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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>La transition du pouvoir aux travailleurs au socialisme</title>
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		<dc:date>2026-04-06T22:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Transition de phase</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme - Socialism</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Qu'est-ce que la soci&#233;t&#233; de transition, vers le socialisme ? Ni tout &#224; fait capitaliste, ni socialiste&#8230; C'est le pouvoir aux travailleurs mais la dictature de l'ancienne &#233;conomie et de l'ancienne soci&#233;t&#233; n'ont pas disparu par magie. &lt;br class='autobr' /&gt;
NOVACK &lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me des formations de transition &lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me des formations transitionnelles rev&#234;t une immense importance m&#233;thodologique tant dans les sciences naturelles que dans les sciences sociales. Il rev&#234;t une importance th&#233;orique et politique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Transition de phase&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce que la soci&#233;t&#233; de transition, vers le socialisme ? Ni tout &#224; fait capitaliste, ni socialiste&#8230; C'est le pouvoir aux travailleurs mais la dictature de l'ancienne &#233;conomie et de l'ancienne soci&#233;t&#233; n'ont pas disparu par magie.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;NOVACK&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me des formations de transition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me des formations transitionnelles rev&#234;t une immense importance m&#233;thodologique tant dans les sciences naturelles que dans les sciences sociales. Il rev&#234;t une importance th&#233;orique et politique particuli&#232;re pour les marxistes contemporains, car le XXe si&#232;cle est avant tout une &#233;poque de transition d'une formation socio-&#233;conomique &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque &#233;poque du progr&#232;s de l'humanit&#233; a sa forme dominante d'&#233;conomie, de politique et de culture. Aux XVIIIe et XIXe si&#232;cles, c'&#233;tait le syst&#232;me capitaliste dans ses phases d'expansion. La forme g&#233;n&#233;rale distinctive du XXe si&#232;cle est son caract&#232;re transitionnel . Il s'agit d'une p&#233;riode de mouvement rapide et convulsif depuis la domination du capitalisme mondial comme forme ultime de soci&#233;t&#233; de classes jusqu'&#224; l'&#233;tablissement d'&#201;tats postcapitalistes orient&#233;s vers le socialisme, qui &#233;radiqueront tous les vestiges de diff&#233;renciations de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ancien qui survit dans le nouveau nous confronte &#224; chaque &#233;tape de la vie, dans la nature comme dans la soci&#233;t&#233; &#187;, observait L&#233;nine dans L'&#201;tat et la R&#233;volution . Il a &#233;crit cela pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale et la R&#233;volution russe &#8211; les deux &#233;v&#233;nements cataclysmiques qui ont marqu&#233; le d&#233;but de la nouvelle &#233;poque de l'histoire. Bien que cette &#233;poque ait d&#233;j&#224; 50 ans, elle est loin d'&#234;tre mature et sa prog&#233;niture souffre de nombreuses maladies cong&#233;nitales de l'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re fondamentalement transitionnel de cette p&#233;riode et la pr&#233;dominance de traits manifestement contradictoires n&#233;cessitent de rechercher la nature essentielle de ce ph&#233;nom&#232;ne. La pr&#233;sence de formations, de types et de p&#233;riodes de transition a &#233;t&#233; not&#233;e empiriquement et leurs caract&#233;ristiques concr&#232;tes analys&#233;es dans les &#233;crits de nombreux marxistes, et pas seulement par eux. Mais le sujet a rarement &#233;t&#233; trait&#233; de mani&#232;re syst&#233;matique. Cette lacune th&#233;orique est regrettable, car une foule de probl&#232;mes sociologiques et politiques embarrassants pourraient &#234;tre &#233;claircis par une compr&#233;hension correcte des particularit&#233;s de cet aspect tr&#232;s r&#233;pandu des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dualit&#233; exceptionnelle des &#201;tats en transition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le processus cosmique incessant du devenir et de l'&#234;tre, toutes choses passent d'un &#233;tat &#224; un autre. Cela signifie que les &#233;tats et les formes de transition se retrouvent partout dans le monde physique, dans la soci&#233;t&#233;, dans le d&#233;veloppement intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antith&#232;se d'une formation transitionnelle est une antith&#232;se fixe et stable avec des caract&#233;ristiques claires qui composent un mod&#232;le d&#233;finitif. La distinction entre les deux est relative, puisque m&#234;me l'entit&#233; la plus durable est sujette au changement et &#224; la transformation en autre chose sur une p&#233;riode de temps suffisamment longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La polarit&#233; dynamique des formes physiques est illustr&#233;e par un liquide. Il s'agit d'un &#233;tat plus ou moins stable de la mati&#232;re sur terre, interm&#233;diaire entre un solide et un gaz, &#233;tant en partie semblable &#224; l'un et en partie &#224; l'autre, mais essentiellement diff&#233;rent des deux. Un liquide a plus de coh&#233;sion qu'un gaz et plus de mobilit&#233; qu'un solide. Il ressemble &#224; un solide par son volume d&#233;fini mais en diff&#232;re et ressemble &#224; un gaz par l'absence de forme d&#233;finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transformations qualitatives de H2O et d'autres compos&#233;s chimiques r&#233;sultent de changements dans la constitution mol&#233;culaire. Un solide est constitu&#233; de mol&#233;cules rigidement verrouill&#233;es. Lorsque celles-ci sont d&#233;sagr&#233;g&#233;es par les changements de temp&#233;rature et de pression, elles passent dans un &#233;tat plus fluide dans lequel les mol&#233;cules maintiennent une certaine proximit&#233; les unes avec les autres tout en acqu&#233;rant plus de mobilit&#233; que dans un solide. Une fois que les mol&#233;cules s'&#233;loignent les unes des autres et sont compl&#232;tement d&#233;tach&#233;es de leurs liaisons mutuelles, elles deviennent gazeuses. L'&#233;tat gazeux est l'&#233;tat de la mati&#232;re le plus diff&#233;rent du solide en ce qui concerne l'imbrication de ses constituants mol&#233;culaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi un liquide est d&#233;fini n&#233;gativement par ses relations &#224; l'&#233;tat solide sur l'une de ses fronti&#232;res et &#224; l'&#233;tat gazeux sur l'autre. Il est positivement d&#233;termin&#233; par son m&#233;lange particulier de coh&#233;sion et de mobilit&#233;. Si la capacit&#233; d'un liquide &#224; se transformer en son contraire &#224; chaque extr&#233;mit&#233; pr&#233;sente son caract&#232;re interm&#233;diaire, la combinaison de propri&#233;t&#233;s contraires fait ressortir la dualit&#233; intrins&#232;que de son &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsqu'un liquide bout, ces polarit&#233;s de volume d&#233;fini et de forme variable s'accentuent jusqu'&#224; l'extr&#234;me contradiction. &#192; la fois, au sein du syst&#232;me dans son ensemble, il existe &#224; la fois un volume d&#233;fini et ind&#233;fini, ainsi qu'une forme ind&#233;finie. Cette diff&#233;rence est r&#233;partie sur des parties du syst&#232;me, sur diff&#233;rentes mol&#233;cules. Ainsi, l'eau et la vapeur cohabitent ; certaines mol&#233;cules sont &#224; l'&#233;tat gazeux, d'autres &#224; l'&#233;tat liquide. Mais pour le syst&#232;me dans son ensemble, on ne peut dire ni qu'il est exclusivement gazeux, ni exclusivement liquide ; c'est en fait &#224; la fois gazeux et liquide : c'est bouillant. C'est l'&#233;tape de transition entre le liquide et le gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes choses ont une double nature, comme le montre un exemple tir&#233; de la g&#233;ographie plut&#244;t que de la chimie. Une plage est d&#233;finie &#224; la fois par l'eau et par la terre. Chacune de ces entit&#233;s physiques oppos&#233;es sont des &#233;l&#233;ments essentiels de sa composition. Enlevez l'un ou l'autre et la plage n'existe plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les formations transitionnelles se distinguent des choses ordinaires par le caract&#232;re exacerb&#233; de leur double constitution. Ils appartiennent &#224; un type particulier de processus, d'&#233;v&#233;nements et de formes dans la nature, la soci&#233;t&#233; et l'exp&#233;rience individuelle qui pr&#233;sentent des traits contradictoires exceptionnellement prononc&#233;s, presque outrageusement. Ils poussent la coexistence des contraires dans un tout unique jusqu'aux limites les plus extr&#234;mes et les plus anormales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ph&#233;nom&#232;nes sont si contradictoires qu'ils peuvent incarner le passage d'une &#233;tape ou d'une forme d'existence &#224; une autre. Puisque les principales caract&#233;ristiques des formations de transition appartiennent &#224; des stades de d&#233;veloppement cons&#233;cutifs mais qualitativement diff&#233;rents, elles doivent repr&#233;senter une combinaison de l'ancien et du nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le processus de la vie, les premiers produits du d&#233;veloppement ne sont n&#233;cessairement pas r&#233;alis&#233;s de mani&#232;re ad&#233;quate selon leurs propres conditions. Ce qui est nouveau fait sa premi&#232;re apparition dans et &#224; travers des formes sous-d&#233;velopp&#233;es et affirme son existence &#233;mergente dans la coquille de l'ancien. Le nouveau devenir peine &#224; d&#233;passer son mode d'existence ant&#233;rieur. Il passe d'une &#233;tape &#224; l'autre mais n'est pas encore assez mature, puissant ou pr&#233;dominant pour d&#233;truire et rejeter l'apr&#232;s-naissance de son &#233;tat natal et se tenir pleinement et fermement sur ses propres pieds. Comme le f&#339;tus, il reste d&#233;pendant des conditions de sa naissance ou, comme un nourrisson, d&#233;pendant de ses parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un d&#233;veloppement complet et normal, les formations transitionnelles passent par trois phases. 1. Une &#233;tape pr&#233;natale ou embryonnaire au cours de laquelle les fonctions, structures et caract&#233;ristiques de l'entit&#233; naissante se d&#233;veloppent et s'agitent dans le cadre de la forme d&#233;j&#224; &#233;tablie. 2. La perc&#233;e qualitative de sa p&#233;riode de naissance, lorsque l'ensemble des pouvoirs et des caract&#233;ristiques nouveaux r&#233;ussit &#224; briser l'ancienne forme et &#224; avancer pour son propre compte. &#192; ce stade, la nouvelle cr&#233;ation continue de conserver de nombreux r&#233;sidus appartenant &#224; son &#233;tat pr&#233;c&#233;dent. 3. La p&#233;riode de maturation pendant laquelle les caract&#233;ristiques r&#233;siduelles inadapt&#233;es &#224; son propre mode d'existence sont largement &#233;limin&#233;es et o&#249; la nouvelle entit&#233; se d&#233;veloppe indubitablement, fermement et fortement sur ses fondements distinctifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut du temps pour que les caract&#233;ristiques et fonctions uniques de quelque chose de nouveau manifestent leur potentiel, engendrent le type d'expression le plus appropri&#233; et se stabilisent dans une forme normale ou perfectionn&#233;e. Au d&#233;but de leur carri&#232;re, ils sont entrav&#233;s, souvent m&#234;me d&#233;figur&#233;s, par l'h&#233;ritage du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ph&#233;nom&#232;nes limites sont si significatifs &#8211; et d&#233;routants &#8211; parce qu'ils constituent le pont entre les &#233;tapes successives de l'&#233;volution. Leur nature hybride, incarnant des caract&#233;ristiques appartenant &#224; des phases de croissance antith&#233;tiques, &#233;claire &#224; la fois l'ancien et le nouveau, le pass&#233; et le futur. Gr&#226;ce &#224; eux, il est possible de voir comment et o&#249; la carapace de l'ancien est bris&#233;e par des forces antagonistes qui s'efforcent d'&#233;tablir les bases, les conditions de base, pour des formes d'existence sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque tournant de l'&#233;volution de la vie a donn&#233; naissance &#224; des esp&#232;ces aux caract&#233;ristiques contradictoires appartenant &#224; des formes s&#233;quentielles diff&#233;rentes. Ceux-ci t&#233;moignent de leur statut de trait d'union entre deux esp&#232;ces distinctes et successives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probl&#232;mes de classification&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant le plus important de l'&#233;volution organique fut le passage du singe &#224; l'homme. Ici, les scientifiques ont trouv&#233; des fossiles autrefois vivants pr&#233;sentant des caract&#233;ristiques oppos&#233;es. Structurellement, l' Australopith&#232;que sud-africain n'est pas tout &#224; fait un singe ni tout &#224; fait un homme ; c'est quelque chose entre les deux. Il se tenait habituellement debout et marchait droit aussi habilement que l'homme et son volume c&#233;r&#233;bral se rapproche de celui de l'homme. Le fait que ces &#234;tres utilisaient des outils, et se livraient ainsi &#224; une activit&#233; de travail pour obtenir leurs moyens d'existence, prouve qu'ils avaient franchi la fronti&#232;re s&#233;parant le singe de l'homme et s'&#233;taient lanc&#233;s dans un nouveau mode d'existence, malgr&#233; les lourds vestiges du primate. pass&#233;, ils les ont support&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment en raison de leurs traits hautement contradictoires et inachev&#233;s, les formes transitionnelles pr&#233;sentent des probl&#232;mes extr&#234;mement &#233;pineux de d&#233;finition et de classification pr&#233;cises aux scientifiques et aux universitaires. Ce sont les ph&#233;nom&#232;nes les plus &#233;nigmatiques. Il est souvent difficile, voire impossible, de d&#233;terminer &#224; quel c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re ils appartiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che consiste &#224; distinguer ce qui est v&#233;ritablement nouveau de ce qui est enracin&#233; dans les conditions d'existence pr&#233;c&#233;dentes, puis &#224; &#233;valuer le poids relatif des traits et des tendances de d&#233;veloppement contradictoires incorpor&#233;s dans le sp&#233;cimen. Les taxonomistes parmi les biologistes, les botanistes et les anthropologues physiques se sont engag&#233;s dans des controverses prolong&#233;es, &#226;pres et parfois peu concluantes sur la question de savoir si un sp&#233;cimen donn&#233; appartient correctement &#224; une cat&#233;gorie ou &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui d&#233;termine le lieu de classification ? La simple possession de l'un ou l'autre trait d'un type sup&#233;rieur ou inf&#233;rieur n'est pas consid&#233;r&#233;e comme une preuve concluante. La question est tranch&#233;e d'une mani&#232;re ou d'une autre par l'ensemble des caract&#233;ristiques par rapport &#224; ce qui s'est pass&#233; avant et &#224; ce qui en est ressorti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, les restes fossiles de l'Archaeopteryx pr&#233;sentent de nombreuses caract&#233;ristiques que l'on ne retrouve d&#233;sormais que chez les reptiles ou chez les embryons d'oiseaux : queue reptilienne, m&#226;choires avec des dents et ailes griffues. Pourtant c'est un v&#233;ritable oiseau. Cette classification sup&#233;rieure est justifi&#233;e par la pr&#233;sence de plumes et la structure des pattes et des ailes qui l'&#233;quipent pour le vol. L'Arch&#233;opt&#233;ryx avait franchi les limites de l'&#233;tat de reptile pour devenir la premi&#232;re incarnation d'une forme sup&#233;rieure de cr&#233;ature vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les difficult&#233;s de classification r&#233;sultant des caract&#233;ristiques contradictoires des ph&#233;nom&#232;nes de transition sont bien illustr&#233;es par la controverse actuelle parmi les autorit&#233;s sur l'homme primitif &#224; propos des nouvelles d&#233;couvertes de fossiles dans les gorges d'Olduvai au Tanganyika. (Voir Current Anthropology , octobre 1965.) Ce site c&#233;l&#232;bre a fourni des preuves d'homino&#239;des utilisant et fabriquant des outils &#224; des niveaux remontant &#224; plus de deux millions d'ann&#233;es - les plus anciens jamais d&#233;couverts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me pos&#233; par les derni&#232;res d&#233;couvertes concerne un groupe de restes fossiles nomm&#233; Homo habilis . Le Code international de nomenclature zoologique (1961) insistait sur la division des Hominid&#233;s en deux genres : Australopith&#232;que et Homo . Il n'autorisait aucun groupe interg&#233;n&#233;rique ou ambig&#233;n&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Homo habilis ne rentre dans aucune de ces cat&#233;gories oppos&#233;es. Il s'&#233;cartait de l'Australopith&#232;que par son sch&#233;ma morphologique plus humanis&#233; (traits biologiques), mais plus significativement encore parce qu'il avait franchi le pas d&#233;cisif de fabriquer des outils en pierre selon un sch&#233;ma r&#233;gulier et &#233;volutif. Bien que l'Australopith&#232;que utilisait et modifiait des outils et les ait peut-&#234;tre m&#234;me improvis&#233;s &#224; des fins imm&#233;diates, il ne fabriquait pas d'outils selon un mod&#232;le &#233;tabli. D'un autre c&#244;t&#233;, les traits biologiques et culturels d' Homo habilis &#233;taient en de&#231;&#224; du statut d' Homo .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dilemme auquel sont confront&#233;s les classificateurs a &#233;t&#233; formul&#233; comme suit par Phillip V. Tobias, professeur d'anatomie &#224; l'Universit&#233; de Witwatersrand : &#171; Le groupe habilis &#233;tait &#224; bien des &#233;gards interm&#233;diaire entre l'Australopith&#232;que et l'Homo . Devons-nous le consid&#233;rer comme l'esp&#232;ce d' Australopith&#232;que la plus avanc&#233;e ou comme l'esp&#232;ce d' Homo la plus primitive ? &#187; Aucune de ces solutions n'&#233;tait satisfaisante. &#034;Nous &#233;tions confront&#233;s &#224; une faiblesse fondamentale de la proc&#233;dure taxonomique classique : nos syst&#232;mes de classification ne tiennent pas suffisamment compte des formes interm&#233;diaires ou transitionnelles.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment le probl&#232;me a-t-il &#233;t&#233; r&#233;solu ? Tobias et LBJ Leakey ont conclu que, sur la base des preuves concernant ces restes d'hominid&#233;s, il &#233;tait n&#233;cessaire de reconna&#238;tre une nouvelle esp&#232;ce d'homme primitif qu'ils ont d&#233;sign&#233;e comme Homo habilis . Cette esp&#232;ce d'hominid&#233; &#233;tait plus jeune et plus avanc&#233;e que l'Australopith&#232;que, mais plus &#226;g&#233;e et moins mature qu'Homo .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande importance d' Homo habilis en tant que pont entre les Australopith&#232;ques et Homo est qu'il comble la derni&#232;re lacune restante dans la s&#233;quence de la phylog&#233;nie des hominid&#233;s du Pl&#233;istoc&#232;ne. La lign&#233;e de l'&#233;volution humaine comprend d&#233;sormais trois &#233;tapes distinctes : partiellement humanis&#233;e ( Australopith&#232;que ) ; nettement humanis&#233; ( Homo habilis ) ; et pleinement humanis&#233; ( Homo ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur Tobias conclut : &#171; Il y aura toujours des d&#233;bats sur les noms &#224; donner aux formes transitionnelles (comme Homo habilis ) ; mais la reconnaissance de leur statut interm&#233;diaire crucial est plus importante que le nom donn&#233; au taxon. Il semble que notre proc&#233;dure de nomenclature ne soit pas &#233;quivalente &#224; la d&#233;signation des &#171; cha&#238;nons manquants &#187; alors que les &#233;carts se sont r&#233;tr&#233;cis jusqu'&#224; atteindre des gradations aussi fines que celles qui existent aujourd'hui dans la s&#233;quence des hominid&#233;s du Pl&#233;istoc&#232;ne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le fait remarquer Tobias en r&#233;ponse aux objections de ses critiques : &#171; Les formes interm&#233;diaires (&#171; cha&#238;nons manquants &#187;) provoquent toujours des probl&#232;mes taxonomiques, m&#234;me si elles ont un bon sens phylog&#233;n&#233;tique. &#187; Une fois qu'il a &#233;t&#233; &#233;tabli qu'Homo habilis n'appartenait pas correctement &#224; l'un ou l'autre groupe, il fallait lui accorder un statut distinct. Ce que cela devrait &#234;tre &#233;tait d&#233;termin&#233; par sa place sp&#233;cifique dans l'ascension &#233;volutive de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas un australopith&#232;que car il avait atteint la capacit&#233; de fabriquer des outils &#224; l'aide d'autres outils. Pourtant, il n'avait pas suffisamment progress&#233; sur la voie de l'humanisation pour justifier son inclusion avec Homo . Il n'y avait pas d'autre alternative que de le reconna&#238;tre comme une esp&#232;ce nouvelle et distincte du genre Homo .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tobias sugg&#232;re que le nouveau groupe d'hominid&#233;s aurait pu &#234;tre d&#233;sign&#233; Australopithecus-Homo habilis . Le compromis consistant &#224; en faire une sous-cat&#233;gorie aurait fait ressortir sa position &#233;mergente mais pas sa nature distinctive ni son destin ult&#233;rieur. Il poss&#232;de &#233;videmment suffisamment d'attributs importants pour m&#233;riter un statut ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toutes les formations transitionnelles, la diff&#233;rence qualitative de l'Homo habilis r&#233;sidait dans sa combinaison particuli&#232;re de caract&#233;ristiques, l'une ressemblant &#224; son pr&#233;d&#233;cesseur, l'autre anticipant son successeur. Le poids relatif de ces &#233;l&#233;ments contradictoires a chang&#233; au cours de son &#233;volution. Il s'est &#233;loign&#233; et au-del&#224; du genre ant&#233;c&#233;dent &#224; mesure qu'il s'est rapproch&#233; des premiers membres du stade sup&#233;rieur suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel a fourni une cl&#233; pour comprendre les formations transitionnelles par les concepts d'&#234;tre d&#233;termin&#233; et de limite analys&#233;s dans la premi&#232;re section de La Logique . Toute chose est ce qu'elle est en vertu des n&#233;gations qui fixent ses limites qualitatives. Ce dont il sort et ce dans quoi il passe sont des &#233;l&#233;ments essentiels de son &#234;tre. Cet &#234;tre est un processus perp&#233;tuel de devenir, de d&#233;termination et de red&#233;termination continuelles &#224; travers l'interaction des forces contradictoires en lui-m&#234;me. Ceux-ci le poussent &#224; devenir quelque chose d'autre qu'il a &#233;t&#233; ou qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Homo habilis doit &#234;tre d&#233;sign&#233; comme un &#234;tre d&#233;termin&#233;, c'est-&#224;-dire un groupement qualitativement distinct d&#233;limit&#233; d'un c&#244;t&#233; par l'Australopith&#232;que et de l'autre par Homo . Cette esp&#232;ce transitionnelle est d&#233;limit&#233;e par ses liens organiques avec les &#233;tapes ant&#233;rieures et post&#233;rieures de l'&#233;volution humaine. Son statut particulier d&#233;pend de ses diff&#233;rences qualitatives par rapport &#224; ces d&#233;terminants oppos&#233;s. Dans la mesure o&#249; ces diff&#233;rences s'effacent, elles passent et se confondent avec l'une ou l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition de la collecte alimentaire &#224; la production alimentaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transitions majeures au sein de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; pr&#233;sentent des traits contradictoires d'une mani&#232;re aussi frappante que le passage du singe &#224; l'homme. D'autres modifications de l'&#233;quipement physique de l'homme perdent de leur importance avec l'apparition de l' Homo sapiens . &#192; partir de ce moment, les lois du d&#233;veloppement social et historique, qui trouvent leur origine dans l'activit&#233; de travail et se fondent sur la croissance des forces productives, ont pris pleinement le contr&#244;le de l'&#233;volution de notre esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait possible de parcourir tout le cours de l'histoire sociale, dans la mesure o&#249; elle est connue, et de s&#233;lectionner pour l'&#233;tude une diversit&#233; de formes de transition dans lesquelles le nouveau se m&#234;le &#224; l'ancien et lutte pour le remplacer avec plus ou moins de succ&#232;s. . Nous ne pouvons donner que quelques exemples marquants pour clarifier en termes g&#233;n&#233;raux la nature int&#233;rieurement divis&#233;e des processus de transition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par la structure du premier chapitre de l'existence humaine, l'&#226;ge de pierre, qui a dur&#233; des centaines de milliers d'ann&#233;es. Durant toute cette p&#233;riode, aucun changement fondamental ne s'est produit dans les activit&#233;s &#233;conomiques des hommes. Ils acqu&#233;raient leurs moyens de subsistance exclusivement par diff&#233;rents moyens de cueillette de nourriture : la chasse, la p&#234;che (c'est-&#224;-dire la chasse dans l'eau) et la recherche de racines, de noix, de fruits, d'insectes et de petit gibier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;tat primitif de sauvagerie prend fin et le niveau sup&#233;rieur d'existence sociale, la barbarie, commence, avec le remplacement de la cueillette de nourriture par la production alimentaire. Cette nouvelle &#233;tape dans la cr&#233;ation de richesses mat&#233;rielles a &#233;t&#233; provoqu&#233;e il y a 10 &#224; 12 000 ans par la domestication des animaux et l'introduction des cultures c&#233;r&#233;ali&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les arch&#233;ologues, en collaboration avec d'autres sp&#233;cialistes scientifiques, &#233;tendent leurs investigations tant dans l'Ancien Monde que dans le Nouveau Monde pour comprendre comment, pourquoi et plus pr&#233;cis&#233;ment quand et o&#249; s'est produit ce changement d'&#233;poque. a eu lieu. Ils ont mis au jour beaucoup plus de traces des origines de l'agriculture et de l'&#233;levage qu'on n'en connaissait auparavant, de sorte qu'un aper&#231;u pr&#233;cis des &#233;tapes de la grande r&#233;volution productrice de nourriture commence &#224; se dessiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture est peut-&#234;tre n&#233;e de mani&#232;re ind&#233;pendante dans plusieurs endroits de notre plan&#232;te. Il est apparu presque simultan&#233;ment aux extr&#233;mit&#233;s oppos&#233;es de la terre, au Moyen-Orient et au Mexique, vers 7 000 av. On en sait davantage sur l'origine et la diffusion de l'agriculture gr&#226;ce aux sites arch&#233;ologiques du Moyen-Orient qu'en Am&#233;rique centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas, il semble que la domestication des animaux ait pr&#233;c&#233;d&#233; la culture des plantes. &#192; Zarvi Chemi Shanidan, non loin au nord de Jarmo, dans les collines du nord de l'Irak, des arch&#233;ologues de l'Universit&#233; de Columbia ont trouv&#233; des indications selon lesquelles, en passant de la vie troglodyte aux campements en plein air vers 9 000 avant JC, les habitants, qui chassaient autrefois de nombreuses ch&#232;vres sauvages et parfois des moutons sauvages, avaient apprivois&#233; des moutons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le type d'outils disponibles sur des sites ouverts similaires dans le nord de la Palestine, en Irak et en Iran a montr&#233; que les personnes qui vivaient dans ces camps, lorsqu'elles chassaient et ramassaient la plupart de leur nourriture, poss&#233;daient des faucilles et des mortiers. Si l'on y ajoute les nombreux ossements d'animaux capables de domestication, cela sugg&#232;re qu'ils sont peut-&#234;tre d&#233;j&#224; devenus des producteurs r&#233;guliers de nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site le plus ancien encore d&#233;couvert d'une communaut&#233; situ&#233;e &#224; la fronti&#232;re entre l'ancien et le nouvel &#226;ge de pierre se trouve &#224; J&#233;richo en Palestine. Il y a neuf mille ans, les habitants de cette oasis du d&#233;sert cultivaient des c&#233;r&#233;ales et &#233;levaient des moutons et des ch&#232;vres, en plus de chasser et collectionner. Cependant, ils ne fabriquaient pas encore de poterie ni n'utilisaient de haches en pierre broy&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc difficile de savoir si les villageois de J&#233;richo I, la plus ancienne colonie, compl&#233;taient simplement leur alimentation par la production alimentaire, ou s'ils &#233;taient all&#233;s jusqu'&#224; faire de la production alimentaire le fondement de leur &#233;conomie. Dans ce cas, ils auraient d&#233;pass&#233; les fronti&#232;res de la sauvagerie et seraient entr&#233;s dans la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est plus claire, mais pas encore indubitable, dans le cas du village le plus ancien, Jarmo, au Kurdistan, un village d'environ 30 maisons qui a &#233;t&#233; reconstruit 15 fois apr&#232;s sa fondation. Ses couches les plus profondes remontent &#224; environ 6750 avant JC. Les habitants poss&#233;daient des ch&#232;vres et des moutons domestiqu&#233;s. Non seulement ils cultivaient des c&#233;r&#233;ales comme plantes cultiv&#233;es, ce qui implique une histoire ant&#233;rieure consid&#233;rable, mais ils poss&#233;daient la plupart des &#233;quipements utilis&#233;s par les agriculteurs n&#233;olithiques ult&#233;rieurs pour transformer les c&#233;r&#233;ales en pain. Ils avaient des lames de faucilles en silex, des mortiers ou des quernes pour casser le grain, des fours pour le dess&#233;cher et des bols en pierre pour manger leur bouillie. Dans les niveaux sup&#233;rieurs, la poterie avait commenc&#233; &#224; remplacer certains r&#233;cipients en pierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela implique que les habitants de Jarmo avaient laiss&#233; derri&#232;re eux la collecte de nourriture et vivaient de ce qu'ils produisaient eux-m&#234;mes. Ils &#233;taient devenus des producteurs alimentaires &#224; part enti&#232;re, de v&#233;ritables villageois et agriculteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;clairage int&#233;ressant sur l'aspect botanique de ce processus de transformation a &#233;t&#233; fourni par les donn&#233;es accumul&#233;es par le botaniste arch&#233;ologique Hans Helbaek du Mus&#233;e national danois. Les changements successifs dans les d&#233;tails des grains carbonis&#233;s et dans les empreintes des parties v&#233;g&#233;tales peuvent en dire autant &#224; un botaniste &#224; l'&#339;il per&#231;ant que les changements successifs dans les outils et les artefacts peuvent en dire &#224; un arch&#233;ologue. Les plantes et les animaux domestiqu&#233;s sont des artefacts vivants, produits des modifications et des manipulations de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le botaniste danois a conclu que le bl&#233; et l'orge Jarmo &#233;taient des vari&#233;t&#233;s pr&#233;coces cultiv&#233;es depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations. Leurs producteurs &#233;taient &#224; plusieurs pas des premiers agriculteurs qui auraient pr&#233;lev&#233; les graines de plantes &#224; l'&#233;tat sauvage. Qui &#233;taient donc ces pionniers ? Les creuseurs ont r&#233;cemment d&#233;couvert des caches de c&#233;r&#233;ales sauvages dans des villages de chasseurs et de ramasseurs de graines. Ils ont peut-&#234;tre commenc&#233; &#224; r&#233;colter des c&#233;r&#233;ales sauvages avant de planter intentionnellement le premier bl&#233; et l'orge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, un village de chasseurs d'environ 200 petites maisons en pierre d&#233;couvert &#224; Mureybat, dans le nord de la Syrie, contenait des ossements d'animaux sauvages &#224; chacun des 17 niveaux. Des graines d'orge sauvage et de bl&#233; sont apparues au cinqui&#232;me niveau &#224; partir du bas, ainsi que des lames de faucille, des mortiers, des dalles de pierre plates et de petits foyers sur&#233;lev&#233;s remplis de gros cailloux et de cendres. Mauritz Van Loon, de l'Oriental Institute of Chicago, pense que les cailloux ont &#233;t&#233; chauff&#233;s et utilis&#233;s pour casser les graines sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu environ 2 500 ans pour passer de la chasse &#224; l'agriculture et arriver aux premiers villages agricoles. Selon les indications actuelles, la s&#233;quence d'&#233;tapes de cette r&#233;volution productrice d'aliments a commenc&#233; avec la domestication des animaux vers 10 000 avant JC, s'est poursuivie dans les hameaux de collecteurs de graines et a culmin&#233; avec l'&#233;mergence de communaut&#233;s agricoles vers 7 500 avant JC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit montre qu'avant de pouvoir se d&#233;barrasser de leur d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la cueillette de nourriture, les premiers domestiqu&#233;s de plantes et d'animaux ont d&#251; passer par des &#233;tapes interm&#233;diaires au cours desquelles le mode primitif d'obtention des moyens de subsistance &#233;tait combin&#233; soit &#224; la nourriture, soit &#224; l'&#233;levage, voire m&#234;me &#224; l'&#233;levage. les deux. Dans la premi&#232;re phase, la production alimentaire est rest&#233;e subordonn&#233;e et compl&#233;mentaire &#224; la chasse et &#224; la recherche de nourriture jusqu'&#224; ce que les nouvelles techniques et forces de production deviennent pr&#233;dominantes. Juste avant ce tournant crucial, une p&#233;riode a d&#251; arriver o&#249; les activit&#233;s totales et le produit du travail communal &#233;taient r&#233;partis &#224; peu pr&#232;s &#233;galement entre les deux, et il aurait &#233;t&#233; difficile de dire si le groupe appartenait &#224; une cat&#233;gorie ou &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction interne serait r&#233;solue par le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de nouvelles forces productives plus dynamiques. Ainsi, lorsque l'alimentation et l'&#233;levage ont &#233;t&#233; introduits dans la culture europ&#233;enne de l'&#226;ge de pierre, moins avanc&#233;e, quelques milliers d'ann&#233;es plus tard, les habitants de Starcevo qui vivaient dans la p&#233;ninsule balkanique ont appris &#224; pratiquer un syst&#232;me de rotation des cultures et des p&#226;turages qui rendait la chasse et la p&#234;che moins difficiles. et moins vital pour leur &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ambigu&#239;t&#233;s insurmontables de la fronti&#232;re s&#233;parant les cueilleurs et les producteurs de nourriture ont &#233;t&#233; soulign&#233;es dans un r&#233;cent r&#233;cit de l'essor de la civilisation m&#233;sopotamienne. &#171; Avec le mat&#233;riel dont nous disposons, nous ne pouvons pas identifier le passage crucial d'une &#233;conomie de collecte de nourriture &#224; une &#233;conomie de production alimentaire. On peut affirmer que les houes pourraient &#234;tre utilis&#233;es aussi bien pour arracher que pour labourer, les faucilles pour r&#233;colter le bl&#233; naturel ou cultiv&#233;, les quernes et les mortiers pour broyer et piler les graines sauvages ou m&#234;me les pigments min&#233;raux ; et il n'est pas toujours facile de d&#233;cider si les os de mouton ou de b&#233;tail appartenaient &#224; des animaux sauvages ou &#224; des animaux domestiques. Tout bien consid&#233;r&#233;, notre meilleur crit&#232;re est peut-&#234;tre la pr&#233;sence sur un site d'habitations permanentes, car l'agriculture lie l'homme &#224; la terre. Mais l&#224; encore, il est parfois difficile de tracer une ligne nette entre les cabanes en pierre des chasseurs, pour qui l'agriculture &#233;tait une activit&#233; occasionnelle, et les fermes des paysans pleinement s&#233;dentaires. &#187; ( Irak ancien , Georges Roux, 1964. p. 54 .)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Village, ville et ville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture est la base des &#233;tablissements humains permanents qui ont fourni les principales forces motrices du progr&#232;s depuis l'&#233;poque sauvage. Le village, la ville et la cit&#233; sont les trois sortes de communaut&#233;s qui jalonnent le chemin de la barbarie &#224; la civilisation. L'&#233;volution du village vers la ville met en &#233;vidence le caract&#232;re transitionnel et contradictoire de la ville, deuxi&#232;me maillon de la s&#233;quence des habitations humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture a consolid&#233; et prolif&#233;r&#233;, voire cr&#233;&#233;, le village. Ce type d'&#233;tablissement durable constitue la cellule, l'unit&#233; de base de toutes les structures sociales enracin&#233;es dans l'agriculture. Il s'agit de formes de soci&#233;t&#233; qui s'&#233;tendent depuis la naissance de la barbarie jusqu'au capitalisme industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me des formations transitionnelles se pose avec le plus d'acuit&#233; apr&#232;s l'&#233;mergence de la communaut&#233; agricole par le d&#233;veloppement du village en ville aux d&#233;buts de la civilisation. Bas&#233; sur l'agriculture ou la polyculture avec un artisanat familial, le village est commun &#224; la fois &#224; la barbarie et &#224; la civilisation. Elle est peu nombreuse, autonome, avec une division rudimentaire du travail social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville est un village agrandi n&#233; de l'expansion des forces productives. C'est une agglom&#233;ration de r&#233;sidents permanents situ&#233;e entre le village et la ville et transitoire entre eux. Il est difficile de tracer une fronti&#232;re nette entre un village et une ville, mais il existe un point pr&#233;cis &#224; partir duquel la ville se transforme en ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville n'est pas seulement quantitativement mais aussi qualitativement diff&#233;rente d'un village ou d'une ville car elle repose sur un fondement &#233;conomique diff&#233;rent. C'est le r&#233;sultat d'une division du travail bien plus avanc&#233;e entre les habitants ruraux et urbains. Les rois, pr&#234;tres, fonctionnaires, soldats, artisans et marchands des villes ne produisent pas leur propre nourriture. Ils subsistent gr&#226;ce au surplus de nourriture provenant de la production des producteurs directs, agriculteurs ou p&#234;cheurs, qui peuvent dans certains cas habiter dans l'enceinte de la ville mais r&#233;sident pour la plupart dans des communaut&#233;s villageoises en dehors de ses murs ou de ses fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville est l'expression organis&#233;e, l'incarnation visible d'une soci&#233;t&#233; hautement stratifi&#233;e bas&#233;e sur la division entre les cultivateurs de la terre qui assurent la subsistance et les couches de consommateurs qui produisent d'autres biens et les administrateurs de diverses sortes qui remplissent des fonctions sociales sup&#233;rieures. La ville en vient &#224; dominer le pays et est la force qui civilise les barbares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville est d'un c&#244;t&#233; un village envahi par la v&#233;g&#233;tation et de l'autre une ville embryonnaire. Il pr&#233;sente des caract&#233;ristiques communes aux deux types d'habitat sans l'&#234;tre ni l'un ni l'autre. Contrairement au village, il n'est pas enti&#232;rement rural mais est plus grand et plus complexe. En m&#234;me temps, elle est plus petite, moins diversifi&#233;e, moins d&#233;velopp&#233;e, moins centralis&#233;e et moins puissante que la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni rurale ni urbaine, la ville a un caract&#232;re ind&#233;termin&#233; et une connotation impr&#233;cise et fluctuante. Il n'est pas facile de d&#233;gager l'ensemble des traits positifs qui distinguent la ville du village dont elle est issue ou du statut de ville vers lequel elle pourrait tendre. Cette ambigu&#239;t&#233; est inscrite dans sa constitution en tant que forme interm&#233;diaire d'&#233;tablissement permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville illustre ainsi la fluidit&#233; cong&#233;nitale d'une forme transitionnelle. Sa structure est amorphe ; ses fronti&#232;res sont floues. Cette ind&#233;termination, inh&#233;rente &#224; sa nature m&#234;me, se refl&#232;te dans le concept de &#171; ville &#187;, &#233;galement assombri par un flou insurmontable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA TRANSITION DE L'ESCLAVAGE ROMAIN AU F&#201;UDALISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de la cueillette &#224; la production alimentaire, du village &#224; la ville et de la propri&#233;t&#233; communale &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e sont des exemples majeurs de changements fondamentaux dans la vie de l'humanit&#233; sur la voie d'une soci&#233;t&#233; de classes. Alors que la soci&#233;t&#233; de classes passait de l'esclavage au capitalisme, de nombreuses formations hautement anormales sont n&#233;es du remplacement d'un mode de production fondamental par un autre. Un cas qui a suscit&#233; une controverse consid&#233;rable tant parmi les historiens universitaires que parmi les universitaires marxistes concerne la nature de l'organisation sociale en Occident issue de la chute de l'Empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; ouest-europ&#233;enne du IVe au IXe si&#232;cle apr&#232;s J.-C. se situait entre la ruine de l'&#201;tat esclavagiste romain et la naissance de la f&#233;odalit&#233;. Cette formation interm&#233;diaire r&#233;sultait du m&#233;lange d'&#233;l&#233;ments issus de la civilisation romaine d&#233;cadente et de la barbarie germanique en d&#233;sint&#233;gration &#8211; deux soci&#233;t&#233;s &#224; des niveaux de d&#233;veloppement tr&#232;s diff&#233;rents &#8211; en une configuration vari&#233;e qui ne se conformait ni au mode de production esclavagiste ant&#233;rieur ni &#224; la forme f&#233;odale. qui en est sorti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement historique depuis l'Antiquit&#233; esclavagiste jusqu'au f&#233;odalisme europ&#233;en a suivi un chemin plus complexe et plus d&#233;tourn&#233; que le passage du f&#233;odalisme au capitalisme. L'organisation f&#233;odale n'est pas issue directement et imm&#233;diatement de son pr&#233;d&#233;cesseur dans la s&#233;quence des soci&#233;t&#233;s de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Empire romain ne contenait aucune force sociale capable de remplacer l'ordre d'exploitation obsol&#232;te par une &#233;conomie plus productive. La population esclave s'est r&#233;volt&#233;e &#224; plusieurs reprises mais n'a pas eu acc&#232;s aux conditions &#233;conomiques et sociales n&#233;cessaires &#224; l'&#233;tablissement d'un nouvel ordre. Le syst&#232;me esclavagiste a sombr&#233; dans une impasse qui ne laissait aucune issue &#224; une r&#233;volution sociale et politique progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du IVe si&#232;cle, la civilisation romaine d&#233;cline. Le gouvernement imp&#233;rial fit faillite ; les villes se sont d&#233;labr&#233;es ; le commerce tomba dans des proportions insignifiantes ; les propri&#233;taires fonciers et les masses agraires v&#233;g&#233;taient dans l'isolement rural. Le d&#233;sordre g&#233;n&#233;ral et le d&#233;clin des forces productives ont marqu&#233; le d&#233;but de l'&#226;ge des t&#233;n&#232;bres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conditions de d&#233;composition ont dur&#233; pr&#232;s de cinq si&#232;cles. Cependant, &#224; cette &#233;poque, une lente revitalisation de la vie &#233;conomique commen&#231;ait &#224; se manifester sous la stagnation superficielle. L'agriculture &#233;tait au centre des processus de r&#233;g&#233;n&#233;ration. Pour jeter les bases d'une forme sup&#233;rieure de production sociale, il fallait reconstituer deux classes. L'une &#233;tait la force de travail des cultivateurs du sol ; l'autre &#233;tait la classe des propri&#233;taires fonciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le noyau originel de la paysannerie soumise provenait des petits agriculteurs, ou coloni , mais pas comme ils l'&#233;taient sous la domination romaine. Les colons pass&#232;rent de leur statut marginal de semi-serfs sous la domination romaine au statut d'agriculteurs libres organis&#233;s en communaut&#233;s dispers&#233;es jusqu'&#224; ce que, fuyant la faim, la d&#233;tresse et le danger, ils tomb&#232;rent en nombre consid&#233;rable sous la protection et donc sous la domination de la noblesse terrienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs ma&#238;tres &#233;taient &#233;galement d'une nouvelle race. Ils &#233;taient compos&#233;s de la noblesse nouvellement cr&#233;&#233;e, de la caste militaire et de la hi&#233;rarchie eccl&#233;siale qui sont devenues une aristocratie agraire distincte et puissante de 500 &#224; 1000 apr&#232;s JC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le si&#232;ge principal de la f&#233;odalit&#233; occidentale n'&#233;tait pas en Italie mais en France et en Allemagne. La transformation des conqu&#233;rants germaniques de Rome de la barbarie au f&#233;odalisme fut plus d&#233;terminante pour l'avenir que leur conversion concomitante au christianisme en raison des contributions indispensables qu'ils apport&#232;rent &#224; l'organisation sociale post-imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissolution des liens tribaux et claniques a conduit &#224; des diff&#233;renciations sociales prononc&#233;es entre les Francs et les autres peuples. De membres plus ou moins &#233;galis&#233;s des groupements tribaux, la masse de la population agricole s'est transform&#233;e d'abord en paysans libres, puis en serfs &#224; mesure qu'ils s'appauvrissaient et passaient &#224; la soumission h&#233;r&#233;ditaire &#224; leur seigneur suzerain. Le servage semble s'&#234;tre largement implant&#233; &#224; partir du IXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si la f&#233;odalit&#233; reposait sur de grandes propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res comme forme de propri&#233;t&#233;, elle n'&#233;tait pas enracin&#233;e dans une production &#224; grande &#233;chelle. La culture du sol &#233;tait assur&#233;e par de petits producteurs. Quelle que soit l'&#233;tendue du manoir ou du domaine du propri&#233;taire, il &#233;tait exploit&#233; par un groupe de familles de serfs ou de paysans. La transition &#233;conomique de l'esclavage au f&#233;odalisme consistait donc dans le remplacement des latifundia esclaves des propri&#233;taires romains et des m&#233;nages individuels des communaut&#233;s germaniques par un type de petite agriculture plus productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les envahisseurs ont fourni des ingr&#233;dients importants pour &#233;lever le niveau technique et social du r&#233;gime f&#233;odal naissant. Ils introduisirent de nouvelles cultures comme le seigle, l'avoine, l'&#233;peautre et le houblon, ainsi que le savon et le beurre. La charrue &#224; lourdes roues a permis le d&#233;veloppement du syst&#232;me de labour &#224; trois champs dont d&#233;pendait le manoir m&#233;di&#233;val. Gr&#226;ce &#224; l'&#233;trier, au collier du cheval, au harnais tandem et au fer, les chevaux pouvaient &#234;tre utilis&#233;s &#224; la place des b&#339;ufs pour tirer la charrue ; ils avaient quatre fois la puissance de traction des animaux de trait ant&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre innovation cl&#233; &#233;tait la roue hydraulique, connue depuis l'Antiquit&#233; mais utilis&#233;e uniquement sous sa forme la plus simple. Les moulins &#224; eau m&#233;di&#233;vaux &#233;taient des installations vastes et co&#251;teuses qui appartenaient aux seigneurs f&#233;odaux, mais dans lesquelles leurs d&#233;pendants pouvaient apporter leur grain pour le moudre. La cr&#233;ation d'une technologie agricole plus efficace au cours de l'&#226;ge des t&#233;n&#232;bres a ouvert la voie &#224; une augmentation de la productivit&#233; agricole en Europe du Nord &#224; partir du IXe si&#232;cle. Comme le souligne le professeur Lynn White dans Technology and Invention in the Middle Ages : &#171; En technologie, au moins, l'&#226;ge des t&#233;n&#232;bres marque une avanc&#233;e constante et ininterrompue sur l'Empire romain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines caract&#233;ristiques h&#233;rit&#233;es du collectivisme tribal ont &#233;galement eu des cons&#233;quences importantes dans la pr&#233;paration de l'av&#232;nement du nouvel ordre. Lorsque les terres conquises par les Allemands furent attribu&#233;es &#224; des m&#233;nages individuels et que la hi&#233;rarchie des subordonn&#233;s et des sup&#233;rieurs s'&#233;tablit, les bois et les p&#226;turages furent r&#233;serv&#233;s &#224; l'usage commun et de nombreuses autres coutumes d'activit&#233; collective furent conserv&#233;es. Ces vestiges de possession commune incorpor&#233;s &#224; l'&#233;conomie agraire renfor&#231;aient la solidarit&#233; communautaire, rendaient les serfs et les vilains moins d&#233;pendants de leurs ma&#238;tres et donnaient &#224; la masse des travailleurs ruraux un certain contr&#244;le sur leurs moyens de subsistance, ce qui att&#233;nuait leur servitude et augmentait leur marge. de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; qui s'&#233;tendait des empires romains aux empires carolingiens &#233;tait un conglom&#233;rat d'&#233;l&#233;ments englobant l'esclavage, la barbarie, l'agriculture paysanne et les relations f&#233;odales naissantes. La structure f&#233;odale s'est finalement cristallis&#233;e &#224; partir de ce plasma bigarr&#233; lorsque les d&#233;pendants romains et les colons germaniques ont renonc&#233; &#224; leurs positions de paysans libres et sont entr&#233;s dans le servage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cours contradictoire du d&#233;veloppement qui a marqu&#233; la p&#233;riode prolong&#233;e de transition de l'esclavage romain &#224; l'&#233;poque f&#233;odale invalide tout sch&#233;ma rigide d'&#233;volution historique fond&#233; sur une ligne de succession ind&#233;viante d'une forme de production &#224; la suivante. La population indig&#232;ne du monde romano-germanique est tomb&#233;e &#224; un niveau inf&#233;rieur de production et de culture avant de rassembler les conditions d'un mode d'existence sup&#233;rieur. Cette discontinuit&#233; dans la croissance &#233;conomique illustre la nature dialectique des processus concrets d'&#233;volution sociale. Loin de suivre m&#233;caniquement les voies prescrites, les peuples du pass&#233; ont souvent recul&#233; avant de franchir l'&#233;tape suivante du progr&#232;s historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabrication : le tremplin de l'artisanat &#224; l'industrie des machines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme a directement supplant&#233; le f&#233;odalisme en Europe occidentale et, ce faisant, a engendr&#233; un ensemble de ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques de transition. Parmi eux se trouvait l'industrie manufacturi&#232;re qui, en tant que pont entre l'industrie m&#233;di&#233;vale et moderne, fut l'un des d&#233;veloppements essentiels dans l'&#233;mergence de la soci&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les corporations artisanales urbaines, le ma&#238;tre artisan poss&#233;dait tous les moyens de production, depuis les mati&#232;res premi&#232;res jusqu'&#224; l'atelier qui abritait habituellement sa famille et sa main-d'&#339;uvre compos&#233;e d'apprentis et de compagnons. Il vendait le produit fini sur un march&#233; local et r&#233;glement&#233; et empochait les b&#233;n&#233;fices. Cette simple production marchande &#224; petite &#233;chelle &#233;tait extr&#234;mement restreinte, dispers&#233;e, routini&#232;re, statique et monopolistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me manufacturier a contourn&#233;, d&#233;mantel&#233; et remplac&#233; les associations de corporations, allant au-del&#224; de ce type d'industrie &#224; d'importants &#233;gards. Contrairement au ma&#238;tre de guilde, qui &#233;tait un petit producteur personnel, le fabricant rassemblait sous un m&#234;me toit de nombreux travailleurs sans propri&#233;t&#233;, achetait leur force de travail contre salaire et les soumettait au contr&#244;le du capital. Le travail est ainsi devenu social plut&#244;t qu'individuel. Chaque &#233;l&#233;ment des op&#233;rations de l'entrepreneur &#233;tait &#224; plus grande &#233;chelle : il lui fallait plus d'argent, de plus grandes quantit&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res, de vastes ateliers, de meilleurs outils, une subdivision d&#233;taill&#233;e du travail, une supervision intense, des calculs plus minutieux et une planification &#224; plus long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette croissance quantitative a g&#233;n&#233;r&#233; de nombreuses am&#233;liorations qualitatives dans l'industrie. L'industrie capitaliste &#233;tait bien plus productive, innovante et progressiste que le syst&#232;me des corporations. Pourtant, ses artisans, artisans et contrema&#238;tres utilisaient essentiellement les m&#234;mes m&#233;thodes techniques que leurs pr&#233;d&#233;cesseurs m&#233;di&#233;vaux. Ils disposaient de peu ou pas de puissance m&#233;canique et comptaient exclusivement sur un travail manuel utilisant des outils simples. Dans cette forme rudimentaire d'&#233;conomie capitaliste, les relations de production avanc&#233;es &#233;taient li&#233;es &#224; une technologie ancienne remontant &#224; l'aube de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction interne de ce type transitoire d'activit&#233; capitaliste a &#233;t&#233; bris&#233;e et surmont&#233;e avec l'introduction des machines &#224; vapeur dans l'industrie et les transports. L'industrie m&#233;canique a fa&#231;onn&#233; le prol&#233;tariat moderne ; elle a permis aux capitalistes d'exploiter au maximum le travail salari&#233; en r&#233;duisant la valeur des marchandises et en augmentant ainsi la plus-value produite par les ouvriers et appropri&#233;e par les capitalistes. C'est sur cette base technique que le mode de production capitaliste a pour la premi&#232;re fois pu voler de ses propres ailes et s'est lanc&#233; &#224; la conqu&#234;te du globe. Mais elle n'aurait pu se lancer dans cette carri&#232;re que si l'industrie avait laiss&#233; derri&#232;re elle le syst&#232;me des corporations et pr&#233;par&#233; l'av&#232;nement de la technologie la mieux adapt&#233;e aux besoins de l'accumulation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;gimes et soci&#233;t&#233;s de transition au XXe si&#232;cle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons des d&#233;buts du capitalisme &#224; sa phase finale et concentrons-nous sur les principaux probl&#232;mes pos&#233;s par la transformation de la soci&#233;t&#233; au XXe si&#232;cle, qui voit &#224; la fois l'agonie du capitalisme et les affres de l'accouchement du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus r&#233;volutionnaire contemporain vise &#224; saper et &#224; abolir le pouvoir et la propri&#233;t&#233; des propri&#233;taires capitalistes et des classes privil&#233;gi&#233;es archa&#239;ques qui s'accrochent comme des parasites &#224; leur domination. Le m&#233;canisme politique de cette r&#233;volution sociale consiste dans le transfert du pouvoir d'&#201;tat de ces classes poss&#233;dantes vers les principaux producteurs de richesse, le prol&#233;tariat et ses alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutionnaires du XXe si&#232;cle doivent op&#233;rer dans trois principaux types de situations transitionnelles. Consid&#233;rons-les dans l'ordre de progression vers les objectifs ultimes de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re s'&#233;tend sur la p&#233;riode de pr&#233;paration au renversement de l'ancien r&#233;gime. Les masses laborieuses passent d'une condition non r&#233;volutionnaire, o&#249; les fondements sociaux et politiques de l'ordre &#233;tabli sont stables et solides, &#224; une p&#233;riode pr&#233;-r&#233;volutionnaire ou, au-del&#224;, vers une confrontation directe avec les d&#233;tenteurs du pouvoir. &#192; ce stade, m&#234;me si la classe dirigeante perd son emprise, les forces destin&#233;es &#224; la d&#233;loger et &#224; la remplacer ne sont pas encore pr&#234;tes ou capables de contester sa supr&#233;matie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage d'une situation moins r&#233;volutionnaire &#224; une situation plus r&#233;volutionnaire n&#233;cessite une strat&#233;gie sp&#233;ciale employant un ensemble de revendications qui, d'une part, sont adapt&#233;es aux conditions et &#224; la conscience des masses et, d'autre part, les m&#232;neront vers l'objectif. de la conqu&#234;te du pouvoir. La reconnaissance des caract&#233;ristiques particuli&#232;res de cette p&#233;riode int&#233;rimaire dans le d&#233;veloppement de la lutte des classes &#8211; qui n'est ni totalement non r&#233;volutionnaire ni totalement r&#233;volutionnaire mais va dans cette direction &#8211; est la base objective des revendications transitionnelles incorpor&#233;es dans le programme de la Quatri&#232;me Internationale. adopt&#233;e lors de sa fondation en 1938.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but avou&#233; de ce programme est de promouvoir et de faciliter le passage du prol&#233;tariat du souci de ses besoins imm&#233;diats &#224; la compr&#233;hension de la n&#233;cessit&#233; de diriger sa lutte toujours plus consciemment et &#233;nergiquement contre les bases du r&#233;gime bourgeois. De cette mani&#232;re, un &#201;tat pr&#233;-r&#233;volutionnaire peut se transformer en un &#201;tat r&#233;volutionnaire, &#224; mesure que les masses passent des positions d&#233;fensives &#224; l'action offensive. Un tel pas a &#233;t&#233; franchi, par exemple, lors de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale fran&#231;aise de mai-juin 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus r&#233;volutionnaire de notre &#233;poque a un caract&#232;re permanent. Ainsi, une fois engag&#233;es dans une action r&#233;volutionnaire directe &#224; grande &#233;chelle, les masses entrent dans une deuxi&#232;me sorte de p&#233;riode de transition, plus &#233;lev&#233;e. La classe ascendante, destin&#233;e &#224; exercer la souverainet&#233; &#224; la place des anciens dirigeants, ne peut pas concentrer tout le pouvoir entre ses mains du jour au lendemain. Il est encore moins capable de reconstruire en profondeur les relations sociales dans son propre pays en quelques d&#233;cennies. Ainsi, apr&#232;s que l'alignement pr&#233;c&#233;dent des forces de classe a &#233;t&#233; radicalement boulevers&#233;, il s'ensuit g&#233;n&#233;ralement un intervalle plus ou moins prolong&#233; pendant lequel le r&#233;gime capitaliste ou colonialiste a &#233;t&#233; bris&#233; mais o&#249; un nouveau pouvoir gouvernemental stable, reposant carr&#233;ment sur les forces de classe r&#233;volutionnaires, n'a pas encore &#233;t&#233; mis en place. &#234;tre solidement &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant cette p&#233;riode de transition, o&#249; le pouvoir supr&#234;me est transf&#233;r&#233; des anciens dirigeants aux masses laborieuses, des formes de gouvernement peuvent appara&#238;tre qui sont extr&#234;mement contradictoires, divis&#233;es int&#233;rieurement, instables et &#233;ph&#233;m&#232;res. Le premier exemple d'un tel interr&#232;gne avait un caract&#232;re classique. C'est le gouvernement provisoire qui a tent&#233; en vain de gouverner la Russie entre les r&#233;volutions de f&#233;vrier et d'octobre 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de ce r&#233;gime paralys&#233; cherchaient &#224; imposer &#224; une nation en pleine r&#233;volution une configuration politique interm&#233;diaire entre le tsarisme et le bolchevisme, entre la domination obsol&#232;te de la monarchie et des propri&#233;taires terriens et la domination des ouvriers et des paysans, entre Capitalisme f&#233;odal et socialisme. Ce fut une exp&#233;rience d&#233;sesp&#233;r&#233;e et malheureuse car, dans les circonstances de la guerre mondiale et de la gravit&#233; des conflits de classes, aucun gouvernement hybride de ce type ne pouvait r&#233;soudre les probl&#232;mes urgents de la paix, du pain et de la terre. Le v&#233;ritable choix &#233;tait entre une dictature militaire contre-r&#233;volutionnaire ou la dictature des travailleurs soutenus par la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement provisoire et les soviets constituaient un double pouvoir dans lequel les camps de classes en conflit se compensaient. Pour sortir de l'impasse, il fallait &#233;craser et &#233;liminer l'un ou l'autre de ces opposants. Dans l'&#233;preuve de force qui s'ensuivit, les soviets sortirent victorieux, gr&#226;ce au type de leadership fourni par les bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1917, des situations analogues de double pouvoir sont apparues dans de nombreuses r&#233;volutions avec des r&#233;sultats vari&#233;s. Cuba et l'Alg&#233;rie ont fourni les exemples les plus r&#233;cents et les plus dramatiques dans les pays coloniaux. &#192; Cuba, gr&#226;ce aux qualifications exceptionnelles de Castro et des dirigeants du 26 juillet, la p&#233;riode de transition du double pouvoir de 1959 &#224; 1961 s'est sold&#233;e par l'&#233;viction des conciliateurs procapitalistes, la consolidation du r&#233;gime r&#233;volutionnaire et l'expropriation des autochtones et des autochtones. propri&#233;taires &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Alg&#233;rie, en revanche, le processus r&#233;volutionnaire n'a pas encore abouti &#224; une conclusion aussi heureuse. Apr&#232;s la conqu&#234;te de l'ind&#233;pendance nationale, la marche vers le socialisme a &#233;t&#233; interrompue par le coup d'&#201;tat contre Ben Bella et a r&#233;gress&#233; sous Boumedienne. L'Alg&#233;rie est le parfait exemple d'une r&#233;volution inachev&#233;e, stopp&#233;e &#224; mi-chemin de sa progression du colonialisme et du capitalisme vers un &#201;tat ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous am&#232;ne &#224; la troisi&#232;me et plus haute cat&#233;gorie des p&#233;riodes de transition de notre &#233;poque. Une fois que la question du pouvoir de classe a &#233;t&#233; r&#233;solue de mani&#232;re d&#233;cisive avec la victoire des ouvriers et des paysans et que les bases socio-&#233;conomiques du nouvel ordre ont &#233;t&#233; pos&#233;es par la d&#233;possession des capitalistes et des propri&#233;taires fonciers, une nouvelle formation sociale commence &#224; prendre forme. L'&#201;tat ouvrier a n&#233;cessairement un caract&#232;re transitoire. M&#234;me s'il s'est d&#233;tach&#233; des exploiteurs du travail et s'est engag&#233; sur la voie du socialisme, il lui reste encore &#224; d&#233;velopper les forces productives et &#224; cr&#233;er les relations humaines propres au nouveau syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che historique du pouvoir prol&#233;tarien est de r&#233;aliser les conditions pr&#233;alables au socialisme sur la base des nouveaux rapports de production. Ce serait un travail ardu et prolong&#233; dans les meilleures conditions. Malheureusement, le contexte historique mondial au cours des 50 premi&#232;res ann&#233;es de l'actuelle p&#233;riode de transition du capitalisme vers le socialisme s'est r&#233;v&#233;l&#233; bien plus d&#233;favorable que ne l'avaient pr&#233;vu les fondateurs du marxisme, car les premi&#232;res r&#233;volutions anticapitalistes victorieuses ont eu lieu dans les pays les moins pr&#233;par&#233;s au changement. de nouvelles m&#233;thodes de production et de politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les peuples, de la Russie &#224; Cuba, qui ont chass&#233; les classes poss&#233;dantes et &#233;tabli un pouvoir d'&#201;tat r&#233;volutionnaire de type socialiste, n'avaient pas connu auparavant de r&#233;novation de leurs structures sociales et politiques selon des lignes d&#233;mocratiques bourgeoises. Ils furent donc oblig&#233;s d'entreprendre des t&#226;ches pr&#233;socialistes telles que l'abolition de la f&#233;odalit&#233;, la r&#233;forme agraire, l'ind&#233;pendance et l'unification nationales, la d&#233;mocratisation de leur vie politique ainsi que le renversement de la domination imp&#233;rialiste et des relations capitalistes. Ils &#233;taient surcharg&#233;s par la combinaison colossale de t&#226;ches pr&#233;socialistes et socialistes &#224; la fois. Leur construction d'un nouvel ordre social a &#233;t&#233; rendue encore plus compliqu&#233;e et difficile par les pressions et les ing&#233;rences de l'imp&#233;rialisme et par leur retard &#233;conomique et culturel h&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, ces r&#233;gimes transitionnels ont &#233;t&#233; soumis &#224; divers degr&#233;s de d&#233;g&#233;n&#233;rescence ou de d&#233;formation. Ils pr&#233;sentent d'&#233;tranges m&#233;langes de caract&#233;ristiques progressistes et r&#233;gressives, les premi&#232;res appartenant &#224; la nouvelle soci&#233;t&#233; en devenir, les secondes d&#233;coulant des conditions pass&#233;es et des pressions imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, l'Union sovi&#233;tique regorge de contradictions &#224; tous les niveaux de sa vie. Dans cet &#201;tat ouvrier, les travailleurs n'ont aucun pouvoir politique et la libert&#233; d'expression est s&#233;v&#232;rement restreinte. Pour le transport, d'&#233;normes avions &#224; r&#233;action filent &#224; toute vitesse au-dessus des &#233;tendues sauvages sans pistes et des chemins de terre o&#249; les charrettes des paysans grincent dans des orni&#232;res bien us&#233;es, comme elles le font depuis des si&#232;cles. Un pays &#224; l'avant-garde de la technologie, de la science et de l'industrie est faible dans les sciences sociales &#8211; &#233;conomie politique, sociologie, histoire et philosophie &#8211; o&#249; son h&#233;ritage marxiste devrait en faire le plus fort. Le public sovi&#233;tique n'avait acc&#232;s &#224; aucune histoire fiable sur ses origines r&#233;volutionnaires &#224; l'occasion du 50e anniversaire d'octobre. De telles anomalies sont la marque de la structure sociale sovi&#233;tique, fa&#231;onn&#233;e et d&#233;form&#233;e au cours de la premi&#232;re phase de la transition du capitalisme au socialisme. Cependant, les contradictions ne sont pas seulement des stigmates et des pierres d'achoppement, mais aussi des moteurs de discorde et de progr&#232;s. Les &#201;tats ouvriers ne sont pas stagnants mais tr&#232;s mobiles. En derni&#232;re analyse, ils doivent soit revenir en arri&#232;re vers le capitalisme, soit avancer vers le socialisme. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, aucun des peuples qui ont aboli le capitalisme ne l'a r&#233;tabli. &#192; cet &#233;gard, l'histoire du XXe si&#232;cle a &#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; sens unique. Ce fait t&#233;moigne de l'immense puissance et de la vitalit&#233; des nouvelles institutions ainsi que de la d&#233;bilit&#233; et de la d&#233;sint&#233;gration du capitalisme mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements des &#201;tats ouvriers sont &#233;galement en mutation. Ils peuvent soit retomber dans le despotisme bureaucratique, soit progresser vers une plus grande d&#233;mocratie. Les trois &#233;tapes de l'histoire politique de l'Union sovi&#233;tique depuis 1917 d&#233;montrent cette dialectique. Apr&#232;s la d&#233;mocratie bouillonnante des premi&#232;res ann&#233;es r&#233;volutionnaires, le pays a &#233;t&#233; plong&#233; dans les terribles t&#233;n&#232;bres de la tyrannie de Staline pendant trois d&#233;cennies. Depuis lors, trop lentement mais s&#251;rement, on assiste &#224; un tournant vers la d&#233;mocratisation qui doit aboutir &#224; une confrontation entre les bureaucrates et les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Cuba, depuis le d&#233;but, malgr&#233; la r&#233;sistance et de brefs d&#233;tours en cours de route, la tendance principale a &#233;t&#233; vers une prise de d&#233;cision accrue par les masses. La rupture de la Tch&#233;coslovaquie avec l'autoritarisme et sa marche vers la d&#233;mocratisation en 1968 ont &#233;t&#233; stopp&#233;es et invers&#233;es par l'intervention militaire de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme de la Quatri&#232;me Internationale contient &#233;galement une s&#233;rie de propositions transitoires pour la lutte contre le bureaucratisme au sein des &#201;tats ouvriers d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s et d&#233;form&#233;s. Ces revendications sont con&#231;ues pour acc&#233;l&#233;rer et achever le mouvement vers la d&#233;mocratie ouvri&#232;re dans les pays postcapitalistes et l'adoption de politiques et de perspectives socialistes r&#233;volutionnaires qui peuvent att&#233;nuer les affres de l'enfantement de la nouvelle soci&#233;t&#233; et raccourcir l'intervalle entre l'abolition du pouvoir capitaliste et le mouvement priv&#233;. propri&#233;t&#233; et la cr&#233;ation de relations harmonieuses et &#233;gales pour toute l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les relations &#233;conomiques postcapitalistes et leurs superstructures existent depuis un demi-si&#232;cle, elles n'en sont qu'au stade &#233;l&#233;mentaire de leur processus historique de formation et restent sujettes &#224; toutes les infirmit&#233;s de l'enfance. De plus, ils doivent encore &#234;tre install&#233;s dans l'habitat le plus propice &#224; leur croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la soci&#233;t&#233; bourgeoise est issue de l'Europe occidentale f&#233;odale, les relations capitalistes n'ont pas pris possession d'un seul coup de l'ensemble de la vie sociale. Ils ont d'abord pr&#233;empt&#233; le domaine du commerce o&#249; s'accumulait la richesse mon&#233;taire. Pendant ce temps, la production de richesses mat&#233;rielles soit se poursuivait selon les anciennes m&#233;thodes, soit, comme dans le cas de l'industrie, passait &#224; une manufacture qui conservait les anciennes techniques artisanales. Les nouvelles lois du d&#233;veloppement capitaliste n'ont pas d&#233;pass&#233; toutes les limites, pris le contr&#244;le total de la vie &#233;conomique et sociale et d&#233;ploy&#233; leur immense puissance jusqu'&#224; la r&#233;volution industrielle du d&#233;but du XIXe si&#232;cle, bas&#233;e sur la machine &#224; vapeur, la grande industrie et l'usine. syst&#232;me, a profond&#233;ment transform&#233; les m&#233;thodes de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une incompl&#233;tude comparable a caract&#233;ris&#233;, et m&#234;me d&#233;figur&#233;, la premi&#232;re p&#233;riode de la transition du capitalisme au socialisme. Depuis 1917, les lois du d&#233;veloppement socio-&#233;conomique li&#233;es au nouveau syst&#232;me de production doivent fonctionner dans les conditions les moins favorables et les plus restrictives. Alors qu'ils n&#233;cessitaient les forces productives les plus avanc&#233;es pour fonctionner efficacement, ils &#233;taient confin&#233;s aux pays les plus pauvres et les plus arri&#233;r&#233;s, o&#249; ils devaient faire face &#224; des r&#233;gimes nationaux incomp&#233;tents et bureaucratis&#233;s ainsi qu'&#224; l'encerclement et &#224; l'hostilit&#233; imp&#233;rialistes &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans des circonstances historiques aussi d&#233;favorables, le nouveau mode de production bas&#233; sur la propri&#233;t&#233; nationalis&#233;e et le principe de planification a r&#233;v&#233;l&#233; son efficacit&#233; et enregistr&#233; des r&#233;alisations colossales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces succ&#232;s, les m&#233;thodes de d&#233;veloppement socialiste n'ont pas encore eu l'occasion de manifester leur v&#233;ritable potentiel. Implant&#233;s dans un sol pauvre, ils n'ont pas b&#233;n&#233;fici&#233; de la nutrition ni de l'atmosph&#232;re ad&#233;quates pour leur floraison. Comme Marx l'a soulign&#233; il y a longtemps, le socialisme a besoin d'une classe ouvri&#232;re pr&#233;pond&#233;rante et hautement cultiv&#233;e, d'une industrie puissante, d'une &#233;conomie bien &#233;quilibr&#233;e et d'une base internationale. Aucune de ces conditions pr&#233;alables au socialisme n'a pr&#233;valu au cours du premier demi-si&#232;cle de la r&#233;volution anticapitaliste internationale. Ils ont d&#251; &#234;tre cr&#233;&#233;s en grande partie de toutes pi&#232;ces, sous la pression de la conscription forc&#233;e et au prix de sacrifices intol&#233;rables de la part des masses laborieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, les lois de la transition du capitalisme au socialisme ont jusqu'&#224; pr&#233;sent re&#231;u une expression mutil&#233;e et inad&#233;quate. Heureusement, la configuration des conditions historiques responsables de cet &#233;cart n'a pas un caract&#232;re permanent mais temporaire. Les distorsions des &#201;tats ouvriers sont le produit n&#233;faste du confinement du pouvoir prol&#233;tarien dans les pays les moins d&#233;velopp&#233;s et de l'emprise du capitalisme sur les &#233;conomies les plus industrialis&#233;es. Ces handicaps peuvent &#8211; &#8203;&#8203;et seront &#8211; &#234;tre affaiblis et supprim&#233;s une fois que les travailleurs renverseront le r&#233;gime capitaliste dans une ou plusieurs puissances imp&#233;rialistes. Cette avanc&#233;e permettra aux nouvelles lois du d&#233;veloppement social de trouver un espace bien plus appropri&#233; et un champ d'application plus large pour leur expression et leur r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture historique actuelle pr&#233;sente ce caract&#232;re paradoxal. La p&#233;riode de transition du capitalisme au socialisme a elle-m&#234;me &#233;t&#233; oblig&#233;e, en raison des progr&#232;s in&#233;gaux de la r&#233;volution mondiale, de passer par une situation de transition angoissante dans laquelle les forces du syst&#232;me social naissant ont &#233;t&#233; parqu&#233;es dans une zone la moins adapt&#233;e &#224; leurs capacit&#233;s. . Ces restrictions anormales et &#233;pisodiques &#224; leur croissance peuvent &#234;tre &#233;limin&#233;es &#224; condition que la r&#233;volution socialiste s'&#233;tende &#224; l'Europe occidentale, au Japon et, surtout, &#224; l'Am&#233;rique du Nord. Lorsque les nouvelles tendances du d&#233;veloppement socialiste pourront s'op&#233;rer librement et pleinement dans un environnement favorable, l'humanit&#233; &#233;mancip&#233;e sera &#233;tonn&#233;e des r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/works/history/ch09.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/works/history/ch09.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TROTSKY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE REGIME TRANSITOIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai, comme l'affirment les autorit&#233;s officielles, que le socialisme soit d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233; en U.R.S.S.? Si la r&#233;ponse est n&#233;gative, les succ&#232;s acquis garantissent-ils tout au moins la r&#233;alisation du socialisme dans des fronti&#232;res nationales, ind&#233;pendamment du cours des &#233;v&#233;nements dans le reste du monde ? L'appr&#233;ciation critique des principaux indices de l'&#233;conomie sovi&#233;tique doit nous donner un point de d&#233;part dans la recherche d'une r&#233;ponse juste. Mais nous ne pouvons nous passer d'une remarque th&#233;orique pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme proc&#232;de du d&#233;veloppement de la technique, comme du ressort principal du progr&#232;s, et b&#226;tit le programme communiste sur la dynamique des forces de production. A supposer qu'une catastrophe cosmique ravage dans un avenir plus ou moins rapproch&#233; notre plan&#232;te, force nous serait de renoncer &#224; la perspective du communisme comme &#224; bien d'autres choses. Abstraction faite de ce danger, probl&#233;matique pour le moment, nous n'avons pas la moindre raison scientifique d'assigner par avance des limites, quelles qu'elles soient, &#224; nos possibilit&#233;s techniques, industrielles et culturelles. Le marxisme est profond&#233;ment p&#233;n&#233;tr&#233; de l'optimisme du progr&#232;s et cela suffit, soit dit en passant, &#224; l'opposer irr&#233;ductiblement &#224; la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base mat&#233;rielle du communisme doit consister en un d&#233;veloppement de la puissance &#233;conomique de l'homme tel que le travail productif, cessant d'&#234;tre une charge et une peine, n'ait besoin d'aucun aiguillon et la r&#233;partition &#8212; comme aujourd'hui dans une famille ais&#233;e ou une pension &#034;convenable&#034; &#8212; d'autre contr&#244;le que ceux de l'&#233;ducation, de l'habitude, de l'opinion publique. Il faut, pour parler franc, une forte dose de stupidit&#233; pour consid&#233;rer comme utopique une perspective aussi modeste en d&#233;finitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme a pr&#233;par&#233; les conditions et les forces de la r&#233;volution sociale : la technique, la science, le prol&#233;tariat. La soci&#233;t&#233; communiste ne peut pourtant pas succ&#233;der imm&#233;diatement &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise ; l'h&#233;ritage mat&#233;riel et culturel du pass&#233; est insuffisant. A ses d&#233;buts, l'Etat ouvrier ne peut encore ni permettre &#224; chacun de travailler &#034;selon ses capacit&#233;s&#034;, en d'autres termes, tant qu'il pourra et voudra, ni r&#233;compenser chacun &#034;selon ses besoins&#034;, ind&#233;pendamment du travail fourni. L'int&#233;r&#234;t de l'accroissement des forces productives oblige &#224; recourir aux normes habituelles du salaire, c'est-&#224;-dire &#224; la r&#233;partition de biens d'apr&#232;s la quantit&#233; et la qualit&#233; du travail individuel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx appelait cette premi&#232;re &#233;tape de la soci&#233;t&#233; nouvelle &#034;le stade inf&#233;rieur du communisme&#034;, le distinguant du stade sup&#233;rieur o&#249; dispara&#238;t, en m&#234;me temps que le dernier spectre du besoin, l'in&#233;galit&#233; mat&#233;rielle. &#034;Nous n'en sommes naturellement pas encore au communisme complet, dit la doctrine sovi&#233;tique officielle d'aujourd'hui, mais nous avons d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233; le socialisme, c'est-&#224;-dire le stade inf&#233;rieur du communisme.&#034; Et d'invoquer &#224; l'appui de cette th&#232;se, la supr&#233;matie des trusts d'Etat dans l'industrie, des kolkhozes dans l'agriculture, des entreprises &#233;tatis&#233;es et coop&#233;ratives dans le commerce. A premi&#232;re vue, la concordance est totale avec le sch&#233;ma a priori &#8212; et partant hypoth&#233;tique &#8212; de Marx. Mais du point de vue du marxisme pr&#233;cis&#233;ment, la question ne concerne pas les seules formes de la propri&#233;t&#233;, ind&#233;pendamment du rendement obtenu du travail. Marx entendait en tout cas par &#034;stade inf&#233;rieur du communisme&#034; celui d'une soci&#233;t&#233; dont le d&#233;veloppement &#233;conomique serait d&#232;s le d&#233;but sup&#233;rieur &#224; celui du capitalisme avanc&#233;. En th&#233;orie, cette fa&#231;on de poser la question est irr&#233;prochable, car le communisme, consid&#233;r&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale, constitue, m&#234;me dans son stade initial, &#224; son point de d&#233;part, un degr&#233; sup&#233;rieur par rapport &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Marx s'attendait d'ailleurs &#224; ce que les Fran&#231;ais commencent la r&#233;volution socialiste, que les Allemands auraient continu&#233;e et les Anglais achev&#233;e. Quant aux Russes, il restaient loin &#224; l'arri&#232;re-garde. La r&#233;alit&#233; a &#233;t&#233; inverse. Et tenter d'appliquer m&#233;caniquement au cas particulier de l'U.R.S.S., dans la phase actuelle de son &#233;volution, la conception historique universelle de Marx, c'est tomber aussit&#244;t dans d'inextricables contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie n'&#233;tait pas le cha&#238;non le plus r&#233;sistant mais bien le plus faible du capitalisme. L'U.R.S.S. actuelle ne d&#233;passe pas le niveau de l'&#233;conomie mondiale, elle ne fait que rattraper les pays capitalistes. Si la soci&#233;t&#233; qui devait se former sur la base de la socialisation des forces productives des pays les plus avanc&#233;s du capitalisme &#224; son &#233;poque repr&#233;sentait pour Marx le &#034;stade inf&#233;rieur du communisme&#034;, cette d&#233;finition ne s'applique manifestement pas &#224; l'U.R.S.S. qui reste &#224; ce jour beaucoup plus pauvre, quant &#224; la technique, aux biens et &#224; la culture, que les pays capitalistes. Il est donc plus exact d'appeler le r&#233;gime sovi&#233;tique actuel, avec toutes ses contradictions, non point socialiste mais transitoire entre le capitalisme et le socialisme, ou pr&#233;paratoire au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souci d'une juste terminologie n'implique aucun p&#233;dantisme. La force et la stabilit&#233; des r&#233;gimes se d&#233;finissent en dernier lieu par le rendement relatif du travail. Une &#233;conomie socialis&#233;e en train de d&#233;passer, techniquement, le capitalisme, serait r&#233;ellement assur&#233;e d'un d&#233;veloppement socialiste en quelque sorte automatique, ce que l'on ne peut malheureusement dire en aucune fa&#231;on de l'&#233;conomie sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des apologistes vulgaires de l'U.R.S.S. telle qu'elle est sont enclins &#224; raisonner &#224; peu pr&#232;s ainsi : m&#234;me en reconnaissant que le r&#233;gime sovi&#233;tique actuel n'est pas encore socialiste, le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des forces productives, sur les bases actuelles, doit t&#244;t ou tard amener le triomphe complet du socialisme. Seul le facteur temps est en ce cas discutable. Est-ce donc la peine de faire tant de bruit ? Si incontestable que paraisse ce raisonnement, il est en r&#233;alit&#233; tr&#232;s superficiel. Le temps n'est nullement un facteur secondaire quand il s'agit d'un processus historique : il est infiniment plus dangereux de confondre le pr&#233;sent et le futur en politique qu'en grammaire. Le d&#233;veloppement ne consiste pas, comme se le repr&#233;sentent les &#233;volutionnistes vulgaires du genre des Webb, en l'accumulation planifi&#233;e et &#034;l'am&#233;lioration&#034; constante de ce qui est. Il comporte des transformations de la quantit&#233; en qualit&#233;, des crises, des bonds en avant et des reculs. Pr&#233;cis&#233;ment parce que l'U.R.S.S. n'en est pas encore au premier stade du socialisme, syst&#232;me &#233;quilibr&#233; de production et de consommation, le d&#233;veloppement n'y est pas harmonieux, mais contradictoire. Les contradictions &#233;conomiques font na&#238;tre les antagonismes sociaux qui d&#233;ploient leur propre logique sans attendre le d&#233;veloppement des forces productives. Nous venons de le voir dans la question du koulak, qui n'a pas consenti &#224; se laisser &#034;assimiler&#034; par le socialisme et a exig&#233; une r&#233;volution compl&#233;mentaire &#224; laquelle les bureaucrates et leurs id&#233;ologues ne s'attendaient pas. La bureaucratie, entre les mains de laquelle se concentrent le pouvoir et la richesse, consentira-t-elle &#224; se laisser assimiler par le socialisme ? Il est permis d'en douter. Il serait en tout cas imprudent de se fier &#224; sa parole. Dans quel sens &#233;voluera, au cours des trois, cinq, dix ann&#233;es &#224; venir le dynamisme des contradictions &#233;conomiques et des antagonismes sociaux de la soci&#233;t&#233; sovi&#233;tique ? Il n'y a pas encore de r&#233;ponse d&#233;finitive et incontestable &#224; cette question. L'issue d&#233;pend de la lutte des forces vives de la soci&#233;t&#233; et pas seulement &#224; l'&#233;chelle nationale, mais aussi &#224; l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque nouvelle &#233;tape nous impose d&#232;s lors l'analyse concr&#232;te des tendances et des rapports r&#233;els, dans leur connexion et leur constante interd&#233;pendance. L'importance d'une analyse de ce genre va ressortir &#224; nos yeux dans la question de l'Etat sovi&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
PROGRAMME ET REALITE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Marx et Engels, L&#233;nine voit le premier trait distinctif de la r&#233;volution en ce qu'expropriant les exploiteurs elle supprime la n&#233;cessit&#233; d'un appareil bureaucratique dominant la soci&#233;t&#233;, et avant tout de la police et de l'arm&#233;e permanente. &#034;Le prol&#233;tariat a besoin de l'Etat, tous les opportunistes le r&#233;p&#232;tent&#034;, &#233;crivait L&#233;nine en 1917, deux ou trois mois avant la conqu&#234;te du pouvoir, &#034;mais ils oublient d'ajouter que le prol&#233;tariat n'a besoin que d'un Etat d&#233;p&#233;rissant, c'est-&#224;-dire tel qu'il commence aussit&#244;t &#224; d&#233;p&#233;rir et ne puisse pas ne pas d&#233;p&#233;rir&#034; (L'Etat et la r&#233;volution). Cette critique &#233;tait en son temps dirig&#233;e contre les socialistes r&#233;formistes du type des mencheviks russes, des fabiens anglais, etc. ; aujourd'hui, elle se retourne avec une force doubl&#233;e contre les idol&#226;tres sovi&#233;tiques et leur culte de l'Etat bureaucratique qui n'a pas la moindre intention de &#034;d&#233;p&#233;rir&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie est socialement requise toutes les fois que d'&#226;pres antagonismes sont en pr&#233;sence et qu'il faut les &#034;att&#233;nuer&#034;, les &#034;accommoder&#034;, les &#034;r&#233;gler&#034; (toujours dans l'int&#233;r&#234;t des privil&#233;gi&#233;s et des poss&#233;dants et toujours &#224; l'avantage de la bureaucratie elle-m&#234;me). L'appareil bureaucratique s'affermit et se perfectionne &#224; travers toutes les r&#233;volutions bourgeoises, si d&#233;mocratiques soient-elles. &#034;Le fonctionnariat et l'arm&#233;e permanente, &#233;crit L&#233;nine, sont des &#034;parasites&#034; sur le corps de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, des parasites engendr&#233;s par les contradictions internes qui d&#233;chirent cette soci&#233;t&#233;, mais pr&#233;cis&#233;ment des parasites qui en bouchent les pores...&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
A partir de 1918, c'est-&#224;-dire du moment o&#249; le parti dut consid&#233;rer la prise du pouvoir comme un probl&#232;me pratique, L&#233;nine s'occupa sans cesse de l'&#233;limination de ces &#034;parasites&#034;. Apr&#232;s la subversion des classes d'exploiteurs, explique-t-il et d&#233;montre-t-il dans l'Etat et la r&#233;volution, le prol&#233;tariat brisera la vieille machine bureaucratique et formera son propre appareil d'ouvriers et d'employ&#233;s, en prenant, pour les emp&#234;cher de devenir des bureaucrates, des &#034;mesures &#233;tudi&#233;es en d&#233;tail par Marx et Engels : 1&#176; &#233;ligibilit&#233; et aussi r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment ; 2&#176; r&#233;tribution non sup&#233;rieure au salaire de l'ouvrier ; 3&#176; passage imm&#233;diat &#224; un &#233;tat de choses dans lequel tous s'acquitteront des fonctions de contr&#244;le et de surveillance, dans lequel tous seront momentan&#233;ment des &#034;bureaucrates&#034;, personne ne pouvant pour cela m&#234;me se bureaucratiser.&#034; On aurait tort de penser qu'il s'agit pour L&#233;nine d'une oeuvre exigeant des dizaines d'ann&#233;es ; non, c'est un premier pas : &#034;On peut et on doit commencer par l&#224; en faisant la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes vues hardies sur l'Etat de la dictature du prol&#233;tariat trouv&#232;rent, un an et demi apr&#232;s la prise du pouvoir, leur expression achev&#233;e dans le programme du parti bolchevique et notamment dans les paragraphes concernant l'arm&#233;e. Un Etat fort, mais sans mandarins ; une force arm&#233;e, mais sans samoura&#239;s ! La bureaucratie militaire et civile ne r&#233;sulte pas des besoins de la d&#233;fense, mais d'un transfert de la division de la soci&#233;t&#233; en classes dans l'organisation de la d&#233;fense. L'arm&#233;e n'est qu'un produit des rapports sociaux. La lutte contre les p&#233;rils ext&#233;rieurs suppose, cela va de soi dans l'Etat ouvrier, une organisation militaire et technique sp&#233;cialis&#233;e qui ne sera en aucun cas une caste privil&#233;gi&#233;e d'officiers. Le programme bolchevique exige le remplacement de l'arm&#233;e permanente par la nation arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa formation, le r&#233;gime de la dictature du prol&#233;tariat cesse de la sorte d'&#234;tre celui d'un &#034;Etat&#034; au vieux sens du mot, c'est-&#224;-dire d'une machine faite pour maintenir dans l'ob&#233;issance la majorit&#233; du peuple. Avec les armes, la force mat&#233;rielle passe directement, imm&#233;diatement, aux organisations des travailleurs telles que les soviets. L'Etat, appareil bureaucratique, commence &#224; d&#233;p&#233;rir d&#232;s le premier jour de la dictature du prol&#233;tariat. Telle est la voix du programme qui n'a pas &#233;t&#233; abrog&#233; &#224; ce jour. Chose &#233;trange, on croirait une voix d'outre-tombe sortant du mausol&#233;e...&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque interpr&#233;tation que l'on donne de la nature de l'Etat sovi&#233;tique, une chose est incontestable : &#224; la fin de ses vingt premi&#232;res ann&#233;es, il est loin d'avoir &#034;d&#233;p&#233;ri&#034;, il n'a m&#234;me pas commenc&#233; &#224; &#034;d&#233;p&#233;rir&#034; ; pis, il est devenu un appareil de coercition sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire ; la bureaucratie, loin de dispara&#238;tre, est devenue une force incontr&#244;l&#233;e dominant les masses ; l'arm&#233;e, loin d'&#234;tre remplac&#233;e par le peuple en armes, a form&#233; une caste d'officiers privil&#233;gi&#233;s au sommet de laquelle sont apparus des mar&#233;chaux, tandis que le peuple, &#034;exer&#231;ant en armes la dictature&#034;, s'est vu refuser en U.R.S.S. jusqu'&#224; la possession d'une arme blanche. La fantaisie la plus exalt&#233;e concevrait difficilement contraste plus saisissant que celui qui existe entre le sch&#233;ma de l'Etat ouvrier de Marx-Engels-L&#233;nine et l'Etat &#224; la t&#234;te duquel se trouve aujourd'hui Staline. Tout en continuant &#224; r&#233;imprimer les oeuvres de L&#233;nine (en les censurant et en les mutilant, il est vrai), les chefs actuels de l'U.R.S.S. et leurs repr&#233;sentants id&#233;ologiques ne se demandent m&#234;me pas quelles sont les causes d'un &#233;cart aussi flagrant entre le programme et la r&#233;alit&#233;. Effor&#231;ons-nous de le faire &#224; leur place.&lt;br class='autobr' /&gt;
LE DOUBLE CARACT&#200;RE DE L'ETAT SOVI&#201;TIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature du prol&#233;tariat est un pont entre les soci&#233;t&#233;s bourgeoise et socialiste. Son essence m&#234;me lui conf&#232;re donc un caract&#232;re temporaire. L'Etat qui r&#233;alise la dictature a pour t&#226;che d&#233;riv&#233;e, mais tout &#224; fait primordiale, de pr&#233;parer sa propre abolition. Le degr&#233; d'ex&#233;cution de cette t&#226;che &#034;d&#233;riv&#233;e&#034; v&#233;rifie en un certain sens avec quel succ&#232;s s'accomplit l'id&#233;e ma&#238;tresse : la construction d'une soci&#233;t&#233; sans classes et sans contradictions mat&#233;rielles. Le bureaucratisme et l'harmonie sociale sont en proportion inverse l'un de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels &#233;crivait dans sa c&#233;l&#232;bre pol&#233;mique contre D&#252;hring : &#034;...Quand dispara&#238;tront en m&#234;me temps que la domination de classe et que la lutte pour l'existence individuelle, engendr&#233;e par l'anarchie actuelle de la production, les heurts et les exc&#232;s qui d&#233;coulent de cette lutte, il n'y aura plus rien &#224; r&#233;primer, le besoin d'une force sp&#233;ciale de r&#233;pression ne se fera plus sentir dans l'Etat.&#034; Le philistin croit &#224; l'&#233;ternit&#233; du gendarme. En r&#233;alit&#233; le gendarme ma&#238;trisera l'homme tant que l'homme n'aura pas suffisamment ma&#238;tris&#233; la nature. Il faut, pour que l'Etat disparaisse, que disparaissent &#034;la domination de classe et la lutte pour l'existence individuelle&#034;. Engels r&#233;unit ces deux conditions en une seule : dans la perspective de la succession des r&#233;gimes sociaux, quelques dizaines d'ann&#233;es ne comptent gu&#232;re. Les g&#233;n&#233;rations qui portent la r&#233;volution sur leurs propres &#233;paules se repr&#233;sentent autrement les choses. Il est exact que la lutte de tous contre tous na&#238;t de l'anarchie capitaliste. Mais la socialisation des moyens de production ne supprime pas automatiquement &#034;la lutte pour l'existence individuelle&#034;. Et c'est le pivot de la question !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat socialiste, m&#234;me en Am&#233;rique, sur les bases du capitalisme le plus avanc&#233;, ne pourrait pas donner &#224; chacun tout ce qu'il lui faut et serait par cons&#233;quent oblig&#233; d'inciter tout le monde &#224; produire le plus possible. La fonction d'excitateur lui revient naturellement dans ces conditions et il ne peut pas ne pas recourir, en les modifiant et en les adoucissant, aux m&#233;thodes de r&#233;tribution du travail &#233;labor&#233;es par le capitalisme. En ce sens pr&#233;cis, Marx &#233;crivait en 1875 que &#034;le droit bourgeois... est in&#233;vitable dans la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste sous la forme qu'il rev&#234;t en naissant de la soci&#233;t&#233; capitaliste apr&#232;s de longues douleurs d'enfantement. Le droit ne peut jamais s'&#233;lever au-dessus du r&#233;gime &#233;conomique et du d&#233;veloppement culturel conditionn&#233; par ce r&#233;gime &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, commentant ces lignes remarquables, ajoute : &#034;Le droit bourgeois en matiere de r&#233;partition des articles de consommation suppose naturellement l'Etat bourgeois, car le droit n'est rien sans un appareil de contrainte imposant ses normes. Il appara&#238;t que le droit bourgeois subsiste pendant un certain temps au sein du communisme, et m&#234;me que subsiste l'Etat bourgeois sans bourgeoisie !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette conclusion significative, tout &#224; fait ignor&#233;e des th&#233;oriciens officiels d'aujourd'hui, a une importance d&#233;cisive pour l'intelligence de la nature de l'Etat sovi&#233;tique d'aujourd'hui, ou plus exactement pour une premi&#232;re approximation dans ce sens. L'Etat qui se donne pour t&#226;che la transformation socialiste de la soci&#233;t&#233;, &#233;tant oblig&#233; de d&#233;fendre par la contrainte l'in&#233;galit&#233;, c'est-&#224;-dire les privil&#232;ges de la minorit&#233;, demeure dans une certaine mesure un Etat &#034;bourgeois&#034;, bien que sans bourgeoisie. Ces mots n'impliquent ni louange ni bl&#226;me ; ils appellent seulement les choses par leur nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les normes bourgeoises de r&#233;partition, en h&#226;tant la croissance de la puissance mat&#233;rielle, doivent servir &#224; des fins socialistes. Mais l'Etat acquiert imm&#233;diatement un double caract&#232;re : socialiste dans la mesure o&#249; il d&#233;fend la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production ; bourgeois dans la mesure o&#249; la r&#233;partition des biens a lieu d'apr&#232;s des &#233;talons capitalistes de valeur, avec toutes les cons&#233;quences d&#233;coulant de ce fait. Une d&#233;finition aussi contradictoire &#233;pouvantera peut-&#234;tre les dogmatiques et les scolastiques ; il ne nous restera qu'&#224; leur en exprimer nos regrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physionomie d&#233;finitive de l'Etat ouvrier doit se d&#233;finir par la modification du rapport entre ses tendances bourgeoises et socialistes. La victoire des derni&#232;res doit signifier la suppression irr&#233;vocable du gendarme, en d'autres termes la r&#233;sorption de l'Etat dans une soci&#233;t&#233; s'administrant elle-m&#234;me. Ce qui suffit &#224; faire ressortir l'immense importance du probl&#232;me de la bureaucratie sovi&#233;tique, fait et sympt&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il donne, de par toute sa formation intellectuelle, &#224; la conception de Marx sa forme la plus accentu&#233;e, que L&#233;nine r&#233;v&#232;le la source des difficult&#233;s &#224; venir, y compris les siennes propres, bien qu'il n'ait pas eu le temps de pousser son analyse &#224; fond. &#034;L'Etat bourgeois sans bourgeoisie&#034; s'est r&#233;v&#233;l&#233; incompatible avec une democratie sovi&#233;tique authentique. La dualit&#233; des fonctions de l'Etat ne pouvait manquer de se manifester dans sa structure. L'exp&#233;rience a montr&#233; ce que la th&#233;orie n'avait pas su pr&#233;voir avec une nettet&#233; suffisante : si &#034;l'Etat des ouvriers arm&#233;s&#034; r&#233;pond pleinement &#224; ses fins quand il s'agit de d&#233;fendre la propri&#233;t&#233; socialis&#233;e contre la contre-r&#233;volution, il en va tout autrement quand il s'agit de r&#233;gler l'in&#233;galit&#233; dans la sph&#232;re de la consommation. Ceux qui sont priv&#233;s de propri&#233;t&#233; ne sont pas enclins &#224; cr&#233;er des privil&#232;ges et &#224; les d&#233;fendre. La majorit&#233; ne peut pas se montrer soucieuse des privil&#232;ges de la minorit&#233;. Pour d&#233;fendre le &#034;droit bourgeois&#034;, l'Etat ouvrier se voit contraint de former un organe du type &#034;bourgeois&#034;, bref de revenir au gendarme, tout en lui donnant un nouvel uniforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fait de la sorte le premier pas vers l'intelligence de la contradiction fondamentale entre le programme bolchevique et la r&#233;alit&#233; sovi&#233;tique. Si l'Etat, au lieu de d&#233;p&#233;rir, devient de plus en plus despotique ; si les mandataires de la classe ouvri&#232;re se bureaucratisent, tandis que la bureaucratie s'&#233;rige au-dessus de la soci&#233;t&#233; r&#233;nov&#233;e, ce n'est pas pour des raisons secondaires, telles que les survivances psychologiques du pass&#233;, etc., c'est en vertu de l'inflexible n&#233;cessit&#233; de former et d'entretenir une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e, tant qu'il n'est pas possible d'assurer l'&#233;galit&#233; r&#233;elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les tendances bureaucratiques qui &#233;touffent le mouvement ouvrier devront aussi se manifester partout apr&#232;s la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Mais il est tout &#224; fait &#233;vident que plus est pauvre la soci&#233;t&#233; n&#233;e de la r&#233;volution et plus cette &#034;loi&#034; doit se manifester s&#233;v&#232;rement, sans d&#233;tour ; et plus le bureaucratisme doit rev&#234;tir des formes brutales ; et plus il peut devenir dangereux pour le d&#233;veloppement du socialisme. Ce ne sont pas les &#034;restes&#034;, impuissants en eux-m&#234;mes, des classes autrefois dirigeantes qui emp&#234;chent, comme le d&#233;clare la doctrine purement polici&#232;re de Staline, l'Etat sovi&#233;tique de d&#233;p&#233;rir et m&#234;me de se lib&#233;rer de la bureaucratie parasitaire, ce sont des facteurs infiniment plus puissants, tels que l'indigence mat&#233;rielle, le manque de culture g&#233;n&#233;rale et la domination du &#034;droit bourgeois&#034; qui en d&#233;coule dans le domaine qui int&#233;resse le plus directement et le plus vivement tout homme : celui de sa conservation personnelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
GENDARME ET &#034;BESOIN SOCIALISE&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune Marx &#233;crivait, deux ans avant le Manifeste communiste : &#034;Le d&#233;veloppement des forces productives est pratiquement la condition premi&#232;re absolument n&#233;cessaire [du communisme] pour cette raison encore que l'on socialiserait sans lui l'indigence et que l'indigence ferait recommencer la lutte pour le n&#233;cessaire et par cons&#233;quent ressusciter tout le vieux fatras...&#034; Cette id&#233;e, Marx ne l'a d&#233;velopp&#233;e nulle part, et ce n'est pas par hasard : il ne pr&#233;voyait pas la victoire de la r&#233;volution dans un pays arri&#233;r&#233;. L&#233;nine ne s'y est pas arr&#234;t&#233; non plus, et ce n'est pas davantage par hasard : il ne pr&#233;voyait pas un si long isolement de l'Etat sovi&#233;tique. Or, le texte que nous venons de citer n'&#233;tant chez Marx qu'une supposition abstraite, un argument par opposition, nous offre une clef th&#233;orique unique pour aborder les difficult&#233;s tout &#224; fait concr&#232;tes et les maux du r&#233;gime sovi&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le terrain historique de la mis&#232;re, aggrav&#233;e par les d&#233;vastations des guerres imp&#233;rialiste et civile, &#034;la lutte pour l'existence individuelle&#034;, loin de dispara&#238;tre au lendemain de la subversion de la bourgeoisie, loin de s'att&#233;nuer dans les ann&#233;es suivantes, a connu par moments un acharnement sans pr&#233;c&#233;dent : faut-il rappeler que des actes de cannibalisme se sont produits par deux fois dans certaines r&#233;gions du pays ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distance qui s&#233;pare la Russie de l'Occident ne se mesure v&#233;ritablement qu'&#224; pr&#233;sent. Il faudrait &#224; l'U.R.S.S., dans les conditions les plus favorables, c'est-&#224;-dire en l'absence de convulsions int&#233;rieures et de catastrophes ext&#233;rieures, plusieurs lustres pour assimiler compl&#232;tement l'acquis &#233;conomique et &#233;ducatif qui a &#233;t&#233;, pour les premiers n&#233;s de la civilisation capitaliste, le fruit des si&#232;cles. L'application des m&#233;thodes socialistes &#224; des t&#226;ches pr&#233;-socialistes, tel est maintenant le fond du travail &#233;conomique et culturel de l'U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que l'U.R.S.S. d&#233;passe aujourd'hui par ses forces productives les pays les plus avanc&#233;s du temps de Marx. Mais, tout d'abord, dans la comp&#233;tition historique de deux r&#233;gimes, il s'agit bien moins de niveaux absolus que de niveaux relatifs : l'&#233;conomie sovi&#233;tique s'oppose au capitalisme de Hitler, de Baldwin et de Roosevelt et non &#224; celui de Bismarck, de Palmerston et d'Abraham Lincoln ; en second lieu, l'ampleur m&#234;me des besoins de l'homme se modifi&#233; radicalement avec la croissance de la technique mondiale : les contemporains de Marx ne connaissaient ni l'automobile, ni la T. S. F., ni l'avion. Or la soci&#233;t&#233; socialiste serait inconcevable de notre temps sans le libre usage de tous ces biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le stade inf&#233;rieur du communisme&#034;, pour employer le terme de Marx, commence &#224; un niveau dont le capitalisme le plus avanc&#233; s'est rapproch&#233;. Or le programme r&#233;el des prochaines p&#233;riodes quinquennales des r&#233;publiques sovi&#233;tiques consiste &#224; &#034;rattraper l'Europe et l'Am&#233;rique&#034;. Pour cr&#233;er un r&#233;seau de routes goudronn&#233;es et d'autoroutes dans les vastes espaces de l'U.R.S.S., il faut beaucoup plus de temps et de moyens que pour importer d'Am&#233;rique des fabriques d'automobiles toutes pr&#234;tes et m&#234;me pour s'approprier leur technique. Combien d'ann&#233;es faudra-t-il pour donner &#224; tout citoyen la possibilit&#233; d'user d'une automobile dans toutes les directions sans rencontrer de difficult&#233;s de ravitaillement en essence ? Dans la soci&#233;t&#233; barbare, le pi&#233;ton et le cavalier formaient deux classes. L'auto ne diff&#233;rencie pas moins la soci&#233;t&#233; que le cheval de selle. Tant que la modeste Ford demeure le privil&#232;ge d'une minorit&#233;, tous les rapports et toutes les habitudes propres &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise survivent. Avec eux subsiste l'Etat, gardien de l'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proc&#233;dant uniquement de la th&#233;orie marxiste de la dictature du prol&#233;tariat, L&#233;nine n'a pu, ni dans son ouvrage capital sur la question (L'Etat et la r&#233;volution), ni dans le programme du parti, faire, concernant le caract&#232;re de l'Etat, toutes les d&#233;ductions impos&#233;es par la condition arri&#233;r&#233;e et l'isolement du pays. Expliquant les r&#233;surgences de la bureaucratie par l'inexp&#233;rience administrative des masses et les difficult&#233;s n&#233;es de la guerre, le programme du parti prescrit des mesures purement politiques pour surmonter les &#034;d&#233;formations bureaucratiques&#034; : &#233;ligibilit&#233; et r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment de tous les mandataires, suppression des privil&#232;ges mat&#233;riels, contr&#244;le actif des masses. On pensait que, sur cette voie, le fonctionnaire cesserait d'&#234;tre un chef pour devenir un simple agent technique, d'ailleurs provisoire, tandis que l'Etat quitterait peu &#224; peu, sans bruit, la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sous-estimation manifeste des difficult&#233;s futures s'explique par le fait que le programme se fondait enti&#232;rement, sans r&#233;serves, sur une perspective internationale. &#034;La r&#233;volution d'Octobre a r&#233;alis&#233; en Russie la dictature du prol&#233;tariat... L'&#232;re de la r&#233;volution prol&#233;tarienne communiste universelle s'est ouverte.&#034; Telles sont les premi&#232;res lignes du programme. Les auteurs de ce document ne se donnaient pas uniquement pour but l'&#233;dification du &#034;socialisme dans un seul pays&#034; &#8212; cette id&#233;e ne venait alors &#224; personne et &#224; Staline moins qu'&#224; tout autre &#8212; et ils ne se demandaient pas quel caract&#232;re prendrait l'Etat sovi&#233;tique s'il lui fallait accomplir seul pendant vingt ans les t&#226;ches &#233;conomiques et culturelles depuis longtemps accomplies par le capitalisme avanc&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La crise r&#233;volutionnaire d'apr&#232;s-guerre n'a cependant pas amen&#233; la victoire du socialisme en Europe : la social-d&#233;mocratie a sauv&#233; la bourgeoisie. La p&#233;riode qui paraissait &#224; L&#233;nine et &#224; ses compagnons d'armes devoir &#234;tre une courte &#034;tr&#234;ve&#034; est devenue toute une &#233;poque de l'histoire. La structure sociale contradictoire de l'U.R.S.S. et le caract&#232;re ultra-bureaucratique de l'Etat sovi&#233;tique sont les cons&#233;quences directes de cette singuli&#232;re &#034;difficult&#233;&#034; historique impr&#233;vue, qui a en m&#234;me temps amen&#233; les pays capitalistes au fascisme ou &#224; la r&#233;action pr&#233;fasciste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la tentative du d&#233;but &#8212; cr&#233;er un Etat d&#233;barrass&#233; du bureaucratisme &#8212; s'est avant tout heurt&#233;e &#224; l'inexp&#233;rience des masses en mati&#232;re d'auto-administration, au manque de travailleurs qualifi&#233;s d&#233;vou&#233;s au socialisme, etc., d'autres difficult&#233;s n'allaient pas tarder &#224; se faire sentir. La r&#233;duction de l'Etat &#224; des fonctions &#034;de recensement et de contr&#244;le&#034;, les fonctions de coercition s'amoindrissant sans cesse, comme l'exige le programme, supposait un certain bien-&#234;tre. Cette condition n&#233;cessaire faisait d&#233;faut. Le secours de l'Occident n'arrivait pas. Le pouvoir des soviets d&#233;mocratiques se r&#233;v&#233;lait g&#234;nant et m&#234;me intol&#233;rable quand il s'agissait de favoriser les groupes privil&#233;gi&#233;s les plus indispensables &#224; la d&#233;fense, &#224; l'industrie, &#224; la technique, &#224; la science. Une puissante caste de sp&#233;cialistes de la r&#233;partition se forma et se fortifia gr&#226;ce &#224; l'op&#233;ration nullement socialiste qui consistait &#224; prendre &#224; dix personnes pour donner &#224; une seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment et pourquoi les immenses succ&#232;s &#233;conomiques des derniers temps, au lieu d'amener un adoucissement de l'in&#233;galit&#233;, l'ont-ils aggrav&#233;e en accroissant encore la bureaucratie qui, de &#034;d&#233;formation&#034;, est devenue syst&#232;me de gouvernement ? Avant de tenter de r&#233;pondre &#224; cette question, &#233;coutons ce que les chefs les plus autoris&#233;s de la bureaucratie sovi&#233;tique disent de leur propre r&#233;gime.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;LA VICTOIRE COMPLETE DU SOCIALISME&lt;br class='autobr' /&gt;
ET &#034;L'AFFERMISSEMENT DE LA DICTATURE&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire compl&#232;te du socialisme a plusieurs fois &#233;t&#233; annonc&#233;e en U.R.S.S., et sous une forme particuli&#232;rement cat&#233;gorique &#224; la suite de la &#034;liquidation des koulaks en tant que classe&#034;. Le 30 janvier 1931, la Pravda, commentant un discours de Staline, &#233;crivait : &#034;Le deuxi&#232;me plan quinquennal liquidera les derniers vestiges des &#233;l&#233;ments capitalistes de notre &#233;conomie&#034; (soulign&#233; par nous). De ce point de vue, l'Etat devrait dispara&#238;tre sans retour dans le m&#234;me laps de temps, car il n'a plus rien &#224; faire l&#224; o&#249; les &#034;derniers vestiges&#034; du capitalisme sont liquid&#233;s. &#034;Le pouvoir des soviets, d&#233;clare &#224; ce sujet le programme du parti bolchevique, reconna&#238;t hautement l'in&#233;luctable caract&#232;re de classe de tout Etat, tant que n'a pas enti&#232;rement disparu la division de la soci&#233;t&#233; en classes et, avec elle, toute autorit&#233; gouvernementale.&#034; Mais sit&#244;t que d'imprudents th&#233;oriciens moscovites eurent tent&#233; de d&#233;duire de la liquidation des &#034;derniers vestiges du capitalisme&#034; &#8212; admise par eux comme une r&#233;alit&#233; &#8212; le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat, la bureaucratie d&#233;clara leurs th&#233;ories &#034;contre-r&#233;volutionnaires&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur th&#233;orique de la bureaucratie est-elle donc dans la proposition principale ou dans la d&#233;duction ? Dans les deux. L'opposition objectait aux premi&#232;res d&#233;clarations sur la &#034;victoire totale&#034; qu'on ne peut pas se borner &#224; consid&#233;rer les seules formes juridico-sociales des rapports, d'ailleurs encore contradictoires et manquant de maturit&#233; dans l'agriculture, en faisant abstraction du crit&#232;re principal : le niveau atteint par le rendement du travail. Les formes juridiques elles-m&#234;mes ont un contenu social qui varie profond&#233;ment selon le degr&#233; de d&#233;veloppement de la technique : &#034;Le droit ne peut jamais s'&#233;lever au-dessus du r&#233;gime &#233;conomique et du d&#233;veloppement culturel de la soci&#233;t&#233; conditionn&#233; par ce r&#233;gime&#034; (Marx). Les formes sovi&#233;tiques de la propri&#233;t&#233; fond&#233;es sur les acquisitions les plus r&#233;centes de la technique am&#233;ricaine et &#233;tendues &#224; toutes les branches de l'&#233;conomie donneraient d&#233;j&#224; le premier stade du socialisme. Les formes sovi&#233;tiques, en pr&#233;sence du bas rendement du travail, ne signifient qu'un r&#233;gime transitoire dont les destin&#233;es ne sont pas encore d&#233;finitivement pes&#233;es par l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;N'est-ce pas monstrueux &#8212; &#233;crivions-nous en mars 1932 &#8212;, le pays ne sort pas de la p&#233;nurie de marchandises, le ravitaillement s'interrompt &#224; chaque instant, les enfants manquent de lait et les oracles officiels proclament que &#034;le pays est entre dans la p&#233;riode socialiste&#034;. Peut-on compromettre plus f&#226;cheusement le socialisme ?&#034; Karl Radek, aujourd'hui l'un des publicistes en vue des milieux sovi&#233;tiques dirigeants, r&#233;pliquait &#224; cette objection dans un num&#233;ro sp&#233;cial du Berliner Tageblatt consacr&#233; &#224; l'U.R.S.S. (mai 1932) dans les termes suivants, dignes d'&#234;tre conserv&#233;s &#224; la post&#233;rit&#233; : &#034;Le lait est le produit de la vache et non du socialisme, et il faut vraiment confondre le socialisme avec l'image du pays o&#249; coulent des fleuves de lait pour ne pas comprendre qu'un pays peut s'&#233;lever &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur de d&#233;veloppement sans que, momentan&#233;ment, la situation mat&#233;rielle des masses populaires en soit sensiblement am&#233;lior&#233;e.&#034; Ces lignes ont &#233;t&#233; &#233;crites &#224; un moment o&#249; le pays &#233;tait en proie &#224; une terrible famine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme est le r&#233;gime de la production planifi&#233;e pour la satisfaction la meilleure des besoins de l'homme, faute de quoi il ne m&#233;rite pas son nom. Si les vaches sont d&#233;clar&#233;es propri&#233;t&#233; collective, mais s'il y en a trop peu ou si leurs pis sont trop maigres, des conflits commencent par suite du manque de lait : entre la ville et les campagnes. entre les kolkhozes et les cultivateurs ind&#233;pendants, entre les diverses couches du prol&#233;tariat, entre la bureaucratie et l'ensemble des travailleurs. C'est pr&#233;cis&#233;ment la socialisation des vaches qui les fit abattre en masses par les paysans. Les conflits sociaux engendr&#233;s par l'indigence peuvent &#224; leur tour amener le retour &#224; &#034;tout l'ancien fatras&#034;. Telle fut notre r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa r&#233;solution du 20 ao&#251;t 1935, le VIIe congr&#232;s de l'Internationale communiste certifie solennellement que &#034;la victoire d&#233;finitive et irr&#233;vocable du socialisme et l'affermissement &#224; tous &#233;gards de l'Etat de la dictature du prol&#233;tariat&#034; sont en U.R.S.S. les r&#233;sultats des succ&#232;s de l'industrie nationalis&#233;e, de l'&#233;limination des &#233;l&#233;ments capitalistes et de la liquidation des koulaks en tant que classe. En d&#233;pit de son apparence cat&#233;gorique, l'attestation de l'Internationale communiste est profond&#233;ment contradictoire : si le socialisme a vaincu &#034;d&#233;finitivement et irr&#233;vocablement&#034;, non comme principe, mais comme vivante organisation sociale, le nouvel &#034;affermissement&#034; de la dictature est une absurdit&#233; &#233;vidente. Et, inversement, si l'affermissement de la dictature r&#233;pond aux besoins r&#233;els du r&#233;gime, c'est que nous sommes encore loin de la victoire du socialisme. Tout politique r&#233;aliste, pour ne pas dire marxiste, doit comprendre que la n&#233;cessit&#233; m&#234;me d'&#034;affermir&#034; la dictature, c'est-&#224;-dire la contrainte gouvernementale, prouve non le triomphe d'une harmonie sociale sans classes, mais la croissance de nouveaux antagonismes sociaux. Quelle est leur base ? La p&#233;nurie des moyens d'existence, qui est le r&#233;sultat du bas rendement du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine donna un jour du socialisme la d&#233;finition suivante : &#034;le pouvoir des soviets, plus l'&#233;lectrification&#034;. Cette d&#233;finition en forme d'&#233;pigramme, dont l'&#233;troitesse r&#233;pondait &#224; des fins de propagande, supposait en tout cas, comme point de d&#233;part minimum, le niveau capitaliste de l'&#233;lectrification. Mais aujourd'hui encore l'U.R.S.S. dispose, par t&#234;te d'habitant, de trois fois moins d'&#233;nergie &#233;lectrique que les pays capitalistes avanc&#233;s. Tenant compte du fait que les soviets ont entre-temps c&#233;d&#233; la place &#224; un appareil ind&#233;pendant des masses, il ne reste &#224; l'Internationale communiste qu'&#224; proclamer que le socialisme c'est &#034;le pouvoir de la bureaucratie, plus le tiers de l'&#233;lectrification capitaliste&#034;. Cette d&#233;finition sera d'une exactitude photographique, mais le socialisme y tiendra peu de place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son discours aux stakhanovistes, en novembre 1935, Staline, se conformant &#224; la fin empirique de cette conf&#233;rence, d&#233;clara brusquement : &#034;Pourquoi le socialisme peut-il, doit-il vaincre et vaincra-t-il n&#233;cessairement le syst&#232;me capitaliste ? Parce qu'il peut et doit donner... un rendement plus &#233;lev&#233; du travail.&#034; R&#233;futant incidemment la r&#233;solution de l'Internationale communiste adopt&#233;e trois mois auparavant, et aussi ses propres d&#233;clarations r&#233;it&#233;r&#233;es sur ce sujet, Staline parle cette fois de la &#034;victoire&#034; au futur : le socialisme vaincra le syst&#232;me capitaliste quand il le d&#233;passera dans le rendement du travail. On le voit, les temps du verbe ne sont pas seuls &#224; changer avec les circonstances, les crit&#232;res sociaux &#233;voluent aussi. Et il n'est assur&#233;ment pas facile au citoyen sovi&#233;tique de suivre la &#034;ligne g&#233;n&#233;rale&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er mars 1936, enfin, dans son entretien avec M. Roy Howard, Staline donne une nouvelle d&#233;finition du r&#233;gime sovi&#233;tique : &#034;L'organisation sociale que nous avons cr&#233;&#233;e peut &#234;tre appel&#233;e sovi&#233;tique, socialiste, elle n'est pas compl&#232;tement achev&#233;e, mais elle est au fond une organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;.&#034; Cette d&#233;finition intentionnellement confuse renferme presque autant de contradictions que de mots. L'organisation sociale y est qualifi&#233;e &#034;sovi&#233;tique, socialiste&#034;. Mais les soviets repr&#233;sentent une forme d'Etat et le socialisme un r&#233;gime social. Loin d'&#234;tre identiques, ces termes, du point de vue qui nous occupe, sont oppos&#233;s ; les soviets devraient dispara&#238;tre dans la mesure o&#249; l organisation sociale deviendrait socialiste, comme les &#233;chafaudages sont enlev&#233;s quand la b&#226;tisse est construite, Staline apporte un correctif : &#034;Le socialisme n'est pas compl&#232;tement achev&#233;.&#034; Que veut dire ce &#034;pas compl&#232;tement&#034; ? S'en faut-il de 5%, ou de 75% ? On ne nous le dit pas, de m&#234;me qu'on s'abstient de nous dire ce qu'il faut entendre par le &#034;fond&#034; de l'organisation socialiste de la soci&#233;t&#233; ? Les formes de la propri&#233;t&#233; ou la technique ? L'obscurit&#233; m&#234;me de cette d&#233;finition signifie un recul par rapport aux formules infiniment plus cat&#233;goriques de 1931 et de 1935. Un pas de plus dans cette voie et il faudrait reconna&#238;tre que la racine de toute organisation sociale est dans les forces productives, et que la racine sovi&#233;tique est pr&#233;cis&#233;ment trop faible encore pour la plante socialiste et le bonheur humain qui en est le couronnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revtrahie/frodcp3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revtrahie/frodcp3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/vers.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/vers.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/12/lt19221201a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/12/lt19221201a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/11/lt19221114.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/11/lt19221114.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5763&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5763&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3533&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3533&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1442&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1442&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOUKHARINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_prs.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_prs.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_04.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_04.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/boukharine_19260000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/boukharine_19260000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/07/remarques.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/07/remarques.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LENINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er5.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er5.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/04/vil19210421.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/04/vil19210421.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/03/d10c/vil19210300-06c10.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/03/d10c/vil19210300-06c10.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/lt19251107.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/lt19251107.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OPPOSITION DE GAUCHE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6390&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6390&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CASTORIADIS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/castoriadis/works/1952/chaulieu_19520700.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/castoriadis/works/1952/chaulieu_19520700.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA VERSION DE STALINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article267&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article267&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37007&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37007&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/editionsmsh/6255?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/editionsmsh/6255?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/lenine-trotsky-transition-socialisme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/lenine-trotsky-transition-socialisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>1945 : le PCF au gouvernement : pas une victoire ouvri&#232;re ni communiste !</title>
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		<dc:date>2026-03-21T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1945 : le PCF au gouvernement : pas une victoire ouvri&#232;re ni communiste ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Les nationalisations source d'inflation &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme les nouvelles &#034;nationalisations&#034; annonc&#233;es, malgr&#233; la pr&#233;sence de beaucoup de ministres staliniens au gouvernement, ressemblent aux anciennes &#034;nationalisations&#034;, Herv&#233; dans L'Humanit&#233; du 23-11, dit en mani&#232;re d'excuse : &#034;Nous ne dirons jamais que ce que nous faisons aujourd'hui c'est du socialisme, mais...&#034; Mais est-ce une raison pour se faire les valets de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique45" rel="directory"&gt;0- Le point de vue du r&#233;volutionnaire Barta sur la guerre et l'apr&#232;s-guerre&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1945 : le PCF au gouvernement : pas une victoire ouvri&#232;re ni communiste !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les nationalisations source d'inflation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les nouvelles &#034;nationalisations&#034; annonc&#233;es, malgr&#233; la pr&#233;sence de beaucoup de ministres staliniens au gouvernement, ressemblent aux anciennes &#034;nationalisations&#034;, Herv&#233; dans L'Humanit&#233; du 23-11, dit en mani&#232;re d'excuse : &#034;Nous ne dirons jamais que ce que nous faisons aujourd'hui c'est du socialisme, mais...&#034; Mais est-ce une raison pour se faire les valets de la bourgeoisie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Car ces gens ont la m&#233;moire vraiment courte : bien avant qu'ils n'envoient leur &#034;secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral&#034; si&#233;ger dans le nouveau gouvernement, c'est Pleven, l'agent du Grand Capital, qui avait &#233;t&#233; le promoteur des &#034;nationalisations&#034; actuellement projet&#233;es ; et c'est lui encore qui aujourd'hui &#233;tablit le plan de &#034;nationalisation&#034; du cr&#233;dit. Bien avant que Thorez n'entre au gouvernement, L'Humanit&#233; d&#233;non&#231;ait ce genre de nationalisations, effectu&#233;es d&#233;j&#224; dans certains secteurs miniers et industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, les indemnit&#233;s vers&#233;es aux capitalistes constituent une charge &#233;crasante pour les contribuables ; exemple : &#034;les gros actionnaires des mines continuent &#224; toucher des sommes consid&#233;rables (238 millions par an), tandis qu'incombent &#224; l'Etat les difficult&#233;s d'exploitation et le renouvellement de l'outillage&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement : la direction continue &#224; &#234;tre assur&#233;e par les capitalistes ; exemple : c'est un repr&#233;sentant des 200 familles qui assume la direction de l'usine Renault &#034;nationalis&#233;e&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer ces fausses nationalisations, L'Humanit&#233; donnait aussi l'exemple de la S.N.C.F. au budget d&#233;ficitaire, &#034;nationalis&#233;e&#034; en 1937, et dont les actionnaires continuent &#224; toucher des dizaines de millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie se fait un m&#233;rite de proc&#233;der &#224; de nouvelles &#034;nationalisations&#034;. Le Monde (27-11) approuve celle du cr&#233;dit, car &#034;le financement de la reconstruction pose de nouveaux probl&#232;mes... un immense effort de r&#233;&#233;quipement s'impose aujourd'hui..., les besoins de capitaux seront tels que le cr&#233;dit devra &#234;tre n&#233;cessairement contingent&#233; pour alimenter par priorit&#233; les secteurs essentiels&#034;, et il donne &#224; l'appui l'exemple de l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233; le journal bourgeois anglais The Economist d&#233;montre que la &#034;nationalisation&#034; de la Banque d'Angleterre est destin&#233;e &#224; r&#233;glementer les investissements de capitaux ; d'autre part, pour l'industrie &#034;un tr&#232;s large programme de d&#233;penses est n&#233;cessaire et c'est seulement l'Etat qui peut trouver l'argent. La n&#233;cessit&#233; des nationalisations est g&#233;n&#233;ralement accept&#233;e&#034;... pour que ce soient les contribuables qui paient les frais de r&#233;&#233;quipement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel bon pr&#233;texte donc que ces soi-disant nationalisations pour pr&#233;lever de nouveaux milliards sur le revenu national ! De pareilles nationalisations Hitler et Mussolini en ont pratiqu&#233;. &#034;Le Gouvernement de Franco nationalise les gisements d'uranium&#034;, informe Le Populaire du 6-10-45. Toute la nation est mise en coupe r&#233;gl&#233;e pour les besoins des magnats du Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mesures de sauvetage &#224; l'&#233;gard de certains secteurs capitalistes, des mesures de contr&#244;le bureaucratique et r&#233;actionnaire auxquelles l'Etat de la bourgeoisie est oblig&#233; de recourir dans le propre int&#233;r&#234;t de celle-ci, on les baptise &#034;nationalisations&#034;, pour mieux en faire supporter les frais aux masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela aussi que le but des &#034;nationalisations&#034; est faussement d&#233;sign&#233; comme &#233;tant la &#034;reconstruction &#233;conomique&#034;. En r&#233;alit&#233; rien n'est pr&#233;vu pour cette reconstruction (agriculture, b&#226;timents pour les sinistr&#233;s, etc.). Si l'Etat bourgeois proc&#232;de &#224; la mobilisation des capitaux et des richesses, ce n'est pas pour la reconstruction &#233;conomique, mais pour la reconstruction d'un potentiel de guerre. &#034;La France continue ses commandes en Am&#233;rique en vue de poursuivre sans interruption le r&#233;armement de l'arm&#233;e&#034; (&#034;Le Monde, 2-9). Rien que pour l'occupation de l'Indochine du Nord, les frais sont d'un milliard par mois (Le Monde, 25-11). En France, Renault fabrique des tanks, les usines d'aviation des bombardiers, d'autres des canons, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend ainsi que &#034;nationaliser&#034; le cr&#233;dit (&#233;tablir un contr&#244;le de l'Etat capitaliste), est une mesure n&#233;cessaire &#224; la bourgeoisie imp&#233;rialiste, non pas en faveur des masses, mais contre elles.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#034;D&#233;l&#233;gation des gauches avait d&#233;j&#224; reconnu que les d&#233;penses militaires sont le principal facteur de l'inflation. Mais de 167 milliards pour 1945, les demandes de cr&#233;dits militaires sont de 250 milliards pour 1946. Si &#224; ces milliards s'ajoutent les nouveaux milliards d'int&#233;r&#234;ts &#224; payer aux capitalistes &#034;nationalis&#233;s&#034;, o&#249; cela m&#232;nera-t-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous ne voulons ni de d&#233;magogie socialiste, ni de pseudo nationalisations qui consacreraient le r&#232;gne des f&#233;odalit&#233;s&#034;, proclame Herv&#233; dans L'Humanit&#233; du 29-11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour ne pas &#234;tre un d&#233;magogue et pour prendre des mesures r&#233;elles contre les monopoleurs capitalistes, IL NE FAUT ACCORDER A CEUX-CI NI RACHAT NI INDEMNITES pr&#233;lev&#233;s sur le travail du peuple et aggravant sa mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut abolir le secret commercial paravent des sp&#233;culations financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut proc&#233;der &#224; la publication des bilans et &#224; l'ouverture des livres de compte de la bourgeoisie (comme l'exigent &#224; l'heure actuelle en Am&#233;rique les gr&#233;vistes m&#233;tallurgistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que les Syndicats ouvriers &#233;tablissent le plan d'une production d'objets de consommation pour les masses, de r&#233;&#233;quipement de l'agriculture et du b&#226;timent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut organiser les ouvriers et les employ&#233;s pour le contr&#244;le ouvrier sur la production et la comptabilit&#233; des industries et des banques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler de nationalisations, sans parler en m&#234;me temps de toutes ces mesures essentiellement d&#233;mocratiques et seules efficaces, c'est se faire le valet de la bourgeoisie et agir en d&#233;magogue, comme Herv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de combattre pour ces mesures, les &#034;nationalisations&#034; ne s'av&#233;reront qu'une nouvelle cause d'inflation, de spoliation du peuple et d'accroissement de sa mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie honore les ren&#233;gats, la classe ouvri&#232;re les rejettera !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'accession de 5 communistes au Gouvernement est un honneur pour la classe ouvri&#232;re tout enti&#232;re&#034; et la place qu'occupe dans le Gouvernement le P.C.F. &#034;avec notre secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral comme ministre d'Etat&#034; montre que &#034;l'on ne peut gouverner sans la classe ouvri&#232;re&#034;. Suivant ces d&#233;clarations de Herv&#233; et de Duclos, les travailleurs exerceraient dor&#233;navant le pouvoir gouvernemental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, pour justifier d'avance le travail anti-ouvrier du nouveau Gouvernement, Herv&#233; &#233;crit dans L'Humanit&#233; du 22-11 que &#034;ce ne sera pas de la faute des communistes si ce gouvernement doit ne rien innover&#034; (ne rien apporter de nouveau) car, ajoute-t-il le 29-11, pour &#034;ceux qui n'ont pas perdu tout bon sens, en France en 1945 le prol&#233;tariat, &#224; notre connaissance, ne s'est pas encore empar&#233; de la puissance publique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors, Thorez, Billoux, Tillon, Croizat, Paul, si vous n'avez pas pris le pouvoir, vous n'avez donc pris que des portefeuilles minist&#233;riels ! Cela n'est pas le moins du monde un fait nouveau dans l'histoire de la classe ouvri&#232;re. Pourquoi vous en faites-vous un honneur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si maintenant le &#034;communiste&#034; Thorez occupe le poste &#034;&#233;minent&#034; de ministre d'Etat (qu'il partage avec 3 autres), en 1936 d&#233;j&#224;, le &#034;socialiste&#034; Blum (se r&#233;clamant aussi de la classe ouvri&#232;re) &#233;tait Premier Ministre. (Lui aussi affirme que ce n'est pas de sa faute si son gouvernement &#034;n'a rien innov&#233;&#034;). Quand Blum, Dormoy, Auriol accept&#232;rent de servir de paravent au gouvernement bourgeois, le minist&#233;rialisme des Viviani, Millerand, Albert Thomas, Briand avait d&#233;j&#224; fait entrer ceux-ci d&#233;finitivement dans l'histoire de la classe ouvri&#232;re sous le nom de ren&#233;gats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcher sur les traces des ren&#233;gats et consid&#233;rer cela comme un honneur !... Faut-il regarder ces gens comme des nouveaux-n&#233;s en politique qui ne savent ce qu'ils font, ou l'abondance de sin&#233;cures de ministres, de sous-secr&#233;taires d'Etat, de chefs de cabinet, etc... a-t-elle le don de les frapper d'un aveuglement particulier, &#034;politique&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le minist&#233;rialisme bourgeois des repr&#233;sentants de la classe ouvri&#232;re a toujours &#233;t&#233; une faillite, une source de trahison, &#224; commencer par l'exp&#233;rience de Louis Blanc en 1848. Car la &#034;puissance publique&#034; dont parle Herv&#233;, le pouvoir, ce ne sont pas les ministres qui le d&#233;tiennent, mais l'Etat, c'est-&#224;-dire la machine bureaucratique et militaire de la bourgeoisie, d&#233;pendant d'elle dans tous les domaines (arm&#233;e permanente, police, bureaucratie, clerg&#233;, magistrature).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a 10 mois encore, Thorez disait dans son discours d'Ivry (le 21-1-45) : &#034;Les Bureaux ! ce n'est pas seulement le sommet de la hi&#233;rarchie administrative. C'est aussi et surtout la mainmise de certains cercles privil&#233;gi&#233;s sur les leviers de commande&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la m&#234;me &#233;poque, le &#034;socialiste&#034; Le Troquer se &#034;plaignait&#034; que les dispositions prises par lui au moment o&#249; il &#233;tait ministre de la Guerre &#233;taient appliqu&#233;es ou non au bon plaisir des &#034;Bureaux&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; Laval qui s'est am&#232;rement exclam&#233; &#224; son proc&#232;s : &#034;Un premier ministre, c'est moins qu'un procureur g&#233;n&#233;ral !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les minist&#232;res de coalition les repr&#233;sentants ouvriers, m&#234;me s'ils &#233;taient de bonne foi, n'ont servi que de paravent au Gouvernement bourgeois, de paratonnerre contre l'indignation populaire, d'instrument de duperie des masses, pour endormir leur conscience en leur cachant par leur pr&#233;sence, la v&#233;ritable nature de l'Etat bourgeois. Pour le reste ils sont impuissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la grande vague ouvri&#232;re de 1936, le bourgeois Sarraut a d&#233;sign&#233; l'alliance avec les chefs &#034;communistes&#034; et &#034;socialistes&#034; (le Front Populaire) comme une &#034;soupape de s&#251;ret&#233; du r&#233;gime&#034;, une soupape de s&#251;ret&#233; contre le mouvement de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui la bourgeoisie attend des chefs &#034;ouvriers&#034; de nombreux services. Le Parisien Lib&#233;r&#233; &#233;crit (22-11) : &#034;Le Parti communiste se trouve d&#233;tenir les principaux leviers de commande de l'&#233;conomie fran&#231;aise... L'effort auquel il s'est livr&#233; depuis des mois, et non sans succ&#232;s, aupr&#232;s des travailleurs pour augmenter le rendement pourra s'exercer &#224; plein&#034;. Et La Voix de Paris (23-11) : &#034;La remise aux Communistes des grands portefeuilles &#233;conomiques suscite des esp&#233;rances, ceux-ci s'&#233;tant toujours montr&#233;s ardents partisans de la formule &#034;remettre la France au travail&#034;. La bourgeoisie attend de la part des chefs staliniens l'utilisation de leur influence pour rejeter comme jusqu'&#224; maintenant sur la classe ouvri&#232;re le fardeau de la mis&#232;re et du travail de for&#231;ats au compte des capitalistes sous le pr&#233;texte de la reconstruction. Les chefs du P.C.F. s'&#233;l&#232;vent-ils contre ces affirmations ? Tout au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la Chambre des D&#233;put&#233;s, le 19-11, Duclos donne ses &#233;tats de service : &#034;Nous avons redonn&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re le sens national... nous avons men&#233; campagne pour le d&#233;sarmement des groupes arm&#233;s (ouvriers) et pour la production&#034;. Et le 23-11 il se r&#233;jouissait de la formation du nouveau gouvernement, car &#034;ceux qui ont &#233;t&#233; &#224; la pointe du combat pour lib&#233;rer la patrie sont indispensables &#224; sa reconstruction... Hier, le devoir &#233;tait de combattre, aujourd'hui il est de travailler, travailler et encore travailler&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que la bourgeoisie attend des repr&#233;sentants tra&#238;tres de la classe ouvri&#232;re. A ce prix ils auront des Minist&#232;res, des portefeuilles, des sin&#233;cures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si ces repr&#233;sentants &#034;ouvriers&#034; voulaient porter la moindre atteinte aux privil&#232;ges des capitalistes ou de leur Etat, s'ils essayaient de le faire, la collaboration gouvernementale deviendrait du coup impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de la crise, Herv&#233; n'&#233;crivait-il pas dans L'Humanit&#233; du 19-11 que De Gaulle, &#034;g&#233;n&#233;ral &#233;lev&#233; par les j&#233;suites&#034;, n'avait &#034;abandonn&#233; aucun de ses pr&#233;jug&#233;s&#034;, c'est-&#224;-dire de sa haine contre les masses travailleuses, &#034;ni aucune de ses solidarit&#233;s&#034;, c'est-&#224;-dire de sa solidarit&#233; avec la classe des riches ? Si les repr&#233;sentants ouvriers voulaient porter la moindre atteinte aux privil&#232;ges de nos exploiteurs afin de soulager nos mis&#232;res, ils seraient oblig&#233;s d'entrer dans une lutte ouverte contre eux et leur Etat. En collaborant avec les ennemis de la classe ouvri&#232;re, ils ne font donc que la tromper et la trahir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais puisque ces repr&#233;sentants &#034;ouvriers&#034; agissent en ren&#233;gats et ne veulent pas se d&#233;tacher de la bourgeoisie, c'est les travailleurs qui se d&#233;tacheront d'eux pour se tourner vers les ouvriers r&#233;volutionnaires. Si les ouvriers r&#233;volutionnaires ne sont pas aujourd'hui repr&#233;sent&#233;s dans le Parlement bourgeois, ils le sont dans les usines et les chantiers o&#249; ils luttent pour la cause des exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement des &#233;v&#233;nements que nous vivons depuis le mouvement ouvrier bris&#233; par Thorez en 1936, la d&#233;faite de la r&#233;volution espagnole et la deuxi&#232;me guerre mondiale, montre que les masses laborieuses ne pourront s'arracher &#224; l'&#233;treinte de la mis&#232;re, aux d&#233;solations de la guerre capitaliste toujours renaissante, au joug de nos exploiteurs, qu'&#224; la condition de prendre conscience du r&#244;le de trahison jou&#233; par les ren&#233;gats de la classe ouvri&#232;re, de repousser toute conciliation avec la bourgeoisie et de passer aux c&#244;t&#233;s des ouvriers r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls les ouvriers r&#233;volutionnaires soutenus par la lutte des masses travailleuses, pourront r&#233;aliser la main-mise du peuple sur les richesses &#233;conomiques et les leviers de commande pour les faire fonctionner au profit de tous, r&#233;aliser les r&#233;formes indispensables &#224; la vie &#233;conomique, garantir la libert&#233;, et pr&#233;server l'humanit&#233; de nouvelles guerres en brisant le pouvoir des capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;LA CRISE GOUVERNEMENTALE ET SES ENSEIGNEMENTS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Maintenant nous allons combattre&#034;, s'est exclam&#233; une ouvri&#232;re membre du P.C.F., quand &#233;clata le conflit entre De Gaulle et les chefs staliniens au sujet de la r&#233;partition des portefeuilles minist&#233;riels.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La crise de gouvernement... pourrait, si l'on n'y prenait garde, se transformer ais&#233;ment en crise de r&#233;gime&#034;, disait au m&#234;me moment Le Monde (18-11) en parlant au nom de la bourgeoisie. Mais &#034;il est encore possible de recoudre, de former, sous la m&#234;me direction, que nous estimons irrempla&#231;able, un gouvernement efficace et homog&#232;ne&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas l'attente de l'ouvri&#232;re, qui exprimait le sentiment de la majorit&#233; des travailleurs qui avaient vot&#233; &#224; gauche, mais le voeu de la bourgeoisie qu'ont satisfait les Thorez et les Duclos.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224; avant la crise, nous &#233;crivions : &#034;Malgr&#233; leurs vantardises (au sujet d'un gouvernement &#224; majorit&#233; socialiste et communiste), les chefs du P.C.F. ne pourront qu'entrer dans le gouvernement De Gaulle et plier l'&#233;chine&#034; (Lutte de Classes 14-11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034;conflit&#034; entre Thorez et De Gaulle a pleinement confirm&#233; la d&#233;pendance des chefs staliniens vis-&#224;-vis de celui-ci. Malgr&#233; &#034;d'exigeantes&#034; imp&#233;ratives concernant l'Int&#233;rieur, la Diplomatie ou la Guerre, ils sont entr&#233;s dans un minist&#232;re De Gaulle pour y occuper les places que la bourgeoisie en ce moment a grand int&#233;r&#234;t &#224; voir occuper par des &#034;repr&#233;sentants ouvriers&#034; : Economie Nationale, Production Industrielle, Travail, Armement. Autant de postes de contrema&#238;tres pour pousser &#224; la production.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les repr&#233;sentants de la bourgeoisie ont accept&#233; de &#034;recoudre&#034; en faisant de Thorez un des 4 ministres d'Etat, et les bureaucrates staliniens ont pli&#233; l'&#233;chine, pour les m&#234;mes raisons : &#034;En m&#234;me temps que les ouvriers se montrent de plus en plus d&#233;cid&#233;s &#224; opposer leurs propres partis et leurs propres solutions &#224; la bourgeoisie, la r&#233;action bourgeoise s'est &#233;galement renforc&#233;e, et ce renforcement des tendances extr&#234;mes &#8211; prol&#233;tarienne et r&#233;actionnaire &#8211; ne peut que h&#226;ter le conflit entre les deux camps. C'est pour retarder &#224; tout prix ce d&#233;nouement, que les bureaucrates ouvriers se r&#233;fugient derri&#232;re l'arbitrage de De Gaulle&#034; (Lutte de Classes 14-11).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce refuge pour l'imm&#233;diat n'est qu'un pi&#232;ge pour l'avenir&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la crise, la &#034;Constituante&#034; quoique r&#233;guli&#232;rement &#233;lue, s'est av&#233;r&#233;e aussi d&#233;nu&#233;e de pouvoirs que la pr&#233;c&#233;dente &#034;Consultative&#034; choisie par De Gaulle. C'est la police et l'arm&#233;e qui sont entr&#233;es en sc&#232;ne pour paralyser la classe ouvri&#232;re et faire pression sur les chefs staliniens ; ce sont les bandes fascistes qui ont manifest&#233; et qui depuis ont commenc&#233; &#224; s'attaquer aux meetings de gauche. De Gaulle lui-m&#234;me, en d&#233;clarant que la police est la sauvegarde de la politique ext&#233;rieure, a fait ouvertement l'apologie d'un Etat purement policier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise n'est qu'ajourn&#233;e par la soumission des chefs staliniens. Mais que nous enseigne un pass&#233; dont on peut encore se rappeler la le&#231;on ? Il a suffi qu'en septembre 1939 le Parti stalinien d&#233;clare ouvertement son opposition &#224; la politique ext&#233;rieure de Daladier (au moment du pacte germano-sovi&#233;tique et de la guerre franco-allemande), pour que le Parti stalinien, alors d&#233;j&#224; grand parti de masse, animateur d'un &#034;Front populaire&#034; o&#249; participait le m&#234;me Daladier, se trouve du jour au lendemain en butte &#224; une r&#233;pression sauvage uniquement au moyen de l'Etat dont disposait Daladier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la politique ext&#233;rieure (&#034;bloc occidental&#034;) ou int&#233;rieure de la bourgeoisie exigeait que les chefs staliniens soient chass&#233;s du Gouvernement et poursuivis, ce ne sont pas les 5 millions de votes qui pourraient l'emp&#234;cher. En Allemagne aussi les Partis &#034;socialiste&#034; et &#034;communiste&#034; avaient eu la majorit&#233; des votes dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique des chefs staliniens nous m&#232;ne &#224; la catastrophe, comme leur politique du &#034;Front populaire&#034; nous avait men&#233;s &#224; la catastrophe en 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui les fascistes manifestent &#224; la Concorde et au Quartier Latin, ils s'attaquent d&#233;j&#224; aux vendeurs des journaux d'extr&#234;me-gauche (attaque contre les vendeurs anarchistes &#224; St-Lazare), demain ils viendront attaquer les usines lors des gr&#232;ves et les locaux ouvriers. La t&#226;che principale est donc de faire l'unit&#233; prol&#233;tarienne contre le fascisme et organiser des groupes de d&#233;fense prol&#233;tariens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut forger l'unit&#233; prol&#233;tarienne dans des &#034;parlements&#034; de classe d'usines et de quartiers, &#233;lus par tous les travailleurs en lutte contre le fascisme. C'est ainsi que les ouvriers pourront &#233;prouver sous leurs yeux chaque Parti, chaque tendance prol&#233;tarienne, chaque fraction. C'est ainsi qu'ils pourront trouver de nouveaux &#233;l&#233;ments d&#233;vou&#233;s &#224; leur classe et qu'ils commenceront la lutte pour un gouvernement ouvrier et paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/12/ldc55_120145.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/12/ldc55_120145.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UN C.C. D'UNION SACREE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; Central du Parti Communiste Fran&#231;ais s'est r&#233;uni le 21 janvier en pr&#233;sence des &#034;notabilit&#233;s&#034; et des &#034;hauts&#034; fonctionnaires du Parti. Le but de cette r&#233;union appara&#238;t clairement dans l'intervention de Monsieur Thorez (que nous appelons ainsi suivant la consigne du Parti de ne plus tutoyer les &#034;grands&#034; camarades) : en finir une fois pour toutes avec les illusions d&#233;mocratiques qui subsistent encore parmi les militants communistes et dans la masse de ceux qui sympathisent avec le Parti, qui croient encore que le Parti lutte sur les deux fronts &#224; la fois, la guerre contre le fascisme &#224; l'ext&#233;rieur, la lutte pour la d&#233;mocratisation du r&#233;gime &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ces illusions cr&#233;ent des difficult&#233;s au gouvernement qui, tout en pr&#233;tendant mener &#224; l'ext&#233;rieur une guerre antifasciste, m&#232;ne &#224; l'int&#233;rieur une action tout &#224; fait anti-d&#233;mocratique. Il exige des chefs staliniens un soutien sans conditions (c'est-&#224;-dire une capitulation compl&#232;te). Ceux-ci, en soutenant la guerre du gouvernement, ne peuvent pas ne pas se soumettre &#224; toutes ses exigences. C'est pourquoi Thorez ne pouvait pas parler autrement qu'il l'a fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1937, r&#233;pondant aux staliniens qui pr&#233;paraient alors leur union sacr&#233;e pour la pr&#233;sente guerre, sous pr&#233;texte de d&#233;fendre la &#034;d&#233;mocratie&#034; contre le fascisme en r&#233;gime capitaliste, Trotsky avertissait : &#034;une victoire de la France... sur l'Allemagne... pourrait signifier... la transformation de la France en un Etat fasciste, parce que pour &#234;tre victorieux d'Hitler il est n&#233;cessaire d'avoir une machine militaire monstrueuse et les tendances fascistes en France sont maintenant puissantes. Une victoire pourrait signifier la destruction du fascisme en Allemagne et l'&#233;tablissement du fascisme en France&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Tout pour la guerre&#034;, lan&#231;ait l'autre jour Thorez, et il ajoutait comme conclusion absolument n&#233;cessaire : &#034;la s&#233;curit&#233; publique doit &#234;tre assur&#233;e par les forces r&#233;guli&#232;res de police constitu&#233;es &#224; cet effet. Les gardes civiques et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, tous les groupes arm&#233;s irr&#233;guliers, ne doivent pas &#234;tre maintenus plus longtemps&#034;. C'est la condamnation par le responsable du Parti, des groupements form&#233;s sous l'occupation et qui, dans l'esprit des travailleurs, devaient pr&#233;cis&#233;ment non seulement vaincre l'occupant, mais surtout, par leur structure d&#233;mocratique, &#233;manciper le peuple des vieilles puissances d'oppression qui seules ont provoqu&#233; les malheurs qui se sont abattus sur la France depuis 1939. C'est la condamnation de ces milices dont le d&#233;sarmement, il y a quelques semaines seulement, avait &#233;t&#233; qualifi&#233; par Duclos (autre &#034;grand&#034; camarade du PC) de &#034;coup de force gouvernemental&#034;. Et cette police charg&#233;e de la &#034;s&#233;curit&#233; publique&#034; c'est toujours celle qu'&#224; plusieurs reprises l'Humanit&#233; elle-m&#234;me a d&#233;j&#224; d&#233;nonc&#233;e comme &#233;tant compos&#233;e pour 95% d'&#233;l&#233;ments vichyssois, c'est-&#224;-dire r&#233;actionnaires et pro-fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tant De Gaulle, Thorez dit : &#034;Nous ne manquons pas d'officiers de valeur, y compris ceux qui ont pu se laisser abuser un certain temps par P&#233;tain&#034;. Quelques jours apr&#232;s ce discours, la direction des FFI aupr&#232;s du Minist&#232;re de la Guerre est cong&#233;di&#233;e... Pourquoi l'Humanit&#233; s'indigne-t-elle ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi cette guerre soi-disant d&#233;mocratique &#224; l'ext&#233;rieur, se traduit &#224; l'int&#233;rieur par l'abandon de tout le pouvoir au vieil Etat oppresseur, l'Etat des 200 familles qui se sert de Thorez pour paralyser les masses au nom de la &#034;d&#233;fense nationale&#034;. On comprend donc que &#034;les journaux de diverses nuances louent volontiers la sagesse, le sens politique... du porte-parole du PC&#034; comme dit Cachin dans l'Huma du 25/1 ; seulement le journal qui manifeste le plus son accord avec Thorez, c'est Le Monde, justement d&#233;nonc&#233; par l'Huma comme la reconstitution du Temps, organe du Comit&#233; des Forges. On a les amis que l'on m&#233;rite !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Comme tous ses pr&#233;d&#233;cesseurs, Thorez, pour masquer sa trahison, joue au r&#233;aliste. Il affirme que ce qui le pr&#233;occupe c'est &#034;gagner la guerre au plus vite&#034; (cette guerre de 30 ans !), &#034;faire en sorte que revienne bient&#244;t... le lait pour nos petits, le pain pour nos vieux, le verre de vin pour tous&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette promesse &#233;lectorale du verre de vin pour tous rel&#232;ve de la plus basse d&#233;magogie. Car tous les politiciens promettent le bonheur au peuple ; mais par quels moyens, par quelles mesures pr&#233;cises l'obtenir ? Thorez condamne la r&#233;volution. Mais que pr&#233;conise-t-il ? &#034;La confiscation des biens des tra&#238;tres&#034;. Mais ce n'est l&#224; qu'une phrase d&#233;magogique, parce qu'adress&#233;e au gouvernement de la bourgeoisie ; de m&#234;me que la &#034;punition des coupables&#034;. M&#234;me si cette mesure &#233;tait appliqu&#233;e (mais elle ne peut pas l'&#234;tre), elle ne changerait en rien l'&#233;tat des choses. Le peuple a &#233;t&#233; marchand&#233;, exploit&#233;, saign&#233; pendant cinq ans par toute la bourgeoisie, sous Daladier, sous l'occupation et maintenant. Sans l'expropriation de celle-ci, les b&#233;b&#233;s continueront &#224; mourir de froid dans les maternit&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez s'&#233;l&#232;ve contre &#034;ceux qui ont constamment &#224; la bouche le mot de r&#233;volution&#034;. C'est ce que les socialistes de trahison (de la II&#232;me Internationale) reprochaient pr&#233;cis&#233;ment aux communistes apr&#232;s la scission de Tours en 1921. Mais peut-&#234;tre Thorez, plus heureux que ses pr&#233;d&#233;cesseurs, serait-il en train d'obtenir des r&#233;formes am&#233;liorant le sort des masses dans le cadre du r&#233;gime capitaliste, r&#233;formes que les exc&#232;s r&#233;volutionnaires (de langage !) risqueraient de mettre en danger ? Pas plus que les socialistes de trahison de la II&#232;me Internationale, Thorez n'a le moindre programme de r&#233;formes pour am&#233;liorer la situation des classes laborieuses en face d'une bourgeoisie gorg&#233;e de profits. Pour son malheur, ce sont au contraire les r&#233;volutionnaires qui, en m&#234;me temps qu'ils expliquent inlassablement aux travailleurs que sans r&#233;volution ils sont vou&#233;s &#224; l'&#233;crasement complet par les capitalistes, d&#233;fendent aussi inlassablement les travailleurs sur le terrain &#233;conomique &#224; l'usine (en opposant au &#034;travailler d'abord, revendiquer ensuite&#034; des chefs staliniens la lutte pour l'augmentation des salaires, la r&#233;glementation de la journ&#233;e de travail, le contr&#244;le ouvrier, etc...) et luttent pour les droits d&#233;mocratiques les plus &#233;l&#233;mentaires (droits politiques pour le soldat, libert&#233; de la presse par la suppression de l'autorisation pr&#233;alable, la r&#233;partition du papier &#224; chaque groupe de citoyens constitu&#233;, etc...) Contrairement &#224; ce qu'affirme Thorez, seule la lutte r&#233;volutionnaire peut produire des r&#233;sultats pratiques, m&#234;me partiels. Comme les socialistes-jaunes, Thorez s'&#233;l&#232;ve contre la R&#233;volution pour masquer l'appui total qu'il donne aux capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les directives de Thorez ont produit dans la masse communiste (militants, jeunesses, sympathisants) des r&#233;actions dont la moindre est &#034;l'&#233;tonnement&#034;. Mais il n'y a rien d'&#233;tonnant dans la politique de Thorez. C'est au contraire la seule attitude logique, car qui veut la fin veut les moyens. Si on pr&#234;che la guerre sous la domination des 200 familles, il faut leur donner l'assurance qu'il ne sera pas touch&#233; &#224; leurs privil&#232;ges. Les 200 familles ne se contentent pas d'assurances verbales : il leur faut la certitude mat&#233;rielle, la disposition &#224; l'int&#233;rieur d'instruments qui garantissent leur domination, la police, l'administration, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez reconna&#238;t dans son discours (il ne peut faire autrement) que le ma&#238;tre du pays ce sont les Bureaux (&#034;les bureaux ! Ce n'est pas seulement le sommet de la hi&#233;rarchie administrative. C'est aussi et surtout la mainmise de certains cercles privil&#233;gi&#233;s sur les leviers de commande&#034;). Il ajoute cependant que personne, m&#234;me pas les Comit&#233;s de Lib&#233;ration, ne doit s'immiscer dans leur sph&#232;re d'action. C'est seulement &#224; ce prix que la bourgeoisie consent &#224; l'union sacr&#233;e, c'est-&#224;-dire accepte les services des bureaucrates ouvriers pour la d&#233;fense de ses coffres-forts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces bureaucrates savent que la bourgeoisie t&#244;t ou tard se d&#233;barrassera d'eux. Mais que faire ? On ne peut pas &#224; l'infini faire semblant d'avoir une politique r&#233;volutionnaire tout en freinant la r&#233;volution. Car &#224; la longue les masses passeraient outre et les bureaucrates seraient d&#233;bord&#233;s. Or la r&#233;volution signifie pour eux la perte de leurs positions dirigeantes, car, engraiss&#233;s, styl&#233;s, pommad&#233;s, dress&#233;s, ils sont &#224; mille lieues de la mentalit&#233; des masses et seraient rejet&#233;s par leur mouvement d&#233;ferlant pour construire un monde nouveau. L'union sacr&#233;e assure aux bureaucrates des postes minist&#233;riels et politiques dans l'appareil de la bourgeoisie et ils esp&#232;rent durer aussi longtemps que la patience des masses supportera le r&#233;gime d'exploitation capitaliste ; ces bureaucrates infatu&#233;s sont convaincus, dans leur haute sagesse, que &#034;le peuple est b&#234;te&#034; et qu'il patientera longtemps, pour leur plus grand bonheur &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les masses comprennent maintenant tr&#232;s rapidement la situation. Elles ont la terrible exp&#233;rience de cinq ann&#233;es de guerre. La nouvelle union sacr&#233;e ne les encha&#238;ne plus sans r&#233;sistance au service de la bourgeoisie. L'appel aux sacrifices de la part de bureaucrates chauff&#233;s qui donnent en exemple L&#233;ningrad (L&#233;ningrad o&#249; en 1917 les ouvriers ont renvers&#233; les capitalistes !), les laisse compl&#232;tement froids, si on peut s'exprimer ainsi. Les masses sont pr&#234;tes &#224; r&#233;pondre &#224; l'appel de d&#233;fenseurs hardis, r&#233;volutionnaires, capables de les guider effectivement dans la situation terrible o&#249; elles se trouvent et de trouver une issue. Ces d&#233;fenseurs, les r&#233;volutionnaires, augmentent tous les jours en nombre. Car la lutte des militants de la IV&#232;me Internationale pour rassembler en un Parti capable de conduire les travailleurs vers la lib&#233;ration de classe, rencontre un grand &#233;cho dans la masse communiste trahie par ses chefs bureaucrates. C'est pourquoi Marty met en garde le Parti contre &#034;les infiltrations id&#233;ologiques ennemies&#034;. Mais quelle id&#233;ologie peut s'infiltrer et trouver acc&#232;s aupr&#232;s des militants communistes, sinon le trotskysme, car le trotskysme c'est le communisme v&#233;ritable. Et dans le PCF d'union sacr&#233;e, le communisme ne s'est pas encore effac&#233; du c&#339;ur de tous les militants. Si des chefs &#224; la Cachin, qui d'ailleurs continue sa besogne de 14-18, n'ont plus de communiste que le nom, la masse du Parti, les militants de base restent communistes. Voil&#224; pourquoi les chefs staliniens sont oblig&#233;s de lutter constamment contre les &#034;infiltrations&#034; id&#233;ologiques, c'est-&#224;-dire le communisme des militants de base du PCF. Effray&#233;s par cet &#233;tat d'esprit, les chefs staliniens utilisent dans la lutte contre le trotskysme, c'est-&#224;-dire le communisme, toutes les m&#233;thodes, qui commencent &#224; la calomnie et finissent par le crime. Et pourtant les chefs de l'union sacr&#233;e n'arr&#234;teront pas pour cela leur chute. Maintenant que la roue de l'histoire tourne autrement, maintenant que la conscience r&#233;volutionnaire des militants honn&#234;tes et des masses se d&#233;veloppe &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;, ces m&#233;thodes ne feront que pr&#233;cipiter leur chute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une promesse d'unit&#233; entre le PC et le PS les bureaucrates pensent pouvoir cacher leur faillite. Mais les bureaucrates du PC, de m&#234;me que ceux du PS, si nombreux qu'ils soient par rapport aux r&#233;volutionnaires, ne repr&#233;sentent que les int&#233;r&#234;ts d'une tr&#232;s &#233;troite couche dans le prol&#233;tariat : l'aristocratie ouvri&#232;re. Par contre, les militants de la IV&#232;me Internationale repr&#233;sentent les int&#233;r&#234;ts de classe de l'&#233;crasante majorit&#233; non seulement des ouvriers, mais de tous les exploit&#233;s et opprim&#233;s en France. Les ouvriers prennent conscience de plus en plus vite de ce fait, et, que nous ayons ou pas une union des bureaucrates, nous marchons d&#233;j&#224; vers une nouvelle scission de Tours, c'est-&#224;-dire la s&#233;paration de tous les communistes et socialistes v&#233;ritables du PC et du PS C'est seulement cette scission qui permettra aux masses travailleuses d'avoir enfin un instrument de d&#233;fense et de victoire sur les exploiteurs, c'est-&#224;-dire le Parti Communiste, section fran&#231;aise de la IV&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/01/ldc43_013045.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/01/ldc43_013045.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les ouvriers doivent-ils r&#233;pondre au mot d'ordre : &#034;PRODUIRE&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Humanit&#233; vante l'enthousiasme des ouvriers pour le mot d'ordre &#034;produire&#034; : ceux-ci renoncent aux vacances, acceptent de travailler 12 heures par jour, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Humanit&#233; laisse ainsi croire qu'&#224; l'heure actuelle la production est fonction de l'effort des ouvriers, et d&#233;forme la r&#233;alit&#233; que tout ouvrier conna&#238;t du reste : &#224; savoir qu'&#224; l'abri du mot d'ordre produire ; lanc&#233; par nos social-chauvins, le patronat sape et sabote la production &#224; travers son principal &#233;l&#233;ment : la main d'&#339;uvre. Le r&#233;gime de surveillance et de surexploitation instaur&#233; (on nous signale des cas d'ouvriers s'effondrant sur leur machine au milieu du travail) ram&#232;ne la classe ouvri&#232;re, malgr&#233; l'existence de &#034;lois sociales&#034; et de la C.G.T., au moins 100 ans en arri&#232;re. A une conf&#233;rence syndicale des usines Citro&#235;n du 15-9, un d&#233;l&#233;gu&#233; ouvrier s'est exprim&#233; ainsi : &#034;Produire ? Aux ouvriers qui avaient fait le maximum, la direction a fait descendre le chronom&#233;treur, et a diminu&#233; les temps (c'est-&#224;-dire le prix du temps n&#233;cessaire &#224; la fabrication d'une pi&#232;ce) ; produire cela nous laisse sceptiques.&#034; Un autre d&#233;clare : &#034;Il n'y a pas de production &#224; cause du nombre de parasites&#034;. Et encore : &#034;Tout en travaillant honn&#234;tement, il est impossible de gagner sa vie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en tenant compte de cette situation que les ouvriers de l'opposition syndicale (Citro&#235;n), avec l'approbation de tous les ouvriers du rang, ont pos&#233; de la mani&#232;re suivante, la seule r&#233;aliste et conforme aux int&#233;r&#234;ts du pays, le probl&#232;me de la production :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;1&#176; Le journal de la section syndicale officielle affirme que nous travaillons pour produire des ambulances, des cars pour le transport, des camions pour le ravitaillement. Qu'on nous dise : combien d'ambulances sont sorties de chez Citro&#235;n dans le dernier exercice, combien de cars et quelles lignes ont &#233;t&#233; r&#233;tablies gr&#226;ce &#224; l'effort de notre usine ? Dans quelle mesure avons-nous contribu&#233; &#224; l'am&#233;lioration du ravitaillement, et en particulier au ravitaillement de la C.A.P.U.C. qui nous int&#233;resse directement ? Quel est le plan de production de la firme Citro&#235;n ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Car nous savons que jusqu'&#224; ce jour, nous avons surtout travaill&#233; &#224; r&#233;nover des moteurs am&#233;ricains et que les autres commandes sont destin&#233;es &#224; l'arm&#233;e. La Vie Ouvri&#232;re nous indique que 850 camions et 400 tractions-avant pour militaires sont pr&#233;vus pour septembre. D'autre part le programme de fabrication de Citro&#235;n porte sur la voiture touriste dont on &#233;tudie les prototypes actuellement. Nous voudrions conna&#238;tre exactement le r&#244;le de cette voiture dans le rel&#232;vement national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;2&#176; Le journal syndical pr&#233;tend que nous ne travaillons pas pour les profits de M. Boulanger. Nous demandons &#224; la section syndicale, qui par l'interm&#233;diaire du comit&#233; d'entreprise nous dit avoir contact avec tous les groupements de l'automobile, qu'elle nous donne une statistique, ne f&#251;t-ce qu'officielle, des b&#233;n&#233;fices de la firme Citro&#235;n. Qu'elle nous prouve que l'augmentation de notre rendement ne se fera pas au profit de Boulanger !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Car si les b&#233;n&#233;fices des capitalistes n'augmentent pas, comment expliquer la baisse du standard de vie des ouvriers, l'augmentation des prix du lait, du beurre, du vin, de l'&#233;lectricit&#233;, etc...&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;3&#176; Puisqu'on reproche aux ouvriers les 5+5+5 minutes de perdues dans la journ&#233;e, nous demandons pourquoi il existe dans la r&#233;gion parisienne 75% d'improductifs pour 25% d'ouvriers productifs ? Comment est faite entre les ouvriers existants, la r&#233;partition des heures de travail, et pourquoi demande-t-on aux ouvriers de faire 54 heures pendant qu'il y a encore des ch&#244;meurs ?&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont l&#224; des questions pr&#233;cises que les ouvriers peuvent poser pour toutes les branches de production, dans toutes les usines. C'est le meilleur moyen de mettre au pied du mur les fonctionnaires syndicaux bureaucratis&#233;s, les socialo-staliniens, et de d&#233;masquer leur politique anti-ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/09/ldc52_092745.htm#comment&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/09/ldc52_092745.htm#comment&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA CLASSE OUVRIERE SANS DIRECTION REVOLUTIONNAIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affubl&#233; d'une peau de lion, un personnage d'une pi&#232;ce de Shakespeare dit aux spectateurs : &#034;...sous cette peau de lion ce n'est que moi, Snug, le menuisier ; car si j'&#233;tais venu comme un lion irrit&#233; dans ce lieu, ma vie courrait de grands dangers&#034;. Le na&#239;f artisan, qui joue pour la premi&#232;re fois la com&#233;die, craint que son d&#233;guisement ne le mette en danger !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs du P.C.F., quoique vieux com&#233;diens nullement na&#239;fs, habitu&#233;s &#224; tromper le public, montrent cependant la m&#234;me crainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la campagne &#233;lectorale, ils avaient &#8211; en paroles &#8211; rev&#234;tu la peau du lion populaire pour combattre le nouveau Bonaparte et le M.R.P., supp&#244;t de la r&#233;action capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine les &#233;lections finies, ils se sont mis &#224; braire, avec leurs &#034;adversaires&#034; de la veille, leur amour pour &#034;du neuf et du raisonnable&#034; cher &#224; De Gaulle, au Monde, au Figaro, et leur reconnaissance au g&#233;n&#233;ral (dans L'Huma du 4 novembre, les &#233;lus staliniens du Conseil g&#233;n&#233;ral de la Seine &#034;renouvellent l'expression de leur confiance et de leur gratitude au g&#233;n&#233;ral De Gaulle&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs du P.C.F. ont une peur mortelle que les masses laborieuses, ayant pr&#233;sents &#224; l'esprit non pas leurs reniements r&#233;p&#233;t&#233;s, mais leurs paroles de la veille, les contraignent &#224; lutter effectivement &#034;en lion irrit&#233;&#034; contre Badinguet-De Gaulle, contre le M.R.P., pour la refonte de l'&#233;conomie au service des classes laborieuses, lutte dans laquelle leurs postes, leur tranquillit&#233; de bureaucrates engraiss&#233;s, plus m&#234;me que leur vie, &#034;courraient de grands dangers&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les craintes de Snug sont imaginaires, celles de Thorez ne sont que trop fond&#233;es, car :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; d'une part, la grosse majorit&#233; des 5 millions de votants n'ayant pas encore &#034;compris&#034; les manoeuvres des chefs du P.C.F., patiente actuellement, mais entend voir les actes suivre les paroles ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; d'autre part, un grand nombre d'ouvriers n'ont vot&#233; pour le P.C.F. que pour ne pas voter pour le M.R.P. ou le P.S. ; mais ils sont d&#233;j&#224; conscients qu'ils sont trahis et cherchent une nouvelle direction prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela semble contredit par le fait qu'un Parti qui s'est pr&#233;sent&#233; comme cette nouvelle direction prol&#233;tarienne, le Parti Communiste Internationaliste, n'a recueilli que 8.200 voix dans le premier secteur de Paris. Mais ce Parti est apparu plut&#244;t comme du stalinisme incons&#233;quent, que r&#233;volutionnaire cons&#233;quent. Car, comme le P.C.F., il a particip&#233; au pl&#233;biscite p&#233;tainiste en votant Oui-Non, au lieu d'appeler les ouvriers &#224; le boycotter pour se mobiliser contre le complot de De Gaulle ; comme les chefs du P.C.F., ses dirigeants ont sem&#233; les pires illusions au sujet du Parlement bourgeois en faisant croire que cet instrument d'oppression bourgeois peut &#234;tre transform&#233; en un organe d&#233;mocratique pour les travailleurs ; tout comme les chefs du P.C.F., ils ont dit aux ouvriers que ceux-ci pouvaient contr&#244;ler le Parlement de la bourgeoisie, et comme eux &#233;galement ils ont r&#233;clam&#233; la r&#233;vocabilit&#233; des d&#233;put&#233;s &#233;lus par le suffrage universel, alors que des d&#233;put&#233;s r&#233;vocables &#224; tout instant ne sont possibles que dans un syst&#232;me sovi&#233;tique, celui des Comit&#233;s &#233;lus par les masses en lutte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, pour dire cela, le &#034;secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral&#034; Thorez a infiniment plus de poids que le &#034;secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral&#034; Demazi&#232;re , du P.C.I. !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peu de voix qui sont all&#233;es au P.C.I. ne d&#233;ment en rien le d&#233;go&#251;t de larges masses prol&#233;tariennes pour la politique du P.C.F. Cela montre seulement que la classe ouvri&#232;re n'a pas encore de nouvelle direction r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;GOUVERNEMENT P.C.F.-P.S.-C.G.T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'exp&#233;rience &#233;lectorale n'a rien appris au P.C.I.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son organe La V&#233;rit&#233; (le 9-11) appelle &#224; la formation d'un &#034;gouvernement P.C.F., P.S., C.G.T., sans De Gaulle, sans M.R.P., sans Radicaux&#034;, car aux derni&#232;res &#233;lections &#034;le peuple leur a donn&#233; le pouvoir, tout le pouvoir&#034;. Et La V&#233;rit&#233; s'indigne que Thorez et Blum &#034;s'appr&#234;tent &#224; le partager&#034; avec De Gaulle, avec le M.R.P., avec les Radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le simple bon sens manque &#224; La V&#233;rit&#233; ! Car si on se base sur les derni&#232;res &#233;lections, le M.R.P. a obtenu presque autant de voix que le P.C.F., et, d'autre part, c'est De Gaulle que le pl&#233;biscite a d&#233;sign&#233; comme futur chef du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, pour tout homme dot&#233; de bon sens, c'est chose claire, pour nos &#233;minents tacticiens de La V&#233;rit&#233;, cela para&#238;t trop simple pour &#234;tre vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le P.C.I., voulant &#224; tout prix d&#233;guiser de simples &#233;lections parlementaires (qui d&#233;cident seulement &#034;quels seront les repr&#233;sentants des classes poss&#233;dantes qui repr&#233;senteront et opprimeront le peuple au Parlement&#034; -L&#233;nine-) en action &#034;r&#233;volutionnaire&#034;, dit des b&#234;tises : car du r&#233;sultat des derni&#232;res &#233;lections on ne peut tirer d'autres conclusions &#034;radicales&#034; que celles de Thorez : &#034;Il faut tenir compte des volont&#233;s du peuple qui a vot&#233; &#224; gauche, former un gouvernement &#224; majorit&#233; socialiste et communiste&#034;. Et l'exp&#233;rience &#233;lectorale des masses donne raison &#224; Thorez et non &#224; La V&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;sultat de ces fantaisies est non seulement que les travailleurs n'y comprennent rien, mais, fait aussi grave, elles conduisent aux pires reniements des v&#233;rit&#233;s &#233;l&#233;mentaires du marxisme : &#034;Le peuple leur a donn&#233; le pouvoir (le 21 octobre)&#034; ! Mais pour cela, il faudrait que le peuple poss&#232;de le pouvoir. Serions-nous d&#233;j&#224;, par hasard, sans nous en &#234;tre aper&#231;us en r&#233;gime prol&#233;tarien ? Comme la bourgeoisie, La V&#233;rit&#233; fait passer les &#233;lections du 21 octobre pour l'expression de la &#034;souverainet&#233; du peuple&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'appareil &#233;tatique actuel, m&#234;me coiff&#233; de ministres communistes et socialistes, ne peut fonctionner que contre le peuple : exemple le gouvernement Blum soutenu &#034;sans &#233;clipse&#034; par Thorez.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enseignement principal du marxisme est bas&#233; sur l'exp&#233;rience de la Commune de Paris qui a montr&#233; que le peuple ne peut pas s'emparer du pouvoir en mettant des pr&#233;fets et des ministres &#034;socialistes&#034; &#224; la t&#234;te des organes bureaucratiques de l'Etat bourgeois. Les r&#233;volutions de 1905 et de 1917 en Russie ont fait surgir pour la premi&#232;re fois la nouvelle forme &#233;tatique du pouvoir des masses ouvri&#232;res : les Comit&#233;s (Soviets), &#034;un pouvoir nouveau &#224; la fois centralis&#233; et pleinement d&#233;mocratique, appuy&#233; sur la lutte directe et sur l'immense force des masses travailleuses&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#034;le peuple&#034;, en la personne de la classe ouvri&#232;re, concentrait ce pouvoir effectif entre ses mains en face de la puissance bourgeoise (police, corps d'officiers, Parlement, Bourse, etc.), si, &#233;lus comme gouvernement du pouvoir ouvrier des Comit&#233;s, les Thorez et les Blum partageaient ce pouvoir ouvrier avec des bourgeois, dans ce cas, leur dire : prenez tout le pouvoir ! ce serait les mettre au pied du mur et d&#233;montrer aux ouvriers qu'ils livrent &#224; la bourgeoisie le pouvoir que les ouvriers lui ont arrach&#233;. Les ouvriers chercheraient alors des repr&#233;sentants plus d&#233;cid&#233;s, pour maintenir leurs conqu&#234;tes et construire la nouvelle soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, pousser les Partis se r&#233;clamant de la classe ouvri&#232;re dans la gal&#232;re du gouvernement bourgeois, cela ne servirait qu'&#224; r&#233;p&#233;ter l'exp&#233;rience Blum, qui s'est retourn&#233;e contre la classe ouvri&#232;re au profit de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut lutter pour un gouvernement ouvrier, il ne faut pas mettre les boeufs derri&#232;re la charrue, c'est-&#224;-dire les Socialistes, les communistes et la C.G.T. derri&#232;re la machine de r&#233;pression de la bourgeoisie. Car en r&#233;gime capitaliste, c'est &#224; elle que les masses ont toujours affaire, quel que soit le gouvernement (&#034;le gouvernement passe, la police reste&#034;) ; mais il faut mettre les boeufs devant la charrue, c'est-&#224;-dire atteler les Partis ouvriers au nouveau pouvoir des Comit&#233;s ouvriers. Cela s'appelle Gouvernement des Comit&#233;s ouvriers et paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soi-disant mot-d'ordre &#034;P.C., P.S., C.G.T. au pouvoir&#034; sur la base d'&#233;lections contr&#244;l&#233;es par la bourgeoisie n'est qu'un coup de sabre dans l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;QUE VEULENT LES OUVRIERS ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manier des mots d'ordre sans contr&#244;ler les sentiments v&#233;ritables de la classe ouvri&#232;re, faire appel aux &#233;tiquettes jaunies du P.C.F., du P.S. et de la C.G.T. pour mobiliser celle-ci, c'est faire montre d'un manque complet de liaison avec les masses ouvri&#232;res : les ouvriers n'ont plus confiance ni dans les &#233;tiquettes, ni dans les promesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons le mot d'ordre de &#034;nationalisation&#034; ; l&#224; o&#249; on n'a pas expliqu&#233; aux ouvriers que les nationalisations actuelles ne sont qu'un mensonge, les ouvriers craignent les &#034;nationalisations&#034;, car ils ont constat&#233; que dans les usines &#034;nationalis&#233;es&#034;, le seul changement, c'est qu'ils ont en plus de la garde-chiourme habituelle les dirigeants syndicaux sur leur dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; leur attitude vis-&#224;-vis des Partis, la conclusion la plus r&#233;pandue est celle-ci : &#034;Tous trahissent ! Ceux qui sont fid&#232;les &#233;tant en minorit&#233;, trahiront quand ils deviendront eux-m&#234;mes des dirigeants.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que doit-on r&#233;pondre, sans aucun embellissement de la v&#233;rit&#233;, aux travailleurs qui commencent &#224; perdre tout espoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En effet, il est toujours possible que des d&#233;put&#233;s &#034;ouvriers&#034;, une fois &#233;lus au Parlement bourgeois, trahissent ceux qui les ont &#233;lus. Mais si les travailleurs organisent leur propre &#034;Parlement ouvrier ;, c'est-&#224;-dire un Conseil de d&#233;put&#233;s ouvriers, paysans, soldats, d'usine, de quartiers, de village et de r&#233;giment, ils peuvent exercer un contr&#244;le permanent sur leurs &#233;lus et remplacer imm&#233;diatement ceux dont les actes ne correspondent pas &#224; leurs paroles. Les Comit&#233;s ; leur donneraient le moyen non seulement de mettre &#224; l'&#233;preuve les Partis, mais de choisir de nou-veaux repr&#233;sentants qui se r&#233;v&#233;leraient dans la lutte ouvri&#232;re comme les plus clairvoyants et les plus d&#233;vou&#233;s. Les Comit&#233;s ; aboutiraient ainsi non seulement au contr&#244;le, mais &#224; un renouvellement total du personnel politique ouvrier qui, actuellement, sabote la lutte ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il de la part des ouvriers un effort mille fois plus grand que pendant les &#233;lections, et de tous les jours ? Oui ! Mais les travailleurs ne peuvent pas renoncer &#224; lutter sans se condamner &#224; une existence de plus en plus mis&#233;rable. Et ne font-ils pas au service de la bourgeoisie des sacrifices infiniment plus grands que ceux exig&#233;s pour leur &#233;mancipation politique et sociale ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette lutte, la conscience de millions de prol&#233;taires s'&#233;l&#232;vera au niveau des t&#226;ches &#224; r&#233;soudre. Et sur la base de ses conqu&#234;tes, le prol&#233;tariat sovi&#233;tique de France et du monde sera d&#233;finitivement ma&#238;tre de son destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs conscients profiteront de toutes les luttes ouvri&#232;res pour d&#233;montrer ces v&#233;rit&#233;s aux ouvriers et sur la base d'une exp&#233;rience nouvelle qu'ils feront acqu&#233;rir &#224; tous les travailleurs ils les conduiront VERS LE GOUVERNEMENT DES COMITES D'OUVRIERS ET DE PAYSANS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/11/ldc54_111445.htm#gouvernement&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/11/ldc54_111445.htm#gouvernement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Plus de deux cent ans de trahisons syndicales...</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article9440</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article9440</guid>
		<dc:date>2026-02-28T23:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob, Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Manifestation</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalism - le syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Cheminots</dc:subject>
		<dc:subject>SNCF</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte de classes - Class struggle</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les directions syndicales : conciliation, n&#233;gociation, compromission, manipulation, trahison, complicit&#233; avec l'ennemi, fausses d&#233;clarations de victoire, accord avec patrons et gouvernements capitalistes dans le dos des gr&#233;vistes et des salari&#233;s, refus de toute d&#233;cision d&#233;mocratique dans les luttes, rejet de toute auto-organisation des travailleurs, d&#233;tournement de r&#233;volutions, mille et une formes de la collaboration entre classes sociales aux int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s... &lt;br class='autobr' /&gt;
1914 &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle victoire de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique95" rel="directory"&gt;10- SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS - SYNDICALISM AND SELF-ORGANISATION OF WORKERS &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Manifestation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalism - le syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot224" rel="tag"&gt;Cheminots&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot232" rel="tag"&gt;SNCF&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot278" rel="tag"&gt;Lutte de classes - Class struggle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les directions syndicales : conciliation, n&#233;gociation, compromission, manipulation, trahison, complicit&#233; avec l'ennemi, fausses d&#233;clarations de victoire, accord avec patrons et gouvernements capitalistes dans le dos des gr&#233;vistes et des salari&#233;s, refus de toute d&#233;cision d&#233;mocratique dans les luttes, rejet de toute auto-organisation des travailleurs, d&#233;tournement de r&#233;volutions, mille et une formes de la collaboration entre classes sociales aux int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1914&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelle victoire de la gauche politique et syndicale ! En 1914, d&#232;s la d&#233;claration de guerre, la CGT (avec le parti socialiste) a int&#233;gr&#233; l'union sacr&#233;e au nom du patriotisme et de la d&#233;fense du territoire contre l'agression militaire allemande. Et c'est sur ce mensonge de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, que l'ancien syndicat r&#233;volutionnaire d'action directe et antimilitariste est pass&#233; dans le camp de la bourgeoisie, contribuant &#224; envoyer sans difficult&#233; le peuple travailleur aller mourir en masse dans la pire boucherie de la premi&#232;re guerre inter-imp&#233;rialiste, tuant d'embl&#233;e le caract&#232;re de classe, prol&#233;tarien et anti-collaboration du syndicalisme en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'union sacr&#233;e en 1914&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17164 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH282/union-sacree-carte-postale-image-02701.jpg?1777796621' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17166 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/4-novembre-1915-1500x965.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH322/4-novembre-1915-1500x965-9c21e.jpg?1777796621' width='500' height='322' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17169 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/unionsacree-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH713/unionsacree-2-76670.jpg?1777796621' width='500' height='713' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17174 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH325/668px-union-sacree-carte-postale-4942d.jpg?1777796621' width='500' height='325' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La CGT fait siens les buts de guerre de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17170 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH661/la_bataille_syndicaliste___quotidienne__bpt6k67646122-8571a-34708-6e0e3.jpg?1777796621' width='500' height='661' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/la_bataille_syndicaliste___quotidienne__bpt6k67646263-4b2ca.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH682/la_bataille_syndicaliste___quotidienne__bpt6k67646263-4b2ca-549e3.jpg?1777796621' width='500' height='682' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Jouhaux, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT, signe l'union sacr&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17165 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/71x3lob6dql__ac_uf894_1000_ql80_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH754/71x3lob6dql__ac_uf894_1000_ql80_-13776.jpg?1777796621' width='500' height='754' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17167 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH378/274492_0-8548a.jpg?1777796621' width='500' height='378' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17168 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L268xH188/sans_titre-19-835f1.jpg?1777796621' width='268' height='188' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1936&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelle victoire de la gauche politique et syndicale parvenue au gouvernement en pleine mont&#233;e des luttes sociales et antifascistes ! Ils ont r&#233;ussi &#224; bloquer une gr&#232;ve ouvri&#232;re spontan&#233;e massive qui s'&#233;tait d&#233;clench&#233;e sans eux, qu'ils &#233;taient parvenus &#224; bloquer dans le secteur public o&#249; ils &#233;taient le plus forts. Ils ont fait reprendre le travail apr&#232;s des accords &#224; Matignon avec patrons et gouvernement. Les occupations d'usine sont termin&#233;es. Le grand capital est sauv&#233; ! L'Etat capitaliste aussi et il va pouvoir reprendre sa marche vers le fascisme et la guerre, momentan&#233;ment interrompue par l'offensive ouvri&#232;re. Il y a vraiment de quoi f&#233;liciter le front populaire des partis de gauche et des syndicats&#8230; du moins pour la grande bourgeoisie !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17151 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/cb1f0aa7a90865eca2611f6dab3eca.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH281/cb1f0aa7a90865eca2611f6dab3eca-6170e.jpg?1777796621' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_17149 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/page_18_journal.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH333/page_18_journal-4cace.jpg?1777796621' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17154 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH355/victoiresurlamisere-9ac5a.jpg?1777796621' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17150 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/le_populaire_journal-revue_hebdomadaire__parti_socialiste_bpt6k8223221_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH342/le_populaire_journal-revue_hebdomadaire__parti_socialiste_bpt6k8223221_1-902ce.jpg?1777796621' width='500' height='342' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1945&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelle victoire de la gauche politique et syndicale ! Apr&#232;s avoir cautionn&#233; les massacres imp&#233;rialistes de la deuxi&#232;me guerre mondiale, du c&#244;t&#233; des imp&#233;rialismes &#171; alli&#233;s &#187;, ils ont pu participer au gouvernement pour y imposer la paix imp&#233;rialiste contre tout risque r&#233;volutionnaire, imposer aussi tous les sacrifices pour le peuple travailleur trimant pour gagner une mis&#232;re, en reconstruisant le grand capital au nom de la reconstruction de la France ! Le syndicalisme ainsi transform&#233; devient le principal ennemi des gr&#232;ves et la chiourme des travailleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17160 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L302xH163/frachon_krasu-d8225.jpg?1777796621' width='302' height='163' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17162 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L250xH197/benoit_frachon__la_bataille_de_la_production__1946-c87d7.jpg?1777796621' width='250' height='197' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17161 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/particommuniste1945.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH331/particommuniste1945-44d47.jpg?1777796621' width='500' height='331' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17173 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/webp/p27-croizat_ven-2.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/IMG/webp/p27-croizat_ven-2.webp?1768831119' width=&#034;1200&#034; height=&#034;763&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1968&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelle victoire de la gauche politique et syndicale ! La CGT, qui a tout fait pour freiner la mont&#233;e des luttes, est contrainte de prendre le train en marche et d'organiser sans la vouloir, sans y appeler m&#234;me, une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. C'est pour mieux la trahir en signant les accords de Grenelle avec patronat et gouvernement et en imposant la reprise du travail. La gauche politique et syndicale a pr&#233;tendu ainsi arriver &#224; la victoire par les urnes mais c'est le contraire qui s'est produit&#8230; Les syndicats, par la suite, vont continuer &#224; faire croire que c'est par les &#233;lections bourgeoises que l'on peut changer la politique gouvernementale, pas par la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17153 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L350xH246/06_questions_sociales_image-06d08-7be90-8e4e0-e7230.jpg?1777796621' width='350' height='246' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17155 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/rv-133967-9jpg.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH486/rv-133967-9jpg-b9228.jpg?1777796621' width='500' height='486' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_17175 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH331/50628_-_georges-seguy-re_sultats-ne_gociations-grenelle-travailleurs-renault-boulogne-billancourt-27-mai-1968-98d02.jpg?1777796622' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Georges S&#233;guy, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT siffl&#233; par les ouvriers de Renault &#224; Billancourt parce qu'il appelle &#224; la reprise du travail...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1981&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelle victoire de la gauche politique et syndicale ! C'est r&#233;ussi. Elle arrive au gouvernement par les &#233;lections, pas par la lutte sociale. Et elle y g&#232;re les affaires de la bourgeoisie, en d&#233;truisant les luttes ouvri&#232;res avec une efficacit&#233; accrue par le soutien (au pouvoir) des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17177 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L277xH182/sans_titres-5-458bf.jpg?1777796622' width='277' height='182' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17176 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L275xH183/sans_titredj-54385.jpg?1777796622' width='275' height='183' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17178 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/png/9-illust6-gourguechon-1981-la-gauche-au-pouvoir-et-le-syndicalisme-qui-assiste-ou-regarde-1024x759.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH371/9-illust6-gourguechon-1981-la-gauche-au-pouvoir-et-le-syndicalisme-qui-assiste-ou-regarde-1024x759-4c580.jpg?1777796622' width='500' height='371' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et ensuite... collaboration, n&#233;gociation, trahison, syndicalisme de participation...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelle victoire de la gauche politique et syndicale ! Depuis, les syndicats ont men&#233; de nombreuses luttes, notamment des grandes gr&#232;ves, qu'elles soient nationales comme les retraites ou concernent seulement les cheminots ou d'autres cat&#233;gories professionnelles. Toutes ont &#233;t&#233; tromp&#233;es, d&#233;tourn&#233;es, us&#233;es et finalement&#8230; perdues. Pendant ce temps, les syndicats ont men&#233; une lutte permanente et acharn&#233;e pour&#8230; combattre l'auto-organisation des travailleurs, combattant tout particuli&#232;rement la tentative des Gilets jaunes et aussi celle du 10 septembre 2025&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17122 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/cul_et_chemise_004-0ffa6-2-1b6d1-efa59.jpg?1777796622' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17123 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L298xH191/sarkozy_thibault-1-52adf-3-321b6-0b325.jpg?1777796622' width='298' height='191' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17124 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L265xH190/images-126-09942.jpg?1777796622' width='265' height='190' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17157 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/090875142764-web-tete.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH281/090875142764-web-tete-a1841.jpg?1777796622' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17158 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/png/1507623696-screenshot-2017-10-10-10-18-18-1-4.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH663/1507623696-screenshot-2017-10-10-10-18-18-1-4-3d8dd.jpg?1777796622' width='500' height='663' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17159 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/png/1507623703-screenshot-2017-10-10-10-18-21-1-5.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH778/1507623703-screenshot-2017-10-10-10-18-21-1-5-70b3c.jpg?1777796622' width='500' height='778' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17134 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/321698475_865467117878631_7546873617227031164_n.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH500/321698475_865467117878631_7546873617227031164_n-0d3e8.jpg?1777796622' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17125 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/539229764_1092464929738680_1717173425606584843_n-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/539229764_1092464929738680_1717173425606584843_n-2-d46d8.jpg?1777796622' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17126 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/547217144_1103976761920830_8138205808295781835_n-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/547217144_1103976761920830_8138205808295781835_n-2-7d5ad.jpg?1777796622' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17127 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/549248454_1107245154927324_3720546162781874810_n.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/549248454_1107245154927324_3720546162781874810_n-52286.jpg?1777796622' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17129 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/png/1000017165-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/1000017165-2-3efdb.jpg?1777796622' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17130 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/img_histoire_cfdt2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH277/img_histoire_cfdt2-d1419.jpg?1777796622' width='500' height='277' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/maxresdefault-30.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH281/maxresdefault-30-00cb9.jpg?1777796622' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17136 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/maxresdefaults-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH281/maxresdefaults-3-809a3.jpg?1777796622' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17137 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/544635924_1100115078973665_4310104698810230531_n-59ca4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/544635924_1100115078973665_4310104698810230531_n-59ca4-2dec3.jpg?1777796622' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17138 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/544761756_1100071218978051_8605648764075740576_n-ca1c0.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/544761756_1100071218978051_8605648764075740576_n-ca1c0-52357.jpg?1777796622' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17139 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/1000017085-326b3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/1000017085-326b3-5b842.jpg?1777796622' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17140 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/1000017165-f27a3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/1000017165-f27a3-82313.jpg?1777796622' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17141 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/1000017166-fbd2a.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/1000017166-fbd2a-44384.jpg?1777796622' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17144 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/1000017500-7779c.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/1000017500-7779c-56771.jpg?1777796622' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17145 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/affiche_politique_de_mobilisation_enthousiaste-2-fd26d.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/affiche_politique_de_mobilisation_enthousiaste-2-fd26d-6226a.jpg?1777796622' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Autrefois... avant 1914... il existait des syndicats r&#233;volutionnaires de la CGT qui pratiquaient l'action directe et se proposaient de renverser le capitalisme...&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_17131 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L336xH500/ew3g9qdxkaktaqu-1-d82b2.jpg?1777796622' width='336' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17132 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/web_syndicat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH315/web_syndicat-9c4c1.jpg?1777796622' width='500' height='315' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17133 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L400xH594/r320102103-2-f1c8a.jpg?1777796622' width='400' height='594' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Plus de deux cent ans de trahisons syndicales&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_17121 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH705/upload_2016-5-14_2-14-8-eb8ef-8b4cc-4f42d.jpg?1777796622' width='500' height='705' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : il n'y a plus de vrais syndicats mais des bureaucraties d'Etat qui d&#233;tournent de la lutte de classes une partie des forces militantes du prol&#233;tariat...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17120 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH568/de2169_c6ee9e805a064e16b31897b2b260c755_mv2-f16f5.jpg?1777796622' width='500' height='568' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17156 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/webp/6481d6a6-les-syndicats-depeuplent-s-enrichissent.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/IMG/webp/6481d6a6-les-syndicats-depeuplent-s-enrichissent.webp?1768713389' width=&#034;1760&#034; height=&#034;1200&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats n'ont plus vraiment besoin des cotisations des salari&#233;s pour fonctionner : l'argent de l'Etat et des grandes entreprises leur suffit largement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17146 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH303/26c420e2-1cea-11e1-a535-80face76c131-d1dc4-e3e2f.jpg?1777796622' width='300' height='303' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17147 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH404/6472584_1-af31f-a07e1.jpg?1777796622' width='500' height='404' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17148 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L350xH283/4ea7588e-1cec-11e1-a535-80face76c131-2c5f3-5d500.jpg?1777796622' width='350' height='283' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelle victoire de la gauche politique et syndicale ! Les syndicats ne d&#233;pendent plus des salari&#233;s pour faire vivre leurs appareils bureaucratiques. Ce sont les grands patrons et l'Etat qui les financent. Sauf que, s'ils ne parviennent pas &#224; encadrer les luttes, si le mouvement de la base s'auto-organise en assembl&#233;es souveraines, d&#233;cisionnelles, si elles &#233;lisent des comit&#233;s, si ceux-ci se f&#233;d&#232;rent, alors leur r&#244;le est fini et patrons et Etat cesseront de les financer&#8230; C'est pour cela qu'ils font de temps en temps semblant de suivre la radicalisation des salari&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1914-2025 : 210 ans de trahison des directions syndicales en France et notamment de la CGT&#8230; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avertissement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article ne contient que des critiques des directions syndicales, ce qui ne signifie pas un m&#233;pris du syndicalisme ni des syndicalistes. A Voix des Travailleurs, nous sommes pour le syndicalisme mais pas n'importe lequel : le syndicalisme r&#233;volutionnaire d'action directe et qui s'impose de ne diriger des actions des salari&#233;s que si elles sont d&#233;cid&#233;es par les travailleurs eux-m&#234;mes, si ce sont eux qui en ont d&#233;cid&#233; les buts, les m&#233;thodes, les moyens et les perspectives, qui ont tent&#233; de se doter non seulement d'assembl&#233;es d&#233;cisionnelles mais aussi ont &#233;lu des comit&#233;s ou des conseils pour diriger leurs luttes. Nous sommes pour un syndicalisme de lutte de classes, ce qui signifie non seulement le refus du syndicalisme de concertation, de compromissions, de n&#233;gociations, de participations aux organismes d'Etat, de complicit&#233; avec les grands patrons et les gouvernants, mais aussi le refus du nationalisme pro-imp&#233;rialiste, pro-colonial et le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire face &#224; la mont&#233;e guerri&#232;re. Les militants syndicalistes qui respectent cela sont nos camarades et nous esp&#233;rons construire l'avenir prol&#233;tarien avec eux. Les dirigeants syndicaux, qui prennent leurs d&#233;cisions en dehors des travailleurs et s'en servent pour pactiser avec nos ennemis, font partie de nos adversaires. Tout le r&#233;cit qui suit rapporte comment ils ont maintes fois menti, propos&#233; de fausses perspectives, tromp&#233; les travailleurs et sauv&#233; les patrons et leurs gouvernements. Militants syndicalistes honn&#234;tes, tirez des le&#231;ons du pass&#233; et cessez de confier l'avenir des luttes &#224; ceux qui les ont fait &#233;chouer, rompez avec les bureaucrates syndicaux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il ne suffit pas de dire que les directions syndicales trahissent pour comprendre comment les travailleurs ont pu &#234;tre tromp&#233;s et les luttes battues. Il faut dire aussi que les organisations politiques de la gauche, de la gauche de la gauche, social-d&#233;mocrates ou staliniennes et m&#234;me la fausse extr&#234;me gauche opportuniste ont contribu&#233; &#224; les tromper. Il faut dire aussi que la classe ouvri&#232;re a ses propres faiblesses, ses d&#233;fauts, ses divisions. Et aussi qu'une fraction de celle-ci, dite aristocratie ouvri&#232;re, est la base des appareils syndicaux et cautionne leurs tromperies.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1914 : la m&#232;re de toutes les guerres et de toutes les&#8230; trahisons &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re guerre mondiale, c'est la pire trahison de toute l'histoire du mouvement ouvrier&#8230; C'est la base de toutes les autres. La CGT antimilitariste et r&#233;volutionnaire est pass&#233;e de l'autre c&#244;t&#233; de la barricade et de la tranch&#233;e sociale, du c&#244;t&#233; des exploiteurs et des massacreurs, comme le parti socialiste. Il faut cependant pr&#233;ciser que ni l'un ni l'autre, ni le syndicat, ni le parti, n'avaient jamais d&#233;fendu la v&#233;ritable position r&#233;volutionnaire prol&#233;tarienne face &#224; la guerre : la strat&#233;gie du d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire selon laquelle le prol&#233;tariat des pays imp&#233;rialiste doit lutter pour&#8230; la d&#233;faite de &#171; son &#187; propre pays, de &#171; sa &#187; classe dirigeante, de &#171; son &#187; Etat, de &#171; son &#187; arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats participent &#224; l'union sacr&#233;e des classes poss&#233;dantes pour imposer la boucherie de la premi&#232;re guerre mondiale&#8230; Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT L&#233;on Jouhaux, affirme qu'il hait la guerre, qu'elle est meurtri&#232;re et imp&#233;rialiste, mais&#8230; qu'il participera &#224; l'union sacr&#233;e et qu'il soutiendra &#224; fond la mobilisation et l'arm&#233;e fran&#231;aise du moment que la guerre est d&#233;clar&#233;e. Il affirme qu'il fera tout pour convaincre le peuple travailleur de la faire ! Il fait voter la direction de la CGT dans le m&#234;me sens. En &#233;change de quoi, le gouvernement suspend la menace d'arrestation contre les militants syndicalistes de la CGT (carnet B) et n'envoie pas les dirigeants mod&#233;r&#233;s au front. Les plus antimilitaristes seront imm&#233;diatement envoy&#233;s au front pour y mourir de mort &#171; naturelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'envoi par le ministre de l'Int&#233;rieur d'un t&#233;l&#233;gramme aux pr&#233;fets les engageant &#224; se pr&#233;parer &#224; l'arrestation des militants d&#233;sign&#233;s dans le &#171; carnet B &#187;, le comit&#233; conf&#233;d&#233;ral national de la CGT renia ses engagements. Le lendemain 1er ao&#251;t, il affirma que la conf&#233;d&#233;ration devait &#171; n&#233;gliger toutes ses d&#233;cisions contre la guerre &#187;. Ce n'est pas le moment, expliquaient ses dirigeants, &#171; d'effrayer par des d&#233;clarations incendiaires tous ceux qui sont partisans de la paix (...) Il faut remiser les d&#233;cisions antimilitaristes des congr&#232;s conf&#233;d&#233;raux et signer toutes les d&#233;clarations du Parti socialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;change de cet immense service rendu, les socialistes Marcel Sembat et Jules Guesde entr&#232;rent dans le gouvernement d'&#171; Union sacr&#233;e &#187;. Un troisi&#232;me, Albert Thomas, fut peu apr&#232;s ministre de l'Armement. L&#233;on Blum devint chef de cabinet dans un minist&#232;re. D'autres re&#231;urent des responsabilit&#233;s dans l'appareil d'&#201;tat, loin de l'enfer des tranch&#233;es de Verdun et des obus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie avait besoin de ces dirigeants et de leurs appareils pour encha&#238;ner les masses ouvri&#232;res &#224; sa guerre, car elle savait ce que celle-ci signifierait en termes d'aggravation des conditions de travail et de vie pour ceux qui resteraient &#224; l'arri&#232;re, et de morts pour ceux qui iraient au front. Il fallait &#244;ter au prol&#233;tariat tous les moyens de relever la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petit historique de cette capitulation syndicale devant la guerre imp&#233;rialiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1909&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Griffuehles, secr&#233;taire de&lt;br class='autobr' /&gt;
la CGT syndicaliste r&#233;volutionnaire depuis 1901, est victime d'une machination. Accus&#233; de mauvaise gestion, il d&#233;missionne en juillet 1909. Le passage au r&#233;formisme se pr&#233;pare&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1912&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ve &#171; contre la guerre &#187; men&#233;e par la CGT en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1913&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Episode aujourd'hui oubli&#233;, les casernes fran&#231;aises ont &#233;t&#233; touch&#233;es, en mai 1913, par une forte agitation. En cause : le refus de la loi de trois ans de service militaire, pi&#232;ce ma&#238;tresse de la militarisation du pays &#224; la veille de la Grande Guerre. L'&#233;v&#233;nement va provoquer une r&#233;pression furieuse contre les mutins, mais aussi contre les syndicalistes r&#233;volutionnaires et les anarchistes, accus&#233;s d'avoir foment&#233; les troubles. C'est &#233;galement le point de d&#233;part d'une crise ouverte &#224; la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1914&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 janvier. Cr&#233;ation de la f&#233;d&#233;ration des gauches &#224; l'initiative de Briand, Barthou, Jean Dupuy, Klotz, Millerand pour rassembler la gauche mod&#233;r&#233; en vue des prochaines &#233;lections. Briand en est &#233;lu pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25-28 janvier. XIe congr&#232;s national du PS-SFIO tenu &#224; Amiens (tactique &#233;lectorale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 f&#233;vrier. Manifestation contre la guerre &#224; Paris, &#224; l'appel de l'UD de la Seine de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 juin. Ren&#233; Viviani, socialiste ind&#233;pendant, devient pr&#233;sident du Conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14-16 juillet. Congr&#232;s extraordinaire du PS-SFIO (ch&#244;mage, vie ch&#232;re, gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre la guerre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au congr&#232;s de Paris (juillet 1914), contre Jean Jaur&#232;s et Vaillant, Gustave Herv&#233; repoussa avec Jules Guesde l'id&#233;e de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre la guerre. &#171; Lorsque j'ai d&#233;fendu l'insurrection, d&#233;clara-t-il, je pensais pouvoir compter sur des insurrectionnels, et je me suis aper&#231;u qu'il n'y en aurait point le jour d'une d&#233;claration de guerre. &#187; (Les F&#233;d&#233;rations socialistes III, p. 301).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 juillet. A l'appel de l'Union des syndicats de la Seine, les ouvriers manifestent contre la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 juillet. Manifestations ouvri&#232;res dans de nombreuses villes fran&#231;aises. Heurts avec la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 juillet. Assassinat de Jean Jaur&#232;s par Raoul Villain. Le lendemain, l'ordre de mobilisation g&#233;n&#233;rale est proclam&#233; : la Premi&#232;re Guerre mondiale commence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 ao&#251;t. Obs&#232;ques de Jean Jaur&#232;s. Dans son discours, L&#233;on Jouhaux annonce le ralliement de la CGT &#224; l'Union sacr&#233;e. Le groupe parlementaire socialiste vote &#224; l'unanimit&#233; les cr&#233;dits de guerre et l'&#233;tat de si&#232;ge restreignant les libert&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alfred Rosmer rapporte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 4 ao&#251;t 1914, on pouvait lire sur les murs de Paris une belle affiche blanche annon&#231;ant l'initiative du gouvernement du &#171; secours national &#187;. Jusque l&#224; rien d'extraordinaire. Mais ce qui l'&#233;tait, c'&#233;tait la collection de noms composant le Comit&#233; charg&#233; d'administrer ce Secours National : tous les hauts dignitaires de la bourgeoisie, archev&#234;que, grand-rabbin, acad&#233;miciens, industriels, banquiers&#8230; puis L&#233;on Jouhaux, secr&#233;taire de la CGT et Bled, secr&#233;taire de l'Union des Syndicats de la Seine. Il y avait encore L&#233;pine, l'ancien pr&#233;fet de police, matraqueur d'ouvriers et Charles Maurras, un des vrais responsables de l'assassinat de Jaur&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 ao&#251;t 1914, L&#233;on Jouhaux, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT ex-anarchosyndicaliste, sur la tombe de Jean Jaur&#232;s, pr&#233;tend exprimer le sentiment de &#171; la classe ouvri&#232;re au c&#339;ur meurtri &#187; en rejetant la responsabilit&#233; de la guerre sur les empereurs et les aristocraties d'Allemagne et d'Autriche-Hongrie. Les ouvriers deviennent des &#171; soldats de la libert&#233; &#187; appel&#233;s &#224; d&#233;fendre la patrie o&#249; naquit l'id&#233;al r&#233;volutionnaire. Jouhaux, secr&#233;taire autrefois &#171; r&#233;volutionnaire &#187; de la CGT d&#233;clare &#224; l'enterrement de Jaur&#232;s que &#171; ce n'est pas la haine du peuple allemand qui nous poussera sur les champs de bataille, c'est la haine de l'imp&#233;rialisme allemand ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Bataille syndicaliste &#187;, organe de la CGT, &#233;crit en ao&#251;t 1914 : &#171; contre le droit du poing, contre le militarisme germanique, il faut sauver la tradition d&#233;mocratique et r&#233;volutionnaire de la France.&#8221; &#8220;Partez sans regret, camarades ouvriers qu'on appelle aux fronti&#232;res pour d&#233;fendre la terre fran&#231;aise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 ao&#251;t, l'article de Jouhaux affirme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Profitons-en&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8230;L'Allemagne est pr&#233;sentement bloqu&#233;e, son commerce maritime s'est en partie arr&#234;t&#233; ! Pourquoi notre marine marchande, coop&#233;rant avec celle de l'Angleterre, ne reprendraient-elles pas &#224; leur profit une partie du travail allemand qui ne se fait plus ? Ce serait une premi&#232;re victoire, et d'une importance qui ne peut &#233;chapper &#224; personne&#8230; Il faut profiter de toutes les situations&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 ao&#251;t, dans Bataille Syndicaliste, Jouhaux &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il convient de louer sans r&#233;serves la classe ouvri&#232;re de notre pays pour l'admirable force de volont&#233; dont elle fait preuve pr&#233;sentement. Avec une ma&#238;trise incomparable d'elle-m&#234;me, elle refoule int&#233;rieurement les douleurs et les angoisses qui &#233;treignent sa chair meurtrie pour ne laisser apercevoir au monde &#233;tonn&#233; qu'un inalt&#233;rable sang-froid&#8230; Assur&#233; du lendemain, ne souffrant pas dans sa dignit&#233; d'hommes, le travailleur est capable de supporter sto&#239;quement les plus grands chocs moraux. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dimanche 23 ao&#251;t, Jouhaux crie victoire : il est rejoint dans son patriotisme guerrier par le syndicaliste r&#233;volutionnaire italien Alceste de Ambris alors que le peuple italien refuse massivement l'entr&#233;e en guerre :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un r&#233;confort nous vient &#224; l'heure m&#234;me o&#249; commence &#224; se jouer le plus formidable drame guerrier que l'esprit humain ait jamais pu concevoir. D'apr&#232;s un communiqu&#233; qu'on lira plus bas, notre ami De Ambris s'est courageusement affirm&#233; en notre faveur&#8230; Notre geste a &#233;t&#233; compris par nos amis r&#233;volutionnaires de tous les pays&#8230; Nous avons le droit de souhaiter ardemment la victoire&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 ao&#251;t, l'&#233;ditorial de Jouhaux de Bataille Syndicaliste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les trois int&#233;r&#234;ts principaux du moment : national, patronal et ouvrier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, le m&#234;me journal &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Matin insinue que le recul de nos troupes en Lorraine serait le fait d'excitations antimilitaristes. Sur quoi s'appuie Le Matin pour faire semblable insinuation ? Aucun fait, aucun document officiel ne vient appuyer son affirmation mensong&#232;re&#8230; Les organis&#233;s n'ont jamais fait preuve de l&#226;chet&#233;. En toutes occasions, ils ont su montrer un courage qui &#233;merveillait leurs adversaires&#8230; Courageux hier, les r&#233;volutionnaires le restent aujourd'hui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 ao&#251;t. Les socialistes Jules Guesde et Marcel Sembat entrent dans le gouvernement Viviani d'Union sacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 septembre. Cr&#233;ation d'un Comit&#233; d'action entre le PS-SFIO et la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre. Pierre Monatte d&#233;missionne du CCN de la CGT pour protester contre l'orientation de la direction conf&#233;d&#233;rale. Il imprime et diffuse sa lettre de d&#233;mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6831&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6831&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7207&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7207&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7354&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7354&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8176&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8176&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3109&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1914-1915&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La minorit&#233; r&#233;volutionnaire de la CGT ne se rallie pas &#224; la guerre imp&#233;rialiste d&#233;nonce l'union sacr&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/monatte/works/1914/12/monatte_19141200.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/monatte/works/1914/12/monatte_19141200.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cgt/works/1915/08/cgt_19150815c.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cgt/works/1915/08/cgt_19150815c.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1917-1919 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats ne d&#233;noncent pas les offensives meurtri&#232;res et les fusill&#233;s pour l'exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne se rallient pas &#224; la r&#233;volution russe d'Octobre et &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe, laissant les travailleurs russes isol&#233;s face aux imp&#233;rialismes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, ils trahissent la mont&#233;e r&#233;volutionnaire en France &#224; l'apr&#232;s-guerre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4831&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4831&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8387&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8387&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/monatte/works/1919/09/monatte_19190917.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/monatte/works/1919/09/monatte_19190917.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1920&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats trahissent la gr&#232;ve des cheminots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.unioncommunistelibertaire.org/Fevrier-1920-La-grande-greve-du-rail-ebranle-la-CGT&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.unioncommunistelibertaire.org/Fevrier-1920-La-grande-greve-du-rail-ebranle-la-CGT&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La minorit&#233; r&#233;volutionnaire des syndicats est un peu h&#233;sitante &#224; faire de la politique r&#233;volutionnaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/07/lt19200731.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/07/lt19200731.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1921 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les syndicalistes r&#233;volutionnaires sont encore minoritaires &#224; la CGT&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6049&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6049&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1921/10/lille.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1921/10/lille.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1922&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve du Havre est trahie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve341&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve341&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PC (pas encore PCF mais section fran&#231;aise de l'Internationale Communiste SFIC) n'est pas pour autant un parti r&#233;volutionnaire de combat de classe et sa politique syndicale n'est pas non plus r&#233;volutionnaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/12/lt19221202.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/12/lt19221202.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1923&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;CGT et CGTU scissionnent en se disant pour ou contre la Russie des soviets&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/lozovsky/1923/04/cgt-cgtu.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/lozovsky/1923/04/cgt-cgtu.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/monatte/works/1923/00/monatte_19230000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/monatte/works/1923/00/monatte_19230000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1925&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Direction du PCF et de la CGTU s'affichent seulement r&#233;volutionnaires en fa&#231;ade&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1925/10/ogi_19251025.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1925/10/ogi_19251025.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1927-1930&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La stalinisation du PCF et de la CGTU et la chasse aux oppositionnels, trotskistes ou autres, commence&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3263&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3263&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1934 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re se mobilise pour donner un coup d'arr&#234;t &#224; la mont&#233;e fasciste en France mais les syndicats la freinent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7538&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7538&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve190&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve190&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1935&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La CGT propose son plan &#224;&#8230; la bourgeoisie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/04/lt19350405.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/04/lt19350405.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mensonges du plan de la CGT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article152&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article152&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1936 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le front populaire, dont les syndicats font partie, cassent la mont&#233;e vers la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qui a &#233;clat&#233; spontan&#233;ment, emp&#234;chent les fonctionnaires de s'y joindre, font reprendre le travail, arr&#234;ter les occupations d'usines et brisent la perspective r&#233;volutionnaire, ouvrant la porte &#224; la marche &#224; la guerre et au fascisme. Il faut savoir terminer une gr&#232;ve clament PCF et CGT qui appuient le gouvernement de front populaire contre la menace de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1351&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1351&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article525&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article525&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article622&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article622&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article795&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article795&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1003&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1003&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1349&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1349&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7814&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7814&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7670&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7670&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7751&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7751&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT signe les accords Matignon avec le patronat et le gouvernement pour arr&#234;ter la gr&#232;ve ouvri&#232;re avec occupation des usines qui menace de se transformer en r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i04281854/benoit-frachon-et-lambert-ribot-sur-les-accords-de-matignon-de-1936&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i04281854/benoit-frachon-et-lambert-ribot-sur-les-accords-de-matignon-de-1936&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 mai, les ouvriers m&#233;tallurgistes de l'usine Bloch se mettent en gr&#232;ve. Ils occupent l'usine nuit et jour. Les gens du voisinage leur apportent vivres et encouragements. La direction de l'usine c&#232;de d&#232;s le lendemain, accordant aux gr&#233;vistes une augmentation de salaire et des cong&#233;s pay&#233;s. Dans les jours qui suivent, d'autres mouvements de gr&#232;ve se produisent dans le pays, et obtiennent, eux aussi, gain de cause. Ces premi&#232;res victoires captent l'attention de l'ensemble de la classe ouvri&#232;re. Blum, qui s'efforce de rassurer les milieux capitalistes quant &#224; la &#171; mod&#233;ration &#187; de ses intentions, est effray&#233; par l'ampleur que prend le mouvement. Il appelle les travailleurs &#224; la patience, c'est-&#224;-dire &#224; l'inaction. En vain. Le 26 mai, toutes les usines du secteur automobile &#8211; dont les 35 000 ouvriers de l'usine Renault &#8211; et de l'aviation du d&#233;partement de la Seine se mettent en gr&#232;ve. La direction de la CGT, r&#233;unifi&#233;e depuis le mois de mars, sous la direction de L&#233;on Jouhaux, n'est pour rien dans le d&#233;clenchement du mouvement, qui s'&#233;tend rapidement aux autres industries, y compris aux ouvriers du b&#226;timent qui travaillent sur les chantiers de l'Exposition Internationale. Jouhaux incite les travailleurs &#224; reprendre le travail, mais ne parvient pas &#224; emp&#234;cher l'extension du mouvement. Au-del&#224; des travailleurs industriels, le mouvement de gr&#232;ve gagne des couches de la classe ouvri&#232;re jusqu'alors inorganis&#233;es et inertes, mais souvent tr&#232;s durement exploit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les signes du r&#233;veil r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re se multiplient. Le 24 mai, lors de la manifestation traditionnelle de comm&#233;moration de la Commune de Paris, au P&#232;re Lachaise, le nombre de manifestants &#8211; qui ne d&#233;passait pas, ordinairement, quelques centaines &#8211; avoisine les 600 000 ! Des militaires venus d'une caserne de Versailles portaient une banderole o&#249; &#233;tait &#233;crit : &#171; La soldatesque versaillaise de 1871 assassina la Commune. Les soldats de Versailles de 1936 la vengeront ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs r&#233;clament des garanties de salaire minimum, la semaine de 40 heures (au lieu de 48), la majoration des heures suppl&#233;mentaires et des cong&#233;s pay&#233;s. Nuit et jour, ils occupent les lieux du travail, tiennent des piquets de gr&#232;ve, cr&#233;ent des comit&#233;s veillant &#224; l'application des d&#233;cisions collectives et &#224; la protection de l'outil de travail contre des actes de sabotage ou de malveillance. Le 31 mai, Le Temps, porte-parole de la classe capitaliste, constate avec horreur &#171; l'ordre qui r&#232;gne dans les usines &#187;. Les travailleurs se comportent, dit le journal, &#171; comme si les usines leur appartenaient d&#233;j&#224; &#187;. Le 4 juin, &#224; la veille de l'entr&#233;e en fonction du nouveau gouvernement, les gr&#232;ves s'&#233;tendent &#224; pratiquement toutes les industries, et commencent &#224; paralyser l'&#233;conomie nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e comme celle de 1936 porte la lutte des classes &#224; un niveau qui pose directement la question du pouvoir. Comme le disait Trotsky : &#171; C'est clairement l'union des opprim&#233;s contre leurs oppresseurs &#187;. Par sa nature m&#234;me, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale oblige la classe ouvri&#232;re &#224; instaurer son contr&#244;le direct des moyens de production et &#224; assumer progressivement les fonctions de l'Etat. Par l'action vigoureuse des travailleurs, une situation r&#233;volutionnaire se cr&#233;e dans laquelle prend corps &#8211; sous une forme embryonnaire &#8211; le futur Etat socialiste. Cette menace contre l'existence m&#234;me du capitalisme &#233;tait en contradiction compl&#232;te avec la collaboration de classe incarn&#233;e par le Front Populaire. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale effrayait non seulement la classe capitaliste et ses repr&#233;sentants &#224; la t&#234;te du Parti Radical, mais aussi les architectes &#171; socialistes &#187; et &#171; communistes &#187; du Front Populaire. Thorez avait insist&#233; pour qu'aucune atteinte ne soit pas port&#233;e &#224; la propri&#233;t&#233; capitaliste &#8211; et voil&#224; que les ouvriers s'emparaient directement de cette propri&#233;t&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les appels au calme, &#224; la mod&#233;ration et &#224; la reprise du travail, de la part des dirigeants de la CGT, de Blum et de Thorez, restent d'abord sans effet. Thorez insiste sur le fait que la situation &#171; n'est pas r&#233;volutionnaire &#187;, et met les travailleurs en garde contre le danger de &#171; jouer le jeu du fascisme &#187;. Mais les travailleurs ne tiennent pas compte des consignes de leurs &#171; dirigeants &#187;. Lorsque Blum envoie le dirigeant syndical communiste Henri Reynaud, accompagn&#233; de Jules Moch (secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du gouvernement), pour obtenir des gr&#233;vistes une livraison de mazout n&#233;cessaire aux boulangers de la capitale, ils reviennent les mains vides, les ouvriers n'ayant m&#234;me pas voulu leur ouvrir la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 juin, le nombre de gr&#233;vistes s'&#233;l&#232;ve &#224; plus de 500 000. Le 7 juin, il s'approche du million. Le patronat craint que la poursuite du mouvement de gr&#232;ve n'aboutisse &#224; une r&#233;volution et &#224; la fin de la propri&#233;t&#233; capitaliste. Pris de panique, et pour aider les dirigeants de la CGT &#224; mettre un terme au mouvement, le gouvernement Blum organise des n&#233;gociations &#224; l'H&#244;tel Matignon, le 7 juin. Quand ils sont sous la menace de tout perdre, les capitalistes font toujours de concessions, quitte &#224; les reprendre plus tard, lorsque la menace est &#233;cart&#233;e. C'est dans cet &#233;tat d'esprit que le patronat, repr&#233;sent&#233; par la CGPF, aborde les n&#233;gociations de Matignon. Blum tente de limiter les concessions faites en mati&#232;re salariale, qui sont finalement de l'ordre de 7 &#224; 12% dans le secteur priv&#233;. Le patronat conc&#232;de &#233;galement la semaine de 40 heures et 2 semaines de cong&#233;s pay&#233;s, ainsi que le principe des accords collectifs et de nouveaux droits syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son discours &#224; la Chambre des D&#233;put&#233;s, Blum se dit &#171; fier &#187; des accords de Matignon, mais souligne ce que tout le monde sait d&#233;j&#224; : &#171; La crise n'est pas termin&#233;e &#187;. Il faut rapidement promulguer les lois concernant les r&#233;formes promises. &#171; Nous sommes, vous le savez, Messieurs, dans des circonstances o&#249; chaque heure compte. &#187; En effet, les accords de Matignon ne mettent pas fin au mouvement de gr&#232;ve, et ne permettent pas de r&#233;tablir l'autorit&#233; des dirigeants socialistes, communistes et syndicaux. Bien au contraire, les gr&#232;ves redoublent d'intensit&#233;. La CGT a vu le nombre de ses adh&#233;rents s'accro&#238;tre dans des proportions in&#233;dites : elle passe d'un million &#224; 5 300 000. Les m&#233;tallurgistes de la r&#233;gion parisienne refusent les accords et votent la poursuite de la gr&#232;ve. Le nombre de gr&#233;vistes augmente non seulement dans l'industrie et le commerce, mais aussi en milieu rural, o&#249; des milliers d'ouvriers agricoles occupent les grandes fermes. A Paris et dans de nombreuses villes de province, des caf&#233;s, des h&#244;tels et des restaurants sont occup&#233;s par les salari&#233;s. Ici et l&#224; commencent &#224; &#233;merger des organisations comparables aux soviets de la r&#233;volution russe. Par exemple, le 8 juin, dans l'usine Hotchkiss, &#224; Levallois, dans la banlieue nord-ouest de Paris, une assembl&#233;e regroupant les d&#233;l&#233;gu&#233;s de 33 usines des environs vote une r&#233;solution demandant l'&#233;lection d'un &#171; comit&#233; central de gr&#232;ve &#187; Le 11 juin, toutes les principales industries de Paris et du d&#233;partement de la Seine sont en gr&#232;ve, et une nouvelle assembl&#233;e de 587 d&#233;l&#233;gu&#233;s repr&#233;sentant 243 usines de la r&#233;gion parisienne se tient dans la capitale. Le nombre total de gr&#233;vistes, m&#234;me selon les chiffres du gouvernement, s'approche de 1 200 000. Blum met des troupes et des gardes mobiles en alerte, pr&#234;ts &#224; marcher sur Paris pour r&#233;primer la gr&#232;ve, et ne cesse de r&#233;p&#233;ter que son gouvernement fera respecter &#171; l'ordre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs se heurtent sans cesse aux directions de leurs propres organisations, qui veulent toutes d&#233;fendre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et faire en sorte que cesse le mouvement de gr&#232;ve. Le 11 juin, Thorez s'adresse aux m&#233;tallurgistes. Il les met en garde contre le risque, selon lui, d'effrayer la petite bourgeoisie et de briser le Front Populaire, en &#171; aggravant le d&#233;sordre &#187;. &#171; Il faut savoir consentir aux transactions, il faut savoir terminer une gr&#232;ve &#187;, dit-il, car &#171; l'heure de la r&#233;volution n'est pas venue. &#187; De nouveaux secteurs de la classe ouvri&#232;re, comme par exemple les employ&#233;es des grands magasins de Paris, se lancent dans la lutte au lendemain de l'intervention de Thorez qui, pourtant, cherchait &#224; y mettre un terme. Cependant, au cours des deux semaines suivantes, du fait du comportement tra&#238;tre des dirigeants des organisations syndicales et politiques des travailleurs, le mouvement de gr&#232;ve finit par s'&#233;puiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1003&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1003&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la gr&#232;ve, c'est le rassemblement au grand jour des opprim&#233;s contre les oppresseurs, c'est le d&#233;but classique de la r&#233;volution &#187; a &#233;crit Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des milliers d'ouvriers &#171; anonymes &#187; sortent du rang, &#233;lus par leurs camarades, ils se font organisateurs, orateurs, parlent haut et fort au patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques jours, tout a chang&#233; : les opprim&#233;s prennent conscience de leur force, de la puissance de l'unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la gr&#232;ve est aussi pleine d'illusions : illusions dans les dirigeants ouvriers, illusions dans le fait que la puissance du mouvement, l'occupation des usines, suffisent... La victoire est au bout, contre les patrons et leur gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La C.G.T. s'efforce de reprendre le contr&#244;le du mouvement. Elle appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale l&#224; o&#249; elle est d&#233;j&#224; d&#233;clench&#233;e : dans les mines du Nord et du Pas-de-Calais ; dans le b&#226;timent. Les dirigeants de la C.G.T. courent apr&#232;s le mouvement pour tenter de le &#171; coiffer &#187;, de le canaliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en ces termes que le comit&#233; r&#233;gional du Nord et du Pas-de-Calais des mineurs appelle &#224; la gr&#232;ve : &#171; Pour maintenir l'ordre et le calme, et faciliter la t&#226;che du gouvernement... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement ? Quel gouvernement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;galement, le gouvernement Sarraut doit continuer son &#171; action &#187; jusqu'&#224; ce que la Chambre ait accord&#233; l'investiture au gouvernement que doit former L&#233;on Blum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 juin, Sarraut remet sa d&#233;mission au pr&#233;sident de la R&#233;publique, Lebrun, qui imm&#233;diatement supplie L&#233;on Blum de constituer son gouvernement pour se mettre au travail. Blum proteste : il faut respecter les usages et la Constitution, et convoquer la Chambre pour obtenir l'investiture...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Lebrun insiste : l'heure n'est pas &#224; ce l&#233;galisme. Le 4 juin &#224; 18 h 15, le minist&#232;re Blum est constitu&#233;. Salengro, ministre de l'Int&#233;rieur, et Lebas, ministre du Travail, entrent imm&#233;diatement en fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A ce moment, dans la bourgeoisie et en particulier dans le monde patronal, on me consid&#233;rait, on m'attendait comme un sauveur. Les circonstances &#233;taient si angoissantes, on &#233;tait si pr&#232;s de quelque chose qui ressemblait &#224; la guerre civile, qu'on n'esp&#233;rait plus que dans une sorte d'intervention providentielle, je veux dire l'arriv&#233;e au pouvoir de l'homme auquel on attribuait sur la classe ouvri&#232;re un pouvoir suffisant de persuasion pour qu'il lui f&#238;t entendre raison et qu'il la d&#233;cid&#226;t &#224; ne pas user, &#224; ne pas abuser de sa force. &#187; (L&#233;on Blum au proc&#232;s de Riom.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la pr&#233;sentation du gouvernement, Lebrun entra&#238;ne L&#233;on Blum &#224; l'&#233;cart et lui demande d'intervenir imm&#233;diatement &#224; la radio : &#171; Dites-leur que le Parlement va se r&#233;unir, que d&#232;s qu'il sera r&#233;uni vous allez lui demander le vote rapide et sans d&#233;lai de lois sociales... Ils vous croiront et alors peut-&#234;tre le mouvement s'arr&#234;tera-t-il ? &#187; (L&#233;on Blum au proc&#232;s de Riom.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 juin, Blum s'adresse par trois fois aux gr&#233;vistes : le gouvernement n'a toujours pas &#171; eu le temps &#187; d'obtenir l'investiture de la Chambre. C'est l'ill&#233;galit&#233; au service des int&#233;r&#234;ts de... la l&#233;galit&#233; du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 6 et 7 juin, la gr&#232;ve gagne la plupart des villes de province, les &#171; cols blancs &#187; se joignent aux travailleurs manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La panique du grand patronat est directement proportionnelle avec l'ampleur du mouvement ; oui, Trotsky a raison : la r&#233;volution fran&#231;aise a commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point, Lebrun, Blum, Thorez, Daladier, Jouhaux, sont d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc enrayer le processus, faire rentrer la gr&#232;ve, faire accepter &#224; la classe ouvri&#232;re qu'elle reprenne la vie quotidienne, respecte la propri&#233;t&#233;, la l&#233;galit&#233;, l'ordre bourgeois. En un mot, c&#233;der quelque chose pour &#233;viter le pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accords Matignon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale de la production fran&#231;aise (anc&#234;tre du C.N.P.F.) n'y va pas par quatre chemins. Vendredi 5 au matin, Alexandre Lambert-Ribot, d&#233;l&#233;gu&#233; g&#233;n&#233;ral du Comit&#233; des Forges, coll&#232;gue de Blum au Conseil d'Etat, le fait pr&#233;venir qu'il souhaite lui parler. Lambert-Ribot d&#233;clare au chef du gouvernement que la C.G.P.F. d&#233;sire que &#171; sans perdre une minute &#187; soit organis&#233;e une rencontre entre repr&#233;sentants des syndicats et ceux du patronat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout va aller tr&#232;s vite. Le 7 juin, &#224; 15 heures, L&#233;on Blum, Jouhaux, Frachon, Belin, Serrat, Cordier, Milain pour la C.G.T. Duchemin, Richemond, Dalbonge, Lambert-Ribot pour la C.G.P.F. s'assoient &#224; la table des n&#233;gociations...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re discussion dure jusqu'&#224; 20 heures. Puis reprend &#224; 23 heures. A 0h40, l' &#171; accord Matignon &#187; est sign&#233; et communiqu&#233; &#224; la presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils ont c&#233;d&#233; sur tous les points &#187;, dira Frachon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Mais pour maintenir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, pour maintenir l'ETAT, pour &#233;viter l'explosion, l'affrontement direct &#224; un niveau sup&#233;rieur entre les masses ouvri&#232;res et le grand capital, le patronat &#171; l&#226;che &#187; en cette journ&#233;e plus qu'en trente ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats sont loin d'&#234;tre n&#233;gligeables :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#233;tablissement imm&#233;diat de contrats collectifs de travail ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;reconnaissance du droit de se syndiquer - majoration des salaires de 7 &#224; 15 %&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications arrach&#233;es n'ont rien de commun avec les formules creuses du programme de Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patronat conc&#232;de des revendications consid&#233;rables pour conserver l'essentiel : la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Les tendances fondamentales du mouvement des masses vont vers l'appropriation des moyens de production. Spontan&#233;es mais confuses, elles trouvent &#231;&#224; et l&#224; une expression plus claire. Les m&#233;tallos sont &#224; l'avant-garde du mouvement. C'est eux qui d&#233;gagent le plus clairement la tendance du mouvement. Un d&#233;l&#233;gu&#233; de Rateau d&#233;clare : &#171; Les camarades sauront bien organiser le travail sans les patrons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers de l'a&#233;ronautique proposent &#224; Cot, ministre de l'Air, de nationaliser les usines d'armement et d'en prendre le contr&#244;le direct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#233;vistes se tournent vers &#171; leurs &#187; ministres du Front populaire en disant : &#171; Nous sommes pr&#234;ts ! Donnez les consignes, les directives, nous agirons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Usines occup&#233;es, grands magasins, banques, compagnies d'assurances, le temple du profit, la Bourse elle-m&#234;me, est menac&#233;e par la gr&#232;ve...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signe de la profondeur de la crise : la police est atteinte dans son &#171; moral &#187;. L'Etat bourgeois dont elle est une composante va-t-il tenir ? Comme toujours en ces cas-l&#224;, elle perd sa superbe, son assurance, sa certitude d'&#234;tre la force, donc le droit. Elle se sent &#171; plus pr&#232;s du peuple &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accords Matignon sont salu&#233;s par la presse des organisations et partis ouvriers comme une formidable victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Humanit&#233; titre : &#171; La victoire est acquise. &#187; Le Populaire &#233;crit : &#171; Victoire ! Victoire ! Les patrons ont capitul&#233; !... Les patrons ? Quels patrons ? Tous ! [...] Victorieux, les ouvriers peuvent reprendre le travail... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8, Jouhaux d&#233;clare &#224; la radio, apr&#232;s avoir analys&#233; la port&#233;e des &#171; accords &#187; : &#171; Dans chaque entreprise la gr&#232;ve doit cesser si le patron d&#233;clare adh&#233;rer &#224; l'accord du 7 juin [...]. La C.G.T. s'est formellement engag&#233;e &#224; favoriser ce processus d'apaisement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs en gr&#232;ve comprennent que ce que le patronat l&#226;che t&#233;moigne de sa peur de perdre beaucoup plus, sinon tout. Mais les accords Matignon sont l'accord de la trahison, le n&#339;ud coulant que l'on veut passer autour de la gorge de la classe ouvri&#232;re pour faire cesser la gr&#232;ve. Les travailleurs en ont l'intuition : ils refusent de cesser la gr&#232;ve, de reprendre le travail, la vie quotidienne de l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement la gr&#232;ve ne cesse pas, mais de nouvelles corporations vont entre le 7 et le 12 juin entrer dans l'action, encourag&#233;es par les accords sign&#233;s &#224; Matignon. Dans le Nord, le Midi, en Afrique du Nord, des centaines de milliers de prol&#233;taires faites passent &#224; l'action, &#171; relevant &#187; ceux qui rentrent dans la r&#233;gion parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la banlieue, les m&#233;tallos ren&#226;clent. Confus&#233;ment, la classe ouvri&#232;re sent qu'elle peut aller plus loin. Le mardi 9 juin, 700 d&#233;l&#233;gu&#233;s des usines en gr&#232;ve se r&#233;unissent salle Mathurin-Moreau. Les dirigeants de la C.G.T. demandent aux travailleurs de se prononcer sur la fin de la gr&#232;ve : les d&#233;l&#233;gu&#233;s interviennent et exigent que toutes leurs revendications - d&#233;passant l'accord de Matignon - soient honor&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;tallos ne reprendront pas le travail : la C.G.T. s'incline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 juin, apr&#232;s avoir enregistr&#233; le refus de, patrons, la C.G.T. fait son compte rendu devant une nouvelle assembl&#233;e de d&#233;l&#233;gu&#233;s : la col&#232;re gronde et les travailleurs commencent &#224; envisager une manifestation de rue...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils d&#233;cident de continuer la gr&#232;ve : la CGT s'incline &#224; nouveau...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11, apr&#232;s de nouvelles n&#233;gociations, o&#249; le patronat recule, nouvelle assembl&#233;e pr&#233;sid&#233;e par Frachon. Malgr&#233; les concessions enregistr&#233;es, les d&#233;l&#233;gu&#233;s exigent au nom de leurs camarades que toutes les traites soient pay&#233;es. Les m&#233;tallos ne c&#232;dent pas, malgr&#233; les appels de Frachon et d'Henaff. Certains d&#233;l&#233;gu&#233;s reprennent les propositions d'organiser une manifestation pour &#171; descendre sur Paris &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12, le patronat c&#232;de sur tous les points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, malgr&#233; les illusions, les incertitudes de la classe ouvri&#232;re, Trotsky a-t-il raison d'&#233;crire : &#171; La r&#233;volution fran&#231;aise a commenc&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez : &#171; Il faut savoir terminer une gr&#232;ve &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis sa fondation en 1921, le parti communiste fran&#231;ais a connu jusqu'en 1934 bien des vicissitudes, Au moment de la scission, il &#233;tait largement majoritaire et comptait plus de 100 000 membres. En revanche, la C.G.T.U., n&#233;e de la scission que l'appareil r&#233;formiste avait impos&#233;e afin le courant r&#233;volutionnaire ne devienne majoritaire, &#233;tait rest&#233;e minoritaire. La politique tour &#224; tour opportuniste, puis sectaire et aventuriste, que l'I.C. stalinis&#233;e devait imposer jusqu'en 1934 au P.C.F. l'avait r&#233;duit &#224; quelque dix &#224; vingt mille adh&#233;rents en 1933, la C.G.T.U. n'&#233;tant plus qu'un squelette. 1934 va voir se modifier cette tendance. Si la grande masse des travailleurs regarde du c&#244;t&#233; de la S.F.I.O., si celle-ci voit cro&#238;tre ses effectifs, si par milliers les ouvriers d'avant-garde y entrent et cherchent &#224; se constituer en courant r&#233;volutionnaire, aux yeux des masses l'U.R.S.S. reste le pays de la r&#233;volution d'Octobre, l'I.C. et le P.C.F. ses repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure o&#249; de 1934 &#224; 1936 s'affirme la marche &#224; la crise r&#233;volutionnaire, les masses et les militants se tournent de plus en plus nombreux vers le parti qui leur semble &#234;tre celui de la r&#233;volution. De 1934 &#224; 1936, le P.C.F. reconstitue son cadre militant. Il reste minoritaire par rapport au P.S., mais ce sont d&#233;j&#224; plusieurs dizaines de milliers de militants qui le rejoignent. Ils vont &#234;tre les cadres organisateurs des couches profondes et d&#233;cisives du prol&#233;tariat en mouvement en juin 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Lefranc, les effectifs du P.S. et du P.C.F. &#233;voluent de la fa&#231;on suivante : &#171; En avril 1936, les effectifs de la S.F.I.O. d&#233;passent ceux de la S.F.I.C. (114 000 contre 106 000). En mai 1936, la S.F.I.O. est distanc&#233; : elle compte 127 000 adh&#233;rents contre 131 000 au parti communiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les mois suivants, la S.F.I.O. atteindra 200 000 adh&#233;rents environ. Au comit&#233; central du 22 f&#233;vrier 1937, la direction du P.C.F. affirme son parti est pass&#233; de 80 000 adh&#233;rents au congr&#232;s de Villeurbanne en janvier 1936 &#224; 220 000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande masse de travailleurs adh&#232;rent &#224; la section fran&#231;aise de la III&#176; Internationale, voyant dans le P.C.F. le parti h&#233;ritier de la r&#233;volution d'Octobre, de L&#233;nine, du combat pour le socialisme. Les masses le chargent de leurs espoirs, de leurs esp&#233;rances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature du P.C.F. n'est pas identique &#224; celle de la S.F.I.O. L'un et l'autre sont des partis ouvriers. bourgeois contre-r&#233;volutionnaires. Mais la S.F.I.O. est directement li&#233;e &#224; sa bourgeoisie, au syst&#232;me imp&#233;rialiste. Le P.C.F. d&#233;pend enti&#232;rement de la bureaucratie du Kremlin : il est un rouage de son appareil international, et c'est par sa m&#233;diation qu'il est li&#233; &#224; l'imp&#233;rialisme au maintien du capitalisme, de l'ordre bourgeois international. Les masses, malgr&#233; sa politique, sentent que ce parti n'est pas identique &#224; la vieille S.F.I.O.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le P.C.F. ne participe pas au gouvernement de L&#233;on Blum, il se borne a le soutenir. Ce qui contribue &#224; le faire appara&#238;tre comme un parti &#171; diff&#233;rent &#187; de la S.F.I.O. pass&#233;e depuis 1914 du c&#244;t&#233; de l'ordre bourgeois avec toute la social-d&#233;mocractie internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en r&#233;alit&#233;, c'est le P.C.F. qui va en 1936 s'opposer le plus f&#233;rocement, le plus directement, et d&#233;j&#224; le plus efficacement, au mouvement des masses, &#224; leurs aspirations r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez prononce en 1936 toute une s&#233;rie de discours au cours desquels il &#171; tend la main aux catholiques et aux Croix-de-Feu &#187;. Le 6 ao&#251;t, il concr&#233;tise au cours d'un discours au gymnase Huyghens ce que cela signifie, il appelle &#224; la &#171; consti&#172;tution du Front des Fran&#231;ais &#187; de Thorez &#224; Paul Reynaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Malheureusement, nos partenaires du Front populaire n'accept&#232;rent pas nos propositions du Front des Fran&#231;ais, et il fallut les retirer &#187;, &#233;crit Jacques Duclos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore Thorez qui m&#232;ne l'offensive, au premier rang, contre le processus r&#233;volutionnaire en cours ; c'est que la pouss&#233;e des masses place les militants du P.C.F. dans les entreprises dans une situation contradictoire : suivre le bureau politique qui freine les gr&#232;ves et les occupations, ou les masses qui combattent et cherchent une direction, et se tournent naturellement vers les militants du P.C.F., consid&#233;r&#233;s comme des militants d'un parti r&#233;volutionnaire. A. Ferrat, ancien dirigeant des J.C., membre du C.C., proteste contre la politique suivie depuis le pacte d'unit&#233; d'action de 1934 et propose au C.C. que le P.C.F. prenne la t&#234;te des mouvements pour d&#233;passer le Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ferrat ne fait qu'exprimer de mani&#232;re assez confuse la position de nombreux militants du rang qui esp&#232;rent que le processus r&#233;volutionnaire engag&#233; par des millions d'ouvriers ira jusqu'&#224; son terme : la prise du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Ferrat est imm&#233;diatement exclu du P.C.F. Thorez, Duclos, Frachon, Gitton, ne badinent pas avec la d&#233;fense de l' &#171; ordre social &#187;, c'est-&#224;-dire l'ordre du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse au c&#233;l&#232;bre article de Marceau Pivert &#171; Tout est possible &#187;, Marcel Gitton &#233;crit dans L'Humanit&#233; du 26 mai : &#171; Tout n'est pas possible [...]. Il n'est nullement question de chambardement ni d'anarchie [...]. Non ! Non ! Marceau Pivert, il n'est pas question pour le gouvernement de demain d' &#034;op&#233;rations chirurgicales&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les positions sont claires, la puissance du mouvement, le d&#233;bordement de la C.G.T. conduisent Maurice Thorez, lors du rassemblement des militants du P.C.F. au gymnase Jean-Jaur&#232;s &#224; Paris, &#224; pr&#233;ciser la politique contre-r&#233;volutionnaire dict&#233;e par Moscou : &#171; Notre but reste le pouvoir des soviets, mais ce n'est pas pour ce soir, ni pour demain matin [...]. Alors, il faut savoir terminer une gr&#232;ve d&#232;s que satisfaction a &#233;t&#233; obtenue. Il faut m&#234;me savoir consentir un compromis si toutes les revendications n'ont pas encore &#233;t&#233; accept&#233;es, mais que l'on a obtenu la victoire sur les plus essentielles des revendications. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenant &#171; en main &#187; les militants qui se laissent aller aux &#171; tendances gauchistes &#187;, Thorez prend l'exemple des m&#233;tallos parisiens. Il jette toute la force du P.C.F., aur&#233;ol&#233; de la gloire du parti de la r&#233;volution victorieuse en U.R.S.S. dans la lutte contre la r&#233;volution montante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain de ce c&#233;l&#232;bre discours, un mot d'ordre, revient dans tous les discours, toutes les interventions des dirigeants du P.C.F. : &#171; Il faut savoir terminer une gr&#232;ve... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offensive contre les masses est men&#233;e par les dirigeants du P.C.F., en liaison avec le gouverne. ment de Front populaire, qui le 12 juin au soir fait saisir &#224; l'imprimerie le journal des trotskystes Lutte ouvri&#232;re qui titre : &#171; Dans les usines et dans les rues, le pouvoir aux ouvriers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 juin, le groupe parlementaire radical fait savoir par Daladier qu'il est &#171; tr&#232;s inquiet &#187; devant les &#233;v&#233;nements. Le gouvernement enregistre, et engage des poursuites contre les dirigeants trotskystes. Salengro affirme que le cas &#233;ch&#233;ant, l'ordre sera maintenu par la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7814&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7814&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En pr&#244;nant la &#034;paix sociale&#034;, l'unit&#233; fran&#231;aise&#034;, les Blum, les Thorez, les Jouhaux, chacun &#224; sa fa&#231;on et tous ensemble, ont d&#233;sarm&#233; la classe ouvri&#232;re. Ils l'ont livr&#233;e, pieds et poings li&#233;s, &#224; un adversaire impatient de prendre sa revanche. (...) le plus n&#233;faste a &#233;t&#233; de faire accroitre aux travailleurs que le gouvernement de Front Populaire &#224; direction socialiste et active participation radicale &#233;tait, en quelque sorte, leur gouvernement. Comme l'a soulign&#233; Trotsky, les ouvriers furent incapables de reconna&#238;tre l'ennemi, car on l'avait d&#233;guis&#233; en ami. leurs chefs entour&#232;rent le pouvoir bourgeois d'un &#233;cran qui dissimula sa v&#233;ritable nature, le rendit m&#233;connaissable, donc invuln&#233;rable. (...) Ce gouvernement providentiel sera, en r&#233;alit&#233;, un gouvernement d&#233;bile. &#201;cartel&#233; entre des masses encore relativement turbulentes (malgr&#233; tous les appels &#224; la &#034;concorde&#034; lanc&#233;s &#224; leur seule adresse) et un patronat d&#233;cid&#233; &#224; sabrer les conqu&#234;tes sociales, il ne disposera d'aucun appui vraiment stable, et il en sera r&#233;duit &#224; pratiquer un perp&#233;tuel jeu de bascule : maintenir le contact avec les masses, tout en freinant leur &#233;lan ; rechercher le soutien des groupes capitalistes les moins r&#233;actionnaires, mais en subissant leurs conditions (...) La retraite op&#233;r&#233;e sous le drapeau du front Populaire s'ach&#232;vera en une &#233;crasante d&#233;faite. Mais, la dialectique des luttes sociales &#233;tant complexe, cette &#233;volution ne sera ni rectiligne ni unilat&#233;rale. Pendant toute une p&#233;riode, la classe ouvri&#232;re continuera, dans une certaine mesure, &#224; aller de l'avant. Elle se d&#233;mystifiera. Elle consolidera son organisation, ses points d'appui, ses syst&#232;mes de solidarit&#233;. elle poursuivra son recrutement, atteignant le chiffre record de cinq millions de syndiqu&#233;s. Elle r&#233;agira avec vigueur contre les coups que lui porteront, tant&#244;t la r&#233;action, tant&#244;t les fascistes. Elle n'h&#233;sitera pas &#224; recourir, en maintes occasions, le plus souvent malgr&#233; ses mauvais bergers, &#224; l'arme de la &#034;gr&#232;ve sur le tas&#034;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre lanc&#233; par Maurice Thorez, le 11 juin, d'en terminer avec les gr&#232;ves n'avait &#233;t&#233; que tr&#232;s incompl&#232;tement suivi. Pendant la seconde quinzaine de juin et tout le mois de juillet, les &#034;gr&#232;ves sur le tas&#034; continu&#232;rent &#224; faire boule de neige. Apr&#232;s l'accalmie du mois d'ao&#251;t, pendant lequel l'application des cong&#233;s pay&#233;s provoqua, pour la premi&#232;re fois, la fermeture de nombreuses entreprises, les &#034;occupations&#034; reprirent de plus belle. (...) le ministre de l'Int&#233;rieur, le socialiste Salengro, avait jur&#233; d'y mettre un terme &#034;par tous les moyens appropri&#233;s&#034;. (...) Le 7 octobre, Blum passa des g&#233;missements aux actes : deux cent cinquante gardiens de la paix forc&#232;rent la porte de la Chocolaterie des Gourmets, rue Violet, &#224; paris, et, apr&#232;s une dure bagarre, en expuls&#232;rent les &#034;occupants&#034;. (...) Au d&#233;but de juin 1937, la crise financi&#232;re s'est aggrav&#233;e (...) ,Blum annonce soudain qu'il d&#233;missionne et passe la main au radical Camille Chautemps. (...) Le 2&#034; d&#233;cembre 1937, &#224; Colombes, la gigantesque usine Goodrich fut occup&#233;e par son tr&#232;s nombreux personnel. (...) Le 30, &#224; l'aube, le camarade Max Dormoy, toujours ministre de l'Int&#233;rieur, fit encercler l'entreprise par six cents gardes mobiles, avec mission de d&#233;loger les gr&#233;vistes. (...) En fin de journ&#233;e, quelque trente mille ouvriers, accourus, entouraient le &#034;fort&#034; Goodrich. (...) les sbires de Dormoy durent battre en retraite. Mais les staliniens de l'Union des Syndicats de la r&#233;gion parisienne, Eug&#232;ne H&#233;naff en t&#234;te, exig&#232;rent, le 9 janvier, le respect d'une sentence arbitrale de compromis, qui &#233;quivalait &#224; une capitulation.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin dans &#034;Le Front Populaire, r&#233;volution manqu&#233;e&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1530&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1530&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1940, la politique capitularde des syndicats&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1360&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1360&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1938&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trahison syndicale de la gr&#232;ve Goodrich&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1326&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1326&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est pr&#233;r&#233;volutionnaire ou pr&#233;contre-r&#233;volutionnaire en France, mais les syndicats n'essaient nullement &#224; la faire basculer vers la lutte prol&#233;tarienne. Les dirigeants syndicaux ont aussi peur d'une nouvelle mont&#233;e vers la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale que les bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7076&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7076&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1939&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La CGTU stalinienne, aux c&#244;t&#233;s du PCF, soutient le pacte germano-sovi&#233;tique. Les militants qui sortaient de la politique d'alliance avec la bourgeoisie nationale au nom de l'anti-fascisme, sont d&#233;moralis&#233;s et d&#233;boussol&#233;s. La bourgeoisie en profite pour r&#233;primer les militants ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3681&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3681&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/09/lt04091939.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/09/lt04091939.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1939&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;PCF et CGT reconnaissent les int&#233;r&#234;ts imp&#233;rialistes de la France aux colonies&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1939/04/barta_vl1.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1939/04/barta_vl1.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1940&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La marche &#224; la guerre et au fascisme ne radicalise pas la CGT vers la gauche. En France, il n'y avait pas de place pour une existence ind&#233;pendante des syndicats staliniens. Ils s'unirent aux soi-disant anarcho-syndicalistes sous la direction de Jouhaux et, comme r&#233;sultat de cette unification, il y eut un d&#233;placement g&#233;n&#233;ral du mouvement syndical, non vers la gauche, mais vers la droite. La direction de la CGT est l'agence la plus directe et la plus ouverte du capitalisme imp&#233;rialiste fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6775&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6775&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie du mouvement syndical passe directement au p&#233;tainisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.le-blog-de-roger-colombier.com/article-la-reunification-de-la-cgt-dans-la-resis-115390183.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.le-blog-de-roger-colombier.com/article-la-reunification-de-la-cgt-dans-la-resis-115390183.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7751&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7751&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1941&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec la guerre et le p&#233;tainisme, la CGT, r&#233;prim&#233;e, passe dans la clandestinit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la rupture du pacte garmano-sovi&#233;tique et la guerre d'Hitler contre l'URSS, les pactes se font entre stalinisme et imp&#233;rialisme occidental et les staliniens peuvent &#224; nouveau marier nationalisme fran&#231;ais et soutien de la bureaucratie du Kremlin (mensong&#232;rement appel&#233; &#171; communisme &#187; ou &#171; soviets &#187;). Les militants ouvriers staliniens, momentan&#233;ment alli&#233;s des nazis, deviennent &#224; nouveau les plus fervents d&#233;fenseurs de la d&#233;mocratie occidentale et de la nation fran&#231;aise, des combattants contre le fascisme, et blabla et blabla&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2993&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2993&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1943&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une partie du mouvement syndical passe &#224; la &#171; r&#233;sistance &#187;, mouvement sous l'&#233;gide du g&#233;n&#233;ral De Gaulle et des imp&#233;rialismes anglo-am&#233;ricain mais aussi du PCF stalinien. La r&#233;sistance n'est absolument pas un mouvement &#224; caract&#232;re de classe prol&#233;tarien mais une alliance de classe affich&#233;e et assum&#233;e au nom du nationalisme et de la lutte anti-fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6675&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6675&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1944&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, elle, fait confiance au PC, au PS et &#224; la CGT et compte sur eux pour arracher &#224; De Gaulle des r&#233;formes substantielles en faveur de la d&#233;mocratie et des travailleurs !&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#034;confiance&#034; g&#233;n&#233;rale cache en r&#233;alit&#233; un conflit in&#233;vitable. En l'absence d'une am&#233;lioration &#233;conomique et diplomatique consid&#233;rable et imm&#233;diate &#8211; ce qui est chose exclue &#8211; que se passera-t-il ? Les travailleurs patienteront sous la pression des organisations social-patriotes, mais ne pourront pas cesser d'exiger des am&#233;liorations constantes, ce qui les poussera de plus en plus loin dans la voie de la lutte anti-capitaliste et pour leur propre pouvoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
En France depuis le pacte Staline-Laval (1935) les chefs staliniens ont gliss&#233; progressivement vers la d&#233;magogie nationaliste. Ayant repris le mot-d'ordre de &#034;la France aux Fran&#231;ais&#034; &#224; l'Action Fran&#231;aise, ils en sont arriv&#233;s &#224; reprendre &#034;la Marseillaise&#034; aux trusts (Duclos) !&lt;br class='autobr' /&gt;
Les chefs staliniens expliquent aux militants de la base que tout cela n'est que de la &#034;tactique&#034;, que l'internationalisme doctrinal est difficile &#224; faire rentrer dans la t&#234;te des masses et qu'en gagnant les masses &#224; eux avec des mots-d'ordre qui &#034;prennent&#034;, ils nous conduiront eux, les chefs, vers le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6937&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6937&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1945&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec le d&#233;barquement alli&#233; (c'est-&#224;-dire la victoire des imp&#233;rialismes anglais et am&#233;ricain sur l'imp&#233;rialisme allemand), le gaullisme alli&#233; &#224; la r&#233;sistance int&#233;rieure c'est-&#224;-dire surtout au stalinisme (politique et syndical), arrive au pouvoir. Les alli&#233;s renoncent &#224; gouverner directement la France comme un pays vaincu (comme Italie et Allemagne) et la consid&#232;rent comme un alli&#233;&#8230; Il s'agit d'&#233;viter tous risques r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens en France. Les staliniens (politiques et syndicaux) sont particuli&#232;rement en charge de ce volet contre-r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; lib&#233;ration &#187; n'est pas celle des prol&#233;taires !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7101&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7616&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7616&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, les gr&#232;ves ouvri&#232;res, c'est seulement contre l'occupant allemand !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i04280767/benoit-frachon-sur-l-entree-de-ministres-cegetistes-au-gouvernement-de-1945&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i04280767/benoit-frachon-sur-l-entree-de-ministres-cegetistes-au-gouvernement-de-1945&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stalinisme est en vainqueur en France et il impose, par l'action du PCF et de la CGT r&#233;unifi&#233;e, aux ouvriers de &#171; retrousser les manches pour reconstruire la France &#187; (c'est la France des capitalistes !). Produire devient un devoir de classe, d&#233;clare la CGT comme le PCF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7101&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT entre au gouvernement capitaliste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i04280767/benoit-frachon-sur-l-entree-de-ministres-cegetistes-au-gouvernement-de-1945&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i04280767/benoit-frachon-sur-l-entree-de-ministres-cegetistes-au-gouvernement-de-1945&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT, police politique anti-ouvri&#232;re dans l'entreprise en 1944-1946&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6938&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6938&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benoit Frachon, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT, est partout sur le front des gr&#232;ves pour lutter CONTRE la lutte de classe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7800&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7800&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frachon n'est que la copie syndicale de Maurice Thorez qui d&#233;clare &#224; Waziers, aux mineurs de charbon, le 21 juillet 1945 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est en 1934, que nous avons propos&#233;, lanc&#233; et fait triompher l'id&#233;e du Front populaire pour la libert&#233;. (&#8230;) Nous avons propos&#233; le Front fran&#231;ais, l'union de tous les Fran&#231;ais. (&#8230;) Les deux cent familles, les trusts (&#8230;) se mirent &#224; saboter l'&#233;conomie nationale, &#224; provoquer les gr&#232;ves comme le rappelait tout &#224; l'heure Martel. C'est vrai que nous seuls, les communistes, avons eu assez d'autorit&#233; pour pouvoir, en juin 1936, mettre en terme aux gr&#232;ves, que nous seuls pouvions avoir assez d'autorit&#233; pour dire, il y a cinq mois : il faut en finir avec jeux de guerre civile (&#8230;) La v&#233;rit&#233; sur 1939 : vous vous souvenez encore de ces journaux, chers camarades : la trahison de Staline, la trahison russe, la trahison des communistes ? (&#8230;) En v&#233;rit&#233;, c'est un traquenard que l'on tendait &#224; l'Union sovi&#233;tique. On pr&#233;tendait engager la guerre, une guerre o&#249; la Pologne devait s'effondrer rapidement, comme ce fut le cas, et ainsi les arm&#233;es hitl&#233;riennes pourraient d&#233;ferler rapidement &#224; travers toute l'Union sovi&#233;tique. L'Arm&#233;e rouge avait &#233;t&#233; mise dans l'impossibilit&#233; de pr&#233;parer sa mobilisation, l'Arm&#233;e rouge &#233;tait dans l'impossibilit&#233; de faire face &#224; l'agression. (&#8230;) De Londres, le g&#233;n&#233;ral De Gaulle lan&#231;ait son appel, organisait les &#171; Forces fran&#231;aises libres &#187;. Nous menions la bataille de la R&#233;sistance &#224; l'int&#233;rieur de notre pays (&#8230;) Aujourd'hui, chers camarades, de graves p&#233;rils nous menacent dans le domaine de la production. On ne le sait pas assez. (&#8230;) Le probl&#232;me d&#233;cisif de l'heure, c'est le probl&#232;me de la production. Vous le savez d&#233;j&#224;, chers camarades, c'est ce qui m'a amen&#233; &#224; Waziers, c'est pourquoi le Bureau politique m'a envoy&#233; vous parler, &#224; vous, les mineurs. J'aborde ici une partie importante de mon rapport, la question du charbon. (&#8230;) Je voudrais &#233;tablir un fait pour montrer l'effort des mineurs. En janvier, la production brute s'&#233;tait &#233;lev&#233;e &#224; 2.700.000 tonnes contre, en 1936, une production mensuelle de 3.400.000 tonnes, c'est-&#224;-dire 80% de la production. (&#8230;) Il est vrai qu'il s'est produit un fl&#233;chissement &#224; partir d'avril, fl&#233;chissement dans la production et fl&#233;chissement dans le rendement. Il y a diverses causes &#224; cela : ravitaillement d&#233;fectueux, manque de v&#234;tements, et en raison d'un m&#233;contentement plus ou moins justifi&#233; contre l'insuffisance de l'&#233;puration. Il y a aussi des gr&#232;ves, tr&#232;s peu justifi&#233;es. (&#8230;) Tout cela entra&#238;ne, dans un m&#233;tier comme le m&#233;tier de mineur, une certaine d&#233;sorganisation. (&#8230;) Il faut donner aux ouvriers mineurs de fond un certain salaire (&#8230;) Le prix &#224; la t&#226;che. On a accord&#233; la possibilit&#233; d'une majoration qui peut aller jusqu'&#224; 60% (&#8230;) L'essentiel est d'obtenir du charbon et, pour obtenir du charbon, il faut payer les sommes fix&#233;es. (&#8230;) Il faut ici, chers camarades, saluer le sacrifice de vos camarades de la m&#233;tallurgie qui viennent de renoncer &#224; leurs vacances pay&#233;es pour vous fabriquer des marteaux-piqueurs. Ce sont les m&#234;mes camarades qui, l'hiver dernier, aux Forges et Ateliers de Meudon, manquant de courant &#233;lectrique dans le jour, avaient demand&#233; et obtenu de leur direction, de travailler la nuit par un froid rigoureux sans suppl&#233;ment de salaire pour pouvoir produire pour vous. (&#8230;) A propos de la coupe &#224; terre, pourquoi ne pas g&#233;n&#233;raliser les 3X8 : deux postes au charbon, le troisi&#232;me au remblai ? (&#8230;) Nous savons que les avis des ouvriers peuvent bien souvent influencer d'une fa&#231;on tr&#232;s favorable les d&#233;cisions des ing&#233;nieurs. Je pense qu'en d&#233;finitive la d&#233;cision reste &#224; l'ing&#233;nieur et qu'une d&#233;cision doit &#234;tre appliqu&#233;e sur l'ordre de l'ing&#233;nieur et qu'une d&#233;cision doit &#234;tre appliqu&#233;e sur l'ordre de l'ing&#233;nieur, autrement il n'y a pas d'autorit&#233; possible, d'exploitation possible. (&#8230;) Il y a d'autres raisons de la crise du charbon sur lesquelles je voudrais m'expliquer aussi ouvertement et aussi franchement. Ce sont celles qui tiennent &#224; l'effort insuffisant des mineurs eux-m&#234;mes, &#224; votre effort &#224; vous. (&#8230;) Il y a des causes de m&#233;contentement, mais ce n'est pas une raison pour ralentir l'effort. Il faut au contraire le d&#233;velopper et briser tous les obstacles. Vous croyez que les camarades de la Loire sont contents quand on leur envoie comme directeur l'ancien directeur &#233;pur&#233; des Mines de Dourges ? Ils ne sont pas contents non plus et vous croyez qu'ils ont dit pour cela : nous faisons la gr&#232;ve ? Non. Martel a eu raison tout &#224; l'heure de stigmatiser de telles attitudes. Ils n'ont pas c&#233;d&#233; au courant public de d&#233;magogie et de vaine popularit&#233;. Comme disait le camarade Staline, nous ne craignons pas les difficult&#233;s, nous sommes faits pour surmonter les difficult&#233;s et nous les surmonterons. (&#8230;) Il y a pas mal d'exemples de mineurs qui pr&#233;tendent ne pas forcer &#224; la production, ne pas pousser &#224; la production et pas seulement parce qu'ils ont crainte de voir baisser les prix &#224; la t&#226;che. (&#8230;) Ils ne veulent pas para&#238;tre pour des macas. (&#8230;) Les macas, chers camarades, c'&#233;taient ceux qui for&#231;aient &#224; la production pour le profit du patron au d&#233;triment de leurs fr&#232;res, les ouvriers mineurs. (&#8230;) Il y a des camarades qui disent : &#171; Mais si je travaille davantage, je donne davantage aux actionnaires puisqu'il reste des actionnaires. &#187; C'est une erreur, chers camarades. (&#8230;) Si vous produisez beaucoup, c'est seulement dans l'int&#233;r&#234;t du pays, et c'est dans votre propre int&#233;r&#234;t. Et puis, je veux revenir sur la question des absences. On parle, on donne beaucoup de raisons, de pr&#233;textes, &#224; ce propos. Je dois vous dire, chers camarades, que je ne suis pas tout &#224; fait convaincu des raisons qu'on donne pour justifier les absences. (&#8230;) On s'absente trop facilement, pour un oui, pour un non et un mineur qui a le go&#251;t de son m&#233;tier sait tr&#232;s bien que tant d'absences entra&#238;nent une d&#233;sorganisation compl&#232;te du travail. Les camarades pr&#233;sents sont les premiers &#224; en souffrir. L'absence est justifi&#233;e ou n'est pas justifi&#233;e. Au lieu de produire, on d&#233;sorganise la production, on fait tort &#224; ses camarades et pour quelle raison ? Parfois pour un oui, pour un non, pour une &#233;gratignure. Je dis que c'est un scandale. Je ne peux pas comprendre, par exemple, que des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la Caisse de secours puissent donner des billets de malade sans journ&#233;e de malade. (&#8230;) Chers camarades, celui qui a le billet de malade sans journ&#233;e de malade, il a aussi son ravitaillement ; il a aussi les litres de vin, il a aussi la viande ; il mange la part de ses camarades. Ce n'est pas possible, on ne peut pas continuer comme cela. Il faut avoir plus de conscience. Je vais vous dire, mes chers camarades, que, dans le bassin de la Loire, la m&#234;me question s'est pos&#233;e pendant l'hiver, quand il y a eu tant de grippes, quand il y a eu tant de difficult&#233;s alimentaires. Le syndicat a r&#233;uni les d&#233;l&#233;gu&#233;s des Caisses de secours et leur a dit : &#171; Epluchez les billets de malade et discutez avec les m&#233;decins &#187; et on leur a dit : &#171; Ces m&#233;decins, pour la plupart, ne sont pas vos amis. Ces m&#233;decins, ils donnent facilement les billets. (&#8230;) Ils poussent &#224; la d&#233;sorganisation. &#187; Il va y avoir des &#233;lections &#224; la Caisse de secours. Le syndicat doit demander que ces questions soient pos&#233;es largement, et dire aux d&#233;l&#233;gu&#233;s des Caisses de secours que vous allez &#233;lire : &#171; Il faut &#234;tre intransigeant ; c'en est fini avec de telles m&#233;thodes, parce que c'est de l'anarchie, un encouragement &#224; la paresse. &#187; Voici un autre cas. On m'a signal&#233; l'autre jour que dans un puits, le puits de l'Escarpelle, une quinzaine de jeunes gens, des galibots, ont demand&#233; de partir &#224; six heures pour aller au bal. Je dis que c'est inadmissible. (&#8230;) Ici, chers camarades, je le dis en toute responsabilit&#233;, au nom du Comit&#233; central, au nom des d&#233;cisions du Congr&#232;s du Parti, je le dis franchement : il est impossible d'approuver la moindre gr&#232;ve, surtout lorsqu'elle &#233;clate comme la semaine derni&#232;re, aux mines de B&#233;thune, en dehors du syndicat et contre le syndicat. On a pris des sanctions. Sur quatre porions, on en a r&#233;int&#233;gr&#233; deux, en les r&#233;trogradant d'ailleurs. (&#8230;) Je le dis tout net : si nous n'appliquons pas les d&#233;cisions de notre propre syndicat (&#8230;) nous allons &#224; l'anarchie, nous faciliterons les provocations contre les mineurs, contre la classe ouvri&#232;re et contre la R&#233;publique. Eh bien ! quelques camarades s'insurgent, ils d&#233;clenchent la gr&#232;ve au n&#176;2 et dans toute la concession, si bien que nous avons perdu 30.000 tonnes de charbon au moins en une p&#233;riode o&#249; le pays a besoin de la moindre gaillette, &#224; l'heure o&#249; nous fermons des usines, &#224; l'heure o&#249;, dans la r&#233;gion parisienne, on arr&#234;te des entreprises faute de charbon et ces ouvriers dont on arr&#234;te les usines apprennent que dans un des trous essentiels du bassin minier du Pas-de-Calais, on fait gr&#232;ve parce que le nez du porion ne revient pas au d&#233;l&#233;gu&#233;. C'est un scandale, c'est une honte, c'est une faute tr&#232;s grave contre le syndicat et l'int&#233;r&#234;t des mineurs. Des sanctions ont &#233;t&#233; prises, peut-&#234;tre pas dans les formes o&#249; elles devaient l'&#234;tre contre le d&#233;l&#233;gu&#233; mineur et son suppl&#233;ant qui avaient couru les autres puits pour d&#233;clencher la gr&#232;ve. Je dis que le mal, ce n'est pas la sanction, le mal c'est que des communistes et des militants du syndicat des mineurs se soient expos&#233;s &#224; de telles sanctions. Et, sous pr&#233;texte que l'on a sanctionn&#233; les d&#233;l&#233;gu&#233; mineur, on recommence la gr&#232;ve jusqu'&#224; jeudi soir et on a eu de la peine hier &#224; faire reprendre le travail, bien que le ministre de la Production ait rapport&#233; la sanction prise par le commissaire r&#233;gional. Ce n'est pas ainsi qu'on travaille pour le pays. (&#8230;) Chers camarades, alors on veut &#224; chaque fois faire la gr&#232;ve pour &#233;purer ou pour soutenir. On pourrait au fond en d&#233;finir le seul but : faire gr&#232;ve, pourvu qu'on ait un pr&#233;texte. (&#8230;) L'autre jour, on m'a parl&#233; d'une gr&#232;ve possible des m&#233;caniciens d'extraction. J'ai beaucoup de sympathie pour la m&#233;canique d'extraction. C'est vraiment un travail qui comporte une lourde responsabilit&#233; et on trouve chez les m&#233;caniciens d'extraction une grande conscience professionnelle. Je pense qu'il faut leur assurer les meilleures conditions de salaire et de travail. Mais, l&#224; encore, pas par la gr&#232;ve. (&#8230;) Je voudrais que ce que nous pensons au Comit&#233; central puisse passer dans la t&#234;te,dans le c&#339;ur de chacun de vous d'abord puis chez tous les mineurs, que produire, produire et encore produire, faire du charbon, c'est aujourd'hui la forme la plus &#233;lev&#233;e de votre devoir de classe, de votre devoir de Fran&#231;ais. (&#8230;) La grande t&#226;che des organisations communistes du Pas-de-Calais, c'est d'aller dans toutes les concessions de B&#233;thune, il faut aller &#224; B&#233;thune, il faut r&#233;unir toutes les sections communistes, discuter avec chaque camarade et amener les d&#233;l&#233;gu&#233;s mineurs &#224; reconna&#238;tre qu'ils ont commis une grande erreur, qu'ils doivent comprendre cette erreur et qu'ils ne doivent plus recommencer cette erreur. (&#8230;) Nous exigerons de chaque camarade le respect des d&#233;cisions du 10e Congr&#232;s du Parti et le 10e Congr&#232;s du Parti a dit : &#171; Il faut produire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1946&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le stalinisme (PCF et CGT), qui participe au pouvoir, m&#232;ne la lutte contre les gr&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3750&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3750&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la gr&#232;ve des postiers, les manifestations de Cherbourg, Nantes, Dijon, etc., les travailleurs entrent en r&#233;bellion ouverte contre l'ancienne direction du mouvement ouvrier, alli&#233;e au gouvernement et au patronat, et essaient de se donner dans l'&#233;preuve de l'action une direction nouvelle. La CGT, li&#233;e au PCF qui participe au gouvernement, est hostile &#224; la gr&#232;ve des postiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4616&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4616&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1947&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats cassent la remont&#233;e des gr&#232;ves. La CGT est le principal syndicat jaune de la p&#233;riode. Elle casse en particulier la grande gr&#232;ve de Renault qui a &#233;clat&#233; en se battant contre le patron et contre la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7595&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7595&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7540&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7540&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;contentement ouvrier est tel que l'appareil syndical peut &#234;tre contest&#233; l&#224; m&#234;me o&#249; il &#233;tait h&#233;g&#233;monique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7532&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7532&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche et les syndicats nous ont servi pendant de longues ann&#233;es le mythe de l'apr&#232;s-deuxi&#232;me guerre mondiale, entour&#233; des noms faussement prestigieux de &#171; Lib&#233;ration &#187;, &#171; R&#233;sistance &#187;, &#171; CNR &#187; notamment, et selon lequel le grand m&#233;rite de ceux-ci serait d'avoir fond&#233; le secteur d'&#233;conomie publique d'Etat sous la houlette des staliniens Maurice Thorez et Marcel Paul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8245&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8245&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1948 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un syndicalisme toujours enlis&#233; entre r&#233;formisme et stalinisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/monatte/works/1948/01/monatte_19480100.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/monatte/works/1948/01/monatte_19480100.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve des mineurs est trahie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1948/12/vdt52_120148.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1948/12/vdt52_120148.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/Gr%C3%A8ve_des_mineurs_de_1948&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://wikirouge.net/Gr%C3%A8ve_des_mineurs_de_1948&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres luttes ouvri&#232;res aussi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8701&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8701&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1949 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au nom de la recherche de l'unit&#233; syndicale, la CGT fait poireauter les luttes ouvri&#232;res&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1949/09/sdr41_091549.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1949/09/sdr41_091549.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT ne propose que des gr&#232;ves de 24 heures&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1949/11/sdr45_112249.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1949/11/sdr45_112249.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul objectif de la CGT est de soutenir la bureaucratie russe&#8230; Depuis la fin de 1947 jusqu'au 4 juin 1952, l'appareil stalinien a utilis&#233; l'&#233;norme potentiel r&#233;volutionnaire accumul&#233; dans les profondeurs du mouvement ouvrier fran&#231;ais pour faire pression sur la bourgeoisie fran&#231;aise qu'il s'effor&#231;ait de d&#233;tacher de l'alliance atlantique. Les mouvements qu'il d&#233;clenchait devaient r&#233;pondre &#224; deux conditions : avoir une puissance suffisante pour &#233;branler la bourgeoisie, &#234;tre limit&#233;s et soigneusement contr&#244;l&#233;s pour ne pas mettre en cause le r&#233;gime capitaliste lui-m&#234;me, pour ne pas risquer que la classe ouvri&#232;re prenne conscience de sa force et d&#233;borde l'appareil. Les gr&#232;ves de novembre-d&#233;cembre 1947 mettront en action, mais par vagues successives &#224; objectifs limit&#233;s et souvent particularis&#233;s, les forces les plus importantes du prol&#233;tariat. La gr&#232;ve des mineurs d'octobre-novembre 1948 sera strictement limit&#233;e &#224; cette corporation ; mais de v&#233;ritables batailles rang&#233;es mettront aux prises, dans les r&#233;gions mini&#232;res, les forces de r&#233;pression, se comptant par dizaines de milliers, et les mineurs. D'autres gr&#232;ves de moindre envergure eurent lieu, en 1950 et 1951. Enfin, le 28 mai 1952, &#224; l'occasion de la prise de commandement du S.H.A.P.E. par le g&#233;n&#233;ral Ridgway, ancien commandant des troupes am&#233;ricaines en Cor&#233;e, le P.C.F., sous l'&#233;gide du &#171; Mouvement de la paix &#187; , mobilisa 50000 militants ouvriers pour une manifestation &#171; dure &#187; . La manifestation pr&#233;sentait un caract&#232;re aventuriste certain. Elle &#233;tait pr&#233;par&#233;e sur la ligne de la guerre froide, qui fait passer &#224; l'int&#233;rieur de la classe ouvri&#232;re une d&#233;limitation selon la division du monde en &#171; blocs &#187; . Elle s'inscrivait dans une politique qui n'ouvrait aucune autre perspective &#224; la classe ouvri&#232;re que de contraindre la bourgeoisie fran&#231;aise &#224; collaborer avec le Kremlin, plut&#244;t qu'avec Washington. Malgr&#233; tout, contre des dizaines de milliers de policiers et de C.R.S., pendant des heures, les manifestants tiendront la rue, au prix de sanglants affrontements. Et le gouvernement ayant arr&#234;t&#233; pour quelques jours Jacques Duclos (sous le pr&#233;texte d'un complot, le &#171; complot du pigeon voyageur &#187; ), la C.G.T. d&#233;clencha le 4 juin une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de protestation &#224; laquelle particip&#232;rent presque exclusivement les militants du P.C.F., et qui souligna l'isolement o&#249; la politique de l'appareil les avait conduits.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;nergie r&#233;volutionnaire dilapid&#233;e au cours de ces quelques ann&#233;es est incalculable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des derniers mois de 1952 et des premiers mois de 1953, la bourgeoisie fran&#231;aise se crut assez forte pour esquisser une offensive contre la classe ouvri&#232;re. Elle proc&#233;da &#224; l'arrestation de militants de la C.G.T. et du P.C.F. : Le L&#233;ap fut incarc&#233;r&#233;, Frachon poursuivi, d'autres encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/just/ddt1/ddt1_7_1.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/just/ddt1/ddt1_7_1.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1952 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La CGT fran&#231;aise ne fait pas campagne pour soutenir les travailleurs violemment r&#233;prim&#233;s de la colonie de Guadeloupe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1137&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1137&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1209&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1209&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1953 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Staline meurt mais pas&#8230; le stalinisme toujours h&#233;g&#233;monique dans la CGT !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve642&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve642&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1953, c'est la tentative du gouvernement de remettre en question les retraites, tentative d&#233;jou&#233;e et cass&#233;e par une gr&#232;ve des fonctionnaires et aussi d'une partie du secteur priv&#233;. Mais la CGT n'est nullement en t&#234;te du radicalisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7649&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7649&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin juillet 1953, ce furent les d&#233;crets Laniel qui portaient atteinte aux r&#233;gimes de maladie et de retraite des fonctionnaires et des travailleurs des services publics. Pr&#232;s de cinq millions de travailleurs r&#233;pliqu&#232;rent par une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale spontan&#233;e, en passant par-dessus les appareils syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'initiative partit de postiers F.O. de Bordeaux. Ils transform&#232;rent un &#171; mouvement de protestation &#187; d&#233;cid&#233; par les syndicats en une gr&#232;ve totale. Ils utilis&#232;rent le central t&#233;l&#233;phonique pour appeler les postiers de la France enti&#232;re &#224; la gr&#232;ve. Ce fut une tra&#238;n&#233;e de poudre. Non seulement les postiers d&#233;bray&#232;rent, mais le gaz, l'&#233;lectricit&#233;, la S.N.C.F., la R.A.T.P., les mineurs, etc... En huit jours, c'&#233;tait la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de tous les services publics et de la fonction publique. A une assembl&#233;e de d&#233;l&#233;gu&#233;s F.O. de la R.A.T.P. un d&#233;l&#233;gu&#233; du d&#233;p&#244;t de Montrouge disait : &#171; Les bus rentraient, impossible de s'y opposer, les gars nous auraient roul&#233; dessus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6540&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6540&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'initia&#172;tive des postiers de Bordeaux qu'a d&#233;marr&#233; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Le 5 ao&#251;t, la F&#233;d&#233;ration postale F.O. lan&#231;ait le mot d'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;&#172;rale illimit&#233;e de la corporation. La f&#233;d&#233;ration C.G.T., elle, appuyait le mouvement, mais sans lancer le mot d'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, bien que ses militants le lui aient demand&#233;. A la R.A.T.P., un premier d&#233;brayage &#233;tait impos&#233; par les travailleurs le vendredi 7 ao&#251;t. Alors que de TOUS les d&#233;p&#244;ts, terminus, ateliers, etc.... depuis le matin 8 heures, l'ordre de gr&#232;ve &#233;tait r&#233;clam&#233; &#224; TOUS les syndicats - le premier qui donnera l'ordre de gr&#232;ve sera suivi par TOUT le personnel - il faudra attendre 11 h 20 pour que, ensemble, ils donnent l'ordre de gr&#232;ve. L'enthousiasme &#233;tait incroyable, bient&#244;t suivi d'amertume et de col&#232;re : l'ordre de gr&#232;ve &#233;tait limit&#233; jusqu'au soir minuit. La gr&#232;ve s'&#233;tendait comme une tra&#238;n&#233;e de poudre : &#233;lectriciens, gaziers, cheminots, travailleurs de la R.A.T.P., etc..., d&#233;brayaient spontan&#233;ment au cours de la journ&#233;e du mardi 11 ao&#251;t ; alors les organisations syndicales, sur proposition de la C.G.T., donn&#232;rent un ordre de gr&#232;ve de 24 heures pour le lendemain mercredi, qu'ils renouvelleront le jeudi, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la phase ascendante du mouvement, l'appareil de la C.G.T. fut, &#224; tous les niveaux, le poids lourd de la gr&#232;ve. Il lui aurait suffi de prendre la t&#234;te, de proposer un programme g&#233;n&#233;ral de la gr&#232;ve, d'appeler partout &#224; la formation de Comit&#233;s de gr&#232;ve, jusqu'au comit&#233; central de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, de donner l'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, d'appeler la gr&#232;ve &#224; prendre possession de la rue, de l'unifier en coulant dans une puissante manifestation de masse toutes les corporations en lutte pour en faire la classe en marche. &#171; Gauchisme ? &#187; Qui ne se rend pas compte de ce que signifient cinq millions de travailleurs se mettant en gr&#232;ve spontan&#233;ment, par leurs propres moyens, n'a jamais particip&#233; &#224; une gr&#232;ve ou est imperm&#233;able &#224; la compr&#233;hension de la lutte des classes. Les revendications mises en avant par les travailleurs eux-m&#234;mes ? Il suffisait, dans la p&#233;riode ascendante du mouvement, de prononcer &#224; une tribune : &#171; A bas Laniel ! &#187;, pour &#234;tre applaudi fr&#233;n&#233;tiquement. En portant atteinte aux r&#233;gimes de maladie et de retraite, le gouvernement fournissait - par une faute de calcul tactique - le mot d'ordre unificateur, commun, qui permettait, apr&#232;s des ann&#233;es de mouvements partiellis&#233;s, le combat &#171; tous ensemble &#187; . Les travailleurs l'utilisaient - &#224; d&#233;faut d'autres, que se refusaient &#224; lancer les directions ouvri&#232;res. Voil&#224; ce que prouvaient la gr&#232;ve et la fa&#231;on dont elle s'&#233;tait r&#233;alis&#233;e. Non seulement la classe ouvri&#232;re &#233;tait pr&#234;te &#224; reprendre toute revendication au niveau le plus &#233;lev&#233;, mais le mouvement en avait besoin pour garder son unit&#233; et cro&#238;tre en puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/just/ddt1/ddt1_7_4.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/just/ddt1/ddt1_7_4.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1956&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;PCF et CGT cautionnent la gauche au pouvoir et celle-ci lance la guerre d'Alg&#233;rie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1551&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1551&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1957&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;PCF et CGT refusent de faire le lien entre lutte ouvri&#232;res en France et lutte anticoloniale du peuple alg&#233;rien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1957/01/ldc5_010857.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1957/01/ldc5_010857.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve des banques de 1957 : la CGT qui ne veut pas de l'extension des gr&#232;ves est d&#233;bord&#233;e par les employ&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/eemans/works/1957/11/eemans_57.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/eemans/works/1957/11/eemans_57.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1958 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;PCF et CGT ne prennent pas clairement parti pour le peuple alg&#233;rien et se laissent faire lors du coup d'&#233;tat des g&#233;n&#233;raux d'Alg&#233;rie puis de celui de De Gaulle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/fln/works/1958/04/pcf.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/fln/works/1958/04/pcf.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De 1958 &#224; 1963&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;, aucune lutte syndicale s&#233;rieuse contre le gaullisme, le stalinisme le pr&#233;sentant comme un &#171; pouvoir fort &#187; que les travailleurs qui s'engageraient contre lui paieraient dans le sang&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/just/synd_1985/sj_syndicat%201985.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/just/synd_1985/sj_syndicat%201985.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1963 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trahison de la gr&#232;ve des mineurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6541&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6541&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1966 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Naissance de l'unit&#233; d'inaction CGT-CFDT&#8230; qui n'a rien &#224; voir avec l'unit&#233; de classe des travailleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7156&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7156&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1968 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1967, s'affirme une reprise massive de la combativit&#233; ouvri&#232;re en France. D'embl&#233;e, le parti stalinien et son appendice syndical la CGT sont en premi&#232;re ligne pour s'opposer r&#233;solu&#172;ment, contrecarrer et saboter ce d&#233;veloppement spontan&#233; des luttes ouvri&#232;res. Ils font tout pour canaliser les d&#233;brayages et les gr&#232;ves &#034;sauvages&#034; dans le cadre des occupations d'usine pour les isoler et emp&#234;cher leur extension, provoquant &#233;galement des affrontements st&#233;riles avec les forces de police venues les d&#233;loger. Conjointe&#172;ment, PCF et CGT organisent des journ&#233;es ville-morte, multiplient des occupations de b&#226;timents publics pour d&#233;fouler la combativit&#233; ouvri&#232;re accumul&#233;e depuis des ann&#233;es. Cepen&#172;dant, d'embl&#233;e ces gr&#232;ves rencontrent une soli&#172;darit&#233; active de la population et tendent &#224; s'&#233;tendre &#224; plusieurs usines d'une m&#234;me ville. Quant &#224; la r&#233;pression polici&#232;re &#224; laquelle elles se heurtent, elle contribue &#224; exacerber la col&#232;re des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 68&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1968, le PCF, fer-de-lance de la contre-r&#233;volution depuis des d&#233;cennies, allait se retrou&#172;ver rapidement face &#224; pr&#232;s de dix millions de gr&#233;vistes (2). Avec son auxiliaire c&#233;g&#233;tiste, c'est lui qui r&#233;agit le plus rapidement, pass&#233;s la surprise et l'affolement g&#233;n&#233;ral de toute la bour&#172;geoisie. Nous ne reviendrons pas sur le d&#233;rou&#172;lement des faits largement repris dans notre presse . Le parti stalinien intervient sans cesse contre la plus grande gr&#232;ve de l'histoire de la classe ouvri&#232;re mondiale pour tenter de l'en&#172;rayer &#224; plusieurs niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le reste de la bourgeoisie, le PCF et la CGT sont d'abord pris de court par la gr&#232;ve sauvage de l'usine Sud-Aviation pr&#232;s de Nantes le matin du 14 mai, suivie le 15 par les chantiers navals de Bordeaux et par le d&#233;brayage spontan&#233; de l'usine Renault-Cl&#233;on pr&#232;s de Rouen qui envoie une d&#233;l&#233;gation pour &#233;tendre la gr&#232;ve dans les autres usines de la R&#233;gie. Le 16, c'est l'usine de Renault-Flins pr&#232;s du Mans qui se met &#224; son tour en gr&#232;ve et une d&#233;l&#233;gation ouvri&#232;re de Cl&#233;on et de Flins pousse &#224; son tour ceux de Billancourt &#224; propager la lutte, atelier par atelier. Cette gr&#232;ve au c&#339;ur de la plus importante concentration ouvri&#232;re du pays et phare pour l'ensemble de la classe ouvri&#232;re, encourage des millions d'ouvriers &#224; se lancer &#224; leur tour dans la lutte. Deux heures plus tard, en accord avec le PCF, pour reprendre le contr&#244;le d'un mouvement ouvrier qui lui &#233;chappe totalement, qui s'est d&#233;clench&#233; contre sa volont&#233; et qu'elle est incapable d'endiguer, la CGT, prenant le train en marche, lance elle-m&#234;me un &#034;appel &#224; la lutte&#034;, bient&#244;t imit&#233;e par les autres syndicats et d&#233;cide de participer &#224; l'occu&#172;pation de Billancourt. Pour les syndicats et le PCF, il s'agit, au nom &#034;de la protection de l'outil de travail&#034; d'instaurer dans les gr&#232;ves ouvri&#232;res un esprit-forteresse. Ce &#034;cordon sanitaire&#034; cor&#172;poratiste, en apparence contre les &#034;provoca&#172;teurs gauchistes&#034; qui auraient &#034;infiltr&#233;&#034; les &#233;tu&#172;diants, visait en r&#233;alit&#233; &#224; permettre aux syndi&#172;cats de reprendre le contr&#244;le de la situation. Ceux-ci mirent en &#339;uvre tout un travail de division, isolant entre eux les diff&#233;rents secteurs de la classe ouvri&#232;re, chacun dans son coin, pour emp&#234;cher celle-ci de se constituer en une force unie qui repr&#233;senterait un danger bien plus important pour la bourgeoisie et serait bien plus difficile &#224; vaincre par cette derni&#232;re. Les ouvriers qui tentaient de briser l'isolement syndical se voyaient d&#233;nonc&#233;s comme &#233;tant des provoca&#172;teurs ext&#233;rieurs &#224; l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans L'Humanit&#233; du 3 mai 68 l'&#233;ditorial de Georges Marchais intitul&#233; &#034;De faux r&#233;volution&#172;naires &#224; d&#233;masquer&#034;, accuse le Mouvement du 22 Mars &#034;dirig&#233; par l'anarchiste allemand Cohn-Bendit&#034; d'aller &#224; l'encontre des int&#233;r&#234;ts de la masse des &#233;tudiants et de favoriser les provoca&#172;tions fascistes. Il d&#233;nonce &#034;leur malfaisante besogne (des &#034;gauchistes&#034;) qui tente de semer le trouble, le doute, le scepticisme parmi les tra&#172;vailleurs et, notamment les jeunes&#034;. Le 23 mai, la CGT approuve la d&#233;cision d'interdiction de s&#233;jour du pouvoir gaulliste prise &#224; l'encontre de Cohn-Bendit. Suite au c&#233;l&#232;bre &#034;non &#224; la chien&#172;lit !&#034;, prononc&#233; par De Gaulle, et apr&#232;s les violences des 24 et 25 mai au Quartier latin, alors que le ministre de l'Int&#233;rieur incrimine &#034;la p&#232;gre qui sort des bas-fonds de Paris dans la rue&#034;, L'Humanit&#233; renvoie le m&#234;me &#233;cho en d&#233;non&#231;ant les agissements de &#034;la lie de la soci&#233;t&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Waldeck Rochet retrouve les accents chau&#172;vins de Thorez lors d'un meeting parisien le 1er juin : &#034;Nous avons dit et nous disons : (...) le drapeau des luttes de la classe ouvri&#232;re, dans le monde moderne, (...) c'est tout &#224; la fois le drapeau rouge du socialisme et le drapeau tricolore de la grande R&#233;volution fran&#231;aise, le drapeau de la nation. (...) Le seul parti r&#233;volu&#172;tionnaire (...), c'est le parti communiste fran&#231;ais servant efficacement les int&#233;r&#234;ts des travailleurs, du peuple et du pays. A l'inverse, les pseudo&#172; r&#233;volutionnaires (...) visent &#224; diviser la classe ouvri&#232;re, &#224; d&#233;figurer le mouvement r&#233;volution&#172;naire et la d&#233;mocratie. Ils font le jeu du pouvoir gaulliste. Nous ne permettrons pas que la gesticulation et l'aventurisme compromettent le succ&#232;s de la lutte pour la d&#233;mocratie et pour le socialisme.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s une entrevue secr&#232;te entre Krasucki, alors num&#233;ro 2 de la CGT et membre du comit&#233; central du PCF, et Chirac, secr&#233;taire d'Etat &#224; l'emploi, les syndicats appellent &#224; l'ouverture de n&#233;gociations avec le patronat que le gouver&#172;nement Pompidou s'empresse d'accepter. Les n&#233;gociations commencent le 25 mai. D&#232;s le premier jour, le leader de la CGT, S&#233;guy et le gouvernement s'entendent en coulisses sur le montant de l'augmentation du salaire minimum garanti qu'ils vont faire semblant de n&#233;gocier. Mais d'entr&#233;e, le patronat, qui ignore cet accord secret, accepte sans tergiverser le montant maximum lanc&#233; par les syndicats. Le 27 au matin, apr&#232;s la signature des accords de Gre&#172;nelle, S&#233;guy confie &#224; un journaliste son soulage&#172;ment : &#034;La reprise ne saurait tarder&#034;. Dans la foul&#233;e, il se rend &#224; l'usine de Billancourt pour pr&#233;senter les accords et appeler &#224; la reprise du travail. Il est copieusement siffl&#233; par les ouvriers pour qui les 10% d'augmentation de salaires promis apparaissent comme une vaste masca-rade. S&#233;guy est contraint de d&#233;savouer les ac&#172;cords qu'il venait de parapher. Partout, les ouvriers refusent la reprise dans ces conditions et le mouvement de gr&#232;ves s'&#233;largit encore. La bourgeoisie devra l&#226;cher d'autres concessions pour pouvoir amorcer une reprise du travail, alors que la CGT pousse aux c&#244;t&#233;s du gouverne&#172;ment &#224; n&#233;gocier les accords secteur par secteur, branche par branche. Apr&#232;s l'annonce de la dissolution de l'Assembl&#233;e nationale le 30 mai, le PCF et la CGT multiplient leurs appels &#224; la reprise pour que les &#233;lections, pr&#233;sent&#233;es comme &#034;un pas de plus vers la victoire des ouvriers&#034;, puissent se tenir. Le PCF et la CGT ont syst&#233;&#172;matiquement recours au mensonge et &#224; l'intimi&#172;dation pour casser la dynamique de la lutte ouvri&#232;re. Ainsi, &#224; la RATP, ils font courir la fausse information d'une reprise dans certains d&#233;p&#244;ts. Et L'Humanit&#233; titre &#224; l'avance dans sa &#034;une&#034; d&#233;but juin : &#034;Forts de leur victoire, des millions de travailleurs reprennent le travail&#034;. Malgr&#233; tous les efforts des staliniens pour faire reprendre le travail rapidement, conjointement avec les violentes &#233;vacuations polici&#232;res des usines, ils ne parviendront &#224; leurs fins qu'apr&#232;s la mi-juin dans la plupart des cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8322&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8322&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;bord&#233;s chez les &#233;tudiants, face &#224; la mont&#233;e spontan&#233;e des gr&#232;ves qu'ils n'ont pas initi&#233;es ni control&#233;es, PCF et CGT choisissent d'en prendre la t&#234;te, quitte &#224; emp&#234;cher les travailleurs d'occuper l'usine en&#8230; fermant les portes pour mieux maitriser la situation et pouvoir faire reprendre le travail quand ils auront fait semblant d'avoir gagn&#233;. La gr&#232;ve est g&#233;n&#233;rale mais jamais la CGT n'appellera formellement &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7053&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7053&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2641&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2641&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3162&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3162&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7975&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7975&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1972 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La CGT approuve la signature du Programme commun de gouvernement par les partis de gauche (communiste, socialiste et mouvement des radicaux de gauche). Depuis plusieurs ann&#233;es, la CGT d&#233;fendait l'id&#233;e de ce programme &#224; l'&#233;laboration duquel elle &#233;tait pr&#234;te &#224; participer, ce que le refus des autres organisations syndicales ne permit pas. Elle devait soutenir ensuite ce programme politique, ali&#233;nant ainsi une part de son autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le cuisant recul de la gauche aux &#233;lec&#172;tions du 30 juin 1968 et le refus oppos&#233; par la FGDS &#224; l'appel du PCF pour une candidature commune de la gauche aux pr&#233;sidentielles de juin 69, le parti stalinien va enfourcher de plus belle son nouveau cheval de bataille : la conqu&#234;te du pouvoir par l'union de la gauche &#224; travers un programme &#034;de d&#233;mocratie avanc&#233;e&#034; qui &#034;ouvre la voie au socialisme &#224; la fran&#231;aise&#034;. Ce cheval de bataille est exclusivement dirig&#233; contre la reprise des combats de la classe ouvri&#232;re &#224; l'&#233;chelle mondiale, dont mai 68 a &#233;t&#233; la premi&#232;re et la plus &#233;clatante manifestation. Il est encou&#172;rag&#233; par les plus de 20% recueillis par Duclos aux pr&#233;sidentielles de 69, alors que l'&#233;chec de la candidature Defferre, qui se traduit par le pire score &#233;lectoral jamais enregistr&#233; par la social-d&#233;mocratie en France, pousse aussi le parti de Mitterrand &#224; adopter une &#034;nouvelle strat&#233;gie&#034; pour ravaler sa fa&#231;ade.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;cembre 1969, c'est la reprise des discus&#172;sions entre le PCF et la FGDS. Au 19e congr&#232;s du PCF en f&#233;vrier 70, est officialis&#233; &#034;l'engage&#172;ment du parti dans la voie du programme commun&#034;. Dans lem&#234;me temps, Georges Mar&#172;chais est promu &#034;secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral adjoint&#034; et prend les r&#234;nes du parti &#224; la faveur de la maladie de Waldeck Rochet. Il sera officiellement intro&#172;nis&#233; au congr&#232;s suivant, en 1972. L'accord de d&#233;sistements r&#233;ciproques aux municipales de juin 1971 entre sociaux-d&#233;mocrates et staliniens permet au PCF de gagner plusieurs municipali&#172;t&#233;s importantes. Le 9 octobre de la m&#234;me ann&#233;e, le &#034;programme&#034; du PCF est publi&#233; sous le titre &#034;Changer de cap, programme pour un gouver&#172;nement d&#233;mocratique d'union populaire&#034; avec en vedette une liste de nationalisations, d&#233;finies comme &#034;l'instrument d&#233;terminant du pro&#172;gramme de changement d&#233;mocratique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti stalinien va d&#233;sormais, &#224; partir de 1970, et pendant toute une d&#233;cennie, avec l'aide de son appendice syndical c&#233;g&#233;tiste, mobiliser massivement les prol&#233;taires avec la mystifica&#172;tion de l'application du &#034;programme commun&#034; et syst&#233;matiquement pi&#233;ger, d&#233;voyer toutes les luttes ouvri&#232;res derri&#232;re la perspective d'un gouvernement de gauche, sur le terrain &#233;lectoral. Ce programme commun de gouvernement est sign&#233; le 27 juin 1972 par les deux grands partis bourgeois de gauche auquel le Mouvement des radicaux de gauche ne tarde pas &#224; se rallier. Lors du comit&#233; central du 29, Marchais s'en f&#233;licite et souligne dans son rapport : &#034;L'essentiel, c'est que le programme commun (...) fournit un point d'appui tr&#232;s positif &#224; un d&#233;veloppement consi&#172;d&#233;rable de l'action unie des travailleurs, (...) permettant de cr&#233;er les conditions les plus favorables pour mettre les masses en mouve&#172;ment sur nos id&#233;es, nos solutions, nos objectifs&#034;. Ainsi, gr&#226;ce au projet en grande partie d&#251; &#224; son initiative, et &#224; sa capacit&#233; &#224; mystifier de cette mani&#232;re la classe ouvri&#232;re, le parti stalinien aura puissamment contribu&#233; &#224; rassurer la classe dominante et &#224; &#233;loigner &#224; nouveau le spectre de la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui, en ressurgissant brusquement en mai 1968, venait de tant ef&#172;frayer l'ensemble de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2020&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2020&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1973 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve des LIP est une gr&#232;ve contre des licenciements et une fermeture d'usine programm&#233;e. Mais, contrairement &#224; de nombreuses gr&#232;ves de ce type, c'est une action auto-organis&#233;e par les salari&#233;s, refusant les limites habituellement impos&#233;es par les centrales syndicales : localisme, l&#233;galisme, d&#233;fensive, divisions, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;but&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 1970, la lutte a dur&#233; jusqu'au milieu de l'ann&#233;e 1976 et mobilis&#233; des dizaines de milliers de personnes &#224; travers la France et l'Europe enti&#232;re, notamment lors de la grande marche Lip du 29 septembre 1973 qui r&#233;unit dans une ville morte plus de 100 000 manifestants. D'autres &#233;l&#233;ments ont &#233;galement particip&#233; &#224; l'ampleur de ce combat ouvrier, comme le mode de gr&#232;ve qui comprend pour la premi&#232;re fois de l'histoire, dans une entreprise, une &#171; auto-organisation &#187; et un d&#233;passement de la loi bourgeoise, les salari&#233;s prenant possession du capital, des machines et des produits fabriqu&#233;s et les ouvriers gr&#233;vistes travaillant &#224; leur propre compte et produisant des montres dans leurs usine, avant de les &#233;couler lors de &#171; ventes sauvages &#187; ; mais aussi &#224; cause de l'aspect politique de l'affaire qui prend un tournant national quand le gouvernement de l'&#233;poque n'a d'autre choix que la mise &#224; mort de l'entreprise afin d'&#233;viter une &#171; flamb&#233;e ouvri&#232;re et syndicale &#187; au niveau national. Il s'agissait d'&#233;viter que se tire une le&#231;on d&#233;terminante : comment lutter contre des licenciements sans s'isoler dans une usine ou sur un site, en mettant toute la classe ouvri&#232;re dans le coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4702&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4702&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1974 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La CGT est d&#233;bord&#233;e par la gr&#232;ve des banques et celle des PTT&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ve des PTT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve des PTT de l'automne 1974 est sans doute l'une des plus importantes dans l'histoire sociale de ce secteur professionnel. D&#233;marr&#233;e dans les centres de tri, elle s'&#233;tend &#224; l'ensemble des services postaux mais aussi des t&#233;l&#233;coms (alors rassembl&#233;s dans un m&#234;me service public, les PTT). Parti le 17&#8200;octobre du centre de tri de gare de Lyon, c'est dans ce type d'&#233;tablissement que la gr&#232;ve, qui va s'&#233;tendre jusqu'au 2 d&#233;cembre, sera suivie avec le plus d'intensit&#233;. Le 23&#8200;octobre, la premi&#232;re manifestation organis&#233;e dans les rues de Paris rassemble pr&#232;s de 10&#8200;000 gr&#233;vistes. Le 15&#8200;novembre, un mois apr&#232;s le lancement des hostilit&#233;s, 91% des personnels des centres de tri sont encore en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e du m&#233;contentement, que traduisent les chiffres des journ&#233;es de gr&#232;ve, se conjugue &#224; l'automne 1974 avec une situation politique particuli&#232;re. Val&#233;ry Giscard d'Estaing est &#233;lu au mois de mai 1974 Pr&#233;sident de la R&#233;publique avec un faible diff&#233;rentiel de voix sur Fran&#231;ois Mitterrand, le candidat de l'union de la gauche. Le programme commun de la gauche a l'appui des syndicats CGT et CFDT. Or les premi&#232;res rumeurs concernant les projets &#034;giscardiens&#034; sur les PTT renvoient des bruits de cr&#233;ation d'un office des postes et t&#233;l&#233;communications. C'est interpr&#233;t&#233; par les agents des PTT comme une privatisation et un d&#233;mant&#232;lement du service public. Depuis plusieurs ann&#233;es ces th&#232;mes agitent la profession, qui craint de perdre un statut, protecteur du ch&#244;mage et garantissant une certaine carri&#232;re. Ces inqui&#233;tudes, se lient aux traditionnelles revendications salariales, que le gouvernement r&#233;sout, &#224; minima, en concluant au niveau de la fonction publique des accords minoritaires avec FO, la FEN et la CFTC, en laissant de c&#244;t&#233; CGT et CFDT. Elles se m&#233;langent aussi avec des conditions de travail et des processus de management archa&#239;ques, face &#224; une population jeune et qui aspire &#224; la reconnaissance professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 octobre 1974, lors d'une semaine d'action syndicale CGT-CFDT, un incident mineur &#224; la suite d'une Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du personnel employ&#233; au tri postal du PLM (Gare de Lyon) provoque la cessation du travail &#034;pour une dur&#233;e illimit&#233;e&#034;, au bureau du PLM, puis en cascade dans tous les Bureaux-gares parisiens, qui sont centres de tri et centres de transit pour l'essentiel des &#233;changes postaux entre Paris et le reste de la France&#8230; Chaque bureau-gare parisien (PLM, gare d'Austerlitz, gare de Paris-Montparnasse, gare Saint-Lazare, gare du Nord, gare de Paris-Est) est en effet &#034;t&#234;te de ligne&#034; des divers services ambulants ferroviaires, qui drainent et trient le courrier de leur zone de &#034;route&#034;. &#192; ces bureaux-gares se rattache Paris-Brune, un centre plus r&#233;cent, traitant essentiellement du courrier d'entreprise et celui de banlieue parisienne D&#232;s le 22 octobre, la gr&#232;ve y est g&#233;n&#233;rale. Elle paralyse le pays progressivement, tant l'&#233;conomie moderne est tributaire des &#233;changes. Tous les secteurs de la Poste, guichets, distribution, Ch&#232;ques postaux suivent le mouvement. Il emporte les services des t&#233;l&#233;communications, les premiers menac&#233;s par une privatisation &#233;ventuelle et le d&#233;mant&#232;lement des PTT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4616&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4616&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ve des banques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/doc_uc/1974/greve_CL.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/doc_uc/1974/greve_CL.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1977-1979 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 1977, il ne s'oppose plus &#224; l'&#233;lection au suffrage universel du Parlement europ&#233;en qu'il avait vivement combattue au nom de la d&#233;fense de la &#034;souverainet&#233; nationale&#034;. Et sur&#172;tout, en mai de la m&#234;me ann&#233;e, il renonce &#224; sa traditionnelle opposition &#034;pacifiste&#034; (en fait au b&#233;n&#233;fice de l'URSS) &#224; l'armement nucl&#233;aire. Mais au fur et &#224; mesure qu'il transige avec le PS et qu'il s'&#233;loigne de la tutelle du bloc russe, il manifeste de plus en plus clairement ses craintes de se faire phagocyter par le PS. Il redoute de subir une usure rapide de cr&#233;dit en cas de participation au gouvernement, alors qu'il ne dispose plus d'une marge de man&#339;uvre et de moyens suffisants pour mener sa propre poli&#172;tique capitaliste d'Etat. Bref, il craint de devenir le dindon de la farce et, une fois au pouvoir, de perdre son emprise sur la classe ouvri&#232;re. C'est pourquoi en prenant l'initiative de la rupture du programme commun en septembre 1977, le PCF r&#233;affirme la sp&#233;cificit&#233; de son programme stalinien et, sous pr&#233;texte de ses d&#233;saccords avec le PS, il se pr&#233;pare &#224; mieux disposer de ses forces dans l'opposition, contre le d&#233;veloppe&#172;ment de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir entra&#238;n&#233; les ouvriers pendant des ann&#233;es et d&#233;voy&#233; leurs luttes derri&#232;re la pers&#172;pective mystificatrice de la gauche au gouverne&#172;ment, le PCF prend l'initiative de la rupture du Programme commun en septembre 1977. A court terme, l'objectif fondamental de cette rupture est pour lui ne pas se faire avaler par le PS et de pr&#233;server la sp&#233;cificit&#233; de son pro&#172;gramme stalinien. Mais cette mise dans l'oppo&#172;sition d&#233;lib&#233;r&#233;e lui permetet aussi de disposer de l'int&#233;gralit&#233; de sa force d'encadrement id&#233;olo&#172;gique contre le d&#233;veloppement de la lutte de classe et de satisfaire ainsi aux int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de la bourgeoisie. C'est donc, en derni&#232;re instance, la raison essentielle de ce changement de strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, face au nouveau d&#233;veloppement de la lutte de classe qui s'amorce &#224; partir de 1978, se traduisant notamment en France par la lutte des sid&#233;rurgistes en 1979, et surtout face au discr&#233;dit croissant et aux tentatives de d&#233;borde&#172;ments de l'appareil d'encadrement syndical dans ces luttes, la bourgeoisie se dispose &#224; mettre en place une nouvelle orientation dans les princi&#172;paux Etats capitalistes occidentaux : le retour de fractions significatives de gauche dans l'oppo&#172;sition pour mieux contrer et contr&#244;ler le d&#233;ve&#172;loppement de cette vague internationale de luttes ouvri&#232;res. Le retour des travaillistes dans l'opposition en Grande-Bretagne en 1979, pre&#172;mi&#232;re manifestation de cette r&#233;orientation, est suivi par le retour dans l'opposition du parti d&#233;mocrate aux Etats-Unis en 1980 et par celui de la social-d&#233;mocratie allemande en 1982. Dans ce cadre, l'arriv&#233;e de la gauche au pouvoir en France en 1981 (entra&#238;nant dans son sillage la participation du PCF au gouvernement) a bien un caract&#232;re &#034;accidentel&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de la p&#233;riode qui suit la rupture du Programme Commun, le PC se raidit et redouble ses attaques contre le gouvernement et le &#034;plan Barre&#034; accus&#233; de &#034;brader et de casser l'&#233;conomie nationale&#034; tout en d&#233;cha&#238;nant tout autant ses harangues contre le PS, d&#233;sormais qualifi&#233; de &#034;fid&#232;le alli&#233; du capitalisme et de l'imp&#233;rialisme&#034;. Le parti stalinien pr&#233;conise d&#233;sormais &#034;l'union &#224; la base&#034; et radicalise son discours. La d&#233;fense inconditionnelle des natio&#172;nalisations rejoint chez lui le nationalisme le plus exacerb&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1978, il lance une grande campagne contre l'&#233;largissement du march&#233; commun et, sous pr&#233;texte de d&#233;fendre une politique d'ind&#233;&#172;pendance nationale, contre une Europe &#224; la fois &#034;pro-atlantiste&#034; et &#034;pan-germanique&#034;, il ne tarde gu&#232;re, face &#224; l'accentuation des plans de licencie&#172;ments, &#224; mettre le paquet pour tenter d'entra&#238;ner les ouvriers sur le terrain hyper-nationaliste. Au nom du &#034;travailler fran&#231;ais&#034;, il organise des actions-commandos contre le minerai &#034;allemand&#034; et exige le refus d'embauche de main-d'oeuvre &#034;&#233;trang&#232;re&#034; (notamment lors de la gr&#232;ve des marins, en novembre 78). Faisant de la suren&#172;ch&#232;re sur les mesures anti-immigr&#233;s adopt&#233;es par le ministre Stoleru, il r&#233;clame carr&#233;ment au gouvernement Giscard &#034;l'arr&#234;t de la politique d'immigration&#034; et pousse aux expulsions d'im&#172;migr&#233;s dans les communes qu'il dirige en r&#233;cla&#172;mant la fixation d'un &#034;quota d'immigr&#233;s&#034;. Le chauvinisme du parti stalinien passe par des campagnes racistes et x&#233;nophobes qui n'ont rien &#224; envier &#224; ce que mettra bient&#244;t en avant &#224; son tour le Front National. Ainsi, plusieurs maires staliniens de la r&#233;gion parisienne prennent des initiatives contre l'augmentation du nombre d'immigr&#233;s dans leur commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 24 d&#233;cembre 1980, les &#233;lus PC de Vitry saccagent &#224; coups de bulldozer un foyer de travailleurs immigr&#233;s maliens et, en f&#233;vrier 1981, le si &#034;d&#233;mocrate&#034; et &#034;d&#233;bonnaire&#034; secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral actuel, Robert Hue organise une mani&#172;festation dans sa commune de Montigny-l&#232;s-Cormeilles pour faire expulser une famille ma&#172;rocaine sur laquelle il a fait courir la fausse rumeur qu'elle se livrait &#224; du trafic de drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette virulente propagande x&#233;nophobe allait dans les ann&#233;es suivantes, pousser nombre de ses militants et de ses &#233;lecteurs, &#034;d&#233;&#231;us par la gauche&#034;, dans les bras du Front National.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la mont&#233;e des luttes, le PC radicalise son discours id&#233;ologique. Pour tenter de mieux du&#172;per la classe ouvri&#232;re, le parti stalinien parle m&#234;me de &#034;R&#233;volution&#034;. C'est d'ailleurs le nom qu'il donne &#224; son nouvel hebdomadaire, produit de la fusion entre La Nouvelle Critique et France Nouvelle, tandis que les Jeunesses Communis&#172;tes publient un manifeste lui aussi intitul&#233; &#034;Vive la R&#233;volution !&#034;. Ne cherchant plus &#224; paralyser les luttes en rabattant les ouvriers uniquement sur le terrain &#233;lectoral, il les encourage en s'ap&#172;pliquant &#224; les saboter pour les faire d&#233;railler. Devant un public d'intellectuels d&#233;but 1980 Marchais explique que &#034;le parti n'a pas chang&#233; mais qu'il a d&#251; s'adapter au d&#233;veloppement des luttes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pousse les ouvriers dans des gr&#232;ves dures, longues, et surtout bien isol&#233;es, ax&#233;es sur la d&#233;fense corporatiste de l'entreprise, comme l'entreprise d'industrie navale Terrin dans la r&#233;gion marseillaise ou la manufacture d'armes Manufrance &#224; Saint-Etienne, dont le maire PC avait pouss&#233; les ouvriers &#224; accepter certains licenciements pour &#034;sauver l'entreprise&#034; (avant d'avaliser sa fermeture d&#233;finitive). Tout cela au nom du &#034;fabriquons fran&#231;ais&#034;, entra&#238;nant les ouvriers &#224; s'identifier avec leur entreprise (le PC et la CGT ne parlent alors que de la lutte &#034;des Terrin&#034;, &#034;des Renault&#034; ou &#034;des Manu&#034;) et &#224; se mobiliser en permanence &#034;contre la casse de l'&#233;conomie nationale&#034; derri&#232;re le mot d'ordre &#034;vivre et travailler au pays&#034;. C'est l'&#233;poque du d&#233;but des vastes plans de restructuration dans les secteurs majeurs de l'&#233;conomie fran&#231;aise regroupant les plus importantes concentra&#172;tions ouvri&#232;res : la sid&#233;rurgie, la construction navale, les mines, le textile. Les annonces de licenciements pleuvent, la combativit&#233; ouvri&#232;re se r&#233;veille et, avec elle, la m&#233;fiance envers les syndicats qui sabotent les tentatives d'exten&#172;sion des luttes. Le PCF pare au plus press&#233; et vole en priorit&#233; au secours du syndicalisme en g&#233;n&#233;ral et de la CGT en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conjointement avec son auxiliaire syndical, le parti stalinien lance tous azimuts sa propa&#172;gande &#034;vivre et travailler au pays&#034;. Contre la tendance grandissante vers l'extension des lut&#172;tes, il multiplie les op&#233;rations &#034;villes mortes&#034; pour enfermer les ouvriers derri&#232;re la d&#233;fense de l'usine, de l'entreprise, de la corporation, de la r&#233;gion, de la nation. A Longwy, &#224; Denain, &#224; Dunkerque, le PC est en premi&#232;re ligne, avec la CGT, au printemps 1979 pour saboter l'exten&#172;sion de la lutte et les tentatives de prise en charge des ouvriers eux-m&#234;mes dans les AG. Il s'af&#172;fronte alors directement aux ouvriers qui tentent de d&#233;border l'appareil d'encadrement syndical. Le 23 mars 1979, lors de la manifestation organis&#233;e &#224; Paris sous la pression des ouvriers, le service d'ordre de la CGT et tous les gros bras staliniens pr&#234;tent main-forte aux forces de po&#172;lice officielles de l'Etat qui chargent violemment et pourchassent jusque dans les trains les sid&#233;&#172;rurgistes, d&#233;non&#231;ant et faisant arr&#234;ter les ouvriers les plus combatifs en les faisant passer pour des &#034;casseurs&#034; et des &#034;autonomes irresponsables&#034;. Le PCF aura rendu un fier service &#224; l'Etat bourgeois en lui permettant ainsi de pratiquer les coupes claires les plus importantes dans les secteurs les plus concentr&#233;s du prol&#233;tariat en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7226&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7226&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1981 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;PCF et CGT militent &#224; fond pour&#8230; Mitterrand !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7150&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7150&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; un soutien confirm&#233; du PCF et de la CGT qui participent au pouvoir, Mitterrand m&#232;ne une politique anti-ouvri&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les deux pr&#233;sidences de Mitterrand, de 1981 &#224; 1995, les attaques n'ont pas manqu&#233; contre la classe ouvri&#232;re. D&#232;s 1982, le gouvernement Mauroy a organis&#233; le blocage des salaires et interdit d'indexer ceux-ci sur le co&#251;t de la vie. Pendant ce temps-l&#224;, l'imp&#244;t sur les b&#233;n&#233;fices des soci&#233;t&#233;s, qui &#233;tait de 50% sous Giscard, passait &#224; 45% en 1986, avant que le gouvernement Jospin-Fabius ne d&#233;cide de le ramener &#224; 33% en 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique men&#233;e par les socialistes sous Mitterrand d&#233;&#231;ut &#224; tel point l'&#233;lectorat populaire que la majorit&#233; &#233;lue en 1981 fut battue aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1986, comme celle issue des urnes apr&#232;s la r&#233;&#233;lection de Mitterrand en 1988 fut lamin&#233;e aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1993. &#192; chaque fois la gauche pr&#233;para le terrain pour un retour de la droite, qui elle-m&#234;me, par son cynisme et sa morgue envers le monde du travail, permit au PS de se refaire une virginit&#233;. C'est ce que les commentateurs appellent &#171; l'alternance &#187;, mais une alternance dans laquelle ce sont toujours les poss&#233;dants qui sont les gagnants, et les classes populaires les perdantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gauche a fait ce que la droite n'avait pas os&#233; : lever le tabou de la privatisation des services publics, en vendant de larges parts de France Telecom et d'Air France, cette derni&#232;re sous l'&#233;gide du ministre communiste Gayssot. Le gouvernement a d'ailleurs franchi une premi&#232;re &#233;tape, en faisant voter par l'assembl&#233;e, en f&#233;vrier 1999, l'ouverture du march&#233; de l'&#233;lectricit&#233;. Le gouvernement Jospin a mis La Poste et la SNCF sur la m&#234;me voie de &#171; l'ouverture du march&#233; &#187; et de la rentabilisation par secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bradage pass&#233; de France Telecom et &#224; venir d'EDF n'&#233;tait pas simplement destin&#233; &#224; donner &#224; des bourgeois fran&#231;ais de nouvelles opportunit&#233;s de profits, il doit aider &#224; faire de ces groupes des g&#233;ants capitalistes mondiaux. EDF, qui r&#233;alise d&#233;j&#224; presque le quart de son chiffre d'affaires &#224; l'&#233;tranger veut faire passer cette part &#224; 50 % d'ici 2004/2005. Pour cela l'entreprise souhaite justement l'ouverture du march&#233; europ&#233;en pour conqu&#233;rir de nouvelles positions &#224; l'ext&#233;rieur et l'ouverture de son capital pour mobiliser des fonds sur les march&#233;s financiers et n&#233;gocier des fusions-acquisitions. Sous la tutelle de la gauche, EDF et GDF n'ont pas attendu leur privatisation pour se lancer dans la sp&#233;culation sur le march&#233; international de l'&#233;nergie. Elles ont mont&#233; leur propre filiale de trading (le m&#233;tier d'Enron, la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine dont la faillite fait actuellement scandale), EDF-trading (en collaboration avec Vivendi) et Gaselys (avec la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale). Mais pour grossir &#224; l'&#233;tranger et devenir des num&#233;ros un mondiaux, ces entreprises doivent bien pr&#233;senter la facture &#224; quelqu'un. Ce sera leurs salari&#233;s, dont les conditions de travail se d&#233;gradent, et les usagers, qui ont vu le gouvernement augmenter plusieurs fois les tarifs du gaz et de l'&#233;lectricit&#233;. L'avenir est programm&#233; : comme France Telecom, EDF et GDF tenteront de plus en plus de se lib&#233;rer des contraintes du service public, au profit de la rentabilit&#233; imm&#233;diate ...aux d&#233;pens des salari&#233;s comme des usagers. Tout en faisant passer au priv&#233; les secteurs les plus rentables du secteur public, il a soumis le reste &#224; une di&#232;te de 5 ans. D&#232;s 1997, il a proclam&#233; le &#171; gel de l'emploi public &#187;. Le plan Jupp&#233; de 1995 a &#233;t&#233; prolong&#233;. Les h&#244;pitaux ont continu&#233; d'&#234;tre rationn&#233;s en effectifs et en moyens. Dans la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 1990, les d&#233;penses du secteur hospitalier avaient augment&#233; de 7 % par an, ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; insuffisant pour suivre le d&#233;veloppement de l'activit&#233;. Mais entre 1995 et 2000, cette augmentation a &#233;t&#233; de 7 % au total ! Un lit sur 15 a &#233;t&#233; supprim&#233; de 1994 &#224; 1999. En 2002, alors que le passage aux 35 heures aurait n&#233;cessit&#233; la cr&#233;ation d'au moins 80 000 postes, le gouvernement n'en promet que 40 000, et les hospitaliers exasp&#233;r&#233;s multiplient les gr&#232;ves. Gel de l'embauche, surcharge de travail, p&#233;nurie de moyens : le m&#234;me traitement a &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; aux transports, &#224; la poste ou encore &#224; l'&#233;ducation nationale. Le gouvernement &#034;de gauche&#034; a continu&#233; d'&#233;tendre la pr&#233;carit&#233; : sur 3,4 millions de salari&#233;s des trois fonctions publiques, il y a aujourd'hui 960 000 non titulaires et plus de 300 000 &#171; contrats aid&#233;s &#187; (CES, emplois-jeunes, contrats de ville&#8230;). De quoi donner envie de voir Jospin go&#251;ter &#224; son tour &#224; la pr&#233;carit&#233; de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche au gouvernement a bien s&#251;r mis en place de nouvelles lois, comme les 35 heures, pris des mesures budg&#233;taires, comme les emplois-jeunes, et avalis&#233; des r&#232;gles nouvelles, comme le PARE imposant aux ch&#244;meurs de nouvelles contraintes pour leur faire accepter n'importe quel travail &#224; n'importe quel prix. Mais si ces mesures ont eu des cons&#233;quences certaines sur les conditions de vie de bon nombre de salari&#233;s, leurs effets r&#233;els sur l'emploi sont, eux, tout &#224; fait incertains. Pour les 35 heures il n'a ainsi jamais &#233;t&#233; vraiment possible d'en &#233;valuer les effets sur l'emploi. Le gouvernement a pr&#233;tendu que l'application de la loi avait permis la cr&#233;ation de plusieurs centaines de milliers de postes. Mais personne n'a jamais pu savoir quelle &#233;tait dans ces chiffres la part des embauches en compensation de la r&#233;duction du temps de travail, et celle de &#171; l'effet d'aubaine &#187;, permettant aux patrons de rafler les cadeaux en mati&#232;re de charges sociales, pour des embauches qu'ils auraient de toutes fa&#231;ons &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; r&#233;aliser. Ce qui est par contre parfaitement palpable (surtout pour ceux qui les touchent), ce sont les milliards sous forme de baisses de charges sociales r&#233;cup&#233;r&#233;es par le patronat au titre de la pr&#233;tendue r&#233;duction du temps de travail. Et c'est aussi que cette loi concoct&#233;e et vot&#233;e par la gauche, a ouvert la porte &#224; une g&#233;n&#233;ralisation de la flexibilit&#233; et dans bien des cas d&#233;t&#233;rior&#233; les conditions de travail des salari&#233;s, en m&#234;me temps que donn&#233; lieu &#224; des r&#233;ductions de salaires ou de primes. Autre certitude, l'application des 35 heures a provoqu&#233; de tr&#232;s nombreux mouvements de gr&#232;ve et protestations &#8211; jusqu'&#224; aujourd'hui &#8211; r&#233;v&#233;lateurs de l'appr&#233;ciation des salari&#233;s concern&#233;s sur les pr&#233;tendus bienfaits de la loi. Quant aux emplois-jeunes, la gauche qui en avait promis 700 000 n'en a r&#233;alis&#233;s sur la l&#233;gislature qu'un peu moins de la moiti&#233;, cr&#233;&#233;s par les seuls secteurs public et associatif. Ces emplois ont certes &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s comme un d&#233;pannage bienvenu par une partie des jeunes concern&#233;s, en fin de scolarit&#233; ou d&#233;j&#224; au ch&#244;mage, ou encore salari&#233;s depuis peu et saisissant l'occasion de changer de patron. Mais ces emplois, sous forme de contrats de cinq ans, financ&#233;s &#224; 80 % par l'Etat, ont inaugur&#233; une nouvelle forme de pr&#233;carit&#233; et de salaire au rabais. Embauch&#233;s dans l'enseignement, dans la police, dans les transports en commun, dans les municipalit&#233;s, etc., les jeunes en question se sont souvent retrouv&#233;s &#224; boucher des trous dans des administrations qui ont ainsi pourvu les postes manquants en les payant en dessous du tarif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augmentation de la pr&#233;carit&#233; et de l'ins&#233;curit&#233; au travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'a &#233;t&#233; fait par ailleurs par le gouvernement de gauche contre la pr&#233;carit&#233; en g&#233;n&#233;ral. Sauf &#224; consid&#233;rer que la disposition de la derni&#232;re loi dite &#171; de modernisation sociale &#187;, passant de 6 % &#224; 10 % la prime de pr&#233;carit&#233; des CDD pour l'aligner sur celle des int&#233;rimaires, puisse constituer une r&#233;elle pression sur les patrons. La progression de la pr&#233;carit&#233; a au contraire accompagn&#233; la cr&#233;ation des nouveaux emplois, avec pour corollaire l'ins&#233;curit&#233; au travail. Entre 1999 et 2000 le nombre d'accidents du travail a ainsi progress&#233; de 4,6 % selon les chiffres du minist&#232;re de l'emploi qui pr&#233;cise que le secteur de l'int&#233;rim est particuli&#232;rement touch&#233; et que la pr&#233;carit&#233; et la flexibilit&#233; des horaires en sont les principales causes. Quant aux licenciements collectifs pour motif dit &#233;conomique, ils se sont mis &#224; grimper &#224; nouveau brutalement avec la rafale des plans sociaux au printemps dernier. En un an, de novembre 2000 &#224; novembre 2001, leur nombre a progress&#233; de 39,8 % pendant que le ch&#244;mage lui progressait de 12,7 %. Pour faire croire qu'il se pr&#233;occupait des licenciements &#233;conomiques, le gouvernement a propos&#233; un dispositif, toujours dans le cadre de cette loi de &#171; modernisation sociale &#187;, suscitant une longue discussion parlementaire. Le texte n'est finalement qu'une collection de dispositions l&#233;gales d&#233;j&#224; existantes et de vagues recommandations. Et de plus la d&#233;finition du licenciement &#233;conomique &#8211; fruit de concessions de Jospin au PCF mais qui ne pouvait tout au plus que permettre de retarder de quelques jours la mise en application des licenciements &#8211; a &#233;t&#233; retoqu&#233;e par le Conseil Constitutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : le point essentiel est que la gauche a fait passer dans le mouvement ouvrier (traduisez avec l'appui de toutes les bureaucraties syndicales) l'id&#233;e de la r&#233;forme... id&#233;e reprise ensuite par Sarkozy et ses successeurs de gauche, de droite et du centre pour casser tous les droits sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve383&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve383&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1984 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de gauche de Mitterrand soutenu par le PCF et la CGT trahit les ouvriers de la sid&#233;rurgie lorraine&#8230; La CGT fait mine de mener des actions spectaculaires pour occuper les gr&#233;vistes de la sid&#233;rurgie mais ne fait aucun pas pour que l'ensemble des travailleurs du pays se sentent concern&#233;s et agissent avec les sid&#233;rurgistes. Le faux radicalisme des syndicats avait pour but de continuer &#224; garder le contr&#244;le de la lutte pour faire en sorte qu'elle ne leur &#233;chappe pas. Les syndicats se sont dit que la classe ouvri&#232;re voulait en jouer et qu'il fallait faire semblant sous peine d'&#234;tre d&#233;barqu&#233;s et que les travailleurs se passent de leurs chefs syndicaux. Mais ce n'&#233;tait qu'une tactique conjoncturelle. On a bien vu ensuite que ces centrales ne s'&#233;taient pas r&#233;ellement radicalis&#233;es et elles ont repris leur train-train de mouvements tournants, de luttes locales, de luttes partielles, de luttes &#233;miett&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1543&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1543&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trahison par PCF et CGT de la gr&#232;ve Talbot, les staliniens soutenant le gouvernement de gauche, entrainera la division durable entre travailleurs fran&#231;ais et immigr&#233;s, ces derniers s'estimant l&#226;ch&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6442&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6442&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1984, dans l'entreprise Talbot, un atelier de 3000 salari&#233;s (sur les 14 000 que comptent l'usine) se met en gr&#232;ve contre des licenciements, c'est la CFDT qui m&#232;ne la lutte. Ce conflit intervient apr&#232;s une s&#233;rie de revers partiels dans ce secteur automobile. Sur le plan local et national, la CGT va se conduire &#224; nouveau en briseur de gr&#232;ve, quant &#224; la direction de la CFDT elle ne fera rien pour briser l'isolement de cette gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une d&#233;faite locale, dans l'isolement, mais qui marque la fin de la combativit&#233; dans ce secteur, le seul o&#249; elle s'&#233;tait maintenue. La d&#233;faite dans l'automobile est aussi importante que celle de la sid&#233;rurgie en 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement annonce d'ailleurs des dizaines de milliers de licenciements dans la sid&#233;rurgie, la direction de Renault programme 20 000 licenciements avant la fin de 86. Il y a peu de r&#233;actions. En 1983, le nombre de ch&#244;meurs atteint les deux millions. Si dans la fonction publique les gr&#232;ves se multiplient entre 1983-84, contre l'aust&#233;rit&#233;, elles ne peuvent inverser la tendance. Le rapport de force est en faveur du gouvernement et du patronat qui ont les mains libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1984, il y a encore des &#233;lections, cette fois pour les Europ&#233;ennes, sur fond de forte abstention. Le Front National fait presque jeu &#233;gal avec le PCF qui recueille 11 % des votes, il a obtenu deux millions de voix. Cette perc&#233;e des fascistes va se confirmer dans les ann&#233;es suivantes. Par son audience et son id&#233;ologie, le FN va tirer tout l'&#233;chiquier &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PS va se lancer dans la surench&#232;re, ainsi lors d'un d&#233;bat &#224; l'assembl&#233;e, G. Dufois se targue d'avoir organis&#233; 12 000 expulsions d'immigr&#233;s clandestins. En mati&#232;re de s&#233;curit&#233; comme de politique de l'immigration, la gauche veut prouver qu'elle peut faire aussi bien que la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabius, pour d&#233;signer la politique qu'il m&#232;ne, parle de &#034;sale boulot&#034;. Mais cette politique, orthodoxie budg&#233;taire et gestionnaire, n'est pas neutre au niveau social. Les milieux gouvernementaux en viennent &#224; pourchasser l'esprit de protestation et de lutte avec lequel la gauche s'identifiait plus ou moins avant 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans le programme de 1981 les socialistes promettent d'accorder le droit de vote aux immigr&#233;s. Une fois au pouvoir, ils r&#233;gularisent 300 000 sans-papiers, mais le ministre de l'Int&#233;rieur, G. Deferre, maintient les contr&#244;les d'identit&#233; (au faci&#232;s) et les expulsions. En 1983, Maire de Marseille, il m&#232;ne campagne et sur ses affiches on peut lire : &#034;La droite, 20 ans d'immigration sauvage. Avec la gauche, enfin un contr&#244;le vigilant dont on mesure les effets.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e du FN est spectaculaire, il passe de 0,1 % aux l&#233;gislatives &#224; 10 % en 1984. En 1986, aux &#233;lections l&#233;gislatives du scrutin proportionnel, le Front confirme son score et entre &#224; l'assembl&#233;e avec une trentaine de d&#233;put&#233;s. Mais cette moyenne cache des r&#233;sultats qui localement sont inqui&#233;tants. Ainsi &#224; Marseille, le FN obtient 24 %, et 22 % dans le d&#233;partement des Bouches-du-Rh&#244;ne. Quelle est la part de d&#233;magogie de la politique Deferre dans cette ascension ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche porte une lourde responsabilit&#233; dans ce retour du fascisme. Sa politique a d&#233;moralis&#233; les salari&#233;s, des r&#233;gions enti&#232;res ont &#233;t&#233; d&#233;sindustrialis&#233;es. Elle a non seulement g&#233;r&#233; le syst&#232;me dans le sens des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie, mais a aussi jou&#233; la carte raciste, &#034;diviser pour mieux r&#233;gner&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre PC des Transports Fiterman l&#226;che les flics de l'Etat contre les gr&#233;vistes de la gare St. Lazare en juin 1984, en les traitant de &#034;provocateurs manipul&#233;s par l'extr&#234;me-droite&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, le PC vote sans h&#233;siter l'augmenta&#172;tion des cr&#233;dits militaires et approuve l'inter&#172;vention fran&#231;aise au Liban et au Tchad. Ce qui n'emp&#234;che nullement que, depuis sa rupture du Programme Commun, on assiste au r&#233;alignement complet du PCF sur la politique imp&#233;rialiste de l'URSS. Ainsi, le PCF avait apport&#233; d&#232;s le d&#233;but son soutien &#224; l'intervention russe en Afghanistan, d'abord avec prudence fin d&#233;cembre 1979, puis tout &#224; fait r&#233;solument &#224; partir de la rencontre entre Marchais et Brejnev &#224; Moscou le 11 janvier 1980. Comme au d&#233;but de la &#034;guerre froide&#034; dans les ann&#233;es cinquante, il se lance dans une vaste campagne &#034;pacifiste&#034; contre le projet d'installation des fus&#233;es Pershing par l'OTAN en Europe occidentale, d'abord en r&#233;activant le vieux &#034;Mouvement pour la Paix&#034;, puis une fois au gouvernement, il est &#224; l'initiative de &#034;l'Appel des Cent&#034; qui lui permet de s'abriter derri&#232;re des &#034;personnalit&#233;s&#034; sans remettre en cause pour autant sa participation active et directe au budget de la &#034;d&#233;fense nationale&#034; (en hausse de 17,6% en 1982) et de voter en 1983 la loi de programmation militaire pour les cinq ans &#224; venir. Cependant, toutes les manifesta&#172;tions anim&#233;es ou soutenues par le PCF d&#233;si-gnent et condamnent unilat&#233;ralement le seul &#034;imp&#233;rialisme am&#233;ricain&#034; comme &#034;fauteur de guerre&#034; et toutes apportent leur soutien &#224; la pseudo-&#034;politique de paix&#034; de l'URSS, y com&#172;pris le d&#233;ploiement des SS-20, &#034;facteur d'&#233;qui&#172;libre dans la coexistence pacifique.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCF d&#233;cide pourtant de quitter le gouver&#172;nement en juillet 1984. La cause fondamentale de ce d&#233;part est que la bourgeoisie a besoin d'une fraction de gauche dans l'opposition pour enca&#172;drer les r&#233;actions de la classe ouvri&#232;re, en par&#172;ticulier &#224; la veille de proc&#233;der &#224; des licenciements massifs au c&#339;ur m&#234;me du bastion majeur et le plus sensible de la classe ouvri&#232;re, les usines Renault et de passer &#224; des &#034;r&#233;formes&#034; d'enver&#172;gure passant par une &#233;norme suppression d'ef&#172;fectifs dans le secteur public (postes, t&#233;l&#233;com&#172;munications, SNCF,...). Cette d&#233;cision m&#251;re&#172;ment r&#233;fl&#233;chie va &#234;tre suivie par des actions &#034;dures&#034; et spectaculaires de la CGT : occupa&#172;tion de l'usine d&#233;saffect&#233;e SKF &#224; Vitry en 1985, entra&#238;nement d'une minorit&#233; d'ouvriers dans des actions-commandos &#224; r&#233;p&#233;tition chez Renault pendant tout l'&#233;t&#233;, notamment en baladant les ouvriers dans les &#034;beaux quartiers&#034; (blocage des Champs-Elys&#233;es lors de l'&#233;t&#233; 1987).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1986-1987 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve des cheminots de l'hiver est lanc&#233;e malgr&#233; l'opposition de la CGT et dirig&#233;e par des assembl&#233;es souveraines, des comit&#233;s de gr&#232;ve et des coordinations&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La remise en cause des syndicats par la base va culminer avec les gr&#232;ves &#224; la SNCF de l'hiver 86, obligeant la bourgeoisie &#224; recourir &#224; des coordi&#172;nations anim&#233;es par des syndicalistes de base et des gauchistes pour r&#233;cup&#233;rer le contr&#244;le de la lutte. Le PC, rel&#233;gu&#233; au second plan, est con&#172;traint de rester prudemment dans l'ombre de la CGT. Celle-ci, pendant les trois premiers jours d'une gr&#232;ve qui, avec une rapidit&#233; foudroyante, avait entra&#238;n&#233; derri&#232;re elle 98% des agents de conduite et en plusieurs endroits d'autres cat&#233;&#172;gories et autres secteurs de la SNCF, s'oppose ouvertement au mouvement. Dans certains d&#233;&#172;p&#244;ts de la r&#233;gion parisienne, elle appelle &#224; la reprise du travail, dans d'autres (Paris-Austerlirz ou Miramas sur le r&#233;seau Sud-Est), elle va jusqu'&#224; organiser des &#034;piquets de travail&#034;. Une fois la lutte enferm&#233;e sur un terrain corporatiste, elle va faire un retour en force en assurant une fausse extension pour &#233;largir la d&#233;faite au sein de la classe ouvri&#232;re. Cependant, au cours de toute cette p&#233;riode, le PCF fait l'exp&#233;rience de l'am&#172;pleur de son discr&#233;dit. Il paie au prix fort ses trois ans de politique antiouvri&#232;re au gouvernement. Cette d&#233;saffection se traduit imm&#233;diatement sur le plan &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les l&#233;gislatives de mars 1986 sont catastro&#172;phiques pour le PC qui passe sous la barre des 10%. On commence &#224; assister au transfert de ses voix vers le FN, notamment dans ses fiefs traditionnels de la &#034;ceinture rouge&#034;. Mais la d&#233;gringolade n'est pas termin&#233;e. Voulant &#233;viter une humiliation personnelle, Marchais fait d&#233;&#172;signer un candidat minable, sans personnalit&#233;, Lajoinie comme candidat aux pr&#233;sidentielles de 1988. La d&#233;faite est cuisante, avec 6,7% des votants, c'est le pire r&#233;sultat jamais enregistr&#233; par le PC, qui aura perdu en 20 ans les 3/4 de son &#233;lectorat. Aux l&#233;gislatives suivantes, il remonte &#224; 11,1%, mais &#233;tant donn&#233; le fort taux d'abstention dans l'&#233;lectorat de gauche, cela ne repr&#233;sente plus que 7,2% des inscrits. M&#234;me s'il se maintient mieux aux &#233;lections municipa&#172;les de 1989, il n'en perd pas moins pr&#232;s de 300 communes (ne g&#233;rant plus que 2,6% des com&#172;munes en m&#233;tropole) et ne conserve notam&#172;ment plus qu'une commune de plus de 100 000 habitants (Le Havre). Ayant du mal &#224; appara&#238;&#172;tre comme force d'opposition cr&#233;dible, le parti de Marchais est pour la premi&#232;re fois de son histoire de parti bourgeois confront&#233; &#224; une crise ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats ont r&#233;ussi &#224; arr&#234;ter la gr&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de trois semaines, la gr&#232;ve n'avait pas encore faibli. Le lundi 5 janvier, apr&#232;s le pont du Premier de l'An, de nombreux cheminots qui avaient &#233;t&#233; en cong&#233; pour quelques jours, rejoignaient de nouveau les gr&#233;vistes, et partout les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales &#233;taient plus nombreuses. Malgr&#233; l'attitude de la FGAAC, poussant ostensiblement &#224; la reprise apr&#232;s les f&#234;tes bien qu'elle n'os&#226;t pas prononcer le mot, le nombre des agents de conduite qui avaient abandonn&#233; &#233;tait infime. De nouvelles n&#233;gociations jeudi 8 janvier n'amen&#232;rent que des miettes qui furent jug&#233;es telles par les gr&#233;vistes, et le soir la gr&#232;ve tenait toujours aussi bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intox &#224; la reprise battait son plein. Celle-ci &#233;tait annonc&#233;e chaque jour. Pourtant chaque jour, c'&#233;tait le m&#234;me pourcentage de trains qui roulaient, pas plus. A partir du vendredi 9, il y eut la pr&#233;tendue mobilisation des usagers, c'est-&#224;-dire des patrons et des partis de droite. Mais tout cela n'impressionna gu&#232;re les gr&#233;vistes, au plus, cela accrut la col&#232;re de quelques-uns.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux qui ont arr&#234;t&#233; la gr&#232;ve, ce sont les syndicats : la CFDT et la CGT, puisque les autres soit n'avaient jamais &#233;t&#233; dans la gr&#232;ve, soit comme la FGAAC l'avait d&#233;j&#224; abandonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manoeuvre pour arr&#234;ter une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; la SNCF alors que les gr&#233;vistes eux-m&#234;mes ne sont nullement pr&#234;ts &#224; abandonner, n'est pas une nouveaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a d&#233;j&#224; vue se r&#233;p&#233;ter en 1968, en 1971, en 1976, bref &#224; chaque fois qu'une gr&#232;ve impliquant des dizaines de milliers de cheminots aux quatre coins du territoire est devenue pesante ou g&#234;nante pour les organisations syndicales. Cette manoeuvre consiste &#224; pousser &#224; la reprise les secteurs les plus faibles au lieu de les conforter en montrant que la grosse majorit&#233; tient ferme. Puis, en se servant de leur exemple, &#224; souffler aux autres que le vent est &#224; la reprise, et ainsi les d&#233;courager et les d&#233;moraliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois-ci, l&#224; encore, c'est la CFDT qui s'est avanc&#233;e la premi&#232;re. D&#232;s la fin des n&#233;gociations jeudi 8 au soir, la F&#233;d&#233;ration faisait savoir que, bien s&#251;r sans se prononcer pour la reprise, elle estimait que les gr&#233;vistes ne pourraient de toute fa&#231;on rien obtenir de plus. A part cela, elle les laissait libres de se prononcer pour ou contre la continuation de la gr&#232;ve. Un peu plus tard, c'est Edmond Maire lui-m&#234;me qui en rajoutait en conseillant ouvertement &#171; l'apaisement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et sur le terrain, les responsables, d&#232;s vendredi, encourageaient plus ou moins discr&#232;tement les premiers secteurs o&#249; la gr&#232;ve &#233;tait minoritaire &#224; reprendre le travail imm&#233;diatement, sans attendre de conna&#238;tre l'opinion de la majorit&#233; des autres secteurs. En fait, dans certains endroits ils encourageaient la minorit&#233; qui votait pour la reprise &#224; reprendre le travail. C'est ainsi qu'une gr&#232;ve est &#233;miett&#233;e, bris&#233;e, et qu'est cr&#233;&#233; le courant pour la reprise. Il est significatif d'ailleurs que les communiqu&#233;s de la F&#233;d&#233;ration ne disaient pas que, le vendredi 9 au soir il y avait toujours 79 d&#233;p&#244;ts sur 94 qui avaient d&#233;cid&#233; de poursuivre le mouvement. Ils disaient que quinze d&#233;p&#244;ts avaient d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter la gr&#232;ve. C'est ainsi qu'on cr&#233;e un climat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT, elle, a tenu plus longtemps. D'abord elle avait plus que la CFDT &#224; se faire pardonner son opposition du d&#233;but de la gr&#232;ve. Et puis, puisque la CFDT lui donnait l'occasion d'appara&#238;tre plus ferme, elle ne devait pas la rater. Elle a donc tenu deux jours de plus en se pronon&#231;ant officiellement pour la continuation. Et puis Edmond Maire ayant abattu ouvertement son jeu, la CGT se d&#233;clara tout &#224; la fois &#171; aux c&#244;t&#233;s de ceux qui ont d&#233;cid&#233; de continuer la lutte et aux c&#244;t&#233;s de ceux qui ont d&#233;cid&#233; de reprendre &#187;. Et voil&#224;. Ce n'est pas encore aujourd'hui que les j&#233;suites de la CFDT pourront donner des le&#231;ons &#224; ceux de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6743&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6743&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1988 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve &#224; la SNECMA d&#233;montre que, sans la mainmise sur les luttes de la CGT et autres appareils syndicaux, les travailleurs sont capables d'organiser la lutte et de l'&#233;tendre d'eux-m&#234;mes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5624&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5624&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1994 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1994 : le g&#233;nocide rwandais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel rapport avec le syndicalisme en France me direz-vous ? Justement, aucun !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France capitaliste organise un g&#233;nocide au Rwanda et le mouvement syndical reste sourd et muet&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les centrales syndicales n'ont jamais estim&#233; de leur r&#244;le de d&#233;noncer les crimes de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, faisant de leur silence une v&#233;ritable complicit&#233;. L'exemple particuli&#232;rement criminel et sanglant d'un pr&#233;sident de gauche avec un gouvernement de droite, armant et organisant une contre-r&#233;volution fasciste en est une illustration particuli&#232;rement scandaleuse. Cela continue bien s&#251;r aujourd'hui avec l'absence de toute d&#233;nonciation de l'intervention militaire des grandes puissances en Ha&#239;ti. Les centrales syndicales dans un pays riche comme la France sont partie int&#233;grante de l'ordre imp&#233;rialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#234;me ann&#233;e, le CIP, ou &#034;SMIC jeune&#034; de Balladur, est renvoy&#233; &#224; la poubelle par la mobilisation de la jeunesse : un mois de manifestations massives dans tout le pays. Les syndicats n'interviennent qu'en ponctuant la mobilisation par des &#034;journ&#233;es&#034; de manifestations massivement suivies. Elles n'ont nullement voulu ce mouvement et n'ont fait que le suivre de loin.... Elles chercheront encore moins &#224; en faire un point d'appui des luttes ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2513&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2513&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1995 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement social de l'automne 1995, que certains ont souvent cru r&#233;duit &#224; la seule gr&#232;ve des transports publics, SNCF et RATP notamment, tr&#232;s visible et fortement m&#233;diatis&#233;, a &#233;galement entrain&#233;, dans le refus du plan Jupp&#233;, le gros secteur de la fonction publique qu'est La Poste. La gr&#232;ve des postiers n'a pas beaucoup &#233;t&#233; remarqu&#233;e ni m&#233;diatis&#233;e. Cependant, avec un taux moyen sup&#233;rieur &#224; 3,5 jours par an et par agent, les chiffres de l'ann&#233;e 1995 se r&#233;v&#232;lent &#234;tre les plus hauts depuis 1974. Ils t&#233;moignent de la forte r&#233;sonance qu'ont, au sein de la profession posti&#232;re, la th&#233;matique des retraites et celle de la S&#233;curit&#233; sociale. Et combien le &#171; tous ensemble &#187; a emport&#233; l'adh&#233;sion, m&#234;me si la reprise impos&#233;e par Bernard Thibaut aux cheminots a &#233;galement entra&#238;n&#233; la reprise des autres secteurs, de la RATP &#224; la Poste. Les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales interprofessionnelles de la gr&#232;ve 1995, m&#234;me si elles n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233;es ensuite, pas plus que la gr&#232;ve interprofessionnelle, ont marqu&#233; le mouvement ouvrier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1995 : les cheminots entra&#238;nent le secteur public et sont arr&#234;t&#233;s par la CGT d&#232;s que le secteur priv&#233; menace d'entrer en lutte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1995, on oublie souvent qu'il y a eu s&#233;par&#233;ment une gr&#232;ve se g&#233;n&#233;ralisant dans le priv&#233; (par exemple Renault, Thomson, SNECMA, Danone, etc..., au printemps 1995) et une gr&#232;ve se g&#233;n&#233;ralisant aussi dans le public en octobre. Les syndicats, apr&#232;s avoir approuv&#233; les mesures pr&#233;vues par Jupp&#233;, ont &#339;uvr&#233; consciemment et efficacement &#224; diviser et affaiblir. Au d&#233;but, elles ne pr&#233;voyaient m&#234;me pas une v&#233;ritable r&#233;action. Par exemple, Jean-Paul Roux, le dirigeant du syndicat ind&#233;pendant l'UNSA, d&#233;clarait : &#034;On ne peut pas faire la gr&#232;ve du si&#232;cle tous les mois, beaucoup de fonctionnaires ne peuvent se permettre de perdre 2 jours de salaire &#224; 6 semaines d'intervalle &#224; l'approche de No&#235;l&#034;. Gr&#226;ce aux syndicats, le gouvernement a pu se contenter d'un petit recul alors qu'il faisait face &#224; une remont&#233;e des luttes sociales. Certains syndicats comme la CGT et FO se sont port&#233;s &#224; la t&#234;te de la lutte des salari&#233;s du public alors qu'ils avaient sign&#233; les projets de r&#233;forme de Jupp&#233; qui s'est suffisamment plaint de leur retournement. Alors que Nicole Notat et la CFDT se rangeaient aux c&#244;t&#233;s du gouvernement Jupp&#233; contre les cheminots et les postiers), en d&#233;cembre 1995, Bernard Thibault avait lui-m&#234;me brad&#233; la gr&#232;ve dont il apparaissait comme le principal leader, en appelant &#224; la reprise, sans consulter aucun gr&#233;viste, d&#232;s la signature d'un accord avec le ministre des transports de l'&#233;poque. Cette gr&#232;ve, de la part des dirigeants de la CGT comme de Marc Blondel qui dirigeait FO, &#233;tait surtout une fa&#231;on de s'imposer comme interlocuteurs au gouvernement Jupp&#233;-Chirac, &#224; qui ils d&#233;montraient, en s'appuyant sur la col&#232;re des cheminots, que ce n'&#233;tait pas en collaborant avec la seule CFDT que l'on pouvait marchander le calme social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cheminots, dont le syst&#232;me de retraite et le statut de l'entreprise, via le projet de contrat de plan, sont remis en cause, occupent une grande place dans le mouvement. La gr&#232;ve de novembre-d&#233;cembre 1995 montre que la gr&#232;ve des cheminots peut gagner, faire reculer un projet antisocial, faire chuter un ministre, en entra&#238;nant les autres secteurs, en organisant des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales interprofessionnelles et en passant dans les autres secteurs les entra&#238;ner &#224; la gr&#232;ve. En sortant du minist&#232;re, Bernard Thibaut secr&#233;taire de la CGT des cheminots annonce, sans consultation des cheminots en gr&#232;ve et sans concertation avec les travailleurs de la RATP qui ont suivi la gr&#232;ve SNCF, que la gr&#232;ve est finie. C'est le d&#233;but d'une politique de trahison ouverte men&#233;e par celui qui va vite devenir le dirigeant de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si 1995 a marqu&#233; une remont&#233;e de la lutte, un recul du gouvernement et une accentuation de la confiance des travailleurs, les travailleurs y sont apparus comme suivants les syndicats nationaux contrairement aux ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes et elle a &#233;t&#233; aussi un tournant vers une plus grande collaboration entre syndicats et gouvernement et avec le patronat qui sera soulign&#233; par le choix que fera la CGT de venir un syndicat qui n&#233;gocie, qui propose, qui est &#034;positif&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Nicole Notat et la CFDT se rangeaient aux c&#244;t&#233;s du gouvernement Jupp&#233; contre les cheminots et les postiers), en d&#233;cembre 1995, Bernard Thibault avait lui-m&#234;me brad&#233; la gr&#232;ve dont il apparaissait comme le principal leader, en appelant &#224; la reprise, sans consulter aucun gr&#233;viste, d&#232;s la signature d'un accord avec le ministre des transports de l'&#233;poque. Cette gr&#232;ve, de la part des dirigeants de la CGT comme de Marc Blondel qui dirigeait FO, &#233;tait surtout une fa&#231;on de s'imposer comme interlocuteurs au gouvernement Jupp&#233;-Chirac, &#224; qui ils d&#233;montraient, en s'appuyant sur la col&#232;re des cheminots, que ce n'&#233;tait pas en collaborant avec la seule CFDT que l'on pouvait marchander le calme social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7491&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7491&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/2580_1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/2580_1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Nouvel Observateur &#187; de d&#233;but d&#233;cembre 2009 &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sarkozy, au moins, il a des c&#8230; Il d&#233;fend l'industrie fran&#231;aise ! (&#8230;) Cet &#233;loge &#233;mane d'un tr&#232;s proche de &#8230; Bernard Thibaut qui, lui-m&#234;me d&#233;clare &#171; Pour Sarko, tous les sujets passent par des relations personnelles. (&#8230;) Souvenez-vous de la gr&#232;ve des cheminots, &#224; l'automne 2007. Le pr&#233;sident Sarkozy d&#233;cide de r&#233;former les r&#233;gimes sp&#233;ciaux de retraite de la SNCF, de la RATP et des &#233;lectriciens-gaziers. Il veut, en 2002, faire passer de 40 &#224; 41 le nombre d'ann&#233;es de cotisations. La gr&#232;ve &#233;clate &#224; la mi-octobre. Pr&#233;vue pour 24 heures, elle dure. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT ne sait pas comment arr&#234;ter ses troupes. (&#8230;) Thibaut dit &#224; Sarkozy : &#171; Donnez moi quatre jours, je vous promets la reprise du travail. &#187; (&#8230;) Le num&#233;ro un de la CGT vient d'entrer d&#233;finitivement dans le clan des r&#233;formistes ! (&#8230;) Plus r&#233;cemment, le choix d'Henri Proglio, le pr&#233;sident de Veolia, pour remplacer Pierre Gadonneix &#224; la t&#234;te d'EDF s'est fait avec l'appui de Bernard Thibaut. (&#8230;) Ce pragmatisme est davantage dans les g&#232;nes de l'autre centrale, la CFDT. (&#8230;) &#171; Le syndicalisme &#224; la &#171; Conti &#187; n'est pas le n&#244;tre &#187;, explique le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. (&#8230;) Depuis quelques temps, on voit souvent Thibaut et Ch&#233;r&#232;que bras dessus, bras dessous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1996 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 23 ao&#251;t 1996, la police &#233;vacuait l'&#201;glise Saint Bernard, d&#233;fon&#231;ant &#224; coups de hache la porte d'entr&#233;e sous'&#339;il des cam&#233;ras pour d&#233;loger des familles qui y campaient depuis plus de 50 jours. Cette journ&#233;e marquera le d&#233;but d'une lutte acharn&#233;e pour obtenir la r&#233;gularisation de tous les sans-papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre &#224; l'initiative ou m&#234;me en soutien, les centrales syndicales ont laiss&#233; les sans-papiers &#171; de Saint-Bernard &#187; mener seuls leur lutte jusqu'&#224; l'occupation du gymnase Japy puis de l'&#233;glise Saint-Bernard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1996-1997, les syndicats mettent la p&#233;dale douce sur les gr&#232;ves&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lesechos.fr/1999/01/en-1997-les-greves-sont-restees-peu-nombreuses-dans-le-prive-et-ont-diminue-dans-la-fonction-publique-761607&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lesechos.fr/1999/01/en-1997-les-greves-sont-restees-peu-nombreuses-dans-le-prive-et-ont-diminue-dans-la-fonction-publique-761607&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1999&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves remontent en 1999. Depuis novembre 1999, se sont trouv&#233;s en gr&#232;ve, entre autres, le personnel hospitalier, celui des grands magasins parisiens, les employ&#233;s des banques, ceux de la Poste, du transport public, du service de nettoyage du m&#233;tro, les journalistes, les pompiers, les agents des imp&#244;ts, les employ&#233;s des caisses d'assurance tout comme les salari&#233;s de Disneyland Paris. M&#234;me les chercheurs, les enseignants et les cadres ont d&#233;bray&#233;. Les gr&#232;ves se dirigent &#224; la fois contre la mani&#232;re dont l'introduction des 35 heures a lieu mais aussi pour appuyer une r&#233;elle r&#233;duction du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les routiers eux ont d'autant plus de raisons de protester vu que le gouvernement a c&#233;d&#233; aux pressions de leurs patrons. Le 10 janvier, les patrons-routiers avaient organis&#233; un barrage routier et avaient ainsi r&#233;ussi &#224; faire passer un d&#233;cret unilat&#233;ral par le ministre des transports Gayssot (PCF) leur garantissant une application taill&#233;e sur mesure de la loi des 35 heures. Les patrons ont, de ce fait, la possibilit&#233; de faire travailler leur personnel pendant 208 heures par mois, ce qui &#233;quivaut &#224; plus de 50 heures par semaine. Ce projet de d&#233;cret renferme &#233;galement une r&#233;glementation tout &#224; fait ridicule en cas de &#171; double &#233;quipage &#187; des conducteurs longue distance et qui fait que le temps du chauffeur qui ne conduit pas n'est pas reconnu comme &#171; temps effectif de travail &#187; car &#233;tant cens&#233; pouvoir &#171; vaquer librement &#224; ses occupations &#187;. Les chauffeurs d&#233;plorent aussi que les acquis de la gr&#232;ve de 1995 en ce qui concerne le salaire et le temps de travail soient r&#233;duits &#224; n&#233;ant cinq ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal L'Express &#233;crivait le 3 f&#233;vrier : &#171; Dans les services publics - transports, poste, etc. - 'l'ambiance 35 heures' est synonyme de tensions nouvelles. L'affaire des routiers en est un symbole. En trois semaines, les m&#234;mes camions ont bloqu&#233; les m&#234;mes routes pour la m&#234;me raison : les 35 heures. Seuls ceux qui tenaient le volant ont chang&#233;. Les 35 heures sont une r&#233;forme populaire qui produit du conflit social. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La complexit&#233; du probl&#232;me ressort tout particuli&#232;rement dans la gr&#232;ve du personnel hospitalier qui cumule toutes les difficult&#233;s : il s'agit l&#224; aussi bien du secteur public que priv&#233;, et l'Etat, en tant d'employeur, a affaire aux secteurs d'activit&#233;s les plus divers. Le 28 janvier avait lieu &#224; Paris la plus importante manifestation que les personnels hospitaliers aient connu ces dix derni&#232;res ann&#233;es et &#224; laquelle ne participaient pas seulement les personnels soignants, mais aussi les m&#233;decins, les urgentistes, les psychiatres, les pharmaciens d'h&#244;pitaux, les agents techniques et d'entretien, tous rassembl&#233;s sous le slogan &#171; Assez de la rigueur - on veut de la sant&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; noter par ailleurs que certains syndicats s'efforcent f&#233;brilement de jouer au mieux, lors de la signature des accords sur le temps de travail, leur r&#244;le de partenaire des entreprises et du gouvernement. La CFDT par exemple est pr&#234;te &#224; d&#233;bourser pr&#232;s de 5 millions de francs dans le lancement d'une campagne d'information sur les 35 heures, en d&#233;pit de l'avis de la secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale, Nicole Notat, que seule une minorit&#233; d&#233;croissante &#233;met encore des r&#233;serves. La moiti&#233; des accords conclus ayant eu lieu dans des entreprises d&#233;pourvues de syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/francais/News/2000/fevrier00/15fev00_35hrsfr.shtml&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/francais/News/2000/fevrier00/15fev00_35hrsfr.shtml&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la gr&#232;ve des cheminots de ce d&#233;but du mois de mai, la politique de collaboration des directions syndicales et du gouvernement pour imposer aux travailleurs, sous couvert de la loi d'am&#233;nagement du temps de travail, cette plus grande flexibilit&#233; que souhaite le patronat, a rencontr&#233; sa plus s&#233;rieuse difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;marr&#233;e le 27 avril &#224; l'appel d'un seul syndicat, corporatiste, la f&#233;d&#233;ration autonome des agents de conduite, la FGAAC, appel rapidement relay&#233; par des militants de tous bords, la gr&#232;ve a dur&#233; plus de dix jours. Elle est certes rest&#233;e minoritaire et cat&#233;gorielle, limit&#233;e essentiellement aux agents de conduite, peu &#233;tendue aux s&#233;dentaires. Mais elle a paralys&#233; une partie du trafic et finalement contraint la direction de la SNCF &#224; prendre la mesure du peu de popularit&#233; de son projet et du peu d'efficacit&#233; des grands appareils syndicaux &#224; le faire passer pour &#034;constructif&#034;. Cette gr&#232;ve aura probablement d'abord surpris les grandes f&#233;d&#233;rations qui s'appr&#234;taient &#224; signer tranquillement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la caract&#233;ristique de cette gr&#232;ve des cheminots, c'est qu'elle n'est pas rest&#233;e la gr&#232;ve cat&#233;gorielle des agents de conduite telle que la FGAAC l'aurait s&#251;rement voulu. Elle n'a certes pas &#233;t&#233; la lame de fond, l'explosion qui bouscule sans peine tous les barrages syndicaux. Loin s'en faut. Elle est rest&#233;e dans la plupart des endroits limit&#233;e aux seuls agents de conduite, et m&#234;me parmi eux, elle est rest&#233;e tout au long du conflit minoritaire. Mais elle a tenu et s'est en partie &#233;tendue alors qu'elle &#233;tait combattue par les plus influentes des f&#233;d&#233;rations syndicales de cheminots, la f&#233;d&#233;ration CGT et la f&#233;d&#233;ration CFDT (dont le responsable s'est illustr&#233; par des propos &#224; la grande presse contre ces &#034;2,5 % de gr&#233;vistes&#034; qui auraient bloqu&#233; l'application d'un bon accord !). Quant au syndicat SUD-Rail qui a fini, avec un temps de retard, par d&#233;poser un pr&#233;avis de gr&#232;ve, par crainte lui aussi de voir sa base partir et lui &#233;chapper, il a tout fait pour que son pr&#233;avis ne soit pas vraiment suivi. Et ce qui a donn&#233;, malgr&#233; toutes ces oppositions, &#224; la gr&#232;ve un dynamisme et une port&#233;e qui d&#233;passaient les intentions et les possibilit&#233;s de la f&#233;d&#233;ration autonome qui l'avait d&#233;clench&#233;e, c'est qu'un peu partout des travailleurs du rang mais surtout des militants et adh&#233;rents de tous les syndicats &#224; commencer par des militants et des sections syndicales enti&#232;res, de la CGT ont saisi l'occasion de l'appel de la FGAAC pour agir et appeler &#224; la gr&#232;ve, contre l'avis de leurs propres f&#233;d&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve, contre les appareils, dont celui de la CGT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve a donc d&#233;marr&#233; et vite pris de l'ampleur. Surtout l&#224; o&#249; des militants se sont mis en avant pour l'organiser. Assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales dans des d&#233;p&#244;ts d'agents de conduite de la banlieue parisienne, mais aussi des r&#233;gions Nord, Picardie, Champagne-Ardenne, Alsace, Lorraine, Normandie, Provence-C&#244;te d'Azur, etc. 19 %, puis 30 %, puis 40 % de gr&#233;vistes, selon la direction, en r&#233;alit&#233; plus de 50 % dans quelques d&#233;p&#244;ts, surtout l&#224; o&#249; localement, la CGT avait appel&#233; &#224; cesser le travail. Quelques secteurs de s&#233;dentaires ont rejoint la lutte comme &#224; Rouen (Mat&#233;riel, Transport et Commercial), &#224; St-Lazare (Transport et Commercial), &#224; Marseille (tous services), etc. Souvent &#224; l'appel des conducteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais partout, se sont vite produites les m&#234;mes sc&#232;nes et les m&#234;mes discussions entre partisans de la gr&#232;ve et certains responsables c&#233;g&#233;tistes oppos&#233;s &#224; celle-ci, servant partout les m&#234;mes phrases et les m&#234;mes arguties, selon lesquelles le d&#233;clenchement du mouvement aurait &#233;t&#233; pr&#233;cipit&#233;, &#224; l'appel d'une FGAAC pr&#233;occup&#233;e surtout de ses int&#233;r&#234;ts corporatistes, qu'il faudrait aux cheminots le temps de comprendre, de d&#233;battre, de se forger leur propre opinion, qu'il faudrait les consulter par un grand r&#233;f&#233;rendum pour lequel la direction avait offert son soutien logistique. En attendant, la gr&#232;ve &#233;tait pr&#233;matur&#233;e, expliquait l'appareil CGT, qui a mis tout son poids, contre une partie de ses propres militants, pour batailler contre elle, faire voter et revoter contre la gr&#232;ve. D'o&#249; la col&#232;re, des discussions vives, des engueulades... qui n'ont pas entam&#233; la d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ultime manoeuvre, tandis qu'entrait en vigueur, mardi 4 mai, le pr&#233;avis d&#233;pos&#233; par SUD-Rail, pour lequel les dirigeants de ce syndicat se gardaient bien de militer dans les chantiers, la f&#233;d&#233;ration CGT d&#233;posait elle aussi un pr&#233;avis de gr&#232;ve, mais &#224; partir du dimanche 9 mai au soir, soit pr&#232;s d'une semaine plus tard, et seulement pour 36 heures, faisant all&#232;grement fi de la gr&#232;ve en cours ! Une partie des responsables CGT qui jusque-l&#224; n'avaient pas os&#233; s'opposer ouvertement &#224; la gr&#232;ve, avaient enfin, vis-&#224;-vis de leurs propres militants, l'argument de poids : forts du pr&#233;avis d&#233;pos&#233; par leur f&#233;d&#233;ration, ils appel&#232;rent &#224; partir du mardi 4 mai &#224; suspendre la gr&#232;ve sous pr&#233;texte qu'elle aurait &#233;t&#233; presque exclusivement celle des agents de conduite et donc corporatiste et qu'il fallait en d&#233;marrer s&#233;rieusement une autre, intercat&#233;gorielle... la semaine suivante, une fois que tout serait fini !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait &#233;tudi&#233; pour permettre &#224; la direction d'organiser &#224; nouveau des rencontres et palabres avec les appareils syndicaux et leur donner quelques broutilles &#224; se mettre sous la dent pour justifier les appels &#224; la reprise. C'&#233;tait destin&#233; &#224; d&#233;courager les gr&#233;vistes, tuer le mouvement et se pr&#233;parer &#224; aller tranquillement vers cette grande consultation pr&#233;tendument d&#233;mocratique qui pourrait avoir lieu &#224; la fin mai. On ne sait pas si, au bout du compte, la CGT signera ou pas, mais il reste surtout qu'elle a mis tout son poids pour faire passer pour globalement positif un catalogue de mesures contre les cheminots, et tout son poids pour emp&#234;cher la gr&#232;ve contre ces mesures, gr&#232;ve o&#249; pourtant ses propres militants s'&#233;taient engag&#233;s. Le r&#233;f&#233;rendum, pourtant, a eu lieu : c'est cette gr&#232;ve de dix jours qui a tenu malgr&#233; l'opposition au mouvement des plus influentes des directions syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi 5 mai, le mouvement commen&#231;ait &#224; faiblir. Ou plus exactement il &#233;tait de bon ton de le dire dans les milieux syndicaux qui lui &#233;taient hostiles. Voire d'en rajouter. Car &#224; Marseille, par exemple, s'il est vrai que des cheminots gr&#233;vistes avaient &#034;suspendu&#034; leur gr&#232;ve &#224; l'appel de la CGT, il restait malgr&#233; tout 60 % des roulants en lutte, et 80 % &#224; Miramas. Dans la soir&#233;e, les directions syndicales qui avaient cru jusque-l&#224; l'affaire ficel&#233;e, grima&#231;aient devant les petites concessions que Gallois venait de faire aux gr&#233;vistes. Et le jeudi 6 mai s'amor&#231;ait la reprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Belles manoeuvres des f&#233;d&#233;rations CGT et CFDT, la main dans la main comme Thibault et Notat &#224; leurs congr&#232;s respectifs, pour tenter de sauver la mise du gouvernement de la gauche plurielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la direction de la SNCF, avec &#224; la rescousse celles des centrales syndicales, n'est pas au bout de ses peines pour faire avaler aux cheminots la r&#233;organisation du temps de travail, sans compter la r&#233;forme du syst&#232;me des retraites, qu'elle leur concocte. Une &#233;ventuelle signature du projet d'accord, que les concessions de derni&#232;re minute faites pour enrayer la gr&#232;ve n'ont pas chang&#233; sur le fond, pourrait co&#251;ter cher &#224; la direction de la CGT cheminote. Et le conflit pourrait bien rebondir, pas seulement chez les conducteurs, mais aussi chez les autres roulants ou chez les s&#233;dentaires lorsque tomberont les mesures concr&#232;tes pr&#233;vues dans le projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Si j'&#233;tais cheminot, je ne me mettrais pas gr&#232;ve...&#034; c'est le dirigeant du PC qui vous le dit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2092&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2092&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 46e congr&#232;s de la CGT a &#233;t&#233; l'occasion de faire des gestes en direction du patronat. Ce n'&#233;taient pas les premiers. Le congr&#232;s pr&#233;c&#233;dent avait ent&#233;rin&#233; la suppression des statuts de la CGT de toute r&#233;f&#233;rence &#224; la lutte de classe. Il ne s'agissait plus, il est vrai, que d'une r&#233;f&#233;rence toute formelle, mais les symboles servent &#224; annoncer la couleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e, inesp&#233;r&#233;e, au gouvernement de la &#171; gauche plurielle &#187; en 1997 s'est r&#233;v&#233;l&#233;e une occasion pour la CGT de tenter de rattraper le temps perdu. Qu'attendent le patronat et le gouvernement de la CGT dans la p&#233;riode qui vient ? Des engagements dans des directions toutes balis&#233;es : l'annualisation et la flexibilit&#233;, la mise au rancart des conventions collectives, l'extension du travail pr&#233;caire dans la fonction publique apr&#232;s sa g&#233;n&#233;ralisation dans le secteur priv&#233;, les privatisations &#224; tout va, la diminution des retraites et l'institutionnalisation des fonds de pension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'annualisation et la flexibilit&#233;, la CGT a d&#233;j&#224; multipli&#233; les gages, en ayant sign&#233; &#224; ce jour plus de 20 % des accords. Au congr&#232;s, Maryse Dumas comme Bernard Thibault ont &#233;voqu&#233; les &#171; propositions &#187; de la CGT concernant la r&#233;daction de la future loi sur les 35 heures, en se gardant de s'opposer &#224; l'annualisation &#8211; Maryse Dumas tenant m&#234;me &#224; s'incliner devant le fait accompli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la Fonction publique, Christian Laroze, secr&#233;taire de la f&#233;d&#233;ration CGT du Textile, a annonc&#233; de la tribune du congr&#232;s (cit&#233; par Le Monde du 6 f&#233;vrier) les intentions de la CGT : &#171; les salari&#233;s du public vont bient&#244;t d&#233;couvrir, avec les 35 heures, la flexibilit&#233; intense telle qu'on la subit, dans l'industrie, depuis dix ans. (...) Pendant qu'ils g&#233;raient les &#233;volutions de carri&#232;re et les augmentations salariales, nous subissions, nous, les licenciements massifs et les d&#233;localisations. Aujourd'hui, ils esp&#232;rent avoir les 35 heures sans perte de salaire et sans flexibilit&#233;. Faut pas r&#234;ver ! &#187; Voil&#224; le gouvernement pr&#233;venu lorsqu'il d&#233;cidera d'engager les batailles d&#233;j&#224; annonc&#233;es par la publication du rapport sur le temps de travail dans la Fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ligne de mire, la question du mode de calcul de la retraite des fonctionnaires et le d&#233;gagement des capitaux consid&#233;rables repr&#233;sent&#233;s par ces retraites actuellement g&#233;r&#233;es par la Caisse des d&#233;p&#244;ts et consignations. Mais, l&#224;-dessus, les d&#233;clarations de Viannet sur les fonds de pension valent pratiquement engagement de la part de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.convergencesrevolutionnaires.org/46eme-congres-de-la-CGT-offres-de-services?archive=1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.convergencesrevolutionnaires.org/46eme-congres-de-la-CGT-offres-de-services?archive=1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2000&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ves &#224; la poste, aux imp&#244;ts, dans les h&#244;pitaux (manifestations r&#233;ussies dans tout le pays le 28 janvier), mobilisation impressionnante des instituteurs, professeurs et parents d'&#233;l&#232;ves dans le midi (12 000 manifestants &#224; Montpellier, 15 000 &#224; N&#238;mes), mais aussi en Bretagne, en Auvergne, en Normandie... Gr&#232;ves &#224; la S&#233;curit&#233; sociale et aux caisses d'allocations familiales. Tout cela pour ne parler que des mouvements dans la fonction publique de ces derni&#232;res semaines. Partout, les m&#234;mes probl&#232;mes d'effectifs, les m&#234;mes revendications : cr&#233;ations de postes d'enseignants, d'hospitaliers, de postiers, refus du gel des effectifs, embauche des pr&#233;caires. En r&#233;alit&#233;, cela fait des mois que les gr&#232;ves et manifestations se succ&#232;dent en ordre dispers&#233; dans le secteur public comme priv&#233; sur la question des 35 heures, des licenciements ou du manque d'effectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rents mouvements, m&#234;me isol&#233;s, sectoriels, sont populaires. La jonction des parents d'&#233;l&#232;ves aux enseignants (qui avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; notable lors des mouvements de l'an dernier), simple exemple, t&#233;moigne du caract&#232;re g&#233;n&#233;ral du m&#233;contentement, du sentiment de solidarit&#233; au sein du monde du travail. En d&#233;pit de l'&#233;miettement des mouvements, il est remarquable que les diff&#233;rentes luttes qui se relaient n'aient aucun caract&#232;re corporatiste. Chacun se reconna&#238;t dans le chauffeur routier tenant un barrage, dans l'instit qui conteste la carte scolaire, l'infirmi&#232;re, l'aide-soignante ou le brancardier qui manifestent, l'employ&#233;e de la S&#233;cu d&#233;bord&#233;e, le pompier en col&#232;re, et m&#234;me l'employ&#233; des imp&#244;ts qui proteste contre la fermeture des petites perceptions ! Rarement les salari&#233;s de ce pays ont eu &#224; ce point le sentiment d'&#234;tre confront&#233;s aux m&#234;mes probl&#232;mes, au m&#234;me scandale social qui veut que les entreprises qui font des b&#233;n&#233;fices licencient et que le gouvernement &#171; g&#232;le &#187; les effectifs des services publics tout en parlant de croissance et de retour &#224; la prosp&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la conscience sociale, ni m&#234;me politique qui manque aujourd'hui aux salari&#233;s. La combativit&#233; ? Les travailleurs n'h&#233;sitent pas &#224; r&#233;pondre pr&#233;sents aux appels syndicaux, quand appels il y a, parfois au-del&#224; des esp&#233;rances des appareils nationaux (comme chez les instits, profs des coll&#232;ges, de l'enseignement professionnel et les parents d'&#233;l&#232;ves du Gard et de l'H&#233;rault ces derniers jours).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas non plus l'unit&#233; syndicale qui fait d&#233;faut. Oh non ! Les directions des conf&#233;d&#233;rations entretiennent aujourd'hui des rapports parfaitement cordiaux. Elles se concertent, elles s'accordent. La question est de savoir sur quoi. Elles ne s'accordent pas sur une strat&#233;gie syndicale visant &#224; coordonner les diff&#233;rentes luttes en vue d'un mouvement d'ensemble. Surtout pas. Les mouvements existants, elles les accompagnent, les chevauchent, mais s'accordent tacitement pour ne surtout pas les coordonner. En revanche, elles s'entendent parfaitement sur un programme et un calendrier de n&#233;gociations avec le Medef sur &#171; l'approfondissement de la n&#233;gociation collective &#187; et l'avenir de la protection sociale, et avec le gouvernement sur l'application des 35 heures dans la fonction publique, en attendant les n&#233;gociations sur les retraites. Le plan, la strat&#233;gie des conf&#233;d&#233;rations syndicales, ce sont le Medef et Martine Aubry qui pour l'heure les leur dictent. Le Medef par son coup d'&#233;clat en mena&#231;ant de quitter les organismes g&#233;r&#233;s paritairement (S&#233;cu, Unedic...) d'ici la fin de l'ann&#233;e ; Martine Aubry en d&#233;cidant du calendrier de n&#233;gociation d'une &#171; loi cadre &#187; sur la r&#233;duction du temps de temps travail dans la fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemple : apr&#232;s le succ&#232;s de la manifestation du personnel des h&#244;pitaux du 28 janvier (10 000 &#224; Paris, 7000 &#224; Toulouse, 6000 &#224; Marseille, 3000 &#224; Lyon, 7000 &#224; Rennes, etc.), toutes les conditions &#233;taient r&#233;unies pour que les f&#233;d&#233;rations appellent &#224; la poursuite de la mobilisation, &#224; la coordination des gr&#232;ves touchant bon nombre de grands h&#244;pitaux un peu partout dans le pays, en chiffrant &#224; l'&#233;chelle nationale le nombre de cr&#233;ations de postes indispensables pour permettre non seulement un passage r&#233;el aux 35 heures mais combler le manque actuel d'effectifs (combien d'embauches d'infirmi&#232;res, d'aide-soignantes, de brancardiers, de personnels d'entretien... 50 000, 60 000, 100 000 ?). Tout le monde conna&#238;t l'&#233;tat des services d'urgences, de g&#233;riatrie, la surcharge de travail dans la plupart des services d'un c&#244;t&#233; et les plans de restructuration hospitali&#232;re de l'autre. Il &#233;tait simple, trop simple sans doute, de s'appuyer sur les quelque 100 000 manifestants du 28 janvier pour formuler des exigences unitaires et claires face &#224; Aubry, pour que le personnel hospitalier se sente fort, s&#251;r de lui, et d'appeler les semaines suivantes &#224; l'amplification de la mobilisation du personnel hospitalier sur des revendications claires pour tout le monde. Mais non. Martine Aubry annonce l'ouverture des n&#233;gociations avec toutes les organisations syndicales du secteur hospitalier pour trois semaines, et les principales f&#233;d&#233;rations du secteur se contentent de repousser au 14 mars, un mois et demi plus tard, une &#171; &#233;ventuelle &#187; journ&#233;e nationale de gr&#232;ve. Que les h&#244;pitaux d&#233;j&#224; en gr&#232;ve prennent patience. C'est qu'elles &#171; n&#233;gocient &#187; &#224; partir des &#171; donn&#233;es &#187; de Martine Aubry, qui n'envisage aucunement de revenir sur l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire. La mobilisation devra s'adapter au calendrier de n&#233;gociation de la ministre. Cela fait des semaines que toute une s&#233;rie de grands h&#244;pitaux votent la gr&#232;ve reconductible, mais c'est le gouvernement qui impose son rythme et sa cadence aux syndicats et les met en situation de &#171; d&#233;battre &#187; sur les miettes qu'il leur conc&#233;dera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Des-confederations-syndicales-tres-respectueuses&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Des-confederations-syndicales-tres-respectueuses&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2001&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 2001, une tentative de g&#233;n&#233;ralisation de la lutte contre les licenciements qui n'est pas soutenue par les centrales syndicales&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves de Lu-Danone et de Marks &amp; Spencer notamment tentent de trouver un prolongement dans d'autres entreprises comme AOM-Air Libert&#233;-Air Littoral, et au travers de manifestations communes mais les centrales syndicales font la sourde oreille... Leur appel aboutit pourtant le 9 juin 2001 &#224; une manifestation de plus de 20 000 personnes &#224; Paris d&#233;montrant la volont&#233; et la n&#233;cessit&#233; de construire des courants unitaires et combatifs &#224; la base.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2002 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la menace antisociale du gouvernement, la CGT reste l'arme au pied&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fillon annonce son projet d&#233;finitif vendredi prochain. Entre temps, il a pris soin de &#8220; consulter &#8221; les repr&#233;sentants des diff&#233;rentes organisations syndicales. Ils ont d&#233;fil&#233; dans son bureau les uns apr&#232;s les autres. Qu'y ont-ils d&#233;fendu ? Blondel, de FO, a &#233;t&#233; content de la r&#233;ception, puisqu'il s'est f&#233;licit&#233; de la reprise d'un &#8220;dialogue correct, direct et constructif &#8221;. Ch&#233;r&#232;que, de la CFDT, est d'accord pour une r&#233;forme de la loi sur les 35 heures&#8230; Et Thibault de la CGT, s'est content&#233; d'affirmer que &#8220; la CGT se mobilisera si le projet reste en l'&#233;tat &#8221;. Ils ne sont pas press&#233;s de pr&#233;parer les travailleurs &#224; utiliser leur force pour faire ravaler ces projets &#224; leurs auteurs. Ils se pr&#233;parent plus s&#251;rement &#224; n&#233;gocier les conditions de d&#233;passement des 35 heures branche par branche. Autant dire &#224; n&#233;gocier les reculs, et non pas &#224; s'y opposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FO appelle seule &#224; la gr&#232;ve &#224; la SNCF&#8230; et signe un accord bidon avec les patrons du transport routier, sabotant ainsi d'avance le mouvement des chauffeurs. Avec la CGT ou la CFDT qui lancent le mouvement chez les routiers&#8230; mais font pression sur les syndicats cheminots pour qu'il n'y ait surtout pas de gr&#232;ve le 26 novembre, avec les transports a&#233;riens ou urbains, de La Poste, de la Sant&#233; ou de l'Education nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2003 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;2003 : les syndicats emp&#234;chent une mobilisation sur les retraites, sujet pourtant explosif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2003 est un pic des gr&#232;ves en France contre le projet Fillon de retarder les d&#233;parts en retraite de tous les salari&#233;s (vers les 42 ans et plus d'ann&#233;es de cotisation). mais cela ne m&#232;ne &#224; rien !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le succ&#232;s de la journ&#233;e d'action du 13 mai (deux millions de manifestants) a, comme on dit poliment, &#171; d&#233;pass&#233; les espoirs &#187; des directions syndicales, en particulier du fait de la bonne participation des travailleurs du secteur priv&#233;. L'empressement de Ch&#233;r&#232;que &#224; signer une version &#224; peine am&#233;lior&#233;e du projet de Fillon semble dict&#233; par la volont&#233; de briser au plus vite l'&#233;lan d'un mouvement dont l'&#233;norme potentiel s'est clairement manifest&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux secteurs ont reconduit la gr&#232;ve du 13 mai sans r&#233;el soutien des dirigeants syndicaux, comme par exemple &#224; la RATP. Le soir du 13 mai, Bernard Thibault a d&#233;clar&#233; &#171; comprendre l'&#233;motion &#187; des cheminots qui venaient de d&#233;cider de reconduire la gr&#232;ve pour le 14 mai. Apr&#232;s quoi ceux-ci ont &#233;t&#233; abandonn&#233;s &#224; leur propre sort, c'est-&#224;-dire sans que leur soient donn&#233;es de perspectives sur une g&#233;n&#233;ralisation du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 mai, la CGT cl&#244;turait le ban par une manifestation imposante mais con&#231;ue comme une fin... Plus exactement, elle avait d&#233;cid&#233; que c'&#233;tait fini. Ce qui ne l'emp&#234;chait pas de faire crier aux manifestants : &#034;Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&#034; !!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 mai, dans de nombreux centres SNCF les cheminots indiquaient leur intention de s'engager dans la gr&#232;ve en votant la reconduction. Il en &#233;tait de m&#234;me dans les bus et m&#233;tros parisiens, dans les transports en commun de plusieurs villes de province. Certes, les gr&#233;vistes restaient minoritaires. Bien moins cependant que ne l'&#233;taient au d&#233;but les enseignants, et surtout ils n'&#233;taient pas seuls. A La Poste, dans plusieurs h&#244;pitaux, &#224; la DDE, chez les &#233;boueurs, les &#171; territoriaux &#187;, des gr&#232;ves commen&#231;aient aussi. Mais les directions syndicales ne voulaient pas d'une g&#233;n&#233;ralisation. En deux jours, dans les transports, pour tout le monde le secteur cl&#233; pour l'extension du mouvement, elles cassaient la gr&#232;ve au pr&#233;texte de mieux la pr&#233;parer. Et de reprendre la routine : nouvelle journ&#233;e d'action le 19 mai, manifestation nationale &#224; Paris le dimanche 25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT pesait de tout son poids pour faire reprendre le travail &#224; ceux des cheminots qui avaient continu&#233; la gr&#232;ve apr&#232;s la journ&#233;e d'action du 3 juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4497&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4497&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant de la CGT&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 47e congr&#232;s de la CGT, qui s'est tenu &#224; Montpellier du 24 au 28 mars, avait &#224; se prononcer sur quatre textes propos&#233;s par la direction sortante. Finalement, trois seulement furent soumis au vote des congressistes. Le quatri&#232;me, concernant la centralisation de la perception et la gestion des cotisations des syndiqu&#233;s, a &#233;t&#233; &#233;cart&#233; de la consultation au dernier moment, les responsables constatant l'opposition de nombre de d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; cette proposition lesquels estimaient, &#224; juste titre, que cette proc&#233;dure comportait le risque pour les organisations de base d'&#234;tre dessaisies du contr&#244;le de leurs activit&#233;s, et que cela accroisse du m&#234;me coup l'emprise des instances dirigeantes. Un signe de m&#233;fiance que la direction conf&#233;d&#233;rale a d&#251; prendre en compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le report du vote sur cette question n'a rien chang&#233; au reste, c'est-&#224;-dire &#224; l'essentiel. Certes, on a pu noter que le nombre des votes contre les textes propos&#233;s par la direction &#233;tait sensiblement plus important que lors des congr&#232;s pr&#233;c&#233;dents : 74,65 % approuvant les rapports de la direction sortante, 12,36 % votant contre et 12,99 % s'abstenant. Ces chiffres traduisent l&#224; encore les r&#233;ticences de syndiqu&#233;s qui acceptent mal l'&#233;volution toujours plus marqu&#233;e de leur conf&#233;d&#233;ration vers ce syndicalisme que l'on pr&#233;tend &#171; de concertation et de proposition &#187; dont leurs dirigeants se font les ardents champions. Il est toutefois bien difficile de mesurer, &#224; travers ces chiffres, l'ampleur et surtout la profondeur de ces r&#233;ticences. Mais on a pu constater qu'elles existent. Et pas seulement au niveau du congr&#232;s. Ces pourcentages, tout comme les comptes-rendus des d&#233;bats, tout comme le congr&#232;s, donnent forc&#233;ment un reflet d&#233;form&#233; de ce qui se passe au sein de la CGT, par le fait m&#234;me que la repr&#233;sentation par d&#233;l&#233;gations a contribu&#233; &#224; gommer les oppositions. A cela s'ajoute le fait que, cette fois encore, la s&#233;lection des d&#233;l&#233;gu&#233;s par les diff&#233;rentes instances a abouti &#224; la mise &#224; l'&#233;cart de d&#233;l&#233;gu&#233;s qui n'&#233;taient pas, ou qu'on soup&#231;onnait ne pas &#234;tre, dans la ligne de la direction en place. On en a eu plusieurs exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1995 &#224; 2003, la CGT construit son image de syndicat responsable, &#171; de proposition et de concertation &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve184&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve184&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2004 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La CGT signe un accord de pr&#233;vention des gr&#232;ves, une premi&#232;re historique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un accord historique et prometteur &#187;, a d&#233;clar&#233; le ministre des transports De Robien, se r&#233;jouissant de la signature, le 28 octobre, par six syndicats, et surtout par la CGT, de l'accord imposant de nouvelles restrictions au droit de gr&#232;ve &#224; la SNCF, accord dit d' &#171; am&#233;lioration du dialogue social et pr&#233;vention des conflits &#187;. Historique ? Le terme est exag&#233;r&#233; : l'histoire syndicale (celle de la CGT comme des autres) est truff&#233;e d'autres accords, sign&#233;s par des syndicats en &#233;change de la reconnaissance de leur r&#244;le d'interlocuteurs privil&#233;gi&#233;s, du renforcement de leur monopole de repr&#233;sentation des travailleurs ou de quelques si&#232;ges dans des commissions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la signature d'un tel accord anti-gr&#232;ve de la part de la CGT est, tout de m&#234;me, une premi&#232;re. C'est de la part de Bernard Thibault un geste politique vis-&#224;-vis du gouvernement et du Medef, dont le ministre a toutes les raisons de se f&#233;liciter. Car il s'accompagne de l'affirmation que le &#171; dialogue social &#187; serait pr&#233;f&#233;rable au conflit, au moment m&#234;me o&#249; &#224; la SNCF comme &#224; la Poste, sur fond de ce pr&#233;tendu &#171; dialogue &#187; avec les bonzes syndicaux, les suppressions de postes tombent &#224; tour de bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Un-syndicalisme-de-prevention-des-conflits&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Un-syndicalisme-de-prevention-des-conflits&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perrier 2004 : un autre exemple des politiques syndicales...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve162&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve162&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2005&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 2005, un nouveau pic de gr&#232;ves est atteint notamment par les appels intersyndicaux &#224; des journ&#233;es de mobilisation sur les questions g&#233;n&#233;rales du pouvoir d'achat, du service public et des conditions de travail. Ces journ&#233;es sont l'occasion de fortes manifes&#172;tations (1 million le 10 mars et le 10 octobre). Mais la strat&#233;gie de la multiplication des journ&#233;es d'action par les directions syndicales s'essouffle &#224; chaque fois. Plus exactement, la strat&#233;gie syndicale r&#233;ussit parfaitement &#224; permettre des l&#226;chers de vapeur et n&#233;gocier ainsi leur r&#244;le de tampon social avec l'Etat et les patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats qui n'ont rien fait pour qu'une liaison entre le mouvement ouvrier et les jeunes de banlieue se r&#233;alis&#233; d&#233;couvrent la &#034;violence des banlieues&#034; et Bernard Thibaut affirme que &#034;rien ne se r&#233;soudra dans la violence&#034;. A chacun d'interpr&#233;ter s'il s'agit de la violence de la mis&#232;re et de l'absence d'avenir ou celle des voitures br&#251;l&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Thibault affirme sans rire qu'on ne voit pas la r&#233;volte des jeunes de banlieues arborer de banderoles syndicales. Mais quel effort les syndicats ont-ils fait pour d&#233;noncer la situation des jeunes de banlieues sans emploi et sans avenir ? Aucun ! Mais quel mod&#232;le de combativit&#233; donne le syndicalisme &#224; ces jeunes qui ont le sentiment de n'avoir rien &#224; perdre ? Ne parlons m&#234;me pas du mod&#232;le de syndicalisme &#224; la Fran&#231;ois Ch&#233;r&#232;que (alors que se pr&#233;pare une gr&#232;ve reconductible &#224; la SNCF, &#224; l'appel de la CGT, FO, SUD-rail et FGAAC, la CFDT-cheminots vient de publier un brillant communiqu&#233; intitul&#233; Gr&#232;ve &#224; la SNCF : la CFDT se prononce contre). Mais Bernard Thibault lui-m&#234;me ? Qui marchande en direct avec Sarkozy (du temps o&#249; il &#233;tait au minist&#232;re des finances), par-dessus la t&#234;te des ouvriers de Perrier en lutte, la reddition de la CGT et son renoncement &#224; s'opposer au plan de restructuration de l'entreprise et &#224; des centaines de licenciements ? Quel mod&#232;le de d&#233;termination donne-t-il quand il tente de n&#233;gocier avec Villepin un adoucissement du plan de privatisation de la SNCM, et que la CGT appelle les marins &#224; la reprise, apr&#232;s 23 jours de gr&#232;ve, d&#232;s que le Premier ministre tape du poing sur la table en brandissant la menace de liquidation ? Et quelle preuve d'efficacit&#233; quand, en permettant au gouvernement de boucler sans dommage la gr&#232;ve de la SNCM, il lui permet de passer tranquillement &#224; l'op&#233;ration suivante, la privatisation d'EDF ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les conf&#233;d&#233;rations syndicales, y compris celle qui appara&#238;t la plus combattive, la CGT, laissent isol&#233;e chacune des luttes qui &#233;clatent. Elles meublent le calendrier syndical d'actions par cat&#233;gories ou secteurs savamment &#233;chelonn&#233;es dans le temps. Et elles se gardent bien de donner une suite quand une journ&#233;e d'action nationale, comme celle du 4 octobre, peut appara&#238;tre comme un succ&#232;s qui pourrait donner confiance aux travailleurs en leur force et ouvrir la perspective d'une mobilisation d'ensemble du monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'objectif des conf&#233;d&#233;rations n'est que de montrer, au travers de telles journ&#233;es, leurs &#171; repr&#233;sentativit&#233;s &#187; respectives pour s'asseoir aux tables des n&#233;gociations... auxquelles le gouvernement de Villepin, comme son pr&#233;d&#233;cesseur Raffarin, les invite sans trop de r&#233;ticence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trahison de la gr&#232;ve SNCM&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix de la CGT de la SNCM, la direction nationale ayant pes&#233; de tout son poids, de cesser la gr&#232;ve a &#233;t&#233; assez soudain pour surprendre de nombreux gr&#233;vistes, qui &#233;taient d&#233;cid&#233;s &#224; tenir malgr&#233; le chantage au d&#233;p&#244;t de bilan et aux licenciements, fait par le gouvernement sous le couvert de lois pr&#233;sent&#233;es comme inexorables. C'est la CGT qui a organis&#233; le vote de reprise du travail. Deux piles de bulletins furent pos&#233;s sur l'estrade o&#249; se tenaient les dirigeants syndicaux. Ils avaient &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;s de fa&#231;on tr&#232;s particuli&#232;re puisque l'un des bulletins portait &#171; Oui &#224; la reprise de l'activit&#233;. Pour &#233;viter le d&#233;p&#244;t de bilan &#187; et l'autre &#171; Non &#224; la reprise de l'activit&#233; = d&#233;p&#244;t de bilan &#187; !. Ainsi celui qui votait &#171; non &#187; &#224; la reprise du travail avait le sentiment qu'il votait pour le d&#233;p&#244;t de bilan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Paul Isra&#235;l, dirigeant CGT de la SNCM : &#034;Face aux ministres, on pouvait se battre mais face &#224; la justice, nous aurions pris des risques. Pour continuer &#224; exister, il fallait lever le pied mais cela ne veut pas dire que le combat en restera l&#224;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve163&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve163&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2006 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nouveau tournant &#224;&#8230; droite de la CGT&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/francais/News/2006/avril06/290406_FrCgt.shtml&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/francais/News/2006/avril06/290406_FrCgt.shtml&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2007 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cheminots : trahison syndicale de la lutte des cheminots sur les &#171; r&#233;gimes sp&#233;ciaux &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats ont r&#233;ussi &#224; isoler et trahir la gr&#232;ve des cheminots pour la d&#233;fense des r&#233;gimes sp&#233;ciaux de retraite. Apr&#232;s dix jours, sans aucune perspective sur laquelle se baser pour battre le gouvernement du pr&#233;sident Nicolas Sarkozy, les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales qui se sont tenues dans toute la France ont vot&#233; pour la reprise du travail. De larges poches de r&#233;sistance, quelque 10 pour cent, soit pr&#232;s de 14 000 cheminots, &#233;taient encore en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 18 et 19 octobre d&#233;marre une gr&#232;ve pour d&#233;fendre la retraite des cheminots. Loin de chercher &#224; l'appuyer, moins encore &#224; l'&#233;tendre, elle est bris&#233;e par les syndicats dont la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la Gare de Lyon, bastion de la CGT, deux des trois assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales ont vot&#233; pour la poursuite de la gr&#232;ve, &#171; au grand dam des d&#233;l&#233;gu&#233;s CGT &#187;, rapporte Lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs venus faire pression sur la r&#233;union entre les syndicats de la RATP, la direction et le gouvernement, mercredi dernier, &#233;taient furieux. Lib&#233;ration rapporte, &#171; Des sifflets. Puis des hu&#233;es. Dans le hall du si&#232;ge de la RATP, hier en fin de matin&#233;e, le responsable de la CGT redescendu de la n&#233;gociation tripartite, a du mal &#224; terminer son compte-rendu. &#034;Trahison !&#034;, &#034;Vendu !&#034;, lance une grande partie de l'assembl&#233;e, pourtant compos&#233;e en majorit&#233; de c&#233;g&#233;tistes. L'ambiance est &#233;lectrique. De petits groupes se forment, s'engueulent. Assis &#224; l'&#233;cart, Jean-Pierre a &#034;envie de vomir&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut lire dans la presse : &#034;Bernard Thibault, Didier Le Reste (cheminots), Fr&#233;d&#233;ric Imbrecht (&#233;nergie) et G&#233;rard Leboeuf (RATP) s'expliquent ouvertement. Il faut entendre Didier Le Reste expliquer qu'il n'avait jamais &#233;t&#233; question de contester le passage aux 40 ans ! Il faut entendre Fr&#233;d&#233;ric Imbrecht expliquer qu'en tant qu'organisation majoritaire (et responsable) il fallait engranger des r&#233;sultats pour &#234;tre cr&#233;dible&#8230; Il a l'air malin, &#224; l'heure o&#249; les n&#233;gociations sont suspendues faute de r&#233;sultat dans le domaine de l'&#233;nergie ! Il faut entendre Bernard Thibault assurer que le mouvement a d&#233;stabilis&#233; les projets gouvernementaux !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4497&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4497&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2007-2008, le capitalisme s'effondre et est incapable de se redresser autrement que de mani&#232;re compl&#232;tement artificielle, en se faisant enti&#232;rement financer sur fonds des Etats et des banques centrales. Mais les syndicats ne veulent pas savoir que le capitalisme est mort&#8230; Pas &#233;tonnant : ce serait reconnaitre que le r&#233;formisme syndical est mort lui aussi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bien des travailleurs, bien des gens de milieu populaire aussi, se demandent pourquoi toutes les luttes sociales conduites par les syndicats sont vaincues depuis la crise de 2007-2008 et r&#233;pondent que c'est parce que les gouvernants sont les mauvais, que les r&#233;formes ne sont pas les bonnes, ou que les riches sont trop gourmands. Ils se demandent aussi pourquoi le pouvoir n'a pas recul&#233; toutes ces ann&#233;es devant des luttes syndicales et s'est senti contraint de reculer devant les gilets jaunes ! Et ils ignorent que la r&#233;ponse aux deux questions est exactement la m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est pourtant simple : la crise actuelle du capitalisme de 2007-2008 n'est pas conjoncturelle mais r&#233;volutionnaire, ce qui signifie qu'elle ne peut se r&#233;soudre que par la mort, soit celle du grand capital, soit celle de la d&#233;mocratie capitaliste, la fin de l'&#233;poque du r&#233;formisme. Si le r&#233;formisme n'a pas plus cours dans cette situation, ce n'est pas du fait de particularit&#233;s n&#233;gatives des gouvernants, que ce soit Macron, Hollande ou Sarkozy. Ce n'est m&#234;me pas du fait de particularit&#233;s des organisations r&#233;formistes elles-m&#234;mes, qu'elles soient syndicales, politiques ou associatives. C'est bel et bien le r&#233;formisme en g&#233;n&#233;ral qui est devenu incapable d'agir de mani&#232;re positive sur la soci&#233;t&#233; capitaliste, sur ses classes dirigeantes et poss&#233;dantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous disons &#171; le r&#233;formisme &#187;, nous ne voulons pas parler seulement des appareils r&#233;formistes, des partis, des associations et des syndicats r&#233;formistes et du r&#244;le compl&#232;tement n&#233;gatif que jouent ces organisations par rapport aux capacit&#233;s de s'organiser, de se mobiliser et de se battre des exploit&#233;s. Il ne sert &#224; rien de se plaindre de leur r&#233;formisme : ils ne peuvent pas changer, quelle que soit la pression, la r&#233;volte et m&#234;me la r&#233;volution des exploit&#233;s et des opprim&#233;s, rien ne leur permettra de changer de nature. M&#234;me s'ils &#233;taient persuad&#233;s eux aussi qu'on ne peut rien r&#233;former, ils resteraient r&#233;formistes. Si notre avenir d&#233;pendait du fait que les appareils en question soient r&#233;formistes ou pas, nous n'aurions aucun avenir, nous serions d'avance foutus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations qui pr&#233;tendent r&#233;former&#8230; les r&#233;formistes sont des menteurs, y compris et surtout celles qui se disent r&#233;volutionnaires ! Elles affirment que des r&#233;formistes combatifs seraient meilleurs, qu'ils pourraient &#234;tre plus d&#233;mocratiques ou plus offensifs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5778&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5778&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'effondrement de 2007-2008 signifie fondamentalement : les forces productives humaines ont d&#233;pass&#233; le cadre &#233;troit des rapports de production fond&#233;s sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, les d&#233;fenseurs du syst&#232;me d'exploitation capitaliste ne cessent de vouloir faire croire que 2007 n'a &#233;t&#233; qu'un accident, qu'une maladie provisoire, soignable, qu'un cycle de recul qui sera suivi d'un cycle de remont&#233;e, qu'un ph&#233;nom&#232;ne conjoncturel, que le produit d'un petit dysfonctionnement qui sera rapidement r&#233;gl&#233; si les d&#233;cideurs se&#8230; d&#233;cident &#224; r&#233;guler tout &#231;a !&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout est fait pour nous amener &#224; minimiser ce qui s'est produit en 2007 et aussi pour nous faire croire que maintenant nous sommes dans d'autres types de probl&#232;mes. Mais cela est faux : le monde capitaliste a bloqu&#233; son horloge sur la date de 2007 et ne peut plus avancer. Et encore, s'il ne s'est pas compl&#232;tement effondr&#233; en 2008 et depuis, c'est uniquement du fait de l'intervention financi&#232;re massive des Etats et des banques centrales et pas d'une quelconque reprise &#233;conomique des investissements priv&#233;s capitalistes qui aurait relanc&#233; la machine. Et tous les investissements priv&#233;s qui continuent de fonctionner ne le font qu'&#224; condition que l'Etat s'engage et &#224; leur fournir des profits sur la base de fonds publics et pas sur la base de la confiance retrouv&#233;e dans les march&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme meurt d'avoir... trop bien r&#233;ussi &#224; accumuler du capital&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation actuelle du capitalisme, celle des ann&#233;es 2000, est caract&#233;ris&#233;e par une suraccumulation du capital. Suraccumulation signifie qu'il y a eu relativement trop d'accumulation. L'accumulation signifie que le capital s'investit et produit plus de capital. Le capitalisme peut distribue plus de capital &#224; des pr&#234;teurs mais ce n'est pas dans cette sph&#232;re que le capital s'accroit r&#233;ellement. C'est seulement dans la sph&#232;re de transformation des marchandises que l'on peut int&#233;grer la plus-value extraite du travail humain dans la valeur et produire du profit qui sera ensuite distribu&#233; dans toutes les sph&#232;res de l'&#233;conomie. En somme, si le capital se retire de la production de mani&#232;re massive, il se retire aussi de la sph&#232;re qui produit un accroissement de capital, de la sph&#232;re o&#249; est produite l'accumulation. C'est donc bel et bien d'un trop plein de capital qu'il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est au plus haut niveau de la productivit&#233; du travail que le grand capital bloque. C'est aussi au plus haut niveau des &#233;changes mondiaux. C'est encore au plus haut niveau des capacit&#233;s technologiques nouvelles. C'est enfin au plus haut niveau de la croissance : la croissance du PIB qui a mis 140 ans met actuellement six ans&#8230; Non, c'est ce succ&#232;s que le capitalisme est incapable d'assumer, c'est-&#224;-dire de consid&#233;rer comme suffisamment rentable &#224; court terme pour lui car il est beaucoup plus rentable &#224; court terme de sp&#233;culer que d'investir. Il y a beaucoup trop de capital, il a beaucoup trop accumul&#233;, pour qu'il y ait assez d'accroissement des investissements productifs rentables pour l'absorber. Du coup, ce capital en trop devient du capital nocif qui cr&#233;e un p&#244;le attracteur massif pour tous les capitaux en dehors de la sph&#232;re productive. Le capitalisme a atteint ses limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne sert &#224; rien de nous dire que le capital financier ait toujours exist&#233;, qu'il n'est m&#234;me pas diff&#233;rent en terme de propri&#233;taire du capital productif, tout cela est certes exact mais cela ne change rien &#224; un fait tr&#232;s important : le capital financier a pris dans les ann&#233;es 1990 une importance qu'il n'avait jamais connu au cours de toute l'histoire du capitalisme, devenant bien plus attractif que l'investissement productif&#8230; Cette tendance, loin d'&#234;tre combattue, a &#233;t&#233; favoris&#233;e par les gouvernants mondiaux car cela permettait momentan&#233;ment de d&#233;passer les limites des capacit&#233;s d'investissements en cr&#233;ant des nouveaux investissements improductifs. Les dividendes s'en sont encore accrus, le capital aussi et au d&#233;but des ann&#233;es 2000 on avait d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233; le niveau de suraccumulation que l'on a ensuite tent&#233; de forcer par des moyens d'accumulation financi&#232;re exag&#233;r&#233;e (comme la titrisation des dettes) comme les subprimes ou les LBO&#8230; La &#171; crise &#187; de 2007 n'est est pas une car elle n'est pas le d&#233;but des difficult&#233;s mais la fin des possibilit&#233;s du syst&#232;me. Depuis, on vit uniquement de subterfuges. Sans les masses de milliards de capitaux fournis par les Etats et banques centrales, on ne parlerait d&#233;j&#224; plus du capitalisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre aussi que la m&#233;thode actuellement choisie par les Etats, introduire dans les march&#233;s financiers des masses de capitaux publics, ne peut pas du tout r&#233;soudre la crise, m&#234;me si elle permet de pallier le retrait des capitaux priv&#233;s dans les investissements. Cela ne peut ni &#234;tre une solution ni &#234;tre durable. Cela signifie que les capitalistes n'utilisent actuellement que des moyens palliatifs et non des soins de la crise, qu'ils n'esp&#232;rent donc nullement juguler. Cela signifie qu'ils comptent seulement faire un peu durer la situation, au bord du gouffre, pour faire en sorte que la catastrophe ne se transforme pas en offensive g&#233;n&#233;rale des exploit&#233;s contre les exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gagnant du temps, les capitalistes et leurs Etats, pr&#233;parent les r&#233;ponses politiques possibles pour sauver les classes dirigeantes : d&#233;veloppement des fascismes, des dictatures et des guerres allant vers la guerre mondiale. La situation n'est pas celle de sacrifices limit&#233;s pour les classes populaires en attendant une reprise, mais celle de socialisme ou barbarie. Ce qui se pose aux travailleurs, c'est la question de la r&#233;volution sociale et pas seulement de luttes d&#233;fensives sur le seul terrain &#233;conomique. Ce qui est n&#233;cessaire, c'est l'organisation des masses sur le terrain politique. Ce n'est pas seulement la lutte syndicale. Ce sont les comit&#233;s de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7478&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7478&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2008 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La CGT combat&#8230; contre les sans-papiers de Viry-Chatillon&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1148&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1148&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT ne se bat pas contre la fin des 35 heures d&#233;cr&#233;t&#233;e par Sarkozy&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/francais/News/2008/jui08/35hr-j29.shtml&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/francais/News/2008/jui08/35hr-j29.shtml&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une tromperie syndicale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le 7 mai, le ministre du Travail Xavier Bertrand a confirm&#233; son projet de faire passer de 40 &#224; 41 ann&#233;es la dur&#233;e de cotisation ouvrant droit &#224; une retraite compl&#232;te, les syndicats n'ont pas appel&#233; les autres travailleurs touch&#233;s par cette mesure, dont les cheminots, les travailleurs du transport a&#233;rien, de l'&#233;nergie, de Telecom et de la poste, &#224; rejoindre l'action du 15 mai, mais ont plut&#244;t appel&#233; &#224; une journ&#233;e d'action s&#233;par&#233;e le 22 mai. Durant la manifestation du 15 mai, plus de 300 000 personnes ont d&#233;fil&#233; et un million de travailleurs ont fait gr&#232;ve ; cela a &#233;t&#233; suivi par la manifestation pour les droits &#224; la retraite le 22 mai o&#249; 700 000 personnes ont d&#233;fil&#233; dans tout le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour suivant, les syndicats signaient un accord sur le &#171; dialogue social &#187; et les conditions d'emploi dans le service public. En signant un accord que les gr&#232;ves des travailleurs du secteur public avaient pour but d'emp&#234;cher, les syndicats ont, dans les faits, torpill&#233; la mobilisation des travailleurs du secteur public. Le 24 mai, une manifestation contre les suppressions d'emplois dans l'&#233;ducation n'a r&#233;uni que 7000 personnes &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment des gr&#232;ves croissantes des marins-p&#234;cheurs les 26 et 27 mai sur la question du prix des carburants, les syndicats ont d&#233;cid&#233; de ne pas appeler &#224; d'autres gr&#232;ves contre les suppressions de postes dans l'&#233;ducation, au motif qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de laisser lyc&#233;ens et enseignants travailler pour les examens de fin d'ann&#233;e. Une d&#233;claration commune des syndicats de l'&#233;ducation des diff&#233;rentes conf&#233;d&#233;rations syndicales d&#233;clarait qu'elles &#171; renvoyaient la question d'une suite &#224; leur mouvement apr&#232;s les vacances d'&#233;t&#233; &#187;. Le 10 juin, la mobilisation des fonctionnaires et des cheminots contre les suppressions de postes, la r&#233;forme des retraites et la r&#233;forme du fret &#224; la SNCF a eu lieu alors que se d&#233;roulaient des gr&#232;ves de travailleurs dans les ports commerciaux strat&#233;giques contre la privatisation, ainsi que des gr&#232;ves de p&#234;cheurs, de transporteurs routiers et d'ambulanciers et fermiers contre la hausse des prix du gazole. Mais les syndicats n'ont aucunement cherch&#233; &#224; organiser une gr&#232;ve plus large du secteur des transports contre la privatisation et la hausse du prix des carburants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 juin, les syndicats ont sign&#233; un accord sur &#171; seize points de convergence &#187; avec le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos, torpillant la relance du mouvement des lyc&#233;ens apr&#232;s les grandes vacances ce qu'ils avaient faussement sugg&#233;r&#233; &#234;tre en train d'envisager le 27 mai. Les 12 et 13 juin, le parlement votait des lois de r&#233;forme et de d&#233;r&#233;glementation du march&#233; du travail, la pr&#233;c&#233;dente ayant &#233;t&#233; sign&#233;e par les syndicats en janvier. Ces actes montrent de plus en plus clairement aux travailleurs que les syndicats ne s'opposent pas s&#233;rieusement au gouvernement, lequel n'a aucune intention de c&#233;der devant des gr&#232;ves isol&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4497&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4497&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2009 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 2009 a &#233;t&#233; marqu&#233;e par le caract&#232;re particulier des luttes. On a constat&#233; que certaines luttes locales ont &#233;t&#233; massives et radicales, qu'il s'agisse de combats contre des licenciements ou des fermetures, comme dans le cas des sous-traitants de l'Automobile (Molex, Caterpillar ou Continental notamment), contre la d&#233;gradation des services publics (SNCF, La Poste, P&#244;le emploi ou les h&#244;pitaux) ou encore pour les salaires (EDF, RER, secteur priv&#233;, ...). Enfin, il y a eu les journ&#233;es d'action syndicales. C'est donc une ann&#233;e o&#249; les travailleurs ont particip&#233; &#224; un nombre important de luttes et pourtant le suss&#232;ce n'est pas au rendez-vous. une fois de plus les salaires, les emplois et les conditions de travail ont gravement recul&#233; en 2009. Certes, la crise y est pour quelque chose, mais elle n'a pas emp&#234;ch&#233; les profits des boursicoteurs du CAC40 et les revenus des grands patrons des trusts et des banques de grimper en fl&#232;che ! C'est donc les travailleurs qui sont les seuls &#224; payer et on n'a pas eu en 2009 le rapport de forces permettant de faire reculer nos adversaires du patronat et du gouvernement. Pourquoi des luttes radicales et massives n'ont pas permis de gagner sinon parce qu'actuellement nous avons &#224; faire &#224; une attaque g&#233;n&#233;rale qui ne peut se combattre que tous ensemble et non secteur par secteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les centrales syndicales d&#233;tournent les travailleurs de s'organiser eux-m&#234;mes en comit&#233;s en vue de faire le bilan et de mettre au point la riposte n&#233;cessaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce devrait &#234;tre aux travailleurs de d&#233;cider des suites &#224; donner &#224; la lutte. Au lieu de cela, les conf&#233;d&#233;rations syndicales occupent le terrain avec des propositions qui divisent, qui affaiblissent et qui emp&#234;chent les travailleurs de se faire eux-m&#234;mes d'autres propositions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par exemple, il y a du m&#233;contentement en cette rentr&#233;e. Les conf&#233;d&#233;rations d&#233;cident alors de le d&#233;tourner par des luttes divis&#233;es. En 2010, les journ&#233;es d'action de 2009 continuent mais, quel progr&#232;s !, elles sont sectoris&#233;es&#8230; La fonction publique est appel&#233;e &#224; la gr&#232;ve le 21 janvier, les infirmi&#232;res et personnels de sant&#233; le 26 janvier, France T&#233;l&#233;vision le 28 janvier, l'Education le 30 janvier. Les ports et docks avaient &#233;t&#233; appel&#233;s le 4 janvier. La Guadeloupe le 9 janvier. L'aviation civile les 13 et 14 janvier. M&#233;t&#233;o France le 12 janvier. Et, dans le priv&#233;, c'est plut&#244;t entreprise par entreprise, etc, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1547&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1547&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la Guadeloupe est d&#233;j&#224; en gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale depuis 9 jours, les syndicats organisent une journ&#233;e d'action le 29 janvier mais ne font aucun lien avec la situation qui monte Outremer. Plus tard, Bernard Thibaut expliquera que cela n'a rien &#224; voir et qu'il n'est pas question d'appeler &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en France ....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvel Observateur de mars 2009 : Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT Bernard Thibault ne croit pas &#224; une contagion de la situation antillaise en m&#233;tropole car elle &#034;n'est pas comparable&#034;, selon lui. Les conflits sociaux qui touchent l'outremer ne sont pas transposables en m&#233;tropole, car la situation n'est pas comparable, estime le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT Bernard Thibault dans un entretien au Parisien publi&#233; mardi 10 mars. &#034;Le conflit n'est pas transposable&#034;, affirme Bernard Thibault. &#034;La situation n'est pas comparable. Les Antilles sont gangren&#233;es par un taux de ch&#244;mage de 20%, les prix y sont deux ou trois fois plus &#233;lev&#233;s et les salaires de 15% inf&#233;rieurs &#224; ceux de la m&#233;tropole&#034;, explique-t-il. Concernant la journ&#233;e d'action du 19 mars, Bernard Thibault, faisant r&#233;f&#233;rence au succ&#232;s du 29 janvier, &#034;attend au moins autant de personnes que la derni&#232;re fois&#034; dans la rue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Monde &#187; &#233;crivait en janvier 2009 : &#171; A l'Elys&#233;e comme au Parti socialiste, dans les syndicats comme dans les milieux patronaux, tout le monde redoute une explosion du chaudron social. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en mars 2009 ? Qui a refus&#233; de donner une suite &#224; la journ&#233;e nationale d'action du 19 mars 2009 ? Tous les appareils syndicaux unis en l'occurrence !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De janvier &#224; juin 2009, se d&#233;roule le mouvement des enseignants-chercheurs dans lequel les syndicats sont rest&#233;s en marge sans &#234;tre capables ni de le diriger, ni de l'arr&#234;ter, ni de s'en d&#233;solidariser ouvertement....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal &#233;conomique les Echos du 10 avril 2009 titre : &#034;L'ex&#233;cutif cherche &#224; associer les syndicats &#224; la gestion de la crise&#034;. &#034;Fran&#231;ois Fillon revient sur le paritarisme mais aussi &#171; la consolidation de la place de la repr&#233;sentation du personnel dans l'entreprise &#187;. Il reprend &#233;galement le sujet de la &#171; gouvernance des entreprises &#187;, avec une &#171; meilleure association des repr&#233;sentants des salari&#233;s en amont des op&#233;rations de restructuration et &#224; la strat&#233;gie &#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier mai 2009, de nombreux travailleurs &#233;taient dans la rue mais on ne pouvait remarquer que la suite des journ&#233;es de gr&#232;ve &#233;tait une journ&#233;e f&#233;ri&#233;e ! Pour faire reculer l'Etat et les patrons, ce n'&#233;tait pas exactement &#224; la mesure ... Thibaut affirmait qu'il n'est pas possible de demander aux travailleurs de faire gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale vu qu'ils ont de grosses difficult&#233;s financi&#232;res&#8230; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite n'allait pas &#234;tre plus brillante ! Le 13 juin 2009, l'&#233;teignoir syndical des promenades &#233;tal&#233;es dans le temps avait fini de produire ses effets. Alain Minc, proche conseiller de Nicolas Sarkozy d&#233;clare dans &#034;Le Parisien Dimanche&#034; : &#034;Je constate que ce printemps 2009, leur (des syndicats) sens de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral a &#233;t&#233; impressionnant pour canaliser le m&#233;contentement. L'automne a &#233;t&#233; d'un calme absolu. Je dis : chapeau bas, les syndicats !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'&#233;t&#233; 2009, se multiplient les mouvements localis&#233;s comme Continental et New Fabris o&#249; les salari&#233;s d'une entreprise luttent seuls face &#224; un patron qui licencie. Le cas est fr&#233;quent chez les sous-traitants de l'Automobile. Les salari&#233;s en col&#232;re bloquent leur patron ou leurs cadres dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats ont refus&#233; de tenter de centraliser les luttes contre les licenciements du priv&#233; sans parler de les lier &#224; celles contre les suppressions d'emplois du public. Du coup, les entreprises du type Continental, Caterpillar et autres se retrouvent dos au mur, les salari&#233;s &#233;tant contraints d'accepter d'&#234;tre jet&#233;s &#224; la rue contre une petite somme (toute petite) et les syndicats locaux criant victoire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour compl&#233;ter, les bureaucraties syndicales, depuis la rentr&#233;e, ont multipli&#233; des initiatives dispers&#233;es pour &#171; &#233;viter que les expressions de radicalit&#233; fassent t&#226;che d'huile &#187; : &#224; partir du 1er octobre, un mouvement limit&#233; aux travailleurs immigr&#233;s sans papiers (les syndicats ne s'adressent pas &#224; leurs coll&#232;gues de travail qui ont la nationalit&#233; fran&#231;aise ou des titres de s&#233;jour) ; une journ&#233;e d'action limit&#233;e aux &#171; entreprises qui licencient &#187;, le 17 septembre, au Palais Brongniart (qui n'h&#233;berge plus la Bourse de Paris depuis&#8230; 1980) ; &#224; la Poste, le 22 septembre et le 24 novembre ; aux h&#244;pitaux le 30 septembre, le 20 octobre et le 15 d&#233;cembre ; &#224; la SNCF, le 20 octobre ; &#224; l'&#201;ducation nationale, le 24 novembre ; &#224; la fonction publique territoriale, le 18 novembre ; au P&#244;le Emploi, le 20 octobre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de d&#233;fendre le service public de La Poste par une lutte ou une gr&#232;ve, il a &#233;t&#233; mis en place une com&#233;die en octobre 2009, c'est la &#034;votation citoyenne&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 novembre 2009, la collaboration de classe battait son plein et l'entente entre les dirigeants syndicaux et Sarkozy. Ce dernier installait un &#171; comit&#233; organisateur des &#233;tats g&#233;n&#233;raux pour une politique industrielle &#187; pr&#233;sid&#233; par un patron de Sanofi-Aventis, comprenant Bernard Thibault, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT, Fran&#231;ois Ch&#233;r&#232;que, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CFDT, Jean-Claude Mailly, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de FO, des repr&#233;sentants du patronat fran&#231;ais, des parlementaires UMP, PS&#8230; La d&#233;fense de &#171; l'industrie fran&#231;aise &#187; d&#233;signe comme ennemi commun l'&#233;tranger (inclus les travailleurs des autres pays), elle d&#233;bouche fatalement sur des concessions des producteurs aux exploiteurs (pour assurer l'avenir des entreprises nationales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des sans-papiers, on assiste de la part de la CGT &#224; la r&#233;cup&#233;ration de la lutte des sans-papiers, au travers de gr&#232;ves des sans-papiers et de constitution de dossiers, pour obtenir en accord avec Sarkozy &#224; une reconnaissance de la CGT comme seul interlocuteur charg&#233; par les pr&#233;fectures de filtrer les dossiers suivant des crit&#232;res inf&#233;rieurs &#224; ceux en vigueur dans les pr&#233;fectures jusque l&#224;. Il en d&#233;coule une occupation de la Bourse du Travail de Paris par des sans-papiers rejet&#233;s par la CGT, elle-m&#234;me achev&#233;e par une intervention muscl&#233;e du service d'ordre le CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT a en effet men&#233; une politique dans cette gr&#232;ve qui d&#233;molit le rapport de force qui avait &#233;t&#233; construit &#224; partir de la lutte des Saint-Bernard. Il collabore avec le pouvoir et nous ram&#232;ne au &#034;cas par cas&#034; rejet&#233; d&#233;finitivement par le mouvement des sans-papiers !&lt;br class='autobr' /&gt;
2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT de Renault qui ne signait traditionnellement que rarement les accords avec le patron, qui avait refus&#233; de signer le Contrat Social de Crise, plan d'aust&#233;rit&#233; pr&#233;voyant notamment du ch&#244;mage partiel et couvrant d'autres licenciements chez les sous-traitants et pr&#233;caires, n'avait pas &#233;t&#233; sign&#233; par la CGT en 2009. Ce syndicat le signe en 2010 ! Et, pour faire bonne mesure, il ne vote pas contre les fermetures de sites de Renault : CTR (Rueil), Robinson, Boulogne. La plupart des autres syndicats ont vot&#233; contre : un comble !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1729&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1729&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2010 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Attaque sur les retraites, sur les services publics, col&#232;re des salari&#233;s, des retrait&#233;s, des ch&#244;meurs, des jeunes, des femmes, des cheminots : tout semble concourir &#224; faire de 2010 un mouvement massif de lutte de classes allant vers la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Tout sauf les dirigeants syndicaux&#8230; Ils m&#232;nent toutes les gr&#232;ves de mani&#232;re &#224; ce qu'elles soient dispers&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve342&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve342&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les Echos&#034;, un journal patronal &#233;crit : les syndicats ont peur de la gr&#232;ve reconductible&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve331&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve331&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il suffise de rappeler les d&#233;clarations de 2010, lors du mouvement des retraites, qui a men&#233; dans le mur, celles du dirigeant CGT Bernard Thibaut qui affirmait qu'un appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale n'&#233;tait pas possible, n'&#233;tait pas souhaitable ou encore qu'il serait absurde et que les autres dirigeants syndicaux disaient des choses pires encore&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 octobre 2010, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT Bernard Thibaut d&#233;clare &#224; l'AFP : &#171; Personne ne peut pr&#233;tendre faire participer sous la m&#234;me forme plusieurs dizaines de millions de personnes, de la signature d'une p&#233;tition &#224; la participation &#224; une multitude d'initiatives locales, voire aux manifestations lors des journ&#233;es interprofessionnelles. Qui dit mouvement social dit de multiples formes pour y participer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Thibaut le 7 octobre 2010 sur RTL : '&#171; Cela ( la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale) n'a jamais &#233;t&#233; pratiqu&#233; dans l'histoire sociale de notre pays (...) C'est un slogan pour moi tout &#224; fait abstrait, abscons. Cela ne correspond pas aux pratiques par lesquelles on parvient &#224; &#233;lever le niveau du rapport de forces. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CFDT : &#171; La CFDT et l'intersyndicale n'ont jamais pr&#244;n&#233; de gr&#232;ve reconductible. (&#8230;) Le risque d'embrasement est r&#233;el sans que les organisations syndicales ne ma&#238;trisent le syst&#232;me. (&#8230;) L'absence de dialogue risque de former un jour des positions jusqu'auboutistes. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas &#233;tonnant, la CFDT, qui s'&#233;tait distingu&#233;e bien des fois par son amiti&#233; pour le MEDEF et le gouvernement y compris sur les retraites, est une jusqu'auboutiste du soutien du capitalisme. Elle s'est d'ailleurs empress&#233;e d'aller se jeter dans de nouvelles n&#233;gociations avec ses petits copains du MEDEF. Mais elle a dit une v&#233;rit&#233; : l'unit&#233; syndicale n'a fait qu'emp&#234;cher les travailleurs de mener eux-m&#234;mes la lutte de mani&#232;re plus radicale... Tout cela avec une grande aide : celle de la CGT !&lt;br class='autobr' /&gt;
CGT :&lt;br class='autobr' /&gt;
Bernard Thibault l'a dit : &#034;la CGT va continuer &#224; conjuguer mobilisation, proposition, contestation lorsqu'il le faut, et n&#233;gociation.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais n&#233;gocier quoi ? Avec qui ? Dans quel but ? Il ne le dit pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Thibault (CGT) estime qu'&#034;il n'est pas surprenant que le d&#233;bat s'amplifie dans les entreprises en raison de la surdit&#233; du gouvernement, et appelle &#224; des assembl&#233;es des personnels sur les formes d'action. Pour l'heure toutefois, il serait &#034;irresponsable&#034; de lancer un mot d'ordre de gr&#232;ve reconductible, les entreprises o&#249; les salari&#233;s y sont pr&#234;ts restant tr&#232;s, tr&#232;s minoritaires&#034;, juge-t-il.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bernard Thibaut lui-m&#234;me participait &#224; un club de la bourgeoisie, secret aussi et du m&#234;me type intitul&#233; &#171; Le Si&#232;cle &#187;&#8230; Bien entendu, m&#234;me en pleine lutte des retraites, Thibaut s'est bien gard&#233; de rompre la solidarit&#233; et le secret de cet organisme patronal !&lt;br class='autobr' /&gt;
La derni&#232;re intervention forte de Bernard Thibaut, alors secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT, n'&#233;tait-t-elle pas celle du mouvement des retraites quand il affirmait que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ne devait surtout pas &#234;tre la perspective de cette lutte car la tradition du mouvement ouvrier fran&#231;ais excluait, selon lui, ce type d'action !!! Pendant ce temps, sous pr&#233;texte de maintenir &#224; tout prix &#171; l'unit&#233; intersyndicale &#187;, il fallait laisser seuls les gr&#233;vistes des raffineries p&#233;troli&#232;res, en allant jusqu'&#224; pr&#233;tendre qu'&#224; elles seules elles allaient gagner la bataille des retraites&#8230; Au m&#234;me moment, alors que les travailleurs &#233;taient pr&#233;tendument mobilis&#233;s, les syndicats laissaient se battre seuls les ouvriers des sous-traitants de l'Automobile licenci&#233;s et des hospitaliers en gr&#232;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thibaut ne rompait ainsi en rien avec ses propres prises de position qui, contrairement &#224; ce que croient bien des militants, n'ont jamais rien eu de radical, en tout cas pas aux c&#244;t&#233;s de travailleurs. On rappellera son intervention pour faire c&#233;der les syndicalistes locaux face au patronat de choc de P&#233;rier&#8230; Il avait ainsi cass&#233; la gr&#232;ve des fonctionnaires de 1995, ayant r&#233;alis&#233; des n&#233;gociations s&#233;par&#233;es pour les cheminots avec le minist&#232;re du travail et &#233;tait sorti de ces n&#233;gociations en rendant publique un appel de fin de gr&#232;ve, sans consulter les assembl&#233;es interprofessionnelles, en l&#226;chant les autres cat&#233;gories de fonctionnaires qui avaient rejoint les cheminots, en particulier les travailleurs de la RATP, lesquels n'ont plus jamais fait gr&#232;ve avec les cheminots ! La division des travailleurs, la CGT en avait d'ailleurs donn&#233; la d&#233;monstration cette ann&#233;e-l&#224;, celle du fameux &#171; tous ensemble &#187; des syndicats en laissant isol&#233;s les mouvements des travailleurs du priv&#233;, de Renault &#224; Thomson ou &#224; l'A&#233;rospatiale, quelques mois auparavant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; des mobilisations parfois r&#233;ussies, les attaques patronales et gouvernementales de ces derni&#232;res ann&#233;es ont toutes &#233;t&#233; des succ&#232;s. Les entreprises qui licencient, comme New Fabris ou Continental, ont connu des gr&#232;ves (gr&#232;ves massives avec occupation et parfois des cadres et dirigeants s&#233;questr&#233;s et menaces de faire exploser l'entreprise &#233;ventuellement), mais, au final, les salari&#233;s sont licenci&#233;s, et les sous qu'ils ont gagn&#233; durement ne sont rien face au co&#251;t de la vie et rien face aux profits des capitalistes. Certains syndicats parlent de victoire et certains des salari&#233;s qui ont men&#233; ces luttes ressentent honn&#234;tement une victoire mais elle est bien am&#232;re... Pour le reste, le r&#233;sultat de la strat&#233;gie de journ&#233;es d'action suivies de n&#233;gociations avec l'Etat et les patrons est un recul sur toute la ligne. Les services publics sont progressivement attaqu&#233;s et privatis&#233;s. Le ch&#244;mage et la mis&#232;re augmentent. Les retraites, la sant&#233;, la s&#233;cu sont mis en cause. Et la crise est loin d'&#234;tre finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple : la lutte des salari&#233;s de Continental contre les licenciements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dirigeants syndicaux les appellent &#224; reprendre le travail :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il faut que la reprise se fasse, mais pas dans n'importe quelles conditions&#034;, avait d&#233;clar&#233; devant les salari&#233;s Xavier Mathieu, d&#233;l&#233;gu&#233; CGT, en pointe dans le mouvement depuis l'annonce de la fermeture d'ici 2010 du site qui emploie 1.120 personnes, la plus importante en France depuis le d&#233;but de la crise.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;On va reprendre le travail, mais la lutte continue, elle sera m&#234;me plus facile, parce qu'on n'aura plus le souci de ne pas &#234;tre pay&#233;&#034;, avait-il ajout&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;C'est clair qu'il faut reprendre, vos familles ont besoin de cet argent&#034;, avait d&#233;clar&#233; aux salari&#233;s pr&#233;sents Antonio Da Costa, secr&#233;taire CFTC du CE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des retraites de 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2010, les journ&#233;es d'action de 2009 &#233;tal&#233;es continuent mais, quel progr&#232;s !, elles sont sectoris&#233;es&#8230; Les ports et docks sont appel&#233;s &#224; la gr&#232;ve le 4 janvier, la Guadeloupe le 9 janvier, l'aviation civile les 13 et 14 janvier, la fonction publique le 21 janvier, les infirmi&#232;res et personnels de sant&#233; le 26 janvier, France T&#233;l&#233;vision le 28 janvier, l'Education le 30 janvier. Lorsque, par hasard, les hospitaliers &#233;taient appel&#233;s en m&#234;me temps que les enseignants, les conf&#233;d&#233;rations leur ont donn&#233; des rendez-vous diff&#233;rents pour manifester !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats nous appellent &#224; une journ&#233;e nationale et de manifestations le 23 mars 2010. Cela serait bien entendu indispensable et important vu l'ampleur des attaques qui menacent nos retraites. Le gouvernement vide les caisses, amplifie les suppressions d'emplois en supprimant des emplois dans le public et en organisant les suppressions d'emplois des prestataires de l'Automobile par exemple. Il pr&#233;voit, soi-disant pour renflouer les caisses, d'imposer des retraites sous-pay&#233;es, des cotisations salariales en hausse et une retraite &#224; 60, 61 ans ou plus&#8230; Mais, le texte m&#234;me des appels syndicaux en dit long sur leur absence de combativit&#233; sur le fond. Au lieu d'&#233;crire tout simplement : pas touche aux r&#233;gimes de retraites, ils &#233;crivent : &#171; pas de r&#233;forme sans un d&#233;bat national &#187;. Mais on sait que ces fameuses &#171; r&#233;formes &#187; sont des destructions ! Pas besoin d'en d&#233;battre ! Ou encore, ils &#233;crivent &#171; Reconnaissance de la p&#233;nibilit&#233; d'abord &#187;. Pas d'accord ! Ne commen&#231;ons pas par &#233;dicter des exceptions mais la r&#232;gle : 60 ans pour tous sans aucune r&#233;duction de pension ! Et qu'on ne nous refasse pas le coup des retraites de 2003&#8230;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la soi-disant gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des raffineries de fin f&#233;vrier 2010, on assiste &#224; une de raffinerie...dans la tactique pour renouveler le jeu patron/Etat/syndicat qui commen&#231;ait &#224; s'user.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour en dire plus, il faut rentrer dans bien des d&#233;tails scabreux...&lt;br class='autobr' /&gt;
Les travailleurs de cette raffinerie sont v&#233;ritablement pris en otage, leur site menac&#233; leur dit-on de fermeture puis on leur dit non puis oui, puis pas tout de suite puis pas avant cinq ans, puis toutes les raffineries sont menac&#233;es, puis le gouvernement affirme qu'aucune ne l'est, puis le dirigeant de Total, nullement ind&#233;pendant du pouvoir, d&#233;clare qu'il verra, qu'il tentera de sauver des emplois, de proposer des alternatives, puis, puis, ...&lt;br class='autobr' /&gt;
Visiblement d&#233;j&#224; tout ce petit monde joue un jeu. Lequel ? Ils veulent provoquer une lutte ou quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis la lutte d&#233;marre. Ou du moins ce qui est pr&#233;sent&#233; comme tel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contre qui lutte-on devrait-on demander dans chaque lutte. Et ici plus que jamais !&lt;br class='autobr' /&gt;
Total, c'est la m&#234;me chose que le gouvernement et ils ne disent jamais la m&#234;me chose tout en faisant semblant de se concerter. Vous avez dit bizarre...&lt;br class='autobr' /&gt;
Les syndicats jouent un autre jeu, tout aussi compliqu&#233;. ils appellent une raffinerie, tout Total, toutes les raffineries, plus aucune, de nouveau Total, de nouveau plus aucune, finalement la seule para&#238;t-il menac&#233;e. Oulala ! &#231;a donne mal &#224; la t&#234;te aux concern&#233;s, aux gr&#233;vistes, aux non-gr&#233;vistes qui ne savent pas si on les appelle encore ou non...&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle impression cherche-t-on &#224; donner ? Que les syndicats ont men&#233; une lutte alors qu'il y avait arrangement d&#232;s le d&#233;part, cela y ressemble bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;raliser les luttes n'entre pas dans la strat&#233;gie de ces centrales. Quand elles font semblant, c'est assez d&#233;sordonn&#233; et peu convaincant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, la CGT annonce que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des raffineries est finie avant d'avoir commenc&#233;, sans consulter ni les sections syndicales, ni les travailleurs, sans que les travailleurs de la raffinerie en question n'aient obtenu de r&#233;elles garanties, sans rien... Chapeau bas, la CGT : pour les raffineries dans les manipulations, c'est fort...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT a estim&#233;, mardi 23 f&#233;vrier, que les conditions d'une suspension de la gr&#232;ve dans le groupe Total, qui dure depuis mercredi dernier, &#233;taient r&#233;unies. &#034;La CGT consid&#232;re que des avanc&#233;es significatives obtenues par la mobilisation des salari&#233;s cr&#233;e les conditions d'une suspension&#034;, a d&#233;clar&#233; &#224; la presse Charles Foulard, coordinateur de la CGT pour le groupe Total. De m&#234;me, FO appelle &#224; la suspension du mouvement, a indiqu&#233; son n&#233;gociateur, Claude Maghue. La direction et les syndicats, apr&#232;s neuf heures de n&#233;gociations, sont arriv&#233;s &#224; un &#034;relev&#233; de conclusions&#034; qui &#034;sera soumis &#224; la signature des organisations syndicales&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le 11 mars, on peut lire dans Le Figaro :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La CGT du groupe Total a indiqu&#233; jeudi qu'elle ne reprendrait pas d'&#233;ventuelle gr&#232;ve en soutien aux salari&#233;s de la raffinerie de Dunkerque (Nord) avant le jugement d'un recours du comit&#233; central d'entreprise (CCE) contre sa fermeture. Le d&#233;p&#244;t de ce recours est &#034;en cours&#034; et la CGT esp&#232;re une d&#233;cision de justice &#034;dans une quinzaine de jours&#034;, a d&#233;clar&#233; &#224; l'AFP Charles Foulard, coordinateur CGT pour le groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous poursuivons la suspension du mouvement de gr&#232;ve nationale jusqu'au jugement en r&#233;f&#233;r&#233;, qui sera un point d'appui&#034;, a-t-il indiqu&#233;, apr&#232;s une gr&#232;ve tr&#232;s suivie d'une semaine fin f&#233;vrier qui avait menac&#233; les approvisionnements des stations-services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT de la branche p&#233;trole a d&#233;j&#224; appel&#233; &#224; la gr&#232;ve les salari&#233;s des 13 raffineries fran&#231;aises (dont 6 poss&#233;d&#233;es par Total) le 15 avril, date d'une table ronde nationale sur l'avenir du raffinage en France. Selon Sud, majoritaire &#224; la raffinerie de Dunkerque, cet appel n'&#233;tait &#034;pas l'urgence&#034; alors que les salari&#233;s de l'&#233;tablissement sont en gr&#232;ve depuis deux mois, mais le syndicat a dit vouloir &#234;tre &#034;constructif&#034; avec la CGT, majoritaire dans le groupe p&#233;trolier. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, trahison des salari&#233;s sur toute la ligne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1729&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1729&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1605&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1605&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les formes d'organisation, il est clair que les centrales - toutes de mani&#232;re unanime - sont contre des formes d'organisation et de d&#233;cision &#224; la base, des comit&#233;s, des conseils, des collectifs, des coordinations, quelle que soit la mani&#232;re dont on les appelle : comit&#233;s de gr&#232;ve, comit&#233;s de lutte, comit&#233;s d'action, comit&#233;s de quartier, comit&#233;s inter-entreprises, comit&#233;s interprofessionnels...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de classe, en comit&#233;s qui interf&#232;rent de plus en plus dans la soci&#233;t&#233; jusqu'&#224; la prise du pouvoir, menace l'ordre existant et r&#233;v&#232;le aux travailleurs eux-m&#234;mes leur capacit&#233; &#224; diriger la soci&#233;t&#233; et le sens dans lequel ils souhaitent la diriger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute forme d'organisation de classe, m&#234;me embryonnaire, remet en question l'ordre social dont les appareils syndicaux sont un des piliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les centrales syndicales visent &#224; convaincre les travailleurs qu'elles feront tout tr&#232;s bien &#224; leur place, comme avocats, comme assurance, comme s&#233;curit&#233;, comme n&#233;gociateurs, comme d&#233;cideurs des des rythmes et moyens de lutte... Elles trouvent les revendications, les d&#233;cident et les discutent avec patronat et Etat, tout cela sans consulter les travailleurs et m&#234;me pas leurs militants ! Par exemple, la CGT a sign&#233; le &#034;Contrat social de crise&#034; qui pr&#233;voit comment Renault sacrifie les salari&#233;s sans que leurs militants en aient &#233;t&#233; inform&#233;s ! Ils avaient bien fait des consultations mais toutes disaient que la signature &#233;tait minoritaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'oppos&#233;, le but num&#233;ro un des comit&#233;s, c'est que les travailleurs d&#233;cident, discutent de tout devant tout le monde, en se soumettant au maximum au choix des travailleurs. Pas par go&#251;t des r&#233;unions sans fin mais parce que c'est ainsi que les travailleurs renforcent leur capacit&#233; de lute et de changement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ils combattent f&#233;rocement toute tentative de les mettre en place, pr&#233;tendant qu'il suffit d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales dans lesquelles les propositions viennent seulement des syndicats, c'est-&#224;-dire de leur direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Centrales syndicales et classe ouvri&#232;re ne d&#233;fendent m&#234;me pas les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts. Il suffit pour le montrer de voir que les centrales s'estiment victorieuses du dernier conflit et que les travailleurs ont &#233;t&#233; battus. L'int&#233;r&#234;t des centrales est d'obtenir la reconnaissance des patrons et de l'Etat ce qui les oblige r&#233;guli&#232;rement &#224; s'appuyer sur la force de la classe ouvri&#232;re afin de contraindre leurs interlocuteurs &#224; ne pas trop baisser les prix pay&#233;s aux syndicats pour leurs services. Une petite d&#233;monstrations ans danger de temps en temps suffit....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1765&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1765&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1764&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1764&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article391&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article391&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1729&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1729&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1723&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1723&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1753&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1753&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2011-2013&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La CGT et la gr&#232;ve de PSA Aulnay&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site de PSA (Aulnay) est menac&#233; de fermeture. Les traavailleurs vont &#234;tre licenci&#233;s massivement. Ils seraient une force potentielle &#233;norme pour soulever tout le secteur automobile lui aussi menac&#233; et toute la classe ouvri&#232;re qui l'est &#233;galement, si la lutte d'Aulnay allait dans ce sens&#8230; Ce ne sera pas la politique des syndicats &#224; Aulnay ni ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dirigeant de la CGT Aulnay : &#171; nous allons &#234;tre le cauchemar du patron &#187;, &#171; nous allons transformer Aulnay en forteresse ouvri&#232;re &#187;. Aulnay en forteresse, voil&#224; qui signifiait que les travailleurs d'Aulnay d&#233;fendaient seulement leur site alors qu'il y avait encore plus de licenciements dans l'ensemble des autres sites qu'&#224; Aulnay seule et qu'ils se gardaient d'appeler &#224; la lutte de l'ensemble du trust, unit&#233; absolument indispensable dans une attaque d'ensemble, unit&#233; que la conf&#233;d&#233;ration syndicale ne voulait surtout pas organiser. Le discours du chef syndical CGT d'Aulnay ne risquait pas pr&#233;parer une lutte d'ensemble puisqu'il ne mobilisait que derri&#232;re une banderole &#171; non &#224; la fermeture d'Aulnay &#187; et jamais derri&#232;re un &#171; non aux licenciements &#224; Peugeot &#187; ! Et, d'autre part, l'objectif donn&#233; aux salari&#233;s &#233;tait de r&#233;partir les productions entre les sites, ce qui sous-entendait qu'il fallait lutter pour produire &#224; Aulnay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants syndicaux ont fait attendre des mois apr&#232;s l'annonce de la fermeture par le patron ensuite pour que les travailleurs d'Aulnay qui avaient d&#233;j&#224; vu leur moral cass&#233; par des mois et des ann&#233;es pendant lesquelles la CGT s'&#233;tait charg&#233;e par avance d'annoncer le projet de fermeture du patron. Quand on vous serine pendant des mois &#224; longueur de d&#233;claration du chef CGT que &#171; le site d'Aulnay va fermer &#187;, sans autre d&#233;veloppement de perspective de lutte, sans montrer en quoi cela concernait le reste de la classe ouvri&#232;re ou le reste des ouvriers de PSA, on ne peut pas dire que vous ayez le moral en entendant les chefs syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicalistes r&#233;formistes veulent absolument faire croire que la crise est factice et n'est qu'un pr&#233;texte &#224; des sacrifices pour les travailleurs. Ils veulent affirmer que la crise ne pourrait provenir que d'une baisse des ventes. Ils ne veulent pas admettre que le capitalisme ait pu atteindre ses limites, car alors leur r&#244;le aurait aussi atteint le sien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela signifie que leurs seuls crit&#232;res sont les ventes et les profits. Mais le crit&#232;re de la crise actuelle est la fin de l'accumulation priv&#233;e du capital. Les riches ont beaucoup d'argent, mais ne veulent plus l'investir dans la production et le commerce. Ils sp&#233;culent. Et plus ils sp&#233;culent, plus la sp&#233;culation devient plus int&#233;ressante &#224; court terme que l'investissement. C'est donc devant une spirale destructrice que se retrouve le syst&#232;me. Son seul moyen de tenir momentan&#233;ment a &#233;t&#233; l'investissement massif des Etats qui a men&#233; &#224; leur faillite actuelle... A PSA et Renault, l'Etat a donn&#233; et n'arr&#234;te pas de donner des milliards et cela ne peut suffire &#224; pallier les investissements des trusts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela signifie que tous les capitalistes, que PSA, que Renault, que le B&#226;timent sp&#233;culent. Cela signifie aussi qu'ils estiment la sp&#233;culation sur les fonds souverains par exemple bien plus profitable que de produire des voitures&#8230; Avec des risques : ils viennent de perdre beaucoup d'argent en jouant sur les dettes souveraines de la Gr&#232;ce, de l'Espagne, de l'Italie. Et ils vont en avoir perdu encore bien plus sur les dettes souveraines&#8230; de la France ! D'o&#249; les suppressions d'emplois et les licenciements en pr&#233;vision&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les suppressions d'emploi &#224; PSA ne sont pas plus caus&#233;es par le manque des v&#233;hicules vendus que les licenciements &#224; la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale ou &#224; la BNP le seraient par le manque de comptes de particuliers ouverts, ni les licenciements du B&#226;timent par le manque d'acheteurs d'appartements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous ces licenciements ont exactement la m&#234;me cause : les capitalistes se retirent massivement de leurs investissements, ils misent plut&#244;t sur des sp&#233;culations financi&#232;res, les capitalistes n'investissent plus, les banques ne pr&#234;tent plus, les capitalistes misent sur la chute des monnaies, des Etats, des bourses, des &#233;conomies car cela rapporte plus. Et les entreprises automobile font de m&#234;me...&lt;br class='autobr' /&gt;
Soulignons le mode de raisonnement d&#233;velopp&#233; dans les m&#233;dia par les dirigeants syndicalistes dont nombre de militants r&#233;volutionnaires : le patron gagne de l'argent donc il ne devrait pas supprimer des emplois ; les profits sont l&#224; et les travailleurs n'en b&#233;n&#233;ficient pas ; Le groupe choisit de faire travailler en Chine ou au Br&#233;sil alors que c'est un trust fran&#231;ais aid&#233; par l'Etat fran&#231;ais ; PSA a annonc&#233; s'&#234;tre tir&#233; de la crise avec des profits records et le trust ne devrait pas faire payer les travailleurs, etc, etc... Ce n'est pas juste. Ce n'est pas moral. Ce n'est pas l'int&#233;r&#234;t de l'entreprise. Ce n'est pas social. ce ne devrait pas &#234;tre accept&#233; par l'Etat fran&#231;ais qui a pay&#233; pour emp&#234;cher les suppressions d'emplois. etc, etc...&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien entendu, nous comprenons tr&#232;s bien ce que veut dire ce discours : la crise est un pr&#233;texte, une entreprise qui profite ne devrait pas licencier, ni m&#234;me supprimer des emplois, on se mobilise avec le droit moral pour nous...&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela semble l&#233;gitime, non, tout cela ? Et pourtant, ce n'est qu'un moyen d'aller direct dans le mur, m&#234;me si les salari&#233;s de PSA se mobilisent...&lt;br class='autobr' /&gt;
Et d'abord parce que cela repose sur une analyse fausse de la situation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien entendu, nous ne pr&#233;tendons en rien l&#233;gitimer la politique de suppressions d'emplois de PSA, mais seulement comprendre la logique patronale pour mieux la combattre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le raisonnement pr&#233;c&#233;dent sous-entend qu'il s'agit simplement de d&#233;localisations en vue d'augmenter les profits et que la racine de cette politique n'a rien &#224; voir avec la crise que connait le syst&#232;me mondial. C'est faux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette mani&#232;re de raisonner laisse entendre que les suppressions d'emplois ne sont pas li&#233;es aux d&#233;sordres financiers, boursiers, mon&#233;taires et &#233;conomiques du syst&#232;me mondial. Et c'est faux.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une mani&#232;re de dire que le patron de PSA m&#232;ne une politique particuli&#232;re qui est particuli&#232;rement hostile aux travailleurs et qu'il suffirait que les travailleurs de PSA se mobilisent contre ce plan pour le faire reculer. Et c'est faux.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est faux parce que l'offensive contre les travailleurs n'est nullement cantonn&#233;e &#224; PSA. La premi&#232;re des choses &#224; faire pour &#233;lever le niveau de conscience et le rapport des forces serait de montrer aux travailleurs de PSA qui veulent se mobiliser que la lutte doit &#234;tre g&#233;n&#233;rale et qu'il est vital de se mobiliser &#224; des niveaux plus important qu'un site comme Citro&#235;n Aulnay et m&#234;me qu'un groupe comme PSA. Il va falloir entra&#238;ner toute l'Automobile et m&#234;me toute la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2225&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2225&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2709&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2709&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2144&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2144&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2388&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2388&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve402&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve402&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2468&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2468&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2629&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2629&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3364&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3364&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2012&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve de l'h&#244;pital Saint Antoine est battue par... les syndicats...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2199&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2199&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve PSA Aulnay, men&#233;e de mani&#232;re r&#233;formiste par la CGT, a accouch&#233; d'une souris&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;change des dix milliards que le gouvernement donne en cadeau et sans condition &#224; la banque financi&#232;re PSA en faillite, il a obtenu du patron de PSA d'organiser un simulacre de n&#233;gociations o&#249; ne seraient pas remis en cause le plan de licenciements massif mais seulement ren&#233;goci&#233; leur accompagnement. Les syndicats d'Aulnay crient victoire et d&#233;clarent que c'est leur lutte qui a obtenu la victoire et quelle est cette victoire ? Mercier, dirigeant CGT l'exprime ainsi : un calendrier de n&#233;gociations !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des milliers de salari&#233;s vont perdre leur emploi et ce n'est nullement remis en question m&#234;me quand l'Etat d&#233;bourse dix milliards d'euros et la victoire c'est qu'il n'y ait ni gr&#232;ve ni occupation des sites vis&#233;s et qu'on obtienne un calendrier de blabla mensongers autour du tapis vert et celui qui dit cela se pr&#233;tend communiste r&#233;volutionnaire de Lutte Ouvri&#232;re. Il faut se pincer pour y croire !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;On a bloqu&#233; la direction qui voulait nous imposer ses conditions sans n&#233;gocier sur les mobilit&#233;s&#034;, s'est f&#233;licit&#233; Jean-Pierre Mercier (CGT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un succ&#232;s de l'unit&#233; des salari&#233;s d'Aulnay &#187; dit Marcier &#224; la t&#233;l&#233;vision. Ce qu'il appelle unit&#233; des salari&#233;s, c'est l'unit&#233; des syndicats avec le syndicat patronal et jaune le SIA et l'unit&#233; pour ne pas entrer en gr&#232;ve, pour ne pas occuper, pour ne pas d&#233;ranger les pr&#233;tendues n&#233;gociations, pour ne pas mener la lutte des classes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal L'Humanit&#233; du 25 octobre &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un premier succ&#232;s pour les syndicats de PSA Peugeot-Citro&#235;n. Ceux-ci sont parvenus &#224; imposer ce jeudi que la direction du groupe automobile ouvre des n&#233;gociations sur les conditions de l'ensemble du plan social annonc&#233; &#224; Aulnay et Rennes,, dans le cadre de son plan de restructuration qui pr&#233;voit plus de 8.000 suppressions d'emploi et la fermeture du site de Seine-Saint-Denis. Ces n&#233;gociations d&#233;buteront le 7 novembre. Jean-Pierre Mercier, repr&#233;sentant CGT de PSA Aulnay, raconte &#224; la sortie du comit&#233; central d'entreprise qui se tenait ce matin : &#034;La direction de Peugeot voulait ce matin faire passer en force une partie de son plan en imposant les mutations internes. Elle cherchait ainsi &#224; vider l'usine (d'Aulnay) le plus vite possible. C'est un premier succ&#232;s.&#034; Selon les syndicats, les conditions de d&#233;part des salari&#233;s sur Poissy ou d'autres sites du groupe devront d&#233;sormais faire l'objet de n&#233;gociations pr&#233;alables. Un calendrier de discussions sera mis en place sur l'ensemble des mesures d'accompagnement - formations, indemnisations - destin&#233;es &#224; ceux qui refusent d'&#234;tre transf&#233;r&#233;s et &#224; tous les autres salari&#233;s concern&#233;s par la r&#233;duction de la capacit&#233; de Rennes ou par la fermeture du site d'Aulnay. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Cela fait 17 mois que l'on demande l'ouverture de ces n&#233;gociations. La direction voulait nous diviser elle n'a pas r&#233;ussi&#034;, explique Jean-Pierre Mercier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis de nuancer : &#034;On a obtenu un calendrier de n&#233;gociations pour nos revendications. Mais on ne peut pas faire confiance &#224; la direction de PSA. Nous attendons qu'Arnaud Montebourg appose signature en bas du document&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'on peut faire confiance &#224; Montebourg et &#224; l'Etat bourgeois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la sortie de l'entrevue entre Montebourg et les syndicats, le ministre a assur&#233; que le &#171; gouvernement et le pr&#233;sident de la R&#233;publique partageaient l'inqui&#233;tude des salari&#233;s &#187; de PSA et promis que la r&#233;union &#224; venir serait l'occasion de &#171; r&#233;duire reformater, rediscuter le plan social &#187;. S'il a reconnu implicitement que les suppressions de postes &#233;taient un mal n&#233;cessaire pour permettre &#224; Peugeot, en difficult&#233;, de se remettre sur de bons rails, il a n&#233;anmoins assur&#233; que le plan social devait &#234;tre &#171; strictement proportionn&#233; aux n&#233;cessit&#233;s de la relance de Peugeot. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat a demand&#233; &#171; le reformatage du plan &#187; qui pr&#233;voit 8.000 suppressions de postes, a r&#233;p&#233;t&#233; le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg &#224; l'issue d'une r&#233;union tripartite &#224; Bercy. Mais il n'a obtenu aucun engagement du groupe automobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la n&#233;gociation avec les partenaires sociaux qui va nous permettre de voir l'effectivit&#233; de ces efforts &#187;, a dit le ministre. Et c'est tout ! Alors que l'Etat a quand m&#234;me d&#233;bours&#233; sans discuter dix milliards d'euros !!!! C'est cher pay&#233; de n&#233;gocier autour du tapis vert ! Voil&#224; tout ce qu'obtient un gouvernement de gauche pour dix milliards&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2484&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2484&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bureaucrate collaboration de classe succ&#232;de &#224; un autre &#224; la t&#234;te de la CGT et de mani&#232;re tout &#224; fait bureaucratique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Thibault a annonc&#233; ce mardi &#224; l'AFP que la commission ex&#233;cutive de la CGT a choisi, sur sa proposition, Thierry Lepaon, pour lui succ&#233;der comme secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut voir qui est Lepaon pour comprendre tout le sel de cette succession sans heurt apparent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2479&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2479&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lepaon, futur secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT, a pr&#233;par&#233; la privatisation de la SNCF !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 juin 2012 : Le futur secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT fait un rapport d'Etat au CESE en faveur de la privatisation des TER&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; Rapport Lepaon &#187; au CESE du 27/06/2012 en faveur de l'ouverture &#224; la concurrence du secteur ferroviaire sera sign&#233; des organisations patronales et &#233;tatiques (sous gouvernement de droite de Sarkozy) comme des pires organisations syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voici des extraits :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce texte pr&#233;sente une grande unit&#233; de ton r&#233;v&#233;latrice d'un consensus assez fort sur le sens que devrait avoir une exp&#233;rimentation (de privatisation de la SNCF), si l'Etat le d&#233;cide, et sur les principes que doivent inspirer sa conduite pour concourir &#224; son succ&#232;s. J'ai employ&#233; &#224; dessein le mot consensus et je souhaite maintenant dissiper toute erreur d'appr&#233;ciation sur ce terme. Il n'aura &#233;chapp&#233; &#224; personne dans cette assembl&#233;e que la locution &#171; ouverture &#224; la concurrence &#187; appliqu&#233;e &#224; un noyau dur du service public peut agir imm&#233;diatement comme un chiffon rouge. Dans le monde ferroviaire, agiter un chiffon rouge est justement le moyen le plus ancien, mais toujours en vigueur, pour signifier l'arr&#234;t d'urgence notamment lorsqu'il s'agit d'une man&#339;uvre. &#171; Je dois dire que j'ai personnellement consid&#233;r&#233; comme un challenge de faire la preuve qu'il &#233;tait possible, et m&#234;me utile, de d&#233;passer le stade de la r&#233;action allergique afin de clarifier les id&#233;es en affrontant la r&#233;alit&#233;. Affronter la r&#233;alit&#233;, c'est toujours confronter les points de vue, polir ses arguments en les frottant, souvent vigoureusement, &#224; ceux des autres. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le th&#232;me de l'ouverture &#224; la concurrence du transport ferroviaire r&#233;gional de voyageurs s'inscrit dans le cadre d'une orientation prise au niveau europ&#233;en. D&#232;s lors, la responsabilit&#233; d'une telle initiative appartient &#224; l'Etat et &#224; lui seul. Il doit &#234;tre clair que la question de l'ouverture &#224; la concurrence ne peut pas se r&#233;soudre par la voie d'une discussion, d'une n&#233;gociation, d'une concertation entre la direction et les syndicats de l'entreprise publique auquel ce service est d&#233;di&#233; par la loi. &lt;br class='autobr' /&gt;
La SNCF appartient &#224; la nation et ce sera donc aux &#233;lus de la nation, &#224; l'issue d'un d&#233;bat public associant les citoyens et les usagers, de prendre leurs responsabilit&#233;s et de l'assumer, le cas &#233;ch&#233;ant, devant leurs &#233;lecteurs. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour aller &#224; l'essentiel, je voudrais maintenant pr&#233;senter la m&#233;thode et le calendrier l&#233;gislatif et social que nous pr&#233;conisons. J'insiste bien sur le fait que nous proposons d'abord une m&#233;thode car nous avons voulu mettre l'accent sur le &#171; comment faire &#187; et pas seulement sur le &#171; quoi faire &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette m&#233;thode se d&#233;cline en six recommandations qui tracent un chemin, c'est-&#224;-dire un cap, une succession d'&#233;tapes et une m&#233;thode permettant de conduire &#224; terme une telle exp&#233;rimentation (en vue de la privatisation de la SNCF), si elle &#233;tait d&#233;cid&#233;e, et d'en tirer les enseignements. C'est ensuite &#224; son heure que viendra le moment de la d&#233;cision. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je l'ai dit, le th&#232;me de l'ouverture &#224; la concurrence du transport ferroviaire r&#233;gional de voyageurs a donn&#233; lieu &#224; de nombreuses initiales ayant produit des &#233;tudes et des rapports. Pour autant, notre contribution ne constitue pas une synth&#232;se au sens de la compilation condens&#233;e et plus ou moins hi&#233;rarchis&#233;e des pr&#233;conisations des rapports pr&#233;cit&#233;s, et ce, malgr&#233; leur qualit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons extrait de ce corpus ce qui nous a sembl&#233; le plus &#233;labor&#233; et le plus coh&#233;rent pour inventer l'avenir. Pour cela, il nous faut d'abord bien comprendre les sp&#233;cificit&#233;s du cadre social des cheminots, sp&#233;cificit&#233;s du cadre social des cheminots, sp&#233;cificit&#233;s qui d&#233;coulent du statut m&#234;me de l'entreprise SNCF, qui s'est vue confier des missions de service public. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, nous avons imagin&#233; des &#233;volutions possibles au plan social dans la perspective d'une ouverture &#224; concurrence qui semble se dessiner. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette id&#233;e prenant progressivement corps, elle s'est traduite en quelques sc&#233;narios descriptifs assez pr&#233;cis pour que l'on comprenne le sens de l'histoire qui pourrait s'&#233;crire et suffisamment ouvert pour laisser toute sa place et sa cr&#233;ativit&#233; au dialogue social. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'en suis, mes Chers Coll&#232;gues, pleinement convaincu : rien ne pourra aboutir sans le dialogue social et il s'agit l&#224; d'une premi&#232;re recommandation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le monde conna&#238;t la combativit&#233; des cheminots, mais peu de gens ont une id&#233;e du r&#244;le des relations collectives au sein de l'entreprise pour que ce grand syst&#232;me industriel de service puisse fonctionner. Lorsqu'on a compris que c'est le statut de l'entreprise qui a d&#233;fini le statut des cheminots et non l'inverse, on comprend alors beaucoup d'autres choses. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en fonction de certaines obligations de r&#233;sultat, notamment en mati&#232;re de s&#233;curit&#233;, qu'ont &#233;t&#233; d&#233;finies l'organisation du travail, le r&#233;gime du travail, y compris le r&#233;gime de retraite. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme le dit le projet d'avis, si l'on veut que l'exp&#233;rimentation d'une ouverture &#224; la concurrence soit r&#233;ussie, il convient de faire en sorte que l'op&#233;rateur historique et ses salari&#233;s s'y reconnaissent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre recommandation &#8211; la deuxi&#232;me &#8211; qui s'est impos&#233;e porte sur la n&#233;cessit&#233; d'une &#233;valuation pr&#233;alable des r&#233;sultats des exp&#233;rimentations r&#233;gionales avant de mettre en place un cadre social harmonis&#233;, c'est-&#224;-dire un socle commun en mati&#232;re de dur&#233;e et d'organisation du travail. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Je voudrais aussi &#233;voquer une autre question essentielle, celle du devenir des personnels en cas de changement d'op&#233;rateur. Ce projet d'avis se distingue des rapports d'experts, puisqu'il pr&#233;conise le reclassement interne &#224; la SNCF avant d'envisager un &#233;ventuel transfert de personnels. (&#8230;) &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
On aura compris que tout l'effort de Lepaon consiste &#224; faire passer sans lev&#233;e de drapeau rouge de la part des cheminots&#8230; la privatisation de la SNCF !!!!&lt;br class='autobr' /&gt;
Il rajoute :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le Transport Express R&#233;gional de voyageurs (TER) a connu gr&#226;ce &#224; la r&#233;gionalisation un essor remarquable. Mais son co&#251;t tend &#224; s'accro&#238;tre et son d&#233;veloppement para&#238;t sous contrainte, alors que l'Union europ&#233;enne a engag&#233; une lib&#233;ralisation progressive des transports ferroviaires. Dans ce contexte, le Premier ministre a demand&#233; l'avis du CESE sur l'ouverture &#224; la concurrence des transports r&#233;gionaux de voyageurs, en particulier quant au p&#233;rim&#232;tre g&#233;ographique, &#224; la propri&#233;t&#233; du mat&#233;riel roulant, aux relations contractuelles entre r&#233;gion et exploitant, ainsi qu'&#224; sa dimension sociale. Pour le CESE, la d&#233;cision d'ouvrir, m&#234;me &#224; titre exp&#233;rimental, les TER &#224; la concurrence est politique et rel&#232;ve du gouvernement. Dans cet esprit, l'avis esquisse un chemin de r&#233;forme qui permette, via une exp&#233;rimentation ma&#238;tris&#233;e, d'avancer prudemment sur ce dossier sensible, en associant l'ensemble des parties prenantes. L'enjeu est en effet de maintenir, voire d'amplifier le succ&#232;s de la r&#233;gionalisation des TER, afin de favoriser la comp&#233;titivit&#233; et l'accessibilit&#233; des territoires, la mobilit&#233; des personnes, la pr&#233;servation de l'environnement et le d&#233;veloppement de la fili&#232;re ferroviaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tromperie syndicale Arcelor-Mittal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats d'ArcelorMittal crient &#224; la trahison du gouvernement apr&#232;s le retrait de la proposition de nationalisation alors qu'ils &#233;taient fiers, la veille, d'avoir bu le caf&#233; avec le ministre qui avait &#233;t&#233; gentil avec eux !!! Quelques mois ou ann&#233;es avant, ils avaient &#233;t&#233; fiers de leurs n&#233;gociations avec Mittal et des promesses de ce dernier ! C'est un manque complet de conscience de qui sont les amis et les ennemis...&lt;br class='autobr' /&gt;
Les syndicats se disent trahis par les patrons et les gouvernements. C'est normal : ils ont consid&#233;r&#233; qu'ils &#233;taient du m&#234;me bord, &#224; d&#233;fendre l'entreprise, &#224; d&#233;fendre la r&#233;gion, &#224; d&#233;fendre le pays, etc. Mais ils ne sont pas de notre bord : &#224; d&#233;fendre les prol&#233;taires f&#251;t-ce aux d&#233;pens des patrons. Les patrons, eux, ne craignent pas de d&#233;fendre leurs profits, f&#251;t-ce en nous assassinant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie syndicale reste : les cheminots luttent seuls, les salari&#233;s de Petroplus luttent seuls, les PSA Aulnay ne sont m&#234;me pas en lutte avec ceux de Rennes sans parler des autres sites, les salari&#233;s d'Arcelor luttent seuls, les salari&#233;s de chaque banque comme la banque de France r&#233;cemment luttent seuls, etc&#8230; Tout au plus une petite journ&#233;e syndicale d'inaction par ci par l&#224;. Cette strat&#233;gie n'est pas contest&#233;e par les dirigeants syndicaux locaux des entreprises qui licencient qui pr&#233;tendent que leur lutte locale est cens&#233;e suffire pour faire reculer le patron au moment o&#249; l'offensive patronale de licenciements est g&#233;n&#233;rale et non locale, globale et non conjoncturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car leur discours consiste surtout &#224; n&#233;gocier et pas &#224; lutter. La lutte n'est rien d'autre pour elles que la derni&#232;re roue du carrosse des n&#233;gociations ! Et, de n&#233;gociation en n&#233;gociation, elles n'ont fait que reculer, reculer, reculer, abandonner les emplois, abandonner les conditions de travail et les salaires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2558&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2558&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mr Thierry Lepaon,membre du Conseil Economique, Social et Environnemental, le CESE, a &#233;mis un rapport sur la mani&#232;re de privatiser la SNCF sans faire de vagues intitul&#233; rapport sur &#171; l'ouverture &#224; la concurrence des services ferroviaires r&#233;gionaux de voyageurs &#187;, s&#233;ance du 27 juin 2012 o&#249; il d&#233;clare notamment : &#171; Il n'aura &#233;chapp&#233; &#224; personne dans cette assembl&#233;e que la locution &#171; ouverture &#224; la concurrence &#187; appliqu&#233;e &#224; un noyau dur du service public peut agir imm&#233;diatement comme un chiffon rouge. Dans le monde ferroviaire, agiter un chiffon rouge est justement le moyen le plus ancien, mais toujours en vigueur, pour signifier l'arr&#234;t d'urgence notamment lorsqu'il s'agit d'une man&#339;uvre. (&#8230;) Nous avons imagin&#233; des &#233;volutions possibles au plan social dans la perspective d'une ouverture &#224; concurrence qui semble se dessiner. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc Lepaon veut &#233;viter qu'on agite le chiffon rouge contre la privatisation de la SNCF et inscrit dans celle-ci et souhaite la dessiner&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2564&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2564&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2013&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'attaque des retraites par le gouvernement Hollande se profile, la CGT propose de pi&#233;ger &#224; nouveau la riposte ouvri&#232;re qui vient dans la fausse unit&#233; intersyndicale avec les syndicats qui viennent de signer, au nom de la comp&#233;titivit&#233; des capitalistes fran&#231;ais, l'accord de destruction du contrat de travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'entrer en guerre contre les classes dirigeantes, &#224; mesure que celles-ci d&#233;montrent leur volont&#233; de d&#233;truire les classes travailleuses, les dirigeants syndicaux manifestent&#8230; leur d&#233;sir de s'en tenir &#224; des protestations platoniques qui ne frappent pas la bourgeoisie au c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde entier, le Capital est en train de d&#233;truire le Travail et ces adeptes hypocrites du capitalisme que sont la gauche et les syndicats pr&#233;tendent qu'il faut nous d&#233;fendre pays par pays, quand ce n'est pas entreprise par entreprise, corporation par corporation et m&#234;me site par site. Ils s'&#233;tonnent que les PSA Aulnay aient beau faire gr&#232;ve dans une seule entreprise et ne parviennent pas plus &#224; faire reculer leur patron que n'y sont parvenus ceux de General Motors, de Goodyear, de Petroplus ou d'ArcelorMitall Florange, eux aussi condamn&#233;s &#224; lutter dans une seule entreprise alors que tous les trusts licencient massivement. Parce que, malgr&#233; des gr&#232;ves et des manifestations, les centrales syndicales se contentent d'accompagner les attaques en maugr&#233;ant mais en participant aux fausses n&#233;gociations qui couvrent les attaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout, les centrales se gardent bien de relier entre eux toutes les attaques subies par les salari&#233;s et tous les combats men&#233;s. Pourtant, on assiste bel et bien &#224; une offensive d'ensemble contre le monde du travail. On ne peut pas s&#233;parer l'ensemble des &#171; r&#233;formes &#187; antisociales des gouvernements, sur les retraites sur le code du travail, sur l'emploi, sur les retraites, sur les allocations familiales, sur la privatisation de la SNCF, sur la fin de la recherche publique, de la sant&#233; publique, sur l'allocation ch&#244;mage et on en passe. Les licenciements des trusts priv&#233;s ont &#233;t&#233; une attaque concert&#233;e dont PSA n'a &#233;t&#233; que le signe avant-coureur. Les centrales syndicales refusent cat&#233;goriquement de pr&#233;parer une riposte coordonn&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un geste significatif de cette volont&#233; de s'allonger devant les attaques sur les retraites a &#233;t&#233; le discours du dirigeant de la CGT Lepaon qui, au lendemain des manifestations s&#233;par&#233;es et clairsem&#233;es du premier mai, a d&#233;clar&#233; que, malgr&#233; sa signature de l'accord ANI de &#171; flexi-s&#233;curit&#233; de l'emploi &#187;, il voulait l'unit&#233; avec la CFDT et estimait les d&#233;saccords limit&#233;s et sans gravit&#233; ! Bien la peine d'avoir manifest&#233; contre l'accord ANI et d&#233;clar&#233; que c'&#233;tait l'un des pires reculs depuis des d&#233;cennies sur le contrat de travail pour ensuite minimiser la participation de syndicats &#224; cette pantalonnade syndicale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela en dit long en tout cas sur la mani&#232;re dont la CGT compte promener les salari&#233;s pour soi-disant d&#233;fendre les retraites, dans la m&#234;me lanc&#233;e de pr&#233;tendue &#171; unit&#233; &#187; qui a d&#233;j&#224; men&#233; &#224; l'&#233;chec face &#224; Sarkozy-Fillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que ces centrales syndicales qui se disaient &#171; unies pour d&#233;fendre les retraites &#187; &#233;taient surtout unies contre l'id&#233;e d'appeler &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, Bernard Thibaut, dirigeant de l'&#233;poque de la CGT, affirmant que ce n'&#233;tait nullement une m&#233;thode dans la tradition du mouvement ouvrier en France !!! Elles &#233;taient unies pour que le jour d'action ne soit pas un jour de gr&#232;ve comme le premier mai ou comme un week-end ! Elles &#233;taient unies pour laisser seuls en gr&#232;ve les travailleurs du secteur des raffineries p&#233;troli&#232;res, allant jusqu'&#224; faire croire qu'on allait &#171; faire reculer Sarkozy &#187; par ce seul blocage p&#233;trolier. Ensuite, elles ont-elles-m&#234;mes d&#233;mobilis&#233; les manifestants en affirmant qu'on ne gagnerait pas tant que Sarkozy gouvernerait et qu'il n'y avait qu'&#224; voter &#224; gauche. On voit &#224; quel point elles ont menti puisque la gauche reprend exactement de la m&#234;me mani&#232;re le travail de destruction de Sarkozy. La gauche de la gauche qui s'en indigne a cautionn&#233; l'op&#233;ration et se revendique encore d'avoir aid&#233; Hollande- ce Sarkozy-bis &#224; venir au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3419&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3419&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retraites : &#224; nouveau une intersyndicale qui va diriger le mouvement&#8230; vers le mur ?!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3477&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3477&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat pourri des n&#233;gociations entre la gauche gouvernementale et les syndicats&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1769&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1769&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2604&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2604&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syndicalisme de classe, oui, mais de quelle classe ? La bourgeoisie ou le prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2616&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2616&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;actions des dirigeants syndicalistes qui ont cru au discours du patron et s'estiment tromp&#233;s alors qu'ils ont &#233;t&#233; les relais de la tromperie aupr&#232;s des travailleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2742&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2742&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats &#224; PSA : des m&#233;thodes qui n'ont rien &#224; voir avec des m&#233;thodes de classe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2709&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2709&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques syndicales en 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3361&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3361&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2014&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la nouvelle gr&#232;ve des cheminots, la CGT a dit soutenir la gr&#232;ve jusqu'au bout. Mais il y a beaucoup &#224; redire sur ce point. Premi&#232;rement, c'est la direction de la CGT qui a initi&#233; la r&#233;forme qui m&#232;ne &#224; la privatisation puisque le rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) sur la privatisation vot&#233; &#224; l'unanimit&#233; des repr&#233;sentants de l'Etat, des patrons et des salari&#233;s, a &#233;t&#233; &#233;crit par Lepaon, repr&#233;sentant CGT, qui allait devenir plus tard secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT. Ensuite, la loi contre laquelle les cheminots ont eu &#224; se battre a &#233;t&#233; sign&#233;e par les repr&#233;sentants CGT, Lepaon pour la centrale et Garel pour la CGT cheminots, avant que la gr&#232;ve ne commence. Ensuite, il a &#233;t&#233; convenu entre le gouvernement et la CGT que l'int&#233;r&#234;t commun &#233;tait de mettre en place un dispositif par lequel la CGT prendrait l'initiative d'une protestation des cheminots, suite &#224; laquelle le Front de Gauche repr&#233;sent&#233; par Chassaigne, proposerait des amendements que Hollande-Valls allaient accepter. Les cheminots ont &#233;t&#233; tellement en col&#232;re contre le projet de loi que le mouvement qui avait &#233;t&#233; envisag&#233; a d&#251; &#234;tre transform&#233; d'action limit&#233;e en gr&#232;ve durable. Garel et Lepaon se sont alors partag&#233;s les r&#244;les, le premier faisant mine de soutenir la gr&#232;ve et le second d'appeler par les m&#233;dias &#224; la reprise du travail, mais ils sont rest&#233;s de bout en bout la main dans la main et Garel y a perdu son cr&#233;dit dans la CGT Cheminots, ce qui s'est vu par la suite&#8230; De tout cela, le syndicat SUD a fait mine de ne rien voir, tout attach&#233; &#224; sa pr&#233;tendue unit&#233; de lutte, &#224; laquelle il continue aujourd'hui &#224; s'accrocher. A aucun moment, le syndicat SUD n'avait voulu s'apercevoir de l'existence du rapport Lepaon, de la signature de la loi Hollande-Valls avant la gr&#232;ve, ni du caract&#232;re double des d&#233;clarations de la CGT au cours de la gr&#232;ve. Les groupes d'extr&#234;me gauche qui ont un r&#244;le important au sein de SUD, &#224; savoir NPA et Alternative Libertaire, ont camoufl&#233; tout cela tant qu'ils ont pu. Mais surtout, ils se sont gard&#233;s, de m&#234;me que Lutte ouvri&#232;re au sein de la CGT, de d&#233;fendre une autre perspective au sein de la gr&#232;ve, combattant m&#234;me l'id&#233;e des comit&#233;s de gr&#232;ve, l'extension de la lutte par exemple &#224; la RATP. Ils se sont gard&#233;s de critiquer la participation aux n&#233;gociations bidon. Ils se sont gard&#233;s de d&#233;masquer le double jeu des centrales syndicales. Ils se sont gard&#233;s de proposer la perspective d'une lutte d'ensemble des services publics qui subissent une attaque conjointe, par exemple une liaison avec la sant&#233; qui conna&#238;t plusieurs gr&#232;ves au m&#234;me moment et tente de les faire converger contre les appareils syndicaux. Le bilan du groupe Alternative Libertaire est particuli&#232;rement instructif, sachant le r&#244;le que joue ce groupe au sein de Sud Cheminots. On peut y lire qu'il faut combattre les militants d'extr&#234;me gauche qui militent pour des comit&#233;s de gr&#232;ve. Oui, l'extr&#234;me gauche cautionne &#224; fond les politiques de trahison des appareils syndicaux, permettant &#224; ces politiques de passer discr&#232;tement sans que la majorit&#233; des travailleurs ne voient la tromperie. Inutile de dire que ces groupes d'extr&#234;me gauche, tout comme la gauche et les syndicats, se sont gard&#233;s de souligner la trahison du rapport Lepaon au CESE et de la signature du projet de loi SNCF d'Hollande-Valls avant la gr&#232;ve, se refusant &#224; pr&#233;venir les cheminots que ceux qui allaient diriger leur gr&#232;ve en &#233;taient les ennemis cach&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re gr&#232;ve n'est pas un succ&#232;s m&#234;me si certains se satisfont de minimes amendement &#224; la loi. Celle-ci reste une loi en vue de la privatisation du transport ferroviaire et elle n'a en rien fondamentalement chang&#233;e. D'autres affirment que, nous cheminots, aurions fait gr&#232;ve pour l'honneur, pour faire une d&#233;monstration. Mis &#224; part le fait que de telles d&#233;monstrations co&#251;tent cher et ne rapportent pas grand-chose &#224; part la satisfaction de quelques dirigeants syndicaux, il convient de se demander ce que ces derniers cherchaient exactement au travers de la gr&#232;ve. En effet, Lepaon comme Garrel avaient sign&#233; le projet de loi (non amend&#233;) avant de se mettre &#224; la t&#234;te de la gr&#232;ve. Cela pose question : la direction CGT ne voulait-elle pas simplement se blanchir d'avoir ent&#233;rin&#233; un grave recul social. En faisant gr&#232;ve, en prenant parti pour et contre les cheminots, ces dirigeants ne nous ont-ils pas tromp&#233;. Si les dirigeants syndicaux qui ont condamn&#233; la gr&#232;ve sont bel et bien dans le camp de la privatisation, ceux qui ont pris la t&#234;te de la gr&#232;ve ne valent pas beaucoup plus cher. On se souvient que le principal organisme d'Etat en la mati&#232;re, le Conseil Economique Social et Environnemental (CESE) avait adopt&#233; un rapport en vue de la privatisation. Ce rapport, adopt&#233; par les patrons, l'Etat et presque tous (solidaires n'avait pas sign&#233;) les syndicats dans le cadre du CESE, &#233;tait sign&#233; Lepaon, actuel secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan, ce n'est pas l'inutilit&#233; de faire gr&#232;ve mais l'inutilit&#233; de choisir comme direction des gr&#232;ves des dirigeants qui en fait sont contre et se d&#233;brouillent pour nous faire reprendre le travail sans avoir rien obtenu et sans s'&#234;tre donn&#233; les moyens d'obtenir quelque chose. On aura par exemple remarqu&#233; que, durant la gr&#232;ve, la CGT &#233;tait contre de bloquer les RER de Paris-centre. Ce qui aurait donn&#233; davantage de force &#224; la gr&#232;ve. Contre aussi l'extension de la gr&#232;ve &#224; la RATP. Contre encore son extension &#224; l'EDF pourtant elle-m&#234;me menac&#233;e selon les propos de Lepaon lui-m&#234;me. Contre toute liaison avec les h&#244;pitaux en gr&#232;ve ou tout autre domaine du secteur public. Quand on fait gr&#232;ve, on le paie nous-m&#234;mes de notre poche. Quand on &#233;choue, on le paie nous-m&#234;mes de reculs sociaux importants, et ce n'est pas les bureaucrates des appareils syndicaux qui en font les frais. Eh bien, il faut aussi qu'on d&#233;cide des orientations de la gr&#232;ve par nous-m&#234;mes !!! On n'a pas besoin de dirigeants qui nous disent, maintenant, que ce n'est pas grave si on a perdu puisque c'&#233;tait pour l'honneur, pour la beaut&#233; du geste ou pour le principe&#8230; Si on veut gagner dans nos luttes, dirigeons-les par nous-m&#234;mes. C'est de comit&#233;s de gr&#232;ve qu'on manque dans les mouvements &#224; la SNCF comme, plus largement, dans toute la classe ouvri&#232;re en ce moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3430&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3430&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;clarations de Lepaon, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la radio France Inter ce matin : &#171; Le fait que la gr&#232;ve se prolonge n'est pas bon ni pour les usagers ni pour les agents de la SNCF &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour, il a &#233;galement d&#233;clar&#233; : &#171; Le gouvernement semble tenir compte du rapport de forces qui s'est instaur&#233; avec les cheminots. &#187; Mais il s'est bien gard&#233; de montrer en quoi Valls-Hollande reculaient !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a par contre reconnu, face aux journalistes de France Inter, qu'avant la gr&#232;ve, la CGT faisait partie des syndicats qui avaient sign&#233; leur accord avec le projet gouvernemental&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela vient se rajouter &#224; ses d&#233;clarations pr&#233;c&#233;dentes comme &#171; d'accord avec la loi mais pas avec son contenu &#187; ou encore souhaitant que le travail reprenne&#8230; dimanche dernier et parlant de &#171; sortie de crise ce week-end &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lepaon a expos&#233; clairement comment il s'appr&#234;te &#224; l&#226;cher le mouvement si des petits mots sont chang&#233;s dans le texte de loi&#8230; sans rien changer du fond :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Gr&#226;ce &#224; notre action, des amendements ont &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;s et il semblerait &#224; l'heure qu'il est que le gouvernement tienne compte de ce rapport de forces qui s'est instaur&#233;&#034;, a d&#233;clar&#233; M. Lepaon sur France Inter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Maintenant, il faut que les amendements soient &#233;crits de mani&#232;re pr&#233;cise, qu'ils soient d&#233;battus &#224; l'Assembl&#233;e nationale et qu'ils soient vot&#233;s&#034;, a-t-il poursuivi.&lt;br class='autobr' /&gt;
La CGT veut notamment que le &#034;besoin d'un service public ferroviaire&#034; soit inscrit dans la loi. Sur ce point, M. Lepaon observe des avanc&#233;es entre &#034;le premier projet de loi et celui qui est d&#233;battu&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question du &#034;statut des personnels&#034;, &#034;c'est une d&#233;cision qui est inscrite aujourd'hui dans le projet de loi&#034; mais &#034;il faut que la loi soit extr&#234;mement pr&#233;cise&#034; pour &#233;viter des interpr&#233;tations lors de la &#034;mise en oeuvre&#034;, a-t-il estim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2015&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La trahison syndicale de la lutte des personnels des h&#244;pitaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier mouvement des personnels de l'h&#244;pital public de mai-juin dernier, la principale revendication des personnels en gr&#232;ve et en manifestation a &#233;t&#233; : pas touche aux RTT, retrait du projet Hirsch en totalit&#233;, sans amendement ni discussion, pas de n&#233;gociation. &#171; Ni amendable, ni n&#233;gociable &#187; a &#233;t&#233; un slogan de tous les h&#244;pitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas question de suppression de nos RTT ! Pas question d'imposer la fin des 35 heures &#224; l'h&#244;pital ! Pas question de modifier les horaires ! Pas question d'une baisse de la masse salariale pour combler les trous financiers dont nous ne sommes nullement les responsables ! Pas question d'accepter de faire des efforts suppl&#233;mentaires ni en temps de travail, ni en personnels en moins ni d'aucune mani&#232;re ! Pas question de sauver aucun point de la pr&#233;tendue &#171; r&#233;forme &#187; de Hirsch ! Aucun plan d'&#233;conomie pour l'h&#244;pital public aux d&#233;pens des malades et des personnels !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats qui disent nous repr&#233;senter ont tous r&#233;p&#233;t&#233; avec nous : pas amendable et pas n&#233;gociable tout en passant leur temps &#224;&#8230; essayer d'amender et de n&#233;gocier !!! S'ils ont fini, en juillet, admettre tous avoir &#233;chou&#233; et s'&#234;tre retir&#233;s de la table des n&#233;gociations, SUD et CFDT &#233;tant les derniers &#224; le faire, ils n'ont rien admis sur le fond et sont pr&#234;ts &#224; recommencer &#224; n&#233;gocier sur une pr&#233;tendue &#171; bonne r&#233;forme &#187; ! Ils refusent d'admettre que, l'Etat fran&#231;ais &#233;tant en faillite, toute r&#233;forme voudra dire des attaques sur les salaires, sur les emplois, sur les conditions de travail, sur les horaires, sur les repos, sur les primes, sur l'organisation du travail, sur tout ! Et pourtant, les dirigeants r&#233;formistes des syndicats sont toujours partisans de n&#233;gocier des r&#233;formes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;part, on avait compris qu'Hirsch voulait nous attaquer sur toute la ligne : horaires, RTT, primes, &#233;quipe, organisation du travail 35 heures et on en passe&#8230; Mais l'intersyndicale n'a jamais voulu le comprendre. Elle ne peut qu'esp&#233;rer &#224; nouveau&#8230;n&#233;gocier apr&#232;s la journ&#233;e d'action&#8230; Ils font la m&#234;me chose partout : &#224; Radio France, &#224; France T&#233;l&#233;visions, &#224; l'AFP, &#224; la SNCF : des journ&#233;es d'action suivies de n&#233;gociations bidon ! C'est comme cela que l'intersyndicale avait lantern&#233; le mouvement des retraites de 2010, jusqu'&#224; le faire &#233;chouer ! Et ils font partout comme si chaque entreprise publique &#233;tait un cas &#224; part alors que, dans chacune, les PDG pr&#233;tendent que les comptes sont dans le rouge pour faire passer des attaques en r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de la lutte des personnels de l'h&#244;pital public comme de Radio France ou de la SNCF, l'intersyndicale a pris toutes les d&#233;cisions en ne tenant nullement compte des avis des personnels mobilis&#233;s et c'est toujours &#224; reculons qu'elle a &#233;t&#233; contrainte de se retirer des n&#233;gociations alors que les personnels exigeaient sans cesse qu'on n'y participe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains syndicats ont m&#234;me men&#233; des n&#233;gociations secr&#232;tes avec Hirsch en cachant leurs lieux de r&#233;unions pour ne pas &#234;tre d&#233;rang&#233;s, en refusant de transmettre des comptes-rendus de celles-ci et les autres syndicats ont toujours refus&#233; de d&#233;noncer ces discussions en catimini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi 17 juin, on nous annon&#231;ait encore qu' &#171; un dialogue approfondi entre la direction et les syndicats avait repris pendant sept heures (jusqu'&#224; une heure du matin). Un nouveau calendrier a &#233;t&#233; propos&#233;, sur un ton plus apais&#233; et constructif et sur de nouvelles bases. &#187; &#171; C'est une avanc&#233;e &#187;, d&#233;clarait Rose May Rousseau, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de la CGT. &#171; Nous avons progress&#233; sur la feuille de route qu'on pourra modifier, les revendications du personnel ont &#233;t&#233; prises en compte. On esp&#232;re trouver une issue &#224; ce conflit &#187;, pr&#233;cisait-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 juin, la CFDT, apr&#232;s avoir adopt&#233; un texte de Hirsch intitul&#233; &#171; Relev&#233; de conclusions &#187;, texte &#233;galement soutenu &#233;galement par SUD Sant&#233;, d&#233;clarait : &#171; Cette r&#233;union du 17 juin a r&#233;uni, l'intersyndicale (CGT/ SUD-Sant&#233; / CFDT / FO et UNSA) et Martin Hirsh et a dur&#233; 7 heures. Elle a donn&#233; lieu &#224; la r&#233;daction d'un document de sortie de crise intitul&#233; &#171; relev&#233; de conclusions &#187;, qui devrait servir de m&#233;thode aux &#233;changes de terrains, entre les &#233;quipes soignantes et leurs responsables (cadres et m&#233;decins)... Le conseil du syndicat CFDT AP-HP a valid&#233; ce &#171; Relev&#233; de conclusions &#187; qui marque sa volont&#233; d'entrer dans une phase de dialogue social authentique &#224; l'AP-HP. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicat SUD &#233;crit dans un tract, intitul&#233; &#034;Pour en finir avec le fantasme de la trahison&#034;, qu'il serait inadmissible de parler de &#171; trahison &#187; de l'intersyndicale ou des syndicats mais toute son attitude d&#233;montre le contraire. Le 24 juin, dans son communiqu&#233;, Sud Sant&#233; affirmait que, dans le &#171; relev&#233; de conclusions &#187; de Hirsch soutenu par CFDT et SUD, Hirsch aurait &#171; reconnu l'ampleur du mouvement social dans l'institution, et l'intersyndicale comme interlocuteur &#187;. SUD consid&#233;rait seulement qu'elle doit &#171; ouvrir encore plus le texte &#187; qu'elle a convenu avec Hirsch, le fameux &#171; relev&#233; de conclusions &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; SUD Sant&#233; souhaite ouvrir plus encore le texte, d&#233;finir le calendrier de la premi&#232;re phase, coucher sur papier les crit&#232;res de choix des services en difficult&#233;, d&#233;finir plus pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;tude d'impact... Si les avanc&#233;es sont r&#233;elles, beaucoup reste &#224; pr&#233;ciser... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Contraint de revoir sa copie sous la pression de la rue, Hirsch propose un relev&#233; de conclusions o&#249; il reconna&#238;t l'ampleur du mouvement social dans l'institution, et l'intersyndicale comme interlocuteur. Il est surtout pouss&#233; &#224; reconsid&#233;rer son calendrier et dans le meilleur des cas ouvrir des n&#233;gociations au plus t&#244;t en octobre prochain. &#187; &#233;crivait SUD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes pr&#234;ts &#224; discuter d'une v&#233;ritable r&#233;duction du temps de travail avec des embauches &#187; et &#171; n&#233;gocier sur la base de nos revendications, pas sur celles de M. Hirsch &#187;, a d&#233;clar&#233; la dirigeante CGT Sant&#233; Rose May Rousseau. Le 18 juin, Sud Sant&#233; &#233;crivait : &#171; Nous SUD Sant&#233; sommes pr&#234;ts &#224; discuter avec lui (Hirsch). &#187; En tout cas, les manifestants refusaient de n&#233;gocier et tous les syndicats ainsi que l'intersyndicale n'avaient &#224; la bouche que le mot de n&#233;gocier !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le jeudi 18 juin, les syndicats rejoignaient encore Hirsch pour&#8230; reprendre les n&#233;gociations !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats et l'intersyndicale n&#233;gociaient et n'arr&#234;taient pas de n&#233;gocier comme le constataient les manifestants rassembl&#233;s &#224; la place Victoria qui se sont retrouv&#233;s en train d'attendre&#8230; tr&#232;s longtemps, trop longtemps, les responsables syndicaux en train de n&#233;gocier pendant des heures avec Hirsch alors que les manifestants leur criaient leur r&#233;volte : &#171; Pas la peine d'y rester des heures pour dire &#224; Hirsch qu'on ne veut pas de sa r&#233;forme ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attente continuant malgr&#233; les hu&#233;es et les responsables syndicaux poursuivant leurs blabla avec Hirsch, le slogan de &#171; Intersyndicale trahison ! &#187; ou &#171; n&#233;gociations, trahison ! &#187; a &#233;t&#233; lanc&#233; par les manifestants ! Ils n'en sont pas moins rest&#233;s &#224; bavarder avec Hirsch !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas parce que l'intersyndicale regroupe les syndicats CGT, CFDT, FO, Sud, Unsa, CFE-CGC, qu'elle a le droit de d&#233;cider &#224; notre place, de n&#233;gocier &#224; notre place, de c&#233;der sur ce qu'on ne veut pas c&#233;der, de parler en notre nom sans nous consulter !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3775&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3775&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ann&#233;e 2015 est marqu&#233;e aussi par la destitution de Lepaon comme secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT et la nomination de Martinez &#224; sa place. Sur Lepaon, nous avons eu l'occasion de commenter. Voici pour Martinez&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Martinez, secr&#233;taire de la CGT, le mythe de l'homme de la lutte des classes et la r&#233;alit&#233; de l'ascension d'un bureaucrate&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6131&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6131&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2016&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est une ann&#233;e d'attaques antisociales avec notamment la loi El Khomri que les syndicats vont faire semblant de contester dans la rue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hollande et Valls fustigent Martinez, qui r&#233;plique, et on nous pr&#233;sente de tous c&#244;t&#233;s (m&#233;dia, hommes politiques, syndicats) la situation sociale en France comme celle d'un bras de fer entre la direction des syndicats, et en particulier de la CGT, d'un c&#244;t&#233; et le gouvernement de l'autre. Au point d'oublier presque qu'en r&#233;alit&#233; il y a les travailleurs et les jeunes, ainsi que les milieux populaires et de l'autre la classe capitaliste et son gouvernement &#171; de gauche &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains parlent m&#234;me d'affrontement entre deux personnes : Martinez et Valls, comme si on devait seulement choisir entre eux. La r&#233;alit&#233; est tout autre : c'est un combat de classe qui se d&#233;roule et dans celui-ci l'opposition frontale entre les gouvernants et les directions syndicales est loin d'&#234;tre &#233;vident. Les syndicats les moins &#171; radicaux &#187; comme la CFDT font carr&#233;ment partie du gouvernement et ceux qui passent pour plut&#244;t d'opposition &#224; la politique sociale du gouvernement, comme la CGT et FO, viennent de voir deux de leurs anciens dirigeants nomm&#233;s par Hollande &#224; des postes de hauts fonctionnaires, respectivement un poste de dirigeant de l'Agence contre illettrisme et d'Inspection des Affaires sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieuses ces hautes nominations pour des dirigeants syndicaux qui ne joueraient qu'un r&#244;le d'adversaires du gouvernement de gauche, d'autant que les syndicats ont tous contribu&#233; ouvertement et publiquement &#224; faire &#233;lire Hollande, m&#234;me s'ils disent ne pas aimer la politique de Valls. D'autant plus curieux que Martinez est le successeur de Lepaon, nomm&#233; par celui-ci et connu comme son second et en accord avec son orientation r&#233;formiste et collaborationniste. D'autant plus curieux que cette orientation de Lepaon l'avait amen&#233; &#224; signer le rapport d'Etat pour les Conseil Economique Social et Environnementale charg&#233; d'organiser la privatisation de la SNCF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martinez, comme l'intersyndicale qui appelle aux journ&#233;es d'action a suivi les jeunes et les travailleurs en passant d'une demande de modification du texte d&#233;but mars &#224; un retrait complet du texte. Cela ne l'emp&#234;che pas aujourd'hui de d&#233;clarer, dans un coup de fil avec Valls, qu'il lui suffirait d'une suspension de d&#233;cision de la part du gouvernement pour appeler &#224; suspendre le mouvement social ! Et ce &#171; leader syndical &#187; &#233;tudie avec Valls &#171; les solutions pour arr&#234;ter les blocages et les manifestations &#187; !!! Le voil&#224; celui qui est pr&#233;sent&#233; le leader qui radicalise la lutte sociale en France !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc une contradiction entre ces faits et l'apparence que l'on voudrait nous donner des &#233;v&#233;nements et des luttes actuelles en France, apparence selon laquelle la direction de la CGT pousserait &#224; radicaliser la lutte, m&#232;nerait un combat jusqu'auboutiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; est toute autre qu'un affrontement entre deux dirigeants, Valls et Martinez, ou entre deux organisations, CGT et PS par exemple, et la population en prend conscience puisqu'un sondage affirme qu'une majorit&#233; admet qu'il y a en r&#233;alit&#233; une lutte de classe dans lequel le gouvernement est du c&#244;t&#233; de la classe capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; savoir de quel c&#244;t&#233;, dans quelle classe sociale, sont vraiment les directions syndicales, elles qui se pr&#233;sentent comme mobilis&#233;es pour faire reculer le gouvernement et pr&#234;tes &#224; &#171; aller jusqu'au bout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est le bout que les dirigeants syndicaux ne comptent pas d&#233;passer, telle est effectivement la question. Est-ce que le bout n'est pas justement la limite o&#249; ils se d&#233;voilent comme de faux dirigeants de la classe ouvri&#232;re et l'autre limite o&#249; ils risquent de nuire aux int&#233;r&#234;ts fondamentaux de la classe capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, si on prend les discours de Martinez au mot, on peut croire qu'il appelle l'ensemble de la classe ouvri&#232;re &#224; la lutte, qu'il lance successivement les salari&#233;s du transport, de l'&#233;nergie, des routiers, des p&#233;troliers, de la chimie, du nucl&#233;aire, puis lancera d'autres secteurs, qu'il ne reculera pas, qu'il se donnera, et donnera ainsi &#224; la classe ouvri&#232;re, les moyens de g&#233;n&#233;raliser progressivement la lutte et de faire ainsi reculer le gouvernement et le patronat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il en va autrement quand on y regarde de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appeler toute la classe ouvri&#232;re &#224; lutter ensemble, o&#249; et quand la CGT l'aurait-elle r&#233;ellement fait ? Pas une fois au cours de ces neuf journ&#233;es d'action d&#233;j&#224; programm&#233;es ! Il n'y a jamais &#233;t&#233; question de mettre en liaison les diff&#233;rents secteurs en lutte. Il n'y a jamais &#233;t&#233; question d'assembl&#233;es interprofessionnelles contrairement &#224; la gr&#232;ve de 1995 ou aux luttes des cheminots ou des infirmi&#232;res avec les coordinations. L'appel &#224; la gr&#232;ve pour l'ensemble de la classe ouvri&#232;re de Martinez est une posture m&#233;diatique qui ne se retrouve pas du tout dans les appels syndicaux dans les entreprises, dans le secteur priv&#233; ou public. Pas d'appel &#224; rejoindre le mouvement de gr&#232;ve reconductible de l'Automobile &#224; La Poste ou &#224; l'h&#244;pital public ! Pas d'appel &#224; voter la gr&#232;ve dans les services publics ni dans le secteur priv&#233;. Le pr&#233;tendu bras de fer n'est l&#224; que pour donner une image combative &#224; Martinez ou &#224; l'intersyndicale mais pas &#224; construire r&#233;ellement un rapport de forces capable de faire reculer nos adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le 9 mars quand les jeunes appelaient &#224; la gr&#232;ve, que 71% de l'opinion disait soutenir les syndicats et que SNCF et RATP &#233;taient par hasard appel&#233;s &#224; faire gr&#232;ve le m&#234;me jour pour des raisons apparemment diff&#233;rentes. Mais la loi El Khomri qui attaque le code du travail n'est en rien s&#233;par&#233;e des attaques contre les services publics de transport ou le service public hospitalier ou La Poste ou d'autres attaques contre les retraites, la s&#233;cu, les aides sociales et on en passe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le 9 mars, quand la SNCF &#233;tait appel&#233;e &#224; la gr&#232;ve par la CGT, ce n'&#233;tait pas contre la loi El Khomri, ce n'&#233;tait m&#234;me pas pour s'opposer &#224; la privatisation du rail, consid&#233;r&#233;e comme acquise par ce syndicat puisqu'elle participe &#224; des n&#233;gociations sur les horaires des travailleurs du rail, priv&#233; et public, dont elle conteste le contenu mais pas le principe. Et depuis, les syndicats qui ont appel&#233; les cheminots &#224; faire gr&#232;ve, y compris &#224; la fois contre El Khomri et la r&#233;forme du rail ne contestent pas du tout la partie privatisation de cette r&#233;forme. Ils n'en parlent m&#234;me plus. Le voil&#224; le radicalisme pr&#233;tendu des dirigeants syndicaux !!! Il fut un temps o&#249; on aurait cru impensable que les centrales syndicales s'inclinent devant la privatisation des chemins de fer !!! Elles affirment qu'on n'y peut plus rien puisqu'il a &#233;t&#233; adopt&#233; par l'Etat mais disent exactement le contraire pour la loi El Khomri, affirmant qu'on peut faire annuler une loi mal vot&#233;e ! Une fois de plus un double discours qui cache tr&#232;s mal que ces directions syndicales trahissent la lutte qu'elles pr&#233;tendent mener de mani&#232;re radicale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Martinez peut bien se montrer aux m&#233;dia en train de jeter un pneu &#224; br&#251;ler aux c&#244;t&#233;s des p&#233;troliers gr&#233;vistes, cela ne signifie pas qu'il propose autre chose que le faux radicalisme des blocages de l'essence. La force des travailleurs n'est pas le mythe de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et des bras crois&#233;s qui bloquent l'&#233;conomie. La vraie force des travailleurs, c'est d'&#234;tre capables de s'unir et de s'organiser collectivement, en comit&#233; de travailleurs, f&#233;d&#233;r&#233;s en coordination, discutant ensemble dans des assembl&#233;es interprofessionnelles. C'est cette force-l&#224; que refusait Bernard Thibaut lors du mouvement des retraites de 2010 et c'est cette force-l&#224; dont Martinez n'est nullement le leader dans le mouvement actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il affirme en m&#234;me temps : &#034;Quand on se bat, on peut gagner, et on ira jusqu'au retrait de la loi Travail !&#034; ou encore &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les cheminots remettent &#231;a la semaine prochaine. Mais il faut g&#233;n&#233;raliser &#224; la m&#233;tallurgie, au commerce. Il faut que le gouvernement sache qu'on ne l&#226;chera rien.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martinez romperait-il avec le syndicalisme de collaboration ? Pas du tout ! &#171; On veut commencer &#224; discuter &#187;, r&#233;affirme Philippe Martinez, patron de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bout que ne d&#233;passe pas Martinez, ce sont les journ&#233;es d'action successives : &#171; Pour la premi&#232;re fois, nous appelons &#224; trois dates de gr&#232;ve, dans une &#233;ch&#233;ance tr&#232;s resserr&#233;e. Ce qui off re la possibilit&#233; aux salari&#233;s en gr&#232;ve mardi de continuer leur action jusqu'au jeudi. &#187; a dit Martinez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans ces journ&#233;es successives qui ont &#233;t&#233; la clef de la d&#233;faite du mouvement des retraites de 2010, d&#233;j&#224; agr&#233;ment&#233;es &#224; l'&#233;poque par des blocages p&#233;troliers, le fait d'arr&#234;ter puis de repartir caract&#233;rise les l&#226;chers de vapeur des directions syndicales qui ne m&#232;nent qu'&#224; &#233;puiser le mouvement et non &#224; le lancer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de son dernier congr&#232;s, la direction de la CGT a refus&#233; de valider un appel &#224; la &#034;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale reconductible&#034; que r&#233;clamaient certains de ses adh&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Cela ne peut pas &#234;tre une conf&#233;d&#233;ration nationale qui appuie sur un bouton pour mettre en gr&#232;ve des salari&#233;s&#034;, pr&#233;vient Jean-Claude Mailly, le patron de Force Ouvri&#232;re, dans un entretien publi&#233; sur le site de Paris-Match.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh oui, des directions syndicales dignes de ce nom auraient commenc&#233; par proposer &#224; la classe ouvri&#232;re de se r&#233;unir dans toutes les entreprises d&#232;s le 9 mars pour d&#233;cider elles-m&#234;mes de leurs modes d'action et d'organisation. Mais les centrales syndicales ne sont nullement de telles directions de la classe ouvri&#232;re. Elles participent en fait au fonctionnement de l'Etat bourgeois et en recueillent les fonds publics de r&#233;mun&#233;ration de leur r&#244;le de conservation sociale. Il n'y a donc aucun regret &#224; avoir de constater que les directions syndicales jouent un r&#244;le bourgeois. Elles ne peuvent pas trahir leur classe, qui est la classe capitaliste. C'est aux travailleurs de tirer la le&#231;on et d'entra&#238;ner les militants syndicalistes de base dans des organisations ind&#233;pendantes de nos adversaires, des comit&#233;s de gr&#232;ve et des coordinations &#233;lu&#233;es et r&#233;vocables qui assument la totalit&#233; des d&#233;cisions de nos luttes. C'est seulement ainsi que nous, travailleurs, pouvons agir dans le sens de nos int&#233;r&#234;ts de classe, int&#233;r&#234;ts qui sont diam&#233;tralement oppos&#233;s &#224; ceux de la classe capitaliste, opposition radicale qui n'est nullement n&#233;gociable et moins que jamais depuis l'effondrement historique du capitalisme mondial de 2007-2008 !&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4077&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4077&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle trahison des luttes des cheminots&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve organis&#233;e par les syndicats a lieu en ordre dispers&#233;. Reconductible pour SUD quand la CGT n'appelle qu'&#224; des journ&#233;es d'action. Quand les gr&#233;vistes SUD sont &#233;puis&#233;s, la CGT annonce qu'elle d&#233;marrera dans des semaines&#8230; une gr&#232;ve reconductible !!! D'autre part, les deux syndicats ont exclus de leurs revendications la lutte contre la privatisation de la SNCF, revendiquant m&#234;me explicitement &#171; le m&#234;me RH pour tous &#187;, ce qui veut dire pour le secteur privatis&#233; et le secteur public, ce qui signifie clairement accepter la privatisation. Ces trahisons ne permettent pas au mouvement de faire reculer la direction et le gouvernement sur aucun point !!! On peut voir, deux ans &#224; l'avance, que les syndicats consid&#233;r&#233;s comme les plus radicaux ne comptent pas lutter contre la privatisation mais feront seulement semblant pour &#233;viter que les cheminots n'agissent de mani&#232;re autonome&#8230; On remarquera que, tout du long, ces syndicats, comme les autres, non gr&#233;vistes, ont accept&#233; de participer &#224; des n&#233;gociations dont l'objectif &#233;taient clairement un recul social intitul&#233; &#171; augmenter la productivit&#233; du travail des cheminots &#187; !!!&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;gocier le d&#233;cret socle m&#234;me si la revendication est &#034; d&#233;cret socle = RH0077 &#034;, ce n'est pas le retrait c'est &#224; dire le retrait de la r&#233;forme de juin 2014 qui ent&#233;rine la s&#233;paration en trois EPIC de la SNCF. Bref, aller n&#233;gocier le d&#233;cret socle, c'est accepter la privatisation, et c'est accepter de n&#233;gocier l'augmentation de l'exploitation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4497&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4497&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4195&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4195&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que les personnels de l'h&#244;pital public ont &#233;t&#233; battus et que le plan Hirsch est pass&#233;, maintenant que le gouvernement a fait passer la loi El Khomri, fait passer aussi la loi Macron ou la loi Sapin, la loi sur l'Etat d'urgence aussi, eh bien c'est le bon moment pour mener une lutte s&#233;par&#233;e, isol&#233;e de tout cela, pour les cheminots et, d'un seul coup, le syndicat CGT se retrouve un radicalisme oubli&#233; pour appeler &#224; un grand mouvement de gr&#232;ve &#224; la SNCF, avec des journ&#233;es d'action programm&#233;es tous les mercredi et tous les jeudis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une gr&#232;ve reconductible, il y a un moment que la CGT s'y refusait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les cheminots auraient pu rejoindre les enseignants en lutte, les Radio France en lutte, les hospitaliers en lutte, les France Television, les postiers, les Areva et les EDF et on en passe, eh bien l&#224; justement il n'&#233;tait pas question de gr&#232;ve reconductible ni d'une action commune avec d'autres cat&#233;gories de salari&#233;s&#8230; Quand la loi El Khomri r&#233;voltait toute l'opinion populaire, l&#224; non plus pas question !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand P&#233;py annon&#231;ait la privatisation du Rail, pas question de relier cette question avec la privatisation qui se d&#233;veloppe partout dans les services publics en m&#234;me temps que l'aust&#233;rit&#233; les frappe tous, de l'enseignement &#224; la recherche, de la sant&#233; aux transports en passant par la poste&#8230; Aucune strat&#233;gie syndicale de convergence des luttes : au contraire, une strat&#233;gie de dispersion dont le prochain mouvement SNCF est encore l'illustration !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, toute la le&#231;on des luttes s&#233;par&#233;es, divis&#233;es, saucissonn&#233;es, est qu'elles &#233;chouent mais cela n'arr&#234;te pas &#171; nos &#187; dirigeants syndicaux. Sont-ils vraiment les n&#244;tres ou ceux du patronat et du gouvernement ?!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment l'ancien secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT, Lepaon, aurait-il re&#231;u r&#233;cemment un poste de haut fonctionnaire de la part du gouvernement si ce dernier ne tenait pas &#224; le remercier d'avoir &#233;t&#233; le rapporteur au Conseil Economique, Social et Environnemental pour la CGT, rapport qui pr&#233;conisait et pr&#233;parait la privatisation de la SNCF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et justement, qu'est-ce qui frappe dans la prochaine gr&#232;ve soi-disant tr&#232;s radicale de la CGT : c'est qu'elle ne d&#233;nonce pas cette privatisation et attaque tout autre chose !!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me chose, c'est la m&#233;thode : deux jours de gr&#232;ve en milieu de semaine puis deux jours la semaine suivante. Pas la gr&#232;ve reconductible jour par jour. Pas une m&#233;thode de lutte qui peut faire craindre &#224; la bourgeoisie qu'elle s'&#233;tende &#224; d'autres secteurs. D'ailleurs, la revendication n'a rien qui permette cette extension&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ce qui frappe, c'est qu'il ne s'agit pas d'annuler un plan gouvernemental mais de le n&#233;gocier. Le recul syndical est d&#233;j&#224; inscrit dans la d&#233;marche. On n'y dit pas qu'on refuse de n&#233;gocier un recul du service public, encore un ! Non, on annonce &#224; l'avance qu'on va le n&#233;gocier !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT, comme les autres syndicats, acceptent d'entrer dans une n&#233;gociation sur les r&#232;gles qui devraient concerner, en commun, un secteur public du rail et un secteur priv&#233; du rail. Quelle meilleure mani&#232;re de reconna&#238;tre qu'ils admettent que le rail soit privatis&#233; !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs la lutte contre la privatisation ne figure plus du tout dans les tracts syndicaux alors qu'auparavant, c'&#233;tait consid&#233;r&#233; comme une base indiscutable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve791&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve791&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2017&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tous les syndicats fran&#231;ais ont d&#233;clar&#233; vouloir d'un &#171; v&#233;ritable dialogue social &#187; avec le nouveau pr&#233;sident Macron, alors que celui-ci n'a pas cach&#233; l'&#233;norme recul social qu'il pr&#233;tend n&#233;gocier. Ils continuent tous, y compris la CGT et SUD, &#224; avoir une posture de syndicat r&#233;formiste, qui propose, qui discute, qui signe des accords.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, le pass&#233; a prouv&#233; qu'aucune n&#233;gociation n'a apport&#233; une avanc&#233;e quelconque et au contraire de multiples reculs, qu'il s'agisse des retraites, du code du travail, des agents de l'h&#244;pital public, des cheminots, toutes les pr&#233;tendues r&#233;formes ont &#233;t&#233; des reculs d'ampleur et la m&#233;thode des n&#233;gociations-journ&#233;es d'action a &#233;t&#233; un &#233;chec complet et cuisant, le dernier en date &#233;tant celui de la loi El Khomri, en r&#233;alit&#233; une loi Macron2 que Macron estimait n'&#234;tre pas suffisamment d&#233;velopp&#233;e. Il est donc en train de concocter Macron3 et la posture de n&#233;gociation est &#224; l'&#233;vidence purement formelle, la m&#233;thode consistant &#224; l&#233;gif&#233;rer par ordonnances le d&#233;montrant pleinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi tous les syndicats tiennent-ils &#224; ces n&#233;gociations, au fait que les pouvoirs publics les consultent, et pourquoi viennent-ils le doigt sur la couture du pantalon d&#232;s qu'on les sonne, alors qu'ils savent pertinemment qu'ils n'y gagneront rien, et qu'ils sont m&#234;me capables parfois de le d&#233;clarer eux-m&#234;mes d'avance comme l'a fait Martinez avant d'&#234;tre re&#231;u par Macron ? Parce que le r&#233;formisme est, pour eux, bien plus fondamental que le r&#233;sultat de la lutte. C'est un a priori qui n'est pas discutable et qui tient &#224; leur nature d'interm&#233;diaire entre les travailleurs et les patrons, ainsi que l'Etat des patrons. Et avec Macron, le gouvernement des patrons est plus clair que jamais : le pr&#233;sident des banques, le premier ministre du nucl&#233;aire, la ministre des trusts pharmaceutiques, la ministre de l'industrie du livre, le ministre des g&#233;n&#233;raux, et on en passe&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choix de Macron sont des choix de classe assum&#233;s, le choix de d&#233;fendre ouvertement la classe capitaliste. Le choix des syndicats est bien plus contradictoire : s'ils pr&#233;tendent d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des travailleurs, ils affirment aussi d&#233;fendre &#171; l'int&#233;r&#234;t des entreprises &#187; et aussi &#171; l'int&#233;r&#234;t de l'&#233;conomie nationale &#187; et m&#234;me tous les &#171; int&#233;r&#234;ts nationaux &#187;, qui sont pourtant exclusivement des int&#233;r&#234;ts du grand capital en r&#233;alit&#233;. Et surtout, ils d&#233;fendent un fonctionnement de la soci&#233;t&#233; bourgeoise dans lequel les syndicats sont des interm&#233;diaires reconnus, respect&#233;s, consult&#233;s, soutenus, financ&#233;s par l'Etat, par les trusts, par les banques, par toute la soci&#233;t&#233; bourgeoise et par toutes ses institutions, dont les grands syndicats sont d'ailleurs un des &#233;l&#233;ments. C'est la d&#233;mocratie bourgeoise qui fonctionne ainsi et pr&#233;tend tenir compte des demandes des appareils syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que, depuis la crise historique du capitalisme de 2007-2008, il n'y a plus de place pour le r&#233;formisme et tr&#232;s peu de place encore pour la d&#233;mocratie bourgeoise, grignot&#233;e tous les jours par la chute des investissements productifs, par la hausse du ch&#244;mage, par la mont&#233;e de la mis&#232;re et des r&#233;voltes sociales, par la d&#233;rive dictatoriale des d&#233;mocraties, sous pr&#233;texte d'antiterrorisme ou de crise migratoire ou encore de crise des banlieues ou de la jeunesse pauvre&#8230; Du coup, les gouvernants font sans cesse planer la menace de supprimer cet attribut de la d&#233;mocratie, la consultation des syndicats, et ces derniers y sont d'autant plus attach&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le rapport de forces se d&#233;grade de plus en plus, au fur et &#224; mesure des n&#233;gociations-affrontements ? Pourquoi le mouvement des retraites de 2010, tr&#232;s massif, a &#233;t&#233; suivi d'attaques accentu&#233;es ? Pourquoi les syndicats ont-ils tir&#233; comme bilan de leur impuissance &#224; faire reculer le gouvernement Sarkozy que la seule solution consistait &#224; appeler &#224; voter Hollande ? Pourquoi sont-ils rest&#233;s muets quand Hollande a davantage attaqu&#233; les retraites au lieu d'annuler les attaques de Sarkozy ? Pourquoi les cheminots ressortent affaiblis de leurs luttes, pourtant bien suivies, et toujours men&#233;es par les appareils syndicaux ? Pourquoi, les syndicats ont d'abord combattu contre la privatisation du rail et ont finalement men&#233; des luttes qui reconnaissaient celle-ci ? Pourquoi les syndicats ont-ils tromp&#233; les agents de l'h&#244;pital public, pr&#233;tendant admettre l'exigence des personnels : on ne n&#233;gocie pas les plans de Hirsch et ont finalement particip&#233; quand m&#234;me aux n&#233;gociations, et cautionn&#233; ainsi sa pr&#233;tendue r&#233;forme qui casse l'h&#244;pital public et ses personnels, leurs temps de repos, leurs emplois, leurs horaires, leurs charges de travail, leurs salaires et leurs conditions de travail ! Et une mobilisation tr&#232;s importante n'a pas permis de faire reculer Hirsch et le gouvernement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement les salari&#233;s ne sont pas sentis renforc&#233;s lors des mobilisations pour les retraites, contre la privatisation du rail, contre la loi El Khomri et bien d'autres, mais ils ont &#233;t&#233; affaiblis au point que les directions des entreprises priv&#233;es comme des services publics ont eu les moyens, &#224; la fin de ces &#171; mobilisations syndicales &#187;, de s'attaquer aux salari&#233;s combatifs, de licencier ou de sanctionner les plus combatifs, de les isoler ou de les attaquer. On l'a bien vu lors des luttes &#224; Air France, dans les raffineries, dans les h&#244;pitaux, etc&#8230; Cela montre que les m&#233;thodes des centrales syndicales, loin de renforcer les travailleurs, avaient renforc&#233; leurs adversaires patronaux comme gouvernementaux. Plus remarquable encore le fait que les centrales syndicales aient elles-m&#234;mes fait la chasse aux militants ouvriers les plus radicaux, montrant que leur convergence avec les classes poss&#233;dantes et les gouvernants qui provient de leur r&#233;formisme fait des r&#233;volutionnaires et des travailleurs combatifs des ennemis bien plus craints que les patrons et leurs soutiens gouvernementaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, les dirigeants syndicaux craignent des d&#233;bordements de col&#232;re des travailleurs. Cela ne veut pas dire qu'ils craignent en soi la violence ou qu'ils craignent que des travailleurs se radicalisent, comme cela a &#233;t&#233; le cas &#224; Air France ou dans les entreprises qui licencient ou ferment. Non, ils sont m&#234;me capables de prendre l'initiative de tels d&#233;bordements pour conserver la direction de la lutte mais ce qu'ils craignent c'est que la col&#232;re ouvri&#232;re am&#232;ne les travailleurs &#224; s'auto-organiser, &#224; ne plus se contenter de suivre les appareils r&#233;formistes, qu'ils prennent eux-m&#234;mes les d&#233;cisions concernant leurs luttes, leurs revendications, leurs moyens d'action, leurs liaisons interentreprises, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les appareils syndicaux ont tout aussi peur des coups de col&#232;re brutaux et violents des prol&#233;taires qu'en ont peur les capitalistes et les gouvernants, et ce n'est pas sans cons&#233;quence sur les choix que font parfois ces appareils syndicaux, &#233;pousant parfois des luttes qu'ils n'auraient pas souhait&#233;, qu'ils ne voulaient pas du tout initier, qu'ils auraient voulu m&#234;me emp&#234;cher, mais dans lesquelles ils craignent surtout que les travailleurs se donnent eux-m&#234;mes une direction autonome et des perspectives propres et de classe, ce qui est exactement le contraire de la mani&#232;re dont ces directions syndicales m&#232;nent les luttes : sans auto-organisation, sans liaison inter-entreprise, sans perspective commune des travailleurs d&#233;cid&#233;e en commun, sans renforcement politique au social de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4472&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4472&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2018&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sous pr&#233;texte de barrer la route &#224; l'extr&#234;me droite, la CGT soutient ouvertement Macron&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve969&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve969&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trahison syndicale de la gr&#232;ve des cheminots&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mort la SNCF !!! d&#233;clare en substance Spinetta, dans son rapport command&#233; par Macron-Philippe !!! Fini le service public : vers une soci&#233;t&#233; anonyme ! Et pas une seule soci&#233;t&#233; anonyme mais plusieurs diff&#233;rentes !!! Fini le statut de cheminot (qui n'est pas &#224; proprement parler un statut de fonctionnaire) et les nouveaux seront des contractuels ! Finies les petites lignes de province ! Vente &#224; des op&#233;rateurs priv&#233;s des lignes TER !!! Transfert des personnels SNCF vers les op&#233;rateurs priv&#233;s !!! Fini le statut de cheminot !!! Finies les toutes petites lignes qui n'ont pas assez de passagers ! Il se donne vingt ans pour moderniser le r&#233;seau (vingt ans avec des blocages type Montparnasse et aussi vingt ans avec des Br&#233;tigny...) !!! Il voudrait aussi supprimer la retraite des cheminots ainsi que le type de contrats et on en passe...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attaque anti-sociale de grande ampleur, une lutte de classe clairement et nettement men&#233;e par la classe poss&#233;dante et son Etat signifie que les exploiteurs ne craignent pas les fausses r&#233;actions syndicales. Il suffit de voir que ceux-ci proposent aux cheminots de lutter s&#233;par&#233;ment (le m&#234;me jour mais &#224; part des autres fonctionnaires !) pour voir &#224; quel point une attaque d'ensemble n'a en face d'elle que des ripostes partielles, localis&#233;es ou corporalis&#233;es, par journ&#233;es ou par secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule r&#233;ponse qui ferait reculer les capitalistes et le gouvernement serait de couvrir le Rail (tout : les gares, les technicentres, les conducteurs, l'entretien, le nettoyage, les guichets, toutes les EPIC !) de comit&#233;s de gr&#232;ve &#233;lus et r&#233;vocables, au sein d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, coordonn&#233;s nationalement et proposant &#224; toute la classe ouvri&#232;re du pays, public et priv&#233;, y compris les ch&#244;meurs d'en faire autant. Rien que &#231;a !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, les centrales syndicales ont aussi peur de cette perspective que le gouvernement et le patronat. c'est cette peur qui va dicter leur tactique &#171; de lutte &#187; consistant &#224; &#233;viter une vraie lutte !&lt;br class='autobr' /&gt;
On aurait pu s'attendre qu'au lendemain du rapport Spinetta, les cheminots soient r&#233;unis partout en assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales. Eh bien, non ! Les syndicats ne l'ont pas voulu, la gauche de la gauche ou l'extr&#234;me gauche officielle non plus !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cheminots n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;unis &#171; &#224; chaud &#187;, au moment o&#249; ils &#233;taient massivement indign&#233;s par l'annonce d'attaques d'ampleur contenue dans le rapport Spinetta commandit&#233; par le gouvernement. A ce moment-l&#224;, les syndicats ne demandaient pas aux cheminots de se rassembler, de discuter, mais d'attendre la r&#233;union au sommet de l'intersyndicale, annon&#231;ant que l'unit&#233; serait le produit d'une telle entente entre dirigeants des appareils bureaucratiques, y compris ceux qui s'&#233;taient d&#233;clar&#233;s favorables &#224; la nouvelle politique incarn&#233;e par Macron !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 mars 2018 : R&#233;union de l'intersyndicale qui, &#224; la surprise g&#233;n&#233;rale des cheminots, y compris les militants syndicalistes eux-m&#234;mes, annonce que la gr&#232;ve des cheminots se fera&#8230; sans gr&#232;ve reconductible !!! Une gr&#232;ve est pourtant obligatoirement reconductible, sinon cela s'appelle seulement des journ&#233;es d'action !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intersyndicale CGT-Unsa-Sud-CFDT de la SNCF a annonc&#233; ce jeudi 15 mars une gr&#232;ve sur le rythme de &#034;deux jours sur cinq&#034;, &#224; partir du mardi 3 avril et jusqu'au jeudi 28 juin, pour protester contre la r&#233;forme du rail en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intersyndicale pr&#233;tend que sa strat&#233;gie permettra de g&#234;ner plus longtemps la circulation des trains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si g&#234;ner la circulation des trains, c'&#233;tait cela que craignaient gouvernants et capitalistes !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4926&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4926&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des Gilets jaunes va d&#233;masquer le refus des appareils syndicaux de toute lutte de classes offensive et auto-organis&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les luttes syndicales n'avaient pas apport&#233;, ce que les organisations politiques fussent-elles d'extr&#234;me gauche n'avaient pas apport&#233;, le mouvement actuel l'am&#232;ne : les travailleurs discutent comme jamais dans toutes les entreprises, ils discutent en m&#234;me temps et non profession par profession, corporation par corporation, ils discutent parce que l'&#233;l&#233;ment politique principal est devenu leur propre action et leur propre organisation : quand ils discutent ils d&#233;cident !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction, c'est que les organisations qui se r&#233;clament de la classe ouvri&#232;re ne se reconnaissent nullement dans ce mouvement, sous le pr&#233;texte que l'explosion secoue tout, fait tout remonter et pas seulement des bonnes id&#233;es, des bons courants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces gens-l&#224;, soi disant tr&#232;s organis&#233;s, n'aiment pas l'explosion, n'aiment pas l'insurrection, n'aiment pas la r&#233;volution, y compris quand ils ne cessent d'en parler !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des classes, ces encadreurs des travailleurs, ne sont pas pour quand les opprim&#233;s la m&#232;nent vraiment !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve1128&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve1128&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal slogan des gilets jaunes &#171; Y'en a marre de la mis&#232;re ! &#187; nous le dit : ce sont ceux qui commencent &#224; ne plus supporter de devoir vivre dans le d&#233;nuement&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est d'ores et d&#233;j&#224; une insurrection des mis&#233;rables, des opprim&#233;s, des exploit&#233;s !&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la r&#233;volution sociale qui est &#171; en marche &#187; !!!&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, les Gilets jaunes sont globalement d'accord sur un point : il faut &#233;radiquer d&#233;finitivement la mis&#232;re, l'interdire, la supprimer, et &#233;radiquer aussi toutes ses causes, tous ses b&#233;n&#233;ficiaires, et imposer le droit de tous &#224; disposer des moyens mat&#233;riels de vivre correctement. Mais ils r&#233;clament cela justement au moment o&#249; la soci&#233;t&#233; capitaliste, ayant atteint ses limites, a pour projet d'accro&#238;tre massivement la mis&#232;re du plus grand nombre et serait bien incapable de faire autrement ! Ce n'est pas seulement tel ou tel gouvernant, tel ou tel parti politique qui aurait besoin de radicaliser les attaques antisociales, c'est toute la classe poss&#233;dante ! D&#232;s lors, les r&#233;volt&#233;s ne s'attaquent pas seulement &#224; un chef d'Etat, &#224; son gouvernement, &#224; sa politique mais &#224; toute la classe poss&#233;dante, &#224; tout le syst&#232;me et en prennent conscience au cours des &#233;v&#233;nements, si ceux-ci durent parce que le pouvoir n'a pas les moyens d'en arr&#234;ter le cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, en refusant de n&#233;gocier avec un pouvoir, en le mena&#231;ant, en affirmant ouvertement vouloir le faire chuter, les Gilets jaunes ont contraint le pouvoir &#224; payer dix milliards alors que les partis de gauche et les syndicats qui ont dirig&#233; le mouvement des retraites (inutilement comme bien d'autres gr&#232;ves) ont tir&#233; de cette lutte&#8230; z&#233;ro euro et z&#233;ro centime, seulement des avantages pour les appareils syndicaux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun dirigeant politique ou syndical, de la gauche r&#233;formiste n'a jamais port&#233; le gilet jaune. Et quand ils ont fait semblant de ne pas &#234;tre des ennemis du mouvment, cela a &#233;t&#233; pire encore. Il n'y avait que du jaune des gilets dans les manifestations et les rassemblements, mais, au fur et &#224; mesure que les organisations faussement amies, en fait les pires ennemis, ont pr&#233;tendu y participer, on a trouv&#233; du rouge de l'orange du bleu. Et tous les Martinez ou Laguiller ont affirm&#233; qu'ils n'&#233;taient pas en jaune ! Ils ont fait croire cependant &#224; un rapprochement entre gilets jaunes et syndicats pour mieux faire p&#226;lir le drapeau des gilets jaunes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal slogan des gilets jaunes &#171; Y'en a marre de la mis&#232;re ! &#187; nous le dit : ce sont ceux qui commencent &#224; ne plus supporter de devoir vivre dans le d&#233;nuement&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est d'ores et d&#233;j&#224; une insurrection des mis&#233;rables, des opprim&#233;s, des exploit&#233;s !&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la r&#233;volution sociale qui est &#171; en marche &#187; !!!&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, les Gilets jaunes sont globalement d'accord sur un point : il faut &#233;radiquer d&#233;finitivement la mis&#232;re, l'interdire, la supprimer, et &#233;radiquer aussi toutes ses causes, tous ses b&#233;n&#233;ficiaires, et imposer le droit de tous &#224; disposer des moyens mat&#233;riels de vivre correctement. Mais ils r&#233;clament cela justement au moment o&#249; la soci&#233;t&#233; capitaliste, ayant atteint ses limites, a pour projet d'accro&#238;tre massivement la mis&#232;re du plus grand nombre et serait bien incapable de faire autrement ! Ce n'est pas seulement tel ou tel gouvernant, tel ou tel parti politique qui aurait besoin de radicaliser les attaques antisociales, c'est toute la classe poss&#233;dante ! D&#232;s lors, les r&#233;volt&#233;s ne s'attaquent pas seulement &#224; un chef d'Etat, &#224; son gouvernement, &#224; sa politique mais &#224; toute la classe poss&#233;dante, &#224; tout le syst&#232;me et en prennent conscience au cours des &#233;v&#233;nements, si ceux-ci durent parce que le pouvoir n'a pas les moyens d'en arr&#234;ter le cours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, en refusant de n&#233;gocier avec un pouvoir, en le mena&#231;ant, en affirmant ouvertement vouloir le faire chuter, les Gilets jaunes ont contraint le pouvoir &#224; payer dix milliards alors que les partis de gauche et les syndicats qui ont dirig&#233; le mouvement des retraites (inutilement comme bien d'autres gr&#232;ves) ont tir&#233; de cette lutte&#8230; z&#233;ro euro et z&#233;ro centime, seulement des avantages pour les appareils syndicaux&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucun dirigeant politique ou syndical, de la gauche r&#233;formiste n'a jamais port&#233; le gilet jaune. Et quand ils ont fait semblant de ne pas &#234;tre des ennemis du mouvment, cela a &#233;t&#233; pire encore. Il n'y avait que du jaune des gilets dans les manifestations et les rassemblements, mais, au fur et &#224; mesure que les organisations faussement amies, en fait les pires ennemis, ont pr&#233;tendu y participer, on a trouv&#233; du rouge de l'orange du bleu. Et tous les Martinez ou Laguiller ont affirm&#233; qu'ils n'&#233;taient pas en jaune ! Ils ont fait croire cependant &#224; un rapprochement entre gilets jaunes et syndicats pour mieux faire p&#226;lir le drapeau des gilets jaunes !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait le plus remarquable est l'influence que le mouvement Gilets jaunes exerce encore dans les esprits malgr&#233; de tr&#232;s grands efforts des gouvernants, des m&#233;dia, des partis et des syndicaux pour en effacer l'influence. Plus de quatre ans apr&#232;s, il marque toujours la situation sociale en France et sert de r&#233;f&#233;rence pour ses amis comme pour ses ennemis. Il continue m&#234;me un peu partout &#224; exister et &#224; se manifester, m&#234;me si c'est avec beaucoup moins de force qu'&#224; ses d&#233;buts. Il reste une menace permanente pour les classes dirigeantes qui doivent calculer avec lui et notamment qui doivent cr&#233;diter davantage les syndicats pour le contrer. Il a en effet d&#233;montr&#233; une efficacit&#233; consid&#233;rablement plus grande que tous les mouvements syndicaux, m&#234;me quand ces derniers &#233;taient plus suivis. En effet, les classes poss&#233;dantes ont plus peur des mouvements auto-organis&#233;s qui ne sont pas controlables ni ais&#233;ment trompables et ils craignent de n'avoir personne avec qui n&#233;gocier comme cela a &#233;t&#233; le cas avec les Gilets jaunes. Le dernier &#233;chec total du mouvement syndical et politique des retraites soutenu par tous les syndicats et partis de gauche souligne encore le relatif succ&#232;s des Gilets jaunes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les nombreuses tentatives pour l'&#233;craser par la r&#233;pression sanglante (la pire violence d'Etata contre des manifestants d&#233;sarm&#233;s depuis des d&#233;cennies) et par la calomnie massive. L'&#233;chec des tentatives de r&#233;cup&#233;ration et des tentatives de le discr&#233;diter, notamment avec les accusations de fascisme, de complotisme et d'antis&#233;mitisme a &#233;t&#233; d'autant plus remarquable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ses d&#233;buts, quand il &#233;tait le plus massif, il a touch&#233; toutes les r&#233;gions de France, jusqu'aux coins les plus recul&#233;s et s'est implant&#233; partout &#224; la base, parmi les plus d&#233;munis, dans le prol&#233;tariat et dans les couches mis&#233;rables de la population, unissant le peuple travailleur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il aurait certainement essaim&#233; dans les entreprises sans le tir de barrage des syndicats qui, pour se prot&#233;ger, ont men&#233; campagne en le traitant d'alliance avec la petite bourgeoisie, avec les d&#233;&#231;us du macronisme, d'alliance avec le fascisme et l'antis&#233;mitisme, de compltisme et autres balivernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7369&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7369&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT va militer d'embl&#233;e contre le mouvement des Gilets jaunes qu'il pr&#233;tendra inf&#233;od&#233;s &#224; l'extr&#234;me droite, antis&#233;mites, de petits patrons, antisyndical et on en passe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.parismatch.com/Actu/Politique/Gilets-jaunes-Pour-Martinez-il-est-impossible-d-imaginer-la-CGT-defiler-a-cote-du-Front-national-1588335&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.parismatch.com/Actu/Politique/Gilets-jaunes-Pour-Martinez-il-est-impossible-d-imaginer-la-CGT-defiler-a-cote-du-Front-national-1588335&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres syndicats ne feront pas mieux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.franceinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/gilets-jaunes-le-nouveau-patron-de-fo-n-appelle-pas-a-manifester-samedi-a-paris-mais-demande-des-augmentations-des-salaires_3048145.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.franceinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/gilets-jaunes-le-nouveau-patron-de-fo-n-appelle-pas-a-manifester-samedi-a-paris-mais-demande-des-augmentations-des-salaires_3048145.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/flash-eco/2018/11/26/97002-20181126FILWWW00042-gilets-jaunes-la-cfdt-on-va-faire-des-propositions-concretes.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lefigaro.fr/flash-eco/2018/11/26/97002-20181126FILWWW00042-gilets-jaunes-la-cfdt-on-va-faire-des-propositions-concretes.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui distingue la lutte des gilets jaunes de tous les mouvements r&#233;formistes, par exemple le dernier mouvement syndical contre la r&#233;forme des retraites, c'est que c'&#233;tait un mouvement r&#233;volutionnaire et pas un mouvement r&#233;formiste. C'est ce qui a pouss&#233; le gouvernement de Macron pourtant le plus offensif contre les exploit&#233;s de ces derni&#232;res ann&#233;es, &#224; reculer sur bien des points, craignant que l'ensemble de la classe ouvri&#232;re soit entra&#238;n&#233;e par lui vers la r&#233;volution sociale&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gilets jaunes sont le premier mouvement depuis de longues ann&#233;es qui ait affirm&#233; en France la n&#233;cessit&#233; d'en finir non seulement avec telle ou telle politique du capital et de son gouvernement mais avec le pouvoir capitaliste lui-m&#234;me, avec la mainmise capitaliste sur toutes les richesses, avec la mainmise &#233;galement du capital sur le pouvoir d'Etat, un mouvement qui ait refus&#233; r&#233;ellement tout dialogue avec le pouvoir capitaliste, toute n&#233;gociation avec lui, toute tentative d'arrangement, de compromis, d'entente, exactement &#224; l'inverse des r&#233;formistes qui ne r&#233;clament que cela !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, redisons-le une fois encore, ce qui permet aux appareils r&#233;formistes de mener leurs man&#339;uvres grandes et petites, c'est qu'elles peuvent s'adresser &#224; la population travailleuse ou au moins &#224; une majorit&#233; de celle-ci et lui dire : &#171; Vous aussi, vous ne voulez pas autre chose qu'une bonne r&#233;forme et vous ne souhaitez pas tout r&#233;volutionner &#187;. Et pour le moment cela reste vrai. C'est seulement dans le mouvement des gilets jaunes que l'on n'avait pas trouv&#233; une majorit&#233; pour c&#233;der &#224; ce type de discours&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte a &#233;t&#233; si profonde et radicale, le foss&#233; si large entre riches et pauvres, entre les capitalistes et les plus d&#233;munis, les provocations du pouvoir si insupportables que les gilets jaunes se sont le plus souvent proclam&#233;s ouvertement r&#233;volutionnaires, r&#233;solus &#224; refuser les compromis et les fausses n&#233;gociations, et &#224; d&#233;clarer qu'ils ne voulaient rien r&#233;former mais tout changer radicalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, ils sont nombreux ceux qui n'ont pas confiance dans les appareils r&#233;formistes, nombreux y compris au sein de ces organisations, m&#234;me parmi les militants de celles-ci, &#224; dire qu'elles ne sont pas assez radicales, qu'elles font trop de cadeaux &#224; nos ennemis, qu'elles ne proposent pas des strat&#233;gies de lutte suffisantes pour am&#233;liorer le rapport de forces. Mais ces critiques, y compris celles de la gauche de la gauche ou de l'extr&#234;me gauche opportuniste, ne touchent nullement au fond de la question, celle du r&#233;formisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela n'a rien &#224; voir avec une particularit&#233; fran&#231;aise. Partout dans le monde, le r&#233;formisme n'est plus capable que de soutenir ou d'aider des contre-r&#233;formes qui d&#233;truisent les services publiques, les aides sociales, la sant&#233;, l'&#233;ducation, le niveau de vie des travailleurs, des ch&#244;meurs, des mis&#233;rables. Au plan social et politique, ces r&#233;formistes ne font que sauver les gouvernants, les capitalistes et de d&#233;fendre le syst&#232;me capitaliste lui-m&#234;me. Ainsi, ils ne font que donner cr&#233;dit aux d&#233;magogies des extr&#234;mes droites fascistes qui peuvent se cr&#233;diter de d&#233;noncer plus radicalement le syst&#232;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formistes essaient de se recr&#233;diter &#224; partir des attaques antisociales et ils font de m&#234;me avec la menace que repr&#233;sentent les fascistes, mais, en fait, ils ne servent &#224; rien pour combattre ces deux menaces. Au contraire, ils emp&#234;chent toute riposte, emp&#234;chent les travailleurs et les d&#233;munis de s'organiser pour riposter, et ils permettent &#224; nos ennemis de faire croire &#224; leur force et de faire croire que les exploit&#233;s, eux, ne disposent ni de forces ni de perspectives&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base m&#234;me des th&#232;ses r&#233;formistes, c'est justement que l'&#171; on ne peut pas changer le syst&#232;me, il faut seulement l'adapter &#187;. Les m&#234;mes affirment ne pas vouloir s'en prendre aux capitalistes mais seulement amoindrir le foss&#233; social. Ils affirment ne pas combattre pour supprimer la possession priv&#233;e du grand capital mais permettre au plus grand nombre d'acc&#233;der au droit de r&#233;ussir, au droit d'entreprendre, au droit de s'enrichir. La r&#233;alit&#233; montre qu'ils mentent : partout dans le monde, on ne permet au plus grand nombre que de devenir plus pauvres, plus pr&#233;caires, plus d&#233;munis, plus menac&#233;s, plus attaqu&#233;s, plus &#233;touff&#233;s. Y compris quand ces pr&#233;tendus r&#233;formistes gouvernent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme m&#234;me de r&#233;formistes est mensonger car ces pr&#233;tendues &#171; gauches &#187; ou &#171; centres gauches &#187; ou &#171; gauches de la gauche &#187;, une fois au gouvernement, s'attaquent autant aux exploit&#233;s que les pr&#233;tendues droites et m&#234;me s'unissent parfois &#224; elles ou aux extr&#234;mes droites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En p&#233;riode de crise r&#233;volutionnaire du monde capitaliste, toutes les colorations politiques de la grande bourgeoisie convergent vers l'attaque violente contre les exploit&#233;s, vers la r&#233;pression violente des actions de ces derniers, vers l'&#233;crasement violent des opprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les r&#233;formistes, ou pr&#233;tendus tels, ne r&#233;forment rien du tout. Parce que le pouvoir capitaliste, depuis sa crise r&#233;volutionnaire, n'est plus, depuis 2007-2008, capable d'autre chose que de casser les droits, les revenus, la vie de tous les exploit&#233;s. Malgr&#233; la profondeur ce cette crise &#233;conomique, le capitalisme n'a rien pu r&#233;former du tout et il en est incapable parce que ce qui est cause de son effondrement c'est justement le droit des propri&#233;taires priv&#233;s &#224; miser sur ce qui est le plus profitable, y compris quand c'est de miser sur l'effondrement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5778&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5778&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2019 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve des Urgences des h&#244;pitaux a d&#233;marr&#233; sans les syndicats par une organisation des personnels par eux-m&#234;mes &#224; l'h&#244;pital Saint-Antoine, l'Inter-Urgences, qui a r&#233;ussi &#224; g&#233;n&#233;raliser la gr&#232;ve &#224; tous le pays !!! Syndicalistes et gauches jusqu'&#224; l'extr&#234;me gauche essaient d'effacer cette ind&#233;pendance par rapport aux appareils syndicaux en faisant comme si ces gr&#232;ves auto-organis&#233;es sont l&#224; pour pr&#233;parer la &#034;journ&#233;e&#034; de gr&#232;ve syndicale du 5 d&#233;cembre, pas du tout auto-organis&#233;e, ce qui n'est absolument pas le cas...&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement national des urgences en lutte et de nombreux h&#244;pitaux est promen&#233; par les syndicats et affaibli par eux puis arr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5524&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5524&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5360&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5360&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5479&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5479&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6335&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6335&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 d&#233;cembre 2019, les directions syndicales font seulement semblant de prendre la t&#234;te d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale reconductible et interprofessionnelle&#8230; Mais c'est faux, bien entendu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains croient que la CGT appelle toutes les cat&#233;gories &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale reconductible&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;alit&#233; est tout autre. Voici ce qu'elle &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 14 novembre pour la d&#233;fense de l'H&#244;pital public et des Finances Publiques&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 17 novembre contre l'ouverture des magasins le dimanche sans caissi&#232;re et en soir&#233;e jusqu'&#224; minuit (non r&#233;mun&#233;r&#233; comme des heures de nuit de 21h &#224; 24h)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 20 Novembre Mobilisation des Accompagnants d'El&#232;ves en Situation d'Handicap (AESH, AVS)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 23 novembre contre les violences faites aux femmes&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 5 d&#233;cembre pour nos salaires et nos emplois, contre le projet de r&#233;forme des retraites Delevoye/Macron&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 7 d&#233;cembre contre la r&#233;forme de l'assurance ch&#244;mage&lt;br class='autobr' /&gt;
Et apr&#232;s nous d&#233;ciderons ensemble des suites &#224; donner &#224; nos luttes : gr&#232;ves, manifestations, rassemblements&#8230;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les appareils syndicaux veulent seulement diriger le mouvement pour le limiter, pour le contr&#244;ler, pour &#233;viter que la classe ouvri&#232;re ne s'auto-organise et pour ensuite la trahir en la vendant au pouvoir et au grand capital&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut m&#234;me dire que, d&#232;s maintenant, en n&#233;gociant par petits bouts, par secteur, avec Macron, ils vendent et trahissent d&#233;j&#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 5 d&#233;cembre qui, d'ailleurs, si elle se g&#233;n&#233;ralise petit &#224; petit, secteur par secteur, n'est nullement appel&#233;e comme une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale interprofessionnelle reconductible de tous les travailleurs et ch&#244;meurs, du moins par les appareils syndicaux de toutes sortes. En effet, secteur par secteur, ce n'est que les travailleurs que les syndicats organisent pour pr&#233;parer la journ&#233;e du 5 d&#233;cembre et les suivantes, non, c'est les n&#233;gociations avec le pouvoir qu'elles mettent en place ! Et on le voit dans tous les secteurs, dans toutes les cat&#233;gories, pour tous les syndicats. Tous sont re&#231;us. Tous n&#233;gocient dans le dos des travailleurs. Tous trahissent d&#232;s maintenant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre autrement que ces appareils bureaucratiques, qui se sont toujours dits hostiles &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e de tous les travailleurs, se pr&#233;tendent aujourd'hui &#224; son initiative ? En fait, tous les signaux sociaux en France se mettent de plus en plus au rouge et les appareils syndicaux ne veulent pas que chez les cheminots, chez les hospitaliers, chez les pompiers, chez les enseignants, chez les ouvriers de l'Automobile, dans l'Energie, &#224; la RATP, chez les employ&#233;s de banque, les travailleurs se lancent dans une &#171; gr&#232;ve sauvage &#187; comme viennent de la faire les urgentistes, et deux fois de suite les cheminots ! Rien n'inqui&#232;te autant, &#224; la fois les dirigeants syndicaux et les dirigeants gouvernementaux, que le fait que les travailleurs s'auto-organisent, d&#233;cident eux-m&#234;mes du moment de leur action, de ses buts, des moyens engag&#233;s, de leur mode d'action et d'organisation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 d&#233;cembre, le mot d'ordre qui est souvent rappel&#233; est celui de la &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e &#187; mais ce qu'en disent les appareils bureaucratiques des syndicats n'a rien de rassurant sur sa signification pour eux &#233;tant donn&#233; que le caract&#232;re &#171; illimit&#233; &#187; ne signifient pas qu'ils appellent &#224; faire gr&#232;ve apr&#232;s le 5 et m&#234;me pas le 6 d&#233;cembre et que le caract&#232;re &#171; g&#233;n&#233;ral &#187; de l'appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ne signifie pas non plus qu'ils appellent vraiment tous les secteurs de la classe ouvri&#232;re &#224; agir ensemble !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, une v&#233;ritable action de masse des travailleurs ne peut avoir lieu que si, &#224; la base, les travailleurs s'organisent par eux-m&#234;mes en comit&#233;s, en collectifs, en conseils, en assembl&#233;es, et se coordonnent localement, r&#233;gionalement et nationalement comme sont en train de le faire les gilets jaunes, comme l'ont fait aussi les urgences des h&#244;pitaux publics dans les collectifs de l'InterUrgences et m&#234;me dans tout l'h&#244;pital public dans les collectifs de l'InterH&#244;pitaux et comme l'ont fait les cheminots du technicentre de Ch&#226;tillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les m&#233;dias ont parl&#233; de &#171; convergence &#187; entre syndicats et gilets jaunes auto-organis&#233;s, mais ce n'est pas au point que les syndicats reconnaissent le droit aux salari&#233;s de d&#233;cider eux-m&#234;mes, pas plus le 5 d&#233;cembre que pour d'autres actions, des revendications, des modes d'action, des n&#233;gociations, des objectifs, de la strat&#233;gie. Ce que les gilets jaunes, les urgences ou les cheminots du technicentre de Ch&#226;tillon, c'est-&#224;-dire l'auto-organisation de la lutte, ont impos&#233; n'est toujours pas admis dans les entreprises. Et c'est pourtant ce qui permettrait non seulement d'assurer le contr&#244;le par les travailleurs de leur propre lutte, d'&#234;tre s&#251;r de ne reprendre le travail notamment que quand on l'a d&#233;cid&#233; et aux conditions que l'on a voulues, mais aussi de pouvoir se faire craindre des classes poss&#233;dantes et des gouvernants. Il est &#233;vident aujourd'hui que ceux-ci ne craignent nullement les appareils syndicaux car ils les tiennent aux bourses !!! C'est en effet l'Etat et les grands trusts qui financent les syndicats&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gilets jaunes veulent converger avec les salari&#233;s, pas &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;s par les syndicats !!!! Des participants syndicalistes mais pas de banderoles ni d'encadrement syndical...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6313&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6313&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1031&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1031&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1036&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1036&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mouvement des retraites&#8230; Les syndicats sont unis pour battre en retraite ensemble apr&#232;s avoir lantern&#233; ensemble&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse syndicale &#224; de nouvelles attaques d'ampleur sur les retraites aurait d&#251; &#234;tre un mouvement g&#233;n&#233;ral des salari&#233;s, une v&#233;ritable explosion de r&#233;volte, relan&#231;ant le mouvement des gilets jaunes. Ne comptez pas sur les appareils r&#233;formistes pour cela !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi de la semaine derni&#232;re, les syndicats appelaient &#224; une journ&#233;e de gr&#232;ve de la RATP. Elle &#233;tait tr&#232;s suivie, mais &#224; quoi sert une seule journ&#233;e de gr&#232;ve d'une seule corporation m&#234;me si elle est tr&#232;s suivie ? Sinon &#224; faire en sorte que la col&#232;re ouvri&#232;re ne m&#232;ne &#224; rien !!! Les agents du m&#233;tro &#233;taient suivis par bien d'autres professions du public et du priv&#233;. Comment ne pas unir tous les salari&#233;s contre la r&#233;forme des retraites ? Les syndicats ont la r&#233;ponse : la RATP c'est juste un jour le 13 septembre. Puis c'est EDF le 19 septembre. Seulement un jour. Puis c'est FO tout seule le 21 septembre. Puis c'est la SNCF le 24 septembre. Une seule journ&#233;e d'inaction et d &#171; inefficacit&#233;,. etc. etc... Devant une telle strat&#233;gie de la division, le patronat et le gouvernement ne tremblent pas !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que les Urgences se battent, seules, que l'h&#244;pital public se d&#233;fend seul, la psychiatrie seule, les EPHAD seules, les salari&#233;s d'EDF contre le d&#233;mant&#232;lement seuls, les a&#233;roports seuls contre la privatisation, les attaquent, elles, sont g&#233;n&#233;rales, mettent en cause les retraites de tous, les emplois de tous, les services publics de tous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce n'est pas demain que les appareils syndicaux lanceront la lutte des classes !!! Il faudra le faire nous-m&#234;mes comme les Gilets jaunes !!! Les appareils syndicaux ne se contentent pas d'appeler &#224; des journ&#233;es d'inaction alors que celles-ci ont d&#233;montr&#233; que les classes dirigeantes ne les craignent pas. Ils ne se contentent pas de diviser les luttes et m&#234;me de les saucissonner. Ils font plus : ils combattent de mani&#232;re active et militante contre&#8230; l'auto-organisation des travailleurs ! Les assembl&#233;es interprofessionnelles (qu'ils avaient accept&#233;es contraints et forc&#233;s en 1995) ou toute autre forme de coordination inter-entreprises et inter-secteurs (comme celle des Urgences), ils sont virulemment contre. Les comit&#233;s de gr&#232;ve, les conseils de travailleurs ou toute forme de d&#233;cision ne passant pas par les syndicats, ils affirment qu'elles seront manipul&#233;es par les patrons et le gouvernement, ou par l'extr&#234;me droite ou par l'extr&#234;me gauche. En tout cas, ils restent persuad&#233;s, ces appareils bureaucratiques, d'&#234;tre la seule existence possible d'une organisation des travailleurs. Mais il y a belle lurette qu'ils ne le sont plus. Leurs dirigeants passent leur vie dans des r&#233;unions d'organismes d'Etat, avec les patrons et les gouvernants et ne parlent jamais aux travailleurs du rang. Cela ne les emp&#234;che pas de d&#233;cider, &#224; la place des travailleurs, ce qui est n&#233;gociable et ce qui ne l'est pas. C'est cela, entre autres, que le mouvement des gilets jaunes a contest&#233; en s'organisant par lui-m&#234;me en comit&#233;s de ronds-points, en assembl&#233;e de discussions et de d&#233;cisions. Que les travailleurs en lutte ou en r&#233;volte d&#233;cident d'&#233;lire eux-m&#234;mes des d&#233;l&#233;gu&#233;s ou des repr&#233;sentants dans le feu de l'action, contr&#244;lables et r&#233;vocables, ils sont ouvertement contre. Que les travailleurs eux-m&#234;mes puissent d&#233;cider ce qui est n&#233;gociable et ce qui ne l'est pas, comme avaient tent&#233; de l'imposer les personnels de l'h&#244;pital public en lutte, ils se dressent contre et on les a vus n&#233;gocier avec Hirsch alors que les personnels manifestaient que &#171; ce n'est pas n&#233;gociable &#187; !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les attaques contre les salari&#233;s d&#233;passent largement le secteur public, l'unit&#233; public/priv&#233; n'est pas r&#233;alis&#233;e par les appareils syndicaux. Les travailleurs de toute l'Automobile se menac&#233;s en cette rentr&#233;e : Renault, Nissan, PSA ou Ford et bien d'autres s'appr&#234;tent &#224; attaquer mais aucun plan d'ensemble n'est propos&#233; pour lutter alors que des travailleurs am&#233;ricains de l'Automobile ont commenc&#233; la lutte, y compris en s'organisant de mani&#232;re ind&#233;pendante des appareils syndicaux bureaucratiques et corrompus des USA. Les enseignants am&#233;ricains en font de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle attaque contre les retraites n'a pas amen&#233; ces appareils r&#233;formistes &#224; proposer une lutte g&#233;n&#233;rale ni une forme nouvelle d'organisation des travailleurs par eux-m&#234;mes. Si le gouvernement y va prudemment sur la question des retraites, c'est parce qu'il craint non pas les r&#233;actions des directions syndicales mais celles des travailleurs eux-m&#234;mes : les gilets jaunes n'ont pas d&#233;sarm&#233; et il suffit de peu de chose pour que toutes les col&#232;res fusionnent en une large r&#233;volte, avec aussi la perspective de hausse des carburants, avec la crise financi&#232;re et bancaire &#233;galement mena&#231;ante pour tous les travailleurs et les milieux populaires. C'est bel et bien une r&#233;volte du type des gilets jaunes que les gouvernants craignent sur la question des retraites, de l'h&#244;pital public, de l'Automobile, d'EDF, des A&#233;roports et on en passe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article5522&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article5522&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2021/01/14/cgtp-j14.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2021/01/14/cgtp-j14.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1036&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1036&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en est &#224; la cinqui&#232;me journ&#233;e d'action de l'intersyndicale des retraites mais on ne les compte plus tant le gouvernement s'en moque ! On ne compte plus les promenades dans les rues non plus tant les classes poss&#233;dantes s'en moquent. Et &#231;a se voit !! Et &#224; chaque fois que le gouvernement sonne ses &#171; partenaires sociaux &#187;, ils r&#233;pondent pr&#233;sent, ils accourent comme des toutous !!! Une fois de plus, les strat&#232;ges syndicaux ont endormi la lutte des classes qui mena&#231;ait de donner une suite massive &#224; l'explosion sociale des gilets jaunes. Des promenades avec musique et merguez ! Pas de prises de parole de r&#233;volte, pas d'organisation de la lutte par les participants, pas de relations dynamiques avec les entreprises, pas d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales interprofessionnelles, aucun d&#233;bordement mettant en cause l'organisation de la soci&#233;t&#233; civile bourgeoise ! En somme, quelques journ&#233;es syndicales ont pr&#233;tendu effacer des mois et des mois de soul&#232;vement des gilets jaunes en France !&lt;br class='autobr' /&gt;
La CGT fait une fois de plus semblant que la lutte des raffineries peut suffire &#224; faire reculer le gouvernement et c'est TOTALEMENT faux !&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la lutte des retraites, les raffineries ne peuvent remplacer le secteur priv&#233; dont l'industrie !&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me les ports n'ont pas suivi parce que la strat&#233;gie des syndicats les maintenait &#224; l'&#233;cart !!!&lt;br class='autobr' /&gt;
Les syndicats n'ont rien fait pour entra&#238;ner dans le mouvement les ch&#244;meurs, les femmes, les jeunes, les paysans, etc, etc&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ont tout fait pour &#233;viter de menacer le pouvoir d'un soul&#232;vement social !!!&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc un mouvement exactement inverse de celui des gilets jaunes&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement, conduit par ces appareils syndicaux &#224; penser que les travailleurs ne vont pas d&#233;border, se cramponne sur ses positions et se contente d'annoncer que la SNCF et la RATP roulent de mieux en mieux ! Alors que les syndicats nous annon&#231;aient avoir adopt&#233; non une gr&#232;ve des transports mais une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale interprofessionnelle illimit&#233;e et reconductible par les AG, ils n'ont jamais m&#234;me fait r&#233;ellement semblant de la lancer !!! Seuls ceux qui voulaient croire aux syndicats pouvaient se l'imaginer : on savait bien avant que &#231;a commence qu'il n'en serait rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, la lutte des retraites pouvait donner un nouveau souffle au mouvement des gilets jaunes. Non, les appareils syndicaux, eux, ne pouvaient au contraire que l'&#233;touffer et c'est ce qu'ils font.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5678&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5678&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Covid-19 et les syndicats&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les patrons veulent co&#251;te que co&#251;te maintenir leur production et les syndicats ne veulent pas les en emp&#234;cher !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1061&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1061&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les syndicats ne mettront pas en avant pas plus que les autres institutions de la bourgeoisie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8455&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8455&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les syndicats ne diront jamais sur covid, pas plus que les partis politiques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6896&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6896&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2019, les syndicats orchestrent une fausse convergence avec les Gilets jaunes apr&#232;s en avoir dit pis que pendre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but du mouvement, les gilets jaunes n'ont jamais &#233;t&#233; hostiles aux syndicalistes qui, en tant qu'individus, participent sans probl&#232;me &#224; la lutte des gilets jaunes. Ce dont ils ne veulent pas ce sont les m&#233;thodes des directions syndicales et leur fausse d&#233;mocratie. Ce qui caract&#233;rise les gilets jaunes, ils n'ont cess&#233; de l'affirmer : &#171; On ne veut pas imiter le mode d'organisation de la soci&#233;t&#233;, de l'Etat, des partis et des syndicats &#187;. On veut mettre en place une d&#233;mocratie d'un genre nouveau, le pouvoir r&#233;el des participants sur leur propre lutte, la recherche collective de perspectives sans &#234;tre enferm&#233;s par des logiques d'organisation et surtout pas par la logique des classes dominantes ! C'est la fameuse d&#233;mocratie des ronds-points et des assembl&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la liaison avec les entreprises est une n&#233;cessit&#233; et un &#233;l&#233;ment important dans les perspectives du mouvement mais ce n'est pas des syndicats qu'il d&#233;pend. Mais il y a aussi la n&#233;cessit&#233; de la liaison avec les banlieues, de la liaison avec les ch&#244;meurs, avec les pr&#233;caires, avec tous ceux qui sont opprim&#233;s et exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains parlent de &#171; la convergence des gilets jaunes avec la CGT &#187;, qu'il s'agisse de M&#233;lenchon, des Insoumis, d'une certaine extr&#234;me gauche type NPA ou LO, ou de certains dirigeants de la CGT. En fait, la CGT, dans sa direction nationale, ne converge qu'avec ses propres m&#233;thodes et appelle &#224; nouveau &#224; d'inutiles journ&#233;es d'action, cette fois le 5 f&#233;vrier, la derni&#232;re fois le 14 d&#233;cembre. M&#233;thode &#233;cul&#233;e, les journ&#233;es d'inaction ont men&#233; dans le mur tous les mouvements depuis des ann&#233;es, de la lutte pour les retraites &#224; celle des cheminots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'il y ait une vraie convergence, il faudrait que les le&#231;ons de ces &#233;checs cuisants, malgr&#233; des participations massives des travailleurs, soient tir&#233;es. Le succ&#232;s des gilets jaunes n'a pas davantage servi de le&#231;on aux directions syndicales. Ce n'est pas une question d'id&#233;e mais de type d'organisation. Les syndicats sont int&#233;gr&#233;s en fait &#224; l'appareil d'Etat et leur fonctionnement est largement d&#233;termin&#233; par celui-ci, &#224; commencer par le financement. Une lutte s'en prenant directement au pouvoir d'Etat n'est pas dans leurs capacit&#233;s. L'action directe n'est plus leur conception. La lutte intercat&#233;gorielle a depuis longtemps &#233;t&#233; abandonn&#233;e par ces appareils. L'auto-organisation leur apparait sans cesse comme une remise en cause de leur r&#244;le. Ils ne s'estiment pas comme une force de proposition aux luttes des salari&#233;s mais comme une direction de la lutte, incontestable, non &#233;lue, non r&#233;vocable. Il n'y a aucune convergence possible sur de telles bases !!! Sinon, ce serait un reniement des bases m&#234;mes du mouvement des gilets jaunes, celles qui ont fait trembler les classes poss&#233;dantes depuis plus de deux mois&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5246&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5246&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gauches politiques et syndicales pr&#233;tendent renforcer le mouvement des Gilets jaunes mais ne font que l'affaiblir, lui enlever sa signification profonde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement a pris, &#224; ses d&#233;buts, un cours inattendu, massif et explosif, de type r&#233;volutionnaire, qui a fait peur aux classes poss&#233;dantes et oblig&#233; le gouvernement &#224; de premiers reculs, ce n'est nullement gr&#226;ce &#224; de quelconques strat&#233;gies de leaders autoproclam&#233;s mais parce que la r&#233;volte prenait largement dans la population la plus d&#233;munie de ce pays et que ces derniers n'avaient pas du tout pu, ces derni&#232;res ann&#233;es, exprimer cette r&#233;volte qui d&#233;bordait ainsi. Le caract&#232;re r&#233;volutionnaire de cette lutte tient &#233;galement au fait que les Gilets Jaunes ont refus&#233; le cadre faussement d&#233;mocratique de la r&#233;publique des milliardaires en ne d&#233;clarant pas leurs manifestations, actions et en n'ayant pas peur de la police des grandes fortunes, un des derniers remparts aujourd'hui de la dictature ouverte des capitalistes et des trusts et multinationales. Cette lutte a mis en avant &#224; la fois des revendications &#233;conomiques devant mettre fin aux in&#233;galit&#233;s sociales, &#224; la mis&#232;re et des revendications politiques sur la d&#233;mocratie et le pouvoir du peuple qui pourraient &#234;tre r&#233;sum&#233;es &#224; ces deux mots d'ordre : &#171; Nous, n'avons rien, Nous voulons tout ! &#187;, &#171; Nous ne d&#233;cidons de rien, nous voulons d&#233;cider de tout ! Tout le pouvoir au peuple travailleur ! &#187;. Dans ces fondements, on le voit, ce mouvement d'une des parties les plus pr&#233;caires du peuple travailleur ne cherchait nullement &#224; d&#233;battre avec l'&#201;tat des grandes fortunes, ou &#224; attendre quelque chose de lui, contrairement aux organisations syndicales qui pratiquent la collaboration avec l'ennemi, et il repr&#233;sentait, d&#232;s lors, un r&#233;el danger pour les grandes fortunes s'il avait entrain&#233; les salari&#233;s des grandes entreprises et le reste des milieux populaires dans son sillage. Mais tel n'a pas &#233;t&#233; le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement lorsqu'ils ont laiss&#233; croire &#224; la &#171; convergence syndicats-gilets jaunes &#187; que le cr&#233;dit des Gilets jaunes est tomb&#233; et les craintes des classes poss&#233;dantes aussi ! En effet, personne ne craint les syndicats. Du moment qu'ils peuvent encadrer les luttes sociales, celles-ci en restent &#224; une fausse contestation sans risque, &#224; des journ&#233;es d'action, &#224; des fausses propositions, &#224; une caution des gouvernants. Et nous le constatons aujourd'hui. Alors que le gouvernement se met en ordre de marche pour imposer une s&#233;rie d'attaque sans pr&#233;c&#233;dent, les directions syndicales continuent de se r&#233;unir, de se concerter avec les fossoyeurs de nos droits et &#233;parpillent les luttes, les gr&#232;ves, les journ&#233;es d'action &#233;vitant tout lien r&#233;el entre les salari&#233;s et le reste de la population dans des assembl&#233;es de lutte dans les entreprises, dans les quartiers, les villes, les villages au travers desquelles le peuple pourrait contr&#244;ler et diriger lui-m&#234;me ses luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; du peuple travailleur n'est pas l'unit&#233; des organisations de la gauche politique ou syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fameuse convergence des appareils syndicaux avec les Gilets Jaunes n'est une convergence de convenance. Ils ne reconnaissent toujours pas ce qui a fait la force du mouvement de lutte &#224; savoir son auto-organisation, son refus des autorit&#233;s, son refus de demander des autorisations de manifester ou de s'assembler. Jamais ils n'ont &#233;t&#233; influenc&#233;s par ses aspirations politiques et sociales m&#234;l&#233;es, par le fait de lier revendications sociales, d&#233;mocratiques et politiques. De la convergence, il n'est donc rest&#233; que le fait que les syndicats pr&#233;tendaient d'un c&#244;t&#233; continuer &#224; calomnier la lutte et de l'autre faire semblant qu'ils y &#233;taient associ&#233;s, du moins lors de leurs sempiternelles &#171; journ&#233;es d'action syndicales &#187; !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5508&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5508&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous, agents gr&#233;vistes du mat&#233;riel au Technicentre de Ch&#226;tillon, sur le r&#233;seau TGV Atlantique, avons cess&#233; le travail massivement depuis lundi 21 octobre au soir, sans se concerter ou &#234;tre encadr&#233;s par les syndicats. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cho &#233;norme d'une gr&#232;ve locale &#224; dur&#233;e illimit&#233;e, d&#233;cid&#233;e par les travailleurs eux-m&#234;mes sans les syndicats, vient de montrer que l'action directe a un tout autre poids que les journ&#233;es syndicales mobilisant un nombre &#233;norme de travailleurs sans faire aucun effet ou les gr&#232;ves programm&#233;es par les centrales &#224; dates pr&#233;par&#233;es &#224; l'avance, comme celle contre la privatisation du rail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux fois de suite, les cheminots SNCF viennent de nous montrer l'exemple de la &#171; gr&#232;ve sauvage &#187;. La premi&#232;re fois, conducteurs et contr&#244;leurs SNCF exer&#231;ant leur &#171; droit de retrait &#187; par une &#171; gr&#232;ve surprise &#187;, ill&#233;gale dit la direction, car sans d&#233;poser l&#233;galement de demande de gr&#232;ve avec pr&#233;avis par les syndicats apr&#232;s n&#233;gociation, &#224; la suite d'un accident apr&#232;s la collision mercredi soir entre un TER reliant Charleville-M&#233;zi&#232;res &#224; Reims et un convoi routier exceptionnel coinc&#233; sur un passage &#224; niveau (accident qui a fait 11 bless&#233;s, dont le conducteur - seul agent SNCF &#224; bord du train) et o&#249; les cheminots estiment que la pr&#233;sence d'un seul cheminot par train a &#233;t&#233; une cause de risque et donc que le risque est maintenu du fait des conditions de fonctionnement qui restent impos&#233;es par la direction. La deuxi&#232;me fois, ce sont les agents du Technicentre SNCF de Ch&#226;tillon qui viennent de faire une gr&#232;ve reconductible sans direction syndicale, sans pr&#233;avis, sans n&#233;gociation, en prenant les d&#233;cisions seuls. La direction a voulu passer en force dans ce technicentre en imposant une modification des conditions de travail avec notamment des suppressions de cong&#233;s alors que les conditions de travail sont tr&#232;s dures (cadences soutenues, pression des d&#233;lais, les TGV contr&#244;l&#233;s devant repartir tr&#232;s vite et le temps de contr&#244;ler est plus que court) et les salaires tr&#232;s bas. A l'origine de ce mouvement spontan&#233;, la volont&#233; de la direction de Ch&#226;tillon de mettre fin &#224; un accord local, vieux de plusieurs ann&#233;es, qui offrait aux cheminots douze jours de repos suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5568&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5568&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'une vague mondiale de r&#233;volte et r&#233;volutions parcourt le monde, la France incluse, les syndicats de France ne se sentent nullement concern&#233;s. Ils ne font de projets sur rien de tout cela. Ce n'est pas leurs oignons. Ils ne sont solidaires de rien. Ils ne se voient de responsabilit&#233; dans rien, ils n'ont en rien &#224; leur donner des perspectives, alors que &#171; leur &#187; imp&#233;rialisme fran&#231;ais, lui, se consid&#232;re comme responsable de la r&#233;pression de ces luttes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7640&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7640&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5569&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5569&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8166&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8166&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8381&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8381&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2020 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2021 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'y voir une atteinte inacceptable &#224; la libert&#233; et &#224; la sant&#233;, les syndicats n'ont pas boug&#233; le petit doigt lorsque ces attaques ont commenc&#233; &#224; se profiler et ont attendu qu'elles soient pleinement d&#233;velopp&#233;es et que des r&#233;actions spontan&#233;es et auto-organis&#233;es menacent pour avoir une petit d&#233;but de r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#234;mes syndicats ont refus&#233; de participer aux manifestations contre la politique sanitaire, affirmant, comme Macron, que les manifestants &#233;taient manipul&#233;s par l'extr&#234;me droite !! Comme pour d&#233;nigrer les manifestations des gilets jaunes, il leur suffisait de trouver un militant d'extr&#234;me droite qui se joignait &#224; une manifestation nullement organis&#233;e par des fascistes pour l'affirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, des syndicats (pas les conf&#233;d&#233;rations qui elles, de fait, soutiennent Macron) appellent &#224; la gr&#232;ve mais ils se gardent d'appeler d'abord &#224; des assembl&#233;es du personnel qui d&#233;ciderait ainsi lui-m&#234;me des modes d'action, des buts, des revendications, des modes d'organisation et de la liaison avec d'autres secteurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le pouvoir de Macron serait aujourd'hui extr&#234;mement faible si les appareils bureaucratiques des syndicats ne le soutenaient pas de toutes leurs forces. Cette situation emp&#234;che le d&#233;veloppement des gr&#232;ves ou le limite. Car bien des gr&#232;ves ont lieu contre l'obligation vaccinale, actuellement dans les h&#244;pitaux. Et, si la vaccination obligatoire se g&#233;n&#233;ralisait, cette attitude des syndicats emp&#234;cherait aussi que les gr&#232;ves se d&#233;veloppent dans les EPHAD, les biblioth&#232;ques, les transports, les &#233;coles, l'universit&#233;, les postes, ou tout autre secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Macron est oblig&#233; de s'engager &#224; ne pas imposer le pass sanitaire dans les maternelles, &#233;coles, coll&#232;ges, lyc&#233;es et jusqu'&#224; l'universit&#233;, c'est pour &#233;viter la jonction des gr&#232;ves de tous les secteurs vers une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre la dictature du pouvoir ! Mais les syndicats se gardent de dire aux personnels non soignants que, si on laisse les soignants se battre seuls, le pass s'&#233;largira et la dictature avec, m&#234;me s'il est scientifiquement prouv&#233; que cela ne bloque nullement la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6345&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6345&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT pendant la pand&#233;mie covid&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2021/01/14/cgtp-j14.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2021/01/14/cgtp-j14.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la pand&#233;mie et aux politiques gouvernementales soi-disant sanitaires, on ne peut pas du tout compter sur les syndicats !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6341&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6341&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que jamais, patronat et syndicats, CGT en t&#234;te, font, conjointement ou s&#233;par&#233;ment, la police dans la classe ouvri&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6305&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6305&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des Antilles n'est pas soutenue par les syndicats de la m&#233;tropole coloniale...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_de_2021-2022_dans_les_Antilles_fran%C3%A7aises&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_de_2021-2022_dans_les_Antilles_fran%C3%A7aises&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6581&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6581&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6582&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6582&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2022 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats refusent d'exprimer leur solidarit&#233; active avec le peuple iranien soulev&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les appareils bureaucratiques appellent &#224; la &#171; gr&#232;ve &#187; le 29, il n'est nullement question pour eux d'exprimer notre solidarit&#233; avec l'insurrection en Iran men&#233;e par les femmes en appelant &#224; leur emboiter le pas, ici, en France contre la R&#233;publique des milliardaires et l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais ! Gr&#232;ve ouvri&#232;re g&#233;n&#233;rale de solidarit&#233; avec Mahsa ! &#171; Bas les voiles &#187;, en Iran comme en France, pour reprendre le slogan de la militante f&#233;ministe iranienne Chahdortt Djavann. A bas les violences polici&#232;res contres toutes les femmes qui prennent la t&#234;te des r&#233;voltes, de l'Iran, au Soudan, &#224; l'Inde comme aux USA (contre les noirs) ou en France (mutilation cibl&#233;e de Gilets Jaunes). Le &#171; refus d'obtemp&#233;rer &#187; est pour toutes les polices du monde la justification de leurs crimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;conomique, Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale expropriatrice du grand capital, qui, seule, peut nous assurer de quoi vivre, d'avoir une retraite, de sauver les services publics et de combattre la mont&#233;e vers guerre. Aucun de ces objectifs &#233;l&#233;mentaires n'est propos&#233; par la gauche ou l'extr&#234;me gauche. Aucune manifestation contre les guerres de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais qui pourraient &#234;tre coordonn&#233;es avec celles men&#233;e en Russie contre l'imp&#233;rialisme russe.Ce sont ces perspectives qui uniraient les luttes partielles engag&#233;es dans en France comme dans le monde entier. Et jamais une telle perspective ne sera d&#233;fendue par les r&#233;formistes (de gauche ou faussement d'extr&#234;me gauche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6946&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6946&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve qui dure dans les raffineries et d&#233;p&#244;ts de p&#233;trole, son efficacit&#233; &#224; bloquer les stations d'essence, et les h&#233;sitations du pouvoir et des patrons de TotalEnergies et de Esso-ExxonMobil &#224; son &#233;gard, laissent croire que les syndicats sont en train de bouger, de se faire craindre, de se mobiliser, de se lancer contre nos ennemis. Pourtant, rien de plus faux. Les syndicats des raffineries de p&#233;trole, qui ne visent pas du tout &#224; changer le rapport de forces au sein de l'ensemble de la classe ouvri&#232;re, ont commenc&#233; &#224; reculer sur leurs propres revendications en admettant que les patrons refusent de n&#233;gocier sur les embauches et les investissements. Ils n'ont pas g&#233;n&#233;ralis&#233; la gr&#232;ve &#224; toutes les raffineries et tous les d&#233;p&#244;ts de p&#233;trole. Ils se sont bien gard&#233;s de la g&#233;n&#233;raliser &#224; l'ensemble du secteur de l'Energie, &#224; commencer par les centrales nucl&#233;aires. Ils ont refus&#233; d'organiser dans toutes les entreprises des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales d&#233;cisionnelles pour que les travailleurs d&#233;cident si l'affrontement sur le pouvoir d'achat de la classe ouvri&#232;re doit se g&#233;n&#233;raliser. Dans les raffineries et les d&#233;p&#244;ts en gr&#232;ve, les appareils syndicaux se sont juste un peu laiss&#233; pousser par la base, les syndicats au d&#233;part ne voulant que trois jours d'action et les salari&#233;s souhaitant la gr&#232;ve reconductible. Il &#233;tait difficile pour les syndicats de refuser car il est &#233;vident que les entreprises du secteur font des b&#233;n&#233;fices fabuleux alors que les salaires s'effritent face &#224; l'inflation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement trois des six raffineries fran&#231;aises sont bloqu&#233;es sans que les syndicats expliquent pourquoi&#8230; Par exemple, aucun mouvement de gr&#232;ve n'a &#233;t&#233; relay&#233; &#224; la raffinerie de Lav&#233;ra de P&#233;troineos, situ&#233;e &#224; Martigues dans les Bouches-du-Rh&#244;ne. &#192; la raffinerie Petroineos de Lavera (13), pour la CGT, le temps n'est pas non plus &#224; la gr&#232;ve, la centrale syndicale expliquant que les salari&#233;s ont d&#233;j&#224; obtenu des augmentations salariales jug&#233;es satisfaisantes. &#171; Les r&#233;sultats sont tellement bons en ce moment que c'&#233;tait bien normal &#187;, assure S&#233;bastien Varagnol de la CGT du site. Les raffineurs ont ainsi rafl&#233; une augmentation de salaire plancher de 200&#8364; ainsi qu'une hausse de 20% de la prime de d&#233;placement. &#171; Partir en gr&#232;ve (&#224; Lavera) pour les salaires des camarades de Total ne para&#238;t pas envisageable aujourd'hui malheureusement &#187;, affirme le dirigeant c&#233;g&#233;tiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin la coordination CGT Total, qui regroupe des syndicats CGT parmi les 200 filiales de Total en France (comme la SAFT, sp&#233;cialis&#233;e dans la conception de batteries &#224; usage industriel, Hutchinson connue pour ses pneus ou encore Argedis, qui g&#232;re les stations-services) et qui s'&#233;tait mise en lutte de mani&#232;re in&#233;dite en juin dernier, ne semble pas repartie pour un tour. &#171; Les salari&#233;s ne sont pas au rendez-vous &#187;, regrette &#201;ric Sellini. &#171; Il faut faire un travail de fourmi dans les syndicats, dans les f&#233;d&#233;rations et &#224; la conf&#233;d&#233;ration pour faire en sorte que &#231;a prenne. &#187; Une date de gr&#232;ve dans les entreprises du caoutchouc (Hutchinson, Michelin&#8230;) &#233;tait d'ailleurs envisag&#233;e pour le 18 octobre. Elle a finalement &#233;t&#233; remplac&#233;e par un appel de la FNIC &#224; la mobilisation aux c&#244;t&#233;s des raffineurs, sur les piquets de gr&#232;ves, le 11 octobre. &#192; la conf&#233;d&#233;ration, on r&#233;fl&#233;chirait &#224; une nouvelle date de gr&#232;ve interprofessionnelle dans la semaine du 18 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications salariales des syndicats du p&#233;trole sont modestes comme ils le soulignent eux-m&#234;mes. &#171; Le p&#233;rim&#232;tre p&#233;trole a une masse salariale de 1,5 milliard d'euros, affirme Eric Sellini, coordinateur CGT chez TotalEnergies, cit&#233; par le journal patronal Les Echos. A 10 %, ce serait un effort d'&#224; peine 150 millions d'euros pour la direction, &#224; comparer aux plus de 18 milliards de profits au premier semestre. La direction a &#233;t&#233; beaucoup plus r&#233;active pour r&#233;compenser les actionnaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan national, les centrales syndicales (celles qui appellent &#224; des journ&#233;es de gr&#232;ves, car les autres ne le font m&#234;me pas) poursuivent leur strat&#233;gie catastrophique de type n&#233;gociation/journ&#233;e d'action. La journ&#233;e d'action du 22 septembre n'a servi &#224; rien et la journ&#233;e d'action du 29 septembre non plus. Cette derni&#232;re a &#233;t&#233; sans lendemain&#8230; La premi&#232;re ne posait que le probl&#232;me de la sant&#233; et la deuxi&#232;me que celui des salaires. Aucune ne globalisait sur l'attaque antisociale d'ensemble que subit le monde du travail&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6980&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6980&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martinez, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT est pour la &#034;vaccination&#034; de masse capitaliste des labos ! Ce qui fait que, m&#234;me s'il se pr&#233;tend contre le pass, il refuse de participer aux manifestations contre le pass et cautionne ainsi le r&#233;gime policier d'apartheid sanitaire et social du pass-vaccinal !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'Espagne classe COVID-19 grippe saisonni&#232;re, Martinez appuie la vaccination de masse et l'obligation vaccinale pour les travailleurs ! On rappellera &#224; Martinez que les &#034;Vaccins&#034; contre Covid ne fonctionnent pas comme des vaccins traditionnels malgr&#233; l'appellation plus que trompeuse ! Les vaccins doivent prot&#233;ger de la propagation et de la maladie et, pour le deux, ce n'est pas le cas ! Le virus continue de circuler malgr&#233; tout ! En soutenant l'obligation vaccinale et la vaccination de masse, Martinez soutient, de fait le pass vaccinale comme il soutenait, en r&#233;alit&#233; le pass sanitaire ! Voil&#224; pourquoi il soutient la suspension ou le licenciement de dizaines de milliers de travailleurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais rien d'&#233;tonnant &#224; ce que Martinez qui a fait &#233;lire Macron pour faire soi-disant barrage &#224; Le Pen, soutienne la mise en place d'un r&#233;gime policier sur le peuple et les travailleurs sous pr&#233;texte de lutte sanitaire ! Le syndicalisme bureaucratique de collaboration de classe est d&#233;j&#224; un r&#233;gime policier, au sein du monde du travail, issus du stalinisme, qui faut-il le rappeler a d&#233;cim&#233; les r&#233;volutionnaires et sabot&#233; les r&#233;volutions sociales dans le monde entier ! La direction CGT a gard&#233; de son pass&#233; contre-r&#233;volutionnaire une politique de garde chiourme pour que le prol&#233;tariat n'emprunte surtout pas le chemin de la lutte de classe, aille sur un terrain politique et renverse le capitalisme pour asseoir la souverainet&#233; du peuple travailleur en abolissant le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; priv&#233; des moyens de productions !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend mieux pourquoi la CGT ne d&#233;fend pas les personnels suspendus pour avoir refus&#233; l'injonction &#224; l'injection d'un produit exp&#233;rimental qui n'est en rien un vaccin ! Les collabos du capital se cachent derri&#232;re le scientisme pour soutenir le capitalisme et les labos ! On comprend encore mieux aussi pourquoi Martinez et la CGT laisse faire la r&#233;pression aux Antilles et ne veulent surtout pas emboiter le pas &#224; l'insurrection populaire qui, pour l'instant, a &#233;t&#233; la seule &#224; faire reculer le gouvernement des classes dirigeantes ! Martinez comme le reste des directions syndicales deviennent de plus en plus ouvertement contre insurrectionnel contre l'auto-organisation du peuple et des travailleurs, oppos&#233;e &#224; toutes luttes sur un terrain politique.... Les directions syndicales, habitu&#233;es &#224; la collaboration de classe et une pseudo opposition anticapitaliste, roulent pour la contre-r&#233;volution ! Toute leur politique est de lutter contre la r&#233;volution ! Et lutter contre la r&#233;volution qui monte c'est d&#233;fendre le capitalisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1177&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1177&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2023 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats sont absolument incapables de mener une lutte victorieuse sur les retraites ou sur n'importe quoi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est le mouvement des gilets jaunes qu'il faut relancer dans les entreprises, en unissant secteur public et priv&#233;, face &#224; la pr&#233;tendue r&#233;forme des retraites et pas des d&#233;fil&#233;s inoffensifs des syndicats !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces syndicats ont n&#233;goci&#233; avec le pouvoir qui nous vole et nous tue comme si c'&#233;tait pour nous rendre service. Mais ces bureaucraties syndicales sont pay&#233;es par ce m&#234;me Etat au service des milliardaires !&lt;br class='autobr' /&gt;
Les syndicats se pr&#233;tendent pour le maintien des r&#233;gimes de retraites par r&#233;partition ? Mais alors que font alors les directions syndicales au conseil d'administration de deux fonds de pensions publics ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et que font les syndicats dans le Conseil d'Orientation des Retraites, le COR &#224; l'origine de bien des attaques contre le r&#233;gime de retraites ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces syndicats se sont faits les soutiens du pouvoir actuel et ce n'est certainement pas sur eux qu'il faut compter pour gagner une lutte pour la d&#233;fense des retraites !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1208&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1208&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2024 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La France de Macron se d&#233;clare en pr&#233;paration de guerre. Les syndicats s'en plaignent. Ils peuvent m&#234;me faire une promenade dans les rues en faveur de la paix, contre l'exc&#232;s de d&#233;penses d'armement, la &#171; budget de guerre &#187;. Mais jamais, au grand jamais, ils ne sont contre l'arm&#233;e fran&#231;aise, ses guerres imp&#233;rialistes, ses guerres coloniales m&#234;me. Jamais ils ne sont compl&#232;tement contre l'industrie de guerre, le budget de guerre dans son principe m&#234;me, le nationalisme, la pr&#233;tention de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais &#224; &#234;tre la patrie des travailleurs. Au contraire, comme en 1914, ils sont &#224; fond pour !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2025 &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les appels pour le 10 septembre incitaient au combat contre la soci&#233;t&#233; capitaliste, ceux du 18 &#233;taient l'oeuvre de ses d&#233;fenseurs, les r&#233;formistes qui veulent aider &#224; son fonctionnement. La convergence entre ces courants est impossible, elle est &#224; combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si des Gilets jaunes partisans du 10 septembre ont voulu croire que se voir rejoindre par les syndicats le 18 ne pouvait qu'amplifier le mouvement, au pire n'avoir aucun effet, la d&#233;monstration est faite que les appels des directions syndicales ont &#233;t&#233; nocifs. Les particpants du mouvement du 10, qu'ils soient ou pas anciens Gilets jaunes, n'ont pu que constater que les cort&#232;ges syndicaux &#233;taient tout sauf faits pour inciter &#224; la lutte, pour donner de l'&#233;lan, pour faire avancer la motivation et la conscience des enjeux, des moyens et des buts. Rien de plus plat que des cort&#232;ges organis&#233;s par l'intersyndicale. Il y a de quoi s'endormir sur place !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syndicats et partis de gauche, quand ils ont fait mine de participer au mouvement du 10 septembre, c'est seulement pour le d&#233;mobiliser, le diviser, le d&#233;sar&#231;onner, le tromper, le freiner, changer ses buts et ses perspectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles &#233;taient les perspectives du mouvement du 10 septembre des Gilets Jaunes, contre le pouvoir des milliardaires, ses dettes, ses sacrifices antisociaux, sa dictature, son organisation sociale et politique, ses forces de r&#233;pression, ses guerres, sa fausse d&#233;mocratie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8328&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8328&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 septembre ! Quel objectif num&#233;ro un pour le mouvement des Gilets jaunes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8338&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8338&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 septembre 2025 se pr&#233;pare&#8230; et terrorise d&#233;j&#224; les gouvernants, les poss&#233;dants, les m&#233;dias et&#8230; les syndicats !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8367&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8367&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trahison syndicale du mouvement du 10 septembre s'annonce avant le mouvement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8358&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8358&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8366&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8366&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faux &#171; militants de la base &#187; qui noyautent le mouvement d&#233;but&#233; le 10 septembre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8427&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8427&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le 10 septembre et le contre-feu du 18, quelle perspective pour le mouvement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8391&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8391&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles le&#231;ons tirer du 10 septembre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8390&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8390&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de la base est &#171; suspendu &#187; mais il continue de planer au-dessus des classes poss&#233;dantes dont le pouvoir est d&#233;sormais suspendu lui aussi devant une situation pr&#233;r&#233;volutionnaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8449&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8449&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat fran&#231;ais annonce son entr&#233;e en guerre et le sacrifice des enfants&#8230; Les syndicats osent &#224; peine murmurer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8542&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8542&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8529&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8529&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8473&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8473&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce que ne diront jamais les appareils syndicaux contre la guerre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8249&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8249&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7636&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7636&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les syndicats ne peuvent pas dire aux jeunes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8195&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8195&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les syndicats ne peuvent pas dire aux femmes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6903&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6903&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits paysans sont &#233;trangl&#233;s et se battent&#8230; Mais sans le moindre geste de la classe ouvri&#232;re, musel&#233;e par les syndicats&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les syndicats ne peuvent pas dire aux paysans :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8535&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8535&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les syndicats ne peuvent pas dire aux Gilets jaunes ni faire avec eux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7369&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7369&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2570&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2570&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7645&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7645&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4236&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4236&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve110&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve110&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1729&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1729&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1591&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1591&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4497&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4497&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7440&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7440&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1639&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1639&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.convergencesrevolutionnaires.org/L-exemple-de-Renault-Flins-25-ans-d-histoire-syndicale-ou-l-evolution-parallele?archive=1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.convergencesrevolutionnaires.org/L-exemple-de-Renault-Flins-25-ans-d-histoire-syndicale-ou-l-evolution-parallele?archive=1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7465&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7465&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Martine Tavitian, dit Tarov, d&#233;nonce le stalinisme contre-r&#233;volutionnaire</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8567</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article8567</guid>
		<dc:date>2026-02-22T23:19:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Martine Tavitian, dit Tarov, d&#233;nonce le stalinisme contre-r&#233;volutionnaire &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/4int/bios/tarov.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Arm&#233;nien Arven A. Davtian &#171; Tarov &#187; qui a pris part aux deux premi&#232;res gr&#232;ves de la faim de Verkhn&#233;ouralsk est rest&#233; dans l'isolateur. C'est par lui qu'on conna&#238;t le d&#233;roulement d'une troisi&#232;me gr&#232;ve de la faim dans le c&#233;l&#232;bre isolateur, apr&#232;s la visite de la commission du G.P.U. qui &#171; renouvelle &#187; en d&#233;cembre 1933 les peines de tous les d&#233;tenus. La gr&#232;ve (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Martine Tavitian, dit Tarov, d&#233;nonce le stalinisme contre-r&#233;volutionnaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/bios/tarov.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/bios/tarov.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Arm&#233;nien Arven A. Davtian &#171; Tarov &#187; qui a pris part aux deux premi&#232;res gr&#232;ves de la faim de Verkhn&#233;ouralsk est rest&#233; dans l'isolateur. C'est par lui qu'on conna&#238;t le d&#233;roulement d'une troisi&#232;me gr&#232;ve de la faim dans le c&#233;l&#232;bre isolateur, apr&#232;s la visite de la commission du G.P.U. qui &#171; renouvelle &#187; en d&#233;cembre 1933 les peines de tous les d&#233;tenus. La gr&#232;ve commence le 11 d&#233;cembre. Laissons la parole &#224; ce communiste arm&#233;nien :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le 20 d&#233;cembre, on transporta sur les bras les gr&#233;vistes d'une cellule &#224; l'autre. Cela pour perquisitionner. Puis on commen&#231;a &#224; nous alimenter de force. Ce fut un spectacle inoubliable : il y eut de v&#233;ritables batailles entre les gr&#233;vistes et les garde chiourmes. Naturellement les premiers furent battus. Epuis&#233;s, nous f&#251;mes aliment&#233;s par la gorge avec des pompes appropri&#233;es. Les tourments furent inou&#239;s. On nous introduisit dans la bouche de gros tuyaux de caoutchouc, les gr&#233;vistes &#233;taient tra&#238;n&#233;s comme des chiens crev&#233;s dans la &#171; cellule d'alimentation &#187;. Personne ne capitula s&#233;par&#233;ment. Le quinzi&#232;me jour de la gr&#232;ve, notre comit&#233; de gr&#232;ve d&#233;cida d'y mettre fin &#224; midi, car beaucoup de gr&#233;vistes tentaient de se suicider. Un des collaborateurs du G.P.U. vint chez nous, dans l'isolateur et commen&#231;a &#224; menacer d'envoyer les gr&#233;vistes aux Solovietsky. Nos camarades le chass&#232;rent de leurs cellules. La d&#233;cision du comit&#233; de gr&#232;ve fut approuv&#233;e &#224; l'unanimit&#233; par l'ensemble des gr&#233;vistes. Le repr&#233;sentant du G.P.U. dut promettre verbalement (il se refusait pour des raisons qu'il ne donna pas &#224; &#233;crire) de lib&#233;rer ceux qui avaient termin&#233; leur peine. C'est ainsi que, le 22 janvier 1934, ma peine se terminant, je fut transport&#233; dans la cellule des &#171; lib&#233;rables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/broue_19800000h.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/broue_19800000h.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tarov r&#233;v&#232;le la torture des vrais bolcheviks dans les prisons de Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4 ao&#251;t 1935)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des centaines et des milliers de bolcheviks-l&#233;ninistes croupissent dans les prisons staliniennes. Hier encore, j'&#233;tais l'un d'eux et, avec eux, j'ai subi toutes les brutalit&#233;s imaginables de la part des gardiens de prison staliniens. Aujourd'hui, je me trouve dans un pays semi-capitaliste, un &#171; homme libre &#187;. C'est triste &#224; dire, mais il me semble qu'il n'y a pas de place libre pour un r&#233;volutionnaire sur notre plan&#232;te. Mais pour le meilleur ou pour le pire, j'ai aujourd'hui l'occasion de m'exprimer publiquement pour protester contre les usurpateurs staliniens. Mon devoir de r&#233;volutionnaire m'oblige &#224; me tourner vers le prol&#233;tariat mondial avec un appel &#224; l'aide pour lib&#233;rer des prisons staliniennes les r&#233;volutionnaires d&#233;vou&#233;s et v&#233;ritables, les martyrs &#8211; les bolcheviks-l&#233;ninistes. Le prol&#233;tariat mondial doit apprendre que le pays des Soviets en tant que tel est en train de p&#233;rir insensiblement, car le pouvoir sovi&#233;tique est impensable sans un parti de communistes actifs et autonomes. C'est pourquoi la lutte pour un v&#233;ritable parti communiste, la lutte contre les usurpateurs et le r&#233;gime pl&#233;biscitaire est une lutte pour sauver le syst&#232;me sovi&#233;tique d'une d&#233;g&#233;n&#233;rescence fatale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour familiariser la classe ouvri&#232;re avec la condition des bolcheviks-l&#233;ninistes en URSS sous le r&#233;gime stalinien, j'ai l'intention d'esquisser bri&#232;vement ma propre exp&#233;rience personnelle, sous sa forme sans fard. Le 30 juin 1934, je m'enfuis de l'exil, de la ville d'Andijan, avec l'intention de me rendre &#224; Moscou pour me pr&#233;senter personnellement devant le Comit&#233; central de l&#224;-bas et d&#233;fendre mon cas aupr&#232;s des personnes comp&#233;tentes. En mars 1934, j'ai envoy&#233; un t&#233;l&#233;gramme au Comit&#233; central d&#233;clarant que, en tant qu'opposant et partisan de Trotsky, j'&#233;tais pr&#234;t &#224; cesser la lutte id&#233;ologique et organisationnelle contre la direction du parti et pr&#234;t &#224; ex&#233;cuter fid&#232;lement tous les ordres du Parti. parti dans la lutte pour la d&#233;fense des conqu&#234;tes d'Octobre et de la construction socialiste, et en m&#234;me temps j'ai soulign&#233; la n&#233;cessit&#233; d'une action commune de tous les communistes contre la r&#233;action fasciste qui avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; r&#233;compense &#187; de la capitulation&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir envoy&#233; ce t&#233;l&#233;gramme au Comit&#233; central, j'attendais une r&#233;ponse qui me lib&#233;rerait du paragraphe 58 et me r&#233;tablirait dans mes droits de parti. L&#233;galement, bien s&#251;r, je n'avais &#233;t&#233; condamn&#233; en vertu de ce paragraphe par aucun juge. Mais en r&#233;alit&#233;, j'ai &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; la prison et &#224; l'exil &#224; vie. J'avais pass&#233; quatre ans en prison, trois ans en exil. Pendant tout ce temps, je n'ai vu &#226;me qui vive que le juge d'instruction de la Gu&#233;p&#233;ou et le directeur. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, le juge d'instruction proc&#233;dait &#224; un interrogatoire formel et le cl&#233; en main fermait et d&#233;verrouillait la porte de ma cellule chaque fois que cela devenait urgent. J'ai &#233;t&#233; &#171; condamn&#233; &#187; &#224; l'isolement, sans aucune preuve mat&#233;rielle. Ma chambre a &#233;t&#233; fouill&#233;e trois fois &#8211; et absolument rien n'a &#233;t&#233; trouv&#233;. N&#233;anmoins, j'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et incarc&#233;r&#233;. Quiconque est trotskyste doit rester en prison ou en exil. Si l'on renonce &#224; l'opposition, on obtient alors un &#171; moins &#187;, c'est-&#224;-dire le droit de vivre en URSS, &#171; moins &#187; tous les centres cl&#233;s du pays. Dans une certaine mesure, cela constituerait une am&#233;lioration. Par exemple, on pourrait &#234;tre transf&#233;r&#233; du nord de la Sib&#233;rie vers le sud de la Sib&#233;rie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les opposants de base sont impitoyablement tortur&#233;s alors qu'on leur conseille de renoncer &#224; leurs opinions. Apr&#232;s un interrogatoire, le magistrat, avant de prononcer la sentence, propose au pr&#233;venu de renoncer aux vues de l'opposition. Et lorsque j'ai r&#233;pondu par un refus cat&#233;gorique, j'ai eu la chance d'entendre dans la phrase toutes les &#233;pith&#232;tes imaginables et horribles : &#034;... pour activit&#233;s antisovi&#233;tiques, anticommunistes, contre-r&#233;volutionnaires et autres activit&#233;s innommables...&#034; J'ai purg&#233; ma derni&#232;re peine le 22 janvier 1934 &#8211; une peine de trois ans de prison dans les principales prisons de la Gu&#233;p&#233;ou &#8211; mais je n'ai n&#233;anmoins &#233;t&#233; &#171; lib&#233;r&#233; &#187; qu'apr&#232;s une gr&#232;ve de la faim de 14 jours, c'est-&#224;-dire que j'ai &#233;t&#233; envoy&#233; en prison. exil&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les opposants emprisonn&#233;s au p&#233;nitencier de Verkhne-Ouralsk, au nombre d'environ 150 &#8211; nous &#233;tions 485 dans cette prison, mais beaucoup ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;s dans d'autres prisons jusqu'&#224; ce qu'il n'en reste plus que 150 &#8211; ont entam&#233; une gr&#232;ve de la faim pour protester contre les mesures suppl&#233;mentaires. de nouvelles peines de prison. Avant la gr&#232;ve de la faim, au cours de l'&#233;t&#233; 1932, une commission dirig&#233;e par une femme, une certaine Andreyev, arriva de Moscou &#224; Verkhne Ouralsk afin d'am&#233;liorer les &#171; conditions &#187; des communistes emprisonn&#233;s. &#192; tous ceux qui avaient purg&#233; leur peine en cellule d'isolement, elle a ajout&#233; de nouvelles conditions. En un seul jour, 103 hommes ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; une nouvelle peine de deux ans. Ce fut l'unique r&#233;alisation de cette commission charg&#233;e d'&#171; am&#233;liorer les conditions &#187; des bolcheviks-l&#233;ninistes emprisonn&#233;s au p&#233;nitencier de Verkhne-Ouralsk. Nous n'avions re&#231;u aucune visite pr&#233;alable d'aucune commission. Nous avions nous-m&#234;mes r&#233;clam&#233; cette commission, pour protester contre le traitement bestial de l'administration p&#233;nitentiaire. Nous avons &#233;t&#233; souvent battus, les gardes ont tir&#233; avec leurs armes &#224; travers les fen&#234;tres de nos cellules, ce qui a fait qu'un de nos camarades, Yessayan, a re&#231;u une balle dans la poitrine. Nous avons exig&#233; une commission, mais, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, nous avons &#233;t&#233; refus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve de la faim&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, 485 communistes emprisonn&#233;s ont entam&#233; une gr&#232;ve de la faim qui a dur&#233; 18 jours. Une commission arriva, transf&#233;ra les &#171; prisonniers actifs &#187; dans d'autres p&#233;nitenciers et exila Yessayan bless&#233; en Sib&#233;rie. Ainsi, cela a &#171; am&#233;lior&#233; &#187; notre position. Et puis, une autre commission est venue l'ann&#233;e prochaine et a prolong&#233; nos peines. C'est pour cette raison que nous tous qui &#233;tions emprisonn&#233;s au p&#233;nitencier de Verkhne-Ouralsk avons entam&#233; une gr&#232;ve de la faim pour protester contre cette anarchie inou&#239;e. Nous avons commenc&#233; la gr&#232;ve le 11 d&#233;cembre 1933. Le 20 d&#233;cembre, les gr&#233;vistes de la faim ont &#233;t&#233; arrach&#233;s de leurs cellules &#8211; afin de les fouiller. Puis ils ont commenc&#233; &#224; nous nourrir de force. Des sc&#232;nes inou&#239;es se d&#233;roul&#232;rent, des combats d&#233;sesp&#233;r&#233;s &#233;clat&#232;rent entre les ge&#244;liers et les gr&#233;vistes. Ces derniers ont &#233;t&#233; ignominieusement tabass&#233;s grossi&#232;rement. Dans notre &#233;tat d'&#233;puisement, nous avons &#233;t&#233; soumis &#224; une alimentation forc&#233;e au moyen de tubes en caoutchouc. Le traitement &#233;tait indescriptible : on nous enfon&#231;ait un gros tuyau de caoutchouc dans la gorge, les gr&#233;vistes &#233;taient tra&#238;n&#233;s dans la &#171; cellule de nourrissage &#187; comme du b&#233;tail mort. Il n'y a pas eu un seul cas de reddition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 15&#232;me jour de gr&#232;ve, notre comit&#233; de gr&#232;ve a d&#233;cid&#233; d'y mettre fin parce que de nombreux communistes affam&#233;s avaient tent&#233; de se suicider. Un des fonctionnaires du GPU du district de l'Oural est apparu au p&#233;nitencier et a menac&#233; les communistes affam&#233;s de transfert vers les &#238;les Solovsky. Bien entendu, nos camarades l'ont chass&#233; de leurs cellules. La d&#233;cision du comit&#233; d'arr&#234;ter la gr&#232;ve de la faim a &#233;t&#233; accept&#233;e &#224; l'unanimit&#233; par tous les gr&#233;vistes. Le repr&#233;sentant du GPU a &#233;t&#233; contraint de promettre verbalement (pour une raison quelconque, il a refus&#233; de le mettre par &#233;crit) que tous ceux qui avaient purg&#233; leur peine seraient lib&#233;r&#233;s. Depuis que ma peine a pris fin le 22 janvier 1934, j'ai &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; dans la cellule de ceux qui &#233;taient sur le point d'&#234;tre &#171; lib&#233;r&#233;s &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 22 janvier, j'ai donc &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;. Sous haute surveillance, j'ai &#233;t&#233; exp&#233;di&#233; en Asie centrale, sous la juridiction de la Gu&#233;p&#233;ou d'Asie centrale. Nous sommes arriv&#233;s &#224; Tachkent, nous &#233;tions deux &#8211; moi et le camarade Jahntnev. A Tachkent nous avons &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233;s ; le lendemain, apr&#232;s de tenaces protestations, nous avons &#233;t&#233; exil&#233;s, sans avoir &#233;t&#233; condamn&#233;s. Zhantnev &#224; la ville de Frunze, moi &#224; Andijan. Et puis, en mars, j'ai envoy&#233; un t&#233;l&#233;gramme au Comit&#233; central pour annoncer que j'&#233;tais pr&#234;t &#224; renoncer &#224; toute activit&#233; oppositionnelle. Deux mois se sont &#233;coul&#233;s sans r&#233;ponse. J'ai envoy&#233; une lettre sp&#233;ciale au Comit&#233; central. Deux mois se sont &#233;coul&#233;s et encore une fois, il n'y a pas eu de r&#233;ponse. Ni dans le t&#233;l&#233;gramme ni dans la lettre, je n'ai fait aucune mention de mes opinions. Je ne consid&#233;rais pas mes opinions et ma position comme &#171; contre-r&#233;volutionnaires &#187;, comme le disent habituellement les capitulateurs, mais j'ai soulign&#233; que je cesserais la lutte id&#233;ologique et organisationnelle contre la direction. Bref, de mes communications, le Comit&#233; central et la Gu&#233;p&#233;ou pouvaient conclure que la direction, sous la pression de l'opposition, n'avait pas encore trahi la r&#233;volution et avait m&#234;me corrig&#233; ses erreurs sur certains points. Et ce qui &#233;tait le plus important maintenant &#233;tait de purger l'appareil du parti des d&#233;bris de la bureaucratie et de mener une lutte contre la progression du fascisme par les forces combin&#233;es des communistes et des forces r&#233;volutionnaires en URSS et dans le monde entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dirigeants bureaucratiques ont &#233;videmment jug&#233; offensant de r&#233;pondre &#224; une telle communication. Aucune r&#233;ponse n'est venue de Moscou. Mais le d&#233;partement local du GPU a envoy&#233; ses propres agents qui m'ont pos&#233; les questions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#034;Interview&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dites-moi, s'il vous pla&#238;t, consid&#233;rez-vous vos opinions comme contre-r&#233;volutionnaires, ou non ? Selon vous, l'opposition et ses activit&#233;s sont-elles contre-r&#233;volutionnaires ou non ? Pensez-vous que Trotsky, par exemple, est le chef de l'avant-garde contre-r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie, n'est-ce pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;ponse, j'ai expos&#233; en d&#233;tail mes vues sur l'opposition, dirig&#233;e par Trotsky, et j'ai pos&#233; &#224; mon tour des questions telles que :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Et qu'en dites-vous, cher camarade, ces vues contraires aux miennes sont-elles contre-r&#233;volutionnaires ? Consid&#233;rez-vous comme contre-r&#233;volutionnaire notre travail oppositionnel de 1923 &#224; 1930 contre la tendance opportuniste de droite du parti ? En effet, d&#232;s 1930, le centrisme commen&#231;a &#233;galement &#224; lutter contre les droits. Faut-il consid&#233;rer cette lutte comme contre-r&#233;volutionnaire ? Quant &#224; Trotsky, il est &#224; mon avis le r&#233;volutionnaire le plus in&#233;branlable et d&#233;vou&#233; &#224; la cause du prol&#233;tariat mondial. Je le consid&#232;re comme mon compagnon et camarade id&#233;ologique. Je ne veux pas tromper le parti, je ne peux pas consid&#233;rer comme contre-r&#233;volutionnaires les vues r&#233;volutionnaires de l'opposition. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon interlocuteur s'asseyait maman, la t&#234;te sur la poitrine. &#192; propos, ce type &#233;tait un brave gar&#231;on dot&#233; d'un certain cerveau. Mais apparemment il n'avait pas eu l'occasion d'&#233;couter les opposants eux-m&#234;mes, mais il en avait beaucoup entendu parler par les sources officielles... J'ai eu une conversation identique avec l'un des repr&#233;sentants de la section locale du Gu&#233;p&#233;ou. autres choses :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Que pensez-vous d'un tel acte d'anarchie : j'ai d&#233;j&#224; pass&#233; six mois en exil sans qu'aucune condamnation ne soit prononc&#233;e, apr&#232;s avoir purg&#233; une peine de trois ans de prison.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;ponse, le chef adjoint du GPU a sorti d'un tiroir une sorte de papier et m'a lu une nouvelle phrase, trois ans d'exil. Mais pour une raison inconnue, il a refus&#233; de me permettre de lire la phrase moi-m&#234;me. Bien entendu, c'&#233;tait une astuce courante de la part des mercenaires de l'appareil. Ils ont probablement voulu me faire peur avec une nouvelle phrase pour me faire d&#233;noncer l'opposition. L&#224;, j'&#233;tais compl&#232;tement convaincu que ces mis&#233;rables fonctionnaires n'&#233;taient plus depuis longtemps des communistes, que j'avais affaire &#224; une bande de bureaucrates endurcis, incapables de comprendre l'int&#233;grit&#233; des paroles r&#233;volutionnaires sinc&#232;res. N&#233;anmoins, j'ai d&#233;cid&#233; d'aller &#224; Moscou et de parler personnellement avec les hautes sph&#232;res de l'appareil du parti, afin de d&#233;couvrir enfin pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il repr&#233;sente, quel genre de gens &#233;taient ceux qui criaient &#224; la r&#233;volution, au socialisme et au communisme et m'obligeaient &#224; consid&#233;rez mes opinions purement communistes comme contre-r&#233;volutionnaires. En mai, j'ai envoy&#233; un t&#233;l&#233;gramme &#224; la CEC pour demander l'autorisation de me rendre &#224; Moscou pour avoir des entretiens personnels concernant mon cas. Cette fois, j'ai envoy&#233; un t&#233;l&#233;gramme, avec une r&#233;ponse pr&#233;pay&#233;e. Mais c'&#233;tait inutile &#8211; il n'y avait pas de r&#233;ponse. Mes tentatives pour obtenir l'autorisation de me rendre &#224; Moscou pour des entretiens personnels n'ont pas abouti. Ensuite, j'ai d&#233;cid&#233; d'y aller sans aucune autorisation. En chemin, il m'est apparu clairement que personne ne m'&#233;couterait &#224; Moscou et que je serais imm&#233;diatement arr&#234;t&#233; pour avoir fui l'exil. Je n'avais plus d'autre recours que de m'enfuir &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrach&#233; &#224; sa famille&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon renoncement &#224; la lutte oppositionnelle &#233;tait sinc&#232;re. M&#234;me &#224; l'heure actuelle, je maintiens ce point de vue. D&#232;s 1933, apr&#232;s la victoire du fascisme en Allemagne, j'ai pris position selon laquelle toutes les forces communistes et r&#233;volutionnaires du monde entier devaient s'unir contre la r&#233;action fasciste, quel qu'en soit le prix, sans &#233;gard aux diff&#233;rences internes entre les organisations prol&#233;tariennes. , quelle que soit leur gravit&#233;. C'est le point de vue que j'ai d&#233;fendu parmi les camarades. Mais je n'accepterais en aucun cas de me solidariser avec la bureaucratie, comme je le soulignais dans ma lettre d'avril 1934 au Comit&#233; central. J'ai toujours soutenu et je maintiens toujours le point de vue d'une lutte obstin&#233;e et sans merci contre la bureaucratie effront&#233;e qui a usurp&#233; les droits de notre parti. Ma lettre sinc&#232;re et mon t&#233;l&#233;gramme &#224; la CEC et &#224; la Gu&#233;p&#233;ou ont cependant &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s par la bureaucratie comme le premier pas d'une capitulation ignominieuse. Le mis&#233;rable bureaucrate consid&#233;rait que j'&#233;tais &#233;puis&#233; par les prisons et l'exil au cours de ces longues ann&#233;es, arrach&#233; &#224; ma famille, &#224; ma femme et &#224; mon enfant, que je ne pouvais plus supporter et qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; m'agenouiller enfin devant le GPU qui plaidait pour mis&#233;ricorde. Le mis&#233;rable bureaucrate a oubli&#233; que dans ma lettre je ne demandais aucune piti&#233;, mais que j'exigeais le r&#233;tablissement de mes droits de parti. Le mis&#233;rable bureaucrate n'attachait &#233;videmment aucune importance &#224; mes paroles lorsque je disais :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je ne peux pas tromper le parti, je ne suis pas un spectateur, je suis un r&#233;volutionnaire et je ne suis pas capable de servir passivement pour garder mon ventre plein. J'&#233;tais un communiste actif &#8211; je le suis toujours et je le resterai ; il n'y a rien ni personne au monde qui puisse me s&#233;parer de mes convictions authentiquement communistes ; J'ai consid&#233;r&#233; et je consid&#232;re toujours les opinions de Trotsky et de ses partisans comme de v&#233;ritables opinions communistes. Ces vues sont une continuation directe des vues de Marx et de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bureaucrate et un communiste&lt;br class='autobr' /&gt;
Jamais de ma vie je n'ai rencontr&#233; un fonctionnaire aussi m&#233;chant et cynique que le chef adjoint de la section locale du GPU, nomm&#233; Margolin, qui, apr&#232;s avoir lu mon t&#233;l&#233;gramme &#224; la CEC et au GPU, m'a adress&#233; les paroles suivantes :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Maintenant, que pouvez-vous nous dire sur votre organisation ? Qui &#233;tait le leader du mouvement d'opposition dans le Caucase ? O&#249; avez-vous travaill&#233; activement ? Nous devons mettre la pression sur ces trotskystes. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mis&#233;rable fonctionnaire est devenu confus lorsque j'ai refus&#233; cat&#233;goriquement. Je lui ai dit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Jusqu'&#224; pr&#233;sent, je me suis battu contre la CEC et. J'ai combattu selon toutes les r&#232;gles de l'opposition ; J'assume la responsabilit&#233; de cette lutte contre la direction sans partir de consid&#233;rations li&#233;es &#224; mon propre bien-&#234;tre personnel. Je pense &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une lutte commune de toutes les forces r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat contre la contre-r&#233;volution qui avance. Je mets fin &#224; la lutte, non pas parce que je suis d'accord avec les vues opportunistes de la haute bureaucratie du parti, mais parce que j'esp&#232;re que notre parti r&#233;ussira quand m&#234;me &#224; restaurer ses droits et &#224; chasser de ses rangs les usurpateurs effront&#233;s. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#224; qui dis-tu &#231;a ? Bien entendu, la bureaucratie de l'appareil comprenait bien mes lettres et mes t&#233;l&#233;grammes. C'est pourquoi il a refus&#233; de r&#233;pondre &#224; ma candidature. Je suis rest&#233; en exil, sans qu'aucune nouvelle condamnation n'ait &#233;t&#233; prononc&#233;e contre moi. D'une mani&#232;re ou d'une autre, le gouvernement a du mal, sans m&#234;me un faux document, &#224; condamner l'un de ses citoyens &#224; une sorte de sanction. La t&#226;che de la bureaucratie du parti se r&#233;sume &#224; isoler et &#224; torturer les opposants jusqu'&#224; ce qu'ils se transforment publiquement en haillons, c'est-&#224;-dire en spectateurs politiques mis&#233;rables. Le bureaucrate ne veut tout simplement pas que vous soyez un vrai communiste. Il n'en a pas besoin. Il trouve cela nuisible et mortellement dangereux. Le bureaucrate ne veut pas d'un communiste autonome, il veut de mis&#233;rables larbins, des fraudeurs et des spectateurs de la pire esp&#232;ce. C'est ce dont il a besoin. Les h&#233;ros ne veulent pas d'un parti communiste, il en tol&#232;re seulement le nom pour l'utiliser &#224; ses fins usurpatrices. Malheureusement, la bureaucratie a atteint son objectif dans de nombreux cas. De nombreux opposants n'ont pas pu r&#233;sister &#224; cet isolement dur et interminable &#8211; et ils ont capitul&#233;. Mais dans mon cas, la bureaucratie a commis une erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Communiste malgr&#233; tout !&lt;br class='autobr' /&gt;
En prison, en exil et en &#233;migration, je suis rest&#233; ce que j'&#233;tais : un communiste, un fervent d&#233;fenseur du pouvoir sovi&#233;tique et de la construction socialiste. La terre des Sovi&#233;tiques est ma patrie, au sens socialiste du terme. Sous un autre r&#233;gime, sous celui des ennemis du prol&#233;tariat, cela me serait &#233;tranger. Je suis toujours pr&#234;t jusqu'au dernier moment de ma vie &#224; me battre pour le pays des Sovi&#233;tiques. Est-il concevable que, sous un v&#233;ritable r&#233;gime prol&#233;tarien, la lutte contre les bureaucrates, les voleurs et les pilleurs qui s'approprient sans scrupules les richesses sovi&#233;tiques et qui sont &#224; l'origine de la ruine de centaines de milliers de personnes dans la faim et le froid &#8211; est-il concevable qu'une lutte, ou m&#234;me une simple protestation contre ces canailles serait consid&#233;r&#233; comme un crime contre-r&#233;volutionnaire ? Car mon combat &#233;tait pour la d&#233;mocratie interne du parti prol&#233;tarien ; Je me suis battu pour un programme l&#233;niniste et pour les statuts l&#233;ninistes de notre parti. J'ai combattu et je continuerai de lutter contre la direction autoproclam&#233;e et contre un appareil du parti li&#233; par un serment mutuel. Car, selon les statuts de notre parti, le parti &#233;lu, les organes syndicaux et sovi&#233;tiques doivent &#234;tre r&#233;&#233;lus chaque ann&#233;e de haut en bas. Mais que voit-on aujourd'hui ? Le poste de secr&#233;taire du parti est devenu une sorte de sp&#233;cialit&#233;. Si, par exemple, un Kahyani avait servi 8 ans comme secr&#233;taire de la CEC de G&#233;orgie jusqu'&#224; ce que les membres ne le tol&#232;rent plus non seulement comme secr&#233;taire de la CEC g&#233;orgienne mais aussi dans le parti dans son ensemble, alors ce sp&#233;cialiste du m&#233;tier de Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral quitte Tiflis, sur les bons conseils des autorit&#233;s supr&#234;mes bien s&#251;r, et se rend &#224; Alma Ata, &#224; nouveau en tant que secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Kazakstan. Et Mirzoyan appartient &#224; la m&#234;me esp&#232;ce que Kahyani &#8211; de Bakou &#224; Ouralsk, en tant que secr&#233;taire du comit&#233; de district. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que la direction du parti ne se sent absolument pas oblig&#233;e envers les masses du parti qui l'ont vraisemblablement &#233;lu. Ils ne reconnaissent que l'autorit&#233; supr&#234;me de la couche sup&#233;rieure de l'appareil du parti. D'o&#249; la servilit&#233; &#233;hont&#233;e et la dissimulation mutuelle honteuse de la couche sup&#233;rieure bureaucratique. Bien entendu, dans ces conditions, la masse du parti n'accorde aucune confiance &#224; la direction. Quant aux masses ouvri&#232;res sans parti, elles ne voient le parti que sous la forme de l'appareil et n'ont aucune confiance dans le Parti communiste dans son ensemble. De l&#224; d&#233;coule la pression administrative sur le parti et la classe ouvri&#232;re. C'est pourquoi toutes les prisons, les &#238;les Solovsky et les zones d'exil sont aujourd'hui remplies de travailleurs du parti et des non-partis. Et il n'est pas n&#233;cessaire de parler des paysans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas l'intention d'entrer dans les controverses entre l'opposition et la direction, mais je crois n&#233;cessaire de dire quelques mots sur la question de la lutte contre le bureaucratisme, sur laquelle on &#233;crit tant de choses dans la presse officielle et tant d'&#233;minents fonctionnaires &#8211; comme si eux aussi n'&#233;taient pas r&#233;ticents &#224; lutter contre le bureaucratisme. Mais en r&#233;alit&#233;, que quelqu'un ose pointer du doigt un bureaucrate &#8211; et c'est la prison, ou l'exil, ou, en tout cas, le ch&#244;mage. Et est-ce que l'un d'entre vous sait ce que signifie &#234;tre au ch&#244;mage sous le r&#233;gime actuel ? Cela signifie la ruine totale pour la famille des ch&#244;meurs. Il erre d'un bureau &#224; l'autre et est refus&#233; partout, alors qu'il existe un emploi convenable. Partout o&#249; tout personnage imaginable trouve un emploi, il y a des emplois pour les voleurs et les escrocs. Mais il n'y a pas de travail pour un homme qui s'&#233;l&#232;ve contre la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;truire la r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les r&#233;unions du parti et des ouvriers, les gens rassembl&#233;s sont dans une apathie compl&#232;te. Il faut presque les conduire aux r&#233;unions. Non seulement les non-partis, mais m&#234;me les militants du parti sont tr&#232;s r&#233;ticents &#224; se rendre aux r&#233;unions. Lors des r&#233;unions, les discours &#171; audacieux &#187; ne peuvent &#234;tre prononc&#233;s que par les perroquets du parti et des syndicats. Ils peuvent avoir l'audace de faire toujours et partout l'&#233;loge des dirigeants, en commen&#231;ant par Staline, puis en fonction de leur rang. Ensuite, une r&#233;solution est pr&#233;sent&#233;e, et l'assembl&#233;e est terroris&#233;e en qualifiant de contre-r&#233;volutionnaire quiconque ose s'opposer ne serait-ce qu'&#224; un seul point de la r&#233;solution. Naturellement, une telle situation dans le pays tend &#224; discr&#233;diter l'autorit&#233; du pouvoir sovi&#233;tique et de la R&#233;volution. La direction du parti a terroris&#233; de mani&#232;re despotique l'ensemble du parti. Dans le parti, il y a un manque total de la discipline de parti consciente qui faisait autrefois la fiert&#233; de notre parti. La discipline de caserne r&#232;gne dans le parti, l'ex&#233;cution m&#233;canique des ordres. On comprend donc facilement pourquoi toutes sortes de greffeurs, de charlatans et de personnages louches de toutes sortes &#8211; des voleurs du type &#171; gentleman &#187; &#8211; se sentent tr&#232;s &#224; l'aise et font preuve d'une grande audace dans les appareils du parti, des soviets et des syndicats. et consid&#232;rent comme leur devoir indig&#232;ne de consid&#233;rer la richesse sovi&#233;tique comme leur propre &#171; propri&#233;t&#233; &#187;. Et qui est l&#224; pour les superviser ? Qui est l&#224; pour les punir du pillage des ressources nationales ? Les communistes de base ? Malheureusement, ces derniers ont &#233;t&#233; effray&#233;s par les prisons et les &#238;les Solovsky, o&#249; croupissent depuis de longues ann&#233;es les travailleurs communistes et sans parti les plus audacieux, sous les verrous et derri&#232;re les barreaux. Est-il vraiment possible que le prol&#233;tariat mondial garde le silence pendant qu'au pays des Sovi&#233;tiques, les communistes emprisonn&#233;s d&#233;ploient le drapeau rouge de leurs cellules &#224; l'occasion des anniversaires de la R&#233;volution d'Octobre et que les porte-cl&#233;s l'arrachent &#224; coups de r&#226;teaux ? ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les nourrissons pers&#233;cut&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne peux malheureusement pas m'&#233;tendre ici sur toutes les abominations perp&#233;tr&#233;es dans les prisons sovi&#233;tiques sous le r&#233;gime des usurpateurs. Je ne d&#233;crirai qu'une seule sc&#232;ne dont j'ai &#233;t&#233; t&#233;moin. Dans la prison de Petropavlovsk, dans une petite cellule d'environ 25 m&#232;tres cubes de volume, sont incarc&#233;r&#233;es 35 femmes, dont huit avec des enfants allait&#233;s. La cellule est ventil&#233;e par un judas. Je n'oublierai jamais ces minuscules corps &#233;maci&#233;s &#8211; je les ai vus &#224; travers le judas de notre cellule. Les enfants faisaient la queue, serrant le sein de leur m&#232;re pour obtenir leur infime ration d'air frais au judas. Que le prol&#233;tariat mondial regarde cette honte sur le visage des gardiens de prison du r&#233;gime pl&#233;biscitaire. Est-il concevable qu'il n'y ait pas eu de communistes dans cette ville ? Est-il possible qu'ils soient rest&#233;s indiff&#233;rents aux prisons de leur ville o&#249; des milliers de personnes souffraient de la faim, du froid et de la salet&#233; ? N'y avait-il pas un procureur ? On a m&#234;me honte de mentionner ce titre. Il y avait ! Ils &#233;taient tous l&#224; ! M&#234;me un membre du Comit&#233; central se trouvait dans cette ville &#224; cette &#233;poque &#8211; Mikoyan, de son nom. Sa photo a &#233;t&#233; publi&#233;e en premi&#232;re page du journal local. Mais Mikoyan &#233;tait un personnage de passage, son arriv&#233;e ne pouvait servir que de signal pour arr&#234;ter une centaine de femmes suppl&#233;mentaires avec leurs b&#233;b&#233;s allait&#233;s. On peut s'abstenir de mentionner Mikoyan. Mais que faisaient les communistes locaux ? Rien ! Ils n'ont pas de voix ind&#233;pendante. Ils n'ont pas le droit de penser. Par exemple, si un b&#233;b&#233; allait&#233; est entre les mains d'une ouvri&#232;re ou d'une paysanne arr&#234;t&#233;e, cela signifie que le b&#233;b&#233; est coupable, il doit s'asseoir sur les genoux de sa m&#232;re dans une petite cellule avec 35 femmes et faire la queue pour &#034; air frais.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bureaucratie effront&#233;e du r&#233;gime stalinien qualifiera mes paroles de contre-r&#233;volutionnaires. Laissez-les les &#233;tiqueter comme bon leur semble. Mon devoir est de dire la v&#233;rit&#233;, et seulement la v&#233;rit&#233;, car la v&#233;rit&#233; est l'arme la plus fiable entre les mains du prol&#233;tariat contre ses ennemis. En effet, si toutes les organisations de la classe ouvri&#232;re disaient seulement la v&#233;rit&#233; et rien que la v&#233;rit&#233;, alors la victoire du prol&#233;tariat mondial sur ses ennemis aurait &#233;t&#233; assur&#233;e depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 ao&#251;t 1935&lt;br class='autobr' /&gt;
Note de A. Tarov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'ETOL&lt;br class='autobr' /&gt;
A. Tarov &#233;tait un pseudonyme adopt&#233; par Arben Davitian (1895-1944), un r&#233;volutionnaire arm&#233;nien qui rejoignit les bolcheviks en 1912. Pendant la guerre civile, il fut commissaire de l'Arm&#233;e rouge dans le Caucase. Au cours des ann&#233;es 1920, il rejoint l'Opposition de gauche et en 1927, il est expuls&#233; du parti et exil&#233; en Sib&#233;rie. En 1931, il fut emprisonn&#233;. Apr&#232;s la victoire d'Hitler en Allemagne, comme Christian Rakovsky, il a d&#233;cid&#233; de capituler devant Staline et de proposer de servir dans la lutte contre le fascisme &#224; quelque titre que ce soit. Il a tent&#233; de quitter son lieu d'exil et de se rendre &#224; Moscou pour d&#233;fendre sa cause (comme d&#233;crit dans cet article), mais en chemin, il s'est rendu compte de la futilit&#233; de cette d&#233;marche et s'est enfui en Iran, o&#249; il est entr&#233; en contact avec le mouvement trotskyste international. Avec l'aide d'eux et d'autres sympathisants, il r&#233;ussit finalement &#224; rejoindre la France. Pendant l'occupation allemande, sous le pseudonyme d'Armenak Manoukian (ou Manouchian), il rejoint le Groupe Manouchian, une unit&#233; de la R&#233;sistance fran&#231;aise compos&#233;e principalement d'exil&#233;s &#233;trangers. Il fut captur&#233; avec d'autres membres du groupe par la police secr&#232;te de Vichy en novembre 1943 et fusill&#233; par les Allemands en f&#233;vrier 1944.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. Trotski&lt;br class='autobr' /&gt;
Oppression croissante&lt;br class='autobr' /&gt;
la voie de la bureaucratie&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky analyse les r&#233;v&#233;lations du bolchevique Tarov&lt;br class='autobr' /&gt;
(6 septembre 1935)&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons un document remarquable dans la lettre du camarade Tarov, un des bolcheviks-l&#233;ninistes sovi&#233;tiques, un m&#233;canicien qui se trouve aujourd'hui n&#233;cessairement hors de l'Union sovi&#233;tique. Au d&#233;but de 1928, Tarov fut arr&#234;t&#233; comme &#171; opposant de gauche &#187; ; il a pass&#233; trois ans en exil, et a pass&#233; quatre ans en prison, dans un isolement s&#233;v&#232;re, puis, une fois de plus, il a pass&#233; plusieurs mois en exil. Quels crimes Tarov a-t-il commis contre la R&#233;volution ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il semble que d&#232;s 1923, il pensait que la r&#233;volution d'Octobre avait cr&#233;&#233; des possibilit&#233;s d'industrialisation infiniment plus rapides que ce ne fut le cas pour les pays capitalistes. Avec d'autres Tarov, il tira la sonnette d'alarme contre la politique consistant &#224; tout miser sur le koulak, ce qui conduirait &#224; une crise pour l'ensemble du syst&#232;me sovi&#233;tique. Il a exig&#233; que les efforts soient concentr&#233;s sur les paysans pauvres et que l'&#233;conomie rurale soit syst&#233;matiquement orient&#233;e vers la collectivisation. Tels furent ses principaux crimes pour la p&#233;riode 1923-1926. Il &#233;tait plus p&#233;n&#233;trant et plus clairvoyant que la haute soci&#233;t&#233; dirigeante. Tels &#233;taient en tout cas les crimes de tendance dont Tarov portait la responsabilit&#233;. En 1926, tous les Tarov exigeaient que les syndicats sovi&#233;tiques mettent fin &#224; l'amiti&#233; politique avec le Conseil g&#233;n&#233;ral des syndicats britanniques qui trahissait la gr&#232;ve des mineurs, ainsi que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale : c'est pr&#233;cis&#233;ment pour ce service que Citrine , le chef du Conseil g&#233;n&#233;ral, ancien alli&#233; de Staline et de Tomsky, a &#233;t&#233; fait chevalier par Sa Majest&#233; Royale lors des c&#233;l&#233;brations du Jubil&#233;. Avec d'autres l&#233;ninistes, Tarov protesta en 1926 contre la th&#233;orie stalinienne d'un &#171; &#201;tat d&#233;mocratique ouvrier et paysan &#187; &#8211; une th&#233;orie qui poussa le parti communiste polonais &#224; soutenir le coup d'&#201;tat de Pilsudski. Mais m&#234;me cela n'&#233;puise pas la liste des crimes de Tarov. En tant qu'internationaliste, il s'int&#233;ressait au plus haut point au sort de la r&#233;volution chinoise. Il consid&#233;rait comme criminelles les d&#233;cisions du Kremlin qui contraignaient le jeune et h&#233;ro&#239;que parti communiste chinois &#224; entrer dans le Koumintang et &#224; se soumettre &#224; sa discipline ; en outre, le Koumintang lui-m&#234;me, parti purement bourgeois, fut accept&#233; dans l'Internationale communiste en tant qu'organisation &#171; sympathique &#187;. Le moment arriva o&#249; Staline, Molotov et Boukharine envoy&#232;rent de Moscou un t&#233;l&#233;gramme appelant les communistes chinois &#224; r&#233;primer le mouvement agraire des paysans, afin de ne pas &#171; effrayer &#187; Chiang Kai Shek et ses officiers. Tarov, ainsi que d'autres disciples de L&#233;nine, consid&#233;raient une telle politique comme une trahison de la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Tarov avaient &#224; leur actif plusieurs autres crimes similaires. &#192; partir de 1923, ils r&#233;clam&#232;rent la poursuite des travaux d'&#233;laboration du Plan quinquennal ; et quand, en 1927, le projet du premier plan quinquennal fut finalement &#233;labor&#233;, tous les Tarov affirm&#232;rent que l'augmentation annuelle de l'industrie ne devait pas &#234;tre fix&#233;e &#224; 5-9 pour cent, comme le faisait le Bureau politique, mais &#224; deux ou trois pour cent. fois plus grand. Il est vrai que tout cela fut bient&#244;t confirm&#233;. Mais puisque les Tarov, gr&#226;ce &#224; leur pr&#233;voyance, avaient r&#233;v&#233;l&#233; le retard de la couche sup&#233;rieure dirigeante, ils &#233;taient donc coupables d'avoir sap&#233; la r&#233;volution (c'est-&#224;-dire le prestige de la bureaucratie). Les Tarov accordaient une grande attention &#224; la jeunesse ouvri&#232;re. Selon eux, il fallait donner aux jeunes la possibilit&#233; de r&#233;fl&#233;chir de mani&#232;re ind&#233;pendante, d'&#233;tudier, de faire des erreurs et d'apprendre &#224; voler de leurs propres ailes. Ils protestaient contre le fait que la direction r&#233;volutionnaire avait &#233;t&#233; remplac&#233;e par un r&#233;gime de caporaux pass&#233;s au bulldozer. Ils pr&#233;voyaient que cet &#233;tranglement de la jeunesse dans les casernes devait conduire &#224; la d&#233;moralisation et &#224; la croissance d'humeurs purement hooliganes et r&#233;actionnaires en son sein. Ces avertissements ont &#233;t&#233; qualifi&#233;s de tentative d'opposer la jeune g&#233;n&#233;ration &#224; l'ancienne, de mutinerie contre la &#171; vieille garde &#187; &#8211; cette m&#234;me &#171; vieille garde &#187; qui a &#233;t&#233; calomni&#233;e, &#233;cras&#233;e et envoy&#233;e en prison, ou d&#233;moralis&#233;e par Staline avec l'aide de Staline. de ses pr&#233;toriens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tels sont les crimes de Tarov. Il faut ajouter &#224; cela que les bolcheviks-l&#233;ninistes, y compris Tarov, n'ont jamais tent&#233; d'imposer leurs id&#233;es par la force. Ils n'ont pas appel&#233; &#224; un soul&#232;vement contre la bureaucratie. Pendant pr&#232;s de dix ans, ils cherch&#232;rent et esp&#233;r&#232;rent convaincre le parti. Ils se sont battus avant tout pour leur droit de faire valoir leurs critiques et leurs propositions devant le parti. Mais la bureaucratie qui s'&#233;tait &#233;lev&#233;e au pouvoir autocratique suite aux d&#233;faites du prol&#233;tariat mondial, n'opposa pas &#224; l'opposition l&#233;niniste la force de l'argumentation, mais les d&#233;tachements arm&#233;s de la Gu&#233;p&#233;ou. Tarov se trouvait parmi les milliers de personnes arr&#234;t&#233;es lors de l'an&#233;antissement thermidorien. de l'opposition en 1928. Par la suite, il passa plus de trois ans en exil et environ quatre ans en prison. A partir de cette br&#232;ve histoire, le lecteur peut se familiariser avec les conditions qui pr&#233;valent dans ces prisons : abus, ch&#226;timents corporels. la torture d'une gr&#232;ve de la faim de 14 jours et, en r&#233;ponse, le gavage forc&#233; et de nouveaux abus. Tout cela parce que les bolcheviks-l&#233;ninistes ont pos&#233; le probl&#232;me de la collectivisation avant Staline, parce qu'ils ont mis en garde &#224; temps contre les cons&#233;quences de l'alliance perfide avec Chiang Kai Shek et le futur Sir Walter Citrine... L'erreur de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tarov&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ensuite, un nouveau coup de tonnerre est venu : Hitler est arriv&#233; au pouvoir en Allemagne. La politique de l'Internationale Communiste lui avait ouvert la voie. Lorsque Hitler se hissait en selle, son &#233;trier n'&#233;tait autre que Staline. Tous les flots d'&#233;loquence d&#233;vers&#233;s par le Septi&#232;me Congr&#232;s n'effaceront pas des dirigeants anoblis les taches de ce crime historique. La haine de la clique stalinienne envers tous ceux qui avaient pr&#233;vu et pr&#233;venu &#224; temps &#233;tait d'autant plus enrag&#233;e. Les l&#233;ninistes captifs ont d&#251; payer de leurs c&#244;tes la politique meurtri&#232;re qui combinait l'ignorance et la perfidie : c'est pr&#233;cis&#233;ment cette combinaison qui constitue l'essence du stalinisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, Tarov, alarm&#233; par le triomphe du national-socialisme, s'est adress&#233; aux autorit&#233;s de Moscou avec la proposition suivante : il s'engage &#224; renoncer &#224; toute activit&#233; oppositionnelle, en &#233;change de quoi, lui, Tarov, aura le droit de retourner au pays. rangs du parti, en tant que soldat disciplin&#233;, et y poursuivre la lutte contre le danger fasciste. Il n'est pas difficile d'expliquer les causes psychologiques de la d&#233;marche de Tarov. Il n'y a pas de position plus tortueuse pour un r&#233;volutionnaire que d'&#234;tre pieds et poings li&#233;s tandis que la r&#233;action imp&#233;rialiste s'empare d'une tranch&#233;e prol&#233;tarienne apr&#232;s l'autre. Mais la proposition politique de Tarov &#233;tait doublement irr&#233;aliste. En premier lieu, soutenir sans r&#233;serve la lutte de Staline contre le fascisme, c'est, en derni&#232;re analyse, aider le fascisme &#8211; cela a &#233;t&#233; prouv&#233; de mani&#232;re irr&#233;futable par toute l'histoire des 12 derni&#232;res ann&#233;es ; en deuxi&#232;me lieu, la proposition de Tarov n'&#233;tait pas acceptable et n'aurait pas pu &#234;tre accept&#233;e par la bureaucratie. M&#234;me un seul l&#233;niniste accomplissant avec altruisme et courage les t&#226;ches qui lui sont assign&#233;es, au vu et au su de tous, sans se r&#233;tracter publiquement et sans cracher sur les meilleures traditions du bolchevisme, serait une r&#233;futation silencieuse de la l&#233;gende intitul&#233;e &#171; Le trotskisme comme avant-garde de la contre-r&#233;volution bourgeoise &#187;. . &#187; Cette l&#233;gende stupide vacille sur ses fondements mythiques et doit &#234;tre soutenue quotidiennement. Parall&#232;lement, l'exemple de Tarov, s'il r&#233;ussissait, susciterait in&#233;vitablement des &#233;mules. Cela ne pouvait pas &#234;tre permis. Il est inadmissible de laisser revenir dans le parti des hommes audacieux qui renoncent uniquement &#224; l'expression publique de leurs opinions &#8211; non, ils doivent renoncer compl&#232;tement &#224; leurs id&#233;es, &#224; leur droit de penser. Ils doivent cracher sur des opinions qui ont &#233;t&#233; confirm&#233;es par l'ensemble du cours des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Panneau de la corruption stalinienne&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien ne caract&#233;rise mieux le r&#233;gime stalinien, dans sa corruption et sa fraude internes, que sa totale incapacit&#233; &#224; assimiler un r&#233;volutionnaire sinc&#232;re, pr&#234;t &#224; servir docilement, mais qui refuse de mentir. Non ! Staline a besoin d'apostats, de ren&#233;gats hurlants, de gens qui sont pr&#234;ts sans vergogne &#224; qualifier le noir de blanc, qui se frappent path&#233;tiquement la poitrine creuse, alors que leur esprit est en r&#233;alit&#233; occup&#233; par les cartes &#224; tarte, les automobiles et les stations baln&#233;aires. Le parti et l'appareil d'&#201;tat sont envahis par de tels escrocs, trafiquants et cyniques corrompus. Ils sont peu fiables mais indispensables : l'absolutisme bureaucratique, entr&#233; en contradiction irr&#233;conciliable avec les exigences &#233;conomiques et culturelles de l'Etat ouvrier, a cruellement besoin d'escrocs pr&#234;ts &#224; tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, la tentative de Tarov de revenir dans les rangs du &#171; parti &#187; officiel s'est sold&#233;e par un &#233;chec complet. Tarov n'a eu d'autre recours que de fuir l'Union sovi&#233;tique. Son exp&#233;rience, pour laquelle il a pay&#233; si cher, est une le&#231;on inestimable tant pour le prol&#233;tariat sovi&#233;tique que pour le prol&#233;tariat mondial. La Lettre ouverte des organisations regroup&#233;es sous la banni&#232;re de la Quatri&#232;me Internationale trouve dans le cas Tarov une nouvelle et nette confirmation. La lettre ouverte d&#233;clare : &#171; Par le biais de pers&#233;cutions, de fraudes, d'amalgames et de r&#233;pressions sanglantes, la clique dirigeante cherche &#224; &#233;touffer dans l'&#339;uf tout mouvement de la pens&#233;e marxiste. Nulle part au monde le v&#233;ritable l&#233;ninisme n'est-il pourchass&#233; de mani&#232;re aussi bestiale qu'en URSS. &#187; Ces lignes, superficiellement consid&#233;r&#233;es, semblent exag&#233;r&#233;es : le l&#233;ninisme n'est-il pas traqu&#233; sans piti&#233; en Italie et en Allemagne ? En fait, il n'y a aucune exag&#233;ration dans la Lettre Ouverte. Dans les pays fascistes, les l&#233;ninistes sont pers&#233;cut&#233;s avec d'autres opposants au r&#233;gime. Hitler, comme on le sait, a d&#233;vers&#233; sa plus grande m&#233;chancet&#233; sur ses fr&#232;res d'armes opposants au sein du parti, &#171; l'aile gauche &#187;, qui lui a rappel&#233; le sien hier. La bureaucratie stalinienne exerce la m&#234;me cruaut&#233; bestiale sur les bolcheviks-l&#233;ninistes, les v&#233;ritables r&#233;volutionnaires, qui incarnent les traditions du parti et de la r&#233;volution d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences politiques &#224; tirer du cas du camarade Tarov sont &#233;videntes. Ce serait une pure folie de penser aujourd'hui &#224; &#171; r&#233;former &#187; et &#224; &#171; r&#233;g&#233;n&#233;rer &#187; le PCUS. Une machine bureaucratique dont le but principal est de maintenir le prol&#233;tariat dans un &#233;tau ne peut en aucun cas &#234;tre con&#231;ue pour servir les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat. La terreur r&#233;volutionnaire, qui, pendant la p&#233;riode h&#233;ro&#239;que de la r&#233;volution, servait d'arme aux mains des masses &#233;veill&#233;es contre les oppresseurs et de sauvegarde directe de la domination du prol&#233;tariat, a &#233;t&#233; compl&#232;tement supplant&#233;e par la terreur froide et venimeuse de la bureaucratie qui lutte comme une b&#234;te folle pour ses postes et ses sin&#233;cures, pour son pouvoir incontr&#244;l&#233; et autocratique &#8211; contre l'avant-garde prol&#233;tarienne. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela que le stalinisme est condamn&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels sur Staline&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 20 f&#233;vrier 1889, Engels &#233;crivit &#224; Kautsky une lettre vraiment remarquable &#8211; publi&#233;e r&#233;cemment &#8211; sur les rapports de classes &#224; l'&#233;poque de la Grande R&#233;volution fran&#231;aise. Entre autres choses, il affirme ce qui suit : &#171; en ce qui concerne la terreur, tant qu'elle avait un sens, elle &#233;tait par essence une mesure de guerre. La classe, ou une partie de celle-ci, qui &#233;tait seule capable de garantir la victoire de la r&#233;volution, non seulement est rest&#233;e au pouvoir gr&#226;ce &#224; la terreur... mais s'est &#233;galement assur&#233; une marge de man&#339;uvre, une libert&#233; de mouvement, une possibilit&#233; de se concentrer. forces aux points d&#233;cisifs, c'est-&#224;-dire aux fronti&#232;res. Mais une fois les fronti&#232;res sauvegard&#233;es gr&#226;ce aux victoires militaires, et apr&#232;s la destruction de la Commune forcen&#233;e qui cherchait &#224; apporter la libert&#233; aux autres peuples &#224; coups de ba&#239;onnette, la terreur a surv&#233;cu comme arme de la r&#233;volution. Robespierre, il est vrai, &#233;tait au fa&#238;te de sa puissance ; mais, dit Engels, &#171; d&#233;sormais la terreur devint pour lui un moyen de conservation, et elle fut ainsi r&#233;duite &#224; une absurdit&#233; &#187; (soulign&#233; par Engel). Ces lignes sont des remarques ; capables pour leur simplicit&#233; et leur profondeur. Il n'est pas n&#233;cessaire ici de s'&#233;tendre ici sur la distinction entre l'&#233;poque pr&#233;sente et l'&#233;poque pass&#233;e : elle est bien connue. La diff&#233;rence entre les r&#244;les historiques jou&#233;s par Robespierre et Staline n'est pas moins claire : le premier a assur&#233; la victoire de la r&#233;volution sur ses ennemis int&#233;rieurs et ext&#233;rieurs pendant la p&#233;riode la plus critique de son existence ; mais en Russie, cette &#339;uvre fut accomplie sous la direction de L&#233;nine. Staline n'est apparu sur le devant de la sc&#232;ne qu'apr&#232;s la fin de cette p&#233;riode. Il est l'incarnation vivante d'un Thermidor bureaucratique. Entre ses mains, la terreur &#233;tait et reste avant tout l'instrument pour &#233;craser le parti, les syndicats et les Sovi&#233;tiques, et pour &#233;tablir une dictature personnelle &#224; laquelle ne manque que... une couronne imp&#233;riale. La terreur, qui a rempli sa mission r&#233;volutionnaire et s'est transform&#233;e en une arme d'auto-conservation pour les usurpateurs, se transforme ainsi en une &#171; absurdit&#233; &#187;, pour reprendre l'expression d'Engels. Dans le langage dialectique, cela signifie qu'elle est vou&#233;e &#224; un effondrement in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base de la terreur&lt;br class='autobr' /&gt;
Les bestialit&#233;s insens&#233;es, n&#233;es des m&#233;thodes bureaucratiques de collectivisation, ainsi que les viles repr&#233;sailles et la violence contre les meilleurs &#233;l&#233;ments de l'avant-garde prol&#233;tarienne suscitent in&#233;vitablement l'exasp&#233;ration, la haine et le d&#233;sir de vengeance. Cette atmosph&#232;re engendre des sentiments de terrorisme individuel parmi les jeunes. Le petit Bonaparte ukrainien S. Kossior, c&#233;l&#232;bre pour son audace, a d&#233;clar&#233; il n'y a pas longtemps que Trotsky &#171; appelle dans la presse &#224; l'assassinat des dirigeants sovi&#233;tiques &#187;, tandis que Zinoviev et Kamenev, comme le prouve &#8211; s'il vous pla&#238;t par le cas Enoukidz&#233; &#8211; y participaient. directement dans la pr&#233;paration de l'assassinat de Kirov. Puisque quiconque a acc&#232;s aux &#233;crits de Trotsky peut facilement v&#233;rifier si Trotsky a appel&#233; ou non &#224; &#171; l'assassinat des dirigeants sovi&#233;tiques &#187; (si l'on admettait, en g&#233;n&#233;ral, qu'il y a des adultes qui doivent v&#233;rifier des canards de ce genre). ), cela &#233;claire suffisamment l'autre moiti&#233; du mensonge de Kossior qui concerne Zinoviev et Kam&#233;nev. Nous ne savons pas si l'on est actuellement en train de fabriquer des documents frauduleux avec l'aide des &#171; consuls lettons &#187; ou des &#171; officiers Wrangel &#187;. Les Kossiors du r&#233;gime bonapartiste sont encore capables de traquer, d'&#233;trangler et de fusiller un bon nombre de r&#233;volutionnaires impeccables, mais cela ne changera rien au fond : leur terreur est une absurdit&#233; historique. Il sera balay&#233; avec ses organisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erreur des tentatives individuelles&lt;br class='autobr' /&gt;
Appelons-nous &#224; l'assassinat des dirigeants sovi&#233;tiques ? Les bureaucrates qui se sont d&#233;ifi&#233;s ont peut-&#234;tre sinc&#232;rement l'illusion qu'ils &#233;crivent l'histoire, mais nous, de notre c&#244;t&#233;, ne partageons pas cette illusion. Ce n'est pas Staline qui a cr&#233;&#233; l'appareil. L'appareil a cr&#233;&#233; Staline &#8211; &#224; sa propre image. Le remplacement de Kirov par Jdanov n'a absolument rien chang&#233; &#224; la situation. Contrairement &#224; la situation qui pr&#233;vaut avec les biens de consommation de masse, l'assortiment de Kossiors est illimit&#233;. Ils varient les uns des autres d'environ un centim&#232;tre en hauteur et de quelques centim&#232;tres en circonf&#233;rence. C'est tout ! Pour le reste, ils se ressemblent autant que leurs propres &#233;loges de Staline. Le remplacement de Staline lui-m&#234;me par l'un des Kaganovitch apporterait presque aussi peu de nouveaut&#233; que le remplacement de Kirov par Jdanov. Mais un Kaganovitch aurait-il une &#171; autorit&#233; &#187; suffisante ? Il n'y a aucune raison de s'inqui&#233;ter, tous les Kossior &#8211; le premier, le quinzi&#232;me et le mille et uni&#232;me &#8211; lui fourniraient imm&#233;diatement l'autorit&#233; n&#233;cessaire par le biais du convoyeur bureaucratique, tout comme ils ont cr&#233;&#233; &#171; l'autorit&#233; &#187; de Staline, c'est-&#224;-dire &#171; autorit&#233; &#187; pour eux-m&#234;mes, pour leur domination incontr&#244;l&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi la terreur individuelle appara&#238;t &#224; nos yeux si path&#233;tique et si ch&#233;tive. Non, nous n'avons pas d&#233;sappris l'ABC du marxisme. Non seulement le sort de la bureaucratie sovi&#233;tique, mais aussi celui du r&#233;gime sovi&#233;tique dans son ensemble, d&#233;pend de facteurs d'une ampleur historique mondiale. Seuls les succ&#232;s du prol&#233;tariat international peuvent redonner confiance au prol&#233;tariat sovi&#233;tique. La condition fondamentale des succ&#232;s r&#233;volutionnaires est l'unification de l'avant-garde prol&#233;tarienne mondiale autour de la banni&#232;re de la Quatri&#232;me Internationale. La lutte pour cette banni&#232;re doit &#234;tre men&#233;e &#233;galement en URSS : avec prudence mais sans rel&#226;che. L'absurdit&#233; historique d'une bureaucratie autocratique dans une soci&#233;t&#233; &#171; sans classes &#187; ne peut pas durer et ne durera pas ind&#233;finiment. Le prol&#233;tariat qui a r&#233;alis&#233; trois r&#233;volutions rel&#232;vera &#224; nouveau la t&#234;te. Mais l'&#171; absurdit&#233; &#187; bureaucratique ne r&#233;sistera-t-elle pas ? Le prol&#233;tariat trouvera un balai assez grand. Et nous les aiderons.&lt;br class='autobr' /&gt;
6 septembre 1935&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Lire aussi :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viser juste de Tarov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/tarov/viser_juste.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/tarov/viser_juste.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/divers/tarov.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/divers/tarov.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=QiilS862vVoC&amp;pg=PA127&amp;lpg=PA127&amp;dq=Martine+Tavitian,+dit+Tarov.&amp;source=bl&amp;ots=3kXHcODe6u&amp;sig=ACfU3U1e7gfvQcB0NpacVWnMXpeK00ZKyw&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjA69vh-MyCAxUOTaQEHR4OAcwQ6AF6BAgIEAM#v=onepage&amp;q&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.google.fr/books?id=QiilS862vVoC&amp;pg=PA127&amp;lpg=PA127&amp;dq=Martine+Tavitian,+dit+Tarov.&amp;source=bl&amp;ots=3kXHcODe6u&amp;sig=ACfU3U1e7gfvQcB0NpacVWnMXpeK00ZKyw&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjA69vh-MyCAxUOTaQEHR4OAcwQ6AF6BAgIEAM#v=onepage&amp;q&amp;f=false&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>CLR James - &#171; Trotskysme &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>C. L. R. James</dc:subject>
		<dc:subject>Trotskisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;CLR James - 1937 - &#171; Trotskysme &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; L&#233;nine, qui n'&#233;tait ni Dieu ni Staline, a commis une grave erreur en s'opposant pendant douze ans &#224; la th&#233;orie de Trotsky de la R&#233;volution permanente. Il pensait que la R&#233;volution russe allait lib&#233;rer le capitalisme russe, mettre la bourgeoisie russe au pouvoir. Dans ses &#171; deux tactiques &#187;, il le dit une douzaine de fois. Par exemple, il &#233;crit : &#171; Les marxistes sont absolument convaincus du caract&#232;re bourgeois de la R&#233;volution russe. Qu'est-ce que &#231;a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot198" rel="tag"&gt;C. L. R. James&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CLR James - 1937 - &#171; Trotskysme &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, qui n'&#233;tait ni Dieu ni Staline, a commis une grave erreur en s'opposant pendant douze ans &#224; la th&#233;orie de Trotsky de la R&#233;volution permanente. Il pensait que la R&#233;volution russe allait lib&#233;rer le capitalisme russe, mettre la bourgeoisie russe au pouvoir. Dans ses &#171; deux tactiques &#187;, il le dit une douzaine de fois. Par exemple, il &#233;crit : &#171; Les marxistes sont absolument convaincus du caract&#232;re bourgeois de la R&#233;volution russe. Qu'est-ce que &#231;a veut dire ? Cela signifie que les changements d&#233;mocratiques du r&#233;gime politique et les changements sociaux et &#233;conomiques qui sont devenus n&#233;cessaires pour la Russie n'impliquent pas en eux-m&#234;mes la sape du capitalisme, la sape de la domination bourgeoise ; au contraire, ils ouvriront pour la premi&#232;re fois le terrain d'un d&#233;veloppement large et rapide du capitalisme europ&#233;en et non asiatique ; ils permettront, pour la premi&#232;re fois, &#224; la bourgeoisie de r&#233;gner en tant que classe. Il dit : &#171; La r&#233;volution bourgeoise exprime les besoins du d&#233;veloppement capitaliste, et non seulement elle ne d&#233;truit pas les fondements du capitalisme, mais au contraire, elle les &#233;largit et les approfondit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky, comme nous le savons, s'y est oppos&#233; et a ainsi cr&#233;&#233; le trotskysme. Il a dit que le prol&#233;tariat devrait faire la r&#233;volution bourgeoise, mais qu'il devrait d&#233;tenir le pouvoir et passer &#224; la dictature du prol&#233;tariat. Il n'y aurait pas de d&#233;veloppement de la d&#233;mocratie bourgeoise, pas de d&#233;veloppement du capitalisme dans la Russie r&#233;volutionnaire. Le temps pour cela &#233;tait pass&#233;. La Russie arri&#233;r&#233;e commencerait la r&#233;volution socialiste et serait sauv&#233;e des cons&#233;quences de son propre retard par la r&#233;volution socialiste en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a sauv&#233; L&#233;nine des cons&#233;quences f&#226;cheuses d'un tel pronostic erron&#233;, c'est sa conception claire du r&#244;le des classes. Les bourgeois arriveraient au pouvoir mais c'&#233;tait le prol&#233;tariat qui les y mettrait, et il se battait pour une organisation prol&#233;tarienne qui ferait le travail de la bourgeoisie par dessus les t&#234;tes de la bourgeoisie et malgr&#233; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait cette intransigeance, cette hostilit&#233; &#224; la bourgeoisie, bien que luttant pour une r&#233;volution bourgeoise, qui maintenait le Parti bolchevik implacablement hostile &#224; la bourgeoisie lib&#233;rale. Trotsky n'a jamais pu construire un parti &#8211; fondamentalement parce que le Pasty bolchevique, bien que se pr&#233;parant &#224; la r&#233;volution bourgeoise, &#233;tait, sous la direction ferme de L&#233;nine, essentiellement un parti, dans son organisation et ses perspectives, pr&#234;t pour la dictature du prol&#233;tariat. Les mencheviks croyaient aussi &#224; la r&#233;volution &#224; venir en tant que bourgeois. Mais ils pensaient que les bourgeois devaient le diriger. Pour cela, L&#233;nine et Trotsky s'y sont oppos&#233;s. Trotsky, donc, en dehors des deux groupes, r&#233;sumait ainsi sa position. Le caract&#232;re contre-r&#233;volutionnaire du mench&#233;visme, c'est-&#224;-dire son id&#233;e de la bourgeoisie en t&#234;te, se manifestera avant la r&#233;volution.Mais la nature contre-r&#233;volutionnaire du bolchevisme, c'est-&#224;-dire son id&#233;e d'une r&#233;publique d&#233;mocratique, se manifestera apr&#232;s la r&#233;volution. L&#233;nine et Trotsky ont tous deux convenu que la contre-r&#233;volution en Russie serait assez forte pour d&#233;truire la r&#233;volution si la r&#233;volution europ&#233;enne ne venait pas en aide aux Russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1917, Zinoviev, Kamenev, Staline et les autres face au gouvernement provisoire s'en tiennent &#224; l'ancienne formule. Mais le Parti bolchevik avait &#233;t&#233; tellement entra&#238;n&#233; &#224; l'action de classe ind&#233;pendante du prol&#233;tariat qu'il &#233;tait relativement facile pour L&#233;nine de le basculer vers la dictature du prol&#233;tariat. Trotsky a rejoint le Parti et a accept&#233; les id&#233;es de L&#233;nine sur l'organisation du parti. Mais dans une pr&#233;face &#224; son livre, 1905, publi&#233; par l'Internationale Communiste en 1921, il souligna la fausset&#233; ant&#233;rieure de l'analyse bolchevique et la justesse de sa propre th&#233;orie. Personne ne l'a remis en question. Mais la r&#233;volution europ&#233;enne n'a pas triomph&#233; et les tendances bureaucratiques du r&#233;gime sovi&#233;tique ont augment&#233;. Staline en &#233;tant le centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de la R&#233;volution allemande en 1923 brisa les espoirs de l'avant-garde prol&#233;tarienne, seul soutien de l'opposition de gauche, comme on appelait alors les trotskistes, et permit ainsi &#224; Staline, avec Zinoviev et Kamenev, de se rendre ma&#238;tre de l'appareil du Parti sovi&#233;tique et du gouvernement. La bureaucratie, toute-puissante dans un pays arri&#233;r&#233;, soutenait Staline. Tenter dans un article de cette longueur de tout dire reviendrait &#224; ne rien dire. Il suffit de dire qu'entre 1923 et 1927, les trotskystes pr&#244;naient (a) un plan quinquennal d'industrialisation, (b) la restriction politique du koulak et une collectivisation progressive, en commen&#231;ant par la paysannerie pauvre, (c) une rupture avec les Britanniques. Conseil g&#233;n&#233;ral apr&#232;s la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Angleterre de 1926 et la dissolution du Comit&#233; anglo-russe,(d) l'ind&#233;pendance du Parti communiste chinois lors de la r&#233;volution de 1925-1927 et la r&#233;pudiation de Chiang-Kai-Shek et du Kuomintang en tant que dirigeants de la r&#233;volution chinoise, (e) la d&#233;mocratie du Parti comme seul moyen de trouver et mener une politique correcte. Staline, soutenu par la bureaucratie, les a combattus avec succ&#232;s sur chaque point, avec des r&#233;sultats d&#233;sastreux pour la Russie et la r&#233;volution mondiale. Sa m&#233;thode consistait &#224; purger le Parti des &#233;l&#233;ments d'opposition et &#224; le remplir par la bureaucratie de personnes d&#233;vou&#233;es au stalinisme. Avant la 15e Conf&#233;rence du Parti, l'opposition a &#233;t&#233; expuls&#233;e.soutenus par la bureaucratie, les ont combattus avec succ&#232;s sur chaque point, avec des r&#233;sultats d&#233;sastreux pour la Russie et la r&#233;volution mondiale. Sa m&#233;thode consistait &#224; purger le Parti des &#233;l&#233;ments d'opposition et &#224; le remplir par la bureaucratie de personnes d&#233;vou&#233;es au stalinisme. Avant la 15e Conf&#233;rence du Parti, l'opposition a &#233;t&#233; expuls&#233;e.soutenus par la bureaucratie, les ont combattus avec succ&#232;s sur chaque point, avec des r&#233;sultats d&#233;sastreux pour la Russie et la r&#233;volution mondiale. Sa m&#233;thode consistait &#224; purger le Parti des &#233;l&#233;ments d'opposition et &#224; le remplir par la bureaucratie de personnes d&#233;vou&#233;es au stalinisme. Avant la 15e Conf&#233;rence du Parti, l'opposition a &#233;t&#233; expuls&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de 1927 et au d&#233;but de 1928, les Koulaks &#233;taient devenus suffisamment puissants pour menacer l'&#201;tat sovi&#233;tique. La politique de l'Internationale fut un &#233;chec flagrant. Staline s'est retourn&#233; et a frapp&#233; ses alli&#233;s de droite. Boukharine, Rykov et Tomsky, qu'il avait utilis&#233;s contre la gauche ; et s'est lanc&#233; dans le plan quinquennal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1924, il avait introduit une th&#233;orie selon laquelle il &#233;tait possible de construire le socialisme en Russie sans l'aide de la r&#233;volution europ&#233;enne. C'&#233;tait, dit-il, le l&#233;ninisme. Maintenant, il tentait de le mettre en pratique. Les paysans ont &#233;t&#233; collectivis&#233;s en masse. Le capitalisme europ&#233;en devait &#234;tre d&#233;pass&#233; en dix ans. L'Internationale fut forc&#233;e d'adopter la th&#233;orie du social-fascisme : la social-d&#233;mocratie, et non le fascisme, &#233;tait l'ennemi principal. De grands succ&#232;s ont &#233;t&#233; remport&#233;s &#224; l'int&#233;rieur de la Russie, mais la port&#233;e du plan a conduit &#224; un chaos inutile dans l'industrie et &#224; la destruction de grandes quantit&#233;s de produits agricoles. Le mouvement ouvrier allemand a &#233;t&#233; encourag&#233; &#224; laisser Hitler prendre le pouvoir car il allait bient&#244;t s'effondrer. Les trotskistes de ces ann&#233;es se sont battus pour un plan et une collectivisation dans le cadre des pouvoirs de la Russie et pour le Front uni en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1927, personne en Russie ne pouvait pr&#234;cher ouvertement le trotskisme. Mais ceux qui en suivaient les doctrines &#233;taient organis&#233;s en groupes &#224; l'&#233;tranger connus sous le nom d'Opposition de gauche. Apr&#232;s la d&#233;faite allemande, l'Opposition de gauche a d&#233;clar&#233; la n&#233;cessit&#233; de construire une Quatri&#232;me Internationale. Les lecteurs de &#171; Controverse &#187; savent comment la bureaucratie sovi&#233;tique non seulement a rejoint la Soci&#233;t&#233; des Nations, mais apr&#232;s le Pacte franco-sovi&#233;tique, a invent&#233; le Front populaire, a commenc&#233; &#224; soutenir le r&#233;armement capitaliste en France, et soutient aujourd'hui toute section de la bourgeoisie qui exprime la moindre opposition au fascisme. Les trotskystes ont pr&#233;dit et combattu am&#232;rement de telles trahisons. Ils continueront de le faire. Mais cet abandon de la lutte des classes enseigna enfin un peu de sens &#224; beaucoup de ceux qui &#233;taient rest&#233;s insensibles aux longues ann&#233;es de propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans chaque pays, des groupes et des partis commenc&#232;rent &#224; prendre position &#224; la gauche des partis communistes. Ce n'&#233;tait pas difficile parce que les partis communistes &#233;taient aussi &#224; droite que la bourgeoisie voulait les laisser partir. Mais l'ILP en Angleterre, le POUM en Espagne, la gauche socialiste en France &#233;taient tous diversement hostiles au stalinisme. Ils s'opposaient maintenant &#224; la Troisi&#232;me Internationale, mais ne se d&#233;claraient pas pour une Quatri&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'int&#233;rieur de l'Union sovi&#233;tique, la bureaucratie, allant sans cesse &#224; droite, &#233;crasait tout &#224; gauche et d&#233;truisait les acquis politiques de la R&#233;volution en augmentant constamment les privil&#232;ges de la caste dirigeante. Le mouvement stakhanoviste a &#233;t&#233; une acc&#233;l&#233;ration drastique et les salaires &#233;lev&#233;s pay&#233;s &#224; une partie des ouvriers les ont d&#233;tach&#233;s de la masse et ont apport&#233; un soutien aux bureaucrates surpay&#233;s. L'insatisfaction des masses (comme on l'a ni&#233; !) s'est continuellement impos&#233;e dans le Parti, qu'il a fallu maintenir docile par des purges incessantes. Quelque 300 000 ont &#233;t&#233; purg&#233;s en 1935. C'est contre cette menace du dedans et du dehors qu'il faut voir les proc&#232;s qui ont tant fait pour mettre le trotskisme au premier plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il soit entendu qu'aucun trotskyste d&#233;clar&#233; en Russie n'est libre. Ils sont peut-&#234;tre 20 000 en prison. Le Bureau de la Quatri&#232;me Internationale a perdu contact avec eux pendant trois ans. Mais ils connaissaient la Quatri&#232;me Internationale, et leur hostilit&#233; au stalinisme et leur temp&#233;rament r&#233;volutionnaire peuvent &#234;tre jug&#233;s par le fait que Staline n'a jamais os&#233; les traduire en justice. Tous les trotskistes jug&#233;s &#8211; Zinoviev, Kamenev, Radek, Piatakov &#8211; sont des hommes reconnus partisans de Staline depuis des ann&#233;es. Certains, comme Radek et Piatakov, l'ont servi fid&#232;lement. Mais Staline, bien qu'ignorant, est l'inverse du stupide. C'est un homme singuli&#232;rement rus&#233;. Quand ces hommes disent que la politique de L&#233;nine a toujours &#233;t&#233; de construire le socialisme dans un seul pays, que le socialisme se construit en Russie, que le Front populaire est la politique l&#233;niniste,que Staline est un grand marxiste, ils savent qu'ils mentent, et Staline le sait aussi. La clique de Staline, Vorochilov, Molotov, Kaganovitch, etc., n'a et n'a jamais eu aucun principe &#224; perdre et dira ou fera quoi que ce soit. Mais les vieux trotskystes sont principalement des Juifs, des internationalistes, des hommes qui connaissent l'Europe et les langues europ&#233;ennes, connaissent les normes de vie en Europe occidentale, et tandis qu'ils voient ce qui a &#233;t&#233; fait en Russie, ils ne se font aucune illusion quant &#224; l'influence d&#233;sastreuse du stalinisme. eu sur l'ensemble du mouvement. Les difficult&#233;s internes s'accumulaient, la guerre pointait &#224; l'horizon, la R&#233;volution espagnole faisait de la politique &#233;trang&#232;re de l'Union sovi&#233;tique et de la politique de l'Internationale des enjeux vivants.et n'a jamais eu, aucun principe &#224; perdre et dira ou fera quoi que ce soit. Mais les vieux trotskystes sont principalement des Juifs, des internationalistes, des hommes qui connaissent l'Europe et les langues europ&#233;ennes, connaissent les normes de vie en Europe occidentale, et tandis qu'ils voient ce qui a &#233;t&#233; fait en Russie, ils ne se font aucune illusion quant &#224; l'influence d&#233;sastreuse que le stalinisme a eu sur l'ensemble du mouvement. Les difficult&#233;s internes s'accumulaient, la guerre pointait &#224; l'horizon, la R&#233;volution espagnole faisait de la politique &#233;trang&#232;re de l'Union sovi&#233;tique et de la politique de l'Internationale des enjeux vivants.et n'a jamais eu, aucun principe &#224; perdre et dira ou fera quoi que ce soit. Mais les vieux trotskystes sont principalement des Juifs, des internationalistes, des hommes qui connaissent l'Europe et les langues europ&#233;ennes, connaissent les normes de vie en Europe occidentale, et tandis qu'ils voient ce qui a &#233;t&#233; fait en Russie, ils ne se font aucune illusion quant &#224; l'influence d&#233;sastreuse du stalinisme. eu sur l'ensemble du mouvement. Les difficult&#233;s internes s'accumulaient, la guerre pointait &#224; l'horizon, la R&#233;volution espagnole faisait de la politique &#233;trang&#232;re de l'Union sovi&#233;tique et de la politique de l'Internationale des enjeux vivants.et tandis qu'ils voient ce qui a &#233;t&#233; fait en Russie, ils ne se font aucune illusion quant &#224; l'influence d&#233;sastreuse que le stalinisme a eue sur l'ensemble du mouvement. Les difficult&#233;s internes s'accumulaient, la guerre pointait &#224; l'horizon, la R&#233;volution espagnole faisait de la politique &#233;trang&#232;re de l'Union sovi&#233;tique et de la politique de l'Internationale des enjeux vivants.et tandis qu'ils voient ce qui a &#233;t&#233; fait en Russie, ils ne se font aucune illusion quant &#224; l'influence d&#233;sastreuse que le stalinisme a eue sur l'ensemble du mouvement. Les difficult&#233;s internes s'accumulaient, la guerre pointait &#224; l'horizon, la R&#233;volution espagnole faisait de la politique &#233;trang&#232;re de l'Union sovi&#233;tique et de la politique de l'Internationale des enjeux vivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans n'importe quelle crise &#8211; et les ex&#233;cutions massives de l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e prouvent &#224; quel point la crise &#233;tait imminente &#8211; n'importe lequel des vieux trotskystes, m&#234;me s'il n'avait aucun lien avec Trotsky, pouvait s'av&#233;rer un centre de ralliement pour une opposition. La r&#233;cente purge de masse de la jeunesse pour &#171; immoralit&#233; &#187; montre qu'il y avait l&#224; aussi une grande hostilit&#233; envers le r&#233;gime de Staline. Staline r&#233;solut donc d'&#233;carter les hommes les plus connus de l'ancienne gauche, Zinoviev, Kamenev et Smirnov, de les accabler de disgr&#226;ce, de les rattacher &#224; la Quatri&#232;me Internationale et de discr&#233;diter le trotskysme croissant &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;moire des gens est vraiment courte. Le proc&#232;s menchevik de 1931 &#171; a prouv&#233; &#187; par des &#171; aveux &#187; que L&#233;on Blum, Vandervelde, le Parti travailliste britannique avaient tous organis&#233; le d&#233;molition de l'Union sovi&#233;tique en tant que pr&#233;liminaire &#224; une guerre d'intervention. Ces b&#234;tises malhonn&#234;tes et maladroites sont typiques de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le proc&#232;s s'&#233;tait bien d&#233;roul&#233;, Staline aurait eu tout ce dont il avait besoin. Une fois qu'il aurait arrach&#233; les aveux de quelques trotskystes, les crimes du trotskysme seraient &#233;tablis et quiconque aurait jamais &#233;t&#233; qualifi&#233; de trotskyste pourrait &#234;tre renvoy&#233;, emprisonn&#233; et trait&#233; sous l'accusation g&#233;n&#233;rale de trotskysme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me &#233;tait que ce proc&#232;s fut un &#233;chec d&#233;sastreux &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur de la Russie. Lorsque Staline envoya au Parti des informations sur la propagation du trotskysme, les pr&#233;parant pour le proc&#232;s, le Parti fut abasourdi par ce grossier mensonge. &#171; Les faits ont montr&#233; que nos camarades regardent ces signaux et avertissements avec apathie. &#187; Ainsi dit Staline lui-m&#234;me &#224; la p. 7 de la brochure FSU, Sweep Away Obstacles. &#171; La lettre d'un vieux bolchevik &#187; nous dit que Staline a pr&#233;par&#233; le proc&#232;s en secret avec l'aide de Yezhov dans le dos de Yagoda, et que m&#234;me tous les membres du Politbureau ne le savaient pas. Le proc&#232;s Radek-Piatakov a suivi au d&#233;but de 1937, mais la fa&#231;on dont cela contredit Zinoviev et Kamenev, la tentative de cr&#233;er un nouveau centre et de nouveaux crimes, montre que les organisateurs n'avaient pas envisag&#233; le second lorsqu'ils ont organis&#233; le premier. Cet essai a &#233;t&#233; plus efficace. Le petit-bourgeois a lu le chef-d'&#339;uvre de fiction de Radek et, secouant sa t&#234;te stupide, a dit &#171; Oui, c'est vrai &#187;, et a ainsi r&#233;solu un probl&#232;me politique. Mais dans le Parti en Union sovi&#233;tique, quelque chose n'allait pas. La r&#233;solution adopt&#233;e le 27 f&#233;vrier n'a &#233;t&#233; publi&#233;e que le 6 mars ; Le discours de Staline a &#233;galement &#233;t&#233; retard&#233; pendant des semaines. Quand ils sont apparus, ils contenaient une attaque f&#233;roce contre le trotskysme et la bureaucratie du parti, la tyrannie, violation des r&#232;glements du parti, nominations d'en haut, etc. Maintenant, Staline et les autres savaient que ces choses se passaient. Ils duraient depuis des ann&#233;es. Mais cet astucieux man&#339;uvre, sentant le danger, se mettait &#224; la t&#234;te du m&#233;contentement des masses, et se tournait contre la bureaucratie, appelant le plus possible trotskystes, naufrageurs, etc. Mais cette fois ce n'&#233;tait pas si facile. Ordjonikidze &#233;tait &#171; mort &#187;. Yagoda a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;. Personne n'&#233;tait trop haut pour &#234;tre en s&#233;curit&#233;. Il semble &#224; peu pr&#232;s certain que les plus gros bureaucrates et une partie solide de l'arm&#233;e ont d&#233;termin&#233; &#224; &#233;liminer Staline en pure l&#233;gitime d&#233;fense. L'histoire nous a donn&#233; un parall&#232;le exact en juillet 1794, lorsque l'ensemblesentant le danger, se mettait &#224; la t&#234;te du m&#233;contentement des masses, et se tournait contre la bureaucratie, appelant le plus possible trotskystes, naufrageurs, etc. Mais cette fois ce n'&#233;tait pas si facile. Ordjonikidze &#233;tait &#171; mort &#187;. Yagoda a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;. Personne n'&#233;tait trop haut pour &#234;tre en s&#233;curit&#233;. Il semble &#224; peu pr&#232;s certain que les plus gros bureaucrates et une partie solide de l'arm&#233;e ont d&#233;termin&#233; &#224; &#233;liminer Staline en pure l&#233;gitime d&#233;fense. L'histoire nous a donn&#233; un parall&#232;le exact en juillet 1794, lorsque l'ensemblesentant le danger, se mettait &#224; la t&#234;te du m&#233;contentement des masses, et se tournait contre la bureaucratie, appelant le plus possible trotskystes, naufrageurs, etc. Mais cette fois ce n'&#233;tait pas si facile. Ordjonikidze &#233;tait &#171; mort &#187;. Yagoda a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;. Personne n'&#233;tait trop haut pour &#234;tre en s&#233;curit&#233;. Il semble &#224; peu pr&#232;s certain que les plus gros bureaucrates et une partie solide de l'arm&#233;e ont d&#233;termin&#233; &#224; &#233;liminer Staline en pure l&#233;gitime d&#233;fense. L'histoire nous a donn&#233; un parall&#232;le exact en juillet 1794, lorsque l'ensembleIl semble &#224; peu pr&#232;s certain que les plus gros bureaucrates et une partie solide de l'arm&#233;e ont d&#233;termin&#233; &#224; &#233;liminer Staline en pure l&#233;gitime d&#233;fense. L'histoire nous a donn&#233; un parall&#232;le exact en juillet 1794, lorsque l'ensembleIl semble &#224; peu pr&#232;s certain que les plus gros bureaucrates et une partie solide de l'arm&#233;e ont d&#233;termin&#233; &#224; &#233;liminer Staline en pure l&#233;gitime d&#233;fense. L'histoire nous a donn&#233; un parall&#232;le exact en juillet 1794, lorsque l'ensemble Convention, Jacobins et Droite, crient Robespierre et le livrent &#224; la guillotine. Le lendemain, ils continu&#232;rent leur lutte interne, mais pour le moment tous sentaient que la premi&#232;re t&#226;che &#233;tait d'&#233;carter le sinistre dictateur avec qui aucun homme n'&#233;tait en s&#233;curit&#233;. Staline a frapp&#233; avant que ses ennemis ne puissent l'atteindre ; depuis quand il a lanc&#233; une attaque g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Des hommes sont jug&#233;s pour avoir empoisonn&#233; des moutons et opprim&#233; des paysans, tandis que les paysans sont assis dans la cour et applaudissent et b&#233;nissent Staline ; d'autres sont licenci&#233;s des postes de cadres et des ouvriers nomm&#233;s &#224; leur place. Staline est maintenant l'homme du peuple. Et chaque fois que cela est possible, il appelle ces hommes des trotskystes. Mais il faut comprendre qu'il n'y a aucune raison de croire qu'un seul de ces bureaucrates ait quoi que ce soit &#224; voir avec l'opposition en Russie.Leur politique aurait probablement &#233;t&#233; un nettoyage de l'appareil en leur faveur et un rel&#226;chement de la tyrannie. Toukhatchevskv a peut-&#234;tre favoris&#233; une alliance russo-allemande. Mais tout cela n'a rien &#224; voir avec le trotskysme, qui dans le langage stalinien signifie simplement contre Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Staline est maintenant en grave danger. Comme toujours, la r&#233;volution commence d'en haut. Les hommes refusent les postes. Ils ont peur. Les bureaucrates se faisaient presque face ouvertement. D&#232;s qu'elles entreront en conflit ouvert, les masses se joindront &#224; elles, car elles seront invit&#233;es de chaque c&#244;t&#233; &#224; les soutenir. Cela, cependant, est un autre sujet. Il suffit que la seule section avec une politique pour les masses soit les trotskystes, et que les deux ailes de la haute bureaucratie s'y opposent, comme les lib&#233;raux et les conservateurs s'opposent &#224; la r&#233;volution socialiste. La solution de ce conflit est cependant li&#233;e &#224; la r&#233;volution europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit une situation parall&#232;le sur le terrain international. Tous ceux qui sont pour la r&#233;volution socialiste sont condamn&#233;s par les staliniens &#224; la destruction. &#171; Nous ne sommes pas des trotskystes &#187;, crient continuellement le POUM et l'ILP. Que cela leur fasse beaucoup de bien. Les staliniens n'auront rien &#224; leur gauche, et Maxton, Brockway et Marceau Pivert peuvent guetter le sort de Nin. Il semble que Trotsky ait un mauvais caract&#232;re, ce qui emp&#234;che les gens de rejoindre le Bureau de la Quatri&#232;me Internationale. Piffle de colportage. Seules les masses peuvent construire une Quatri&#232;me Internationale. Mais les dirigeants doivent les aider en montrant la voie. La bureaucratie stalinienne et la Troisi&#232;me Internationale sont maintenant une tumeur gangren&#233;e dans le mouvement ouvrier. Ils doivent en &#234;tre coup&#233;s. Il n'y a plus qu'une chose maintenant &#8211; la lutte pour la Quatri&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/james-clr/works/1937/trotskyism.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/james-clr/works/1937/trotskyism.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Russie de 1926 sur la voie du stalinisme</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8529</link>
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		<dc:date>2025-11-05T23:49:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;La Russie de 1926 sur la voie du stalinisme malgr&#233; l'opposition communiste de l'essentiel des anciens dirigeants bolcheviks &lt;br class='autobr' /&gt;
Victor Serge dans &#171; Le tournant obscur &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vassili Nikiforovitch Tchadaev m'aborda &#224; la Maison de la Presse de la Fontanka, l'ancien h&#244;tel de la comtesse Panina. &#171; Tarass m'a parl&#233; de vous.. ; &#187; Tarass &#233;tait un nom conventionnel que l'on m'avait donn&#233; dans l'entourage de Piatakov, pour prendre contact avec les opposants trotskystes de L&#233;ningrad. Ils formaient un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La Russie de 1926 sur la voie du stalinisme malgr&#233; l'opposition communiste de l'essentiel des anciens dirigeants bolcheviks&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge dans &#171; Le tournant obscur &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vassili Nikiforovitch Tchadaev m'aborda &#224; la Maison de la Presse de la Fontanka, l'ancien h&#244;tel de la comtesse Panina. &#171; Tarass m'a parl&#233; de vous.. ; &#187; Tarass &#233;tait un nom conventionnel que l'on m'avait donn&#233; dans l'entourage de Piatakov, pour prendre contact avec les opposants trotskystes de L&#233;ningrad. Ils formaient un groupe retir&#233; de l'activit&#233; politique, dans l'expectative. Nous nous r&#233;unissions dans une chambre de l'h&#244;tel Astoria, de coutume chez B&#8230;, professeur d'agronomie, ancien commissaire politique d'une arm&#233;e. Venaient l&#224; deux ou trois &#233;tudiants-ouvriers, deux vieux bolcheviks de ceux qui avaient &#233;t&#233; de toutes les r&#233;volutions de P&#233;trograd : x&#8230;, vieil ill&#233;gal, autrefois l'organisateur d'une imprimerie clandestine du Parti, un modeste &#233;cart&#233; des sin&#233;cures par trop de conscience et qui, dix ans apr&#232;s la prise du pouvoir, vivait dans la m&#234;me pauvret&#233; que toujours, maigre et bl&#234;me sous sa casquette d&#233;teinte ; F&#233;dorov, un grand diable roux, admirablement d&#233;coupl&#233; avec un visage ouvert de guerrier barbare. Ce F&#233;dorov qui travaillait dans une usine de banlieue devait bient&#244;t se d&#233;tacher de nous, se joindre &#224; la tendance Zinoviev et p&#233;rir plus tard avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous comptions deux th&#233;oriciens, tous deux professeurs rouges, Grigori Iakovl&#233;vitch Iakovine et F&#233;dor Dingdstaedt. Iakovine, rentr&#233; d'Allemagne, venait d'&#233;crire un ouvrage sur ce pays ; il donnait &#224; la Pravda de L&#233;ningrad des articles pleins de sous-entendus sur Vienne la Rouge ou &#171; le socialisme dans une seule ville &#187;. Probablement juif, sportif, l'intelligence toujours en &#233;veil, volontiers charmeur, il devait, apr&#232;s une p&#233;riode d'ill&#233;galit&#233; ardente, ing&#233;nieuse et dangereuse, cheminer ind&#233;finiment dans les prisons. A vingt ans, F&#233;dor Dingdstaedt avait &#233;t&#233;, avec Rochal, Illine-G&#233;n&#233;vaki, Raskolnikov, un des agitateurs du Parti Bolchevik dans la flotte de la Baltique en 1917. Maintenant, il dirigeait l'Institut des For&#234;ts et publiait un livre sur la question agraire aux Indes. Il devait, parmi nous, repr&#233;senter une extr&#234;me-gauche encline &#224; consid&#233;rer que la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du r&#233;gime sovi&#233;tiue s'achevait. Le visage de Dingdstaedt, dans sa laideur heurt&#233;e, exprimait une obstination invincible. &#171; Celui-l&#224;, pensai-je, on ne le brisera jamais. &#187; Je ne me trompais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Babouchka &#187;, la grand'm&#232;re, pr&#233;sidait de coutume les r&#233;unions. Emp&#226;t&#233;e, avec un bon visage intelligent et souriant sous des cheveux blancs, Alexandra Lvovna Bronstein &#233;tait le bon sens et la loyaut&#233; m&#234;mes. Environ trente-cinq ans de vie militante derri&#232;re elle. Elle avait &#233;t&#233; la compagne des premi&#232;res ann&#233;es de combat de Trotsky et la m&#232;re de ses deux filles Nina et Z&#233;na&#239;de, qui toutes deux allaient p&#233;rir. On ne lui permettait plus que d'enseigner la sociologie &#224; des moins de quinze ans &#8211; et cela ne devait pas durer. J'ai connu peu de marxistes d'un esprit aussi libre, ferme et humain qu'Alexandra Lvovna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Pavlovitch, petit homme &#233;nergique au grand front et aux yeux bleus, &#233;tait d'une extr&#234;me-gauche qui se cherchait encore. Je ne sais pas ce qu'il est devenu plus tard dans les prisons o&#249; il marcha sans faiblesse. Pour l'instant, il dirigeait la Maison de la Presse et s'y plaisait parmi les fant&#244;mes sortis des ateliers du peintre Filonov. O&#249; sont ces &#339;uvres, o&#249; sont ces hommes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Filonov, entour&#233; d'une vingtaine d'&#233;l&#232;ves enthousiastes et affam&#233;s, poursuivait, malgr&#233; la m&#233;connaissance de tous, son &#339;uvre de r&#233;novation &#8211; totale, bien entend &#8211; de l'art. Il remplissait les salles &#224; colonnes et les antichambres de la Maison de la Presse de vastes panneaux, construisant des sc&#232;nes et des grandes figures expressives d'une sorte de mosa&#239;que de dessins ench&#226;ss&#233;s les uns dans les autres, si bien qu'un &#339;il y &#233;tait fait de visions analytiques et qu'un front r&#233;v&#233;lait le cerveau plein d'images. Il bouleversait aussi la perspective pour exprimer la vision d'un &#339;il imaginaire situ&#233; quelque part au milieu de la toile. Baskakov se promenait parmi ces personnages surr&#233;els et trouvait l'opposition en retard sur les &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tchadaev devint mon ami. Il allait &#234;tre le premier tu&#233; d'entre nous. Bien avant les chefs m&#234;mes du Parti, il posa la question de la collectivisation de l'agriculture. Membre du Parti depuis 1917, r&#233;dacteur &#224; la Krasnaya Gaz&#233;ta, la connaissance des conditions d'existence des ouvriers l'avait amen&#233; &#224; une vision implacable des probl&#232;mes politiques. Il suivit notamment les troubles de la Bourse du Travail que les ch&#244;meurs exasp&#233;r&#233;s finirent par mettre &#224; sac. &#171; J'ai vu dans cette bagarre, me racontait Tchadaev, une femme &#233;tonnante qui m'a rappel&#233; les meilleurs jours de 1917. Elle mettait de la volont&#233; et presque de l'ordre dans l'&#233;meute. D'apparence insignifiante, je la voyais faite pour la tribune. Et des ouvri&#232;res comme celle-l&#224; doivent se dresser contre nous, comprenez-vous ? &#187; Il suivit l'odieux proc&#232;s des fonctionnaires de la Bourse du Travail qui n'envoyait aux usines que des ouvri&#232;res assez jolies et, de plus, assez complaisantes. Ila laiss&#233; plusieurs excellents petits livres d'observation de m&#339;urs, probablement disparus, mis au pilon avec tant d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti somnole. Les r&#233;uniosn de cellule, d&#233;pourvues d'int&#233;r&#234;t, sont suivies, deux fois par mois, d'un public sage et indiff&#233;rent. De quoi vivent les gens ? Ils se sont repris &#224; vivre, tout comme ailleurs, de leurs int&#233;r&#234;ts personnels. Les communistes comme les autres. Apr&#232;s les vives pol&#233;miques soulev&#233;es contre Trotsky, on a &#233;pur&#233; les &#233;coles et les universit&#233;s, chassant m&#234;me de l'Universit&#233; Sverdlov des jeunes gens sur le point de finir leurs &#233;tudes. La consigne est de ne plus parler de politique. La jeunesse se replie sur elle-m&#234;me, commente les mauvais romans de Kollontay sur l'amour libre et la th&#233;orie d'Entschmen sur l'abolition de la morale dans la soci&#233;t&#233; communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, ce qui donne &#224; la vie sociale une certaine animation, c'est le commerce, le commerce le plus v&#233;reux qui soit au monde. Le commerce priv&#233; a conquis sur la coop&#233;rative et le commerce &#233;tatis&#233; toute la r&#233;partition au d&#233;tail et presque toute la r&#233;partition des articles manufactur&#233;s. D'o&#249; est-il sorti, ce capital commercial, tout &#224; fait inexistant il y a cinq ans ? Il tient des magasins, sollicite et obtient des concessions pour commencer &#224; produire, fait pulluler les fausses coop&#233;ratives. Tout ce qu'il a est vol&#233;, tout. Il s'enrichit de deux fa&#231;ons : par le vol direct et par la sp&#233;culation. Des mercantis fondent une fausse coop&#233;rative ; ils versent des pots-de-vin &#224; quelques fonctionnaires pour se faire attribuer des cr&#233;dits, des mati&#232;res premi&#232;res, des commandes. Ils n'avaient rien hier, l'Etat leur a tout fourni &#224; des conditions on&#233;reuses parce que les prix, les contrats, les conventions, tout est fauss&#233; par la corruption. Lanc&#233;s, ils continuent, cherchant surtout &#224; se faire les interm&#233;diaires entre la production socialis&#233;e et les consommateurs. S'ils fabriquent quelque chose avec les mati&#232;res premi&#232;res qu'on leur livre c'est toujours un article de consommation courante revendu sur le march&#233; &#224; des prix quintupl&#233;s pour le moins. Ils pr&#233;f&#232;rent d'ailleurs s'installer ouvertement dans le commerce. Ils raflent toute la production de v&#234;tements et de tissus, par exemple, de nos manufactures textiles et de nos fabriques de confection, ils vont m&#234;me la chercher dans les magasins-coop&#233;ratives et vous revendent quarante-cinq roubles l'imperm&#233;able qu'ils ont pay&#233; dix-neuf roubles &#224; la coop&#233;rative voisine (plus, naturellement, quelques roubles au g&#233;rant). Le commerce socialis&#233; est devenu le champ d'action d'une foule de rapaces en qui l'on voit tr&#232;s bien les capitalistes les plus d&#233;brouillards et les plus durs de demain. A cet &#233;gard, la N.E.P. est incontestablement une d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les procureurs, &#224; commencer par Krylenko, passent leur vie &#224; instruire en vain des proc&#232;s de sp&#233;culation. Un petit homme frip&#233;, volubile, aux yeux roux, nomm&#233; Pliatsky, est, &#224; L&#233;ningrad, au centre de toutes les affaires de sp&#233;culation et de corruption. Ce personnage balzacien a mont&#233; des entreprises en s&#233;rie, achet&#233; des fonctionnaires dans les bureaux, et on ne se d&#233;cide pas &#224; le fusiller, car, au fond, on a besoin de lui : il fait marcher bien des choses ; la N.E.P. devient un jeu de dupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi vrai dans les campagnes, quoique autrement. L'&#233;levage du mouton dans les steppes du Midi a produit de singuliers millionnaires, partisans rouges de 1918-1920, gros parvenus aujourd'hui dont les filles habitent les plus beaux h&#244;tels de Crim&#233;e, dont les fils jouent gros jeu dans les casinos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque rien ne fait pressentir l'orage. A la Direction Centrale des Concessions &#8211; Glavkontsesskom, - dans un petit h&#244;tel &#224; un &#233;tage de la P&#233;trovka, Trotsky &#233;tudie des projets de concessions au capital &#233;tranger, r&#233;pond aux propositions de M. Urquardt, discute avec la Lena-Goldfields, qui exploite &#224; son seul profit de vieux placers d'or, constate que M. Hammer, citoyen des Etats-Unis, a r&#233;ussi &#224; monter les premi&#232;res fabriques de crayons en Russie et s'enrichit ainsi ailleurs, car on lui permet d'exporter ses b&#233;n&#233;fices. Autour de Trotsky, une &#233;quipe de vieux camarades, qui sont tous des jeunes du reste, se livrent &#224; d'autres travaux. Son secr&#233;tariat est un laboratoire o&#249; s'&#233;laborent sans cesse les id&#233;es, o&#249; l'exp&#233;rience historique s'&#233;l&#232;ve &#224; la pens&#233;e. On y travaille avec une ponctualit&#233; r&#233;gl&#233;e &#224; la minute. Le rendez-vous, fix&#233; pour dix heures cinq, n'est pas pour dix heures sept. On y travaille discr&#233;tement, presque silencieusement, dans la plus active et la plus sure camaraderie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retrouv&#233; l&#224; Georges Andreytchine, Bulgare &#233;nergique, osseux, aux yeux trop noirs enfonc&#233;s sous un front jaune et d&#233;garni. Ancien militant des I.W.W. d'Am&#233;rique, ce gar&#231;on voit tr&#232;s loin, cruellement m&#234;me. &#171; Cette petite-bourgeoisie qui s'enrichit et s'installe autour de nous, si nous ne lui cassons pas les reins, elle nous mettra en pi&#232;ces un jour ou l'autre&#8230; &#187; Il vit sur cette prescience nette et attend l'avenir. Assez optimiste pour le moment, car Trotsky d&#233;montre, dans une s&#233;rie d'articles, que nous allons vers le socialisme et non vers le capitalisme. Andreytchine luttera des ann&#233;es, sera vaincu, sera calomni&#233;, sera peut-&#234;tre tout &#224; fait mis&#233;rablement vaincu (j'en doute, quoiqu'on l'ait affirm&#233;), redeviendra un haut fonctionnaire et p&#233;rira au bout d'une dizaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sermux, Poznansky et Victor Eltsine, trois t&#234;tes et trois d&#233;vouements in&#233;branlables, garderont &#224; travers toutes les luttes, jusqu'&#224; je ne sais quelle fin terrible, la m&#234;me fid&#233;lit&#233; &#224; la r&#233;volution. Sermux est un gentelman blond, extr&#234;mement poli et r&#233;serv&#233; ; Poznansky, un grand juif &#224; chevelure &#233;bouriff&#233;e ; Victor Eltsine, juif ou tartare d'origine, le fils du vieux Boris Mikha&#239;loitch Eltsine, un des fondateurs du Parti, un des premiers pr&#233;sident des Soviets de l'Oural. Victor Eltsine a l'esprit froid d'un tacticien. &#171; En ce moment, dit-il, ne rien faire, ne point se manifester, maintenir nos liaisons, garder nos cadres de l'opposition de 1923 ; laisser Zinoviev s'user&#8230; &#187; (1926)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orage &#233;clata tout &#224; fait &#224; l'improviste. Nous-m&#234;mes ne nous y attendions pas. De passage &#224; Moscou, chez les opposants, j'appris que Zinoviev allait &#234;tre renvers&#233; au prochain Congr&#232;s du Parti et que Staline faisait des avances &#224; Trotsky, allant jusqu'&#224; lui offrir le portefeuille de l'Industrie. Les opposants de 1923 discutaient avec qui s'allier. C'est alors que Kratchkovsky, le h&#233;ros des batailles de l'Oural, dit ce mot m&#233;morable : &#171; Ne nous allions avec personne. Zinoviev nous l&#226;cherait au moment du danger et Staline nous roulerait. &#187; Personnellement, je pensais que le r&#233;gime bureaucratique &#233;tabli par Zinoviev dans le Parti ne saurait s'aggraver ; rien ne serait pire&#8230; Au contraire, tout changement devrait offrir des chances d'assainissement. Je me souviens d'un entretien avec l'anrchiste syndicaliste Grossman-Rostchine, tout &#224; fait ralli&#233; au marxisme bolchevik, qui vint me faire part de son anxi&#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On dit que Staline se plaint des farceurs et des larbins du Komintern et s'appr&#234;te &#224; leur couper les vivres quand il aura d&#233;gomm&#233; Zinoviev. Ne craignez-vous pas que l'Internationale communiste en souffre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;pondis &#224; peu pr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Rien ne saurait faire plus de bien &#224; l'Internationale que de lui couper les vivres. Les profiteurs iront ailleurs, le mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire en sera instantan&#233;ment assaini et fortifi&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline s'&#233;tait exprim&#233; dans ce sens au Bureau Politique, mais rien de ce qu'il disait n'&#233;tait r&#233;ellement voulu, pens&#233; en principe : tout &#233;tait man&#339;uvre, propos de circonstance. Les larbins, il trouverait avantage &#224; les payer lui-m&#234;me. Apr&#232;s quelques mois de lutte tout &#224; fait sourde au Bureau Politique, quelques semaines de sourde agitation dans les deux capitales, l'effondrement de Zinoviev et de Kam&#232;nev fut soudain au XIVe Congr&#232;s. Ils avaient en r&#233;alit&#233; &#224; r&#233;pondre de plusieurs ann&#233;es de gestion politique sans gloire ni succ&#232;s : deux r&#233;volutions vaincues, l'une sans bataille, l'autre apr&#232;s des massacres inutiles et atroces &#8211; l'Allemagne et la Bulgarie. Une insurrection mal d&#233;clench&#233;e et l&#226;ch&#233;e en Estonie (alors qu'il aurait suffi d'une division de l'Arm&#233;e Rouge pour assurer la sovi&#233;tisation de ce petit pays). A l'int&#233;rieur, la renaissance des classes, deux millions de ch&#244;meurs environ, le conflit lantent entre les campagnes et la dictature. Dans le Pari, les r&#233;pressions, les &#233;purations, les vilenies multipli&#233;es contre Trotsky, Zinoviev et Kam&#233;nev incarnaient la d&#233;faite, le nouveau mensonge officiel. Ils tombaient litt&#233;ralement sous le poids de leurs fautes &#8211; et pourtant, &#224; ce moment, en gros, ils avaient raison. Ils s'opposaient &#224; la doctrine improvis&#233;e du &#171; socialisme dans un seul pays &#187; au nom de la tradition de l'internationalisme r&#233;volutionnaire. Kam&#233;nev parlait de la condition mis&#233;rable des ouvriers dans l'industrie nationalis&#233;e, pronon&#231;ait le mot de capitalisme d'Etat, pr&#233;conisait une participation des salari&#233;s aux b&#233;n&#233;fices des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crime de Zinoviev fut d'exiger la parole au Congr&#232;s, en qualit&#233; de co-rapporteur, apr&#232;s le rapport du Comit&#233; Central. Toute la presse inspir&#233;e par le Comit&#233; Central, c'est-&#224;-dire par Staline, Rykov et Boukharine, voulut voir l&#224; un attentat au prestige et &#224; l'unit&#233; du Parti. En r&#233;alit&#233;, la pi&#232;ce &#233;tait jou&#233;e d'avance, telle que le r&#233;gisseur la pr&#233;parait depuis plusieurs ann&#233;es. Tous les secr&#233;taires des r&#233;gions, nomm&#233;s par le Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, avaient envoy&#233; au Congr&#232;s des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; sa d&#233;votion. La facile victoire du Comit&#233; Central de Staline-Rykov-Boukharine fut celle des bureaux sur le groupe Zinoviev, qui n'&#233;tait ma&#238;tre que des bureaux de L&#233;ningrad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev, sinc&#232;rement d&#233;magogue, croyait &#224; ce qu'il disait de l'attachement des masses ouvri&#232;res de L&#233;ningrad &#224; sa coterie. Il prenait pour une opinion vivante l'opinion fabriqu&#233;e par ses sous-ordres de la Pravda de L&#233;ningrad. Il rentra pour en appeler au Parti et aux masses, alors que le Parti n'&#233;tait plus que l'ombre des bureaux et que les masses, indiff&#233;rentes, se r&#233;servaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance de L&#233;ningrad fut bris&#233;e en quinze jours. Le rayon de Vyborg c&#233;da le premier. Le m&#233;canisme des abandons fut simple. D'une part, il se trouva aupr&#232;s de chaque Comit&#233; des malins qui comprirent que se prononcer pour le Comit&#233; Central, c'&#233;tait vraisemblablement commencer une carri&#232;re ; d'autre part, le respect du Comit&#233; Central d&#233;sarmait les meilleurs. Le C.C. evoya Goussev et Stesky pour installer les nouveaux Comit&#233;s. Pendant deux ou trois jours, la Pravda de L&#233;ningrad fut gard&#233;e par des hommes d&#233;vou&#233;s &#224; Zinoviev. Goussev parlait devant de grandes assembl&#233;es. Je l'&#233;coutai. Inintellectuel, habile et grossi&#232;rement d&#233;loyal, il d&#233;formait tout avec une violence syst&#233;matique. Gros, un peu chauve, mal ras&#233;, il venait &#224; bout de l'auditoire par un bas hypnotisme fond&#233; sur l'autorit&#233;. On sortait de l&#224; avec une pointe de d&#233;sespoir au c&#339;ur. Pas une parole ne sonnait vrai, pas une n'emportait l'adh&#233;sion, mais les vaincus s'&#233;taient mis dans un mauvais cas, il ne restait qu'&#224; suivre le Parti, il ne restait qu'&#224; voter les r&#233;solutions du Comit&#233; Central&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, je ne les votai pas, je m'en allai avant le moment du vote pour ne pas faire ce geste d'impuissance. Le niveau d'&#233;ducation tr&#232;s bas d'une grande partie de l'assistance et la d&#233;pendance mat&#233;rielle de chacun &#224; l'&#233;gard des Comit&#233;s du Parti assuraient le succ&#232;s d'une argumentation aussi mis&#233;rable. Sous les coups de b&#233;lier d'un Goussev, la majorit&#233; officielle que Zinoviev gardait &#224; L&#233;ningrad depuis 1918 s'effrita en une semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle de l'accord conclu entre l'opposition de gauche (trotskyste) et celle de L&#233;ningrad nous surprit. Comment nous asseoir &#224; la m&#234;me table que les bureaucrates qui nous avaient traqu&#233;s, d&#233;nonc&#233;s, calomni&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieux chefs du Parti de L&#233;ningrad : Evdokinov, Zorine, Guertik, Nakhinson, Bakaev, Ionov, que je connaissais presque tous depuis 1919, parurent avoir chang&#233; d'&#226;me en une nuit, et je ne peux m'emp&#234;cher de penser qu'ils &#233;prouvaient un profond soulagement &#224; sortir du mensonge asphyxiant pour nous tendre la main. Ils parlaient de Trotsky, qu'ils d&#233;nigraient odieusement l'avant-veille, avec admiration et commentaient les d&#233;tails des premi&#232;res entrevues avec lui, Zinoviev et Kam&#233;nev. &#171; Les relations sont meilleurs que jamais. &#187; C'est alors que Zinoviev et Kam&#233;nev remirent &#224; Trotsky des lettres-t&#233;moignages relatant comment dans des entretiens avec Staline, Boukharine et Rykov, il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de forger une doctrine trotskyste pour d&#233;clencher contre elle des campagnes de r&#233;futation. Ils sign&#232;rent aussi une d&#233;claration reconnaissant que, sur des questions d&#233;cisives et notamment sur le r&#233;gime int&#233;rieur du Parti, l'opposition de 1923 (Trotsky, Pr&#233;obrajensky, Rakovsky, Antonov Ovs&#233;enko) avait eu raison contre eux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appartenais, avec Tchadaev, &#224; la cellule communiste de la Krasnaya Gaz&#233;ta : environ quatre cents ouvriers imprimeurs et typographes. Perdus parmi eux, il y avait deux ou trois bolcheviks, membres de l'administration, qui avaient fait la guerre civile. La majorit&#233; des membres dataient de la promotion L&#233;nine, c'est-&#224;-dire de la campagne de recrutement commenc&#233;e (par Staline &#8211; Note M et R) lors de la mort de Vladimir Illitch. Ouvriers arri&#233;r&#233;s qui s'&#233;taient abstenus de se joindre au Parti militant et combattant et ne lui avaient donn&#233; leur adh&#233;sion qu'apr&#232;s l'affermissement du pouvoir et la normalisation. Nous &#233;tions cinq opposants (dont un douteux), tous appartenaient &#224; la g&#233;n&#233;ration de la guerre civile. La bataille des id&#233;es s'engagea sur trois questions dont on ne parlait que le moins possible : r&#233;gime de l'agriculture, r&#233;gime int&#233;rieur du Parti, &#233;volution chinoise. Tchang Ka&#239; Chek, conseill&#233; et m&#234;me dirig&#233; par Bl&#252;cher (Gallen) et Rasgone (Olguine) commen&#231;ait sa marche victorieuse de Canton vers Shanga&#239; : mont&#233;e de la r&#233;volution chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but, toute la discussion fut fauss&#233;e. Le comit&#233; de cellule ob&#233;issait au Comit&#233; de rayon, convoquait tous les quinze jours une s&#233;ance pl&#233;ni&#232;re avec pr&#233;sence obligatoire et contr&#244;le &#224; l'entr&#233;e. Un orateur du rayon parlait deux heures sur la possibilit&#233; d'&#233;difier le socialisme dans un seul pays&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sit&#244;t que nous ouvrions la bouche, les interruptions et les cris fusaient. Il fallait calmement faire observer au pr&#233;sident que l'on perdait une demi-minute et recommencer la phrase hach&#233;e. La salle assistait &#224; ce duel dans un silence absolu. Elle &#233;tait neutre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Survint le d&#233;sastre de Shanga&#239;. Je l'attendais, je l'avais annonc&#233; &#224; l'avance, renseign&#233; par des camarades arriv&#233;s de Chine et, chose inconcevable, par la lecture du Temps, seul journal fran&#231;ais (outre l'Humanit&#233;) qui me parvint. Toutes les informations concordaient. Tchang-Ka&#239;-Chek, arriv&#233; devant Shanga&#239;, avait trouv&#233; la ville prise par les syndicats. (Cette insurrection syndicale avait &#233;t&#233; admirablement organis&#233;e avec le concours d'instructeurs russes.) Tchang se pr&#233;parait presque ouvertement &#224; d&#233;sarmer les communistes et les piquets ouvriers. Nous le savions. Tout ce qui restait actif dans le Parti &#233;tait soulev&#233; d'enthousiasme par les nouvelles de Chine ; les initi&#233;s suivaient, jour par jour, la pr&#233;paration du coup de force militaire qui devait in&#233;luctablement, &#224; Shanga&#239;, aboutir au massacre des prol&#233;taires. A Moscou, Trotsky, Zinoviev, Radek (alors recteur de l'Universit&#233; chinoise) exigeaient du Comit&#233; Central un changement imm&#233;diat de tactique. Il e&#251;t suffi d'un t&#233;l&#233;gramme au Comit&#233; de Shaga&#239; : &#171; D&#233;fendez-vous ! &#187; et la R&#233;volution n'e&#251;t pas &#233;t&#233; d&#233;capit&#233;e. Mais la politique de Staline consistait &#224; pers&#233;v&#233;rer dans l'alliance avec la bourgeoisie nationaliste, &#224; freiner le mouvement populaire, &#224; interdire la formation de Soviets, &#224; exiger du P.C. chinois la subordination au Kuo-Min-Tang. Les r&#233;sultats en &#233;taient d&#233;j&#224; monstrueux. Le P.C. chinois, dirig&#233; par Tchen-Dou-Siou, un honn&#234;te homme pourtant et un r&#233;volutionnaire, avait d&#233;savou&#233; les soul&#232;vements paysans du Houpe&#239; et laiss&#233; &#233;gorger par milliers les cultivateurs insurg&#233;s &#224; Tchan-Eha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la veille de l'&#233;v&#233;nement de Shanga&#239;, Staline vint s'expliquer devant les militants de Moscou, r&#233;unis au Grand Th&#233;&#226;tre. Tout le Parti r&#233;p&#233;ta et commenta une de ses phrases, saisies au vol : &#171; on dit que Tchang-Ka&#239;-Chek s'appr&#234;t &#224; nous trahir. Je sais qu'il joue au plus fin, mais c'est lui qui sera roul&#233;. Nous le presserons comme un citron et puis nous le jetterons. &#187; Ce discours &#233;tait &#224; l'impression &#224; la Pravda quand parvint la terrible nouvelle. Le coup de force de Tchang-Ka&#239;-Chek &#233;tait accompli. La troupe du Kuo-Min-Tang nettoyait &#224; coups de mitrailleuses les faubourgs ouvriers. Quelques jours auparavant, le chef d'une division r&#233;volutionnaire avait offert au Comit&#233; de Shanga&#239; le soutien d&#233;cisif de ses r&#233;giments. Le Comit&#233;, se conformant aux directives re&#231;ues, avait d&#233;clin&#233; cette offre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous rencontrions avec une sorte de d&#233;sespoir. Les d&#233;bats du Comit&#233; Central se reproduisaient avec la m&#234;me violence dans toutes les cellules o&#249; il y avait des opposants. Il me sembla, quand apr&#232;s Tchadaev je pris la parole, que la haine atteignait son paroxysme. Un secr&#233;taire du rayon, vieux militant estonien, assistait &#224; cette s&#233;ance en prenant des notes pour la Comit&#233; r&#233;gional ; de l&#224;, mon propos passait dans les dossiers du Comit&#233; Central. Je finis mas cinq minutes en lan&#231;ant une phrase qui fit le silence pendant une minute : &#171; Son pretige de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral est plus cher &#224; Staline que le sang des ouvriers chinois ! &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quelques jours de l&#224;, on arr&#234;ta Netchaev, ouvrier d'une quarantaine d'ann&#233;es, autrefois commissaire de l'Arm&#233;e Rouge, esprit r&#233;fl&#233;chi, visage ferme, fatigu&#233;, &#224; lunettes d'or. (&#8230;) L'arrestation de Netchaev pour &#171; men&#233;es antisovi&#233;tiques &#187; fut confirm&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette salle, entre membres du m&#234;me Parti, je me sentais cevant l'ennemi : &#171; Vous arr&#234;tez Netchaev. Il faudra demain que vous nous arr&#234;tiez tous, par milliers. Sachez que nous accepterons la prison et la d&#233;portation aux &#238;les pour le service de la classe ouvri&#232;re. La contre-r&#233;volution, c'est vous ! &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tchadaev dit : &#171; Je pense, moi, qu'ils nous &#233;crabouilleront avant le grand d&#233;gel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; vieux &#187; du Parti demeuraient fid&#232;les pour la plupart ; mais les fonctionnaires les plus jeunes, sollicit&#233;s tout &#224; coup en sens contraire, s'&#233;taient presque sans r&#233;sistance prononc&#233;s dans le sens de leurs int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats et de la fid&#233;lit&#233; la plus forte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/souvarine/works/1926/08/souvarine_19260801.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/souvarine/works/1926/08/souvarine_19260801.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1926/ogi_19260700.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1926/ogi_19260700.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1927/ogi_19270500.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1927/ogi_19270500.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.sinistra.net/lib/upt/prcomi/ropa/ropanrobof.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sinistra.net/lib/upt/prcomi/ropa/ropanrobof.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La r&#233;pression sanglante du stalinisme (la contre-r&#233;volution) contre le trotskysme (la r&#233;volution)</title>
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		<dc:date>2025-10-02T22:25:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Trotskisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;La r&#233;pression sanglante du stalinisme (la contre-r&#233;volution) contre le trotskysme (la r&#233;volution) &lt;br class='autobr' /&gt;
Staline d&#233;clare le 11 novembre 1937 : &#171; Tous les trotskistes doivent &#234;tre pourchass&#233;s, abattus, extermin&#233;s. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/cmo/n62/cmo_062.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky dans son Testament : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je n'ai pas besoin de r&#233;futer une fois de plus ici les stupides et viles calomnies de Staline et de ses agents : il n'y a pas une seule tache sur mon honneur r&#233;volutionnaire. Je ne suis jamais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;pression sanglante du stalinisme (la contre-r&#233;volution) contre le trotskysme (la r&#233;volution)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Staline d&#233;clare le 11 novembre 1937 : &#171; Tous les trotskistes doivent &#234;tre pourchass&#233;s, abattus, extermin&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cmo/n62/cmo_062.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cmo/n62/cmo_062.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky dans son Testament :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'ai pas besoin de r&#233;futer une fois de plus ici les stupides et viles calomnies de Staline et de ses agents : il n'y a pas une seule tache sur mon honneur r&#233;volutionnaire. Je ne suis jamais entr&#233;, que ce soit directement ou indirectement, dans aucun accord en coulisse, ou m&#234;me n&#233;gociation, avec les ennemis de la classe ouvri&#232;re. Des milliers d'opposants &#224; Staline sont tomb&#233;s victimes de semblables fausses accusations. Les nouvelles g&#233;n&#233;rations r&#233;volutionnaires r&#233;habiliteront leur honneur politique, et agiront avec les bourreaux du Kremlin selon leurs m&#233;rites. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/journal/journal08_09.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/journal/journal08_09.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Exclus du Parti, les opposants constituent les meilleurs hommes du Parti. Ceux qui les excluent et les arr&#234;tent sont &#8211; sans s'en rendre compte encore &#8211; l'instrument de pression des autres classes sur le prol&#233;tariat. En essayant de pi&#233;tiner notre plate-forme, la fraction dirigeante ex&#233;cute un ordre social donn&#233; par Oustrialov, c'est-&#224;-dire par la petite et moyenne bourgeoisie qui r&#233;l&#232;ve la t&#234;te. A l'encontre des politiques de la vieille bourgeoisie &#233;migr&#233;e au d&#233;clin, Oustrialov, politique intelligent et clairvoyant de la nouvelle bourgeoisie, n'aspire pas &#224; la R&#233;volution, aux grandes secousses, il ne veut pas non plus &#171; sauter les &#233;tapes &#187;. La marche oustrialoviste actuelle, c'est le cours stalinien. Oustrialov mise ouvertement sur Staline. Il exige de Staline le ch&#226;timent de l'Opposition. En excluant et en arr&#234;tant les opposants, en lan&#231;ant contre nous une accusation essentiellement thermidorienne au sujet de l'officier de Wrangel et du complot militaire, Staline ex&#233;cute l'ordre social d'Oustrialov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but imm&#233;diat de Staline : scinder le Parti, scinder l'Opposition, habituer le Parti aux m&#233;thodes d'an&#233;antissement physique, constituer des &#233;quipes de siffleurs fascistes, d'hommes travaillant &#224; coups de poings, &#224; coups de bouquins, &#224; coups de pierres, mettre les gens sous les verrous, voil&#224; sur quoi le cours stalinien s'est momentan&#233;ment arr&#234;t&#233; avant d'aller plus loin. Sa route est d&#233;j&#224; trac&#233;e. Pourquoi les Yaroslavsky, les Chvernik, les Goloch&#233;kine et autres discuteraient-ils au sujet des chiffres de contr&#244;le, puisqu'ils peuvent lancer &#224; la t&#234;te d'un opposant un gros bouquin de chiffres de contr&#244;le ? Le stalinisme trouve son expression effr&#233;n&#233;e en se laissant aller &#224; de v&#233;ritables actes de voyous. Or, nous le r&#233;p&#233;tons, ces m&#233;thodes fascistes ne sont que l'accomplissement aveugle, inconscient d'un ordre social &#233;manant des autres classes. Le but : amputer l'Opposition du Parti et l'an&#233;antir physiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, des voix se font entendre : &#171; Nous en excluerons un millier, nous en fusillerons une centaine, et, tout deviendra calme dans le Parti &#187;. Ainsi parlent de malheureux aveugles, apeur&#233;s et d&#233;cha&#238;n&#233;s en m&#234;me temps. C'est la voix de Thermidor. Les bureaucrates les plus mauvais, corrompus par le pouvoir, aveugl&#233;s de haine, le pr&#233;parent de toutes leurs forces. Il leur faut, pour cela, deux partis. Mais la violence se brisera contre une ligne politique juste qui a, pour la servir, le courage r&#233;volutionnaire des cadres d'opposants. Staline ne cr&#233;era pas deux partis. Nous disons ouvertement au Parti : la dictature du prol&#233;tariat est en danger. Et nous croyons fermement que le Parti &#8211; son noyau prol&#233;tarien &#8211; entendra, comprendra, rectifiera. Le Parti est d&#233;j&#224; profond&#233;ment remu&#233;, demain il sera remu&#233; jusque dans son tr&#233;fonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re les quelques milliers d'opposants appartenant aux cadres du Parti, suit une double, une triple couche (d'adh&#233;rents &#224; l'Opposition), puis une couche encore plus large d'ouvriers membres du Parti qui ont d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; pr&#234;ter une oreille attentive &#224; l'opposition et &#224; se rapprocher d'elle. Ce processus est in&#233;vitable. L'ouvrier sans parti ne s'est pas laiss&#233; prendre aux attaques et aux calomnies dirig&#233;es contre nous. Son m&#233;contentement l&#233;gitime devant le d&#233;veloppement du bureaucratisme et du r&#233;gime du b&#226;illon, la classe ouvri&#232;re de L&#233;ningrad l'a exprim&#233; dans l'&#233;clatante d&#233;monstration du 17 octobre. In&#233;branlablement, le prol&#233;tariat est pour le pouvoir des Soviets, mais il veut une autre politique. Tous ces processus sont in&#233;vitables. L'appareil est impuissant &#224; les combattre. Plus les r&#233;pressions seront violentes, plus elles affermiront l'autorit&#233; des cadres d'opposants aux yeux des communistes du rang et de la classe ouvri&#232;re dans son ensemble. Pour chaque centaines d'opposants exclus du Parti, il y aura un nouveau millier d'opposants dans le Parti. L'opposant exclu se sent membre du Parti et le restera. On peut, par la violence, arracher la carte du Parti au v&#233;ritable bolchevik l&#233;niniste, on peut, momentan&#233;ment, lui retirer ses droits de membre du Parti, il n'abandonnera jamais ses obligations de membre du Parti. Lorsque Janson demanda, au camarade Mrachkovsky, &#224; la s&#233;ance de la Commission Centrale de Contr&#244;le, ce qu'il ferait lorsqu'il serait exclu du Parti, le camarade Mratchkovsky r&#233;pondit : &#171; Je continuerai comme par le pass&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que dira tout opposant, quel que soit le lieu d'o&#249; l'on puisse exclure : du Comit&#233; Ex&#233;cutif de l'Internationale Communiste, du Comit&#233; Central, du Parti Communiste de l'Union ou du Parti. Chacun de nous dit avec Mratchkvosky : &#171; Je continuerai comme par le pass&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous tenons la manette du bolchevisme. Vous ne nous en arracherez pas. Nous la ferons marcher. Vous ne nous amputerez pas du Parti, vous ne nous couperez pas de la classe ouvri&#232;re. Nous connaissons les r&#233;pressions, nous sommes habitu&#233;s aux coups. Nous ne livrerons pas la R&#233;volution d'Octobre &#224; la politique de Staline dont l'essence peut s'exprimer en quelques mots. B&#226;illonnement du noyau prol&#233;tarien, fraternisation avec les conciliateurs de tous les pays, capitulation devant la bourgeoisie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Excluez-nous donc du Comit&#233; Central un mois avant le Congr&#232;s que vous avez d&#233;j&#224; transform&#233; en &#233;troite r&#233;union des gens de la fraction Staline ! Le 15e Congr&#232;s sera, au point de vue ext&#233;rieur, une esp&#232;ce de triomphe sup&#233;rieur de la m&#233;canique de l'Appareil. En r&#233;alit&#233;, il en marquera le complet effondrement politique. Les victoires de la fraction Staline sont les victoires des forces de classes &#233;trang&#232;res sur l'avant-garde prol&#233;tarienne. Les d&#233;faites du Parti dirig&#233; par Staline sont les d&#233;faites de la dictature du prol&#233;tariat. Le Parti le sent d&#233;j&#224;. Nous lui viendrons en aide. La plate-forme de l'Opposition est sur la table du Parti ! Apr&#232;s le 15e Congr&#232;s, l'Opposition sera, dans le Parti, incomparablement plus forte qu'en ce moment. Le calendrier de la classe ouvri&#232;re et le calendrier du Parti ne co&#239;ncident pas avec le calendrier bureaucratique de Staline. Le prol&#233;tariat pense lentement, mais s&#251;rement. Notre plate-forme acc&#233;l&#233;rera ce processus. En derni&#232;re analyse, c'est la ligne politique qui d&#233;cide, et non pas la main de fer bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Opposition est invincible. Excluez-nous aujourd'hui du Comit&#233; Central, comme hier vous avez exclu S&#233;r&#233;briakov et Pr&#233;obrajensky du Parti, comme vous avez arr&#234;t&#233; Fichelev et les autres. Notre plate-forme se frayera sa voie. D&#233;j&#224;, les ouvriers de tous les pays se demandent, avec la plus grande inqui&#233;tude, pour quelle raison, &#224; l'occasion du 10e anniversaire de la R&#233;volution d'Octobre, on exclut, on arr&#234;te les meilleurs combattants de cette R&#233;volution. A qui la faute ? A quelle classe ? A celle qui a a vaincu en Octobre, ou &#224; celle qui appesantit sa pression tout en sapant la victoire d'Octobre ? M&#234;me les ouvriers retardataires de tous les pays, r&#233;veill&#233;s par vos r&#233;pressions, prendront en mains notre plate-forme pour v&#233;rifier l'ignoble calomnie r&#233;pandue au sujet de l'officier de Wrangel et du complot militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les poursuites, les exclusions, les arrestations feront de notre plate-forme le document le plus populaire, le plus pr&#232;s du c&#339;ur, le plus cher du mouvement ouvrier international. Excluez-nous, vous n'arr&#234;terez pas les victoires de l'Opposition : elles seront les victoires de l'unit&#233; r&#233;volutionnaire de notre Parti et de l'Internationale Communiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1927/10/lt_19271023.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1927/10/lt_19271023.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le glaive de la dictature, qui frappait auparavant les partisans de la restauration bourgeoise, s'abat maintenant sur ceux qui s'insurgent contre la bureaucratie. Il frappe l'avant-garde prol&#233;tarienne et non les ennemis de classe du prol&#233;tariat. En relation avec la modification capitale de ses fonctions, la police politique, compos&#233;e nagu&#232;re des bolcheviks les plus d&#233;vou&#233;s, les plus dispos&#233;s au sacrifice, devient l'&#233;l&#233;ment le plus gangren&#233; de la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les thermidoriens mettent &#224; proscrire les r&#233;volutionnaires toute la haine que leur inspirent des hommes qui leur rappellent le pass&#233; et leur font craindre l'avenir. Les bolcheviks les plus fermes et les plus fid&#232;les, la fleur du parti, sont dans les prisons, les coins perdus de la Sib&#233;rie et de l'Asie centrale, les nombreux camps de concentration. Dans les prisons m&#234;mes et les lieux de d&#233;portation, les opposants sont encore en butte aux perquisitions, au blocus postal, &#224; la faim. On arrache la femme &#224; son mari, afin de les briser tous deux et de les contraindre aux abjurations. L'abjuration d'ailleurs n'est pas le salut : au premier soup&#231;on ou &#224; la premi&#232;re d&#233;nonciation, le repenti est doublement ch&#226;ti&#233;. L'aide apport&#233;e aux d&#233;port&#233;s, m&#234;me par leurs proches, est consid&#233;r&#233;e comme un crime, l'entraide comme un complot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve de la faim est, dans ces conditions, le seul moyen de d&#233;fense laiss&#233; aux pers&#233;cut&#233;s. La Gu&#233;p&#233;ou y r&#233;pond par l'alimentation forc&#233;e, &#224; moins qu'elle ne laisse a ses prisonniers la libert&#233; de mourir. Des centaines de r&#233;volutionnaires russes et &#233;trangers ont &#233;t&#233; au cours des derni&#232;res ann&#233;es pouss&#233;s &#224; des gr&#232;ves de la faim mortelles, fusill&#233;s ou accul&#233;s au suicide. En douze ans, le gouvernement a plusieurs fois annonc&#233; l'extirpation d&#233;finitive de l'opposition. Mais au cours de l'&#034;&#233;puration&#034; des derniers mois de 1935 et du premier semestre de 1936, des centaines de milliers de communistes ont de nouveau &#233;t&#233; exclus du parti ; de ce nombre, plusieurs dizaines de milliers de &#034;trotskystes&#034;. Les plus actifs ont &#233;t&#233; aussit&#244;t arr&#234;t&#233;s, jet&#233;s en prison ou envoy&#233;s dans les camps de concentration. Quant aux autres, Staline ordonna aux autorit&#233;s locales, par le truchement de la Pravda, de ne point leur donner de travail. Dans un pays o&#249; l'Etat est le seul employeur, une mesure de ce genre &#233;quivaut &#224; une condamnation &#224; mourir de faim. L'ancien principe : &#034;Qui ne travaille pas ne mange pas&#034; est remplac&#233; par cet autre : &#034;Qui ne se soumet pas ne mange pas.&#034; Combien de bolcheviks ont &#233;t&#233; exclus, arr&#234;t&#233;s, d&#233;port&#233;s, extermin&#233;s &#224; partir de 1923, l'ann&#233;e o&#249; s'ouvre l'&#232;re du bonapartisme, nous ne le saurons que le jour o&#249; s'ouvriront les archives de la police politique de Staline [1]. Combien demeurent dans l'ill&#233;galit&#233;, nous ne le saurons que le jour o&#249; commencera l'effondrement du r&#233;gime bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle importance peuvent avoir vingt ou trente mille opposants dans un parti de deux millions de membres ? Sur ce point, la simple confrontation des chiffres n'est pas parlante. Il suffit d'une dizaine de r&#233;volutionnaires dans un r&#233;giment pour le faire passer, dans une atmosph&#232;re surchauff&#233;e, du c&#244;t&#233; du peuple. Ce n'est pas sans raison que les &#233;tats-majors ont une peur bleue des petits groupes clandestins et m&#234;me des militants isol&#233;s. Cette peur-l&#224;, qui fait trembler la bureaucratie stalinienne, explique la cruaut&#233; de ses proscriptions et la bassesse de ses calomnies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge, qui a pass&#233; en U.R.S.S. par toutes les &#233;tapes de la r&#233;pression, a apport&#233; &#224; l'Occident le terrible message de ceux qu'on torture pour fid&#233;lit&#233; &#224; la r&#233;volution et r&#233;sistance &#224; ses fossoyeurs. Il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je n'exag&#232;re rien, je p&#232;se mes mots je puis &#233;tayer chacun d'eux de preuves tragiques et de noms... &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Parmi cette masse de victimes et d'objecteurs, silencieux pour la plupart, une h&#233;ro&#239;que minorit&#233; m'est proche entre toutes, pr&#233;cieuse par son &#233;nergie, sa clairvoyance, son sto&#239;cisme, son attachement au bolchevisme de la grande &#233;poque. Ils sont quelques milliers, communistes de la premi&#232;re heure, compagnons de L&#233;nine et de Trotsky, b&#226;tisseurs des r&#233;publiques sovi&#233;tiques quand existaient les soviets, &#224; invoquer contre la d&#233;ch&#233;ance int&#233;rieure du r&#233;gime les principes du socialisme, &#224; d&#233;fendre comme ils peuvent (et ils ne peuvent plus que consentir &#224; tous les sacrifices) les droits de la classe ouvri&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les enferm&#233;s de l&#224;-bas tiendront tant qu'il faudra, jusqu'au bout, dussent-ils ne pas voir se lever sur la r&#233;volution une nouvelle aurore. Les r&#233;volutionnaires d'Occident peuvent compter sur eux : la flamme sera maintenue, ne serait-ce que dans les prisons. Ils comptent aussi sur vous. Vous devez, nous devons les d&#233;fendre, pour d&#233;fendre la d&#233;mocratie ouvri&#232;re dans le monde, restituer &#224; la dictature du prol&#233;tariat son visage de lib&#233;ratrice, rendre un jour &#224; l'U.R.S.S. sa grandeur morale et la confiance des travailleurs...&#034; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes &#233;cart&#233;s et isol&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6830&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6830&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6468&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6468&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes exclus du parti russe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1936/04/lt19360400b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1936/04/lt19360400b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1927/12/Declaration_XVe_congres.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1927/12/Declaration_XVe_congres.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/07/purges.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/07/purges.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes arr&#234;t&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes d&#233;port&#233;s par la bureaucratie stalinienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1928/01/lt_19280113.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1928/01/lt_19280113.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes jug&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6243&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6243&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3160&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3160&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes ex&#233;cut&#233;s sans proc&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/broue_19800000l.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/broue_19800000l.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes fusill&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/urss.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/urss.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes intern&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/vorkouta.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/vorkouta.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cmo/n04/n04.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cmo/n04/n04.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes extermin&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3088&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3088&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve890&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve890&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes assassin&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1035&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1035&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5968&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5968&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6148&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6148&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1438&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1438&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6239&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6239&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5956&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5975&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5975&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6483&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6483&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes d&#233;nigr&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6919&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/07/300700c.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/07/300700c.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;taient les n&#244;tres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3135&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3135&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'ont jamais renonc&#233; &#224; leur combat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5426&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5426&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6693&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6693&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5514&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5514&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le stalinisme a triomph&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6921&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6921&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trotskysme est le v&#233;ritable h&#233;ritier du l&#233;ninisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6942&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article6942&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les congr&#232;s internationaux des intellectuels contre la guerre et le fascisme dans les ann&#233;es 1930, une arme entre les mains du stalinisme contre la r&#233;volution</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8767</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article8767</guid>
		<dc:date>2025-09-10T22:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les congr&#232;s internationaux des intellectuels contre la guerre et le fascisme dans les ann&#233;es 1930, une arme entre les mains du stalinisme contre la r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
Les comit&#233;s &#171; Amsterdam Pleyel &#187; avaient &#233;t&#233; form&#233;s apr&#232;s les congr&#232;s mondiaux &#171; pour la paix &#187; (Amsterdam, 1932) et &#171; contre le fascisme &#187; (Pleyel, 1933), tous deux organis&#233;s par l'Internationale.Communiste stalinis&#233;e avec le concours de personnalit&#233;s intellectuelles. &lt;br class='autobr' /&gt;
En tant que courant ind&#233;pendant, le pacifisme petit-bourgeois &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;1-2 R&#233;formisme, stalinisme et fascisme contre la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les congr&#232;s internationaux des intellectuels contre la guerre et le fascisme dans les ann&#233;es 1930, une arme entre les mains du stalinisme contre la r&#233;volution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les comit&#233;s &#171; Amsterdam Pleyel &#187; avaient &#233;t&#233; form&#233;s apr&#232;s les congr&#232;s mondiaux &#171; pour la paix &#187; (Amsterdam, 1932) et &#171; contre le fascisme &#187; (Pleyel, 1933), tous deux organis&#233;s par l'Internationale.Communiste stalinis&#233;e avec le concours de personnalit&#233;s intellectuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que courant ind&#233;pendant, le pacifisme petit-bourgeois &#171; de gauche &#187; part des pr&#233;misses qu'il serait possible d'assurer la paix par des moyens particuliers, sp&#233;ciaux, ext&#233;rieurs &#224; la lutte de classe du prol&#233;tariat, &#224; la r&#233;volution socialiste. Par des articles et discours, les pacifistes s'efforcent d'inculquer la &#171; haine de la guerre &#187;, soutiennent les objecteurs de conscience, pr&#234;chent boycottage et gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#8212;ou plut&#244;t le mythe de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&#8212; contre la guerre. Les plus &#171; r&#233;volutionnaires &#187; des pacifistes ne sont m&#234;me pas oppos&#233;s parfois &#224; parler d'insurrection contre la guerre. Mais tous en g&#233;n&#233;ral, et chacun en particulier, n'ont aucune id&#233;e du lien indissoluble qui relie l'insurrection &#224; la lutte de classes et &#224; la politique du parti r&#233;volutionnaire. Pour eux, l'insurrection ne constitue qu'une menace contre la classe dirigeante, non l'affaire d'un effort lent et continu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Exploitant l'attachement naturel des masses pour la paix et le d&#233;voyant, les pacifistes petits-bourgeois se transforment ainsi, en d&#233;finitive, en soutiens inconscients de l'imp&#233;rialisme. En cas de guerre, l'&#233;crasante majorit&#233; des &#171; alli&#233;s &#187; pacifistes se retrouvera dans le camp de la bourgeoisie et utilisera l'autorit&#233; que la IIIe Internationale leur a conf&#233;r&#233;e par son tapage publicitaire en d&#233;sorientant l'avant-garde par le patriotisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le congr&#232;s d'Amsterdam contre la guerre [21] , comme le congr&#232;s de Paris contre le fascisme [22] , organis&#233;s par la IIIe Internationale, sont des exemples classiques de la substitution &#224; la lutte de classe r&#233;volutionnaire de la politique petite-bourgeoise des manifestations, des parades tapageuses, des villages &#224; la Potemkine [23] . Au lendemain de ces protestations criardes contre la guerre en g&#233;n&#233;ral, ces &#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;roclites artificiellement rassembl&#233;s par des manipulations de coulisses s'&#233;parpilleront dans toutes les directions et ne l&#232;veront pas le petit doigt contre une guerre donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La substitution au front unique prol&#233;tarien, c'est-&#224;-dire &#224; l'accord de combat des organisations ouvri&#232;res, d'un bloc de la bureaucratie communiste et des petits-bourgeois pacifistes &#8212;parmi lesquels, pour un confusionniste honn&#234;te, se trouvent des dizaines de carri&#233;ristes&#8212; conduit &#224; un &#233;clectisme complet dans les questions de tactique. Les congr&#232;s Barbusse-M&#252;nzenberg [24] consid&#232;rent que c'est leur m&#233;rite particulier que de combiner toutes sortes de &#171; lutte &#187; contre la guerre : protestations humanitaires, refus individuel de servir dans l'arm&#233;e, &#233;ducation de l'&#171; opinion publique &#187;, gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et m&#234;me insurrection. Les m&#233;thodes qui, dans la vie, sont en contradiction irr&#233;conciliable, et qui, en pratique, ne peuvent que s'opposer les unes aux autres, sont pr&#233;sent&#233;es comme des &#233;l&#233;ments d'un tout harmonieux. Les socialistes r&#233;volutionnaires russes qui pr&#234;chaient une &#171; tactique synth&#233;tique &#187; dans la lutte contre le tsarisme &#8212;alliance avec les lib&#233;raux, terreur individuelle et lutte de masse&#8212; &#233;taient des gens s&#233;rieux en comparaison des inspirateurs du bloc d'Amsterdam. Mais les ouvriers se souviendront que le bolchevisme fut construit dans la lutte contre l'&#233;clectisme populiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Le congr&#232;s d'Amsterdam contre la guerre avait eu lieu en juin 1932.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Le congr&#232;s de Paris contre le fascisme avait eu lieu &#224; la salle Pleyel en juin 1933.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Grigori M. Potemkine (1739-1791) &#233;tait favori et ministre de l'imp&#233;ratrice Catherine II. En 1778, lors de la visite de l'imp&#233;ratrice en Crim&#233;e, il avait fait construire de faux villages pour lui donner l'impression de la prosp&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Le romancier pacifiste, biographe de J&#233;sus et de Staline, Henri Barbusse (1873-1935) &#233;tait la figure de proue des congr&#232;s internationaux qu'organisait pour le compte de l'I.C. l'Allemand Willy M&#252;nzenberg (1889-1940), ancien dirigeant des jeunesses, puis du secours international et dirigeant du &#171; trust &#187; de la presse et du cin&#233;ma qu'on appelait de son nom. Il avait organis&#233; les deux congr&#232;s (Amsterdam et Paris) et donn&#233; vie au &#171; mouvement Amsterdam-Pleyel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article60&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article60&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#034;antifascisme&#034; n'est rien, c'est un concept vide qui sert &#224; couvrir les canailleries du stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1387&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1387&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1932&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le congr&#232;s d'Amsterdam ou congr&#232;s Barbusse-Staline&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le congr&#232;s d'Amsterdam s'est termin&#233; le 29 ao&#251;t par le vote d'un manifeste scandaleux qui doit servir de &#171; charte &#187; d'action &#224; ceux qui l'ont adopt&#233;. Le 4 septembre, soit une semaine apr&#232;s, ce manifeste n'a encore &#233;t&#233; publi&#233; nulle part (aux &#201;tats-Unis, il n'a pas encore &#233;t&#233; publi&#233; ! &#8211; NDLR ). Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Humanit&#233; (organe central du Parti communiste fran&#231;ais) du 4 septembre parle de &#171; mise en &#339;uvre des d&#233;cisions du Congr&#232;s &#187;. Quelles d&#233;cisions ? Cela fait huit jours que les rapports du Congr&#232;s ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, mais l'essentiel &#8211; la &#171; charte &#187;, le manifeste, les &#171; d&#233;cisions &#187; &#8211; n'a pas &#233;t&#233; rendu public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se peut-il que le texte, apr&#232;s le vote, soit encore en train d'&#234;tre retouch&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, un texte a &#233;t&#233; soumis au Congr&#232;s (en quatre langues : fran&#231;ais, allemand, anglais et n&#233;erlandais). Quelques modifications de d&#233;tail ont &#233;t&#233; apport&#233;es au texte diffus&#233; au Congr&#232;s, modifications connues par la lecture du texte final de Barbusse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du vote, la parole nous a &#233;t&#233; refus&#233;e malgr&#233; notre v&#233;h&#233;mente insistance. Elle a cependant &#233;t&#233; accord&#233;e &#224; M. Patel, l'ancien pr&#233;sident du Congr&#232;s national indien, qui a longuement expliqu&#233; ses objections, m&#234;me s'il avait vot&#233;, pour la &#171; charte &#187;. Le pr&#233;sidium a refus&#233; de soumettre au vote notre texte, r&#233;guli&#232;rement propos&#233;. Il a m&#234;me refus&#233; d'accepter le n&#233;gatif, de demander qui &#233;tait oppos&#233; au manifeste de Barbusse. Nous avons d&#251; intervenir violemment pour enregistrer notre vote contre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Humanit&#233; du 1er septembre, Cachin, parlant du manifeste, &#233;crit : &#171; Sur ce programme d'action r&#233;volutionnaire, si capital pour nous, aucune r&#233;serve n'a &#233;t&#233; formul&#233;e par un seul d&#233;l&#233;gu&#233; du Congr&#232;s. Bien au contraire. &#187; Il a menti d&#233;lib&#233;r&#233;ment. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de l'Opposition de gauche refus&#232;rent de se rendre complices de la confusion criminelle de ce manifeste, ils refus&#232;rent d'accorder leur confiance pour la lutte permanente contre la guerre &#224; un comit&#233; compos&#233; de gandhistes, de barbussistes, de pacifistes et de staliniens. Le Bulletin officiel du Congr&#232;s enregistre notre vote comme suit : &#171; Le manifeste est adopt&#233; dans l'enthousiasme d&#233;lirant du Congr&#232;s par plus de 2 100 voix contre 6 voix des trotskystes fran&#231;ais. &#187; Et plus loin : &#171; De la m&#234;me mani&#232;re, la liste des membres du Comit&#233; permanent du Congr&#232;s contre la guerre a &#233;t&#233; adopt&#233;e par plus de 2 000 voix contre 6 voix des trotskystes fran&#231;ais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons maintenant bri&#232;vement ce personnage sur lequel les centristes n'&#233;mettent au moins aucune r&#233;serve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de classe est totalement absente de ce manifeste. Selon nous, comme chez les marxistes, la question de la guerre est une question de classe et le r&#244;le du prol&#233;tariat dans la guerre est d&#233;termin&#233; par le caract&#232;re de classe de cette guerre. Nous sommes contre la guerre imp&#233;rialiste, pour la guerre civile. Nous soutenons certaines guerres nationales. Chaque cas n&#233;cessite une analyse sp&#233;cifique. Dans le manifeste, on ne trouve rien de tel. Son langage est vulgairement d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s, y dit-il, &#034;ne nie pas l'existence de nuances id&#233;ologiques et politiques susceptibles de diviser les &#233;l&#233;ments qui le composent&#034;... Ainsi, entre la bourgeoisie indienne, entre la petite bourgeoisie occidentale et le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire (tous repr&#233;sent&#233;s au Congr&#232;s), il n'y a que... des nuances id&#233;ologiques ! Apr&#232;s cela, plus rien ne s'oppose &#224; l'unanimit&#233; pour des g&#233;n&#233;ralit&#233;s creuses, d&#233;nu&#233;es de tout sens de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justement, l'ensemble du manifeste est un laborieux assemblage de paragraphes soigneusement trafiqu&#233;s pour donner satisfaction &#224; tout le monde, et ils portent la marque ind&#233;l&#233;bile du centrisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cachet ind&#233;l&#233;bile du centrisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve une analyse tr&#232;s vague du d&#233;sordre capitaliste et de la mani&#232;re dont il engendre la guerre, qui conclut ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Congr&#232;s proclame que de tout cet &#233;tat de choses, ce sont les masses humaines (?) qui en sont et qui en seront les victimes. Par l'effet de la crise de surproduction et de la r&#233;partition d&#233;fectueuse (!) de la production, d&#233;riv&#233;e de l'action d'un ch&#244;mage croissant, etc.... les multitudes de travailleurs sont &#233;cras&#233;es, celles qui ont &#233;t&#233; abattues par la derni&#232;re guerre et qui depuis quatorze ans en portent encore les douleurs et les blessures. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis le manifeste s'&#233;l&#232;ve contre &#171; le maintien des fronti&#232;res artificielles ( sic ) impos&#233;es par les trait&#233;s de paix &#187;, il affirme que &#171; l'article 217 du Trait&#233; de Versailles incriminant l'Allemagne comme seule responsable, constitue un mensonge criant ( sic ) qui, exploit&#233; par un jeu de mysticisme d&#233;magogique a en partie provoqu&#233; les r&#233;actions fascistes de l'Allemagne &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne nous est pas possible de nous attarder sur chacune de ces phrases. Ils contiennent tout un monde de confusion. Signalons simplement le passage que pour le Congr&#232;s les fronti&#232;res de Versailles sont &#171; artificielles &#187;. Existe-t-il alors des fronti&#232;res &#171; naturelles &#187; ? Selon le manifeste, il y en a ; c'est &#224; dire qu'il s'enfonce pleinement dans un nationalisme petit-bourgeois qui reproche simplement aux n&#233;gociateurs de Versailles d'avoir &#171; mal d&#233;coup&#233; &#187; la carte de l'Europe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le manifeste reprend sa tactique de lutte contre une guerre imp&#233;rialiste. Voici litt&#233;ralement ce qu'il dit &#224; ce sujet : &#171; D&#233;termin&#233; &#224; s'&#233;lever autant qu'il est humainement possible contre cette marche vers l'ab&#238;me qui implique tous les &#234;tres vivants, le Congr&#232;s ne voit le salut que dans l'action concert&#233;e des ouvriers, des paysans et des peuples. tous les exploit&#233;s et opprim&#233;s du monde. Et c'est tout. Imm&#233;diatement apr&#232;s, on ajoute : le Congr&#232;s &#171; d&#233;clare qu'aucun autre moyen de lutte contre la guerre n'est suffisant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que cela veut dire ? Nous d&#233;fions tout camarade sinc&#232;re, quel qu'il soit, d'expliquer ce paragraphe. Y a-t-il l&#224; la moindre explication s&#233;rieuse des m&#233;thodes de lutte contre la guerre ? N'est-ce pas une phrase vide de sens purement social-d&#233;mocrate ? &#171; Action concert&#233;e &#187; ? &#8211; Quelle action ? Concert&#233; entre qui et qui ? Par quelles organisations et dans quel but ? etc... Il faut r&#233;pondre &#224; toutes ces questions !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cela, le manifeste exhorte les &#171; objecteurs de conscience &#187; &#224; renoncer &#224; leur tactique. Il parle de &#171; nobles r&#234;ves &#187;, de &#171; sacrifices malheureusement inutiles &#187;, de &#171; splendide attitude morale &#187;, de &#171; m&#233;thodes h&#233;ro&#239;ques &#187;. Qui peut expliquer le sens de cette phrase :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aux hommes de caract&#232;re et de courage qui pr&#234;chent des m&#233;thodes h&#233;ro&#239;ques et en acceptant pour eux-m&#234;mes les tr&#232;s graves cons&#233;quences, il demande d'&#234;tre aussi (!) avec les autres (?) pour construire, pierre par pierre, par le bas, une barri&#232;re massive et collective &#187; ? ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les derniers paragraphes doivent &#234;tre cit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Congr&#232;s se tourne vers l'innombrable prol&#233;tariat dont la souverainet&#233; d&#233;pend uniquement de l'organisation consciente (et non du renversement de la bourgeoisie &#8211; th&#232;se purement social-d&#233;mocrate).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Fort du mandat qui lui a &#233;t&#233; confi&#233; par une multitude de personnes venues de tous les horizons de l'univers et de diff&#233;rentes tendances, mais unies dans le d&#233;sir sinc&#232;re et ardent de paix : forte de la profonde conviction que la lutte contre la guerre n'est honn&#234;te que si dans la mesure o&#249; il est efficace et p&#232;se sur les affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il exhorte la masse, seule puissance invincible dans le d&#233;sordre tragique de notre temps, &#224; entrer en rangs disciplin&#233;s dans ce d&#233;sordre et &#224; y faire entendre haut et fort sa voix !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et juste apr&#232;s, est ajout&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;C'est dans ce sens (mais dans quel sens ? est-ce que tout cela a un sens ?) qu'il entend faire travailler le Comit&#233; de lutte contre la guerre qu'il a form&#233; : &#233;tendre ce front du travail &#224; travers le monde.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le serment grandiloquent qui fut pr&#234;t&#233; en commun, sans la moindre r&#233;serve, par les Patel, les Fonteny, les Monnet et Bergery, le g&#233;n&#233;ral von Schoenaich, les Muenzenberg et les Cachin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'engagement de Cachin et... celui de Patel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chacun de nous ici prend un engagement et nous le prenons tous ensemble :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous promettons que nous ne permettrons jamais que soit bris&#233;e la formidable unit&#233; qui s'est &#233;tablie ici parmi les multitudes exploit&#233;es et victimis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous nous engageons &#224; lutter de toutes nos forces et de toutes nos ressources contre le capitalisme, pourvoyeur des abattoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous nous engageons &#224; nous consacrer de toutes nos forces et de toutes nos ressources aux t&#226;ches imm&#233;diates et urgentes, en nous dressant contre...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivez ici les slogans g&#233;n&#233;raux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les armements, contre la pr&#233;paration de la guerre par les &#171; pouvoirs publics qui nous gouvernent &#187;, contre le chauvinisme, contre le fascisme &#171; qui organise la guerre civile &#187;, contre les budgets de guerre et les pr&#234;ts aux &#201;tats fascistes, contre la campagne d'incitation contre l'URSS, contre le d&#233;membrement de la Chine, contre l'exploitation et l'oppression des masses des peuples coloniaux, pour la lutte pour la lib&#233;ration nationale et sociale, pour le soutien des travailleurs japonais, pour le soutien des travailleurs des transports et de l'armement, pour la lutte de &#171; tous &#187; moyens &#187; contre le &#171; cataclysme imminent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le contenu du manifeste qui a &#233;t&#233; adopt&#233; &#224; l'unanimit&#233; sauf 6 voix, dans la confusion g&#233;n&#233;rale et sans qu'UN SEUL intervenant communiste ait exprim&#233; la moindre r&#233;serve ou amendement &#224; ce sujet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, posons ces questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Pourquoi ce manifeste, cette &#171; charte &#187;, cette &#171; base d'action &#187;, qui doit &#171; orienter &#187; la lutte du parti contre la guerre, n'a-t-il pas &#233;t&#233; publi&#233; &#224; ce jour ? Que cache ce silence ? Quelles modifications, apr&#232;s coup, se pr&#233;parent-elles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Quelles organisations, quelles r&#233;unions communistes ont donn&#233; mandat et autoris&#233; les dirigeants communistes &#224; voter sans r&#233;serve un tel texte ? Comment qualifier le vote sans r&#233;serves pour la plateforme Barbusse sinon d'escroquerie contre les rangs du parti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Ce texte confus a &#233;t&#233; adopt&#233; par les repr&#233;sentants autoris&#233;s de la grande bourgeoisie, des dirigeants &#171; sociaux-fascistes &#187;, des pacifistes petits-bourgeois, etc., qui n'y trouvent rien de diff&#233;rent des r&#233;solutions de leurs propres partis. Voter conjointement avec eux sans r&#233;serves, n'est-ce pas faire un BLOC SANS PRINCIPES d'en haut, au noir de la lune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tout le manifeste, un seul paragraphe fait allusion aux m&#233;thodes de lutte r&#233;volutionnaires. C'est le suivant : le Congr&#232;s &#171; affirme que les travailleurs japonais ont d&#233;j&#224; montr&#233; par des exemples h&#233;ro&#239;ques comment doit &#234;tre men&#233;e la lutte contre la guerre imp&#233;rialiste, en s'opposant &#224; leur propre bourgeoisie, en s'effor&#231;ant de s'opposer &#224; la production et au transport de munitions, et en s'opposant &#224; la guerre imp&#233;rialiste. en ouvrant les yeux des soldats eux-m&#234;mes sur le caract&#232;re rapace de cette guerre. Naturellement, ce paragraphe a &#233;t&#233; ins&#233;r&#233; pour &#171; satisfaire &#187; les communistes. Mais malgr&#233; cela, il s&#232;me la confusion car il ne dit pas qu'il s'agit d'utiliser la guerre pour vaincre la bourgeoisie, pour renverser le r&#233;gime capitaliste, pour substituer la dictature du prol&#233;tariat &#224; la dictature bourgeoise. Tel qu'il est, le paragraphe peut laisser croire qu'il s'agit simplement d'une &#171; pression &#187; sur la bourgeoisie nationale pour qu'elle mette un terme &#224; la guerre. Et c'est justement pour cela que Monnet et Planche, qui votent pour le budget de guerre d'Herriot-Boncour, ont aussi vot&#233; cette r&#233;solution en toute tranquillit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons le texte des r&#233;centes r&#233;solutions de la Deuxi&#232;me Internationale &#224; Zurich. N'y retrouve-t-on pas aussi le mot d'ordre de la d&#233;fense de l'URSS, du sabotage des transports de munitions, etc. ? ... Ne savons-nous pas que ce sont des phrases creuses qui ne servent en fin de compte qu'&#224; tromper les masses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment le Parti communiste a-t-il pu se rallier &#224; ces phrases creuses sans un mot de r&#233;serve, d'amendement, de critique ! Au moment in&#233;vitable o&#249; les Patel, les Fonteny, les Monnet, etc. montreront qu'ils d&#233;fendent &#224; long terme les int&#233;r&#234;ts de la d&#233;mocratie bourgeoise plut&#244;t que ceux de la lutte prol&#233;tarienne et r&#233;volutionnaire contre la guerre, quelle sera l'attitude du gouvernement ? Des centristes qui se sont unis avec eux sur une m&#234;me plateforme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bloc, sans conditions ni limites, sans clart&#233;, ne sert que la confusion, l'opportunisme, c'est-&#224;-dire, en derni&#232;re analyse, la direction sociale-d&#233;mocrate et tra&#238;tresse petite-bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre cela, le parti doit &#234;tre mis en garde, ainsi que l'avant-garde r&#233;volutionnaire qui a &#233;t&#233; prise dans le pi&#232;ge de l'ambigu&#239;t&#233; et de la confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut l'affirmer haut et fort ; ce manifeste, cette &#171; charte &#187;, cette plateforme, seront un obstacle &#224; la lutte contre la guerre. Le parti, les syndicats, les diff&#233;rents comit&#233;s, ne pourront engager une v&#233;ritable lutte contre la guerre qu'en pi&#233;tinant ce texte, en rejetant l'avis du Comit&#233; international, en luttant farouchement pour faire imposer &#224; chaque r&#233;union un texte pr&#233;cis, programme d'action limit&#233; du front unique avec toutes les organisations ouvri&#232;res. Il n'y a pas d'autre moyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car o&#249; y a-t-il dans cette &#171; charte &#187; quelque chose de pr&#233;cis et de s&#233;rieux sur les m&#233;thodes de lutte, sur la lutte r&#233;volutionnaire, sur la tactique et la strat&#233;gie de lutte contre l'imp&#233;rialisme ? Maintenant-o&#249;. Vous ne trouvez que de la litt&#233;rature tr&#232;s pl&#233;thorique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants du parti refusent le front unique honn&#234;te, c'est-&#224;-dire bas&#233; sur des propositions limit&#233;es et pr&#233;cises, faites par le parti en toute ind&#233;pendance, discut&#233;es par le parti et adopt&#233;es de mani&#232;re responsable par lui, adress&#233;es aux organisations r&#233;formistes responsables qui regroupent des centaines de milliers de militants. ouvriers. Au lieu de cela, ils se camouflent derri&#232;re des comit&#233;s pseudo-front unitaires, dans la confusion, et sont amen&#233;s &#224; faire bloc par le haut avec les ennemis du communisme ! Voil&#224; des faits qu'aucune insulte, aucune argutie ne cachera aux yeux de l'avant-garde. Et la conclusion in&#233;vitable est la suivante : pour le moment, le centrisme profite de ce courant ind&#233;fini d&#233;clench&#233; et exploit&#233; par lui ; mais &#224; la longue, c'est l'opportunisme, la social-d&#233;mocratie, qui en profitera, &#224; l'heure o&#249; l'aile communiste prol&#233;tarienne sera oblig&#233;e de se sortir du bourbier des Patel et des Monnet, et o&#249; les sociaux-d&#233;mocrates s'exclamer : &#171; Voil&#224; comme ils n'&#233;taient pas sinc&#232;res ; ils sont en train de briser un bloc qu'ils ont form&#233; sans exprimer aucune r&#233;serve, sans en d&#233;finir les limites, sans pr&#233;voir l'avenir ! &#187; Et &#224; ce moment-l&#224;, les travailleurs ressentiront les effets brutaux de la confusion centriste. Ils verront que l'opposition de gauche avait raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore un autre aspect du manifeste m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;. Le texte passe en revue la situation internationale et les points de danger de guerre, mais RIEN N'EST DIT SUR LA SITUATION ALLEMANDE ! Vous trouvez effectivement cette &#233;normit&#233;, &#224; savoir que c'est l'article 217 du Trait&#233; de Versailles qui est responsable de la mont&#233;e du fascisme allemand, mais aucune ligne ne peut &#234;tre lue qui d&#233;nonce la r&#233;action fasciste hitl&#233;rienne comme la plus grande menace de guerre pour l'URSS. vague &#224; cet &#233;gard. Malgr&#233; la guerre qui d&#233;chire l'Extr&#234;me-Orient, la menace d&#233;cisive, le couteau brandi sur la gorge du prol&#233;tariat allemand, russe et international, c'est le fascisme d'Hitler, la botte &#233;crasante du capitalisme sanglant qui se tord en convulsions. Le muet Staline oblige son appareil international &#224; garder le silence sur ce fait. C'est pourquoi le Congr&#232;s dirig&#233; par M&#252;nzenberg, l'un des dirigeants du Parti communiste allemand, a pu adopter un manifeste qui passe sous silence l'heure critique que traversent l'univers capitaliste et le prol&#233;tariat international dans la lutte des classes en Allemagne. , une lutte qui domine aujourd'hui enti&#232;rement le probl&#232;me de la paix et de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas une minute n'a &#233;t&#233; accord&#233;e &#224; l'opposition pour dire cela. Et pourtant, nous ne voulons pas voir les d&#233;put&#233;s socialistes, qui votent les budgets de guerre de Boncour, qui approuvent la tactique de trahison de Severing et de Braun, applaudir M&#252;nzenberg lorsqu'il &#233;voque les sacrifices des prol&#233;taires d'Allemagne &#8211; nous voulons que des positions soient prises sur ce point, des engagements clairs, pour que chacun sache o&#249; il va et comment il y arrivera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons rejet&#233; un tel manifeste avec indignation. Nous avons d&#233;pos&#233; au pr&#233;sidium notre propre d&#233;claration, exigeant qu'elle soit soumise au vote. Ils ont refus&#233;. Pourtant, il a substitu&#233; au fatras pacifiste-centriste les pens&#233;es claires du marxisme. Il concr&#233;tisait le programme limit&#233; et d&#233;fini sur lequel un front unique temporaire (et non un bloc permanent) pouvait &#234;tre propos&#233; et impos&#233; devant les organisations ouvri&#232;res r&#233;formistes responsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que chaque camarade du parti y r&#233;fl&#233;chisse. Que ceux qui ont accueilli le discours de la social-d&#233;mocrate Nicole aux cris d'&#171; Unit&#233; &#187; !, qui acclamaient Rolland, Barbusse, Fonteny, Patel et Cie comme leurs leaders dans la lutte contre la guerre, r&#233;fl&#233;chissent &#224; nouveau : les faits ouvriront leurs yeux. Ils doivent exiger au sein du parti le rejet de ce manifeste. Ils doivent forcer l'appareil &#224; d&#233;voiler son double jeu. Ils doivent exiger une d&#233;claration ind&#233;pendante du parti. Qu'ils adoptent la position de l'opposition de gauche, contenue dans notre manifeste. D&#233;sormais, les meilleurs &#233;l&#233;ments nous comprendront. Et demain, c'est le parti tout entier que nous parviendrons &#224; arracher aux combinaisons centristes qui ruinent la doctrine marxiste du prol&#233;tariat dans la question vitale de la guerre et de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/history/etol/writers/naville/1932/09/charter.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=f&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/history/etol/writers/naville/1932/09/charter.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=f&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'Amsterdam-Pleyel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_Amsterdam-Pleyel&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_Amsterdam-Pleyel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le congr&#232;s Amsterdam-Pleyel de Paris en pleine mont&#233;e fasciste en Autriche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se manifeste, en fait, le mouvement antifasciste ? Et pourquoi passe t il &#224; c&#244;t&#233; de l'interdiction du P.C. autrichien sans rien dire ? Il &#233;tait trop occup&#233;, ce mouvement qui &#171; croit chaque jour &#187;, par d'autres t&#226;ches plus importantes : la pr&#233;paration du congr&#232;s Barbusse &#224; Paris. Voil&#224; un exemple de cr&#233;tinisme parlementaire capable d'ouvrir les yeux aux plus arri&#233;r&#233;s ! Inutile de penser que, pour qu'il y ait cr&#233;tinisme parlementaire, il faut un Parlement : en g&#233;n&#233;ral, il suffit de tribunes abrit&#233;es, &#233;loign&#233;es du th&#233;&#226;tre de la lutte, sur lesquelles on peut prononcer des discours, &#233;taler des formules vides, et conclure pour 24 heures des &#171; alliances &#187; avec des journalistes, des pacifistes, des radicaux offens&#233;s, des t&#233;nors et des barytons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est naturellement une sottise de croire que &#171; dans tout le pays &#187; se manifeste &#171; une large pr&#233;paration &#187; pour la mascarade de Paris. Abattu par le ch&#244;mage, la police, les bandes fascistes, la trahison de la social d&#233;mocratie et l'impuissance du P.C., le prol&#233;tariat autrichien est loin de s'int&#233;resser au lyrisme de Barbusse. &#224; la rh&#233;torique de Bergery et aux petites machinations de M&#252;nzenberg. De quelle mani&#232;re le meeting international de Paris peut il changer quelque chose &#224; la situation autrichienne qui, pas dans dix, pas dans cinq ans, mais aujourd'hui m&#234;me, conduit &#224; l'&#233;touffement complet du prol&#233;tariat ? N'est il pas clair qu'en parlant sur un ton grandiloquent du congr&#232;s de Paris, la Pravda en d&#233;masque la v&#233;ritable signification : d&#233;tourner l'attention de la r&#233;alit&#233; pour la porter sur la fiction, de la conqu&#234;te des masses sur le jeu parlementaire, du heurt inconciliable des classes sur la collaboration avec les &#171; isol&#233;s &#187;, des pav&#233;s de Vienne sur une salle luxueuse d'un riche quartier de Paris, de la guerre civile sur un exercice de rh&#233;torique vide. En d'autres termes : des m&#233;thodes du bolchevisme sur le cr&#233;tinisme parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal Rundschau que publie &#224; B&#226;le la bureaucratie stalinienne, sp&#233;cialement destin&#233; pour ainsi dire &#224; emp&#234;cher les ouvriers allemands de tirer les le&#231;ons de la catastrophe, cite dans son n&#176; 17 comme une grande r&#233;v&#233;lation l'article de la Pravda cit&#233; plus haut. Ne perdez pas courage, prol&#233;taires d'Autriche : Barbusse, alli&#233; de votre Renner, veille sur vous ! Et comme pour compl&#233;ter le tableau de la pourriture politique, le m&#234;me num&#233;ro de la Rundschau publie un &#233;ditorial sur les relations actuelles entre l'Allemagne et l'Autriche. Un philistin r&#233;volutionnaire y raconte que &#171; pour la premi&#232;re fois (!) dans les rapports des deux Etats &#187;, Hitler emploie des repr&#233;sailles contre l'Autriche &#224; cause des &#171; mesures de politique int&#233;rieure de l'autre gouvernement &#187;. Pour la premi&#232;re fois dans les rapports de deux Etats ! L'article se termine par ces remarquables propos : &#171; Les relations entre l'Autriche et l'Allemagne ne furent jamais, depuis l'Empire, aussi mauvaises qu'en ce moment. Tel est le r&#233;sultat pratique de la politique ext&#233;rieure de Hitler. &#187; C'est quelque chose d'assommant de lire cette philosophie digne d'un professeur de droit conservateur. Hitler m&#232;ne en Autriche une politique de r&#233;alisme contre r&#233;volutionnaire. Il conquiert les masses petites bourgeoises en creusant le sol sous l'instable bonapartisme autrichien. Avec obstination et pers&#233;v&#233;rance, Hitler change en sa faveur, le rapport de forces. Il ne craint pas de g&#226;ter les relations avec Dollfuss. En cela, il se distingue et il se distingue avantageusement d'Otto Bauer et de... la bureaucratie stalinienne qui n'envisage pas, elle, les relations entre l'Allemagne et l'Autriche du point de vue de la lutte de classes, mais du point de vue du... cr&#233;tinisme diplomatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enthousiasme de Moscou pour le congr&#232;s de Paris, appel&#233; &#224; remplacer la lutte r&#233;volutionnaire en Autriche, et l'indignation de B&#226;le contre la politique de Hitler qui, dans la lutte contre les masses autrichiennes,. ne craint pas de se disputer avec Dollfuss lui-m&#234;me &#171; il n'y a pas d'animal plus fort que le chat &#187;, dit la souris cet enthousiasme et cette indignation se compl&#232;tent l'un l'autre comme les deux formes du cr&#233;tinisme parlementaire et diplomatique. Par une minuscule parcelle, on peut juger l'ensemble. D'apr&#232;s un seul sympt&#244;me, on peut souvent diagnostiquer exactement une maladie. Il suffit de deux articles, un dans la Pravda, l'autre dans la Rundschau, pour dire : la bureaucratie centriste a peut-&#234;tre suffisamment de moyens pour louer des salles co&#251;teuses &#224; Paris et pour &#233;diter d'&#233;pais journaux &#224; B&#226;le, mais le centrisme bureaucratique en tant que courant r&#233;volutionnaire est mort ; il se d&#233;compose sous nos yeux, et empoisonne l'atmosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/lt19330613.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/lt19330613.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment on a fait taire les trotskistes &#224; ce congr&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6583&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6583&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intellectuels d&#233;fenseurs du stalinisme ou &#171; compagnons de route &#187; de l'URSS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6971&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6971&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des agents intellectuels de Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6726&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6726&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6204&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6204&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3608&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3608&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;file :///C :/Users/HP/Downloads/LIGNES0_034_0119.pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Premier_congr%C3%A8s_international_des_%C3%A9crivains_pour_la_d%C3%A9fense_de_la_culture&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Premier_congr%C3%A8s_international_des_%C3%A9crivains_pour_la_d%C3%A9fense_de_la_culture&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pul/14453?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pul/14453?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/planete/2017/10/20/la-grande-illusion-des-compagnons-de-route_1604587/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.liberation.fr/planete/2017/10/20/la-grande-illusion-des-compagnons-de-route_1604587/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.philosophieetsurrealisme.fr/bulletin-international-du-surrealisme-prague-tenerife-bruxelles-londres-1935-1936/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.philosophieetsurrealisme.fr/bulletin-international-du-surrealisme-prague-tenerife-bruxelles-londres-1935-1936/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/itineraires/1366&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/itineraires/1366&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule la r&#233;volution peut emp&#234;cher la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le danger de guerre, qui est une question de vie ou de mort pour les masses populaires, constitue l'&#233;preuve supr&#234;me pour tous les groupes et tendances au sein de la classe ouvri&#232;re. La &#171; lutte pour la paix &#187;, la &#171; lutte contre la guerre &#187;, &#171; guerre &#224; la guerre &#187; et autres mots d'ordre ne sont que des phrases creuses et mensong&#232;res, s'ils ne s'accompagnent pas de la propagande et de l'application de m&#233;thodes r&#233;volutionnaires de lutte. L'unique moyen de mettre un terme &#224; la guerre, c'est de renverser la bourgeoisie. L'unique moyen de renverser la bourgeoisie, c'est l'insurrection arm&#233;e. Contre le mensonge r&#233;actionnaire de la &#171; d&#233;fense nationale &#187;, il faut lancer le mot d'ordre de la destruction r&#233;volutionnaire de l'Etat national. A la maison de fous de l'Europe capitaliste, il faut opposer le programme des Etats Unis socialistes d'Europe comme &#233;tape vers les Etats Unis du monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marxistes rejettent cat&#233;goriquement les mots d'ordre pacifistes de &#171; d&#233;sarmement &#187;, d'&#171; arbitrage &#187; et d'&#171; amiti&#233; entre les peuples &#187; (c'est &#224; dire entre les gouvernements capitalistes), etc., comme un opium pour les masses populaires. Les combinaisons entre les organisations ouvri&#232;res et les pacifistes petits-bourgeois (les comit&#233;s Amsterdam Pleyel [18] et autres entreprises semblables) rendent les plus grands services &#224; l'imp&#233;rialisme en d&#233;tournant l'attention de la classe ouvri&#232;re de la r&#233;alit&#233;, avec l'&#226;pret&#233; de ses combats, pour la tourner au contraire vers des parades impuissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre la guerre et l'imp&#233;rialisme ne peut &#234;tre l'affaire de quelconques &#171; comit&#233;s &#187; sp&#233;ciaux [19]. La lutte contre la guerre, c'est la pr&#233;paration &#224; la r&#233;volution, c'est &#224; dire l'affaire des partis de la classe ouvri&#232;re et de l'Internationale. Les marxistes proposent cette t&#226;che grandiose &#224; l'avant garde prol&#233;tarienne, sans aucun d&#233;tour. Au mot d'ordre d&#233;bilitant du &#171; d&#233;sarmement &#187;, ils opposent celui de la conqu&#234;te de l'arm&#233;e et de l'armement des ouvriers. C'est pr&#233;cis&#233;ment par l&#224; que passe l'une des plus importantes des lignes de clivage entre le marxisme et le centrisme. Celui qui n'ose pas &#233;noncer &#224; voix haute les t&#226;ches r&#233;volutionnaires, celui l&#224; n'aura jamais le courage de les r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/06/lt19350600a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/06/lt19350600a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;claration des d&#233;l&#233;gu&#233;s appartenant &#224; l'Opposition de Gauche pour le congr&#232;s de lutte contre le fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;avril 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de Hitler en Allemagne d&#233;montre que le capitalisme ne peut vivre dans les conditions de la d&#233;mocratie ni m&#234;me se couvrir de guenilles d&#233;mocratiques. Ou la dictature du prol&#233;tariat ou la dictature du capital financier. Ou les soviets ouvriers ou les bandes arm&#233;es de la populace petite bourgeoise d&#233;cha&#238;n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme n'a pas et ne peut avoir de programme pour sortir de la crise du capitalisme. Mais cela ne signifie pas que le fascisme tombera automatiquement, victime de sa propre inconscience. Non, il maintiendra l'exploitation capitaliste en ruinant le pays, en abaissant la civilisation et en apportant toujours plus de sauvagerie dans les m&#339;urs. La victoire du fascisme est le r&#233;sultat de l'incapacit&#233; du prol&#233;tariat &#224; prendre en mains le sort de la soci&#233;t&#233;. Le fascisme vivra tant que le prol&#233;tariat ne se l&#232;vera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social d&#233;mocratie a livr&#233; &#224; la bourgeoisie la r&#233;volution prol&#233;tarienne de 1918 et sauv&#233; ainsi une fois encore le capitalisme d&#233;clinant. C'est elle, et elle seule, qui a ainsi donn&#233; &#224; la bourgeoisie la possibilit&#233; de s'appuyer &#224; l'&#233;tape suivante sur le banditisme fasciste. Descendant de marche en marche &#224; la recherche du &#171; moindre mal &#187;, la social d&#233;mocratie a fini par voter pour le feld marschall r&#233;actionnaire Hindenburg [1], lequel, &#224; son tour, a appel&#233; Hitler au pouvoir. D&#233;moralisant les masses ouvri&#232;res par les illusions de la d&#233;mocratie dans le capitalisme pourrissant, la social&#172;-d&#233;mocratie a priv&#233; le prol&#233;tariat de toutes ses forces de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tentatives pour rejeter cette responsabilit&#233; fondamentale sur le communisme sont absurdes et malhonn&#234;tes. Sans le communisme, le prol&#233;tariat se serait depuis longtemps engag&#233; dans la voie de l'anarchisme, du syndicalisme, du terrorisme, ou, tout simplement, serait all&#233; grossir les d&#233;tachements de combat du fascisme. L'exemple autrichien montre avec trop de preuves que l&#224; o&#249;, devant l'extr&#234;me faiblesse du communisme, la social-d&#233;mocratie r&#232;gne sans partage dans les rangs de la classe ouvri&#232;re, dans le cadre de l'&#233;tat d&#233;mocratique qu'elle a elle-m&#234;me cr&#233;&#233;, sa politique pr&#233;pare pas &#224; pas le triomphe du fascisme [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sommets du r&#233;formisme allemand essaient maintenant de s'adapter au r&#233;gime de Hitler pour conserver les restes de leurs positions l&#233;gales et les b&#233;n&#233;fices qui y sont li&#233;s [3]. En vain, car le fascisme am&#232;ne avec lui des nu&#233;es de criquets affam&#233;s et voraces qui exigent pour eux-m&#234;mes, et obtiendront, le monopole des fonctions et des revenus. Le limogeage de la bureaucratie r&#233;formiste, r&#233;sultat secondaire de la d&#233;faite des organisations prol&#233;tariennes, constitue le paiement pour la cha&#238;ne ininterrompue des trahisons de la social d&#233;mocratie depuis le 4 ao&#251;t 1914.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs des autres partis social d&#233;mocrates essaient maintenant de se d&#233;limiter de leurs fr&#232;res allemands. Il serait cependant d'une inadmissible l&#233;g&#232;ret&#233; que de croire sur parole ces critiques &#171; de gauche &#187; de l'Internationale r&#233;formiste dont toutes les sections se trouvent &#224; diff&#233;rents degr&#233;s sur la m&#234;me voie [4]. Comme au temps de la guerre imp&#233;rialiste, dans le processus d'&#233;croulement de la d&#233;mocratie bourgeoise, chaque parti de la II&#176; Internationale est pr&#234;t &#224; refaire sa r&#233;putation sur le dos d'un autre parti national. Mais, au fond, tous font le m&#234;me travail. L&#233;on Blum soutient le gouvernement de la France imp&#233;rialiste et militariste. Vandervelde, pr&#233;sident de la II&#176; Internationale, n'a pas, autant que nous le sachions, retir&#233; sa signature au bas de cette m&#234;me paix de Versailles qui a donn&#233; au fascisme allemand ses dimensions actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les th&#232;ses principales et fondamentales des quatre premiers congr&#232;s de l'Internationale communiste sur le caract&#232;re pourrissant du capitalisme, sur l'in&#233;vitabilit&#233; de la d&#233;composition de la d&#233;mocratie bourgeoise, sur l'impasse du r&#233;formisme, sur la n&#233;cessit&#233; de la lutte r&#233;volutionnaire pour la dictature du prol&#233;tariat, ont trouv&#233; dans les &#233;v&#233;nements d'Allemagne une confirmation in&#233;branlable. Mais leur justesse a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;e par l'absurde, non par la victoire, mais par la catastrophe. Si, malgr&#233; bient&#244;t quinze ans d'existence de l'I.C., la social-d&#233;mocratie a &#233;t&#233; capable de r&#233;ussir &#224; mener la politique du &#171; moindre mal &#187; jusqu'au r&#233;sultat final, c'est &#224; dire jusqu'au plus grand mal qu'on puisse concevoir dans l'histoire actuelle, il faut en chercher la cause dans le fait que le communisme des &#233;pigones s'est montr&#233; incapable de remplir sa mission historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1923, presque sans arr&#234;t, l'I.C. a progress&#233; dans tous les pays, affaiblissant et &#233;vin&#231;ant la social d&#233;mocratie. Dans les dix derni&#232;res ann&#233;es, non seulement elle n'a pas fait de conqu&#234;tes quantitatives, mais elle a subi une profonde d&#233;g&#233;n&#233;rescence qualitative. Le naufrage du parti communiste officiel en Allemagne est l'aboutissement fatal de la &#171; ligne g&#233;n&#233;rale &#187; qui passa par les aventures de Bulgarie et d'Esthonie [5], par la th&#233;orie et la pratique du &#171; socialisme dans un seul pays &#187; [6], par la capitulation honteuse devant le Kuomintang en Chine [7] et par la non moins honteuse capitulation devant la bureaucratie trade unioniste en Angleterre [8], par l'aventure de Canton [9], par les convulsions de la &#171; troisi&#232;me p&#233;riode &#187; [10], par la scission avec les syndicats de masse, par la th&#233;orie et la pratique du &#171; social fascisme &#187;, par la politique de la &#171; lib&#233;ration nationale &#187; ou de la &#171; r&#233;volution populaire &#187; [11], par le refus du front unique [12], par le bannissement et la pers&#233;cution de l'Opposition de gauche, enfin par le complet &#233;touffement de l'ind&#233;pendance de l'avant garde prol&#233;tarienne et par la substitution au centralisme d&#233;mocratique de la toute puissance d'un appareil sans principes et obtus [13].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essence du bureaucratisme r&#233;side dans la m&#233;fiance vis &#224; vis des masses et dans la tendance &#224; remplacer leur activit&#233; r&#233;volutionnaire consciente par des combinaisons de sommets ou par de simples ordres. En Allemagne, comme dans les autres pays, la bureaucratie stalinienne n'a cess&#233; de lancer des ultimatums &#224; la classe ouvri&#232;re. Elle lui a fix&#233; d'en haut des dates pour les gr&#232;ves ou pour la &#171; conqu&#234;te de la rue &#187;, elle lui a fix&#233; arbitrairement des &#171; journ&#233;es rouges &#187; ou des &#171; mois rouges &#187; [14]. Elle lui a intim&#233; d'accepter sans critique tous ses mots d'ordre et tous ses zigzags ; elle a exig&#233; que le prol&#233;tariat reconnaisse d'avance et sans r&#233;plique sa direction dans le front unique, et c'est sur cet ultimatum monstrueux qu'elle a bas&#233; sa lutte, fausse d'un bout &#224; l'autre, et impuissante devant le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les erreurs sont in&#233;vitables dans la lutte du prol&#233;tariat. C'est &#224; partir de leurs propres erreurs que les partis s'instruisent, s&#233;lectionnent leurs cadres et &#233;duquent leurs dirigeants. Mais, dans l'I.C. actuelle, il ne s'agit pas d'erreurs. mais de l'ensemble d'un syst&#232;me erron&#233; qui rend impossible une politique juste. Les repr&#233;sentants de ce syst&#232;me sont de larges couches bureaucratiques, arm&#233;es d'&#233;normes moyens mat&#233;riels et techniques, ind&#233;pendantes de fait des masses, et qui m&#232;nent une lutte acharn&#233;e pour leur propre conservation au prix de la d&#233;sorganisation de l'avant garde prol&#233;tarienne et de son affaiblissement face &#224; l'ennemi de classe. Telle est l'essence du stalinisme dans le mouvement ouvrier mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des derni&#232;res ann&#233;es, l'Opposition de gauche (bolcheviks l&#233;ninistes) a suivi pas &#224; pas, devant le monde entier, toutes les &#233;tapes de la mont&#233;e du flot fasciste, et trac&#233; une politique de v&#233;ritable r&#233;alisme r&#233;volutionnaire. D&#233;j&#224; &#224; l'automne 1929, c'est&#172;&#224; dire il y a trois ans et demi, au commencement m&#234;me de la crise mondiale, l'Opposition de gauche &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De m&#234;me qu'il est arriv&#233; plus d'une fois que, du conflit entre le lib&#233;ralisme et la monarchie, se d&#233;veloppe une situation r&#233;volutionnaire qui devait, par la suite, d&#233;border les deux adversaires, de m&#234;me, du conflit entre la social d&#233;mocratie et le fascisme deux fond&#233;s de pouvoir antagonistes de la bourgeoisie peut se d&#233;velopper une situation r&#233;volutionnaire qui, par la suite, les d&#233;passera tous les deux. Que vaudrait un r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien qui, dans une &#233;poque de r&#233;volution bourgeoise, ne saurait appr&#233;cier ni comprendre le conflit entre les lib&#233;raux et la monarchie et qui, au lieu d'exploiter ce conflit dans un sens r&#233;volutionnaire, mettrait les antagonistes dans le m&#234;me sac ? Que vaut le communiste qui, plac&#233; en face du conflit entre le fascisme et la social d&#233;mocratie, les recouvre tout simplement sous la m&#234;me formule de social fascisme, vide de tout contenu ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait b&#226;tir une politique de front unique sur cette perspective strat&#233;gique g&#233;n&#233;rale. Pas &#224; pas, au cours de ces trois derni&#232;res ann&#233;es, l'Opposition de gauche a suivi le d&#233;veloppement de la crise politique en Allemagne. Dans ses publications p&#233;riodiques et dans une s&#233;rie de brochures, elle a soumis &#224; l'analyse tous les stades de la lutte, d&#233;voil&#233; le caract&#232;re ultimatiste de la formule &#171; &#224; la base seulement &#187; et, l&#224; o&#249; elle l'a pu, pris sur elle l'initiative de comit&#233;s unis de d&#233;fense, soutenu l'initiative des travailleurs dans ce sens, et inlassablement exig&#233; l'extension &#224; tout le pays de ces initiatives. Si le P.C. s'&#233;tait engag&#233; r&#233;solument sur cette voie, la bureaucratie r&#233;formiste se serait montr&#233;e impuissante &#224; contenir la pression des ouvriers vers le front unique. Se heurtant &#224; chaque pas &#224; une barri&#232;re, le fascisme se serait ouvert &#224; toutes ses coutures. Les organes de d&#233;fense locaux se seraient affermis de fa&#231;on irr&#233;sistible, se transformant en fait en conseils ouvriers. Marchant sur cette voie, le prol&#233;tariat allemand aurait &#224; coup s&#251;r jet&#233; le fascisme &#224; terre, et, d'un dernier coup, aurait balay&#233; l'oligarchie dirigeante. L'ensemble de la situation posait les bases de la victoire du prol&#233;tariat allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la bureaucratie stalinienne s'est engag&#233;e dans la voie du sabotage inconscient, mais d'autant plus effectif, de la r&#233;volution. Elle interdisait strictement les accords des communistes avec des organisations social&#172;-d&#233;mocrates, d&#233;truisait les organes de d&#233;fense communs cr&#233;&#233;s par les ouvriers, et, sous le nom de &#171; contre-r&#233;volutionnaires &#187;, excluait de ses rangs tous les d&#233;fenseurs d'une juste politique r&#233;volutionnaire. On dirait qu'une telle fa&#231;on d'agir fut sp&#233;cialement adopt&#233;e pour isoler les communistes, pour resserrer les rangs entre les ouvriers social d&#233;mocrates et leurs chefs, semer le trouble et la d&#233;composition dans les rangs du prol&#233;tariat et pr&#233;parer l'ascension sans obstacle des fascistes au pouvoir. Les r&#233;sultats sont l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 mars, quand le sort du prol&#233;tariat allemand &#233;tait d&#233;j&#224; d&#233;cid&#233;, le C.E. de l'I.C. s'est proclam&#233; non seulement pr&#234;t &#224; faire le front unique au sommet &#224; l'&#233;chelle nationale, il est vrai, pas internationale mais encore &#224; consentir, pour apaiser la bureaucratie r&#233;formiste, &#224; renoncer &#224; la critique mutuelle pendant la p&#233;riode du front unique. Un saut, d'une brusquerie incroyable, de la pr&#233;somption ultimatiste &#224; la conciliation sans caract&#232;re ! Ayant &#233;touff&#233; la critique &#224; l'int&#233;rieur de son propre parti, la bureaucratie stalinienne a &#233;videmment perdu la compr&#233;hension du r&#244;le de la critique dans la lutte politique. La critique r&#233;volutionnaire d&#233;termine l'attitude de l'avant garde prol&#233;tarienne, c'est &#224;-&#172;dire de la partie la plus critique de la soci&#233;t&#233; contemporaine vis &#224; vis de tous les &#233;v&#233;nements et programmes, toutes les classes, partis et groupes. Un v&#233;ritable parti communiste ne peut, ne f&#251;t ce qu'un jour, renoncer &#224; la critique, pas plus qu'un organisme vivant &#224; respirer. La politique du front unique n'exclut en aucun cas la critique mutuelle, au contraire, elle l'exige. Seuls deux appareils bureaucratiques, dont l'un est charg&#233; de trahisons et l'autre d'une cha&#238;ne d'erreurs n&#233;fastes, peuvent &#234;tre int&#233;ress&#233;s &#224; la suppression de la critique mutuelle, en transformant ainsi le front unique en un complot silencieux contre les masses dont l'objectif est leur propre conservation. Nous, bolcheviks l&#233;ninistes, d&#233;clarons que, jamais, et dans aucune condition, nous ne participerons &#224; un tel complot : au contraire, nous le d&#233;noncerons implacablement devant les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps qu'elle consent &#224; renoncer &#224; la critique, la bureaucratie stalinienne s'empare de la r&#233;pugnante attitude de Wels, Leipart [15] et Cie rampant devant Hitler, pour ressusciter la th&#233;orie du social fascisme. Cette th&#233;orie est aujourd'hui aussi fausse qu'hier. Ceux qui &#233;taient encore r&#233;cemment les ma&#238;tres de l'Allemagne, tomb&#233;s sous la botte du fascisme, l&#232;chent cette botte pour m&#233;riter l'indulgence des fascistes : c'est tout &#224; fait conforme &#224; la m&#233;prisable nature de la bureaucratie r&#233;formiste. Mais cela ne signifie pas du tout que, pour les r&#233;formistes, il n'y ait pas de diff&#233;rence entre la d&#233;mocratie et la botte fasciste, ni que la masse social d&#233;mocrate soit incapable de lutter contre le fascisme si, au moment opportun, on lui ouvre une issue dans l'ar&#232;ne du combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du fascisme s'appuie sur la d&#233;magogie, le mensonge, la calomnie. La politique r&#233;volutionnaire ne peut se b&#226;tir que sur la v&#233;rit&#233;. C'est pourquoi nous sommes oblig&#233;s de condamner fermement le bureau d'organisation en vue de la convocation du pr&#233;sent congr&#232;s, qui, dans son appel, a donn&#233; un tableau faussement optimiste de la situation en Allemagne, y parlant du &#171; puissant d&#233;veloppement de la lutte antifasciste &#187;. En r&#233;alit&#233;, pour le moment, les ouvriers allemands reculent sans combattre et en complet d&#233;sordre. Tel est le fait amer qu'on ne peut masquer par des mots. Pour se redresser, se regrouper et r&#233;cup&#233;rer ses forces, le prol&#233;tariat, repr&#233;sent&#233; par son avant garde, doit bien comprendre ce qui s'est pass&#233;. A bas les illusions ! Ce sont pr&#233;cis&#233;ment les illusions qui ont conduit &#224; la catastrophe. Il faut dire clairement, honn&#234;tement, ouvertement, ce qui est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation en Allemagne est profond&#233;ment tragique. Le bourreau n'a fait que commencer son travail. Les victimes seront innombrables. Des centaines et des milliers d'ouvriers du parti communiste sont emprisonn&#233;s. De rudes &#233;preuves attendent ceux qui restent fid&#232;les &#224; leur drapeau. Tous les ouvriers honn&#234;tes du monde entier accordent leur enti&#232;re sympathie aux victimes du bourreau fasciste. Mais ce serait le comble de l'hypocrisie que d'exiger le silence sur la politique funeste du stalinisme sous pr&#233;texte que ses repr&#233;sentants allemands en sont devenus aussi les victimes. Les grands probl&#232;mes historiques ne se r&#233;solvent pas par le sentimentalisme. Se conformer au but, c'est la loi supr&#234;me de la lutte. Seule l'explication marxiste de tout ce qui s'est pass&#233; peut rendre &#224; l'avant garde prol&#233;tarienne sa confiance en elle-m&#234;me. Il ne suffit pas d'exprimer sa sympathie aux victimes, il faut devenir plus forts, pour renverser et &#233;touffer le bourreau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme allemand suit servilement l'exemple italien. Cela ne signifie cependant pas que le pouvoir soit assur&#233; &#224; Hitler pour un grand nombre d'ann&#233;es, comme il l'a &#233;t&#233; &#224; Mussolini. L'Allemagne fasciste commence son histoire dans les conditions d'une d&#233;composition avanc&#233;e du capitalisme, d'une mis&#232;re des masses sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire moderne, et d'une tension mena&#231;ante des rapports internationaux. Le d&#233;nouement peut arriver beaucoup plus t&#244;t que ne le pensent les ma&#238;tres du jour. Cependant il ne viendra pas de lui-m&#234;me, il lui faudra un choc r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse social d&#233;mocrate fonde de grands espoirs sur l'existence de fissures dans le bloc gouvernemental en Allemagne. C'est sur la m&#234;me voie que marche la Pravda de Moscou, qui niait hier encore les antagonismes entre fascisme et social d&#233;mocratie et compte aujourd'hui sur les antagonismes entre Hitler et Hugenberg [16]. Les contradictions &#224; l'int&#233;rieur du camp dirigeant sont ind&#233;niables. Mais, en elle-m&#234;me, elles sont impuissantes &#224; arr&#234;ter le d&#233;veloppement victorieux de la dictature fasciste, d&#233;termin&#233; par l'ensemble de la situation du capitalisme allemand. Il ne faut pas attendre de miracles. Seul le prol&#233;tariat peut en finir avec le fascisme. Pour lui donner une issue sur la grande voie de l'Histoire, il faut un tournant d&#233;cisif dans la direction r&#233;volutionnaire. Il faut revenir &#224; la politique de Marx et de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, bolcheviks l&#233;ninistes, nous ne venons pas &#224; ce congr&#232;s pour entretenir des illusions ni pour sauver des r&#233;putations imm&#233;rit&#233;es. Notre but, c'est de d&#233;blayer le chemin pour l'avenir. Nous ne doutons &#233;videmment pas que des dizaines et peut-&#234;tre m&#234;me des centaines de milliers d'ouvriers sinc&#232;rement pr&#234;ts &#224; la lutte seront repr&#233;sent&#233;s au congr&#232;s. Nous sommes &#233;galement pr&#234;ts &#224; croire que les d&#233;l&#233;gu&#233;s, dans leur majorit&#233;, seront sinc&#232;rement dispos&#233;s &#224; tout faire pour briser le fascisme. N&#233;anmoins le congres lui m&#234;me, tel qu'il est con&#231;u et convoqu&#233;, ne peut pas c'est notre conviction profonde avoir une signification r&#233;volutionnaire s&#233;rieuse. Le fascisme est un ennemi redoutable. Pour lutter contre lui, il faut les masses compactes de millions et de dizaines de millions d'ouvriers, bien organis&#233;s et bien dirig&#233;s : il faut des bases solides dans les entreprises et dans les syndicats, il faut la confiance des masses dans une direction &#233;prouv&#233;e dans l'exp&#233;rience, au combat. Le probl&#232;me ne se r&#233;soud pas par des s&#233;ances solennelles et des discours &#224; effet. Le congr&#232;s, improvis&#233; dans la h&#226;te, repr&#233;sente des groupes isol&#233;s, sans liens entre eux, qui, apr&#232;s le congr&#232;s, seront aussi isol&#233;s qu'avant des millions de prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnalit&#233;s &#171; isol&#233;es &#187; des milieux intellectuels bourgeois coloreront le congr&#232;s antifasciste comme elles ont color&#233; le congr&#232;s d'Amsterdam. Ce n'est pas une couleur stable. Les ouvriers avanc&#233;s, c'est vrai, appr&#233;cient beaucoup la sympathie qu'&#233;prouvent pour leur cause les meilleurs repr&#233;sentants de la science, de la litt&#233;rature et de l'art. Mais il ne s'en suit nullement que les savants ou les artistes avanc&#233;s puissent remplacer les organisateurs de masse ou prendre la direction du prol&#233;tariat. Et pourtant ce congr&#232;s pr&#233;tend &#224; la direction ! Ceux des repr&#233;sentants des intellectuels bourgeois qui d&#233;sirent vraiment participer &#224; la lutte r&#233;volutionnaire doivent commencer par d&#233;finir clairement leur programme et par se lier &#224; une organisation ouvri&#232;re. Autrement dit, pour avoir le droit de voter au congr&#232;s du prol&#233;tariat en lutte, les personnalit&#233;s &#171; isol&#233;es &#187; doivent cesser d'&#234;tre des isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni la r&#233;action contre la guerre, ni la marche contre le fascisme ne repr&#233;sentent un quelconque art sp&#233;cial qui serait situ&#233; hors de la lutte g&#233;n&#233;rale du prol&#233;tariat. L'organisation qui n'est pas capable d'examiner la situation avec pr&#233;cision, de mener les combats quotidiens d&#233;fensifs et offensifs, de rassembler autour d'elle les masses les plus larges, d'assurer l'unit&#233; des actions d&#233;fensives avec les ouvriers r&#233;formistes, tout en les d&#233;barrassant des pr&#233;jug&#233;s du r&#233;formisme une telle organisation fera in&#233;vitablement naufrage aussi bien face &#224; la guerre que face au fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le congr&#232;s d'Amsterdam a d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; son inconsistance lors de l'attaque des bandits japonais contre la Chine [17]. M&#234;me dans le domaine de l'agitation, l'alliance de la bureaucratie stalinienne avec des personnalit&#233;s pacifistes isol&#233;es n'a rien donn&#233; de s&#233;rieux. Il faut le dire ouvertement : le congr&#232;s antifasciste, plut&#244;t un meeting de hasard par sa composition internationale, est appel&#233; &#224; faire un simulacre d'action, l&#224; o&#249; c'est pr&#233;cis&#233;ment l'action qui fait d&#233;faut. Si, conform&#233;ment aux intentions de ses organisateurs, ce congr&#232;s se contente d'un appel vide, il risque d'&#234;tre dans l'histoire de la lutte contre le fascisme, non pas un z&#233;ro, mais une quantit&#233; n&#233;gative, car le crime le plus grave, dans les conditions actuelles, est d'induire les ouvriers en erreur sur leurs forces r&#233;elles et sur les v&#233;ritables m&#233;thodes de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le congr&#232;s de lutte contre le fascisme ne pourrait jouer un r&#244;le positif qu'&#224; une seule condition : s'il secouait l'hypnose de son r&#233;gisseur bureaucratique en coulisses et mettait &#224; son ordre du jour une discussion libre sur les causes de la victoire du fascisme allemand, sur la responsabilit&#233; des organisations prol&#233;tariennes dirigeantes et sur un v&#233;ritable programme de lutte r&#233;volutionnaire. C'est dans cette voie, et dans cette voie seulement, que le congr&#232;s serait un facteur de renaissance r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plate forme de l'Opposition de gauche internationale est la seule &#224; donner des directives justes pour la lutte contre le fascisme. Comme mesures les plus imm&#233;diates et les plus urgentes, nous, bolcheviks-&#172;l&#233;ninistes, proposons ce qui suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Accepter imm&#233;diatement les propositions de la II&#186; Internationale pour un accord &#224; l'&#233;chelle internationale, cet accord n'excluant pas, mais exigeant, que soient concr&#233;tis&#233;s pour chaque pays les mots d'ordre et les m&#233;thodes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Condamner sur le plan des principes la formule du front unique &#034; &#224; la base seulement &#034; qui signifie le refus du front unique en g&#233;n&#233;ral ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Rejeter et condamner la th&#233;orie du social fascisme ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	Ne renoncer en aucun cas et dans aucune condition au droit de critiquer l'alli&#233; provisoire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	R&#233;tablir la libert&#233; de critique &#224; l'int&#233;rieur des partis communistes et de toutes les organisations qu'ils contr&#244;lent, y compris le congr&#232;s antifasciste ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	Renoncer &#224; la pratique des organisations syndicales communistes ind&#233;pendantes ; participer de fa&#231;on active aux syndicats de masse ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7.	Renoncer &#224; la concurrence indigne avec le fascisme sous les mots d'ordre de &#034; lib&#233;ration nationale &#034; et de &#034; r&#233;volution populaire &#034; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8.	Renoncer &#224; la th&#233;orie du socialisme dans un seul pays qui nourrit les tendances du nationalisme petit bourgeois et affaiblit la classe ouvri&#232;re dans sa lutte contre le fascisme ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9.	Mobiliser le prol&#233;tariat europ&#233;en contre le chauvinisme versaillais et anti versaillais sous le drapeau des &#201;tats Unis sovi&#233;tiques d'Europe ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10.	Pr&#233;parer par une discussion amicale, ouverte et honn&#234;te, et convoquer, dans le d&#233;lai d'un mois, un congr&#232;s extraordinaire de chaque section de l'I.C. pour examiner l'exp&#233;rience de la lutte contre la contre-r&#233;volution et &#233;laborer un programme d'action pour l'avenir ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11.	Convoquer dans un d&#233;lai de deux mois un congr&#232;s de l'I.C. d&#233;mocratiquement pr&#233;par&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12.	R&#233;int&#233;grer l'Opposition de gauche dans l'I.C., ses sections, et toutes les organisations qu'elle contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pourparlers entre la II&#176; et la III&#176; Internationale, il faut les entreprendre en mettant au premier plan la question de l'Autriche. Tout est encore loin d'&#234;tre perdu dans ce pays. En s'engageant tout de suite sur la voie de la d&#233;fense active, le prol&#233;tariat autrichien, soutenu par celui de tous les pays d'Europe, pourrait, en d&#233;veloppant son offensive de fa&#231;on cons&#233;quente et courageuse, arracher le pouvoir des mains de ses ennemis [18] : le rapport des forces &#224; l'int&#233;rieur garantit sa victoire. L'Autriche rouge deviendrait tout de suite un point d'appui pour les ouvriers allemands. Toute la situation se modifierait brutalement au profit de la r&#233;volution. Le prol&#233;tariat d'Europe sentirait qu'il repr&#233;sente une force invincible. Et il ne lui manque que cette conscience pour &#233;craser tous ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'U.R.S.S. qui occupe la position centrale dans la lutte contre la contre r&#233;volution mondiale. Dans ce domaine, moins que dans tout autre, nous, bolcheviks l&#233;ninistes, nous n'admettons pas la politique de l'optimisme officiel. Pour la bureaucratie stalinienne, tout va toujours bien, cinq minutes avant la catastrophe. Il en fut ainsi en Allemagne, et c'est la m&#234;me m&#233;thode que l'on applique en Union sovi&#233;tique. Cependant la situation, dans le premier &#233;tat ouvrier, n'a jamais &#233;t&#233; aussi tendue qu'aujourd'hui. La politique fonci&#232;rement mensong&#232;re de la bureaucratie incontr&#244;l&#233;e a impos&#233; au pays des privations insupportables, a dress&#233; la paysannerie contre le prol&#233;tariat, a sem&#233; le m&#233;contentement au sein des masses ouvri&#232;res, a li&#233; le parti pieds et poings, a affaibli les fondements et les points d'appui de la dictature. La r&#233;volution d'Octobre n'a pas besoin d'&#171; amis &#187; qui chantent des hymnes faux et qui r&#233;p&#232;tent en ch&#339;ur chaque mot de la bureaucratie dirigeante. La r&#233;volution d'Octobre a besoin d&#233; militants qui disent la v&#233;rit&#233;, m&#234;me si elle est dure, mais qui, par contre, conservent &#224; l'approche du danger une fid&#233;lit&#233; in&#233;branlable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant tout le prol&#233;tariat mondial, nous lan&#231;ons le signal d'alarme : la patrie sovi&#233;tique est en danger ! Seule une r&#233;forme politique fondamentale peut la sauver. Le programme d'une telle r&#233;forme, c'est le programme de l'Opposition de gauche en U.R.S.S. Des milliers de ses meilleurs combattants, &#224; leur t&#234;te C.G. Rakovsky, emplissent actuellement les prisons et les lieux de d&#233;portation d'Union sovi&#233;tique. De la tribune de ce congr&#232;s, nous envoyons notre salut fraternel &#224; nos vaillants partisans. Leur nombre augmente. Aucune pers&#233;cution n'&#233;branlera leur courage. Dans les jours difficiles qui viennent, la dictature du prol&#233;tariat trouvera en eux, non seulement des conseillers perspicaces, mais aussi des soldats d&#233;vou&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement du mouvement ouvrier mondial, et avant tout europ&#233;en, est arriv&#233; &#224; un moment d&#233;cisif. Le parti communiste allemand est bris&#233;. Songer &#224; le r&#233;tablir sur ses anciennes bases et sous son ancienne direction constitue une utopie sans espoir. Il est des d&#233;faites qui ne peuvent &#234;tre pardonn&#233;es. Le parti du communisme allemand s'&#233;difiera maintenant sur des bases nouvelles. Seuls pourront prendre place parmi ses constructeurs les &#233;l&#233;ments de l'ancien parti qui se lib&#232;reront de l'h&#233;ritage du stalinisme. La continuit&#233; d'organisation sera t elle pr&#233;serv&#233;e dans les autres sections de l'I.C. et dans l'I.C. dans son ensemble ? Sur ce point, l'histoire, apparemment, n'a pas encore rendu d&#233;finitivement son verdict. Il n'y a que ceci qui soit &#233;vident : il reste tr&#232;s peu de temps pour corriger de monstrueuses erreurs. Si ce temps l&#224; devait &#234;tre perdu, l'Internationale communiste entrerait dans l'Histoire avec un commencement l&#233;niniste glorieux et une fin stalinienne inf&#226;mante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, bolcheviks l&#233;ninistes, nous proposons de prendre l'exp&#233;rience de l'&#233;croulement du communisme allemand comme point de d&#233;part pour la renaissance de toutes les autres sections. Nous sommes pr&#234;ts &#224; y consacrer toutes nos forces. Au nom de cette t&#226;che, nous tendons la main &#224; nos adversaires d'hier les plus acharn&#233;s. Il est inutile de dire que, dans la bataille contre le fascisme, dans la d&#233;fense comme dans l'attaque, les bolcheviks-l&#233;ninistes occuperont leurs postes de combat dans les rangs communs, comme ils les ont occup&#233;s, partout et toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le drapeau de Marx et L&#233;nine, pour la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale, en avant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Paul von HINDENBURG (1837 1934), feld marschall et ancien commandant en chef de l'arm&#233;e imp&#233;riale allemande, avait jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans la r&#233;pression de la r&#233;volution des conseils d'ouvriers et de soldats en 1918 19. Elu pr&#233;sident de la R&#233;publique en 1925, comme candidat de la droite, r&#233;&#233;lu en 1932, avec le soutien, au second tour, du parti social d&#233;mocrate, contre Hitler, il avait appel&#233; Hitler &#224; la chancellerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Marqu&#233; d&#232;s sa naissance par un profond sectarisme, le P.C. autrichien n'avait jamais pu acqu&#233;rir d'influence r&#233;elle, et la classe ouvri&#232;re &#233;tait tout enti&#232;re derri&#232;re le parti social d&#233;mocrate dont Trotsky pensait que sa politique &#171; l&#233;galiste &#187; et opportuniste ouvrait la voie au fascisme en Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le 23 mars 1933, la fraction parlementaire du parti social d&#233;mocrate avait vot&#233; contre le gouvernement de Hitler. Mais aussit&#244;t apr&#232;s, ses dirigeants essay&#232;rent de d&#233;montrer au gouvernement leur volont&#233; de respecter la l&#233;galit&#233; nouvelle ; les r&#233;sistances &#224; cette ligne furent s&#233;v&#232;rement ch&#224;ti&#233;es. C'est ainsi que la direction des jeunesses de Berlin, pour avoir pris des mesures afin de faire passer l'organisation dans l'ill&#233;galit&#233;, fut r&#233;voqu&#233;e, et que le d&#233;l&#233;gu&#233; du parti alla jusqu'&#224; menacer ses membres qui refusaient de restituer l'argent engag&#233; dans l'op&#233;ration, de d&#233;noncer publiquement les coupables ainsi que le motif de leur exclusion. L'&#233;puration qui suivit visait &#224; intimider les militants dont les initiatives pouvaient compromettre les efforts de conciliation avec le nouveau r&#233;gime (R. Black, Fascism in Germany, t. II, pp. 1020-&#172;21). Les dirigeants social d&#233;mocrates des syndicats avaient pris la m&#234;me attitude. Le 25 mars, Leipart avait assur&#233; &#224; Hitler que &#171; les syndicats ne chercheraient pas &#224; influencer dans l'imm&#233;diat la politique de l'Etat &#187;, et qu'ils proposaient de mettre &#224; son service et &#224; celui du ... parlement leurs connaissances et leur exp&#233;rience en mati&#232;re &#233;conomique et sociale ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] La victoire sans combat des bandes hitl&#233;riennes avait provoqu&#233; &#224; la base de tous les partis social d&#233;mocrates une vague d'indignation. Les dirigeants de ces partis se gardaient bien, hors d'Allemagne, de para&#238;tre solidaires de leurs coll&#232;gues allemands et multipliaient des d&#233;clarations les critiquant d'un point de vue de &#171; gauche &#187;. On peut cependant penser que quelques uns de ces n&#233;ophytes &#233;taient sinc&#232;res, comme devait le d&#233;montrer, par exemple l'&#233;volution ult&#233;rieure du dirigeant espagnol Largo Caballero.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Allusion &#224; des tentatives d'insurrection communistes aux allures de putsch d&#233;clench&#233;es en septembre 1923 en Bulgarie et en d&#233;cembre 1924 en Esthonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] C'est en 1926 qu'&#224; la suite de Staline, la direction de l'I.C. avait commenc&#233; &#224; d&#233;velopper l'id&#233;e, jusque l&#224; &#233;trang&#232;re au bolchevisme, suivant laquelle il &#233;tait possible de construire le socialisme dans un seul pays, en l'occurrence en Russie. Trotsky estimait que cette affirmation, totalement erron&#233;e, ne servait qu'&#224; justifier l'am&#233;nagement d'une coexistence pacifique avec le monde capitaliste, souhait&#233;e par la bureaucratie stalinienne au pouvoir en U.R.S.S., et &#224;subordonner les P.C. aux int&#233;r&#234;ts de la diplomatie sovi&#233;tique et de ses alliances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Le P.C. chinois &#233;tait entr&#233; en 1923 dans le parti nationaliste Kuomintang et &#233;tait rest&#233; soumis &#224; sa discipline pendant les ann&#233;es d&#233;cisives de la deuxi&#232;me r&#233;volution chinoise. L'Opposition de gauche en Russie avait vainement r&#233;clam&#233; que le P.C. Chinois reprenne son ind&#233;pendance et combatte les projets de coup d'Etat de l'arm&#233;e du Kuomintang et de son chef Chang Kai chek, lesquels, comme on sait, avaient finalement abouti au massacre des militants ouvriers de Shangha&#239; en avril 1927.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Allusion &#224; l'existence, de 1924 &#224; 1928, du &#171; Coriiit&#233; syndical anglo russe &#187; qui donnait aux dirigeants syndicaux britanniques la caution des syndicats russes dans une p&#233;riode marqu&#233;e par ce que Trotsky consid&#233;rait pr&#233;cis&#233;ment comme le sabotage par eux de la lutte de classes en Grande Bretagne, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de mai 1926 et la gr&#232;ve des mineurs. Voir &#224; ce sujet l'&#233;tude de Daniel F. CALHOUN, The United Front. The TUC and the Russians, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Allusion au soul&#232;vement organis&#233; pr&#233;cipitamment dans le port de Canton par des &#233;missaires de l'I.C. &#224; des fins de &#171; propagande interne &#187; et pour laver la direction stalinienne des accusations d'opportunisme. Le soul&#232;vement, parfois appel&#233; &#171; Commune de Canton &#187;, &#233;clata le 11 mars 1927 et fut liquid&#233; le 14, ouvrant une p&#233;riode de r&#233;pression sanglante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Trotsky appelle &#171; troisi&#232;me p&#233;riode d'erreurs de l'Internationale communiste &#187; la p&#233;riode de politique ultra gauchiste qui commence en 1928.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Allusion aux th&#232;mes utilis&#233;s par le K.P.D. en Allemagne durant la p&#233;riode de la mont&#233;e du nazisme : la social d&#233;mocratie &#233;tait qualifi&#233;e de &#171; social fasciste &#187;, et les communistes proclamaient que, comme les nazis, ils avaient pour objectif la &#171; r&#233;volution populaire &#187; et la &#171; lib&#233;ration nationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] La politique de l'I.C. avait consist&#233; &#224; pr&#233;coniser le &#171; front unique &#224; la base &#187; avec les ouvriers socialistes contre leurs chefs, ce qui &#233;quivalait &#224; un refus du front unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Trotsky fait ici allusion non seulement aux pers&#233;cutions qui avaient frapp&#233; en U.R.S.S. dirigeants et partisans de l'Opposition de gauche, exclus, emprisonnes ou exil&#233;s, mais &#224; la chasse aux militants qui faisaient &#233;cho &#224; ses id&#233;es dans tous les P.C. du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Trotsky fait allusion notamment &#224; la &#171; journ&#233;e rouge &#187; du 29 ao&#251;t 1929 o&#249; tous les P.C. s'&#233;taient vus assigner la &#171; conqu&#234;te de la rue &#187; et qui se termina, l&#224; o&#249; elle fut organis&#233;e, par une r&#233;pression s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Theodor LEIPART (1867-1947), dirigeant des ouvriers syndiqu&#233;s du bois, puis vice-pr&#233;sident des syndicats allemands, avait succ&#233;d&#233; &#224; Legien &#224; leur t&#234;te en 1920. Il cherchait d&#233;sesp&#233;r&#233;ment un accord qui permettrait &#224; son organisation de survivre dans les conditions de la dictature hitl&#233;rienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Alfred HUGENBERG (1865 1951), ancien directeur des usines Krupp, se lan&#231;a en 1919 dans l'action politique en fondant le Deutschnationale Volkspartei, parti conservateur de droite, et construisit un empire de presse. Il &#233;tait le ministre de l'&#233;conomie dans le premier gouvernement de Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Le 18 septembre 1931, une patrouille japonaise ayant d&#233;couvert un &#171; sabotage &#187; de la voie ferr&#233;e pr&#232;s de Moukden, les chefs militaires japonais accus&#232;rent les Chinois de l'avoir organis&#233;. L'incident fournit pr&#233;texte &#224; l'occupation de la Mandchourie par l'arm&#233;e japonaise et &#224; la proclamation de son &#171; ind&#233;pendance &#187; sous le nom de Manchukuo. La S.D.N. avait constitu&#233; une commission qui conclut &#224; l'agression nipponne et en resta l&#224;. Le congr&#232;s d'Amsterdam s'&#233;tait content&#233; d'une d&#233;claration pacifiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Le gouvernement autrichien du chancelier Dollfuss s'orientait vers une forme fascisante de l'Etat, mais les forces ouvri&#232;res &#233;taient encore intactes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule fois o&#249; ces congr&#232;s d'intellectuels antifascistes ont servi &#224; quelque chose :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7463&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7463&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une triste fin de l'antiscisme stalinien : l'alliance Hitler-Staline...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4721&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4721&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>LE MOUVEMENT DU 10 SEPTEMBRE N'A PAS ENCORE COMMENC&#201; QUE LA TRAHISON S'ORGANISE D&#201;J&#192;</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article9283</link>
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		<dc:date>2025-09-02T22:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex, Karob</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
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		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

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&lt;p&gt;LE MOUVEMENT DU 10 SEPTEMBRE N'A PAS ENCORE COMMENC&#201; QUE LA TRAHISON S'ORGANISE D&#201;J&#192; ========================================================================== &lt;br class='autobr' /&gt;
L'alliance contre-r&#233;volutionnaire face &#224; la col&#232;re populaire Face &#224; l'annonce du plan d'aust&#233;rit&#233; de Bayrou &#8212; &#171; 43,8 milliards d'&#233;conomies &#187; selon les termes officiels &#8212;, deux r&#233;actions diam&#233;tralement oppos&#233;es se dessinent. D'un c&#244;t&#233;, la col&#232;re populaire qui s'exprime spontan&#233;ment &#224; travers l'appel &#171; On bloque tout le 10 septembre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;16- EDITORIAUX DE &#034;LA VOIX DES TRAVAILLEURS&#034; - &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalism - le syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot278" rel="tag"&gt;Lutte de classes - Class struggle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LE MOUVEMENT DU 10 SEPTEMBRE N'A PAS ENCORE COMMENC&#201; QUE LA TRAHISON S'ORGANISE D&#201;J&#192;&lt;br class='autobr' /&gt;
==========================================================================&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alliance contre-r&#233;volutionnaire face &#224; la col&#232;re populaire&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'annonce du plan d'aust&#233;rit&#233; de Bayrou &#8212; &#171; 43,8 milliards d'&#233;conomies &#187; selon les termes officiels &#8212;, deux r&#233;actions diam&#233;tralement oppos&#233;es se dessinent. D'un c&#244;t&#233;, la col&#232;re populaire qui s'exprime spontan&#233;ment &#224; travers l'appel &#171; On bloque tout le 10 septembre &#187;, lanc&#233; quatre jours seulement apr&#232;s le discours gouvernemental. De l'autre, une coalition h&#233;t&#233;roclite mais unie dans ses objectifs contre-r&#233;volutionnaires qui se mobilise pour &#233;touffer dans l'&#339;uf cette nouvelle expression de la r&#233;volte des exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette coalition r&#233;v&#232;le un ph&#233;nom&#232;ne politique majeur : partis &#171; de gauche &#187;, syndicats &#171; ouvriers &#187;, organisations &#171; d'extr&#234;me gauche &#187;, TOUS CONVERGENT dans une strat&#233;gie commune de sabotage. Chacun avec ses m&#233;thodes particuli&#232;res &#8212; silence, calomnie, r&#233;cup&#233;ration, subordination &#8212;, mais tous au service du m&#234;me ma&#238;tre : l'appareil d'&#201;tat bourgeois dont ils constituent autant d'excroissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette convergence n'a rien d'accidentel. Elle r&#233;v&#232;le la nature de classe de ces organisations qui, quels que soient leurs discours de fa&#231;ade, fonctionnent comme des courroies de transmission de l'ordre capitaliste au sein m&#234;me du mouvement ouvrier. Face &#224; la perspective d'un nouveau soul&#232;vement populaire auto-organis&#233; &#233;chappant &#224; leur contr&#244;le, ces lieutenants ouvriers de la bourgeoisie r&#233;v&#232;lent leur v&#233;ritable visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s foudroyant de la p&#233;tition anti-Duplomb &#8212; plus de deux millions de signatures en quelques semaines &#8212; et l'&#233;cho imm&#233;diat rencontr&#233; par l'appel du 10 septembre t&#233;moignent d'une radicalisation souterraine des masses que ces appareils redoutent par-dessus tout. Car cette radicalisation se fait en dehors d'eux, contre eux, remettant en question leur monopole sur l'expression de la contestation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES M&#201;THODES DE LA CALOMNIE SYST&#201;MATIQUE : DIVISER POUR MIEUX R&#201;GNER&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;### La strat&#233;gie de diabolisation : &#171; extr&#234;me droite &#187;, &#171; complotisme &#187;, &#171; antis&#233;mitisme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gauches &#171; bourgeoises &#187; et leurs alli&#233;s opportunistes ont d&#233;velopp&#233; un arsenal rh&#233;torique parfaitement r&#244;d&#233; contre les Gilets jaunes. Cette machine &#224; calomnier fonctionne selon un m&#233;canisme simple mais efficace : coller syst&#233;matiquement aux Gilets jaunes les &#233;tiquettes de &#171; manipul&#233;s par l'extr&#234;me droite &#187;, de &#171; complotistes &#187;, d'&#171; antis&#233;mites &#187;, d'&#171; ennemis du mouvement ouvrier organis&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette strat&#233;gie ne vise qu'un objectif : couper les Gilets jaunes des travailleurs d'entreprise et maintenir ces derniers sous la coupe des bureaucraties syndicales. En pr&#233;sentant les Gilets jaunes comme un corps &#233;tranger au mouvement ouvrier, voire comme son ennemi, ces organisations justifient leur refus de soutenir toute mobilisation qui &#233;chappe &#224; leur contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple le plus frappant de cette m&#233;thode se trouve dans les &#233;crits de certaines organisations d'extr&#234;me gauche qui n'h&#233;sitent pas &#224; reprendre les poncifs de la bourgeoisie lib&#233;rale contre les classes populaires en lutte. Quand les exploit&#233;s osent se soulever sans demander la permission aux &#233;tats-majors officiels, ils deviennent automatiquement suspects d'arri&#233;ration politique, de manipulation ou de d&#233;rive r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LAURENT BRUN (CGT CHEMINOTS) ET LA TH&#201;ORIE DE LA &#171; JACQUERIE &#187; : ACCOMPAGNEMENT CONDESCENDANT ET DIABOLISATION DU MOUVEMENT&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'analyse de Laurent Brun (dirigeant CGT cheminots) m&#233;rite une attention particuli&#232;re car elle illustre parfaitement la sophistication de la trahison bureaucratique moderne. Dans un post Facebook, Brun d&#233;veloppe une argumentation en apparence nuanc&#233;e qui r&#233;v&#232;le en r&#233;alit&#233; toute la condescendance de l'aristocratie ouvri&#232;re envers les masses en mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### &#171; Une jacquerie &#187; : le m&#233;pris de classe d&#233;guis&#233; en analyse sociologique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brun qualifie le mouvement du 10 septembre de &#171; jacquerie &#187;, terme choisi avec soin pour disqualifier politiquement le mouvement tout en feignant l'objectivit&#233; analytique. En utilisant ce terme historique, Brun sugg&#232;re que le mouvement rel&#232;ve de la r&#233;volte primitive, irrationnelle, vou&#233;e &#224; l'&#233;chec par nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est &#233;vident que ce qui commence &#224; monter sur le 10 septembre ressemble &#224; une jacquerie, c'est-&#224;-dire un mouvement de col&#232;re quasi spontan&#233; &#187;, &#233;crit Brun. Cette formulation r&#233;v&#232;le le m&#233;pris de classe : pour la bureaucratie syndicale, un mouvement qui ne passe pas par ses canaux est automatiquement &#171; quasi spontan&#233; &#187;, donc inf&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brun poursuit : &#171; Ce n'est pas un signe de force du mouvement ouvrier, au contraire. &#187; Cette phrase r&#233;v&#232;le toute la perversit&#233; de l'argumentation : Brun dissocie artificiellement &#171; mouvement ouvrier &#187; et mouvement populaire auto-organis&#233;. Pour lui, le &#171; mouvement ouvrier &#187;, c'est la CGT et ses alli&#233;s bureaucratiques !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### La strat&#233;gie de l'accompagnement condescendant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus subtile que le boycott frontal, Brun d&#233;veloppe une strat&#233;gie d'accompagnement paternaliste : &#171; laisser faire son exp&#233;rience au mouvement spontan&#233;, tout en &#233;tant &#224; c&#244;t&#233;, en contact, pour discuter de l'exp&#233;rience des luttes, des pratiques d'orga, du contenu des revendications, sans donner de le&#231;ons mais en montrant ce qu'on fait &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche r&#233;v&#232;le toute l'arrogance de la bureaucratie : les masses peuvent faire leur &#171; exp&#233;rience &#187;, les bureaucrates seront l&#224; pour les &#233;duquer ! Brun ne &#171; donne pas de le&#231;ons &#187; mais &#171; montre ce qu'on fait &#187; &#8212; nuance subtile qui permet de maintenir la posture professorale tout en feignant l'humilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette logique reproduit exactement le rapport colonial : laisser les indig&#232;nes s'agiter, puis venir leur apporter la civilisation ! Pour Brun, les Gilets jaunes sont des prol&#233;taires immatures qui ont besoin de l'encadrement &#233;clair&#233; de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Le danger &#171; poujadiste &#187; comme &#233;pouvantail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brun d&#233;veloppe ensuite une argumentation sur le danger &#171; poujadiste &#187; du slogan &#171; c'est Nicolas qui paye &#187;. Cette analyse, en apparence pertinente, r&#233;v&#232;le en r&#233;alit&#233; la strat&#233;gie bureaucratique classique : agiter l'&#233;pouvantail de l'extr&#234;me droite pour justifier l'encadrement du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le slogan pr&#233;sente des ambigu&#239;t&#233;s politiques r&#233;elles. Mais au lieu de les combattre par une politique r&#233;volutionnaire claire, Brun propose de &#171; mener la bataille d'id&#233;es &#187; en &#171; discutant avec les gens &#187;. Encore la fuite dans la discussion au lieu de l'action !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche r&#233;v&#232;le que Brun ne fait pas confiance aux masses pour d&#233;passer leurs contradictions dans la lutte. Pour lui, il faut d'abord &#171; &#233;duquer &#187; les masses avant qu'elles puissent agir. C'est exactement l'inverse de la m&#233;thode r&#233;volutionnaire qui fait confiance &#224; l'auto-&#233;ducation des masses dans la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOPHIE BINET ET LA CGT : &#171; MOUVEMENT N&#201;BULEUX &#187; &#8212; LA PEUR DU CONTR&#212;LE PERDU&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'attitude de Sophie Binet, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de la CGT, r&#233;v&#232;le encore plus cr&#251;ment la terreur des bureaucrates face &#224; l'auto-organisation populaire. Sa qualification du mouvement du 10 septembre comme &#171; mouvement n&#233;buleux &#187; trahit l'inqui&#233;tude profonde des dirigeants syndicaux face &#224; ce qu'ils ne peuvent ni pr&#233;voir ni contr&#244;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette formulation n'est pas innocente : en parlant de &#171; mouvement n&#233;buleux &#187;, Binet sugg&#232;re que seuls les mouvements &#171; clairs &#187; &#8212; c'est-&#224;-dire passant par ses propres canaux bureaucratiques &#8212; sont l&#233;gitimes. L'auto-organisation populaire devient par d&#233;finition suspecte, &#171; n&#233;buleuse &#187;, donc dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;v&#233;lateur encore : Binet &#233;voque prudemment &#171; l'alliance intersyndicale avec la CFDT &#187; comme si cette alliance avec les alli&#233;s d&#233;clar&#233;s de Bayrou-Macron &#233;tait naturelle ! Cette complicit&#233; assum&#233;e avec la CFDT &#8212; syndicat ouvertement auxiliaire du pouvoir des milliardaires &#8212; r&#233;v&#232;le que pour la direction CGT, l'ennemi principal n'est pas le patronat mais l'auto-organisation ouvri&#232;re ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JEAN-LUC M&#201;LENCHON ET LFI : L'IMPOSTURE R&#201;VOLUTIONNAIRE D&#201;MASQU&#201;E&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;### L'OPA opportuniste : &#171; voler au secours &#187; du 10 septembre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de M&#233;lenchon dans La Tribune du 17 ao&#251;t r&#233;v&#232;le avec une clart&#233; saisissante la nature profonde de LFI : un parti bourgeois d&#233;guis&#233; en force r&#233;volutionnaire. Sous les apparences d'un discours radical contre Bayrou, M&#233;lenchon r&#233;v&#232;le ses v&#233;ritables objectifs : maintenir le peuple dans les impasses parlementaires de la R&#233;publique bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude de M&#233;lenchon face au mouvement du 10 septembre constitue un cas d'&#233;cole de r&#233;cup&#233;ration opportuniste. M&#233;lenchon et les insoumis annoncent &#224; grands sons de trompette, longtemps apr&#232;s que les appels des Gilets jaunes aient &#233;t&#233; lanc&#233;s, qu'ils soutiennent l'initiative du 10 septembre, avec un ton qui sous-entend qu'ils sauvent le mouvement de l'accusation d'&#234;tre manipul&#233;s par l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;cup&#233;ration tardive s'explique facilement : il a fallu plusieurs semaines &#224; M&#233;lenchon pour s'aviser que le mouvement du 10 septembre &#233;tait porteur d'avenir. Il lui a fallu d'abord s'assurer que l'opinion publique &#233;tait favorable majoritairement &#224; cette lutte, suivant en cela les bureaucraties syndicales qui s'en avisent aussi progressivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### L'amn&#233;sie s&#233;lective : oublier la trahison de 2018-2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations pass&#233;es de M&#233;lenchon avec les Gilets jaunes sont suffisamment instructives pour r&#233;v&#233;ler le caract&#232;re purement tactique de son ralliement actuel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du mouvement, M&#233;lenchon se gardait bien de se compromettre avec les Gilets jaunes. En d&#233;cembre 2018, il r&#233;pondait aux interviews des m&#233;dias : &#171; Je ne porterais pas le gilet jaune parce que je n'en ai pas et je n'en ai pas parce que je ne conduis pas ! &#187; Belle d&#233;robade !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 2019, M&#233;lenchon expliquait qu'il avait sciemment choisi de ne pas participer personnellement aux manifestations de Gilets jaunes &#171; pour ne pas alimenter de pol&#233;miques &#187; ! Entre-temps, M&#233;lenchon avait accept&#233; de discuter &#224; l'&#201;lys&#233;e avec un Macron qui venait de r&#233;primer extr&#234;mement violemment les manifestations de rue, alors que le mouvement lui-m&#234;me refusait toute n&#233;gociation directe avec Macron !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2019, M&#233;lenchon n'avait pas d&#233;clar&#233; qu'il soutenait le mouvement des Gilets jaunes mais que celui-ci &#171; lui donne enti&#232;rement raison &#187;, ce qui est tr&#232;s diff&#233;rent. Jamais au cours du mouvement, M&#233;lenchon n'avait appel&#233; la base des syndicats &#224; se d&#233;solidariser de leurs directions qui, elles, soutenaient les mensonges de Macron, affirmant que les Gilets jaunes &#233;taient une annexe de l'extr&#234;me droite antis&#233;mite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### L'horizon ind&#233;passable du parlementarisme bourgeois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous d&#233;poserons imm&#233;diatement une motion de censure pour faire tomber le gouvernement &#187;, &#233;crit M&#233;lenchon. Cette phrase r&#233;sume toute l'imposture de LFI : pr&#233;senter comme r&#233;volutionnaire ce qui n'est qu'un jeu institutionnel classique dans le cadre de la R&#233;publique bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;lenchon ne propose jamais de renverser l'&#201;tat bourgeois, de construire des conseils ouvriers, d'armer le peuple travailleur. Son horizon reste celui des combinaisons parlementaires, des alliances &#233;lectorales, des n&#233;gociations avec les &#171; partenaires sociaux &#187;. C'est exactement la politique que Marx d&#233;non&#231;ait chez les sociaux-d&#233;mocrates allemands !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette strat&#233;gie r&#233;v&#232;le que pour LFI, le probl&#232;me n'est pas le capitalisme lui-m&#234;me, mais simplement sa version &#171; n&#233;olib&#233;rale &#187;. Il s'agit de revenir &#224; un capitalisme &#171; social &#187;, &#224; un &#171; &#201;tat-providence &#187;, bref &#224; l'&#226;ge d'or de la domination bourgeoise des Trente Glorieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### L'instrumentalisation du mouvement populaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pernicieux encore, M&#233;lenchon tente de r&#233;cup&#233;rer la col&#232;re populaire qui s'exprime &#224; travers l'appel du 10 septembre. Il &#233;crit : &#171; Nous soutenons le blocage du 10 septembre &#187;, mais dans quel objectif ? Pour canaliser cette &#233;nergie r&#233;volutionnaire vers ses propres objectifs parlementaires !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;cup&#233;ration fonctionne selon un m&#233;canisme classique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Reconnaissance de la l&#233;gitimit&#233; de la col&#232;re populaire&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Canalisation de cette col&#232;re vers les institutions bourgeoises&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Subordination du mouvement aux strat&#233;gies &#233;lectoralistes de LFI&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Trahison au moment d&#233;cisif, comme en d&#233;cembre 2018&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### La logique des &#171; collectifs &#187; sans d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand M&#233;lenchon parle de &#171; collectifs &#187;, il ne s'agit jamais de structures auto-organis&#233;es avec des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus et r&#233;vocables. Les &#171; collectifs &#187; de LFI fonctionnent selon une logique hi&#233;rarchique o&#249; les &#171; cadres &#187; du parti orientent les &#171; militants de base &#187;. Cette conception reproduit exactement les rapports de domination capitalistes : une direction qui pense et d&#233;cide, une base qui ex&#233;cute. Rien &#224; voir avec les soviets de 1917 ou les comit&#233;s de sans-culottes de 1793 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LFI refuse syst&#233;matiquement que les masses s'organisent de mani&#232;re ind&#233;pendante. Tous leurs &#171; collectifs &#187; doivent passer par les structures du parti, &#234;tre &#171; anim&#233;s &#187; par des responsables LFI, suivre la &#171; ligne &#187; d&#233;finie par la direction m&#233;lenchoniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;clarant dans les m&#233;dias que LFI &#171; est la force principale du mouvement &#187;, ce parti joue son jeu politicien classique, tentant de r&#233;cup&#233;rer les mouvements sans leur offrir la moindre perspective ni proposer ses id&#233;es et moyens d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### L'aristocratie ouvri&#232;re m&#233;lenchoniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique s'explique par la nature de classe de LFI. Ce parti repr&#233;sente avant tout l'aristocratie ouvri&#232;re : fonctionnaires sup&#233;rieurs, cadres, professions lib&#233;rales &#171; de gauche &#187;, dirigeants syndicaux reconvertis. Cette couche sociale vit bien dans le syst&#232;me capitaliste actuel. Elle b&#233;n&#233;ficie de salaires confortables (les d&#233;put&#233;s LFI touchent 7 000 &#8364; par mois !), de statuts prot&#233;g&#233;s, de positions institutionnelles enviables. Elle n'a aucun int&#233;r&#234;t objectif &#224; la r&#233;volution sociale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son objectif n'est pas de renverser la bourgeoisie, mais de n&#233;gocier une meilleure place dans la hi&#233;rarchie sociale. D'o&#249; cette politique consistant &#224; radicaliser le discours tout en maintenant la pratique dans le cadre institutionnel bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui continue d'affirmer que Fran&#231;ois Mitterrand est son id&#233;al de pr&#233;sident et d'homme politique n'est rien d'autre qu'un cam&#233;l&#233;on de la politique politicienne comme le populisme en a produit de nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS HOLLANDE : L'AVEU CYNIQUE DE LA CLASSE DOMINANTE&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration de Fran&#231;ois Hollande r&#233;v&#232;le avec un cynisme saisissant la logique profonde de tous ces appareils de contr&#244;le : &#171; Je ne peux pas m'associer &#224; ce que je ne ma&#238;trise pas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette phrase constitue un v&#233;ritable aveu ! Hollande reconna&#238;t explicitement que ces organisations ne peuvent soutenir que ce qu'elles ma&#238;trisent, c'est-&#224;-dire ce qu'elles contr&#244;lent. L'auto-organisation populaire, par d&#233;finition, &#233;chappe &#224; leur ma&#238;trise, donc devient automatiquement inacceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh oui, ils ne nous ma&#238;trisent pas, nous qu'Hollande appelait grossi&#232;rement &#171; les sans-dents &#187; et qui affirmons &#234;tre capables de mordre et m&#234;me de battre nos adversaires de gauche comme d'ailleurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette logique r&#233;v&#232;le que les dirigeants syndicaux, eux non plus, ne peuvent pas soutenir ce qu'ils ne ma&#238;trisent pas et ne peuvent pas ramener dans le rang de la soci&#233;t&#233; dominante qu'ils sont charg&#233;s de repr&#233;senter au sein du monde ouvrier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA TRIBUNE DU DIMANCHE ET LA MANIPULATION M&#201;DIATIQUE : DIABOLISATION &#171; OBJECTIVE &#187; DU MOUVEMENT POPULAIRE&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'article de franceinfo sur le 10 septembre constitue un manuel pratique de la manipulation journalistique bourgeoise. Sous couvert &#171; d'objectivit&#233; informationnelle &#187;, chaque choix &#233;ditorial participe &#224; une strat&#233;gie coh&#233;rente de discr&#233;dit et de r&#233;cup&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### L'art de disqualifier sans en avoir l'air&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage syst&#233;matique de guillemets autour des termes du mouvement (&#171; bloquer &#187;, &#171; arr&#234;t total &#187;) cr&#233;e une distanciation critique qui sugg&#232;re l'irr&#233;alisme de ces revendications. Cette technique permet de disqualifier le mouvement sans prendre position ouvertement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;v&#233;lateur encore : l'article ne donne jamais la parole aux initiateurs r&#233;els du mouvement. Cette exclusion syst&#233;matique reproduit le monopole sur l'expression de la contestation sociale des appareils officiels. Le mouvement populaire devient un objet dont parlent les &#171; vrais &#187; acteurs politiques, jamais un sujet capable de s'exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### La mise en sc&#232;ne de la l&#233;gitimit&#233; bureaucratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article valorise syst&#233;matiquement la parole des &#171; responsables &#187; syndicaux qui d&#233;veloppent exactement la rh&#233;torique d&#233;nonc&#233;e : &#171; La col&#232;re est l&#233;gitime &#187; mais il ne faut surtout pas la laisser s'exprimer directement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#233;sentant comme normal que les syndicats &#171; ne se r&#233;unissent en intersyndicale que le 1er septembre &#187; (soit 9 jours avant l'&#233;ch&#233;ance), l'article normalise la strat&#233;gie dilatoire des bureaucraties syndicales. Cette temporisation calcul&#233;e devient une simple &#171; proc&#233;dure administrative &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### La complicit&#233; objective avec la trahison syndicale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus r&#233;v&#233;lateur reste la pr&#233;sentation des syndicats comme des acteurs &#171; responsables &#187; face &#224; un mouvement &#171; spontan&#233; &#187; potentiellement dangereux. Cette mise en sc&#232;ne conditionne le lecteur &#224; consid&#233;rer normale la m&#233;diation bureaucratique et suspecte l'auto-organisation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette manipulation r&#233;v&#232;le que les m&#233;dias bourgeois et les bureaucraties syndicales fonctionnent en parfaite compl&#233;mentarit&#233; : les uns diabolisent le mouvement populaire, les autres proposent l'alternative &#171; raisonnable &#187;. Ensemble, ils encadrent les masses dans un syst&#232;me qui exclut toute alternative r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA STRAT&#201;GIE DILATOIRE DES SYNDICATS : TEMPORISER POUR MIEUX ENTERRER&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;### Force Ouvri&#232;re : l'art de la gesticulation bureaucratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de Force Ouvri&#232;re constitue un cas d'&#233;cole de la tactique syndicale face au 10 septembre. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Fr&#233;d&#233;ric Souillot r&#233;v&#232;le parfaitement cette duplicit&#233; bureaucratique : il a &#233;crit fin juillet au Premier ministre pour l'informer que son syndicat appelait &#224; &#171; la mobilisation et &#224; la gr&#232;ve &#187; contre ses mesures budg&#233;taires, avec un pr&#233;avis du 1er septembre au 30 novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans le m&#234;me temps, &#171; nous n'appelons pas &#224; rejoindre l'appel &#224; tout bloquer le 10 septembre &#187;, a-t-il pr&#233;cis&#233;, jugeant qu'&#171; il y a tout et son contraire dans les mots d'ordre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette man&#339;uvre r&#233;v&#232;le toute la sophistication de la bureaucratie syndicale : se couvrir juridiquement par un pr&#233;avis pour ne pas appara&#238;tre comme totalement absente, mais sans rien diffuser dans les entreprises, sans propagande, sans mobilisation r&#233;elle. FO peut ainsi pr&#233;tendre avoir &#171; appel&#233; &#187; &#224; la gr&#232;ve tout en s'abstenant soigneusement de tout effort pour la faire r&#233;ussir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tactique permet &#224; FO de m&#233;nager la ch&#232;vre et le chou : ne pas se discr&#233;diter totalement aupr&#232;s de sa base qui pourrait &#234;tre tent&#233;e par le mouvement, tout en rassurant le patronat et l'&#201;tat sur ses intentions r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### L'intersyndicale du 1er septembre : une r&#233;union pour ne rien d&#233;cider&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision des syndicats de ne se r&#233;unir en intersyndicale que le 1er septembre, soit neuf jours avant l'&#233;ch&#233;ance du 10 septembre, et de ne prendre aucune position avant cette date, r&#233;v&#232;le leur strat&#233;gie dilatoire. Cette temporisation calcul&#233;e vise plusieurs objectifs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, laisser le mouvement s'essouffler faute de soutien organis&#233;. En refusant de prendre position pendant des semaines, les syndicats esp&#232;rent que l'&#233;lan initial retombera et que l'appel du 10 septembre fera un flop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, se m&#233;nager la possibilit&#233; d'une r&#233;cup&#233;ration de derni&#232;re minute si le mouvement prend de l'ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, maintenir leurs troupes dans l'expectative. En ne prenant pas position, ils &#233;vitent les d&#233;bats internes qui pourraient r&#233;v&#233;ler les contradictions entre leur base et leurs directions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### La CGT et la &#171; col&#232;re l&#233;gitime &#187; qu'il ne faut surtout pas exprimer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Vacheron, secr&#233;taire conf&#233;d&#233;ral CGT, confirme cette ligne : &#171; La col&#232;re qui s'exprime dans le pays est parfaitement l&#233;gitime. C'est d'ailleurs ce que confirment les discussions sur le terrain : partout dans le pays, les salari&#233;s nous disent qu'ils sont &#224; bout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;claration r&#233;v&#232;le que la direction CGT a parfaitement conscience de l'&#233;tat d'esprit des travailleurs, mais refuse d'appeler &#224; son expression organis&#233;e le 10 septembre ! Selon la logique c&#233;g&#233;tiste, la col&#232;re serait l&#233;gitime tant qu'elle reste verbale, mais deviendrait ill&#233;gitime d&#232;s qu'elle chercherait &#224; s'organiser concr&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### SUD Industrie : l'exception qui confirme la r&#232;gle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude de SUD Industrie face au 10 septembre constitue un cas particulier qui m&#233;rite analyse. Contrairement aux autres organisations syndicales, SUD Industrie a publi&#233; des tracts appelant clairement au soutien du mouvement : &#171; Nous ne pouvons pas les laisser faire ! &#187; et &#171; L'Union F&#233;d&#233;rale SUD Industrie appelle l'ensemble des salari&#233;.e.s &#224; se mettre en gr&#232;ve et &#224; participer massivement &#224; toutes formes de mobilisations et d'actions le 10 septembre et les jours qui suivront ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### Un soutien tactique r&#233;v&#233;lateur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soutien, rare dans le paysage syndical, r&#233;v&#232;le plusieurs &#233;l&#233;ments importants. D'abord, il confirme que l'hostilit&#233; des autres syndicats au mouvement rel&#232;ve bien d'un choix politique d&#233;lib&#233;r&#233;, pas d'une impossibilit&#233; objective. SUD Industrie prouve qu'il est parfaitement possible pour une organisation syndicale de soutenir le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, ce soutien r&#233;v&#232;le la situation particuli&#232;re de SUD par rapport aux autres conf&#233;d&#233;rations. SUD, organisation minoritaire, a moins &#224; perdre dans le soutien &#224; un mouvement non contr&#244;l&#233;. Les directions de la CGT, de FO, de la CFDT ont des positions institutionnelles &#224; pr&#233;server ; SUD peut se permettre plus d'audace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### Les limites du soutien &#171; radical &#187; du syndicalisme bourgeois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, m&#234;me le soutien de SUD Industrie r&#233;v&#232;le les limites de l'approche syndicale. Les tracts de SUD reproduisent la logique syndicale classique : appel &#224; la gr&#232;ve, revendications sectorielles, mise en avant de l'organisation syndicale comme cadre l&#233;gitime de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SUD ne remet pas en question la logique syndicale elle-m&#234;me, elle se contente d'&#234;tre plus combative dans cette logique. C'est pourquoi, m&#234;me quand elle soutient un mouvement auto-organis&#233;, SUD cherche &#224; le ramener dans le cadre syndical traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette limite r&#233;v&#232;le que m&#234;me les syndicats les plus &#171; radicaux &#187; restent prisonniers de leur nature institutionnelle. Ils peuvent &#234;tre plus combatifs, plus &#224; gauche, mais ils ne peuvent pas d&#233;passer le cadre syndical sans cesser d'&#234;tre des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE PARTI COMMUNISTE FRAN&#199;AIS : MA&#206;TRES EN DIALECTIQUE DE LA TRAHISON&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;### L'art de reconna&#238;tre la col&#232;re pour mieux la d&#233;samorcer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude du PCF, parfaitement analys&#233;e dans l'article de L'Humanit&#233; &#171; Un arr&#234;t total et illimit&#233; du pays, c'est quoi ces appels &#224; bloquer la France le 10 septembre &#187;, constitue un mod&#232;le du genre en mati&#232;re de sophistication r&#233;formiste. Le PCF d&#233;veloppe une argumentation en plusieurs temps d'une remarquable perversit&#233; intellectuelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Reconna&#238;tre la l&#233;gitimit&#233; de la col&#232;re : &#171; La col&#232;re qui s'exprime dans le pays est parfaitement l&#233;gitime &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Disqualifier l'expression de cette col&#232;re : &#171; bloquer le pays &#187; en se tenant &#171; &#224; l'&#233;cart des organisations syndicales &#187; est suspect&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Valoriser les &#171; vrais &#187; canaux d'expression : les organisations &#171; responsables &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dialectique permet au PCF de se poser en d&#233;fenseur du peuple tout en sabotant l'expression autonome de ce m&#234;me peuple avant qu'elle ne devienne dangereuse pour l'ordre &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Le PCF et la peur de l'action directe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de L'Humanit&#233; r&#233;v&#232;le aussi la peur profonde du PCF face &#224; toute forme d'action directe des masses. En pr&#233;sentant l'appel du 10 septembre comme une initiative &#171; en marge du mouvement social classique &#187;, le PCF r&#233;v&#232;le sa conception bureaucratique du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le PCF, le &#171; mouvement social classique &#187;, c'est celui qui passe par les canaux officiels, qui respecte les proc&#233;dures, qui n&#233;gocie avec les &#171; partenaires sociaux &#187;. Tout ce qui sort de ce cadre devient automatiquement suspect, &#171; en marge &#187;, potentiellement dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception traduit la transformation compl&#232;te du PCF en parti de l'ordre. Parti qui a renonc&#233; depuis longtemps &#224; toute perspective r&#233;volutionnaire et qui ne con&#231;oit la politique que comme un jeu institutionnel entre &#171; acteurs responsables &#187;. L'irruption des masses sur la sc&#232;ne politique, leur auto-organisation, leur action directe constituent pour ce PCF-l&#224; une menace &#224; l'ordre &#171; d&#233;mocratique &#187; qu'il d&#233;fend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### La contrainte de soutenir mollement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s LFI, la gauche politique et syndicale n'est pas du tout &#224; l'aise mais se trouve contrainte de soutenir le mouvement ou de faire semblant ! Les &#233;cologistes, le Parti socialiste et le Parti communiste s'engagent &#224; leur tour &#224; soutenir le mouvement &#171; Bloquons tout &#187; du 10 septembre, mais avec quelle r&#233;ticence !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution r&#233;v&#232;le que ces organisations suivent l'opinion publique au lieu de la diriger. Elles attendent que les sondages leur indiquent la &#171; bonne &#187; position &#224; adopter !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128680; LE&#199;ONS DE 2018 : ANATOMIE D'UN SAUVETAGE&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le 10 d&#233;cembre 2018 : Moment d&#233;cisif o&#249; Philippe Martinez (CGT) se rend &#224; l'&#201;lys&#233;e et annonce qu'il ne soutiendra pas les Gilets jaunes. Cette trahison intervient au moment o&#249; le rapport de forces est le plus favorable aux Gilets jaunes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macron a &#233;t&#233; sauv&#233; par les dirigeants de la CGT, de la FSU et de la CFDT. Sans cette trahison organis&#233;e, le gouvernement n'aurait probablement pas surv&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES FAUX AMIS ET LES R&#201;CUP&#201;RATEURS DE L'EXTR&#202;ME GAUCHE OPPORTUNISTE : LABORATOIRE DE LA CONTRE-R&#201;VOLUTION&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;### L'hypocrisie des &#171; jolis c&#339;urs &#187; : soutien en fa&#231;ade, trahison en coulisses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus perfide encore est l'attitude de ceux qui pratiquent le double discours. Face aux Gilets jaunes et au mouvement &#224; venir le 10 septembre, ils viennent faire les &#171; jolis c&#339;urs &#187; en accusant vertement Bayrou-Macron, les grands patrons et le capitalisme. Ils tiennent des discours enflamm&#233;s, se posent en alli&#233;s de la lutte, promettent leur soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans le m&#234;me temps, au sein de leurs syndicats, dans leurs &#233;crits de parti, dans leurs r&#233;unions internes, ces m&#234;mes individus prennent position contre les Gilets jaunes ! Ils expliquent &#224; leurs militants qu'il ne faut pas soutenir ce mouvement &#171; confus &#187;, &#171; manipul&#233; &#187;, &#171; dangereux pour l'unit&#233; ouvri&#232;re &#187; et s'ils viennent &#224; le &#171; soutenir &#187; c'est pour mieux tenter de l'encadrer par les syndicats inf&#233;od&#233;s &#224; la r&#233;publique des milliardaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### R&#233;volution Permanente : quand la sophistication th&#233;orique masque la capitulation politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation R&#233;volution Permanente m&#233;rite une analyse particuli&#232;re tant elle illustre parfaitement les m&#233;canismes de la trahison intellectualis&#233;e. Dans son article &#171; 10 septembre l'appel &#224; bloquer le pays inqui&#232;te Bayrou, le mouvement ouvrier doit entrer dans la danse &#187;, RP d&#233;veloppe une argumentation d'une remarquable sophistication pour justifier sa non-participation au mouvement des Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier &#233;l&#233;ment de cette sophistication : le titre m&#234;me de l'article. En affirmant que &#171; le mouvement ouvrier doit entrer dans la danse &#187;, RP laisse supposer qu'elle soutient la mobilisation du 10 septembre. C'est faux. RP ne soutient pas le mouvement des Gilets jaunes mais appelle &#224; sa subordination au &#171; mouvement ouvrier organis&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire aux syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette confusion volontaire entre soutien au mouvement et appel &#224; son encadrement r&#233;v&#232;le toute la perversit&#233; de la m&#233;thode. RP peut pr&#233;tendre soutenir la mobilisation tout en &#339;uvrant concr&#232;tement &#224; sa r&#233;cup&#233;ration par les appareils qu'elle critique par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment : la mise en garde contre l'extr&#234;me droite. RP consacre une partie significative de son article &#224; rappeler les &#171; dangers &#187; de l'extr&#234;me droite, les &#171; risques &#187; de manipulation, les &#171; d&#233;rives &#187; possibles du mouvement. Cette rh&#233;torique de la peur permet de justifier la n&#233;cessit&#233; d'un encadrement &#171; responsable &#187; du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui doit assurer cet encadrement ? Les syndicats, bien s&#251;r ! RP explique doctement que ceux qui veulent vraiment bloquer le pays devraient savoir &#171; qu'il vaut mieux compter sur la force du mouvement ouvrier organis&#233;, des raffineurs, des cheminots ou des &#233;nerg&#233;ticiens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette formulation r&#233;v&#232;le toute l'hypocrisie de RP : d'un c&#244;t&#233;, elle reconna&#238;t implicitement l'inefficacit&#233; des syndicats (sinon pourquoi les Gilets jaunes chercheraient-ils d'autres voies ?), de l'autre, elle pr&#233;tend que la solution r&#233;side pr&#233;cis&#233;ment dans le renforcement de ces m&#234;mes syndicats !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Anasse Kazib : valet de pied de SUD Solidaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude d'Anasse Kazib (R&#233;volution Permanente) face au mouvement du 10 septembre r&#233;v&#232;le parfaitement la nature de &#171; valet de pied &#187; de cette organisation vis-&#224;-vis des bureaucraties syndicales, en l'occurrence SUD Solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme &#171; valet de pied &#187; n'est pas une injure, mais une profession : un domestique, employ&#233; ayant pour r&#244;le de servir. Mais un &#171; valet de pied &#187; dans le mouvement ouvrier, c'est un membre de l'aristocratie ouvri&#232;re qui par choix se soumet aux agents de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier que sont les directions syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le billet d'Anasse Kazib &#171; Il faut appeler &#224; la gr&#232;ve la plus massive possible le 10 septembre &#187; pousse cette logique &#224; son paroxysme. Kazib y d&#233;veloppe une strat&#233;gie qui r&#233;v&#232;le parfaitement la nature contre-r&#233;volutionnaire de RP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut que l'ensemble des militants syndicaux, partout o&#249; ils sont, fassent en sorte d'imposer aux centrales syndicales la date du 10 septembre &#187;, &#233;crit Kazib. Cette phrase r&#233;sume toute la politique de RP : au lieu d'appeler directement les travailleurs &#224; l'auto-organisation, RP propose de faire pression sur les bureaucraties syndicales !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette strat&#233;gie reproduit exactement la logique r&#233;formiste qui consiste &#224; faire pression sur l'&#201;tat plut&#244;t que de le renverser. Au lieu de construire des organisations ind&#233;pendantes des syndicats tra&#238;tres, RP propose de &#171; faire pression &#187; sur ces tra&#238;tres pour qu'ils cessent de trahir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anasse Kazib, en ne s'affichant pas avec un Gilet jaune, mais avec les embl&#232;mes de SUD, envoie clairement un message &#224; sa SUD : je serai votre laquais dans ce mouvement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anasse Kazib &#233;crit : &#171; La d&#233;fiance vis-&#224;-vis des institutions ne fait qu'augmenter, et touche l'ensemble des partis politiques. La col&#232;re s'exprime en dehors de la gauche et des directions syndicales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il &#233;tait r&#233;volutionnaire, Anasse Kazib &#233;crirait : &#171; La d&#233;fiance vis-&#224;-vis des institutions ne fait qu'augmenter, et touche l'ensemble des partis politiques, &#233;galement les directions syndicales dont celle de SUD, et cette d&#233;fiance est tout &#224; fait justifi&#233;e, elle est la mienne ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; plan de bataille &#187; d'Anasse Kazib est comique : &#171; Dans tous les syndicats nous devons marteler avec force que des pr&#233;avis de gr&#232;ve doivent &#234;tre d&#233;pos&#233;s et que les moyens doivent &#234;tre donn&#233;s aux militants sur le terrain pour s'organiser, usine par usine, entreprise par entreprise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anasse Kazib ne reprend pas l'appel original pour le mouvement du 10 septembre, il ne fait qu'appeler &#224; suivre les pr&#233;avis de gr&#232;ve d&#233;pos&#233;s par sa conf&#233;d&#233;ration SUD !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anasse Kazib a l'air d'ignorer qu'avec la loi de 1884, la bourgeoisie s'est justement efforc&#233;e &#034;d'organiser usine par usine&#034; un syndicalisme r&#233;formiste. La lutte dans le syndicalisme n'est pas entre &#034;la base&#034; et &#034;les sommets&#034;, mais entre &#034;r&#233;forme et r&#233;volution&#034; (Rosa Luxemburg) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### La mystification du &#171; mouvement ouvrier organis&#233; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez RP, l'expression &#171; mouvement ouvrier organis&#233; &#187; revient comme une incantation. Mais que recouvre exactement cette expression ? Les syndicats et partis politiques de la gauche bourgeoise, ces m&#234;mes organisations responsables de toutes les d&#233;faites r&#233;centes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mystification linguistique permet &#224; RP de pr&#233;senter les appareils bureaucratiques comme l'incarnation l&#233;gitime du mouvement ouvrier. Quiconque critiquerait ces appareils ou chercherait &#224; s'organiser en dehors d'eux serait donc par d&#233;finition &#171; anti-ouvrier &#187; ou &#171; en dehors du mouvement ouvrier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'adresser directement aux travailleurs pour qu'ils agissent directement, et s'adresser &#224; la gauche bourgeoise syndicale rebaptis&#233;e &#171; mouvement ouvrier &#187;, ce n'est &#233;videmment pas la m&#234;me politique. L'une vise l'auto-organisation et l'&#233;mancipation des travailleurs, l'autre vise leur encadrement et leur subordination aux appareils existants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Lutte Ouvri&#232;re et le NPA-R : l'arrogance professorale d&#233;guis&#233;e en analyse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La convergence est exemplaire, quasi math&#233;matique entre deux sp&#233;cimens centristes (marxistes en paroles, r&#233;formistes en r&#233;alit&#233;) : LO et le NPA-R.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lisons LO : &#171; Des appels confus &#224; &#034;tout bloquer le 10 septembre&#034;, circulent sur les r&#233;seaux sociaux, relay&#233;s un peu partout, y compris d&#233;sormais par Jean-Luc M&#233;lenchon. Ce dernier se satisfait du vague des propositions et des revendications. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lisons le NPA-R : &#171; L'initiative d'appeler &#224; une journ&#233;e de mobilisation le 10 septembre est bienvenue. Lanc&#233;e sur les r&#233;seaux sociaux, dans une certaine confusion en termes d'objectifs et de formes de luttes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vague, confus &#8212; LO et le NPA-R utilisent le m&#234;me langage, celui de la morgue du bureaucrate, qui dit toujours &#224; un syndiqu&#233; de base qui oserait un tract tout seul : tu ne sais pas &#233;crire, tu es confus, vague, en r&#233;sum&#233; : un idiot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sent l'arrogance du prof, qui rageur &#233;crit en rouge dans la marge : confus ! vague ! N'attendez pas que ce prof vous donne un &#171; corrig&#233; &#187;, un appel &#171; non confus &#187; pour le 10, digne du vers de Boileau : ce qui se con&#231;oit bien, s'&#233;nonce clairement, et les mots pour le dire, arrivent ais&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### La traduction du langage centriste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la traduction du langage centriste est bien s&#251;r la suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Un mouvement lanc&#233; sans les organisations syndicales est &#224; d&#233;noncer. C'est ce que font le NPA et LO, sans oser le dire clairement (le centriste est un expert en langage confus !).&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Les Gilets jaunes &#233;taient confus-car-stupides, antis&#233;mites, complotistes, misogynes, antivax, pour le r&#233;chauffement climatique etc. Ceux qui appellent au 10 septembre sont seulement &#171; confus-car-stupides &#187;, quel progr&#232;s !&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Concernant la &#171; confusion &#187;, l'appel pour le 10 septembre a pour premier mot d'ordre &#034;Boycott !&#034;. Le NPA-R et LO n'ont pas l'air de conna&#238;tre l'origine de ce terme, qui a &#233;t&#233; discut&#233; lors de congr&#232;s de la CGT de la grande &#233;poque, &#224; l'&#233;cole de laquelle se form&#232;rent L&#233;nine et Trotsky, et n'est donc pas du tout &#171; confus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relisons L&#233;nine et Trotsky &#224; ce propos : &#171; La gr&#232;ve et le boycottage, m&#233;thodes que la classe ouvri&#232;re mettait en &#339;uvre au d&#233;but de sa lutte trade-unioniste, c'est-&#224;-dire quand elle n'avait pas encore commenc&#233; &#224; utiliser le parlementarisme, ont rev&#234;tu de nos jours la m&#234;me importance et la m&#234;me signification redoutables que la pr&#233;paration de l'artillerie avant la derni&#232;re attaque. &#187; &#8212; II&#232;me congr&#232;s de l'IC&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Lutte Ouvri&#232;re : l'art consomm&#233; de l'impuissance organis&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### Le silence &#233;ditorial comme arme politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que le 10 septembre des Gilets jaunes n'ait m&#234;me pas valu un &#233;ditorial de la part de Lutte ouvri&#232;re constitue en soi un &#233;v&#233;nement politique significatif. Car pour une organisation qui publie un hebdomadaire et qui pr&#233;tend orienter les luttes ouvri&#232;res, ne pas consacrer d'&#233;ditorial &#224; un mouvement social de cette ampleur r&#233;v&#232;le un choix politique d&#233;lib&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce choix s'explique ais&#233;ment : faire un &#233;ditorial, cela signifie prendre position publiquement, et prendre position publiquement, cela signifie diffuser cette position dans les entreprises o&#249; militent les cadres de LO. Or, diffuser un soutien aux Gilets jaunes dans les entreprises risquerait de f&#226;cher les directions syndicales avec lesquelles LO entretient des rapports &#171; corrects &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### L'implantation syndicale comme carcan politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il faut comprendre la sociologie r&#233;elle de LO : cette organisation est essentiellement implant&#233;e dans les appareils syndicaux, notamment &#224; la RATP, &#224; la SNCF, dans l'&#201;ducation nationale. Ses militants occupent souvent des responsabilit&#233;s syndicales, parfois &#233;lev&#233;es. Ils ont donc int&#233;r&#234;t &#224; maintenir de bonnes relations avec les bureaucraties syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soutenir ouvertement un mouvement que ces bureaucraties boycottent, c'est risquer de compromettre ces relations privil&#233;gi&#233;es. C'est risquer d'&#234;tre marginalis&#233; dans les appareils syndicaux, de perdre des positions, des mandats, des pr&#233;bendes. Pour des militants devenus bureaucrates, ce risque est inacceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le silence &#233;ditorial de LO r&#233;v&#232;le donc sa transformation compl&#232;te : d'organisation r&#233;volutionnaire qu'elle pr&#233;tendait &#234;tre, elle est devenue une organisation conservatrice dont l'objectif principal est de pr&#233;server ses positions acquises dans l'appareil syndical existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### La strat&#233;gie de l'engagement conditionnel : &#171; Plan Bayrou : quelle riposte ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LO n'a consacr&#233; qu'un seul article au mouvement du 10 septembre : &#171; Plan Bayrou : quelle riposte ? &#187;. Cet article m&#233;rite une analyse d&#233;taill&#233;e tant il r&#233;v&#232;le la sophistication des m&#233;thodes de LO pour donner l'impression de soutenir un mouvement tout en l'&#233;dulcorant compl&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier paragraphe de l'article : &#171; des appels, relay&#233;s sur les r&#233;seaux sociaux, invitent, pour le 10 septembre et les jours suivants, &#224; des actions allant du boycott des grandes enseignes &#224; &#034;un blocage illimit&#233; du pays&#034; &#187;. Remarquons la formulation : LO ne dit jamais qu'elle soutient ces appels, elle se contente de constater leur existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me mouvement : &#171; Si, localement, des syndicats ont d&#233;cid&#233; d'appeler &#224; la gr&#232;ve ce jour-l&#224;, les initiateurs se disent ind&#233;pendants des partis et des syndicats &#187;. Ici, LO sugg&#232;re subtilement que le probl&#232;me avec l'appel du 10 septembre, c'est son ind&#233;pendance vis-&#224;-vis des syndicats. Comme si cette ind&#233;pendance &#233;tait un d&#233;faut et non une qualit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### Le r&#233;veil tardif d'Arthaud : r&#233;cup&#233;ration apr&#232;s temporisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'avec l'&#233;ditorial de Nathalie Arthaud du 11 ao&#251;t que LO sort enfin de son silence calcul&#233;. Cette prise de position tardive n'est pas fortuite. LO a attendu de voir comment &#233;voluaient les rapports de forces, comment certains syndicats comme SUD Industrie commen&#231;aient &#224; prendre position, comment l'&#233;cho populaire se d&#233;veloppait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet &#233;ditorial, Arthaud &#233;crit : &#171; Tous ceux qui refusent de subir les coups promis par Bayrou et Macron ont raison. Si elle prend corps, la journ&#233;e de lutte du 10 septembre peut &#234;tre une &#233;tape de la riposte &#187;. Remarquons la formulation conditionnelle : &#171; si elle prend corps &#187;. LO ne dit pas qu'elle va &#339;uvrer pour que la journ&#233;e prenne corps, elle se contente de constater qu'elle pourrait &#234;tre utile si elle prenait corps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rh&#233;torique de l'engagement conditionnel permet &#224; LO de donner l'impression de soutenir le mouvement tout en ne prenant aucun risque politique r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Le NPA-R&#233;volutionnaires : du suivisme syndical &#224; l'attentisme organis&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### Le soutien conditionn&#233; par l'aval syndical&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude du NPA-R r&#233;v&#232;le une forme de subordination encore plus flagrante et assum&#233;e aux bureaucraties syndicales. Dans son &#233;ditorial du 6 ao&#251;t 2025, cette organisation d&#233;veloppe une argumentation qui m&#233;rite d'&#234;tre analys&#233;e phrase par phrase tant elle r&#233;v&#232;le les m&#233;canismes de la trahison intellectualis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis le mois de juillet, un appel &#224; la mobilisation contre le plan Bayrou circule sur les r&#233;seaux sociaux, pour &#034;bloquer le pays&#034; mercredi 10 septembre. Cet appel rappelle celui des Gilets jaunes, en 2018, qui avait fait trembler Macron &#187;, &#233;crit le NPA-R. Cette introduction semble positive : elle reconna&#238;t la r&#233;alit&#233; de l'appel et rappelle l'efficacit&#233; historique des Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la suite r&#233;v&#232;le la vraie nature du NPA-R : &#171; D'ores et d&#233;j&#224;, des appels syndicaux &#224; la gr&#232;ve ont &#233;t&#233; lanc&#233;s pour le 10 septembre, notamment par les f&#233;d&#233;rations de la CGT des industries chimiques, du commerce et, dans plusieurs villes, dans la fonction publique territoriale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette phrase est capitale : elle r&#233;v&#232;le que le NPA-R ne s'int&#233;resse &#224; l'appel du 10 septembre que dans la mesure o&#249; des structures syndicales s'en saisissent ! Le NPA-R ne fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'appel des Gilets jaunes que pour imm&#233;diatement le rabattre sur les &#171; appels syndicaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette logique r&#233;v&#232;le que pour le NPA-R, un mouvement social n'existe politiquement que s'il est avalis&#233; par les structures syndicales officielles. L'auto-organisation populaire, l'initiative des masses, l'action directe des exploit&#233;s ne constituent pas en soi des ph&#233;nom&#232;nes politiques l&#233;gitimes. Il faut que les syndicats s'en m&#234;lent pour que cela devienne &#171; s&#233;rieux &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Le NPA comme courroie de transmission : critique du texte de Fabienne Dolet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### Introduction : la trahison sophistiqu&#233;e du NPA r&#233;v&#233;l&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de Fabienne Dolet &#171; Le monde du travail se d&#233;fend, il a un monde &#224; gagner ! &#187; publi&#233; dans L'Anticapitaliste constitue un cas d'&#233;cole parfait de la trahison sophistiqu&#233;e que pratique le NPA. Sous l'apparence d'un discours radical contre Bayrou et Macron, ce texte r&#233;v&#232;le tous les m&#233;canismes de subordination et d'encadrement des masses d&#233;nonc&#233;s dans l'analyse g&#233;n&#233;rale de la trahison organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pernicieux encore : ce texte est publi&#233; exactement au moment o&#249; se d&#233;veloppe l'appel du 10 septembre, mais Dolet &#233;vite soigneusement d'en parler ! Cette omission n'est pas fortuite : elle r&#233;v&#232;le que le NPA pratique la m&#234;me strat&#233;gie dilatoire que les bureaucraties syndicales qu'il pr&#233;tend critiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### Le f&#233;tichisme de l'unit&#233; syndicale : quand le NPA b&#233;nit ses fossoyeurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dolet &#233;crit : &#171; Huit organisations syndicales viennent de lancer une p&#233;tition &#171; Budget Bayrou : &#231;a suffit ! &#187; en guise de pr&#233;paration de la mobilisation. (...) l'unit&#233; des forces syndicales est d&#233;j&#224; encourageante pour construire la digue face aux projets antisociaux de Bayrou. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette phrase r&#233;v&#232;le toute l'imposture du NPA. Au moment m&#234;me o&#249; les huit organisations syndicales refusent de soutenir l'appel du 10 septembre, o&#249; elles pratiquent la temporisation calcul&#233;e en reportant leur r&#233;union au 1er septembre, Dolet les pr&#233;sente comme la solution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position r&#233;v&#232;le que le NPA ne tire aucune le&#231;on de 2018 ! Rappelons que ces m&#234;mes &#171; forces syndicales &#187; ont sauv&#233; Macron en d&#233;cembre 2018 en refusant de soutenir les Gilets jaunes au moment d&#233;cisif. Mais pour Dolet, il faut continuer &#224; leur faire confiance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus grave encore : Dolet pr&#233;sente les syndicats comme une &#171; force sociale qui compte &#187; alors qu'ils viennent pr&#233;cis&#233;ment de d&#233;montrer leur impuissance en laissant passer 23 articles 49.3 sans broncher ! Elle pr&#233;sente comme &#171; encourageante &#187; l'attitude d'organisations qui ont syst&#233;matiquement trahi depuis 2017 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette inversion de la r&#233;alit&#233; r&#233;v&#232;le que le NPA fonctionne comme une machine &#224; l&#233;gitimer les tra&#238;tres. Son r&#244;le consiste &#224; recycler perp&#233;tuellement la cr&#233;dibilit&#233; des bureaucraties syndicales us&#233;es par leurs trahisons r&#233;p&#233;t&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### Le silence calcul&#233; sur le 10 septembre : la strat&#233;gie dilatoire r&#233;v&#233;l&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;l&#233;ment le plus r&#233;v&#233;lateur du texte de Dolet reste ce qu'elle ne dit pas. Son texte est publi&#233; exactement au moment o&#249; l'appel du 10 septembre prend de l'ampleur, mais elle n'en dit pas un mot !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette omission n'est pas fortuite. Elle r&#233;v&#232;le que le NPA pratique exactement la m&#234;me strat&#233;gie dilatoire que les bureaucraties syndicales : temporiser pour laisser le mouvement s'essouffler, puis &#233;ventuellement tenter une r&#233;cup&#233;ration de derni&#232;re minute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;vitant soigneusement de parler du 10 septembre tout en b&#233;nissant l'attitude des syndicats, Dolet couvre objectivement leur sabotage. Son silence complice participe directement &#224; la strat&#233;gie de boycott du mouvement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Tendance Claire : la r&#233;cup&#233;ration &#171; r&#233;volutionnaire &#187; ou l'art de soutenir pour mieux &#233;touffer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de Tendance Claire constitue un cas d'&#233;cole de la r&#233;cup&#233;ration pseudo-r&#233;volutionnaire. Sous les apparences d'un soutien militant au mouvement du 10 septembre, se dissimule une strat&#233;gie sophistiqu&#233;e de subordination et de neutralisation qui reproduit exactement les m&#233;canismes ayant permis de sauver Macron en 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### Le pi&#232;ge de la subordination syndicale d&#233;guis&#233;e en &#171; unit&#233; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premi&#232;res lignes, Tendance Claire r&#233;v&#232;le sa v&#233;ritable orientation : &#171; Nous appelons les organisations du mouvement ouvrier, les syndicats, le MFI, les organisations qui se disent de gauche &#187;. Cette formulation n'est pas anodine. Elle place d'embl&#233;e le mouvement populaire auto-organis&#233; en position de demandeur vis-&#224;-vis des appareils institutionnels, inversant compl&#232;tement le rapport de forces r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche reproduit exactement la logique r&#233;formiste consistant &#224; &#171; faire pression sur l'&#201;tat plut&#244;t que de le renverser &#187;. Mais ici, la pression s'exerce sur les &#171; lieutenants ouvriers de la bourgeoisie &#187; que sont les directions syndicales. Le r&#233;sultat est identique : maintenir les masses dans l'illusion qu'elles peuvent obtenir satisfaction en s'adressant &#224; leurs oppresseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### La strat&#233;gie dilatoire masqu&#233;e par l'urgence r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pernicieux encore, Tendance Claire adopte une position qui &#171; temporise pour mieux enterrer &#187; tout en feignant l'urgence r&#233;volutionnaire. L'article conditionne le succ&#232;s du mouvement &#224; l'adh&#233;sion des syndicats : &#171; Il faut que tous les secteurs de la population, syndiqu&#233;s et non syndiqu&#233;s, Gilets jaunes et manifestants classiques, se retrouvent ensemble &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette formulation apparemment unitaire cache un pi&#232;ge mortel : elle fait d&#233;pendre la mobilisation populaire du bon vouloir des bureaucraties syndicales qui ont d&#233;j&#224; prouv&#233; leur nature tra&#238;tresse. C'est exactement la m&#234;me logique qui avait permis &#224; Martinez de saboter les Gilets jaunes en d&#233;cembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### L'amn&#233;sie s&#233;lective : oublier 2018 pour mieux reproduire la trahison&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus r&#233;v&#233;lateur reste l'incapacit&#233; totale de Tendance Claire &#224; tirer les le&#231;ons de 2018. L'article continue d'appeler &#224; l'unit&#233; avec les organisations qui ont &#171; sauv&#233; Macron &#187; lors du mouvement des Gilets jaunes, comme si rien ne s'&#233;tait pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette amn&#233;sie n'est pas accidentelle : elle r&#233;v&#232;le que Tendance Claire fonctionne objectivement comme une courroie de transmission de l'ordre capitaliste, quels que soient ses discours de fa&#231;ade. Son r&#244;le consiste &#224; canaliser la col&#232;re populaire vers les m&#234;mes impasses qui ont d&#233;j&#224; permis de la neutraliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### L'Union Communiste Libertaire : l'accompagnement libertaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UCL d&#233;veloppe une position qui illustre parfaitement les limites de l'anarchisme contemporain face aux mouvements de masse. Dans son &#233;dito &#171; Contre la casse sociale, tout le monde dans la rue le 10 septembre ! &#187;, l'UCL adopte une attitude de soutien critique qui r&#233;v&#232;le ses propres contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### Le soutien libertaire : entre spontan&#233;isme et avant-gardisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UCL appelle clairement au soutien du 10 septembre : &#171; Le 10 septembre, &#224; nous d'imposer des mots d'ordre pour nos droits sociaux et contrer l'accaparement des richesses par la bourgeoisie ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position semble plus claire que celle des organisations trotskistes analys&#233;es pr&#233;c&#233;demment. Cependant, la formulation &#171; &#224; nous d'imposer des mots d'ordre &#187; r&#233;v&#232;le la contradiction libertaire : comment &#171; imposer &#187; des mots d'ordre tout en respectant l'auto-organisation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UCL veut &#234;tre &#224; la fois spontan&#233;iste (respect de l'auto-organisation) et dirigeante (imposer des mots d'ordre). Cette contradiction r&#233;v&#232;le que m&#234;me les libertaires ne peuvent &#233;chapper compl&#232;tement &#224; la logique avant-gardiste quand ils veulent peser politiquement sur un mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### La tactique des &#171; 3 jours de gr&#232;ve &#187; : l'illusion de la radicalit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UCL propose &#171; la revendication de 3 jours de gr&#232;ve pour imposer un r&#233;el rapport de force, car les manifestations isol&#233;es et la gr&#232;ve perl&#233;e &#233;puisent sans cr&#233;er de r&#233;sultats &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette proposition r&#233;v&#232;le une incompr&#233;hension des rapports de force r&#233;els. D'o&#249; sort cette &#171; revendication de 3 jours de gr&#232;ve &#187; ? Qui l'a &#233;labor&#233;e ? Sur quels crit&#232;res ? L'UCL semble croire qu'il suffit de &#171; poser &#187; une revendication tactique pour qu'elle devienne r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche r&#233;v&#232;le que l'UCL reste prisonni&#232;re d'une conception quantitative de la lutte : plus de jours de gr&#232;ve = plus de rapport de force. Elle &#233;vacue compl&#232;tement les questions qualitatives : qui organise ? Comment ? Avec quels objectifs politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#### L'anti-fascisme comme horizon politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UCL consacre une partie significative de son &#233;dito &#224; mettre en garde contre l'extr&#234;me droite : &#171; l'extr&#234;me droite, soutien pr&#233;cieux de Bayrou, aimerait jouer un double-jeu et se faire une place dans le mouvement social qu'elle attaque pourtant. Ne lui laissons pas de place pour diviser la lutte ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette obsession anti-fasciste r&#233;v&#232;le les limites politiques de l'UCL. Au lieu de d&#233;velopper un programme r&#233;volutionnaire positif, l'UCL se contente de d&#233;finir son action par la n&#233;gative : emp&#234;cher l'extr&#234;me droite d'intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche reproduit exactement la logique du Front populaire : unir tout le monde contre l'extr&#234;me droite, &#233;viter les clivages politiques au nom de l'unit&#233; antifasciste. C'est une strat&#233;gie qui conduit syst&#233;matiquement &#224; la subordination des r&#233;volutionnaires aux r&#233;formistes &#171; d&#233;mocratiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128680; L'ANTIFASCISME COMME STRAT&#201;GIE D'ENCADREMENT : LA MANIPULATION DES PEURS POPULAIRES&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;### L'antifascisme : arme de destruction massive de la conscience de classe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse de l'attitude de l'UCL face &#224; l'extr&#234;me droite r&#233;v&#232;le un ph&#233;nom&#232;ne politique plus large qui m&#233;rite un d&#233;veloppement sp&#233;cifique. L'antifascisme tel que pratiqu&#233; par l'extr&#234;me gauche, les syndicats et m&#234;me une partie de la gauche institutionnelle ne constitue pas une politique r&#233;volutionnaire, mais bien une strat&#233;gie d'encadrement des masses derri&#232;re les organisations social-patriotes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette strat&#233;gie repose sur un m&#233;canisme simple mais redoutablement efficace : transformer la peur l&#233;gitime des travailleurs face &#224; l'extr&#234;me droite en adh&#233;sion aux institutions &#171; d&#233;mocratiques &#187; bourgeoises. En agitant constamment l'&#233;pouvantail fasciste, ces organisations d&#233;tournent la col&#232;re populaire de ses v&#233;ritables cibles &#8212; le capitalisme et l'&#201;tat bourgeois &#8212; vers un ennemi de substitution qui permet de pr&#233;server l'essentiel du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antifascisme devient ainsi l'opium du peuple r&#233;volutionnaire : il donne l'illusion de la radicalit&#233; (on lutte contre le &#171; mal absolu &#187;) tout en canalisant cette radicalit&#233; vers des objectifs parfaitement compatibles avec l'ordre capitaliste existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Le Front populaire &#233;ternel : 90 ans de trahisons au nom de l'antifascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette strat&#233;gie n'est pas nouvelle. Depuis le Front populaire de 1936, l'antifascisme sert syst&#233;matiquement &#224; justifier l'alliance des organisations ouvri&#232;res avec leur propre bourgeoisie &#171; d&#233;mocratique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1936, le PCF et la SFIO utilisent la menace fasciste pour justifier leur alliance avec les radicaux bourgeois. R&#233;sultat : le mouvement ouvrier le plus puissant de l'histoire fran&#231;aise est d&#233;tourn&#233; vers la d&#233;fense de la R&#233;publique bourgeoise, les gr&#232;ves sont canalis&#233;es vers des n&#233;gociations salariales, et le capitalisme fran&#231;ais sort renforc&#233; de cette &#171; victoire &#187; antifasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1944-1945, c'est encore au nom de l'antifascisme que le PCF d&#233;sarme la R&#233;sistance, dissout les milices patriotiques, et participe &#224; la reconstruction de l'&#201;tat bourgeois fran&#231;ais. Les mots d'ordre de r&#233;volution sociale sont abandonn&#233;s au profit de la &#171; reconstruction nationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, l'antifascisme sert &#224; justifier la subordination du mouvement ouvrier aux int&#233;r&#234;ts de sa propre bourgeoisie nationale. Car il faut bien comprendre la logique : si le fascisme est le danger principal, alors il faut s'allier avec tous ceux qui s'y opposent, y compris avec les capitalistes &#171; d&#233;mocrates &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### La manipulation contemporaine : du Front r&#233;publicain au &#171; cordon sanitaire &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, cette m&#234;me logique se reproduit sous des formes &#224; peine actualis&#233;es. Le &#171; Front r&#233;publicain &#187;, le &#171; cordon sanitaire &#187;, le &#171; vote utile &#187; : toutes ces formules reposent sur la m&#234;me manipulation antifasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me gauche explique doctement aux travailleurs qu'il faut voter Macron contre Le Pen, soutenir les institutions &#171; d&#233;mocratiques &#187; contre la &#171; d&#233;rive autoritaire &#187;, d&#233;fendre l'Europe &#171; sociale &#187; contre l'Europe &#171; des nationalismes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque fois, les travailleurs sont invit&#233;s &#224; soutenir leurs propres exploiteurs au nom de la lutte contre un danger suppos&#233; pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette logique transforme les r&#233;volutionnaires en auxiliaires de la bourgeoisie d&#233;mocratique. Au lieu de d&#233;velopper une politique ind&#233;pendante de classe, ils passent leur temps &#224; d&#233;fendre l'ordre bourgeois existant contre ses variantes suppos&#233;es plus dangereuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### L'UCL et l'extr&#234;me gauche : pompiers de service du syst&#232;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude de l'UCL face au 10 septembre illustre parfaitement cette d&#233;rive. Au lieu de concentrer ses forces sur la d&#233;nonciation du plan Bayrou, sur l'organisation de la riposte ouvri&#232;re, sur la construction d'alternatives r&#233;volutionnaires, l'UCL consacre une &#233;nergie consid&#233;rable &#224; mettre en garde contre l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette priorit&#233; r&#233;v&#232;le que pour l'UCL, le danger principal n'est pas le capitalisme mais le fascisme. D&#232;s lors, il devient logique de s'allier avec tous les &#171; d&#233;mocrates &#187;, y compris bourgeois, contre la menace fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette logique conduit in&#233;vitablement &#224; la subordination politique aux &#171; d&#233;mocrates &#187; bourgeois. Car si le fascisme est le danger principal, alors Macron, Bayrou, Cazeneuve deviennent des &#171; alli&#233;s objectifs &#187; dans la lutte antifasciste ! On ne peut pas d&#233;noncer trop vigoureusement des &#171; alli&#233;s &#187;, m&#234;me temporaires...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Les syndicats : l'antifascisme comme substitut &#224; la lutte de classe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats, de leur c&#244;t&#233;, utilisent l'antifascisme comme substitut moderne &#224; la lutte de classe. Incapables de mobiliser massivement sur les questions sociales, ils retrouvent une l&#233;gitimit&#233; en se posant en remparts contre l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT explique ainsi &#224; ses militants qu'il faut voter contre Le Pen, participer aux manifestations &#171; r&#233;publicaines &#187;, d&#233;fendre les &#171; valeurs d&#233;mocratiques &#187;. Cette &#233;nergie d&#233;pens&#233;e dans l'antifascisme est autant d'&#233;nergie soustraite &#224; l'organisation de la lutte anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus grave encore : cette orientation antifasciste habitue les travailleurs &#224; consid&#233;rer leurs int&#233;r&#234;ts comme compatibles avec ceux de la bourgeoisie &#171; d&#233;mocratique &#187;. Si CGT et MEDEF peuvent manifester ensemble contre l'extr&#234;me droite, pourquoi ne pourraient-ils pas s'entendre sur les questions sociales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### L'instrumentalisation de la peur : technique de manipulation des masses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antifascisme contemporain repose sur l'instrumentalisation syst&#233;matique de la peur des masses. En exag&#233;rant constamment la menace fasciste, en pr&#233;sentant chaque &#233;lection comme un &#171; moment d&#233;cisif pour la d&#233;mocratie &#187;, ces organisations maintiennent les travailleurs dans un &#233;tat de tension permanente qui les rend perm&#233;ables &#224; la manipulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette technique de gouvernement par la peur n'est pas nouvelle : c'est exactement celle utilis&#233;e par la bourgeoisie elle-m&#234;me (menace terroriste, &#171; p&#233;ril migratoire &#187;, &#171; crise &#233;conomique &#187;, etc.). L'extr&#234;me gauche et les syndicats ne font que reprendre ces m&#233;thodes &#224; leur compte en substituant la peur du fascisme aux autres peurs bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat est le m&#234;me : des masses t&#233;tanis&#233;es, incapables de d&#233;velopper une politique offensive, toujours contraintes &#224; la d&#233;fensive, toujours oblig&#233;es de choisir entre diff&#233;rentes variantes de l'exploitation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### L'antifascisme comme op&#233;ration de sauvetage du syst&#232;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In fine, l'antifascisme contemporain fonctionne comme une gigantesque op&#233;ration de sauvetage du syst&#232;me capitaliste. En canalisant la col&#232;re populaire vers un ennemi de substitution, il permet au capitalisme &#171; d&#233;mocratique &#187; de se r&#233;g&#233;n&#233;rer p&#233;riodiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque &#171; victoire &#187; antifasciste (&#233;lection de Chirac en 2002, de Macron en 2017 et 2022) permet au syst&#232;me de repartir sur de nouvelles bases, avec une l&#233;gitimit&#233; renouvel&#233;e. Les masses, &#233;puis&#233;es par la &#171; lutte antifasciste &#187;, acceptent alors de nouveaux sacrifices au nom de la &#171; reconstruction d&#233;mocratique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette logique explique pourquoi l'antifascisme et l'aust&#233;rit&#233; avancent toujours de pair : chaque &#171; victoire &#187; sur l'extr&#234;me droite est imm&#233;diatement suivie de nouvelles attaques sociales, justifi&#233;es par la n&#233;cessit&#233; de &#171; rassurer les march&#233;s &#187;, de &#171; moderniser le pays &#187;, de &#171; consolider la d&#233;mocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### La complicit&#233; objective : antifascisme et social-patriotisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antifascisme tel que pratiqu&#233; par l'extr&#234;me gauche et les syndicats fonctionne donc en parfaite compl&#233;mentarit&#233; avec le social-patriotisme des partis de gauche traditionnels. Les uns agitent l'&#233;pouvantail fasciste, les autres proposent l'alternative &#171; raisonnable &#187;. Ensemble, ils encadrent les masses dans un syst&#232;me bipolaire qui exclut toute alternative r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette complicit&#233; objective explique pourquoi l'extr&#234;me gauche et les syndicats ne d&#233;noncent jamais vraiment le social-patriotisme. Ils peuvent critiquer ponctuellement les &#171; compromissions &#187; du PS ou du PCF, mais ils ne remettent jamais en question la logique antifasciste qui justifie ces compromissions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car d&#233;noncer vraiment l'antifascisme bourgeois, ce serait remettre en question leur propre strat&#233;gie ! Ce serait reconna&#238;tre qu'ils participent eux-m&#234;mes &#224; l'encadrement des masses derri&#232;re les organisations social-patriotes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### La n&#233;cessit&#233; de l'ind&#233;pendance politique : rompre avec l'antifascisme bourgeois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette manipulation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, la seule attitude r&#233;volutionnaire consiste &#224; rompre totalement avec l'antifascisme bourgeois et &#224; d&#233;velopper une politique de classe ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie pas &#234;tre &#171; indiff&#233;rent &#187; au fascisme, mais comprendre que le fascisme n'est qu'une des formes possibles de la dictature bourgeoise. La bourgeoisie &#171; d&#233;mocratique &#187; est parfaitement capable de r&#233;pression, de guerre, d'exploitation massive. Elle n'a nul besoin du fascisme pour opprimer les travailleurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie alternative au fascisme, ce n'est pas la d&#233;mocratie bourgeoise, c'est la d&#233;mocratie ouvri&#232;re. Et celle-ci ne peut &#233;merger qu'&#224; travers la lutte contre toutes les formes de domination bourgeoise, y compris &#171; d&#233;mocratiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi les r&#233;volutionnaires doivent refuser tout &#171; Front r&#233;publicain &#187;, tout &#171; cordon sanitaire &#187;, toute alliance avec la bourgeoisie &#171; d&#233;mocratique &#187;. Ils doivent expliquer aux masses que leur ennemi principal, ce n'est pas tel ou tel parti bourgeois, mais la bourgeoisie dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rupture avec l'antifascisme bourgeois est une condition sine qua non de l'&#233;mergence d'une alternative r&#233;volutionnaire authentique. Tant que l'extr&#234;me gauche et les syndicats continueront &#224; canaliser la col&#232;re populaire vers la d&#233;fense de la &#171; d&#233;mocratie &#187; bourgeoise, ils fonctionneront objectivement comme des auxiliaires du syst&#232;me capitaliste, quelles que soient leurs intentions subjectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128170; LA TRAHISON ORGANIS&#201;E : UNE TRADITION S&#201;CULAIRE&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;### La tradition s&#233;culaire de la trahison : de 1848 &#224; 2025, toujours les m&#234;mes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette trahison a des racines de classe PROFONDES ! L'histoire du mouvement ouvrier est une longue s&#233;rie de COUPS DE POIGNARD dans le dos de l'aristocratie ouvri&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1848 : Louis Blanc et ses complices social-d&#233;mocrates TIRENT SUR LES OUVRIERS des barricades !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1871 : Les &#171; r&#233;publicains &#187; bourgeois participent au MASSACRE de la Commune !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1914 : Les chefs sociaux-d&#233;mocrates et syndicaux TRAHISSENT en soutenant la guerre imp&#233;rialiste !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1936 : Le Front populaire canalise les gr&#232;ves vers des n&#233;gociations bidons pendant que le capitalisme se renforce !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1945 : Le PCF D&#201;SARME la R&#233;sistance au nom de la &#171; reconstruction nationale &#187; !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1968 : Les syndicats signent les Accords de Grenelle pour STOPPER la r&#233;volution !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1981 : La gauche au pouvoir applique l'aust&#233;rit&#233; &#171; de gauche &#187; !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2018 : Martinez et sa bande SAUVENT Macron en refusant de soutenir les Gilets jaunes !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2025 : La m&#234;me coalition de VENDUS se mobilise contre le 10 septembre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; CHAQUE FOIS, LA M&#202;ME LOGIQUE POURRIE : l'aristocratie ouvri&#232;re TRAHIT le prol&#233;tariat pour pr&#233;server ses privil&#232;ges dans l'ordre bourgeois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128293; CONCLUSION G&#201;N&#201;RALE : ILS SONT TOUS UNIS CONTRE NOUS ! UNISSONS-NOUS CONTRE EUX !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;### ILS FONT TOUS LA M&#202;ME CHOSE ! LEURS M&#201;THODES COMMUNES DE TRAHISON !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse d&#233;taill&#233;e des attitudes de TOUTES ces organisations face au mouvement du 10 septembre r&#233;v&#232;le un ph&#233;nom&#232;ne politique EXPLOSIF : MALGR&#201; leurs gu&#233;guerres de fa&#231;ade, TOUS ces tra&#238;tres convergent dans la m&#234;me strat&#233;gie de SABOTAGE de l'auto-organisation populaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette convergence n'a RIEN d'accidentel ! Qu'il s'agisse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Du parlementarisme bourgeois de LFI qui nous endort avec leurs motions bidons
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De l'accompagnement condescendant de la CGT qui nous traite comme des gamins
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De la dialectique de merde du PCF qui reconna&#238;t notre col&#232;re pour mieux l'enterrer
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De la gesticulation bureaucratique de Force Ouvri&#232;re qui fait semblant d'appeler &#224; la gr&#232;ve
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De l'impuissance organis&#233;e de LO qui pr&#233;f&#232;re &#171; discuter &#187; que se battre
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Du suivisme syndical du NPA qui l&#232;che les bottes des bureaucrates
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De l'accompagnement libertaire de l'UCL obs&#233;d&#233;e par l'antifascisme
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De la sophistication th&#233;orique de RP qui masque sa l&#226;chet&#233;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De la r&#233;cup&#233;ration pseudo-r&#233;volutionnaire de Tendance Claire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOUS CES VENDUS APPLIQUENT LA M&#202;ME M&#201;THODE POURRIE : emp&#234;cher que nous, le PEUPLE TRAVAILLEUR, on s'organise et on agisse de mani&#232;re ind&#233;pendante des appareils pourris qui nous contr&#244;lent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### LEUR ARSENAL DE TECHNIQUES DE NEUTRALISATION R&#201;VOLUTIONNAIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse r&#233;v&#232;le un arsenal de techniques de sabotage parfaitement r&#244;d&#233; que TOUS ces parasites ma&#238;trisent, chacun selon sa sp&#233;cialit&#233; de merde :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &#9200; LA TEMPORISATION CALCUL&#201;E - &#171; ON ATTEND, ON VERRA... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LFI attend leurs &#171; motions de censure &#187; parlementaires bidons
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les syndicats reportent leur r&#233;union au 1er septembre pour que &#231;a retombe
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LO &#171; r&#233;fl&#233;chit &#187; au lieu d'agir - des vrais PHILOSOPHES DE L'INACTION !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le NPA attend de voir si les bureaucrates donnent leur permission
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LEUR OBJECTIF : laisser notre mouvement crever faute de soutien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &#127917; LA R&#201;CUP&#201;RATION CONDITIONNELLE - &#171; ON VOUS SOUTIENT... SI... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Nous soutenons... SI les syndicats nous y autorisent &#187; (LFI)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; La col&#232;re est l&#233;gitime... MAIS il faut nous laisser l'encadrer &#187; (CGT)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Nous nous saisirons... QUAND les bureaucrates l'auront d&#233;cid&#233; &#187; (NPA)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LEUR OBJECTIF : r&#233;cup&#233;rer notre mouvement au dernier moment pour le tuer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &#128121; LA DIABOLISATION PR&#201;VENTIVE - L'&#201;POUVANTAIL FASCISTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Attention &#224; l'extr&#234;me droite ! &#187; (TOUS les courants)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Mouvement confus et manipul&#233; &#187; (PCF, CGT)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Jacquerie irrationnelle &#187; (Laurent Brun le tra&#238;tre)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LEUR OBJECTIF : nous faire peur pour qu'on accepte leur &#171; encadrement responsable &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &#9939;&#65039; LA SUBORDINATION D&#201;GUIS&#201;E - &#171; UNIT&#201; &#187; AVEC NOS FOSSOYEURS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Unit&#233; avec le mouvement ouvrier organis&#233; &#187; (RP, NPA) = unit&#233; avec les tra&#238;tres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Faire pression sur les syndicats &#187; (RP) = faire confiance aux vendus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Discussion avec les partenaires sociaux &#187; (LFI) = n&#233;gocier avec nos ennemis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LEUR OBJECTIF : nous maintenir sous la tutelle des appareils pourris !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. &#127914; L'ALTERNATIVE CONFISQU&#201;E - &#171; L'ALTERNATIVE, C'EST NOUS ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; L'alternative, c'est nous ! &#187; (NPA) = syndicats tra&#238;tres + NFP parlementaire + extr&#234;me-gauche opportuniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Il faut une force sous contr&#244;le des travailleurs &#187; (LO) = sans jamais dire laquelle - du vent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Nous imposons nos mots d'ordre &#187; (UCL) = avant-gardisme libertaire d&#233;guis&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LEUR OBJECTIF : emp&#234;cher qu'on construise une VRAIE alternative r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128176; LA BASE SOCIALE COMMUNE : L'ARISTOCRATIE OUVRI&#200;RE CONTRE LE PROL&#201;TARIAT !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cette trahison n'est PAS un accident ! Elle a une base mat&#233;rielle commune : L'ARISTOCRATIE OUVRI&#200;RE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette couche de PRIVIL&#201;GI&#201;S de la classe ouvri&#232;re &#8212; cadres, techniciens, fonctionnaires sup&#233;rieurs, dirigeants syndicaux, militants professionnels &#8212; vit BEAUCOUP MIEUX que nous, les prol&#233;taires de base ! ILS ONT DES PRIVIL&#200;GES &#192; PERDRE DANS UNE R&#201;VOLUTION !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### L'ARISTOCRATIE OUVRI&#200;RE M&#201;LENCHONISTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D&#233;put&#233;s LFI : 7 000 &#8364; par mois &#8212; plus que ce qu'un SMICARD gagne en 6 mois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cadres territoriaux, fonctionnaires sup&#233;rieurs avec leurs petits privil&#232;ges&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Professions lib&#233;rales &#171; de gauche &#187; qui font les r&#233;volutionnaires depuis leurs beaux quartiers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LEUR INT&#201;R&#202;T : n&#233;gocier une meilleure place dans la hi&#233;rarchie sociale, PAS LA R&#201;VOLUTION !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### L'ARISTOCRATIE OUVRI&#200;RE SYNDICALE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Permanents syndicaux &#171; lib&#233;r&#233;s &#187; qui touchent leurs indemnit&#233;s sans bosser&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cadres d'entreprise &#171; syndiqu&#233;s &#187; qui jouent les r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LEUR INT&#201;R&#202;T : vivre grassement de la n&#233;gociation avec le patronat, PAS de son renversement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### L'ARISTOCRATIE OUVRI&#200;RE D'EXTR&#202;ME-GAUCHE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Militants professionnels, enseignants, journalistes &#171; alternatifs &#187; bien pay&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Positions dans l'appareil syndical, mandats &#233;lectifs locaux avec leurs jetons de pr&#233;sence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LEUR INT&#201;R&#202;T : maintenir leurs positions d'interm&#233;diaires entre nous et la bourgeoisie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CES COUCHES PRIVIL&#201;GI&#201;ES ont la TROUILLE de la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui balaierait leurs petits privil&#232;ges bourgeois ! VOIL&#192; POURQUOI CES VENDUS TRAHISSENT TOUJOURS AU MOMENT D&#201;CISIF !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### LES DIFF&#201;RENTES VARIANTES DE LA M&#202;ME TRAHISON DE CLASSE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette aristocratie ouvri&#232;re forme la base sociale de TOUS ces courants de la trahison sous des formes diff&#233;rentes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#127963;&#65039; SOCIAL-D&#201;MOCRATIE (LFI, PCF, NPA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Elle d&#233;fend ses privil&#232;ges dans l'&#201;tat bourgeois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; M&#201;THODE : parlementarisme bidon, &#171; vote utile &#187;, alliances avec les bourgeois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; OBJECTIF : cog&#233;rer l'exploitation capitaliste depuis les institutions !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#129309; SYNDICALISME BUREAUCRATIQUE (CGT, FO, CFDT)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Elle vit grassement de la n&#233;gociation avec le patronat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; M&#201;THODE : &#171; dialogue social &#187;, &#171; partenaires sociaux &#187; &#8212; les mots qui puent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; OBJECTIF : institutionnaliser les conflits de classe pour les CASTRER !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#127917; EXTR&#202;ME-GAUCHE OPPORTUNISTE (LO, RP, NPA-R)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Elle joue la radicalit&#233; verbale pour mieux nous trahir au moment d&#233;cisif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; M&#201;THODE : critique &#171; r&#233;volutionnaire &#187; en paroles + pratique r&#233;formiste en actes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; OBJECTIF : canaliser notre combativit&#233; vers les impasses l&#233;gales !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#127988; ANARCHISME BOURGEOIS (UCL)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Elle critique l'&#201;tat pour mieux d&#233;fendre la d&#233;mocratie bourgeoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; M&#201;THODE : antifascisme obsessionnel, &#171; auto-organisation &#187; sous surveillance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; OBJECTIF : &#233;viter la centralisation r&#233;volutionnaire qui les menacerait !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOUTES CES VARIANTES POURRIES ont le m&#234;me ennemi principal : l'auto-organisation r&#233;volutionnaire des masses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### LA FONCTION OBJECTIVE : AUXILIAIRES DU CAPITAL DANS LE MOUVEMENT OUVRIER !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de leurs belles intentions de fa&#231;ade, TOUTES ces organisations fonctionnent objectivement comme des AGENTS DU CAPITAL dans le mouvement ouvrier ! Leur r&#244;le historique de COLLABORATEURS consiste &#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. D&#201;VOYER notre combativit&#233; vers des objectifs qui ne menacent pas l'ordre bourgeois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. ENCADRER nos mouvements spontan&#233;s pour emp&#234;cher qu'ils deviennent r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. N&#201;GOCIER les compromis pourris qui permettent au syst&#232;me de continuer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. TRAHIR au moment d&#233;cisif quand l'ordre bourgeois est vraiment menac&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fonction de CHIENS DE GARDE explique pourquoi le syst&#232;me capitaliste entretient et finance g&#233;n&#233;reusement ces organisations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Subventions publiques MASSIVES aux syndicats et partis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Temps de d&#233;charge syndical pay&#233; par le patronat &#8212; ils se font payer par nos ennemis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Postes dans les institutions (conseils &#233;conomiques, commissions bidons, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Reconversion des dirigeants dans l'appareil d'&#201;tat ou le priv&#233; &#8212; le PANTOUFLAGE organis&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;TAT BOURGEOIS A BESOIN DE CES TRA&#206;TRES pour nous contr&#244;ler ! C'est pourquoi il les subventionne &#224; MILLIONS pendant qu'il r&#233;prime les r&#233;volutionnaires authentiques !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### L'OBSTACLE PRINCIPAL SUR LE CHEMIN DE LA R&#201;VOLUTION SOCIALISTE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse D&#201;MONTRE que le principal obstacle &#224; la r&#233;volution socialiste n'est PAS la bourgeoisie elle-m&#234;me, mais ses AGENTS INFILTR&#201;S dans le mouvement ouvrier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie est ouvertement ENNEMIE. Son r&#244;le est clair, ses int&#233;r&#234;ts &#233;vidents. Nous pouvons apprendre &#224; la combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces organisations de TRA&#206;TRES sont infiniment plus dangereuses car elles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; PARLENT notre langage tout en SERVANT nos oppresseurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; PROMETTENT l'&#233;mancipation tout en ORGANISANT notre subordination&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; CRITIQUENT le syst&#232;me tout en en ASSURANT la reproduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; CANALISENT notre col&#232;re vers nos propres fossoyeurs organis&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi L&#233;nine avait RAISON : &#171; L'opportunisme n'est pas un hasard, une faute, un p&#233;ch&#233;, mais un produit social de toute une &#233;poque historique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128293; LA N&#201;CESSIT&#201; DE LA RUPTURE R&#201;VOLUTIONNAIRE TOTALE !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette trahison organis&#233;e s&#233;culaire, une seule attitude r&#233;volutionnaire est possible : LA RUPTURE COMPL&#200;TE ET D&#201;FINITIVE avec TOUTES ces organisations, quelles que soient leurs promesses, leurs discours, leurs &#171; &#233;volutions &#187; bidons !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut construire DES ORGANISATIONS R&#201;VOLUTIONNAIRES AUTHENTIQUES bas&#233;es sur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### &#128683; L'IND&#201;PENDANCE DE CLASSE ABSOLUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; AUCUNE alliance avec la bourgeoisie &#171; d&#233;mocratique &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; AUCUNE participation aux institutions bourgeoises !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; AUCUNE n&#233;gociation avec les &#171; partenaires sociaux &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### &#9994; L'AUTO-ORGANISATION POPULAIRE SOUVERAINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comit&#233;s de gr&#232;ve IND&#201;PENDANTS des syndicats tra&#238;tres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Assembl&#233;es populaires avec d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus et r&#233;vocables !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; F&#233;d&#233;ration nationale des comit&#233;s de lutte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### &#128499;&#65039; LA D&#201;MOCRATIE R&#201;VOLUTIONNAIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Rotation des mandats, r&#233;vocabilit&#233; permanente !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#201;galit&#233; des salaires entre dirigeants et dirig&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Contr&#244;le de la base sur TOUS les appareils !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### &#127919; L'OBJECTIF R&#201;VOLUTIONNAIRE CLAIR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; DESTRUCTION de l'&#201;tat bourgeois, pas sa r&#233;forme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; SOCIALISATION des moyens de production, pas leur &#171; r&#233;gulation &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; DICTATURE du prol&#233;tariat, pas la &#171; d&#233;mocratie &#187; bourgeoise !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SEULES DES ORGANISATIONS CONSTRUITES SUR CES BASES R&#201;VOLUTIONNAIRES pourront briser le cycle s&#233;culaire de la trahison et ouvrir la voie &#224; l'&#233;mancipation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128226; LE 10 SEPTEMBRE APPEL AUX MILITANTS DE BASE : R&#201;VEILLEZ-VOUS !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#128293; Militants de LO, des NPA-R&amp;A, de RP, du POI, de la CNT ou d'AL&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128065;&#65039; REGARDEZ LA V&#201;RIT&#201; EN FACE : Ce que les staliniens furent en 1968 &#8212; ENNEMIS DE L'AUTO-ORGANISATION ET DU POUVOIR DES TRAVAILLEURS SUR LEURS PROPRES LUTTES ET DE LA R&#201;VOLUTION SOCIALISTE &#8212; c'est exactement ce que sont aujourd'hui vos dirigeants face au 10 septembre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9889; ROMPEZ AVEC LA POLITIQUE DE VOS ORGANISATIONS !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militants sinc&#232;res de LO : vos dirigeants pr&#233;f&#232;rent &#171; discuter &#187; plut&#244;t que d'agir ! Ils critiquent m&#234;me le BOYCOTT &#8212; une arme l&#233;gitime du peuple travailleur ! SORTEZ DE CETTE IMPUISSANCE ORGANIS&#201;E !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militants combatifs des NPA : vos directions attendent le feu vert des syndicats tra&#238;tres avant de bouger ! Elles mettent le NFP parlementaire avant l'auto-organisation ! CASSEZ CETTE SUBORDINATION !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militants r&#233;volutionnaires de RP : vos dirigeants appellent &#224; &#171; faire pression sur les syndicats &#187; au lieu de construire l'ind&#233;pendance ouvri&#232;re ! BRISEZ CETTE LOGIQUE DE CAPITULATION !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militants du POI : votre organisation suit la m&#234;me ligne opportuniste que tous les autres ! R&#201;VEILLEZ-VOUS !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militants de la CNT et d'AL : vos organisations se perdent dans l'antifascisme au lieu de combattre le capitalisme ! RETROUVEZ L'ESPRIT R&#201;VOLUTIONNAIRE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128296; SYNDIQU&#201;S DE BASE DE LA CGT, FO, CFDT, SUD : SORTEZ DE LA COLLABORATION DE CLASSE !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#9889; NE SOYEZ PAS LES COURROIES DE TRANSMISSION DU SYNDICALISME SOCIAL-PATRIOTE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DEPUIS JOUHAUX ET LA GRANDE TRAHISON DE 1914, vos directions reproduisent la m&#234;me politique de COLLABORATION avec l'&#201;tat bourgeois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1914, Jouhaux et la direction CGT ont trahi la classe ouvri&#232;re en soutenant la guerre imp&#233;rialiste ! Ils ont envoy&#233; les prol&#233;taires s'entre-tuer pour d&#233;fendre les profits de la bourgeoisie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EN 2025, BINET et sa clique font EXACTEMENT la m&#234;me chose : ils collaborent avec l'&#201;tat bourgeois et sabotent nos luttes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### &#128681; RENOUEZ AVEC LE SYNDICALISME R&#201;VOLUTIONNAIRE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvenez-vous de VOS VRAIS ANC&#202;TRES :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128293; &#201;MILE POUGET : &#171; L'action directe, c'est la force ouvri&#232;re cr&#233;atrice s'exer&#231;ant directement contre le capital, sans interm&#233;diaires, sans compromis ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9889; PIERRE MONATTE : Celui qui a refus&#233; la trahison de 1914 et d&#233;fendu l'internationalisme prol&#233;tarien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128170; ALFRED ROSMER : &#171; Le syndicalisme r&#233;volutionnaire, c'est la classe ouvri&#232;re qui se dirige elle-m&#234;me ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128296; P&#201;RICAT : D&#233;fenseur de l'action directe contre toutes les formes de collaboration de classe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CES R&#201;VOLUTIONNAIRES se retourneraient dans leur tombe en voyant ce que sont devenus &#171; vos &#187; syndicats !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9876;&#65039; VOTRE CHOIX HISTORIQUE LE 10 SEPTEMBRE : Continuer &#224; suivre les h&#233;ritiers de Jouhaux le tra&#238;tre ? OU Renouer avec l'esprit de Pouget, Monatte, Rosmer et P&#233;ricat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128683; REFUSEZ d'&#234;tre les LAQUAIS de vos bureaucrates ! &#9994; ORGANISEZ-VOUS DIRECTEMENT entre travailleurs ! &#128293; PRATIQUEZ L'ACTION DIRECTE contre le capital !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### &#128681; CE QUE NOUS VOUS PROPOSONS :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. REJOIGNEZ-NOUS dans les comit&#233;s de gr&#232;ve IND&#201;PENDANTS !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. PARTICIPEZ aux assembl&#233;es populaires souveraines !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. CONSTRUISEZ avec nous l'auto-organisation r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. ROMPEZ avec vos appareils qui vous trahissent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128170; VOTRE PLACE EST AVEC NOUS, PAS AVEC VOS BUREAUCRATES !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes des militants sinc&#232;res ! Vous voulez vraiment changer le syst&#232;me ! Mais vos organisations vous utilisent pour l&#233;gitimer leur trahison !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE 10 SEPTEMBRE, CHOISISSEZ VOTRE CAMP :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Avec vos dirigeants qui sabotent le mouvement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ou avec le PEUPLE TRAVAILLEUR qui se bat pour sa lib&#233;ration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9876;&#65039; L'HEURE DE V&#201;RIT&#201; A SONN&#201; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1968, des militants de base du PCF et de la CGT ont fini par comprendre que leurs dirigeants les trahissaient !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EN 2025, C'EST VOTRE TOUR DE COMPRENDRE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vos organisations ne changeront JAMAIS ! Elles sont int&#233;gr&#233;es au syst&#232;me jusqu'&#224; la moelle ! SEULE LA RUPTURE peut vous lib&#233;rer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### &#128293; NOTRE MAIN TENDUE :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne vous demandons pas de renier vos convictions r&#233;volutionnaires &#8212; AU CONTRAIRE ! Nous vous demandons de les APPLIQUER VRAIMENT en rompant avec ceux qui les trahissent quotidiennement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MILITANT.E.S SINC&#200;RES, REJOIGNEZ LA R&#201;VOLUTION V&#201;RITABLE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128681; VIVE L'UNIT&#201; R&#201;VOLUTIONNAIRE DU PEUPLE TRAVAILLEUR !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9889; VIVE L'AUTO-ORGANISATION IND&#201;PENDANTE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#128293; VIVE LA R&#201;VOLUTION SOCIALISTE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;mancipation des travailleurs ne peut &#234;tre que l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes. &#187; &#8212; Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'insurrection est, pour le peuple, le plus sacr&#233; des droits et le plus indispensable des devoirs. &#187; &#8212; Constitution de 1793&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PROL&#201;TAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Victor Serge - L'affaire Toula&#233;v</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8535</link>
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		<dc:date>2025-08-27T22:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Victor Serge</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Victor Serge dans &#171; L'Affaire Toulaev &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; po&#232;te des jeunesses communistes (staliniennes NDLR) &#187; (quarante ans) avait &#233;crit pour acclamer qu'on fasse fusiller le r&#233;volutionnaire Piatakov (et quelques autres) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les fusiller, c'est peu &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est trop, trop peu ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Charognes empoisonn&#233;es, crapules, &lt;br class='autobr' /&gt;
Vermine imp&#233;rialiste &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui salit nos fi&#232;res balles socialistes ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Toulaev c'est nom de roman de Kirov, un haut bureaucrate stalinien que Staline fit assassiner avant d'en accuser les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique165" rel="directory"&gt;24 - Commentaires de livres&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot108" rel="tag"&gt;Victor Serge&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Victor Serge dans &#171; L'Affaire Toulaev &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; po&#232;te des jeunesses communistes (staliniennes NDLR) &#187; (quarante ans) avait &#233;crit pour acclamer qu'on fasse fusiller le r&#233;volutionnaire Piatakov (et quelques autres) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les fusiller, c'est peu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est trop, trop peu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charognes empoisonn&#233;es, crapules,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vermine imp&#233;rialiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui salit nos fi&#232;res balles socialistes ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toulaev c'est nom de roman de Kirov, un haut bureaucrate stalinien que Staline fit assassiner avant d'en accuser les r&#233;volutionnaires, opposants &#224; la bureaucratie. L'affaire Kirov a &#233;t&#233; un des grands tournants du stalinisme &#224; partir de laquelle la condamnation et l'assassinat des r&#233;volutionnaires bolcheviks ont &#233;t&#233; programm&#233;s au travers des proc&#232;s de Moscou notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5748&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5748&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'affaire Toulaev est un roman d'une grande puissance dramatique. La g&#233;n&#233;ration des r&#233;volutionnaires se trouve broy&#233;e dans les ann&#233;es 1930 par le stalinisme qui cherche &#224; &#233;liminer toute critique de la bureaucratie contre-r&#233;volutionnaire dans la soci&#233;t&#233; sovi&#233;tique et bien au del&#224; dans tout le mouvement communiste international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge a &#233;t&#233; l'un des rares hommes &#224; avoir &#233;chapp&#233; &#224; cette trag&#233;die et &#224; avoir pu t&#233;moigner. Anarchiste en France puis un des militants internationaux de la r&#233;volution russe et des premi&#232;res ann&#233;es du bolch&#233;visme, il rejoigna l'opposition trostkyste d&#232;s les ann&#233;es 1920 et fut alors d&#233;port&#233; avant d'&#234;tre expuls&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre fait tr&#232;s bien ressentir la mont&#233;e ce qu'a &#233;t&#233; le stalinisme s'appuyant sur une cat&#233;gorie de privil&#233;gi&#233;s m&#233;diocres qui se sont empar&#233;s du pouvoir en vidant les mots de leur substance. Les bolch&#233;viques qui avaient sinc&#232;rement esp&#233;r&#233; dans un monde nouveau et y avaient consacr&#233; leur vie se trouvent devenir des &#034;ennemis objectifs&#034; ou des conspirateurs et sont supprim&#233;s &#224; la suite de proc&#232;s d&#233;lirants. La direction de l'arm&#233;e rouge ou des cadres un peu trop brillants ainsi que les opposants de gauche ou de droite se trouvent accus&#233;s des pires crimes par les serviteurs de Staline dans une machination implacable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend ainsi mieux la signature du pacte germano-sovi&#233;tique et la d&#233;route qui va suivre lors de l'invasion allemande dans un pays d&#233;capit&#233; de ses &#233;l&#233;ments les plus comp&#233;tents et les plus courageux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge a &#233;t&#233; l'un des seuls &#224; &#233;chapper au massacre. Il a fait entendre cette voie si minoritaire lorsqu'il &#233;tait &#034;minuit dans le si&#232;cle&#034; et que toute critique de l'URSS &#233;tait tax&#233;e de trahison dans les milieux de gauche. Victor Serge porte un regard intense sur le r&#244;le de l'individu face &#224; l'histoire, sur le sens de son engagement et sur l'esprit critique contre le courant dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que Victor Serge est mort exil&#233; au Mexique dans la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge trouva le moyen de travailler le manuscrit de son grand roman sur les Proc&#232;s de Moscou, L' Affaire Toulaev commenc&#233; &#224; Paris, tout en fuyant &#224; travers la France vers Marseille - sans argent, sans documents, sans nationalit&#233; et avec le GPU et la police de Vichy &#224; ses trousses. Apr&#232;s des mois d'attente infemale &#224; Marseille, Serge et son manuscrit prirent le dernier bateau de r&#233;fugi&#233;s jusqu'&#224; la Martinique, o&#249; il le travailla en captivit&#233;, pass&#232;rent par Saint-Domingue et Cuba avec la prison de nouveau, pour aboutir au dernier exil au M&#233;xique o&#249; Serge l'acheva.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Mexico, Serge se vit calomni&#233;, boycott&#233; et attaqu&#233; physiquement par les m&#234;mes agents staliniens qui venaient d'organiser l'assassinat de son ami Trotsky, un an auparavant. De plus, les &#233;diteurs anglo-saxons trouv&#232;rent L' Affaire Toulaev et les M&#233;moires d'un r&#233;volutionnaire trop sujets &#224; controverses pour qu'on les publie avant la mort de !'auteur, et cela malgr&#233; tous les efforts d'un Dwight Macdonald et d'un George Orwell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/clt/1991-1995/CLT47-Jan-1992.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/clt/1991-1995/CLT47-Jan-1992.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qu'on pourrait imaginer la d&#233;nonciation des proc&#232;s de Moscou par Victor Serge dans &#034;L'affaire Toulaev&#034; n'a pas &#233;t&#233; publi&#233;e dans les pays occidentaux pendant la guerre et la guerre froide mais bien apr&#232;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/clt/1991-1995/CLT47-Jan-1992.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/clt/1991-1995/CLT47-Jan-1992.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bourgeoisies occidentales ne voulaient surtout pas d'une d&#233;nonciation du stalinisme du point de vue r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faudra attendre la fin de la guerre et la mort de l'auteur pour que L'Affaire Toula&#233;v soit publi&#233;e, en 1948. Les Ann&#233;es sans pardon devront attendre 1971 pour voir le jour. Les ann&#233;es soixante-dix, qui voient se rel&#226;cher les tensions entre les deux blocs, ouvrent en effet un espace pour l'&#339;uvre de Victor Serge et marquent sa r&#233;apparition en librairie. En Russie, ce n'est qu'en 1989 que quelques-unes de ses &#339;uvres de fiction sont publi&#233;es dans des revues de province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://theses.hal.science/tel-03279532/document&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://theses.hal.science/tel-03279532/document&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Victor Serge - L'affaire Toula&#233;v&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1942&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. LES COM&#200;TES NAISSENT DE LA NUIT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia m&#233;ditait depuis plusieurs semaines l'achat d'une paire de chaussures quand une subite fantaisie dont il s'&#233;tonna lui-m&#234;me brouilla tous ses calculs. En se privant de cigarettes, de cin&#233;ma et, un jour sur deux, du repas de midi, il &#233;conomiserait dans les six semaines les cent quarante roubles n&#233;cessaires &#224; l'acquisition d'assez bonnes bottines que l'aimable vendeuse d'un magasin d'articles d'occasion promettait de lui r&#233;server &#171; en douce &#187;. Il marchait, en attendant, de bonne humeur sur des semelles de carton renouvel&#233;es tous les soirs. Par chance, le temps restait sec. D&#233;j&#224; riche de soixante-dix roubles, Kostia alla voir, pour le plaisir, ses futures chaussures, mi-cach&#233;es dans l'obscurit&#233; d'un rayon, derri&#232;re de vieux samovars en cuivre, un amoncellement d'&#233;tuis &#224; jumelles, une th&#233;i&#232;re chinoise, une bo&#238;te de coquillages sur laquelle se d&#233;tachait en bleu c&#233;leste le golfe de Naples&#8230; Des bottes royales, en cuir souple, tenaient le premier plan du rayon : quatre cents roubles, dites ! Des hommes en paletots fatigu&#233;s s'en pourl&#233;chaient les babines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Soyez tranquille, dit la petite vendeuse &#224; Kostia, vos bottines sont l&#224;, ne craignez rien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle lui souriait, brune aux yeux enfonc&#233;s, aux dents mal plant&#233;es mais jolies, aux l&#232;vres&#8230; Comment exprimer des l&#232;vres ? &#171; Vous avez des l&#232;vres enchant&#233;es &#187;, pensa Kostia, en la regardant bien en face, sans timidit&#233;, mais jamais il n'oserait dire ce qu'il pensait l&#224;. Un instant retenu par les yeux enfonc&#233;s, qui avaient la couleur interm&#233;diaire entre le vert et le bleu de certains bibelots chinois expos&#233;s dans la vitrine du comptoir, le regard de Kostia erra ensuite sur les bijoux, les coupe-papier, les montres, les tabati&#232;res, d'autres antiquailles, jusqu'&#224; s'arr&#234;ter par hasard sur un petit portrait de femme encadr&#233; d'&#233;b&#232;ne, si petit qu'il tiendrait dans votre main&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Combien cela ? demanda Kostia d'une voix surprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Soixante-dix roubles, c'est cher, vous savez, r&#233;pondirent les l&#232;vres enchant&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mains &#233;galement enchant&#233;es, se d&#233;gageant d'un brocart rouge et or jet&#233; en travers du comptoir, sortirent la miniature. Kostia la prit, boulevers&#233; de tenir entre ses gros doigts pas propres cette image, cette image vivante, cette image extraordinaire plus encore que vivante, ce minuscule hublot noir encadrant une t&#234;te blonde ceinte d'un diad&#232;me, un beau visage ovale dont les yeux &#233;taient pleins d'un &#233;veil, d'une douceur, d'une force, d'un myst&#232;re sans fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ach&#232;te, dit sourdement Kostia qui ne s'y attendait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vendeuse n'osa rien objecter tant il avait parl&#233; bas, du fond de lui-m&#234;me. Un coup d'&#339;il furtif &#224; droite, un autre &#224; gauche, la vendeuse murmura :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Chut, je fais la fiche : cinquante roubles, ne montrez pas l'article &#224; la caisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia la remercia presque sans la voir. &#171; Cinquante ou soixante-dix, je m'en fiche. Comprends-tu, fillette, que &#231;a n'a pas de prix ? &#187; Un grand feu s'allumait en lui. Tout le long du chemin, il sentit le petit rectangle d'&#233;b&#232;ne serr&#233; dans la poche int&#233;rieure de son veston s'incruster doucement contre sa poitrine ; et de l&#224; rayonnait une joie grandissante. Il marcha de plus en plus vite, monta en courant un escalier obscur, longea, dans l'appartement collectif, des corridors baign&#233;s ce jour-l&#224; d'une odeur de naphtaline et de soupe aux choux aigres, entra chez lui, fit ruisseler l'&#233;lectricit&#233;, consid&#233;ra avec exaltation son lit de sangle, ses vieux journaux illustr&#233;s empil&#233;s sur la table, la fen&#234;tre &#233;borgn&#233;e o&#249; des cartons rempla&#231;aient plusieurs carreaux&#8230; G&#234;n&#233; devant lui-m&#234;me de s'entendre murmurer : &#171; Quel bonheur ! &#187; La t&#234;te blonde, dans le petit hublot noir appuy&#233; au mur, sur la table, ne regardait que lui maintenant et il ne voyait qu'elle. La chambre se remplissait d'une ind&#233;finissable clart&#233;. Kostia fit quelques pas, sans but, de la fen&#234;tre &#224; la porte, tout &#224; coup &#224; l'&#233;troit. De l'autre c&#244;t&#233; de la cloison, Romachkine toussa faiblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ah, ce Romachkine &#187;, pensa Kostia, &#233;gay&#233; &#224; l'id&#233;e du petit homme bilieux, toujours enferm&#233; dans sa chambre, soign&#233;, propret, un vrai petit-bourgeois, vivant seul entre des g&#233;raniums, des livres reli&#233;s de papier gris, des portraits de grands hommes : Henrik Ibsen qui a dit que l'homme le plus solitaire est l'homme le plus fort, Metchnikoff qui a recul&#233; les bornes de la vie, par l'hygi&#232;ne, Charles Darwin qui a d&#233;montr&#233; que les b&#234;tes de m&#234;me esp&#232;ce ne se d&#233;vorent pas entre elles, Knut Hamsun parce qu'il a cri&#233; la faim et aim&#233; la for&#234;t&#8230; Romachkine portait encore de vieux vestons d'avant la guerre qui pr&#233;c&#233;da la r&#233;volution qui pr&#233;c&#233;da la guerre civile &#8211; du temps o&#249; les Romachkine, inoffensifs et craintifs, pullulaient sur la terre. Kostia se retourna avec un l&#233;ger sourire vers sa demi-chemin&#233;e car la cloison qui s&#233;parait sa chambre de celle du deuxi&#232;me sous-chef de bureau Romachkine coupait par le milieu la belle chemin&#233;e en marbre d'un salon d'autrefois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sacr&#233; Romachkine, va, tu n'auras jamais que la moiti&#233; d'une chambre, la moiti&#233; d'une chemin&#233;e, la moiti&#233; d'une vie humaine &#8211; et pas m&#234;me la moiti&#233; d'un regard comme celui-ci&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Celui de la miniature, cette exaltante petite lumi&#232;re bleue.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ta moiti&#233; d'existence est celle de l'ombre, mon pauvre Romachkine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deux enjamb&#233;es, Kostia se trouva dans le corridor, devant la porte du voisin, o&#249; il frappa trois petits coups conventionnels. De l'autre bout de l'appartement venait une fade odeur de friture m&#234;l&#233;e de voix et de bruits de disputes. Une femme en col&#232;re, certainement osseuse, &#226;pre et malheureuse, remuait de la vaisselle en r&#233;p&#233;tant : &#171; Alors il a dit : Bon, citoyenne, j'en avertirai la direction, vous verrez, alors j'y ai dit, eh bien, moi, citoyen ! &#187; D'une porte ouverte, puis instantan&#233;ment claqu&#233;e avec force, s'&#233;chappa une bouff&#233;e de pleurs d'enfant. La sonnerie du t&#233;l&#233;phone &#233;clata rageusement. Romachkine ouvrit lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bonjour, Kostia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine disposait, lui aussi, de trois m&#232;tres en profondeur sur deux m&#232;tres soixante-quinze en largeur. Des fleurs en papier, nettoy&#233;es de toute poussi&#232;re, montaient sur la demi-chemin&#233;e. Le rouge pourpre des g&#233;raniums bordait la fen&#234;tre. Il y avait un verre de th&#233; froid sur la table proprement couverte de papier blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne d&#233;range pas ? Vous lisiez peut-&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trente livres &#233;taient en place sur le double rayon ordonn&#233; au-dessus du lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, Kostia, je ne lisais pas. Je pensais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul, le veston boutonn&#233;, assis devant le verre de th&#233;, la cloison d&#233;teinte sur laquelle se d&#233;tachaient les quatre portraits de grands hommes, Romachkine pensait&#8230; Kostia se demanda : &#171; Que fait-il de ses mains &#224; ces moments-l&#224; ? &#187; Romachkine ne s'accoudait jamais ; il parlait g&#233;n&#233;ralement les mains pos&#233;es &#224; plat sur les genoux ; il marchait les mains nou&#233;es ; il croisait parfois les bras sur la poitrine, avec un redressement timide des &#233;paules. Ses &#233;paules faisaient songer aux formes humili&#233;es des b&#234;tes de somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#192; quoi pensiez-vous, Romachkine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#192; l'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vaste sujet. Tu n'as pas fini de le creuser, mon vieux. Bizarre : il faisait plus froid ici qu'&#224; c&#244;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je viens vous emprunter des livres, dit Kostia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine avait les cheveux bien bross&#233;s, un visage jaune et vieillot, une bouche serr&#233;e, un regard insistant, mais peureux, dont on ne saisissait pas la couleur &#8211; et d'ailleurs il semblait n'avoir aucune couleur, il semblait gris, Romachkine. Il consid&#233;ra ses rayons, r&#233;fl&#233;chissant une seconde avant d'y prendre un vieux livre broch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Lisez &#231;a, Kostia, ce sont des histoires d'hommes courageux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le fascicule n&#176; 9 de la revue Le Bagne, &#171; organe de l'Association des anciens for&#231;ats et d&#233;port&#233;s &#224; vie &#187;. &#171; Merci, au revoir. &#187; Au revoir, mon ami. &#8211; Allait-il se remettre &#224; penser, ce pauvre type ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs deux tables se faisaient exactement vis-&#224;-vis des deux c&#244;t&#233;s de la cloison. Kostia s'assit devant la sienne, feuilleta le livre, tenta de lire. De temps &#224; autre, il levait les yeux sur la miniature pour y rencontrer avec une certitude bienfaisante le myst&#233;rieux &#233;veil des yeux vert-bleu. Les ciels p&#226;les du printemps, au-dessus des glaces, ont ce rayonnement quand se fondent les fleuves au d&#233;but du d&#233;gel et que revit la terre. Romachkine, dans son d&#233;sert intime d'&#224; c&#244;t&#233;, s'&#233;tait rassis, la t&#234;te dans les mains, tout &#224; fait seul, absorb&#233;, croyant penser. Peut-&#234;tre pensait-il en r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine vivait depuis longtemps en t&#234;te &#224; t&#234;te avec une id&#233;e lourde. Faisant fonction de sous-chef au bureau des salaires du trust Moscou-Confection, il ne serait jamais ni titularis&#233; dans cet emploi, n'&#233;tant point du parti, ni remplac&#233; &#8211; sauf arrestation ou d&#233;c&#232;s &#8211; puisque, seul des cent dix-sept employ&#233;s de la direction centrale remplissant de neuf &#224; six heures quarante bureaux au-dessus du trust des Alcools, au-dessus du syndicat des Pelleteries de Kar&#233;lie, &#224; c&#244;t&#233; de la repr&#233;sentation des Cotons de l'Ouzbekistan, seul il connaissait &#224; fond les dix-sept cat&#233;gories de salaires et traitements, plus les sept modes de r&#233;mun&#233;ration du travail aux pi&#232;ces, les combinaisons du salaire de base avec les primes &#224; la production, l'art des reclassements et des augmentations nominales qui n'entament en rien le budget global des salaires&#8230; On lui disait : &#171; Romachkine, le directeur vous prie de pr&#233;parer l'application de la nouvelle circulaire de la commission du plan conforme &#224; la circulaire du Comit&#233; central du 6 janvier, en tenant compte de la d&#233;cision de la conf&#233;rence des trusts du textile, vous savez ? &#187; Il savait. Son chef de bureau, un ancien ouvrier casquettier, membre du parti depuis l'autre printemps, ne savait rien : pas m&#234;me compter, mais on le disait li&#233; au service secret (surveillance du personnel technique et de la main-d'&#339;uvre). Ce fonctionnaire prenait une voix d'autorit&#233; : &#171; Vous avez compris, Romachkine ? Pour demain cinq heures. J'assiste &#224; la s&#233;ance de la direction. &#187; Les bureaux se dressaient au-dessus de l'impasse Saint-Barnab&#233;, dans la troisi&#232;me cour d'un immeuble en briques rouges aux fen&#234;tres plus larges que hautes ; des arbres ch&#233;tifs, &#224; demi tu&#233;s par les gravats d'une d&#233;molition poussaient sous la fen&#234;tre un feuillage &#233;mouvant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine proc&#233;dait aux calculs ; et il se trouvait que l'augmentation de 5 % du salaire de base publi&#233;e par le Comit&#233; central, combin&#233;e avec des reclassements de travailleurs de la 11e cat&#233;gorie, ramen&#233;s &#224; la 10e et d'autres, pass&#233;s de la 10e &#224; la 9e, afin d'am&#233;liorer la condition des moins pay&#233;s, ce qui est &#233;quitable et conforme &#224; la directive du Conseil des syndicats &#8211; aboutissait &#224; une r&#233;duction du fonds global des salaires de 0,5 %, selon l'interpr&#233;tation maxima&#8230; Or les ouvriers des deux manufactures gagnaient entre 110 et 120 roubles ; l'augmentation des loyers devenait applicable en fin de mois. Romachkine, tristement, fit recopier &#224; la machine ses conclusions. Il refaisait de ces op&#233;rations tous les mois, sous diff&#233;rents pr&#233;textes, mettait &#224; jour ses tableaux explicatifs pour la comptabilit&#233;, attendait qu'il f&#251;t cinq heures moins le quart, pour se laver les mains, lentement, en chantonnant tout bas &#171; tra-ta-ta-ta, tra-ta-ta &#187; ou &#171; mmmmm hmm &#187; comme bourdonnerait une abeille m&#233;lancolique&#8230; Il d&#238;nait vite au r&#233;fectoire d'entreprise en lisant l'article de t&#234;te du journal, qui disait toujours de la m&#234;me voix administrative que l'on &#233;tait en marche, en plein progr&#232;s, en plein essor, incomparablement, victorieusement, malgr&#233; tout, pour la grandeur de la R&#233;publique, le bonheur des masses laborieuses, t&#233;moin les deux cent dix usines ouvertes en un an, l'&#233;clatant succ&#232;s du stockage des c&#233;r&#233;ales et&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais moi, se dit un jour Romachkine, en avalant sa derni&#232;re cuiller&#233;e de semoule froide, je pressure la mis&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres l'attestaient. Il perdit sa tranquillit&#233;. Tout le mal vient de ce que l'on pense, ou plut&#244;t de ce qu'il y a en vous un &#234;tre qui pense &#224; votre insu puis tout &#224; coup &#233;met dans le silence du cerveau une petite phrase acide, insupportable, apr&#232;s laquelle on ne peut plus vivre comme auparavant. Romachkine fut terrifi&#233; de cette double d&#233;couverte : qu'il pensait et que les journaux mentaient. Il passa des soirs &#224; refaire chez lui des calculs compliqu&#233;s, confrontant des milliards de roubles-marchandises &#224; des milliards de roubles nominaux, et des tonnes de bl&#233; &#224; des masses d'&#234;tres humains. Feuilleta les dictionnaires des biblioth&#232;ques aux articles Obsession, Manie, Folie, Ali&#233;nation mentale, Parano&#239;a, Schizophr&#233;nie, conclut qu'il n'&#233;tait ni parano&#239;aque, ni cyclo-thymique, ni schizophr&#233;nique, ni n&#233;vros&#233;, mais tout au plus atteint, &#224; un degr&#233; faible, de d&#233;pression hyst&#233;ro-maniacale. Cela se traduisait par une hantise des chiffres, une propension &#224; d&#233;tecter le mensonge en toutes choses, une id&#233;e presque fixe qu'il redouta de nommer tant elle &#233;tait sacr&#233;e, dominant les troubles de l'esprit, d&#233;vastant les mensonges &#8211; une id&#233;e qu'il fallait sans cesse avoir pr&#233;sente en soi ou l'on ne serait plus qu'une pauvre petite canaille, sous-homme appoint&#233; pour rogner le pain des autres, cloporte nich&#233; dans la b&#226;tisse en briques des trusts&#8230; La justice &#233;tait dans l'&#201;vangile, mais l'&#201;vangile c'&#233;tait la superstition f&#233;odale et pr&#233;f&#233;odale ; la justice &#233;tait s&#251;rement dans Marx, bien que Romachkine ne l'y s&#251;t point trouver ; elle &#233;tait dans la r&#233;volution, elle veillait dans le mausol&#233;e de L&#233;nine, elle &#233;clairait le front embaum&#233; d'un L&#233;nine rose et bl&#234;me couch&#233; sous le cristal et gard&#233; par des factionnaires immobiles : ils gardaient en r&#233;alit&#233; la justice &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un m&#233;decin de dispensaire neuro-psychiatrique que Romachkine alla consulter &#224; Khamovniki, lui dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; R&#233;flexes excellents, rien &#224; craindre, citoyen. Quelle vie sexuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Peu, seulement occasionnelle, fit Romachkine en rougissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vous conseille le co&#239;t deux fois par mois au moins, dit s&#232;chement le m&#233;decin et, quant &#224; l'id&#233;e de justice, ne vous tourmentez pas, c'est une id&#233;e sociale positive r&#233;sultant de la sublimation de l'&#233;go&#239;sme primordial et du refoulement des instincts individualistes ; elle est appel&#233;e &#224; jouer un grand r&#244;le dans la p&#233;riode de transition au socialisme&#8230; Macha, faites entrer le suivant. Votre num&#233;ro, citoyen ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le suivant entrait d&#233;j&#224;, son num&#233;ro entre les doigts, des doigts en papier, secou&#233;s par le vent int&#233;rieur. Un &#234;tre d&#233;figur&#233; par un rire animal. L'homme en blouse blanche, le m&#233;decin, disparut derri&#232;re son paravent. Quel visage pouvait-il bien avoir ? D&#233;j&#224; Romachkine ne s'en souvenait plus. Content de la consultation, il plaisanta avec lui-m&#234;me : &#171; Le malade, c'est toi, citoyen docteur&#8230; Sublimation primordiale, oh la la ! tu n'as jamais rien compris &#224; la justice, citoyen. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette crise il sortit plus fort : &#233;clair&#233;. La recommandation d'hygi&#232;ne sexuelle le fit &#233;chouer une fois dans une trouble obscurit&#233; sur un banc du boulevard Troubnoy o&#249; r&#244;dent de jeunes ivrognesses fard&#233;es qui vous demandent d'une voix molle une cigarette&#8230; Romachkine ne fumait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je le regrette beaucoup, mamzelle, dit-il en croyant donner &#224; ces mots une intonation grivoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fille tira de sa poche une cigarette qu'elle alluma lentement, pour faire voir que ses ongles &#233;taient teints, son profil plaisant &#8211; et vint se coller tout enti&#232;re contre lui :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu t'ennuies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fit oui d'un signe de t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Viens sur l'autre banc, en face, on est plus loin du r&#233;verb&#232;re, tu verras ce que j'sais faire&#8230; Trois roubles, hein ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de mis&#232;re et d'injustice accabla Romachkine ; et pourtant quel rapport entre ces id&#233;es et cette fille, et lui, et l'hygi&#232;ne sexuelle ? Il se taisait, entrevoyant un rapport certain, t&#233;nu comme ces rayons d'argent qui, par les nuits limpides, rattachent les unes aux autres les &#233;toiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Cinq roubles, et je t'emm&#232;ne chez moi, dit la fille. Tu paies d'avance mon petit ch&#233;ri, c'est la r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut content qu'il y e&#251;t une r&#232;gle en ces sortes d'affaires. La fille le conduisit vers un taudis &#233;cras&#233;, au clair de lune, par un building carr&#233; &#224; huit &#233;tages de bureaux. Appel&#233;e par des coups discrets frapp&#233;s aux carreaux d'une fen&#234;tre, une pauvresse serrant un ch&#226;le sur sa poitrine creuse sortit &#224; leur rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Y fait bon, dit-elle, y a un peu de feu. Y faut pas vous presser, Katiouchenka, je serai tr&#232;s bien l&#224;, &#224; vous attendre en fumant un brin. R&#233;veillez pas la petite, elle dort dans le fond du lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne pas r&#233;veiller la petite, ils se couch&#232;rent sur le plancher, &#224; la lumi&#232;re d'une chandelle, sur un &#233;dredon &#244;t&#233; du lit o&#249; dormait, la bouche ouverte, une enfant brune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; T&#226;che de ne pas crier, mon ch&#233;ri, dit la fille en entrouvrant ses v&#234;tements sur une chair d&#233;color&#233;e, &#224; peine ti&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour d'eux, du plafond sale aux coins encombr&#233;s, tout &#233;tait sordide. L'iniquit&#233; transper&#231;ait Romachkine ainsi qu'un froid qui vous prend jusqu'aux os. Inique, lui aussi, brute inique : l'iniquit&#233;, &#224; travers lui, se vautrait sur une mis&#233;rable fille bl&#234;me. L'iniquit&#233; combla le vaste silence dans lequel il plongeait avec une basse fureur. &#192; cet instant naquit en lui, ch&#233;tive, lointaine, h&#233;sitant &#224; vivre, une autre id&#233;e. Ainsi surgit d'un sol volcanique une toute petite langue de flamme qui r&#233;v&#232;le pourtant que la terre va trembler, se fendre, &#233;clater sous la pouss&#233;e infernale des laves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, ils s'en revinrent, la fille et lui, vers le boulevard. La fille, contente, bavardait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Faut que je trouve encore quelqu'un aujourd'hui. C'est pas facile. J'suis rest&#233;e hier jusqu'au petit jour pour rencontrer un so&#251;laud qui n'avait plus tout &#224; fait les trois roubles, figure-toi. Chol&#233;ra ! On a trop faim, les hommes ne pensent plus &#224; faire l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine acquies&#231;a poliment, occup&#233; &#224; suivre en lui-m&#234;me les mouvements de la petite flamme apparue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est vrai, les besoins sexuels sont influenc&#233;s par l'alimentation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mise en confiance, la fille parla de ce qui se passait dans les campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je reviens du village, ah, chol&#233;ra !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chol&#233;ra, ce devait &#234;tre son mot favori, elle le disait gentiment en lan&#231;ant tant&#244;t une bouff&#233;e de fum&#233;e droit devant elle, tant&#244;t un mince jet de salive sur le c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les chevaux sont finis, chol&#233;ra ! Qu'est-ce qu'on va devenir maintenant ? D'abord, ils ont pris les plus belles b&#234;tes pour l'entreprise collective ; puis celles qui restaient tout de m&#234;me aux paysans, aux r&#233;sistants, la coop&#233;rative du rayon leur refusa le fourrage&#8230; D'ailleurs, &#224; la v&#233;rit&#233;, il n'y avait plus de fourrage, l'arm&#233;e ayant r&#233;quisitionn&#233; les derniers stocks. Les vieillards, se souvenant des famines d'autrefois, firent donner aux b&#234;tes le chaume des toitures, d&#233;lav&#233; par les neiges, dess&#233;ch&#233; par le soleil, une nourriture &#224; en crever, pauvres b&#234;tes ! Chol&#233;ra ! Les b&#234;tes faisaient piti&#233;, avec leurs yeux suppliants, leurs langues pendantes, leurs c&#244;tes qui d&#233;chiraient la peau, je t'assure que &#231;a faisait des plaies, leurs articulations enfl&#233;es, et des tas de petits abc&#232;s sous le ventre, sur l'&#233;chine, avec des vers dedans, &#231;a grouillait dans le pus, le sang, la chair &#224; vif &#8211; elles pourrissaient vivantes, les pauvres b&#234;tes &#8211;, il fallait leur passer des sous-ventri&#232;res pour la nuit afin de les tenir suspendues, ou elles n'auraient plus la force de se relever le matin. On les laissait r&#244;der dans les cours, et elles l&#233;chaient le bois des palissades, elles mordillaient la terre pour y trouver des brins d'herbe&#8230; Chez nous, tu comprends, on tient au cheval plus qu'&#224; l'enfant. Des enfants y en a toujours de trop &#224; nourrir, &#231;a vient quand on ne veut pas, les enfants, tu crois que j'avais besoin de venir au monde, moi ? Des chevaux, y en a jamais assez pour le travail de la terre, avec un cheval les enfants peuvent vivre, sans cheval un homme n'est plus un homme, pas vrai ? Y a plus d'foyer, y a plus que la faim, y a plus que la mort&#8230; Bon, les chevaux &#233;taient &#224; bout, rien &#224; faire. Les vieux se r&#233;unirent. J'&#233;tais dans le coin, pr&#232;s du po&#234;le, y avait une petite lampe sur la table, fallait tout le temps que je mouche la m&#232;che, elle fumait c'te lampe. Qu'est-ce qu'on allait faire pour sauver les b&#234;tes ? Les vieux n'avaient plus de voix, tout ce malheur les chavirait. Mon p&#232;re dit &#224; la fin, et il avait une sale figure, la bouche toute noire : &#171; Plus rien &#224; faire. Les b&#234;tes, faut les abattre, comme &#231;a elles ne souffriront plus. Le cuir servira toujours. Nous autres, on cr&#232;vera ou pas, &#224; la gr&#226;ce de Dieu !&#8230; &#187; Personne dit plus rien, &#231;a faisait un silence tel que j'entendais les blattes remuer sous les briques chaudes du po&#234;le. Le vieux se leva lourdement. &#171; J'y vais &#187;, qu'il dit. Il prit la hache sous le banc. Ma m&#232;re se jeta sur lui : &#171; Nikone Nikonitch, piti&#233;&#8230; &#187; Le vieux faisait piti&#233; lui-m&#234;me avec sa pauvre figure d'assassin. &#171; Tais-toi, ma femme &#187;, qu'il dit. Et &#224; moi : &#171; Viens, ma fille, &#233;claire-nous. &#187; Je portais la lampe. L'&#233;curie &#233;tait de l'autre c&#244;t&#233; de la maison, quand la b&#234;te remuait la nuit, nous l'entendions. C'&#233;tait r&#233;chauffant. Elle nous vit entrer avec la lumi&#232;re, la b&#234;te, elle nous regarda comme un homme malade, tristement, les yeux mouill&#233;s, en tournant &#224; peine la t&#234;te parce qu'elle n'avait plus de force du tout. P&#232;re cachait la hache, car la b&#234;te aurait compris, c'est s&#251;r. P&#232;re s'approcha d'elle, lui tapota les joues. Et il lui disait : &#171; T'es une brave b&#234;te, ma Brune. C'est pas ma faute si t'as souffert. Que Dieu me pardonne &#187; &#8211; il n'avait pas fini de le dire que la Brune avait le cr&#226;ne fendu. &#171; Lave la hache &#187;, me dit p&#232;re. Nous voil&#224; des mis&#233;reux&#8230; C'que j'ai pleur&#233; cette nuit-l&#224;, dehors, car on m'aurait battue si on m'avait vu pleurer &#224; la maison, j'crois bien qu'on se cachait tous pour pleurer, dans le village&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine ajouta cinquante kopeks &#224; la fille. Elle voulut alors l'embrasser sur la bouche, &#171; tu verras comment, ch&#233;ri &#187;, mais il dit &#171; non, merci &#187; humblement et s'en fut, sous les arbres noirs, les &#233;paules tomb&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les soirs de la vie se ressemblaient, pareillement vides. Romachkine errait un peu au sortir du bureau, de coop&#233;rative en coop&#233;rative, dans une cohue de fl&#226;neurs pareils &#224; lui. Les rayons des magasins &#233;taient remplis de bo&#238;tes, mais sur lesquelles, pour dissiper tout malentendu, les commis apposaient des &#233;criteaux manuscrits : bo&#238;tes vides. Des graphiques indiquaient cependant la courbe ascensionnelle des ventes d'une semaine &#224; l'autre. Romachkine acheta des champignons sal&#233;s et retint une place, dans une file en formation, pour du saucisson. D'une rue relativement &#233;clair&#233;e, il tourna le coin d'une autre, sombre, et s'y enfon&#231;a. Des r&#233;clames lumineuses, invisibles elles-m&#234;mes, y projetaient au fond un halo de brasier. Tout &#224; coup, des voix ardentes remplirent l'obscurit&#233;. Romachkine s'arr&#234;ta. Une brutale voix d'homme s'&#233;teignit dans un brouhaha, une voix de femme, rapide et v&#233;h&#233;mente, monta, qui insultait des tra&#238;tres, saboteurs, fauves &#224; face humaine, agents de l'&#233;tranger, vermine. L'outrage d&#233;gorgeait dans le noir, d'un haut-parleur oubli&#233; dans un bureau vide. C'&#233;tait effroyable, la col&#232;re de cette voix sans visage, dans les t&#233;n&#232;bres du bureau, dans cette solitude, sous la lueur rouge stagnant au fond de la rue. Un grand froid saisit Romachkine. La voix de femme clamait : &#171; Au nom des quatre mille ouvri&#232;res&#8230; &#187; Dans le cerveau de Romachkine, l'&#233;cho r&#233;p&#233;ta passivement : Au nom des quatre mille ouvri&#232;res de la fabrique&#8230; Ainsi, quatre mille femmes de tous &#226;ges &#8211; et il y en avait de poignantes, de vieillies trop t&#244;t, pourquoi ?, de jolies, d'inaccessibles, de r&#234;v&#233;es &#224; peine &#8211; furent pr&#233;sentes en lui la dur&#233;e d'un insaisissable moment, et elles criaient toutes : &#171; Nous r&#233;clamons la peine de mort pour ces vils chiens ! Aucune piti&#233; ! &#187; (Est-ce possible, femmes ? leur r&#233;pondait s&#233;v&#232;rement Romachkine, aucune piti&#233; ? Nous avons tous, vous et moi, tellement besoin de piti&#233;&#8230;) &#171; Qu'on les fusille ! &#187; Les meetings d'usines continuaient pendant le proc&#232;s des ing&#233;nieurs &#8211; ou des &#233;conomistes, ou des directeurs du ravitaillement, ou des vieux bolcheviks, qui jugeait-on cette fois ? Vingt pas plus loin, Romachkine s'arr&#234;ta de nouveau, cette fois devant une fen&#234;tre, &#233;clair&#233;e. Il voyait &#224; travers les rideaux une table servie, du th&#233;, des assiettes, des mains, rien que des mains sur la nappe en toile cir&#233;e &#224; carreaux : une grosse main qui tenait une fourchette, une main grise endormie, une main d'enfant&#8230; Dans la chambre, un haut-parleur jetait sur ces mains la clameur des meetings, qu'on les fusille, qu'on les fusille, qu'on les fusille&#8230; Qui ? N'importe. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que l'angoisse et la souffrance &#233;taient partout m&#234;l&#233;es &#224; un inexplicable triomphe proclam&#233; sans lassitude par les journaux. &#171; Bonsoir, camarade Romachkine. Vous savez, on a refus&#233; les passeports &#224; Marfa et &#224; son mari parce qu'ils ont &#233;t&#233; priv&#233;s du droit de vote comme artisans ayant &#233;t&#233; &#233;tablis &#224; leur compte. Vous savez, le vieux Boukine est arr&#234;t&#233;, on dit qu'il cachait des dollars re&#231;us de son fr&#232;re qui est dentiste &#224; Riga&#8230; Et l'ing&#233;nieur a perdu sa place, on le soup&#231;onne de sabotage. Vous savez, il va y avoir une nouvelle &#233;puration des employ&#233;s, pr&#233;parez-vous, j'ai entendu dire au comit&#233; de la maison que votre p&#232;re &#233;tait officier&#8230; &#187; &#8211; &#171; Ce n'est pas vrai, dit Romachkine, &#233;trangl&#233;, il n'a &#233;t&#233; que sergent pendant la guerre imp&#233;rialiste, il &#233;tait comptable&#8230; &#187; (Mais ce comptable bien-pensant ayant appartenu &#224; l'Union du peuple russe, Romachkine n'avait pas la conscience tout &#224; fait en repos.) &#171; T&#226;chez de produire des t&#233;moignages, on dit que les commissions seront s&#233;v&#232;res&#8230; On dit qu'il y a des troubles dans la r&#233;gion de Smolensk ; plus de bl&#233;&#8230; &#187; &#8211; &#171; Je sais, je sais&#8230; Venez jouer aux dames, Piotr P&#233;trovitch&#8230; &#187; Le voisin entrait chez Romachkine, se mettait &#224; expliquer &#224; mi-voix son infortune personnelle : sa femme ayant &#233;t&#233; mari&#233;e en premi&#232;res noces &#224; un commer&#231;ant risquait de ne pas obtenir le renouvellement de son passeport pour Moscou : &#171; On vous donne trois jours pour partir, camarade Romachkine, &#224; cent kilom&#232;tres au moins, mais l&#224;, obtenez-vous le passeport ? &#187; Et si c'&#233;tait ainsi, leur fille ne pourrait pas entrer &#224; l'Institut des For&#234;ts, &#233;videmment. La hache, dor&#233;e par le reflet de la lampe, s'abattait sur le cr&#226;ne d'un cheval aux yeux humains, des voix d&#233;cha&#238;n&#233;es dans les t&#233;n&#232;bres rougeoyantes r&#233;clamaient des fusill&#233;s, des foules remplissaient les gares en attendant presque sans espoir des trains qui couraient sur la carte vers le dernier bl&#233;, les derni&#232;res viandes, les supr&#234;mes combines ; une fille du boulevard Troubnoy se renversait, b&#233;ante, sur un grabat, pr&#232;s d'une enfant endormie, rose comme un porcelet, pure comme un petit &#234;tre marqu&#233; par H&#233;rode, et c'&#233;tait cher, la fille, cinq roubles, une journ&#233;e de travail &#8211; il faudrait trouver des t&#233;moignages, en effet, pour subir l'&#233;puration, est-ce que le nouveau bar&#232;me des loyers entre en vigueur ? S'il n'y avait pas en tout ceci quelque faute immense, quelque culpabilit&#233; sans bornes, quelque sc&#233;l&#233;ratesse cach&#233;e, ce devait &#234;tre qu'une sorte de folie soufflait sur toutes les t&#234;tes. La partie de dames finie, Piotr P&#233;trovitch s'en alla, ruminant ses soucis : &#171; La plus grave, la question du passeport int&#233;rieur&#8230; &#187; Romachkine d&#233;fit le lit, se d&#233;v&#234;tit, se rin&#231;a la bouche, se coucha. La lampe &#233;lectrique br&#251;lait &#224; son chevet, la nappe &#233;tait blanche, les portraits muets, dix heures. Avant de s'endormir il parcourait attentivement le journal du jour. Le visage du chef y tenait le tiers de la premi&#232;re page, comme deux ou trois fois la semaine, encadr&#233; d'un discours sur sept colonnes : Nos r&#233;alisations &#233;conomiques&#8230; Prodigieuses ! Nous sommes le peuple &#233;lu, heureux entre tous, envi&#233; de l'Occident vou&#233; aux crises, au ch&#244;mage, aux luttes de classes, aux guerres ; notre bien-&#234;tre s'accro&#238;t de jour en jour, les salaires, par suite de l'&#233;mulation socialiste des brigades de choc, accusent une hausse de 12 % sur l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e ; il est temps de les stabiliser, le rendement de la production n'ayant augment&#233; que de 11 %. Malheur aux sceptiques, aux gens de peu de foi, &#224; ceux qui nourrissent dans le secret de leur c&#339;ur le serpent venimeux de l'opposition ! C'&#233;tait dit en p&#233;riodes anguleuses mum&#233;rot&#233;es 1, 2, 3, 4, 5 ; num&#233;rot&#233;es aussi les cinq conditions (accomplies) de la r&#233;alisation du socialisme, num&#233;rot&#233;s, les six commandements du travail, num&#233;rot&#233;es, les quatres raisons de la certitude historique&#8230; Romachkine, n'en croyant pas ses sens, scruta d'un regard aigu les 12 % d'augmentation des salaires. &#192; cette augmentation du salaire nominal, correspondait une diminution triple &#8211; au bas mot &#8211; des salaires r&#233;els, par d&#233;pr&#233;ciation du papier monnaie et hausse des prix&#8230; Mais, &#224; ce propos, le chef faisait, dans sa p&#233;roraison, une allusion railleuse aux sp&#233;cialistes malhonn&#234;tes du commissariat des Finances, promis &#224; un ch&#226;timent exemplaire. &#171; Applaudissements nourris. Les assistants se l&#232;vent et acclament longuement l'orateur. Salves de cris : Vive notre chef in&#233;branlable ! Vive notre pilote g&#233;nial ! Vive le Bureau politique ! Vive le parti ! L'ovation reprend. Plusieurs voix : Vive la S&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale ! Tonnerre d'applaudissements. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine, insondablement triste, pensa : &#171; Comme il ment ! &#187; et fut effray&#233; de sa propre audace. Nul, par bonheur, ne pouvait l'entendre penser ; la chambre &#233;tait vide ; quelqu'un sortait des cabinets, s'en allait dans le corridor en pantoufles tra&#238;nantes, sans doute le vieux Schlem qui souffre des intestins ; une machine &#224; coudre ronronnait doucement ; avant de se coucher, le m&#233;nage habitant de l'autre c&#244;t&#233; du corridor se disputait &#224; coups de petites phrases sifflantes ainsi que de minces lani&#232;res. On devinait que l'homme pin&#231;ait la femme, lui tordait les cheveux d'une poigne lente, l'agenouillait pour la frapper sur les l&#232;vres, du dos de la main : tout le corridor le savait, on les avait d&#233;nonc&#233;s, mais ils niaient, r&#233;duits &#224; se tourmenter l'un l'autre en &#233;touffant les bruits, comme ils se poss&#233;daient ensuite, avec des ajustements silencieux de b&#234;tes prudentes. Et les gens qui &#233;coutaient &#224; la porte n'entendaient presque rien, mais devinaient tout. &#8211; Vingt-deux personnes habitaient les six chambres et le r&#233;duit sans fen&#234;tre du fond : toutes reconnaissables &#224; leurs bruits les plus furtifs dans le silence nocturne. Romachkine &#233;teignit. La faible lueur d'une lanterne de la rue, traversant les rideaux, dessina sur le plafond les figures coutumi&#232;res. Elles variaient d'un jour &#224; l'autre avec monotonie. Le profil massif du chef se superposa dans cette p&#233;nombre aux contours de l'homme qui souffletait sans bruit, dans la chambre voisine, sa femme agenouill&#233;e. S'&#233;vaderait-elle, jamais, cette victime, de cette possession ? Nous &#233;vaderons-nous du mensonge ? Responsable, celui qui mentait au visage d'un peuple entier comme il l'e&#251;t frapp&#233;. L'id&#233;e terrible qui, jusqu'&#224; cet instant, avait m&#251;ri dans de sombres r&#233;gions d'une conscience, se craignant elle-m&#234;me, feignant de s'ignorer, s'&#233;vertuant &#224; se d&#233;figurer devant le miroir int&#233;rieur se d&#233;masqua. Ainsi l'&#233;clair fait appara&#238;tre dans la nuit un paysage d'arbres tordus au-dessus des pr&#233;cipices. Romachkine eut le sentiment presque visuel d'une r&#233;v&#233;lation. Il voyait le coupable. Une flamme transparente envahit son &#226;me. Il ne songea pas que cette connaissance p&#251;t &#234;tre vaine. D&#233;sormais elle le poss&#233;derait, guiderait son cerveau, ses yeux, ses pas, ses mains. Il s'endormit, les yeux ouverts, suspendu entre l'exaltation et la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant&#244;t le matin, avant l'heure du bureau, tant&#244;t en fin d'apr&#232;s-midi, son travail achev&#233;, Romachkine fr&#233;quentait le Grand March&#233;. Plusieurs milliers d'hommes y formaient de l'aube &#224; la nuit une multitude stagnante que l'on e&#251;t pu croire immobile tant les cheminements y &#233;taient patients et prudents. Couleurs &#233;parses, visages, objets, tout y sombrait dans l'uniforme grisaille du sol battu, boueux, jamais s&#233;ch&#233; &#224; fond ; la mis&#232;re y marquait chaque cr&#233;ature de son empreinte &#233;crasante. Elle transparaissait dans les regards d&#233;fiants des comm&#232;res encapuchonn&#233;es de lainages ou d'indiennes, dans les faces terreuses de soldats qui ne devaient plus &#234;tre de vrais soldats bien qu'ils portassent encore de vagues uniformes de d&#233;route, dans le drap us&#233; des pardessus, dans les mains qui offraient des marchandises impr&#233;vues : un gant samoy&#232;de en renne bord&#233; de franges rouges et vertes, fourr&#233; &#224; l'int&#233;rieur : &#171; C'est doux comme un plumage, citoyenne, t&#226;tez, je vous prie &#187;, gant unique, marchandise unique ce jour-l&#224; d'une petite voleuse kalmouke. On distinguait mal les vendeurs des chalands, les uns et les autres pi&#233;tinant sur place ou r&#244;dant &#224; pas lents les uns autour des autres. &#171; Une montre, une montre, bonne montre Cyma, voulez-vous ? &#187; La Cyma ne marchait pas plus de sept minutes. &#171; &#201;coute ce beau mouvement, citoyen ! &#187;, le temps pour le vendeur d'encaisser ses cinquante roubles et de filer. Chandail us&#233; au col, rapi&#233;c&#233; &#224; la taille, j'en veux dix roubles, c'est donn&#233;. Que toute la sueur d'un typhique l'impr&#232;gne encore, c'est pas vrai, c'est l'odeur de la malle, citoyen. &#171; Th&#233;, vrai th&#233; des caravanes, tcha&#239;, tcha&#239; &#187;, le Chinois bigle chantonne sans arr&#234;t ces syllabes incantatoires en vous regardant de tout pr&#232;s, et il passe ; si vous avez pour lui un clin d'&#339;il d'intelligence, il sort &#224; demi de sa manche le minuscule paquet cubique de th&#233; Kouznetsoff d'autrefois, avec l'enluminure des dessins. &#171; Du vrai. &#199;a vient d'la coop&#233; du Gu&#233;p&#233;ou. &#187; Ricane-t-il, ce Chinois ou sa bouche plant&#233;e de dents verd&#226;tres est-elle faite ainsi qu'il para&#238;t ricaner ? Pourquoi parle-t-il du Gu&#233;p&#233;ou ? Il en est peut-&#234;tre ? Dr&#244;le qu'on ne l'arr&#234;te pas, qu'il soit l&#224; tous les jours, mais ces trois mille sp&#233;culateurs et sp&#233;culatrices entre dix et quatre-vingts ans sont l&#224; tous les jours que Dieu fait, sans doute parce qu'on ne peut pas les arr&#234;ter tous &#224; la fois &#8211; et parce que la milice a beau faire des rafles, ces &#234;tres-l&#224; sont l&#233;gion. Parmi eux r&#244;dent aussi, en casquettes aplaties sur le cr&#226;ne, les types de la police en qu&#234;te de leur gibier : assassins, &#233;vad&#233;s, escrocs, contre-r&#233;volutionnaires d&#233;chus. Une organisation indiscernable de vieux mar&#233;cage r&#232;gne dans ce grouillement humain. (Veillez sur vos poches, hein, et secouez-vous bien sortant de l&#224;, vous aurez certainement attrap&#233; des poux ; m&#233;fiez-vous-en, de ces totos-l&#224;, venus des campagnes, des prisons, des trains, des taudis d'Eurasie, ils apportent le typhus ; vous savez, on les attrape aussi par le sol, y a des pouilleux et des pouilleuses qui les s&#232;ment en marchant, et la sale petite b&#234;te, cherchant sa pitance, elle aussi, vous grimpe le long des jambes jusqu'o&#249; il fait chaud ; c'est malin, ces bestioles-l&#224;. Non, mais vous croyez vraiment qu'un jour viendra o&#249; l'homme n'aura plus de poux ? Le vrai socialisme, alors, avec du beurre et du sucre pour tout le monde ? Et peut-&#234;tre, pour le bonheur des hommes, des poux suaves et parfum&#233;s, caressants ?) Romachkine &#233;couta distraitement un grand barbu, de la barbe jusqu'aux yeux, parler des poux en rigolant un peu. Romachkine suivit l'all&#233;e du beurre, o&#249; il n'y a, bien entendu, aucune indication d'all&#233;e ni de beurre, mais deux rangs de comm&#232;res debout, dont quelques-unes tiennent entre leurs mains des mottes de beurre envelopp&#233;es de linges ; d'autres, qui n'ont pas pay&#233; leur place au surveillant, cachent le beurre sous leurs v&#234;tements, entre taille et sein. (On les empoignait tout de m&#234;me quelquefois, t'as pas honte, eh, sp&#233;culatrice ?) Plus loin s'ouvrait le carrefour des b&#234;tes abattues en fraude, viande apport&#233;e au fond de sacs, sous des objets, des l&#233;gumes, des grains, et que l'on montrait &#224; peine. &#171; Bonne viande fra&#238;che, voulez-vous ? &#187; La femme sortait de dessous son manteau un jarret de b&#339;uf envelopp&#233; dans un journal m&#226;chur&#233; de sang. Combien ? T&#226;tez plut&#244;t. Un sinistre bonhomme &#224; tics d'&#233;pileptique tenait entre des doigts crochus de sorcier une &#233;trange viande noire, et ne disait rien. On peut manger m&#234;me &#231;a, c'est pas cher, y a qu'&#224; l'bien cuire, &#231;a ne se peut cuire, &#233;videmment, que dans une bassine en fer blanc, sur un feu de terrain vague. Aimez-vous les histoires de femmes d&#233;pec&#233;es, citoyen ? J'en connais d'int&#233;ressantes. Un gamin passait, bouilloire et verre &#224; la main, vendant dix kopecks le verre d'eau bouillie. Ici s'ouvrait le march&#233; d&#251;ment l&#233;gal, aux &#233;ventaires &#233;tal&#233;s sur le sol, des &#233;ventaires incroyables o&#249; voisinaient des verres de lunettes bleus, des lampes &#224; p&#233;trole, des th&#233;i&#232;res &#233;br&#233;ch&#233;es, des photos du temps jadis, des livres, des poup&#233;es, des ferrailles, des halt&#232;res, des clous (&#224; la pi&#232;ce, les gros, &#224; la douzaine, les petits que l'on examinait un &#224; un, faut pas se faire voler sur la pointe), des vaisselles, des bibelots d'antan, des coquillages, des crachoirs, des sucettes, des souliers de bal couverts d'un restant de dorure, un haut de forme d'&#233;cuyer de cirque ou de dandy fin d'ancien r&#233;gime, des choses incataloguables, vendables puisqu'on les vendait, puisqu'on vivait de les vendre, menues &#233;paves d'innombrables naufrages brass&#233;es par les ressacs de plusieurs d&#233;luges. Non loin du th&#233;&#226;tre arm&#233;nien, Romachkine s'int&#233;ressa enfin &#224; quelqu'un, &#224; quelque chose. Le th&#233;&#226;tre de l'Arm&#233;nien &#233;tait fait d'un assemblage de caisses couvertes de toiles noires et perc&#233;es d'une douzaine de trous ovales o&#249; les spectateurs passaient le visage ; ils avaient ainsi le corps dehors et la t&#234;te au pays des merveilles. &#171; Encore trois places disponibles, camarades, cinquante kopecks seulement, la repr&#233;sentation va commencer, les myst&#232;res de Samarkande, en dix tableaux, trente personnages en couleurs ! &#187; Ses trois clients trouv&#233;s, l'Arm&#233;nien disparaissait sous les toiles, pour tirer les ficelles de ses marionnettes secr&#232;tes, en les faisant parler toutes, lui seul, avec trente voix de houris aux yeux longs, de m&#233;chantes vieilles femmes, de servantes, d'enfants, de gros marchands turcs, de devineresse tzigane, de diable maigre, noir, barbu, cornu, &#224; langue de feu rouge d'assassin, de beau chanteur amoureux, de courageux soldat rouge&#8230; Non loin de lui, un Tatare accroupi veillait sur sa marchandise : des feutres, des tapis, une selle, des poignards, un &#233;dredon jaune couvert d'&#233;tranges taches, un tr&#232;s vieux fusil de chasse. &#171; Bon fusil, dit-il sobrement &#224; Romachkine inclin&#233; sur l'arme. Trois cents. &#187; Ils firent ainsi connaissance. Le fusil n'&#233;tait plus utilisable sinon pour app&#226;ter le client dangereux. &#171; J'en ai un autre, tout neuf, chez moi, dit enfin le Tatare &#8211; Akhim &#8211; lors de leur quatri&#232;me rencontre, apr&#232;s qu'ils eurent bu le th&#233; ensemble. Viens voir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez lui, au fond d'une cour entour&#233;e de bouleaux blancs, dans le quartier des ruelles propres et silencieuses de la rue Kropotkine &#8211; il fallait prendre par la rue Morte &#8211;, dans un antre assombri par les cuirs et les feutres pendus au plafond, Akhim r&#233;v&#233;lait un magnifique Winchester au double canon bleu &#171; douze cents roubles, mon ami &#187;, cela faisait six mois du salaire de Romachkine, et une arme tr&#232;s insuffisante : deux coups seulement. Quant &#224; la forme, encombrante ; on pourrait, pour la porter sous des v&#234;tements de ville, en scier le canon et les deux tiers de la crosse. Romachkine, plein d'h&#233;sitation, soupesait en lui-m&#234;me le pour et le contre. En s'endettant, en vendant tout ce qu'il avait de vendable, en volant m&#234;me certaines choses au bureau, il n'arriverait pas &#224; joindre les six cents&#8230; De sourdes d&#233;tonations &#233;branl&#232;rent doucement la muraille, firent tinter les vitres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce que c'est ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est rien, mon ami, c'est la cath&#233;drale du Saint-Sauveur que l'on dynamite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'en reparl&#232;rent plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, vraiment, dit Romachkine avec chagrin, je ne peux pas, c'est trop cher &#8211; et puis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'&#233;tait dit chasseur, membre de l'Association officielle des chasseurs, en possession d'un permis&#8230; Akhim changea de regard, Akhim changea de voix, alla prendre la th&#233;i&#232;re sur la bouilloire chantante, versa le th&#233; dans les verres, s'assit en face de Romachkine sur le tabouret bas, but avec bonheur le breuvage ambr&#233; ; sans doute se pr&#233;parait-il &#224; dire une chose tr&#232;s importante, peut-&#234;tre son dernier prix, neuf cents ? Romachkine n'y arriverait pas davantage. C'&#233;tait d&#233;solant. &#192; la fin d'une pause, sa voix caressante se confondant avec une lointaine d&#233;tonation, Akhim dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si c'est pour tuer quelqu'un, j'ai mieux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mieux ? interrogea Romachkine, le souffle coup&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut sur la table entre leurs verres, un revolver colt, &#224; gueule et barillet noirs, arme interdite dont la pr&#233;sence seule &#233;tait un crime &#8211; un beau colt net, appelant la main, stimulant la volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quatre cents, mon ami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Trois cents, dit Romachkine, inconsciemment, d&#233;j&#224; plein de la magie de l'arme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Trois cents, prenez-le, mon ami, dit Akhim, parce que mon c&#339;ur a confiance en vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'en sortant que Romachkine remarqua l'&#233;trange abandon du lieu ; on n'y vivait pas, on y passait avant de dispara&#238;tre, dans l'encombrement d'un quai de gare pendant une d&#233;route d'arm&#233;e. Akhim lui sourit avec douceur, sous la blancheur des bouleaux, Romachkine partit par les ruelles apaisantes. Il emportait le colt pesant sur sa poitrine, dans la poche int&#233;rieure du veston. De quel cambriolage, de quel meurtre de la steppe lointaine provenait cette arme ? Maintenant elle reposait sur le c&#339;ur d'un homme pur qui ne songeait qu'&#224; la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'arr&#234;ta un moment &#224; l'entr&#233;e d'un vaste chantier. Le paysage &#233;tait vaste, teint&#233; de bleu liquide par la lune ; on voyait miroiter quelque part, sous des &#233;chafaudages, dans une &#233;chancrure de d&#233;molitions, comme au travers des cr&#233;neaux d'une forteresse en ruines, les eaux de la Moskova ; on voyait aussi se profiler au fond, &#224; droite, les &#233;chafaudages d'un gratte-ciel en construction ; &#224; gauche s'&#233;rigeait la cit&#233; ferm&#233;e du Kremlin, avec la fa&#231;ade plate et lourde du Grand Palais, la haute tour du tsar Ivan, les tours pointues de l'enceinte, les bulbes &#233;tag&#233;s des cath&#233;drales, sous les &#233;toiles. Ici r&#233;gnaient des projecteurs, des hommes couraient &#224; travers une zone de lumi&#232;re crue, un milicien refoulait quelques badauds. La masse bless&#233;e de la cath&#233;drale du Saint-Sauveur tenait tout le premier plan, d&#233;couronn&#233;e de l'&#233;norme coupole dor&#233;e comme d'un ancien songe, tass&#233;e sur des commencements de ruines, fendue de haut en bas, sur trente m&#232;tres de hauteur, d'une l&#233;zarde noire, en zigzag, pareille &#224; un &#233;clair mort dans la ma&#231;onnerie. &#171; Voil&#224;, voil&#224; &#187;, dit quelqu'un. Une voix de femme murmura : &#171; Mon Dieu ! &#187; Le tonnerre rampa sous terre, &#233;branla la terre, fit osciller fantastiquement tout le paysage, baign&#233; de lune, fit scintiller l'angle visible du fleuve, frissonner les &#233;chines des gens. Des fum&#233;es s'enfl&#232;rent avec lenteur au-dessus du chantier, le tonnerre roula formidablement au ras du sol et s'&#233;vanouit dans un silence de fin du monde ; un profond soupir s'&#233;chappa de la masse de pierre boulevers&#233;e par l'explosion et elle commen&#231;a de s'affaisser sur elle-m&#234;me avec des brisements d'os, des craquements de charpentes, une morne apparence de souffrance. &#171; &#199;a y est ! &#187;, criait un petit ing&#233;nieur nu-t&#234;te &#224; des ouvriers couverts de poussi&#232;re qui &#233;mergeaient comme lui des nuages. Romachkine pensa, l'ayant lu dans les articles, que la vie s'&#233;l&#232;ve au travers des destructions, qu'il faut sans cesse d&#233;truire pour b&#226;tir, tuer les vieilles pierres pour construire de nouveaux &#233;difices mieux a&#233;r&#233;s, plus dignes de l'homme ; qu'&#224; cet endroit s'&#233;l&#232;verait un jour le plus beau palais des peuples de l'Union &#8211; o&#249; peut-&#234;tre ne r&#233;gnerait plus l'iniquit&#233;. Un peu de douleur inavou&#233;e se m&#234;lait &#224; ces grandes id&#233;es tandis qu'il reprenait sa marche vers l'arr&#234;t du tramway A.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;posa le colt sur la table. L'arme aux tons noir-bleut&#233; remplit la pi&#232;ce de sa pr&#233;sence. Onze heures. Romachkine s'accouda sur elle, avant de se coucher, pensif. De l'autre c&#244;t&#233; de la cloison, Kostia bougea ; il lisait, levant parfois les yeux sur la miniature rayonnante. Ces deux hommes se sentaient proches. Kostia tambourina l&#233;g&#232;rement, du bout des doigts, sur la cloison, Romachkine r&#233;pondit de m&#234;me : Oui, venez. Devait-il cacher le colt avant que Kostia n'entr&#226;t ? L'h&#233;sitation de Romachkine ne dura qu'un centi&#232;me de seconde. La premi&#232;re chose que vit Kostia en entrant, ce fut le bleu-noir magique de l'acier sur la nappe de papier blanc. Kostia prit le colt, le fit joyeusement sauter dans sa main ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Magnifique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais encore il n'avait tenu une arme, il en &#233;prouvait un bonheur enfantin. Il &#233;tait assez grand, le front haut sous des m&#232;ches d&#233;sordonn&#233;es, les prunelles d'une couleur marine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comme vous le tenez bien ! admira Romachkine. Le colt, en effet, grandissait Kostia, lui donnant une allure fi&#232;re de jeune guerrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je l'ai achet&#233;, expliqua Romachkine, parce que j'aime les armes. J'ai chass&#233; autrefois, mais un fusil de chasse c'est trop cher&#8230; Une Winchester &#224; deux coups, douze cents, pensez-vous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia n'&#233;coutait que distraitement cette explication embarrass&#233;e : que ce voisin timide poss&#233;d&#226;t un revolver l'amusait et il ne le cachait point, tout le visage &#233;clair&#233; d'un rire l&#233;ger&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous ne vous en servirez s&#251;rement jamais, Romachkine, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine, prudent, r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne sais pas&#8230; Je n'en ai pas besoin, naturellement. Pourquoi en aurais-je besoin ?&#8230; Personne ne me veut du mal&#8230; Mais c'est tr&#232;s beau, une arme. &#199;a fait penser&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Aux assassins ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, aux justes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia se retint de pouffer. D&#233;risoire h&#233;ros toi-m&#234;me, pauvre type ! &#8211; Brave type, il est vrai. Le petit homme le consid&#233;rait avec une sorte de gravit&#233;. Kostia craignit de le peiner en plaisantant. Ils bavard&#232;rent quelques minutes comme &#224; l'accoutum&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Avez-vous lu le fascicule 12 du Bagne ? demanda Romachkine avant qu'ils se s&#233;parassent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, c'est int&#233;ressant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Int&#233;ressant, oui, il y a l'histoire de l'attentat contre l'amiral Doubassov en 1906&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia emporta le fascicule 12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui-m&#234;me, Romachkine, ne voulut relire aucun r&#233;cit de ces fastes r&#233;volutionnaires. Ces textes l'eussent d&#233;courag&#233;. Les attentats d'autrefois exigeaient une pr&#233;paration minutieuse, des organisations disciplin&#233;es, de l'argent, des mois de travail, de surveillance, d'attente, plusieurs courages li&#233;s ; au surplus, ils &#233;chouaient souvent. S'il avait r&#233;ellement pens&#233;, son dessein lui e&#251;t apparu tout &#224; fait chim&#233;rique. Mais il ne pensait pas ; la pens&#233;e se nouait, se d&#233;nouait en lui sans qu'il la gouvern&#226;t, proche de la r&#234;verie. Et cela lui ayant suffi pour vivre, il ne savait pas que l'on pouvait penser mieux, plus fermement, plus clairement, mais que c'est un &#233;trange travail que l'on accomplit presque malgr&#233; soi et qui ne m&#232;ne souvent qu'&#224; une joie am&#232;re au-del&#224; de laquelle il n'y a rien. Chaque fois qu'il le put, le matin, &#224; midi, le soir, Romachkine explora certains parages du centre de la ville, la place Staraia, vieille place, o&#249; s'&#233;l&#232;ve le haut &#233;difice en pierre de taille grise d'une sorte de banque : &#224; l'entr&#233;e une plaque de verre noir &#224; lettres d'or : Parti communiste (bolchevik) de l'U.R.S.S., Comit&#233; central. Silhouette d'un factionnaire dans le corridor. Ascenseurs. De l'autre c&#244;t&#233; de l'&#233;troite place, la vieille muraille blanche, cr&#233;nel&#233;e, de Kitai-Gorod, cit&#233; chinoise. Des autos arrivaient. Il y avait toujours quelqu'un qui fumait en musant au coin de la rue&#8230; Non, pas ici. Impossible ici. Romachkine n'e&#251;t pas su dire pourquoi. &#192; cause de la blanche muraille cr&#233;nel&#233;e, des s&#233;v&#232;res pierres grises, du vide ? Ses pas se perdirent sur un sol trop dur, Romachkine ne se sentait ni poids ni consistance. Aux abords du Kremlin, par contre, des souffles d'air, glissant sur les jardins, le portaient, cr&#233;ature insignifiante, sur le pav&#233; de la place Rouge, tout &#224; fait anonyme quand il s'arr&#234;tait un court moment, avec des provinciaux, devant le mausol&#233;e de L&#233;nine, plus ch&#233;tif encore sous les bulbes tordus pass&#233;s de couleur, de Saint-Vassili-le-Bienheureux. Il ne se trouva bien qu'ayant gravi les trois marches de pierre du lieu des supplices, qui est l&#224; depuis des si&#232;cles, entour&#233; d'un petit balcon circulaire, en pierre. Combien d'hommes ont souffert ici ? De tous ces supplici&#233;s, rien ne subsistait dans aucune &#226;me de passant, sur la place, sauf en lui ; il se f&#251;t si simplement lui aussi, couch&#233; sur la roue pour qu'on lui bris&#226;t les membres &#8211; atroce douleur dont la seule pens&#233;e lui moirait la peau de frissons &#8211;, mais que faire d'autre quand on est l&#224; ? &#192; partir de ce jour, il emporta le colt dans toutes ses sorties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine aimait les jardins publics qui bordent l'enceinte ext&#233;rieure du Kremlin, du c&#244;t&#233; de la ville. Il se plut &#224; les parcourir presque chaque jour. L'&#233;v&#233;nement l'atteignit l&#224; en pleine poitrine. Entre une heure un quart et deux heures moins dix, il se promenait dans ces jardins, en mangeant un sandwich, au lieu de bavarder avec ses coll&#232;gues au r&#233;fectoire du Trust. L'all&#233;e centrale &#233;tait de coutume &#224; peu pr&#232;s d&#233;serte, les tramways, virant derri&#232;re la grille, agitaient leurs ferrailles et l&#226;chaient leurs sonneries. Au tournant de l'all&#233;e, se d&#233;gageant des feuillages roux qui bordent la haute muraille du Kremlin, parut un militaire. Il venait d'un pas rapide &#224; la rencontre de Romachkine. Deux civils le suivaient en fumant. Grand, presque maigre, la visi&#232;re du k&#233;pi baiss&#233;e sur les yeux, l'uniforme sans insignes, le visage dur, la moustache forte, cet homme inconcevablement charnel surgissait des portraits publi&#233;s dans les journaux, &#233;tal&#233;s sur des fa&#231;ades de quatre &#233;tages, affich&#233;s dans les bureaux, imprim&#233;s chaque jour dans les cerveaux. Pas de doute : Lui. Sa d&#233;marche autoritaire, empreinte de raideur, la main droite dans la poche, l'autre balanc&#233;e&#8230; Le chef, pour achever de se faire reconna&#238;tre, tira de sa poche une pipe courte qu'il prit entre les dents, sans s'arr&#234;ter. Il n'&#233;tait plus qu'&#224; une dizaine de m&#232;tres de Romachkine. La main de Romachkine alla pr&#233;cipitamment chercher dans la poche int&#233;rieure du veston la crosse du colt. Le chef, &#224; ce moment, sortit, tout en marchant, sa blague &#224; tabac ; &#224; moins de deux m&#232;tres de Romachkine, il s'arr&#234;ta, le bravant ; ses yeux de chat lanc&#232;rent dans la direction de Romachkine un petit &#233;clair cruel. Ses l&#232;vres railleuses marmott&#232;rent quelque chose comme : &#171; Mis&#233;rable, mis&#233;rable Romachkine ! &#187;, avec un m&#233;pris an&#233;antissant. Et il passa. Romachkine, d&#233;vast&#233;, heurta de la pointe du pied un caillou, tituba, faillit tomber. Deux hommes, survenus il ne sut comment, le soutinrent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous vous sentez mal, citoyen ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce devaient &#234;tre les agents de l'escorte secr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Fichez-moi la paix ! leur cria Romachkine, hors de lui &#8211; mais c'est &#224; peine, en r&#233;alit&#233;, s'il prof&#233;ra, dans un souffle d&#233;sesp&#233;r&#233;, ces paroles ou d'autres. Les deux hommes, qui l'avaient pris aux coudes, le l&#226;ch&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Faut pas boire, imb&#233;cile, quand on sait pas boire ! bougonnait l'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Esp&#232;ce de v&#233;g&#233;tarien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine se laissa choir sur un banc, &#224; c&#244;t&#233; d'un jeune couple. Une voix tonnante &#8211; la sienne &#8211; &#233;clatait dans son cr&#226;ne : &#171; Je suis un l&#226;che, un l&#226;che, l&#226;che, l&#226;che&#8230; &#187; Le couple, sans s'occuper de lui, continuait de se disputer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si tu la revois encore, disait la jeune femme, je&#8230; (ses paroles se perdirent). J'en ai assez. Je souffre trop&#8230; je&#8230; (ce furent d'autres paroles perdues). Je t'en supplie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fille an&#233;mique, grande fillette plut&#244;t, blonde fade &#224; visage cribl&#233; de petits boutons roses. Le gars r&#233;pondait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu m'emb&#234;tes, Maria. Assez&#8230; tu m'emb&#234;tes &#8211; en regardant au loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passait en vertu d'une logique parfaite. Romachkine se leva d'une d&#233;tente, regarda implacablement ce couple, bien en face et dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous sommes tous des l&#226;ches, entendez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait si &#233;vident que l'exaltation de son d&#233;sespoir tomba et qu'il put s'en aller, marcher comme auparavant, arriver au bureau sans une minute de retard, reprendre ses bar&#232;mes, boire son verre de th&#233; de quatre heures, r&#233;pondre &#224; des questions, finir sa journ&#233;e, rentrer chez lui&#8230; Maintenant, que faire du colt ? Romachkine ne pouvait plus supporter, chez lui, la pr&#233;sence de cette arme inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;tait sur la table, l'acier bleu-noir &#233;talant une froideur insultante, quand Kostia vint, qui parut lui sourire. Romachkine le vit tr&#232;s bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#199;a te pla&#238;t, Kostia ? lui demanda-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour d'eux le soir &#233;tait pacifi&#233;. Kostia, l'arme dans la main et lui souriant tout &#224; fait, redevint un jeune guerrier imberbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Belle chose ! dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je n'en ai pas besoin, moi, dit Romackhine, d&#233;chir&#233; par le regret. Tu peux la prendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais &#231;a vaut cher, objecta le jeune homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#199;a ne vaut rien pour moi. Tu sais bien que &#231;a ne se vend pas. Prends-le, Kostia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine craignit d'insister tant il en avait subitement le d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vraiment ? dit encore Kostia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'autre r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; En v&#233;rit&#233;, prends-le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia emporta le colt, le posa sur sa table &#224; lui, sous la miniature, sourit encore aux yeux fid&#232;les de l'image, puis &#224; l'arme si nette, mortellement nette et fi&#232;re, et de joie fit quelques mouvements de gymnastique. Romachkine, envieux, l'entendit faire craquer ses articulations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque tous les soirs, ils s'entretenaient quelques minutes avant de se coucher, l'un pesamment insidieux, reprenant sans cesse les m&#234;mes id&#233;es, ainsi qu'une b&#234;te de labour suivant son sillon, puis recommen&#231;ant d'en tracer un autre et recommen&#231;ant encore, l'autre moqueur, entra&#238;n&#233; malgr&#233; lui, bondissant parfois hors du cercle invisible trac&#233; autour de lui, mais pour y retomber, sans le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce que tu crois, Romachkine, interrogea-t-il enfin, quel est le coupable ? le coupable de tout ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est &#233;videmment le plus puissant. S'il y avait un Dieu, ce serait Dieu, fit doucement Romachkine. Ce serait bien commode, ajouta-t-il avec un petit rire oblique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia crut comprendre d'un seul coup trop de choses. La t&#234;te lui en tourna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu ne sais pas ce que tu dis, Romachkine, et c'est fort heureux pour toi. Bonsoir, vieux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De neuf heures du matin &#224; six heures de l'apr&#232;s-midi, Kostia travaillait dans le bureau d'un chantier du m&#233;tropolitain. Le grincement balanc&#233; de l'excavatrice se communiquait aux planches de la baraque. Des camions emportaient la terre remont&#233;e des profondeurs du sous-sol. Les premi&#232;res couches semblaient form&#233;es de d&#233;bris humains, comme l'humus est form&#233; de d&#233;bris v&#233;g&#233;taux, elles sentaient le cadavre, la ville en d&#233;composition, l'ordure longtemps ferment&#233;e tour &#224; tour sous les neiges et sous l'asphalte chaud. Les moteurs des camions, nourris d'une essence invraisemblable, remplissaient le chantier de d&#233;tonations saccad&#233;es, si violentes qu'elles couvraient les jurements des chauffeurs. Une palissade s&#233;parait mal le chantier n&#176; 22 de la rue tr&#233;pidante et klaxonnante, aux deux torrents emport&#233;s en sens contraire, tramways agitant leurs sonneries hyst&#233;riques, voitures cellulaires toutes neuves, fiacres bringuebalants, fourmillement de pi&#233;tons. La Baraque, dont un po&#234;le tenait tout le milieu, comprenait le pointage, la comptabilit&#233;, le bureau des technichiens, la table du parti et des Jeunesses communistes, avec son fichier, le coin du secr&#233;taire de la cellule syndicale, le bureau du chef de chantier, mais ce dernier n'&#233;tait jamais l&#224;, car il courait Moscou &#224; la recherche des mat&#233;riaux tandis que les commissions de contr&#244;le couraient apr&#232;s lui ; on pouvait donc occuper sa place. Le secr&#233;taire du parti la prenait de droit : du matin au soir, il recevait les dol&#233;ances des ouvriers et des ouvri&#232;res, couverts de boue, qui descendaient sous terre, remontaient de dessous terre, redescendaient, l'une n'ayant pas de lampe, l'autre plus de bottes ; le troisi&#232;me pas de gants, le quatri&#232;me bless&#233;, le cinqui&#232;me cong&#233;di&#233; pour &#234;tre venu ivre, en retard, furieux qu'on ne le laiss&#226;t point partir, puisqu'il &#233;tait cong&#233;di&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'veux qu'on respecte la loi, camarade part-org. &#8211; organisateur du parti &#8211;, j'suis venu en retard, j'&#233;tais saoul, j'ai fait du scandale, faut m'foutre &#224; la porte, c'est l'd&#233;cret !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le part-org., cramoisi, &#233;clatait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nom de Dieu de Jean-foutre, tu t'int&#233;resses au d&#233;cret parce que tu veux foutre le camp, hein ? T'esp&#232;res t'faire donner encore des v&#234;tements de travail ailleurs ? S'p&#232;ce de&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; L'd&#233;cret, c'est l'd&#233;cret, camarade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia v&#233;rifiait le pointage des pr&#233;sents, descendait dans la galerie pour y porter des messages, aidait l'organisateur des Jeunes dans ses besognes vari&#233;es d'&#233;ducation, de discipline, de surveillance secr&#232;te. Il arr&#234;ta au passage une petite courtaude &#233;nergique de dix-huit ans, brune aux petits yeux acides et les l&#232;vres peintes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alors, ta copine Maria, &#231;a fait deux jours qu'elle manque ? Faut que je pose la question devant le bureau des Jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La courtaude s'arr&#234;ta net, remontant sa jupe d'un mouvement masculin. La lampe de mine pendait sur son tablier de cuir. Les cheveux cach&#233;s sous un &#233;pais serre-t&#234;te, elle paraissait casqu&#233;e. Elle parla violemment, sans h&#226;te, la voix basse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ben, Maria, vous la verrez plus. L'est morte. S'est jet&#233;e hier dans la Moskova ; elle dort &#224; la morgue, &#224; c't'heure. Tu peux aller la voir, si l'c&#339;ur t'en dit. Tu y es pour quelque chose, toi, et l'bureau aussi, j'ai pas peur de vous l'dire, moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tranchant de la pelle luisait m&#233;chamment sur son &#233;paule. Elle s'enfon&#231;a dans la gueule de l'ascenseur. Kostia s'accrocha aux t&#233;l&#233;phones du rayon, de la milice, du secr&#233;taire des Jeunesses (priv&#233;), de la secr&#233;taire du journal ; &#224; d'autres encore. De partout la nouvelle rebondissait vers lui, gla&#231;ante, devenue banalement irr&#233;parable. &#192; la morgue, sur des tables de marbre, dans un lugubre froid gris, trou&#233; d'&#233;lectricit&#233;, gisait un enfant sans nom, &#233;cras&#233; par un tram. Il dormait &#224; la renverse, la peau d'une blancheur de cire, les deux mains ouvertes comme si elles venaient de l&#226;cher des billes ; il y avait un vieil Asiatique en long pardessus, le nez crochu, les paupi&#232;res bleues, la gorge coup&#233;e, noire (on lui avait grossi&#232;rement peint le visage pour le photographier). Cela faisait un mort grim&#233;, verdissant, aux pommettes fard&#233;es. Il y avait Maria, sa blousette bleue &#224; pois blancs, son cou mince affreusement bleui, son petit nez retrouss&#233;, ses boucles rousses coll&#233;es au cr&#226;ne, mais plus de regard du tout, plus d'yeux, plus que de lamentables plis de chair meurtrie, rentr&#233;e bizarrement dans les orbites. &#171; Pourquoi as-tu fait &#231;a, pauvre Maroussia ? &#187;, interrogea stupidement Kostia dont les mains d&#233;sol&#233;es p&#233;trissaient la casquette. Et voil&#224; la mort, fin d'un univers. Une gosse rousse, pourtant, n'est pas l'univers ? Le fonctionnaire de la morgue, un Juif morose, en malpropre blouse blanche s'approcha :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous la connaissez, citoyen ? Bon, alors, ne vous attardez pas, c'est inutile. Venez remplir le questionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son bureau &#233;tait chauff&#233;, confortable, plein de papiers, Noy&#233;s. Accident&#233;s de la rue. Crimes. Suicides. Cas douteux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Sous quelle rubrique inscrire la d&#233;funte, &#224; votre avis, citoyen ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia haussa les &#233;paules. Demanda avec haine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La rubrique des crimes collectifs, existe-t-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, dit le Juif, mais je vous ferai observer que la d&#233;funte, qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; examin&#233;e par le m&#233;decin l&#233;giste, ne porte ni ecchymoses ni traces de strangulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Suicide, jeta furieusement Kostia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fon&#231;a dans la bruine de la rue, l'&#233;paule droite en avant. S'il e&#251;t pu se battre avec quelqu'un, casser la gueule &#224; quelqu'un, recevoir dans les gencives un direct bien appliqu&#233; &#8211; pour toi, pauvre Maroussia, petite copine de rien du tout &#8211;, &#231;a lui e&#251;t fait du bien. Grande sotte, est-ce qu'on se laisse pousser &#224; bout comme &#231;a ? On sait bien que les hommes sont des salauds. La gazette murale, on s'en fout, je te dis ! On se torche avec. Ah, c'que t'as &#233;t&#233; b&#234;te, pauvre gosse, ah, nom de Dieu, ah malheur ! &#8211; Rien de plus simple que cette affaire. Le secr&#233;taire des Jeunes, atterr&#233;, gardait dans son portefeuille cette br&#232;ve d&#233;claration gravement sign&#233;e Marie (et le nom de famille) sur une page de cahier d'&#233;colier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Prol&#233;taire, je ne veux pas vivre avec ce sale d&#233;shonneur. N'accusez personne de ma mort. Adieu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; ! Sur instruction du Comit&#233; central des Jeunesses, les Comit&#233;s de rayon faisaient campagne &#171; pour la sant&#233;, contre la d&#233;moralisation &#187;. Comment faire cette campagne ? Cinq jeunes gens formant le Bureau se l'&#233;taient demand&#233; jusqu'&#224; ce que l'un dit : &#171; Exclure les maladies v&#233;n&#233;riennes. &#187; Cela parut lumineux. &#171; Qui ? &#187; Des cinq, deux devaient &#234;tre malades eux-m&#234;mes, assez habiles pour se faire soigner dans des dispensaires &#233;loign&#233;s. &#171; Il y a Maria, la rouquine. &#187; &#8211; &#171; Parbleu ! &#187; Cette dr&#244;le de fille qui ne disait jamais rien aux r&#233;unions, proprette, qui repoussait les avances, timide, mais agressive quand on la pin&#231;ait, o&#249; est-ce qu'elle l'avait prise, sa maladie ? Pas dans l'organisation, c'&#233;tait certain. Alors, chez des &#233;l&#233;ments petits-bourgeois d&#233;moralis&#233;s ? &#171; Elle n'a pas l'instinct de classe, dit le secr&#233;taire s&#233;v&#232;rement. Je propose de publier l'exclusion dans la gazette murale du chantier. Faut un exemple. &#187; La gazette murale, illustr&#233;e de caricatures &#224; l'aquarelle, o&#249; l'on voyait une Maria reconnaissable seulement &#224; son corsage des beaux jours et &#224; ses cheveux roux, grotesque, affubl&#233;e de boucles d'oreilles en faux diamants, tomber d'une porte tandis que derri&#232;re elle s'allongeait l'ombre d'un &#233;norme balai, la gazette murale dactylographi&#233;e &#233;tait encore affich&#233;e dans le vestibule de la baraque. Kostia la d&#233;tacha pos&#233;ment du mur, la d&#233;chira en quatre, rangea les morceaux dans son tiroir parce qu'ils pourraient faire preuve devant un tribunal&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'automne emporta dans ses pluies l'&#233;pisode insignifiant du suicide de Maria. Transmise pour instruction au Comit&#233; du rayon, l'affaire tomba sous les directives d'une campagne urgente, imm&#233;diate, contre l'opposition de droite, suivie d'exclusions incompr&#233;hensibles, puis d'une autre campagne, plus lente &#224; se d&#233;clencher, mais pire en r&#233;alit&#233;, contre la corruption des fonctionnaires du parti et des Jeunesses. Cette bourrasque-l&#224; fit plonger le secr&#233;taire des Jeunes du chantier dans un ab&#238;me d'opprobre : exclusion, d&#233;rision, gazette murale (le balais reparut, chassant le gars au poil h&#233;riss&#233; dont la serviette &#224; paperasses tombait sur le fumier), ch&#244;mage final, pour s'&#234;tre attribu&#233; lui-m&#234;me deux mois de cong&#233; dans une maison de repos des jeunes travailleurs d'&#233;lite scintillante de blancheur sous les &#233;boulements de roches et les explosions de fleurs d'Aloupka, Crim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia, accus&#233; &#171; d'avoir d&#233;monstrativement d&#233;chir&#233; un num&#233;ro de la gazette murale (indiscipline grave) et tent&#233; d'exploiter &#224; des fins d'intrigue, pour discr&#233;diter le bureau des Jeunes, le suicide d'une exclue &#187; fut &#171; s&#233;v&#232;rement bl&#226;m&#233; &#187;. Que lui importait, au fond ? Il retrouvait tous les soirs, apr&#232;s le chantier, la ville, les col&#232;res rentr&#233;es, les chaussures sans semelles, les soupes aigres, la bise, il retrouvait le rass&#233;r&#233;nant regard de la miniature. Il frappait &#224; la porte de Romachkine, qui avait beaucoup vieilli en peu de temps et lisait maintenant des livres singuliers de tendance religieuse. Kostia le mettait en garde :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; M&#233;fiez-vous, Romachkine, vous allez choir dans la mystique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce n'est pas possible, r&#233;pondait le petit homme ratatin&#233;, je suis si profond&#233;ment mat&#233;rialiste que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; Que rien. Je pense que c'est toujours la m&#234;me inqui&#233;tude sous des formes contradictoires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Peut-&#234;tre, dit Kostia, frapp&#233; par cette id&#233;e, peut-&#234;tre les mystiques et les r&#233;volutionnaires sont-ils des fr&#232;res&#8230; Mais il faut que les uns enterrent les autres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, dit Romachkine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ouvrit un livre : l'Esseulement de Wladimir Rozanov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tenez, lisez. Quelle v&#233;rit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un ongle jauni, il souligna ces lignes : &#171; Le corbillard avance lentement, le trajet est long. &#8211; Eh bien, adieu, Vassili Vassilievitch, on est mal dans la terre, mon vieux, et tu as mal v&#233;cu ; si tu avais mieux v&#233;cu, il te serait plus facile de reposer sous terre. Tandis qu'avec l'iniquit&#233;&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon Dieu, mourir dans l'iniquit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or je suis dans l'iniquit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce n'est pas mourir dans l'iniquit&#233; qu'il faut, r&#233;pliqua Kostia, c'est vivre dans le combat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut surpris de l'avoir pens&#233; si clairement. Romachkine l'observait avec une attention suraigu&#235;. L'entretien bifurqua sur la distribution des passeports, le renforcement de la discipline du travail, les r&#232;gles &#233;dict&#233;es par le chef &#8211; le chef lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Onze heures, dit Kostia. Bonne nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bonne nuit. Qu'as-tu fait du revolver ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers dix heures, un soir de f&#233;vrier, la neige cessa de tomber sur Moscou, un gel doux rev&#234;tit toutes choses de cristaux diamant&#233;s. Les branches mortes des arbres et des buissons, dans les jardins, en furent f&#233;eriquement recouvertes. Une floraison de cristaux recelant de secr&#232;tes lumi&#232;res naquit sur les pierres, recouvrit les fa&#231;ades, habilla les monuments. On marchait sur une poudre d'&#233;toiles, &#224; travers une ville stellaire : des myriades de cristaux flottaient dans le halo des lanternes. Sur le tard, la nuit devint d'une puret&#233; inou&#239;e. La moindre lumi&#232;re s'y prolongeait vers le ciel en &#233;p&#233;e. Ce fut une f&#234;te de gel. Le silence semblait scintiller. Kostia ne s'en aper&#231;ut qu'apr&#232;s avoir march&#233; pendant quelques minutes dans cet enchantement au sortir d'une r&#233;union des Jeunes consacr&#233;e une fois de plus au rel&#226;chement de la discipline du travail. Le mois finissait. Kostia je&#251;nait comme tant d'autres. En s&#233;ance, il s'&#233;tait tu, sachant sa formule inacceptable : &#171; Pour plus de discipline, plus de nourriture. Soupe d'abord ! La bonne soupe chassera l'alcool ! &#187; &#192; quoi bon parler ? La f&#233;erie nocturne s'empara de lui, all&#233;gea sa d&#233;marche, nettoya son esprit, lui fit oublier la faim, lui fit oublier jusqu'aux six hommes fusill&#233;s la veille, ce qui l'avait &#233;trangement impressionn&#233;. Des saboteurs du ravitaillement, disait le sobre communiqu&#233; officiel. Sans doute volaient-ils, comme tout le monde, mais pouvaient-ils ne point voler ? Le pourrais-je, moi ? &#8211; &#224; la longue ? Les colonnes de lumi&#232;re, au-dessus des lanternes, s'&#233;vasaient vers le haut, tr&#232;s haut dans la nuit remplie de minuscules cristaux de gel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia suivait une rue &#233;troite, bord&#233;e d'un c&#244;t&#233; de petits h&#244;tels du si&#232;cle pass&#233;, de l'autre d'immeubles &#224; six &#233;tages. De loin en loin une discr&#232;te lumi&#232;re transparaissait aux fen&#234;tres. Chacun sa vie &#8211; que c'est singulier ! La neige faisait sous les pas du jeune marcheur un l&#233;ger bruit de soie froiss&#233;e. Une puissante auto noire, effleurant silencieusement la neige, s'arr&#234;ta &#224; quelques pas devant lui. Un gros homme en pelisse courte et bonnet d'astrakan en descendit, serviette sous le bras. Kostia arrivant &#224; sa hauteur, lui vit de fortes moustaches tombantes dans une face pleine au nez largement &#233;pat&#233;. Cette t&#234;te, il crut la reconna&#238;tre lointainement. L'homme dit quelque chose au chauffeur qui r&#233;pondit sur un ton d&#233;f&#233;rent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bien, camarade Toula&#233;v.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toula&#233;v ? Du Comit&#233; central ? Celui des d&#233;portations en masse de la r&#233;gion de Vorog&#232;ne ? Celui de l'&#233;puration des universit&#233;s ? Kostia se retourna, par curiosit&#233;, pour le mieux d&#233;visager. L'auto disparaissait au fond de la rue. Toula&#233;v, d'un pas leste et pesant, rejoignait Kostia, le d&#233;passait, s'arr&#234;tait, levait la t&#234;te sur une fen&#234;tre &#233;clair&#233;e. De fins cristaux de gel tombaient sur sa face lev&#233;e, lui saupoudrant les sourcils et les moustaches. Kostia se trouva derri&#232;re lui, la main de Kostia se souvint toute seule du revolver colt, le fit surgir et&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;tonation fut assourdissante et s&#232;che. Assourdissante dans l'&#226;me de Kostia, comme le tonnerre subitement d&#233;cha&#238;n&#233; au milieu du silence. Insolite dans cette nuit bor&#233;ale. Son tonnerre int&#233;rieur, Kostia le vit &#233;clater : ce fut un nuage qui s'enfla, devint une &#233;norme fleur noire bord&#233;e de flammes, s'&#233;vanouit. Un strident coup de sifflet fouetta la nuit, tout pr&#232;s. Un autre lui r&#233;pondit, un peu plus loin. La nuit s'emplit d'une panique invisible. Les sifflets s'y croisaient affol&#233;s, pr&#233;cipit&#233;s, se cherchant, se bousculant, coupant les a&#233;riennes colonnes de lumi&#232;re. Kostia courait sur la neige, par de petites rues tranquilles ; les coudes au corps, ainsi qu'au stade des Jeunesses. Un coin tourn&#233;, puis un autre, il se dit qu'il fallait maintenant marcher sans h&#226;te. Son c&#339;ur battait tr&#232;s fort. &#171; Qu'est-ce que j'ai fait ? Pourquoi ? C'est insens&#233;&#8230; J'ai agi sans penser&#8230; Sans penser, comme un homme d'action&#8230; &#187; Semblables &#224; des rafales de neige, des lambeaux d'id&#233;es d&#233;chiquet&#233;es se bousculaient dans sa cervelle. &#171; Toula&#233;v m&#233;ritait bien d'&#234;tre fusill&#233;&#8230; &#201;tait-ce &#224; moi de le savoir ? En suis-je s&#251;r ? Suis-je s&#251;r de la justice ? Ne suis-je pas fou ? &#187; Un tra&#238;neau apparut, tout &#224; fait fantastique, et le cocher, au passage, inclina vers Kostia ses yeux de gros matou et sa barbe enneig&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce qui se passe l&#224;-bas, jeune homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'sais pas. Des so&#251;lauds qui s'battent une fois de plus, j'pense. Le diable les emporte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tra&#238;neau vira de bord lentement, au milieu de la ruelle pour s'&#233;loigner des histoires. Cet &#233;change de banales paroles avait d&#233;gris&#233; Kostia, rendu &#224; une paix extraordinaire. Traversant une place bien &#233;clair&#233;e, il passa pr&#232;s d'un milicien, &#224; son poste de surveillance. N'avait-il pas r&#234;v&#233; ? Dans sa poche le canon colt gardait une bouleversante chaleur. Dans sa poitrine, la joie montait inexplicablement. Rien que la joie. &#201;blouissante, froide, inhumaine, comme un ciel d'hiver constell&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lueur filtrait sous la porte de Romachkine. Kostia entra. Romachkine lisait dans son lit, &#224; cause du froid. Des foug&#232;res grises couvraient les carreaux de la fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Que lisez-vous, Romachkine, par ce froid ?&#8230; Dehors il fait si beau, si vous saviez !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai voulu lire quelque chose sur le bonheur de vivre, dit Romachkine. Seulement, des livres l&#224;-dessus, il n'y en a pas. Pourquoi n'en &#233;crit-on pas ? Est-ce que les &#233;crivains n'en savent pas plus que moi sur ce sujet ? Est-ce qu'ils ne voudraient pas, comme moi, savoir ce que c'est ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il amusait Kostia. Quel ph&#233;nom&#232;ne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Voil&#224;, je n'ai trouv&#233; que &#231;a, chez un bouquiniste, un tr&#232;s vieux livre, tr&#232;s beau&#8230; Paul et Virginie, &#231;a se passe dans une &#238;le pleine d'oiseaux et de plantes heureuses ; ils sont jeunes, purs, ils s'aiment&#8230; C'est incroyable. (Il remarqua le retard exalt&#233; de Kostia.) Mais qu'est-ce qui vous arrive, Kostia ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je suis amoureux, Romachkine, mon ami, c'est terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. LES GLAIVES SONT AVEUGLES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux annonc&#232;rent sobrement &#171; la mort pr&#233;matur&#233;e du camarade Toula&#233;v &#187;. La premi&#232;re instruction secr&#232;te amena, dans les trois jours, soixante-sept arrestations. Les soup&#231;ons tomb&#232;rent d'abord sur la secr&#233;taire de Toula&#233;v, qui &#233;tait aussi la ma&#238;tresse d'un &#233;tudiant sans parti. Les soup&#231;ons se concentr&#232;rent ensuite sur le chauffeur qui avait accompagn&#233; Toula&#233;v jusqu'&#224; sa porte ; un homme de la S&#251;ret&#233;, bien not&#233;, pas buveur, sans relations f&#226;cheuses, ancien soldat des troupes sp&#233;ciales, membre du bureau de la cellule du garage. Pourquoi n'avait-il pas attendu, pour d&#233;marrer, que Toula&#233;v f&#251;t entr&#233; dans la maison ? Pourquoi Toula&#233;v, au lieu d'entrer tout de suite, avait-il fait quelques pas sur le trottoir ? Pourquoi ? Tout le myst&#232;re du crime paraissait tenir dans ces inconnues. Nul ne savait que Toula&#233;v esp&#233;rait s'attarder un moment chez la femme d'un ami absent ; que l'attendaient l&#224; une bouteille de vodka et deux bras potel&#233;s, un corps laiteux, chaud sous le peignoir&#8230; La balle mortelle n'&#233;tait pourtant pas sortie du pistolet du chauffeur ; l'arme meurtri&#232;re demeurait introuvable. Interrog&#233; soixante heures de suite par des inquisiteurs eux-m&#234;mes &#224; bout de force, qui se relayaient toutes les quatre heures, le chauffeur descendit jusqu'au bord de la folie, en ne variant dans ses d&#233;clarations que parce qu'il finissait par perdre l'usage de la parole, de la raison, des muscles m&#234;mes du visage que les nerfs doivent mouvoir pour la parole et l'expression. &#192; partir de la trente-cinqui&#232;me heure d'interrogatoire, ce ne fut plus un homme mais un mannequin de chair douloureuse et de v&#234;tements informes. On le droguait avec du caf&#233; tr&#232;s fort, du cognac, des cigarettes tant qu'il voulait. On lui fit une piq&#251;re. Ses doigts l&#226;chaient les cigarettes, ses l&#232;vres oubliaient de boire quand on y collait un verre ; d'heure en heure deux hommes du d&#233;tachement sp&#233;cial le tra&#238;naient jusqu'au lavabo, lui inclinaient la t&#234;te sous le robinet, l'aspergeaient d'eau glac&#233;e. Il ne remuait gu&#232;re entre leurs mains, pas m&#234;me sous l'eau glac&#233;e, et ces hommes croyaient qu'il profitait de cet instant de r&#233;pit pour dormir une minute entre leurs mains ; le maniement de la loque humaine les d&#233;moralisait en quelques heures ; il fallait les remplacer. On maintenait le chauffeur assis, pour qu'il ne tomb&#226;t pas de sa chaise. Le juge d'instruction tonnait tout &#224; coup, en frappant violemment de la crosse de son revolver le bord de la table :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ouvrez les yeux, accus&#233; ! Je vous ai d&#233;fendu de dormir ! R&#233;pondez ! Apr&#232;s avoir tir&#233;, qu'avez-vous fait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette question r&#233;p&#233;t&#233;e pour la trois centi&#232;me fois, l'homme vid&#233; de toute intelligence, de toute r&#233;sistance, l'homme &#224; bout de lui-m&#234;me, les yeux inject&#233;s de sang, la face molle affreusement frip&#233;e, commen&#231;a de r&#233;pondre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;puis il s'&#233;croula sur la table en faisant &#171; hrrr &#187; comme s'il ronflait. Une bave mousseuse coula de sa bouche. On le redressa. On lui versa entre les dents une gorg&#233;e de cognac arm&#233;nien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; j'ai&#8230; pas tir&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Gredin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le juge, exasp&#233;r&#233;, le gifla &#224; toute vol&#233;e ; et ce magistrat eut le sentiment d'avoir frapp&#233; un mannequin oscillant. Lui-m&#234;me avala d'une lamp&#233;e un demi-verre de th&#233; : mais ce th&#233;, en r&#233;alit&#233;, &#233;tait du cognac chaud. Et un saisissement le gla&#231;a. Des voix basses rampaient derri&#232;re lui. La cloison n'&#233;tait qu'un rideau tendu sur une pi&#232;ce obscure, d'o&#249; l'on voyait parfaitement tout ce qui se passait, &#224; deux m&#232;tres seulement, dans la pi&#232;ce claire. L&#224; venaient d'entrer sans bruit plusieurs personnages, l'un suivant l'autre, respectueusement. Le chef, las de s'enqu&#233;rir au t&#233;l&#233;phone : &#171; Eh bien, ce complot ? &#187; &#8211; pour s'entendre r&#233;pondre par la voix d&#233;faite du haut-commissaire que &#171; l'enqu&#234;te progressait sans donner de r&#233;sultats appr&#233;ciables &#187;, formule idiote &#8211;, &#233;tait venu. Bott&#233;, courte vareuse in&#233;l&#233;gante, nu-t&#234;te, front bas, face ramass&#233;e, moustache &#233;paisse, il avait, du fond de l'invisible r&#233;duit, avidement plant&#233; ses yeux dans ceux du chauffeur, qui ne le voyaient pas, qui ne voyaient plus rien. Il avait &#233;cout&#233;. Derri&#232;re lui, le haut-commissaire, surmen&#233;, droit comme un factionnaire ; derri&#232;re eux, plus pr&#232;s de la porte, dans l'obscurit&#233; compl&#232;te, d'autres personnages galonn&#233;s, muets, p&#233;trifi&#233;s. Le chef se retourna vers le haut-commissaire et tr&#232;s bas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Faites cesser tout de suite cette inutile torture. Vous voyez bien que cet homme ne sait rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les uniformes s'&#233;cart&#232;rent devant lui. Il se dirigea vers l'ascenseur, seul, les m&#226;choires soud&#233;es, le front pliss&#233;, suivi d'un homme d'escorte tout &#224; fait s&#251;r, qu'il affectionnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ne m'accompagnez pas, avait-il dit durement au haut-commissaire. Occupez-vous du complot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fi&#232;vre et l'effroi r&#233;gnaient dans l'&#233;difice, concentr&#233;s &#224; cet &#233;tage autour des vingt tables o&#249; se poursuivaient sans rel&#226;che les interrogatoires. Le haut-commissaire ouvrit b&#234;tement, dans le cabinet qu'il se r&#233;servait ici m&#234;me &#8211; sur place &#8211; un dossier inepte, puis un autre plus inepte encore. Rien ! Il se sentit mal. Il e&#251;t vomi comme le chauffeur que l'on emportait enfin vers le sommeil, sur une civi&#232;re, la bouche frang&#233;e d'&#233;cume. Le haut-commissaire erra un moment de bureau en bureau. Au 266, la femme du chauffeur, en pleurs, racontait qu'elle fr&#233;quentait des diseuses de bonne aventure, qu'elle avait assist&#233; en secret &#224; des offices religieux, qu'elle &#233;tait jalouse, que&#8230; Au 268, le milicien de garde &#224; l'endroit et &#224; l'heure de l'attentat racontait une fois de plus qu'il &#233;tait entr&#233; dans la cour pour se chauffer au brasero, car le camarade Toula&#233;v n'arrivait jamais avant minuit ; que, pr&#233;cipitamment ressorti dans la rue en entendant la d&#233;tonation, il n'y avait vu personne dans le premier instant, le camarade Toula&#233;v &#233;tant tomb&#233; contre la muraille ; qu'il avait seulement remarqu&#233; avec saisissement la lumi&#232;re extraordinaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le haut-commissaire entra dans la pi&#232;ce. Le milicien d&#233;posait debout, au port d'armes, calmement, la voix &#233;mue. Le haut-commissaire interrogea :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; De quelle lumi&#232;re parlez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; D'une lumi&#232;re extraordinaire&#8230; surnaturelle&#8230; que je ne peux pas dire&#8230; Il y avait des colonnes de lumi&#232;re jusqu'au ciel, scintillantes&#8230; &#233;blouissantes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous &#234;tes croyant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, camarade chef, membre depuis quatre ans de la Soci&#233;t&#233; des Sans-Dieu, en r&#232;gle de cotisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le haut-commissaire vira sur ses talons, en haussant les &#233;paules. Au 270, une voix de comm&#232;re grasse d&#233;bitait avec des soupirs et des &#171; J&#233;sus, mon Dieu &#187; qu'au march&#233; de Smolensk tout le monde le racontait, que le pauvre camarade Toula&#233;v, bien-aim&#233; du grand camarade chef, on l'avait trouv&#233; la gorge coup&#233;e sur le seuil du Kremlin et il avait aussi le c&#339;ur transperc&#233; d'un stylet &#224; lame triangulaire comme autrefois le pauvre petit Tsar&#233;vitch Dimitri et les monstres lui avaient crev&#233; les yeux, qu'elle en avait pleur&#233; avec Marfa qui vend des graines, avec Frossia qui revend des cigarettes, avec Nioucha qui&#8230; Ce bavardage intarissable, un jeune officier &#224; pince-nez, sangl&#233; dans son uniforme &#8211; et sur le sein droit un insigne portant le profil du chef &#8211;, l'enregistrait patiemment d'une &#233;criture rapide sur de grands feuillets. Si occup&#233; qu'il ne leva pas la t&#234;te vers le haut-commissaire debout dans l'encadrement de la porte et qui se retira sans avoir remu&#233; les l&#232;vres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur son propre bureau, le haut-commissaire trouva un grand pli rouge du Comit&#233; central, secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral, Urgent. Rigoureusement confidentiel&#8230; En trois lignes, l'ordre de &#171; Suivre avec la plus grande attention l'affaire Titov et nous en faire personnellement rapport &#187;. Tr&#232;s significatif, &#231;a. Mauvais. Donc le nouveau haut-commissaire adjoint mouchardait sans m&#234;me chercher &#224; sauvegarder les apparences. Lui seul pouvait avoir inform&#233;, &#224; l'insu de son sup&#233;rieur, le Secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral de cette affaire dont la seule &#233;vocation donnait envie de cracher avec m&#233;pris. &#8211; L'affaire Titov : Une d&#233;nonciation anonyme, en grosse &#233;criture &#233;coli&#232;re, arriv&#233;e ce matin : &#171; Matvei Titov a dit que c'est la S&#251;ret&#233; qui a fait tuer le camarade Toula&#233;v parce qu'ils ont de sales comptes entre eux. Il a dit : je le pressens, moi, c'est le Gu&#233;p&#233;ou, que je vous dis. Il a dit &#231;a devant sa servante Sidorovna et le cocher Palkine et un marchand d'habits qui habite au coin de la ruelle du Chiffonnier et de la rue Saint-Gl&#232;be, au fond de la cour, au premier, &#224; droite. Matvei Titov est un ennemi du r&#233;gime des Soviets et de notre bien-aim&#233; camarade chef et un exploiteur du peuple qui fait coucher sa servante dans le corridor sans feu, qui a engross&#233; une pauvre fille de paysan collectivis&#233; et refus&#233; de lui payer la pension alimentaire de son enfant qui va venir au monde dans la douleur et la mis&#232;re&#8230; &#187; Et vingt lignes encore. Le haut-commissaire adjoint Gord&#233;ev faisait photographier et recopier ce document pour &#234;tre transmis sur l'heure au Bureau politique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justement, Gord&#233;ev entrait : gros, blond, les cheveux pommad&#233;s, la face ronde, un tantinet de moustache duveteuse, de grosses lunettes en &#233;caille, quelque chose de porcin en lui &#8211; avec une insolence servile d'animal domestique trop bien nourri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne vous comprends pas, camarade Gord&#233;ev, dit le haut-commissaire n&#233;gligemment. Vous avez communiqu&#233; cette chose ridicule au Bureau politique ? Pourquoi faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gord&#233;ev se r&#233;cria, l&#233;g&#232;rement scandalis&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais Maxime Andr&#233;evitch, il y a une circulaire du C.C. qui prescrit de communiquer au B.P. toutes les plaintes, d&#233;nonciations, allusions m&#234;me dont nous pouvons &#234;tre l'objet. Circulaire du 16 mars&#8230; Et ce n'est pas tellement ridicule, cette affaire Titov, elle d&#233;note, au sein des masses, un &#233;tat d'esprit dont nous devons &#234;tre inform&#233;s&#8230; J'ai fait arr&#234;ter ce Titov ainsi que plusieurs personnes de son entourage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Peut-&#234;tre m&#234;me l'avez-vous d&#233;j&#224; interrog&#233; vous-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intonation railleuse parut &#233;chapper &#224; Gord&#233;ev qui trouvait commode de se donner l'air &#233;pais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Moi-m&#234;me, non. Mon secr&#233;taire a assist&#233; &#224; l'interrogatoire. Il est tr&#232;s int&#233;ressant de rechercher l'origine des l&#233;gendes qui circulent sur notre compte, n'est-ce pas votre avis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et vous l'avez trouv&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seizi&#232;me jour de l'instruction, le haut-commissaire Erchov, mand&#233; sur l'heure par t&#233;l&#233;phone au secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral, y attendit trente-cinq minutes dans une antichambre. Tout le personnel du secr&#233;tariat savait qu'il y comptait les minutes. Les hautes portes s'ouvrirent &#224; la fin devant lui, il aper&#231;ut le chef &#224; sa table de travail, devant ses t&#233;l&#233;phones, seul, grisonnant, la t&#234;te baiss&#233;e, une t&#234;te lourde &#8211; et sombre, vue &#224; contre-jour. La pi&#232;ce &#233;tait vaste, haute, confortable mais presque nue&#8230; Le chef ne leva pas la t&#234;te, ne tendit pas la main &#224; Erchov, ne l'invita pas &#224; s'asseoir. Par dignit&#233;, le haut-commissaire s'approcha jusqu'au bord de la table en ouvrant sa serviette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alors, ce complot ? demanda le chef, et il avait son visage ramass&#233;, tout en lignes soud&#233;es, de col&#232;re froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je penche plut&#244;t &#224; admettre que l'assassinat du camarade Toula&#233;v fut l'acte d'un isol&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tr&#232;s fort, votre isol&#233; ! Sup&#233;rieurement organis&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sarcasme atteignit Erchov &#224; la nuque, &#224; l'endroit o&#249; frappent les balles des ex&#233;cuteurs. Gord&#233;ev aurait-il pouss&#233; l'ignominie jusqu'&#224; poursuivre en secret une enqu&#234;te parall&#232;le et en dissimuler les r&#233;sultats ? Bien difficile, en r&#233;alit&#233;. Rien &#224; r&#233;pondre en tout cas. Le silence qui suivit incommoda le chef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Admettons provisoirement votre th&#232;se de l'isol&#233;. Par d&#233;cision du Bureau politique, l'enqu&#234;te ne sera pas close tant que les coupables n'auront pas &#233;t&#233; ch&#226;ti&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est ce que j'allais vous proposer, dit le haut-commissaire, beau joueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Proposez-vous des sanctions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Voici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sanctions remplissaient plusieurs feuilles dactylographi&#233;es. Vingt-cinq noms. Le chef y jeta un coup d'&#339;il. Il dit avec emportement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous perdez la t&#234;te, Erchov. Je ne vous reconnais plus, vraiment. Dix ans pour le chauffeur ! Quand son devoir &#233;tait de ne point quitter la personne &#224; lui confi&#233;e avant de l'avoir d&#233;pos&#233;e chez elle en s&#233;curit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les autres propositions, il ne dit rien, mais par contrecoup, cette observation fit aussi majorer par le haut-commissaire toutes les peines propos&#233;es. Le milicien qui, pendant l'attentat, se chauffait au brasero serait envoy&#233; pour dix ans, et non huit, au camp de travail de la Petchora. La secr&#233;taire-ma&#238;tresse de Toula&#233;v et son amant, d&#233;port&#233;s, la jeune femme &#224; Vologda, ce qui &#233;tait cl&#233;ment, l'&#233;tudiant &#224; Tourgai, dans le d&#233;sert du Kazakstan, pour cinq ans l'un et l'autre (au lieu de trois). Le haut-commissaire prit plaisir &#224; dire en remettant les feuilles ainsi annot&#233;es &#224; Gord&#233;ev :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vos propositions ont &#233;t&#233; trouv&#233;es indulgentes, camarade Gord&#233;ev. Je les ai rectifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vous remercie, dit l'autre avec une aimable flexion de sa t&#234;te pommad&#233;e. De mon c&#244;t&#233;, je me suis permis de prendre une initiative que vous approuverez certainement. J'ai fait dresser une liste de toutes les personnes que leurs ant&#233;c&#233;dents pourraient rendre suspectes de terrorisme. Nous avons trouv&#233; jusqu'ici dix-sept cents noms de personnes jouissant encore de leur libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ah, tr&#232;s int&#233;ressant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Il n'avait pas imagin&#233; &#231;a tout seul, ce gros mouchard au cr&#226;ne huil&#233;&#8230; &#199;a venait peut-&#234;tre de haut, de loin, cette id&#233;e&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; De ces dix-sept cents, douze cents appartiennent au parti ; une centaine remplissent encore des fonctions importantes ; plusieurs se sont trouv&#233;es &#224; diverses reprises dans l'entourage imm&#233;diat du chef du parti ; trois appartiennent aux cadres m&#234;mes de la S&#251;ret&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune de ces petites phrases, d&#233;bit&#233;es avec assurance sur un ton neutre, faisait coup. Qu'est-ce que tu fais, qui est-ce que tu vises, arriviste ? C'est le parti que tu vises &#224; la t&#234;te. Le haut-commissaire se souvint d'avoir, en 1914, &#224; Tachkent, pendant les bagarres, tir&#233; sur la milice mont&#233;e ; &#224; la suite de quoi il avait fait dix-huit mois de forteresse&#8230; Moi aussi, je serais d&#232;s lors suspect ? Serais-je l'un des trois &#171; ex-terroristes &#187;, &#171; membres du parti &#187; et collaborateurs de la S&#251;ret&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Avez-vous mis qui que ce soit au courant de vos recherches sur ce plan ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, cela va de soi, r&#233;pondit suavement la t&#234;te pommad&#233;e, non, sauf le Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral par le truchement duquel j'ai obtenu communication de certains dossiers de la Commission centrale de Contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, le haut-commissaire se sentit nettement pris dans le r&#233;seau d'un filet qui se resserrait sans raison. Demain ou la semaine prochaine on ach&#232;verait de lui retirer sous des pr&#233;textes vari&#233;s ses derniers collaborateurs de confiance : Gord&#233;ev les remplacerait par des hommes &#224; lui. Et puis&#8230; Ce m&#234;me cabinet, un autre dont il connaissait bien la silhouette, la voix, les tics de langage, la fa&#231;on de nouer les mains, d'&#233;lever le stylo au-dessus du papier &#224; signer en le parcourant les sourcils fronc&#233;s, ce m&#234;me cabinet, un autre l'avait occup&#233; des ann&#233;es durant, z&#233;l&#233;, consciencieux, travaillant dix &#224; douze heures par jour, habile, implacable, ob&#233;issant, d&#233;vou&#233; comme un chien ; le filet tomb&#233; sur lui, il s'&#233;tait d&#233;battu dans l'inextricable r&#233;seau, se refusant &#224; comprendre, &#224; admettre, se sentant de plus en plus vaincu, vieillissant &#224; vue d'&#339;il, se vo&#251;tant, prenant en quelques semaines l'allure d'un petit fonctionnaire brim&#233; toute sa vie, laissant des subalternes commander &#224; sa place, buvant la nuit avec une petite actrice de l'Op&#233;ra, pensant tous les jours &#224; se br&#251;ler la cervelle, y pensant jusqu'&#224; la nuit o&#249; l'on vint l'arr&#234;ter&#8230; Mais peut-&#234;tre &#233;tait-il coupable en r&#233;alit&#233;, tandis que moi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gord&#233;ev dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai fait faire une s&#233;lection dans la liste des dix-sept cents : une quarantaine de noms pour le moment. Plusieurs sont tr&#232;s importants. Voulez-vous l'&#233;tudier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Faites-la-moi apporter tout de suite, r&#233;pondit le haut-commissaire avec autorit&#233;, cependant qu'un froid d&#233;sagr&#233;able se r&#233;pandait dans ses membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul dans son vaste cabinet, en t&#234;te &#224; t&#234;te avec les dossiers, le soup&#231;on, la peur, la puissance, l'impuissance, le haut-commissaire ne fut plus que lui-m&#234;me, Maxime Andr&#233;evitch Erchov, un homme d'une quarantaine d'ann&#233;es, vigoureux, pr&#233;matur&#233;ment rid&#233;, aux paupi&#232;res bouffies, &#224; la bouche mince, au regard malade&#8230; Il succ&#233;dait ici &#224; Henri Grigori&#233;vitch qui avait respir&#233; pendant dix ans l'air de ces bureaux, fusill&#233; apr&#232;s le proc&#232;s des Vingt-et-un, puis &#224; Piotr Edouardovitch, disparu, c'est-&#224;-dire enferm&#233; au deuxi&#232;me &#233;tage de la prison souterraine, sous le contr&#244;le sp&#233;cial d'un fonctionnaire d&#233;sign&#233; par le Bureau politique. Que voulait-on en tirer ? Piotr Edouardovitch luttait depuis cinq mois &#8211; si c'&#233;tait lutter, cette fa&#231;on de blanchir &#224; trente-cinq ans et de r&#233;p&#233;ter &#171; Non, non, non, non, c'est faux &#187;, sans autre espoir que de mourir en silence &#8211;, &#224; moins que l'oubliette ne l'ait rendu assez fou pour esp&#233;rer davantage. Erchov, rappel&#233; d'Extr&#234;me-Orient o&#249; il se croyait, heureusement, perdu de vue par le Service des Cadres, s'&#233;tait vu offrir cet avancement inou&#239;, le haut-commissariat de la S&#251;ret&#233; joint au commissariat du Peuple &#224; l'Int&#233;rieur, donnant presque rang de mar&#233;chal, le sixi&#232;me mar&#233;chal &#8211; ou le troisi&#232;me ? trois des cinq ayant disparu. &#171; Camarade Erchov, le parti a plac&#233; sa confiance en vous ! Je vous en f&#233;licite ! &#187; On lui disait cela, on lui serrait la main, des sourires autour de lui remplissaient un bureau du Comit&#233; central &#224; l'&#233;tage m&#234;me du secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral ; le chef entrait &#224; l'improviste, d'un pas rapide, le consid&#233;rait un centi&#232;me de seconde, de haut en bas &#8211; de haut en bas &#8211;, si simple, si cordial, avec un bon sourire, lui aussi, tout d&#233;tendu ; le chef serrait la main &#224; Maxime Andr&#233;evitch Erchov en le regardant amicalement dans les yeux. &#171; Une lourde charge, camarade Erchov, portez-la bien ! &#187; Le photographe des grands journaux projetait sur tous ces sourires l'&#233;clair du magn&#233;sium&#8230; Erchov atteignait le sommet de sa vie et il avait peur. Trois mille dossiers d'une importance capitale parce qu'ils appelaient la peine capitale, trois mille nids de vip&#232;res sifflantes d&#233;bord&#232;rent en avalanche sur sa vie de toutes les minutes. La grandeur du chef le rass&#233;r&#233;na un moment. Le chef, l'appelant d'un ton cordial &#171; Maxime Andr&#233;evitch &#187;, lui recommandait paternellement de &#171; m&#233;nager les cadres, tenir compte du pass&#233;, avec vigilance toutefois, faire cesser les abus &#187;. &#8211; &#171; On a fusill&#233; des hommes que j'aimais, en qui j'avais confiance, des hommes pr&#233;cieux pour le parti, pour l'&#201;tat ! s'exclamait-il am&#232;rement. Le Bureau politique ne peut tout de m&#234;me pas revoir toutes les sentences ! &#187; Il concluait : &#171; C'est votre affaire. Vous avez toute ma confiance. &#187; Une puissance spontan&#233;e, parfaitement simple, humaine, attest&#233;e par le bon rire des yeux roux et des grosses moustaches &#233;manait de lui, le faisait aimer, faisait croire en lui, donnait envie de le louer, comme dans les gazettes et les discours officiels, mais sinc&#232;rement, avec effusion. Quand le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral bourrait sa pipe, Maxime Andr&#233;evitch Erchov, haut-commissaire &#224; la D&#233;fense int&#233;rieure, &#171; glaive de la dictature &#187;, &#171; &#339;il sagace et toujours &#233;veill&#233; du parti &#187;, &#171; le plus implacable et le plus humain des plus fid&#232;les collaborateurs du chef le plus grand de tous les temps &#187; (ainsi s'exprimait ce matin m&#234;me la Gazette des &#201;coles des services politiques) &#8211; Erchov sentait qu'il aimait cet homme et qu'il en avait peur comme on a peur du myst&#232;re. &#171; Pas de lenteurs bureaucratiques, hein ! dit encore le chef. Pas de paperasserie excessive ! Des dossiers clairs, &#224; jour, d&#233;barrass&#233;s du fatras, mais o&#249; rien ne s'&#233;gare &#8211; et des actes ! Ou vous vous noierez dans le travail&#8230; &#187; &#8211; &#171; Directive g&#233;niale ! &#187; commenta sobrement un des membres de la commission sp&#233;ciale &#8211; form&#233;e de chefs de service &#8211; quand Erchov la leur apporta mot &#224; mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, les dossiers pullulants, prolif&#233;rants, d&#233;bordants, envahissants, refusaient de l&#226;cher la moindre note, mais continuaient au contraire &#224; s'enfler. Des milliers d'affaires s'&#233;taient ouvertes pendant le premier grand proc&#232;s des tra&#238;tres, proc&#232;s &#171; d'une importance mondiale &#187; ; des milliers d'autres affaires s'&#233;taient ouvertes avant que les premi&#232;res fussent r&#233;gl&#233;es, pendant le deuxi&#232;me proc&#232;s, des milliers pendant le troisi&#232;me proc&#232;s, des milliers pendant l'instruction des quatri&#232;me, cinqui&#232;me et sixi&#232;me proc&#232;s qui n'eurent pas lieu parce qu'on les &#233;touffa dans les t&#233;n&#232;bres ; il arrivait des dossiers de l'Oussouri (agents japonais), de Yakoutie (sabotage, trahison, espionnage dans les placers d'or), de Bouriat-Mongolie (affaire des monast&#232;res bouddhiques), de Vladivostok (affaire du commandement de la flotte sous-marine), des chantiers de Komsomolsk &#8211; cit&#233; des jeunes-communistes &#8211; (propagande terroriste, d&#233;moralisation, abus de pouvoir, trotskysme-boukharinisme), du Sinkiang (contrebande, intelligence avec les agents japonais et britanniques, intrigues musulmanes), de toutes les r&#233;publiques du Turkestan (affaires de s&#233;paratisme, de panturquisme, de banditisme, d'Intelligence Service, de mahmoudisme &#8211; mais qui &#233;tait ce Mahmoud ? &#8211; en Ouzbekistan, Turkm&#233;nistan, Tadjikistan, Kazakstan, vieille Boukharie, Sir-Daria) ; l'assassinat de Samarkand se rattachait au scandale d'Alma Ata et ce scandale &#224; l'affaire d'espionnage (aggrav&#233;e par le rapt d'un sujet iranien) du consulat d'Ispahan ; des affaires &#233;teintes se rallumaient dans les camps de concentration de l'Arctique, des affaires nouvelles &#233;clataient dans les prisons, des notes chiffr&#233;es dat&#233;es de Paris, Oslo, Washington, Panama, Hank&#233;ou, Canton en flammes, Guernica en ruines, Barcelone bombard&#233;e, Madrid acharn&#233;e &#224; vivre sous plusieurs terreurs &#8211; et c&#230;tera, consultez la carte des deux h&#233;misph&#232;res &#8211; exigeaient des enqu&#234;tes ; Kalouga annon&#231;ait des &#233;pizooties suspectes, Tambov des troubles agraires, L&#233;ningrad offrait vingt dossiers d'un seul coup, l'affaire du club des marins, celle de l'usine du Triangle rouge, celle de l'Acad&#233;mie des sciences, celle des Anciens For&#231;ats r&#233;volutionnaires, celle des Jeunesses l&#233;ninistes, celle du comit&#233; de G&#233;ologie, celle des Francs-Ma&#231;ons, celle des homosexuels de la flotte&#8230; Des coups de feu traversaient de part en part, sans cesse, cet amoncellement de noms, de papiers, de chiffres, de vies &#233;nigmatiques, jamais compl&#232;tement d&#233;chiffr&#233;es, de suppl&#233;ments d'enqu&#234;te, de d&#233;nonciations, de rapports, d'id&#233;es folles. Plusieurs centaines d'hommes en uniforme, rigoureusement hi&#233;rarchis&#233;s, brassaient nuit et jour ces mat&#233;riaux, &#233;taient brass&#233;s par eux, y disparaissaient soudainement, passant la besogne perp&#233;tuelle &#224; d'autres&#8230; &#192; la pointe du sommet de cette pyramide, Maxime Andr&#233;evitch Erchov. Que pouvait-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la s&#233;ance du B.P. &#224; laquelle il assista, il rapporta cette directive orale, r&#233;p&#233;t&#233;e plusieurs fois par le chef : &#171; Vous avez &#224; r&#233;parer les erreurs de votre pr&#233;d&#233;cesseur ! &#187; Les pr&#233;c&#233;desseurs, on ne les nommait jamais ; Erchov sut gr&#233; &#8211; mais pourquoi, en v&#233;rit&#233; ? &#8211; au chef de ne pas avoir dit &#171; du tra&#238;tre &#187;. De tous les secteurs du Comit&#233; central des plaintes arrivaient, concernant la d&#233;sorganisation des cadres, atteints par tant d'&#233;puration et de r&#233;pression en deux ans, qu'&#224; force de les rajeunir on les voyait fondre ; il en r&#233;sultait de nouvelles affaires de sabotage, visiblement n&#233;es, celles-l&#224;, du g&#226;chis, de l'incomp&#233;tence, de l'ins&#233;curit&#233;, de la pusillanimit&#233; du personnel de l'industrie. Un membre du bureau d'Organisation avait soulign&#233;, sans que le chef le d&#233;sapprouv&#226;t, la n&#233;cessit&#233; urgente de rendre &#224; la production les condamn&#233;s par abus, sur d&#233;nonciations calomnieuses, &#224; la suite de campagnes de masse, et m&#234;me les coupables envers lesquels l'indulgence para&#238;trait possible. &#171; Ne sommes-nous pas, s'&#233;tait-il &#233;cri&#233;, le pays de la refonte des hommes ? Nous transformons jusqu'&#224; nos pires ennemis&#8230; &#187; Cette phrase de meeting tomba dans une sorte de vide. Une irritante plaisanterie contre-r&#233;volutionnaire hanta quelques secondes l'esprit du haut-commissaire pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'instant o&#249; le regard bienveillant, mais singuli&#232;rement appuy&#233;, du chef s'arr&#234;tait sur lui : &#171; La refonte des hommes consiste &#224; les r&#233;duire, par la persuasion, &#224; l'&#233;tat cadav&#233;rique&#8230; &#187; Erchov mit tout son personnel sur les dents : en dix jours, dix mille dossiers, s&#233;lectionn&#233;s de pr&#233;f&#233;rence parmi ceux des administrateurs d'industrie (communistes), des techniciens (sans parti) et des officiers (communistes et sans parti), attentivement revus, permirent 6 727 lib&#233;rations dont 47,5 % de r&#233;habilitations. Pour mieux accabler le pr&#233;d&#233;cesseur, dont on achevait de fusiller les chefs de service, les journaux publi&#232;rent que le pourcentage des condamnations inflig&#233;es &#224; des innocents s'&#233;tait &#233;lev&#233; pendant les r&#233;centes &#233;purations &#224; plus de 50 % ; cela fit bon effet, para&#238;t-il, mais les statisticiens du C.C. qui avaient trouv&#233; ces chiffres et le sous-directeur &#224; la presse qui en avait autoris&#233; la publication furent r&#233;voqu&#233;s sur l'heure, un journal d'&#233;migr&#233;s, publi&#233; &#224; Paris, ayant perfidement comment&#233; ces donn&#233;es. Erchov et son personnel s'attaqu&#232;rent &#224; d'autres montagnes de dossiers ; ils n'en dormaient point. Deux nouvelles les boulevers&#232;rent sur ces entrefaites. Un ex-communiste exclu du parti sur d&#233;nonciation ind&#233;niablement calomnieuse, comme trotskyste et fils de pr&#234;tre (les pi&#232;ces &#233;tablissaient qu'il s'&#233;tait fait remarquer dans les campagnes contre le trotskysme, de 1925 &#224; 1937 ; fils, au surplus, d'un m&#233;canicien de l'usine de Briansk), sorti du camp de concentration &#224; destination sp&#233;ciale de Kem, mer Blanche, et rentr&#233; &#224; Smolensk, y tuait un membre du Comit&#233; du parti. Une doctoresse, lib&#233;r&#233;e d'un camp de travail de l'Oural, &#233;tait arr&#234;t&#233;e en tentant de franchir la fronti&#232;re esthonienne. On recensait 750 d&#233;nonciations nouvelles contre les lib&#233;r&#233;s ; dans une trentaine de cas, les pr&#233;tendus innocents se r&#233;v&#233;laient des coupables certains, du moins divers comit&#233;s l'affirmaient. Selon la rumeur : &#171; Erchov ne s'en tirait pas. Trop lib&#233;ral, imprudent, pas assez initi&#233; &#224; la technique de la r&#233;pression. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Survint l'affaire Toula&#233;v. Gord&#233;ev, qui continuait &#224; la suivre en vertu d'instructions sp&#233;ciales du Bureau politique, questionn&#233; par Erchov sur l'ex&#233;cution du chauffeur, r&#233;pondit avec un d&#233;tachement d&#233;plaisant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; dans la nuit d'avant-hier, avec les quatre saboteurs du trust des Pelleteries et la petite actrice de music-hall condamn&#233;e pour espionnage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov tiqua imperceptiblement, car il s'&#233;vertuait &#224; ne rien laisser para&#238;tre de ses sentiments. &#201;tait-ce hasard, co&#239;ncidence ou pointe ? La petite actrice, il l'avait assez admir&#233;e sur la sc&#232;ne &#8211; son petit corps &#233;lanc&#233;, bondissant en fl&#232;che, plus attirant que nu dans un maillot noir et jaune &#8211; pour lui envoyer des fleurs. Gord&#233;ev lan&#231;a &#8211; peut-&#234;tre ? &#8211; une deuxi&#232;me pointe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le rapport vous a &#233;t&#233; soumis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Il ne parcourait donc pas tous les rapports d&#233;pos&#233;s sur sa table ?&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est regrettable, continuait banalement Gord&#233;ev, parce qu'hier pr&#233;cis&#233;ment la personnalit&#233; du chauffeur nous est apparue sous un jour nouveau&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov leva la t&#234;te, ouvertement int&#233;ress&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui. Figurez-vous qu'il avait &#233;t&#233; en 1924-1925 pendant sept mois, le chauffeur de Boukharine : on a trouv&#233; quatre notes de recommandation de Boukharine dans son dossier au Comit&#233; de Moscou. La derni&#232;re en date est de l'ann&#233;e pass&#233;e ! Ce n'est pas tout : en 1921, au front de Volhynie, inculp&#233; d'insubordination, en qualit&#233; de commissaire d'un bataillon, il avait &#233;t&#233; tir&#233; d'affaire par Kiril Roublev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coup droit, cette fois encore. Par quelle inconcevable n&#233;gligence de tels faits avaient-il pu &#233;chapper aux commissions charg&#233;es d'&#233;tudier le curriculum vit&#230; des agents attach&#233;s &#224; la personne des membres du C.C. ? La responsabilit&#233; des services retombait sur le haut-commissaire. Que faisaient les commissions plac&#233;es sous ses ordres ? Quelle en &#233;tait la composition ? Boukharine, l'ancien id&#233;ologue du parti, le &#171; disciple pr&#233;f&#233;r&#233; de L&#233;nine &#187; qui l'appelait &#171; mon petit &#187;, incarnait maintenant la trahison, l'espionnage, le terrorisme, le d&#233;membrement de l'Union. Kiril Kirillovitch Roublev, son ami de toujours, existait-il encore apr&#232;s tant de proscriptions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais oui, certifia Gord&#233;ev, il existe, &#224; l'Acad&#233;mie des sciences, terr&#233; sous des tonnes d'archives du XVIe si&#232;cle&#8230; Je le fais surveiller&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peu de jours de l&#224;, le premier juge d'instruction du 41e Bureau, un militaire consciencieux, d'apparence taciturne, au grand front creus&#233; de rides, dont Erchov venait d'approuver l'avancement, malgr&#233; l'hostilit&#233; prudente du secr&#233;taire de la cellule du parti, devint subitement fou. Il chassa violemment de son cabinet un haut fonctionnaire du parti. On l'entendit crier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Allez-vous-en, mouchard ! D&#233;lateur ! Je vous ordonne de vous taire ! Il s'enferma dans son cabinet o&#249; &#233;clat&#232;rent bient&#244;t des coups de revolver ; il apparut sur le seuil, hauss&#233; sur la pointe des pieds, les cheveux d&#233;peign&#233;s, le revolver fumant &#224; la main. Il criait : &#171; Je suis un tra&#238;tre ! J'ai tout trahi ! Tas de brutes ! &#187; et l'on vit avec saisissement qu'il avait cribl&#233; de balles le portrait du chef, trouant les deux yeux, trouant le front en &#233;toile&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ch&#226;tiez-moi ! criait-il encore. Castrats !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;niblement ma&#238;tris&#233; par six hommes qui le li&#232;rent avec leurs ceintures, il ruissela de rires, de rires inextinguibles, grin&#231;ants, saccad&#233;s, convulsifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Castrats ! Castrats !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov, pris d'une sourde angoisse, l'alla voir ficel&#233; sur une chaise et la chaise renvers&#233;e sur le plancher, de sorte que le furieux avait les bottes en l'air et la t&#234;te sur le tapis. &#192; la vue du haut-commissaire, il &#233;cuma :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tra&#238;tre, tra&#238;tre, tra&#238;tre, tra&#238;tre, tra&#238;tre ! Je vois le fond de ton &#226;me, hypocrite ! Ch&#226;tr&#233;, toi aussi, hein ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Faut-il le b&#226;illonner, camarade chef ? demanda respectueusement un officier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non. Pourquoi l'ambulance n'est-elle pas encore venue ? Avez-vous pr&#233;venu la clinique ? &#192; quoi pensez-vous ? Si la voiture n'est pas l&#224; dans quinze minutes, vous prendrez les arr&#234;ts !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une petite secr&#233;taire tr&#232;s blonde, qui portait des boucles d'oreilles irritantes, entr&#233;e par curiosit&#233;, des papiers &#224; la main, les regardait tous les deux, Erchov et le fou, avec la m&#234;me &#233;pouvante, sans reconna&#238;tre le haut-commissaire. Erchov se raidit, l'&#233;chine droite, un l&#233;ger vertige naus&#233;eux dans la poitrine, comme autrefois, quand il lui fallait assister aux ex&#233;cutions, sortit sans mot dire, prit l'ascenseur&#8230; Les chefs de service l'&#233;vitaient visiblement. Un seul vint au-devant de lui, un vieil ami, attach&#233; &#224; sa brusque fortune, qui dirigeait le Bureau de l'&#233;tranger :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Eh bien, Ricciotti, qu'est-ce qu'il y a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ricciotti portait ce nom italien parce que lui restaient d'une enfance pass&#233;e au bord d'un golfe de carte postale une beaut&#233; inutile de p&#234;cheur napolitain, une touche d'or dans les yeux, une voix chaude de guitariste, une fantaisie et une loyaut&#233; tellement inaccoutum&#233;es qu'elles paraissaient &#8211; &#224; la r&#233;flexion &#8211; plut&#244;t feintes. On disait de lui qu'il &#171; se faisait un type original &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La ration quotidienne d'emmerdements, mon cher Maximka.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ricciotti prit famili&#232;rement Erchov par le bras, l'accompagna jusqu'&#224; son cabinet, parla d'abondance : du service secret &#224; Nankin o&#249; l'on s'&#233;tait fait salement rouler par les Japonais ; du travail des trotskystes &#224; l'arm&#233;e de Mao-Tse-Dzioun, dans le Tchounan-Bian ; d'une intrigue au sein de l'organisation militaire blanche &#224; Paris, &#171; dont nous tenons maintenant tous les fils &#187; ; des affaires de Barcelone qui viraient au noir &#233;pais : trotskystes, anarchistes, socialistes, catholiques, Catalans, Basques, tous des ingouvernables ; la d&#233;faite militaire imminente, faut pas se faire d'illusions ; les complications cr&#233;&#233;es autour de la r&#233;serve d'or, et cinq ou six espionnages agissant partout &#224; la fois&#8230; &#8211; Une conversation de dix minutes avec lui en arpentant le cabinet, valait de longs rapports. Erchov admirait en l'enviant un peu cet esprit souple qui embrassait tout &#224; la fois avec une l&#233;g&#232;ret&#233; singuli&#232;re. Ricciotti baissa la voix en l'attirant pr&#232;s de la fen&#234;tre o&#249; parut Moscou : vaste place blanche, travers&#233;e en tous sens par des fourmis humaines suivant des pistes sales sur la neige, entassement d'immeubles, et surmontant encore le tout, les vieux bulbes d'une &#233;glise, d'un bleu intense, sem&#233;s de grosses &#233;toiles d'or. Erchov e&#251;t pens&#233; que c'&#233;tait tout de m&#234;me beau, &#231;a &#8211; s'il avait pu y penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;coute, Maximka, m&#233;fie-toi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; De quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai entendu dire que le choix des agents envoy&#233;s en Espagne a &#233;t&#233; malheureux&#8230; Tu comprends, c'est moi que &#231;a vise en apparence. En r&#233;alit&#233; c'est toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bien, Sacha. Ne t'inqui&#232;te pas, j'ai sa confiance, tu comprends.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les aiguilles de l'horloge tournaient inexorablement. Ils se s&#233;par&#232;rent. Quatre minutes pour parcourir la Pravda&#8230; Tiens ? La photo de premi&#232;re page : Erchov devait y figurer, deuxi&#232;me personnage &#224; la gauche du chef, parmi les membres du gouvernement, clich&#233; pris l'avant-veille au Kremlin &#224; la r&#233;ception des ouvri&#232;res d'&#233;lite du textile&#8230; Il d&#233;plia la feuille : elle contenait deux clich&#233;s au lieu d'un &#8211; coup&#233;s de telle fa&#231;on que le haut-commissaire &#224; la S&#251;ret&#233; ne figurait ni sur l'un ni sur l'autre. Choc. T&#233;l&#233;phone. La r&#233;daction ? Ici, cabinet du haut-commissaire&#8230; Qui a fait la mise en pages des photos ? Qui ? Pourquoi ? Vous dites que les photos ont &#233;t&#233; fournies par le Secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral au tout dernier moment ? Bien, bien, tr&#232;s bien, c'est ce que je voulais savoir&#8230; En r&#233;alit&#233;, il en apprenait trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gord&#233;ev vint l'avertir aimablement que deux des trois hommes de son escorte personnelle avaient d&#251; &#234;tre remplac&#233;s, l'un &#233;tant malade et l'autre envoy&#233; en Russie blanche pour y remettre un drapeau aux travailleurs d'un groupe militaire agricole de la fronti&#232;re. Erchov se retint d'observer que l'on aurait bien pu le consulter. Dans la cour, trois hommes au port d'armes l'accueillirent devant l'auto d'un seul &#171; Salut, camarade haut-commissaire ! &#187; irr&#233;prochablement d&#233;clench&#233; dans leurs poitrines bomb&#233;es. Erchov leur r&#233;pondit doucement, et, de la main, indiqua le volant au seul des trois qu'il conn&#251;t &#8211; &#224; celui que l'on rel&#232;verait sans doute de ce poste un jour prochain pour que le haut-commissaire voyage&#226;t d&#233;sormais entour&#233; de visages inconnus, peut-&#234;tre charg&#233;s de consignes secr&#232;tes, ob&#233;issant &#224; une autre volont&#233; que la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto surgit de dessous une vo&#251;te basse o&#249; s'ouvrirent des portes de fer gard&#233;es par des factionnaires casqu&#233;s, qui pr&#233;sentaient les armes, l'auto bondit sur une place &#224; l'heure grise du cr&#233;puscule. Prise une seconde entre un autobus et le flot des passants, elle ralentit. Erchov vit des visages inconnus de gens sans importance : employ&#233;s, techniciens portant encore le k&#233;pi des &#233;coles, un vieux Juif triste, des femmes sans gr&#226;ce, des ouvriers aux faces dures. Ces gens le voyaient sans penser &#224; le reconna&#238;tre, ferm&#233;s, muets, inconsistants sur la neige. Comment vivent-ils, de quoi vivent-ils ? Pas un, m&#234;me de ceux qui lisent mon nom dans les journaux, ne devine, ne peut deviner ce que je suis en r&#233;alit&#233;. Et moi, que sais-je d'eux, sinon qu'ils sont des millions d'inconnus, classables par cat&#233;gories dans les fichiers, dans les dossiers, tous diff&#233;remment inconnus pourtant et tous ind&#233;chiffrables de quelque mani&#232;re&#8230; La place du Grand Th&#233;&#226;tre s'allumait, la rue Tverskaya charriait en hauteur, sur ses pentes raides, la foule dense du soir. Ville &#233;touffante, grouillante, aux &#233;clairages crus d&#233;chiquetant des pans de neige, des fragments de multitudes, des coul&#233;es d'asphalte et de boue. Les quatre hommes en uniforme, dans la puissante voiture gouvernementale, se taisaient. Quand enfin la voiture s'&#233;lan&#231;a, apr&#232;s avoir contourn&#233; un arc de triomphe massif, pareil &#224; la porte d'une immense prison, vers les larges perspectives de la chauss&#233;e de L&#233;ningrad, Erchov se souvint am&#232;rement qu'il aimait l'auto, la route, la vitesse, le maniement de la vitesse et du moteur sous son regard pr&#233;cis. On s'opposait maintenant &#224; ce qu'il conduis&#238;t lui-m&#234;me. La tension nerveuse, l'obsession des affaires l'en eussent aussi emp&#234;ch&#233;. Belle chauss&#233;e, nous savons construire. Une route comme celle-ci doublant le transsib&#233;rien, voil&#224; ce qu'il nous faut pour la s&#233;curit&#233; de l'Extr&#234;me-Orient : ce pourrait &#234;tre fait en quelques ann&#233;es en y mettant cinq cent mille hommes de main-d'&#339;uvre dont quatre cent mille seraient avantageusement pris dans les p&#233;nitenciers. Rien d'utopique l&#224;-dedans, j'y repenserai. L'image du fou, li&#233; sur la chaise renvers&#233;e dans un cabinet saccag&#233;, flotta tout &#224; coup sur la belle route noire bord&#233;e de blanc pur. &#171; &#201;vident qu'il y a de quoi devenir fou&#8230; &#187; Le fou ricanait, le fou se mettait &#224; dire que le fou c'est toi, c'est toi, c'est pas moi, tu le verras, c'est toi. Erchov alluma une cigarette pour voir danser entre ses mains gant&#233;es de cuir la flamme du briquet. Ainsi se dissipa ce commencement de cauchemar. Les nerfs &#224; bout. Prendre un grand jour de repos, de l'air&#8230; L'&#233;clairage de la route s'espa&#231;ait, une nuit scintillante se d&#233;versait en lointains flots p&#226;les sur les bois. Erchov la contempla avec une humble joie au fond de lui, mais sans en prendre conscience, ruminant des indices, des intrigues, des projets, des d&#233;tails d'affaires. L'auto p&#233;n&#233;tra dans les t&#233;n&#232;bres sous de hauts sapins couverts d'une neige pareille &#224; la fourrure arrondie des b&#234;tes. Le froid devenait vif. L'auto vira sur une neige mate. Les toits anguleux d'une grande maison norv&#233;gienne se d&#233;coup&#232;rent en noir opaque sur le ciel : la villa n&#176; 1 du Commissariat du peuple &#224; l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet int&#233;rieur r&#233;gnait sur des choses choisies, blanches et de couleurs flamboyantes, un calme ouat&#233;. Pas de t&#233;l&#233;phone apparent, pas de journaux, pas de messages, pas de portraits officiels (les bannir &#233;tait une audace), pas une arme, pas un bloc-notes &#224; en-t&#234;te administratif. Erchov entendait que rien ne lui rappel&#226;t le travail. L'animal humain, quand il fournit le maximum d'effort, a besoin d'un repos complet. Le fonctionnaire hautement responsable y a droit entre tous. Ici, rien que la vie priv&#233;e, l'intimit&#233;, toi et moi, Valia. Un portrait de Valia, Valentina, en &#233;coli&#232;re sage, dans un cadre ovale, blanc cr&#232;me, surmont&#233; d'un n&#339;ud de rubans sculpt&#233;s. Le grand miroir refl&#233;tait de chaudes couleurs d'Asie centrale. Rien ne d&#233;celait l'hiver : pas m&#234;me les f&#233;eriques branchages enneig&#233;s que l'on apercevait dans les fen&#234;tres. Ce n'&#233;tait plus qu'un magnifique d&#233;cor de magie blanche. &#8211; Erchov s'approcha du gramophone. Le disque &#233;tait de blues hawa&#239;ens. Ah non ! Pas aujourd'hui ! Ce fou lamentable criait : &#171; Tra&#238;tres, nous sommes tous des tra&#238;tres ! &#187; Mais a-t-il bien cri&#233; &#171; nous le sommes tous &#187;, ou est-ce moi qui l'ajoute ? Pourquoi l'ajouterais-je ? L'esprit de l'investigateur professionnel buta sur un obstacle singulier. Ne devrait-on pas, par humanit&#233;, supprimer les fous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valentina sortit de la salle de bains, en peignoir. &#171; Bonjour, ch&#233;ri. &#187; Depuis que les soins du corps et le grand bien-&#234;tre avaient transform&#233; cette petite provinciale de l'I&#233;niss&#233;i, tout son &#234;tre exprimait avec une rayonnante souplesse le contentement de vivre. Quand la soci&#233;t&#233; communiste sera b&#226;tie, bien apr&#232;s les p&#233;riodes de transition, dures mais enrichissantes, toutes les femmes atteindront &#224; cette pl&#233;nitude&#8230; &#171; Tu es une anticipation vivante, Valia&#8230; &#187; &#8211; &#171; Gr&#226;ce &#224; toi, Maxime, qui travailles et qui luttes, gr&#226;ce aux hommes comme toi&#8230; &#187; Ils se disaient quelquefois de ces choses, sans doute pour justifier devant eux-m&#234;mes leur condition privil&#233;gi&#233;e. D&#232;s lors le privil&#232;ge conf&#233;rait une mission. Leur union &#233;tait nette, d&#233;pourvue de complications, pareille &#224; celle de deux corps sains qui se plaisent. Huit ans auparavant, voyageant en tourn&#233;e d'inspection dans la r&#233;gion de Krassnoyarsk, o&#249; il commandait une division de troupes sp&#233;ciales de la S&#251;ret&#233;, Erchov s'arr&#234;ta dans une cit&#233; militaire perdue au c&#339;ur des for&#234;ts, chez un chef de bataillon. La jeune femme de ce subordonn&#233;, quand elle entra dans la salle &#224; manger, l'&#233;blouit pour la premi&#232;re fois de sa vie par une animalit&#233; innocente et s&#251;re d'elle-m&#234;me. On se rappelait en sa pr&#233;sence la for&#234;t, l'eau froide des petites rivi&#232;res sauvages, le pelage des b&#234;tes ombrageuses, le go&#251;t du lait frais. Elle avait des narines renfl&#233;es qui paraissaient flairer sans cesse et de larges yeux de chatte. Il la d&#233;sira tout de suite, pas pour une rencontre, pas pour une nuit, pour la poss&#233;der enti&#232;rement, &#224; jamais, avec fiert&#233;. &#171; Pourquoi serait-elle &#224; un autre puisque je la veux ? &#187; Cet autre, petit officier sans avenir, ridiculement d&#233;f&#233;rent devant le chef, avait une risible fa&#231;on de parler comme les boutiquiers. Erchov le d&#233;testa. Erchov, pour demeurer seul avec la femme convoit&#233;e, envoya l'autre inspecter des postes dans les bois. &#192; l'heure du t&#234;te-&#224;-t&#234;te avec cette femme, il fuma d'abord une cigarette en silence, s'&#233;tant donn&#233; ce d&#233;lai pour oser. Puis : &#171; Valentina Anissimovna, &#233;coutez bien ce que je vais vous dire. Je ne reviens jamais sur ma parole. Je suis net et s&#251;r comme un bon sabre de cavalerie. Je veux que vous soyez ma femme&#8230; &#187; Les jambes crois&#233;es, bien assis &#224; trois m&#232;tres d'elle, il regardait la jeune femme comme s'il e&#251;t command&#233;, comme si elle d&#251;t n&#233;cessairement lui ob&#233;ir &#8211; et cela plut. &#171; Mais je ne vous connais pas &#187;, dit-elle, d&#233;sesp&#233;r&#233;ment effarouch&#233;e, comme elle f&#251;t tomb&#233;e dans ses bras. &#171; Sans importance. Je vous ai connue tout enti&#232;re d&#232;s le premier regard. Je suis s&#251;r et net, je vous donne ma parole que&#8230; &#187; &#8211; &#171; Je n'en doute pas, murmurait Valentina, sans savoir que c'&#233;tait d&#233;j&#224; un acquiescement. Mais&#8230; &#187; &#8211; &#171; Il n'y a pas de mais, la femme est libre de son choix&#8230; &#187; Il se retint d'ajouter : Je suis le chef de la division, votre mari n'arrivera jamais &#224; rien. Elle dut penser la m&#234;me chose, car ils se regard&#232;rent, confus, avec un tel sentiment de complicit&#233; que la honte les fit rougir tous les deux. Erchov retourna contre le mur le portrait du mari, &#233;treignit la jeune femme, l'embrassa sur les yeux avec une bizarre tendresse. &#171; Tes yeux, tes yeux, mon ensoleill&#233;e ! &#187; Elle ne r&#233;sistait pas, se demandant sottement si ce chef important &#8211; et bel homme &#8211; allait la prendre tout de suite sur le petit divan incommode &#8211; heureusement, qu'elle n'avait pas de sous-v&#234;tements, heureusement&#8230; Il n'en fit rien, il se contenta de conclure d'un ton pr&#233;cis de rapporteur : &#171; Vous partirez avec moi dans deux jours. D&#232;s son retour je m'expliquerai d'homme &#224; homme avec le chef de bataillon Nikoudychine. Vous divorcez aujourd'hui m&#234;me, ayez la pi&#232;ce pour cinq heures. &#187; Que pouvait objecter le chef de bataillon au chef de division ? La femme est libre, l'&#233;thique du parti prescrit de respecter la libert&#233; ! Le chef de bataillon Nikoudychine, dont le nom signifiait &#224; peu pr&#232;s Bon-&#224;-Rien, ne desso&#251;la pas d'une semaine, avant d'aller demander un autre oubli aux prostitu&#233;es chinoises de la ville. Erchov, inform&#233; de son inconduite, se montra indulgent car il comprenait le chagrin de ce subordonn&#233;. Il le fit cependant sermonner par le secr&#233;taire du parti&#8230; Le communiste ne doit pas, pour une femme qui s'en va, perdre son &#233;quilibre moral, n'est-il pas vrai ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces chambres-ci, Valentina se plaisait &#224; vivre presque nue, sous de l&#233;gers tissus flottants. La pr&#233;sence de son corps &#233;tait toujours aussi compl&#232;te que celle de ses yeux, de sa voix. Ses larges yeux paraissaient dor&#233;s comme les boucles qui lui retombaient sur le front. Elle avait les l&#232;vres charnues, les pommettes accentu&#233;es, la carnation claire, des formes souples et fraiches de forte nageuse&#8230; &#171; On dirait toujours que tu viens de sortir, toute joyeuse, d'une eau froide, au soleil&#8230; &#187;, lui dit un jour son mari. Elle r&#233;pondit avec un petit rire fier, en se mirant dans la glace : &#171; Je suis telle. Froide et ensoleill&#233;e. Ton petit poisson en or. &#187; Ce soir elle tendit vers lui ses beaux bras nus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pourquoi si tard, ch&#233;ri ? Qu'est-ce qu'il y a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il n'y a rien, dit Erchov avec un sourire forc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet instant, il per&#231;ut nettement qu'il y avait au contraire, l&#224; m&#234;me et partout o&#249; il irait, quelque chose d'&#233;norme, d'inconcevable, d'infiniment redoutable pour lui et pour cette femme peut-&#234;tre trop belle, peut-&#234;tre trop privil&#233;gi&#233;e, peut-&#234;tre&#8230; Un pas r&#233;gulier se prolongeait dans le corridor voisin : l'homme de garde allait s'assurer de l'entr&#233;e de service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Rien&#8230; On m'a chang&#233; deux hommes de l'escorte personnelle, &#231;a me contrarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais c'est toi le ma&#238;tre, ch&#233;ri, dit Valentina, debout devant lui, toute droite, le peignoir entrouvert sur la gorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle continuait de se limer un ongle pass&#233; au laque. Erchov regarda stupidement, les sourcils fronc&#233;s, un beau sein dur &#224; la pointe fauve. Il accueillit sans se d&#233;rider le regard assur&#233; d'yeux pleins de fleurs d'&#233;t&#233;. Elle dit encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; Tu ne fais donc pas ce que tu veux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devait &#234;tre vraiment tr&#232;s fatigu&#233; pour que d'aussi insignifiantes paroles trouvassent en lui ce retentissement singulier. En entendant cette phrase banale, Erchov per&#231;ut qu'il n'&#233;tait le ma&#238;tre de rien, que sa volont&#233; ne contr&#244;lait rien en r&#233;alit&#233;, que toute lutte serait vaine. &#171; Il n'y a que les fous qui font ce qu'ils veulent &#187;, songea-t-il. &#192; haute voix, il r&#233;pondit avec un mauvais sourire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il n'y a que les fous qui croient qu'ils font ce qu'ils veulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune femme devina : &#171; Il se passe quelque chose&#8230; &#187; avec une telle certitude dans l'appr&#233;hension, qu'elle n'osa pas interroger et que l'&#233;lan c&#226;lin, qui allait la jeter vers lui, s'affaissa. Elle s'effor&#231;a d'&#234;tre enjou&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Eh bien, embrassons-nous, Sima.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il la souleva comme il faisait de coutume, en lui prenant les coudes dans les paumes, et l'embrassa, pas sur les l&#232;vres, plut&#244;t entre les l&#232;vres et les narines, et sur le coin de la bouche, en reniflant un peu l'ar&#244;me de la peau. (&#171; Personne n'embrasse ainsi, lui avait-il dit quand il lui faisait la cour ; c'est nous seuls. &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Prends un bain, dit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il ne croyait pas &#224; la puret&#233; de l'&#226;me &#8211; que voil&#224; des mots p&#233;rim&#233;s ! &#8211;, il croyait &#224; la puret&#233; bienfaisante du corps lav&#233;, rinc&#233;, douch&#233; d'eau glac&#233;e apr&#232;s le bain ti&#232;de, frott&#233; d'eau de Cologne, admir&#233; dans le miroir. &#171; Cr&#233; diable que c'est beau, la b&#234;te humaine ! s'&#233;criait-il parfois dans la salle de bains. Valia, je suis beau, moi aussi ! &#187; Elle accourait, ils s'embrassaient devant la glace, lui nu, solidement b&#226;ti, elle demi-nue, souple, dans les plis de quelque robe de chambre &#224; rayures &#233;clatantes&#8230; Souvenirs assoupis aujourd'hui, pas de nagu&#232;re, en v&#233;rit&#233;, d'autrefois. En ce temps-l&#224;, chef des op&#233;rations secr&#232;tes dans une r&#233;gion fronti&#232;re de l'Extr&#234;me-Orient, Erchov traquait lui-m&#234;me les espions dans la for&#234;t, dirigeait de silencieuses chasses &#224; l'homme, s'abouchait avec des agents doubles, frissonnait tout &#224; coup en pressentant la balle s&#251;re qui vous abat &#224; travers les feuillages sans que l'on sache jamais d'o&#249; elle est venue&#8230; Il aimait sa vie, ne se sachant pas promis &#224; un haut destin&#8230; L'eau ti&#232;de ruissela sur ses &#233;paules. Il ne voyait de lui-m&#234;me dans le miroir qu'un visage tir&#233;, au regard inquiet sous des paupi&#232;res bouffies. J'ai la t&#234;te d'un type que l'on vient d'arr&#234;ter &#8211; merde ! La porte de la salle de bains demeurait ouverte ; &#224; c&#244;t&#233;, Valia faisait tourner un disque hawa&#239;en, banjo, voix n&#232;gre ou polyn&#233;sienne, I am fond of you&#8230; Erchov &#233;clata :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Valia, fais-moi le plaisir de mettre tout de suite ce sale disque en morceaux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blues se cassa net, l'eau glac&#233;e tomba sur la nuque de l'homme comme un soulagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est fait, Sima ch&#233;ri. Et je d&#233;chire le coussin jaune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Merci, dit-il en se redressant. Tu es aussi bonne que l'eau glac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'eau glac&#233;e vient de dessous les neiges. Les loups s'y abreuv&#232;rent quelque part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se firent apporter des sandwiches et du vin mousseux dans la chambre &#224; coucher. Malaise dissip&#233; : il n'y fallait point penser de peur qu'il ne rev&#238;nt. Peu de tendresse entre eux, mais l'intime familiarit&#233; de deux corps intelligents, tr&#232;s propres, qui se plaisaient profond&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Veux-tu que nous fassions du ski demain ? demanda Valia, et ses yeux &#233;taient larges, larges ses narines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faillit renverser la petite table basse, devant eux, tant le mouvement qui le jeta vers la porte fut prompt. La porte, il l'ouvrit vivement et il y eut un l&#233;ger cri de femme dans le corridor :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Que vous m'avez fait peur, camarade chef !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme de chambre ramassait, sur le tapis, des serviettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Que faisiez-vous l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re rendit la voix d'Erchov presque insaisissable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais je passais camarade chef, vous m'avez effray&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porte referm&#233;e, il revint vers Valia avec une expression de hargne triste, la moustache h&#233;riss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Cette garce &#233;coutait &#224; la porte&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valia eut nettement peur, cette fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce n'est pas possible, ch&#233;ri, tu te fatigues trop, tu dis des b&#234;tises&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'accroupissait &#224; ses pieds sur le tapis. Elle prit dans ses deux mains la t&#234;te de l'homme pour la rouler sur ses genoux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Assez dit de b&#234;tises, ch&#233;ri. Allons dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pensa : &#171; Dormir, tu crois que c'est si simple ? &#187; en laissant remonter ses mains le long des jambes de la jeune femme et jusqu'au ventre chaud :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Remets un disque, Valia. Pas hawa&#239;en, ni n&#232;gre ni fran&#231;ais&#8230; Quelque chose de n&#244;tre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les Partisans, veux-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il marcha d'un bout &#224; l'autre de la pi&#232;ce tandis que montait le ch&#339;ur m&#226;le des partisans rouges chevauchant &#224; travers la ta&#239;ga :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils vainquirent les atamans,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils vainquirent les g&#233;n&#233;raux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et finirent leurs victoires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;sur les bords de l'Oc&#233;an&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des colonnes d'hommes en manteaux gris d&#233;filaient en chantant ainsi par les rues blanches d'une petite ville d'Asie, en fin d'apr&#232;s-midi. Erchov s'arr&#234;tait pour les contempler. La voix unique d'un jeune gars lan&#231;ait triomphalement les premiers vers de chaque strophe, reprise par un ch&#339;ur disciplin&#233;. Le pas cadenc&#233; des bottes sur la neige accompagnait sourdement le chant. Ces voix conscientes, ces voix confondues et puissantes, ces voix de force terrestre, c'est nous&#8230; Le chant s'achevait. Erchov se dit : &#171; Je vais prendre un peu de gard&#233;nal&#8230; &#187; &#8211; et l'on frappa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Camarade chef, le camarade Grod&#233;ev vous appelle au t&#233;l&#233;phone. Et la voix pos&#233;e de Gord&#233;ev, au bout du fil, annon&#231;a des donn&#233;es nouvelles concernant l'affaire de l'attentat, d&#233;couvertes &#224; l'instant, ce qui m'oblige &#224; vous d&#233;ranger, excusez-moi, Maxime Andr&#233;evitch. Il y a une d&#233;cision importante &#224; prendre&#8230; De tr&#232;s fortes pr&#233;somptions de culpabilit&#233; indirecte se portent sur K.K. Roublev. De la sorte l'affaire se rattacherait par un biais curieux aux deux derniers proc&#232;s&#8230; &#171; K.K. Roublev &#233;tant port&#233; sur la liste sp&#233;ciale des anciens membres du Comit&#233; central, je n'ai pas voulu prendre sur moi de&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bon, tu veux que je la prenne sur moi, la responsabilit&#233; d'ordonner ou d'emp&#234;cher l'arrestation, triple salaud&#8230; &#187; &#8211; Erchov questionna s&#232;chement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Biographie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai la fiche. En 1905, &#233;tudiant en m&#233;decine &#224; la facult&#233; de Varsovie ; maximaliste en 1906, blessa de deux balles de revolver le colonel Goloubev &#8211; &#233;vad&#233; de la forteresse en 1907&#8230; membre du parti en 1908. Tr&#232;s li&#233; avec Innokentii (Doubrovinski), avec Rykov, avec Pr&#233;obrajenski, avec Boukharine (et les noms des tra&#238;tres fusill&#233;s, qui avaient &#233;t&#233; des chefs du parti semblaient condamner d&#233;j&#224; ce Roublev). Commissaire politique &#224; la Ne Arm&#233;e, charg&#233; de mission dans la r&#233;gion du Ba&#239;kal, mission secr&#232;te en Afghanistan, pr&#233;sident du trust des Engrais chimiques, charg&#233; de cours &#224; l'universit&#233; Sverdlov, membre du C.C. jusqu'en&#8230; membre de la Commission centrale de Contr&#244;le jusqu'en&#8230; Bl&#226;m&#233; avec avertissement par la Commission de Contr&#244;le de Moscou pour activit&#233; fractionnelle&#8230; Objet d'une demande d'exclusion pour opportunisme de droite&#8230; Soup&#231;onn&#233; d'avoir lu le document criminel r&#233;dig&#233; par Rioutine&#8230; Soup&#231;onn&#233; d'avoir assist&#233; &#224; la r&#233;union clandestine du bois de Z&#233;lony Bor&#8230; Soup&#231;onn&#233; d'avoir secouru la famille d'Eysmont lorsque celui-ci fut emprisonn&#233;&#8230; Soup&#231;onn&#233; d'avoir traduit de l'allemand un article de Trotsky d&#233;couvert au cours d'une perquisition chez son ancien &#233;l&#232;ve B. (Les soup&#231;ons environnaient cet homme de toutes parts pendant qu'il dirigeait maintenant le cabinet d'histoire g&#233;n&#233;rale d'une bilioth&#232;que.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov &#233;coutait avec une irritation grandissante. Tout &#231;a, triple salaud, nous le savions depuis longtemps. Des soup&#231;ons, des d&#233;nonciations, des pr&#233;somptions, nous en sommes satur&#233;s ! Pas un fil ne part de tout &#231;a pour se rattacher &#224; l'affaire Toula&#233;v et tu ne fais que me tendre un pi&#232;ge, tu veux que je fasse arr&#234;ter un vieux membre du C.C. Si on l'a &#233;pargn&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent, c'est pourtant que le Bureau politique a ses raisons. Erchov dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bon. Vous attendrez. Bonne nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Popov, de la Commission centrale de Contr&#244;le, personnage inconnu du grand public mais jouissant d'une tr&#232;s haute autorit&#233; morale &#8211; surtout depuis l'ex&#233;cution, pour haute trahison, de deux ou trois hommes encore plus respect&#233;s que lui &#8211;, s'&#233;tant fait annoncer chez le haut-commissaire, celui-ci le re&#231;ut imm&#233;diatement, non sans curiosit&#233;. Erchov voyait Popov pour la premi&#232;re fois. Par les froids les plus rigoureux, Popov coiffait son abondante chevelure gris sale d'une vieille casquette d'ouvrier achet&#233;e six roubles au magasin Moscou-Confection. Son paletot en cuir, pass&#233; de couleur, datait de dix ans. Popov avait un vieux visage tout en rides et boursouflures de mauvaise sant&#233;, une barbiche d&#233;teinte, des lunettes m&#233;talliques. Il entra comme &#231;a, la casquette sur les m&#232;ches grises, une grosse serviette sous le bras, un dr&#244;le de petit rire mou dans les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alors &#231;a va, cher camarade ? demanda-t-il famili&#232;rement, et Erchov fut pris &#8211; rien qu'un centi&#232;me de seconde &#8211; &#224; cette bonhomie de vieux malin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tr&#232;s heureux de vous conna&#238;tre enfin, camarade Popov, r&#233;pondit le haut-commissaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popov d&#233;boutonna son paletot, se laissa tomber pesamment dans un fauteuil, murmura :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Fatigu&#233;, cr&#233; diable ! fait bon chez vous, bien am&#233;nag&#233;s, ces nouveaux b&#226;timents (se mit &#224; bourrer sa pipe). Moi, vous savez, j'ai connu la Tch&#233;ka tout au commencement, avec F&#233;lix Edmoundovitch Dzerjinski, ah non, c'&#233;tait pas le confort, l'organisation d'aujourd'hui&#8230; Le pays sovi&#233;tique grandit &#224; vue d'&#339;il, camarade Erchov. Vous avez de la chance d'&#234;tre jeune&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov, poli, le laissait prendre son temps. Popov &#233;leva entre eux une main couleur de terre, molle, aux ongles n&#233;glig&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Eh bien voil&#224;, mon cher camarade. Le parti pense &#224; vous &#8211; il pense &#224; chacun de nous, le parti. Vous travaillez beaucoup, avec z&#232;le, le Comit&#233; central vous appr&#233;cie. Naturellement, vous avez &#233;t&#233; un peu d&#233;bord&#233;, il y avait l'h&#233;ritage &#224; liquider (l'allusion aux pr&#233;d&#233;cesseurs fut discr&#232;te), la p&#233;riode de complots que nous traversons&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; voulait-il en venir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; L'histoire proc&#232;de par &#233;tapes&#8230; Tant&#244;t les pol&#233;miques, tant&#244;t les complots&#8230; Eh bien, voil&#224;. Vous &#234;tes &#233;videmment fatigu&#233;. Vous n'avez pas &#233;t&#233; tout &#224; fait &#224; la hauteur dans cette affaire de l'attentat terroriste contre le camarade Toula&#233;v&#8230; Vous me pardonnerez de vous le dire avec ma vieille franchise, &#224; titre tout &#224; fait personnel, entre quatre yeux, cher camarade, comme une fois, en 1918, Vladimir Illitch m'a dit &#224; moi-m&#234;me&#8230; Eh bien, parce qu'on vous appr&#233;cie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'avait pu lui dire L&#233;nine vingt ans auparavant, il ne songea pas &#224; le raconter. C'&#233;tait sa mani&#232;re de parler ; un faux bafouillement, des eh bien sem&#233;s de-ci de-l&#224;, la voix chevrotante, on se fait vieux, on est un des plus vieux du parti, toujours sur la br&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Eh bien, il faut que vous vous reposiez deux petits mois au grand air, au soleil du Caucase&#8230; Prendre les eaux, camarade, je vous envie rudement, croyez-moi&#8230; Eh eh&#8230; Matsesta, Kislovodsk, Sotchi, Tikh&#233;s-Dziri, pays de r&#234;ve&#8230; Vous connaissez les vers de G&#339;the :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kennst du das Land wo die Zitronen bl&#252;hn ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; ne savez-vous pas l'allemand, camarade Erchov ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le haut-commissaire discernait enfin, avec saisissement, le sens de ce bavardage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pardon, camarade Popov, je ne suis pas s&#251;r d'avoir bien compris : c'est un ordre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, cher camarade, rien qu'une recommandation que nous vous faisons. Vous &#234;tes surmen&#233; comme moi, &#231;a se voit. Nous appartenons tous au parti, nous lui devons compte de notre sant&#233;. Et le parti veille sur nous. Les Vieux ont pens&#233; &#224; vous, on a parl&#233; de vous au Bureau d'organisation (mentionn&#233; ici pour ne point nommer le Bureau politique). Ce qui est d&#233;cid&#233;, c'est que Gord&#233;ev vous remplacera en votre absence&#8230; Nous connaissons vos bons rapports, ainsi ce sera le collaborateur qui a toute votre confiance qui&#8230; oui&#8230; deux mois, pas plus&#8230; Le parti ne peut pas vous accorder davantage, cher camarade&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popov d&#233;pliait ses genoux, avec une lenteur exag&#233;r&#233;e, il se levait, le sourire rance, la peau fangeuse, main tendue, bienveillant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Cr&#233; nom, ah, vous ne savez pas encore ce que c'est que les rhumatismes&#8230; Eh bien, quand partez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Demain soir, pour Soukhoum. En cong&#233;, ce soir m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popov parut enchant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#199;a c'est bien. Promptitude militaire dans la d&#233;cision, j'aime &#231;a&#8230; Moi-m&#234;me, malgr&#233; les ann&#233;es&#8230; Oui, oui&#8230; Reposez-vous bien, camarade Erchov&#8230; Caucase, pays magnifique, le joyau de l'Union&#8230; Kennst du das Land&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov secoua fortement une main vaseuse, reconduisit Popov jusqu'&#224; la porte, referma cette porte, s'arr&#234;ta au milieu du cabinet, tout &#224; fait d&#233;sempar&#233;. Rien ne lui appartenait plus ici. Quelques minutes d'un entretien hypocrite avaient suffi pour le dessaisir des leviers de commande. Qu'est-ce que cela signifiait ? Le t&#233;l&#233;phone grin&#231;a. Gord&#233;ev demandait &#224; quelle heure convoquer les chefs de service pour la conf&#233;rence projet&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Venez prendre mes ordres, dit Erchov, se ma&#238;trisant mal ; non, ne venez pas. Pas de conf&#233;rence aujourd'hui&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il but un grand verre d'eau glac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il cacha &#224; sa femme que, ce brusque cong&#233;, il le prenait par ordre. &#192; Soukhoum, au bord d'une mer inimaginablement bleue, dans des sites luxueux de plein &#233;t&#233;, sous les palmiers, les plis rigoureusement secrets de l'information lui parvinrent bien pendant six jours puis cess&#232;rent d'arriver ; il n'osa pas les r&#233;clamer mais s'attarda au bar du club avec des g&#233;n&#233;raux taciturnes qui revenaient de Mongolie. Le whisky leur faisait une &#226;me commune, br&#251;lante et pesante. L'annonce de l'arriv&#233;e d'un membre du Bureau politique dans une villa voisine plongea Erchov dans la panique. Si ce personnage affectait d'ignorer la pr&#233;sence ici du haut-commissaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous partons pour la montagne, Valia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto grimpa une route en lacets, sous un soleil de feu, entre les rocs &#233;clatants de lumi&#232;re, les ravins, l'immense coupe en &#233;mail fondu de la mer. L'horizon de mer montait de plus en plus haut, d'un bleu aveuglant. Valia commen&#231;ait &#224; vivre dans la peur. Elle devinait une fuite, mais d&#233;risoire, impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu ne m'aimes plus ? demanda-t-elle enfin &#224; Maxime entre ciel, mer et roches, dans l'air pur des douze cents m&#232;tres d'altitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il lui baisa le bout des doigts, ne sachant plus s'il &#233;tait encore capable de la d&#233;sirer avec ce trouble naus&#233;eux dans l'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai trop peur pour penser encore &#224; l'amour&#8230; J'ai peur, c'est idiot. Non, j'ai raison d'avoir peur, je suis en train de p&#233;rir &#224; mon tour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vue des roches sur lesquelles ruisselait le soleil fatiguait d&#233;licieusement &#8211; et la mer, la mer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je dois p&#233;rir, que je jouisse au moins de cette femme et de cet azur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une id&#233;e courageuse. Il embrassa goul&#251;ment Valia, bouche &#224; bouche. La puret&#233; des paysages les p&#233;n&#233;trait tous les deux d'un ravissement pareil &#224; de la lumi&#232;re. Ils pass&#232;rent trois semaines dans un chalet des hauteurs. Un couple d'Abkhases v&#234;tus de blanc, l'homme et la femme &#233;galement beaux, les servaient en silence. Ils s'endormaient sur une terrasse, en plein air, sous d'&#233;paisses couvertures, leurs corps envelopp&#233;s de soie, r&#233;unis apr&#232;s l'amour par la contemplation des &#233;toiles. Valia dit une fois : &#171; Regarde, ch&#233;ri, nous allons tomber vers les &#233;toiles&#8230; &#187; Un peu de vrai repos vint ainsi &#224; l'homme travaill&#233; par deux pens&#233;es, l'une rationnelle, rassurante, l'autre masqu&#233;e, perfide, suivant ses propres chemins obscurs, tenace comme une carie. La premi&#232;re se formulait clairement : Pourquoi ne m'&#233;carteraient-ils pas des affaires, le temps de r&#233;gler cette emb&#234;tante histoire dans laquelle je me suis laiss&#233; emp&#234;trer ? Le chef s'est montr&#233; bien dispos&#233; envers moi. Apr&#232;s tout, ils n'ont qu'&#224; me renvoyer &#224; l'arm&#233;e. Je ne porte ombrage &#224; personne, n'ayant point de pass&#233;. Si je demandais &#224; repartir pour l'Extr&#234;me-Orient ? &#8211; L'autre, l'insidieuse, murmurait : Tu sais trop de choses, comment pourraient-ils admettre, eux, que tu ne les diras jamais ? Tu dois dispara&#238;tre comme ceux qui t'ont pr&#233;c&#233;d&#233;. Ceux qui t'ont pr&#233;c&#233;d&#233; ont connu ces besognes, ces indices, ces inqui&#233;tudes, ces doutes, ces esp&#233;rances, ces cong&#233;s, ces fuites insens&#233;es, ces retours r&#233;sign&#233;s, et on les a fusill&#233;s. &#171; Valia, criait tout &#224; coup Erchov, viens &#224; la chasse ! &#187; Il entra&#238;nait Valia dans de longues escalades, jusqu'&#224; des sites inaccessibles d'o&#249; tout &#224; coup la mer se r&#233;v&#233;lait, bordant une carte immense : et des promontoires, des rocs, d&#233;vor&#233;s par la clart&#233;, s'avan&#231;aient dans l'&#233;loignement vers le large. &#171; Regarde, Valia ! &#187; Un bouquetin apparu au sommet d'une pointe de rocher, surplombant des &#233;boulis dor&#233;s, se d&#233;tachait en plein azur, immobile, les cornes dress&#233;es. Erchov passa la carabine &#224; Valia qui &#233;paula doucement, les bras nus ; des gouttelettes de sueur brillaient sur sa nuque. La mer remplissait la coupe du monde, le silence r&#233;gnait sur l'univers, il y avait en plein ciel la fine silhouette vivante d'une b&#234;te dor&#233;e&#8230; &#171; Vise bien, murmurait Erchov dans l'oreille de sa femme ; et surtout, ch&#233;rie, manque-le&#8230; &#187; Le canon de la carabine monta avec lenteur, monta, la nuque de Valia se renversa : quand l'arme se trouva point&#233;e vers le z&#233;nith, le coup partit. Valia riait, les yeux pleins de ciel. La d&#233;tonation s'&#233;vanouit, r&#233;duite &#224; un mince d&#233;chirement. Le bouquetin tourna sans frayeur sa t&#234;te effil&#233;e vers ces lointaines formes blanches, les consid&#233;ra un court moment, plia les jarrets, bondit gracieusement vers la mer, disparut&#8230; C'est en rentrant, ce soir-l&#224;, qu'Erchov re&#231;ut un t&#233;l&#233;gramme qui le rappelait d'urgence &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils partirent en wagon sp&#233;cial. Le deuxi&#232;me jour du voyage, le train s'arr&#234;ta dans une station perdue, au milieu des champs de ma&#239;s enneig&#233;s. Une accablante grisaille obscurcissait l'horizon. Valia fumait, un livre de Zostchenko entre les mains, l&#233;g&#232;rement boudeuse&#8230; &#171; Quel int&#233;r&#234;t trouves-tu, lui avait-il dit, &#224; cet humour triste qui nous calomnie ? &#187;&#8230; Elle venait de r&#233;pondre d'un ton hostile : &#171; Tu ne fais plus que des raisonnements officiels&#8230; &#187; Le retour &#224; la vie coutumi&#232;re les &#233;nervait d&#233;j&#224;. Erchov parcourait les journaux. L'officier de service vint lui dire qu'on l'appelait au t&#233;l&#233;phone, &#224; la station, le fil direct ne pouvant &#234;tre branch&#233; sur le wagon sp&#233;cial, par suite d'une avarie. Erchov se rembrunit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#192; l'arriv&#233;e, vous infligerez huit jours d'arr&#234;ts au chef du mat&#233;riel. Les t&#233;l&#233;phones des wagons sp&#233;ciaux doivent fonctionner irr&#233;-procha-blement. Vous avez compris ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bien, camarade haut-commissaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov passa son manteau couvert des insignes du pouvoir le plus haut, descendit sur le quai de planches de la petite station tout &#224; fait d&#233;serte, observa que la locomotive ne remorquait que trois wagons, marcha &#224; grandes enjamb&#233;es vers la seule maisonnette blanche qui f&#251;t visible. L'officier de service le suivait respectueusement, &#224; trois pas. S&#251;ret&#233; contr&#244;le des chemins de fer. Erchov entra, salu&#233; par plusieurs militaires au garde-&#224;-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Par ici, camarade chef, lui dit l'officier de service, bizarrement rougissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la chambrette du fond, surchauff&#233;e par un po&#234;le en fonte, deux grad&#233;s se lev&#232;rent &#224; son entr&#233;e, mus par les ressorts de la discipline, un grand maigre, un petit gros, glabres tous les deux et de haut rang. Erchov, l&#233;g&#232;rement surpris, leur rendit le salut. D'un ton bref :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le t&#233;l&#233;phone ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous avons un message pour vous, r&#233;pondit &#233;vasivement le grand maigre, qui avait un visage allong&#233;, dess&#233;ch&#233; et des yeux gris tout &#224; fait froids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quel message ? Donnez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand maigre tira de son portefeuille une mince feuille de papier portant quelques lignes dactylographi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; S'il vous pla&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par d&#233;cision de la conf&#233;rence sp&#233;ciale du Commissariat du Peuple &#224; l'Int&#233;rieur&#8230; en date du&#8230; concernant l'affaire n&#176; 4.628 g&#8230; mettre en &#233;tat d'arrestation pr&#233;ventive&#8230; ERCHOV, Maxime Andr&#233;evitch, quarante et un ans&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov, pris d'une sorte de crampe &#224; la gorge, trouva quand m&#234;me la force de relire un &#224; un tous ces mots, d'examiner le sceau, les signatures : Gord&#233;ev, contresign&#233; Illisible, les num&#233;ros d'ordre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Personne n'a le droit, dit-il absurdement au bout de quelques secondes, je suis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit gros ne le laissa pas achever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous ne l'&#234;tes plus, Maxime Andr&#233;evitch, vous avez &#233;t&#233; relev&#233; de ces hautes fonctions par d&#233;cision du Bureau d'organisation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parlait avec une d&#233;f&#233;rence onctueuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai la copie. Veuillez me remettre vos armes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov d&#233;posa sur la table, qui &#233;tait couverte de toile cir&#233;e noire, son revolver d'ordonnance. En cherchant dans la poche arri&#232;re de sa culotte le petit browning de r&#233;serve qu'il y portait de coutume, l'envie lui vint de s'envoyer une balle dans le c&#339;ur, et il ralentit imperceptiblement ses mouvements, et il crut se composer un visage impassible. Le chamois dor&#233; sur l'aiguille des roches, entre mer et ciel. Le chamois dor&#233; menac&#233; par le fusil du chasseur ; les dents de Valia, sa nuque renvers&#233;e, l'azur&#8230; Tout est fini. Les yeux transparents du grand maigre ne se d&#233;tachaient pas des siens, les mains du petit gros se saisirent doucement de la main du haut-commissaire pour recevoir le browning. Une locomotive siffla longuement. Erchov dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ma femme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit gros le coupa avec empressement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Soyez sans inqui&#233;tude, Maxime Andr&#233;evitch, je m'en occuperai moi-m&#234;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vous remercie, dit Erchov stupidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Veuillez changer de v&#234;tements, dit le grand maigre, &#224; cause des insignes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les insignes&#8230; Une vareuse militaire sans insignes, un manteau d'uniforme &#224; peu pr&#232;s pareil au sien, sans insignes, &#233;taient jet&#233;s sur le dossier d'une chaise. Bien pr&#233;par&#233;, tout &#231;a. Il se rhabilla comme un somnambule. Tout s'&#233;clairait, &#224; commencer par des choses que lui-m&#234;me avait faites&#8230; Son propre portrait, jauni par le soleil et sali par les chiures de mouches, le regardait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous enl&#232;verez ce portrait, dit-il s&#233;v&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sarcasme le fortifia, mais tomba dans le silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Erchov sortit de cette pi&#232;ce, entre le grand maigre et le petit gros, la salle de garde voisine &#233;tait vide. Les hommes qui l'avaient vu entrer portant au col et aux manches les &#233;toiles de la puissance ne le voyaient pas sortir d&#233;grad&#233;. &#171; L'organisateur de cette arrestation m&#233;rite des f&#233;licitations &#187;, pensa le haut-commissaire destitu&#233;. Il ne sut pas s'il faisait cette r&#233;flexion par automatisme ou par ironie. La station &#233;tait d&#233;serte. Rails noirs sur la neige, espaces blancs. Parti, le train sp&#233;cial emportant Valia, emportant le pass&#233;. Un seul wagon attendait &#224; cent m&#232;tres, un tout autre wagon, plus sp&#233;cial, vers lequel Erchov se dirigea &#224; grands pas entre les deux hauts grad&#233;s silencieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. LES HOMMES CERN&#201;S&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des r&#233;gions polaires, par-dessus les for&#234;ts dormantes de la Kama, des temp&#234;tes de neige, lentes et tourbillonnantes, chassant &#231;&#224; et l&#224; devant elles des hordes de loups, arrivaient sur Moscou. Elles paraissaient se d&#233;chirer sur la ville, &#233;puis&#233;es de leur long voyage a&#233;rien. Elles submergeaient soudainement l'azur. Une morne clart&#233; laiteuse se r&#233;pandait sur les places, les rues, les petites r&#233;sidences oubli&#233;es des ruelles d'autrefois, les tramways aux glaces givr&#233;es&#8230; On vivait dans un doux tourbillonnement de blancheur semblable &#224; un ensevelissement. On marchait sur des myriades d'&#233;toiles pures, &#224; tout instant renouvel&#233;es. Et voici qu'en haut, sur des bulbes d'&#233;glise, sur de fines croix dor&#233;es, pas encore tout &#224; fait d&#233;dor&#233;es, plant&#233;es dans le croissant renvers&#233;, l'azur reparaissait. Le soleil s'&#233;talait sur la neige, caressait les vieilles fa&#231;ades mis&#233;reuses, p&#233;n&#233;trait par les doubles fen&#234;tres dans les int&#233;rieurs&#8230; Roublev contemplait sans lassitude ces m&#233;tamorphoses. De minces branchages endiamant&#233;s montaient dans la fen&#234;tre de son cabinet de travail. Vu de cet endroit, l'univers se r&#233;duisait &#224; un morceau de jardin d&#233;laiss&#233;, une muraille, et derri&#232;re la muraille une chapelle abandonn&#233;e, avec un bulbe vert-dor&#233; que la patine du temps rosissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev d&#233;tourna les yeux des quatre livres qu'il consultait simultan&#233;ment : une seule s&#233;rie de faits y rev&#234;tait quatre aspects ind&#233;niables mais incertains d'o&#249; naissaient les erreurs des historiens, les unes m&#233;thodiques, les autres spontan&#233;es. On cheminait &#224; travers l'erreur comme &#224; travers la bourrasque de neige. Des si&#232;cles plus tard l'&#233;vidence se faisait jour pour quelqu'un &#8211; aujourd'hui pour moi &#8211; de ce lacis de contradictions. L'histoire &#233;conomique, notait Roublev, a souvent la nettet&#233; trompeuse d'un proc&#232;s-verbal d'autopsie. Quelque chose d'essentiel lui &#233;chappe heureusement, comme &#224; l'autopsie : la diff&#233;rence entre le cadavre et le vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai une &#233;criture de neurasth&#233;nique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sous-biblioth&#233;quaire Andronnikova entrait. (&#171; Elle pense que j'ai une t&#234;te de neurasth&#233;nique&#8230; &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Veuillez parcourir, Kiril Kirillovitch, la liste des ouvrages d&#233;fendus au public, demand&#233;s par autorisation sp&#233;ciale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev visait n&#233;gligemment toutes les demandes &#8211; qu'il s'ag&#238;t d'historiens id&#233;alistes, d'&#233;conomistes lib&#233;raux, de sociaux-d&#233;mocrates acquis &#224; l'&#233;clectisme bourgeois, d'intuitionnistes fumeux&#8230; Cette fois il tiqua : un &#233;tudiant de l'Institut de Sociologie appliqu&#233;e demandait L'Ann&#233;e 1905 de L. D. Trotsky. La sous-biblioth&#233;quaire Andronnikova, au menu visage entour&#233; d'une mousse de cheveux blancs, s'y attendait bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Refus&#233;, dit-il. Conseillez &#224; ce jeune homme de s'adresser &#224; la Biblioth&#232;que de la Commission d'Histoire du parti&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est ce que j'ai d&#233;j&#224; fait, r&#233;pondit doucement Andronnikova, mais il a beaucoup insist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev crut discerner qu'elle le regardait avec une enfantine sympathie d'&#234;tre faible, propre et bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comment allez-vous, camarade Andronnikova ? Avez-vous trouv&#233; des tissus &#224; la coop&#233; du Kouznetski-most ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, je vous remercie, Kiril Kirillovitch, dit-elle et une effusion contenue nuan&#231;a sa voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;crocha sa pelisse au portemanteau et, tout en s'habillant, plaisanta sur l'art de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; On guette la chance, camarade Andronnikova, pour les autres et pour soi&#8230; Nous vivons dans les jungles de la p&#233;riode de transition, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un art dangereux que d'y vivre &#187;, pensa la femme aux cheveux blancs, mais elle se contenta de sourire, plut&#244;t des yeux que des l&#232;vres. Croyait-il vraiment, cet homme singulier, &#233;rudit, p&#233;n&#233;trant, &#233;pris de musique, &#224; la &#171; double p&#233;riode de transition du capitalisme au socialisme et du socialisme au communisme &#187; sur laquelle il avait publi&#233; un livre au temps o&#249; le parti lui permettait encore d'&#233;crire ? La citoyenne Andronnikova, soixante ans, ci-devant princesse, fille d'un grand politique lib&#233;ral (et monarchiste), s&#339;ur d'un g&#233;n&#233;ral massacr&#233; en 1918 par ses fantassins, veuve d'un collectionneur de tableaux qui n'avait vraiment aim&#233; de sa vie que Matisse et Picasso, priv&#233;e du droit de vote en raison de ses origines sociales, vivait d'un culte intime vou&#233; &#224; Wladimir Soloviev. Le philosophe de la sagesse mystique, s'il ne l'aidait pas &#224; comprendre cette vari&#233;t&#233; d'hommes &#233;trangement t&#234;tus, durs, born&#233;s, dangereux, dont quelques-uns pourtant avaient des &#226;mes d'une richesse inconnue &#8211; les bolch&#233;viki &#8211;, fortifiait chez Andronnikova, &#224; leur &#233;gard, une indulgence m&#234;l&#233;e depuis peu de compassion secr&#232;te. S'il ne fallait pas aimer aussi les pires, y aurait-il place ici-bas pour l'amour chr&#233;tien ? Si les pires n'&#233;taient pas quelquefois tr&#232;s proches des meilleurs, seraient-ils vraiment les pires ? Andronnikova pensa : &#171; Ils croient s&#251;rement ce qu'ils &#233;crivent&#8230; Et peut-&#234;tre Kiril Kirillovitch a-t-il raison. Peut-&#234;tre est-ce en effet une p&#233;riode de transition&#8230; &#187; Elle connaissait les noms, les visages, l'histoire, la fa&#231;on de sourire, la fa&#231;on d'endosser la pelisse de plusieurs grands personnages du parti disparus r&#233;cemment, ou fusill&#233;s au cours de proc&#232;s incompr&#233;hensibles. Ils &#233;taient bien les fr&#232;res de celui-ci ; ils se tutoyaient tous entre eux ; tous parlaient de p&#233;riode de transition, sans doute &#233;taient-ils morts aussi parce qu'ils y croyaient&#8230; Andronnikova veillait sur Roublev avec une anxi&#233;t&#233; presque douloureuse, sans qu'il p&#251;t le deviner. Elle r&#233;p&#233;tait le nom de Kiril Kirillovitch dans ses oraisons mentales du soir, avant de s'endormir, bord&#233;e jusqu'au menton comme &#224; seize ans. La chambrette &#233;tait minuscule, pleine de choses fan&#233;es, de vieilles lettres dans des coffrets, de portraits de beaux jeunes gens, cousins et neveux enterr&#233;s pour la plupart nul ne savait o&#249;, dans les Carpathes, &#224; Gallipoli, sous Tr&#233;bizonde, &#224; Yaroslavl, en Tunisie. Deux de ces aristocrates survivaient vraisemblablement, l'un gar&#231;on de restaurant &#224; Constantinople, l'autre, sous un faux nom, conducteur de tramways &#224; Rostov. Mais quand Andronnikova r&#233;ussissait &#224; se procurer un th&#233; passable et un peu de sucre, elle &#233;prouvait encore un certain contentement de vivre&#8230; Pour se donner une minute d'entretien chaque jour avec Roublev, elle avait imagin&#233; de rechercher des tissus, du papier &#224; lettres, des vivres rares dans les magasins, et de lui confier ses embarras. Roublev, qui parcourait volontiers les rues de Moscou, entrait dans les magasins, pour la renseigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenant plaisir &#224; respirer l'air froid, Roublev rentrait &#224; pied par les boulevards blancs. Grand, maigre et d'&#233;paules larges, il commen&#231;ait &#224; se vo&#251;ter depuis deux ans, non sous le poids des ann&#233;es, mais sous celui plus lourd de l'inqui&#233;tude. Les gamins qui se poursuivaient en patinant sur le boulevard connaissaient sa vieille pelisse d&#233;teinte aux &#233;paules, son bonnet d'astrakan enfonc&#233; jusqu'aux yeux, sa barbe gr&#234;le, son grand nez osseux, ses &#233;pais sourcils, la serviette rebondie qu'il portait sous le bras. Roublev les entendait crier sur son passage : &#171; E&#239;, Vanka, voil&#224; le prof &#201;chec et Mat ! &#187; ou bien &#171; Prends garde, Tiomka, v'l&#224; le tsar Ivan le Terrible ! &#187; Le fait est qu'il avait bien l'air d'un p&#233;dagogue tr&#232;s fort aux &#233;checs, le fait est qu'il ressemblait aux portraits du tsar sanguinaire. Un &#233;colier lanc&#233; &#224; toute allure sur un patin unique &#233;tant une fois venu se jeter dans ses jambes bafouilla en rougissant de bizarres excuses : &#171; Pardonnez-moi, citoyen professeur Ivan le Terrible&#8230; &#187; et ne comprit pas l'&#233;trange rire qu'il d&#233;cha&#238;na chez ce grand vieux type s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il passait devant la grille du 25, boulevard Tverskoy, Maison des &#201;crivains. Sur la fa&#231;ade du petit h&#244;tel un m&#233;daillon r&#233;v&#233;lait le noble profil d'Alexandre Herzen. Dessous s'&#233;chappaient des fen&#234;tres du sous-sol les odeurs du restaurant des litt&#233;rateurs, plus justement de la mangeoire des plumitifs. &#171; J'ai sem&#233; des dragons, disait Marx, et j'ai r&#233;colt&#233; des puces ! &#187; Ce pays s&#232;me sans cesse des dragons, et il en produit aux &#233;poques d'ouragan, de puissants, ail&#233;s, griffus, pourvus d'un cerveau magnifique, mais leur descendance s'&#233;teint avec des puces, des puces dress&#233;es, des puces puantes, des puces, des puces ! Dans cette maison naquit Alexandre Herzen, l'homme le plus g&#233;n&#233;reux de la Russie de son temps, r&#233;duit pour cela &#224; vivre en exil ; et pour avoir peut-&#234;tre &#233;chang&#233; un message avec lui, la haute intelligence d'un Tchernychevski fut pi&#233;tin&#233;e pendant vingt ans par les gendarmes. Maintenant, les gens de plume, dans cette maison, se remplissaient la panse en &#233;crivant, vers et prose, au nom de la r&#233;volution, les sottises et les infamies command&#233;es par le despotisme. Puces, puces. Roublev appartenait encore au Syndicat des &#233;crivains dont les membres, qui nagu&#232;re sollicitaient ses conseils, aujourd'hui feignaient de ne le point reconna&#238;tre dans la rue, par crainte de se compromettre&#8230; Une sorte de haine s'allumait dans ses yeux quand il apercevait le &#171; po&#232;te des jeunesses communistes &#187; (quarante ans) qui avait &#233;crit pour le fusill&#233; Platakov et quelques autres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fusiller, c'est peu,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est peu, trop peu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charognes empoisonn&#233;es, crapules,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vermine imp&#233;rialiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui salit nos fi&#232;res balles socialistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rime riche. Il y avait ainsi cent vers ; &#224; quatre roubles le vers, cela valait un mois de travail d'ouvrier qualifi&#233;, trois mois de travail d'un man&#339;uvre. L'auteur de &#231;a, v&#234;tu d'un costume sportif en grosse &#233;toffe rousse de fabrication allemande, promenait dans les salles de r&#233;daction une face rubiconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Place Strastnaya &#8211; place du monast&#232;re de la Passion &#8211;, Pouchkine m&#233;ditait sur son socle. Sois remerci&#233; dans les si&#232;cles, po&#232;te russe de n'avoir pas &#233;t&#233; un salaud, de n'avoir &#233;t&#233; qu'un peu l&#226;che, tout juste autant sans doute qu'il le fallait pour vivre sous une tyrannie relativement &#233;clair&#233;e, quand on pendit tes amis les d&#233;cembristes ! On d&#233;molissait sans h&#226;te, en face, la petite tour du monast&#232;re. Le building en ciment arm&#233; des Izvestia, marqu&#233; d'une horloge, dominait les jardins de l'ancien monast&#232;re. Aux angles de la place, une petite &#233;glise d'un blanc sale, des cin&#233;mas, une librairie. Des gens en file indienne attendaient patiemment l'autobus. Roublev prit &#224; droite, par la rue Gorki, jeta un coup d'&#339;il distrait aux vitrines d'un grand magasin de comestibles, poissons opulents de la Volga, beaux fruits de l'Asie centrale, mets de luxe pour sp&#233;cialistes grassement r&#233;tribu&#233;s. Il habitait dans la petite rue lat&#233;rale un immeuble de dix &#233;tages aux corridors spacieux faiblement &#233;clair&#233;s. L'ascenseur atteignit lentement le septi&#232;me, Roublev suivit un triste couloir obscur, frappa discr&#232;tement &#224; une porte, qui s'ouvrit, entra, baisa sa femme au front :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Eh bien, Dora, est-ce que l'on chauffe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mal. Les radiateurs sont &#224; peine ti&#232;des. Mets ta vieille vareuse. Pas plus que les assembl&#233;es de locataires de la Maison des Soviets, les proc&#232;s annuels des techniciens de la Direction r&#233;gionale des Combustibles ne rem&#233;diaient &#224; la crise. Le froid installait dans la grande pi&#232;ce une sorte de d&#233;solation. La blancheur des toits, touch&#233;e par le cr&#233;puscule, entrait par la crois&#233;e. Le feuillage des plantes vertes paraissait m&#233;tallique, la machine &#224; &#233;crire ouvrait un clavier empoussi&#233;r&#233; pareil &#224; une denture fantastique. Les corps humains, rayonnants de force, peints par Michel-Ange pour la chapelle Sixtine, amenuis&#233;s par la photographie en gris et noir, ne faisaient plus sur les murs que des taches sans int&#233;r&#234;t. Dora alluma la lampe sur la table, s'assit, croisa les bras sous son ch&#226;le de laine marron et leva sur Kiril son tranquille regard gris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; As-tu bien travaill&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle refoulait sa joie de le voir revenir, comme l'instant d'auparavant elle refoulait sa crainte de ne le voir point revenir. Ce sera toujours ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; As-tu lu les journaux ?&#8230; Parcouru&#8230; Un nouveau commissaire du peuple est nomm&#233; &#224; l'Agriculture de la RSFSR ; l'autre a disparu&#8230; Parbleu ! Et celui-ci dispara&#238;tra avant six mois, Dora, n'en doute pas ! Et le suivant ! Lequel am&#233;liorera quelque chose ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils parlaient bas. S'il avait fallu faire le compte des habitants de cette maison m&#234;me, tous gens influents, disparus en vingt mois, on e&#251;t &#233;tabli des pourcentages surprenants, constat&#233; que tels &#233;tages portaient malheur, &#233;voqu&#233; sous plusieurs angles meurtriers vingt-cinq ann&#233;es d'histoire. Ce compte obscur &#233;tait en eux. &#192; cause de cela, Roublev vieillissait. C'&#233;tait sa seule fa&#231;on de fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette m&#234;me chambre, entre les buissons aux feuilles m&#233;talliques et les reproductions &#233;teintes de la Sixtine, ils avaient &#224; longueur de journ&#233;e, jusque tard dans la nuit, &#233;cout&#233; les voix insens&#233;es, d&#233;moniaques, inexorables, inimaginables que d&#233;versait le haut-parleur. Ces voix remplissaient des heures, des nuits, des mois, des ann&#233;es, elles remplissaient les &#226;mes de d&#233;lire et l'on s'&#233;tonnait de pouvoir vivre apr&#232;s les avoir &#233;cout&#233;es. Dora s'&#233;tait dress&#233;e une fois, bl&#234;me et d&#233;sempar&#233;e, les mains tombantes, pour dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est comme une bourrasque de neige qui couvre un continent&#8230; Il n'y a plus de routes, plus de lumi&#232;re, plus de cheminement possible, tout doit &#234;tre enseveli&#8230; C'est une avalanche qui roule sur nous, qui nous emporte&#8230; C'est une horrible r&#233;volution&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kiril &#233;tait bl&#234;me aussi et la chambre blafarde. La bo&#238;te vernie de l'&#233;metteur d&#233;versait une voix un peu rauque, fr&#233;missante, vacillante, alourdie de mauvais accent turk &#8211; celle d'un ex-membre du Comit&#233; central du Turkm&#233;nistan qui avouait comme tout le monde des trahisons sans nombre. &#171; J'ai organis&#233; l'assassinat de&#8230; J'ai pris part &#224; l'attentat contre&#8230; qui n'a pas r&#233;ussi&#8230; J'ai fait &#233;chouer les plans de l'irrigation&#8230; J'ai provoqu&#233; la r&#233;volte des Basmatchi&#8230; J'ai livr&#233; &#224; l'Intelligence Service&#8230; J'ai re&#231;u de la Gestapo&#8230; J'ai &#233;t&#233; pay&#233; trente mille deniers&#8230; &#187; Kiril en tournant un bouton, arr&#234;ta ce flot de paroles insanes. &#171; L'interrogatoire d'Abrahimov, murmura-t-il. Pauvre diable ! &#187; Il le connaissait : un jeune arriviste de Tachkent, buveur de bon vin, fonctionnaire z&#233;l&#233;, pas b&#234;te&#8230; Kiril se mit debout pour dire pesamment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est la contre-r&#233;volution, Dora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voix du procureur supr&#234;me rem&#226;chait ind&#233;finiment, mornement, des conspirations, des attentats, des crimes, des d&#233;vastations, des f&#233;lonies, des trahisons ; elle devenait une sorte d'aboiement las pour couvrir d'injures des hommes &#8211; qui &#233;coutaient, finis, nuques baiss&#233;es, d&#233;sesp&#233;r&#233;s, sous les yeux d'une foule, entre deux gardiens : de ces hommes plusieurs &#233;taient purs, les plus purs, les meilleurs, les plus intelligents de la r&#233;volution &#8211; et pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison, ils subissaient le supplice, ils acceptaient de le subir. En les &#233;coutant au micro, on pensait parfois : &#171; Comme il doit souffrir&#8230; Non, c'est pourtant sa voix naturelle, qu'est-ce qu'il y a ? Est-ce qu'il est fou ? Pourquoi ment-il ainsi ? &#187; Dora marcha &#224; travers la chambre en se cognant aux murs, Dora s'effondra sur le lit, secou&#233;e par des hoquets &#8211; sans pleurer, &#233;touffant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ne feraient-ils pas mieux de se laisser d&#233;chirer vifs en morceaux ? Est-ce qu'ils ne comprennent pas qu'ils empoisonnent l'&#226;me du prol&#233;tariat ? Qu'ils empoisonnent les sources de l'avenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ils ne le comprennent pas, dit Kiril Roublev. Ils croient encore servir le socialisme. Quelques-uns esp&#232;rent encore survivre. On les a tortur&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se tordit les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, ce ne sont pas des l&#226;ches ; non, ils n'ont pas &#233;t&#233; tortur&#233;s, je ne le crois pas. Ils sont fid&#232;les, tu comprends, ils sont encore fid&#232;les au parti et il n'y a plus de parti, il n'y a plus que des inquisiteurs, des bourreaux, des salauds&#8230; Non, je ne sais plus ce que je dis, ce n'est pas si simple. Peut-&#234;tre ferais-je comme eux, si j'&#233;tais &#224; leur place&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Aussit&#244;t il pensa tout &#224; fait distinctement : &#171; Cette place est la mienne, et j'y serai quelque jour, n&#233;cessairement&#8230; &#187; et sa femme, distinctement, sut qu'il le pensait.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ils se disent qu'il vaut mieux mourir en se d&#233;shonorant, assassin&#233;s par le chef, qu'en le d&#233;non&#231;ant &#224; la bourgeoisie internationale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev cria presque, comme un homme &#233;cras&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; et l&#224;, ils ont raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conversation obs&#233;dante se noua entre eux pour longtemps. Leurs cerveaux ne travaillaient plus que sur ce th&#232;me scrut&#233; en tous sens, parce que l'Histoire, dans cette partie du monde, la grande Sixi&#232;me, ne travaillait plus que sur ces t&#233;n&#232;bres, ces mensonges, ces d&#233;vouements pervers, ce sang vers&#233; tous les jours. Les Vieux du parti s'&#233;vitaient les uns les autres, pour ne pas se regarder en face, ne pas se mentir ignoblement en face par l&#226;chet&#233; raisonnable, ne pas tr&#233;bucher sur des noms de camarades disparus, ne pas se compromettre en serrant une main, ne pas s'accabler en ne la serrant point. Mais ils apprenaient tout de m&#234;me les arrestations, les disparitions, les bizarres cong&#233;s de sant&#233;, les mutations de mauvais augure, des bribes d'interrogatoires secrets, des rumeurs sinistres. Longtemps avant qu'un sous-chef de l'&#233;tat-major, ex-ouvrier mineur, bolchevik de 1908, illustr&#233; autrefois par une campagne d'Ukraine, une campagne dans l'Alta&#239;, une campagne en Yakoutie, longtemps avant que ce g&#233;n&#233;ral trois fois d&#233;cor&#233; de l'Ordre du Drapeau rouge ne dispar&#251;t, une rumeur perfide l'environna, agrandissant inexplicablement les prunelles des femmes qu'il rencontrait, faisant le vide autour de lui quand il traversait les antichambres du Commissariat de la D&#233;fense. Roublev le vit &#224; une soir&#233;e, &#224; la Maison de l'Arm&#233;e rouge : &#171; Figure-toi, Dora, qu'&#224; dix pas devant lui les gens se d&#233;filaient&#8230; Ceux qui se trouvaient nez &#224; nez avec lui prenaient des mines sucr&#233;es, trop polies, et tout &#224; coup s'&#233;clipsaient&#8230; Je l'ai observ&#233; pendant vingt minutes ; il &#233;tait assis seul, entre deux chaises vides &#8211; toutes ses d&#233;corations, son uniforme neuf, pareil &#224; une figure de cire et il regardait tourner les couples. Des jeunes lieutenants, ignorants de tout, faisaient par bonheur danser sa femme&#8230; Archinov s'approcha, le reconnut, pi&#233;tina sur place en faisant semblant de chercher quelque chose dans ses poches &#8211; et lui tourna lentement le dos&#8230; &#187; Au bout d'un mois, quand on l'arr&#234;ta au sortir d'une s&#233;ance de Comit&#233; o&#249; il n'avait pas ouvert la bouche, il fut soulag&#233;, et l'on fut soulag&#233; de la fin d'une attente. La m&#234;me atmosph&#232;re glaciale s'&#233;tant faite autour d'un autre g&#233;n&#233;ral rouge, rappel&#233; par t&#233;l&#233;gramme d'Extr&#234;me-Orient pour recevoir une affectation mythique, celui-ci se br&#251;la la cervelle dans sa baignoire. Contrairement &#224; toute attente, la Direction de l'Artillerie lui fit de belles obs&#232;ques ; trois mois plus tard, par application du d&#233;cret ordonnant la d&#233;portation, &#171; dans les r&#233;gions les plus &#233;loign&#233;es de l'Union &#187;, des familles de tra&#238;tres, sa m&#232;re, sa femme et ses deux enfants re&#231;urent des ordres de d&#233;part vers l'inconnu. Ces nouvelles et beaucoup d'autres du m&#234;me genre, on les apprenait par hasard, confidentiellement. Chuchot&#233;s de bouche &#224; oreille, les d&#233;tails n'en &#233;taient jamais certains. On sonnait &#224; la porte d'un ami et la servante, en vous ouvrant, vous consid&#233;rait avec frayeur. &#171; Je ne sais rien, il n'est pas l&#224;, il ne reviendra plus, on m'a dit de partir pour la campagne&#8230; Non, je ne sais rien, rien&#8230; &#187; Elle avait peur de dire un mot de plus, peur de vous comme si le danger vous suivait. On t&#233;l&#233;phonait &#224; un camarade, d'une cabine publique, par pr&#233;caution, et une voix d'homme inconnu, tr&#232;s attentif, interrogeait : &#171; C'est de la part de qui ? &#187; et vous compreniez qu'une sourici&#232;re &#233;tait &#233;tablie l&#224;, vous r&#233;pondiez avec trouble, raillant tout de m&#234;me : &#171; De la Banque d'&#201;tat, pour affaires &#187;, puis vous filiez sans vous retourner car la cabine serait rep&#233;r&#233;e dans dix minutes. De nouveaux visages rempla&#231;aient dans les bureaux les visages connus ; l'on &#233;prouvait une honte &#224; prononcer le nom du disparu ou &#224; &#233;viter de le prononcer. Les journaux publiaient les nominations de nouveaux membres des gouvernements f&#233;d&#233;r&#233;s sans indiquer ce qu'&#233;taient devenus leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, ce qui &#233;tait assez clair. Dans les appartements communs, occup&#233;s par plusieurs familles, si la sonnette d'entr&#233;e retentissait au milieu de la nuit, les gens se disaient : &#171; On est venu chercher le communiste &#187;, de m&#234;me qu'autrefois ils eussent aussit&#244;t pens&#233; &#224; l'arrestation du technicien ou du ci-devant officier. Roublev fit le compte des anciens camarades survivants qui lui fussent quelque peu proches et il en d&#233;couvrit deux, Philippov, de la Commission du Plan, et Wladek, un &#233;migr&#233; polonais. Ce dernier avait autrefois connu Rosa Luxembourg, appartenu avec Warski et Waletski aux premiers comit&#233;s centraux du P. C. de Pologne, travaill&#233; dans les services secrets sous la direction d'Ounschlicht&#8230; Warski et Waletski, s'ils vivaient peut-&#234;tre encore, vivaient en prison, dans quelque isolateur secret r&#233;serv&#233; aux dirigeants nagu&#232;re influents de la IIIe Internationale ; le corpulent Ounschlicht, avec sa grosse t&#234;te &#224; lunettes, passait pour certainement &#8211; presque tout &#224; fait certainement &#8211; fusill&#233;. Wladek, obscur collaborateur d'un Institut d'Agronomie, t&#226;chait de s'y faire oublier. Il habitait &#224; une quarantaine de kilom&#232;tres de Moscou, une villa d&#233;laiss&#233;e, en plein bois ; ne venait &#224; la ville que pour son travail, ne fr&#233;quentait personne, n'&#233;crivait &#224; personne, ne recevait de lettres de personne, ne t&#233;l&#233;phonait &#224; personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Peut-&#234;tre m'oubliera-t-on ainsi ? Tu saisis ? dit-il &#224; Roublev. Nous &#233;tions une trentaine de Polonais appartenant aux vieux cadres du parti : s'il en reste quatre, c'est beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De petite taille, &#224; peu pr&#232;s chauve, le nez tout rond, tr&#232;s myope, il d&#233;visageait Roublev &#224; travers des lentilles d'une &#233;paisseur extraordinaire : gardant un regard gai, jeune, et de grosses lippes boudeuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Kiril Kirillovitch, tout ce cauchemar est au fond tr&#232;s int&#233;ressant et tr&#232;s vieux. L'histoire se fout de nous, mon ami. Ah, mes petits marxistes, se dit cette sorci&#232;re de Macbeth, vous tirez des plans, vous posez des questions de conscience sociale ! Et elle l&#226;che parmi nous petit-p&#232;re le tsar Iohann le Terrible avec ses peurs hyst&#233;riques et son grand b&#226;ton ferr&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils chuchotaient en grillant des cigarettes dans la p&#233;nombre d'une antichambre dont les vitrines contenaient des collections de gramin&#233;es. Roublev r&#233;pondit avec un rire gr&#234;le dans sa barbe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu sais, les &#233;coliers trouvent que c'est moi qui ressemble au tsar Iohann&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous lui ressemblons tous par quelque c&#244;t&#233;, dit Wladek mi-grave, mi-railleur. Nous sommes tous des professeurs appartenant &#224; la descendance du Terrible&#8230; Moi aussi, malgr&#233; ma calvitie et mes origines s&#233;mitiques, je me fais un peu peur, je t'assure, quand je regarde en moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas d'accord, du tout, avec ta mauvaise litt&#233;rature psychologique, Wladek. Il faut que nous parlions s&#233;rieusement. J'am&#232;nerai Philippov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils prirent rendez-vous dans le bois, sur l'Istra, parce qu'il n'e&#251;t pas &#233;t&#233; sens&#233; de se rencontrer en ville ni chez Philippov qui voisinait avec des cheminots. &#171; Je ne re&#231;ois jamais personne, disait Philippov, c'est le plus s&#251;r. Et puis, de quoi parler avec les gens ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippov survivait sans y rien comprendre &#224; plusieurs &#233;quipes successives d'&#233;conomistes de la Commission centrale du Plan. &#171; Le seul plan qui sera accompli &#224; fond, plaisantait-il, c'est celui des arrestations. &#187; Membre du parti depuis 1910, pr&#233;sident d'un Soviet de Sib&#233;rie quand les eaux printani&#232;res de mars 1917 emport&#232;rent les aigles bic&#233;phales (en bois vermoulu), plus tard commissaire de petites troupes de partisans rouges qui tinrent la ta&#239;ga contre l'amiral Koltchak, il collaborait depuis pr&#232;s de deux ans &#224; l'&#233;tablissement des plans de la production des articles de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; ; besogne invraisemblable, &#224; se faire jeter sur l'heure en prison, dans des pays o&#249; manquaient &#224; la fois les clous, les chaussures, les allumettes, les tissus et c&#230;tera. Seulement, comme on se m&#233;fiait de lui, &#224; cause de son anciennet&#233; dans le parti, des directeurs pr&#233;occup&#233;s d'&#233;viter les histoires lui avaient confi&#233; le plan de r&#233;partition des instruments de musique populaire : accord&#233;ons, harmoniums, fl&#251;tes, guitares et cithares, tambourins pour l'Orient, exception faite de l'&#233;quipement des orchestres qui relevait d'un service particulier ; et ce bureau constituait une oasis de s&#233;curit&#233;, l'offre d&#233;passant la demande sur presque tous les march&#233;s, sauf ceux, consid&#233;r&#233;s comme secondaires, de Bouriat-Mongolie, du Birobidjan, du territoire autonome de Nakhitch&#233;van et de la R&#233;publique autonome des montagnes du Karabakh. &#171; En revanche, commentait Philippov, nous avons fait p&#233;n&#233;trer l'accord&#233;on en Dzoungarie&#8230; Les shamans de la Mongolie int&#233;rieure r&#233;clament nos tambourins&#8230; &#187; Il enregistrait des succ&#232;s inattendus. &#192; la v&#233;rit&#233;, nul n'ignorait que la bonne vente des instruments de musique s'expliquait pr&#233;cis&#233;ment par la p&#233;nurie d'objets plus utiles ; et que la fabrication de ces objets en quantit&#233;s suffisantes &#233;tait due partie au travail des artisans r&#233;fractaires &#224; l'organisation coop&#233;rative, partie &#224; l'inutilit&#233; m&#234;me de cette pacotille&#8230; Mais ceci engageait la responsabilit&#233; de la Commission centrale du Plan aux &#233;chelons sup&#233;rieurs&#8230; Philippov, t&#234;te ronde, face couperos&#233;e barr&#233;e d'une petite moustache noire coup&#233;e au ras des l&#232;vres, gros yeux sagaces luisant entre des paupi&#232;res bouffies, vint au rendez-vous sur des skis comme Roublev. Wladek sortit de chez lui, bott&#233; de feutre, habill&#233; de mouton, pareil &#224; un bizarre b&#251;cheron tr&#232;s myope. Ils se rencontr&#232;rent sous des pins dont les troncs droits et noirs s'&#233;lan&#231;aient d'un jet &#224; quinze m&#232;tres hors la neige bleut&#233;e. La rivi&#232;re d&#233;crivait sous les collines bois&#233;es des courbes lentes, en tons gris-rose et d'azur l&#233;gers tels qu'il s'en trouve sur les aquarelles japonaises. Les trois hommes se connaissaient de longue date. Philippov et Roublev pour avoir dormi dans la m&#234;me chambre d'un h&#244;tel mis&#233;rable, place de la Contrescarpe, &#224; Paris, un peu avant la Grande Guerre ; ils se nourrissaient &#224; cette &#233;poque de brie et de boudin noir ; ils commentaient avec m&#233;pris, &#224; la biblioth&#232;que Sainte-Genevi&#232;ve, la plate sociologie du Dr. Gustave Le Bon, ils lisaient ensemble dans le journal de Jaur&#232;s les comptes rendus du proc&#232;s de madame Caillaux, ils faisaient leurs emplettes aux &#233;ventaires de la rue Mouffetard, ravis de mesurer du regard les vieilles maisons des r&#233;volutions, se plaisant &#224; reconna&#238;tre, sortant de corridors pareils &#224; des souterrains, des personnages de Daumier&#8230; Philippov couchait parfois avec une petite Marcelle, ch&#226;taine, riante et s&#233;rieuse, coiff&#233;e &#171; &#224; la chien &#187;, qui fr&#233;quentait la taverne du Panth&#233;on. Elle y dansait avec des copines des valses chaloup&#233;es. C'&#233;tait sur le tard, dans les salles &#233;troites du sous-sol, aux violons. Roublev reprochait &#224; son camarade une morale sexuelle incons&#233;quente. Ils allaient voir, &#224; La Closerie des Lilas, Paul Fort qu'entouraient des admirateurs. Le po&#232;te se faisait une t&#234;te de mousquetaire ; devant le caf&#233;, le mar&#233;chal Ney, sur son socle, partait pour la mort en brandissant son sabre &#8211; et il devait jurer, affirmait Roublev : Tas de cochons ! Tas de cochons ! Ils d&#233;clamaient ensemble les vers de Constantin Balmont :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons tels que le soleil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se brouill&#232;rent sur le probl&#232;me de la mati&#232;re et de l'&#233;nergie dont Avenarius, Mach, Maxwell renouvelaient les termes. &#171; L'&#233;nergie est la seule r&#233;alit&#233; connaissable, affirma un soir Philippov, la mati&#232;re n'en est qu'un aspect&#8230; &#187; &#8211; &#171; Tu n'es qu'un id&#233;aliste inconscient, lui r&#233;torqua Roublev, et tu tournes le dos au marxisme&#8230; D'ailleurs, ajouta-t-il, ta l&#233;g&#232;ret&#233; petite-bourgeoise dans la vie priv&#233;e m'avait d&#233;j&#224; &#233;clair&#233;&#8230; &#187; Ils &#233;chang&#232;rent une froide poign&#233;e de main &#224; l'angle de la rue Soufflot. La silhouette massive et noire du Panth&#233;on s'&#233;levait au fond de cette rue large, d&#233;serte, bord&#233;e de r&#233;verb&#232;res fun&#232;bres. Les pav&#233;s luisaient, une seule femme, une prostitu&#233;e au visage toujours voil&#233;, attendait l'inconnu dans l'obscurit&#233;. La guerre aggrava leur longue brouille, bien qu'ils demeurassent tous les deux internationalistes, mais l'un engag&#233; dans la L&#233;gion &#233;trang&#232;re, l'autre intern&#233;. Ils se rencontr&#232;rent ensuite &#224; Perm, l'an 1918, sans avoir le loisir de s'en &#233;tonner ou r&#233;jouir plus de cinq minutes. Roublev amenait dans cette ville un d&#233;tachement ouvrier charg&#233; de r&#233;primer une mutinerie de marins ivres. Philippov, la gorge entour&#233;e d'un ch&#226;le, la voix coup&#233;e, un bras bless&#233; tenu en &#233;charpe, venait d'&#233;chapper par hasard aux massues des paysans r&#233;volt&#233;s contre les r&#233;quisitions. Tous les deux habill&#233;s de cuir noir, arm&#233;s de mausers gain&#233;s de bois, porteurs d'ordres imp&#233;ratifs, nourris de gruau cuit &#224; l'eau et de concombres sal&#233;s, &#224; bout de forces, enthousiastes, d&#233;bordants d'une sombre &#233;nergie. Ils tinrent conseil &#224; la lumi&#232;re d'une chandelle, gard&#233;s par des prol&#233;taires de P&#233;trograd aux pardessus barr&#233;s de cartouchi&#232;res. Des coups de feu inexplicables &#233;clataient dans la ville noire aux jardins pleins d'&#233;moi et d'&#233;toiles. Philippov dit le premier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Faut fusiller du monde ou nous n'en sortirons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des hommes de garde &#224; la porte l&#226;cha sobrement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'te crois, nom de Dieu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qui ? demanda Roublev surmontant sa lassitude, son envie de dormir, son envie de vomir. Des otages : y a des officiers, un pope, des fabricants&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Est-ce bien n&#233;cessaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; N&#233;cessaire, je le dis, moi, ou nous sommes foutus, gronda de nouveau l'homme de garde en s'avan&#231;ant vers eux, les mains noires en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Roublev se leva, m&#251; par une col&#232;re folle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Silence ! D&#233;fense d'intervenir dans les d&#233;lib&#233;rations du conseil de l'arm&#233;e ! Discipline !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippov le fit rasseoir d'une pression de main sur l'&#233;paule et, pour couper court &#224; l'altercation, souffla ironiquement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu te rappelles le Boul'Mich' ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quoi ? dit Roublev &#233;berlu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ne parle pas, Tartare, je t'en prie. Je suis r&#233;solument contre l'ex&#233;cution des otages, n'entrons pas dans la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippov r&#233;pliqua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu dois y consentir. 1&#176;, la retraite nous est coup&#233;e de trois c&#244;t&#233;s sur quatre ; 2&#176;, il me faut absolument quelques wagons de pommes de terre que je ne peux pas payer ; 3&#176;, les marins se sont conduits comme des voyous, c'est eux qu'il faudrait fusiller, mais on ne peut pas, ce sont des gars splendides ; 4&#176;, d&#232;s que nous aurons tourn&#233; le dos, tout le pays se soul&#232;vera&#8230; Signe donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre d'ex&#233;cution, &#233;crit au crayon sur le dos d'une facture, &#233;tait pr&#234;t. Roublev le signa en bougonnant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je souhaite que nous payions &#231;a, toi et moi ; je te dis que nous salissons la r&#233;volution ; le diable sait ce que c'est que tout &#231;a&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils &#233;taient encore jeunes. Maintenant, vingt ans apr&#232;s, &#233;paissis, grisonnants, ils s'avan&#231;aient, glissant lentement sur leurs skis, &#224; travers l'admirable paysage d'Hokousa&#239;, et ce pass&#233; se r&#233;veillait en eux sans paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippov, d'une longue foul&#233;e, passa devant. Wladek vint &#224; leur rencontre. Ils plant&#232;rent les skis dans la neige et suivirent la lisi&#232;re du bois, au-dessus d'une rivi&#232;re de glace, frang&#233;e d'&#233;tonnants buissons blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est bon de se rencontrer, dit Roublev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est &#233;patant d'&#234;tre vivants, dit Wladek.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce qu'on va faire ? demanda Philippov. That is the question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace, le bois, la neige, la glace, l'azur, le silence, la limpidit&#233; de l'air froid les cernaient. Wladek parla des Polonais, tous disparus dans les prisons, la gauche dirig&#233;e par Lesnki apr&#232;s la droite, dirig&#233;e par Kostchewa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les Yougoslaves aussi, ajouta-t-il, et les Finlandais&#8230; Tout le Komintern y passe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semait son r&#233;cit de noms et de visages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais c'est plus fort qu'&#224; la Commission du Plan ! s'exclama joyeusement Philippov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Moi, disait Philippov, je crois bien que je dois la vie &#224; Bruno. Tu l'as connu, Kiril, quand il &#233;tait secr&#233;taire de l&#233;gation &#224; Berlin, tu vois son profil assyrien ? Depuis l'arrestation de Krestinski, il s'attendait &#224; &#234;tre liquid&#233; lui aussi et on l'avait nomm&#233;, c'est &#224; peine croyable, sous-directeur d'un service central &#224; l'Int&#233;rieur, &#231;a lui donnait acc&#232;s au fichier principal. Il me disait qu'il esp&#233;rait bien avoir sauv&#233; une douzaine de camarades en supprimant leurs fiches. Je suis tout de m&#234;me fichu, expliquait-il. Les dossiers restent, &#233;videmment, et il y a le fichier du Comit&#233; central, mais on y est moins en vue, parfois plus difficile &#224; trouver&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La suite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Fini, je ne sais pas o&#249;, je ne sais pas comment, l'ann&#233;e pass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippov reprit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce qu'on va faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Moi, dit Wladek en cherchant des cigarettes dans ses poches, et il avait son air un peu comique de vieil enfant boudeur, si l'on vient m'arr&#234;ter, je ne me laisse pas prendre vivant. Merci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux autres regardaient au loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il y en a pourtant, dit Philippov, que l'on rel&#226;che ou que l'on d&#233;porte. J'en connais. Pas raisonnable, ta solution. Et puis, quelque chose ne me pla&#238;t pas l&#224;-dedans. &#199;a tient du suicide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; comme tu voudras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippov continua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si l'on m'arr&#234;te, en tout cas, je leur dirai poliment que je ne marche dans aucune combine, ni avec proc&#232;s ni sans proc&#232;s. Faites de moi ce que vous voudrez. Quand c'est tout &#224; fait net, je crois que l'on a des chances de s'en tirer. On part pour le Kamtchatka o&#249; l'on fait des plans de coupes de bois. Je veux bien. Et toi, Kiril ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kiril Roublev &#244;ta son bonnet de fourrure. Son front &#233;lev&#233;, sous des m&#232;ches de cheveux encore fonc&#233;es, s'offrit au froid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Depuis qu'ils ont fusill&#233; Nicolas Ivanovitch, je sens qu'ils tournent autour de moi, invisiblement. Et je les attends. Je ne le dis pas &#224; Dora, mais elle le sait. C'est donc pour moi une question tr&#232;s pratique, qui peut se poser d'un jour &#224; l'autre&#8230; Et&#8230; je ne sais pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils marchaient, enfon&#231;ant dans la neige jusqu'aux mollets. Des corbeaux volaient au-dessus de leurs t&#234;tes, de branche en branche. La lumi&#232;re du jour &#233;tait toute p&#233;n&#233;tr&#233;e de blancheur hivernale. Kiril d&#233;passait ses deux compagnons d'une t&#234;te. Diff&#233;rent d'eux en son &#226;me aussi. Il monologua d'une voix calme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le suicide n'est qu'une solution individuelle ; pas socialiste par cons&#233;quent. Dans mon cas, ce serait d'un mauvais exemple. Je ne dis pas cela, Wladek, pour &#233;branler ta r&#233;solution : tu as tes raisons, je crois qu'elles sont valables pour toi. Dire qu'on n'avouera rien, c'est courageux, peut-&#234;tre trop courageux : nul n'est tout &#224; fait s&#251;r de ses forces. Et puis, tout est beaucoup plus complexe qu'il ne semble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, oui, dirent les deux autres en tr&#233;buchant dans la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il faudrait prendre conscience de ce qui se passe&#8230; prendre conscience&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev, en le r&#233;p&#233;tant d'un ton embarrass&#233;, avait sa mine de p&#233;dagogue pr&#233;occup&#233;. Wladek s'emporta, s'empourpra, gesticula de ses bras courts :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Sacr&#233; th&#233;oricien ! Incurable ! Impayable ! Non, je vois encore les articles dans lesquels tu pourfendais en 1927 les trotskystes en d&#233;montrant que le parti prol&#233;tarien ne peut pas d&#233;g&#233;n&#233;rer&#8230; Parce que, s'il d&#233;g&#233;n&#232;re, &#233;videmment, ce n'est plus le parti prol&#233;tarien&#8230; Casuiste, va ! Ce qui se passe est clair comme le jour. Thermidor, Brumaire et c&#230;tera sur un plan social impr&#233;vu au pays o&#249; Gengis Khan dispose du t&#233;l&#233;phone, comme disait le vieux Tolsto&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Gengis Khan, dit Philippov, est un grand m&#233;connu. Il n'&#233;tait pas cruel. S'il faisait dresser des pyramides de t&#234;tes coup&#233;es, ce n'&#233;tait ni par m&#233;chancet&#233; ni par go&#251;t de la statistique primitive, mais pour d&#233;peupler les contr&#233;es qu'il ne pouvait pas dominer autrement et qu'il entendait ramener &#224; l'&#233;conomie pastorale, la seule qu'il p&#251;t comprendre. C'&#233;taient d&#233;j&#224; des questions d'&#233;conomies diff&#233;rentes qui faisaient couper les t&#234;tes&#8230; Remarquez qu'il n'y avait pas d'autre moyen de s'assurer de la bonne ex&#233;cution des massacres que de rassembler les t&#234;tes coup&#233;es. Le Khan se m&#233;fiait de sa main-d'&#339;uvre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils march&#232;rent encore un moment dans la neige plus profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Merveilleuse Sib&#233;rie, murmura Roublev que le paysage rass&#233;r&#233;nait. Et Wladek se retourna brusquement vers ses deux camarades, se planta devant eux, comiquement exasp&#233;r&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ah, vous dissertez bien ! L'un conf&#233;rencie sur Gengis Khan, l'autre pr&#233;conise une prise de conscience ! Vous vous moquez de vous-m&#234;mes, chers camarades. Permettez-moi de vous faire une r&#233;v&#233;lation, moi, moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Ils virent que ses grosses l&#232;vres tremblaient, qu'il y avait une l&#233;g&#232;re bu&#233;e sur les verres de ses lorgnons, que des rides droites tiraient horizontalement ses joues &#8211; et il bafouilla quelques secondes des moi, moi mal intelligibles.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais je suis sans doute une nature plus &#233;paisse, chers camarades. Eh bien, voil&#224;, moi, j'ai peur, moi. Je cr&#232;ve de peur, moi, vous entendez, que ce soit digne ou non d'un r&#233;volutionnaire. Je vis seul comme une b&#234;te dans toute cette neige et ces bois que je hais, parce que j'ai peur. Je vis sans femme parce que je ne veux pas que nous soyons deux &#224; nous r&#233;veiller la nuit en nous demandant si c'est la derni&#232;re nuit. Je les attends chaque nuit, seul, je prends du bromure, je m'endors abruti, je me r&#233;veille en sursaut, croyant qu'ils sont l&#224;, criant : &#171; Qui est l&#224; ? &#187; Et la voisine me r&#233;pond : &#171; C'est le volet qui bat, Vladimir Ernestovitch, dormez bien &#187;, et je ne peux plus me rendormir, c'est &#233;pouvantable. J'ai peur et j'ai honte, pas pour moi, pour nous tous. Je pense &#224; ceux qu'on a fusill&#233;s, je vois leurs binettes, j'entends leurs plaisanteries et j'ai des migraines que la m&#233;decine n'a pas encore class&#233;es : une petite douleur, couleur de feu, se plante dans la nuque. J'ai peur, peur, pas si peur de mourir que de tout &#231;a, voil&#224;, peur de vous voir, peur de parler aux gens, peur de penser, peur de comprendre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a se voyait en v&#233;rit&#233; &#224; son visage bouffi, aux bords roses de ses yeux, &#224; son d&#233;bit pr&#233;cipit&#233;. Philippov dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Moi aussi j'ai peur, naturellement, mais &#231;a ne sert &#224; rien. Je m'y suis accoutum&#233;. On vit avec sa peur comme avec une hernie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kiril Roublev se d&#233;gantait lentement, il regarda ses mains qui &#233;taient fortes et longues, un peu velues au-dessus des articulations &#8211; &#171; des mains encore charg&#233;es d'une grande vitalit&#233; &#187;, pensa-t-il. Et, ramassant de la neige, il se mit &#224; la p&#233;trir fortement. Sa grande bouche se d&#233;forma :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; On est tous des froussards, dit-il, c'est archiconnu depuis toujours. Le courage consiste &#224; le savoir et &#224; se comporter quand il le faut comme si la peur n'existait pas. Tu as tort, Wladek, de te croire exceptionnel. Tout de m&#234;me, ce ne serait pas la peine de se rencontrer au milieu de cette neige f&#233;erique pour se faire des confidences aussi inutiles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wladek ne r&#233;pondit rien. Il d&#233;couvrait le paysage d&#233;sert, triste et lumineux. Des id&#233;es lentes comme le vol des corbeaux dans le ciel lui traversaient l'esprit : toutes nos paroles ne servent plus &#224; rien &#8211; je voudrais bien un verre de th&#233; chaud&#8230; Kiril, tout &#224; coup d&#233;pouill&#233; du poids des ann&#233;es, fit un petit bond en arri&#232;re, leva le bras &#8211; et la dure boule de neige qu'il venait de p&#233;trir atteignit au milieu de la poitrine un Philippov &#233;tonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; D&#233;fends-toi, j'attaque ! lui criait all&#232;grement le camarade qui, les yeux rieurs et la barbe de travers, ramassait de la neige &#224; pleines mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Enfant de salaud ! l&#226;cha Philippov, transfigur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille s'engagea entre eux ainsi qu'entre des &#233;coliers. Ils bondissaient, riaient, enfon&#231;aient dans les trous de neige jusqu'&#224; mi-taille, s'abritaient derri&#232;re les troncs des pins pour p&#233;trir leurs projectiles et viser avant de les lancer. Quelque chose renaissant en eux de l'adresse de leurs quinze ans, ils poussaient des han ! joyeux, se couvraient le visage du coude, s'essoufflaient. Wladek ne bougeait pas de place, bien plant&#233; sur ses courtes jambes, p&#233;trissant la neige avec des gestes m&#233;thodiques pour attaquer Roublev de flanc, riant aux larmes, et l'injuriant : &#171; Attrape, th&#233;oricien ! moraliste ! que le diable t'emporte ! &#187; et le manquant toujours&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils eurent tr&#232;s chaud : et des c&#339;urs battants et des faces d&#233;tendues. Le soir tomba avec soudainet&#233; d'un ciel insensiblement devenu gris, sur une neige mate, l&#233;g&#232;rement brumeuse et des arbres p&#233;trifi&#233;s. Les trois revinrent, en respirant fortement, vers le chemin de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dis donc, Kiril, ce coup que je t'ai envoy&#233; sur l'oreille ! s'exclama Philippov, en gloussant de rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et toi, vieux, r&#233;pliqua Roublev, qu'est-ce que t'as pris sur la nuque, hein ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wladek reprit l'entretien s&#233;rieux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous savez, j'ai les nerfs d&#233;traqu&#233;s, c'est un fait, mais je n'ai pas si peur que cela. Advienne que pourra, je cr&#232;verai comme un autre pour engraisser la terre socialiste, si c'est la terre socialiste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Capitalisme d'&#201;tat, dit Philippov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; Il faut prendre conscience. Une conqu&#234;te certaine demeure sous cette barbarie, un progr&#232;s sous cette r&#233;gression. Voyez les masses, notre jeunesse, toutes ces nouvelles usines, le Dnieprostroi, Magnitogorsk, Kirovsk&#8230; Nous sommes tous des fusill&#233;s en sursis, mais le visage de la terre est chang&#233;, les oiseaux migrateurs n'y doivent plus reconna&#238;tre les d&#233;serts o&#249; surgissent les chantiers. Et quel nouveau prol&#233;tariat, dix millions d'hommes au travail, avec les machines, au lieu de trois millions et demi en 1927. Qu'est-ce que cet effort donnera au monde dans un demi-si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; quand il ne restera rien, m&#234;me de nos petits ossements, chantonna Wladek, peut-&#234;tre sans ironie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par circonspection, ils se quitt&#232;rent avant les premi&#232;res habitations. &#171; On devrait se revoir &#187;, proposa Wladek, et les deux autres dirent : &#171; Oui, oui, absolument &#187;, mais aucun des trois ne croyait que ce f&#251;t r&#233;ellement utile ou possible. Ils se s&#233;par&#232;rent sur de fortes poign&#233;es de main. Kiril Roublev glissa, &#224; longues enjamb&#233;es sur ses skis, jusqu'&#224; la station suivante, le long des bois silencieux o&#249; l'obscurit&#233; semblait na&#238;tre &#224; ras de terre ainsi qu'une brume insaisissable. Un mince croissant de lune bleu terriblement effil&#233;, &#233;pousant la forme d'une gorge id&#233;ale, monta dans la nuit. Roublev pensa : Vilaine lune. La peur vient tout &#224; fait comme la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir, comme les Roublev finissaient de d&#238;ner, X&#233;nia Popova vint leur faire part d'une grande nouvelle. Il y avait sur la table un plat de riz, du saucisson, une bouteille d'eau min&#233;rale Narzan, du pain gris. Le r&#233;chaud Primus bourdonnait sous la bouilloire. Kiril Roublev &#233;tait assis dans le vieux fauteuil, Dora dans l'angle du divan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Que tu es jolie, dit affectueusement Kiril &#224; X&#233;nia. Montre tes grands yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle les tourna vers lui avec franchise : des yeux larges et bien d&#233;coup&#233;s, bord&#233;s de cils longs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ni les pierres, ni les fleurs, ni les ciels n'ont cette couleur-l&#224;, dit Roublev &#224; sa femme. C'est la pure merveille des yeux. Sois fi&#232;re, petite fille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous allez me rendre confuse, dit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces traits nets, ce front d&#233;gag&#233; en hauteur, ces petites tresses blondes roul&#233;es au-dessus des oreilles, cet air de toujours sourire &#224; la vie, Roublev les d&#233;taillait avec un peu de malice. Ainsi la puret&#233; rena&#238;t de la boue, la jeunesse de l'usure. Il connaissait Popov depuis plus de vingt ans : un vieil imb&#233;cile qui, faute de pouvoir comprendre l'a-b-c de l'&#233;conomie politique, s'&#233;tait sp&#233;cialis&#233; dans les questions de morale socialiste et noy&#233; pour cette raison dans les dossiers de la Commission centrale de Contr&#244;le du parti. Popov ne vivait plus que des adult&#232;res, des pr&#233;varications, des so&#251;lographies, des abus d'autorit&#233; commis par de vieux r&#233;volutionnaires. C'&#233;tait lui qui motivait les bl&#226;mes, distribuait les avertissements, pr&#233;parait les r&#233;quisitoires, anticipait sur les ex&#233;cutions, proposait des r&#233;compenses pour les ex&#233;cuteurs. &#171; Beaucoup de basses besognes doivent &#234;tre accomplies ; il faut donc beaucoup d'&#234;tres vils &#187;, c'est une pens&#233;e de Nietzsche. Mais comment, par quel miracle se d&#233;gageait de la chair et de l'&#226;me d'un vieux Popov ranci cette cr&#233;ature, X&#233;nia ? La vie triomphe donc de notre basse argile. Kiril Roublev regardait X&#233;nia avec une joie avide et malicieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jambes haut crois&#233;es, la jeune fille allumait une cigarette. C'&#233;tait pour se donner une contenance. Si heureuse, qu'elle craignait qu'on ne le v&#238;t. Elle prit tr&#232;s maladroitement un air d&#233;tach&#233; pour dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Papa me fait envoyer &#224; l'&#233;tranger : en mission &#224; Paris, six mois, pour la Direction centrale du Textile ; je dois &#233;tudier la nouvelle technique des tissus imprim&#233;s. Papa savait depuis longtemps combien je d&#233;sirais aller &#224; l'&#233;tranger&#8230; J'ai saut&#233; de joie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il y a de quoi, dit Dora. Je suis contente pour toi. Qu'est-ce que tu vas faire &#224; Paris ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai le vertige d'y penser. Voir Notre-Dame, Belleville. Je lis la vie de Blanqui, l'histoire de la Commune. J'irai voir le faubourg Saint-Antoine, la rue Saint-Merri, la rue Haxo, le mur des F&#233;d&#233;r&#233;s&#8230; Bakounine habita rue de Bourgogne, mais j'ai cherch&#233; en vain le num&#233;ro. Et puis les num&#233;ros ont peut-&#234;tre chang&#233;. Savez-vous o&#249; habita L&#233;nine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai &#233;t&#233; chez lui, l&#224;-bas, dit Roublev lentement, mais j'ai tout &#224; fait oubli&#233; l'endroit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nia eut un &#171; oh &#187; de reproche. Comment peut-on oublier de telles choses ? Les grands yeux s'&#233;tonn&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est vrai, vous avez connu Wladimir Illich&#8230; Que vous &#234;tes heureux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que tu es enfant &#187;, pensait Roublev, mais c'est toi qui as raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et puis, dit-elle, surmontant une l&#233;g&#232;re h&#233;sitation, je veux m'habiller un peu. De jolies choses fran&#231;aises, est-ce mal, dites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, c'est tr&#232;s bien au contraire, dit Dora. Il en faudrait de ces jolies choses pour toute notre jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je le pensais ! Je le pensais ! Mais mon p&#232;re dit toujours que le v&#234;tement doit &#234;tre utilitaire, que la parure est une survivance des cultures barbares&#8230; Que les modes caract&#233;risent la mentalit&#233; capitaliste&#8230; (Les yeux d'un bleu sans pareil rirent.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ton p&#232;re est un sacr&#233; vieux puritain&#8230; Qu'est-ce qu'il devient ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nia bavarda. Il arrive qu'au fond d'une eau transparente, courant sur des galets, une ombre apparaisse, inqui&#232;te le regard, passe, et l'on se demande ce que c'&#233;tait, quelle vie myst&#233;rieuse suit l&#224; son chemin ? Les Roublev, tout &#224; coup, dress&#232;rent l'oreille. X&#233;nia disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; P&#232;re s'est beaucoup occup&#233; de l'affaire Toula&#233;v, il dit que c'est encore un complot&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai un peu connu Toula&#233;v autrefois, dit Roublev d'une voix assourdie ; j'ai pris la parole contre lui au Comit&#233; de Moscou, il y a quatre ans. On &#233;tait &#224; la veille de l'hiver et l'on manquait naturellement de combustibles. Toula&#233;v proposa de faire mettre en jugement les dirigeants du trust des Combustibles. J'ai fait repousser cette proposition idiote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; P&#232;re dit qu'il y a beaucoup de gens compromis&#8230; Je crois ne le r&#233;p&#233;tez pas, c'est tr&#232;s grave &#8211; je crois que Erchov est arr&#234;t&#233;&#8230; Il a &#233;t&#233; rappel&#233; du Caucase, mais il n'est revenu nulle part&#8230; J'ai entendu par hasard une conversation t&#233;l&#233;phonique au sujet de sa femme&#8230; Elle doit &#234;tre aussi arr&#234;t&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev prit sur la table le verre vide, le porta &#224; ses l&#232;vres comme s'il buvait, le d&#233;posa. X&#233;nia le vit faire avec stup&#233;faction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Kiril, demanda Dora, qu'est-ce que tu as bu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais rien, dit-il avec un sourire &#233;gar&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un silence trouble suivit. X&#233;nia baissait la t&#234;te. La cigarette inutile fumait entre ses doigts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et notre Espagne, Kiril Kirillovitch, demanda-t-elle enfin avec effort ; pensez-vous qu'elle puisse tenir ?&#8230; Je voudrais (elle ne dit pas ce qu'elle e&#251;t voulu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev reprit le verre vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; D&#233;faite. Nous y serons pour quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de l'entretien fut pesante. Dora essaya d'amorcer d'autres sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vas-tu au th&#233;&#226;tre, X&#233;nia ? Que lis-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces propos tombaient dans le vide. Une grisaille humide et froide envahissait irr&#233;sistiblement la pi&#232;ce. La lampe en fut ternie. Une pointe de froid naquit dans les &#233;paules de X&#233;nia. Roublev et Dora se lev&#232;rent en m&#234;me temps qu'elle, pour la reconduire jusqu'au seuil. Debout tous les trois ils surmont&#232;rent un moment la grisaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; X&#233;nia, fit doucement Dora. Je te souhaite d'&#234;tre heureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et X&#233;nia eut un peu mal : c'&#233;tait comme un adieu. Comment leur rendre ce souhait ? Roublev la prit affectueusement par la taille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu as des &#233;paules de figurine &#233;gyptienne, plus larges que les hanches. Avec ces &#233;paules-l&#224; et ces yeux lumineux, X&#233;niouchka, d&#233;fends-toi bien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Que voulez-vous dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Trop de choses. Tu me comprendras un jour. Bon voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tout dernier instant, dans l'&#233;troit vestibule encombr&#233; de piles de journaux, X&#233;nia se souvint d'une chose importante qu'elle ne pouvait pas taire. &#192; mi-voix, le regard assombri :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai entendu mon p&#232;re dire que l'on a ramen&#233; Ryjik dans une prison de Moscou, qu'il fait la gr&#232;ve de la faim, qu'il est tr&#232;s mal&#8230; C'est un trotskyste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Un agent de l'&#233;tranger ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non. Un homme fort et pur comme le cristal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut de l'effroi dans le regard d&#233;sempar&#233; de X&#233;nia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais alors ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Rien ne se fait, dans l'histoire, qui ne soit de quelque fa&#231;on rationnel. Les meilleurs doivent parfois &#234;tre broy&#233;s car ils nuisent, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils sont les meilleurs. Tu ne peux pas encore comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;lan la jeta presque sur la poitrine de Roublev :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Kiril Kirillovitch, vous &#234;tes opposant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce mot net, quelques gestes caressants et de rapides baisers, l&#232;vres &#224; l&#232;vres, &#233;chang&#233;s avec Dora &#8211; dont les l&#232;vres &#233;taient d&#233;sol&#233;es &#8211; qu'ils se quitt&#232;rent. Le pas jeune de X&#233;nia d&#233;crut dans le corridor. &#192; Kiril et Dora la chambre parut s'&#234;tre agrandie, plus inhospitali&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est ainsi, dit Kiril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est ainsi, dit Dora avec un soupir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev se versa une grande lamp&#233;e de vodka qu'il avala d'un trait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et toi, Dora, toi qui vis avec moi depuis seize ans, crois-tu, oui ou non, que je suis un opposant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dora pr&#233;f&#233;ra ne point r&#233;pondre. Il se parlait parfois ainsi &#224; lui-m&#234;me, en l'interrogeant, elle, avec une sorte d'&#226;pret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dora, je voudrais me so&#251;ler demain, il me semble que je verrais plus clair apr&#232;s&#8230; Notre parti ne peut pas avoir d'opposition : il est monolithique parce que nous r&#233;concilions la pens&#233;e et l'action pour une efficacit&#233; sup&#233;rieure. Plut&#244;t que d'avoir raison les uns contre les autres, nous pr&#233;f&#233;rons nous tromper unis parce qu'ainsi nous sommes plus puissants pour le prol&#233;tariat. Et c'&#233;tait une vieille erreur de l'individualisme bourgeois que de rechercher la v&#233;rit&#233; pour une conscience, ma conscience, &#224; moi. MOI. Nous nous foutons du MOI, je me fous de moi, je me fous de la v&#233;rit&#233; pourvu que le parti soit fort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quel parti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux mots prononc&#233;s par Dora d'une voix basse et glac&#233;e lui parvinrent au moment o&#249;, en lui, le balancier int&#233;rieur recommen&#231;ait sa course en sens inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; &#201;videmment, si le parti s'est trahi, s'il n'est plus le parti de la r&#233;volution, ce que nous faisons l&#224; est risible et fou. C'est tout le contraire qu'il faudrait faire : alors chaque conscience doit se ressaisir&#8230; Nous avons besoin d'une unit&#233; sans faille pour contenir la pouss&#233;e des forces ennemies&#8230; Mais si ces forces p&#232;sent pr&#233;cis&#233;ment &#224; travers notre unit&#233;&#8230; Qu'est-ce que tu as dit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne tenait pas en place dans la vaste chambre. Sa silhouette anguleuse s'y d&#233;pla&#231;ait obliquement. On e&#251;t dit un grand oiseau de proie, d&#233;charn&#233;, enferm&#233; dans une cage assez vaste mais trop petite. Cette image naquit dans les yeux de Dora qui r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il faudrait, en effet, r&#233;viser les jugements formul&#233;s sur l'opposition entre 1923 et 1930, sept &#224; dix ans auparavant. Nous nous trompions alors, l'opposition avait peut-&#234;tre raison : peut-&#234;tre, car nul ne sait si le cours de l'histoire pourrait &#234;tre autre qu'il n'est&#8230; R&#233;viser des jugements sur des ann&#233;es mortes, des luttes finies, des formules d&#233;pass&#233;es, des hommes diversement sacrifi&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours s'&#233;coul&#232;rent : des jours de Moscou, bouscul&#233;s, se bousculant, encombr&#233;s d'occupations, coup&#233;s d'&#233;claircies limpides, quand on s'oublie tout &#224; coup dans la rue &#224; contempler les couleurs et les neiges, sous un beau soleil froid. Il passe de jeunes visages sains dont on aimerait conna&#238;tre l'&#226;me et l'on songe que nous sommes un peuple nombreux comme les brins d'herbe, m&#234;lant cent peuples, Slaves, Finnois, Mongols, Nordiques, Turcs, Juifs, tous en marche, conduits par les filles et les gar&#231;ons au sang dor&#233;. On songe aux machines qui naissent &#224; l'&#233;nergie dans les nouvelles usines ; elles sont agiles et luisantes, elles rec&#232;lent la force de millions d'esclaves insensibles. En elles s'&#233;teint &#224; jamais la vieille souffrance du travail. Ce monde nouveau &#233;merge peu &#224; peu du mal, on y manque de savon, de linge, de v&#234;tements, de savoir clair, de mots vrais, simples et denses, de g&#233;n&#233;rosit&#233; ; ces machines, nous savons &#224; peine leur donner la vie ; il y a de sordides baraques autour de nos nouvelles usines g&#233;antes mieux agenc&#233;es que celles de Detroit, U.S.A., ou de la Ruhr ; dans ces baraques, des hommes, courb&#233;s sous la dure loi de l'exploitation du travail, dorment encore un sommeil de brutes, mais l'usine vaincra la baraque, les machines donneront &#224; ces hommes ou &#224; d'autres qui les suivront, peu importe, un surprenant r&#233;veil. Cette pouss&#233;e d'un monde, machines et masses, progressant ensemble, n&#233;cessairement, rach&#232;te bien des choses. Pourquoi ne rach&#232;terait-elle pas la fin de notre g&#233;n&#233;ration ? Frais g&#233;n&#233;raux, absurde ran&#231;on pay&#233;e au pass&#233;. Absurde : cela c'&#233;tait le pire. Et que les masses et les machines aient encore besoin de nous, qu'elles puissent &#8211; sans nous &#8211; perdre leur chemin, cela inqui&#233;tait, r&#233;voltait. Mais que faire ? Nous n'avons, pour accomplir consciemment les choses que le parti, la &#171; cohorte de fer &#187;. De fer, et de chair, et d'esprit. Nul de nous ne pensait plus seul, n'agissait plus seul : nous agissions, nous pensions ensemble, et toujours dans le sens des aspirations de masses innombrables, derri&#232;re lesquelles nous sentions la pr&#233;sence, l'aspiration br&#251;lante d'autres masses plus vastes encore, prol&#233;taires de tous les pays, unissez-vous ! L'esprit s'est troubl&#233;, la chair s'est corrompue, le fer s'est rouill&#233;, parce que la cohorte s&#233;lectionn&#233;e, &#224; un moment peut-&#234;tre unique de l'histoire, par les &#233;preuves de la doctrine, de l'exil, du bagne, de l'insurrection, du pouvoir, de la guerre, du travail, de la fraternit&#233; s'est us&#233;e, peu &#224; peu envahie par des intrus qui parlaient notre langage, imitaient nos gestes, marchaient sous nos drapeaux, mais qui &#233;taient tout autres ; mus par de vieux app&#233;tits, ni prol&#233;taires ni r&#233;volutionnaires : des profiteurs&#8230; Cohorte malade, sournoisement envahie par tes ennemis, nous t'appartenons encore. Si l'on pouvait te gu&#233;rir, f&#251;t-ce en te traitant par le fer rouge, ou te remplacer, &#231;a vaudrait nos vies. Ingu&#233;rissable, quant &#224; pr&#233;sent irrempla&#231;able. Il ne nous reste donc qu'&#224; servir quand m&#234;me, et si l'on nous assassine, subir. Notre r&#233;sistance ferait-elle autre chose qu'aggraver le mal ? Si un Boukharine, un Piatakov, au banc des accus&#233;s, s'&#233;taient tout &#224; coup dress&#233;s pour d&#233;masquer en un tournemain les pauvres camarades menteurs par ordre &#224; leur derni&#232;re heure, le procureur faussaire, les juges complices, la fourbe inquisition, le parti b&#226;illonn&#233;, le Comit&#233; central ab&#234;ti et terroris&#233;, le Bureau politique annihil&#233;, le chef en proie &#224; son cauchemar, quelle d&#233;moralisation dans le pays &#8211; quelle jubilation dans le monde capitaliste, quelles manchettes dans la presse fasciste ! Demandez le Scandale de Moscou, La Pourriture du Bolchevisme, Le Chef d&#233;nonc&#233; par ses victimes. &#8211; Non vraiment, plut&#244;t la fin, n'importe quelle fin. C'est un compte &#224; r&#233;gler entre nous, au sein de la soci&#233;t&#233; nouvelle rong&#233;e par de vieilles maladies&#8230; La pens&#233;e de Roublev ne cessait pas de tourner dans ce cercle de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir, apr&#232;s le d&#238;ner, il mit sa demi-pelisse et son bonnet d'astrakan, dit &#224; Dora : &#171; Je vais prendre l'air l&#224;-haut &#187;, prit l'ascenseur, se fit conduire sur la terrasse, au-dessus du dixi&#232;me &#233;tage. Un restaurant cher s'y &#233;tablissait l'&#233;t&#233; ; et les soupeurs, en &#233;coutant distraitement les violons, contemplaient les feux innombrables de Moscou, envo&#251;t&#233;s malgr&#233; eux par ces constellations terrestres au sein desquelles les plus infimes lueurs guidaient des vies en travail. C'&#233;tait plus beau encore l'hiver, quand il n'y avait ni soupeurs ni fleurs, ni abat-jour de couleur sur de petites tables, ni violons ni relents de mouton grill&#233;, de champagne et de cosm&#233;tique &#8211; rien que l'immense nuit calme sur l'immense ville, le halo rouge de la place de la Passion avec ses r&#233;clames lumineuses, ses pistes noires sur la neige, son fourmillement d'&#234;tres et de v&#233;hicules sous les lampadaires, le rougeoiement discret, secret, de ses fen&#234;tres&#8230; &#192; cette hauteur, l'&#233;lectricit&#233; ne g&#234;nait plus la vue, on distinguait parfaitement les &#233;toiles. Des flamboiements de braise, &#233;man&#233;s du noir dense des b&#226;tisses, signalaient les places ; les boulevards blancs se perdaient dans l'ombre. Roublev, les mains dans les poches, fit le tour des terrasses sans penser. Un sourire esquiss&#233; lui vint entre barbe et moustache. &#171; J'aurais d&#251; obliger Dora &#224; venir voir &#231;a, c'est magnifique, magnifique&#8230; &#187; Et il s'arr&#234;ta net, tout &#224; fait &#233;merveill&#233;, car, surgi du ciel et de la nuit, un couple enlac&#233; arrivait rapidement sur lui, pench&#233; en avant dans un mouvement gracieux de plein vol. Ces amoureux patinaient seuls sur la terrasse, ils fondirent sur Kiril Roublev, l'illumin&#232;rent de leurs visages ravis, de leurs l&#232;vres entrouvertes, lui sourirent, d&#233;crivirent, inclin&#233;s, une longue courbe a&#233;rienne, repartirent vers l'horizon, c'est-&#224;-dire vers l'autre bout de la terrasse, d'o&#249; l'on apercevait le Kremlin. Roublev les vit s'arr&#234;ter l&#224; et s'accouder au garde-fou ; il les rejoignit, s'accouda comme eux. On discernait tr&#232;s bien la haute muraille cr&#233;nel&#233;e, les massives tours de garde, la flamme rouge du drapeau, &#233;clair&#233; par un projecteur, sur la coupole de l'Ex&#233;cutif, les bulbes des cath&#233;drales, le vaste halo de la place Rouge&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune patineuse jeta un regard de c&#244;t&#233; sur Roublev en qui elle reconnut le vieux bolchevik influent qu'une auto du Comit&#233; central venait chercher tous les matins &#8211; l'an dernier. Elle se tourna &#224; demi vers lui. Du bout des doigts son ami lui caressait la nuque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est l&#224; qu'habite le chef de notre parti ? demanda-t-elle en reportant le regard au loin, vers les tours et les cr&#233;neaux &#233;clair&#233;s dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il a un appartement au Kremlin, r&#233;pondit Roublev, mais il n'y habite gu&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est l&#224; qu'il travaille ? Quelque part au-dessous du drapeau rouge ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, parfois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune t&#234;te m&#233;dita un moment, puis, tourn&#233;e vers Roublev :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est terrible &#224; penser qu'un homme tel que lui a v&#233;cu pendant des ann&#233;es entour&#233; de tra&#238;tres et de criminels ! On tremble pour sa vie&#8230; N'est-ce pas terrible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev lui fit sourdement &#233;cho :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Allons, Dina, dit &#224; mi-voix le jeune homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se prirent par la taille, redevinrent a&#233;riens, s'inclin&#232;rent et, port&#233;s par une force enchant&#233;e, repartirent sur leurs patins vers un autre horizon&#8230; Roublev, un peu crisp&#233;, se dirigea vers l'ascenseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez lui, il trouva Dora p&#226;le, assise en face d'un visiteur inconnu, jeune et bien habill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Camarade Roublev, je vous apporte un pli du Comit&#233; de Moscou&#8230; (Un grand pli jaune. Rien qu'une convocation pour affaire urgente.) Si vous pouviez venir tout de suite, la voiture est en bas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais il est onze heures, objecta Dora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le camarade Roublev sera de retour, en voiture, dans vingt minutes, on m'a charg&#233; de vous l'assurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev cong&#233;dia le messager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je descends dans trois minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les yeux dans les yeux, il consid&#233;ra sa femme : elle avait les l&#232;vres incolores, une face jaunissante et comme d&#233;faillante. Elle murmura :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce que c'est ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne sais pas. Tu sais, c'est d&#233;j&#224; arriv&#233; une fois. Un peu bizarre tout de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune lueur nulle part. Aucun secours possible. Ils s'embrass&#232;rent pr&#233;cipitamment, aveugl&#233;ment, les bouches froides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#192; tout &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#192; tout &#224; l'heure&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;serts, les bureaux du Comit&#233;. Au secr&#233;tariat, un gros Tatare d&#233;cor&#233;, le cr&#226;ne ras&#233;, la l&#232;vre ourl&#233;e de poils noirs, lisait les journaux en buvant du th&#233;. Il prit la convocation. &#171; Roublev ? Tout de suite&#8230; &#187; Ouvrit un dossier dans lequel il n'y avait qu'une feuille dactylographi&#233;e. Lut, les sourcils fronc&#233;s. Leva la t&#234;te, une t&#234;te bouffie, opaque et pesante de gros mangeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous avez votre carte du parti ? Veuillez me la pr&#233;senter. Roublev sortit de son portefeuille le livret rouge o&#249; il &#233;tait &#233;crit : &#171; affili&#233; depuis 1907 &#187;. Plus de vingt ann&#233;es. Quelles ann&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livret rouge disparut dans un tiroir dont la clef tourna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous &#234;tes l'objet d'une instruction criminelle. La carte vous sera rendue, s'il y a lieu, apr&#232;s l'enqu&#234;te. C'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev s'attendait au choc depuis trop longtemps. Une sorte de fureur h&#233;rissa ses sourcils, souda ses m&#226;choires, carra ses &#233;paules&#8230; Le fonctionnaire recula un peu sur son fauteuil tournant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne sais rien de plus, j'ai des ordres pr&#233;cis. C'est tout, citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev s'en alla, &#233;trangement l&#233;ger, port&#233; par des id&#233;es pareilles &#224; des vols d'oiseaux affol&#233;s. C'est &#231;a, le pi&#232;ge &#8211; la b&#234;te prise au pi&#232;ge, c'est toi, la b&#234;te prise, vieux r&#233;volutionnaire, c'est toi&#8230; Et nous y sommes tous, dans le pi&#232;ge&#8230; Est-ce que nous ne nous sommes pas tromp&#233;s quelque part du tout au tout ? Gredins, gredins !&#8230; Un corridor vide, cr&#251;ment &#233;clair&#233;, le grand escalier de marbre, la double porte tournante, la rue, le froid sec, l'auto noire du messager. Pr&#232;s du messager qui attendait en fumant, quelqu'un encore, une voix basse disant p&#226;teusement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Camarade Roublev, vous &#234;tes pri&#233; de nous accompagner pour un entretien de quelques instants&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je sais, je sais, dit Roublev, rageusement, et il ouvrit la porti&#232;re, se jeta dans la Lincoln glac&#233;e, y croisa les bras, exer&#231;ant toute sa volont&#233; &#224; ma&#238;triser une explosion de fureur d&#233;sesp&#233;r&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ruelles en deux tons, blanches de neige et bleues de nuit, fil&#232;rent dans les glaces. &#171; Ralentissez &#187;, commanda Roublev, et le chauffeur ob&#233;it. Roublev baissa la glace pour mieux voir un morceau de rue, n'importe lequel. Le trottoir scintillait, couvert de neige vierge. Un vieil h&#244;tel seigneurial du si&#232;cle pass&#233;, au fronton support&#233; par des colonnes, semblait dormir depuis cent ans, derri&#232;re sa grille. Les troncs argent&#233;s des bouleaux luisaient faiblement dans le jardin. C'&#233;tait tout, &#224; jamais, dans un silence parfait, dans une puret&#233; de r&#234;ve. Ville sous la mer, adieu. Le chauffeur acc&#233;l&#233;rait. &#8211; C'est nous qui sommes sous la mer. C'est &#233;gal, nous avons &#233;t&#233; des forts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. B&#194;TIR, C'EST P&#201;RIR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev poss&#233;dait &#224; un degr&#233; exceptionnel le don d'oublier pour grandir. Du petit paysan d'Akimovka par Klioutch&#233;vo, La Source, gouvernement de Toula, campagnes vallonn&#233;es, vertes et rousses, sem&#233;es de toits de chaume, il ne lui restait qu'assez de souvenirs &#233;l&#233;mentaires pour l'enorgueillir d'avoir chang&#233;. Petit gars roux pareil &#224; des millions d'autres, promis comme eux au destin de la gl&#232;be, les filles du village n'en avaient pas voulu ; elles l'appelaient avec une nuance de moquerie Artiomka le Gr&#234;l&#233;. Le rachitisme infantile donnait &#224; ses jambes une courbe disgracieuse. &#192; dix-sept ans, dans les batailles du dimanche soir, entre ceux de la rue Verte et ceux de la rue Puante, il assommait pourtant son adversaire d'un coup de poing de son invention, plac&#233; quelque part entre cou et oreille pour faire na&#238;tre un vertige instantan&#233;&#8230; Ces rudes batailles finies, pas une fille ne voulant encore de lui, il se rongeait les ongles, assis sur le seuil d&#233;labr&#233; de sa maison, en regardant bouger dans la poussi&#232;re les gros orteils puissants de ses pieds. S'il avait su qu'il y a des mots pour exprimer la m&#233;chante torpeur de ces instants-l&#224;, il e&#251;t murmur&#233;, comme &#224; son &#226;ge Maxime Gorki : &#171; Quel ennui, quelle solitude et quelle envie de casser la gueule &#224; quelqu'un ! &#187; &#8211; pas pour le plaisir de vaincre, cette fois, mais pour s'&#233;vader de soi-m&#234;me et d'un monde pire. L'Empire fit d'Art&#232;me Mak&#233;ev, en 1917, sous les aigles bic&#233;phales, un soldat passif, aussi sale, aussi d&#233;s&#339;uvr&#233; que tout autre, dans des tranch&#233;es de Volhynie. Il passa son temps &#224; marauder dans une contr&#233;e visit&#233;e avant lui par cent mille maraudeurs pareils &#224; lui ; &#224; s'&#233;pouiller laborieusement au cr&#233;puscule ; &#224; r&#234;ver le viol de rares jeunes paysannes attard&#233;es sur ces routes, maintes fois viol&#233;es, du reste, par beaucoup d'autres&#8230; Lui n'osa pas. Il les suivait dans des paysages de craie aux arbres cass&#233;s, aux terres &#233;vas&#233;es en entonnoir ; et l'on y voyait tout &#224; coup jaillir du sol une main recroquevill&#233;e, un genou, un casque, une bo&#238;te de conserve d&#233;chir&#233;e en dents de scie. Il suivait ces femmes, la gorge s&#232;che, les muscles lamentablement assoiff&#233;s de violence, mais jamais il n'osa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une force bizarre, qui l'inqui&#233;ta d'abord lui-m&#234;me, s'&#233;veilla en lui quand il apprit que les paysans prenaient la terre. Il n'eut plus devant les yeux que le domaine seigneurial d'Akimovka, la r&#233;sidence au fronton bas pos&#233; sur quatre colonnes blanches, la statue d'une nymphe au bord de l'&#233;tang, les jach&#232;res, les bois, le marais, les pr&#233;s&#8230; Il sentit qu'il ha&#239;ssait inexprimablement les possesseurs inconnus de cet univers, le sien en v&#233;rit&#233;, de toute &#233;ternit&#233;, de toute justice, mais qu'on lui avait ravi par un crime sans nom bien ant&#233;rieur &#224; sa naissance, un crime immense commis contre tous les paysans du monde. C'&#233;tait ainsi depuis toujours sans qu'il le s&#251;t ; et il y avait toujours eu en lui cette haine endormie. Les souffles du vent, passant le soir sur les terres d&#233;sh&#233;rit&#233;es de la guerre, lui apport&#232;rent avec des propos inintelligibles des mots r&#233;v&#233;lateurs. On appelait les seigneurs, les messieurs-dames de la r&#233;sidence, des &#171; buveurs-de-sang &#187;. Le soldat Art&#232;me Mak&#233;ev ne les ayant jamais vus, aucune image humaine ne troubla celle qui naissait de la sorte en lui ; le sang de ses camarades, il l'avait par contre maintes fois contempl&#233; apr&#232;s des &#233;clatements de shrapnel, quand la terre et l'herbe jaunie le buvaient : tr&#232;s rouge d'abord, &#224; vous donner la naus&#233;e, bient&#244;t noir ensuite et les mouches s'y mettaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers ce temps-l&#224;, Mak&#233;ev pensa pour la premi&#232;re fois de sa vie. Ce fut comme s'il se f&#251;t mis &#224; parler avec lui-m&#234;me et il faillit rire, se trouvant comique, eh, je fais l'idiot ! Mais les paroles qui s'agen&#231;aient dans sa cervelle &#233;taient si s&#233;rieuses qu'elles tuaient le rire et qu'il grima&#231;a comme un homme qui soul&#232;ve un poids trop lourd pour ses forces. Il se disait qu'il fallait partir, emporter des grenades sous sa capote, revenir au village, mettre le feu &#224; la r&#233;sidence, prendre la terre. D'o&#249; lui vint l'id&#233;e du feu ? La for&#234;t s'allume parfois l'&#233;t&#233; sans que l'on sache comment. Les villages flambent sans que l'on sache o&#249; la flamme est n&#233;e. L'id&#233;e du feu l'obligea &#224; penser davantage. P&#233;nible, en effet, de flamber la belle r&#233;sidence dont on pourrait faire quoi ? Qu'en faire pour les paysans ? Les culs-terreux l&#224;-dedans, &#231;a n'&#233;tait vraiment pas possible&#8230; Le nid br&#251;l&#233;, chass&#233; l'oiseau. Br&#251;l&#233; le nid des seigneurs, un foss&#233; plein de terreur et de feu s&#233;parerait le pass&#233; du pr&#233;sent, on serait des incendiaires, et les incendiaires sont bons pour le bagne ou la potence, il faudrait donc &#234;tre les plus forts, mais ceci d&#233;passait l'intelligence formelle de Mak&#233;ev, il sentit ces choses plus qu'il ne les pensa. Il se mit en route seul, en quittant la tranch&#233;e pouilleuse par les feuill&#233;es. Dans les trains, il rencontra des hommes pareils &#224; lui, partis comme lui ; son c&#339;ur en les voyant se gonfla de force. Il ne leur dit rien cependant, car le silence le rendait fort. La r&#233;sidence flamba. Un escadron de cosaques marcha vers l'insurrection paysanne par les routes vertes : les gu&#234;pes bourdonnaient sur la croupe en sueur des chevaux ; des papillons moir&#233;s fuyaient l'&#226;cre odeur de cette troupe en marche. Avant qu'elle n'arriv&#226;t au village criminel, Akimovka par Klioutch&#233;vo, La Source, des t&#233;l&#233;grammes parvenus au district r&#233;pandirent myst&#233;rieusement la bonne nouvelle : D&#233;cret sur la prise des terres, sign&#233; des Commissaires du Peuple. Les cosaques l'apprirent d'un vieux tout blanc qui surgit d'entre les arbustes au bord du chemin, sous les bouleaux &#233;caill&#233;s d'argent. &#171; C'est la loi, mes fils, la loi, vous ne pouvez plus rien contre la loi. &#187; La terre, la terre ! La loi ! Ce murmure &#233;tonn&#233; monta au-dessus des cosaques et ils se mirent &#224; d&#233;lib&#233;rer. Les papillons stup&#233;faits se pos&#232;rent dans l'herbe, tandis que la troupe, stopp&#233;e par l'invisible d&#233;cret, faisait halte, ne sachant plus o&#249; aller. Quelle terre ? &#192; qui la terre ? Celle des seigneurs ? La n&#244;tre ? &#192; qui ? &#192; qui ? L'officier constern&#233; prit tout &#224; coup peur de ses hommes ; mais personne ne songea &#224; l'emp&#234;cher de fuir. Dans l'unique rue d'Akimovka, dont les maisons en rondins et torchis s'espacent, chacune pench&#233;e &#224; sa fa&#231;on au milieu d'un petit enclos feuillu, les femmes aux seins lourds faisaient des signes de croix. N'&#233;tait-il pas venu pour de bon, cette fois, le temps de l'Ant&#233;christ ? Mak&#233;ev qui ne se s&#233;parait pas de sa ceinture de grenades, sortit alors, le mufle cramoisi, sur le perron de sa maison, une isba croulante au toit perc&#233;, pour leur crier, &#224; ces sorci&#232;res, de se taire, nom de Dieu ! ou elles verraient bien, nom de Dieu de nom de&#8230; Le premier conseil des paysans pauvres de l'endroit l'&#233;lut pr&#233;sident de son comit&#233; ex&#233;cutif. Le premier arr&#234;t&#233; que dicta Mak&#233;ev &#224; son scribe (celui de la justice de paix du district) ordonnait la fustigation des comm&#232;res qui parleraient en public de l'Ant&#233;christ, et ce texte, calligraphi&#233; en ronde, fut affich&#233; dans la grande rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev commen&#231;ait une carri&#232;re assez vertigineuse. Il fut Art&#232;me Art&#233;mitch, pr&#233;sident de l'Ex&#233;cutif, sans savoir au juste ce qu'&#233;tait l'Ex&#233;cutif, mais les yeux bien enfonc&#233;s sous l'arcade sourcili&#232;re, la bouche serr&#233;e, le cr&#226;ne tondu, la chemise nettoy&#233;e de b&#234;tes et, dans l'&#226;me, une volont&#233; nou&#233;e comme des racines dans une fente de roche. Il fit chasser de leurs demeures des gens qui regrettaient la police de nagu&#232;re, il en fit arr&#234;ter d'autres que l'on envoya au district et qui ne revinrent plus. On disait de lui qu'il &#233;tait juste. Il le r&#233;p&#233;ta avec un &#233;clair mat dans le regard, du plus profond de lui-m&#234;me : juste. S'il avait eu le temps de se regarder vivre, il se f&#251;t &#233;tonn&#233; d'une nouvelle d&#233;couverte. De m&#234;me que la facult&#233; de penser s'&#233;tait r&#233;v&#233;l&#233;e &#224; lui avec soudainet&#233;, pour qu'il pr&#238;t la terre, une autre facult&#233; plus obscure, inexplicablement n&#233;e quelque part dans sa nuque, ses reins, ses muscles, l'entra&#238;nait, le soulevait, le fortifiait. Il n'en savait pas le nom. Les intellectuels eussent appel&#233; cette facult&#233; la volont&#233;. Avant d'apprendre &#224; dire je veux, ce qui ne lui arriva qu'au bout de plusieurs ann&#233;es, quand il se fut accoutum&#233; &#224; haranguer les assembl&#233;es, il sut d'instinct ce qu'il fallait faire pour obtenir, imposer, ordonner, r&#233;ussir, puis &#233;prouver un contentement calme presque aussi bon que celui qui suit la possession d'une femme. Il ne parlait que rarement &#224; la premi&#232;re personne, pr&#233;f&#233;rant dire Nous. Ce n'est pas moi qui veux, c'est nous qui voulons, fr&#232;res. Il parla ses premi&#232;res fois &#224; des soldats rouges, dans un wagon de marchandises ; il fallait que sa voix domin&#226;t le bruit des ferrailles remu&#233;es du train en marche. Sa facult&#233; de comprendre s'&#233;largissait d'&#233;v&#233;nement en &#233;v&#233;nement, par illuminations : il voyait tr&#232;s bien les causes, les effets probables, les mobiles des gens, il sentait comment agir, r&#233;agir ; il eut beaucoup de mal &#224; r&#233;duire tout cela &#224; des mots dans sa t&#234;te, puis, ces mots &#224; des id&#233;es, &#224; des souvenirs, et jamais il n'y parvint tout &#224; fait bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Blancs envahirent la contr&#233;e. Les Mak&#233;ev, ces galonn&#233;s les pendaient haut et court, avec un &#233;criteau infamant sur la poitrine Brigand ou Bolchevik, ou les deux &#224; la fois. Mak&#233;ev rejoignit les camarades dans les bois, s'empara d'un train avec eux, en descendit dans une ville de la steppe qui lui plut extraordinairement, car c'&#233;tait la premi&#232;re grande ville de sa vie et elle vivait doucement sous un soleil torride. On y vendait au march&#233; de grosses past&#232;ques juteuses pour quelques kopecks. Les chameaux s'en allaient lentement par les rues ensabl&#233;es. &#192; trois kilom&#232;tres de l&#224;, couch&#233; sous des roseaux au bord d'un fleuve chaud scintillant sur les sables, Mak&#233;ev tira si bien sur des cavaliers enturbann&#233;s de blanc que l'on fit de lui un sous-chef. Un peu apr&#232;s, en 1919, il adh&#233;ra au parti. La r&#233;union se tenait autour d'un brasier en plein champ, sous des constellations &#233;blouissantes. Les quinze hommes du parti, group&#233;s autour du bureau des Trois, et les Trois, accroupis, des calepins sur les genoux, dans la lueur du feu. Apr&#232;s le rapport sur la situation internationale d&#233;bit&#233; par une voix rugueuse qui donnait &#224; d'&#233;tranges noms europ&#233;ens une consonance asiatique &#8211; Kl&#233;-man-sso, Lloy-Djorge, Guermania, Liebknecht ! &#8211;, le commissaire Kasparov demanda &#171; si personne n'&#233;levait d'objection &#224; l'admission du candidat Mak&#233;ev, Art&#232;me Art&#233;mi&#233;vitch, au sein du parti de la r&#233;volution prol&#233;tarienne ? &#8211; L&#232;ve-toi, Mak&#233;ev &#187;, dit-il imp&#233;rieusement. Mak&#233;ev &#233;tait d&#233;j&#224; debout, tendu tout droit dans la lueur rougeoyante du feu, aveugl&#233; par elle et par tous les regards fix&#233;s sur lui pour cette cons&#233;cration : aveugl&#233; aussi par une pluie d'&#233;toiles, pourtant immobiles&#8230; &#171; Paysan, fils de paysans travailleurs&#8230; &#187;, Mak&#233;ev rectifia fi&#232;rement : &#171; Fils de paysan sans terre ! &#187; Plusieurs voix approuv&#232;rent hautement son affiliation. &#171; Adopt&#233; &#187;, dit le commissaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; P&#233;r&#233;kop, quand il fallut, pour gagner la derni&#232;re bataille de cette guerre maudite, entrer dans la mer perfide de Sivach, y marcher, de l'eau jusqu'au ventre, de l'eau jusqu'aux &#233;paules, dans les mauvais endroits &#8211; et que serait-ce dix pas plus loin, si ce n'&#233;tait pas tout &#224; coup le bouillon final ? &#8211;, Mak&#233;ev, sous-commissaire du 4e bataillon, donna plusieurs fois sa vie en la disputant &#226;prement &#224; la peur et &#224; la fureur. Quels trous mortels recelait cette eau blafarde sous le ciel blanc de l'aube ? Est-ce que l'on n'&#233;tait pas trahi par quelque technicien du commandement ? Les m&#226;choires soud&#233;es, frissonnant tout entier, mais fou de r&#233;solution, fou de sang-froid, il portait son fusil &#224; deux mains, &#233;lev&#233; au-dessus de sa t&#234;te, donnant l'exemple. Le premier, il sortit de la mer, gravit une dune de sable, s'y coucha, le ventre doucement r&#233;chauff&#233;, &#233;paula, se mit &#224; tirer, invisible, sur des hommes pris &#224; revers qu'il voyait distinctement s'agiter autour d'un petit canon&#8230; Le soir de l'ext&#233;nuante victoire, un chef, habill&#233; de kaki neuf, se hissa sur l'avant du canon pour lire &#224; la troupe un message du komandarm-commandant de l'arm&#233;e &#8211; que Mak&#233;ev n'&#233;couta pas, ayant les reins cass&#233;s de courbatures et les paupi&#232;res englu&#233;es de sommeil. &#192; la fin, des paroles s&#233;v&#232;rement scand&#233;es, parvinrent pourtant &#224; son entendement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quel est le valeureux combattant de la glorieuse division des steppes, qui&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev se demanda, lui aussi, m&#233;caniquement, quel pouvait &#234;tre le valeureux combattant et ce qu'il pouvait bien avoir fait, mais que le diable l'emporte et toutes ces c&#233;r&#233;monies avec ou je vais tomber de sommeil, j'en peux plus. Le commissaire Kasparov, &#224; ce moment, arr&#234;ta sur Mak&#233;ev un si dr&#244;le de regard vrill&#233; que Mak&#233;ev se crut en d&#233;faut. &#171; Faut croire que j'ai l'air d'un ivrogne &#187;, se dit-il en faisant un gros effort pour ne pas laisser ses yeux se fermer. Kasparov cria :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mak&#233;ev !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Mak&#233;ev, titubant, sortit du rang, d&#233;sign&#233; par un murmure. Lui, lui, lui, Art&#233;mitch ! L'Artiomka autrefois m&#233;pris&#233; des filles entrait dans la gloire, couvert de boue s&#232;che jusqu'aux &#233;paules, ivre de fatigue, ne d&#233;sirant plus au monde qu'un peu d'herbe ou de paille pour s'y &#233;tendre. Le chef l'embrassa, bouche &#224; bouche. Le chef &#233;tait mal ras&#233;, il sentait l'oignon cru, la sueur refroidie, le cheval. Puis, ils se regard&#232;rent un court moment, &#224; travers une brume, ainsi que s'abordent des chevaux fourbus, les yeux mouill&#233;s. Et Mak&#233;ev se r&#233;veilla en reconnaissant le partisan de l'Oural, le vainqueur de Krassny-Yar, le vainqueur de l'Oufa, le vainqueur de la retraite la plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e, Bl&#252;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Camarade Bl&#252;cher, dit-il p&#226;teusement, je suis&#8230; je suis content de te voir&#8230; Tu es&#8230; Tu es un homme, toi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il lui sembla que le chef titubait comme lui, de sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Toi aussi, r&#233;pondit Bl&#252;cher en souriant, tu es un homme, un vrai&#8230; Viens boire le th&#233;, demain matin, &#224; l'&#233;tat-major de la division.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bl&#252;cher avait un visage tann&#233;, tir&#233; en lignes perpendiculaires, et de lourdes poches sous les yeux. De ce jour data entre eux une amiti&#233; d'hommes de la m&#234;me trempe qui se voyaient une petite heure deux fois l'an, dans les camps, les solennit&#233;s, les grandes conf&#233;rences du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1922, Mak&#233;ev revint &#224; Akimovka dans une Ford cahotante portant les initiales du C.C. du PC (b) de la RSFSR. Les gosses du village entour&#232;rent la voiture. Mak&#233;ev les consid&#233;ra pendant quelques secondes avec une terrible intensit&#233; d'&#233;motion : en r&#233;alit&#233;, il se cherchait parmi eux, mais trop maladroitement pour voir combien plusieurs lui ressemblaient. Il leur jeta toute sa provision de sucre et de monnaie, tapota les joues aux fillettes, plus timides, plaisanta les femmes, coucha avec la plus rieuse de celles qui avaient les seins m&#251;rs, les dents larges, les yeux larges &#8211; et s'installa au district, dans la meilleure maison du bourg, en qualit&#233; de secr&#233;taire de l'organisation du parti. &#171; Quel pays arri&#233;r&#233; !, disait-il. Tout &#224; faire. Les t&#233;n&#232;bres, quoi ! &#187; Envoy&#233; de l&#224; en Sib&#233;rie occidentale pour y pr&#233;sider un ex&#233;cutif r&#233;gional. &#201;lu membre suppl&#233;ant du C.C. dans l'ann&#233;e qui suivit la mort de Wladimir Illitch&#8230; Chaque ann&#233;e, des mentions nouvelles s'ajoutaient &#224; la feuille de service de son dossier personnel de membre du parti appartenant &#224; la cat&#233;gorie des plus responsables. Il gravissait d'un pas s&#251;r, honn&#234;tement, patiemment, les &#233;chelons du pouvoir. L'oubli effa&#231;ait cependant en lui le souvenir pr&#233;cis de l'enfance et de l'adolescence mis&#233;rables, de la guerre subie dans l'humiliation, d'un pass&#233; sans fiert&#233; et sans puissance, si bien que Mak&#233;ev se sentait sup&#233;rieur &#224; tous ceux qu'il rencontrait &#8211; exception faite des hommes investis par le C.C. d'un plus haut pouvoir. Ceux-l&#224;, il les v&#233;n&#233;rait sans jalousie comme des &#234;tres d'une essence qui n'&#233;tait pas encore la sienne, mais qui serait un jour la sienne. Avec eux, il se sentait d&#233;tenteur d'une autorit&#233; l&#233;gitime, int&#233;gr&#233; &#224; la dictature du prol&#233;tariat tout comme une vis en bon acier mise &#224; sa place dans quelque admirable machine souple et compliqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Secr&#233;taire de Comit&#233; r&#233;gional, Mak&#233;ev gouvernait Kourgansk, la ville et la contr&#233;e, depuis plusieurs ann&#233;es, avec l'orgueilleuse arri&#232;re-pens&#233;e de leur donner son nom : Mak&#233;evgorod ou Mak&#233;evgrad, pourquoi pas ? Le plus simple, Mak&#233;evo, lui rappelait trop le langage paysan. La proposition, &#233;mise dans les couloirs d'une conf&#233;rence r&#233;gionale du parti allait passer &#8211; vot&#233;e &#224; l'unanimit&#233; selon l'usage &#8211; quand, saisi d'un doute, Mak&#233;ev lui-m&#234;me se ravisa au dernier moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tout l'honneur de mon &#339;uvre, s'exclamait-il &#224; la tribune, sous la grande image de L&#233;nine, revient au parti ! Le parti m'a fait, le parti a tout fait !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les applaudissements &#233;clat&#232;rent. Mak&#233;ev effray&#233; se demandait d&#233;j&#224; quelles allusions malheureuses ses paroles pouvaient para&#238;tre receler &#224; l'adresse des membres du Bureau politique. Il remonta &#224; la tribune une heure plus tard, ayant consult&#233; les deux r&#233;cents num&#233;ros de la revue th&#233;orique Le Bolchevik pour y trouver quelques phrases qu'il lan&#231;a &#224; l'auditoire avec de courts gestes du poing en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La plus haute personnification du parti, c'est notre grand, notre g&#233;nial chef ! Je propose de donner son nom magnifique &#224; la nouvelle &#233;cole que nous allons construire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On applaudit de confiance comme on e&#251;t vot&#233; Mak&#233;evgrad, Mak&#233;evo, Mak&#233;ev-City. Il descendit de la tribune en s'&#233;pongeant le front, content d'avoir &#233;t&#233; habile en repoussant la gloire, pour le moment. Cela viendrait. Son nom figurerait sur les cartes, entre les courbes des fleuves, les taches vertes des for&#234;ts, les hachures des collines, les souples lignes noires des chemins de fer. Car il avait foi en lui-m&#234;me autant qu'au socialisme triomphant : et sans doute &#233;tait-ce la m&#234;me foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne se s&#233;parait plus, dans le pr&#233;sent, seul r&#233;el, de ce pays, aussi grand que la vieille Angleterre, aux trois quarts &#233;tendu sur l'Europe, d&#233;bordant pour le quatri&#232;me sur des plaines et des d&#233;serts d'Asie encore sillonn&#233;s par les pistes des caravanes. Pays sans histoire : ici pass&#232;rent les Khazares au Ve si&#232;cle, pareils, sur leurs petits chevaux au poil long, aux Scythes qui les avaient pr&#233;c&#233;d&#233;s dans les si&#232;cles ; ils allaient fonder un empire sur la Volga. D'o&#249; venaient-ils ? Quels &#233;taient-ils ? Ici pass&#232;rent les Petchen&#232;gues, les cavaliers de Gengis, les archers de Khoulagou-Khan, les administrateurs aux yeux brid&#233;s et les m&#233;thodiques coupeurs de t&#234;tes de la Horde d'Or, les Tatares Nogais. Plaines, plaines, les migrations de peuples s'y perdent ainsi que l'eau dans les sables. De cette l&#233;gende imm&#233;moriale, Mak&#233;ev ne savait que quelques noms, quelques images, mais il aimait, il comprenait les chevaux comme le Petchen&#232;gue, comme le Nogai, comme eux il d&#233;chiffrait le vol des oiseaux, comme eux des indices indiscernables aux hommes des autres races le guidaient &#224; travers les bourrasques de neige. L'arc des si&#232;cles r&#233;volus se f&#251;t-il, par miracle, retrouv&#233; dans ses mains qu'il s'en f&#251;t servi aussi habilement que ces inconnus divers qui avaient v&#233;cu de cette terre, y &#233;taient morts, s'y &#233;taient r&#233;sorb&#233;s&#8230; &#171; Tout est &#224; nous ! &#187;, disait-il sinc&#232;rement dans les r&#233;unions publiques du club des cheminots et il e&#251;t facilement transcrit : &#171; Tout est &#224; moi ! &#187;, ne sachant pas bien o&#249; finissait le moi, o&#249; commen&#231;ait le nous. (Le moi appartient au parti, le moi ne vaut que parce qu'il incarne, par le parti, la collectivit&#233; nouvelle ; seulement, comme il l'incarne puissamment et consciemment, le moi, au nom du nous, poss&#232;de le monde.) Mak&#233;ev ne s'y f&#251;t pas retrouv&#233; en th&#233;orie. Dans la pratique, aucun doute ne l'effleurait. &#171; J'ai quarante mille moutons, cette ann&#233;e, dans le district de Tatarovka ! &#187;, jetait-il all&#232;grement &#224; la conf&#233;rence r&#233;gionale de la production. &#171; J'aurai l'ann&#233;e prochaine trois briqueteries en activit&#233;. Je dis &#224; la Commission du Plan : Camarade, tu dois me donner les trois cents chevaux avant l'automne &#8211; ou tu mets en &#233;chec le plan pour l'ann&#233;e ! Vous voudriez rattacher au Centre ma seule station &#233;lectrique ? Je ne marche pas, c'est &#224; moi, j'&#233;puiserai tous les recours, le C.C. en d&#233;cidera. &#187; Il disait instances pour recours, et croyant dire instances disait insistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux Narychkine successivement exil&#233;s &#224; Kourgansk, &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle et au d&#233;but du XIXe , l'un pour des dilapidations jug&#233;es excessives quand il d&#233;plut &#224; une imp&#233;ratrice ob&#232;se et vieillissante, l'autre pour des propos spirituels qu'il tint sur le jacobinisme de M. Bonaparte, b&#226;tirent dans cette ville un petit palais rectiligne, en style empire n&#233;ogrec, orn&#233; d'un p&#233;ristyle &#224; colonnes. Sur ce palais s'align&#232;rent les maisons en bois des commer&#231;ants, le caravans&#233;rail aux murs bas, les jardins des h&#244;tels particuliers. Mak&#233;ev installa son cabinet dans l'un des salons des gouverneurs-g&#233;n&#233;raux de l'ancien r&#233;gime, celui pr&#233;cis&#233;ment o&#249; le Narychkine lib&#233;ral, servi par des serves indolentes, s'&#233;tait plu &#224; relire Voltaire. Un &#233;rudit local le raconta au camarade Art&#232;me Art&#233;mi&#233;vitch. Franc-ma&#231;on, ce Narychkine, de la m&#234;me loge que les d&#233;cembristes, sinc&#232;rement lib&#233;ral&#8230; &#171; Vous croyez vraiment, demanda Mak&#233;ev, que cette canaille f&#233;odale pouvait &#234;tre sinc&#232;rement lib&#233;rale ? Qu'est-ce que &#231;a veut dire, lib&#233;ral ? &#187; Un cahier du journal de famille, des tomes d&#233;pareill&#233;s de Voltaire, un exemplaire de L'Esprit des lois portant des notes marginales de la main de ce grand seigneur tra&#238;naient encore au grenier, parmi des vieux meubles d&#233;pouill&#233;s et des portraits de famille dont l'un, sign&#233; de madame Vig&#233;e-Lebrun, une &#233;migr&#233;e de la R&#233;volution fran&#231;aise, repr&#233;sentait un dignitaire gras d'une cinquantaine d'ann&#233;es, au regard ch&#226;tain, tr&#232;s vif, &#224; la bouche ironique et gourmande&#8230; Mak&#233;ev se le fit montrer, regarda Narychkine bien en face, fit la moue &#224; la vue d'une croix brillante qu'il portait sous le menton, toucha de la pointe de sa botte la bordure du cadre, et laissa tomber : &#171; Pas mal. Vraie gueule de seigneur. &#192; envoyer au mus&#233;e r&#233;gional. &#187; On lui traduisit le titre du livre de Montesquieu. Il ricana : &#171; Esprit d'exploiteur&#8230; Envoyer &#224; la Biblioth&#232;que&#8230; &#187; &#8211; &#171; Plut&#244;t au mus&#233;e&#8230; &#187;, objecta l'&#233;rudit. Mak&#233;ev se retourna vers lui et d'un ton &#233;crasant (parce qu'il ne comprenait pas) : &#171; Pourquoi ? &#187; L'&#233;rudit intimid&#233; ne r&#233;pondit rien. Sur la porte en acajou &#224; deux battants on mit un &#233;criteau : Cabinet du secr&#233;taire r&#233;gional. &#192; l'int&#233;rieur, grand bureau ; quatre t&#233;l&#233;phones, dont un fil direct avec Moscou. C.C. et Ex&#233;cutif central ; des palmiers nains entre les hautes fen&#234;tres, quatre profonds fauteuils de cuir &#8211; les seuls que poss&#233;d&#226;t la ville ; sur le mur de droite, carte de la r&#233;gion sp&#233;cialement dessin&#233;e par un ex-officier d&#233;port&#233;, sur le mur de gauche, carte de la Commission du plan &#233;conomique, indiquant l'emplacement des usines futures, des voies ferr&#233;es &#224; construire, d'un canal &#224; creuser, de trois cit&#233;s ouvri&#232;res &#224; b&#226;tir, des bains, des &#233;coles, des stades &#224; cr&#233;er dans la ville&#8230; Derri&#232;re le confortable fauteuil du secr&#233;taire r&#233;gional, grand portrait &#224; l'huile du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, achet&#233; huit cents roubles aux Magasins universels de la capitale ; lustr&#233;, luisant, ce portrait o&#249; la tunique verte du chef paraissait d&#233;coup&#233;e dans du gros carton peint, o&#249; le demi-sourire du chef s'&#233;garait dans une nullit&#233; absolue. &#8211; L'am&#233;nagement du cabinet fini, Mak&#233;ev rentra chez lui plein d'une joie sourde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;patant, ce portrait du Chef. &#199;a, c'est de l'art prol&#233;tarien ! dit-il &#233;panoui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce qui manquait ici ? Quel vide bizarre, irritant, inconvenant, inconcevable ? Il tourna sur ses talons, vaguement m&#233;content, et les gens autour de lui, l'architecte, le secr&#233;taire du Comit&#233; de la ville, le commandant de l'&#233;difice, l'&#233;conome, la secr&#233;taire priv&#233;e &#233;prouv&#232;rent tous le m&#234;me malaise. Mak&#233;ev cherchait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et L&#233;nine ? dit-il enfin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reprit avec un reproche presque tonnant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous avez oubli&#233; L&#233;nine, camarades ! Ha ha ha !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'entendit rire avec insolence au milieu de la confusion g&#233;n&#233;rale. Le secr&#233;taire du Comit&#233; de la ville se ressaisit le premier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais non, camarade Mak&#233;ev, du tout. On s'est d&#233;p&#234;ch&#233;s de finir ce matin, on n'a pas eu le temps de le placer ici, tenez, la biblioth&#232;que : &#338;uvres compl&#232;tes d'Illitch, &#233;dition de l'Institut ; au-dessus le m&#234;me petit buste que chez moi, vous savez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ah bien, dit Mak&#233;ev, les yeux encore pleins de petites &#233;tincelles railleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et avant de cong&#233;dier son monde, il &#233;non&#231;a d'un ton sentencieux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ne jamais oublier L&#233;nine, camarades, c'est la loi du communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens sortis du cabinet, Mak&#233;ev se carra dans son fauteuil mobile, le fit joyeusement tourner en plusieurs sens, trempa la plume neuve dans l'encre rouge et, sur le bloc-notes &#224; en-t&#234;te (P.C. de L'U.R.S.S. Comit&#233; r&#233;gional de Kourgansk. Le secr&#233;taire r&#233;gional) mit une grande signature paraph&#233;e : A. A. Mak&#233;ev, qu'il admira un peu. Ensuite, apercevant les t&#233;l&#233;phones, il leur sourit de ses joues pleines. &#171; All&#244;, la ville. 76. &#187; D'une voix radoucie : &#171; Alia, c'est toi ? (Rieur, presque c&#226;lin.) Rien, rien. &#199;a va chez toi ? Oui, bon, &#224; tout &#224; l'heure. &#187; Prit le deuxi&#232;me appareil : &#171; All&#244;, S&#251;ret&#233;, cabinet du chef. Bonjour, Tikhone Alex&#233;itch, viens donc vers quatre heures. Ta femme va mieux ? Oui, bon, bon. &#187; Merveilleux, tout &#231;a. Il jeta un long regard de convoitise sur le fil direct de Moscou, mais ne trouva rien &#224; dire d'urgent aux hommes du Kremlin ; mit pourtant la main sur l'appareil (si j'appelais la Commission centrale du Plan, au sujet des transperts routiers ?), n'osa pas. Le t&#233;l&#233;phone, autrefois, l'&#233;merveillait, instrument magique ; maladroit &#224; s'en servir, il le redouta longtemps, perdant beaucoup trop de son assurance devant le petit cornet noir de l'&#233;couteur. Cette magie redoutable, mise tout enti&#232;re &#224; son service, lui paraissait maintenant un signe de puissance. On craignit, dans les petits comit&#233;s locaux, ses appels directs. Sa voix imp&#233;rieuse &#233;clatait dans l'appareil : &#171; Ici, Mak&#233;ev. (On entendait seulement un Eev surgi.) C'est vous, Ivanov ? Encore des scandales, hein ?&#8230; Tol&#233;rerai pas&#8230; sanctions imm&#233;diates&#8230; Vous donne vingt-quatre heures !&#8230; &#187; Il jouait de pr&#233;f&#233;rence ces sc&#232;nes en pr&#233;sence de quelques collaborateurs d&#233;f&#233;rents. Le sang affluait &#224; sa face massive, &#224; son cr&#226;ne ras&#233;, large et conique. La semonce termin&#233;e, il d&#233;posait brusquement le cornet acoustique, levait dans le vague un visage de carnassier m&#233;content, feignait de ne voir personne, ouvrait un dossier, pour se calmer en apparence. (Mais tout cela n'&#233;tait qu'un rite int&#233;rieur.) Malheur au membre du parti, traduit devant une commission de contr&#244;le, dont le dossier personnel lui tombait &#224; cet instant-l&#224; sous la main ! Mak&#233;ev, d'un &#339;il infaillible, trouvait en quarante secondes le point faible de l'affaire : &#171; s'est pr&#233;tendu fils de paysans pauvres, en r&#233;alit&#233; fils d'un diacre &#187;. Le vrai fils de paysans sans terre ricanait durement et, dans la colonne des d&#233;cisions propos&#233;es, mettait : &#171; excl. &#187; (exclure) suivi d'un M implacable, le tout au gros crayon bleu. De ces dossiers-l&#224;, il gardait une m&#233;moire d&#233;concertante, capable de les rep&#233;rer entre cent autres pour maintenir sa d&#233;cision dix-huit mois plus tard, quand la chemise, grossie d'une douzaine de notes, reviendrait de Moscou. Capable m&#234;me, si la Commission centrale de Contr&#244;le &#233;mettait un avis favorable au maintien du pauvre bougre dans le parti, &#171; avec avertissement grave &#187;, de s'y opposer de nouveau avec une habilet&#233; machiav&#233;lique. Ces affaires-l&#224; on les connaissait &#224; la C.C.C., on pensait avec indulgence que Mak&#233;ev y r&#233;glait des comptes personnels, personne au monde ne se doutant du d&#233;sint&#233;ressement absolu de ses col&#232;res jou&#233;es pour le prestige. Un seul des secr&#233;taires de la C.C.C. se permit parfois de r&#233;viser ces d&#233;cisions : Toula&#233;v. &#171; &#201;chec &#224; Mak&#233;ev &#187;, murmurait Toula&#233;v dans ses grosses moustaches en faisant r&#233;int&#233;grer l'exclu que ni lui ni Mak&#233;ev n'avaient vu, ne verraient jamais. Lors de leurs rares rencontres de Moscou, Toula&#233;v, plus grand personnage que Mak&#233;ev, tutoyait famili&#232;rement ce dernier, mais en lui disant &#171; camarade &#187; pour marquer les distances entre bolcheviks. Toula&#233;v appr&#233;ciait le caract&#232;re de Mak&#233;ev. Les deux hommes, au fond, se ressemblaient, Toula&#233;v &#233;tant plus instruit, plus souple, plus blas&#233; sur l'exercice quotidien du pouvoir (il avait suivi les cours d'une &#233;cole commerciale en qualit&#233; de premier commis chez un gros n&#233;gociant de la Volga). Toula&#233;v faisait une plus grande carri&#232;re. Il lui arriva de plonger Mak&#233;ev dans une confusion intol&#233;rable en relatant devant une assembl&#233;e qu'&#224; la manifestation du 1er mai on avait pu compter dans le cort&#232;ge, &#224; Kourgansk, cent trente-sept portraits, de diverses dimensions, du camarade Mak&#233;ev, secr&#233;taire r&#233;gional ; en racontant aussi l'inauguration d'une pouponni&#232;re Mak&#233;ev dans un village kazak qui avait depuis &#233;migr&#233; tout entier vers de nouveaux p&#226;turages&#8230; ; Mak&#233;ev, effondr&#233; sous les rires, eut des larmes aux yeux, une toux s'&#233;trangla dans sa gorge tandis que, debout, congestionn&#233; au-dessus des faces hilares, il demandait la parole&#8230; Il ne l'eut pas, car un membre du Bureau politique entrait, v&#234;tu d'une &#233;l&#233;gante tunique de cheminot, et la salle se levait tout enti&#232;re pour l'ovation rituelle de sept &#224; huit minutes. Toula&#233;v aborda Mak&#233;ev en fin de s&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je t'ai bien bourr&#233; les c&#244;tes ; hein, fr&#232;re ? Ne te f&#226;che pas pour si peu. Si l'occasion s'en pr&#233;sente, tape-moi dessus sans te g&#234;ner. Tu prends un verre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le bon temps de la rude fraternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce temps-l&#224; le parti faisait peau neuve. Finis les h&#233;ros, il fallait de bons administrateurs, des hommes pratiques et non point romantiques. Finis, les &#233;lans aventureux de la r&#233;volution internationale, plan&#233;taire et c&#230;tera, pensons &#224; nous-m&#234;mes, b&#226;tissons le socialisme chez nous, pour nous. Le renouvellement des cadres, faisant place aux hommes de second rang, rajeunissait la R&#233;publique. Mak&#233;ev contribua aux &#233;purations, se fit une renomm&#233;e d'homme pratique d&#233;vou&#233; &#224; la &#171; ligne g&#233;n&#233;rale &#187;, apprit &#224; r&#233;p&#233;ter pendant une heure d'horloge les phrases officielles qui mettent l'&#226;me en repos. Il &#233;prouva une &#233;trange &#233;motion &#224; recevoir un jour Kasparov. L'ancien commissaire de la division des steppes, le chef des jours br&#251;lants de la guerre civile, entra doucement dans le cabinet du secr&#233;taire r&#233;gional, sans frapper ni se faire annoncer, vers trois heures de l'apr&#232;s-midi, un jour d'&#233;t&#233; torride. Un Kasparov vieilli, maigri, rapetiss&#233;, en blouse et casquette blanches. &#171; Toi ! &#187;, s'exclama Mak&#233;ev, et il se jeta au-devant du visiteur, l'embrassa, le serra sur sa poitrine. Kasparov paraissait l&#233;ger. Ils s'assirent face &#224; face dans les fauteuils profonds et le malaise naquit, &#233;teignant la joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Eh bien, dit Mak&#233;ev, qui ne savait que dire, o&#249; vas-tu comme cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kasparov avait son visage tendu, au regard s&#233;v&#232;re, des bivouacs dans les steppes d'Orenbourg, de la campagne de Crim&#233;e, de P&#233;r&#233;kop&#8230; Il consid&#233;rait &#233;nigmatiquement Mak&#233;ev, le jugeant peut-&#234;tre. Mak&#233;ev en &#233;prouva une g&#234;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nomm&#233; par le C.C., dit Kasparov, &#224; la direction des transports fluviaux d'Extr&#234;me-Orient&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev supputa imm&#233;diatement l'&#233;tendue significative de cette disgr&#226;ce : lointain exil, fonction purement &#233;conomique, alors qu'un Kasparov e&#251;t pu gouverner Vladivostok ou Irkoutsk &#8211; pour le moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et toi ? dit Kasparov, avec une sorte de tristesse dans l'intonation. Pour dissiper le malaise, Mak&#233;ev se leva, hercul&#233;en, massif, la t&#234;te glabre. Des taches de sueur parurent sur sa blouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Moi, je b&#226;tis, dit-il joyeusement. Viens voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il conduisit Kasparov devant la carte de la Commission du Plan, irrigations, briqueteries, d&#233;p&#244;ts de chemins de fer, &#233;coles, bains, haras ; regarde, vieux, comme le pays cro&#238;t &#224; vue d'&#339;il, nous rattraperons en vingt ans les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, moi, j'y crois parce que je suis &#224; pied d'&#339;uvre. Sa voix sonnait un peu faux, il s'en aper&#231;ut. C'&#233;tait celle des entretiens officiels&#8230; Kasparov &#233;carta d'un geste &#224; peine esquiss&#233; les vaines paroles, les plans &#233;conomiques, la fausse joie du vieux camarade &#8211; et c'&#233;tait bien ce que craignait confus&#233;ment Mak&#233;ev. Kasparov dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tout &#231;a, c'est tr&#232;s bien, mais le parti est au carrefour. C'est le destin de la r&#233;volution qui se d&#233;cide, fr&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chance inou&#239;e, le t&#233;l&#233;phone &#233;mit &#224; cet instant un grincement aigrelet. Mak&#233;ev donna des ordres pour le secteur &#233;tatis&#233; du commerce. Puis, &#233;cartant &#224; son tour ce qu'il pr&#233;f&#233;rait ignorer, l'air ing&#233;nu, ses larges mains charnues bien ouvertes en un mouvement de d&#233;monstration :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dans cette contr&#233;e-ci, mon vieux, tout est d&#233;cid&#233; sans retour. La ligne g&#233;n&#233;rale, je ne vois que &#231;a. Je vais de l'avant ! Repasse d'ici trois ou quatre ans, tu ne reconna&#238;tras ni la ville ni les campagnes. Un monde neuf, mon vieux, une nouvelle Am&#233;rique ! Un parti jeune, inaccessible &#224; la panique, plein de confiance. Veux-tu pr&#233;sider avec moi ce soir, le d&#233;fil&#233; sportif des Jeunesses ? Tu verras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kasparov hocha &#233;vasivement la t&#234;te. Encore un thermidorien fini, belle brute administrative connaissant par c&#339;ur les quatre cents phrases d'id&#233;ologie courante qui dispensent de penser, de voir, de sentir &#8211; et m&#234;me de se souvenir, et m&#234;me d'&#233;prouver le moindre remords quand on fait les plus sales choses. Il y eut de l'ironie et aussi du d&#233;sespoir dans le petit sourire dont s'&#233;claira le visage creus&#233; de Kasparov. Mak&#233;ev se h&#233;rissa sous les effluves de ces sentiments tout &#224; fait &#233;trangers &#224; sa nature, qu'il devina pourtant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, oui, bien s&#251;r, disait Kasparov, d'une voix singuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parut se mettre &#224; l'aise, fit sauter les boutons du col de sa blouse, jeta sa casquette dans l'un des fauteuils, s'assit commod&#233;ment, les jambes crois&#233;es sur le dossier de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pour un beau cabinet, c'est un beau cabinet, &#231;a. M&#233;fie-toi, Art&#233;mitch, du confort bureaucratique, C'est de la vase ; on s'y noie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendait-il &#234;tre d&#233;lib&#233;r&#233;ment d&#233;sagr&#233;able ? Mak&#233;ev en perdit un peu contenance. Kasparov le regardait pos&#233;ment de ses dr&#244;les d'yeux gris, calmes dans le danger, calmes dans la passion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Art&#233;mitch, j'ai fait d'autres r&#233;flexions. Nos plans sont irr&#233;alisables dans la mesure de 50 &#224; 60 %. Pour les r&#233;aliser dans la mesure des 40 % restants, il faudra abaisser les salaires r&#233;els de la classe ouvri&#232;re au-dessous du niveau qu'ils atteignaient sous le r&#233;gime imp&#233;rial &#8211; bien au-dessous du niveau actuel des pays capitalistes m&#234;me arri&#233;r&#233;s&#8230; As-tu r&#233;fl&#233;chi &#224; cela ? Permets-moi d'en douter. Il faudra dans six mois tout au plus d&#233;clarer la guerre aux paysans et se mettre &#224; les fusiller, c'est certain comme deux et deux font quatre. P&#233;nurie de marchandises industrielles plus d&#233;pr&#233;ciation du rouble, disons franchement : inflation cach&#233;e, bas prix des c&#233;r&#233;ales impos&#233;s par l'&#201;tat, r&#233;sistance naturelle des possesseurs des grains, tu connais la chanson. As-tu song&#233; aux suites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev avait trop le sentiment du r&#233;el pour se permettre une objection, mais il eut peur qu'on entend&#238;t, du corridor, de telles paroles prononc&#233;es dans son cabinet (sacril&#232;ges ; attentatoires &#224; la doctrine du chef, &#224; tout). Elles le cinglaient, elles le troublaient : il se rendit compte qu'il employait le plus clair de ses efforts &#224; ne pas se tenir lui-m&#234;me ce terrible langage. Kasparov continuait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne suis ni un l&#226;che ni un bureaucrate, je sais le devoir envers le parti. Ce que je te dis, je l'ai &#233;crit au Bureau politique, chiffres &#224; l'appui. Nous avons &#233;t&#233; trente &#224; signer, tous des rescap&#233;s des vieilles prisons, du Taman, du P&#233;r&#233;kop, de Cronstadt&#8230; Devine comment l'on nous a r&#233;pondu ? Pour moi, l'on m'a d'abord envoy&#233; inspecter les &#233;coles du Kazakstan, qui n'ont ni ma&#238;tres ni locaux, ni livres ni cahiers&#8230; On m'envoie maintenant compter les chalands &#224; Krassnoyarsk, ce dont je me contrefous, tu t'en rends compte. Mais que les criminelles sottises continuent pour le plaisir de cent mille bureaucrates trop fain&#233;ants pour comprendre qu'ils vont au-devant de leur propre perte et qu'ils entra&#238;nent la r&#233;volution avec eux, de cela je ne me fous pas du tout. Et toi, mon vieux, tu tiens une place honorable dans la hi&#233;rarchie de ces cent mille. Je m'en doutais un peu. Je me demandais quelquefois : qu'est-ce qu'il va devenir ce Mak&#233;itch, s'il n'est pas d&#233;j&#224; un ivrogne fini ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev allait et venait nerveusement d'une carte murale &#224; l'autre. Ces mots, ces id&#233;es, la pr&#233;sence m&#234;me de Kasparov lui devenaient intol&#233;rablement p&#233;nibles, comme s'il se f&#251;t senti tout &#224; coup sale, des pieds &#224; la t&#234;te, &#224; cause de ces mots, de ces id&#233;es, de Kasparov. Les quatre t&#233;l&#233;phones, les moindres d&#233;tails du cabinet rev&#234;taient des tonalit&#233;s odieuses. Et pas d'issue dans les voies de la col&#232;re possible, pourquoi ? Il r&#233;pondit d'un ton las :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Laissons ces sujets. Tu sais que je ne suis pas un &#233;conomiste. J'ex&#233;cute les directives du Parti, voil&#224; tout, maintenant comme autrefois &#224; l'arm&#233;e avec toi. Et tu m'apprenais &#224; ob&#233;ir pour la r&#233;volution. Qu'est-ce que je peux de plus ? Viens d&#238;ner &#224; la maison tout &#224; l'heure. Tu sais, j'ai une nouvelle femme, Alia Sa&#239;dovna, une Tatare. Tu viendras ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kasparov per&#231;ut, sous le ton d&#233;gag&#233;, une imploration. Montre-moi que tu m'estimes encore assez pour t'asseoir &#224; ma table, avec ma nouvelle femme, c'est tout ce que je te demande. Kasparov remit sa casquette, sifflota devant la fen&#234;tre ouverte sur le jardin public (disque de gravier rutilant de soleil ; petit buste en bronze noir, juste au milieu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bon, &#224; ce soir, Art&#233;mitch ; tu as une jolie ville&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; N'est-ce pas ? reprit vivement Mak&#233;ev, soulag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bas, le cr&#226;ne en bronze de L&#233;nine luisait, d'un &#233;clat de pierre polie. Le d&#238;ner fut bon, servi par Alia, qui &#233;tait petite et potel&#233;e, de formes arrondies, avec une gr&#226;ce de b&#234;te mate, propre, bien nourrie, des tresses d'un noir bleut&#233; enroul&#233;es sur les tempes, des yeux de biche, un profil en courbes douces, toutes les lignes du visage et du corps fondues. De vieilles monnaies d'or de l'Iran lui pendaient aux oreilles, ses ongles &#233;taient pass&#233;s au rouge grenat. Elle offrit &#224; Kasparov le pilaf, la past&#232;que juteuse, le vrai th&#233; &#171; comme on n'en trouve plus nulle part &#187;, dit-elle gentiment. Kasparov s'abstint d'avouer qu'il n'avait pas, depuis six mois, fait un repas aussi bon. Il garda son masque le plus aimable, raconta les trois seules anecdotes qu'il conn&#251;t et qu'en lui-m&#234;me il appelait &#171; les trois petites histoires pour soir&#233;es idiotes &#187;, s'exasp&#233;ra sans rien en laisser para&#238;tre &#224; voir le joli rire des dents blanches et des seins ronds d'Alia, le gros rire satisfait de Mak&#233;ev ; poussa la complaisance jusqu'&#224; les f&#233;liciter de leur bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il vous faudrait un serin, dans une jolie cage assez grande, &#231;a fait bien dans un int&#233;rieur intime&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev faillit deviner le sarcasme, mais Alia explosait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je l'ai d&#233;j&#224; dit, camarade. Demandez donc &#224; Art&#232;me si je ne le lui ai pas d&#233;j&#224; dit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux hommes sentirent en se quittant qu'ils ne se reverraient plus &#8211; sinon en ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Visite de mauvais augure : les emb&#234;tements commenc&#232;rent un peu apr&#232;s. Les &#233;purations du parti et des administrations venaient de finir, &#233;nergiquement conduites par Mak&#233;ev. Il ne restait plus &#224; Kourgansk, dans les bureaux, qu'un faible pourcentage d'anciens, c'est-&#224;-dire d'hommes form&#233;s dans les tourmentes des dix ann&#233;es &#233;coul&#233;es ; les tendances de gauche (trotskyste), de droite (Rykov-Tomski-Boukharine) et de faux loyalisme (Zinoviev-Kam&#233;nev) paraissaient bien an&#233;anties, sans l'&#234;tre tout &#224; fait en r&#233;alit&#233;, car la sagesse commandait de r&#233;server l'avenir. Mais les bl&#233;s rentraient mal. Mak&#233;ev, conform&#233;ment aux messages du C.C., visita les villages, y prodigua les promesses et les menaces, se fit photographier entour&#233; de moujiks, de femmes et de gosses ; organisa plusieurs cort&#232;ges de cultivateurs enthousiastes qui livraient tout leur bl&#233; &#224; l'&#201;tat. On se rendait &#224; la ville en long convoi de charrettes charg&#233;es de sacs, avec des drapeaux rouges, des transparents proclamant un d&#233;vouement unanime au parti, des portraits du chef et d'autres du camarade Mak&#233;ev, port&#233;s comme des &#233;tendards par les jeunes gens. Un grand air de f&#234;te r&#233;gnait sur ces manifestations. L'Ex&#233;cutif du soviet r&#233;gional envoyait &#224; la rencontre de ces cort&#232;ges l'orchestre du club des cheminots ; des op&#233;rateurs de cin&#233;ma appel&#233;s de Moscou par t&#233;l&#233;phone arriv&#232;rent en avion pour filmer l'un de ces convois rouges que l'U.R.S.S. enti&#232;re vit ensuite d&#233;filer sur l'&#233;cran. Mak&#233;ev l'accueillait, debout sur un camion, en criant d'une voix retentissante : &#171; Honneur aux laboureurs d'une terre heureuse ! &#187; Le soir de ce m&#234;me jour, il veilla tard, dans son cabinet, en compagnie du chef de la S&#251;ret&#233;, du pr&#233;sident de l'Ex&#233;cutif du Soviet et d'un envoy&#233; extraordinaire du C.C., parce que la situation se r&#233;v&#233;lait grave : stocks insuffisants, rentr&#233;es insuffisantes, diminution certaine des emblavures, hausse illicite des prix sur les march&#233;s, essor de la sp&#233;culation. L'envoy&#233; extraordinaire du C.C. annon&#231;a des mesures draconiennes qu'il faudrait appliquer &#171; d'une main de fer &#187;. &#171; Assur&#233;ment &#187;, dit Mak&#233;ev, craignant de comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'ouvrirent les ann&#233;es noires. Sept pour cent environ des cultivateurs expropri&#233;s puis d&#233;port&#233;s quitt&#232;rent la contr&#233;e dans des wagons &#224; bestiaux, sous les clameurs, les pleurs, les mal&#233;dictions des mioches, des femmes &#233;chevel&#233;es, des vieillards fous de fureur. Des terres tomb&#232;rent en friche, le b&#233;tail disparut, on mangea les tourteaux destin&#233;s &#224; nourrir les b&#234;tes, il n'y eut plus ni sucre ni p&#233;trole, ni cuir ni chaussures, ni tissu ni papier, il y eut partout la faim aux visages faux et blafards, les chapardages, les combines, la maladie ; la S&#251;ret&#233; d&#233;cima en vain les services de l'&#233;levage, de l'agriculture, des transports, du ravitaillement, de l'industrie sucri&#232;re, de la r&#233;partition&#8230; Le C.C. recommanda l'&#233;levage du lapin. Mak&#233;ev fit placarder que &#171; le lapin sera la pierre angulaire de l'alimentation prol&#233;tarienne &#187;, et les lapins du gouvernement local &#8211; les siens &#8211; furent les seuls dans la r&#233;gion qui ne crev&#232;rent pas tout au d&#233;but de l'&#233;levage, parce qu'ils furent les seuls nourris. &#171; Or le lapin m&#234;me a besoin de manger avant d'&#234;tre mang&#233; &#187;, constatait ironiquement Mak&#233;ev. La collectivisation de l'agriculture embrassa 82 % des foyers&#8230; &#171; Si grand l'enthousiasme socialiste des paysans de la r&#233;gion &#187;, &#233;crivit la Pravda qui publia &#224; cette occasion le portrait du camarade Mak&#233;ev, &#171; organisateur combatif de cette mar&#233;e montante &#187;. Ne demeuraient en dehors des kolkhozes que des paysans isol&#233;s dont les maisons sommeillaient &#224; l'&#233;cart des routes, quelques hameaux peupl&#233;s de Mennonites, un village o&#249; r&#233;sistait un ancien partisan de l'Irtych, deux fois d&#233;cor&#233; de l'ordre du Drapeau rouge, qui avait connu L&#233;nine et que l'on n'arr&#234;tait pas pour cette raison&#8230; Une fabrique de conserves de viande se construisait cependant, pourvue d'un outillage am&#233;ricain du dernier mod&#232;le, et compl&#233;t&#233;e par une tannerie, une cordonnerie, une manufacture de cuirs sp&#233;ciaux pour l'arm&#233;e : elle fut achev&#233;e dans l'ann&#233;e o&#249; la viande et le cuir disparurent. On construisit aussi des habitations confortables pour les dirigeants du parti et les techniciens, une cit&#233; ouvri&#232;re non loin de la fabrique morte&#8230; Mak&#233;ev faisait face &#224; tout, guerroyait &#224; la v&#233;rit&#233; &#171; sur trois fronts &#187; pour ex&#233;cuter les ordres du C.C., accomplir le plan d'industrialisation, ne pas laisser mourir la terre. O&#249; prendre le bois sec pour les constructions, les clous, le cuir, les v&#234;tements de travail, les briques, le ciment ? &#192; chaque instant les mat&#233;riaux faisaient d&#233;faut, les hommes affam&#233;s volaient ou se sauvaient, il ne restait entre les mains du grand b&#226;tisseur que des papiers, circulaires, rapports, ordres, th&#232;ses, pr&#233;visions officielles, textes de discours comminatoires, motions vot&#233;es par les brigades de choc. Mak&#233;ev t&#233;l&#233;phonait, se jetait dans sa Ford, maintenant us&#233;e comme une vieille voiture d'&#233;tat-major d'autrefois, arrivait &#224; l'improviste sur un chantier, comptait lui-m&#234;me, les sourcils terriblement fronc&#233;s, les tonneaux de ciment, les sacs de chaux, interrogeait les ing&#233;nieurs : les uns mentaient en jurant de construire m&#234;me sans bois ni briques, les autres mentaient en d&#233;montrant l'impossibilit&#233; de construire avec ce ciment-l&#224;. Mak&#233;ev se demandait s'ils ne conspiraient pas tous la perte de l'Union et la sienne. D'abord, Mak&#233;ev sentait, savait qu'ils disaient en tout la v&#233;rit&#233; ; Mak&#233;ev, sa serviette sous le bras, la casquette sur la nuque, se faisait conduire &#224; toute allure, &#224; travers les taillis et les plaines vers le kolkhoze &#171; Gloire &#224; l'Industrialisation ! &#187; qui n'avait plus un cheval, o&#249; les derni&#232;res vaches allaient mourir faute de fourrage, o&#249; l'on venait de voler nuitamment trente bottes de foin, peut-&#234;tre pour nourrir des chevaux port&#233;s morts, mais cach&#233;s en r&#233;alit&#233; dans la for&#234;t dormante de Tchertov-Rog. La Corne du Diable. Le kolkhoze semblait d&#233;sert, deux jeunes communistes venus de la ville y demeuraient au milieu de l'hostilit&#233; et de l'hypocrisie g&#233;n&#233;rales, le pr&#233;sident, si d&#233;sempar&#233; qu'il en bafouillait, expliquait au camarade secr&#233;taire du Comit&#233; r&#233;gional que les enfants &#233;taient tous malades de faim, qu'il fallait tout de suite au moins un camion de pommes de terre pour que l'on puisse reprendre le travail des champs, les rations allou&#233;es par l'&#201;tat &#224; la fin de l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e (une ann&#233;e de disette) ayant &#233;t&#233; insuffisantes de deux mois, nous le disions bien, vous en souvenez-vous ? Mak&#233;ev se f&#226;chait, promettait, mena&#231;ait inutilement, gagn&#233; par un d&#233;sespoir stupide&#8230; Vieilles histoires sans fin r&#233;p&#233;t&#233;es, archiconnues, il en perdait le sommeil. La terre d&#233;p&#233;rissait, les b&#234;tes crevaient, les gens crevaient, le parti souffrait d'une sorte de scorbut, Mak&#233;ev voyait mourir jusqu'aux routes o&#249; les charrois ne passaient plus, envahies par l'herbe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tellement ha&#239;, lui-m&#234;me, par les gens, qu'il ne sortait plus en ville &#224; pied que par n&#233;cessit&#233;, se faisant alors accompagner d'un agent civil qui le suivait &#224; un m&#232;tre, la main sur la poche-revolver ; lui-m&#234;me marchait avec une canne, pr&#234;t &#224; parer l'agression. Sa maison, il la fit entourer de cl&#244;tures et garder par des miliciens. Le drame se corsa tout &#224; coup dans la troisi&#232;me ann&#233;e de disette, le jour o&#249; il re&#231;ut par le t&#233;l&#233;phone de Moscou l'ordre confidentiel de proc&#233;der avant les semailles d'automne &#224; une nouvelle &#233;puration des kolkhozes afin de r&#233;duire les r&#233;sistances cach&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qui a sign&#233; cette d&#233;cision ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le camarade Toula&#233;v, troisi&#232;me secr&#233;taire du C.C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev remercia s&#232;chement, coupa la communication, ass&#233;na un coup de poing mou sur la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est positivement fou&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une bouff&#233;e de haine lui monta &#224; la t&#234;te contre Toula&#233;v, les longues moustaches de Toula&#233;v, la face large de Toula&#233;v, le bureaucrate sans c&#339;ur Toula&#233;v, l'affameur Toula&#233;v&#8230; Alia Sa&#239;dovna vit rentrer ce soir-l&#224; un Mak&#233;ev mauvais, ressemblant &#224; un bouledogue. Il ne l'entretenait que tr&#232;s rarement des affaires ; il se parlait davantage &#224; lui-m&#234;me car, sous le coup de l'&#233;motion, penser en silence lui devenait difficile. Alia au doux profil mat, des monnaies d'or sous les lobes de ses jolies oreilles, l'entendit gronder :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne veux pas d'une nouvelle famine, moi. Nous avons pay&#233; notre &#233;cot, mon vieux, &#231;a suffit. Je ne marche plus. La r&#233;gion n'en peut plus. Les routes meurent ! Non, non, non, non. J'&#233;cris au C.C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il le fit, apr&#232;s une nuit blanche, une nuit d'angoisse. La premi&#232;re fois de sa vie, Mak&#233;ev refusait d'ex&#233;cuter un ordre du C.C., y d&#233;non&#231;ait l'erreur, la folie, le crime. Tant&#244;t c'&#233;tait trop fort, tant&#244;t pas assez : &#224; se relire, terrifi&#233; de sa propre audace, il se disait qu'il e&#251;t r&#233;clam&#233; lui-m&#234;me l'exclusion et l'arrestation de quiconque se f&#251;t permis de commenter en ces termes une directive du parti. Mais les labours envahis par l'ivraie, les pistes mang&#233;es par l'herbe, les enfants aux ventres ballonn&#233;s par la faim, les &#233;choppes vides du commerce-d&#233;tail &#233;tatis&#233;, les regards noirs des paysans &#233;taient l&#224;, r&#233;ellement l&#224;. Il d&#233;chira coup sur coup plusieurs brouillons. Alia, chaude et inqui&#232;te, se retournait, fi&#233;vreuse, dans le grand lit ; elle ne l'attirait plus que rarement &#8211; petite femelle qui ne comprendrait jamais. Le m&#233;moire sur la n&#233;cessit&#233; de diff&#233;rer ou annuler la circulaire Toula&#233;v concernant la nouvelle &#233;puration des kolkhozes partit le lendemain. Mak&#233;ev eut la migraine, tra&#238;na dans les chambres, en pantoufles, d&#233;braill&#233;, derri&#232;re les volets clos &#224; la grande chaleur. Alia lui apportait, sur un plateau, des petits verres de vodka, des concombres sal&#233;s, de grands verres d'eau si fra&#238;che que la bu&#233;e les endiamentait. L'insomnie lui laissait les yeux rouges, il avait les joues velues, ne s'&#233;tant pas ras&#233;, il sentait la sueur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu devrais faire un voyage, Art&#232;me, sugg&#233;ra Alia, &#231;a te ferait du bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il l'aper&#231;ut : la chaleur hallucinante de trois heures embrasait la ville, les plaines, les steppes environnantes, transper&#231;ait les parois de la demeure, brasillait dans les veines alourdies. Trois pas &#224; peine le s&#233;paraient d'Alia qui recula, chancela au bord du divan, renvers&#233;e, violemment p&#233;trie du cou aux genoux par les mains s&#232;ches d'Art&#232;me, la bouche &#233;cras&#233;e par sa bouche suffocante ; d&#233;chir&#233; le kaftan de soie qui ne c&#233;dait pas assez vite, meurtries les jambes insuffisamment promptes &#224; s'ouvrir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alia, tu es velout&#233;e comme une p&#234;che, dit Mak&#233;ev en se relevant, rafra&#238;chi. Le C.C. va voir maintenant si c'est cet imb&#233;cile de Toula&#233;v qui a raison &#8211; ou moi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possession de la femme lui procurait pour un moment le sentiment d'une victoire sur l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa bataille contre Toula&#233;v, Mak&#233;ev ne pouvait que la perdre en quinze jours. Accus&#233; par son puissant adversaire de verser dans la &#171; d&#233;viation opportuniste de droite &#187;, il se vit au bord de l'ab&#238;me. Des chiffres et plusieurs lignes du m&#233;moire Mak&#233;ev cit&#233;s pour d&#233;noncer &#171; les incoh&#233;rences de la politique agraire du Bureau politique &#187; et &#171; le funeste aveuglement de certains dirigeants &#187;, se retrouvaient dans un document probablement r&#233;dig&#233; par Boukharine et livr&#233; &#224; la Commission de Contr&#244;le par un indicateur. Mak&#233;ev, se voyant perdu, se renia sur l'heure avec passion. Le Politbureau et l'Orgbureau &#8211; bureau d'organisation &#8211; d&#233;cid&#232;rent de le maintenir &#224; son poste puisqu'il abjurait ses erreurs et proc&#233;dait avec une &#233;nergie exemplaire &#224; la nouvelle &#233;puration des kolkhozes. Loin d'&#233;pargner ses propres prot&#233;g&#233;s, il se montra si soup&#231;onneux envers eux que plusieurs prirent le chemin des camps de concentration. Rejetant sur eux ses propres responsabilit&#233;s, il refusait durement de les voir ou d'interc&#233;der pour eux. Du fond des prisons, certains &#233;crivirent qu'ils n'avaient fait qu'ex&#233;cuter ses ordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; L'insouciance contre-r&#233;volutionnaire de ces &#233;l&#233;ments d&#233;moralis&#233;s, dit alors Mak&#233;ev, ne m&#233;rite aucune indulgence. Ils ne visent qu'&#224; discr&#233;diter la direction du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui-m&#234;me finissait par le croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'allait-on pas se souvenir de son d&#233;saccord avec Toula&#233;v lors de l'&#233;lection du Conseil supr&#234;me ? Un flottement dans les comit&#233;s du parti inqui&#233;ta Mak&#233;ev. En maint endroit on pr&#233;f&#233;rait aux candidatures de dirigeants communistes celles des hauts fonctionnaires de la S&#251;ret&#233; ou des g&#233;n&#233;raux. Jour de joie ! La rumeur officielle rapporta ce propos d'un membre du Bureau politique : &#171; La candidature Mak&#233;ev est la seule possible dans la r&#233;gion de Kourgansk&#8230; Mak&#233;ev est un b&#226;tisseur. &#187; Les transparents surgirent aussit&#244;t en travers des rues, clamant : Votez pour le b&#226;tisseur Mak&#233;ev ! &#8211; candidat unique, du reste. &#192; la premi&#232;re session du Conseil supr&#234;me, &#224; Moscou, Mak&#233;ev, &#224; l'apog&#233;e de son destin, rencontra dans les couloirs Bl&#252;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Salut, Art&#232;me ! lui dit le commandant en chef de la valeureuse Arm&#233;e sp&#233;ciale du Drapeau rouge de l'Extr&#234;me-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev, enivr&#233;, r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Salut, mar&#233;chal ! Comment vas-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils all&#232;rent ensemble au buffet, bras dessus, bras dessous comme de vieux copains qu'ils &#233;taient. &#201;paissis tous les deux, les visages pleins et soign&#233;s, des poches de fatigue sous les yeux, habill&#233;s de drap fin bien coup&#233;, d&#233;cor&#233;s : Bl&#252;cher portait sur le sein droit quatre plaques &#233;clatantes, trois de l'ordre du Drapeau rouge, une de l'ordre de L&#233;nine ; Mak&#233;ev, moins h&#233;ro&#239;que, n'avait qu'un Drapeau rouge et l'insigne du Travail&#8230; L'&#233;trange fut qu'ils n'eurent rien &#224; se dire. Ils &#233;chang&#232;rent avec une joie sinc&#232;re des phrases de journal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alors, tu b&#226;tis, mon cher vieux ? &#199;a va ? Heureux, solide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alors, mar&#233;chal, tu les tiens en respect les petits Japs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#199;a oui, ils peuvent toujours venir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des d&#233;put&#233;s du Nord sib&#233;rien, de l'Asie centrale, du Caucase, en costumes nationaux s'attroupaient pour les consid&#233;rer. Mak&#233;ev, sur qui rejaillissait la gloire de l'homme de guerre, s'admirait lui-m&#234;me. Il pensa : &#171; Nous ferions un beau clich&#233;. &#187; Le souvenir de cet instant m&#233;morable lui devint amer &#224; quelques mois de l&#224;, apr&#232;s les combats de Tchang-Kou-Feng o&#249; l'arm&#233;e d'Extr&#234;me-Orient reconquit sur les Japonais deux hauteurs contest&#233;es dominant la baie de Possiet, dont l'importance strat&#233;gique jusqu'alors ignor&#233;e se r&#233;v&#233;lait &#233;norme. Le message d'information du C.C., consacr&#233; &#224; ces &#233;v&#233;nements glorieux, ne fit pas mention du nom de Bl&#252;cher. Mak&#233;ev comprit et fut glac&#233;. Il se sentit compromis. Bl&#252;cher, Bl&#252;cher descendait &#224; son tour aux t&#233;n&#232;bres souterraines ! Inconcevable !&#8230; Quelle chance que nul clich&#233; n'ait fix&#233; l'image de leur dernier entretien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev vivait assez calmement au milieu des proscriptions parce qu'elles ravageaient surtout des cercles dirigeants d'autrefois et de la veille auxquels il n'appartenait plus. &#171; En gros, socialement, la vieille g&#233;n&#233;ration est us&#233;e&#8230; Tant pis pour elle, l'&#233;poque n'est pas aux sentiments&#8230; H&#233;ros d'hier, d&#233;chets d'aujourd'hui, c'est la dialectique de l'histoire&#8230; &#187; Ses arri&#232;re-pens&#233;es lui disaient que sa g&#233;n&#233;ration &#224; lui montait, par contre, pour remplacer celle qui succombait. Des hommes moyens devenaient grands, leur jour venu, n'&#233;tait-ce point justice ? Bien qu'il e&#251;t connu et admir&#233; au pouvoir bon nombre des accus&#233;s des grands proc&#232;s, il acceptait leur fin avec une sorte de z&#232;le. Ne comprenant que l'argument &#233;pais, l'&#233;normit&#233; des accusations ne lui d&#233;plaisait pas &#8211; nous ne sommes pas des subtils, nous autres, et quoi de plus naturel que d'accabler sous le mensonge l'ennemi qu'il faut supprimer ? Exigence de la psychologie des masses d'un pays arri&#233;r&#233;. Appel&#233; au pouvoir par les sous-ordres du chef unique, incorpor&#233; &#224; la puissance des proscripteurs, Mak&#233;ev ne s'&#233;tait jamais senti menac&#233;. En abattant Bl&#252;cher, une invisible faux l'effleurait. Le mar&#233;chal avait-il &#233;t&#233; relev&#233; de son commandement ? Arr&#234;t&#233; ? Allait-il repara&#238;tre ? Si on ne le jugeait pas, c'&#233;tait peut-&#234;tre que tout n'&#233;tait pas encore fini pour lui ; quoi qu'il en f&#251;t, on ne pronon&#231;ait plus son nom&#8230; Mak&#233;ev e&#251;t voulu l'oublier, mais ce nom, cette ombre le poursuivaient dans son travail, dans son silence, dans son sommeil, il eut peur, en prenant la parole devant des fonctionnaires de la r&#233;gion, de tout &#224; coup jeter ce nom obs&#233;dant au travers d'une p&#233;riode. Et plus il le chassait de son &#226;me, plus ce nom revenait sur ses l&#232;vres, au point qu'il crut l'avoir m&#234;l&#233;, dans un message lu &#224; haute voix, &#224; ceux des membres du Bureau politique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La langue ne m'a-t-elle pas fourch&#233; ? demanda-t-il d'un ton n&#233;gligent, &#224; l'un des membres du Comit&#233; r&#233;gional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et une angoisse folle le tenaillait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais non, r&#233;pondit le camarade interrog&#233;. C'est singulier. Vous l'avez cru ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev le regarda, saisi d'une vague terreur. &#171; Il se joue de moi&#8230; &#187; Les deux hommes rougirent, embarrass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous avez &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;loquent, Art&#232;me Art&#233;mi&#233;vitch, dit le membre du Comit&#233;, pour rompre la g&#234;ne. Vous avez lu l'adresse au Bureau politique avec un magnifique &#233;lan&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev acheva de se troubler. Ses grosses l&#232;vres remuaient en silence. Il faisait un effort insens&#233; pour ne pas dire : &#171; Bl&#252;cher, Bl&#252;cher, Bl&#252;cher, vous entendez ? J'ai nomm&#233; Bl&#252;cher, Bl&#252;cher&#8230; &#187; Son interlocuteur s'inqui&#233;ta :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous vous sentez mal, camarade Mak&#233;ev ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Un &#233;tourdissement, dit Mak&#233;ev, qui avalait sa salive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il surmonta cette crise, il vainquit l'obsession, Bl&#252;cher ne reparut pas, ce fut un peu plus fini chaque jour. D'autres disparitions, de moindre importance, continuaient. Mak&#233;ev d&#233;cida fermement de les ignorer. &#171; Les hommes tels que moi ont besoin d'un c&#339;ur de pierre. Nous b&#226;tissons sur des cadavres, mais nous b&#226;tissons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e-l&#224;, les &#233;purations et les mutations de personnel ne prirent fin, dans la r&#233;gion de Kourgansk, qu'au milieu de l'hiver. &#192; la veille du printemps, par une nuit de f&#233;vrier, Toula&#233;v fut tu&#233; &#224; Moscou. Mak&#233;ev, en apprenant cette nouvelle, poussa un cri de joie. Alia, le corps moul&#233; dans de la soie, faisait des patiences. Mak&#233;ev jeta devant lui l'enveloppe rouge des messages confidentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; En voil&#224; un qui ne l'a pas vol&#233; ! T&#234;te de pierre ! &#199;a l'attendait depuis longtemps. Un attentat ? Simplement quelque type dont il empoisonnait l'existence lui aura flanqu&#233; une brique sur la gueule&#8230; Il l'a bien cherch&#233;, avec son caract&#232;re de chien hargneux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qui ? demanda Alia sans lever la t&#234;te parce qu'entre elle et le roi de c&#339;ur les cartes faisaient pour la deuxi&#232;me fois surgir la dame de carreau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Toula&#233;v. On m'&#233;crit de Moscou qu'il vient d'&#234;tre assassin&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mon Dieu, dit Alia, pr&#233;occup&#233;e par la dame de carreau, sans doute une femme blonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev reprit avec irritation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je t'ai d&#233;j&#224; dit cent fois de ne pas invoquer Dieu comme une paysanne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cartes claqu&#232;rent sous les jolis doigts aux ongles rouge sang. Agacement. La dame de carreau confirmait les allusions perfides de la femme du pr&#233;sident du soviet, Doroth&#233;ya Guermanovna, une Allemande au grand corps mou, qui savait toutes les histoires de la ville depuis dix ans&#8230; et les r&#233;ticences habiles de la manucure et les donn&#233;es mortellement pr&#233;cises de la lettre anonyme laborieusement compos&#233;e en gros caract&#232;res d&#233;coup&#233;s dans les journaux, il y en avait bien quatre cents coll&#233;s un &#224; un pour d&#233;noncer la caissi&#232;re du cin&#233;ma L'Aurore qui couchait auparavant avec le directeur des services communaux, devenue depuis plus d'un an la ma&#238;tresse d'Art&#232;me Art&#233;mi&#233;vitch, &#224; preuve qu'elle avait fait l'hiver pass&#233; un avortement &#224; la clinique du Gu&#233;peou, re&#231;ue sur recommandation personnelle, puis avait eu un cong&#233; pay&#233; d'un mois, pass&#233; &#224; la maison de repos des travailleurs de l'Enseignement, sur recommandation sp&#233;ciale, &#224; preuve que le camarade Mak&#233;ev s'&#233;tait alors rendu deux fois &#224; la maison de repos et m&#234;me y avait pass&#233; la nuit&#8230; L'&#233;p&#238;tre continuait ainsi plusieurs pages durant, tout en lettres chevauchantes, in&#233;gales, formant des dessins saugrenus. Alia leva sur Mak&#233;ev des yeux charg&#233;s d'une attention tellement intense qu'ils en devenaient cruels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce qu'il y a ? demanda l'homme vaguement inquiet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qui est-ce que l'on a tu&#233; ? demanda la femme, d&#233;figur&#233;e par l'attention et la d&#233;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais Toula&#233;v, Toula&#233;v, es-tu sourde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alia s'approcha de lui &#224; le toucher, p&#226;le, droite, les &#233;paules durcies, les l&#232;vres tremblantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et cette caissi&#232;re blonde, qui est-ce qui la tuera, dis-le-moi, tra&#238;tre et menteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev commen&#231;ait &#224; saisir la gravit&#233; du choc pour le parti : remaniement du C.C., r&#232;glement des comptes dans les bureaux, attaques de fond contre la droite, accusations mortelles contre la gauche exclue, ripostes, quelles ripostes ? Un vent nocturne, &#233;norme et tournoyant, chassait de cette chambre la calme lumi&#232;re du jour, l'enveloppait, lui faisait courir jusque dans ses moelles des frissons froids&#8230; &#192; travers ces terribles souffles noirs, la pauvre apostrophe trembl&#233;e d'Alia, le pauvre masque brouill&#233; d'Alia lui parvenaient mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Fous-moi la paix ! cria-t-il, hors de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne savait pas penser &#224; la fois aux grandes choses et aux petites. Il s'enferma avec son secr&#233;taire priv&#233; pour pr&#233;parer le discours qu'il prononcerait le soir &#224; l'assembl&#233;e extraordinaire des fonctionnaires du parti, un discours massue, cri&#233; du fond de la poitrine, ponctu&#233; du poing ferm&#233;. Il parla comme s'il se f&#251;t battu l&#224;, en combat singulier, avec les ennemis du parti. Ceux des T&#233;n&#232;bres, la contre-r&#233;volution mondiale, le trotskysme au groin de m&#233;tal marqu&#233; d'une croix gamm&#233;e, le fascisme, le Mikado&#8230; &#171; Malheur &#224; la vermine puante qui a os&#233; lever une main arm&#233;e contre notre grand parti ! Nous l'an&#233;antirons &#224; jamais, jusque dans sa descendance ! &#201;ternelle m&#233;moire &#224; notre grand, &#224; notre sage camarade Toula&#233;v, bolchevik de fer, disciple in&#233;branlable de notre chef bien-aim&#233;, le plus grand des hommes de tous les si&#232;cles !&#8230; &#187; &#192; cinq heures du matin, tremp&#233; de sueur, entour&#233; de secr&#233;taires &#233;reint&#233;s, Mak&#233;ev corrigeait encore le texte st&#233;nographique de son discours qu'un courrier sp&#233;cial, partant deux heures plus tard, apporterait &#224; Moscou. Quand il se coucha, le grand jour r&#233;gnait lumineusement sur la ville, les plaines, les chantiers, les pistes des caravanes. Alia venait de s'assoupir apr&#232;s une nuit de tourments. Percevant la pr&#233;sence du mari, voici qu'elle ouvrit les yeux sur la blancheur du plafond, la r&#233;alit&#233;, sa souffrance. Et elle descendit doucement du lit, presque nue, s'entrevit dans le miroir, les cheveux d&#233;faits, les seins tombants, bl&#234;me, enlaidie, d&#233;laiss&#233;e, humili&#233;e, pareille &#224; une vieille femme &#8211; &#224; cause de la caissi&#232;re blonde du cin&#233;ma L'Aurore. Se rendait-elle compte de ce qu'elle faisait ? Qu'allait-elle chercher dans le tiroir &#224; colifichets ? Elle y trouva un petit couteau de chasse &#224; manche de corne, qu'elle prit. Elle revint vers le lit. Les draps &#233;cart&#233;s, la robe de chambre ouverte, Art&#232;me dormait profond&#233;ment, la bouche close, le bord des narines ourl&#233; de gouttelettes, son grand corps nu, couvert de poils fauves, abandonn&#233;&#8230; Alia le contempla un moment comme &#233;tonn&#233;e de le reconna&#238;tre, plus &#233;tonn&#233;e encore d'y d&#233;couvrir quelque chose de tout &#224; fait inconnu, quelque chose qui lui &#233;chappait sans r&#233;mission, peut-&#234;tre une pr&#233;sence &#233;trang&#232;re, une &#226;me de sommeil, pareille &#224; une lueur secr&#232;te que le r&#233;veil dissipait. &#171; Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu &#187;, se r&#233;p&#233;tait mentalement Alia pressentant qu'en elle-m&#234;me une force allait lever le couteau, ramasser un &#233;lan, frapper ce corps m&#226;le &#233;tendu, ce corps m&#226;le aim&#233; jusqu'au fond de la haine. O&#249; frapper ? Chercher le c&#339;ur, bien prot&#233;g&#233; par une cuirasse d'os et de chair, difficile &#224; atteindre en profondeur, trouer le ventre offert, o&#249; les blessures sont facilement mortelles, d&#233;chirer le sexe couch&#233; dans sa toison, chair molle, ex&#233;crable et attendrissante ? Cette id&#233;e, mais ce n'&#233;tait pas une id&#233;e, c'&#233;tait d&#233;j&#224; l'&#233;bauche d'un acte, chemina t&#233;n&#233;breusement dans les centres nerveux&#8230; Ce sombre flux en croisa un autre, d'inqui&#233;tude. Alia tourna la t&#234;te et vit que Mak&#233;ev, les yeux grands ouverts, la regardait avec une sagacit&#233; terrifiante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alia, dit-il simplement, jette ce couteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fut paralys&#233;e. Redress&#233; d'un bond, Art&#232;me lui serrait le poignet, ouvrait sa petite main d&#233;bile, jetait au loin le couteau &#224; manche de corne. Alia s'affaissait dans la honte et le d&#233;sespoir, de grosses larmes &#233;tincelantes suspendues aux cils. Elle se sentait une enfant mauvaise prise en faute, sans secours concevable, et maintenant il la rejetterait loin de lui ainsi qu'une chienne malade &#8211; &#224; noyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu voulais me tuer ? dit-il. Tuer Mak&#233;ev, secr&#233;taire du Comit&#233; r&#233;gional, toi, membre du parti ? Tuer le b&#226;tisseur Mak&#233;ev, mis&#233;rable ? Me tuer pour une caissi&#232;re blonde, sotte que tu es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re montait en lui, au travers de ces paroles claires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, dit Alia, faiblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Imb&#233;cile, imb&#233;cile ! On t'aurait gard&#233;e six mois dans une cave, y as-tu pens&#233; ? Puis une nuit, vers deux heures du matin, on t'aurait emmen&#233;e derri&#232;re la gare et envoy&#233; une balle l&#224;, tiens, l&#224; (il lui pla&#231;a une dure chiquenaude sur la nuque), comprends-tu ? Veux-tu qu'on divorce ce matin m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle dit rageusement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en m&#234;me temps plus bas, ses longs cils abaiss&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non. Tu es un menteur et un tra&#238;tre, r&#233;p&#233;tait-elle avec une sorte d'automatisme en essayant de rassembler ses id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle continua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; On a tu&#233; Toula&#233;v pour moins et tu t'en es r&#233;joui. Tu l'avais pourtant aid&#233; &#224; organiser la famine, tu le disais assez souvent ! Mais lui n'a peut-&#234;tre pas menti &#224; une femme, comme toi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait de si terribles propos que Mak&#233;ev ouvrit sur sa femme des yeux affol&#233;s. Il se sentit d&#233;sesp&#233;r&#233;ment d&#233;bile. La fureur seule l'emp&#234;cha de d&#233;faillir. Il &#233;clata :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Jamais ! Jamais je n'ai dit ni pens&#233; ton criminel galimatias&#8230; Tu es indigne du parti&#8230; Salet&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il erra dans la chambre en tous sens, en gesticulant comme un d&#233;ment. Alia, allong&#233;e sur le divan, le visage dans les coussins, ne bougeait pas. Il revint tout &#224; coup vers elle, une ceinture de cuir &#224; la main, lui &#233;crasa la nuque de sa main gauche, et de la droite frappa, fouetta, fouetta &#224; en perdre haleine le corps &#224; peine couvert de soie qui se convulsait doucement sous sa poigne&#8230; Quand ce corps cessa de bouger, quand le souffle g&#233;missant d'Alia parut s'&#233;teindre, Mak&#233;ev, apais&#233;, se retourna, s'&#233;carta, revint essuyer doucement avec un tampon imbib&#233; d'eau de Cologne le visage de sa femme devenue en quelques instants laide, d'une laideur pitoyable de petite fille&#8230; Il alla chercher de l'ammoniaque, mouilla des essuie-mains, fut diligent et habile ainsi qu'un bon infirmier&#8230; Et, reprenant ses sens, Alia vit pench&#233;s sur elle les yeux verts de Mak&#233;ev, aux prunelles r&#233;tr&#233;cies, pareils &#224; des yeux de chat&#8230; Art&#232;me lui embrassa lourdement, chaudement le visage, puis se d&#233;tourna d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Repose-toi, petite sotte, je vais travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie normale reprit pour Mak&#233;ev, entre Alia silencieuse et la dame de carreau, envoy&#233;e par pr&#233;caution aux chantiers de la nouvelle usine &#233;lectrique, entre plaine et for&#234;t, o&#249; elle dirigeait l'enregistrement du courrier. Ces chantiers travaillaient vingt-quatre heures par jour. Le secr&#233;taire du Comit&#233; r&#233;gional y faisait de fr&#233;quentes apparitions afin de stimuler l'effort des brigades d'&#233;lite, de suivre lui-m&#234;me l'ex&#233;cution des plans hebdomadaires, de recevoir les rapports du personnel technique, de contresigner les t&#233;l&#233;grammes adress&#233;s chaque jour au Centre&#8230; Il en revenait &#233;puis&#233;, sous les &#233;toiles limpides. (Pendant ce temps, quelque part dans la ville, des mains inconnues, travaillant au c&#339;ur du myst&#232;re, d&#233;coupaient obstin&#233;ment dans des journaux des lettres d'alphabet de toutes dimensions, les collectionnaient, les alignaient sur des feuilles de cahier ; il en faudrait bien cinq cents pour l'&#233;p&#238;tre m&#233;dit&#233;e. Ce patient travail s'accomplissait dans la solitude, le mutisme, l'&#233;veil de tous les sens ; les journaux mutil&#233;s, alourdis d'une pierre, descendaient au fond d'un puits, car les br&#251;ler e&#251;t fait de la fum&#233;e &#8211; pas de fum&#233;e sans feu n'est-il pas vrai ? Les mains secr&#232;tes appr&#234;taient l'alphabet d&#233;moniaque, l'esprit ignor&#233; du monde r&#233;unissait les traits, les indices &#233;pars, les &#233;l&#233;ments infinit&#233;simaux de plusieurs certitudes cach&#233;es, inavouables&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev projetait de se rendre &#224; Moscou pour y d&#233;battre avec les dirigeants de l'&#233;lectrification la question des mat&#233;riaux d&#233;ficitaires ; par la m&#234;me occasion, il informerait le C.C. et l'Ex&#233;cutif central des progr&#232;s r&#233;alis&#233;s au cours du semestre dans l'am&#233;nagement des routes et l'irrigation (gr&#226;ce &#224; la main-d'&#339;uvre p&#233;nitentiaire &#224; bon march&#233;) ; peut-&#234;tre ces progr&#232;s compenseraient-ils le d&#233;p&#233;rissement de l'artisanat, la crise de l'&#233;levage, le mauvais &#233;tat des cultures industrielles, le ralentissement du travail aux ateliers du chemin de fer&#8230; Il re&#231;ut avec plaisir le bref message &#8211; confidentiel, urgent &#8211; du C.C. l'invitant &#224; assister &#224; une conf&#233;rence des secr&#233;taires r&#233;gionaux du Sud-Ouest. Parti deux jours d'avance, Mak&#233;ev d&#233;pouilla all&#232;grement dans le coup&#233; bleu du wagon-lit les rapports du Conseil &#233;conomique de la r&#233;gion. Les sp&#233;cialistes de la commission centrale du Plan trouveraient &#224; lui parler ! Des champs de neige illimit&#233;s, sem&#233;s de pauvres toits, fuyaient dans les glaces ; l'horizon des bois &#233;tait triste sous les ciels plomb&#233;s, la lumi&#232;re remplissait les espaces blancs d'une immense attente. Mak&#233;ev contempla les belles terres noires qu'un d&#233;gel pr&#233;matur&#233; couvrait par endroits de flaques dans lesquelles se poursuivaient les nuages. &#171; Indigente Russie, opulente Russie ! &#187;, murmurait-il parce que L&#233;nine, en 1918, cita ces deux vers de Nekrassov. Les Mak&#233;ev, &#224; force de labourer ces terres, y faisaient surgir de l'indigence l'opulence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la gare de Moscou, Mak&#233;ev obtint sans peine qu'on lui envoy&#226;t une auto du C.C. et ce fut une grande voiture am&#233;ricaine d'une forme singuli&#232;re, arrondie, allong&#233;e, &#171; a&#233;rodynamique &#187;, expliqua le chauffeur, v&#234;tu &#224; peu pr&#232;s comme les chauffeurs des millionnaires dans les films d'importation. Mak&#233;ev trouva qu'en sept mois bien des choses s'&#233;taient am&#233;lior&#233;es dans la capitale. La vie s'y poursuivait au milieu d'une transparence grise, sur le nouvel asphalte, tous les jours nettoy&#233; des neiges, avec acharnement. Les &#233;talages avaient bonne mine. &#192; la commission centrale du Plan, dans un building en ciment arm&#233;, verre et acier, de deux &#224; trois cents bureaux, Mak&#233;ev, re&#231;u en tr&#232;s gros personnage, selon son rang, par des fonctionnaires &#233;l&#233;gants, &#224; grosses lunettes et complets d'allure britannique, obtint sans effort ce qu'il souhaitait : mat&#233;riaux, suppl&#233;ment de cr&#233;dits, renvoi d'un dossier au service des projets, cr&#233;ation d'une route hors plan. Comment e&#251;t-il pu deviner que les mat&#233;riaux n'existaient pas et que toutes ces comp&#233;tences impressionnantes n'avaient plus elles-m&#234;mes qu'une existence spectrale, le B.P. venant de d&#233;cider en principe l'&#233;puration et la r&#233;organisation compl&#232;te des bureaux du grand plan ? Mak&#233;ev, content, fut plus important que jamais. Sa pelisse carr&#233;e, sa simple casquette fourr&#233;e, contrastaient avec la mise parfaite des techniciens et faisaient ressortir en lui le b&#226;tisseur provincial. &#171; Nous autres, d&#233;fricheurs des terres vierges&#8230; &#187; Il pla&#231;ait de petites phrases comme celle-ci dans l'entretien, et elles ne sonnaient pas faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des rares vieux camarades qu'il tenta de rechercher le deuxi&#232;me jour, pas un ne se trouva &#224; sa port&#233;e. L'un &#233;tait malade dans une clinique de la grande banlieue, trop loin ; sur deux autres, il n'obtint, par le t&#233;l&#233;phone, que des r&#233;ponses &#233;vasives, Mak&#233;ev, la seconde fois, se f&#226;cha. &#171; Ici Mak&#233;ev, vous dis-je. Mak&#233;ev du C.C., vous m'entendez ? Je vous demande o&#249; est Foma, on peut bien me le dire &#224; moi, je pense&#8230; &#187; L'incertaine voix d'homme, au bout du fil, baissa de ton comme si elle e&#251;t voulu se d&#233;rober, et murmura : &#171; Il est arr&#234;t&#233;&#8230; &#187; Arr&#234;t&#233;, Foma, bolchevik de 1904, fid&#232;le &#224; la ligne g&#233;n&#233;rale, ex-membre de la commission centrale de contr&#244;le, membre du coll&#232;ge sp&#233;cial de la S&#251;ret&#233; ? Mak&#233;ev suffoqua, grima&#231;a, perdit un moment sa contenance. Que se passait-il encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;cida de passer la soir&#233;e seul, &#224; l'Op&#233;ra. Entr&#233; dans la grande loge gouvernementale, autrefois celle de la famille imp&#233;riale, un peu apr&#232;s le lever du rideau, il n'y trouva qu'un couple de vieilles gens install&#233; au premier rang vers la gauche. Mak&#233;ev salua discr&#232;tement Popov, l'un des directeurs de conscience du parti, petit vieux n&#233;glig&#233; au teint gris, au profil mou, &#224; la barbiche jaun&#226;tre, v&#234;tu d'une tunique grise d&#233;form&#233;e aux poches ; sa compagne lui ressemblait &#233;tonnamment. Il parut &#224; Mak&#233;ev qu'elle lui rendait &#224; peine son salut, &#233;vitant m&#234;me de tourner la t&#234;te vers lui. Popov croisa les bras sur le velours de l'appui, toussota, fit la moue, tout &#224; fait absorb&#233; par le spectacle. Mak&#233;ev prit place &#224; l'autre bout du rang. Les fauteuils vides agrandissaient la distance entre lui et eux ; m&#234;me rapproch&#233;s, la vaste loge les e&#251;t environn&#233;s de solitude. Mak&#233;ev ne parvint &#224; s'int&#233;resser ni &#224; la sc&#232;ne ni &#224; la musique &#8211; qui le so&#251;lait comme une drogue, remplissant tout son &#234;tre d'&#233;moi, sa t&#234;te d'images sans suite, tant&#244;t violentes, tant&#244;t plaintives, sa gorge de cris pr&#234;ts &#224; na&#238;tre ou de soupirs, ou d'une sorte de lamentation. Il se r&#233;p&#233;ta que tout allait tr&#232;s bien, que c'&#233;tait un des plus beaux spectacles du monde, encore qu'appartenant &#224; la culture de l'ancien r&#233;gime, mais de cette culture nous sommes les h&#233;ritiers l&#233;gitimes, les conqu&#233;rants, Et puis, ces danseuses, ces jolies danseuses, pourquoi ne pas les oublier ? (D&#233;sirer &#233;tait encore une de ses fa&#231;ons d'oublier.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'entracte, les Popov s'en all&#232;rent si discr&#232;tement qu'il ne s'aper&#231;ut de leur d&#233;part qu'&#224; l'accroissement de sa solitude dans la vaste loge. Un moment il contempla debout l'amphith&#233;&#226;tre constell&#233; de feux, de toilettes et d'uniformes. &#171; Notre Moscou, capitale du monde. &#187; Mak&#233;ev sourit. Sur le chemin du foyer, un officier &#224; lunettes biseaut&#233;es, qui avait au-dessus d'une moustache habilement d&#233;coup&#233;e en carr&#233;, un petit nez recourb&#233;, en bec de chouette, le salua tr&#232;s respectueusement. Mak&#233;ev, en lui rendant son salut, l'arr&#234;ta d'un mouvement du menton. L'autre se pr&#233;senta :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Capitaine Pakhomov, commandant du service d'ordre, heureux de vous servir, camarade Mak&#233;ev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flatt&#233; d'&#234;tre reconnu, Mak&#233;ev l'e&#251;t volontiers embrass&#233;. L'insolite solitude s'&#233;vanouissait. Mak&#233;ev s'accrocha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ah, vous venez d'arriver, camarade Mak&#233;ev, disait Pakhomov, lentement, comme s'il r&#233;fl&#233;chissait &#224; des choses ; alors vous ne connaissez pas nos nouvelles installations de d&#233;cors, achet&#233;es &#224; New York et mont&#233;es en novembre ? Vous devriez les voir, elles ont &#233;merveill&#233; Meyerhold&#8230; Voulez-vous que je vous attende &#224; l'entracte du III pour vous piloter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de r&#233;pondre, Mak&#233;ev pla&#231;a d'un ton d&#233;gag&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dites-moi, capitaine Pakhomov, cette petite actrice au turban vert, si gracieuse, qui est-ce ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nez en bec de chouette et les yeux nocturnes de Pakhomov s'&#233;clair&#232;rent un peu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Un beau talent, camarade Mak&#233;ev. Tr&#232;s remarqu&#233;e. Paulina Ananieva. Je vous la pr&#233;senterai dans sa loge, elle sera tr&#232;s heureuse, camarade Mak&#233;ev, tr&#232;s heureuse, n'en doutez pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant je me fous de toi, vieux moraliste, vieux renfrogn&#233; de Popov &#8211; de toi et de ta vieille femme, pareille &#224; une vieille dinde d&#233;plum&#233;e. Que comprenez-vous &#224; la vie des &#234;tres forts, des constructeurs, des hommes de grand air, des hommes de combat ? Sous les planchers, au fond des caves, les rats rongent d'obscures nourritures &#8211; vous, vous d&#233;vorez les dossiers, les plaintes, les circulaires, les th&#232;ses que le grand parti vous jette dans les bureaux, et ce sera comme cela jusqu'au jour o&#249; l'on vous enterrera avec plus d'honneurs que vous n'en aurez connus de toute votre morne existence ! &#8211; Mak&#233;ev s'accouda de trois quarts pour presque tourner le dos &#224; ce couple d&#233;plaisant. O&#249; inviter Paulina ? Au bar du M&#233;tropole ? Paulina, beau nom de ma&#238;tresse. Paulina&#8230; Se laisserait-elle entra&#238;ner ce soir ? Paulina&#8230; Mak&#233;ev, envahi par une sorte de f&#233;licit&#233;, attendit l'entracte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaine Pakhomov le guettait au tournant du grand escalier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vous montre d'abord, camarade Mak&#233;ev, les nouvelles machines ; ensuite, nous passons chez Ananieva qui vous attend&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bien, tr&#232;s bien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev suivit l'officier dans un d&#233;dale de corridors de plus en plus &#233;clair&#233;s. Une porti&#232;re pouss&#233;e &#224; sa gauche lui montra des machinistes occup&#233;s autour d'un treuil ; des jeunes gens en blouse bleue balayaient la sc&#232;ne ; un m&#233;canicien se jeta parmi eux, poussant devant lui une sorte de petit projecteur bas sur roues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est passionnant, n'est-ce pas ? dit l'officier &#224; la t&#234;te de chouette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev, le cerveau plein de l'attente d'une femme, r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Magie du th&#233;&#226;tre, cher camarade&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils pass&#232;rent, une porte m&#233;tallique c&#233;da devant eux, se referma derri&#232;re eux, ils se trouv&#232;rent dans l'obscurit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Voyons, qu'est-ce qu'il y a ? s'exclama l'officier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ne bougez pas, permettez camarade Mak&#233;ev, je&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faisait froid. L'obscurit&#233; ne dura que quelques secondes, mais quand se refit une pauvre lumi&#232;re brumeuse de coulisses, de salle d'attente abandonn&#233;e, ou d'antichambre d'un enfer mis&#233;rable, Pakhomov n'&#233;tait plus l&#224; ; de la muraille du fond, par contre, se d&#233;tach&#232;rent plusieurs pardessus noirs, quelqu'un se rapprocha rapidement de Mak&#233;ev, un type &#224; carrure &#233;paisse, le collet du pardessus relev&#233;, la casquette sur les yeux, les mains dans les poches. La voix de cet inconnu murmura tout pr&#232;s, distinctement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Art&#232;me Art&#233;mi&#233;vitch, pas de scandale, je vous en prie. Vous &#234;tes arr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs pardessus l'entouraient, se collaient &#224; lui ; des mains habiles couraient sur lui, lui faisaient violence, rep&#233;raient son revolver&#8230; Mak&#233;ev eut un haut-le-corps violent qui faillit l'arracher &#224; toutes ces mains, &#224; toutes ces &#233;paules, mais elles s'alourdirent, le clou&#232;rent sur place :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas de scandale, camarade Mak&#233;ev, r&#233;p&#233;tait la voix persuasive. Tout s'arrangera sans doute, ce ne doit &#234;tre qu'un malentendu, ob&#233;issez aux ordres&#8230; Pas de bruit, hein ! vous autres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev se laissait entra&#238;ner, presque emporter. On lui passa sa pelisse, deux hommes le prirent par les bras, d'autres le pr&#233;c&#233;daient et le suivaient, ils marchaient ainsi &#224; travers des p&#233;nombres agglom&#233;r&#233;es, comme un seul &#234;tre, remuant maladroitement des jambes multipli&#233;es. L'&#233;troit couloir les &#233;crasa, tr&#233;buchant les uns sur les autres. Derri&#232;re une l&#233;g&#232;re cloison voisine, l'orchestre &#233;clata, avec une prodigieuse douceur. Quelque part dans les prairies, au bord d'un lac argent&#233;, des milliers d'oiseaux saluaient l'aurore, la lumi&#232;re montait de seconde en seconde, un chant s'y m&#234;la, une pure voix de femme s'avan&#231;a &#224; travers ce matin d'outre-monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Doucement, faites attention aux marches, souffla quelqu'un &#224; l'oreille de Mak&#233;ev, et il n'y eut plus ni matin, ni chant, ni rien, mais la nuit froide, une voiture noire, l'inimaginable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. LE VOYAGE DANS LA D&#201;FAITE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ivan Kondratiev subit, avant d'arriver &#224; Barcelone, plusieurs transformations ordinaires. Il fut tout d'abord M. Murray-Barren de Cincinnati (Connecticut, U.S.A.), photographe de la Mondial-Photo-Press, se rendant de Stockholm &#224; Paris par Londres&#8230; Conduit par un taxi aux Champs-&#201;lys&#233;es, il erra un moment &#224; pied, une petite valise rousse &#224; la main, entre la rue Marbeuf et le Grand Palais ; on le vit s'arr&#234;ter devant le Clemenceau d&#233;guis&#233; en vieux soldat, qui chemine sur un bloc de pierre &#224; l'angle du Petit Palais. Le bronze gla&#231;ait l'&#233;lan du vieillard, et c'&#233;tait parfait. On marche ainsi quand on est au bout du chemin, quand quand on n'en peut plus. &#171; Pour combien de temps encore, dur vieillard, as-tu sauv&#233; un monde finissant ? Tu n'as peut-&#234;tre fait que mieux enfoncer dans le roc la mine qui le fera sauter ? &#187; &#8211; &#171; Je les ai foutus dans le p&#233;trin pour cinquante ans&#8230; &#187;, murmurait am&#232;rement le vieil homme de bronze. Kondratiev le consid&#233;ra avec une secr&#232;te sympathie. Il lut, amus&#233;, sur une plaque de marbre blanc encastr&#233;e dans le roc : Cogn&#233;, sculpteur. Deux heures plus tard, M. Murray-Barren sortait d'une maison d'aspect cl&#233;rical du quartier Saint-Sulpice, toujours portant sa l&#233;g&#232;re valise rousse, mais devenu M. Waldemar Laytis, citoyen letton, d&#233;l&#233;gu&#233; en Espagne par la Croix-Rouge de son pays. De Toulouse, survolant des paysages impr&#233;gn&#233;s d'une lumi&#232;re heureuse, les sommets rouill&#233;s des Pyr&#233;n&#233;es, Figueras assoupie, les collines de Catalogne dor&#233;es ainsi qu'une belle chair, un avion d'Air France transporta M. Waldemar Laytis &#224; Barcelone. L'officier du contr&#244;le international de la non-intervention, un Su&#233;dois m&#233;ticuleux, dut penser que la Croix-Rouge des pays baltes d&#233;ployait dans la p&#233;ninsule une louable activit&#233; : M. Laytis &#233;tant bien le cinqui&#232;me ou sixi&#232;me d&#233;l&#233;gu&#233; qu'elle envoyait contempler dans les villes ouvertes les effets des bombardements a&#233;riens. Ivan Kondratiev observant un mouvement d'attention sur le visage de l'officier, se dit seulement que le service de liaison devait abuser du truc. &#192; l'a&#233;rodrome du Prat, un colonel replet, &#224; lunettes, adressa des compliments &#224; M. Laytis, d'une voix tr&#232;s onctueuse, le fit monter dans une belle auto dont la carrosserie portait &#233;l&#233;gamment quelques &#233;raflures de balles, dit au chauffeur : Vaya, amigo. Ivan Kondratiev, messager d'une puissante r&#233;volution victorieuse, songea qu'il p&#233;n&#233;trait dans une r&#233;volution bien malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La situation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Assez bonne. Je veux dire pas tout &#224; fait d&#233;sesp&#233;r&#233;e&#8230; On compte beaucoup sur vous. Un bateau grec sous pavillon britannique coul&#233; cette nuit au large des Bal&#233;ares : munitions, bombardements, tirs d'artillerie, le vacarme quotidien&#8230; No importa. Rumeurs de concentrations dans la r&#233;gion de l'Ebre. Es todo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#192; l'int&#233;rieur ? Les anarchistes ? Les trostkystes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les anarchistes plut&#244;t raisonnables, problablement finis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Puisqu'ils sont raisonnables, dit doucement Kondratiev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les trostkystes presque tous en prison&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tr&#232;s bien. Mais vous avez tard&#233;, dit Kondratiev s&#233;v&#232;rement et quelque chose en lui se contracta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ville, &#233;clair&#233;e avec une somptueuse douceur par le soleil des fins d'apr&#232;s-midi, s'ouvrit devant lui, pareille &#224; beaucoup d'autres villes marqu&#233;es du m&#234;me sceau banalement infernal. Le pl&#226;tras des basses maisons roses ou rouges s'&#233;caillait ; les fen&#234;tres b&#233;aient, carreaux cass&#233;s ; des noirs d'incendie rongeaient parfois la brique, des vitrines de boutiques &#233;taient barr&#233;es de planches. Une cinquantaine de femmes, patientes et bavardes, attendaient &#224; la porte d'un magasin d&#233;vast&#233;. Kondratiev les reconnut &#224; leur teint terreux, &#224; leurs traits tir&#233;s, pour les avoir aper&#231;ues jadis ou nagu&#232;re, pareillement mis&#233;rables, pareillement patientes et bavardes sous le soleil et la bise, aux portes des magasins &#224; P&#233;trograd, &#224; Kiev, &#224; Odessa, &#224; Irkoutsk, &#224; Vladivostok, &#224; Leipzig, &#224; Hambourg, &#224; Canton, &#224; Tchan-Cha, &#224; Wou-han. Cette attente des femmes pour les pommes de terre, le pain amer, le riz, le dernier sucre devait &#234;tre aussi n&#233;cessaire &#224; la transformation sociale que les discours des chefs, les ex&#233;cutions cach&#233;es, les consignes absurdes. Frais g&#233;n&#233;raux. La voiture cahotait comme en Asie centrale. Des villas se montr&#232;rent au milieu de jardins. Dans les feuillages monta une fa&#231;ade blanche travers&#233;e de part en part de trou&#233;es ouvertes en pleine ma&#231;onnerie sur le ciel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quel pourcentage d'habitations endommag&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; No s&#233;. Pas tant que &#231;a, r&#233;pondit nonchalamment le colonel replet, &#224; lunettes, qui semblait m&#226;cher du chewing-gum ; mais il ne m&#226;chait rien, ce n'&#233;tait qu'un tic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le patio d'une r&#233;sidence autrefois riche de Sarria, Ivan Kondratiev distribua en souriant des poign&#233;es de main. La fontaine paraissait rire doucement pour elle-m&#234;me, des colonnes trapues supportaient les vo&#251;tes sous lesquelles l'ombre fra&#238;che &#233;tait bleue. L'eau d'un ruisselet s'&#233;coulait dans une rigole en marbre, un gr&#234;le tapotement de machines &#224; &#233;crire se m&#234;lait &#224; ce l&#233;ger bruit de soie froiss&#233;e que ne troublaient point des explosions lointaines. Ras&#233; de pr&#232;s, v&#234;tu d'un uniforme tout neuf, de l'arm&#233;e r&#233;publicaine, Kondratiev &#233;tait devenu le g&#233;n&#233;ral Roudine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Roudine ? s'exclamait un haut-fonctionnaire des Affaires &#233;trang&#232;res, mais ne vous ai-je pas d&#233;j&#224; rencontr&#233; ? &#192; Gen&#232;ve peut-&#234;tre, &#224; la S.D.N. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Russe se d&#233;rida un peu, fort peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je n'y ai jamais &#233;t&#233;, monsieur, mais vous avez pu rencontrer un personnage portant ce nom dans un roman de Tourgu&#233;niev&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Parbleu ! s'exclama le haut fonctionnaire, mais oui ! Vous savez, Tourgu&#233;niev est presque un classique chez nous&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je le vois avec plaisir, r&#233;pondit poliment Roudine qui commen&#231;ait &#224; se sentir mal &#224; l'aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces Espagnols le choqu&#232;rent tout de suite. Ils &#233;taient sympathiques, enfantins, pleins d'id&#233;es, de projets, de r&#233;criminations, de renseignements confidentiels, de soup&#231;ons &#233;tal&#233;s au grand jour, de secrets dissip&#233;s aux quatre vents par de belles voix chaudes &#8211; et pas un n'avait lu Marx, en v&#233;rit&#233; (quelques-uns mentaient effront&#233;ment en disant l'avoir lu : tellement ignorants du marxisme qu'ils ignoraient qu'un &#233;change de trois phrases suffisait &#224; r&#233;v&#233;ler leur mensonge), pas un n'e&#251;t fait un agitateur passable dans un centre industriel de second ordre comme Zaporoji&#233; ou Choui. Ils trouvaient, par surcro&#238;t, que le mat&#233;riel sovi&#233;tique arrivait en trop petites quantit&#233;s, que les camions &#233;taient mauvais ; &#224; les en croire, la situation devenait partout intenable, mais l'instant suivant eux-m&#234;mes vous proposaient un plan de victoire ; certains pr&#233;conisaient la guerre europ&#233;enne ; des anarchistes entendaient renouveler la discipline, &#233;tablir l'ordre impitoyable, provoquer l'intervention &#233;trang&#232;re ; des r&#233;publicains bourgeois trouvaient les anarchistes trop assagis et reprochaient en termes voil&#233;s aux communistes leur esprit conservateur ; les syndicalistes de la C.N.T. disaient l'U.G.T. catalane &#8211; contr&#244;l&#233;e par les communistes &#8211; grossie de cent mille contre-r&#233;volutionnaires et fascisants au bas mot ; les dirigeants de l'U.G.T. barcelonaise se d&#233;claraient pr&#234;ts &#224; rompre avec l'U.G.T. de Valence-Madrid ; ils d&#233;non&#231;aient partout l'intrigue des anarchistes ; les communistes m&#233;prisaient tous les autres partis mais en prodiguant les politesses &#224; ceux de la bourgeoisie ; ils paraissaient redouter l'organisation fant&#244;me des Amigos de Durutti dont ils affirmaient eux-m&#234;mes qu'elle n'existait pas ; &#224; les croire, les trotskystes non plus n'existaient pas, mais on n'en finissait plus de les traquer, ils renaissaient inexplicablement des cendres les mieux pi&#233;tin&#233;es dans les prisons clandestines ; on se r&#233;jouissait dans les &#233;tats-majors de la mort de quelque militant de L&#233;rida abattu par-derri&#232;re, sur la ligne de feu, en allant chercher la soupe des copains ; on f&#233;licitait de sa fermet&#233; un capitaine de la division Karl Marx qui avait fait fusiller sous un pr&#233;texte habilement imagin&#233; un vieil ouvrier du Partido obrero de unification marxista &#8211; ce parti de la peste. Les comptes n'&#233;taient jamais r&#233;gl&#233;s, il fallait des ann&#233;es pour monter un proc&#232;s incertain contre des g&#233;n&#233;raux qu'en U.R.S.S. on e&#251;t fusill&#233;s sur l'heure sans proc&#232;s. Jamais on n'&#233;tait bien s&#251;r de trouver en nombre suffisant des juges assez compr&#233;hensifs pour les envoyer, sur examen de fausses pi&#232;ces fabriqu&#233;es avec une incroyable n&#233;gligence, finir dans les foss&#233;s de Montjuich &#224; l'heure rayonnante o&#249; les chants d'oiseaux remplissaient le matin d&#233;livr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est notre propre bureau de faussaires qu'il aurait fallu fusiller pour commencer, dit m&#233;chamment Roudine en parcourant le dossier. Ces idiots ne comprennent donc pas qu'un document faux doit au moins ressembler &#224; un document vrai ? Avec ces saloperies-l&#224; on ne peut prendre que des intellectuels d&#233;j&#224; pay&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nos faussaires du d&#233;but sont presque tous fusill&#233;s, mais &#231;a n'a servi &#224; rien, r&#233;pliqua, sur le ton d'extr&#234;me discr&#233;tion qui lui &#233;tait particulier, le Bulgare Youvanov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il expliqua tr&#232;s ironiquement que les faux, dans ce pays d'&#233;clatant soleil o&#249; rien n'est jamais pr&#233;cis, o&#249; les faits br&#251;lants se d&#233;forment au gr&#233; de la combustion, les faux n'arrivaient pas &#224; prendre consistance ; ils rencontraient des obstacles impr&#233;vus ; des canailles finies avaient tout &#224; coup des crises de conscience pareilles aux rages de dents, des ivrognes sentimentaux vendaient la m&#232;che, le d&#233;sordre faisait remonter des profondeurs du g&#226;chis les pi&#232;ces authentiques, le magistrat instructeur gaffait, le Fiscal rougissant se voilait tout &#224; coup la face devant un vieil ami qui le qualifiait de vil gredin, on voyait pour comble arriver de Londres un d&#233;put&#233; de l'Independent Labour Party, habill&#233; d'un tr&#232;s vieux complet gris, maigre, osseux, d'une laideur sp&#233;cifiquement britannique, qui fermait sur son tuyau de pipe des maxillaires d'homme pr&#233;historique, et ne cessait pas de demander avec une obstination d'automate &#171; o&#249; en &#233;tait l'enqu&#234;te sur la disparition d'Andr&#232;s Nin ? &#187;. Les ministres &#8211; encore des types inou&#239;s ! &#8211; le priaient imp&#233;rativement devant quinze personnes de d&#233;mentir &#171; les rumeurs calomnieuses, outrageantes pour la R&#233;publique &#187; et, dans l'intimit&#233;, lui tapaient sur l'&#233;paule : &#171; Ce sont ces salauds-l&#224; qui l'ont eu, mais qu'est-ce que nous y pouvons, voyons ? Nous ne pouvons pas nous battre sans les armes russes, vous comprenez ? Croyez-vous que nous soyons nous-m&#234;mes en s&#233;curit&#233; ? &#187; Aucun de ces hommes d'&#201;tat, y compris ceux du P.C., n'e&#251;t &#233;t&#233; digne d'un modeste emploi dans les services secrets : trop bavards. Un ministre communiste d&#233;non&#231;ait dans la presse, sous un pseudonyme transparent, un coll&#232;gue socialiste comme vendu aux banquiers de la City&#8230; Le vieux socialiste commentait au caf&#233; cette basse prose et le rire secouait son triple menton massif, ses joues lourdes, jusqu'&#224; ses paupi&#232;res cendr&#233;es : &#171; Vendu, vo ! Et ce sont ces jobardes fripouilles qui le disent, elles-m&#234;mes pay&#233;es par Moscou &#8211; avec l'or espagnol, du reste ! &#187; Le mot portait. Le Bulgare Youvanov acheva son rapport :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tous incapables. Les masses magnifiques, malgr&#233; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il soupira :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais qu'elles sont emb&#234;tantes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youvanov portait sur des &#233;paules carr&#233;es une t&#234;te de bell&#226;tre dangereusement s&#233;rieux : cheveux plaqu&#233;s en onde noire sur un cr&#226;ne &#233;pais, regard sournois de dompteur, moustache attentivement ras&#233;e jusqu'au bord m&#234;me de la l&#232;vre sup&#233;rieure dont elle accentuait d'un trait noir le contour. Kondratiev &#233;prouva pour lui une inexplicable antipathie qui se pr&#233;cisa encore quand ils examin&#232;rent ensemble la liste des visiteurs &#224; recevoir. Le Bulgare marquait d'un l&#233;ger haussement d'&#233;paules sa d&#233;faveur pour certains : et les trois qu'il voulut nettement &#233;carter se r&#233;v&#233;l&#232;rent les plus int&#233;ressants : du moins fut-ce d'eux que Kondratiev apprit le plus. Pendant plusieurs jours il ne sortit de ses deux chambrettes blanches, &#224; peine meubl&#233;es du n&#233;cessaire, que pour griller des cigarettes en arpentant le patio, surtout la nuit tomb&#233;e, aux &#233;toiles. Les dactylos renvoy&#233;es dans l'annexe continuaient au loin leur gr&#233;sillement remington. Pas un bruit ne venait de la ville, le vol ouat&#233; des chauves-souris tournait dans l'espace. Kondratiev, fatigu&#233; des rapports sur les stocks, les fronts, les divisions, les escadrilles a&#233;riennes, les complots, le personnel du S.I.M., de la censure, de la Marine, du secr&#233;tariat de la Pr&#233;sidence, le clerg&#233;, les d&#233;penses du parti, les cas personnels, la C.N.T., les man&#339;uvres des agents anglais et c&#230;tera, apercevait les &#233;toiles qu'il e&#251;t, depuis toujours, voulu conna&#238;tre mais dont il ne savait pas m&#234;me les noms. (Car, dans les seules p&#233;riodes d'&#233;tude et de m&#233;ditation de sa vie, en diverses prisons, il n'avait pu obtenir ni un trait&#233; d'astronomie ni une promenade nocturne.) Mais, &#224; la v&#233;rit&#233;, les &#233;toiles sans nombre n'ont pas de nom, n'ont pas de nombre, elles n'ont que ce peu de lumi&#232;re myst&#233;rieuse &#8211; myst&#233;rieuse &#224; cause de l'ignorance humaine&#8230; Je mourrai sans en savoir davantage : tel est l'homme de ce temps, &#171; s&#233;par&#233; de lui-m&#234;me &#187;, d&#233;chir&#233;, comme a dit Marx, m&#234;me le r&#233;volutionnaire professionnel en qui la conscience du d&#233;veloppement historique atteint sa plus pratique lucidit&#233;. S&#233;par&#233; des &#233;toiles, s&#233;par&#233; de lui-m&#234;me ? Kondratiev ne voulut pas r&#233;fl&#233;chir &#224; cette bizarre formule qui se jetait dans son esprit, en travers des pr&#233;occupations utiles. Sit&#244;t qu'on se rel&#226;che un peu on divague, la vieille &#233;ducation litt&#233;raire remonte, on redeviendrait sentimental &#224; cinquante ans pass&#233;s. Il rentrait, reprenait le bordereau de l'artillerie, la liste annot&#233;e des nominations au Service d'investigation militaire de Madrid, les photographies du courrier personnel de Don Manuel Azana, pr&#233;sident de la R&#233;publique, l'analyse des conversations t&#233;l&#233;phoniques de Don Indalecio Prieto, ministre de la Guerre et de la Marine, personnage fort embarrassant&#8230; Il re&#231;ut aux bougies, pendant une panne d'&#233;lectricit&#233; lors d'un bombardement nocturne du port, le premier des visiteurs que Youvanov e&#251;t pr&#233;f&#233;r&#233; &#233;carter, un lieutenant-colonel socialiste, avocat avant la guerre civile, d'origine bourgeoise, grand gar&#231;on maigre, &#224; la face jaune, dont le sourire &#233;cartelait de vilaines rides. Sa parole fut habile, pleine de reproches pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vous apporte un rapport d&#233;taill&#233;, cher camarade. (Il lui arriva m&#234;me, dans le feu de la conversation, de dire perfidement &#171; cher ami &#187;.) Nous n'avons jamais eu, dans la sierra, plus de douze cartouches par combattant&#8230; Le front d'Aragon n'a pas &#233;t&#233; d&#233;fendu, on aurait pu le rendre imprenable en quinze jours ; j'ai envoy&#233; &#224; ce sujet vingt-sept lettres, dont six &#224; vos compatriotes&#8230; Aviation tout &#224; fait insuffisante. Bref, nous sommes en train de perdre la guerre, ne vous faites pas d'illusions &#224; ce sujet, cher ami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Que voulez-vous dire ? coupa Kondratiev, auquel ces mots nets donnaient froid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce que je dis, cher camarade. Que si l'on ne veut pas nous donner le moyen de nous battre, il faudrait nous permettre de traiter. En n&#233;gociant maintenant, entre Espagnols, nous pourrions encore &#233;viter un d&#233;sastre complet que vous n'avez pas d'int&#233;r&#234;t, je crois, cher ami, &#224; rechercher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait d'une insolence si brutale que Kondratiev, sentant la col&#232;re s'allumer en lui, r&#233;pondit d'une voix m&#233;connaissable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; &#224; votre gouvernement qu'il appartient de traiter ou de continuer la guerre. Je trouve votre langage d&#233;plac&#233;, camarade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialiste s'&#233;tira en hauteur, rajusta sa cravate kaki, fit un grand sourire jaune des gencives :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alors, excusez-moi, cher camarade. Peut-&#234;tre tout cela n'est-il en effet qu'une farce que je ne comprends pas, mais qui co&#251;te cher &#224; mon pauvre peuple. En tout cas, je vous ai dit la stricte v&#233;rit&#233;, mon gen&#233;ral. Au revoir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il tendit le premier une longue main simiesque, souple et s&#232;che, joignit les talons &#224; l'allemande, s'inclina, s'en fut&#8230; &#171; D&#233;faitiste &#187;, pensa Kondratiev rageusement. &#171; Mauvais &#233;l&#233;ment&#8230; Youvanov avait raison&#8230; &#187; Le premier visiteur du lendemain, matin, fut un syndicaliste cr&#233;pu, au nez tr&#232;s gros fich&#233; en triangle, aux yeux tour &#224; tour br&#251;lants ou p&#233;tillants. Il r&#233;pondit d'un air concentr&#233; aux questions que lui posa Kondratiev. Il paraissait attendre quelque chose, les deux mains, &#233;paisses, pos&#233;es l'une sur l'autre. &#192; la fin, une pause g&#234;nante s'&#233;tant faite, Kondratiev s'appr&#234;ta &#224; se lever pour justifier la fin de l'audience. &#192; cet instant le visage du syndicaliste s'anima subitement, ses deux mains se tendirent avec ardeur, il se mit &#224; parler tr&#232;s vite, chaudement, en un fran&#231;ais heurt&#233;, comme s'il e&#251;t voulu convaincre Kondratiev d'une chose capitale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Moi, camarade, j'aime la vie. Nous autres, anarchistes, nous sommes le parti des hommes qui aiment la vie, la libert&#233; de la vie, l'harmonie&#8230; La vie libre ! Pas marxiste, moi, anti&#233;tatiste, antipolitique. En d&#233;saccord avec vous sur toutes choses, de toute mon &#226;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Croyez-vous qu'il puisse exister une &#226;me anarchiste ? demanda Kondratiev, amus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non. Je m'en fous&#8230; Mais je veux bien &#234;tre tu&#233; comme tant d'autres, si c'est pour la r&#233;volution. M&#234;me s'il faut gagner la guerre d'abord, comme disent les v&#244;tres, et ne faire la r&#233;volution qu'ensuite, ce qui me semble une funeste erreur : car, pour se battre, les gens doivent avoir des raisons de se battre&#8230; Vous comptez nous rouler avec ce bobard de la guerre d'abord, vous seriez bien roul&#233;s vous-m&#234;mes, si nous gagnions ! Ce n'est pas de cela qu'il s'agit&#8230; Je veux bien me faire casser la figure : mais perdre la r&#233;volution, la guerre et ma peau, tout ensemble, je trouve &#231;a fort, nom de Dieu. Et c'est ce que nous faisons avec des tas de conneries. Vous savez ce que c'est, des conneries ? Par exemple, vingt mille types &#224; l'arri&#232;re, magnifiquement arm&#233;s, de beaux uniformes neufs, pour garder dans les prisons dix mille r&#233;volutionnaires antifascistes, les meilleurs&#8230; Et vos vingt mille salauds fouteront le camp &#224; la premi&#232;re alerte, ou passeront &#224; l'ennemi. Par exemple, cette politique du ravitaillement de Comorera, les boutiquiers faisant de bonnes affaires avec les derni&#232;res patates et les prol&#233;taires se serrant la ceinture. Par exemple, toutes ces histoires de poumistes, canalleristes. Je les connais les uns et les autres : des sectaires comme tous les marxistes, mais plus honn&#234;tes que les v&#244;tres. Pas un tra&#238;tre parmi eux : je veux dire autant de canailles que partout ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par-dessus la table qui les s&#233;parait, ses mains cherch&#232;rent celles de Kondratiev, les saisirent, les broy&#232;rent affectueusement. Son haleine se rapprocha, sa t&#234;te cr&#233;pue aux yeux luisants se rapprocha, il disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous &#234;tes envoy&#233; par votre chef ? Vous pouvez bien me le dire. Gutierrez est une tombe pour les secrets. Dites ! Votre chef ne voit pas ce qui se passe ici, ce que ses imb&#233;ciles, ses valets, ses incapables ont fait ? Il veut notre victoire, lui, il est sinc&#232;re ? Si c'est ainsi, nous pouvons encore &#234;tre sauv&#233;s, nous sommes sauv&#233;s, dites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev r&#233;pondit lentement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je suis envoy&#233; par le Comit&#233; central de mon parti. Notre grand chef veut le bien du peuple espagnol. Nous vous avons aid&#233;s, nous vous aiderons encore de tout notre pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait glacial. Gutierrez retira ses mains, sa t&#234;te cr&#233;pue, la flamme de ses yeux, r&#233;fl&#233;chit quelques secondes puis &#233;clata de rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bueno, camarade Roudine. Quand vous visiterez le m&#233;tro, dites-vous que Gutierrez, qui aime la vie, finira l&#224; dans deux ou trois mois. C'est d&#233;cid&#233;. Nous descendrons avec nos mitraillettes dans les tunnels, et nous livrerons la derni&#232;re bataille qui co&#251;tera cher aux franquistes, Je vous assure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fit &#224; Kondratiev un joyeux clin d'&#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et quand nous serons battus, qu'est-ce que vous prendrez, vous autres ! Tous ! (Son geste embrassa le monde&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev e&#251;t voulu le rassurer, le tutoyer&#8230; Mais il se sentait durcir. Il ne trouva, pour prendre cong&#233;, que des paroles vaines qu'il sentait vaines. Gutierrez s'en alla en se dandinant, d'un pas pesant, sur une poign&#233;e de main finie par une sorte de choc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le troisi&#232;me des mauvais visiteurs fut introduit : Claus, grad&#233; de la brigade internationale, vieux militant du P. C. allemand, compromis autrefois avec la tendance Heinz Neumann, condamn&#233; en Bavi&#232;re, condamn&#233; en Thuringe&#8230; Kondratiev le connaissait depuis Hambourg 1923 : trois jours et deux nuits de combats de rues. Bon tireur, Claus, plein de sang-froid. Ils furent contents de se rencontrer, rest&#232;rent debout, face &#224; face, les mains dans les poches, amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#199;a va vraiment, l'&#233;dification socialiste, l&#224;-bas ? demandait Claus. On vit mieux ? La jeunesse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev &#233;leva le ton, avec une all&#233;gresse qu'il sentit factice, pour dire que l'on &#233;tait en pleine croissance. Ils parl&#232;rent de la d&#233;fense de Madrid en techniciens, de l'esprit &#8211; excellent &#8211; des brigades internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu te souviens de Beimler &#8211; Hans Beimler ? dit Claus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bien s&#251;r, r&#233;pondit Kondratiev, il est avec toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il n'y est plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu&#233;. En premi&#232;re ligne, &#224; la Cit&#233; universitaire, mais par-derri&#232;re, par nos gens. (Les l&#232;vres de Claus trembl&#232;rent, sa voix trembla aussi.) C'est pour cela que j'ai tenu &#224; te voir. Tu vas faire une enqu&#234;te l&#224;-dessus. Un crime abominable. Tu&#233; sur je ne sais quels ragots, quels soup&#231;ons. Le Bulgare &#224; t&#234;te de maquereau que j'ai rencontr&#233; en entrant ici doit en savoir quelque chose. Interroge-le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je l'interrogerai, dit Kondratiev. C'est tout ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claus parti, Kondratiev recommanda au planton de ne plus laisser entrer personne, ferma la porte sur le patio, marcha quelques minutes dans la chambre devenue &#233;touffante ainsi qu'une cellule de prison. Que r&#233;pondre &#224; ces hommes ? Qu'&#233;crire &#224; Moscou ? Les propos des personnages officiels s'&#233;clairaient d'un jour sinistre &#224; chaque confrontation avec les faits. Pourquoi la D.C.A. n'entrait-elle en action qu'&#224; la fin des bombardements &#8211; trop tard ? Pourquoi les alertes n'&#233;taient-elles signal&#233;es que lorsque tombaient les bombes ? Pourquoi l'inaction de la flotte ? Pourquoi la mort d'Hans Beimler ? Le d&#233;faut de munitions sur les positions les plus avanc&#233;es ? Le passage &#224; l'ennemi des officiers d'&#233;tat-major ? L'affamement des pauvres &#224; l'int&#233;rieur ? Il sentit tr&#232;s bien que ces questions pr&#233;cises lui dissimulaient un mal beaucoup plus vaste sur lequel mieux valait ne point s'interroger&#8230; Sa m&#233;ditation dura peu car Youvanov frappa &#224; la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce serait l'heure de partir pour la conf&#233;rence des commissaires politiques, camarade Roudine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev acquies&#231;a. Et l'enqu&#234;te sur la mort de Hans Beimler, tu&#233; &#224; l'ennemi dans les paysages lunaires de la Cit&#233; universitaire de Madrid, fut tout de suite close.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Beimler ? dit Youvanov avec d&#233;tachement, je sais. Brave, un peu imprudent. Rien de myst&#233;rieux dans sa mort : ces inspections d'avant-postes co&#251;tent un ou deux hommes par jour ; on lui d&#233;conseillait d'y aller. Sa conduite politique avait caus&#233; quelque m&#233;contentement &#224; la brigade. Sans gravit&#233; : des discussions indulgentes avec des trotskystes, des propos sur les proc&#232;s de Moscou, montrant qu'il n'y comprenait rien&#8230; J'ai eu tous les d&#233;tails sur sa fin de source s&#251;re. Un de mes camarades l'accompagnait au moment o&#249; il fut touch&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev insista :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Avez-vous &#233;lucid&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;lucid&#233; quoi ? La provenance d'une balle perdue dans un no man's land balay&#233; par trente mitrailleuses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ridicule, en effet, d'y songer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youvanov reprit, tandis que l'auto d&#233;marrait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Une bonne nouvelle, camarade Roudine. Nous avons r&#233;ussi &#224; arr&#234;ter Stefan Stern. Je l'ai fait transporter &#224; bord du Kouban. Coup droit &#224; la trahison trotskyste&#8230; &#199;a vaut une victoire, je vous assure !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Une victoire ? Vous croyez vraiment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nom de Stern reparaissait dans quantit&#233; de rapports sur l'activit&#233; des groupes h&#233;r&#233;tiques. Kondratiev s'y &#233;tait arr&#234;t&#233; &#224; plusieurs reprises. Secr&#233;taire d'un groupement dissident, semblait-il ; plut&#244;t th&#233;oricien qu'organisateur ; auteur de tracts et d'une brochure sur &#171; le regroupement international &#187;. Ce trotskyste pol&#233;miquait &#226;prement avec Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qui l'a arr&#234;t&#233; ? reprit Kondratiev, nous ? Et vous l'avez fait transporter &#224; bord d'un de nos b&#226;timents ? Avez-vous agi par ordre ou de votre propre initiative ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai le droit de ne pas r&#233;pondre &#224; cette question, r&#233;pondit fermement Youvanov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stefan Stern avait nagu&#232;re franchi les Pyr&#233;n&#233;es sans passeport, sans argent, mais portant dans sa musette un pr&#233;cieux cahier dactylographi&#233; de Th&#232;ses sur les forces motrices de la r&#233;volution espagnole. La premi&#232;re fille brune aux bras dor&#233;s qu'il vit dans une auberge de la contr&#233;e de Puigcerda, l'enivra d'un regard souriant, plus dor&#233; que ses bras et lui dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Aqui, camarada, empieza la verdadera revolucion libertaria. (Ici, camarade, commence la v&#233;ritable r&#233;volution libertaire.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi elle consentit &#224; se laisser effleurer les seins et embrasser sous les frisons roux de la nuque. Elle n'&#233;tait que chaleur fauve des yeux, blancheur des dents, &#226;cre ar&#244;me d'une chair jeune, tenant &#224; la terre et aux b&#234;tes ; elle portait entre ses bras des linges frais lav&#233;s, tordus, et la fra&#238;cheur du puits l'environnait toute. Une blancheur teintait au loin les hauteurs, &#224; travers les branchages d'un pommier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mi nombre es Nieve, dit la jeune femme amus&#233;e par l'exaltation, m&#234;l&#233;e de timidit&#233;, de ce jeune camarade &#233;tranger aux grands yeux verts l&#233;g&#232;rement obliques, au front couvert de m&#232;ches rousses d&#233;sordonn&#233;es &#8211; et il comprit qu'elle s'appelait Neige. &#171; Neige, Neige ensoleill&#233;e, pure Neige &#187;, murmurait-il avec une sorte d'exaltation dans une langue que Nieve ne comprenait pas. Et tout en la c&#226;linant distraitement, il paraissait ne plus penser &#224; elle. Le souvenir de ce moment, pareil &#224; celui d'un simple bonheur incroyable, ne s'&#233;teignit jamais tout &#224; fait en lui. &#192; cet instant-l&#224; se cassait la vie : la mis&#232;re de Prague et de Vienne, l'activit&#233; des petits groupes, leurs scissions, le pain fade dont on v&#233;cut dans de petits h&#244;tels sentant le vieux pissat, &#224; Paris, derri&#232;re le Panth&#233;on, la solitude, enfin, de l'homme charg&#233; d'id&#233;es, tout cela disparaissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Barcelone, en fin de meeting, pendant qu'une foule chantait pour ceux qui allaient partir vers le feu, sous le grand portrait de Joaquin Maurin, mort dans la sierra (mais en r&#233;alit&#233; vivant, anonyme dans une prison de l'ennemi), Stefan Stern rencontra Annie dont les vingt-cinq ans n'en paraissaient gu&#232;re que dix-sept. Mollets nus, bras nus, cou d&#233;gag&#233;, une lourde serviette pendue au bout du bras, amen&#233;e de tr&#232;s loin &#8211; du Nord &#8211; par une passion droite. La th&#233;orie de la r&#233;volution permanente une fois comprise, comment vivre, pourquoi vivre si ce n'&#233;tait pour un haut accomplissement ? Si l'on e&#251;t rappel&#233; &#224; Annie le grand salon familial o&#249; son p&#232;re, M. l'armateur, recevait M. le pasteur, M. le bourgmestre, M. le m&#233;decin, M. le pr&#233;sident de l'Association de bienfaisance ; et les sonates qu'une Annie ant&#233;rieure, enfant sage aux tresses roul&#233;es sur les oreilles, jouait dans ce m&#234;me salon le dimanche devant des dames &#8211; Annie, selon l'humeur, e&#251;t pris un petit air de d&#233;go&#251;t pour vous r&#233;pondre que ce mar&#233;cage bourgeois &#233;tait naus&#233;abond ou, devenue provocante, avec un rire un peu strident qui n'&#233;tait pas tout &#224; fait d'elle, e&#251;t dit quelque chose comme ceci : &#171; Voulez-vous que je vous raconte comment j'ai appris l'amour dans une grotte d'Altamira avec des miliciens de la C.N.T. ? &#187; Elle avait travaill&#233; quelquefois avec Stefan Stern, &#233;crivant sous sa dict&#233;e, lorsque au sortir du Grand Cirque, dans les flots de foule, il la prit soudainement par la taille sans y avoir pens&#233; l'instant pr&#233;c&#233;dent &#8211; la serra contre lui, l'invita simplement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu restes avec moi, Annie ? Je m'emb&#234;te tellement la nuit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle le regarda du coin de l'&#339;il, partag&#233;e entre l'irritation et une sorte de joie, tent&#233;e de lui r&#233;pondre m&#233;chamment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Va chercher une putain, Stefan, veux-tu que je t'avance dix pesetas ? mais, s'&#233;tant contenue un instant, ce fut sa joie qui parla sur un ton de d&#233;fi un peu amer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu as envie de moi, Stefan ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Parbleu ! dit-il avec d&#233;cision, en s'arr&#234;tant devant elle, et il ramena sur son front les m&#232;ches rousses de ses cheveux. Ses yeux avaient un &#233;clat cuivr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bon. Prends-moi le bras, voyons, dit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite ils parl&#232;rent du meeting, du discours d'Andr&#233;s Nin, trop flou sur certains points, insuffisant sur la question essentielle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il fallait &#234;tre beaucoup plus cassant, ne rien c&#233;der sur le pouvoir des Comit&#233;s, disait Stefan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu as raison, r&#233;pondit Annie avec &#233;lan. Embrasse-moi, et surtout ne me d&#233;bite pas de mauvais vers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils s'embrass&#232;rent maladroitement dans l'ombre d'un palmier de la plaza de Catalu&#241;na pendant qu'un projecteur de la d&#233;fense parcourait le ciel, s'arr&#234;tait au z&#233;nith plant&#233; tout droit en plein ciel comme une &#233;p&#233;e de lumi&#232;re. Sur la question des Comit&#233;s r&#233;volutionnaires, qu'il n'e&#251;t pas fallu faire dissoudre par le nouveau gouvernement de coalition, ils &#233;taient bien d'accord. De cet accord naissait en eux une chaleur amicale. Apr&#232;s les journ&#233;es de mai 1937, l'enl&#232;vement d'Andr&#233;s Nin, la mise hors la loi du POUM, la disparition de Kurt Landau, Stefan Stern v&#233;cut &#224; Gracia avec Annie, dans une maison rose, &#224; un &#233;tage, entour&#233;e d'un jardin d'horticulteur, maintenant abandonn&#233;e, o&#249; des fleurs luxueuses, retournant &#224; une &#233;tonnante sauvagerie, croissaient en d&#233;sordre, m&#234;l&#233;es &#224; l'ortie, aux chardons, &#224; des plantes singuli&#232;res aux larges feuilles velues&#8230; Annie avait les &#233;paules droites, le cou droit ainsi qu'une forte tige. Elle portait redress&#233;e une t&#234;te allong&#233;e, &#233;troite aux tempes, et elle n'avait presque pas de sourcils, d'une nuance indiscernable. Ses cheveux blond paille d&#233;gageaient un petit front lisse et dur, ses yeux ardois&#233;s posaient sur les choses un regard d&#233;nu&#233;. Annie allait aux provisions, cuisinait dans l'&#226;tre ou sur un r&#233;chaud, lavait le linge, corrigeait des &#233;preuves, tapait sur l'Underwood la correspondance, les articles, les th&#232;ses de Stefan. Ils vivaient presque en silence. Stefan s'asseyait parfois en face d'Annie dont les doigts dansaient sur le clavier de la machine &#224; &#233;crire, la regardait avec un sourire de travers, disait seulement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Annie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle r&#233;pondait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est le message &#224; l'I.L.P., laisse-moi finir&#8230; As-tu pr&#233;par&#233; la r&#233;ponse au K.P.O. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, je n'ai pas eu le temps. J'ai trouv&#233; des tas de choses &#224; relever dans le Bulletin int&#233;rieur de la IVe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout ceci l'erreur foisonnait, submergeant la doctrine victorieuse de 1917 qu'il fallait tenter de sauver &#224; travers cette tourmente-ci pour les luttes de l'avenir, puisqu'il ne restait plus visiblement que la doctrine &#224; sauver avant les tout derniers jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des camarades leur apportaient chaque jour des nouvelles&#8230; Jaime racontait l'histoire la plus dr&#244;le, celle des trois types qui se faisaient raser chez le coiffeur pendant un bombardement, &#233;gorg&#233;s tous les trois du m&#234;me coup de rasoir par les trois gar&#231;ons qu'une explosion de bombe faisait sursauter ensemble &#8211; tu parles d'un effet de cin&#233;ma ! Un tramway bond&#233; de femmes rapportant leurs provisions du matin flambait soudainement inexpliquablement comme une meule ; le souffle du feu y &#233;touffait les cris dans un gr&#233;sillement &#233;norme ; cette parcelle d'enfer laissait au milieu d'un carrefour, sous le regard vide des fen&#234;tres d&#233;fonc&#233;es, une noire carcasse m&#233;tallique&#8230; &#171; On a d&#233;tourn&#233; la ligne. &#187; Les gens qui avaient manqu&#233; leurs pr&#233;cieuses pommes de terre, s'en allaient &#224; petits pas chacun vers sa propre vie&#8230; Les sir&#232;nes mugissaient de nouveau, les femmes rassembl&#233;es &#224; la porte de l'&#233;picerie ne se dispersaient point de crainte de perdre avec leur tour leur portion de lentilles. Car la mort n'est que possible, mais la faim est certaine. On se ruait dans les d&#233;combres des maisons &#233;croul&#233;es pour y ramasser les d&#233;bris de bois &#8211; de quoi faire bouillir la soupe. Des bombes d'un mod&#232;le inconnu fabriqu&#233;es en Saxe par des hommes de science consciencieux d&#233;cha&#238;naient de tels cyclones que les carcasses des fortes b&#226;tisses subsistaient seules debout, r&#233;gnant sur des &#238;lots de silence pareils &#224; des crat&#232;res soudainement &#233;teints. Nul ne survivait sous les d&#233;combres, sauf par miracle une gosseline &#233;vanouie, aux courtes boucles noires, que des copains d&#233;couvraient sous cinq m&#232;tres de gravats, dans une sorte d'alc&#244;ve miraculeusement &#233;pargn&#233;e, qu'ils emportaient avec des mouvements de douceur inconcevable, ravis d'&#233;couter son souffle paisible. Peut-&#234;tre dormait-elle seulement ? Elle sortait de la syncope ainsi que du n&#233;ant au moment o&#249; la grande lumi&#232;re du soleil effleurait ses paupi&#232;res. Elle se r&#233;veillait dans les bras d'hommes &#224; demi-nus, barbouill&#233;s de fum&#233;e, dont un rire fou remplissait les yeux blancs ; ils descendaient en pleine ville, dans le banal quartier de tous les jours, du sommet d'une montagne inconnue&#8230; Les comm&#232;res affirmaient avoir vu tomber du ciel, pr&#233;c&#233;dant l'enfant sauv&#233;e, une colombe d&#233;capit&#233;e ; du cou de l'oiseau gris perle, aux ailes d&#233;ploy&#233;es, jaillissait une abondante mousse rouge pareille &#224; une ros&#233;e rouge&#8230; &#8211; Vous croyez ces histoires de d&#233;votes en d&#233;lire, vous autres, nom de Dieu ? On cheminait un long temps, hors des dur&#233;es humaines, dans les t&#233;n&#232;bres froides d'un tunnel, en se meurtrissant les doigts &#224; des parois de roches coupantes et gluantes, en butant sur des corps inertes qui &#233;taient peut-&#234;tre des cadavres, peut-&#234;tre des vivants &#233;puis&#233;s, en train de devenir des cadavres, on croyait s'&#233;vader vers la hauteur moins menac&#233;e, mais il n'y restait plus un toit intact, plus un coin de cave habitable &#8211; attendez que quelqu'un meure, vous disait-on, vous n'attendrez pas longtemps, J&#233;sus ! Et toujours leur J&#233;sus ! La mer s'engouffrait dans un vaste abri creus&#233; dans le roc, le feu du ciel tombait dans une prison, la morgue se remplissait un matin d'enfants endimanch&#233;s, le lendemain de miliciens en cottes bleues, tous imberbes, avec d'&#233;tranges visages d'hommes raisonnables, le surlendemain de jeunes m&#232;res d&#233;figur&#233;es en donnant le sein &#224; des nourrissons morts, le jour suivant de vieilles femmes aux mains durcies par un demi-si&#232;cle de labeur servile &#8211; comme si la Faucheuse se pl&#251;t &#224; choisir ses victimes par s&#233;ries successives&#8230; Les affiches r&#233;p&#233;taient qu'ILS NE PASSERONT PAS &#8211; NO PASAR&#193;N ! mais nous, passerons-nous la semaine ? Passerons-nous l'hiver ? Passons, passez, les seuls apais&#233;s sont les tr&#233;pass&#233;s. La faim traquait des millions d'&#234;tres, leur disputant les pois chiches, l'huile rance, le lait concentr&#233; envoy&#233; par les Quakers, le chocolat de soja envoy&#233; par les syndicats du Doniets, modelant &#224; des enfants ces &#233;mouvants visages de petits po&#232;tes agonisants et de ch&#233;rubins massacr&#233;s que les Amis de l'Espagne nouvelle exposaient &#224; Paris dans des vitrines du boulevard Haussmann. Les r&#233;fugi&#233;s des deux Castilles, de l'Estr&#233;madure, des Asturies, de la Galice, de l'Euzkadi, de Malaga, de l'Aragon, et jusqu'&#224; des familles naines des Hurdes, survivaient opini&#226;trement jour apr&#232;s jour, contrairement &#224; toute attente, malgr&#233; tous les malheurs de l'Espagne, malgr&#233; tous les malheurs concevables. Seuls croyaient encore au miracle de la victoire r&#233;volutionnaire quelques centaines d'hommes divis&#233;s en plusieurs familles id&#233;ologiques, des marxistes, des libertaires, des syndicalistes, des marxistes-libertarisants, des libertaires-marxisants, des socialistes de gauche, &#233;voluant vers l'extr&#234;me gauche, la plupart rassembl&#233;s &#224; la prison mod&#232;le, mangeant avec avidit&#233; les m&#234;mes haricots, levant furieusement le poing pour le salut rituel, vivant d'une attente d&#233;vastatrice entre l'assassinat, l'ex&#233;cution &#224; l'aube, la dysenterie, l'&#233;vasion, la mutinerie, l'exaltation totale, le labeur d'une raison unique, scientifique et prol&#233;taire, &#233;clair&#233;e par l'histoire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; On les verra passer les Pyr&#233;n&#233;es en vitesse, tous ces beaux militaires, ces ministres, ces politiciens, ces diplomates pr&#234;ts pour la fuite et la trahison, faux socialistes stalinis&#233;s, faux communistes grim&#233;s en socialistes, faux anarchistes gouvernementaux, faux fr&#232;res et purs totalitaires, faux r&#233;publicains acquis d'avance aux dictateurs, on les verra se d&#233;biner devant les drapeaux rouges &#8211; ce sera une fameuse revanche, camarades. Patience !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soleil en f&#234;te &#233;clairait cet univers naissant et finissant &#224; la fois, une mer id&#233;alement &#233;pur&#233;e le baignait, et les bombardiers Savoia, pareils &#224; des mouettes aux ailes immobiles, arrivant de Majorque pour faire de la mort dans les bas quartiers du port, volaient entre ciel et mer en plein soleil. Pas de munitions au front nord ; &#224; T&#233;ruel, dans des batailles inutiles, les divisions conf&#233;d&#233;r&#233;es fondaient comme suif sur le feu, mais c'&#233;taient des hommes et des hommes rassembl&#233;s par la C.N.T. au nom du syndicalisme et de l'anarchie, sur qui la souffrance et la mort fondaient en r&#233;alit&#233;, c'&#233;taient des milliers d'hommes qui, partis pour les fournaises avec dans l'&#226;me l'adieu crisp&#233; des femmes, ne reviendraient plus jamais &#8211; ou reviendraient sur des civi&#232;res, dans des trains sales pleins de grouillements, surmont&#233;s de croix rouges et r&#233;pandant sur les voies une affreuse odeur de pansements, de pus, de chloroforme, de d&#233;sinfectants, de fi&#232;vres malignes. Qui a voulu T&#233;ruel ? Pourquoi T&#233;ruel ? Pour d&#233;truire les derni&#232;res divisions ouvri&#232;res ? Stefan Stern posait la question dans ses lettres aux camarades de l'&#233;tranger, les longs doigts d'Annie recopiaient ces lettres sur l'Underwood, et d&#233;j&#224; T&#233;ruel ne signifiait plus rien que du pass&#233;, les batailles roulaient vers l'&#200;bre, d&#233;passaient l'&#200;bre, que pouvaient bien signifier les tueries command&#233;es pour d'obscurs desseins par Lister ou El Campesino ? Pourquoi la reculade pr&#233;m&#233;dit&#233;e de la division Karl Marx, sinon qu'elle se r&#233;servait pour un ultime fratricide &#224; l'arri&#232;re, pr&#234;te &#224; fusiller les derniers combattants de la division L&#233;nine ? &#8211; Stefan Stern, debout derri&#232;re Annie, la nuque &#233;troite d'Annie, vigoureuse comme une tige, suivait mieux sa propre pens&#233;e &#224; travers ce cerveau ob&#233;issant, les doigts d'Annie, le clavier de la machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils conversaient parfois avec des camarades du Comit&#233; clandestin jusque tard dans la nuit, &#224; la lueur d'une bougie, en buvant du gros vin noir&#8230; Le pr&#233;sident Negrin livrait aux Russes la r&#233;serve d'or, envoy&#233;e &#224; Odessa ; les communistes tenaient Madrid avec Miaja au commandement supr&#234;me (&#171; Vous verrez qu'ils l&#226;cheront au dernier moment &#187;), Orlov et Gorev commandant en r&#233;alit&#233;, Cazorla &#224; la S&#251;ret&#233;, et des &#233;quipes d'inquisiteurs, des prisons secr&#232;tes, ils tenaient tout par les liens serr&#233;s de l'intrigue, de la peur, du chantage, de la faveur, de la discipline, du d&#233;vouement, de la foi. Le gouvernement, r&#233;fugi&#233; au monast&#232;re de Montserrat, dans un site de rocs h&#233;riss&#233;s, ne pouvait plus rien. Les communistes tenaient mal la ville o&#249; commen&#231;aient &#224; r&#244;der autour de leurs organisateurs des haines mortelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le jour n'est pas loin, je vous dis, o&#249; ils se feront mettre en pi&#232;ces dans les rues, par la populace. On br&#251;lera leurs nids &#224; d&#233;lations comme on a br&#251;l&#233; les couvents. J'ai bien peur que ce ne soit trop tard, apr&#232;s la derni&#232;re d&#233;faite, dans la derni&#232;re pagaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stefan r&#233;pondait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ils vivent du mensonge le plus vaste et le plus r&#233;voltant que l'histoire connaisse depuis l'escamotage du christianisme &#8211; un mensonge qui contient beaucoup de v&#233;rit&#233;&#8230; Ils se r&#233;clament de la r&#233;volution accomplie &#8211; accomplie, c'est vrai &#8211;, ils arborent les drapeaux rouges, ils font ainsi appel au plus puissant, au plus juste instinct des masses ; ils prennent les hommes par leur foi et c'est pour la d&#233;rober, cette foi, s'en faire un instrument de puissance. Leur plus redoutable force vient encore de ceci, que la plupart d'entre eux croient eux-m&#234;mes continuer la r&#233;volution en servant une contre-r&#233;volution nouvelle, telle qu'il n'y en eut jamais jusqu'ici, install&#233;e dans les appartements m&#234;mes o&#249; travailla L&#233;nine&#8230; Concevoir &#231;a : un type au yeux jaunes a vol&#233; les cl&#233;s du Comit&#233; central ; il est venu, s'est install&#233; devant le bureau du vieil Illitch, a pris le t&#233;l&#233;phone, a dit : &#171; Prol&#233;taires, c'est Moi. &#187; Et la m&#234;me T.S.F. qui r&#233;p&#233;tait la veille : &#171; Prol&#233;taires de tous les pays, unissez-vous &#187;, s'est mise &#224; clamer : &#171; &#201;coutez-nous, ob&#233;issez-nous, tout nous est permis, la r&#233;volution c'est nous&#8230; &#187; Peut-&#234;tre le croit-il, mais alors c'est un demi-fou, plus probablement ne le croit-il qu'&#224; demi parce que les m&#233;diocres accordent leur conviction aux situations qu'ils subissent. Derri&#232;re lui montent, grouillant comme des rats, les profiteurs, les l&#226;ches bien-pensants, les timor&#233;s, les nouvellement install&#233;s, les arrivistes, les aspirants arrivistes, les mercantis, les laudateurs des forts, les vendus d'avance &#224; tous les pouvoirs, cette vieille tourbe qui va au pouvoir parce que c'est le vieux moyen de prendre au prochain sa peine, les fruits de sa peine, sa femme si elle est belle, sa demeure si elle est confortable. Et cette multitude se met &#224; gueuler, &#231;a fait vraiment le ch&#339;ur le plus unanime du monde : &#171; Vive notre bifteck, vive notre chef c'est nous la r&#233;volution, c'est pour nous que les arm&#233;es en guenilles ont vaincu, admirez-nous, donnez-nous des honneurs, des places, de l'argent, gloire &#224; Nous, malheur &#224; qui s'oppose &#224; Nous ! &#187; Que veux-tu que les pauvres gens y fassent ? Que veux-tu que nous y fassions, nous ? Toutes les issues sont bien gard&#233;es, toutes les rotatives gard&#233;es, des fonctionnaires et des id&#233;alistes remplissent les gazettes pour d&#233;montrer la nouvelle v&#233;rit&#233; officielle, les haut-parleurs la proclament, on la d&#233;montre par les d&#233;fil&#233;s d'enfants des &#233;coles sur la place Rouge, par la descente des parachutistes du haut du ciel, par les manifestations ouvri&#232;res mobilis&#233;es comme ailleurs les parades de l'arm&#233;e&#8230; On la d&#233;montre par la construction des usines, l'inauguration des stades, le survol du p&#244;le, les congr&#232;s des savants. L'art du dictateur consiste &#224; se faire gloire utilitairement des nouvelles m&#233;thodes de traitement du cancer, ou des nouvelles recherches entreprises dans la stratosph&#232;re sur les rayons cosmiques : confisquer &#224; son profit politique toute l'&#339;uvre accomplie, malgr&#233; lui, par les hommes. &#192; partir du moment o&#249; cette formidable escroquerie est consomm&#233;e, tout commence &#224; se stabiliser internationalement. Les ma&#238;tres du vieux monde se reconnaissent en celui qui, &#224; leurs yeux, r&#233;tablit l'ordre puisqu'il ram&#232;ne un pouvoir de m&#234;me essence que le leur, au fond&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Autrefois, une fronti&#232;re visible divisait la soci&#233;t&#233; ; sur cette fronti&#232;re, on se battait, on pouvait vivoter paisiblement, sans trop d'illusions ni de d&#233;sespoir, selon l'&#233;poque. Les r&#233;gimes &#233;tablis avaient leurs maladies, bien connues, leurs tares originelles, leurs crimes naturels faciles &#224; d&#233;noncer. Les classes ouvri&#232;res r&#233;clamaient du pain, des loisirs, des libert&#233;s, de l'espoir&#8230; Les hommes les meilleurs des classes poss&#233;dantes se retournaient contre cette soci&#233;t&#233;. R&#233;action contre r&#233;volution, quel beau sch&#233;matisme ! Quelle nettet&#233; ! Aucune erreur n'&#233;tait possible, quand on se mettait d'un c&#244;t&#233; de la barricade. Ici les camarades, l&#224; l'ennemi. Au-del&#224;, devant nous, rien que l'avenir qui &#233;tait certainement &#224; nous. Secondaires, le nombre de fosses communes &#224; franchir pour y arriver, le nombre de g&#233;n&#233;rations &#224; enterrer, la somme de souffrances &#224; bien accepter. Des mythes lumineux, bienfaisants, irr&#233;futables, lourdement charg&#233;s d'&#233;clatante v&#233;rit&#233;&#8230; Aujourd'hui, tout est brouill&#233;. Une autre r&#233;action, plus dangereuse que l'ancienne parce qu'elle est n&#233;e de nous-m&#234;mes, parle notre langage, s'assimile nos intelligences et nos volont&#233;s, s'est r&#233;v&#233;l&#233;e dans la r&#233;volution victorieuse, avec laquelle elle entend se confondre&#8230; Marx et Bakounine v&#233;curent au temps des probl&#232;mes simples ; ils n'avaient pas d'ennemis derri&#232;re eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaime dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Au XVIe si&#232;cle, l'Espagne fut le pays le plus riche de l'Europe&#8230; Comme toujours, la civilisation n'y formait que des &#238;lots au milieu d'une saine barbarie qu'elle corrompait plus qu'elle ne l'entamait. L'Espagne s'&#233;tait enrichie non par le travail et le commerce, mais par le pillage des Am&#233;riques, la plus merveilleuse aventure de brigands que l'on sache, la plus d&#233;moralisante aussi par ses r&#233;percussions. De tout l'or ramass&#233; dans le sang des Indiens, les conquistadores ne devaient rien faire&#8230; Les vrais colonisateurs, plus tard, ont &#233;t&#233; les bourgeois, non les chercheurs d'or : l'or facilement vol&#233; tuait la production. La d&#233;cadence d'un empire gav&#233; de richesses par ses aventuriers permit &#224; un peuple que ni les conqu&#234;tes, ni les enrichissements, ni la ruine ne touch&#232;rent profond&#233;ment, de se r&#233;g&#233;n&#233;rer dans la crasse, au soleil. Car nous avons essentiellement &#231;a : le soleil et des hommes accoutum&#233;s &#224; en vivre. Les d&#233;cadences entra&#238;nent surtout les ma&#238;tres, couronnes, aristocraties, clerg&#233;, artistes faits pour amuser les ma&#238;tres ; le peuple continue &#224; vivre &#224; peu pr&#232;s comme mille ans auparavant&#8230; Et nous avons eu finalement, sous une monarchie sans monarchistes, avec le caciquisme dans les campagnes, avec une belle industrie moderne en Catalogne, le prol&#233;tariat le plus jeune du monde, par la fra&#238;cheur de ses instincts, l'ing&#233;nuit&#233; de son esprit, sa vision directe des choses ; nous avons eu les paysans les plus d&#233;pouill&#233;s ; nous avons eu, par milliers, des intellectuels pour lesquels les vieilles id&#233;es, d&#233;mon&#233;tis&#233;es ailleurs, de la r&#233;volution chr&#233;tienne, de la r&#233;volution jacobine, des &#201;gaux, du Bakounine de 1860, des avocats lib&#233;raux de 1880, &#233;taient une v&#233;rit&#233; charnelle. Ils assist&#232;rent &#224; la premi&#232;re guerre de partage du monde. Nous f&#251;mes alors, pour les Alli&#233;s, une sorte d'usine auxiliaire : nos centres industriels connurent un rapide essor, les belles affaires du patronat avaient pour contrepartie un accroissement de puissance et de conscience du prol&#233;tariat, d'un vrai prol&#233;tariat dont les machines, les gazettes, le cin&#233;ma, l'alcool n'avaient pas encore us&#233; les nerfs, &#233;puis&#233; le cerveau, qui n'avait vraiment rien au monde que sa force de travail, ses passions, ses marmailles, son attente. Ce furent des temps magnifiques, nous nous sentions les justes conqu&#233;rants de tout, nous pouvions l'&#234;tre vraiment. La r&#233;volution russe imprimait dans les c&#339;urs son &#233;toile rouge &#224; cinq branches, ses &#233;blouissantes formules marxistes simplifi&#233;es par la terreur, &#224; coups de victoires enti&#232;rement neuves : Que celui qui ne travaille pas, ne mange pas, hombre ! (C'&#233;tait d&#233;j&#224; &#233;crit dans l'&#201;vangile, mais on l'avait bien oubli&#233;&#8230;) Tout le pouvoir aux travailleurs, hombre ! La terre aux paysans, l'usine aux ouvriers, hombre ! Ils massacraient la famille imp&#233;riale tout enti&#232;re, mon vieux ! J'avais dix-sept ans en ce temps-l&#224;, j'&#233;tais anar, je gagnais deux pesetas et demie par jour en rabotant des planches, mais je vivais dans un enchantement. L'ex&#233;cution du tsar, avec ses grandes jolies filles, son gosse bl&#234;me, me so&#251;la comme un grand verre de whisky &#224; jeun&#8230; Ignoble, &#231;a, nous &#233;tions des bouchers, des &#233;ventreurs, je me le disais et pourtant une autre voix, en moi, chantait &#224; tue-t&#234;te que c'&#233;tait, nom de Dieu, rudement m&#233;rit&#233; par les pendeurs couronn&#233;s, rudement bien fait. J'ai compris plus tard que nous avons tous un complexe d'inf&#233;riorit&#233; de perp&#233;tuels vaincus qu'il nous est difficile de surmonter. Les classes ouvri&#232;res en sont malades. Il nous faut beaucoup de victoires et quelques sales mais fortes vengeances pour en gu&#233;rir et m&#234;me y trouver les &#233;l&#233;ments d'un nouveau complexe de sup&#233;riorit&#233; dont nous avons absolument besoin pour changer&#8230; Combien d'entente, d'organisation, d'intelligence condamn&#233;e faut-il, me disais-je, pour r&#233;ussir ce qu'ils font l&#224;-bas ! C'est ce qui m'amena &#224; l'id&#233;e du parti. Puis je commen&#231;ai de souffrir, sans bien comprendre pourquoi, en apprenant les nouvelles de Russie. Si les Russes &#233;taient demeur&#233;s fid&#232;les &#224; eux-m&#234;mes, si grands, avec ce sentiment de sup&#233;riorit&#233; qu'ils nous donnaient, cette lumi&#232;re dure qu'ils nous apportaient, je ne sais pas ce que nous aurions fait ici et ailleurs, je sais que c'e&#251;t &#233;t&#233; formidable. Mais ils mettaient l'anarchisme hors la loi tandis que nous vivions d'un anarchisme primitif ; ils mettaient le marxisme en formules abr&#233;g&#233;es, l'ouragan en petits comprim&#233;s portatifs pour l'exportation ; ils parlaient un langage th&#233;orique que nous ne pouvions pas p&#233;n&#233;trer &#224; cause de notre vieille th&#233;orie humanitaire et de leur galimatias qui e&#251;t s&#251;rement fait vomir Marx. Et voil&#224; pourquoi nous crevons aujourd'hui, mon ami, une vingtaine d'ann&#233;es apr&#232;s, voil&#224; pourquoi tant de braves gars se sont fait enterrer sous de la chaux vive, dans toutes nos sierras&#8230; Quand le roi s'est sauv&#233;, le pouvoir s'est trouv&#233; vacant &#224; Madrid, il n'y a eu personne pour ramasser le b&#226;ton de commandement, les portefeuilles minist&#233;riels, les sceaux de l'&#201;tat, les tampons &#224; tamponner les d&#233;crets qui tra&#238;naient dans les poubelles ou &#224; c&#244;t&#233;. Les r&#233;volutionnaires sans cervelle que nous &#233;tions n'y ont pas song&#233;. D'insurg&#233;s, nous aurions d&#251; nous improviser quelque peu chiffonniers, quelque peu arrivistes, quelque peu profiteurs, quelque peu imposteurs. Alors, ce sont naturellement les bourgeois qui ont ramass&#233; le pouvoir. Ils ont, eux, l'exp&#233;rience de &#231;a, ils te fabriquent un magnifique minist&#232;re dans un caf&#233; avec M. Alcala Zamora, M. Maura et d'autres croque-morts de cette banale esp&#232;ce, et le lendemain on les entend parler d'ordre et d'autorit&#233;, &#231;a y est, les journaux donnent les portraits des nouveaux messieurs, une constitution est vot&#233;e, la guardia civil rassur&#233;e d&#233;loge &#224; coups de fusil, d'une mairie de village, &#224; Casas Viejas ou ailleurs, les copains ing&#233;nus qui viennent d'y proclamer la r&#233;publique libertaire universelle ! Le ch&#226;timent de ce crime &#233;pouvantable fait verser leur l&#233;g&#232;re cervelle sur les pav&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quelle victoire on pouvait remporter ici ! Personne ne l'a con&#231;ue, personne n'a su en discerner les chemins, &#231;'a &#233;t&#233; presque une bousculade d'aveugles&#8230; De bons militants, des militants capables de tout improviser, de se transformer en h&#233;ros &#224; chaque coin de rue, nous en avons eus par dizaines de milliers, mais pas une seule t&#234;te qui p&#251;t embrasser la situation, voir loin, penser audacieusement, exprimer en un langage d&#233;cisif ce que tout un peuple esp&#233;rait sans le bien discerner lui-m&#234;me, ce que voulaient des millions d'hommes t&#226;tonnants ; pas une &#233;quipe coh&#233;rente d'hommes de bonne volont&#233; assez lucides, assez courageux&#8230; Nous p&#233;rissons de ce manque d'hommes parmi des millions d'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils jugeaient leur propre parti avec attachement et s&#233;v&#233;rit&#233; : trop faible, manquant de figures de premier plan, &#233;cras&#233; sous le poids de fautes ant&#233;rieures &#224; sa naissance, d&#233;cim&#233; par la pers&#233;cution. Sit&#244;t que se l&#232;ve une t&#234;te, il est facile de l'abattre, surtout si c'est par-derri&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les banquiers de Londres ne veulent pas d'une Espagne socialiste ; plut&#244;t que de nous voir vaincre, ils pr&#233;f&#232;rent compromettre la s&#233;curit&#233; des routes de l'Empire&#8230; C'est d'ailleurs l'avis de tous les financiers du monde. Plut&#244;t la guerre universelle, demain ! Ils l'auront. Ils payeront cher leur &#233;go&#239;sme sacr&#233;&#8230; Mince consolation pour nous. L'U.R.S.S. du chef g&#233;nial ne craint rien tant qu'une jeune r&#233;volution vivante. Elle nous s&#232;vre d'armes et nous poignarde doucement. Nous ne sommes peut-&#234;tre pour son chef qu'une pi&#232;ce sur l'&#233;chiquier&#8230; Nous sommes seuls, absolument seuls au monde, avec nos derni&#232;res mitraillettes, nos derni&#232;res machines &#224; &#233;crire, nos trois douzaines de derniers camarades, sans moyens et divis&#233;s entre eux, dispers&#233;s dans les deux h&#233;misph&#232;res&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le pis c'est que les gens en ont assez de tout. Buvons la d&#233;faite, buvons n'importe quoi, pensent-ils, pourvu que &#231;a finisse. Ils ne savent plus pourquoi la r&#233;publique se bat. Ils n'ont pas tort. Quelle r&#233;publique ? Pour qui ? Ils ne savent pas que l'histoire n'est jamais &#224; bout d'inventions, que le pire n'est jamais atteint&#8230; Ils s'imaginent n'avoir plus rien &#224; perdre&#8230; Et il y a des rapports directs entre la faim &#224; ce degr&#233; et l'obscurcissement des esprits ; quand les ventres sont creux, les petites flammes spirituelles clignotent et s'&#233;teignent&#8230; &#192; propos, j'ai rencontr&#233; en venant ici une vilaine bobine d'Allemand qui ne me revient pas. Vous n'avez rien observ&#233; ? L'endroit reste s&#251;r ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annie et Stefan se regard&#232;rent, tr&#232;s attentifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, rien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu prends toutes les pr&#233;cautions ? Tu ne sors pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils firent le compte des camarades qui connaissaient ce refuge : sept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Sept, dit Annie r&#234;veusement, c'est trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils en avaient omis deux, neuf en r&#233;alit&#233;. De toute confiance, mais neuf !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il faudra, conclut Jaime, penser &#224; t'envoyer &#224; Paris. C'est l&#224; que nous aurions besoin d'un bon secr&#233;taire international&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaime rajusta sa ceinture alourdie par le pistolet, remit son bonnet de milicien, traversa entre eux deux le jardin, s'arr&#234;ta pr&#232;s de la porte de sortie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; R&#233;dige pour les Anglais un projet de r&#233;ponse mod&#233;r&#233; : ils ont une fa&#231;on &#224; eux de comprendre le marxisme &#224; travers le positivisme, le puritanisme, le lib&#233;ralisme, le fair-play, le whisky and soda&#8230; Et puis, je te conseille tout de m&#234;me d'aller coucher ce soir sur la colline, pendant que je ferai prendre des renseignements &#224; la G&#233;n&#233;ralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaime laissa derri&#232;re lui, dans le jardin ensauvag&#233; o&#249; les cigales faisaient leur l&#233;ger crissement m&#233;tallique, une sourde inqui&#233;tude. Stefan Stern, &#224; trente-cinq ans, survivait &#224; plusieurs &#233;croulements de mondes : banqueroute d'un prol&#233;tariat r&#233;duit &#224; l'impuissance en Allemagne, Thermidor en Russie, &#233;croulement de la Vienne socialiste sous les canons catholiques, dislocation des internationales, &#233;migrations, d&#233;moralisations, assassinats, proc&#232;s de Moscou&#8230; Apr&#232;s nous, si nous disparaissons sans avoir eu le temps d'accomplir notre t&#226;che ou simplement de t&#233;moigner, la conscience ouvri&#232;re s'obscurcira tout &#224; fait pour un temps que nul ne saurait mesurer&#8230; Un homme finit par concentrer en lui une certaine clart&#233; unique, une certaine exp&#233;rience irrempla&#231;able. Il a fallu des g&#233;n&#233;rations, des sacrifices et des &#233;checs sans nombre, des mouvements de masse, de vastes &#233;v&#233;nements, des accidents infiniment d&#233;licats d'une destin&#233;e personnelle pour le former en vingt ann&#233;es &#8211; et le voici &#224; la merci de la balle tir&#233;e par une brute. Stefan Stern se sentait cet homme et il avait peur pour lui-m&#234;me, surtout depuis que plusieurs autres n'&#233;taient plus. Deux Comit&#233;s ex&#233;cutifs du parti jet&#233;s successivement en prison, les hommes du troisi&#232;me, les meilleurs que l'on e&#251;t pu trouver sur sept &#224; huit mille militants, trente mille inscrits, soixante mille sympathisants, &#233;taient des m&#233;diocres pleins de bonne volont&#233;, de foi inintelligente, d'id&#233;es confuses se r&#233;duisant souvent &#224; des symboles &#233;l&#233;mentaires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Annie, &#233;coute-moi. Je crains de devenir un l&#226;che quand je pense &#224; tout ce que je sais, &#224; tout ce que je comprends, et qu'ils ne savent pas, qu'ils ne comprennent pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de temps pour penser, il ne mettait rien au clair&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;coute Annie, il n'y a pas plus d'une cinquantaine d'hommes sur la terre qui comprennent Einstein : si on les fusillait tous dans la m&#234;me nuit, ce serait fini pour un si&#232;cle ou deux &#8211; ou trois, qu'en savons-nous ? Toute une vision de l'univers s'&#233;vanouirait dans le n&#233;ant&#8230; Songes-y : le bolchevisme a soulev&#233; des millions d'hommes au-dessus d'eux-m&#234;mes, en Europe, en Asie, pendant dix ans. Maintenant qu'on a fusill&#233; les Russes, personne ne peut plus voir par l'int&#233;rieur ce que c'&#233;tait, de quoi tous ces hommes ont v&#233;cu, ce qui a fait leur force et leur grandeur &#8211; ils vont devenir ind&#233;chiffrables et l'on va retomber, apr&#232;s eux, au-dessous d'eux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annie ne savait pas s'il l'aimait ; elle e&#251;t consenti &#224; savoir qu'il ne l'aimait pas, entrevoyant &#224; peine l'amour, sans avoir le temps de s'y arr&#234;ter ; elle lui &#233;tait indispensable dans le travail, elle mettait &#224; ses c&#244;t&#233;s une pr&#233;sence, dans ses bras un corps tendu, rass&#233;r&#233;nant. Il avait moins besoin de t&#226;ter son revolver sous l'oreiller ; pour dormir, quand elle &#233;tait l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit qui suivit l'avertissement de Jaime, ils la pass&#232;rent, par pr&#233;caution, roul&#233;s dans des couvertures sur la colline, au milieu des buissons h&#233;riss&#233;s. Ils veill&#232;rent tard, au clair de lune, dans une &#233;trange intimit&#233;, heureux de se voir tout &#224; coup prodigieusement rapproch&#233;s par la transparence du ciel. Le matin dissipa leurs craintes, car il se leva simple et net, rendant aux choses leurs lignes coutumi&#232;res, aux plantes, aux pierres, aux insectes, aux contours lointains de la ville leurs aspects familiers. Comme si le danger aveugle, les ayant fr&#244;l&#233;s, se f&#251;t &#233;cart&#233; d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce Jaime a des visions, railla Stefan. Comment veux-tu qu'ils nous aient rep&#233;r&#233;s ? On ne peut vraiment filer personne sur le chemin sans &#234;tre aper&#231;u&#8230; Rentrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maison les attendait, tout &#224; fait inchang&#233;e. Ils se lav&#232;rent au puits dont l'eau &#233;tait glac&#233;e. Puis Annie prit le pot au lait et gravit en courant, comme une ch&#232;vre, le sentier conduisant &#224; la ferme. L&#224;-haut, Battista, un sympathisant, lui vendait par amiti&#233; le pain, le lait, un peu de fromage. Cette course qu'elle faisait all&#233;grement, lui prenait une vingtaine de minutes. Pourquoi la vieille porte de bois, dans le mur du jardin, &#233;tait-elle entrouverte quand Annie revint ? L'entreb&#226;illement de cette porte, d&#232;s qu'Annie l'aper&#231;ut, &#224; quatre pas, lui communiqua un petit choc au c&#339;ur. Stefan n'&#233;tait pas dans le jardin. &#192; cet instant, il se rasait habituellement devant un miroir suspendu au loquet de la fen&#234;tre ; et en se rasant se penchait sur quelque publication ouverte sur la table de travail. Le miroir &#233;tait suspendu au loquet de la fen&#234;tre ; le blaireau couvert de mousse blanche pos&#233; sur le rebord int&#233;rieur, le rasoir &#224; c&#244;t&#233; ; il y avait un livre ouvert sur la table, la serviette &#233;ponge &#233;tait jet&#233;e sur le dossier de la chaise&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Stefan !&#8230; jeta Annie effray&#233;e, Stefan !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien dans la maison ne lui r&#233;pondit, mais tout son &#234;tre per&#231;ut irr&#233;missiblement que la maison &#233;tait vide. Elle se jeta dans la pi&#232;ce voisine o&#249; le lit n'&#233;tait pas d&#233;fait, au puits, dans les all&#233;es du jardin, vers la porte d&#233;rob&#233;e donnant sur la colline &#8211; cette porte-ci bien close&#8230; Annie tournoya sur elle-m&#234;me, saisie par une temp&#233;rature de malheur, les prunelles r&#233;tr&#233;cies, charg&#233;es d'un regard fou, pour tout scruter vite, vite, implacablement vite&#8230; &#171; Ce n'est pas possible, ce n'est pas possible&#8230; &#187; De nouveau, elle appela. Un n&#339;ud d'angoisse se ramassait sous sa gorge, elle entendit les battements violents de son c&#339;ur, pareils aux pas d'une troupe en marche, lourdement titubante. &#171; Mais reviens donc, Stefan ! Ne joue pas ainsi avec moi, Stefan, j'ai peur, Stefan, je vais pleurer&#8230; &#187; C'&#233;tait insens&#233; de le supplier ainsi, il fallait agir instantan&#233;ment, t&#233;l&#233;phoner&#8230; Le t&#233;l&#233;phone, coup&#233;, ne rendit aucun son. Le silence tombait sur la maison vide, par blocs pareils &#224; d'inconcevables pellet&#233;es de terre dans une fosse d&#233;mesur&#233;e. Annie contempla stupidement le blaireau savonneux, le rasoir Gillette bord&#233; de minuscules poils de barbe et de savon. Stefan n'allait-il pas surgir derri&#232;re elle, l'enlacer, dire : &#171; Excuse-moi si je t'ai fait pleurer&#8230; &#187; Insens&#233; d'y penser. Le soleil ruisselait sur le jardin. Annie parcourut les all&#233;es en y cherchant sur le gravier m&#234;l&#233; d'herbe et de terre d'impossibles traces de pas. &#192; deux m&#232;tres de l'entr&#233;e, une chose r&#233;v&#233;latrice lui fit &#233;carquiller les yeux ; un bout de cigare &#224; demi-consum&#233;, avec sa couronne de cendres. Des fourmis actives qui traversaient l'all&#233;e contournaient cet obstacle d'une nature inconnue. Depuis des mois, la ville n'avait plus de cigarettes, ni Jaime ni Stefan ne fumaient, personne n'avait fum&#233; ici de longtemps, le cigare d&#233;celait la pr&#233;sence d'&#233;trangers riches, puissants les Russes, mon Dieu ! Annie descendit vers la ville en courant sur les cailloux br&#251;lants. Le chemin ardait, l'air chaud vibrait sur le roc. Plusieurs fois, Annie s'arr&#234;ta net pour comprimer de ses deux mains ses tempes dont les veines battaient trop fort. Elle reprenait ensuite sa course vers la ville, sur des laves soudainement p&#233;trifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stefan commen&#231;a de reprendre conscience un long moment avant de rouvrir les yeux. La sensation obscure d'un cauchemar s'att&#233;nua, &#231;'allait &#234;tre le r&#233;veil, la fin ; la sensation du cauchemar revint, plus pr&#233;cise et plus envahissante, non, ce ne serait peut-&#234;tre pas la fin, mais un autre commencement du noir, l'entr&#233;e dans un tunnel peut-&#234;tre sans fin. Ses &#233;paules reposaient sur quelque chose de dur, le bien-&#234;tre un peu bizarre du r&#233;veil se r&#233;pandait dans ses membres, surmontant une courbature et une anxi&#233;t&#233;. Qu'&#233;tait-il advenu ? Suis-je malade ? Annie ? Voyons, Annie ? Il entrouvrit pesamment les paupi&#232;res, eut peur d'ouvrir tout &#224; fait les yeux, ne comprit pas tout d'abord, car tout son &#234;tre reculait devant l'effrayante n&#233;cessit&#233; de comprendre, vit quand m&#234;me, l'espace d'une fraction de seconde et referma, cette fois volontairement, les paupi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un personnage oliv&#226;tre, cr&#226;ne ras&#233;, pommettes osseuses, tempes fuyantes, se penchait sur lui. Au col, des insignes d'officier. Une chambre inconnue, exigu&#235;, blanche o&#249; flottaient d'autres visages &#233;pars dans une lumi&#232;re dure. L'&#233;pouvante prit Stefan &#224; la gorge, l'&#233;pouvante descendit ainsi qu'une eau glac&#233;e, lentement jusqu'aux extr&#233;mit&#233;s de ses membres. Et il per&#231;ut sous ce frisson qu'une chaleur bienfaisante baignait encore son &#234;tre. &#171; On a d&#251; me faire une piq&#251;re de morphine. &#187; Ses paupi&#232;res se ressoudaient d'elles-m&#234;mes. Se rendormir, fuir ce r&#233;veil, se rendormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La syncope est finie, dit le personnage aux tempes fuyantes. Et il dit encore, ou le pensa tr&#232;s distinctement : Maintenant, c'est une feinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stefan per&#231;ut qu'une main muscl&#233;e lui saisissait le poignet, t&#226;tant son pouls. Il s'appliqua &#224; se bien ressaisir : ma&#238;triser ce flot glac&#233; qui lui d&#233;vastait l'&#234;tre. Il y r&#233;ussit sans que le frisson cess&#226;t. Le souvenir de ce qui venait de se passer apparut, d'une nettet&#233; irr&#233;m&#233;diable. Vers neuf heures du matin, comme il s'appr&#234;tait &#224; se raser, Annie dit : &#171; Je vais aux provisions, n'ouvre &#224; personne. &#187; La porte du jardin referm&#233;e sur Annie, il erra un instant dans les all&#233;es embroussaill&#233;es, singuli&#232;rement oppress&#233;, ne trouvant de r&#233;confort ni dans les fleurs ni dans l'air matinal. La colline voisine commen&#231;ait &#224; flamboyer sous le soleil d&#233;j&#224; torride. Les chambres blanches lui furent hostiles ; Stefan v&#233;rifia son browning, fit glisser le chargeur ; il essaya de secouer son malaise, s'approcha de la machine &#224; &#233;crire, prit enfin le parti de se raser comme d'habitude. &#171; Les nerfs, nom de Dieu&#8230; &#187; Il s'essuyait le visage en s'effor&#231;ant &#224; lire, debout, devant un num&#233;ro de revue ouvert sur la table, quand le sable de l'all&#233;e cria sous un pas insolite ; il y eut aussi le sifflotement convenu, mais comment avait-on ouvert la porte ? Annie si vite de retour ? Elle ne sifflerait pas. Stefan, le pistolet au poing, se jeta dans le jardin aux fleurs ensauvag&#233;es. Quelqu'un venait vers lui en souriant, quelqu'un qu'il ne reconnut pas de prime abord, un camarade qui venait parfois, rarement, &#224; la place de Jaime. Stefan n'aimait pas sa grosse face plate de singe puissant. &#171; Salut ! Alors, je t'ai fait peur ? J'ai des lettres urgentes pour toi&#8230; &#187; Stefan tendit la main, rassur&#233;. &#171; Bonjour, vieux&#8230; &#187; La syncope commen&#231;ait l&#224;, le cauchemar, le sommeil ; il avait d&#251; &#234;tre frapp&#233; &#224; la t&#234;te (le souvenir indistinct d'une meurtrissure remontait de l'oubli ; une douleur sourde naquit au milieu de son front). Assomm&#233; par cet homme, ce camarade, ce mis&#233;rable, entra&#238;n&#233;, emport&#233;, oui, par les Russes &#233;videmment. L'eau glac&#233;e dans les entrailles. Naus&#233;e. Annie. Annie, Annie ! La d&#233;b&#226;cle de Stefan fut totale &#224; cette seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La syncope est finie, dit une voix pos&#233;e, tr&#232;s proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stefan per&#231;ut qu'on le regardait de tout pr&#232;s, avec une attention presque violente. Il pensa qu'il fallait ouvrir les yeux. &#171; On m'a fait une piq&#251;re &#224; la cuisse. Quatre-vingt-dix chances sur cent que je sois perdu&#8230; Quatre-vingt-quinze chances sur cent&#8230; Raisonnable en tout cas de l'admettre&#8230; &#187; Il ouvrit r&#233;solument les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se vit &#233;tendu sur le divan d'une confortable cabine de vaisseau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boiseries claires. Trois visages attentifs pench&#233;s vers lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous allez mieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vais bien, dit Stefan distinctement. Qui &#234;tes-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous &#234;tes d&#233;tenu par le Service d'investigation militaire. Vous sentez-vous en &#233;tat de subir l'interrogatoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc comment ces choses-l&#224; se faisaient. Stefan voyait tout avec une sorte de d&#233;tachement lointain&#8230; Il ne r&#233;pondit rien mais consid&#233;ra les trois visages : l'&#234;tre entier tendu pour les d&#233;chiffrer. L'un s'&#233;carta aussit&#244;t de lui-m&#234;me, inint&#233;ressant, vague, celui sans doute du m&#233;decin de bord, le personnage aux tempes fuyantes&#8230; Ce visage d'ailleurs se redressait, reculait vers la paroi, disparaissait. Un souffle d'air salin rafra&#238;chit la cabine. Les deux autres t&#234;tes avaient une consistance mat&#233;rielle dans ce demi-irr&#233;el. La plus jeune, forte, carr&#233;e, les cheveux pommad&#233;s, la moustache soign&#233;e, les m&#233;plats accentu&#233;s, le regard velout&#233; odieusement insistant. Dompteur de fauves, bell&#226;tre courageux devenu l&#226;che &#224; force de fustiger des tigres, la peur au ventre &#8211; ou trafiquant de femmes&#8230; Animalement ennemie, cette t&#234;te pos&#233;e sur une cravate &#224; rayures de couleur. L'autre intrigua Stefan, puis alluma en lui une folle lueur d'espoir. Cinquante-cinq ans, des m&#232;ches grises sur un front &#233;quilibr&#233;, la bouche encadr&#233;e de plis amers, des paupi&#232;res frip&#233;es, un regard noir, triste, presque douloureux&#8230; &#171; Compl&#232;tement perdu, compl&#232;tement perdu &#187; &#8211; &#224; travers tout ce qu'il pouvait saisir et penser, Stefan entendait d&#233;ferler en lui cette clameur assourdie &#8211; &#171; compl&#232;tement perdu &#187;. Il remua ses membres, content de n'&#234;tre point attach&#233;, se souleva lentement, s'adossa &#224; la paroi, croisa les jambes, s'effor&#231;a &#224; sourire, crut y r&#233;ussir, n'eut qu'une &#233;trange expression crisp&#233;e, tendit les doigts vers le bell&#226;tre dangereux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Cigarette ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, dit l'autre, surpris, en se mettant &#224; chercher dans sa poche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stefan se fit ensuite donner du feu. Il fallait &#234;tre tr&#232;s, tr&#232;s calme, mortellement calme. Mortellement, aucun mot n'e&#251;t &#233;t&#233; plus juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; R&#233;pondre &#224; un interrogatoire ? Apr&#232;s cet enl&#232;vement ill&#233;gal ? Sans savoir qui vous &#234;tes &#8211; ou ne le sachant que trop &#8211; sans garanties d'aucune sorte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#234;te massive du bell&#226;tre oscilla l&#233;g&#232;rement sur la cravate ; les dents, larges et jaunes, s'y d&#233;couvrirent&#8230; Cette brute aussi entendait sourire. Ce qu'elle murmura devait vouloir dire : &#171; Nous saurons bien vous y obliger. &#187; Bien s&#251;r. Avec un courant &#233;lectrique &#224; faible tension, on peut tordre une cr&#233;ature humaine en tous sens, la plonger dans les pires convulsions de l'&#233;pilepsie, de la d&#233;mence, bien s&#251;r, et je le sais. Stefan apercevait pourtant une chance d&#233;sesp&#233;r&#233;e de salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; Mais j'ai beaucoup &#224; vous dire. Je vous tiens, aussi, moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#234;te au regard triste dit en fran&#231;ais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Parlez. Voulez-vous d'abord un verre de vin ? N'avez-vous pas faim ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stefan jouait sa vie. Foncer sur ces deux hommes, la v&#233;rit&#233; au poing. Parmi eux, la moiti&#233; d'implacables canailles, bonnes &#224; tout faire, la moiti&#233; de r&#233;volutionnaires authentiques pervertis par une foi aveugle en un pouvoir sans foi. Ces deux-l&#224; paraissaient repr&#233;sentatifs. Troubler au moins l'un, ce serait peut-&#234;tre le salut. Il e&#251;t voulu, en parlant, observer leurs r&#233;actions, scruter leurs visages, mais la faiblesse le rendait singuli&#232;rement inconsistant, troublait sa vue, rendait sa parole br&#251;lante et saccad&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vous tiens. Vous croyez peut-&#234;tre aux complots que vous inventez ? Vous croyez remporter des victoires ou sauver quelque chose pour votre ma&#238;tre dans la d&#233;faite ? Savez-vous ce que vous avez fait jusqu'ici ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'emporta, le buste pench&#233; vers eux, les deux mains agripp&#233;es au rebord de la couchette sur laquelle il &#233;tait assis et &#224; laquelle il dut se cramponner par instants de toutes ses derni&#232;res forces pour ne tomber ni en arri&#232;re, contre la paroi, ni en avant, sur le tapis bleu mouvant comme la mer, le tapis dont la vue lui donnait un commencement de vertige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si vous avez seulement l'ombre d'une &#226;me, j'y arriverai, je l'empoignerai, je la ferai saigner, votre vilaine petite &#226;me, elle criera malgr&#233; vous que j'ai raison !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parlait &#226;prement, violemment, et il &#233;tait persuasif, habile, opini&#226;tre, sans bien suivre lui-m&#234;me sa parole ; elle s'&#233;chappait de lui comme le sang, &#224; flots bouillonnants, d'une large blessure (cette image lui traversa l'esprit). Qu'avez-vous fait, mis&#233;rables, avec vos proc&#232;s d'imposture ? Vous avez empoisonn&#233; ce que le prol&#233;tariat avait de plus sacr&#233;, la source de sa confiance en lui-m&#234;me, qu'aucune d&#233;faite ne pouvait nous ravir. On pouvait mitrailler autrefois les communards, ils se sentaient propres, ils tombaient avec fiert&#233; ; maintenant vous les avez salis les uns par les autres, et d'une telle souillure qu'elle en devient inintelligible aux meilleurs&#8230; Dans ce pays-ci, vous avez tout vici&#233;, pourri, perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Regardez, regardez&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stefan d&#233;tacha ses mains du rebord de la couchette pour mieux leur montrer la d&#233;faite qu'il tenait entre ses paumes d&#233;color&#233;es et il faillit tomber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en parlant, il observait les deux hommes, vis-&#224;-vis. Le plus jeune ne bronchait pas. Le visage de celui qui pouvait avoir cinquante-cinq ans se couvrait d'une brume grise, s'effa&#231;ait, reparaissait, creus&#233; de rides. Leurs mains prenaient des expressions oppos&#233;es. La droite du plus jeune, &#224; plat sur l'acajou d'un gu&#233;ridon, y reposait ainsi qu'une b&#234;te assoupie. Les mains du plus vieux, nou&#233;es avec force, exprimaient peut-&#234;tre une attente crisp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stefan, s'&#233;tant tu, entendit le silence. Sa voix, d&#233;tach&#233;e de lui, s'abolissait, le laissant extraordinairement &#233;veill&#233;, dans un silence tintant qui s'&#233;ternisa&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tout ce que vous venez de nous dire, lui r&#233;pondit pos&#233;ment la t&#234;te massive aux cheveux plaqu&#233;s sur le front, ne pr&#233;sente pour nous aucun int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porte s'ouvrit, se referma ; quelqu'un aidait Stefan, d&#233;faillant, &#224; se recoucher. &#8211; Je suis perdu, perdu. Sur le pont du bateau, dans une nuit l&#233;g&#232;re o&#249; l'on se voyait assez bien, o&#249; l'on sentait la pr&#233;sence des &#233;toiles, de l'&#233;t&#233;, de la terre proche, riches d'&#234;tres, de frondaisons, de fleurs, les deux personnages qui venaient d'&#233;couter Stefan march&#232;rent c&#244;te &#224; c&#244;te, sans parler, avant de s'arr&#234;ter face &#224; face. Le plus jeune, qui &#233;tait le plus compact, eut derri&#232;re lui toutes les constructions du bateau ; l'autre, celui qui pouvait avoir cinquante-cinq ans, s'adossa au bastingage ; derri&#232;re lui le large, la nuit, la mer, le ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Camarade Youvanov, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Camarade Roudine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne comprends pas pourquoi vous avez fait enlever ce gar&#231;on&#8230; Encore une vilaine affaire qui fera un bruit du diable jusqu'aux Am&#233;riques. Il me fait l'effet d'un romantique de la pire sorte, brouillon, trotskyste, anarchisant et c&#230;tera&#8230; Ici nous sommes plut&#244;t au bout du rouleau&#8230; Je vous conseille de le faire reconduire &#224; terre et rel&#226;cher au plus vite, peut-&#234;tre avec une petite mise en sc&#232;ne appropri&#233;e, avant que sa disparition ne soit &#233;bruit&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Impossible, dit s&#232;chement Youvanov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Impossible pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev, avec emportement, baissa la voix. Sa parole devint presque sifflante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Croyez-vous que je vais vous laisser commettre impun&#233;ment des crimes sous mes yeux ? N'oubliez pas que je suis mandat&#233; par le Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La vip&#232;re trotskyste en faveur de laquelle vous interc&#233;dez, camarade Roudine, est impliqu&#233;e dans le complot qui a co&#251;t&#233; la vie &#224; notre grand camarade Toula&#233;v.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix ans plus t&#244;t, Kondratiev, en entendant cette phrase de journal d&#233;bit&#233;e avec aplomb, e&#251;t &#233;clat&#233; d'un rire v&#233;h&#233;ment : surprise, m&#233;pris, col&#232;re, d&#233;rision, et la crainte m&#234;me, se fussent confondus dans ce rire, et il se f&#251;t tap&#233; la cuisse, ah, non, vous &#234;tes impayable, non vraiment, je vous admire, vous atteignez dans l'imb&#233;cillit&#233; malfaisante &#224; une sorte de g&#233;nie ! Et il y eut bien en lui un ricanement presque joyeux, mais qu'une l&#226;chet&#233; triste &#233;touffa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je n'interc&#232;de en rien, dit-il, je me suis born&#233; &#224; vous adresser une recommandation politique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis poltron. &#187; Le bateau tanguait tout doucement dans la nuit l&#233;g&#232;re. &#171; Je m'enfonce dans leur sale glu&#8230; &#187; Tout le large &#233;tait derri&#232;re lui, il se sentit adoss&#233; &#224; ce n&#233;ant, &#224; cette fra&#238;cheur immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et puis, camarade Youvanov, vous &#234;tes tout bonnement cingl&#233;&#8230; Je connais &#224; fond l'affaire Toula&#233;v. Pas un indice s&#233;rieux, pas un, vous m'entendez, dans ce dossier de six mille pages, ne justifie l'inculpation de qui que ce soit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous me permettrez, camarade Roudine, de demeurer d'un autre avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youvanov prit cong&#233; sur une inclinaison de t&#234;te. Kondratiev d&#233;couvrit l'horizon nocturne qui confondait ciel et mer. Le vide. De ce vide &#233;manait un d&#233;sarroi pas encore oppressant, plut&#244;t attirant. Des nuages d&#233;chiraient les constellations. Il descendit par l'&#233;chelle de corde dans la vedette coll&#233;e, dans l'obscurit&#233;, contre la coque bomb&#233;e du Kouban&#8230; Pendant un instant, suspendu au-dessus de l'eau clapotante, il fut tout &#224; fait seul entre l'&#233;norme forme noire du cargo, les flots, la vedette presque invisible &#224; ses pieds : et il descendait dans des t&#233;n&#232;bres mouvantes, absolument seul, l'&#226;me repos&#233;e, tout &#224; fait ma&#238;tre de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vedette, le m&#233;canicien, un Ukrainien de vingt ans, lui fit le salut militaire. Kondratiev, ob&#233;issant &#224; une joie qui &#233;tait dans ses muscles, l'&#233;carta des commandes et mit lui-m&#234;me le moteur en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu sais, fr&#232;re, ces machines-l&#224;, je les connais encore parfaitement. Je suis un vieux de la marine, moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, camarade chef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le canot bondit au ras des flots ainsi qu'une b&#234;te ail&#233;e : de fait, deux grandes ailes d'&#233;cume blanche jaillirent de ses flancs. Il y a, aux entr&#233;es d'une passerelle, sur un canal de L&#233;ningrad, de gros lions rouges aux ailes d'or, il y a&#8230; Qu'y a-t-il encore ? Il y a le large ! s'y jeter tout entier, sans retour, au large ! au large ! Le moteur ronflait, la nuit, la mer, le vide grisaient, c'&#233;tait bon de s'&#233;lancer en droite ligne, sans savoir o&#249;, joyeusement, sans fin, bon comme un temps de galop dans la steppe&#8230; Nuits pareilles, les meilleures plus noires &#8211; meilleures &#224; cause du danger moindre &#8211; autrefois devant S&#233;bastopol quand nous y montions la garde, &#224; bord de nos coquilles de noix, contre les escadres de l'Entente. Et parce que nous chantonnions tout bas les hymnes de la r&#233;volution mondiale, les amiraux des puissantes escadres avaient peur de nous. Pass&#233;, pass&#233;, c'est du pass&#233;, cet instant-ci, merveilleux, sera tout &#224; l'heure du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev donna de la vitesse, vers l'horizon. Quel prodige de vivre ! Il respirait profond&#233;ment, il e&#251;t voulu crier de joie. Quelques mouvements pour enjamber le bord, un effort pour basculer, il tomberait au travers de l'aile d'&#233;cume battante et puis, et puis tout serait fini en quelques minutes, mais on fusillerait probablement ce petit Ukrainien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; D'o&#249; es-tu, mon gars ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; De Marioupol, camarade chef&#8230; D'un kolkhoze de p&#234;cheurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mari&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas encore, camarade chef. &#192; mon retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev vira de bord, mettant le cap sur la ville. Le roc de Montjuich &#233;mergea du n&#233;ant, noir &#233;pais sur noir de ciel transparent. Kondratiev songea que la ville &#233;tendue sous ce roc, meurtrie par les bombardements, endormie dans la faim, le danger, les trahisons, l'abandon, aux trois quarts perdue d&#233;j&#224;, morte qui se croyait encore promise &#224; la vie, il ne l'avait pas vue, il ne la verrait point, il ne la conna&#238;trait jamais. Ville conquise, ville perdue, capitale des r&#233;voltes vaincues, capitale d'un monde naissant, perdu, que nous avons pris, qui s'&#233;chappe de nos mains, nous &#233;chappe, tombe, roule vers les tombes&#8230; Parce que nous, nous qui avons commenc&#233; la conqu&#234;te, nous sommes &#224; bout de souffle, vid&#233;s, nous sommes devenus des maniaques du soup&#231;on, des maniaques du pouvoir, des affol&#233;s capables de nous fusiller nous-m&#234;mes pour finir &#8211; et c'est ce que nous faisons. Trop peu de cerveaux capables de pens&#233;e claire dans ces masses d'Europe et d'Asie qu'une glorieuse infortune amena &#224; faire la premi&#232;re r&#233;volution socialiste. L&#233;nine le vit d&#232;s la premi&#232;re heure, L&#233;nine r&#233;sista tant qu'il put &#224; l'inqui&#233;tude d'un destin si haut et si noir. En termes d'&#233;cole, il faudrait dire que les classes ouvri&#232;res du vieux monde ne sont pas encore arriv&#233;es &#224; la maturit&#233;, tandis que la crise du r&#233;gime s'est ouverte ; il est advenu que les classes qui s'efforcent de remonter le courant de l'histoire, sont les plus intelligentes &#8211; bassement intelligentes &#8211;, les plus instruites, celles qui mettent la conscience pratique la plus d&#233;velopp&#233;e au service de la plus profonde inconscience et du plus grand &#233;go&#239;sme&#8230; &#192; ce point de sa m&#233;ditation, tandis que de faibles lumi&#232;res naissaient sur la ville ent&#233;n&#233;br&#233;e, Kondratiev revit en esprit le visage convuls&#233; de Stefan Stern port&#233; par les grandes ailes d'&#233;cume&#8230; &#171; Excuse-moi, lui dit fraternellement Kondratiev, je ne peux plus rien pour toi, camarade. Je te comprends bien, j'ai &#233;t&#233; pareil &#224; toi, nous avons tous &#233;t&#233; pareils &#224; toi&#8230; Et je suis encore pareil &#224; toi, puisque je suis sans doute perdu comme toi&#8230; &#187; Lui-m&#234;me ne s'attendait pas &#224; conclure de la sorte, il en fut surpris. Le fant&#244;me de Stefan, avec son front moite, les m&#232;ches folles de ses cheveux cuivr&#233;s, la grimace de sa bouche, la flamme tenace de son regard, se confondit comme dans le r&#234;ve avec un autre fant&#244;me et ce fut Boukharine, son grand front bossel&#233;, son spirituel regard bleu, son visage ravag&#233;, encore capable de sourire, s'interrogeant devant le micro du Tribunal supr&#234;me, quelques jours avant de mourir &#8211; et la Mort &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;, presque visible, tout pr&#232;s de lui, une main sur son &#233;paule, l'autre tenant le pistolet : la mort n'&#233;tait point celle que vit et burina Albert D&#252;rer, squelette au cr&#226;ne ricanant, drap&#233; dans la bure, arm&#233; de la faux du Moyen &#194;ge, non : moderne, la mort, habill&#233;e en grad&#233; du service sp&#233;cial des op&#233;rations secr&#232;tes, l'ordre de L&#233;nine sur le sein droit, les joues pleines et bien ras&#233;es&#8230; &#171; Pour quelle cause vais-je mourir ? &#187; se demandait Boukharine, &#224; haute voix, puis il parlait de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du parti prol&#233;tarien&#8230; Kondratiev voulut secouer ce cauchemar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Prends le gouvernail, jeta-t-il au m&#233;canicien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assis &#224; l'arri&#232;re, tout &#224; coup fatigu&#233;, les mains jointes sur le genou, d&#233;barrass&#233; des ombres, il pensa. Perdu &#233;videmment. La vedette fon&#231;ait &#224; travers cette &#233;vidence noire vers le roc. Perdu comme cette ville, cette r&#233;volution, cette r&#233;publique, perdu comme tant de camarades&#8230; Quoi de plus naturel, d'ailleurs ? &#192; chacun son tour, &#224; chacun sa fa&#231;on&#8230; Comment avait-il pu ne pas s'en rendre compte jusqu'ici, vivre en t&#234;te &#224; t&#234;te avec cette r&#233;v&#233;lation cach&#233;e, sans la deviner, sans l'entendre, s'imaginer faire des choses importantes ou banales, alors qu'il n'y avait en r&#233;alit&#233; plus rien &#224; faire ? La vedette s'accostait dans le port noir au milieu d'un chaos de pierres boulevers&#233;es. Une lanterne balanc&#233;e pr&#233;c&#233;da Kondratiev dans les ruines d'une construction basse au toit crev&#233;, o&#249; les miliciens jouaient aux osselets &#224; la lueur d'une bougie&#8230; Un morceau d'affiche, au-dessus d'eux, montrait des femmes d&#233;charn&#233;es enfin victorieuses de la mis&#232;re, sur le seuil de l'avenir promis par la C.N.T&#8230; Kondratiev se fit conduire &#224; onze heures dans des h&#244;tels du gouvernement pour un entretien inutile avec les directeurs du service des munitions. Trop de munitions pour succomber, pas assez pour vaincre. Vers minuit, un membre du gouvernement lui offrit une collation. Kondratiev but deux grandes coupes de champagne ; un ministre de la G&#233;n&#233;ralit&#233; de Catalogne trinquait avec lui. Le vin des terres fran&#231;aises impr&#233;gn&#233;es du soleil le plus doucement all&#232;gre fit courir dans leurs veines des paillettes d'or. Kondratiev, de bonne humeur, toucha de l'index l'une des bouteilles et, sans penser nullement &#224; ce qu'il allait dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pourquoi, Se&#241;nor, ne r&#233;servez-vous pas ce vin aux bless&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre le regarda avec un demi-sourire fig&#233;. L'homme d'&#201;tat catalan &#233;tait grand, mince, vo&#251;t&#233; ; soixante ans, &#233;l&#233;gamment v&#234;tu ; un visage s&#233;v&#232;re, &#233;clair&#233; d'un bon regard fin ; universitaire. Il haussa les &#233;paules :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous avez bien raison&#8230; Et c'est une de ces petites choses dont nous sommes en train de mourir&#8230; Insuffisance de munitions, exc&#232;s d'injustice&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev d&#233;bouchait la deuxi&#232;me bouteille. Chasseurs et chasseresses, aux grands feutres emplum&#233;s, poursuivant le cerf aux abois dans des taillis d'un autre si&#232;cle, le regardaient faire du haut de la tapisserie. Le vieil universitaire catalan trinqua de nouveau avec lui. Une intimit&#233; les rapprocha, d&#233;sarm&#233;s l'un devant l'autre, comme s'ils eussent d&#233;pos&#233; l'hypocrisie dans l'antichambre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous sommes vaincus, dit le ministre aimablement. On br&#251;lera mes livres, on dispersera mes collections, on fermera mon &#233;cole. Si j'en r&#233;chappe, je ne serai plus, au Chili ou au Panama, qu'un &#233;migr&#233; dont personne ne comprendra le langage&#8230; Avec une femme d&#233;traqu&#233;e, Se&#241;nor. Voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans qu'il s&#251;t comment, la question la plus incongrue, la plus &#233;norme, lui &#233;chappa :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mon cher Monsieur, avez-vous des nouvelles du se&#241;nor Antonov-Ovseenko que j'estime infiniment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je n'en ai pas, r&#233;pondit Kondratiev d'une voix sans timbre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Est-il vrai que&#8230; qu'il a &#233;t&#233;&#8230; qu'on l'a&#8230; que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev voyait de tout pr&#232;s, dans les prunelles du vieil homme sympathique, des stries vertes m&#234;l&#233;es &#224; de l'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; qu'on l'a fusill&#233; ? compl&#233;ta paisiblement Kondratiev. Vous savez, le mot est chez nous d'usage courant. Eh bien, c'est probablement vrai, mais je n'en sais rien au juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dr&#244;le de silence d'extinction ou de d&#233;couragement tomba sur eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il a quelquefois bu ce champagne ici m&#234;me, avec moi, reprit &#224; voix confidentielle le ministre catalan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je finirai probablement comme lui, r&#233;pondit de m&#234;me, presque gaiement Kondratiev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le seuil, dans l'entreb&#226;illement de la porte blanc et or, ils se serr&#232;rent les mains avec effusion, en reprenant leurs personnages conventionnels mais plus vivants que de coutume. L'un disait : &#171; Bon voyage, cher Monsieur &#187; et l'autre, r&#233;p&#233;tait en pi&#233;tinant sur place ses remerciements chaleureux pour le bon accueil. Ces adieux devenaient trop longs, ils en avaient le sentiment, mais &#224; la seconde o&#249; leurs mains se d&#233;tacheraient, un lien invisible et fragile, pareil &#224; un fil d'or, se romprait entre eux, ils le sentirent aussi ; pour ne plus jamais se renouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; Kondratiev, fon&#231;ant sur le p&#233;ril, prit le lendemain l'avion de Toulouse. Arriver &#224; Moscou avant les rapports secrets qui, d&#233;naturant ses moindres gestes, le montreraient interc&#233;dant pour un trotskyste terroriste &#8211; quel d&#233;lire que tout cela ! Arriver &#224; temps pour proposer les supr&#234;mes mesures de redressement, un envoi massif d'armes, une &#233;puration de services, la cessation imm&#233;diate des crimes &#224; l'arri&#232;re&#8230; Se faire recevoir par le chef avant que l'&#233;norme m&#233;canisme &#233;crasant des pi&#232;ges gouvernementaux n'ait &#233;t&#233; mis en marche ; dans le face-&#224;-face avec lui, jouer calmement la vie &#8211; sur les atouts pr&#233;caires d'une camaraderie fond&#233;e en 1906 dans les landes froides de Sib&#233;rie, d'une loyaut&#233; absolue, d'une franchise habile mais ac&#233;r&#233;e, de la v&#233;rit&#233; &#8211;, &#231;a existe, tout de m&#234;me, la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quinze cents m&#232;tres d'altitude, dans un ciel qui n'&#233;tait que lumi&#232;re, la catastrophe la plus ensoleill&#233;e de l'histoire ne se discernait plus sur la terre. La guerre civile s'&#233;vanouissait pr&#233;cis&#233;ment &#224; la hauteur &#224; laquelle les bombardiers s'appr&#234;taient au combat. La terre offrait l'aspect d'une carte si riche de couleurs, si gonfl&#233;e de vie g&#233;ologique, v&#233;g&#233;tale, marine, humaine, que Kondratiev, la contemplant, fut gagn&#233; par une sorte d'enivrement. Il ne fit que passer d'avion en avion. Quand, enfin, survolant les for&#234;ts lithuaniennes, ces ondulations de mousses assombries qui donnaient &#224; ces contr&#233;es une physionomie ant&#233;rieure &#224; l'humain, il d&#233;couvrit les terres sovi&#233;tiques, si diff&#233;rentes de toutes les autres par une tonalit&#233; uniforme de vastes cultures kolkhoziennes, une anxi&#233;t&#233; pr&#233;cise le p&#233;n&#233;tra jusqu'aux moelles. Il eut piti&#233; des toits de chaume, humbles comme de pauvres vieilles femmes, rassembl&#233;s &#231;&#224; et l&#224; dans les creux de labours presque noirs, au bord des rivi&#232;res tristes. (Sans doute, au fond, avait-il piti&#233; de lui-m&#234;me.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef le re&#231;ut le jour m&#234;me de son arriv&#233;e, tant la situation en Espagne devait appara&#238;tre grave. Kondratiev n'attendit que quelques instants dans une antichambre spacieuse, inond&#233;e de lumi&#232;re blanche, des vastes baies de laquelle on voyait un boulevard de Moscou, les tramways, une double rang&#233;e d'arbres, des gens, des fen&#234;tres, des toits, un chantier de d&#233;molition, les bulbes verts d'une &#233;glise &#233;pargn&#233;e&#8230; &#171; Passez, je vous prie&#8230; &#187; Une salle blanche, nue comme un ciel froid, haute de plafond, sans autre ornement que le portrait, plus grand que nature, de Wladimir Illitch, casquette, mains dans les poches, debout dans la cour du Kremlin. Si vaste, cette salle, qu'au premier abord Kondratiev la crut vide ; mais derri&#232;re la table du fond, dans l'angle le plus blanc, le plus d&#233;sert, le plus solitaire de cette solitude close et nue, quelqu'un se leva, d&#233;posa un stylo, &#233;mergea du vide ; quelqu'un traversa le tapis qui &#233;tait d'un gris clair de neige voil&#233;e, quelqu'un vint prendre Kondratiev aux deux bras, avec une bonne brusquerie affectueuse, quelqu'un, Lui, le chef, le copain d'autrefois, &#233;tait-ce r&#233;el ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bonjour, Ivan, comment vas-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;el l'emporta sur la stupeur du r&#233;el. Kondratiev serrait les deux mains tendues, longuement &#8211; et de vraies larmes se ramassaient, chaudes, se dess&#233;chant instantan&#233;ment, sous ses paupi&#232;res, et sa gorge se contractait. L'&#233;clair d'une grande joie l'&#233;lectrisait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et toi, Iossif ?&#8230; Toi&#8230; Que je suis heureux de te voir&#8230; Que tu es encore jeune&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chevelure en brosse cendr&#233;e restait puissante : le front large mais ramass&#233;, barr&#233; de rides, les petits yeux roux, la moustache drue recelaient une charge de vie si compacte que l'homme de chair bousculait l'image de ses portraits sans nombre. Il souriait, il avait des rides de sourire autour du nez, sous les paupi&#232;res, une chaleur rassurante &#233;manait de lui &#8211; serait-il bon, en v&#233;rit&#233; ? &#8211;, mais comment tous ces drames t&#233;n&#233;breux, ces proc&#232;s, ces sentences effroyables pes&#233;es au Bureau politique ne l'avaient-ils pas us&#233; davantage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Toi aussi, Vania, disait-il (oui, de sa voix inchang&#233;e), tu r&#233;sistes bien, pas si vieilli que &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se regard&#232;rent, d&#233;tendus. Que d'ann&#233;es, mon vieux ! Prague, Londres, Cracovie, &#231;a date, la chambrette &#224; Cracovie o&#249; l'on a si &#226;prement discut&#233; tout un soir au sujet des expropriations du Caucase ; ensuite on est all&#233; boire de la bonne bi&#232;re dans une Keller, aux vo&#251;tes romanes, sous la b&#226;tisse d'un couvent&#8230; Les cort&#232;ges de 1917, les congr&#232;s, la campagne de Pologne, les h&#244;tels des petites villes prises o&#249; les punaises d&#233;voraient nos Conseils r&#233;volutionnaires fourbus. Une telle foule de souvenirs se leva en eux, que pas un ne s'imposa : tous pr&#233;sents, mais muets, effac&#233;s pour refaire, en de&#231;&#224; de toute expression, une amiti&#233; &#233;trang&#232;re aux mots. Le chef cherchait sa pipe dans la poche de sa vareuse. Ensemble, ils march&#232;rent sur le tapis vers les hautes baies du fond, &#224; travers la blancheur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Eh bien, Vania, o&#249; en sont les choses, l&#224;-bas ? Parle sans d&#233;tour, tu me connais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les choses&#8230;, commen&#231;a Kondratiev avec une moue d&#233;courag&#233;e et ce geste de la main qui semble laisser choir ce qu'elle tient &#8211; les choses&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef parut ne pas avoir entendu ces premiers mots. Il continua, front baiss&#233;, les doigts travaillant le tabac dans le fourneau du br&#251;le-gueule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu sais, fr&#232;re, les vieux comme toi, du vieux parti, doivent me dire toute la v&#233;rit&#233;&#8230; toute la v&#233;rit&#233;&#8230; Sinon &#224; qui la demanderais-je, moi ? J'en ai besoin, j'&#233;touffe parfois. Tout le monde ment et ment, et ment ! Du haut en bas, ils mentent tous que c'en est diabolique&#8230; &#201;c&#339;urant&#8230; Je vis au sommet d'un &#233;difice de mensonges, comprends-tu ? Les statistiques mentent, naturellement. Elles totalisent les b&#234;tises des petits fonctionnaires de la base, les combines des administrateurs moyens, les imaginations, la servilit&#233;, le sabotage, la b&#234;tise &#233;norme de nos cadres dirigeants&#8230; Quand on n'apporte tous ces chiffres quintessenci&#233;s, je me retiens parfois pour ne pas leur dire : Chol&#233;ra ! Les plans mentent parce qu'ils reposent neuf fois sur dix sur des donn&#233;es fausses ; les ex&#233;cutants du Plan mentent parce qu'ils n'ont pas le courage de dire ce qu'ils peuvent faire, ce qu'ils ne peuvent pas faire ; les &#233;conomistes les plus qualifi&#233;s mentent parce qu'ils sont des citoyens de la Lune, des lunatiques, je te dis ! Et j'ai encore envie de demander aux gens pourquoi, s'ils se taisent, leurs yeux mentent-ils ? Tu te rends compte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'excusait-il ? Il alluma rageusement sa pipe, mit les mains dans les poches, fut carr&#233; de la t&#234;te, des &#233;paules pesantes, bien plant&#233; sur le tapis dans la clart&#233; nette. Kondratiev le consid&#233;rait avec amiti&#233;, m&#233;fiant pourtant au fond, et r&#233;fl&#233;chissant. Oser ? Il hasarda doucement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; N'est-ce pas un peu de ta faute, tout cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef hocha la t&#234;te ; les rides minuscules d'un bon sourire fr&#233;missaient autour de son nez, sous ses yeux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je voudrais bien t'y voir, mon vieux, &#224; cette place, tiens. La vieille Russie est un mar&#233;cage : plus on avance, et plus le sol bouge, tu t'enfonces au moment o&#249; tu t'y attends le moins&#8230; Et puis, la racaille humaine&#8230; Refaire la mauvaise b&#234;te humaine, &#231;a prendra des si&#232;cles. Je n'ai pas de si&#232;cles &#224; ma disposition, moi&#8230; Eh bien, les derni&#232;res nouvelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; D&#233;testables. Trois fronts tenant &#224; peine ; une pouss&#233;e, ils s'effondreront&#8230; On n'a pas m&#234;me creus&#233; des tranch&#233;es devant des positions essentielles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Faute de pelles, de pain, de plans, d'officiers, de discipline, de munitions, de&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Compris&#8230; Le d&#233;but de l'an 1918, chez nous, hein ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui&#8230; En apparence&#8230; Sans le parti toutefois, sans L&#233;nine&#8230; (Kondratiev h&#233;sita pendant une infime fraction de seconde, mais ce dut &#234;tre visible) sans toi&#8230; Et ce n'est pas un commencement, c'est une fin &#8211; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les experts l'annoncent : trois &#224; cinq semaines, disent-ils ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#199;a peut durer plus longtemps comme une agonie qui tra&#238;ne. &#199;a peut crouler demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai besoin, dit le chef, de prolonger la r&#233;sistance de quelques semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev ne r&#233;pondit pas. Il pensait : &#171; C'est cruel. &#192; quoi bon ? &#187; Le chef parut le deviner :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous valons bien &#231;a, reprit-il. Bon. Nos tanks de Sormovo ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas fameux. Les blindages passables&#8230; (Kondratiev se souvint que l'on avait fusill&#233;, pour sabotage, les constructeurs : ombre d'une g&#234;ne.) Les moteurs, insuffisants. Jusqu'&#224; 35 % d'avaries dans le combat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est dans ton rapport &#233;crit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#234;ne. Kondratiev pensa qu'il ouvrait ainsi un proc&#232;s, que ces 35 % luiraient en caract&#232;res de phosphore dans des cerveaux &#233;puis&#233;s par des interrogatoires nocturnes. Il reprit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Surtout d&#233;fectueux, le mat&#233;riel humain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; On me l'a d&#233;j&#224; dit. Ton explication ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Simple. Nous avons fait la guerre, toi et moi, dans d'autres conditions. La machine broie l'homme. Tu sais que je ne suis pas poltron. Eh bien, j'ai voulu me rendre compte, je suis entr&#233; dans une de ces machines, une n&#176; 4, avec trois types &#233;patants, un anar barcelonais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; un trotskyste, naturellement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Le chef le dit en souriant, dans une bouff&#233;e de fum&#233;e ; ses yeux roux riaient &#224; travers la fente presque close de ses paupi&#232;res.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Peut-&#234;tre bien, je n'ai pas eu le temps de m'en enqu&#233;rir&#8230; Tu ne l'aurais pas fait non plus&#8230; Deux paysans oliv&#226;tres, des Andalous, admirables tireurs comme nos Sib&#233;riens ou nos Lettons d'autrefois&#8230; Bon, nous y voil&#224;, on roule sur une route excellente, je n'arrive pas &#224; me repr&#233;senter ce que c'e&#251;t &#233;t&#233; dans des fondri&#232;res&#8230; Nous sommes quatre l&#224;-dedans, mouill&#233;s de sueur de la t&#234;te aux pieds, &#233;touffant, dans l'obscurit&#233;, le bruit, la benzine puante, nous avons envie de vomir, coup&#233;s du monde, pourvu que &#231;a finisse ! Une panique tenait dans le ventre, vous n'&#234;tes plus des combattants, mais de pauvres bougres d&#233;traqu&#233;s, coll&#233;s les uns aux autres dans une bo&#238;te noire, asphyxiante&#8230; Au lieu de vous sentir prot&#233;g&#233;s et puissants, vous vous sentez r&#233;duits &#224; rien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le rem&#232;de ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Des machines mieux con&#231;ues, des unit&#233;s sp&#233;ciales, entra&#238;n&#233;es. Justement ce que nous n'avons pas eu en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nos avions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bons, sauf les vieux mod&#232;les&#8230; &#199;'a &#233;t&#233; une faute de leur refiler tant de vieux mod&#232;les&#8230; (Le chef approuva d'un signe de t&#234;te d&#233;cid&#233;.) Notre B 104, inf&#233;rieur aux Messerschmidt, surclass&#233; en vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le constructeur sabotait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev h&#233;sita avant de r&#233;pliquer, car il y avait beaucoup pens&#233;, convaincu que la disparition des meilleurs ing&#233;nieurs du Centre d'exp&#233;rimentation de l'aviation avait entra&#238;n&#233; une baisse certaine dans la qualit&#233; de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Peut-&#234;tre que non&#8230; Peut-&#234;tre est-ce seulement que la technique allemande reste sup&#233;rieure&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il sabotait. La preuve en est faite. Il l'a avou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du mot avou&#233; naquit entre eux un malaise net. Le chef le sentit si bien qu'il se d&#233;tourna, alla prendre sur sa table une carte des fronts d'Espagne, posa des questions de d&#233;tail qui ne pouvaient avoir pour lui, en r&#233;alit&#233;, aucun int&#233;r&#234;t. Au point o&#249; l'on en &#233;tait, que la Cit&#233; universitaire de Madrid f&#251;t plus ou moins garnie d'artillerie, que pouvait lui importer ? Par contre, il ne parla pas de l'embarquement des stocks d'or, probablement inform&#233; d&#233;j&#224; par un messager sp&#233;cial. Kondratiev omit ce sujet. Le chef ne fit pas allusion aux changements de personnel propos&#233;s par Kondratiev dans son m&#233;moire&#8230; Kondratiev lut sur une horloge lointaine, dans la baie vitr&#233;e, que l'audience durait depuis plus d'une heure. Le chef allait et venait ; il fit apporter du th&#233;, r&#233;pondit &#224; son secr&#233;taire : &#171; Pas avant que je ne vous appelle&#8230; &#187; Qu'attendait-il ? Kondratiev, tendu, attendait aussi. Le chef, les mains dans les poches, l'amena tout pr&#232;s de la baie d'o&#249; l'on apercevait les toits de Moscou. Il n'y eut qu'une vitre entre eux, la ville, le ciel p&#226;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et chez nous, dans cette Moscou magnifique et d&#233;solante, qu'est-ce qui ne va pas, &#224; ton avis ? Qu'est-ce qui ne colle pas ? Hein ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais tu viens de le dire, fr&#232;re. Tout le monde ment, ment et ment. La servilit&#233;, quoi. De l&#224; le manque d'oxyg&#232;ne. Comment b&#226;tir le socialisme sans oxyg&#232;ne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Hum&#8230; C'est tout, &#224; ton avis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pied du mur, Kondratiev se vit au pied du mur. Parler ? Risquer ? Se d&#233;rober l&#226;chement ? La tension int&#233;rieure l'emp&#234;chait de bien observer, &#224; quarante centim&#232;tres, le visage du chef. Il fut malgr&#233; lui tr&#232;s direct, donc tr&#232;s maladroit. D'une voix pesante, faussement d&#233;gag&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les vieux se font rares&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef &#233;carta, feignant de ne point l'apercevoir, l'&#233;norme allusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; En revanche, les jeunes montent. &#201;nergiques, pratiques, &#224; l'am&#233;ricaine&#8230; Les vieux, il est temps qu'ils se reposent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'ils reposent avec les saints &#187;, tel est le chant liturgique pour les morts&#8230; Kondratiev, crisp&#233;, louvoya :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, les jeunes, c'est vrai&#8230; C'est notre fiert&#233;, cette jeunesse&#8230; (Ma voix sonne faux, voil&#224; que je mens aussi&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef souriait bizarrement comme s'il se f&#251;t moqu&#233; de quelqu'un d'absent. Et du ton le plus naturel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Crois-tu que j'aie fait beaucoup de fautes, Ivan ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils &#233;taient seuls dans une blancheur crue, et toute la ville devant eux, dont pas un bruit ne venait. Dans une sorte de cour spacieuse, en bas, assez loin&#8230;, entre une &#233;glise trapue aux clochetons d&#233;labr&#233;s et un petit mur en briques rouges, des cavaliers georgiens s'exer&#231;aient au sabre : galopant d'un bout de la cour &#224; l'autre ; on les voyait, vers le milieu, se pencher jusqu'&#224; terre pour atteindre au vol, de la pointe du sabre, un chiffon blanc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je n'ai pas &#224; te juger, dit Kondratiev, troubl&#233;. Tu es le parti, toi (il per&#231;ut que cette formule plaisait), je ne suis, moi, qu'un vieux militant&#8230; (avec une tristesse nuanc&#233;e d'ironie) un de ceux qui ont besoin de repos&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef attendait comme un juge impartial ou comme un coupable indiff&#233;rent. Impersonnel, aussi r&#233;el que les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je crois, dit Kondratiev, que tu as eu le tort de &#171; liquider &#187; Nicolas Ivanovitch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liquid&#233; : le vieux mot qu'on employait sous la terreur rouge, par pudeur et cynisme, &#224; la fois, pour ex&#233;cuter. Le chef le re&#231;ut en face, sans broncher, t&#234;te de pierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il trahissait. Il l'a reconnu. Tu ne le crois peut-&#234;tre pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silence. Blancheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est dur &#224; croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef grima&#231;a une sorte de sourire railleur. Ses &#233;paules s'arrondissaient massivement, son front se rembrunit, sa voix devint p&#226;teuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;videmment&#8230; Nous avons eu trop de tra&#238;tres&#8230; conscients et inconscients&#8230; pas le temps de faire de la psychologie&#8230; Pas un romancier, moi&#8230; (Une pause.) Je les an&#233;antirai tous, sans lassitude&#8230; sans merci&#8230; jusqu'au dernier des derniers&#8230; C'est dur, mais il le faut&#8230; Tous&#8230; Il y a le pays, l'avenir. Je fais ce qu'il faut. Comme une machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien &#224; r&#233;pondre &#8211; ou crier ? Kondratiev fut sur le point de crier. Le chef ne lui en laissa pas le temps. Il revenait au ton de la conversation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et l&#224;-bas, les trotskystes continuent leurs men&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas tant que ne l'affirment les imb&#233;ciles. D'ailleurs, je voulais t'entretenir d'une affaire de peu d'importance, mais qui peut avoir des r&#233;percussions&#8230; Nos gens font de dangereuses b&#234;tises&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev exposa en quatre phrases le cas de Stefan Stern. Il cherchait &#224; deviner si le chef &#233;tait au courant. L'autre, imp&#233;n&#233;trable et naturel, &#233;coutait avec attention, prenait note du nom : Stefan Stern &#8211; comme s'il l'e&#251;t ignor&#233;. L'ignorait-il vraiment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bon, je verrai &#231;a&#8230; Mais sur l'affaire Toula&#233;v, tu te trompes : il y a complot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ah !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Peut-&#234;tre, en effet, y a-t-il complot&#8230; &#187; Ce fut dans le cerveau de Kondratiev un consentement tr&#233;buchant&#8230; &#171; Me voici complaisant, que le diable m'emporte ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Me permets-tu une question, Iossif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vas-y.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les yeux roux du chef gardaient leur expression amicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le Bureau politique est-il m&#233;content de moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifiait, au vrai : &#171; Es-tu m&#233;content, toi, maintenant que je t'ai parl&#233; &#224; c&#339;ur ouvert ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comment te r&#233;pondre ? fit le chef avec lenteur. Je ne sais pas, moi. Le cours des &#233;v&#233;nements n'est pas satisfaisant, c'est certain, mais tu n'y pouvais pas grand-chose. Tu n'as pass&#233; &#224; Barcelone que quelques jours, ta responsabilit&#233; n'est donc que peu engag&#233;e&#8230; Nous n'avons personne &#224; f&#233;liciter quand tout fout le camp, hein ? Ha ha !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il riait d'un petit rire guttural qui se cassa net.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Maintenant, que faire de toi ? Quel travail veux-tu ? Veux-tu aller en Chine ? Nous avons l&#224;-bas des petites arm&#233;es admirables un peu touch&#233;es par certaines maladies&#8230; (il se donnait le temps de r&#233;fl&#233;chir). Mais sans doute en as-tu assez des guerres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'en ai assez, fr&#232;re. Non, merci pour ce qui est de la Chine, &#233;vite-moi &#231;a, s'il te pla&#238;t. Toujours le sang, le sang, j'en ai marre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justement les mots qu'il n'e&#251;t pas fallu dire, qui &#233;taient dans sa gorge depuis la premi&#232;re minute de cette rencontre, les mots les plus graves de leur dialogue secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je te comprends, dit le chef, et ce fut tout &#224; fait sinistre au grand jour limpide. Alors quoi ? Un poste dans la production ? dans la diplomatie ? J'y songerai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils travers&#232;rent le tapis, en diagonale. Dormeurs &#233;veill&#233;s. Le chef retint la main d'Ivan Kondratiev dans la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai &#233;t&#233; heureux de te revoir, Ivan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinc&#232;re. Cette &#233;tincelle au fond des prunelles, ce visage ramass&#233;, vieillissement d'homme fort vivant sans confiance, sans bonheur, sans contacts humains, dans une solitude de laboratoire&#8230; Il continuait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Repose-toi, vieux. Fais-toi soigner. &#192; notre &#226;ge, apr&#232;s nos vies, &#231;a s'impose. Tu as raison, les vieux se font rares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu te rappelles nos chasses au canard sauvage dans la toundra ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tout, tout, vieux, je me souviens de tout. Va te reposer au Caucase. Seulement, l&#224;, un conseil : laisse tomber les sanas, grimpe le plus possible les sentiers de la montagne. Voil&#224; ce que j'aimerais faire, moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici s'&#233;leva entre eux, en eux, un dialogue secret qu'ils suivirent tous les deux par divination, distinctement : &#171; Pourquoi n'y vas-tu pas ? sugg&#233;rait Kondratiev, &#231;a te ferait tant de bien, fr&#232;re. &#187; &#8211; &#171; Tentateur, les sentiers perdus, ricanait le chef. Pour qu'on m'y trouve un jour la t&#234;te fendue ? Pas si fou, on a encore besoin de moi&#8230; &#187; &#8211; &#171; Je te plains, Iossif, tu es le plus menac&#233;, le plus captif d'entre nous&#8230; &#187; &#8211; &#171; Je ne veux pas &#234;tre plaint. Je te d&#233;fends de me plaindre. Tu n'es rien, je suis le chef, moi. &#187; Ils ne dirent pas un de ces mots, ils les entendirent, ils les prof&#233;r&#232;rent seulement dans un double t&#234;te-&#224;-t&#234;te, l'un avec l'autre corporellement et aussi l'un avec l'autre en lui-m&#234;me, incorporellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Au revoir, au revoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu de la vaste antichambre, Kondratiev croisa un petit personnage &#224; lorgnons cercl&#233;s d'&#233;caille, nez courb&#233; et renfl&#233;, serviette lourde port&#233;e au ras du tapis : le nouveau procureur au Tribunal supr&#234;me, Ratchevsky. Ils &#233;chang&#232;rent un salut r&#233;ticent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. CHACUN SE NOIE &#192; SA FA&#199;ON&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une douzaine de fonctionnaires brassaient depuis six mois les cent cinquante dossiers s&#233;lectionn&#233;s de l'affaire Toula&#233;v. Fleischman et Zv&#233;r&#233;va, nomm&#233;s &#171; enqu&#234;teurs charg&#233;s de suivre les affaires de la plus haute gravit&#233; &#187;, suivaient celle-ci d'heure en heure, sous le contr&#244;le direct du haut-commissaire adjoint Gord&#233;ev. Fleischman et Zv&#233;r&#233;va, tous deux tch&#233;kistes d'autrefois, c'est-&#224;-dire des temps h&#233;ro&#239;ques, eussent d&#251; &#234;tre suspects, ils le savaient et l'on pouvait d&#232;s lors compter sur leur z&#232;le. L'affaire croissait en tous sens, se rattachant &#224; une foule d'autres instructions, s'y dissolvant, s'y perdant, y resurgissant comme une dangereuse petite flamme bleue sous des d&#233;combres calcin&#233;s. Les enqu&#234;teurs poussaient devant eux une cohue de prisonniers disparates, tous ext&#233;nu&#233;s, tous d&#233;sesp&#233;r&#233;s, tous d&#233;sesp&#233;rants, tous innocents au vieux sens juridique du mot, tous suspects et coupables de bien des fa&#231;ons ; mais on avait beau les pousser, on n'arrivait avec eux qu'&#224; de bizarres impasses. Le bon sens sugg&#233;rait d'&#233;carter les aveux d'une demi-douzaine de d&#233;traqu&#233;s qui relataient comment ils avaient assassin&#233; le grand camarade Toula&#233;v. Une touriste am&#233;ricaine, presque belle, tout &#224; fait folle, quoique arm&#233;e d'un dur sang-froid, d&#233;clarait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne comprends rien &#224; la politique, je hais Trotsky, je suis terroriste. Depuis mon enfance, j'ai r&#234;v&#233; d'&#234;tre terroriste. Je suis venue &#224; Moscou pour devenir la ma&#238;tresse du camarade Toula&#233;v et le tuer. Il &#233;tait tellement jaloux, il m'adorait. Je voudrais mourir pour l'U.R.S.S. Je crois qu'il faut des &#233;motions bouleversantes pour aiguillonner l'amour du peuple&#8230; J'ai tu&#233; le camarade Toula&#233;v, que j'aimais plus que ma vie, pour d&#233;tourner le danger qui mena&#231;ait le chef&#8230; Le remords me prive de sommeil, voyez mes yeux. J'ai agi par amour&#8230; Je suis heureuse d'avoir accompli ma mission sur la terre&#8230; Si j'&#233;tais libre, je voudrais &#233;crire mes m&#233;moires pour la presse&#8230; Fusillez-moi ! Fusillez-moi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses moments de d&#233;pression, elle envoyait &#224; son consul de longs messages (que l'on se gardait bien de transmettre) et elle &#233;crivait au juge d'instruction : &#171; Vous ne pouvez pas me fusiller parce que je suis am&#233;ricaine ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Putain so&#251;le ! jura Gord&#233;ev, quand il eut pass&#233; trois heures &#224; &#233;tudier ce cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne simulait-elle pas la folie ? N'avait-elle pas, en r&#233;alit&#233;, pens&#233; auparavant &#224; commettre un attentat ? N'y avait-il pas dans ses propos l'&#233;cho de desseins m&#251;ris par d'autres ? Que faire de cette malade ? Une ambassade s'int&#233;ressait &#224; elle, des agences de presse &#224; l'autre bout du monde publiaient ses photos, d&#233;crivaient les pr&#233;tendus tourments que l'inquisition lui infligeait&#8230; Des psychiatres, en uniforme, observant encore le rite des interrogatoires, s'effor&#231;aient tour &#224; tour, par la suggestion, par l'hypnose, par la psychanalyse, de la persuader de son innocence. Elle &#233;puisait leur patience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Eh bien, proposa Fleischman, persuadez-la au moins qu'elle a tu&#233; quelqu'un d'autre, n'importe qui&#8230; Ayez de l'imagination, voyons ! Montrez-lui des photos d'assassin&#233;s, racontez-lui des crimes sadiques et qu'elle aille au diable ! Sorci&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle ne consentait, dans son r&#234;ve &#233;veill&#233;, qu'&#224; l'assassinat de grands personnages. Fleischman la ha&#239;ssait, il ha&#239;ssait sa voix son accent, le rose jaune de ses joues&#8230; Un jeune m&#233;decin enqu&#234;teur passa des heures &#224; faire r&#233;p&#233;ter &#224; cette folle, en lui caressant les mains et les genoux : &#171; Je suis innocente, je suis innocente&#8230; &#187; Elle le r&#233;p&#233;ta peut-&#234;tre deux cents fois, elle eut &#224; la fin un sourire de b&#233;atitude pour dire doucement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Que vous &#234;tes gentil&#8230; Je sais depuis longtemps que vous m'aimez&#8230; mais c'est moi, moi, moi qui ai tu&#233; le camarade Toula&#233;v&#8230; Il m'aimait comme vous&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir m&#234;me, le jeune m&#233;decin enqu&#234;teur fit son rapport &#224; Fleischman. Une sorte d'&#233;garement troublait son regard et sa parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#202;tes-vous bien certain, demanda-t-il pour finir, avec une &#233;trange gravit&#233;, qu'elle n'est pour rien dans cette affaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fleischman &#233;crasa furieusement son cigare dans le cendrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Douchez-vous, mon gar&#231;on, et tout de suite !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On envoya ce jeune homme refaire ses nerfs dans les for&#234;ts du nord de la Petchora. Cinq s&#233;ries d'aveux d&#233;taill&#233;s se classaient ainsi sous le signe de la d&#233;mence : il fallait pourtant du courage pour les &#233;carter. Gord&#233;ev renvoyait les inculp&#233;s aux m&#233;decins. Ceux-ci s'affolaient &#224; leur tour&#8230; Tant pis pour eux ! Fleischman opinait avec son sourire mou : &#171; Sous bonne escorte &#224; la maison de fous&#8230; &#187; Zv&#233;r&#233;va, lissant de ses doigts effil&#233;s de longs cheveux teints, r&#233;pondait : &#171; Je les tiens pour tr&#232;s dangereux&#8230; Folie antisociale&#8230; &#187; Les massages de la face, les cr&#232;mes et les fards lui conservaient un masque sans &#226;ge, aux traits flous, aux rides indistinctes, crispant. Le regard &#226;pre et agit&#233; de ses petits yeux noirs suscitait l'inqui&#233;tude. Ce fut elle qui informa Fleischman que le haut-commissaire adjoint, Gord&#233;ev, les attendait &#224; 1 h 30, chez lui, pour une conf&#233;rence importante. Elle ajouta d'un ton significatif :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le procureur Ratchevsky viendra. Il a &#233;t&#233; re&#231;u par le patron&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous voil&#224; pr&#232;s du d&#233;nouement &#187;, pensa Fleischman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils conf&#233;r&#232;rent dans le cabinet de travail de Gord&#233;ev au douzi&#232;me &#233;tage d'une tour qui domine les art&#232;res centrales de la ville. Fleischman, ayant pris un peu de cognac, se sentait bien. &#192; demi accoud&#233; &#224; la fen&#234;tre, il regardait en bas le fourmillement humain de la rue, les autos rang&#233;es devant le Commissariat du peuple aux Affaires &#233;trang&#232;res, les devantures des librairies et des coop&#233;ratives. Fl&#226;ner un peu l&#224;-dedans, entrer chez un bouquiniste, muser aux vitrines, suivre peut-&#234;tre une jolie fille de vingt ans, c'e&#251;t &#233;t&#233; magnifique. Chienne de vie ! M&#234;me quand on r&#233;ussit &#224; ne point penser au risque. Gras, d&#233;cor&#233;, les joues tombantes, les paupi&#232;res fl&#233;tries, des taches jaunes sous les yeux, les tempes d&#233;garnies, il commen&#231;ait nettement &#224; vieillir depuis peu. Il pensa : &#171; Je vais &#234;tre tout &#224; fait impuissant dans un an ou deux&#8230; &#187;, sans doute parce que ses yeux s'int&#233;ressaient &#224; des jeunes gens en casquettes, livres sous le bras, qui traversaient la rue en se bousculant joyeusement, entre un car noir de la prison int&#233;rieure, une luisante Fiat diplomatique, un autobus vert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur Ratchevsky, lui, s'int&#233;ressait &#224; un petit paysage de L&#233;vitan suspendu &#224; la cloison. Nuit bleue d'Ukraine, toit de chaume, courbe cendr&#233;e d'une route, enchantement des plaines sous les &#233;toiles indistinctes. Il dit sans que son regard se d&#233;tach&#226;t de cette route vers l'irr&#233;el :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Camarades, je pense qu'il est temps d'aboutir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;videmment, pensa Gord&#233;ev, m&#233;fiant, il est grand temps. Aboutir &#224; quoi, s'il vous pla&#238;t ? &#187; Gord&#233;ev croyait le savoir tr&#232;s bien, mais se gardait de conclure. La moindre erreur en pareil cas est pareille aux faux pas du constructeur de gratte-ciel qui place des rivets de charpente &#224; cent m&#232;tres au-dessus du chantier. La chute ne pardonne pas. Impossible d'obtenir une directive pr&#233;cise. On le laissait faire, on l'encourageait, on le guettait, on se r&#233;servait de le r&#233;compenser ou de le d&#233;savouer. Le mot du procureur Ratchevsky faisait pressentir une r&#233;v&#233;lation puisque le procureur sortait de chez le patron. Des gammes &#233;clat&#232;rent au fond de l'appartement : Ninelle commen&#231;ait sa le&#231;on de piano.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est aussi mon avis, Ignatii Ignati&#233;vitch, dit Gord&#233;ev avec un large sourire sucr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fleischman haussa les &#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bien s&#251;r, finissons-en. Cette instruction ne peut pas durer toujours. Seulement, il faudrait savoir comment la clore. (Il regarda Ratchevsky, bien en face.) L'affaire est nettement politique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perfidement ou nonchalamment, il fit une petite pause avant de continuer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; bien que le crime, &#224; vrai dire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; vrai dire, quoi ? Fleischman se retournait vers la rue, sans achever sa phrase. Insupportablement &#233;pais, les &#233;paules rondes, le menton d&#233;bordant sur le col de la tunique, Zv&#233;r&#233;va, qui ne se hasardait jamais la premi&#232;re, demanda d'un ton pinc&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous n'avez pas fini votre phrase, je crois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les &#233;tudiants attroup&#233;s en bas au bord du trottoir, une belle fille &#233;tonnamment blonde expliquait quelque chose aux gar&#231;ons, avec des gestes vifs des deux mains ; &#224; cette distance ses doigts paraissaient capter de la lumi&#232;re ; et elle renversait un peu la t&#234;te en arri&#232;re pour mieux rire. Cette t&#234;te, lointaine comme une &#233;toile, inaccessible et r&#233;elle comme une &#233;toile, ne sentait pas peser sur elle le regard opaque de Fleischman. Le haut-commissaire adjoint &#224; la S&#251;ret&#233;, le procureur au Tribunal supr&#234;me, l'enqu&#234;teuse charg&#233;e des affaires de la plus haute gravit&#233; attendaient que Fleischman donn&#226;t son avis. Percevant leur attente, il reprit fermement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Clore l'instruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, se retournant des trois quarts, il d&#233;visagea l'un apr&#232;s l'autre ses trois interlocuteurs avec une aimable inclinaison de t&#234;te, comme s'il venait de dire quelque chose de tr&#232;s important ; trois t&#234;tes r&#233;pugnantes, tar&#233;es, moul&#233;es dans une substance horriblement g&#233;latineuse&#8230; Moi aussi, je suis laid, j'ai la peau verd&#226;tre, le menton bestial, les paupi&#232;res boursoufl&#233;es&#8230; Nous sommes &#224; d&#233;truire&#8230; Et vous voil&#224; bien embarrass&#233;s, chers camarades, car je ne dirai rien de plus. &#192; vous de motiver la d&#233;cision ou de la diff&#233;rer, je m'engage assez de la sorte&#8230; &#8211; Les &#233;tudiants n'&#233;taient plus dans la rue, ni l'autobus, ni le car cellulaire&#8230; D'autres passants passaient, une voiture d'enfant &#233;voluait sur l'asphalte, sous le mufle bas des gros camions&#8230; Dans cette foule de la rue, pas une t&#234;te qui sache le nom de Toula&#233;v&#8230; Dans cette ville, dans ce pays de cent soixante-dix millions d'&#234;tres, pas un qui se souvienne vraiment de Toula&#233;v. De ce gros bonhomme &#224; moustaches, encombrant, tutoyeur, banalement &#233;loquent, ivrogne &#224; ses heures, bassement fid&#232;le au parti, vieillissant et laid comme nous tous, il ne restait qu'une pinc&#233;e de cendres dans une urne et un souvenir sans chaleur ni valeur dans quelques m&#233;moires exc&#233;d&#233;es d'inquisiteurs &#224; demi fous. Les seules cr&#233;atures pour lesquelles il f&#251;t v&#233;ritablement un homme, les femmes qu'il d&#233;shabillait apr&#232;s boire, avec des rires glouss&#233;s, des balbutiements de tendresse, des plaisanteries orduri&#232;res, des violences de taureau, gardaient peut-&#234;tre de lui, pour peu de temps encore, des images secr&#232;tes compl&#232;tement diff&#233;rentes de ses portraits affich&#233;s, par oubli, dans quelques bureaux. Mais savaient-elles son nom ? Souvenirs et portraits dispara&#238;traient bient&#244;t&#8230; Rien dans le dossier, pas un indice s&#233;rieux contre qui que ce f&#251;t. Toula&#233;v s'&#233;vanouissait, souffl&#233; par le vent, la neige, les t&#233;n&#232;bres, le froid salubre d'une nuit de grand gel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Clore l'instruction ? dit Zv&#233;r&#233;va, sur un ton interrogateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait une sensibilit&#233; toujours en &#233;veil de cr&#233;ature officielle. Des intuitions presque infaillibles lui faisaient pressentir les desseins que l'on m&#251;rissait en haut lieu dans le silence et l'&#233;quivoque. Elle ne fut, tout enti&#232;re, qu'interrogation, le menton dans la main, les &#233;paules arrondies, les cheveux ondul&#233;s, le regard en pointe, en pointe tordue. Fleischman b&#226;illa dans sa main. Gord&#233;ev, pour dissimuler son embarras, sortit d'un placard une bouteille de cognac, se mit &#224; disposer les petits verres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Martel ou Arm&#233;nie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur Ratchevsky, comprenant que personne ne dirait plus rien avant qu'il n'e&#251;t parl&#233;, commen&#231;a :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Cette affaire, strictement politique en effet, ne comporte qu'une solution politique&#8230; Les r&#233;sultats de l'instruction ne nous int&#233;ressent en eux-m&#234;mes que secondairement&#8230; Selon les criminalistes de la vieille &#233;cole, avec laquelle nous nous accordons en la circonstance, le quid prodest&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tr&#232;s bien, dit Zv&#233;r&#233;va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le visage du procureur Ratchevsky paraissait sculpt&#233; en deux courbes contraires, l'une plus large que l'autre, dans une chair dure et malsaine. Concave, dans son ensemble, du front bomb&#233; au menton en boule grise ; un nez courbe, renfl&#233; &#224; la base, aux narines noires et poilues, en marquait la puissance. Le teint en &#233;tait sanguin, tirant par plaques sur le violac&#233;. De gros yeux marron, en boules opaques, l'assombrissaient. Il &#233;mergeait depuis peu d'ann&#233;es, &#224; une terrible &#233;poque, du fond d'un destin morne, plein de besognes obscures, p&#233;nibles et risqu&#233;es, accomplies sans profit, avec un acharnement de b&#234;te de somme. Parvenu subitement &#224; la grandeur, il ne se so&#251;lait plus, de peur de trop parler. Car il lui &#233;tait arriv&#233; auparavant de dire de lui-m&#234;me, dans la bonne ivresse chaude qui vous all&#232;ge : &#171; Je suis un cheval de labour&#8230; Je tra&#238;ne la vieille herse de la justice. Je ne connais que mon sillon, ha ha ! On me crie hue ! et je tire. Un claquement de langue, je m'arr&#234;te. Je suis la brute du devoir r&#233;volutionnaire, moi ; marche, vieille b&#234;te, ha ha ! &#187; Il vouait ensuite aux intimes qui l'avaient entendu tenir de tels propos un ressentiment profond. Son ascension datait d'un proc&#232;s de sabotage &#8211; terrorisme, trahison &#8211; mont&#233; &#224; Tachkent contre les hommes du gouvernement, ses ma&#238;tres de la veille. Il b&#226;tit l&#224;, sur un ordre pas m&#234;me explicite, un &#233;difice compliqu&#233; d'hypoth&#232;ses fausses et de petits faits, recouvrit des mailles d'une dialectique tortueuse les d&#233;clarations laborieusement &#233;labor&#233;es d'une vingtaine d'accus&#233;s, prit sur lui de dicter l'implacable sentence que l'on h&#233;sitait &#224; lui communiquer, retarda l'envoi des recours en gr&#226;ce&#8230; Puis il alla parler au grand th&#233;&#226;tre de la ville, devant trois mille ouvriers et ouvri&#232;res. Cet &#233;pisode d&#233;cida de son avancement. Il enveloppait dans des phrases tr&#233;buchantes, &#233;croul&#233;es l'une sur l'autre, une pens&#233;e tr&#232;s nette. Ses incidentes seules &#233;taient &#224; peu pr&#232;s construites. Sa voix r&#233;pandait ainsi sur la raison des auditeurs une sorte de brume o&#249; l'on voyait pourtant se pr&#233;ciser finalement des contours mena&#231;ants, toujours les m&#234;mes. &#171; Vous argumentez, lui dit un jour un accus&#233;, comme un bandit hypocrite qui vous parle en gesticulant doucement, et vous voyez la pointe du couteau dans sa manche&#8230; &#187; &#8211; &#171; Je m&#233;prise vos insinuations, r&#233;pliqua le procureur, calmement, et toute la salle voit que j'ai les manches &#233;troites&#8230; &#187; Dans le t&#234;te-&#224;-t&#234;te, il manquait d'assurance. L'encouragement de Zv&#233;r&#233;va lui fut tellement opportun qu'il y r&#233;pondit par un demi-sourire : on entrevit ses dents qui &#233;taient jaunes et rudement plant&#233;es. Il conf&#233;rencia :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je n'ai pas &#224; vous faire, camarades, la th&#233;orie du complot. Ce mot est, en droit, susceptible de rev&#234;tir une signification restreinte ou extensive, et, dirai-je, une autre encore qui correspond beaucoup mieux &#224; l'esprit de notre droit r&#233;volutionnaire ramen&#233; &#224; ses sources depuis que nous l'avons soustrait &#224; la pernicieuse influence des ennemis du peuple qui avaient r&#233;ussi &#224; en d&#233;naturer le sens au point de l'asservir aux formules p&#233;rim&#233;es du droit bourgeois qui repose sur la constatation statique du fait pour proc&#233;der de l&#224; &#224; la recherche d'une culpabilit&#233; formelle consid&#233;r&#233;e comme effective en vertu de d&#233;finitions pr&#233;&#233;tablies&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce flot de paroles coula pendant pr&#232;s d'une heure. Fleischman regardait dans la rue et le d&#233;go&#251;t montait en lui. Quelles canailles d&#233;nu&#233;es du moindre talent font carri&#232;re aujourd'hui ! Zv&#233;r&#233;va bridait les yeux, contente comme un chat au soleil. Gord&#233;ev traduisait en clair dans son cerveau ce discours d'agitateur o&#249; g&#238;tait certainement, comme une fouine tapie dans un fourr&#233;, la directive du chef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; En substance : nous avons v&#233;cu au sein d'un immense complot, infiniment ramifi&#233;, que nous achevons de liquider. Les trois quarts des dirigeants des p&#233;riodes ant&#233;rieures de la r&#233;volution avaient fini par se corrompre ; ils &#233;taient vendus &#224; l'ennemi, et, s'ils ne l'&#233;taient pas, c'&#233;tait tout comme, au sens objectif du mot. Causes : les contradictions int&#233;rieures du r&#233;gime, le d&#233;sir du pouvoir, la pression de l'entourage capitaliste, les men&#233;es des agents de l'&#233;tranger, l'activit&#233; d&#233;moniaque de Judas-Trotsky. La haute clairvoyance, la &#171; clairvoyance vraiment g&#233;niale &#187; du chef nous a permis de d&#233;jouer les machinations d'innombrables ennemis du peuple qui tenaient souvent les leviers de commande de l'&#201;tat. Nul ne doit &#234;tre tenu d&#233;sormais pour insoup&#231;onnable, en dehors des hommes enti&#232;rement nouveaux que l'histoire et le g&#233;nie du chef font surgir pour le salut du pays&#8230; En trois ans, la bataille du salut public a &#233;t&#233; gagn&#233;e, la conjuration r&#233;duite &#224; l'impuissance ; mais, dans les prisons, dans les camps de concentration, dans la rue, des hommes survivent qui sont nos derniers ennemis de l'int&#233;rieur et les plus dangereux parce qu'ils sont les derniers, m&#234;me s'ils n'ont rien fait, m&#234;me s'ils sont innocents selon le droit formel. La d&#233;faite leur a inculqu&#233; une haine et une dissimulation plus profondes ; tellement redoutables qu'ils sont capables de se r&#233;fugier dans une inactivit&#233; temporaire. Juridiquement innocents, ils peuvent avoir un sentiment d'impunit&#233;, se croire &#224; l'abri du glaive. Ils r&#244;dent autour de nous, &#171; comme des chacals affam&#233;s au cr&#233;puscule &#187;, ils sont parfois parmi nous, se trahissent &#224; peine par un regard. Par eux, gr&#226;ce &#224; eux, la conjuration aux mille t&#234;tes pourrait un jour rena&#238;tre. Vous savez les nouvelles des campagnes, en quels termes se posent les probl&#232;mes de la moisson, il y a eu des troubles dans la moyenne Volga, une recrudescence de banditisme dans le Tadjikistan, plusieurs crimes politiques en Azerbaidjan et en G&#233;orgie ! De singuliers incidents se sont produits en Mongolie, sur le terrain religieux : le pr&#233;sident de la r&#233;publique juive &#233;tait un tra&#238;tre, vous savez le r&#244;le que le trotskysme a jou&#233; en Espagne : on a conspir&#233; contre la vie du chef dans les faubourgs de Barcelone, nous avons re&#231;u sur cette affaire un dossier stup&#233;fiant ! Nos fronti&#232;res sont menac&#233;es, nous sommes parfaitement au courant des tractations entre Berlin et Varsovie ; les Japonais rassemblent des troupes dans le Jehol, ils construisent de nouvelles fortifications en Cor&#233;e, leurs agents viennent de provoquer une avarie de turbines &#224; Krassnoyarsk&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur reprit du cognac. Zv&#233;r&#233;va, enthousiasm&#233;e, dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ignat Ignati&#233;vitch, vous tenez la mati&#232;re d'un r&#233;quisitoire prodigieux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur la remercia d'un battement des paupi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ne nous dissimulons pas, en outre, que les grands proc&#232;s ant&#233;rieurs, insuffisamment pr&#233;par&#233;s sous certains rapports, ont laiss&#233; les cadres du parti relativement d&#233;sorient&#233;s. La conscience du parti se tourne vers nous et sollicite des explications que nous ne pourrions lui fournir qu'aux audiences d'un proc&#232;s en quelque sorte compl&#233;mentaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Compl&#233;mentaire, reprit Zv&#233;r&#233;va, c'est exactement ce que je pensais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle rayonnait discr&#232;tement. Le fardeau de l'incertitude tombait des &#233;paules de Gord&#233;ev. Ouf !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tout &#224; fait de votre avis, Ignat Ignati&#233;vitch, dit-il fortement. Permettez que je m'absente un moment, ma fillette&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'&#233;vada dans le corridor blanc, parce que le piano de Ninelle s'&#233;tait tu et parce qu'il avait besoin par circonspection d'une minute de solitude. Il alla prendre entre ses mains plates et chaudes les hanches osseuses de Ninelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Eh bien, ma petite ch&#233;rie, &#231;a s'est bien pass&#233;, cette le&#231;on ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il regardait parfois l'enfant brune aux prunelles stri&#233;es de vert v&#233;g&#233;tal comme il ne savait plus regarder personne au monde. La ma&#238;tresse de musique rangeait les notes qui firent un petit claquement de dossier ferm&#233;. &#171; Maintenant, pensait Gord&#233;ev, les pi&#232;ges sont dans la liste des accus&#233;s&#8230; Il va falloir d&#233;nicher au moins un v&#233;ritable ex-trotskyste, un v&#233;ritable espion&#8230; Dangereux, &#231;a&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Papa, dit Ninelle, d&#233;contenanc&#233;e, tu &#233;tais si gentil et tu as l'air de te f&#226;cher&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce sont les affaires, ch&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il l'embrassa sur les deux joues, vite, sans &#233;prouver la joie de cette pure caresse ; trop d'ombres d'hommes tortur&#233;s se mouvaient en lui sans qu'il le s&#251;t. Il revint &#224; la conf&#233;rence. Fleischman soupira dr&#244;lement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Eh, la musique&#8230; quelle musique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Que voulez-vous dire ? demanda Zv&#233;r&#233;va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fleischman inclina un peu son front blafard, ce qui lui aplatit davantage le double menton sur le col de la tunique et il fut tr&#232;s crapaud-aimable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nostalgie de la musique&#8230; &#199;a ne vous arrive jamais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zv&#233;r&#233;va murmura quelque chose d'un air suave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La liste des accus&#233;s, dit Gord&#233;ev&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne r&#233;pondit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La liste des accus&#233;s, reprit le procureur Ratchevsky, bien r&#233;solu &#224; ne pas en dire davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figurez-vous que l'hippopotame du zoo d&#233;gringole tout &#224; coup dans son petit bassin en ciment&#8230; Fleischman se fit agr&#233;ablement cet effet en opinant que &#171; c'est &#224; vous deux, estim&#233;s camarades, de la proposer&#8230; &#187;. &#192; chacun ses responsabilit&#233;s, prenez donc les v&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov se rendit am&#232;rement compte que sa pr&#233;paration &#224; ce choc &#233;tait achev&#233;e. Rien ne l'&#233;tonna, sauf de ne point conna&#238;tre les locaux dans lesquels il fut men&#233;. &#171; J'avais tant de prisons &#224; contr&#244;ler, toutes plus ou moins secr&#232;tes ! &#187; L'ex-haut-commissaire se donna cette excuse par acquit de conscience. Neuve, moderne, situ&#233;e dans des sous-sols b&#233;tonn&#233;s, cette prison-ci, pourtant, n'e&#251;t pas d&#251; &#233;chapper &#224; son attention. L'effort de m&#233;moire qu'il fit pour en retrouver une mention dans les rapports du chef des services de d&#233;tention ou du directeur des constructions demeura infructueux. &#171; Peut-&#234;tre n'appartenait-elle qu'au Bureau politique ? &#187; Il abandonna ce probl&#232;me sur un haussement d'&#233;paules. La temp&#233;rature &#233;tait bonne, l'&#233;clairage doux. Lit de camp, draps, oreillers, un fauteuil &#224; bascule. Rien de plus, rien. &#8211; Le sort m&#234;me de sa femme tourmenta moins Erchov qu'il ne l'e&#251;t pr&#233;vu. &#171; On est des soldats&#8230; &#187; Cela voulait dire : &#171; Nos femmes doivent s'attendre &#224; devenir des veuves&#8230; &#187; Au fond, transposition d'une autre pens&#233;e, moins avouable : &#171; Le soldat qui cr&#232;ve ne s'apitoie pas sur une femme&#8230; &#187; De petites formules &#233;l&#233;mentaires comme celle-ci contentaient son esprit ; irr&#233;m&#233;diables, ainsi que des ordres. Il attendit en reprenant tous les matins sa gymnastique. Demanda une douche quotidienne et l'obtint. Marcha sans fin de la porte &#224; la fen&#234;tre, t&#234;te baiss&#233;e, sourcils fronc&#233;s. S'entendit r&#233;p&#233;ter malignement au bout de ses r&#233;flexions un seul mot qui s'imposait &#224; lui de l'ext&#233;rieur, en d&#233;pit des raisonnements les mieux faits : &#171; Fusill&#233;. &#187; Se prit en piti&#233; &#8211; tout &#224; coup &#8211; manqua d&#233;faillir. &#171; Fusill&#233;. &#187; Se ressaisit sans grand effort, en bl&#234;missant (mais il ne pouvait pas se voir bl&#234;mir) : &#171; Eh bien, quoi, on est des soldats&#8230; &#187; Sa chair m&#226;le, repos&#233;e, r&#233;clama la femme et il se souvint de Valia avec angoisse. Mais &#233;tait-ce bien de Valia qu'il se souvenait ou de sa propre vie charnelle, finie ? Si le bout de cigarette incandescent que l'on &#233;crase du pied pouvait sentir et penser, il &#233;prouverait cette angoisse-l&#224;. Que faire pour que cela finisse plus vite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des semaines pass&#232;rent sans qu'on lui laiss&#226;t voir un coin de ciel. Puis les interrogatoires se suivirent dans une cellule voisine, de sorte que trente pas le long d'un corridor souterrain ne fournissaient aucun rep&#232;re sur la prison. De haut grad&#233;s inconnus l'interrog&#232;rent avec une d&#233;f&#233;rence m&#234;l&#233;e de dure insolence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Avez-vous v&#233;rifi&#233; l'emploi des 344 000 roubles affect&#233;s &#224; la r&#233;fection des locaux de l'administration p&#233;nitentiaire de Rybinsk ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov, stup&#233;fait, r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sourire peut-&#234;tre sarcastique, peut-&#234;tre compatissant, fripa les joues creuses du haut grad&#233; qui avait une t&#234;te &#224; lunettes, semblable &#224; celle d'un poisson de mer&#8230; Ce fut tout pour cette fois&#8230; La fois suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quand vous avez sign&#233; la nomination du chef de camp Illenkov, connaissiez-vous le pass&#233; de cet ennemi du peuple ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quel Illenkov ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nom avait d&#251; lui &#234;tre pr&#233;sent&#233; dans une longue liste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais c'est absurde ! Camarade, je&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Absurde ? dit l'autre d'un ton mena&#231;ant, non, c'est tr&#232;s grave, il s'agit d'un crime contre la S&#251;ret&#233; de l'&#201;tat, commis par un haut fonctionnaire dans l'exercice de ses fonctions, passible selon l'article&#8230; du code p&#233;nal, de la peine capitale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bonhomme-l&#224; &#233;tait un rouquin vieillot au teint couperos&#233; ; et son regard se cachait derri&#232;re des verres gris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alors, vous pr&#233;tendez que vous ne saviez pas, accus&#233; Erchov ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comme vous voudrez&#8230; Mais vous savez tr&#232;s bien que chez nous l'aveu des fautes et des crimes vaut toujours mieux que la r&#233;sistance&#8230; Je ne vous apprends rien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre interrogatoire porta sur l'envoi en Chine d'un agent secret qui avait trahi. Erchov r&#233;pondit vivement que le bureau d'organisation du Comit&#233; central avait dict&#233; cette nomination. Le maigre inquisiteur au visage fendu, comme d'une croix, par le nez long et la bouche noire, r&#233;pliqua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous tentez maladroitement d'&#233;luder vos responsabilit&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut encore question du prix des fourrures de Valia, des parfums pris pour elle sur les stocks de la contrebande, de l'ex&#233;cution d'un contre-r&#233;volutionnaire av&#233;r&#233;, ancien officier de l'arm&#233;e du baron Wrangel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous allez sans doute pr&#233;tendre que vous ignoriez que c'&#233;tait un de nos agents les plus d&#233;vou&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je l'ignorais, dit Erchov qui, &#224; la v&#233;rit&#233;, ne se souvenait de rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instruction, d&#233;pourvue de sens, lui rendit une ombre de confiance : si vraiment l'on n'avait &#224; lui reprocher que des peccadilles ? &#8211; tout en lui donnant la sensation d'un danger grandissant. &#171; En tout cas, je serai probablement fusill&#233;&#8230; &#187; Une phrase entendue autrefois au cours sup&#233;rieur de l'Acad&#233;mie de Guerre, hantait sa m&#233;moire : &#171; Dans le rayon de l'explosion, la destruction de l'homme est instantan&#233;e et totale&#8230; &#187; On est des soldats. Il maigrissait, ses mains commen&#231;aient &#224; trembler. &#201;crire au chef ? Non, non, non&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prisonniers au secret sombrent doucement dans une dur&#233;e nue. L'&#233;v&#233;nement, s'il les r&#233;veille tout &#224; coup, a l'intensit&#233; du r&#234;ve. Erchov se vit entrer dans des vastes bureaux du Comit&#233; central. Il s'avan&#231;a, d'une d&#233;marche flottante, vers une demi-douzaine de personnes assises autour d'une table couverte de drap rouge. Des bruits de rue, bizarrement amenuis&#233;s, parvenaient jusqu'ici. Erchov ne reconnut pas un visage. Le personnage de droite, &#224; profil de rongeur gras, mal ras&#233;, pouvait &#234;tre le nouveau procureur Ratchevsky&#8230; Six visages officiels, abstraits, impersonnels, deux uniformes&#8230; &#171; Que je suis d&#233;bilit&#233;, j'ai peur, j'ai terriblement peur&#8230; Que leur dire ? Que tenter ? Je vais tout savoir, ce sera &#233;crasant&#8230; Impossible qu'ils ne me fusillent pas&#8230; &#187; Une t&#234;te massive parut se rapprocher de lui : l&#233;g&#232;rement lunaire, l&#233;g&#232;rement luisante, tout &#224; fait d&#233;pourvue de poils, de minuscules prunelles noires, un tout petit nez rond, une petite bouche ridicule. Une voix de ch&#226;tr&#233; en sortit, qui dit presque aimablement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Erchov, asseyez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov ob&#233;it. Une chaise restait vide derri&#232;re la table. &#8211; Tribunal ? Six paires d'yeux le d&#233;visageaient avec une extr&#234;me s&#233;v&#233;rit&#233;. Us&#233;, p&#226;li, v&#234;tu de sa tunique dont on avait d&#233;cousu les insignes, il se sentit sale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Erchov, vous avez appartenu au parti&#8230; Ici, comprenez-le bien, les r&#233;sistances sont inutiles. Parlez&#8230; Avouez&#8230; Confessez-nous tout, nous savons d&#233;j&#224; tout&#8230; Agenouillez-vous devant le parti&#8230; L&#224; est le salut, Erchov, le salut possible n'est que l&#224;&#8230; Nous vous &#233;coutons&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme au visage lunaire, &#224; la voix ch&#226;tr&#233;e, souligna son invitation d'un mouvement de la main. Erchov le consid&#233;ra pendant quelques secondes avec &#233;garement, puis se leva, dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Camarades&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait qu'il cri&#226;t son innocence, il s'aper&#231;ut qu'il ne le pouvait pas, qu'il se sentait obscur&#233;ment coupable, justement condamn&#233; d'avance mais sans pouvoir dire pourquoi ; et il lui &#233;tait aussi impossible d'avouer quoi que ce f&#251;t que de se d&#233;fendre. Il ne sut que jeter &#224; ces six juges inconnus un flot de paroles qui lui sembl&#232;rent lamentablement d&#233;sordonn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai loyalement servi le parti et le chef&#8230; pr&#234;t &#224; mourir&#8230; J'ai commis des erreurs, je l'avoue&#8230; les 344 000 roubles de la centrale de Rybinsk, la nomination d'Illenkov, oui, j'en conviens&#8230; Croyez-moi, camarades&#8230; Je ne vis que pour le parti&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les six, sans plus l'&#233;couter, se levaient d'un seul mouvement instantan&#233;. Erchov se mit au port d'armes. Le chef apparut, sans le regarder, silencieux, tout gris, le visage dur et triste. Le chef s'assit, la t&#234;te pench&#233;e sur une feuille de papier qu'il lut attentivement. Les six se rassirent d'un seul mouvement. Il y eut un instant de silence total, m&#234;me sur la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Continuez, reprit la voix ch&#226;tr&#233;e, parlez-nous de votre r&#244;le dans le complot qui a co&#251;t&#233; la vie au camarade Toula&#233;v&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; mais c'est absolument insens&#233;, cria Erchov&#8230; C'est la folie m&#234;me, non, non, je veux dire que c'est moi qui deviens fou&#8230; Donnez-moi un verre d'eau, j'&#233;touffe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le chef leva sa vieille t&#234;te admirable et monstrueuse des portraits sans nombre, et il dit justement ce qu'e&#251;t dit &#224; sa place Erchov, ce qu'Erchov, d&#233;sesp&#233;r&#233;, devait penser de lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Erchov, vous &#234;tes un soldat&#8230; Pas une femme hyst&#233;rique. Nous vous demandons la v&#233;rit&#233;&#8230; La v&#233;rit&#233; objective&#8230; Pas de drames, ici&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voix du chef ressemblait tellement &#224; sa propre voix int&#233;rieure qu'elle rendit &#224; Erchov une lucidit&#233; compl&#232;te et m&#234;me une sorte d'assurance. Plus tard, il se souvint d'avoir argument&#233; avec sang-froid, repris tous les &#233;l&#233;ments essentiels de l'affaire Toula&#233;v, cit&#233; de m&#233;moire des documents&#8230; Sentant n&#233;anmoins tr&#232;s bien que rien ne pouvait servir &#224; rien. Des accus&#233;s depuis tr&#232;s longtemps disparus argumentaient ainsi devant lui autrefois ; et il savait, lui, tout ce que cachaient ces mis&#233;rables. Ou bien, il savait pourquoi les paroles &#233;taient superflues. Le chef lui coupa la parole au milieu d'une phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Assez. Nous perdons notre temps avec ce tra&#238;tre cynique&#8230; C'est donc nous que tu accuses, canaille ? Hors d'ici !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'emmenait. Il n'avait fait qu'entrevoir l'&#233;clair courrouc&#233; des yeux roux et le mouvement de couperet d'un coupe-papier sur la table. Erchov passa cette nuit &#224; marcher dans sa cellule, la bouche am&#232;re, le souffle oppress&#233;. Impossible de se pendre, impossible de s'ouvrir les veines, d&#233;risoire de se jeter la t&#234;te contre le mur, impossible de se laisser mourir de faim, on vous nourrirait de force, &#224; la sonde (il avait lui-m&#234;me sign&#233; des instructions pour des cas de ce genre). Les Orientaux disent que l'on peut mourir si l'on veut mourir, car ce n'est pas le pistolet qui tue, c'est la volont&#233;&#8230; Mystique. Litt&#233;rature. Les mat&#233;rialistes savent tr&#232;s bien tuer, ils ne savent pas mourir &#224; volont&#233;. Pauvres salauds que nous sommes ! &#8211; Erchov comprenait tout maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; Se passa-t-il quatre, cinq ou six semaines ? Ces mesures de la rotation du globe &#224; travers l'espace, quel rapport ont-elles avec la fermentation d'un cerveau entre les murs b&#233;tonn&#233;s d'une prison secr&#232;te, au temps de la reconstruction du monde ? Erchov subissait sans d&#233;faillir des interrogatoires de vingt heures. Au milieu d'une foule de questions, en apparence &#233;trang&#232;res les unes aux autres, celles-ci revenaient sans cesse : &#171; Qu'avez-vous fait pour emp&#234;cher l'arrestation de votre complice Kiril Roublev ? Qu'avez-vous fait pour dissimuler le pass&#233; criminel du trotskyste Kondratiev, &#224; la veille de sa mission en Espagne ? Quels messages lui avez-vous fait tenir aux trotskystes d'Espagne ? &#187; Erchov expliquait que le dossier personnel de Kondratiev lui avait &#233;t&#233; communiqu&#233; par le Bureau politique au tout dernier moment ; que ce dossier ne contenait rien de particulier ; que les renseignements fournis par ses services &#233;taient bons ; qu'il n'avait vu Kondratiev que pendant dix minutes &#224; seule fin de lui recommander des agents s&#251;rs&#8230; &#171; Quels agents s&#251;rs, justement ? &#187; Au retour de ces interrogatoires, il dormait comme une b&#234;te assomm&#233;e, mais parlait en r&#234;ve, car les interrogatoires se continuaient dans ses r&#234;ves&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la seizi&#232;me heure (mais pour lui ce pouvait &#234;tre aussi bien, la centi&#232;me, son intelligence se tra&#238;nait dans la fatigue comme une b&#234;te fourbue dans la boue) du septi&#232;me ou du dixi&#232;me interrogatoire, il arriva une chose fantastique. La porte s'ouvrit, Ricciotti entra, simplement, la main tendue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bonjour, Maximka.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que c'est ? Je suis si fatigu&#233;, le diable m'emporte, que je ne sais plus si c'est r&#234;ve ou veille. D'o&#249; sors-tu, fr&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vingt heures de bon sommeil, Maximka, et tout s'&#233;claircira, je t'en r&#233;ponds. Je t'arrangerai &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ricciotti se tourna vers les deux enqu&#234;teurs assis derri&#232;re le grand bureau, comme s'il e&#251;t &#233;t&#233; leur chef :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Maintenant, camarades, laissez-nous&#8230; Du th&#233;, des cigarettes, un peu de vodka, je vous en prie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov lui voyait le visage d&#233;color&#233; des vieux prisonniers, beaucoup de cheveux blancs dans les boucles n&#233;glig&#233;es, des l&#232;vres violettes d&#233;sagr&#233;ablement rid&#233;es, des v&#234;tements avachis. L'&#233;tincelle spirituelle du regard de Ricciotti s'allumait encore, mais au travers d'une bu&#233;e. Ricciotti s'effor&#231;ait &#224; sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Assieds-toi, on a le temps&#8230; T'es crev&#233;, hein ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il expliqua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'occupe probablement une cellule pas loin de la tienne. Seulement, avec moi les petites formalit&#233;s sont finies&#8230; Je dors, je me prom&#232;ne dans la cour&#8230; je re&#231;ois un verre de compote &#224; chaque repas, je lis m&#234;me les journaux&#8230; (Ses paupi&#232;res battirent, ses doigts esquiss&#232;rent un claquement.) Emmerdants, les journaux&#8230; C'est curieux comme les pan&#233;gyriques changent d'aspect quand on les lit dans une prison souterraine&#8230; Nous sombrons comme un bateau qui&#8230; (Il se ressaisit.) Je me repose, tu comprends&#8230; Arr&#234;t&#233; une dizaine de jours apr&#232;s toi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On apportait le th&#233;, les cigarettes, la vodka. Ricciotti ouvrit largement les tentures de la fen&#234;tre, ce fut le grand jour dans une vaste cour carr&#233;e. Dans les bureaux d'en face les dactylos passaient devant les vitres. Plusieurs jeunes femmes qui devaient &#234;tre debout sur un palier parlaient avec animation ; on distinguait jusqu'&#224; leurs ongles teints, jusqu'aux tresses moul&#233;es sur l'oreille de l'une d'elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est &#233;trange, dit Erchov &#224; mi-voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avala coup sur coup un verre de th&#233; bouillant, puis une grande gorg&#233;e d'eau-de-vie. Il fut comme un homme qui commencerait &#224; sortir du brouillard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'avais froid &#224; l'int&#233;rieur&#8230; Tu comprends ce qui se passe, Ricciotti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tout, mon vieux. Je vais tout t'expliquer. C'est clair comme une partie d'&#233;checs pour d&#233;butants. &#201;chec et mat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses doigts firent sur le rebord de la table un petit claquement d&#233;finitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je me suis suicid&#233; deux fois, Maximka. Au moment de ton arrestation, j'avais un excellent passeport canadien, avec lequel je pouvais m'en aller&#8230; J'ai su ce qui t'arrivait, je m'y attendais, je me disais qu'on viendrait me chercher dans les dix jours &#8211; je ne me suis pas tromp&#233;&#8230; J'ai commenc&#233; &#224; faire ma valise. Mais que devenir en Europe, en Am&#233;rique, &#224; Stamboul ? Donner des articles &#224; leur presse puante ? Serrer la main &#224; des tas de bourgeois idiots, me cacher dans de petits h&#244;tels pas propres ou dans des palaces et recevoir finalement une balle en sortant des waters ? Vois-tu, l'Occident, je le d&#233;teste, notre monde &#224; nous, celui-ci, je le d&#233;teste et je l'aime plus que je ne le d&#233;teste, je crois en lui, j'ai tous nos poisons dans le sang&#8230; Et je suis fatigu&#233;, j'en ai assez&#8230; J'ai rendu mon passeport canadien au service de liaison. Je m'&#233;tonnais de passer, libre, comme un vrai vivant, dans les rues de Moscou. Je regardais tout en me disant que c'&#233;tait la derni&#232;re fois. Je faisais des adieux &#224; des femmes inconnues, j'avais tout &#224; coup envie d'embrasser des enfants, je trouvais un charme extraordinaire &#224; des dalles de trottoir marqu&#233;es &#224; la craie pour le jeu des fillettes, je m'arr&#234;tais devant des fen&#234;tres qui m'intriguaient, je ne pouvais plus dormir, je couchais avec des putains, je me so&#251;lais. &#171; Si par hasard ils ne viennent pas me chercher, me disais-je, qu'est-ce que je vais devenir ? Plus bon &#224; rien. &#187; Je me r&#233;veillais en sursaut, du sommeil ou de la so&#251;lerie, pour tirer des plans tout &#224; fait saugrenus dont je me grisais pendant une demi-heure. Partir pour Viatka, m'embaucher sous un faux nom comme contrema&#238;tre dans les chantiers d'abattage des for&#234;ts&#8230; Devenir Kouzma, b&#251;cheron, illettr&#233;, sans parti, non syndiqu&#233;, dis donc ! Et ce n'&#233;tait pas absolument impossible, mais au fond je n'y croyais pas, je ne le voulais pas moi-m&#234;me&#8230; Mon deuxi&#232;me suicide, &#231;'a &#233;t&#233; la r&#233;union de la cellule du parti : l'orateur envoy&#233; par le Comit&#233; central devait &#233;videmment parler de toi&#8230; Salle pleine, tous en uniformes, les visages verts, mon vieux, verts de peur, tous muets, mais il passait sur la salle des vagues de toux et de reniflements&#8230; J'avais peur moi-m&#234;me et pourtant envie de gueuler : &#171; L&#226;ches, l&#226;ches que vous &#234;tes, n'avez-vous pas honte de trembler ainsi pour vos sales petites peaux ? &#187; L'orateur fut prudent, tout en circonlocutions vaseuses, il ne laissa tomber ton nom qu'&#224; la fin, en parlant de &#171; fautes professionnelles extr&#234;mement s&#233;rieuses&#8230; qui pourraient justifier les soup&#231;ons les plus graves&#8230; &#187;. Nous n'osions pas nous regarder, je sentais les fronts moites, les &#233;chines glac&#233;es. Car enfin, ce n'&#233;tait pas toi que l'on m&#233;nageait en parlant de toi ! D&#233;j&#224; ta femme. Les arrestations n'&#233;taient pas finies. Apr&#232;s tout vingt-cinq bonshommes de ton personnel de confiance &#233;taient l&#224;, tous avec leurs revolvers et comprenant bien de quoi il retournait&#8230; Quand l'orateur se tut, nous tomb&#226;mes dans un trou de silence. L'envoy&#233; du Comit&#233; central lui-m&#234;me y tombait avec nous. Ceux qui &#233;taient assis au premier rang, sous les yeux du bureau, se ressaisirent les premiers, naturellement, les applaudissements &#233;clat&#232;rent, une fr&#233;n&#233;sie d'applaudissements. &#171; Combien de morts applaudissent &#224; leur propre supplice ? &#187;, me demandais-je, mais je faisais comme les autres pour ne pas me singulariser, nous applaudissions tous ainsi, sous les yeux les uns des autres&#8230; Tu t'endors ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui&#8230; Non, ce n'est rien, je me r&#233;veille&#8230; Continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ceux qui te devaient le plus, les plus menac&#233;s par cons&#233;quent, parl&#232;rent de toi avec le plus de perfidie&#8230; Ils se demandaient si l'orateur r&#233;ticent du P.C. ne leur tendait pas un pi&#232;ge, c'&#233;tait piteux. Je montai &#224; la tribune, comme les autres, sans bien savoir ce que j'allais dire, je commen&#231;ais comme tout le monde par les phrases creuses sur la vigilance du parti. Une centaine de t&#234;tes d'asphyxi&#233;s me regardaient d'en bas, la bouche ouverte, elles me paraissaient visqueuses et dess&#233;ch&#233;es, endormies et m&#233;chantes, d&#233;form&#233;es par la colique. Le Bureau somnolait, ce que je pouvais dire pour te d&#233;noncer n'int&#233;ressait personne, chanson connue d'avance qui ne me sauverait pas ; et chacun ne pensait qu'&#224; soi&#8230; Je redevins absolument calme, mon ami, j'eus une &#233;norme envie de plaisanter, je sentis que ma voix retombait d'aplomb, je vis des faces g&#233;latineuses remuer faiblement, je commen&#231;ais &#224; les inqui&#233;ter. J'&#233;tais en train de dire tranquillement des choses inou&#239;es, qui glac&#232;rent la salle, le Bureau, le type du Comit&#233; central (il prenait des notes en vitesse, il aurait bien voulu dispara&#238;tre sous terre). Je disais que les erreurs, dans notre travail accablant, &#233;taient in&#233;vitables, que je te connaissais depuis douze ans, que tu &#233;tais loyal, que tu ne vivais que pour le parti, que tout le monde le savait d'ailleurs, que nous avons peu d'hommes comme toi et beaucoup de salauds&#8230; Un froid de banquise polaire m'environna. Du fond de la salle, une voix &#233;trangl&#233;e jeta : &#171; Honte ! &#187; Elle r&#233;veilla ces larves malades de peur, &#171; honte ! &#187; &#8211; &#171; Honte &#224; vous-m&#234;mes ! &#187;, dis-je en descendant de la tribune, et j'ajoutai : &#171; Vous &#234;tes bien b&#234;tes si vous vous croyez plus avanc&#233;s que moi ! &#187; Je traversai la salle dans toute sa longueur. Ils avaient tous peur que je ne vinsse m'asseoir pr&#232;s d'eux, ils s'aplatissaient sur leurs si&#232;ges &#224; mon approche, tous ces coll&#232;gues. J'allai fumer au buffet en faisant la cour &#224; la serveuse. J'&#233;tais content, je tremblais tout entier&#8230; Je fus arr&#234;t&#233; le lendemain matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, oui, dit Erchov distraitement. Que voulais-tu dire de ma femme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Valia ? Elle venait d'&#233;crire au Bureau de la cellule qu'elle divor&#231;ait&#8230; Qu'elle demandait &#224; laver le d&#233;shonneur involontaire d'avoir &#233;t&#233;, par inconscience, la femme d'un ennemi du peuple&#8230; Et c&#230;tera&#8230; Tu connais ces formules. Elle n'avait pas tort, elle voulait vivre, Valia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Sans importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov ajouta, plus bas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Elle a peut-&#234;tre bien fait&#8230; Qu'est-elle devenue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ricciotti fit un geste vague :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je n'en sais rien&#8230; Au Kamtchatka, je suppose&#8230; Ou dans l'Alta&#239;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et maintenant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se voyaient dans la lumi&#232;re incolore, &#224; travers la fatigue, un &#233;tonnement morne, un calme d&#233;vast&#233;, simplifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Maintenant, r&#233;pondit Ricciotti, il faut c&#233;der, Maximka. Aucune r&#233;sistance ne sert &#224; rien, tu le sais mieux que personne. Tu t'astreindrais &#224; souffrir comme un damn&#233;, la fin serait la m&#234;me, inutile au surplus. C&#233;der, te dis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C&#233;der quoi ? Avouer que je suis un ennemi du peuple, l'assassin de Toula&#233;v, un tra&#238;tre, quoi encore ? R&#233;p&#233;ter ce galimatias d'&#233;pileptiques ivres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Avoue, fr&#232;re. Cela ou autre chose, tout ce que l'on voudra. D'abord, tu dormiras, puis tu auras une faible chance&#8230; Une tr&#232;s faible chance, presque nulle &#224; mon avis, mais personne n'y peut plus rien&#8230; Maximka, tu es plus fort que moi, mais j'ai plus de jugement politique, tu en conviens&#8230; C'est ainsi, je t'assure. On a besoin de &#231;a, c'est command&#233; comme on commande la destruction d'une turbine&#8230; Ni les ing&#233;nieurs ni les ouvriers ne discutent les ordres et personne ne s'inqui&#232;te des vies qu'elle co&#251;tera&#8230; Je n'y avais m&#234;me jamais pens&#233; auparavant&#8230; Les derniers proc&#232;s n'ont pas eu le rendement politique que l'on en attendait, on estime qu'il faut une nouvelle d&#233;monstration et un nouveau nettoyage&#8230; Tu comprends bien qu'on ne peut plus laisser de vieux nulle part&#8230; Nous n'avons pas &#224; d&#233;cider si le Bureau politique se trompe ou non&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il se trompe effroyablement, dit Erchov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tais-toi l&#224;-dessus. Pas un membre du parti n'a le droit de parler ainsi. Si on t'envoyait &#224; la t&#234;te d'une division contre les tanks japonais, tu ne discuterais pas, tu marcherais en sachant bien que personne n'en reviendrait. Toula&#233;v n'est qu'un accident ou un pr&#233;texte. Je suis m&#234;me convaincu, moi, qu'il n'y a rien derri&#232;re cette affaire, qu'il a &#233;t&#233; tu&#233; par hasard, figure-toi ! Admets pourtant que le parti ne peut se reconna&#238;tre impuissant devant un coup de revolver venu on ne sait d'o&#249;, peut-&#234;tre du fond de l'&#226;me populaire&#8230; Le chef est depuis longtemps dans une impasse. Peut-&#234;tre perd-il la raison. Peut-&#234;tre voit-il plus loin et mieux que nous tous. Je ne le crois pas g&#233;nial, je le crois plut&#244;t born&#233;, mais nous n'en avons pas d'autre et il n'a que lui-m&#234;me. Nous avons massacr&#233;, permis de massacrer, tous les autres, il est le seul qui reste, le seul r&#233;el. Il sait que quand on tire sur Toula&#233;v, c'est lui que l'on vise n&#233;cessairement, car &#231;a ne peut pas se passer autrement, il n'y a que lui que l'on puisse et doive ha&#239;r&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu crois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ricciotti plaisanta :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le rationnel seul est r&#233;el, selon Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne peux pas, dit Erchov p&#233;niblement, c'est au-dessus de mes forces&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mots creux. Nous n'avons plus de forces ni toi ni moi. Et apr&#232;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La moiti&#233; des bureaux du b&#226;timent qu'ils voyaient dans la fen&#234;tre s'&#233;taient vid&#233;s et ferm&#233;s. &#192; droite, des &#233;tages s'allumaient, o&#249; l'on travaillerait la nuit durant&#8230; La lueur verte des abat-jour &#233;gaya le cr&#233;puscule. Erchov et Riciotti jouissaient d'une singuli&#232;re libert&#233; : ils allaient se rafra&#238;chir le visage au cabinet de toilette, on leur apporta un assez bon souper, une profusion de cigarettes. Ils entrevirent des visages presque amicaux&#8230; Erchov s'allongea sur le divan, Ricciotti tournait dans la chambre, se mettait &#224; califourchon sur une chaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tout ce que tu penses, je le sais, je l'ai pens&#233; moi-m&#234;me, je le pense encore. 1&#176; Aucune autre solution, mon vieux. 2&#176; Ainsi nous nous accordons une tr&#232;s faible chance, mettons 0,5 %. 3&#176; J'aime mieux p&#233;rir pour le pays que contre le pays&#8230; Je t'avouerai qu'au fond, je ne crois plus au parti mais je crois au pays&#8230; Ce monde nous appartient, nous lui appartenons, jusque dans l'absurde et l'abominable&#8230; Mais tout ceci n'est ni tellement absurde ni tellement abominable qu'il semble &#224; premi&#232;re vue. C'est plut&#244;t barbare et maladroit. Nous faisons de la chirurgie &#224; la hache. Notre gouvernement tient le coup dans des situations catastrophiques et il sacrifie tour &#224; tour ses meilleures divisions parce qu'il ne sait pas faire autrement. Notre tour est venu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov se prit le visage &#224; deux mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tais-toi, je me perds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il releva la t&#234;te, l'air d&#233;gris&#233;, la bouche hargneuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Crois-tu le cinqui&#232;me de ce que tu es en train de me dire ? Qu'est-ce qu'on te paie pour me convaincre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me d&#233;solation furieuse les opposa l'un &#224; l'autre et ils se virent de tr&#232;s pr&#232;s, ras&#233;s de huit jours, la peau d&#233;color&#233;e, les paupi&#232;res rid&#233;es, les traits brouill&#233;s par une fatigue sans bornes. Ricciotti r&#233;pondit sans v&#233;h&#233;mence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; On ne me paie rien, imb&#233;cile. Mais je ne veux pas crever en vain, comprends-tu ? Cette chance : 0,5 pour cent ou pour mille, oui, pour mille ! je veux la tenter, tu comprends ? Je veux essayer de vivre, co&#251;te que co&#251;te, et puis tant pis ! Je suis une b&#234;te humaine qui veut vivre quand m&#234;me, baiser des femmes, travailler, se battre en Chine&#8230; Ose dire que tu es diff&#233;rent, toi ! Je veux tenter de te sauver, tu comprends ? Je suis logique. Nous avons fait ce coup &#224; d'autres, on nous le fait, bien jou&#233;. Les choses nous d&#233;passent et nous devons marcher jusqu'au bout, tu comprends ? Nous sommes faits pour servir ce r&#233;gime, nous n'avons que lui, nous sommes ses enfants, ses ignobles enfants, tout cela n'est pas l'effet du hasard, comprendras-tu &#224; la fin ? Je suis fid&#232;le, moi, comprends-tu ? Et toi aussi, tu es fid&#232;le, Maximka. (Sa voix se brisa, changea de note, se nuan&#231;a d'une sorte de tendresse.) Voil&#224; tout, Maximka. Tu as tort de m'injurier. R&#233;fl&#233;chis. Rassieds-toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il le prenait par les &#233;paules, le poussait vers le divan, et l'autre s'y laissait tomber, mou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la nuit, des pas retentirent dans un corridor &#233;cart&#233;, m&#234;l&#233;s &#224; un gr&#233;sillement de machine &#224; &#233;crire. Ces bruits &#233;pars qui s'insinuaient dans le silence &#233;taient poignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erchov se r&#233;voltait encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Avouer que j'ai tout trahi, que j'ai tremp&#233; dans un crime contre lequel j'ai lutt&#233; de toutes mes forces&#8230; Fous-moi la paix, tu d&#233;lires !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voix du camarade lui parvint de tr&#232;s loin. Il y avait entre eux des espaces glac&#233;s o&#249; tournaient lentement des plan&#232;tes noires&#8230; Il n'y avait entre eux qu'une table en acajou, des verres de th&#233;, vides, un flacon de vodka, vide, un m&#232;tre cinquante de tapis poussi&#233;reux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; D'autres, qui valaient mieux que toi et moi, l'ont fait avant nous. D'autres le feront apr&#232;s nous. Personne ne r&#233;siste &#224; cette machine. Personne ne doit, ne peut r&#233;sister au parti sans passer &#224; l'ennemi. Ni toi ni moi nous ne passerons jamais &#224; l'ennemi&#8230; Et si tu te crois innocent, tu te trompes lourdement. Innocents, nous ? De qui te moques-tu ? Oublies-tu notre m&#233;tier ? Le camarade haut-commissaire &#224; la S&#251;ret&#233; serait innocent ? Le grand inquisiteur serait pur comme un agneau ? Seul au monde, il n'aurait pas m&#233;rit&#233; la balle dans la nuque qu'il distribuait par tampon-signature &#224; raison de sept cents par mois, en moyenne, chiffres officiels, radicalement faux ? Les chiffres authentiques personne ne les conna&#238;tra jamais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais tais-toi donc ! cria Erchov, exc&#233;d&#233;. Fais-moi ramener &#224; ma cellule. J'&#233;tais soldat, j'ex&#233;cutais des consignes, assez ! Tu m'infliges une torture inepte&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non. La torture ne fait que commencer. La torture viendra. J'essaie de te l'&#233;pargner. J'essaye de te sauver&#8230; De te sauver, comprends-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Est-ce qu'on t'a promis quelque chose ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il nous tiennent tellement en main qu'ils n'ont pas besoin de nous promettre quoi que ce soit&#8230; Nous savons ce que valent les promesses&#8230; Popov est venu me voir, tu sais, cette vieille galoche bafouillante&#8230; Quand son tour viendra, je serai bien content, m&#234;me dans l'autre monde&#8230; Il m'a dit : &#171; Le parti vous demande beaucoup, le parti ne promet rien &#224; personne. Le Bureau politique appr&#233;ciera selon les n&#233;cessit&#233;s politiques. Le parti peut aussi vous fusiller sans jugement&#8230; &#187; D&#233;cide-toi, Maximka, je suis aussi fatigu&#233; que toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Impossible, dit Erchov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#234;te dans les mains et les mains tomb&#233;es sur les genoux, il pleura peut-&#234;tre. Il respirait comme un asthmatique. Une dur&#233;e d&#233;vastatrice s'&#233;coulait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce serait bon de s'envoyer soi-m&#234;me une balle dans la t&#234;te, murmura Erchov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je te crois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e incolore, mortelle, et rien au bout. Dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Une chance sur mille, murmurait Erchov, du fond d'un calme sans recours, &#231;a va. Tu as raison, fr&#232;re. Il faut jouer le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ricciotti appuyait un doigt forcen&#233; sur un bouton de sonnette. L'appel autoritaire retentit quelque part&#8230; Un jeune soldat du bataillon sp&#233;cial entrouvrit la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Du th&#233;, des sandwiches, du cognac. Vite, hein !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand jour bleu&#226;tre &#233;blouissait les lampes dans les vitres du Service secret, d&#233;sert &#224; cette seule heure&#8230; Avant de se s&#233;parer, Erchov et Ricciotti se donn&#232;rent l'accolade. Des visages souriants les entouraient. Quelqu'un dit &#224; Erchov :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Votre femme va bien. Elle est &#224; Viatka, elle a un emploi dans l'administration communale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa cellule, Erchov s'&#233;merveilla de trouver, sur la table, des journaux. Il ne lisait rien depuis des mois, son cerveau travaillait &#224; vide, c'&#233;tait par moments tr&#232;s dur. Rompu, il se laissa choir sur le lit, d&#233;plia un num&#233;ro de la Pravda sur le portrait bienveillant du chef, consid&#233;ra un long instant ce portrait, avec effort, comme s'il cherchait &#224; comprendre quelque chose, et s'endormit ainsi, le visage couvert par cette image imprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des t&#233;l&#233;phones transmettaient l'importante nouvelle. &#192; 6 h 27 du matin, Zv&#233;r&#233;va, r&#233;veill&#233;e elle-m&#234;me par sa secr&#233;taire, informa par fil direct le camarade Popov : &#171; Erchov avoue&#8230; &#187; Zv&#233;r&#233;va, couch&#233;e dans son grand lit en bois dor&#233; de Car&#233;lie, d&#233;posa l'&#233;couteur sur la table de nuit. Obliquement inclin&#233; vers elle, un miroir limpide lui renvoyait une image d'elle-m&#234;me dont elle n'&#233;tait jamais lasse. Les cheveux teints, lisses et longs, lui entouraient le visage jusqu'au menton d'un ovale noir presque parfait. &#171; J'ai la bouche tragique &#187;, pensait-elle, &#224; voir le pli jaunissant de ses l&#232;vres qui confessaient de la honte et de la rancune. Elle n'avait de vraiment humain, dans un visage couleur de vieille cire, aux rides soigneusement mass&#233;es, que les yeux &#8211; sans cils ni sourcils &#8211; qui &#233;taient d'un noir de suie. Leur opacit&#233; n'exprimait dans la vie quotidienne qu'une dissimulation d&#233;finitive. Dans le t&#234;te-&#224;-t&#234;te du miroir, ils exprimaient un &#233;garement d&#233;vorant. Zv&#233;r&#233;va rejeta brusquement les couvertures. &#192; cause de ses seins vieillis, elle dormait avec des soutiens-gorge en dentelle noire. Son corps lui apparut dans le miroir, encore pur de lignes, long, souple, mat, comme d'une mince Chinoise, &#171; d'une esclave chinoise telle qu'il y en a dans les maisons closes de Kharbine &#187;. Les paumes de ses mains s&#232;ches suivirent la courbe de ses hanches. Elle s'admira : &#171; J'ai un ventre &#233;troit et cruel&#8230; &#187; Sur le mont de V&#233;nus, elle n'avait qu'une touffe aride ; dessous, les plis secrets &#233;taient tristes et serr&#233;s ainsi qu'une bouche d&#233;laiss&#233;e&#8230; Vers ces plis glissa sa main, tandis que son corps se cambrait, que son regard se voilait, que le miroir s'amplifiait et se remplissait de vagues pr&#233;sences. Elle se caressa doucement. Au-dessous d'elle flott&#232;rent dans un vide ex&#233;crable des formes confondues de m&#226;les et de tr&#232;s jeunes femmes brutalement poss&#233;d&#233;es. Son propre visage en transe, les yeux mi-clos, la bouche entrouverte s'exalta un moment devant lui-m&#234;me. &#171; Ah, je suis belle, ah, je&#8230; &#187; Elle s'affaissa, secou&#233;e du talon &#224; la nuque par un grand tremblement, dans sa solitude. &#171; Ah, quand aurai-je&#8230; &#187; Le t&#233;l&#233;phone grin&#231;ait. Ce fut le chuintement fade du vieux Popov :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mes f&#233;-f&#233;-f&#233;-f&#233;licitations&#8230; L'instruction a fait un grand pas&#8230; Maintenant, camarade Zv&#233;r&#233;va, pr&#233;-pr&#233;parez-moi le dossier Roublev&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; D&#232;s ce matin, camarade Popov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis bient&#244;t dix ans, Mak&#233;ev vivait dans l'humiliation inflig&#233;e ou d&#233;vor&#233;e. Il ne connaissait pas d'autre fa&#231;on de gouverner que de r&#233;duire toute objection par la r&#233;pression et l'humiliation. Au d&#233;but, quand un camarade se d&#233;battait tristement &#224; la tribune pour reconna&#238;tre, sous les regards ironiques, ses erreurs de la veille, abjurer ses compagnons, ses amiti&#233;s, sa propre pens&#233;e, Mak&#233;ev se sentait incommod&#233;. &#171; Fils de chienne, pensait-il, tu ne ferais pas mieux de te laisser casser les c&#244;tes ? &#187; Un m&#233;pris lourd de d&#233;rision lui fit accabler, apr&#232;s les discussions de 1927-1928, les grands a&#238;n&#233;s qui se reniaient pour n'&#234;tre pas chass&#233;s du parti. Mak&#233;ev se devinait confus&#233;ment appel&#233; &#224; partager leur succession. Ses massives railleries entra&#238;naient les assembl&#233;es contre le militant de 1918 que l'on voyait tout &#224; coup d&#233;pouill&#233; de son aur&#233;ole, d&#233;pouill&#233; de son pouvoir, s'humilier devant le parti &#8211; et c'&#233;tait en r&#233;alit&#233; devant des gens m&#233;diocres r&#233;unis par le seul souci de la discipline. Mak&#233;ev, le cr&#226;ne empourpr&#233;, tonnait : &#171; Non, ce n'est pas assez ! Moins de phrases ! Parlez-nous de l'agitation criminelle &#224; laquelle vous avez particip&#233; dans les usines ! &#187; Ses interruptions, pareilles &#224; des coups de nerf de b&#339;uf ass&#233;n&#233;s en plein visage, contribu&#232;rent beaucoup &#224; lui ouvrir la voie du pouvoir. Il y chemina comme il y &#233;tait mont&#233;, pers&#233;cutant les camarades vaincus, exigeant qu'ils renouvelassent sans cesse, en des termes plus &#233;pais et plus r&#233;voltants, les m&#234;mes abjurations, car c'&#233;tait la seule fa&#231;on qui leur rest&#226;t de se d&#233;sister de la puissance toujours pr&#234;te, semblait-il, &#224; tomber n&#233;cessairement entre leurs mains, puisqu'ils &#233;taient en r&#233;alit&#233; purs des erreurs du temps pr&#233;sent ; exigeant de ses subordonn&#233;s qu'ils prissent sur eux les responsabilit&#233;s de ses propres fautes, car il valait plus qu'eux, lui, Mak&#233;ev, pour le parti ; s'humiliant h&#226;tivement lui-m&#234;me quand un plus gros que lui l'exigeait. La prison le plongea dans une d&#233;sesp&#233;rance animale. Il fut, dans sa cellule qui &#233;tait obscure et basse, pareil &#224; un b&#339;uf mal assomm&#233; par le marteau de l'abatteur. Sa forte musculature s'affaissa, sa poitrine velue se creusa, une barbe en paille d&#233;teinte lui poussa jusque sous les yeux, il devint un grand moujik &#224; l'&#233;chine courb&#233;e, aux &#233;paules rondes, au regard triste et peureux&#8230; Le temps passait, on oubliait Mak&#233;ev, on ne r&#233;pondait rien &#224; ses protestations de d&#233;vouement. Lui-m&#234;me n'osait protester d'une innocence plus imprudente qu'incertaine. La r&#233;alit&#233; du monde ext&#233;rieur s'abolissait, il ne parvenait plus &#224; se repr&#233;senter visuellement sa femme, m&#234;me dans les moments o&#249; une fr&#233;n&#233;sie sexuelle s'emparait de lui pour le prostrer sur sa couche, la chair congestionn&#233;e, un peu de bave &#224; la commissure des l&#232;vres&#8230; Le commencement des interrogatoires lui fit un bien immense. Et d'abord, tout s'&#233;claira, ce n'&#233;tait qu'une carri&#232;re bris&#233;e, &#231;a ne pouvait pas valoir plus de quelques ann&#233;es dans les camps de concentration de l'Arctique et l'on y peut aussi d&#233;ployer du z&#232;le, de l'esprit d'organisation, obtenir des r&#233;compenses&#8230; On y trouve des femmes. On lui demandait de convenir qu'il avait pouss&#233; trop loin l'application des directives de mai et sciemment n&#233;glig&#233;, par contre, d'appliquer celles de septembre ; de se reconna&#238;tre responsable de la diminution des emblavures dans la r&#233;gion ; de reconna&#238;tre qu'il avait nomm&#233; &#224; la direction de l'agriculture des fonctionnaires condamn&#233;s depuis comme contre-r&#233;volutionnaires (lui-m&#234;me les avait d&#233;nonc&#233;s) ; de reconna&#238;tre avoir d&#233;tourn&#233; pour son usage personnel, afin de se commander un mobilier, des fonds affect&#233;s &#224; l'installation d'une maison de repos des travailleurs de la terre&#8230; C'&#233;tait un point discutable, mais il ne discutait pas, il acquies&#231;ait, tout cela &#233;tait vrai, pouvait l'&#234;tre, devait l'&#234;tre, voyez, camarade, si le parti l'exige, je ne demande qu'&#224; tout prendre sur moi&#8230; Bon signe, aucune de ces inculpations n'entra&#238;nait la peine capitale. On lui permit de lire de vieux illustr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;veill&#233; une nuit du plus profond de son sommeil, conduit &#224; l'interrogatoire par des chemins inaccoutum&#233;s, ascenseurs, cours, souterrains tr&#232;s &#233;clair&#233;s, Mak&#233;ev affronta soudainement d'autres dangers. Une terrible s&#233;v&#233;rit&#233; dissipait toutes les &#233;nigmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mak&#233;ev, vous reconnaissez avoir &#233;t&#233;, dans la r&#233;gion dont le Comit&#233; central vous avait confi&#233; l'administration, l'organisateur de la famine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev fit un signe d'assentiment. La formule, pourtant, &#233;tait durement inqui&#233;tante : elle rappelait de r&#233;cents proc&#232;s&#8230; Mais que pouvait-on lui demander d'autre ? De quoi pouvait-il raisonnablement se charger si ce n'&#233;tait de cela ? Personne, &#224; Kourgansk ne douterait de sa culpabilit&#233;. Et la responsabilit&#233; du Bureau politique serait d&#233;gag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; L'heure est venue de nous faire une confession plus compl&#232;te. Ce que vous nous cachez montre quel ennemi irr&#233;ductible vous &#234;tes devenu pour le parti. Nous savons tout. Tout est prouv&#233;, Mak&#233;ev, irr&#233;futablement. Vos complices ont avou&#233;. Dites-nous la part que vous avez prise au complot qui a co&#251;t&#233; la vie au camarade Toula&#233;v&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev baissa la t&#234;te &#8211; ou plus exactement sa t&#234;te sans force tomba sur sa poitrine. Ses &#233;paules fl&#233;chissaient comme si son corps se f&#251;t vid&#233;, pendant qu'on lui parlait ainsi, de toute consistance. Un trou noir, un trou noir devant lui, une cave, une fosse et plus rien &#224; r&#233;pondre. Il perdit la parole, le geste, regarda stupidement le parquet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Accus&#233; Mak&#233;ev, r&#233;pondez !&#8230; Vous vous sentez mal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'e&#251;t battu sans en rien tirer, son grand corps n'avait pas plus de consistance qu'un sac de chiffons. On l'emmena, on le soigna, on lui rendit un peu de son apparence coutumi&#232;re en le faisant raser. Il ne cessait pas de se parler &#224; lui-m&#234;me. Sa t&#234;te ressembla &#224; un cr&#226;ne, haut, conique, aux maxillaires pro&#233;minents, aux dents carnassi&#232;res. Remis du premier choc nerveux, il reprit une autre nuit le chemin de l'instruction. Il marchait d'un pas veule, le c&#339;ur malade, perdant ses derni&#232;res forces &#224; mesure qu'il se rapprochait du cabinet&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mak&#233;ev, nous avons contre vous, dans l'affaire Toula&#233;v, une d&#233;position &#233;crasante, celle de votre femme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image, bizarrement irr&#233;elle de la femme qui avait &#233;t&#233; r&#233;elle pour lui, dans une autre vie, dans une des vies ant&#233;rieures devenues irr&#233;elles, rappela sur ses traits un &#233;clair de fermet&#233;. Ses dents luirent m&#233;chamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Impossible. Ou elle ment parce que vous l'avez tortur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce n'est pas &#224; vous de nous accuser, criminel Mak&#233;ev. Vous niez encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;coutez donc et soyez confondu. En apprenant l'assassinat du camarade Toula&#233;v, vous vous &#234;tes exclam&#233; que vous attendiez cette nouvelle, que c'&#233;tait bien fait pour lui, que c'&#233;tait lui, et non vous, l'organisateur de la famine dans la r&#233;gion&#8230; J'ai vos paroles textuelles, faut-il vous en donner lecture ? Est-ce vrai ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est faux, r&#233;pondit Mak&#233;ev &#224; mi-voix, tout est faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le souvenir &#233;mergea myst&#233;rieusement de l'obscurit&#233; int&#233;rieure. Alia, son visage lamentablement gonfl&#233; de larmes&#8230; Elle tenait entre ses doigts tremblants la dame de c&#339;ur, elle criait, mais sa voix sifflante et d&#233;faillante s'entendait &#224; peine : &#171; Et toi, tra&#238;tre et menteur, quand est-ce que l'on te tuera ? &#187; Qu'avait-elle pu penser, que lui avait-on sugg&#233;r&#233;, pauvre sotte ? Le d&#233;non&#231;ait-elle pour le sauver ou pour le perdre ? Inconsciente&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est vrai, dit-il. Je devrais vous expliquer que c'est plus faux encore que vrai, faux, faux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce serait tout &#224; fait inutile, Mak&#233;ev. Si vous avez la moindre chance de salut, elle est dans une confession compl&#232;te et sinc&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souvenir imm&#233;diat de sa femme l'avait ranim&#233;. Il ressembla &#224; lui-m&#234;me, fut sarcastique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comme les autres, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#192; quoi faites-vous allusion, Mak&#233;ev ? Qu'osez-vous penser, contre-r&#233;volutionnaire Mak&#233;ev, tra&#238;tre au parti, assassin du parti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'affaissa de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; En tout cas, c'est peut-&#234;tre votre dernier interrogatoire. Peut-&#234;tre votre dernier jour. La d&#233;cision peut intervenir d&#232;s ce soir, Mak&#233;ev, vous m'avez bien compris ? Reconduisez l'accus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; &#192; Kourgansk, une camionnette venait chercher l'homme &#224; la prison. On lui communiquait parfois l'arr&#234;t ; parfois on le laissait douter, cela vaut mieux, car il arrive qu'il faille soutenir, lier, porter, b&#226;illonner ceux qui n'ont plus de doute. Les autres marchent comme des automates d&#233;traqu&#233;s, mais ils marchent. &#192; quelques kilom&#232;tres de la gare, &#224; l'endroit o&#249; les rails d&#233;crivent une courbe luisante sous les &#233;toiles, la voiture s'arr&#234;te. On conduit l'homme &#224; pied vers les sous-bois&#8230; Mak&#233;ev assista &#224; l'ex&#233;cution de quatre cheminots qui avaient vol&#233; des colis postaux. Les larcins d&#233;sorganisaient le trafic. Mak&#233;ev, au Comit&#233; r&#233;gional, avait exig&#233; la peine capitale pour ces prol&#233;taires devenus des pillards. Salauds ! Il leur en voulait de l'obliger &#224; une hideuse rigueur. Les quatre esp&#233;raient encore un transf&#232;rement. &#171; On n'osera pas fusiller des ouvriers pour si peu de chose&#8230; &#187; &#8211; sept mille roubles de marchandises&#8230; Leur derni&#232;re esp&#233;rance s'&#233;vanouit dans le sous-bois, sous une vilaine lune jaune dont la lueur malade traversait de gr&#234;les feuillages. Mak&#233;ev, au tournant du sentier, observa leur d&#233;marche : le premier marchait droit, la t&#234;te haute, d'un pas r&#233;solu, il fon&#231;ait en avant vers la fosse pr&#234;te (&#171; l'&#233;toffe d'un r&#233;volutionnaire&#8230; &#187;). Le deuxi&#232;me butait aux racines, sautillait, rentrait la t&#234;te dans les &#233;paules (il semblait plong&#233; dans de profondes r&#233;flexions) et de plus pr&#232;s, Mak&#233;ev vit que cet homme de cinquante ans pleurait silencieusement. Le troisi&#232;me avait une allure d'ivrogne avec des soubresauts de lucidit&#233;. Il ralentissait puis courait un petit peu (ils allaient en file indienne, suivis de plusieurs fusils). On soutenait le dernier, un gamin de vingt ans, qui reconnut Mak&#233;ev, tomba sur les genoux, cria : &#171; Camarade Mak&#233;ev, p&#232;re bien-aim&#233;, pardonne-nous, fais-nous gr&#226;ce, nous sommes des ouvriers&#8230; &#187; Mak&#233;ev fit un bond en arri&#232;re, son pied heurta une racine, il se fit mal, les soldats silencieux entra&#238;naient le gamin. Le premier des quatre tourna la t&#234;te &#224; ce moment pour dire d'une voix calme tout &#224; fait distincte dans le silence lunaire : &#171; Tais-toi, Sacha, c'est plus des hommes, ce sont des hy&#232;nes&#8230; C'est cracher sur sa gueule qu'il faudrait&#8230; &#187; Quatre d&#233;tonations faiblement espac&#233;es rejoignirent Mak&#233;ev dans son auto. La lune se voilait, le chauffeur faillit jeter la voiture dans un foss&#233;. Mak&#233;ev se coucha tout de suite, &#233;treignit &#224; pleins bras sa femme endormie et resta longtemps ainsi, les yeux ouverts sur les t&#233;n&#232;bres. La chaleur d'Alia et son souffle r&#233;gulier l'apais&#232;rent. Comme il lui &#233;tait assez facile de ne point penser, il savait se fuir. Le lendemain, voyant dans les journaux la br&#232;ve mention de l'ex&#233;cution, il fut presque content de se sentir &#171; un bolchevik de fer &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mak&#233;ev ne vit gu&#232;re de souvenirs, les souvenirs vivent plut&#244;t en lui, d'une vie insidieuse et g&#234;nante. Celui-ci surgit maintenant sur l'&#233;cran lumineux de la conscience tandis que l'on emm&#232;ne l'accus&#233; vers sa cellule, vers&#8230; Et ce souvenir s'encha&#238;ne abominablement &#224; un autre. &#192; cette &#233;poque, Mak&#233;ev se sentait d'une race diff&#233;rente de celle des hommes qui suivent de tels chemins nocturnes, sous la lune jaune, vers les fosses creus&#233;es par les soldats punis du bataillon sp&#233;cial. Aucun &#233;v&#233;nement concevable ne pouvait le rejeter des sommets du pouvoir parmi ces d&#233;sh&#233;rit&#233;s. Les disgr&#226;ces m&#234;me le laisseraient dans le fichier du Comit&#233; central. Il e&#251;t fallu l'exclusion du parti, chose impossible. Fid&#232;le, lui, jusqu'&#224; l'&#226;me ! et souple, et sachant bien que le Comit&#233; central a toujours raison, que le Bureau politique a toujours raison, que le chef a toujours raison, car la raison c'est la force ; l'erreur de la puissance s'impose, devient v&#233;rit&#233; ; il n'est que de payer les frais g&#233;n&#233;raux pour qu'une solution fausse devienne la bonne&#8230; Dans l'&#233;troite cabine de l'ascenseur, grilles et cage, Mak&#233;ev fut press&#233; contre la paroi par le torse massif d'un sous-officier d'une quarantaine d'ann&#233;es qui lui ressemblait, c'est-&#224;-dire qui ressemblait au Mak&#233;ev ant&#233;rieur par la forme du cr&#226;ne et du menton, par les narines renfl&#233;es, par le regard t&#234;tu, par la carrure (mais de cette ressemblance ni l'un ni l'autre ne pouvaient &#224; cette heure se rendre compte). Le gardien fixait sur son prisonnier un regard anonyme. Homme tenaille, homme revolver, homme consigne, homme pouvoir &#8211; et Mak&#233;ev &#233;tait au pouvoir de ces hommes-l&#224;, il appartenait d&#233;sormais &#224; l'autre race&#8230; Il s'entrevit cheminant sous bois, dans le clair de lune jaune d&#233;chiquet&#233; par les branchages, et des fusils abaiss&#233;s le suivaient&#8230; Cet homme-ci attendait Mak&#233;ev au tournant du sentier, habill&#233; de cuir, les mains dans les poches ; et, quand Mak&#233;ev ne serait plus, cet homme-ci rentrerait chez lui, calmement, pour se coucher dans un grand lit chaud, aupr&#232;s d'une femme endormie aux seins br&#251;lants&#8230; Cet homme-ci ou un autre, mais avec ce regard anonyme, viendrait chercher Mak&#233;ev, peut-&#234;tre d&#232;s la nuit prochaine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une sombre image remonta encore de l'oubli. On projetait au club du parti un nouveau film &#224; la gloire de l'aviation sovi&#233;tique, A&#233;rograd. Dans la for&#234;t sib&#233;rienne, en Extr&#234;me-Orient, des paysans barbus, qui &#233;taient d'anciens partisans rouges, tenaient t&#234;te aux agents japonais&#8230; Il y avait deux vieux trappeurs pareils &#224; des fr&#232;res, et l'un des deux apprenait que l'autre trahissait : face &#224; face sous les grands arbres s&#233;v&#232;res, dans la ta&#239;ga murmurante, le patriote d&#233;sarmait le tra&#238;tre : &#171; Marche devant ! &#187; L'autre marchait, pench&#233; vers la terre, se sentant condamn&#233;. Tour &#224; tour paraissaient sur l'&#233;cran les deux t&#234;tes presque identiques, celle d'un vieil homme barbu, saisi par l'&#233;pouvante, et celle du camarade, pareil &#224; lui, qui le jugeait, qui lui criait : &#171; Pr&#233;pare-toi ! Au nom du peuple sovi&#233;tique&#8230; &#187; &#8211; qui levait sa carabine&#8230; Autour d'eux, la for&#234;t maternelle, sans issue. Gros plan : la face &#233;norme du condamn&#233; hurlait longuement &#224; la mort&#8230; Elle sombra dans le fracas bienfaisant d'une d&#233;tonation. Mak&#233;ev donna le signal des applaudissements&#8230; L'ascenseur s'arr&#234;tait, Mak&#233;ev e&#251;t voulu hurler &#224; la mort. Il marcha pourtant assez droit. Dans sa cellule se fit apporter une feuille de papier. &#201;crivit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je cesse toute r&#233;sistance devant le parti. Je suis pr&#234;t &#224; signer une confession compl&#232;te et sinc&#232;re&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signa : Mak&#233;ev. La majuscule &#233;tait encore forte, les autres lettres paraissaient broy&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kiril Roublev refusa de r&#233;pondre aux interrogatoires. (&#171; S'ils ont besoin de moi, ils c&#233;deront. S'ils n'entendent que se d&#233;barrasser de moi, j'abr&#232;ge les formalit&#233;s&#8230; &#187;) Un haut fonctionnaire vint s'enqu&#233;rir de ses exigences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne veux pas &#234;tre trait&#233; plus mal dans une prison socialiste qu'au bagne de l'ancien r&#233;gime&#8230; Apr&#232;s tout, citoyen, je suis un des fondateurs de l'&#201;tat sovi&#233;tique. (Ce disant, il pensait : &#171; J'ironise malgr&#233; moi&#8230; L'humour int&#233;gral&#8230; &#187;) Je veux des livres et du papier&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il obtint des ouvrages de la biblioth&#232;que de la prison et des cahiers dont les pages &#233;taient num&#233;rot&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Maintenant, laissez-moi tranquille pendant trois semaines&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce temps lui &#233;tait n&#233;cessaire pour mettre sa pens&#233;e au clair. On se sent singuli&#232;rement libre lorsque tout est perdu, on peut enfin penser d'une fa&#231;on rigoureusement objective &#8211; dans la mesure o&#249; l'on surmonte la peur qui est dans l'&#234;tre une puissance primordiale comparable &#224; l'instinct sexuel&#8230; &#192; peu pr&#232;s insurmontables, cet instinct et cette puissance ; question de dressage int&#233;rieur. Plus rien &#224; perdre. Quelques mouvements de gymnastique le matin : nu, d&#233;gingand&#233;, le profil aigu, il se plaisait &#224; r&#233;p&#233;ter le mouvement souple du faucheur dans les bl&#233;s : le torse et les deux bras lanc&#233;s en avant avec une vigueur oblique. Ensuite, il marchait un peu, r&#233;fl&#233;chissant ; se mettait &#224; &#233;crire. S'interrompait pour m&#233;diter sur un autre th&#232;me : de la mort, du seul point de vue rationnel, celui des sciences naturelles : un champ de coquelicots. La pens&#233;e de Dora le tourmentait souvent, plus qu'il n'e&#251;t fallu. &#171; Nous &#233;tions pr&#234;ts depuis si longtemps, Dora&#8230; &#187; Toute sa vie durant, toute leur vie, leur vraie vie, dix-sept ans, depuis les durs enthousiasmes de la r&#233;volution, Dora avait &#233;t&#233; forte, sous une douceur d&#233;sarm&#233;e, scrupuleuse et pleine de doutes. Telles certaines plantes fr&#234;les qui sous le dessin d&#233;licat de leurs feuilles portent une si r&#233;sistante vitalit&#233; qu'elles survivent aux orages et qu'&#224; les voir on devine l'existence d'une vraie force admirable tout &#224; fait diff&#233;rente de ce m&#233;lange d'ardeur imm&#233;diate et de brutalit&#233; qu'on appelle de coutume la force. Kiril parlait &#224; Dora comme si elle avait &#233;t&#233; pr&#233;sente. Ils se connaissaient si bien, li&#233;s par tant de communes pens&#233;es, que lorsqu'il &#233;crivait, elle anticipait parfois sur la phrase ou la page prochaine. &#171; J'ai pens&#233; que tu continuerais ainsi, Kiril &#187;, disait Dora autrefois, p&#226;le et jolie, le front d&#233;gag&#233; par les cheveux couch&#233;s des deux c&#244;t&#233;s de la t&#234;te, vers les tempes. &#171; Mais c'est vrai ! s'&#233;merveillait Kiril. Comme tu me devines, petite Dora ! &#187; La joie de cette entente les faisait s'embrasser au-dessus des manuscrits. C'&#233;tait le temps du froid, du typhus, de la famine, de la terreur, des fronts de guerre, toujours enfonc&#233;s, jamais enfonc&#233;s tout &#224; fait, le temps de L&#233;nine et de Trotsky, le bon temps. &#171; N'est-ce pas, Dora, que nous eussions eu la chance de mourir ensemble, alors ? &#187; Ces propos s'&#233;taient &#233;chang&#233;s entre eux quinze ans plus tard, lorsqu'ils se d&#233;battaient dans le cauchemar comme des asphyxi&#233;s dans la mine. &#171; Nous en avons m&#234;me manqu&#233; l'occasion, tu te souviens, tu avais la typho&#239;de et les balles, un jour, ont d&#233;crit sur le mur un v&#233;ritable demi-cercle autour de moi&#8230; &#187; &#8211; &#171; Je d&#233;lirais, dit Dora, je d&#233;lirais, je voyais tout, je comprenais tout, j'avais la clef des choses, c'est moi qui, d'un mouvement de la main, &#233;cartais les balles autour de ta t&#234;te, et du bout des doigts j'effleurais ta chevelure&#8230; C'&#233;tait si r&#233;el, cette vision, que je l'ai presque cru, Kiril. J'ai eu ensuite une crise de doute, &#224; quoi &#233;tais-je bonne si je ne pouvais pas &#233;carter les balles autour de toi, avais-je le droit de t'aimer plus que la r&#233;volution, car je sentais bien que je t'aimais plus que tout au monde, que si tu disparaissais je ne pourrais plus vivre, m&#234;me pour la r&#233;volution&#8230; Et tu me grondais quand je te le disais, tu me parlais si bien dans mon d&#233;lire, c'est alors que je t'ai bien connu pour la premi&#232;re fois&#8230; &#187; Kiril mit les deux mains sur les hanches de Dora et la regarda dans les yeux ; ils ne souriaient plus que des yeux, et ils &#233;taient tr&#232;s p&#226;les, tr&#232;s vieillis, tr&#232;s angoiss&#233;s : &#171; Ai-je beaucoup chang&#233; depuis ? &#187;, demanda-t-il d'une voix bizarrement jeune. &#171; Tu es &#233;tonnamment le m&#234;me ! &#187;, r&#233;pondit Dora en lui caressant les cheveux. &#171; &#201;tonnamment&#8230; Mais moi qui me suis toujours dit que tu dois vivre parce qu'il y aurait quelque chose de moins dans le monde si tu n'&#233;tais plus, et que je dois vivre avec toi, je commence &#224; croire que nous avons peut-&#234;tre manqu&#233; cette occasion de mourir, en v&#233;rit&#233;&#8230; Il y a peut-&#234;tre des &#233;poques enti&#232;res o&#249;, pour les hommes d'une certaine nature, ce n'est plus la peine de vivre&#8230; &#187; Kiril r&#233;pondait lentement : &#171; Des &#233;poques enti&#232;res, dis-tu. Tu as raison, mais comme on ne peut pas pr&#233;voir, en l'&#233;tat actuel de nos connaissances, la dur&#233;e et la succession des &#233;poques, et qu'il faut t&#226;cher d'&#234;tre pr&#233;sent au moment o&#249; l'histoire a besoin de nous&#8230; &#187; Il e&#251;t parl&#233; ainsi &#224; son cours sur le Chartisme et le d&#233;veloppement du capitalisme en Angleterre&#8230; Maintenant, il se mettait dans l'angle droit de la cellule, tout contre la muraille, de trois quarts, levant vers la fen&#234;tre son profil d'Ivan le Terrible, pour apercevoir un losange de ciel de dix centim&#232;tres carr&#233;s, et murmurait : &#171; Eh bien, Dora, eh bien, Dora, voil&#224; la fin venue&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son manuscrit progressait. D'une &#233;criture rapide, un peu trembl&#233;e au commencement des premiers alin&#233;as de chaque jour, ferme d&#232;s la vingti&#232;me ligne, sans mots superflus, avec une concision d'&#233;conomiste, il reprenait l'histoire des quinze derni&#232;res ann&#233;es, citait les chiffres des statistiques secr&#232;tes (les vraies), analysait les actes du pouvoir. C'&#233;tait d'une objectivit&#233; terrifiante qui ne m&#233;nageait rien. Les confuses batailles pour la d&#233;mocratisation du parti, les premiers d&#233;bats de l'Acad&#233;mie communiste sur l'industrialisation, les chiffres v&#233;ritables du d&#233;ficit de marchandises, de la valeur du rouble, des salaires, la tension croissante des rapports entre les masses rurales, l'industrie d&#233;bile et l'&#201;tat, la crise de la N.E.P., les effets de la crise mondiale sur l'&#233;conomie sovi&#233;tique enferm&#233;e dans ses fronti&#232;res, la crise de l'or, les solutions impos&#233;es par un pouvoir &#224; la fois pr&#233;voyant (pour ce qui &#233;tait des dangers qui le mena&#231;aient directement) et aveugl&#233; par son instinct de conservation, la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du parti, la fin de sa vie intellectuelle, la naissance du syst&#232;me autoritaire, les d&#233;buts de la collectivisation, con&#231;ue comme un exp&#233;dient pour &#233;viter la faillite du groupe dirigeant, la famine progressant sur le pays comme une l&#232;pre&#8230; Roublev connaissait les proc&#232;s-verbaux du Bureau politique, il en citait les passages les plus interdits, probablement d&#233;truits maintenant, il montrait le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral empi&#233;tant jour apr&#232;s jour sur tous les pouvoirs, il suivait l'intrigue dans les couloirs du Comit&#233; central, la silhouette du chef s'en d&#233;gageait, encore h&#233;sitante, entre la d&#233;mission, l'arrestation, la sc&#232;ne violente &#224; la fin de laquelle deux membres du B. P. &#233;galement bl&#234;mes se d&#233;visageaient au milieu des chaises renvers&#233;es et l'un disait : &#171; Je me tuerai pour que mon cadavre te d&#233;nonce ! Mais toi, les moujiks t'&#233;triperont un jour, et je m'en fous, mais le pays, mais la r&#233;volution&#8230; &#187; Et l'autre, le visage ferm&#233; comme une tombe, murmurait : &#171; Calme-toi, Nicolas Ivanovitch, si vous acceptez ma d&#233;mission, je la donne&#8230; &#187; On ne l'acceptait pas, il n'y avait plus de successeurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De longues pages &#233;crites, librement, librement ! comme il n'avait plus &#233;crit depuis dix ans, Kiril Roublev se mettait &#224; marcher dans la cellule en fumant : &#171; Eh bien, Dora, qu'en dis-tu ? &#187; Dora, dans l'invisible, tournait les feuilles &#233;crites. &#171; Bien, disait-elle. Ferme et clair. Toi. Continue, Kiril. &#187; Il reprenait alors l'autre m&#233;ditation n&#233;cessaire, celle du champ de coquelicots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un champ de fleurs rouges, le matin, sur une pente douce, ondoyante, comme la chair. La fleur est ardente et si fr&#234;le qu'un l&#233;ger contact fait choir ses p&#233;tales. Combien de fleurs ? Impossible d'en faire le compte. &#192; chaque instant quelqu'une s'effeuille, une autre ach&#232;ve de s'ouvrir. Si l'on abattait les plus hautes, mieux pouss&#233;es, d'une graine plus vigoureuse ou parce qu'elles ont trouv&#233; dans le sol quelques sels in&#233;galement r&#233;partis, ni l'aspect, ni la nature, ni l'avenir du champ ne changeraient. Donnerai-je un nom, vouerai-je un amour &#224; une fleur entre toutes ? Il semble r&#233;el que chacune existe en elle-m&#234;me, unique et seule d'une certaine fa&#231;on, diff&#233;rente de toutes les autres, et que, d&#233;truite, cette fleur-l&#224; jamais plus ne rena&#238;tra&#8230; Il semble, mais est-ce certain ? De seconde en seconde la fleur change, elle cesse de se ressembler, quelque chose en elle meurt et rena&#238;t. La fleur de cet instant-ci n'est plus celle de l'instant pass&#233;. La diff&#233;rence est-elle moins grande, vraiment, entre elle-m&#234;me dans la dur&#233;e, qu'&#224; l'instant pr&#233;sent entre elle et plusieurs autres qui lui ressemblent &#233;troitement, qui peut-&#234;tre sont celles qu'elle &#233;tait l'heure pass&#233;e, celle qu'elle sera l'heure prochaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une investigation rigoureuse abolissait ainsi dans la r&#234;verie les limites des moments de la dur&#233;e, de l'individu et de l'esp&#232;ce, du concret et du con&#231;u, de la vie et de la mort. La mort se r&#233;sorbait compl&#232;tement dans le merveilleux champ de coquelicots, pouss&#233; peut-&#234;tre sur une fosse commune, nourri peut-&#234;tre de chair humaine d&#233;compos&#233;e&#8230; Autre et plus vaste probl&#232;me. En y songeant, ne verrait-on pas s'abolir aussi les limites des esp&#232;ces ? &#171; Mais ce ne serait plus scientifique &#187;, se r&#233;pondait Roublev qui estimait qu'en dehors des synth&#232;ses purement exp&#233;rimentales, la philosophie n'existe pas ou n'est que &#171; le masque th&#233;orique d'un id&#233;alisme d'origine th&#233;ologique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il &#233;tait brave, lyrique et un peu fatigu&#233; de vivre, les coquelicots l'aidaient &#224; se familiariser avec une mort prochaine, &#8211; celle de tant de camarades qu'elle n'&#233;tait plus &#233;trang&#232;re ni trop terrifiante. Il savait en outre que l'on fusillait rarement en cours d'instruction, de sorte que la menace &#8211; ou l'attente &#8211; n'&#233;tait pas imm&#233;diate. Quand il faudrait s'endormir sur l'id&#233;e de ne se r&#233;veiller que pour &#234;tre fusill&#233;, les nerfs subiraient une autre &#233;preuve&#8230; (Mais il para&#238;t que l'on fusille aussi le jour ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zv&#233;r&#233;va le fit venir. Elle voulut donner &#224; l'interrogatoire le ton d'une conversation famili&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous &#233;crivez, camarade Roublev ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'&#233;cris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Un message au Comit&#233; central, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas pr&#233;cis&#233;ment. Je ne sais pas bien si nous avons encore un Comit&#233; central au sens o&#249; nous l'entendions dans le vieux parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zv&#233;r&#233;va fut surprise. Tout ce que l'on savait de Kiril Roublev portait &#224; le croire &#171; dans la ligne &#187;, soumis &#8211; non sans r&#233;serves int&#233;rieures &#8211;, disciplin&#233; ; et les r&#233;serves int&#233;rieures fortifient les acceptations pratiques. L'instruction risquait d'&#233;chouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vous comprends mal, camarade Roublev. Vous savez, je pense, ce que le parti attend de vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prison le marquait moins qu'un autre, puisqu'il portait la barbe auparavant. Il ne paraissait pas d&#233;prim&#233;, quoique fatigu&#233; : le cerne des yeux. Une t&#234;te de saint vigoureux au grand nez osseux, telle qu'on en voit sur certaines ic&#244;nes de l'&#233;cole de Novgorod. Zv&#233;r&#233;va cherchait &#224; le d&#233;chiffrer. Il parlait calmement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le parti&#8230; Je sais &#224; peu pr&#232;s ce que l'on attend de moi&#8230; Mais quel parti ? Ce que l'on appelle le parti a tellement chang&#233;&#8230; Vous ne pouvez certainement pas me comprendre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et pourquoi, camarade Roublev, croyez-vous que je ne puisse pas vous comprendre ? Au contraire, je&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; N'en dites pas plus, coupa Roublev, vous avez sur les l&#232;vres une phrase officielle qui ne signifie plus rien&#8230; Je veux dire que nous appartenons probablement, vous et moi, &#224; des esp&#232;ces humaines diff&#233;rentes. Je le dis sans animosit&#233; aucune, je vous assure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il pouvait y avoir d'offensant dans le propos s'att&#233;nuait par le ton objectif et le regard poli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Puis-je vous demander, camarade Roublev, ce que vous &#233;crivez, &#224; qui et &#224; quelle fin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev hochait la t&#234;te en souriant, comme si une &#233;tudiante lui e&#251;t pos&#233; une question intentionnellement embarrassante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Camarade juge d'instruction, je songe &#224; &#233;crire une &#233;tude sur le mouvement des briseurs de machines en Angleterre au d&#233;but du XIXe si&#232;cle&#8230; Ne vous r&#233;criez pas, j'y songe s&#233;rieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il attendit l'effet de sa plaisanterie. Zv&#233;r&#233;va l'observait aussi, aimable. De petits yeux sagaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'&#233;cris pour l'avenir. Un jour les archives s'ouvriront. On y trouvera peut-&#234;tre mon m&#233;moire. Le travail des historiens qui &#233;tudieront notre temps en sera facilit&#233;. J'estime que c'est beaucoup plus important que ce que vous &#234;tes probablement charg&#233;e de me demander&#8230; Maintenant, citoyenne, permettez-moi &#224; mon tour une question : de quoi, exactement, suis-je inculp&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous le saurez bient&#244;t. &#202;tes-vous satisfait du r&#233;gime ? La nourriture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Passable. Pas assez de sucre, parfois dans la compote. Mais beaucoup de prol&#233;taires sovi&#233;tiques, qui ne sont inculp&#233;s de rien, sont moins bien nourris que vous et moi, citoyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zv&#233;r&#233;va dit s&#232;chement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; L'interrogatoire est termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev revint &#224; sa cellule d'excellente humeur. &#171; J'ai chass&#233; cette vilaine chatte, Dora. S'il fallait encore s'expliquer avec ces &#234;tres-l&#224;&#8230; Qu'ils m'envoient quelqu'un de mieux ou qu'ils me fusillent sans explications&#8230; &#187; Le champ de coquelicots se laissa entrevoir sur des pentes lointaines, &#224; travers un voile de pluie. &#171; Ma pauvre Dora&#8230; Ne suis-je pas en train de jeter bas tout leur &#233;chafaudage ? &#187; Dora serait contente. Elle dirait : &#171; Je suis s&#251;re de ne pas te survivre, longtemps, Kiril. Va de l'avant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev ne se retournait pas toujours quand s'ouvrait la porte. Cette fois-ci, la porte distinctement referm&#233;e, il e&#251;t la sensation d'une pr&#233;sence derri&#232;re lui. Il continua d'&#233;crire pour n'&#234;tre pas le jouet de ses nerfs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bonjour, Roublev, dit une voix tra&#238;nante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait Popov. Casquette grise, vieux pardessus, serviette informe sous le bras, tel que toujours (ils ne se voyaient plus depuis des ann&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bonjour Popov, asseyez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev lui c&#233;da la chaise, ferma le cahier qui &#233;tait sur la table et lui-m&#234;me s'allongea sur le lit. Popov examinait la cellule, nue, jaune, &#233;touffante, entour&#233;e de silence. &#199;a lui &#233;tait visiblement d&#233;sagr&#233;able.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Allons, bon, dit Roublev, enferm&#233;, toi aussi ! Sois le bienvenu, vieux fr&#232;re, tu l'as bien m&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il riait tout bas, de bon c&#339;ur. Popov jeta sa casquette sur la table, laissa tomber son pardessus, crachota dans son mouchoir gris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mal aux dents. Le diable soit de&#8230; Mais vous vous trompez, Roublev, je ne suis pas encore arr&#234;t&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev jeta ses deux longues jambes en l'air, en une cabriole de jubilation. Et se parlant &#224; lui-m&#234;me dans un fou rire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il a dit pas encore, ce vieux Popov ! Pas encore ! Freud donnerait trois roubles sans discussion pour ce lapsus linguae&#8230; S&#233;rieusement, Popov, vous vous &#234;tes bien entendu dire pas encore ? Pas encore !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai dit pas encore, bredouilla Popov, pas encore quoi ? Qu'est-ce que &#231;a peut faire ? Qu'est-ce que vous avez &#224;&#8230; vous accrocher ainsi aux mots ? Qu'est-ce que je ne suis pas encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; arr&#234;t&#233;, arr&#234;t&#233;, arr&#234;t&#233;, pas encore arr&#234;t&#233; ! criait Roublev avec une folle raillerie dans les yeux, dans la broussaille rousse de ses sourcils, dans le h&#233;rissement de la barbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popov regarda stupidement devant lui : le mur, la fen&#234;tre aux carreaux mats derri&#232;re lesquels se profilaient les barreaux. Cet accueil insens&#233; le d&#233;sar&#231;onnait. Il laissa le silence se mettre entre eux presque jusqu'au malaise. Roublev croisait les bras sous la nuque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Roublev, je suis venu d&#233;cider avec vous de votre sort. Nous attendons beaucoup de vous&#8230; Nous savons combien vous &#234;tes p&#233;n&#233;tr&#233; d'esprit critique mais&#8230; fid&#232;le au parti&#8230; Les vieux comme moi vous connaissent&#8230; Je vous apporte des documents&#8230; Lisez&#8230; Nous avons confiance en vous&#8230; Seulement, si vous voulez bien, changeons de place, je pr&#233;f&#233;rerais, moi, &#234;tre couch&#233;&#8230; Ma sant&#233;, vous savez, rhumatisme, myocardite, polyn&#233;vrite et c&#230;tera&#8230; Vous avez de la chance d'&#234;tre solide, Roublev&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une eau renvers&#233;e s'&#233;tale, mais les obstacles m&#234;mes qu'elle rencontre lui donnent un contour d&#233;fini. Popov reprenait ainsi l'avantage. Ils chang&#232;rent de place, Popov se coucha sur le lit et il avait vraiment une t&#234;te de vieux malade, les dents grises, la peau vaseuse, les rares m&#232;ches de cheveux d'un blanc mis&#233;rable, ridiculement h&#233;riss&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Voulez-vous me passer ma serviette, Roublev&#8230; Vous permettez que je fume ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sa serviette il sortit des papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tenez, lisez&#8230; Sans vous presser&#8230; Nous avons le temps&#8230; C'est s&#233;rieux, tout est tr&#232;s s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses petites phrases s'achevaient en toussotements. Roublev se mit &#224; lire. R&#233;sum&#233; des rapports des attach&#233;s militaires &#224;&#8230; Rapport sur la construction des routes strat&#233;giques en Pologne&#8230; R&#233;serves de combustibles&#8230; Les entretiens de Londres&#8230; De longs moments pass&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La guerre ? dit enfin Roublev, tout &#224; fait grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tr&#232;s probablement la guerre, l'ann&#233;e prochaine&#8230; mmmm&#8230; Vous avez vu les chiffres de contr&#244;le des transports ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons encore une faible possibilit&#233; de d&#233;tourner la guerre vers l'Occident&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas pour longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas pour longtemps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils parl&#232;rent du danger comme s'ils &#233;taient l'un chez l'autre, en visite. Les d&#233;lais de mobilisation ? Les troupes de couverture ? Il faudrait en Extr&#234;me-Orient, une seconde raffinerie de p&#233;trole ; et d&#233;velopper d'urgence le r&#233;seau routier de Komsomolsk. La nouvelle voie ferr&#233;e de Yakoutie est-elle vraiment achev&#233;e ? Comment subit-elle l'&#233;preuve de l'hiver ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous comptons avec une probabilit&#233; de tr&#232;s fortes pertes d'effectifs&#8230; dit Popov d'une voix &#233;claircie. &#171; Tous ces jeunes gens &#8211; pensa Roublev qui assistait volontiers aux d&#233;fil&#233;s des athl&#232;tes et qui, dans les rues, suivait du regard les jeunes hommes r&#226;bl&#233;s des terres russes, les Sib&#233;riens aux nez larges, aux yeux horizontaux enfonc&#233;s sous des fronts durs, les Asiatiques aux larges visages plats et certains Mongols aux traits admirablement fins, produits des belles races civilis&#233;es bien avant la civilisation blanche. Les jeunes filles les accompagnaient dans la vie, &#233;paule contre &#233;paule (ces images se visualisaient peut-&#234;tre en lui par des r&#233;miniscences de films), et tous, ils allaient &#224; travers des villes croulantes, sous les avions, et nos nouvelles b&#226;tisses carr&#233;es en ciment arm&#233;, &#339;uvre de tant de prol&#233;taires affam&#233;s, devenaient des carcasses incendi&#233;es, et tous ces jeunes gens, toutes ces jeunes filles, par millions, macul&#233;s de sang, remplissaient des fosses hideuses, des trains-lazarets, des petites ambulances puant la gangr&#232;ne et le chloroforme &#8211; nous manquerons certainement d'anesth&#233;siques&#8230; Ils continuaient lentement, dans les h&#244;pitaux, &#224; se transformer en cadavres&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il ne faut pas penser par images, dit-il, cela devient insupportable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Insupportable, vraiment, r&#233;pondit Popov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev faillit s'exclamer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ah, vous &#234;tes encore l&#224;, vous ? Qu'est-ce que vous foutez l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Popov attaqua le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous comptons avec une perte d'effectifs qui peut atteindre plusieurs millions d'hommes dans la premi&#232;re ann&#233;e&#8230; C'est pourquoi&#8230; mmmm&#8230; Le Bureau politique a adopt&#233; cette mesure&#8230; hm&#8230; mmmm&#8230; impopulaire&#8230; l'interdiction de l'avortement&#8230; Des millions de femmes en p&#226;tissent&#8230; Nous ne comptons plus que par millions&#8230; Il nous faut des millions d'enfants, d&#232;s maintenant, quelle que soit la mis&#232;re, pour remplacer les millions de jeunes gens qui vont p&#233;rir&#8230; Mmmm&#8230; et vous, pendant ce temps, vous &#233;crivez ici&#8230; que le diable emporte&#8230; emporte ce que vous &#233;crivez, Roublev&#8230; Mmmm&#8230; et toute cette mesquinerie de votre lutte contre le parti&#8230; Le genou et la m&#226;choire &#224; la fois&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quelle m&#226;choire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Sup&#233;rieure&#8230; Douleur ici, douleur l&#224;&#8230; Roublev, le parti vous demande&#8230; le parti vous ordonne&#8230; ce n'est pas moi le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Me demande quoi ? M'ordonne quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous le savez aussi bien que moi&#8230; Pas &#224; moi d'entrer dans les d&#233;tails&#8230; Vous vous entendrez avec les juges d'instruction&#8230; ils connaissent le sc&#233;nario&#8230; pay&#233;s pour &#231;a&#8230; Mmm&#8230; y en a m&#234;me qui y croient, les jeunes, les imb&#233;ciles&#8230; mmm&#8230; les jeunes imb&#233;ciles les plus utiles&#8230; Je plains les accus&#233;s qui tombent entre leurs pattes&#8230; Mmmm&#8230; Vous r&#233;sistez encore ?&#8230; On vous mettra devant une salle bond&#233;e de gens, tous les diplomates, les espions officiels, les correspondants &#233;trangers, ceux que nous payons, ceux qui touchent de deux c&#244;t&#233;s ou de trois, une racaille, tous friands de &#231;a, on vous mettra l&#224; devant un micro &#8211; et vous direz, par exemple, que c'est vous le responsable moral de l'assassinat du camarade Toula&#233;v&#8230; &#199;a ou autre chose&#8230; mmm&#8230; je ne sais pas, moi. Vous le direz parce que le procureur Ratchevsky vous le fera dire mot &#224; mot et pas une fois, dix fois&#8230; Mmm&#8230; Il est patient, Ratchevsky, comme un mulet&#8230; un ignoble mulet&#8230; Vous direz ce que l'on voudra vous faire dire parce que vous connaissez la situation&#8230; mmmm&#8230; parce que vous n'avez pas le choix : ob&#233;ir ou trahir&#8230; Ou nous vous mettrons en demeure, devant ce m&#234;me micro, de d&#233;shonorer le Tribunal supr&#234;me, le parti, le chef, l'U.R.S.S. &#8211; tout &#224; la fois, pour proclamer&#8230; le diable m'emporte&#8230; le genou&#8230; pour proclamer ce que vous appelez votre innocence&#8230; et elle sera jolie, votre innocence &#224; ce moment-l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev allait et venait en silence dans la cellule devenue obscure. Cette voix qui, par instants, se d&#233;gageait du bredouillement et, par instants, y sombrait, faisait pleuvoir sur lui de petites paroles boueuses ; il ne les entendait pas toutes, mais il avait la sensation de marcher sur des crachats ; et il continuait &#224; pleuvoir des petits crachats gris, et il n'y avait rien &#224; r&#233;pondre ou ce qui &#233;tait &#224; r&#233;pondre ne pouvait servir &#224; rien&#8230; &#171; Et c'est &#224; la veille de la guerre, dans ce danger, que vous avez d&#233;truit les cadres du pays, d&#233;capit&#233; l'arm&#233;e, le parti, l'industrie, vous, mille fois imb&#233;ciles et criminels&#8230; &#187; S'il le lui criait, Popov r&#233;pondrait : &#171; Mon genou&#8230; mmm&#8230; vous avez peut-&#234;tre raison, mais &#224; quoi vous sert-il d'avoir raison ? C'est nous le pouvoir et nous n'y pouvons rien nous-m&#234;mes. On vous demande votre propre t&#234;te &#224; pr&#233;sent et ce que vous me dites, vous n'allez pas le dire devant la bourgeoisie internationale, n'est-ce pas ? M&#234;me pour venger votre ch&#232;re petite t&#234;te qui sera bient&#244;t fendue comme une noix&#8230; Mmmm&#8230; &#187; Odieux personnage, mais comment sortir de ce cercle infernal, comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popov, les mains jointes sur la poitrine, habill&#233; d'une vieille vareuse et d'un informe pantalon, monologuait avec de courtes pauses. Roublev s'arr&#234;ta devant lui comme s'il le voyait pour la premi&#232;re fois. Et il le tutoya, tristement d'abord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Popov, mon vieux, tu ressembles &#224; L&#233;nine&#8230; C'est saisissant&#8230; Ne bouge pas, laisse tes mains comme elles sont&#8230; Pas &#224; Illitch vivant, pas du tout&#8230; Tu ressembles &#224; sa momie&#8230; comme une poup&#233;e de chiffons ressemble &#224; une cr&#233;ature&#8230; (Il le consid&#233;rait avec une attention r&#234;veuse, mais tendue.) Tu lui ressembles en gris de pierre moisie, dans le genre cloporte&#8230; les bosses de ton front, ta mis&#233;rable barbichette, pauvre, pauvre vieux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut une sinc&#232;re piti&#233; dans sa voix. Popov le regardait de son c&#244;t&#233;, avec une attention suraigu&#235;. Roublev lui vit le regard voil&#233;, mais pr&#233;cis : dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; pauvre, pauvre salaud que tu es, vieille loque&#8230; Cynique et malodorant&#8230; Ah !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev, avec une expression de d&#233;go&#251;t d&#233;sesp&#233;r&#233;, se d&#233;tourna, repartit vers la porte. La cellule parut trop petite pour lui. Il pensa tout haut :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et c'est cette larve de cimeti&#232;re qui m'apporte le message de la guerre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bredouillement-bafouillement de Popov reprit derri&#232;re lui, m&#233;chamment peut-&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Illitch disait qu'un torchon trouve toujours son emploi dans le m&#233;nage&#8230; Mmmm&#8230; un torchon un peu sale, naturellement, puisqu'il est dans la nature des torchons d'&#234;tre un peu sales&#8230; J'y consens, moi&#8230; Pas individualiste&#8230; Mmmm&#8230; Il est &#233;crit dans la Bible qu'un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'&#233;tant remis debout, Popov rangeait les papiers dans sa serviette et remettait p&#233;niblement son pardessus. Les mains dans les poches, Roublev s'abstint de l'aider. Il murmurait pour lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Chien vivant ou rat pesteux presque crev&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popov dut passer devant lui pour se faire ouvrir la porte. Ils ne prirent pas cong&#233; l'un de l'autre. Avant de franchir le seuil, Popov, d'un geste prompt, se ficha la casquette sur le cr&#226;ne, la visi&#232;re en l'air, de guingois. &#192; dix-sept ans, sur le seuil des premi&#232;res prisons, au temps des premiers enthousiasmes r&#233;volutionnaires, il se donnait ainsi, volontiers, l'air un peu voyou. Encadr&#233; par la porte m&#233;tallique, effleurant de la poitrine la double dent carr&#233;e du verrou, il se retourna, le regard direct, un regard luisant, encore vigoureux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Au revoir, Roublev. Je n'ai pas besoin de votre r&#233;ponse&#8230; Je sais ce que j'avais besoin de savoir&#8230; Mmmm&#8230; Au fond, nous nous entendons parfaitement. (Il baissa la voix &#224; cause des uniformes qui &#233;taient derri&#232;re la porte.) C'est dur, bien s&#251;r&#8230; Mmmm&#8230; pour moi aussi&#8230; Mais&#8230; mmm&#8230; le parti a confiance en vous&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Va-t'en &#224; tous les diables !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popov refit deux pas dans la cellule et sans plus bredouiller, comme si la vilaine brume de sa vie s'&#233;cartait de lui, demanda :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce que je dois r&#233;pondre de ta part au Comit&#233; central ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Roublev, redress&#233; aussi, dit fermement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Que je n'ai v&#233;cu toute ma vie durant que pour le parti. Si malade et si d&#233;grad&#233; qu'il soit, notre parti. Que je n'ai ni pens&#233;e ni conscience en dehors du parti. Que je suis fid&#232;le au parti quel qu'il soit, quoi qu'il fasse. Que si je dois p&#233;rir, &#233;cras&#233; par mon parti, j'y consens&#8230; Mais que j'avertis les gredins qui nous tuent qu'ils tuent le parti&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Au revoir, camarade Roublev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porte se referma, le verrou bien graiss&#233; joua doucement dans le p&#234;ne. L'obscurit&#233; fut &#224; peu pr&#232;s compl&#232;te. Roublev ass&#233;na de grands coups de poing dans cette porte de s&#233;pulcre. Des pas feutr&#233;s se pr&#233;cipit&#232;rent dans le corridor, le guichet s'ouvrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce qu'il y a, citoyen ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev crut tonner, mais en r&#233;alit&#233; sa voix n'&#233;tait plus qu'un souffle irrit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Donnez-moi de la lumi&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chut&#8230; Tsss&#8230; Voici, citoyen&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampoule &#233;lectrique s'alluma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev secoua le coussin sur lequel la t&#234;te du visiteur avait laiss&#233; un creux. &#171; Il est inf&#226;me, Dora, il est immonde. On le pousserait avec plaisir dans un pr&#233;cipice, dans un puits, dans une fosse noire, pourvu qu'il s'y engloutisse &#224; jamais, que ni sa casquette ni sa serviette &#224; papiers secrets ne surnagent sur aucune eau&#8230; On s'en irait ensuite, l'&#226;me soulag&#233;e, l'air de la nuit semblerait plus pur&#8230; Dora, Dora&#8230; &#187; Mais, Roublev le sentait bien, c'&#233;taient les mains molles de Popov qui le poussaient obliquement, lui, vers la fosse noire&#8230; &#171; Dialectique du rapport des forces sociales aux &#233;poques de r&#233;action&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. LA C&#212;TE DU N&#201;ANT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;port&#233; Ryjik posait &#224; plusieurs bureaux d'insolubles probl&#232;mes. Que penser d'un m&#233;canicien sorti indemne de trente locomotives t&#233;lescop&#233;es ? De ses compagnons de lutte, pas un ne survivait. La prison le prot&#233;geait providentiellement pendant plus de dix ans, depuis 1928. Des hasards pareils &#224; ceux qui font survivre un soldat d'un bataillon an&#233;anti l'&#233;cartaient des grands proc&#232;s, des instructions secr&#232;tes, et m&#234;me de la &#171; conspiration des prisons &#187; ! Au moment o&#249; se situait celle-ci, Ryjik vivait abolument seul sous haute surveillance, dans un kolkhoze du moyen l&#233;niss&#233;i ; au moment o&#249; proc&#233;dait l'enqu&#234;te qui e&#251;t d&#251; d&#233;couvrir en lui un t&#233;moin politique des plus dangereux, de ceux que l'on inculpe sur-le-champ en raison de leur solidarit&#233; morale avec les coupables, une consigne de secret absolu le couvrait dans un isolateur de la mer Blanche ! Son dossier ne laissait pourtant aucune excuse aux dirigeants des &#233;purations, mais l'&#233;normit&#233; m&#234;me de sa situation le pr&#233;servait &#224; partir du moment o&#249; la prudence conseillait de ne point le remarquer de peur d'engager trop de responsabilit&#233;s. On finissait par s'habituer &#224; ce cas &#233;trange ; l'obscure conviction naissait chez quelques chefs de service de r&#233;pression qu'une haute protection occulte s'&#233;tendait sur ce vieux trotskyste. On connaissait vaguement des pr&#233;c&#233;dents de ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur Ratchevsky, le haut-commissaire int&#233;rimaire &#224; la S&#251;ret&#233;, Gord&#233;ev, le d&#233;l&#233;gu&#233; du Comit&#233; central au contr&#244;le de l'instruction des affaires les plus graves, Popov, communiqu&#232;rent aux bureaux l'ordre de joindre au dossier de l'affaire Erchov-Mak&#233;ev-Roublev (assassinat du camarade Toula&#233;v), celui d'un trotskyste influent, ce qui voulait dire authentique, quelle que f&#251;t son attitude. Ratchevsky estimait, contre Fleischman, que pour rendre le proc&#232;s plus convainquant aux yeux de l'&#233;tranger, on pourrait cette fois admettre qu'un accus&#233; ni&#226;t toute culpabilit&#233;. Le procureur se faisait fort de le confondre au moyen de t&#233;moignages faciles &#224; &#233;laborer. Popov ajoutait n&#233;gligemment que le verdict pourrait tenir compte du doute suscit&#233; par les d&#233;n&#233;gations, cela ferait bon effet, si le Bureau politique l'estimait utile. Zv&#233;r&#233;va s'offrit &#224; r&#233;unir les t&#233;moignages secondaires qui an&#233;antiraient les d&#233;n&#233;gations de l'accus&#233; encore inconnu. &#171; Nous disposons d'un mat&#233;riel tellement abondant, disait-elle, et cette conspiration a &#233;t&#233; si ramifi&#233;e que nulle r&#233;sistance n'est possible. Il n'y a pas d'innocences individuelles. La culpabilit&#233; de cette vermine contre-r&#233;volutionnaire est collective&#8230; &#187; Les recherches effectu&#233;es dans les classeurs firent surgir plusieurs fiches dont une seule convenait &#224; la perfection aux fins poursuivies : celle de Ryjik. Popov &#233;tudia ce dossier avec la prudence d'un expert mis en pr&#233;sence d'un engin explosif de fabrication inconnue. Les accidents successifs qui expliquaient la survie de ce vieil opposant lui apparurent dans leur encha&#238;nement rigoureux. Ryjik : ancien ouvrier de la tuyauterie Hendrikson &#224; Vassili-Ostrov, Saint-P&#233;tersbourg, membre du parti depuis 1906, d&#233;port&#233; sur la L&#233;na en 1914, revenu de Sib&#233;rie en avril 1917, eut plusieurs entretiens avec L&#233;nine au lendemain de la conf&#233;rence d'avril 1917 ; membre du Comit&#233; de P&#233;trograd pendant la guerre civile ; y prenait en 1920 la d&#233;fense de l'opposition ouvri&#232;re sans toutefois voter pour elle. Commissaire d'une division pendant la marche sur Varsovie, travaillait alors avec Smilga, du C.C., Racovski, chef du gouvernement de l'Ukraine, Toukhachevski, commandant de l'arm&#233;e, trois ennemis du peuple trop tardivement ch&#226;ti&#233;s en 1937&#8230; Exclu du parti en 1927, arr&#234;t&#233; en 1928, d&#233;port&#233; &#224; Minoussinsk, Sib&#233;rie, en juillet 1929, condamn&#233; par le Coll&#232;ge secret de la S&#251;ret&#233; &#224; trois ann&#233;es de r&#233;clusion, envoy&#233; &#224; l'isolateur de Tobolsk, y devint leader de la tendance dite des &#171; Intransigeants &#187; qui publia une revue manuscrite intitul&#233;e Le L&#233;niniste (quatre num&#233;ros joints). En 1932, le Coll&#232;ge secret lui infligeait une peine additionnelle de deux ans (sur d&#233;cision du Bureau politique), &#224; quoi il r&#233;pondait : &#171; Dix ans si &#231;a vous amuse, car je doute fort que vous gardiez le pouvoir plus de six mois, stupides affameurs. &#187; Auteur, &#224; cette &#233;poque, d'une &#171; Lettre ouverte sur la famine et la terreur &#187;, adress&#233;e au C.C. R&#233;futait la th&#233;orie du capitalisme d'&#201;tat et soutenait celle du bonapartisme sovi&#233;tique. Lib&#233;r&#233; en 1934 apr&#232;s une gr&#232;ve de la faim de dix-huit jours. D&#233;port&#233; &#224; Tcherno&#233;, arr&#234;t&#233; &#224; Tcherno&#233; avec Elkine, Kostrov et autres (affaires du &#171; centre trotskyste des d&#233;port&#233;s &#187;). Transf&#233;r&#233; &#224; Moscou, prison de Boutyrki, refusa de r&#233;pondre aux interrogatoires, fit deux gr&#232;ves de la faim ; transport&#233; &#224; l'infirmerie sp&#233;ciale (insuffisance cardiaque)&#8230; &#171; &#192; d&#233;porter dans les r&#233;gions les plus lointaines&#8230; Couper la correspondance&#8230; &#187; Une centaine de noms apparaissaient dans les 244 pages du dossier et c'&#233;taient des noms terrifiants d'hommes fauch&#233;s par le glaive du parti. Soixante-six ans, mauvais &#226;ge des derniers raidissements ou des &#233;croulements subits de la volont&#233;. Popov d&#233;cida :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Faites-le transf&#233;rer &#224; Moscou&#8230; Le faire voyager dans de bonnes conditions&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ratchevsky et Gord&#233;ev r&#233;pondirent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Assur&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des jours sans pareils se lev&#232;rent pour Ryjik du fond d'une indiff&#233;rence d&#233;sertique. Il habitait la derni&#232;re des cinq maisons en bois flott&#233; non &#233;quarri qui formaient le hameau de Dyra, Sale Trou, au confluent de deux rivi&#232;res glac&#233;es perdues dans la solitude. Le paysage n'avait ni limites ni rep&#232;res. Au d&#233;but, quand il &#233;crivait encore des lettres, Ryjik avait appel&#233; ce lieu la C&#244;te du N&#233;ant&#8230; Il s'y sentait &#224; l'extr&#234;me limite du monde humain, tout au bord d'une immense tombe. La plupart des lettres n'arrivaient nulle part, bien entendu, et il n'en venait de nulle part. &#201;crire d'ici c'&#233;tait crier dans le vide, ce qu'il faisait parfois pour entendre sa propre voix : elle le grisait alors d'une si violente tristesse qu'il se mettait &#224; crier des injures &#224; la contre-r&#233;volution triomphante : &#171; Gredins ! Buveurs de sang prol&#233;tarien ! Thermidoriens ! &#187; La lande rocailleuse lui renvoyait en &#233;cho un l&#233;ger murmure indistinct, mais des oiseaux effarouch&#233;s qu'il n'avait pas aper&#231;us s'envolaient tout &#224; coup et leur panique se propageait de proche en proche si bien que le ciel s'animait tout entier &#8211; et l'absurde col&#232;re de Ryjik fondait, il se mettait &#224; faire des moulinets avec ses bras, il trottait droit devant lui jusqu'au moment o&#249; l'essoufflement l'arr&#234;tait, le c&#339;ur battant tr&#232;s fort et les yeux humides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq familles de p&#234;cheurs vieux-croyants d'origine grand-russienne mais plus qu'&#224; demi adapt&#233;s aux usages des Ostiaks usaient l&#224; un destin sans issue. Les hommes trapus et barbus, les femmes courtaudes avec des visages plats, des dents cari&#233;es, de petits yeux vifs sous les paupi&#232;res &#233;paisses. Ils ne parlaient gu&#232;re, ne riaient pas, ils sentaient la graisse de poisson, ils travaillaient sans h&#226;te au nettoyage des filets apport&#233;s par les grands-parents, du temps d'un empereur Alexandre, au s&#233;chage du poisson, &#224; la pr&#233;paration de fades nourritures pour l'hiver, au tressage de l'osier, au raccommodage des v&#234;tements en vieux drap d&#233;teint du si&#232;cle pass&#233;. D&#232;s la fin de septembre une blancheur morne accablait les horizons plats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik partageait l'habitation d'un m&#233;nage sans enfants qui ne l'aimait pas parce qu'il ne se signait jamais, affectant de ne pas voir l'ic&#244;ne. Si taciturnes, ces deux &#234;tres au regard &#233;teint qu'un silence de terre inf&#233;conde paraissait &#233;maner d'eux ! Ils vivaient dans la fum&#233;e d'un po&#234;le d&#233;labr&#233;, nourri de ch&#233;tifs branchages. Ryjik occupait un r&#233;duit pourvu d'une lucarne exigu&#235;, bouch&#233;e aux trois quarts avec des planches et des chiffons parce qu'il n'y subsistait qu'un fragment de verre. La principale richesse de Ryjik &#233;tait un petit po&#234;le en fonte laiss&#233; nagu&#232;re ici par un autre d&#233;port&#233; et dont la chemin&#233;e s'ajustait &#224; l'un des angles sup&#233;rieurs de la lucarne. Ryjik pouvait ainsi se faire un peu de feu &#224; la condition d'aller chercher le bois lui-m&#234;me dans le taillis, de l'autre c&#244;t&#233; de la Bezdolnya, l'Abandonn&#233;e, &#224; cinq kilom&#232;tres en amont&#8230; Autre richesse envi&#233;e, l'horloge que l'on venait voir quelquefois des maisons voisines. Quand un chasseur N&#233;n&#233;tz traversait ces plaines, les gens lui expliquaient qu'un homme vivait l&#224;, sur lequel pesait un ch&#226;timent, et qu'il poss&#233;dait une machine &#224; faire le temps, une machine qui chantait toute seule, sans jamais s'arr&#234;ter, pour le temps invisible. Le grignotement obstin&#233; de l'horloge d&#233;vorait en effet un silence d'&#233;ternit&#233;. Ryjik l'aimait, ayant v&#233;cu pr&#232;s d'une ann&#233;e sans elle, dans le temps pur, pure folie immobile, ant&#233;rieur &#224; toute cr&#233;ation. Ryjik, pour fuir la maison muette, s'en allait &#224; travers la lande. Des roches blanch&#226;tres y crevaient le sol ; l'&#339;il s'accrochait avidement aux rares buissons malingres et durs, d'une teinte de rouille et de vert acide. Ryjik leur criait : &#171; Le temps n'existe pas ! Rien n'existe ! &#187; Sa voix, petit bruit insolite, l'&#233;tendue l'absorbait, hors du temps humain, sans m&#234;me qu'elle effarouch&#226;t les oiseaux. Peut-&#234;tre n'y avait-il pas d'oiseaux hors du temps ? La colonie de d&#233;port&#233;s d'I&#233;niss&#233;isk r&#233;ussit &#224; lui envoyer, &#224; l'occasion d'un anniversaire de grande victoire socialiste, des pr&#233;sents parmi lesquels il d&#233;couvrit un message cach&#233; : &#171; &#192; toi qui es exemplairement fid&#232;le, &#224; toi, l'un des derniers survivants de la Vieille Garde, &#224; toi qui n'as v&#233;cu que pour la cause du prol&#233;tariat international&#8230; &#187; La bo&#238;te en carton contenait en outre des richesses invraisemblables : cent grammes de th&#233; et cette petite horloge vendue dix roubles dans les coop&#233;ratives des villes. Qu'elle avan&#231;&#226;t de pr&#232;s d'une heure sur vingt-quatre quand on oubliait de suspendre le canif au poids qui lui imprimait le mouvement, n'avait en v&#233;rit&#233; aucune importance. Ryjik et Pakhomov, cependant, ne se lassaient pas de la plaisanterie qui consistait &#224; s'interroger l'un l'autre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quelle heure est-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quatre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Avec ou sans le canif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Avec la galoche, r&#233;pondit un jour Ryjik tr&#232;s s&#233;rieusement, car il lisait la Pravda du mois pass&#233;. L'h&#244;te et sa femme, portant leur demi-si&#232;cle de dure servitude sans ma&#238;tre &#8211; lui, caressant de la main sa barbe r&#232;che, elle, les mains jointes dans les manches de son lainage &#8211;, &#233;taient venus contempler la merveille et ils avaient parl&#233; devant elle, ne disant qu'un seul mot, mais un mot profond, mont&#233; du fond de leur &#226;me (et comment le savaient-ils, ce mot ?) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Beau, dit-il en hochant la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Beau, r&#233;p&#233;ta la femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quand les deux aiguilles sont ici, leur expliqua Ryjik, le jour, c'est qu'il est midi, la nuit, c'est qu'il est minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Gr&#226;ce &#224; Dieu, dit l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Gr&#226;ce &#224; Dieu, dit la femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se retir&#232;rent en faisant le signe de la croix. Ils avaient la d&#233;marche lourde des pingouins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pakhomov, appartenant &#224; la S&#251;ret&#233;, occupait la chambre la plus confortable (r&#233;quisitionn&#233;e) de la meilleure des cinq maisons, &#224; un kilom&#232;tre de l&#224;, devant les trois sapins du hameau. Seul personnage gouvernemental dans une contr&#233;e presque aussi vaste qu'un &#201;tat de la vieille Europe, il poss&#233;dait des richesses consid&#233;rables : un sofa, un samovar, un &#233;chiquier, un accord&#233;on, des tomes d&#233;pareill&#233;s de L&#233;nine, les journaux du mois pass&#233;, du tabac, de la vodka. Que faut-il de plus &#224; l'homme ? L&#233;on Nicola&#233;vitch Tolsto&#239;, bien que noble et mystique, c'est-&#224;-dire arri&#233;r&#233;, a justement mesur&#233; ce qu'il faut r&#233;ellement de terre &#224; l'homme avide : un m&#232;tre quatre-vingts de long sur quarante centim&#232;tres de largeur et un m&#232;tre environ de profondeur pour une fosse honn&#234;tement creus&#233;e&#8230; &#171; N'est-ce pas ? &#187;, questionnait Pakhomov, s&#251;r de votre assentiment. Il avait l'humour amer, sans malignit&#233;. Rencontrait-il au bout de la piste de neige, devant la maison sur laquelle l'&#233;criteau POSTE COOP&#201;RATIVE pendait de travers, des b&#234;tes de trait us&#233;es par la fatigue, rennes ou chevaux &#224; longs poils, il les plaisantait d'un ton c&#226;lin : &#171; R&#233;jouissez-vous de vivre, b&#234;tes utiles ! &#187; Charg&#233; de surveiller Ryjik, il s'&#233;tait pris pour son d&#233;port&#233; d'une affection r&#233;serv&#233;e mais chaude qui allumait dans ses petits yeux fureteurs une craintive lumi&#232;re. Il lui disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La consigne, fr&#232;re, c'est la consigne. Nous sommes les hommes du service, rien de plus. On ne nous demande pas de comprendre, nous n'avons qu'&#224; ob&#233;ir. Je suis un homme tout petit, moi. Le parti, c'est le parti, ce n'est pas &#224; moi de vous juger, vous autres. J'ai une conscience, toute petite aussi, parce que l'homme est un animal qui a une conscience. Je vois que tu es pur. Je vois que tu cr&#232;ves pour la r&#233;volution mondiale et si tu te trompes, si elle ne vient pas, s'il faut construire le socialisme dans un seul pays avec nos petits ossements, alors, naturellement, tu es dangereux, il faut que l'on t'isole, rien &#224; faire et nous voil&#224;, chacun son devoir dans ce bled comme sous le p&#244;le, eh bien, je suis tout de m&#234;me content d'y &#234;tre avec toi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne se so&#251;lait jamais &#224; fond, peut-&#234;tre pour demeurer vigilant, peut-&#234;tre par respect pour Ryjik qui buvait peu, juste de quoi se r&#233;chauffer l'&#226;me, par aversion pour l'art&#233;rioscl&#233;rose. Ryjik s'en &#233;tait expliqu&#233; avec Pakhomov :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je veux encore penser pendant quelque temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tr&#232;s juste, dit Pakhomov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik, fatigu&#233; de son r&#233;duit aux murs nus, se r&#233;fugiait souvent chez son gardien. Pakhomov avait toujours sur son visage une grimace d'humilit&#233; m&#233;fiante, comme si ses traits et ses rides se fussent fig&#233;s sur une envie contrari&#233;e de pleurer. La peau rouss&#226;tre et frip&#233;e, les yeux roux, le nez camus, il souriait &#224; peine, la bouche entrouverte sur des chicots roux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Veux-tu de la musique ? demandait-il &#224; Ryjik venu s'&#233;tendre sur le sofa de la chambre bien chauff&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Un petit verre, tiens&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik croquait, avant de boire, le concombre sal&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Joue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pakhomov tirait de son accord&#233;on des plaintes d&#233;chirantes et aussi des notes all&#232;gres qui donnaient envie de danser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;coute &#231;a, c'est pour les filles de mon pays !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II d&#233;diait aux filles d'une lointaine contr&#233;e sa musique passionn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dansez, petites, encore ! Allons, Mafa, Nadia, Tania, Varia, Tanka, Vassilissa, dansez petits yeux d'or. H&#233;i-hop ! h&#233;i-hop !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chambre se remplissait de mouvements, de fant&#244;mes heureux, de nostalgie. &#192; c&#244;t&#233;, courb&#233;s dans leur perp&#233;tuelle p&#233;nombre, une vieille femme d&#233;m&#234;lait de ses doigts ankylos&#233;s des filets de p&#234;che ; une femme jeune au rond visage jaune des Ostiakes empreint d'une douceur animale s'affairait pr&#232;s du feu ; des fillettes l&#226;chaient leurs travaux pour se mettre &#224; tourner sur place, maladroitement enlac&#233;es, entre la table et le po&#234;le ; la noire face barbue de saint Vassili, &#233;clair&#233;e du dessous par un lumignon, jugeait durement cette joie bizarre pourtant entr&#233;e l&#224; sans p&#233;ch&#233;&#8230; Les mains de la vieille, les mains de la jeune femme &#233;taient parcourues d'un sang revigor&#233;, mais ni l'une ni l'autre ne disaient un mot, cela les oppressait plut&#244;t. Dans l'enclos, les rennes levaient la t&#234;te, une inqui&#233;tude naissait dans leurs yeux vitreux. Et les rennes se mettaient &#224; courir soudainement d'un sapin &#224; l'autre, de la maison aux sapins. L'espace blanc r&#233;sorbait ces sons magiques. &#8211; Ryjik &#233;coutait avec un sourire d&#233;color&#233;. Pakhomov tirait de son instrument les notes les plus &#233;clatantes, comme s'il e&#251;t voulu d&#233;cha&#238;ner dans le vide un dernier cri plus puissant encore, encore, et l'ayant fait jaillir jetait l'instrument sur le lit. Le silence tombait implacablement, ainsi qu'une pesanteur, sur l'espace, les rennes, la maison, les femmes et les enfants. (La vieille femme, en rep&#233;rant des fils cass&#233;s, sur ses genoux, se demandait si cette musique ne venait pas du Malin. Longtemps apr&#232;s, ses l&#232;vres continuaient &#224; remuer car elle marmottait une conjuration : mais ayant d&#233;j&#224; oubli&#233; pourquoi.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il fera bon vivre sur la terre dans cent ans, dit une fois Pakhomov &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Cent ans ? supputa Ryjik, je ne suis pas s&#251;r que cela soit suffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De temps &#224; autre, ils prenaient des fusils et allaient chasser au-del&#224; de la Bezdolnaya. Le paysage y &#233;tait &#233;trangement simple. Des roches arrondies, presque blanches, jaillissaient du sol, par blocs, &#224; perte de vue. On croyait vaguement que c'&#233;tait un peuple de g&#233;ants surpris par un d&#233;luge, glac&#233;s et p&#233;trifi&#233;s. Des arbustes tendaient leurs gr&#234;les r&#233;seaux de branchages. Se perdre au bout d'une heure de marche et d'escalade e&#251;t &#233;t&#233; facile. La man&#339;uvre des skis &#233;tait laborieuse et l'on rencontrait peu de b&#234;tes, d&#233;fiantes, difficiles &#224; surprendre, qu'il fallait d&#233;pister, suivre &#224; la trace, guetter des heures durant en se terrant dans la neige. Les deux hommes se passaient de main en main une gourde de vodka. Ryjik admirait le bleu l&#233;ger du ciel. Il lui arriva de dire inexplicablement &#224; son compagnon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Regarde ce ciel, fr&#232;re. Il va se couvrir d'&#233;toiles noires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces paroles les rapproch&#232;rent apr&#232;s un tr&#232;s long silence, Pakhomov ne s'en &#233;tonna point. Pakhomov reprit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, fr&#232;re. La Grande Ourse et la Polaire seront toutes noires. Oui, j'ai vu &#231;a en r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de plus &#224; se dire, m&#234;me des yeux. Transis, au bout d'une &#233;puisante journ&#233;e, ils abattaient un renard couleur de feu, au museau effil&#233;, et le rictus f&#233;minin de la b&#234;te morte couch&#233;e sur la neige suscitait en eux un malaise. Ils ne le disaient pas. Ils prenaient sans joie le chemin du retour. Deux heures plus tard, comme ils glissaient sur une pente blanche &#224; travers la lividit&#233; du cr&#233;puscule, vers la boule rougeoyante du soleil, Pakhomov se laissa rejoindre par Ryjik. Son regard fit comprendre qu'il avait quelque chose &#224; dire. Il murmura :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; L'homme est une b&#234;te m&#233;chante, fr&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik, sans r&#233;pondre, prit les devants. Les skis le portaient comme &#224; travers l'irr&#233;alit&#233;. Des heures pass&#232;rent encore. Leur fatigue devint terrible, Ryjik fut pr&#232;s de d&#233;faillir, les reins glac&#233;s. &#192; son tour, il se laissa rejoindre et dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quand m&#234;me, fr&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dut reprendre des forces pour achever sa phrase, n'ayant presque plus de souffle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; nous transformerons l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pensa au m&#234;me moment que &#231;'avait &#233;t&#233; sa derni&#232;re chasse. Trop vieux. Adieu, b&#234;tes que je ne tuerai plus ! Vous &#234;tes un des visages attirants et cruels de la vie qui s'en va. Ce qui doit &#234;tre fait sera fait par d'autres, adieu. Ryjik passa plusieurs jours couch&#233; sur sa pelisse, dans la chaleur du po&#234;le, sous le grignotement de l'horloge. Pakhomov venait lui tenir compagnie. Ils jouaient aux cartes, un jeu &#233;l&#233;mentaire qui consistait &#224; tricher. Pakhomov gagnait le plus souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bien s&#251;r, d&#233;clara-t-il, je suis un peu canaille, moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi passait la vie dans le long hiver nocturne. La boule rougeoyante du soleil se tra&#238;nait sans cesse sur l'horizon. Le courrier arrivait en tra&#238;neau une fois par mois. Pakhomov, un peu &#224; l'avance, r&#233;digeait pour ses sup&#233;rieurs des rapports sur le d&#233;port&#233; soumis &#224; sa surveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce que je dois &#233;crire sur ton compte, vieux, hein ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;cris-leur, disait Ryjik, que j'emmerde la contre-r&#233;volution bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ils le savent d&#233;j&#224;, r&#233;pondait Pakhomov, mais tu as tort de me le dire. Je suis l'homme du service, moi. Tu n'as pas besoin de me vexer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour vient toujours o&#249; les choses finissent. Nul ne peut le pr&#233;voir quoiqu'on sache qu'il ne peut pas ne pas venir. Le silence, la blancheur, le Nord &#233;ternel continueront sans fin, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; la fin du monde &#8211; et peut-&#234;tre m&#234;me continueront-ils apr&#232;s, qui sait ? mais Pakhomov entra dans le r&#233;duit o&#249; Ryjik relisait de vieux journaux plein d'un cauchemar diffus comme du brouillard. Plus roux que de coutume, l'homme de la S&#251;ret&#233;, la barbe oblique, le regard p&#233;tillant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; On part, mon vieux. Fini, ce sale coin. Ramasse ton baluchon. J'ai ordre de te conduire &#224; la ville. Nous avons de la chance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik tourna vers lui un regard p&#233;trifi&#233; aux yeux terriblement froids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce qu'il y a ? interrogea Pakhomov avec sollicitude. &#199;a ne te fait pas plaisir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik haussa les &#233;paules. Plaisir ? Plaisir de mourir ? Ici ou ailleurs ? Il sentit qu'il ne lui restait presque plus de forces pour le changement, pour la lutte, pour la pens&#233;e m&#234;me de la lutte ; qu'il n'avait plus ni peur v&#233;ritable, ni espoir, ni sentiment de d&#233;fi &#8211; que son courage &#233;tait devenu une sorte de force d'inertie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens des cinq maisons les regard&#232;rent partir par un jour de ciel bas travers&#233; de faibles lueurs argent&#233;es. L'univers semblait oubli&#233;. Les petits enfants emmitoufl&#233;s de fourrures sortirent au bras des m&#232;res. Il y eut trente formes menues sur la blancheur mate autour du tra&#238;neau. Les hommes donnaient des conseils et v&#233;rifiaient le harnachement des rennes. Au moment de dispara&#238;tre, Pakhomov et Ryjik devenaient plus r&#233;els que la veille, on s'&#233;mouvait un peu de les d&#233;couvrir. C'&#233;tait comme s'ils allaient mourir. Ils partaient vers l'inconnu, l'un gardant l'autre pour la libert&#233; ou pour la prison, Dieu seul le sait. Le Ni&#233;n&#233;tz, le Samoy&#232;de, Eyno, venu prendre des fourrures et du poisson, les emmenait dans son attelage. V&#234;tu de peaux de loups, la t&#234;te osseuse et brune, les yeux brid&#233;s, le poil rare, il ressemblait &#224; un Christ mongol. Des rubans verts et rouges ornaient ses bottes, ses gants, son bonnet. Il rentra soigneusement dans son col les derniers poils jaunes de sa barbe, parcourut l'&#233;tendue du ciel et de la terre d'un regard attentif, alerta les rennes d'un claquement de langue. Ryjik et Pakhomov s'allong&#232;rent l'un contre l'autre, envelopp&#233;s dans les fourrures. Ils emportaient du pain s&#233;ch&#233;, du poisson sec, de la vodka, des allumettes, de l'alcool comprim&#233; pour faire du feu. Les rennes firent un petit bond et s'arr&#234;t&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Partez avec Dieu ! dit quelqu'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pakhomov r&#233;pondit en riant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; On est mieux sans, nous autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik serra toutes les mains tendues sur lui. Il y en avait de tous les &#226;ges, il y en avait de vieilles, rugueuses et racornies, de puissantes, de toutes menues, d&#233;licatement dessin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Adieu, adieu, camarades !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des hommes et des femmes qui ne l'aimaient pas lui disaient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Adieu, camarade Ryjik, bon voyage, et ils avaient pour lui de bons regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des regards neufs suivirent l'attelage jusqu'&#224; l'horizon. Les rennes prenaient leur &#233;lan vers l'espace ; une for&#234;t endormie apparut au loin, reconnaissable &#224; ses ombres violac&#233;es. Le ciel s'&#233;claircissait au-dessus en dentelles d'argent. Eyno se penchait en avant, observait ses b&#234;tes. Un poudroiement de neige entourait le tra&#238;neau. Des arcs-en-ciel y flottaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est bien de partir, r&#233;p&#233;tait joyeusement Pakhomov, j'en ai marre de ce trou, vivement les villes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik songeait que les gens de Dyra ne partiraient sans doute jamais. Que lui-m&#234;me ne reviendrait jamais ni ici, ni &#224; Tcherno&#233;, ni dans les villes connues, ni surtout au temps de la force et de la victoire. Il y a des moments de la vie o&#249; l'on peut tout esp&#233;rer, m&#234;me au fond de la d&#233;faite. On vit derri&#232;re des grilles de maison centrale et l'on sait que la r&#233;volution vient, que l'on a, sous les potences, le monde devant soi. L'avenir est in&#233;puisable. L'avenir d'un seul homme &#233;puis&#233;, chaque d&#233;part devient le dernier. Sur la fin du voyage, ses recoupements l'&#233;clairaient assez. Ses d&#233;terminations prises depuis longtemps, il se sentait disponible. Le froid aux reins l'incommoda. Il but une gorg&#233;e de vodka, se couvrit le visage de fourrure et s'abandonna &#224; la torpeur, puis au sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne se r&#233;veilla qu'&#224; la nuit haute. Le tra&#238;neau glissait &#224; vive allure &#224; travers le n&#233;ant terrestre. Nuit d'une transparence verte. De p&#226;les &#233;toiles y r&#233;gnaient que leur scintillement faisait passer d'un bleu d'&#233;clair &#224; un doux vert glacial. Elles remplissaient la nue, on les sentait convuls&#233;es dans leur immobilit&#233; apparente, pr&#234;tes &#224; choir, pr&#234;tes &#224; &#233;clater sur la terre en feux &#233;normes. Elles enchantaient le silence ; le moindre cristal de neige r&#233;fl&#233;tait leur infime et souveraine lumi&#232;re. L'unique v&#233;rit&#233; absolue &#233;tait en elles. La plaine ondulait, l'horizon &#224; peine visible tanguait comme une mer et les &#233;toiles le caressaient. Eyno veillait, accroupi &#224; l'avant ; ses &#233;paules oscillaient au rythme de la course, au rythme du tournoiement du monde ; elles cachaient puis d&#233;couvraient des constellations enti&#232;res. Ryjik vit que son compagnon ne dormait pas, lui non plus. Les yeux ouverts comme jamais encore, et les prunelles dor&#233;es, il respirait la phosphorescence magique de cette nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#199;a va, Pakhomov ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#199;a va. Je suis bien. Je ne regrette rien. C'est merveilleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Merveilleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le glissement du tra&#238;neau les ber&#231;ait dans une chaleur commune. Un froid l&#233;ger leur piquait les l&#232;vres et les narines. D&#233;livr&#233;s de la pesanteur, de l'ennui, de la fatigue, du cauchemar, d&#233;livr&#233;s d'eux-m&#234;mes, ils flottaient dans la nuit lumineuse. Les moindres &#233;toiles, celles que l'on croirait presque indiscernables, &#233;taient parfaites ; et chacune inexprimablement unique, bien que n'ayant ni nom ni figure dans le vaste &#233;tincellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je suis comme ivre, murmura Pakhomov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je suis lucide, r&#233;pondit Ryjik, et c'est tout &#224; fait la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pensa : &#171; C'est l'univers qui est lucide. &#187; Cela dura quelques minutes ou quelques heures. Autour des &#233;toiles les plus scintillantes naissaient, quand ils les contemplaient, de vastes cercles rayonnants, visiblement immat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous sommes au-del&#224; de la substance, murmura l'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Au-del&#224; de la joie, murmura l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rennes trottaient all&#233;grement sur la neige, ces b&#234;tes se pr&#233;cipitaient &#224; la rencontre des &#233;toiles de l'horizon. Le tra&#238;neau descendait vertigineusement des pentes qu'il remontait ensuite avec un &#233;lan pareil &#224; un chant. Pakhomov et Ryjik s'assoupirent ainsi et la merveille se continua dans leurs r&#234;ves, la merveille se continua quand ils se r&#233;veill&#232;rent au jour naissant. Des colonnes de lumi&#232;re nacr&#233;e montaient jusqu'au z&#233;nith. Ryjik se souvint qu'en r&#234;ve il s'&#233;tait senti mourir. Ce n'&#233;tait ni terrifiant ni amer, c'&#233;tait simple comme la fin de la nuit et toutes les clart&#233;s, celles des &#233;toiles, celles des soleils, celles des aurores bor&#233;ales, celles plus lointaines de l'amour continuaient &#224; se d&#233;verser sans fin sur le monde, il n'y avait vraiment rien de perdu. Pakhomov se tourna vers lui pour dire bizarrement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ryjik, il y a les villes&#8230; C'est incompr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Ryjik r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il y a les bourreaux, juste au moment o&#249; des couleurs inconnues envahirent le ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pourquoi m'offenses-tu ? demanda Pakhomov, d'un ton de reproche, apr&#232;s un long silence pendant lequel se fit autour d'eux une blancheur totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne pensais pas &#224; toi, fr&#232;re, je ne pensais qu'&#224; la v&#233;rit&#233;, dit Ryjik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il lui sembla que Pakhomov pleurait sans larmes, le visage presque noir, bien qu'ils fussent emport&#233;s au travers d'une incroyable blancheur. Si c'est ton &#226;me noire, pauvre Pakhomov, qui te remonte &#224; la face, laisse-la souffrir du grand jour froid, et si elle en cr&#232;ve, cr&#232;ve avec elle, qu'as-tu &#224; perdre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils firent halte sous le haut soleil rouge pour boire le th&#233;, se d&#233;gourdir les jambes, laisser les rennes chercher sous la neige leur p&#226;ture de mousse. Pakhomov, ayant allum&#233; le r&#233;chaud et fait ronronner la bouilloire, se redressa tout &#224; coup comme pour un combat. Ryjik &#233;tait devant lui, droit, les jambes &#233;cart&#233;es, les mains dans les poches, silencieusement heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comment sais-tu, camarade Ryjik, que j'ai cette enveloppe jaune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quelle enveloppe jaune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les yeux dans les yeux, seuls au milieu du d&#233;sert splendide, dans le froid, la clart&#233;, avec le bon th&#233; bouillant qu'ils allaient partager, aucun mensonge n'&#233;tait possible&#8230; Ils entendirent &#224; trente pas, Eyno parler amicalement &#224; ses b&#234;tes. Peut-&#234;tre chantonnait-il&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alors tu ne sais pas ? redemanda Pakhomov, confondu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu ne d&#233;lires pas un peu, fr&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils burent le th&#233; &#224; petits coups. Ce soleil liquide envahissait leur &#234;tre. Pakhomov parla lourdement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; L'enveloppe jaune du service secret, elle est cousue dans ma vareuse. Je mettais cette vareuse sous moi pour dormir. Je ne m'en suis jamais s&#233;par&#233;. L'enveloppe jaune, elle est l&#224; sur ma poitrine&#8230; On ne m'a pas dit se qu'elle contient, je n'ai pas le droit de l'ouvrir sans un ordre &#233;crit ou chiffr&#233;&#8230; Mais je sais qu'elle contient l'ordre de te fusiller&#8230; Tu comprends, en cas de mobilisation, en cas de contre-r&#233;volution, si le pouvoir d&#233;cide que tu ne dois plus vivre&#8230; Elle m'a souvent emp&#234;ch&#233; de dormir, cette enveloppe. Je pensais &#224; elle quand nous buvions ensemble&#8230; Quand je te regardais t'en aller vers la Bezdolnya, &#224; la recherche de ton bois&#8230; Quand je te jouais les chansons tziganes&#8230; Quand un point noir se montrait &#224; l'horizon, ce maudit courrier, me disais-je, que m'apporte-t-il &#224; moi qui suis si petit ? Tu comprends, je suis l'homme du devoir, moi. Voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tiens, dit Ryjik, je n'y avais pas pens&#233;. J'aurais d&#251; pourtant m'en douter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils firent une curieuse partie d'&#233;checs. L'&#233;chiquier se couvrait d'une poussi&#232;re de cristaux blancs admirablement ouvrag&#233;s. Ryjik et Pakhomov marchaient &#224; grands pas sur la roche, couverte &#224; cet endroit d'une neige peu profonde dans laquelle leurs bottes laissaient des empreintes arrondies de b&#234;tes g&#233;antes. Ils d&#233;pla&#231;aient une pi&#232;ce et s'en allaient, r&#233;fl&#233;chissant ou r&#234;vant, comme attir&#233;s par les horizons auxquels ils renonceraient dans quelques minutes. Eyno vint s'accroupir pr&#232;s du jeu, jouant dans son esprit les deux parties &#224; la fois. Son visage eut une expression concentr&#233;e, ses l&#232;vres remu&#232;rent. Les rennes revinrent lentement du lointain vers l'attelage, contempler eux aussi de leurs grands yeux opaques le jeu myst&#233;rieux que d'infimes rafales cristallines passant au ras du sol achevaient de recouvrir de blancheur. Les casiers noirs et blancs n'exist&#232;rent plus que dans l'abstrait mais &#224; travers l'abstrait les petites forces rigoureuses de l'esprit continu&#232;rent leur combat. Pakhomov perdit comme de coutume en admirant l'ing&#233;nieuse strat&#233;gie de Ryjik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce n'est pas ma faute si j'ai gagn&#233;, lui dit Ryjik. Tu as encore beaucoup &#224; perdre avant de comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pakhomov ne r&#233;pondit rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;blouissant voyage menait &#224; des pays couverts de buissons d&#233;charn&#233;s. Des plaques d'herbe jaune &#233;merg&#232;rent de la neige. La m&#234;me &#233;motion empoigna les trois hommes en y d&#233;couvrant les indices d'un chemin trac&#233; par des roues. Eyno murmura une incantation pour conjurer le sort. Le trot des rennes devint saccad&#233;. Le ciel &#233;tait mat, un ciel d'accablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik sentit revenir sur lui la tristesse qui &#233;tait la trame de sa vie et qu'il m&#233;prisait. Eyno les quitta dans un kolkhose o&#249; ils prirent des chevaux. La vie devait y &#234;tre en tonalit&#233;s terreuses, mais rinc&#233;e par les aubes qui jetaient de l'azur sur la terre. Les chemins se perdirent dans des bois peupl&#233;s d'oiseaux. Tant de ruisseaux couraient &#224; travers certaines brousses chantantes que leurs reflets pailletaient la terre, la roche et les racines. Ils travers&#232;rent &#224; gu&#233; des rivi&#232;res o&#249; flottaient les nuages. Les paysans de ces pays conduisaient la charrette en silence. M&#233;fiants, ils ne sortaient de leur torpeur qu'apr&#232;s avoir bu un peu d'eau-de-vie. Ils chantonnaient alors sans fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration survint pour Ryjik et Pakhomov dans l'unique rue d'un gros bourg, entre de grandes maisons noires espac&#233;es, sur le seuil de la Maison du Soviet qui &#233;tait aussi celle de la S&#251;ret&#233;, une b&#226;tisse en briques et bois aux larges auvents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Eh bien, dit Pakhomov, notre voyage commun ici-bas est fini. J'ai l'ordre de te remettre au poste de la S&#251;ret&#233;. Le chemin de fer n'est plus qu'&#224; une centaine de kilom&#232;tres. Je te souhaite bonne chance, fr&#232;re. Ne me garde pas rancune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik feignit de s'int&#233;resser &#224; la rue pour ne pas entendre ces derniers mots. Ils se serr&#232;rent longuement la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Adieu, camarade Pakhomov, je te souhaite de comprendre, bien que ce soit dangereux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bureau de la S&#251;ret&#233;, deux jeunes gars en uniforme jouaient aux dominos sur une table crasseuse. Un froid mis&#233;rable &#233;manait du po&#234;le &#233;teint. L'un des deux examina les papiers apport&#233;s par Pakhomov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Criminel d'&#201;tat, dit-il &#224; son camarade et tous les deux regard&#232;rent Ryjik avec duret&#233;. Ryjik sentit les m&#232;ches blanches de ses tempes se h&#233;risser un peu, un sourire agressif d&#233;couvrit ses gencives violettes et il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous savez lire, je suppose. &#199;a veut dire : Vieux bolchevik, fid&#232;le &#224; l'&#339;uvre de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Air connu. Des tas d'ennemis du peuple se sont ainsi camoufl&#233;s. Venez, citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans un mot de plus, ils le firent entrer dans un obscur r&#233;duit, au fond du corridor, ferm&#232;rent sur lui la porte et la cadenass&#232;rent. Cette soupente sentait l'urine de chat, l'air y &#233;tait charg&#233; de moisissure. Mais de derri&#232;re la paroi parvenaient distinctement des voix d'enfants. Ryjik les per&#231;ut avec ravissement. Il s'installa le mieux qu'il put sur le plancher, adoss&#233; au bois, les jambes confortablement allong&#233;es. La vieille chair us&#233;e g&#233;mit malgr&#233; elle et voudrait bien s'allonger sur de la paille propre&#8230; Une voix de fillette, d&#233;salt&#233;rante comme un filet d'eau sur les roches de la ta&#239;ga, lisait gravement, de l'autre c&#244;t&#233; du monde, &#224; d'autres enfants sans doute, L'Oncle Vlass de N&#233;krassov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec sa douleur sans fond, &#8211; grand, droit, le visage h&#226;l&#233;, &#8211; le vieux Vlass chemine sans h&#226;te &#8211; par les villes et les villages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les lointains l'appellent, il va &#8211; il a vu Moscou, notre m&#232;re &#8211; les &#233;tendues de la Caspienne &#8211; et l'imp&#233;riale N&#233;va,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; il va, portant le Saint-Livre &#8211; il va, se parlant &#224; lui-m&#234;me &#8211; il va et son b&#226;ton ferr&#233; &#8211; fait un doux bruit sur la terre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai vu tout cela, moi aussi, pensa Ryjik. Marche, marche, vieux Vlass, nous n'avons pas fini de marcher&#8230; Seulement, nos saints livres ne sont pas les m&#234;mes&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il se souvint, avant de s'assoupir sous la fatigue et l'&#233;c&#339;urement, d'un autre vers du po&#232;te : &#171; &#212; ma Muse, fouett&#233;e jusqu'au sang&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Harassante corv&#233;e des transf&#232;rements ! Pas de prisons sous le cercle polaire ; les ge&#244;les apparaissent avec la civilisation. Les soviets de district disposent parfois d'une maison abandonn&#233;e dont personne n'a voulu parce qu'elle a port&#233; malheur &#224; des gens ou parce qu'il faudrait trop de r&#233;parations pour y vivre. Les fen&#234;tres en sont bouch&#233;es avec de vieilles planches sur lesquelles on peut encore lire TAHAK-TRUST, qui laissent passer le vent, le froid, l'humidit&#233;, les abominables moucherons suceurs de sang. Il y a presque toujours une ou deux fautes d'orthographe dans l'inscription &#224; la craie blanche, sur la porte : PRISON RURALE. Parfois, ce taudis se h&#233;risse de fils de fer barbel&#233;s et, lorsqu'il h&#233;berge un assassin, un &#233;vad&#233; &#224; lunettes repris dans la for&#234;t, un voleur de chevaux, un administrateur de kolkhoze r&#233;clam&#233; par les autorit&#233;s sup&#233;rieures, on met en faction &#224; la porte un jeune communiste de dix-sept ans, celui qui n'est bon &#224; rien de pr&#233;f&#233;rence, avec un vieux fusil accroch&#233; &#224; l'&#233;paule, un fusil qui ne vaut rien non plus, bien entendu&#8230; On trouve en revanche des wagons de marchandises bard&#233;s de ferraille et de gros clous ; des d&#233;jections ont coul&#233; sous l'entr&#233;e, ils sont bassement sinistres : on dirait de vieux cercueils d&#233;terr&#233;s&#8230; L'extraordinaire, c'est qu'il en sort toujours des grognements d'&#234;tres malades, de vagues g&#233;missements et jusqu'&#224; des chansons ! D&#233;semplissent-ils jamais ? Jamais ils n'arrivent au terme du voyage. Il faudrait des incendies de for&#234;ts, des chutes de m&#233;t&#233;ores, des destructions de cit&#233;s, pour en an&#233;antir l'esp&#232;ce&#8230; Deux sabres nus conduisirent Ryjik, par un sentier vert que l'&#233;corce des bouleaux &#233;gayait comme un rire l&#233;ger, vers un de ces wagons gar&#233; entre des sapins. Ryjik se hissa p&#233;niblement dans l'entr&#233;e et la porte branlante se cadenassa sur lui. Le c&#339;ur lui battait &#224; cause de l'effort qu'il venait de faire ; la p&#233;nombre et la puanteur d'une tani&#232;re l'&#233;touff&#232;rent. Il tr&#233;bucha sur des corps, chercha des deux mains la paroi oppos&#233;e, y aper&#231;ut par une fente le calme paysage bleut&#233; des sapins, casa son sac et s'accroupit sur la paille molle. Une vingtaine de jeunes t&#234;tes osseuses se mouvaient l&#224;, port&#233;es par des corps squelettiques &#224; demi nus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ah, dit Ryjik reprenant le souffle, salut, chpana ! Salut, camarades vauriens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il commenca par faire &#224; ces enfants des routes dont le plus &#226;g&#233; pouvait avoir seize ans, une habile d&#233;claration de principe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si quelque chose dispara&#238;t de mon sac, je casse la gueule aux deux premiers qui me tombent sous la patte. Je suis comme &#231;a : pas m&#233;chant. Ainsi ou autrement, j'ai trois kilos de pain s&#233;ch&#233;, trois bo&#238;tes de conserve, deux harengs et du sucre, ration gouvernementale que nous partagerons fraternellement mais avec discipline. Soyons conscients !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vingt gosses haillonneux firent de joyeux claquements de langue avant de pousser un &#171; hurrah ! &#187; gr&#234;le. &#171; Ma derni&#232;re ovation, pensa Ryjik, du moins est-elle sinc&#232;re&#8230; &#187; Les cr&#226;nes ras&#233;s de ces gamins &#233;taient pareils &#224; des t&#234;tes d'oiseaux d&#233;garnies de plumes. Quelques-uns portaient des cicatrices sur leurs os m&#234;mes ; une sorte de fi&#232;vre les agitait tous. Ils s'assirent en rond, pos&#233;ment, pour s'entretenir avec ce vieillard &#233;nigmatique. Plusieurs commenc&#232;rent &#224; s'&#233;pouiller. Ils croquaient leurs poux &#224; la mani&#232;re des Kirghuiz, en murmurant : &#171; Tu me bouffes et je te bouffe &#187;, cela fait du bien, dit-on. On les envoyait au tribunal r&#233;gional pour avoir pill&#233; le magasin &#224; vivres d'une colonie p&#233;nale de redressement par le travail. Ils voyageaient depuis douze jours dans ce wagon, les six premiers jours sans en sortir, nourris neuf fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; On chiait sous la porte, Oncle, mais &#224; Slavianka un inspecteur est pass&#233;, nos d&#233;l&#233;gu&#233;s lui ont fait des r&#233;clamations au nom de l'hygi&#232;ne et de la vie nouvelle, alors, maintenant on nous fait sortir deux fois par jour&#8230; Pas de danger qu'on se sauve dans cette brousse, t'as vu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me inspecteur, un as, les avait fait ravitailler sur l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Sans lui, il y en a quelques-uns qui crevaient, c'est s&#251;r. Faut qu'il ait pass&#233; par l&#224; lui-m&#234;me, il avait bien la d&#233;gaine d'un ancien, autrement &#231;a ne serait pas possible&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prochaine prison, ils l'attendaient comme le salut, mais on ne l'atteindrait qu'au bout d'une petite semaine, &#224; cause des trains de munitions qu'il fallait laisser passer : une prison mod&#232;le, chauff&#233;e, v&#234;tements, radio, cin&#233;ma, bains deux fois par mois selon la l&#233;gende. Elle valait le voyage et les plus &#226;g&#233;s une fois condamn&#233;s auraient peut-&#234;tre la chance d'y rester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rayon de lune entra par la fente du toit. Cette lumi&#232;re se posa sur des &#233;paules pointues, se r&#233;fl&#233;ta dans des regards humains pareils &#224; des regards de chats sauvages. Ryjik fit une distribution de pain s&#233;ch&#233; et partagea deux harengs en dix-sept morceaux. Il entendait les bouches saliver. La bonne humeur du festin aviva le beau rayon de lune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce qu'on est bien ! s'exclama celui qu'on appelait l'&#201;vang&#233;liste parce que des paysans baptistes ou m&#233;nnonites l'avaient un moment adopt&#233; (puis on les d&#233;porta eux-m&#234;mes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ronronnait de satisfaction, &#233;tendu de tout son long sur le plancher. La lumi&#232;re cendr&#233;e ne se posait que sur le sommet de son front ; dessous, Ryjik voyait luire ses petites prunelles sombres. L'&#201;vang&#233;liste raconta une bonne histoire de transf&#232;rement : Gricha le V&#233;rol&#233;, petit gars de Tioumen, mourut comme &#231;a sans rien dire, roul&#233; en boule dans son coin. Les copains ne s'en &#233;murent que quand il commen&#231;a &#224; sentir mauvais et d&#233;cid&#232;rent de ne rien dire le plus longtemps possible pour se partager sa ration de vivres. Le quatri&#232;me jour, il n'y eut plus moyen de tenir, mais c'&#233;tait &#231;a d'bouff&#233;, oh la la ! tu parles d'une foire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kot le Matou, le Marlou, le nez en l'air, la bouche ouverte sur des dents de petit carnassier, &#233;tudiait Ryjik avec bienveillance et devina &#224; peu pr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oncle, t'es un ing&#233;nieur ou un ennemi du peuple ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et qu'est-ce que tu appelles un ennemi du peuple, toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;ponses naquirent d'un silence embarrass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ceux qui font d&#233;railler les trains&#8230; Les agents du Mikado&#8230; Ceux qui mettent le feu sous terre dans le Donietz&#8230; Les assassins de Kirov&#8230; Ils ont empoissonn&#233; Maxime Gorki&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'en ai connu un, moi, un pr&#233;sident de kolkhoze, il faisait mourir les chevaux en leur jetant un sort&#8230; Il connaissait des trucs pour faire venir la s&#233;cheresse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Moi aussi, j'en ai connu un, une crapule, va, il dirigeait la colonie p&#233;nitentiaire, il revendait nos rations sur le march&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Moi aussi, moi aussi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ils connaissaient les mis&#233;rables qui &#233;taient responsables, ennemis du peuple, voleurs, tortionnaires, fauteurs de famine, spoliateurs de condamn&#233;s, c'est juste qu'on les fusille, c'est pas assez qu'on les fusille, faudrait d'abord leur crever les yeux, leur arracher les testicules avec une corde comme font les Cor&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Moi je leur ferais faire le t&#233;l&#233;graphe, une boutonni&#232;re ici, tiens, Mourlyka, au milieu du ventre et tu attrapes les intestins, ils se d&#233;roulent comme une bobine de fil, tu les accroches au plafond, y en a des m&#232;tres, y en a trop, le type gigote et tu lui conseilles d't&#233;l&#233;graphier &#224; ses enfil&#233;s d'p&#232;re et m&#232;re, que l'diable les r&#244;tisse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils s'animaient &#224; l'id&#233;e revigorante des supplices et ils en oubliaient Ryjik, ce vieillard bl&#234;me, &#224; la m&#226;choire carr&#233;e qui les &#233;coutait, la face durcie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Petits fr&#232;res, dit enfin Ryjik, je suis un vieux partisan de la guerre civile et je vous dis qu'on a fait couler beaucoup de sang innocent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ch&#339;ur discordant lui r&#233;pondit dans l'obscurit&#233; poignard&#233;e par le clair de lune :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pour le sang innocent, &#231;a c'est vrai, vrai&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore que des salauds, ils avaient connu des victimes. Et parfois les salauds &#233;taient eux-m&#234;mes des victimes, comment s'y retrouver ? Ils en discut&#232;rent jusqu'&#224; la nuit profonde, quand le rayon de lune s'en alla dans la nuit innocente, entre eux surtout parce que Ryjik se coucha, la t&#234;te sur son sac et s'endormit. Des corps osseux se serr&#232;rent contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; T'es grand, t'es v&#234;tu, tu tiens chaud&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sommeil de la for&#234;t lunaire finit par p&#233;n&#233;trer ce vieil homme et ces grands enfants d'un calme tellement vaste qu'il semblait gu&#233;rir tous les maux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik roulait de prison en prison, si fatigu&#233; qu'il ne r&#233;ussissait plus &#224; r&#233;fl&#233;chir. &#171; Je suis une pierre emport&#233;e par un torrent sale&#8230; &#187; O&#249; finissait en lui la volont&#233;, o&#249; commen&#231;ait l'indiff&#233;rence ? Faible &#224; en pleurer &#224; certains noirs instants : c'est &#231;a &#234;tre vieux, les forces s'en vont, l'intelligence clignote comme ces lanternes jaunes que les cheminots prom&#232;nent le long des rails dans des stations inconnues&#8230; Ses gencives douloureuses d&#233;non&#231;aient un commencement de scorbut, ses articulations souffraient, il d&#233;pliait p&#233;niblement, apr&#232;s s'&#234;tre repos&#233;, son grand corps raidi par l'ankylose. Dix minutes de marche l'&#233;puisaient. Enferm&#233; dans une grande baraque, au milieu de cinquante larves humaines qui &#233;taient des paysans dits &#171; colons sp&#233;ciaux &#187; et des r&#233;cidivistes, il fut presque content quand on lui vola son bonnet de fourrure, et son sac. Le sac renfermait l'horloge des bords du silence. Ryjik sortit de l&#224;, les mains dans les poches et la t&#234;te nue, am&#232;rement redress&#233;. Peut-&#234;tre n'attendait-il plus que le moment de cracher une derni&#232;re fois son m&#233;pris &#224; la figure de quelques sous-tortionnaires anonymes qui n'en valaient pas la peine ? Peut-&#234;tre perdait-il jusqu'&#224; cet acharnement inutile ? Policiers, ge&#244;liers, enqu&#234;teurs, hauts fonctionnaires, tous arrivistes arriv&#233;s de la onzi&#232;me heure, ignares et la cervelle farcie de formules imprim&#233;es, que savaient-ils encore de la r&#233;volution ? Nul langage commun ne lui restait avec cette engeance ; et les &#233;crits disparaissaient dans des classeurs secrets qui ne s'ouvriraient que lorsque la terre, secou&#233;e jusqu'aux entrailles, se fendrait sous les palais gouvernementaux. Quel besoin aurait-on du dernier cri du dernier opposant &#233;cras&#233; sous cette machine comme un lapin sous un tank ? Il r&#234;vait stupidement d'un lit, avec des draps, un &#233;dredon, un coussin pour la nuque &#8211; ces choses-l&#224; existent. Qu'a-t-elle invent&#233; de mieux, notre civilisation ? Le socialisme m&#234;me n'apportera pas de perfectionnement au lit. S'&#233;tendre, s'endormir, ne plus se r&#233;veiller&#8230; Les autres sont tous morts, tous ! tous ! Combien de temps faudra-t-il &#224; ce pays pour que notre nouveau prol&#233;tariat commence &#224; prendre conscience de lui-m&#234;me ? Impossible de forcer sa maturation. On ne h&#226;te pas la germination des graines dans la terre. On peut la tuer par contre, mais on ne peut (c'est une certitude rassurante) ni la tuer partout, ni la tuer toujours, ni la tuer compl&#232;tement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les poux le tourmentaient. Il se voyait dans des porti&#232;res de wagons tout &#224; fait pareil &#224; un vieux vagabond encore assez solide&#8230; Un sous-officier et plusieurs soldats lourdement bott&#233;s l'encadr&#232;rent dans un compartiment de troisi&#232;me classe. Heureux de voir des gens. Les gens ne le remarquaient gu&#232;re &#8211; on voit tant de prisonniers ! Celui-ci pouvait &#234;tre un grand criminel, puisqu'on l'escortait ainsi, il n'en avait pourtant pas l'air, serait-ce un croyant, un pr&#234;tre, un pers&#233;cut&#233; ? Une paysanne, qui portait un enfant, demanda au sous-officier la permission d'offrir au prisonnier du lait et des &#339;ufs, car il avait l'air malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je le ferai chr&#233;tiennement, citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est strictement d&#233;fendu, citoyenne, dit le militaire, &#233;cartez-vous de l&#224;, citoyenne, ou je vous fais descendre du train&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vous remercie infiniment, camarade, dit Ryjik &#224; la paysanne, d'une voix grave et forte qui fit tourner toutes les t&#234;tes dans le couloir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sous-officier, devenu cramoisi, intervint :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Citoyen, il vous est rigoureusement d&#233;fendu d'adresser la parole &#224; qui que ce soit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je m'en fous, dit paisiblement Ryjik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Taisez-vous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la couchette sup&#233;rieure, un des soldats couch&#233;s l&#224; jeta sur Ryjik une couverture. Un grand remue-m&#233;nage suivit et quand Ryjik se d&#233;gagea, il vit que l'on avait fait &#233;vacuer le couloir. Trois soldats obstruaient l'entr&#233;e du compartiment. Ils le regardaient avec fureur et terreur. Vis-&#224;-vis, le sous-officier, attentif, scrutait ses moindres mouvements, pr&#234;t &#224; se jeter sur lui pour le b&#226;illonner, pour le ligoter, pour le tuer m&#234;me ? afin qu'il ne pronon&#231;&#226;t plus une parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Imb&#233;cile, lui dit Ryjik, bien en face, sans col&#232;re, avec une envie de rire surmont&#233;e par la naus&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tranquillement accoud&#233; &#224; la fen&#234;tre, il contempla la fuite des terres. Grises au premier abord, et st&#233;riles, elles ne l'&#233;taient plus en r&#233;alit&#233; car on y discernait vite les premi&#232;res pousses vertes du bl&#233;. Jusqu'au-del&#224; des horizons, ces plaines &#233;taient sem&#233;es de graines en or v&#233;g&#233;tal, ch&#233;tives mais invincibles. Vers le soir, des chemin&#233;es parurent au loin, sous de noires fum&#233;es. Une grande usine alluma des brasiers rougeoyants ; on &#233;tait dans la r&#233;gion industrielle de l'Oural. Ryjik y reconnut des profils de montagnes. &#171; J'ai pass&#233; ici &#224; cheval en 1921, c'&#233;tait le d&#233;sert&#8230; Quelle fiert&#233;, quelle fiert&#233;&#8230; &#187; La petite prison de l'endroit &#233;tait propre, bien &#233;clair&#233;e, peinte &#224; l'int&#233;rieur en vert d'eau, comme un lazaret. Ryjik y prit un bain, y re&#231;ut du linge propre, des cigarettes, un repas chaud, passable&#8230; Son corps &#233;prouvait de menues joies ind&#233;pendantes de son esprit : celle d'avaler la soupe chaude et d'y trouver un go&#251;t d'oignon, celle de se nettoyer, celle de s'&#233;tendre commod&#233;ment sur une paillasse neuve&#8230; &#171; Bon, murmurait l'intelligence, nous voici en Europe, derni&#232;re &#233;tape&#8230; &#187; Une grande suprise l'attendait. La cellule faiblement &#233;clair&#233;e dans laquelle on l'introduisait contenait deux lits et sur l'un des deux quelqu'un dormait. Au bruit des verrous tir&#233;s et referm&#233;s, le dormeur se r&#233;veilla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Soyez le bienvenu, dit-il aimablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik s'assit sur l'autre lit. Les deux enferm&#233;s se regard&#232;rent dans le brouillard avec une imm&#233;diate sympathie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Politique ? demanda Ryjik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comme vous, cher camarade, r&#233;pondit le dormeur &#233;veill&#233;. Je vous devine, j'ai acquis un flair infaillible en cette mati&#232;re&#8230; Isolateur de Verkhn&#233;ouralsk, de Tobolsk, peut-&#234;tre de Souzdal ou de Yarolslavl ? L'un des quatre, j'en suis s&#251;r ; ensuite Extr&#234;me-Nord, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un petit homme barbichu dont la face ratatin&#233;e ressemblait &#224; une pomme cuite, mais &#233;clair&#233;e par de bons yeux de chouette. Ses longs doigts de sorcier jouaient sur la couverture&#8230; Ryjik hochait la t&#234;te en signe d'assentiment, h&#233;sitant un peu &#224; se mettre en confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Que le diable m'emporte ! Comment faites-vous pour &#234;tre encore en vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je n'en sais vraiment rien, dit Ryjik, mais je crois que je n'en ai pas pour longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le barbichu fredonna :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Br&#232;ve est la vie comme le flot&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Verse-moi le vin qui console&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; En r&#233;alit&#233;, toute cette d&#233;plaisante histoire n'est pas si br&#232;ve qu'on le dit&#8230; Permettez-moi de me pr&#233;senter : Makarenko, Bogouslav P&#233;trovitch, professeur de chimie agricole &#224; l'Universit&#233; de Kharkov, membre du parti depuis 1922, exclu en 1934 &#8211; d&#233;viation ukrainienne &#8211; le suicide de Skrypnik et c&#230;tera&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik se pr&#233;senta &#224; son tour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; ancien membre, du Comit&#233; de P&#233;trograd, ancien membre suppl&#233;ant du C.C&#8230; opposition de gauche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les couvertures du barbichu eurent un mouvement d'ailes, il sauta hors du lit, en chemise, le corps cireux, les jambes poilues. Rires et larmes froissaient son visage ridicule. Il gesticula, &#233;treignit Ryjik, s'arracha &#224; lui, revint sur lui, finit par s'arr&#234;ter au milieu de l'&#233;troite cellule, agit&#233; comme un polichinelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous ! Ph&#233;nom&#233;nal ! On commentait votre mort l'an dernier dans toutes les prisons&#8230; D'une gr&#232;ve de la faim&#8230; On commentait votre testament politique&#8230; Je l'ai lu : pas mal du tout, quoique&#8230; Vous ! Ah ! Sacr&#233; nom ! Eh bien, je vous f&#233;licite ! C'est formidable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai fait la gr&#232;ve de la faim, en effet, dit Ryjik, et j'ai chang&#233; d'id&#233;e &#224; l'avant-derni&#232;re heure parce que j'ai cru que la crise du r&#233;gime allait s'ouvrir&#8230; Je n'entendais pas d&#233;serter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Naturellement&#8230; Magnifique ! Ph&#233;nom&#233;nal !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Makarenko, les yeux embu&#233;s, alluma une cigarette, avala la fum&#233;e, toussota, marcha, les pieds nus, sur le ciment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je n'ai fait qu'une rencontre aussi extraordinaire, &#224; la prison de Kansk. Un vieux trotskyste, figurez-vous, qui arrivait d'un isolateur secret et qui ne savait rien des proc&#232;s, rien des ex&#233;cutions, qui ne se doutait de rien, vous imaginez-vous &#231;a ? Il me demandait des nouvelles de Zinoviev, de Kam&#233;nev, de Boukharine, de Stretski&#8230; &#171; &#201;crivent-ils ? Leur permet-on de collaborer &#224; la presse ? &#187; Je disais d'abord : &#171; Oui, oui &#187;, je ne voulais pas l'assommer. &#171; Qu'est-ce qu'ils &#233;crivent ? &#187; Je faisais l'idiot, moi, vous savez, la th&#233;orie&#8230; &#192; la fin, je lui ai dit : &#171; Ma&#238;trisez vos nerfs, estim&#233; camarade, ne me croyez pas fou : ils sont tous morts, tous fusill&#233;s, du premier au dernier, et ils ont avou&#233;. &#187; &#171; Qu'est-ce qu'ils ont bien pu avouer ?&#8230; &#187; Il commen&#231;a par me traiter de menteur et de provocateur, il me sauta m&#234;me &#224; la gorge, ah, nom de Dieu, quelle journ&#233;e ! Quelques jours plus tard, on l'a fusill&#233; lui-m&#234;me, heureusement, sur un t&#233;l&#233;gramme du Centre. Je suis encore soulag&#233;, pour lui, en y pensant&#8230; Mais vous, c'est ph&#233;nom&#233;nal !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ph&#233;nom&#233;nal, r&#233;p&#233;ta Ryjik, adoss&#233; au mur, la t&#234;te soudainement pesante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des frissons montaient en lui. Makarenko se drapa dans sa couverture. Ses longs doigts jouaient avec l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Notre rencontre est inou&#239;e&#8230; Une inconcevable n&#233;gligence des services, une fantastique r&#233;ussite command&#233;e par les astres&#8230; les astres, d&#233;s&#233;quilibr&#233;s. Nous vivons une Apocalypse du socialisme, camarade Ryjik&#8230; Pourquoi &#234;tes-vous vivant, pourquoi le suis-je, dites ? Hein ? Magnifique ! &#201;tourdissant ! On voudrait vivre un si&#232;cle pour comprendre &#224; la fin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je comprends, dit Ryjik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les th&#232;ses de la gauche, bien s&#251;r&#8230; Marxiste, moi aussi. Mais fermez un moment les yeux, &#233;coutez la terre, &#233;coutez vos nerfs&#8230; Vous croyez que je dis des b&#234;tises ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik d&#233;chiffrait &#224; fond (peut-&#234;tre seul au monde &#224; les d&#233;chiffrer et cela lui donnait une angoissante sensation de vertige) les hi&#233;roglyphes imprim&#233;s au fer rouge dans la chair m&#234;me de ce pays. Il savait &#224; peu pr&#232;s par c&#339;ur les comptes rendus falsifi&#233;s des trois grands proc&#232;s ; il connaissait tous les d&#233;tails connaissables des moindres proc&#232;s de Kharkov, de Sverdlovsk, de Novosibirsk, de Tachkent, de Krassnoyarsk, inconnus du monde. Entre les centaines de milliers de lignes des textes publi&#233;s, alourdis par le mensonge innombrable, il discernait d'autres hi&#233;roglyphes aussi sanglants mais impitoyablement nets. Et chaque hi&#233;roglyphe &#233;tait humain : un nom, un visage humain aux mouvantes expressions, une voix, une histoire v&#233;cue d'un quart de si&#232;cle et davantage. Telle r&#233;plique de Zinoviev au proc&#232;s d'ao&#251;t 1936 se rattachait &#224; une phrase prononc&#233;e en 1932 dans un pr&#233;au d'isolateur, &#224; un discours plein de sous-entendus, l&#226;che en apparence, tenace avec un tortueux d&#233;vouement calculateur, prononc&#233; au Comit&#233; central en 1926 : et cette pens&#233;e se rattachait &#224; telle d&#233;claration du Pr&#233;sident de l'Internationale faite en 1925, &#224; tel propos de table de l'an 1923 tenu pendant la premi&#232;re discussion sur la d&#233;mocratisation de la dictature&#8230; Au-del&#224;, le fil de l'id&#233;e remontait au XIIe Congr&#232;s, &#224; la discussion sur le r&#244;le des syndicats en l'an 1920, aux th&#233;ories sur le communisme de guerre d&#233;battues par le Comit&#233; central pendant la premi&#232;re famine, aux divergences &#224; la veille et au lendemain de l'insurrection, &#224; de petits articles commentant les th&#232;ses de Rosa Luxembourg, les objections de Iouri Martov, l'h&#233;r&#233;sie de Bogdanov&#8230; S'il s'&#233;tait reconnu le moindre sens po&#233;tique, Ryjik se f&#251;t enivr&#233; du spectacle de ce puissant cerveau collectif rassemblant des milliers de cerveaux pour accomplir son labeur pendant un quart de si&#232;cle, d&#233;truit maintenant en quelques ann&#233;es par le contrecoup de sa victoire m&#234;me et ne se refl&#233;tant peut-&#234;tre plus que dans son seul esprit comme dans un miroir &#224; mille facettes&#8230; Tous &#233;teints, ces cerveaux, d&#233;figur&#233;s ces visages et barbouill&#233;s de sang. Les id&#233;es m&#234;mes se convulsaient dans une danse macabre, les textes signifiaient tout &#224; coup le contraire de ce qu'ils clamaient, une d&#233;mence emportait les hommes, les livres, l'histoire que l'on croyait faite et ce n'&#233;tait plus qu'aberration bouffonne, celui-ci se frappait la poitrine en criant : &#171; J'ai &#233;t&#233; pay&#233; par le Japon ! &#187; et cet autre se lamentait : &#171; J'ai voulu assassiner le chef que j'adore ! &#187;, cet autre encore, accompagnant un : &#171; Allons donc ! &#187; d'un haussement d'&#233;paules m&#233;prisant ouvrait cent fen&#234;tres d'un seul coup sur le monde asphyxi&#233;&#8230; Ryjik e&#251;t pu faire un r&#233;pertoire d&#233;taill&#233;, anecdotique, biographique, bibliographique, id&#233;ologique, documents annexes et instantan&#233;s &#224; l'appui, pour cinq cents fusill&#233;s, trois cents disparus. Que pouvait ajouter un Makarenko &#224; cette vision parfaite ? Tant qu'il avait gard&#233; le moindre espoir de survivre utilement, Ryjik avait poursuivi son enqu&#234;te. Il questionna par habitude :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Que s'est-il pass&#233; dans les prisons ? Qui avez-vous rencontr&#233; ? Racontez, camarade Makarenko&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; Les f&#234;tes du 7 novembre et du 1er mai s'&#233;teignirent peu &#224; peu au cours de ces ann&#233;es noires. Une &#233;vidence mortelle &#233;clairait les prisons ainsi qu'un reflet de feu de salves &#224; l'aube. Tu sais les suicides, les gr&#232;ves de la faim, les l&#226;chet&#233;s finales &#8211; inutiles &#8211; qui &#233;taient aussi des suicides. On s'ouvrait les veines avec des clous, on mangeait le verre pil&#233; des bouteilles, on se jetait &#224; la gorge des gardiens pour &#234;tre abattu, tu sais, tu sais. La coutume de l'appel des morts dans les pr&#233;aux des isolateurs. &#192; la veille des grands anniversaires, le cercle des camarades se formait pendant la promenade ; une voix enrou&#233;e par la d&#233;tresse et le d&#233;fi appelait les noms, les plus grands d'abord, les autres par ordre alphab&#233;tique, et il y en avait pour toutes les lettres de l'alphabet, et chacun des pr&#233;sents r&#233;pondait &#224; son tour : &#171; Mort pour la r&#233;volution ! &#187;, puis on commen&#231;ait &#224; chanter l'hymne aux morts &#171; glorieusement tomb&#233;s dans la lutte sacr&#233;e &#187;, on arrivait rarement &#224; le chanter, car les surveillants alert&#233;s accouraient comme des chiens furieux, on faisait la cha&#238;ne des bras nou&#233;s pour les recevoir et dans la bagarre, soud&#233;s les uns aux autres sous les coups et les jurons, parfois sous l'eau glac&#233;e des pompes &#224; incendie, les camarades continuaient &#224; scander : &#171; Gloire &#224; eux ! Gloire &#224; eux ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Suffit, dit Ryjik, je vois la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ces manifestations s'&#233;teignirent en dix-huit mois, bien que les prisons fussent bond&#233;es plus qu'auparavant. Ceux qui maintenaient la tradition des vieilles luttes s'en allaient sous terre ou au Kamtchatka, on ne sait jamais rien de pr&#233;cis ; quelques survivants se perdaient dans de nouvelles foules. Il y eut m&#234;me des manifestations contraires : des enferm&#233;s criaient : &#171; Vive le parti, vive notre chef, vive le P&#232;re de la Patrie. &#187; On les arrosa aussi d'eau glac&#233;e, ils n'y gagn&#232;rent rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et maintenant les prisons se taisent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Elles m&#233;ditent, camarade Ryjik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik formula &#171; des conclusions th&#233;oriques, le principal &#233;tant de ne pas perdre la t&#234;te, de ne pas laisser fausser notre objectivit&#233; marxiste par ce cauchemar &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;videmment, dit Makarenko d'un ton qui voulait peut-&#234;tre dire le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 1&#176; En d&#233;pit de sa r&#233;gression &#224; l'int&#233;rieur, notre &#201;tat demeure dans le monde un facteur de progr&#232;s, car il constitue un organisme &#233;conomique sup&#233;rieur aux vieux &#201;tats capitalistes. 2&#176; Je maintiens qu'en d&#233;pit des pires apparences aucune assimilation entre notre &#201;tat et les r&#233;gimes fascistes n'est permise. La terreur ne suffit pas &#224; d&#233;terminer la nature d'un r&#233;gime, ce sont les rapports de propri&#233;t&#233; qui importent essentiellement. La bureaucratie, domin&#233;e par sa propre police politique, est tenue de maintenir le r&#233;gime &#233;conomique &#233;tabli par la r&#233;volution d'octobre 1917 ; elle ne peut qu'accro&#238;tre une in&#233;galit&#233; qui devient contre elle un facteur de l'&#233;ducation des masses&#8230; 3&#176; Le vieux prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire finit avec nous. Un nouveau prol&#233;tariat de souche paysanne se forme dans de nouvelles usines. Il lui faut du temps pour arriver &#224; un certain degr&#233; de conscience et surmonter par son exp&#233;rience propre l'&#233;ducation totalitaire. Craindre que la guerre n'interrompe son d&#233;veloppement et ne lib&#232;re les confuses tendances contre-r&#233;volutionnaires de la paysannerie&#8230; Es-tu d'accord, Makarenko ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Makarenko, couch&#233;, se tourmentait nerveusement la barbiche. Ses prunelles d'oiseau nocturne laiss&#232;rent transpara&#238;tre une obscurit&#233; phosphorescente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Naturellement, dit-il, dans l'ensemble&#8230; Ryjik, je te donne ma parole d'honneur que je ne t'oublierai jamais&#8230; &#201;coute, il faut que tu t&#226;ches de dormir quelques heures&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du sommeil &#224; la pointe du jour, Ryjik eut quelques instants pour prendre cong&#233; de son compagnon d'une nuit : ils s'embrass&#232;rent sur la bouche. Un d&#233;tachement des troupes sp&#233;ciales entoura Ryjik sur la plate-forme du camion, afin que personne ne p&#251;t le voir, mais personne ne passait sur la chauss&#233;e. &#192; la station, un excellent wagon des services p&#233;nitentiaires l'attendait. Il comprit qu'il &#233;tait probablement sur la grande ligne de Moscou. Le panier de vivres d&#233;pos&#233; pour lui sur la banquette contenait des aliments luxueux, oubli&#233;s depuis longtemps, saucisson et fromage blanc. Ces vivres pr&#233;occup&#232;rent Ryjik, car il avait grand faim ; ses forces baissaient. Il d&#233;cida de se nourrir le moins possible, juste de quoi se soutenir, et par gourmandise de ne manger que les bons aliments rares. Couch&#233; sur le bois, dans le fracas rythmique de l'express, il les savoura en pensant sans crainte aucune, plut&#244;t m&#234;me avec soulagement, &#224; mourir bient&#244;t. Ce fut un voyage reposant. De Moscou, Ryjik n'entrevit qu'une gare de marchandises la nuit. Des lampes &#224; arc embrassaient au loin l'&#233;cheveau des rails, un vague halo rouge couvrait la ville. La voiture cellulaire suivit des rues endormies o&#249; Ryjik n'entendit qu'un ronflement de moteur, la dispute morne de deux ivrognes, le carillon f&#233;erique d'une horloge qui laissa tomber dans le silence quelques notes musicales, bouleversantes. Trois heures. Il reconnut &#224; son atmosph&#232;re ind&#233;finissable l'une des cours de la prison de Boutirky. On le fit entrer dans un petit b&#226;timent remis &#224; neuf, puis dans une cellule peinte en gris &#224; hauteur d'homme ainsi que sous l'ancien r&#233;gime, pourquoi ? La couchette avait des draps, l'ampoule &#233;lectrique du plafond d&#233;versait une lumi&#232;re sans force. Ce n'est rien, ce n'est que la vraie C&#244;te du N&#233;ant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appel&#233; d&#232;s le matin &#224; l'instruction, il n'eut que quelques pas &#224; faire dans le corridor. Les portes des cellules voisines &#233;taient ouvertes : b&#226;timent inoccup&#233;. Dans une de ces cellules, meubl&#233;e d'une table et de trois chaises, Ryjik reconnut tout de suite Zv&#233;r&#233;va, qu'il connaissait depuis plus de vingt ans, depuis la Tch&#233;ka de P&#233;trograd, le complot Kaas, l'affaire Arkadi, les batailles de Poulkovo, les affaires commerciales du d&#233;but de la N.E.P. Cette hyst&#233;rique p&#233;trie de ruse et d'app&#233;tits insatisfaits survivait donc seule &#224; tant d'hommes vaillants ? &#171; C'est dans l'ordre, pensa Ryjik. Juste ce qu'il fallait, nom de Dieu ! &#187; &#199;a le fit dr&#244;lement sourire, sans saluer. &#192; c&#244;t&#233; d'elle une t&#234;te ronde aux cheveux gras soigneusement partag&#233;s. &#171; La jeune canaille administrative qui te contr&#244;le, vieille putain de fusilleurs ? &#187; Ryjik ne dit mot, s'assit, les regarda en face, calmement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous m'avez reconnue, je crois, dit Zv&#233;r&#233;ra, d'une voix douce, avec une sorte de tristesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Haussement d'&#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'esp&#232;re que votre transfert ne s'est pas fait dans de trop mauvaises conditions&#8230; J'avais donn&#233; des ordres. Le Bureau politique n'oublie pas vos &#233;tats de service&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouveau haussement d'&#233;paules moins accentu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous consid&#233;rons votre temps de d&#233;portation comme fini&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne broncha pas, l'expression ironique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le parti attend de vous une attitude courageuse qui vous sauvera vous-m&#234;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comment n'avez-vous pas honte ? dit Ryjik avec d&#233;go&#251;t. Regardez-vous dans un miroir, ce soir, je suis s&#251;r que vous vomirez. Si on pouvait crever de vomir, vous cr&#232;veriez&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait parl&#233; bas : une voix sortant de la tombe. Blanc, bl&#234;me, hirsute, d&#233;bile comme un grand malade et dur comme un vieil arbre foudroy&#233;. Pour le haut fonctionnaire poupin &#224; la t&#234;te pommad&#233;e, il n'eut qu'un regard de biais, un froncement de narines m&#233;prisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai tort de m'emporter, vous ne valez pas &#231;a. Vous &#234;tes au-dessous de la honte. Vous valez tout juste la balle du prol&#233;tariat qui vous fusillera un jour si vos ma&#238;tres ne vous liquident pas auparavant, demain par exemple&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dans votre int&#233;r&#234;t, citoyen, je vous prie de vous mod&#233;rer. Ici, la v&#233;h&#233;mence et l'insulte ne servent &#224; rien. J'accomplis mon devoir. Une accusation capitale p&#232;se sur vous, je vous offre les moyens de vous disculper&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Assez. Prenez bien note de ceci. Je suis irr&#233;vocablement d&#233;cid&#233; &#224; n'engager avec vous aucune conversation, &#224; ne r&#233;pondre &#224; aucun interrogatoire. C'est mon dernier mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il regarda ailleurs, le plafond, le n&#233;ant. Zv&#233;r&#233;va s'assura de l'ajustement de sa coiffure. Gord&#233;ev sortit un bel &#233;tui &#224; cigarettes laqu&#233; o&#249; l'on voyait une tro&#239;ka s'&#233;lancer dans la neige, et l'avan&#231;a vers Ryjik :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous avez beaucoup souffert, camarade Ryjik, nous vous comprenons&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle grimace de m&#233;pris lui r&#233;pondit qu'il perdit contenance, rentra son &#233;tui, consulta de l'&#339;il Zv&#233;r&#233;va d&#233;sempar&#233;e. Ryjik leur souriait &#224; demi, paisiblement insultant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous avons les moyens de faire parler les criminels les plus endurcis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik laissa tomber sur le parquet un lourd crachat, se leva en murmurant assez haut pour lui-m&#234;me : &#171; Quelle puante vermine ! &#187;, leur tourna le dos, ouvrit la porte, dit aux trois hommes de service sp&#233;cial qui &#233;taient l&#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; En cellule ! et rentra dans sa cellule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui sorti, Gord&#233;ev prit tout de suite l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous auriez d&#251; pr&#233;parer l'interrogatoire, camarade Zv&#233;r&#233;va&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;clinait ainsi toute responsabilit&#233; pour cet &#233;chec. Zv&#233;r&#233;va examinait stupidement le bout de ses ongles vernis. La moiti&#233; du proc&#232;s par terre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Avec votre autorisation, dit-elle, je le briserai. Je n'ai aucun doute sur sa culpabilit&#233;. Son attitude m&#234;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces paroles remirent Gord&#233;ev devant sa responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si vous ne me donnez pas carte blanche pour r&#233;duire cet accus&#233; qui nous est n&#233;cessaire, c'est vous qui aurez torpill&#233; le proc&#232;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous verrons, murmura Gord&#233;ev, &#233;vasivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik se jeta sur le lit. Il tremblait tout entier. Il sentait son c&#339;ur osciller pesamment dans sa poitrine. Des id&#233;es en lambeaux, pareilles &#224; des loques d&#233;chir&#233;es par un grand feu, et des morceaux de raisonnements cass&#233;s dont les tranchants luisaient par instants et faisaient mal, roulaient sous son cr&#226;ne sans qu'il &#233;prouv&#226;t le besoin d'y mettre de l'ordre. Tout &#233;tait sond&#233;, pes&#233;, conclu, fini. Cette temp&#234;te int&#233;rieure se levait malgr&#233; lui. Elle commen&#231;a de s'apaiser lorsqu'il aper&#231;ut, sur la table, la pitance du jour, le pain noir, la gamelle de soupe, deux morceaux de sucre&#8230; Il avait faim. Tent&#233; de se lever pour flairer la soupe, choux aigres et poisson sans doute, il se contint. Le d&#233;sir l'effleura de manger pour la derni&#232;re fois, pour la derni&#232;re fois ! Ce serait bon&#8230; Non. Faire vite. Ce fut gr&#226;ce &#224; ce mouvement de volont&#233; qu'il retrouva la pleine ma&#238;trise de lui-m&#234;me et que la d&#233;cision se pronon&#231;a en lui, d&#233;finitivement. La pierre glisse sur une d&#233;clivit&#233; du sol, arrive au bord du pr&#233;cipice, y tombe : nulle proportion n'existe entre le l&#233;ger choc qui lui donna l'impulsion et la profondeur de sa chute. Calm&#233;, Ryjik ferma les yeux pour r&#233;fl&#233;chir. Plusieurs jours se passeraient probablement avant que ces salauds aient mis leurs intentions au clair. Combien de temps tiendrai-je ? &#192; trente-cinq ans, on peut encore d&#233;ployer une certaine activit&#233; entre le quinzi&#232;me et le dix-huiti&#232;me jour de gr&#232;ve de la faim, &#224; la condition de boire chaque jour plusieurs verres d'eau. &#192; soixante-six ans, dans mon &#233;tat actuel &#8211; sous-alimentation chronique, usure, volont&#233; de non-r&#233;sistance &#8211;, j'entrerai en une semaine dans la derni&#232;re phase&#8230; Sans boisson, la gr&#232;ve de la faim est mortelle en six &#224; dix jours, mais extr&#234;mement difficile &#224; soutenir d&#232;s le troisi&#232;me, &#224; cause des hallucinations. Ryjik d&#233;cida de boire afin de moins souffrir et de garder sa lucidit&#233;, mais de boire le moins possible, pour abr&#233;ger. Le difficile, ce serait de d&#233;jouer la vigilance des surveillants en faisant dispara&#238;tre les aliments. &#201;viter &#224; tout prix les proc&#233;dures r&#233;pugnantes de l'alimentation &#224; la sonde&#8230; La chasse d'eau du cabinet fonctionnait bien ; Ryjik n'&#233;prouva aucune difficult&#233; &#224; d&#233;truire le pain qu'il fallait &#233;mietter, et c'&#233;tait long, l'ar&#244;me du seigle ferment&#233; montait aux narines, la sensation de cette p&#226;te qui &#233;tait la vie m&#234;me, entrait dans les doigts, dans les nerfs. Dans peu de jours, ce serait pour les doigts d&#233;bilit&#233;s et pour les nerfs surmontant leur d&#233;b&#226;cle, une &#233;preuve de plus en plus p&#233;nible. De penser que l'immonde Zv&#233;r&#233;va et l'autre canaille aux cheveux lisses n'avaient pas pr&#233;vu &#231;a, Ryjik ricana joyeusement. (Et le gardien de service, qui avait ordre de l'observer de dix en dix minutes par l'&#339;il d&#233;coup&#233; dans le guichet de la porte, vit sa t&#234;te blafarde tout &#233;clair&#233;e par un grand ricanement et il transmit a l'instant son rapport au sous-chef du corridor II : &#171; Le prisonnier de la Cell. 4, couch&#233; sur le dos, rit en se parlant &#224; lui-m&#234;me&#8230; &#187;) De coutume, on reste couch&#233; pendant les gr&#232;ves de la faim, chaque mouvement exigeant une d&#233;pense de forces&#8230; Ryjik r&#233;solut de marcher le plus qu'il pourrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas une inscription sur les murs fra&#238;chement repeints. Ryjik fit venir le sous-chef du corridor pour lui demander des livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tout &#224; l'heure, citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, ce sous-chef revint dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il faudra que vous fassiez une demande au juge d'instruction, &#224; votre prochain interrogatoire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne lirai plus rien, pensa Ryjik &#233;tonn&#233; de ce que son adieu aux livres f&#251;t si indiff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait aujourd'hui des livres fulgurants, pleins d'une alg&#232;bre historique irr&#233;futable, pleins de r&#233;quisitoires sans merci, des livres qui jugeraient ce temps : chaque ligne devrait y &#234;tre d'implacable intelligence, imprim&#233;e avec du feu pur. Ces livres na&#238;tront plus tard. Ryjik voulut se rem&#233;morer des livres li&#233;s pour lui &#224; la sensation de la vie. Le papier gris&#226;tre des journaux, avec leur fade rab&#226;chage, ne lui laissait qu'un souvenir d'insipidit&#233;. D'un pass&#233; tr&#232;s lointain lui revint avec intensit&#233; l'image d'un jeune homme qui &#233;touffait dans sa cellule, se hissait sur les barreaux de la fen&#234;tre, apercevait alors trois rangs de fen&#234;tres grill&#233;es sur une fa&#231;ade jaune, une cour dans laquelle d'autres prisonniers sciaient du bois, un ciel attirant qu'il e&#251;t voulu boire&#8230; Ce lointain prisonnier &#8211; moi, un moi dont je ne sais pas en v&#233;rit&#233; s'il est vivant ou s'il est mort, un moi plus &#233;tranger &#224; moi que bien des fusill&#233;s de l'an dernier &#8211; re&#231;ut un jour des livres qui le firent renoncer avec ivresse &#224; l'appel des ciels, l'Histoire de la Civilisation de Buckle et des Contes populaires bien-pensants qu'il feuilleta avec irritation. Vers le milieu du livre le caract&#232;re d'imprimerie changeait et c'&#233;tait le Mat&#233;rialisme historique de Georges Valentinovitch Pl&#233;khanov. Jusqu'alors, lui semblait-il, ce jeune homme n'avait &#233;t&#233; que vigueur &#233;l&#233;mentaire, muscles adroits tent&#233;s par l'effort, instincts, il s'&#233;tait senti pareil &#224; un poulain dans les pr&#233;s ; et la rue sordide, l'atelier, les amendes, le manque d'argent, les semelles trou&#233;es, la prison le tenaient comme la b&#234;te au piquet. Il se d&#233;couvrit soudainement une nouvelle capacit&#233; de vivre qui d&#233;passait inexprimablement ce qu'on appelait d'ordinaire la vie. Il relisait les m&#234;mes pages en arpentant la cellule, tellement heureux de comprendre qu'il e&#251;t voulu courir et crier et qu'il &#233;crivit &#224; Tania : &#171; Pardonne-moi si je souhaite de rester ici assez pour finir ces livres. Je sais enfin pourquoi je t'aime&#8230; &#187; Qu'est-ce donc que la conscience ? Appara&#238;t-elle en nous comme une &#233;toile dans le ciel blanc du cr&#233;puscule, invisiblement, ind&#233;niablement ? Lui qui, la veille, vivait dans le brouillard, voyait maintenant la v&#233;rit&#233;. &#171; C'est cela, c'est le contact de la v&#233;rit&#233;. &#187; La v&#233;rit&#233; &#233;tait simple, proche comme une jeune femme que l'on prend dans ses bras en lui disant ch&#233;rie et dont on d&#233;couvre les yeux limpides o&#249; se m&#234;lent la lumi&#232;re et l'ombre. Il tenait la v&#233;rit&#233; pour toujours. En novembre 1917, un autre Ryjik &#8211; et pourtant le m&#234;me ? &#8211; alla r&#233;quisitionner au nom du parti, avec la garde rouge, une grande imprimerie de Vassili-Ostrov. Devant les puissantes machines qui font les livres et les journaux, il s'exclama : &#171; Eh bien, camarades, le temps du mensonge est fini ! Les hommes n'imprimeront plus que la v&#233;rit&#233; ! &#187; Le propri&#233;taire de l'imprimerie, un gros monsieur p&#226;le aux l&#232;vres jaunes pla&#231;a m&#233;chamment : &#171; Pour &#231;a, messieurs, je vous en d&#233;fie bien ! &#187; et Ryjik eut envie de le tuer sur place, mais nous n'apportions pas la barbarie, nous en finissions avec la guerre et le meurtre, nous apportions la justice prol&#233;tarienne. &#171; Nous verrons, citoyen ; sachez en tout cas que les messieurs sont &#224; jamais finis&#8230; &#187; L'homme qu'il &#233;tait en ce temps-l&#224; d&#233;passait la quarantaine, &#226;ge lourd pour les gens du travail, mais il se sentait redevenir un adolescent : &#171; La prise du pouvoir, disait-il, nous rajeunit tous de vingt ans&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois premiers jours qu'il passa sans nourriture ne le firent presque pas souffrir. Ne buvait-il pas trop ? La faim n'&#233;tait qu'un tourment visc&#233;ral qu'il mesurait avec d&#233;tachement. Des migraines l'obligeaient &#224; demeurer couch&#233;, puis elles passaient, mais des vertiges l'adossaient brusquement au mur tandis qu'il marchait. Ses oreilles s'emplissaient d'un bourdonnement de mer dans un coquillage. Il r&#234;vait plus qu'il ne pensait ; ne r&#234;vant ni ne pensant &#224; la mort si ce n'&#233;tait d'une fa&#231;on d&#233;risoirement superficielle. &#171; Concept purement n&#233;gatif, le signe moins ; la vie seule existe&#8230; &#187; C'&#233;tait &#233;vident, c'&#233;tait vertigineusement faux. Stupides, l'&#233;vidence et le vertige&#8230; Il eut froid, couch&#233; sous sa couverture et le gros manteau d'hiver : &#171; C'est la chaleur de la vie qui s'en va&#8230; &#187; Frissonna longtemps, pris d'un tremblement de feuille dans l'orage &#8211; non, d'un tremblement &#233;lectris&#233;, ding-ding-ding-ding&#8230; De grandes lueurs color&#233;es, comme les aurores bor&#233;ales, lui remplissaient les yeux ; il voyait aussi des lumi&#232;res obscures, frang&#233;es de feu : &#233;clairs, disques, plan&#232;tes &#233;teintes&#8230; Peut-&#234;tre l'homme peut-il entrevoir beaucoup de choses myst&#233;rieuses quand la mati&#232;re de son cerveau commence &#224; se d&#233;sagr&#233;ger ? N'est-elle pas faite de la m&#234;me substance que les mondes ? Une somptueuse chaleur p&#233;n&#233;trait ses membres, il se levait, &#233;conome dans ses mouvements, pour broyer entre ses doigts dont les articulations devenaient douloureuses, le seigle noir qu'il fallait d&#233;truire, d&#233;truire co&#251;te que co&#251;te, camarades, malgr&#233; son odeur affolante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour vint o&#249; il n'eut plus la force de se lever. Ses m&#226;choires se decomposaient, elles allaient crever comme un abc&#232;s, cela soulage, crever comme une grosse bulle de chair, une grosse bulle de savon transparente en laquelle il reconnaissait sa t&#234;te, un ridicule soleil grima&#231;ant. Il riait. Des glandes m&#251;rissaient sous ses oreilles, douloureusement comme une carie&#8230; Une infirmi&#232;re entrait, l'appelait affectueusement par son pr&#233;nom d'autrefois, et il se redressait pour la chasser, mais il la reconnaissait : &#171; Toi, toi, tu es morte depuis si longtemps et te voici, et c'est moi qui meurs parce qu'il le faut, ch&#233;rie. Promenons-nous un peu, veux-tu ? &#187; Ils suivaient les quais de la N&#233;va jusqu'au jardin d'&#201;t&#233;, dans la nuit blanche. &#171; J'ai soif, soif, ch&#233;rie, incroyablement soif&#8230; Je d&#233;lire, c'est bien, pourvu qu'ils ne s'en aper&#231;oivent pas trop vite. Un grand verre de bi&#232;re, mon amie ! vite ! &#187; Sa main tendue vers le gobelet trembla tellement que le gobelet roula sur le parquet avec un doux tintement de clochettes, et de belles vaches tachet&#233;es bleu et or aux cornes transparentes largement ouvertes avan&#231;aient leurs poitrines dans un pr&#233; de Kar&#233;lie ; les bouleaux grandissaient de seconde en seconde, en agitant des feuillages qui faisaient signe mieux que des mains &#8211; c'est ici la rivi&#232;re, ici la source pure, buvez, belles b&#234;tes ! Ryjik se couchait sur l'herbe pour boire, boire, boire, boire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous &#234;tes malade, citoyen ? Qu'avez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surveillant-chef lui mettait la main sur le front, une main fra&#238;che, bienfaisante, une immense main de nuages et de neige&#8230; La pitance du jour intacte sur le parquet, un reste de pain dans la cuvette du cabinet, ces &#233;normes yeux &#233;tincelants au fond des orbites bistr&#233;es, ce tremblement du grand corps qui se communiquait au lit, l'haleine f&#233;tide du prisonnier&#8230; Le surveillant-chef comprit instantan&#233;ment (et se vit perdu : quelle criminelle n&#233;gligence dans le service !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Arkhipov !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arkhipov, soldat du bataillon sp&#233;cial, entra d'un pas lourd qui retentit dans le cerveau de Ryjik comme des pellet&#233;es de terre sur sa tombe, c'est dr&#244;le, il est donc si simple d'&#234;tre mort, mais o&#249; sont les com&#232;tes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Arkhipov, versez-lui doucement de l'eau dans la bouche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surveillant-chef annon&#231;ait au t&#233;l&#233;phone : &#171; Camarade chef, je fais rapport : le prisonnier 4 est mourant&#8230; &#187; De t&#233;l&#233;phone en t&#233;l&#233;phone, la mort du prisonnier 4, encore vivant, parcourut Moscou en r&#233;pandant la panique sur son chemin ; elle bourdonnait dans le cornet acoustique du Kremlin, elle insinuait une petite voix suraigu&#235; dans les appareils de la Maison du Gouvernement, du Comit&#233; central, du commissariat de l'Int&#233;rieur, elle s'annon&#231;a d'une voix d'homme faussement ferme dans une villa entour&#233;e d'un silence idyllique au milieu des bois de la Moskova ; l&#224; son murmure agressif l'emporta sur d'autres murmures qui informaient d'une escarmouche &#224; la fronti&#232;re sino-mongole et d'une avarie grave &#224; l'usine de Tsch&#233;liabinsk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ryjik mourant ? dit le chef de sa voix basse des col&#232;res rentr&#233;es. J'ordonne qu'on le sauve !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryjik se d&#233;salt&#233;rait d'une eau d&#233;licieuse. C'&#233;tait de la glace et c'&#233;tait du soleil. Il marchait d'un pas a&#233;rien sur la neige. &#171; Ensemble, ensemble &#187;, dit-il joyeusement parce que les camarades, tous ensemble, se tenant par les bras comme lors des fun&#233;railles r&#233;volutionnaires d'autrefois, les Vieux, les &#233;nergiques, les volontaires l'entra&#238;naient sur la banquise&#8230; &#192; leurs pieds s'ouvrit tout &#224; coup une crevasse g&#233;om&#233;triquement fendue en &#233;clair ; une eau noire, lisse, &#233;toil&#233;e, clapota au fond. Ryjik cria : &#171; Camarades, prenez garde ! &#187; Une d&#233;chirante douleur, trac&#233;e en &#233;clair aussi, r&#244;dait dans sa poitrine. Il entendait de courtes explosions sous la glace&#8230; Arkhipov, soldat du bataillon sp&#233;cial vit le sourire du prisonnier se convulser sur ses dents dont le claquement s'&#233;teignit au bord du gobelet. Le regard des yeux d&#233;lirants se voila.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Citoyen ! Citoyen !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne bougeait plus du massif visage h&#233;riss&#233; de poils blancs. Arkhipov d&#233;posa lentement le gobelet sur la table, recula d'un pas, se mit au port d'armes, se figea dans la frayeur et la piti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul ne fit attention &#224; lui quand accoururent les grands personnages, le m&#233;decin en blouse blanche, un tr&#232;s, tr&#232;s haut grad&#233; aux cheveux parfum&#233;s, une petite femme en uniforme, tout &#224; fait bl&#234;me, sans l&#232;vres, un petit vieux en pardessus r&#226;p&#233; auquel le grad&#233; lui-m&#234;me, avec ses insignes de g&#233;n&#233;ral, ne parlait qu'inclin&#233;&#8230; Le m&#233;decin fit du st&#233;thoscope un geste aimable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Excusez-moi, camarades, la science n'y peut plus rien&#8230;, et prit un air ostensiblement m&#233;content, puisqu'il se sentait &#224; couvert : Pourquoi m'avoir appel&#233; trop tard ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne sut que dire. Le soldat Arkhipov se souvint que, dans les &#233;glises, on chante pour les morts sur un ton de supplication : &#171; Pardonne-le, Seigneur ! &#187; Ath&#233;e comme on doit l'&#234;tre &#224; notre &#233;poque, il se reprocha aussit&#244;t cette r&#233;miniscence, mais le chant liturgique continua malgr&#233; lui de monter dans sa m&#233;moire. &#201;tait-ce donc si mal ? Personne ne le saurait. &#171; Pardonne-le, Seigneur ! Pardonne-nous ! &#187; Le silence de la prison s'abattit pour un moment sur tout ce groupe. Les grands personnages mesuraient les cons&#233;quences : les responsabilit&#233;s &#224; &#233;tablir, l'instruction &#224; reprendre par un autre bout, le chef &#224; informer, &#224; quoi raccrocher le proc&#232;s Toula&#233;v ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#192; qui appartenait l'accus&#233;, demanda Popov sans regarder personne, car il savait parfaitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#192; la camarade Zv&#233;r&#233;va, r&#233;pondit le haut-commissaire int&#233;rimaire &#224; la S&#251;ret&#233;, Gord&#233;ev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Lui avez-vous fait passer une visite m&#233;dicale &#224; l'arriv&#233;e, camarade Zv&#233;r&#233;va ? Receviez-vous des rapports quotidiens sur son &#233;tat et son attitude ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je croyais&#8230; Non&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;probation de Popov, &#233;clata :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous entendez, Gord&#233;ev, vous entendez ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emport&#233; par sa col&#232;re, il se jeta le premier hors de la cellule. Il courait presque, ch&#233;tif, pareil &#224; un trop grand polichinelle, mais c'&#233;tait lui qui entra&#238;nait l'imposant Gord&#233;ev au bout d'un fil invisible. Zv&#233;r&#233;va sortit la derni&#232;re. En passant devant le soldat Arkhipov, elle sentit qu'il la regardait avec haine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. LA ROUTE DE L'OR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis son retour d'Espagne, Kondratiev vivait dans une sorte de vide. La r&#233;alit&#233; le fuyait. Sa chambre, au quatorzi&#232;me &#233;tage de la Maison du Gouvernement n'&#233;tait qu'abandon. Les livres s'empilaient sur le petit bureau, ouverts, les uns sur les autres. Les journaux d&#233;pli&#233;s encombraient le divan sur lequel il se jetait subitement, les yeux au plafond, le cerveau vide, avec une l&#233;g&#232;re sensation de panique dans la poitrine. Le lit paraissait toujours d&#233;fait, mais ne ressemblait plus, bizarrement, &#224; un lit de vrai vivant, et Kondratiev n'aimait pas &#224; le voir, n'aimait pas &#224; se d&#233;v&#234;tir pour s'y coucher, n'aimait plus &#224; dormir &#8211; dire qu'il faudra se r&#233;veiller demain, revoir ce plafond blanc, ces tentures d'h&#244;tel assez riche, ce cendrier plein de cigarettes inachev&#233;es, oubli&#233;es &#224; peine commenc&#233;es, ces photos nagu&#232;re ch&#232;res qui ne signifiaient plus rien en somme&#8230; &#201;tonnant, comme les images s'&#233;teignent. Il ne supportait que la fen&#234;tre d'o&#249; l'on voyait les chantiers du grand Palais des Soviets, la courbe de la Moskova, les tours et les &#233;difices superpos&#233;s du Kremlin, la caserne carr&#233;e des derni&#232;res tyrannies (avant la n&#244;tre), les bulbes des vieilles &#233;glises, la tour blanche d'Ivan le Terrible&#8230; Des gens cheminaient toujours sur le quai, une auto de fonctionnaire d&#233;passait un vieil attelage de briquetiers des si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents et ces mouvements de fourmis occup&#233;es, avec des b&#234;tes et des moteurs, l'intriguaient. Ces fourmis s'imaginent donc qu'elles ont quelque chose &#224; faire, qu'il y a un sens &#224; leurs toutes petites existences ? Un sens autre que celui de la statistique ? Mais qu'est-ce que j'ai, moi, pour avoir de ces id&#233;es malades ? N'ai-je pas v&#233;cu consciemment, fermement ? Suis-je en train de devenir un n&#233;vros&#233; ? Il savait tr&#232;s bien qu'il ne devenait pas un n&#233;vros&#233;, mais il n'&#233;chappait au malaise de cette chambre qu'&#224; cette fen&#234;tre. Les tours pointues gardaient leur s&#233;v&#233;rit&#233; de vieilles pierres, le ciel &#233;tait vaste, la sensation d'une ville immense s'imposait comme un r&#233;confort. Rien ne saurait finir, qu'est-ce qu'un homme qui finit ? Kondratiev sortait, prenait un tram jusqu'&#224; un terminus de faubourg o&#249; jamais ne s'&#233;garaient les personnages de son rang, errait dans de pauvres rues bord&#233;es de terrains vagues et de maisons en bois aux volets bleus et verts. Il y avait des pompes aux carrefours. Son pas ralentissait devant des fen&#234;tres derri&#232;re lesquelles paraissait r&#233;gner une chaude intimit&#233;, parce qu'elles avaient des rideaux proprets, des fleurs sur le rebord int&#233;rieur, des petites casseroles mises entre les pots pour &#234;tre au frais. S'il e&#251;t os&#233;, il se f&#251;t arr&#234;t&#233; l&#224; pour voir vivre les gens, &#8211; les gens vivent, c'est singulier, ils vivent simplement, ce vide n'existe pas pour eux, ils ne sauraient concevoir qu'il y a des hommes qui marchent &#224; travers le vide, si pr&#232;s d'eux, dans un tout autre monde, et qui n'auront plus jamais d'autres chemins. Mais secoue-toi donc, tu deviens malade ! Il s'imposait la corv&#233;e de se montrer au trust des Combustibles, &#233;tant cens&#233; y contr&#244;ler l'ex&#233;cution des plans sp&#233;ciaux de la Direction centrale du ravitaillement de l'ann&#233;e. D'autres faisaient ce travail et ces autres le regardaient dr&#244;lement, avec le respect coutumier, mais pourquoi chez eux cette attitude distante et comme peureuse ? La secr&#233;taire, Tamara L&#233;onti&#233;vna entrait trop silencieusement dans le bureau vitr&#233;, elle avait des l&#232;vres muettes dessin&#233;es d'un rouge trop dur, un regard apeur&#233; et pourquoi baissait-elle ainsi la voix en lui r&#233;pondant sans plus jamais sourire ? L'id&#233;e le traversa que peut-&#234;tre &#233;tait-il ainsi, lui, et que son expression, sa froideur, son angoisse &#224; lui (c'&#233;tait bien de l'angoisse) se percevaient au premier abord. Serais-je contagieux ? Il alla se regarder dans la glace du lavabo et resta devant lui-m&#234;me, sans presque penser, un long moment, dans une immobilit&#233; d&#233;sertique. Absurde, au fond, comme nous nous int&#233;ressons &#224; nous-m&#234;mes ! C'est moi cet homme fatigu&#233;, cette face jaunie, cette vilaine bouche aux l&#232;vres d'un roux tirant sur le gris, moi, moi, moi, moi cette apparence humaine, ce fant&#244;me charnel ! Les yeux rappelaient d'autres Kondratiev disparus qui ne laissaient pas de regrets &#224; celui-ci. Absurde d'avoir tant v&#233;cu pour en &#234;tre l&#224;. Changerai-je beaucoup quand je serai mort ? On ne prend probablement pas la peine de fermer les yeux aux fusill&#233;s, j'aurai ce regard-l&#224; fix&#233; pour toujours, c'est-&#224;-dire pour peu de temps, jusqu'&#224; la d&#233;composition des tissus ou &#224; la cr&#233;mation. Il haussa les &#233;paules, se lava les mains en les savonnant automatiquement, trop longtemps, se peigna, alluma une cigarette, s'oublia. Qu'est-ce que je fais l&#224; ? Il fuma devant la glace, le regard absent, ne pensant &#224; rien. Il revint &#224; son cabinet. Tamara L&#233;onti&#233;vna l'y attendait en affectant de relire le courrier du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Veuillez signer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pourquoi ne l'appelait-elle ni &#171; camarade &#187; ni plus aimablement Ivan Nicola&#233;vitch ? Elle &#233;vitait son regard, elle devait &#234;tre g&#234;n&#233;e qu'il v&#238;t ses mains, la nudit&#233; de ses mains fines et simples. Les ongles n'en &#233;taient pas teints, elle les dissimulait derri&#232;re les papiers. Ne craindrait-on pas de la sorte le regard d'un mourant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais ne cachez donc pas vos mains, Tamara L&#233;onti&#233;vna, dit Kondratiev avec humeur et il s'excusa aussit&#244;t, les sourcils fronc&#233;s, d'un ton bourru : Je veux dire que &#231;a m'est &#233;gal, cachez-les si vous voulez, excusez-moi ; on ne peut pas envoyer cette lettre aux Houill&#232;res de Malachovo, ce n'est pas du tout ce que je vous avais dit, voyons !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'entendit pas les explications de la secr&#233;taire, mais r&#233;pondit avec soulagement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est cela, tout &#224; fait cela, refaites la lettre dans ce sens&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tonnement des yeux bruns qui &#233;taient tout pr&#232;s, malignement pr&#232;s, interrogateurs ou effray&#233;s, lui donna un l&#233;ger choc et il signa la lettre en se donnant une allure d&#233;gag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Apr&#232;s tout, c'est vrai, &#231;a va&#8230; Je ne viendrai pas demain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est entendu, Ivan Nikola&#233;vitch, r&#233;pondit la secr&#233;taire d'une voix bienfaisante, naturelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est entendu, Tamara L&#233;onti&#233;vna, r&#233;p&#233;ta-t-il gaiement et il la cong&#233;dia d'un signe de t&#234;te amical, du moins en eut-il le sentiment, car en v&#233;rit&#233; son visage demeurait affreusement triste. Seul, il alluma une cigarette qu'il regarda tr&#232;s attentivement se consumer entre ses doigts appuy&#233;s au bord de la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands directeurs l'&#233;vitaient, lui-m&#234;me &#233;vitait les chefs de service toujours pr&#233;occup&#233;s de choses insignifiantes. Le pr&#233;sident du trust sortait de son cabinet au moment o&#249; Kondratiev appelait l'ascenseur. Il fallut qu'ils se fissent descendre ensemble dans cette bo&#238;te vitr&#233;e en acajou sombre et dont les glaces multipliaient leurs deux images lourdes. Ils se parl&#232;rent presque comme de coutume, mais le directeur n'offrit pas &#224; Kondratiev une place dans sa voiture, il s'y engouffra tr&#232;s vite, sur une poign&#233;e de main h&#226;tive, si d&#233;sagr&#233;able que Kondratiev, l'instant d'apr&#232;s, se frottait les mains pour en abolir la sensation. Comment ce gros &#234;tre au cou porcin pouvait-il deviner ? Comment Kondratiev devinait-il lui-m&#234;me ? Cette interrogation ne suscitait aucune r&#233;ponse raisonnable, mais il savait et les autres, tous les autres qu'il rencontrait, savaient aussi. &#192; la conf&#233;rence de l'Institut d'agronomie, le conf&#233;rencier, un jeune technicien tr&#232;s arriviste et tr&#232;s dou&#233; dont il &#233;tait question pour la sous-direction du trust des For&#234;ts de Transbaikalie, s'&#233;vada discr&#232;tement par la porte du fond pour ne pas devoir, de toute &#233;vidence, s'entretenir un moment avec Kondratiev qui l'avait prot&#233;g&#233;. Kondratiev s'&#233;tait assis seul dans un angle de la salle et personne n'&#233;tait venu prendre place pr&#232;s de lui et, pour &#233;viter les petits saluts embarrass&#233;s des camarades, il s'&#233;tait attard&#233; &#224; la sortie avec des &#233;tudiantes : seules, ces grandes fillettes ne savaient pas, &#233;videmment, elles avaient encore pour lui des regards ordinaires, avenants, elles voyaient encore en lui un personnage important, un vieux du parti, elles l'admiraient m&#234;me un peu parce que, selon la rumeur, il approchait le chef, il avait rempli une mission en Espagne, il &#233;tait un homme d'une race particuli&#232;re, un for&#231;at d'autrefois, un h&#233;ros de la guerre civile, avec un complet n&#233;glig&#233;, une cravate mal nou&#233;e, de bons yeux fatigu&#233;s (assez bel homme en v&#233;rit&#233;), mais pourquoi cette petite de la Polytechnique que nous avons vue l'autre soir au Grand Th&#233;&#226;tre l'a-t-elle quitt&#233; ? Les deux grandes fillettes se le demand&#232;rent tandis qu'il s'&#233;loignait lentement, les &#233;paules carr&#233;es, le pas pesant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il doit avoir un mauvais caract&#232;re, dit l'une, as-tu remarqu&#233; ces rides de son front et ce froncement de sourcils ? Dieu sait ce qu'il a dans la t&#234;te&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'avait dans la t&#234;te que ce &#171; comment savent-ils tous, comment suis-je moi-m&#234;me, mais est-ce que je le sais vraiment, n'est-ce pas que l'on lit sur mon visage une angoisse nerveuse ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autobus plein de gens qu'il ne voyait pas l'emporta vers le parc de Sokolniki. Il marcha dans la solitude et la nuit sous les grands arbres froids, entra dans un cabaret o&#249; des ouvriers qui ressemblaient &#224; des vauriens et des voyous qui ressemblaient &#224; des ouvriers buvaient de la bi&#232;re en fumant, au milieu des &#233;clats de voix d'une tra&#238;nante dispute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; T'es un salaud, vieux fr&#232;re, et c'est dr&#244;le que tu veuilles pas en convenir. Te f&#226;ches pas, moi j'en conviens, j'suis un salaud, moi aussi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre endroit de la salle, une voix jeune cria :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#199;a c'est vrai, citoyen !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'homme ivre r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; S&#251;r que c'est vrai, nous sommes tous des salauds&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet homme se levait, &#233;pais, dans de gros v&#234;tements de coolie qui n'&#233;taient pas de saison, la chevelure rousse, le front luisant, il emmenait son compagnon titubant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Allons-nous-en, vieux fr&#232;re, on est aussi des chr&#233;tiens, aujourd'hui je ne casse la gueule &#224; personne&#8230; Et s'ils savent pas qu'ils sont des salauds faut pas leur dire pour pas les vexer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vit Kondratiev, un &#233;tranger triste et fort, au complet d'Europ&#233;en, accoud&#233; sur la table mouill&#233;e et qui regardait vaguement devant lui. L'homme ivre s'arr&#234;ta, perplexe, et se parlant &#224; lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et celui-l&#224;, est-ce aussi un salaud ? Difficile &#224; dire&#8230; Excusez-moi, citoyen, je ne cherche que la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev lui montra les dents dans un demi-sourire amus&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je suis presque pareil &#224; toi, citoyen, mais il est malais&#233; de juger&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut dit d'un ton grave qui porta. Il se sentit trop regard&#233;, se leva, s'en alla. Dans la nuit noire, un type louche, &#224; casquette, braquant sur lui une lanterne de poche, lui demanda tout &#224; coup ses papiers ; et, devant le laissez-passer du Comit&#233; central, recula, comme pour s'&#233;vanouir dans les t&#233;n&#232;bres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Excusez-moi, camarade, le service&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Fous le camp, bougonnait Kondratiev, et vivement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le type louche, au bord du noir absolu, lui fit le salut militaire, de la main port&#233;e &#224; la hauteur d'une informe casquette. Et Kondratiev, reprenant d'un pas all&#233;g&#233; sa marche dans l'all&#233;e noire, sut deux choses incontestables : que le doute n'&#233;tait pas possible, ce n'&#233;tait pas la peine de se r&#233;capituler les indices, et qu'il lutterait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il savait, et tous ceux qui l'approchaient devaient savoir, car cette subtile r&#233;v&#233;lation &#233;manait de lui, il savait qu'un dossier KONDRATIEV, I. N. voyageait de bureau en bureau, dans le domaine illimit&#233; du secret le plus secret, laissant partout apr&#232;s lui un trouble sans nom. Des messagers confidentiels d&#233;posaient ce pli cachet&#233; sur les tables du Service secret du Secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral ; des mains attentives l'y prenaient, l'ouvraient, annotaient le nouveau document joint par le haut-commissariat de la S&#251;ret&#233; ; le pli ouvert franchissait des portes, pareilles &#224; toutes les portes du monde, dans l'&#233;troite r&#233;gion o&#249; tous les secrets se montraient nus, silencieux, souvent mortels, mortellement simples. Le chef parcourait un moment ces papiers, il devait avoir son vieux visage de chair grise, son front bas, creus&#233; de rides, ses petits yeux roux au regard anguleux, un regard dur d'homme abandonn&#233;. &#171; Tu es seul, fr&#232;re, absolument seul avec tous ces papiers empoisonn&#233;s que tu as fait na&#238;tre. O&#249; te m&#232;nent-ils ? Tu sais o&#249; ils nous m&#232;nent, mais tu ne peux pas savoir o&#249; ils te m&#232;nent, toi. Tu te noieras au bout du chemin, fr&#232;re, j'ai piti&#233; de toi. Des jours terribles viennent et tu seras seul avec des millions de visages menteurs, seul avec tes &#233;normes portraits placard&#233;s sur les fa&#231;ades, seul avec les spectres aux cr&#226;nes trou&#233;s, seul au sommet de cette pyramide d'ossements, seul avec ce pays d&#233;sert&#233; de lui-m&#234;me, trahi par toi qui es fid&#232;le, comme nous, fou de fid&#233;lit&#233;, fou de soup&#231;ons, fou de jalousies rentr&#233;es depuis toute ta vie&#8230; Ta vie a &#233;t&#233; noire, toi seul tu te vois presque tel que tu es, faible, faible, faible, affol&#233; par les probl&#232;mes, faible et fid&#232;le, et m&#233;chant parce que tu es, sous la cuirasse que tu ne quitteras jamais, dans laquelle tu mourras, raidi de volont&#233;, d&#233;bile et nul. C'est cela ton drame. Tu voudrais d&#233;truire tous les miroirs du monde pour ne plus t'y reconna&#238;tre, et nos yeux sont tes miroirs et tu les d&#233;truits, tu as fait sauter les cr&#226;nes pour d&#233;truire les yeux dans lesquels tu te voyais, tu te jugeais, tel que tu es, irr&#233;m&#233;diablement&#8230; Est-ce que mes yeux te g&#234;nent, fr&#232;re ? Regarde-moi bien en face, laisse-l&#224; tous ces papiers fabriqu&#233;s par notre machine &#224; &#233;craser les hommes. Je ne te reproche rien, je mesure toute ta faute, mais je vois toute ta solitude et je pense &#224; demain. Personne ne peut ressusciter les morts ni sauver ce qui a &#233;t&#233; perdu, ce qui meurt d&#233;j&#224;, nous ne pouvons pas ralentir le glissement vers l'ab&#238;me, coincer la machine. Je suis sans haine, fr&#232;re, je suis sans peur, je suis comme toi, je n'ai peur que pour toi, &#224; cause du pays. Tu n'es ni grand ni intelligent, mais tu es fort et d&#233;vou&#233; comme tous ceux qui valaient mieux que toi et que tu as fait dispara&#238;tre. L'histoire nous joue ce mauvais tour : nous n'avons que toi. Voil&#224; ce que mes yeux te disent, tu peux me tuer, tu n'en seras que plus d&#233;sarm&#233;, plus seul, plus nul et peut-&#234;tre ne m'oublieras-tu pas, comme tu n'as pas oubli&#233; les autres&#8230; Quand tu nous auras tous tu&#233;s, tu seras le dernier, fr&#232;re, le dernier d'entre nous, le dernier pour toi-m&#234;me et le mensonge, le danger, le poids de la machine que tu as mont&#233;e t'&#233;toufferont&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef levait lentement la t&#234;te parce que tout en lui &#233;tait pesant, et il n'&#233;tait pas terrible, il &#233;tait vieux, les cheveux blanchissants, les paupi&#232;res boursoufl&#233;es, et il demandait simplement, d'un ton lourd comme la charpente de ses &#233;paules : &#171; Que faire ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que faire ? &#187;, r&#233;p&#233;ta Kondratiev, &#224; voix haute, dans la nuit fra&#238;che. Il allait &#224; grandes enjamb&#233;es vers un point rouge doucement oscillant au milieu de la chauss&#233;e. Des &#233;toiles se d&#233;gag&#232;rent au-dessus des b&#226;tisses en briques de la place Spartacus ; &#224; droite, le square noir aux arbres malingres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que faire, mon vieux ? je ne te demande pas d'avouer&#8230; Si tu te mettais &#224; avouer, toi, tout s'&#233;croulerait. C'est ta fa&#231;on de tenir un monde dans tes mains : te taire&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quelques pas de la petite lanterne rouge, dans une cuve &#224; goudron encore chaude sans doute, des t&#234;tes &#233;bouriff&#233;es se serraient les unes contre les autres, avec les points dor&#233;s des cigarettes ; et de l&#224; venait un murmure de voix agit&#233;es. Kondratiev, les mains dans les poches, la t&#234;te baiss&#233;e, s'arr&#234;tait devant son probl&#232;me &#224; cause d'un c&#226;ble qui lui barrait la route et de la lanterne signalant les travaux. Il voyait tr&#232;s bien, mais il ne regardait qu'en lui-m&#234;me et bien au-del&#224; de lui-m&#234;me. Dans la cuve chaude, des t&#234;tes se hauss&#232;rent, tourn&#233;es vers ce passant qui n'avait pas l'air d'un type de la milice, et l'on sait tr&#232;s bien que ces fain&#233;ants-l&#224; ne sont plus dehors &#224; trois heures du matin. Un pochard alors, avec des poches &#224; vider, dis donc, I&#233;romka le Malin, c'est ton tour, et c'est toi le sp&#233;cialiste de ces citoyens, il a l'air costaud, m&#233;fie-toi&#8230; I&#233;romka se redressait tout entier, mince ainsi qu'une fille, mais tout en acier, le couteau pr&#234;t dans les haillons de la ceinture, et il regarda &#224; travers l'obscurit&#233; cet homme de cinquante-cinq ans, carr&#233; d'&#233;paules et du menton, bien habill&#233;, qui continuait &#224; se parler tout bas &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; H&#233;, oncle ! dit I&#233;romka, d'une voix sifflante que l'on entendait bien o&#249; il fallait qu'on l'entend&#238;t, mais qui se perdait aussit&#244;t dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu&#233; qu't'as, oncle ? T'es so&#251;l ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev aper&#231;ut le groupe d'enfants et joyeusement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Salut ! Pas trop froid ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas so&#251;l, bizarrement cordial, un ton assur&#233; : alarmant. I&#233;romka sortit lentement de la cuve et s'approcha en boitant un peu (un truc &#224; lui pour para&#238;tre plus d&#233;bile qu'il n'&#233;tait ; fil de fer, d&#233;soss&#233;, pantin d&#233;traqu&#233; aux articulations m&#233;talliques, il fait penser &#224; tout cela). S&#233;par&#233;s seulement par le c&#226;ble et la lanterne rouge, I&#233;romka et Kondratiev s'interrog&#232;rent de tout pr&#232;s dans un silence opaque. &#171; Voici nos enfants, voici nos enfants abandonn&#233;s, Iossif, je te pr&#233;sente nos enfants &#187;, pensait Kondratiev et cela mettait sur ses l&#232;vres noires un sourire noir. &#171; Ils ont des couteaux dans leurs loques pouilleuses, nous n'avons rien su leur donner de plus. Je sais que ce n'est pas notre faute. Et toi, tu as tous les revolvers de tes troupes sp&#233;ciales, tu n'as rien su te donner non plus, toi qui avais toutes nos richesses entre les mains&#8230; &#187; I&#233;romka l'&#233;tudiait de bas en haut, de ses yeux de fille dangereuse. Il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oncle, va-t'en, tu n'as rien perdu ici&#8230; Ici, c'est la conf&#233;rence des gosses du rayon, t'as compris ? On est occup&#233; ; va-t'en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est bon, r&#233;pondit Kondratiev, je m'en vais. Salut &#224; la conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Un lunatique, rapporta I&#233;romka aux copains serr&#233;s en rond dans la cuve, rien &#224; craindre ; continue, Timocha&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev s'en allait vers les tours des trois gares, celle d'Octobre, celle de Yaroslavl, celle de Kazan, celle de la r&#233;volution, celle de la ville o&#249; nous avons eu dix-huit fusill&#233;s, trois cent cinquante vaincus d'un seul coup, celle de Kazan o&#249; nous avons sur un br&#251;lot, avec Trotsky et Raskolnikov, incendi&#233; la flottille blanche&#8230; C'est &#233;tonnant comme nous avons &#233;t&#233; victorieux, comme nous sommes victorieux, comme nous sommes abandonn&#233;s et vaincus (Yaroslavl ne fait plus penser qu'&#224; une prison secr&#232;te), pareils &#224; ces petits voyous qui conf&#233;rencient peut-&#234;tre sur un crime ou sur la bonne organisation de la mendicit&#233; et des vols autour des trois gares &#8211; mais ils vivent, ils luttent, ils ont raison de mendier, de tuer, de voler, de conf&#233;rencier, ils luttent&#8230; Kondratiev se parlait avec chaleur, en gesticulant de la main ouverte, de m&#234;me qu'&#224; la tribune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il rentra chez lui des coqs chantaient dans les cours au lointain, ce devait &#234;tre dans des rues d'aspect provincial avec de petites maisons en bois et briques, surpeupl&#233;es et encombr&#233;es, des arbres d'autrefois dans de mis&#233;rables jardinets, des tas d'ordures dans les coins et dans chaque chambre dormait chaudement une famille, les enfants au pied du lit des parents, sous des couvertures bigarr&#233;es faites de morceaux de tissus voyants cousus ensemble par petits rectangles. Il y avait des ic&#244;nes dans les angles du plafond et des dessins d'&#233;coliers &#233;pingl&#233;s au papier jauni des murs, et des nourritures indigentes au bord de la fen&#234;tre. Kondratiev envia ces gens qui dormaient le sommeil de leurs vies, l'homme et la femme l'un contre l'autre, dans l'odeur animale &#233;manant de leurs corps confondus. Sa chambre &#233;tait fra&#238;che, propre et vide ; le cendrier, le papier &#224; lettres, le calendrier, le t&#233;l&#233;phone, les livres de l'Institut de l'&#233;conomie planifi&#233;e, tout y semblait inutile, rien n'y vivait. Il regarda son lit avec une frayeur triste. Se coucher dans des draps (les draps comme un linceul) une fois de plus, se d&#233;battre avec une pens&#233;e inutile et impuissante, savoir qu'il y aura l'heure absolument noire de la lucidit&#233; en plein vide, quand la vie n'a plus aucun sens, et si elle n'est plus que cette angoisse vaine, cette conscience vacillante de l'&#224; quoi bon, comment se fuir ? Le regard s'apaise un moment sur le browning pos&#233; sur la table de nuit&#8230; Kondratiev revint de la fen&#234;tre &#224; l'alc&#244;ve, prit le browning, le soupesa avec contentement. Qu'est-ce qui se passe en nous pour qu'on se sente subitement, absurdement raffermi ? Il s'entendit murmurer : &#171; Certainement. &#187; L'aube grandissait &#224; la fen&#234;tre, le quai de la Moskova &#233;tait encore d&#233;sert, la ba&#239;onnette d'un factionnaire bougeait entre les cr&#233;neaux sur le mur de ronde du Kremlin, une touche d'or p&#226;le se posa sur le bulbe d&#233;dor&#233; de la tour d'Ivan le Terrible, ce fut une lumi&#232;re &#224; peine discernable, mais d&#233;j&#224; victorieuse, presque rose et le ciel rosissant, il n'y avait pas de limite entre le rose matinal et le bleu de la nuit finissante o&#249; les derni&#232;res &#233;toiles allaient s'&#233;teindre. &#171; Ce sont les plus fortes et elles vont s'&#233;teindre parce qu'elles sont &#233;blouies&#8230; &#187; Une fra&#238;cheur extraordinaire, irradiait de ce paysage de ciel et de ville et le sentiment d'une puissance illimit&#233;e comme ce ciel venait des pierres, des trottoirs, des murailles, des chantiers, des charrettes qui apparurent et s'avanc&#232;rent sur le quai, lentement, longeant l'eau rose et bleue. Des millions d'&#234;tre indestructibles, patients, infatigables allaient se d&#233;gager du sommeil et des pierres parce que le ciel rayonnait, se remettre &#224; suivre leurs millions de chemins qui tous m&#232;nent &#224; l'avenir. &#171; Eh bien, eh bien, camarades, leur disait Kondratiev, ma d&#233;cision est prise. Je lutte. La r&#233;volution a besoin d'une conscience propre&#8230; &#187; Ces mots faillirent le replonger dans le d&#233;sespoir. La conscience d'un homme, la sienne, us&#233;e et paralys&#233;e, mais &#224; quoi pouvait-elle encore servir, propre ou non ? Du grand jour naquirent des id&#233;es claires. &#171; Serais-je seul, serais-je le dernier, je n'ai que ma vie &#224; donner, je la donne et je dis NON. C'est trop de morts dans le mensonge et la d&#233;mence, je ne consens pas &#224; d&#233;moraliser davantage ce qui nous reste du parti&#8230; Non. Il y a quelque part sur la terre des jeunes gens inconnus dont il faut tenter de sauver la conscience naissante. NON. &#187; Quand on pense net, les choses deviennent d'une limpidit&#233; de ciel matinal ; il ne faut pas penser &#224; la mani&#232;re des intellectuels, il faut que le cerveau ait le sentiment d'agir&#8230; Il se d&#233;v&#234;tit devant la fen&#234;tre ouverte, bien qu'il f&#238;t assez froid, pour mieux voir monter le jour. &#171; Je ne vais pas pouvoir dormir&#8230; &#187; Ce fut sa derni&#232;re lueur de pens&#233;e ; d&#233;j&#224; il s'endormait. D'&#233;normes &#233;toiles qui &#233;taient de feu pur, les unes cuivr&#233;es, les autres d'un bleu transparent, d'autres encore rougeoyantes, peupl&#232;rent la nuit de son r&#234;ve. Elles se mouvaient myst&#233;rieusement, elles se balan&#231;aient plut&#244;t, la spirale diamant&#233;e d'une n&#233;buleuse se d&#233;gagea des t&#233;n&#232;bres surcharg&#233;es d'une inexplicable lumi&#232;re, grandit, regarde, regarde les mondes &#233;ternels &#8211; &#224; qui disait-il cela ? Il y avait aussi une pr&#233;sence : mais qui &#233;tait-ce donc, qui ? La n&#233;buleuse remplissait le ciel, d&#233;bordait sur la terre, ce n'&#233;tait plus qu'une fleur de tournesol, &#233;norme et resplendissante, dans une courette, sous une fen&#234;tre close, les mains de Tamara L&#233;onti&#233;vna firent un signe, il y eut des escaliers dall&#233;s, tr&#232;s larges, qu'ils gravirent en courant, et un torrent ambr&#233; glissait en sens inverse, et dans les flots du torrent de gros poissons sautaient comme les saumons lorsqu'ils remontent les fleuves&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se rasant, vers midi, Kondratiev retrouva dans son esprit des lambeaux de ces images ; elles &#233;taient bienfaisantes. Les bonnes femmes diraient&#8230; Mais que dirait un psychanalyste ? Je me fous des psychanalystes ! La convocation du Comit&#233; du parti ne lui causa aucune &#233;motion. Ce n'&#233;tait rien en effet, il s'agissait d'une mission de peu d'importance, une f&#234;te &#224; pr&#233;sider &#224; Serpoukhovo, &#224; l'occasion de la remise par les ouvriers de l'usine Illitch d'un drapeau &#224; un bataillon de chars d'assaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les gars des chars d'assaut sont &#233;patants, Ivan Nikola&#233;vitch, disait le secr&#233;taire du Comit&#233;, mais il y a eu des histoires dans ce bataillon, un suicide ou deux, un instructeur politique incapable, il faut un bon discours&#8230; Parlez du chef, dites que vous l'avez vu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui remit, pour &#233;viter tout malentendu, des th&#232;ses en abr&#233;g&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comptez sur moi, dit Kondratiev, pour un bon discours. Et le suicid&#233; qui s'est manqu&#233;, je lui dirai quatre mots !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pensait &#224; ce gar&#231;on inconnu avec amour et col&#232;re. &#192; vingt-cinq ans, quand on a ce pays &#224; servir, tu n'es pas fou, mon gars ? Il alla au buffet s'acheter les cigarettes les plus ch&#232;res, luxe qu'il se permettait rarement. Une d&#233;l&#233;gation d'ouvri&#232;res du Zamoskvor&#233;tchi&#233; prenait le th&#233; avec les organisatrices de la section f&#233;minine et le directeur des Cadres de la production. Ils avaient rapproch&#233; plusieurs tables. Des g&#233;raniums posaient de belles taches rouges au-dessus des nappes ; d'autres taches rouges, plus belles, &#233;taient celles des serre-t&#234;te sur de jeunes fronts. Plusieurs visages se tourn&#232;rent vers l'homme vieillissant qui ouvrait une bo&#238;te de cigarettes, parce que l'organisatrice venait de souffler : &#171; C'est Kondratiev, membre suppl&#233;ant du C.C&#8230; &#187; Les mots &#171; Comit&#233; central &#187; firent le tour de la table. Cet homme vieillissant appartenait &#224; la puissance, au pass&#233;, au d&#233;vouement, au secret. La rumeur des voix baissa, puis le directeur des Cadres de la production cria de sa grosse voix cordiale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; H&#233;, Kondratiev, viens donc prendre le th&#233; avec la g&#233;n&#233;ration montante du Zamoskvor&#233;tchi&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment entra Popov, et il vint de son pas vieillot, la casquette sur ses m&#232;ches grises, mettre ses deux mains sur les &#233;paules de Kondratiev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Sacr&#233; vieux fr&#232;re, ce qu'il y a des temps qu'on s'est pas vus ! Comment vas-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comme &#231;a. Et toi ? Sant&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas fameuse. Surmen&#233;. Et que le diable emporte l'Institut de l'homme qui ne nous a pas encore invent&#233; un bon truc de rajeunissement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les yeux dans les yeux, ils se sourirent amicalement. Ensemble, ils prirent place &#224; la grande table des ouvri&#232;res du textile. Le remuement des chaises fut all&#232;gre. Il y avait des insignes sur les corsages, plusieurs t&#234;tes charmantes aux pommettes larges, aux yeux larges, des visages d'accueil. Une jeune femme invoqua tout de suite leur t&#233;moignage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; D&#233;partagez-nous, camarades, nous continuons &#224; discuter l'index de la production. Je disais que la nouvelle rationalisation n'a pas &#233;t&#233; pouss&#233;e &#224; fond&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si pleine de ce qu'elle avait &#224; en dire qu'elle levait les deux mains, s'empourprait, et comme elle avait le teint tr&#232;s clair, la bouche grande, les yeux d'un gris vert de feuillage dans le froid, le bandeau rouge sur son front bomb&#233;, devenait presque belle, n'&#233;tant que banale, une fille de la terre devenue fille de l'usine avec la passion des machines et des chiffres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vous &#233;coute, camarade, dit Kondratiev un peu amus&#233;, mais content tout de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ne l'&#233;coutez pas, coupa une autre qui avait un visage mince et s&#233;v&#232;re sous des tresses brunes bien roul&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Efremovna, tu exag&#232;res toujours, la t&#226;che a &#233;t&#233; remplie &#224; 104 %, mais nous avons eu vingt-sept avaries de machines au tissage, voil&#224; la vraie cause de l'&#233;chec&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des visages de vieilles ouvri&#232;res d&#233;cor&#233;es s'anim&#232;rent : non, non, ce n'&#233;tait pas cela non plus ! Les mains de Popov, terreuses comme celles d'un vieux paysan, demandaient du silence et il expliqua que les vieux du parti &#8211; mmm&#8230; &#8211;, n'&#233;taient pas comp&#233;tents en mati&#232;re d'industrie textile, hum, mmm, c'est vous la jeunesse comp&#233;tente, avec les ing&#233;nieurs, seulement, mmm, les directives du plan exigent de la bonne volont&#233;, mmm, je disais, de la r&#233;solution, hmmm, nous devons &#234;tre un pays de fer, avec une volont&#233; de fer&#8230; mmm. &#171; Juste, Juste ! &#187;, dirent des voix jeunes et vieilles et ce fut un ch&#339;ur murmur&#233;, &#171; volont&#233; de fer, volont&#233; de fer&#8230; &#187;. Kondratiev regardait attentivement les t&#234;tes, l'une apr&#232;s l'autre, soupesant en lui-m&#234;me ce qu'il y avait d'officiel et de sinc&#232;re dans ces phrases, beaucoup plus de sinc&#233;rit&#233;, certes, et la phrase conventionnelle est sinc&#232;re aussi, tout au fond. La volont&#233; de fer, oui. Il posa sur le profil gris du vieux Popov un regard durci. Nous allons voir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instant suivant, Popov et Kondratiev se trouv&#232;rent seuls dans les larges fauteuils de cuir d'un bureau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bavardons un peu, Kondratiev, veux-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bien s&#251;r&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entretien erra. Kondratiev devint soup&#231;onneux. Qu'avait-il dans le ventre, ce vieux-l&#224; ? O&#249; voulait-il en venir avec ces pu&#233;rilit&#233;s ? Il est dans la confiance du Bureau politique, il fait de certaines besognes&#8230; Est-ce vraiment par hasard que nous nous sommes rencontr&#233;s ? &#192; la fin, Popov demanda, apr&#232;s avoir parl&#233; de Paris, du P.C. fran&#231;ais et de l'agent qui dirigeait ce parti, pas &#224; la hauteur, mmm, je crois qu'on va le remplacer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; et l'impression qu'ont faite les proc&#232;s &#224; l'&#233;tranger, qu'en dis-tu ? Mmmm&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ah, pensa Kondratiev, c'est l&#224; que tu voulais en venir ? &#187; Il se sentait aussi bien, aussi calme que la nuit pr&#233;c&#233;dente dans sa chambre baign&#233;e d'aube et de fra&#238;cheur, le browning dans la main &#224; trente centim&#232;tres d'une t&#234;te disponible, vigoureuse et courageuse, tandis que la lumi&#232;re rose &#233;blouissait les derni&#232;res &#233;toiles, les plus ardentes, r&#233;duites &#224; des points blancs presque absorb&#233;s par la nue. Dr&#244;le de question que l'on ne posait jamais, dangereuse question. Tu la poses, vieux fr&#232;re ? C'est peut-&#234;tre pour me la poser que tu m'attendais ici ? Et tu vas faire maintenant ton rapport, hein, vieux salaud ? Et c'est ma t&#234;te que je joue en te r&#233;pondant ? Bon, &#231;a va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; L'impression ? D&#233;plorable, d&#233;moralisante au possible. Personne n'y a rien compris. Personne n'y a cru&#8230; M&#234;me les plus pay&#233;s de nos agents pay&#233;s n'y ont pas cru&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits yeux de Popov s'effar&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Chut, parle plus bas&#8230; Non, ce n'est pas possible&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est ainsi, fr&#232;re. Les rapports qui vous disent autre chose mentent abominablement, idiotement&#8230; J'ai envie d'adresser l&#224;-dessus un m&#233;moire au Secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral&#8230; pour compl&#233;ter celui que j'ai r&#233;dig&#233; sur quelques crimes insens&#233;s commis en Espagne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Te voil&#224; servi, vieux Popov ? Maintenant tu sais ce que je pense. Avec moi, rien &#224; faire &#8211; c'est-&#224;-dire que l'on peut toujours faire un cadavre avec moi, mais c'est tout. Je ne marche pas, le dossier peut voyager, je ne marche pas, c'est r&#233;gl&#233;. Ce qui n'&#233;tait que pens&#233;, Popov l'entendait parfaitement, gr&#226;ce au ton, &#224; la ferme m&#226;choire, au regard direct de Kondratiev. Popov se frottait doucement les mains en consid&#233;rant le parquet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alors&#8230; alors&#8230; mmm&#8230; c'est tr&#232;s important ce que tu me dis l&#224;&#8230; N'&#233;cris pas ce m&#233;moire, &#231;a vaudra mieux&#8230; Je&#8230; mmm&#8230; Je parlerai de &#231;a&#8230; mmm (pause). On t'envoie &#224; Serpoukhovo, pour une f&#234;te ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pour une f&#234;te, oui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;pondu avec une si sarcastique duret&#233; que Popov r&#233;prima une grimace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'aurais bien voulu y aller, moi&#8230; mmm. Sacr&#233;s rhumatismes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fuyait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popov connaissait mieux que quiconque des initi&#233;s les chemins secrets du dossier Kondratiev, grossi depuis quelques jours de plusieurs pi&#232;ces embarrassantes : rapport du m&#233;decin attach&#233; au service secret d'Odessa sur la mort du d&#233;tenu N (photo jointe) &#224; bord du Kouban, l'avant-veille de l'arriv&#233;e de ce cargo : h&#233;morragie c&#233;r&#233;brale, due selon les apparences &#224; une faiblesse constitutionnelle, au surmenage nerveux, et peut-&#234;tre h&#226;t&#233;e par des &#233;motions. D'autres pi&#232;ces livraient l'identit&#233; du prisonnier N, deux fois dissimul&#233;e de sorte que l'on finissait par douter qu'il f&#251;t bien le trotskyste Stefan Stern, ce que certifiaient pourtant deux agents revenus de Barcelone, mais on pouvait douter de leur t&#233;moignage, car ils avaient visiblement peur et se d&#233;non&#231;aient l'un l'autre. Stefan Stern disparaissait dans ces papiers douteux aussi compl&#232;tement qu'&#224; la morgue du Service secret d'Odessa, tandis qu'un fonctionnaire de l'h&#244;pital militaire livrait &#224; la pr&#233;paration aux fins d'exportation &#171; un squelette masculin en parfait &#233;tat, transmis par le service des autopsies sous le num&#233;ro A 4-27. &#187; Quel imb&#233;cile fourrait jusqu'&#224; cette pi&#232;ce-l&#224; dans le dossier K. ? Le rapport d'un agent d'origine hongroise, suspect pour avoir connu Bela Kun, contredisait les donn&#233;es du rapport Youvanov sur la conspiration trotskyste &#224; Barcelone, le r&#244;le de Stefan Stern, la trahison possible de K., puisqu'il fournissait l'identit&#233; d'un capitaine d'aviation avec lequel Stefan Stern aurait eu deux rendez-vous secrets et que les documents Youvanov confondaient avec &#171; Roudine &#187; (K). Une pi&#232;ce annexe, introduite par erreur, mais tr&#232;s utile, r&#233;v&#233;lait que l'agent Youvanov, tomb&#233; malade &#224; bord, s'&#233;tait fait d&#233;barquer &#224; Marseille en abusant de ses pouvoirs et s'attardait dans une clinique d'Aix-en-Provence&#8230; Le m&#233;moire Kondratiev, dirig&#233; contre lui, acqu&#233;rait de ce fait une valeur accusatrice, et c'&#233;tait peut-&#234;tre ce que soulignait un coup de crayon bleu en marge d'une prudente note de Gord&#233;ev qui ouvrait &#224; la fois la porte &#224; deux condamnations, l'une excluant l'autre&#8230; Il ressortait enfin inconstestablement des proc&#232;s-verbaux originaux qu'il &#233;tait faux que Kondratiev e&#251;t, en 1927, &#224; la cellule du parti du Commerce ext&#233;rieur, vot&#233; pour l'opposition ; sur ce point le service secret des archives s'&#233;tait grossi&#232;rement tromp&#233; en confondant Kondratenko Appolon Nicola&#233;vitch, ennemi du peuple fusill&#233; en 1936, avec Kondratiev, Ivan Nicola&#233;vitch ! (Pi&#232;ce annexe : note dict&#233;e par le chef demandant enqu&#234;te s&#233;v&#232;re sur cette &#171; criminelle confusion de noms &#187;&#8230;) On en pouvait inf&#233;rer que le chef !&#8230; Le chef ne disait mot &#224; Popov en lui remettant ce dossier, il ne s'engageait pas, il avait le front obscur et barr&#233; de rides horizontales, le regard ferm&#233; ; il semblait n'&#234;tre point fix&#233;, mais il tenait probablement &#224; un bon proc&#232;s d&#233;montrant la liaison des assassins de Toula&#233;v avec les trotskystes d'Espagne, un proc&#232;s dont on pourrait faire traduire les comptes rendus en plusieurs langues avec de belles pr&#233;faces &#233;crites par ces juristes &#233;trangers qui vous d&#233;montrent n'importe quoi sans m&#234;me qu'il faille toujours les bien r&#233;tribuer. &#192; travers ces documents pareils &#224; des rets passait la ligne de vie d'Ivan Kondratiev, une ligne forte que ne cassaient pas le bagne d'Orel, l'exil en Yakoutie, un emprisonnement &#224; Berlin pour d&#233;tention d'explosifs, une ligne qui paraissait se perdre &#224; la veille de la r&#233;volution dans le mar&#233;cage de la vie priv&#233;e, quelque part en Sib&#233;rie centrale o&#249;, mari&#233;, l'agronome Kondratiev se laissait oublier, mais non sans correspondre de loin en loin avec le Comit&#233; r&#233;gional. &#171; Pas de r&#233;volutionnaires sans r&#233;volution, disait-il alors en haussant joyeusement les &#233;paules. Nous ne serons peut-&#234;tre rien et je finirai ma vie en s&#233;lectionnant les semences des bl&#233;s d'automne et en publiant de petites monographies sur les parasites du fourrage ! Si la r&#233;volution vient cependant, vous verrez si je me suis assagi ! &#187; On le vit en effet quand il s'improvisa cavalier, &#224; la t&#234;te des partisans du Moyen-I&#233;niss&#233;i, descendit avec de vieux fusils de chasse et des chevaux de labour jusqu'au Turkestan, &#224; la poursuite des bandes nationales et imp&#233;riales, remonta jusqu'au Ba&#239;kal, assaillit un train qui portait les pavillons de trois puissances, captura des officiers japonais, britanniques et tch&#232;ques, leur gagna plusieurs parties d'&#233;checs, faillit couper la retraite &#224; l'amiral Koltchak&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popov dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Un vieux num&#233;ro de revue m'est r&#233;cemment tomb&#233; sous la main et j'ai relu tes souvenirs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Lesquels ? Je n'ai rien &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais si, l'affaire de l'archidiacre en 1919 ou 1920&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ah&#8230; c'est vrai. Ces num&#233;ros de la Revue d'histoire du parti sont &#233;videmment retir&#233;s de la circulation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il rendait coup sur coup ! Cela laissait deviner une col&#232;re rentr&#233;e ou une d&#233;concertante d&#233;cision&#8230; L'affaire de l'archidiacre Arkhangelski, en 1919 ou 1920 : fait prisonnier dans la d&#233;route des Blancs qu'il b&#233;nissait avant les combats. Un gros vieillard barbu, chevelu, au teint vigoureux, mystique et roublard, qui portait dans ses musettes de soldat un paquet de cartes postales obsc&#232;nes, les &#201;vangiles aux pages jaunies par ses doigts encrass&#233;s de tabac, l'Apocalypse annot&#233;e en marge de signes et d'exclamations : Dieu nous pardonne ! Puisse l'ouragan nettoyer &#224; fond cette terre inf&#226;me ! J'ai p&#233;ch&#233;, j'ai p&#233;ch&#233;, esclave insigne, criminel, mille fois maudit ! Seigneur, sauve-moi ! Kondratiev s'opposait devant un soviet de village &#224; ce qu'on le fusill&#226;t : &#171; Ils sont tous pareils&#8230; Nous sommes en pays croyant&#8230; N'exasp&#233;rons pas les croyants&#8230; Nous avons besoin d'otages pour les &#233;changes&#8230; &#187; Il l'emmenait sur une berge avec soixante-dix partisans dont une dizaine de femmes, pour descendre un fleuve entre de hautes for&#234;ts d'o&#249; les fusils lan&#231;aient dans le petit jour bleuissant ou le cr&#233;puscule, sur les hommes charg&#233;s de la man&#339;uvre, des balles terriblement pr&#233;cises. Il fallait voyager la nuit et s'embosser le jour contre des &#238;lots ou se poser sur des fonds bas. Les bless&#233;s s'alignaient dans la cale, ils ne cessaient ni de saigner ni de g&#233;mir, ni de jurer ni de prier, ils avaient faim, les hommes m&#226;chaient le cuir des ceinturons, coup&#233;s en morceaux et bouillis, on n'arrivait pas &#224; p&#234;cher chaque nuit plus que quelques poissons qu'il fallait donner aux plus d&#233;biles et ceux-l&#224; les d&#233;voraient crus, avec les visc&#232;res, sous les yeux ardents des autres&#8230; On approchait des rapides, il faudrait se battre, on ne pourrait pas se battre, on se sentait pendant les longues journ&#233;es dans un grand cercueil empuanti, pas une t&#234;te n'osait d&#233;passer le haut de l'&#233;chelle, Kondratiev observait les rives &#224; travers des trous, l'implacable for&#234;t s'&#233;rigeait sur des roches violettes ou cuivr&#233;es, ou dor&#233;es, le ciel &#233;tait blanc, l'eau froide et blanche, c'&#233;tait un univers mortellement hostile. La nuit apportait la d&#233;livrance du grand air et des &#233;toiles, mais l'&#233;chelle devenait fatigante &#224; gravir. C'est alors que se tenaient les conciliabules et Kondratiev savait ce qu'on y disait ; qu'il fallait se rendre, livrer le bolchevik, lui, eh, qu'on le fusille, &#231;a ne fait jamais qu'un homme, un de plus ou de moins, qu'est-ce que &#231;a changerait ? Se rendre ou nous finirons tous comme les trois qui ne g&#233;missent plus, sous les tonneaux de l'arri&#232;re&#8230; &#192; l'&#233;tape de l'avant-derni&#232;re nuit, avant les rapides, on entendit sur le pont le claquement en coup de fouet d'un revolver puis la chute dans l'eau, basse &#224; cet endroit, d'un corps lourd. Personne ne se d&#233;rangea. Kondratiev descendit l'&#233;chelle, alluma une torche, dit : &#171; Camarades, venez tous par ici&#8230; Je d&#233;clare la s&#233;ance ouverte&#8230; &#187; Des ombres titubantes se rassemblaient autour de lui, elles avaient des t&#234;tes de mort h&#233;riss&#233;es de longs poils d&#233;sordonn&#233;s, des orbites noires avec un peu de feu morne dedans, elles se laissaient choir lentement sur le plancher contre lequel on entendit le clapotement de l'eau noire et glac&#233;e. &#171; Camarades, demain &#224; l'aube nous livrons la derni&#232;re bataille&#8230; Innokentievka est &#224; quatre verstes, Innokentievka a du pain et du b&#233;tail&#8230; &#187; &#8211; &#171; Quelle bataille encore, gronda quelqu'un. Imb&#233;cile ! Tu ne vois donc pas qu'on est des cadavres ? &#187; Kondratiev n'&#233;tait que vertige naus&#233;eux, dents claquantes, r&#233;solution. Il feignit de ne pas entendre et l&#226;cha le pire juron qu'il s&#251;t, longuement, avec de l'&#233;cume aux l&#232;vres, et : &#171; Au nom du peuple insurg&#233;, j'ai fusill&#233; ce gredin en soutane, ce d&#233;bauch&#233;, ce satan barbu, que son &#226;me noire aille tout droit chez son ma&#238;tre&#8230; &#187; Ces moribonds comprirent tous, instantan&#233;ment, que nul pardon ne leur &#233;tait plus possible. Un silence de tombe les accabla pendant quelques secondes, puis les geignements couvrirent un murmure de jurons, et Kondratiev vit s'avancer vers lui des ombres d&#233;mentes, il pensa qu'elles allaient le broyer, mais un grand corps vacillant tomba mollement sur lui, des prunelles fi&#233;vreuses luirent tout pr&#232;s des siennes, des bras squelettiques &#233;trangement forts l'embrass&#232;rent fraternellement, une chaude haleine cadav&#233;rique lui souffla au visage : &#171; T'as bien fait, fr&#232;re ! bien fait ! Ces chiens immondes, tous, que je dis, tous ! tous ! &#187; Kondratiev convoqua les chefs de d&#233;tachement en &#171; conseil d'&#233;tat-major &#187; pour pr&#233;parer l'op&#233;ration du lendemain. Il sortit de dessous sa paillasse le dernier sac de pain noir s&#233;ch&#233; et fit lui-m&#234;me la distribution des surprenantes rations, car il avait cach&#233; cette supr&#234;me r&#233;serve pour le moment du supr&#234;me effort : &#224; chacun deux morceaux qui tenaient dans la main ouverte. Des mourants en voulurent, rations perdues. Pendant que les chefs d&#233;lib&#233;raient sous la torche, on n'entendit plus que le grignotement des cro&#251;tons attaqu&#233;s par les dentures douloureuses&#8230; &#8211; De cet &#233;pisode d'autrefois, &#224; cet instant, les deux hommes n'eurent qu'un souvenir documentaire. Ils continuaient &#224; se mesurer comme &#224; t&#226;tons&#8230; Kondratiev dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai presque oubli&#233; tout cela&#8230; Je ne me doutais pas en ce temps-l&#224; que le prix de la vie humaine tomberait si bas chez nous une vingtaine d'ann&#233;es apr&#232;s la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas agressive, cette r&#233;flexion, la plus directe pourtant, Popov le vit bien. Kondratiev souriait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui&#8230; &#192; l'aube, nous avons longtemps march&#233; dans le sable mouill&#233;&#8230; Ce fut une aube silencieuse et verte&#8230; Nous nous sentions monstrueusement forts, forts comme des morts, pensai-je, et nous n'avons pas eu &#224; nous battre, le jour s'est lev&#233; sur des feuillages amers que nous m&#226;chions en avan&#231;ant &#8211; en avan&#231;ant dans une joie folle&#8230; Oui, mon vieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Maintenant que tu as pass&#233; cinquante ans, pensait Popov, qu'est-ce qui peut encore te rester de cette force-l&#224; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; Kondratiev administrait ensuite les transports fluviaux quand les chalands abandonn&#233;s pourrissaient le long des rives, il haranguait dans des coins perdus des p&#234;cheurs sournois et d&#233;sol&#233;s, formait des &#233;quipes de jeunes, nommait des capitaines de dix-sept ans qu'il chargeait de commander des radeaux, cr&#233;ait une &#233;cole de la Navigation fluviale o&#249; l'on enseignait surtout l'&#233;conomie politique, devenait le grand organisateur d'une r&#233;gion, se brouillait avec la commission du Plan, demandait &#224; diriger les pelleteries de l'Extr&#234;me-Nord, remplissait une mission en Chine, aupr&#232;s des Dragons rouges du S&#233;-Tchouan&#8230; Pas homme &#224; flancher, plut&#244;t une psychologie de soldat que d'id&#233;ologue ; et les id&#233;ologues, sensibles &#224; la dialectique souple et complexe de notre &#233;poque, capitulent plus facilement tandis que les militaires, on en est r&#233;duit, sept fois sur dix, une fois l'affaire engag&#233;e, &#224; les fusiller sans histoires. M&#234;me s'ils finissent par promettre de se bien tenir devant les juges et le public, on n'en est pas s&#251;r, et que faire d'autre alors ? Exp&#233;riences, inquisitions secr&#232;tes, proc&#232;s finis, proc&#232;s probables, souvenirs, dossiers, ces choses et beaucoup d'autres, informes, brouill&#233;es, pr&#233;cises par &#233;clairs, lorsque c'&#233;tait utile, v&#233;curent un moment dans le cerveau de Popov tandis qu'il pesait des impond&#233;rables&#8230; Kondratiev ne se souvenait pas de sa propre vie &#224; cette heure, mais tout le reste, il le devinait presque et il gardait un demi-sourire dur, comme insultant, et il se carrait bien dans le fauteuil. Popov le sentit tr&#232;s agressif. On n'en tirerait rien, tr&#232;s emb&#234;tant &#231;a. La mort de Ryjik jetait par terre 50 % du proc&#232;s ; Kondratiev, l'accus&#233; id&#233;al, jetait par terre les autres 50 %, que dire au chef ? Pas moyen de ne rien dire&#8230; Se d&#233;filer, laisser la besogne au procureur Ratchevsky ? Cette mule &#224; tra&#238;ner des charrettes de condamn&#233;s accumulerait gaffe sur gaffe et qu'on l'abatte ensuite elle-m&#234;me comme une vilaine b&#234;te de trait qu'elle est, cela n'arrangerait rien non plus&#8230; Popov, sentant que son silence s'&#233;tait prolong&#233; quelques secondes de trop, releva la t&#234;te, juste &#224; point pour recevoir un coup droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu m'as bien compris ? demandait Kondratiev sans &#233;lever la voix. Je t'ai dit bien des choses en peu de mots, il me semble&#8230; Et, tu sais, je ne me d&#233;dis jamais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi insistait-il ainsi ? Pouvait-il savoir ? Comment ? Impossible qu'il s&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bien s&#251;r, bien s&#251;r, bredouilla Popov. Je&#8230; nous te connaissons, Ivan Nicola&#233;vitch&#8230; Nous t'appr&#233;cions&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Enchant&#233;, dit Kondratiev tout &#224; fait insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qu'il ne dit pas, mais pensa, Popov l'entendit : &#171; Moi aussi je vous connais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alors, tu vas &#224; Serpoukhovo ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Demain, par la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popov ne trouva plus rien &#224; dire. Il avait son sourire cordial le plus faux, son visage le plus gris, son &#226;me la plus frip&#233;e. Un appel t&#233;l&#233;phonique le d&#233;livra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Au revoir, Kondratiev&#8230; Press&#233;&#8230; Dommage&#8230; On devrait se revoir plus souvent&#8230; Sacr&#233;e vie, mmm&#8230; C'est bon de parler un peu &#224; c&#339;ur ouvert&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est excellent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev le suivit jusqu'&#224; la porte d'un regard &#233;pais. &#171; Dis-leur que je gueulerai, que je gueulerai pour tous ceux qui n'ont pas os&#233; gueuler, que je gueulerai seul, que je gueulerai sous terre, que je me fous d'une balle dans la t&#234;te, que je me fous de toi et de moi-m&#234;me parce qu'il faut gueuler &#224; la fin ou tout est foutu&#8230; Mais qu'est-ce qui m'arrive, d'o&#249; me vient cette &#233;nergie ? Est-ce de ma jeunesse, de l'aube d'Innokenti&#233;vka ou d'Espagne ? Eh, peu importe, je gueulerai. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e de Serpoukhovo se passa dans une r&#233;gion de la lucidit&#233; proche du r&#234;ve. Comment Kondratiev pouvait-il &#233;prouver la certitude qu'il ne serait arr&#234;t&#233; ni cette nuit-l&#224; ni en cours de route, dans l'auto du Comit&#233; central conduite par un chauffeur de la S&#251;ret&#233; ? Il le savait et il fumait tranquillement, il admirait les bouleaux, la couleur rousse et grise des champs sous des nuages blancs qui filaient tr&#232;s vite dans le vent des hauteurs. Il n'alla pas au Comit&#233; local avant la solennit&#233;, comme il e&#251;t d&#251; le faire : Voyons le moins possible de ces binettes administratives (bien qu'il doive y avoir encore de bons types parmi les bureaucrates de province). Cong&#233;dia le chauffeur &#233;tonn&#233; au milieu d'une rue, s'arr&#234;ta devant des devantures d'&#233;piceries et de papeteries coop&#233;ratives, y trouva tout de suite de petits placards qui disaient : &#171; &#233;chantillons &#187; &#171; bo&#238;tes vides &#187; (ceci sur des bo&#238;tes &#224; biscuits&#8230;), &#171; pas de cahiers &#187;, il repartit, fl&#226;nant, lut le journal affich&#233; &#224; l'entr&#233;e de la Commission de r&#233;vision des travaux industriels, un journal exactement pareil &#224; tous ceux des villes provinciales de cette importance, sans nul doute aliment&#233; par les circulaires quotidiennes de la Direction de la presse r&#233;gionale du C.C. Il ne parcourut que la chronique locale, sachant par avance tout le contenu des deux premi&#232;res pages, et y trouva tout de suite les curiosit&#233;s attendues. Le r&#233;dacteur de la rubrique rurale &#233;crivait que &#171; le camarade pr&#233;sident du kolkhoze, &#8220;Le Triomphe du Socialisme&#8221;, en d&#233;pit des avertissements r&#233;it&#233;r&#233;s du Comit&#233; du parti, pers&#233;v&#232;re dans sa pernicieuse d&#233;viation id&#233;ologique anti-vache, contraire aux instructions du Commissariat des kolkhozes&#8230; &#187; Anti-vache ! Le beau n&#233;ologisme ! Nom de Dieu ! Ces proses d'illettr&#233;s suscitaient une col&#232;re triste&#8230; &#171; Le camarade Andriouchenko n'a pas permis d'atteler les vaches aux charrues pour les labours ! Faut-il lui rappeler la d&#233;cision de la r&#233;cente conf&#233;rence, prise &#224; l'unanimit&#233; apr&#232;s le rapport si convaincant du v&#233;t&#233;rinaire Trochkine ? &#187; Kondratiev se souvint d'avoir vu quelque part, sous un immense ciel de steppe, une vache tra&#238;ner une charrette sur laquelle il n'y avait qu'un cercueil blanc et des fleurs en papier ; une paysanne et deux marmots suivaient. Pourquoi, en effet, si elle peut tra&#238;ner jusqu'au cimeti&#232;re de l'horizon le cercueil d'un pauvre diable, la vache ne ferait-elle pas les labours ? Il n'y aura, par la suite, qu'&#224; envoyer aux tribunaux le directeur de la laiterie si la production du lait tombe au-dessous des exigences du plan&#8230; Nous avons perdu seize &#224; dix-sept millions de chevaux pendant la collectivisation, 50 &#224; 52 %, tant pis pour la vache des terres russes, puisqu'on ne peut pas faire tirer les charrues par les membres du Comit&#233; central ! Le reste du journal &#233;tait vide. Nicolas Ier fit dessiner par ses architectes officiels des mod&#232;les d'&#233;glises et d'&#233;coles obligatoires pour les constructeurs dans l'Empire entier&#8230; Nous avons, nous, cette presse en uniforme, r&#233;dig&#233;e par ces pauvres bougres, inventeurs de &#171; d&#233;viations id&#233;ologiques anti-vache &#187;. C'est lent, la mont&#233;e d'un peuple, surtout quand on lui met sur les &#233;paules de si lourds fardeaux, et tant de liens sur le corps&#8230; Kondratiev pensa aux rapports complexes de la tradition et des erreurs dont nous sommes nous-m&#234;mes responsables. Un grand jeune homme v&#234;tu de l'uniforme de cuir noir de l'&#233;cole de chars d'assaut, sortait vivement d'un magasin, se retournait, se trouvait soudainement face &#224; face avec Kondratiev et une surprise hostile se r&#233;v&#233;lait sur son visage imberbe et clair aux yeux froids. &#171; Des yeux qui veulent fermement se taire&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Toi, Sacha ! s'exclamait doucement Kondratiev, et il sentit que, lui aussi, d&#232;s cette seconde-l&#224; s'efforcerait de se taire &#8211; profond&#233;ment, se taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, Ivan Nicola&#233;vitch, oui, moi, dit le jeune homme si confus qu'il rougit un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev faillit dire idiotement : &#171; Il fait beau, n'est-ce pas ? &#187;, mais cette &#233;vasion n'&#233;tait pas permise&#8230; Une t&#234;te r&#233;guli&#232;re, virile, le front haut, de Grand-Russien aux narines larges, belle sous le casque de cuir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu fais un assez beau guerrier, Sacha. &#199;a va, le m&#233;tier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sacha rompit durement la glace, avec un calme inimaginable, comme s'il e&#251;t parl&#233; de choses absolument banales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je croyais qu'on me chasserait de l'&#233;cole quand on a arr&#234;t&#233; mon p&#232;re&#8230; Mais non. C'est que je suis un des premiers &#233;l&#232;ves ou qu'il y a une directive prescrivant de ne pas chasser des unit&#233;s sp&#233;ciales les fils des fusill&#233;s ? Qu'en pensez-vous, Ivan Nicola&#233;vitch ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne sais pas, dit Kondratiev en baissant les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pointes de ses bottes &#233;taient sales. Un ver sanguinolent, &#224; demi &#233;cras&#233;, se mouvait dans l'interstice boueux de deux dalles. Il y avait aussi une &#233;pingle sur la pierre et &#224; quelques centim&#232;tres d'elle, un crachat. Kondratiev releva les yeux et regarda Sacha bien en face :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et toi-m&#234;me, qu'en penses-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je me suis dit un moment que tout le monde savait l'innocence de mon p&#232;re mais, &#233;videmment, &#231;a ne compte pas. Et d'ailleurs, le Commissaire politique m'a conseill&#233; de changer de nom. J'ai refus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu as eu tort, Sacha. &#199;a te g&#234;nera beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'eurent plus rien &#224; se dire, rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Aurons-nous la guerre ? demanda Sacha du m&#234;me ton &#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Probablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le visage de Sacha s'&#233;claira &#224; peine d'un sourire int&#233;rieur. Kondratiev sourit tout &#224; fait. Il pensa : Ne dis rien, mon gar&#231;on, j'ai compris. D'abord, l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; As-tu besoin de livres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, Ivan Nicola&#233;vitch. Je voudrais des livres allemands sur la tactique du combat de chars&#8230; Nous aurons affaire &#224; une tactique sup&#233;rieure&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais nous aurons un moral sup&#233;rieur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Juste, dit s&#232;chement Sacha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je t&#226;cherai de te procurer ces livres&#8230; Bonne chance, Sacha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bonne chance &#224; vous aussi, dit le jeune homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eut-il vraiment dans les yeux ce dr&#244;le de petit &#233;clair, dans l'intonation ce sous-entendu, dans la poign&#233;e de main cet &#233;lan retenu ? &#171; Il aurait le droit de me d&#233;tester, pensait Kondratiev, le droit de me m&#233;priser, et pourtant il doit me comprendre, savoir que moi aussi&#8230; &#187; Une jeune fille attendait Sacha devant les figures de cire de la coop&#233; des coiffeurs syndiqu&#233;s Sch&#233;h&#233;razade, &#171; permanentes &#224; trente roubles &#187; &#8211; un tiers de salaire mensuel d'ouvri&#232;re. Kondratiev fit des calculs plus s&#233;rieux. Nous avons &#233;limin&#233; jusqu'ici, d'apr&#232;s les statistiques vieillies des Bulletins du C.C., entre 62 et 70 % des fonctionnaires, administrateurs et officiers communistes &#8211; ceci en moins de trois ans, soit sur 200 000 hommes environ, repr&#233;sentant les cadres du parti, entre 124 000 et 140 000 bolcheviks. Les donn&#233;es fournies ne permettent pas de pr&#233;ciser la proportion des fusill&#233;s par rapport aux intern&#233;s des camps de concentration, mais &#224; en juger par l'exp&#233;rience personnelle&#8230; Il est vrai que la proportion des fusill&#233;s est particuli&#232;rement &#233;lev&#233;e dans les cercles dirigeants, ce qui fausse sans doute ma perspective&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouva, quelques minutes avant l'heure fix&#233;e pour son discours, sous la colonnade blanche du p&#233;ristyle de la Maison de l'Arm&#233;e rouge. Des secr&#233;taires inquiets accouraient &#224; sa rencontre, le secr&#233;taire du Comit&#233; ex&#233;cutif, le secr&#233;taire de l'&#233;tat-major, le commandant de la place, d'autres encore, presque tous v&#234;tus d'uniformes si neufs qu'ils paraissaient lustr&#233;s, avec des cuirs jaunes, des &#233;tuis &#224; revolver luisants, des faces luisantes aussi, des poign&#233;es de main obs&#233;quieuses, et ils lui firent une suite impressionnante tandis qu'il gravissait le grand escalier de marbre et que de jeunes officiers bombaient le torse pour le saluer, magnifiquement immobiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dans combien de minutes dois-je prendre la parole ? demanda-t-il seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux secr&#233;taires r&#233;pondirent &#224; la fois, les deux visages ras&#233;s inclin&#233;s avec empressement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dans sept minutes, camarade Kondratiev&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une voix que le respect rendait rauque hasarda :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Voulez-vous prendre un verre de vin ? et elle ajouta d'un ton humble et d&#233;gag&#233; : Nous avons un Tsinondali re-mar-quable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev fit un signe d'assentiment en s'effor&#231;ant &#224; sourire. C'&#233;tait comme s'il e&#251;t march&#233; entour&#233; de mannequins parfaitement construits. Le groupe p&#233;n&#233;tra dans un salon-buffet o&#249; deux toiles lourdement encadr&#233;es se faisaient vis-&#224;-vis sur des murs cr&#232;me, des deux c&#244;t&#233;s des mangeailles : l'une repr&#233;sentait le mar&#233;chal Klimentii Efr&#233;movitch Vorochilov sur un cheval de bataille &#224; demi cabr&#233;, le sabre nu d&#233;signant un point fuligineux &#224; l'horizon ; des drapeaux rouges entour&#233;s d'un flot de ba&#239;onnettes couraient au loin derri&#232;re lui, sous des nuages sombres. Le cheval &#233;tait peint avec un soin prodigieux, les narines et l'&#339;il noir aviv&#233; d'une pointe de lumi&#232;re r&#233;ussis mieux m&#234;me que les d&#233;tails de la selle ; le cavalier avait une t&#234;te ronde, un peu courte, d'imagerie populaire, mais les &#233;toiles d'or de son col &#233;tincelaient. L'autre grand portrait montrait le chef, en tunique blanche, parlant &#224; la tribune, et il &#233;tait en bois peint, son sourire grima&#231;ait, la tribune semblait un buffet vide, le chef ressemblait &#224; un gar&#231;on de restaurant caucasien en train de vous dire avec son accent poivr&#233; : &#171; Y reste plus rien, citoyen&#8230; &#187; Par contre, le vrai buffet rutilait de blancheur et d'opulence, surcharg&#233; de caviars, d'esturgeons de la Volga, de saumons fum&#233;s, d'anguilles dor&#233;es, de volailles, de fruits de Crim&#233;e et du Turkestan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bienfaits de la terre natale, plaisanta jovialement Kondratiev en s'approchant de ces victuailles pour recevoir des mains potel&#233;es d'une blonde &#233;blouie le verre de Tsinondali.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa plaisanterie, dont personne ne devina l'amertume, d&#233;cha&#238;nait des petits rires complaisants, pas bien hauts, car nul ne savait si le rire &#233;tait vraiment permis en pr&#233;sence d'un personnage de cette importance. Kondratiev aper&#231;ut derri&#232;re la serveuse &#233;lue pour le servir et lui sourire (photog&#233;nique, permanente &#224; cinquante roubles ! d&#233;cor&#233;e du reste de l'Insigne d'honneur du Travail) un large ruban rouge accroch&#233; sur le mur en mani&#232;re de guirlande autour d'une petite photo : la sienne. Des lettres d'or disaient : Bienvenue au camarade Kondratiev membre suppl&#233;ant du Comit&#233; central&#8230; O&#249; diable ont-ils d&#233;nich&#233; ce sacr&#233; vieux portrait, tas de l&#232;che-culs ? Kondratiev but lentement le vin du Caucase, &#233;carta d'une main s&#233;v&#232;re les sourires et les sandwiches, se souvint qu'il n'avait jet&#233; qu'un coup d'&#339;il inattentif sur les th&#232;ses imprim&#233;es de son discours, fournies par la section de propagande &#224; l'Arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous permettez, camarades&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite fit instantan&#233;ment autour de lui un vide de trois pas pendant qu'il sortait de la poche de son pantalon de petits papiers froiss&#233;s. Un &#233;norme esturgeon aux yeux blancs pointait vers lui ses minuscules dents carnassi&#232;res. Les feux des lustres se refl&#233;taient sur la gel&#233;e ambr&#233;e. La conf&#233;rence imprim&#233;e traitait de la situation internationale, de la lutte contre les ennemis du peuple, de l'enseignement technique, de l'invincibilit&#233; de l'Arm&#233;e, du sentiment patriotique, de la fid&#233;lit&#233; au chef g&#233;nial, guide des peuples, strat&#232;ge unique. Imb&#233;ciles ! Ils m'ont donn&#233; la conf&#233;rence standard des chefs du service du moral qui ont rang de g&#233;n&#233;raux&#8230; &#171; Le chef de notre grand parti et de notre invincible arm&#233;e, anim&#233; d'une volont&#233; de fer contre les ennemis de la patrie, est en m&#234;me temps p&#233;n&#233;tr&#233; d'un profond amour in&#233;galable pour les travailleurs et tous les honn&#234;tes citoyens. &#8220;Pensez &#224; l'homme !&#8221; Cette parole inoubliable, il la pronon&#231;ait &#224; la XIXe Conf&#233;rence et elle doit &#234;tre grav&#233;e en lettres de feu dans la conscience de chaque commandant d'unit&#233;, de chaque commissaire politique, de chaque&#8230; &#187; Kondratiev renfon&#231;a ces clich&#233;s morts dans la poche de son pantalon. Renfrogn&#233;, il chercha des yeux quelqu'un. Une dizaine de visages s'offrirent &#224; lui en esquissant des sourires empress&#233;s, nous sommes l&#224;, &#224; votre enti&#232;re disposition, camarade membre suppl&#233;ant du C.C. ! Il demanda :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous avez eu des suicides ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un officier au cr&#226;ne ras&#233; r&#233;pondit tr&#232;s vite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Un seul, raisons personnelles. Deux tentatives, les deux hommes ont reconnu leur faute et sont bien not&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se passait tout &#224; fait &#224; c&#244;t&#233; de la r&#233;alit&#233;, dans un monde inconsistant et superficiel comme une image a&#233;rienne. Puis la r&#233;alit&#233; s'imposa soudainement : ce fut un pupitre en bois peint sur lequel Kondratiev posa sa main &#233;paisse aux veines bleues, aux poils courts, une main qui avait sa propre vie. Il la d&#233;couvrit, la regarda pendant une longue fraction de seconde, observa aussi les infimes d&#233;tails du bois et de ce bois r&#233;el, de cette main lui vint la d&#233;cision d'affronter simplement toute la r&#233;alit&#233; de cet instant, trois cents visages inconnus, diff&#233;rents, semblables pourtant, dont chacun triomphait silencieusement de l'uniformit&#233;. Attentifs, anonymes, coul&#233;s dans une chair qui faisait penser &#224; du m&#233;tal, qu'attendaient-ils de lui ? Que leur dire d'essentiellement vrai ? D&#233;j&#224;, il entendait sa propre voix, avec un m&#233;contentement tendu, car elle disait des paroles inutiles, entrevues dans le r&#233;sum&#233; de la Propagande, connues par c&#339;ur d&#232;s auparavant, mille fois lues dans les &#233;ditoriaux de la presse, de ces paroles dont Trotsky dit un jour qu'en les pronon&#231;ant on croyait m&#226;cher de la ouate&#8230; Pourquoi suis-je venu ? Pourquoi sont-ils venus ? Parce que nous sommes dress&#233;s &#224; l'ob&#233;issance. Rien ne reste de nous que l'ob&#233;issance. Ils ne le savent pas encore. Ils ne se doutent pas que mon ob&#233;issance est mortelle. Tout ce que je leur dis, m&#234;me quand c'est vrai comme la blancheur de la neige, devient spectralement faux &#224; cause de l'ob&#233;issance. Je leur parle, ils m'&#233;coutent, quelques-uns s'efforcent peut-&#234;tre de me comprendre et nous n'existons pas : nous ob&#233;issons. Une voix int&#233;rieure r&#233;pondit : Ob&#233;ir, c'est encore exister, et il continua le d&#233;bat : C'est exister comme les nombres et les machines&#8230; Il continuait &#224; d&#233;biter les th&#232;ses. Il voyait des Russes aux cr&#226;nes ras&#233;s, de la forte race que nous avons form&#233;e en d&#233;livrant les serfs, puis en brisant leur volont&#233;, puis en leur apprenant &#224; nous r&#233;sister sans fin pour leur reforger malgr&#233; nous, contre nous, une autre volont&#233;. Des premiers rangs, un Mongol, les bras crois&#233;s, la t&#234;te petite, tenue droite, regardait durement Kondratiev dans les yeux. Un regard assoiff&#233; jusqu'&#224; en &#234;tre cruel. Il jugeait chaque mot. Ce fut comme si le Mongol e&#251;t murmur&#233; distinctement : &#171; Ce n'est pas cela, camarade, tout ce que vous dites ne sert &#224; rien, je vous assure&#8230; Taisez-vous ou trouvez des paroles vivantes&#8230; Nous sommes quand m&#234;me des vivants&#8230; &#187; Kondratiev lui r&#233;pondit avec une telle assurance que sa voix changea. Derri&#232;re lui, un mouvement se fit parmi les secr&#233;taires qui formaient, avec le commandant de la garnison, le pr&#233;sidium. Ils ne reconnaissaient plus les phrases de ces sortes de solennit&#233;s, ils en &#233;prouvaient l'inqui&#233;tude physique d'une erreur de commandement dans la man&#339;uvre sur le terrain&#8230; La ligne des tanks s'infl&#233;chit tout &#224; coup, se brise, c'est la pagaille dans laquelle na&#238;t le courroux humiliant des chefs. Le commissaire politique de l'&#233;cole des chars se raidit pour contenir son trouble, sortit son porte-mine et se mit &#224; prendre des notes, si vite que les signes se chevauchaient sur le papier&#8230; Il n'arrivait pas &#224; saisir les phrases de l'orateur du Comit&#233; central, du Comit&#233; central, du Comit&#233; central, &#233;tait-ce possible ? L'orateur disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; nous sommes couverts de crimes et d'erreurs, oui, nous avons oubli&#233; l'essentiel pour vivre d'une heure &#224; l'autre, et pourtant nous avons raison devant l'univers, devant l'avenir, devant cette magnifique et mis&#233;rable patrie qui n'est pas l'Union des R&#233;publiques socialistes sovi&#233;tiques ni la Russie, qui est la r&#233;volution&#8230; entendez-vous, la r&#233;volution sans territoire pr&#233;cis&#8230; mutil&#233;e&#8230; universelle&#8230; humaine&#8230; Sachez que dans la bataille de demain, presque toute l'active p&#233;rira en trois mois&#8230; C'est vous l'active&#8230; Il faut que vous sachiez pourquoi&#8230; Le monde va se casser en deux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fallait-il l'interrompre ? N'&#233;tait-ce pas un crime que de le laisser parler ainsi ? Le commissaire politique est responsable de tout ce qui se dit &#224; la tribune de l'&#233;cole, mais a-t-il le droit d'interrompre l'orateur du Comit&#233; central ? Le chef de la garnison, cet idiot, n'y comprendrait certes goutte, n'entendant probablement qu'un murmure de p&#233;riodes ; le chef de l'&#233;cole, empourpr&#233;, concentrait toute son attention sur un cendrier&#8230; L'orateur disait (le commissaire n'attrapait que des bribes de cette parole ardente, sans parvenir &#224; les rattacher les unes aux autres) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; les Vieux de ma g&#233;n&#233;ration ont tous p&#233;ri&#8230; la plupart dans l'erreur, la confusion, le d&#233;sespoir&#8230; servilement&#8230; Ils avaient soulev&#233; le monde&#8230; tous au service de la v&#233;rit&#233;&#8230; Ne l'oubliez jamais&#8230; le socialisme&#8230; la r&#233;volution&#8230; demain, bataille pour l'Europe dans la crise mondiale&#8230; Hier, Barcelone, le commencement&#8230; nous sommes arriv&#233;s trop tard, trop diminu&#233;s par nos erreurs&#8230; cet oubli du prol&#233;tariat international et de l'homme&#8230; trop tard, mis&#233;rables que nous sommes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orateur parlait du front d'Aragon, des armes qui n'arriv&#232;rent pas, pourquoi ? Il criait ce pourquoi d'un ton de d&#233;fi, sans y r&#233;pondre &#8211; allusion &#224; quoi ? Il proclamait &#171; l'h&#233;ro&#239;sme des anarchistes&#8230; &#187;. Il disait (et le commissaire, saisi, ne pouvait plus d&#233;tacher ses yeux de lui), il disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; je ne parlerai peut-&#234;tre jamais plus, jeunes gens&#8230; Je ne suis pas venu vous apporter au nom du Comit&#233; central de notre grand parti, cette cohorte de fer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cohorte de fer ? Le mot n'&#233;tait-il pas du tra&#238;tre Boukharine, ennemi du peuple, agent de l'Intelligence Service ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; les phrases apprises que L&#233;nine appelait notre mensonge-communiste, comm-mensonge ! Je vous demande de voir la r&#233;alit&#233;, f&#251;t-elle d&#233;routante ou basse, avec le courage de votre jeunesse, je vous dis d'y penser librement, de nous condamner en votre for int&#233;rieur, nous les Vieux qui n'avons pas su faire mieux, je vous dis de nous d&#233;passer en nous jugeant&#8230; Je vous convie &#224; vous sentir des hommes libres sous votre cuirasse de discipline&#8230; &#224; tout juger, &#224; tout penser vous-m&#234;mes. Le socialisme n'est pas l'organisation des machines&#8230; la m&#233;canisation des hommes&#8230; c'est l'organisation des hommes lucides et volontaires&#8230; qui savent attendre, plier, se redresser&#8230; Vous verrez alors combien nous sommes tous grands, nous les derniers, vous les premiers de demain&#8230; Vivez en avant&#8230; Il y en a parmi vous qui ont song&#233; &#224; d&#233;serter, car se pendre ou s'envoyer une balle dans la t&#234;te, c'est d&#233;serter&#8230; Je les comprends &#224; fond, j'y ai song&#233; quelquefois moi aussi &#8211; ou je n'aurais pas le droit de leur parler&#8230; Je leur dis de voir ce vaste pays devant eux, ce vaste avenir, je leur dis&#8230; Pitoyable, celui qui ne songe qu'&#224; sa propre vie, &#224; sa propre mort, il n'a rien compris&#8230; et qu'il s'en aille alors, c'est le mieux qu'il puisse faire, qu'il s'en aille avec notre piti&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orateur continuait dans l'incoh&#233;rence, avec une telle force persuasive que le commissaire politique en perdit un moment le contr&#244;le de lui-m&#234;me et ne le retrouva qu'en entendant Kondratiev parler du chef en termes &#233;tranges :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; L'homme le plus solitaire d'entre nous tous, celui qui ne peut avoir recours &#224; personne, accabl&#233; par sa t&#226;che surhumaine, par le poids de nos fautes communes dans ce pays arri&#233;r&#233; o&#249; la conscience nouvelle est ch&#233;tive et malade&#8230; pervertie par le soup&#231;on&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il finit par des formules rassurantes sur le &#171; guide g&#233;nial &#187;, la &#171; main in&#233;branlable du pilote &#187;, le &#171; continuateur de L&#233;nine&#8230; &#187;. Quand il se tut, la salle flotta tout enti&#232;re dans une ind&#233;cision p&#233;nible. Le pr&#233;sidium ne donnait pas le signal des applaudissements, les trois cents t&#234;tes de l'auditoire attendaient une suite. Le jeune Mongol se leva &#224; demi pour battre des mains avec passion et cela d&#233;clencha un tumulte d'applaudissements in&#233;gaux, comme &#233;lectris&#233;s, dans lequel il y avait des &#238;lots de silence. Dans le fond de la salle, Kondratiev aper&#231;ut Sacha qui n'applaudissait pas, debout, les cheveux en d&#233;sordre&#8230; Le commissaire politique, tourn&#233; vers la coulisse, faisait des signes, un orchestre entonna Si demain la guerre, la salle reprit en ch&#339;ur ce refrain m&#226;le, trois ouvri&#232;res d&#233;cor&#233;es, sous l'uniforme de l'Aviation-Chimie, parurent au premier plan de la tribune, l'une d'elles portant le nouveau drapeau de l'&#233;cole en soie rouge-feu richement brod&#233; d'or&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des sourires contraints &#233;tal&#233;s sur des uniformes neufs entour&#232;rent Kondratiev pendant le bal. Le commandant de la garnison, n'ayant rien compris au discours, mais fortifi&#233; dans sa bonne humeur par une l&#233;g&#232;re ivresse, avait des gr&#226;ces d'ours gorg&#233; de sucreries. Pour les sandwiches qu'il offrait, allant les chercher au buffet, &#224; trois salles de l&#224;, il trouvait des expressions c&#226;lines dans des moues enamour&#233;es&#8230; &#171; Go&#251;tez-moi de ce cher petit caviar, mon cher camarade&#8230; ah, la vie, la vie ! &#187; Quand il traversait le cercle des danseurs, un plateau &#224; la main, la face &#233;panouie, les bottes si luisantes qu'elles refl&#233;taient la soie mouvante des robes, il paraissait sur le point de glisser grotesquement &#224; la renverse, mais il progressait cependant, malgr&#233; son embonpoint, avec une l&#233;g&#232;ret&#233; extraordinaire de cavalier des plaines. Le chef de l'&#233;cole, un bouledogue rougeaud dont les minuscules prunelles bleues gardaient une expression froidement ac&#233;r&#233;e, ne bougeait pas, ne disait mot, fig&#233; dans une grimace souriante de potiche, les jambes crois&#233;es, &#224; c&#244;t&#233; du d&#233;l&#233;gu&#233; du Comit&#233; central, et il ruminait des lambeaux de phrases incompr&#233;hensibles, qui pouvaient &#234;tre terribles, cela il le percevait nettement, qui suspendaient sur lui, quelle que f&#251;t sa loyaut&#233;, une obscure menace. &#171; Nous sommes couverts de crimes et pourtant nous avons raison devant l'univers&#8230; Vos a&#238;n&#233;s ont presque tous p&#233;ri servilement, servilement&#8230; &#187; C'&#233;tait si incroyable qu'il s'arr&#234;tait court dans son ruminement pour guigner du coin de l'&#339;il Kondratiev &#8211; au fait, &#233;tait-ce bien l'authentique Kondratiev, membre suppl&#233;ant du C.C. ou quelque ennemi du peuple abusant de la confiance des organisations, falsifiant les documents officiels avec le concours des agents de l'&#233;tranger, pour porter au c&#339;ur de l'Arm&#233;e rouge une parole de trahison ? Le soup&#231;on le tenailla si fort qu'il se leva, s'en alla &#224; petits pas inquiets vers le buffet, voir de pr&#232;s la photo du camarade encadr&#233;e de rubans rouges. Elle ne permettait pas le doute, mais les artifices de l'ennemi sont in&#233;puisables, les complots, les proc&#232;s, les trahisons des mar&#233;chaux m&#234;mes l'ont assez prouv&#233;. Cet imposteur pouvait &#234;tre grim&#233; ; les services d'espionnage usent des ressemblances fortuites avec un art consomm&#233; ; la photo pouvait &#234;tre fausse ! Le camarade Boulkine, r&#233;cemment promu lieutenant-colonel, qui avait vu dispara&#238;tre, probablement fusill&#233;s, trois de ses sup&#233;rieurs en trois ans, s'affola tout &#224; fait. Sa premi&#232;re pens&#233;e fut de faire garder les issues et d'alerter le Service secret. Quelle responsabilit&#233; ! La sueur lui en vint au front. Au travers des couples entra&#238;n&#233;s par le mouvement du tango, il aper&#231;ut le chef de la S&#251;ret&#233; de la ville qui s'entretenait tr&#232;s s&#233;rieusement avec Kondratiev &#8211; peut-&#234;tre au fait le devinait-il, l'interrogeait-il sans en avoir l'air ? Le lieutenant-colonel Boulkine, charpent&#233; en bouledogue, le front conique, barr&#233; de plis horizontaux qui exprimaient la tension de son esprit, erra par les salons, &#224; la recherche du commissaire politique, qu'il finit par trouver, pr&#233;occup&#233; lui aussi, &#224; la porte de la cabine t&#233;l&#233;phonique, fil direct avec la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Sav&#233;liev, mon ami, lui dit Boulkine en le prenant par le bras, je ne sais pas ce qui se passe&#8230; J'ose &#224; peine le penser&#8230; Je&#8230; &#202;tes-vous s&#251;r que ce soit le v&#233;ritable orateur du Comit&#233; central ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Que dites-vous, Filon Platonovitch ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas une r&#233;ponse. Ils chuchot&#232;rent avec effroi, firent le tour de la grande salle pour observer encore Kondratiev qui, les jambes haut crois&#233;es, fumait, se sentant bien, diverti par les danseurs parmi lesquels il y avait de belles jeunes filles et des gars de bonne substance humaine&#8230; &#192; le voir, le respect les cloua sur place. Boulkine, le moins intelligent des deux, poussa un long soupir et murmura d'un ton confidentiel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ne pensez-vous pas, camarade Sav&#233;liev, que ce pourrait &#234;tre l'annonce d'un tournant du C.C. ?&#8230; L'indication d'une nouvelle ligne pour l'&#233;ducation politique des cadres subalternes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commissaire Sav&#233;liev se demanda s'il n'avait pas commis une folie en t&#233;l&#233;phonant, bien qu'en termes extr&#234;mement circonspects, au Commissariat central, un r&#233;sum&#233; du discours Kondratiev. Il faudrait en tout cas aller dire au camarade d&#233;l&#233;gu&#233; du C.C. en prenant cong&#233; de lui, que &#171; les pr&#233;cieuses directives contenues dans son rapport si int&#233;ressant serviraient d&#232;s demain &#224; orienter tout notre travail d'&#233;ducation&#8230; &#187;. &#192; haute voix, il conclut :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est possible, Filon Platonovitch, mais avant d'avoir re&#231;u des instructions compl&#233;mentaires, je crois que nous devons nous abstenir de toute initiative&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev s'en allait, press&#233; de s'&#233;vader du cercle des grad&#233;s obs&#233;quieux. Il n'y r&#233;ussit que pendant un tr&#232;s bref instant, s'&#233;tant trouv&#233; seul, par un hasard inconcevable, &#224; la sortie de la grande salle pleine de musique et de mouvement. Deux visages de danseurs &#233;merg&#232;rent devant lui, l'un charmant, qui avait un rire des yeux tout &#224; fait printanier, l'autre fermement dessin&#233;, que l'on e&#251;t dit &#233;clair&#233; d'une lueur mate : Sacha. Sacha retint sa danseuse et ils tourn&#232;rent lentement sur place pour que le jeune homme p&#251;t se pencher vers Kondratiev :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Merci, Ivan Nicola&#233;vitch, pour ce que vous nous avez dit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement rythm&#233; ramena vers Kondratiev l'autre t&#234;te, entour&#233;e de tresses ch&#226;taines nou&#233;es sur la nuque, et elle avait sous un front sans rides des sourcils dor&#233;s ; le mouvement l'&#233;carta, ce fut Sacha, sa bouche mate, son regard intense et voil&#233;, qui se rapprocha. Sacha dit doucement, dans le bruit de la musique, sans &#233;motion apparente :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ivan Nicola&#233;vitch, je crois que l'on vous arr&#234;tera bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je le crois aussi, dit simplement Kondratiev en leur faisant de la main un petit salut affectueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait h&#226;te de fuir ce monde irritant, ces grosses t&#234;tes d'intelligence rudimentaire, trop bien nourries, ces insignes de commandement, ces jeunes femmes trop bien coiff&#233;es qui n'&#233;taient que de jeunes sexes sous des soies voyantes, ces jeunes hommes inquiets malgr&#233; eux, incapables de penser vraiment parce que plusieurs disciplines le leur interdisaient et qui portaient presque joyeusement leurs vies vers des sacrifices prochains qu'ils ne comprendraient pas&#8230; C'est peut-&#234;tre une chose admirable que nous ne puissions pas dominer enti&#232;rement notre cerveau et qu'il nous impose des images et des id&#233;es que nous pr&#233;f&#233;rerions chasser l&#226;chement : ainsi la v&#233;rit&#233; fait son chemin malgr&#233; l'&#233;go&#239;sme et l'inconscience. Dans le grand salon illumin&#233;, pendant une valse, Kondratiev s'&#233;tait tout &#224; coup souvenu d'un matin d'inspection sur le front de l'&#200;bre. Inspection inutile, comme tant d'autres. Les &#233;tats-majors ne pouvaient d&#233;j&#224; rem&#233;dier &#224; rien. Ils consid&#233;raient un moment, d'un air comp&#233;tent, les positions de l'ennemi sur des collines rousses mouchet&#233;es de buissons comme la peau de panth&#232;re. Le matin &#233;tait d'une fra&#238;cheur de commencement du monde, des brumes bleues s'effilochaient sur les pentes de la sierra, la puret&#233; du ciel grandissait d'instant en instant, les rayons du soleil y mont&#232;rent prodigieusement droits, prodigieusement visibles, d&#233;ploy&#233;s en &#233;ventail juste au-dessus de la courbe &#233;tincelante du fleuve qui divisait les arm&#233;es&#8230; Kondratiev savait que les ordres ne seraient plus ni ex&#233;cut&#233;s ni ex&#233;cutables, que ceux qui les donneraient, ces colonels, semblables les uns &#224; des m&#233;caniciens fatigu&#233;s par trop de veilles, les autres &#224; de beaux messieurs (qu'ils devaient &#234;tre en v&#233;rit&#233;) sortis du minist&#232;re pour un week-end au front, tout pr&#234;ts &#224; repartir pour Paris en mission secr&#232;te, avion et wagon-lit, tous ces chefs de la d&#233;faite, h&#233;ro&#239;ques et m&#233;prisables, ne se faisaient plus aucune illusion sur eux-m&#234;mes&#8230; Kondratiev leur tourna le dos et remonta seul, par un sentier de chevrier sem&#233; de cailloux blancs, vers l'abri du chef de bataillon. &#192; un tournant, un l&#233;ger bruit sourd et rythmique l'attira vers une cr&#234;te proche ; des chardons poussaient au sommet, h&#233;riss&#233;s, solitaires, sur une terre r&#232;che et leurs buissons durs, &#233;pargn&#233;s par le bombardement de la veille, entraient dans le ciel. Juste au-dessous de ce minuscule paysage de d&#233;solation, une &#233;quipe de miliciens travaillait en silence &#224; combler une large fosse o&#249; s'alignaient des cadavres d'autres miliciens. Les vivants et les morts portaient les m&#234;mes v&#234;tements, ils avaient presque les m&#234;mes visages, ceux des morts prenant la couleur de la terre, plus navrants que terribles avec leurs bouches entrouvertes, leurs l&#232;vres parfois gonfl&#233;es et sur eux le myst&#232;re de l'absence du sang ; ceux des vivants, maigres et concentr&#233;s, inclin&#233;s vers la terre, huil&#233;s de sueur, sans regard, comme ignor&#233;s de la lumi&#232;re matinale. Ces hommes travaillaient vite, avec ensemble, leurs pellet&#233;es ne faisant qu'un seul jet de terre d'o&#249; montait un petit bruit assourdi. Personne ne les commandait. Pas un ne se retourna vers Kondratiev, pas un ne per&#231;ut probablement sa pr&#233;sence. G&#234;n&#233; d'&#234;tre l&#224;, derri&#232;re eux, compl&#232;tement inutile, Kondratiev redescendit en s'effor&#231;ant de ne pas faire glisser les cailloux sous ses pas&#8230; Maintenant, il s'esquivait ainsi du bal et personne ne se retournait sur lui, aussi lointain pour ces jeunes soldats-danseurs que pour les miliciens-fossoyeurs de l&#224;-bas. Et de m&#234;me que l&#224;-bas, l'&#233;tat-major le rejoignit, s'empressa autour de lui, sollicita son avis, ici, sur le grand escalier de marbre. Il dut descendre entour&#233; des commissaires, des secr&#233;taires, des commandants, en d&#233;clinant leurs invitations. Les plus haut grad&#233;s lui offraient de passer la nuit chez eux, d'assister le lendemain &#224; la man&#339;uvre, de visiter les ateliers, l'&#233;cole, le casernement, la biblioth&#232;que, la piscine, la section disciplinaire, la cavalerie motoris&#233;e, l'h&#244;pital mod&#232;le, l'imprimerie-ambulante&#8230; Il souriait, remerciait, tutoyait des inconnus, plaisantait m&#234;me, malgr&#233; sa violente envie de leur crier : &#171; Assez ! Taisez-vous &#224; la fin ! Je ne suis pas de la race des &#233;tats-majors, peut-on se m&#233;prendre &#224; ma figure ? &#187; Tous ces fantoches ne se doutaient pas qu'il serait arr&#234;t&#233; un de ces jours, lui qui ne leur apparaissait qu'&#224; travers l'ombre g&#233;ante du sceau du Comit&#233; central&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dormit dans la Lincoln du C.C. Quelque part sur la route, un peu avant l'aube, un choc le tira du sommeil. Le paysage commen&#231;ait &#224; se d&#233;gager des t&#233;n&#232;bres, c'&#233;taient des champs noirs sous des &#233;toiles p&#226;les. Cette d&#233;solation nocturne, Kondratiev la retrouva quelques heures plus tard sur un visage de femme, au fond des yeux de Tamara L&#233;onti&#233;vna, venue au rapport dans son bureau du trust des Combustibles. Il se sentait de bonne humeur, il eut un geste familier d'homme sain, il lui prit le bras en souriant, et une frayeur confuse s'insinua aussit&#244;t en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Voyons, c'est tr&#232;s bien r&#233;gl&#233;, cette affaire avec le syndicat du Donietz, ce sera fait en vingt-quatre heures, mais qu'avez-vous, Tamara L&#233;onti&#233;vna, &#234;tes-vous malade ? Il ne fallait pas venir ce matin, si vous vous sentiez mal&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je serais venue &#224; tout prix, murmurait la jeune femme, de ses l&#232;vres d&#233;color&#233;es, excusez-moi, il faut, il faut que je vous avertisse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fut d&#233;sesp&#233;r&#233;e, ne sachant comment dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Allez-vous-en, Ivan Nicola&#233;vitch, partez tout de suite et ne revenez pas ! J'ai surpris sans le vouloir une conversation t&#233;l&#233;phonique entre le directeur et&#8230; je ne sais qui&#8230; je ne veux pas savoir, je n'ai pas le droit de savoir, je n'ai pas non plus le droit de vous dire, qu'est-ce que je fais, mon Dieu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev lui prit chaudement les deux mains, elle avait les mains glac&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Voyons, voyons, je sais moi-m&#234;me, Tamara L&#233;onti&#233;vna, calmez-vous&#8230; Vous croyez que je vais &#234;tre arr&#234;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fit oui des paupi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Allez-vous-en, vite, vite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais non, dit-il, nullement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se d&#233;tachait d'elle, redevenant le distant sous-directeur charg&#233; du contr&#244;le des plans sp&#233;ciaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vous remercie, Tamara L&#233;onti&#233;vna, vous allez compl&#233;ter pour deux heures le dossier des houill&#232;res de louzovka. En attendant, demandez-moi au t&#233;l&#233;phone le Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti. Insister de ma part pour obtenir le cabinet du Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral&#8230; Tout de suite, je vous prie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette clart&#233; serait celle du dernier jour ? Une chance sur mille d'obtenir l'audience&#8230; Et l&#224; ? Le beau poisson de mer tout cuirass&#233; d'&#233;cailles, dont chacune refl&#232;te la lumi&#232;re enti&#232;re d'un univers asphyxiant, se d&#233;bat dans la nasse en plein impossible, asphyxiant, tout cela &#8211; mais je suis pr&#234;t. Il fumait rageusement, tirant deux bouff&#233;es d'une cigarette, puis l'&#233;crasait sur le bord de la table et la jetait violemment sur le parquet. Il en rallumait une autre aussit&#244;t et ses m&#226;choires se soudaient, il s'oubliait dans son fauteuil directorial, dans cet absurde cabinet de travail, antichambre d'un lieu de supplices impr&#233;visibles. Tamara L&#233;onti&#233;vna revint sans frapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne vous ai pas appel&#233;e, dit-il hargneusement, laissez-moi seul&#8230; Ah oui, vous me passerez la communication &#224; l'appareil&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fuir, en effet, une mince possibilit&#233; existait peut-&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quoi encore ? Les houill&#232;res de Gorlovka ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, non, disait Tamara L&#233;onti&#233;vna, j'ai demand&#233; l'audience pour vous, il vous attend &#224; trois heures pr&#233;cises au Comit&#233; central&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quoi, quoi ? Vous avez fait cela ? Mais qui vous l'a permis ? Vous &#234;tes folle, ce n'est pas vrai ! Je vous dis que vous &#234;tes folle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai entendu SA VOIX, continuait Tamara, IL est venu LUI-M&#202;ME &#224; l'appareil, je vous assure&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle parlait de lui avec une v&#233;n&#233;ration terrifi&#233;e. Kondratiev se p&#233;trifiait : le gros poisson de mer qui commence &#224; crever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est bien, dit-il s&#232;chement. Occupez-vous du rapport du Donietz&#8230; Gorlovka et c&#230;tera&#8230; Et si vous avez mal &#224; la t&#234;te, prenez de l'aspirine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; Trois heures moins dix, la grande salle du Secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral. Deux pr&#233;sidents de R&#233;publiques f&#233;d&#233;r&#233;es y conversaient &#224; voix basse. D'autres pr&#233;sidents de R&#233;publiques disparurent, dit-on, en sortant d'ici&#8230; Trois heures. Le vide. Des pas dans le vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Veuillez entrer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entrer dans le vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef &#233;tait debout dans la blancheur att&#233;nu&#233;e du vaste cabinet. Ramass&#233; sur lui-m&#234;me. Il re&#231;ut Kondratiev sans un mouvement de bienvenue. Ses yeux roux avaient un regard opaque. Il murmura : &#171; Salut ! &#187; d'un ton indiff&#233;rent. Kondratiev n'&#233;prouvait nulle crainte : plut&#244;t la surprise d'&#234;tre presque impassible. Bon, nous voil&#224; face &#224; face, toi, le chef et moi qui ne sais pas si je suis &#224; la v&#233;rit&#233; un vivant ou un mort, abstraction faite d'une certaine dur&#233;e d'importance secondaire. Eh bien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef faisait trois ou quatre pas au-devant de lui sans lui tendre la main. Le chef le regardait de la t&#234;te aux pieds, lentement, durement, Kondratiev entendit l'interrogation trop grave pour &#234;tre prof&#233;r&#233;e : &#171; Ennemi ? &#187; et il y r&#233;pondit de m&#234;me sans desserrer les l&#232;vres : &#171; Ennemi, moi ? Es-tu fou ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef demanda tranquillement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alors, tu trahis, toi aussi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tranquillement, du fond d'un calme s&#251;r, Kondratiev r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne trahis pas, moi non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque syllabe de cette terrible phrase se d&#233;tachait comme un bloc de glace dans une blancheur polaire. Sur de telles paroles, impossible de revenir. Quelques secondes encore et tout serait fini. Pour de telles paroles, ici, on devrait &#234;tre an&#233;anti sur place, instantan&#233;ment, Kondratiev les acheva fermement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et tu dois le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'allait-il pas appeler, donner des ordres d'une voix si furieuse qu'elle en para&#238;trait &#233;teinte ? Les mains ballantes du chef esquiss&#232;rent plusieurs petits mouvements incoh&#233;rents. Cherchaient-elles le timbre ? Faites sortir ce mis&#233;rable, arr&#234;tez-le, supprimez-le ! Ce qu'il dit est mille fois pire que la trahison ! Une tranquille r&#233;solution tout &#224; fait d&#233;sarm&#233;e fit parler Kondratiev :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ne te mets pas en col&#232;re. Cela ne servirait &#224; rien. Tout ceci m'est p&#233;nible&#8230; &#201;coute&#8230; Tu peux me croire, tu peux ne pas me croire, cela m'est presque indiff&#233;rent, la v&#233;rit&#233; restera la v&#233;rit&#233;. Et c'est que, malgr&#233; tout&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Malgr&#233; TOUT ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; je te suis fid&#232;le&#8230; Il y a beaucoup de choses qui m'&#233;chappent. Il y en a trop que je comprends. Je suis angoiss&#233;. Je pense au pays, &#224; la r&#233;volution, &#224; toi, oui, &#224; toi &#8211; je pense &#224; eux&#8230; &#192; eux surtout, je te le dis franchement. Leur fin me laisse un regret &#233;pouvantable : quels hommes ils &#233;taient ! Quels hommes ! L'histoire met des mill&#233;naires &#224; en produire de si grands ! Incorruptibles, intelligents, form&#233;s par trente, quarante ann&#233;es d&#233;cisives, et purs, purs ! Laisse-moi dire, tu sais que j'ai raison. Tu es pareil &#224; eux, toi, c'est ton m&#233;rite essentiel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Ainsi Ca&#239;n et Abel issus des m&#234;mes entrailles sous les m&#234;mes &#233;toiles&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef &#233;carta des deux mains des obstacles invisibles. Sans &#233;motion apparente, en regardant ailleurs et m&#234;me en se donnant une expression d&#233;tach&#233;e, il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas un mot de plus sur ce th&#232;me, Kondratiev. Il fallait ce qu'il fallait. Le parti et le pays m'ont suivi&#8230; Pas &#224; toi d'en juger&#8230; Tu es un intellectuel, toi&#8230; (un sourire malveillant s'indiqua sur sa face terne). Moi, tu sais, je ne l'ai jamais &#233;t&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev haussait les &#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce que &#231;a peut bien nous faire&#8230; Ce n'est pas le moment de discuter les travers de l'intelligentsia&#8230; Elle a rudement servi, tout de m&#234;me, hein ?&#8230; Nous aurons bient&#244;t la guerre&#8230; Les comptes se r&#233;gleront, tous les sales vieux comptes, tu le sais mieux que moi&#8230; Nous p&#233;rirons peut-&#234;tre jusqu'au dernier en t'entra&#238;nant avec nous. Mettons les choses au mieux : tu seras le dernier d'entre les derniers. Tu tiendras une heure de plus que nous, gr&#226;ce &#224; nous, sur nos ossements. La Russie manque d'hommes, d'hommes qui aient dans la t&#234;te ce que nous avons, nous, ce qu'ils avaient, eux&#8230; Qui aient &#233;tudi&#233; Marx, connu L&#233;nine, fait Octobre, accompli tout le reste, le meilleur et le pire ! Combien restons-nous ? Tu sais le compte, tu y figures toi-m&#234;me&#8230; Et la terre va se mettre &#224; trembler comme quand les volcans se r&#233;veillent tous &#224; la fois, d'un continent &#224; l'autre. Nous serons sous terre, nous, &#224; l'heure noire et toi, tu seras seul, Voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev continua sur ce ton tristement persuasif :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu seras seul sous l'avalanche, avec le pays crevant de souffrance derri&#232;re toi, une foule d'ennemis autour de toi&#8230; Personne ne nous pardonnera d'avoir commenc&#233; le socialisme m&#234;me avec tant de barbarie stupide&#8230; Que tes &#233;paules soient solides, je n'en doute pas&#8230; Solides comme les n&#244;tres : les n&#244;tres t'ont port&#233;&#8230; Seulement, nous avons la place de l'individu dans l'histoire : pas tr&#232;s grande, cette place, surtout quand l'homme s'est isol&#233; au sommet du pouvoir&#8230; J'esp&#232;re que tes portraits, grands comme les &#233;difices, ne te font pas illusion l&#224;-dessus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La simplicit&#233; de cette parole accomplissait un miracle. Ils march&#232;rent c&#244;te &#224; c&#244;te sur le tapis blanc. Lequel emmenait l'autre ? Ils s'arr&#234;t&#232;rent devant la mappemonde : des oc&#233;ans, des continents, des fronti&#232;res, des industries, des &#233;tendues vertes, notre sixi&#232;me partie du monde, primitive, puissante et menac&#233;e&#8230; Un intense trait rouge indiquait, dans la r&#233;gion des banquises, la grande route de l'Arctique&#8230; Le chef s'int&#233;ressa au relief des monts Ourals : Magnitogorsk, notre nouvel orgueil, des hauts fourneaux aussi bien outill&#233;s que ceux de Pittsburgh ! C'est &#231;a qui compte ! Le chef se retourna &#224; demi vers Kondratiev, le geste plus distinct, la voix d&#233;tendue. L'opacit&#233; de son regard se dissipait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Litt&#233;rateur, va ! Tu devrais faire de la psychologie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mouvement amus&#233; du doigt compl&#233;ta le mot : emm&#234;ler et d&#233;m&#234;ler un &#233;cheveau imaginaire&#8230; Le chef sourit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; De nos jours, mon vieux, Tch&#233;khov et Tolsto&#239; seraient d'authentiques contre-r&#233;volutionnaires&#8230; J'aime bien les litt&#233;rateurs pourtant, sans avoir le temps de lire&#8230; Il y en a qui sont utiles&#8230; Je les fais payer tr&#232;s cher&#8230; Un roman leur rapporte parfois plus que plusieurs vies de prol&#233;taires. Est-ce juste ou pas juste ? Nous avons besoin de &#231;a&#8230; Mais je n'ai pas besoin de ta psychologie, Kondratiev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pause un peu bizarre suivit. Le chef bourrait sa pipe. Kondratiev contemplait la mappemonde. Les morts ne peuvent plus bourrer leurs pipes ni s'enorgueillir de Magnitogorsk qu'ils ont construit ! Plus rien &#224; ajouter, tout &#233;tait mis au point sous une clart&#233; impersonnelle qui ne permettait ni la man&#339;uvre ni la crainte. Les cons&#233;quences en seraient ce qu'elles devaient &#234;tre : irr&#233;vocables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Sais-tu que l'on t'a d&#233;nonc&#233; ? Que l'on t'accuse de trahison ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Naturellement ! Comment tous ces salauds ne me d&#233;nonceraient-ils pas ? Ils ne vivent que de &#231;a. Ils bouffent des d&#233;nonciations matin et soir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce qu'ils affirment ne semble pas invraisemblable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Parbleu ! Ils savent cuisiner &#231;a. &#192; notre &#233;poque, quoi de plus facile ? Mais quel que soit le puant galimatias qu'ils t'envoient&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je sais. J'ai &#233;tudi&#233; l'affaire. Une histoire espagnole plus qu'idiote&#8230; Tu as eu tort de t'en m&#234;ler, c'est certain&#8230; Qu'on en ait fait l&#224;-bas, des salet&#233;s et des b&#234;tises, je le sais mieux que quiconque&#8230; Ce stupide procureur voulait te faire arr&#234;ter&#8230; Une fois en chemin, ils arr&#234;teraient tout Moscou. C'est une brute dont il faudra nous d&#233;barrasser un jour. Une sorte de maniaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Passons. Ma d&#233;cision est prise. Tu pars pour la Sib&#233;rie orientale, on t'apportera ta nomination demain matin. Ne perds pas un jour&#8230; Zolotaya Dolina, la Vall&#233;e de l'Or, tu sais ce que c'est ? Notre Klondyke, une production augment&#233;e chaque ann&#233;e de 40 &#224; 50 %&#8230; Des techniciens admirables, plusieurs affaires de sabotage comme il se doit&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Content de lui-m&#234;me, le chef se mit &#224; rire. La plaisanterie ne lui r&#233;ussissant pas, le rendait parfois agressif. Il se voulait jovial. Son rire &#233;tait toujours un peu forc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il nous faut l&#224; un homme de caract&#232;re ; des nerfs, de l'enthousiasme, l'instinct marxiste de l'or&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je d&#233;teste l'or, dit Kondratiev avec une sorte d'emportement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie ? L'exil dans les montagnes de Yakoutie, dans la brousse blanche, au milieu des placers secrets, inconnus de l'univers ? Son &#234;tre entier s'&#233;tait pr&#233;par&#233; &#224; une catastrophe, endurci &#224; l'attendre, accoutum&#233; &#224; la souhaiter am&#232;rement comme l'homme pris de vertige au-dessus d'un pr&#233;cipice sait qu'un double en lui aspire au soulagement de la chute. Alors quoi ? Tu me fais gr&#226;ce apr&#232;s ce que je suis venu te dire ? Te joues-tu de moi ? Ne vais-je pas, sortant d'ici dispara&#238;tre &#224; un coin de rue ? Il est trop tard pour nous rendre confiance, tu nous as trop massacr&#233;s, je ne crois plus en toi, je ne veux pas de tes missions qui sont des pi&#232;ges ! Tu n'oublieras jamais ce que je t'ai dit et si tu me fais gr&#226;ce aujourd'hui, c'est pour ordonner mon arrestation dans six mois, quand le remords et le soup&#231;on te monteront &#224; la t&#234;te&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, Iossif, je te remercie de m'accorder la vie, je crois en toi, je venais chercher ici mon salut, tu es grand quand m&#234;me, toi, tu es parfois aveugle lorsque tu frappes, tu es perfide, tu es d&#233;vor&#233; de sanglantes jalousies, mais tu es encore le chef de la r&#233;volution, nous n'avons que toi, je te remercie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev contint l'effusion comme la protestation. Il n'y eut pas de pause. Le chef riait de nouveau :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Litt&#233;rateur, je le disais bien. Moi, l'or, je m'en moque&#8230; Excuse-moi, c'est jour d'audience. Tu prendras le dossier de l'Or au secr&#233;tariat, &#233;tudie-le. Les rapports, tu me les enverras directement. Je compte sur toi. Bon voyage, fr&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Entendu. Porte-toi bien. Au revoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'audience avait dur&#233; quatorze minutes&#8230; Kondratiev re&#231;ut des mains d'un secr&#233;taire une serviette de cuir sur laquelle se d&#233;tachaient en lettres dor&#233;es ces mots magiques : Trust de l'Or de la Sib&#233;rie orientale. Il passa sans les voir devant des uniformes bleus. La clart&#233; du jour lui parut transparente. Il marcha un moment parmi les passants sans penser &#224; rien. Une joie physique montait en lui, &#224; laquelle son esprit demeurait &#233;tranger. Il &#233;prouvait aussi une tristesse pareille &#224; un sentiment d'inutilit&#233;. Il alla s'asseoir sur un banc de square devant des arbres d&#233;sh&#233;rit&#233;s et des pelouses d'un vert insignifiant. Des enfants surveill&#233;s par une grand-m&#232;re faisaient des p&#226;t&#233;s avec la terre fangeuse. Les longs tramways jaunes roulaient un peu plus loin ; le grondement de leurs ferrailles se r&#233;percutait contre la fa&#231;ade d'un building de construction r&#233;cente, en verre, fer et ciment arm&#233;. Huit &#233;tages de bureaux ; cent quarante compartiments contenant les m&#234;mes portraits du chef, les m&#234;mes appareils &#224; calculer, les m&#234;mes verres de th&#233; sur les tables des directeurs et des comptables, les m&#234;mes existences soucieuses&#8230; Une mendiante passa, tra&#238;nant des marmots apr&#232;s elle. &#171; Pour l'amour du Christ&#8230; &#187;, disait-elle en tendant une jolie main brune, pure de lignes. Kondratiev y mit une poign&#233;e de menue monnaie. Sur chacune de ces pi&#233;cettes, se souvint-il, on pouvait lire : Prol&#233;taires de tous les pays, unissez-vous ! Il se passa la main sur le front. Ce cauchemar serait fini ? Oui, fini, pour un temps au moins, mon petit cauchemar personnel &#8211; mais tout le reste continue, rien n'est &#233;clairci, aucune aube ne point sur les tombes, aucun espoir v&#233;ritable n'est permis pour demain, il faut encore que nous cheminions &#224; travers les t&#233;n&#232;bres, la glace, le feu&#8230; Stefan Stern est sans doute mort, il faut le souhaiter pour lui. Kiril Roublev a disparu ; avec lui s'&#233;teint la lign&#233;e de nos th&#233;oriciens de la grande &#233;poque&#8230; Il ne reste plus dans nos &#233;coles sup&#233;rieures que de plates canailles arm&#233;es d'une dialectique inquisitoriale aux trois quarts morte. Les noms et les visages se pressaient dans sa m&#233;moire comme de coutume. Quel paisible mouvement, celui des miliciens de l'&#200;bre qui couvraient de terre, &#224; lourdes pellet&#233;es, leurs camarades couch&#233;s dans la fosse commune ! Les m&#234;mes hommes dans la fosse, au bord de la fosse, enterr&#233;s, fossoyeurs, les m&#234;mes ! Ils se couvraient de terre eux-m&#234;mes sans se d&#233;courager de vivre et de combattre. Il faut continuer, camarades, &#233;videmment. Laver les sables aurif&#232;res. Kondratiev ouvrit la serviette du trust de l'Or. Les cartes seules l'y int&#233;ress&#232;rent, &#224; cause de leur magie propre, ce reflet alg&#233;brique de la terre. Celle de la r&#233;gion du Vitim d&#233;pli&#233;e sur le genou, Kondratiev contempla les hachures qui signifiaient des hauteurs, des teintes vertes qui indiquaient les for&#234;ts, le bleu des cours d'eau&#8230; Pas de villages, des solitudes s&#233;v&#232;res, de la brousse sur du roc, des eaux froides nuanc&#233;es par le ciel et la pierre, des mousses lumineuses &#233;tal&#233;es sur les roches, la v&#233;g&#233;tation basse et tenace de la ta&#239;ga, des ciels indiff&#233;rents. L'homme, parmi ces splendeurs d&#233;charn&#233;es de la terre, se sent abandonn&#233; &#224; une glaciale libert&#233; d&#233;pourvue de sens humain. Les nuits scintillent, elles ont un sens inhumain, il arrive que leur scintillement endorme &#224; jamais le dormeur fatigu&#233;. Boda&#239;bo n'est sans doute qu'une bourgade administrative entour&#233;e de d&#233;frichements, en plein d&#233;sert bois&#233;, dans une clart&#233; m&#233;tallique d'&#233;clair fixe. &#171; J'emm&#232;nerai Tamara L&#233;onti&#233;vna, pensa Kondratiev, elle consentira. Je lui dirai : Tu es droite comme les jeunes bouleaux de ces montagnes, tu es jeune, j'ai besoin de toi, nous allons nous battre pour l'or, entends-tu ? &#187; Le regard de Kondratiev se d&#233;tacha de la carte pour suivre une joie au-del&#224; des choses visibles. Et il d&#233;couvrit des chaussures &#233;reint&#233;es, lac&#233;es par des ficelles, un bord de pantalon poussi&#233;reux. L'homme ne portait qu'une chaussette, tomb&#233;e comme un chiffon sale. Ses pieds exprimaient la violence et la r&#233;signation, un acharnement &#224; quoi ? &#192; parcourir la ville ainsi qu'une jungle pour y chercher la pitance, le savoir, les id&#233;es dont on vivra le lendemain sans apercevoir les &#233;toiles refoul&#233;es dans leur immensit&#233; par les enseignes lumineuses. Kondratiev tourna lentement la t&#234;te pour examiner son voisin, un jeune homme dont les mains se nouaient sur un cahier ouvert rempli d'&#233;quations. Il avait cess&#233; de lire, ses yeux gris exploraient le square avec une attention aigu&#235; et d&#233;s&#339;uvr&#233;e. En chasse, toujours en proie &#224; la m&#234;me &#226;pret&#233; d&#233;sol&#233;e ? &#171; Dans cette d&#233;tresse et cet ennui, personne &#224; qui serrer la main &#187;, dit le po&#232;te, mais le vagabond Maxim l'Amer, Gorki, transcrit : &#171; Personne &#224; qui casser la gueule&#8230; &#187; Un front obstin&#233; sous la visi&#232;re de la casquette relev&#233;e &#224; la mode des voyous. Des traits irr&#233;guliers, travaill&#233;s &#224; l'int&#233;rieur par une violence an&#233;mi&#233;e, le grain de la peau blafard. Des yeux nets : pas alcoolique. Le mouvement du corps du jeune homme sur le banc gardait un &#233;lan flexible. Ce dormeur-l&#224;, couch&#233; sur la terre nue des Sib&#233;ries, aucun scintillement d'&#233;toiles ne le tuerait, car son acharnement ne s'endormait jamais. Kondratiev l'oublia un moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; Tels devaient &#234;tre les r&#244;deurs de la ta&#239;ga du Haut-Angara, du Vitim, de la Tchara, de la Zolotaya Dolina, Vall&#233;e de l'Or. Ils suivent &#224; d'invisibles traces les b&#234;tes des bois, ils devinent l'orage, ils craignent l'ours, ils le tutoient comme un fr&#232;re a&#238;n&#233; qu'il est sage de respecter. Ce sont eux qui apportent aux comptoirs de la solitude les fourrures argent&#233;es et des bourses de cuir rebondies, pleines de grains d'or &#8211; pour le tr&#233;sor de guerre de la R&#233;publique socialiste. Un petit fonctionnaire silencieux parce qu'il a perdu l'habitude de la parole, qui vit seul avec sa femme, son chien, sa mitraillette et les oiseaux du ciel, dans une isba en gros rondins noircis, p&#232;se les grains d'or, compte les roubles, vend la vodka, les allumettes, la poudre, le tabac, la pr&#233;cieuse bouteille vide, fait des inscriptions au livret de travail de l'&#201;quipe coop&#233;rative des chercheurs d'or. Il avale en souriant un verre d'eau-de-vie, il &#233;tablit un calcul, il dit &#224; l'homme de la ta&#239;ga : &#171; Camarade, ce n'est pas assez. Tu n'as rempli la t&#226;che pr&#233;vue par le plan de la production qu'&#224; raison de 92 %&#8230; &#199;a ne va pas. Rattrape-toi ou je ne pourrai plus te vendre de l'alcool&#8230; &#187; Il le dit d'une voix &#233;teinte, et il ajoute : &#171; Palmyra, apporte-nous du th&#233;&#8230; &#187;, car sa femme s'appelle Palmyra, mais il ignore que c'est un nom merveilleux de cit&#233; disparue dans un autre monde, sous les sables, les palmes, le soleil&#8230; Ces chasseurs, ces prospecteurs, ces laveurs d'or, ces jeunes g&#233;ologues, ces ing&#233;nieurs yakoutes, bouriates, mongols, toungouses, oryates, grands-russiens des capitales, jeunes communistes, membres du parti, initi&#233;s &#224; la sorcellerie des shamans, ces commis demi-fous de solitude, leurs femmes, leurs petites Yakoutes des hameaux perdus, qui se vendent dans l'angle obscur de l'habitation, pour une pinc&#233;e de grains blonds ou pour un paquet de cigarettes, les contr&#244;leurs du trust, guett&#233;s sur les pistes par des fusils sci&#233;s, les ing&#233;nieurs qui connaissent les derni&#232;res statistiques du Transvaal et les m&#233;thodes nouvelles du forage hydraulique pour l'exploitation des couches aurif&#232;res profondes, tous, tous, ils vivent une vie magnifique sous le double signe du Plan et des nuits scintillantes, &#224; l'avant-garde des hommes en marche, en t&#234;te &#224; t&#234;te avec la Voie lact&#233;e ! &#8211; Le pr&#233;ambule du Rapport sur l'&#233;mulation socialiste et le sabotage dans les placers d'or de la Zolotaya Dolina contenait ces lignes : &#171; &#8230; Comme le disait nagu&#232;re notre grand camarade Toula&#233;v tra&#238;treusement assassin&#233; par les terroristes trotskystes-fascistes au service de l'imp&#233;rialisme mondial, les travailleurs de l'or forment un contingent d'&#233;lite &#224; la pointe de l'arfil&#233;e socialiste. Ils battent Wall Street et la City avec les armes m&#234;mes du capitalisme&#8230; &#187; Ah, Toula&#233;v, ce gros imb&#233;cile, et ce rab&#226;chage de procureurs ivres de bassesse&#8230; Platement dit, pour l'or, vrai tout de m&#234;me&#8230; Les vents glac&#233;s du Nord roulent vers cette contr&#233;e des nuages violac&#233;s charg&#233;s de neige. Derri&#232;re eux, la blancheur recouvre l'univers rendu &#224; une sorte de n&#233;ant. Devant eux fuient de telles multitudes d'oiseaux que le ciel en est couvert. Au couchant, certaines vol&#233;es lointaines d'oiseaux blancs d&#233;roulent avec lenteur dans la nue de l&#233;gers serpents dor&#233;s. Le plan doit &#234;tre accompli avant l'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev red&#233;couvrit les chaussures lac&#233;es de ficelles du marcheur en d&#233;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;tudiant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Technologie, troisi&#232;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kondratiev pensait &#224; trop de choses &#224; la fois. &#192; l'hiver, &#224; Tamara L&#233;onti&#233;vna qui viendrait, &#224; la vie recommenc&#233;e, aux enferm&#233;s de la prison int&#233;rieure o&#249; il avait cru finir cette journ&#233;e, aux morts, &#224; Moscou, &#224; la Vall&#233;e de l'Or. Sans regarder le jeune homme &#8211; et que lui importait apr&#232;s tout ce maigre visage amer ? &#8211;, il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Veux-tu te battre avec l'hiver, avec le d&#233;sert, avec la solitude, avec la terre, avec les nuits ? Te battre, entends-tu ? Je suis chef d'entreprise. Je t'offre du travail dans la brousse sib&#233;rienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tudiant r&#233;pondit sans prendre le temps de r&#233;fl&#233;chir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si c'est s&#233;rieux, j'accepte, Je n'ai rien &#224; perdre, moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Moi non plus, murmura all&#233;grement Kondratiev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. QUE LA PURET&#201; SOIT TRAHISON&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur Ratchevsky trouva sur son bureau un journal &#233;tranger qui annon&#231;ait (l'entrefilet d&#251;ment encadr&#233; de rouge) le proc&#232;s imminent des assassins du camarade Toula&#233;v. &#171; De notre correspondant sp&#233;cial : Il est question dans les milieux inform&#233;s&#8230; &#8211; les principaux accus&#233;s &#8211; l'ancien haut-commissaire &#224; la S&#251;ret&#233;, Erchov, l'historien Kiril Roublev, ex-membre du Comit&#233; central, le secr&#233;taire r&#233;gional de Kourgansk, Art&#232;me Mak&#233;ev, un agent direct de Trotsky dont le nom est encore gard&#233; secret&#8230; &#8211; auraient fait des aveux complets&#8230; &#8211; on esp&#232;re que ce proc&#232;s fera la lumi&#232;re sur certains points laiss&#233;s obscurs par les proc&#232;s pr&#233;c&#233;dents&#8230; &#187; Le service de presse du commissariat aux Affaires &#233;trang&#232;res joignait une demande de renseignements sur les origines de cette information. &#201;manant de la Cour supr&#234;me, elle avait pourtant &#233;t&#233; communiqu&#233;e, sous une forme officieuse, par ce m&#234;me service. Calamit&#233;. Vers midi, le procureur apprit que l'audience qu'il sollicitait depuis plusieurs jours lui &#233;tait accord&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef le re&#231;ut dans une &#233;troite antichambre, entre deux portes, devant une table nue recouverte de verre. L'audience dura trois minutes et quarante-cinq secondes. Le chef semblait distrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bonjour. Asseyez-vous. Eh bien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ratchevsky le voyait mal, g&#234;n&#233; par ses lunettes bomb&#233;es. Le cristal d&#233;composait l'image du chef en d&#233;tails absorbants : rides aux coins des yeux, sourcils noirs et touffus m&#234;l&#233;s de poils blancs&#8230; Le procureur, un peu pench&#233; en avant, les deux mains appuy&#233;es sur le rebord de la table (car il n'osait pas faire un geste), fit son rapport. Il ne savait pas tr&#232;s bien ce qu'il disait, mais l'automatisme professionnel lui permit d'&#234;tre bref et pr&#233;cis : 1&#176; les aveux complets des principaux accus&#233;s ; 2&#176; le d&#233;c&#232;s inattendu de celui qui semblait &#234;tre l'&#226;me de la conspiration, le trotskyste Ryjik, d&#233;c&#232;s d&#251; &#224; l'impardonnable n&#233;gligence de la camarade Zv&#233;r&#233;va, charg&#233;e de l'instruction ; 3&#176; les pr&#233;somptions tr&#232;s fortes r&#233;unies contre Kondratiev, dont la culpabilit&#233; &#8211; si elle &#233;tait prouv&#233;e &#8211; d&#233;montrerait la liaison des conspirateurs avec l'&#233;tranger&#8230; Un doute devait &#234;tre admis en principe tant que Kondratiev n'aurait pas &#233;t&#233; soumis &#224; l'instruction&#8230; Toutefois&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef coupa :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai vid&#233; cette affaire. Elle ne vous int&#233;resse plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur s'inclina, &#233;trangl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ah, tant mieux, je vous remercie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi remerciait-il ? Il &#233;prouvait une sensation de chute verticale. On tomberait ainsi du haut des gratte-ciel d'une cit&#233; inimaginable, le long des fen&#234;tres carr&#233;es &#8211; carr&#233;es &#8211; carr&#233;es &#8211; cinq cents &#233;tages&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La suite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle suite ? Le procureur revint, comme &#224; t&#226;tons, sur les aveux complets des principaux accus&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ils ont avou&#233; ? Et vous n'avez aucun doute ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mille &#233;tages, l'asphalte en bas. Le cr&#226;ne sur l'asphalte avec une vitesse de bolide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230; Non, dit Ratchevsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Appliquez donc la loi sovi&#233;tique. Vous &#234;tes le procureur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef se levait, les mains dans les poches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Au revoir, camarade procureur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ratchevsky s'en alla comme un automate. Aucune question ne se posait &#224; lui. Il s'abandonna, dans l'automobile, &#224; un engourdissement d'homme assomm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne re&#231;ois personne, dit-il &#224; son secr&#233;taire, laissez-moi seul&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'assit devant sa table. Le vaste bureau n'offrait rien &#224; quoi le regard s'attach&#226;t (le portrait du chef en grandeur naturelle &#233;tant derri&#232;re le fauteuil du procureur). &#171; Que je suis fatigu&#233;, se dit-il, et il appuya son front sur ses paumes. Somme toute, je n'ai plus qu'une issue : me faire sauter la cervelle&#8230; &#187; L'id&#233;e se formula elle-m&#234;me, dans son cerveau, tout &#224; fait simplement. Le t&#233;l&#233;phone grin&#231;a &#8211; fil direct du commissariat de l'Int&#233;rieur. Ratchevsky, en d&#233;crochant le r&#233;cepteur, per&#231;ut quelle lassitude &#233;tait dans ses membres. Il n'y avait en lui que cette id&#233;e-l&#224;, r&#233;duite &#224; une puissance impersonnelle, sans &#233;motion, sans images, sans discussion, &#233;vidente. &#171; All&#244;&#8230; &#187; Gord&#233;ev s'enquit de cette &#171; d&#233;plorable indiscr&#233;tion qui informait certains journaux europ&#233;ens concernant une pr&#233;tendue rumeur&#8230; Savez-vous quelque chose, Ignatii Ignati&#233;vitch ? &#187; Excessivement poli, Gord&#233;ev, usant de circonlocutions pour ne pas dire : &#171; Je fais une enqu&#234;te. &#187; Ratchevsky commen&#231;a par bafouiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quelle indiscr&#233;tion ? Vous dites ? Un journal anglais ? Mais toutes les communications de ce genre passent par le bureau de presse des Affaires &#233;trang&#232;res&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gord&#233;ev insista :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je crois que vous ne saisissez pas bien, cher Ignatii Ignati&#233;vitch&#8230; Permettez que je vous lise cet entrefilet : De notre correspondant sp&#233;cial&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ratchevsky l'interrompit vivement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ah, oui, je sais&#8230; Mon secr&#233;tariat avait transmis une communication verbale&#8230; sur indication du camarade Popov&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gord&#233;ev parut embarrass&#233; par la nettet&#233; inattendue de cette r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bien, bien, disait-il en baissant la voix, c'est que&#8230; (la voix remonta d'un octave : peut-&#234;tre y avait-il quelqu'un pr&#232;s de Gord&#233;ev ? peut-&#234;tre cette conversation t&#233;l&#233;phonique &#233;tait-elle enregistr&#233;e ?) avez-vous une note &#233;crite du camarade Popov ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, mais je suis s&#251;r qu'il s'en souvient tr&#232;s bien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vous remercie. Excusez-moi, Ignatti Ignati&#233;vitch&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ratchevsky, dans ses moments de grand travail, couchait souvent &#224; la Maison du Gouvernement. Il y disposait d'un petit appartement sans ornements envahi par les dossiers. Il travaillait beaucoup lui-m&#234;me, ne sachant pas utiliser les secr&#233;taires et ne se fiant &#224; personne. Soixante affaires de sabotage, de trahison, d'espionnage, &#224; &#233;tudier avant de s'endormir, tra&#238;naient sur les meubles. Les plus secr&#232;tes &#233;taient dans un petit coffre-fort, &#224; la t&#234;te du lit. Ratchevsky s'arr&#234;ta devant ce coffre-fort et, pour surmonter sa torpeur, essuya longuement ses lunettes. &#171; &#201;videmment, &#233;videmment. &#187; On lui apporta la collation habituelle qu'il d&#233;vora debout, devant la fen&#234;tre, sans apercevoir le paysage du faubourg o&#249; s'allumaient d'innombrables points d'or. &#171; C'est la seule chose &#224; faire, la seule&#8230; &#187; &#192; cette chose, en elle-m&#234;me, il ne pensait presque pas. Pr&#233;sente en lui, elle n'offrait pas de difficult&#233; r&#233;elle. Se br&#251;ler la cervelle, quoi de plus simple ? On ne se doute pas comme c'est simple. C'&#233;tait un homme &#233;l&#233;mentaire qui ne craignait ni la douleur ni la mort, ayant assist&#233; &#224; quelques ex&#233;cutions. Il n'y a probablement pas de douleur v&#233;ritable, rien qu'un choc d'une dur&#233;e infinit&#233;simale. Et les mat&#233;rialistes que nous sommes n'ont pas &#224; redouter le n&#233;ant. Il aspirait au sommeil et &#224; la nuit, ce qui donne le mieux l'image du n&#233;ant, lequel n'existe pas. &#8211; Laissez-moi tranquille, laissez-moi tranquille ! Il n'&#233;crirait rien. Cela vaudrait mieux pour les enfants. Comme il se souvenait des enfants, S&#233;nia l'appela au t&#233;l&#233;phone :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu ne rentres pas ce soir, papa ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Papa, j'ai eu tr&#232;s bien aujourd'hui pour l'histoire et l'&#233;conomie politique&#8230; Tiopka s'est coup&#233; le bout du doigt en d&#233;coupant des d&#233;calcomanies, Nioura l'a pans&#233;e d'apr&#232;s l'article &#171; secours aux bless&#233;s &#187; du manuel. Maman n'a plus mal &#224; la t&#234;te. Tout va bien sur le front de l'int&#233;rieur ! Dormez bien, camarade papa-procureur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dormez bien, mes ch&#233;ris, r&#233;pondit Ratchevsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, nom de Dieu ! Il ouvrit le placard bas du petit bureau, en tira une bouteille de cognac et but au goulot. Ses yeux se dilataient, une chaleur violente l'envahit, c'&#233;tait bon. La bouteille, brutalement pos&#233;e devant lui, oscilla longuement. Tombera, tombera pas ? Elle ne tombait pas. Il ass&#233;na sur le bois, des deux c&#244;t&#233;s de la bouteille, de vigoureux coups de poing, mais une main promptement ouverte pour l'attraper au vol si elle faisait mine de tomber. &#171; Tombera pas, canaille, h&#233;-h&#233;-h&#233;-h&#233; ! &#187; Il riait avec de grands hoquets. &#171; Une-balle-dans-la-t&#234;te, fiou-fiou-fiou-fiou ! Une-balle-dans-la-bouteille-fiou-fiou-fiou-fiou ! &#187; Pench&#233; de tout son poids sur le c&#244;t&#233;, il s'effor&#231;a d'atteindre du bout des doigts un dossier bleu sur le gu&#233;ridon voisin. L'effort le fit geindre. &#171; Que je t'attrape, salet&#233;, salet&#233;&#8230; &#187; Le bord du dossier saisi, il l'attira &#224; lui avec une adresse sournoise et le happa en l'air, tandis que s'&#233;talaient sur le tapis d'autres feuilles, le mit sur la table, envoya ses lunettes au diable par-dessus son &#233;paule et se mit &#224; &#233;peler, en les soulignant d'un gros doigt saliv&#233;, les mots &#233;crits sur la couverture : Sa-bo-ta-ge dans l'industrie chimique, affaire d'Akmolinsk. Les syllabes se chevauchaient, courant l'une apr&#232;s l'autre et chaque lettre, &#233;crite en grosse ronde &#224; l'encre noire, &#233;tait bord&#233;e de feu vert. Son doigt capturait les syllabes, mais elles lui &#233;chappaient comme des souris, comme des rats, comme ces petits l&#233;zards du Turkestan qu'il attrapait &#224; douze ans avec un n&#339;ud coulant fait d'un brin d'herbe &#8211; &#171; ha ha ha ! J'ai toujours &#233;t&#233; sp&#233;cialis&#233; dans les n&#339;uds coulants ! &#187; Il d&#233;chira le dossier en quatre. &#171; Ici, bouteille, ici, canaille, hurrah ! &#187; Il but &#224; en perdre le souffle, le rire, la conscience&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il arriva, l'apr&#232;s-midi du lendemain dans son cabinet de procureur, Popov l'y attendait entour&#233; des chefs de service qu'il cong&#233;dia de la main. Ennuy&#233;, Popov, jaune et le teint malade. Le procureur s'assit sous le grand portrait du chef, ouvrit sa serviette, prit un air aimable, mais la migraine lui pesait sur les paupi&#232;res, il avait la bouche p&#226;teuse et la respiration oppress&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pass&#233; une vilaine nuit, camarade Popov, crise d'asthme, le c&#339;ur, je ne sais quoi, pas eu le temps de consulter un m&#233;decin&#8230; &#192; vos ordres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popov demanda doucement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Avez-vous lu les journaux, Ignatii Ignati&#233;vitch ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas eu le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'avait pas lu le courrier non plus, puisque les enveloppes non d&#233;cachet&#233;es &#233;taient l&#224;. Popov se frotta les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bon, bon&#8230; Eh bien, camarade Ratchevsky, il vaut mieux que ce soit moi qui vous apprenne les nouvelles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne devait pas &#234;tre ais&#233;, car il chercha dans ses poches un journal, le d&#233;plia, y trouva un certain texte vers le milieu de la troisi&#232;me page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tenez, lisez, Ignatii Ignati&#233;vitch&#8230; D'ailleurs, tout est arrang&#233;, je m'en suis occup&#233; ce matin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par d&#233;cision du&#8230; et c&#230;tera&#8230; le camarade Ratchevsky, I. I., procureur pr&#232;s le Tribunal supr&#234;me, est relev&#233; de ses fonctions&#8230; vu sa nomination &#224; un autre poste&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;videmment, dit Ratchevsky, sans &#233;motion, car il apercevait une tout autre &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des deux mains, mollement, il poussa sa lourde serviette vers Popov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popov disait avec des frottements de mains, des toussotements, de vagues sourires engageants &#8211; et tout cela n'avait aucune signification :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous comprenez, n'est-ce pas, Ignatii Ignati&#233;vitch&#8230; Vous avez accompli une t&#226;che&#8230; surhumaine&#8230; Erreurs in&#233;vitables&#8230; Nous avons pens&#233; &#224; un poste qui vous permettrait de prendre quelque repos&#8230; Vous &#234;tes nomm&#233;&#8230; (du fond de sa torpeur, Ratchevsky dressa l'oreille) nomm&#233; directeur des services du Tourisme&#8230; avec un cong&#233; pr&#233;alable de deux mois&#8230; que je vous conseille amicalement de passer &#224; Sotchi&#8230; ou &#224; Souk-Sou, ce sont nos deux meilleures maisons de repos&#8230; La grande bleue, les fleurs, Aloupka, Alouchta, les sites, Ignatii Ignati&#233;vitch ! Vous nous reviendrez avec des forces nouvelles&#8230; dix ans de moins&#8230; et le tourisme, vous savez, n'est pas n&#233;gligeable !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ex-procureur Ratchevsky parut se r&#233;veiller. Il gesticula. Les gros verres de ses lunettes jet&#232;rent des &#233;clairs. Un rire fendit horizontalement sa face concave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Enchant&#233; ! Le tourisme, r&#234;ve de ma vie ! Les petits oiseaux dans les bois ! Les cerisiers en fleur ! La grande route de Svan&#233;tie ! Yalta ! Notre Riviera ! Merci, merci !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses deux mains noueuses et velues empoign&#232;rent les mains molles de Popov, qui recula un peu, le regard agit&#233;, le sourire jaunissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fonctionnaires subalternes les virent sortir bras dessus, bras dessous comme de bons comp&#232;res qu'ils &#233;taient. Ratchevsky souriait de toutes ses dents jaunes et Popov avait l'air de lui raconter une bonne histoire. Ils mont&#232;rent ensemble dans une voiture du Comit&#233; central. Ratchevsky fit arr&#234;ter pour un moment dans la rue Maxime Gorki, devant une grande &#233;picerie. Il en revint, ayant repris tout son s&#233;rieux, avec un paquet qu'il mit d&#233;licatement sur les genoux de Popov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Regarde, vieux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le goulot d'une bouteille, d&#233;bouch&#233;e, se d&#233;gageait du papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bois, mon ami, bois le premier&#8230; disait amicalement Ratchevsky et son bras entourait les &#233;paules ch&#233;tives de Popov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vous remercie, dit froidement Popov, et du reste je vous conseille de&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ratchevsky &#233;clata :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous me conseillez, cher ami ! Que c'est gentil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il but goul&#251;ment, la t&#234;te renvers&#233;e, la bouteille tenue haut d'un poing ferme, puis il se pourl&#233;cha les l&#232;vres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vive le tourisme, camarade Popov ! Savez-vous ce que je regrette ? D'avoir commenc&#233; ma vie en pendant des l&#233;zards !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne dit plus rien ensuite, mais il d&#233;balla la bouteille pour voir ce qu'elle contenait encore. Popov le reconduisit jusque chez lui, en grande banlieue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comment va votre famille, Ignatii Ignati&#233;vitch ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; All right, very well ! Elle va &#234;tre prodigieusement heureuse ! Et la v&#244;tre ! (Ricanait-il !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ma fille est &#224; Paris, dit Popov avec une pointe d'inqui&#233;tude. Il regarda l'ex-procureur pr&#232;s la Cour supr&#234;me descendre de l'auto devant une villa entour&#233;e d'arbustes d&#233;color&#233;s. Ratchevsky mit lourdement les deux pieds dans une flaque boueuse, ce qui le fit rire et jurer. La bouteille &#233;mergeait de la poche de son pardessus, il la t&#226;tait d'une main pareille &#224; un gros crabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Au revoir, mon vieux ! dit-il joyeusement ou m&#233;chamment et il courut vers la grille du jardinet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un homme fini &#187;, pensa Popov. Et puis quoi ? Jamais celui-l&#224; n'avait valu grand-chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris ne ressemblait &#224; aucune des images confuses que X&#233;nia s'en &#233;tait faites. Elle n'y retrouvait que fortuitement des ressemblances momentan&#233;es avec la double ville de son attente, capitale d'un monde en d&#233;composition, capitale des insurrections ouvri&#232;res&#8230; Tout y &#233;tait b&#226;ti depuis tant de si&#232;cles, et tant de pluie, tant de soleil, tant de nuit, tant de vie impr&#233;gnaient les vieilles pierres que la notion d'un ach&#232;vement unique s'imposait. Trouble mais bleuissante, la Seine coulait sous de vieux arbres dispers&#233;s, entre ses quais de pierre d'une nuance ind&#233;cise. Ces pierres semblaient n'avoir plus de duret&#233;, cette eau pollu&#233;e de vaste ville ne pouvait &#234;tre ni am&#232;re ni dangereuse &#8211; et nulle part ailleurs les noy&#233;s ne devaient susciter des larmes plus simples. Le tragique de Paris se v&#234;tait d'une gloire us&#233;e, presque l&#233;g&#232;re. Ce devenait un d&#233;lice de s'arr&#234;ter devant une &#233;choppe de bouquiniste, sous un squelette d'arbre, pour embrasser d'un seul regard les livres &#224; peine vivants, pas encore tout &#224; fait morts, dont les salissures gardaient l'empreinte de mains inconnues, les pierres du Louvre, de l'autre c&#244;t&#233; du fleuve l'enseigne de La Belle Jardini&#232;re, plus loin, &#224; un carrefour tr&#233;pidant de fourmili&#232;re, le dos vo&#251;t&#233; et la statue &#233;questre du Pont-Neuf avec, dessous, son singulier petit square triangulaire presque au ras de l'eau ; et parmi les toitures lointaines la sombre fl&#232;che ouvrag&#233;e de la Sainte-Chapelle. Les vieux quartiers sordides, marqu&#233;s au visage par la l&#232;pre d'une civilisation, attiraient et horrifiaient X&#233;nia ; ils appelaient la dynamite pour que l'on puisse, apr&#232;s les justes d&#233;molitions, construire de grands blocs de maisons o&#249; ruisselleraient l'air et le jour. On aimerait pourtant y vivre, m&#234;me de l'indigente vie des petits h&#244;tels, des logements d&#233;coup&#233;s dans de tr&#232;s vieilles ma&#231;onneries, que l'on atteignait par un escalier obscur, mais o&#249; des fleurs accroch&#233;es &#224; un rebord de fen&#234;tre surprenaient comme un sourire d'enfant malade. X&#233;nia, explorant par les fins d'apr&#232;s-midi des quartiers d'ancienne mis&#232;re et d'humiliation, &#233;tait prise d'une singuli&#232;re tendresse pour ces cit&#233;s abandonn&#233;es dans la cit&#233; g&#233;ante, &#224; l'&#233;cart des larges avenues, des quais royaux, des places aux nobles architectures, des arcs de triomphe, des boulevards opulents&#8230; Au fond d'une rue en pente douce, les coupoles cr&#233;meuses du Sacr&#233;-C&#339;ur captaient sur la hauteur toute la clart&#233; du soir. Leur laideur d&#233;nu&#233;e d'&#226;me en &#233;tait dor&#233;e. Dans cette rue, &#224; d'infinies distances de toute mis&#233;ricorde chr&#233;tienne ou ath&#233;e, des femmes guettaient aux portes ou derri&#232;re les vitres ternes, dans la p&#233;nombre empoisonn&#233;e des int&#233;rieurs. D'un trottoir &#224; l'autre, moul&#233;es dans leurs chandails ou croisant les bras sur des robes de chambre, elles paraissaient jolies ; de pr&#232;s elles avaient toutes les m&#234;mes visages ravag&#233;s, enlumin&#233;s de fards, d'un dessin violent. &#171; Ce sont des femmes et je suis une femme&#8230; &#187; X&#233;nia mesurait mal cette v&#233;rit&#233;. &#171; Qu'y a-t-il de commun entre nous, qu'y a-t-il de diff&#233;rent ? &#187; Il lui &#233;tait si facile de se r&#233;pondre : Je suis la fille d'un peuple qui a fait la r&#233;volution socialiste &#8211; et celles-ci sont les victimes de la vieille exploitation capitaliste &#8211; que cela devenait une formule presque creuse. N'y avait-il pas aussi des filles pareilles dans certaines rues de Moscou ? Que penser ? Des regards de curiosit&#233; suivaient l'&#233;trang&#232;re en jaquette blanche et b&#233;ret blanc qui gravissait la pente de cette rue, qu'est-ce qu'elle pouvait bien chercher dans ce quartier-ci ? Pas son bonheur, pour s&#251;r, ni du bizness, ni un homme, alors quoi, &#231;a serait du vice ? Une bath m&#244;me, en tout cas, t'as vu ses chevilles, dire que j'avais les m&#234;mes &#224; dix-sept piges ! X&#233;nia croisait un morne bicot, pareil &#224; un Tatare de Crim&#233;e, qui jetait des coups d'&#339;il obliques dans les vitres et les couloirs d'entr&#233;e, et elle le voyait men&#233; par une sorte de faim plus lamentable et plus &#226;pre que la faim. Les plus tristes &#233;piceries, voisines des bouges, offraient dans leurs &#233;talages livr&#233;s aux mouches du chocolat, du riz La Croix en paquets bleus, des fromages, des fruits d'outre-mer. X&#233;nia se souvenait de l'indigence de nos coop&#233;ratives dans les faubourgs de Moscou &#8211; comment cela se faisait-il ? Sont-ils si riches que leur mis&#232;re m&#234;me puisse croupir dans une sorte d'abondance ? L'horreur mar&#233;cageuse de ces bas-fonds r&#233;gnait sur un confort gras et bas, plein de mangeailles, de liqueurs, de chiffons agr&#233;ables &#224; l'&#339;il, d'amours sentimentales et de piments sexuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nia revenait sur la rive gauche. Au Ch&#226;telet finissait une ville commer&#231;ante dont la tr&#233;pidation n'&#233;tait qu'&#233;l&#233;mentaire, ventres et bas-ventres &#224; nourrir. L'animalit&#233; des multitudes s'y affairait sur place. La tour Saint-Jacques, entour&#233;e d'une pauvre oasis de feuillages et de chaises &#224; deux sous, n'&#233;tait qu'un inutile po&#232;me de pierre. &#171; Vestige de l'&#226;ge th&#233;ocratique, pensait X&#233;nia, et cette ville est &#224; l'&#226;ge mercantile&#8230; &#187; Il n'y avait qu'un pont &#224; traverser pour arriver, entre la Pr&#233;fecture, la Conciergerie, le Palais de Justice, &#224; l'&#226;ge administratif. Les prisons dataient de sept cents ans, leurs tours rondes, qui regardent la Seine, laissaient oublier, tant elles avaient de noblesse de lignes, leurs chambres de tortures d'autrefois. Les proc&#233;dures nourrissaient un peuple de scribes, mais il y avait aussi un march&#233; aux fleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre pont sur les m&#234;mes eaux, et les livres vivaient aux &#233;talages, des jeunes gens nu-t&#234;te portaient des cahiers sous le bras, l'on entrevoyait dans les caf&#233;s des visages pench&#233;s sur des textes qui &#233;taient tout &#224; la fois les Pandectes de Justinien, les Commentaires de Jules C&#233;sar, La Cl&#233; des songes de Sigmund Freud et des po&#232;mes surr&#233;alistes. La vie montait le long des terrasses des caf&#233;s vers un jardin trac&#233; en lignes de calme et ce jardin finissait entre des immeubles bourgeois par un globe en bronze a&#233;r&#233; que soutenaient des formes humaines, comme une pens&#233;e attach&#233;e au sol, m&#233;tallique mais transparente, terrestre mais fi&#232;rement r&#233;sistante. X&#233;nia pr&#233;f&#233;rait rentrer chez elle par ce carrefour o&#249; le ciel &#233;tait plus vaste qu'ailleurs. Les tissus imprim&#233;s r&#233;clam&#233;s par le trust du Textile d'Ivanovo-Voznessensk ne lui demandaient qu'une consultation par semaine, sur des s&#233;lections propos&#233;es. Elle se laissait vivre, chose inconcevable mais facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'arr&#234;ter devant un portail du XVIe si&#232;cle, rue Saint-Honor&#233;, en se disant que la charrette de Robespierre et de Saint-Just a pass&#233; ici, d&#233;couvrir &#224; c&#244;t&#233; une vitrine contenant des tissus du Levant, s'interroger sur le prix d'un flacon de parfum, fl&#226;ner dans les jardins de la tour Eiffel&#8230; Belle ou laide, cette armature m&#233;tallique montant si haut dans le ciel de Paris ? Lyrique en tout cas, &#233;mouvante, unique au monde ! &#192; quelle &#233;motion esth&#233;tique rattacher l'&#233;motion que X&#233;nia &#233;prouvait &#224; l'apercevoir du haut de M&#233;nilmontant, &#224; l'horizon de la ville ? Soukhov expliquait que notre Palais des Soviets &#233;l&#232;verait plus haut dans le ciel de Moscou une statue de chef en acier, ce serait autrement grand et symbolique ! Leur petite tour Eiffel, monument d&#233;pass&#233; de la technique industrielle fin XIXe si&#232;cle, le faisait rire. &#171; Comment pouvez-vous trouver &#231;a int&#233;ressant &#187; (le mot &#233;mouvant lui &#233;tait inconnu). &#171; Vous avez beau &#234;tre po&#232;te, r&#233;pondait X&#233;nia, vous avez moins d'intuition de certaines choses que les plantes &#187; et comme il ne comprenait pas du tout, il riait, s&#251;r de sa sup&#233;riorit&#233;&#8230; C'est pourquoi X&#233;nia pr&#233;f&#233;rait sortir seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lev&#233;e tard, vers 9 heures, X&#233;nia, sa toilette finie, ouvrait la fen&#234;tre sur un croisement de boulevards, le Raspail, le Montparnasse, et contemplait, contente de vivre, ce paysage de maisons, de caf&#233;s aux si&#232;ges encore retourn&#233;s sur les tables, d'asphalte. M&#233;tro Vavin. L'&#233;ventaire ferm&#233; du marchand d'hu&#238;tres et coquillages ; la marchande de journaux d&#233;pliait son pliant&#8230; Rien ne changeait d'un jour &#224; l'autre. X&#233;nia prenait son petit d&#233;jeuner au caf&#233; de l'h&#244;tel et c'&#233;tait un moment agr&#233;able. Les rites matinaux de l'&#233;tablissement lui procuraient un sentiment de paisible s&#233;curit&#233;. Comment ces gens pouvaient-ils vivre sans trouble, sans &#233;lan vers l'avenir, sans penser aux autres et &#224; eux-m&#234;mes avec angoisse, piti&#233;, duret&#233; ? D'o&#249; leur venait cette pl&#233;nitude dans une sorte de vide ? &#192; peine X&#233;nia s'&#233;tait-elle assise &#224; sa table coutumi&#232;re (d&#233;j&#224; captive, elle aussi, d'un commencement d'habitude), pr&#232;s des rideaux derri&#232;re lesquels le boulevard se voyait en tons de pierre, recommen&#231;ant nonchalamment sa vie quotidienne, que Mme Delaporte entrait sans bruit, comme une grosse chatte tr&#232;s digne. Caissi&#232;re du caf&#233;-restaurant depuis vingt-trois ans, Mme Delaporte s'y sentait simplement souveraine d'un royaume d'o&#249; l'inqui&#233;tude &#233;tait bannie &#8211; comme une reine Wilhelmine de Hollande r&#233;gnait sur les champs de tulipes. Les comptes arri&#233;r&#233;s de quelques vieux clients inspiraient confiance eux aussi. La maison fait cr&#233;dit, monsieur, pourquoi pas ? Que le docteur Poivrier, propri&#233;taire rue d'Assas, et d'ailleurs actionnaire du Bon March&#233; d&#251;t cinq cents francs, c'&#233;tait de l'argent en banque ! La client&#232;le respectable et r&#233;guli&#232;re, Mme Delaporte la consid&#233;rait comme son &#339;uvre. Et si L&#233;onard de Vinci a peint la Joconde, Mme Delaporte avait fait cette client&#232;le ! D'autres femmes, moins privil&#233;gi&#233;es, ont de grands enfants mari&#233;s, et qui divorcent et dont les enfants sont malades, et dont les affaires p&#233;riclitent, tout le tremblement, quoi ! &#171; Moi, j'ai cette maison, monsieur, c'est mon foyer, et tant que je serai l&#224;, &#231;a marchera ! &#187; Le &#231;a marchera, Mme Delaporte le pronon&#231;ait avec une assurance modeste qui ne vous laissait aucun doute. Elle commen&#231;ait par ouvrir le tiroir-caisse, rangeait &#224; c&#244;t&#233; de ses mains son tricotage, ses b&#233;sicles, un livre de cabinet de lecture, l'illustr&#233; dans lequel elle lirait, &#224; l'heure creuse, avec un demi-sourire attendri et sceptique, les conseils de Tante Solange &#224; Myosotis &#8211; 18 ans, Blondinette lyonnaise, Rose inqui&#232;te &#171; Croyez-vous qu'il m'aime vraiment ? &#187; Mme Delaporte tapotait du bout des doigts sa coiffure pour que chaque m&#232;che grise, gracieusement ondul&#233;e, y f&#251;t aussi &#224; sa place. Puis elle jetait son premier coup d'&#339;il sur le caf&#233;. L'ordre durable y r&#233;gnait. M. Martin, le gar&#231;on, finissait de distribuer les cendriers sur les tables ; par pur scrupule, il frottait le vague contour d'une tache d'humidit&#233; jusqu'&#224; faire luire le bois &#8211; irr&#233;prochablement. Il souriait &#224; X&#233;nia et Mme Delaporte lui souriait aussi. Ensemble, deux voix amicales lui souhaitaient le bonjour : &#171; &#199;a va comme vous voulez, mademoiselle ? &#187; Ces phrases semblaient dites par les choses m&#234;mes, satisfaites d'exister et de nature sociable. Entre 10 heures et 10 h 15 entrait le premier client r&#233;gulier, M. Taillandier, qui s'accoudait au comptoir, pr&#232;s de la caisse, pour prendre un caf&#233;-kirsch. La caissi&#232;re et le consommateur &#233;changeaient des propos si peu vari&#233;s que X&#233;nia croyait les conna&#238;tre par c&#339;ur&#8230; Mme Delaporte soignait depuis douze ans des troubles d'estomac, ballonnements, aigreurs&#8230; M. Taillandier se pr&#233;occupait de son r&#233;gime d'arthritique. &#171; Tenez, madame, le caf&#233; et le kirsch me sont contre-indiqu&#233;s et pourtant, vous voyez ! Je ne me les refuse pas, non, madame ! La m&#233;decine, faut en prendre et en laisser, je ne me fie qu'&#224; mon instinct ! Ainsi, au r&#233;giment, tenez, en 1924&#8230; &#187; &#8211; &#171; Et moi, monsieur (ici les longues aiguilles &#224; tricoter de Mme Delaporte commen&#231;aient leur ballet), j'ai essay&#233; les sp&#233;cialit&#233;s les plus co&#251;teuses, j'ai consult&#233; la Facult&#233; sans regarder &#224; la d&#233;pense, je vous prie de le croire, oui, monsieur, eh bien, j'en suis revenue aux rem&#232;des de bonne femme, ce qui me fait du bien c'est une tisane qui m'est pr&#233;par&#233;e par un herboriste du Marais, et vous voyez que je n'ai pas si mauvaise mine tout de m&#234;me&#8230; &#187; Parfois survenait vers ce moment l'&#233;l&#233;gant M. Gimbre, tr&#232;s inform&#233; sur les courses : &#171; Jouez Nautilus II hardiment ! Ensuite, Cl&#233;op&#226;tre ! &#187; P&#233;remptoire sur ce sujet, M. Gimbre attaquait parfois la politique, si quelqu'un voulait bien lui donner la r&#233;plique ; il disait alors du mal des Tch&#233;coslovaques, qu'il feignait m&#234;me de confondre avec les Kurdosyriaques, et r&#233;v&#233;lait le prix exact des ch&#226;teaux achet&#233;s par L&#233;on Blum. X&#233;nia le regardait par-dessus son journal, irrit&#233;e par la suffisance et la bassesse de ses propos, et elle se demandait : Quel sens a la vie d'un tel &#234;tre ? Mme Delaporte, pleine de tact, donnait vite un autre tour &#224; la conversation. &#171; Vous faites toujours la Normandie, monsieur Taillandier ? &#187; et l'on commentait tout &#224; coup la cuisine normande. &#171; Ah oui ! &#187;, soupirait inexplicablement la caissi&#232;re. M. Taillandier s'en allait, M. Gimbre s'enfermait dans la cabine du t&#233;l&#233;phone, M. Martin, le gar&#231;on, se plantait devant la porte ouverte, entre les boulingrins, pour observer sans en avoir l'air le man&#232;ge des modistes d'en face, Chez Monique. Un vieux matou gris, affreusement &#233;go&#239;ste, se faufilait sous les tables sans daigner voir personne. Mme Delaporte l'appelait discr&#232;tement : &#171; Psst, psst, Mitron ! &#187; Mitron suivait son propre chemin, probablement flatt&#233; par cette attention. &#171; Gros ingrat ! &#187;, murmurait Mme Delaporte et, si X&#233;nia levait les yeux, elle continuait : &#171; Les b&#234;tes, mademoiselle, c'est aussi ingrat que les gens ! Ne vous fiez ni aux uns ni aux autres, si vous m'en croyez ! &#187; C'&#233;tait un minuscule univers calme o&#249; l'on vivait sans commenter les chiffres de contr&#244;le du Plan, sans craindre les &#233;purations, sans se d&#233;vouer &#224; l'avenir, sans se poser les probl&#232;mes du socialisme. Ce matin, Mme Delaporte, sur le point de placer un aphorisme coutumier, d&#233;posa son tricot, descendit de son haut tabouret, fit signe, d'une moue intrigu&#233;e, au gar&#231;on Martin, et s'avan&#231;a vers X&#233;nia, accoud&#233;e &#224; sa table, devant le caf&#233;-cr&#232;me, les croissants, le journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y avait d'&#233;trange en X&#233;nia, c'&#233;tait son immobilit&#233; : le menton dans la main, &#171; blanche comme un linge &#187; (observa Mme Delaporte), les sourcils en arc, les yeux fixes, elle e&#251;t d&#251; voir venir la caissi&#232;re, mais ne la vit pas, ne la vit pas repartir en sens inverse &#224; petits pas press&#233;s, ne l'entendit pas commander au gar&#231;on :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vite, vite, Martin, une Marie Brizard &#8211; non, tenez, plut&#244;t une anisette, mais grouillez-vous donc, elle n'a plus ses esprits, mon Dieu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mme Delaporte apporta elle-m&#234;me l'anisette et la mit sur la table devant X&#233;nia qui ne bougeait pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mademoiselle, mon enfant, voyons !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une main pos&#233;e avec douceur sur son b&#233;ret blanc et ses cheveux, rappela X&#233;nia &#224; cette r&#233;alit&#233;-ci. Elle regarda Mme Delaporte en cillant &#224; travers des larmes, elle se mordit les l&#232;vres, elle dit quelque chose en russe. (&#171; Que faire, mais que faire ? &#187;) Mme Delaporte eut sur le bord des l&#232;vres une interrogation affectueuse : &#171; Chagrins d'amour, ma petite, il est donc m&#233;chant ? infid&#232;le ? &#187;, mais ce visage en cire dure, avec son &#233;garement concentr&#233;, ne ressemblait pas &#224; celui d'un chagrin d'amour, ce devait &#234;tre bien pis, quelque chose d'inconnaissable et d'incompr&#233;hensible, sait-on jamais avec ces Russes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Merci, dit X&#233;nia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sourire fou d&#233;figura son visage de grande enfant. Elle avala l'anisette, se leva, les yeux s&#233;ch&#233;s, sans songer &#224; se remettre un peu de poudre, et sortit en courant presque, traversa le boulevard entre des autobus, disparut dans l'escalier du m&#233;tro&#8230; Le journal ouvert, le caf&#233; et les croissants intacts sur la table, t&#233;moign&#232;rent d'une d&#233;solation insolite. M. Martin et Mme Delaporte se pench&#232;rent ensemble sur le journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Sans mes verres, je n'y vois plus goutte, monsieur Martin, lisez-vous quelque chose, un accident, un drame ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Martin r&#233;pondit apr&#232;s une pause :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne vois que l'annonce d'un proc&#232;s &#224; Moscou&#8230; Vous savez, madame Delaporte, l&#224;-bas on vous fusille les gens en un tournemain, pour un oui, pour un non&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Un proc&#232;s ? dit Mme Delaporte, incr&#233;dule. Vous croyez ? C'est &#233;gal, pauvre demoiselle. Je me sens toute chose. Monsieur Martin, vous me donnerez une anisette, non, tenez, plut&#244;t une Marie Brizard. C'est comme si j'avais vu passer le malheur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nia, ne voyait dans le champ &#233;clair&#233; de sa conscience que deux id&#233;es nettes : &#171; Nous ne pouvons pas laisser fusiller Kiril Roublev&#8230; Il ne reste peut-&#234;tre pour le sauver qu'une semaine, une semaine&#8230; &#187; Elle se laissa emporter par la rame du m&#233;tro, entra&#238;ner par des foules &#224; travers les couloirs souterrains de Saint-Lazare, elle lut des noms de stations inconnues. Sa pens&#233;e n'allait pas au-del&#224; de l'obsession. Tout &#224; coup lui apparut sur la paroi d'une station une grande affiche monstrueuse repr&#233;sentant une t&#234;te de b&#339;uf noire, aux cornes largement &#233;cart&#233;es, un &#339;il vivant et l'autre trou&#233; par une &#233;norme blessure en rectangle o&#249; le sang prenait une couleur de feu. B&#234;te fusill&#233;e, atroce &#224; voir. X&#233;nia, fuyant cette image qui se reproduisait de station en station, se retrouva sur le trottoir des Trois Quartiers, en face de l'&#233;glise de la Madeleine, ind&#233;cise, se parlant &#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire ? Un monsieur &#226;g&#233; se d&#233;couvrait devant elle, il avait des dents en or, il disait quelque chose d'une voix mielleuse, avec embarras. Il disait &#171; gracieuse &#187; et X&#233;nia entendit &#171; gr&#226;ce &#187;. &#8211; &#201;crire &#224; l'instant, t&#233;l&#233;graphier, gr&#226;ce pour Kiril Roublev, gr&#226;ce ! Le monsieur vit ce visage aigu de femme-enfant s'&#233;clairer, il allait prendre un air b&#233;at, mais X&#233;nia tapait du pied, elle l'aper&#231;ut, ses cheveux rares partag&#233;s par une raie, ses yeux porcins, et elle fit comme elle faisait enfant, dans ses pires col&#232;res, elle cracha devant elle &#224; toute vol&#233;e&#8230; Le monsieur s'esquivait, X&#233;nia entra dans un bar-tabac bruyant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Papier &#224; lettres, je vous prie&#8230; Oui, caf&#233;, vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui apporta une enveloppe jaune, une feuille de papier quadrill&#233;. &#201;crire au chef, lui seul sauverait Kiril Roublev. &#171; Cher et grand, et juste, notre chef bien-aim&#233;&#8230; Camarade ! &#187; L'&#233;lan de X&#233;nia tomba. &#171; Cher &#187;, mais ne commen&#231;ait-elle pas, en &#233;crivant, &#224; surmonter une sorte de haine ? C'&#233;tait &#233;pouvantable &#224; penser. &#171; Grand &#187;, mais que ne laissait-il pas faire ? &#171; Juste &#187; et l'on allait juger Roublev, tuer Roublev, pareil &#224; un saint &#8211; et ces proc&#232;s-l&#224; sont certainement d&#233;cid&#233;s par le Bureau politique ! Elle r&#233;fl&#233;chit. Pour sauver Roublev pourquoi ne pas mentir, s'avilir ? Seulement, la lettre n'arriverait pas &#224; temps &#8211; et si m&#234;me la lettre arrivait, la lirait-il, Lui qui recevait des milliers de lettres par jour, d&#233;pouill&#233;es par un secr&#233;tariat ? Qui faire intervenir ? Le consul g&#233;n&#233;ral, Nikifore Antonytch, gros froussard impassible n&#233; sans &#226;me ? Le premier secr&#233;taire de la l&#233;gation, Willi, qui lui enseignait le bridge, la conduisait &#224; Tabarin, ne voyant en elle que la fille de Popov ? Il espionnait l'ambassadeur, parfait arriviste, Willi, n&#233; sans &#226;me, lui aussi. D'autres visages se pr&#233;sent&#232;rent, tous devenant subitement odieux. D&#232;s ce soir, d&#232;s que l'on recevrait confirmation de la d&#233;p&#234;che des journaux, la cellule du parti se r&#233;unirait, le secr&#233;taire proposerait de t&#233;l&#233;graphier une r&#233;solution d'unanimit&#233; exigeant le supr&#234;me ch&#226;timent pour Kiril Roublev, Erchov, Mak&#233;ev, tra&#238;tres, assassins, ennemis du peuple, rebut de l'esp&#232;ce humaine. Willi voterait pour, Nikifore Antonytch voterait pour, les autres voteraient pour&#8230; &#171; Que ma main se dess&#232;che, mis&#233;rables, si elle se l&#232;ve avec les v&#244;tres ! &#187; Personne &#224; supplier, personne &#224; qui en parler, personne ! Les Roublev p&#233;rissent seuls, seuls ! Que faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nia trouva : p&#232;re. P&#232;re, aide-moi. Tu connais Roublev depuis ta jeunesse, p&#232;re, tu le sauveras, tu peux le sauver. Tu iras trouver le chef, tu lui diras&#8230; Elle alluma une cigarette : la flamme de l'allumette lui fut une &#233;toile de bon augure au bout des doigts. Presque radieuse, X&#233;nia commen&#231;a d'&#233;crire sa d&#233;p&#234;che dans un bureau de poste. Le premier mot trac&#233; sur le papier &#233;teignit sa confiance. Le premier formulaire d&#233;chir&#233;, X&#233;nia sentit son visage se crisper. Au-dessus du pupitre, une affiche expliquait : &#171; Avec un versement annuel de 50 francs pendant vingt-cinq ans, vous vous assurerez une paisible vieillesse&#8230; &#187; X&#233;nia &#233;clata de rire. Son stylo ne contenant plus d'encre, elle chercha autour d'elle. Une main magique lui tendit un stylo jaune entour&#233; d'un anneau d'or. X&#233;nia &#233;crivit avec d&#233;cision :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; P&#232;re il faut sauver Kiril Stop Tu connais Kiril depuis vingt ans Stop C'est un saint Stop Innocent Stop Innocent Stop Si tu ne le sauves pas un crime p&#232;sera sur nous Stop P&#232;re tu le sauveras&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; sortait ce ridicule stylo jaune d'&#339;uf ? X&#233;nia ne sut qu'en faire, mais une main le lui prit, un monsieur dont elle ne vit que la moustache &#224; la Charlie Chaplin lui disait aimablement quelque chose qu'elle n'entendit pas. Allez &#224; tous les diables ! Au guichet, la buraliste, une jeune femme aux grandes l&#232;vres trop peintes, comptait les mots du t&#233;l&#233;gramme. Elle regarda X&#233;nia, les yeux dans les yeux, et dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vous souhaite de r&#233;ussir, mademoiselle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nia, une boule de sanglots dans la gorge, r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est presque impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les yeux bruns, stri&#233;s d'or, de l'autre c&#244;t&#233; du guichet, la regard&#232;rent avec effroi, mais leur expression &#233;claira X&#233;nia qui se reprit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, tout est possible, merci, merci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le boulevard Haussmann vibra sous un soleil l&#233;ger. &#192; un coin de rue les passants s'attroupaient pour voir, dans une vitrine d'entresol, passer des mannequins qui pr&#233;sentaient, sveltes, en balan&#231;ant un peu les &#233;paules et les hanches, les robes de la saison&#8230; X&#233;nia savait rencontrer Soukhov au Marbeuf. Elle avait en lui, sans y penser, la confiance physique de la jeune femme d&#233;sir&#233;e par le jeune m&#226;le. Po&#232;te, secr&#233;taire d'une section du syndicat des Po&#232;tes, il &#233;crivait pour les journaux des vers plats, impersonnels comme les &#233;ditoriaux des quotidiens, que la Librairie de l'&#201;tat r&#233;unissait en plaquettes : Tambours, La Marche au pas, Veillons &#224; la Fronti&#232;re&#8230; Il r&#233;p&#233;tait les mots de Mayakovski : &#171; Notre-Dame ? &#199;a ferait un magnifique cin&#233;ma. &#187; Collaborateur de la S&#251;ret&#233;, il visait les cellules des jeunes fonctionnaires en mission &#224; l'&#233;tranger, pour leur r&#233;citer ses vers d'une voix chaude et virile de crieur public, et r&#233;diger des rapports confidentiels sur le comportement de ses auditeurs dans le milieu capitaliste. Quand ils &#233;taient seuls dans un jardin, Soukhov embrassait X&#233;nia. L'herbe, la senteur de la terre le rendaient amoureux et lui donnaient envie de courir, de galoper, disait X&#233;nia. Elle se laissait faire, contente, tout en lui r&#233;p&#233;tant qu'elle ne l'aimait qu'en camarade, &#171; et si tu veux m'&#233;crire, que ce soit en prose, n'est-ce pas ? &#187;. Il n'&#233;crivait pas. Elle lui refusait ses l&#232;vres, elle refusait de l'accompagner dans un h&#244;tel de la Porte Dor&#233;e pour y commencer &#171; une aventure &#224; la fran&#231;aise &#187; &#8211; &#171; qui me rendrait peut-&#234;tre, X&#233;niouchka, lyrique comme le vieux Pouchkine ! Tu devrais m'aimer par amour de la po&#233;sie ! &#187;. Soukhov lui baisa les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; T'es chaque jour plus jolie, tu prends un petit air Champs-&#201;lys&#233;es qui m'emballe, X&#233;niouchka&#8230; Mais t'as pas bonne mine. Mets-toi plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il la bloqua dans un coin de banquette, genoux contre genoux, lui entoura la taille, la regarda tout enti&#232;re de ses yeux de bel &#233;talon. La parole de X&#233;nia le gla&#231;a. Il recula. Et s&#233;v&#232;rement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; X&#233;niouchka, surtout ne fais pas de b&#234;tises. Ne te m&#234;les pas de cette histoire. Si Roublev est arr&#234;t&#233;, c'est qu'il est coupable. S'il a avou&#233;, tu ne peux pas nier pour lui. S'il est coupable, il n'existe plus pour personne. Voil&#224; mon point de vue, il n'y en a pas d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nia cherchait d&#233;j&#224; un autre secours. Soukhov lui prit la main. De ce contact monta en elle un si fort d&#233;go&#251;t qu'elle le ma&#238;trisa et fut inerte. &#201;tais-je folle de songer &#224; cette t&#234;te chevaline pour sauver un Roublev ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu t'en vas d&#233;j&#224;, X&#233;niouchka, tu n'es pas f&#226;ch&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Penses-tu ! Occup&#233;e. Non, ne m'accompagne pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu n'es qu'une brute, Soukhov, bonne tout juste &#224; fabriquer des vers pour les rotatives. Ton gilet de laine en style peau-rouge est grotesque, tes doubles semelles de cr&#234;pe m'horripilent. L'irritation rafra&#238;chit X&#233;nia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Taxi&#8230; N'importe o&#249;&#8230; Bois de Boulogne&#8230; Non, Buttes-Chaumont&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Buttes-Chaumont flottaient dans une brume verte. Par de beaux matins d'&#233;t&#233;, les feuillages du P&#233;trovski park sont pareils &#224; ceux-ci. X&#233;nia regarda de tout pr&#232;s des feuilles. Feuilles, calmez-moi. Un peu pench&#233;e au bord de l'&#233;tang, elle se vit l'air d'avoir beaucoup pleur&#233;. Des canetons amusants accouraient vers elle&#8230; Cauchemar insens&#233;, il n'y avait rien dans ce maudit journal, ce n'est pas possible. Elle se poudra, se mit du rouge aux l&#232;vres, respira profond&#233;ment. Quel r&#234;ve affreux ! L'instant suivant, l'angoisse la reprit, mais elle trouva un nom : Passereau &#8211; comment n'y avoir pas pens&#233; plus t&#244;t ! Passereau est grand. Passereau a &#233;t&#233; re&#231;u par le chef. Ensemble, Passereau et p&#232;re sauveront Roublev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers trois heures, X&#233;nia se faisait annoncer chez le professeur Passereau, illustre dans les deux h&#233;misph&#232;res, pr&#233;sident de congr&#232;s pour la d&#233;fense de la culture, membre correspondant de l'Acad&#233;mie des sciences de Moscou, chez qui Popov ne refusait pas de s'arr&#234;ter quand il venait &#224; Paris en voyage d'inspection. La porte du salon provincial, orn&#233; d'aquarelles, s'ouvrit tout de suite et le professeur Passereau vint prendre X&#233;nia aux &#233;paules, tr&#232;s affectueusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mademoiselle ! Quel bonheur de vous recevoir ! &#192; Paris pour quelque temps ! Savez-vous, mademoiselle, que vous &#234;tes adorable ! La fille de mon vieil ami me pardonnera ce compliment&#8230; Venez, venez !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il lui prenait le bras, l'installait sur le divan de son cabinet, lui souriait de tout son franc visage de vieil officier &#224; cheveux blancs. Rien n'entrait ici des bruits de la ville. Des appareils de pr&#233;cision, sous verre, occupaient les angles de la pi&#232;ce. Un bouquet de feuillage remplissait la porte donnant sur le jardin. Un grand portrait encadr&#233; d'or parut retenir l'attention de X&#233;nia. Le professeur expliqua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le comte Montessus de Ballore, mademoiselle, l'homme de g&#233;nie qui a d&#233;chiffr&#233; l'&#233;nigme des s&#233;ismes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais vous aussi, dit X&#233;nia, avec &#233;lan, vous avez&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oh moi, c'est beaucoup plus facile. Quand la voie est trac&#233;e, en mati&#232;re scientifique, il n'y a plus qu'&#224; la suivre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nia se laissa distraire, car elle reculait devant son probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Elle est magnifique et myst&#233;rieuse, votre science, n'est-ce pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur riait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Magnifique, &#224; la rigueur, je le veux bien, comme toute science ! Myst&#233;rieuse, nullement. Nous pourchassons le myst&#232;re, mademoiselle, et il se d&#233;fend mal !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur ouvrit un cartonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Regardez, ce sont les coordonn&#233;es du tremblement de terre de Messine en 1908 ; plus de myst&#232;re l&#224;-dedans ! Quand j'en ai fait la d&#233;monstration au Congr&#232;s de Tokyo&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il vit trembler les l&#232;vres de X&#233;nia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mademoiselle&#8230; Qu'y a-t-il ? De mauvaises nouvelles de votre p&#232;re !&#8230; Quelque gros chagrin ?&#8230; Racontez-moi tout&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Kiril Roublev, balbutia X&#233;nia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Roublev, l'historien ?&#8230; Le Roublev de l'Acad&#233;mie communiste, n'est-ce pas ? J'en ai entendu parler, je crois m&#234;me l'avoir rencontr&#233; &#224; un banquet&#8230; un ami de votre p&#232;re, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nia eut honte des larmes qu'elle &#233;touffait, d'un absurde sentiment d'humiliation, peut-&#234;tre de ce qui allait se passer. Sa gorge devint r&#232;che, elle se sentit ici comme une ennemie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Kiril Roublev sera fusill&#233; avant huit jours si nous n'intervenons pas tout de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur Passereau parut se tasser dans son fauteuil. Elle vit qu'il avait le ventre en tonneau, des breloques, &#224; l'ancienne mode suspendues &#224; une cha&#238;ne de montre, un gilet de vieille coupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ah, dit-il. Ah, c'est terrible ce que vous m'apprenez l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nia expliquait la d&#233;p&#234;che de Moscou, publi&#233;e ce matin, la phrase abominable sur les &#171; aveux complets &#187;, l'assassinat de Toula&#233;v un an auparavant&#8230; Le professeur insista sur ce point :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il y a eu un assassinat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, mais en rendre responsable Roublev, c'est aussi fou que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je comprends, je comprends&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'eut plus rien &#224; dire. Les machineries luisantes et saugrenues des sismographes occup&#232;rent dans le silence une place d&#233;mesur&#233;e. La terre ne tremblait nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Eh bien, mademoiselle, croyez &#224; toute ma sympathie&#8230; je vous assure&#8230; C'est terrible&#8230; Les r&#233;volutions d&#233;vorent leurs enfants, nous le savons bien, nous autres, depuis les Girondins, Danton, H&#233;bert, Robespierre, Bab&#339;uf&#8230; C'est la marche implacable de l'histoire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nia n'entendait que des fragments de ces phrases. Son esprit en d&#233;gageait l'essentiel et ces fragments composaient pour elle un autre discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Une sorte de fatalit&#233;, mademoiselle&#8230; Je suis un vieux mat&#233;rialiste, moi, et je pense pourtant devant ces proc&#232;s &#224; la fatalit&#233; du drame antique&#8230; (&#171; Abr&#233;gez, abr&#233;gez &#187;, pensa durement X&#233;nia.)&#8230; Devant laquelle, nous sommes impuissants&#8230; &#202;tes-vous tout &#224; fait s&#251;re, d'ailleurs, que la passion partisane, l'esprit de conspiration n'aient pas entra&#238;n&#233; trop loin ce vieux r&#233;volutionnaire que&#8230; j'admire avec vous, auquel je pense avec angoisse, moi aussi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur fit une allusion aux Poss&#233;d&#233;s de Dosto&#239;evsky&#8230; (&#171; S'il parle d'&#226;me slave, se disait X&#233;nia, je fais un scandale&#8230; Et votre &#226;me &#224; vous, mandarin ? &#187; Son d&#233;sespoir se muait en une sorte de haine. Jeter un pav&#233; dans ces sismographes idiots, taper dessus &#224; coups de marteau de forgeron, ou simplement avec la vieille hache des campagnes russes&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Enfin, mademoiselle, tout espoir ne me para&#238;t pas perdu. Roublev &#233;tant innocent, le Tribunal supr&#234;me doit lui rendre justice&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous croyez &#231;a, vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur Passereau arrachait au calendrier la feuille de la veille. Cette jeune femme en blanc, avec son b&#233;ret de travers, sa bouche hostile, son regard en pointe, ses mains tourment&#233;es, &#233;tait un &#234;tre bizarre, vaguement dangereux, apport&#233; dans ce calme cabinet de travail par une sorte d'ouragan. S'il avait eu de l'imagination litt&#233;raire, Passereau l'e&#251;t compar&#233;e &#224; un oiseau d'orage ; et elle le mettait mal &#224; l'aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il faut, dit X&#233;nia r&#233;solument, que vous t&#233;l&#233;graphiez tout de suite &#224; Moscou. Que votre Ligue t&#233;l&#233;graphie d&#232;s ce soir. Que vous r&#233;pondiez de Roublev, que vous proclamiez son innocence : Roublev appartient &#224; la science !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur Passereau soupira profond&#233;ment. La porte s'entrouvrit, une carte de visite lui fut pass&#233;e sur un plateau. Il regarda l'heure &#224; sa montre, dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Priez ce monsieur de patienter un moment&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels que soient les drames qui bouleversent de lointaines r&#233;volutions, nous avons nos obligations quotidiennes. L'intervention de la carte de visite lui rendait l'&#233;locution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mademoiselle, ne doutez pas que je&#8230; Vous me voyez &#233;mu plus que je ne saurais dire&#8230; Observez toutefois que je n'ai rencontr&#233; Roublev, que je respecte, qu'une fois dans ma vie, &#224; une r&#233;ception&#8230; Comment pourrais-je r&#233;pondre de lui en des circonstances si complexes ? Que ce soit un homme de science de haute valeur, je n'en doute pas et j'esp&#232;re avec vous, de toute mon &#226;me, qu'il sera conserv&#233; &#224; la science&#8230; J'ai pour la justice de votre pays un respect absolu&#8230; Je crois en la bont&#233; des hommes, m&#234;me &#224; notre &#233;poque&#8230; Si Roublev &#233;tait (je le dis par pure hypoth&#232;se) coupable dans quelque mesure, la magnanimit&#233; du chef de votre parti lui laisserait encore de grandes chances de salut, j'en suis convaincu&#8230; Personnellement, mes v&#339;ux les plus ardents sont avec lui, avec vous, mademoiselle, dont je partage l'&#233;motion, mais je ne vois vraiment pas ce que je pourrais faire&#8230; Je me suis fait une r&#232;gle de ne jamais intervenir dans les affaires int&#233;rieures de votre pays, c'est pour moi une question de conscience&#8230; Le Comit&#233; de la Ligue ne se r&#233;unit qu'une fois par mois, sa prochaine r&#233;union est fix&#233;e au 27, dans trois semaines, et je n'ai pas qualit&#233; pour le convoquer auparavant, n'&#233;tant que le vice-pr&#233;sident&#8230; La Ligue, en outre, a strictement pour objet de combattre le fascisme ; la proposition d'une d&#233;marche contraire &#224; nos statuts, m&#234;me &#233;manant de moi, risquerait de provoquer les plus vives objections&#8230; En insistant, nous risquerions d'ouvrir une crise au sein de cette organisation qui a pourtant une noble mission &#224; remplir. Les campagnes que nous poursuivons pour Carlos Prestes, pour Thaelmann, pour les Juifs pers&#233;cut&#233;s, pourraient en souffrir. Vous me suivez bien, mademoiselle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je le crois ! dit brutalement X&#233;nia. Vous ne voulez donc rien faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'en suis d&#233;sesp&#233;r&#233;, mademoiselle, mais vous vous exag&#233;rez beaucoup mon influence&#8230; Croyez-moi&#8230; Voyons, rendez-vous compte, que pourrais-je faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les yeux de X&#233;nia, grands et clairs, le regardaient avec froideur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et que l'on fusille un Roublev, &#231;a ne vous emp&#234;chera pas de dormir, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur Passereau r&#233;pondit tristement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous &#234;tes bien injuste, mademoiselle, mais le vieillard que je suis vous comprend&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne le regarda plus, ne lui tendit pas la main, elle marcha, la face dure, sur le trottoir de la rue bourgeoise o&#249; personne ne passait. &#171; Sa science est inf&#226;me, ses instruments sont inf&#226;mes, la couleur brune de son cabinet est inf&#226;me ! Et Kiril Roublev est perdu, les n&#244;tres sont tous perdus, il n'y a plus d'issue, plus d'issue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la r&#233;daction d'un hebdomadaire de presque extr&#234;me gauche, un autre professeur, trente-cinq ans, l'&#233;couta comme si ce f&#251;t pour lui l'annonce d'une grande douleur. N'allait-il pas s'arracher les cheveux, se tordre les bras ? Il n'en fit rien. Jamais il n'avait entendu parler de Roublev, mais ces drames russes le hantaient jour et nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce sont des trag&#233;dies shakespeariennes&#8230; Mademoiselle, j'ai pouss&#233; un cri d'indignation dans ce journal. &#171; Cl&#233;mence ! &#187;, ai-je cri&#233; au nom de notre amour et de notre d&#233;votion pour la r&#233;volution russe. Je n'ai pas &#233;t&#233; entendu, j'ai suscit&#233; des r&#233;actions qu'il faut aussi comprendre en toute bonne foi, j'ai offert ma d&#233;mission &#224; notre Comit&#233; directeur&#8230; Aujourd'hui, en raison de la situation politique, des articles semblables ne pourraient plus passer. Nous repr&#233;sentons l'opinion moyenne d'un public attach&#233; &#224; plusieurs partis ; la crise minist&#233;rielle, dont les journaux ne parlent pas encore, met en question l'&#339;uvre enti&#232;re des derni&#232;res ann&#233;es&#8230; Un conflit avec les communistes en ce moment pourrait avoir les plus f&#226;cheuses cons&#233;quences&#8230; Et sauverions-nous Doublev ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Roublev, rectifia X&#233;nia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, Roublev, le sauverions-nous ? Ma triste exp&#233;rience ne me permet pas de le croire&#8230; Je ne vois vraiment pas que tenter&#8230; Tout ce que je pourrais essayer c'est d'aller voir tout &#224; l'heure votre ambassadeur pour lui exprimer mon inqui&#233;tude&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Faites au moins cela, murmurait X&#233;nia tout &#224; fait d&#233;courag&#233;e, car elle pensait : &#171; Ils ne feront rien, personne ne fera rien, ils ne peuvent pas m&#234;me comprendre&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait envie de se frapper la t&#234;te contre les murs&#8230; Elle traversa encore plusieurs r&#233;dactions, si vite, port&#233;e par une telle souffrance exasp&#233;r&#233;e et d&#233;sesp&#233;r&#233;e qu'elle n'en garda plus tard qu'un souvenir confus. Un vieil intellectuel &#224; la cravate sale fut presque grossier devant son insistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Eh bien, allez trouver les trotskystes ! Nous avons nos renseignements, nos convictions sont faites. Toutes les r&#233;volutions ont produit des tra&#238;tres, qui peuvent para&#238;tre, qui peuvent &#234;tre, personnellement admirables, je le veux bien ! Toutes ont commis de grandes injustices dans des cas particuliers. Il faut les prendre en bloc !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;coupa rageusement un journal du matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Notre t&#226;che, ici, est de combattre la r&#233;action !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs, une vieille dame n&#233;gligemment poudr&#233;e s'attendrit jusqu'&#224; appeler X&#233;nia : ma ch&#232;re enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si j'&#233;tais vraiment quelque chose &#224; la r&#233;daction, ma ch&#232;re enfant, ah, croyez-moi, je&#8230; J'essayerai tout de m&#234;me de faire passer un entrefilet soulignant l'importance de l'&#339;uvre de votre ami, comment dites-vous Oupleff ou Rouleff ! Tenez, &#233;crivez-moi bien son nom l&#224;-dessus&#8230; Musicien, dites-vous ? Ah bon, historien, bien, bien, historien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vieille dame s'entourait le cou d'un foulard en soie fan&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; En quels temps vivons-nous, ma ch&#232;re enfant ! On a peur d'y penser !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se penchait, sinc&#232;rement &#233;mue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dites-moi, pardonnez-moi si je suis indiscr&#232;te, c'est tellement f&#233;minin : vous l'aimez, Kiril Roublev ? un si beau nom, Kiril&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, non, je ne l'aime pas, disait X&#233;nia, d&#233;sol&#233;e comprimant autant de larmes que de col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'arr&#234;ta sans raison devant la vitrine d'une librairie-papeterie am&#233;ricaine, avenue de l'Op&#233;ra. De petites beaut&#233;s nues, en photos d&#233;coup&#233;es, prenaient des poses au-dessus de cendriers, pas loin des cartes de la Tch&#233;coslovaquie d&#233;pec&#233;e. Les livres avaient un aspect cossu. Ils posaient les grands probl&#232;mes, ils &#233;taient idiots, Le Myst&#232;re de la nuit sans lune, L'Inconnue au masque, Piti&#233; pour les femmes ! Tout cela baignait dans une futilit&#233; luxueuse de gens gav&#233;s, lav&#233;s, parfum&#233;s qui voulaient se donner un tout petit frisson de peur ou de piti&#233; avant de s'endormir dans des draps de soie. Est-il possible que ces temps continuent sans qu'ils apprennent vraiment, sur leur propre chair, dans leurs propres nerfs, la peur et la piti&#233; ? Dans un autre &#233;talage blanc et dor&#233; des hippocampes en aquarium promettaient le bonheur aux acheteurs de bijoux. La chance en amour, la chance en affaires avec nos broches, bagues, colliers dernier cri, l'hippocampe astral ! &#8211; Fuir. X&#233;nia se reposa &#224; l'autre bout de Paris, sur un banc, dans un paysage gris de fen&#234;tres d'h&#244;pital et de murs crayeux. De minute en minute, un fracas de monstrueuses ferrailles lanc&#233;es sur le pont du m&#233;tropolitain p&#233;n&#233;trait jusqu'au fond de ses nerfs. D'o&#249; rentra-t-elle, la nuit tomb&#233;e, recrue de fatigue, comment put-elle dormir ? Le lendemain matin, elle s'habilla en surmontant des naus&#233;es, se mit du rouge, les doigts tremblants, descendit en retard sur Mme Delaporte, s'assit dans le caf&#233; sans remarquer les regards curieux et apitoy&#233;s pos&#233;s sur elle, se prit le menton dans la main, regarda le boulevard Raspail&#8230; Mme Delaporte elle-m&#234;me vint lui toucher l'&#233;paule :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le t&#233;l&#233;phone, mademoiselle&#8230; &#199;a ne va pas mieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si, si, dit X&#233;nia, ce n'est rien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la cabine t&#233;l&#233;phonique, une voix d'homme, assur&#233;e et velout&#233;e, une voix du jugement dernier, parla russe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ici, Krantz&#8230; Je suis au courant de toutes vos d&#233;marches&#8230; imprudentes et criminelles&#8230; Je vous engage &#224; les cesser imm&#233;diatement&#8230; Vous avez compris ? Les cons&#233;quences peuvent en &#234;tre graves et pas pour vous seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nia raccrocha sans r&#233;pondre. Willi, premier secr&#233;taire d'ambassade, entrait dans le caf&#233;, raglan gris, feutre parfait, beau gar&#231;on genre anglais : on voudrait lui offrir des cendriers &#224; petites femmes nues, la revue Esquire, des gants en porc jaune, lui balancer tout &#231;a sur la figure, arriviste ! Faux gentleman, faux communiste, faux diplomate, faux, faux ! Il se d&#233;couvrait, s'inclinait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; X&#233;nia Vassili&#233;vna, j'ai un t&#233;l&#233;gramme pour vous&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant qu'elle ouvrait le pli bleu, l'observait avec une extr&#234;me attention. Fatigu&#233;e, nerveuse, d&#233;cid&#233;e. Se montrer prudent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popov t&#233;l&#233;graphiait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M&#232;re malade te prions rentrer urgence&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai retenu une place dans l'avion de mercredi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne partirai pas, dit X&#233;nia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans y &#234;tre invit&#233;, il s'asseyait en face d'elle. Pench&#233;s l'un vers l'autre, ils eurent l'air d'amoureux brouill&#233;s qui se r&#233;concilient, parlant bas. Mme Delaporte comprenait tout maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Krantz me charge de vous dire, X&#233;nia Vassili&#233;vna, que vous devez rentrer&#8230; Vous avez &#233;t&#233; tr&#232;s imprudente, X&#233;nia Vassili&#233;vna, permettez-moi de vous le dire&#8230; avec amiti&#233;&#8230; Nous appartenons tous au parti&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas ce qu'il fallait dire. Willi reprit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Krantz est un brave vieux type&#8230; Inquiet pour vous. Inquiet pour votre p&#232;re&#8230; Vous compromettez gravement votre p&#232;re&#8230; Il est vieux, votre p&#232;re&#8230; Et vous ne pouvez rien, ici, vous n'arriverez &#224; rien, absolument rien&#8230; C'est le vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus habile, &#231;a. Le visage blanc de X&#233;nia perdit quelque chose de sa duret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Entre nous, je crois qu'en rentrant vous serez arr&#234;t&#233;e&#8230; Mais ce ne sera pas grave, Krantz interviendra, il me l'a promis&#8230; Votre p&#232;re pourra r&#233;pondre de vous&#8230; Il ne faut pas avoir peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait habile, &#231;a, l'allusion &#224; la peur&#8230; X&#233;nia dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous croyez que j'ai peur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais pas du tout ! Je vous parle en camarade, amicalement, je&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je rentrerai quand j'aurai fini ce que j'ai &#224; faire. Dites-le &#224; Krantz. Dites-lui que si Roublev est fusill&#233;, je crierai dans les rues&#8230; Que j'&#233;crirai &#224; tous les journaux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il n'y aura pas de proc&#232;s, X&#233;nia Vassili&#233;vna, nous en sommes inform&#233;s. Nous n'envoyons pas de d&#233;menti pour mieux laisser cette information malencontreuse tomber &#224; l'oubli. Krantz ne sait m&#234;me pas si Roublev est vraiment arr&#234;t&#233;. S'il l'est, en tout cas, le bruit que vous tenteriez de faire autour de son nom ne pourrait que lui faire du tort&#8230; Et je suis effray&#233; de vous entendre parler ainsi. Je ne vous reconnais plus. Vous &#234;tes incapable de trahir. Vous ne crierez rien &#224; personne, quoi qu'il arrive. &#192; qui vous adresseriez-vous ? &#192; ce monde ennemi autour de nous ? &#192; ce Paris bourgeois, &#224; ces journaux fascistes qui nous calomnient ? Aux trotskystes, agents des fascistes ? Que pourriez-vous faire de plus qu'un petit scandale contre-r&#233;volutionnaire pour le plus grand plaisir de quelques feuilles antisovi&#233;tiques ? X&#233;nia Vassili&#233;vna, je vous promets d'oublier ce que vous venez de dire. Voici votre billet pour l'avion de mercredi, au Bourget, 9 h 45, j'y serai. Avez-vous de l'argent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'en ai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas vrai, X&#233;nia le sut avec souci. La note de l'h&#244;tel pay&#233;e, il ne lui resterait presque rien. Elle repoussa le carnet d'avion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Reprenez &#231;a, si vous ne voulez pas que je le d&#233;chire devant vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Willi le serra dans son portefeuille, tranquillement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; R&#233;fl&#233;chissez, X&#233;nia Vassili&#233;vna, je reviendrai vous voir demain matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mme Delaporte fut d&#233;&#231;ue qu'ils se quittassent sans tendresse. &#171; Elle doit &#234;tre rudement jalouse, cette petite Russe, ce sont des tigresses quand elles s'y mettent&#8230; &#187; &#8211; &#171; Ou tigresses ou d&#233;vergond&#233;es, tous ces peuples-l&#224; n'ont pas de mesure&#8230; &#187; &#192; travers les rideaux, X&#233;nia remarqua que Willi, avant d'entrer dans sa Chrysler, tournait la t&#234;te vers le haut du boulevard, o&#249; flanait une gabardine beige. D&#233;j&#224; surveill&#233;e. Ils me forceront &#224; partir. Capables de tout. Je m'en fous. Mais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle compta ce qui lui restait d'argent. Trois cents francs. Passer au Commerce ext&#233;rieur ? On lui refuserait une avance. La laisserait-on seulement sortir ? Vendre le bracelet-montre, la Leica ? Elle fit sa valise, rangea dans sa serviette un pyjama, de menues choses, s'en alla sans se retourner, s&#251;re d'&#234;tre suivie, par la rue Vavin. Au Luxembourg, elle entrevit en effet, &#224; une cinquantaine de m&#232;tres, la gabardine beige. &#171; Tra&#238;tre, moi aussi, maintenant, comme Roublev&#8230; Et mon p&#232;re est un tra&#238;tre puisque je suis sa fille&#8230; &#187; Comment ma&#238;triser ce flot de pens&#233;es, cette honte, cette indignation, cette fureur ? Cela ne ressemblait qu'&#224; la descente des glaces sur la N&#233;va : il faut que les &#233;normes gla&#231;ons, pareils &#224; des &#233;toiles en morceaux, se heurtent, se battent, s'entre-d&#233;truisent jusqu'au moment o&#249; ils dispara&#238;tront sous les calmes remous de la mer. Il faut subir cette pens&#233;e, l'&#233;puiser dans ses bonds d&#233;sordonn&#233;s, jusqu'au moment inconnu mais in&#233;vitable o&#249; tout sera fini, ainsi ou autrement. Ce moment viendra, est-il possible qu'il vienne ? qu'il ne vienne pas ? Il semblait &#224; X&#233;nia que son tourment ne cesserait plus. Qu'est-ce qui cesserait donc ? La vie ? Me fusillerait-on ? Pourquoi ? Qu'ai-je donc fait ? Qu'a fait Roublev ? Horrible &#224; entrevoir. Rester ici ? Sans argent ? Chercher du travail ? Quel travail ? Avec qui vivre ? Pourquoi vivre ? Des enfants l&#226;chaient des voiliers dans le grand bassin circulaire. Dans ce monde-ci la vie est calme et fade comme ces jeux d'enfants, on ne vit que pour soi ! Vivre pour moi, quelle absurdit&#233; ! Chass&#233;e du parti, je ne pourrai plus regarder un ouvrier en face, je ne pourrai rien expliquer &#224; personne, personne ne comprendrait. Willi, cette canaille, disait aussi tout &#224; l'heure : &#171; Eh bien, oui, ce sont peut-&#234;tre des crimes, nous n'en savons rien. Notre devoir est de faire confiance, les yeux ferm&#233;s, car nous n'avons rien d'autre &#224; faire, ni vous ni moi. Accuser, protester, ce n'est jamais que servir l'ennemi. Je pr&#233;f&#233;rerais &#234;tre fusill&#233; moi-m&#234;me par erreur. Ni les crimes ni les erreurs ne modifient notre devoir&#8230; &#187; C'est vrai. Ce sont des phrases apprises sur les l&#232;vres de cet arriviste qui s'arrangera toujours pour ne rien risquer, mais c'est vrai. Que ferait Roublev lui-m&#234;me, que dirait-il ? L'ombre d'une trahison ne saurait effleurer sa pens&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la station du m&#233;tro Saint-Michel, X&#233;nia &#233;gara la gabardine du mouchard. Elle continua d'errer dans Paris, se regardant parfois dans les glaces des magasins : sa silhouette de naufrag&#233;e, sa jaquette d&#233;fra&#238;chie, son visage aux yeux enfonc&#233;s, ce n'&#233;tait pas pour s'attendrir sur elle-m&#234;me, mais pour se trouver laide, je veux &#234;tre laide, je dois &#234;tre laide ! Les femmes qui passaient, occup&#233;es d'elles-m&#234;mes, soign&#233;es, ayant choisi d'affreux brimborions &#224; se mettre &#224; la boutonni&#232;re du tailleur ou sur le chemisier, n'&#233;taient que des animaux humains contents de respirer, mais dont la vue donnait envie de ne plus exister&#8230; La nuit venue, X&#233;nia, lasse de marcher se trouva au bord d'une place rayonnante de feux. Des cascades d'&#233;lectricit&#233; ruisselaient sur la coupole monumentale d'un cin&#233;ma et ces flots de lumi&#232;re barbares entouraient deux &#233;normes t&#234;tes &#233;c&#339;urantes de b&#233;atitude et d'anonymat, r&#233;unies par le plus stupide des baisers. L'autre angle de la place, embras&#233; en rouge et or, lan&#231;ait dans la nuit, de la voix fr&#233;n&#233;tique de ses haut-parleurs une chanson d'amour accompagn&#233;e de petits cris stridents et de battements du talon sur des planches. L'ensemble devenait pour l'ou&#239;e de X&#233;nia un long miaulement tenace et qui lui faisait honte par son accent humain. Des femmes et des hommes buvaient au comptoir et ils faisaient penser &#224; d'&#233;tranges insectes, cruels les uns envers les autres, rassembl&#233;s dans un vivarium surchauff&#233;. Entre ces deux brasiers, le cin&#233;ma et le caf&#233;, une large all&#233;e montait dans la nuit, constell&#233;e d'enseignes : H&#212;TEL, H&#212;TEL, H&#212;TEL. X&#233;nia s'y engagea, entra dans la premi&#232;re porte venue, demanda une chambre pour la nuit. Le petit vieux &#224; lorgnons qu'elle tira de l'assoupissement paraissait ins&#233;parable du placard &#224; clefs et du pupitre entre lesquels se nichait sa personne empuantie de tabac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#199;a s'ra 15 francs, dit-il en d&#233;posant ses lorgnons brumeux sur le journal qu'il &#233;tait en train de lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses yeux de lapin crev&#233; clignot&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est dr&#244;le, j'vous remets pas, ma petite. V'seriez pas Paula du passage Clichy ? Vous allez pas d'habitude &#224; l'h&#244;tel du Morbihan ? V's&#234;tes &#233;trang&#232;re ? Patientez minute&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se baissa, disparut, ressortit par-dessous une planche, devant X&#233;nia, redisparut au fond du corridor, et le patron vint lui-m&#234;me, en manches de chemise retrouss&#233;es sur de gros bras d'abatteur. Cet homme semblait marcher entour&#233; d'une brume graisseuse. Il consid&#233;ra X&#233;nia comme si ce f&#251;t pour la vendre, chercha quelque chose sous le pupitre, finit par dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ben, remplissez la fiche. Vous avez des papiers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nia lui tendit son passeport diplomatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Seule ? Ben&#8230; J'vais vous donner le num&#233;ro 11, &#231;a sera 30 francs, l'bain est tout &#224; c&#244;t&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;norme, d'encolure bestiale, il pr&#233;c&#233;da X&#233;nia dans l'escalier en balan&#231;ant entre ses gros doigts le trousseau de clefs. Froide, pauvrement &#233;clair&#233;e par deux lampes &#224; abat-jour pos&#233;es sur les deux tables de nuit, la chambre n&#176; 11 &#233;veilla dans l'esprit de X&#233;nia un souvenir de roman policier. Dans cet angle &#233;tait la malle, cercl&#233;e de fer, o&#249; l'on trouva le corps de la fille assassin&#233;e, d&#233;coup&#233; en morceaux. L'angle sentait le ph&#233;nol. Les lampes &#233;teintes, la chambre fut pleine, du miroir au plafond, d'arabesques lumineuses en bleu de n&#233;on projet&#233;es de la rue &#224; travers les rideaux. X&#233;nia y d&#233;couvrit tout de suite des visions famili&#232;res &#224; son enfance : le loup, les poissons, le rouet de la sorci&#232;re, le profil d'Ivan le Terrible, l'arbre ensorcel&#233;. Si fatigu&#233;e de penser et d'errer qu'elle s'endormit tout de suite. La fille assassin&#233;e souleva timidement le couvercle de la malle, se leva, &#233;tira ses membres meurtris. &#171; N'ayez pas peur, lui dit X&#233;nia, je sais que nous sommes innocentes. &#187; Elle avait une chevelure de na&#239;ade, la fille assassin&#233;e, et des yeux apaisants, pareils aux marguerites des champs. &#171; Nous lirons ensemble le conte du Poisson d'Or, &#233;coutez cette musique&#8230; &#187; X&#233;nia la prit dans son lit pour la r&#233;chauffer&#8230; En bas, derri&#232;re la loge du portier, le patron de l'H&#244;tel des Deux Lunes conversait au t&#233;l&#233;phone avec M. Lambert, commissaire adjoint du quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie recommence &#224; chaque r&#233;veil. Trop jeune pour d&#233;sesp&#233;rer, X&#233;nia se sentit d&#233;livr&#233;e du cauchemar. S'il n'y avait pas de proc&#232;s, Roublev vivrait. Il &#233;tait impossible qu'on le tu&#226;t, lui si grand, si simple, si s&#251;r, et Popov le savait, le chef ne pouvait pas l'ignorer. X&#233;nia se sentit l&#233;g&#232;re, s'habilla, se retrouva jolie dans la glace. Mais o&#249; mettais-je hier la malle de l'assassinat ? Elle fut contente de n'avoir pas eu peur. On frappa doucement &#224; la porte, elle ouvrit. Quelqu'un de large d'&#233;paules, avec un large visage bas et triste lui apparut dans la p&#233;nombre du corridor. Ni connu ni inconnu, un vague visage charnu. D'une voix &#233;paisse et velout&#233;e, le visiteur se pr&#233;senta :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Krantz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il entrait, inspectait la chambre, jugeait tout. X&#233;nia couvrit le lit d&#233;fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; X&#233;nia Vassili&#233;vna, je viens vous chercher de la part de votre p&#232;re. L'auto vous attend &#224; la porte. Venez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et si je ne veux pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vous donne ma parole que vous ferez ce que vous voulez. Vous n'avez pas trahi, vous ne trahirez jamais, je ne viens pas vous faire violence. Le parti a mis sa confiance en vous comme en moi. Venez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la voiture, X&#233;nia se r&#233;volta. Krantz, tourn&#233; de trois quarts vers elle et qui feignait de s'occuper de sa pipe, sentait venir l'orage. L'auto suivait la rue de Rivoli. Jeanne d'Arc, d&#233;dor&#233;e, mais encore tr&#232;s belle, sur son petit socle entour&#233; d'une grille, brandissant une &#233;p&#233;e enfantine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je veux descendre, dit fermement X&#233;nia, et elle se leva &#224; demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Krantz, lui saisissant le bras, l'obligea &#224; se rasseoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous descendrez si vous voulez, X&#233;nia Vassili&#233;vna, je vous le promets, mais ce ne sera pas si simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il baissa la vitre du c&#244;t&#233; de X&#233;nia. La colonne Vend&#244;me disparut au fond d'une perspective d'arcades, dans la clart&#233; p&#226;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ne soyez pas impulsive, je vous en prie. Faites d&#233;lib&#233;r&#233;ment ce que vous voulez faire. Il y a plusieurs agents de police sur le parcours. Nous allons lentement. Libre &#224; vous d'appeler, je ne m'y opposerai pas. Vous vous mettrez, vous, citoyenne sovi&#233;tique, sous la protection de la police fran&#231;aise&#8230; On me demandera mes papiers. Vous vous en irez. Les &#233;ditions sp&#233;ciales de trois heures annonceront votre &#233;vasion, c'est-&#224;-dire votre trahison. Jetez votre petit paquet de boue sur l'ambassade, sur votre p&#232;re, sur notre parti, sur notre pays. Je prendrai seul l'avion de mercredi et je payerai pour vous, avec Popov. Vous connaissez la loi : les proches parents des tra&#238;tres doivent &#234;tre, pour le moins, d&#233;port&#233;s dans les r&#233;gions les plus recul&#233;es de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'&#233;cartait un peu, admirait la na&#239;ade en &#233;cume blanche qui formait le corps de sa belle pipe, ouvrait sa blague &#224; tabac, disait au chauffeur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; F&#233;dia, aie la bont&#233; de ralentir en passant &#224; la hauteur des agents de police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ob&#233;is, camarade chef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mains de X&#233;nia se nouaient presque douloureusement. Elle regarda les courtes p&#232;lerines des sergents de ville avec haine. Elle dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Que vous &#234;tes fort, camarade Krantz, et que vous &#234;tes m&#233;prisable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ni si fort ni si m&#233;prisable qu'il vous semble. Je suis fid&#232;le. Et vous aussi, X&#233;nia Vassili&#233;vna, vous devez &#234;tre fid&#232;le, quoi qu'il advienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils prirent ensemble, au Bourget, l'avion de mercredi. La tour Eiffel s'amenuisa, coll&#233;e &#224; la terre, le sobre dessin des jardins s'&#233;tala autour d'elle, l'Arc de Triomphe ne fut, pendant un instant, qu'une pierre rectangulaire au centre d'une &#233;toile de chauss&#233;es. Ce merveilleux Paris disparut sous les nuages, laissant &#224; X&#233;nia le regret d'un monde effleur&#233; qu'elle n'avait pas compris, que peut-&#234;tre elle ne comprendrait jamais. &#171; Je n'ai rien pu faire pour sauver Roublev, je me battrai pour lui &#224; Moscou, pourvu que nous arrivions &#224; temps ! J'obligerai mon p&#232;re &#224; agir, je demanderai une audience au chef. Il nous conna&#238;t depuis tant d'ann&#233;es qu'il ne refusera pas de m'entendre et, s'il m'entend, Roublev sera sauv&#233;. &#187; X&#233;nia imagina dans son r&#234;ve &#233;veill&#233; l'entrevue avec le chef. Sans crainte, avec confiance, sans humilit&#233;, en sachant bien qu'elle n'&#233;tait rien et qu'il &#233;tait, lui, l'incarnation du parti pour lequel nous devons tous vivre et mourir, elle serait br&#232;ve et directe, car ses minutes sont pr&#233;cieuses. Il a tous les probl&#232;mes de la sixi&#232;me partie du monde &#224; r&#233;soudre chaque jour ; il faudrait lui parler de toute son &#226;me pour le convaincre en quelques instants&#8230; Krantz, pr&#233;venant, la laissait &#224; ses pens&#233;es. Lui-m&#234;me lisait tant&#244;t des magazines stupides, tant&#244;t des revues militaires en plusieurs langues. Le po&#232;me des nuages se d&#233;ployait au-dessus des terres mouvantes. Les fleuves descendant des lointains enchantaient la vue. &#8211; Ils d&#238;n&#232;rent &#224; peu pr&#232;s gaiement &#224; Varsovie. Plus que Paris, cette ville paraissait d'&#233;l&#233;gance et de luxe, mais du ciel on la voyait entour&#233;e d'espaces pauvres et comme mena&#231;ants ; bient&#244;t se montr&#232;rent &#224; travers les d&#233;chirures des nu&#233;es de vastes for&#234;ts sombres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous approchons, murmura X&#233;nia, prise d'une joie si poignante qu'elle eut un &#233;lan vers son compagnon de voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Krantz se pencha vers le hublot et il parut las, et il dit avec un contentement triste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce sont d&#233;j&#224; les terres des kolkhozes, voyez les petites parcelles ont disparu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;taient des champs infinis d'une couleur ind&#233;cise, entre l'ocre et le brun grisaillant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous serons &#224; Minsk dans vingt minutes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De dessous la Revue de l'Infanterie fran&#231;aise, il tira Vogue et feuilleta ces pages de papier glac&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; X&#233;nia Vassili&#233;vna, veuillez m'excuser. J'ai des instructions pr&#233;cises. Je vous prie de vous consid&#233;rer comme en &#233;tat d'arrestation. &#192; partir de Minsk, la S&#251;ret&#233; s'occupera de votre voyage&#8230; Ne soyez pas trop inqui&#232;te, j'esp&#232;re que tout s'arrangera bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la couverture du magazine, d'&#233;l&#233;gants visages chapeaut&#233;s, sans yeux, montraient leurs l&#232;vres peintes en plusieurs nuances de rouge, selon le teint. &#192; cinq cents m&#232;tres au-dessous, entre des terres fra&#238;chement labour&#233;es, des paysans v&#234;tus de haillons couleur de terre suivaient une charrette lourdement charg&#233;e. On les voyait encourager le petit cheval &#233;reint&#233; et travailler &#224; d&#233;gager les roues qui enfon&#231;aient dans l'orni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne pourrai donc rien pour Roublev, pensa X&#233;nia, d&#233;vast&#233;e. Ils ne pouvaient rien pour personne au monde, ces paysans avec leur charrette embourb&#233;e, et personne au monde ne pourrait rien pour eux. Ils disparurent, la terre nue se rapprochait doucement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le t&#233;l&#233;gramme criminellement insens&#233; de sa fille, le camarade Popov flottait entre l'inqui&#233;tude et l'abattement ; r&#233;ellement tourment&#233; d'ailleurs par ses rhumatismes. Un froid &#233;vident se faisait autour de lui. Le nouveau procureur au Tribunal supr&#234;me, Atkine, qui enqu&#234;tait sur l'activit&#233; de son pr&#233;d&#233;cesseur, poussait l'insolence voil&#233;e jusqu'&#224; s'excuser par deux fois quand Popov l'invitait ou se faisait annoncer chez lui. Venu flairer l'air du Secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral, Popov n'y rencontra que des mines distraites qui lui parurent hypocrites. Personne ne s'empressa &#224; sa rencontre. Gord&#233;ev, accoutum&#233; &#224; le consulter sur les affaires courantes, ne se montra pas pendant plusieurs jours. Mais il vint le quatri&#232;me jour, vers six heures du soir, ayant appris que Popov, indispos&#233;, ne sortait pas. Les Popov occupaient une villa du C.C. dans les bois de Bykovo. Gord&#233;ev arriva en uniforme. Popov le re&#231;ut en robe de chambre ; il marchait sur le tapis en s'aidant d'une canne. Gord&#233;ev commen&#231;a par le questionner sur ses rhumatismes, proposa de lui envoyer un m&#233;decin que l'on disait tout &#224; fait remarquable, n'insista pas, accepta un verre de cognac. L'ameublement, les tapis, tout dans cet int&#233;rieur tranquille et poussi&#233;reux en apparence, bien qu'il n'y e&#251;t pas de poussi&#232;re, &#233;tait vieillot. Gord&#233;ev toussota pour s'&#233;claircir la voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je vous apporte des nouvelles de votre fille. Elle est tr&#232;s bien&#8230; Elle&#8230; Elle est arr&#234;t&#233;e. Elle a commis quelques imprudences &#224; Paris, vous &#234;tes au courant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, oui, dit Popov, atterr&#233;, je devine, c'est possible&#8230; J'ai re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme, mais est-ce grave ? croyez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#226;chement, il se demandait surtout si c'&#233;tait grave pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gord&#233;ev regarda, perplexe, les ongles de ses deux mains ouvertes, puis la chambre en demi-teintes us&#233;es, les sapins noirs dans la fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comment dire ? Je ne sais pas encore. Tout d&#233;pendra de l'instruction. Formellement, cela peut &#234;tre assez grave : tentative de d&#233;sertion &#224; l'&#233;tranger, en cours de mission, et men&#233;es contraires aux int&#233;r&#234;ts de l'Union&#8230; Ce sont l&#224; les termes du code, mais j'esp&#232;re bien qu'il ne s'agit dans la pratique que d'imprudences ou, mettons, d'actions irr&#233;fl&#233;chies, plus bl&#226;mables que r&#233;pr&#233;hensibles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popov, frileusement recroquevill&#233;, devenait si vieux qu'il en perdait consistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; L'emb&#234;tant, voyez-vous, camarade Popov, c'est que&#8230; Je suis tr&#232;s embarrass&#233; pour vous l'expliquer&#8230; Aidez-moi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Il voulait &#234;tre aid&#233;, cet animal !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Cela vous cr&#233;e, camarade Popov, une situation d&#233;licate. Outre que ces articles du code (que nous n'appliquerons pas, bien entendu, dans toute leur rigueur, sans avoir re&#231;u des ordres sup&#233;rieurs) pr&#233;voient des&#8230; des mesures&#8230; concernant les parents des coupables, vous savez certainement que le camarade Atkine a ouvert une instruction, encore secr&#232;te, contre Ratchevsky. Nous avons constat&#233; la destruction &#8211; c'est incroyable, mais c'est un fait &#8211; par Ratchevsky, du dossier de l'affaire de sabotage d'Aktioubinsk&#8230; Nous avons cherch&#233; d'o&#249; venait l'indiscr&#233;tion, extr&#234;mement f&#226;cheuse, qui a fait annoncer par la presse &#233;trang&#232;re un nouveau proc&#232;s&#8230; Nous avons m&#234;me pens&#233; &#224; une man&#339;uvre d'agents de l'&#233;tranger ! Ratchevsky, avec lequel il est tr&#232;s difficile de parler, car il semble toujours so&#251;l, reconna&#238;t avoir fait r&#233;diger un communiqu&#233; &#224; ce sujet, mais il pr&#233;tend avoir agi sur vos instructions verbales&#8230; D&#232;s qu'il sera arr&#234;t&#233;, je l'interrogerai moi-m&#234;me, n'en doutez pas, et je ne lui permettrai pas d'&#233;luder ses responsabilit&#233;s&#8230; La co&#239;ncidence de cet incident avec l'inculpation qui p&#232;se sur votre fille reste cependant, comment dire ? vraiment d&#233;plorable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popov ne r&#233;pondait rien. Des &#233;lancements douloureux lui traversaient les membres. Gord&#233;ev essaya de le juger : un homme fini ou un sacr&#233; vieux renard capable de s'en tirer ? Difficile de se prononcer, mais plus de probabilit&#233;s sur la premi&#232;re hypoth&#232;se. Le silence de Popov l'invitait &#224; conclure. Popov le regardait avec les yeux aigus d'une b&#234;te traqu&#233;e jusque dans son trou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous ne douterez pas, camarade Popov, de mes sentiments&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre ne broncha pas. Il en doutait ou il s'en moquait, ou il se sentait trop mal pour leur pr&#234;ter la moindre importance. Quels sentiments, Gord&#233;ev ne crut pas devoir le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; &#8211; provisoirement &#8211; de vous prier de garder la chambre et de vous abstenir de toute communication t&#233;l&#233;phonique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Sauf avec le chef du parti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il m'est p&#233;nible d'y insister : avec qui que ce soit. Il n'est pas impossible, du reste, que la communication soit coup&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gord&#233;ev parti, Popov ne bougea pas. La chambre s'assombrissait. Il commen&#231;a &#224; pleuvoir sur les sapins. Les ombres du soir s'insinu&#232;rent par les sentiers du bois. Popov, dans son fauteuil, se confondait avec les choses obscures. Sa femme entra, vo&#251;t&#233;e, les cheveux gris, marchant sans bruit, une ombre, elle aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dois-je allumer, Vassili ? Comment te sens-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieux Popov r&#233;pondit tr&#232;s bas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bien. X&#233;nia est arr&#234;t&#233;e. Nous sommes arr&#234;t&#233;s, toi et moi. Je suis infiniment fatigu&#233;. N'allume pas la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. LE GLISSEMENT DES BANQUISES CONTINUAIT&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie du kolkhoze Le Chemin de l'Avenir ressemblait en v&#233;rit&#233; &#224; une course d'obstacles. D&#233;finitivement constitu&#233; en 1931 apr&#232;s deux &#233;purations du village, marqu&#233;es par la d&#233;portation &#8211; Dieu sait o&#249; ! &#8211; des familles ais&#233;es et de quelques familles pauvres t&#233;moignant d'un mauvais esprit, le kolkhoze manqua de b&#233;tail et de chevaux, l'ann&#233;e suivante, les cultivateurs s'&#233;tant ing&#233;ni&#233;s &#224; d&#233;truire les b&#234;tes plut&#244;t que de les livrer &#224; l'entreprise collective. La disette de fourrage, les n&#233;gligences et les &#233;pizooties achev&#232;rent les derniers chevaux vers le moment o&#249; fut enfin s&#233;rieusement &#233;tablie &#224; Moltchansk la Station de machines et tracteurs (S.M.T.). L'arrestation du v&#233;t&#233;rinaire du rayon, probablement coupable puisqu'il appartenait &#224; la secte des baptistes, n'amena aucune am&#233;lioration. La difficult&#233; des communications routi&#232;res avec le centre r&#233;gional fit que la S.M.T. souffrit tout de suite du manque de pi&#232;ces de rechange pour les r&#233;parations des machines et du manque de carburant. Situ&#233; sur la S&#233;roglazaya, la rivi&#232;re-aux-yeux-gris, le vieux village de Pogor&#233;lo&#233;, ainsi nomm&#233; afin de perp&#233;tuer le souvenir des incendies d'autrefois, se trouvant l'un des plus &#233;loign&#233;s de la S.M.T., fut l'un des derniers servis. La force motrice lui fit d&#233;faut et les moujiks mirent peu de bonne volont&#233; &#224; ensemencer des terres qu'ils ne consid&#233;raient plus comme les leurs, sous le contr&#244;le d'un pr&#233;sident de kolkhoze communiste, un ouvrier de la fabrique de v&#233;los de Penza, mobilis&#233; par le parti et envoy&#233; par le centre r&#233;gional. Ils se doutaient bien que l'&#201;tat leur prendrait presque toute la r&#233;colte. Trois r&#233;coltes furent d&#233;ficitaires. La famine gagnait de proche en proche, tout un groupe d'hommes se r&#233;fugia dans le bois, ravitaill&#233;s par les familles que, cette fois, les autorit&#233;s n'os&#232;rent pas d&#233;porter. La famine emporta les petits enfants, la moiti&#233; des vieillards et m&#234;me quelques adultes. Un pr&#233;sident de kolkhoze fut noy&#233; dans la S&#233;roglazaya, une pierre au cou. Le nouveau statut, plusieurs fois remani&#233; par le C.C. refit une paix pr&#233;caire en r&#233;tablissant, dans l'exploitation collective, des propri&#233;t&#233;s familiales ; le kolkhoze, visit&#233; par un bon agronome, re&#231;ut des semences de choix et des engrais chimiques, il y eut un &#233;t&#233; exceptionnellement chaud et humide, des bl&#233;s magnifiques lev&#232;rent malgr&#233; la col&#232;re et la division des hommes ; l'on manqua de main-d'&#339;uvre pour faire la moisson et une partie de la r&#233;colte pourrit sur place. L'ouvrier de la fabrique de v&#233;los, jug&#233; pour incapacit&#233;, incurie, abus de pouvoir, prit trois ans de travaux forc&#233;s. &#171; Je souhaite bien du plaisir &#224; mon successeur &#187;, dit-il simplement. La direction du kolkhoze passa au pr&#233;sident Vaniouchkine, qui &#233;tait du village, communiste r&#233;cemment d&#233;mobilis&#233; du service militaire. En 1934-1935, du fond de la famine, le kolkhoze entra en convalescence gr&#226;ce aux nouvelles directives du C.C. au rythme bienfaisant des pluies et des neiges, &#224; des saisons cl&#233;mentes, &#224; l'&#233;nergie des jeunes communistes et, de l'avis des vieilles femmes et de deux ou trois barbus tr&#232;s croyants, gr&#226;ce au retour de l'homme de Dieu, le p&#232;re Gu&#233;rassime, amnisti&#233; &#224; la fin de ses trois ann&#233;es de d&#233;portation. Les crises saisonni&#232;res se suivirent cependant, bien qu'il ne f&#251;t pas niable que le plan des cultures, la s&#233;lection des semences, l'emploi des machines accrussent sensiblement le rendement des terres. L'on vit arriver, pour r&#233;tablir &#171; d&#233;finitivement &#187; la situation, l'agronome Kostioukine, curieux personnage, puis un militant des Jeunesses, envoy&#233; par le Comit&#233; r&#233;gional, que tout le monde appelait famili&#232;rement Kostia. Peu de temps avant les semailles d'automne, l'agronome Kostioukine constata qu'un parasite s'&#233;tait attaqu&#233; aux semences (dont une partie avait &#233;t&#233; vol&#233;e auparavant). La station de M. et T. ne livra qu'un tracteur au lieu des deux promis et des trois reconnus indispensables ; et ce tracteur unique manqua d'essence. L'essence re&#231;ue, il eut une avarie. Les labours se firent p&#233;niblement, en retard, avec les chevaux, mais les chevaux n'ayant pu, d&#232;s lors, assurer le ravitaillement r&#233;gulier du kolkhoze par les coop&#233;ratives du rayon, le kolkhoze manqua d'articles manufactur&#233;s. La moiti&#233; des camions du rayon &#233;taient immobilis&#233;s faute d'essence. Les femmes commenc&#232;rent &#224; murmurer que l'on s'acheminait vers une nouvelle famine et que ce serait la juste punition de nos p&#233;ch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un pays plat, l&#233;g&#232;rement vallonn&#233;, aux lignes s&#233;v&#232;res sous les nuages o&#249; l'on voit distinctement des m&#234;l&#233;es d'archanges blancs se poursuivre d'un horizon &#224; l'autre. Par les chemins d&#233;tremp&#233;s, boueux ou poussi&#233;reux selon la saison, le rayon, Moltchansk, est &#224; une soixantaine de kilom&#232;tres ; la station du chemin de fer est &#224; une quinzaine de kilom&#232;tres du rayon, la grande ville la plus proche, centre r&#233;gional, &#224; cent soixante-dix kilom&#232;tres par la voie ferr&#233;e. En somme, une situation assez privil&#233;gi&#233;e au point de vue des communications. Les soixante-cinq maisons (plusieurs inhabit&#233;es) sont en rondins ou en planches, couvertes de chaume gris, construites en demi-cercle sur la hauteur, au coude de la rivi&#232;re ; elles s'&#233;gr&#232;nent l&#224;, entour&#233;es de petits enclos, comme un cort&#232;ge de vieilles femmes chancelantes. Leurs fen&#234;tres regardent les nuages, les douces eaux grises, les champs de l'autre rive, la sombre ligne mauve des for&#234;ts &#224; l'horizon. On voit toujours sur les sentiers qui descendent vers la rivi&#232;re des enfants ou des jeunes femmes rapportant de l'eau dans de vieux petits tonnelets suspendus aux deux bouts d'une palanque port&#233;e sur les &#233;paules. Pour que l'eau ne se renverse pas trop &#224; cause du mouvement, l'on y fait flotter des disques en bois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Midi. Les champs rouill&#233;s se chauffent au soleil. Ils ont faim de graines. On ne peut pas les voir sans y penser. Donnez-nous des graines ou vous aurez faim ! H&#226;tez-vous, les belles journ&#233;es s'en vont, h&#226;tez-vous, la terre attend&#8230; Le silence des champs est une lamentation continue&#8230; Des flocons de nuages blancs s'en vont paresseusement &#224; travers le ciel indiff&#233;rent. On entend deux m&#233;caniciens &#233;changer des conseils et des jurons d&#233;sol&#233;s autour du tracteur hors de combat, derri&#232;re l'habitation. Le pr&#233;sident Vaniouchkine b&#226;ille avec fureur. Il souffre de l'attente des champs, la pens&#233;e du plan le harc&#232;le, il n'en dort pas, il n'a plus rien &#224; boire, le stock de vodka s'&#233;tant &#233;puis&#233;. Les courriers qu'il envoie au rayon lui reviennent couverts de poussi&#232;re, &#233;reint&#233;s et d&#233;confits, avec des petits papiers &#233;crits au crayon : &#171; Tiens ferme, camarade Vaniouchkine. Le premier camion disponible sera pour toi. Salut communiste. P&#233;trikov. &#187; &#199;a ne veut exactement rien dire. Va un peu voir ce qu'il fera du premier camion disponible, ce salaud-l&#224;, quand tous les kolkhozes du rayon l'accablent des m&#234;mes demandes ! Et puis : y aura-t-il un premier camion disponible ? Le bureau de l'administration n'&#233;tait meubl&#233; que d'une table nue encombr&#233;e de papiers en d&#233;sordre, jaunissants comme des feuilles mortes. Par la fen&#234;tre ouverte l'on voyait la masse compacte des terres. Au fond de la salle, le portrait du chef en couleurs veules consid&#233;rait un samovar enfum&#233; juch&#233; sur le po&#234;le. Des sacs s'effondraient dessous, les uns sur les autres, pareils &#224; des b&#234;tes &#224; bout de force : pas un ne contenait la quantit&#233; de graines prescrites. C'&#233;tait contraire aux instructions de la direction r&#233;gionale des kolkhozes et Kostia, v&#233;rifiant le poids des semences, le soulignait en ricanant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas la peine de s'esquinter pour v&#233;rifier une escroquerie sur les semences, I&#233;fime Bogdanovitch ! Si tu crois que les moujiks ne s'en rendent pas compte parce qu'ils n'ont pas de balances ! Tu ne les connais pas, ces bougres, ils te p&#232;sent un sac d'un coup d'&#339;il, vieux, ils vont gueuler, tu vas voir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaniouchkine m&#226;chait une cigarette &#233;teinte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et qu&#233; qu'tu veux faire, gros malin ? Bon, on fera un petit tour au tribunal du rayon, qu'est-ce que j'y peux, moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils aper&#231;urent, venant &#224; travers champs, la d&#233;marche sautillante, ses longs bras balanc&#233;s comme s'ils flottaient &#224; la brise, l'agronome Kostioukine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Encore celui-l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Veux-tu que je te dise d'avance tout ce qu'il va te raconter, I&#233;fime Bogdanovitch ? proposa sarcastiquement Kostia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tais ta gueule !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostioukine entra. Une casquette jaune paille lui tombait sur les yeux. Des gouttes de sueur perlaient &#224; son nez rouge et pointu, il y avait des brindilles d'herbe dans sa barbe. D'embl&#233;e il fon&#231;a dans les histoires. Cinq jours de retard sur le plan. Pas de camions pour transporter les semences saines promises par le rayon. La station de M. et T. promettait mais ne tiendrait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous avez d&#233;j&#224; vu ces gars-l&#224; tenir leurs promesses, dites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pi&#232;ces de rechange pour les r&#233;parations urgentes, la station n'en recevrait pas avant dix jours vu l'embouteillage du chemin de fer, je le sais, moi. Voil&#224;. Le plan d'ensemencement est fichu, je vous l'avais bien dit. Nous aurons un d&#233;ficit de 40 % si tout va bien, 50 %, 60 % si les gel&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit visage rouss&#226;tre de Vaniouchkine, pareil &#224; un poing ferm&#233; aplati par un choc, se plissa de rides circulaires. Il regarda l'agronome avec haine, comme s'il e&#251;t voulu lui crier : &#171; T'es content, toi ? &#187; L'agronome Kostioukine gesticulait trop : il avait l'air, en parlant, d'attraper des mouches. Ses yeux mouill&#233;s devenaient trop brillants. Sa voix aigrelette baissait, baissait, mais au moment o&#249; l'on s'attendait &#224; ce qu'elle s'&#233;teign&#238;t, renaissait en tons rauques. L'administration du kolkhoze le craignait un peu parce qu'il faisait sans cesse du scandale, proph&#233;tisant le malheur et voyait si juste qu'il semblait par cela m&#234;me susciter les calamit&#233;s. Et que penser de lui ? Il revenait d'un camp de concentration, ex-saboteur repenti, coupable d'avoir laiss&#233; pourrir sur pied toute une r&#233;colte dans les Terres noires, faute de main-d'&#339;uvre, &#224; l'en croire, pour faire la moisson ! Il en revenait lib&#233;r&#233; avant terme pour son travail exemplaire dans les fermes de l'Administration p&#233;nitentiaire, cit&#233; dans les journaux pour un essai sur les nouvelles m&#233;thodes de d&#233;frichement dans les pays froids, d&#233;cor&#233; enfin de l'insigne d'honneur du Travail pour avoir, pendant une saison s&#232;che, &#233;tabli dans des kolkhozes du pays votiak un ing&#233;nieux syst&#232;me d'irrigation&#8230; Donc : technicien tr&#232;s fort, contre-r&#233;volutionnaire tr&#232;s habile peut-&#234;tre, sinc&#232;rement repenti peut-&#234;tre, ou admirablement camoufl&#233; ; il fallait s'en m&#233;fier, mais il avait droit au respect, il fallait l'&#233;couter, s'en m&#233;fier doublement par cons&#233;quent. Instruit lui-m&#234;me par les cours abr&#233;g&#233;s &#224; l'usage des dirigeants d'exploitations collectives, le pr&#233;sident Vaniouchkine, ex-ma&#231;on saisonnier, ex-fantassin d'&#233;lite, ne savait &#224; vrai dire o&#249; donner la t&#234;te. Kostioukine continuait. Les paysans voyaient tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; On travaille de nouveau pour crever de faim cet hiver. Qui sabote ? Ils voulaient &#233;crire au centre r&#233;gional, d&#233;noncer le rayon. Faut faire une assembl&#233;e, s'expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia se rongeait les ongles. Il demanda :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quelle est la distance d'ici au rayon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Cinquante-cinq par la plaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agronome et Kostia se comprirent instantan&#233;ment, frapp&#233;s par la m&#234;me id&#233;e. Semences, denr&#233;es, allumettes, indiennes promises aux femmes, pourquoi ne pas tout transporter &#224; dos d'homme ? &#199;a pourrait se faire en trois, quatre jours en mobilisant tout le monde, les femmes valides et les gosses de seize ans, pour relayer les porteurs. Journ&#233;es et nuits de travail compteraient double, nous promettrons une distribution extraordinaire de savon, cigarettes, fil &#224; coudre, par la coop&#233;. S'ils ne veulent pas en l&#226;cher, Vaniouchkine, j'irai au comit&#233; du parti, je leur dirai : &#171; &#199;a ou le plan est par terre ! &#187; Ils ne peuvent pas refuser, on conna&#238;t les stocks. Ils pr&#233;f&#233;reraient les r&#233;server pour les cadres du parti, les techniciens et autres, c'est dans l'ordre ; mais il faudra bien qu'ils marchent, on ira les voir tous ensemble ! Ils pourraient m&#234;me nous l&#226;cher des aiguilles, on sait qu'ils en ont re&#231;u, mais ils le nieront. L'agronome et Kostia se renvoyaient des phrases dures comme s'ils eussent jet&#233; des pierres &#224; toute vol&#233;e. Kostioukine se d&#233;menait dans sa blouse grise aux poches pleines de papiers. Kostia le prit aux coudes, ils furent face &#224; face, le jeune profil &#233;nergique, le vieux visage au nez pointu, aux l&#232;vres crevass&#233;es entrouvertes sur des dents &#233;br&#233;ch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; On convoque l'assembl&#233;e. On peut mobiliser jusqu'&#224; cent cinquante porteurs si les gens d'Izioumka viennent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si nous faisions parler le pope ? proposa le pr&#233;sident Vaniouchkine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si le diable cornu pouvait nous faire un bon discours d'agitation, je l'appellerais ! cria Kostia. On verrait ses ongles fourchus passer &#224; travers ses bottes, &#231;a sentirait la braise fumante, il lancerait en l'air de petits coups de sa langue de feu &#8211; pour l'accomplissement du plan des semailles, citoyens ! Je veux bien, moi, que le diable nous vende son &#226;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rire les d&#233;tendit tous les trois. La terre rousse riait aussi &#224; sa fa&#231;on, perceptible pour ces seuls hommes, l'horizon oscillait l&#233;g&#232;rement, un nuage comique divagua au milieu du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e du kolkhoze se r&#233;unit dans la cour de ferme de l'Administration, au cr&#233;puscule, &#224; l'heure o&#249; les moucherons deviennent tourmenteurs. Beaucoup de monde vint, car le kolkhoze se sentait en p&#233;ril : les femmes contentes que le p&#232;re Gu&#233;rassime parl&#226;t. On sortit des bancs pour elles, les hommes &#233;cout&#232;rent debout. Le pr&#233;sident Vaniouchkine prit la parole le premier, intimid&#233; dans le fond de son &#226;me par deux cents t&#234;tes indistinctes et murmurantes. Quelqu'un lui cria des derniers rangs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pourquoi que t'as fait arr&#234;ter les Kibiotkine ? Anath&#232;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fit semblant de ne pas entendre. Il jetait de grands mots p&#226;teux &#8211; devoir &#8211; plan &#8211; l'honneur du kolkhoze &#8211; le pouvoir exige &#8211; les enfants &#8211; la faim cet hiver &#8211; vers la boule rouge du soleil qui descendait sur le sombre horizon, dans des brumes mena&#231;antes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je passe la parole au citoyen Gu&#233;rassime !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foule, compacte comme un seul &#234;tre obscur, remua. Le p&#232;re Gu&#233;rassime se hissait sur la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la grande Constitution d&#233;mocratique octroy&#233;e par le chef aux peuples f&#233;d&#233;r&#233;s, le pr&#234;tre, ne se cachant plus, s'&#233;tait laiss&#233; pousser la barbe et les cheveux selon l'ancien usage, bien qu'il appart&#238;nt &#224; l'&#201;glise nouvelle. Il officiait dans une isba abandonn&#233;e, reconstruite de ses mains et sur laquelle il avait dress&#233; une croix clou&#233;e, rabot&#233;e, peinte en jaune-or de ses mains aussi&#8230; Bon charpentier, jardinier passable, instruit dans ces travaux au camp sp&#233;cial de redressement par le travail des &#238;les de la mer Blanche, il connaissait l'&#201;vangile &#224; fond et de m&#234;me les lois, les r&#233;glementations, les circulaires du commissariat de l'Agriculture et de la Direction centrale des kolkhozes. Il ha&#239;ssait d'une haine noire les ennemis du peuple, les conjur&#233;s, les saboteurs, les tra&#238;tres, les agents de l'&#233;tranger, les fascistes-trotskystes en un mot, dont il avait pr&#234;ch&#233; en chaire &#8211; c'est-&#224;-dire du haut d'une &#233;chelle adoss&#233;e au po&#234;le de l'isba &#8211; l'extermination. Les autorit&#233;s du district l'appr&#233;ciaient. Ce n'&#233;tait qu'un moujik chevelu un peu plus grand que les autres, mari&#233; &#224; une placide vach&#232;re. Plein de bon sens malicieux, le parler doux et bas, il lui arrivait, dans les grandes circonstances de laisser l'esprit souffler &#224; travers sa parole v&#233;h&#233;mente. Toutes les t&#234;tes montaient alors vers lui, empoign&#233;es, m&#234;me celles des jeunes communistes revenus du service militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Fr&#232;res chr&#233;tiens ! Honn&#234;tes citoyens ! Gens de la terre russe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m&#234;la dans ses p&#233;riodes confuses, mais soudainement &#233;clatantes, la grande patrie, la vieille Russie, notre m&#232;re, le chef aim&#233; qui pense aux humbles, notre pilote infaillible, que la b&#233;n&#233;diction du Seigneur soit sur lui ! Dieu qui nous voit, Notre Seigneur J&#233;sus-Christ qui maudit les fain&#233;ants et les parasites, chassa les marchands du temple, promit le ciel aux bons ouvriers, saint Paul qui a cri&#233; au monde : &#171; Que celui qui ne travaille pas ne mange pas ! &#187; Il brandit un chiffon de papier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Gens de la terre, c'est notre affaire, la bataille du bl&#233;&#8230; Une vermine d'enfer grouille encore sous nos pieds ! Notre glorieux pouvoir du peuple vient de frapper de son glaive de feu trois assassins encore, trois &#226;mes vendues &#224; Satan, qui poignardaient l&#226;chement le parti ! Qu'elles aillent au feu &#233;ternel pendant que nous sauverons nos prochaines r&#233;coltes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia et Maria applaudirent ensemble. Ils s'&#233;taient rencontr&#233;s dans les derniers rangs d'o&#249; l'on ne voyait que la t&#234;te broussailleuse du pope sur fond de nue tristement bleuissante. Des signes de croix naissaient sur les poitrines. Kostia entoura de sa main souple le cou et les tresses de Maria. Cette fille aux pommettes dures, au nez un peu retrouss&#233;, lui donnait chaud. Il lui semblait quand il s'approchait d'elle que son sang bondissait plus vite dans ses veines. Elle avait la bouche et les yeux larges, autant d'animalit&#233; vigoureuse que de joyeuse lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Maria, c'est un homme du Moyen &#194;ge, mais il parle bien, sacr&#233; vieux diable ! &#199;a y est, maintenant on est parti&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sein dur et pointu de Maria effleura le bras de Kostia, il sentit la forte odeur des aisselles de la jeune femme, il lui vit des yeux vertigineux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Kostia, il faut prendre des d&#233;cisions, sans cela nos gens sont encore capables de s'&#233;gailler&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le P&#232;re Gu&#233;rassime disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Camarades ! Chr&#233;tiens ! Nous irons chercher nous-m&#234;mes les semences, les outils, les produits ! Nous les porterons sur nos &#233;chines, &#224; la sueur de notre front, esclaves de Dieu que nous sommes, libres citoyens ! Et le Malin qui veut que le plan &#233;choue, que le pouvoir nous traite de saboteurs, que nous ayons faim, nous lui ferons rentrer le mal dans sa gorge puante !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une voix de femme, suraigu&#235;, lui r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; En route, P&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constitua sur l'heure les &#233;quipes pour le rassemblement des sacs. Partir cette nuit-m&#234;me, sous la lune, avec Dieu, pour le plan, pour la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cent soixante-cinq porteurs, capables de porter en se relayant une soixantaine de fardeaux, partirent dans la nuit. La file des marcheurs s'enfon&#231;a dans les champs noirs. Kostia conduisait vers la lune montante, &#233;norme et flamboyante sur le lointain, la premi&#232;re troupe, celle des jeunes gens qui chant&#232;rent en ch&#339;ur jusqu'&#224; la grande fatigue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si c'est la guerre,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si c'est la guerre,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;puissante patrie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; que nous serons forts !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fillette, fillette,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;que j'aime tes mirettes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le P&#232;re Gu&#233;rassime et l'agronome Kostioukine fermaient la marche pour entra&#238;ner les tra&#238;nards en racontant des histoires. Ils bivouaqu&#232;rent sur les berges de la S&#233;roglazaya, la rivi&#232;re-aux-yeux-gris, plus laiteuse que grise ; un doux sifflement continu montait des roseaux. La ros&#233;e froide de l'aube les transit. Kostia et Maria dormirent plusieurs heures l'un contre l'autre, roul&#233;s dans la m&#234;me couverture, pour avoir moins froid, trop tendus pour se parler, bien que la lune f&#251;t ensorcelante, entour&#233;e d'un cercle de p&#226;leur vaste comme le monde. Ils repartirent au petit jour, dormirent encore dans la for&#234;t, sous la chaleur de midi, atteignirent la grande route, y chemin&#232;rent en soulevant un nuage de poussi&#232;re, pour arriver au rayon avant la fermeture des bureaux. Le comit&#233; du parti leur fit offrir un bon repas, soupe au poisson et p&#226;te de gruau ; l'orchestre des camionneurs les accompagna au d&#233;part, les uns courb&#233;s sous leurs sacs et leurs ballots, les autres chantant, pr&#233;c&#233;d&#233;s jusqu'au premier tournant de la route par le drapeau rouge des Jeunesses. Kostioukine, Kostia et le P&#232;re Gu&#233;rassime &#233;taient pourtant all&#233;s tenir au Comit&#233; des propos amers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les transports nous foutent dedans : ni camions, ni tracteurs, ni charrois &#8211; que le diable vous emporte ! (Le visage de Kostioukine se ramassait furieusement comme la t&#234;te rouge&#226;tre et pliss&#233;e de certains vieux oiseaux de proie.) Les gens ne sont pas faits pour ce m&#233;tier de b&#234;tes de somme ! Passe encore pour nous, mais les kolkhozes qui sont &#224; cent kilom&#232;tres et plus, qu'est-ce qu'ils vont faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est vrai, camarades ! r&#233;pondait le secr&#233;taire du rayon avec un geste d&#233;monstratif vers quelqu'un des siens : Prenez &#231;a pour vous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le P&#232;re Gu&#233;rassime n'intervint qu'&#224; la fin, d'un ton voil&#233;, plein de sous-entendus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#202;tes-vous bien s&#251;r, citoyen secr&#233;taire, qu'il n'y ait pas de sabotage l&#224;-dessous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secr&#233;taire, piqu&#233;, dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'en r&#233;ponds, citoyen desservant du culte ! C'est l'essence qui est en retard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#192; votre place, je n'en r&#233;pondrais pas, citoyen secr&#233;taire, car Dieu seul sonde les consciences et les reins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot fit bien rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Est-ce qu'il ne commence pas &#224; devenir un peu trop influent ? demanda &#224; mi-voix le repr&#233;sentant de la S&#251;ret&#233;, coinc&#233; entre deux directives dont l'une ordonnait de ne point tol&#233;rer que le clerg&#233; acqu&#238;t une influence politique et l'autre de cesser les pers&#233;cutions antireligieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Jugez-en vous-m&#234;me ! r&#233;pondit le secr&#233;taire du parti, &#233;galement entre ses dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia accrut leur embarras en soulignant que &#171; le camarade desservant du culte est aujourd'hui notre v&#233;ritable organisateur&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les heures comptaient puisque l'on perdait au moins huit jours sur le plan des travaux, apr&#232;s en avoir perdu beaucoup d'autres dans l'attente des moyens de transport, et qu'il fallait aussi craindre les pluies. Les cent soixante-cinq chemin&#232;rent jusqu'&#224; l'&#233;puisement, courb&#233;s sous leur faix, suant, geignant, jurant, priant. Les chemins &#233;taient abominables, le pied n'y portait que sur des mottes molles qui s'effondraient, ou butait dans l'obscurit&#233; &#224; des pierres surgies Dieu sait d'o&#249;, on suivit en tr&#233;buchant un chemin encaiss&#233;, caillouteux et boueux. La lune, &#233;norme et rousse, et narquoise, monta. Kostia et Maria se relayaient sous le m&#234;me sac de soixante-dix livres, Kostia le portant le plus possible, m&#233;nageant toutefois ses forces pour tenir plus longtemps que Maria. La jeune femme, tremp&#233;e de sueur, avan&#231;ait dans une vapeur charnelle. Les porteurs entr&#232;rent dans une plaine argent&#233;e. Ils avaient la lune, devenue blanche, au-dessus de leurs t&#234;tes, au z&#233;nith ; leurs ombres se mouvaient sous eux, dans la phosphorescence terrestre. Les groupes s'espa&#231;aient. Maria marchait, les aiselles nues, soutenant de ses deux bras lev&#233;s le fardeau pos&#233; sur sa t&#234;te et ses &#233;paules, pas tout &#224; fait courb&#233;e, les seins en avant, et la ligne tendue de sa poitrine, r&#233;sistant &#224; l'attirance de la terre, accrochait de la lumi&#232;re. La bouche entrouverte, elle montrait les dents &#224; la nuit. Kostia avait cess&#233; de plaisanter depuis des heures, presque cess&#233; de parler. &#171; Nous ne sommes plus que des muscles en marche&#8230; Des muscles et une volont&#233;&#8230; C'est &#231;a les hommes&#8230; &#199;a, les masses&#8230; &#187; Tout &#224; coup, ce fut comme si la terre, le ciel mauve et laiteux, la nuit lunaire eussent chant&#233; en lui : &#171; Je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime&#8230; &#187; &#8211; sans lassitude, sans fin, d&#233;finitivement, avec un enthousiasme opini&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu me passes le sac, Maria ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas encore, &#224; la hauteur de ces arbres, l&#224;-bas&#8230; Ne me parle pas, Kostia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle haletait doucement. Il continua en silence : &#171; Je t'aime, je t'aime&#8230; &#187; et sa fatigue se dissipa, la lueur de la lune l'all&#233;gea merveilleusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bivouac de la rivi&#232;re-aux-yeux-gris, la S&#233;roglazaya, o&#249; les cent soixante-cinq allaient prendre plusieurs heures de sommeil avant l'aube, Kostia et Maria se couch&#232;rent contre leur sac, en face du ciel. L'herbe &#233;tait molle, froide et humide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#199;a va ? Maroussia&#8230; demanda Kostia, d'un ton indiff&#233;rent au commencement de la courte phrase, soudainement caressant dans le diminutif de la fin. Tu t'endors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas encore, dit-elle. Je suis bien. Que tout est simple : le ciel, la terre et nous&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adoss&#233;s c&#244;te &#224; c&#244;te, se touchant d'une &#233;paule, infiniment proches et d&#233;tach&#233;s l'un de l'autre, ils regardaient devant eux : l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia dit sans bouger, souriant au ciel faiblement scintillant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Maria, entends-moi bien, Maria, c'est tout &#224; fait vrai. Maria, je t'aime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne bougea pas, les mains rejointes sous la nuque. Il percevait sa respiration &#233;gale. Elle tarda &#224; r&#233;pondre calmement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est tr&#232;s bien, Kostia. Nous pouvons faire un couple solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une sorte d'angoisse le prit qu'il surmonta en avalant sa salive. Il ne sut ni que dire ni que faire. Un moment s'&#233;coula. La nuit &#233;tait splendidement lumineuse. Kostia dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai connu une Maria dans les chantiers souterrains du m&#233;tro, &#224; Moscou. Elle a fait une triste fin qu'elle ne m&#233;ritait pas. Pas assez de nerfs. Je l'appelle dans ma m&#233;moire Maria l'Infortun&#233;e. Toi, je veux que tu sois Maria Heureuse. Ce sera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne crois pas au bonheur dans les &#233;poques de transition, dit Maria. Nous travaillerons ensemble. Nous verrons la vie. Nous lutterons. C'est bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pensait : &#171; C'est dr&#244;le, nous voici mari et femme et nous parlons comme des copains ; j'avais soif de la prendre dans mes bras, et je ne veux plus maintenant que prolonger cet instant&#8230; &#187; Maria dit apr&#232;s un court silence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai connu un autre Kostia. Il &#233;tait des Jeunesses comme toi, presque aussi beau gar&#231;on que toi, mais un imb&#233;cile et un mufle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce qu'il t'a fait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il m'a mise enceinte et m'a plaqu&#233;e parce que je suis croyante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu es croyante, Maria ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia lui entourait de son bras les &#233;paules, il cherchait le regard de Maria, il trouvait ce tranquille regard sombre et clair comme cette nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne crois pas aux bondieuseries, Kostia, t&#226;che de me comprendre. Je crois &#224; tout ce qui est, regarde autour de nous, regarde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son visage aux l&#232;vres fermement d&#233;coup&#233;es eut un &#233;lan vers lui, pour lui montrer l'univers : ce simple ciel, les plaines, la rivi&#232;re invisible sous les roseaux, les &#233;tendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne peux pas dire &#224; quoi je crois, Kostia, mais je crois. Ce n'est peut-&#234;tre que la r&#233;alit&#233;. Il faut que tu me comprennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un flot d'id&#233;es traversa Kostia : il les per&#231;ut dans sa poitrine et ses reins comme dans son esprit. La r&#233;alit&#233; embrass&#233;e d'un seul mouvement de l'&#234;tre. Nous sommes ins&#233;parables des &#233;toiles, de la magie authentique de cette nuit sans miracle, de l'attente des terres, de toute cette force confuse qui est en nous&#8230; La joie &#233;clata en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu as raison, Maria, je crois comme toi, je vois&#8230; La terre, le ciel et la nuit m&#234;me, o&#249; les t&#233;n&#232;bres n'existaient pas, les unirent inexprimablement, front contre front, m&#234;lant leurs cheveux, yeux dans les yeux, bouche contre bouche et les dents doucement entrechoqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Maria, je t'aime&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots n'&#233;taient que de petits cristaux dor&#233;s qu'il jetait dans des eaux profondes, sombres, lourdes, bouillonnantes, exaltantes&#8230; Maria r&#233;pondit avec une sourde violence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais je t'ai d&#233;j&#224; dit que je t'aime, Kostia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maria dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il me semble que je jette de petits cailloux blancs vers le ciel et qu'ils deviennent des m&#233;t&#233;ores, je les vois dispara&#238;tre, mais je sais qu'ils ne retombent pas, c'est ainsi que je t'aime&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce qui nous berce ? murmura-t-elle encore, je sens que je m'endors&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'endormit la joue sur le sac, dans l'odeur du bl&#233;. Kostia veilla un instant sur elle. Sa joie &#233;tait si grande qu'elle devenait pareille &#224; de la tristesse. Le m&#234;me bercement l'endormit &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re &#233;tape, &#224; franchir &#224; travers le brouillard matinal, puis sous le soleil, fut la plus p&#233;nible. La file de porteurs titubants s'&#233;tendit d'un horizon &#224; l'autre. Le pr&#233;sident du kolkhoze, Vaniouchkine, vint &#224; leur rencontre avec des charrettes. Kostia lui jeta rudement son sac sur la t&#234;te et les &#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#192; ton tour, pr&#233;sident !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une joie &#233;tale r&#233;gnait sur le paysage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les semailles sont sauv&#233;es, fr&#232;re. Tu vas tout de suite me signer deux cong&#233;s de quinze jours pour Maria et moi. On se marie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; F&#233;licitations, dit le pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il claqua la langue pour acc&#233;l&#233;rer le pas des chevaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine vivait plus dignement que nagu&#232;re. Sans changer de bureau, au cinqui&#232;me &#233;tage du trust Moscou-Confection, et bien que n'&#233;tant pas encore du parti, il s'&#233;tait senti grandi. Une note de service affich&#233;e dans le corridor avait annonc&#233; un soir que &#171; le sous-chef de la section des salaires, Romachkine, collaborateur ponctuel et z&#233;l&#233;, &#233;tait promu premier sous-chef avec une augmentation de salaire de cinquante roubles par mois et mention au tableau d'honneur &#187;. De sa table dans l'insignifiance, cribl&#233;e de taches d'encre et de ronds de colle, entre porte et armoire, Romachkine passait au bureau verni qui faisait vis-&#224;-vis &#224; un autre bureau semblable mais plus grand, celui du directeur des tarifs et salaires du trust. Romachkine disposa d'un t&#233;l&#233;phone int&#233;rieur, plut&#244;t g&#234;nant en r&#233;alit&#233;, car les appels l'interrompaient dans ses calculs, mais qui &#233;tait aussi un symbole inesp&#233;r&#233; d'autorit&#233;. Le pr&#233;sident du trust lui-m&#234;me, usant de cet appareil, demandait parfois un renseignement. C'&#233;taient des moments graves. Romachkine &#233;prouvait quelque peine &#224; r&#233;pondre assis, sans s'incliner, sans sourire aimablement. Seul, il se f&#251;t certainement lev&#233; pour mieux prendre un air d&#233;f&#233;rent et promettre : &#171; Sur l'heure, camarade Nikolkine ; vous aurez les donn&#233;es exactes dans quinze minutes&#8230; &#187; Ceci promis, Romachkine se redressait jusqu'&#224; toucher le dossier du fauteuil tournant, jetait un coup d'&#339;il important sur les cinq tables du bureau et faisait signe au morne Antochkine, s&#251;rement malade du foie, son rempla&#231;ant &#224; la table de l'insignifiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Camarade Antochkine, il me faut pour le pr&#233;sident du trust le dossier de l'avant-derni&#232;re conf&#233;rence sur les prix et salaires, plus le message du syndicat du Textile concernant l'application des directives du C.C. Vous avez sept minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit avec fermet&#233; simple, sans appel. Le sous-chef Antochkine regardait la pendule comme l'&#226;ne regarde la trique ; ses doigts feuilletaient tr&#232;s vite des fiches ; il semblait m&#226;cher quelque chose&#8230; Avant l'expiration de la septi&#232;me minute, Romachkine recevait de ses mains les papiers, le remerciait avec bienveillance. Du fond de la pi&#232;ce, la vieille dactylo et le gar&#231;on de bureau regardaient Romachkine avec un respect &#233;vident. (Qu'ils pensassent ensemble : &#171; Oh la la, ce vieux rat crev&#233;, qu'est-ce qu'il se croit ! Puisses-tu en attraper la colique, citoyen l&#232;che-bottes ! &#187; Romachkine, toujours bien dispos&#233; envers autrui, ne pouvait pas s'en douter.) Le chef de bureau, tout en donnant des signatures, arrondissait les &#233;paules d'une mani&#232;re approbative. Romachkine d&#233;couvrait l'autorit&#233; qui grandit l'homme, cimente l'organisation, f&#233;conde le travail, &#233;conomise le temps, abaisse les frais g&#233;n&#233;raux&#8230; &#171; Je me croyais nul sachant seulement ob&#233;ir dans le travail, et me voil&#224; capable de commander. Quel est ce principe qui conf&#232;re une valeur &#224; l'homme auparavant sans valeur ? Le principe de hi&#233;rarchie. &#187; Mais la hi&#233;rarchie est-elle juste ? Romachkine y pensa plusieurs jours de suite avant de se r&#233;pondre par l'affirmative. Quel meilleur gouvernement qu'une hi&#233;rarchie d'hommes justes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avancement lui allouait une autre r&#233;compense : la fen&#234;tre &#233;tait &#224; sa droite, il n'avait qu'&#224; tourner la t&#234;te pour y apercevoir des arbres dans des cours, des linges s&#233;chant sur des fils de fer, des toits de vieilles maisons, des clochetons d'&#233;glise en jaune vieux rose, subsistant humblement dans l'ombre d'un building : presque trop d'espace, des choses &#233;tonnantes sous le ciel, pour bien travailler. Pourquoi l'homme &#233;prouve-t-il tant le besoin de r&#234;ver ? Le r&#234;ve justifiait la contrainte. Romachkine pensa qu'il serait raisonnable de mettre des verres mats aux fen&#234;tres des bureaux pour que la vision du monde ext&#233;rieur n'y f&#251;t pas une distraction susceptible de diminuer le rendement du travail. Cinq petits clochetons presque ronds surmont&#233;s de croix chancelantes, subsistaient au milieu d'un jardin oubli&#233; et d'un ensemble disparate de maisons basses d'il y a cent cinquante ans. Ils invitaient &#224; la m&#233;ditation comme les sentiers des bois menant vers des clairi&#232;res inconnues qui n'existent peut-&#234;tre pas&#8230; Romachkine les craignit un peu en les aimant. Peut-&#234;tre priait-on encore sous des bulbes d&#233;nu&#233;s de sens et presque de couleur au centre de la nouvelle ville en lignes droites trac&#233;es par de l'acier, du ciment, du verre, de la pierre, math&#233;matiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est &#233;trange, se disait Romachkine, comment peut-on prier ? &#187; Pour m&#233;nager sa capacit&#233; de travail, il se donnait, entre une t&#226;che et une autre, une pause de quelques minutes accord&#233;es &#224; la r&#234;verie &#8211; sans qu'on le puisse voir, les sourcils fronc&#233;s, le crayon &#224; la main&#8230; Au fond de quelle ruelle o&#249; je n'ai jamais pass&#233; est-elle, cette &#233;glise bizarrement survivante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine l'alla voir et il en r&#233;sulta dans sa vie un nouvel accomplissement, celui de l'amiti&#233;. Il fallait entrer dans une impasse, y passer sous une porte coch&#232;re, traverser une cour bord&#233;e d'ateliers et l'on arrivait &#224; une vieille petite place des temps r&#233;volus, ferm&#233;e au reste du monde, o&#249; des enfants jouaient aux billes : l'&#233;glise &#233;tait l&#224; avec ses trois mendiantes sur le seuil et ses trois suppliantes agenouill&#233;es dans la solitude de l'int&#233;rieur. Douces &#224; lire, les enseignes voisines formaient un po&#232;me enrichi par des mots et des noms harmonieux, d&#233;pourvus de signification : Filatov, cardeur-matelassier, Ol&#233;andra, coop&#233;rative artisanale des cordonniers, Tikhonova, sage-femme, Jardin d'enfants n&#176; 4, La premi&#232;re Joie. Romachkine connut Filatov, cardeur-matelassier, veuf sans enfants, un homme sage qui ne buvait plus, ne fumait plus, ne croyait plus, suivait le soir, &#224; cinquante-cinq ans, les cours libres de l'&#201;cole de technique sup&#233;rieure, pour comprendre la m&#233;canique et l'astrophysique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et que me reste-t-il maintenant d'autre que la science ? J'ai v&#233;cu un demi-si&#232;cle, citoyen Romachkine, sans me douter de son existence, comme un aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Filatov portait un antique tablier en cuir et une casquette de prol&#233;taire, la m&#234;me depuis quinze ans. Il n'avait qu'une chambre de trois m&#232;tres sur un m&#232;tre soixante-quinze, am&#233;nag&#233;e dans un ex-vestibule condamn&#233; ; mais au fond de cette niche il s'&#233;tait perc&#233; une fen&#234;tre donnant sur le jardin de l'&#233;glise ; sur le rebord de la fen&#234;tre, il avait install&#233; dans des caisses un v&#233;ritable jardin suspendu. Un pupitre &#233;tabli devant ces fleurs lui permettait de recopier, en l'annotant de r&#233;flexions, Les Astres et les Atomes, par Eddington&#8230; Cette amiti&#233; inattendue tint dans la vie de Romachkine une place &#233;lev&#233;e. Au commencement, les deux hommes s'&#233;taient mal compris. Filatov disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La m&#233;canique domine la technique, la technique est la base de la production, c'est-&#224;-dire de la soci&#233;t&#233;. La m&#233;canique c&#233;leste est la loi de l'univers. Tout est physique. Si je pouvais recommencer ma vie, je voudrais &#234;tre ing&#233;nieur et astronome ; je pense que le v&#233;ritable ing&#233;nieur, pour comprendre le monde, doit &#234;tre astronome. Mais je suis n&#233;, petit-fils de serf, sous l'oppression tsariste. J'ai &#233;t&#233; analphab&#232;te jusqu'&#224; trente ans, ivrogne jusqu'&#224; quarante ans, j'ai v&#233;cu sans comprendre l'univers jusqu'&#224; la mort de ma pauvre Nastassia. Quand on l'a enterr&#233;e &#224; Vagankovsko&#233;, j'ai fait mettre une petite croix rouge sur sa tombe, parce qu'elle &#233;tait croyante, elle, par inconscience ; et parce que nous sommes &#224; l'&#233;poque du socialisme, j'ai dit : Que la croix des prol&#233;taires soit rouge ! Et je suis rest&#233; seul au cimeti&#232;re, camarade Romachkine, j'ai pay&#233; cinquante kopecks au gardien pour y rester apr&#232;s la fermeture jusqu'aux &#233;toiles et j'ai pens&#233;. Qu'est-ce que l'homme sur la terre ? Un pauvre grain de poussi&#232;re qui pense, travaille et souffre. Qu'est-ce qui reste de lui ? Le travail, la m&#233;canique du travail. Qu'est-ce que la terre ? Un grain de poussi&#232;re qui tourne dans le ciel avec la souffrance et le travail des hommes, et le silence des plantes et tout, et qu'est-ce qui la fait tourner ? La loi de fer de la m&#233;canique des astres. &#171; Nastassia, ai-je dit sur la tombe, tu ne peux plus m'entendre puisque tu n'existes plus, puisque nous n'avons plus d'&#226;me, mais tu seras toujours dans la terre, les plantes, l'air, l'&#233;nergie de la nature, et je te demande pardon de t'avoir pein&#233;e en me saoulant, et je te promets de ne plus boire, et je te promets d'&#233;tudier pour comprendre la grande m&#233;canique de la cr&#233;ation. &#187; J'ai tenu parole parce que je suis fort, de force prol&#233;tarienne et peut-&#234;tre me remarierai-je un jour quand j'aurai fini la deuxi&#232;me ann&#233;e d'&#233;tudes, car je n'aurais pas d'argent pour m'acheter des livres si je me mettais maintenant en m&#233;nage. Voil&#224; ma vie, camarade. Je suis calme, je sais que l'homme doit comprendre et je crois que je commence &#224; comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils parlaient assis c&#244;te &#224; c&#244;te sur un petit banc, &#224; la porte de l'&#233;choppe du cardeur-matelassier, au soir tombant. Romachkine, p&#226;le et frip&#233;, pas encore vieux, mais toute jeunesse et toute vigueur perdues &#8211; si jamais elles avaient exist&#233; en lui &#8211; et Filatov, cr&#226;ne et face ras&#233;s, le visage coup&#233; de rides sym&#233;triques, consistant comme un vieil arbre. Les marteaux des cordonniers de la coop&#233;rative Ol&#233;andra battaient doucement le cuir, les ch&#226;taigniers commen&#231;aient &#224; s'agrandir d'ombre. N'e&#251;t &#233;t&#233; la rumeur assourdie du centre, on e&#251;t pu se croire sur une place de village, autrefois, non loin d'une rivi&#232;re bord&#233;e de l'autre c&#244;t&#233; par des bois&#8230; Romachkine r&#233;pondit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je n'ai pas eu le temps de penser &#224; l'univers, camarade Filatov, parce que j'ai &#233;t&#233; tourment&#233; par l'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ses causes, dit Filatov, sont dans la m&#233;canique sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine se tordit faiblement les mains, puis les mit sur les genoux. Elles y furent plates et sans forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;coute, Filatov, et dis-moi si j'ai fait le mal. Je suis presque du parti, j'assiste aux r&#233;unions, on a confiance en moi. &#192; la s&#233;ance d'hier, on a parl&#233; de la rationalisation du travail. Et le secr&#233;taire nous a lu une note de journal sur l'ex&#233;cution de trois ennemis du peuple qui ont assassin&#233; le camarade Toula&#233;v, du C.C. et du Comit&#233; de Moscou. Tout est prouv&#233;, ces criminels ont avou&#233;, je n'ai pas retenu leurs noms et que nous importent leurs noms ? Ils sont morts, c'&#233;taient des assassins, c'&#233;taient des malheureux, ils sont morts supplici&#233;s. Le secr&#233;taire nous a tout expliqu&#233; : que le parti d&#233;fend la patrie, que la guerre approche, que notre chef est menac&#233;, qu'il faut abattre les chiens enrag&#233;s par amour des hommes&#8230; Tout cela est vrai, bien s&#251;r. Puis, il a dit : &#171; Que ceux qui sont pour, l&#232;vent la main ! &#187; J'ai compris que nous devions remercier le C.C. et la S&#251;ret&#233; pour cette ex&#233;cution, j'ai souffert, j'ai pens&#233; : et la piti&#233;, la piti&#233;, personne ne songe donc &#224; la piti&#233; ? Mais je n'ai pas os&#233; m'abstenir. Serais-je donc seul &#224; me souvenir de la piti&#233;, moi qui ne suis rien ? Pr&#233;tendrais-je &#234;tre meilleur que les autres ? Et j'ai lev&#233; la main, moi aussi. Ai-je trahi la piti&#233; ? Aurais-je trahi le parti en pens&#233;e si je n'avais pas lev&#233; la main ? Que me diras-tu, Filatov, toi qui es droit, toi qui es un vrai prol&#233;taire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Filatov r&#233;fl&#233;chit. L'obscurit&#233; descendait sur eux. Romachkine, tourn&#233; vers son compagnon, eut un visage suppliant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La machine, dit Filatov, doit fonctionner irr&#233;prochablement. Qu'elle &#233;crase ceux qui se dressent sur son chemin, c'est inhumain, mais c'est la loi universelle. L'ouvrier doit conna&#238;tre les entrailles de la machine. Il y aura plus tard des machines lumineuses et transparentes que le regard de l'homme traversera de part en part. Ce sera l'innocence des machines, pareille &#224; l'innocence du ciel. La loi humaine sera pure comme la loi de l'astrophysique. Personne ne sera plus &#233;cras&#233;. Personne n'aura plus besoin de piti&#233;. Mais aujourd'hui, camarade Romachkine, il faut encore de la piti&#233;. Les machines sont remplies de t&#233;n&#232;bres, nous ne savons jamais ce qui s'y passe. Je n'aime pas les jugements secrets, les ex&#233;cutions dans les caves, la m&#233;canique des complots. Tu comprends : il y a toujours deux complots, le positif et le n&#233;gatif, comment savoir lequel est celui des plus justes, lequel celui des plus coupables ? Comment savoir s'il faut avoir piti&#233;, s'il faut &#234;tre sans piti&#233; ? Comment le saurions-nous alors que les hommes du pouvoir perdent eux-m&#234;mes la t&#234;te, c'est &#233;vident ? Toi, tu devais voter pour, Romachkine, autrement &#231;'aurait mal tourn&#233; pour toi, et tu n'y pouvais rien, n'est-ce pas ? Tu as vot&#233; avec piti&#233;, c'est bien. J'ai fait comme toi, l'an pass&#233;. Que pourrions-nous faire d'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sembla &#224; Romachkine que ses mains devenaient plus l&#233;g&#232;res. Filatov le fit entrer chez lui, ils burent un verre de th&#233; et mang&#232;rent des concombres sal&#233;s avec du pain noir. Ils se touchaient tant la chambrette &#233;tait exigu&#235;. De cette proximit&#233; naissait une plus grande intimit&#233;. Filatov mit sous la lampe le livre ouvert d'Eddington. Et :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Sais-tu ce que c'est qu'un &#233;lectron ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine discerna dans le regard du cardeur-matelassier plus de compassion que de reproche. Avoir une longue vie derri&#232;re soi, et ne pas savoir cela !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Permets-moi de te l'expliquer. Chaque atome de mati&#232;re est un syst&#232;me sid&#233;ral&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'univers et l'homme sont faits d'&#233;toiles, les unes infiniment petites, les autres infiniment grandes, la figure 17 de la page 45 le d&#233;montrait clairement. Romachkine suivit mal l'admirable d&#233;monstration, car il continuait &#224; penser aux trois fusill&#233;s, &#224; sa main lev&#233;e pour leur mort, si lourde &#224; ce moment-l&#224;, redevenue l&#233;g&#232;re (c'&#233;tait singulier) pour avoir confront&#233; la piti&#233; avec les machines et les astres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un enfant pleura dans la cour voisine, la boutique des cordonniers s'&#233;teignit, un couple se noua, aux limites de l'invisible, contre la grille de l'&#233;glise. Filatov reconduisit son ami jusqu'&#224; l'autre bout de la place. Romachkine alla vers la grille. Filatov, avant de rentrer chez lui, s'arr&#234;ta sans raison et regarda le sol noir. Qu'avons-nous fait de la piti&#233; dans cette m&#233;canique humaine ? Trois fusill&#233;s encore&#8230; Ils sont plus nombreux que les &#233;toiles puisqu'il n'y a pas plus de trois mille &#233;toiles visibles dans l'h&#233;misph&#232;re nord. Si ces trois hommes ont tu&#233;, n'ont-ils pas eu de profondes raisons de tuer, rattach&#233;es aux lois &#233;ternelles du mouvement ? Ces raisons, qui les a pes&#233;es ? Pes&#233;es sans haine ? Filatov eut piti&#233; des juges : les juges doivent souffrir entre tous&#8230; La vue du couple nou&#233; dans les t&#233;n&#232;bres, ne formant qu'un seul &#234;tre en vertu de l'attraction &#233;ternelle, le consola. C'est bon de voir vivre des jeunes quand on est soi-m&#234;me au d&#233;clin de la vie. Ils ont un demi-si&#232;cle devant eux, en moyenne : ils verront peut-&#234;tre la vraie justice, au temps des machines transparentes. Il faut beaucoup d'engrais pour f&#233;conder les terres fatigu&#233;es. Qui sait combien de fusill&#233;s sont encore n&#233;cessaires pour nourrir la terre russe ? Nous avons cru voir si clair devant nous au temps de la r&#233;volution, et nous voici replong&#233;s dans les t&#233;n&#232;bres ; peut-&#234;tre est-ce le ch&#226;timent de notre orgueil. Filatov entra, mit la barre de fer &#224; sa porte, se d&#233;v&#234;tit tristement. Il dormait &#224; la lumi&#232;re d'une veilleuse, sur un &#233;troit matelas &#233;tendu sur des coffres. Les araign&#233;es commenc&#232;rent au plafond leurs p&#233;riples nocturnes : ces bestioles noires aux longues pattes pareilles &#224; des rayons se mouvaient lentement et il &#233;tait tout &#224; fait impossible de comprendre le sens de leurs mouvements. Filatov pensait aux juges et aux fusill&#233;s. Qui jugera les juges ? Qui les pardonnera ? Faut-les pardonner ? Qui les fusillera s'ils n'ont pas &#233;t&#233; justes ? Chaque chose viendra &#224; son heure, n&#233;cessairement. Dessous terre, partout, sous la ville, sous les champs, sous la petite place noire o&#249; les amoureux continuaient sans doute leur entretien caressant, une multitude d'yeux luirent pour Filatov, aux confins de la visibilit&#233;, comme des &#233;toiles de septi&#232;me grandeur. &#171; Ils attendent, ils attendent, murmurait Filatov, yeux innombrables, pardonnez-nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine, dans la blancheur indigente de sa chambre, fut repris par l'anxi&#233;t&#233;. Les bruits de l'appartement collectif battaient sans fin son r&#233;duit de silence : t&#233;l&#233;phones, musiques de la radio, voix d'enfants, roulements des eaux dans les cabinets, chuintement des r&#233;chauds &#224; p&#233;trole&#8230; Le m&#233;nage voisin, dont il n'&#233;tait s&#233;par&#233; que par une cloison en planches, discutait fi&#233;vreusement une affaire de revente de tissus. Romachkine passa sa chemise de nuit : d&#233;shabill&#233;, il se sentait encore plus ch&#233;tif que v&#234;tu ; ses pieds nus avaient des doigts mis&#233;rables, ridiculement &#233;cart&#233;s. Le corps de l'homme est laid &#8211; et si l'homme n'a que son corps, si la pens&#233;e n'est qu'une &#339;uvre corporelle, comment ne serait-elle pas incertaine et d&#233;bile ? Il se coucha dans des draps froids, grelotta un moment, tendit la main vers la planche &#224; livres, y prit un livre d'un po&#232;te inconnu, car les premi&#232;res pages y manquaient, mais les autres gardaient leur charme incantatoire. Romachkine lut au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Divine plan&#232;te tournoyante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tes Eurasies tes mers chantantes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le simple m&#233;pris des bourreaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et nous voici pens&#233;e cl&#233;mente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;presque pareils &#224; des h&#233;ros&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi &#233;taient-ils sans ponctuation, ces vers ? Peut-&#234;tre parce que la pens&#233;e qui embrasse et rattache par ses fils immat&#233;riels &#8211; mais existent-ils ? &#8211; les plan&#232;tes, les mers, les continents, les bourreaux, les victimes et nous est fluide, ne se repose jamais, ne s'arr&#234;te qu'en apparence ? Pourquoi justement ce soir l'allusion aux bourreaux, l'allusion aux h&#233;ros ? D'o&#249; me vient ce reproche, &#224; moi qui ne m&#233;prise que moi-m&#234;me ? Et pourquoi, s'il y a des hommes qui ont cette ardeur de vivre et ce m&#233;pris des bourreaux, suis-je si diff&#233;rent d'eux ? N'ont-ils pas honte d'eux-m&#234;mes, les po&#232;tes, quand ils se voient dans leur solitude et leur nudit&#233; ? Romachkine rangea le livre et reprit les journaux des derniers jours. Au bas d'une troisi&#232;me page, sous la rubrique des informations diverses, le quotidien gouvernemental parlait de la pr&#233;paration d'une f&#234;te de l'athl&#233;tisme &#224; laquelle participeraient trois cents parachutistes appartenant aux cercles sportifs des &#233;coles. &#8211; &#8230; On voit de grandes fleurs claires descendre du ciel, et chacune porte une courageuse t&#234;te humaine dont les yeux surveillent intens&#233;ment l'approche de la terre attirante et mena&#231;ante&#8230; L'entrefilet suivant, sans titre, en menus caract&#232;res, disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire des assassins du camarade Toula&#233;v, membre du Comit&#233; central. &#8211; S'&#233;tant reconnus coupables de trahison, de complot et d'assassinat, M. A. Erchov, A. A. Mak&#233;ev et K. K. Roublev, condamn&#233;s &#224; la peine capitale par la session sp&#233;ciale du Tribunal supr&#234;me si&#233;geant &#224; huis-clos, ont &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Association g&#233;n&#233;rale des joueurs d'&#233;checs, affili&#233;e &#224; la F&#233;d&#233;ration sportive de l'Union, envisage l'organisation, dans les r&#233;publiques f&#233;d&#233;r&#233;es, d'une s&#233;rie d'&#233;preuves &#233;liminatoires en vue du prochain tournoi des nationalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pi&#232;ces de l'&#233;chiquier avaient des visages humains, inconnus mais charg&#233;s de regards graves. Elles se mouvaient toutes seules. Quelqu'un les visait de loin, avec attention : tout &#224; coup les pi&#232;ces sautaient, t&#234;tes &#233;clat&#233;es, et s'&#233;vanouissaient inexplicablement. Trois coups pr&#233;cis firent sauter l'une apr&#232;s l'autre, instantan&#233;ment, trois t&#234;tes sur l'&#233;chiquier. Romachkine, engourdi dans son demi-sommeil, eut peur : on frappait distinctement &#224; la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qui est l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est moi, moi, r&#233;pondit une voix radieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine alla ouvrir. Le plancher fut rugueux et froid sous ses pieds nus. Avant de tirer le verrou, il fit une pause d'une seconde pour dominer sa panique. Kostia entrait si violemment qu'il emporta Romachkine dans ses bras, comme un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vieux voisin ! Romachkine ! Demi-penseur, demi-h&#233;ros du travail enfum&#233; dans ta demi-chambre et ton demi-quart de destin ! Content de te revoir ! &#199;a va ? Dis-moi donc quelque chose ? Ultimatum : &#231;a va, oui ou non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#199;a va, Kostia. C'est bien d'&#234;tre venu. Je t'aime, tu sais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alors, je te d&#233;fends de me faire cette gueule &#224; l'envers du citoyen retir&#233; de dessous un autocar&#8230; La terre tourne splendidement, que le diable nous emporte ! Tu la vois tourner, dis, notre boule verte peupl&#233;e de singes laborieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recouch&#233;, dans la chaleur du lit, Romachkine vit la chambrette s'&#233;largir et la lumi&#232;re se d&#233;cupler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'allais m'endormir, Kostia, sur ce galimatias des journaux : des parachutistes, des fusill&#233;s, des tournois d'&#233;checs, des plan&#232;tes&#8230; Quelque chose de fou. La vie, quoi. Tu es beau, Kostia, solide. &#201;patant de te voir&#8230; Moi, &#231;a va tout &#224; fait bien. J'ai eu de l'avancement au trust, je fr&#233;quente les assembl&#233;es du parti, j'ai un ami ; un prol&#233;taire remarquable qui a un cerveau de physicien&#8230; Nous parlons de la structure de l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La structure de l'univers&#8230; r&#233;p&#233;ta Kostia sur un ton chantonnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trop grand pour ce refuge exigu, il tournait sur lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Rien de chang&#233; en toi, Romachkine. Je parie que les m&#234;mes punaises an&#233;miques se nourrissent de toi la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est vrai, dit Romachkine, avec un petit rire heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia le repoussa contre le mur pour s'asseoir sur le lit. Il pencha sur Romachkine sa chevelure d&#233;sordonn&#233;e dont les reflets ch&#226;tains paraissaient roux, ses yeux agressifs pleins d'embruns, sa grande bouche l&#233;g&#232;rement asym&#233;trique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je ne sais pas o&#249; je vais, mais je suis en route. Si la prochaine guerre ne nous transforme pas tous en charognes, mon vieux, je ne sais pas ce que nous ferons, mais ce sera fabuleux. Si nous crevons, nous ferons pousser sur la terre une v&#233;g&#233;tation inou&#239;e. Je n'ai pas un rond, bien entendu, mes semelles s'en vont toutes seules, bien entendu, et caetera, mais je suis content.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; L'amour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bien entendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rire de Kostia secoua le lit, secoua Romachkine des orteils aux sourcils, fit fr&#233;mir la muraille, se r&#233;percuta dans la chambrette en ondes dor&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ne t'effraie pas, Romachkine, vieux fr&#232;re, si je te parais ivre. Je suis plus saoul quand je suis tout &#224; fait &#224; jeun, mais alors je deviens quelque fois enrag&#233;&#8230; Tu t'en souviens, j'avais plaqu&#233; le m&#233;tro, ce travail de taupes industrielles sous l'asphalte de Moscou, entre la morgue et le bureau des Jeunesses. Je voulais de l'air. J'en avais marre de leur discipline. J'en ai, de la discipline, &#224; revendre, moi, elle est en moi, ma discipline. Je suis parti. &#192; Gorki, j'ai travaill&#233; &#224; la fabrique d'autos : sept heures devant la machine. Je consentais &#224; devenir une brute, &#224; la longue, pour donner des camions au pays. J'allais voir sortir les voitures finies, toutes luisantes, toutes neuves, c'est plus beau, plus propre que la naissance de l'homme, je t'assure. De me dire que nous les avions faites de nos mains et qu'elles rouleraient peut-&#234;tre en Mongolie pour apporter des cigarettes et des fusils &#224; des peuples opprim&#233;s, je me sentais fier, j'&#233;tais heureux de vivre. Bon. Dispute avec un technicien qui voulait me faire nettoyer mon outillage apr&#232;s l'heure. Qu'est-ce que tu crois, lui ai-je dit, que le salariat n'existe plus ? Faut entretenir les nerfs et les muscles de l'ouvrier, autant que les machines. Bonsoir, j'ai pris le train, ils allaient m'accuser de trotskysme, ces imb&#233;ciles, mais tu sais ce que &#231;a vaut : trois ans dans les mines de Karaganda, merci beaucoup. Connais-tu la Volga, vieux ? J'ai travaill&#233; &#224; bord d'un remorqueur, charbonnier puis m&#233;cano. Nous halions des chalands jusqu'&#224; la Kama. L&#224; les rivi&#232;res deviennent hautes, on oublie les villes, la lune monte au-dessus des for&#234;ts abruptes, une immense arm&#233;e v&#233;g&#233;tale veille nuit et jour et tu l'entends qui t'appelle insidieusement : La vraie vie, c'est la n&#244;tre &#8211; si tu ne bois pas une coupe de ce silence, avec les b&#234;tes des bois, jamais tu ne conna&#238;tras tout ce qu'un homme doit conna&#238;tre. J'ai trouv&#233; un rempla&#231;ant dans un village komi et je me suis fait embaucher par le trust r&#233;gional des for&#234;ts. &#171; Faire n'importe quoi, le plus loin possible, dans les bois les plus perdus ! &#187;, ai-je dit &#224; ces bureaucrates provinciaux. &#199;a leur a plu. Ils m'ont fait faire l'inspection des postes de forestiers et la milice m'a inscrit pour la lutte contre le banditisme. J'ai d&#233;couvert dans une for&#234;t du bout du monde, entre la Kama et la Vytchega, un village de vieux-croyants et de sorciers qui avaient fui devant la statistique. Ils avaient pris le grand recensement pour une man&#339;uvre diabolique, ils s'&#233;taient dit qu'on allait leur prendre les terres une fois de plus, leur prendre les hommes pour la guerre, apprendre de force &#224; lire aux vieilles femmes pour leur enseigner la science du Malin. Ils r&#233;citaient le soir l'Apocalypse. Ils chantaient aussi que tout est corrompu sur la terre et qu'il ne reste aux hommes de c&#339;ur pur que la patience et que la patience va se rompre ! Et qu'adviendra-t-il ? leur demandais-je. &#171; Ce sera le retour de l'An Mil. &#187; Ils m'offrirent de demeurer avec eux, j'en fus tent&#233; &#224; cause d'une belle fille, elle &#233;tait vigoureuse comme un arbre, &#233;mouvante et pure comme l'air des for&#234;ts, mais elle me disait qu'elle voulait surtout un enfant et que j'avais connu trop de machines pour vivre longtemps avec elle, et qu'elle n'avait pas confiance en moi&#8230; Je suis reparti, Romachkine, pour ne pas rester l&#224; jusqu'&#224; leur jugement dernier ou jusqu'&#224; l'idiotie compl&#232;te&#8230; Les Anciens m'ont demand&#233; de leur envoyer, par des fr&#232;res qu'ils ont &#224; la ville, des journaux r&#233;cents, un trait&#233; d'agronomie, et de leur &#233;crire &#171; si la statistique &#233;tait pass&#233;e &#187; sans guerres ni spoliations ni inondations&#8230; Veux-tu que nous allions vivre avec eux, Romachkine ? Je suis seul &#224; conna&#238;tre les chemins des for&#234;ts de la Syssolda. Les b&#234;tes des bois ne me font pas de mal, j'ai appris &#224; piller les nids d'abeilles sauvages pour leur voler le miel, je sais tendre des pi&#232;ges aux li&#232;vres, je sais mettre des pi&#232;ges dans l'eau des rivi&#232;res&#8230; Viens, Romachkine, tu ne repenseras plus jamais &#224; tes livres et quand on te demandera ce que c'est qu'un tramway, tu expliqueras aux petits enfants et aux grands vieillards blancs que c'est une longue bo&#238;te jaune pos&#233;e sur roues, qui transporte des hommes, mue par une force myst&#233;rieuse mont&#233;e des entrailles de la terre &#224; travers des fils m&#233;talliques. Et s'ils te demandent pourquoi, tu seras bien embarrass&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je veux bien, dit faiblement Romachkine que ce r&#233;cit enchantait ainsi qu'un conte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia le tira du r&#234;ve :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Trop tard, vieux. Il n'y a plus pour toi et moi de Saintes &#201;critures ni d'Apocalypse. Si l'An Mil est devant nous, nous ne pouvons pas le savoir. Nous sommes de l'&#233;poque du b&#233;ton arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et ton amour ? demanda Romachkine qui se sentait &#233;trangement bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je me suis mari&#233; au kolkhoze, r&#233;pondit Kostia. Elle est&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses deux mains esquiss&#232;rent un geste qui devait &#234;tre d'enthousiasme, mais elles rest&#232;rent en suspens pendant une fraction de seconde avant de s'abaisser inertes. Le regard de Kostia s'&#233;tait pos&#233;, tout en parlant, sur la longue main d&#233;bile de Romachkine, allong&#233;e sur une feuille de journal. Le m&#233;dius semblait indiquer un texte invraisemblable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire des assassins du camarade Toula&#233;v,membre du C.C. &#8211; S'&#233;tant reconnus coupables&#8230; Erchov, Mak&#233;ev, Roublev&#8230; ont &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comment est-elle, Kostia ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prunelles de Kostia se r&#233;tr&#233;cirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Te souviens-tu du revolver, Romachkine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je m'en souviens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Te souviens-tu que tu cherchais la justice ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je m'en souviens. Mais j'ai beaucoup r&#233;fl&#233;chi depuis, Kostia. Je me suis rendu compte de ma faiblesse. J'ai compris qu'il est trop t&#244;t pour la justice. Ce qu'il faut, c'est travailler, croire au parti, avoir piti&#233;. Puisque nous ne pouvons pas &#234;tre justes, nous devons avoir piti&#233; des hommes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une crainte &#224; laquelle il n'osa pas penser arr&#234;ta au bord de ses l&#232;vres la question : &#171; Qu'as-tu fait du revolver ? &#187; Kostia parla m&#233;chamment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La piti&#233; m'exasp&#232;re, moi. Tiens, prends piti&#233; de ces trois fusill&#233;s, Romachkine, si cela te console : ils n'ont plus besoin de rien, eux (Kostia montrait l'entrefilet du journal). Moi, je n'ai que faire de ta piti&#233; et pas envie de m'apitoyer sur toi : tu ne le m&#233;rites pas. C'est peut-&#234;tre toi le coupable de leur crime. C'est peut-&#234;tre moi l'auteur de ton crime, mais tu n'y comprendras jamais rien. Tu es innocent, ils &#233;taient innocents&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un effort, il acheva un haussement d'&#233;paules :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je suis innocent&#8230; Mais qui est coupable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je crois qu'ils &#233;taient coupables, murmura Romachkine, puisqu'on les a condamn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia fit un tel bond dans la chambre que le plancher et les parois en trembl&#232;rent. Son rire dur se cognait aux choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Romachkine, tu es un as ! Laisse-moi t'expliquer ce que je devine. Ils &#233;taient s&#251;rement coupables, ils l'ont avou&#233;, parce qu'ils comprenaient ce que nous ne comprenons pas, toi et moi. Tu saisis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ce doit &#234;tre vrai, dit gravement Romachkine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia marchait nerveusement de la porte &#224; la fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'&#233;touffe, dit-il. De l'air ! Qu'est-ce qui manque ici ? Tout. &#8211; Eh bien, mon vieux Romachkine, adieu. On vit dans une sorte de d&#233;lire, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, oui&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine allait rester seul, il avait un lamentable visage frip&#233;, des paupi&#232;res rid&#233;es, des poils d&#233;color&#233;s autour de la bouche, si peu de force dans les yeux ! Kostia pensa tout haut : &#171; Les coupables, ce sont les millions de Romachkine qu'il y a sur la terre&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Que dis-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Rien, vieux, je divague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait du vide entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Romachkine, il fait trop sombre chez toi. Tiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia sortit de la poche int&#233;rieure de sa vareuse un objet rectangulaire envelopp&#233; d'indienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Prends. C'est ce que j'aimais le plus au monde quand j'&#233;tais seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romachkine eut dans la main une miniature encadr&#233;e d'&#233;b&#232;ne. Dans le cercle noir apparaissait un visage de femme magiquement r&#233;el qui n'&#233;tait qu'&#233;quilibre, intelligence, rayonnement, silence. Romachkine dit avec une sorte de frayeur &#233;blouie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Est-ce possible ? Crois-tu vraiment, Kostia, qu'il y a des visages comme celui-ci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia s'emporta :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les visages vivants sont plus beaux&#8230; Au revoir, vieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia eut, en d&#233;gringolant l'escalier, la sensation bienheureuse d'une chute. Le monde mat&#233;riel se d&#233;faisait devant lui, les choses devenaient a&#233;riennes. Il suivit des rues d'un pas l&#233;ger de coureur. Mais, dans sa t&#234;te, l'inqui&#233;tude d&#233;cha&#238;nait une sorte de tonnerre. &#171; C'est pourtant moi qui&#8230; moi&#8230; &#187; Il courut en se rapprochant de la maison o&#249; dormait Maria, comme il avait couru pendant cette nuit d'autrefois, cette nuit bor&#233;ale, apr&#232;s l'explosion subite, au bout de son poing, d'une fleur noire bord&#233;e de flammes, tandis que retentissaient les coups de sifflet des miliciens&#8230; L'escalier noir de la seconde demeure fut aussi a&#233;rien. L'appartement communal n&#176; 12 h&#233;bergeait trois familles et trois m&#233;nages dans sept chambres. Une ampoule de vingt-cinq bougies br&#251;lait dans le corridor, accroch&#233;e tout pr&#232;s du plafond pour qu'il ne f&#251;t pas facile de la d&#233;visser. Les murs &#233;taient enfum&#233;s. Une machine &#224; coudre attach&#233;e par une cha&#238;ne cadenass&#233;e &#224; un coffre massif se refl&#233;tait dans le miroir l&#233;zard&#233; du portemanteau. Des ronflements in&#233;gaux remplissaient la p&#233;nombre d'une vibration bestiale. La porte du water-closet s'entreb&#226;illa, une gr&#234;le silhouette d'homme en pyjama flotta dans le fond du corridor et tout &#224; coup heurta bruyamment d'indistinctes ferrailles. L'homme ivre rebondit vers la paroi oppos&#233;e se cognant &#224; une porte. Des voix col&#233;reuses perc&#232;rent l'obscurit&#233;, l'une basse qui faisait : &#171; Chchch &#187; &#224; travers du sommeil, l'autre v&#233;h&#233;mente, qui lan&#231;a des injures : &#171; &#8230; Esp&#232;ce de voyou ! &#187; Kostia rejoignait l'homme ivre au pyjama flottant et l'empoignait au collet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Doucement, citoyen, ma femme dort &#224; c&#244;t&#233;. O&#249; est ta chambre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le n&#176; 4, dit l'ivrogne. Qui que vous &#234;tes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Personne. Bronche pas. Fais pas de bruit ou je te casse amicalement la gueule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est gentil&#8230; Tu prends un verre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostia poussa du coude la porte du n&#176; 4 et y jeta l'ivrogne qui alla choir mollement parmi des chaises renvers&#233;es. Un objet en verre roula sur le plancher avant de se briser avec un joli tintement cristallin. Kostia trouvait &#224; t&#226;tons la porte du n&#176; 7, un cabinet de d&#233;barras, en triangle, au plafond oblique et bas perc&#233; d'une lucarne. L'ampoule &#233;lectrique y tra&#238;nait au bout d'un long fil, sur le plancher, entre une pile de livres et une cuvette &#233;maill&#233;e dans laquelle trempait un linge rose. Il n'y avait qu'une chaise d&#233;fonc&#233;e et un &#233;troit lit en fer sur lequel dormait Maria, couch&#233;e sur le dos, droite, le front lev&#233;, vaguement souriante. Kostia la contempla. Elle avait les joues roses et br&#251;lantes, les narines larges, les sourcils tendus comme un double trait d'ailes minces, les cils adorables. Une &#233;paule et un sein nus se d&#233;gageaient de la couverture ; sur la chair ambr&#233;e du sein, se posait une tresse d'un noir cuivr&#233;. Kostia embrassa ce sein nu. Maria ouvrit les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Toi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agenouilla aupr&#232;s du lit, il lui prit les deux mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Maria, r&#233;veille-toi. Maria, regarde-moi. Maria, pense &#224; moi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne souriait pas, mais elle &#233;tait souriante tout enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je pense &#224; toi, Kostia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Maria, r&#233;ponds-moi. Si j'avais tu&#233; un homme il y a des si&#232;cles, il y a quelques jours ou quelques mois, par une nuit de neige tout &#224; fait prodigieuse, sans le conna&#238;tre, sans penser &#224; le tuer, sans l'avoir voulu moi-m&#234;me, volontairement pourtant, les yeux bien ouverts, la main ferme, parce qu'il faisait le mal au nom des id&#233;es justes, parce que j'&#233;tais plein de la souffrance des autres, parce que j'avais jug&#233; sans le savoir en quelques secondes, moi pour beaucoup d'autres, moi inconnu pour des inconnus sans nom, pour tous ceux qui n'ont ni nom ni volont&#233;, ni chance ni cette conscience en lambeaux que j'ai, Maria, que dirais-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je te dirais, Kostia, qu'il faut mieux dominer tes nerfs, savoir exactement ce que tu fais et ne pas me r&#233;veiller pour me raconter de mauvais r&#234;ves&#8230; Embrasse-moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reprit d'un ton suppliant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais si c'&#233;tait vrai, Maria ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle le regarda tr&#232;s attentivement. Le carillon du Kremlin sonna l'heure. Les premi&#232;res notes de l'Internationale, l&#233;g&#232;res et graves, flott&#232;rent un moment sur la ville endormie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Kostia, j'ai vu assez de paysans crever sur les routes&#8230; Je sais ce que c'est que la dure lutte. Je sais combien de mal on y fait sans le vouloir&#8230; Nous allons tout de m&#234;me de l'avant, n'est-ce pas ? Il y a en toi une grande force pure. Ne te tourmente pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ses deux mains plong&#233;es dans la chevelure de Kostia, elle attira violemment &#224; elle cette t&#234;te vigoureuse en proie &#224; l'inqui&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Fleischman employa la journ&#233;e au classement d&#233;finitif des dossiers de l'affaire Toula&#233;v. C'&#233;taient des milliers de pages rassembl&#233;es en plusieurs volumes. La vie humaine s'y refl&#233;tait de m&#234;me que la faune et la flore terrestres se retrouvent, sous des formes t&#233;nues et monstrueuses dans une goutte d'eau stagnante &#233;tudi&#233;e au microscope. Certaines pi&#232;ces devaient aller aux archives du parti ; d'autres compl&#233;ter des dossiers de la S&#251;ret&#233;, du C.C., du Secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral, du Service secret &#224; l'&#233;tranger. Quelques-unes devaient &#234;tre br&#251;l&#233;es en pr&#233;sence d'un repr&#233;sentant du C.C. et du camarade Gord&#233;ev, haut-commissaire adjoint &#224; la S&#251;ret&#233;. Fleischman s'enferma seul avec ces paperasses num&#233;rot&#233;es qu'environnait une odeur de mort. La note du service des op&#233;rations sp&#233;ciales sur l'ex&#233;cution des trois condamn&#233;s par les hommes de confiance du d&#233;tachement d'&#233;lite ne mentionnait qu'un d&#233;tail pr&#233;cis, l'heure : 0 h 1, 0 h 15, 0 h 18. La grande affaire aboutissait au moment z&#233;ro de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les pi&#232;ces insignifiantes annex&#233;es au dossier Toula&#233;v depuis la fin de l'instruction (rapports sur des conversations tenues dans les lieux publics, au cours desquelles le nom de Toula&#233;v aurait &#233;t&#233; mentionn&#233;, d&#233;nonciations concernant le meurtre d'un ign&#233;nieur Bouta&#233;v, du service des Eaux de Krasnoyarsk, communications de la milice criminelle sur l'assassinat d'un certain Mouta&#233;v &#224; Leninakan &#8211; et autres documents que l'on e&#251;t pens&#233; apport&#233;s au hasard par une crue des eaux, par le vent, par la sottise et la m&#233;diocre folie de la loi des grands nombres), Fleischman trouva une enveloppe grise, timbr&#233;e de la gare de Moscou-Yaroslavl simplement adress&#233;e &#171; Au citoyen juge d'Instruction charg&#233; d'instruire l'affaire Toula&#233;v. &#187; Un papier joint indiquait : &#171; Transmis &#224; la camarade Zv&#233;r&#233;va &#187;. Un autre papier ajoutait &#171; Zv&#233;r&#233;va : mise aux arr&#234;ts de rigueur jusqu'&#224; nouvel ordre. Transmettre au camarade Popov. &#187; La perfection administrative e&#251;t exig&#233; &#224; cet endroit une troisi&#232;me note sur le destin en suspens du camarade Popov. Quelqu'un de prudent s'&#233;tait content&#233; d'&#233;crire sur l'enveloppe, &#224; l'encre rouge : Classement g&#233;n&#233;ral. &#171; C'est moi le classement g&#233;n&#233;ral &#187;, pensa Fleischman avec une nuance de m&#233;pris pour lui-m&#234;me. Il coupa nonchalamment le bord de l'enveloppe. Celle-ci contenait une lettre manuscrite, sans signature, &#233;crite sur une double page de cahier d'&#233;colier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Citoyen ! Je vous &#233;crit par obligation de conscience et souci de la v&#233;rit&#233;&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, un de plus qui d&#233;nonce son prochain ou s'abandonne avec d&#233;lectation &#224; son petit d&#233;lire stupide&#8230; Fleischman sauta le milieu de l'&#233;p&#238;tre pour aller &#224; la conclusion, non sans observer que l'&#233;criture en &#233;tait ferme et jeune, comme d'un paysan instruit, d&#233;pourvue de style et presque de ponctuation. Le ton &#233;tait direct &#8211; et le haut fonctionnaire de la S&#251;ret&#233; fut pris &#224; la gorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne signerai pas. Des innocents ayant inexplicablement pay&#233; pour moi, je ne puis plus rien r&#233;parer. Croyez que si j'avais &#233;t&#233; inform&#233; &#224; temps sur cette erreur judiciaire, je vous aurais apport&#233; ma t&#234;te innocente et coupable. J'appartiens corps et &#226;me &#224; notre grand pays, &#224; notre magnifique avenir socialiste. Si j'ai commis un crime presque sans y penser, ce dont je ne peux pas me rendre clairement compte car nous vivons &#224; une &#233;poque o&#249; le meurtre de l'homme par l'homme est chose coutumi&#232;re et sans doute est-ce la n&#233;cessit&#233; de la dialectique historique et sans doute le pouvoir des travailleurs qui verse tant de sang le verse-t-il pour le bien des hommes et n'ai-je &#233;t&#233; moi aussi que l'instrument moins qu'&#224; demi conscient de cette n&#233;cessit&#233; historique, si j'ai induit en erreur des juges plus instruits et plus conscients que moi qui ont commis un plus grand crime en croyant eux aussi servir la justice, je ne puis maintenant que vivre et travailler librement de toutes mes forces pour la grandeur de notre patrie sovi&#233;tique&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fleischman reprit la lettre par le milieu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Seul, ignor&#233; du monde, ignorant moi-m&#234;me l'instant pr&#233;c&#233;dent ce que j'allais faire, j'ai tir&#233; sur le camarade Toula&#233;v que je d&#233;testais sans le conna&#238;tre depuis l'&#233;puration des &#233;coles sup&#233;rieures. Je vous assure qu'il avait fait &#224; notre sinc&#232;re jeunesse un mal incommensurable, qu'il nous avait menti sans cesse, qu'il avait bassement outrag&#233; ce que nous avons de meilleur, notre foi en le parti, qu'il nous avait men&#233;s au bord du d&#233;sespoir&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fleischman s'accouda sur cette lettre d&#233;pli&#233;e et la sueur mouilla son front, sa vue se brouilla, son double menton s'amollit, une grimace de d&#233;b&#226;cle d&#233;vasta son gros visage, les feuilles sans nombre du dossier flott&#232;rent devant lui dans une brume asphyxiante. Il murmurait : &#171; Je le savais bien &#187;, contrari&#233; d'avoir &#224; contenir une idiote envie de pleurer ou de fuir n'importe o&#249;, tout de suite, irr&#233;vocablement &#8211; mais rien n'&#233;tait plus possible. Il s'&#233;croulait sur la lettre criante de v&#233;rit&#233;. Un grattement de souris contre la porte se fit entendre, et du dehors, la servante demanda :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Voulez-vous du th&#233;, camarade chef ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, oui, Lisa, du th&#233; fort&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fit quelques pas &#224; travers le cabinet, relut encore la lettre sans signature, debout cette fois pour mieux l'affronter. Impossible de la montrer &#224; qui que ce soit. Il entrouvrit la porte pour prendre le plateau sur lequel &#233;taient deux verres de th&#233;. Et il parla en lui-m&#234;me &#224; l'homme inconnu qu'il entrevoyait derri&#232;re cette double feuille de papier-&#233;colier. &#171; Eh bien, jeune homme, eh bien, ta lettre n'est pas mal du tout&#8230; Ce n'est pas moi qui vais te faire rechercher &#224; pr&#233;sent. Nous autres, les vieux, vois-tu, nous n'avons pas besoin de ta force errante, ivre d'elle-m&#234;me, pour &#234;tre condamn&#233;s&#8230; &#199;a nous d&#233;passe tous, &#231;a nous emporte tous&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il alluma la bougie qui servait &#224; fondre la cire &#224; cacheter des scell&#233;s. Des bavures rouges, pareilles &#224; du sang coagul&#233;, s'y incrustaient dans la st&#233;arine. &#192; la flamme de cette bougie macul&#233;e de sang, Fleischman br&#251;la la lettre, en ramassa la cendre dans le cendrier, &#233;crasa du pouce cette cendre. Il but ses deux verres de th&#233; et se sentit mieux. Il dit &#224; mi-voix, avec autant de soulagement que de triste sarcasme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il n'y a plus d'affaire Toula&#233;v.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fleischman voulut b&#226;cler le reste du classement afin de s'&#233;vader plus vite. Les cahiers &#233;crits par Kiril Roublev en cellule se d&#233;tach&#232;rent d'une liasse de lettres &#171; retenues pour l'enqu&#234;te &#187;, qui &#233;taient celles de Dora Roublev, dat&#233;es d'une bourgade du Kazakstan. Ces lettres, venues du fond de la solitude et de l'angoisse pour n'&#234;tre lues que de la camarade Zv&#233;r&#233;va, le mirent en col&#232;re. &#171; Quel chameau ! Si je puis la saler, celle-l&#224;, je lui en ferai voir des steppes, des neiges et des sables&#8230; &#187; Fleischman feuilleta les cahiers. L'&#233;criture en demeurait r&#233;guli&#232;re, la fa&#231;on de tracer certains signes d&#233;notait des pr&#233;occupations d'artiste &#8211; lointaines, depuis longtemps d&#233;pass&#233;es &#8211;, la rectitude des lignes rappelait l'homme, son redressement d'&#233;paules dans l'entretien, son long visage osseux au front d'id&#233;ologue, la fa&#231;on particuli&#232;re qu'il avait de vous regarder avec un rire des seuls yeux, &#224; peine perceptible, quand sa parole tra&#231;ait un raisonnement rigoureux mais d&#233;li&#233; comme une arabesque m&#233;tallique&#8230; &#171; Nous mourrons tous sans savoir pourquoi nous avons tu&#233; tant d'hommes en qui r&#233;sidait notre force la plus haute&#8230; &#187; Fleischman se rendit compte qu'il pensait comme &#233;crivait Kiril Roublev quelques jours ou quelques heures avant de dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cahiers l'int&#233;ress&#232;rent&#8230; Il parcourut les d&#233;ductions &#233;conomiques fond&#233;es sur la baisse du taux du profit par accroissement continu du capital constant (d'o&#249; le marasme du capitalisme ?) &#8211; sur l'accroissement de la production d'&#233;nergie &#233;lectrique dans le monde, sur l'&#233;volution de la sid&#233;rurgie, sur la crise de l'or, sur les modifications de caract&#232;re, de fonctions, d'int&#233;r&#234;ts, de structure des classes sociales et plus particuli&#232;rement de la classe ouvri&#232;re&#8230; Plusieurs fois, Fleischman murmura : &#171; Juste, tr&#232;s juste, discutable, mais&#8230; &#224; revoir, vrai dans l'ensemble ou en tendance&#8230; &#187; Il prit note de quelques donn&#233;es pour les v&#233;rifier dans des ouvrages sp&#233;ciaux. Suivaient des pages de jugements enthousiastes et s&#233;v&#232;res sur Trotsky dont Kiril Roublev louait l'intuition r&#233;volutionnaire, le sens de la r&#233;alit&#233; russe, le &#171; sens de la victoire &#187;, l'intr&#233;pidit&#233; raisonn&#233;e ; dont il d&#233;plorait &#171; l'orgueil de grand personnage historique &#187;, &#171; la sup&#233;riorit&#233; trop consciente d'elle-m&#234;me &#187;, &#171; l'incapacit&#233; de se faire suivre des m&#233;diocres &#187;, &#171; la tactique offensive dans les pires moments de la d&#233;faite &#187;, &#171; la haute alg&#232;bre r&#233;volutionnaire sans cesse offerte aux pourceaux, quand les pourceaux tiennent seuls le devant de la sc&#232;ne&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;videmment, &#233;videmment, murmurait Fleischman sans chercher &#224; surmonter son malaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev &#233;tait donc tout &#224; fait s&#251;r d'&#234;tre fusill&#233; pour se permettre d'&#233;crire ainsi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ton de l'&#233;crit changeait, mais la m&#234;me certitude int&#233;rieure lui conf&#233;rait plus de d&#233;tachement encore. &#171; Nous avons &#233;t&#233; une r&#233;ussite humaine exceptionnelle et c'est pourquoi nous succombons. Il a fallu, pour former notre g&#233;n&#233;ration, un demi-si&#232;cle unique dans l'histoire. De m&#234;me qu'un grand cerveau cr&#233;ateur est une r&#233;ussite biologique et sociale unique, due &#224; d'innombrables interf&#233;rences, la formation de nos quelques milliers de cerveaux s'explique par des interf&#233;rences uniques. Le capitalisme &#224; son apog&#233;e, riche de toutes les puissances de la civilisation industrielle, s'implantait dans un grand pays paysan, de vieille culture, tandis qu'un despotisme s&#233;nile s'acheminait d'ann&#233;e en ann&#233;e vers sa fin. Ni les anciennes castes ni les nouvelles classes ne pouvaient &#234;tre fortes, ni les unes ni les autres ne se sentaient assur&#233;es de l'avenir. Nous avons pu grandir dans les luttes en &#233;chappant &#224; deux captivit&#233;s profondes, celle de la vieille &#8220;Sainte Russie&#8221; et celle de l'Occident bourgeois, en empruntant toutefois &#224; ces deux mondes ce qu'ils avaient de plus vivant : l'esprit d'investigation, l'audace transformatrice, la foi au progr&#232;s du XIXe si&#232;cle occidental ; le sentiment direct de la v&#233;rit&#233; et de l'action d'un peuple paysan et son esprit de r&#233;volte form&#233; par des si&#232;cles de despotisme. Nous n'avons jamais eu le sentiment de la stabilit&#233; du monde social ; nous n'avons jamais cru &#224; la richesse ; nous n'avons pas &#233;t&#233; les mannequins de l'individualisme bourgeois, vou&#233;s au combat pour l'argent ; nous nous sommes sans cesse interrog&#233;s sur le sens de la vie et nous avons travaill&#233; &#224; transformer le monde&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avions acquis un degr&#233; de lucidit&#233; et de d&#233;sint&#233;ressement inqui&#233;tant pour les int&#233;r&#234;ts anciens et nouveaux. Il nous fut impossible de nous adapter &#224; une phase de la r&#233;action ; et comme nous &#233;tions au pouvoir, entour&#233;s d'une l&#233;gende v&#233;ridique, n&#233;e de l'exploit, nous &#233;tions si dangereux qu'il a fallu nous d&#233;truire au-del&#224; du physique en entourant nos cadavres d'une l&#233;gende de trahison&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le poids du monde est sur nous, nous en sommes &#233;cras&#233;s. Tous ceux qui ne veulent plus ni l'&#233;lan ni l'inqui&#233;tude dans la r&#233;volution finie nous accablent ; et ils ont derri&#232;re eux, ailleurs, tous ceux que la peur de la r&#233;volution aveugle et diminue&#8230; &#187; Roublev estimait que l'implacable cruaut&#233; de notre &#233;poque s'explique par son sentiment d'ins&#233;curit&#233; : peur de l'avenir&#8230; &#171; Ce qui va se passer dans l'histoire, demain, ne sera comparable qu'aux grandes catastrophes g&#233;ologiques qui changent les aspects de la plan&#232;te&#8230; &#187; &#8211; &#171; Nous avions, seuls, dans cet univers en cours de transformation violente, le courage d'y voir clair. C'est plus une affaire de courage que d'intelligence. Nous voyions qu'il y fallait, pour le salut de l'homme, une attitude de chirurgiens. Pour le monde ext&#233;rieur, assoiff&#233; de stabilit&#233; au point de fermer obstin&#233;ment les yeux sur l'horizon de plus en plus sombre, nous &#233;tions les intol&#233;rables mauvais proph&#232;tes des cataclysmes sociaux ; pour les bien install&#233;s de notre r&#233;volution m&#234;me, nous repr&#233;sentions l'aventure et le risque. Nul n'a devin&#233; ici et l&#224; que la pire aventure, l'aventure sans espoir, est dans la recherche de l'immobilit&#233; en un temps o&#249; les continents se crevassent et s'en vont &#224; la d&#233;rive. Il serait si bon de se dire que la cr&#233;ation est finie : Reposons-nous ! Les lendemains sont assur&#233;s ! &#187; &#8211; &#171; Une immense col&#232;re de r&#233;probation et d'incompr&#233;hension s'est lev&#233;e contre nous. Quels conspirateurs exag&#233;r&#233;s &#233;tions-nous donc ? Nous exigions le courage de continuer l'exploit et les gens ne voulaient que plus de s&#233;curit&#233;, repos, oubli de l'effort et du sang &#8211; &#224; la veille des pluies de sang ! &#187; &#8211; &#171; Sur un point, nous avons manqu&#233; de clairvoyance et d'audace, nous n'avons pas su discerner quel mal, pour un temps sans rem&#232;de, rongeait notre propre pays. Nous avons nous-m&#234;mes fl&#233;tri comme des tra&#238;tres et des gens de peu de foi ceux d'entre nous qui nous le r&#233;v&#233;laient&#8230; Parce que nous aimions notre &#339;uvre avec aveuglement, nous aussi&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roublev r&#233;futait le fusill&#233; Nicolas Ivanovitch Boukharine qui, au proc&#232;s de mars 1938, s'exclamait : &#171; Nous &#233;tions devant un ab&#238;me noir&#8230; &#187; (Et ce n'&#233;tait plus qu'un dialogue des morts.) Roublev &#233;crivait : &#171; Nous ne dressons pas en disparaissant le bilan d'un d&#233;sastre, nous attestons l'ampleur d'une victoire qui a trop anticip&#233; sur le futur et trop demand&#233; aux hommes. Nous n'avons pas v&#233;cu au bord d'une fosse noire, comme le disait Nicolas Ivanovitch, car il &#233;tait sujet &#224; des acc&#232;s de d&#233;pression nerveuse, nous sommes &#224; la veille d'un nouveau cycle d'ouragans et c'est ce qui obscurcit les consciences. La boussole s'affole &#224; l'approche des orages magn&#233;tiques&#8230; &#187; &#8211; &#171; Nous sommes terriblement inqui&#233;tants parce que nous pourrions redevenir bient&#244;t terriblement puissants&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu pensais bien, Roublev, dit Fleischman, et il en &#233;prouva une sorte de fiert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ferma doucement le cahier. Il e&#251;t ainsi ferm&#233; les yeux au mort. Il fit chauffer la cire et en laissa tomber avec lenteur de larges gouttes, pareilles &#224; du sang br&#251;lant, sur le pli qui enfermait ces pages. Il &#233;tala dessus le grand cachet des archives du Commissariat de l'Int&#233;rieur : le blason prol&#233;tarien s'y imprimait profond&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers cinq heures, le camarade Fleischman se fit conduire au stade o&#249; se d&#233;roulait la f&#234;te de l'athl&#233;tisme. Il prit place &#224; la tribune officielle parmi les uniformes marqu&#233;s des insignes de la hi&#233;rarchie. Il portait sur le sein droit les deux plaques enlumin&#233;es de l'ordre de L&#233;nine et de l'ordre du Drapeau rouge. Le haut k&#233;pi plat amplifiait sa grosse t&#234;te devenue avec les ann&#233;es assez semblable &#224; celle d'un &#233;norme crapaud. Il se sentit vid&#233;, anonyme, important : un g&#233;n&#233;ral identique &#224; n'importe quel g&#233;n&#233;ral de n'importe quelle arm&#233;e, touch&#233; par le commencement de la vieillesse, la chair emp&#226;t&#233;e, l'&#226;me rong&#233;e par les pr&#233;occupations administratives. Des bataillons d'athl&#232;tes, les jeunes femmes aux seins cambr&#233;s pr&#233;c&#233;dant les jeunes hommes, d&#233;filaient, nuques droites, visages tourn&#233;s vers les tribunes, n'y reconnaissant personne, puisque le chef, dont la colossale effigie dominait le stade entier, n'&#233;tait pas venu, mais souriant aux uniformes avec une all&#232;gre confiance. Leur pas faisait sur le sol un bruit l&#233;ger de gr&#234;le rythm&#233;e. Des tanks pass&#232;rent, couverts de branchages et de fleurs. &#201;mergeant des tourelles, les mitrailleurs, casqu&#233;s de cuir noir, agitaient des bouquets nou&#233;s de rubans rouges. De hautes vagues de nu&#233;es, dor&#233;es par le couchant, se d&#233;ployaient puissamment dans le ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris (Pr&#233;-Saint-Gervais), Agen, Marseille,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ciudad Trujillo (R&#233;publique dominicaine),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mexico, 1940-1942.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lire Victor Serge :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?mot108&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?mot108&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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