquiades &#193;lvarez comme pr&#233;sident et Pablo Iglesias comme ministre du Travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les appels &#224; la gr&#232;ve &#233;taient ambigus, les premiers messages d&#233;crivant une gr&#232;ve r&#233;volutionnaire et les communications ult&#233;rieures insistant sur son caract&#232;re pacifique. L'UGT a surtout essay&#233; d'&#233;viter consciemment les gr&#232;ves partielles, sectaires ou locales. N&#233;anmoins, les longs pr&#233;paratifs de la gr&#232;ve ont jou&#233; contre elle. L'arrestation des signataires du manifeste, la fermeture du lieu de rassemblement des socialistes, la Casa del pueblo , et un certain nombre de man&#339;uvres gouvernementales ont dispers&#233; les efforts des gr&#233;vistes, notamment lors de la gr&#232;ve des cheminots de l'UGT &#224; Valence le 9 ao&#251;t en signe de protestation. des d&#233;tentions, mais avec des motivations internes au travail qui ont pr&#233;cipit&#233; l'ajout d'autres sections du syndicat &#224; travers le pays entre le 10 et le 13 ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cela, la gr&#232;ve a d'abord r&#233;ussi &#224; arr&#234;ter l'activit&#233; dans presque toutes les grandes zones industrielles ( Biscaye et Barcelone , ainsi que certaines plus petites comme Yecla et Villena ), les centres urbains ( Madrid , Valence , Saragosse , La Corogne ) et les mines ( R&#237;o Tinto , Ja&#233;n , Asturies et Le&#243;n ), mais seulement pour une semaine au total. Les petites villes et les zones rurales ont &#233;t&#233; &#224; peine touch&#233;es. Les communications ferroviaires, un secteur cl&#233;, n'ont &#233;t&#233; que bri&#232;vement perturb&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois d&#233;fis lanc&#233;s au gouvernement par l'arm&#233;e, le catalan et le prol&#233;tariat ont fait craindre une r&#233;volution, comme cela s'&#233;tait produit en Russie. Cependant, l'arm&#233;e a rapidement ex&#233;cut&#233; les ordres du gouvernement et a r&#233;prim&#233; la gr&#232;ve en trois jours, &#224; l'exception de certaines zones comme les bassins miniers des Asturies, o&#249; le conflit a dur&#233; pr&#232;s d'un mois. Le colonel M&#225;rquez lui-m&#234;me s'est distingu&#233; dans la r&#233;pression de la r&#233;volte de Sabadell . L'intervention de l'arm&#233;e, en plus de sa violence contre les gr&#233;vistes, a eu recours &#224; des mesures extr&#234;mes, peu respectueuses des normes institutionnelles, comme la violation de l'immunit&#233; parlementaire d'un d&#233;put&#233; r&#233;publicain d&#233;tenu par le capitaine g&#233;n&#233;ral de Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pendant ce temps, la Ligue r&#233;gionaliste de Catalogne, m&#233;fiante face aux troubles sociaux, a choisi de soutenir un gouvernement d'unit&#233; nationale avec le soutien actif du roi. Garc&#237;a Prieto a de nouveau pr&#233;sid&#233; le gouvernement, qui comprenait Camb&#243; et s'est engag&#233; &#224; organiser des &#233;lections en f&#233;vrier 1918, dont l'issue &#233;tait incertaine, sans majorit&#233; claire pour aucun parti. Cette situation &#233;tait sans pr&#233;c&#233;dent. G&#233;n&#233;ralement, les gouvernements &#171; unicolores &#187; n'arrivent pas au pouvoir en remportant les &#233;lections, mais gr&#226;ce &#224; leur nomination par le roi. Ils pr&#233;pareraient eux-m&#234;mes les &#233;lections en mettant en place un parlement facilement contr&#244;l&#233; et en classant leurs candidats, qui &#233;taient assur&#233;s d'&#234;tre &#233;lus par le caciquismo , le pucherazo ou la fraude ouverte lorsque cela &#233;tait n&#233;cessaire. Ce sc&#233;nario typique a &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233; dans ce cas par une composition multipartite, obligeant ainsi &#224; un nouveau gouvernement unifi&#233; au niveau national, dirig&#233; cette fois par Maura. Cela se reproduisit lors des &#233;lections suivantes de juin 1919, et le retour au turnismo traditionnel ne se produisit qu'aux &#233;lections de d&#233;cembre 1920, organis&#233;es &#224; lui seul par Dato.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1917, les membres du comit&#233; de gr&#232;ve, parmi lesquels se distinguent les futurs dirigeants socialistes Francisco Largo Caballero et Juli&#225;n Besteiro ( Pablo Iglesias &#233;tait dans les derni&#232;res ann&#233;es de sa vie) furent arr&#234;t&#233;s, jug&#233;s et emprisonn&#233;s &#224; perp&#233;tuit&#233;, bien qu'ils fussent tous condamn&#233;s &#224; la prison &#224; vie. toujours &#233;lus d&#233;put&#233;s aux &#233;lections de f&#233;vrier 1918 . Le scandale du maintien en prison de d&#233;put&#233;s b&#233;n&#233;ficiant de l'immunit&#233; parlementaire a conduit &#224; leur lib&#233;ration apr&#232;s une vaste campagne qui a compt&#233; parmi ses partisans des intellectuels tels que Manuel Garc&#237;a Morente , Gumersindo de Azc&#225;rate et Gabriel Alomar . Indalecio Prieto s'&#233;tait enfui en France et pouvait revenir r&#233;cup&#233;rer son poste de d&#233;put&#233; en avril 1918. Les membres du comit&#233; de gr&#232;ve Daniel Anguiano et Andr&#233;s Saborit avaient &#233;galement &#233;t&#233; emprisonn&#233;s. Le r&#233;publicain Marcelino Domingo a &#233;t&#233; graci&#233; en novembre. La r&#233;pression de la gr&#232;ve a fait au total 71 morts, 156 bless&#233;s et environ deux mille arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;pressions ont renforc&#233; les relations &#233;troites entre le roi et l'arm&#233;e, ainsi que leur r&#244;le dans la vie publique. Une grande partie de la population, y compris les intellectuels et les classes populaires et moyennes, est devenue de plus en plus m&#233;contente du syst&#232;me politique, qui avait fait l'objet de nombreuses critiques r&#233;g&#233;n&#233;ratrices depuis la fin du XIXe si&#232;cle, comme les appels de Joaqu&#237;n Costa &#224; un chirurgien de fer . L'identit&#233; de cette figure rh&#233;torique a &#233;t&#233; contest&#233;e, mais elle surgirait finalement lors de la prochaine crise grave, la Bataille d'Annual . En tant qu'institution dot&#233;e de la plus grande puissance, l'arm&#233;e a produit le chirurgien de fer en la personne du capitaine g&#233;n&#233;ral de Barcelone, Miguel Primo de Rivera. Avec l'accord du roi et habilit&#233; par la bourgeoisie catalane, il assume le pouvoir du dictateur en 1923.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Spanish_crisis_of_1917?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Spanish_crisis_of_1917?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le catalanisme tenta d'acc&#233;l&#233;rer le processus autonomique par une sorte de coup d'Etat int&#233;rieur : on sait bien que ce nationalisme &#233;tablissait un lien indissoluble entre la satisfaction de ses revendications nationales et la direction d'une r&#233;forme globale de l'Etat espagnol. L'&#233;chec de cette exp&#233;rience fut caus&#233; par le d&#233;sordre social qui enflamma l'Espagne : le conflit social fut particuli&#232;rement violent en Catalogne o&#249; les progr&#232;s du militantisme anarchiste port&#232;rent les effectifs de la CNT de 14 000 affili&#233;s en 1914 &#224; plus de 700 000 en 1919. La Lliga se rangea du c&#244;t&#233; de la r&#233;pression et encouragea m&#234;me l'instauration d'une dictature qui nierait jusqu'&#224; l'absurde la moindre manifestation de catalanit&#233;. La politique possibiliste &#233;tait condamn&#233;e et Primo de Rivera arrive au pouvoir en plein d&#233;clin des mouvements nationalistes. Cependant, l'&#233;chec patent du nationalisme conservateur annon&#231;ait un double renouveau : celui d'un nationalisme socialisant radical qui additionnerait aux forces nationalistes petites-bourgeoises celles du monde ouvrier, et celui de nationalismes nouveaux en Aragon, en Andalousie, aux Canaries, &#224; Valence, aux Bal&#233;ares&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/l-europe-des-nationalismes-aux-nations-1--9782718193526-page-423.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/l-europe-des-nationalismes-aux-nations-1--9782718193526-page-423.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Espagne, qui l'&#233;tait rest&#233;e pendant la Grande Guerre, fr&#244;la la guerre civile d&#233;clar&#233;e lors de son Trienio Bolchevique (&#171; trois ann&#233;es bolcheviques &#187;), de 1918 &#224; 1920, quand l'agitation ouvri&#232;re, d&#233;j&#224; courante avant la guerre, gagna le Sud rural et embrasa les villes. Les combats entre les syndicalistes, les employeurs et les forces de police de l'&#201;tat firent plus de 750 morts. En Catalogne, et surtout &#224; Barcelone, la Conf&#233;d&#233;ration nationale du travail (CNT) d&#233;sirait &#233;tablir une R&#233;publique catalane des travailleurs qui romprait tout lien avec la capitale d&#233;test&#233;e, Madrid. La CNT s'&#233;tait associ&#233;e &#224; l'Union g&#233;n&#233;rale des travailleurs (UGT) en ao&#251;t 1917 pour appeler &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Barcelone, qui fut r&#233;prim&#233;e avec une grande violence : elle fit soixante-dix morts et envoya croupir en prison des milliers d'individus suspect&#233;s d'&#171; activit&#233;s r&#233;volutionnaires &#187;. Au printemps 1919, encourag&#233;e par les r&#233;volutions en Russie et en Europe centrale, la CNT appela &#224; une nouvelle gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale : 100 000 ouvriers barcelonais descendirent dans la rue et cess&#232;rent le travail pendant un mois entier. La gr&#232;ve &#233;choua &#224; apporter une solution qui aurait satisfait toutes les parties en pr&#233;sence. En quelques semaines, des gr&#232;ves de solidarit&#233; furent organis&#233;es un peu partout en Espagne, surtout dans le sud du pays&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/les-vaincus-violences-et-guerres-civiles-sur-les-d--9782021121704-page-195.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/les-vaincus-violences-et-guerres-civiles-sur-les-d--9782021121704-page-195.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis au moins la crise de 1917, l'aggravation de la situation pr&#233;caire des travailleurs, tant dans les campagnes (journaliers sans terre) que dans les usines (prol&#233;tariat industriel) &#233;tait intenable (baisse de la production, augmentation du ch&#244;mage, baisse des salaires r&#233;els en face &#224; la hausse des prix, etc.) La r&#233;ponse des partis dynastiques (les seuls ayant de r&#233;elles possibilit&#233;s d'atteindre le gouvernement dans le syst&#232;me turnista) &#224; ce qu'on appelait encore une question sociale comprenait des mesures similaires &#224; celles des pays les plus avanc&#233;s (comme l'Allemagne) avait initi&#233; ce qu'on appelle l' &#201;tat social , mais d'une port&#233;e tr&#232;s limit&#233;e. L'inefficacit&#233; de la Commission de R&#233;forme Sociale avait c&#233;d&#233; la place aux programmes les plus actifs mais insuffisants d'un ensemble d'institutions &#224; l' esprit r&#233;g&#233;n&#233;rateur : l' Institut des R&#233;formes Sociales (1903), l'Institut National de la S&#233;curit&#233; Sociale (1908) et le Minist&#232;re du Travail. (1920). Le gouvernement du Comte de Romanones (d&#233;cembre 1918 - avril 1919) s'est caract&#233;ris&#233; par sa r&#233;action au m&#233;contentement social avec des mesures telles que le d&#233;but du syst&#232;me public de retraite &#224; travers la soi-disant retraite ouvri&#232;re et le travail de huit heures. jour (3 avril 1919, non appliqu&#233; avant le 23 septembre). La loi sur le repos dominical , du gouvernement d' Antonio Maura , &#233;tait entr&#233;e en vigueur en 1907.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les zones paysannes d'Andalousie, de La Manche et d'Estr&#233;madure, o&#249; les mobilisations ouvri&#232;res &#233;taient rest&#233;es faibles depuis les grands mouvements de 1903-1904, on a assist&#233; &#224; un fort processus de politisation des journaliers, qui ont massivement adh&#233;r&#233; aux syndicats (un total de 100 854 membres de la Conf&#233;d&#233;ration r&#233;gionale andalouse de la CNT en d&#233;cembre 1919, 23 900 affiliations d'ouvriers agricoles &#224; l'UGT entre octobre 1918 et juillet 1919), qui obtient dans un premier temps certaines concessions (reconnaissance des syndicats et n&#233;gociation salariale, suppression du travail aux pi&#232;ces) . Entre l'automne 1918 et l'&#233;t&#233; 1919, le niveau maximum des mobilisations est atteint, avec de nombreuses gr&#232;ves, comme la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans la province de Cordoue convoqu&#233;e par le congr&#232;s de Castro del R&#237;o (octobre 1918) et la deuxi&#232;me gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, mars 1919, qui se r&#233;pandit dans toute l'Andalousie. A cette &#233;poque, les mobilisations se sont radicalis&#233;es &#224; travers des mouvements d'occupation des terres avec l'intention de distribuer les propri&#233;t&#233;s (parmi les slogans diffus&#233;s &#233;taient l' unit&#233; fait la force et la terre est pour ceux qui la travaillent), l'incendie des r&#233;coltes, l'occupation des mairies, etc. La peur qui s'est propag&#233;e parmi les propri&#233;taires et les employeurs a provoqu&#233; leur retrait vers les grandes villes, alors que les augmentations de salaires &#233;taient accept&#233;es (D&#237;az del Moral a estim&#233; une augmentation nominale de 150% entre 1917 et 1921, bien que bas&#233;e sur des donn&#233;es de fauche des salaires qui ne peuvent pas &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;es). &#192; partir de mai 1919, les mobilisations des journaliers sont durement r&#233;prim&#233;es et l'&#233;tat de guerre est d&#233;clar&#233;. Les soci&#233;t&#233;s ouvri&#232;res furent interdites et leurs dirigeants emprisonn&#233;s. Le mouvement syndical andalou a entam&#233; une phase de d&#233;clin et les effectifs syndicaux ont diminu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'ann&#233;e 1920, d'autres luttes ouvri&#232;res eurent &#233;galement lieu dans le sud de l'Espagne. Dans la province de Huelva, un important mouvement de gr&#232;ve paralysa le bassin minier de Riotinto-Nerva , et il finira rapidement par s'&#233;tendre &#224; d'autres parties de la province, avec la g&#233;n&#233;ralisation des arr&#234;ts de travail et des conflits importants. La gr&#232;ve de Riotinto a atteint une intensit&#233; extraordinaire et a eu un fort impact m&#233;diatique dans le reste de l'Espagne. Cette ann&#233;e-l&#224; &#233;galement, un autre grand mouvement de gr&#232;ve a eu lieu parmi les mineurs du bassin houiller de Pe&#241;arroya-Belmez-Espiel , au nord de la province de Cordoue . Dans la ville de Barcelone, il y a eu une v&#233;ritable &#233;poque de violence extraordinaire, avec une escalade des attaques de groupes arm&#233;s (gunslinging) li&#233;s aux employeurs et aux travailleurs, et la politique de r&#233;pression s&#233;v&#232;re &#224; leur encontre par le gouverneur Severiano Mart&#237;nez Anido. Au probl&#232;me dit militaire et aux difficult&#233;s croissantes de la colonisation du Maroc , qui culmin&#232;rent avec le d&#233;sastre annuel (22 juillet 1921), correspondait, de la part du mouvement ouvrier, une opposition historique au militarisme (comme le celui qui avait jou&#233; dans La Semaine Tragique de 1909). La crise politique qui a commenc&#233; apr&#232;s Annual a conduit au coup d'&#201;tat du g&#233;n&#233;ral Primo de Rivera (13 septembre 1923) et &#224; la p&#233;riode de dictature qui a suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://es-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Trienio_Bolchevique?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://es-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Trienio_Bolchevique?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les gr&#232;ves r&#233;volutionnaires de 1919 en France trahies par les syndicats...</title>
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		<dc:date>2025-10-12T22:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les gr&#232;ves r&#233;volutionnaires de 1919 en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand la r&#233;volution ouvri&#232;re en France aurait pu renverser l'imp&#233;rialisme mondial, les syndicats l'ont sauv&#233;... &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'&#233;clatent les gr&#232;ves r&#233;volutionnaires en France, peu apr&#232;s la fin de la premi&#232;re guerre mondiale, la situation mondiale est r&#233;volutionnaire. La situation n'est pas stabilis&#233;e, ni au plan &#233;conomique, ni social, ni politique. Les peuples en ont marre et se r&#233;voltent partout. Les soviets sont une perspective pour tous et pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_16757 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/une_du_populaire_journal_socialiste_3_juin_1919.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH309/une_du_populaire_journal_socialiste_3_juin_1919-4791e.jpg?1777527021' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16756 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/le-libertaire-8-juin-1919v.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH677/le-libertaire-8-juin-1919v-bd91f.jpg?1777527021' width='500' height='677' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16755 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/le-libertaire-8-juin-1919.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH334/le-libertaire-8-juin-1919-ad9d7.jpg?1777527021' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les gr&#232;ves r&#233;volutionnaires de 1919 en France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quand la r&#233;volution ouvri&#232;re en France aurait pu renverser l'imp&#233;rialisme mondial, les syndicats l'ont sauv&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'&#233;clatent les gr&#232;ves r&#233;volutionnaires en France, peu apr&#232;s la fin de la premi&#232;re guerre mondiale, la situation mondiale est r&#233;volutionnaire. La situation n'est pas stabilis&#233;e, ni au plan &#233;conomique, ni social, ni politique. Les peuples en ont marre et se r&#233;voltent partout. Les soviets sont une perspective pour tous et pas seulement en Russie. La Russie, m&#234;me gravement menac&#233;e militairement, n'est pas encore isol&#233;e. Rien n'est stable en Europe et pas m&#234;me ses grandes puissances imp&#233;rialistes, vaincues comme l'Allemagne ou vainqueur comme la France et l'Angleterre ou encore moiti&#233;-moiti&#233; comme l'Italie. Partout la r&#233;volution prol&#233;tarienne menace de rejoindre la Russie des soviets contre la domination mondiale imp&#233;rialiste. La situation de l'Allemagne est d&#233;terminante mais celle de la France p&#232;se aussi d'un grand poids. La principale force imp&#233;rialiste et contre-r&#233;volutionnaire en Europe est la France. Une lutte prol&#233;tarienne r&#233;volutionnaire en France serait un tr&#232;s grand signal. La bourgeoisie et les forces r&#233;formistes ne s'y trompent pas et elles manoeuvrent de mani&#232;re tr&#232;s serr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les gr&#232;ves, dit le courageux syndicaliste r&#233;volutionnaire Monatte, fusent de tous c&#244;t&#233;s.&#034; Mais sa situation de faillite &#034;ne permet pas &#224; la C.G.T. de les conduire&#034;. Il faut un appareil nouveau. Il n'est pas possible de suspendre le mouvement jusqu'&#224; ce qu'on ait pu b&#226;tir l'organisation n&#233;cessaire pour le diriger. D'un autre c&#244;t&#233;, ces gr&#232;ves spontan&#233;es qui tendent &#224; se transformer en initiatives r&#233;volutionnaires ne peuvent mener &#224; la victoire sans l'existence d'une organisation r&#233;volutionnaire authentique qui ne mente pas aux travailleurs, qui ne les trompe pas, qui ne les enlise pas dans les cloaques du parlementarisme ou de la collaboration de classes, mais les conduise, sans d&#233;vier d'un pouce, vers le but final. Une telle organisation est encore &#224; cr&#233;er.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;O&#249; va-t-on ? o&#249; va-t-on ? De m&#233;contentement en m&#233;contentement, de gr&#232;ve en gr&#232;ve, de gr&#232;ve mi-corporative et mi-politique en gr&#232;ve purement politique, on va tout droit &#224; la faillite de la bourgeoisie, c'est-&#224;-dire &#224; la r&#233;volution. Les masses m&#233;contentes font de larges pas sur cette voie.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce qu'&#233;crit la Vie ouvri&#232;re, le journal de Monatte et de Rosmer [4]. Les repr&#233;sentants r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat fran&#231;ais, son noyau communiste - aussi bien d'origine socialiste que d'origine syndicaliste - ne sont pas tr&#232;s nombreux, mais ils ont une connaissance claire et compl&#232;te des objectifs du mouvement prol&#233;tarien. Ils auront pour t&#226;che d'int&#233;grer solidement parmi eux les nouveaux dirigeants qui surgissent pendant les gr&#232;ves, dans les manifestations et, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, au cours de toutes les actions du mouvement authentique des masses. Leur tache consiste &#224; assumer d&#232;s aujourd'hui, sans crainte des difficult&#233;s, la direction de ce mouvement spontan&#233;, et &#224; constituer sur le terrain leur propre organisation, un appareil n&#233; du soul&#232;vement direct du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour mener &#224; bien cette t&#226;che, ils doivent rompre totalement avec la discipline des organisations qui sont contre-r&#233;volutionnaires, puisque oppos&#233;es aux objectifs fondamentaux du mouvement, en l'occurrence, le parti de Renaudel-Longuet et le syndicat de Jouhaux-Merrheim.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les masses, certes, n'ont que faiblement r&#233;pondu &#224; l'appel &#224; la gr&#232;ve du 21 juillet pour protester contre l'intervention de l'entente dans les affaires russes [5]. Ce ne sont pas les ouvriers qui sont &#224; bl&#226;mer. Au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, les ouvriers en g&#233;n&#233;ral et les ouvriers fran&#231;ais en particulier ont &#233;t&#233; tromp&#233;s avec plus de m&#233;thode, plus de diabolique habilet&#233; que jamais auparavant dans l'histoire : jamais les cons&#233;quences n'en ont &#233;t&#233; aussi tragiques. La majorit&#233; de ces dirigeants qui pronon&#231;aient de m&#233;morables discours appelant les travailleurs &#224; lutter contre le capitalisme ont rev&#234;tu ouvertement en 1914 la livr&#233;e de l'imp&#233;rialisme. Les organisations officielles du syndicat et du parti, associ&#233;s dans l'esprit des travailleurs &#224; l'id&#233;e de leur &#233;mancipation, se sont faites les instruments du capitalisme. A partir de l&#224;, la classe ouvri&#232;re a connu non seulement d'incroyables difficult&#233;s d'organisation, mais encore une v&#233;ritable d&#233;b&#226;cle id&#233;ologique : les difficult&#233;s qu'elle doit surmonter pour en sortir sont en proportion du r&#244;le que joue encore la vieille organisation dans la vie des couches ouvri&#232;res d'avant-garde.&lt;br class='autobr' /&gt;
La classe ouvri&#232;re tente h&#233;ro&#239;quement aujourd'hui. de se remettre debout, de secouer les traces de cette chute. D'o&#249; un afflux sans pr&#233;c&#233;dent dans les syndicats [6]. En m&#234;me temps, cette classe ouvri&#232;re id&#233;ologiquement d&#233;sarm&#233;e et politiquement d&#233;sorient&#233;e, s'efforce, au prix de mille difficult&#233;s, de se forger une nouvelle orientation. Son effort, loin d'&#234;tre facilit&#233;, serait au contraire terriblement frein&#233; Si les dirigeants r&#233;volutionnaires devaient se confiner dans une attitude d'attentisme. Au lieu de s'enfermer dans le cadre des organisations du vieux parti et des syndicats, ils doivent, devant les masses, faire preuve d'ind&#233;pendance et de la plus grande r&#233;solution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quels que soient les motifs invoqu&#233;s pour pr&#233;server 1'&#034;unit&#233;&#034;, les masses r&#233;volutionnaires ne comprendraient pas pourquoi les hommes qui les appellent &#224; la r&#233;volution continueraient &#224; s'asseoir &#224; la m&#234;me table que ceux qui les ont dup&#233;s, et en particulier que ces individus qui les ont honteusement et cyniquement trahis pendant la guerre. Les masses r&#233;volutionnaires estiment &#224; son juste prix l'unit&#233; dans la lutte, mais elles ne comprendraient que mal le maintien de l'unit&#233; entre les combattants r&#233;volutionnaires et la clique de Jouhaux-Merrheim et Renaudel-Longuet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les conditions pr&#233;sentes, le mot d'ordre de sauvegarde de l'unit&#233; a sa source dans la psychologie des organisations officielles, de ces dirigeants, pr&#233;sidents, secr&#233;taires, d&#233;put&#233;s, journalistes, permanents de l'appareil des anciennes organisations du parti et des syndicats qui sentent le sol se d&#233;rober sous leurs pas. Le prol&#233;tariat a le choix : se morceler, s'&#233;parpiller et hisser ainsi sur le pavois les serviteurs privil&#233;gi&#233;s de l'imp&#233;rialisme, ou bien serrer &#233;troitement les rangs pour se soulever contre l'imp&#233;rialisme. La classe ouvri&#232;re a besoin de l'unit&#233; r&#233;volutionnaire ; elle a besoin de l'unit&#233; de son soul&#232;vement de classe ; mais l'unit&#233; des organisations qui ne font que se survivre constitue pr&#233;cis&#233;ment un obstacle de plus en plus s&#233;rieux sur la voie de l'unit&#233; du soul&#232;vement r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. Les masses ont &#233;t&#233; d&#233;sorient&#233;es par la guerre. Elles ont aujourd'hui plus qu'avant besoin de clart&#233; dans les id&#233;es, de pr&#233;cision dans les mots d'ordre. Elles ont besoin d'une route qui soit droite, de dirigeants qui n'h&#233;sitent pas. Chercher, pour des raisons tactiques, &#224; pr&#233;server l'&#034;unit&#233;&#034;, &#233;quivaudrait &#224; chercher &#224; pratiquer une caricature de parlementarisme - comme s'il y avait, dans le mouvement r&#233;volutionnaire, des &#034;conseils des ministres&#034;, avec une opposition, des r&#232;glements et des statuts, des enqu&#234;tes et des votes de confiance... En demeurant dans la m&#234;me organisation que les partisans de la collaboration de classes, l'opposition communiste se met du m&#234;me coup sous la d&#233;pendance des &#034;conciliateurs&#034;. Elle gaspille son &#233;nergie en efforts pour s'adapter au &#034;parlementarisme&#034; des syndicats et du parti. Des questions mineures et des incidents sans port&#233;e r&#233;elle prennent du coup une importance d&#233;mesur&#233;e aux d&#233;pens des questions fondamentales du mouvement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La pratique de cette caricature de parlementarisme &#224; l'int&#233;rieur des organisations ouvri&#232;res a bien d'autres cons&#233;quences. Les secr&#233;taires et les pr&#233;sidents, les ministres socialistes, les journalistes et les d&#233;put&#233;s accusent ceux de l'opposition de vouloir prendre leurs fauteuils ou leurs portefeuilles. L'opposition doit se chercher des excuses, se justifier ; elle en vient &#224; signet des d&#233;clarations o&#249; elle affirme son &#034;estime&#034; pour les dirigeants de l'autre bord et laisse entendre qu'elle lutte pour des &#034;principes&#034;, non contre des &#034;personnes&#034;. Et cette com&#233;die ne fait que consolider les conciliateurs dans les postes qu'ils occupent.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Vie ouvri&#232;re du 24 septembre affirme que le vote de confiance du congr&#232;s des m&#233;tallos ne signifiait pas qu'il endossait la politique de ses dirigeants &#034;conciliateurs&#034;, mais seulement qu'il avait ainsi exprim&#233; confiance et sympathie &#224; la personne des secr&#233;taires [7]. En d'autres termes, c'&#233;tait un vote sentimental, petit-bourgeois, non une courageuse politique de classe. Le camarade Carron s'attache &#224; d&#233;montrer que les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui ont &#233;mis ce vote, et surtout les masses qui les suivent, sont compl&#232;tement d'accord en esprit avec les partisans de la III&#176; Internationale. En r&#233;alit&#233;, s'ils ont vot&#233; la confiance en leurs dirigeants, c'est parce qu'ils se sont laiss&#233;s abuser par les arguments fallacieux selon lesquels il faut combattre les id&#233;es et non les personnes. Finalement, en votant la confiance &#224; Merrheim, ils maintiennent &#224; un poste responsable un homme qui pr&#234;che l'opportunisme, la conciliation et la soumission au capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au congr&#232;s des travailleurs des Postes et T&#233;l&#233;graphes, la politique &#034;conciliatrice&#034; de la direction a &#233;t&#233; approuv&#233;e par 197 voix contre 23 et 7 abstentions. Un membre de cette direction, l'internationaliste Victor Roux, &#233;crit que nombre de d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;prouvaient simplement beaucoup de sympathie pour le secr&#233;taire du syndicat, le conciliateur Borderez dont la valeur morale, dit-il, est incontest&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Je reconnais, personnellement, &#233;crit-il, qu'il a rendu de grands services &#224; l'organisation en des temps difficiles&#034; (La Vie ouvri&#232;re, 15 septembre 1919).&lt;br class='autobr' /&gt;
Jouhaux, Renaudel, Longuet, Merrheim et d'autres, quels que soient les &#034;services&#034; qu'ils aient pu rendre dans le pass&#233;, se comportent aujourd'hui comme des repr&#233;sentants du syst&#232;me bourgeois dont ils constituent le principal soutien. En fonction de ce r&#244;le qui est le leur, c'est dans leur propre int&#233;r&#234;t qu'ils s'efforcent de grossir aux yeux du prol&#233;tariat toutes les concessions de la bourgeoisie, puisqu'elles sont, apr&#232;s tout, le fruit de leur diplomatie. Tout en critiquant le capitalisme, ils s'efforcent de l'embellir et, apr&#232;s bien des discours, en viennent &#224; leur conclusion, la n&#233;cessit&#233; de s'adapter - c'est-&#224;-dire de se soumettre - &#224; la domination du capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pire crime des dirigeants du syndicalisme r&#233;gnant - Rosmer l'a bien vu - consiste en ce qu'ils &#034;ont remplac&#233; l'action directe de la classe ouvri&#232;re par la sollicitation de faveurs aupr&#232;s du gouvernement&#034;. Mais il est impossible de modifier cette tactique contre-r&#233;volutionnaire en &#034;sollicitant&#034; &#224; notre tour les social-imp&#233;rialistes du mouvement syndical et politique. Quand les Jouhaux, Renaudel, Merrheim et Longuet s'emploient &#224; convaincre les d&#233;put&#233;s capitalistes et bourgeois qu'ils doivent faire des concessions &#224; la classe ouvri&#232;re, les repr&#233;sentants authentiques du prol&#233;tariat ne peuvent pas, eux, perdre leur temps en cherchant &#224; convaincre Renaudel et Longuet de la n&#233;cessit&#233; d'une lutte r&#233;volutionnaire. Pour se d&#233;barrasser des d&#233;put&#233;s capitalistes et bourgeois, la classe ouvri&#232;re doit chasser de ses organisations les Renaudel et les Longuet.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte contre ces gens-l&#224; ne doit pas &#234;tre men&#233;e comme s'il s'agissait d'une querelle de famille ou d'une discussion acad&#233;mique, mais de fa&#231;on conforme &#224; la gravit&#233; de l'enjeu, afin que l'ab&#238;me qui nous s&#233;pare des social-imp&#233;rialistes apparaisse dans toute sa profondeur devant la conscience des masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre devoir est d'utiliser &#224; fond les &#233;pouvantables le&#231;ons de la guerre imp&#233;rialiste. Nous devons faire assimiler par les masses l'exp&#233;rience de la derni&#232;re p&#233;riode, et leur faire comprendre qu'elles ne peuvent plus continuer &#224; vivre sous le r&#232;gne du capitalisme. Nous avons le devoir de porter &#224; son paroxysme, au plus haut degr&#233; r&#233;volutionnaire, la haine qui s'&#233;veille dans les masses contre le capitalisme, contre les capitalistes, contre l'Etat capitaliste et ses organes. Nous devons apprendre aux masses &#224; ha&#239;r non seulement les capitalistes, mais tous ceux qui d&#233;fendent le capitalisme, qui tentent de dissimuler ses plaies naus&#233;abondes, qui cherchent &#224; excuser ou &#224; minimiser ses crimes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s l'&#233;chec de la manifestation du 21 juin, Monatte &#233;crivait : &#034;Les masses sauront qu'il n'est plus possible d&#233;sormais d'h&#233;siter et de s'abuser soi-m&#234;me par de faux espoirs ; et qu'il est n&#233;cessaire d'&#233;purer sans merci le personnel des syndicats.&#034; (La Vie ouvri&#232;re 25 juin 1919).&lt;br class='autobr' /&gt;
En politique, la lutte contre des principes faux implique une lutte contre les individus qui les personnifient. R&#233;g&#233;n&#233;rer le mouvement ouvrier signifie chasser de ses rangs tous ceux qui se sont d&#233;shonor&#233;s en trahissant, tous ceux qui ont sap&#233; la confiance ouvri&#232;re dans les mots d'ordre r&#233;volutionnaires, qui ont sap&#233; leur confiance en leur propre force. L'indulgence, la sentimentalit&#233;, la bienveillance sur des questions de cette nature se paient au prix des int&#233;r&#234;ts vitaux du prol&#233;tariat. Les masses qui s'&#233;veillent exigent que tout soit dit &#224; haute voix, qu'un chat soit appel&#233; un chat, qu'il n'y ait pas de demi-teintes impr&#233;cises, mais une d&#233;marcation claire et pr&#233;cise en politique, que les tra&#238;tres soient boycott&#233;s et chass&#233;s, que leurs places soient prises par des r&#233;volutionnaires d&#233;vou&#233;s corps et &#226;me &#224; leur cause.&lt;br class='autobr' /&gt;
La camarade Louise Saumoneau trace le tableau suivant de la lutte pour r&#233;pandre l'influence des id&#233;es de la III&#176; Internationale au cours de la r&#233;cente campagne &#233;lectorale : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Nous pouvons toujours poursuivre tr&#232;s facilement la propagande qu'il faut mener &#224; la fois &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur des organisations dans de larges r&#233;unions publiques pendant les &#233;lections (...). La r&#233;sistance &#224; l'Internationale r&#233;volutionnaire trouve son principal appui parmi les anciens cadres qui ont si pi&#232;trement dirig&#233; le navire de notre parti pendant la guerre. Nos jeunes et ardents camarades, pleins de z&#232;le r&#233;volutionnaire, doivent s'employer et employer leur volont&#233; &#224; acqu&#233;rir certaines habitudes et connaissances pratiques indispensables au bon fonctionnement d'une organisation. Ces connaissances s'assimilent tr&#232;s vite et pourtant, dans les conditions actuelles de la lutte, elles servent de couverture &#224; toutes sortes de baudruches et contribuent &#224; accentuer la fatale influence de ces cadavres vivants dess&#233;ch&#233;s au sein de nos organisations. Partout il faut que les forces de la jeunesse animent la classe r&#233;volutionnaire qui s'est dress&#233;e au combat pour la III&#176; Internationale ; partout il faut qu'elles s'implantent, qu'elles remplacent tous ceux sur qui p&#232;sent les quatre ann&#233;es pendant lesquelles ils ont reni&#233; les principes socialistes, et cela, m&#234;me s'il faut les jeter dehors, t&#234;te premi&#232;re.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dirigeants faillis du socialisme et du syndicalisme, r&#233;volutionnaires de la phrase hier, dociles capitulards aujourd'hui, refusent d'endosser eux-m&#234;mes la responsabilit&#233; de leur reniement et la rejettent sur le prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Congr&#232;s de Lyon, Bidegarray, secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;ration des cheminots, a rejet&#233; sur les masses ouvri&#232;res la responsabilit&#233; de tout ce qui est arriv&#233; : &#034;Il est s&#251;r que les syndicats ont grandi num&#233;riquement. Mais, parmi les travailleurs organis&#233;s, il y a beaucoup trop peu de syndicalistes. Les gens s'int&#233;ressent seulement &#224; leurs propres probl&#232;mes imm&#233;diats&#034; &#034;En chaque &#234;tre humain, philosophe Bidegarray, sommeille un cochon.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rouger, d&#233;l&#233;gu&#233; de Limoges bl&#226;me le prol&#233;tariat pour tout. C'est de la faute du prol&#233;tariat. &#034;Les masses ne sont pas suffisamment &#233;clair&#233;es. Elles rejoignent les syndicats seulement pour obtenir l'augmentation des salaires.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Merrheim, secr&#233;taire du syndicat des m&#233;tallurgistes, fait des effets de tribune avec sa &#034;bonne conscience&#034;. C'est que lui, voyez-vous, est all&#233; &#224; Zimmerwald - comme s'il s'&#233;tait agi d'un pique-nique syndical de plus ! Il s'agissait pour lui d'une sorte de petit p&#232;lerinage pacifiste qu'il a entrepris pour apaiser sa conscience. Car lui, Merrheim, s'est battu. Mais il n'a pas pu &#233;veiller les masses. &#034;Non, je n'ai pas trahi la classe ouvri&#232;re, c'est la classe ouvri&#232;re qui m'a trahi.&#034; Voil&#224; ce qu'il a dit, textuellement !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le syndicaliste Dumoulin, un &#034;honn&#234;te&#034; ren&#233;gat du type Merrheim - zimmerwaldien au d&#233;but de la guerre, mais compagnon d'armes fid&#232;le de Jouhaux aujourd'hui - d&#233;clarait au congr&#232;s de Tours du syndicat de l'Enseignement que la France n'&#233;tait pas pr&#234;te pour une r&#233;volution, car les masses n'&#233;taient pas &#034;m&#251;res&#034;. Mais cela ne lui suffit pas, il s'en prend aux enseignants internationalistes et leur reproche... l'&#233;tat arri&#233;r&#233; du prol&#233;tariat - comme si l'&#233;ducation des masses laborieuses se faisait v&#233;ritablement dans la mis&#233;rable &#233;cole bourgeoise pour enfants de prol&#233;taires, et non dans la puissante &#233;cole de la vie, sous l'influence des patrons, du gouvernement, de l'Eglise, de la presse bourgeoise, des d&#233;put&#233;s et des &#034;malheureux bergers&#034; du syndicalisme [8].&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ren&#233;gats, les l&#226;ches et les sceptiques d&#233;sormais compl&#232;tement avilis, s'en vont r&#233;p&#233;tant la m&#234;me phrase : &#034;Les masses ne sont pas m&#251;res&#034; Que faut-il en conclure ? Seulement ceci : il faut renoncer au socialisme, et pas seulement pour un temps, mais d&#233;finitivement. Car si les masses qui ont connu la longue &#233;cole pr&#233;paratoire de la lutte politique et syndicale, puis les quatre ann&#233;es de massacre, n'ont pas m&#251;ri pour la r&#233;volution, quand et comment m&#251;riront-elles ? Merrheim et les siens supposent-ils que Cl&#233;menceau, vainqueur, va cr&#233;er, dans les murs de l'Etat capitaliste, un r&#233;seau d'&#034;acad&#233;mies&#034; pour l'&#233;ducation socialiste des masses ? Si le capitalisme est r&#233;ellement capable de reproduire d'une g&#233;n&#233;ration sur l'autre, les cha&#238;nes de l'esclavage du salariat, alors les couches profondes du prol&#233;tariat continueront &#224; charrier, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, l'obscurantisme et l'ignorance. Si les masses prol&#233;tariennes pouvaient atteindre sous le capitalisme un niveau &#233;lev&#233; de d&#233;veloppement mental et intellectuel, le capitalisme ne serait pas, apr&#232;s tout, si mauvais, et la r&#233;volution sociale ne serait pas n&#233;cessaire. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que le capitalisme le maintient dans sa servitude mentale et intellectuelle que le prol&#233;tariat doit faire la r&#233;volution. C'est sous la direction de l'avant-garde que les masses, qui ne sont pas encore assez m&#251;res, m&#251;riront au cours de la r&#233;volution. Si la r&#233;volution ne se produit pas, les masses tomberont dans un &#233;tat de prostration et la soci&#233;t&#233; dans son ensemble conna&#238;tra la d&#233;cadence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des millions d'ouvriers nouveaux venus affluent dans les syndicats. En Angleterre, ce grand flux a doubl&#233; les effectifs syndicaux, qui atteignent aujourd'hui 5.200.000 membres. En France, le nombre de syndiqu&#233;s est pass&#233; de 400.000 &#224; la veille de la guerre &#224; deux millions aujourd'hui [9]. Quels changements cette augmentation num&#233;rique entra&#238;ne-t-elle dans la politique du syndicalisme ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les ouvriers rejoignent les syndicats dans leurs souci de gains mat&#233;riels imm&#233;diats&#034;, d&#233;clarent les conciliateurs. C'est compl&#232;tement faux. L'afflux des ouvriers dans les organisations syndicales ne s'explique pas par de petites questions mat&#233;rielles : il s'explique par un fait colossal, la guerre mondiale. Les masses ouvri&#232;res - et pas seulement leurs couches sup&#233;rieures, mais aussi les plus basses - sont transport&#233;es, secou&#233;es par cet immense bouleversement historique. Chaque prol&#233;taire a ressenti individuellement, &#224; un degr&#233; sans pr&#233;c&#233;dent, sa propre impuissance devant la puissante machine de l'imp&#233;rialisme. L'imp&#233;rieux besoin de nouer des liens, l'imp&#233;rieux besoin d'unifier et de consolider les forces ouvri&#232;res, s'est fait sentir plus que jamais auparavant. C'est de l&#224; que provient l'afflux de millions d'ouvriers dans les syndicats et dans les soviets de d&#233;put&#233;s, dans des organisations qui n'exigent pas une pr&#233;paration politique sp&#233;ciale, mais incarnent l'expression la plus g&#233;n&#233;rale et la plus directe &#224; la fois de la lutte de la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant perdu confiance dans les masses prol&#233;tariennes, les r&#233;formistes de l'esp&#232;ce Merrheim-Longuet doivent aller chercher secours chez les repr&#233;sentants &#034;&#233;clair&#233;s&#034; et &#034;humanitaires&#034; de la bourgeoisie. En fait, leur nullit&#233; politique ne se refl&#232;te nulle part mieux que dans leur respectueuse extase devant le&#034; grand d&#233;mocrate&#034; Woodrow Wilson. Des gens qui pr&#233;tendent pourtant repr&#233;senter la classe ouvri&#232;re se r&#233;v&#232;lent capables de croire s&#233;rieusement que le capitalisme am&#233;ricain pourrait placer &#224; la t&#234;te de son Etat un homme avec qui la classe ouvri&#232;re europ&#233;enne pourrait marcher la main dans la main ? Ces messieurs n'ont apparemment jamais entendu parler ni des v&#233;ritables raisons de l'entr&#233;e en guerre de l'Am&#233;rique, ni des r&#233;pugnants marchandages de Wall Street, ni du r&#244;le m&#234;me de Wilson &#224; qui les grands capitalistes des Etats-Unis ont donn&#233; pour mission de brandir les mots d'ordre du pacifisme philistin afin de couvrir les traces de leurs rapines et de leurs crimes ? Peut-&#234;tre ont-ils imagin&#233; que Wilson allait contrecarrer les plans de ses capitalistes et imposer son programme contre la volont&#233; de ses milliardaires ? Peut-&#234;tre ont-ils escompt&#233; que Wilson saurait, par ses litanies et ses pr&#234;ches, contraindre Lloyd George et Cl&#233;menceau &#224; s'occuper s&#233;rieusement de lib&#233;rer les peuples faibles et opprim&#233;s et d'&#233;tablir la paix universelle ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas tr&#232;s longtemps - apr&#232;s l'&#233;difiante le&#231;on des n&#233;gociations dites &#034;de paix&#034; de Versailles -, Merrheim, au congr&#232;s de Lyon [10], s'en prit au syndicaliste Lepetit qui s'&#233;tait permis - comble de l'horreur - de parler irrespectueusement de M. Wilson. &#034;Personne n'a le droit, proclama-t-i1, d'insulter M. Wilson dans un congr&#232;s syndical.&#034; Quel prix Merrheim fait-il payer pour la tranquillit&#233; de sa conscience ? Si son l&#233;chage de bottes ne lui est pas pay&#233; en dollars - et nous accordons bien volontiers que tel n'est pas le cas - , il n'en demeure pas moins celui d'un laquais rampant devant le &#034;d&#233;mocrate&#034; puissant par la gr&#226;ce du dollar. Il faut &#234;tre tomb&#233; au dernier degr&#233; de la d&#233;gradation morale pour tenter ainsi de rattacher les espoirs de la classe ouvri&#232;re aux &#034;honn&#234;tes gens&#034; de la bourgeoisie. Des &#034;chefs&#034; capables d'une telle politique n'ont rien &#224; voir avec le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. Il faut les chasser sans. merci. &#034;Les hommes qui ont perp&#233;tr&#233; tout cela, disait Monatte &#224; Lyon, sont indignes de demeurer les interpr&#232;tes des id&#233;es du mouvement ouvrier fran&#231;ais.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections l&#233;gislatives marqueront une &#233;tape dans le d&#233;veloppement politique en France. Elles signifient la disparition des groupements politiques interm&#233;diaires. A travers la Chambre des d&#233;put&#233;s, la bourgeoisie a remis le pouvoir &#224; l'oligarchie financi&#232;re, et cette derni&#232;re a charg&#233; les g&#233;n&#233;raux de conqu&#233;rir le pays pour son compte ; leur sanglante besogne effectu&#233;e, les g&#233;n&#233;raux, d'accord avec les agents de change, utilisent le syst&#232;me parlementaire pour mobiliser les exploiteurs et les vampires, tous ceux qui convoitent, aspirent au butin, tous ceux qu'&#233;pouvante l'&#233;veil r&#233;volutionnaire des masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Chambre est en train de devenir l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral politique de la contre-r&#233;volution. La r&#233;volution, elle, est en train de sortir dans la rue et tente de constituer son propre &#233;tat-major, hors du Parlement.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;limination dans le pays, des groupes interm&#233;diaires du centre, radicaux et radicaux-socialistes, annonce in&#233;luctablement un ph&#233;nom&#232;ne identique dans le mouvement ouvrier. Longuet et Merrheim ont pu subsister sur la base des espoirs qu'ils mettaient dans les forces r&#233;formistes &#034;&#233;clair&#233;es&#034; de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. La faillite de ces derni&#232;res condamne &#224; mort la tendance Longuet-Merrheim quand l'objet dispara&#238;t, son ombre dispara&#238;t aussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les ombres qui sont aujourd'hui entre Renaudel et Loriot, entre Jouhaux et Monatte, dispara&#238;tront de la circulation dans le plus bref d&#233;lai. Seuls demeureront les deux camps fondamentaux : Cl&#233;menceau et ses troupes d'un c&#244;t&#233;, les communistes r&#233;volutionnaires de l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne peut &#234;tre seulement question de sauvegarder plus longtemps l' &#034;unit&#233;&#034;, m&#234;me formelle, du parti et des syndicats. La r&#233;volution prol&#233;tarienne doit cr&#233;er et cr&#233;era son propre &#233;tat-major politique central &#224; partir des communistes et des syndicalistes, unis, de la tendance communiste r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;courag&#233; et d&#233;rout&#233; par les r&#233;volutions russe et allemande, Kautsky avait accroch&#233; tous ses espoirs &#224; la France et &#224; l'Angleterre o&#249;, selon lui, l'humanitarisme accoutr&#233; des d&#233;froques de la d&#233;mocratie allait enfin l'emporter. Nous pouvons en r&#233;alit&#233; constater que dans ces pays, au sommet de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, le pouvoir a &#233;t&#233; conquis par la r&#233;action de la pire esp&#232;ce, bestiale, exhalant les vapeurs du chauvinisme, montrant ses crocs, l'oeil inject&#233; de sang. Pour l'affronter, le prol&#233;tariat s'est dress&#233;, pr&#234;t &#224; assumer sans piti&#233; sa revanche pour toutes les d&#233;faites pass&#233;es, les humiliations, les tortures qu'il a d&#251; subir. Il n'y aura pas de quartier : ce sera une lutte &#224; mort. La classe ouvri&#232;re vaincra. La dictature prol&#233;tarienne balaiera alors le tas d'ordure de la d&#233;mocratie bourgeoise et ouvrira la voie au syst&#232;me communiste de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Aux &#233;lections de novembre 1919, le Bloc national, coalition des droites et des nationalistes avait emport&#233; les deux tiers des si&#232;ges : sa campagne avait &#233;t&#233; men&#233;e sur le double th&#232;me de l'union nationale et de la lutte contre le bolchevisme dont Cl&#233;menceau s'&#233;tait fait le champion, notamment dans son c&#233;l&#232;bre discours de Strasbourg, le 3 novembre. De ce point de vue, il &#233;tait juste de qualifier de &#034;cl&#233;menciste&#034; le Bloc national, m&#234;me si, quelques semaines apr&#232;s, ses &#233;lus devaient montrer &#224; l'adresse de l'homme la plus noire ingratitude.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] C'est en avril 1905 qu'avaient fusionn&#233;, pour former le parti socialiste (S.F.I.O.), le parti socialiste de France, de Jules Guesde, et le parti socialiste fran&#231;ais de Jean Jaur&#232;s, eux-m&#234;mes r&#233;sultats de fusions ant&#233;rieures entre groupes et partis longtemps rivaux. Cette unit&#233; &#233;tait en fait le r&#233;sultat des efforts patients de l'Internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Trotsky fait ici allusion au Comit&#233; pour la Troisi&#232;me Internationale. Le 1&#176; septembre 1919, il avait &#233;crit une lettre &#224; Loriot, Rosmer, Monatte, P&#233;ricat, montrant qu'il les tenait pour les &#034;camarades de France&#034; des bolcheviks russes.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] &#034;La Vie ouvri&#232;re&#034; reparaissait depuis le 1&#176; avril 1919 comme hebdomadaire. Dans le premier num&#233;ro, Rosmer avait &#233;crit :&#034;La guerre a &#233;t&#233; la grande &#233;preuve, elle a &#233;tabli un nouveau classement. D'un c&#244;t&#233; les tra&#238;tres, les d&#233;faillants du socialisme, ceux qui, devant la r&#233;volution, s'aper&#231;oivent qu'ils ne sont que de simples d&#233;mocrates ; de l'autre, les r&#233;volutionnaires. Il ne peut pas, en effet, y avoir deux Internationales.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Le 27 mai 1919, le C.N. de la C.G.T. avait d&#233;cid&#233; de pr&#233;parer avec les syndicats britanniques et italiens une action internationale contre l'intervention alli&#233;e en Russie. Apr&#232;s plusieurs semaines d'h&#233;sitations et de tergiversations, la date de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale fut fix&#233;e au 21 juillet. Le 20, apr&#232;s un rapport de Jouhaux sur - les r&#233;sultats d'un sondage aupr&#232;s des responsables d'Unions. D&#233;partementales., le comit&#233; conf&#233;d&#233;ral, estimant que la gr&#232;ve serait un &#233;chec, la d&#233;commandait. Les terrassiers de Paris et les charpentiers en fer d&#233;bray&#232;rent seuls &#224; la date pr&#233;vue.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] La C.G.T. comptait 213.000 membres en 1914. Le chiffre, tomb&#233; &#224; 41.000 en 1915, remontait &#224; 83.000 en 1916, atteignait ensuite 240.000 en 1917, 500.000 en 1918, pour d&#233;passer 850.000 en mai 1919 et culminer &#224; 1.136.000 au moment o&#249; Trotsky &#233;crivait. Le record sera atteint en mai 1920, toujours selon les chiffres officiels, avec 1.634.673 cotisants f&#233;d&#233;raux.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Merrheim &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment l'un des quatre secr&#233;taires de la F&#233;d&#233;ration des m&#233;taux.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] Le congr&#232;s de la f&#233;d&#233;ration de l'enseignement s'&#233;tait tenu &#224; Tours du 7 au 10 ao&#251;t 1919. Dumoulin, qui repr&#233;sentait la direction de la C.G.T., avait d&#251; y subir - sans panache - les attaques de ses anciens amis minoritaires, au pouvoir dans la f&#233;d&#233;ration dont Louis Bonet devenait secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] Ces chiffres paraissent quelque peu exag&#233;r&#233;s. Cf. ci-dessus.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] Il s'agit du congr&#232;s de la C.G.T., &#224; Lyon, du 15 au 21 septembre 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1919/11/lt19191120.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1919/11/lt19191120.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chronologie de G. Davranche : &#171; Un printemps d'occasions manqu&#233;es &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	23 avril Vote des huit heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	24 avril Le Comit&#233; d'entente de la m&#233;tallurgie parisienne maintient la revendication de la semaine anglaise avec hausse des salaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	1er mai Manifestation &#233;norme. Nombreux bless&#233;s, un mort. La CGT n'appelle pas &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	27 mai La CGT d&#233;cide de coorganiser avec les belges, les italiens et les britanniques une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour 1) la d&#233;mobilisation rapide et totale ; 2) l'amnistie des pacifistes ; 3) la non-intervention militaire en Russie et en Hongrie. Les n&#233;gociations pour trouver une date commune vont tra&#238;ner des semaines. Ultimatum du Comit&#233; d'entente de la m&#233;tallurgie parisienne au patronat.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	1er juin Le Comit&#233; d'entente appelle &#224; la gr&#232;ve. Raz-de-mar&#233;e imm&#233;diat : 170 000 gr&#233;vistes, bient&#244;t suivis par 20 000 dans les transports publics et quelques milliers de peintres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	4 juin Les gr&#233;vistes de Saint-Denis somment &#171; le gouvernement de remettre le pouvoir entre les mains de la classe ouvri&#232;re &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	8 juin Le Comit&#233; d'entente rompt les n&#233;gociations avec le patronat qui refuse l'augmentation des salaires et l'&#233;galite hommes-femmes ; met en place des &#171; soupes communistes &#187; pour les gr&#233;vistes ; demande &#224; la f&#233;d&#233;ration de lancer une gr&#232;ve nationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	11 juin La f&#233;d&#233;ration rejette la gr&#232;ve nationale par 6 voix contre 4.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	15 juin Les transports publics reprennent le travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	17 juin Premiers signes de reprise dans certaines entreprises. Au Comit&#233; d'entente, certains veulent maintenir la gr&#232;ve sur le terrain exclusivement corporatif ; d'autres veulent affirmer son caract&#232;re r&#233;volutionnaire. Finalement on d&#233;cide de maintenir les revendications &#233;conomiques, mais d'interpeler de nouveau la f&#233;d&#233;ration pour une gr&#232;ve nationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	22 juin Le Comite d'action envahit la r&#233;union de la f&#233;d&#233;ration des M&#233;taux en exigeant l'appel a la gr&#232;ve nationale. La f&#233;d&#233;ration refuse et renvoie la balle au Cartel interf&#233;d&#233;ral (dockers, mineurs, cheminots, m&#233;tallos) pour une gr&#232;ve generale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	25 juin Le Cartel interf&#233;d&#233;ral refuse d'appeler a la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. D&#233;couragement des gr&#233;vistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	27 juin Un meeting du Comit&#233; d'action d&#233;cide la reprise du travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	28 juin Le Comite d'entente appelle &#224; la reprise. Capitulation sans conditions.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	20 juillet La CGT annule la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale internationale du 21 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lautreterreliberee.fr/conferences/guillaume-davranche-la-greve-des-metallos-et-la-revolution&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lautreterreliberee.fr/conferences/guillaume-davranche-la-greve-des-metallos-et-la-revolution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin 1919 : Les &#171; manitous &#187; de la CGT sabotent la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.unioncommunistelibertaire.org/Juin-1919-Les-manitous-de-la-CGT-sabotent-la-revolution&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.unioncommunistelibertaire.org/Juin-1919-Les-manitous-de-la-CGT-sabotent-la-revolution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire sur la vague de gr&#232;ves de 1919 en France :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ves_de_juin_1919&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ves_de_juin_1919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/2019-05-01-la-vague-de-greves-du-printemps-1919_119600.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/2019-05-01-la-vague-de-greves-du-printemps-1919_119600.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journal.ccas.fr/grandes-greves-de-1919-une-nouvelle-generation-militante/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journal.ccas.fr/grandes-greves-de-1919-une-nouvelle-generation-militante/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.revolutionpermanente.fr/1919-Premier-mai-sans-pareil&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.revolutionpermanente.fr/1919-Premier-mai-sans-pareil&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://materialisme-dialectique.com/le-tournant-des-greves-de-1919/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://materialisme-dialectique.com/le-tournant-des-greves-de-1919/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journal.ccas.fr/grandes-greves-de-1919-demobilisation-remobilisation/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journal.ccas.fr/grandes-greves-de-1919-demobilisation-remobilisation/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment l'Etat fran&#231;ais se pr&#233;parait &#224; &#233;craser une possible r&#233;volution prol&#233;tarienne en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://archives.aisne.fr/documents-du-mois/document-faire-face-a-la-menace-revolutionnaire-le-plan-secret-de-surete-et-de-protection-159/n:85&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archives.aisne.fr/documents-du-mois/document-faire-face-a-la-menace-revolutionnaire-le-plan-secret-de-surete-et-de-protection-159/n:85&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monatte d&#233;crivait la situation en France en mars 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/monatte/works/1919/03/monatte_19190300.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/monatte/works/1919/03/monatte_19190300.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique des syndicats et des partis face aux gr&#232;ves menant &#224; la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4831&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4831&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : &#171; la France est devenue le rempart de la contre-r&#233;volution capitaliste&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1919/09/lt19190901.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1919/09/lt19190901.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le contexte international&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution spartakiste en Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_spartakiste_de_Berlin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_spartakiste_de_Berlin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution en Allemagne en 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution en Allemagne en 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er janvier : fondation du Parti communiste d'Allemagne (KPD) par la Ligue Spartakus.&lt;br class='autobr' /&gt;
5-12 janvier : r&#233;volte spartakiste de Berlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 janvier : &lt;br class='autobr' /&gt;
o	cr&#233;ation du Parti des travailleurs allemands (DAP), qui devient en 1920 le Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	d&#233;but de l'insurrection spartakiste men&#233;e par les dirigeants berlinois du parti social-d&#233;mocrate ind&#233;pendant, les d&#233;l&#233;gu&#233;s r&#233;volutionnaires et les spartakistes. L'insurrection est &#233;cras&#233;e du 9 au 12 janvier par le ministre social-d&#233;mocrate de la Reichswehr Gustav Noske et par les corps francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 janvier : une r&#233;publique sovi&#233;tique est proclam&#233;e &#224; Br&#234;me. Elle dure quatre semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 janvier : Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg sont assassin&#233;s par des corps francs charg&#233;s par Gustav Noske, ministre SPD de la D&#233;fense, d'&#233;craser la r&#233;volte spartakiste pendant la r&#233;volution allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 janvier : &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e nationale constituante. Victoire du SPD, du Zentrum et du DDP (d&#233;mocrates) qui obtiennent les 3/4 des suffrages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 f&#233;vrier : la nouvelle assembl&#233;e se r&#233;unit &#224; Weimar.&lt;br class='autobr' /&gt;
11 f&#233;vrier : &#233;lection de Friedrich Ebert pr&#233;sident du Reich.&lt;br class='autobr' /&gt;
13 f&#233;vrier : Philipp Scheidemann forme un gouvernement de coalition.&lt;br class='autobr' /&gt;
21 f&#233;vrier : assassinat du dirigeant social-d&#233;mocrate des Conseils de Bavi&#232;re, Kurt Eisner, &#224; Munich.&lt;br class='autobr' /&gt;
3 mars : &#224; l'appel du Parti communiste d'Allemagne, les conseils ouvriers de Berlin d&#233;clenchent une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Le ministre de la Reichswehr proclame l'&#233;tat de si&#232;ge suivi le lendemain par des affrontements entre les manifestants et l'arm&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
4-13 mars : la r&#233;pression de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Berlin par la police et l'arm&#233;e fait 12 000 morts. Arrestation de militants spartakistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
7 avril : proclamation de la r&#233;publique des conseils de Bavi&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
7 avril : tentative de r&#233;volution communiste en Bavi&#232;re. Proclamation de la r&#233;publique des conseils de Bavi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 avril : apr&#232;s &#234;tre parvenus &#224; un accord sur les r&#233;parations allemandes et sur la Sarre, les Alli&#233;s s'entendent sur l'occupation temporaire de la Rh&#233;nanie par les troupes fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 avril : l'arm&#233;e et les corps francs entrent en Bavi&#232;re pour &#233;craser l'insurrection d&#233;clench&#233;e le 7 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er-8 mai : l'arm&#233;e et les corps franc prennent Munich. Fin de la r&#233;publique des conseils de Bavi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 mai : le projet de trait&#233; est soumis &#224; la d&#233;l&#233;gation allemande &#224; Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 mai : l'Assembl&#233;e nationale constituante allemande, r&#233;unie en session extraordinaire, rejette le projet de trait&#233; soumis &#224; la d&#233;l&#233;gation allemande &#224; Versailles le 7 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 juin : les Alli&#233;s adressent un ultimatum &#224; l'Allemagne. Berlin a sept jours pour accepter les conditions de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 juin : le Gouvernement Scheidemann, refusant de prendre la responsabilit&#233; de signer le trait&#233; de Versailles. Friedrich Ebert reste &#224; son poste et le lendemain confie &#224; un cabinet de coalition dirig&#233; par Gustav Bauer la t&#226;che d'accepter le &#171; Diktat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 juin : sabordage de la flotte de guerre allemande &#224; Scapa Flow dans les &#238;les Orcades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 - 23 juin : l'assembl&#233;e de Weimar s'incline &#224; 237 voix contre 138 et approuve le trait&#233; de Versailles. Elle rejette cependant les articles sur la responsabilit&#233; et les criminels de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 juin : le trait&#233; de Versailles est sign&#233;, y compris les articles jug&#233;s &#171; honteux &#187; par l'assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 juillet : l'Assembl&#233;e nationale adopte la constitution de Weimar, proclam&#233;e le 11 ao&#251;t. Le chancelier du Reich et le gouvernement du Reich seront responsables devant le Reichstag, &#233;lu pour quatre ans au suffrage universel et qui peut &#234;tre dissout par le pr&#233;sident du Reich (&#233;lu pour 7 ans). Le Reichsrat, form&#233; des repr&#233;sentants des diff&#233;rents L&#228;nder, remplace le Bundesrat mais voit sa comp&#233;tence r&#233;duite (pouvoir suspensif). Le Reich comprend 17 L&#228;nder au lieu de 25, &#224; la suite de la fusion de sept principaut&#233;s en un &#201;tat de Thuringe. Le pouvoir f&#233;d&#233;ral est renforc&#233; (perception de presque tous les imp&#244;ts).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 ao&#251;t : la Constitution de Bamberg, adopt&#233; le 12, est promulgu&#233;e par la Bavi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16-17 ao&#251;t : d&#233;but d'une insurrection des populations polonaises contre l'autorit&#233; allemande en Haute-Sil&#233;sie. Le 19 ao&#251;t, l'&#233;tat de si&#232;ge est proclam&#233;. Le 24 l'insurrection est d&#233;finitivement r&#233;prim&#233;e par les corps francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 septembre : les Alli&#233;s imposent &#224; l'Allemagne de renoncer &#224; l'article 61 de la constitution de Weimar qui pr&#233;voyait la possibilit&#233; d'un Anschluss (unification) entre l'Allemagne et l'Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 septembre : dans une brasserie de Munich, Adolf Hitler prend la parole &#224; un meeting du Parti ouvrier allemand, fond&#233; en janvier. Le 19 octobre, il sollicite son adh&#233;sion &#224; ce parti avec l'approbation de ses sup&#233;rieurs, qui est accept&#233;e le 1er janvier 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 novembre : devant la commission d'enqu&#234;te du Reichstag, Hindenburg, qui a d&#233;missionn&#233; le 25 juin, rejette la responsabilit&#233; de la d&#233;faite sur les dissensions entre partis et sur la propagande r&#233;volutionnaire (th&#232;se du &#171; coup de poignard dans le dos &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution hongroise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4761&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4761&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vague des conseils d'usine en 1919 en Italie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article5677&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.org/spip.php?article5677&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution &#233;gyptienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_%C3%A9gyptienne_de_1919&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_%C3%A9gyptienne_de_1919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 Janvier 1919 : &#8220;battle of George Square&#8221; en Angleterre. Charge de la police &#224; Glasgow lors d'une gr&#232;ve pour la r&#233;duction du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Battle_of_George_Square?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Battle_of_George_Square?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier 1919 : r&#233;pression violente de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Argentine (200 ouvriers assassin&#233;s)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Semaine_tragique_(Argentine&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Semaine_tragique_(Argentine&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;vrier 1919 : premier congr&#232;s panafricain &#224; Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Congr%C3%A8s_panafricain&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Congr%C3%A8s_panafricain&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1919 : mouvement insurrectionnel en Cor&#233;e contre l'occupation japonaise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_du_1er_mars&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_du_1er_mars&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1919 : r&#233;volution hongroise des soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 mars 1919 : en Hongrie, apr&#232;s la fusion des partis communiste et social-d&#233;mocrate, B&#233;la Kun prend le pouvoir et proclame la r&#233;publique des conseils de Hongrie sur le mod&#232;le des Soviets russes. Cet interm&#232;de communiste dure jusqu'au 1er ao&#251;t. Le 26 mars, le gouvernement de B&#233;la Kun nationalise toutes les entreprises industrielles et commerciales. Il prend des d&#233;crets sociaux pour les femmes et les enfants, des mesures de contr&#244;le sur la presse, la culture et les professions lib&#233;rales. Le 4 avril, il lance une r&#233;forme agraire, qui attribue les terres confisqu&#233;es aux grands propri&#233;taires &#224; des coop&#233;ratives, alors que les paysans et le prol&#233;tariat agraire s'attendent &#224; leur distribution. La Hongrie conna&#238;t bient&#244;t la p&#233;nurie, le rationnement et l'inflation (la couronne chute de 90 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 avril : les Hongrois proclament la &#171; r&#233;volution en danger &#187;. Plus de 40 000 ouvriers s'enr&#244;lent dans l'arm&#233;e rouge en six jours &#224; l'appel de B&#233;la Kun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 avril : les troupes polonaises conduites par J&#243;zef Pi&#322;sudski entrent dans Vilnius.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin de la R&#233;publique socialiste sovi&#233;tique lituano-bi&#233;lorusse.&lt;br class='autobr' /&gt;
1er mai : offensive tch&#232;que en Hongrie.&lt;br class='autobr' /&gt;
10 juin : B&#233;la Kun refuse l'offre de r&#232;glement du conflit par Alli&#233;s et lance une nouvelle offensive.&lt;br class='autobr' /&gt;
12-13 juin : congr&#232;s du Parti des communistes de Hongrie La supr&#233;matie des communistes hongrois est consacr&#233;e au congr&#232;s du parti, suivi de l'Assembl&#233;e nationale des Conseils (14-23 juin), une sorte de Constituante qui adopte le principe de la dictature du prol&#233;tariat et le nom d'&#201;tat socialiste f&#233;d&#233;ratif. &lt;br class='autobr' /&gt;
24 juin : &#233;chec d'une tentative de putsch contre-r&#233;volutionnaire &#224; Budapest&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 juillet : la Galicie orientale devient un protectorat polonais apr&#232;s la conf&#233;rence de Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
20 juillet : l'arm&#233;e rouge hongroise lance une offensive contre les Roumains mais est &#233;cras&#233;e &#224; Kis&#250;jsz&#225;ll&#225;s le 24 juillet.&lt;br class='autobr' /&gt;
1er ao&#251;t : d&#233;mission du gouvernement des conseils en Hongrie. B&#233;la Kun s'exile &#224; Vienne[106]. Gyula Peidl, pr&#233;sident du syndicat des imprimeurs oppos&#233; &#224; la R&#233;publique des conseils de Hongrie, forme un gouvernement socialiste (fin le 6 ao&#251;t).&lt;br class='autobr' /&gt;
3 ao&#251;t : les troupes roumaines occupent Budapest apr&#232;s la chute de B&#233;la Kun et y restent jusqu'en novembre. Le 6 ao&#251;t, Istv&#225;n Friedrich force le cabinet de Gyula Peidl &#224; d&#233;missionner et forme un gouvernement contre-r&#233;volutionnaire[113]. D&#233;but de la Terreur blanche en Hongrie (1919-1920).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 avril 1919 : assassinat d'Emiliano Zapata, un tournant de la r&#233;volution mexicaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 1919 : r&#233;pression violente de la r&#233;volte en Inde par les troupes anglaises&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Rowlatt_Act&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Rowlatt_Act&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_d%27Amritsar&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_d%27Amritsar&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 1919 : mouvement r&#233;volutionnaire en Chine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_du_4_Mai&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_du_4_Mai&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 mai 1919 : d&#233;but de la premi&#232;re r&#233;volte kurde contre les Britanniques en Irak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juillet 1919 : mise en place de la dictature de Augusto Bernardino Legu&#237;a au P&#233;rou contre le peuple en r&#233;volte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 juillet 1919 : gr&#232;ve des cheminots au Portugal qui dure jusqu'en septembre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juillet 1919 : d&#233;but de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Sierra Leone accompagn&#233;e d'&#233;meutes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volte alaouite en Syrie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_alaouite_de_1919&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_alaouite_de_1919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but de la terreur blanche des imp&#233;rialismes et des arm&#233;es contre-r&#233;volutionnaires russes contre le pouvoir des soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e pro-imp&#233;rialiste polonaise attaque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_sovi%C3%A9to-polonaise&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_sovi%C3%A9to-polonaise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 janvier 1919 : apr&#232;s avoir pris Oufa le 31 d&#233;cembre, l'Arm&#233;e rouge prend Orenbourg. Elle vainc en 1919-1920 les troupes russes contre-r&#233;volutionnaires r&#233;fugi&#233;es dans les steppes et occupe le Kazakhstan. La Kirghizie, apr&#232;s avoir r&#233;sist&#233; aux bolcheviks, est rattach&#233;e &#224; la R&#233;publique socialiste sovi&#233;tique autonome (RSSA) du Turkestan au sein de la R&#233;publique socialiste f&#233;d&#233;rative sovi&#233;tique de Russie (RSFSR) jusqu'en 1924[&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 f&#233;vrier 1919 : Kiev est reconquise par les bolch&#233;viks qui chassent le gouvernement du Directoire de la R&#233;publique populaire ukrainienne (Simon Petlioura)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19-21 avril 1919 : mutinerie des marins fran&#231;ais de l'escadre de la mer Noire qui faisait la guerre contre la Russie des soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er juillet : l'arm&#233;e rouge reprend Perm, puis Iekaterinbourg le 14, franchit l'Oural et atteint Tcheliabinsk le 24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 juillet : l'arm&#233;e tch&#232;que met fin &#224; la r&#233;publique slovaque des Conseils proclam&#233;e le 16 juin avec l'aide de l'arm&#233;e rouge hongroise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 octobre : succ&#232;s de l'Arm&#233;e rouge sur les troupes russes blanches en Sib&#233;rie apr&#232;s la bataille de Tobolsk-Petropavlovsk. Les Bolcheviks gagnent du terrain sur le front oriental ; le 14 novembre, ils prennent Omsk, la capitale de Koltchak, puis Novossibirsk (14 d&#233;cembre), Tomsk (20 d&#233;cembre), Krasno&#239;arsk (6 janvier 1920), Irkoutsk (7 mars 1920).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 octobre : l'Arm&#233;e rouge reprend Tsarsko&#239;e Selo puis Yamburg le 15 novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE POINT DE VUE IMPERIALISTE SUR LA VAGUE REVOLUTIONNAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
La vague r&#233;volutionnaire en Europe 1918-1920, vue par les dirigeants politiques de l'imp&#233;rialisme&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 24 mars 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson (USA) : C'est en ce moment une v&#233;ritable course contre la montre entre la paix et l'anarchie et le public commence &#224; manifester son impatience. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George (GB) : (...) Je propose donc, avec la Pr&#233;sident Wilson, que nous nous r&#233;unissions entre chefs de gouvernements, deux fois par jour s'il le faut, pour aller plus vire, et que nous commencions d&#232;s demain. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 25 mars 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Alby : La question du ravitaillement d'Odessa est pos&#233; par une s&#233;rie de t&#233;l&#233;grammes des g&#233;n&#233;raux Berthelot et Franchet d'Esp&#233;rey (...) nous oblige &#224; trouver le moyen de nourrir, &#224; Odessa et autour de cette ville, un million de personnes. Si nous ne pouvons pas le faire, il est inutile de songer &#224; garder Odessa.&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;ponse &#224; une question pos&#233;e par M. Lloyd George sur les effectifs alli&#233;s &#224; Odessa, le g&#233;n&#233;ral Alby r&#233;pond qu'ils s'&#233;l&#232;vent &#224; environ 25.000 hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau (France) : Ce matin m&#234;me, le g&#233;n&#233;ral d'Esp&#233;rey a demand&#233; qu'on lui envoie pour Odessa des troupes polonaises d'Italie. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Alby : L'Italie est dispos&#233;e &#224; envoyer 7.000 Polonais (...) Les autorit&#233;s russes d'Odessa demandent qu'on leur fournisse du pain &#224; raison de 1.000 tonnes par semaine, (...) 15.000 tonnes de charbon par mois sont absolument n&#233;cessaires, sans quoi le danger d'une r&#233;volte de la population serait tr&#232;s grand. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je suis frapp&#233;, dans des d&#233;p&#234;ches qu'on nous a lues, de ces mots : &#171; La population d'Odessa nous est hostile &#187;. S'il en est ainsi, on peut se demander &#224; quoi sert de garder cet &#238;lot entour&#233;, presque submerg&#233; par le bolchevisme. (...) Cela me confirme dans ma politique, qui est de laisser la Russie aux Bolcheviks &#8211; ils cuiront dans leur jus jusqu'&#224; ce que les circonstances aient rendu les Russes plus sages - et de nous borner &#224; emp&#234;cher le bolchevisme d'envahir d'autres parties de l'Europe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : J'ai entendu tout r&#233;cemment M.Bratiano qui consid&#232;re que ce qu'il y a de plus important &#224; faire en Roumanie : 1&#176; de nourrir la population 2&#176; d'&#233;quiper l'arm&#233;e 3&#176; de donner la terre aux paysans. Ce sont des moyens intelligents et efficaces de pr&#233;server la Roumanie du bolchevisme. Mais devons-nous nous obstiner &#224; garder Odessa, dont la population se soul&#232;vera d&#232;s que les Bolcheviks feront leur apparition ? Il vaut mieux concentrer tous nos moyens de d&#233;fense en Roumanie et &#233;tablir l&#224; notre barri&#232;re contre le bolchevisme. (...) La population sib&#233;rienne est-elle favorable &#224; Koltchak ou non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Thwaites : Koltchak para&#238;t soutenu par la population ; mais un mouvement de m&#233;contentement et une tendance au bolchevisme se produisent dans la r&#233;gion occup&#233;e par les Japonais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Si Odessa tombe, qu'arrivera-t-il ?&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Thwaites : Les Bolcheviks attaqueront imm&#233;diatement la Roumanie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Colonel Kish : (...) L'occupation d'Odessa par les Bolcheviks donnera en Russie l'impression d'une grande victoire remport&#233;e par eux sur les Alli&#233;s. L'&#233;v&#233;nement serait donc important du point de vue moral. Mais c'est la seule raison s&#233;rieuse que nous ayons de garder Odessa. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Le p&#233;ril bolcheviste s'&#233;tend en ce moment vers le sud et vers la Hongrie ; il continuera &#224; s'&#233;tendre tant qu'il ne sera pas arr&#234;t&#233; ; il faut l'arr&#234;ter &#224; Odessa et &#224; Lemberg. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mar&#233;chal Foch : Abandonner Odessa, c'est abandonner la Russie du sud, mais &#224; vrai dire elle est d&#233;j&#224; perdue et nous ne la perdrons pas une seconde fois&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : je demanderai au Mar&#233;chal Foch s'il a un nom &#224; nous fournir pour le g&#233;n&#233;ral qui prendrait le commandement de l'arm&#233;e roumaine. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 26 mars 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Loucheur : 30 milliards minimum est (...) ce que je crois sinc&#232;rement l'Allemagne capable de payer (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Si les dirigeants allemands arrivent &#224; la conclusion que ce qu'ils ont de mieux &#224; faire est d'imiter la Hongrie et de faire alliance avec les Bolcheviks, s'ils pr&#233;f&#232;rent le risque d'une anarchie de quelques ann&#233;es &#224; une servitude de trente-cinq ans que ferons-nous ? (...) Si nous avions &#224; occuper un pays tr&#232;s peupl&#233;, comme la Westphalie, tandis que l'Allemagne autour de nous se rel&#232;verait ou serait agit&#233;e par un bolchevisme contagieux, quels ne seraient pas nos d&#233;penses et nos risques ? (...) Ma conviction est que les Allemands ne signeront pas les propositions qu'on envisage (...) L'Allemagne passera au Bolchevisme. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je ne puis qu'exprimer mon admiration pour l'esprit qui se manifeste dans les paroles de M.Lloyd George. Il n'y a rien de plus honorable que d'&#234;tre chass&#233; du pouvoir parce qu'on a eu raison. (...) le gouvernement de Weimar est sans cr&#233;dit. S'il ne peut rester au pouvoir, il sera remplac&#233; par un gouvernement tel qu'il sera impossible de traiter avec lui. (...) Nous devons &#224; la paix du monde de ne pas donner &#224; l'Allemagne la tentation de se jeter dans le Bolchevisme, nous ne savons que trop les relations des chefs bolcheviks avec l'Allemagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : J'approuve fondamentalement M.Lloyd George et M. Wilson, mais je ne crois pas qu'il y ait d&#233;saccord entre eux et M.Loucheur qui, en homme d'affaires exp&#233;riment&#233;, se garderait bien de rien faire qui p&#251;t tuer la poule aux &#339;ufs d'or. (...) Nous avons raison de craindre le bolchevisme chez l'ennemi (les pays vaincus) et d'&#233;viter d'en provoquer le d&#233;veloppement, mais il ne faudrait pas le r&#233;pandre chez nous-m&#234;mes. (...) soit en France soit en Angleterre. Il est bien de vouloir m&#233;nager les vaincus, mais il ne faudrait pas perdre de vue les vainqueurs. Si un mouvement r&#233;volutionnaire devait se produire quelque part, parce que nos solutions para&#238;traient injustes, que ce ne soit pas chez nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : (...) Je sais quelque chose du danger bolcheviste dans nos pays ; je le combats moi-m&#234;me depuis plusieurs semaines (...) Le r&#233;sultat, c'est que des syndicalistes comme Smilie, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des mineurs, qui auraient pu devenir un danger formidable, finissent par nous aider &#224; &#233;viter un conflit. Les capitalistes anglais &#8211;dieu merci ! &#8211; ont peur, et cela les rend raisonnables. Mais en ce qui concerne les conditions de paix, ce qui pourrait provoquer une explosion du bolchevisme en Angleterre, ce ne serait pas le reproche d'avoir demand&#233; trop peu &#224; l'ennemi, mais celui de lui avoir demand&#233; trop. L'ouvrier anglais ne veut pas accabler le peuple allemand par des exigences excessives. (...) De toutes mani&#232;res, nous allons imposer &#224; l'Allemagne une paix tr&#232;s dure : elle n'aura plus de colonies, plus de flotte, elle perdra 6 ou 7 millions d'habitants, une grande partie de ses richesses naturelles : presque tout son fer, une grande partie de son charbon. Militairement, nous la r&#233;duisons &#224; l'&#233;tat de la Gr&#232;ce, et au point de vue naval, &#224; celui de la R&#233;publique Argentine. Et sur tous ces points nous sommes enti&#232;rement d'accord. (...) Si vous ajoutez &#224; cela des conditions secondaires qui puissent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme injustes, ce sera peut-&#234;tre la goutte d'eau qui fera d&#233;border le vase. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 27 mars 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je ne crains pas dans l'avenir les guerres pr&#233;par&#233;es par les complots secrets des gouvernements mais plut&#244;t les conflits cr&#233;&#233;s par le m&#233;contentement des populations. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mar&#233;chal Foch : Pour arr&#234;ter l'infiltration bolcheviste il faut cr&#233;er une barri&#232;re en Pologne et en Roumanie, fermant la br&#232;che de Lemberg, et assainir les points de l'arri&#232;re qui peuvent &#234;tre infect&#233;s, comme la Hongrie, en assurant le maintien des communications par Vienne. En ce qui concerne particuli&#232;rement la Roumanie, les mesures n&#233;cessaires sont pr&#233;vues en d&#233;tail pour envoyer &#224; son arm&#233;e les effets et &#233;quipements qui lui manquent. Cette arm&#233;e sera plac&#233;e sous le commandement d'un g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais. Vienne sera occup&#233;e par des troupes alli&#233;es sous un commandement am&#233;ricain. (...) Nous sommes d'accord sur l'aide &#224; donner &#224; l'arm&#233;e roumaine et sur l'&#233;vacuation d'Odessa, qui est li&#233;e &#224; notre action en Roumanie. (...) Quant &#224; l'id&#233;e d'op&#233;rer la jonction entre les forces polonaises et roumaines pour faire face &#224; l'est, c'est le pr&#233;lude d'une marche vers et cela nous conduit &#224; la question d'une intervention militaire en Russie. Nous avons examin&#233; cette question plus d'une fois et nous sommes chaque fois arriv&#233;s &#224; la conclusion qu'il ne fallait pas penser &#224; une intervention militaire. (...) L'&#233;vacuation d'Odessa est consid&#233;r&#233;e comme le moyen de reporter des ressources, dont l'emploi &#224; Odessa ne pouvait conduire &#224; aucun r&#233;sultat satisfaisant, sur la Roumanie pour compl&#233;ter ses moyens de d&#233;fense. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mar&#233;chal Foch (chef des arm&#233;es alli&#233;es) : Pour arr&#234;ter l'infiltration bolcheviste il faut cr&#233;er une barri&#232;re en Pologne et en Roumanie, fermant la br&#232;che de Lemberg, et assainir les points de l'arri&#232;re qui peuvent &#234;tre infect&#233;s, comme la Hongrie, en assurant le maintien des communications par Vienne. (...) Contre une maladie &#233;pid&#233;mique, on fait un cordon sanitaire : on place un douanier tous les deux cent m&#232;tres et on emp&#234;che les gens de passer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Orlando (Italie) : Je demande la permission de lire deux t&#233;l&#233;grammes que nous recevons de notre commissaire italien &#224; Vienne sur la situation. Le premier nous informe qu'on a re&#231;u &#224; Vienne une d&#233;p&#234;che du gouvernement r&#233;volutionnaire de Budapest, invitant le prol&#233;tariat viennois &#224; suivre l'exemple des Hongrois. Il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; par les r&#233;volutionnaires viennois de former un conseil de travailleurs, de mani&#232;re &#224; les mettre en &#233;tat de prendre le pouvoir (...) Le second t&#233;l&#233;gramme (...) consid&#232;re l'infiltration bolcheviste comme probable si la garde populaire n'est pas d&#233;sarm&#233;e. Le gouvernement est faible, mais il suffirait, pour r&#233;tablir la situation, d'envoyer &#224; Vienne deux r&#233;giments am&#233;ricains qui seraient re&#231;us avec soulagement par la majorit&#233; de la population. Une d&#233;claration des Alli&#233;s au sujet des approvisionnements produirait un effet utile mais ne servirait &#224; rien si elle venait apr&#232;s le triomphe des bolchevistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Diaz : Le bolchevisme est un mouvement populaire qui se manifeste partout o&#249; les vivres manquent et o&#249; l'autorit&#233; centrale est faible. (...) Son succ&#232;s para&#238;t li&#233; aux succ&#232;s du mouvement bolcheviste russe.. (...) la fermentation qui se produit actuellement n'a pas lieu seulement &#224; Vienne, mais jusque dans les pays slov&#232;nes, partout en un mot o&#249; la population souffre de l'insuffisance du ravitaillement. En occupant Vienne fortement, on tient les voies de communication et on arr&#234;te ce progr&#232;s mena&#231;ant. Ce qu'il faut c'est donner aux populations l'impression que nous apportons des vivres, l'ordre et la s&#233;curit&#233;. Sans cela elles se jetteront instinctivement du c&#244;t&#233; du d&#233;sordre.&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Bliss : Le mot &#171; bolcheviste &#187; revient si souvent dans nos d&#233;bats qu'&#233;videmment il donne le ton &#224; tout ce qui vient d'&#234;tre dit. Si nous remplacions par le mot &#171; r&#233;volutionnaire &#187;, ce serait peut-&#234;tre plus clair. Le bolchevisme est la forme prise par le mouvement r&#233;volutionnaire dans les pays arri&#233;r&#233;s qui ont particuli&#232;rement souffert. D'ailleurs nous entendons dire, tant&#244;t que le bolchevisme russe est un produit allemand, tant&#244;t que c'est un mouvement essentiellement russe et qui, de l'est, vient envahir l'Europe. S'il &#233;tait certain qu'il vient de Russie, c'est l&#224; &#233;videmment qu'il faudrait le tuer. Mais le probl&#232;me est plus difficile. Un cordon sanitaire pourrait arr&#234;ter les bolchevistes, mais non le bolchevisme, et pour en faire une barri&#232;re v&#233;ritable, il faudrait d&#233;ployer des forces tr&#232;s consid&#233;rables depuis la Baltique jusqu'&#224; la mer Noire. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : La question n'est-elle pas de savoir s'il est possible d'organiser une r&#233;sistance arm&#233;e contre le bolchevisme, ce qui veut dire : avons-nous, non seulement les troupes qu'il faut, mais les moyens mat&#233;riels, et le sentiment public qui nous soutiendrait ? A mon avis, essayer d'arr&#234;ter un mouvement r&#233;volutionnaire par des arm&#233;es en ligne, c'est employer un balai pour arr&#234;ter une grande mar&#233;e. Les arm&#233;es, d'ailleurs, peuvent s'impr&#233;gner du bolchevisme qu'elles seraient charg&#233;es de combattre. Un germe de sympathie existe entre les forces qu'on voudrait opposer. Le seul moyen d'agir contre le bolchevisme, c'est d'en faire dispara&#238;tre les causes. (...) Une de ces causes est l'incertitude des populations au sujet de leurs fronti&#232;res de demain, des gouvernements auxquels elles devront ob&#233;ir, et, en m&#234;me temps, leur d&#233;tresse parce qu'elles manquent de vivres, de moyens de transport et de moyens de travail. (...) &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 28 mars 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je crains beaucoup la transformation de l'enthousiasme en d&#233;sespoir aussi violent que le bolchevisme qui dit : &#171; il n'y a pas de justice dans le monde, tout ce qu'on peut faire c'est se venger par la force des injustices commises auparavant par la force. &#187; (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 29 mars 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : L'armistice nous autorise &#224; envoyer des troupes en Pologne pour le maintien de l'ordre. Il faut bien faire comprendre aux Allemands que c'est dans ce but et pour prot&#233;ger la Pologne des bolcheviks russes que les troupes du g&#233;n&#233;ral Haller sont envoy&#233;es &#224; Varsovie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Il n'est pas de l'int&#233;r&#234;t du gouvernement allemand de nous emp&#234;cher de former une barri&#232;re contre le bolchevisme. (...) Sachons prendre une d&#233;cision ; ne faisons pas avec la Hongrie comme avec la Russie ; une Russie nous suffit. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 31 mars 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pichon : Que s'est-il pass&#233; (en Hongrie) ? (...) Le d&#233;part du comte Karoliyi et (. .) la chute du gouvernement (...). Une r&#233;publique des soviets a &#233;t&#233; proclam&#233;e. Nos missions ont &#233;t&#233; chass&#233;es et le premier acte du nouveau gouvernement a &#233;t&#233; de s'adresser &#224; L&#233;nine et de lui dire qu'on &#233;tait pr&#234;ts &#224; marcher avec lui. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Il faut avant tout &#233;claircir la situation. Le gouvernement de Budapest (...) est un gouvernement de soviets parce que c'est la forme de gouvernement &#224; la mode et il peut y avoir bien des esp&#232;ces de soviets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pichon : La Hongrie nous r&#233;pond par la r&#233;volution, par l'expulsion de nos missions. Nous sommes li&#233;s &#224; la Roumanie, &#224; qui nous avons promis de lib&#233;rer les populations transylvaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Il faut &#233;viter, par une attitude trop dure, de pousser un pays apr&#232;s l'autre dans le bolchevisme. Le m&#234;me danger existe &#224; Vienne. Si nous avions &#224; jeter l&#224; une ligne de d&#233;marcation, Vienne pourrait se jeter le lendemain dans le bolchevisme. Si de pareils &#233;v&#233;nements se r&#233;p&#232;tent, nous n'aurons pas de paix, parce que nous ne trouverons plus personne pour le conclure. En ce qui concerne la Hongrie (...) il ne servirait &#224; rien de lui dire &#171; Nous ne voulons rien avoir &#224; faire avec vous (...) nous n'avons jamais rien eu &#224; faire, ni les uns ni les autres, avec des gouvernements r&#233;volutionnaires. &#187; Quant &#224; moi, je suis pr&#234;t &#224; entrer en conversation avec n'importe quel coquin (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Le comte Karolyi est un homme fatigu&#233;, qui a jet&#233; le manche apr&#232;s la cogn&#233;e, et le bolchevisme n'a eu qu'&#224; prendre une place vide. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 8 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Orlando : Nous avons re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme de notre l&#233;gation en Suisse nous annon&#231;ant que la proclamation de la r&#233;publique des soviets &#224; Vienne est probable pour le 14 de ce mois, &#224; moins que Vienne ne soit occup&#233;e par les Alli&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Qui propose-t-on d'envoyer occuper Vienne ? pourquoi, si nous suivions ces suggestions, n'occuperions-nous pas l'Europe enti&#232;re ? Nos repr&#233;sentants &#224; Berlin nous tiennent le m&#234;me langage ; il n'y aurait plus de raison de s'arr&#234;ter. (...) J'ai re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme du War Office me faisant conna&#238;tre que la situation en Allemagne s'aggrave et que l'on craint une catastrophe. (...) Aujourd'hui, nous apprenons la proclamation de la r&#233;publique des soviets en Bavi&#232;re. Le danger est que, quand nous demanderons aux d&#233;l&#233;gu&#233;s allemands : &#171; qui repr&#233;sentez-vous ? &#187;, ils ne sachent que r&#233;pondre. (...) Nous sommes d'accord pour examiner ce que nous aurons &#224; faire non seulement si l'Allemagne tombe en d&#233;composition, mais aussi si la situation s'aggrave en Autriche et dans les pays voisins. (...) &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 16 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Balfour : Il y a, sur la c&#244;te de la Baltique, des troupes allemandes qui luttent contre les Bolcheviks et qui nous demandent de les aider en leur fournissant du charbon et des vivres et m&#234;me en leur permettant de recevoir des renforts d'Allemagne. Nous avons consenti (...) &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 18 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Pr&#233;sident Wilson donne lecture du texte sur la Pologne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Un article que je n'aime pas est celui qui demande la dissolution des conseils d'ouvriers et de soldats. L'ex&#233;cution n'en est pas facile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : C'est ce que nous avons fait sur les territoires que nous occupons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Sans doute, mais nous nous d&#233;sirons pr&#233;cis&#233;ment &#233;viter d'avoir &#224; occuper cette r&#233;gion &#233;loign&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 21 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Orlando : Quant &#224; moi, j'ai toujours eu le souci de calmer l'opinion. (...) Si je revenais en Italie en apportant une paix qui provoquerait un soul&#232;vement de la population, je rendrai un mauvais service au monde entier. Si l'opinion du pr&#233;sident Wilson pr&#233;vaut, il y aura une r&#233;volution en Italie, n'en doutez pas. R&#233;cemment des &#233;chauffour&#233;es se sont produites &#224; Rome et &#224; Milan entre les bolchevistes et les patriotes. Ce sont les bolchevistes qui ont &#233;t&#233; battus. A Milan, deux d'entre eux ont &#233;t&#233; tu&#233;s. Or cet &#233;l&#233;ment nationaliste qui est si excit&#233; en ce moment ferait la r&#233;volution si la paix lui paraissait mauvaise (...) Une Italie d&#233;&#231;ue et m&#233;contente, ce sera la r&#233;volution et un danger pour le monde entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Balfour : Mais supposez que l'Italie se brouille avec les Etats-Unis, je ne vois pas comment la vie &#233;conomique pourra continuer, et, dans ce cas, comment &#233;viterez vous la r&#233;volution sociale ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Orlando : J'ai encore espoir d &#233;viter la r&#233;volution sociale si je reste avec mon pays. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 22 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : J'ai peur d'une crise que nous ne puissions plus ma&#238;triser (...) Notre pauvre Europe est comme un terrain sem&#233; de grenades ; si on y met le pied, tout saute. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 23 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Il n'est pas possible de faire quoi que ce soit dans ce pays (l'Allemagne) avant que la population ait les vivres et les moyens de travail indispensables. La disette, au sens le plus g&#233;n&#233;ral du mot, est le terrain sur lequel cro&#238;t le bolchevisme. (...) Je ne peux pas consentir &#224; donner &#224; donner &#224; l'Italie ce qui serait la cause d'une s&#233;paration dangereuse entre le monde slave et l'Europe occidentale. Nous sommes devant une alternative : ou nous attirerons les slaves du sud vers l'Europe occidentale et vers la Soci&#233;t&#233; des Nations, ou nous les rejetterons vers la Russie et le bolchevisme. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 24 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Dans les villes (allemandes) il y a du bolchevisme. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 29 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Vandervelde : Nous avons, &#224; l'heure pr&#233;sente, 800.000 ch&#244;meurs survivent avec une allocation de 777 &#224; 14 francs par semaine. La vie, en Belgique, est trois fois plus ch&#232;re qu'en 1914. Cependant l'ordre et le calme n'ont cess&#233; d'y r&#233;gner. Ce qui les a maintenus, c'est d'abord l'organisation tr&#232;s forte de notre parti ouvrier dont je suis fier de dire qu'elle est la plus puissante garantie d'ordre qui existe dans notre pays (...). Je ne suis pas suspect de vues extr&#234;mes (...) Dans le discours que j'ai prononc&#233; en s&#233;ance pl&#233;ni&#232;re sur les conditions de travail, j'ai dit que les ouvriers belges, ayant &#224; choisir entre la m&#233;thode anglaise et la m&#233;thode russe, avaient choisi la m&#233;thode anglaise. Mr Lloyd George m'a dit qu'il &#233;tait fier de voir que les ouvriers belges reconnaissaient l'excellence de la m&#233;thode britannique. Mais pour que cela dure, il est indispensable que vous nous aidiez : il y va de l'avenir de nos travailleurs et de notre pays m&#234;me. &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 30 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Pour l'emploi du temps, il a &#233;t&#233; propos&#233; d'&#233;tudier la semaine prochaine les questions relatives &#224; la paix en Autriche. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui me rallie &#224; la proposition de M. Lloyd George, c'est l'effet moral que la convocation aura en Autriche. Les d&#233;p&#234;ches que nous recevons de Vienne indiquent l'urgence de soutenir le gouvernement actuel. La disette, le sentiment que la paix n'est pas en vue, cr&#233;ent un &#233;tat d'esprit dangereux (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Je propose d'entendre M. Tcha&#239;kovsky le chef du gouvernement d'Arkhangel (...) Les renseignements que nous recevons indiquent que Koltchak avance et pourra sans doute rejoindre Arkhangel (...) et, d'autre part, que le gouvernement de L&#233;nine est encore puissant, mais incline peu &#224; peu vers une politique plus mod&#233;r&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Nos informations tendent &#224; montrer que la puissance des Bolcheviks d&#233;cline.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Ici nos informations diff&#232;rent. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Un des &#233;l&#233;ments qui troublent la paix du monde est la pers&#233;cution des Juifs. Vous savez qu'ils sont particuli&#232;rement mal trait&#233;s en Pologne et qu'ils sont priv&#233;s des droits de citoyen en Roumanie. (...) Rappelez-vous que, quand les Juifs &#233;taient trait&#233;s en hors la loi en Angleterre, ils agissaient comme des gens hors la loi. Notre d&#233;sir est de les ramener partout dans la loi commune. (...) (Suite le 3 mai) Nos gouvernements, du moins les gouvernements britannique et am&#233;ricain, ont pris, vis-&#224;-vis des Juifs, l'engagement d'&#233;tablir en Palestine quelque chose qui ressemble &#224; un Etat isra&#233;lite, et les Arabes y sont tr&#232;s oppos&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Suite le 17 mai) Ce n'est pas seulement un sentiment de bienveillance &#224; l'&#233;gard des Juifs, mais par l'incertitude du danger que le traitement injuste des Juifs cr&#233;e dans diff&#233;rentes parties de l'Europe. Le r&#244;le des Juifs dans le mouvement bolcheviste est d&#251; sans aucun doute &#224; l'oppression que leur race a subi pendant si longtemps. Les pers&#233;cutions emp&#234;chent le sentiment patriotique de na&#238;tre et provoquent l'esprit de r&#233;volte. A moins que nous ne portions rem&#232;de &#224; la situation des Juifs, elle restera un danger pour le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Suite 6 juin) France, Italie, Grande Bretagne, Etats-Unis, ce n'est pas sur leurs territoires que l'on trouve cet &#233;l&#233;ment juif qui peut devenir un danger pour la paix en Europe, mais en Russie, en Roumanie, en Pologne, partout o&#249; les Juifs sont pers&#233;cut&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Cette difficult&#233; subsistera jusqu'&#224; ce que les Polonais deviennent assez intelligents pour savoir tirer parti de leurs Juifs, comme le font les Allemands.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Suite 23 juin) Pr&#233;sident Wilson Le plus important est d'apaiser les inqui&#233;tudes des Juifs. Je crains toujours de laisser subsister de ce c&#244;t&#233; un ferment dangereux. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 2 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : On me fait savoir que, dans plusieurs villes d'Italie, des soldats anglais ont &#233;t&#233; insult&#233;s dans les rues. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : En jetant un cristal dans un liquide, on le fait parfois cristalliser tout entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Quelquefois aussi, on provoque une explosion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : L'explosion s'est d&#233;j&#224; produite. (...) l'attitude de l'Italie est indubitablement agressive. (...) &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 7 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Je voudrai vous parler de la Russie La situation s'y transforme de la fa&#231;on la plus remarquable : nous assistons &#224; un v&#233;ritable effondrement du bolchevisme, &#224; tel point que le cabinet britannique sollicite de nous une d&#233;cision imm&#233;diate sur notre politique en Russie. D'apr&#232;s nos renseignements, Koltchak est sur le point de joindre ses forces &#224; celles d'Arkhangel ; il est possible aussi qu'il arrive &#224; bref d&#233;lai &#224; Moscou et y &#233;tablisse un nouveau gouvernement. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Que fournissez-vous &#224; Koltchak et &#224; D&#233;nikine ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Des armes et des munitions. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 8 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Rien n'a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; sur les fronti&#232;res de la Russie ou celles qu'il a lieu d'&#233;tablir &#224; l'int&#233;rieur de l'ancien empire russe. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 9 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Quand nous essay&#226;mes pour la premi&#232;re fois d'envoyer des vivres aux populations russes (...) des troupes am&#233;ricaines ont assur&#233; la police du chemin de fer entre le Pacifique et Irkoutsk. Notre gouvernement n'a pas confiance dans l'amiral Koltchak qui est soutenu par la France et l'Angleterre. (...) Dans ces conditions, nous devons ou prendre le parti de soutenir Koltchak et de renforcer notre arm&#233;e d'occupation, ou nous retirer totalement. Mais si nous augmentons nos effectifs, le Japon fera de m&#234;me. Quand nous sommes all&#233;s en Sib&#233;rie, nous nous &#233;tions entendus avec le Japon pour envoyer l&#224;-bas des forces &#233;quivalentes. En fait, nous avons envoy&#233; 9000 hommes et le japon 12000. Mais, peu &#224; peu, il a augment&#233; ses effectifs et les a port&#233;s &#224; 70.000 hommes. (...) Si, d'autre part, nous renfor&#231;ons les troupes qui gardent le chemin de fer, je crains une coalition entre les Cosaques et les Japonais contre nous. Pour moi j'ai toujours &#233;t&#233; d'avis de nous retirer de Russie (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : (...) Il devient n&#233;cessaire de nous entendre sur une politique commune en Russie. D'apr&#232;s nos renseignements, l'amiral Koltchak avance rapidement &#224; l'ouest de l'Oural et cela semble d&#233;montrer que les Bolcheviks n'ont plus la force de r&#233;sister, ou que les moyens de transport leur manquent compl&#232;tement. Quelles sont les derni&#232;res nouvelles ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sir Maurice Hankey : Les derniers t&#233;l&#233;grammes montrent que l'amiral Koltchak envoie des forces &#224; la fois dans la direction d'Arkhangel et vers le sud-ouest.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Nous avons certainement le droit de demander &#224; Koltchak quelles sont ses intentions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : D'abord sur la question agraire, il faut lui demander s'il est bien r&#233;solu &#224; ne pas reprendre la terre aux paysans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : D'apr&#232;s les informations que j'ai re&#231;ues d'un homme qui conna&#238;t tr&#232;s bien la Russie et sa situation pr&#233;sente, les paysans se sont empar&#233;s de la terre irr&#233;guli&#232;rement et au hasard. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Il faut se r&#233;signer &#224; des irr&#233;gularit&#233;s de ce genre dans une r&#233;volution : le fait s'est produit lors de la r&#233;volution fran&#231;aise. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Si l'amiral Koltchak peut nous rejoindre, c'est la fin du bolchevisme. ( ..)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Les troupes am&#233;ricaines d'Arkhangel ne sont pas bien sures. (...) Il est toujours dangereux de se m&#234;ler de r&#233;volutions &#233;trang&#232;res. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Ici ce sont des Russes qui agissent et nous ne ferons que les seconder. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lord Robert Cecil : Le grand probl&#232;me que nous avons &#224; r&#233;soudre est de remettre l'Europe au travail. Partout, le ch&#244;mage se d&#233;veloppe, surtout dans les Etats nouveaux. Se borner &#224; nourrir cette population de ch&#244;meurs serait presque sans effet au point de vue politique : s'ils sont nourris et sans travail, ils seront encore plus dispos&#233;s &#224; se r&#233;volter que dans la plus extr&#234;me d&#233;tresse. (...) Ce qui est certain, c'est que si rien n'est fait, nous nous trouverons en pr&#233;sence du chaos et de l'anarchie. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 10 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Une intransigeance de notre part aurait pour r&#233;sultat une r&#233;volution en Pologne. et, pour commencer, la chute de son gouvernement. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : J'ai re&#231;u ce matin un autre rapport qui me dit qu'&#224; mesure que Koltchak avance, il se produit des d&#233;sordres derri&#232;re lui. Les Bolcheviks ont quelques succ&#232;s en Sib&#233;rie orientale. Cela ne veut-il pas dire que l'on croit que si Koltchak r&#233;ussissait, le but final de son entourage serait le retour au pass&#233; ? Ne croit-on pas que c'est &#224; cela que les Alli&#233;s veulent l'aider ? (...) &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 17 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Maharadjah de Bikaner : Nous ne pouvons que d&#233;conseiller de la mani&#232;re la plus formelle tout partage de la Turquie (...) C'est avec tout le sentiment de ma responsabilit&#233; que j'appelle votre attention sur le danger de d&#233;sordre et de haine que cette question contient, non seulement pour l'Inde mais pour le monde entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Montagu : Il y a un danger v&#233;ritable chez les peuples musulmans. (...) Un Am&#233;ricain qui avait &#233;t&#233; prisonnier des Bolcheviks &#224; Tachkent (...) a &#233;t&#233; frapp&#233; par l'attitude des Musulmans &#224; l'&#233;gard des Alli&#233;s : le sentiment parmi eux &#233;tait que la Conf&#233;rence prenait position contre l'Islam. Je n'ai pas besoin de rappeler les &#233;v&#233;nements r&#233;cents qui se sont produits en Egypte et dans l'Afghanistan. Dans le Pendjab, des agitateurs hindous, excit&#233;s par les Bolcheviks, provoquaient les populations &#224; la r&#233;volte. (...) Il est sans exemple que l'on ait ainsi ouvert les mosqu&#233;es &#224; des pr&#233;dicateurs ou &#224; des orateurs qui n'appartenaient pas eux-m&#234;mes &#224; la religion musulmane. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 19 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : La situation &#224; Varsovie est certainement dangereuse. L'opinion est tr&#232;s mont&#233;e et aux excitations nationalistes se m&#234;lent des menaces de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des postes et des chemins de fer. (...) Paderewski nous avertit qu'une intransigeance compl&#232;te de notre part aurait pour r&#233;sultat une r&#233;volution en Pologne et, pour commencer, la chute de son gouvernement. (...) Le seul moyen de r&#233;gler la question hongroise est une intervention militaire. Il n'y aurait pas de r&#233;sistance. (...) On nous conseille d'envoyer &#224; Budapest une mission politique ayant &#224; sa t&#234;te un homme comme le g&#233;n&#233;ral Smuts pour assurer l'&#233;tablissement d'un gouvernement stable. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Nous sommes au milieu des sables mouvants. (...) Avez-vous vu le t&#233;l&#233;gramme de L&#233;nine qui accuse les troupes de Denikine d'atrocit&#233;s. J'ai bien peur qu'en fait les atrocit&#233;s n'aient lieu des deux c&#244;t&#233;s. Que penser des victoires de Koltchak ? (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : M&#234;me incertitude au sujet de la Hongrie. Nous recevons des rapports sur l'impopularit&#233; de la dictature du prol&#233;tariat. (...) La conclusion de mon repr&#233;sentant est que le seul moyen de r&#233;gler la question hongroise est une intervention militaire. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Il me para&#238;t bien difficile d'occuper Budapest. Que nous demandera-t-on d'occuper ensuite ? Ce n'est pas la premi&#232;re fois qu'on nous invite &#224; occuper telle ou telle partie de l'Europe. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : J'ai donn&#233; au D&#233;partement d'Etat l'instruction d'entrer directement en communication avec l'amiral Koltchak et de lui poser un certain nombre de questions, notamment sur ses intentions en ce qui concerne l'Assembl&#233;e Constituante et le r&#233;gime agraire. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 20 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lord Robert Cecil : L&#233;nine ne veut pas accepter la condition de suspension des hostilit&#233;s. Apr&#232;s consultation avec le Conseil supr&#234;me &#233;conomique, je conseille aux gouvernements de choisir entre deux politiques : il faut ou &#233;craser les Bolcheviks ou imposer aux diff&#233;rents groupes bellig&#233;rants de la Russie (...) qu'une Constituante soit imm&#233;diatement convoqu&#233;e. En tout cas, il ne faut pas essayer de m&#234;ler les deux syst&#232;mes. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Si nous cessons d'envoyer des armes &#224; Koltchak et &#224; Denikine, ce n'est pas cela qui arr&#234;tera L&#233;nine. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : D'un c&#244;t&#233;, nous avons des r&#233;volutionnaires violents et sans scrupules, de l'autre des gens qui pr&#233;tendent agir dans l'int&#233;r&#234;t de l'ordre, mais dont les intentions nous sont suspectes. Toutefois, nous avons le devoir de ne pas abandonner ceux dont nous avons eu besoin (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Nous aurons aussi &#224; examiner la question des provinces baltiques. (. ;) Comment faire fond sur ces populations ? Nous avons &#224; un moment donn&#233; cherch&#233; &#224; leur distribuer des armes pour combattre contre les Bolcheviks, mais nous y avons renonc&#233;, parce que nous trouvions trop peu de gens en qui on p&#251;t avoir confiance. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 21 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Le monde musulman s'agite, vous savez nos difficult&#233;s en Egypte, l'Afghanistan est en &#233;tat de guerre avec nous. Pendant la guerre nous avons lev&#233; dans les Indes plus d'un million d'hommes, presque tous musulmans, ce sont eux qui ont support&#233; presque tout le poids de la lutte contre la Turquie, quoique encadr&#233;s par des troupes blanches. Le monde musulman n'oublie pas cela. La division de la partie proprement turque de l'Asie Mineure serait injuste et impolitique (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Le Rond : Les Ukrainiens n'ont que m&#233;diocrement r&#233;sist&#233; aux Bolchevistes. (...) Les Polonais sont beaucoup plus capables qu'eux d'arr&#234;ter la marche en avant du bolchevisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Botha : Les Polonais, avec des munitions qu'ils re&#231;oivent de nous, attaquent des gens qui ne sont pas nos ennemis (Ukraine). S'ils ont besoin de ce que nous leur donnons pour combattre les Bolchevistes, nous sommes pr&#234;ts &#224; continuer &#224; le leur donner. (...) Si nous tol&#233;rons ce que la Pologne fait aujourd'hui, nous jetterons nous-m&#234;mes le peuple ukrainien dans les bras des Bolcheviks.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Si Paderewski tombe et que nous coupions les vivres &#224; la Pologne, la Pologne elle-m&#234;me ne deviendra-t-elle pas bolcheviste ? Le gouvernement de Paderewski est comme une digue contre le d&#233;sordre, et peut-&#234;tre la seule possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Les Polonais estiment que le moyen de combattre les Bolchevistes n'est pas de s'unir avec les Ukrainiens contre eux, mais de supprimer les Ukrainiens. Quarante millions d'Ukrainiens, s'ils sont foul&#233;s aux pieds, se soul&#232;veraient contre nous et pourraient cr&#233;er un nouveau bolchevisme quand l'ancien se serait effondr&#233;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 23 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Orlando : Je regrette beaucoup de ne pas pouvoir nier que l'&#233;tat d'esprit en Italie est fort pr&#233;occupant. C'est un aveu qui me co&#251;te beaucoup. L'exasp&#233;ration de l'opinion italienne vient en partie de la fatigue de la guerre, en partie de la sensation d'anxi&#233;t&#233; provenant du fait que l'Italie ne voit pas les questions qui l'int&#233;ressent recevoir leur solution. (...) Il en est r&#233;sult&#233; une tension qui va, je le reconnais, jusqu'&#224; la folie de la pers&#233;cution ; et cela se tourne contre le gouvernement italien lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : N'est-ce pas l'Angleterre qui a fourni la plus grande partie des armes et des munitions &#224; Koltchak et &#224; Denikine ? Les Etats-Unis n'ont rien fourni, sauf aux Tch&#233;coslovaques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : C'est en effet la Grande-Bretagne qui a fait la plus grande partie de ces fournitures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Nous en avons fait aussi mais moins que vous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Notre r&#244;le est diff&#233;rent. Nous n'avons fait que venir en aide aux Tch&#233;coslovaques et assurer en partie la garde du chemin de fer transsib&#233;rien. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Il faut reprendre la question de l'armement des petits Etats de l'Europe centrale. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous laisserons des troupes &#224; la Pologne &#224; cause du voisinage de la Russie. Nous laisserons des troupes &#224; la Roumanie pour la m&#234;me raison. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 24 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Nous craignons que l'amiral Koltchak, le g&#233;n&#233;ral Denikine et le gouvernement d'Arkhangel ne soient soumis &#224; des influences contre-r&#233;volutionnaires et que, s'ils n'ont pris aucun engagement vis-&#224;-vis de nous, leur victoire n'aboutisse &#224; une r&#233;action qui conduirait sans doute &#224; de nouveaux d&#233;sordres et &#224; une nouvelle r&#233;volution. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : En Angleterre, le sentiment contre l'action de toute troupe britannique en Russie est de plus en plus fort. En revanche, nous pouvons laisser tous les individus qui, de leur propre gr&#233;, s'engageront au service d'un des gouvernements russes (Koltchak ou Denikine), leur fournir cette sorte d'assistance individuelle. En fait, lorsque nous avons demand&#233; des volontaires pour notre corps d'occupation d'Arkhangel, nous en avons trouv&#233; beaucoup. (...) D'ailleurs, ce qu'il faut en Russie, ce sont avant tout des sp&#233;cialistes, artilleurs, aviateurs, etc&#8230; (&#8230;) Il est peut-&#234;tre mieux de ne m&#234;me pas mentionner ces volontaires dans notre d&#233;p&#234;che (...).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Ce n'est pas moi qu'il faut persuader mais le Congr&#232;s des Etats-Unis qui s'est montr&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent hostile &#224; l'id&#233;e de toute intervention en Russie. Je crois que cette attitude pourra changer si l'amiral Koltchak r&#233;ponde d'une mani&#232;re satisfaisante aux questions que nous allons lui poser. (...) Mais, pour aider l'amiral Koltchak dans sa marche vers l'ouest, nous ne lui fournissons que des moyens mat&#233;riels, en laissant aux individus le droit de s'engager volontairement dans les arm&#233;es russes. (...) Notre ambassadeur &#224; Tokyo est en route pour Omsk ; il doit voir l'amiral Koltchak et se former une opinion sur lui et son entourage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Il serait bon d'envoyer quelqu'un faire la m&#234;me enqu&#234;te chez le g&#233;n&#233;ral Denikine. (...) Denikine est entour&#233; de bons officiers mais dont les m&#233;thodes sont brutales : ils ont fusill&#233; quinze mille bolchevistes apr&#232;s les avoir fait prisonniers. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 26 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Le trait&#233; de Londres a &#233;t&#233; conclu dans des circonstances qu,i depuis, se sont modifi&#233;es. (...) L'opinion du monde elle-m&#234;me s'est modifi&#233;e. (...) le monde n'avait pas encore compris qu'il y avait l&#224; une question qui le regardait (l'oppression des peuples colonis&#233;s mena&#231;ant de se joindre &#224; la r&#233;volution russe et europ&#233;enne) et dans laquelle son avenir m&#234;me &#233;tait en jeu, c'est ce qui n'a &#233;t&#233; compris que graduellement aux Etats-Unis et dans d'autres pays. (...) C'est alors que j'ai fait au Congr&#232;s mon discours sur nos buts de guerre (. ;) mes quatorze points (...). Le trait&#233; de Londres est fond&#233; sur l'id&#233;e de l'ancienne politique europ&#233;enne que la puissance la plus forte a le droit de r&#233;gler le sort de la plus faible. (...) Si aujourd'hui cette id&#233;e &#233;tait maintenue, elle provoquerait des r&#233;actions fatales &#224; la paix du monde. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 28 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Nous allons discuter (...) pour tous les petits Etats (...) la question de la limitation de leurs armements (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Il y a, dans cette partie du monde, un facteur inconnu : c'est la Russie. Ne pouvons-nous pas dire que, l&#224; o&#249; ce facteur peut se faire sentir, des forces militaires pourront &#234;tre maintenues suffisantes pour parer &#224; toute &#233;ventualit&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : ce qu'il faut surtout, c'est ne pas trop h&#226;ter le d&#233;sarmement des Etats d'Europe centrale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Je crains ce qui peut arriver si ces Etats ont des arm&#233;es tr&#232;s sup&#233;rieures &#224; celle de l'Autriche. Je n'ai pas grande confiance dans la Roumanie, dans la Serbie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Il vaut mieux &#233;tablir un r&#233;gime provisoire tant que la p&#233;riode d'incertitude et de d&#233;sordre continue. Il est impossible aujourd'hui, quand l'est de l'Europe est dans un &#233;tat si critique, de militer d&#233;finitivement les forces de chaque Etat. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 29 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : En Russie, rien n'a plus contribu&#233; &#224; rendre les Bolcheviks populaires que l'occupation &#233;trang&#232;re. (En Europe centrale) il faut &#233;viter que l'occupation irrite la population, accumule les haines et cr&#233;e un danger pour l'Europe enti&#232;re. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 2 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : J'estime qu'il est de mon devoir de vous indiquer la situation de la d&#233;l&#233;gation britannique en ce qui concerne le trait&#233; de paix. Elle est difficile. Notre opinion publique d&#233;sire avant tout la paix (...) elle ne soutiendrait pas un gouvernement qui reprendrait la guerre. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 3 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Je crains que Koltchak n'ait subi un &#233;chec s&#233;rieux. &#187; &#171; 6 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sident Wilson donne lecture du t&#233;l&#233;gramme de l'amiral Koltchak en r&#233;ponse &#224; la demande de garanties des Alli&#233;s : (...) &#171; Il para&#238;t impossible de rappeler l'assembl&#233;e de 1917 &#233;lue sous un r&#233;gime de violence bolcheviste et dont les membres sont maintenant en majorit&#233; dans les rangs des Soviets. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 9 juin1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je prie les membres du Conseil militaire interalli&#233; de nous faire conna&#238;tre la situation militaire en Hongrie. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : J'ai des informations r&#233;centes d'un Anglais, venu de Budapest, et d'ailleurs tr&#232;s hostile &#224; Bela Kun. Il rejette toute la faute de ce qui est arriv&#233; sur les Roumains. (...) Bela Kun, &#224; ce moment, &#233;tait perdu. Il &#233;tait isol&#233; dans Budapest. Sa situation pouvait se comparer &#224; celle de la Commune de Paris imm&#233;diatement avant sa chute. L'avance des Roumains a soulev&#233; le sentiment national hongrois et donn&#233; &#224; Bela Kun une arm&#233;e (...) J'ai re&#231;u deux t&#233;l&#233;grammes de notre repr&#233;sentant militaire &#224; Prague. Le premier dit que la situation est tr&#232;s grave, que les Tch&#232;ques manquent de munitions, que Presbourg est menac&#233; et que le bolchevisme se d&#233;veloppe en Slovaquie. Le second annonce qu'&#224; la requ&#234;te du Pr&#233;sident Masaryk, le g&#233;n&#233;ral Pell&#233; a &#233;t&#233; plac&#233; &#224; la t&#234;te de l'arm&#233;e tch&#233;coslovaque et la loi martiale proclam&#233;e &#224; Presbourg. (...) Le g&#233;n&#233;ral Franchet d'Esperey, qui nous repr&#233;sente tous, a donn&#233; une premi&#232;re fois aux Roumains ordre de s'arr&#234;ter. Cet ordre n'a pas &#233;t&#233; ob&#233;i. (...) Je propose d'arr&#234;ter tout envoi de mat&#233;riel &#224; la Roumanie jusqu'&#224; ce qu'elle ait ob&#233;i &#224; notre ordre. (...) La plus grande partie de nos difficult&#233;s vient de ce que les Etats qui sont nos amis refusent de suivre nos instructions. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je n'aime pas jouer les d&#233;p&#244;ts de munitions. Cela peut produire des explosions. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Les Allemands ne savent plus o&#249; ils en sont. Ils ressemblent &#224; un homme pris dans un cyclone, &#224; qui l'on demanderait tout &#224; coup : &#171; &#224; quel prix vendez-vous votre cheval ? &#187; D'ailleurs nous sommes un peu dans la m&#234;me situation. (...) Il faut aboutir. Nous ne pourrons tenir aucune des autres nations tant que nous n'aurons pas fait la paix avec l'Allemagne. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 10 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Nous vous avons convoqu&#233;s, Messieurs, parce que nous sommes tr&#232;s pr&#233;occup&#233;s de la situation militaire en Hongrie et autour de la Hongrie. (...) Cette seconde offensive (roumaine) a eu comme cons&#233;quence la chute de Karolyi, dont l'attitude envers l'Entente &#233;tait plus amicale que celle d'aucun autre homme d'Etat hongrois .C'est alors que Bela Kun s'empara du pouvoir. Son gouvernement n'&#233;tait pas de nature &#224; &#234;tre accept&#233; par les classes les plus &#233;tablies de la population. Mais quand les Tch&#232;ques, &#224; leur tour, attaqu&#232;rent le territoire hongrois. On nous rapporte que les officiers de l'ancienne arm&#233;e hongroise eux-m&#234;mes vinrent se ranger autour du gouvernement de Bela Kun. Celui-ci donc arriv&#233; au pouvoir en cons&#233;quence de l'offensive roumaine y a &#233;t&#233; consolid&#233; par l'offensive tch&#232;que. Rien ne peut &#234;tre plus fatal &#224; notre politique. (...) Nous devons &#233;viter de cr&#233;er nous-m&#234;mes le bolchevisme en donnant aux populations des pays ennemis de justes raisons de m&#233;contentement. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 12 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : En r&#233;ponse &#224; l'amiral Koltchak, nous ne pouvons faire plus que lui promettre notre appui. Il est impossible de reconna&#238;tre son gouvernement comme celui de toute la Russie. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Orlando : Il y a en Italie une gr&#232;ve qui me pr&#233;occupe (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : J'ai eu quelques renseignements sur ce qui s'est pass&#233; &#224; Rome pendant la visite de Ramsay MacDonald. Les socialistes italiens &#233;taient d'avis de faire un coup, d'accord avec les groupes ouvriers de France et d'Angleterre. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Orlando : L'agitation qui a lieu en Italie en ce moment est surtout dirig&#233;e contre la hausse des prix. Il y a eu quelques incidents s&#233;rieux &#224; La Spezia : une personne a &#233;t&#233; tu&#233;e et deux bless&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Cette question des prix me pr&#233;occupe beaucoup et je crois que nous devrons bient&#244;t faire un effort pour la r&#233;soudre en commun. A mon avis, il faudra &#233;tablir un syst&#232;me d'achats interalli&#233;s. Autrement nous courrons &#224; une r&#233;volution dans toute l'Europe. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 13 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Les moyens militaires &#224; employer si les Allemands refusent de signer (la paix) ont &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;s. Mais, &#224; mon avis, le meilleur moyen d'obtenir la signature, c'est d'annoncer d&#232;s maintenant que nous nous pr&#233;parons, en cas de refus, &#224; reprendre le blocus. (...) Ce que je veux, c'est h&#226;ter la conclusion de la paix. Si la paix ne vient pas promptement, je crains un chaos qui serait bien pire que tout ce qu'ont pu faire des ann&#233;es de blocus (...) J'ai peur de trouver &#224; Berlin un autre Moscou (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : La famine a produit ailleurs le chaos et je crains qu'elle ne le produise aussi en Allemagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Lloyd George n'a pas envie d'aller &#224; Berlin, moi non plus. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 17 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Le Conseil &#233;conomique nous demande s'il n'y a pas lieu de lever le blocus de la Russie bolcheviste et de la Hongrie d&#232;s la signature du trait&#233; avec l'Allemagne. La question, en r&#233;alit&#233;, se borne &#224; savoir si les allemands seront les seuls &#224; avoir le droit de commercer avec la Russie. (...) Si je croyais que nous puissions &#233;craser les Bolcheviks cette ann&#233;e, je serai d'avis de faire un grand effort auquel participeraient les flottes anglaise et fran&#231;aise. Mais l'amiral Koltchak vient d'&#234;tre repouss&#233; &#224; trois cent kilom&#232;tres en arri&#232;re. Une des ses arm&#233;es est d&#233;truite. (...) Pour moi, l'amiral Koltchak ne battra pas L&#233;nine. Il arrivera plut&#244;t un moment o&#249; les adversaires se rapprocheront pour mettre fin &#224; l'anarchie. Il semble que les affaires militaires des Bolcheviks soient bien conduites. Mais les observateurs qui nous renseignent disent que la pure doctrine bolcheviste est de plus en plus abandonn&#233;e et que ce qui se constitue l&#224;-bas, c'est un Etat qui ne diff&#232;re pas sensiblement d'un Etat bourgeois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Etes-vous s&#251;r du fait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Il est peut-&#234;tre encore trop t&#244;t pour le croire. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Il faut, en tout cas, tenir l'engagement que nous venons de prendre vis-&#224;-vis de l'amiral Koltchak.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Certainement. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Nous ne nous sommes engag&#233;s d'ailleurs qu'&#224; l'aider en lui fournissant du mat&#233;riel. (...) La question est celle-ci : sommes-nous en guerre avec la Russie bolcheviste ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Des troupes britanniques sont &#224; Arkhangel. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je vous signale que le Conseil interalli&#233; des transports maritimes a donn&#233; hier l'ordre d'arr&#234;ter les navires charg&#233;s de vivres &#224; destination des ports de la Baltique (...) Je rappelle que j'ai beaucoup insist&#233; pour que nous commencions par l'action militaire et que nous n'ayons recours au blocus qu'en dernier lieu. (...) Je ne suis pas d'avis de r&#233;duire &#224; la famine la population d'un grand pays, sauf si c'est le dernier moyen d'action qui nous reste (...) &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 23 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Balfour : Une d&#233;p&#234;che intercept&#233;e du gouvernement de Weimar &#224; la d&#233;l&#233;gation allemande de Versailles (...) : le gouvernement allemand se d&#233;clare pr&#234;t &#224; signer. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : M. Winston Churchill viendra sous peu vous parler du rapatriement des Tch&#232;ques par Arkhangel. On r&#233;clame instamment en Boh&#234;me le retour des troupes tch&#232;ques de Russie. M. Winston Churchill est surtout pr&#233;occup&#233; d'&#233;tablir, si cela est possible, des communications entre l'amiral Koltchak et Arkhangel, et les troupes tch&#232;ques sur le retour pourraient y aider. Mais il faut pour cela qu'elles soient remplac&#233;es le long du Transsib&#233;rien par des troupes japonaises et am&#233;ricaines. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 25 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Si nous prenons l'attitude qu'il faut, je crois qu'il y aura en Pologne des troubles locaux, mais pas de lutte arm&#233;e. En tout cas, il ne faut pas laisser grandir le mouvement. (...) Le pr&#233;sident Wilson nous prie de ne pas recommencer la guerre. Je le crois bien ! Mon pays a souffert plus que tout autre. Il s'&#233;l&#232;ve en France un cri universel pour la d&#233;mobilisation. (...) Toutefois, il y a un int&#233;r&#234;t supr&#234;me qui s'&#233;l&#232;ve au dessus du d&#233;sir l&#233;gitime d'en finir avec la guerre : il ne faut pas que les r&#233;sultats de la guerre nous &#233;chappent par notre faiblesse. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lecture d'un rapport de la commission des affaires baltiques sur l'avance allemande qui se poursuit syst&#233;matiquement. Le danger du c&#244;t&#233; des Bolcheviks n'est pas moins s&#233;rieux. (...) Un rapport annexe provenant des agents des Puissances alli&#233;es et associ&#233;es dans la Baltique demande l'envoi d'une mission militaire interalli&#233;e sous le commandement d'un g&#233;n&#233;ral anglais. Il demande &#233;galement l'envoi d'instructeurs et d'armes. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Voil&#224; des gens qui se battent pour leur libert&#233;, et qui ne pourront pas continuer si nous ne leur envoyons pas d'argent. Pour ce qui est de les approvisionner en vivres et en munitions j'y suis pr&#234;t et je sui d'avis de leur envoyer la mission demand&#233;e. (...) Vous vous souvenez de l'&#233;chec et du recul de l'amiral Koltchak : il a perdu trois cent kilom&#232;tres de terrain. Mais en m&#234;me temps D&#233;nikine avance du c&#244;t&#233; du sud et les cosaques du Don se sont lev&#233;s pour l'aider. (...) D'apr&#232;s un rapport, m&#234;me si le front bolchevik &#233;tait perc&#233;, les tch&#233;coslovaques n'arriveraient pas &#224; Arkhangel en temps voulu pour y &#234;tre embarqu&#233;s avant l'hiver. Nous pouvons leur proposer de faire un effort pour h&#226;ter leur lib&#233;ration mais nous courrons quelque risque si l'effort ne r&#233;ussit pas. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 26 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : J'ai re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme de Bela Kun il y a quelques jours. Il demandait des garanties dont la premi&#232;re &#233;tait la reconnaissance de la r&#233;publique des soviets. Je n'ai pas r&#233;pondu. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Nous ne pouvons pas dire que nous ne reconna&#238;trons jamais un gouvernement de soviets. Si d&#233;fectueux que soit ce genre de gouvernement, il est, somme toute, plus repr&#233;sentatif que l'&#233;tait celui du tsar.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Cette reconnaissance pr&#233;senterait ici des dangers r&#233;els. &#187; &#171; 28 juin 1919 (derni&#232;re r&#233;union du Conseil des Quatre)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je ferai observer que nos d&#233;lib&#233;rations ont eu le caract&#232;re de conversations priv&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Assur&#233;ment, publier ces comptes-rendus serait tout ce qu'il pourrait y avoir de plus dangereux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : (...) Si j'avais pens&#233; que cette question se poserait, je n'aurai jamais consenti &#224; ce qu'on pr&#238;t des notes. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les d&#233;lib&#233;rations du Conseil des Quatre &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Compte-rendu officiel des chefs d'Etat des grandes puissances&lt;br class='autobr' /&gt;
(Wilson pr&#233;sident des Etats-Unis, Lloyd George chef du gouvernement anglais, Clemenceau chef du gouvernement fran&#231;ais, Orlando chef du gouvernement italien, Paderewski chef du gouvernement polonais, Montagu secr&#233;taire d'Etat pour l'Inde)&lt;br class='autobr' /&gt;
Edition du CNRS 1955&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand les soviets de Russie enflammaient l'Europe&#8230;</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8708</link>
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		<dc:date>2025-09-14T22:57:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand les soviets de Russie enflammaient l'Europe&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 21 juillet 1917, le journaliste russe Ilya Ehrenburg, apr&#232;s avoir pass&#233; quatre mois en France, visit&#233; le front, Paris et la province, rend compte en ces termes de l'influence de l'effervescence r&#233;volutionnaire en Russie sur l'opinion populaire fran&#231;aise : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce n'est ni Ribot ni Lloyd George qui expriment l'espoir de cercles les plus larges, en France, mais notre Conseil des soviets ouvriers et soldats. Ce soviet si terrible pour la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand les soviets de Russie enflammaient l'Europe&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 21 juillet 1917, le journaliste russe Ilya Ehrenburg, apr&#232;s avoir pass&#233; quatre mois en France, visit&#233; le front, Paris et la province, rend compte en ces termes de l'influence de l'effervescence r&#233;volutionnaire en Russie sur l'opinion populaire fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est ni Ribot ni Lloyd George qui expriment l'espoir de cercles les plus larges, en France, mais notre Conseil des soviets ouvriers et soldats. Ce soviet si terrible pour la presse jaune. Partout, on ne parle que de lui, aussi bien dans les tranch&#233;es de Champagne qu'&#224; Paris. &#171; Vive le soviet &#187;, s'&#233;crient les poilus en lisant les courtes d&#233;p&#234;ches. &#171; Vive le soviet &#187;, ainsi s'ach&#232;vent les motions des assembl&#233;es o&#249; se r&#233;unissent des centaines d'ouvriers. &#171; Vive le soviet &#187;, ainsi sont intitul&#233;s les &#233;ditoriaux des organes d&#233;mocratiques tels que la Tranch&#233;e r&#233;publicaine, L'Humanit&#233;, Le Journal du Peuple. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ajoute : &#171; Les &#233;crivains, les artistes, la jeunesse qui &#233;crivent, des dizaines de minuscules revues et tout ce qu'il y a en France de conscient, croit en la Russie. Romain Rolland qui faisait derni&#232;rement un appel d&#233;sesp&#233;r&#233; &#224; l'Europe tant aim&#233;e : &#034;Tombe, meurs, voici ta tombe&#034;, &#233;crit maintenant : &#034;La lumi&#232;re lib&#233;ratrice vient de la Russie&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s juillet 1917, plusieurs mois avant la prise du pouvoir par les bolcheviks, la &#171; lumi&#232;re de la r&#233;volution russe &#187; s'identifie &#224; la lumi&#232;re du &#171; soviet &#187; et elle fait briller dans la lugubre nuit de l'Europe plong&#233;e dans la barbarie de la guerre imp&#233;rialiste la lueur d'un espoir qui ne sera pas pr&#232;s de s'&#233;teindre, m&#234;me apr&#232;s la paix de 1918. De fait, dans le sillage de la R&#233;volution russe, et alors que la guerre civile entre rouges et blancs fait toujours rage en Russie, des mouvements insurrectionnels ou quasi insurrectionnels &#233;clateront dans plusieurs pays d'Europe et leurs acteurs n'h&#233;siteront pas &#224; s'approprier le nom russe de &#171; soviet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, sur la lanc&#233;e de la r&#233;volution de novembre 1918, un dense r&#233;seau de conseils ouvriers s'&#233;tend sur tout le territoire. Les r&#233;publiques des conseils voient le jour, notamment en Bavi&#232;re (avril-mai 1919), en Hongrie (avril-ao&#251;t 1919) et dans le sud-est de la Slovaquie (juin-juillet 1919). Des communes agricoles d'inspiration communiste libertaire se constituent dans certaines r&#233;gions de l'Ukraine (1918-1921). Des conseils d'usine apparaissent un peu partout dans le nord de l'Italie au cours du biennio rosso (les deux ann&#233;es rouges) de 1919-1920 : les 150 000 ouvriers en gr&#232;ve de Turin &#233;lisent des conseils d'usine et des soviets sont form&#233;s &#224; Florence. Gramsci en tire cette conclusion : &#171; [L]a naissance des conseils ouvriers d'usine repr&#233;sente un grand &#233;v&#233;nement historique, le d&#233;but d'une &#232;re nouvelle dans l'histoire du genre humain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est aussi des exp&#233;riences qui, sans aller jusqu'&#224; l'insurrection, t&#233;moignent de la popularit&#233; et de l'exemplarit&#233; des soviets comme institutions autonomes. Le cas de l'Irlande m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te, tant il est peu connu, et pourtant socialement et politiquement significatif. En effet, pas moins d'une centaine d'exp&#233;riences d'autogestion voient le jour entre 1918 et 1923, pratiquement toutes sous l'appellation de &#171; soviet &#187;. Ainsi le &#171; soviet &#187; de Limerick cr&#233;&#233; en avril 1919 et qui est en fait un comit&#233; de gr&#232;ve, nomm&#233; par le Conseil des syndicats de la ville, prend en charge la gestion de la commune et finit m&#234;me par &#233;mettre sa propre monnaie. Il en est &#233;galement ainsi du &#171; soviet &#187; agraire de Broadford qui, en f&#233;vrier 1922, prend en main pendant dix mois la gestion d'un domaine agricole et convertit une partie des terres en p&#226;turages communs. Ainsi encore des soviets mis sur pied dans les 39 usines de l'entreprise laiti&#232;re et boulang&#232;re Cleeve en juillet-ao&#251;t 1922, dont la devise (&#171; Long live the Sovereign People &#187; ou &#171; Longue vie au peuple souverain &#187;) et le slogan (&#171; We make bread not profits &#187;, &#171; Nous faisons du pain, pas des profits &#187;) disent assez clairement la dimension anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1919 &#233;clate &#224; Paris la gr&#232;ve des m&#233;taux, &#171; condamnation de l'union sacr&#233;e et du r&#233;formisme de la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail (CGT) incarn&#233;s par son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, L&#233;on Jouhaux &#187;, une mobilisation ouvri&#232;re qui &#171; exprime une opposition r&#233;solue au capitalisme et au gouvernement &#187;. Le Comit&#233; d'entente des Syndicats des m&#233;taux de la Seine appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale le 2 juin pour obtenir la semaine de quarante-quatre heures et une augmentation des salaires. Certains comit&#233;s locaux de gr&#232;ve ajoutent d'autres revendications plus politiques : fin de l'intervention contre les bolcheviks en Russie, amnistie des prisonniers politiques et militaires. Lors d'un meeting organis&#233; le 4 juin, &#224; Saint-Denis dans la banlieue parisienne, le Comit&#233; intersyndical se transforme en Comit&#233; local des soviets. Un drapeau rouge est accroch&#233; au balcon de l'h&#244;tel de ville. L'objectif est d'imposer &#224; la CGT le d&#233;clenchement d'un mouvement g&#233;n&#233;ral destin&#233; &#224; renverser le gouvernement de Clemenceau. L'historienne Mich&#232;le Zancarini-Fournel commente : &#171; La R&#233;volution russe est tr&#232;s populaire parmi les gr&#233;vistes, et particuli&#232;rement les soviets. C'est le &#034;seul r&#233;gime qui se rapproche le plus des aspirations ouvri&#232;res&#034;, affirme un gr&#233;viste d'Ivry le 18 juin 1919. Dans cette m&#234;me banlieue parisienne, lors d'un meeting organis&#233; le 24 juin, les membres des Jeunesses socialistes brandissent le drapeau rouge, entonnent des chants r&#233;volutionnaires et crient : &#034;Vive la R&#233;volution !&#034; Le tableau est le m&#234;me dans l'est parisien, du XIIIe au XXe arrondissement. &#187; Et dans l'ouest de la capitale, &#224; Boulogne, une garde rouge est m&#234;me form&#233;e pour combattre la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les puissances imp&#233;rialistes pendant la vague r&#233;volutionnaire en Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article214&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article214&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe de l'ouest apr&#232;s la r&#233;volution russe de 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article559&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article559&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les le&#231;ons des &#233;checs de la vague r&#233;volutionnaire europ&#233;enne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4741&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4741&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la vague r&#233;volutionnaire de 1917-1920 en Europe a &#233;chou&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2075&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2075&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chronology of the european revolution (1917-1923)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article582&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article582&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe en 1919-1920&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/msl/msl2001.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/msl/msl2001.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/12/lt19201215.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/12/lt19201215.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutions russes vues de l'Europe en guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2017-3-page-41.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2017-3-page-41.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvri&#232;res...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lilina/works/1920/10/ouvrieres.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lilina/works/1920/10/ouvrieres.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment Zinoviev et Kamenev ont rompu avec le bolchevisme lors de la r&#233;volution d'Octobre</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8022</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article8022</guid>
		<dc:date>2025-08-04T22:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comment Zinoviev et Kamenev ont rompu avec le bolchevisme lors de la r&#233;volution d'Octobre &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 2 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 3 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 4 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 5 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 6 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 7 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 9 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 10 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 11&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment Zinoviev et Kamenev ont rompu avec le bolchevisme lors de la r&#233;volution d'Octobre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/zinoviev/works/1917/10/11.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/zinoviev/works/1917/11/04.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171018.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1923/12/vil19231225.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/vil19171105c.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/vil19171101.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170922a.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171019.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/zinoviev/works/1925/05/trotskyism.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5798&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2020/02/17/leco-f17.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pannekoek accuse le bolchevisme d'avoir fait &#233;chouer la vague r&#233;volutionnaire en Europe</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8613</link>
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		<dc:date>2025-07-14T22:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;ponse &#224; &#171; Pourquoi les mouvements r&#233;volutionnaires du pass&#233; ont fait faillite &#187; de Pannekoek (1940) &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous r&#233;pondons ici au texte de Pannekoek &#171; Pourquoi les mouvements r&#233;volutionnaires du pass&#233; ont fait faillite &#187;, &#233;crit en 1940. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'objectif du texte est de comprendre pourquoi les mouvements r&#233;volutionnaires des ann&#233;es 1917 et suivantes ont &#233;chou&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il commence par affirmer que la r&#233;volution dans les pays coloniaux aurait un caract&#232;re et des buts quasi diam&#233;tralement oppos&#233;s &#224; ceux de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;ponse &#224; &#171; Pourquoi les mouvements r&#233;volutionnaires du pass&#233; ont fait faillite &#187; de Pannekoek (1940)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;pondons ici au texte de Pannekoek &#171; Pourquoi les mouvements r&#233;volutionnaires du pass&#233; ont fait faillite &#187;, &#233;crit en 1940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif du texte est de comprendre pourquoi les mouvements r&#233;volutionnaires des ann&#233;es 1917 et suivantes ont &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il commence par affirmer que la r&#233;volution dans les pays coloniaux aurait un caract&#232;re et des buts quasi diam&#233;tralement oppos&#233;s &#224; ceux de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, cens&#233;e n'avoir lieu que dans des pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, du moins selon Pannekoek.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; ces r&#233;volutions sociales, il parle d'un &#171; d'un d&#233;veloppement illimit&#233; du capitalisme et de l'industrie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution allemande ? Il &#233;crit : &#171; le premier mouvement de r&#233;volte des ouvriers allemands a &#233;t&#233; battu. Seule une minorit&#233; avanc&#233;e y prit part. &#187; Minorit&#233; ? De la classe ouvri&#232;re ? Dans la r&#233;volution allemande ? Mais aussi dans la r&#233;volution d'Octobre ! Cela n'emp&#234;che pas les r&#233;volutions sociales de triompher, monsieur Pannekoek !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas un point essentiel puisque Pannekoek nous dit que ce n'est qu'un &#233;pisode de la r&#233;volution allemande, m&#234;me si ses chefs r&#233;volutionnaires y ont &#233;t&#233; assassin&#233;s, mais que celle-ci continue de plus belle&#8230; Alors pourquoi est-elle quand m&#234;me d&#233;faite et quand ? Pannekoek ne le dit pas. Il n'&#233;voque m&#234;me pas les autres r&#233;volutions en Europe pour expliquer leur &#233;chec&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, il passe tout de suite &#224; sa critique de la r&#233;volution russe, affirmant ainsi que la trahison vient de Russie, c'est-&#224;-dire de L&#233;nine et de Trotsky, pas du stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il inverse ainsi la relation : c'est la Russie qui entraine l'&#233;chec en Europe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;crit : &#171; Dans tous les pays capitalistes, en Angleterre, en France, en Am&#233;rique, aussi bien qu'en Allemagne, des groupes r&#233;volutionnaires ouvriers se sont cr&#233;&#233;s en 1919&#8230;. Ils montraient la r&#233;volution russe comme le grand exemple &#224; suivre, avec ses m&#233;thodes d'action de masse, et ses soviets ou conseils comme forme d'organisation&#8230; Mais bient&#244;t ces groupes ont pris conscience, avec une surprise de plus en plus douloureuse, que derri&#232;re le nom de communisme c'&#233;tait d'autres principes et d'autres id&#233;es que les leurs que Moscou &#233;tait en train de propager. Ils montraient les Soviets russes comme les nouveaux organes ouvriers d'auto-organisation de la production. Mais peu &#224; peu on apprit que les usines russes &#233;taient de nouveau dirig&#233;es par des directeurs nomm&#233;s d'en haut et que les positions politiques importantes avaient &#233;t&#233; prises par le Parti Communiste. Ces groupes occidentaux pr&#244;naient la dictature du prol&#233;tariat qui incarnait les principes d'auto-gouvernement de la classe ouvri&#232;re et la forme politique de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, contrairement &#224; la d&#233;mocratie parlementaire. Mais les porte-parole et les chefs que Moscou envoya en Allemagne et en Europe occidentale proclam&#232;rent que la dictature du prol&#233;tariat &#233;tait incarn&#233;e par la dictature du Parti communiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;volution a &#233;chou&#233; &#224; s'&#233;tendre en occident, c'est parce que L&#233;nine ne comprend pas la r&#233;volution en occident&#8230; C'est le conte pour enfants de trois ans que diffuse Pannekoek :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas &#233;tonnant que L&#233;nine et ses camarades aient &#233;t&#233; tout &#224; fait incapables de voir que la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#224; venir en occident &#233;tait quelque chose de tr&#232;s diff&#233;rent de leur r&#233;volution russe. L&#233;nine ne connaissait pas le capitalisme de l'int&#233;rieur, &#224; son plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement, un monde o&#249; les masses prol&#233;tariennes croissaient, allant vers une p&#233;riode o&#249; elles pourraient prendre le pouvoir pour s'emparer d'un appareil de production potentiellement parfait.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine ne connaissait le capitalisme que de l'ext&#233;rieur, sous sa forme d'usurier &#233;tranger qui pille et d&#233;vaste, tel qu'avait d&#251; lui appara&#238;tre le capital financier colonial en Russie et dans d'autres pays asiatiques. Son id&#233;e &#233;tait que, pour vaincre, les masses occidentales n'avaient qu'&#224; s'unir au pouvoir anticapitaliste &#233;tabli en Russie ; elles n'avaient pas &#224; chercher obstin&#233;ment de nouvelles voies mais n'avaient qu'&#224; suivre l'exemple russe. Il fallait donc user de tactiques souples &#224; l'ouest pour gagner les grandes masses socialistes et syndicalistes le plus vite possible, pour les d&#233;tacher de leurs chefs et partis, li&#233;s aux gouvernements nationaux, et les pousser &#224; rejoindre les partis communistes ; aucun besoin de changer leurs id&#233;es et leurs convictions. Les tactiques de Moscou ont donc suivi logiquement cette incompr&#233;hension de base. Jouissant de l'autorit&#233; que conf&#232;re une r&#233;volution victorieuse contre une r&#233;volution d&#233;faite (l'allemande), ce que d&#233;fendait Moscou avait tout de suite un poids pr&#233;pond&#233;rant. Peut-on savoir plus que ses ma&#238;tres ? L'autorit&#233; morale du communisme russe &#233;tait tellement &#233;tablie que m&#234;me un an apr&#232;s avoir &#233;t&#233; exclue, l'opposition allemande a demand&#233; &#224; &#234;tre admise comme adh&#233;rent sympathisant &#224; la Troisi&#232;me Internationale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les &#233;checs des r&#233;volutions jusqu'en 1923 avant que Staline soit au pouvoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Finlande, en Bavi&#232;re, en Pologne, en Italie ? L&#233;nine ne comprend pas la r&#233;volution, il veut seulement la dictature du parti bolchevik ! C'est peu court, monsieur Pannekoek comme explication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons les autres analyses de l'&#233;chec de la vague r&#233;volutionnaire en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre point de vue sur l'&#233;chec de la vague r&#233;volutionnaire en Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4741&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4741&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2185&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2185&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article204&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article204&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2327&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2327&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse de Bordiga de l'&#233;chec de la vague r&#233;volutionnaire en Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4750&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4750&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pannekoek inverse donc les faits : la d&#233;moralisation des soviets a suivi l'&#233;chec en Europe et ne l'a pas pr&#233;c&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pannekoek ne donne pas de date, ne cite pas de faits, ne commente aucune r&#233;volution dans aucun pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa d&#233;monstration est abstraite et se fonde sur une affirmation de base : ce que fera Staline ensuite est identique &#224; ce que faisaient L&#233;nine et Trotsky. Ce dernier n'est en fait m&#234;me pas cit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le stalinisme a triomph&#233; ? Pas &#224; cause du l&#233;ninisme dont il n'est nullement l'h&#233;ritier n'en d&#233;plaise &#224; Pannekoek.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4422&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4422&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2025&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2025&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus grands d&#233;nonciateurs du stalinisme sont des bolcheviks, &#224; commencer par L&#233;nine et Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2018&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2018&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4168&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4168&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5715&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5715&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve114&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve114&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1457&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1457&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6921&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6921&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4776&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4776&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5486&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5486&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1123&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1123&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2390&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2390&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix le&#231;ons que nous tirons du stalinisme (d&#233;tournement sanglant et violent d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne, dans l'impasse, isol&#233;e des gros bataillons mondiaux du prol&#233;tariat et enferm&#233;e dans un pays arri&#233;r&#233; et compl&#232;tement d&#233;truit par la guerre et la guerre civile)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5564&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5564&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Pourquoi les mouvements r&#233;volutionnaires du pass&#233; ont fait faillite &#187; de Pannekoek (1940)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a trente ans, tout socialiste &#233;tait convaincu que la guerre qui s'annon&#231;ait entre les grandes puissances entra&#238;nerait la catastrophe finale du capitalisme et serait suivie de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Ces espoirs restaient forts m&#234;me apr&#232;s que la guerre eut &#233;clat&#233; et que le mouvement socialiste ouvrier se fut effondr&#233; comme facteur r&#233;volutionnaire. M&#234;me alors les r&#233;volutionnaires demeuraient convaincus que la r&#233;volution mondiale aurait lieu &#224; la suite de la guerre mondiale. Et en effet elle est venue. Telle un m&#233;t&#233;ore, la r&#233;volution russe a &#233;clat&#233; et a brill&#233; sur la terre, et les ouvriers de tous les pays se sont soulev&#233;s et ont commenc&#233; &#224; bouger.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est que quelques ann&#233;es apr&#232;s qu'il est devenu clair que la r&#233;volution d&#233;clinait, que les convulsions sociales d&#233;croissaient, que l'ordre capitaliste &#233;tait graduellement restaur&#233;. Aujourd'hui le mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire est au plus bas et le capitalisme est plus puissant que jamais. Une fois encore on a une grande guerre et une fois encore les ouvriers et les communistes se reposent la question : est-ce qu'elle va affecter le syst&#232;me capitaliste au point d'entra&#238;ner une r&#233;volution ouvri&#232;re ? Est-ce que l'espoir d'une lutte victorieuse pour la libert&#233; de la classe ouvri&#232;re va cette fois devenir r&#233;alit&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est clair qu'on ne peut pas esp&#233;rer trouver une r&#233;ponse tant qu'on n'a pas compris pourquoi les mouvements r&#233;volutionnaires d'apr&#232;s 1918 ont &#233;chou&#233;. Ce n'est qu'en &#233;tudiant toutes les forces qui jouaient alors qu'on peut se faire une id&#233;e claire sur les causes de cet &#233;chec. On doit donc essayer de voir ce qui s'est pass&#233; il y a vingt ans dans le mouvement ouvrier mondial.&lt;br class='autobr' /&gt;
II&lt;br class='autobr' /&gt;
La croissance du mouvement ouvrier n'&#233;tait pas le seul &#233;v&#233;nement important, ni m&#234;me le plus important de l'histoire du si&#232;cle dernier. Le plus important &#233;tait la croissance du capitalisme lui-m&#234;me. Il a cr&#251; non seulement en intensit&#233; &#8211; par la concentration du capital, le perfectionnement croissant des techniques industrielles, l'augmentation de la productivit&#233; &#8211; mais aussi en extension. Partant des premiers centres industriels et commerciaux (Angleterre, France, Am&#233;rique et Allemagne) le capitalisme a commenc&#233; &#224; envahir les autres pays jusqu'&#224; conqu&#233;rir la terre enti&#232;re. Dans les si&#232;cles pass&#233;s les autres continents &#233;taient vou&#233;s &#224; &#234;tre exploit&#233;s comme colonies. Mais &#224; la fin du xixe si&#232;cle et au d&#233;but du xxe on voit une forme de conqu&#234;te sup&#233;rieure. Ces continents sont assimil&#233;s par le capitalisme ; ils sont devenus eux-m&#234;mes capitalistes. Ce fut un processus tr&#232;s important, qui s'est d&#233;roul&#233; avec une vitesse croissante au si&#232;cle dernier et a entra&#238;n&#233; un changement fondamental dans leur structure &#233;conomique. Il fut &#224; la base d'une s&#233;rie de r&#233;volutions d'envergure mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autrefois les pays centraux du capitalisme d&#233;velopp&#233;, avec la classe moyenne (la bourgeoisie) comme classe dominante, &#233;taient entour&#233;s par une frange d'autres pays moins d&#233;velopp&#233;s. L&#224;, la structure sociale &#233;tait encore enti&#232;rement agricole et plus ou moins f&#233;odale ; des fermiers exploit&#233;s par des propri&#233;taires terriens cultivaient de grandes &#233;tendues de terre et ils &#233;taient constamment en lutte plus ou moins ouverte contre eux et les autocrates en place. Dans le cas des colonies, cette pression interne &#233;tait renforc&#233;e par l'exploitation impos&#233;e par le capital colonial europ&#233;en qui faisait des propri&#233;taires et des rois ses agents. Dans d'autres cas, cette exploitation par le capital europ&#233;en &#233;tait le fait d'emprunts financiers des gouvernements, qui imposaient de lourdes taxes aux fermiers. On a construit des chemins de fer pour apporter les produits industriels qui ont d&#233;truit les anciennes industries locales et qui emportaient la mati&#232;re premi&#232;re et les produits agricoles. Cela a graduellement introduit les fermiers dans le commerce mondial et a fait na&#238;tre en eux le d&#233;sir de devenir des producteurs libres pour vendre sur le march&#233;. On a construit des usines ; une classe d'hommes d'affaires et de commer&#231;ants s'est d&#233;velopp&#233;e dans les villes, qui a ressenti la n&#233;cessit&#233; d'un meilleur gouvernement pour ses int&#233;r&#234;ts. Les jeunes qui faisaient leurs &#233;tudes dans les universit&#233;s occidentales sont devenus les porte-parole r&#233;volutionnaires de ces tendances qu'ils formulaient dans des programmes th&#233;oriques, revendiquant principalement la lib&#233;ration nationale et l'ind&#233;pendance, un gouvernement d&#233;mocratique et responsable, des droits civils et des libert&#233;s leur permettant de se faire une place comme cadres et politiciens d'un Etat moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce d&#233;veloppement proprement capitaliste dans le monde prit place en m&#234;me temps que le d&#233;veloppement du mouvement ouvrier dans les pays centraux du grand capitalisme. On avait donc deux mouvements r&#233;volutionnaires, pas seulement parall&#232;les et simultan&#233;s, mais ayant aussi de nombreux points de contact. Ils avaient un ennemi commun, le capitalisme qui, sous la forme de capital industriel exploitait les ouvriers et, sous la forme de capital colonial et financier exploitait les fermiers dans les pays orientaux et coloniaux, et soutenait leurs despotes. Les groupes r&#233;volutionnaires de ces pays n'ont trouv&#233; compr&#233;hension et soutien que de la part des travailleurs socialistes d'Europe occidentale. Alors ils se sont dits socialistes aussi. Les vieilles illusions sur les r&#233;volutions des classes moyennes apportant la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; &#224; toute la population ont resurgi.&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;alit&#233;, il existait une diff&#233;rence profonde et fondamentale entre ces deux sortes de buts r&#233;volutionnaires, dits occidental et oriental. La r&#233;volution prol&#233;tarienne ne peut &#234;tre le r&#233;sultat que d'un capitalisme d&#233;velopp&#233; au plus haut point. Elle met fin au capitalisme. Les r&#233;volutions dans les pays de l'est &#233;taient le produit d'un capitalisme qui n'en &#233;tait qu'&#224; ses d&#233;buts dans ces pays. Consid&#233;r&#233;es ainsi, elles ressemblent aux r&#233;volutions que les classes moyennes ont faites dans les pays occidentaux (tout en tenant compte des sp&#233;cificit&#233;s des diff&#233;rents pays), et elles doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des r&#233;volutions des classes moyennes. Bien que la classe moyenne compos&#233;e d'artisans, de petits-bourgeois et de paysans riches ne f&#251;t pas aussi nombreuse que dans les r&#233;volutions fran&#231;aise et anglaise (parce qu'&#224; l'est le capitalisme est arriv&#233; soudainement et comptait moins de grandes usines), leur caract&#232;re g&#233;n&#233;ral est analogue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici aussi nous assistons &#224; la transformation d'une vision provinciale de village agraire &#224; une conscience de communaut&#233; nationale ayant des int&#233;r&#234;ts au niveau mondial ; &#224; la naissance de l'individualisme qui se lib&#232;re des anciens liens de groupe ; &#224; l'&#233;mergence d'une &#233;nergie qui court apr&#232;s le pouvoir personnel et l'argent ; &#224; une lib&#233;ration des mentalit&#233;s des vieilles superstitions et &#224; une soif de connaissances comme moyen de progr&#232;s. Tout cela constitue l'&#233;quipement mental n&#233;cessaire au passage de l'humanit&#233; de la vie lente qu'impliquaient les conditions pr&#233;-capitalistes, &#224; la rapidit&#233; du progr&#232;s &#233;conomique et industriel qui, plus tard, ouvrira la voie au communisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le caract&#232;re g&#233;n&#233;ral d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne doit &#234;tre tr&#232;s diff&#233;rent. Au lieu de la lutte &#233;go&#239;ste pour des int&#233;r&#234;ts personnels il doit y avoir une action commune pour les int&#233;r&#234;ts de la communaut&#233; de la classe. Un ouvrier seul est impuissant ; ce n'est que comme partie de sa classe, comme membre d'un groupe &#233;conomique solidement reli&#233;, qu'il peut gagner du pouvoir. L'habitude de travailler et de lutter ensemble pousse les individualit&#233;s ouvri&#232;res &#224; s'aligner sur une discipline. Leurs mentalit&#233;s doivent &#234;tre lib&#233;r&#233;es des superstitions sociales et ils doivent consid&#233;rer comme une &#233;vidence que ce n'est qu'en &#233;tant solidement unis qu'ils peuvent produire l'abondance et lib&#233;rer la soci&#233;t&#233; de la mis&#232;re et du besoin. Cela fait partie de l'&#233;quipement mental n&#233;cessaire pour mener l'humanit&#233; de l'exploitation de classe, la mis&#232;re, la destruction mutuelle capitalistes, au communisme lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi donc, ces deux types de r&#233;volution sont aussi diff&#233;rents l'un de l'autre que le sont le d&#233;but et la fin du capitalisme. On peut le voir clairement aujourd'hui, trente ans apr&#232;s. On peut comprendre aussi comment, &#224; l'&#233;poque, ils pouvaient se consid&#233;rer non seulement comme des alli&#233;s, mais m&#234;me comme les deux faces de la m&#234;me grande r&#233;volution mondiale. Le grand soir &#233;tait cens&#233; &#234;tre proche ; la classe ouvri&#232;re, avec ses grands partis socialistes et ses syndicats encore plus grands, devait bient&#244;t conqu&#233;rir le pouvoir. Et puis, en m&#234;me temps, avec l'effondrement de la puissance du capitalisme occidental, toutes les colonies et les pays de l'est seraient lib&#233;r&#233;s de la domination occidentale et assumeraient leur vie nationale propre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre raison de la confusion qui existait entre ces deux buts sociaux diff&#233;rents &#233;tait qu'&#224; l'&#233;poque les mentalit&#233;s des ouvriers occidentaux &#233;taient enti&#232;rement tourn&#233;es vers les id&#233;es r&#233;formistes sur la possibilit&#233; de r&#233;former le capitalisme, en revenant aux formes d&#233;mocratiques de ses d&#233;buts, et seuls quelques-uns d'entre eux se rendaient compte de ce qu'une r&#233;volution prol&#233;tarienne voulait dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
III&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre mondiale de 1914-18, avec sa destruction massive de forces productives, a laiss&#233; des cicatrices profondes dans la structure sociale, particuli&#232;rement en Europe centrale et orientale. Les empereurs ont disparu, les anciens gouvernements d&#233;mod&#233;s ont &#233;t&#233; renvers&#233;s, les forces sociales subalternes se sont d&#233;brid&#233;es, des classes diff&#233;rentes de diff&#233;rents peuples ont essay&#233; de prendre le pouvoir et de r&#233;aliser leurs objectifs de classe, dans une s&#233;rie de mouvements r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les pays hautement industrialis&#233;s, la lutte de classe des ouvriers &#233;tait d&#233;j&#224; le facteur dominant de l'histoire. Maintenant ces ouvriers ont travers&#233; une guerre mondiale. Ils ont appris que le capitalisme s'approprie non seulement leur force de travail mais aussi leur vie ; ils sont poss&#233;d&#233;s par le capital compl&#232;tement, corps et &#226;me. La destruction et l'appauvrissement de l'appareil productif, la mis&#232;re et les privations souffertes pendant la guerre, la d&#233;ception et le d&#233;sarroi apr&#232;s la paix, ont entra&#238;n&#233; des vagues de m&#233;contentement et d'agitation dans tous les pays qui y ont particip&#233;. Comme l'Allemagne a &#233;t&#233; vaincue, la r&#233;bellion des ouvriers y fut plus forte. Au lieu du conservatisme d'avant-guerre il apparut un nouvel esprit chez les ouvriers allemands, m&#233;lange de courage, d'&#233;nergie, de soif de libert&#233; et de lutte r&#233;volutionnaire contre le capitalisme. Ce n'&#233;tait qu'un d&#233;but mais c'&#233;tait le premier d&#233;but d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les pays de l'est de l'Europe, la lutte de classe avait une composition diff&#233;rente. L'aristocratie terrienne a &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233;e ; les fermiers se sont empar&#233;s des terres ; on vit surgir une classe de petits et moyens propri&#233;taires terriens. D'anciens conspirateurs r&#233;volutionnaires sont devenus des chefs, des ministres et des g&#233;n&#233;raux dans les nouveaux Etats nationaux. Ces r&#233;volutions &#233;taient des r&#233;volutions des classes moyennes et, en tant que telles, elles marquaient le d&#233;but d'un d&#233;veloppement illimit&#233; du capitalisme et de l'industrie.&lt;br class='autobr' /&gt;
En Russie la r&#233;volution est all&#233;e plus loin que partout ailleurs. Parce qu'elle a d&#233;truit le pouvoir tsariste, qui avait &#233;t&#233; une puissance dominante en Europe pendant un si&#232;cle et l'ennemi le plus ha&#239; par toute d&#233;mocratie et par le socialisme, la r&#233;volution russe a guid&#233; tous les mouvements r&#233;volutionnaires en Europe. Son chef avait &#233;t&#233; associ&#233; depuis des ann&#233;es avec les chefs socialistes d'Europe occidentale, de la m&#234;me mani&#232;re que le tsar avait &#233;t&#233; l'alli&#233; des gouvernements anglais et fran&#231;ais. Il est vrai que l'essentiel du contenu social de la r&#233;volution russe &#8211; la terre aux paysans, l'&#233;crasement de l'autocratie et de la noblesse &#8211; en faisait une r&#233;volution des classes moyennes et les bolcheviks eux-m&#234;mes ont renforc&#233; ce caract&#232;re en se comparant souvent aux jacobins de la R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les ouvriers de l'ouest, eux-m&#234;mes pleins de traditions de libert&#233; petite-bourgeoise, n'ont pas ressenti cela comme leur &#233;tant &#233;tranger. Et la r&#233;volution russe n'a pas fait qu'attirer leur admiration ; elle leur a montr&#233; en exemple des m&#233;thodes d'action. Dans les moments d&#233;cisifs, son pouvoir &#233;tait le pouvoir de l'action de masse spontan&#233;e des ouvriers industriels des grandes villes. Dans ces actions des ouvriers russes ont donn&#233; naissance &#224; la forme d'organisation la plus appropri&#233;e &#224; l'action ind&#233;pendante : les soviets ou conseils. Ils sont ainsi devenus les guides et l'exemple pour les ouvriers des autres pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand, un an plus tard, en novembre 1918, l'empire allemand s'est &#233;croul&#233;, l'appel &#224; la r&#233;volution mondiale lanc&#233; par les bolcheviks russes a &#233;t&#233; salu&#233; et re&#231;u avec enthousiasme par les groupes r&#233;volutionnaires les plus avanc&#233;s d'Europe occidentale. Ces groupes, qui se proclamaient communistes, ont &#233;t&#233; si fortement impressionn&#233;s par le caract&#232;re prol&#233;tarien de la lutte r&#233;volutionnaire en Russie qu'ils sont pass&#233;s outre le fait que, &#233;conomiquement, la Russie n'en &#233;tait qu'au seuil du capitalisme, et que les centres prol&#233;tariens n'&#233;taient que de petits &#238;lots dans un oc&#233;an de paysannerie primitive. Ils se disaient par ailleurs que quand la r&#233;volution mondiale viendrait, la Russie ne serait qu'une province du monde, le lieu o&#249; la lutte a commenc&#233;, et que les pays plus avanc&#233;s du capitalisme prendraient rapidement la rel&#232;ve et d&#233;termineraient le cours r&#233;el du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le premier mouvement de r&#233;volte des ouvriers allemands a &#233;t&#233; battu. Seule une minorit&#233; avanc&#233;e y prit part ; les grandes masses sont rest&#233;es &#224; l'&#233;cart, berc&#233;es par l'illusion que d&#233;sormais la paix et la tranquillit&#233; &#233;taient possibles. Contre ces rebelles s'est dress&#233;e une coalition du parti social-d&#233;mocrate, dont les chefs avaient des si&#232;ges au gouvernement, et des anciennes classes gouvernantes, bourgeoisie et officiers de l'arm&#233;e. Les premiers ont endormi la classe pour l'emp&#234;cher d'agir, les seconds ont organis&#233; des bandes arm&#233;es pour &#233;craser le mouvement de r&#233;volte et ont assassin&#233; les chefs r&#233;volutionnaires, Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution russe a donn&#233; plus d'&#233;nergie &#224; la bourgeoisie par la peur qu'au prol&#233;tariat par l'espoir. Bien que, momentan&#233;ment, l'organisation politique de la bourgeoisie se f&#251;t effondr&#233;e, son pouvoir r&#233;el mat&#233;riel et spirituel &#233;tait &#233;norme. Les dirigeants socialistes n'ont rien fait pour affaiblir ce pouvoir ; ils avaient aussi peur que la bourgeoisie de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Ils ont tout fait pour restaurer l'ordre capitaliste dans lequel ils avaient des ministres et des pr&#233;sidents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela ne voulait pas dire que la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Allemagne e&#251;t &#233;t&#233; un &#233;chec total. Seule la premi&#232;re attaque, la premi&#232;re r&#233;volte, avait &#233;chou&#233;. L'effondrement militaire n'avait pas entra&#238;n&#233; directement le pouvoir prol&#233;tarien. Le pouvoir r&#233;el de la classe ouvri&#232;re (qui se fonde sur une conscience massive et claire de la position qu'on occupe dans la soci&#233;t&#233; et de la n&#233;cessit&#233; de lutter, un bouillonnement d'activit&#233; touchant des centaines de milliers de gens, l'enthousiasme, la solidarit&#233;, une unit&#233; in&#233;branlable dans l'action, la conscience du but supr&#234;me : prendre les moyens de production), devait encore s'affirmer et se d&#233;velopper graduellement. Les perspectives de crise et de mis&#232;re qui mena&#231;aient cette soci&#233;t&#233; &#233;puis&#233;e, bris&#233;e et appauvrie de l'apr&#232;s-guerre annon&#231;aient que de nouvelles luttes &#233;taient in&#233;vitables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans tous les pays capitalistes, en Angleterre, en France, en Am&#233;rique, aussi bien qu'en Allemagne, des groupes r&#233;volutionnaires ouvriers se sont cr&#233;&#233;s en 1919. Ils publiaient des journaux et des brochures, ils montraient &#224; leurs camarades ouvriers des faits nouveaux, de nouvelles conditions et de nouvelles m&#233;thodes de lutte, et ils trouvaient une bonne &#233;coute dans les masses inqui&#232;tes. Ils montraient la r&#233;volution russe comme le grand exemple &#224; suivre, avec ses m&#233;thodes d'action de masse, et ses soviets ou conseils comme forme d'organisation. Ils se sont organis&#233;s en partis et groupes communistes, s'associant aux bolcheviks, le parti communiste russe. Ils lanc&#232;rent ainsi la campagne pour la r&#233;volution mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
IV&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais bient&#244;t ces groupes ont pris conscience, avec une surprise de plus en plus douloureuse, que derri&#232;re le nom de communisme c'&#233;tait d'autres principes et d'autres id&#233;es que les leurs que Moscou &#233;tait en train de propager. Ils montraient les Soviets russes comme les nouveaux organes ouvriers d'auto-organisation de la production. Mais peu &#224; peu on apprit que les usines russes &#233;taient de nouveau dirig&#233;es par des directeurs nomm&#233;s d'en haut et que les positions politiques importantes avaient &#233;t&#233; prises par le Parti Communiste. Ces groupes occidentaux pr&#244;naient la dictature du prol&#233;tariat qui incarnait les principes d'auto-gouvernement de la classe ouvri&#232;re et la forme politique de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, contrairement &#224; la d&#233;mocratie parlementaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les porte-parole et les chefs que Moscou envoya en Allemagne et en Europe occidentale proclam&#232;rent que la dictature du prol&#233;tariat &#233;tait incarn&#233;e par la dictature du Parti communiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les communistes occidentaux consid&#233;raient que leur t&#226;che principale &#233;tait d'&#233;clairer les ouvriers sur le r&#244;le du parti socialiste et les syndicats. Ils disaient que dans ces organisations les actions et les d&#233;cisions des chefs se substituaient aux actions et aux d&#233;cisions des ouvriers, et que les chefs n'&#233;taient jamais capables de mener une lutte r&#233;volutionnaire parce qu'une r&#233;volution c'est justement l'action autonome des ouvriers ; que les actions syndicales et les pratiques parlementaires sont valables dans un monde capitaliste jeune et paisible, mais qu'elles ne sont pas du tout appropri&#233;es pour des temps r&#233;volutionnaires o&#249; elles d&#233;tournent l'attention des ouvriers des objectifs et des buts importants pour les orienter sur des r&#233;formes irr&#233;alistes ; qu'ils agissent donc comme des forces hostiles et r&#233;actionnaires ; que tout le pouvoir de ces organisations, dans les mains des chefs, est utilis&#233; contre la r&#233;volution. En m&#234;me temps, Moscou exigeait que les partis communistes participent aux &#233;lections parlementaires et au travail syndical. Les communistes occidentaux pr&#244;naient l'ind&#233;pendance, l'initiative, la capacit&#233; de compter sur soi-m&#234;me, le rejet de la d&#233;pendance par rapport aux chefs et la d&#233;fiance &#224; leur &#233;gard. Mais Moscou pr&#233;conisait, en termes beaucoup plus forts, que l'ob&#233;issance aux chefs &#233;tait la principale qualit&#233; du vrai communiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les communistes occidentaux n'ont pas r&#233;alis&#233; tout de suite combien la contradiction &#233;tait fondamentale. Ils voyaient que la Russie, attaqu&#233;e de toutes parts par les arm&#233;es contre-r&#233;volutionnaires, appuy&#233;es par les gouvernements fran&#231;ais et anglais, avait besoin de sympathie et d'assistance de la part de la classe ouvri&#232;re occidentale ; non pas de la part des petits groupes qui attaquaient durement les anciennes organisations, mais des anciennes organisations de masses elles-m&#234;mes. Ils ont essay&#233; de convaincre L&#233;nine et les chefs russes qu'ils &#233;taient mal inform&#233;s sur les conditions r&#233;elles et sur le futur du mouvement prol&#233;tarien en occident. En vain, bien s&#251;r. Ils ne voyaient pas, &#224; l'&#233;poque, qu'il s'agissait en r&#233;alit&#233; d'un conflit entre deux conceptions de la r&#233;volution, la r&#233;volution des classes moyennes et la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas &#233;tonnant que L&#233;nine et ses camarades aient &#233;t&#233; tout &#224; fait incapables de voir que la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#224; venir en occident &#233;tait quelque chose de tr&#232;s diff&#233;rent de leur r&#233;volution russe. L&#233;nine ne connaissait pas le capitalisme de l'int&#233;rieur, &#224; son plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement, un monde o&#249; les masses prol&#233;tariennes croissaient, allant vers une p&#233;riode o&#249; elles pourraient prendre le pouvoir pour s'emparer d'un appareil de production potentiellement parfait.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine ne connaissait le capitalisme que de l'ext&#233;rieur, sous sa forme d'usurier &#233;tranger qui pille et d&#233;vaste, tel qu'avait d&#251; lui appara&#238;tre le capital financier colonial en Russie et dans d'autres pays asiatiques. Son id&#233;e &#233;tait que, pour vaincre, les masses occidentales n'avaient qu'&#224; s'unir au pouvoir anticapitaliste &#233;tabli en Russie ; elles n'avaient pas &#224; chercher obstin&#233;ment de nouvelles voies mais n'avaient qu'&#224; suivre l'exemple russe. Il fallait donc user de tactiques souples &#224; l'ouest pour gagner les grandes masses socialistes et syndicalistes le plus vite possible, pour les d&#233;tacher de leurs chefs et partis, li&#233;s aux gouvernements nationaux, et les pousser &#224; rejoindre les partis communistes ; aucun besoin de changer leurs id&#233;es et leurs convictions. Les tactiques de Moscou ont donc suivi logiquement cette incompr&#233;hension de base. Jouissant de l'autorit&#233; que conf&#232;re une r&#233;volution victorieuse contre une r&#233;volution d&#233;faite (l'allemande), ce que d&#233;fendait Moscou avait tout de suite un poids pr&#233;pond&#233;rant. Peut-on savoir plus que ses ma&#238;tres ? L'autorit&#233; morale du communisme russe &#233;tait tellement &#233;tablie que m&#234;me un an apr&#232;s avoir &#233;t&#233; exclue, l'opposition allemande a demand&#233; &#224; &#234;tre admise comme adh&#233;rent sympathisant &#224; la Troisi&#232;me Internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en plus de l'autorit&#233; morale, les Russes avaient pour eux l'autorit&#233; mat&#233;rielle de l'argent. Des masses &#233;normes de litt&#233;rature, subventionn&#233;es par Moscou, ont inond&#233; les pays occidentaux : des hebdomadaires, des brochures, des nouvelles enthousiasmantes sur les succ&#232;s russes, des revues scientifiques, qui toutes expliquaient le point de vue de Moscou. Les petits groupes communistes occidentaux, avec leurs pauvres moyens financiers, n'avaient aucune chance contre cette offensive &#233;crasante de propagande tapageuse. Les armes puissantes de Moscou ont vite fait d'&#233;touffer dans l'oeuf la nouvelle conscience des conditions n&#233;cessaires pour la r&#233;volution. Par ailleurs, les subsides russes servaient &#224; payer le salaire de bon nombre de secr&#233;taires de parti qui d&#233;fendaient naturellement les tactiques russes, par peur de perdre leur emploi. Quand il est apparu que m&#234;me tout cela ne suffisait pas, L&#233;nine lui-m&#234;me a &#233;crit sa fameuse brochure &#171; La maladie infantile du communisme : le gauchisme &#187; . Bien que ses arguments n'aient fait que montrer son incompr&#233;hension des conditions occidentales, le fait que L&#233;nine, avec son autorit&#233; encore intacte, pr&#238;t si ouvertement parti dans ces querelles internes, a eu une grande influence sur bon nombre de communistes occidentaux. Et pourtant, malgr&#233; tout cela, la majorit&#233; du parti communiste allemand est rest&#233;e fid&#232;le aux connaissances qu'elle avait acquises avec l'exp&#233;rience des luttes prol&#233;tariennes. Ainsi, au congr&#232;s suivant &#224; Heidelberg, le Dr L&#233;vi a d&#251; user de basses manoeuvres &#8211; d'abord diviser la majorit&#233;, en exclure une partie, puis mettre en minorit&#233; l'autre partie &#8211; pour pouvoir gagner une victoire apparente et formelle pour les tactiques de Moscou.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les groupes exclus continu&#232;rent pendant quelques ann&#233;es &#224; diss&#233;miner leur id&#233;es. Mais leurs points de vue &#233;taient noy&#233;s dans l'&#233;norme tapage de la propagande de Moscou et ils n'eurent aucune influence appr&#233;ciable sur les &#233;v&#233;nements politiques des ann&#233;es suivantes. Ils ne purent que maintenir et continuer &#224; d&#233;velopper leur compr&#233;hension des conditions de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, par des discussions th&#233;oriques collectives et quelques publications, et les garder en vie pour les temps &#224; venir. Les d&#233;buts de r&#233;volution prol&#233;tarienne en occident avaient &#233;t&#233; tu&#233;s par cette puissante r&#233;volution des classes moyennes &#224; l'Est.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-il correct d'appeler cette r&#233;volution russe, qui a d&#233;truit la bourgeoisie et a introduit le socialisme, une r&#233;volution des classes moyennes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques ann&#233;es apr&#232;s, dans les grandes villes de cette Russie frapp&#233;e par la mis&#232;re, sont apparus des magasins sp&#233;ciaux avec des devantures charg&#233;es de d&#233;licatesses ch&#232;res, sp&#233;cialement pour les riches, et des bo&#238;tes de nuit fr&#233;quent&#233;es par des messieurs et des dames en tenue de soir&#233;e &#8211; chefs de d&#233;partement, hauts officiers, directeurs d'usines et de comit&#233;s. Les pauvres les regardaient avec effarement dans la rue et les communistes d&#233;&#231;us disaient : &#171; Voil&#224; la nouvelle bourgeoisie &#187; . Ils avaient tort. Ce n'&#233;tait pas une nouvelle bourgeoisie ; c'&#233;tait une nouvelle classe dominante. Quand une nouvelle classe dominante appara&#238;t, les r&#233;volutionnaires d&#233;&#231;us l'appellent toujours par le nom de l'ancienne classe dominante. Dans la r&#233;volution fran&#231;aise, les nouveaux capitalistes &#233;tait appel&#233;s &#171; nouvelle aristocratie &#187; . En Russie, la nouvelle classe qui tenait fermement les r&#234;nes de l'appareil de production c'&#233;tait la bureaucratie. Elle devait jouer en Russie le m&#234;me r&#244;le que les classes moyennes, la bourgeoisie, avaient jou&#233; &#224; l'ouest : d&#233;velopper le pays en l'industrialisant, partant de conditions primitives pour atteindre la haute productivit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
De la m&#234;me mani&#232;re qu'en Europe occidentale la bourgeoisie &#233;tait issue de gens ordinaires comme les artisans et les paysans, y compris quelques aristocrates, par l'habilet&#233;, la chance et la ruse, la bureaucratie qui r&#233;gnait en Russie &#233;tait issue de la classe ouvri&#232;re et des paysans (y compris d'anciens officiers) par l'habilet&#233;, la chance et la ruse. La diff&#233;rence &#233;tait qu'en URSS ils ne poss&#233;daient pas les moyens de production individuellement mais collectivement ; leur concurrence mutuelle devait donc prendre aussi d'autres formes. Cela entra&#238;na une diff&#233;rence fondamentale dans le syst&#232;me &#233;conomique ; une production et une exploitation planifi&#233;es collectivement au lieu d'une production et d'une exploitation individuelles et hasardeuses ; capitalisme d'Etat au lieu de capitalisme priv&#233;. Pour les masses travailleuses cependant, la diff&#233;rence est petite, pas fondamentale ; elles sont toujours exploit&#233;es par une classe moyenne. Mais maintenant cette exploitation est intensifi&#233;e par la forme dictatoriale du gouvernement, par l'absence totale de toutes ces libert&#233;s qui rendent possible de lutter contre la bourgeoisie &#224; l'ouest.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce caract&#232;re de la Russie moderne a d&#233;termin&#233; le caract&#232;re de la lutte de la Troisi&#232;me Internationale. Faisant alterner des discours rouge vif avec l'opportunisme parlementaire le plus plat, ou combinant les deux, la Troisi&#232;me Internationale a essay&#233; de gagner l'adh&#233;sion des masses travailleuses occidentales. Elle a exploit&#233; l'antagonisme de classe des ouvriers contre le capitalisme pour gagner du pouvoir pour le parti. Elle s'est empar&#233;e de l'enthousiasme r&#233;volutionnaire de la jeunesse et des pulsions de r&#233;volte des masses, les a emp&#234;ch&#233;es de d&#233;velopper un pouvoir prol&#233;tarien et a g&#226;ch&#233; leur &#233;nergie dans des aventures politiques sans int&#233;r&#234;t. Elle esp&#233;rait ainsi gagner du pouvoir sur la bourgeoisie occidentale ; mais elle n'a pas pu le faire parce qu'il lui manquait totalement la compr&#233;hension du caract&#232;re profond du grand capitalisme. Ce capitalisme ne peut pas &#234;tre conquis par une force ext&#233;rieure ; il ne peut &#234;tre d&#233;truit que de l'int&#233;rieur, par la r&#233;volution prol&#233;tarienne. La domination de classe ne peut &#234;tre d&#233;truite que par l'initiative et la clairvoyance d'une classe prol&#233;tarienne autonome : la discipline de parti et l'ob&#233;issance des masses &#224; leurs chefs ne peuvent conduire qu'&#224; une nouvelle domination de classe. D'ailleurs, en Italie et en Allemagne l'activit&#233; du parti communiste a pav&#233; le chemin au fascisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les partis communistes qui appartiennent &#224; la Troisi&#232;me internationale sont enti&#232;rement d&#233;pendants de la Russie &#8211; tant du point de vue mat&#233;riel que mental &#8211; ; ils sont les serviteurs dociles des dirigeants de la Russie. Quand, apr&#232;s 1933, la Russie a senti qu'elle devait s'allier avec la France contre l'Allemagne, toute l'intransigeance pr&#233;c&#233;dente a &#233;t&#233; oubli&#233;e. Le Comintern est devenu le champion de la &#171; d&#233;mocratie &#187; et s'est alli&#233; non seulement avec les socialistes mais aussi avec certains partis capitalistes dans ce qu'on a appel&#233; le Front Populaire. Graduellement, son pouvoir d'attraction, qu'il devait &#224; sa pr&#233;tention de repr&#233;senter les vieilles traditions r&#233;volutionnaires, a commenc&#233; &#224; dispara&#238;tre ; son audience dans le prol&#233;tariat a diminu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en m&#234;me temps son influence sur les classes moyennes intellectuelles en Europe et en Am&#233;rique a commenc&#233; a grandir. Un grand nombre de livres et de revues traitant de tous les domaines de la pens&#233;e sociale &#233;taient publi&#233;s par des maisons d'&#233;dition anglaises, fran&#231;aises et am&#233;ricaines, qui camouflaient plus ou moins leur appartenance communiste. On y trouvait des &#233;tudes historiques tr&#232;s valables ou des compilations populaires ; mais la plupart du temps c'&#233;taient de mauvais expos&#233;s de la vision l&#233;niniste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela c'&#233;tait de la litt&#233;rature, &#233;videmment pas destin&#233;e aux ouvriers, mais aux intellectuels, pour les gagner au communisme russe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette nouvelle approche a eu un certain succ&#232;s. L'ex-diplomate sovi&#233;tique Alexandre Barmine raconte dans ses m&#233;moires combien il a &#233;t&#233; surpris de constater que, juste au moment o&#249; lui-m&#234;me et d'autres bolcheviks commen&#231;aient &#224; avoir des doutes sur le devenir de la r&#233;volution russe, en Europe occidentale la classe moyenne des intellectuels, dup&#233;e par toutes les louanges mensong&#232;res qui &#233;taient faites aux succ&#232;s des plans quinquennaux, ont commenc&#233; &#224; montrer de la sympathie et de l'int&#233;r&#234;t pour le communisme. La raison en est claire : maintenant qu'il &#233;tait clair que la Russie n'&#233;tait plus un Etat ouvrier, ils sentaient que ce pouvoir de la bureaucratie sur un capitalisme d'Etat correspondait mieux &#224; leurs propres id&#233;aux de pouvoir exerc&#233; par une intelligentsia, que le pouvoir de la grande finance qui r&#233;gnait en Europe et en Am&#233;rique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant qu'une nouvelle minorit&#233;, le Parti Communiste, dominait et r&#233;gnait sur les masses en Russie, ses serviteurs &#224; l'&#233;tranger devaient se tourner vers ces classes qui pourraient fournir de nouveaux dirigeants quand le capitalisme priv&#233; s'effondrerait. Bien s&#251;r, pour parvenir &#224; ces fins ils avaient besoin d'une r&#233;volution ouvri&#232;re qui f&#238;t tomber le pouvoir capitaliste. Ils devaient ensuite la d&#233;tourner de son propre but pour en faire un instrument de leur pouvoir de parti. On peut donc voir &#224; quelles sortes de difficult&#233;s la future r&#233;volution de la classe ouvri&#232;re devra faire face. Elle devra combattre pas seulement la bourgeoisie mais aussi les ennemis de la bourgeoisie. Elle ne devra pas seulement se d&#233;barrasser du joug de ses ma&#238;tres actuels ; elle devra aussi se garder de ceux qui essaieront d'&#234;tre ses futurs ma&#238;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
VI&lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde est maintenant plong&#233; dans une nouvelle grande guerre imp&#233;rialiste. Quelle que soit la prudence avec laquelle les gouvernements bellig&#233;rants traitent les affaires &#233;conomiques et sociales pour essayer d'&#233;viter de tomber dans un enfer total, ils n'arriveront pas &#224; pr&#233;venir une catastrophe sociale. Avec l'&#233;puisement et l'appauvrissement g&#233;n&#233;ral, particuli&#232;rement s&#233;v&#232;res sur le continent europ&#233;en, avec l'esprit d'agressivit&#233; f&#233;roce encore puissant, de violentes luttes de classe accompagneront les restructurations in&#233;vitables du syst&#232;me de production. Quand le capitalisme priv&#233; se sera effondr&#233;, l'enjeu sera : &#233;conomie planifi&#233;e, capitalisme d'Etat, exploitation ouvri&#232;re d'un c&#244;t&#233; ; libert&#233; ouvri&#232;re et pouvoir de d&#233;cision sur la production, de l'autre c&#244;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La classe ouvri&#232;re va &#224; cette guerre handicap&#233;e par le fardeau de la tradition capitaliste de soumission aux partis et par le fantasme d'une r&#233;volution de type russe. L'immense pression de cette guerre poussera les ouvriers &#224; r&#233;sister spontan&#233;ment contre leurs gouvernements et &#224; entreprendre des luttes sous une nouvelle forme. Quand la Russie entrera dans le camp contre les pouvoirs occidentaux, elle rouvrira sa vieille bo&#238;te &#224; slogans et appellera les ouvriers &#224; faire une r&#233;volution mondiale contre le capitalisme pour essayer de mettre de son c&#244;t&#233; les ouvriers r&#233;volt&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bolchevisme pourrait ainsi avoir encore une chance. Mais cela ne repr&#233;senterait pas une solution aux probl&#232;mes des ouvriers. Quand la mis&#232;re g&#233;n&#233;rale augmentera et que les conflits entre classes deviendront plus durs, la classe ouvri&#232;re devra, par n&#233;cessit&#233;, s'emparer des moyens de production et trouver les moyens de se lib&#233;rer de l'influence du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://spartacus1918.canalblog.com/archives/2023/08/19/40014103.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://spartacus1918.canalblog.com/archives/2023/08/19/40014103.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L&#233;nine : tout le pouvoir aux soviets</title>
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		<dc:date>2025-04-13T22:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;nine : tout le pouvoir aux soviets &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien des auteurs, politiques ou historiques, opposent le parti r&#233;volutionnaire et les soviets, affirmant qu'&#234;tre pour le r&#244;le du parti c'est combattre celui des soviets. C'est un contresens qui n'est nullement une erreur mais un parti pris car la classe exploit&#233;e ne peut diriger la lutte contre ses ennemis de classe au travers de ses soviets que si elle se dirige politiquement &#224; l'aide de partis. Toutes les r&#233;volutions sociales le d&#233;montrent. Et ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine : tout le pouvoir aux soviets&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien des auteurs, politiques ou historiques, opposent le parti r&#233;volutionnaire et les soviets, affirmant qu'&#234;tre pour le r&#244;le du parti c'est combattre celui des soviets. C'est un contresens qui n'est nullement une erreur mais un parti pris car la classe exploit&#233;e ne peut diriger la lutte contre ses ennemis de classe au travers de ses soviets que si elle se dirige politiquement &#224; l'aide de partis. Toutes les r&#233;volutions sociales le d&#233;montrent. Et ce n'est pas n'importe quel parti qui peut jouer ce r&#244;le : seulement ceux qui appuient de toutes leurs forces la formation des soviets et leur pr&#233;paration &#224; leur r&#244;le de destruction de l'Etat capitaliste et de mise en place du pouvoir des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article652&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article652&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170422i.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170422i.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170409.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170409.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/06/1-co-so/vil19170601.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/06/1-co-so/vil19170601.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;juillet 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/vil19170830.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/vil19170830.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/07/vil19170718.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/07/vil19170718.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ao&#251;t 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170912b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170912b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;septembre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170927b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170927b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170910m.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170910m.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171010.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171010.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008c.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008c.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novembre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1583&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1583&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine en 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4206&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4206&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110e.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110e.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article153&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article153&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine et les soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8306&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8306&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des soviets et du Parti dans la r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7329&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7329&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme politique de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4399&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4399&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment la Russie a cess&#233; d'&#234;tre le pays de la r&#233;volution des soviets, premier pas de la r&#233;volution mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4922&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4922&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue de Tony Cliff&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cliff/1976/soviets/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cliff/1976/soviets/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Trotsky raconte la r&#233;volution russe</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8571</link>
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		<dc:date>2025-02-07T23:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand la traduction est trop mauvaise, se reporte rua texte en anglais : &lt;br class='autobr' /&gt;
History of the Russian Revolution to Brest-Litovsk (1918) &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/archive/trotsky/1918/hrr/index.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Histoire de la r&#233;volution russe jusqu'&#224; la paix de Brest-Litovsk &lt;br class='autobr' /&gt;
F&#233;vrier 1918 &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sent livret a &#233;t&#233;, pour l'essentiel, &#233;crit par bribes, dans des circonstances peu favorables aux travaux pouss&#233;s. C'est &#224; Brest-Litovsk, entre les s&#233;ances de la Conf&#233;rence de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand la traduction est trop mauvaise, se reporte rua texte en anglais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;History of the Russian Revolution to Brest-Litovsk&lt;br class='autobr' /&gt;
(1918)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1918/hrr/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1918/hrr/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky
&lt;p&gt;Histoire de la r&#233;volution russe jusqu'&#224; la paix de Brest-Litovsk&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;F&#233;vrier 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent livret a &#233;t&#233;, pour l'essentiel, &#233;crit par bribes, dans des circonstances peu favorables aux travaux pouss&#233;s. C'est &#224; Brest-Litovsk, entre les s&#233;ances de la Conf&#233;rence de la paix, que les diff&#233;rents chapitres de cette esquisse, qui a pour but principal de faire conna&#238;tre aux ouvriers du monde les causes, les progr&#232;s et le sens de la R&#233;volution russe de novembre, ont &#233;t&#233; r&#233;unis. L'histoire a voulu que les d&#233;l&#233;gu&#233;s du r&#233;gime le plus r&#233;volutionnaire que le monde ait jamais connu devaient s'asseoir &#224; la m&#234;me table diplomatique avec les repr&#233;sentants de la caste la plus r&#233;actionnaire parmi toutes les classes dirigeantes. Aux s&#233;ances de la Conf&#233;rence de la Paix, nous n'avons pas oubli&#233; un seul instant que nous &#233;tions les repr&#233;sentants d'une classe r&#233;volutionnaire. Nous avons adress&#233; nos discours aux travailleurs fatigu&#233;s de la guerre de tous les pays. Nos &#233;nergies &#233;taient soutenues par la conviction profonde que le dernier mot pour mettre fin &#224; la guerre, comme pour toutes les autres questions, serait dit par la classe ouvri&#232;re europ&#233;enne. Lorsque nous parlions &#224; K&#252;hlmann et Czernin, nous avions toujours en t&#234;te nos amis et camarades, Karl Liehknecht et Fritz Adler. J'ai consacr&#233; mon temps libre &#224; pr&#233;parer une brochure destin&#233;e aux ouvriers d'Allemagne, d'Autriche-Hongrie et de tous les autres pays. La presse bourgeoise de toute l'Europe est unanime dans ses calomnies et ses ex&#233;crations du r&#233;gime prol&#233;tarien en Russie. La presse socialiste &#171; patriotique &#187;, d&#233;pourvue de courage et de foi dans son propre travail, a r&#233;v&#233;l&#233; une incapacit&#233; totale &#224; comprendre et &#224; interpr&#233;ter aux masses laborieuses le sens de la R&#233;volution russe. Je veux leur venir en aide par le biais du pr&#233;sent livret. Je crois que les ouvriers r&#233;volutionnaires d'Europe et d'autres parties du monde nous comprendront. Je crois qu'ils commenceront, dans un proche avenir, le m&#234;me travail que celui dans lequel nous sommes actuellement engag&#233;s, mais que, aid&#233;s par leur plus grande exp&#233;rience et leurs moyens intellectuels et techniques plus parfaits, ils accompliront ce travail de mani&#232;re plus approfondie, et aide-nous &#224; surmonter toutes les difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. TROTSKI, BREST-LITOVSK, 12 f&#233;vrier 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#232;re partie&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA R&#201;VOLUTION RUSSE &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements actuels se succ&#232;dent si rapidement qu'il est difficile de les reproduire de m&#233;moire, m&#234;me dans leur simple ordre chronologique. Je n'ai pas papiers ou documents &#224; port&#233;e de main. En m&#234;me temps, les interruptions p&#233;riodiques des n&#233;gociations de Brest-Litovsk me donnent un certain loisir qui, dans les conditions actuelles, ne risque pas de se reproduire. Je t&#226;cherai donc d'esquisser de m&#233;moire le cours et le d&#233;veloppement de la R&#233;volution de novembre, en me r&#233;servant le droit de compl&#233;ter et de corriger mon r&#233;cit &#224; une date ult&#233;rieure, &#224; l'aide de pi&#232;ces justificatives. Ce qui distingue notre parti presque d&#232;s la premi&#232;re &#233;tape de la R&#233;volution, c'est la ferme conviction que la logique des &#233;v&#233;nements finira par le mettre au pouvoir. Des th&#233;oriciens de notre parti, bien des ann&#233;es avant la R&#233;volution, voire avant la R&#233;volution de 1905, &#233;taient arriv&#233;s &#224; la conclusion, d'une analyse approfondie des rapports de classe en Russie, que le cours victorieux de la r&#233;volution mettrait in&#233;vitablement le pouvoir de l'&#201;tat entre les mains du prol&#233;tariat, soutenu par les larges masses de la paysannerie la plus pauvre. Le fondement principal de cette croyance &#233;tait l'insignifiance de la d&#233;mocratie de la classe moyenne russe et le caract&#232;re concentr&#233; de l'industrie russe, et, par cons&#233;quent, l'immense importance sociale de la classe ouvri&#232;re russe. L'insignifiance de la d&#233;mocratie bourgeoise russe n'est que l'envers du pouvoir et de l'importance du prol&#233;tariat. Certes, la guerre a tromp&#233; momentan&#233;ment beaucoup de monde sur ce point, et surtout elle a tromp&#233; les fractions dirigeantes de la d&#233;mocratie bourgeoise elle-m&#234;me. La guerre assignait &#224; l'arm&#233;e le r&#244;le d&#233;cisif dans la R&#233;volution, et l'ancienne arm&#233;e &#233;tait la paysannerie. Si la R&#233;volution s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;e plus normalement, c'est-&#224;-dire dans des conditions de paix, telles qu'elles pr&#233;valaient en 1912, date &#224; laquelle elle a r&#233;ellement commenc&#233;, le prol&#233;tariat aurait in&#233;vitablement tenu le premier r&#244;le tout au long, tandis que les masses paysannes auraient &#233;t&#233; progressivement entra&#238;n&#233;es par le prol&#233;tariat dans le tourbillon r&#233;volutionnaire... Mais la guerre a donn&#233; au cours des &#233;v&#233;nements une toute autre logique. L'arm&#233;e avait organis&#233; la paysannerie, non pas sur une base politique, mais sur une base militaire. Avant que les masses paysannes ne se retrouvent unies sur une plate-forme commune de revendications et d'id&#233;es r&#233;volutionnaires d&#233;finies, elles s'&#233;taient d&#233;j&#224; unies en r&#233;giments, divisions, corps et arm&#233;es. Les petits bourgeois d&#233;mocrates, dispers&#233;s dans toute cette arm&#233;e et y jouant un r&#244;le de premier plan tant au sens militaire qu'intellectuel, &#233;taient presque enti&#232;rement impr&#233;gn&#233;s de sentiments r&#233;volutionnaires bourgeois. Le profond m&#233;contentement social des masses s'aggravait et cherchait &#224; s'exprimer, notamment &#224; cause de la d&#233;b&#226;cle militaire du Tsarisme. D&#232;s que la R&#233;volution &#233;clate, les sections avanc&#233;es du prol&#233;tariat renouent avec les traditions de 1905 en appelant les masses populaires &#224; s'organiser en corps repr&#233;sentatifs, &#224; savoir les &#171; Conseils &#187; de d&#233;l&#233;gu&#233;s (Soviets). L'arm&#233;e a donc d&#251; envoyer des repr&#233;sentants aux organes r&#233;volutionnaires avant que sa conscience politique ne corresponde de quelque fa&#231;on que ce soit au niveau des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires qui se d&#233;veloppaient rapidement. Qui les soldats pouvaient-ils envoyer comme leurs repr&#233;sentants ? Naturellement, seuls les intellectuels et semi-intellectuels qui se trouvaient parmi eux et qui poss&#233;daient au moins un minimum de connaissances politiques et &#233;taient capables de les exprimer. Ainsi, par la volont&#233; de l'arm&#233;e qui s'&#233;veillait, les intellectuels de la petite bourgeoisie se trouv&#232;rent soudain &#233;lev&#233;s &#224; une position d'influence &#233;norme. M&#233;decins, ing&#233;nieurs, avocats, journalistes, qui, avant la guerre, menaient une vie priv&#233;e banale et ne revendiquaient aucune influence politique, devinrent, du jour au lendemain, les repr&#233;sentants de corps et d'arm&#233;es entiers, et d&#233;couvrirent qu'ils &#233;taient les &#171; chefs &#187; de la R&#233;volution. Le flou de leurs id&#233;es politiques correspondait pleinement &#224; l'&#233;tat informe de la conscience r&#233;volutionnaire des masses elles-m&#234;mes. Ils nous consid&#233;raient avec m&#233;pris comme de simples sectaires parce que nous d&#233;fendions les revendications sociales de la classe ouvri&#232;re et des paysans de la mani&#232;re la plus r&#233;solue et la plus intransigeante. En m&#234;me temps, ces d&#233;mocrates de la petite bourgeoisie, malgr&#233; leur fi&#232;re allure de parvenus r&#233;volutionnaires, &#233;prouvaient une profonde m&#233;fiance &#224; la fois dans leurs propres capacit&#233;s et dans les masses qui les avaient &#233;lev&#233;s &#224; une place si inattendue. Se disant socialistes et se consid&#233;rant r&#233;ellement comme tels, ces intellectuels s'en remettaient &#224; l'autorit&#233; politique de la bourgeoisie lib&#233;rale, &#224; ses connaissances et &#224; ses m&#233;thodes, avec un respect mal dissimul&#233;. D'o&#249; la tentative des chefs de la petite bourgeoisie d'obtenir &#224; tout prix la coop&#233;ration de la bourgeoisie lib&#233;rale par le biais d'une alliance ou d'une coalition. Le programme du parti des socialistes-r&#233;volutionnaires, fond&#233; comme il l'est sur de vagues formules humanitaires, et employant des sentiments g&#233;n&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'OFFENSIVE DU 1ER JUILLET&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A la suite de cette manifestation des masses r&#233;volutionnaires, une crise gouvernementale semblait in&#233;vitable. Mais l'impression faite par la manifestation a &#233;t&#233; an&#233;antie par les nouvelles du front annon&#231;ant que l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire avait pris l'offensive. Le jour m&#234;me o&#249; les ouvriers et la garnison de P&#233;trograd r&#233;clamaient la publication des trait&#233;s secrets et une offre publique de paix, Kerensky avait jet&#233; les troupes r&#233;volutionnaires &#224; l'offensive. Ce n'&#233;tait bien s&#251;r pas une co&#239;ncidence fortuite. Tout avait &#233;t&#233; arrang&#233; d'avance et le moment de l'offensive avait &#233;t&#233; choisi non pas pour des raisons militaires, mais pour des raisons politiques. Le 2 juillet, il y a eu une s&#233;rie de manifestations dites patriotiques dans les rues de Petrograd. La perspective Nevski, la principale art&#232;re bourgeoise, &#233;tait pleine de groupes de gens excit&#233;s, parmi lesquels des officiers, des journalistes et des dames bien habill&#233;es menaient une campagne acharn&#233;e contre les bolcheviks. Les premi&#232;res nouvelles des r&#233;sultats de l'offensive &#233;taient favorables, et les principaux organes lib&#233;raux consid&#233;raient que la t&#226;che principale avait &#233;t&#233; accomplie - que le coup port&#233; le 1er juillet, ind&#233;pendamment de ce qui pourrait &#234;tre ses d&#233;veloppements militaires ult&#233;rieurs, serait fatal &#224; la nouveaux progr&#232;s de la R&#233;volution. Elle conduirait au r&#233;tablissement de l'ancienne discipline militaire et renforcerait la position dominante de la bourgeoisie lib&#233;rale dans le pays. Nous avions pourtant pr&#233;dit autre chose. Dans une d&#233;claration sp&#233;ciale que nous avons lue au premier congr&#232;s des soviets quelques jours avant l'offensive, nous avions d&#233;clar&#233; que cette offensive d&#233;truirait in&#233;vitablement la coh&#233;rence interne de l'arm&#233;e, qu'elle mettrait en opposition diff&#233;rentes sections de celle-ci, et qu'elle pr&#234;terait une &#233;norme pr&#233;pond&#233;rance aux &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires, puisque le maintien de la discipline dans une arm&#233;e bris&#233;e, dont la vigueur n'avait pas &#233;t&#233; renouvel&#233;e par de nouveaux id&#233;aux, serait impossible sans l'emploi de mesures brutales de r&#233;pression. En d'autres termes, nous avions pr&#233;dit dans cette d&#233;claration toutes les cons&#233;quences qui furent ensuite comprises sous le nom de kornilovisme. Nous consid&#233;rions que la R&#233;volution courait le plus grand danger aussi bien en cas de r&#233;ussite de l'offensive (ce que nous ne croyions pourtant pas) qu'en cas d'&#233;chec, que nous pensions presque in&#233;vitable. Le succ&#232;s de l'offensive aurait pour effet d'unir la petite et la grande bourgeoisie dans des aspirations chauvines communes, isolant ainsi le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, tandis que son &#233;chec pourrait conduire &#224; l'effondrement complet de l'arm&#233;e, &#224; un recul chaotique, &#224; la perte de plus de provinces, et la d&#233;ception et le d&#233;sespoir des masses. Les &#233;v&#233;nements se sont d&#233;roul&#233;s conform&#233;ment &#224; la deuxi&#232;me partie de l'alternative. La nouvelle de l'avance victorieuse de l'arm&#233;e ne dura pas longtemps. Lui succ&#233;d&#232;rent de sombres communications sur le refus de plusieurs sections de l'arm&#233;e de soutenir les troupes d'assaut, les pertes terribles parmi les officiers, qui parfois seuls formaient des bataillons de choc, etc. L'arri&#232;re-plan de ces &#233;v&#233;nements militaires a &#233;t&#233; form&#233; par des difficult&#233;s croissantes dans la vie int&#233;rieure du pays. Le gouvernement de coalition n'avait pas fait un seul pas d&#233;cisif dans la solution des questions agraires, industrielles ou nationales. L'approvisionnement alimentaire et les transports devenaient de plus en plus d&#233;sorganis&#233;s. Les conflits locaux sont devenus de plus en plus fr&#233;quents. Les ministres socialistes ont essay&#233; de persuader les masses d'attendre. Toutes les d&#233;cisions et mesures &#233;taient remises &#224; plus tard, y compris la convocation de l'Assembl&#233;e constituante. L'insolvabilit&#233; et l'instabilit&#233; du r&#233;gime &#233;taient &#233;videntes. Il y avait deux issues possibles : soit chasser la bourgeoisie du pouvoir et laisser la R&#233;volution avancer, soit &#171; contenir &#187; les masses par une r&#233;pression brutale. Kerensky et Tsereteli poursuivaient une voie m&#233;diane et ne parvenaient qu'&#224; aggraver la confusion. Lorsqu'une fois les cadets, de loin les repr&#233;sentants les plus intelligents et les plus clairvoyants de la coalition, virent que l'&#233;chec de l'offensive de juillet risquait de porter un coup dur non seulement &#224; la R&#233;volution, mais aussi aux partis &#224; la t&#234;te des affaires, ils s'empress&#232;rent de se retirer provisoirement, rejetant ainsi tout le poids de la responsabilit&#233; sur leurs coll&#232;gues de gauche. Le 15 juillet, une crise minist&#233;rielle &#233;clate, ostensiblement &#224; propos de la question ukrainienne. Ce fut tout &#224; fait un moment de grande tension politique dans tous les sens. Des d&#233;putations et des d&#233;l&#233;gu&#233;s individuels arriv&#232;rent de diff&#233;rentes parties du front, portant le r&#233;cit du chaos qui r&#233;gnait d&#233;sormais en ma&#238;tre dans l'arm&#233;e &#224; la suite de l'offensive. La soi-disant presse gouvernementale a exig&#233; des mesures de r&#233;pression s&#233;v&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des revendications similaires ont commenc&#233; &#224; appara&#238;tre de plus en plus fr&#233;quemment dans la soi-disant presse socialiste. Kerensky passait de plus en plus rapidement, ou plut&#244;t de plus en plus ouvertement, du c&#244;t&#233; des cadets et des g&#233;n&#233;raux cadets, affichant avec ostentation son inimiti&#233; et m&#234;me sa haine envers les partis r&#233;volutionnaires en g&#233;n&#233;ral. Les ambassades alli&#233;es faisaient pression sur le gouvernement, exigeant le r&#233;tablissement de la discipline et la poursuite de l'offensive. La confusion r&#233;gnait dans les milieux gouvernementaux, tandis que l'indignation des ouvriers grandissait et exigeait imp&#233;rativement un d&#233;bouch&#233;. &#171; Saisir l'occasion de la d&#233;mission des ministres cadets et prendre le contr&#244;le total du gouvernement &#187; : tel &#233;tait l'appel des ouvriers de P&#233;trograd aux principaux partis sovi&#233;tiques, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks. Je me souviens de la s&#233;ance du comit&#233; ex&#233;cutif du 15 juillet. Les ministres socialistes ont rendu compte de la nouvelle crise gouvernementale. Nous attendions avec un vif int&#233;r&#234;t de savoir quelle position ils prendraient maintenant que le gouvernement s'&#233;tait effondr&#233; sans gloire lors de la premi&#232;re &#233;preuve s&#233;rieuse provoqu&#233;e par la politique de la coalition elle-m&#234;me. Tsereteli &#233;tait le journaliste. Il nous expliqua tr&#232;s amplement que les concessions que lui et Terestchenko avaient faites &#224; la Kieff Rada ne signifiaient en aucun cas le d&#233;membrement du pays, et ne justifiaient pas l'action des cadets en quittant le minist&#232;re. Tsereteli accuse les chefs cadets d'&#234;tre des doctrinaires sur la question du centralisme, de ne pas comprendre la n&#233;cessit&#233; d'un compromis avec les Ukrainiens, etc. L'impression faite par le journaliste &#233;tait vraiment pitoyable. Le doctrinaire d&#233;sesp&#233;r&#233; de la Coalition accusant les Cadets d'&#234;tre des doctrinaires - les Cadets, ces champions politiques sobres du Capitalisme, qui avaient saisi la premi&#232;re occasion pour faire payer &#224; leurs huissiers politiques le prix du tournant fatidique qu'ils avaient imprim&#233; au cours des &#233;v&#233;nements par l'offensive de juillet. Apr&#232;s toutes les exp&#233;riences de la Coalition, il aurait pu sembler qu'il ne pouvait y avoir qu'une seule issue, &#224; savoir rompre avec les cadets et former un gouvernement purement sovi&#233;tique. La corr&#233;lation des forces &#224; l'int&#233;rieur des soviets &#224; l'&#233;poque &#233;tait telle qu'un gouvernement sovi&#233;tique aurait signifi&#233;, du point de vue du parti, la concentration du pouvoir entre les mains des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks. Nous visions d&#233;lib&#233;r&#233;ment un tel r&#233;sultat, car les constantes r&#233;&#233;lections aux soviets fournissaient les m&#233;canismes n&#233;cessaires pour assurer un reflet suffisamment fid&#232;le de la radicalisation croissante des masses ouvri&#232;res et militaires. Nous avions pr&#233;vu qu'apr&#232;s la rupture de la coalition avec la bourgeoisie, les tendances radicales prendraient n&#233;cessairement le dessus sur les soviets. Dans de telles conditions, la lutte du prol&#233;tariat pour le pouvoir se d&#233;placerait naturellement vers le Basedes organisations sovi&#233;tiques et se d&#233;roulerait de mani&#232;re indolore. De leur c&#244;t&#233;, ayant rompu avec la bourgeoisie, les d&#233;mocrates de la petite bourgeoisie deviendraient eux-m&#234;mes la cible de ses attaques, et seraient donc contraints de rechercher une alliance plus &#233;troite avec la classe ouvri&#232;re socialiste, et t&#244;t ou tard leur amorphisme politique et l'irr&#233;solution serait vaincue par les masses laborieuses sous l'influence de notre critique. C'est pourquoi nous avons exhort&#233; les deux principaux partis sovi&#233;tiques &#224; prendre eux-m&#234;mes les r&#234;nes du pouvoir, bien que nous n'ayons pas nous-m&#234;mes confiance en eux, et l'avons dit franchement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me apr&#232;s la crise minist&#233;rielle du 15 juillet, Tsereteli et ceux qui pensaient avec lui n'ont pas abandonn&#233; leur id&#233;e favorite de coalition. Ils expliqu&#232;rent au Comit&#233; ex&#233;cutif que les principaux chefs cadets &#233;taient, il est vrai, d&#233;moralis&#233;s par le doctrinarisme et m&#234;me par des sympathies contre-r&#233;volutionnaires, mais qu'en province il y avait beaucoup d'&#233;l&#233;ments bourgeois qui marcheraient aux c&#244;t&#233;s de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire et dont les la coop&#233;ration serait assur&#233;e par la cooptation de certains repr&#233;sentants de la haute bourgeoisie, dans le nouveau minist&#232;re. Dan fondait d&#233;j&#224; de grands espoirs sur un nouveau parti radical-d&#233;mocrate qui avait &#233;t&#233; concoct&#233; &#224; cette &#233;poque par quelques politiciens douteux. La nouvelle que la coalition s'&#233;tait bris&#233;e pour donner naissance &#224; une nouvelle coalition se r&#233;pandit rapidement dans tout Petrograd et provoqua une vague de consternation et d'indignation dans les quartiers des ouvriers et des soldats. Ce fut l'origine des &#233;v&#233;nements du 16 au 18 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES JOURS DE JUILLET&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; D&#233;j&#224; lors de la s&#233;ance du Comit&#233; Ex&#233;cutif, nous avions &#233;t&#233; inform&#233;s par t&#233;l&#233;phone que le r&#233;giment de mitrailleuses se pr&#233;parait pour une manifestation. Nous avons alors pris des mesures, &#233;galement par t&#233;l&#233;phone, pour le contenir ; mais des &#233;v&#233;nements importants se pr&#233;paraient en dessous. Des repr&#233;sentants d'unit&#233;s de l'arm&#233;e licenci&#233;es pour insubordination arrivaient du front avec des r&#233;cits alarmants de r&#233;pressions, ce qui rendait la garnison de Petrograd tr&#232;s mal &#224; l'aise. Le m&#233;contentement des ouvriers de P&#233;trograd envers les dirigeants officiels se r&#233;v&#233;la d'autant plus aigu que Tsereteli, Dan et Tshkheidze &#233;taient manifestement d&#233;termin&#233;s &#224; falsifier les sentiments du prol&#233;tariat en essayant d'emp&#234;cher le soviet de P&#233;trograd d'exprimer les nouvelles vues des travailleurs. masses. Le Comit&#233; ex&#233;cutif panrusse, &#233;lu au Congr&#232;s de juin et d&#233;pendant pour l'appui des provinces les plus arri&#233;r&#233;es, repoussait de plus en plus le Soviet de P&#233;trograd et prenait en main m&#234;me la conduite des affaires purement p&#233;trogradiennes. Un conflit &#233;tait in&#233;vitable. Les ouvriers et les soldats exer&#231;aient une pression d'en bas, exprimaient violemment leur m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard de la politique officielle du soviet et exigeaient de notre parti une action plus radicale. Nous consid&#233;rions qu'&#233;tant donn&#233; l'&#233;tat encore arri&#233;r&#233; des provinces, l'heure d'une telle action n'avait pas encore sonn&#233; ; mais en m&#234;me temps nous craignions que les &#233;v&#233;nements du front ne produisent une immense confusion dans les rangs des ouvriers r&#233;volutionnaires et ne cr&#233;ent parmi eux le d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rangs de notre parti, l'attitude vis-&#224;-vis des &#233;v&#233;nements du 16 au 18 juillet &#233;tait parfaitement nette. D'un c&#244;t&#233;, il y avait la crainte que P&#233;trograd ne s'isole des provinces les plus arri&#233;r&#233;es ; d'autre part, il y avait l'espoir qu'une intervention active et &#233;nergique de P&#233;trograd pourrait sauver la situation. Les propagandistes du parti dans les rangs inf&#233;rieurs allaient main dans la main avec les masses et menaient une agitation sans compromis. On esp&#233;rait encore qu'une manifestation des masses r&#233;volutionnaires briserait le doctrinarisme obstin&#233; des coalitions et les obligerait &#224; comprendre enfin qu'ils ne pourraient se maintenir au pouvoir que s'ils rompaient compl&#232;tement avec la bourgeoisie. Contrairement &#224; ce qui a &#233;t&#233; dit et &#233;crit &#224; l'&#233;poque dans la presse bourgeoise, il n'y avait aucune intention dans notre parti de s'emparer des r&#234;nes du pouvoir par un soul&#232;vement arm&#233;. Ce n'&#233;tait qu'une manifestation r&#233;volutionnaire qui &#233;clata spontan&#233;ment, quoique guid&#233;e par nous politiquement. Le Comit&#233; Ex&#233;cutif Central si&#233;geait au Palais Tauride lorsque les vagues orageuses de soldats et d'ouvriers arm&#233;s encercl&#232;rent le Palais de tous c&#244;t&#233;s. Parmi les manifestants, il y avait, sans aucun doute, une minorit&#233; insignifiante d'anarchistes qui &#233;taient pr&#234;ts &#224; utiliser les armes contre le centre sovi&#233;tique. Il y avait aussi des &#233;l&#233;ments des Cent-Noirs, &#233;videmment embauch&#233;s, qui ont tent&#233; de saisir l'occasion pour provoquer une &#233;meute et des pogroms. C'est de ces &#233;l&#233;ments qu'&#233;manent les demandes d'arrestation de Tchernoff et de Ts&#233;r&#233;t&#233;li, de suppression forc&#233;e du Comit&#233; central, etc. Il y a m&#234;me eu une v&#233;ritable tentative d'arrestation de Tchernoff. Par la suite, &#224; la prison de Kresty, j'ai rencontr&#233; un marin qui avait particip&#233; &#224; cette tentative. Il s'est av&#233;r&#233; &#234;tre un criminel ordinaire et avait &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; au Kresky pour cambriolage. Mais la presse bourgeoise et marchande de compromis avait d&#233;crit l'ensemble du mouvement comme &#233;tant simplement un pogrom et un caract&#232;re contre-r&#233;volutionnaire, et pourtant, en m&#234;me temps, comme une man&#339;uvre bolchevique, ayant pour objet direct la prise du pouvoir par des armes coercition du Comit&#233; ex&#233;cutif central. Le mouvement du 16 au 18 juillet montrait avec une parfaite clart&#233; que les partis dirigeants du soviet vivaient &#224; Petrograd dans un vide politique complet. Il est vrai que la garnison n'&#233;tait pas du tout avec nous &#224; ce moment-l&#224;. Il y avait parmi elle des unit&#233;s qui h&#233;sitaient encore, &#233;taient encore ind&#233;cises et passives. Mais &#224; part les enseignes, il n'y avait pas une seule unit&#233; parmi la garnison qui veuille se battre contre nous pour d&#233;fendre le gouvernement ou les principaux partis du soviet. C'&#233;tait du front qu'il fallait aller chercher les troupes. Toute la strat&#233;gie de Tsereteli, Tchernoff et autres, pendant ces journ&#233;es de juillet, &#233;tait de gagner du temps pour permettre &#224; Kerensky d'attirer des troupes &#171; fiables &#187; &#224; Petrograd. D&#233;l&#233;gation apr&#232;s d&#233;l&#233;gation, p&#233;n&#232;trent dans le palais de Tauride, entour&#233; d'une immense foule arm&#233;e, et r&#233;clament une rupture totale avec la bourgeoisie, des mesures &#233;nergiques de r&#233;forme sociale et l'ouverture de n&#233;gociations de paix. Nous, bolcheviks, avons rencontr&#233; chaque nouveau d&#233;tachement de manifestants, soit dans la rue, soit au Palais, avec des harangues, les appelant au calme, et les assurant qu'avec les masses dans leur humeur actuelle les marchands de compromis seraient incapables de former un nouveau minist&#232;re de coalition. Les hommes de Kronstadt &#233;taient particuli&#232;rement d&#233;termin&#233;s, et ce n'&#233;tait qu'avec peine que nous pouvions les maintenir dans les limites d'une d&#233;monstration nue. Le 17 juillet, la manifestation prit un caract&#232;re encore plus redoutable, cette fois sous la direction directe de notre parti. Les dirigeants sovi&#233;tiques semblaient avoir perdu la t&#234;te ; leurs discours &#233;taient d'un caract&#232;re &#233;vasif ; les r&#233;ponses donn&#233;es par Tchkheidze, l'Ulysse, aux d&#233;l&#233;gations &#233;taient d&#233;nu&#233;es de tout sens politique. Il &#233;tait clair que les dirigeants politiques ne faisaient que marquer le pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 17 juillet, des troupes &#171; dignes de confiance &#187; commenc&#232;rent &#224; arriver du front. Lors de la s&#233;ance du Comit&#233; Ex&#233;cutif, le Palais Tauride s'emplit soudain des notes de cuivres de la Marseillaise. Les visages des membres du Bureau pr&#233;sidentiel ont imm&#233;diatement chang&#233;. La confiance, qui avait tant manqu&#233; ces derniers jours, refait son apparition. C'&#233;tait le R&#233;giment Volhynien des Gardes qui &#233;tait arriv&#233;, le m&#234;me r&#233;giment qui quelques mois plus tard marcha &#224; la t&#234;te de la R&#233;volution de Novembre sous nos banni&#232;res. A partir de ce moment, tout a chang&#233;. Il n'y avait plus besoin de se tenir debout avec les d&#233;l&#233;gations d'ouvriers et de soldats ou les repr&#233;sentants de la flotte baltique. Des discours furent prononc&#233;s &#224; la tribune du Comit&#233; ex&#233;cutif au sujet d'une &#171; r&#233;bellion &#187; arm&#233;e d&#233;sormais &#171; r&#233;prim&#233;e &#187; par les fid&#232;les troupes r&#233;volutionnaires. Les bolcheviks ont &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;s parti contre-r&#233;volutionnaire. La frayeur qu'avait &#233;prouv&#233;e la bourgeoisie pendant les deux jours de manifestation arm&#233;e se transforma maintenant en une haine furieuse qui s'&#233;tala non seulement dans les colonnes de leurs journaux, mais aussi dans les rues de Petrograd, en particulier sur la Perspective Nevsky, o&#249; des travailleurs individuels et les soldats &#233;taient impitoyablement battus lorsqu'ils &#233;taient surpris en train de mener leur agitation &#171; criminelle &#187;. Enseignes, officiers, membres de bataillons de choc, chevaliers de Saint-Georges, devinrent ma&#238;tres de la situation, et des contre-r&#233;volutionnaires enrag&#233;s se mirent &#224; leur t&#234;te. Une r&#233;pression impitoyable des organisations ouvri&#232;res et des institutions de notre parti a &#233;t&#233; men&#233;e dans toute la ville. Il y a eu des arrestations, des raids, des mauvais traitements physiques et des meurtres individuels. Dans la nuit du 17 au 18 juillet, le ministre de la Justice de l'&#233;poque, Pereverzeff, d&#233;livra &#224; la presse des &#171; documents &#187; pr&#233;tendant prouver qu'&#224; la t&#234;te du parti bolchevique se trouvaient des agents salari&#233;s de l'Allemagne. Les dirigeants des partis socialistes-r&#233;volutionnaires et mencheviks nous connaissaient depuis trop longtemps et trop bien pour croire &#224; cette accusation, mais en m&#234;me temps ils &#233;taient trop int&#233;ress&#233;s par son succ&#232;s contre nous pour protester publiquement contre elle. Aujourd'hui encore, on ne peut se rappeler sans d&#233;go&#251;t l'orgie de mensonges r&#233;pandue dans les colonnes de toute la presse bourgeoise et coalitionniste. Nos papiers ont &#233;t&#233; supprim&#233;s. Petrograd r&#233;volutionnaire sentit alors que les provinces et l'arm&#233;e &#233;taient encore loin d'&#234;tre avec elle. Pendant un bref instant, les ouvriers furent frapp&#233;s de consternation. Dans la garnison de Petrograd, les r&#233;giments licenci&#233;s ont &#233;t&#233; s&#233;v&#232;rement r&#233;prim&#233;s et des unit&#233;s individuelles ont &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233;es. Pendant tout ce temps, les dirigeants sovi&#233;tiques s'affairaient &#224; fabriquer un nouveau minist&#232;re auquel appartenaient des classes moyennes de troisi&#232;me ordre qui, sans pour autant renforcer le gouvernement, ne faisaient que le priver des derniers vestiges de l'initiative r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les &#233;v&#233;nements au front suivaient leur cours. Toute l'arm&#233;e avait &#233;t&#233; &#233;branl&#233;e dans ses fondements. Les soldats virent que la grande majorit&#233; des officiers qui s'&#233;taient camoufl&#233;s au d&#233;but de la R&#233;volution &#233;taient, en r&#233;alit&#233;, profond&#233;ment hostiles au nouveau r&#233;gime. Au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral se d&#233;roulait maintenant tout &#224; fait ouvertement une s&#233;lection d'&#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires. Les publications bolcheviques ont &#233;t&#233; impitoyablement pers&#233;cut&#233;es. L'offensive avait depuis longtemps fait place &#224; une retraite tragique. La presse bourgeoise calomniait sauvagement l'arm&#233;e, et bien qu'&#224; la veille de l'offensive les partis au pouvoir aient d&#233;clar&#233; que nous &#233;tions une poign&#233;e insignifiante, que l'arm&#233;e ne savait rien de nous et s'en souciait moins, maintenant que leur aventure de l'offensive s'&#233;tait termin&#233;e ainsi tragiquement, ces m&#234;mes personnes et partis rejetaient sur nous toute la responsabilit&#233; de l'&#233;chec. Les prisons &#233;taient pleines &#224; craquer de soldats et d'ouvriers r&#233;volutionnaires. Pour l'instruction de l'affaire du 16-18 juillet tous les vieux loups de la justice tsariste ont &#233;t&#233; rappel&#233;s ; pourtant, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks os&#232;rent exiger de L&#233;nine, Zinovieff et d'autres camarades qu'ils se rendent volontairement &#224; la &#171; justice !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;APR&#200;S LES JOURS DE JUILLET &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment de consternation dans les quartiers ouvriers passa bient&#244;t et fit place &#224; une nouvelle vague d'enthousiasme r&#233;volutionnaire, non seulement parmi le prol&#233;tariat, mais m&#234;me parmi la garnison de Petrograd. Les coalitions perdaient toute influence, et la vague du bolchevisme commen&#231;ait &#224; se r&#233;pandre dans tout le pays et p&#233;n&#233;trait, malgr&#233; tous les obstacles, jusque dans l'arm&#233;e. Le nouveau minist&#232;re de coalition, avec Kerensky &#224; sa t&#234;te, s'engage d&#233;sormais ouvertement dans la voie de la r&#233;pression. Le minist&#232;re a r&#233;tabli la peine de mort pour les soldats, nos papiers ont &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;s et nos propagandistes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. Mais tout cela n'a fait qu'augmenter notre influence. Malgr&#233; tous les obstacles plac&#233;s sur la voie des r&#233;&#233;lections au soviet de P&#233;trograd, la force relative des partis s'&#233;tait tellement alt&#233;r&#233;e que, sur de nombreuses questions importantes, nous &#233;tions d&#233;j&#224; majoritaires. Exactement la m&#234;me chose s'est produite dans le Soviet de Moscou. A cette &#233;poque, en compagnie de beaucoup d'autres camarades, j'&#233;tais d&#233;j&#224; en prison &#224; Kresty, ayant &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; pour avoir particip&#233; &#224; l'agitation et &#224; l'organisation du soul&#232;vement arm&#233; du 16-18 juillet en accord avec le gouvernement allemand et dans le but de aider les plans militaires des Hohenzollern. Le c&#233;l&#232;bre juge d'instruction du r&#233;gime tsariste, Alexandroff, qui avait men&#233; plusieurs poursuites contre des r&#233;volutionnaires, avait d&#233;sormais pour mission de prot&#233;ger la R&#233;publique contre les bolcheviks contre-r&#233;volutionnaires. Sous l'ancien r&#233;gime, les prisonniers &#233;taient divis&#233;s en prisonniers politiques et criminels ; maintenant une nouvelle terminologie a &#233;t&#233; introduite : criminels et bolcheviks. Parmi les soldats arr&#234;t&#233;s r&#233;gnait une am&#232;re perplexit&#233;. Des jeunes gens des villages qui n'avaient jamais pris part &#224; la politique, mais qui pensaient que la R&#233;volution les avait rendus libres une fois pour toutes, regardaient maintenant avec stup&#233;faction les portes verrouill&#233;es et les fen&#234;tres grillag&#233;es. Au cours de nos promenades dans la cour, ils me demandaient &#224; chaque fois anxieusement ce que tout cela signifiait et comment tout cela finirait. Je les ai r&#233;confort&#233;s en leur disant que nous devrions sortir vainqueurs &#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ASCENSION DE KORNILOV &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La fin du mois d'ao&#251;t est marqu&#233;e par le soul&#232;vement du g&#233;n&#233;ral KorniloV. C'&#233;tait le r&#233;sultat imm&#233;diat de la mobilisation des forces contre-r&#233;volutionnaires, &#224; laquelle l'offensive de juillet avait donn&#233; une grande impulsion. Lors de la c&#233;l&#232;bre Conf&#233;rence d'&#201;tat de Moscou, dans la seconde moiti&#233; d'ao&#251;t, Kerensky tenta de se situer &#224; mi-chemin entre les classes poss&#233;dantes et les d&#233;mocrates de la petite bourgeoisie. Les bolcheviks &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme totalement hors la loi. Kerensky les a menac&#233;s de &#171; sang et de fer &#187; au milieu d'une temp&#234;te d'applaudissements des sections poss&#233;dantes de la Conf&#233;rence et du silence tra&#238;tre des d&#233;mocrates de la petite bourgeoisie. Mais les cris hyst&#233;riques et les menaces de Kerensky n'ont pas satisfait les dirigeants de la cause contre-r&#233;volutionnaire. Ils ne voyaient que trop bien la vague r&#233;volutionnaire qui se r&#233;pandait dans tout le pays, enveloppant les ouvriers, les paysans et l'arm&#233;e, et ils jugeaient imp&#233;ratif d'employer imm&#233;diatement les mesures les plus extr&#234;mes pour donner aux masses une le&#231;on inoubliable. En accord avec la bourgeoisie poss&#233;dante, qui voyait en lui son h&#233;ros, Korniloff prit cette affaire risqu&#233;e sur ses &#233;paules. Kerensky, Savinkoff, Filonenko et d'autres socialistes-r&#233;volutionnaires en poste ou &#224; peu pr&#232;s particip&#232;rent &#224; son complot, mais tous trahirent Korniloff d&#232;s qu'ils virent que s'il sortait vainqueur, ils seraient eux-m&#234;mes jet&#233;s par-dessus bord. J'ai v&#233;cu l'&#233;pisode en prison et l'ai suivi dans les journaux : le libre acc&#232;s aux journaux &#233;tait la seule diff&#233;rence importante entre le r&#233;gime carc&#233;ral de Kerensky et l'ancien. L'aventure du g&#233;n&#233;ral cosaque &#233;choua ; en six mois de R&#233;volution, les masses avaient d&#233;velopp&#233; suffisamment d'esprit et de force d'organisation pour repousser toute attaque contre-r&#233;volutionnaire ouverte. Les partis sovi&#233;tiques de coalition &#233;taient effray&#233;s au dernier degr&#233; par les d&#233;veloppements possibles du complot Korniloff, qui mena&#231;ait d'emporter non seulement les bolcheviks, mais toute la R&#233;volution, avec ses partis dirigeants. Les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks entreprennent alors de &#171; l&#233;galiser &#187; la position des bolcheviks, mais seulement &#224; moiti&#233; et avec de nombreuses r&#233;serves, flairant les dangers possibles dans l'avenir. Les m&#234;mes marins de Kronstadt qui, apr&#232;s l'&#233;v&#233;nement de juillet, avaient &#233;t&#233; stigmatis&#233;s comme des hooligans et des contre-r&#233;volutionnaires, &#233;taient maintenant appel&#233;s &#224; Petrograd pour d&#233;fendre la R&#233;volution contre le danger Korniloff. Ils sont venus sans h&#233;sitation, sans railleries, sans aucun rappel du pass&#233;, et ont pris les positions les plus responsables. J'avais alors parfaitement le droit de rappeler &#224; Tsereteli les paroles que je lui avais lanc&#233;es en mai lorsqu'il injuriait les hommes de Cronstadt : &#171; Quand un g&#233;n&#233;ral contre-r&#233;volutionnaire essaie de faire un n&#339;ud &#224; la gorge de la R&#233;volution, les cadets savonner la corde et les marins de Kronstadt viendront nous aider et mourir avec nous. Les organisations sovi&#233;tiques d&#233;ploy&#232;rent partout &#224; l'arri&#232;re et au front leur vitalit&#233; et leur force dans la lutte contre le soul&#232;vement de Korniloff. A peine n'importe o&#249; les choses se sont-elles transform&#233;es en combats r&#233;els. Les masses r&#233;volutionnaires ont simplement paralys&#233; le complot du g&#233;n&#233;ral. De m&#234;me qu'en juillet les coalitions ne pouvaient trouver aucun soldat pour lutter contre nous dans la garnison de P&#233;trograd, de m&#234;me Korniloff ne pouvait trouver aucun soldat au front pour lutter contre la R&#233;volution. Il ne pouvait agir que par tromperie, et les efforts des propagandistes mirent bient&#244;t fin &#224; ses desseins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A en juger par les papiers, j'esp&#233;rais un d&#233;veloppement tr&#232;s rapide des &#233;v&#233;nements et un passage rapide de l'autorit&#233; gouvernementale aux mains des Soviets. La croissance de l'influence et de la force des bolcheviks &#233;tait incontestable, et elle avait maintenant re&#231;u une impulsion irr&#233;sistible. Les bolcheviks avaient mis en garde contre la coalition, contre l'offensive de juillet et avaient pr&#233;dit la r&#233;bellion de Korniloff. Les masses populaires pouvaient maintenant voir que nous avions eu raison. Aux moments les plus inquiets du complot Korniloff, alors que la division &#171; sauvage &#187; du Caucase marchait sur P&#233;trograd, le soviet de P&#233;trograd, avec la connivence involontaire du gouvernement, avait arm&#233; les ouvriers. Les r&#233;giments qui avaient &#233;t&#233; convoqu&#233;s contre nous s'&#233;taient depuis longtemps transform&#233;s dans l'atmosph&#232;re chaude de P&#233;trograd, et &#233;taient maintenant enti&#232;rement de notre c&#244;t&#233;. La tentative de Korniloff devait finalement ouvrir les yeux de l'arm&#233;e sur l'inadmissibilit&#233; de toute entente ult&#233;rieure avec les contre-r&#233;volutionnaires bourgeois. On aurait donc bien pu s'attendre &#224; ce que la suppression de l'attentat de Korniloff soit suivie d'un effort imm&#233;diat des forces r&#233;volutionnaires, guid&#233;es par notre parti, pour obtenir le pouvoir. Mais les &#233;v&#233;nements se sont d&#233;velopp&#233;s plus lentement. Malgr&#233; l'intensit&#233; du sentiment r&#233;volutionnaire, les masses &#233;taient devenues plus m&#233;fiantes depuis la s&#233;v&#232;re le&#231;on des journ&#233;es de juillet, et renon&#231;aient &#224; toute action spontan&#233;e, attendant un appel direct et des conseils de leurs dirigeants. Mais les chefs de notre parti, eux aussi, attendaient. Dans ces conditions, la cl&#244;ture de l'aventure Korniloff, bien qu'elle e&#251;t fondamentalement modifi&#233; le rapport de forces en notre faveur, n'entra&#238;na pas de changements politiques imm&#233;diats.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA LUTTE AU SEIN DU CAMP SOVI&#201;TIQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, la pr&#233;dominance de notre parti dans le soviet de P&#233;trograd devint d&#233;finitive. Cela s'est manifest&#233; sous une forme dramatique &#224; propos de la question de la constitution du Bureau pr&#233;sidentiel. A l'&#233;poque o&#249; les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks r&#233;gnaient en ma&#238;tres dans les soviets, ils ont tout essay&#233; pour isoler les bolcheviks. M&#234;me lorsque nous avions au moins un tiers du total des si&#232;ges au soviet de P&#233;trograd, ils n'admettaient pas un seul repr&#233;sentant de notre parti au bureau pr&#233;sidentiel. Apr&#232;s que le soviet de Petrograd eut adopt&#233; une r&#233;solution en faveur d'un gouvernement purement sovi&#233;tique &#224; une majorit&#233; quelque peu pr&#233;caire, notre groupe a demand&#233; la constitution d'une pr&#233;sidence de coalition sur la base de la repr&#233;sentation proportionnelle. L'ancien Bureau, qui comprenait Tchkheidze, Tsereteli, Kerensky, Skobeleff et Tchernoff, n'en entendit rien. Cela vaut la peine de le rappeler tout &#224; l'heure, alors que les autres partis parlent de la n&#233;cessit&#233; d'un &#171; front d&#233;mocratique uni &#187; et nous accusent d'exclusivisme. Une r&#233;union sp&#233;ciale du Soviet de P&#233;trograd fut convoqu&#233;e pour d&#233;cider de la constitution du Bureau. Les deux parties ont mobilis&#233; toutes leurs forces et r&#233;serves pour cette lutte. Tsereteli est sorti avec un discours programmatique et a fait valoir que la question du bureau pr&#233;sidentiel &#233;tait vraiment une question de politique. Nous pensions que nous devrions obtenir un peu moins de la moiti&#233; des voix et &#233;tions pr&#234;ts &#224; consid&#233;rer cela comme un succ&#232;s. A notre grande surprise, le vote par appel nominal a montr&#233; plus d'une centaine de majorit&#233;s en notre faveur. &#171; Pendant six mois, dit Tsereteli, nous nous sommes tenus &#224; la t&#234;te du soviet de P&#233;trograd et l'avons men&#233; de victoire en victoire. Nous esp&#233;rons que vous resterez au moins la moiti&#233; de ce temps aux postes que vous &#234;tes sur le point d'occuper. Un changement similaire des partis directeurs eut lieu au Soviet de Moscou. Les Soviets de province pass&#232;rent eux aussi l'un apr&#232;s l'autre aux mains des bolcheviks. L'heure de la convocation d'un Congr&#232;s panrusse des Soviets approchait. Mais le groupe dirigeant du Comit&#233; ex&#233;cutif central s'effor&#231;ait de repousser le Congr&#232;s dans un avenir sombre et lointain, dans l'espoir de le rendre totalement impossible. Il &#233;tait &#233;vident que le nouveau Congr&#232;s donnerait la majorit&#233; &#224; notre parti, &#233;lirait un nouveau Comit&#233; ex&#233;cutif central correspondant &#224; la nouvelle orientation des partis, et priverait les coalitionnistes de leur plus important bastion. La lutte pour la convocation du Congr&#232;s panrusse des Soviets devint ainsi pour nous une question de la plus haute importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires ont propos&#233; la convocation d'une conf&#233;rence d&#233;mocratique. Ce corps, pensaient-ils, ils pourraient jouer &#224; la fois contre nous et contre Kerensky. Le chef du gouvernement avait alors adopt&#233; une position tout &#224; fait ind&#233;pendante et irresponsable. Il avait &#233;t&#233; port&#233; au pouvoir dans la premi&#232;re p&#233;riode de la R&#233;volution par le soviet de P&#233;trograd. Kerensky &#233;tait entr&#233; dans un premier temps au minist&#232;re sans aucune d&#233;cision provisoire du soviet, mais celui-ci approuva ensuite la d&#233;marche. Apr&#232;s le premier Congr&#232;s des Soviets, les ministres socialistes &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme responsables devant le Comit&#233; ex&#233;cutif central. Leurs alli&#233;s cadets n'&#233;taient responsables que devant leur propre parti. Apr&#232;s les journ&#233;es de juillet, le Comit&#233; ex&#233;cutif central, r&#233;pondant aux v&#339;ux de la bourgeoisie, lib&#233;ra les ministres socialistes de leur responsabilit&#233; envers les soviets, dans le but, comme on le pr&#233;tendait &#224; l'&#233;poque, de cr&#233;er une dictature r&#233;volutionnaire. Cela vaut aussi la peine d'&#234;tre rappel&#233; tout &#224; l'heure, alors que les m&#234;mes personnes qui concoctaient la dictature d'un petit cercle lancent maintenant des accusations et des calomnies contre la dictature d'une classe. La Conf&#233;rence d'&#201;tat de Moscou, au cours de laquelle s'&#233;quilibraient les repr&#233;sentants de la propri&#233;t&#233; et de la d&#233;mocratie artificiellement s&#233;lectionn&#233;s, avait eu pour objectif principal la consolidation du pouvoir de Kerensky sur les classes et les partis. Ce but n'avait &#233;t&#233; atteint qu'en apparence. En r&#233;alit&#233;, la conf&#233;rence de Moscou ne fit que r&#233;v&#233;ler l'impuissance totale de Kerensky, car il &#233;tait presque &#233;galement &#233;tranger aux &#233;l&#233;ments poss&#233;dants et &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise. Mais comme les lib&#233;raux et les conservateurs applaudissaient &#224; ses tirades contre la d&#233;mocratie, tandis que les coalitions lui faisaient une grande ovation en d&#233;savouant tr&#232;s prudemment les contre-r&#233;volutionnaires, il eut l'impression qu'il &#233;tait soutenu des deux c&#244;t&#233;s et disposait d'une autorit&#233; illimit&#233;e. Il mena&#231;a les ouvriers et les soldats r&#233;volutionnaires de sang et de fer. Sa politique allait encore plus loin dans la voie des complots avec Korniloff, qui le compromettaient aux yeux des coalitions. Tsereteli, dans ses phrases diplomatiques typiquement vagues, parlait de facteurs &#171; personnels &#187; en politique et de la n&#233;cessit&#233; de les circonscrire. C'est &#224; cette t&#226;che que devait s'acquitter la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, compos&#233;e de repr&#233;sentants des soviets, des conseils municipaux, des Zemstvos, des syndicats et des soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives, tous choisis de mani&#232;re arbitraire. Le principal probl&#232;me, cependant, &#233;tait de donner &#224; la Conf&#233;rence un aspect suffisamment conservateur, de dissoudre une fois pour toutes les Soviets dans la masse amorphe de la d&#233;mocratie, et de consolider leur propre pouvoir par cette nouvelle organisation &#224; contre-courant du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne sera pas d&#233;plac&#233; ici de noter en quelques mots la diff&#233;rence entre le r&#244;le politique des soviets et les organes d&#233;mocratiques du self-government. Les Philistins nous ont fait remarquer plus d'une fois que les nouveaux Conseils municipaux et Zemstvos &#233;lus au suffrage universel sont incomparablement plus d&#233;mocratiques que les Sovi&#233;tiques et poss&#232;dent un droit plus valable de repr&#233;senter l'ensemble de la population. Ce crit&#232;re d&#233;mocratique formel, cependant, n'a pas de sens r&#233;el &#224; l'&#233;poque r&#233;volutionnaire. La r&#233;volution se distingue par ceci : que la conscience des masses subit des changements rapides. De nouvelles sections de la population acqui&#232;rent constamment de l'exp&#233;rience, r&#233;visent leurs vues d'hier, en &#233;laborent de nouvelles, rejettent les anciens dirigeants, suivent les autres et vont toujours de l'avant. A l'&#233;poque de la R&#233;volution, les organisations (formellement) d&#233;mocratiques, fond&#233;es sur le lourd m&#233;canisme du suffrage universel, sont in&#233;vitablement en retard sur le d&#233;veloppement des opinions politiques des masses. Ce n'est pas le cas des Sovi&#233;tiques. Ils d&#233;pendent directement des groupes organiques, tels que les ateliers, les usines, les mines, les entreprises, les r&#233;giments, etc. Dans ces cas, bien s&#251;r, il n'y a pas de garanties l&#233;gales pour la parfaite exactitude des &#233;lections comme dans celles des conseils municipaux et des Zemstvos, mais il y a la garantie bien plus importante du contact direct et imm&#233;diat du d&#233;put&#233; avec ses &#233;lecteurs. Le membre du Conseil municipal ou Zemstvo d&#233;pend d'une masse amorphe d'&#233;lecteurs qui l'investissent d'autorit&#233; pour un an, puis se dissolvent. Les &#233;lecteurs sovi&#233;tiques, au contraire, restent en contact permanent les uns avec les autres par les conditions m&#234;mes de leur vie et de leur travail ; leur suppl&#233;ant est toujours sous leur observation directe et peut &#224; tout moment recevoir de nouvelles instructions et, s'il y a lieu, &#234;tre censur&#233;, rappel&#233; et remplac&#233; par quelqu'un d'autre. Comme l'&#233;volution politique g&#233;n&#233;rale des mois pr&#233;c&#233;dents de la R&#233;volution avait &#233;t&#233; marqu&#233;e par l'influence croissante des bolcheviks aux d&#233;pens des partis coalitionnistes, il &#233;tait tout &#224; fait naturel que ce processus se soit refl&#233;t&#233; le plus clairement et pleinement sur les soviets. Conseils et Zemstvos, malgr&#233; tout leur caract&#232;re d&#233;mocratique formel, exprimant moins les sentiments des masses d'aujourd'hui que ceux d'hier. Ceci explique la gravitation vers les mairies et les Zemstvos de la part de ces partis qui perdent de plus en plus pied dans la classe r&#233;volutionnaire. Cette question resurgira, mais &#224; plus grande &#233;chelle, lorsque nous en viendrons &#224; l'Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA CONF&#201;RENCE D&#201;MOCRATIQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; La Conf&#233;rence d&#233;mocratique, r&#233;unie par Tsereteli et ses coadjuteurs vers la fin de septembre, &#233;tait d'un caract&#232;re enti&#232;rement artificiel, consistant, comme elle l'a fait, en une combinaison de repr&#233;sentants des soviets avec ceux des organes de l'autonomie locale dans un tel proportion pour donner une pr&#233;pond&#233;rance aux partis coalitionnistes. Fruit de l'impuissance et de la confusion, la Conf&#233;rence s'est termin&#233;e par un pitoyable fiasco. La bourgeoisie poss&#233;dante la consid&#233;rait avec la plus grande animosit&#233;, y voyant une tentative de la chasser de la position o&#249; elle s'&#233;tait avanc&#233;e au rassemblement de Moscou. D'autre part, la classe ouvri&#232;re r&#233;volutionnaire et les masses de la paysannerie et des soldats avaient condamn&#233; &#224; l'avance les m&#233;thodes de falsification utilis&#233;es pour convoquer la Conf&#233;rence. La t&#226;che imm&#233;diate des coalitionnistes &#233;tait de former un minist&#232;re &#171; responsable &#187;. Mais m&#234;me cela n'a pas &#233;t&#233; atteint. Kerensky ne voulait et n'admettait aucun principe de responsabilit&#233;, parce que la bourgeoisie derri&#232;re lui ne l'admettait pas. L'irresponsabilit&#233; devant les organes de la soi-disant d&#233;mocratie signifiait, en effet, la responsabilit&#233; devant les cadets et les ambassades alli&#233;es. Pour le moment, cela suffisait &#224; la bourgeoisie. Sur la question de la coalition, la Conf&#233;rence r&#233;v&#233;la son insolvabilit&#233; totale. Le nombre de suffrages exprim&#233;s pour le principe d'une coalition avec la bourgeoisie n'&#233;tait gu&#232;re plus &#233;lev&#233; que celui exprim&#233; contre toutes les coalitions, et une majorit&#233; de suffrages ont &#233;t&#233; exprim&#233;es contre une coalition avec les cadets. Mais &#224; l'exception de ce dernier, il n'y avait aucun parti parmi la bourgeoisie digne de mention avec lequel une coalition pourrait &#234;tre conclue. Tsereteli a pleinement expliqu&#233; cela &#224; l'assembl&#233;e. Si l'assembl&#233;e n'a pas compris cela, tant pis pour elle ! Et ainsi, dans le dos de la Conf&#233;rence, des pourparlers se poursuivaient sans vergogne avec les cadets m&#234;mes qu'elle avait rejet&#233;s, il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; que les cadets seraient trait&#233;s non pas en cadets, mais en hommes publics Press&#233;s de droite et de gauche, les les petits bourgeois d&#233;mocrates se sont soumis &#224; toutes ces moqueries d'eux-m&#234;mes et ont ainsi d&#233;montr&#233; leur compl&#232;te impuissance politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un Conseil fut &#233;lu de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique, qu'il fut d&#233;cid&#233; de compl&#233;ter par l'adjonction de quelques repr&#233;sentants des classes poss&#233;dantes ; et ce &#171; Parlement &#187; provisoire devait combler le vide jusqu'&#224; la r&#233;union de l'Assembl&#233;e constituante. Le nouveau minist&#232;re de coalition, contrairement au plan initial de Tsereteli, mais en totale conformit&#233; avec les plans de la bourgeoisie, devait maintenir son ind&#233;pendance formelle vis-&#224;-vis du Parlement provisoire. Tout le processus donnait l'impression d'un produit pitoyable et impuissant d'un esprit coup&#233; de la vie, derri&#232;re lequel on voyait clairement la capitulation compl&#232;te des d&#233;mocrates de la petite bourgeoisie devant cette m&#234;me bourgeoisie lib&#233;rale poss&#233;dante qui, un mois auparavant seulement, avait ouvertement soutenu la proposition de Korniloff. tentative contre la R&#233;volution. Le tout revenait donc pratiquement au r&#233;tablissement et &#224; la perp&#233;tuation de la coalition avec la bourgeoisie lib&#233;rale. Il ne fait plus aucun doute que, bien ind&#233;pendamment de la composition de la future Assembl&#233;e constituante, le pouvoir du gouvernement serait entre les mains de la bourgeoisie, puisque les partis coalitions, malgr&#233; toute la pr&#233;pond&#233;rance que leur assurent les masses populaires , &#233;taient r&#233;solument d&#233;cid&#233;s &#224; une coalition avec les cadets, consid&#233;rant qu'il &#233;tait impossible de former un gouvernement sans l'aide de la bourgeoisie. Les masses populaires consid&#233;raient le parti de Miliukoff avec la plus grande hostilit&#233;. A toutes les &#233;lections au cours de la R&#233;volution, les cadets subirent invariablement de s&#233;v&#232;res d&#233;faites ; pourtant les m&#234;mes partis, socialistes-r&#233;volutionnaires et mencheviks, qui frapp&#232;rent le parti cadet aux &#233;lections &#224; la hanche et &#224; la cuisse, leur r&#233;serveraient invariablement une place d'honneur dans le cabinet de coalition apr&#232;s les &#233;lections. Il &#233;tait naturel dans ces circonstances que les masses commenc&#232;rent &#224; s'apercevoir de plus en plus clairement que les partis coalitions jouaient en r&#233;alit&#233; le r&#244;le d'huissiers et d'administrateurs pour la bourgeoisie lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DIFFICULTES AU FRONT ET A L'ARRIERE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la situation int&#233;rieure se d&#233;t&#233;riorait et se compliquait de plus en plus. La guerre se tra&#238;nait sans but, sans sens, sans perspective. Le gouvernement ne prend aucune mesure pour se sortir du cercle vicieux. Le plan ridicule fut avanc&#233; d'envoyer Skobeleff &#224; Paris afin d'influencer les imp&#233;rialistes alli&#233;s, mais aucune personne sens&#233;e n'y attacha d'importance s&#233;rieuse. Korniloff livra Riga aux Allemands afin de terroriser l'opinion publique et ainsi d'avoir une occasion favorable pour &#233;tablir une discipline de fer dans l'arm&#233;e. P&#233;trograd &#233;tait menac&#233;e, et les &#233;l&#233;ments bourgeois accueillaient le danger avec une malignit&#233; &#233;vidente. Rodzianko, l'ancien pr&#233;sident de la Douma, a d&#233;clar&#233; ouvertement que la reddition de Petrograd d&#233;moralis&#233;e aux Allemands ne constituerait pas un grand malheur. Il a &#233;voqu&#233; le cas de Riga, o&#249;, &#224; la suite de l'entr&#233;e des Allemands, les soviets ont &#233;t&#233; dissous et un ordre strict a &#233;t&#233; instaur&#233; avec l'aide de l'ancienne police. Certes, la flotte de la Baltique serait perdue ; mais la flotte avait &#233;t&#233; d&#233;moralis&#233;e par la propagande r&#233;volutionnaire, et la perte ne serait donc pas si grande. Ce cynisme du grand seigneur bavard exprimait les pens&#233;es secr&#232;tes de larges cercles de la bourgeoisie. La remise de Petrograd aux Allemands ne signifierait pas vraiment sa perte d&#233;finitive. Par le trait&#233; de paix, Petrograd serait rendue, mais elle aurait &#233;t&#233; dans l'intervalle disciplin&#233;e par le militarisme allemand. Entre-temps, la R&#233;volution serait d&#233;capit&#233;e et pourrait donc &#234;tre plus facilement combattue. Le gouvernement Kerensky n'avait, en effet, aucune intention s&#233;rieuse de d&#233;fendre la capitale, et l'opinion publique se pr&#233;parait &#224; sa capitulation &#233;ventuelle. Les bureaux du gouvernement &#233;taient transf&#233;r&#233;s de Petrograd &#224; Moscou et dans d'autres villes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans de telles circonstances que la section des soldats du soviet de P&#233;trograd se r&#233;unit en s&#233;ance pl&#233;ni&#232;re. Le sentiment g&#233;n&#233;ral &#233;tait tendu et agit&#233;. Si le gouvernement n'a pas pu d&#233;fendre Petrograd, qu'il conclue la paix. Et s'il &#233;tait incapable de conclure la paix, qu'il se d&#233;gage. C'est ainsi que la Section des soldats exprima son point de vue sur la situation. Ce fut le premier signal de la prochaine r&#233;volution de novembre. Au front, la situation des affaires allait de mal en pis. Un automne froid, humide et boueux approchait. Il y avait la perspective d'une quatri&#232;me campagne d'hiver. L'approvisionnement alimentaire empirait chaque jour. A l'arri&#232;re, ils avaient oubli&#233; l'avant. Il n'y avait pas de rel&#232;ves, pas de renforts et pas de v&#234;tements chauds. Le nombre de d&#233;serteurs augmentait de jour en jour. Les anciens comit&#233;s d'arm&#233;e, &#233;lus au d&#233;but de la R&#233;volution, restaient toujours &#224; leur place et soutenaient la politique de Kerensky. Les r&#233;&#233;lections &#233;taient interdites. Un ab&#238;me s'est form&#233; entre les comit&#233;s d'arm&#233;e et les masses de l'arm&#233;e, et enfin les soldats ont commenc&#233; &#224; d&#233;tester les comit&#233;s. &#192; maintes reprises, des d&#233;l&#233;gu&#233;s des tranch&#233;es arrivaient &#224; Petrograd et demandaient &#224; bout portant, aux s&#233;ances du soviet : &#171; Que devons-nous faire maintenant ? Qui mettra fin &#224; la guerre, et comment cela se fera-t-il ? Pourquoi le soviet de Petrograd est-il silencieux ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA LUTTE IN&#201;VITABLE POUR LE POUVOIR&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Le soviet de Petrograd n'&#233;tait pas silencieux. Elle exigeait la prise d'autorit&#233; imm&#233;diate par les soviets centraux et locaux, le transfert imm&#233;diat de la terre aux paysans, l'&#233;tablissement d'un contr&#244;le par les ouvriers sur l'industrie et l'ouverture imm&#233;diate de n&#233;gociations de paix. Tant que nous &#233;tions dans l'opposition, le cri &#171; Tout le pouvoir aux Sovi&#233;tiques ! &#233;tait un cri de guerre de propagande, mais depuis que nous sommes devenus majoritaires dans tous les grands soviets, il nous a impos&#233; le devoir d'entreprendre une lutte imm&#233;diate et directe pour le pouvoir. Dans les villages, la situation &#233;tait devenue compliqu&#233;e et confuse au dernier degr&#233;. La R&#233;volution avait promis la terre aux paysans, mais avait interdit &#224; ces derniers d'y toucher jusqu'&#224; la r&#233;union de l'Assembl&#233;e constituante. Les paysans ont d'abord attendu patiemment, mais quand ils ont commenc&#233; &#224; perdre patience, le gouvernement de coalition a eu recours &#224; des mesures de r&#233;pression. Entre-temps, la perspective de la r&#233;union de l'Assembl&#233;e constituante s'estompait de plus en plus. La bourgeoisie insistait pour que l'Assembl&#233;e constituante ne soit convoqu&#233;e qu'apr&#232;s la conclusion de la paix. Les masses paysannes, au contraire, s'impatientaient de plus en plus, et ce que nous avions pr&#233;dit au d&#233;but de la R&#233;volution se r&#233;alisait maintenant. Les masses paysannes ont commenc&#233; &#224; s'emparer de la terre de leur propre autorit&#233;. Les repr&#233;sailles devinrent plus fr&#233;quentes et plus s&#233;v&#232;res, et les comit&#233;s terriens r&#233;volutionnaires commenc&#232;rent &#224; &#234;tre arr&#234;t&#233;s &#8211; ici et l&#224;. Dans certains districts, Kerensky a m&#234;me proclam&#233; la loi martiale. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s des villages ont commenc&#233; &#224; affluer &#224; Petrograd et se sont plaints au soviet d'&#234;tre arr&#234;t&#233;s alors qu'ils tentaient de mettre en &#339;uvre le programme des soviets et de remettre les domaines des propri&#233;taires priv&#233;s aux comit&#233;s de paysans. Les paysans r&#233;clamaient notre protection. Nous avons r&#233;pondu que nous ne pouvions les aider que si le pouvoir gouvernemental &#233;tait entre nos mains. D'o&#249; il s'ensuit que si les Sovi&#233;tiques ne voulaient pas devenir de simples bavardages, ils devaient faire un effort pour s'emparer du pouvoir. Il &#233;tait absurde de se battre pour l'autorit&#233; des soviets six ou huit semaines avant la r&#233;union de l'Assembl&#233;e constituante &#8211; nous ont dit les amis de droite. Mais nous n'&#233;tions nullement contamin&#233;s par ce f&#233;tichisme de la Constituante. En premier lieu, il n'y avait aucune garantie qu'il serait r&#233;ellement convoqu&#233;. L'&#233;clatement de l'arm&#233;e, les d&#233;sertions massives, la d&#233;sorganisation de l'approvisionnement alimentaire, la r&#233;volution agraire, tout va cr&#233;er une atmosph&#232;re mais peu favorable &#224; la tenue d'&#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e. De plus, la possible reddition de Petrograd aux Allemands mena&#231;ait de rendre de telles &#233;lections tout &#224; fait impossibles. En second lieu, m&#234;me si l'Assembl&#233;e constituante devait &#234;tre convoqu&#233;e sous la direction des anciens partis, sur les anciennes listes des partis, elle ne pourrait devenir qu'une protection et une confirmation du principe de coalition du gouvernement. Ni les socialistes-r&#233;volutionnaires ni les mencheviks n'&#233;taient capables d'assumer l'autorit&#233; sans l'aide de la bourgeoisie. Seule une classe r&#233;volutionnaire pouvait briser le cercle vicieux dans lequel la R&#233;volution pataugeait et se d&#233;sint&#233;grait. Il &#233;tait essentiel que l'autorit&#233; soit arrach&#233;e des mains des &#233;l&#233;ments qui, directement ou indirectement, servaient les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie et utilisaient l'appareil gouvernemental pour faire obstacle aux revendications r&#233;volutionnaires du peuple&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA LUTTE POUR LE CONGR&#200;S SOVIETIQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Tout le pouvoir aux soviets : telle &#233;tait l'exigence de notre parti. Dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, cela signifiait, en termes de divisions de parti, une autorit&#233; compl&#232;te pour les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks face &#224; la coalition avec la bourgeoisie lib&#233;rale. Maintenant, cependant, en novembre 1917, cette demande signifiait la supr&#233;matie compl&#232;te du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, dirig&#233; maintenant par le parti bolchevik. La question en jeu &#233;tait la dictature de la classe ouvri&#232;re, qui dirigeait, ou, pour &#234;tre plus correct, &#233;tait capable de diriger, les millions de paysans les plus pauvres. C'&#233;tait le sens historique du soul&#232;vement de novembre. Tout concourait &#224; conduire le parti dans cette voie. D&#232;s les premiers jours de la R&#233;volution, nous avions insist&#233; sur la n&#233;cessit&#233; et l'in&#233;vitabilit&#233; de la prise en charge de l'enti&#232;re autorit&#233; du gouvernement par les soviets. La majorit&#233; des soviets, apr&#232;s une intense lutte interne, a adopt&#233; notre point de vue et a repris cette revendication. Nous nous pr&#233;parions pour le deuxi&#232;me Congr&#232;s panrusse des Soviets, auquel nous attendions une victoire compl&#232;te de notre parti. Le Comit&#233; ex&#233;cutif central, au contraire, sous la direction de Dan (le prudent Tshkheidze partit &#224; temps pour le Caucase) fit tout son possible pour emp&#234;cher la r&#233;union du Congr&#232;s des Soviets. Apr&#232;s de grands efforts, soutenus par le groupe sovi&#233;tique &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, nous obtenons enfin la fixation d'une date d&#233;finitive pour le Congr&#232;s du 7 novembre. Cette date est maintenant devenue la plus grande date de l'histoire de la Russie. Au pr&#233;alable, nous avons convoqu&#233; &#224; Petrograd une conf&#233;rence des Soviets des provinces du Nord, comprenant aussi la flotte baltique et le Soviet de Moscou. Nous avions une majorit&#233; nette &#224; cette conf&#233;rence. Nous avons &#233;galement obtenu une certaine protection sur le flanc droit de l'aile gauche des socialistes-r&#233;volutionnaires et pos&#233; les bases de l'organisation commerciale du soul&#232;vement de novembre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE CONFLIT SUR LA GARNISON DE PETROGRAD&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me avant cela, avant la conf&#233;rence des Soviets du Nord, il s'est pass&#233; quelque chose qui &#233;tait destin&#233; &#224; jouer un r&#244;le des plus importants dans la lutte politique naissante. A la mi-octobre, apparut &#224; une s&#233;ance du Comit&#233; ex&#233;cutif le repr&#233;sentant sovi&#233;tique attach&#233; &#224; l'&#233;tat-major du district militaire de P&#233;trograd, qui nous apprit que le Grand Quartier g&#233;n&#233;ral demandait l'envoi des deux tiers de la garnison de P&#233;trograd au front. Pourquoi ? Pour la d&#233;fense de Petrograd ! L'exp&#233;dition ne devait pas avoir lieu tout de suite, mais il fallait s'y pr&#233;parer tout de suite. L'&#233;tat-major a demand&#233; au Soviet de P&#233;trograd d'approuver ce plan. Nous avons dress&#233; nos oreilles. D&#233;j&#224; &#224; la fin du mois d'ao&#251;t, cinq r&#233;giments r&#233;volutionnaires avaient &#233;t&#233;, en tout ou en partie, retir&#233;s de Petrograd. Cela avait &#233;t&#233; fait &#224; la demande du commandant en chef de l'&#233;poque, Korniloff, qui s'appr&#234;tait &#224; ce moment m&#234;me &#224; jeter la division &#171; sauvage &#187; du Caucase contre Petrograd dans le but de r&#233;gler une fois pour toutes avec la capitale r&#233;volutionnaire. Nous avions donc d&#233;j&#224; fait l'exp&#233;rience d'une redistribution purement politique des troupes, effectu&#233;e sous pr&#233;texte d'op&#233;rations militaires. On peut noter ici, &#224; titre d'anticipation, que les documents qui nous sont tomb&#233;s entre les mains apr&#232;s la r&#233;volution de novembre ont montr&#233;, sans aucun doute possible, que le projet d'&#233;vacuation de la garnison de Petrograd n'avait en r&#233;alit&#233; absolument rien &#224; voir avec des op&#233;rations militaires, et fut impos&#233; au commandant en chef Dukhonine, contre son gr&#233;, par nul autre que Kerensky lui-m&#234;me, soucieux de d&#233;barrasser P&#233;trograd des soldats les plus r&#233;volutionnaires, c'est-&#224;-dire les plus hostiles &#224; lui-m&#234;me. Mais cela n'&#233;tait pas connu &#224; la mi-octobre, et nos soup&#231;ons se heurt&#232;rent &#224; une temp&#234;te d'indignation patriotique. L'&#233;tat-major essaya de nous presser et Kerensky s'impatienta, car le Basesous ses pieds devenait rapidement trop chaud pour lui. Cependant, nous ne nous sommes pas empress&#233;s de r&#233;pondre. Certes, P&#233;trograd &#233;tait en danger, et la terrible question de la d&#233;fense de la capitale nous exer&#231;ait beaucoup. Mais apr&#232;s l'exp&#233;rience des jours Korniloff, apr&#232;s les paroles de Rodzianko concernant le salut par une occupation allemande de P&#233;trograd, comment pourrions-nous &#234;tre assur&#233;s que P&#233;trograd ne serait pas volontairement livr&#233; aux Allemands en punition de son esprit rebelle ? Le Comit&#233; Ex&#233;cutif refusa de signer sans examen la demande de destitution des deux tiers de la garnison de P&#233;trograd. Nous avons d&#233;clar&#233; que nous devons avoir la preuve de la r&#233;alit&#233; du besoin militaire qui a dict&#233; la demande, et &#224; cette fin, une organisation pour examiner la question doit &#234;tre cr&#233;&#233;e. C'est ainsi qu'est n&#233;e l'id&#233;e d'&#233;tablir, &#224; c&#244;t&#233; de la Section des soldats des soviets, c'est-&#224;-dire avec la repr&#233;sentation politique de la garnison, un organe purement op&#233;rationnel sous la forme du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire qui a finalement acquis un pouvoir &#233;norme et est devenu pratiquement l'instrument de la R&#233;volution de novembre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, d&#233;j&#224; &#224; cette &#233;poque, lorsque nous proposions la Cr&#233;ation d'un organe pour concentrer entre ses mains tous les fils de la direction purement militaire de la garnison de P&#233;trograd, nous nous rendions bien compte que cet organe pourrait devenir une arme r&#233;volutionnaire pr&#233;cieuse. Nous &#233;tions d&#233;j&#224; &#224; ce moment-l&#224; d&#233;lib&#233;r&#233;ment et ouvertement en train de diriger un soul&#232;vement et de nous organiser pour cela. L'ouverture du Congr&#232;s panrusse des soviets &#233;tait fix&#233;e, comme nous l'avons dit pr&#233;c&#233;demment, au 7 novembre, et il ne faisait plus de doute qu'il se prononcerait en faveur de la prise de l'autorit&#233; supr&#234;me par les soviets. Mais une telle d&#233;cision devrait &#234;tre prise imm&#233;diatement, sinon elle deviendrait simplement une d&#233;monstration platonique sans valeur. Cela aurait &#233;t&#233; en accord avec la logique de la situation si nous avions fix&#233; notre hausse au 7 novembre. La presse bourgeoise, en effet, tenait cela pour acquis. Mais le sort du Congr&#232;s d&#233;pendait, en premier lieu, de la garnison de P&#233;trograd. Permettrait-il &#224; Kerensky d'encercler le Congr&#232;s et de le briser avec l'aide de quelques centaines ou milliers d'enseignes, d'&#233;l&#232;ves-officiers et de membres de bataillons de choc ? La tentative m&#234;me de faire sortir la garnison de P&#233;trograd ne signifiait-elle pas que le gouvernement se pr&#233;parait &#224; briser le Congr&#232;s des soviets ? Cela aurait &#233;t&#233; &#233;trange en effet sinon, vu que nous mobilisions tr&#232;s ouvertement, face &#224; tout le pays, toute la force des Sovi&#233;tiques dans le but de porter un coup mortel au gouvernement de coalition. C'est ainsi que tout le conflit &#224; P&#233;trograd touchait &#224; la question du sort de sa garnison. En premier lieu, bien s&#251;r, elle toucha les soldats, mais les ouvriers aussi y montr&#232;rent le plus vif int&#233;r&#234;t, craignant qu'au retrait des troupes, ils ne fussent &#233;cras&#233;s par les cadets militaires et les cosaques. Le conflit prenait ainsi un caract&#232;re tr&#232;s aigu, et la question sur laquelle il tendait &#224; se poser &#233;tait tr&#232;s d&#233;favorable au gouvernement Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; cette lutte pour la garnison se d&#233;roulait aussi la lutte mentionn&#233;e pr&#233;c&#233;demment pour la convocation du Congr&#232;s des Soviets, &#224; l'occasion de laquelle nous proclamions ouvertement, au nom du Soviet de P&#233;trograd et de la conf&#233;rence des Soviets du District Nord, que le deuxi&#232;me Congr&#232;s sovi&#233;tique doit rejeter le gouvernement Kerensky et devenir le v&#233;ritable ma&#238;tre de la Russie. Pratiquement le soul&#232;vement &#233;tait d&#233;j&#224; en marche, et se d&#233;veloppait &#224; la face de tout le pays. Au cours du mois d'octobre, la question du soul&#232;vement joua aussi un r&#244;le important dans la vie int&#233;rieure de notre parti. L&#233;nine, qui se cachait en Finlande, a &#233;crit de nombreuses lettres insistant sur des tactiques plus &#233;nergiques. Dans la base, il y avait une grande fermentation et un m&#233;contentement croissant, parce que le parti bolchevik, maintenant majoritaire dans les soviets, ne mettait pas en pratique ses propres cris de guerre. Le 28 octobre eut lieu une r&#233;union secr&#232;te du Comit&#233; central de notre parti, &#224; laquelle L&#233;nine &#233;tait pr&#233;sent. A l'ordre du jour &#233;tait la question du soul&#232;vement. Avec seulement deux dissidents, il fut d&#233;cid&#233; &#224; l'unanimit&#233; que le seul moyen de sauver la R&#233;volution et le pays d'une destruction compl&#232;te &#233;tait un soul&#232;vement arm&#233;, qui devait avoir pour objet la conqu&#234;te de l'autorit&#233; gouvernementale supr&#234;me par les Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE CONSEIL D&#201;MOCRATIQUE ET LE PARLEMENT PROVISOIRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil D&#233;mocratique issu de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique h&#233;rita de toute l'impuissance de cette derni&#232;re. Les vieux partis sovi&#233;tiques, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, s'&#233;taient assur&#233;s une majorit&#233; artificielle au Conseil, apparemment dans le but d'exposer plus compl&#232;tement encore toute leur prostration politique. Dans les coulisses, Tsereteli menait des n&#233;gociations complexes avec Kerensky et les repr&#233;sentants des &#171; &#233;l&#233;ments propri&#233;taires &#187;, comme ils ont commenc&#233; &#224; les appeler au Conseil afin d'&#233;viter le terme &#171; insultant &#187; de &#171; bourgeoisie &#187;. Le rapport de Tsereteli sur les progr&#232;s et les r&#233;sultats de ces n&#233;gociations ressemblait beaucoup &#224; une oraison fun&#232;bre sur la tombe de toute une p&#233;riode r&#233;volutionnaire. Il s'est av&#233;r&#233; que ni Kerensky ni les &#233;l&#233;ments propri&#233;taires n'accepteraient le principe de la responsabilit&#233; minist&#233;rielle envers le nouvel organe semi-repr&#233;sentatif. D'autre part, il &#233;tait impossible de trouver des hommes publics &#171; comme des affaires &#187; en dehors du Parti des cadets. Les organisateurs de l'affaire durent c&#233;der sur ces deux points, dont la capitulation fut d'autant plus d&#233;licieuse que la Conf&#233;rence d&#233;mocrate avait &#233;t&#233; convoqu&#233;e sp&#233;cialement pour mettre fin au r&#233;gime irresponsable, la Conf&#233;rence d'ailleurs rejetant explicitement toute Coalition avec les cadets. Aux derni&#232;res r&#233;unions du Conseil d&#233;mocratique avant la nouvelle r&#233;volution, il y avait une atmosph&#232;re g&#233;n&#233;rale de grande tension et d'impuissance pratique. Le Conseil refl&#233;tait non les progr&#232;s de la R&#233;volution, mais la dissolution de partis que la R&#233;volution avait laiss&#233;s loin derri&#232;re. D&#233;j&#224; lors de la session de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique j'avais soulev&#233; la question dans notre parti de faire une sortie d&#233;monstrative de la Conf&#233;rence et de boycotter le Conseil D&#233;mocratique. Il fallait d&#233;montrer aux masses par notre action que les coalitions avaient mis la R&#233;volution dans une impasse. La lutte pour la formation d'un gouvernement sovi&#233;tique ne pouvait &#234;tre men&#233;e que par des m&#233;thodes r&#233;volutionnaires. Il &#233;tait imp&#233;ratif d'arracher l'autorit&#233; des mains de ceux qui s'&#233;taient montr&#233;s incapables pour de bon et qui perdaient rapidement toute capacit&#233; m&#234;me de nuire activement. Il fallait opposer notre m&#233;thode politique par la mobilisation de toutes les forces autour des soviets, par le Congr&#232;s panrusse des soviets, par un soul&#232;vement, &#224; leur mode d'action par un &#171; Parlement provisoire &#187; artificiellement choisi et une Assembl&#233;e constituante probl&#233;matique. . Cela ne pouvait &#234;tre accompli que par une rupture ouverte et publique avec le corps cr&#233;&#233; par Tsereteli et ses amis, et en concentrant toute l'attention et la force de la classe ouvri&#232;re sur les organisations sovi&#233;tiques. C'est pour ces raisons que j'ai propos&#233; une sortie d&#233;monstrative de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique et une agitation r&#233;volutionnaire dans les usines et parmi les troupes contre la tentative de d&#233;naturer la volont&#233; de la R&#233;volution et de l'orienter &#224; nouveau dans le sillon de la coop&#233;ration. avec la bourgeoisie. L&#233;nine s'est exprim&#233; dans le m&#234;me sens dans une lettre que nous avons re&#231;ue quelques jours plus tard. Mais parmi les chefs du parti, les h&#233;sitations &#233;taient encore consid&#233;rables. Les journ&#233;es de juillet avaient laiss&#233; une tr&#232;s forte impression sur la f&#234;te. Les masses d'ouvriers et de soldats s'&#233;taient d&#233;barrass&#233;es de l'impression des repr&#233;sailles de juillet bien plus rapidement que nombre de nos camarades dirigeants qui craignaient l'&#233;clatement de la R&#233;volution par une nouvelle tentative pr&#233;matur&#233;e des masses. Dans notre groupe &#224; la Conf&#233;rence D&#233;mocratique, j'ai obtenu cinquante voix pour ma proposition contre soixante-dix en faveur de la participation au Conseil D&#233;mocratique. Mais notre exp&#233;rience au sein de ce Conseil a tr&#232;s vite renforc&#233; l'aile gauche du parti. Il ne devint que trop &#233;vident que la m&#233;thode des compromis confinant &#224; la simple escroquerie, qui avait pour but d'assurer la direction de la R&#233;volution aux classes poss&#233;dantes aid&#233;es par les coalitions qui avaient perdu pied parmi les larges masses, n'&#233;tait pas la solution. de l'impasse dans laquelle les flasques d&#233;mocrates bourgeois avaient entra&#238;n&#233; la R&#233;volution. Au moment o&#249; le Conseil d&#233;mocratique, compl&#233;t&#233; par des repr&#233;sentants des classes poss&#233;dantes, s'est transform&#233; en un &#171; Parlement provisoire &#187;, la volont&#233; psychologique de notre parti de rompre avec cet organe &#233;tait d&#233;j&#224; m&#251;re&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES SOCIALISTES R&#201;VOLUTIONNAIRES ET LES MENCHEVIKS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; La question qui se posait alors &#224; nous &#233;tait de savoir si les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche nous suivraient dans cette voie. Ce groupe &#233;tait alors en voie de formation, ce qui de notre point de vue parti &#233;tait beaucoup trop lent et h&#233;sitant. Au d&#233;but de la R&#233;volution, le Parti socialiste r&#233;volutionnaire est devenu de loin le plus fort dans tout le domaine politique. Les paysans, les soldats et m&#234;me les masses ouvri&#232;res ont vot&#233; pour les socialistes-r&#233;volutionnaires. Eux-m&#234;mes ne s'attendaient &#224; rien de tel, et plus d'une fois il avait sembl&#233; qu'il y avait un danger que le parti s'&#233;touff&#226;t dans les vagues de son propre succ&#232;s. A l'exception des classes purement capitalistes et propri&#233;taires terriens et des intellectuels ais&#233;s, tout le monde a afflu&#233; sous les banni&#232;res des socialistes-r&#233;volutionnaires. Et cela correspondait tout &#224; fait &#224; la premi&#232;re &#233;tape de la R&#233;volution, o&#249; les fronti&#232;res de classe n'avaient pas encore eu le temps de se manifester, o&#249; le d&#233;sir d'un front unique r&#233;volutionnaire s'exprimait dans le programme n&#233;buleux d'un parti pr&#234;t &#224; abriter &#224; la fois les les ouvriers craignant de perdre le contact avec la paysannerie, les paysans en qu&#234;te de terre et de libert&#233;, les intellectuels soucieux de guider ces deux classes, et le fonctionnaire essayant de s'adapter au nouvel ordre des choses. Lorsque Kerensky, qui, sous le gouvernement tsariste, avait appartenu au &#034;Groupe du Travail&#034;, rejoignit les socialistes-r&#233;volutionnaires apr&#232;s la victoire de la R&#233;volution, la popularit&#233; de ce parti commen&#231;a &#224; cro&#238;tre en correspondance avec l'avanc&#233;e de Kerensky lui-m&#234;me le long de la route. du pouvoir. De nombreux colonels et g&#233;n&#233;raux, par respect &#8211; pas toujours platonique &#8211; pour le ministre de la Guerre, se sont empress&#233;s d'inscrire leurs noms dans les registres du parti des anciens terroristes. Les vieux socialistes-r&#233;volutionnaires, appartenant &#224; l'ancienne &#233;cole r&#233;volutionnaire, regardaient d&#233;j&#224; avec une certaine inqui&#233;tude le nombre toujours croissant de socialistes-r&#233;volutionnaires de &#171; mars &#187;, c'est-&#224;-dire ces membres qui n'avaient retrouv&#233; leur &#226;me r&#233;volutionnaire qu'en mars, apr&#232;s la R&#233;volution avait renvers&#233; l'ancien r&#233;gime et port&#233; au pouvoir les socialistes-r&#233;volutionnaires. De cette mani&#232;re, le parti contenait dans son amorphe non seulement les contradictions internes de la R&#233;volution en d&#233;veloppement, mais aussi tous les pr&#233;jug&#233;s des masses paysannes arri&#233;r&#233;es et tout le sentimentalisme, l'instabilit&#233; et les ambitions des couches intellectuelles de la population. Il &#233;tait bien &#233;vident que le parti ne pouvait pas exister longtemps sous une telle forme. Du point de vue des id&#233;es, elle s'est av&#233;r&#233;e impuissante d&#232;s le d&#233;but. Ce sont les mencheviks qui ont jou&#233; le r&#244;le politique de premier plan dans les premi&#232;res &#233;tapes de la R&#233;volution. Ils &#233;taient pass&#233;s par l'&#233;cole marxienne et en avaient tir&#233; certaines m&#233;thodes et habitudes qui les avaient aid&#233;s &#224; s'orienter suffisamment dans la situation politique pour d&#233;naturer &#171; scientifiquement &#187; le vrai sens de la lutte des classes actuelle et pour s'assurer, au plus haut point, degr&#233; possible dans les conditions donn&#233;es, la supr&#233;matie de la bourgeoisie lib&#233;rale. C'est la raison pour laquelle les mencheviks, qui &#233;taient les avocats directs du droit de la bourgeoisie au pouvoir, se sont si vite &#233;puis&#233;s et ont &#233;t&#233;, au moment de la R&#233;volution de novembre, finalement r&#233;duits presque &#224; un chiffre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes-r&#233;volutionnaires perdaient aussi de plus en plus de leur influence, d'abord parmi les ouvriers, puis dans l'arm&#233;e, et enfin aussi dans les villages. N&#233;anmoins, &#224; l'&#233;poque de la R&#233;volution de novembre, ils &#233;taient encore num&#233;riquement un parti tr&#232;s puissant. Mais les antagonismes de classe le minaient de l'int&#233;rieur. Face &#224; son aile droite qui, en la personne de ses &#233;l&#233;ments les plus chauvins, comme Avksentieff, Breshko-Breshkovskaya, Savinkoff et autres, passa finalement aux contre-r&#233;volutionnaires, une aile gauche &#233;tait en voie de formation, qui tentait de maintenir un contact avec les masses laborieuses. Si l'on garde &#224; l'esprit le fait que le socialiste r&#233;volutionnaire Avksentieff, en sa qualit&#233; de ministre de l'Int&#233;rieur, arr&#234;tait les comit&#233;s fonciers paysans compos&#233;s presque exclusivement de socialistes-r&#233;volutionnaires, pour qu'ils s'attaquent de leur propre chef &#224; la question agraire, l'ampleur de la les d&#233;saccords au sein de ce parti deviendront suffisamment clairs. Au centre se tenait le chef traditionnel du parti, Tchernoff, un &#233;crivain exp&#233;riment&#233;, cultiv&#233; dans la litt&#233;rature socialiste, un habitu&#233; des luttes de parti, il &#233;tait le chef invariable du parti &#224; l'&#233;poque o&#249; la vie du parti se concentrait dans les cercles de r&#233;fugi&#233;s. &#224; l'&#233;tranger. La R&#233;volution, qui, dans sa premi&#232;re course en avant sans discernement, avait &#233;lev&#233; les socialistes-r&#233;volutionnaires &#224; une hauteur &#233;norme, &#233;leva automatiquement aussi Tchernoff, mais seulement pour montrer son incapacit&#233; totale, m&#234;me parmi les principaux personnages politiques de la premi&#232;re p&#233;riode. Ces qualit&#233;s mineures qui assuraient &#224; Tchernoff une pr&#233;pond&#233;rance dans les cercles &#233;trangers du parti se r&#233;v&#233;l&#232;rent bien trop l&#233;g&#232;res dans la balance de la R&#233;volution. Il s'est born&#233; &#224; s'abstenir de toute d&#233;cision responsable, &#224; &#233;viter et &#224; &#233;luder tous les probl&#232;mes critiques, &#224; attendre les &#233;v&#233;nements et &#224; s'abstenir de toute activit&#233; positive. Une telle tactique lui assura, pour le moment, la position d'un centre entre les deux flancs du parti, dont la distance s'&#233;largissait de plus en plus. Mais l'unit&#233; du parti ne pouvait plus &#234;tre maintenue. Savinkoff, l'ancien terroriste, avait particip&#233; au complot Korniloff, &#233;tait en tr&#232;s bons termes avec les cercles contre-r&#233;volutionnaires des officiers cosaques, et pr&#233;parait un coup dur pour les ouvriers et les soldats de P&#233;trograd, parmi lesquels se trouvaient de nombreux socialistes-r&#233;volutionnaires de la gauche. En guise de coup de pouce &#224; cette aile gauche, le Centre a exclu Savinkoff du parti, mais il n'a pas os&#233; lever la main contre Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Parlement provisoire, le parti se montra d&#233;sesp&#233;r&#233;ment divis&#233;. Les trois groupes ont agi ind&#233;pendamment les uns des autres, bien que tous marchaient sous la m&#234;me banni&#232;re du parti. En m&#234;me temps, aucun de ces groupes n'avait une id&#233;e claire de ce qu'il voulait. La pr&#233;dominance formelle de ce parti dans l'Assembl&#233;e constituante n'aurait signifi&#233; que la continuation de la m&#234;me st&#233;rilit&#233; et de la m&#234;me impuissance politiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA VOIX DU FRONT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant de quitter le Parlement provisoire, o&#249;, d'apr&#232;s les statistiques politiques de Kerensky et Tsereteli, nous n'avions qu'une cinquantaine de si&#232;ges, nous avons organis&#233; une rencontre avec le groupe socialiste-r&#233;volutionnaire de gauche. Ils refus&#232;rent cependant de nous suivre, au motif qu'il leur fallait prouver &#224; la paysannerie par une exp&#233;rience pratique le d&#233;sespoir de ce Parlement. &#034;Nous pensons qu'il est de notre devoir de vous avertir&#034;, a d&#233;clar&#233; l'un de leurs dirigeants, &#034;que si vous avez l'intention de quitter le Parlement provisoire dans le but de descendre imm&#233;diatement dans la rue pour une lutte ouverte, nous ne vous suivrons pas.&#034; La presse bourgeoise et coalitionniste nous accusait de viser un d&#233;mant&#232;lement du Parlement provisoire dans le seul but de cr&#233;er une situation r&#233;volutionnaire. Notre groupe au Parlement provisoire a d&#233;cid&#233; de ne pas attendre les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, mais d'agir de mani&#232;re ind&#233;pendante. La d&#233;claration de notre parti, lue &#224; la tribune du Parlement provisoire et expliquant notre raison de rompre avec cette institution, a &#233;t&#233; accueillie par un hurlement d'ex&#233;cration et de rage impuissante de la part des groupes majoritaires. Au Soviet de P&#233;trograd, o&#249; notre action a &#233;t&#233; approuv&#233;e &#224; une &#233;crasante majorit&#233;, le chef du petit groupe des mencheviks &#171; internationalistes &#187;, Martoff, a soutenu avec nous que notre sortie du Conseil provisoire de la R&#233;publique (telle &#233;tait la d&#233;signation officielle de ce institution peu recommandable) n'aurait alors de sens que si l'on entendait passer imm&#233;diatement &#224; une offensive ouverte contre le gouvernement actuel. Mais c'&#233;tait exactement ce que nous avions l'intention de faire. Les agents de la bourgeoisie lib&#233;rale avaient bien raison de nous accuser de vouloir cr&#233;er une situation r&#233;volutionnaire. Nous avons vu que le seul moyen de sortir de la situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e &#233;tait au moyen d'un soul&#232;vement ouvert et d'une prise directe du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, comme pendant les journ&#233;es de juillet, la presse et tous les autres organes de la soi-disant opinion publique se sont mis en branle contre nous. Les armes les plus v&#233;n&#233;neuses furent une fois de plus sorties des arsenaux des journ&#233;es de juillet, o&#249; elles avaient &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;es apr&#232;s le soul&#232;vement de Korniloff. Vains efforts ! Les masses affluaient irr&#233;sistiblement vers nous, et leur esprit s'&#233;levait d'heure en heure de plus en plus haut. Des d&#233;l&#233;gu&#233;s arrivaient des tranch&#233;es et nous demandaient, lors des s&#233;ances du soviet de P&#233;trograd : &#171; Combien de temps durera cette situation insupportable ? Les soldats nous ont autoris&#233;s &#224; vous dire que si d'ici le 15 novembre aucune mesure d&#233;cisive n'est prise vers la paix, les tranch&#233;es seront &#233;vacu&#233;es et toute l'arm&#233;e reculera en marche arri&#232;re ! Une telle r&#233;solution s'&#233;tait vraiment r&#233;pandue tout le long du front. Les soldats distribuaient d'un secteur &#224; l'autre des proclamations r&#233;dig&#233;es par eux-m&#234;mes, appelant tous les soldats &#224; ne pas rester dans les tranch&#233;es apr&#232;s les premi&#232;res neiges. &#171; Vous nous avez tout oubli&#233;s, s'exclamaient les d&#233;l&#233;gu&#233;s de tranch&#233;e aux s&#233;ances du soviet, si vous ne trouvez pas une issue, nous viendrons nous-m&#234;mes disperser nos ennemis &#224; coups de ba&#239;onnette, mais vous aussi, avec eux.&#034; En quelques semaines, le soviet de Petrograd devint le centre d'attraction de toute l'arm&#233;e. Apr&#232;s le changement de politique et la nouvelle &#233;lection de son bureau pr&#233;sidentiel, ses r&#233;solutions avaient insuffl&#233; dans les troupes &#233;puis&#233;es et d&#233;sesp&#233;r&#233;es de nouveaux espoirs qu'une issue &#224; l'impossible situation pourrait enfin &#234;tre trouv&#233;e dans les lignes trac&#233;es par les bolcheviks, &#224; savoir, par la publication des trait&#233;s secrets et la proposition imm&#233;diate d'un armistice sur tous les fronts. &#171; Vous dites que la pleine autorit&#233; doit passer entre les mains des Sovi&#233;tiques ? Alors prends-le. Avez-vous peur que le front ne vous soutienne pas ? Rejetez tout doute ; la masse &#233;crasante des soldats est enti&#232;rement de votre c&#244;t&#233;. Pendant ce temps, le conflit concernant l'&#233;vacuation de la garnison de Petrograd avan&#231;ait rapidement. Il y avait des r&#233;unions presque quotidiennes de la garnison, compos&#233;e des comit&#233;s de compagnie, de r&#233;giment et d'autres. L'influence de notre parti dans la garnison devint absolue et tout &#224; fait indivise. L'&#233;tat-major du district militaire de Petrograd &#233;tait dans un &#233;tat de confusion extr&#234;me. &#192; un moment donn&#233;, ils essaieraient d'entrer en relations r&#233;guli&#232;res avec nous ; d'autres fois, pouss&#233;s par les dirigeants du Comit&#233; ex&#233;cutif central, ils nous mena&#231;aient de r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES COMMISSAIRES DE L'ARM&#201;E &#8211; LE COMIT&#201; MILITAIRE R&#201;VOLUTIONNAIRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; mentionn&#233; la formation d'un Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire sp&#233;cial rattach&#233; au soviet de P&#233;trograd, que nous entendions comme une sorte d'&#233;tat-major sovi&#233;tique de la garnison de P&#233;trograd, en guise de contrepoids &#224; l'&#233;tat-major de Kereusky. &#171; Mais l'existence de deux &#233;tats-majors ne peut &#234;tre tol&#233;r&#233;e &#187;, ont exhort&#233; les repr&#233;sentants doctrinaires des partis coalitionnistes. &#171; Est-ce, cependant, avons-nous r&#233;pondu, un &#233;tat de choses tol&#233;rable dans lequel la garnison n'a aucune confiance dans l'&#233;tat-major officiel et craint que le retrait des troupes de Petrograd ne soit dict&#233; par un nouveau dessein contre-r&#233;volutionnaire ? &#187; &#171; Mais la cr&#233;ation d'un nouvel &#233;tat-major signifie une insurrection &#187;, arguait la droite ; &#171; votre Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire aura pour but non pas tant l'examen des intentions et des ordres militaires des autorit&#233;s militaires, que la pr&#233;paration et l'ex&#233;cution d'une r&#233;volte contre le gouvernement actuel. &#187; Cet argument &#233;tait parfaitement juste, mais pour cette raison m&#234;me il n'effrayait aucun d'entre nous. La n&#233;cessit&#233; de renverser le gouvernement de coalition a &#233;t&#233; reconnue par l'&#233;crasante majorit&#233; des Sovi&#233;tiques. Plus les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires d&#233;montraient de mani&#232;re convaincante que le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire deviendrait in&#233;vitablement un instrument de r&#233;volte, plus le soviet de P&#233;trograd soutenait volontiers ce nouvel organe militant. La premi&#232;re t&#226;che du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire &#233;tait de nommer des commissaires &#224; toutes les sections de la garnison de P&#233;trograd et &#224; toutes les institutions les plus importantes de la capitale et des faubourgs. Nous avons re&#231;u des informations de diverses parties selon lesquelles le gouvernement, ou plut&#244;t les partis gouvernementaux, s'employaient activement &#224; organiser et &#224; armer leurs forces. De diff&#233;rents magasins, gouvernementaux et priv&#233;s, ils enlevaient des fusils, des revolvers, des mitrailleuses et des cartouches dans le but d'armer les cadets, les &#233;tudiants et, en g&#233;n&#233;ral, la jeune bourgeoisie. Il est essentiel de prendre imm&#233;diatement des mesures pr&#233;ventives. Des commissaires furent nomm&#233;s dans tous les magasins et d&#233;p&#244;ts d'armes, et ils devinrent ma&#238;tres de la situation pratiquement sans opposition. Certes, les commandants et propri&#233;taires des magasins essay&#232;rent de leur refuser la reconnaissance, mais il suffisait aux commissaires de faire appel au comit&#233; des soldats ou aux employ&#233;s du magasin en question pour briser presque imm&#233;diatement l'opposition. D&#233;sormais, les armes ne furent d&#233;livr&#233;es que sur ordre direct de nos commissaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;giments de la garnison de P&#233;trograd, en effet, avaient eu leurs commissaires avant cela, mais ils &#233;taient nomm&#233;s par le Comit&#233; ex&#233;cutif central. Nous avons d&#233;j&#224; signal&#233; qu'apr&#232;s le congr&#232;s des soviets de juin, et surtout apr&#232;s la manifestation du 1er juillet, qui montra la mont&#233;e en puissance des bolcheviks, les partis coalitions avaient presque enti&#232;rement exclu le soviet de P&#233;trograd de toute influence pratique sur le cours des &#233;v&#233;nements dans la capitale r&#233;volutionnaire. La direction des affaires de la garnison de Petrograd &#233;tait concentr&#233;e entre les mains du Comit&#233; ex&#233;cutif central. Maintenant, la question &#233;tait de savoir comment installer des commissaires sovi&#233;tiques partout. Cela n'a &#233;t&#233; accompli que gr&#226;ce &#224; la coop&#233;ration &#233;nergique des masses des soldats. R&#233;giment apr&#232;s r&#233;giment d&#233;clareraient, &#224; l'issue de r&#233;unions interpell&#233;es par des orateurs de divers partis, qu'ils ne reconna&#238;traient que les commissaires nomm&#233;s par le Soviet de P&#233;trograd et ne feraient rien sans leur sanction. Dans la nomination de ces commissaires, l'organisation militaire des bolcheviks joua un r&#244;le tr&#232;s important. D&#233;j&#224; avant les jours de juillet, cette organisation avait fait un gros travail de propagande. Le 18 juillet, le bataillon cycliste, amen&#233; &#224; P&#233;trograd par Kerensky, avait saccag&#233; la villa de Mlle. Krzeszinska, o&#249; se trouvait l'organisation militaire de notre parti. La majorit&#233; de ses dirigeants et une grande partie de la base ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, les journaux ont &#233;t&#233; supprim&#233;s et les machines d'impression ont &#233;t&#233; d&#233;truites. Ce n'est que tr&#232;s lentement que le parti r&#233;installa sa presse, mais cette fois dans la clandestinit&#233;. Son organisation militaire ne comprenait que quelques centaines d'hommes de la garnison de Petrograd, mais elle comprenait de nombreux soldats r&#233;volutionnaires d&#233;termin&#233;s et absolument d&#233;vou&#233;s, de jeunes officiers et, principalement, des enseignes qui avaient &#233;t&#233; emprisonn&#233;s par Kerensky en juillet et ao&#251;t. Tous ceux-ci se mirent alors &#224; la disposition du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire et furent nomm&#233;s aux postes militants les plus responsables. Il ne sera cependant pas d&#233;plac&#233; de noter ici que ce sont pr&#233;cis&#233;ment les membres de l'organisation militaire de notre parti qui, en novembre, ont adopt&#233; une attitude d'une extr&#234;me prudence et m&#234;me d'un certain scepticisme &#224; l'id&#233;e d'un soul&#232;vement imm&#233;diat. Le caract&#232;re exclusif de l'organisation et son caract&#232;re avou&#233; militaire inclinaient involontairement ses dirigeants &#224; surestimer l'importance des moyens purement techniques d'une insurrection, et de ce point de vue nous &#233;tions sans doute tr&#232;s faibles. Notre force r&#233;side dans l'esprit r&#233;volutionnaire des masses et dans leur volont&#233; de combattre sous notre banni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA MAR&#201;E MONTANTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; A c&#244;t&#233; du travail d'organisation s'exer&#231;ait une agitation rageuse et d&#233;chirante. C'&#233;tait une p&#233;riode de rencontres incessantes dans les usines, dans les cirques Moderne et Ciniselli, dans les clubs et les casernes. L'ambiance de toutes ces r&#233;unions &#233;tait d&#233;cid&#233;ment &#233;lectrique. Chaque mention d'une insurrection a &#233;t&#233; accueillie avec une temp&#234;te d'applaudissements et de cris d'approbation. La presse bourgeoise ne fit qu'intensifier l'&#233;tat d'alarme g&#233;n&#233;ral. Mon ordre &#224; l'usine d'armes l&#233;g&#232;res Sestroretski concernant la distribution de 5 000 fusils &#224; la Garde rouge a provoqu&#233; une panique indescriptible dans les cercles bourgeois. Ils parlaient et &#233;crivaient constamment sur un massacre g&#233;n&#233;ral qui se pr&#233;parait. Cela, bien entendu, n'emp&#234;cha nullement les ouvriers de l'usine Sestroretski de distribuer des armes aux gardes rouges. Plus la presse bourgeoise nous calomniait et nous ex&#233;crait avec fureur, plus les masses r&#233;pondaient avec ardeur &#224; notre appel. Il devenait de plus en plus &#233;vident pour les deux parties que la crise allait s'aggraver au cours des prochains jours. La presse socialiste-r&#233;volutionnaire et mench&#233;vique s'agite fr&#233;n&#233;tiquement : &#171; La R&#233;volution est dans le plus grand danger ! Une r&#233;p&#233;tition des journ&#233;es de juillet se pr&#233;pare &#224; une &#233;chelle immens&#233;ment plus grande et aura donc forc&#233;ment des r&#233;sultats encore plus ruineux. &#187; Gorki, dans son journal Novaya Zhizn (Nouvelle vie), a proph&#233;tis&#233; quotidiennement l'effondrement prochain de toute la vie culturelle du pays. En g&#233;n&#233;ral, la peinture rouge socialiste disparaissait avec une rapidit&#233; &#233;tonnante chez les intellectuels bourgeois &#224; mesure que se rapprochait le r&#232;gne s&#233;v&#232;re de la dictature de la classe ouvri&#232;re. D'autre part, les soldats, m&#234;me des r&#233;giments les plus arri&#233;r&#233;s, saluaient avec enthousiasme les commissaires du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire. Des d&#233;l&#233;gu&#233;s arrivaient des troupes cosaques et de la minorit&#233; socialiste parmi les cadets, promettant, en cas de collision ouverte, d'assurer au moins la neutralit&#233; de leurs hommes. Il &#233;tait &#233;vident que le gouvernement Kerensky &#233;tait simplement suspendu en l'air, sans aucune terre ferme sous ses pieds. L'&#233;tat-major du district a entam&#233; des n&#233;gociations avec nous et a propos&#233; un compromis. Afin d'avoir une id&#233;e de la force de r&#233;sistance de notre ennemi, nous sommes entr&#233;s en pourparlers. Mais les nerfs de l'&#233;tat-major &#233;taient &#224; fleur de peau. Maintenant, ils admonestaient, puis ils nous mena&#231;aient, et d&#233;claraient m&#234;me que nos commissaires &#233;taient ill&#233;gaux &#8211; cette interdiction, bien s&#251;r, n'entra&#238;nait aucune entrave &#224; leur travail. Le Comit&#233; ex&#233;cutif central, en accord avec l'&#233;tat-major, nomma le capitaine d'&#233;tat-major Malevsky commissaire en chef du district militaire de P&#233;trograd, et consentit g&#233;n&#233;reusement &#224; reconna&#238;tre nos commissaires, &#224; condition qu'ils fussent subordonn&#233;s &#224; leur commissaire en chef. Cette proposition a &#233;t&#233; rejet&#233;e et les n&#233;gociations ont &#233;t&#233; rompues. D'&#233;minents mencheviks et socialistes-r&#233;volutionnaires viendraient &#224; nous en tant que m&#233;diateurs, nous raisonneraient et nous menaceraient, pr&#233;disant notre malheur et celui de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA JOURN&#201;E DU SOVIET DE PETROGRAD &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le b&#226;timent de l'Institut Smolny &#233;tait alors d&#233;j&#224; entre les mains du soviet de P&#233;trograd et de notre parti. Les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite s'&#233;taient install&#233;s au palais Marie, o&#249; le Parlement provisoire &#224; peine n&#233; expirait presque. Kerensky fit un grand discours au Parlement provisoire, dans lequel, accompagn&#233; des applaudissements orageux de la section bourgeoise, il tenta de cacher son impuissance derri&#232;re des menaces hyst&#233;riques. L'&#233;tat-major fit une derni&#232;re tentative de r&#233;sistance. Il envoya une invitation &#224; diverses unit&#233;s de la garnison, leur demandant de d&#233;signer deux d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque unit&#233; pour discuter de la question de l'&#233;vacuation des troupes de la capitale. La conf&#233;rence &#233;tait fix&#233;e &#224; 13 heures, le 4 novembre. Les r&#233;giments nous inform&#232;rent aussit&#244;t de cette invitation, et nous convoqu&#226;mes aussit&#244;t la garnison par t&#233;l&#233;phone &#224; onze heures du matin. Certains d&#233;l&#233;gu&#233;s, cependant, ont trouv&#233; le chemin de l'&#233;tat-major, mais seulement pour d&#233;clarer que sans la permission du Soviet de P&#233;trograd, ils n'iraient nulle part. La garnison r&#233;unie r&#233;affirma presque &#224; l'unanimit&#233; sa loyaut&#233; au Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire. L'opposition ne venait que des repr&#233;sentants officiels des anciens partis sovi&#233;tiques, mais elle ne trouvait aucun appui parmi les d&#233;l&#233;gu&#233;s des r&#233;giments. La tentative de l'&#233;tat-major n'a fait que montrer plus clairement que le Basesous nos pieds &#233;tait ferme. Au premier rang se tenait le r&#233;giment de Volhynie &#8211; le m&#234;me qui, dans la nuit du 16 au 17 juillet, avait march&#233; &#224; la corde de sa troupe dans le palais de Taurida dans le but d'abattre les bolcheviks. Le Comit&#233; ex&#233;cutif central, comme il a &#233;t&#233; dit plus haut, &#233;tait en possession des fonds et de la presse du soviet de P&#233;trograd. Tous les efforts pour obtenir la possession m&#234;me d'un de ces papiers s'&#233;taient av&#233;r&#233;s vains. Ainsi, vers la mi-octobre, des mesures avaient &#233;t&#233; prises pour &#233;tablir un journal ind&#233;pendant pour le Soviet de P&#233;trograd. Mais toutes les imprimeries &#233;taient occup&#233;es, et leurs propri&#233;taires nous boycottaient, avec la connivence du Comit&#233; ex&#233;cutif central. Il fut donc d&#233;cid&#233; d'organiser une Journ&#233;e sovi&#233;tique de Petrograd dans le but de promouvoir une propagande &#233;tendue et de collecter de l'argent pour la cr&#233;ation d'un journal. Ce jour avait &#233;t&#233; fix&#233; quinze jours auparavant au 4 novembre, et co&#239;ncidait donc avec la date o&#249; l'insurrection se manifestait publiquement. La presse hostile annon&#231;ait comme un fait &#233;tabli qu'en novembre il y aurait un soul&#232;vement arm&#233; des bolcheviks dans les rues de Petrograd. Personne ne doutait qu'il y aurait une r&#233;volte. La seule question &#233;tait quand. On s'est efforc&#233; de deviner et de pr&#233;voir, afin d'obtenir de nous soit un d&#233;menti, soit un aveu. Tout cela en vain. Le soviet allait de l'avant avec calme et assurance, sans pr&#234;ter attention aux hurlements de l'opinion publique bourgeoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 novembre est devenu le jour de la revue des forces de l'arm&#233;e prol&#233;tarienne. Il s'est magnifiquement d&#233;roul&#233; &#224; tous &#233;gards. Malgr&#233; les avertissements &#233;manant de la droite selon lesquels des fleuves de sang couleraient ce jour-l&#224; dans les rues de P&#233;trograd, les masses populaires se sont pr&#233;cipit&#233;es dans les rues par vagues &#233;normes pour participer aux r&#233;unions du soviet. Toute notre force oratoire a &#233;t&#233; pleinement mise &#224; profit ; tous les lieux publics &#233;taient bond&#233;s ; les r&#233;unions duraient sans interruption pendant des heures. Ceux-ci ont &#233;t&#233; abord&#233;s par des orateurs de notre parti ; par des d&#233;l&#233;gu&#233;s venus de diff&#233;rentes r&#233;gions du pays pour participer au Congr&#232;s des Soviets ; par des orateurs du front, des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et des anarchistes. Les salles &#233;taient simplement submerg&#233;es par les masses d'ouvriers et de soldats. Il y avait eu peu de r&#233;unions de ce genre &#224; Petrograd, m&#234;me pendant la R&#233;volution. Une partie consid&#233;rable de la petite bourgeoisie &#233;tait fortement troubl&#233;e, moins effray&#233;e qu'inqui&#233;t&#233;e par les avertissements et les calomnies de la presse bourgeoise. Des dizaines de milliers de personnes battaient en &#233;normes vagues contre les murs du Palais du Peuple, d&#233;bordaient dans les couloirs et remplissaient les salles. Des colonnes, d'&#233;normes guirlandes de t&#234;tes, de mains et de pieds humains pendaient comme des grappes de raisin. L'air semblait impr&#233;gn&#233; d'un courant &#233;lectrique, tel qu'il se produit aux moments les plus critiques d'une r&#233;volution. &#171; A bas le gouvernement Kerensky ! &#171; A bas la guerre ! &#171; Toute autorit&#233; aux Sovi&#233;tiques ! &#187; Aucun des repr&#233;sentants des anciens partis sovi&#233;tiques n'a os&#233; s'avancer devant ce rassemblement colossal avec un mot d'opposition. Le triomphe du soviet de Petrograd &#233;tait unique et sans partage. La campagne &#233;tait en r&#233;alit&#233; d&#233;j&#224; gagn&#233;e. Il ne restait plus qu'&#224; porter un dernier coup militaire au gouvernement fant&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA VICTOIRE DES UNIT&#201;S EN MOUVEMENT &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments les plus prudents parmi nous, cependant, nous avertirent qu'il y avait encore quelques unit&#233;s de troupes qui n'&#233;taient pas avec nous &#8211; les Cosaques, le R&#233;giment de cavalerie, les Gardes Semenoff et le R&#233;giment de cyclistes. Des propagandistes et des commissaires ont &#233;t&#233; nomm&#233;s &#224; ces unit&#233;s. Leurs rapports semblaient parfaitement satisfaisants. L'atmosph&#232;re surchauff&#233;e affectait tout le monde et m&#234;me les &#233;l&#233;ments les plus conservateurs de l'arm&#233;e ne pouvaient r&#233;sister &#224; la tendance g&#233;n&#233;rale de la garnison de Petrograd. Je suis all&#233; &#224; une r&#233;union en plein air du r&#233;giment de Semenoff qui &#233;tait consid&#233;r&#233; comme le principal soutien du gouvernement Kerensky. Les orateurs les plus connus de la droite &#233;taient l&#224;. Ils s'accrochaient au r&#233;giment conservateur des Gardes comme au dernier pilier du minist&#232;re de la coalition. Mais cela n'a servi &#224; rien. Le r&#233;giment s'est d&#233;clar&#233; en notre faveur &#224; une &#233;crasante majorit&#233;, et n'a m&#234;me pas permis aux anciens ministres de terminer leurs discours. Les groupes qui s'opposaient encore aux exigences du soviet se composaient principalement d'officiers, de volontaires et, en g&#233;n&#233;ral, d'intellectuels et de semi-intellectuels de la classe moyenne. Les masses ouvri&#232;res et paysannes &#233;taient enti&#232;rement de notre c&#244;t&#233;. Le clivage &#233;tait assez bien le long d'une ligne sociale droite. La base militaire centrale de Petrograd est la forteresse Pierre et Paul. Nous nomm&#226;mes pour commandant un jeune enseigne qui se montra bient&#244;t presque n&#233; pour la place et devint en quelques heures le ma&#238;tre complet de la situation. Les autorit&#233;s militaires &#171; l&#233;gales &#187; se sont retir&#233;es pour attendre et voir ce qui pourrait arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les raisons &#233;voqu&#233;es ci-dessus, le Cyclist Regiment &#233;tait consid&#233;r&#233; par nous comme une unit&#233; tr&#232;s peu fiable. Le 5 novembre, je suis all&#233; &#224; la forteresse vers deux heures de l'apr&#232;s-midi. Dans la cour se tenait une r&#233;union. Les orateurs de l'aile droite se montraient des plus prudents et &#233;vasifs, &#233;vitant soigneusement toute question sur Kerensky, dont le nom, m&#234;me dans les milieux militaires, suscitait toujours des cris de protestation et d'indignation. Cependant, ils nous ont &#233;cout&#233;s et ont adh&#233;r&#233; &#224; nous. A quatre heures, les cyclistes ont tenu une r&#233;union de bataillon dans un endroit voisin, dans le cirque moderne. Parmi les orateurs figurait le quartier-ma&#238;tre g&#233;n&#233;ral Paradeloff. Lui aussi parlait tr&#232;s, tr&#232;s prudemment. Il est loin le temps o&#249; les orateurs officiels et officieux ne parlaient jamais du parti ouvrier que comme d'une bande de tra&#238;tres et de mercenaires du Kaiser allemand. L'adjoint au chef d'&#233;tat-major s'est approch&#233; de moi et m'a dit : &#171; Pour l'amour de Dieu, arrivons &#224; nous entendre. &#187; Mais il &#233;tait maintenant trop tard. Contre seulement trente voix, le bataillon s'est prononc&#233;, apr&#232;s un d&#233;bat, en faveur de la prise d'autorit&#233; par les Sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE D&#201;BUT DE L'INSURRECTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Le gouvernement Kerensky cherchait de l'aide d'un quartier &#224; l'autre. Il rappela du front deux nouveaux bataillons de cyclistes et une batterie de mortiers, et tenta d'appeler de la cavalerie. Les cyclistes, en route, envoy&#232;rent un t&#233;l&#233;gramme au soviet de P&#233;trograd : &#171; On nous emm&#232;ne &#224; P&#233;trograd. On ne sait pas dans quel but. Veuillez expliquer. Nous leur avons demand&#233; de s'arr&#234;ter et de nous envoyer une d&#233;l&#233;gation. Lorsque ces derniers arriv&#232;rent, ils d&#233;clar&#232;rent &#224; la r&#233;union du soviet que le bataillon &#233;tait enti&#232;rement de notre c&#244;t&#233;. Cela a suscit&#233; une nouvelle temp&#234;te d'enthousiasme. Le bataillon re&#231;ut l'ordre d'entrer imm&#233;diatement dans la ville ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre de d&#233;l&#233;gu&#233;s du front augmentait de jour en jour. Ils venaient se renseigner sur la situation. Ils ont pris notre litt&#233;rature et sont retourn&#233;s au front pour : r&#233;pandre la nouvelle que le soviet de P&#233;trograd menait une lutte pour la prise de l'autorit&#233; par les ouvriers, les soldats et les paysans. &#171; Les tranch&#233;es vous soutiendront &#187;, nous ont-ils dit. Les anciens comit&#233;s d'arm&#233;e, au contraire, qui n'avaient pas &#233;t&#233; r&#233;&#233;lus depuis quatre ou cinq mois, nous envoyaient des t&#233;l&#233;grammes mena&#231;ants. Mais ceux-ci n'effrayaient personne. Nous savions parfaitement que les comit&#233;s &#233;taient compl&#232;tement d&#233;connect&#233;s de la masse des soldats, de m&#234;me que le Comit&#233; ex&#233;cutif central &#224; l'&#233;gard des soviets locaux. Le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire nomma des commissaires dans toutes les gares. Ils surveillaient de pr&#232;s tous les trains entrants et sortants et surveillaient en particulier tous les mouvements de troupes. Une liaison t&#233;l&#233;phonique et automobile continue s'&#233;tablit avec toutes les villes voisines et leurs garnisons. Il &#233;tait du devoir de tous les soviets, en accord avec le soviet de P&#233;trograd, de veiller &#224; ce qu'aucune troupe contre-r&#233;volutionnaire, ou plut&#244;t tromp&#233;e par le gouvernement, n'entre &#224; P&#233;trograd. Les rangs inf&#233;rieurs des cheminots des gares et des cheminots reconnaissaient volontiers nos commissaires. Le 6 novembre, une difficult&#233; surgit au central t&#233;l&#233;phonique. On nous a refus&#233; la connexion. Les cadets s'&#233;taient retranch&#233;s au central t&#233;l&#233;phonique, et sous leur protection, les filles du t&#233;l&#233;phone se sont oppos&#233;es au soviet. Ce fut la premi&#232;re manifestation du futur sabotage des fonctionnaires et fonctionnaires. Le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire envoya un d&#233;tachement au central t&#233;l&#233;phonique et mit deux petits canons &#224; l'entr&#233;e. Ainsi commen&#231;a la saisie des bureaux administratifs. Les marins et les gardes rouges &#233;taient stationn&#233;s en petits d&#233;tachements au bureau du t&#233;l&#233;graphe, &#224; la poste et dans d'autres bureaux publics, et des mesures ont &#233;t&#233; prises pour prendre possession de la Banque d'&#201;tat. Le Centre sovi&#233;tique, l'Institut Smolny, a &#233;t&#233; transform&#233; en forteresse. Dans le grenier, nous avions encore, en h&#233;ritage du Comit&#233; ex&#233;cutif central, une vingtaine de mitrailleuses, mais elles avaient &#233;t&#233; d&#233;laiss&#233;es, et les hommes qui en avaient la charge avaient perdu toute discipline. Nous avons appel&#233; sur le Smolny un d&#233;tachement de mitrailleuses suppl&#233;mentaire, et t&#244;t le matin, les soldats faisaient tourner bruyamment leurs mitrailleuses le long des longs couloirs de pierre de l'Institut Smolny. Certains mencheviks et socialistes-r&#233;volutionnaires, qui &#233;taient encore &#224; l'Institut, sortaient parfois la t&#234;te par les portes avec des visages &#233;tonn&#233;s ou effray&#233;s. Le soviet et aussi la garnison se r&#233;unissaient quotidiennement &#224; l'Institut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au troisi&#232;me &#233;tage, dans une petite salle d'angle, le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire si&#233;geait en permanence. Ici affluaient toutes les informations concernant les mouvements de troupes, l'&#233;tat d'esprit des soldats et des ouvriers, les progr&#232;s de la propagande dans les casernes, les agissements des voyous, les conf&#233;rences tenues par les politiciens bourgeois, la vie au Palais d'Hiver et les intentions des anciens partis sovi&#233;tiques. Nos informateurs venaient de toutes parts et comprenaient des ouvriers, des officiers, des concierges, des cadets socialistes, des domestiques et des dames &#224; la mode. Beaucoup n'apportaient que des absurdit&#233;s ridicules ; d'autres, cependant, nous ont donn&#233; des informations tr&#232;s pr&#233;cieuses. Le moment d&#233;cisif approchait. Il &#233;tait clair qu'il ne pouvait y avoir de retour en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 novembre, dans la soir&#233;e, Kerensky se pr&#233;senta au Parlement provisoire et demanda son approbation de mesures r&#233;pressives contre les bolcheviks &#8211; mais le Parlement provisoire &#233;tait dans un piteux &#233;tat de confusion et presque de dissolution. Les cadets pressaient les r&#233;volutionnaires socialistes de droite d'accepter un vote de confiance ; les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite faisaient pression sur le centre ; le Centre vacilla ; et les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche menaient une politique d'opposition parlementaire. Apr&#232;s plusieurs conf&#233;rences, discussions et h&#233;sitations, la r&#233;solution de l'aile gauche fut adopt&#233;e, condamnant le mouvement s&#233;ditieux du soviet, mais en faisant porter la responsabilit&#233; sur la politique antid&#233;mocratique du gouvernement. En m&#234;me temps,nous recevions chaque jour par la poste des lettres nous informant des innombrables condamnations &#224; mort prononc&#233;es contre nous, des machines infernales, de l'explosion imminente de l'institut Smolny, etc. La presse bourgeoise &#233;tait f&#233;roce de haine et de peur. Gorki, oubliant compl&#232;tement le sienLe Chant du Faucon , continuait de proph&#233;tiser dans son journal, le Novaya Zhizn , la fin prochaine du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire n'avaient pas quitt&#233; l'Institut Smolny depuis une semaine. Ils dormaient par bribes sur des canap&#233;s, constamment r&#233;veill&#233;s par des courriers, des &#233;claireurs, des cyclistes, des t&#233;l&#233;graphistes et des sonnettes t&#233;l&#233;phoniques. La nuit la plus anxieuse fut celle du 6 au 7 novembre. Nous avons &#233;t&#233; inform&#233;s de Pavlovsk par t&#233;l&#233;phone que le gouvernement y convoquait les artilleurs et les enseignes de l'&#233;cole Peterhoff. Kerensky avait rassembl&#233; au Palais d'Hiver des cadets, des officiers et des &#171; chocs &#187;. Nous avons ordonn&#233;, par t&#233;l&#233;phone, &#224; des d&#233;tachements de gardes militaires dignes de confiance de barrer toutes les entr&#233;es &#224; P&#233;trograd et d'envoyer des agitateurs &#224; la rencontre des d&#233;tachements convoqu&#233;s par le gouvernement. S'ils ne pouvaient &#234;tre retenus par la raison, alors les armes devaient &#234;tre employ&#233;es. Toutes nos conversations se sont d&#233;roul&#233;es parfaitement ouvertement au t&#233;l&#233;phone et ont donc &#233;t&#233;accessible aux agents de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos commissaires nous inform&#232;rent que nos amis surveillaient toutes les entr&#233;es de P&#233;trograd. Une partie des cadets d'Oranienbaum a cependant franchi nos barri&#232;res dans la nuit et nous avons suivi leurs d&#233;placements ult&#233;rieurs par t&#233;l&#233;phone. Nous avons renforc&#233; les gardes ext&#233;rieurs du Smolny en convoquant une autre compagnie. Nous maintenions un lien continu avec toutes les parties de la garnison. Des escouades de service montaient la garde dans tous les r&#233;giments. Des d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque unit&#233; &#233;taient constamment, jour et nuit, &#224; la disposition du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire. Un ordre fut donn&#233; de r&#233;primer impitoyablement toute agitation des Cent-Noirs, d'utiliser les armes aux premi&#232;res tentatives de pogroms de rue et d'agir, si n&#233;cessaire, sans piti&#233;. Pendant cette nuit d&#233;cisive, tous les points les plus importants de la ville pass&#232;rent entre nos mains presque sans r&#233;sistance, sans combat,sans victimes. La Banque d'&#201;tat &#233;tait gard&#233;e par des sentinelles du gouvernement et une voiture blind&#233;e. Le b&#226;timent &#233;tait encercl&#233; de toutes parts par nos d&#233;tachements, l'automitrailleuse a &#233;t&#233; saisie &#224; l'improviste, et la Banque est pass&#233;e aux mains du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire sans un seul coup de feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la Neva, en contrebas de l'usine franco-russe, se tenait le croiseur Aurora en r&#233;paration. Son &#233;quipage &#233;tait enti&#232;rement compos&#233; de marins d&#233;vou&#233;s de tout c&#339;ur &#224; la R&#233;volution. Lorsque, fin ao&#251;t, Korniloff mena&#231;ait Petrograd, les marins de l' Aurora furent somm&#233;s de prot&#233;ger le Palais d'Hiver. Et bien qu'ils fussent d&#233;j&#224; extr&#234;mement hostiles au gouvernement de Kerensky, ils savaient que leur devoir &#233;tait de repousser la tentative des contre-r&#233;volutionnaires, et ils prirent position sans un mot. Lorsque le danger est pass&#233;, ils ont de nouveau &#233;t&#233; &#233;cart&#233;s. Or, en ces jours d'insurrection de novembre, ils &#233;taient trop dangereux. Le minist&#232;re de la Marine a donn&#233; des ordres &#224; l' Aurorapour se mettre en route et quitter les eaux de Petrograd. L'&#233;quipage nous a imm&#233;diatement inform&#233; de ce fait. Nous avons annul&#233; l'ordre, et le croiseur est rest&#233; pr&#234;t, &#224; tout moment, &#224; utiliser toutes ses forces au nom de l'autorit&#233; sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE JOUR D&#201;CISIF&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A l'aube du 7 novembre, les hommes et les femmes employ&#233;s &#224; l'imprimerie du parti vinrent au Smolny et nous inform&#232;rent que le gouvernement avait arr&#234;t&#233; notre principal journal du parti ainsi que le nouvel organe du soviet de P&#233;trograd. L'imprimerie avait vu ses portes scell&#233;es par des agents du gouvernement. Le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire a imm&#233;diatement annul&#233; l'ordre, pris les deux journaux sous sa protection et plac&#233; le grand honneur de prot&#233;ger la libert&#233; de la presse socialiste contre les tentatives contre-r&#233;volutionnaires contre le vaillant r&#233;giment de Volhynie. Apr&#232;s cela, le travail a repris et s'est poursuivi sans interruption &#224; l'imprimerie, et les deux journaux sont sortis &#224; l'heure dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement si&#233;geait toujours au Palais d'Hiver, mais il n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus que l'ombre de lui-m&#234;me. Il avait cess&#233; d'exister politiquement. Dans le courant du 7 novembre, le Palais d'Hiver fut progressivement encercl&#233; de toutes parts par nos troupes. A une heure de l'apr&#232;s-midi, au nom du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, j'annon&#231;ai &#224; la s&#233;ance du soviet de P&#233;trograd que le gouvernement de Kerensky n'existait plus et qu'en attendant la d&#233;cision du Congr&#232;s panrusse des soviets, le L'autorit&#233; gouvernementale serait assum&#233;e par le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine avait quitt&#233; la Finlande quelques jours auparavant et vivait cach&#233; dans un quartier ouvrier d'une banlieue. Le 7 novembre, il vint secr&#232;tement au Smolny. A en juger par les journaux, il avait eu l'impression que nous parvenions &#224; un compromis avec le gouvernement Kerensky. La presse bourgeoise avait tant cri&#233; sur la r&#233;volte &#224; venir, la marche des soldats arm&#233;s dans les rues, le pillage et les in&#233;vitables fleuves de sang, qu'elle ne s'aper&#231;ut pas de l'insurrection qui, en r&#233;alit&#233;, avait lieu maintenant, et accepta les n&#233;gociations entre nous et l'&#233;tat-major &#224; leur valeur nominale. Pendant tout ce temps, tranquillement, sans combats de rue, sans tirs ni effusion de sang, une institution gouvernementale apr&#232;s l'autre &#233;tait saisie par des d&#233;tachements tr&#232;s disciplin&#233;s de soldats, de marins et de gardes rouges,conform&#233;ment aux instructions t&#233;l&#233;phoniques exactes &#233;manant de la petite salle au troisi&#232;me &#233;tage de l'Institut Smolny.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soir&#233;e, le deuxi&#232;me Congr&#232;s panrusse des Soviets a tenu une r&#233;union pr&#233;liminaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport du Comit&#233; ex&#233;cutif central a &#233;t&#233; soumis par Dan. Il pronon&#231;a un r&#233;quisitoire contre les rebelles, les usurpateurs et les s&#233;ditieux, et tenta d'effrayer l'assembl&#233;e en pr&#233;disant l'effondrement in&#233;vitable de l'insurrection, qui dans un jour ou deux, dit-il, serait r&#233;prim&#233;e par les troupes du front. Son discours semblait extr&#234;mement peu convaincant et tr&#232;s d&#233;plac&#233; dans une salle o&#249; l'&#233;crasante majorit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s suivaient avec le plus grand enthousiasme la marche victorieuse du soul&#232;vement de Petrograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, le Palais d'Hiver &#233;tait encercl&#233;, mais pas encore pris. De temps en temps, des coups de feu &#233;taient tir&#233;s des fen&#234;tres sur les assi&#233;geants qui se rapprochaient lentement et tr&#232;s prudemment du b&#226;timent. De la forteresse Pierre et Paul, quelques obus ont &#233;t&#233; tir&#233;s sur le palais, leurs sons lointains atteignant le Smolny. Martoff, avec une indignation impuissante, parlait du haut de la tribune de la guerre civile, et particuli&#232;rement du si&#232;ge du Palais d'Hiver o&#249;, parmi les autres ministres, il y avait &#8211; &#244; horreur des horreurs ! &#8211; les membres du Parti menchevik. Deux matelots, venus donner des nouvelles des sc&#232;nes de lutte, prirent contre lui l'estrade. Ils ont rappel&#233; &#224; nos accusateurs l'offensive de juillet, toute la politique perfide de l'ancien gouvernement, le r&#233;tablissement de la peine de mort pour les militaires, les arrestations,du limogeage des organisations r&#233;volutionnaires, et jura qu'elles allaient vaincre ou mourir. C'est eux qui nous ont apport&#233; la nouvelle des premi&#232;res victimes de notre c&#244;t&#233; sur la place du Palais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun se leva comme &#233;mu par quelque signal invisible, et avec une unanimit&#233; qui n'est provoqu&#233;e que par une profonde intensit&#233; morale du sentiment chant&#233; une Marche Fun&#232;bre . Celui qui a v&#233;cu ce moment ne l'oubliera jamais. La r&#233;union a pris fin brutalement. Il &#233;tait impossible de s'asseoir l&#224;, &#224; discuter calmement la question th&#233;orique de la m&#233;thode de construction du gouvernement, avec l'&#233;cho jusqu'&#224; nos oreilles des combats et des tirs sur les murs du Palais d'Hiver, o&#249;, en effet, le sort de ce m&#234;me gouvernement &#233;tait d&#233;j&#224; en train d'&#234;tre d&#233;cid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise du Palais, cependant, fut une affaire de longue haleine, ce qui provoqua quelques h&#233;sitations parmi les &#233;l&#233;ments les moins d&#233;termin&#233;s du Congr&#232;s. L'aile droite, par l'interm&#233;diaire de ses porte-parole, a proph&#233;tis&#233; notre malheur pr&#233;coce. Tous attendaient avec impatience des nouvelles du Palais d'Hiver. Au bout de quelque temps, Antonoff, qui dirigeait les op&#233;rations, arriva. Aussit&#244;t, il y eut un silence de mort dans la gr&#234;le. Le Palais d'Hiver avait &#233;t&#233; pris. Kerensky avait pris la fuite. Les autres ministres avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et conduits &#224; la forteresse Pierre et Paul. Le premier chapitre de la R&#233;volution de novembre touchait &#224; sa fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite et les mencheviks, au nombre d'une soixantaine de personnes, soit environ un dixi&#232;me du Congr&#232;s, quitt&#232;rent la r&#233;union en protestant. Comme ils ne pouvaient rien faire d'autre, ils &#171; rejet&#232;rent l'enti&#232;re responsabilit&#233; &#187; de tout ce qui pouvait arriver maintenant sur les bolcheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Ces derniers h&#233;sitaient encore. Leur pass&#233; les liait &#233;troitement au parti de Tchernoff. L'aile droite de ce parti s'&#233;tait maintenant enti&#232;rement d&#233;plac&#233;e vers la petite bourgeoisie et ses intellectuels, vers les paysans ais&#233;s des villages ; dans toutes les questions d&#233;cisives, il marchait main dans la main avec la bourgeoisie lib&#233;rale contre nous. Les &#233;l&#233;ments les plus r&#233;volutionnaires du parti, refl&#233;tant le radicalisme des aspirations sociales de la paysannerie la plus pauvre, gravitaient autour du prol&#233;tariat et de son parti. Ils avaient peur, cependant,de couper le cordon ombilical qui les liait &#224; l'ancien parti. Lorsque nous &#233;tions sur le point de quitter le Parlement provisoire, ils ont refus&#233; de nous suivre et nous ont mis en garde contre les &#171; aventures &#187;. Mais l'insurrection les for&#231;a &#224; choisir pour ou contre le soviet. Non sans h&#233;sitation, ils concentraient leurs forces du m&#234;me c&#244;t&#233; de la barricade o&#249; nous nous trouvions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Partie III&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA FORMATION DU CONSEIL DES COMMISSAIRES DU PEUPLE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La victoire de Petrograd &#233;tait compl&#232;te. Le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire avait enti&#232;rement les r&#234;nes du pouvoir. Nous avons publi&#233; nos premiers d&#233;crets abolissant la peine de mort, ordonnant de nouvelles &#233;lections dans les comit&#233;s de l'arm&#233;e, etc. Mais ici, nous avons d&#233;couvert que nous &#233;tions coup&#233;s des provinces. Les hauts fonctionnaires des chemins de fer et de l'administration des postes et t&#233;l&#233;graphes &#233;taient contre nous. Les anciens comit&#233;s d'arm&#233;e, les conseils municipaux et les Zemstvos continu&#232;rent &#224; bombarder l'Institut Smolny de t&#233;l&#233;grammes minatoires, nous proclamant la guerre et promettant de balayer les rebelles en tr&#232;s peu de temps. Nos t&#233;l&#233;grammes, d&#233;crets et explications ne purent parvenir aux provinces, l'agence t&#233;l&#233;graphique de P&#233;trograd refusant de nous servir. La capitale &#233;tant ainsi isol&#233;e du reste du pays,il se r&#233;pandit volontiers des rumeurs tr&#232;s inqui&#233;tantes et fantastiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
En s'apercevant que le soviet avait r&#233;ellement pris le pouvoir, que les membres de l'ancien gouvernement avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, et que dans les rues de Petrograd des soldats arm&#233;s &#233;taient ma&#238;tres de la situation, la presse bourgeoise et coalitionniste mena contre nous une campagne effr&#233;n&#233;e, comme dont on n'avait jamais connu auparavant. Il n'existait gu&#232;re de mensonge ou de calomnie qu'ils ne lan&#231;assent contre le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, ses directeurs et ses commissaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 novembre eut lieu une r&#233;union du Soviet de P&#233;trograd, &#224; laquelle assist&#232;rent &#233;galement les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Congr&#232;s panrusse des Soviets, les membres de la conf&#233;rence de garnison et de nombreux membres du parti. Ici, pour la premi&#232;re fois apr&#232;s un intervalle de quatre mois, L&#233;nine et Zinoviev prirent la parole au milieu d'une Ovation des plus enthousiastes. Mais &#224; la joie de notre victoire se m&#234;lait une certaine inqui&#233;tude quant &#224; la fa&#231;on dont le pays recevrait la nouvelle de l'insurrection et si les Sovi&#233;tiques seraient en mesure de maintenir leur pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir du m&#234;me jour eut lieu une r&#233;union du Congr&#232;s des Soviets, qui fut de premi&#232;re importance. L&#233;nine a introduit deux d&#233;crets, sur la paix et sur la terre. Tous deux ont &#233;t&#233; adopt&#233;s &#224; l'unanimit&#233; apr&#232;s une courte discussion. Lors de cette r&#233;union, &#233;galement, une nouvelle autorit&#233; centrale a &#233;t&#233; form&#233;e &#8211; le Conseil des commissaires du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central de notre parti s'effor&#231;a de s'entendre avec les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Ils ont &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; participer &#224; la formation d'un gouvernement sovi&#233;tique. Mais ils &#233;taient ind&#233;cis : ils pensaient que le nouveau gouvernement devait &#234;tre form&#233; de tous les partis du soviet, sur la base d'une coalition. Les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite avaient cependant rompu leurs relations avec le Congr&#232;s des soviets, jugeant imp&#233;rative une coalition avec les partis antisovi&#233;tiques. Nous ne pouvions rien faire d'autre que sugg&#233;rer que les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche s'efforcent d'amener leurs voisins de droite &#224; rejoindre le giron r&#233;volutionnaire. Et tandis qu'ils s'occupaient de cette t&#226;che d&#233;sesp&#233;r&#233;e, nous nous consid&#233;rions oblig&#233;s de prendre sur nos &#233;paules toute la responsabilit&#233; du gouvernement.La liste des commissaires du peuple &#233;tait donc compos&#233;e exclusivement de bolcheviks. Il y avait sans doute l&#224; un certain danger politique. La transformation &#233;tait vraiment un peu trop, soudaine. Il suffit d'y penser : les dirigeants de ce parti n'avaient qu'hier l'objet d'une accusation pr&#233;vue par l'article 108 du code, c'est-&#224;-dire accus&#233; de haute trahison ! Mais il n'y avait pas d'autre choix pour nous. Les autres groupes sovi&#233;tiques h&#233;sit&#232;rent et refus&#232;rent, pr&#233;f&#233;rant attendre les &#233;v&#233;nements avant de s'engager. Et, apr&#232;s tout, nous n'avions aucun doute que notre parti seul &#233;tait capable de produire un gouvernement vraiment r&#233;volutionnaire.les chefs de ce parti n'avaient qu'hier l'objet d'une accusation pr&#233;vue par l'article 108 du code, c'est-&#224;-dire accus&#233; de haute trahison ! Mais il n'y avait pas d'autre choix pour nous. Les autres groupes sovi&#233;tiques h&#233;sit&#232;rent et refus&#232;rent, pr&#233;f&#233;rant attendre les &#233;v&#233;nements avant de s'engager. Et, apr&#232;s tout, nous n'avions aucun doute que notre parti seul &#233;tait capable de produire un gouvernement vraiment r&#233;volutionnaire.les chefs de ce parti n'avaient qu'hier l'objet d'une accusation pr&#233;vue par l'article 108 du code, c'est-&#224;-dire accus&#233; de haute trahison ! Mais il n'y avait pas d'autre choix pour nous. Les autres groupes sovi&#233;tiques h&#233;sit&#232;rent et refus&#232;rent, pr&#233;f&#233;rant attendre les &#233;v&#233;nements avant de s'engager. Et, apr&#232;s tout, nous n'avions aucun doute que notre parti seul &#233;tait capable de produire un gouvernement vraiment r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES PREMIERS JOURS DU NOUVEAU R&#201;GIME&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;crets concernant la terre et la paix, confirm&#233;s par le Congr&#232;s sovi&#233;tique, furent imprim&#233;s en grand nombre et distribu&#233;s dans tout le pays par des d&#233;l&#233;gu&#233;s du front, par des messagers paysans venant des villages et par des propagandistes que nous envoyions. aux provinces et aux tranch&#233;es. En m&#234;me temps, nous continuions l'organisation et l'armement de la garde rouge, qui, avec l'ancienne garnison et les matelots, ex&#233;cutait les t&#226;ches ardues de la garde. Le Conseil des commissaires du peuple s'emparait des institutions gouvernementales les unes apr&#232;s les autres, mais se heurtait partout &#224; la r&#233;sistance passive des hauts et moyens fonctionnaires. Les anciens partis sovi&#233;tiques ont tout fait pour obtenir le soutien de ces classes et ainsi organiser un sabotagede la nouvelle autorit&#233;. Nos ennemis &#233;taient bien certains que toute l'affaire n'&#233;tait qu'un &#233;pisode, qu'il ne s'agissait que d'un jour ou deux, d'une semaine peut-&#234;tre, et le gouvernement sovi&#233;tique serait renvers&#233;... Au Smolny, les premiers consuls &#233;trangers et des membres des ambassades firent leur apparition, pouss&#233;s autant par des motifs d'affaires que par curiosit&#233;. Des correspondants de journaux s'y sont &#233;galement pr&#233;cipit&#233;s avec leurs cahiers et leurs appareils photo. Tous s'empress&#232;rent d'apercevoir le nouveau gouvernement, certains que dans un jour ou deux il serait trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la ville r&#233;gnait l'ordre complet. Les marins, les soldats et les gardes rouges se sont comport&#233;s en ces premiers jours avec une discipline exemplaire et ont maintenu un ordre r&#233;volutionnaire s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi nos ennemis, la crainte grandissait que l'&#171; &#233;pisode &#187; ne se prolonge&#226;t trop longtemps ; et tr&#232;s vite ils commenc&#232;rent &#224; organiser la premi&#232;re attaque contre le nouveau gouvernement. L'initiative &#233;mana des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks. Dans les phases pr&#233;c&#233;dentes de la R&#233;volution , ils n'avaient pas voulu, et m&#234;me os&#233;, prendre tout le pouvoir entre leurs mains. En correspondance avec leur position politique d'interm&#233;diaires, ils se sont content&#233;s de servir dans le gouvernement de coalition en qualit&#233; d'assistants, de critiques, adversaires amicaux et apologistes de la bourgeoisie. A toutes les &#233;lections, ils jetaient consciencieusement des anath&#232;mes sur la bourgeoisie lib&#233;rale, mais dans le gouvernement ils s'unissaient aussi r&#233;guli&#232;rement avec elle. Gr&#226;ce &#224; cette tactique,ils r&#233;ussirent au cours des six premiers mois de la R&#233;volution &#224; perdre compl&#232;tement la confiance des masses populaires et de l'arm&#233;e, et voil&#224; que la R&#233;volution de novembre les avait enfin chass&#233;s du pouvoir. Pourtant, hier encore, ils se consid&#233;raient encore ma&#238;tres de la situation. Les chefs des bolcheviks qu'ils pers&#233;cutaient avaient &#233;t&#233; oblig&#233;s de vivre &#171; ill&#233;galement &#187; et dans la clandestinit&#233;, tout comme sous le tsarisme. Aujourd'hui, cependant, les bolcheviks &#233;taient au pouvoir, et les anciens ministres et les coalitions et leurs coadjuteurs ont &#233;t&#233; &#233;cart&#233;s et laiss&#233;s sans aucune influence sur la suite des &#233;v&#233;nements. Ils ne voulaient pas et ne pouvaient pas croire que cette transformation soudaine signifiait le d&#233;but d'une nouvelle &#233;poque. Ils voulaient et se for&#231;aient &#224; penser que tout cela n'&#233;tait qu'un simple accident, un malentendu,ce qui pourrait &#234;tre redress&#233; par quelques discours &#233;nergiques et articles d'accusation, mais &#224; chaque tournant ils butaient sur des obstacles toujours croissants et irr&#233;sistibles. D'o&#249; leur haine aveugle et vraiment sauvage &#224; notre &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiciens bourgeois, bien entendu, ne se d&#233;cideraient pas &#224; aller eux-m&#234;mes au feu. Au lieu de cela, ils poussaient en avant les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks qui, dans leur lutte contre nous, avaient acquis toute cette &#233;nergie qui leur manquait si cruellement lorsqu'ils &#233;taient &#224; demi-pouvoir. Leurs organes r&#233;pandaient les rumeurs et les calomnies les plus fantastiques. En leur nom figuraient des proclamations contenant des appels directs au peuple pour qu'il d&#233;truise le nouveau gouvernement. Eux aussi ont organis&#233; les fonctionnaires pour le sabotage et les cadets pour l'action militaire contre nous - tout au long des 9 et 10 novembre, nous avons continu&#233; &#224; recevoir des menaces constantes par t&#233;l&#233;gramme des comit&#233;s de l'arm&#233;e, des conseils municipaux, des Zemstvos et du comit&#233; directeur du syndicat des chemins de fer. La Perspective Nevski, art&#232;re principale de la bourgeoisie de la capitale,s'anime de plus en plus. La jeunesse bourgeoise sortait de sa torpeur et, pouss&#233;e par la presse, d&#233;ployait &#224; la perspective Nevski une agitation &#233;nergique contre le gouvernement sovi&#233;tique. Aid&#233;s par des foules de cadets bourgeois, ils d&#233;sarmaient des gardes rouges individuels et, dans les rues lat&#233;rales, abattaient des marins et des gardes rouges. Un groupe de cadets s'empare du central t&#233;l&#233;phonique. Ils ont &#233;galement tent&#233; de s'emparer du t&#233;l&#233;graphe et du bureau de poste. Enfin, nous avons &#233;t&#233; inform&#233;s que trois voitures blind&#233;es &#233;taient tomb&#233;es entre les mains d'une organisation militaire inconnue qui nous &#233;tait hostile. Les &#233;l&#233;ments bourgeois relevaient &#233;videmment la t&#234;te. La presse annon&#231;ait que nous approchions &#224; grands pas de notre derni&#232;re heure.Nos gens ont intercept&#233; des ordres secrets d'o&#249; il &#233;tait clair qu'une organisation militaire avait &#233;t&#233; form&#233;e contre le soviet de P&#233;trograd &#224; la t&#234;te duquel se tenait un soi-disant Comit&#233; pour la d&#233;fense de la r&#233;volution, cr&#233;&#233; par le conseil municipal et l'ancien ex&#233;cutif central. Comit&#233;. Tant dans ce dernier que dans le conseil municipal, les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite et les mencheviks &#233;taient les principaux partis. Ce Comit&#233; disposait d'&#233;l&#232;ves-officiers, d'&#233;tudiants et de nombreux officiers contre-r&#233;volutionnaires qui, dans le dos des coalitions, esp&#233;raient porter un coup mortel aux Sovi&#233;tiques.les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite et les mencheviks &#233;taient les principaux partis. Ce Comit&#233; disposait d'&#233;l&#232;ves-officiers, d'&#233;tudiants et de nombreux officiers contre-r&#233;volutionnaires qui, dans le dos des coalitions, esp&#233;raient porter un coup mortel aux Sovi&#233;tiques.les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite et les mencheviks &#233;taient les principaux partis. Ce Comit&#233; disposait d'&#233;l&#232;ves-officiers, d'&#233;tudiants et de nombreux officiers contre-r&#233;volutionnaires qui, dans le dos des coalitions, esp&#233;raient porter un coup mortel aux Sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA PROVOCATION DES CADETS DU 11 NOVEMBRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La base principale des organisations contre-r&#233;volutionnaires &#233;tait les &#233;coles de cadets et d'ing&#233;nieurs, o&#249; une quantit&#233; consid&#233;rable d'armes et de munitions &#233;taient stock&#233;es et &#224; partir desquelles des raids &#233;taient men&#233;s contre les institutions du gouvernement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des d&#233;tachements de gardes rouges et de marins ont encercl&#233; l'&#233;cole des cadets et envoy&#233; des parlementairesd'exiger la remise des armes. Les assi&#233;g&#233;s ont r&#233;pondu par des balles. Les assi&#233;geants marquaient le pas, et une foule s'assemblait autour d'eux. De temps en temps, un coup de feu &#233;gar&#233; de l'int&#233;rieur frappait un passant. L'escarmouche semblait se prolonger ind&#233;finiment et mena&#231;ait d'avoir un effet d&#233;moralisant sur les d&#233;tachements r&#233;volutionnaires. Il &#233;tait imp&#233;ratif de recourir &#224; des mesures drastiques. Le devoir de d&#233;sarmer les cadets a ensuite &#233;t&#233; confi&#233; au commandant de la forteresse Pierre et Paul, l'enseigne B - qui a &#233;troitement entour&#233; l'&#233;cole des cadets, a amen&#233; des voitures blind&#233;es et de l'artillerie et a lanc&#233; un ultimatum aux cadets pour qu'ils se rendent dans dix minutes. Ils ont r&#233;pondu par un nouveau feu des fen&#234;tres. Au bout de dix minutes, B&#8212; ordonna &#224; l'artillerie d'ouvrir le feu. Les premiers coups de feu firent une large br&#232;che b&#233;ante dans les murs, et les cadets se rendirent,bien que beaucoup d'entre eux aient tent&#233; de s'&#233;chapper et, ce faisant, ont continu&#233; &#224; tirer sur leurs poursuivants. L'exasp&#233;ration et l'amertume accompagnant chaque guerre civile furent bient&#244;t engendr&#233;es. Les marins ont sans aucun doute commis des cruaut&#233;s sur des cadets individuels. La presse bourgeoise accusa ensuite les marins et le gouvernement sovi&#233;tique d'inhumanit&#233; et de sauvagerie. Mais on tait sur un point que la R&#233;volution du 7-8 novembre s'&#233;tait accomplie sans un seul coup et sans une seule victime, et que ce n'&#233;tait que le complot contre-r&#233;volutionnaire qui avait &#233;t&#233; organis&#233; par la bourgeoisie et qui a jet&#233; ses jeunes hommes dans le chaudron d'une guerre civile contre les travailleurs, les soldats et les marins qui a conduit &#224; des atrocit&#233;s et des victimes in&#233;vitables. Les &#233;v&#233;nements du 11 novembre ont provoqu&#233; un changement radical dans l'humeur du peuple de Petrograd.La lutte prit un aspect plus tragique. En m&#234;me temps, nos ennemis comprirent enfin que la situation &#233;tait bien plus grave qu'ils ne l'avaient pens&#233;, et que le soviet n'avait nullement l'intention d'abandonner le pouvoir qu'il venait de conqu&#233;rir, simplement sur l'ordre de la presse capitaliste et cadets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nettoyage de Petrograd de tous les foyers contre-r&#233;volutionnaires se poursuivit avec une grande intensit&#233;. Les cadets furent presque enti&#232;rement d&#233;sarm&#233;s et ceux qui prirent part au soul&#232;vement furent arr&#234;t&#233;s et emprisonn&#233;s dans la forteresse Pierre et Paul, ou emmen&#233;s &#224; Cronstadt. Les journaux qui appelaient ouvertement &#224; un soul&#232;vement contre l'autorit&#233; sovi&#233;tique furent supprim&#233;s. Un ordre a &#233;galement &#233;t&#233; &#233;mis pour l'arrestation de certains des dirigeants des anciens partis sovi&#233;tiques dont les noms figuraient dans la correspondance contre-r&#233;volutionnaire intercept&#233;e. Avec cela, toute r&#233;sistance militaire &#224; la nouvelle autorit&#233; a finalement &#233;t&#233; bris&#233;e dans la capitale.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'ensuivit alors une lutte prolong&#233;e et &#233;puisante avec la gr&#232;ve &#171; italienne &#187; des fonctionnaires, personnels techniques, employ&#233;s des services gouvernementaux, etc. Ces individus, bien qu'appartenant pour la plupart, au point de vue des salaires, &#224; la classe opprim&#233;e, adh&#232;rent par leur r&#233;gime de la vie et leur psychologie &#224; la bourgeoisie. Ils avaient fid&#232;lement servi l'&#201;tat lorsque le tsarisme &#233;tait &#224; sa t&#234;te, et ils ont continu&#233; &#224; le servir fid&#232;lement lorsque l'autorit&#233; est pass&#233;e aux mains de la bourgeoisie imp&#233;rialiste. Ensuite, dans la p&#233;riode suivante de la R&#233;volution, ils pass&#232;rent avec toutes leurs connaissances et leur habilet&#233; technique au service du gouvernement de coalition. Quand, cependant, les ouvriers, les soldats et les paysans insurg&#233;s ont jet&#233; les classes exploiteuses du gouvernail de l'&#201;tat et ont essay&#233; de prendre la direction des affaires en main,les fonctionnaires et les employ&#233;s se r&#233;volt&#232;rent et refus&#232;rent cat&#233;goriquement de soutenir le nouveau gouvernement de quelque mani&#232;re que ce soit. Au fil du temps, ce sabotage se r&#233;pandit de plus en plus, ses organisateurs &#233;tant pour l'essentiel des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks, et son soutien financier provenait des banques des ambassades de l'Entente.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'AVANCEE DE KERENSKY SUR PETROGRAD&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La stabilit&#233; croissante du pouvoir sovi&#233;tique &#224; Petrograd fit que les groupes bourgeois transf&#233;r&#232;rent tous leurs espoirs &#224; l'aide militaire de l'ext&#233;rieur. L'agence t&#233;l&#233;graphique de P&#233;trograd, le t&#233;l&#233;graphe ferroviaire et la station radiot&#233;l&#233;graphique de Tsarsko&#239;e Selo envoyaient fil sur fil rapportant que de grandes forces militaires se dirigeaient vers Petrograd dans le but de r&#233;primer les rebelles et d'&#233;tablir l'ordre. Kerensky s'&#233;tait enfui au front, et les journaux des partis bourgeois annon&#231;aient qu'il menait des troupes sans nombre contre les bolcheviks. Nous &#233;tions coup&#233;s du reste du pays, les stations t&#233;l&#233;graphiques refusant d'envoyer nos messages. Mais les soldats qui, par dizaines et par centaines, venaient chaque jour nous voir pour apporter des messages de leurs r&#233;giments, divisions et corps, n'arr&#234;taient pas de nous dire : &#171; N'ayez pas peur du front ;tout le devant est enti&#232;rement de votre c&#244;t&#233; ; donnez vos ordres et nous sommes pr&#234;ts &#224; tout moment &#224; envoyer une division ou un corps pour vous aider. &#187; L'arm&#233;e &#233;tait dans le m&#234;me &#233;tat que toutes les autres ; la base &#233;tait pour nous, les dix sup&#233;rieurs contre nous. Bien s&#251;r, les dix sup&#233;rieurs avaient entre leurs mains l'appareil militaire technique. Diverses sections de notre arm&#233;e d'un million de t&#234;tes se sont retrouv&#233;es isol&#233;es les unes des autres. Nous, de notre c&#244;t&#233;, &#233;tions isol&#233;s de l'arm&#233;e et du pays. N&#233;anmoins, les nouvelles du pouvoir du soviet &#224; P&#233;trograd et de ses d&#233;crets se r&#233;pandit malgr&#233; tous les obstacles dans tout le pays et poussa les soviets de province &#224; se r&#233;volter contre l'ancienne autorit&#233;.L'arm&#233;e &#233;tait dans le m&#234;me &#233;tat que toutes les autres ; la base &#233;tait de notre c&#244;t&#233;, les dix sup&#233;rieurs contre nous. Bien s&#251;r, les dix sup&#233;rieurs avaient la machinerie militaire technique entre leurs mains. Diverses sections de notre arm&#233;e d'un million de t&#234;tes se sont retrouv&#233;es isol&#233;es les unes des autres. Nous, de notre c&#244;t&#233;, &#233;tions isol&#233;s de l'arm&#233;e et du pays. N&#233;anmoins, la nouvelle du pouvoir du soviet &#224; P&#233;trograd et de ses d&#233;crets se r&#233;pandit, malgr&#233; tous les obstacles, dans tout le pays et poussa les soviets de province &#224; se r&#233;volter contre l'ancienne autorit&#233;.L'arm&#233;e &#233;tait dans le m&#234;me &#233;tat que toutes les autres ; la base &#233;tait de notre c&#244;t&#233;, les dix sup&#233;rieurs contre nous. Bien s&#251;r, les dix sup&#233;rieurs avaient la machinerie militaire technique entre leurs mains. Diverses sections de notre arm&#233;e d'un million de t&#234;tes se sont retrouv&#233;es isol&#233;es les unes des autres. Nous, de notre c&#244;t&#233;, &#233;tions isol&#233;s de l'arm&#233;e et du pays. N&#233;anmoins, la nouvelle du pouvoir du soviet &#224; P&#233;trograd et de ses d&#233;crets se r&#233;pandit, malgr&#233; tous les obstacles, dans tout le pays et poussa les soviets de province &#224; se r&#233;volter contre l'ancienne autorit&#233;.&#233;taient isol&#233;s de l'arm&#233;e et du pays. N&#233;anmoins, la nouvelle du pouvoir du soviet &#224; P&#233;trograd et de ses d&#233;crets se r&#233;pandit, malgr&#233; tous les obstacles, dans tout le pays et poussa les soviets de province &#224; se r&#233;volter contre l'ancienne autorit&#233;.&#233;taient isol&#233;s de l'arm&#233;e et du pays. N&#233;anmoins, la nouvelle du pouvoir du soviet &#224; P&#233;trograd et de ses d&#233;crets se r&#233;pandit, malgr&#233; tous les obstacles, dans tout le pays et poussa les soviets de province &#224; se r&#233;volter contre l'ancienne autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle de la marche de Kerensky sur P&#233;trograd &#224; la t&#234;te des troupes se confirma bient&#244;t et prit une forme plus pr&#233;cise. Nous avons &#233;t&#233; inform&#233;s par Tsarsko&#239;e Selo de l'approche d'&#233;chelons cosaques qui &#233;taient pass&#233;s par Luga. Une proclamation fut distribu&#233;e dans la capitale, sign&#233;e par Kerensky et le g&#233;n&#233;ral Krasnoff, invitant toute la garnison &#224; se joindre aux troupes du gouvernement qui, dans quelques heures, occuperaient P&#233;trograd. La r&#233;bellion des cadets du 11 novembre &#233;tait sans doute li&#233;e &#224; l'entreprise de Kerensky, mais elle &#233;clata trop t&#244;t, gr&#226;ce &#224; notre action &#233;nergique. Ordre fut donn&#233; &#224; la garnison de Tsarsko&#239;e Selo d'inviter les &#232;chelons cosaques en marche &#224; se soumettre &#224; l'autorit&#233; du soviet et, en cas de refus, de les d&#233;sarmer. Mais la garnison de Tsarsko&#239;e Selo &#233;tait inadapt&#233;e aux op&#233;rations militaires.Il n'avait ni artillerie ni chefs, car les officiers &#233;taient hostiles au soviet. Les Cosaques s'empar&#232;rent de la station radiot&#233;l&#233;graphique de Tsarsko&#239;e Selo, la plus puissante du genre dans le pays, et continu&#232;rent d'avancer. Les garnisons de Peterhoff, Krasno&#239;e Selo et Gatchina n'ont montr&#233; aucune initiative et aucune r&#233;solution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s une victoire presque sans effusion de sang &#224; Petrograd, les soldats &#233;taient convaincus qu'&#224; l'avenir les choses continueraient le m&#234;me cours : il suffirait d'envoyer un habile agitateur chez les Cosaques pour leur expliquer les buts de la r&#233;volution ouvri&#232;re, et le Les cosaques d&#233;poseraient les armes. C'est par les discours et la fraternisation que la r&#233;bellion contre-r&#233;volutionnaire de Korniloff avait &#233;t&#233; ma&#238;tris&#233;e. C'&#233;tait au moyen de l'agitation et de la prise de fonctions savamment planifi&#233;e que le gouvernement Kerensky avait &#233;t&#233; d&#233;pos&#233; sans combat. Les m&#234;mes m&#233;thodes &#233;taient maintenant appliqu&#233;es par les chefs des Soviets de Tsarsko&#239;e Selo, de Krasno&#239;e Selo et de Gatchina contre les Cosaques du g&#233;n&#233;ral Krasnoff, mais cette fois sans succ&#232;s. Les Cosaques ne manifest&#232;rent ni grand enthousiasme ni r&#233;solution et continu&#232;rent &#224; avancer.Certaines des sections d&#233;tach&#233;es des Cosaques ont atteint Gatchina et Krasnoye Selo, quelques escarmouches entre eux et les garnisons locales ont eu lieu, et certaines des troupes de la garnison ont &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233;es. Au d&#233;but, nous n'avions aucune id&#233;e de la taille des forces de Kerensky. Les uns affirmaient que le g&#233;n&#233;ral Krasnoff &#233;tait &#224; la t&#234;te de dix mille hommes, d'autres estimaient qu'il ne pouvait en avoir plus de mille, tandis que les journaux et manifestes des partis ennemis annon&#231;aient en lettres &#233;normes que deux corps &#233;taient concentr&#233;s pr&#232;s de Tsarsko&#239;e Selo.d'autres estimaient qu'il ne pouvait en avoir plus d'un millier, tandis que les journaux et les manifestes des partis ennemis annon&#231;aient en grosses lettres que deux corps &#233;taient concentr&#233;s pr&#232;s de Tsarsko&#239;e Selo.d'autres estimaient qu'il ne pouvait en avoir plus d'un millier, tandis que les journaux et les manifestes des partis ennemis annon&#231;aient en grosses lettres que deux corps &#233;taient concentr&#233;s pr&#232;s de Tsarsko&#239;e Selo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;tat d'incertitude r&#233;gnait &#233;galement dans la garnison de Petrograd. A peine eurent-ils remport&#233; une victoire sans effusion de sang qu'ils durent affronter un ennemi dont la force &#233;tait inconnue et livrer des batailles dont l'issue &#233;tait incertaine. Le projet d'envoyer de nouveaux agitateurs et proclamations aux Cosaques &#233;tait constamment discut&#233; dans les conf&#233;rences de garnison, car il paraissait inconcevable aux soldats que les Cosaques pussent refuser d'adopter le point de vue que la garnison de Petrograd s'&#233;tait battue pour d&#233;fendre. Pendant ce temps, les sections avanc&#233;es des Cosaques approchaient de P&#233;trograd, et nous nous attendions &#224; ce que la lutte d&#233;cisive se d&#233;roule dans les rues de la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grande d&#233;termination a &#233;t&#233; montr&#233;e par les soldats de la Garde rouge. Ils r&#233;clamaient des armes, des munitions et des chefs. Mais toute la machine militaire &#233;tait dans un &#233;tat de d&#233;sorganisation compl&#232;te, en partie par n&#233;gligence et en partie par m&#233;chancet&#233;. Les officiers &#233;taient partis, beaucoup d'entre eux avaient fui ; les fusils &#233;taient &#224; un endroit, les munitions &#224; un autre. Notre artillerie &#233;tait dans un &#233;tat encore pire. Des fusils, des aff&#251;ts, des obus &#233;taient &#233;parpill&#233;s &#231;&#224; et l&#224;, et il fallait les chercher dans toutes sortes d'endroits. Les r&#233;giments manquaient d'outils d'ing&#233;nierie et de t&#233;l&#233;phones de campagne. L'&#233;tat-major r&#233;volutionnaire, qui s'efforce de r&#233;tablir l'ordre d'en haut, bute sur des obstacles insurmontables, principalement sous la forme du sabotage organis&#233; par le personnel technique militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons alors d&#233;cid&#233; de faire un appel direct aux classes populaires. Nous leur avons expliqu&#233; que toutes les conqu&#234;tes de la R&#233;volution &#233;taient en jeu, et que seules leur &#233;nergie, leur initiative et leur abn&#233;gation pouvaient les sauver et consolider le nouveau r&#233;gime du gouvernement ouvrier et paysan. Cet appel fut couronn&#233; presque instantan&#233;ment d'un grand succ&#232;s pratique. Des milliers d'ouvriers sortirent et se dirig&#232;rent vers les positions occup&#233;es par les troupes de Kerensky et commenc&#232;rent &#224; creuser des tranch&#233;es. Les ouvriers des fabriques d'armes s'occupaient de l'armement des fusils, de l'approvisionnement en munitions des magasins militaires, de la r&#233;quisition des chevaux ; ils mirent en place les canons, organis&#232;rent l'intendance, obtinrent des machines, des moteurs et des voitures, r&#233;quisitionn&#232;rent les stocks de vivres et de fourrages, dispos&#232;rent des colonnes sanitaires, en un mot,ils &#233;difi&#232;rent et pr&#233;par&#232;rent au combat cette machine militaire que nous avions vainement tent&#233; de cr&#233;er d'en haut par l'autorit&#233; de l'&#233;tat-major r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque des dizaines de canons sont apparus en position, l'esprit de nos soldats a chang&#233; d'un coup. Sous couvert d'artillerie, ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; r&#233;sister &#224; l'attaque des Cosaques. La premi&#232;re ligne &#233;tait compos&#233;e de marins et de gardes rouges. Quelques officiers, dont les id&#233;es politiques n'&#233;taient pas les n&#244;tres, mais qui &#233;taient honn&#234;tement d&#233;vou&#233;s &#224; leurs r&#233;giments, menaient leurs soldats &#224; leurs positions et surveillaient leurs activit&#233;s contre les Cosaques de Krasnoff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'EFFONDREMENT DE L'AVENTURE DE KERENSKY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, le t&#233;l&#233;graphe d'ici et d'ailleurs s'occupait de r&#233;pandre des nouvelles selon lesquelles l'aventure des bolcheviks &#233;tait termin&#233;e. Kerensky &#233;tait entr&#233; &#224; P&#233;trograd, et l'ordre avait &#233;t&#233; r&#233;tabli par sa main de fer. En m&#234;me temps, la presse bourgeoise de P&#233;trograd, r&#233;confort&#233;e par la proximit&#233; des troupes de Kerensky, racontait &#224; ses lecteurs la d&#233;moralisation compl&#232;te de la garnison de P&#233;trograd, l'avance irr&#233;sistible des Cosaques et leur nombreuse artillerie, et pr&#233;disait la fin prochaine de le Smolny. Notre plus grande difficult&#233;, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, consistait en l'absence d'un appareil technique efficace et d'hommes capables de diriger les activit&#233;s militaires. M&#234;me les officiers qui avaient consciencieusement accompagn&#233; leurs soldats sur les positions ont refus&#233; d'accepter le poste de commandant en chef.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s diverses tentatives pour r&#233;soudre le probl&#232;me que nous avons choisi, la combinaison suivante : une r&#233;union de garnison a &#233;lu un comit&#233; de cinq personnes qui ont &#233;t&#233; charg&#233;s du contr&#244;le supr&#234;me de toutes les op&#233;rations contre les troupes contre-r&#233;volutionnaires avan&#231;ant sur Petrograd. Ce comit&#233; s'entendit alors avec le colonel de l'&#233;tat-major Muravieff, qui, sous le r&#233;gime de Kerensky, avait &#233;t&#233; dans l'opposition, et maintenant, de sa propre initiative, offrait ses services au gouvernement sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 novembre, dans la nuit tr&#232;s froide, Muravieff et moi nous sommes rendus en voiture aux positions militaires. Des charrettes charg&#233;es de vivres, de fourrages, de fusils et de munitions circulaient tout le long de la route dans le m&#234;me sens. Tout cela avait &#233;t&#233; organis&#233; par les ouvriers de diverses usines. Des piquets de gardes rouges ont arr&#234;t&#233; notre voiture plusieurs fois afin de v&#233;rifier notre laissez-passer. Depuis les premiers jours de la R&#233;volution de novembre, toutes les voitures de la ville avaient &#233;t&#233; r&#233;quisitionn&#233;es, et sans laissez-passer de Smolny aucune voiture n'&#233;tait autoris&#233;e &#224; circuler dans les rues ou les faubourgs de la capitale. La vigilance de la garde rouge &#233;tait au-del&#224; de tout &#233;loge. Arm&#233;s de fusils, ils se tenaient depuis des heures et des heures autour des petits feux de joie, et la vue de ces jeunes ouvriers arm&#233;s debout dans la neige &#224; la lumi&#232;re des feux de joie &#233;tait le meilleur symbole de la R&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons trouv&#233; un bon nombre de canons sur les positions, et les munitions ne manquaient pas. L'action d&#233;cisive a eu lieu ce jour-l&#224;, entre Krasno&#239;e Selo et Tsarsko&#239;e Selo. Apr&#232;s un violent bombardement d'artillerie, les Cosaques, qui avaient avanc&#233; tant qu'ils n'avaient rencontr&#233; aucune r&#233;sistance s&#233;rieuse, recul&#232;rent pr&#233;cipitamment. Ils avaient toujours &#233;t&#233; induits en erreur par des r&#233;cits sur les atrocit&#233;s des bolcheviks qui avaient l'intention de vendre la Russie au Kaiser. On leur avait fait croire que toute la garnison de P&#233;trograd les attendait avec impatience en lib&#233;rateurs. La premi&#232;re r&#233;sistance s&#233;rieuse fit des ravages dans leurs lignes et condamna toute l'aventure de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La retraite des Cosaques du g&#233;n&#233;ral Krasnoff nous donna l'occasion de reprendre la radio de Tsarsko&#239;e Selo, et je t&#233;l&#233;graphiai aussit&#244;t la nouvelle de la victoire sur les troupes de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le texte du fil &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PERSONNEL DU VILLAGE DE PULKOVO, 2h10&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit du 12 au 13 novembre deviendra historique. La tentative de Kerensky de conduire des troupes contre-r&#233;volutionnaires contre la capitale, si&#232;ge de la R&#233;volution, a rencontr&#233; un &#233;chec d&#233;cisif. Kerensky recule ; nous avan&#231;ons. Soldats, marins et ouvriers de P&#233;trograd ont montr&#233; qu'ils sont soucieux et savent affirmer par leurs armes la volont&#233; et la puissance de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re. La bourgeoisie s'effor&#231;ait d'isoler l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire ; Kerensky tenta de l'&#233;craser sous le talon du cosaque. Les deux tentatives se sont av&#233;r&#233;es un &#233;chec cuisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande id&#233;e du pouvoir supr&#234;me de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re et paysanne a consolid&#233; les rangs de notre arm&#233;e et renforc&#233; sa volont&#233;. Le pays tout entier s'apercevra maintenant que le pouvoir des soviets n'est pas un &#233;v&#233;nement passager, mais un fait irr&#233;futable du pouvoir des ouvriers, des soldats et des paysans. Le rejet de Kerensky est un rejet de la bourgeoisie, des propri&#233;taires terriens et des Kornilovites. Le refus de Kerensky est l'&#233;tablissement du droit du peuple &#224; une vie paisible et libre, &#224; la terre, au pain et au pouvoir. Le d&#233;tachement de Pulkovo a, par ses actes vaillants, consolid&#233; la cause de la R&#233;volution ouvri&#232;re et paysanne. Un retour dans le pass&#233; est impossible. Il y a encore des luttes, des obstacles et des sacrifices devant nous. Mais la route est ouverte et la victoire est certaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie r&#233;volutionnaire et le gouvernement sovi&#233;tique ont le droit d'&#234;tre fiers de leur d&#233;tachement de Pulkovo et de son commandant, le colonel Walden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;moire &#233;ternelle aux morts ! Gloire aux guerriers de la R&#233;volution, soldats et officiers fid&#232;les au peuple !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vive la Russie r&#233;volutionnaire, populaire et socialiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom du Conseil des commissaires du peuple,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L. TROTSKI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 novembre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appr&#238;mes par la suite par nos amis &#233;trangers que les radios allemandes avaient re&#231;u l'ordre du haut commandement de ne pas intercepter ce message. Ainsi la premi&#232;re action du gouvernement allemand, &#224; l'&#233;gard des &#233;v&#233;nements de novembre, trahit la crainte qu'ils ne provoquent une fermentation en Allemagne m&#234;me. L'Autriche-Hongrie a intercept&#233; une partie de notre message et, pour autant que nous le sachions, il est devenu la source d'informations &#224; partir de laquelle toute l'Europe a appris que la tentative malheureuse de Kerensky pour reprendre le pouvoir s'&#233;tait sold&#233;e par un &#233;chec lamentable. Des signes de fermentation &#233;taient maintenant apparents parmi les Cosaques de Krasnoff. Ils ont commenc&#233; &#224; envoyer des &#233;claireurs &#224; Petrograd et m&#234;me des d&#233;l&#233;gu&#233;s officiels &#224; Smolny. L&#224;, ils purent constater par eux-m&#234;mes qu'un ordre parfait r&#233;gnait &#224; P&#233;trograd, maintenu par la garnison qui soutenait le gouvernement sovi&#233;tique.La d&#233;sorganisation des Cosaques devint d'autant plus grande qu'ils se rendirent vite compte de l'absurdit&#233; de l'id&#233;e de s'emparer de P&#233;trograd au moyen d'un millier de cavaliers, puisque le soutien promis du front ne se faisait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Krasnoff, avec ses Cosaques, se replia vers Gatchina, et lorsque nous y arriv&#226;mes le lendemain, les membres de son &#233;tat-major &#233;taient d&#233;j&#224; pratiquement prisonniers aux mains des Cosaques eux-m&#234;mes. Notre garnison de Gatchina occupait toutes les positions les plus importantes. Les Cosaques, bien que non d&#233;sarm&#233;s, &#233;taient absolument incapables de r&#233;sister davantage. Ils d&#233;siraient une seule chose, &#224; savoir. &#234;tre autoris&#233; &#224; retourner au Don le plus t&#244;t possible, ou au moins au front.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le palais de Gatchina &#233;tait un spectacle curieux. Toutes les entr&#233;es &#233;taient gard&#233;es par de solides piquets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux portes se trouvaient l'artillerie et les voitures blind&#233;es. Les salles spacieuses du palais, dont les murs &#233;taient couverts de peintures pr&#233;cieuses, &#233;taient encombr&#233;es de soldats, de marins et de gardes rouges. Sur les tables de bois pr&#233;cieux &#233;taient &#233;parpill&#233;s des v&#234;tements de soldats, des pipes et des bo&#238;tes de sardines. Une des chambres &#233;tait occup&#233;e par l'&#233;tat-major du g&#233;n&#233;ral Krasnoff. Le Base&#233;tait recouvert de matelas, de manteaux de soldats et de casquettes. Le repr&#233;sentant du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire qui m'accompagnait entra dans la pi&#232;ce occup&#233;e par l'&#233;tat-major, renversa son fusil avec un bruit sourd et, s'appuyant dessus, d&#233;clara : &#171; G&#233;n&#233;ral Krasnoff, vous et votre &#233;tat-major &#234;tes prisonniers du soviet. Des gardes rouges arm&#233;s ont imm&#233;diatement pris position aux deux portes de la salle. Kerensky n'&#233;tait pas l&#224; ; il s'&#233;tait enfui, comme il s'&#233;tait enfui auparavant du Palais d'Hiver.Le g&#233;n&#233;ral Krasnoff a d&#233;crit les circonstances de son &#233;vasion dans son t&#233;moignage &#233;crit remis le 14 novembre. Je publie ici ce curieux documentmot &#224; mot -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 novembre 1917, 18h&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait environ 15 heures lorsque j'ai &#233;t&#233; convoqu&#233; par le commandant en chef [Kerensky]. Il &#233;tait tr&#232;s agit&#233; et nerveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; G&#233;n&#233;ral, dit-il, vous m'avez trahi : vos propres Cosaques ici disent bien qu'ils m'arr&#234;teront et me livreront aux marins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, dis-je, ils en parlent beaucoup, et je sais qu'il n'y a de sympathie pour vous nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Est-ce que les officiers disent la m&#234;me chose ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Oui ; les officiers sont pr&#233;cis&#233;ment ceux qui sont le plus m&#233;contents de vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que dois-je faire ? Je vais devoir me suicider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si vous &#234;tes un honn&#234;te homme, vous irez. imm&#233;diatement avec un drapeau blanc &#224; Petrograd et compara&#238;tre devant le Comit&#233; r&#233;volutionnaire et discuter de la question en tant que chef du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, je vais le faire, g&#233;n&#233;ral &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vais vous donner un garde et j'aurai un matelot pour vous accompagner. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Non ; tout sauf un marin. Vous savez que Dybenko est ici.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je ne sais pas qui est Dybenko.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est mon ennemi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Eh bien, il n'y a rien &#224; faire. Vous vous &#234;tes engag&#233; dans un grand jeu et vous devez prendre des risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Tr&#232;s bien ; J'irai ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi dans la nuit ? Ce serait lui un vol. Allez ouvertement et calmement ; faites voir &#224; tout le monde que vous n'essayez pas de vous &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Tr&#232;s bien. Donnez-moi seulement un convoi auquel je peux avoir confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Convenu.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis sorti, j'ai appel&#233; un cosaque du 10e r&#233;giment de cosaques du Don, Russkoff, et lui ai ordonn&#233; de nommer huit cosaques pour former une garde du corps pour le commandant en chef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une demi-heure plus tard, les Cosaques sont entr&#233;s pour me dire qu'ils ne pouvaient trouver Kerensky nulle part &#8211; qu'il s'&#233;tait enfui. Je sonnai l'alarme et ordonnai de le rechercher ; Je suis enclin &#224; penser qu'il n'a pas pu fuir Gatchina et qu'il se cache toujours quelque part ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; MAJOR-GENERAL KRASNOFF&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commandant du 11e Corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle fut la fin de cette affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, nos adversaires ne voulaient pas se rendre ni admettre que la question de l'autorit&#233; gouvernementale &#233;tait r&#233;gl&#233;e. Ils nourrissaient encore des espoirs d'aide du front. Les chefs des partis ex-sovi&#233;tiques - Tchernoff, Tsereteli, Avksentieff, G&#246;tz, etc., se succ&#232;dent au front pour n&#233;gocier avec les anciens comit&#233;s de l'arm&#233;e r&#233;unis au quartier g&#233;n&#233;ral de Dukhonine, tentent de l'inciter &#224; r&#233;sister et, selon &#224; la presse, tenta m&#234;me de former dans ses quartiers un nouveau minist&#232;re. Mais cela n'a rien donn&#233;. Les anciens comit&#233;s d'arm&#233;e avaient perdu toute influence, et le front &#233;tait f&#233;brilement occup&#233; &#224; convoquer des conf&#233;rences pour les nouvelles &#233;lections &#224; toutes les organisations de l'arm&#233;e du front. A ces r&#233;&#233;lections, le r&#233;gime sovi&#233;tique &#233;tait partout victorieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant ce temps, nos d&#233;tachements se d&#233;pla&#231;aient par chemin de fer plus loin de Gatchina vers Luga et Pskoff. L&#224;, ils ont rencontr&#233; plusieurs trains avec des &#171; chocs &#187; et des Cosaques, qui avaient &#233;t&#233; soit convoqu&#233;s par Kerensky, soit envoy&#233;s par divers g&#233;n&#233;raux. Un conflit arm&#233; &#233;clata entre nos troupes et l'une de ces &#232;chelons cosaques. Mais la plupart des soldats envoy&#233;s du front &#224; Petrograd, en rencontrant les repr&#233;sentants des troupes sovi&#233;tiques, d&#233;clar&#232;rent aussit&#244;t qu'ils s'&#233;taient tromp&#233;s et qu'ils ne l&#232;veraient pas les armes contre l'autorit&#233; des ouvriers et des soldats.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;FRICTIONS INTERNES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la lutte pour l'instauration du r&#233;gime sovi&#233;tique s'&#233;tendait dans tout le pays. A Moscou, cette lutte fut particuli&#232;rement longue et sanglante. Peut-&#234;tre cela n'&#233;tait-il pas du tout d&#251; au fait que les chefs de la R&#233;volution n'ont pas agi d'embl&#233;e avec toute la d&#233;termination n&#233;cessaire aux op&#233;rations offensives. Dans une guerre civile, plus que dans toute autre, la victoire ne peut &#234;tre assur&#233;e que par une offensive prompte et continue. L'h&#233;sitation est dangereuse, les n&#233;gociations sont risqu&#233;es, la politique de marquer le pas est ruineuse. Il faut toujours se rappeler que les masses populaires n'ont jamais &#233;t&#233; en possession du pouvoir, qu'elles ont toujours &#233;t&#233; sous la botte des autres classes, et que par cons&#233;quent elles manquent de confiance en elles-m&#234;mes politiquement. Toute h&#233;sitation manifest&#233;e dans les centres r&#233;volutionnaires les d&#233;grade imm&#233;diatement.Ce n'est que lorsque le parti r&#233;volutionnaire se pr&#233;cipite fermement et sans broncher vers son but qu'il peut aider les masses travailleuses &#224; surmonter tous les instincts d'esclavage h&#233;rit&#233;s des si&#232;cles et conduire les masses &#224; la victoire. Seule une offensive r&#233;solue assure la victoire avec un minimum de d&#233;pense de force et avec le moins de pertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;alisation de tactiques r&#233;solues et fermes n'est que la difficult&#233;. Le manque de confiance des masses en leur propre force, le manque d'exp&#233;rience du pouvoir, se refl&#232;tent aussi dans les dirigeants qui, d'ailleurs, sont tout le temps sous la puissante pression de l'opinion publique bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La simple id&#233;e de la possibilit&#233; de l'&#233;tablissement d'un gouvernement ouvrier remplissait nos lib&#233;raux bourgeois de haine et de d&#233;pit. Ces sentiments, ils les exprimaient dans les innombrables papiers dont ils disposaient. Viennent ensuite nos intellectuels qui, avec toute leur profession de radicalisme et la coloration socialiste de leur pens&#233;e, rec&#232;lent pourtant au fond de leur conscience l'aveu le plus servile de la puissance de la bourgeoisie et de son art de gouverner. Tous ces intellectuels au plumage socialiste se sont d'un coup tourn&#233;s vers la droite, consid&#233;rant la consolidation du pouvoir des soviets comme le d&#233;but de la fin. Dans la foul&#233;e des repr&#233;sentants des professions lib&#233;rales marchaient la vieille bureaucratie, le personnel administratif et technique, tout ! les &#233;l&#233;ments qui, moralement et mat&#233;riellement,vivre des miettes tombant de la table de la bourgeoisie. L'opposition de toutes ces classes &#233;tait surtout de caract&#232;re passif, surtout apr&#232;s la suppression de la r&#233;bellion des cadets, mais pour cette raison m&#234;me, elle semblait souvent insurmontable. A chaque pas, on nous refusait de l'aide. Soit les fonctionnaires quittaient les bureaux du gouvernement, soit, y demeurant, refusaient cat&#233;goriquement de travailler pour nous. Ils ne rendraient pas les livres ou les fonds. Les centraux t&#233;l&#233;phoniques ont refus&#233; de nous connecter. Les bureaux t&#233;l&#233;graphiques mutileraient ou retarderaient nos messages. Nous n'avons pas pu trouver de traducteurs, de st&#233;nographes, ni m&#234;me de copistes, etc. Tout cela a cr&#233;&#233; une telle atmosph&#232;re que certains d'entre nous, m&#234;me certains &#224; la t&#234;te de notre parti, se sont mis &#224; douter que les masses laborieuses puissent, face aux une telle r&#233;sistance de la part des classes bourgeoises,mettre de l'ordre dans l'appareil gouvernemental et rester au pouvoir. Ici et l&#224;, des voix conseillaient un accord. Mais avec qui ? Avec les lib&#233;raux bourgeois ? Une telle coalition avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tent&#233;e, et elle entra&#238;na la R&#233;volution dans un terrible bourbier. L'insurrection du 7 novembre &#233;tait un acte de conservation de la part des masses, apr&#232;s une p&#233;riode d'impuissance et de trahison de la part du gouvernement de coalition. La seule coalition qui restait &#224; essayer &#233;tait la coalition dans les rangs de la d&#233;mocratie dite r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire de tous les partis sovi&#233;tiques. Une telle coalition, nous l'avions pratiquement propos&#233;e d&#232;s le d&#233;but, lors de la s&#233;ance du deuxi&#232;me Congr&#232;s panrusse le 7 novembre. Le gouvernement Kerensky venait d'&#234;tre renvers&#233; et nous avions propos&#233; au Congr&#232;s sovi&#233;tique de reprendre l'autorit&#233; gouvernementale.Mais les partis de droite nous avaient quitt&#233;s et avaient claqu&#233; la porte derri&#232;re eux. Et c'&#233;tait le mieux qu'ils aient pu faire. Ils ne repr&#233;sentaient qu'une section insignifiante au Congr&#232;s. Ils n'&#233;taient plus soutenus par les masses, puisque m&#234;me les fractions du peuple qui, par leur apathie, les soutenaient encore, d&#233;rivaient peu &#224; peu de notre c&#244;t&#233;. La coalition avec l'aile droite des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks n'aurait pas &#233;largi la base sociale du gouvernement sovi&#233;tique ; en m&#234;me temps, il aurait introduit dans son personnel des &#233;l&#233;ments d&#233;moralis&#233;s de part en part par le scepticisme politique et par le culte du lib&#233;ralisme bourgeois. Toute la force de la nouvelle autorit&#233; r&#233;sidait dans la radicalit&#233; de son programme, dans la d&#233;termination avec laquelle elle agissait.S'attacher aux groupes de Tchernoff et de Ts&#233;r&#233;t&#233;li aurait signifi&#233; mettre des fers aux bras et aux jambes de la nouvelle autorit&#233; et faire perdre rapidement confiance aux masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos voisins les plus proches &#224; droite &#233;taient les soi-disant socialistes-r&#233;volutionnaires de &#171; gauche &#187;. Dans l'ensemble, ils &#233;taient tout &#224; fait pr&#234;ts &#224; nous soutenir, mais en m&#234;me temps ils voulaient former un gouvernement socialiste de coalition. Le Comit&#233; central de l'Union des chemins de fer, le Comit&#233; central des employ&#233;s des postes et t&#233;l&#233;graphes, l'Union des fonctionnaires gouvernementaux &#8211; toutes ces organisations &#233;taient contre nous. A la t&#234;te de notre propre parti, certains insistaient sur la n&#233;cessit&#233; de s'entendre avec ces organisations d'une mani&#232;re ou d'une autre. Mais sur quelle base ? Toutes les organisations dirigeantes mentionn&#233;es ci-dessus du r&#233;gime pass&#233; avaient d&#233;j&#224; surv&#233;cu &#224; elles-m&#234;mes. Leur relation avec les fonctionnaires inf&#233;rieurs &#233;tait &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me que celle des anciens comit&#233;s de l'arm&#233;e avec les masses de soldats dans les tranch&#233;es. L'histoire avait trac&#233; une ligne de d&#233;marcation profonde entre les couches sup&#233;rieures et inf&#233;rieures.Une alliance sans scrupules avec ces organisations dirigeantes &#233;puis&#233;es d'hier &#233;tait vou&#233;e &#224; un effondrement in&#233;vitable. Pour vaincre le sabotage et les pr&#233;tentions aristocratiques d'en haut, il fallait s'appuyer fermement et r&#233;solument sur la base. Nous avons laiss&#233; aux socialistes-r&#233;volutionnaires le soin de poursuivre les tentatives d&#233;sesp&#233;r&#233;es de parvenir &#224; un compromis. Notre propre politique &#233;tait au contraire de mobiliser ceux qui travaillaient au bas de l'&#233;chelle contre toutes ces instances repr&#233;sentatives qui avaient soutenu le r&#233;gime de Kerensky. Cette politique intransigeante a provoqu&#233; des frictions et m&#234;me une scission parmi les dirigeants de notre propre parti. Au Comit&#233; ex&#233;cutif central, les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche ont protest&#233; contre la s&#233;v&#233;rit&#233; des mesures adopt&#233;es par le nouveau gouvernement,et insist&#233; sur la n&#233;cessit&#233; de compromis. La protestation a &#233;t&#233; soutenue par une section des bolcheviks, et trois commissaires du peuple ont d&#233;missionn&#233; et ont quitt&#233; le gouvernement. Quelques autres membres actifs du parti ont exprim&#233; leur solidarit&#233; fondamentale avec les d&#233;missionnaires. Cela fit une forte impression dans divers cercles bourgeois et intellectuels : il &#233;tait maintenant &#233;vident que les bolcheviks, que les cadets et les cosaques du g&#233;n&#233;ral Krasnoff n'avaient pas r&#233;ussi &#224; &#233;craser, devaient p&#233;rir, avec le r&#233;gime sovi&#233;tique, &#224; la suite de troubles internes. dissolution. Cependant, les masses n'ont jamais remarqu&#233; la scission et ont unanimement soutenu le Conseil des commissaires du peuple non seulement contre les comploteurs contre-r&#233;volutionnaires et leset trois commissaires du peuple ont d&#233;missionn&#233; et ont quitt&#233; le gouvernement. Quelques autres membres actifs du parti ont exprim&#233; leur solidarit&#233; fondamentale avec les d&#233;missionnaires. Cela fit une forte impression dans divers cercles bourgeois et intellectuels : il &#233;tait maintenant &#233;vident que les bolcheviks, que les cadets et les cosaques du g&#233;n&#233;ral Krasnoff n'avaient pas r&#233;ussi &#224; &#233;craser, devaient p&#233;rir, avec le r&#233;gime sovi&#233;tique, &#224; la suite de troubles internes. dissolution. Cependant, les masses n'ont jamais remarqu&#233; la scission et ont unanimement soutenu le Conseil des commissaires du peuple non seulement contre les comploteurs contre-r&#233;volutionnaires et leset trois commissaires du peuple ont d&#233;missionn&#233; et ont quitt&#233; le gouvernement. Quelques autres membres actifs du parti ont exprim&#233; leur solidarit&#233; fondamentale avec les d&#233;missionnaires. Cela fit une forte impression dans divers cercles bourgeois et intellectuels : il &#233;tait maintenant &#233;vident que les bolcheviks, que les cadets et les cosaques du g&#233;n&#233;ral Krasnoff n'avaient pas r&#233;ussi &#224; &#233;craser, devaient p&#233;rir, avec le r&#233;gime sovi&#233;tique, &#224; la suite de troubles internes. dissolution. Cependant, les masses n'ont jamais remarqu&#233; la scission et ont unanimement soutenu le Conseil des commissaires du peuple non seulement contre les comploteurs contre-r&#233;volutionnaires et lesil &#233;tait maintenant &#233;vident que les bolcheviks, que les cadets et les cosaques du g&#233;n&#233;ral Krasnoff n'avaient pas &#233;cras&#233;s, devaient p&#233;rir, avec le r&#233;gime sovi&#233;tique, par suite de la dissolution interne. Cependant, les masses n'ont jamais remarqu&#233; la scission et ont unanimement soutenu le Conseil des commissaires du peuple non seulement contre les comploteurs contre-r&#233;volutionnaires et lesil &#233;tait maintenant &#233;vident que les bolcheviks, que les cadets et les cosaques du g&#233;n&#233;ral Krasnoff n'avaient pas &#233;cras&#233;s, devaient p&#233;rir, avec le r&#233;gime sovi&#233;tique, par suite de la dissolution interne. Cependant, les masses n'ont jamais remarqu&#233; la scission et ont unanimement soutenu le Conseil des commissaires du peuple non seulement contre les comploteurs contre-r&#233;volutionnaires et lessaboteurs , mais aussi contre tous les marchands de compromis et les sceptiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE SORT DE L'ASSEMBLEE CONSTITUANTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, apr&#232;s l'aventure de Korniloff, les partis supr&#234;mes sur les soviets tent&#232;rent de r&#233;parer leur ancienne attitude d'indulgence envers la bourgeoisie contre-r&#233;volutionnaire, ils demand&#232;rent la convocation rapide de l'Assembl&#233;e constituante. Kerensky, qui venait d'&#234;tre sauv&#233; par les Sovi&#233;tiques de l'&#233;treinte trop &#233;troite de son alli&#233; Korniloff, dut c&#233;der. L'Assembl&#233;e constituante fut fix&#233;e &#224; la fin de novembre. Mais les circonstances &#233;taient alors devenues telles qu'aucune garantie n'&#233;tait disponible quant &#224; la convocation de l'Assembl&#233;e constituante. La d&#233;sorganisation compl&#232;te r&#233;gnait au front, le nombre des d&#233;serteurs augmentait chaque jour, et les soldats mena&#231;aient de quitter les tranch&#233;es en r&#233;giments et en corps et de se replier sur l'arri&#232;re, d&#233;vastant tout sur leur passage.Dans les campagnes, les saisies de terres priv&#233;es et de b&#233;tail se d&#233;roulaient de mani&#232;re tr&#232;s al&#233;atoire. La loi martiale fut en cons&#233;quence proclam&#233;e en de nombreux endroits. Pendant ce temps, les troupes allemandes continuaient d'avancer, prenaient Riga et mena&#231;aient Petrograd. L'aile droite de la bourgeoisie se r&#233;jouissait ouvertement du danger mena&#231;ant le capital r&#233;volutionnaire. Les bureaux du gouvernement avaient &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;s de Petrograd. et Kerensky avait l'intention de transf&#233;rer le si&#232;ge de son gouvernement &#224; Moscou. Tout cela rendait la possibilit&#233; de la convocation de l'Assembl&#233;e constituante non seulement lointaine, mais presque improbable. De ce point de vue, le coup d'&#201;tat de novembre a pu &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le salut de l'Assembl&#233;e constituante ainsi que de la R&#233;volution dans son ensemble.Et lorsque nous avons soutenu que la route vers l'Assembl&#233;e constituante ne passait pas par le Parlement provisoire de Tsereteli, mais par la prise du pouvoir par les Sovi&#233;tiques, nous &#233;tions absolument sinc&#232;res. Mais les ajournements interminables de la convocation de l'Assembl&#233;e constituante n'avaient pas &#233;t&#233; sans effet sur elle. Annonc&#233; dans les premiers jours de la R&#233;volution, il fait son apparition apr&#232;s huit ou neuf mois d'une lutte acharn&#233;e entre les classes et les partis. Il est venu trop tard pour avoir encore une chance de jouer un r&#244;le constructif. Sa futilit&#233; intrins&#232;que avait &#233;t&#233; pr&#233;d&#233;termin&#233;e par un seul fait qui d'abord aurait pu para&#238;tre de peu d'importance, mais qui plus tard affecta &#233;norm&#233;ment le sort de l'Assembl&#233;e constituante.Mais les ajournements interminables de la convocation de l'Assembl&#233;e constituante n'avaient pas &#233;t&#233; sans effet sur elle. Annonc&#233; dans les premiers jours de la R&#233;volution, il fait son apparition apr&#232;s huit ou neuf mois d'une lutte acharn&#233;e entre les classes et les partis. Il est venu trop tard pour avoir encore une chance de jouer un r&#244;le constructif. Sa futilit&#233; intrins&#232;que avait &#233;t&#233; pr&#233;d&#233;termin&#233;e par un seul fait qui d'abord aurait pu para&#238;tre de peu d'importance, mais qui plus tard affecta &#233;norm&#233;ment le sort de l'Assembl&#233;e constituante.Mais les ajournements interminables de la convocation de l'Assembl&#233;e constituante n'avaient pas &#233;t&#233; sans effet sur elle. Annonc&#233; dans les premiers jours de la R&#233;volution, il fait son apparition apr&#232;s huit ou neuf mois d'une lutte acharn&#233;e entre les classes et les partis. Il est venu trop tard pour avoir encore une chance de jouer un r&#244;le constructif. Sa futilit&#233; intrins&#232;que avait &#233;t&#233; pr&#233;d&#233;termin&#233;e par un seul fait qui d'abord aurait pu para&#238;tre de peu d'importance, mais qui plus tard affecta &#233;norm&#233;ment le sort de l'Assembl&#233;e constituante.Sa futilit&#233; intrins&#232;que avait &#233;t&#233; pr&#233;d&#233;termin&#233;e par un seul fait qui d'abord aurait pu para&#238;tre de peu d'importance, mais qui plus tard affecta &#233;norm&#233;ment le sort de l'Assembl&#233;e constituante.Sa futilit&#233; intrins&#232;que avait &#233;t&#233; pr&#233;d&#233;termin&#233;e par un seul fait qui d'abord aurait pu para&#238;tre de peu d'importance, mais qui plus tard affecta &#233;norm&#233;ment le sort de l'Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les premi&#232;res phases de la R&#233;volution, le parti des socialistes-r&#233;volutionnaires avait &#233;t&#233; num&#233;riquement le plus fort. J'ai d&#233;j&#224; mentionn&#233; son &#233;tat amorphe et sa composition sociale mixte. La R&#233;volution avait irr&#233;sistiblement conduit &#224; la diff&#233;renciation interne entre ceux qui marchaient sous la banni&#232;re populiste. L'aile gauche de ce parti, repr&#233;sentant une partie des ouvriers de l'industrie et les grandes masses de la paysannerie la plus pauvre, se s&#233;parait de plus en plus du reste et s'est finalement retrouv&#233;e dans une opposition irr&#233;conciliable aux dirigeants du Parti socialiste r&#233;volutionnaire, qui repr&#233;sentait la basse et la moyenne bourgeoisie. Mais l'inertie du cadre du parti et des traditions retarda l'in&#233;vitable scission. Le syst&#232;me &#233;lectoral proportionnel repose, comme on le sait, enti&#232;rement sur les listes des partis.Ces listes ayant &#233;t&#233; dress&#233;es deux ou trois mois avant la R&#233;volution de novembre, figuraient les noms des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et de droite.p&#234;lem&#234;le dans la m&#234;me liste, sous la banni&#232;re du m&#234;me parti. De cette fa&#231;on, au moment de la R&#233;volution de novembre, alors que les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite arr&#234;taient d&#233;j&#224; des membres des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et que la gauche rejoignait les bolcheviks pour renverser le gouvernement du socialiste r&#233;volutionnaire Kerensky, les anciennes listes &#233;taient conservant leur validit&#233;, et les paysans aux &#233;lections de l'Assembl&#233;e constituante &#233;taient oblig&#233;s de voter pour des listes dirig&#233;es par le nom de Kerensky et contenant des noms de socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche qui participaient &#224; la conspiration contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mois qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la R&#233;volution de novembre ont &#233;t&#233; marqu&#233;s par une orientation incessante des masses vers la gauche et un afflux massif d'ouvriers, de soldats et de paysans dans les rangs des bolcheviks. A la m&#234;me &#233;poque, le m&#234;me processus se manifestait dans les rangs du Parti socialiste r&#233;volutionnaire sous la forme de l'extension de l'aile gauche aux d&#233;pens de la droite. Pourtant, les trois quarts des noms figurant sur les listes des partis des socialistes-r&#233;volutionnaires &#233;taient ceux des anciens dirigeants de l'aile droite, dont la r&#233;putation r&#233;volutionnaire avait &#233;t&#233; compl&#232;tement perdue lors de leur coalition avec la bourgeoisie lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute le fait que les &#233;lections se sont d&#233;roul&#233;es dans les premi&#232;res semaines qui ont suivi la R&#233;volution de novembre. La nouvelle du changement se r&#233;pandait en cercles qui s'&#233;largissaient lentement de la capitale aux provinces, des villes aux villages. Dans de nombreux endroits, les masses paysannes avaient une id&#233;e tr&#232;s vague de ce qui s'&#233;tait pass&#233; &#224; Petrograd et &#224; Moscou. Ils vot&#232;rent nominalement pour &#171; Terre et Libert&#233; &#187;, pour leurs repr&#233;sentants dans les comit&#233;s fonciers, qui, pour la plupart, suivaient la banni&#232;re populiste. En effet, ils votaient pour Kerensky et Avksentieff, qui dissolvaient ces m&#234;mes comit&#233;s fonciers et arr&#234;taient leurs membres. Le r&#233;sultat de tout cela fut un paradoxe politique des plus incroyables : l'un des deux partis qui devaient dissoudre l'Assembl&#233;e constituante, &#224; savoir. les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche,fut en fait &#233;lu sur les m&#234;mes listes que le parti qui avait obtenu la majorit&#233; &#224; l'Assembl&#233;e constituante. Ces faits montrent clairement quel produit tardif l'Assembl&#233;e constituante fut par rapport aux progr&#232;s r&#233;els de la guerre des partis et des diff&#233;renciations des partis. Nous devons maintenant examiner la question &#233;galement du point de vue du principe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES PRINCIPES DE LA DEMOCRATIE ET LA DICTATURE DU PROLETARIAT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En tant que marxistes, nous n'avons jamais &#233;t&#233; des adorateurs de la d&#233;mocratie formelle. Dans une soci&#233;t&#233; divis&#233;e en classes, les institutions d&#233;mocratiques, loin d'abolir la lutte des classes, ne font que pr&#234;ter aux int&#233;r&#234;ts de classe une forme d'expression tr&#232;s imparfaite. Les classes poss&#233;dantes ont toujours &#224; leur disposition des milliers de moyens pour pervertir et adult&#233;rer la volont&#233; des masses laborieuses. En temps de r&#233;volution, les institutions d&#233;mocratiques forment un appareil encore moins parfait pour l'expression de la lutte des classes. Marx appelait la R&#233;volution &#171; la locomotive de l'histoire &#187;. La lutte ouverte et directe pour le pouvoir permet aux masses laborieuses d'acqu&#233;rir en peu de temps une riche exp&#233;rience politique et ainsi de passer rapidement d'une &#233;tape &#224; une autre dans le processus de leur &#233;volution mentale.Le lourd m&#233;canisme des institutions d&#233;mocratiques ne peut suivre cette &#233;volution &#8211; et ce en proportion de l'immensit&#233; du pays et de l'imperfection de l'appareil technique dont il dispose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite &#233;taient majoritaires &#224; l'Assembl&#233;e constituante. Selon l'usage parlementaire, ils auraient d&#251; former le gouvernement. Mais les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite avaient eu la chance de former un tel gouvernement pendant toute la p&#233;riode de la R&#233;volution avant novembre. Pourtant, ils s'&#233;taient abstenus de le faire, avaient c&#233;d&#233; la part du lion du pouvoir &#224; la bourgeoisie lib&#233;rale, et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison qu'ils avaient perdu le dernier vestige d'influence parmi les sections les plus r&#233;volutionnaires du peuple au moment m&#234;me o&#249; la composition num&#233;rique de l'Assembl&#233;e constituante les a plac&#233;s dans l'obligation formelle d'assumer les r&#234;nes du gouvernement. La classe ouvri&#232;re, ainsi que la Garde rouge, &#233;taient profond&#233;ment hostiles aux socialistes-r&#233;volutionnaires de droite.L'&#233;crasante majorit&#233; de l'arm&#233;e soutenait les bolcheviks. Les &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires dans les villages ont partag&#233; leurs sympathies entre les. Les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et les bolcheviks. Les matelots, qui avaient &#233;t&#233; si importants dans tous les incidents de la R&#233;volution, &#233;taient presque un homme avec notre parti. Les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite avaient, en effet, &#233;t&#233; contraints de quitter les soviets, qui avaient pris le pouvoir en novembre, c'est-&#224;-dire avant l'Assembl&#233;e constituante. De quel appui un minist&#232;re form&#233; par une telle majorit&#233; de l'Assembl&#233;e constituante pouvait-il d&#233;pendre ? Elle aurait eu derri&#232;re elle les riches des villages, les intellectuels et la vieille administration, et aurait peut-&#234;tre trouv&#233; des appuis, pour l'instant, parmi la bourgeoisie. Mais un tel gouvernement aurait &#233;t&#233; compl&#232;tement priv&#233; de l'appareil mat&#233;riel du pouvoir.Dans les centres de la vie politique, comme &#224; P&#233;trograd, elle se serait aussit&#244;t heurt&#233;e &#224; une r&#233;sistance intransigeante. Si les Sovi&#233;tiques avaient, conform&#233;ment &#224; la logique formelle des institutions d&#233;mocratiques, remis leur pouvoir au parti de Kerensky et de Tchernoff, le nouveau gouvernement, discr&#233;dit&#233; et impuissant, n'aurait r&#233;ussi qu'&#224; brouiller momentan&#233;ment la vie politique du pays, et aurait &#233;t&#233; renvers&#233; par un nouveau soul&#232;vement en quelques semaines. Les Sovi&#233;tiques d&#233;cid&#232;rent de r&#233;duire au minimum cette exp&#233;rience historique tardive et dissolv&#232;rent la Constituante le jour m&#234;me o&#249; elle se r&#233;unissait.le nouveau gouvernement, discr&#233;dit&#233; et impuissant, n'aurait r&#233;ussi qu'&#224; troubler momentan&#233;ment la vie politique du pays, et aurait &#233;t&#233; renvers&#233; par un nouveau soul&#232;vement en quelques semaines. Les Sovi&#233;tiques d&#233;cid&#232;rent de r&#233;duire au minimum cette exp&#233;rience historique tardive et dissolv&#232;rent la Constituante le jour m&#234;me o&#249; elle se r&#233;unissait.le nouveau gouvernement, discr&#233;dit&#233; et impuissant, n'aurait r&#233;ussi qu'&#224; troubler momentan&#233;ment la vie politique du pays, et aurait &#233;t&#233; renvers&#233; par un nouveau soul&#232;vement en quelques semaines. Les Sovi&#233;tiques d&#233;cid&#232;rent de r&#233;duire au minimum cette exp&#233;rience historique tardive et dissolv&#232;rent la Constituante le jour m&#234;me o&#249; elle se r&#233;unissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison, notre parti a &#233;t&#233; la cible des accusations les plus violentes. Nul doute que la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante fit une impression tr&#232;s d&#233;favorable dans la direction des partis socialistes d'Occident, et l'acte politiquement in&#233;vitable et n&#233;cessaire y fut d&#233;nonc&#233; comme un acte de tyrannie de parti et d'arbitraire sectaire. Kautsky, avec son p&#233;dantisme coutumier, a expliqu&#233; dans une s&#233;rie d'articles la relation mutuelle entre les t&#226;ches socialistes et r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat et le r&#233;gime de d&#233;mocratie politique. Il s'effor&#231;a de prouver que le respect du principe de la d&#233;mocratie &#233;tait toujours, en dernier ressort, avantageux pour la classe ouvri&#232;re. Bien s&#251;r, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, et dans l'ensemble, c'est vrai. Mais Kautsky r&#233;duisit cette v&#233;rit&#233; historique &#224; une banalit&#233; professorale. Si c'est toujours,en fin de compte, paie le prol&#233;tariat pour mener sa lutte de classe et m&#234;me pour exercer sa dictature dans le cadre d'institutions d&#233;mocratiques, il ne s'ensuit pas du tout que l'histoire offre toujours la chance d'une telle combinaison. Il ne r&#233;sulte nullement de la th&#233;orie marxienne que l'histoire cr&#233;e invariablement les conditions les plus &#171; avantageuses &#187; pour le prol&#233;tariat. Il est difficile aujourd'hui de dire quelle aurait &#233;t&#233; la marche de la R&#233;volution si l'Assembl&#233;e constituante avait &#233;t&#233; convoqu&#233;e dans son deuxi&#232;me ou troisi&#232;me mois. Tr&#232;s probablement les partis des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks, qui pr&#233;dominaient alors, se seraient discr&#233;dit&#233;s, avec : l'Assembl&#233;e constituante, non seulement aux yeux des &#233;l&#233;ments les plus actifs qui soutenaient les soviets, mais m&#234;me &#224; ceux des arri&#233;r&#233;s masses populaires,dont les espoirs auraient &#233;t&#233; li&#233;s, non aux soviets, mais &#224; l'Assembl&#233;e constituante. Dans de telles circonstances, la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante aurait pu &#234;tre suivie de nouvelles &#233;lections d'o&#249; les partis de gauche seraient sortis majoritaires. Mais le cours des &#233;v&#233;nements est all&#233; dans une direction diff&#233;rente. Les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante eurent lieu au neuvi&#232;me mois de la R&#233;volution, et &#224; ce moment-l&#224; la lutte des classes avait atteint un tel degr&#233; d'intensit&#233; qu'elle fit &#233;clater, par sa pression int&#233;rieure, le cadre formel de la d&#233;mocratie.Mais le cours des &#233;v&#233;nements est all&#233; dans une direction diff&#233;rente. Les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante eurent lieu au neuvi&#232;me mois de la R&#233;volution, et &#224; ce moment-l&#224; la lutte des classes avait atteint un tel degr&#233; d'intensit&#233; qu'elle fit &#233;clater, par sa pression int&#233;rieure, le cadre formel de la d&#233;mocratie.Mais le cours des &#233;v&#233;nements est all&#233; dans une direction diff&#233;rente. Les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante eurent lieu au neuvi&#232;me mois de la R&#233;volution, et &#224; ce moment-l&#224; la lutte des classes avait atteint un tel degr&#233; d'intensit&#233; qu'elle fit &#233;clater, par sa pression int&#233;rieure, le cadre formel de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat dirigeait l'arm&#233;e et les masses inf&#233;rieures de la paysannerie. Ces classes &#233;taient dans un &#233;tat de r&#233;volte directe et f&#233;roce contre les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite. Pourtant, gr&#226;ce &#224; la lourde machine des &#233;lections d&#233;mocratiques, ce parti a obtenu la majorit&#233; &#224; l'Assembl&#233;e constituante, repr&#233;sentant la phase pr&#233;-novembre de la R&#233;volution. C'&#233;tait une contradiction qui ne pouvait &#234;tre r&#233;solue dans le cadre de la d&#233;mocratie formelle, et seuls les p&#233;dants politiques, qui ne r&#233;alisent pas clairement la logique r&#233;volutionnaire des rapports de classes, peuvent, face &#224; la situation r&#233;sultant des &#233;v&#233;nements de novembre, pr&#234;cher &#224; les v&#233;rit&#233;s banales du prol&#233;tariat concernant les avantages de la d&#233;mocratie pour mener la guerre des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire a choisi de poser le probl&#232;me sous une forme beaucoup plus concr&#232;te et aigu&#235;. L'Assembl&#233;e constituante, par sa composition, fut oblig&#233;e de c&#233;der les r&#234;nes du pouvoir au groupe Tchernoff-Kerensky-Tsereteli. Ce groupe &#233;tait-il capable de guider la R&#233;volution ? Pourraient-ils trouver un appui dans la classe qui formait l'&#233;pine dorsale de la R&#233;volution ? Non. Le contenu mat&#233;riel de classe de la R&#233;volution est entr&#233; en conflit irr&#233;conciliable avec ses formes d&#233;mocratiques. Ainsi le sort de l'Assembl&#233;e constituante &#233;tait d&#233;cid&#233; d'avance. Sa dissolution apparaissait comme la seule voie chirurgicale envisageable pour sortir de la situation contradictoire qui n'&#233;tait pas de notre fait, mais avait &#233;t&#233; provoqu&#233;e par le cours des &#233;v&#233;nements pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partie IV&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES N&#201;GOCIATIONS DE PAIX&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une s&#233;ance nocturne historique, le deuxi&#232;me Congr&#232;s panrusse des Soviets a adopt&#233; le d&#233;cret de paix historique. A cette &#233;poque, le pouvoir des Soviets ne se consolidait encore que dans les centres les plus importants du pays, tandis que le nombre de personnes &#224; l'&#233;tranger qui lui faisaient confiance &#233;tait tout &#224; fait insignifiant. Nous avons adopt&#233; les d&#233;crets &#224; l'unanimit&#233;, mais pour beaucoup, cela semblait n'&#234;tre qu'une d&#233;monstration politique. Les marchands de compromis r&#233;p&#233;taient &#224; chaque coin de rue que notre r&#233;solution ne pouvait aboutir &#224; aucun r&#233;sultat pratique, puisque, d'une part, les imp&#233;rialistes allemands ne reconna&#238;traient pas et ne daigneraient m&#234;me pas nous parler, et, d'autre part , nos alli&#233;s nous d&#233;clareraient la guerre pour avoir entam&#233; des n&#233;gociations de paix s&#233;par&#233;es.C'est &#224; l'ombre de ces sombres pr&#233;dictions que nous faisions nos premiers pas vers une paix d&#233;mocratique universelle. Le d&#233;cret fut accept&#233; le 8 novembre, lorsque Kerensky et Krasnoff &#233;taient aux portes m&#234;mes de P&#233;trograd, et le 20 novembre nous communiqu&#226;mes par radio nos propositions pour la conclusion d'une paix g&#233;n&#233;rale &#224; nos alli&#233;s et ennemis. En guise de r&#233;ponse, les gouvernements alli&#233;s adress&#232;rent, par l'interm&#233;diaire de leurs agents militaires, des remontrances au g&#233;n&#233;ral Dukhonin, commandant en chef, d&#233;clarant que toute nouvelle d&#233;marche de notre part vers des n&#233;gociations de paix s&#233;par&#233;es conduirait aux r&#233;sultats les plus s&#233;rieux. Nous avons, de notre c&#244;t&#233;, r&#233;pondu le 24 novembre &#224; cette protestation par un manifeste &#224; tous les ouvriers, soldats et paysans, d&#233;clarant qu'en aucun cas nous ne devrions permettre &#224; notre arm&#233;e de verser son sang sur ordre d'une quelconque bourgeoisie &#233;trang&#232;re.Nous avons &#233;cart&#233; les menaces des imp&#233;rialistes occidentaux et assum&#233; l'enti&#232;re responsabilit&#233; de notre politique de paix devant la classe ouvri&#232;re internationale. Tout d'abord, pour nous acquitter de nos engagements ant&#233;rieurs, nous avons publi&#233; les trait&#233;s secrets et d&#233;clar&#233; que nous r&#233;pudiions tout ce qui s'y opposait aux int&#233;r&#234;ts des masses populaires partout. Les gouvernements capitalistes ont essay&#233; de monter nos r&#233;v&#233;lations les uns contre les autres, mais les masses populaires partout nous ont compris et appr&#233;ci&#233; notre action. Pas un seul journal socialiste patriotique, &#224; notre connaissance, n'a os&#233; protester contre ce changement radical op&#233;r&#233; par le gouvernement des ouvriers et des paysans dans toutes les m&#233;thodes traditionnelles de la diplomatie, contre notre r&#233;pudiation de ses intrigues malfaisantes et sans scrupules. Nous avons fait le but et le but de notre diplomatie d'&#233;clairer les masses populaires,d'ouvrir leurs yeux sur la nature de la politique de leurs gouvernements respectifs, et de les fusionner dans une lutte commune contre et la haine du r&#233;gime bourgeois-capitaliste. La presse bourgeoise allemande nous accusait de prolonger les n&#233;gociations, mais les peuples eux-m&#234;mes &#233;coutaient partout avec avidit&#233; les dialogues de Brest, et ainsi, au cours des deux mois et demi pendant lesquels se d&#233;roul&#232;rent les n&#233;gociations de paix, un service fut rendu &#224; la cause de paix qui a &#233;t&#233; reconnue m&#234;me par des ennemis honn&#234;tes. Pour la premi&#232;re fois, la question de la paix &#233;tait pos&#233;e de telle mani&#232;re qu'elle ne pouvait plus &#234;tre d&#233;form&#233;e par des machinations en coulisses.La presse bourgeoise allemande nous accusait de prolonger les n&#233;gociations, mais les peuples eux-m&#234;mes &#233;coutaient partout avec avidit&#233; les dialogues de Brest, et ainsi, au cours des deux mois et demi pendant lesquels se d&#233;roul&#232;rent les n&#233;gociations de paix, un service fut rendu &#224; la cause de paix qui a &#233;t&#233; reconnue m&#234;me par des ennemis honn&#234;tes. Pour la premi&#232;re fois, la question de la paix &#233;tait pos&#233;e de telle mani&#232;re qu'elle ne pouvait plus &#234;tre d&#233;form&#233;e par des machinations en coulisses.La presse bourgeoise allemande nous accusait de prolonger les n&#233;gociations, mais les peuples eux-m&#234;mes &#233;coutaient partout avec avidit&#233; les dialogues de Brest, et ainsi, au cours des deux mois et demi pendant lesquels se d&#233;roul&#232;rent les n&#233;gociations de paix, un service fut rendu &#224; la cause de paix qui a &#233;t&#233; reconnue m&#234;me par des ennemis honn&#234;tes. Pour la premi&#232;re fois, la question de la paix &#233;tait pos&#233;e de telle mani&#232;re qu'elle ne pouvait plus &#234;tre d&#233;form&#233;e par des machinations en coulisses.Pour la premi&#232;re fois, la question de la paix &#233;tait pos&#233;e de telle mani&#232;re qu'elle ne pouvait plus &#234;tre d&#233;form&#233;e par des machinations en coulisses.Pour la premi&#232;re fois, la question de la paix &#233;tait pos&#233;e de telle mani&#232;re qu'elle ne pouvait plus &#234;tre d&#233;form&#233;e par des machinations en coulisses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 d&#233;cembre, nous avons sign&#233; l'accord de suspension des hostilit&#233;s sur tout le front, de la Baltique &#224; la mer Noire. Nous avons de nouveau lanc&#233; un appel aux Alli&#233;s pour qu'ils se joignent &#224; nous et m&#232;nent les n&#233;gociations de paix avec nous. Nous n'avons re&#231;u aucune r&#233;ponse, bien que cette fois nos alli&#233;s n'aient pas essay&#233; de nous intimider par des menaces. Les n&#233;gociations de paix ont commenc&#233; le 22 d&#233;cembre, six semaines apr&#232;s l'adoption du d&#233;cret de paix. Cela montre que les accusations port&#233;es contre nous par la presse mercenaire et tra&#238;tre socialiste, que nous n'avions pas essay&#233; de nous entendre avec les Alli&#233;s, n'&#233;taient que des mensonges. Pendant six semaines, nous avons continu&#233; &#224; les informer de chaque pas que nous avons fait et nous les avons constamment exhort&#233;s &#224; nous rejoindre dans les n&#233;gociations de paix. Nous pouvons affronter les peuples de France, d'Italie et de Grande-Bretagne la conscience tranquille.Nous avons fait tout notre possible pour convaincre les nations bellig&#233;rantes de se joindre &#224; nous dans les n&#233;gociations de paix. La responsabilit&#233; de nos n&#233;gociations de paix s&#233;par&#233;es ne repose pas sur nous, mais sur les imp&#233;rialistes de l'Occident, ainsi que sur les partis russes qui, depuis toujours, ont pr&#233;dit une mort pr&#233;matur&#233;e au gouvernement ouvrier et paysan et exhort&#233; les Alli&#233;s &#224; ne pas prendre s&#233;rieusement notre Initiative de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, le 22 d&#233;cembre, les n&#233;gociations de paix ont &#233;t&#233; ouvertes. Nos d&#233;l&#233;gu&#233;s ont fait une d&#233;claration de principes d&#233;finissant les bases d'une paix d&#233;mocratique g&#233;n&#233;rale dans les termes pr&#233;cis du d&#233;cret du 8 novembre. L'autre c&#244;t&#233; a demand&#233; un ajournement des s&#233;ances ; mais leur reprise &#233;tait diff&#233;r&#233;e, sur proposition de K&#252;hlmann, de jour en jour. Il &#233;tait &#233;vident que les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Quadruple Alliance avaient beaucoup de mal &#224; r&#233;diger leur r&#233;ponse &#224; notre d&#233;claration. Enfin, le 25 d&#233;cembre, la r&#233;ponse arriva. Les diplomates de la Quadruple Alliance ont adh&#233;r&#233; &#224; la formule d&#233;mocratique d'une paix sans annexions et contributions sur le principe de l'autod&#233;termination des nations. Nous pouvions voir clairement qu'il ne s'agissait que d'un semblant. Mais nous ne nous attendions m&#234;me pas &#224; cela,car l'hypocrisie n'est-elle pas le tribut pay&#233; par le vice &#224; la vertu ? Le fait que les imp&#233;rialistes allemands aient jug&#233; n&#233;cessaire de rendre ce tribut &#224; nos principes d&#233;mocratiques &#233;tait, &#224; nos yeux, une preuve de la situation int&#233;rieure assez grave de l'Allemagne. Mais si, dans l'ensemble, nous ne nous faisions aucune illusion sur les tendances d&#233;mocratiques de K&#252;hlmann et de Czernin - nous ne connaissions que trop bien la nature des classes dominantes allemande et autrichienne - il faut n&#233;anmoins admettre franchement que nous n'avons pas &#224; l'&#233;poque anticiper que lenous ne nous faisions aucune illusion sur les tendances d&#233;mocratiques de K&#252;hlmann et de Czernin - nous ne connaissions que trop bien la nature des classes dirigeantes allemande et autrichienne - il faut n&#233;anmoins admettre franchement que nous n'avions pas pr&#233;vu &#224; l'&#233;poque que lanous ne nous faisions aucune illusion sur les tendances d&#233;mocratiques de K&#252;hlmann et de Czernin - nous ne connaissions que trop bien la nature des classes dirigeantes allemande et autrichienne - il faut n&#233;anmoins admettre franchement que nous n'avions pas pr&#233;vu &#224; l'&#233;poque que lales propositions r&#233;elles des imp&#233;rialistes allemands seraient s&#233;par&#233;es par un si large gouffre de la formule que K&#252;hlmann nous a pr&#233;sent&#233;e le 25 d&#233;cembre comme une sorte de plagiat de la r&#233;volution russe. En effet, nous ne nous attendions pas &#224; un tel comble d'impudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses des classes ouvri&#232;res en Russie ont &#233;t&#233; profond&#233;ment impressionn&#233;es par la r&#233;ponse de K&#252;hlmann. Ils y lisaient la peur des classes dirigeantes des Empires centraux face au m&#233;contentement et &#224; l'impatience croissante des masses en Allemagne. Le 28 d&#233;cembre, une gigantesque manifestation d'ouvriers et de soldats a lieu &#224; Petrograd en faveur d'une paix d&#233;mocratique. Mais le lendemain matin, nos d&#233;l&#233;gu&#233;s revinrent de Brest-Litovsk et apport&#232;rent ces revendications pr&#233;datrices que K&#252;hlmann avait pr&#233;sent&#233;es au nom des Empires centraux en guise d'interpr&#233;tation de sa soi-disant formule d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier abord, il peut para&#238;tre difficile de comprendre quelles &#233;taient exactement les attentes de la diplomatie allemande lorsqu'elle pr&#233;senta ses formules d&#233;mocratiques pour, deux ou trois jours plus tard, r&#233;v&#233;ler ses app&#233;tits brutaux. Les d&#233;bats th&#233;oriques, aussi, sur ces formules d&#233;mocratiques &#8211; pour la plupart initi&#233;s par K&#252;hlmann lui-m&#234;me &#8211; peuvent sembler avoir &#233;t&#233; une affaire plut&#244;t risqu&#233;e. Il aurait d&#251; &#234;tre clair pour eux d&#232;s le d&#233;but que sur ce champ de bataille, la diplomatie des Empires centraux ne pouvait gu&#232;re gagner de lauriers. Mais le secret de la conduite diplomatique de K&#252;hlmann &#233;tait qu'il &#233;tait profond&#233;ment convaincu que nous serions pr&#234;ts &#224; jouer en duo avec lui. La tendance de sa pens&#233;e &#233;tait approximativement la suivante : la Russie doit avoir la paix. Les bolcheviks avaient obtenu le pouvoir gr&#226;ce &#224; leur combat pour la paix. Les bolcheviks voulaient rester au pouvoir.Cela n'&#233;tait possible qu'&#224; une condition, &#224; savoir la conclusion de la paix. Certes, ils s'&#233;taient engag&#233;s dans un programme de paix d&#233;mocratique d&#233;fini. Mais &#224; quoi servaient les diplomates, sinon pour d&#233;guiser le noir en blanc ? Eux, les Allemands, faciliteraient la situation des bolcheviks en cachant leur butin et leur pillage sous une formule d&#233;mocratique. La diplomatie bolchevique aurait des raisons suffisantes pour ne pas vouloir sonder trop profond&#233;ment l'essence politique de leurs formules all&#233;chantes, ou plut&#244;t pour ne pas la r&#233;v&#233;ler aux yeux du monde. En d'autres termes, K&#252;hlmann esp&#233;rait parvenir &#224; un accord tacite avec nous. Il nous rembourserait dans notre belle formule, et nous lui donnerions l'occasion d'obtenir des provinces et des nationalit&#233;s enti&#232;res au profit des Empires Centraux sans aucune protestation de notre part.Aux yeux des classes ouvri&#232;res allemandes, donc, cette annexion violente recevrait la sanction de la R&#233;volution russe. Lorsque, au cours des n&#233;gociations, nous avons clairement indiqu&#233; que nous ne discutions pas de simples formules vides et de paravents d&#233;coratifs cachant un march&#233; secret, mais des fondements d&#233;mocratiques de la cohabitation des nations, K&#252;hlmann a pris cela pour une violation malveillante d'un accord tacite. Pour rien au monde, il ne bougerait m&#234;me d'un pouce de sa formule du 25 d&#233;cembre. S'appuyant sur sa logique bureaucratique et juridique raffin&#233;e, il fit de son mieux pour prouver au monde qu'il n'y avait aucune diff&#233;rence entre le noir et le blanc, et que ce n'&#233;tait que par notre volont&#233; malveillante que nous insistions l&#224;-dessus.nous avons pr&#233;cis&#233; qu'il ne s'agissait pas de simples formules vides et d'&#233;crans d&#233;coratifs cachant un march&#233; secret, mais des fondements d&#233;mocratiques de la cohabitation des nations, K&#252;hlmann l'a pris comme une violation malveillante d'un accord tacite. Pour rien au monde, il ne bougerait m&#234;me d'un pouce de sa formule du 25 d&#233;cembre. S'appuyant sur sa logique bureaucratique et juridique raffin&#233;e, il fit de son mieux pour prouver au monde qu'il n'y avait aucune diff&#233;rence entre le noir et le blanc, et que ce n'&#233;tait que par notre volont&#233; malveillante que nous insistions l&#224;-dessus.nous avons pr&#233;cis&#233; qu'il ne s'agissait pas de simples formules vides et d'&#233;crans d&#233;coratifs cachant un march&#233; secret, mais des fondements d&#233;mocratiques de la cohabitation des nations, K&#252;hlmann l'a pris comme une violation malveillante d'un accord tacite. Pour rien au monde, il ne bougerait m&#234;me d'un pouce de sa formule du 25 d&#233;cembre. S'appuyant sur sa logique bureaucratique et juridique raffin&#233;e, il fit de son mieux pour prouver au monde qu'il n'y avait aucune diff&#233;rence entre le noir et le blanc, et que ce n'&#233;tait que par notre volont&#233; malveillante que nous insistions l&#224;-dessus.Pour rien au monde, il ne bougerait m&#234;me d'un pouce de sa formule du 25 d&#233;cembre. S'appuyant sur sa logique bureaucratique et juridique raffin&#233;e, il fit de son mieux pour prouver au monde qu'il n'y avait aucune diff&#233;rence entre le noir et le blanc, et que ce n'&#233;tait que par notre volont&#233; malveillante que nous insistions l&#224;-dessus.Pour rien au monde, il ne bougerait m&#234;me d'un pouce de sa formule du 25 d&#233;cembre. S'appuyant sur sa logique bureaucratique et juridique raffin&#233;e, il fit de son mieux pour prouver au monde qu'il n'y avait aucune diff&#233;rence entre le noir et le blanc, et que ce n'&#233;tait que par notre volont&#233; malveillante que nous insistions l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comte Czernin, repr&#233;sentant de l'Autriche-Hongrie, joua &#224; ces n&#233;gociations un r&#244;le que personne n'appellerait impressionnant ou digne. Il seconda maladroitement et entreprit &#224; l'air des moments critiques, au nom de K&#252;hlmann, de faire les d&#233;clarations les plus violentes et les plus cyniques. Par contre, le g&#233;n&#233;ral Hoffman introduisait souvent une note des plus rafra&#238;chissantes dans les n&#233;gociations. Sans faire semblant d'avoir une grande sympathie pour les subtilit&#233;s diplomatiques de K&#252;hlmann, le g&#233;n&#233;ral Hoffman a frapp&#233; &#224; plusieurs reprises sa botte de soldat sur la table, au cours de laquelle les d&#233;bats juridiques les plus complexes ont &#233;t&#233; men&#233;s. Pour notre part, nous ne doutons pas un instant qu'&#224; ces n&#233;gociations la botte du g&#233;n&#233;ral Hoffman &#233;tait la seule r&#233;alit&#233; s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence des repr&#233;sentants de la Kieff Rada aux n&#233;gociations &#233;tait un grand atout entre les mains de K&#252;hlmann. Pour la petite bourgeoisie ukrainienne, alors au pouvoir, sa &#171; reconnaissance &#187; par les gouvernements capitalistes d'Europe semblait la chose la plus importante au monde. Au d&#233;but, la Rada avait offert ses services aux imp&#233;rialistes alli&#233;s et en avait tir&#233; de l'argent de poche. Elle envoya alors des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; Brest-Litovsk afin d'obtenir des gouvernements austro-allemands, dans le dos des peuples de Russie, la reconnaissance de leur l&#233;gitime naissance. A peine les diplomates de Kieff s'&#233;taient-ils engag&#233;s sur la voie des relations &#171; internationales &#187; qu'ils manifestaient le m&#234;me regard et le m&#234;me niveau moral qui avaient jusqu'alors caract&#233;ris&#233;s les petits politiciens balkaniques. MM. K&#252;hlmann et Czernin, bien s&#251;r,ne se faisait aucune illusion sur la solvabilit&#233; du nouveau partenaire aux n&#233;gociations. Mais ils se sont rendu compte &#224; juste titre que par la pr&#233;sence des d&#233;l&#233;gu&#233;s de Kieff, le jeu &#233;tait vou&#233; &#224; devenir plus compliqu&#233;, mais aussi plus prometteur pour eux. Lors de leur premi&#232;re apparition &#224; Brest-Litovsk, la d&#233;l&#233;gation Kieff a d&#233;fini l'Ukraine comme une partie int&#233;grante de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rale de Russie naissante. C'&#233;tait un embarras &#233;vident pour les diplomates des puissances centrales, dont le souci principal &#233;tait de faire de la R&#233;publique russe une nouvelle p&#233;ninsule balkanique. Lors de leur seconde comparution, les diplomates de la Rada ont d&#233;clar&#233;, sous la dict&#233;e de la diplomatie austro-allemande, qu'&#224; partir de ce moment l'Ukraine ne souhaitait plus faire partie de la F&#233;d&#233;ration de Russie et constituerait d&#233;sormais une R&#233;publique ind&#233;pendante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Afin de donner aux lecteurs une id&#233;e claire de la situation dans laquelle se trouvait le gouvernement sovi&#233;tique &#224; la derni&#232;re &#233;tape des n&#233;gociations de paix, je crois utile de reproduire ici les principaux passages du discours que l'auteur de ces lignes a prononc&#233;, ainsi que le commissaire du peuple aux affaires &#233;trang&#232;res, lors de la s&#233;ance du Comit&#233; ex&#233;cutif central du 27 f&#233;vrier 1918.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE DISCOURS DU COMMISSAIRE DU PEUPLE AUX AFFAIRES &#201;TRANG&#200;RES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Camarades, &#8211; la Russie des Soviets n'a pas seulement &#224; construire le nouveau, mais aussi &#224; r&#233;sumer les r&#233;sultats du pass&#233; et, dans une certaine mesure &#8211; dans une tr&#232;s large mesure m&#234;me &#8211; &#224; r&#233;gler les anciens comptes, surtout les comptes de la guerre actuelle qui dure maintenant depuis trois ans et demi. La guerre a &#233;t&#233; un test des ressources &#233;conomiques des nations bellig&#233;rantes. Le sort de la Russie, pays pauvre et arri&#233;r&#233;, &#233;tait une guerre d'usure, pr&#233;d&#233;termin&#233;e d&#232;s le d&#233;but. Dans le puissant conflit des machines militaires, le r&#244;le d&#233;cisif appartenait, en dernier ressort, &#224; la capacit&#233; des nations respectives d'adapter leur industrie dans les plus brefs d&#233;lais, et ainsi de se produire encore et encore, avec une rapidit&#233; et une rapidit&#233; sans cesse croissantes. des quantit&#233;s toujours plus importantes,les engins de destruction qui se sont us&#233;s en un rien de temps dans ce terrible massacre des nations. Au d&#233;but de la guerre, tout ou presque tous les pays, m&#234;me les plus arri&#233;r&#233;s, pouvaient &#234;tre en possession de puissants engins de destruction, puisque ces machines pouvaient &#234;tre obtenues &#224; l'&#233;tranger. Tous les pays arri&#233;r&#233;s les poss&#233;daient, y compris la Russie. Mais la guerre &#233;puise bient&#244;t son capital mort, &#224; moins qu'il ne soit constamment reconstitu&#233;. La puissance militaire de chaque pays entra&#238;n&#233; dans le tourbillon de la guerre mondiale &#233;tait mesur&#233;e par sa capacit&#233; &#224; fabriquer des armes &#224; feu, des obus et d'autres engins de destruction par ses propres moyens pendant la guerre elle-m&#234;me. Si la guerre avait d&#233;cid&#233; en tr&#232;s peu de temps la question du rapport de force, la Russie, th&#233;oriquement parlant, aurait pu sortir du c&#244;t&#233; victorieux. Mais la guerre s'&#233;ternisait,et ne l'a fait nullement par accident. Le simple fait qu'au cours du demi-si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent toute politique internationale s'&#233;tait r&#233;duite &#224; l'&#233;tablissement de ce qu'on appelle l'&#233;quilibre des forces, que l'EI, &#224; la plus grande &#233;galisation possible des forces militaires des adversaires, &#233;tait li&#233;, aux yeux de la force et la richesse des nations capitalistes modernes, pour faire de la guerre une entreprise de longue haleine. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233;, d'abord et avant tout, l'&#233;puisement des pays les plus pauvres et les moins d&#233;velopp&#233;s &#233;conomiquement.faire de la guerre une entreprise de longue haleine. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233;, d'abord et avant tout, l'&#233;puisement des pays les plus pauvres et les moins d&#233;velopp&#233;s &#233;conomiquement.faire de la guerre une entreprise de longue haleine. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233;, d'abord et avant tout, l'&#233;puisement des pays les plus pauvres et les moins d&#233;velopp&#233;s &#233;conomiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne s'est av&#233;r&#233;e &#234;tre le pays le plus puissant au sens militaire, en raison du puissant d&#233;veloppement de son industrie et de la nouvelle structure rationnelle et moderne de cette industrie &#224; c&#244;t&#233; de la structure archa&#239;que de son &#201;tat. La France, avec son syst&#232;me &#233;conomique largement bas&#233; sur la petite production, s'est av&#233;r&#233;e tr&#232;s en retard sur l'Allemagne, tandis que m&#234;me un empire colonial aussi puissant que l'Angleterre s'est montr&#233; plus faible que l'Allemagne, en raison du caract&#232;re plus conservateur et routinier de ses industries. Lorsque la volont&#233; de l'Histoire a somm&#233; la Russie r&#233;volutionnaire d'engager des n&#233;gociations de paix, nous n'avions aucun doute que, faute d'intervention de la puissance d&#233;cisive du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire mondial, nous devions payer int&#233;gralement plus de trois ans et demi de guerre.Nous savions parfaitement que l'imp&#233;rialisme allemand &#233;tait un ennemi impr&#233;gn&#233; de la conscience de sa propre force colossale, telle qu'elle s'est manifest&#233;e de mani&#232;re si flagrante dans la guerre actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les arguments des cliques bourgeoises qui ne cessent de nous dire que nous aurions &#233;t&#233; incomparablement plus forts si nous avions men&#233; nos n&#233;gociations de paix avec nos alli&#233;s sont fondamentalement faux. Si nous devions poursuivre, dans un avenir lointain, les n&#233;gociations de paix avec les Alli&#233;s, nous aurions d&#251;, en premier lieu, continuer la guerre ; mais vu comment notre pays &#233;tait &#233;puis&#233; et affaibli, sa continuation, non sa cessation, aurait conduit &#224; un &#233;puisement et &#224; une ruine suppl&#233;mentaires. Nous aurions donc d&#251; payer la facture de la guerre dans des conditions encore plus d&#233;favorables pour nous. M&#234;me si le camp auquel la Russie avait adh&#233;r&#233; &#224; cause des intrigues internationales du tsarisme et de la bourgeoisie - le camp, c'est-&#224;-dire&#224; la t&#234;te de laquelle se trouve la Grande-Bretagne - devrait sortir de la guerre tout &#224; fait victorieuse (en admettant pour le moment cette &#233;ventualit&#233; assez improbable), il ne s'ensuit pas, camarades, que notre pays serait &#233;galement sorti vainqueur, puisque la Russie, &#224; l'int&#233;rieur de cette camp victorieux, aurait &#233;t&#233; encore plus &#233;puis&#233; et ruin&#233; par la longue guerre qu'il ne l'est maintenant. Les ma&#238;tres de ce camp, qui auraient r&#233;colt&#233; tous les fruits de la victoire, c'est-&#224;-dire l'Angleterre et l'Am&#233;rique, auraient, dans leur traitement de notre pays, fait preuve des m&#234;mes m&#233;thodes que celles employ&#233;es par l'Allemagne lors des n&#233;gociations de paix. Il serait absurde et pu&#233;ril, en &#233;valuant la politique des pays imp&#233;rialistes, de partir d'autres pr&#233;misses que leur pur int&#233;r&#234;t et leur force mat&#233;rielle. Par cons&#233;quent, si nous, en tant que nation,sommes maintenant affaiblis face au monde imp&#233;rialiste, nous le sommes. non pas parce que nous avons rompu avec le cercle ardent de la guerre apr&#232;s avoir auparavant secou&#233; les cha&#238;nes des obligations militaires internationales - non, nous sommes affaiblis par la m&#234;me politique du tsarisme et des classes bourgeoises contre lesquelles nous nous sommes battus, en tant que parti r&#233;volutionnaire, &#224; la fois avant et pendant la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous souvenez, camarades, des conditions dans lesquelles nos d&#233;l&#233;gu&#233;s se sont rendus la derni&#232;re fois &#224; Brest-Litovsk, en direct d'une des s&#233;ances du IIIe Congr&#232;s panrusse des soviets. Nous vous avions alors inform&#233; de l'&#233;tat des n&#233;gociations et des exigences de l'ennemi. Ces demandes, comme vous vous en souvenez sans doute, &#233;quivalaient &#224; des revendications annexionnistes d&#233;guis&#233;es, ou plut&#244;t &#224; moiti&#233; d&#233;guis&#233;es, sur la Lituanie, la Courlande, une partie de la Livonie, les &#238;les du Son de la Lune, et une indemnit&#233; &#224; moiti&#233; masqu&#233;e que nous avons ensuite calcul&#233;e &#224; six &#224; huit ou m&#234;me dix milliards de roubles. Dans l'intervalle, qui dura dix jours,de graves troubles &#233;clat&#232;rent en Autriche et des gr&#232;ves eurent lieu parmi les masses laborieuses - le premier acte de reconnaissance de nos m&#233;thodes de conduite des n&#233;gociations de paix de la part du prol&#233;tariat des puissances centrales face aux exigences annexionnistes de l'imp&#233;rialisme allemand. Comme sont mis&#233;rables les all&#233;gations de la presse bourgeoise, selon lesquelles il nous a fallu deux mois de conversation avec K&#252;hlmann avant de d&#233;couvrir que les imp&#233;rialistes allemands exigeraient des termes de voleurs. Non, nous le savions avant. Mais nous avons essay&#233; de faire de nos &#171; conversations &#187; avec les repr&#233;sentants de l'imp&#233;rialisme allemand un moyen de renforcer les forces qui luttaient contre lui. Nous n'avons promis &#224; cet &#233;gard aucun miracle,mais nous affirmions que notre voie &#233;tait la seule voie encore &#224; la disposition de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire pour assurer les chances de son d&#233;veloppement ult&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On peut se plaindre que le prol&#233;tariat des autres pays, en particulier des Empires centraux, passe trop lentement &#224; une lutte r&#233;volutionnaire ouverte. Oui, le rythme de son avance est beaucoup trop lent. Mais en Autriche-Hongrie nous avons assist&#233; &#224; un mouvement qui a pris les proportions d'un &#233;v&#233;nement national et qui a &#233;t&#233; le r&#233;sultat direct et imm&#233;diat des n&#233;gociations de Brest-Litovsk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de partir d'ici, nous avons discut&#233; de la question ensemble, et nous avons dit que nous n'avions aucune raison de croire que cette vague balayerait le militarisme austro-hongrois. Si nous avions &#233;t&#233; convaincus du contraire, nous aurions certainement donn&#233; l'engagement si vivement demand&#233; de nous par certaines personnes, &#224; savoir que nous ne signerions jamais un trait&#233; s&#233;par&#233; avec l'Allemagne. J'ai dit &#224; l'&#233;poque qu'il nous &#233;tait impossible de prendre un tel engagement, car cela aurait &#233;t&#233; &#233;quivalent &#224; nous engager &#224; vaincre l'imp&#233;rialisme allemand. Nous n'avions pas le secret d'une telle victoire entre nos mains, et dans la mesure o&#249; nous ne pouvions pas nous engager &#224; changer l'&#233;quilibre et la corr&#233;lation des puissances du monde dans un tr&#232;s court laps de temps, nous avons d&#233;clar&#233; ouvertement et honn&#234;tement que le gouvernement r&#233;volutionnaire pourrait , dans certaines circonstances,&#234;tre oblig&#233; d'accepter une paix annexionniste. Car non pas l'acceptation d'une paix impos&#233;e par le cours des &#233;v&#233;nements, mais une tentative de cacher son caract&#232;re pr&#233;dateur &#224; notre propre peuple aurait &#233;t&#233; le d&#233;but de la fin du gouvernement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, nous signalions que nous partions pour Brest afin de continuer les n&#233;gociations dans des circonstances qui nous devenaient apparemment plus favorables et moins avantageuses pour nos adversaires. Nous observions les &#233;v&#233;nements en Autriche-Hongrie, et diverses circonstances nous ont fait penser que, comme l'ont laiss&#233; entendre des porte-parole socialistes au Reichstag, l'Allemagne &#233;tait &#224; la veille d'&#233;v&#233;nements similaires. Telles &#233;taient nos esp&#233;rances, et puis, au cours des premiers jours de notre nouveau s&#233;jour &#224; Brest, la radio nous apporta via Vilna la premi&#232;re nouvelle qu'un formidable mouvement de gr&#232;ve avait &#233;clat&#233; &#224; Berlin, qui, comme le mouvement en Autriche-Hongrie, &#233;tait le r&#233;sultat direct des n&#233;gociations de Brest-Litovsk. Mais, comme il arrive souvent, en raison du caract&#232;re &#171; dialectique &#187;, &#224; double tranchant, de la lutte des classes,c'est pr&#233;cis&#233;ment ce basculement puissant du mouvement prol&#233;tarien, tel que l'Allemagne n'en avait jamais vu auparavant, qui a r&#233;veill&#233; les classes poss&#233;dantes et les a amen&#233;es &#224; resserrer leurs rangs et &#224; adopter une attitude plus inconciliable. Les classes dirigeantes allemandes ne sont que trop impr&#233;gn&#233;es de l'instinct de conservation, et elles ont compris que toute concession, m&#234;me partielle, dans de telles circonstances, alors qu'elles &#233;taient press&#233;es par les masses de leur propre peuple, aurait &#233;t&#233; &#233;quivalente &#224; une capitulation devant l'id&#233;e de r&#233;volution. C'est pourquoi, apr&#232;s la premi&#232;re p&#233;riode de conf&#233;rences, alors que K&#252;hlmann avait d&#233;lib&#233;r&#233;ment retard&#233; les n&#233;gociations soit en ajournant les s&#233;ances, soit en les gaspillant sur des questions de forme mineures, il se sentit, d&#232;s que la gr&#232;ve fut r&#233;prim&#233;e et ses ma&#238;tres, , &#233;taient pour le moment hors de danger,il reprit ses vieux accents de pleine assurance et redoubla d'agressivit&#233;. Nos n&#233;gociations se sont compliqu&#233;es du fait de la participation de la Kieff Rada. Nous avons rapport&#233; les faits de l'affaire la derni&#232;re fois. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Rada font leur apparition &#224; un moment o&#249; la Rada repr&#233;sente encore une organisation assez forte en Ukraine et o&#249; l'issue de la lutte n'est pas encore tranch&#233;e. Juste &#224; ce moment-l&#224;, nous f&#238;mes &#224; la Rada une offre officielle pour conclure avec nous un accord d&#233;finitif, dont le terme principal &#233;tait notre demande que la Rada proclame Kaledin et Korniloff ennemis de la R&#233;volution et s'abstienne de s'immiscer dans notre combat contre eux. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Kieff sont arriv&#233;s au moment o&#249; nous caressions l'espoir de nous mettre d'accord avec lui sur les deux fronts.Nous avions d&#233;j&#224; clairement indiqu&#233; &#224; la Rada que tant qu'elle &#233;tait reconnue par le peuple ukrainien, nous devions l'admettre aux n&#233;gociations en tant que membre ind&#233;pendant de la Conf&#233;rence. Mais &#224; mesure que les choses se d&#233;veloppaient en Russie et en Ukraine, et que l'antagonisme entre les masses d&#233;mocratiques et la Rada devenait de plus en plus profond, la disposition de la Rada augmentait &#233;galement &#224; conclure toute sorte de paix avec les puissances centrales, et, si n&#233;cessaire , pour inviter l'imp&#233;rialisme allemand &#224; intervenir dans les affaires int&#233;rieures de la R&#233;publique ukrainienne afin de soutenir la Rada contre la r&#233;volution russe.et l'antagonisme entre les masses d&#233;mocratiques et la Rada devenait de plus en plus profond, la disposition de la Rada augmentait &#233;galement pour conclure toute sorte de paix avec les puissances centrales, et, si n&#233;cessaire, pour inviter l'imp&#233;rialisme allemand &#224; intervenir dans les affaires int&#233;rieures de la R&#233;publique ukrainienne afin de soutenir la Rada contre la r&#233;volution russe.et l'antagonisme entre les masses d&#233;mocratiques et la Rada devenait de plus en plus profond, la disposition de la Rada augmentait &#233;galement pour conclure toute sorte de paix avec les puissances centrales, et, si n&#233;cessaire, pour inviter l'imp&#233;rialisme allemand &#224; intervenir dans les affaires int&#233;rieures de la R&#233;publique ukrainienne afin de soutenir la Rada contre la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 f&#233;vrier, nous avons appris que les n&#233;gociations de paix entre la Rada et les puissances centrales s'&#233;taient achev&#233;es avec succ&#232;s dans notre dos. Le 9 f&#233;vrier &#233;tait l'anniversaire du prince L&#233;opold de Bavi&#232;re et, comme c'est la coutume dans les pays monarchiques, l'acte solennel et historique de la signature du trait&#233; a &#233;t&#233; fix&#233; pour ce jour de f&#234;te - avec l'accord ou non de la Rada, nous ne le savons pas. Le g&#233;n&#233;ral Hoffman fit tirer un salut de l'artillerie en l'honneur de L&#233;opold de Bavi&#232;re, apr&#232;s avoir pr&#233;alablement demand&#233; aux Ukrainiens la permission de le faire, car, selon ce trait&#233;, Brest-Litovsk avait &#233;t&#233; incorpor&#233;e &#224; l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, au moment m&#234;me o&#249; le g&#233;n&#233;ral Hoffman demandait &#224; la Kieff Rada l'autorisation de tirer un salut en l'honneur du prince L&#233;opold, les &#233;v&#233;nements avaient tellement avanc&#233; qu'&#224; l'exception de Brest-Litovsk, peu de territoire restait sous l'autorit&#233; de la Rada. . Forts des t&#233;l&#233;grammes que nous avions re&#231;us de P&#233;trograd, nous informions officiellement les d&#233;l&#233;gu&#233;s des puissances centrales que la Kieff Rada n'existait plus, ce qui n'&#233;tait pas sans importance pour le cours des n&#233;gociations de paix. Nous avons propos&#233; au comte Czernin d'envoyer des repr&#233;sentants, accompagn&#233;s de nos officiers, sur le territoire de l'Ukraine afin de voir sur place si son co-associ&#233;, le Kieff Rada, existait encore ou non. Czernin a d'abord sembl&#233; sauter &#224; l'id&#233;e,mais lorsque nous pos&#226;mes la question de savoir si le trait&#233; avec la d&#233;l&#233;gation de Kieff ne serait sign&#233; qu'apr&#232;s le retour de ses messagers ou non, il commen&#231;a &#224; h&#233;siter et promit de consulter K4llhmann, et l'ayant fait, nous envoya une r&#233;ponse n&#233;gative. C'&#233;tait le 8 f&#233;vrier, et le lendemain ils furent oblig&#233;s de signer le trait&#233;. Cela n'a subi aucun retard, non seulement &#224; cause de l'anniversaire du prince L&#233;opold, mais aussi &#224; cause d'une circonstance plus grave, que, bien s&#251;r, K&#252;hlmann avait expliqu&#233;e &#224; Czernin : &#171; Si nous envoyons nos repr&#233;sentants en Ukraine maintenant, ils d&#233;couvriront peut-&#234;tre que la Rada n'existe plus, et alors nous n'aurions &#224; faire face qu'aux d&#233;l&#233;gu&#233;s russes ; ce qui, bien s&#251;r, contrecarrerait grandement nos chances de n&#233;gocier. &#187; Les d&#233;l&#233;gu&#233;s austro-hongrois nous ont dit : &#171; Laissons de c&#244;t&#233; la question des principes,placez le probl&#232;me sur une base pratique &#8211; alors les d&#233;l&#233;gu&#233;s allemands essaieront de vous rencontrer. Il est impossible que les Allemands veuillent continuer la guerre pour le bien, par exemple, des &#238;les du Son de la Lune, si vous formulez plus concr&#232;tement vos revendications... l'attitude de vos coll&#232;gues, les d&#233;l&#233;gu&#233;s allemands. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, nous avons discut&#233; de la question du droit &#224; l'autod&#233;termination des Lituaniens, des Polonais, des Lettons, des Esthoniens, etc., et avons &#233;lucid&#233; le fait qu'il n'y a aucune chance pour l'autod&#233;termination de ces petites nations. Voyons maintenant quel type d'autod&#233;termination vous avez l'intention d'attribuer au peuple russe, et quels sont les plans et dispositifs militaires strat&#233;giques derri&#232;re votre prise des &#238;les de la Lune. Les &#238;les de la Lune, faisant partie de la R&#233;publique esthonienne,en tant que possession de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rale de Russie, ont une valeur d&#233;fensive, tandis qu'entre les mains de l'Allemagne, ils sont des moyens d'offensive et constituent une menace pour les centres les plus vitaux de notre pays, en particulier pour P&#233;trograd. Mais, bien s&#251;r, Hoffman n'avait pas la moindre intention de faire des concessions. Puis vint le moment d&#233;cisif. Nous ne pouvions pas d&#233;clarer la guerre &#8211; nous &#233;tions trop faibles. L'arm&#233;e &#233;tait dans un &#233;tat de compl&#232;te dissolution interne. Pour sauver notre pays de la ruine, il fallait r&#233;tablir l'organisation int&#233;rieure des masses laborieuses. Cette union morale ne pouvait s'&#233;tablir que par un travail constructif dans les villages, &#224; l'atelier et &#224; l'usine. Les masses, qui avaient travers&#233; les souffrances colossales et les exp&#233;riences catastrophiques de la guerre, devaient &#234;tre ramen&#233;es aux champs et aux usines,o&#249; ils pourraient &#234;tre rajeunis moralement et physiquement par le travail et ainsi &#234;tre en mesure de cr&#233;er la discipline interne n&#233;cessaire. Il n'y avait pas d'autre voie de salut pour notre pays, qui devait payer le prix des p&#233;ch&#233;s commis par le tsarisme et la bourgeoisie. Nous avons &#233;t&#233; forc&#233;s de sortir de la guerre et de sortir notre arm&#233;e du massacre. En m&#234;me temps, nous d&#233;clarions sans d&#233;tour &#224; l'imp&#233;rialisme allemand : &#171; Les conditions de paix que vous nous forcez &#224; accepter sont celles de la violence et du pillage. Nous ne pouvons pas vous permettre, diplomates, de dire aux ouvriers allemands : &#171; Vous avez qualifi&#233; nos revendications d'annexionnistes ; regardez ici, ces demandes ont &#233;t&#233; sign&#233;es par la r&#233;volution russe ! Oui, nous sommes faibles, 'nous ne pouvons pas nous battre actuellement,mais nous avons assez de courage r&#233;volutionnaire pour vous dire que nous ne signerons jamais de notre plein gr&#233; les termes que vous &#233;crivez avec votre &#233;p&#233;e sur les corps des peuples vivants. Nous avons refus&#233; de donner nos signatures, et je crois, camarades, que nous avons agi comme nous aurions d&#251; agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades, je ne veux pas dire qu'une nouvelle avanc&#233;e des Allemands contre nous est hors de question. Une telle d&#233;claration serait trop risqu&#233;e, compte tenu de la puissance du Parti imp&#233;rialiste allemand. Mais je pense que par la position que nous avons prise sur la question, nous avons fait de toute avanc&#233;e une affaire tr&#232;s embarrassante pour les militaristes allemands. Que se passerait-il s'ils devaient n&#233;anmoins avancer ? Il n'y a qu'une seule r&#233;ponse &#224; cette question. S'il est encore possible d'&#233;lever l'esprit dans les &#233;l&#233;ments les plus r&#233;volutionnaires et les plus sains de notre pays &#233;puis&#233;, r&#233;duit qu'il est &#224; des d&#233;troits d&#233;sesp&#233;r&#233;s, s'il est encore possible &#224; la Russie de se lever pour la d&#233;fense de notre R&#233;volution et des territoires de la R&#233;volution , cela n'est possible qu'en raison de la situation actuelle, en raison de notre sortie de guerre et de notre refus de signer le trait&#233; de paix.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA SECONDE GUERRE ET LA SIGNATURE DE LA PAIX.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement allemand, pendant les premiers jours qui suivirent la rupture des n&#233;gociations, h&#233;sita, incertain quant &#224; la marche &#224; suivre. choisir. Les politiciens et les diplomates pensaient apparemment que l'essentiel &#233;tait accompli et qu'il n'y avait pas lieu de courir apr&#232;s nos signatures. Les militaires, cependant, &#233;taient en toutes circonstances pr&#234;ts &#224; briser le cadre trac&#233; par le gouvernement allemand dans le trait&#233; de Brest-Litovsk. Le professeur Kriege, conseiller de la d&#233;l&#233;gation allemande, d&#233;clara &#224; l'un de nos d&#233;l&#233;gu&#233;s que, dans les conditions actuelles, il ne pouvait &#234;tre question d'une nouvelle offensive allemande contre la Russie. Le comte Mirbach, alors &#224; la t&#234;te de la mission allemande en Russie, partit pour Berlin nous assurant qu'un accord satisfaisant sur l'&#233;change de prisonniers avait &#233;t&#233; trouv&#233;. Mais tout cela n'a pas emp&#234;ch&#233; le g&#233;n&#233;ral Hoffman d'annoncer,le cinqui&#232;me jour apr&#232;s la rupture des n&#233;gociations, la fin de l'armistice, le pr&#233;avis de sept jours &#233;tant anticip&#233; par lui du jour de la derni&#232;re s&#233;ance &#224; Brest. Il serait vraiment d&#233;plac&#233; de perdre du temps ici, dans une juste indignation devant cet acte d&#233;shonorant, car il n'est que conforme &#224; la morale diplomatique et militaire g&#233;n&#233;rale de toutes les classes dirigeantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle offensive allemande se d&#233;veloppa dans des conditions mortelles pour la Russie. Au lieu de l'avertissement convenu de sept jours, nous n'avions que deux jours. Cela s&#232;me la panique dans les rangs de l'arm&#233;e, d&#233;j&#224; en &#233;tat de dissolution chronique. Il ne pouvait gu&#232;re &#234;tre question de r&#233;sistance. Les soldats ne croiraient pas que les Allemands avanceraient, apr&#232;s que nous ayons d&#233;clar&#233; la fin de l'&#233;tat de guerre. La retraite affol&#233;e paralysa m&#234;me la volont&#233; de ces r&#233;giments individuels qui &#233;taient pr&#234;ts &#224; prendre des positions de combat. Dans les quartiers ouvriers de P&#233;trograd et de Moscou, l'indignation contre l'attaque allemande tra&#238;tresse et v&#233;ritablement flibuste ne connaissait pas de limites. Les ouvriers &#233;taient pr&#234;ts, en ces jours et ces nuits tragiques, &#224; s'enr&#244;ler dans l'arm&#233;e par dizaines de milliers. Mais l'organisation n&#233;cessaire &#233;tait loin derri&#232;re.Des d&#233;tachements de gu&#233;rilla individuels, pleins d'enthousiasme, ont per&#231;u leur impuissance lors de la premi&#232;re rencontre s&#233;rieuse avec les troupes r&#233;guli&#232;res allemandes, et cela a &#233;t&#233;, bien s&#251;r, suivi d'une nouvelle d&#233;pression des esprits. La vieille arm&#233;e, jadis mortellement bless&#233;e, tombait en morceaux et ne faisait que bloquer tous les chemins et d&#233;tours. La nouvelle arm&#233;e, au contraire, se levait beaucoup trop lentement au milieu de l'&#233;puisement g&#233;n&#233;ral et de la terrible dislocation de l'industrie et des transports. Le seul v&#233;ritable obstacle s&#233;rieux sur le chemin de l'avance allemande &#233;tait les distances &#233;normes.et ne faisait que bloquer tous les chemins et d&#233;tours. La nouvelle arm&#233;e, au contraire, se levait beaucoup trop lentement au milieu de l'&#233;puisement g&#233;n&#233;ral et de la terrible dislocation de l'industrie et des transports. Le seul v&#233;ritable obstacle s&#233;rieux sur le chemin de l'avance allemande &#233;tait les distances &#233;normes.et ne faisait que bloquer tous les chemins et d&#233;tours. La nouvelle arm&#233;e, au contraire, se levait beaucoup trop lentement au milieu de l'&#233;puisement g&#233;n&#233;ral et de la terrible dislocation de l'industrie et des transports. Le seul v&#233;ritable obstacle s&#233;rieux sur le chemin de l'avance allemande &#233;tait les distances &#233;normes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Autriche-Hongrie avait les yeux riv&#233;s principalement sur l'Ukraine. Par l'interm&#233;diaire de ses d&#233;l&#233;gu&#233;s, la Rada avait demand&#233; directement aux empires centraux une aide militaire contre les Sovi&#233;tiques, qui avaient alors obtenu une victoire compl&#232;te dans toute l'Ukraine. C'est ainsi que la d&#233;mocratie bourgeoise ukrainienne, dans sa lutte contre les ouvriers et les paysans les plus pauvres, avait volontairement ouvert les portes &#224; l'invasion &#233;trang&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#234;me temps, le gouvernement de Svinhufvud cherchait l'aide des ba&#239;onnettes allemandes contre le prol&#233;tariat finlandais. Le militarisme allemand assumait tr&#232;s ouvertement, face au monde entier, le r&#244;le de bourreau de la r&#233;volution ouvri&#232;re et paysanne russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rangs de notre parti s'&#233;leva une vive discussion sur la question de savoir si nous devions, dans de telles conditions, nous soumettre &#224; l'ultimatum allemand et signer un nouveau trait&#233; qui, nous en &#233;tions tous bien convaincus, contiendrait des conditions bien plus on&#233;reuses que celles que nous avait &#233;t&#233; offert &#224; Brest-Litovsk. Les repr&#233;sentants d'une &#233;cole de pens&#233;e consid&#233;raient qu'&#224; l'heure actuelle, alors que les Allemands intervenaient effectivement dans les luttes internes sur le territoire de la R&#233;publique russe, il &#233;tait impensable de faire la paix dans une partie de la Russie et de rester passif tandis que dans le nord et au sud, les troupes allemandes instituaient un r&#233;gime de dictature bourgeoise. Une autre &#233;cole de pens&#233;e, &#224; la t&#234;te de laquelle se tenait L&#233;nine, soutenait que chaque intervalle, chaque r&#233;pit, aussi court soit-il,serait de la plus grande valeur pour la consolidation int&#233;rieure de la Russie et pour la restauration de sa capacit&#233; d'autod&#233;fense. Apr&#232;s que notre incapacit&#233; absolue &#224; nous d&#233;fendre &#224; l'heure actuelle contre les attaques de l'ennemi ait &#233;t&#233; si tragiquement d&#233;montr&#233;e devant tout le pays et le monde entier, notre conclusion de la paix serait comprise partout comme un acte impos&#233; par la cruelle loi de la corr&#233;lation des forces. Ce serait de la pure pu&#233;rilit&#233; que de fonder notre action sur une morale r&#233;volutionnaire abstraite. La question n'&#233;tait pas de savoir comment p&#233;rir avec honneur, mais comment, en fin de compte, nous pourrions vivre jusqu'&#224; la victoire. La r&#233;volution russe veut vivre, doit vivre,et doit par tous les moyens refuser d'&#234;tre entra&#238;n&#233;e dans la bataille bien au-del&#224; de ses forces, elle doit gagner du temps dans l'espoir que le mouvement r&#233;volutionnaire en Occident viendrait &#224; son secours. L'imp&#233;rialisme allemand &#233;tait toujours en prise &#233;troite et f&#233;roce avec le militarisme britannique et am&#233;ricain. Ce n'est que pour cette raison qu'il fut possible de conclure la paix entre l'Allemagne et la Russie. Nous ne devons pas laisser passer cette opportunit&#233;. Le bien-&#234;tre de la R&#233;volution &#233;tait la loi supr&#234;me. Nous devons accepter la paix que nous n'avons pas os&#233; refuser, nous devons gagner du temps pour un travail intensif &#224; l'int&#233;rieur, y compris la reconstruction de notre arm&#233;e.Le bien-&#234;tre de la R&#233;volution &#233;tait la loi supr&#234;me. Nous devons accepter la paix que nous n'avons pas os&#233; refuser, nous devons gagner du temps pour un travail intensif &#224; l'int&#233;rieur, y compris la reconstruction de notre arm&#233;e.Le bien-&#234;tre de la R&#233;volution &#233;tait la loi supr&#234;me. Nous devons accepter la paix que nous n'avons pas os&#233; refuser, nous devons gagner du temps pour un travail intensif &#224; l'int&#233;rieur, y compris la reconstruction de notre arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Congr&#232;s du Parti communiste, comme au IVe Congr&#232;s des Soviets, les partisans de la paix &#233;taient majoritaires. Beaucoup de ceux qui, en janvier, s'&#233;taient oppos&#233;s &#224; la signature du trait&#233; de paix de Brest sont d&#233;sormais favorables &#224; la paix. &#171; A cette &#233;poque, disaient-ils, notre signature aurait &#233;t&#233; comprise par les ouvriers anglais et fran&#231;ais comme une mis&#233;rable capitulation sans aucune tentative pour l'&#233;viter ; m&#234;me les insinuations basses des chauvins anglo-fran&#231;ais au sujet d'un accord secret entre le gouvernement sovi&#233;tique et les Allemands auraient pu &#234;tre quelque peu accept&#233;es par certaines sections des travailleurs d'Europe occidentale, si nous avions alors sign&#233; le trait&#233; de paix. Mais apr&#232;s notre refus de signer, apr&#232;s la nouvelle offensive allemande contre nous, apr&#232;s notre tentative de r&#233;sistance,apr&#232;s que notre faiblesse militaire aura &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;e au monde entier avec une si affreuse clart&#233;, personne n'osera nous reprocher d'avoir capitul&#233; sans lutter. Le trait&#233; de Brest-Litovsk, la deuxi&#232;me &#233;dition, plus on&#233;reuse, fut d&#251;ment sign&#233; et ratifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, en Ukraine et en Finlande, les bourreaux poursuivaient leur sombre besogne, mena&#231;ant de plus en plus les centres les plus vitaux de la Grande Russie. Ainsi, la question de l'existence m&#234;me de la Russie en tant que pays ind&#233;pendant est devenue indissolublement li&#233;e &#224; la question d'une r&#233;volution europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CONCLUSION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsque notre parti prenait les r&#234;nes du gouvernement, nous savions d'avance &#171; quelles difficult&#233;s nous devions sans doute rencontrer sur notre chemin. &#201;conomiquement, le pays avait &#233;t&#233; &#233;puis&#233; par la guerre au dernier degr&#233;. La R&#233;volution avait d&#233;truit l'ancien appareil administratif sans avoir eu l'occasion d'en cr&#233;er un nouveau &#224; sa place. Des millions d'ouvriers avaient &#233;t&#233; arrach&#233;s de force &#224; la vie &#233;conomique du pays, jet&#233;s hors de leur classe et bris&#233;s moralement et mentalement par trois ann&#233;es de guerre. Une industrie de guerre colossale sur des bases &#233;conomiques insuffisamment d&#233;velopp&#233;es avait aspir&#233; les forces vives de la nation, et sa d&#233;mobilisation pr&#233;sentait les plus grandes difficult&#233;s. Les ph&#233;nom&#232;nes ins&#233;parables de l'anarchie &#233;conomique et politique s'&#233;taient largement r&#233;pandus dans tout le pays.La paysannerie russe &#233;tait depuis des si&#232;cles soud&#233;e par la discipline barbare du pays et courb&#233;e d'en haut par la discipline de fer du tsarisme. L'&#233;tat de notre d&#233;veloppement &#233;conomique avait min&#233; une discipline et la R&#233;volution d&#233;truit l'autre. Psychologiquement, la R&#233;volution signifiait un &#233;veil de l'individualit&#233; humaine dans les masses paysannes. La forme anarchique sous laquelle ce r&#233;veil s'est exprim&#233; n'&#233;tait que le r&#233;sultat in&#233;vitable de la r&#233;pression pr&#233;c&#233;dente. Il ne sera possible d'arriver &#224; l'&#233;tablissement d'un nouvel ordre de choses, fond&#233; sur le contr&#244;le de la production par les producteurs eux-m&#234;mes, que par une d&#233;livrance int&#233;rieure g&#233;n&#233;rale des formes anarchiques de la R&#233;volution.L'&#233;tat de notre d&#233;veloppement &#233;conomique avait min&#233; une discipline et la R&#233;volution d&#233;truit l'autre. Psychologiquement, la R&#233;volution signifiait un &#233;veil de l'individualit&#233; humaine dans les masses paysannes. La forme anarchique sous laquelle ce r&#233;veil s'est exprim&#233; n'&#233;tait que le r&#233;sultat in&#233;vitable de la r&#233;pression pr&#233;c&#233;dente. Il ne sera possible d'arriver &#224; l'&#233;tablissement d'un nouvel ordre de choses, fond&#233; sur le contr&#244;le de la production par les producteurs eux-m&#234;mes, que par une d&#233;livrance int&#233;rieure g&#233;n&#233;rale des formes anarchiques de la R&#233;volution.L'&#233;tat de notre d&#233;veloppement &#233;conomique avait min&#233; une discipline et la R&#233;volution d&#233;truit l'autre. Psychologiquement, la R&#233;volution signifiait un &#233;veil de l'individualit&#233; humaine dans les masses paysannes. La forme anarchique sous laquelle ce r&#233;veil s'est exprim&#233; n'&#233;tait que le r&#233;sultat in&#233;vitable de la r&#233;pression pr&#233;c&#233;dente. Il ne sera possible d'arriver &#224; l'&#233;tablissement d'un nouvel ordre de choses, fond&#233; sur le contr&#244;le de la production par les producteurs eux-m&#234;mes, que par une d&#233;livrance int&#233;rieure g&#233;n&#233;rale des formes anarchiques de la R&#233;volution.Il ne sera possible d'arriver &#224; l'&#233;tablissement d'un nouvel ordre de choses, fond&#233; sur le contr&#244;le de la production par les producteurs eux-m&#234;mes, que par une d&#233;livrance int&#233;rieure g&#233;n&#233;rale des formes anarchiques de la R&#233;volution.Il ne sera possible d'arriver &#224; l'&#233;tablissement d'un nouvel ordre de choses, fond&#233; sur le contr&#244;le de la production par les producteurs eux-m&#234;mes, que par une d&#233;livrance int&#233;rieure g&#233;n&#233;rale des formes anarchiques de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les classes poss&#233;dantes, bien qu'&#233;vinc&#233;es de force, refusent d'abandonner leurs positions sans combattre. La R&#233;volution a pos&#233; sous une forme aigu&#235; la question de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la terre et des moyens de production, c'est-&#224;-dire la question. de la vie et de la mort des classes exploiteuses. Politiquement, cela signifie une guerre civile constante &#8211; parfois secr&#232;te, parfois ouverte &#8211; am&#232;re. A son tour, la guerre civile entra&#238;ne n&#233;cessairement dans le mouvement des masses laborieuses des tendances anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de la dislocation de la finance, de l'industrie, des transports et de l'approvisionnement alimentaire, une guerre civile prolong&#233;e, par cons&#233;quent, ne manquera pas de causer des difficult&#233;s gigantesques sur la voie du travail constructif de l'organisation. N&#233;anmoins, le r&#233;gime sovi&#233;tique a parfaitement le droit d'envisager l'avenir avec confiance. Seul un inventaire exact des ressources du pays ; seulement un plan national universel d'organisation de la production ; seule une distribution prudente et &#233;conomique de tous les produits peut sauver le pays. Et ce n'est que du socialisme. Soit une descente &#224; l'&#233;tat de simple colonie, soit une transformation socialiste, telle est l'alternative qui se pr&#233;sente &#224; notre pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette guerre a sap&#233; les fondements de tout le monde capitaliste, et c'est en cela que r&#233;side notre force invincible. L'anneau imp&#233;rialiste qui nous &#233;touffe sera bris&#233; par une r&#233;volution prol&#233;tarienne. Nous n'en doutons pas plus un instant que nous n'avons jamais dout&#233; de la chute finale de Tsardorn pendant les longues d&#233;cennies de notre travail souterrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutter, resserrer nos rangs, instaurer une discipline du travail et un ordre socialiste, augmenter la productivit&#233; du travail, et ne pas &#234;tre rebut&#233; par aucun obstacle, tel est notre mot d'ordre. L'histoire travaille pour nous. Une r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe et en Am&#233;rique &#233;clatera t&#244;t ou tard, et elle lib&#233;rera non seulement l'Ukraine, la Pologne, la Lituanie, la Courlande et la Finlande, mais toute l'humanit&#233; souffrante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jamais L&#233;nine et Trotsky n'ont pr&#233;tendu que la prise du pouvoir du prol&#233;tariat en Russie inaugurait l'av&#232;nement du socialisme</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8489</link>
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		<dc:date>2024-12-31T23:53:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
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		<dc:subject>Socialisme - Socialism</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Jamais L&#233;nine et Trotsky n'ont pr&#233;tendu que la prise du pouvoir du prol&#233;tariat en Russie inaugurait l'av&#232;nement du socialisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Roger Dangeville dans &#171; Le syndicalisme pour Marx et Engels &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Jusqu'en 1926, date de la th&#233;orie du socialisme dans un seul pays, il n'&#233;tait pas question que l'&#233;conomie russe f&#251;t socialiste puisqu'elle utilisait la monnaie, les salaires, l'accumulation &#233;largie, le march&#233; et m&#234;me de larges secteurs de production pr&#233;capitalistes. Il n'y avait l&#224; rien d'anormal, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jamais L&#233;nine et Trotsky n'ont pr&#233;tendu que la prise du pouvoir du prol&#233;tariat en Russie inaugurait l'av&#232;nement du socialisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Roger Dangeville dans &#171; Le syndicalisme pour Marx et Engels &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Jusqu'en 1926, date de la th&#233;orie du socialisme dans un seul pays, il n'&#233;tait pas question que l'&#233;conomie russe f&#251;t socialiste puisqu'elle utilisait la monnaie, les salaires, l'accumulation &#233;largie, le march&#233; et m&#234;me de larges secteurs de production pr&#233;capitalistes. Il n'y avait l&#224; rien d'anormal, puisque la dictature du prol&#233;tariat implique des contradictions &#233;conomiques et classsites, surtout dans un pays arri&#233;r&#233;, premier maillons de la r&#233;volution internationale et non premier pays d'&#233;conomie socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine l'a toujours r&#233;p&#233;t&#233;. Citons simplement un exemple :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Parmi les gens qui se sont int&#233;ress&#233;s &#224; l'&#233;conomie de la Russie, personne, semble-t-il, n'a ni&#233; le caract&#232;re transitoire de cette &#233;conomie. Aucun communiste, non plus n'a ni&#233;, semble-t-il, que l'exrpession R&#233;publique socialiste des Soviets traduit la volont&#233; du pouvoir des Soviets d'assurer la transition au socialisme, mais n'entend nullement signifier que le nouvel ordre &#233;conomique soit socialiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;(&#338;uvres, tome 30. P. 351)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/04/vil19210421.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/04/vil19210421.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Voulant &#8211; et devant &#8211; montrer que les r&#233;alisations &#171; socialistes &#187; en Russie accroissement du nombre des salari&#233;s donc du capital ; extension de la hi&#233;rarchie des salaires, de l'autonomie des entreprises, donc des classes ; approfondissement de la division du travail, donc opposition entre manuel et intellectuel, industrie et agriculture, etc. &#8211; sont un mod&#232;le pour les ouvriers du monde entier, le pr&#233;tendu mouvement communiste (en fait devenu stalinien NDLR) est tout naturellement amen&#233; &#224; fausser les revendications &#233;conomiques du prol&#233;tariat mondial en substituant aux mots d'ordre marxistes les mots d'ordre bourgeois conservateurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait en 1905 dans &#171; Deux tactiques &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La compl&#232;te victoire de la r&#233;volution actuelle sera la conclusion de la r&#233;volution d&#233;mocratique et le d&#233;but d'une lutte r&#233;solue pour la r&#233;volution socialiste. La satisfaction des exigences de la paysannerie contemporaine, le complet &#233;crasement de la r&#233;action, la conqu&#234;te de la r&#233;publique d&#233;mocratique, tel sera l'aboutissement de l'esprit r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie et m&#234;me de la petite bourgeoisie, tel sera le d&#233;but de la v&#233;ritable lutte du prol&#233;tariat pour le socialisme... Les r&#233;volutionnaires russes, qui s'appuient sur un certain nombre de g&#233;n&#233;rations r&#233;volutionnaires d'Europe, ont le droit de &#034; r&#234;ver &#034; qu'ils r&#233;ussiront &#224; r&#233;aliser avec une pl&#233;nitude exceptionnelle toutes les transformations d&#233;mocratiques, tout notre programme minimum. Et s'il y a r&#233;ussite sur ce point, alors, alors l'incendie r&#233;volutionnaire gagnera toute l'Europe... L'ouvrier europ&#233;en se soul&#232;vera &#224; son tour et nous montrera &#034; comment on fait &#231;a &#034; ; alors aussi le soul&#232;vement r&#233;volutionnaire de l'Europe aura sa r&#233;action sur la Russie et changera une &#233;poque de quelques ann&#233;es de r&#233;volution en une &#233;poque de quelques dizaines d'ann&#233;es r&#233;volutionnaires&#8230; Le prol&#233;tariat lutte d&#233;j&#224; pour la conservation des conqu&#234;tes d&#233;mocratiques, au nom d'une r&#233;volution socialiste. Cette lutte serait presque d&#233;sesp&#233;r&#233;e pour le prol&#233;tariat russe seul, si le prol&#233;tariat socialiste europ&#233;en ne venait pas &#224; l'aide du prol&#233;tariat. Dans cette phase, la bourgeoisie lib&#233;rale et la paysannerie cossue (avec, en plus, une partie de la paysannerie moyenne) organiseront la contre-r&#233;volution. Le prol&#233;tariat russe et le prol&#233;tariat europ&#233;en, conjointement, organiseront la r&#233;volution. Dans ces conditions, le prol&#233;tariat russe pourra remporter une seconde victoire. L'affaire n'est pas d&#233;j&#224; si d&#233;sesp&#233;r&#233;e. La seconde victoire sera une insurrection socialiste en Europe. Les ouvriers europ&#233;ens nous montreront &#034; comment ces choses-l&#224; se font &#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crvait en mars 1917 dans sa Lettre d'adieu aux ouvriers suisses&lt;br class='autobr' /&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le prol&#233;tariat russe ne pourra accomplir victorieusement, par ses seules forces, la r&#233;volution socialiste. Mais il peut faciliter les choses pour l'entr&#233;e dans les luttes d&#233;cisives de son alli&#233; principal, le plus s&#251;r : le prol&#233;tariat socialiste europ&#233;en et am&#233;ricain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait encore en avril 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La Pravda et L&#233;nine ont dit et r&#233;p&#233;t&#233; on ne peut plus clairement que nous reconnaissons tous, sans r&#233;serve, la n&#233;cessit&#233; de l'Etat et d'un pouvoir organis&#233;, non seulement &#224; l'heure actuelle, mais aussi dans la phase historique ult&#233;rieure, celle de la transition du capitalisme au socialisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait ainsi en juin 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il suffit de consulter la r&#233;solution de la conf&#233;rence bolch&#233;vique des 24-29 avril 1917 pour constater que les bolch&#233;viks consid&#232;rent, eux aussi, l'&#171; instauration &#187; imm&#233;diate du socialisme en Russie comme impossible. (&#8230;) Tout le monde reconna&#238;t que l'&#233;tablissement imm&#233;diat du socialisme en Russie est impossible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Alors la dictature du prol&#233;tariat n'est pas le socialisme, mais est une transition vers le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crit dans &#171; L'Etat et la R&#233;volution &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; &#034;Entre la soci&#233;t&#233; capitaliste et la soci&#233;t&#233; communiste, poursuit Marx, se place la p&#233;riode de transformation r&#233;volutionnaire de celle-l&#224; en celle-ci. A quoi correspond une p&#233;riode de transition politique o&#249; l'Etat ne saurait &#234;tre autre chose que la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette conclusion repose, chez Marx, sur l'analyse du r&#244;le que joue le prol&#233;tariat dans la soci&#233;t&#233; capitaliste actuelle, sur les donn&#233;es relatives au d&#233;veloppement de cette soci&#233;t&#233; et &#224; l'inconciliabilit&#233; des int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s du prol&#233;tariat et de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois, la question se posait ainsi : le prol&#233;tariat doit, pour obtenir son affranchissement, renverser la bourgeoisie, conqu&#233;rir le pouvoir politique, &#233;tablir sa dictature r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, la question se pose un peu autrement : le passage de la soci&#233;t&#233; capitaliste, qui &#233;volue vers le communisme, &#224; la soci&#233;t&#233; communiste est impossible sans une &#034;p&#233;riode de transition politique&#034; ; et l'Etat de cette p&#233;riode ne peut &#234;tre que la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont donc les rapports entre cette dictature et la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que le Manifeste communiste rapproche simplement l'une de l'autre ces deux notions : &#034;transformation du prol&#233;tariat en classe dominante&#034; et &#034;conqu&#234;te de la d&#233;mocratie&#034;. Tout ce qui pr&#233;c&#232;de permet de d&#233;terminer plus exactement les modifications que subit la d&#233;mocratie lors de la transition du capitalisme au communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; capitaliste, consid&#233;r&#233;e dans ses conditions de d&#233;veloppement les plus favorables, nous offre une d&#233;mocratie plus ou moins compl&#232;te en r&#233;publique d&#233;mocratique. Mais cette d&#233;mocratie est toujours confin&#233;e dans le cadre &#233;troit de l'exploitation capitaliste et, de ce fait, elle reste toujours, quant au fond, une d&#233;mocratie pour la minorit&#233;, uniquement pour les classes poss&#233;dantes, uniquement pour les riches. La libert&#233;, en soci&#233;t&#233; capitaliste, reste toujours &#224; peu pr&#232;s ce qu'elle fut dans les r&#233;publiques de la Gr&#232;ce antique : une libert&#233; pour les propri&#233;taires d'esclaves. Par suite de l'exploitation capitaliste, les esclaves salari&#233;s d'aujourd'hui demeurent si accabl&#233;s par le besoin et la mis&#232;re qu'ils se &#034;d&#233;sint&#233;ressent de la d&#233;mocratie&#034;, &#034;se d&#233;sint&#233;ressent de la politique&#034; et que, dans le cours ordinaire, pacifique, des &#233;v&#233;nements, la majorit&#233; de la population se trouve &#233;cart&#233;e de la vie politique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justesse de cette affirmation est peut-&#234;tre le mieux illustr&#233;e par l'Allemagne, parce que c'est dans ce pays pr&#233;cis&#233;ment que la l&#233;galit&#233; constitutionnelle s'est maintenue avec une constance et une dur&#233;e &#233;tonnantes pendant pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle (1871-1914), et parce que la social-d&#233;mocratie a su, durant cette p&#233;riode, faire beaucoup plus que dans d'autres pays pour &#034;mettre &#224; profit la l&#233;galit&#233;&#034; et organiser les ouvriers en un parti politique dans une proportion plus consid&#233;rable que nulle part au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est donc cette proportion - la plus &#233;lev&#233;e que l'on observe dans la soci&#233;t&#233; capitaliste - des esclaves salari&#233;s politiquement conscients et actifs ? Un million de membres du parti social-d&#233;mocrate sur 15 millions d'ouvriers salari&#233;s ! Trois millions de syndiqu&#233;s, sur 15 millions !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratie pour une infime minorit&#233;, d&#233;mocratie pour les riches, tel est le d&#233;mocratisme de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Si l'on consid&#232;re de plus pr&#232;s le m&#233;canisme de la d&#233;mocratie capitaliste, on verra partout, dans les &#034;menus&#034; (les pr&#233;tendus menus) d&#233;tails de la l&#233;gislation &#233;lectorale (conditions de r&#233;sidence, exclusion des femmes, etc.), dans le fonctionnement des institutions repr&#233;sentatives, dans les obstacles effectifs au droit de r&#233;union (les &#233;difices publics ne sont pas pour les &#034;mis&#233;reux&#034; !), dans l'organisation purement capitaliste de la presse quotidienne, etc., etc., - on verra restriction sur restriction au d&#233;mocratisme. Ces restrictions, &#233;liminations, exclusions, obstacles pour les pauvres paraissent menus, surtout aux yeux de ceux qui n'ont jamais connu eux-m&#234;mes le besoin et n'ont jamais approch&#233; les classes opprim&#233;es ni la vie des masses qui les composent (et c'est le cas des neuf dixi&#232;mes, sinon des quatre-vingt-dix neuf centi&#232;mes des publicistes et hommes politiques bourgeois), - mais, totalis&#233;es, ces restrictions excluent, &#233;liminent les pauvres de la politique, de la participation active &#224; la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx a parfaitement saisi ce trait essentiel de la d&#233;mocratie capitaliste quand il a dit dans son analyse de l'exp&#233;rience de la Commune : on autorise les opprim&#233;s &#224; d&#233;cider p&#233;riodiquement, pour un certain nombre d'ann&#233;es, quel sera, parmi les repr&#233;sentants de la classe des oppresseurs, celui qui les repr&#233;sentera et les foulera aux pieds au Parlement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la marche en avant, &#224; partir de cette d&#233;mocratie capitaliste, - in&#233;vitablement &#233;triqu&#233;e, refoulant sournoisement les pauvres, et par suite fonci&#232;rement hypocrite et mensong&#232;re, - ne m&#232;ne pas simplement, directement et sans heurts &#034;&#224; une d&#233;mocratie de plus en plus parfaite&#034;, comme le pr&#233;tendent les professeurs lib&#233;raux et les opportunistes petits-bourgeois. Non. La marche en avant, c'est-&#224;-dire vers le communisme, se fait en passant par la dictature du prol&#233;tariat ; et elle ne peut se faire autrement, car il n'est point d'autres classes ni d'autres moyens qui puissent briser la r&#233;sistance des capitalistes exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la dictature du prol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire l'organisation de l'avant-garde des opprim&#233;s en classe dominante pour mater les oppresseurs, ne peut se borner &#224; un simple &#233;largissement de la d&#233;mocratie. En m&#234;me temps qu'un &#233;largissement consid&#233;rable de la d&#233;mocratie, devenue pour la premi&#232;re fois d&#233;mocratie pour les pauvres, d&#233;mocratie pour le peuple et non pour les riches, la dictature du prol&#233;tariat apporte une s&#233;rie de restrictions &#224; la libert&#233; pour les oppresseurs, les exploiteurs, les capitalistes. Ceux-l&#224;, nous devons les mater afin de lib&#233;rer l'humanit&#233; de l'esclavage salari&#233; ; il faut briser leur r&#233;sistance par la force ; et il est &#233;vident que, l&#224; o&#249; il y a r&#233;pression, il y a violence, il n'y a pas de libert&#233;, il n'y a pas de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela, Engels l'a admirablement exprim&#233; dans sa lettre &#224; Bebel, o&#249; il disait, comme le lecteur s'en souvient : &#034;... tan que le prol&#233;tariat a encore besoin de l'Etat, ce n'est point pour la libert&#233;, mais pour r&#233;primer ses adversaires. Et le jour o&#249; il devient possible de parler de libert&#233;, l'Etat cesse d'exister comme tel.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratie pour l'immense majorit&#233; du peuple et r&#233;pression par la force, c'est-&#224;-dire exclusion de la d&#233;mocratie pour les exploiteurs, les oppresseurs du peuple ; telle est la modification que subit la d&#233;mocratie lors de la transition du capitalisme au communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement dans la soci&#233;t&#233; communiste, lorsque la r&#233;sistance des capitalistes est d&#233;finitivement bris&#233;e, que les capitalistes ont disparu et qu'il n'y a plus de classes (c'est-&#224;-dire plus de distinctions entre les membres de la soci&#233;t&#233; quant &#224; leurs rapports avec les moyens sociaux de production), c'est alors seulement que &#034;l'Etat cesse d'exister et qu'il devient possible de parler de libert&#233; &#034;. Alors seulement deviendra possible et sera appliqu&#233;e une d&#233;mocratie vraiment compl&#232;te, vraiment sans aucune exception. Alors seulement la d&#233;mocratie commencera &#224; s'&#233;teindre pour cette simple raison que, d&#233;livr&#233;s de l'esclavage capitaliste, des horreurs, des sauvageries, des absurdit&#233;s, des ignominies sans nombre de l'exploitation capitaliste, les hommes s'habitueront graduellement &#224; respecter les r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de la vie en soci&#233;t&#233; connues depuis des si&#232;cles, rebattues durant des mill&#233;naires dans toutes les prescriptions morales, &#224; les respecter sans violence, sans contrainte, sans soumission, sans cet appareil sp&#233;cial de coercition qui a nom : l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression est tr&#232;s heureuse, car elle exprime &#224; la fois la gradation du processus et sa spontan&#233;it&#233;. Seule l'habitude peut produire un tel effet et elle le traduira certainement, car nous constatons mille et mille fois autour de nous avec quelle facilit&#233; les hommes s'habituent &#224; observer les r&#232;gles n&#233;cessaires &#224; la vie en soci&#233;t&#233; quand il n'y a pas d'exploitation, quand il n'y a rien qui excite l'indignation, qui suscite la protestation et la r&#233;volte, qui n&#233;cessite la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, en soci&#233;t&#233; capitaliste, nous n'avons qu'une d&#233;mocratie tronqu&#233;e, mis&#233;rable, falsifi&#233;e, une d&#233;mocratie uniquement pour les riches, pour la minorit&#233;. La dictature du prol&#233;tariat, p&#233;riode de transition au communisme, &#233;tablira pour la premi&#232;re fois une d&#233;mocratie pour le peuple, pour la majorit&#233;, parall&#232;lement &#224; la r&#233;pression n&#233;cessaire d'une minorit&#233; d'exploiteurs. Seul le communisme est capable de r&#233;aliser une d&#233;mocratie r&#233;ellement compl&#232;te ; et plus elle sera compl&#232;te, plus vite elle deviendra superflue et s'&#233;teindra d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes : nous avons, en r&#233;gime capitaliste, l'Etat au sens propre du mot, une machine sp&#233;ciale d'oppression d'une classe par une autre, de la majorit&#233; par la minorit&#233;. On con&#231;oit que pour &#234;tre men&#233;e &#224; bien, la r&#233;pression syst&#233;matique exerc&#233;e contre une majorit&#233; d'exploit&#233;s par une minorit&#233; d'exploiteurs exige une cruaut&#233;, une f&#233;rocit&#233; extr&#234;mes dans la r&#233;pression, des mers de sang &#224; travers lesquelles l'humanit&#233; poursuit sa route sous le r&#233;gime de l'esclavage, du servage et du salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, dans la p&#233;riode de transition du capitalisme au communisme, la r&#233;pression est encore n&#233;cessaire, mais elle est d&#233;j&#224; exerc&#233;e sur une minorit&#233; d'exploiteurs par une majorit&#233; d'exploit&#233;s. L'appareil sp&#233;cial, la machine sp&#233;ciale de r&#233;pression, l'&#034;Etat&#034;, est encore n&#233;cessaire, mais c'est d&#233;j&#224; un Etat transitoire, ce n'est plus l'Etat proprement dit, car la r&#233;pression exerc&#233;e sur une minorit&#233; d'exploiteurs par la majorit&#233; des esclaves salari&#233;s d'hier est chose relativement si facile, si simple et si naturelle qu'elle co&#251;tera beaucoup moins de sang que la r&#233;pression des r&#233;voltes d'esclaves, de serfs et d'ouvriers salari&#233;s, qu'elle co&#251;tera beaucoup moins cher &#224; l'humanit&#233;. Elle est compatible avec l'extension de la d&#233;mocratie &#224; une si grande majorit&#233; de la population que la n&#233;cessit&#233; d'une machine sp&#233;ciale de r&#233;pression commence &#224; dispara&#238;tre. Les exploiteurs ne sont naturellement pas en mesure de mater le peuple sans une machine tr&#232;s compliqu&#233;e, destin&#233;e &#224; remplir cette t&#226;che ; tandis que le peuple peut mater les exploiteurs m&#234;me avec une &#034;machine&#034; tr&#232;s simple, presque sans &#034;machine&#034;, sans appareil sp&#233;cial, par la simple organisation des masses arm&#233;es (comme, dirons-nous par anticipation, les Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, seul le communisme rend l'Etat absolument superflu, car il n'y a alors personne &#224; mater, &#034;personne&#034; dans le sens d'aucune classe ; il n'y a plus lutte syst&#233;matique contre une partie d&#233;termin&#233;e de la population. Nous ne sommes pas des utopistes et nous ne nions pas du tout que des exc&#232;s individuels soient possibles et in&#233;vitables ; nous ne nions pas davantage qu'il soit n&#233;cessaire de r&#233;primer ces exc&#232;s. Mais, tout d'abord, point n'est besoin pour cela d'une machine sp&#233;ciale, d'un appareil sp&#233;cial de r&#233;pression ; le peuple arm&#233; se chargera lui-m&#234;me de cette besogne aussi simplement, aussi facilement qu'une foule quelconque d'hommes civilis&#233;s m&#234;me dans la soci&#233;t&#233; actuelle s&#233;pare des gens qui se battent ou ne permet pas qu'on rudoie une femme. Ensuite, nous savons que la cause sociale profonde des exc&#232;s qui constituent une violation des r&#232;gles de la vie en soci&#233;t&#233;, c'est l'exploitation des masses, vou&#233;es au besoin, &#224; la mis&#232;re. Cette principale cause une fois &#233;cart&#233;e, les exc&#232;s commenceront infailliblement &#224; &#034;s'&#233;teindre&#034;. Avec quelle rapidit&#233; et quelle gradation, nous l'ignorons ; mais nous savons qu'ils s'&#233;teindront. Et, avec eux, l'Etat s'&#233;teindra &#224; son tour. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1918, L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Au fond, tous ces bourgeois atterr&#233;s, constern&#233;s, terrifi&#233;s, ces petits bourgeois et ces &#171; commis de la bourgeoisie &#187; s'en tiennent, souvent sans en avoir conscience, &#224; la vieille id&#233;e absurde, sentimentale, plate, propre &#224; la gent intellectuelle, de l'&#171; introduction du socialisme &#187;, acquise &#171; par ou&#239;-dire &#187;, en attrapant au vol des bribes de la doctrine socialiste, en reprenant &#224; leur compte les d&#233;formations de cette doctrine, dues &#224; des ignorants, &#224; des pseudo-savants, en nous attribuant &#224; nous, marxistes, cette id&#233;e et m&#234;me un plan pour &#171; introduire &#187; le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles id&#233;es, pour ne pas parler de plans, nous sont &#233;trang&#232;res, &#224; nous, marxistes. Nous avons toujours su, toujours dit, toujours r&#233;p&#233;t&#233; qu'on ne peut pas &#171; introduire &#187; le socialisme, qu'il appara&#238;t au cours de la lutte de classes la plus intense, la plus aigu&#235;, la plus &#226;pre, la plus farouche, et au cours de la guerre civile, qu'entre le capitalisme et le socialisme s'&#233;tend une longue p&#233;riode &#171; d'enfantement douloureux &#187;, que la violence est toujours l'accoucheuse de la vieille soci&#233;t&#233;, qu'&#224; la p&#233;riode de transition de la soci&#233;t&#233; bourgeoise &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste correspond un Etat sp&#233;cial (c'est-&#224;-dire un syst&#232;me sp&#233;cial de violence organis&#233;e &#224; l'&#233;gard d'une classe donn&#233;e), &#224; savoir : la dictature du prol&#233;tariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait en mars 1918 dans Rapport sur la guerre et la paix au VIIe Congr&#232;s du Parti :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour quiconque r&#233;fl&#233;chissait aux pr&#233;misses &#233;conomiques d'une r&#233;volution socialiste en Europe, il &#233;tait &#233;vident qu'il est bien plus difficile de commencer la r&#233;volution en Europe et bien plus facile de la commencer chez nous, mais qu'ici il sera plus difficile de la continuer.&#8230; Si l'on envisage les choses &#224; l'&#233;chelle mondiale, il est absolument certain que la victoire finale de notre r&#233;volution, si elle devait rester isol&#233;e, s'il n'y avait pas de mouvement r&#233;volutionnaire dans les autres pays, serait sans espoir. Si le Parti bolchevique a pris seul l'affaire en main, c'est avec la conviction que la r&#233;volution m&#251;rit dans tous les pays et qu'&#224; la fin des fins, - et non au commencement des commencements, - quelles que soient les difficult&#233;s que nous ayons &#224; surmonter, quelles que soient les d&#233;faites que nous ayons &#224; subir, la r&#233;volution socialiste, internationale viendra, car elle est en marche ; qu'elle arrivera &#224; maturit&#233;, car elle m&#251;rit d&#233;j&#224;. Nous ne serons pr&#233;serv&#233;s de toutes ces difficult&#233;s, je le r&#233;p&#232;te, que par la r&#233;volution europ&#233;enne.&#8230; La r&#233;volution ne viendra pas aussi vite que nous l'esp&#233;rions. Cela, l'histoire l'a prouv&#233;, il faut savoir l'accepter comme un fait, il faut savoir tenir compte de ce que la r&#233;volution socialiste mondiale dans les pays avanc&#233;s ne peut commencer avec la m&#234;me facilit&#233; qu'en Russie, pays de Nicolas II et de Raspoutine, o&#249; une partie &#233;norme de la population se d&#233;sint&#233;ressait compl&#232;tement de ce qui se passait &#224; la p&#233;riph&#233;rie et de ce qu'&#233;taient les peuples qui l'habitaient. Il &#233;tait facile, en ce pays-l&#224;, de commencer la r&#233;volution ; c'&#233;tait soulever une plume&#8230; La v&#233;rit&#233; absolue, c'est qu'&#224; moins d'une r&#233;volution allemande, nous sommes perdus. Nous p&#233;rirons peut-&#234;tre, non &#224; Piter, non &#224; Moscou, mais .&#224; Vladivostok, ou bien dans d'autres endroits &#233;loign&#233;s vers lesquels nous devrons battre en retraite, mais, en tout cas, quelles que soient les vicissitudes possibles et concevables, si la r&#233;volution allemande ne vient pas, nous p&#233;rirons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans &#171; La r&#233;volution prol&#233;tarienne et le ren&#233;gat Kautsky &#187; en 1918 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; O&#249; le reniement de Kautsky appara&#238;t plus en relief&#8230; il en vient &#224; critiquer la tactique bolch&#233;vique. Et voici en quels termes : &#171; La r&#233;volution bolch&#233;vique a &#233;t&#233; bas&#233;e sur l'hypoth&#232;se qu'elle serait le point de d&#233;part d'une r&#233;volution europ&#233;enne g&#233;n&#233;rale ; que l'initiative hardie de la Russie inciterait les prol&#233;taires de toute l'Europe &#224; se soulever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette hypoth&#232;se, peu importait &#233;videmment quelles formes prendrait la paix s&#233;par&#233;e russe, quelles mutilations et quels sacrifices elle entra&#238;nerait pour le peuple russe, quelle solution elle donnerait au droit de libre disposition des peuples. De m&#234;me, peu importait de savoir alors si la Russie &#233;tait apte &#224; se d&#233;fendre ou non. La r&#233;volution europ&#233;enne constituait, selon ce point de vue, la meilleure d&#233;fense de la r&#233;volution russe ; elle devait assurer &#224; tous les peuples de l'ancien territoire russe le droit int&#233;gral, r&#233;el, de disposer d'eux m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une r&#233;volution en Europe, qui apporterait et affermirait le socialisme, devait aussi servir &#224; &#233;carter les obstacles qu'opposait, &#224; la r&#233;alisation en Russie d'un syst&#232;me de production socialiste, le retard &#233;conomique du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela &#233;tait tr&#232;s logique et bien fond&#233; d&#232;s que l'on admettait l'hypoth&#232;se fondamentale : que la r&#233;volution russe doit n&#233;cessairement amorcer la r&#233;volution europ&#233;enne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si la chose ne se faisait pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici cette hypoth&#232;se ne s'est pas justifi&#233;e. Et maintenant on accuse les prol&#233;taires d'Europe d'avoir laiss&#233; tomber et trahi la r&#233;volution russe. Accusation port&#233;e contre des inconnus, car qui veut on rendre responsable de la conduite du prol&#233;tariat europ&#233;en ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compter sur la r&#233;volution europ&#233;enne est obligatoire pour un marxiste, du moment qu'on se trouve en pr&#233;sence d'une situation r&#233;volutionnaire. C'est une v&#233;rit&#233; premi&#232;re du marxisme, que la tactique du prol&#233;tariat socialiste ne peut &#234;tre la m&#234;me quand la situation est r&#233;volutionnaire et quand elle ne l'est pas&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Kautsky avait pos&#233; cette question, obligatoire pour un marxiste, il aurait vu que la r&#233;ponse lui &#233;tait nettement d&#233;favorable. Bien avant la guerre, tous les marxistes, tous les socialistes s'accordaient &#224; reconna&#238;tre que la guerre europ&#233;enne cr&#233;erait une situation r&#233;volutionnaire. Du temps o&#249; Kautsky n'&#233;tait pas encore un ren&#233;gat, il admettait la chose d'une fa&#231;on claire et pr&#233;cise, en 1902 (la R&#233;volution sociale) et en 1909 (le Chemin du pouvoir). Le manifeste de B&#226;le l'a reconnu au nom de la II&#176; Internationale tout enti&#232;re : ce n'est pas sans raison que dans tous les pays les social-chauvins et les kautskistes (les &#171; centristes &#187;, ceux qui balancent entre les r&#233;volutionnaires et les opportunistes) craignent comme le feu ces d&#233;clarations du Manifeste de B&#226;le !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, l'attente d'une situation r&#233;volutionnaire en Europe n'&#233;tait pas un engouement des bolch&#233;viks ; c'&#233;tait l'opinion commune de tous les marxistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique des bolch&#233;viks &#233;tait juste ; elle &#233;tait la seule tactique internationaliste, puisqu'elle ne reposait pas sur une crainte pusillanime de la r&#233;volution mondiale, sur le &#171; scepticisme &#187; petit-bourgeois &#224; son &#233;gard, sur le d&#233;sir &#233;troitement nationaliste de d&#233;fendre &#171; sa &#187; patrie (la patrie de sa bourgeoisie) et de &#171; cracher &#187; sur tout le reste ; elle reposait sur l'appr&#233;ciation juste (et universellement reconnue avant la guerre, avant le reniement des social chauvins et des social-pacifistes) des perspectives d'une situation r&#233;volutionnaire en Europe. Cette tactique &#233;tait la seule tactique internationaliste puisqu'elle faisait le maximum de ce qui est r&#233;alisable dans un seul pays pour le d&#233;veloppement, le soutien, l'&#233;veil de la r&#233;volution dans tous les pays. Cette tactique s'est v&#233;rifi&#233;e par un immense succ&#232;s, car le bolch&#233;visme (non point en raison des m&#233;rites des bolch&#233;viks russes, mais &#224; cause de la plus profonde et universelle sympathie des masses pour cette tactique authentiquement r&#233;volutionnaire) est devenu le bolch&#233;visme mondial ; il a donn&#233; une id&#233;e, une th&#233;orie, un programme, une tactique qui se distinguent concr&#232;tement, dans la pratique, du social chauvinisme et du social-pacifisme. Le bolch&#233;visme a port&#233; le coup de gr&#226;ce &#224; la vieille Internationale pourrie des Scheidemann et des Kautsky, des Renaudel et des Longuet, des Henderson et des MacDonald, qui vont maintenant se jeter dans les jambes l'un de l'autre en &#171; r&#234;vant &#187; d'unit&#233; et en s'effor&#231;ant de ressusciter un cadavre. Le bolch&#233;visme a cr&#233;&#233; les fondements id&#233;ologiques et tactiques d'une III&#176; Internationale, vraiment prol&#233;tarienne et communiste, et qui tient compte &#224; la fois des conqu&#234;tes de l'&#233;poque de paix, et de l'exp&#233;rience de l'&#233;poque d&#233;j&#224; commenc&#233;e des r&#233;volutions&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait en novembre 1918 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les faits de l'histoire mondiale ont montr&#233; que la transformation de notre r&#233;volution russe en une r&#233;volution socialiste n'est pas une aventure &#224; courir, mais une n&#233;cessit&#233;, car il n'y a pas d'autre &#171; choix &#187; : les imp&#233;rialismes anglo-fran&#231;ais et am&#233;ricain &#233;toufferont in&#233;vitablement l'ind&#233;pendance et la libert&#233; de la Russie s'il n'y a pas de victoire de la r&#233;volution socialiste mondiale, du bolchevisme mondial. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait en avril 1919 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#8211; La troisi&#232;me internationale et sa place dans l'histoire &#8211; 15 avril 1919 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#171; Comment a-t-il pu se faire que le premier pays qui ait r&#233;alis&#233; la dictature du prol&#233;tariat et fond&#233; la R&#233;publique sovi&#233;tique, ait &#233;t&#233; un des pays les plus arri&#233;r&#233;s de l'Europe ? Nous ne risquons gu&#232;re de nous tromper, en disant que justement cette contradiction entre le retard de la Russie et le &#171; bond &#187; effectu&#233; par elle, pardessus la d&#233;mocratie bourgeoise, vers la forme sup&#233;rieure du d&#233;mocratisme, vers la d&#233;mocratie sovi&#233;tique ou prol&#233;tarienne, justement cette contradiction a &#233;t&#233; (en plus des pratiques opportunistes et des pr&#233;jug&#233;s philistins qui pesaient sur la plupart des chefs socialistes) une des raisons qui ont rendu particuli&#232;rement difficile ou retard&#233; en Occident la compr&#233;hension du r&#244;le des Soviets.(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il s'&#233;tonner que la r&#233;alisation de la dictature prol&#233;tarienne ait r&#233;v&#233;l&#233; avant tout cette &#171; contradiction &#187; entre le retard de la Russie et le &#171; bond &#187; effectu&#233; par elle par-dessus la d&#233;mocratie bourgeoise ? Il e&#251;t &#233;t&#233; &#233;tonnant si l'histoire nous gratifiait d'une nouvelle forme de d&#233;mocratie sans entra&#238;ner une s&#233;rie de contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout marxiste, voire toute personne initi&#233;e &#224; la science moderne, en g&#233;n&#233;ral, si on lui posait cette question : &#171; Le passage &#233;gal ou harmonieux et proportionnel des divers pays capitalistes &#224; la dictature du prol&#233;tariat est-il possible ? &#187; &#8212; r&#233;pondra sans doute par la n&#233;gative. Ni &#233;galit&#233; de d&#233;veloppement, ni harmonie, ni proportionnalit&#233; n'ont jamais exist&#233; et ne pouvaient exister dans le monde capitaliste. Chaque pays a fait ressortir avec un singulier relief tel ou tel autre c&#244;t&#233;, tel trait ou ensemble de particularit&#233;s du capitalisme et du mouvement ouvrier. Le processus de d&#233;veloppement &#233;tait in&#233;gal. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire universelle s'achemine irr&#233;sistiblement vers la dictature du prol&#233;tariat, mais elle n'y va pas par des chemins unis, simples et droits, tant s'en faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu l'occasion de le r&#233;p&#233;ter souvent : en comparaison des pays avanc&#233;s, il &#233;tait plus facile aux Russes de commencer la grande R&#233;volution prol&#233;tarienne, mais il leur sera plus difficile de la continuer et de la mener jusqu'&#224; la victoire d&#233;finitive, dans le sens de l'organisation int&#233;grale de la soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous a &#233;t&#233; plus facile de commencer, d'abord parce que le retard politique peu ordinaire &#8212; pour l'Europe du XXe si&#232;cle &#8212; de la monarchie tsariste provoqua un assaut r&#233;volutionnaire des masses, d'une vigueur inaccoutum&#233;e. En second lieu, le retard de la Russie unissait d'une fa&#231;on originale la R&#233;volution prol&#233;tarienne contre la bourgeoisie, &#224; la r&#233;volution paysanne contre les grands propri&#233;taires fonciers. C'est par l&#224; que nous avons commenc&#233; en octobre 1917, et nous n'aurions pas triomph&#233; si facilement si nous avions agi diff&#233;remment. D&#232;s 1856 Marx indiqua, en parlant de la Prusse, la possibilit&#233; d'une combinaison originale de la r&#233;volution prol&#233;tarienne avec la guerre paysanne. Les bolch&#233;viks, depuis le d&#233;but de 1905, d&#233;fendirent l'id&#233;e d'une dictature d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et de la paysannerie. En troisi&#232;me lieu, la R&#233;volution de 1905 a fait &#233;norm&#233;ment pour l'&#233;ducation politique de la masse des ouvriers et des paysans, tant pour initier leur avant-garde au &#171; dernier mot &#187; du socialisme d'Occident, que dans le sens de l'action r&#233;volutionnaire des masses. Sans cette &#171; r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale &#187; de 1905, les r&#233;volutions de 1917, bourgeoise en f&#233;vrier, prol&#233;tarienne en octobre, n'eussent pas &#233;t&#233; possibles. En quatri&#232;me lieu, la situation g&#233;ographique de la Russie lui a permis plus longtemps qu'aux autres pays de tenir, en d&#233;pit de la sup&#233;riorit&#233; ext&#233;rieure des pays capitalistes avanc&#233;s. En cinqui&#232;me lieu, l'attitude particuli&#232;re du prol&#233;tariat &#224; l'&#233;gard de la paysannerie a facilit&#233; le passage de la r&#233;volution bourgeoise &#224; la r&#233;volution socialiste, facilit&#233; l'influence des prol&#233;taires de la ville sur les semi-prol&#233;taires, sur les couches de travailleurs pauvres des campagnes. En sixi&#232;me lieu, la longue &#233;cole des gr&#232;ves et l'exp&#233;rience du mouvement ouvrier de masse en Europe ont facilit&#233;, dans une situation r&#233;volutionnaire tendue et vite aggrav&#233;e, l'apparition d'une forme d'organisation r&#233;volutionnaire prol&#233;tarienne aussi originale que les Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;num&#233;ration n'est &#233;videmment pas compl&#232;te. Mais on peut pour l'instant s'en tenir l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie sovi&#233;tique ou prol&#233;tarienne est n&#233;e en Russie. Par rapport &#224; la Commune de Paris, ce fut un second pas d'une importance historique universelle. La R&#233;publique prol&#233;tarienne et paysanne des Soviets est apparue comme la premi&#232;re et solide r&#233;publique socialiste du monde. D&#233;sormais elle ne peut mourir en tant que nouveau type d'&#201;tat. Elle n'est plus seule aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour continuer l'&#339;uvre de construction socialiste et la mener &#224; bien, il y a encore beaucoup &#224; faire. Les R&#233;publiques sovi&#233;tiques des pays plus cultiv&#233;s, o&#249; le prol&#233;tariat a plus de poids et plus d'influence, ont toutes les chances de d&#233;passer la Russie, d&#232;s qu'elles s'engageront dans la voie de la dictature du prol&#233;tariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine en mai 1920 dans &#171; La maladie infantile &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; On aurait &#233;galement tort de perdre de vue qu'apr&#232;s la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, si m&#234;me elle n'a lieu que dans un seul des pays avanc&#233;s, il se produira, selon toute probabilit&#233;, un brusque changement, &#224; savoir : la Russie redeviendra, bient&#244;t apr&#232;s, un pays, non plus exemplaire, mais retardataire (au point de vue &#034;sovi&#233;tique&#034; et socialiste). (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'influence d'une s&#233;rie de facteurs historiques tr&#232;s particuliers, la Russie retardataire fut la premi&#232;re &#224; donner au monde non seulement l'exemple d'une progression par bonds, pendant la r&#233;volution, de l'activit&#233; spontan&#233;e des masses opprim&#233;es (on avait vu cela dans toutes les grandes r&#233;volutions), mais encore l'exemple d'un prol&#233;tariat dont le r&#244;le est infiniment sup&#233;rieur &#224; son importance num&#233;rique dans la population ; l'exemple de la combinaison de la gr&#232;ve &#233;conomique et de la gr&#232;ve politique avec transformation de cette derni&#232;re en insurrection arm&#233;e, et enfin, de L'apparition d'une nouvelle forme de lutte massive et d'organisation massive des classes opprim&#233;es par le capitalisme : les Soviets. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait en 1920 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous effectuons la transition au socialisme et la question capitale, celle du bl&#233;, celle du travail, n'est pas du ressort de l'int&#233;r&#234;t priv&#233;, n'est pas l'affaire priv&#233;e du patron, mais celle de la soci&#233;t&#233; enti&#232;re. Tout paysan tant soit peu capable de penser doit avoir nettement conscience, comprendre que, si l'Etat pose dans toute sa presse, dans chaque article, dans chaque num&#233;ro de journal la question des transports, c'est que c'est l'affaire de tous ! Notre &#233;dification fait passer le paysan des t&#233;n&#232;bres et de l'aveuglement auxquels le condamnait l'esclavage &#224; la libert&#233; v&#233;ritable o&#249; les travailleurs, connaissant toutes les difficult&#233;s qui les attendent et, faisant fi de ce qui n'est que du clinquant, des colifichets, de la com&#233;die des motions de toute esp&#232;ce et des plus ing&#233;nieuses promesses que prodiguent les folliculaires en tout pays bourgeois, ils dirigent toutes les forces de l'organisation sociale, de l'appareil de l'Etat, tous les moyens d'agitation, vers les t&#226;ches les plus simples et les plus substantielles. Il faut axer toutes les forces, toute l'attention sur ces t&#226;ches &#233;conomiques les plus &#233;l&#233;mentaires, intelligibles &#224; tout paysan, contre lesquelles nul paysan moyen, voire cossu, mais tant soit peu honn&#234;te, ne peut pr&#233;senter d'objections et dont la mise &#224; l'ordre du jour dans toute r&#233;union nous donne absolument raison. La masse ouvri&#232;re et paysanne la moins consciente confirmera que l'important, c'est de relever d&#232;s maintenant l'&#233;conomie de fa&#231;on qu'elle ne puisse tomber une nouvelle fois aux mains des exploiteurs, de fa&#231;on que celui-l&#224; ne b&#233;n&#233;ficie d'aucun passe-droit qui, poss&#233;dant dans un pays affam&#233; des exc&#233;dents de bl&#233;, les emploie &#224; s'enrichir et &#224; r&#233;duire les pauvres &#224; la famine. Vous ne trouverez pas un homme, f&#251;t-il le plus arri&#233;r&#233;, le plus inconscient, qui n'ait le sentiment que c'est injuste, qui n'ait l'id&#233;e peut-&#234;tre confuse, peut-&#234;tre brumeuse, mais pr&#233;sente tout de m&#234;me, que les arguments des partisans du pouvoir sovi&#233;tique sont pleinement conformes aux int&#233;r&#234;ts des travailleurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans Notre situation ext&#233;rieure et int&#233;rieure et les t&#226;ches du parti - 21 novembre 1920 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les succ&#232;s obtenus par le pouvoir des Soviets sont colossaux. Lorsqu'il y a trois ans nous posions la question du r&#244;le et des conditions de la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Russie, nous disions toujours nettement que cette victoire ne pouvait &#234;tre solide qu'&#224; condition d'&#234;tre soutenue par une r&#233;volution prol&#233;tarienne en Occident, et que notre R&#233;volution ne pouvait &#234;tre justement appr&#233;ci&#233;e que du point de vue international. Afin d'obtenir que notre victoire soit solide nous devons obtenir la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne dans tous les pays, ou du moins dans quelques-uns des principaux pays capitalistes. Apr&#232;s trois ans de lutte acharn&#233;e, nous voyons dans quelle mesure nos pr&#233;dictions se sont v&#233;rifi&#233;es et dans quelle mesure elles ne se sont pas v&#233;rifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ne se sont pas v&#233;rifi&#233;es en ce sens que la question n'a pas re&#231;u de solution rapide et simple. Bien s&#251;r, aucun de nous ne s'attendait &#224; voir durer trois ans une lutte aussi in&#233;gale que celle de la Russie contre toutes les puissances capitalistes du monde. Si nos pr&#233;dictions ne se sont pas v&#233;rifi&#233;es purement et simplement, rapidement et directement, elles se sont v&#233;rifi&#233;es cependant dans la mesure o&#249; nous avons re&#231;u l'essentiel, car l'essentiel &#233;tait de conserver au pouvoir du prol&#233;tariat et &#224; la r&#233;publique sovi&#233;tiste la possibilit&#233; d'exister, m&#234;me dans le cas o&#249; se ferait attendre la r&#233;volution socialiste dans le reste de l'univers. Et, &#224; ce point de vue, il faut dire que notre situation internationale actuelle donne la meilleure et la plus exacte confirmation de tous nos calculs et de toute notre politique&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la guerre imp&#233;rialiste, les &#201;tats bourgeois ont r&#233;ussi &#224; sortir bourgeois. Ils ont r&#233;ussi &#224; remettre et &#224; reculer la crise qui les mena&#231;ait imm&#233;diatement, mais ils ont ruin&#233; leur situation dans sa racine &#224; un tel point que, malgr&#233; leurs forces arm&#233;es gigantesques, ils ont d&#251; reconna&#238;tre, apr&#232;s trois ans, leur impuissance &#224; &#233;trangler la Russie sovi&#233;tiste, presque d&#233;nu&#233;e de forces militaires. Ainsi s'est trouv&#233;e confirm&#233;e dans sa base notre politique avec nos pr&#233;visions, et nous avons eu pour alli&#233;s r&#233;els les masses opprim&#233;es de tous les &#201;tats capitalistes, puisque ces masses ont fait &#233;chouer la guerre. Sans obtenir la victoire universelle, la seule solide pour nous, nous avons conquis une situation dans laquelle nous pouvons exister c&#244;te &#224; c&#244;te avec les puissances imp&#233;rialistes, oblig&#233;es aujourd'hui d'entrer en relations commerciales avec nous. Au cours de cette lutte, nous avons conquis le droit &#224; l'existence ind&#233;pendante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crit en 1921 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le socialisme est impossible sans la technique de la grosse industrie capitaliste, technique organis&#233;e selon le dernier mot de la science moderne ; il est impossible sans une organisation m&#233;thodique r&#233;gl&#233;e par l'Etat et qui impose &#224; des dizaines de millions d'hommes la stricte observation d'une norme unique dans la production et la r&#233;partition des produits. Nous, marxistes, l'avons toujours dit ; quant aux gens qui n'ont pas compris m&#234;me cette v&#233;rit&#233; (tels que les anarchistes et une bonne moiti&#233; des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche), il ne vaut pas la peine de perdre f&#251;t-ce deux secondes &#224; parler avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(D'autre part, le socialisme est impossible sans la domination du prol&#233;tariat dans l'Etat : c'est aussi une v&#233;rit&#233; premi&#232;re. L'histoire (dont nul, si ce n'est les imb&#233;ciles mench&#233;viks num&#233;ro un, n'attendait qu'elle donn&#226;t sans encombres, tranquillement, ais&#233;ment et simplement le socialisme &#171; int&#233;gral &#187;) a suivi des voies si singuli&#232;res qu'elle a engendr&#233; en 1918 deux moiti&#233;s s&#233;par&#233;es du socialisme, l'une &#224; c&#244;t&#233; de l'autre, comme deux futurs poussins, dans la m&#234;me coquille de l'imp&#233;rialisme international. En 1918, l'Allemagne et la Russie mat&#233;rialisaient avec le plus d'&#233;vidence les conditions &#233;conomiques, &#8212; production, &#233;conomie sociale, &#8212; d'une part, et les conditions politiques du socialisme, de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse en Allemagne aurait bris&#233; du coup, avec une extr&#234;me facilit&#233; toute coquille imp&#233;rialiste (faite, malheureusement, avec le meilleur acier et capable, pour cette raison de r&#233;sister aux efforts de tout... poussin) ; elle assurerait la victoire du socialisme mondial, &#224; coup s&#251;r, sans difficult&#233; ou avec des difficult&#233;s insignifiantes, &#8212; bien entendu, si l'on consid&#232;re le &#171; difficile &#187; &#224; l'&#233;chelle historique et mondiale, et non point : &#224; celle du vulgaire et de l'&#233;troit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crit dans &#171; L'&#233;conomie et la politique &#224; l'&#233;poque de la dictature du prol&#233;tariat &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le socialisme, c'est l'abolition des classes. Pour abolir les classes, il faut, premi&#232;rement, renverser les propri&#233;taires fonciers et les capitalistes. Cette partie de l'ouvrage est faite, mais c'est une partie seulement, et non la plus difficile. Pour abolir les classes, il faut, deuxi&#232;ment, supprimer la diff&#233;rence entre l'ouvrier et les paysans et faire de tous des travailleurs. Cela ne peut &#234;tre fait d'un coup. C'est un travail incomparablement plus difficile et, forc&#233;ment, tr&#232;s long. C'est un probl&#232;me que l'on ne peut r&#233;soudre simplement en renversant une classe. On ne peut le r&#233;soudre que par la transformation de toute la structure de l'&#233;conomie sociale, par le passage de la petite &#233;conomie marchande, individuelle, isol&#233;e, &#224; la grande &#233;conomie collective. Cette transition est n&#233;cessairement fort longue&#8230; Pour r&#233;soudre la seconde partie, la plus difficile, du probl&#232;me, le prol&#233;tariat, apr&#232;s avoir vaincu la bourgeoisie, doit s'en tenir &#224; la ligne politique suivante par rapport &#224; la paysannerie : d&#233;limiter, s&#233;parer le paysan travailleur du paysan propri&#233;taire, du paysan commer&#231;ant et du paysan sp&#233;culateur&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crit dans &#171; De l'enfantillage de gauche et de l'esprit petit-bourgeois &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le socialisme est inconcevable sans une technique capitaliste r&#233;pondant aux exigences de la science moderne sans une organisation &#233;tatique syst&#233;matique&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clare dans son &#171; Rapport sur les t&#226;ches actuelles du pouvoir sovi&#233;tique &#187; du 29 avril 1918 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La voie de l'organisation est longue, et la r&#233;alisation du socialisme exige un travail pers&#233;v&#233;rant et des connaissances sp&#233;ciales qui sont chez nous insuffisantes. Il est fort douteux que la prochaine g&#233;n&#233;ration qui, pourtant, sera plus d&#233;velopp&#233;e, puisse r&#233;aliser le socialisme dans tous les domaines. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clare dans son &#171; Discours au premier congr&#232;s des communes et cartels agricoles &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le communisme est le plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement du socialisme, car, alors, les hommes travaillent parce qu'ils comprennent la n&#233;cessit&#233; de travailler pour le bien de tous. Nous savons que nous ne pouvons pas encore introduire maintenant le r&#233;gime socialiste. Bien heureux encore si nos enfants ou m&#234;me nos petits-enfants parviennent &#224; l'instaurer ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clare dans son intervention au dixi&#232;me congr&#232;s du parti communiste (bolchevik) de Russie :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il n'est pas douteux que la r&#233;volution socialiste dans un pays o&#249; la majorit&#233; &#233;crasante de la population est constitu&#233;e par les petits cultivateurs n'est possible que par une suite de mesures transitoires sp&#233;ciales, qui seraient tout &#224; fait inutiles dans les pays &#224; capitalisme d&#233;velopp&#233;, o&#249; les salari&#233;s, dans l'industrie et l'agriculture, constituent l'immense majorit&#233;&#8230; Nous avons soulign&#233; dans plusieurs ouvrages, dans tous nos discours, dans toute la presse, qu'en Russie il n'en est pas ainsi, qu'en Russie nous avons une minorit&#233; d'ouvriers dans l'industrie et une immense majorit&#233; de petits agriculteurs. La r&#233;volution sociale, dans un tel pays, ne peut obtenir un succ&#232;s d&#233;finitif qu'&#224; deux conditions : premi&#232;rement, &#224; condition qu'elle soit soutenue &#224; temps par la r&#233;volution sociale dans un ou plusieurs pays avanc&#233;s&#8230; La deuxi&#232;me condition est l'accord entre le prol&#233;tariat r&#233;alisant sa dictature ou d&#233;tenant le pouvoir d'Etat et la majorit&#233; de la population paysanne&#8230; Nous savons que seul l'accord avec la paysannerie peut sauver la r&#233;volution sociale en Russie, tant que la r&#233;volution n'est pas survenue dans les autres pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crit dans &#171; La maladie infantile du communisme &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Dans la Russie de 1917, plac&#233;e dans une situation historique extr&#234;mement originale, il &#233;tait facile de commencer la r&#233;volution socialiste, tandis qu'il y sera plus difficile que dans les pays occidentaux de la continuer et de la mener &#224; son terme. J'ai d&#233;j&#224; eu l'occasion, au commencement de 1918, de signaler ce fait, et une exp&#233;rience de deux ans m'a enti&#232;rement raison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait en 1917 dans sa &#171; Lettre d'adieu aux ouvriers suisses &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le prol&#233;tariat russe ne peut parachever la r&#233;volution socialiste avec ses seules forces. Mais il peut donner &#224; sa r&#233;volution une ampleur qui cr&#233;era les conditions les plus favorables &#224; cette r&#233;volution socialiste, qui lui permettra m&#234;me, en un certain sens, de la commencer. Il peut facileter l'entr&#233;e dans le combat d&#233;cisif de son principal et plus s&#251;r collaborateur, le prol&#233;tariat capitaliste d'Europe et d'Am&#233;rique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait dans son &#171; Rapport sur l'activit&#233; du Conseil des commissaires du peuple au troisi&#232;me congr&#232;s des soviets &#187; le 11 janvier 1918 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Certes, la victoire d&#233;finitive du socialisme est impossible dans un seul pays. Notre d&#233;tachement d'ouvriers et de paysans, qui soutient le pouvoir des soviets, n'est que l'un des d&#233;tachements de cette arm&#233;e universelle qui est actuellement divis&#233;e par la guerre mondiale. Le pays o&#249; la situation est favorable est celui qui doit commencer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans ses &#171; Th&#232;ses sur la paix &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il n'est pas douteux que la r&#233;volution sociale en Europe doit avoir lieu et qu'elle aura lieu. Tous nos espoirs en la victoire d&#233;finitive du socialisme sont bas&#233;s sur cette certitude et sur cette pr&#233;vision scientifique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans son &#171; Rapport sur la paix de Brest &#187; au septi&#232;me congr&#232;s du Parti communiste (bolchevik) de Russie :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour la r&#233;volution russe, la plus grande difficult&#233;, le plus grand probl&#232;me historique r&#233;side dans la n&#233;cessit&#233; de r&#233;soudre les probl&#232;mes internationaux, de provoquer la r&#233;volution internationale, en faisant de notre r&#233;volution, &#233;troitement nationale, une r&#233;volution mondiale&#8230; Si nous, parti bolchevik, avons assum&#233; cette t&#226;che, c'est parce que nous avons la conviction que la r&#233;volution m&#251;rit dans tous les pays et qu'en fin de compte la r&#233;volution socialiste viendra, car elle vient d&#233;j&#224;, quelles que soient les difficult&#233;s &#224; traverser et les d&#233;faites &#224; subir. Notre sauvegarde contre toutes ces difficult&#233;s, je le r&#233;p&#232;te, est dans la r&#233;volution europ&#233;enne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine dclare dans son &#171; Rapport du Conseil des commissaires du peuple &#187; au septi&#232;me congr&#232;s du Parti communiste (bolchevik) de Russie :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Avant, comme apr&#232;s Octobre, nous avons toujours dit que nous nous consid&#233;rions comme un d&#233;tachement de l'arm&#233;e internationale du prol&#233;tariat, d&#233;tachement qui s'est trouv&#233; plac&#233; &#224; l'avant-garde non pas par suite de son d&#233;veloppement et de sa pr&#233;paration, mais par suite des circonstances exceptionnelles de la Russie. C'est pourquoi on ne pourra consid&#233;rer la victoire de la r&#233;volution socialiste comme d&#233;finitive que lorsqu'elle deviendra la victoire du prol&#233;tariat dans plusieurs pays avanc&#233;s tout au moins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans &#171; Tactique du Parti communiste (bolchevik) de Russie &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Sans l'appui de la r&#233;volution mondiale, la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne est impossible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait dans son &#171; Discours &#224; la conf&#233;rence des repr&#233;sentants des comit&#233;s ex&#233;cutifs de districts, de cantons et de villages &#187; du 15 octobre 1920 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Lorsque les bolcheviks commen&#231;aient la r&#233;volution, ils disaient que nous pouvions et devions la commencer : mais en m&#234;me temps nous n'oublions pas qu'on peut la &#226;rachever, l'amener &#224; la victoire d&#233;finitive, non pas en se limitant &#224; la Russie, mais en triomphant du capital international avec l'aide d'une s&#233;rie de pays&#8230; Nous voyons la confirmation du fait que la r&#233;volution russe n'est qu'un anneau dans la cha&#238;ne de la r&#233;volution internationale et que notre r&#233;volution s'y d&#233;veloppe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clare dans son &#171; Discours &#224; l'assembl&#233;e pl&#233;ni&#232;re du soviet de Moscou &#187; du 27 novembre 1920 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous savions alors que notre victoire n'en serait une que lorsque notre cause aurait triomph&#233; dans le monde entier, parce que nous avons commenc&#233; notre &#339;uvre en escomptant la r&#233;volution mondiale&#8230; Nous misions sur la r&#233;volution mondiale et nous avions absolument raison d'agir ainsi&#8230; Si nous jetons maintenant un regard d'ensemble sur les rapports internationaux (nous avons toujours soulign&#233; que nous nous placions au point de vue international et qu'il est impossible d'accomplir dans un seul pays une &#339;uvre comme la r&#233;volution socialiste) et sur l'histoire de la guerre&#8230; il ne faut pas oublier que nous n'avons remport&#233; qu'une demi-victoire&#8230; Nous savons et nous n'oublierons pas que notre &#339;uvre est internationale, et tant que la r&#233;volution n'aura pas &#233;clat&#233; dans tous les Etats &#8211; y compris les plus riches et les plus civilis&#233;s &#8211; notre victoire ne sera qu'une demi-victoire, ou peut-&#234;tre moins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait dans son &#171; Discours sur les concessions &#187; du 27 novembre 1920 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Tant que le socialisme et le capitalisme subsistent, nous ne pouvons pas vivre en paix ; l'un ou l'autre devra vaincre &#224; la fin : la R&#233;publique des soviets ou le capitalisme mondial dispara&#238;tra. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans son &#171; Rapport sur la paix de Brest &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Au point de vue historique mondial il n'est pas douteux que si notre r&#233;volution restait isol&#233;e, si elle n'avait pas l'appui du mouvement r&#233;volutionnaire dans les autres pays, sa victoire finale serait impossible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait dans son &#171; Discours au soviet de Moscou &#187; du 23 avril 1918 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous n'arriverons &#224; la victoire d&#233;finitive que quand nous aurons r&#233;ussi &#224; briser le capitalisme international, qui s'appuie sur la puissance formidable de sa technique et de sa discipline. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans &#171; Notre situation int&#233;rieure et ext&#233;rieure et les t&#226;ches du parti &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous avons toujours dit nettement que cette victoire ne peut &#234;tre solide si elle n'est pas soutenue par la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Occident, qu'une appr&#233;ciation juste de notre r&#233;volution n'est possible qu'au point de vue international. Pour vaincre d&#233;finitivement, nous devons arriver &#224; ce que la r&#233;volution prol&#233;tarienne triomphe dans les principaux pays capitalistes, ou, tout au moins, dans quelques uns. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait dans son &#171; Discours &#224; la r&#233;union des secr&#233;taires de cellules de Moscou &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous avons toujours dit que nous ne sommes qu'un anneau dans la cha&#238;ne de la r&#233;volution mondiale, et jamais nous n'avons compt&#233; vaincre uniquement par nos propres forces. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait dans son &#171; Discours au huiti&#232;me Congr&#232;s panrusse des soviets &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Tant que notre R&#233;publique des soviets restera un il&#244;t dans l'ensemble du monde capitaliste, ce serait une fantaisie, une utopie risible, que de songer &#224; notre compl&#232;te ind&#233;pendance &#233;conomique et &#224; la disparition de tout danger. Naturellement, tant que ces oppositions radicales subsisteront, les dangers resteront et ne pourront &#234;tre &#233;vit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait dans son &#171; Discours au quatri&#232;me congr&#232;s panrusse des travailleurs du V&#234;tement &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Vous savez jusqu'&#224; quel point le capital est une force internationale, jusqu'&#224; quel point les usines, entreprises et magasins capitalistes les plus importants sont li&#233;s entre eux dans le monde entier, et, par suite, il est &#233;vident qu'il est impossible de vaincre compl&#232;tement le capital d'un seul c&#244;t&#233;. C'est une force internationale et, pour la vaincre compl&#232;tement, il faut une action commune des ouvriers &#224; l'&#233;chelle internationale. Et depuis que nous avons lutt&#233; contre les gouvernements bourgeois r&#233;publicains en Russie en 1917, depuis que nous avons r&#233;alis&#233; le pouvoir des soviets en novembre 1917, nous n'avons cess&#233; d'indiquer aux ouvriers que la t&#226;che essentielle, la condition fondamentale de notre victoire est la diffusion de la r&#233;volution tout au moins dans quelques-uns des pays les plus avanc&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans &#171; Moins vaut moins mais mieux &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Parviendrons-nous &#224; nous maintenir avec notre petite production paysanne, avec notre mis&#232;re, jusqu'&#224; ce que les pays capitalistes d'Europe occidentale accomplissent leur &#233;volution vers le socialisme ? Telle est la question qui se pose &#224; nous en ce moment&#8230; Nous ne sommes pas assez civilis&#233;s pour passer directement au socialisme, quoique nous ayons pour cela les pr&#233;misses politiques n&#233;cessaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;clarait au septi&#232;me congr&#232;s du Parti communiste (bolchevik) de Russie le 7 mars 1918 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; C'est l&#224; une le&#231;on, car la v&#233;rit&#233; absolue est que nous p&#233;rirons sans la r&#233;volution allemande. Nous p&#233;rirons, peut-&#234;tre pas &#224; P&#233;trograd ni &#224; Moscou, mais &#224; Vladivostok ou dans d'autres lointaines r&#233;gions, o&#249; nous devrons battre en retraite&#8230; En tout cas, quelles que soient les p&#233;rip&#233;ties de la lutte, si la r&#233;volution allemande ne survient pas, nous sommes perdus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans &#171; La principale t&#226;che actuelle &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le salut n'est possible que dans la voie de la r&#233;volution socialiste internationale, o&#249; nous nous sommes engag&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans son &#171; Rapport sur les t&#226;ches actuelles du pouvoir aux soviets &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Notre t&#226;che, tant que nous sommes seuls, consiste &#224; sauvegarder la r&#233;volution, &#224; lui conserver une certaine dose de socialisme, si faible soit-elle, jusqu'au moment o&#249; la r&#233;volution &#233;clatera dans les autres pays et o&#249; d'autres d&#233;tachements viendront &#224; la rescousse. Mais escompter que l'histoire mettra en mouvement les d&#233;tachements socialistes des diff&#233;rents pays dans une progression m&#233;thodique, c'est n'avoir aucune id&#233;e de la r&#233;volution ou renoncer par b&#234;tise &#224; l'appui de la r&#233;volution socialiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans sa &#171; Lettre aux ouvriers am&#233;ricains &#187; du 20 ao&#251;t 1918, L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Quelle que soit la rapidit&#233; de sa maturation, la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe peut ne pas &#233;clater au cours des prochaines semaines. Nous misons sur l'in&#233;lucatibilit&#233; de la r&#233;volution mondiale, mais il ne s'ensuit pas que nous misions sottement sur son arriv&#233;e &#224; une date rapproch&#233;e et d&#233;termin&#233;e&#8230; Nous serons dans une forteresse assi&#233;g&#233;e tant que les autres d&#233;tachements de la r&#233;volution socialiste internationale ne viendront pas &#224; notre secours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivait dans son &#171; Rapport au troisi&#232;me congr&#232;s panrusse des soviets &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous voyons maintenant toute l'ampleur du d&#233;veloppement de la r&#233;volution ; le Russe a commenc&#233;, l'Allemand, le Fran&#231;ais, l'Anglais ach&#232;veront et le socialisme vaincra. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un point de vue largement partag&#233; dans le parti bolchevik et que personne n'avait cherch&#233; &#224; combattre du vivant de L&#233;nine. Dans &#171; L'ABC du communisme &#187;, on peut lire par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La r&#233;volution communiste ne peut vaincre que comme r&#233;volution mondiale&#8230; Lorsque les ouvriers n'ont vaincu que dans un seul pays, le rel&#232;vement &#233;conomique, l'organisation de l'&#233;conomie sont tr&#232;s difficiles&#8230; Si, pour la victoire du communisme, la victoire de la r&#233;volution mondiale et l'appui mutuel des ouvriers sont n&#233;cessaires, il s'ensuit que la condition indispensable de la victoire est la solidarit&#233; internationale de la classe ouvri&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev &#233;crivait ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat dans un seul pays est d&#233;j&#224; une grande victoire du socialisme, et, dans ce cas, elle est une victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Mais nous ne voulons nullement dire par l&#224; que m&#234;me une victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat soit d&#233;j&#224; le triomphe d&#233;finitif du socialisme&#8230; Le fait m&#234;me de d&#233;clarer propri&#233;t&#233; d'Etat les instruments et les moyens de production n'est pas encore le triomphe du r&#233;gime socialiste&#8230; Nous n'avons pas encore vaincu d&#233;finitivement. Et la r&#233;volution prol&#233;tarienne ne peut vaincre d&#233;finitivement dans un seul pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; En avril 1924, trois mois apr&#232;s la mort de L&#233;nine, Staline &#233;crivait encore dans sa compilation sur les Bases du l&#233;ninisme : &#034;Il suffit des efforts d'un pays pour renverser la bourgeoisie, l'histoire de notre r&#233;volution l'enseigne. Pour la victoire d&#233;finitive du socialisme, pour l'organisation de la production socialiste, les efforts d'un seul pays, surtout paysan comme le n&#244;tre, sont d&#233;j&#224; insuffisants ; il y faut les efforts r&#233;unis des prol&#233;taires de plusieurs pays avanc&#233;s.&#034; (&#8230;) Petrov &#233;crivait : &#034;Comment ! Nous n'arriverions pas nous-m&#234;mes &#224; faire le bonheur de notre pays ? S'il en est autrement d'apr&#232;s Marx, eh bien, nous ne sommes pas marxistes, nous sommes des bolcheviks de Russie, voil&#224; tout.&#034; Petrov ajoute : &#034;Je ne puis m'emp&#234;cher de penser &#224; pr&#233;sent que la th&#233;orie du socialisme dans un seul pays est plus qu'une simple invention stalinienne.&#034; (&#8230;) Boukharine, qui tenta de fonder la nouvelle th&#233;orie, proclama, comme &#233;tant irr&#233;futablement prouv&#233; : &#034;Les diff&#233;rences de classes dans notre pays ou notre technique arri&#233;r&#233;e ne nous m&#232;neront pas &#224; notre perte ; nous pouvons b&#226;tir le socialisme sur cette base de mis&#232;re technique elle-m&#234;me ; la croissance de ce socialisme sera tr&#232;s lente, nous avancerons &#224; pas de tortue, mais nous construirons le socialisme et nous en ach&#232;verons la construction...&#034; (&#8230;) La n&#233;cessit&#233; m&#234;me du nouveau programme des Jeunesses communistes fut justifi&#233;e en ces termes par le rapporteur : &#034;L'ancien programme renferme une affirmation erron&#233;e, profond&#233;ment antil&#233;niniste, selon laquelle &#034;la Russie ne peut arriver au socialisme que par la r&#233;volution mondiale&#034;. (&#8230;) La bureaucratie a d&#251;, dans sa lutte pour l'&#233;conomie planifi&#233;e, exproprier le koulak ; la classe ouvri&#232;re aura, dans sa lutte pour le socialisme, &#224; exproprier la bureaucratie, sur la tombe de laquelle elle pourra mettre cette &#233;pitaphe : &#034;Ici repose la th&#233;orie du socialisme dans un seul pays.&#034; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Trotsky en 1928 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky en 1936 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article267&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article267&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en 1905 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Cela nous incite &#224; concevoir une situation historique o&#249; la victoire de la r&#233;volution &#8220;bourgeoise&#8221; ne serait possible que gr&#226;ce &#224; la conqu&#234;te du pouvoir r&#233;volutionnaire par le prol&#233;tariat. Cette r&#233;volution cesserait elle d'&#234;tre bourgeoise ? Oui et non. Cela ne d&#233;pendrait pas d'une d&#233;finition, mais du d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements. Si le prol&#233;tariat est repouss&#233; par la coalition des classes bourgeoises, et entre autres la classe paysanne qu'il aura affranchie, la r&#233;volution conservera son caract&#232;re &#233;troitement bourgeois. Mais si le prol&#233;tariat est capable de mettre en &#339;uvre toutes les ressources de sa domination politique et s'il r&#233;ussit ainsi &#224; rompre les cadres nationaux de la r&#233;volution russe, celle ci pourra devenir le prologue d'un cataclysme socialiste mondial. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_a_1.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_a_1.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le 11 novembre 1918, ce n'est pas la paix...</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article9041</link>
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		<dc:date>2024-11-08T23:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 11 novembre 1918, ce n'est pas la paix &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 11 novembre 1918, les grandes puissances occidentales n'ont pas d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter la boucherie de masse de la premi&#232;re guerre mondiale mais ils y ont &#233;t&#233; forc&#233;es par les r&#233;volutions russe, allemande, autrichienne et hongroise et elles ont poursuivi la guerre antisociale contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne en particulier en Russie, en Allemagne et dans toute l'Europe jusque dans les ann&#233;es 1920&#8230; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot279" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le 11 novembre 1918, ce n'est pas la paix&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 11 novembre 1918, les grandes puissances occidentales n'ont pas d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter la boucherie de masse de la premi&#232;re guerre mondiale mais ils y ont &#233;t&#233; forc&#233;es par les r&#233;volutions russe, allemande, autrichienne et hongroise et elles ont poursuivi la guerre antisociale contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne en particulier en Russie, en Allemagne et dans toute l'Europe jusque dans les ann&#233;es 1920&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/archives-diplomatiques/offre-pedagogique/ressources-en-ligne/article/l-intervention-francaise-en-russie-1918-1920&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/archives-diplomatiques/offre-pedagogique/ressources-en-ligne/article/l-intervention-francaise-en-russie-1918-1920&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/rharm_0035-3299_1992_num_186_1_4106&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/rharm_0035-3299_1992_num_186_1_4106&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.obsfr.ru/report/15208/11997/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.obsfr.ru/report/15208/11997/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://imagesdefense.gouv.fr/guerre-civile-russe-intervention-allies-revolution-bolcheviks&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://imagesdefense.gouv.fr/guerre-civile-russe-intervention-allies-revolution-bolcheviks&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3448&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3448&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1477&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1477&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6030&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6030&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2515&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2515&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5101&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re guerre mondiale a &#233;t&#233; d&#233;clench&#233;e comme une guerre contre la r&#233;volution mondiale d&#233;but&#233;e en 1905&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3109&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7367&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7367&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7324&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7324&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3399&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3399&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4742&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4742&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la signature de l'armistice de 1918, la guerre se poursuit &#224; l'Est et au Proche-Orient jusqu'en 1923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-fabrique-de-l-histoire/a-l-est-la-guerre-ne-s-arrete-pas-en-1918-1676754&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-fabrique-de-l-histoire/a-l-est-la-guerre-ne-s-arrete-pas-en-1918-1676754&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://courrierdeuropecentrale.fr/dans-lest-europeen-la-guerre-ne-sest-pas-arretee-le-11-novembre/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://courrierdeuropecentrale.fr/dans-lest-europeen-la-guerre-ne-sest-pas-arretee-le-11-novembre/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.francetvinfo.fr/societe/guerre-de-14-18/pourquoi-l-armistice-du-11-novembre-1918-n-a-pas-vraiment-mis-fin-a-la-guerre_451784.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.francetvinfo.fr/societe/guerre-de-14-18/pourquoi-l-armistice-du-11-novembre-1918-n-a-pas-vraiment-mis-fin-a-la-guerre_451784.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nouvelobs.com/idees/20171122.OBS7685/la-premiere-guerre-mondiale-n-est-pas-finie.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nouvelobs.com/idees/20171122.OBS7685/la-premiere-guerre-mondiale-n-est-pas-finie.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le 11 novembre, la guerre mondiale des pays imp&#233;rialistes contre la r&#233;volution continue en Russie et dans l'Est de l'Europe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forces imp&#233;rialistes (et leurs alli&#233;s arm&#233;s et financ&#233;s par l'imp&#233;rialisme occidental) d&#233;ploy&#233;es contre la Russie r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Tch&#233;coslovaquie : 50 000 hommes dans les L&#233;gions tch&#233;co-slovaques en Russie le long du Transsib&#233;rien&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande : 40 000 hommes dans les r&#233;gions d'Arkhangelsk et de Vladivostok&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Japon : 28 000 hommes puis 70 000 (dans la r&#233;gion de Vladivostok)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Gr&#232;ce : 23 351 hommes (partie du 1er corps d'arm&#233;e, compos&#233;e des 1re (en), 2e (en) et 13e divisions, command&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Konstantinos Nider (en)) en Crim&#233;e, &#224; Odessa et Kherson&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Pologne : 12 000 hommes en Sib&#233;rie et &#224; Mourmansk qui s'ajoutent aux effectifs engag&#233;s durant la guerre sovi&#233;to-polonaise soit 800 000 hommes&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Etats-Unis : 13 000 hommes dans les r&#233;gions d'Arkhangelsk et de Vladivostok&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	France : 12 000 hommes dans les r&#233;gions d'Arkhangelsk, d'Odessa, de S&#233;bastopol et en Sib&#233;rie&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Estonie : 11 500 hommes en Estonie m&#234;me et dans le nord de la Russie)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Canada : 5 300 hommes dans les r&#233;gions d'Arkhangelsk, Mourmansk et Vladivostok&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Royaume des Serbes, Croates et Slov&#232;nes : 4 000 hommes dans la r&#233;gion d'Arkhangelsk&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Roumanie : 4 000 hommes en soutien &#224; la r&#233;publique d&#233;mocratique moldave en lutte contre la r&#233;publique socialiste sovi&#233;tique de Bessarabie et 4 000 autres dans le corps des volontaires roumains en Russie (en), dans la r&#233;gion d'Arkhangelsk&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Italie : 2 500 hommes dans la r&#233;gion de Mourmansk et en Sib&#233;rie&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	R&#233;publique de Chine : 2 300 hommes dans la r&#233;gion de Vladivostok&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Raj britannique : 950 hommes dans la r&#233;gion d'Achgabat&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Australie : 150 hommes dans la r&#233;gion d'Arkhangelsk&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	L'empire du Japon qui, le premier, avait envoy&#233; quelques forces en Sib&#233;rie dans les premiers jours d'avril 1918 continue de soutenir les Russes blancs jusqu'en octobre 1922, date du retrait de l'Arm&#233;e imp&#233;riale japonaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Intervention_alli%C3%A9e_pendant_la_guerre_civile_russe&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Intervention_alli%C3%A9e_pendant_la_guerre_civile_russe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Intervention_en_Sib%C3%A9rie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Intervention_en_Sib%C3%A9rie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Intervention_en_Russie_septentrionale&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Intervention_en_Russie_septentrionale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_civile_russe&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_civile_russe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mutineries_de_la_mer_Noire&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mutineries_de_la_mer_Noire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/publications/l_atlas_histoire/a54050&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.monde-diplomatique.fr/publications/l_atlas_histoire/a54050&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/imperialisme/c5.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/imperialisme/c5.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/imperialisme/c6.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/imperialisme/c6.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/imperialisme/c8.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/imperialisme/c8.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1918/10/lt19181000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1918/10/lt19181000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'armistice du 11 novembre 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php?larub=476&amp;titre=convention-d-armistice-du-11-novembre-1918-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php?larub=476&amp;titre=convention-d-armistice-du-11-novembre-1918-&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le 11 novembre 1918, puis la paix avec l'Allemagne et le trait&#233; de Versailles, c'est la pr&#233;paration du nazisme et de la seconde guerre mondiale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1922/ic4_06.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1922/ic4_06.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1940/11/barta_lutte2g.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1940/11/barta_lutte2g.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/00/320000a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/00/320000a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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