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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Quand Boukharine, devenu porte plume de Staline, pr&#233;tendait d&#233;molir la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente</title>
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		<dc:date>2025-10-19T22:46:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution permanente</dc:subject>

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&lt;p&gt;Sur la th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution permanente &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
1924 &lt;br class='autobr' /&gt;
N.I. Boukharine &lt;br class='autobr' /&gt;
La question de la r&#233;volution permanente r&#233;sume l'appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale du d&#233;veloppement de notre r&#233;volution, des rapports entre les principales classes de notre soci&#233;t&#233;, des changements survenus dans les rapports de ces classes au cours de la r&#233;volution, bref les conclusions que nous devons tirer de l'examen th&#233;orique des probl&#232;mes de la r&#233;volution. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre discussion actuelle se distingue de celle de l'ann&#233;e pass&#233;e en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot86" rel="tag"&gt;R&#233;volution permanente&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur la th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution permanente &#187;
&lt;p&gt;1924&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N.I. Boukharine&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question de la r&#233;volution permanente r&#233;sume l'appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale du d&#233;veloppement de notre r&#233;volution, des rapports entre les principales classes de notre soci&#233;t&#233;, des changements survenus dans les rapports de ces classes au cours de la r&#233;volution, bref les conclusions que nous devons tirer de l'examen th&#233;orique des probl&#232;mes de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre discussion actuelle se distingue de celle de l'ann&#233;e pass&#233;e en ce qu'elle n'a pas pour objet des questions de d&#233;tails, mais un probl&#232;me qui met en cause toute la conception que nous nous faisons de notre r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes arriv&#233;s &#224; un tournant historique. Il s'agit, de m&#234;me qu'aux &#233;tapes ant&#233;rieures de notre r&#233;volution, d'un revirement dans les rapports entre la classe ouvri&#232;re et la paysannerie. La &#171; th&#233;orie de la r&#233;volution permanente &#187; qui &#171; traite &#187; de cette question, devrait tenir compte des devoirs pratiques r&#233;sultant pour nous des rapports actuels entre la classe ouvri&#232;re et la paysannerie. La discussion th&#233;orique actuelle d&#233;montre la n&#233;cessit&#233; de trouver une solution aux nouvelles questions de notre &#171; grande politique &#187;, solution qui doit &#234;tre conforme &#224; l'enseignement de L&#233;nine sur le bloc des ouvriers et paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que la majorit&#233; du parti et le camarade Trotsky se trouv&#232;rent souvent en d&#233;saccord avant comme apr&#232;s Octobre. Les derni&#232;res &#339;uvres du camarade Trotsky et sa lettre publi&#233;e avec un commentaire du camarade Olminsky, jettent une lumi&#232;re crue sur l'essence m&#234;me de ces d&#233;saccords. (Soit dit par parenth&#232;se, je fais abstraction dans cet article de toute sympathie ou antipathie personnelle et ne veux avoir en vue que la politique.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne lettre de Trotsky a fait ressortir la profonde divergence existant entre son point de vue et celui de l'ensemble du parti sur l'appr&#233;ciation des forces motrices de la r&#233;volution russe et des rapports du prol&#233;tariat avec la paysannerie. Les erreurs du camarade Trotsky se coordonnent dans sa th&#233;orie de la r&#233;volution permanente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le formalisme logique du trotskisme et la dialectique l&#233;niniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La source des erreurs du camarade Trotsky, erreurs que beaucoup d'entre nous ont &#233;galement commises, r&#233;side dans sa fa&#231;on formelle et litt&#233;raire de traiter les questions de notre vie sociale, contrairement &#224; la vivante m&#233;thode dialectique qui caract&#233;rise le bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, analysant des erreurs politiques, remonta toujours &#224; leurs sources directes. Ce n'est pas en vain que pendant le d&#233;bat de la question syndicale, il consacra des pages enti&#232;res &#224; la dialectique et que peu de temps avant sa mort, il insistait sur la n&#233;cessit&#233; d' &#171; enseigner la dialectique &#187;. Maintenant que nous voyons clairement ce qui nous s&#233;pare du camarade Trotsky, il n'est pas difficile de constater que toutes les erreurs ont des traits sp&#233;cifiques. En poussant l'analyse de ces erreurs jusqu'&#224; leurs sources m&#233;thodologiques, nous d&#233;couvrirons ais&#233;ment la diff&#233;rence fondamentale entre le l&#233;ninisme et le trotskisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi r&#233;side la puissance de la dialectique et de la th&#233;orie de L&#233;nine ? Quelle est la raison m&#234;me de la virtuosit&#233; g&#233;niale avec laquelle L&#233;nine sut trouver le bon chemin &#224; travers toutes les vicissitudes de la r&#233;volution ? L&#233;nine avait, par-dessus tout, le don g&#233;nial d'apercevoir les grandes perspectives historiques qui s'ouvraient devant la classe ouvri&#232;re. Usant avec une ma&#238;trise &#233;tonnante de la dialectique marxiste, il savait discerner les traits caract&#233;ristiques de toute p&#233;riode historique, les passages d'une &#233;tape &#224; une autre, il savait surtout d&#233;couvrir au moment donn&#233; le facteur dominant de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine ne peut &#234;tre caract&#233;ris&#233; de la fa&#231;on dont nous parlons d'ordinaire des repr&#233;sentants d'un courant du socialisme ou du &#171; socialisme &#187; &#8212; entre guillemets. On dit couramment : un &#171; opportuniste &#187;, ou un &#171; bon r&#233;volutionnaire &#187;. Ces mesures ne peuvent &#234;tre appliqu&#233;es &#224; L&#233;nine, qui fut le porteur d'une th&#233;orie en laquelle le marxisme atteint &#224; un plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement. L&#233;nine, c'est en lui le caract&#233;ristique, sut discerner ce qu'il y avait d'original dans chaque situation et y d&#233;couvrir avec une incomparable ma&#238;trise le facteur le plus utile &#224; la direction de la r&#233;volution. C'est de ce point de vue qu'il faut appr&#233;cier l'&#339;uvre de L&#233;nine et la politique de notre parti form&#233; par L&#233;nine. Ce crit&#233;rium indispensable pour appr&#233;cier la politique d'un parti bolchevik ne saurait &#234;tre appliqu&#233; au trotskisme. Trotsky excelle sans doute &#224; &#233;tablir des perspectives r&#233;volutionnaires g&#233;n&#233;rales. Les analyses qu'il donne d'une situation concr&#232;te, sont sup&#233;rieures aux conceptions social-d&#233;mocrates, mais inf&#233;rieures &#224; celles que nous devons au l&#233;ninisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous essayons d'appliquer la mesure du l&#233;ninisme au point de vue du camarade Trotsky, si nous lui demandons comment agir &#224; un moment donn&#233;, nous constatons que le trotskisme ne peut nous r&#233;pondre sans faire pratiquement faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky ne poss&#232;de pas les dons caract&#233;ristiques de L&#233;nine, dont nous venons de parler. C'est pourquoi il commet tant d'erreurs dans la pratique. Quelques exemples : on se rappelle la discussion du plan &#233;conomique. Trotsky recommandait &#224; l'&#233;poque, pour surmonter la crise &#233;conomique, un plan &#233;conomique plus rationnel. Il fit une s&#233;rie de propositions pratiques dont il consid&#233;rait l'acceptation comme indispensable au rel&#232;vement de notre industrie. Or, les progr&#232;s r&#233;alis&#233;s depuis ne sont pas d&#251;s &#224; l'initiative de Trotsky et au plan qu'il pr&#233;conisait, mais &#224; la r&#233;forme financi&#232;re et &#224; la politique de la r&#233;duction des prix. Les m&#233;thodes recommand&#233;es par Trotsky, &#233;taient en somme erron&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les erreurs du camarade Trotsky et de l'opposition s'expliquent par l'ignorance de ce qu'il y avait de particulier dans la situation, dans laquelle nous nous trouvions &#224; ce moment. La plateforme de l'opposition exprimait des points de vue abstraits, se r&#233;duisant, au fond, &#224; la simple constatation qu'un plan rationnel vaut mieux que l'anarchie. On ne peut &#234;tre plus r&#233;volutionnaire. &#171; Vous &#234;tes, s'&#233;crient les d&#233;fenseurs de cette opinion &#171; prol&#233;tarienne &#187;, contre le plan ? Mais alors vous &#234;tes contre le socialisme, car l'&#233;conomie rationnelle est le principe fondamental du socialisme ? &#187; On pourrait croire que les gens qui protestent contre l'admission du &#171; plan &#187;, se rendent par l&#224; coupables d'une &#171; d&#233;viation petite-bourgeoise &#187;, tandis que Trotsky, combattant ces &#233;l&#233;ments petits-bourgeois et contre-r&#233;volutionnaires, incarne la &#171; sagesse prol&#233;tarienne et socialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juger ainsi, serait juger bien superficiellement. Il ne s'agissait pas de savoir si nous pr&#233;f&#233;rions le &#171; plan &#187; &#224; l'&#171; anarchie &#187;. Que devions-nous faire pour que notre &#233;conomie progress&#226;t dans la voie du socialisme en d&#233;pit de la petite propri&#233;t&#233; rurale, num&#233;riquement tr&#232;s forte, de l'effondrement du papier-monnaie et de la crise de ventes ? C'est l&#224; pr&#233;cis&#233;ment que le camarade Trotsky ne tint pas compte de ce qu'il y avait de particulier dans notre situation. L'attitude qu'il prit dans cette question est celle d'un homme qui, malgr&#233; ses protestations, persiste dans son erreur, c'est-&#224;-dire dans sa sous-estimation, de l'&#233;conomie paysanne. La sous-estimation des forces du march&#233;, l'insuffisante compr&#233;hension du syst&#232;me nerveux du march&#233; : la circulation mon&#233;taire, la tendance &#224; consid&#233;rer l'industrie en elle-m&#234;me, isol&#233;e du reste de la vie &#233;conomique, &#8212; toutes ces erreurs du camarade Trotsky se ram&#232;nent &#224; la sous-estimation de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;risait la situation &#224; cette &#233;poque, n'&#233;tait pas tant la crise de la production, que la crise des &#233;changes entre les villes et les campagnes. Le plus beau &#171; plan &#187; ne nous aurait pas avanc&#233; de beaucoup, lorsque nous avions &#224; surmonter d'&#233;normes difficult&#233;s cr&#233;&#233;es par l'&#233;l&#233;vation des prix, la crise de ventes, et la faillite de notre papier-monnaie. Ces traits caract&#233;ristiques de la situation, Trotsky les ignorait. &#8212; Il ne sut pas non plus discerner le passage d'une &#233;tape &#224; une autre. L'&#233;conomie paysanne telle qu'elle existe chez nous, l'existence de la petite propri&#233;t&#233; rurale nous obligent &#224; avancer avec pr&#233;caution, pas &#224; pas, dans la voie qui va de l'&#233;conomie irrationnelle &#224; l'&#233;conomie rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour passer d'une &#233;tape &#224; une autre, nous devons prendre des mesures n&#233;cessaires. Au moment dont je parle il s'agissait pour nous de nous rapprocher quelque peu de l'&#233;conomie rationnelle. Le moyen, nous le trouv&#226;mes dans la r&#233;forme financi&#232;re. Trotsky et avec lui toute l'opposition ne reconnurent pas que la r&#233;forme financi&#232;re &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment le moyen qui nous faciliterait le passage d'une &#233;tape &#224; une autre plus proche de l'&#233;conomie rationnelle. Des camarades de l'opposition rest&#232;rent m&#234;me, apr&#232;s la discussion, sceptiques quant &#224; la r&#233;forme financi&#232;re. Ils en pr&#233;dirent l'in&#233;vitable effondrement ; ils eurent des vell&#233;it&#233;s de d&#233;fendre la monnaie sovi&#233;tiste. Leurs sombres pr&#233;visions ne se sont pas confirm&#233;es. Ici encore, l'opposition nous offrait un sch&#233;ma abstrait au lieu d'une analyse concr&#232;te ; du formalisme au lieu de dialectique, du trotskisme au lieu de l&#233;ninisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la paix de Brest-Litovsk, je partageai, moi aussi, la grande erreur du camarade Trotsky. Cette erreur avait le m&#234;me caract&#232;re que celle dont nous venons de parler. Quel &#233;tait le trait dominant de l'&#233;poque ? Que le paysan se refusait &#224; se battre. Nous, &#171; Communistes de gauche &#187; &#8212; et Trotsky avec nous, &#8212; &#233;labor&#226;mes pourtant un &#171; plan &#187;, de la plus belle allure : Guerre r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky lan&#231;a, il est vrai, un mot d'ordre interm&#233;diaire : &#171; Ni guerre, ni paix &#187;. Mais il dit en m&#234;me temps que mieux valait pour la r&#233;volution p&#233;rir par le glaive de l'imp&#233;rialisme allemand que par les mercantis. Guerre imm&#233;diate, guerre h&#233;ro&#239;que, voil&#224; ce que nous pr&#233;voyions dans notre &#171; plan &#187;, ne voyant dans nos contradicteurs que des &#171; capitulards &#187;. &#171; Communistes de gauche &#187;, comme les camarades qui sympathisaient avec Trotsky, nous &#233;tions persuad&#233;s que notre parti se transformerait fatalement en un parti petit-bourgeois plut&#244;t paysan. Le camarade Riazanov soutint avec le plus de vigueur ce point de vue. Il quitta m&#234;me le parti, qui d'apr&#232;s lui, avait perdu sa virginit&#233; prol&#233;tarienne1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky ne se souciait gu&#232;re de l'&#233;tat d'esprit des paysans. Il misait uniquement sur l'action du prol&#233;tariat de l'Europe occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le groupe auquel j'appartiens, d&#233;clarait-il au m&#234;me congr&#232;s, consid&#232;re que la seule issue de la situation actuelle, c'est d'agir sur le prol&#233;tariat allemand dans un sens r&#233;volutionnaire... Notre action alors ne subira pas le moindre arr&#234;t... Nous devons appeler l'attention du prol&#233;tariat europ&#233;en et en premier lieu du prol&#233;tariat allemand, sur cette tragique situation politique que nous n'avons pas cr&#233;&#233;e, mais qui co&#239;ncide avec la situation internationale ; nous devons rendre le parti allemand responsable des cons&#233;quences de sa d&#233;faillance... Nous ne devons pas signer la paix, &#224; moins que nous ne voulions qu'on y voie une com&#233;die. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky n'analysait donc pas bien la situation. Il ne tenait pas compte de ces aspects particuliers ; il ne voyait pas ce qu'il fallait dire pour faciliter le passage d'une &#233;tape &#224; une autre, c'est-&#224;-dire dans le cas qui nous occupe, pour passer de la d&#233;sertion des paysans &#224; la d&#233;fense r&#233;volutionnaire du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne comprenait pas que le moyen le plus efficace pour arriver &#224; la d&#233;fense r&#233;volutionnaire c'&#233;tait la conclusion de la paix, seul moyen d'organiser une arm&#233;e nouvelle o&#249; entreraient en grand nombre les paysans, anim&#233;s du d&#233;sir de d&#233;fendre les terres expropri&#233;es, seul moyen de gagner du temps. Trotsky commettait la m&#234;me erreur que dans la question du &#171; plan &#187;. Il &#233;tablissait une bonne perspective r&#233;volutionnaire et une brillante &#171; th&#233;orie &#187; g&#233;n&#233;rale qui ne valaient rien dans la pratique. En appliquant cette th&#233;orie on eut obtenu un r&#233;sultat contraire au r&#233;sultat cherch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles sont les erreurs typiques du camarade Trotsky. Il faut se les bien rappeler pour comprendre les &#233;v&#233;nements actuels.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale de notre r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du camarade Trotsky est dite &#171; th&#233;orie de la r&#233;volution permanente &#187;. Il s'exprime &#224; ce sujet dans un de ses derniers ou &#171; avant-derniers &#187; ouvrages, en les termes suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour ce qui est de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, je ne vois aucune raison de r&#233;tracter quoi que ce soit de ce que j'ai &#233;crit sur ce sujet de 1904 &#224; 1906 et plus tard. Je suis toujours d'avis que les id&#233;es que je d&#233;veloppais alors, sont dans leur ensemble beaucoup plus proches du contenu r&#233;el du l&#233;ninisme que beaucoup de ce qu'&#233;crivaient &#224; cette &#233;poque nombre de bolcheviks. L'expression &#171; r&#233;volution permanente &#187; est employ&#233;e par Marx... R&#233;volution permanente veut dire r&#233;volution ininterrompue. Quel est le sens politique de cette expression ? Il est que pour nous communistes la r&#233;volution ne se termine pas apr&#232;s telle ou telle conqu&#234;te politique, mais continue &#224; se d&#233;velopper jusqu'&#224; la pleine r&#233;alisation du socialisme... Pour la Russie, cette th&#233;orie signifiait : ce qu'il nous faut, ce n'est pas la r&#233;publique bourgeoise, ni m&#234;me la dictature d&#233;mocratique du prol&#233;tariat et de la classe paysanne, mais le gouvernement ouvrier appuy&#233; sur la paysannerie et ouvrant l'&#232;re de la r&#233;volution socialiste internationale... De sorte que la &#171; r&#233;volution permanente &#187; correspond tout &#224; fait &#224; la ligne strat&#233;gique fondamentale du bolchevisme... Mes &#233;crits de cette &#233;poque ne contenaient pas la moindre tentative de &#171; sauter par-dessus la paysannerie &#187;. La th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution permanente &#187; conduisait directement au l&#233;ninisme et en particulier aux th&#232;ses d'avril 1917. &#187; (Cours nouveau)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pr&#233;face de son livre 1905, Trotsky &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'auteur s'est form&#233; sa conception du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire en Russie, connue sous le nom de th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, dans la p&#233;riode qui va du 22 janvier &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale d'octobre 1905... Ses points de vue ont &#233;t&#233; pleinement confirm&#233;s apr&#232;s douze ans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lettre du camarade Trotsky au camarade Olminsky, nous trouvons ce passage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Je suis loin de croire que j'avais tort sur tous les points dans mes discussions avec les bolcheviks... Je suis convaincu que l'appr&#233;ciation donn&#233;e par moi des forces motrices de la r&#233;volution a &#233;t&#233; absolument juste. Maintenant encore, je pourrais sans peine diviser en deux cat&#233;gories mes articles pol&#233;miques &#233;crits autrefois contre les mencheviks et les bolcheviks : les uns sont consacr&#233;s &#224; l'analyse des forces int&#233;rieures de la r&#233;volution et de ses perspectives... les autres &#224; l'appr&#233;ciation des fractions de la social-d&#233;mocratie russe, de leurs luttes, etc... Je pourrais encore aujourd'hui publier les articles de la premi&#232;re cat&#233;gorie sans y rien changer, car ils correspondent tout &#224; fait aux points de vue de notre parti &#224; partir de 1917. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky affirme donc que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente s'est av&#233;r&#233;e juste ayant &#233;t&#233; confirm&#233;e par l'exp&#233;rience ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente est incomparablement plus proche du l&#233;ninisme que toute autre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente co&#239;ncide enti&#232;rement avec la strat&#233;gie de notre parti et du bolchevisme depuis 1917 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente ne se base en aucune fa&#231;on sur une sous estimation du r&#244;le de la paysannerie ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente donne une appr&#233;ciation absolument congrue des forces motrices de notre r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soin que le camarade Trotsky met &#224; d&#233;fendre cette th&#233;orie explique sa position vis-&#224;-vis du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le camarade Trotsky consid&#232;re-t-il comme presque nulle toute l'histoire de notre parti avant 1917 ? Parce que le parti n'a adopt&#233; d'apr&#232;s lui la &#171; r&#233;volution permanente &#187; qu'en 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le l&#233;ninisme serait n&#233;, comme notre parti, en 1917, le v&#233;ritable l&#233;ninisme consistant d'apr&#232;s Trotsky et ses amis en la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. On comprend maintenant pourquoi le camarade Trotsky se pose en gardien des id&#233;es de L&#233;nine. C'est qu'il se soucie peu du bolchevisme historique et n'attribue d'importance qu'au trotskisme &#233;tiquet&#233; &#171; l&#233;ninisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons d'un peu plus pr&#232;s les id&#233;es du camarade Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la r&#233;volution permanente remonterait &#224; Marx. La &#171; r&#233;volution permanente &#187; conduirait en fin de compte &#224; la victoire du socialisme. La &#171; r&#233;volution permanente &#187; serait confirm&#233;e par les faits, puisque le prol&#233;tariat russe a conquis le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks auraient, avant 1917, combattu la th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution permanente &#187;. Trotsky en conclut que les bolcheviks ne se sont comport&#233;s en bons r&#233;volutionnaires qu'&#224; partir de 1917 lorsqu'ils adopt&#232;rent les points de vue du trotskisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons avant tout remarquer que l'essence de la th&#233;orie que nous discutons ne consistait pas en la pr&#233;vision d'une r&#233;volution o&#249; la classe ouvri&#232;re a conquis le pouvoir. En ce sens, la r&#233;volution permanente s'est en effet accomplie puisque la classe ouvri&#232;re a pris le pouvoir2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la question n'est pas l&#224;. &#171; R&#233;volution permanente &#187; signifie tout autre chose. Staline dans son livre L&#233;nine et le l&#233;ninisme, cite un passage de Marx qui est d&#233;cisif &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Tandis que le bureaucrate petit-bourgeois, &#233;crit Marx, veut promptement terminer la r&#233;volution, notre devoir &#224; nous consiste &#224; continuer la r&#233;volution jusqu'au renversement du pouvoir des classes plus ou moins poss&#233;dantes, jusqu'&#224; la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, la r&#233;volution ininterrompue signifiait que le rapport des forces se modifie constamment au cours de la r&#233;volution qui ne cesse d'&#233;voluer d'une &#233;tape &#224; une autre. Ainsi : les grands-propri&#233;taires sont renvers&#233;s. Ils sont remplac&#233;s par la bourgeoisie lib&#233;rale qui &#224; son tour, doit c&#233;der la place &#224; la petite-bourgeoisie radicale et la prise du pouvoir par le bloc des paysans pauvres et de la classe ouvri&#232;re. Ce gouvernement sera &#224; son tour &#233;cart&#233; et remplac&#233; par celui de la classe ouvri&#232;re. Ce n'est bien entendu qu'un sch&#233;ma, mais un sch&#233;ma juste3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens de la &#171; r&#233;volution permanente &#187; telle qu'elle &#233;tait formul&#233;e par Marx c'est que la th&#233;orie marxiste de la r&#233;volution tient compte des changements sociaux survenant au cours de la r&#233;volution m&#234;me. Cette th&#233;orie exprime le fait que les rapports entre les classes sociales se modifient constamment pendant la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sens marxiste, oui, mais non au sens trotskiste, notre r&#233;volution a &#233;t&#233; permanente. Elle a pass&#233; par diverses &#233;tapes. En f&#233;vrier 1917, le gouvernement des grands-propri&#233;taires fonciers est remplac&#233; par un gouvernement lib&#233;ral de la bourgeoisie imp&#233;rialiste. Le fondement du pouvoir des ouvriers et des paysans est pos&#233; par les soviets. Le gouvernement lib&#233;ral est remplac&#233; par un gouvernement de coalition des diverses fractions de la petite-bourgeoisie et de la bourgeoisie lib&#233;rale. Apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir en Octobre les bolcheviks gouvernent avec les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Survint l'insurrection de ces derniers ; battus par les bolcheviks, ils sont &#233;cart&#233;s du pouvoir qui reste &#224; notre parti. La r&#233;volution, depuis f&#233;vrier 1917, a suivi une ligne ascendante, interrompue pour un court laps de temps par les &#233;v&#233;nements de juillet 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce le sens de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente telle qu'elle &#233;tait formul&#233;e par Trotsky ? Nous r&#233;pondons r&#233;solument : Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le camarade Trotsky s'&#233;tait repr&#233;sent&#233; la marche des &#233;v&#233;nements telle qu'elle devait &#234;tre, il n'aurait pas lanc&#233; en 1905, en collaboration avec Parvus, le mot d'ordre : &#171; A bas le tsar, vive un gouvernement ouvrier ! &#187; Ce mot d'ordre convenait &#224; la derni&#232;re &#233;tape du processus r&#233;volutionnaire, et non point &#224; son d&#233;but. L'erreur principale de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente telle que l'entend Trotsky, consiste en ce qu'elle ne tient pas compte des p&#233;riodes de transition, c'est-&#224;-dire qu'elle n&#233;glige de consid&#233;rer ce qui est &#224; la base m&#234;me. de la th&#233;orie marxiste de la r&#233;volution permanente. Les diverses &#233;tapes de la r&#233;volution o&#249; les diverses classes ont &#224; accomplir leurs devoirs exigent de nous des mots d'ordre sp&#233;ciaux, conformes aux situations donn&#233;es. Trotsky n'a consid&#233;r&#233; que la derni&#232;re &#233;tape de la r&#233;volution, il a n&#233;glig&#233; les &#233;tapes transitoires. Si le parti l'avait suivi dans cette voie, notre r&#233;volution se serait termin&#233;e par une d&#233;faite. Le camarade Trotsky &#8212; est-ce assez singulier ? &#8212; a lui-m&#234;me r&#233;fut&#233; sa conception de la r&#233;volution permanente, car si nous prenons le d&#233;but pour la fin, il n'y a plus de processus, plus de p&#233;riodes de transition, plus de &#171; r&#233;volution permanente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky posait le probl&#232;me d'une fa&#231;on &#233;l&#233;mentaire : il ne peut y avoir en Russie, qu'une r&#233;volution prol&#233;tarienne. (Trotsky niait encore en 1905 la possibilit&#233; d'une r&#233;volution bourgeoise.) Cette r&#233;volution prol&#233;tarienne est cependant dans un pays petit-bourgeois tel que la Russie, vou&#233;e &#224; un &#233;chec, &#224; moins qu'elle ne re&#231;oive l'aide des Etats de l'Europe occidentale o&#249; le prol&#233;tariat victorieux aurait conquis le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Sans l'aide directe des Etats europ&#233;ens o&#249; le prol&#233;tariat exerce le pouvoir, la classe ouvri&#232;re russe ne saurait conserver le pouvoir et transformer sa domination passag&#232;re en une dictature socialiste durable. On ne saurait en douter un seul moment. &#187; (Bilans et Perspectives de Trotsky.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky a commenc&#233; par ne pas comprendre les particularit&#233;s de notre r&#233;volution consistant en une combinaison originale de la lutte des paysans contre les propri&#233;taires fonciers et de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Il n'a pas compris que la premi&#232;re &#233;tape de cette r&#233;volution consisterait en la destruction de la grande propri&#233;t&#233; seigneuriale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky n'a pas &#171; aper&#231;u &#187; les &#233;tapes pendant lesquelles la r&#233;volution bourgeoise en Russie s'est transform&#233;e en une r&#233;volution prol&#233;tarienne socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pas compris non plus les particularit&#233;s qui distinguent notre r&#233;volution socialiste de celles des autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pas compris non plus les conditions internationales si sp&#233;ciales qui ont permis &#224; notre r&#233;volution socialiste de vaincre, de tenir et de s'affermir m&#234;me sans l'aide d'aucun Etat prol&#233;tarien europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky a, comme toujours, appr&#233;ci&#233; la situation d'une fa&#231;on sch&#233;matique : ou r&#233;volution bourgeoise, ou r&#233;volution prol&#233;tarienne ; ou r&#233;volution prol&#233;tarienne classique, et dans ce cas victoire d&#233;finitive ; ou r&#233;volution prol&#233;tarienne m&#234;l&#233;e &#224; d'autres facteurs sociaux et dans ce cas d&#233;faite in&#233;vitable ; ou concours des Etats prol&#233;tariens europ&#233;ens, constituant pour nous l'unique moyen de salut, ou perdition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de toute autre fa&#231;on que L&#233;nine posait la question : les r&#233;volutions bourgeoise et prol&#233;tarienne se d&#233;clenchent &#224; la fois ; pas d'aide des Etats prol&#233;tariens europ&#233;ens, appui n&#233;anmoins efficace du prol&#233;tariat international, le r&#233;veil des colonies et les rivalit&#233;s aidant notre cause ; pas de r&#233;volution prol&#233;tarienne classique, et pourtant pas de d&#233;faite, etc. La r&#233;alit&#233; s'est montr&#233;e plus forte que le sch&#233;ma abstrait de la &#171; r&#233;volution permanente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faiblesses de la politique de Trotsky sont dues &#224; son ignorance de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apercevant toutes les &#233;tapes et tous les aspects particuliers du processus r&#233;volutionnaire, L&#233;nine et notre parti ont toujours su trouver dans une situation donn&#233;e le moyen le plus efficace do conduire &#224; la victoire la classe ouvri&#232;re et la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi notre parti n'a-t-il aucune raison de pr&#233;f&#233;rer la th&#233;orie du camarade Trotsky &#224; la th&#233;orie de L&#233;nine.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale des classes au cours de notre r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en arrivons aux &#233;tapes de notre r&#233;volution examin&#233;es du point de vue de la lutte de classe et du revirement des rapports entre les classes au cours de la r&#233;volution. Nos discussions roulaient surtout sur la question du bloc des ouvriers et paysans, l'alliance entre la classe ouvri&#232;re et la paysannerie, l'h&#233;g&#233;monie du prol&#233;tariat dans cette alliance. Maintenant, huit ans apr&#232;s Octobre 1917, ce probl&#232;me que L&#233;nine nous a montr&#233; le premier, se pose devant nous dans toute son ampleur. Il est devenu l'axe de la th&#233;orie et de la pratique du bolchevisme, le probl&#232;me central de la r&#233;volution internationale. La question coloniale, dont d&#233;pend le sort du capitalisme, n'est en somme pour nous, bolcheviks, que celle de l'alliance entre le prol&#233;tariat industriel europ&#233;en et am&#233;ricain et la paysannerie des colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux questions ne sont naturellement pas identiques ; il est cependant vrai que la question coloniale est, dans ses bases sociales, une question paysanne. La classe ouvri&#232;re, appuyant les soul&#232;vements par lesquels les paysans des colonies sapent la soci&#233;t&#233; capitaliste, assure par l&#224; m&#234;me son h&#233;g&#233;monie sur le mouvement paysan colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des rapports entre le prol&#233;tariat et la paysannerie coloniale se posera aussi apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir par la classe ouvri&#232;re. Le socialisme europ&#233;en n'a pas reconnu ou a n&#233;glig&#233; de consid&#233;rer la port&#233;e r&#233;volutionnaire du probl&#232;me colonial. Une partie des socialistes, complices de l'imp&#233;rialisme, a &#233;t&#233; hostile au mouvement d'&#233;mancipation des colonies. Les autres ont gard&#233; le silence. Lorsque le camarade Trotsky, tout &#224; son id&#233;ologie &#171; europ&#233;enne &#187;, faisait ressortir le caract&#232;re asiatique et paysan de l'id&#233;ologie du prol&#233;tariat &#171; arri&#233;r&#233; &#187; (il entendait d&#233;signer les bolcheviks), il adoptait quelque peu le ton m&#233;prisant de la social-d&#233;mocratie vis-&#224;-vis des questions paysanne et coloniale, quoiqu'il ait personnellement consacr&#233; une assez grande attention aux probl&#232;mes coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appr&#233;ciation &#171; europ&#233;enne &#187; du r&#244;le des classes explique le point de vue du camarade Trotsky, d'apr&#232;s lequel la r&#233;volution russe est vou&#233;e &#224; une d&#233;faite in&#233;vitable, faute de l'appui d'Etats europ&#233;ens o&#249; le prol&#233;tariat aurait conquis le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s le sch&#233;ma abstrait de Trotsky, toute r&#233;volution &#171; non-classique &#187; serait d'avance condamn&#233;e. Il entend par r&#233;volution prol&#233;tarienne classique une r&#233;volution dans laquelle le prol&#233;tariat constitue la seule classe &#171; populaire &#187;. En d'autres termes : il ne peut y avoir de r&#233;volution id&#233;ale que dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la paysannerie ne compte pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception ne correspond nullement &#224; la r&#233;alit&#233;. Du point de vue de l'&#233;conomie mondiale, le prol&#233;tariat proprement dit est une infime minorit&#233; de la population. Les plus grands pays se composent de &#171; m&#233;tropoles &#187; ayant une dense population prol&#233;tarienne, et de colossales colonies paysannes. La plus grande partie de l'Empire Fran&#231;ais est en Afrique, la plus grande partie de l'Empire Anglais en Asie. Que ferait le prol&#233;tariat anglais apr&#232;s sa victoire, sans les sympathies des paysans hindous et &#233;gyptiens, sans exercer son h&#233;g&#233;monie sur les masses paysannes des colonies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky conna&#238;t sans doute l'&#233;norme importance de la question coloniale. Malheureusement sa th&#233;orie de la r&#233;volution permanente ne donne pas d'appr&#233;ciation ad&#233;quate du r&#244;le des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons maintenant, avec une certitude absolue, &#224; quoi nous en tenir sur nos rapports avec les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant la conqu&#234;te du pouvoir, la classe ouvri&#232;re doit s'assurer le concours des paysans dans la lutte contre les capitalistes et les grands-propri&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir, le prol&#233;tariat doit s'appuyer sur une partie consid&#233;rable de la paysannerie pour vaincre dans la guerre civile et consolider la dictature prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et apr&#232;s ? Peut-on seulement consid&#233;rer la paysannerie comme chair &#224; canon dans la guerre au capital et aux grands-propri&#233;taires ? Non. Apr&#232;s, le prol&#233;tariat doit entretenir &#224; tout prix des rapports amicaux avec la paysannerie qui constitue la majorit&#233; de la population. Le prol&#233;tariat n'a pas le choix. Il doit, en b&#226;tissant le socialisme, se servir de la paysannerie. A cette condition seule, il conservera le pouvoir. Le contester, c'est ignorer les rapports &#233;conomiques mondiaux et les lois qui les r&#233;gissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire qu'il faut pour diriger la paysannerie, appliquer des m&#233;thodes variant avec les circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut distinguer les transitions, les &#233;tapes du processus r&#233;volutionnaire. L&#233;nine a &#233;crit &#224; ce propos, pendant la discussion de la question syndicale, les lignes caract&#233;ristiques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La dictature du prol&#233;tariat est une p&#233;riode de transition. Nous avons &#224; passer par diverses phases : d&#233;mobilisation de l'arm&#233;e, fin de la guerre, possibilit&#233; d'une tr&#234;ve pacifique plus durable, possibilit&#233; de passer de la guerre au travail. Voil&#224; qui modifie radicalement les rapports de la classe prol&#233;tarienne avec la classe paysanne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky a montr&#233; en affirmant sa th&#233;orie de la r&#233;volution permanente qu'il n'a compris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ni notre position vis-&#224;-vis de la paysannerie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ni les m&#233;thodes que doit appliquer le prol&#233;tariat pour diriger la paysannerie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ni les diverses phases des rapports entre la classe ouvri&#232;re et la paysannerie au cours de notre r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui ressort du passage suivant de la pr&#233;face de son livre 1905 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour assurer sa victoire, l'avant-garde prol&#233;tarienne doit, d&#232;s son av&#232;nement au pouvoir, s'attaquer radicalement non seulement &#224; la propri&#233;t&#233; f&#233;odale, mais aussi &#224; la propri&#233;t&#233; bourgeoise. Il en r&#233;sultera des conflits non seulement avec tous les groupements de la bourgeoisie, mais aussi avec les larges masses paysannes &#224; l'aide desquelles le prol&#233;tariat a conquis le pouvoir. Les contradictions inh&#233;rentes &#224; la situation d'un gouvernement ouvrier dans un pays arri&#233;r&#233;, o&#249; l'&#233;crasante majorit&#233; de la population est rurale, ne dispara&#238;tront que par la r&#233;volution mondiale. Quand le prol&#233;tariat victorieux, ob&#233;issant &#224; une n&#233;cessit&#233; historique, aura d&#233;pass&#233; les &#233;troites limites bourgeoises et d&#233;mocratiques de la r&#233;volution russe, il sera oblig&#233; de d&#233;passer &#233;galement les limites nationales de la r&#233;volution russe, c'est-&#224;-dire qu'il devra en faire le pr&#233;lude de la r&#233;volution mondiale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re affirmation est juste. Mais elle n'est pas l'essentiel pour Trotsky. L'essentiel, c'est, d'apr&#232;s lui, que le prol&#233;tariat russe victorieux doit fatalement et in&#233;vitablement entrer en conflit avec la paysannerie et que le gouvernement prol&#233;tarien succombera dans ce conflit, s'il n'est soutenu par des Etats europ&#233;ens o&#249; le prol&#233;tariat aura conquis le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut constater ais&#233;ment &#224; l'exp&#233;rience du mouvement international &#233;voqu&#233;e, que Trotsky ne donne pas une solution ad&#233;quate du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le conflit entre le prol&#233;tariat et la paysannerie est in&#233;vitable, il le sera aussi apr&#232;s la victoire mondiale du prol&#233;tariat. La paysannerie constitue l'&#233;crasante majorit&#233; des habitants du globe. Si le prol&#233;tariat n'avait pas les moyens d'exercer une influence pr&#233;pond&#233;rante sur cette majorit&#233;, la r&#233;volution internationale succomberait ou devrait &#234;tre ajourn&#233;e jusqu'&#224; ce que la majorit&#233; des habitants de la plan&#232;te f&#251;t compos&#233;e d'&#233;l&#233;ments prol&#233;tariens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur du camarade Trotsky c'est d'admettre in&#233;vitable le conflit entre le prol&#233;tariat et la paysannerie. Ce conflit n'est que possible, il ne serait in&#233;vitable que si la paysannerie trouvait plus d'avantages au r&#233;gime capitaliste qu'au r&#233;gime prol&#233;tarien. Il n'y a pas lieu de craindre un conflit entre les deux classes laborieuses si le parti du prol&#233;tariat victorieux se pr&#233;occupe avant tout de cimenter le bloc des ouvriers et des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles m&#233;thodes devons-nous appliquer pour exercer une influence pr&#233;pond&#233;rante sur la paysannerie ? L&#233;nine a r&#233;fut&#233; le point de vue du camarade Trotsky qui croyait que le prol&#233;tariat, imitant la bourgeoisie, pourrait dominer la paysannerie &#224; cause du manque de conscience politique et de la passivit&#233; de celle-ci. L&#233;nine a insist&#233; sur la n&#233;cessit&#233; d'int&#233;resser les larges masses paysannes &#224; l'action historique du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky ne savait pas comment s'y prendre, comment &#171; convaincre, pour parler avec L&#233;nine, des millions et des dizaines de millions de paysans de la n&#233;cessit&#233; de l'action historique &#187; entreprise par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky ne comprit pas en 1905 que la r&#233;volution agraire &#233;tait le devoir essentiel de l'&#233;poque. Les mencheviks ne le comprenaient pas non plus et c'est ce qui leur valut les cinglantes critiques de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky affirme maintenant encore qu'il appr&#233;cia avec justesse les forces motrices de la r&#233;volution et ne songea jamais &#224; passer outre la paysannerie et &#224; la sous-estimer. A ce sujet, il &#233;crit, entre autres, ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Un des arguments favoris de certains milieux consiste &#224; indiquer &#8212; indirectement surtout &#8212; que je &#171; sous-estime &#187; le r&#244;le de la paysannerie. Mais on chercherait vainement chez mes adversaires une analyse de cette question... On ne saurait d&#233;couvrir dans mes &#233;crits d'alors la moindre tentative de &#171; passer par-dessus &#187; la paysannerie. &#187; (Cours nouveau)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment L&#233;nine appr&#233;ciait-il d&#232;s 1915 le point de vue de Trotsky ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La th&#233;orie de Trotsky, &#233;crivit-il, emprunte aux bolcheviks l'invitation adress&#233;e au prol&#233;tariat d'employer r&#233;solument les m&#233;thodes r&#233;volutionnaires pour la conqu&#234;te du pouvoir ; elle emprunte en m&#234;me temps aux mencheviks leur &#171; n&#233;gation &#187; du r&#244;le de la paysannerie. &#187; Il constatait aussi qu'en r&#233;alit&#233; &#171; Trotsky se rapprochait des travaillistes lib&#233;raux russes qui, contestant le r&#244;le de la paysannerie, trahissent leur peu de d&#233;sir d'&#233;veiller les forces r&#233;volutionnaires de la paysannerie &#187;. (A propos des deux lignes de la r&#233;volution)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me article, L&#233;nine donne une brillante analyse des &#233;tapes de la r&#233;volution. Il montre le prol&#233;tariat luttant pour la conqu&#234;te du pouvoir, pour la r&#233;publique, pour l'expropriation de la grande propri&#233;t&#233;, afin d'amener la paysannerie &#224; soutenir la r&#233;volution et de mettre en &#339;uvre toutes les forces r&#233;volutionnaires des masses paysannes d'abord pour lib&#233;rer la Russie bourgeoise de l'imp&#233;rialisme f&#233;odal et renverser le pouvoir des grands-propri&#233;taires, ensuite pour passer &#224; la r&#233;volution sociale qui s'ach&#232;vera en alliance avec le prol&#233;tariat europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine est d'avis que la th&#233;orie de Trotsky sous-estime la paysannerie. Nous sommes en pr&#233;sence de deux th&#233;ories : l'une consid&#232;re la paysannerie comme alli&#233;e, l'autre &#8212; comme ennemie ; l'une pr&#233;tend qu'un conflit grave est in&#233;vitable entre le prol&#233;tariat et la paysannerie, l'autre dit que nous pouvons, avec une politique circonspecte, &#233;viter ce conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Doutera-t-on, apr&#232;s ces d&#233;monstrations, que la th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution permanente &#187; constitue une divergence &#171; permanente &#187; entre le trotskisme et le l&#233;ninisme ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;tapes de notre r&#233;volution et la th&#233;orie du camarade Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons &#224; l'examen concret des &#233;tapes de notre r&#233;volution et des points de vue y correspondant de notre parti et du camarade Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par l'analyse des &#233;v&#233;nements de 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks consid&#233;raient lu r&#233;volution de l !)05 comme une r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique ayant pour objectif la subversion des grands propri&#233;taires et de leur gouvernement, l'expropriation de la grandi' propri&#233;t&#233; nu profit des paysans, l'&#233;tablissement de la dictature r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re et de la paysannerie, dictature qui, &#224; ce moment du processus r&#233;volutionnaire, ne pouvait encore avoir un caract&#232;re socialiste. Trotsky n'&#233;tait pas d'accord avec nous, il soutenait que le bolchevisme avait des aspects r&#233;actionnaires qui se manifestaient par son d&#233;sir de collaborer avec les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; On nous propose maintenant, &#233;crit-il dans 1905, de limiter plus encore l'action politique du prol&#233;tariat par une &#171; condition &#187;, objectivement anti socialiste de collaboration avec les paysans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky consid&#233;rait le bolchevisme comme r&#233;actionnaire, pr&#233;cis&#233;ment parce que le bolchevisme voulait faire participer les paysans au pouvoir aux c&#244;t&#233;s du prol&#233;tariat. Qu'est-ce que le paysan ? C'est un petit propri&#233;taire. Or, la petite propri&#233;t&#233; est, du point de vue du socialisme, une force r&#233;actionnaire. Si, bolcheviks, vous voulez faire participer les paysans au gouvernement, vous faites une politique r&#233;actionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky affirmait que le bolchevisme, par cette politique r&#233;actionnaire, pourrait compromettre la victoire de la classe ouvri&#232;re. Dans une note qu'on trouve en bas de page dans la deuxi&#232;me &#233;dition de 1905, il constate aimablement que cette &#233;ventualit&#233; ne s'est pas produite, puisque &#171; le bolchevisme a sous la direction du camarade L&#233;nine (non toutefois sans lutte int&#233;rieure), proc&#233;d&#233; au printemps 1917, c'est-&#224;-dire avant la conqu&#234;te du pouvoir, &#224; une r&#233;vision de ses id&#233;es sur cette question extr&#234;mement importante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons plus tard combien ridicule est l'affirmation que le parti ait, sous la direction de L&#233;nine, modifi&#233; au printemps de 1917 son point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky reconna&#238;t que le danger auquel devait s'attendre la r&#233;volution du c&#244;t&#233; de la politique paysanne &#171; r&#233;actionnaire &#187; du bolchevisme, n'&#233;tait pas &#224; redouter du vivant de L&#233;nine qui eut &#171; au printemps 1917 &#187; le courage d'apprendre chez Trotsky les proc&#233;d&#233;s &#224; employer dans &#171; la question la plus importante &#187; de la r&#233;volution. Maintenant que L&#233;nine est mort, il s'agit de trouver une garantie socialiste contre la &#171; condition anti-socialiste &#187; (la collaboration des paysans) pos&#233;e par l'ancien bolchevisme. Quelle est cette garantie ? C'est la mobilisation de la jeunesse, le &#171; cours nouveau &#187; contre les &#171; d&#233;viations &#187; petites-bourgeoises possibles de la vieille garde bolchevique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit par l&#224; que la campagne de l'opposition contre la vieille garde tenait par des liens solides &#224; la &#171; th&#233;orie de la r&#233;volution permanente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky combattait en 1905 le &#171; moujik &#187; ; il repoussait le mot d'ordre des bolcheviks : &#171; dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie &#187;. Avait-il raison ? Nous r&#233;pondons par ce mot de L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La question agraire est maintenant en Russie une question nationale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le devoir du prol&#233;tariat consistait alors &#224; amener le paysan &#224; se soulever contre le r&#233;gime semi-f&#233;odal, &#224; l'entra&#238;ner &#224; la lutte pour la conqu&#234;te du sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky envisageait la situation d'un point de vue oppos&#233;. Il ne comprenait pas les devoirs devant lesquels l'histoire pla&#231;ait le parti r&#233;volutionnaire. Pourquoi la r&#233;volution de 1905 s'est-elle termin&#233;e par une d&#233;faite ? Faute d'une liaison entre le mouvement ouvrier et le mouvement paysan. La r&#233;volution de 1905 avait atteint son point culminant dans les villes en d&#233;cembre 1905, tandis que son arri&#232;re-garde paysanne n'entra en action qu'en 1907, lorsque l'avant-garde ouvri&#232;re &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;cras&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky nous accusait &#224; cette &#233;poque de consacrer une trop grande attention aux paysans. Il se trompait doublement. La r&#233;volution n'aurait jamais pu vaincre sous sa direction car quoi qu'il en dise, il br&#251;lait l'&#233;tape paysanne. Sa politique a &#233;t&#233; fonci&#232;rement fausse, l'appr&#233;ciation qu'il a donn&#233;e des forces de classe en pr&#233;sence, ne correspondait pas &#224; la r&#233;alit&#233;. De quel droit pr&#233;tend-il d&#233;sormais que la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente contenait l'essence m&#234;me du bolchevisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'erreur fondamentale du camarade Trotsky, &#233;crit L&#233;nine au sujet de cette &#233;tape de la r&#233;volution, c'est de n&#233;gliger le caract&#232;re bourgeois de la r&#233;volution ; de ne pas se repr&#233;senter clairement le passage de cette r&#233;volution &#224; la r&#233;volution socialiste... Une coalition du prol&#233;tariat et de la paysannerie &#171; suppose un &#233;tat de choses o&#249; la paysannerie est domin&#233;e par un parti bourgeois ou bien l'existence d'un puissant parti paysan ind&#233;pendant &#187;. C'est &#233;videmment faux th&#233;oriquement et exp&#233;rimentalement de la r&#233;volution russe. Une &#171; coalition de classes &#187; ne d&#233;pend pas de l'existence d'un puissant parti ou m&#234;me de partis en g&#233;n&#233;ral. Il ne faut pas confondre les classes et les partis... Des exp&#233;riences de la r&#233;volution russe, il ressort qu'une &#171; coalition &#187; entre le prol&#233;tariat et la paysannerie s'est r&#233;alis&#233;e une dizaine ou une centaine de fois sans l'existence d'un puissant parti paysan. &#187;4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou, disait Trotsky en 1905, les paysans seront les agents directs de la bourgeoisie, ou ils auront leur propre parti puissant et ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion, c'&#233;tait que la dictature de la classe ouvri&#232;re et de la paysannerie &#233;tait impossible, un conflit des plus graves devant se produire entre la classe ouvri&#232;re et la paysannerie. C'&#233;tait, en somme, la n&#233;gation de l'h&#233;g&#233;monie du prol&#233;tariat. Trotsky craignait la paysannerie &#224; une &#233;poque o&#249; il &#233;tait n&#233;cessaire de faire appel &#224; elle contre les grands propri&#233;taires. Trotsky redoutait la &#171; coalition &#187; de classes, seule capable de garantir la victoire sur le tsarisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un point de vue enti&#232;rement oppos&#233; &#224; celui du bolchevisme. Si le parti prol&#233;tarien dirigeant e&#251;t adopt&#233; ce point de vue, l'effondrement de la r&#233;volution en aurait &#233;t&#233; la cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons &#224; l'examen de l'&#233;tape suivante de notre r&#233;volution, la r&#233;volution de f&#233;vrier 1917, sans nous occuper de la p&#233;riode de r&#233;action durant laquelle le camarade Trotsky fit cause commune avec les mencheviks. Comment L&#233;nine, qui se serait ralli&#233; &#224; la th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution permanente &#187; en ce qui concerne la question paysanne, appr&#233;cia-t-il la r&#233;volution de f&#233;vrier ? Les th&#232;ses de L&#233;nine sur le pouvoir sovi&#233;tiste que le camarade Trotsky consid&#232;re comme &#233;tant conformes &#224; son esprit &#224; lui, contiennent entre autres le passage suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ne serions-nous pas menac&#233;s de tomber dans un subjectivisme exag&#233;r&#233; et de c&#233;der au d&#233;sir de passer outre la r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique encore inachev&#233;e, puisqu'elle n'a pas satisfait les revendications des paysans, si nous tentions de d&#233;clencher imm&#233;diatement la r&#233;volution socialiste ? Disant : &#171; A bas le tsar, gouvernement ouvrier ! &#187;, je m'exposerais &#224; ce danger. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine montrait le danger d'appliquer en 1917 les mots d'ordre formul&#233;s par Trotsky en 1905. Il montrait que la paysannerie n'ayant pas encore termin&#233; la r&#233;volution agraire, notre r&#233;volution n'&#233;tait pas entr&#233;e dans une phase o&#249; le mot d'ordre de dictature prol&#233;tarienne pouvait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme actuel. Le devoir &#233;tait d'utiliser les forces r&#233;volutionnaires de la paysannerie pour pr&#233;parer la voie &#224; la r&#233;volution socialiste. L&#233;nine appr&#233;ciait dialectiquement la situation. Il constatait que les mots d'ordre bolcheviques de 1905 s'&#233;taient en g&#233;n&#233;ral r&#233;v&#233;l&#233;s justes, mais il insistait aussi sur ce qu'il y avait d'&#171; original &#187; dans la situation nouvelle o&#249; la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et de la paysannerie &#171; se r&#233;alisait d'une fa&#231;on tout &#224; fait particuli&#232;re &#187;, puisqu'elle coexistait avec un gouvernement bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisant ressortir le caract&#232;re petit-bourgeois des soviets d'alors, o&#249; la majorit&#233; se composait de paysans, L&#233;nine recommanda de tourner les obstacles, de r&#233;gler notre avance d'apr&#232;s les r&#233;sultats d'un examen approfondi des phases transitoires. Au point de vue &#233;conomique, L&#233;nine appr&#233;ciait comme suit la situation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La majorit&#233; des paysans peut-elle exiger et accomplir la nationalisation du sol ? Oui. Est-ce d&#233;j&#224; la r&#233;volution sociale ? Non, c'est encore la r&#233;volution bourgeoise, puisque la nationalisation du sol n'est pas incompatible avec le capitalisme, bien qu'elle soit un coup sensible port&#233; &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La majorit&#233; des paysans russes peut-elle se prononcer pour la fusion des banques et exiger qu'une succursale de la Banque d'Etat soit &#233;tablie dans chaque localit&#233; ? Oui, puisque cette mesure comporte des avantages incontestables. Les partisans m&#234;mes de la d&#233;fense nationale pourraient l'approuver, cette mesure &#233;tant de nature &#224; augmenter les ressources militaires de la Russie. Peut-on arriver sans d&#233;lai &#224; la fusion des banques ? C'est parfaitement possible. Est-ce une mesure socialiste ? Non, ce n'est pas encore le socialisme. La majorit&#233; des paysans peut-elle se d&#233;clarer pour la nationalisation de l'industrie sucri&#232;re sous le contr&#244;le des ouvriers et des paysans, ainsi que pour la r&#233;duction du prix du sucre ? Oui, cette mesure est-elle possible au point de vue &#233;conomique ? Oui... &#187;5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyez comment L&#233;nine traite la question. Il se demande sans cesse ce que dira le &#171; paysan &#187;. Ces citations nous montrent-elles les bolcheviks se pla&#231;ant sur le terrain de la &#171; r&#233;volution permanente &#187; ? Aucunement. L&#233;nine, discernant bien les diverses &#233;tapes de la r&#233;volution, &#233;tablit une liaison entre la classe ouvri&#232;re et la masse paysanne. Il ne consid&#232;re pas les paysans comme &#233;tant a priori les ennemis de la classe ouvri&#232;re, mais comme des alli&#233;s possibles, qui feraient de temps &#224; autre des difficult&#233;s &#224; la classe ouvri&#232;re, mais que celle-ci doit savoir guider de sorte qu'ils deviennent des combattants d'un appoint d&#233;cisif dans notre lutte pour l'&#233;conomie socialiste. L&#233;nine d&#233;clarait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Je ne dis pas : A bas le tsar, vive le gouvernement ouvrier ! &#187; Je dis : nous avons des soviets petits-bourgeois. Je ne dis pas : le socialisme sur l'heure. Je dis : telle ou telle mesure pr&#233;sentant des avantages pour le paysan et portant en m&#234;me temps un coup &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur appr&#233;ciera cette fa&#231;on g&#233;niale de passer d'une &#233;tape &#224; une autre sans m&#233;conna&#238;tre jamais les aspects particuliers d'une situation donn&#233;e, mais y trouvant toujours le facteur utile &#224; l'action de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#233;v&#233;nements d'Octobre, il sied avant tout de consid&#233;rer deux faits : 1) le gouvernement r&#233;volutionnaire issu de la victoire fut compos&#233; de bolcheviks et de socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche ; 2) nous adopt&#226;mes et ex&#233;cut&#226;mes le programme agraire des s.-r. alors que les paysans s'&#233;taient effray&#233;s de l'expropriation des domaines seigneuriaux. L&#233;nine, poursuivant sa politique de collaboration avec les paysans, disait : &#171; Paysans, vous avez &#233;labor&#233; sous la direction des s.-r. un programme excellent. Nous vous aidons &#224; l'ex&#233;cuter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les s.-r. de gauche &#233;taient encore influents dans les campagnes. Nous les f&#238;mes entrer au gouvernement sans &#234;tre contredits par le camarade Trotsky qui ne souffla mot du caract&#232;re &#171; anti-socialiste &#187; de la collaboration avec les paysans. Par l'adoption du programme des s.-r. de gauche que nous f&#238;mes participer au pouvoir, nous r&#233;uss&#238;mes &#224; placer des millions de paysans sous la direction du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle phase commen&#231;a ensuite. La r&#233;volution ne s'arr&#234;ta pas &#224; l'expropriation de la grande propri&#233;t&#233;, &#224; laquelle avaient pris part les gros paysans int&#233;ress&#233;s &#224; d&#233;truire la grande propri&#233;t&#233; f&#233;odale. L'&#233;tape suivante amena une diff&#233;renciation de classes dans les campagnes, comportant une aggravation du conflit entre la bourgeoisie rurale et les Comit&#233;s des Paysans Pauvres. La politique de ces comit&#233;s provoqua un soul&#232;vement organis&#233; par les s.-r. Les gros paysans et une partie des moyens se s&#233;par&#232;rent de nous, tandis que les pauvres et une autre partie des moyens nous appuyaient. La r&#233;volution &#233;tait pass&#233;e &#224; la classe plus proche du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par &#233;tapes successives que nous arriv&#226;mes &#224; la dictature de la classe ouvri&#232;re. On voit d&#233;sormais les divergences th&#233;oriques qui nous s&#233;parent du camarade Trotsky. Pour lui, le processus r&#233;volutionnaire commence par l'&#233;tablissement de la dictature. Il ne voit pas les diverses &#233;tapes par lesquelles la r&#233;volution doit passer, et ne tient pas compte du rapport des forces dans les diverses situations donn&#233;es. Il ne reconna&#238;t pas que les mots d'ordre doivent changer avec les &#233;v&#233;nements. &#171; Ce que j'avais pr&#233;vu, dit-il, est arriv&#233;. J'avais donc raison. &#187; Erreur profonde. Si nous avions &#233;tabli notre tactique d'apr&#232;s la th&#233;orie de Trotsky, nous ne serions pas arriv&#233;s &#224; la dictature ouvri&#232;re. Nous y avons abouti parce que le parti suivit les directives de L&#233;nine. Et c'est parce que nous sommes d&#233;cid&#233;s &#224; persister dans la voie trac&#233;e par L&#233;nine, c'est-&#224;-dire &#224; entra&#238;ner la paysannerie &#224; la suite de la classe ouvri&#232;re, que nous aboutirons au socialisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aspects particuliers de notre r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles conclusions se d&#233;gagent de l'examen de la th&#233;orie de Trotsky ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Enseignements d'Octobre du camarade Trotsky contiennent entre autres le passage suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La r&#233;volution de f&#233;vrier &#233;tait une r&#233;volution bourgeoise. Mais comme telle, elle venait trop tard, elle ne put se bien installer. D&#233;chir&#233;e par des antagonismes qui se manifest&#232;rent subitement par la dualit&#233; des pouvoirs (gouvernement provisoire et soviets. La R&#233;d.) elle devait conduire directement &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne, ce qui est arriv&#233;, ou faire surgir un gouvernement de l'oligarchie bourgeoise qui aurait rejet&#233; la Russie &#224; une situation semi-coloniale. La p&#233;riode inaugur&#233;e par la r&#233;volution de f&#233;vrier a donc pu &#234;tre consid&#233;r&#233;e de deux points de vue : comme une p&#233;riode de consolidation et d'aboutissement de la r&#233;volution d&#233;mocratique, ou comme une p&#233;riode de pr&#233;paration &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici par contre comment s'exprimait L&#233;nine sur ce m&#234;me sujet, dans son discours prononc&#233; &#224; l'occasion du IVe anniversaire de la R&#233;publique des Soviets :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les anarchistes et les d&#233;mocrates petits-bourgeois, c'est-&#224;-dire les mencheviks et les s.-r., repr&#233;sentants russes d'un type socialiste international, ont dit et disent encore bien des sottises sur la corr&#233;lation entre la r&#233;volution bourgeoise et la r&#233;volution socialiste, c'est-&#224;-dire prol&#233;tarienne. Nous avons men&#233; &#224; bien la r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique comme aucun pays ne l'a fait avant nous. Nous avan&#231;ons s&#251;rement et sans arr&#234;t vers la r&#233;volution socialiste. Nous savons qu'elle n'est pas s&#233;par&#233;e par une muraille chinoise de la r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique. Nous savons que seule la lutte d&#233;cidera combien en fin de compte nous pourrons avancer, dans quelle mesure nous pourrons accomplir notre devoir et conserver les fruits de notre victoire... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec quelle pr&#233;caution L&#233;nine formulait ses id&#233;es ! Citons encore un passage de ce discours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Aucun Kautsky, Hilferding, Martov, Macdonald, Turatti, aucun des marxistes de l'internationale 2 1/2, n'a pu comprendre cette corr&#233;lation entre la r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique et la r&#233;volution prol&#233;tarienne socialiste. La premi&#232;re se r&#233;v&#232;le comme une &#233;tape de l'autre. La seconde r&#233;soud en passant les probl&#232;mes de la premi&#232;re. La lutte, et seule la lutte, d&#233;cidera dans quelle mesure la seconde r&#233;volution r&#233;ussira &#224; d&#233;passer la premi&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle diff&#233;rence entre les deux formules : Chez Trotsky, il s'agit ou d'une r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique, ou d'une r&#233;volution socialiste. Chez L&#233;nine, la question se pose de fa&#231;on tout &#224; fait diff&#233;rente. Les deux &#233;tapes, celle de la r&#233;volution bourgeoise et celle de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, ne sauraient &#234;tre s&#233;par&#233;es l'une de l'autre. La particularit&#233; de la r&#233;volution russe consiste en ce que les deux r&#233;volutions co&#239;ncident, la seconde surgissant de la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si de tels probl&#232;mes pouvaient &#234;tre r&#233;solus par des sch&#233;mas abstraits, abord&#233;s que par des m&#233;thodes dialectiques correspondant &#224; la r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire avec la strat&#233;gie de L&#233;nine, il ne reste du &#171; plan &#187; habilement &#233;chafaud&#233; par Trotsky que des phrases st&#233;riles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en vain que le camarade Trotsky soutiendra n'avoir pas sous-estim&#233; la paysannerie et avoir tenu compte des &#233;tapes cons&#233;cutives du processus r&#233;volutionnaire. Il se trompe cruellement, lorsqu'il consid&#232;re l'&#233;tablissement de la dictature prol&#233;tarienne en Russie comme le r&#233;sultat de l'adoption par les bolcheviks de sa th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution permanente &#187;. Comme il persiste toujours dans ses erreurs, il n'est que trop naturel que le parti lui r&#233;ponde &#224; peu pr&#232;s ceci : &#171; Si, posant la question de la r&#233;volution permanente, on pose de nouveau dans toute son ampleur celle du r&#244;le des paysans au tournant nouveau que traverse actuellement le pays, si l'on essaie de regrouper le parti et de reformer son id&#233;ologie en s'inspirant de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, &#8212; nous refusons de nous engager dans cette voie. Nous ne songeons pas &#224; renoncer aux nettes conceptions de L&#233;nine. Aussi faut-il que le trotskisme soit id&#233;ologiquement liquid&#233;. Le bloc des ouvriers et des paysans est, comme l'enseignait L&#233;nine, la question centrale de notre r&#233;volution. C'est ce qu'il ne faut jamais perdre des yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots sur l'appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale de notre r&#233;volution apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine a &#233;galement trait&#233; cette question. On a vu que Trotsky persiste &#224; consid&#233;rer son appr&#233;ciation des forces motrices de la r&#233;volution, datant de 1905, comme juste. Pourtant s'il &#233;tait ainsi, notre collaboration avec la paysannerie nous m&#232;nerait &#224; la ruine ; nous ne pourrions tenir que si le prol&#233;tariat occidental &#233;tablissait dans l'entretemps sa dictature. L&#233;nine estime que notre devoir est &#171; de vivre en bon accord avec les paysans &#187;. Il nous semble qu'il y a l&#224; une divergence th&#233;orique profonde entre les deux conceptions. Elle nous fait comprendre l'attitude de l'opposition group&#233;e autour de Trotsky pendant la derni&#232;re discussion. L'opposition constatant le ralentissement de la r&#233;volution mondiale, en concluait qu'un conflit entre le prol&#233;tariat et les paysans &#233;tait in&#233;vitable. Nous n'en sommes nullement convaincus ; au contraire, nous disons avec L&#233;nine qu'une politique prudente maintenant le r&#244;le dirigeant du prol&#233;tariat, nous &#233;vitera des conflits graves avec les paysans et nous assurera leur collaboration. La situation n'est pas d&#233;sesp&#233;r&#233;e ; t&#226;chons seulement d'&#233;viter de commettre des gaffes vis-&#224;-vis de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s la conception livresque de la r&#233;volution socialiste, celle-ci, victorieuse, &#233;chouerait t&#244;t ou tard dans des pays o&#249; la majorit&#233; de la population se compose de paysans. Cette conception, L&#233;nine l'a combattue de toute son &#233;nergie. L'article sur le livre de Soukhanov (Notes sur la R&#233;volution) qu'il &#233;crivit malade et qui est un vrai mod&#232;le de dialectique r&#233;volutionnaire, contient une critique g&#233;niale de cette opinion. Nous ne r&#233;sistons pas au d&#233;sir de citer ce passage capital :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les social-d&#233;mocrates se disent toujours marxistes, mais comprennent le marxisme de fa&#231;on bien p&#233;dante. L'essentiel du marxisme, sa dialectique r&#233;volutionnaire, ils ne l'ont pas saisi. Ils n'ont pas non plus saisi, ils n'ont pas m&#234;me aper&#231;u les indications de Marx sur la n&#233;cessit&#233; de faire preuve dans une situation r&#233;volutionnaire de la plus grande souplesse possible... Ils ont vu jusqu'ici que le capitalisme et la d&#233;mocratie bourgeoise en Europe occidentale se d&#233;veloppaient dans un certain sens g&#233;n&#233;ral, ils ne peuvent se figurer que des exceptions puissent se produire qui, tout en &#233;tant insignifiantes au point de vue de l'histoire mondiale, d&#233;rogent &#224; ce qu'ils consid&#232;rent d'habitude comme la r&#232;gle g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; D'abord il s'agit l&#224; d'une r&#233;volution cons&#233;cutive &#224; la premi&#232;re guerre mondiale imp&#233;rialiste. Cette r&#233;volution doit forc&#233;ment avoir un caract&#232;re tout &#224; fait particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ensuite l'id&#233;e ne leur vient pas que certaines phases du proc&#232;s g&#233;n&#233;ral peuvent se pr&#233;senter sous des aspects sp&#233;ciaux, soit dans la forme, soit dans l'ordre de la succession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ils ont appris par c&#339;ur ce clich&#233; : que les conditions &#233;conomiques objectives du socialisme n'existent pas chez nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Que faire, si dans une situation particuli&#232;re la Russie est d'abord entra&#238;n&#233;e dans la guerre mondiale imp&#233;rialiste, si les r&#233;volutions sur le point d'&#233;clater ou d&#233;j&#224; commenc&#233;es en Orient cr&#233;ent des conditions o&#249; nous pouvons &#233;tablir une liaison entre la &#171; guerre des paysans &#187; et le mouvement ouvrier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Que faire si une situation sans issue, d&#233;cuplant les forces des ouvriers et des paysans, nous fournit les moyens d'aborder autrement que ce n'est possible dans les pays de l'Europe occidentale l'&#339;uvre de cr&#233;ation des conditions fondamentales de la civilisation ? La tendance g&#233;n&#233;rale du proc&#232;s historique mondial en est-elle modifi&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Si le socialisme exige un certain niveau de culture (personne ne saurait dire quel doit &#234;tre ce niveau de culture) pourquoi ne pourrions-nous pas commencer par cr&#233;er, apr&#232;s avoir fait triompher la r&#233;volution, les conditions pr&#233;alables &#224; la r&#233;alisation de cette culture, afin de rejoindre les autres peuples en nous servant des moyens que nous offre le pouvoir ouvrier et paysan et le r&#233;gime sovi&#233;tiste ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet expos&#233; de L&#233;nine est d'une belle audace. C'est aussi un bel exemple de dialectique r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vulgaire conception social d&#233;mocrate de la r&#233;volution socialiste affirme que lia r&#233;volution prol&#233;tarienne ne saurait tenir que dans des pays industriellement d&#233;velopp&#233;s o&#249; la classe ouvri&#232;re est num&#233;riquement forte Dans cet article, qui donne en un certain sens la cl&#233; de toute sa politique, L&#233;nine d&#233;clare celle r&#232;gle juste en g&#233;n&#233;ral, mais qu'il serait radicalement faux de la prendre &#224; la lettre dans certaines circonstances. Le langage de L&#233;nine est loin d'&#234;tre contraire au marxisme. C'est m&#234;me l'application la plus originelle et la plus parfaite de la dialectique r&#233;volutionnaire marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que L&#233;nine approfondit ainsi le sens de notre r&#233;volution, Trotsky se repr&#233;sente les conditions de la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme les &#233;crivains social-d&#233;mocrates. La Russie a un prol&#233;tariat peu nombreux et une industrie faible ; par cons&#233;quent, le prol&#233;tariat russe ne pourra jouir longtemps des fruits de la victoire. L&#233;nine dit, par contre, que la d&#233;faite du prol&#233;tariat n'est pas in&#233;vitable. Nous n'avons qu'&#224; obtenir et &#224; conserver l'appui des paysans, en d&#233;veloppant pas &#224; pas notre industrie. L'alliance avec les paysans nous est indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons les banques et le contr&#244;le du cr&#233;dit. En nous servant des coop&#233;ratives, nous r&#233;ussirons en quelques dizaines d'ann&#233;es &#224; transformer l'id&#233;ologie des paysans. Il faut s'y prendre avec pr&#233;caution et une grande patience. Demandez au camarade Trotsky s'il a seulement fait allusion au r&#244;le des coop&#233;ratives que L&#233;nine, dans ses derniers articles, a toujours mises au premier plan ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mots sur l'aide du prol&#233;tariat de l'Europe occidentale. D'apr&#232;s le camarade Trotsky, nous ne pourrons sortir de l'impasse que gr&#226;ce &#224; l'aide des Etats d'Europe occidentale o&#249; le prol&#233;tariat aura conquis le pouvoir. Or, le prol&#233;tariat n'a pas encore vaincu en Europe. Mais ne nous pr&#234;te-t-il pas un concours pr&#233;cieux. Et n'avons-nous pas l'appui d'une autre force : les peuples coloniaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur du camarade Trotsky est invariablement la m&#234;me. Il consid&#232;re les choses d'un point de vue formaliste. Il dit : ou victoire du prol&#233;tariat en Europe occidentale, ou fin de la r&#233;volution russe ; ou concours des Etats prol&#233;tariens d'Europe, ou n&#233;ant... En r&#233;alit&#233; les choses se passent tout autrement. Nous avons une s&#233;rie de demi-victoires, plus le mouvement colonial, plus la crise du capitalisme provoqu&#233;e par la guerre. Le l&#233;ninisme tient compte de cet aspect particulier de la situation internationale et de la forme sous laquelle se manifeste l'aide prol&#233;tarienne internationale, tandis que Trotsky se borne &#224; des sch&#233;mas trop abstraits et trop &#233;troits pour embrasser la vie mouvante et bigarr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un comit&#233; central qui aurait adopt&#233; le point de vue de Trotsky sur la question paysanne, aurait men&#233; le pays &#171; aux ab&#238;mes &#187; et inaugur&#233; une politique corporative demi-menchevique qui se fut appel&#233;e : &#171; purement prol&#233;tarienne &#187;. Nous aurions perdu contact avec la paysannerie et provoqu&#233; un conflit qui aurait pu nous &#234;tre fatal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Trotsky a r&#233;cemment expos&#233; de nouveau des id&#233;es refl&#233;tant une id&#233;ologie du trotskisme. Notre parti ne saurait adopter des points de vue qu'il a combattus pendant de longues ann&#233;es. La th&#233;orie de la r&#233;volution permanente ne nous est pas indiff&#233;rente. Nous ne cesserons pas de la combattre car nous voulons garder intactes les bases id&#233;ologiques et politiques de notre parti. Notre r&#233;volution n'est pas encore termin&#233;e. Nous ne songeons pas &#224; abdiquer, mais nous aurons t&#244;t ou tard le devoir de confier &#224; de nouvelles g&#233;n&#233;rations le sort de la r&#233;volution. L'histoire de notre parti n'a pas commenc&#233; et ne s'est pas termin&#233;e en octobre 1917. Notre parti a encore des dizaines d'ann&#233;es devant lui. Pour former la nouvelle g&#233;n&#233;ration qui continuera notre t&#226;che, il faut exposer les &#171; vieux &#187; litiges, parce qu'ils se rapportent directement aux probl&#232;mes actuels. C'est pourquoi nous croyons devoir pr&#233;server le parti de toutes tentatives de r&#233;vision du l&#233;ninisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Voici quelques passages essentiels d'un discours du camarade Riazanov prononc&#233; au VIIIe congr&#232;s du parti : &#171; J'ai pr&#233;vu que notre parti prol&#233;tarien serait apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir plac&#233; devant le dilemme de s'appuyer ou sur les masses paysannes, ou sur le prol&#233;tariat occidental. Le camarade L&#233;nine et le groupe du parti qui le soutient, ont pr&#233;f&#233;r&#233; s'appuyer sur les paysans. J'avais dans notre fraction d&#233;j&#224; caract&#233;ris&#233; la politique du camarade L&#233;nine. L&#233;nine voulait adopter les id&#233;es de Tolsto&#239; &#224; l'&#233;poque actuelle. Tolsto&#239; recommandait pour r&#233;nover la Russie, de na&#239;ves m&#233;thodes paysannes. L&#233;nine veut entreprendre la m&#234;me t&#226;che avec des m&#233;thodes paysannes et militaires. Nous voyons maintenant les fruits de cette politique paysanne et militaire ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Il faut tenir compte ici de la relativit&#233; de l'&#171; interruption &#187; de la r&#233;volution. Dix ans se sont &#233;coul&#233;s apr&#232;s la r&#233;volution de 1905 jusqu'au d&#233;clenchement de la &#171; deuxi&#232;me &#187; r&#233;volution. L&#233;nine a &#233;crit dans son article intitul&#233; &#171; Deux tendances de la r&#233;volution &#187; que le parti r&#233;volutionnaire doit avant tout se rendre clairement compte des rapports des classes dans la r&#233;volution imminente. Il remarque au sujet de Trotsky que celui-ci &#171; s'acquitte mal de ce devoir, puisqu'il ne fait que r&#233;p&#233;ter sa th&#233;orie &#171; originelle &#187; de 1905, sans vouloir m&#234;me se donner la peine d'examiner pour quelle raison la vie a, pendant dix ans, pass&#233; outre cette excellente th&#233;orie &#187;. Il y a donc eu une certaine interruption de la r&#233;volution &#171; ininterrompue &#187;. Cette interruption et les &#233;v&#233;nements ult&#233;rieurs ont inflig&#233; un d&#233;menti au camarade Trotsky, puisque la paysannerie a pris dans l'histoire une place que la th&#233;orie du camarade Trotsky lui refusait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Il convient de remarquer que ce sch&#233;ma ne saurait &#234;tre appliqu&#233; sans examen des rapports des forces sociales. Le trait caract&#233;ristique de la r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique en Russie consista en ce qu'elle ne put &#234;tre men&#233;e &#224; bonne fin que par une bataille livr&#233;e &#224; la bourgeoisie lib&#233;rale devenue d&#232;s avant la victoire sur le tsarisme une force contre-r&#233;volutionnaire. L'ignorance de ce fait a conduit les mencheviks &#224; la trahison. L&#233;nine r&#233;futant les mencheviks, fit ressortir que ce sch&#233;ma ne saurait &#234;tre appliqu&#233; &#224; tous les ph&#233;nom&#232;nes de la vie sociale. On est, quelquefois amen&#233; &#224; br&#251;ler les &#233;tapes, &#224; proc&#233;der par bonds. Mais L&#233;nine se d&#233;fend contre les conclusions que les &#171; lecteurs d'humeur querelleuse &#187; pourraient d&#233;gager de l&#224;, en feignant de supposer qu'il pr&#234;che une tactique d'&#233;tapes br&#251;l&#233;es sans compte tenu du rapport des forces sociales existantes &#187;. Ce qui importe, c'est de baser nos calculs sur le rapport des forces sociales. D&#233;velopper sans cesse la r&#233;volution, la diriger &#224; travers toutes les vicissitudes en tenant toujours compte du rapport des forces &#8212; toute la tactique du l&#233;ninisme est l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 In &#171; Le but de la lutte du prol&#233;tariat dans notre r&#233;volution &#187; (1909). (Note de la MIA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 In &#171; Une question capitale &#187; (1917). (Note de la MIA)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La r&#233;volution en permanence</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article9006</link>
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		<dc:date>2025-04-10T22:45:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Franz Mehring &lt;br class='autobr' /&gt; La r&#233;volution en permanence &lt;br class='autobr' /&gt;
(1er novembre 1905) &lt;br class='autobr' /&gt;
Heureux celui qui a pu vivre cette ann&#233;e glorieuse, celle de la R&#233;volution russe, qui ne fera pas moins d'&#233;poque dans les livres d'histoire que la R&#233;volution fran&#231;aise de 1789. Toutes les r&#233;volutions du XIXe si&#232;cle n'&#233;taient que les descendantes de cette r&#233;volution. , des descendants r&#233;els oui, mais aussi des descendants plus faibles, ce qui vaut m&#234;me pour le mouvement europ&#233;en de 1848. Aussi puissante qu'elle f&#251;t et aussi (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Franz Mehring
&lt;p&gt;La r&#233;volution en permanence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1er novembre 1905)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Heureux celui qui a pu vivre cette ann&#233;e glorieuse, celle de la R&#233;volution russe, qui ne fera pas moins d'&#233;poque dans les livres d'histoire que la R&#233;volution fran&#231;aise de 1789. Toutes les r&#233;volutions du XIXe si&#232;cle n'&#233;taient que les descendantes de cette r&#233;volution. , des descendants r&#233;els oui, mais aussi des descendants plus faibles, ce qui vaut m&#234;me pour le mouvement europ&#233;en de 1848. Aussi puissante qu'elle f&#251;t et aussi loin qu'atteignirent ses cons&#233;quences indirectes, elle n'entra&#238;na pour le continent europ&#233;en que les cons&#233;quences de 1789, et ses inondations recul&#232;rent du mur de la fronti&#232;re russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui distingue la grande r&#233;volution russe de la grande r&#233;volution fran&#231;aise, c'est sa direction par un prol&#233;tariat conscient. La Bastille fut &#233;galement prise d'assaut par les ouvriers du faubourg Antoine ; Les ouvriers berlinois remport&#232;rent &#233;galement la victoire des barricades le 18 mars 1848 contre les gardes prussiens. Mais les h&#233;ros de ces r&#233;volutions &#233;taient aussi leurs victimes ; le lendemain m&#234;me de la victoire, la bourgeoisie leur a arrach&#233; le prix de la victoire. Et c'est l&#224; que les r&#233;volutions comme celles de 1789 sont finalement mortes ; La contre-r&#233;volution a connu une p&#233;riode si facile en 1848 et 1849 parce que les ouvriers &#233;taient fatigu&#233;s de retirer les ch&#226;taignes du feu, pour ensuite &#234;tre tromp&#233;s par ceux qui mangeaient les ch&#226;taignes, parce que leur conscience de classe n'&#233;tait pas suffisamment d&#233;velopp&#233;e pour trouver sa place. chemin entre violence f&#233;odale et trahison bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fut la faiblesse de la r&#233;volution europ&#233;enne de 1848 est la force de la r&#233;volution russe de 1905. Son porteur est un prol&#233;tariat qui a compris la &#171; r&#233;volution permanente &#187; que la Neue Rheinische Zeitung pr&#234;chait dans l'oreille d'un sourd. [1] Avec leur sang coulant &#224; flots sous les fusils et les sabres des acolytes du tsar, les ouvriers russes s'accrochaient &#224; leur objectif avec une force tenace et, avec l'arme puissante de la gr&#232;ve politique de masse, ils &#233;branlaient le pouvoir du tsar jusqu'&#224; ses fondations. Dans le dernier manifeste du tsar, le despotisme asiatique abdique pour toujours ; En promettant une constitution, il franchit le Rubicon sans retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un premier grand succ&#232;s pour le prol&#233;tariat russe, et un plus grand que jamais obtenu par le prol&#233;tariat d'aucun autre pays dans un mouvement r&#233;volutionnaire. Les assaillants de la Bastille et les combattants des barricades de Berlin &#233;taient &#233;galement capables d'un sursaut h&#233;ro&#239;que, mais pas de la lutte inlassable et tenace dont les ouvriers russes ont fait preuve, sans se laisser d&#233;courager par tous les &#233;checs actuels. Cependant, leur premier succ&#232;s leur impose d&#233;sormais une t&#226;che nouvelle et bien plus grande, celle de persister dans leur ancien esprit combatif m&#234;me apr&#232;s la victoire. Dans l'histoire de la guerre, l'exp&#233;rience se r&#233;p&#232;te encore et encore que m&#234;me les troupes les plus courageuses, apr&#232;s une brillante victoire, sont difficiles &#224; mettre au feu afin de rendre la victoire fructueuse en poursuivant l'ennemi, et plus la victoire est brillante, plus c'est difficile. La n&#233;cessit&#233; d'un apaisement d&#233;clencheur lorsqu'elle est lib&#233;r&#233;e d'une &#233;norme tension est profond&#233;ment enracin&#233;e dans la nature humaine, et c'est pr&#233;cis&#233;ment sur ce point que la bourgeoisie a continu&#233; &#224; sp&#233;culer avec le plus grand succ&#232;s lorsque le prol&#233;tariat avait secou&#233; pendant des ann&#233;es les fruits des arbres de la r&#233;volution. il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un journal bourgeois estime, non sans raison, que le manifeste du tsar est un rappel frappant des promesses faites par Fr&#233;d&#233;ric-Guillaume IV lorsque la r&#233;volution a bris&#233; son d&#233;fi autocratique. En fait, ce sont &#224; peu pr&#232;s les m&#234;mes promesses : l'inviolabilit&#233; des personnes, la libert&#233; de conscience, la libert&#233; d'expression, une repr&#233;sentation populaire avec de larges droits &#233;lectoraux et une participation d&#233;cisive &#224; la l&#233;gislation. &#192; l'&#233;poque comme aujourd'hui, l'opposition bourgeoise savait et sait tr&#232;s bien que lorsqu'un autocrate soumis doit faire de telles concessions, ces belles choses ne flottent pas simplement sur la soupe de la r&#233;volution comme des boulettes, mais lui offrent de r&#233;elles garanties qu'une autocratie le fait. ... a d&#251; s'humilier &#224; tel point sous la pression de la violence qu'elle ne pourra plus jamais relever la t&#234;te avec une puissance auto-agrandissante. Mais ils ont int&#233;r&#234;t &#224; minimiser m&#234;me les acquis de la r&#233;volution pour d&#233;sarmer le prol&#233;tariat, &#224; les pr&#233;senter comme un mirage qui ne peut se r&#233;aliser qu'avec la plus grande prudence, &#224; mettre en garde contre les corbeaux audacieux, les fant&#244;mes de la nuit, pour ainsi dire, cela pourrait &#224; nouveau effrayer. Ainsi, apr&#232;s chaque victoire r&#233;volutionnaire, le cri de la bourgeoisie pour &#171; la paix &#224; tout prix &#187; retentit, apparemment dans l'int&#233;r&#234;t de la classe ouvri&#232;re, mais en r&#233;alit&#233; comme r&#233;sultat du calcul froid et intelligent de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'heure la plus dangereuse de toute r&#233;volution, mais peu importe combien de fois elle a &#233;t&#233; fatale au prol&#233;tariat, cette fois la classe ouvri&#232;re russe a brillamment pass&#233; l'&#233;preuve en r&#233;pondant r&#233;solument au manifeste du tsar : la r&#233;volution en permanence. C'est un grand honneur pour nos fr&#232;res russes que d'entendre aujourd'hui les journaux bourgeois t&#233;l&#233;graphier de Saint-P&#233;tersbourg : &#171; Sous l'influence des socialistes, l'ambiance dans la soci&#233;t&#233; est devenue nettement moins favorable qu'on aurait pu s'y attendre ce matin. &#192; l'heure actuelle, l'excellente organisation des socialistes est victorieuse de la bourgeoisie. &#187; Les ouvriers russes ne songent pas &#224; d&#233;sarmer ; Les vainqueurs d'aujourd'hui ne veulent pas devenir les d&#233;&#231;us de demain, et c'est pr&#233;cis&#233;ment le progr&#232;s historique mondial que la r&#233;volution russe r&#233;alise par rapport &#224; ses pr&#233;d&#233;cesseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers russes affirment &#233;galement qu'aucun miracle ne se produira demain. Il n'est pas en leur pouvoir de sauter les &#233;tapes historiques du d&#233;veloppement et de cr&#233;er en un clin d'&#339;il une communaut&#233; socialiste &#224; partir de l'&#201;tat coercitif tsariste. Mais ils peuvent raccourcir et aplanir le chemin de leur lutte d'&#233;mancipation s'ils ne sacrifient pas le pouvoir r&#233;volutionnaire qu'ils ont conquis aux mirages trompeurs de la bourgeoisie, mais s'ils l'utilisent plut&#244;t encore et encore pour acc&#233;l&#233;rer le processus historique, c'est-&#224;-dire r&#233;volutionnaire. d&#233;veloppement. Ils peuvent d&#233;sormais obtenir en quelques mois et semaines ce qui leur co&#251;terait des d&#233;cennies d'efforts acharn&#233;s s'ils laissaient le terrain &#224; la bourgeoisie apr&#232;s avoir remport&#233; la victoire. Ils ne peuvent pas inscrire la dictature du prol&#233;tariat dans la nouvelle constitution russe, mais ils peuvent inscrire le suffrage universel, le droit d'association, la journ&#233;e de travail l&#233;gale, la libert&#233; illimit&#233;e de la presse et de la parole et imposer &#224; la bourgeoisie des garanties pour toutes ces revendications qui sont tout aussi s&#251;rs qu'ils le sont, leurs besoins seront impos&#233;s par le tsar. Mais ils ne peuvent y parvenir que s'ils ne d&#233;posent pas les armes un instant et ne permettent pas &#224; la bourgeoisie de faire un seul pas en avant sans qu'elle fasse &#233;galement un pas en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment la &#171; r&#233;volution permanente &#187; par laquelle la classe ouvri&#232;re russe doit r&#233;pondre aux cris effrayants de la bourgeoisie pour &#171; la paix &#224; tout prix &#187; et, selon toutes les nouvelles jusqu'&#224; pr&#233;sent, elle a d&#233;j&#224; r&#233;pondu. Il est faux de dire que cela redonnerait un nouveau souffle au despotisme qui venait d'&#234;tre vaincu. Un historien de la grande R&#233;volution fran&#231;aise - si nous ne nous trompons pas, c'est Tocqueville - dit &#224; juste titre qu'un r&#233;giment qui s'effondre n'est jamais plus faible qu'au moment o&#249; il commence &#224; se r&#233;former. Et cela s'applique bien plus qu'&#224; la monarchie d&#233;cadente en France ou &#224; l'autocratie d&#233;cadente en Russie. Parce que toute leur machine gouvernementale est pourrie de part en part. D&#232;s qu'elle abdique et abandonne l'apparence de solidit&#233; qu'elle avait eu du mal &#224; conserver jusqu'alors, elle se retrouve sans d&#233;fense face &#224; tout coup puissant. En fait, elle n&#233;cessite &#171; la paix &#224; tout prix &#187; si l'on veut la restaurer sur de nouvelles bases. C'est l&#224; le sens perfide de ce slogan, qui, esp&#233;rons-le, a jou&#233; pour toujours son r&#244;le fatal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers russes sont ainsi devenus les combattants des prix du prol&#233;tariat europ&#233;en. Ils ont eu la chance, qu'aucun prol&#233;tariat des nations d'Europe occidentale n'a eue, d'entrer dans la r&#233;volution avec une exp&#233;rience accumul&#233;e, avec une th&#233;orie claire, profonde et large, mais ils ont su s'approprier cette chance. Apr&#232;s des d&#233;cennies de lutte et de sacrifices d'innombrables h&#233;ros et h&#233;ro&#239;nes, la th&#233;orie de la r&#233;volution prol&#233;tarienne est devenue pour eux une seconde nature, et ce qu'ils ont re&#231;u, ils le rendent en abondance. Ils ont fait honte &#224; la pusillanimit&#233; qui consid&#233;rait comme impossible beaucoup de choses qu'ils d&#233;montraient possibles ; Les travailleurs europ&#233;ens savent aujourd'hui que les m&#233;thodes de combat de l'ancienne r&#233;volution ont seulement surv&#233;cu pour c&#233;der la place &#224; de nouvelles m&#233;thodes de combat plus pointues dans l'histoire de leur lutte pour l'&#233;mancipation. Les &#233;tincelles du bapt&#234;me du feu de la r&#233;volution russe sont tomb&#233;es sur la classe ouvri&#232;re de tous les pays europ&#233;ens, et en Autriche, les feux brillants couvent d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin et surtout, les travailleurs allemands sont &#233;galement impliqu&#233;s dans la lutte que m&#232;nent leurs fr&#232;res russes ; L'&#201;tat vassal germano-prussien est si &#233;troitement li&#233; au sort du tsarisme que sa chute aura les effets les plus profonds sur l'empire des Junkers de l'Est de l'Elbe. Peut-&#234;tre pas pour le moment et peut-&#234;tre pas toujours de mani&#232;re destructrice ; Les &#233;normes bouleversements &#233;conomiques qui r&#233;sulteront de la R&#233;volution russe peuvent remettre le pouvoir encore plus fermement entre les mains des usuriers du pain. &#192; long terme, cependant, la r&#233;volution russe ne peut pas plus se limiter aux fronti&#232;res russes que la R&#233;volution fran&#231;aise n'aurait pu se limiter aux fronti&#232;res fran&#231;aises, et personne ne le sait mieux que les classes dirigeantes d'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons &#234;tre s&#251;rs qu'ils suivront avec la plus grande attention le d&#233;veloppement de la r&#233;volution russe et saisiront le moment o&#249; ils croient pouvoir lui porter un coup d&#233;vastateur avec quelques chances de succ&#232;s. La classe ouvri&#232;re allemande doit d'autant moins oublier que la cause de ses fr&#232;res russes est aussi la leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;note&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Voir Karl Marx : Les luttes de classes en France 1848 &#224; 1850 . Dans : Marx,/Engels : &#338;uvres, Vol. 7, p.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quand Rosa Luxemburg accusait les bolcheviks de reprendre des mots d'ordre petits bourgeois</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


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&lt;p&gt;Quand Rosa Luxemburg accusait les bolcheviks de reprendre des mots d'ordre petits bourgeois, compl&#232;tement a contrario de la notion de r&#233;volution permanente qui am&#232;ne le prol&#233;tariat &#224; diriger y compris la r&#233;volution bourgeoise &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux mots d'ordre petit-bourgeois &lt;br class='autobr' /&gt;
Les bolcheviks sont les h&#233;ritiers historiques des &#034;niveleurs&#034; anglais et des jacobins fran&#231;ais. Mais la t&#226;che qui leur incombait dans la R&#233;volution russe au lendemain de la prise du pouvoir &#233;tait incomparablement plus difficile que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand Rosa Luxemburg accusait les bolcheviks de reprendre des mots d'ordre petits bourgeois, compl&#232;tement a contrario de la notion de r&#233;volution permanente qui am&#232;ne le prol&#233;tariat &#224; diriger y compris la r&#233;volution bourgeoise&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux mots d'ordre petit-bourgeois&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks sont les h&#233;ritiers historiques des &#034;niveleurs&#034; anglais et des jacobins fran&#231;ais. Mais la t&#226;che qui leur incombait dans la R&#233;volution russe au lendemain de la prise du pouvoir &#233;tait incomparablement plus difficile que celle de leurs devanciers [1]. Assur&#233;ment, le mot d'ordre de la prise et du partage des terres par les paysans &#233;tait la formule la plus br&#232;ve, la plus simple et la plus lapidaire pour atteindre un double but : d&#233;truire la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re ; lier les paysans au gouvernement r&#233;volutionnaire. Comme mesure politique pour renforcer le gouvernement socialiste-prol&#233;tarien, c'&#233;tait l&#224; une tactique excellente. Malheureusement, elle avait deux faces, et son revers, c'est que la prise directe des terres et leur partage entre les paysans n'a absolument rien de commun avec le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation socialiste de l'&#233;conomie suppose, en ce qui concerne l'agriculture, deux choses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, la nationalisation de la grande propri&#233;t&#233;, comme pr&#233;sentant le degr&#233; techniquement le plus avanc&#233; de la concentration des moyens de production agricole, qui seule peut servir de base &#224; l'&#233;conomie socialiste dans les campagnes. Si, bien entendu, il n'est pas n&#233;cessaire d'enlever au petit cultivateur son lopin de terre et si on peut lui laisser tranquillement le soin de se convaincre par lui-m&#234;me des avantages de l'exploitation collective, pour le gagner d'abord au groupement coop&#233;ratif, puis au syst&#232;me de l'exploitation collective, toute transformation socialiste de l'&#233;conomie agricole doit commencer naturellement par la grande et la moyenne propri&#233;t&#233;. Elle doit transf&#233;rer, avant tout, le droit de propri&#233;t&#233; &#224; la nation, ou, ce qui revient au m&#234;me avec un gouvernement socialiste, &#224; l'Etat, car cela seul garantit la possibilit&#233; d'organiser la production agricole sur une base socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, deuxi&#232;mement, l'une des conditions indispensables de cette transformation, c'est de supprimer l'opposition entre l'agriculture et l'industrie, qui constitue le trait caract&#233;ristique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, pour faire place &#224; une p&#233;n&#233;tration et &#224; une fusion compl&#232;te de ces deux branches de production, &#224; une transformation, tant de la production agraire que de la production industrielle, selon un point de vue commun. De quelque fa&#231;on qu'en soit pratiquement organis&#233;e la gestion, qu'elle soit confi&#233;e aux municipalit&#233;s des villes, comme certains le proposent, ou &#224; l'Etat, en tout cas, la condition pr&#233;alable est une r&#233;forme r&#233;alis&#233;e d'une fa&#231;on unitaire et dirig&#233;e par le centre, cette reforme supposant elle-m&#234;me la nationalisation du sol. Nationalisation de la grande et moyenne propri&#233;t&#233;, union de l'industrie et de l'agriculture, telles sont les deux conditions fondamentales de toute transformation socialiste de l'&#233;conomie, sans lesquelles il n'y a pas de socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le gouvernement des soviets en Russie n'ait pas r&#233;alis&#233; ces r&#233;formes consid&#233;rables, qui pourrait le lui reprocher ? Ce serait une mauvaise plaisanterie d'exiger ou d'attendre de L&#233;nine et de ses amis que, dans le court intervalle de leur domination, dans le tourbillon vertigineux des luttes int&#233;rieures et ext&#233;rieures, press&#233;s de tous c&#244;t&#233;s par des ennemis sans nombre et des r&#233;sistances insurmontables, ils r&#233;solvent l'un des probl&#232;mes les plus difficiles, nous pouvons m&#234;me dire le plus difficile, de la transformation socialiste, ou seulement s'y attaquent. Quand nous serons au pouvoir, m&#234;me en Occident et dans les conditions les plus favorables, nous nous casserons plus d'une dent sur cette noix avant d'avoir r&#233;solu m&#234;me les plus simples parmi les mille difficult&#233;s complexes de cette t&#226;che gigantesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une chose, en tout cas, qu'un gouvernement socialiste au pouvoir doit faire : c'est prendre des mesures qui aillent dans le sens de ces conditions fondamentales d'une transformation socialiste de l'agriculture. Il doit &#233;viter tout ce qui barrerait la route conduisant &#224; cette transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le mot d'ordre lanc&#233; par les bolcheviks : prise imm&#233;diate et partage des terres par les paysans, devait agir pr&#233;cis&#233;ment dans le sens inverse. Car non seulement ce n'est pas une mesure socialiste, mais elle barre la route qui y m&#232;ne, elle accumule devant la transformation socialiste de l'agriculture des difficult&#233;s insurmontables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise de possession des terres par les paysans, conform&#233;ment au mot d'ordre bref et lapidaire de L&#233;nine et de ses amis : &#034;Allez et prenez la terre ! &#034; conduisait au passage subit et chaotique de la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re non &#224; la propri&#233;t&#233; sociale, mais une nouvelle propri&#233;t&#233; priv&#233;e, et cela par l'&#233;miettement de la grande propri&#233;t&#233; en une foule de petites et moyennes propri&#233;t&#233;s, de la grande exploitation relativement avanc&#233;e en une quantit&#233; de petites exploitations primitives, travaillant, du point de vue technique, avec les m&#233;thodes de l'&#233;poque des pharaons. Mais ce n'est pas tout : par cette mesure et la fa&#231;on chaotique, purement arbitraire, dont elle fut appliqu&#233;e, les diff&#233;rences sociales dans les campagnes n'ont pas &#233;t&#233; supprim&#233;es, mais aggrav&#233;es au contraire. Quoique les bolcheviks aient recommand&#233; aux paysans de former des comit&#233;s pour faire de la prise de possession des terres de la noblesse en quelque sorte une action collective, il est clair que ce conseil d'un caract&#232;re tout &#224; fait g&#233;n&#233;ral ne pouvait rien changer &#224; la pratique v&#233;ritable et aux rapports de classes &#224; la campagne. Avec ou sans comit&#233;s, ce sont les paysans riches et les usuriers, lesquels repr&#233;sentent la bourgeoisie rurale et d&#233;tiennent, dans tous les villages russes, le pouvoir effectif, qui ont &#233;t&#233;, en r&#233;alit&#233;, les principaux profiteurs de la r&#233;volution agraire. Sans qu'il soit n&#233;cessaire de l'avoir vu de ses propres yeux, chacun peut se rendre compte que le r&#233;sultat du partage des terres n'a pas &#233;t&#233; de supprimer, mais d'accro&#238;tre au contraire l'in&#233;galit&#233; sociale et &#233;conomique au sein de la paysannerie et d'y aggraver les antagonismes de classes. Mais ce d&#233;placement de forces s'est fait au d&#233;triment des int&#233;r&#234;ts prol&#233;tariens et socialistes. Autrefois, une r&#233;forme socialiste &#224; la campagne se heurtait uniquement &#224; la r&#233;sistance d'une petite caste de grands propri&#233;taires fonciers, tant nobles que capitalistes, ainsi que d'une petite fraction de la bourgeoisie rurale, dont l'expropriation par une masse populaire r&#233;volutionnaire n'est qu'un jeu d'enfant. Maintenant, apr&#232;s la prise de possession de la terre par les paysans, l'ennemi se dresse devant toute socialisation de l'agriculture, c'est une masse &#233;norme et consid&#233;rablement grossie de paysans propri&#233;taires qui d&#233;fendront de toutes leurs forces leur propri&#233;t&#233; nouvellement acquise contre toutes les atteintes du pouvoir socialiste. Maintenant, la question de la socialisation future de l'agriculture, et par cons&#233;quent de la production, en Russie, est devenue une question de lutte entre le prol&#233;tariat des villes et la masse paysanne. A quel point cet antagonisme s'est aggrav&#233; aujourd'hui, c'est ce que prouve le boycottage des villes par les paysans, lesquels conservent par devers eux les denr&#233;es alimentaires, afin d'en tirer des profits usuraires, exactement comme font les hobereaux prussiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit paysan fran&#231;ais &#233;tait devenu le plus vaillant d&#233;fenseur de la R&#233;volution fran&#231;aise, qui lui avait donn&#233; la terre enlev&#233;e aux &#233;migr&#233;s. Il porta, comme soldat de Napol&#233;on, le drapeau fran&#231;ais &#224; la victoire, parcourut en tous sens l'Europe enti&#232;re et d&#233;truisit la f&#233;odalit&#233; dans un pays apr&#232;s l'autre. Il se peut que L&#233;nine et ses amis aient attendu un effet semblable de leur mot d'ordre agraire. Mais le paysan russe, ayant pris la terre de sa propre autorit&#233;, n'a pas song&#233; m&#234;me en r&#234;ve &#224; d&#233;fendre la Russie et la r&#233;volution, &#224; qui il la devait. Il s'est claquemur&#233; dans sa nouvelle propri&#233;t&#233;, abandonnant la r&#233;volution &#224; ses ennemis, l'Etat &#224; la ruine et la population des villes &#224; la famine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme agraire de L&#233;nine a cr&#233;&#233; pour le socialisme dans les campagnes une nouvelle et puissante couche d'ennemis, dont la r&#233;sistance sera beaucoup plus dangereuse et plus opini&#226;tre que l'&#233;tait celle de l'aristocratie fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la d&#233;faite militaire a abouti &#224; l'effondrement et &#224; la ruine de la Russie, les bolcheviks en portent incontestablement une part de responsabilit&#233;. Les difficult&#233;s objectives de la situation, les bolcheviks les ont aggrav&#233;es eux-m&#234;mes par ce mot d'ordre, qu'ils ont mis au premier plan de leur politique, du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, ou ce qui se cachait en r&#233;alit&#233; derri&#232;re ce mot d'ordre : le d&#233;p&#232;cement de la Russie. Cette formule, proclam&#233;e sans cesse avec une obstination dogmatique, du droit des diff&#233;rentes nations de l'empire russe &#224; d&#233;cider elles-m&#234;mes de leur propre sort, &#034;jusque et y compris leur s&#233;paration compl&#232;te d'avec la Russie&#034;, &#233;tait un cri de guerre particulier de L&#233;nine et ses amis dans leur lutte contre l'imp&#233;rialisme, tant celui de Milioukov que celui de Kerensky. Elle fut l'axe de leur politique int&#233;rieure apr&#232;s le coup d'Etat d'octobre. Elle constitua toute la plate-forme des bolcheviks &#224; Brest-Litovsk, la seule arme qu'ils eussent &#224; opposer &#224; la puissance de l'imp&#233;rialisme allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe, tout d'abord, dans l'obstination et l'ent&#234;tement avec lesquels L&#233;nine et ses amis se sont tenus &#224; ce mot d'ordre, c'est qu'il est en contradiction flagrante, tant avec le centralisme, si souvent affirm&#233;, de leur politique, qu'avec leur attitude &#224; l'&#233;gard des autres principes d&#233;mocratiques. Tandis qu'ils faisaient preuve du m&#233;pris le plus glacial &#224; l'&#233;gard de l'Assembl&#233;e constituante, du suffrage universel, de la libert&#233; de la presse et de r&#233;union, bref de tout l'appareil des libert&#233;s d&#233;mocratiques fondamentales des masses populaires, libert&#233;s dont l'ensemble constituait le &#034;droit de libre d&#233;termination&#034; en Russie m&#234;me, ils faisaient de ce droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes un noyau de la politique d&#233;mocratique, pour l'amour duquel il fallait faire taire toutes les consid&#233;rations pratiques de la critique r&#233;aliste. Alors qu'ils ne s'en laissaient imposer en rien par le vote populaire pour l'Assembl&#233;e constituante en Russie, vote &#233;mis sur la base du suffrage le plus d&#233;mocratique du monde et dans la pleine libert&#233; d'une r&#233;publique populaire, et que, pour de froides consid&#233;rations critiques, ils en d&#233;claraient les r&#233;sultats simplement nuls et non avenus, ils d&#233;fendaient &#224; Brest-Litovsk le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes comme le vrai palladium de toute libert&#233; et de toute d&#233;mocratie, quintessence inalt&#233;r&#233;e de la volont&#233; des peuples, et comme l'instance d&#233;cisive supr&#234;me dans la question du sort politique des nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction, qui est ici flagrante, est d'autant plus incompr&#233;hensible que, dans les formes d&#233;mocratiques de la vie politique de tous les pays, il s'agit effectivement, comme nous le verrons encore plus loin, de bases extr&#234;mement pr&#233;cieuses et m&#234;me indispensables de la politique socialiste, alors que ce fameux droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes n'est qu'une phrase creuse, une foutaise petite-bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifie ce droit en effet ? C'est un principe &#233;l&#233;mentaire de la politique socialiste, qu'elle combat, comme toute sorte d'oppression, celle d'une nation par une autre. Si, malgr&#233; tout, des hommes politiques aussi r&#233;fl&#233;chis que L&#233;nine, Trotsky et leur amis, qui n'ont que haussements d'&#233;paules ironiques pour des mots d'ordre utopiques tels que &#034;d&#233;sarmement&#034;, &#034;soci&#233;t&#233; des nations&#034;, etc., ont fait cette fois leur cheval de bataille d'une phrase creuse du m&#234;me genre, cela est d&#251;, nous semble-t-il, &#224; une sorte de politique d'opportunit&#233;. L&#233;nine et ses amis comptaient manifestement sur le fait qu'il n'y avait pas de plus s&#251;r moyen de gagner &#224; la cause de la r&#233;volution les nombreuses nationalit&#233;s allog&#232;nes que comptait l'empire russe que de leur accorder, au nom de la r&#233;volution et du socialisme, le droit absolu de disposer de leur propre sort. C'&#233;tait une politique analogue &#224; celle que les bolcheviks adoptaient &#224; l'&#233;gard des paysans russes, qu'ils pensaient gagner &#224; l'aide du mot d'ordre de prise de possession directe des terres et lier ainsi au drapeau de la r&#233;volution et du gouvernement prol&#233;tarien. Malheureusement, dans un cas comme dans l'autre, le calcul s'est r&#233;v&#233;l&#233; enti&#232;rement faux : tandis que L&#233;nine et ses amis esp&#233;raient manifestement que, parce qu'ils avaient &#233;t&#233; les d&#233;fenseurs de la libert&#233; nationale, et cela jusqu'&#224; la s&#233;paration compl&#232;te, la Finlande, l'Ukraine, la Pologne, la Lituanie, les pays baltes, le Caucase, etc., deviendraient autant d'alli&#233;s fid&#232;les de la R&#233;volution russe, nous avons pr&#233;cis&#233;ment assist&#233; au spectacle inverse : l'une apr&#232;s l'autre, toutes ces &#034;nations&#034; utilis&#232;rent la libert&#233; qu'on venait de leur octroyer pour s'allier &#224; l'imp&#233;rialisme allemand contre la R&#233;volution russe. L'interm&#232;de avec l'Ukraine &#224; Brest-Litovsk, qui a amen&#233; un tournant d&#233;cisif des n&#233;gociations et de toute la situation politique, tant int&#233;rieure qu'ext&#233;rieure, des bolcheviks, en est un exemple frappant. L'attitude de la Finlande, de la Pologne, de la Lituanie, des pays baltes, et des nations du Caucase, montre de la fa&#231;on la plus convaincante que nous n'avons pas affaire ici &#224; une exception fortuite, mais &#224; un ph&#233;nom&#232;ne typique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assur&#233;ment, dans tous les cas, ce ne sont pas les &#034;nations&#034; qui ont fait cette politique r&#233;actionnaire, mais seulement les classes bourgeoises et petites-bourgeoises, qui, en opposition compl&#232;te avec les masses prol&#233;tariennes de leur pays, ont fait de ce &#034;droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes&#034; un instrument de leur politique contre-r&#233;volutionnaire. Mais - et nous touchons ici au n&#339;ud du probl&#232;me -, le caract&#232;re utopique, petit-bourgeois, de ce mot d'ordre nationaliste consiste pr&#233;cis&#233;ment en ceci, que, dans la dure r&#233;alit&#233; de la soci&#233;t&#233; de classes, surtout dans une p&#233;riode d'antagonismes extr&#234;mes, il se transforme en un moyen de domination de la classe bourgeoise. Les bolcheviks devaient apprendre &#224; leurs d&#233;pens et &#224; ceux de la r&#233;volution que, sous le r&#232;gne du capitalisme, il n'y a pas de libre d&#233;termination des peuples, que, dans une soci&#233;t&#233; de classes, chaque classe de la nation cherche &#224; se&#034;d&#233;terminer&#034; d'une mani&#232;re diff&#233;rente, que, pour les classes bourgeoises, les consid&#233;rations de libert&#233; nationale passent compl&#232;tement apr&#232;s celles de la domination de classe. La bourgeoisie finlandaise, comme la petite-bourgeoisie ukrainienne, &#233;taient enti&#232;rement d'accord pour pr&#233;f&#233;rer la domination allemande &#224; la libert&#233; nationale, d&#232;s que celle-ci devait &#234;tre li&#233;e au danger du &#034;bolchevisme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espoir de changer ces rapports r&#233;els de classes en leur contraire au moyen des &#034;pl&#233;biscites&#034;, qui constituaient le principal objet des d&#233;lib&#233;rations de Brest-Litovsk, et, en se basant sur les sentiments de la masse populaire, d'obtenir un vote en faveur du rattachement &#224; la R&#233;volution russe, cet espoir t&#233;moignait, s'il &#233;tait sinc&#232;re, d'un optimisme incompr&#233;hensible de la part de L&#233;nine et de Trotsky ; s'il n'&#233;tait qu'une man&#339;uvre tactique dans la lutte avec la politique de force allemande, c'&#233;tait un jeu dangereux. M&#234;me sans l'occupation militaire allemande, le fameux &#034;pl&#233;biscite&#034;, &#224; supposer qu'on en serait venu l&#224; dans les pays limitrophes, e&#251;t, vu l'&#233;tat d'esprit de la masse paysanne et des couches importantes de prol&#233;taires encore indiff&#233;rents, les tendances r&#233;actionnaires de la petite-bourgeoise et les mille moyens dont disposait la bourgeoisie pour influencer le vote, donn&#233; partout un r&#233;sultat dont les bolcheviks n'eussent pas eu lieu de se f&#233;liciter. On peut, dans ces probl&#232;mes de pl&#233;biscite sur la question nationale, admettre comme une r&#232;gle absolue que les classes dominantes s'arrangent ou bien pour l'emp&#234;cher, quand il ne fait pas leur jeu, ou, s'il y a lieu, pour en influencer les r&#233;sultats &#224; l'aide de toutes les man&#339;uvres qui font pr&#233;cis&#233;ment que nous ne pourrons jamais introduire le socialisme par voie de pl&#233;biscite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que la question des revendications et tendances nationales ait &#233;t&#233; jet&#233;e en plein milieu des luttes r&#233;volutionnaires, et, par le trait&#233; de Brest-Litovsk, port&#233;e au premier plan et m&#234;me consid&#233;r&#233;e comme le &#034;schibboleth&#034; [2] de la politique socialiste et r&#233;volutionnaire, ce fait a jet&#233; le plus grand trouble dans les rangs du socialisme et a &#233;branl&#233; les positions du prol&#233;tariat pr&#233;cis&#233;ment dans les pays limitrophes. En Finlande, le prol&#233;tariat socialiste, aussi longtemps qu'il luttait en tant que partie int&#233;grante de la phalange r&#233;volutionnaire de Russie, avait d&#233;j&#224; conquis une position dominante. Il poss&#233;dait la majorit&#233; &#224; la Di&#232;te, dans l'arm&#233;e, il avait r&#233;duit la bourgeoisie &#224; une impuissance compl&#232;te, et &#233;tait ma&#238;tre de la situation dans le pays. L'Ukraine russe avait &#233;t&#233;, au d&#233;but du si&#232;cle, alors que les folies du &#034;nationalisme ukrainien&#034;, avec les &#034;Karbovantse&#034; et les &#034;Universals&#034; [3] de m&#234;me que le &#034;dada&#034; de L&#233;nine d'une &#034;Ukraine ind&#233;pendante&#034; n'avaient pas encore &#233;t&#233; invent&#233;s, la forteresse du mouvement r&#233;volutionnaire russe. C'est de l&#224;, de Rostov, d'Odessa, de la r&#233;gion du Don, qu'avaient jailli les premiers torrents de lave de la r&#233;volution (d&#232;s les ann&#233;es 1902-1904), qui embras&#232;rent rapidement toute la Russie du Sud, pr&#233;parant ainsi l'explosion de 1905. Le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne se reproduisit dans la r&#233;volution actuelle, o&#249; le prol&#233;tariat de la Russie du Sud fournit les troupes d'&#233;lite de la phalange prol&#233;tarienne. La Pologne et les Etats baltes &#233;taient, depuis 1905, les foyers les plus ardents et les plus s&#251;rs de la r&#233;volution, o&#249; le prol&#233;tariat socialiste joue un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comment se fait-il que, dans ces pays, la contre-r&#233;volution ait brusquement triomph&#233; ? C'est que, pr&#233;cis&#233;ment, le mouvement nationaliste a, en le d&#233;tachant de la Russie, paralys&#233; le prol&#233;tariat, et l'a livr&#233; &#224; la bourgeoisie nationale. Au lieu de viser, selon l'esprit m&#234;me de la nouvelle politique internationale de classe, qu'ils repr&#233;sentaient par ailleurs, &#224; grouper en une masse la plus compacte possible les forces r&#233;volutionnaires sur tout le territoire de l'empire russe, en tant que territoire de la r&#233;volution, d'opposer, en tant que commandement supr&#234;me de leur politique, la solidarit&#233; des prol&#233;taires de toutes les nationalit&#233;s &#224; l'int&#233;rieur de l'empire russe &#224; toutes les s&#233;parations nationalistes, les bolcheviks ont, par leur mot d'ordre nationaliste retentissant du &#034;droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, jusque et y compris la s&#233;paration compl&#232;te&#034;, fourni &#224; la bourgeoisie, dans tous les pays limitrophes, le pr&#233;texte le plus commode, on pourrait m&#234;me dire la banni&#232;re, pour leur politique contre-r&#233;volutionnaire. Au lieu de mettre en garde les prol&#233;taires dans les pays limitrophes contre tout s&#233;paratisme, comme pi&#232;ge de la bourgeoisie, ils ont, au contraire, par leur mot d'ordre, &#233;gar&#233; les masses, les livrant ainsi &#224; la d&#233;magogie des classes poss&#233;dantes. Ils ont, par cette revendication nationaliste, provoqu&#233;, pr&#233;par&#233; eux-m&#234;mes, le d&#233;p&#232;cement de la Russie, et mis ainsi aux mains de leurs propres ennemis le poignard qu'ils devaient plonger au c&#339;ur de la R&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, sans l'aide de l'imp&#233;rialisme allemand, sans &#034;les crosses allemandes dans les poings allemands&#034;, &#233;crivait la Neue Zeit de Kautsky, jamais les Lubinsky et autres canailles de l'Ukraine, jamais les Erich, les Mannerheim [4] en Finlande, et les barons baltes, ne seraient venus &#224; bout des masses prol&#233;tariennes socialistes de leur pays. Mais le s&#233;paratisme national fut le cheval de Troie, gr&#226;ce auquel les &#034;camarades&#034; allemands ont &#233;t&#233; introduits, fusil au poing, dans tous ces pays. Certes, ce sont les antagonismes de classes r&#233;els et les rapports de forces militaires qui ont amen&#233; l'intervention de l'Allemagne. Mais ce sont les bolcheviks qui ont fourni l'id&#233;ologie &#224; l'aide de laquelle on masque cette campagne de la contre-r&#233;volution, renfor&#231;ant ainsi les positions de la bourgeoisie et affaiblissant celles du prol&#233;tariat. La meilleure preuve en est l'Ukraine, qui devait jouer un r&#244;le si n&#233;faste dans les destin&#233;es de la R&#233;volution russe. Le nationalisme ukrainien &#233;tait en Russie quelque chose de tout &#224; fait diff&#233;rent de ce qu'&#233;tait par exemple le nationalisme tch&#232;que, polonais ou finlandais, une simple lubie, une sorte de manie de quelques douzaines d'intellectuels petits-bourgeois, n'ayant aucune base dans les conditions &#233;conomiques, politiques ou intellectuelles du pays, ne s'appuyant sur aucune tradition historique, &#233;tant donn&#233; que l'Ukraine n'a jamais constitu&#233; une nation ou un Etat ind&#233;pendant, n'a jamais poss&#233;d&#233; une culture nationale, en dehors de quelques po&#233;sies romantico-r&#233;actionnaires, et n'e&#251;t par cons&#233;quent pas pu devenir un organisme politique sans le cadeau de bapt&#234;me du &#034;droit des peuples &#224; disposer d'eux m&#234;mes&#034; [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sorte de phras&#233;ologie a parfois dans l'histoire des luttes de classes une importance tr&#232;s r&#233;elle. C'est une v&#233;ritable fatalit&#233; pour le socialisme que, dans cette guerre mondiale, il lui ait &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; de fournir des mots d'ordre &#224; la politique contre-r&#233;volutionnaire. Au moment de la d&#233;claration de guerre, la social-d&#233;mocratie allemande se h&#226;ta de couvrir le brigandage de l'imp&#233;rialisme allemand d'un manteau id&#233;ologique tir&#233; du magasin d'accessoires du marxisme, en d&#233;clarant qu'elle &#233;tait la guerre de lib&#233;ration contre le tsarisme russe que souhaitaient nos vieux ma&#238;tres. Avec le mot d'ordre du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, il &#233;tait r&#233;serv&#233; aux adversaires des socialistes de gouvernement, aux bolcheviks, d'apporter de l'eau au moulin de la contre-r&#233;volution et de fournir ainsi un pr&#233;texte id&#233;ologique, non seulement pour l'&#233;crasement de la R&#233;volution russe elle-m&#234;me, mais pour la liquidation contre-r&#233;volutionnaire projet&#233;e de la guerre mondiale. Sous ce rapport, nous avons de bonnes raisons d'examiner de tr&#232;s pr&#232;s la politique des bolcheviks. Le &#034;droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes&#034;, accoupl&#233; &#224; la &#034;soci&#233;t&#233; des nations&#034; et au &#034;d&#233;sarmement&#034;, par la gr&#226;ce de Wilson, est le cri de guerre sous lequel se d&#233;roulera le conflit imminent entre le socialisme international et le monde bourgeois. Il est clair que ce mot d'ordre et toute l'id&#233;ologie nationale, qui constituent actuellement le plus grand danger pour le socialisme international, ont re&#231;u pr&#233;cis&#233;ment de la R&#233;volution russe et des n&#233;gociations de Brest-Litovsk un renforcement extraordinaire. Nous aurons encore &#224; nous occuper en d&#233;tail de cette plate-forme. Les cons&#233;quences tragiques de ce mot d'ordre dans la R&#233;volution russe, aux &#233;pines duquel les bolcheviks devaient se prendre et s'&#233;corcher jusqu'au sang, doivent servir au prol&#233;tariat international d'avertissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout cela est sortie la dictature de l'Allemagne. Du trait&#233; de Brest-Litovsk au &#034;trait&#233; annexe&#034; ! Les 200 victimes expiatoires de Moscou. C'est de l&#224; que sont venus la terreur et l'&#233;crasement de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Importance de la question agraire. D&#232;s 1905. Puis, dans la troisi&#232;me Douma, les paysans de droite ! Question paysanne et d&#233;fense nationale. Arm&#233;e. (Notes de R. Luxemburg non r&#233;dig&#233;es)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Mot de passe d'une secte juive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Les Karbovantse &#233;taient la monnaie frapp&#233;e en Ukraine. L'Universal &#233;tait l'assembl&#233;e nationale de toute l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Mannerheim, Karl-Gustav-Emil (1867-1951). Officier russe, il servit dans la guerre russo-japonaise puis dans la premi&#232;re guerre mondiale. Commandant en chef des arm&#233;es blanches dans la guerre civile finlandaise, il fut, de 1918 &#224; 1919, r&#233;gent de Finlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] C'est absolument comme si, un beau matin les gens de la Wasserkante voulaient fonder sur Fritz Reuter une nouvelle nation et un Etat bas-allemand. Et ce sont ces bouffonneries insens&#233;es de quelques professeurs et &#233;tudiants d'universit&#233; que L&#233;nine et consorts ont, par leur agitation doctrinaire au nom du &#034;droit &#224; l'autod&#233;termination jusque et y compris, etc.&#034;, gonfl&#233;es artificiellement en un facteur politique. A ce qui n'&#233;tait au d&#233;but que farce, ils ont donn&#233; une telle importance qu'elle devint la plus sanglante des gravit&#233;s : non pas un mouvement national s&#233;rieux, qui n'a de toutes fa&#231;ons toujours pas de racines, mais une enseigne et un fanion de rassemblement pour la contre-r&#233;volution ! C'est de cette bulle d'air que les ba&#239;onnettes allemandes ont ramp&#233; jusqu'&#224; Brest-Litovsk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution russe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/luxembur/revo-rus/rrus3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/luxembur/revo-rus/rrus3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La l&#233;gende de Staline-Zinoviev du &#171; trotskisme &#187; anti-l&#233;niniste, d&#233;velopp&#233;e par Radek</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8038</link>
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		<dc:date>2024-11-18T23:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;La l&#233;gende de Staline-Zinoviev du &#171; trotskisme &#187; anti-l&#233;niniste, d&#233;velopp&#233;e par Radek &lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'appr&#234;tais donc &#224; commencer ce travail de pol&#233;mique peu engageant contre Zinoviev et Staline et, pour me reposer aux heures libres, j'avais d&#233;j&#224; mis de c&#244;t&#233; quelques volumes de nos &#233;crivains classiques (le scaphandrier lui-m&#234;me est oblig&#233; de remonter de temps en temps &#224; la surface pour respirer un peu d'air frais), lorsqu'on mit en circulation l'article de Radek, qui &#233;tablissait une opposition &#034; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La l&#233;gende de Staline-Zinoviev du &#171; trotskisme &#187; anti-l&#233;niniste, d&#233;velopp&#233;e par Radek&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je m'appr&#234;tais donc &#224; commencer ce travail de pol&#233;mique peu engageant contre Zinoviev et Staline et, pour me reposer aux heures libres, j'avais d&#233;j&#224; mis de c&#244;t&#233; quelques volumes de nos &#233;crivains classiques (le scaphandrier lui-m&#234;me est oblig&#233; de remonter de temps en temps &#224; la surface pour respirer un peu d'air frais), lorsqu'on mit en circulation l'article de Radek, qui &#233;tablissait une opposition &#034; approfondie &#034; entre la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente et les opinions de L&#233;nine sur le m&#234;me probl&#232;me. Je voulus d'abord ne pas pr&#234;ter attention &#224; cet ouvrage et ne pas me d&#233;tourner du m&#233;lange de coton non comprim&#233; et de soies de cochon hach&#233;es que le sort m'avait r&#233;serve. Mais toute une s&#233;rie de lettres d'amis me fit relire attentivement le travail de Radek. J'en arrivai &#224; la conclusion qu'il &#233;tait pire que la litt&#233;rature officielle, surtout pour les gens qui pensent d'une mani&#232;re s&#233;rieuse et ind&#233;pendante, sans suivre les ordres d'autrui, et qui veulent apprendre le marxisme. Radek &#233;tait plus nocif, en ce sens que plus l'opportunisme est masqu&#233; et pourvu d'une bonne r&#233;putation personnelle en politique, plus il est dangereux, Radek &#233;tait un de mes meilleurs amis politiques. Les &#233;v&#233;nements de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente l'avaient prouv&#233; assez clairement. Toutefois, pendant les derniers mois, beaucoup de camarades avaient suivi avec inqui&#233;tude l'&#233;volution de Radek qui passa de l'extr&#234;me-gauche &#224; la droite de l'opposition. Nous tous, amis intimes de Radek, savons bien qu'il joint &#224; ses brillantes qualit&#233;s politiques et litt&#233;raires une sensibilit&#233; et une impulsivit&#233; exag&#233;r&#233;es : dans des conditions de travail collectif, elles constituent une source pr&#233;cieuse d'initiative et de critique ; mais, dans l'isolement, elles peuvent aussi donner de tous autres fruits. Le dernier ouvrage de Radek, compar&#233; &#224; ses travaux et discours pr&#233;c&#233;dents, nous oblige &#224; reconna&#238;tre que Radek a perdu la boussole, ou que sa boussole a subi l'influence persistante d'anomalies magn&#233;tiques. L'ouvrage de Radek ne repr&#233;sente point une excursion &#233;pisodique dans le pass&#233; : non, c'est un appui qu'il offre &#224; la politique officielle, avec toute sa mythologie th&#233;orique, un appui qui n'a pas &#233;t&#233; m&#251;rement pr&#233;par&#233;, mais qui n en est pas moins dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En caract&#233;risant plus haut la fonction politique remplie par la lutte actuelle contre le &#034; trotskisme &#034;, je ne voulais &#233;videmment pas dire que la critique int&#233;rieure, en particulier, la critique de mes anciennes divergences avec L&#233;nine, est inadmissible au sein de l'opposition qui s'est form&#233;e comme un rempart marxiste contre la r&#233;action politique et id&#233;ologique. Au contraire, un tel travail de critique et d'analyse serait tr&#232;s utile, &#224; condition, toutefois, de tenir compte de la perspective historique, de faire une &#233;tude approfondie des sources et des documents, et d'&#233;clairer les divergences du pass&#233; &#224; la lumi&#232;re des luttes d'aujourd'hui. Tout cela fait compl&#232;tement d&#233;faut chez Radek. Tout en ayant l'air de ne pas le remarquer, il est tout simplement pris ans le cercle de la lutte contre le &#034; trotskisme &#034;, il fait des citations unilat&#233;rales et se sert de leur interpr&#233;tation officielle qui est fonci&#232;rement fausse. L&#224; o&#249; il semble se s&#233;parer de la campagne officielle, c'est d'une mani&#232;re tellement &#233;quivoque qu'il lui rend en r&#233;alit&#233; le service d'appara&#238;tre comme un t&#233;moin &#034; impartial &#034;. Le dernier ouvrage de Radek offre l'exemple habituel de la d&#233;gringolade id&#233;ologique : on n'y retrouve plus la perspicacit&#233; politique ni la perfection litt&#233;raire de l'auteur, C'est un travail sans perspective, en dehors des trois dimensions, construit sur le seul plan des citations, c'est un travail r&#233;ellement plat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles n&#233;cessit&#233;s politiques l'ont engendr&#233; ? Ce sont les divergences entre Radek et la majorit&#233; &#233;crasante de l'opposition au sujet de la R&#233;volution chinoise. Il est vrai qu'il se trouve des gens pour dire que les divergences sur la Chine ne sont pas aujourd'hui &#034; d'actualit&#233; &#034; (Preobrajensky). De telles affirmations ne m&#233;ritent m&#234;me pas une r&#233;plique s&#233;rieuse. Tout le bolchevisme s'est form&#233; et s'est d&#233;velopp&#233; par la critique et l'assimilation de l'exp&#233;rience de 1905, qui fut r&#233;ellement v&#233;cue par la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration bolchevique. Et aujourd'hui, quels autres &#233;v&#233;nements pourraient servir de le&#231;on aux nouvelles g&#233;n&#233;rations de r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens, sinon l'exp&#233;rience, encore palpitante, encore fumante de sang, de la r&#233;cente R&#233;volution chinoise ? Seuls des p&#233;dants inanim&#233;s peuvent &#034; ajourner &#034; les probl&#232;mes de la R&#233;volution chinoise sous pr&#233;texte de les &#233;tudier en toute tranquillit&#233;. Cette fa&#231;on d'agir est d'autant plus r&#233;pugnante pour les bolcheviks-l&#233;ninistes que les r&#233;volutions dans les pays d'Orient ne sont pas du tout ray&#233;es de l'ordre du jour, et que personne ne peut fixer les dates de leur d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour justifier sa fausse position au sujet de la R&#233;volution chinoise, Radek essaye de recourir, en les post-datant, &#224; mes anciennes divergences avec L&#233;nine, dont il fait un tableau partial et d&#233;figur&#233;. C'est ici qu'il est oblig&#233; d'emprunter des armes &#224; un arsenal &#233;tranger et de naviguer sans boussole dans une passe &#233;trang&#232;re. Amicus Radek, sed magis amica veritas[2]. Je me sens oblig&#233; de diff&#233;rer de nouveau la r&#233;daction de mon grand ouvrage sur les probl&#232;mes de la r&#233;volution afin de r&#233;pondre &#224; Radek. Les questions touch&#233;es sont trop importantes et elles sont pos&#233;es d'une fa&#231;on trop directe pour qu'on puisse les passer sous silence. Je me trouve, cependant, en face de trois sortes de difficult&#233;s : le grand nombre et la vari&#233;t&#233; des erreurs de Radek, la quantit&#233; consid&#233;rable d'&#233;v&#233;nements historiques et litt&#233;raires qui, depuis vingt-trois ans (1905-1928), d&#233;mentent Radek, le temps insuffisant que je puis consacrer &#224; ce travail au moment o&#249; mon attention est attir&#233;e par les probl&#232;mes &#233;conomiques qui occupent l'avant-sc&#232;ne de l'U. R. S. S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re de mon livre est d&#233;termin&#233; par toutes ces conditions. Il n'&#233;puise pas le sujet. Il n'est pas complet, &#233;tant donn&#233; qu'il fait partie de toute la s&#233;rie de mes ouvrages pr&#233;c&#233;dents, et qu'il se rattache avant tout &#224; Critique du projet de programme de l'Internationale communiste. Je n'ai pu utiliser de nombreux faits et mat&#233;riaux que j'ai rassembl&#233;s sur cette question. Je les laisse de c&#244;t&#233; jusqu'au moment o&#249; j'&#233;crirai un livre contre les &#233;pigones, c'est-&#224;-dire contre l'id&#233;ologie officielle de la p&#233;riode de r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage de Radek sur la r&#233;volution permanente aboutit &#224; cette conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La nouvelle fraction du parti [l'opposition] est menac&#233;e par l'apparition de tendances qui s&#233;pareront la r&#233;volution prol&#233;tarienne, au cours de son d&#233;veloppement, de son alli&#233;e, la paysannerie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est tout de suite frapp&#233; que cette conclusion tir&#233;e dans la seconde moiti&#233; de 1928 au sujet de la &#034; nouvelle &#034; fraction du parti, soit pr&#233;sent&#233;e comme neuve. Car on l'a entendue sans cesse depuis l'automne 1923. Comment Radek justifie-t-il donc son adh&#233;sion &#224; la th&#232;se officielle ? Il ne suit pas des chemins nouveaux : il ne fait que retourner &#224; la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. En 1924-1925, Radek s'appr&#234;ta souvent &#224; &#233;crire une brochure pour d&#233;montrer que la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente et la formule de L&#233;nine sur la dictature d&#233;mocratique du prol&#233;tariat et de la paysannerie, consid&#233;r&#233;es au point de vue historique, &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience de trois r&#233;volutions, ne pouvaient en aucune mani&#232;re &#234;tre oppos&#233;es l'une &#224; l'autre, qu'au contraire, elles co&#239;ncidaient dans leurs points essentiels. Maintenant, apr&#232;s avoir &#034; &#233;tudi&#233; &#034; de nouveau la question &#034;, comme il l'&#233;crivit &#224; l'un de nos camarades, Radek en arrive &#224; la conclusion que l'ancienne th&#233;orie de la permanence pr&#233;sente un grand danger pour la &#034; nouvelle &#034; fraction du parti, car elle contient ni plus ni moins que la menace d'une rupture avec la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de quelle fa&#231;on Radek a-t-il &#034; &#233;tudi&#233; de nouveau la question &#034; ? Voici quelques donn&#233;es communiqu&#233;es par lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'ai pas sous la main les d&#233;finitions que Trotsky avait formul&#233;es en 1905 dans la pr&#233;face &#224; la Guerre civile en France de Marx et dans Notre r&#233;volution &#224; la m&#234;me &#233;poque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dates ne sont pas tout &#224; fait exactes, mais cela ne vaut pas la peine de s'y arr&#234;ter. L'essentiel r&#233;side dans le fait que le seul travail o&#249; j'ai expos&#233; plus ou moins syst&#233;matiquement mes opinions sur le d&#233;veloppement de la r&#233;volution est le grand article Bilan et perspectives (p. 224-286 du livre Notre r&#233;volution, Petersbourg 1906). L'article paru dans le journal polonais de Rosa Luxembourg et de Tychko (1909) - le seul que Radek mentionne mais dont il explique le contenu d'apr&#232;s Kamenev, h&#233;las ! - n'a jamais pr&#233;tendu &#234;tre complet et achev&#233;. Au point de vue th&#233;orique, cet article s'appuyait sur le livre Notre r&#233;volution. Personne n'est oblig&#233; de relire ce livre aujourd'hui. Depuis sa publication, nous avons vu de tels &#233;v&#233;nements et nous en avons tir&#233; de tels le&#231;ons et enseignements que je trouve tout simplement r&#233;pugnante la mani&#232;re actuelle des &#233;pigones d'envisager les nouveaux probl&#232;mes historiques non &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience vivante des r&#233;volutions d&#233;j&#224; accomplies, mais &#224; la lueur de citations qui ont trait &#224; la fa&#231;on dont nous pr&#233;voyions alors les r&#233;volutions &#224; venir. Cela ne veut pas dire, bien entendu, que Radek n'avait pas le droit d'examiner le probl&#232;me d'un point de vue historique et litt&#233;raire. .Mais il fallait alors le faire bien. Radek essaie d'exposer l'histoire de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente au cours d'un quart de si&#232;cle, mais cela ne l'emp&#234;che pas de dire en passant qu'il n'a pas &#034; sous la main &#034; pr&#233;cis&#233;ment les travaux dans lesquels j'ai d&#233;velopp&#233; cette th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai que L&#233;nine n'a jamais pris connaissance de l'ouvrage fondamental mentionn&#233; ci-dessus : je m'en suis convaincu &#224; la lecture de ses anciens articles. Cela s'explique probablement non pas tant parce que Notre r&#233;volution, paru en 1906, fut aussit&#244;t confisqu&#233; tandis que nous &#233;tions tous oblig&#233;s d'&#233;migrer, que par le fait que ce livre consistait pour les trois quarts dans la reproduction de vieux articles : plus tard beaucoup de camarades m'avou&#232;rent ne pas l'avoir lu car ils croyaient qu'il s'agissait exclusivement d'un recueil de mes anciens travaux. En tout cas, les objections pol&#233;miques de L&#233;nine, rares et isol&#233;es, contre la r&#233;volution permanente sont fond&#233;es presque exclusivement sur la pr&#233;face de Parvus &#224; ma brochure Avant le 9 janvier 1905, sur sa proclamation Sans le tsar que j'ignore compl&#232;tement, et sur les discussions int&#233;rieures de L&#233;nine avec Boukharine et les autres. Jamais nulle part L&#233;nine n'analyse ni ne cite, m&#234;me en passant, mon Bilan et perspectives. Certaines de ses objections contre la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente qui n'ont absolument rien &#224; faire avec moi, prouvent tout &#224; fait clairement que L&#233;nine n'a pas lu ce travail [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait n&#233;anmoins bien erron&#233; de penser que le &#034; l&#233;ninisme &#034; de L&#233;nine se r&#233;duisait &#224; cela. Radek cependant semble bien &#234;tre de cet avis. En tout cas, son article d&#233;montre non seulement qu'il n'avait pas &#034; sous la main &#034; mes travaux fondamentaux, mais aussi semble-t-il qu'il ne les a jamais lus ou qu'il les a lus bien avant la r&#233;volution d'Octobre et qu'il en a gard&#233; un souvenir tr&#232;s estomp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'affaire ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Si, en 1905 ou en 1909, il &#233;tait admissible et m&#234;me in&#233;vitable, &#233;tant donn&#233; l'atmosph&#232;re de scission, de pol&#233;miquer au sujet d'articles d'actualit&#233; et m&#234;me &#224; propos de phrases d&#233;tach&#233;es d'articles isol&#233;s, - le r&#233;volutionnaire-marxiste qui donne aujourd'hui un aper&#231;u r&#233;trospectif d'une gigantesque p&#233;riode historique est oblig&#233; de se poser la question ; comment les formalit&#233;s discut&#233;es furent-elles adapt&#233;es &#224; la r&#233;alit&#233;, comment ont-elles &#233;t&#233; refl&#233;t&#233;es et interpr&#233;t&#233;es dans l'action ? Et quelle en fut l'inspiration tactique ? Si Radek s'&#233;tait donn&#233; la peine de feuilleter au moins les deux premi&#232;res parties de Notre premi&#232;re r&#233;volution (le second volume de mes Oeuvres), il n'aurait pas os&#233; &#233;crire son ouvrage ou, en tout cas, il en aurait supprim&#233; toute une s&#233;rie d'affirmations pr&#233;cipit&#233;es. Du moins je l'esp&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radek en aurait appris avant tout que la r&#233;volution permanente n'a jamais signifi&#233; pour moi la volont&#233; de sauter par-dessus l'&#233;tape d&#233;mocratique de la r&#233;volution, ou pardessus l'une quelconque de ses phases particuli&#232;res. Il aurait vu que j'avais formul&#233; les objectifs des prochaines &#233;tapes de la r&#233;volution de 1905 tout &#224; fait de la m&#234;me mani&#232;re que L&#233;nine, et ce en d&#233;pit du fait que je v&#233;cus toute l'ann&#233;e 1905 ill&#233;galement en Russie sans relations avec l'&#233;migration. Il aurait su que les principales proclamations aux paysans, publi&#233;es en 1905 par l'Imprimerie bolchevique centrale, furent &#233;crites par moi ; que la r&#233;daction du journal Vie nouvelle, dirig&#233; par L&#233;nine, d&#233;fendit &#233;nergiquement, dans une note &#233;ditoriale, mon article sur la r&#233;volution permanente publi&#233; dans Natchalo, que la Vie nouvelle l&#233;niniste, ainsi que L&#233;nine lui-m&#234;me, soutinrent et d&#233;fendirent toujours les r&#233;solutions du soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers, dont j'&#233;tais l'auteur et m&#234;me, neuf fois sur dix, le rapporteur ; qu'apr&#232;s la d&#233;faite de d&#233;cembre 1905, j'&#233;crivis en prison une brochure sur la tactique o&#249; je voyais le probl&#232;me strat&#233;gique principal dans l'union de l'offensive prol&#233;tarienne avec la r&#233;volution agraire des paysans, que L&#233;nine publia cette brochure aux &#233;ditions bolcheviques La Vague nouvelle et m'envoya par Knouniantz son approbation tr&#232;s &#233;nergique ; et enfin qu'au congr&#232;s de Londres, en 1907, L&#233;nine parla de ma &#034; solidarit&#233; &#034; avec le bolchevisme dont je partageais les opinions sur la paysannerie et sur la bourgeoisie lib&#233;rale. Tout cela est inexistant pour Radek : il ne l'avait probablement pas non plus &#034; sous la main &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quelle est l'attitude de Radek envers les travaux de L&#233;nine ? Elle n'est pas meilleure. Il se borne &#224; citer des passages que L&#233;nine &#233;crivit contre moi, mais &#224; l'adresse des autres (par exemple, Boukharine et Radek ; Radek lui-m&#234;me se reconna&#238;t franchement). Radek n'a pas r&#233;ussi &#224; trouver un seul texte nouveau contre moi ; il n'a fait qu'utiliser cette collection de citations, pr&#233;par&#233;e d'avance, et que presque tous les citoyens de l'U. R. S. S, ont actuellement &#034; sous la main &#034;. Radek n'a fait qu'y ajouter quelques citations o&#249; L&#233;nine enseigne aux anarchistes et aux socialistes-r&#233;volutionnaires des v&#233;rit&#233;s universellement connues sur la diff&#233;rence entre la r&#233;publique bourgeoise et le socialisme ; selon Radek, ces citations se retournent contre moi. C'est inimaginable, mais c'est ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radek passe tout &#224; fait sous silence les anciennes d&#233;clarations de L&#233;nine o&#249;, avec une r&#233;serve et une parcimonie qui ne donnent que plus de poids &#224; ses paroles, il constate ma solidarit&#233; avec le bolchevisme dans les questions fondamentales. Il ne faut jamais oublier les conditions dans lesquelles L&#233;nine fit ces d&#233;clarations ; c'&#233;tait &#224; l'&#233;poque o&#249; je n'appartenais pas &#224; la fraction bolchevique et o&#249; L&#233;nine m'attaquait impitoyablement (et tout &#224; fait ,justement) &#224; cause de mon attitude conciliatrice et de l'espoir que j'avais d'une &#233;volution des mencheviks vers la gauche, et non &#224; cause de la r&#233;volution permanente, au sujet de laquelle L&#233;nine se borna &#224; quelques objections &#233;pisodiques. L&#233;nine se soucia beaucoup plus de la lutte contre la tendance &#224; la conciliation que de la &#034; justesse &#034; des coups pol&#233;miques port&#233;s au &#034; conciliateur &#034; Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1924, d&#233;fendant contre moi l'attitude de Zinoviev en Octobre 1917, Staline &#233;crivit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le camarade Trotsky n'a compris ni la valeur ni le but des lettres de L&#233;nine [concernant Zinoviev, L. T.] Dans ses lettres, L&#233;nine met parfois au premier plan des erreurs &#233;ventuelles, celles qu'on aurait pu commettre, et il les critique par avance pour pr&#233;venir le parti et le garantir contre elles ; ou bien il exag&#232;re les petites choses, &#034; fait d'une mouche un &#233;l&#233;phant &#034; dans le m&#234;me but p&#233;dagogique&#8230; Mais tirer de lettres pareilles (et L&#233;nine en a beaucoup &#233;crit) des conclusions sur des divergences &#034; tragiques &#034; et jouer de la trompette &#224; cette occasion, cela signifie ne pas comprendre L&#233;nine, ne pas conna&#238;tre L&#233;nine. &#187; (J. Staline, Trotskisme ou l&#233;ninisme, 1924.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e y est exprim&#233;e d'une fa&#231;on grossi&#232;re - &#034; le style, c'est l'homme &#034; - mais l'essence en est juste, bien qu'elle ne puisse pas &#234;tre appliqu&#233;e aux divergences d'octobre 1917, qui eurent plus d'importance qu'une &#034; mouche &#034;. Mais si L&#233;nine recourait aux exag&#233;rations &#034; p&#233;dagogiques &#034; et &#224; la pol&#233;mique pr&#233;ventive &#224; l'&#233;gard des camarades les plus proches dans sa propre fraction, il est tout naturel qu'il ait us&#233; des m&#234;mes proc&#233;d&#233;s &#224; l'&#233;gard d'une personne qui pr&#234;chait la conciliation et se trouvait en ce temps-l&#224; en dehors de la fraction bolchevique. Radek n'a m&#234;me pas song&#233; &#224; joindre &#224; ces anciennes citations ce correctif n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pr&#233;face &#233;crite en 1922 &#224; mon livre 1905, je signalais que le pronostic de l'&#233;ventualit&#233; de la dictature du prol&#233;tariat en Russie avant les pays avanc&#233;s s'&#233;tait v&#233;rifi&#233; douze ans apr&#232;s avoir &#233;t&#233; formul&#233;. Radek, suivant un mod&#232;le peu s&#233;duisant, pr&#233;sente l'affaire comme si j'avais oppos&#233; ce pronostic &#224; la ligne strat&#233;gique de L&#233;nine. Cette pr&#233;face cependant ne laisse aucun doute sur le fait que, dans le pronostic de la r&#233;volution permanente, je ne souligne que les traits essentiels qui co&#239;ncident avec la ligne strat&#233;gique du bolchevisme. Si, dans une de mes notes explicatives, je parle du &#034; r&#233;armement &#034; du parti au d&#233;but de 1917, ce n'est pas pour pr&#233;tendre que L&#233;nine aurait reconnu comme &#034; erron&#233; &#034; le chemin ant&#233;rieurement suivi par le parti ; j'entendais par-l&#224; que, par bonheur pour la r&#233;volution, L&#233;nine, bien que tardivement, arriva toutefois en temps opportun en Russie pour forcer le parti &#224; renoncer au mot d'ordre surann&#233; de la &#034; dictature d&#233;mocratique &#034;, auquel continuaient &#224; s'accrocher les Staline, les Kamenev, les Rykov les Molotov et autres. Il n'y a rien d'&#233;tonnant que les Kamenev s'indignent lorsqu'on mentionne le &#034; r&#233;armement &#034; : il fut dirig&#233; contre eux. Mais Radek ? Son indignation ne date que de 1928, c'est-&#224;-dire du moment o&#249; il commen&#231;a &#224; s'opposer lui-m&#234;me au &#034; r&#233;armement &#034; n&#233;cessaire du parti communiste chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que je rappelle &#224; Radek que 1905 (avec la pr&#233;face incrimin&#233;e) et La r&#233;volution d'Octobre jou&#232;rent le r&#244;le de deux livres d'&#233;tude fondamentaux pour l'histoire de deux r&#233;volutions, et ce du vivant de L&#233;nine. Ils furent publi&#233;s dans un grand nombre d'&#233;ditions russes et &#233;trang&#232;res. Personne ne m'a jamais reproch&#233; d'avoir oppos&#233; deux lignes antagonistes car, avant le tournant r&#233;visionniste des &#233;pigones, aucun militant sens&#233; n'essaya d'&#233;tudier l'exp&#233;rience d'Octobre dans la perspective des anciennes citations : au contraire, on examinait alors les anciennes citations &#224; la lumi&#232;re de la r&#233;volution d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a encore une chose li&#233;e &#224; tout cela, et dont Radek abuse d'une fa&#231;on impardonnable. &#034; Mais Trotsky reconna&#238;t - ne se lasse-t-il pas de r&#233;p&#233;ter - que L&#233;nine avait raison contre lui &#034;. Oui, je l'ai reconnu, et je l'ai fait sans ombre de diplomatie. Cela se rapportait &#224; tout le chemin historique de L&#233;nine, &#224; son point de vue th&#233;orique, &#224; sa strat&#233;gie, &#224; son oeuvre d'organisation du parti. Mais cela ne se rapportait pas, bien entendu, &#224; des phrases pol&#233;miques qui, par surcro&#238;t, sont aujourd'hui interpr&#233;t&#233;es dans des buts contraires au l&#233;ninisme. En 1926, pendant la p&#233;riode du bloc avec Zinoviev, Radek m'avait pr&#233;venu que Zinoviev avait besoin de ma d&#233;claration sur L&#233;nine pour couvrir quelque peu son attitude injuste envers moi. Je le compris parfaitement ; c'est pourquoi &#224; la VII&#176; session pl&#233;ni&#232;re du comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste je d&#233;clarai que L&#233;nine et son parti avaient eu raison au point de vue historique. Mais cela n'impliquait nullement que mes critiques actuels, qui essayent de se prot&#233;ger au moyen de citations arrach&#233;es par-ci par-l&#224; chez L&#233;nine, aient eu raison eux aussi. Aujourd'hui, &#224; mon grand regret, je dois en dire autant de Radek.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la r&#233;volution permanente, je ne parlais que des lacunes de la th&#233;orie, in&#233;vitables d'ailleurs quand il s agit d'un pronostic. A la m&#234;me session pl&#233;ni&#232;re, Boukharine souligna, fort justement, que Trotsky ne renon&#231;ait pas &#224; l'ensemble de sa conception. Je parlerai de ces lacunes dans un autre ouvrage plus &#233;tendu o&#249; je m'efforcerai de donner un tableau d'ensemble des exp&#233;riences des trois r&#233;volutions, et de leur application au cours ult&#233;rieur de l'Internationale communiste, en particulier en Orient. Ici, pour ne laisser place &#224; aucun malentendu, je dirai ceci : en d&#233;pit de toutes ses lacunes, la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, telle qu'elle fut expos&#233;e m&#234;me dans mes premiers travaux, notamment dans Bilan et perspectives (1906) est mille fois plus p&#233;n&#233;tr&#233;e de l'esprit du marxisme et, par cons&#233;quent, mille fois plus proche de la ligne historique de L&#233;nine et du parti bolchevique que le dernier ouvrage de Radek, sans parler des &#233;lucubrations actuelles et r&#233;trospectives de Staline et de Boukharine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas dire par-l&#224; que, dans tous mes ouvrages, ma conception de la r&#233;volution est repr&#233;sent&#233;e par une ligne unique et inalt&#233;rable. Mon activit&#233; ne s'est pas born&#233;e &#224; collectionner de vieilles citations (c'est seulement &#224; l'&#232;re des &#233;pigones et de la r&#233;action du parti qu'on est oblig&#233; de s'en occuper) : j'ai toujours cherch&#233; &#224; analyser et &#224; &#233;valuer, bien ou mal, les processus r&#233;els de la vie. Au cours de douze ann&#233;es (1905-1917) de ma vie de publiciste r&#233;volutionnaire, j'ai &#233;crit aussi des articles o&#249; les probl&#232;mes du moment et les exag&#233;rations pol&#233;miques, in&#233;vitables dans les luttes quotidiennes, occup&#232;rent le premier plan et rompirent l'unit&#233; de la ligne strat&#233;gique. On trouvera, par exemple, des articles o&#249; j'exprimais des doutes sur le futur r&#244;le r&#233;volutionnaire de toute la paysannerie, comme classe, et o&#249;, par cons&#233;quent, je refusais (surtout pendant la guerre imp&#233;rialiste) d'appeler &#034; nationale &#034; la future r&#233;volution russe, qualifiant d'&#233;quivoque cette caract&#233;risation. Il faut tenir compte du fait que les &#233;v&#233;nements historiques qui nous int&#233;ressent, y compris ceux qui se passent dans la paysannerie, sont devenus beaucoup plus clairs aujourd'hui, alors qu'ils sont accomplis, qu'au moment o&#249; ils ne faisaient que se d&#233;velopper, Il est &#224; noter que L&#233;nine, qui n'oublia pas un instant le probl&#232;me agraire dans ses proportions gigantesques et qui dans ce domaine fut notre ma&#238;tre &#224; tous, n'&#233;tait pas s&#251;r, et m&#234;me apr&#232;s la r&#233;volution de F&#233;vrier, que nous r&#233;ussirions &#224; d&#233;tacher la paysannerie de la bourgeoisie et &#224; la faire marcher avec nous. Quant &#224; mes s&#233;v&#232;res critiques, je leur dirai qu'il est infiniment plus facile de trouver en une heure des contradictions formelles dans des articles de journaux, &#233;crits par autrui au cours d'un quart de si&#232;cle, que de donner soi-m&#234;me l'exemple de l'unit&#233; dans la ligne fondamentale, ne serait-ce que pendant une ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne me reste plus &#224; noter dans ces lignes introductives qu'un argument sacramentel : si la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente &#233;tait juste - &#233;nonce Radek - Trotsky aurait pu former sur ce terrain une fraction imposante. Tel ne fut pas le cas, donc.., la th&#233;orie &#233;tait erron&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion de Radek, prise sous sa forme g&#233;n&#233;rale, n'est en rien dialectique. Avec ce raisonnement, on arriverait facilement &#224; affirmer que le point de vue de l'opposition sur la R&#233;volution chinoise, ou l'attitude de Marx dans les affaires britanniques, &#233;tait erron&#233;, ou que la position de l'Internationale communiste &#224; l'&#233;gard des r&#233;formistes d'Am&#233;rique, d'Autriche et, si l'on veut, de tous les autres pays, l'est &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re l'affirmation de Radek non plus sous son aspect g&#233;n&#233;ral &#034; historique et philosophique &#034; mais par rapport &#224; la question qui nous occupe, on voit tout de suite que son argument se retourne contre lui-m&#234;me : il pourrait avoir une ombre de sens si je croyais, ou si les &#233;v&#233;nements avaient d&#233;montr&#233; - ce serait plus important encore - que la ligne de la r&#233;volution permanente est en contradiction avec la ligne strat&#233;gique du bolchevisme, qu'elle s'oppose &#224; celle-ci et s'en &#233;carte de plus en plus : dans ce cas seulement, aurait exist&#233; une base permettant de former deux fractions. C'est pr&#233;cis&#233;ment cela que Radek voudrait prouver. Quant &#224; moi, je d&#233;montre exactement le contraire, c'est-&#224;-dire que la ligne strat&#233;gique et toujours rest&#233;e la m&#234;me, en d&#233;pit de toutes les exag&#233;rations fractionnelles pol&#233;miques et de toutes les exacerbations momentan&#233;es dans la discussion, D'o&#249; pouvait donc venir la seconde fraction ? En r&#233;alit&#233;, pendant la premi&#232;re r&#233;volution, j'ai travaill&#233; la main dans la main avec les bolcheviks et j'ai ensuite d&#233;fendu cette activit&#233; commune dans la presse internationale contre la critique des ren&#233;gats mencheviks. Au cours de la r&#233;volution de 1917, j'ai lutt&#233; avec L&#233;nine contre l'opportunisme d&#233;mocratique de ces Vieux-bolcheviks que la vague de r&#233;action &#233;l&#232;ve aujourd'hui mais qui ne poss&#232;dent d'autre argument que leur campagne contre la r&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, je n'ai jamais tent&#233; de former un groupement sur la base de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. Ma position &#224; l'int&#233;rieur du parti &#233;tait conciliatrice, et c'est sur cette base que j'eus, &#224; certains moments, tendance &#224; former un groupement. Mon attitude &#233;tait d&#233;termin&#233;e par une sorte de fatalisme r&#233;volutionnaire social. J'estimais que la logique de la lutte des classes obligerait les deux fractions &#224; suivre une seule ligne r&#233;volutionnaire. A cette &#233;poque je ne comprenais pas encore la grande signification historique de la politique de L&#233;nine, qui exigeait une impitoyable ligne de d&#233;marcation id&#233;ologique et m&#234;me, &#224; l'occasion, la scission, pour affermir et fortifier le squelette d'un parti v&#233;ritablement prol&#233;tarien. En 1911, L&#233;nine &#233;crivit &#224; ce sujet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La tendance &#224; la conciliation est la somme d'&#233;tats d'&#226;me, de d&#233;sirs et d'opinions indissolublement li&#233;s &#224; la t&#226;che historique que l'&#233;poque de la contre-r&#233;volution de 1908 &#224; 1911 a pos&#233;e devant le parti social-d&#233;mocrate ouvrier russe. C'est pourquoi pendant cette p&#233;riode beaucoup de social-d&#233;mocrates, partant de pr&#233;misses tout &#224; fait diff&#233;rentes, aboutirent &#224; cette attitude conciliatrice. Trotsky l'exprima d'une mani&#232;re plus cons&#233;quente que les autres, il fut presque le seul &#224; vouloir donner des fondements th&#233;oriques &#224; cette tendance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Vol. XI, seconde partie, p. 371.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Cherchant l'unit&#233; &#224; tout prix, j'id&#233;alisais, in&#233;vitablement &#224; mon insu, les tendances centristes du menchevisme. Malgr&#233; trois tentatives &#233;pisodiques, je n'ai pas r&#233;ussi &#224; travailler avec les mencheviks. Cela ne m'&#233;tait pas possible. D'autre part, ma ligne conciliatrice m'opposait au bolchevisme, d'autant plus que L&#233;nine, pour faire pi&#232;ce aux mencheviks, livrait &#224; la tendance conciliatrice une bataille impitoyable, et il ne pouvait faire autrement. Il est &#233;vident qu'aucune fraction ne pouvait &#234;tre form&#233;e sur la simple base de la conciliation. Et voil&#224; la le&#231;on qu'on peut tirer de tout cela : il est inadmissible et d&#233;sastreux de rompre ou d'att&#233;nuer la ligne politique dans un but de vulgaire conciliationnisme ; il est inadmissible d'embellir le centrisme qui fait des zigzags &#224; gauche ; il est inadmissible d'exag&#233;rer et de gonfler les d&#233;saccords avec les camarades qui sont de vrais r&#233;volutionnaires, pour courir apr&#232;s les feux-follets du centrisme. Telles sont les v&#233;ritables le&#231;ons qu'on peut tirer des v&#233;ritables erreurs de Trotsky. Ces le&#231;ons sont tr&#232;s importantes. Elles conservent toute leur valeur, m&#234;me &#224; pr&#233;sent. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment Radek qui devrait bien y r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline, avec son cynisme habituel, a dit une fois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Trotsky ne peut pas ignorer que L&#233;nine combattit jusqu'&#224; la fin de ses jours la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. Mais cela lui est bien &#233;gal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Pravda n&#176; 262, 12 novembre 1926.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; une caricature grossi&#232;re et d&#233;loyale, c'est-&#224;-dire purement stalinienne, de la r&#233;alit&#233;. Dans un de ses appels aux communistes &#233;trangers. L&#233;nine expliqua que les d&#233;saccords intestins entre communistes ne ressemblent en aucune fa&#231;on &#224; nos d&#233;saccords avec les social-d&#233;mocrates. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le pass&#233; - &#233;crivit L&#233;nine - le bolchevisme connut des divergences, mais &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; au moment de la conqu&#234;te du pouvoir et de la cr&#233;ation de la R&#233;publique sovi&#233;tique, le bolchevisme se trouva uni et attira &#224; lui tout ce qu'il y avait de meilleur dans les courants de pens&#233;e socialiste qui lui &#233;taient proches. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Vol. XVI, p. 333.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Quels courants L&#233;nine avait-il en vue en &#233;crivant ces lignes ? Etaient-ce, peut-&#234;tre, Martynov et Kuussinen ? Ou Cachin, Thaelmann et Smeral ? Ceux-ci repr&#233;sentaient-ils pour lui tout ce qu'il y avait de meilleur dans les courants voisins ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel autre courant &#233;tait plus proche du bolchevisme que celui que je repr&#233;sentais, dans tous les probl&#232;mes fondamentaux, y compris le probl&#232;me agraire ? M&#234;me Rosa Luxembourg se d&#233;tourna, au d&#233;but, de la politique agraire du gouvernement bolchevique. Quant &#224; moi, la question ne se posa m&#234;me pas : nous &#233;tions tous deux &#224; la m&#234;me table quand L&#233;nine &#233;crivit au crayon son projet de loi agraire. Et l'&#233;change d'opinions, la discussion se r&#233;duisirent alors &#224; une dizaine de courtes r&#233;pliques, dont le sens &#233;tait le suivant : c'est un pas contradictoire, mais historiquement tout &#224; fait in&#233;vitable. Sous le r&#233;gime de la dictature prol&#233;tarienne et avec l'extension de la r&#233;volution internationale, ces contradictions seront aplanies ; ce n'est qu'une question de temps. S'il existait une contradiction fondamentale entre la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente et la dialectique de L&#233;nine sur le probl&#232;me agraire, comment Radek expliquerait-il que, sans renoncer &#224; mes id&#233;es essentielles sur le d&#233;veloppement de la r&#233;volution, je ne regimbais pas en 1917 devant le probl&#232;me agraire, contrairement &#224; la majorit&#233; des bolcheviks influents de l'&#233;poque ? Comment expliquerait-il le fait que les th&#233;oriciens actuels de l'anti-&#034; trotskisme &#034; - Zinoviev, Kamenev, Staline, Rykov, Molotov et autres - occup&#232;rent tous, apr&#232;s la r&#233;volution de F&#233;vrier, des positions vulgairement d&#233;mocratiques et non prol&#233;tariennes. R&#233;p&#233;tons-le : qui, et quoi, L&#233;nine eut-il en vue lorsqu'il parla de l'adh&#233;sion au bolchevisme des meilleurs &#233;l&#233;ments des courants marxistes les plus proches ? Et ce bilan d&#233;finitif, dress&#233; par L&#233;nine sur les divergences pass&#233;es, ne montre-t-il pas suffisamment qu'en tout cas, il n'&#233;tait pas, lui, d'avis que deux lignes strat&#233;giques irr&#233;ductiblement oppos&#233;es aient exist&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce sujet, le discours de L&#233;nine &#224; la s&#233;ance du comit&#233; du parti de Petrograd (l&#176;-14 novembre 1917 [3]) est encore plus significatif. On discutait d'un accord avec les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires. Les partisans d'une coalition tent&#232;rent, quoique tr&#232;s timidement, de faire allusion au &#034; trotskisme &#034;. Que r&#233;pondit L&#233;nine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;...Un accord ? Mais je ne peux m&#234;me pas en palier s&#233;rieusement. Trotsky a d&#233;clar&#233; depuis longtemps qu'aucun accord n'&#233;tait possible. Trotsky l'a compris et depuis il n'y a plus de meilleur bolchevik que lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance &#224; la conciliation, et non pas la r&#233;volution permanente, c'&#233;tait, de l'avis de L&#233;nine, ce qui m'avait s&#233;par&#233; du bolchevisme. Pour devenir &#034; le meilleur bolchevik &#034;, il m'avait fallu, comme on vient de le lire, comprendre l'impossibilit&#233; d'un accord avec le menchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment toutefois expliquer le revirement brusque de Radek dans la question de la r&#233;volution permanente pr&#233;cis&#233;ment ? Je crois poss&#233;der un &#233;l&#233;ment pour cette explication. Nous apprenons, par son article, qu'en 1916 Radek acceptait l'interpr&#233;tation de la r&#233;volution permanente alors donn&#233;e par Boukharine, qui d&#233;clarait que la r&#233;volution bourgeoise en Russie &#233;tait achev&#233;e (il entendait bien la r&#233;volution bourgeoise, et non le r&#244;le r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie ou le r&#244;le historique du mot d'ordre de la dictature d&#233;mocratique). Boukharine estimait en cons&#233;quence que le prol&#233;tariat devait marcher &#224; la conqu&#234;te du pouvoir sous un drapeau purement socialiste. Radek interpr&#233;tait probablement alors mon point de vue &#224; la mani&#232;re de Boukharine : sinon, il n'aurait jamais pu, en m&#234;me temps, &#234;tre d'accord avec moi et avec Boukharine. Cela, d'autre part, explique pourquoi L&#233;nine, pol&#233;miquant contre Boukharine et Radek, qui &#233;taient ses camarades de travail, les pr&#233;sentait sous le pseudonyme de Trotsky, (Radek le reconna&#238;t dans son article). Je me souviens que M.-N. Pokrovsky, partisan de Boukharine et constructeur in&#233;puisable de sch&#233;mas historiques, joliment d&#233;cor&#233;s et peints &#224; la mani&#232;re marxiste, m'effrayait, pendant nos entretiens &#224; Paris &#224; cette &#233;poque, par sa &#034; solidarit&#233; &#034; probl&#233;matique avec moi. En politique, Pokrovsky &#233;tait rest&#233; un anti-cadet : il croyait sinc&#232;rement que c'&#233;tait du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1914-1925, Radek vivait probablement encore sur le souvenir des id&#233;es de Boukharine en 1916, et continuait sans doute &#224; les identifier avec les miennes. D&#233;&#231;u &#224; juste titre par cette position d&#233;sesp&#233;r&#233;e, Radek d&#233;crivit alors, apr&#232;s une &#233;tude sommaire de L&#233;nine, une courbe de 180&#176; au-dessus de ma t&#232;te. C'est fort possible, car ces choses-l&#224; arrivent souvent. Ainsi Boukharine, apr&#232;s avoir retourn&#233; sa veste en 1923-1925, devenant opportuniste apr&#232;s avoir &#233;t&#233; ultra-gauchiste, essaie tout le temps de mettre &#224; mon compte son propre pass&#233; id&#233;ologique, qu'il qualifie maintenant de &#034; trotskisme &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de la campagne contre moi, lorsque je m'obligeais parfois &#224; parcourir les articles de Boukharine, je me demandais souvent : mais o&#249; prend-il tout cela ? Puis j'ai devin&#233; : il doit relire son ancien journal. Je commence &#224; croire que les m&#234;mes raisons psychologiques ont entra&#238;n&#233; la transformation de Radek qui, d'ap&#244;tre Paul de la r&#233;volution permanente, s'est mu&#233; fort vite en Sa&#252;l. Je n'ose pas insister sur cette hypoth&#232;se. Mais je ne trouve pas d'autre explication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, suivant l'expression fran&#231;aise, le vin est tir&#233;, il faut le boire. Nous serons oblig&#233;s d'entreprendre une longue incursion dans le domaine des anciens textes. J'ai limit&#233; le nombre des citations autant que je l'ai pu. Il en reste n&#233;anmoins beaucoup, Mais j'ai toujours essay&#233; de rattacher tout ce brassage d'anciennes citations aux probl&#232;mes br&#251;lants de l'actualit&#233;. Que cela me soit une excuse.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Il est vrai qu'en 1909 L&#233;nine cite mon Bilan et perspectives, dans son article pol&#233;mique contre Martov. Mais on pourrait d&#233;montrer sans difficult&#233; que L&#233;nine prend ses citations de seconde main, c'est-&#224;-dire chez le m&#234;me Martov. C'est la seule explication qu'on puisse donner &#224; certaines de ses objections qui, de toute &#233;vidence sont dues &#224; un malentendu.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1919, les Editions de l'Etat sovi&#233;tique publi&#232;rent en brochure mon Bilan et Perspectives. A peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque se rapporte une note des &#338;uvres compl&#232;tes de L&#233;nine disant que la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente &#233;tait devenue particuli&#232;rement significative &#034; maintenant &#034;, surtout apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre. L&#233;nine avait-il lu ou m&#234;me feuillet&#233; mon Bilan et perspectives en 1919 ? Je n'en sais rien. En ce temps-l&#224; je circulais beaucoup, je ne revenais &#224; Moscou qu'occasionnellement et, quand je rencontrais L&#233;nine, l'&#233;poque n'&#233;tait gu&#232;re favorable &#224; l'&#233;vocation des souvenirs d'ordre th&#233;orique ou fractionnel : la guerre civile battait son plein. Mais juste &#224; ce moment, A Ioff&#233; eut un entretien avec L&#233;nine sur la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. Il l'a rapport&#233; dans la lettre qu'il m'a &#233;crite avant sa mort. Peut-on interpr&#233;ter le t&#233;moignage de Ioff&#233; dans le sens qu'en 1919 Lenine eut pour la premi&#232;re fois connaissance de Bilan et perspectives et reconnut la justesse du pronostic historique que cet amide contenait ? Ici, je ne puis avancer que des conjectures psychologiques. Leur force probante d&#233;pend de la mani&#232;re dont on estime le fond m&#234;me de la question discut&#233;e. Les paroles de Ioff&#233; affirmant que L&#233;nine avait reconnu la justesse de mon pronostic para&#238;tront incompr&#233;hensibles aux gens aliment&#233;s par la margarine th&#233;orique de l'&#233;poque post-l&#233;ninienne. Au contraire, celui qui suit l'&#233;volution r&#233;elle de la pens&#233;e de L&#233;nine, li&#233;e au d&#233;veloppement de la r&#233;volution, comprendra facilement qu'en 1919 L&#233;nine devait formuler, ne pouvait pas ne pas formuler une nouvelle appr&#233;ciation sur la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, diff&#233;rente de celle donn&#233;e &#224; plusieurs reprises, avant la r&#233;volution d'Octobre, en passant, d'une mani&#232;re fragmentaire et parfois m&#234;me contradictoire, en se fondant sur des citations isol&#233;es, sans jamais avoir examin&#233; l'ensemble de ma position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine n'avait pas besoin d'opposer ma position &#224; la sienne pour arriver &#224; reconna&#238;tre, en 1919, Que mon pronostic &#233;tait juste. Il lui suffisait d'examiner les deux points de vue sous l'aspect de leur &#233;volution historique. Il est inutile de souligner ici que le contenu concret dont L&#233;nine remplissait chaque fois sa formule de la &#034; dictature d&#233;mocratique &#034; - et qui d&#233;coulait plut&#244;t de l'analyse des changements r&#233;els dans les rapports entre les classes que de cette hypoth&#233;tique formule elle-m&#234;me -, ce contenu tactique et d'organisation est entr&#233; pour toujours dans l'histoire comme un exemple classique du r&#233;alisme r&#233;volutionnaire. Dans presque tous les cas, tout au moins dans les plus importants, o&#249; je me suis oppos&#233; &#224; L&#233;nine au point de vue tactique ou d'organisation, c'est lui qui avait raison. C'est pour cela que je ne trouvais pas n&#233;cessaire d'intervenir en faveur de mon ancien pronostic historique tant que l'affaire semblait ne concerner que l'&#233;vocation de souvenirs historiques. Mais je me suis vu forc&#233; de revenir sur cette question quand la critique des &#233;pigones de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente devint non seulement la source de la r&#233;action th&#233;orique dans toute l'Internationale, mais aussi une arme pour le sabotage direct de la R&#233;volution chinoise (L. T)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Radek m'est cher, mais la v&#233;rit&#233; m'est encore plus ch&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le compte rendu d&#233;taill&#233; de cette s&#233;ance a &#233;t&#233; supprim&#233; du livre consacr&#233; &#224; l'anniversaire de la r&#233;volution. (L. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky dans &#171; La r&#233;volution permanente &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La l&#233;gende du &#034; trotskisme &#034;, farcie de falsifications, devint un facteur de l'histoire contemporaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revperm/rp02.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revperm/rp02.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA QUESTION DE L'ORIGINE DE LA LEGENDE DU &#034;TROTSKYSME&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. Trotsky.&lt;br class='autobr' /&gt;
A LA QUESTION DE L'ORIGINE DE LA LEGENDE DU &#034;TROTSKYSME&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(R&#233;f&#233;rence documentaire)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 1927, lorsque Zinoviev et Kamenev, apr&#232;s presque deux ans dans l'opposition, &#233;prouv&#232;rent le besoin de retourner &#224; l'abri de la bureaucratie stalinienne, ils essay&#232;rent &#224; nouveau de pr&#233;senter une d&#233;claration de leur d&#233;saccord avec le &#034;trotskysme&#034; comme une &#233;vidence passag&#232;re. A leur grand malheur cependant, Zinoviev et Kamenev, durant leur s&#233;jour dans l'opposition, parvinrent &#224; r&#233;v&#233;ler pleinement la m&#233;canique de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente (1923-1926), lorsqu'ils cr&#233;&#232;rent, avec Staline, la l&#233;gende du &#171; trotskysme &#187; dans un laboratoire - fa&#231;on complotiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la veille de ma d&#233;portation vers l'Asie centrale, j'ai adress&#233; &#224; un certain nombre de camarades la lettre suivante (je la cite, comme les r&#233;ponses, avec des abr&#233;viations secondaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou, 21 novembre 1927&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chers camarades,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev, Kamenev et leurs amis les plus proches recommencent - apr&#232;s une longue pause - &#224; avancer la l&#233;gende du &#034;trotskysme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette occasion, je voudrais &#233;tablir les faits suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Lorsque la soi-disant &#034;discussion litt&#233;raire&#034; &#233;clata (1924), certains des camarades les plus proches de notre groupe s'exprim&#232;rent dans le sens que ma publication des &#034;Le&#231;ons d'Octobre&#034; &#233;tait une erreur tactique, puisqu'elle permettait pour la majorit&#233; d'alors de d&#233;clencher une &#034;discussion litt&#233;raire&#034;. Pour ma part, j'ai soutenu que la &#034;discussion litt&#233;raire&#034; se serait d&#233;roul&#233;e de toute fa&#231;on, quelle que soit l'occasion. L'essence de la &#034;discussion litt&#233;raire&#034; &#233;tait d'extraire autant de faits et de citations contre moi que possible de toute l'histoire pass&#233;e du Parti et - en violation des perspectives et de la v&#233;rit&#233; historique - de pr&#233;senter tout cela aux masses ignorantes du Parti. La &#034;discussion litt&#233;raire&#034; n'avait essentiellement rien &#224; voir avec mes &#034;Le&#231;ons d'octobre&#034;. N'importe lequel de mes livres ou discours pourrait servir de pr&#233;texte formel pour faire tomber une avalanche de pers&#233;cutions contre le &#171; trotskysme &#187; contre le Parti. Telles &#233;taient mes objections &#224; ces camarades qui &#233;taient enclins &#224; consid&#233;rer la publication des Le&#231;ons d'Octobre comme un oubli tactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que notre bloc avec le groupe de Leningrad ait pris forme, lors d'une des conf&#233;rences, j'ai pos&#233; &#224; Zinoviev, en pr&#233;sence d'un certain nombre de camarades, quelque chose comme la question suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dites-moi, s'il vous pla&#238;t, si je n'avais pas publi&#233; &#171; Les Le&#231;ons d'Octobre &#187;, y aurait-il eu ou non une soi-disant discussion litt&#233;raire contre le &#171; trotskisme &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev r&#233;pondit sans h&#233;siter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bien s&#251;r. Les &#171; le&#231;ons d'octobre &#187; n'&#233;taient qu'un pr&#233;texte. Sans cela, la raison de la discussion serait diff&#233;rente, les formes de la discussion seraient quelque peu diff&#233;rentes, mais c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La D&#233;claration de juillet 1926, sign&#233;e par Zinoviev et Kamenev, stipule :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Maintenant, il ne fait plus aucun doute que le noyau principal de l'opposition de 1923 a correctement mis en garde contre le danger d'un changement de la ligne prol&#233;tarienne et de la croissance mena&#231;ante du r&#233;gime de l'appareil. Entre-temps, des dizaines et des centaines de dirigeants de l'opposition de 1923, dont de nombreux anciens ouvriers &#171; Les bolcheviks, endurcis dans la lutte, &#233;trangers au carri&#233;risme et &#224; la servilit&#233;, malgr&#233; toute la retenue et la discipline dont ils ont fait preuve, restent &#224; ce jour &#233;loign&#233;s du travail du parti &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Lors de l'assembl&#233;e pl&#233;ni&#232;re conjointe du Comit&#233; central et de la Commission centrale de contr&#244;le du 14 au 23 juillet 1926, Zinoviev d&#233;clara :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;J'ai fait beaucoup d'erreurs. Je consid&#232;re deux de mes erreurs les plus importantes. Ma premi&#232;re erreur de 1917 est connue de vous tous... Je consid&#232;re la deuxi&#232;me erreur comme plus dangereuse, car l'erreur de 1917, commise sous L&#233;nine, a &#233;t&#233; corrig&#233;e par L&#233;nine, et aussi par nous avec son aide quelques jours plus tard, et mon erreur en 1923 &#233;tait que ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ordzhonikidze : Pourquoi avez-vous tromp&#233; tout le groupe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Zinoviev : Nous disons qu'aujourd'hui il ne peut plus y avoir de doute que le noyau principal de l'opposition en 1923, comme l'a r&#233;v&#233;l&#233; l'&#233;volution de la faction actuellement au pouvoir, a correctement averti des dangers d'un changement de la ligne prol&#233;tarienne et d'une politique mena&#231;ante. croissance du r&#233;gime de l'appareil... Oui, sur la question du d&#233;rapage et sur la question de la pince appareil-bureaucratique, Trotsky s'est av&#233;r&#233; avoir raison contre vous &#187; (transcription, IVe si&#232;cle, p. 33).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Zinoviev reconna&#238;t ici son erreur de 1923 (dans la lutte contre le &#171; trotskysme &#187;) encore plus dangereuse que son erreur de 1917 (opposition &#224; la R&#233;volution d'Octobre) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La confession cit&#233;e de Zinoviev a provoqu&#233; la perplexit&#233; parmi de nombreux opposants de Leningrad de second rang, qui, n'&#233;tant pas au courant de la conspiration, croyaient sinc&#232;rement &#224; la l&#233;gende du &#034;trotskysme&#034;. Zinoviev m'a dit plus d'une fois : &#171; A Saint-P&#233;tersbourg, nous l'avons martel&#233; plus profond&#233;ment que partout ailleurs. C'est pourquoi il est tr&#232;s difficile de le r&#233;apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens tr&#232;s distinctement des mots avec lesquels Lachevitch a attaqu&#233; deux Leningraders qui &#233;taient arriv&#233;s &#224; Moscou pour clarifier la question du trotskysme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Mais pourquoi bl&#226;mez-vous d'une t&#234;te malade &#224; une t&#234;te saine ? Apr&#232;s tout, nous avons nous-m&#234;mes invent&#233; ce&#034; trotskysme &#034;pendant la lutte contre Trotsky. Pourquoi ne voulez-vous pas comprendre cela et seulement aider Staline ?&#034; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev, &#224; son tour, a d&#233;clar&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Apr&#232;s tout, vous devez comprendre ce qui s'est pass&#233;. Et il y avait une lutte pour le pouvoir. Tout l'art consistait &#224; relier de vieux d&#233;saccords &#224; de nouvelles questions. Pour cela, le &#034;trotskysme&#034; a &#233;t&#233; mis en avant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, membres du groupe de 1923, cette conversation a fait une grande impression, malgr&#233; le fait que les m&#233;canismes de la lutte contre le &#171; trotskysme &#187; &#233;taient d&#233;j&#224; clairs pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque maintenant Kamenev et Zinoviev essaient &#224; nouveau de montrer le m&#234;me &#034;art&#034;, c'est-&#224;-dire de relier d'anciennes diff&#233;rences &#224; la toute nouvelle question de leur capitulation, je vous demande de vous rappeler si vous avez particip&#233; &#224; l'une des conversations ci-dessus et &#224; quoi exactement tu te souviens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec mes salutations communistes, L. Trotsky.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.magister.msk.ru/library/trotsky/trotm270.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.magister.msk.ru/library/trotsky/trotm270.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revperm/rp02.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revperm/rp02.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/texts/fr/Des_t%C3%A9moignages_sur_l%E2%80%99origine_de_la_l%C3%A9gende_du_%C2%AB_Trotskisme_%C2%BB&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://wikirouge.net/texts/fr/Des_t%C3%A9moignages_sur_l%E2%80%99origine_de_la_l%C3%A9gende_du_%C2%AB_Trotskisme_%C2%BB&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;volution permanente de Saumyendra Nath Tagore</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article7939</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article7939</guid>
		<dc:date>2024-11-09T23:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution permanente</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;volution permanente &lt;br class='autobr' /&gt;
de Saumyendra Nath Tagore &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la premi&#232;re Adresse du Comit&#233; central de la Ligue communiste &#224; ses membres en Allemagne, en mars 1850, Marx &#233;crivait : &lt;br class='autobr' /&gt; Tandis que les petits bourgeois d&#233;mocrates veulent terminer la r&#233;volution au plus vite et apr&#232;s avoir tout au plus r&#233;alis&#233; les revendications ci-dessus, il est de notre int&#233;r&#234;t et de notre devoir de rendre la r&#233;volution permanente, jusqu'&#224; ce que toutes les classes plus ou moins poss&#233;dantes aient &#233;t&#233; &#233;cart&#233;es du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot86" rel="tag"&gt;R&#233;volution permanente&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;volution permanente
&lt;p&gt;de Saumyendra Nath Tagore&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re Adresse du Comit&#233; central de la Ligue communiste &#224; ses membres en Allemagne, en mars 1850, Marx &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tandis que les petits bourgeois d&#233;mocrates veulent terminer la r&#233;volution au plus vite et apr&#232;s avoir tout au plus r&#233;alis&#233; les revendications ci-dessus, il est de notre int&#233;r&#234;t et de notre devoir de rendre la r&#233;volution permanente, jusqu'&#224; ce que toutes les classes plus ou moins poss&#233;dantes aient &#233;t&#233; &#233;cart&#233;es du pouvoir, que le prol&#233;tariat ait conquis le pouvoir et que non seulement dans un pays, mais dans tous les pays r&#233;gnants du monde l'association des prol&#233;taires ait fait assez de progr&#232;s pour faire cesser dans ces pays la concurrence des prol&#233;taires et concentrer dans leurs mains au moins les forces productives d&#233;cisives... Mais ils (les ouvriers allemands - S.N. T.) contribueront eux-m&#234;mes &#224; leur victoire d&#233;finitive bien plus par le fait qu'ils prendront conscience de leurs int&#233;r&#234;ts de classe, se poseront d&#232;s que possible en parti ind&#233;pendant et ne se laisseront pas un instant d&#233;tourner &#8212; par les phrases hypocrites des petits bourgeois d&#233;mocratiques &#8212; de l'organisation autonome du parti du prol&#233;tariat. Leur cri de guerre doit &#234;tre : La r&#233;volution en permanence !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les mots m&#233;morables par lesquels Marx a clairement &#233;nonc&#233; le caract&#232;re permanent de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale jusqu'&#224; la victoire finale du socialisme. Les points saillants des arguments de Marx en faveur de la r&#233;volution permanente sont :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, la petite-bourgeoisie d&#233;mocratique d&#233;cr&#232;tera rapidement l'arr&#234;t de la r&#233;volution d&#232;s que ses int&#233;r&#234;ts seront remplis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, il est dans l'int&#233;r&#234;t de la classe ouvri&#232;re de ne pas mettre un terme rapide &#224; la r&#233;volution, mais de la rendre permanente jusqu'&#224; ce que&lt;br class='autobr' /&gt;
(a) toutes les classes poss&#233;dantes soient plus ou moins d&#233;poss&#233;d&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
(b) le pouvoir gouvernemental &#233;tabli par le prol&#233;tariat et les association de travailleurs, soit r&#233;alis&#233; non seulement dans un pays mais dans tous les pays importants du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
(c) par l'acquisition du pouvoir gouvernemental dans tous les pays importants, la concurrence entre les prol&#233;taires dans ces pays prenne fin et qu'au moins les forces productives les plus importantes soient concentr&#233;es entre les mains du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, jusqu'&#224; ce que ces objectifs soient atteints, le cri de guerre du prol&#233;tariat de chaque pays doit &#234;tre celui de la r&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il est clair que selon Marx, pour la victoire du socialisme, la r&#233;volution prol&#233;tarienne ne peut pas limiter sa t&#226;che &#224; l'expropriation des classes poss&#233;dantes d'un seul pays et &#224; la prise du pouvoir gouvernemental dans un seul pays. Pour la victoire du socialisme, le prol&#233;tariat doit d&#233;poss&#233;der les classes poss&#233;dantes dans plusieurs pays, tout comme il doit s'emparer du pouvoir d'&#201;tat &#171; dans tous les pays importants du monde &#187;. (K. Marx)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;tape est n&#233;cessaire car ce n'est qu'ainsi que les puissantes forces de la concurrence capitaliste de ces pays capitalistes importants seront &#233;limin&#233;es. Par &#171; tous les pays importants du monde &#187;, Marx d&#233;signait sans aucun doute les pays capitalistes les plus d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; moins que cette concurrence effr&#233;n&#233;e ne soit &#233;limin&#233;e et que &#171; les forces productives les plus importantes ne soient concentr&#233;es entre les mains du prol&#233;tariat &#187; (K. Marx), non seulement dans un pays mais dans tous les pays capitalistes les plus avanc&#233;s, le socialisme sera impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, le cri de guerre du prol&#233;tariat doit &#234;tre la &#171; R&#233;volution Permanente &#187;. Une r&#233;volution prol&#233;tarienne r&#233;ussie dans un pays est un ferment id&#233;ologique et mat&#233;riel pour des r&#233;volutions prol&#233;tariennes dans d'autres pays. C'est le point de d&#233;part de la r&#233;volution permanente - la r&#233;volution mondiale -. La r&#233;volution prol&#233;tarienne ira &#224; l'encontre de son propre objectif - l'&#233;tablissement d'une soci&#233;t&#233; socialiste - si les puissantes forces de la concurrence capitaliste ne sont pas &#233;limin&#233;es. Et l'&#233;limination de ces forces ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e que par une s&#233;rie de r&#233;volutions prol&#233;tariennes dans les principaux pays capitalistes. Entour&#233;e par l'oc&#233;an d&#233;cha&#238;n&#233; des &#201;tats capitalistes, la petite &#238;le d'un &#201;tat prol&#233;tarien - la dictature prol&#233;tarienne - peut r&#233;ussir &#224; survivre, mais elle ne pourra jamais atteindre le niveau o&#249; la victoire du socialisme rendrait la dictature prol&#233;tarienne elle-m&#234;me superflue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces raisons &#233;conomiques et politiques fondamentales qui ont conduit Marx &#224; proposer, d&#232;s 1850, la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans r&#233;volution permanente, il n'y a pas de socialisme. En insistant encore et encore sur la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution mondiale pour la victoire du socialisme en Russie, L&#233;nine r&#233;pondait &#224; sa conviction intellectuelle et &#224; sa foi dans la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et L&#233;nine ont tous deux soulign&#233; la n&#233;cessit&#233; absolue d'une r&#233;volution mondiale, d'une vague continue de r&#233;volutions dans les principaux pays capitalistes du monde sur la cr&#234;te de laquelle le socialisme &#233;mergera triomphalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute &#233;vidence, la r&#233;volution permanente fait r&#233;f&#233;rence &#224; la reconnaissance de la n&#233;cessit&#233; absolue d'une r&#233;volution mondiale pour l'&#233;tablissement du socialisme m&#234;me dans un seul pays, &#224; la formation et &#224; l'aff&#251;tage continus des armes id&#233;ologiques, strat&#233;giques et tactiques d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse et d'un &#201;tat prol&#233;tarien, pour nourrir et aider les r&#233;volutions dans d'autres pays. La continuit&#233; de la r&#233;volution permanente fait r&#233;f&#233;rence &#224; une &#233;poque, non &#224; des jours et des mois ou des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; L'Etat et la r&#233;volution &#187;, L&#233;nine avait remarqu&#233;, &#224; juste titre, qu'entre l'instauration de la dictature du prol&#233;tariat et la victoire du socialisme, il y a toute une &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;poque est l'&#233;poque de la r&#233;volution permanente ; l'&#233;poque d'une s&#233;rie de r&#233;volutions prol&#233;tariennes ; en un mot, c'est la p&#233;riode du flux continu de la r&#233;volution mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, l'&#226;ge sombre du r&#233;gime de Staline est apparu. La r&#233;volution mondiale et la r&#233;volution permanente ont &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;es &#234;tre des id&#233;ologies m&#233;ritant une sanction inquisitoriale permanente. C'est aussi la p&#233;riode o&#249; est entr&#233; en vogue le charabia tapageur sur la victoire du socialisme dans un seul pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour justifier cette th&#233;orie, des distorsions et des falsifications sans vergogne des points de vue de Marx et de L&#233;nine ont &#233;t&#233; commises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des tentatives ont &#233;t&#233; faites pour prouver que, selon Marx, il y avait une diff&#233;rence entre le socialisme et le communisme, et que la victoire du socialisme ne pouvait signifier que la r&#233;alisation des conditions dont d&#233;pendait le stade inf&#233;rieur du communisme. C'&#233;tait sans doute une esquive intelligente, mais cela restait une parodie du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &#171; Critique du programme de Gotha &#187;, Marx a &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; une soci&#233;t&#233; communiste non pas telle qu'elle s'est d&#233;velopp&#233;e sur ses propres bases, mais au contraire, telle qu'elle vient de sortir de la soci&#233;t&#233; capitaliste ; une soci&#233;t&#233; par cons&#233;quent qui, sous tous les rapports, &#233;conomique, moral, intellectuel, porte encore les stigmates de l'ancienne soci&#233;t&#233; des flancs de laquelle elle est issue&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, Marx a &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans une phase sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; communiste, quand aura disparu l'asservissante subordination des individus &#224; la division du travail et, avec elle, l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel... - alors seulement l'horizon born&#233; du droit bourgeois pourra &#234;tre d&#233;finitivement d&#233;pass&#233;...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx n'a fait la distinction qu'entre une &#034;soci&#233;t&#233; communiste &#233;mergeant &#224; peine du sein de la soci&#233;t&#233; capitaliste&#034; et une &#034;phase sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; communiste&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas m&#234;me une fois Marx n'a d&#233;crit le socialisme comme la phase inf&#233;rieure du communisme. M&#234;me dans la pr&#233;face du Manifeste communiste, o&#249; Engels a expliqu&#233; les raisons pour lesquelles il n'a pas appel&#233; leur brochure n'avait pas &#233;t&#233; appel&#233;e le &#171; Manifeste socialiste &#187;, il n'a jamais &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233; que le socialisme &#233;tait quelque chose diff&#233;rant fondamentalement du communisme, ou &#233;tait sa phase inf&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est L&#233;nine qui, dans &#171; l'&#201;tat et la r&#233;volution &#187;, a d&#233;crit la soci&#233;t&#233; communiste sortant du sein de la soci&#233;t&#233; capitaliste comme le stade socialiste de la soci&#233;t&#233;, et l'&#233;tat sup&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; naissant de ce premier stade comme la soci&#233;t&#233; communiste. C'&#233;tait certainement de la part de L&#233;nine un r&#233;tr&#233;cissement injustifi&#233; du sens du mot &#171; socialisme &#187;, &#233;nonc&#233; sans aucun doute dans le but de simplifier le probl&#232;me pour les non-initi&#233;s au marxisme. Mais alors, comment L&#233;nine aurait-il pu seulement imaginer que son utilisation du mot &#034;socialisme&#034; pour la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste serait plus tard d&#233;form&#233;e sans vergogne par Staline et mise &#224; profit pour tenter d'expurger la r&#233;volution permanente du marxisme et avancer la th&#233;orie absurde du &#171; socialisme dans un seul pays &#187; ! Et, de plus, cela refl&#232;te-t-il vraiment le point de vue de L&#233;nine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand L&#233;nine a utilis&#233; le mot &#034;socialisme&#034; pour la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste, il n'a pas manqu&#233; de souligner qu'il ne s'agit que de la notion de l'homme de la rue. L&#233;nine parle de &#034;la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste (g&#233;n&#233;ralement appel&#233;e socialisme)&#034;. Ici, L&#233;nine, par l'utilisation de la formule &#034;g&#233;n&#233;ralement appel&#233;e socialisme&#034;, a clairement montr&#233; qu'un tel usage du mot &#034;socialisme&#034; n'est pas scientifique, mais n'est qu'un usage courant parmi le grand public non initi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, dans son &#171; &#201;tat et la r&#233;volution &#187;, L&#233;nine &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le passage du capitalisme au communisme ne peut &#233;videmment manquer de fournir une grande abondance et une large diversit&#233; de formes politiques, mais leur essence sera n&#233;cessairement la dictature du prol&#233;tariat.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ...De l&#224;, ce ph&#233;nom&#232;ne int&#233;ressant qu'est le maintien de l''horizon born&#233; du droit bourgeois', en r&#233;gime communiste, dans la premi&#232;re phase de celui-ci... Il s'ensuit qu'en r&#233;gime communiste subsistent pendant un certain temps non seulement le droit bourgeois, mais aussi l'&#201;tat bourgeois - sans bourgeoisie !&#034; (L&#233;nine - &#171; L'&#201;tat et la r&#233;volution &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces deux citations, il est plus que clair que L&#233;nine n'a jamais appel&#233; &#034;socialisme&#034; la &#034;premi&#232;re phase du communisme&#034;. Car, dans ces deux passages, il traite pr&#233;cis&#233;ment de la premi&#232;re phase du communisme et en ces deux occasions il utilise le mot 'communisme' et pas une seule fois le terme 'socialisme'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En r&#233;gime communiste l'&#201;tat bourgeois subsiste pendant un certain temps&#034; ; &#034;le maintien de l''horizon born&#233; du droit bourgeois', en r&#233;gime communiste, dans la premi&#232;re phase de celui-ci&#034; ; la dictature du prol&#233;tariat pendant &#034;le passage du capitalisme au communisme&#034; ; tous ces passages se r&#233;f&#232;rent &#224; la premi&#232;re phase du communisme appel&#233;e &#034;socialisme&#034; par ce profane ignorant qu'est Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant ce que Marx et Engels ont &#224; dire &#224; ce sujet. Marx dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Entre les soci&#233;t&#233;s capitalistes et communistes, il y a une p&#233;riode de transformation r&#233;volutionnaire de la premi&#232;re &#224; la seconde. Une &#233;tape de transition politique correspond &#224; cette p&#233;riode, et l'&#201;tat durant cette p&#233;riode ne peut &#234;tre autre que la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que Marx parle ici de la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste que Staline appelle &#034;socialisme&#034;. Marx parle &#233;galement du &#171; futur &#201;tat dans la soci&#233;t&#233; communiste &#187;. Il est plus qu'&#233;vident que cela se r&#233;f&#232;re &#233;galement &#224; la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste (le socialisme de Staline), car l'&#201;tat n'existera certainement pas dans la &#171; phase la plus &#233;lev&#233;e de la soci&#233;t&#233; communiste &#187;. (K. Marx)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lettre &#224; Bebel, Engels &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les anarchistes ont trop longtemps pu nous jeter dans les dents cet &#034;&#201;tat populaire&#034;, bien que d&#233;j&#224; dans le travail de Marx contre Proudhon, puis dans le &#171; Manifeste communiste &#187;, il a &#233;t&#233; dit tr&#232;s clairement qu'avec l'introduction de l'ordre socialiste de la soci&#233;t&#233;, l'&#201;tat se dissoudra lui-m&#234;me et dispara&#238;tra &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que par &#171; l'ordre socialiste de la soci&#233;t&#233; &#187; Engels veut signifier &#171; la phase la plus &#233;lev&#233;e de la soci&#233;t&#233; communiste &#187; de Marx, car l'&#201;tat ne peut dispara&#238;tre et se dissoudre qu'au plus haut niveau de la soci&#233;t&#233; communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, nous sommes amen&#233;s &#224; la conclusion que L&#233;nine, Marx et Engels n'ont jamais utilis&#233; le mot socialisme pour la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste et que, pour Marx et Engels il n'y avait aucune diff&#233;rence entre le socialisme et la &#171; phase la plus &#233;lev&#233;e de la soci&#233;t&#233; communiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence entre &#034;socialisme&#034; et &#034;communisme&#034; a &#233;t&#233; volontairement fabriqu&#233;e par Staline pour &#233;tayer sa th&#233;orie monstrueuse du &#034;socialisme dans un seul pays&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline a &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il y a deux particularit&#233;s dans la R&#233;volution d'Octobre... Quelles sont ces particularit&#233;s ? Premi&#232;rement, le fait que la dictature du prol&#233;tariat soit n&#233;e, etc. Deuxi&#232;mement, le fait que la dictature du prol&#233;tariat se soit &#233;tablie dans notre pays en r&#233;sultat de la victoire du socialisme dans un seul pays - un pays au capitalisme encore peu d&#233;velopp&#233; - tandis que le capitalisme a &#233;t&#233; pr&#233;serv&#233; dans d'autres pays plus hautement d&#233;velopp&#233;s au sens capitaliste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la toute premi&#232;re fois que l'on entend parler d'une chose aussi &#233;tonnante que l'instauration de la dictature du prol&#233;tariat &#171; &#224; la suite de la victoire du socialisme dans un seul pays &#187;. (Staline)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un lieu commun l'&#233;nonc&#233; que la dictature du prol&#233;tariat est le r&#233;sultat d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse dans un seul pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse peut &#234;tre d&#233;crite au sens large comme la victoire du socialisme mais pas au sens stalinien de &#171; la victoire du socialisme dans un seul pays &#187;. La victoire du socialisme ne peut advenir qu'&#224; la suite de la victoire d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne &#233;tablissant la dictature du prol&#233;tariat dans un pays, et apr&#232;s que la dictature du prol&#233;tariat ait provoqu&#233; et dirig&#233; une s&#233;rie de r&#233;volutions victorieuses dans les principaux pays capitalistes. Jusqu'&#224; ce que ces pays soient pass&#233;s sous la banni&#232;re de la r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse et que donc toute comp&#233;tition entre les r&#233;volutions victorieuses et les principaux pays capitalistes soit ainsi &#233;limin&#233;e, la r&#233;alisation du socialisme est impossible. L&#233;nine dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La dictature du prol&#233;tariat est une forme sp&#233;ciale d'alliance de classe entre le prol&#233;tariat, l'avant-garde des travailleurs, de nombreuses couches populaires non prol&#233;tariennes, etc. ...une alliance visant &#224; l'&#233;tablissement final et &#224; la consolidation du socialisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne est possible dans &#171; un pays avec un capitalisme peu d&#233;velopp&#233; &#187; (Staline) d'apr&#232;s la loi de d&#233;veloppement in&#233;gal du capitalisme mais ce n'est pas la victoire du socialisme dans un seul pays au sens o&#249; Staline le voudrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de la position th&#233;orique correcte selon laquelle &#171; le d&#233;veloppement &#233;conomique et politique in&#233;gal est une loi absolue du capitalisme &#187; (L&#233;nine), Staline a tir&#233; la conclusion compl&#232;tement erron&#233;e que &#171; compte tenu de cela, la victoire du socialisme dans un seul pays est tout &#224; fait possible et probable, m&#234;me dans ce pays-ci qui est moins d&#233;velopp&#233; au sens capitaliste - alors que le capitalisme est pr&#233;serv&#233; dans d'autres pays, et m&#234;me si ces pays sont plus d&#233;velopp&#233;s au sens capitaliste. &#187; (Staline)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il conclut ce raisonnement erron&#233; par la remarque selon laquelle, &#171; tels sont, en r&#233;sum&#233;, les fondements de la th&#233;orie de L&#233;nine sur la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#187;. Tr&#232;s bien. Ce que Staline a laiss&#233; &#233;chapper par inadvertance est vrai. Il est s&#251;r que le d&#233;veloppement &#233;conomique et politique in&#233;gal du capitalisme conduit &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne, dans le maillon le plus faible de la communaut&#233; imp&#233;rialiste, et cela r&#233;sume s&#251;rement la th&#233;orie de L&#233;nine d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne. Mais la substitution sournoise de Staline de &#171; la victoire du socialisme dans un seul pays &#187; &#224; &#171; la victoire d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne dans un seul pays &#187; est une pr&#233;sentation absolument vulgaire de la th&#233;orie de L&#233;nine sur la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline a cit&#233; deux passages des &#233;crits de L&#233;nine &#224; l'appui de sa th&#233;orie du &#171; socialisme dans un seul pays &#187;. L&#233;nine a d&#233;clar&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le d&#233;veloppement &#233;conomique et politique in&#233;gal est une loi absolue du capitalisme. Par cons&#233;quent, la victoire du socialisme est possible d'abord dans plusieurs ou m&#234;me dans un pays capitaliste, pris individuellement. Le prol&#233;tariat victorieux de ce pays, apr&#232;s avoir expropri&#233; les capitalistes et organis&#233; sa propre production socialiste, se dressera contre le reste du monde, le monde capitaliste, attirant &#224; sa cause les classes opprim&#233;es d'autres pays, suscitant des r&#233;voltes dans ces pays contre les capitalistes et se manifestera m&#234;me en cas de n&#233;cessit&#233;, avec sa force arm&#233;e contre les classes exploiteuses et leurs &#201;tats. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la deuxi&#232;me citation apport&#233;e par Staline, L&#233;nine a d&#233;clar&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; En fait, le pouvoir de l'&#201;tat sur tous les moyens de production &#224; grande &#233;chelle, le pouvoir de l'&#201;tat entre les mains du prol&#233;tariat, l'alliance de ce prol&#233;tariat avec plusieurs millions de petits et tr&#232;s petits paysans, la direction assur&#233;e de la paysannerie par le prol&#233;tariat, etc. - n'est-ce pas tout ce qui est n&#233;cessaire pour construire une soci&#233;t&#233; socialiste compl&#232;te &#224; partir des seules coop&#233;ratives, que nous consid&#233;rions autrefois comme lieu de marchandage et que nous avons le droit, jusqu'&#224; un certain point, de traiter comme tel maintenant, dans le cadre de la NEP ? N'est-ce pas tout ce qui est n&#233;cessaire pour construire un &#201;tat socialiste complet ? Ce n'est pas encore la construction de la soci&#233;t&#233; socialiste, mais c'est tout ce qui est n&#233;cessaire et suffisant pour sa construction. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons donc ces deux passages de L&#233;nine un par un. Dans le premier passage, on nous dit que &#171; le d&#233;veloppement &#233;conomique et politique in&#233;gal est une loi absolue du capitalisme &#187;, c'est un fait inattaquable. Puis L&#233;nine dit : &#034;Par cons&#233;quent, la victoire du socialisme est possible d'abord dans plusieurs ou m&#234;me dans un seul pays capitaliste, pris individuellement&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens &#233;vident de ce passage est qu'en raison du d&#233;veloppement in&#233;gal du capitalisme, la r&#233;volution qui apportera la victoire du socialisme (la r&#233;volution socialiste), sera possible dans plusieurs voire dans un seul pays capitaliste, pris isol&#233;ment. En d'autres termes, en raison de la loi du d&#233;veloppement in&#233;gal du capitalisme, les maillons les plus faibles du capitalisme peuvent c&#233;der aussi bien dans un seul pays que dans plusieurs pays. Par cons&#233;quent, le maillon le plus faible peut &#234;tre rompu dans plusieurs pays ou m&#234;me, peut-&#234;tre, &#234;tre rompu dans un seul pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par &#171; victoire du socialisme &#187;, L&#233;nine n'a signifi&#233; rien d'autre que la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Les lignes suivantes montrent clairement l'intention de L&#233;nine. &#171; Le prol&#233;tariat victorieux de ce pays, apr&#232;s avoir expropri&#233; les capitalistes et organis&#233; ses propres productions socialistes, se dressera contre le reste du monde, etc. &#187; L'expropriation des classes poss&#233;dantes suivie de l'organisation de la production socialiste, signifie simplement que le prol&#233;tariat, apr&#232;s avoir concentr&#233; les moyens sociaux de production dans ses propres mains en expropriant la bourgeoisie, commence l'organisation d'un mode de production qui ne soit pas bas&#233; sur l'exploitation &#233;conomique d'une classe par une autre, &#224; des fins lucratives, c'est-&#224;-dire que le prol&#233;tariat commence l'organisation de la production socialiste. L&#233;nine n'a fait que souligner les t&#226;ches imm&#233;diates qui doivent suivre la victoire d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne dans un pays. Ces t&#226;ches sont : l'expropriation des classes poss&#233;dantes, l'organisation de la production socialiste sur le plan national, et la promotion de la r&#233;volution permanente (la r&#233;volution mondiale) sur le plan international. C'est ce qu'il voulait dire en parlant du prol&#233;tariat du pays de la r&#233;volution victorieuse. Il a d&#233;clar&#233; : &#171; Il se dressera contre le reste du monde, le monde capitaliste, attirant &#224; sa cause les classes opprim&#233;es d'autres pays, organisant des r&#233;voltes dans ces pays contre les capitalistes et m&#234;me, en cas de n&#233;cessit&#233;, par une intervention arm&#233;e contre les classes exploiteuses et leurs &#201;tats. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e et vaine de la part de Staline de d&#233;guiser l'incorrigible internationaliste qu'&#233;tait L&#233;nine avec les lambeaux chauvins du &#171; socialisme dans un seul pays &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me citation de L&#233;nine, comme le montre clairement le texte, traite de la question des moyens &#233;conomiques et politiques &#224; la disposition de la r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse dans un pays pour construire une soci&#233;t&#233; socialiste achev&#233;e. Ici, L&#233;nine traite principalement de l'aspect national du probl&#232;me. Pour ceux qui ont paniqu&#233; lors de l'introduction de la NEP, L&#233;nine a soulign&#233; que dans le cadre national, le prol&#233;tariat victorieux avait entre ses mains, le pouvoir d'&#201;tat, le contr&#244;le &#224; grande &#233;chelle de tous les moyens de production et l'alliance avec les petits et tr&#232;s petits paysans. De toute &#233;vidence, dans ce passage, L&#233;nine ne traite que des conditions pr&#233;alables n&#233;cessaires dans un pays pour construire une soci&#233;t&#233; socialiste ; mais par l&#224; il ne voulait pas sugg&#233;rer que ces facteurs seuls suffisaient pour &#234;tre capable de construire le socialisme. Ici, il a intentionnellement ignor&#233; le facteur international afin de mettre l'accent sur un seul aspect du probl&#232;me. Il va sans dire que les seuls facteurs internationaux ne suffisent pas pour construire une structure socialiste dans un pays particulier ; certaines conditions pr&#233;alables sont n&#233;cessaires dans ce pays pour que les facteurs internationaux puissent agir. Dans ce passage, L&#233;nine insiste uniquement sur ces facteurs nationaux. Il n'imaginait pas alors que ses propos destin&#233;s &#224; mettre l'accent sur un aspect particulier d'un probl&#232;me seraient d&#233;form&#233;s et mutil&#233;s pour appara&#238;tre comme une vision globale du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; Les probl&#232;mes du l&#233;ninisme &#187;, tout en traitant de la question de la victoire du socialisme dans un pays, Staline &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Mais la brochure 'Les fondements du l&#233;ninisme' contient une deuxi&#232;me formulation, qui dit : 'Le renversement du pouvoir de la bourgeoisie et l'&#233;tablissement le pouvoir du prol&#233;tariat dans un seul pays ne garantissent pas encore la victoire compl&#232;te du socialisme. La t&#226;che principale du socialisme - l'organisation de la production socialiste - doit encore &#234;tre remplie. Cette t&#226;che peut-elle &#234;tre remplie, la victoire finale du socialisme peut-elle &#234;tre r&#233;alis&#233;e dans un seul pays, sans les efforts conjoints des prol&#233;taires de plusieurs pays avanc&#233;s ? Non, &#231;a ne se peut pas. Pour renverser la bourgeoisie, les efforts d'un seul pays sont suffisants, cela est prouv&#233; par l'histoire de notre r&#233;volution. Pour la victoire finale du socialisme, pour l'organisation de la production socialiste, les efforts d'un pays, notamment d'un pays paysan comme la Russie, sont insuffisants ; pour cela, les efforts des prol&#233;taires de plusieurs pays avanc&#233;s sont n&#233;cessaires'. Cette seconde formulation &#233;tait dirig&#233;e contre les critiques du l&#233;ninisme et contre les trotskistes, qui d&#233;claraient que la dictature du prol&#233;tariat dans un pays, en l'absence de victoire dans d'autres pays, ne pouvait pas r&#233;sister &#224; l'Europe conservatrice. Dans cette mesure - mais seulement dans cette mesure - cette formulation &#233;tait alors (avril 1924) ad&#233;quate et assur&#233;ment elle servait un certain but. Par la suite, cependant, lorsque la critique du l&#233;ninisme dans ce domaine avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; surmont&#233;e au sein du Parti et qu'une nouvelle question &#233;tait venue au premier plan, celle de la possibilit&#233; de construire une soci&#233;t&#233; socialiste compl&#232;te par les efforts d'un seul pays, sans aide ext&#233;rieure - la formulation est devenue manifestement inad&#233;quate, et donc incorrecte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, nous voyons qu'en avril 1924, dans &#171; Les fondements du l&#233;ninisme &#187;, Staline consid&#233;rait que si la victoire d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne &#233;tait possible dans un seul pays, la victoire du socialisme dans un seul pays, en particulier dans un pays paysan arri&#233;r&#233; comme la Russie, &#233;tait impossible. Mais en 1926, lorsqu'il &#233;crivit &#171; Les probl&#232;mes du l&#233;ninisme &#187;, la victoire du socialisme dans un seul pays &#233;tait entre-temps devenue possible. Mais pourquoi ? Quels changements fondamentaux dans les secteurs nationaux et internationaux avaient eu lieu pour faire de l'impossibilit&#233; de 1924 une possibilit&#233; en 1926 ? Selon Staline, sa formulation de 1924 n'a &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;e que dans un seul but ; elle &#233;tait dirig&#233; contre les trotskistes qui d&#233;claraient que la dictature du prol&#233;tariat dans un seul pays, en l'absence de victoire dans d'autres pays, &#171; ne pouvait pas r&#233;sister &#224; l'Europe conservatrice &#187;. Mais en 1926, une telle formulation n'&#233;tait plus n&#233;cessaire car &#171; la critique du l&#233;ninisme (il aurait &#233;t&#233; honn&#234;te si Staline avait plut&#244;t dit 'critique du stalinisme' - S.T.) dans ce domaine avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; surmont&#233;e au sein du Parti &#187;. La victoire du socialisme dans un seul pays n'&#233;tait donc pas possible en 1924, non pas parce qu'elle &#233;tait th&#233;oriquement erron&#233;e mais parce qu'il &#233;tait n&#233;cessaire d'exprimer une telle opinion en 1924 alors que la tradition l&#233;niniste au sein du parti bolchevik &#233;tait encore trop forte pour &#234;tre viol&#233;e par Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;tait &#224; peine d&#233;c&#233;d&#233; et l'influence de Trotsky au sein du Parti &#233;tait encore trop redoutable pour &#234;tre n&#233;glig&#233;e. Mais en 1926, le Parti bolchevik et la Troisi&#232;me Internationale avaient bascul&#233; avec une vitesse remarquable des sommets r&#233;volutionnaires du l&#233;ninisme vers les marais du stalinisme. Cela explique le changement d ?attitude de Staline en 1926. Ses propres mots en sont une preuve suffisante. Seules des consid&#233;rations tactiques l'ont fait parler contre &#171; le socialisme dans un seul pays &#187; en 1924 ; lorsque les consid&#233;rations tactiques ont &#233;t&#233; servies, il a d&#233;fendu le &#171; socialisme dans un seul pays &#187; depuis 1926. Cela prouve clairement que Staline, &#224; n'importe quelle &#233;tape de sa carri&#232;re politique, n'a jamais vraiment &#233;t&#233; un opposant &#224; la th&#233;orie tout &#224; fait chauvine et utopique du &#171; socialisme dans un seul pays &#187;. Ce n'est que lorsque L&#233;nine &#233;tait en vie qu'il n'a pas os&#233; laisser &#233;chapper un tel non-sens r&#233;actionnaire. Il a d&#251; attendre deux ans apr&#232;s la mort de L&#233;nine pour se lancer dans une telle entreprise. Telle est l'essence des efforts &#171; th&#233;oriques &#187; de Staline ! Ce sont tous des mouvements tactiques entrepris pour &#233;craser un groupe ou un autre dans le Parti bolchevik et le Comintern. Il n'avait pas d'autre fondement et n'avait d'autre int&#233;r&#234;t &#224; servir que celui de sa clique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors pourquoi sa formulation de 1924 est-elle devenue incorrecte en 1926 ? Staline se rend compte que la raison tactique de la lutte contre le trotskysme serait un peu mince, seule, m&#234;me pour ses b&#233;nis-oui-oui en Russie et ses mercenaires dans d'autres pays. Par cons&#233;quent, il s'efforce de th&#233;oriser et voici le r&#233;sultat. Staline &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Quel est le d&#233;faut de cette formulation ? (d&#233;signant ainsi la formulation selon laquelle le socialisme serait impossible dans un pays sans les efforts conjoints du prol&#233;tariat de plusieurs pays - S.T.). Le d&#233;faut est qu'elle relie deux questions diff&#233;rentes en une seule ; elle joint la question de la possibilit&#233; de construire le socialisme par les efforts d'un seul pays - question &#224; laquelle il faut r&#233;pondre par l'affirmative - avec la question de savoir si un pays dans lequel la dictature du prol&#233;tariat a &#233;t&#233; &#233;tablie peut se consid&#233;rer pleinement garanti contre toute intervention, et par cons&#233;quent contre la restauration de l'ordre ancien, sans r&#233;volution victorieuse dans un certain nombre d'autres pays - ce &#224; quoi il faut r&#233;pondre par la n&#233;gative. C'est un fait que cette deuxi&#232;me formulation peut donner &#224; penser que l'organisation de la soci&#233;t&#233; socialiste par les efforts d'un seul pays est impossible - ce qui, bien s&#251;r, est incorrect. &#187; (Les probl&#232;mes du l&#233;ninisme)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que Staline pense que l'obstacle &#224; la victoire du socialisme dans un seul pays ne peut &#234;tre qu'une intervention militaire. Sinon, si la non-intervention d'un pays voisin peut &#234;tre garantie, alors l'&#201;tat prol&#233;tarien peut obtenir la victoire compl&#232;te du socialisme dans un pays m&#234;me arri&#233;r&#233;, comme la Russie. Staline a-t-il avanc&#233; des arguments &#224; l'appui d'une telle affirmation ? Non, seulement ces affirmations stupides que sont : - &#171; la possibilit&#233; de construire le socialisme par l'effort d'un seul pays - auxquelles il faut r&#233;pondre par l'affirmative &#187;, et &#171; que l'organisation de la soci&#233;t&#233; socialiste par les efforts d'un seul pays est impossible - ce qui bien s&#251;r, est incorrect.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline a absolument tort. M&#234;me si l ?immunit&#233; de l ?&#201;tat prol&#233;tarien contre une intervention militaire reste garantie, l ?intervention &#171; pacifique &#187; du capitalisme mondial dans le domaine &#233;conomique est suffisante pour emp&#234;cher la victoire compl&#232;te du socialisme dans un pays. L'&#201;tat prol&#233;tarien devra d&#233;pendre de sources capitalistes pour ses mati&#232;res premi&#232;res qui seront presque toutes contr&#244;l&#233;es par les principales puissances capitalistes. &#192; cause de cela, l'&#201;tat prol&#233;tarien devra produire des biens pour le commerce ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces biens rel&#232;veront du fonctionnement des lois du march&#233; capitaliste. Pour pouvoir vendre ses marchandises aux pays capitalistes, l'industrie &#233;tatique prol&#233;tarienne devra tenir compte de la concurrence des industries capitalistes, ce qui affectera aussi n&#233;cessairement les normes de la production socialiste. Le syst&#232;me du salaire &#224; la pi&#232;ce devra &#234;tre utilis&#233; pour pouvoir r&#233;sister &#224; la concurrence capitaliste - le stakhanovisme en Russie sovi&#233;tique en est la preuve - et cela devra se traduire par une accentuation des in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques entre les diff&#233;rentes couches de la population de l'&#233;tat prol&#233;tarien. Ainsi, &#224; cause du tir de barrage &#171; pacifique &#187; constant de l'&#233;conomie capitaliste, la vie productive et distributive de l'&#201;tat prol&#233;tarien sera continuellement perturb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la raison pour laquelle Marx, d&#232;s 1850, a conseill&#233; au prol&#233;tariat mondial de rendre la r&#233;volution permanente jusqu'&#224; ce qu'il prenne le pouvoir d'&#233;tat &#171; non seulement dans un seul pays, mais dans tous les pays importants du monde, au moins jusqu'&#224; ce que les forces productives les plus importantes soient concentr&#233;es partout entre les mains du prol&#233;tariat, et qu'il soit ainsi mis fin &#224; la concurrence entre les prol&#233;tariats de ces pays. &#187; Il ressort clairement de la citation ci-dessus que Marx a jug&#233; absolument n&#233;cessaire que la r&#233;volution soit continue jusqu'&#224; ce que la comp&#233;tition &#233;conomique du prol&#233;tariat des principaux pays capitalistes avec l'&#201;tat prol&#233;tarien prenne fin et que les forces productives les plus importantes se concentrent entre les mains du prol&#233;tariat mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, la victoire du socialisme &#233;tait impossible jusqu'&#224; ce que ces probl&#232;mes &#233;conomiques soient r&#233;solus &#224; l'&#233;chelle internationale. Mais pour Staline, la victoire du socialisme dans un seul pays, m&#234;me dans un pays paysan arri&#233;r&#233; comme la Russie, peut &#234;tre obtenue sans l'accomplissement des deux t&#226;ches &#233;conomiques mentionn&#233;es par Marx, uniquement par sa propre force &#233;conomique, &#224; la seule condition qu'il n'y ait pas d'intervention militaire des &#201;tats capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la logique Don Quichottesque de la th&#233;orie utopique, chauvine et petite-bourgeoise de Staline de la victoire du socialisme dans un seul pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi loin des enseignements r&#233;volutionnaires de Marx et de L&#233;nine que les cris stridents du singe le sont du discours d'un &#234;tre humain. Et m&#234;me Staline a &#233;t&#233; forc&#233; d'admettre qu'&#171; il va sans dire que pour la victoire compl&#232;te du socialisme, pour une s&#233;curit&#233; compl&#232;te quant &#224; la restauration de l'ordre ancien, les efforts unis des prol&#233;taires de plusieurs pays sont n&#233;cessaires &#187;. Mais ici, la vieille et sournoise astuce d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e est de nouveau en &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Staline, &#034;pour la victoire COMPL&#200;TE (c'est moi qui souligne - S.T.) du socialisme&#034;, les efforts conjoints du prol&#233;tariat de plusieurs pays seront n&#233;cessaires mais pas pour la victoire du socialisme dans un seul pays. La victoire du socialisme dans un seul pays n'est donc pas la m&#234;me chose que la victoire compl&#232;te du socialisme ! Staline a dit la v&#233;rit&#233;, sans le savoir. Et notre pr&#233;occupation est la victoire compl&#232;te du socialisme et non un triomphe partiel ou fractionnaire du celui-ci. Il est malveillant et malhonn&#234;te d'essayer de montrer que la &#171; victoire du socialisme dans un seul pays &#187; est diff&#233;rente de &#171; la victoire compl&#232;te du socialisme dans un pays &#187;. Nous avons d&#233;j&#224; vu comment Staline avait fait usage sans scrupule de la distinction injustifi&#233;e que L&#233;nine avait faite entre socialisme et communisme, uniquement dans le but de simplifier le probl&#232;me pour les non-initi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, Staline dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; S'il est vrai que la victoire finale du socialisme dans le premier pays &#224; s'&#233;manciper est impossible sans les efforts combin&#233;s des prol&#233;taires de plusieurs pays, il est &#233;galement vrai que plus le d&#233;veloppement de la r&#233;volution mondiale sera rapide et approfondi, plus efficace sera l'assistance fournie par le premier pays socialiste aux travailleurs et aux masses laborieuses de tous les autres pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'une des rares occasions o&#249; Staline parle honn&#234;tement de ce que tous les &#233;tudiants du marxisme et du l&#233;ninisme r&#233;volutionnaires connaissent. Personne de bon sens n'a jamais dout&#233; du fait que la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne dans un pays soit utile &#224; la r&#233;volution mondiale. Au contraire, seule la victoire de la r&#233;volution socialiste dans un pays (&#224; ne pas confondre avec la victoire du socialisme dans un seul pays) peut &#234;tre le point de d&#233;part de la r&#233;volution permanente, en d'autres termes, de la r&#233;volution mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pays de la r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse peut &#234;tre appel&#233; un pays socialiste, et de fait, nous le disons tous en r&#233;f&#233;rence &#224; la Russie sovi&#233;tique, &#224; condition de nous rappeler qu'ici le mot socialiste est utilis&#233; dans le sens d'un pays qui a fait le premier pas vers la r&#233;alisation de l'id&#233;al du socialisme, tout comme lorsque nous appelons quelqu'un &#034;communiste&#034;, nous ne sugg&#233;rons pas par l&#224; qu'il a atteint le communisme, mais qu'il travaille &#224; sa r&#233;alisation. Cette prudence suppl&#233;mentaire de notre part &#224; l ?&#233;gard de ce lieu commun n ?aurait pas &#233;t&#233; n&#233;cessaire si Staline n ?avait pas fait un usage aussi malhonn&#234;te du mot &#171; socialiste &#187; pour d&#233;signer toutes sortes de choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais quoi, &#187; demande Staline, &#171; s'il advient que la r&#233;volution mondiale arrive avec un certain retard ? Y a-t-il une lueur d'espoir pour notre r&#233;volution ? Trotsky ne voit aucune lueur d'espoir, car &#034;les contradictions dans la position d'un gouvernement ouvrier ... ne peuvent &#234;tre r&#233;solues que ... dans l'ar&#232;ne de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale&#034;. Selon ce plan, il ne reste qu'une perspective pour notre r&#233;volution : v&#233;g&#233;ter dans ses propres contradictions et pourrir en attendant la r&#233;volution mondiale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle logique extraordinairement mauvaise et quelle profonde m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des forces qui oeuvrent pour la r&#233;volution mondiale ! Si la r&#233;volution mondiale est retard&#233;e pendant des d&#233;cennies, elle le sera non pas parce que la situation r&#233;volutionnaire n'est pas m&#251;re dans les principaux pays capitalistes mais &#224; cause de l'inutilit&#233; de la direction actuelle de la r&#233;volution mondiale, de l'inutilit&#233; de la direction stalinienne de la d&#233;funte Troisi&#232;me Internationale. La r&#233;volution mondiale a &#233;t&#233; retard&#233;e &#224; cause du stalinisme contre-r&#233;volutionnaire et pour aucune autre raison. Les paroles de Trotsky cit&#233;es par Staline sont parfaitement valables. La fin des contradictions de l'&#201;tat ouvrier aura lieu sur la sc&#232;ne mondiale ; parce que deux syst&#232;mes mondiaux contradictoires ne peuvent exister c&#244;te &#224; c&#244;te ind&#233;finiment. La notion stalinienne de &#171; socialisme dans un seul pays &#187; n'est rien d'autre que la caricature au XXe si&#232;cle de l'id&#233;e des socialistes utopiques de petites colonies socialistes au milieu de la jungle grondante de la concurrence capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immensit&#233; d'un pays n'est aucunement un argument en faveur du socialisme dans un seul pays. &#192; cet &#233;gard, nous devons prendre en consid&#233;ration la force relative des forces mondiales du capitalisme et la dictature du prol&#233;tariat d'un seul pays. Ce n'est pas une question de dimension g&#233;ographique, mais de forces productives. La dictature du prol&#233;tariat d'un seul pays, m&#234;me si ce pays avait eu le d&#233;veloppement capitaliste le plus &#233;lev&#233;, ne pourra jamais mesurer sa force &#224; la combinaison des forces &#233;conomiques du reste du monde capitaliste. Elle sera entrav&#233;e dans sa t&#226;che de collectivisation de l'agriculture, le retour de Staline &#224; l'&#233;tape de la collectivisation en est une preuve. Et la relation de ce pays avec les pays capitalistes par le biais du commerce ext&#233;rieur maintiendra son &#233;conomie sous la pression constante des relations d'&#233;change capitalistes. Ses biens devront toujours &#234;tre fabriqu&#233;s en tenant compte de la demande non seulement du march&#233; int&#233;rieur mais aussi du march&#233; capitaliste mondial. Une &#233;conomie autosuffisante est impossible m&#234;me pour le pays capitaliste le plus d&#233;velopp&#233;. L'autarcie est un slogan annon&#231;ant plus de casse-t&#234;te politique que de r&#233;alit&#233; &#233;conomique. Ainsi, l'&#201;tat prol&#233;tarien sera constamment entrav&#233; dans sa progression vers une &#233;conomie socialiste par l'existence d'une &#233;conomie capitaliste &#224; ses c&#244;t&#233;s, tout comme une &#233;conomie capitaliste sera toujours en &#233;tat de crise, mineure et majeure, de par l'existence &#224; ses c&#244;t&#233;s d'une &#233;conomie socialiste. Mais ce qui est une simple crise pour un syst&#232;me &#233;tabli depuis longtemps et extr&#234;mement puissant, nous entendons par l&#224; le capitalisme mondial, sera un d&#233;sastre pour un syst&#232;me naissant de production socialiste d'un pays particulier, face &#224; l'opposition constante du capitalisme mondial. Ce d&#233;sastre ne pourra &#234;tre &#233;vit&#233; et le socialisme devenir r&#233;alit&#233;, que si le prol&#233;tariat acc&#232;de au pouvoir gouvernemental &#171; non seulement dans un pays mais dans tous les pays importants du monde, mettant ainsi fin &#224; la concurrence du prol&#233;tariat dans ces pays et au moins jusqu'au plus important les forces productives sont concentr&#233;es entre les mains du prol&#233;tariat. &#187; (Marx)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le voyons, Marx a sp&#233;cialement insist&#233; sur &#171; la fin de la comp&#233;tition du prol&#233;tariat... dans tous les pays importants du monde... jusqu'&#224; ce que les forces productives les plus importantes soient concentr&#233;es entre les mains du prol&#233;tariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, bien que nous craignions de provoquer le m&#233;contentement de Staline, nous ne pouvons que lui faire remarquer que sans une r&#233;volution mondiale, il n'y a aucun espoir que la dictature du prol&#233;tariat dans un seul pays se transforme en socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;volution mondiale ne vient pas &#224; son aide, alors la dictature prol&#233;tarienne dans un seul pays va s&#251;rement &#171; v&#233;g&#233;ter dans ses propres contradictions et pourrir &#187;, comme Staline l'a dit &#224; juste titre, m&#234;me s'il l'entendait par l&#224; une condamnation de ceux qui d&#233;fendent la doctrine de la r&#233;volution permanente et de la r&#233;volution mondiale. La dictature du prol&#233;tariat d'un pays, si elle se coupe du courant de la r&#233;volution mondiale, si elle cuit longtemps dans son jus, croyant que c'est un pas en avant, en croyant gentiment &#224; la &#034;victoire compl&#232;te du socialisme&#034; (Staline ), alors l'&#201;tat prol&#233;tarien pourrira certainement. Certes, la bureaucratisation des couches b&#233;n&#233;ficiant des fruits du pouvoir d'&#201;tat doit en r&#233;sulter et la s&#233;paration entre cette couche et les larges masses du peuple est in&#233;vitable. Et quel meilleur exemple de cette pourriture que la Russie de Staline !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me bureaucratisation des fonctionnaires de l'&#201;tat, la disparit&#233; &#233;conomique croissante entre les diff&#233;rentes sections du peuple sovi&#233;tique, la r&#233;introduction de titres tels que mar&#233;chal, etc., abolis par la r&#233;volution prol&#233;tarienne, l'introduction de r&#233;compenses financi&#232;res, la terreur inou&#239;e dirig&#233;e contre les membres du Parti communiste qui condamnent les m&#233;faits du r&#233;gime bureaucratique - tout cela montre &#224; quel point la d&#233;g&#233;n&#233;rescence qu'a subie l'&#201;tat prol&#233;tarien sous Staline et sa clique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons que dans la premi&#232;re &#233;tape de la soci&#233;t&#233; communiste, ne peut pas satisfaire &#171; &#224; chacun selon ses besoins &#187;. L'in&#233;galit&#233; bourgeoise persistera encore longtemps jusqu'&#224; ce que l'in&#233;galit&#233; communiste d&#233;bouche sur une v&#233;ritable &#233;galit&#233;. Mais il n'en d&#233;coule pas du tout que l'in&#233;galit&#233; bourgeoise ne sera pas en train de dispara&#238;tre lentement d&#233;j&#224; au premier stade du communisme, qu'elle sera au contraire de plus en plus accentu&#233;e, et que les diff&#233;rences &#233;conomiques et par cons&#233;quent sociales entre les diff&#233;rentes couches de la population de l'&#201;tat prol&#233;tarien s'&#233;largiront. Et quoi de plus grotesque que le fait, alors que les diff&#233;rences entre les diff&#233;rentes couches de la population de l'Union sovi&#233;tique sont croissantes, que Staline doive toujours plus vocif&#233;rer sur la &#171; victoire compl&#232;te du socialisme dans un seul pays &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une r&#233;volution mondiale, c'est-&#224;-dire la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne dans les principaux pays d'Europe, peut entra&#238;ner la victoire du socialisme. Et l'id&#233;ologie de la r&#233;volution mondiale n'est pas l'id&#233;ologie de la passivit&#233; et du pessimisme comme Staline le pense ou essaie de le faire croire. C'est le d&#233;fi le plus dynamique lanc&#233; au capitalisme mondial, l'appel le plus viril aux armes au prol&#233;tariat de toutes les terres capitalistes pour briser le capitalisme et &#233;tablir la soci&#233;t&#233; socialiste. C'est un avertissement solennel au prol&#233;tariat du pays de la r&#233;volution socialiste victorieuse de non pas l&#226;cher les avirons mais de travailler pour la d&#233;livrance du prol&#233;tariat mondial. C'est un appel d'une profondeur et d'une largeur incommensurables. Son attrait r&#233;volutionnaire est irr&#233;sistible et son attrait imaginatif touche les profondeurs les plus profondes du coeur humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline a tout &#224; fait tort, quand il s'attarde sur la r&#233;volution permanente, quand il dit : &#171; Elle ne stimule pas une attaque active contre le capital dans chaque pays, mais encourage l'attente passive du moment du &#171; summum universel &#187;, car elle cultive parmi les prol&#233;taires des diff&#233;rents pays, non pas un esprit de d&#233;termination r&#233;volutionnaire, mais l'humeur d'un doute semblable &#224; celui d'Hamlet sur la question de savoir si les autres &#233;choueront ou pas &#224; les soutenir ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me un philistin bourgeois n'aurait pas fait une caricature aussi vulgaire de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente de Marx que Staline l'a fait. De plus, il a montr&#233; sa vision paysanne caract&#233;ristique de la vie. Le paysan regarde toujours le monde sous l'angle de son village. Pour lui, chaque discours sur l'int&#233;r&#234;t national semble aller &#224; l'encontre de son int&#233;r&#234;t. Il ne comprend pas et ne peut pas comprendre que le bien-&#234;tre de son village d&#233;pend enti&#232;rement du bien-&#234;tre de la Nation. Sa vision paysanne de la vie le fait argumenter de la mani&#232;re suivante : si l'on parle de la d&#233;pendance et de la conditionnalit&#233; du socialisme &#224; l'&#233;gard d'une s&#233;rie de r&#233;volutions dans les principaux pays capitalistes, cela signifie qu'on n'a aucune foi dans la potentialit&#233; r&#233;volutionnaire d'un pays en particulier. Cet argument n'est pas substantiellement diff&#233;rent de l'argument selon lequel si l'on affirme que la paix mondiale d&#233;pend des efforts combin&#233;s des masses des principaux pays capitalistes, on trahit ainsi le manque de confiance dans le pouvoir du prol&#233;tariat d'un seul pays &#224; agir pour la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est en r&#233;sum&#233; l ?argument de Staline, quand il temp&#234;te contre la r&#233;volution permanente et la rabaisse volontairement pour servir son dessein. Des r&#233;volutions simultan&#233;es dans les principaux pays capitalistes ne signifient pas qu'une r&#233;volution sera suivie d'une autre dans les prochaines vingt-quatre heures. Cela signifie seulement que la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne dans un pays devient le point de d&#233;part d'une s&#233;rie de r&#233;volutions prol&#233;tariennes dans d'autres pays. Le processus une fois lanc&#233; ne s'arr&#234;tera pas tant que cette t&#226;che ne sera pas accomplie. Le premier pays &#224; faire cette r&#233;volution doit consid&#233;rer que les t&#226;ches de sa propre r&#233;volution ne sont pas remplies jusqu'&#224; ce que les r&#233;volutions aient r&#233;ussi dans les principaux pays capitalistes. Cette consid&#233;ration est d'ailleurs fond&#233;e sur des faits et non sur des voeux pieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas non plus l'&#233;vangile du pessimisme ou du d&#233;sespoir. C'est seulement le processus qui permet au prol&#233;tariat de r&#233;aliser l'&#233;normit&#233; et la sublimit&#233; de la t&#226;che qui lui incombe. Il s'agit de le lib&#233;rer de l'&#233;tat d'esprit rural qui le tire vers le bas et de le rendre pr&#233;occup&#233; du monde entier. Et tout cela n'est pas teint&#233; d'une seule goutte de sentimentalisme bas&#233; sur l'irr&#233;alit&#233; mais est bas&#233; sur le fondement s&#251;r de la r&#233;alit&#233; r&#233;volutionnaire et du socialisme. Mais Staline n'est rien s'il n'est pas rus&#233;, et sa seule contribution au marxisme consiste &#224; citer (mal citer) L&#233;nine &#224; tort et &#224; travers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la r&#233;volution permanente a deux aspects. L'une concerne la r&#233;volution d'un pays particulier, le passage imm&#233;diat de la phase d&#233;mocratique bourgeoise de la r&#233;volution &#224; la r&#233;volution socialiste. Plus pr&#233;cis&#233;ment, c'est la t&#226;che de la r&#233;volution socialiste qui &#171; r&#233;sout en passant le probl&#232;me &#187; (L&#233;nine) de la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise. Pour reprendre les mots de L&#233;nine : &#171; Nous d&#233;fendons une r&#233;volution ininterrompue. &#187; Tout cela renvoie au probl&#232;me de la r&#233;volution d'un pays particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me aspect de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente est li&#233; &#224; la t&#226;che internationale de la r&#233;volution. Il traite des causes qui font qu'il est imp&#233;ratif que la premi&#232;re r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse fonctionne comme la levain de la r&#233;volution dans l'ar&#232;ne mondiale, sachant tr&#232;s bien que la victoire du socialisme ne peut &#234;tre que le r&#233;sultat des r&#233;volutions r&#233;ussies dans les principaux pays capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les deux aspects de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente formul&#233;e par Marx. Nous avons jusqu'&#224; pr&#233;sent trait&#233; du deuxi&#232;me aspect de la th&#233;orie, &#224; savoir son aspect r&#233;volutionnaire mondial, et avons montr&#233; comment Staline a profit&#233; ind&#251;ment et malhonn&#234;tement des paroles de L&#233;nine et les a vulgaris&#233;es et d&#233;form&#233;es pour les adapter &#224; son &#034;socialisme dans un seul pays&#034;... Nous avons montr&#233; comment la th&#233;orie (!) du &#171; socialisme dans un seul pays &#187; est une r&#233;futation compl&#232;te de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente de Marx comme pr&#233;misse indispensable &#224; la victoire du socialisme. Nous avons &#233;galement montr&#233; comment la victoire tant vant&#233;e par Staline du socialisme dans un seul pays a &#233;t&#233; d&#233;mentie par l'extr&#234;me bureaucratisation de l'appareil d'&#201;tat sovi&#233;tique, la rupture des digues lib&#233;rant la terreur la plus diabolique, par Staline, contre les r&#233;volutionnaires communistes et les masses et aussi par la diff&#233;renciation &#233;conomique et sociale croissante entre les diff&#233;rentes sections du peuple sovi&#233;tique. L'attaque de Staline contre la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente vient toujours sous cet angle, l'angle de la victoire du socialisme dans un seul pays. En d'autres termes, plus Staline s'&#233;loignait de la r&#233;volution mondiale, plus hyst&#233;rique devenait son attaque contre la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente de Marx. Trotsky n'est devenu la cible de la vengeance de Staline que dans la mesure o&#249; il a attir&#233; l'attention des communistes du monde entier sur la trahison de la r&#233;volution mondiale (r&#233;volution permanente) par Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant r&#233;ussi &#224; convaincre personne d'autre que lui-m&#234;me et ses mercenaires du monde entier, avec sa th&#233;orie absurde de la victoire du socialisme dans un seul pays, Staline change habilement de terrain et dit : &#171; L&#233;nine a combattu les adeptes de la r&#233;volution permanente non pas sur la question de la&#171; continuit&#233; &#187; car il a lui-m&#234;me maintenu le point de vue d'une r&#233;volution ininterrompue, mais parce qu'ils ont sous-estim&#233; le r&#244;le de la paysannerie qui est une &#233;norme force de r&#233;serve pour le prol&#233;tariat &#187;. Staline a absolument raison sur ce dernier point ; seulement il aurait rendu son cas plus fort et son honn&#234;tet&#233; plus &#233;vidente s'il avait montr&#233; en m&#234;me temps comment L&#233;nine m&#233;prisait et se moquait de l'id&#233;e de la possibilit&#233; de la victoire du socialisme dans un seul pays et &#233;tait croyait obstin&#233;ment &#224; une s&#233;rie ininterrompue de r&#233;volutions dans l'ar&#232;ne mondiale. Mais cela aurait alors frustr&#233; Staline dont le but &#233;tait de r&#233;duire la victoire du socialisme d'un ph&#233;nom&#232;ne international &#224; un ph&#233;nom&#232;ne national. D'o&#249; la pol&#233;mique qui en d&#233;coule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky avait sans aucun doute tort quand il avait lanc&#233; le slogan &#034;Pas de tsar mais un gouvernement ouvrier&#034; lors de la r&#233;volution de 1905 en Russie. C'&#233;tait s&#251;rement une sous-estimation du r&#244;le de la paysannerie dans la phase d&#233;mocratique bourgeoise de la r&#233;volution. Tout en le signalant, nous devons &#233;galement reconna&#238;tre cet autre fait que c'est Trotsky plus que quiconque qui, depuis 1905, a attir&#233; l'attention des marxistes sur la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente de Marx. Ces deux faits sont incontestables. Mais pouvons-nous demander &#224; Staline, quel est le lien logique entre le faux slogan de Trotsky &#171; Pas de tsar mais un gouvernement ouvrier &#187; de 1905 et la propagation par Trotsky de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente de Marx ? La sous-estimation du r&#244;le de la paysannerie dans la r&#233;volution est-elle inh&#233;rente &#224; la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente elle-m&#234;me ? Peut-on dire que Trotsky a sous-estim&#233; le r&#244;le de la paysannerie dans la r&#233;volution de 1905, comme le montre clairement le slogan &#034;Pas de tsar mais un gouvernement ouvrier&#034; parce qu'il d&#233;fend la th&#233;orie marxiste de la r&#233;volution permanente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, on ne peut pas le dire. L'erreur ultra-gauchiste de Trotsky au cours de la r&#233;volution de 1905 n'avait rien &#224; voir avec sa d&#233;fense de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. Il n'y a absolument aucun lien logique entre les deux, tout comme la politique, certes erron&#233;e, de L&#233;nine pour envahir la Pologne, n'a rien &#224; voir avec le fait que L&#233;nine d&#233;fendait la r&#233;volution mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky, cit&#233; par Staline, d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ce terme abstrus (il d&#233;signe ainsi la r&#233;volution permanente - S.T.) repr&#233;sentait l'id&#233;e que la r&#233;volution russe dont les objectifs imm&#233;diats &#233;taient de nature bourgeoise ne s'arr&#234;terait cependant pas lorsque ces objectifs auront &#233;t&#233; atteints. La r&#233;volution ne pourra r&#233;soudre ses probl&#232;mes bourgeois imm&#233;diats qu'en pla&#231;ant le prol&#233;tariat au pouvoir. Et ce dernier, en prenant le pouvoir, ne pourrait se limiter aux limites bourgeoises de la r&#233;volution. Au contraire, pr&#233;cis&#233;ment pour assurer sa victoire, l'avant-garde prol&#233;tarienne sera forc&#233;e, au tout d&#233;but de son r&#232;gne, de p&#233;n&#233;trer profond&#233;ment non seulement dans la propri&#233;t&#233; f&#233;odale mais aussi dans la propri&#233;t&#233; bourgeoise. En cela, elle entrera en collision hostile non seulement avec tous les groupements bourgeois qui soutenaient le prol&#233;tariat pendant les premiers stades de sa lutte r&#233;volutionnaire, mais aussi avec les larges masses de paysans qui avaient contribu&#233; &#224; la porter au pouvoir. Les contradictions dans la position d'un gouvernement ouvrier dans un pays arri&#233;r&#233; avec une &#233;crasante majorit&#233; de paysans ne peuvent &#234;tre r&#233;solues qu'&#224; l'&#233;chelle internationale, dans l'ar&#232;ne de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pens&#233;es exprim&#233;es par Trotsky dans le passage cit&#233; ci-dessus sont &#224; cent pour cent correctes. Ici, Trotsky avait, d'une mani&#232;re magistrale, tiss&#233; le fonctionnement de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente dans ses aspects nationaux et internationaux en un sch&#233;ma monolithique de la r&#233;volution. La r&#233;volution de 1905, bien que ses t&#226;ches imm&#233;diates soient d&#233;mocratiques bourgeoises, ne pourrait les r&#233;soudre sans mettre le prol&#233;tariat russe au pouvoir. Et le prol&#233;tariat russe, apr&#232;s avoir pris le pouvoir, ne se contentera certainement pas de d&#233;truire le f&#233;odalisme mais fera &#233;galement de profondes incursions dans les int&#233;r&#234;ts bourgeois. Cela rendra finalement les grandes masses de la paysannerie hostiles ; et dans un pays paysan arri&#233;r&#233; comme la Russie, cette contradiction ne peut &#234;tre r&#233;solue qu'avec l'aide du prol&#233;tariat victorieux d'autres pays. Il n'y a pas une seule pens&#233;e ici qui n'a pas &#233;t&#233; exprim&#233;e maintes et maintes fois par L&#233;nine &#233;crivant sur la r&#233;volution prol&#233;tarienne et la r&#233;volution mondiale. Que la r&#233;volution de 1905 ne puisse remplir ses t&#226;ches d&#233;mocratiques bourgeoises qu'en pla&#231;ant le prol&#233;tariat russe au pouvoir, L&#233;nine l'a r&#233;p&#233;t&#233; &#224; maintes reprises. L'histoire de la r&#233;volution d'octobre prouve que l'arriv&#233;e au pouvoir du prol&#233;tariat ne peut s'arr&#234;ter au seuil des int&#233;r&#234;ts bourgeois. La r&#233;volution victorieuse a, par d&#233;cret, interdit la vente et l'hypoth&#232;que des terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis ont suivi les sovkhozes et les kolkhozes et finalement tout le programme de la collectivisation. Tout cela n'&#233;tait-il pas un encha&#238;nement continu d'incursions dans les int&#233;r&#234;ts bourgeois commenc&#233; par le prol&#233;tariat victorieux de Russie d&#232;s son arriv&#233;e au pouvoir ? Et cela n'a-t-il pas mis la dictature du prol&#233;tariat en conflit avec de larges masses de paysans, ses partisans d'autrefois, et entrain&#233; n&#233;cessairement la d&#233;portation par Staline de millions de paysans et la fusillade de milliers ? Et cela n'a-t-il pas finalement conduit &#224; l'arr&#234;t brutal de la collectivisation par Staline ? N'a-t-il pas &#233;t&#233; prouv&#233; sans la moindre possibilit&#233; de doute que, dans un pays paysan arri&#233;r&#233;, la contradiction entre la ville et le pays ne peut &#234;tre r&#233;solue sans l'aide puissante du prol&#233;tariat des principaux pays capitalistes ? Et n'est-il pas plus que clair que cette aide puissante n'est ni la &#171; sympathie morale &#187; de la petite-bourgeoisie, ni &#171; la sympathie des travailleurs europ&#233;ens pour notre r&#233;volution &#187; ? Tout cela est est bel et bon dans une certaine mesure, mais n'est certainement pas suffisant pour r&#233;soudre les contradictions entre le prol&#233;tariat victorieux et la paysannerie dans un pays arri&#233;r&#233;. L'aide capable de r&#233;soudre ces contradictions ne peut &#234;tre que l'aide de la r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse dans les principaux pays capitalistes. Et L&#233;nine le souligne non pas une fois mais des centaines de fois. En mars 1919, au Congr&#232;s du Parti, L&#233;nine a d&#233;clar&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous avons une exp&#233;rience pratique des premiers pas &#224; faire pour la destruction du capitalisme dans un pays avec une relation sp&#233;ciale entre le prol&#233;tariat et la paysannerie. Rien de plus. Si nous nous gonflons comme une grenouille, et que nous soufflons et soufflons, ce sera tout &#224; fait risible pour le monde entier. Nous ne serons que de vantards. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 mai 1921, L&#233;nine s'est de nouveau exprim&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Est-ce qu'un seul des bolcheviks, &#224; un moment ou &#224; un autre, a jamais ni&#233; que la r&#233;volution ne peut garantir d&#233;finitivement ses conqu&#234;tes que lorsqu'elle comprend tous les pays les plus avanc&#233;s ou au moins plusieurs d'entre eux ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a de nouveau rappel&#233; qu'en novembre 1920 les bolcheviks n'auraient jamais pu r&#234;ver de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;conqu&#233;rir le monde entier avec les seules forces de la Russie ... Une telle folie ne nous a jamais atteint, nous avons toujours dit, au contraire, que notre r&#233;volution l'emporterait lorsque les travailleurs de tous les pays la soutiendront.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous n'avons pas, &#233;crit L&#233;nine en 1922, achev&#233; m&#234;me les fondements d'une &#233;conomie socialiste. Cela peut encore &#234;tre ramen&#233; en arri&#232;re par les forces hostiles d'un capitalisme mourant. Nous devons en &#234;tre clairement conscients et le reconna&#238;tre ouvertement. Car il n'y a rien de plus dangereux que les illusions et les &#233;tourdissements, surtout dans les hauts lieux. Et il n ?y a absolument rien de 'terrible', rien qui offre une cause l&#233;gitime au moindre d&#233;couragement, &#224; reconnaitre cette am&#232;re v&#233;rit&#233; ; car nous avons toujours enseign&#233; et r&#233;p&#233;t&#233; cette v&#233;rit&#233; de l'ABC du marxisme, que pour la victoire du socialisme, les efforts combin&#233;s des travailleurs de plusieurs pays avanc&#233;s sont n&#233;cessaires &#187;. (Soulign&#233; par moi ? S.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, L&#233;nine affirme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La r&#233;volution (europ&#233;enne) grandit ... et nous devons garder le pouvoir sovi&#233;tique jusqu'&#224; ce qu'elle commence. Nos erreurs doivent servir de le&#231;on au prol&#233;tariat occidental. Et notre t&#226;che est maintenant ...de tenir ferme ...ce flambeau du socialisme, afin qu'il continue &#224; r&#233;pandre autant d'&#233;tincelles que possible pour la conflagration croissante de la r&#233;volution sociale. La r&#233;volution russe &#233;tait, par essence, une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale ... de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale. &#187; (L&#233;nine au Congr&#232;s du Parti, mars 1919)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, entre Trotsky et L&#233;nine, il n'y a pas de diff&#233;rence sur le plan de la r&#233;volution permanente. En outre, nous avons d&#233;j&#224; soulign&#233; que la sous-estimation de Trotsky du r&#244;le de la paysannerie dans la r&#233;volution de 1905 ne peut pas, m&#234;me par l ?imagination la plus d&#233;brid&#233;e, &#234;tre li&#233;e &#224; la d&#233;fense de la r&#233;volution permanente par Trotsky. Du moins, le passage cit&#233; par Staline ne se pr&#234;te pas &#224; cette interpr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas pris sur nous la t&#226;che de d&#233;fendre Trotsky. Trotsky lui-m&#234;me &#233;tait bien au-dessus de Staline et sa horde internationale, comme en t&#233;moigne le fait que, faute de l'affronter sur l'ar&#232;ne intellectuelle, ils durent recourir au gangst&#233;risme pour accomplir la t&#226;che d'assassiner Trotsky. Nous sommes oblig&#233;s de faire participer Trotsky &#224; la discussion de la r&#233;volution permanente, uniquement parce que Staline, qui, ne peut jamais discuter d'une id&#233;ologie dans l'abstrait, mais fait toujours appel &#224; aux personnalit&#233;s pour obscurcir le vrai probl&#232;me, a d&#233;nonc&#233; &#224; maintes reprises la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente de Marx sous pr&#233;texte de combattre Trotsky et le trotskysme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la r&#233;volution permanente n'est pas le trotskysme et n'a rien &#224; voir avec certaines erreurs ultra-gauchistes de Trotsky. L&#233;nine &#233;tait tout autant un champion de la r&#233;volution permanente que Trotsky et avait une compr&#233;hension beaucoup plus s&#251;re de la r&#233;alit&#233; r&#233;volutionnaire. Mais Trotsky a certainement rendu un grand service au communisme r&#233;volutionnaire en attirant sans cesse l'attention, depuis la mort de L&#233;nine en 1924 et l'av&#232;nement du sinistre r&#233;gime antir&#233;volutionnaire de Staline, sur la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente . Face &#224; la machine la plus diabolique de diffamation et de terreur de la stalinocratie, il a maintenu lev&#233;e la banni&#232;re du communisme r&#233;volutionnaire dans les meilleures traditions de Marx et de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le l'apport inestimable de Trotsky &#224; la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente. En ce qui concerne la th&#233;orie elle-m&#234;me, il s'agit purement et simplement du marxisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, a deux aspects, l'un national et l'autre international. Sur le plan national, il est demand&#233; au prol&#233;tariat de ne pas s'arr&#234;ter avec les bourgeois-d&#233;mocrates aux fronti&#232;res de la r&#233;volution bourgeoise, mais de pousser la r&#233;volution vers sa conclusion logique - la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Sur le plan national, la r&#233;volution doit &#234;tre permanente jusqu'&#224; ce que la r&#233;volution prol&#233;tarienne soit men&#233;e &#224; bien ; et sur le plan international, la r&#233;volution prol&#233;tarienne r&#233;ussie d'un pays doit servir de d&#233;tonateur aux r&#233;volutions prol&#233;tariennes d'autres pays. Mais maintenant, nous nous int&#233;ressons &#224; l'aspect national de la th&#233;orie. La r&#233;volution permanente dans la sph&#232;re nationale pointe infailliblement son doigt vers la r&#233;volution prol&#233;tarienne ; elle avertit le prol&#233;tariat de ne pas s'arr&#234;ter &#224; l'auberge de la d&#233;mocratie bourgeoise et lui rappelle constamment sa t&#226;che historique. Cela ne sert &#224; rien d'autre. De plus, &#224; l'&#233;poque imp&#233;rialiste, dans des pays comme l'Inde et la Chine, la bourgeoisie &#233;tant &#233;troitement li&#233;e &#224; l'aristocratie fonci&#232;re, la r&#233;volution d&#233;mocratique ne peut plus &#234;tre la t&#226;che historique de la bourgeoisie, mais du prol&#233;tariat. Seul le prol&#233;tariat peut accomplir les t&#226;ches d&#233;mocratiques en consolidant le pouvoir de l'&#201;tat exclusivement entre ses mains. Le probl&#232;me agraire ne peut donc &#234;tre r&#233;solu efficacement que par le prol&#233;tariat &#233;lev&#233; par la r&#233;volution au rang de propri&#233;taire du pouvoir d'&#201;tat. Il n'y a absolument aucun autre moyen d'accomplir les t&#226;ches d&#233;mocratiques. Si le prol&#233;tariat ne prend pas le pouvoir, les t&#226;ches d&#233;mocratiques restent &#224; accomplir, comme le montrent clairement la r&#233;volution de f&#233;vrier en Russie, la r&#233;volution nationale en Chine et l ?Inde &#171; ind&#233;pendante &#187; dirig&#233;e par la bourgeoisie indienne. &#171; ...Le chemin vers la d&#233;mocratie passe par la dictature du prol&#233;tariat &#187; (Trotsky). Cela signifie que la r&#233;volution d&#233;mocratique ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e que par le prol&#233;tariat qui ne s'arr&#234;te pas seulement &#224; la destruction de la propri&#233;t&#233; f&#233;odale, mais par la prise du pouvoir commence imm&#233;diatement son assaut contre les relations de propri&#233;t&#233; capitalistes. C'est l&#224; que r&#233;side la permanence de la r&#233;volution nationale dans les pays arri&#233;r&#233;s. C'est ce que L&#233;nine veut dire quand il &#233;crit sur la r&#233;volution bourgeoise &#171; en train de devenir &#187; une r&#233;volution socialiste, et c'est pourquoi la cloison th&#233;orique cr&#233;&#233;e par les doctrinaires, entre les r&#233;volutions d&#233;mocratique et socialiste, est si profond&#233;ment m&#233;caniste. Ainsi, la r&#233;volution permanente ne peut avoir d'autres tactiques et slogans sp&#233;ciaux que ceux de la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui, dans certains cas, devra accomplir en passant les t&#226;ches inachev&#233;es de la r&#233;volution bourgeoise. Certaines personnes qui se disent les d&#233;fenseurs de la r&#233;volution permanente affirment que le slogan de la r&#233;volution prol&#233;tarienne est : La dictature du prol&#233;tariat. C'est tout &#224; fait incorrect. La dictature du prol&#233;tariat ne pourra jamais &#234;tre le slogan de la r&#233;volution prol&#233;tarienne dans les pays capitalistes les plus avanc&#233;s o&#249; la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise est accomplie depuis longtemps. Ce ne peut &#234;tre son slogan car la question des couches moyennes est aussi importante dans la r&#233;volution prol&#233;tarienne que dans la r&#233;volution bourgeoise. Le succ&#232;s de la r&#233;volution prol&#233;tarienne d&#233;pendra de sa gestion r&#233;ussie de ce probl&#232;me. La petite-bourgeoisie urbaine - les commer&#231;ants, les employ&#233;s de bureau, les &#233;tudiants, les petits praticiens ind&#233;pendants, les m&#233;decins, les ing&#233;nieurs, les enseignants, les professeurs, etc., et la petite-bourgeoisie rurale - les paysans, les petits agriculteurs des pays capitalistes avanc&#233;s, la petite noblesse villageoise - tous ces &#233;l&#233;ments constituent la r&#233;serve la plus importante de la r&#233;volution. Si la bourgeoisie parvient &#224; conqu&#233;rir les couches moyennes &#224; ses c&#244;t&#233;s, celles-ci deviennent alors la force auxiliaire de la contre-r&#233;volution ; si le prol&#233;tariat les gagne &#224; ses c&#244;t&#233;s, elles deviennent alors la puissante force de r&#233;serve de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec des r&#233;volutions de 1848 et 1871 en France et l'&#233;chec de la r&#233;volution de 1848 en Allemagne sont tous dus &#224; l'&#233;chec des forces r&#233;volutionnaires &#224; garder la paysannerie et la petite-bourgeoisie urbaine de leur c&#244;t&#233; jusqu'&#224; l'ach&#232;vement des r&#233;volutions. La victoire de la R&#233;volution russe a &#233;t&#233; assur&#233;e par le soutien de la paysannerie russe &#224; la direction prol&#233;tarienne. La tactique magistrale de L&#233;nine consistait &#224; creuser le foss&#233; r&#233;volutionnaire entre la paysannerie et la bourgeoisie et &#224; gagner la paysannerie du c&#244;t&#233; du prol&#233;tariat. La p&#233;riode comprise entre f&#233;vrier et octobre 1917 a &#233;t&#233; occup&#233;e par le prol&#233;tariat russe dirig&#233; par le parti bolchevik &#224; arracher la paysannerie aux griffes de la bourgeoisie. Ce n'est que lorsque la paysannerie a d&#233;finitivement bascul&#233;, quittant le c&#244;t&#233; de la bourgeoisie vers le c&#244;t&#233; du prol&#233;tariat, que le moment du soul&#232;vement a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; par L&#233;nine. Afin d ?accomplir cette t&#226;che, le slogan &#171; La terre au paysan &#187; a &#233;t&#233; avanc&#233;. Ce slogan comme nous le savons est le slogan de la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise. Pourtant, le prol&#233;tariat russe a soulev&#233; ce slogan au cours de la r&#233;volution prol&#233;tarienne et l'a soulev&#233; correctement. S'il ne l'avait pas fait, s'il avait soulev&#233; le slogan de la &#171; Dictature du prol&#233;tariat &#187;, la paysannerie se serait alors tenue au plus pr&#232;s de la bourgeoisie et aurait accept&#233; de suivre le bourgeois pour r&#233;primer la r&#233;volution. L'important c'est le contenu de classe du pouvoir d'&#201;tat de la r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse. Mais le slogan de la r&#233;volution prol&#233;tarienne doit &#234;tre &#171; R&#233;publique d&#233;mocratique &#187;. &#171; Tout le pouvoir aux Soviets des travailleurs et des paysans &#187; - qui est aussi un slogan d&#233;mocratique, &#233;tait le slogan de la r&#233;volution russe et non pas la dictature du prol&#233;tariat. Trotsky &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pendant de nombreuses ann&#233;es, les bolcheviks russes ont mobilis&#233; les travailleurs et les paysans autour du slogan de la d&#233;mocratie. Les slogans de la d&#233;mocratie ont &#233;galement jou&#233; un grand r&#244;le en 1917. Ce n'est qu'apr&#232;s que le pouvoir sovi&#233;tique d&#233;j&#224; existant est parvenu &#224; un antagonisme politique inconciliable avec l'Assembl&#233;e constituante aux yeux du peuple tout entier que notre Parti a liquid&#233; les institutions et les slogans de la d&#233;mocratie formelle, c'est de la d&#233;mocratie bourgeoise, en faveur de la vraie d&#233;mocratie sovi&#233;tique, c'est de la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne. &#187; (Soulign&#233; par moi ? S.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il va sans dire que quelle que soit la forme d'&#201;tat de la r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse - et il ne peut s'agir que de la forme r&#233;publicaine d&#233;mocratique - son contenu de classe interne ne doit &#234;tre que la dictature du prol&#233;tariat et du prol&#233;tariat seul. La dictature multi-classe est autant un mythe politique que le parti politique multi-classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fustigeant Staline et Boukharine pour la confusion opportuniste que ces deux hommes avaient pr&#233;par&#233;e en Chine, Trotsky ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le sixi&#232;me congr&#232;s du Komintern, sous la direction de Staline et de Boukharine, a renvers&#233; tout cela sur la t&#234;te. Si, d'une part, il prescrivait au parti une dictature &#171; d&#233;mocratique &#187; et non &#171; prol&#233;tarienne &#187;, il lui interdisait simultan&#233;ment d'utiliser les slogans d&#233;mocratiques pour pr&#233;parer cette dictature. Le Parti communiste chinois a non seulement &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233;, mais d&#233;shabill&#233;. &#187; (Soulign&#233; par moi ? S.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos nourissons l&#233;zardant le marxisme, mais ne comprenant ni sa th&#233;orie ni ses tactiques et sa strat&#233;gie, devraient en prendre note.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature du prol&#233;tariat est l'aboutissement de la r&#233;volution permanente dans le cadre national, et la dictature du prol&#233;tariat dans les principaux pays capitalistes, avec l'aide de la premi&#232;re r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse sera le point culminant de la r&#233;volution permanente dans le cadre international, aboutissant finalement &#224; l'&#233;tablissement d'une soci&#233;t&#233; socialiste, but final de la r&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saumyendranath Tagore, Juin 1944&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marx et la tactique dans la r&#233;volution permanente</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8291</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article8291</guid>
		<dc:date>2024-08-08T22:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Marx et la tactique dans la r&#233;volution permanente &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que la r&#233;volution permanente ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article600 &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution permanente de Karl Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article132 &lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx et &#034;la r&#233;volution en permanence&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3367 &lt;br class='autobr' /&gt;
Tactique dans la r&#233;volution permanente
&lt;br class='autobr' /&gt;
http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/mouvement_ouvrier_t1/mouvement_ouvrier_t1.html &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Marx et la tactique dans la r&#233;volution permanente&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que la r&#233;volution permanente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article600&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article600&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution permanente de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article132&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article132&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx et &#034;la r&#233;volution en permanence&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3367&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3367&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tactique dans la r&#233;volution permanente&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/mouvement_ouvrier_t1/mouvement_ouvrier_t1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/mouvement_ouvrier_t1/mouvement_ouvrier_t1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution permanente dans la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article200&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article200&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discussion actuelle sur la r&#233;volution permanente&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article131&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article131&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution permanente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/tagore/revolution_permanente.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/tagore/revolution_permanente.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution permanente de L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article133&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article133&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'oppose &#224; la notion de r&#233;volution permanente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical5.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical5.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1928/12/rapport.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1928/12/rapport.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le probl&#232;me national et les t&#226;ches du parti prol&#233;tarien</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article7977</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article7977</guid>
		<dc:date>2024-08-03T22:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;ponse &#224; des militants sud-africains proches du trotskisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me national et les t&#226;ches du parti prol&#233;tarien &lt;br class='autobr' /&gt;
20 avril 1935 &lt;br class='autobr' /&gt;
Les th&#232;ses [1] ont sans doute &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es sur la base d'une &#233;tude s&#233;rieuse, tant des conditions &#233;conomiques et politiques de l'Afrique du Sud que de la litt&#233;rature du marxisme et du l&#233;ninisme, celle des bolcheviks&#8209;l&#233;ninistes en particulier. Aborder de fa&#231;on scientifique et s&#233;rieuse toutes les questions, c'est une des conditions les plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse &#224; des militants sud-africains proches du trotskisme&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le probl&#232;me national et les t&#226;ches du parti prol&#233;tarien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;20 avril 1935&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses [1] ont sans doute &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es sur la base d'une &#233;tude s&#233;rieuse, tant des conditions &#233;conomiques et politiques de l'Afrique du Sud que de la litt&#233;rature du marxisme et du l&#233;ninisme, celle des bolcheviks&#8209;l&#233;ninistes en particulier. Aborder de fa&#231;on scientifique et s&#233;rieuse toutes les questions, c'est une des conditions les plus importantes de succ&#232;s pour une organisation r&#233;volutionnaire. L'exemple de nos amis sud&#8209;africains confirme une fois de plus qu'&#224; l'&#233;poque actuelle, seuls les bolcheviks-l&#233;ninistes, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire les r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens cons&#233;quents, s'int&#233;ressent s&#233;rieusement &#224; la th&#233;orie, analysent la r&#233;alit&#233;, apprennent eux-m&#234;mes avant d'apprendre aux autres. La bureaucratie stalinienne, elle, a depuis longtemps remplac&#233; le marxisme par une combinaison d'ignorance et d'insolence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les lignes qui suivent, je veux faire quelques remarques au sujet du projet de th&#232;ses qui doivent servir de programme &#224; la Ligue communiste d'Afrique du Sud. Je n'oppose en aucun cas mes remarques au texte de ces th&#232;ses. Ma connaissance des conditions en Afrique du Sud est trop insuffisante pour que je puisse pr&#233;tendre &#224; une opinion pleinement achev&#233;e sur toute une s&#233;rie de questions pratiques. C'est seulement dans quelques cas qu'il m'arrivera d'exprimer mon d&#233;saccord avec certaines affirmations du projet. Mais, m&#234;me l&#224;, et autant que j'en puisse juger de loin, il n'y a pas de d&#233;saccords principiels avec les auteurs des th&#232;ses : il s'agit plut&#244;t de quelques formulations politiques exag&#233;r&#233;es dans la lutte contre la n&#233;faste politique du stalinisme [2]. Mais il est de l'int&#233;r&#234;t de notre cause de ne pas dissimuler m&#234;me l'impr&#233;cision de certaines formulations, et, au contraire, de les soumettre &#224; examen public, afin de parvenir &#224; un texte le plus clair possible, irr&#233;prochable. Tel est le but des lignes suivantes, dict&#233;es par le d&#233;sir d'apporter aux bolcheviks-&#173;l&#233;ninistes sud&#8209;africains une coop&#233;ration, m&#234;me mince, dans l'immense travail, lourd de responsabilit&#233;s, qu'ils ont entrepris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les possessions sud&#8209;africaines de la Grande&#8209;Bretagne ne constituent un &#171; dominion &#187; que du point de vue de la minorit&#233; blanche. Du point de vue de la majorit&#233; noire, l'Afrique du Sud est une colonie esclave [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune r&#233;volution sociale &#8209; et au premier chef aucune r&#233;volution agraire &#8209; n'est concevable avec le maintien de la domination de l'imp&#233;rialisme britannique sur le dominion sud&#8209;africain. Le renversement de la domination britannique en Afrique du Sud est aussi n&#233;cessaire pour le triomphe du socialisme en Afrique du Sud qu'en Grande&#8209;Bretagne m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme on peut le supposer, la r&#233;volution commence d'abord en Grande&#173;-Bretagne, la bourgeoisie anglaise sera battue d'autant plus rapidement dans la m&#233;tropole que moindre sera l'appui qu'elle pourra trouver dans ses colonies et dominions, y compris dans une possession aussi importante pour elle que l'Afrique du Sud. La lutte pour chasser l'imp&#233;rialisme britannique, ses instruments, ses agents, s'inscrit ainsi n&#233;cessairement dans le programme du parti prol&#233;tarien de l'Afrique du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renversement de la domination de l'imp&#233;rialisme britannique en Afrique du Sud peut &#234;tre le r&#233;sultat de la d&#233;faite militaire de la Grande&#8209;Bretagne et de la d&#233;sagr&#233;gation de son empire ; dans ce cas, les Blancs d'Afrique du Sud peuvent encore maintenir pendant une certaine p&#233;riode, sans doute pas tr&#232;s longtemps, leur domination sur les Noirs. Une autre variante, qui peut en fait &#234;tre li&#233;e &#224; la premi&#232;re, serait la r&#233;volution en Grande&#8209;Bretagne et dans ses possessions. Les trois quarts de la population de l'Afrique du Sud &#8209; presque 6 millions sur 8 &#8209; sont des gens de couleur. La r&#233;volution victorieuse, inconcevable sans l'&#233;veil des masses indig&#232;nes, leur donnera &#224; son tour ce qui leur manque tellement aujourd'hui : la confiance dans leurs propres forces, une conscience accrue de leur personnalit&#233;, le d&#233;veloppement de leur culture. Dans ces conditions, la R&#233;publique sud&#8209;africaine deviendra avant tout une r&#233;publique &#171; noire &#187; : cela n'exclut, bien entendu, ni une compl&#232;te &#233;galit&#233; de droits pour les Blancs, ni de fraternelles relations entre les deux races (ce qui d&#233;pend surtout de la conduite des Blancs). Mais il est absolument &#233;vident que la majorit&#233; &#233;crasante de la population, affranchie de la d&#233;pendance servile, marquera l'Etat d'une empreinte d&#233;terminante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; la r&#233;volution victorieuse changera radicalement les rapports non seulement entre les classes, mais aussi entre les races, et assurera aux Noirs la place dans l'Etat qui correspond &#224; leur nombre, la r&#233;volution sociale en Afrique du Sud aura &#233;galement un caract&#232;re national. Nousn'avons pas la moindre raison de fermer les yeux sur cet aspect de la question, ou de minimiser son importance. Au contraire, le parti prol&#233;tarien doit, et en paroles et en actes, ouvertement et hardiment, prendre entre ses mains la r&#233;solution du probl&#232;me national (racial).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;solution de ce probl&#232;me, le parti prol&#233;tarien peut et doit la r&#233;aliser par ses propres m&#233;thodes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instrument historique de l'&#233;mancipation nationale ne peut &#234;tre que la lutte de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Internationale communiste, depuis 1924 [4], a transform&#233; le processus d'&#171; &#233;mancipation nationale &#187; des peuples coloniaux en une abstraction d&#233;mocratique creuse, &#233;lev&#233;e au&#8209;dessus de la r&#233;alit&#233; des rapports de classes. Pour lutter contre l'oppression nationale, les diff&#233;rentes classes s'affranchissent &#8209; pour un temps &#8209; de leurs int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels et deviennent de simples forces &#171; anti&#8209;imp&#233;rialistes &#187;. Pour que ces &#171; forces &#187; immat&#233;rielles remplissent de bon c&#339;ur la t&#226;che que leur a confi&#233;e l'Internationale communiste, on leur promet en r&#233;compense un Etat &#171; national-d&#233;mocratique &#187; immat&#233;riel (avec l'in&#233;vitable r&#233;f&#233;rence &#224; la formule de L&#233;nine sur la &#171; dictature d&#233;mocratique des ouvriers et des paysans &#187;) [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses indiquent qu'en 1917 L&#233;nine a ouvertement et, une fois pour toutes, liquid&#233; la formule de la &#171; dictature d&#233;mocratique des ouvriers et des paysans &#187;, en tant que condition pr&#233;tendument n&#233;cessaire pour r&#233;soudre la question agraire. C'est absolument exact. Mais, pour &#233;viter tout malentendu, il faut ajouter : a) que L&#233;nine parlait toujours de dictature r&#233;volutionnaire bourgeoise-d&#233;mocratique, et pas d'un Etat &#171; populaire &#187; immat&#233;riel, b) que, dans la lutte pour la dictature bourgeoise&#8209;d&#233;mocratique, il ne proposait pas un bloc de toutes les &#171; forces antitsaristes &#187;, mais menait une politique ind&#233;pendante de classe du prol&#233;tariat. Le bloc &#171; antitsariste &#187; &#233;tait une id&#233;e des socialistes r&#233;volutionnaires russes et des cadets [6] de gauche, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire des partis de la petite et moyenne bourgeoisie. Contre eux, le bolchevisme a toujours men&#233; une lutte implacable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les th&#232;ses disent que le mot d'ordre de &#171; r&#233;publique noire &#187; est aussi nuisible (&#171; equally harmful &#187;) &#224; la cause de la r&#233;volution que celui de &#171; l'Afrique du Sud aux Blancs &#187;, nous ne pouvons &#234;tre d'accord avec cette affirmation [7]. De la part des Blancs, il s'agit du maintien d'une domination inf&#226;me ; de la part des Noirs, des premiers pas vers leur &#233;mancipation. Le droit total et inconditionnel des Noirs &#224; l'ind&#233;pendance, il nous faut le reconna&#238;tre absolument et sans r&#233;serves. C'est seulement sur la base d'une lutte commune contre la domination des exploiteurs blancs que pourra s'&#233;lever et se renforcer la solidarit&#233; des travailleurs noirs et des travailleurs blancs. Il est possible qu'apr&#232;s la victoire les Noirs tiennent pour inutile la cr&#233;ation en Afrique du Sud d'un Etat noir particulier. Naturellement, nous ne leur imposerons pas un s&#233;paratisme d'Etat. Mais qu'ils le reconnaissent librement, sur la base de leur exp&#233;rience propre, pas sous les verges des oppresseurs blancs. Les r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens ne doivent jamais oublier le droit des nationalit&#233;s opprim&#233;es &#224; disposer d'elles-m&#234;mes, y compris leur droit &#224; la s&#233;paration compl&#232;te, et le devoir du prol&#233;tariat de la nation qui opprime &#224; d&#233;fendre ce droit, y compris, s'il le faut, les armes &#224; la main !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses soulignent &#224; juste titre le fait que c'est la r&#233;volution d'Octobre qui a apport&#233; en Russie la solution de la question nationale. Les mouvements nationaux d&#233;mocratiques ont &#233;t&#233; en eux-m&#234;mes impuissants &#224; venir &#224; bout de l'oppression nationale du tsarisme. C'est seulement gr&#226;ce au fait que les mouvements des nationalit&#233;s opprim&#233;es, ainsi que le mouvement agraire de la paysannerie, ont donn&#233; au prol&#233;tariat la possibilit&#233; de conqu&#233;rir le pouvoir et d'&#233;tablir sa dictature, que la question nationale, ainsi que la question agraire, ont trouv&#233; une solution hardie et radicale. Mais la combinaison m&#234;me des mouvements nationaux avec la lutte du prol&#233;tariat pour le pouvoir n'a &#233;t&#233; possible politiquement que parce que le parti bolchevique, tout au long de son histoire, avait men&#233; une lutte implacable contre les oppresseurs grand&#8209;russiens et soutenu toujours et sans r&#233;serves le droit des nations opprim&#233;es &#224; leur ind&#233;pendance, jusques et y compris la s&#233;paration d'avec la Russie [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de L&#233;nine vis&#8209;&#224;&#8209;vis des nations opprim&#233;es n'avait pourtant rien de commun avec celle des &#233;pigones [9]. Le parti bolchevique d&#233;fendait le droit des nations opprim&#233;es &#224; disposer d'elles-m&#234;mes par les m&#233;thodes de la lutte de classe prol&#233;tarienne, rejetant nettement les blocs &#171; anti&#8209;imp&#233;rialistes &#187; charlatanesques avec les nombreux partis &#171; nationaux &#187; petits&#8209;bourgeois de la Russie tsariste (le P.P.S., le parti de Pilsudski [10] en Pologne, les &#171; dachnaki &#187; en Arm&#233;nie [11], les nationalistes ukrainiens [12], les sionistes chez les Juifs, etc.). Le bolchevisme d&#233;masque toujours impitoyablement ces partis, de m&#234;me que les &#171; social-r&#233;volutionnaires &#187;, leur double nature et leur aventurisme, et surtout le mensonge de leur id&#233;ologie pr&#233;tendument au&#8209;dessus des classes. Il ne suspendait m&#234;me pas son impitoyable critique lorsque les conditions l'obligeaient &#224; conclure tel ou tel accord &#233;pisodique strictement pratique avec ceux. Il ne pouvait &#234;tre question d'une quelconque alliance permanente avec eux sous le drapeau de l'&#171; antitsarisme &#187;. C'est seulement gr&#226;ce &#224; une politique de classe implacable que le bolchevisme a r&#233;ussi, dans les conditions de la r&#233;volution, &#224; &#233;carter les mencheviks, les social&#8209;r&#233;volutionnaires, les partis nationaux petits&#8209;bourgeois, et &#224; souder autour du prol&#233;tariat les masses de la paysannerie et des nationalit&#233;s opprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous ne devons pas, disent les th&#232;ses, concurrencer le congr&#232;s national africain [13] dans le domaine des mots d'ordre nationalistes avec l'objectif de conqu&#233;rir les paysans indig&#232;nes. &#187; L'id&#233;e en elle-m&#234;me est juste, mais exige d'&#234;tre concr&#233;tis&#233;e. Faute de conna&#238;tre de fa&#231;on pr&#233;cise l'activit&#233; du congr&#232;s national, je ne puis esquisser notre politique &#224; son &#233;gard que par analogie, tout en pr&#233;cisant d'ailleurs que je suis pr&#234;t &#224; apporter &#224; mes propositions toute correction n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les bolcheviks&#8209;l&#233;ninistes sont pour la d&#233;fense du congr&#232;s, tel qu'il est, dans tous les cas o&#249; il re&#231;oit les coups des oppresseurs blancs et de leurs agents chauvins dans les rangs des organisations ouvri&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt; Les bolcheviks opposent, dans le programme du congr&#232;s, les tendances progressistes et les tendances r&#233;actionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt; Les bolcheviks d&#233;masquent aux yeux des masses indig&#232;nes l'incapacit&#233; du congr&#232;s &#224; obtenir la r&#233;alisation m&#234;me de ses propres revendications, du fait de sa politique superficielle, conciliatrice, et lancent, en opposition au congr&#232;s, un programme de lutte de classe r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt; S'ils sont impos&#233;s par la situation, des accords temporaires avec le congr&#232;s ne peuvent &#234;tre admis que dans le cadre de t&#226;ches pratiques strictement d&#233;finies, en maintenant la compl&#232;te ind&#233;pendance de notre organisation et notre totale libert&#233; de critique politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses lancent comme mot d'ordre politique central non pas l'&#171; Etat national&#173;-d&#233;mocratique &#187;, mais l'&#171; Octobre &#187; sud-africain. Elles montrent &#8209; et ce, avec une &#233;vidence parfaite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; que les questions nationale et agraire en Afrique du Sud co&#239;ncident quant au fond,&lt;br class='autobr' /&gt; que ces deux questions ne peuvent &#234;tre r&#233;solues que par la voie r&#233;volutionnaire,&lt;br class='autobr' /&gt; que la r&#233;solution r&#233;volutionnaire de ces t&#226;ches conduit &#224; la dictature du prol&#233;tariat dirigeant les masses paysannes indig&#232;nes,&lt;br class='autobr' /&gt; que la dictature du prol&#233;tariat ouvre l'&#232;re du r&#233;gime sovi&#233;tique et de l'&#233;dification socialiste. Cette conclusion constitue la pierre angulaire de tout l'&#233;difice du programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;&#8209;dessus, notre solidarit&#233; est totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut amener les masses &#224; cette formule &#171; strat&#233;gique &#187; en g&#233;n&#233;ral par une s&#233;rie de mots d'ordre &#171; tactiques &#187;. On ne peut les &#233;laborer &#224; chaque &#233;tape que sur la base d'une analyse des conditions concr&#232;tes de la vie et de la lutte du prol&#233;tariat et de la paysannerie, ainsi que de toute la situation nationale et internationale. Sans entrer dans ce domaine, je veux seulement m'arr&#234;ter bri&#232;vement sur la question de la corr&#233;lation entre les mots d'ordre nationaux et les mots d'ordre agraires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses soulignent &#224; plusieurs reprises qu'il faut d'abord lancer, non des revendications nationales, mais des revendications agraires. C'est une question tr&#232;s importante, qui m&#233;rite une s&#233;rieuse attention. Rejeter &#224; l'arri&#232;re&#8209;plan les mots d'ordre nationaux ou les att&#233;nuer pour ne pas repousser les chauvins blancs au sein de la classe ouvri&#232;re serait, bien entendu, un opportunisme criminel, absolument &#233;tranger aux auteurs et partisans des th&#232;ses : cela d&#233;coule tr&#232;s clairement de ces th&#232;ses, impr&#233;gn&#233;es d'internationalisme r&#233;volutionnaire. De ces socialistes qui luttent pour les privil&#232;ges des Blancs, les th&#232;ses disent fort justement : &#171; Il faut voir que ces &#034;socialistes&#034; sont les pires ennemis de la r&#233;volution. &#187; Reste une autre explication, indiqu&#233;e au passage dans le texte lui-m&#234;me : les masses paysannes arri&#233;r&#233;es ressentent de fa&#231;on beaucoup plus imm&#233;diate l'oppression agraire que l'oppression nationale. C'est tout &#224; fait possible : la majorit&#233; des Noirs sont des paysans [14], et la plus grande partie des terres est entre les mains de la minorit&#233; blanche. Dans leur lutte pour la terre, les paysans russes ont longtemps plac&#233; leurs espoirs dans le tsar, et ils se tenaient soigneusement &#224; l'&#233;cart de toutes conclusions politiques. Du mot d'ordre traditionnel de l'intelligentsia r&#233;volutionnaire &#171; Terre et Libert&#233; ! &#187;, le moujik n'a longtemps retenu que la premi&#232;re partie. Il a fallu des dizaines d'ann&#233;es d'agitation agraire et d'influence des ouvriers des villes pour que le paysan en vienne &#224; lier ces deux mots d'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Bantou pauvre et esclave nourrit &#224; peine plus d'espoirs dans le roi d'Angleterre ou en MacDonald. Mais son extr&#234;me arri&#233;ration politique s'exprime aussi par son manque de conscience nationale. Et en m&#234;me temps, il ressent tr&#232;s vivement la servitude agraire et fiscale. Dans ces conditions, notre propagande peut et doit avant tout partir des mots d'ordre de la r&#233;volution agraire, afin d'amener pas &#224; pas, sur la base de leur exp&#233;rience de la lutte, les paysans aux conclusions politiques et nationales n&#233;cessaires. Si ces consid&#233;rations politiques sont exactes, il ne s'agit pas de la question du programme en lui-m&#234;me, mais de celle de savoir par quelle voie faire p&#233;n&#233;trer ce programme dans la conscience des masses indig&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de la faiblesse num&#233;rique des forces r&#233;volutionnaires et de l'extr&#234;me dispersion de la paysannerie, il ne sera pas possible, au moins dans la prochaine p&#233;riode, d'agir sur ces derniers autrement qu'avant tout, sinon exclusivement, par l'interm&#233;diaire de l'avant&#8209;garde ouvri&#232;re. Il est d'autant plus important d'&#233;duquer cette derni&#232;re dans l'esprit d'une claire compr&#233;hension de l'importance de la r&#233;volution agraire pour la destin&#233;e de l'Afrique du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat du pays comprend des parias noirs arri&#233;r&#233;s et une caste privil&#233;gi&#233;e arrogante de Blancs. C'est l&#224; que r&#233;side la plus grande difficult&#233; dans toute cette situation. Les secousses &#233;conomiques de l'&#233;poque du capitalisme pourrissant, comme l'indiquent justement les th&#232;ses, doivent profond&#233;ment &#233;branler les vieilles cloisons et faciliter le travail de rassemblement r&#233;volutionnaire. Le pire des crimes serait en tout cas pour les r&#233;volutionnaires de faire la moindre concession aux privil&#232;ges et aux pr&#233;jug&#233;s des Blancs. Celui qui donne le petit doigt au d&#233;mon du chauvinisme est perdu. A tout ouvrier blanc, le parti r&#233;volutionnaire doit poser l'alternative : ou bien avec l'imp&#233;rialisme britannique et avec la bourgeoisie blanche d'Afrique du Sud, ou bien avec les ouvriers et paysans noirs contre les f&#233;odaux et esclavagistes blancs et leurs agents au sein de la classe ouvri&#232;re m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renversement de la domination britannique sur la population noire de l'Afrique du Sud ne signifiera pas, bien entendu, la rupture &#233;conomique et culturelle avec l'ancienne m&#233;tropole, si cette derni&#232;re s'est elle-m&#234;me affranchie des pillards imp&#233;rialistes qui l'oppriment. Par l'interm&#233;diaire des Blancs qui lieront dans les faits, dans une lutte commune, leur sort &#224; celui des esclaves coloniaux actuels, l'Angleterre sovi&#233;tique pourra exercer sur l'Afrique du Sud une puissante influence &#233;conomique et culturelle, cette fois, non plus sur la base d'une domination, mais sur celle des principes de l'entraide prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'influence que l'Afrique du Sud sovi&#233;tique exercera sur tout le continent noir sera peut-&#234;tre plus importante encore. Aider les n&#232;gres &#224; rattraper la race blanche, afin de s'&#233;lever, la main dans la main, &#224; de nouvelles hauteurs de la culture, telle sera l'une des t&#226;ches les plus grandioses et les plus nobles du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux, pour conclure, dire quelques mots de l'organisation l&#233;gale et ill&#233;gale (&#171; Concerning the Constitution of the Party &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses soulignent &#224; juste titre le lien indispensable entre l'organisation, le programme et la tactique du parti. L'organisation doit assurer l'accomplissement de toutes les t&#226;ches r&#233;volutionnaires en compl&#233;tant l'appareil l&#233;gal par un appareil ill&#233;gal. Personne ne propose, bien entendu, de cr&#233;er un appareil ill&#233;gal pour des fonctions qui, dans les conditions actuelles, peuvent &#234;tre remplies par l'appareil l&#233;gal. Mais d&#232;s qu'approche une crise politique, il faut cr&#233;er des cellules de r&#233;serve, ill&#233;gales, de l'appareil, lesquelles pourront, en cas de besoin, s'&#233;tendre. Une certaine partie du travail, d'ailleurs tr&#232;s importante, ne peut en outre, sous aucune condition, &#234;tre faite ouvertement, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire sous les yeux de l'ennemi de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la forme la plus importante &#8209; pour la p&#233;riode actuelle &#8209; du travail ill&#233;gal ou semi&#8209;l&#233;gal pour des r&#233;volutionnaires est le travail dans les organisations de masse, avant tout les syndicats [15]. Les chefs des trade&#8209;unions constituent une police officieuse du capital ; ils m&#232;nent contre les r&#233;volutionnaires lutte impitoyable. il faut savoir travailler au sein des organisations de masse sans tomber sous les coups de l'appareil r&#233;actionnaire Le groupe r&#233;volutionnaire &#224; l'int&#233;rieur des syndicats qui apprend par son exp&#233;rience toutes les r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de la conspiration saura poursuivre son travail dans une situation d'ill&#233;galit&#233; quand les circonstances l'exigeront [16].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les &#171; th&#232;ses &#187; en question avaient &#233;t&#233; r&#233;sum&#233;es dans le Bulletin de la L.C.I., n&#176; 2, avec un premier commentaire de Ruth Fischer. Les militants d'Afrique du Sud proches de l'Opposition de gauche qui avaient &#233;t&#233; exclus &#224; partir de 1930 du Communist Party of South Africa (C.P.S.A.) s'&#233;taient regroup&#233;s en 1933 dans le Lenin Club fond&#233; au Cap. Deux tendances s'y affrontaient qui avaient l'une et l'autre r&#233;dig&#233; des th&#232;ses en vue de l'&#233;laboration d'un programme pour l'Afrique du Sud et les avaient envoy&#233;es &#224; Trotsky. Trotsky r&#233;pond ici aux th&#232;ses de la majorit&#233; (qui va devenir le Spartacus Club et le Workers Club, avec comme organe Umlilo Mollo &#8209; la Flamme &#8209;), et il est vraisemblable qu'il ne re&#231;ut pas les th&#232;ses de la minorit&#233; (qui allait devenir le 4th International Club avec comme organe Workers Voice &#8209; Izwi Bazebenzi). Cette derni&#232;re, dans son texte fondamental (manifeste du Lenin Club du 1&#176; mai 1934), opposait l'unit&#233; entre travailleurs blancs et travailleurs noirs au mot d'ordre avanc&#233; par le C.P.S.A. depuis le d&#233;but de la &#171; 3&#176; p&#233;riode &#187;, celui d'une &#171; R&#233;publique noire &#187;, en expliquant qu'il aboutissait &#224; faire des paysans arri&#233;r&#233;s l'avant&#173;garde de la r&#233;volution. Elle soulignait l'opposition d'int&#233;r&#234;ts entre les colons d'origine hollandaise, la &#171; bourgeoisie des Boers &#187;, et l'imp&#233;rialisme britannique, et insistait pour le d&#233;veloppement d'activit&#233;s l&#233;gales de l'organisation r&#233;volutionnaire. La majorit&#233; &#8209; dont Trotsky avait les th&#232;ses en main &#8209; affirmait au contraire que la r&#233;volution agraire &#233;tait en Afrique du Sud le probl&#232;me n&#176; 1, auquel la question nationale &#233;tait subordonn&#233;e. Elle consid&#233;rait la bourgeoisie boer comme une fraction de l'imp&#233;rialisme britannique dominant, affirmait en outre que les conditions sp&#233;cifiques de la soci&#233;t&#233; sud-africaine condamnaient les r&#233;volutionnaires &#224; l'action clandestine. Une note dans le Bulletin n&#176; 5 pr&#233;cisait que les th&#232;ses auxquelles Trotsky r&#233;pondait &#233;tait celles de la Communist League : il n'y avait pourtant pas d'organisation portant ce nom en Afrique du Sud, mais seulement le projet de la fonder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Trotsky fait allusion ici au fait que le mot d'ordre stalinien de &#171; r&#233;publique noire &#187; propos&#233; par Boukharine et le militant de couleur du C.P.S.A. La Guma et adopt&#233; en 1928, avait amen&#233;, en r&#233;action, les bolcheviks &#8209;l&#233;ninistes sud&#8209;africains auteurs des th&#232;ses &#224; affirmer que c'&#233;tait la question agraire qui constituait l'alpha et l'om&#233;ga de la r&#233;volution en Afrique du Sud, en sous&#8209;estimant du coup la question nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le terme de dominion &#233;tait alors employ&#233; pour ceux des territoires du Commonwealth britannique qui &#233;taient dot&#233;s d'un gouvernement &#171; autonome &#187; et &#224; qui le droit de s&#233;cession avait &#233;t&#233; express&#233;ment reconnu en 1931. Mais, dans le dominion d'Afrique du Sud, la majorit&#233; de la population, les Noirs, expropri&#233;s et priv&#233;s de tout droit, se trouvaient soumis &#224; un perp&#233;tuel va&#8209;et&#8209;vient entre le travail v&#233;ritablement servile dans les plantations, les ports, les mines, les usines des villes, d'un c&#244;t&#233;, et les conditions de famine qui leur &#233;taient faites dans les &#171; r&#233;serves &#187; par un Etat repr&#233;sentant l'imp&#233;rialisme et les capitalistes Sud&#8209;Africains. Selon le t&#233;moignage de M. Hosea Jaffe, l'historien du mouvement de lib&#233;ration d'Afrique du Sud, cette d&#233;finition de Trotsky est entr&#233;e &#224; cette date dans le langage du mouvement de lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Le 5&#176; congr&#232;s de I'I.C., tenu au lendemain de la mort de L&#233;nine et de la victoire dans le parti de la tro&#239;ka Zinoviev&#8209;Kamenev&#8209;Staline sur l'opposition de gauche de 1923, avait marqu&#233;, selon Trotsky, le d&#233;but de l'abandon des positions th&#233;oriques et programmatiques &#233;labor&#233;es par les quatre premiers congr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] La &#171; dictature d&#233;mocratique des ouvriers et des paysans &#187; &#233;tait la formule propos&#233;e par L&#233;nine, avant avril 1917, pour les pays coloniaux et semi&#8209;coloniaux, y compris la Russie. Elle avait servi et servait encore de cheval de bataille &#224; la direction stalinienne de l'Internationale communiste, qui l'opposait &#224; celle de la &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; qui d&#233;coulait de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Les constitutionnels d&#233;mocrates &#8209; K.D. ou cadets &#8209; &#233;taient en Russie tsariste le parti d&#233;mocrate bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Adress&#233;e formellement &#224; la majorit&#233; dont il connaissait les th&#232;ses, cette critique valait &#233;galement pour la minorit&#233; du Lenin Club. Les deux groupes &#233;taient en effet anim&#233;s par des militants d'origine europ&#233;enne dont la majorit&#233; avaient tendance &#224; maintenir la balance &#233;gale entre travailleurs noirs opprim&#233;s et travailleurs blancs privil&#233;gi&#233;s. La prise de position tr&#232;s ferme de Trotsky sur ce point levait toute ambigu&#239;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Les bolcheviks&#8209;l&#233;ninistes d'Afrique du Sud, qui refusaient le mot d'ordre de &#171; r&#233;publique noire &#187; n'acceptaient pas pour autant ce &#171; droit &#224; la s&#233;paration &#187;, lequel pouvait en effet impliquer une partition de l'Afrique du Sud sur une base raciale, rejetant les Noirs dans les parties les plus pauvres. Hosea Jaffe, huit ans plus tard, soulignait que la situation en Afrique du Sud &#233;tait &#224; l'oppos&#233; de celle de la Russie tsariste. Le r&#233;gime tsariste avait opprim&#233; les nationalit&#233;s en tant que telles et leur avait appliqu&#233; une rigoureuse russification alors que le syst&#232;me sud&#8209;africain favorisait un tribalisme artificiel : le peuple noir aspirait, selon eux, non &#224; l'&#171; autod&#233;termination &#187;, mais &#224; l'unit&#233;. Majorit&#233; et minorit&#233; &#233;taient d'accord l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Le terme d'&#171; &#233;pigones &#187; &#8209; &#233;quivalent p&#233;joratif de &#171; successeurs &#187; - est utilis&#233; couramment par Trotsky pour d&#233;signer la direction apr&#232;s L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Le parti socialiste polonais (P.P.S.) que dirigeait le vieux conspirateur Jozef Pilsudski (1867&#8209;1935), futur mar&#233;chal et dictateur, constituait dans les r&#233;gions polonaises de l'empire tsariste l'une des principales organisations politiques nationalistes, bien qu'il f&#251;t par ailleurs membre de la II&#176; Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Le Dachnaktsoutioun &#233;tait le parti r&#233;volutionnaire arm&#233;nien, fond&#233; &#224; Tiflis en 1890 avec comme objectif l'ind&#233;pendance de l'Arm&#233;nie turque. Il &#233;tait devenu le parti de l'ind&#233;pendance arm&#233;nienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Dans une Ukraine o&#249; les traditions nationales &#233;taient tr&#232;s vivaces, les mouvements nationalistes unis avaient occup&#233; le pouvoir pendant quelque temps en 1917&#8209;1918. Mais une partie des nationalistes s'&#233;tait ralli&#233;e au pouvoir sovi&#233;tique, avec l'ancien chef du gouvernement Vinnichenko, tandis que le chef de l'arm&#233;e, Petljura, s'alliait &#224; la Pologne blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Le Congr&#232;s national indig&#232;ne d'Afrique du Sud avait &#233;t&#233; fond&#233; en janvier 1912 par diverses personnalit&#233;s originaires d'Afrique du Sud exer&#231;ant des professions lib&#233;rales ou intellectuelles en Grande&#8209;Bretagne et aux Etats&#8209;Unis. Il &#233;tait devenu en 1925 le Congr&#232;s national africain (A.N.C.) Premi&#232;re organisation politique d'Afrique du Sud &#224; pr&#233;senter un programme qui reposait sur l'unit&#233; bantou, l'&#233;galit&#233; politique, &#233;conomique et sociale entre Noirs et Blancs dans l'Eglise et l'Etat, la suppression de toute forme d'apartheid, etc. Il &#233;tait le principal parti nationaliste dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Commentant dix ans plus tard cette lettre de Trotsky, un dirigeant trotskyste d'Afrique du Sud jusqu'en 1946, M. Awerbuch, dit A. Mon, relevait le manque d'information de Trotsky qui avait l'impression qu'il &#171; existait r&#233;ellement, &#233;conomiquement et mat&#233;riellement, une paysannerie parmi les Africains, vivant avant tout de la terre et qui ne faisait que vouloir plus de terre &#187;. Il soulignait au contraire que la v&#233;rit&#233; &#233;tait que des millions d'Africains avaient faim de terre et aspiraient &#224; devenir paysans, mais qu'ils n'&#233;taient en fait &#171; paysans que dans leurs aspirations. &#187; Il soulignait n&#233;anmoins que le fait qu'il n'existe pas en Afrique du Sud de paysannerie africaine ne faisait que donner plus de poids au mot d'ordre de la terre. (A. Mon, &#171; A Comment on Trotsky's Letter to South Africa &#187;, Worker's Voice, organe de la Fourth International Organisation of South Africa (F.I.O.S.A.) , juillet 1945, vol. 1, n&#176;2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Les th&#232;ses ne mentionnaient pas la &#171; question syndicale &#187; car une th&#232;se sp&#233;ciale sur cette question avait au pr&#233;alable &#233;tait adopt&#233;e unanimement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Selon M. Hosea Jaffe (Lettre &#224; P. Brou&#233; du 2 octobre 1978), ce texte de Trotsky constitua le point de d&#233;part d'une longue et riche discussion &#224; l'int&#233;rieur de toutes les organisations antiracistes et anti&#8209;imp&#233;rialistes sud&#8209;africaines, &#224; laquelle prirent part des hommes et des femmes qui allaient figurer parmi les fondateurs et animateurs d'organisations comme la All&#8209;African Convention (1936) la National Liberation League (1938), le Non European United Front (1939), le Non European Unity Movement (1943), etc. M. Jaffe consid&#232;re en effet que le programme du mouvement de lib&#233;ration d'Afrique du Sud a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; &#224; partir des id&#233;es fondamentales exprim&#233;es par Trotsky dans ce texte, &#224; ses yeux historique. Dans l'imm&#233;diat, les id&#233;es d&#233;velopp&#233;es par Trotsky : importance de la question agraire, refus de la diff&#233;renciation entre &#171; imp&#233;rialisme britannique &#187; et &#171; bourgeoisie boer &#187;, accent mis sur l'unit&#233; des opprim&#233;s &#171; non europ&#233;ens &#187; l'emport&#232;rent dans le mouvement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le rapprochement entre L&#233;nine et Trotsky en 1917</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8059</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
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		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire encore : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2919 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article143 &lt;br class='autobr' /&gt;
http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le rapprochement entre L&#233;nine et Trotsky en 1917 &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant 14 ans (1903-1917), le principal point de discorde entre L&#233;nine et Trotsky fut la question du parti : la d&#233;finition plus &#233;troite de L&#233;nine, la d&#233;finition plus large de Martov et des mencheviks. D&#233;j&#224; en 1904, Trotsky, pour des raisons id&#233;ologiques et politiques, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


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&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2919&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article143&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article143&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le rapprochement entre L&#233;nine et Trotsky en 1917&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pendant 14 ans (1903-1917), le principal point de discorde entre L&#233;nine et Trotsky fut la question du parti : la d&#233;finition plus &#233;troite de L&#233;nine, la d&#233;finition plus large de Martov et des mencheviks. D&#233;j&#224; en 1904, Trotsky, pour des raisons id&#233;ologiques et politiques, quitta la faction Martov et pr&#233;conisa pendant plusieurs ann&#233;es la fusion des sociaux-d&#233;mocrates en un seul parti. Le rapprochement entre L&#233;nine et Trotsky a commenc&#233; avec la R&#233;volution de 1905. D&#233;j&#224; au d&#233;but de l'ann&#233;e, Trotsky adoptait un point de vue radicalement r&#233;volutionnaire. Au cours de l'ann&#233;e 1905, les mencheviks virent &#224; gauche et les lignes des deux factions du POSDR se rapprochent. La ligne de Trotsky et de ses partisans - l'ind&#233;pendance du prol&#233;tariat dans la r&#233;volution, l'hostilit&#233; envers les lib&#233;raux, le cap vers un gouvernement ouvrier - devint &#224; la fin de 1905 le point de vue g&#233;n&#233;ral de la social-d&#233;mocratie russe. Peut-&#234;tre que seul le groupe autour de Plekhanov a pris une position radicalement diff&#233;rente. En octobre, La d&#233;faite de la r&#233;volution de 1905 a &#233;t&#233; suivie par le d&#233;clin du mouvement de masse et de l'activit&#233; du parti dans les deux principales factions du POSDR. La chute du mouvement de masse a conduit, comme il arrive toujours, &#224; la croissance de petites querelles et querelles de parti. Parmi les dirigeants les plus avanc&#233;s de la r&#233;volution, ce furent aussi des ann&#233;es d'&#233;tude de l'exp&#233;rience de la r&#233;volution, r&#233;sumant, r&#233;visant ou approfondissant la strat&#233;gie et le programme. Pendant ces ann&#233;es, Trotsky a d&#233;velopp&#233; sa &#034;th&#233;orie de la r&#233;volution permanente&#034; sur la future r&#233;volution russe (voir son article de 1906 &#034;R&#233;sultats et perspectives&#034; ). Politiquement, il se tenait &#224; gaucheles deux factions du POSDR - &#224; la gauche des bolcheviks et des mencheviks - mais, sur le plan organisationnel, il a pr&#233;conis&#233; l'unification des deux factions, ce qui a provoqu&#233; des attaques contre lui-m&#234;me de la part des dirigeants des deux groupes : L&#233;nine, d'une part, Martov, d'autre part. L'autre. Pour s'en rendre compte, le lecteur est invit&#233; &#224; son article critiquant les deux factions de la social-d&#233;mocratie russe, &#034;Nos diff&#233;rences&#034; , publi&#233; en juillet 1908 dans la revue polonaise de Rosa Luxembourg &#034;Przeglad Socjaldemokratyczny&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ann&#233;es d'avant-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent le d&#233;clenchement de la guerre, Trotsky participa activement &#224; la lutte politique de l'aile gauche de la Deuxi&#232;me Internationale : critiquant Kautsky par la gauche, il s'aligna sur le courant de gauche autour de Luxembourg et Anton Pannekoek contre les centristes en le leadership des social-d&#233;mocraties allemandes et autrichiennes ; Trotsky s'est oppos&#233; au minist&#233;rialisme et au possibilisme dans le Parti socialiste fran&#231;ais, a &#233;crit des articles contre l'opportunisme de Jaur&#232;s ; en 1912-13 il est devenu proche des socialistes de gauche dans les Balkans : Rakovsky, Kolarov, Dobrodzhanu-Gherea et d'autres. Pendant la guerre des Balkans, il se heurta vivement &#224; la conciliation et au centrisme du socialisme austro-allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;tait aussi sur le flanc gauche de l'Internationale, il s'opposait au possibilisme et au minist&#233;rialisme, adaptation &#224; la l&#233;galit&#233; des Hohenzollern chez une partie des sociaux-d&#233;mocrates allemands. Pourtant, en dirigeant la faction (ou le parti) bolchevique au sein du POSDR, L&#233;nine ne s'autorise, jusqu'en ao&#251;t 1914, &#224; prendre un ton dur contre les courants adaptatifs au sein des partis de la IIe Internationale et contre les dirigeants autoritaires des partis fr&#232;res. . L&#233;nine soutint diplomatiquement le &#034;p&#232;re spirituel&#034; de l'Internationale, Kautsky, et le &#034;marxisme orthodoxe&#034; de ce dernier. L&#233;nine a maintenu des relations respectueuses avec Plekhanov, s'appuyant sur son autorit&#233; dans la lutte philosophique contre les vp&#233;riodes, les otzovistes et les b&#226;tisseurs de Dieu. L&#233;nine se d&#233;robe prudemment &#224; la solidarit&#233; avec Rosa Luxembourg et l'aile gauche de l'Internationale, qui lutte contre Bebel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre de 1912, L'accumulation du capital, Rosa Luxemburg d&#233;crit la difficult&#233; de Marx &#224; expliquer la production capitaliste &#233;largie. Le Luxembourg a soulign&#233; que le capitalisme trouve une solution temporaire dans l'expansion du march&#233; bourgeois dans les pays non capitalistes et arri&#233;r&#233;s. Sans prendre personnellement une position claire, L&#233;nine soutint Boukharine et les austro-marxistes dans la d&#233;fense de la lettre du &#171; Capital &#187; de Marx et dans la critique des conceptions de Rosa Luxemburg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ao&#251;t 1914 a inaugur&#233; une nouvelle &#232;re dans le d&#233;veloppement du capitalisme, et une nouvelle ligne de d&#233;marcation a commenc&#233; dans le mouvement ouvrier : pour ou contre la guerre. L&#233;nine et Trotsky ont tous deux adopt&#233; un point de vue d&#233;faitiste, par rapport &#224; la Russie, et internationaliste. L&#233;nine en Suisse, Trotsky en France, ont tous deux fermement condamn&#233; les social-chauvins de la Deuxi&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le d&#233;clenchement de la guerre, L&#233;nine a approch&#233; Trotsky et Luxembourg pour critiquer les conceptions de Kautsky de &#034;l'ultra-imp&#233;rialisme&#034;. L&#233;nine et Trotsky ont s&#233;v&#232;rement condamn&#233; le pacifisme de Kautsky et le social-chauvinisme de Plekhanov ; tous deux d&#233;non&#231;aient les sociaux-patriotes de France, de Belgique et d'Allemagne. Tous deux particip&#232;rent &#224; la Conf&#233;rence de Zimmerwald en 1915, L&#233;nine dans sa faction de gauche, Trotsky au centre de Zimmerwald. En 1916, L&#233;nine a &#233;crit son ouvrage bien connu L'imp&#233;rialisme - le stade le plus &#233;lev&#233; du capitalisme, dans lequel il soutenait que le capitalisme mondial &#233;tait entr&#233; dans une nouvelle &#233;tape : la tendance dominante &#233;tait devenue la pr&#233;dominance monopoliste des banques et des trusts, vers l'abolition et l'&#233;viction des libert&#233;s parlementaires, au colonialisme et au militarisme. , &#224; la &#034;r&#233;action sur toute la ligne&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky dirigea &#224; Paris, avec Martov, le quotidien internationaliste Golos, puis Nashe Slovo. Au cours de leur travail commun, il a rencontr&#233; la timidit&#233;, la passivit&#233; et la conciliation de Martov envers le pacifisme et l'opportunisme. Cela l'a pouss&#233; vers la position de L&#233;nine sur la question du r&#244;le de l'arpentage organisationnel, c'est-&#224;-dire sur le r&#244;le du parti. Il a vu en Allemagne un probl&#232;me similaire d'arpentage trop lent : le Luxembourg s'est dissoci&#233; trop tard et avec h&#233;sitation des tra&#238;tres et des sociaux-patriotes &#224; la t&#234;te de la social-d&#233;mocratie allemande ; son groupe Spartak a rejoint le Parti social-d&#233;mocrate ind&#233;pendant centriste au lieu de fonder un parti r&#233;volutionnaire ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre 1916, les autorit&#233;s fran&#231;aises ferm&#232;rent le journal Nashe Slovo &#224; Paris et d&#233;port&#232;rent Trotsky en Espagne. Les autorit&#233;s espagnoles, apr&#232;s quelques d&#233;lib&#233;rations, une surveillance polici&#232;re et une br&#232;ve arrestation, ont &#233;galement d&#233;port&#233; Trotsky &#224; New York. Arriv&#233; &#224; New York le 13 janvier 1917, il commence &#224; gagner des groupes de partisans sur la base des luttes anti-guerre au sein de l'&#233;norme mais informe Parti socialiste. Avec N. Boukharine et G.I. Chudnovsky, Trotsky a travaill&#233; au comit&#233; de r&#233;daction du quotidien internationaliste russe Novy Mir, a contribu&#233; au journal socialiste de gauche allemand NY Volkszeitung et au magazine juif r&#233;volutionnaire Tsukunft (Futur). Il &#233;crivit des articles pour le grand quotidien juif de gauche The Forverts et y donna des interviews ainsi que dans d'autres journaux populaires en Am&#233;rique. Ses articles ont &#233;t&#233; r&#233;imprim&#233;s par d'autres journaux socialistes et syndicalistes de gauche en Am&#233;rique. Les articles et discours de Trotsky, publi&#233;s &#224; des centaines de milliers d'exemplaires, ont influenc&#233; le discours politique g&#233;n&#233;ral de ces mois agit&#233;s : les cercles dirigeants am&#233;ricains se pr&#233;paraient &#224; entrer en guerre aux c&#244;t&#233;s de l'Entente. Au cours de ses deux mois et demi &#224; New York, Trotsky a confront&#233; les larges masses ouvri&#232;res de New York et d'Am&#233;rique aux questions fondamentales de la guerre et de la r&#233;volution, a dynamis&#233; l'aile gauche du Parti socialiste et a jet&#233; les bases id&#233;ologiques du futur Parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution et nouvelles fractions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution de f&#233;vrier a rapproch&#233; L&#233;nine et Trotsky. S&#233;par&#233;s par la guerre et l'oc&#233;an &#8211; L&#233;nine en Suisse, Trotsky &#224; New York &#8211; tous deux ont adopt&#233; une position identique sur la r&#233;volution russe. Voici les principaux th&#232;mes d&#233;velopp&#233;s par Trotsky et L&#233;nine : la r&#233;volution bourgeoise s'est d&#233;j&#224; &#233;puis&#233;e ; la bourgeoisie russe a peur de la d&#233;mocratie bourgeoise et suit l'exemple de la bourgeoisie imp&#233;rialiste mondiale, en particulier la bourgeoisie de l'Entente ; le prol&#233;tariat russe se bat pour la r&#233;volution socialiste mondiale ; le socialisme en Russie ne peut gagner que dans le cadre de la r&#233;volution mondiale ; r&#233;volution mondiale et europ&#233;enne sont &#224; l'ordre du jour ; vive la nouvelle Internationale r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes bolcheviks en Russie ont accueilli la r&#233;volution de f&#233;vrier avec un programme erron&#233; et une organisation bris&#233;e par la d&#233;route tsariste. Les masses se sont pr&#233;cipit&#233;es dans la bataille, ont lutt&#233; pour l'organisation, se sont inscrites dans des milliers de partis r&#233;volutionnaires et socialistes, ont cr&#233;&#233; des soviets au centre et &#224; la p&#233;riph&#233;rie. Tous les partis de masse, ou &#171; d&#233;mocrates &#187;, comme on les appelait alors, &#233;taient d'accord sur les questions d'organisation : syndicats, soviets locaux, self-government, etc. Tous les partis &#8212; socialistes populaires, mencheviks, bolcheviks, socialistes-r&#233;volutionnaires &#8212; d&#233;fendent une r&#233;publique, une assembl&#233;e constituante, le suffrage universel et d'autres libert&#233;s d&#233;mocratiques &#8212; les lieux communs informes de la &#171; d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; interdistricts de Petrograd - partisans de la position de Trotsky - prit en f&#233;vrier-mars 1917 des positions similaires &#224; celles des bolcheviks de gauche, voire un peu &#224; gauche. Plus ou moins clairement, ils s'opposaient au soutien du gouvernement provisoire bourgeois et &#224; la poursuite de la guerre. Ils ont &#233;t&#233; les premiers, avant les bolcheviks, &#224; se prononcer en faveur des droits d&#233;mocratiques des soldats, mais on ne peut pas dire que quiconque &#224; Petrograd et en Russie fin f&#233;vrier et mars ait clairement pos&#233; les principales questions sociales de la R&#233;volution russe. : la guerre et la question fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vaut la peine de dire quelques mots sur la question de l'organisation. Trotsky a &#233;t&#233; suivi par une petite organisation de Petrograd, le Comit&#233; Interdistrict, et quelques amis dans d'autres parties de la Russie. Le Comit&#233; interdistrict est n&#233; &#224; Saint-P&#233;tersbourg en novembre 1913 en tant que groupe social-d&#233;mocrate non fractionnel qui a tent&#233; d'unir les bolcheviks et les mencheviks. D&#232;s le d&#233;but de la guerre, les Mezhrayontsy ont pris une position internationaliste, se concentrant sur le journal social-d&#233;mocrate parisien Nashe Slovo, &#233;dit&#233; par Trotsky et Martov, puis uniquement par Trotsky. De nombreux Mezhrayontsy partageaient le concept de &#171; r&#233;volution permanente &#187; de Trotsky. D&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution de f&#233;vrier, ce groupe a pris une position de gauche radicale, &#224; la gauche des bolcheviks de Petrograd, a men&#233; une propagande et une agitation anti-guerre plus claires contre le gouvernement provisoire, et s'est rapidement d&#233;velopp&#233; sur la vague du sentiment r&#233;volutionnaire. En juillet, le Comit&#233; interdistricts r&#233;unit environ quatre mille ouvriers et soldats r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancien chef du groupe &#233;tait Konstantin Yurenev (Krotovsky) (1888-1938). En mai 1917, le groupe a &#233;t&#233; reconstitu&#233; avec une galaxie de socialistes &#233;minents venus de l'exil : Trotsky, Lunacharsky, Chudnovsky. Au cours de l'&#233;t&#233;, d'&#233;minents mencheviks de gauche et des sociaux-d&#233;mocrates non fractionnels ont rejoint le groupe : M. M. Volodarsky, A. A. Ioffe, D. Z. Manuilsky, M. S. Uritsky et d'autres. En juin-juillet, 8 num&#233;ros du magazine Mezhrayontsev, Vperyod, ont &#233;t&#233; publi&#233;s, &#224; la r&#233;daction desquels Trotsky, Yurenev, Manuilsky ont particip&#233;. En juillet, lors du VI Congr&#232;s du POSDR (b), l'ensemble du groupe, compos&#233; d'environ quatre mille membres, a rejoint le Parti bolchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les bolcheviks ? &#192; son arriv&#233;e &#224; Petrograd le 4 avril, L&#233;nine a trouv&#233; une grande organisation bolchevique en croissance rapide, mais id&#233;ologiquement, il &#233;tait un solitaire pendant un certain temps. Son point de vue &#233;tait &#171; personnel &#187;, selon les termes de la Pravda, et isol&#233; au sommet du parti bolchevik et dans les cercles sociaux-d&#233;mocrates en g&#233;n&#233;ral. Il a men&#233; la lutte contre les &#034;vieux bolcheviks&#034; au Comit&#233; central et dans divers comit&#233;s locaux, contre l'ancienne conception du bolchevisme sur la &#034;dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie&#034;, pour l'orientation du parti dans le sens des Th&#232;ses d'Avril . Les &#034;vieux bolcheviks&#034; - Kamenev, Rykov, Kalinine et d'autres - ont accus&#233; L&#233;nine de &#034;trotskysme&#034;, mais dans les jours et les semaines qui ont suivi, L&#233;nine a trouv&#233; un soutien pour sa ligne dans les rangs inf&#233;rieurs du parti, dans les usines, dans les casernes et le district comit&#233;s des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Association des bolcheviks et des mejrayontsy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pression de L&#233;nine, le parti bolchevik tourna &#224; gauche en avril-mai et se rapprocha de la ligne Mezhrayontsy. Bien que L&#233;nine n'ait jamais parl&#233; de la th&#233;orie de la &#034;r&#233;volution permanente&#034;, sa politique en 1917 s'est d&#233;plac&#233;e vers le point de vue de Trotsky sur cette question cl&#233;. &#201;tant donn&#233; que le Comit&#233; interdistrict et le Comit&#233; central des bolcheviks ont poursuivi une politique similaire et ont coop&#233;r&#233; dans les soviets et dans le travail de masse, les deux organisations ont pris un certain nombre de mesures pour fusionner sur le plan organisationnel. La conf&#233;rence d'avril des bolcheviks, sous l'influence de L&#233;nine, a d&#233;cid&#233; de l'opportunit&#233; de s'unir avec les Mezhrayontsy et les mencheviks-internationalistes de gauche, partisans de Martov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky et sa famille sont arriv&#233;s &#224; Petrograd d'Am&#233;rique et de captivit&#233; anglaise dans la soir&#233;e du 4 mai et, &#224; leur arriv&#233;e, ont rejoint le comit&#233; interdistricts. Mezhrayontsy &#224; cette &#233;poque n'avait pas son propre journal, et il est publi&#233; dans le journal non partisan de M. Gorky, Novaya Zhizn, et ses discours au Soviet sont couverts dans le journal officiel du Comit&#233; ex&#233;cutif central, Izvestia. Le 2 juin, le premier num&#233;ro de l'hebdomadaire des Mezhrayontsy, Vperyod, est publi&#233;, &#224; la r&#233;daction duquel participe Trotsky. La premi&#232;re apparition de Trotsky dans la Pravda bolchevique a eu lieu, apparemment, dans le num&#233;ro 69 du 31 mai, lorsque L&#233;nine a publi&#233; dans le journal un appel &#233;crit par Trotsky &#034;Des marins de Kronstadt ...&#034;. Ensuite, la Pravda publie &#224; plusieurs reprises des rapports sur les discours de Trotsky et ses articles sur les questions les plus br&#251;lantes de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 mai, trois jours apr&#232;s l'arriv&#233;e de Trotsky, une conf&#233;rence &#224; l'&#233;chelle de la ville des social-d&#233;mocrates unis a eu lieu, &#224; laquelle ont particip&#233; 58 d&#233;l&#233;gu&#233;s avec un vote d&#233;cisif. Trotsky devint l'invit&#233; d'honneur de la conf&#233;rence et pronon&#231;a un discours sur l'attitude envers le gouvernement provisoire et les ministres mencheviks, Tsereteli et Skobelev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;dition du tome 3, &#338;uvres de L.D. Trotsky, publi&#233; par la State Publishing House en octobre 1924 (Lenzner &#233;tait le r&#233;dacteur en chef, M. S. Glazman, le plus proche collaborateur de Trotsky, qui a &#233;t&#233; pouss&#233; au suicide par le GPU), a &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 7 mai 1917, une conf&#233;rence municipale des sociaux-d&#233;mocrates unis s'ouvrit. (Bolcheviks et internationalistes). La conf&#233;rence a accueilli le Com. Trotsky, qui &#233;tait pr&#233;sent en tant qu'invit&#233;. R&#233;pondant &#224; une salutation, camarade. Trotsky a d&#233;clar&#233; cela pour lui, qui avait toujours d&#233;fendu la n&#233;cessit&#233; de l'unit&#233; des social-d&#233;mocrates. forces, l'unit&#233; en soi n'est pas une fin en soi, et le contenu r&#233;volutionnaire doit &#234;tre investi dans cette formule. Cette conf&#233;rence doit se tenir sous la banni&#232;re de la r&#233;volution sociale mondiale, sous la banni&#232;re de la nouvelle Internationale, contre le d&#233;fensisme, contre les cadavres vivants du &#171; socialisme malheureux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 mai, une conf&#233;rence r&#233;guli&#232;re du Comit&#233; interdistricts s'est tenue &#224; Petrograd, &#224; laquelle L&#233;nine, Kamenev et Zinoviev des bolcheviks, Martov des mencheviks-internationalistes ont particip&#233; en tant qu'invit&#233;s. En 1924, lorsque Gosizdat publie le tome III des &#338;uvres de L.D. Trotsky, l'&#233;diteur de ce volume, dans Notes, d&#233;crit ainsi le processus d'unification de ces organisations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La question de l'unification des bolcheviks et des Mezhrayontsy s'est pos&#233;e presque d&#232;s les premiers jours de la r&#233;volution. Dans ses premiers articles, vol. L&#233;nine, Zinoviev et d'autres ont directement soulign&#233; la n&#233;cessit&#233; de s'unir &#224; tous les &#233;l&#233;ments v&#233;ritablement r&#233;volutionnaires de la social-d&#233;mocratie. Au VIe Congr&#232;s du Parti, Sverdlov nota dans son rapport que la conf&#233;rence d'avril avait officiellement confirm&#233; cette n&#233;cessit&#233; de s'unir &#224; tous les social-d&#233;mocrates qui avaient en fait rompu avec les d&#233;fenseurs mencheviks. Avec l'arriv&#233;e de T.T. Trotsky, Lunacharsky et Chudnovsky ont commenc&#233; des travaux pratiques pour unir les bolcheviks et les Mezhrayontsy. Le bureau d'organisation cr&#233;&#233; pour convoquer le Congr&#232;s comprenait 3 bolcheviks et 2 mejrayontsy. Le Bureau d'organisation a agi au nom de ces deux organisations. En outre, Sverdlov a d&#233;clar&#233; qu'avant m&#234;me le Congr&#232;s, Trotsky &#233;tait entr&#233; &#224; la r&#233;daction de la Pravda et que seul son emprisonnement avait emp&#234;ch&#233; sa participation effective au comit&#233; de r&#233;daction. Pour les m&#234;mes raisons, Trotsky, qui a &#233;t&#233; nomm&#233; orateur sur la situation actuelle au VIe Congr&#232;s, n'a pas pu faire ce rapport. Les Mezhraiontsy, pour leur part, discutaient activement de la question de l'unification avec les bolcheviks. D&#233;j&#224; la premi&#232;re conf&#233;rence, tenue d&#233;but mai, a adopt&#233; la r&#233;solution suivante sur la question de l'unification sur la base du rapport de Yurenev :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Partant du fait que le moment que nous vivons est extr&#234;mement responsable, que les t&#226;ches qui attendent les social-d&#233;mocrates sont d'une importance exceptionnelle... que, dans cette perspective, l'unit&#233; des social-d&#233;mocrates. n&#233;cessaire et in&#233;vitable, mais en m&#234;me temps en affirmant que parmi les socialistes du monde entier, une scission s'est produite dans le sens de l'internationalisme et du d&#233;fencisme : c'est une partie importante des social-d&#233;mocrates. La Russie a trahi l'ancienne banni&#232;re de classe de l'Internationale en s'engageant dans une alliance honteuse avec la bourgeoisie, alliance qui s'est termin&#233;e par l'entr&#233;e des socialistes dans les rangs du gouvernement provisoire ; que le foss&#233; entre les internationalistes et les d&#233;fenseurs s'&#233;largit chaque jour ; que l'essence bourgeoise de toutes les nuances du d&#233;fencisme, de l'inconditionnel au soi-disant r&#233;volutionnaire, s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#224; tous avec une &#233;vidente clart&#233; - la conf&#233;rence estime : 1) que l'unit&#233; se con&#231;oit par lui ; comme l'unit&#233; des forces r&#233;volutionnaires internationalistes des social-d&#233;mocrates ; 2) que seul un congr&#232;s panrusse d'organisations et de groupes adh&#233;rant au point de vue de Zimmerwald-Kienthal peut &#234;tre un moyen r&#233;el de cr&#233;er un parti ouvrier social-d&#233;mocrate r&#233;volutionnaire unique, et 3) qu'un congr&#232;s uni des social-d&#233;mocrates . les internationalistes de Russie peuvent &#234;tre une autorit&#233; pour les social-d&#233;mocrates r&#233;volutionnaires. seulement si la question de la convocation du congr&#232;s est confi&#233;e au Bureau d'organisation, compos&#233; de repr&#233;sentants du Comit&#233; central de la R. S.-D. R.P., Polsko&#239; S.-D., S.-D. le territoire letton, le comit&#233; interdistrict, les repr&#233;sentants des mencheviks-internationalistes de Russie, puisqu'ils rompront le lien organisationnel avec le d&#233;fensisme. 2) que seul un congr&#232;s panrusse d'organisations et de groupes adh&#233;rant au point de vue de Zimmerwald-Kienthal peut &#234;tre un moyen r&#233;el de cr&#233;er un parti ouvrier social-d&#233;mocrate r&#233;volutionnaire unique, et 3) qu'un congr&#232;s uni des social-d&#233;mocrates . les internationalistes de Russie peuvent &#234;tre une autorit&#233; pour les social-d&#233;mocrates r&#233;volutionnaires. seulement si la question de la convocation du congr&#232;s est confi&#233;e au Bureau d'organisation, compos&#233; de repr&#233;sentants du Comit&#233; central de la R. S.-D. R.P., Polsko&#239; S.-D., S.-D. le territoire letton, le comit&#233; interdistrict, les repr&#233;sentants des mencheviks-internationalistes de Russie, puisqu'ils rompront le lien organisationnel avec le d&#233;fensisme. 2) que seul un congr&#232;s panrusse d'organisations et de groupes adh&#233;rant au point de vue de Zimmerwald-Kienthal peut &#234;tre un moyen r&#233;el de cr&#233;er un parti ouvrier social-d&#233;mocrate r&#233;volutionnaire unique, et 3) qu'un congr&#232;s uni des social-d&#233;mocrates . les internationalistes de Russie peuvent &#234;tre une autorit&#233; pour les social-d&#233;mocrates r&#233;volutionnaires. seulement si la question de la convocation du congr&#232;s est confi&#233;e au Bureau d'organisation, compos&#233; de repr&#233;sentants du Comit&#233; central de la R. S.-D. R.P., Polsko&#239; S.-D., S.-D. le territoire letton, le comit&#233; interdistrict, les repr&#233;sentants des mencheviks-internationalistes de Russie, puisqu'ils rompront le lien organisationnel avec le d&#233;fensisme. si la question de la convocation du congr&#232;s est confi&#233;e au Bureau d'organisation, compos&#233; de repr&#233;sentants du Comit&#233; central du R. S.-D. R.P., Polsko&#239; S.-D., S.-D. le territoire letton, le comit&#233; interdistricts, les repr&#233;sentants des mencheviks-internationalistes de Russie, car ils rompront le lien organisationnel avec le mouvement de d&#233;fense. si la question de la convocation du congr&#232;s est confi&#233;e au Bureau d'organisation, compos&#233; de repr&#233;sentants du Comit&#233; central du R. S.-D. R.P., Polsko&#239; S.-D., S.-D. le territoire letton, le comit&#233; interdistricts, les repr&#233;sentants des mencheviks-internationalistes de Russie, car ils rompront le lien organisationnel avec le mouvement de d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette objection &#224; L&#233;nine, on peut voir les craintes du Mezhrayontsy d'&#234;tre absorb&#233; dans une organisation beaucoup plus large des bolcheviks. Mais ce n'est pas du sectarisme pur : &#224; peine un mois plus t&#244;t, les bolcheviks avaient pris une position politique ind&#233;finie ; au milieu d'eux, il y avait encore un pragmatisme grossier &#171; parce qu'en si loin &#187;. La fusion n'a pas eu lieu en mai, mais un bloc d'internationalistes de principe - bolcheviks, mejrayontsy et internationalistes mencheviks de gauche - a &#233;t&#233; fond&#233; sur la base d'une lutte commune contre la guerre et contre le soutien au gouvernement provisoire. Il faut souligner &#224; nouveau que pendant tout ce temps, l'arpentage actif et l'auto-&#233;ducation politique des milliers de masses de la capitale et des millions de toute la Russie se sont poursuivis. Le sentiment anti-guerre a commenc&#233; &#224; diviser l'&#233;norme parti SR ; il a form&#233; une gauche internationaliste et anti-gouvernementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin mai, lors de la campagne &#233;lectorale pour les doumas de district de Petrograd, les bolcheviks, mejrayontsy et mencheviks-internationalistes cr&#233;ent un bloc &#233;lectoral pour combattre le mar&#233;cage de la petite bourgeoisie sans parti, les partis petits-bourgeois des mencheviks et des les socialistes-r&#233;volutionnaires et les partis de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bloc de gauche a &#233;tendu son influence et est devenu plus actif pendant la campagne de mai pour d&#233;fendre le Soviet de Kronstadt contre les attaques de la droite. A la mi-mai, les masses de Kronstadt et le Soviet radical ont adopt&#233; une position d'hostilit&#233; irr&#233;conciliable envers le Gouvernement provisoire et la direction des Soviets de Petrograd et de toute la Russie, puisque ces derniers d&#233;fendaient le gouvernement bourgeois. Trotsky, Lunacharsky et Chudnovsky se sont particuli&#232;rement distingu&#233;s dans cette campagne et, dans leurs discours, ils ont exprim&#233; le point de vue commun des Mezhrayontsy et des bolcheviks. Trotsky s'est rendu &#224; Cronstadt les 14, 25 et 27 mai et a parl&#233; avec beaucoup de succ&#232;s au Soviet et sur Anchor Square. N. N. Soukhanov se souvient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Trotsky et Lunacharsky, comme on le sait, n'&#233;taient pas membres du parti bolchevik &#224; cette &#233;poque. Mais ces orateurs de premi&#232;re classe ont d&#233;j&#224; r&#233;ussi &#224; devenir les agitateurs les plus populaires en deux ou trois semaines. Leur succ&#232;s a commenc&#233;, peut-&#234;tre, avec Cronstadt, o&#249; ils ont tourn&#233; tr&#232;s souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons une touche color&#233;e &#224; ce tableau de rapprochement. Le 30 mai, lors d'une r&#233;union du Comit&#233; du Parti de Petrograd, L&#233;nine s'oppose au projet du PC de fonder son propre journal, en plus de la Pravda, et, en &#233;change d'un tel partage des forces, annonce que Trotsky a &#233;t&#233; invit&#233; &#224; la r&#233;daction de l'Organe central, qui pourrait faire de la Pravda un journal plus populaire et vivant, de m&#234;me qu'il &#171; r&#233;ussit &#224; mettre en sc&#232;ne son orgue populaire Russkaya Gazeta &#187; en 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons bri&#232;vement que Trotsky et L&#233;nine pr&#233;f&#232;rent maintenant ne pas rappeler une autre vieille pierre d'achoppement : le journal viennois Pravda, qui en 1908-12. Trotsky a publi&#233; non sans brio, et sur le sort duquel ils se sont ensuite disput&#233;s am&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons indiqu&#233; plus haut, Trotsky est maintenant publi&#233; dans la Pravda, devient l'un de ses &#233;crivains les plus populaires, prend la parole lors de r&#233;unions et de rassemblements au nom des bolcheviks et des mejrayontsy, ou des mejrayontsy-bolcheviks, puis simplement au nom des bolcheviks. La Pravda publie des articles de Lunacharsky et d'Uritsky, des annonces de leurs conf&#233;rences, des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, etc. Les organisations fusionnent &#233;troitement dans les journ&#233;es de juillet : des tracts de masse appelant &#224; manifester, ou vice versa, avec recommandation de s'abstenir de parler, sont sign&#233;s par les Comit&#233;s centraux des deux groupes. Parmi les orateurs les plus populaires de Petrograd figuraient un certain nombre de Mezhrayontsy, tout comme Trotsky parlant au nom d'un bloc de plus en plus &#233;troit de bolcheviks et de Mezhrayontsy : A. Lunacharsky, G. Chudnovsky, M. Uritsky et d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque (mai-juin) dans de nombreuses villes de Russie, des organisations unies de bolcheviks et de mencheviks continuaient d'exister, y compris les d&#233;fensistes (il y avait moins de d&#233;fensistes parmi les bolcheviks). Trotsky &#233;crit dans Histoire de la r&#233;volution russe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le parti a &#233;galement pris du retard sur la dynamique r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire. l'organisation qui a le moins le droit d'&#234;tre &#224; la tra&#238;ne, surtout pendant une r&#233;volution. Dans des centres ouvriers tels qu'Ekaterinbourg, Perm, Toula, Nizhny Novgorod, Sormovo, Kolomna, Yuzovka, les bolcheviks ne se s&#233;par&#232;rent des mencheviks qu'&#224; la fin du mois de mai. A Odessa, Nikolaev, Yelizavetgrad, Poltava et d'autres endroits en Ukraine, les bolcheviks n'avaient pas d'organisations ind&#233;pendantes d&#232;s la mi-juin. A Bakou, Zlatoust, Bezhetsk, Kostroma, les bolcheviks ne se s&#233;parent finalement des mencheviks que vers la fin juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Petrograd, en juillet, les bolcheviks et les Mezhrayontsy travaillaient ensemble dans des syndicats, des coop&#233;ratives et d'autres organisations de masse. Leurs factions au sein des soviets se rencontraient souvent et d&#233;veloppaient conjointement des tactiques, lors de rassemblements de masse, leurs orateurs parlaient de la position commune des &#171; bolcheviks et mejrayontsy &#187;, des tracts avec des appels &#224; l'action &#233;taient imprim&#233;s sur la signature du Comit&#233; central des deux groupes, etc. L'autorit&#233; de L&#233;nine grandit parmi les Mezhrayontsy, l'autorit&#233; de Trotsky parmi les bolcheviks. L'article th&#233;orique de Trotsky de 1906 &#171; R&#233;sultats et perspectives &#187; a &#233;t&#233; publi&#233; dans une brochure, dans laquelle l'argument de la &#171; r&#233;volution permanente &#187; est d&#233;velopp&#233; ; Le livre est distribu&#233; par les deux organisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins clairement, avec un d&#233;calage d'un mois ou deux derri&#232;re Kronstadt et Petrograd, il y a eu une enqu&#234;te id&#233;ologique et organisationnelle dans les Soviets de premi&#232;re ligne, dans les villes, les colonies ouvri&#232;res et les villages de Russie. Les masses ont &#233;t&#233; attir&#233;es vers la gauche, des groupes de &#171; partisans du pouvoir des soviets &#187;, de &#171; partisans du point de vue de L&#233;nine et de Trotsky &#187; se sont cr&#233;&#233;s dans les organisations sociales-d&#233;mocrates g&#233;n&#233;rales, des organisations des bolcheviks et des partisans de la perspective de la r&#233;volution mondiale s'est cristallis&#233;e et a grandi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement apr&#232;s la fin des grandes manifestations de juillet et l'arriv&#233;e des troupes anti-bolcheviks &#224; Petrograd, les bolcheviks ont re&#231;u une s&#233;rie de coups, lourds mais, en fin de compte, non mortels. Kerensky a lanc&#233; une calomnie sur &#171; l'or allemand &#187; de L&#233;nine et des bolcheviks. L&#233;nine et Zinoviev sont entr&#233;s dans la clandestinit&#233;, un certain nombre de bolcheviks ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et l'imprimerie de la Pravda a &#233;t&#233; d&#233;truite. Trotsky n'a pas encore &#233;t&#233; touch&#233; et il est apparu dans la presse, au Comit&#233; ex&#233;cutif des soviets et dans les conf&#233;rences ouvri&#232;res et syndicales avec un certain nombre de d&#233;clarations en faveur de L&#233;nine et des bolcheviks. Le 10 juillet, par exemple, il a d&#233;fi&#233; le gouvernement provisoire par l'interm&#233;diaire d'un journal, d&#233;clarant qu'il &#233;tait aussi coupable que L&#233;nine pour les &#233;v&#233;nements du 3 au 5 juillet. Depuis que Kerensky a &#233;mis un mandat d'arr&#234;t contre L&#233;nine et Zinoviev et arr&#234;t&#233; Kamenev, il ne peut avoir aucune excuse pour ne pas &#233;tendre le mandat d'arr&#234;t &#224; Trotsky &#233;galement. Sorti de moi-m&#234;me le gouvernement Kerensky a arr&#234;t&#233; Trotsky et Lunacharsky le 23 juillet. L'arrestation de Trotsky a &#233;lev&#233; son autorit&#233; parmi les masses de Petrograd &#224; des sommets sans pr&#233;c&#233;dent. Une r&#233;union de masse des mencheviks exigea sa lib&#233;ration ; Martov et les chefs des mencheviks ont eu du mal &#224; r&#233;duire le r&#233;sultat de la r&#233;union houleuse &#224; une note de protestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 juillet, un 6e congr&#232;s (unificateur) semi-clandestin s'est r&#233;uni &#224; Petrograd et, enfin, officiellement, toute l'organisation interdistricts a rejoint le parti bolchevik. L'autorit&#233; de Trotsky, qui si&#233;geait aux Croix, &#233;tait si &#233;lev&#233;e que lors des &#233;lections au Comit&#233; central, seules quatre personnes furent &#233;lues &#224; la quasi-unanimit&#233;. Le protocole du congr&#232;s note la confiance du Parti en ces personnes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sergo . Camarades, je vous propose d'annoncer les noms des quatre membres du Comit&#233; central qui ont re&#231;u le plus grand nombre de voix. J'estime n&#233;cessaire de le faire pour exprimer la solidarit&#233; du Congr&#232;s avec les dirigeants &#233;lus du Parti. ( Vifs applaudissements.) &#201;lus : le camarade L&#233;nine, qui a obtenu 133 voix sur 134 ; le camarade Zinoviev, 132 ; Kamenev, 131 ; Trotsky, 131 voix. ( Vifs applaudissements.) &#187; (Proc&#232;s-verbal du VI Congr&#232;s du POSDR (b), Moscou, 1958, p. 252).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus d'eux, les personnes suivantes ont &#233;t&#233; &#233;lues au Comit&#233; central : Nogin, Kollontai, Staline, Sverdlov, Rykov, Boukharine, Artem, Ioffe, Uritsky, Milyutin, Lomov. Il convient de noter que Ioffe et Uritsky ont travaill&#233; dans l'organisation inter-districts du POSDR au printemps et en &#233;t&#233;, mais maintenant ils deviennent des dirigeants bolcheviques populaires &#224; Petrograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s son arrestation et jusqu'&#224; sa lib&#233;ration le 4 septembre lors de la r&#233;volte de Kornilov, Trotsky oriente ses efforts vers le journalisme. Il devient le principal journaliste du parti ; ses articles et ses chapitres de brochures sont imprim&#233;s presque chaque jour dans la Pravda et les organes centraux du parti qui lui a succ&#233;d&#233;. Les journaux moscovites et provinciaux des bolcheviks &#233;taient &#233;gaux en termes d'Organe central, et les articles de Trotsky divergent dans toute la Russie. L&#233;nine et Trotsky se compl&#232;tent brillamment : L&#233;nine &#233;crit clandestinement son livre L'&#201;tat et la R&#233;volution, brise la r&#233;sistance de l'&#233;lite mod&#233;r&#233;e avec des articles, des lettres et des appels personnels et pousse le parti vers la gauche, vers l'insurrection ; Trotsky, dans des articles de journaux et des essais, s'adresse aux larges masses, introduit en elles la perspective d'une r&#233;volution permanente et un programme de r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, Zinoviev et Kamenev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tail suivant doit &#234;tre ajout&#233; au tableau du rapprochement de L&#233;nine avec Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les assistants les plus proches de L&#233;nine &#224; la direction du Parti bolchevik pendant un certain nombre d'ann&#233;es furent Zinoviev et Kamenev. Kamenev &#233;dita la Pravda et dirigea les activit&#233;s de la faction bolchevique &#224; la Douma, surtout apr&#232;s mai 1914, lorsque le provocateur Roman Malinovsky fut d&#233;masqu&#233;, d&#233;missionna de ses pouvoirs de d&#233;put&#233; et disparut. Mais, avec le d&#233;clenchement de la guerre mondiale, Kamenev a refus&#233; de suivre le mot d'ordre de L&#233;nine en faveur de la d&#233;faite de la Russie, et apr&#232;s le d&#233;clenchement de la r&#233;volution de f&#233;vrier, il a obstin&#233;ment avanc&#233; des mots d'ordre conciliateurs et pouss&#233; les bolcheviks vers la droite au r&#244;le de &#171; opposition loyale &#187; dans le cadre de la Russie d&#233;mocratique bourgeoise. Voici quelques-uns de ses discours du printemps-automne 1917 : &#171; Nos Diff&#233;rences &#187; du 8 avril ; &#171; Sur les th&#232;ses de L&#233;nine &#187; du 12 avril ; discours &#224; la Conf&#233;rence de Petrograd le 14 avril, et &#224;Conf&#233;rence panrusse du 24 avril ; une lettre avec Zinoviev &#171; A l'instant pr&#233;sent &#187; dat&#233;e du 11 octobre ; discours avec Zinoviev dans le journal &#034;New Life&#034; le 18 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev fut d&#232;s 1908 le plus proche collaborateur de L&#233;nine, membre du Centre bolchevik, auteur prolifique d'une interminable s&#233;rie d'articles pol&#233;miques contre les lib&#233;raux, les cadets et les socialistes-r&#233;volutionnaires, mais aussi d'autres sociaux-d&#233;mocrates : Trotsky, Martov et d'autres mencheviks, membre du la faction l&#233;niniste &#224; Zimmerwald et Quintale, etc. Il est venu avec L&#233;nine de Suisse en Russie dans une &#034;voiture scell&#233;e&#034; et a pris une position dirigeante au Comit&#233; central du parti et &#224; la r&#233;daction de la Pravda. Ses articles dans la Pravda et ses discours dans les meetings semblaient radicaux, voire inconciliables : il d&#233;non&#231;ait les conciliateurs, les partisans de la guerre, les kornilovites et les cadets. Apr&#232;s les journ&#233;es de juillet, il est entr&#233; dans la clandestinit&#233; avec L&#233;nine, a m&#234;me v&#233;cu avec lui dans la c&#233;l&#232;bre hutte de Razliv.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en ao&#251;t-septembre-octobre, Zinoviev &#233;crit plusieurs articles contre les aventures, contre l'action r&#233;volutionnaire et la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat. Il a fait valoir que le temps travaille pour les bolcheviks, ils n'ont pas besoin de se d&#233;p&#234;cher, mais ils doivent s'emparer de la majorit&#233; dans les soviets, en &#233;vin&#231;ant les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite, il est n&#233;cessaire de cr&#233;er une &#034;coalition honn&#234;te&#034; des partis sovi&#233;tiques : voir &#034;Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire ?&#034; le 30 ao&#251;t, &#034;Revisited : What Not to Do&#034; le 15 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev et Kamenev dirigent l'aile droite autoritaire du bolchevisme pendant ces mois. Un certain nombre de &#034;vieux bolcheviks&#034; et r&#233;cemment rejoint le parti des sociaux-d&#233;mocrates de gauche - Nogin, Milyutin, Rykov, Lunacharsky, Larin et d'autres - n'ont pas accept&#233; le principe de la &#034;r&#233;volution permanente&#034; et continuent d'&#233;valuer la situation comme un radical l'ach&#232;vement de la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise. Les opposants au soul&#232;vement m&#232;nent des batailles d'arri&#232;re-garde contre L&#233;nine et Trotsky, qui poussent &#224; un coup d'&#201;tat arm&#233;, en s'appuyant sur les masses du parti &#224; l'esprit r&#233;volutionnaire. Le 11 octobre, Kamenev et Zinoviev adressent une lettre &#034;Au moment pr&#233;sent &#034; aux comit&#233;s dirigeants du parti, exhortant contre le soul&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan personnel, en juillet-ao&#251;t, il y a une ali&#233;nation, voire une scission, entre L&#233;nine et Zinoviev. Par la volont&#233; du destin, apr&#232;s les journ&#233;es de juillet, tous deux doivent se cacher de Kerensky et m&#234;me vivre plusieurs semaines dans la m&#234;me hutte. C'est un &#233;pisode peu &#233;tudi&#233; de la vie politique des deux, mais, apparemment, la proximit&#233; physique forc&#233;e, d'une part, l'isolement des deux &#224; Razliv, d'autre part, a conduit ces deux politiciens &#224; des disputes, des querelles et une rupture. En tout cas, le 8 ao&#251;t, L&#233;nine quitte Razliv et est transport&#233; en Finlande. Zinoviev se cache dans un autre endroit, s&#233;par&#233; de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte de la rupture de L&#233;nine avec ses plus proches &#233;cuyers, son rapprochement politique avec Trotsky &#233;merge encore plus. Les articles de Trotsky de la s&#233;rie &#034;What's next ?&#034; , &#233;crit depuis la prison et publi&#233; du 13 au 23 ao&#251;t dans les journaux bolcheviks, puis sous forme de pamphlet s&#233;par&#233;, fait &#233;cho de pr&#232;s &#224; la pression r&#233;volutionnaire de L&#233;nine, avec ses articles et ses lettres passionn&#233;es aux principaux militants des comit&#233;s du parti en septembre-octobre. Apr&#232;s l'&#233;pisode bien connu avec le discours de Zinoviev et Kamenev le 18 octobre dans le parti sans parti Novaya Zhizn, L&#233;nine a &#233;crit une lettre au Comit&#233; central le 19 octobre, dans laquelle il appelle les deux &#034;briseurs de gr&#232;ve&#034; et les accuse de &#034;m&#233;chant &#034; et &#034;tricher&#034; avant la f&#234;te. Il demande la r&#233;solution suivante du Comit&#233; central :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ayant reconnu toute la gamme des briseurs de gr&#232;ve dans le discours de Zinoviev et de Kamenev dans la presse sans parti, le Comit&#233; central les exclut tous deux du Parti.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#234;me lettre, L&#233;nine donne la plus haute appr&#233;ciation de la loyaut&#233; et de l'esprit partisan de Trotsky, qui, dans cette situation difficile, sauve &#224; la fois la face du parti - c'est-&#224;-dire la d&#233;termination des bolcheviks &#224; prendre le pouvoir - et le secret militaire de l'action imminente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore la lutte au sein du parti bolchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de la r&#233;bellion de Kornilov &#224; la fin du mois d'ao&#251;t, gr&#226;ce &#224; la mobilisation du prol&#233;tariat, a fait basculer fortement vers la gauche l'atmosph&#232;re politique dans les centres urbains de Russie. La bolch&#233;visation des soviets se poursuit dans tout le pays ; les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche se d&#233;tachent du parti de Kerensky et de Tchernov et rejoignent les mots d'ordre des bolcheviks. Le flot d'adh&#233;rents au parti est renouvel&#233;. Les bolcheviks gagnent une majorit&#233; dans les soviets de la capitale et des provinces, parfois avec l'aide des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Kerensky et les conciliateurs doivent laisser sortir Trotsky et d'autres bolcheviks de prison avec un grincement de dents. Le 9 septembre, Trotsky a &#233;t&#233; &#233;lu pr&#233;sident du Soviet de Petrograd, rempla&#231;ant le pr&#233;sidium menchevik-socialiste-r&#233;volutionnaire de Chkheidze, Dan, Tsereteli, Gotz et Chernov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prochaine &#233;tape du rapprochement entre L&#233;nine et Trotsky est la soi-disant conf&#233;rence d&#233;mocratique, convoqu&#233;e &#224; Petrograd du 14 au 22 septembre (27 septembre-5 octobre) 1917. Sur cette question, la divergence entre la gauche et la droite au sein du parti bolchevique se manifeste &#224; nouveau. Les droites pr&#233;dominent encore num&#233;riquement au sommet de l'organisation bolchevik et m&#234;me dans son Comit&#233; central. Zinoviev, Kamenev, Nogin, Rykov et d'autres droitiers ex&#233;cutent au Comit&#233; central la d&#233;cision de participer &#224; ce substitut de l'Assembl&#233;e constituante, contre l'opposition de L&#233;nine et de Trotsky. A la t&#234;te de la faction bolchevik de cette conf&#233;rence antid&#233;mocratique, Trotsky se bat pour d&#233;noncer politiquement les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires et faire sauter cette conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky &#224; Petrograd, L&#233;nine dans la clandestinit&#233;, tirent et poussent &#224; la fois la direction bolchevik vers un soul&#232;vement. Dans une lettre &#233;crite entre le 12 et le 14 septembre, L&#233;nine &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ayant obtenu la majorit&#233; dans les Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats de la capitale, les bolcheviks peuvent et doivent prendre le pouvoir d'Etat entre leurs mains.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 septembre, sur la question de la participation &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique et au Pr&#233;-Parlement, L&#233;nine applaudit les activit&#233;s de Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Trotsky &#233;tait pour le boycott. Bravo, camarade Trotsky ! Le boycottage a &#233;t&#233; vaincu dans la faction des bolcheviks qui se sont r&#233;unis pour la conf&#233;rence d&#233;mocratique. Vive le boycott !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La double alimentation est impossible. Le Congr&#232;s panrusse des soviets, qui doit &#234;tre convoqu&#233; fin octobre, doit r&#233;soudre la question du pouvoir. Le 8 octobre, L&#233;nine &#233;crit &#034;Conseils d'un &#233;tranger&#034;, o&#249; il convainc les destinataires dans divers comit&#233;s du parti de mener une action arm&#233;e, &#224; la d&#233;termination marxiste. Sous la pression de L&#233;nine et de Trotsky, le Comit&#233; central bolchevik se r&#233;unit le 10 octobre et adopte une r&#233;solution en faveur d'un soul&#232;vement. Le 16 octobre, le Comit&#233; central se r&#233;unit &#224; nouveau. Zinoviev et Kamenev s'opposent &#224; L&#233;nine , mais restent minoritaires. Trotsky n'est pas &#224; cette r&#233;union, car il est occup&#233; &#224; travailler &#224; l'Institut Smolny, &#224; la t&#234;te du Soviet et du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire r&#233;cemment form&#233; par le Soviet de Petrograd. Mais L&#233;nine a adopt&#233; une r&#233;solution en faveur d'un soul&#232;vement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Assembl&#233;e salue et soutient pleinement la r&#233;solution du Comit&#233; central [du 10 octobre], appelle toutes les organisations et tous les travailleurs et soldats &#224; se pr&#233;parer de mani&#232;re compl&#232;te et intensive &#224; un soul&#232;vement arm&#233;, &#224; soutenir le centre cr&#233;&#233; pour ce Comit&#233; central et &#224; exprime sa pleine confiance que le Comit&#233; central et le soviet indiqueront promptement un moment favorable et des m&#233;thodes d'attaque opportunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;faits au Comit&#233; central, Zinoviev et Kamenev ont &#233;crit une lettre bien connue au non-parti Novaya Zhizn, et en r&#233;ponse, L&#233;nine et Trotsky ont exig&#233; leur d&#233;mission et leur expulsion. Dans la lettre passionn&#233;e au Comit&#233; central, dont nous avons parl&#233; plus haut, &#224; c&#244;t&#233; de la d&#233;nonciation furieuse des &#171; briseurs de gr&#232;ve &#187;, L&#233;nine &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le subterfuge de Kamenev lors d'une r&#233;union du Soviet de Petrograd est quelque chose de carr&#233;ment ignoble ; lui, voyez-vous, est enti&#232;rement d'accord avec Trotsky. Mais est-il vraiment difficile de comprendre que Trotsky ne pouvait pas, n'avait pas le droit, ne devait pas parler plus qu'il ne l'a fait devant ses ennemis. Est-il vraiment difficile de comprendre que c'est le devoir d'un parti qui a cach&#233; &#224; l'ennemi sa d&#233;cision (n&#233;cessit&#233; d'un soul&#232;vement arm&#233;, qu'il est bien m&#251;r, sur les pr&#233;paratifs tous azimuts, etc.), que cette d&#233;cision oblige &#224; ne pas seulement &#034;culpabilit&#233;&#034; dans les discours publics, mais et l'initiative de bl&#226;mer l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les lignes, dans chaque soulignement de mots, l'admiration de L&#233;nine pour l'&#339;uvre de Trotsky est perceptible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;pilogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la t&#234;te du Soviet de Petrograd et du Comit&#233; r&#233;volutionnaire militaire sovi&#233;tique, Trotsky a men&#233; &#224; bien le soul&#232;vement d'Octobre, l'arrestation du gouvernement provisoire et le transfert du pouvoir au Congr&#232;s des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapprochement entre L&#233;nine et Trotsky a finalement conduit &#224; la R&#233;volution d'Octobre. Peu de temps apr&#232;s avoir pris le pouvoir, lors d'une r&#233;union du Comit&#233; de Petrograd le 1er novembre, L&#233;nine a d&#233;clar&#233; au sujet d'une &#233;ventuelle coalition avec les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et l'accord ? &#171; Je ne peux m&#234;me pas en parler s&#233;rieusement. Trotsky a dit il y a longtemps que l'unification &#233;tait impossible. Trotsky l'a compris, et depuis lors, il n'y a pas eu de meilleur bolchevik . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pendant les trois premiers mois de 1917, Trotsky vivait toujours &#224; New York, et les dates de tous les articles sont donn&#233;es selon le (nouveau) calendrier gr&#233;gorien. En Russie, donc, avec un retard de 13 jours, le calendrier julien &#233;tait en vigueur, et les journaux russes l'ont donn&#233;. Dans notre r&#233;vision, les dates sont donn&#233;es dans les deux styles, &#224; partir du 13 mars (28 f&#233;vrier OS), avec les anciennes dates du calendrier (julien) entre parenth&#232;ses. Ainsi, la R&#233;volution de f&#233;vrier a commenc&#233; en mars selon le calendrier europ&#233;en ; Octobre - en novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Iskra-Recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://iskra-research.org/Trotsky/sochineniia/1917/index.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://iskra-research.org/Trotsky/sochineniia/1917/index.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le &#171; trotskysme &#187; en 1917</title>
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		<dc:date>2024-07-06T22:32:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>Trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le &#171; trotskysme &#187; en 1917 : &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis 1904, j'&#233;tais en dehors des deux fractions de la social-d&#233;mocratie. J'avais v&#233;cu les ann&#233;es de la premi&#232;re r&#233;volution, 1905-1907, c&#244;te &#224; c&#244;te avec les bolcheviks. Pendant les ann&#233;es de la r&#233;action, je d&#233;fendis les m&#233;thodes de la r&#233;volution contre les mench&#233;viks dans la presse marxiste internationale. Je ne perdais cependant pas l'espoir de voir les mench&#233;viks s'orienter vers la gauche et je fis une s&#233;rie de tentatives d'unification. C'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le &#171; trotskysme &#187; en 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1904, j'&#233;tais en dehors des deux fractions de la social-d&#233;mocratie. J'avais v&#233;cu les ann&#233;es de la premi&#232;re r&#233;volution, 1905-1907, c&#244;te &#224; c&#244;te avec les bolcheviks. Pendant les ann&#233;es de la r&#233;action, je d&#233;fendis les m&#233;thodes de la r&#233;volution contre les mench&#233;viks dans la presse marxiste internationale. Je ne perdais cependant pas l'espoir de voir les mench&#233;viks s'orienter vers la gauche et je fis une s&#233;rie de tentatives d'unification. C'est seulement pendant la guerre que je compris que ces tentatives seraient inutiles. A New-York, au d&#233;but de mars, j'&#233;crivis une s&#233;rie d'articles consacr&#233;s &#224; l'&#233;tude des forces de classes et des perspectives de la r&#233;volution russe. En ce m&#234;me temps, L&#233;nine envoyait de Gen&#232;ve &#224; P&#233;trograd ses Lettres de loin. Ecrits sur deux points du monde que s&#233;pare l'oc&#233;an, ces articles donnent une analyse identique de la situation et expriment des pr&#233;visions toutes pareilles. Toutes les formules essentielles &#8212;sur l'attitude &#224; prendre &#224; l'&#233;gard des paysans, de la bourgeoisie, du gouvernement provisoire, de la guerre, de la r&#233;volution internationale, sont absolument identiques. Sur la pierre &#224; aiguiser de l'histoire, v&#233;rification fut faite alors des rapports du &#171; trotskysme &#187; et du l&#233;ninisme. Cette v&#233;rification eut lieu dans les conditions d'une exp&#233;rience de chimie pure. Je ne connaissais pas le jugement de L&#233;nine. Je partais de mes propres pr&#233;misses et de ma propre exp&#233;rience r&#233;volutionnaire. Et j'indiquais les m&#234;mes perspectives, la m&#234;me ligne strat&#233;gique que donnait L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, peut-&#234;tre, &#224; cette &#233;poque, la question &#233;tait-elle claire pour tout le monde et la solution tout aussi bien pr&#233;vue pour tous. Non ! Au contraire ! Le jugement de L&#233;nine fut en cette p&#233;riode &#8212;jusqu'au 4 avril 1917, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; son apparition sur l'ar&#232;ne de P&#233;trograd,&#8212; un jugement personnel, individuel. Pas un des dirigeants du parti se trouvant alors en Russie, &#8212;pas un !&#8212; n'avait m&#234;me l'id&#233;e de gouverner vers la dictature du prol&#233;tariat, vers la r&#233;volution socialiste. La conf&#233;rence du parti qui avait r&#233;uni, &#224; la veille de l'arriv&#233;e de L&#233;nine, quelques dizaines de bolcheviks, avait montr&#233; qu'aucun d'eux n'allait en pens&#233;e au-del&#224; de la d&#233;mocratie. Ce n'est pas sans intention que les proc&#232;s-verbaux de cette conf&#233;rence restent cach&#233;s jusqu'&#224; ce jour. Staline &#233;tait d'avis de soutenir le gouvernement provisoire de Goutchkov-Milioukov et d'arriver &#224; une fusion des bolcheviks avec les mench&#233;viks. La m&#234;me attitude fut prise (ou bien une attitude encore plus opportuniste) par Rykov, Kam&#233;nev, Molotov, Tomsky, Kalinine et tous autres dirigeants ou &#224; demi dirigeants actuels. Iaroslavsky, Ordjonikidz&#233;, le pr&#233;sident du comit&#233; ex&#233;cutif central de l'Ukraine, P&#233;trovsky, et d'autres, publiaient, pendant la r&#233;volution de f&#233;vrier, &#224; Iakoutsk, en commun avec les mench&#233;viks, un journal appel&#233; le Social-D&#233;mocrate, dans lequel ils d&#233;veloppaient les id&#233;es les plus vulgaires de l'opportunisme provincial. Si l'on reproduisait actuellement certains articles du Social-D&#233;mocrate d'Iakoutsk dont Iaroslavsky &#233;tait le r&#233;dacteur en chef, on tuerait id&#233;ologiquement cet homme, en admettant toutefois qu'il soit possible de l'ex&#233;cuter id&#233;ologiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la garde actuelle du &#171; l&#233;ninisme &#187;. Qu'en diverses occasions, ces hommes aient r&#233;p&#233;t&#233; les paroles et imit&#233; les gestes de L&#233;nine, cela, je le sais. Mais, au d&#233;but de 1917, ils &#233;taient livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. La situation &#233;tait difficile. C'est alors qu'ils auraient d&#251; montrer ce qu'ils avaient appris &#224; l'&#233;cole de L&#233;nine et ce dont ils &#233;taient capables sans L&#233;nine. Qu'ils d&#233;signent seulement, parmi eux, un seul qui de lui-m&#234;me ait su aborder la position qui fut identiquement formul&#233;e par L&#233;nine &#224; Gen&#232;ve et par moi &#224; New-York. Ils ne trouveront pas un nom. La Pravda de P&#233;trograd, dont les r&#233;dacteurs en chef, avant l'arriv&#233;e de L&#233;nine, &#233;taient Staline et Kam&#233;nev, est rest&#233;e &#224; tout jamais un monument d'esprit born&#233;, d'aveuglement et d'opportunisme. Cependant la masse du parti, comme la classe ouvri&#232;re dans son ensemble, se dirigeait spontan&#233;ment vers la lutte pour le pouvoir. Il n'y avait pas en somme d'autre voie, ni pour le parti ni pour le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;fendre, pendant les ann&#233;es de la r&#233;action, la perspective de la r&#233;volution permanente, il fallait des pr&#233;visions th&#233;oriques. Pour lancer, en mars 1917, le mot d'ordre de la lutte pour le pouvoir, il suffisait, ce me semble, du flair politique. Les facult&#233;s de pr&#233;vision et m&#234;me de flair ne se sont r&#233;v&#233;l&#233;es chez aucun &#8212;pas un !&#8212; des dirigeants actuels. Pas un d'entre eux, en mars 1917, n'avait d&#233;pass&#233; la position du petit bourgeois d&#233;mocrate de gauche. Aucun d'entre eux n'a pass&#233; convenablement l'examen de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arrivai &#224; P&#233;trograd un mois apr&#232;s L&#233;nine. Exactement le temps pendant lequel j'avais &#233;t&#233; retenu au Canada par Lloyd George. Je trouvai la situation dans le parti essentiellement modifi&#233;e. L&#233;nine avait fait appel &#224; la masse des partisans contre leurs tristes leaders. Il mena une lutte syst&#233;matique contre ces &#171; vieux bolcheviks &#8212;&#233;crivait-il&#8212; qui ont d&#233;j&#224; jou&#233; plus d'une fois un triste r&#244;le dans l'histoire de notre parti, r&#233;p&#233;tant sans y rien comprendre une formule apprise par coeur, au lieu d'&#233;tudier les particularit&#233;s de la nouvelle et vivante situation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kam&#233;nev et Rykov tent&#232;rent de r&#233;sister. Staline, en silence, se mit &#224; l'&#233;cart. Il n'existe pas, pour l'&#233;poque, un seul article o&#249; celui-ci ait fait effort pour juger sa politique de la veille et s'ouvrir un chemin dans le sens de la position l&#233;niniste. Il se tut tout simplement. Il s'&#233;tait trop compromis par la d&#233;sastreuse direction qu'il avait donn&#233;e pendant le premier mois de la r&#233;volution. Il pr&#233;f&#233;ra se retirer dans l'ombre. Il ne prit publiquement nulle part la d&#233;fense des id&#233;es de L&#233;nine. Il &#233;ludait et attendait. Durant les mois o&#249; se fit la pr&#233;paration th&#233;orique et politique d'Octobre, o&#249; s'engag&#232;rent le plus s&#233;rieusement les responsabilit&#233;s, Staline n'eut tout simplement pas d'existence politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'arrivai dans le pays, un bon nombre d'organisations social-d&#233;mocrates groupaient encore des mench&#233;viks et des bolcheviks. C'&#233;tait la cons&#233;quence naturelle de la position que Staline, Kam&#233;nev et d'autres avaient prise non seulement au d&#233;but de la r&#233;volution, mais aussi pendant la guerre, bien que, il faut en convenir, l'attitude de Staline en temps de guerre soit rest&#233;e inconnue de tous : il n'a pas &#233;crit une seule ligne sur cette question qui n'est pas d'une mince importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, les manuels de l'Internationale communiste, dans le monde entier &#8212;pour les Jeunesses communistes en Scandinavie et les pionniers en Australie&#8212; r&#233;p&#232;tent &#224; sati&#233;t&#233; que Trotsky, en ao&#251;t 1912, fit une tentative pour unifier les bolcheviks avec les mench&#233;viks. En revanche, il n'est dit nulle part que Staline, en mars 1917, pr&#234;chait une alliance avec le parti de Ts&#233;r&#233;telli et qu'en fait, jusqu'au milieu de 1917, L&#233;nine ne parvint pas &#224; d&#233;gager le parti du marais o&#249; l'avaient entra&#238;n&#233; les dirigeants temporaires d'alors, actuellement devenus les &#233;pigones. Le fait que pas un d'entre eux ne comprit, au d&#233;but de la r&#233;volution, le sens et la direction de celle-ci est maintenant interpr&#233;t&#233; comme proc&#233;dant de vues dialectiques particuli&#232;rement profondes, s'opposant &#224; l'h&#233;r&#233;sie du trotskysme qui osa non seulement comprendre les faits de la veille, mais aussi pr&#233;voir ceux du lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, arriv&#233; &#224; P&#233;tersbourg, je d&#233;clarai &#224; Kam&#233;nev que je n'objectais rien aux fameuses &#171; th&#232;ses d'avril &#187; de L&#233;nine, qui d&#233;terminaient le cours nouveau du parti, Kam&#233;nev me r&#233;pondit seulement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je crois bien !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me d'avoir adh&#233;r&#233; en bonne et due forme au parti, je contribuai &#224; l'&#233;laboration des plus importants documents du bolchevisme. Il ne vint &#224; l'esprit de personne de demander si j'avais renonc&#233; au &#171; trotskysme &#187; comme l'ont voulu savoir, &#224; mille reprises, depuis, dans la p&#233;riode de d&#233;cadence des &#233;pigones, les Cachin, les Thaelmann et autres parasites de la r&#233;volution d'Octobre. Si, &#224; cette &#233;poque, on a pu voir le trotskysme oppos&#233; au l&#233;ninisme, ce fut seulement en ce sens que, dans les sph&#232;res sup&#233;rieures du parti, pendant avril, L&#233;nine fut accus&#233; de trotskysme. Kam&#233;nev en parlait ainsi, ouvertement et avec persistance. D'autres disaient de m&#234;me, mais d'une fa&#231;on plus circonspecte, dans les coulisses. Des dizaines de &#171; vieux bolcheviks &#187; me d&#233;clar&#232;rent, apr&#232;s mon arriv&#233;e en Russie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Maintenant, c'est f&#234;te dans votre rue !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fus forc&#233; de d&#233;montrer que L&#233;nine n'avait pas adopt&#233; ma position, qu'il avait simplement &#233;tendu la sienne et que, par la suite de cette &#233;volution, o&#249; l'alg&#232;bre se simplifiait en arithm&#233;tique, l'identit&#233; de nos id&#233;es s'&#233;tait manifest&#233;e. Il en fut bien ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s nos premi&#232;res rencontres, et plus encore apr&#232;s les Journ&#233;es de juillet, L&#233;nine donnait l'impression d'une extr&#234;me concentration int&#233;rieure, d'un ramassement sur lui-m&#234;me pouss&#233; au dernier degr&#233; &#8212;sous des apparences de calme et de simplicit&#233; prosa&#239;que. Le r&#233;gime k&#233;renskyste semblait, en ces jours-l&#224;, tout-puissant. Le bolchevisme n'&#233;tait repr&#233;sent&#233; que par une &#171; petite bande insignifiante &#187;. C'est ainsi qu'il &#233;tait trait&#233; officiellement. Le parti lui-m&#234;me ne se rendait pas encore compte de la force qu'il allait avoir le lendemain. Et, cependant, L&#233;nine le conduisait, en toute assurance, vers les plus hautes t&#226;ches. Je m'attelai au travail et aidai L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mois avant Octobre, j'&#233;crivais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour nous, l'internationalisme n'est pas une id&#233;e abstraite, n'existant seulement que pour &#234;tre trahie &#224; la premi&#232;re occasion (ce qu'elle est pour un Ts&#233;r&#233;telli ou un Tchernov) ; c'est un principe qui nous dirige imm&#233;diatement et est profond&#233;ment pratique. Un succ&#232;s durable, d&#233;cisif, n'est pas concevable pour nous en dehors d'une r&#233;volution europ&#233;enne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; des noms de Ts&#233;r&#233;telli et de Tchernov, je ne pouvais pas alors encore ranger celui de Staline, philosophe du socialisme dans un seul pays. Je terminais mon article par ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;volution permanente contre le carnage permanent ! Telle est la lutte dont l'enjeu est le sort de l'humanit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut imprim&#233; dans l'organe central de notre parti, le 7 septembre et reproduit en brochure. Pourquoi mes critiques actuels gard&#232;rent-ils alors le silence sur le mot d'ordre h&#233;r&#233;tique d'une r&#233;volution permanente ? O&#249; &#233;taient-ils ? Les uns, comme Staline, attendaient les &#233;v&#233;nements en regardant de c&#244;t&#233; et d'autre ; les autres, comme Zinoviev, se cachaient sous la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la plus grosse question est celle-ci : comment L&#233;nine a-t-il pu tol&#233;rer ma propagande h&#233;r&#233;tique ? Quand il &#233;tait question de th&#233;orie, il ne connaissait ni condescendance ni indulgence. Comment a-t-il pu supporter que le &#171; trotskysme &#187; f&#251;t pr&#234;ch&#233; dans l'organe central du parti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er novembre 1917, &#224; une s&#233;ance du comit&#233; de P&#233;trograd (le proc&#232;s-verbal de cette s&#233;ance, historique sous tous rapports, est tenu secret jusqu'&#224; pr&#233;sent), L&#233;nine d&#233;clara que depuis que Trotsky s'&#233;tait convaincu de l'impossibilit&#233; d'une alliance avec les mench&#233;viks, &#171; il n'y avait pas de meilleur bolchevik que lui &#187;. Il montra par l&#224; clairement, et non pour la premi&#232;re fois, que si quelque chose nous s&#233;parait, ce n'&#233;tait pas la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, c'&#233;tait une question plus restreinte, quoique tr&#232;s importante, sur les rapports &#224; garder envers le mench&#233;visme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jetant un coup d'oeil r&#233;trospectif, deux ans apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre, L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au moment de la conqu&#234;te du pouvoir, lorsque fut cr&#233;&#233;e la r&#233;publique des soviets, le bolchevisme avait attir&#233; &#224; lui tout ce qu'il y avait de meilleur dans les tendances de la pens&#233;e socialiste proches de lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-il y avoir l'ombre d'un doute qu'en parlant d'une fa&#231;on aussi marqu&#233;e des tendances de la pens&#233;e socialiste les plus proches du bolchevisme, L&#233;nine avait en vue tout d'abord ce que l'on appelle maintenant le &#171; trotskysme historique &#187; ? En effet, quelle autre tendance pouvait &#234;tre plus proche du bolchevisme que celle que je repr&#233;sentais ? Qui donc L&#233;nine pouvait-il avoir en Vue ? Marcel Cachin ? Thaelmann ? Pour L&#233;nine, lorsqu'il passait en revue l'&#233;volution du parti dans son ensemble, le trotskysme n'&#233;tait pas quelque chose d'&#233;tranger ou d'hostile ; c'&#233;tait, au contraire, le courant de la pens&#233;e socialiste le plus proche du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;ritable marche des id&#233;es n'eut, on le voit, rien de commun avec la caricature mensong&#232;re qu'en ont faite, profitant de la mort de L&#233;nine et de la vague de r&#233;action, les &#233;pigones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv30.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv30.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore sur L&#233;nine, &#171; trotskiste &#187; en 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr16.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr16.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4206&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4206&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article143&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article143&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2919&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses de L&#233;nine en avril 1917, tax&#233;es de trotskistes par le groupe bolchevik conservateur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170422a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170422a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170410.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170410.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cmo/n26/H_Lenine_en_avril_1917_22_.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cmo/n26/H_Lenine_en_avril_1917_22_.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2017/09/rr5e-s16.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2017/09/rr5e-s16.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr15.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr15.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Entre l'imp&#233;rialisme et la r&#233;volution</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article7364</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article7364</guid>
		<dc:date>2022-06-07T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A LA M&#201;MOIRE &lt;br class='autobr' /&gt;
DE STEPAN CHAOUMIAN, D'ALEXIS DJAPARIDZE ET DE TRENTRE-QUATRE AUTRS COMMUNISTES DE BAKOU tu&#233;s le 20 septembre 1918, sans enqu&#234;te ni jugement, &#224; un endroit d&#233;sert de la r&#233;gion transcaucasienne entre les stations de P&#233;r&#233;val et d'Akhtcha Kouima, par le chef de la mission militaire anglaise &#224; Askhabad, Teague-Jones, au su et avec l'approbation des autorit&#233;s anglaises en Transcaucasie et, en particulier, du commandant des troupes britanniques en Transcaucasie, le g&#233;n&#233;ral-major (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot279" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A LA M&#201;MOIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE STEPAN CHAOUMIAN, D'ALEXIS DJAPARIDZE ET DE TRENTRE-QUATRE AUTRS COMMUNISTES DE BAKOU tu&#233;s le 20 septembre 1918, sans enqu&#234;te ni jugement, &#224; un endroit d&#233;sert de la r&#233;gion transcaucasienne entre les stations de P&#233;r&#233;val et d'Akhtcha Kouima, par le chef de la mission militaire anglaise &#224; Askhabad, Teague-Jones, au su et avec l'approbation des autorit&#233;s anglaises en Transcaucasie et, en particulier, du commandant des troupes britanniques en Transcaucasie, le g&#233;n&#233;ral-major Thompson ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DES OUVRIERS FUSILL&#201;S PAR LE GOUVERNEMENT MENCHEVIQUE&lt;br class='autobr' /&gt;
pendant le meeting du square Alexandrovsky, &#224; Tiflis, le 10 f&#233;vrier 1918 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; LA M&#201;MOIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE DIZAINES, DE CENTAINES ET DE MILLIERS DE COMMUNISTES CAUCASIENS tomb&#233;s en luttant pour le pouvoir sovi&#233;tique, fusill&#233;s, pendus, tortur&#233;s, par le gouvernement &#171; d&#233;mocratique &#187; coalitionniste de Transcaucasie, par le gouvernement menchevique de la G&#233;orgie &#171; d&#233;mocratique &#187;, par les troupes du sultan, alli&#233; de la &#171; d&#233;mocratie &#187; transcaucasienne, par les troupes du Hohenzollern, protecteur de la G&#233;orgie menchevique, par les troupes anglaises entr&#233;es en G&#233;orgie pour lutter avec les mencheviks contre les communistes, par les gardes-blancs de D&#233;nikine et de Wrangel, avec le concours direct et indirect des mencheviks g&#233;orgiens ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DES CHEFS DES INSURRECTIONS PAYSANNES DE L'OSS&#201;TIE, DE L'ABKHAZIE, DE L'ADJAR, DE LA GOURIE, DE LA MINGRELIE, etc.,&lt;br class='autobr' /&gt;
fusill&#233;s par le gouvernement menchevique de G&#233;orgie ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AUTEUR D&#201;DIE CE LIVRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#233;crit pour d&#233;voiler le mensonge, la calomnie et la haine r&#233;pandus &#224; flots par les oppresseurs, les exploiteurs, les imp&#233;rialistes, les rapaces, les meurtriers et leurs mercenaires politiques et valets b&#233;n&#233;voles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure o&#249; nous &#233;crivons ces lignes, moins de trois semaines nous s&#233;parent de la conf&#233;rence de G&#234;nes. Combien de temps nous s&#233;pare de sa r&#233;union effective, nul vraisemblablement ne le sait encore. La campagne diplomatique engag&#233;e autour de cette conf&#233;rence se rattache, de la fa&#231;on la plus &#233;troite, &#224; la campagne politique men&#233;e autour de la Russie sovi&#233;tique. Entre la diplomatie de la bourgeoisie et celle de la social-d&#233;mocratie, Ton assiste &#224; une division fondamentale du travail : la diplomatie m&#232;ne les intrigues officielles, la social-d&#233;mocratie mobilise l'opinion publique contre le gouvernement des ouvriers et des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que veut la diplomatie ? Imposer &#224; la Russie r&#233;volutionnaire le plus lourd tribut possible ; l'obliger &#224; payer le plus de r&#233;parations possible ; &#233;largir, autant que faire se peut, sur le territoire sovi&#233;tique, le cadre de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; cr&#233;er, pour les financiers, les industriels, les usuriers russes et &#233;trangers, le plus grand nombre de privil&#232;ges aux d&#233;pens des ouvriers et des paysans russes. Tout ce qui nagu&#232;re servait de paravent &#224; ces exigences : &#171; d&#233;mocratie &#187;, &#171; droit &#187;, &#171; libert&#233; &#187;, est aujourd'hui rejet&#233; par la diplomatie bourgeoise, tout comme un boutiquier rejette le papier d'emballage d'un coupon de tissu, lors-qu'il s'agit de montrer la marchandise, de la marchander et de la mesurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, rien ne se perd. L'emballage de papier du &#171; droit &#187; tombe en la possession de la social-d&#233;mocratie ; c'est sa marchandise &#224; elle, c'est l'objet de son trafic. La IIe Internationale &#8212; et ce qui nous en disons se rapportera aussi &#224; l'Internationale 2 &#189;, ombre projet&#233;e par l'autre &#8212; s'ing&#233;nie &#224; prouver aux ouvriers que, le Gouvernement sovi&#233;tique n'observant pas le &#171; droit &#187; et la &#171; d&#233;mocratie &#187;, les masses laborieuses de Russie ne m&#233;ritent pas d'&#234;tre soutenues dans leur lutte contre les usuriers de l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre peu de respect pour le &#171; droit &#187; et la &#171; d&#233;mocratie &#187; s'est manifest&#233; avec le plus de vigueur, comme on le sait, par la r&#233;volution du 7 novembre. C'est l&#224; notre p&#233;ch&#233; originel. Pendant les premi&#232;res ann&#233;es, la bourgeoisie tenta d'extirper la r&#233;volution socialiste par le glaive. Aujourd'hui, elle se borne &#224; y apporter des amendements capitalistes fondamentaux. On ne discute que sur leur &#233;tendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La IIe Internationale veut cependant profiter de la conf&#233;rence de G&#234;nes pour restaurer le &#171; droit &#187; et la &#171; d&#233;mocratie &#187;. De l&#224;, semble-t-il, devrait d&#233;couler un programme bien d&#233;termin&#233; : ne pas admettre &#224; G&#234;nes le gouvernement &#171; usurpateur &#187;, &#171; dictatorial &#187;, &#171; terroriste &#187; des Soviets, et y amener, au contraire, les reliques d&#233;mocratiques de l'Assembl&#233;e Constituante. Mais poser ainsi la question serait trop ridicule, et, en outre, cela contrarierait les d&#233;marches pratiques de la bourgeoisie. La IIe Internationale n'a aucune pr&#233;tention au r&#244;le de chevalier utopique de la d&#233;mocratie. Elle n'est que son Sancho Pan&#231;a. Elle n'ose pas poser la question dans toute son ampleur. Elle veut seulement tirer son petit b&#233;n&#233;fice ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le drapeau de la lutte pour le petit b&#233;n&#233;fice de la d&#233;mocratie, c'est aujourd'hui la G&#233;orgie. La r&#233;volution sovi&#233;tique y eut lieu il y a moins d'un an. Auparavant, la G&#233;orgie &#233;tait dirig&#233;e par le parti de la IIe Internationale. Cette R&#233;publique menchevique oscillait sans cesse entre l'imp&#233;rialisme et la r&#233;volution prol&#233;tarienne, demandant au premier son aide ou bien lui offrant la sienne contre la seconde. C'est bien d'ailleurs le r&#244;le de toute la IIe Internationale. La G&#233;orgie menchevique paya de son propre &#233;croulement sa liaison avec la contre-r&#233;volution. Et le m&#234;me sort menace in&#233;vitablement la IIe Internationale. Rien d'&#233;tonnant si la campagne de la social-d&#233;mocratie dans tous les pays en faveur de la G&#233;orgie &#171; d&#233;mocratique &#187; prend, en quelque sorte, valeur de symbole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, en faveur des pr&#233;tentions des mencheviks g&#233;orgiens, les t&#234;tes les plus inventives de la IIe Internationale ne trouv&#232;rent pas &#224; mettre en avant un seul argument qui n'e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;j&#224; utilis&#233; mille fois par les d&#233;fenseurs des droits &#171; d&#233;mocratiques &#187; chers &#224; Milioukov, K&#233;rensky, Tchernov, Martov. Aucune diff&#233;rence de principe. Les social-d&#233;mocrates nous pr&#233;sentent aujourd'hui in-octavo ce que jadis la presse coalis&#233;e de l'imp&#233;rialisme pr&#233;sentait in-folio. Il ne sera pas difficile de s'en convaincre, si l'on examine la d&#233;cision du Comit&#233; Ex&#233;cutif de la IIe Internationale &#224; propos de la G&#233;orgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de cette d&#233;cision m&#233;rite d'&#234;tre &#233;tudi&#233;. Le style, c'est l'homme, mais c'est aussi le parti. &#201;coutons dans quel style politique la IIe Internationale converse avec la r&#233;volution prol&#233;tarienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. &#8212; &#171; Le territoire de la G&#233;orgie a &#233;t&#233; occup&#233; par les troupes du Gouvernement de Moscou, qui maintient en G&#233;orgie un pouvoir odieux &#224; sa population et appara&#238;t aux yeux du prol&#233;tariat du monde entier comme le seul responsable de la destruction de la R&#233;publique G&#233;orgienne et de l'instauration du r&#233;gime terroriste dans ce pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas l&#224; ce que la presse r&#233;actionnaire de l'univers entier affirmait pendant quatre ans au sujet de la F&#233;d&#233;ration sovi&#233;tique dans son ensemble ? Ne disait-on pas que le pouvoir des Soviets &#233;tait odieux &#224; la population russe et ne se maintenait que par une terreur militaire ? N'est-ce pas, soi-disant, gr&#226;ce aux r&#233;giments lettons, chinois, allemands et bachkirs que nous avons gard&#233; P&#233;trograd et Moscou ? N'est-ce pas, soi-disant, par la force que le pouvoir des Soviets a &#233;t&#233; &#233;tendu par Moscou en Ukraine, en Sib&#233;rie, dans le Don, au Kouban, dans l'Azerbe&#239;djan ? Et si, aujourd'hui, apr&#232;s la d&#233;faite de la canaille r&#233;actionnaire, la IIe Internationale ne r&#233;p&#232;te plus ces phrases, mot pour mot, qu'&#224; propos de la G&#233;orgie, cela en change-t-il la nature ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. &#8212; &#171; La responsabilit&#233; du Gouvernement de Moscou a &#233;t&#233; aggrav&#233;e encore par les derniers &#233;v&#233;nements de G&#233;orgie, en particulier &#224; la suite des gr&#232;ves de protestation organis&#233;es par les ouvriers (?) et r&#233;prim&#233;es par la force, comme le font les gouvernements r&#233;actionnaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le gouvernement r&#233;volutionnaire de G&#233;orgie a emp&#234;ch&#233; par la force les dirigeants mencheviks de la bureaucratie des chemins de fer, les fonctionnaires et les officiers blancs qui n'avaient pas eu le temps de fuir, de saboter l'&#201;tat ouvrier et paysan. A propos de ces r&#233;pressions, Merrheim, le petit valet bien connu de l'imp&#233;rialisme en France, parle des &#171; milliers &#187; de citoyens g&#233;orgiens oblig&#233;s d'abandonner leur toit. &#171; Parmi ces fugitifs &#8212; nous le citons textuellement &#8212; se trouvent un grand nombre d'officiers, d'anciens fonctionnaires de la r&#233;publique et tous les chefs de la garde populaire. &#187; La voil&#224; bien cette machine menchevique qui, pendant trois ans, usait de repr&#233;sailles impitoyables envers les ouvriers r&#233;volutionnaires et les paysans g&#233;orgiens insurg&#233;s et qui, apr&#232;s le renversement des mencheviks, demeura un instrument docile des tentatives de restauration de l'Entente ! Que le gouvernement r&#233;volutionnaire de G&#233;orgie ait pris des mesures rigoureuses contre la bureaucratie saboteuse, nous le reconnaissons volontiers. Mais c'est ce que nous avons fait sur tout le territoire de la r&#233;volution. D&#232;s son &#233;tablissement, le pouvoir d&#233;s Soviets, &#224; P&#233;trograd et &#224; Moscou, se heurta &#224; un essai de gr&#232;ve des cheminots, dirig&#233;s par la bureaucratie menchevique et socialiste-r&#233;volutionnaire des chemins de fer. Appuy&#233;s par les ouvriers, nous avons &#233;cras&#233; cette bureaucratie, nous l'avons &#233;pur&#233;e, nous l'avons soumise a l'autorit&#233; des travailleurs. La canaille r&#233;actionnaire du monde entier cria au terrorisme barbare des bolcheviks. Les m&#234;mes lamentations sont reprises aujourd'hui &#224; la suite de cette canaille r&#233;actionnaire par les chefs social-d&#233;mocrates, mais &#224; propos de la seule G&#233;orgie. O&#249; est le changement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas frappant que les chefs de la social-d&#233;mocratie parlent de la r&#233;pression des gr&#232;ves ouvri&#232;res comme d'une m&#233;thode propre aux &#171; gouvernements r&#233;actionnaires &#187; ? Aurions-nous oubli&#233; qui sont les membres de la IIe Internationale ? Noske et Ebert, ses dirigeants, auraient-ils &#233;t&#233; exclus ? Combien de gr&#232;ves et d'insurrections n'ont-ils pas r&#233;prim&#233;es ? Ne sont-ce peut-&#234;tre pas eux les bourreaux de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht ? Ne serait-ce pas le social-d&#233;mocrate H&#246;rsing, membre de la IIe Internationale, qui provoqua le Mouvement de Mars pour le noyer ensuite dans le sang ? Et que pense-t-on des derni&#232;res et toutes r&#233;centes mesures prises par le social-d&#233;mocrate Ebert contre la gr&#232;ve des cheminots ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; Ex&#233;cutif ne verrait-il pas, de Londres, ce qui se passe sur le continent ? Dans ce cas, il nous sera permis de demander respectueusement &#224; Henderson s'il ne fut pas conseiller secret de la couronne lors de l'insurrection irlandaise de P&#226;ques 1916, lorsque les troupes royales saccag&#232;rent Dublin et fusill&#232;rent quinze Irlandais, au nombre desquels le socialiste Connolly, d&#233;j&#224; bless&#233; ? Peut-&#234;tre Vandervelde, ancien pr&#233;sident de la IIe Internationale, petit conseiller d'un petit roi, n'a-t-il pas invit&#233; les socialistes russes &#224; se r&#233;concilier pendant la guerre avec le tsarisme, plong&#233; jusqu'au cou dans le sang des ouvriers et des paysans et destin&#233; bient&#244;t &#224; y mourir &#233;touff&#233; ? Faut-il multiplier les exemples ? En v&#233;rit&#233;, la d&#233;fense du droit de gr&#232;ve sied aux leaders de la IIe Internationale &#224; peu pr&#232;s comme un sermon sur la fid&#233;lit&#233; &#224; Judas Iscariote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. &#8212; &#171; Au moment o&#249; le Gouvernement de Moscou demande sa reconnaissance aux autres gouvernements, il devrait, s'il veut qu'on respecte ses propres droits, respecter de m&#234;me les droits des autres peuples et ne pas violer les principes les plus &#233;l&#233;mentaires sur lesquels doivent reposer les relations entre pays civilis&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le style politique, c'est le Parti, c'est son &#226;me. Ce dernier point est le clou de la IIe Internationale. Si la Russie veut obtenir sa reconnaissance ( de qui ? ), elle doit &#171; respecter de m&#234;me ( comment ? ) les droits des autres peuples et ne pas violer &#8212; remarquez-le bien &#8212; les principes &#233;l&#233;mentaires sur lesquels doivent ( doivent ! ) reposer les relations entre peuples civilis&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui a &#233;crit cela ? Nous dirions : c'est Longuet lui-m&#234;me, s'il n'avait pas d&#233;m&#233;nag&#233; dans l'Internationale deux et demie. Peut-&#234;tre est-ce Vandervelde, ce fin l&#233;giste de la couronne belge ? Ou bien M. Henderson, inspir&#233; par son propre pr&#234;che du dimanche &#224; l'assembl&#233;e religieuse de la &#171; fraternit&#233; &#187; ? Ou bien peut-&#234;tre est-ce Ebert, &#224; ses heures de loisir ? II est pourtant n&#233;cessaire d'&#233;tablir, pour l'histoire, le nom de l'auteur de cette incomparable r&#233;solution. &#201;videmment, nous n'en doutons pas, la pens&#233;e de la IIe Internationale y a travaill&#233; collectivement. Mais quel fut le canal &#233;lu qui vomit la pourriture de cette pens&#233;e collective ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons cependant au texte. Pour &#234;tre reconnu par les gouvernements bourgeois, imp&#233;rialistes, n&#233;griers (c'est d'eux pr&#233;cis&#233;ment qu'il s'agit), le Gouvernement sovi&#233;tique doit &#171; ne pas violer les principes &#187; et &#171; respecter de m&#234;me les droits des autres peuples &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ann&#233;es durant, les gouvernements imp&#233;rialistes ont essay&#233; de nous renverser. Ils n'y ont pas r&#233;ussi. Leur situation &#233;conomique est d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Leur rivalit&#233; mutuelle atteint son comble. Us se sont vus oblig&#233;s d'entrer en relations avec la Russie sovi&#233;tique &#224; cause de ses mati&#232;res premi&#232;res, de son march&#233; et de ses versements. En l'invitant &#224; adopter cette politique, Lloyd George expliquait &#224; Briand que la morale internationale permettait de s'entendre non seulement avec les brigands de l'Est (Turquie), mais aussi avec ceux du Nord (Russie sovi&#233;tique). Nous n'en voudrons pas &#224; Lloyd George pour une parole un peu forte. Dans cette question, nous acceptons enti&#232;rement sa formule franche. Oui, nous estimons possible, admissible et n&#233;cessaire de nous entendre, jusqu'&#224; un certain point, avec les bandits imp&#233;rialistes d'Occident, comme avec ceux d'Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet accord, en nous imposant des obligations, doit en m&#234;me temps obliger nos ennemis &#224; renoncer &#224; nous attaquer les armes &#224; la main. Tel est le r&#233;sultat qui s'annonce de quatre ans de guerre d&#233;clar&#233;e. Sans doute, les gouvernements bourgeois r&#233;clament) eux aussi, la reconnaissance des &#171; principes &#233;l&#233;mentaires sur lesquels doivent reposer les relations entre pays civilis&#233;s &#187;. Mais ces principes n'ont rien de commun avec la d&#233;mocratie et le droit des nationalit&#233;s. On exige de nous la reconnaissance des dettes conclues par le tsarisme pour r&#233;primer cette m&#234;me G&#233;orgie, la Finlande, la Pologne, tous les autres pays limitrophes et les masses laborieuses de la Grande Russie elle-m&#234;me. On exige de nous le remboursement des pertes subies par les capitalistes du fait de la r&#233;volution. On ne saurait nier que la r&#233;volution prol&#233;tarienne n'ait l&#233;s&#233; quelques poches et quelques bourses qui s'estiment le plus saint des principes &#171; sur lesquels reposent les relations entre pays civilis&#233;s &#187;. Il en sera question &#224; G&#234;nes et ailleurs. Mais de quels principes parlent les leaders de la IIe Internationale ? Des principes de brigandage du trait&#233; de Versailles, qui continuent provisoirement &#224; r&#233;gler les relations entre &#201;tats, les principes de Clemenceau, de Lloyd George et du Mikado ? Ou bien, dans leur langue de filous retors, parlent-ils des principes sur lesquels ne reposent pas, mais doivent reposer les relations entre les peuples ? Alors, pourquoi en font-ils la condition de notre acceptation dans la respectable &#171; famille &#187; des &#201;tats imp&#233;rialistes actuels ? Ou bien veulent-ils que nous d&#233;sarmions d&#232;s aujourd'hui et que nous &#233;vacuions des territoires devant l'imp&#233;rialisme, en consid&#233;ration des relations qui existeront demain entre les peuples ? Mais nous avons d&#233;j&#224; fait cette exp&#233;rience &#224; la face de l'univers. Pendant les pourparlers de Brest-Litovsk, nous avons publiquement d&#233;sarm&#233;. Cela emp&#234;cha-t-il le militarisme allemand d'envahir notre pays ? Peut-&#234;tre la social-d&#233;mocratie allemande, appui de la IIe Internationale, leva-t-elle l'&#233;tendard de la r&#233;volte ? Non, elle resta le parti gouvernemental du Hohenzollern.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En G&#233;orgie gouvernait le parti petit-bourgeois des mencheviks ; aujourd'hui y gouverne le parti des bolcheviks g&#233;orgiens. Les mencheviks s'appuyaient sur le concours mat&#233;riel de l'imp&#233;rialisme d'Europe et d'Am&#233;rique. Les bolcheviks g&#233;orgiens s'appuient sur le concours de la Russie sovi&#233;tique. En vertu de quelle logique l'Internationale social-d&#233;mocrate veut-elle faire d&#233;pendre la paix entre la F&#233;d&#233;ration sovi&#233;tique et les &#201;tats capitalistes de la restitution de la G&#233;orgie aux mencheviks ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique est mauvaise, mais le but est clair. La IIe Internationale voulut et veut encore la chute du pouvoir des Soviets. Elle a fait dans ce sens tout ce qu'elle a pu. Elle mena cette lutte de concert avec le capital, au nom de la d&#233;mocratie, contre la dictature. Les masses ouvri&#232;res occidentales la chass&#232;rent de cette position, l'emp&#234;chant ainsi de combattre ouvertement la R&#233;publique sovi&#233;tique. Aujourd'hui, derri&#232;re le paravent g&#233;orgien, la social-d&#233;mocratie recommence le m&#234;me combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses laborieuses du monde entier ont manifest&#233; d&#232;s le premier moment leur volont&#233; de consid&#233;rer la r&#233;volution russe comme un bloc. En cela, leur instinct r&#233;volutionnaire co&#239;ncidait, et ce n'&#233;tait pas pour la premi&#232;re fois, avec la raison th&#233;orique qui enseigne qu'une r&#233;volution, avec son h&#233;ro&#239;sme et ses cruaut&#233;s, sa lutte pour l'individu et son m&#233;pris de l'individu, ne peut &#234;tre comprise que suivant la logique concr&#232;te de ses rapports int&#233;rieurs, et non pas par l'appr&#233;ciation de telle de ses parties ou de tel de ses &#233;pisodes suivant le prix-courant du droit, de la morale ou de l'esth&#233;tique. Le premier grand combat th&#233;orique livr&#233; par le communisme pour la d&#233;fense du droit r&#233;volutionnaire de la dictature et de ses m&#233;thodes, a port&#233; ses fruits. Les social-d&#233;mocrates ont d&#233;finitivement abandonn&#233; les m&#233;thodes marxistes et jusqu'&#224; la phras&#233;ologie marxiste elle-m&#234;me. Les ind&#233;pendants d'Allemagne, les socialistes italiens et leurs cong&#233;n&#232;res, mis au pied du mur par les ouvriers, ont &#171; reconnu &#187; la dictature, pour manifester d'autant plus vivement leur incapacit&#233; de combattre pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis communistes ont grandi, sont devenus une force. Cependant, le d&#233;veloppement de la r&#233;volution prol&#233;tarienne marque un temps d'arr&#234;t s&#233;rieux dont la nature et l'importance ont &#233;t&#233; assez pleinement expliqu&#233;es par le IIIe Congr&#232;s de l'Internationale Communiste. La cristallisation de la conscience r&#233;volutionnaire, r&#233;v&#233;l&#233;e par l'essor des partis communistes, a &#233;t&#233; accompagn&#233;e d'un reflux de la vague r&#233;volutionnaire spontan&#233;e de la premi&#232;re p&#233;riode d'apr&#232;s guerre. L'opinion publique bourgeoise a repris l'offensive. Son principal objectif consistait &#224; d&#233;truire ou tout au moins &#224; obscurcir l'aur&#233;ole de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une campagne grandiose s'engagea, dans laquelle le mensonge grossier et criard apporta moins d'avantages &#224; la bourgeoisie que les fragments de v&#233;rit&#233; choisis avec soin. Gr&#226;ce &#224; son espionnage de presse, la bourgeoisie aborda la r&#233;volution par l'escalier de service. Savez-vous ce que c'est qu'une r&#233;publique prol&#233;tarienne ? Ce sont les locomotives souffrant d'asthme, c'est le pou porteur de typhus, c'est la fille d'un avocat fameux de nos amis dans une chambre non chauff&#233;e, c'est le menchevik en prison, ce sont les cabinets non nettoy&#233;s. Voil&#224; ce qui c'est qu'une r&#233;volution de la classe ouvri&#232;re ! Les journalistes bourgeois ont montr&#233; &#224; l'univers entier le pou sovi&#233;tique agrandi au microscope. Mistress Snowden, revenue de la Volga sur la Tamise, estima avant tout de son devoir de se gratter publiquement. C'&#233;tait presque un rite symbolisant les avantages de la civilisation sur la barbarie. Cependant, la question ne fut pas ainsi &#233;puis&#233;e. MM. les informateurs de l'opinion publique bourgeoise abord&#232;rent la r&#233;volution&#8230; par derri&#232;re, mais arm&#233;s d'un microscope. Ils regard&#232;rent certains d&#233;tails avec un soin extr&#234;me, m&#234;me excessif, mais ce qu'ils regard&#232;rent n'est pas la r&#233;volution du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, le fait m&#234;me de porter la question sur le terrain de nos difficult&#233;s &#233;conomiques et de nos imperfections quotidiennes constituait un progr&#232;s. Abandonnant les discours monotones et pas tr&#232;s intelligents sur les avantages de l'Assembl&#233;e Constituante par rapport au pouvoir des Soviets, l'opinion publique bourgeoise semblait enfin comprendre que nous existions, tandis que la Constituante &#233;tait bien morte. Accuser les d&#233;sordres de nos transports et autres, c'&#233;tait en quelque sorte reconna&#238;tre de facto les Soviets et entrer dans la voie de nos propres alarmes et de nos efforts. Reconna&#238;tre ne signifie toutefois aucunement faire la paix. Cela signifie seulement qu'apr&#232;s l'offensive qui a &#233;chou&#233;, commence la guerre de positions. Nous nous souvenons tous que, pendant la grande boucherie, la lutte se concentra subitement sur le front fran&#231;ais autour d'une &#171; Maison du Passeur &#187;. Pendant plusieurs semaines, cette maison se trouva mentionn&#233;e chaque jour dans les communiqu&#233;s. Au fond, cette maison n'&#233;tait qu'un pr&#233;texte pour percer un front ou bien pour causer &#224; l'ennemi le plus de mal possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opinion publique bourgeoise continuant sa guerre &#224; mort contre nous, s'est naturellement empar&#233; de la G&#233;orgie comme d'une &#171; Maison du Passeur &#187; dans le stade actuel de la guerre de positions. Lord Northcliffe, Huysmans, Gustave Herv&#233;, les bandits au pouvoir en Roumanie, Martov, le royaliste L&#233;on Daudet, Mistress Snowden et sa belle-s&#339;ur, Kautsky, et m&#234;me Frau Louisa Kautsky (voir la Wiener Arbeiter Zeitung), en un mot, toutes les armes dont dispose l'opinion publique bourgeoise, ont fait leur jonction pour d&#233;fendre la d&#233;mocratique, la loyale et la strictement neutre G&#233;orgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici que nous assistons &#224; une r&#233;cidive de fureur incompr&#233;hensible au premier abord : toutes les accusations, politiques, juridiques, morales, criminelles, qui furent jadis lanc&#233;es contre le syst&#232;me sovi&#233;tique en g&#233;n&#233;ral, sont aujourd'hui reprises contre le pouvoir des Soviets en G&#233;orgie. C'est pr&#233;cis&#233;ment en G&#233;orgie que les Soviets n'expriment pas la volont&#233; du peuple. Et en Grande Russie ? A-t-on oubli&#233; la dissolution de la Constituante par les &#171; r&#233;giments lettons et chinois &#187; ? N'est-il pas prouv&#233; depuis longtemps que n'ayant nulle part de base, nous appliquons partout du &#171; dehors &#187; (!!!) la force arm&#233;e et que nous envoyons &#224; tous les diables les plus solides gouvernements d&#233;mocratiques avec toutes leurs racines ? C'est pr&#233;cis&#233;ment par l&#224; que nous avons commenc&#233;, messieurs ! C'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi vous pr&#233;disiez la chute des Soviets dans quelques semaines, Clemenceau au d&#233;but des pourparlers de Versailles, et Kautsky au d&#233;but de la r&#233;volution allemande. Pourquoi donc, aujourd'hui, ne parle-t-on que de la G&#233;orgie ? Parce que Jordania et Ts&#233;r&#233;telli sont &#233;migr&#233;s ? Mais tous les autres : les moussavatistes d'Azerba&#239;djan, les dachnaks d'Arm&#233;nie, la rada du Kouban, le kroug du Don, les p&#233;duriens d'Ukraine, Martov et Tchernov, K&#233;rensky et Milioukov ? Pourquoi accorder une telle pr&#233;f&#233;rence aux mencheviks de G&#233;orgie sur ceux de Moscou ? Pour les mencheviks g&#233;orgiens on r&#233;clame le retour au pouvoir, pour ceux de Moscou seulement l'all&#232;gement des mesures de r&#233;pression. Ce n'est pas tr&#232;s logique, mais le but politique est bien clair. La G&#233;orgie est un pr&#233;texte tout frais pour mobiliser de nouveau la haine et l'hostilit&#233; contre nous dans cette guerre de positions qui tra&#238;ne en longueur. Telles sont les lois de la guerre &#171; d'usure &#187;. Nos adversaires r&#233;p&#232;tent en petit ce qui a &#233;chou&#233; en grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; le contenu et le caract&#232;re de notre ouvrage. Nous avons d&#251; reprendre les questions d&#233;j&#224; comment&#233;es au point de vue des principes, en particulier dans Terrorisme et Communisme. Nous avons recherch&#233; cette fois-ci le maximum de concr&#233;tisation. Il s'agissait de montrer, par un exemple pr&#233;cis, l'action des forces essentielles de notre &#233;poque. Dans l'histoire de la G&#233;orgie &#171; d&#233;mocratique &#187;, nous avons essay&#233; de suivre la politique d'un parti social-d&#233;mocrate au pouvoir, oblig&#233; de trouver sa voie entre l'imp&#233;rialisme et la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Nous voulons esp&#233;rer que pr&#233;cis&#233;ment ce caract&#232;re d&#233;taill&#233; et concret de notre exposition fera mieux comprendre les probl&#232;mes int&#233;rieurs de la r&#233;volution, ses besoins et ses difficult&#233;s, au lecteur d&#233;nu&#233; d'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire imm&#233;diate, mais int&#233;ress&#233; &#224; l'acqu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne renvoyons pas toujours aux sources ; ce serait fatigant pour le lecteur, surtout &#233;tranger, puisqu'il s'agit des publications russes. Nous renvoyons ceux qui voudraient v&#233;rifier nos citations et trouver des donn&#233;es plus compl&#232;tes, aux brochures suivantes : Documents et mat&#233;riaux sur la politique ext&#233;rieure de la Transcaucasie et de la G&#233;orgie, Tiflis, 1919 ; La R.S.F.S.R. et la R&#233;publique d&#233;mocratique de G&#233;orgie dans leurs relations mutuelles, Moscou, 1922 ; Makharadze : La dictature du parti menchevik en G&#233;orgie, Moscou, 1921 ; Mechtch&#233;riakov : Un Paradis menchevik, Moscou, 1921 ; Chafir : La Guerre civile en Russie et la G&#233;orgie menchevique, Moscou, 1921 ; du m&#234;me : Les myst&#232;res du royaume menchevik, Tiflis, 1921. Les deux derni&#232;res brochures se basent sur les mat&#233;riaux trouv&#233;s par la commission sp&#233;ciale de l'Internationale communiste en G&#233;orgie et en Crim&#233;e. Nous nous sommes servis en outre des archives des commissariats de la guerre et des affaires &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre r&#233;cit, de m&#234;me que nos sources, ne peuvent pr&#233;tendre, m&#234;me de loin, &#233;puiser le sujet. Les mat&#233;riaux les plus pr&#233;cieux nous sont inaccessibles : ce sont les documents les plus compromettants, emport&#233;s par l'ancien gouvernement menchevik, ainsi que les archives britanniques et fran&#231;aises, depuis novembre 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on r&#233;unissait consciencieusement ces documents et si on les publiait, on aurait une chrestomathie tr&#232;s instructive &#224; l'usage des leaders des Internationales II et II 1/2. Malgr&#233; ses difficult&#233;s financi&#232;res, la R&#233;publique sovi&#233;tique prendrait volontiers les frais de cette &#233;dition &#224; sa charge. Naturellement elle s'engagerait, &#224; condition de r&#233;ciprocit&#233;, &#224; mettre &#224; la disposition de l'&#233;diteur tous les documents, sans exception, des archives -sovi&#233;tiques concernant la G&#233;orgie. Nous craignons fort que notre proposition ne soit pas accept&#233;e. D'ailleurs, qu'importe : nous attendrons que d'autres moyens se pr&#233;sentent pour que devienne -manifeste ce qui est cach&#233;. Finalement, ceci arrivera, un jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou, le 20 f&#233;vrier 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L&#233;gende et r&#233;alit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les mencheviks renvers&#233;s du pouvoir repr&#233;sentent-ils le sort de la G&#233;orgie ? Il s'est form&#233; sur ce pays toute une l&#233;gende destin&#233;e &#224; empaumer les simples d'esprit. Or, les simples d'esprit ne manquent pas ici-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son plein gr&#233;, le peuple g&#233;orgien d&#233;cida de se s&#233;parer en bonne amiti&#233; de la Russie. Ainsi commence la l&#233;gende. Cette d&#233;cision, le peuple g&#233;orgien-l'exprima par un vote d&#233;mocratique. En m&#234;me temps, il inscrivit sur son drapeau un programme de neutralit&#233; absolue dans les relations internationales. Ni en action ni en pens&#233;e, la G&#233;orgie ne s'immis&#231;a dans la guerre civile russe. Ni les empires centraux, ni l'Entente ne purent la faire d&#233;vier de la voie de la neutralit&#233;. Sa devise &#233;tait : Vis &#224; ta guise et laisse les autres en paix. Ayant appris l'existence de cette terre b&#233;nie, quelques vieux p&#232;lerins (Vandervelde, Renaudel, Mrs Snowden) prirent imm&#233;diatement des billets directs pour la G&#233;orgie. Courb&#233; sous le faix des ans et de la sagesse, le v&#233;n&#233;rable Kautsky ne tarda pas &#224; les suivre. Tous, semblables aux premiers ap&#244;tres, ils convers&#232;rent en des langues qu'ils ne connaissaient point et eurent des visions qu'ils relat&#232;rent ensuite dans des articles et des livres. Chemin faisant, de Tiflis &#224; Vienne, Kautsky ne cessa de chanter de Nunc dimittis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les bons pasteurs n'avaient pas encore eu le temps d'apporter &#224; leurs ouailles la bienheureuse nouvelle qu'une chose horrible se produisait : Sans motif aucun, la Russie sovi&#233;tique lan&#231;a son arm&#233;e sur la G&#233;orgie d&#233;mocratique, qui prosp&#233;rait dans une neutralit&#233; pacifique, et &#233;crasa impitoyablement la R&#233;publique d&#233;mocratique, objet de l'amour des masses populaires. C'est dans l'imp&#233;rialisme effr&#233;n&#233; du pouvoir sovi&#233;tique et, en particulier, dans sa jalousie pour les succ&#232;s d&#233;mocratiques des mencheviks g&#233;orgiens qu'il faut chercher la raison de ce monstrueux forfait. L&#224;, en somme, finit la l&#233;gende. Ce sont ensuite des proph&#233;ties apocalyptiques sur la chute in&#233;vitable des bolcheviks et sur la restauration des mencheviks dans leur splendeur premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la d&#233;monstration de cette l&#233;gende qu'est consacr&#233; l'&#233;difiant opuscule de Kautsky.[1] C'est sur cette l&#233;gende &#233;galement que sont bas&#233;s les r&#233;solutions de la IIe Internationale sur la G&#233;orgie, les articles du Times, les discours de Vandervelde, les sympathies avou&#233;es de la reine de Belgique et les &#233;crits des Herv&#233; et des Merrheim. S'il n'a pas encore &#233;t&#233; publi&#233; d'encyclique papale l&#224;-dessus, c'est uniquement &#224; la fin pr&#233;matur&#233;e de Beno&#238;t XV qu'il faut l'attribuer. Son successeur, esp&#233;rons-le, comblera cette lacune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si, semblable &#224; beaucoup d'autres, la l&#233;gende sur la G&#233;orgie n'est pas d&#233;nu&#233;e de po&#233;sie, elle s'&#233;carte, comme toutes les l&#233;gendes, de la r&#233;alit&#233;. Ou, pour parler plus exactement, elle n'est, d'un bout &#224; l'autre, qu'un mensonge, produit non pas de l'imagination populaire, mais de la presse capitaliste qui l'a fabriqu&#233; de toutes pi&#232;ces. Le mensonge et seulement le mensonge : voil&#224; la base de la furieuse campagne antisovi&#233;tique dans laquelle les leaders de la IIe Internationale jouent le r&#244;le dominant. C'est ce qui, pas &#224; pas, nous allons d&#233;montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de la G&#233;orgie fut r&#233;v&#233;l&#233;e &#224; M. Henderson par Mrs Snowden qui, elle-m&#234;me, avait vu Jordania et Ts&#233;r&#233;telli &#224; l'&#339;uvre pendant son voyage d'&#233;tudes &#224; Batoum et &#224; Tiflis. Quant &#224; nous, nous avons connu ces messieurs bien avant leur dictature sur la G&#233;orgie d&#233;mocratique ind&#233;pendante &#8212; &#224; laquelle ils n'avaient d'ailleurs jamais song&#233; &#8212;, nous les avons connus comme politiciens russes &#224; Petrograd et &#224; Moscou. Tchk&#233;idz&#233; fut &#224; la t&#234;te du soviet de Petrograd, puis du Comit&#233; Ex&#233;cutif Central des Soviets &#224; l'&#233;poque de K&#233;rensky, alors que les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks faisaient la loi dans les soviets. Ts&#233;r&#233;telli fut ministre du gouvernement de K&#233;rensky ; il fut l'inspirateur de la politique de conciliation.[2] Avec Dan et d'autres, Tchk&#233;idz&#233; servit d'interm&#233;diaire entre le soviet menchevique et le gouvernement de coalition. Gu&#233;guetchkori et Tchkenk&#233;li remplirent des missions de confiance pour le gouvernement provisoire, Tchkenk&#233;li re&#231;ut le poste de commissaire g&#233;n&#233;ral pour la Transcaucasie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position adopt&#233;e par les mencheviks &#233;tait en substance la suivante : la r&#233;volution devait conserver son caract&#232;re bourgeois et, par suite, continuer &#224; &#234;tre dirig&#233;e par la bourgeoisie ; la coalition des socialistes avec la bourgeoisie devait avoir pour but d'habituer les masses populaires &#224; la domination de la bourgeoisie ; l'aspiration du prol&#233;tariat &#224; la conqu&#234;te du pouvoir &#233;tait n&#233;faste pour La r&#233;volution ; il fallait d&#233;clarer une guerre impitoyable aux bolcheviks. Comme id&#233;ologues de la r&#233;publique bourgeoise, Ts&#233;r&#233;telli et Tchk&#233;idz&#233;, de m&#234;me que leurs adeptes, d&#233;fendaient sans r&#233;serve l'unit&#233; et l'indivisibilit&#233; de la R&#233;publique dans les limites de l'ancien Empire tsariste. Les pr&#233;tentions de la Finlande &#224; l'&#233;largissement de son autonomie, les revendications analogues de la d&#233;mocratie nationale ukrainienne furent impitoyablement combattues par Ts&#233;r&#233;telli et Tchk&#233;idz&#233;. Au Congr&#232;s des soviets, Tchkenk&#233;li repoussa avec acharnement les tendances s&#233;paratistes de quelques r&#233;gions fronti&#232;res, quoique, &#224; cette &#233;poque, la Finlande m&#234;me ne r&#233;clam&#226;t pas l'autonomie compl&#232;te. Pour r&#233;primer ces tendances autonomistes, Ts&#233;r&#233;telli et Tchk&#233;idz&#233; organis&#232;rent une force arm&#233;e sp&#233;ciale. Ils l'eussent employ&#233;e si l'histoire leur en e&#251;t laiss&#233; le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est &#224; la lutte contre les bolcheviks qu'ils consacr&#232;rent surtout leurs forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire ne conna&#238;t peut-&#234;tre pas une seule campagne de fureur, de haine et de diffamation analogue &#224; celle qui fut men&#233;e contre nous &#224; l'&#233;poque de K&#233;rensky. Dans tous leurs articles et rubriques, en prose et en vers, par la parole et par le dessin, les journaux de toutes les nuances et de toutes les tendances vilipend&#232;rent, anath&#233;matis&#232;rent, fl&#233;trirent les bolcheviks. Il n'y eut pas d'infamie que Ton ne nous attribu&#226;t &#224; tous en g&#233;n&#233;ral et &#224; chacun en particulier. Lorsqu'il semblait que la campagne avait atteint son point culminant, un &#233;pisode quelconque, parfois infime, lui redonnait une nouvelle &#233;nergie, et elle continuait avec un redoublement de fureur. La bourgeoisie sentait planer sur elle un danger mortel. Sa terreur folle s'exprimait par une rage stupide. Comme toujours, les mencheviks refl&#233;taient l'&#233;tat d'esprit de la bourgeoisie. Au fort de cette campagne, M. Henderson rendit visite au Gouvernement Provisoire et constata avec soulagement que sir Buchanan repr&#233;sentait avec dignit&#233; et succ&#232;s l'id&#233;al de la d&#233;mocratie britannique aupr&#232;s de la d&#233;mocratie de K&#233;rensky-Ts&#233;r&#233;telli&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police et le contre-espionnage tsaristes, qui, par crainte des faux pas, &#233;taient rest&#233;s temporairement inactifs, ne cherchaient qu'&#224; prouver leur d&#233;vouement aux nouveaux ma&#238;tres. Tous les partis de la soci&#233;t&#233; cultiv&#233;e leur montr&#232;rent ce qui devait &#234;tre l'objet de leur sollicitude : les bolcheviks. Des fables stupides sur notre liaison avec l'&#233;tat-major des Hohenzollern, fables auxquelles, en r&#233;alit&#233;, personne ne croyait, sauf peut-&#234;tre des espions de bas &#233;tage et des marchandes moscovites, furent colport&#233;es, amplifi&#233;es, d&#233;lay&#233;es, d&#233;velopp&#233;es sur tous les tons. Mieux que personne les leaders des mencheviks savaient ce que valaient ces accusations. Mais Ts&#233;r&#233;telli et sa s&#233;quelle, pour des motifs politiques, jugeaient utile de les soutenir. Ts&#233;r&#233;telli donne le ton et, de tous les c&#244;t&#233;s, les contre-r&#233;volutionnaires de la bande noire lui font &#233;cho de leurs aboiements. On accuse formellement le parti communiste de trahir l'&#201;tat, d'&#234;tre au service du militarisme allemand. La racaille bourgeoise, dirig&#233;e par les officiers patriotes, pille nos typographies et nos magasins, K&#233;rensky ferme nos journaux, des milliers de communistes sont arr&#234;t&#233;s &#224; Petrograd et sur tous les points du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mencheviks et leurs alli&#233;s, les socialistes-r&#233;volutionnaires, avaient re&#231;u le pouvoir des mains des soviets d'ouvriers et de soldats, mais ils sentirent bient&#244;t que le terrain allait leur manquer. Ce qu'ils voulaient, c'&#233;tait faire contrepoids aux soviets d'ouvriers et de soldats, en aidant les &#233;l&#233;ments petits bourgeois et bourgeois du pays &#224; s'organiser politiquement au moyen des municipalit&#233;s et des zemstvos d&#233;mocratiques. Mais, comme les soviets &#233;voluent trop rapidement &#224; gauche, les mencheviks ne se contentent plus de travailler &#224; consolider les classes bourgeoises ; ils s'efforcent d'affaiblir et de d&#233;sorganiser les soviets. Les r&#233;&#233;lections sont intentionnellement ajourn&#233;es, le deuxi&#232;me congr&#232;s des soviets est ouvertement sabot&#233;. Ts&#233;r&#233;telli est l'inspirateur de cette politique &#224; laquelle Tchk&#233;idz&#233; donne des formes organiques. D&#233;j&#224;, en ao&#251;t et en septembre 1917, on cherche dans l'organe central des soviets &#224; prouver que les soviets ont fait leur temps, qu'ils &#171; se d&#233;composent &#187;. Plus les masses ouvri&#232;res et paysannes deviennent r&#233;volutionnaires, pressantes dans leurs revendications, impatientes, plus la d&#233;pendance des mencheviks &#224; l'&#233;gard des classes poss&#233;dantes rev&#234;t un caract&#232;re brutal, d&#233;clar&#233;. Les municipalit&#233;s et les zemstvos bourgeois-d&#233;mocratiques n'arrivent pas &#224; sauver la situation : la vague r&#233;volutionnaire balaye cette faible digue. Le deuxi&#232;me congr&#232;s pan-russe des soviets, que, sous notre pression, les mencheviks se d&#233;cident cependant &#224; convoquer, s'empare du pouvoir, avec l'appui de la garnison de Petrograd, presque sans combat, sans effusion de sang. Alors les mencheviks, coalis&#233;s avec les socialistes-r&#233;volutionnaires et les cadets, entreprennent une lutte acharn&#233;e et, o&#249; ils le peuvent, arm&#233;e contre les soviets, c'est-&#224;-dire contre les ouvriers et les paysans. Et ainsi sont jet&#233;es les bases des fronts futurs des gardes-blancs Durant les neuf premiers mois de la r&#233;volution, les mencheviks franchissent donc trois &#233;tapes : au printemps de l'ann&#233;e 1917, ils sont les ma&#238;tres incontest&#233;s des soviets ; en &#233;t&#233;, ils tentent d'occuper une position &#171; neutre &#187; entre les soviets et la bourgeoisie ; en automne, de concert avec la bourgeoisie, ils d&#233;clarent la guerre civile aux soviets. Cette succession d'&#233;tapes caract&#233;rise essentiellement le menchevisme et, comme nous le verrons plus loin, toute l'histoire de la G&#233;orgie menchevique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me la r&#233;volution du 7 novembre, Tchk&#233;idz&#233; file au Caucase. La prudence avait toujours &#233;t&#233; la plus remarquable de ses qualit&#233;s civiques. Bient&#244;t il est &#233;lu pr&#233;sident du se&#239;m de coalition transcaucasien : ainsi, il remplit au Caucase, sur une plus petite &#233;chelle, le r&#244;le qu'il avait jou&#233; en grand &#224; Petrograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En union avec les socialistes-r&#233;volutionnaires et les cadets, les mencheviks deviennent les inspirateurs du Comit&#233; contre-r&#233;volutionnaire du Salut de la Patrie et de la R&#233;volution. Ce comit&#233; entre imm&#233;diatement en liaison avec la cavalerie cosaque de Krasnov qui marchait alors sur Petrograd et fomente une tentative d'insurrection arm&#233;e parmi les &#233;l&#232;ves des &#233;coles militaires. Les leaders des mencheviks, auxquels Kautsky conf&#232;re le monopole de l'organisation pacifique des d&#233;mocraties, sont les initiateurs et les organisateurs r&#233;els de la guerre civile en Russie. Le Comit&#233; du Salut de la Patrie et de la R&#233;volution qui fonctionne &#224; Petrograd et dans lequel les mencheviks travaillent avec les organisations des gardes-blancs, est li&#233; directement &#224; tous les complots, insurrections et attentats ult&#233;rieurs contre-r&#233;volutionnaires : avec les Tch&#233;co-Slovaques sur la Volga, avec le comit&#233; de l'Assembl&#233;e Constituante de Samara et avec Koltchak, avec le gouvernement de Tcha&#239;kovsky et le g&#233;n&#233;ral Miller au Nord, avec D&#233;nikine et Wrangel au Sud, avec les &#233;tats-majors des r&#233;publiques bourgeoises des confins de la Russie, avec les clans d'&#233;migr&#233;s &#224; l'&#233;tranger et les agents secrets de l'Entente qui lui dispensent des fonds. Les leaders des mencheviks, et parmi eux les leaders g&#233;orgiens, trempent dans toutes ces machinations, non pas au nom de la d&#233;fense de la G&#233;orgie ind&#233;pendante dont il n'est pas encore question, mais comme chefs de l'un des partis antisovi&#233;tiques ayant des points d'appui dans tout le pays. A la Constituante, le chef du bloc antisovi&#233;tique n'est autre que Ts&#233;r&#233;telli lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec toute la contre-r&#233;volution, les mencheviks reculaient du centre industriel &#224; la p&#233;riph&#233;rie retardataire. Ils s'arr&#234;t&#232;rent naturellement &#224; la Transcaucasie comme &#224; l'un de leurs derniers refuges. Si, &#224; Samara, ils se retranchaient derri&#232;re le mot d'ordre de l'Assembl&#233;e Constituante, &#224; Tiflis ils tent&#232;rent, &#224; un certain moment, de lever le drapeau de la r&#233;publique ind&#233;pendante. Mais ils ne le firent pas du premier coup. Leur &#233;volution du centralisme bourgeois au s&#233;paratisme petit-bourgeois, &#233;volution d&#233;termin&#233;e non par les revendications nationales des masses g&#233;orgiennes, mais par la guerre civile qui s&#233;vissait dans toute la Russie, s'effectua en plusieurs &#233;tapes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois jours apr&#232;s la r&#233;volution du 7 novembre, &#224; Petrograd, Jordania d&#233;clara, &#224; une s&#233;ance du conseil municipal de Tiflis : &#171; L'insurrection &#224; Petrograd vit ses derniers jours. D&#232;s le d&#233;but d'ailleurs, elle &#233;tait condamn&#233;e &#224; l'insucc&#232;s. &#187; L'on ne pouvait raisonnablement exiger que Jordania montr&#226;t &#224; Tiflis plus de clairvoyance que les bons bourgeois de tous les points du monde. La seule diff&#233;rence, c'est que Tiflis est un des points de la r&#233;volution russe et que Jordania est l'un des principaux acteurs de la lutte qui devait, soi-disant, mettre fin &#224; l'insurrection bolchevique. Pourtant, les &#171; derniers jours &#187; &#233;taient depuis longtemps pass&#233;s et la pr&#233;diction de Jordania ne se r&#233;alisait toujours pas. D&#232;s novembre, il fallut cr&#233;er &#224; la h&#226;te un commissariat transcaucasien autonome ; non pas un &#201;tat, mais une place d'armes contre-r&#233;volutionnaire provisoire, d'o&#249; les mencheviks g&#233;orgiens esp&#233;raient fournir un concours d&#233;cisif &#224; la restauration de l'ordre &#171; d&#233;mocratique &#187; dans toute la Russie. Cet espoir avait quelques raisons d'&#234;tre : l'&#233;tat &#233;conomique arri&#233;r&#233; du pays, la faiblesse extr&#234;me du prol&#233;tariat industriel, l'&#233;loignement du centre de la Russie, la diff&#233;rence des conditions sociales, des coutumes et des religions des nations multiples, se m&#233;fiant l'une de l'autre et s&#233;par&#233;es par des antagonismes de race, enfin le voisinage du Don et du Kouban, toutes choses &#233;minemment favorables &#224; l'opposition &#224; la r&#233;volution ouvri&#232;re et qui firent que, pour une longue p&#233;riode de temps, la Ciscaucasie et le Caucase devinrent une Vend&#233;e et une Gironde li&#233;es par la communaut&#233; de lutte contre les soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, les innombrables troupes tsaristes qui op&#233;raient sur le front turc se trouvaient encore en Transcaucasie. La nouvelle de la proposition de paix faite par le gouvernement sovi&#233;tique et de la r&#233;forme agraire &#233;mut non seulement les masses des soldats, mais aussi la population laborieuse de la Transcaucasie. C'est alors que commence pour les contre-r&#233;volutionnaires embusqu&#233;s en Transcaucasie le temps des alarmes. Ils organisent imm&#233;diatement un bloc de l'&#171; ordre &#187; dans lequel entrent tous les partis sauf, bien entendu, celui des bolcheviks. Les mencheviks, qui y jouent le r&#244;le dominant, contribuent de tout leur pouvoir &#224; l'union des seigneurs terriens et des petits bourgeois g&#233;orgiens, des boutiquiers et des propri&#233;taires de mines de naphte arm&#233;niens, des beks et des khans tartares. Les officiers r&#233;actionnaires russes se mettent enti&#232;rement &#224; la disposition du bloc anti-bolchevique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du mois de d&#233;cembre eut lieu le congr&#232;s des d&#233;l&#233;gu&#233;s du front transcaucasien, convoqu&#233; sous les auspices des mencheviks eux-m&#234;mes. La majorit&#233; se trouva &#234;tre pour la gauche. Les mencheviks alors, avec la droite du congr&#232;s, firent un coup d'&#201;tat et cr&#233;&#232;rent sans les gauches, c'est-&#224;-dire sans la majorit&#233;, un soviet des troupes transcaucasiennes. En accord avec ce conseil, le Commissariat Transcaucasien d&#233;cide, en janvier 1918, de &#171; reconna&#238;tre comme d&#233;sirable l'envoi de troupes cosaques dans les localit&#233;s o&#249; il se produit actuellement des d&#233;sordres&#8230; &#187;. Comme m&#233;thode l'usurpation, comme force arm&#233;e les cosaques de Kornilov : tels sont les points de d&#233;part v&#233;ritables de la d&#233;mocratie transcaucasienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat menchevique en Transcaucasie n'est pas une exception. Lorsqu'il apparut que les bolcheviks, au deuxi&#232;me congr&#232;s pan-russe des soviets (novembre 1917), formaient l'&#233;crasante majorit&#233;, l'ancien Comit&#233; Ex&#233;cutif (compos&#233; de mencheviks et de socialistes-r&#233;volutionnaires) qui avait convoqu&#233; le congr&#232;s se refusa &#224; c&#233;der la place et &#224; transmettre les affaires au Comit&#233; Ex&#233;cutif &#233;lu par le congr&#232;s. Par bonheur, nous avions pour nous non seulement la majorit&#233; formelle du congr&#232;s, mais toute la garnison de la capitale. C'est ce qui emp&#234;cha les mencheviks de nous disperser et nous permit de leur donner une le&#231;on pratique de d&#233;mocratie sovi&#233;tique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, m&#234;me apr&#232;s le coup d'&#201;tat des mencheviks, les troupes de Transcaucasie constituaient une menace permanente pour l'&#171; ordre &#187;. Se sentant soutenus par les soldats dont l'esprit &#233;tait nettement r&#233;volutionnaire, les masses ouvri&#232;res et paysannes de la Transcaucasie manifestaient l'intention non &#233;quivoque de suivre l'exemple de leurs fr&#232;res du Nord. Pour sauver la situation il fallait d&#233;sarmer et &#233;mietter les troupes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan de d&#233;sarmement de l'arm&#233;e fut &#233;labor&#233; en secret par le gouvernement de Transcaucasie et les g&#233;n&#233;raux tsaristes. Au complot prirent part le g&#233;n&#233;ral Prj&#233;valsky, le colonel Chatilov, qui fut plus tard le compagnon d'armes de Wrangel, le futur ministre de l'Int&#233;rieur de G&#233;orgie, Ramichvili, etc. En m&#234;me temps que l'on prenait des mesures pour d&#233;sarmer les unit&#233;s r&#233;volutionnaires, l'on d&#233;cidait de ne pas d&#233;sarmer les r&#233;giments cosaques, soutiens de Kornilov et de Krasnov. La collaboration de la Gironde menchevique et de la Vend&#233;e cosaque rev&#234;t id un caract&#232;re militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous pr&#233;texte de d&#233;sarmement l'on fit d&#233;pouiller, et souvent m&#234;me massacrer, par des d&#233;tachements contre-r&#233;volutionnaires sp&#233;ciaux, les soldats qui regagnaient leurs foyers. A plusieurs stations, de violents combats eurent lieu o&#249; l'on fit donner l'artillerie lourde et les trains blind&#233;s. Des milliers d'hommes p&#233;rirent dans cette boucherie dont les mencheviks g&#233;orgiens &#233;taient les organisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky repr&#233;sente les troupes transcaucasiennes favorables aux bolcheviks comme des bandes indisciplin&#233;es, pillardes, massacrant et d&#233;vastant tout sur leur passage. C'est ainsi que les repr&#233;sentait &#233;galement, autrefois, toute la racaille contre-r&#233;volutionnaire. Le proc&#233;d&#233; est naturel, car ce qu'il faut &#224; Kautsky c'est que les initiateurs du d&#233;sarmement, les mencheviks g&#233;orgiens, nous apparaissent comme &#171; des chevaliers au sens le plus noble du mot &#187;. Mais nous avons &#224; notre disposition d'autres t&#233;moignages &#233;manant des mencheviks eux-m&#234;mes. Ces derniers, lorsque le d&#233;sarmement prit des formes sanglantes et un caract&#232;re de banditisme d&#233;clar&#233;, eurent peur eux-m&#234;mes de leur &#339;uvre. Le 14 janvier 1918, un menchevik en vue, Diough&#233;li, d&#233;clarait : &#171; Sous pr&#233;texte de d&#233;sarmer les soldats, on les pillait litt&#233;ralement. Ext&#233;nu&#233;s, &#224; bout de forces, ces malheureux qui avaient tant souffert et qui n'avaient qu'un d&#233;sir : rentrer chez eux, se voyaient enlever jusqu'&#224; leurs chaussures. Tout &#233;tait mis &#224; l'encan. Des bandes de brigands vendaient l'armement et l'&#233;quipement militaire. C'&#233;tait quelque chose de r&#233;voltant. &#187; (Slovo, n&#176; 10.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard, Djough&#233;li qui avait lui-m&#234;me particip&#233; au d&#233;sarmement de la garnison de Tiflis (nous aurons encore l'occasion de parler de ce monsieur), accusait Ramichvili d'avoir embauch&#233; une des bandes les plus pillardes de la contre-r&#233;volution transcaucasienne pour op&#233;rer le d&#233;sarmement des soldats. A ce sujet, ces deux messieurs eurent publiquement un &#171; &#233;change de vues &#187; que nous nous devons de reproduire ici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; N. Ramichvili. &#8212; Djough&#233;li est un calomniateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Djough&#233;li &#8212; No&#233; Ramichvili est un menteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; N. Ramichvili (r&#233;p&#233;tant). &#8212; Djough&#233;li est un calomniateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Djough&#233;li. &#8212; Cessez d'employer des expressions injurieuses &#224; mon &#233;gard,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187;N. Ramichvili. &#8212; Je d&#233;clare que tout ce qu'a dit Djough&#233;li est une basse insinuation et que Djough&#233;li est un calomniateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Djough&#233;li. &#8212; Et vous, vous &#234;tes un l&#226;che et une canaille, et j'agirai envers vous en cons&#233;quence. &#187; &lt;i&gt;Slovo, n&#176; 22.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, le d&#233;sarmement n'&#233;tait pas une &#339;uvre aussi chevaleresque que veut bien le dire Kautsky, puisque deux hommes de m&#234;me tendance qui ont particip&#233; activement &#224; cette affaire s'efforcent, d'une fa&#231;on aussi chevaleresque, de s'en rejeter mutuellement la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'on ne saurait s'emp&#234;cher de plaindre Kautsky : voil&#224; ce qui c'est que l'exc&#232;s de z&#232;le et le manque de retenue ! Par son ton d'apologie emphatique, tout l'opuscule de Kautsky, soit dit en passant, rappelle extraordinairement les &#233;crits de quelques antiques acad&#233;miciens fran&#231;ais sur la mission civilisatrice de la principaut&#233; de Monaco ou le r&#244;le bienfaisant des Karageorg&#233;vitch. Mis au rancart dans leur patrie, des acad&#233;miciens fossiles recevaient des d&#233;corations et des pensions du gouvernement reconnaissant de la bienheureuse Arcadie dont ils avaient r&#233;v&#233;l&#233; au monde l'existence. Kautsky, lui, autant que nous le sachions, n'a &#233;t&#233; incorpor&#233; que dans les membres honoraires de la garde populaire g&#233;orgienne. Cela prouve qu'il est plus d&#233;sint&#233;ress&#233; que les acad&#233;miciens fran&#231;ais. Mais s'il les &#233;gale par la profondeur de ses g&#233;n&#233;ralisations historiques, il leur est consid&#233;rablement inf&#233;rieur sous le rapport de l'&#233;l&#233;gance du style laudatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix de Brest-Litovsk est sortie de la d&#233;composition de l'ancienne arm&#233;e. Cette arm&#233;e avait &#233;t&#233; cruellement &#233;prouv&#233;e par une longue s&#233;rie de d&#233;faites. Le fait m&#234;me de la R&#233;volution de Mars avait port&#233; un coup terrible &#224; son organisation int&#233;rieure. Il fallait la refondre compl&#232;tement, changer sa base sociale, lui donner de nouveaux buts et de nouveaux rapports internes. Mais l'&#233;cart entre la parole et l'action, la creuse phras&#233;ologie r&#233;volutionnaire, sans volont&#233; d&#233;termin&#233;e de changement de K&#233;rensky-Ts&#233;r&#233;telli, la tuaient d&#233;finitivement. Le ministre de la guerre du gouvernement de K&#233;rensky, le g&#233;n&#233;ral Verkhovsky, ne cessait de r&#233;p&#233;ter que l'arm&#233;e &#233;tait compl&#232;tement incapable de continuer la guerre et qu'il fallait conclure la paix &#224; tout prix. Pourtant, l'on continuait &#224; esp&#233;rer un miracle, et cet espoir et ces h&#233;sitations qui rev&#234;taient la forme d'un patriotisme fr&#233;n&#233;tique ne faisaient que montrer combien la situation &#233;tait d&#233;sesp&#233;r&#233;e. C'est de l&#224; qu'est sorti Brest-Litovsk. Les mencheviks exigeaient de nous la continuation de la guerre avec l'Allemagne, esp&#233;rant que nous nous casserions ainsi plus s&#251;rement le cou. Sous le drapeau anti-germanique ils s'unirent avec toutes les forces de la r&#233;action. Ils tent&#232;rent d'utiliser contre nous les derniers restes de l'inertie militaire du peuple. Comme toujours, les leaders g&#233;orgiens &#233;taient au premier rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion de la paix de Brest-Litovsk servit de pr&#233;texte pour la proclamation de l'ind&#233;pendance de la Transcaucasie (22 avril 1918). A en juger par la rh&#233;torique patriotarde ant&#233;rieure, on e&#251;t pu croire que cette proclamation avait pour but la continuation de la guerre contre la Turquie et l'Allemagne. Au contraire, la s&#233;paration officielle de la Transcaucasie d'avec la Russie &#233;tait motiv&#233;e par le d&#233;sir de cr&#233;er une base juridique plus ferme pour l'intervention &#233;trang&#232;re. Avec le concours de cette derni&#232;re, les mencheviks esp&#233;raient, non sans raison, maintenir en Transcaucasie le r&#233;gime bourgeois-d&#233;mocratique et porter ensuite un coup au Nord sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement les partis de la bourgeoisie et des grands propri&#233;taires fonciers alli&#233;s aux mencheviks, mais aussi les chefs eux-m&#234;mes du menchevisme g&#233;orgien parlaient ouvertement, dans leurs discours et dans leurs &#233;crits, de la lutte contre le bolchevisme russe comme de la raison principale de la s&#233;paration de la Transcaucasie. Le 26 avril, Ts&#233;r&#233;telli disait au Se&#239;m transcaucasien : &#171; Lorsque le bolchevisme a surgi en Russie, lorsqu'il a lev&#233; la main pour attenter &#224; la vie de l'&#201;tat, nous avons lutt&#233; contre lui avec toutes les forces dont nous disposions&#8230; Nous avons combattu, en Russie, les assassins de l'&#201;tat et les assassins de la nation et, AVEC LA M&#202;ME ABN&#203;GATION, NOUS COMBATTRONS ICI LES ASSASSINS DE LA NATION. &#187; (Applaudissements prolong&#233;s.) Avec la m&#234;me abn&#233;gation et&#8230; avec le m&#234;me succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces paroles laissent-elles l'ombre d'un doute sur la nature de la t&#226;che que les mencheviks assignaient &#224; la Transcaucasie ind&#233;pendante ? Cette t&#226;che ne consistait pas dans la cr&#233;ation entre la mer Noire et la Caspienne d'une r&#233;publique social-d&#233;mocrate id&#233;ale, neutre, mais dans la lutte contre les assassins de l'&#201;tat (bourgeois), contre les bolcheviks, pour la restauration de la &#171; nation &#187; bourgeoise et d&#233;mocratique dans les anciennes formes &#233;tatiques. Tous le discours de Ts&#233;r&#233;telli, dont nous venons de citer un passage, n'est que la r&#233;p&#233;tition des lieux communs path&#233;tiques que nous avons tant de fois entendu d&#233;velopper par cet orateur &#224; Petrograd. Cette s&#233;ance &#171; historique &#187; du Se&#239;m transcaucasien &#233;tait pr&#233;sid&#233;e par ce m&#234;me Tchk&#233;idz&#233; qui, pr&#233;sident en quelque sorte inamovible, avait nagu&#232;re maintes fois ferm&#233; la bouche aux bolcheviks &#224; Petrograd. Seulement, ce que ces messieurs avaient fait autrefois &#224; Petrograd en grand, ils le faisaient maintenant en petit au Caucase. Avec la m&#234;me abn&#233;gation et avec le m&#234;me succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la non-reconnaissance de Brest-Litovsk mit du coup la Transcaucasie en tant qu'&#171; &#201;tat &#187;, dans une situation sans issue,'car elle donna toute libert&#233; d'action aux Turcs et &#224; leurs alli&#233;s. A peine quelques semaines s'&#233;taient-elles &#233;coul&#233;es que le gouvernement transcaucasien et le Se&#239;m imploraient la Turquie de se conformer au trait&#233; de Brest-Litovsk. Mais les Turcs ne voulaient rien entendre. Les pachas et les g&#233;n&#233;raux allemands devinrent les ma&#238;tres incontest&#233;s de la situation en Transcaucasie. N&#233;anmoins, le but principal &#233;tait atteint : au moyen des troupes &#233;trang&#232;res, la r&#233;volution &#233;tait temporairement &#233;cras&#233;e, la chute du r&#233;gime bourgeois ajourn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, sans consulter aucunement la population, ils proclam&#232;rent l'ind&#233;pendance de la Transcaucasie ( 22 avril 1918), les mencheviks g&#233;orgiens, il va de soi, annonc&#232;rent aux nationalit&#233;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes du Caucase l'av&#232;nement d'une nouvelle &#232;re de fraternit&#233; sur les bases de la d&#233;mocratie. Mais, &#224; peine surgie, la nouvelle r&#233;publique se d&#233;sagr&#233;geait d&#233;j&#224;. L'Azerba&#239;djan cherchait son salut dans la Turquie, l'Arm&#233;nie plus que tout craignait les Turcs, la G&#233;orgie se r&#233;fugiait sous la protection de l'Allemagne. Cinq semaines apr&#232;s sa proclamation solennelle, la r&#233;publique transcaucasienne &#233;tait liquid&#233;e. De m&#234;me que sa naissance, ses fun&#233;railles furent c&#233;l&#233;br&#233;es par de pompeuses d&#233;clarations d&#233;mocratiques. Mais cela ne changeait rien au fond de l'affaire : la d&#233;mocratie petite-bourgeoise avait montr&#233; son impuissance compl&#232;te &#224; &#233;viter les collisions nationales et &#224; accorder les int&#233;r&#234;ts nationaux. Le 26 mai 1918, de nouveau sans consultation aucune de la population, la G&#233;orgie, fragment du Caucase, est &#233;rig&#233;e en &#201;tat ind&#233;pendant. Ce sont de nouveau des torrents d'&#233;loquence d&#233;mocratique. Cinq mois seulement se passent et, pour une parcelle de territoire, une guerre &#233;clate entre la G&#233;orgie d&#233;mocratique et l'Arm&#233;nie non moins d&#233;mocratique. De part et d'autre ce sont de grands discours sur les int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de la civilisation et la perfidie de l'agresseur. Kautsky ne souffle mot de la guerre &#171; d&#233;mocratique &#187; arm&#233;no-g&#233;orgienne. Sous la direction de Jordania, de Ts&#233;r&#233;telli et de leurs sosies arm&#233;niens et tartares, la Transcaucasie se transforme imm&#233;diatement en une p&#233;ninsule des Balkans o&#249; les sanglantes rivalit&#233;s nationales s'allient au plus pur charlatanisme d&#233;mocratique. A travers tous ses errements et ses chutes sanglantes, le menchevisme g&#233;orgien n'en poursuit pas moins la r&#233;alisation de son id&#233;e premi&#232;re : la lutte implacable contre l'&#171; anarchie &#187; bolchevique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ind&#233;pendance de la G&#233;orgie donne aux mencheviks la possibilit&#233; &#8212; ou plut&#244;t les met dans la n&#233;cessit&#233; &#8212; de prendre ouvertement position dans la lutte de la R&#233;publique sovi&#233;tique contre l'imp&#233;rialisme. La d&#233;claration de Jordania sur ce point est on ne peut plus claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le gouvernement g&#233;orgien porte &#224; la connaissance de la population &#8212; est-il dit dans la communication gouvernementale du 13 juin 1918 &#8212; que les troupes allemandes arriv&#233;es &#224; Tiflis ont &#233;t&#233; appel&#233;es par le gouvernement g&#233;orgien lui-m&#234;me et ont pour t&#226;che de d&#233;fendre, en plein accord avec le gouvernement et selon ses indications, les fronti&#232;res de la r&#233;publique d&#233;mocratique g&#233;orgienne. Une partie de ces troupes a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; envoy&#233;e dans l'arrondissement de Bortchalino pour le purger des bandes de brigands qui l'infestent. &#187; (En r&#233;alit&#233;, pour mener une guerre non officielle contre l'Azerbe&#239;djan d&#233;mocratique, et cela pour une parcelle de territoire en litige.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s Kautsky, les troupes allemandes avaient &#233;t&#233; appel&#233;es exclusivement pour combattre les Turcs et, sauf dans le domaine militaire, la G&#233;orgie conservait une ind&#233;pendance compl&#232;te. Que nos bons d&#233;mocrates aient invit&#233; le g&#233;n&#233;ral von Kress en qualit&#233; de simple sentinelle charg&#233;e de veiller sur la d&#233;mocratie g&#233;orgienne, la chose est difficilement admissible ; toujours est-il que ce g&#233;n&#233;ral &#233;tait bien peu pr&#233;par&#233; pour ce r&#244;le. Mais il ne faudrait pas s'exag&#233;rer la na&#239;vet&#233; de nos d&#233;mocrates. A cette &#233;poque, le r&#244;le jou&#233; par les troupes allemandes, durant l'ann&#233;e 1918, dans les &#201;tats fronti&#232;res russes, ne pouvait faire de doute. En Finlande, les Allemands avaient &#233;t&#233; les bourreaux de la r&#233;volution ouvri&#232;re. Dans les provinces baltiques, il en avait &#233;t&#233; de m&#234;me. Ils avaient travers&#233; toute l'Ukraine, dispersant les soviets, massacrant les communistes, &#233;crasant les ouvriers et les paysans. Jordania n'avait aucune raison de s'attendre &#224; ce qu'ils vinssent en G&#233;orgie avec d'autres intentions. Aussi est-ce en parfaite connaissance de cause que le gouvernement menchevique fit appel aux troupes victorieuses des Hohenzollern. Ces troupes avaient, sur les Turcs, l'avantage de la discipline. &#171; Il resterait encore &#224; savoir quel est pour nous le pire danger, le danger bolchevique ou le danger turc &#187;, d&#233;clarait, le 28 avril 1918, le rapporteur officiel du Se&#239;m transcaucasien, le menchevik Inirchvili. Que le danger bolchevique f&#251;t bien pire que le danger allemand, les mencheviks n'en doutaient nullement. Ils ne le cachaient pas dans leurs discours et le d&#233;montr&#232;rent dans la pratique. Ministres du gouvernement pan-russe, les mencheviks g&#233;orgiens nous avaient accus&#233;s d'&#234;tre les alli&#233;s de l'&#233;tat-major allemand et livr&#233;s aux juges tsaristes pour crime de haute trahison. Ils avaient qualifi&#233; de trahison &#224; la Russie la paix de Brest-Litovsk qui avait ouvert &#171; les portes de la r&#233;volution &#187; &#224; l'imp&#233;rialisme allemand. C'est avec ce mot d'ordre qu'ils avaient men&#233; campagne pour le renversement des bolcheviks. Or, lorsqu'ils sentirent le sol de la r&#233;volution s'&#233;chauffer sous leurs pieds, ils s&#233;par&#232;rent la Transcaucasie de la Russie, puis la G&#233;orgie de la Transcaucasie et ouvrirent toutes grandes les portes de la d&#233;mocratie aux troupes du kaiser qu'ils accueillirent avec force r&#233;v&#233;rences et flatteries. Apr&#232;s la d&#233;faite de l'Allemagne, ils agirent, comme nous le verrons, exactement de m&#234;me envers l'Entente victorieuse. Sous ce rapport, comme sous les autres, la politique des mencheviks n'est que le reflet de la politique de la bourgeoisie russe : repr&#233;sent&#233;e par les cadets (Milioukov), cette derni&#232;re &#233;tait entr&#233;e en Ukraine avec le consentement des troupes d'occupation allemandes et, apr&#232;s la d&#233;faite de l'Allemagne, avait imm&#233;diatement d&#233;p&#234;ch&#233; &#224; l'Entente ces m&#234;mes cadets, enfants prodigues, qui, dans tous leurs errements, n'avaient pourtant jamais perdu de vue le but fondamental : la lutte contre les bolcheviks. C'est pourquoi l'Entente leur ouvrit si facilement son c&#339;ur et, ce qui importe davantage, sa bourse. C'est pourquoi le ministre de la guerre, Henderson, qui avait fraternis&#233; &#224; Petrograd avec le ministre de la guerre, Ts&#233;r&#233;telli, accueillit comme un fr&#232;re ce dernier que le g&#233;n&#233;ral allemand von Kress venait de serrer sur son c&#339;ur. Volte-face, contradictions, trahisons, mais toujours contre la r&#233;volution du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 septembre 1918, dans une lettre &#224; von Kress, Jordania disait &#224; ce dernier : &#171; Il n'est pas dans notre int&#233;r&#234;t d'amoindrir le prestige de l'Allemagne au Caucase. &#187; Or, deux mois plus tard, il fallait d&#233;j&#224; ouvrir toutes grandes les portes aux troupes britanniques. Cet acte fut pr&#233;c&#233;d&#233; des pourparlers dont le but principal &#233;tait de prouver, d'expliquer, de persuader que la d&#233;mocratie g&#233;orgienne s'&#233;tait vu imposer un demi-mariage de raison avec le g&#233;n&#233;ral allemand von Kress, mais que le v&#233;ritable mariage auquel elle aspirait de toute la force de son sentiment &#233;tait celui qui devait la lier au g&#233;n&#233;ral anglais Walker. Le 15 d&#233;cembre, d'apr&#232;s son propre t&#233;moignage, le vieux menchevik Topouridz&#233;, repr&#233;sentant du gouvernement &#224; Batoum, r&#233;pondant aux questions de la mission de l'Entente, disait : &#171; ]'estime que, par tous les moyens et de toutes les forces dont elle dispose, notre r&#233;publique aidera les puissances de l'Entente dans leur lutte contre les bolcheviks&#8230; &#187; Le m&#234;me Topouridz&#233; d&#233;clare, &#224; l'agent anglais Webster, que la G&#233;orgie &#171; consid&#233;rera qu'elle fait son devoir si, au Caucase, elle pr&#234;te son concours &#224; l'Angleterre dans la lutte contre le bolchevisme&#8230; &#187;. Lorsque le colonel anglais Jordan eut expliqu&#233; que les troupes alli&#233;es entraient en G&#233;orgie &#171; conform&#233;ment au plan g&#233;n&#233;ral de paix et d'ordre international &#187;, c'est-&#224;-dire pour &#233;touffer le bolchevisme et soumettre tous les peuples de la Russie &#224; l'amiral Koltchak, Gu&#233;guetchkori l'informa que &#171; le Gouvernement g&#233;orgien, anim&#233; du d&#233;sir de travailler en accord avec les alli&#233;s &#224; la r&#233;alisation des principes du droit et de la justice proclam&#233;s par ces derniers, donne son consentement &#224; l'entr&#233;e des troupes &#187;. En un mot, en passant de la nationalit&#233; allemande &#224; celle de l'Entente, les chefs du menchevisme g&#233;orgien ne tinrent aucun compte du bon vieux conseil du po&#232;te russe :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Flatteurs, flatteurs, dans votre bassesse sachez au moins conserver une ombre de noblesse ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me rappelle que trop bien la salle des s&#233;ances de Brest-Litovsk. J'ai encore sous les yeux les personnages assis autour de la table : le baron K&#252;hlmann, le g&#233;n&#233;ral Hoffmann, le comte Czernin. Mais je me souviens encore plus nettement des repr&#233;sentants de la petite-bourgeoisie ukrainienne qui, eux aussi, s'intitulaient socialistes et qui &#233;taient &#8212; par leur niveau politique &#8212; les sosies des mencheviks g&#233;orgiens. Au cours m&#234;me des pourparlers ils firent bloc, en catimini, avec les repr&#233;sentants f&#233;odaux de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie. Il fallait les voir s'empresser, faire le gros dos devant leurs nouveaux ma&#238;tres, chercher &#224; lire dans leurs yeux leurs moindres d&#233;sirs ; il fallait voir le d&#233;dain triomphant avec lequel ils nous regardaient, nous, les repr&#233;sentants isol&#233;s du prol&#233;tariat &#224; ces s&#233;ances de Brest-Litovsk !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je connais les volte-face de ces fripons, leurs flagorneries, leurs fa&#231;ons de semer la discorde et de jeter de l'huile sur le feu, leurs complaisances serviles ; je sais comment, pareils &#224; des chiens, ils courent apr&#232;s les ma&#238;tres &#187;[3]. Ces derni&#232;res ann&#233;es ont &#233;t&#233; fertiles en &#233;preuves. Mais je ne sais pas de minutes plus p&#233;nibles, plus douloureuses que celles qu'il nous a fallu traverser, le rouge de la honte au front, &#224; cause de l'ignominie, de la platitude, de la bassesse de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise qui, dans sa lutte contre le prol&#233;tariat, se jette aux genoux des repr&#233;sentants du monde f&#233;odal et capitaliste. Et n'est-ce pas l&#224; exactement ce qu'a fait &#224; deux reprises le menchevisme g&#233;orgien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Georgien. Eine Sozialdemokratische Bauernrepublik (Vienne, 1921).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je n'ai vu &#8212; raconte lui-m&#234;me Kautsky &#8212; que ce que l'on peut voir de la porti&#232;re d'un compartiment de chemin de fer ou &#224; Tiflis. D'autant plus que j'ignore les langues g&#233;orgienne et russe. &#187; Plus loin, il d&#233;clare : &#171; Les communistes m'&#233;vitaient. &#187; Il faudrait encore ajouter que les hospitaliers mencheviks trompaient &#224; chaque pas leur honorable visiteur, qui d'ailleurs se pr&#234;tait volontiers lui-m&#234;me &#224; cette duperie. Le fruit d'une enqu&#234;te men&#233;e dans des conditions si favorables fut l'opuscule en question, qui couronne dignement la campagne internationale contre la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Kautsky confond les &#233;v&#233;nements et alt&#232;re la v&#233;rit&#233; m&#234;me quand cela ne lui est pas n&#233;cessaire pour atteindre son but : ainsi il raconte que Tchk&#233;idz&#233; et Ts&#233;r&#233;telli avaient &#233;t&#233; &#224; la t&#234;te du soviet de Petrograd, en 1905. En r&#233;alit&#233;, personne &#224; cette &#233;poque n'avait entendu parler d'eux &#224; Petrograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Shakespeare : Le roi Lear.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La stricte neutralit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, Vandervelde, Henderson, en un mot toutes les Mrs Snowden du monde, nient cat&#233;goriquement la collaboration de la G&#233;orgie menchevique avec la contre-r&#233;volution russe et &#233;trang&#232;re. Or c'est l&#224; qu'est toute la question. Pendant la guerre acharn&#233;e men&#233;e par la Russie des Soviets contre les garde-blancs, soutenus par l'imp&#233;rialisme &#233;tranger, la G&#233;orgie d&#233;mocratique a, soi-disant, observ&#233; la neutralit&#233;. Et non pas simplement la neutralit&#233;, &#233;crit le respectable Kautsky, mais une &#171; stricte neutralit&#233; &#187;. Nous pourrions en douter, m&#234;me si les faits nous &#233;taient inconnus. Mais nous les connaissons. Nous savons non seulement que les mencheviks g&#233;orgiens ont particip&#233; &#224; toutes les intrigues ourdies contre la R&#233;publique des Soviets, mais aussi que la G&#233;orgie ind&#233;pendante fut elle-m&#234;me cr&#233;&#233;e pour servir d'instrument dans la guerre imp&#233;rialiste et dans la guerre civile contre la Russie ouvri&#232;re et paysanne. C'est ce que nous avons d&#233;j&#224; pu voir par ce qui a &#233;t&#233; expos&#233; pr&#233;c&#233;demment. Mais notre brave Kautsky ne veut rien entendre. Mrs Snowden, elle, est indign&#233;e. Macdonald repousse avec v&#233;h&#233;mence ces &#171; stupides accusations &#187;. C'est bien &#171; stupides accusations &#187; qu'&#233;crit Macdonald, car il est fort en col&#232;re. Or, Macdonald, sans &#234;tre Brutus, n'en est pas moins &#171; un homme honorable &#187;. Malheureusement, il existe des faits, des documents, des proc&#232;s-verbaux auxquels nous sommes forc&#233;s d'accorder plus de cr&#233;ance qu'aux hommes les plus honorables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 septembre 1918, une conf&#233;rence officielle des repr&#233;sentants de la R&#233;publique G&#233;orgienne, du Gouvernement du Kouban et de l'Arm&#233;e Volontaire eut lieu. Cette derni&#232;re &#233;tait repr&#233;sent&#233;e par les g&#233;n&#233;raux Alex&#233;&#239;ev, D&#233;nikine, Romanovsky, Dragomirov, Loukomsky, par le monarchiste Choulguine et par d'autres personnages, dont les noms seuls suffisent pour indiquer la qualit&#233;. Le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;ev ouvrit la conf&#233;rence par ces paroles : &#171; Au nom de l'Arm&#233;e Volontaire et du Gouvernement du Kouban, je salue les repr&#233;sentants de la G&#233;orgie, notre AMIE, en la personne de E. E. Gu&#233;guetchkori et du g&#233;n&#233;ral G. I. Mazniev. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les amis avaient quelques malentendus &#224; r&#233;gler : le principal concernait le secteur de Sotchi. Pour dissiper ces malentendus, Gu&#233;guetchkori disait : &#171; N'est-ce pas en G&#233;orgie que, lorsqu'ils &#233;taient pourchass&#233;s en Russie, les officiers russes venaient de tous c&#244;t&#233;s chercher un refuge ? Nous les recevions, nous partagions avec eux nos maigres ressources, nous leur payions une solde, nous les nourrissions et nous faisions ainsi tout ce qu'il nous &#233;tait possible de faire dans notre situation pr&#233;caire pour leur venir en aide&#8230; &#187; Ces quelques paroles suffiraient d&#233;j&#224; pour faire na&#238;tre quelques doutes sur la &#171; neutralit&#233; &#187; de la G&#233;orgie dans la guerre men&#233;e par les ouvriers contre les g&#233;n&#233;raux du tsar. Mais Gu&#233;guetchkori se h&#226;te lui-m&#234;me de changer ces doutes en certitude. &#171; Je crois devoir vous rappeler &#8212; dit-il &#224; Alex&#233;&#239;ev, &#224; D&#233;nikine et aux autres &#8212; qu'il convient de ne pas oublier LES SERVICES QUE NOUS VOUS AVONS RENDUS DANS VOTRE LUTTE CONTRE LE BOLCHEVISME ET DE TENIR COMPTE L'APPUI QUE NOUS VOUS AVONS PR&#202;T&#201;. &#187; Que peut-il y avoir de plus net que ces paroles de Gu&#233;guetchkori, ministre des Affaires &#233;trang&#232;res de la G&#233;orgie d&#233;mocratique et leader du parti menchevique ! Mais peut-&#234;tre M. Macdonald a-t-il besoin de commentaires ? Le deuxi&#232;me repr&#233;sentant de la G&#233;orgie, Mazniev, est l&#224; pour les fournir : &#171; Les officiers &#8212; explique-t-il &#8212; ne cessent de quitter Tiflis pour vous rejoindre (vous, c'est-&#224;-dire Alex&#233;&#239;ev et D&#233;nikine) et, en cours de route, je leur fournis toutes sortes de secours. Le g&#233;n&#233;ral Liazlov peut l'attester. Ils re&#231;oivent de l'argent, des vivres, etc., et tout cela gratis. Comme vous l'aviez demand&#233;, j'ai group&#233; les officiers qui se trouvaient &#224; Sotchi, &#224; Gagry, &#224; Soukhoum, et je les ai exhort&#233;s a rejoindre vos arm&#233;es&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky se porte garant de la neutralit&#233; et m&#234;me de la neutralit&#233; la plus stricte de la G&#233;orgie. Macdonald traite tout bonnement de &#171; stupides accusations &#187; ce que l'on dit des services rendus par les mencheviks aux blancs dans leur lutte contre les bolcheviks. Mais notre homme honorable se h&#226;te trop de nous invectiver. Les faits sont l&#224; pour confirmer nos accusations. Les faits d&#233;mentent Macdonald. Les faits attestent que c'est nous qui disons la v&#233;rit&#233; et non Mrs. Snowden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas tout. S'effor&#231;ant de d&#233;montrer que la cession temporaire du secteur de Sotchi &#224; la G&#233;orgie ne fera rien perdre aux gardes-blancs, puisque ce qui importe surtout &#224; ces derniers c'est d'avancer vers le Nord, contre les bolcheviks, Gu&#233;guetchkori dit : &#171; Si, ce dont je ne doute pas, nous voyons dans l'avenir la reconstitution d'une nouvelle Russie, il ne s'agira pas seulement pour nous de la r&#233;trocession du secteur de Sotchi, mais des questions beaucoup plus importantes &#8212; fait que vous ne devez pas perdre de vue. &#187; Ces paroles d&#233;voilent le sens de l'autonomie g&#233;orgienne : il ne s'agit pas l&#224; d'une &#171; autonomie nationale &#187;, mais bien d'une man&#339;uvre strat&#233;gique dans la lutte contre le bolchevisme. Quand Alex&#233;&#239;ev et D&#233;nikine auront reconstitu&#233; une &#171; nouvelle Russie &#187;, ce dont Gu&#233;guetchkori &#171; ne doute pas &#187;, il s'agira pour les mencheviks g&#233;orgiens, non plus seulement de r&#233;troc&#233;der le secteur de Sotchi, mais bien de faire revenir la G&#233;orgie tout enti&#232;re dans le sein de la Russie une et indivisible, la voil&#224; bien, la &#171; stricte neutralit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, comme s'il craignait que quelques cerveaux &#233;pais ne conservassent encore des doutes, Gu&#233;guetchkori ach&#232;ve : &#171; Quant &#224; l'attitude &#224; l'&#233;gard des bolcheviks, je puis d&#233;clarer que la LUTTE MEN&#201;E CONTRE LE BOLCHEVISME sur notre territoire est des plus acharn&#233;es. PAR TOUS LES MOYENS &#192; NOTRE DISPOSITION NOUS COMBATTONS LE BOLCHEVISME, mouvement anti&#233;tatique, mena&#231;ant l'int&#233;grit&#233; de notre &#201;tat, et je pense que, sous ce rapport, nous avons d&#233;j&#224; fourni UNE S&#201;RIE DE PREUVES ASSEZ &#201;LOQUENTES. &#187; Ces paroles-l&#224;, en tout cas, se passent de commentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment a-t-on pu conna&#238;tre des conversations d'un caract&#232;re si intime ? Proc&#232;s-verbal en a &#233;t&#233; dress&#233; et publi&#233;. Mais ces proc&#232;s-verbaux ne sont-ils pas faux ? C'est fort peu vraisemblable. Ils ont &#233;t&#233; publi&#233;s par le Gouvernement g&#233;orgien lui-m&#234;me dans un livre intitul&#233; : Documents et mat&#233;riaux sur la politique ext&#233;rieure de la Transcaucasie et de la G&#233;orgie. (Tiflis, 1919.) Les proc&#232;s-verbaux cit&#233;s vont de la page 391 &#224; la page 414. Comme c'est Gu&#233;guetchkori qui &#233;tait le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, il s'ensuit que c'est lui-m&#234;me qui a fait imprimer ses entretiens avec Alex&#233;&#239;ev et D&#233;nikine. Gu&#233;guetchkori est excusable : en ce temps-l&#224; il ne pouvait encore pr&#233;voir que Kautsky et Macdonald devraient un jour se porter garants de la neutralit&#233; des mencheviks g&#233;orgiens en jurant sur l'honneur de la IIe Internationale. D'ailleurs, ce n'est pas l&#224; le seul cas o&#249; la situation des honorables gentlemen de la IIe Internationale e&#251;t &#233;t&#233; beaucoup plus facile si la st&#233;nographie et l'imprimerie n'avaient pas exist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que la port&#233;e politique des d&#233;clarations faites par Gu&#233;guetchkori, dans son entretien avec D&#233;nikine, nous devienne tout &#224; fait claire, il est indispensable de rappeler quelle &#233;tait, en septembre 1918, la situation militaire et politique de la Russie des Soviets. Prenez en mains une carte, la chose en vaut la peine. Notre fronti&#232;re occidentale passait alors entre Pskov et Novgorod ; Pskov, Minsk et Moghilev &#233;taient aux mains du prince L&#233;opold de Bavi&#232;re. Et, en ce temps-l&#224;, les princes allemands comptaient pour quelque chose en Europe&#8230; et ailleurs ! L'Ukraine, elle aussi, &#233;tait tout enti&#232;re occup&#233;e par les Allemands qui avaient &#233;t&#233; appel&#233;s pour d&#233;fendre la d&#233;mocratie contre les bolcheviks. Appuy&#233; sur Odessa et sur S&#233;bastopol, le groupe du g&#233;n&#233;ral von Kierbach s'&#233;tendait presque jusqu'&#224; Koursk et Voron&#232;ge. Les cosaques du Don mena&#231;aient Voron&#232;ge du sud-est. En arri&#232;re d'eux, dans le Kouban, Alex&#233;&#239;ev et D&#233;nikine formaient leur arm&#233;e. Au Caucase, les Turcs et les Allemands faisaient la loi. Un couloir &#233;troit nous reliait &#224; Astrakhan. La Volga &#233;tait deux fois coup&#233;e dans le nord : par les cosaques, &#224; Tsarytsine, et par les Tch&#233;co-Slovaques, &#224; Samara. Toute la partie sud de la mer Caspienne se trouvait d&#233;j&#224; entre les mains des blancs command&#233;s par des officiers de la marine anglaise ; quant &#224; la partie septentrionale, elle nous fut enlev&#233;e l'ann&#233;e suivante. A l'est, nous luttions contre les Tch&#233;co-Slovaques et les blancs qui occupaient les r&#233;gions transvolgiennes, l'Oural et la Sib&#233;rie. Au nord, r&#233;gnait l'Entente qui d&#233;tenait Arkhangel et tout le littoral de la mer Blanche. La partie septentrionale du chemin de fer de Mourmansk &#233;tait occup&#233;e par un corps de d&#233;barquement anglo-fran&#231;ais. La Finlande de Mannerheim mena&#231;ait Petrograd qui se trouvait ainsi &#224; demi encercl&#233; par l'ennemi. Quant &#224; notre arm&#233;e, elle commen&#231;ait &#224; peine &#224; se former sous le feu de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation, les repr&#233;sentants officiels de la G&#233;orgie menchevique annoncent aux organisateurs de l'arm&#233;e volontaire que la G&#233;orgie sauve les officiers blancs des pers&#233;cutions bolcheviques, qu'elle les entretient gratuitement, qu'elle recrute parmi eux des volontaires pour les arm&#233;es Alex&#233;&#239;ev et de D&#233;nikine, et enfin qu'elle lutte &#171; sans merci &#187; contre le bolchevisme et t&#226;che &#171; par tous les moyens &#187; d'en venir &#224; bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gu&#233;guetchkori ne se vantait pas ; il n'exag&#233;rait pas les services qu'il avait rendus &#224; la contre-r&#233;volution. Lui et ses amis ont fait r&#233;ellement tout ce qu'ils ont pu. Bien entendu, on ne pouvait exiger d'eux qu'ils missent sur pied, pour secourir les Blancs, une force arm&#233;e s&#233;rieuse, oblig&#233;s qu'ils &#233;taient eux-m&#234;mes de recourir aux troupes allemandes pour lutter contre &#171; l'anarchie &#187; int&#233;rieure. Leurs ressources r&#233;elles &#233;taient de beaucoup inf&#233;rieures &#224; leur bonne volont&#233; contre-r&#233;volutionnaire. Il n'en reste pas moins qu'ils ont rendu aux organisations militaires des gardes-blancs des services immenses dans les circonstances d'alors. Ils s'empar&#232;rent de l'immense mat&#233;riel de guerre de l'arm&#233;e du Caucase, abandonn&#233; sur le territoire g&#233;orgien, et l'employ&#232;rent en grande partie &#224; contenir les Blancs : les cosaques du Don, du Kouban, de T&#233;rek, les officiers tch&#233;tch&#232;nes, les d&#233;tachements de Heimann et de Filimonov, l'Arm&#233;e Volontaire Alex&#233;&#239;ev et de D&#233;nikine, etc. Leur aide &#233;tait alors d'une importance capitale pour les troupes contre-r&#233;volutionnaires qui op&#233;raient au Caucase et ne recevaient presque rien du dehors. La collaboration de la G&#233;orgie menchevique avec les contre-r&#233;volutionnaires de tout poil ayant &#233;t&#233; journali&#232;re, mais n'&#233;tant enregistr&#233;e qu'incidemment, il serait difficile d'&#233;crire maintenant une histoire suivie de cette collaboration, d'autant plus que les documents les plus pr&#233;cieux ont &#233;t&#233; emport&#233;s par les mencheviks &#224; l'&#233;tranger. Mais les documents qui sont rest&#233;s dans les bureaux de Tiflis suffisent pleinement pour chasser de l'esprit du plus pointilleux des notaires la derni&#232;re ombre de doute sur la fameuse neutralit&#233; g&#233;orgienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pourparlers et la collaboration militaire avec les organisateurs de l'Arm&#233;e Volontaire commencent d&#232;s le mois de juin 1918, sinon le premier jour de l'autonomie g&#233;orgienne. Plusieurs op&#233;rations purement militaires (par exemple, l'avance vers la gare de Govoristchenska&#239;a ) furent entreprises par la G&#233;orgie &#224; la demande du Gouvernement du Kouban, qui &#233;tait de connivence avec les &#171; volontaires &#187;. Le g&#233;n&#233;ral Heimann qui, parti de Daghestanska&#239;a, avan&#231;ait contre les bolcheviks, re&#231;ut du g&#233;n&#233;ral g&#233;orgien Mazniev, dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233;, 600 fusils, 2 mitrailleuses et des cartouches. Le g&#233;n&#233;ral Maslovsky, qui &#233;tait, comme Heimann, au service Alex&#233;&#239;ev et agissait de concert avec le commandement menchevique, re&#231;ut de la G&#233;orgie un train blind&#233; &#224; Touaps&#233;. C'est &#224; cela, entre autres, que pensait Gu&#233;guetchkori lorsqu'il rappelait &#224; Alex&#233;&#239;ev et D&#233;nikine les secours fournis par la G&#233;orgie. En octobre 1918, c'est-&#224;-dire peu apr&#232;s la conversation Gu&#233;guetchkori-D&#233;nikine, que nous connaissons d&#233;j&#224;, le Gouvernement g&#233;orgien livra aux Gouvernement du Don, qui &#233;tait en &#233;tat de guerre avec les troupes sovi&#233;tiques, une quantit&#233; importante de mat&#233;riel de guerre.[4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 novembre 1918, le g&#233;n&#233;ral g&#233;orgien Mazniev rapportait &#224; son Gouvernement qu'il luttait contre les bolcheviks, la main dans la main avec les cosaques de l'Arm&#233;e Volontaire. &#171; J'ai, dit-il, laiss&#233; en premi&#232;re ligne les cosaques et ramen&#233; &#224; Sotchi, pour qu'elles s'y reposent, les troupes qui me sont confi&#233;es. &#187; Le 26 novembre, le Gouvernement g&#233;orgien d&#233;cida de livrer au repr&#233;sentant de l'Arm&#233;e Volontaire, Obi&#233;dov, la quantit&#233; indispensable de m&#233;dicaments et de mat&#233;riel de pansement et de l' &#171; aider enti&#232;rement dans cette affaire &#187;. Cette affaire, c'&#233;tait la guerre civile organis&#233;e contre la Russie des Soviets. &#201;videmment, le mat&#233;riel de pansement et les m&#233;dicaments sont des objets tr&#232;s humains, tout ce qu'il y a de plus neutres. Mais, malheureusement, le Gouvernement g&#233;orgien a commenc&#233; par enlever par la force ces objets aux troupes caucasiennes &#171; contamin&#233;es par l'anarchie bolchevique &#187; pour les remettre ensuite aux gardes-blancs attaquant la Russie des Soviets par le sud. Tout cela, dans son ensemble, s'appelle &#171; stricte neutralit&#233; &#187; chez Kautsky, mais non chez Jordania. Ce dernier &#233;crivait au chef de la mission imp&#233;riale allemande, le 15 octobre 1918, c'est-&#224;-dire au beau milieu des &#233;v&#233;nements que nous relatons : &#171; Je n'ai JAMAIS consid&#233;r&#233; la G&#233;orgie, au point de vue de sa situation internationale, comme un &#201;tat enti&#232;rement neutre, car DES FAITS &#201;VIDENTS NOUS PROUVENT LE CONTRAIRE. &#187; Parfaitement juste ! Cette lettre aussi a &#233;t&#233; publi&#233;e par Jordania lui-m&#234;me dans le livre &#233;dit&#233; &#224; Tiflis, dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233; et qui &#233;tait &#224; l'enti&#232;re disposition de Kautsky lorsqu'il &#233;crivait sa brochure. Mais ce dernier a pr&#233;f&#233;r&#233; se fier &#224; son inspiration apostolique. Tout donne lieu de croire que Jordania, qui ne pouvait nier l'&#233;vidence, au cours de ses entretiens &#171; d'affaires &#187; avec le g&#233;n&#233;ral von Kress, s'est permis, lors de ses conversations &#233;difiantes avec Kautsky, de mener ce v&#233;n&#233;rable vieillard par le bout du nez, et cela d'autant plus facilement que Kautsky avait apport&#233; &#224; Tiflis un nez fort bien conform&#233; &#224; cet effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La G&#233;orgie conclut un accord d'apr&#232;s lequel elle laissait disposer de ses voies ferr&#233;es pour le transport en Azerba&#239;djan des troupes turques, avec l'aide desquelles fut renvers&#233; le pouvoir des Soviets de Bakou, qui avait &#233;t&#233; instaur&#233; dans cette ville par les ouvriers, quoiqu'ils fussent coup&#233;s de la Russie. Ce fait eut pour nous les cons&#233;quences les plus graves. Bakou, qui alimentait de p&#233;trole la Russie, devint un point d'appui pour nos ennemis. On pourra dire, il est vrai, que, s&#233;par&#233; de la Russie, le Gouvernement g&#233;orgien a &#233;t&#233; contraint de fournir un concours d&#233;cisif aux troupes du sultan lanc&#233;es contre le prol&#233;tariat de Bakou. Admettons qu'il en soit ainsi. Il n'en reste pas moins que Jordania et les autres leaders g&#233;orgiens ont exprim&#233; au parti musulman moussavat, r&#233;actionnaire et bourgeois, leurs f&#233;licitations &#224; l'occasion de la prise de Bakou par les troupes ottomanes. L'acte de violence du militarisme turc n'&#233;tait donc que la r&#233;alisation des d&#233;sirs m&#251;mes du menchevisme, d&#233;sirs que ce dernier, comme on le voit, ne songeait nullement &#224; dissimuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution ne perdit pas seulement Bakou pour un certain temps ; elle perdit pour toujours quelques dizaines le ses meilleurs fils. En septembre 1918, presque &#224; la date o&#249; Gu&#233;guetchkori &#233;tait en pourparlers avec D&#233;nikine, vingt-six bolcheviks, leaders du prol&#233;tariat de Bakou, et parmi eux les camarades Chaoumian, membre du Comit&#233; Central de notre parti, et Alexis Djaparidz&#233;, furent fusill&#233;s dans une petite gare perdue dans la steppe transcaucasienne. L&#224;-dessus, Henderson, vous pouvez vous renseigner c apr&#232;s de Thompson, votre g&#233;n&#233;ral de la guerre &#233;mancipatrice : ce furent ses agents qui remplirent le r&#244;le de bourreaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ni Chaoumian, ni Djaparidz&#233; ne connurent l'all&#233;gresse caus&#233;e &#224; Jordania par la prise de la cit&#233; sovi&#233;tique de Bakou. Mais ils n'en emport&#232;rent pas moins dans la tombe la haine ardente des aide-bourreaux mencheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manuscrit de cet ouvrage &#233;tait d&#233;j&#224; termin&#233;, lorsque nous avons re&#231;u le livre que Vadime Tcha&#239;kine, socialiste-r&#233;volutionnaire et membre de l'Assembl&#233;e Constituante, venait de faire para&#238;tre sous le titre : Pour servir &#224; l'histoire de la R&#233;volution russe - Ex&#233;cution de vingt-six commissaires de Bakou. (Editions Grj&#233;bine, Moscou). Cet ouvrage, compos&#233; en grande partie de documents dont les principaux ont &#233;t&#233; reproduits photographiquement, forme un r&#233;cit des circonstances dans lesquelles les autorit&#233;s militaires anglaises ont organis&#233;, sans aucun jugement, le meurtre de vingt-six commissaires de Bakou. L'organisateur direct de l'assassinat &#233;tait le chef de la mission militaire anglaise &#224; Askhabad, R&#233;ginald Teague-Jones. Le g&#233;n&#233;ral Thompson avait connaissance de toute cette affaire, et Teague-Jones, comme le montrent tous les d&#233;tails du crime, agissait avec l'assentiment du respectable g&#233;n&#233;ral. Apr&#232;s que le meurtre de ces vingt-six hommes sans d&#233;fense dont on s'&#233;tait empar&#233;, soi-disant, pour les emmener dans l'Inde, eut &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233; &#224; une station perdue dans la steppe, le g&#233;n&#233;ral Thompson favorisa la fuite de l'un des principaux auteurs de l'assassinat, Droujkine, sc&#233;l&#233;rat bien connu par sa v&#233;nalit&#233;. Les d&#233;marches de Vadime Tcha&#239;kine &#8212; qui, pourtant, n'&#233;tait pas bolchevik, mais socialiste r&#233;volutionnaire et membre de l'Assembl&#233;e Constituante &#8212; aupr&#232;s du g&#233;n&#233;ral anglais Malleson et du g&#233;n&#233;ral anglais Milnes, rest&#232;rent sans r&#233;sultat. Il s'av&#233;ra que tous ces gentlemen &#233;taient de connivence pour cacher le meurtre et les meurtriers et fabriquer de faux rapports. Comme le montrent les documents du m&#234;me livre, le ministre g&#233;orgien des Affaires &#233;trang&#232;res, Gu&#233;guetchkori, s'&#233;tait engag&#233;, sur les instances de Tcha&#239;kine, &#224; ne pas laisser l'assassin Droujkine sortir de la G&#233;orgie. En r&#233;alit&#233;, de concert avec le g&#233;n&#233;ral anglais Thompson, il donna &#224; Droujkine l'enti&#232;re possibilit&#233; d'&#233;chapper &#224; l'instruction et &#224; la justice. Alors que les comit&#233;s des socialistes r&#233;volutionnaires russes et g&#233;orgiens et des mencheviks russes transcaucasiens, apr&#232;s avoir examin&#233; tous les d&#233;tails de l'affaire, signaient une d&#233;claration sur la conduite criminelle des autorit&#233;s militaires anglaises, le Comit&#233; des mencheviks g&#233;orgiens, qui, r&#233;uni en commission avec les autres partis, &#233;tait arriv&#233; &#224; la m&#234;me conclusion que ces derniers, refusa de signer le document, de crainte de se brouiller avec les autorit&#233;s anglaises. Le t&#233;l&#233;graphe du Gouvernement menchevik g&#233;orgien se refusa &#224; transmettre les d&#233;p&#234;ches dans lesquelles Vadime Tcha&#239;kine d&#233;non&#231;ait les meurtriers anglais. En admettant m&#234;me que l'on ne sache rien d'autre sur les mencheviks, les documents indiscutables du livre de Tcha&#239;kine suffiraient &#224; les marquer d'une fl&#233;trissure ineffa&#231;able, eux, leur d&#233;mocratie, leurs protecteurs et leurs d&#233;fenseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas le moindre espoir que, malgr&#233; les indications directes, pr&#233;cises, indiscutables, donn&#233;es par Tcha&#239;kine, M. Henderson ou M. Macdonald, M. J.-H. Thomas ou M. Clynes, M. Sexton ou M. Davison, M. Adamson ou M. Hodges, M. Rose ou M. Bowerman, M. Young ou M. Spoore se consid&#233;reront comme oblig&#233;s d'examiner ouvertement et loyalement cette affaire jusqu'au bout et de demander compte de leur conduite aux repr&#233;sentants de la Grande-Bretagne, qui ont d&#233;fendu si brillamment en Transcaucasie la d&#233;mocratie, la civilisation, le droit, la religion et la morale contre la barbarie bolchevique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les Mrs. Snowden du monde nient la collaboration des mencheviks g&#233;orgiens avec les organisations et les arm&#233;es contre-r&#233;volutionnaires : pour cela, elles se basent sur deux faits. Tout d'abord, les mencheviks se sont plaints eux-m&#234;mes aux socialistes anglais de ce que l'Entente les for&#231;&#226;t de soutenir les contre-r&#233;volutionnaires ; ensuite, il y avait entre la G&#233;orgie et les Blancs des querelles qui, par moments, rev&#234;taient la forme de conflits arm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'une fois, avec des gestes mena&#231;ants, le g&#233;n&#233;ral anglais Walker avertit le repr&#233;sentant du Gouvernement, No&#233; Jordania, que l'organe central des mencheviks serait imm&#233;diatement ferm&#233; s'il se permettait de publier un article d&#233;sagr&#233;able &#224; l'Entente. Un lieutenant anglais frappait de son sabre-ba&#239;onnette sur la table d'un procureur g&#233;orgien, exigeant la lib&#233;ration imm&#233;diate des d&#233;tenus que lui, par la gr&#226;ce de Dieu lieutenant de Sa Majest&#233;, avait d&#233;sign&#233;s. En somme, &#224; en juger par les documents, les autorit&#233;s militaires anglaises se conduisaient en G&#233;orgie avec plus d'insolence encore que les autorit&#233;s allemandes. En ces occasions, certes, Jordania ne manquait pas de faire respectueusement remarquer que la G&#233;orgie &#233;tait presque autonome et se plaignait &#224; Macdonald de la violation de la presque neutralit&#233; g&#233;orgienne. La prudence la plus &#233;l&#233;mentaire l'exigeait. Lorsque D&#233;nikine enlevait &#224; la G&#233;orgie le secteur de Soukhoum, les mencheviks se plaignaient de D&#233;nikine &#224; Walker et de Walker &#224; Henderson, avec le m&#234;me succ&#232;s dans les deux cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y avait eu ni plaintes ni conflits de ce genre, cela signifierait tout bonnement que les mencheviks ne se distingu&#232;rent en rien de D&#233;nikine. Mais ce serait aussi inexact que de dire que Henderson ne diff&#232;re en rien de Churchill. Les oscillations petites-bourgeoises, &#224; une &#233;poque r&#233;volutionnaire, sont d'une tr&#232;s grande amplitude : elles vont de l'appui au prol&#233;tariat jusqu'&#224; l'alliance formelle avec la contre-r&#233;volution des seigneurs terriens. Moins les politiciens petits-bourgeois sont autonomes et plus ils d&#233;clament sur leur enti&#232;re ind&#233;pendance et leur stricte neutralit&#233;. De ce point de vue, il est facile de suivre au jour le jour toute l'histoire des mencheviks et des socialistes r&#233;volutionnaires de droite et de gauche, durant toute la r&#233;volution. Jamais ils ne sont neutres. Jamais ils ne sont ind&#233;pendants. Leur &#171; neutralit&#233; &#187; n'est jamais qu'un balancier oscillant de droite &#224; gauche et de gauche &#224; droite. Qu'ils soutiennent les bolcheviks (socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, anarchistes) ou qu'ils soutiennent les g&#233;n&#233;raux tsaristes (socialistes-r&#233;volutionnaires de droite, mencheviks), les partis petits-bourgeois ont fr&#233;quemment, au moment d&#233;cisif, peur du triomphe prochain de leur alli&#233;, ou, plus souvent encore, ils l'abandonnent &#224; l'heure du danger. Il faut dire, il est vrai, que si, en p&#233;riode r&#233;volutionnaire, les partis petits-bourgeois subissent ordinairement toutes les cons&#233;quences de la d&#233;faite, il leur arrive rarement de jouir des avantages de la victoire. Apr&#232;s avoir consolid&#233; ses positions avec l'aide de la &#171; d&#233;mocratie &#187;, la contre-r&#233;volution monarchique, en la personne de Koltchak &#224; l'est, de Youd&#233;nitch, de Miller et des g&#233;n&#233;raux anglais au nord et &#224; l'ouest, de D&#233;nikine au sud, faisait subir les pires humiliations &#224; ses auxiliaires d&#233;mocrates et les foulait impitoyablement aux pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne poss&#232;de, elle aussi, sous ce rapport, une certaine exp&#233;rience, qui ne lui vient pas, il est vrai, de l'&#233;poque r&#233;volutionnaire, mais de la guerre, o&#249; elle a attrap&#233; pas mal de coups dont elle porte encore la marque. Les social-patriotes qui ont pr&#234;t&#233; leur concours &#224; leur bourgeoisie, au moment o&#249; la guerre &#233;tait la plus dure pour cette derni&#232;re, comptaient bien voir, sinon le prol&#233;tariat participer aux fruits de la victoire, tout au moins le r&#244;le du socialisme, et, par la m&#234;me occasion, le leur, acqu&#233;rir une importance d&#233;cisive dans le r&#232;glement du sort des &#201;tats apr&#232;s la guerre. Ils se sont tromp&#233;s. Dup&#233;s, Henderson, Sembat et consorts d&#233;non&#231;aient leur bourgeoisie, la mena&#231;aient, se plaignaient d'elle &#224; l'Internationale. Mais cela ne veut pas dire qu'ils ne l'avaient point servie. Ils la servaient, mais avec des pr&#233;tentions. Ils la servaient, mais &#233;taient tromp&#233;s par elle. Ils la servaient, mais ils se plaignaient. Personne n'ira dire que ce sont simplement des valets &#224; gages. Non, ce sont des opportunistes petits-bourgeois, c'est-&#224;-dire des laquais politiques, des laquais &#224; ambition, loquaces, toujours h&#233;sitants, des laquais sur lesquels on ne peut jamais se reposer enti&#232;rement mais des laquais tout de m&#234;me, et jusqu'&#224; la moelle des os.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Empruntant, comme on l'a vu, leurs m&#233;thodes aux acad&#233;miciens fran&#231;ais qui chantent les louanges de la politique &#233;clair&#233;e de la principaut&#233; de Monaco ou de la dynastie des Karag&#233;org&#233;vitch, Kautsky ne demande point d'explications, ne cherche point les causes des faits, ne s'&#233;tonne d'aucune contradiction et ne recule pas devant les incoh&#233;rences. Si la G&#233;orgie s'est d&#233;tach&#233;e de la Russie r&#233;volutionnaire, la faute en est aux bolcheviks. Si la G&#233;orgie a eu recours aux troupes allemandes, c'est qu'elles valent mieux que les troupes turques. Les troupes des Hohenzollern sont entr&#233;es dans la G&#233;orgie, &#171; non pour piller &#187;, &#226;nonne Kautsky, &#171; mais pour organiser ses forces productrices &#187;. &#171; Salu&#233;es avec all&#233;gresse dans les rue de Tiflis &#187; ( par qui ? par qui ? par qui ? ), les troupes des Hohenzollern partent, mais la vertu d&#233;mocratique de la G&#233;orgie reste intacte. Thompson et Walker, eux aussi, contribuent &#224; l'accro&#238;tre. Et, apr&#232;s que la G&#233;orgie s'est livr&#233;e au lieutenant allemand &#8212; auquel elle avait fait elle-m&#234;me les premi&#232;res avances &#8212; puis au lieutenant britannique, qui pourrait douter qu'au moment de l'arriv&#233;e de la D&#233;l&#233;gation de la IIe Internationale sa vertu d&#233;mocratique n'e&#251;t atteint son plein &#233;panouissement ? D'o&#249; la d&#233;duction proph&#233;tique de Kautsky : C'est l'esprit du menchevisme incarn&#233; par la G&#233;orgie menchevique qui sauvera la Russie (p. 72).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment est venu de donner la parole &#224; &#171; l'esprit menchevique &#187; en personne. Vers la fin de 1918 (le 27 d&#233;cembre), eut lieu &#224; Moscou la conf&#233;rence du parti social-d&#233;mocrate ouvrier russe (menchevik). A cette conf&#233;rence, on examina la politique des fractions du parti qui avaient accept&#233; la participation aux gouvernements des gardes-blancs ou qui s'&#233;taient alli&#233;s ouvertement &#224; l'imp&#233;rialisme &#233;tranger. Il s'agissait sp&#233;cialement en l'occurrence des mencheviks g&#233;orgiens. Dans le compte rendu officiel du Comit&#233; central des mencheviks au sujet de cette conf&#233;rence, nous lisons : &#171; Le parti ne peut ni NE VEUT SOUFFRIR en son sein des alli&#233;s de la bourgeoisie contre-r&#233;volutionnaire et de l'imp&#233;rialisme anglo-am&#233;ricain, quels que puissent &#234;tre les motifs qui ont pouss&#233; beaucoup d'entre eux dans la voie d'une telle alliance. &#187; La r&#233;solution de la conf&#233;rence dit en propres termes : &#171; La conf&#233;rence constate que la politique de la social-d&#233;mocratie g&#233;orgienne, qui a tent&#233; de sauver le r&#233;gime d&#233;mocratique et l'autonomie de la G&#233;orgie en ayant recours &#224; l'aide &#233;trang&#232;re et &#224; la s&#233;paration d'avec la Russie, a mis la social-d&#233;mocratie g&#233;orgienne en CONTRADICTION AVEC LES T&#194;CHES ESSENTIELLES POURSUIVIES PAR LE PARTI DANS SON ENSEMBLE. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;pisode &#233;difiant donne une id&#233;e, non seulement de la perspicacit&#233; de Kautsky en ce qui concerne l'estimation des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires, mais encore de sa bonne foi par rapport aux faits qu'il expose. N&#233;gligeant m&#234;me de s'en r&#233;f&#233;rer &#224; ses amis, les mencheviks, Kautsky repr&#233;sente la politique ext&#233;rieure Jordania-Ts&#233;r&#233;telli comme une politique r&#233;ellement menchevique et, partant, comme un mod&#232;le pour la social-d&#233;mocratie internationale. Or, l'appr&#233;ciation officielle de Martov et de Dan sur ce parti &#171; vraiment menchevique &#187; qu'&#233;tait le parti g&#233;orgien, constate que la politique ext&#233;rieure Jordania-Ts&#233;r&#233;telli a sur le parti &#171; une influence d&#233;sorganisatrice &#187; qui menace &#171; d'&#233;branler jusque dans ses fondements le prestige du parti aux yeux des masses prol&#233;tariennes &#187;.[5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que Kautsky appose sur la politique g&#233;orgienne de &#171; stricte neutralit&#233; &#187; le sceau de la b&#233;n&#233;diction marxiste, Martov et Dan deviennent des plus mena&#231;ants &#224; l'&#233;gard de cette politique : &#171; Le parti risque &#8212; &#233;crivent-ils &#8212; de devenir l'objet de la ris&#233;e g&#233;n&#233;rale s'il permet que telle ou telle de ses fractions commette en alliance ouverte ou masqu&#233;e, avec ses ennemis de classe, des actions politiques contraires &#224; l'esprit m&#234;me de la politique r&#233;volutionnaire du parti &#187;.[6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cela, on pourrait s'arr&#234;ter. La docte robe de chambre de Kautsky est bien prise entre les deux battants de la porte menchevique : il semble bien qu'il lui soit impossible de l'en arracher. Il se peut n&#233;anmoins que Kautsky, quoi qu'il soit un peu tard, recoure &#224; l'aide de Martov. C'est possible. Et, sans aucun doute, cette aide, il l'obtiendra. Nous pouvons nous-m&#234;mes, pour att&#233;nuer le coup port&#233; &#224; Kautsky par les mencheviks, donner quelques explications. Le moment &#233;tait alors intens&#233;ment r&#233;volutionnaire Les bolcheviks battaient Koltchak. En Allemagne et en Autriche-Hongrie, la r&#233;volution venait d'&#233;clater. Les leaders mencheviques furent oblig&#233;s de jeter par-dessus bord le lest trop compromettant qui pouvait les faire couler. Dans les assembl&#233;es ouvri&#232;res de Moscou et de Petrograd, ils reniaient avec indignation la politique tra&#238;tresse de la G&#233;orgie d'alors. Ils mena&#231;aient d'exclure Jordania et ses partisans si ces derniers ne cessaient de faire du parti l'objet d'une &#171; ris&#233;e g&#233;n&#233;rale &#187;. Le temps &#233;tait mouvement&#233; : Hilferding lui-m&#234;me voulait introduire les Soviets dans la constitution. Cela suffit pour montrer qu'on &#233;tait &#224; la derni&#232;re extr&#233;mit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On brandissait la foudre de l'exclusion, mais l'exclusion eut-elle lieu ? &#201;videmment non. On n'y songeait m&#234;me pas. Ces gens-l&#224; ne seraient pas des mencheviks si, chez eux, l'acte suivait la parole. Le menchevisme international tout entier n'est autre chose qu'une menace conditionn&#233;e qui ne se r&#233;alise jamais, une main symbolique lev&#233;e, mais qui jamais ne s'abat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le fait n'en subsiste pas moins : sur la question essentielle de la politique des mencheviks g&#233;orgiens, Kautsky trompe honteusement ses lecteurs. Son mensonge est d&#233;voil&#233; par les mencheviks eux-m&#234;mes. Les pans de sa robe de chambre sont bien pris : impossible de les arracher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Macdonald ? Oh ! Macdonald est un homme tout ce qu'il y a de plus honorable. Seulement, il a un petit d&#233;faut : il ne comprend rien aux questions du socialisme &#8212; absolument rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] La liste exacte de ce mat&#233;riel, tr&#232;s nombreux, a &#233;t&#233; publi&#233;e d'apr&#232;s des documents authentiques dans le livre de J. Chafir : La Guerre civile en Russie et la G&#233;orgie menchevique. Moscou, 1921, page 39.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Cf. la publication cit&#233;e du Comit&#233; central menchevique, p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Ibid., p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime int&#233;rieur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en politique ext&#233;rieure, la stricte neutralit&#233; et, en politique int&#233;rieure, bien entendu, la plus enti&#232;re libert&#233;. D'ailleurs, comment pourrait-il en &#234;tre autrement ? &#171; Les rapports entre les ouvriers et les paysans de G&#233;orgie &#8212; raconte Kautsky &#8212; sont jusqu'&#224; pr&#233;sent les meilleurs du monde &#187; (p. 54). Du Rhin &#224; l'Oc&#233;an Pacifique, les insurrections ensanglantent le monde et &#171; la G&#233;orgie est le seul pays qui, avec l'Autriche allemande, n'ait point &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre de la violence. &#187; Et les communistes ? &#171; L&#233;galement reconnus et jouissant d'une compl&#232;te libert&#233; d'action &#187;, ils n'ont pu pourtant acqu&#233;rir aucune influence (p. 65). Les social-d&#233;mocrates ont obtenu &#224; toutes les &#233;lections une &#233;crasante majorit&#233; de voix. Voil&#224; bien, en effet, le pays unique en son genre, de l'Oc&#233;an Pacifique au Rhin ! D'ailleurs, au-del&#224; du Rhin, on aurait peine &#233;galement &#224; trouver un pays semblable, si ce n'est la principaut&#233; de Monaco, telle que la repr&#233;sentent les fossiles pensionn&#233;s de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant une telle cro&#251;te politique, on s'arr&#234;te tout d'abord, paralys&#233;, comme devant une de ces impertinentes gravures polychromes dont chaque couleur s&#233;par&#233;ment est fausse, et dont l'ensemble est d'une fausset&#233; qui blesse encore davantage les yeux. Tout ce que nous connaissons des origines de la G&#233;orgie autonome et de sa politique ext&#233;rieure d&#233;ment d&#233;j&#224;, &#224; priori, le tableau de pacification g&#233;n&#233;rale que Kautsky nous trace pour l'avoir observ&#233; de la porti&#232;re de son wagon, entre Batoum et Tiflis. La liaison entre la politique ext&#233;rieure et la politique int&#233;rieure devait se manifester en G&#233;orgie avec d'autant plus de force que ce pays &#233;tait n&#233; par voie de bourgeonnement, en deux &#233;tapes, de sorte que des questions qui, la veille encore, &#233;taient pour lui des questions int&#233;rieures, devenaient le lendemain des questions ext&#233;rieures. En outre, les mencheviks, sous pr&#233;texte de r&#233;soudre leurs probl&#232;mes ext&#233;rieurs, avaient fait appel aux troupes &#233;trang&#232;res &#8212; d'abord aux troupes allemandes, ensuite aux troupes anglaises &#8212; et, de nouveau, l'on peut dire d&#233;j&#224;, &#224; priori, que le g&#233;n&#233;ral von Kress et le g&#233;n&#233;ral Walker n'ont pas jou&#233; un r&#244;le peu important dans la vie int&#233;rieure du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme, d'apr&#232;s Kautsky, dont la banalit&#233; devient parfois paradoxale, les g&#233;n&#233;raux des Hohenzollern remplissaient en G&#233;orgie les hautes fonctions d'&#171; organisateurs des forces productives &#187; ( p. 51), sans porter atteinte au m&#233;canisme d&#233;licat de la d&#233;mocratie, il nous semble opportun de rapporter ici l'apostrophe mena&#231;ante de von Kress, relative &#224; l'arrestation d'un groupe de nobles r&#233;actionnaires qui &#233;taient en train d'organiser des bandes de pogromistes : &#171; Le Gouvernement n'a pas le droit &#8212; enseignait von Kress au ministre Ramichvili &#8212; de consid&#233;rer la politique d'un parti ou d'un groupe de citoyens comme suspecte par le fait seul qu'elle est dirig&#233;e contre le r&#233;gime actuel. Tant que cette politique n'est pas dirig&#233;e contre l'existence m&#234;me de l'&#201;tat, l'on ne saurait dire qu'on soit en pr&#233;sence d'un crime de haute trahison. &#187; R&#233;pondant &#224; ces enseignements classiques, Ramichvili, entre autres, d&#233;clarait respectueusement : &#171; J'ai propos&#233; aux militants de cette union (de seigneurs terriens) de me pr&#233;senter un projet d'am&#233;lioration de la situation des ci-devant nobles, ce que l'on est en train de faire. &#187; Qui joue ici le meilleur r&#244;le : l'organisateur des forces productrices, von Kress, ou le d&#233;mocrate Ramichvili ? Il serait difficile de le dire. Nous avons d&#233;j&#224; dit que les officiers anglais s'immis&#231;aient dans la vie int&#233;rieure de la G&#233;orgie avec une insolence encore plus grande que les officiers allemands. Toutefois, abstraction faite de la brutalit&#233; et de l'exc&#232;s de franchise propres aux militaires, l'on voit que l'immixtion aussi bien des Allemands que des Anglais suivait la m&#234;me ligne de conservatisme politique et social que suivaient les mencheviks depuis le d&#233;but de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale le&#231;on tir&#233;e par Ts&#233;r&#233;telli de l'exp&#233;rience de la r&#233;volution russe &#233;tait que &#171; la timidit&#233; et le manque de fermet&#233; dont avait fait preuve la d&#233;mocratie dans sa lutte contre l'anarchie &#187; avaient perdu la d&#233;mocratie, la r&#233;volution et le pays ; et, en sa qualit&#233; de principal inspirateur de la politique du Gouvernement, il exigeait que le Se&#239;m transcaucasien &#171; impos&#226;t au Gouvernement le devoir de lutter par les mesures les plus rigoureuses contre toute manifestation anarchique&#8230; &#187; (18 mars 1918). Auparavant d&#233;j&#224;, le 15 f&#233;vrier, Jordania d&#233;clarait, &#224; une s&#233;ance du Se&#239;m : &#171; Dans notre paye, l'anarchie fait chaque jour des progr&#232;s&#8230; Parmi la classe ouvri&#232;re, l'&#233;tat d'esprit est favorable au bolchevisme ; les ouvriers mencheviks eux-m&#234;mes sont contamin&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers r&#233;giments nationaux g&#233;orgiens sont imbus du m&#234;me esprit. Les soldats d&#233;mobilis&#233;s apportent le virus r&#233;volutionnaire dans les villages. &#171; Ce qui se passe actuellement dans nos villages &#8212; dit Jordania &#8212; n'est pas nouveau. Il en a &#233;t&#233; de m&#234;me dans toutes (!) les r&#233;volutions, partout (!) les masses &#233;taient hostiles &#224; la d&#233;mocratie. Il est temps que nous mettions fin au r&#232;gne des illusions du parti social-d&#233;mocrate sur la paysannerie. Il est temps de revenir &#224; Marx et de monter fermement la garde pour la d&#233;fense de la r&#233;volution et contre la r&#233;action paysanne. &#187; Cette r&#233;f&#233;rence &#224; Marx t&#233;moigne d'une niaiserie doubl&#233;e de charlatanisme. Pendant la p&#233;riode menchevique dont nous parlons, les paysans transcaucasiens s'insurgeaient, non pas contre la r&#233;volution d&#233;mocratique, mais bien contre sa lenteur, contre son ind&#233;cision et contre sa pusillanimit&#233;, surtout dans la question agraire. Ce n'est qu'apr&#232;s la victoire effective de la r&#233;volution agraire-d&#233;mocratique que le terrain est d&#233;blay&#233; pour les actions contre-r&#233;volutionnaires des paysans soulev&#233;s contre les exigences mat&#233;rielles de la ville, contre les tendances socialistes de la politique &#233;conomique et, finalement, contre la dictature du parti de la classe ouvri&#232;re. Si, dans la premi&#232;re p&#233;riode de la r&#233;volution, la force motrice des insurrections agraires est fournie par les couches inf&#233;rieures de la population des campagnes, par les &#233;l&#233;ments les plus opprim&#233;s et les plus pauvres, dans la deuxi&#232;me p&#233;riode, par contre, le r&#244;le directeur, dans les soul&#232;vements paysans, passe &#224; la couche sup&#233;rieure de la population des campagnes, aux &#233;l&#233;ments les plus riches, aux gros bonnets. Mais il est superflu de d&#233;montrer que les mencheviks g&#233;orgiens comprennent aussi peu l'A B C r&#233;volutionnaire du marxisme que leurs confr&#232;res non g&#233;orgiens. Il nous suffit d'enregistrer l'aveu suivant lequel les masses paysannes, qui forment l'immense majorit&#233; de la population, agissaient en bolcheviks contre la &#171; d&#233;mocratie &#187; des mencheviks. Fid&#232;le au programme fix&#233; par le Se&#239;m, le Gouvernement g&#233;orgien, appuy&#233; sur la d&#233;mocratie petite bourgeoise des villes et sur les couches sup&#233;rieures de la classe ouvri&#232;re, tr&#232;s peu nombreuse d'ailleurs, menait une lutte sans merci contre les masses ouvri&#232;res contamin&#233;es par le bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'histoire de la G&#233;orgie menchevique n'est qu'une longue suite d'insurrections paysannes. Elles &#233;clatent litt&#233;ralement dans tous les coins de ce petit pays et rev&#234;tent souvent un caract&#232;re d'acharnement extr&#234;me. Dans certains districts, le pouvoir sovi&#233;tique se maintient pendant des mois. On liquide les insurrections par des exp&#233;ditions sp&#233;ciales qui se terminent par des ex&#233;cutions sommaires, ordonn&#233;es par des tribunaux militaires compos&#233;s d'officiers et de hobereaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se faire une id&#233;e de la fa&#231;on dont le Gouvernement g&#233;orgien venait &#224; bout des paysans r&#233;volutionnaires, le mieux est de prendre le rapport des mencheviks abkhasiens sur l'action du d&#233;tachement Mazniev en Abkhasie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par sa cruaut&#233;, par sa barbarie &#8212; dit le rapport pr&#233;sent&#233; au Gouvernement g&#233;orgien &#8212; ce d&#233;tachement a surpass&#233; les atrocit&#233;s du g&#233;n&#233;ral tsariste Alikhanov, de triste m&#233;moire. Ainsi les cosaques de ce d&#233;tachement faisaient irruption dans les paisibles villages abkhasiens, s'emparant de tout ce qui avait quelques valeur et violant les femmes. Une autre fraction de ce d&#233;tachement s'occupait, sous la surveillance directe de M. Toukbar&#233;li, &#224; d&#233;truire, en y f&#234;tant des bombes, les maisons appartenant aux personnes qui avaient &#233;t&#233; l'objet d'une d&#233;nonciation. Des actes de violence analogues ont &#233;t&#233; accomplis dans le district de Goudaout. Le chef du d&#233;tachement g&#233;orgien, le lieutenant Koupounia, ex-inspecteur de police &#224; Poti, fit coucher sous le feu des mitrailleuses les membres de l'Assembl&#233;e du village d'Asti ; puis, marchant sur le dos de ses victimes, il les frappa &#224; coups redoubl&#233;s du plat de son sabre. Ensuite, il ordonna &#224; ces malheureux de s'assembler en un tas, et, poussant son cheval &#224; toute allure, s'enfon&#231;a dans la foule en distribuant &#224; droite et &#224; gauche de grands coups de fouet. Les membres de l'ex-Conse&#239;l du Peuple abkhasien, Tsoukou&#239;a et Aboukhava, qui &#233;taient venus protester contre une telle atrocit&#233;, ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et enferm&#233;s dans un hangar&#8230; Le suppl&#233;ant du commissaire du district de Goudaout, le lieutenant Grigoriadi, faisait donner la bastonnade aux membres des assembl&#233;es rurales et nommait &#224; son gr&#233; les commissaires ruraux, qu'ils choisissait parmi les anciens fonctionnaires tsaristes les plus d&#233;test&#233;s du peuple. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas &#233;vident que les rapports entre les mencheviks et les paysans, comme le dit Kautsky, ont toujours &#233;t&#233; &#171; les meilleurs du monde &#187; ?&#8230; L'une des cons&#233;quences de la r&#233;pression abkhasienne fut la sortie de presque tous les mencheviks abkhasiens du sein de la fraction social-d&#233;mocrate (Tarnova, Bazba, Tchoukbar, Kobakhia, Tsvichba, Bartsitse et Dsoukou&#239;a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Oss&#233;tie insurg&#233;e, Djough&#233;li n'agit pas mieux. Comme nous nous assignons la t&#226;che, pour des raisons p&#233;dagogiques, de caract&#233;riser la politique des mencheviks g&#233;orgiens dans la mesure du possible au moyen de leurs propres d&#233;clarations et documents, il nous faut ici, malgr&#233; notre d&#233;go&#251;t, donner quelques citations d'un livre de Valiko Djough&#233;li, l'ex-chef de la Garde Populaire, le menchevik &#171; chevaleresque &#187; dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233;. Ces citations auront trait aux faits et gestes de Djough&#233;li lui-m&#234;me lors de la r&#233;pression de l'insurrection des paysans oss&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ennemi fuit partout, en d&#233;sordre, presque sans r&#233;sistance. Il faut ch&#226;tier cruellement ces tra&#238;tres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, il fait dans son journal (le livre est &#233;crit sous forme d'un journal) la relation suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la nuit. De toutes parts on voit des feux. Ce sont les maisons des insurg&#233;s qui br&#251;lent. Mais j'y suis d&#233;j&#224; habitu&#233;, et ce spectacle ne me trouble presque pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour suivant nous lisons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De tous c&#244;t&#233;s, autour de nous, br&#251;lent les villages oss&#232;tes&#8230; Pour servir les int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re en lutte, les int&#233;r&#234;ts du socialisme qui vient, nous SERONS CRUELS. Oui, nous le serons. C'est en toute s&#233;r&#233;nit&#233;, la conscience calme, que je regarde les ruines et, au-dessus, les colonnes de fum&#233;e&#8230; Je suis tout &#224; fait calme&#8230; oui, je suis calme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du jour suivant, Djough&#233;li &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des flammes&#8230; Des maisons br&#251;lent&#8230; Par le fer et par le feu&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, quelques heures plus tard, il &#233;crit encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et les feux flambent, flambent&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir du m&#234;me jour, il continue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Maintenant, les flammes sont partout&#8230; Elles flambent, elles flambent&#8230; Flammes sinistres&#8230; Une terrible, cruelle et f&#233;erique beaut&#233;&#8230; Et, jetant un coup d'&#339;il circulaire sur ces flammes &#233;clatantes dans la nuit, un vieux camarade me dit tristement : &#171; Je commence &#224; comprendre N&#233;ron et le grand incendie de Rome. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et les feux flambent, flambent de tous c&#244;t&#233;s&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;pugnant cabotinage fortifie en tout cas notre opinion sur les rapports entre les mencheviks et les paysans g&#233;orgiens : ces rapports n'ont cess&#233; d'&#234;tre &#171; les meilleurs du monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;vacuation de l'Adjar (district de Batoum) par les Anglais, en 1920, le Gouvernement g&#233;orgien fut oblig&#233;, pour prendre possession de la r&#233;gion, de recourir &#224; l'artillerie. En un mot, l'histrionisme n&#233;ronien de Djough&#233;li pouvait trouver &#224; s'exercer sur tous les points du territoire g&#233;orgien.[7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'exemple de Jordania, le ministre de l'Int&#233;rieur, Ramichvili ( qui s'occupait, comme nous l'avons vu, d'am&#233;liorer la situation des ci-devant nobles), avait, lui aussi, recours &#224; Marx pour justifier la terreur blanche exerc&#233;e contre les paysans insurg&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, il est certain que, malgr&#233; la terreur blanche d&#233;guis&#233;e sous les fleurs de la rh&#233;torique, la dictature menchevique e&#251;t &#233;t&#233; balay&#233;e comme un f&#233;tu de paille sans la pr&#233;sence dans le pays des troupes &#233;trang&#232;res. Si les mencheviks se sont maintenus au pouvoir &#224; cette &#233;poque, ils le doivent, non &#224; l'Allemand Marx, mais &#224; l'Allemand von Kress.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est d'une ineptie flagrante, ce sont les affirmations de Kautsky sur la &#171; libert&#233; absolue d'action du parti communiste g&#233;orgien &#187;. Il aurait pu se contenter de dire : une certaine libert&#233;. Mais nous connaissons d&#233;j&#224; la mani&#232;re de Kautsky : s'il parle de neutralit&#233;, ce ne peut &#234;tre que la neutralit&#233; &#171; stricte &#187; ; la libert&#233;, pour lui, est &#171; absolue &#187;, et les rapports ne sont pas simplement de bons rapports, mais &#171; les meilleurs du monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe avant tout, c'est que ni Kautsky, ni Vandervelde, ni Mrs. Snowden elle-m&#234;me, ni les diplomates &#233;trangers, ni les journalistes de la presse bourgeoise, ni le Times, fid&#232;le gardien de la libert&#233;, ni l'honn&#234;te Temps, ni, en un mot, aucun de ceux qui ont donn&#233; leur b&#233;n&#233;diction &#224; la G&#233;orgie d&#233;mocratique, n'aient remarqu&#233; dans cette G&#233;orgie&#8230; la Police Sp&#233;ciale. Et cependant elle existait, la Police Sp&#233;ciale, ne vous en d&#233;plaise ; c'&#233;tait la Tch&#233;ka menchevique. Cette Police Sp&#233;ciale s'emparait de tous ceux qui agissaient contre la d&#233;mocratie menchevique, les arr&#234;tait, les fusillait. Cette Police Sp&#233;ciale ne diff&#233;rait en rien, dans ses m&#233;thodes terroristes, de la Tch&#233;ka de la Russie Sovi&#233;tique, en rien, except&#233; dans ses buts. La Tch&#233;ka prot&#233;geait la dictature socialiste contre les agents du Capital, tandis que la Police Sp&#233;ciale prot&#233;geait un r&#233;gime bourgeois contre &#171; l'anarchie &#187; bolchevique. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela que les honorables citoyens qui maudissaient la Tch&#233;ka ne remarquaient pas du tout la Police Sp&#233;ciale g&#233;orgienne ! En revanche, les bolcheviks g&#233;orgiens, eux, ne pouvaient pas ne pas la remarquer, puisque c'&#233;tait pour eux surtout qu'elle existait. Est-il n&#233;cessaire de faire ici le martyrologe du communisme g&#233;orgien ? Arrestations, d&#233;portations, extraditions, gr&#232;ves de la faim, ex&#233;cutions capitales&#8230; Est-ce bien n&#233;cessaire ? Ne suffit-il pas de rappeler le rapport respectueusement pr&#233;sent&#233; par Gu&#233;guetchkori &#224; D&#233;nikine : &#171; En ce qui concerne l'attitude envers les bolcheviks, je puis d&#233;clarer que, chez nous, la lutte contre le bolchevisme est IMPITOYABLE. Nous employons tous les moyens pour R&#201;PRIMER le bolchevisme&#8230; et de cela nous avons d&#233;j&#224; donn&#233; nombre de preuves &#233;loquentes. &#187; Cette citation m&#233;riterait d'&#234;tre inscrite sur le bonnet de nuit de Kautsky, si d&#233;j&#224; il n'&#233;tait en tous sens couvert d'inscriptions peu flatteuses. L&#224; o&#249; Gu&#233;guetchkori dit : nous les r&#233;primons par tous les moyens, nous les &#233;tranglons impitoyablement, Kautsky explique : libert&#233; absolue. Ne serait-il pas temps Je soumettre Kautsky lui-m&#234;me &#224; une bonne petite tutelle v&#233;ritablement d&#233;mocratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le 8 f&#233;vrier 1918, tous les journaux bolcheviks &#233;taient interdits en G&#233;orgie. A cette &#233;poque, la presse menchevique continuait &#224; para&#238;tre l&#233;galement en Russie sovi&#233;tique. Le 10 f&#233;vrier eut lieu la fusillade dirig&#233;e contre un meeting pacifique qui se tenait dans le jardin Alexandrovsky, &#224; Tiflis, le jour de l'inauguration du Se&#239;m transcaucasien. Le 15 f&#233;vrier, &#224; une s&#233;ance du Se&#239;m, Jordania s'&#233;levait contre l'esprit bolchevique qui r&#233;gnait parmi les masses populaires et m&#234;me parmi les ouvriers mencheviks. Enfin, Ts&#233;r&#233;telli, qui, avec K&#233;rensky, accusait notre parti de crime de haute trahison, d&#233;plorait au Se&#239;m, en mars, la &#171; timidit&#233; &#187; et les &#171; h&#233;sitations &#187; du gouvernement de K&#233;rensky dans sa lutte contre les bolcheviks. Comme en Finlande, dans les pays baltiques, et en Ukraine, les troupes allemandes furent appel&#233;es en G&#233;orgie pour lutter contre les bolcheviks. Au repr&#233;sentant am&#233;ricain qui lui avait pos&#233; une question sur les bolcheviks, Topouridz&#233;, le repr&#233;sentant diplomatique de la G&#233;orgie, r&#233;pondit : &#171; Nous en sommes venus &#224; bout, nous les avons &#233;cras&#233;s. Ce qui le prouve, c'est que de tous les pays qui composaient l'ancienne Russie, la G&#233;orgie est le seul o&#249; le bolchevisme n'existe pas. &#187; Topouridz&#233; n'est pas moins cat&#233;gorique en ce qui concerne l'avenir : &#171; Notre R&#233;publique contribuera de toutes ses forces et par tous les moyens &#224; aider les puissances de l'Entente dans leur lutte contre les bolcheviks. &#187; Le chef des troupes britanniques de la Transcaucasie occidentale, le g&#233;n&#233;ral Forestier Walker, expliqua &#224; Jordania, le 4 janvier 1919, oralement et par &#233;crit, que l'ennemi de l'Entente au Caucase &#233;tait &#171; le bolchevisme, que les grandes puissances avaient d&#233;cid&#233; d'extirper toujours et partout o&#249; U appara&#238;trait &#187;. A propos de l'instruction re&#231;ue de Walker, Jordania d&#233;clara deux semaines apr&#232;s au g&#233;n&#233;ral anglais Milne : &#171; Le g&#233;n&#233;ral Walker&#8230; a &#233;t&#233; le premier &#224; comprendre la situation r&#233;elle de notre pays. &#187; Le g&#233;n&#233;ral Milne lui-m&#234;me r&#233;suma de la fa&#231;on suivante le pacte conclu entre lui et Jordania : &#171; Nos ennemis communs sont les Allemands et les bolcheviks. &#187; Tout cela, dans son ensemble, cr&#233;ait &#233;videmment les conditions les plus favorables pour la &#171; libert&#233; d'action absolue &#187; des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 f&#233;vrier 1919, Walker donne l'ordre suivant (N&#174; 99/6) au Gouvernement g&#233;orgien : &#171; Tous les bolcheviks qui entreront en G&#233;orgie doivent &#234;tre incarc&#233;r&#233;s dans le Mtskh&#232;te (prison de Tiflis) et gard&#233;s &#224; vue. &#187; Il s'agit ici des bolcheviks qui fuyaient D&#233;nikine. Mais, d&#232;s le 26 f&#233;vrier, Walker &#233;crit (N&#174; 99/9) : &#171; A la suite de la conversation que j'ai eue avec Son Excellence M. Jordania, le 20 de ce mois, j'en suis arriv&#233; &#224; la conclusion qu'il fallait &#224; tout prix emp&#234;cher &#224; l'avenir l'entr&#233;e des bolcheviks en G&#233;orgie par la voie des chemins de fer g&#233;orgiens. &#187; Les r&#233;fugi&#233;s bolcheviks que l'on enfermait dans le Mtskh&#232;te avaient au moins la vie sauve pour un certain temps. Walker &#171; en arrive &#224; la conclusion &#187; que le mieux &#233;tait de leur barrer la seule voie de salut et de les rejeter ainsi dans les mains des bourreaux de D&#233;nikine. Si, entre ses campagnes contre les cruaut&#233;s du Gouvernement sovi&#233;tique et ses exercices religieux, Arthur Henderson arrivait &#224; trouver un moment de loisir, il devrait bien s'entretenir &#224; ce sujet avec Forestier Walker.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs Excellences ne se born&#232;rent pas &#224; des pourparlers et &#224; des &#233;changes de missives. D&#232;s le 8 avril, 42 personnes, parmi lesquelles les commissaires sovi&#233;tiques de la R&#233;publique de T&#233;rek, leurs femmes et leurs enfants, des soldats de l'Arm&#233;e Rouge et d'autres r&#233;fugi&#233;s, &#233;taient arr&#234;t&#233;s par un poste g&#233;orgien pr&#232;s de la forteresse de Darial et, apr&#232;s des insultes, des violences et des voies de fait, &#233;taient, par ordre du colonel Ts&#233;r&#233;telli, chass&#233;s sur le territoire de D&#233;nikine. Jordania essaya d'expliquer cet innocent &#233;pisode en en rejetant la responsabilit&#233; exclusivement sur le colonel Ts&#233;r&#233;telli ; mais ce dernier ne faisait que remplir la convention secr&#232;te conclue entre Jordania et Walker. Il est vrai que le document N&#176; 99/9 ne pr&#233;voit pas les coups de crosse et de b&#226;ton &#224; la poitrine et &#224; la t&#234;te. Mais, comment faire autrement pour chasser des gens ext&#233;nu&#233;s, affol&#233;s de terreur, qui cherchent &#224; se sauver d'une mort certaine ? Le colonel Ts&#233;r&#233;telli, comme on le voit, s'&#233;tait on ne peut mieux assimil&#233; les pr&#233;ceptes de son illustre homonyme, d'apr&#232;s lequel &#171; la timidit&#233; et les h&#233;sitations de la d&#233;mocratie &#187; dans sa lutte contre le bolchevisme pouvaient causer la perte de &#034;&#201;tat et de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, la R&#233;publique g&#233;orgienne fut d&#232;s le d&#233;but bas&#233;e sur la lutte contre le communisme. Les leaders du parti et les membres du gouvernement se donnaient pour but dans leur programme &#171; la r&#233;pression impitoyable &#187; dirig&#233;e contre les bolcheviks. C'est &#224; ce but qu'&#233;taient adapt&#233;s les organes les plus importants de l'&#201;tat : la Police Sp&#233;ciale, la Garde Populaire et la Milice. Les officiers allemands et, plus tard, les officiers anglais, qui &#233;taient les v&#233;ritables ma&#238;tres de la G&#233;orgie &#224; cette &#233;poque, approuvaient enti&#232;rement sous ce rapport le programme social-d&#233;mocrate. Les journaux communistes &#233;taient interdits, les assembl&#233;es dispers&#233;es &#224; coups de fusil, les villages occup&#233;s par les bolcheviks, incendi&#233;s. La Police Sp&#233;ciale passait les chefs bolcheviks par les armes, la prison de Mtskh&#232;te regorgeait de communistes, les r&#233;fugi&#233;s bolcheviks &#233;taient remis entre les mains de D&#233;nikine. Dans le courant du seul mois d'octobre 1919, d'apr&#232;s la d&#233;claration du ministre de l'Int&#233;rieur, plus de trente communistes furent fusill&#233;s en G&#233;orgie. A part cela, comme l'affirme l'optimisme b&#233;at de Kautsky, le Parti communiste jouissait en G&#233;orgie d'une &#171; libert&#233; d'action absolue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que, pr&#233;cis&#233;ment, au moment o&#249; Kautsky se trouvait &#224; Tiflis, les communistes g&#233;orgiens poss&#233;daient leurs &#233;ditions l&#233;gales et jouissaient d'une certaine libert&#233;, mais d'une libert&#233; qui &#233;tait loin d'&#234;tre &#171; absolue &#187;&#8230; Mais il faut se h&#226;ter d'ajouter que ce r&#233;gime provisoire avait &#233;t&#233; institu&#233; apr&#232;s la d&#233;b&#226;cle de D&#233;nikine, sous la pression de l'ultimatum sovi&#233;tique dont l'aboutissement fut le trait&#233; de paix conclu le 3 mai 1920 entre la Russie des Soviets et la G&#233;orgie. Entre le mois de f&#233;vrier 1918 et le mois de juin 1920, le Parti Communiste g&#233;orgien n'avait cess&#233; d'&#234;tre r&#233;duit &#224; l'action clandestine&#8230; Les Soviets sont donc intervenus en 1920 dans les affaires int&#233;rieures d'une &#171; d&#233;mocratie &#187; et, qui plus est, d'une d&#233;mocratie &#171; neutre &#187; !&#8230; H&#233;las ! H&#233;las ! il est impossible de le nier. Le g&#233;n&#233;ral von Kress exigeait pour les nobles g&#233;orgiens la libert&#233; d'action contre-r&#233;volutionnaire. Le g&#233;n&#233;ral Walker exigeait que les communistes fussent jet&#233;s dans le Mtskh&#232;te et renvoy&#233;s &#224; coups de crosse &#224; D&#233;nikine. Et nous, apr&#232;s avoir mis en d&#233;route D&#233;nikine et l'avoir poursuivi jusqu'aux fronti&#232;res de la G&#233;orgie, nous exige&#226;mes pour les communistes la libert&#233; d'action dans la mesure o&#249; elle n'aurait pas pour but une insurrection arm&#233;e. Le monde est loin d'&#234;tre parfait, M. Henderson ! Le gouvernement menchevique se vit oblig&#233; de faire droit &#224; notre demande et de lib&#233;rer d'un seul coup (d'apr&#232;s les donn&#233;es officielles), pr&#232;s de 900 bolcheviks.[8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit il n'y avait pas tant que cela de bolcheviks emprisonn&#233;s. Mais il faut tenir compte du chiffre de la population. Si, pour &#234;tre &#233;quitables (car nos c&#339;urs non plus ne sont pas insensibles &#224; l'&#233;quit&#233;, &#244; Mrs. Snowden ! ) nous prenons comme base du calcul la G&#233;orgie, o&#249; il y avait 900 d&#233;tenus pour 2 millions et demi d'habitants, il r&#233;sulte que nous avons le droit d'incarc&#233;rer dans les prisons des r&#233;publiques sovi&#233;tiques pr&#232;s de 45.000 mencheviks. Or, aux p&#233;riodes les plus p&#233;nibles et les plus aigu&#235;s de la r&#233;volution &#8212; dont les mencheviks profitaient toujours pour intensifier leur propagande hostile &#8212; nous ne sommes jamais arriv&#233;s m&#234;me au dixi&#232;me de ce chiffre imposant. Et, comme sur le territoire sovi&#233;tique on serait bien en peine de rassembler 45.000 mencheviks, nous pouvons nous porter garants de ce que jamais nous n'atteindrons la norme de r&#233;pression institu&#233;e par la d&#233;mocratie Jordania-Ts&#233;r&#233;telli et approuv&#233;e par les lumi&#232;res de la IIe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, au mois de mai, sous le r&#233;gime de la guerre civile, nous oblige&#226;mes le gouvernement g&#233;orgien &#224; &#171; l&#233;galiser &#187; le parti communiste. Ceux qui avaient &#233;t&#233; fusill&#233;s, naturellement, ne ressuscit&#232;rent pas, mais ceux qui &#233;taient en prison furent rel&#226;ch&#233;s. Si donc la d&#233;mocratie rev&#234;tit des formes tant soit peu d&#233;mocratiques, ce ne fut, comme nous le voyons, que sous le poing de la dictature prol&#233;tarienne. Le poing r&#233;volutionnaire, instrument de d&#233;mocratisme, quel excellent th&#232;me pour votre prochain pr&#234;che dominical, M. Henderson ! &#8212; Est-ce &#224; dire qu'&#224; partir du milieu de l'ann&#233;e 1920, la politique g&#233;orgienne se modifia et tendit &#224; un rapprochement avec les bolcheviks ? Pas le moins du monde. Le gouvernement menchevik traversa, au printemps 1920, une p&#233;riode aigu&#235; d'&#233;pouvante et capitula. Mais lorsqu'il se fut convaincu, non sans stup&#233;faction, que le poing au-dessus de lui ne s'abattait pas, il se dit qu'il s'&#233;tait exag&#233;r&#233; le danger et commen&#231;a &#224; faire machine en arri&#232;re sur toute la ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;pressions contre les communistes reprirent. Dans une s&#233;rie de notes d'une monotonie fatigante, notre repr&#233;sentant diplomatique ne cessa de protester contre l'interdiction des journaux, contre les arrestations, la mainmise sur les biens du parti, etc. Mais ces protestations ne produisaient plus d'effet : le gouvernement g&#233;orgien avait pris le mors au dents ; il collaborait avec Wrangel, comptait sur la Pologne, et, ce faisant, h&#226;tait le d&#233;nouement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons : En quoi exactement la &#171; d&#233;mocratie &#187; menchevique diff&#233;rait-elle de la dictature bolchevique ? En premier lieu, en ce que le r&#233;gime terroriste menchevique, qui &#233;tait un pastiche des m&#233;thodes employ&#233;es par les bolcheviks, avait pour but de prot&#233;ger les piliers de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et l'alliance avec l'imp&#233;rialisme. La dictature sovi&#233;tique, elle, &#233;tait et est encore une lutte organis&#233;e pour la reconstruction socialiste de la soci&#233;t&#233; en union avec le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. En second lieu, en ce que la dictature sovi&#233;tique des bolcheviks puise sa justification dans sa mission historique et dans les conditions de sa r&#233;alisation et agit ouvertement. Le r&#233;gime menchevique, lui, avec son terrorisme et sa d&#233;mocratie, est le b&#226;tard impuissant de la poltronnerie et du mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Nous n'&#233;num&#233;rerons pas ici les insurrections paysannes en G&#233;orgie. L'article du camarade Mikha Tskhaka&#239;a paru dans le N&#176; 18 de l'Internationale Communiste donne un tableau succinct du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Cf. la note du ministre des Affaires Etrang&#232;res g&#233;orgien en date du 30 juin 1920 (N&#176; 5171).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de circonspection&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite militaire des empires centraux et la r&#233;volution allemande avaient introduit des changements profonds dans la situation mondiale. Les politiciens de Tiflis cherch&#232;rent une nouvelle orientation. Ils s'arr&#234;t&#232;rent &#224; la plus simple, qui &#233;tait de ramper devant l'Entente. Mais l'avenir ne laissait pas de leur inspirer des inqui&#233;tudes. Alli&#233;e et vassale de l'Allemagne, la G&#233;orgie avait obtenu pour un temps de s&#233;rieuses garanties d'immunit&#233;, car, par la paix de Brest-Litovsk, l'Allemagne tenait encha&#238;n&#233;e la Russie sovi&#233;tique, dont l'&#233;croulement, d'ailleurs, semblait in&#233;vitable. La soumission sans r&#233;serve &#224; l'Angleterre ne r&#233;solvait pas la question ; en effet, la Russie sovi&#233;tique &#233;tait en guerre avec l'Angleterre et, quelle que f&#251;t l'issue de cette guerre, la G&#233;orgie pouvait fort bien, &#224; un tournant de la lutte, se trouver coinc&#233;e entre les deux adversaires et oblig&#233;e de faire la culbute. La victoire de l'Entente &#233;tait en m&#234;me temps celle de D&#233;nikine et, par suite, entra&#238;nait la liquidation de la domination menchevique. Or, en 1919, les progr&#232;s de D&#233;nikine &#233;taient consid&#233;rables. La victoire du pouvoir sovi&#233;tique &#233;tait &#233;galement grosse de dangers, mais, en 1919, les troupes sovi&#233;tiques &#233;taient repouss&#233;es du Caucase. Dans leurs rapports avec la contre-r&#233;volution, les politiciens de Tiflis devinrent plus prudents, ils adopt&#232;rent une politique d'expectative et de faux-fuyants, mais ils n'en furent pour cela ni plus perspicaces ni plus honn&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement du mouvement ouvrier en Europe n'&#233;tait pas non plus sans causer des inqui&#233;tudes aux mencheviks. L'ann&#233;e 1919 fut marqu&#233;e par une furieuse pouss&#233;e r&#233;volutionnaire. Les tr&#244;nes des Hohenzollern et des Habsbourg s'&#233;taient effondr&#233;s. Incomparablement plus formidable, le tr&#244;ne de la bourgeoisie n'en chancelait pas moins sur ses bases. Les partis de la IIe Internationale se l&#233;zardaient. Sans cesser toutefois de d&#233;noncer les communistes et de leur faire la le&#231;on, les mencheviks russes se mirent &#224; parler de la r&#233;volution socialiste, renonc&#232;rent temporairement, sous un pr&#233;texte d&#233;cent, au mot d'ordre de l'Assembl&#233;e Constituante et condamn&#232;rent leurs &#233;mules g&#233;orgiens pour leur liaison politique avec l'imp&#233;rialisme anglo-am&#233;ricain. C'&#233;taient l&#224; des sympt&#244;mes alarmants qui r&#233;clamaient &#233;galement un redoublement de prudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant l'ann&#233;e 1919 &#8212; les premiers mois except&#233;s &#8212; les mencheviks g&#233;orgiens ne se h&#226;tent point de venir en aide &#224; D&#233;nikine &#8212; qui, &#224; cette &#233;poque, d'ailleurs, avait beaucoup moins besoin d'eux qu'auparavant &#8212; et ne font pas parade de leur assistance aux Blancs. Au contraire, ils lui donnent intentionnellement un caract&#232;re de contrainte, comme s'ils ne l'accordaient que sous la cravache des officiers anglais. Mais leur collaboration avec l'Entente n'est pas un compromis pass&#233; avec l'ennemi et impos&#233; par la force des choses : elle conserve un caract&#232;re de liaison, de d&#233;pendance id&#233;ologique et politique &#233;troite. Ils traduisent dans la langue du menchevisme g&#233;orgien la vague phras&#233;ologie socialiste des &#171; d&#233;mocraties occidentales &#187; et les fades banalit&#233;s wilsoniennes ; ils s'inclinent devant l'id&#233;e de la Soci&#233;t&#233; des Nations. Plus circonspects en pratique, ils ne deviennent pas pour cela plus honn&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mrs. Snowden doit &#234;tre curieuse de savoir ce que nous entendons par &#171; honn&#234;tet&#233; &#187;, nous qui ne reconnaissons ni Dieu ni ses commandements. Non sans ironie, si tant est que l'ironie soit compatible avec la pi&#233;t&#233;, M. Henderson, lui aussi, nous posera probablement cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avouons humblement, nous ne reconnaissons pas la morale absolue de la pr&#234;traille, des &#233;glises, des universit&#233;s, du Vatican, de la Croix ou du P&#232;lerin. L'imp&#233;ratif cat&#233;gorique de Kant, l'id&#233;e philosophique abstraite d'un Christ immat&#233;riel, d&#233;gag&#233; de tous les attributs que lui ont conf&#233;r&#233;s l'art et le mythe religieux, nous sont aussi &#233;trangers que la morale &#233;ternelle d&#233;couverte sur le Sina&#239; par ce parangon d'astuce et de cruaut&#233; qu'&#233;tait le vieux Mo&#239;se. La morale est fonction de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me ; elle est l'expression abstraite des int&#233;r&#234;ts des classes de la soci&#233;t&#233;, surtout des classes dominantes. La morale officielle est la corde avec laquelle on tient en laisse les opprim&#233;s. Au cours de la lutte, la classe ouvri&#232;re &#233;labore sa morale r&#233;volutionnaire qui d&#233;bute par le renversement de Dieu et des normes absolues. Par honn&#234;tet&#233;, nous entendons, nous, la conformit&#233; de la parole et de l'action devant la classe ouvri&#232;re en vue du but supr&#234;me du mouvement et de la lutte : l'&#233;mancipation de l'humanit&#233; par la r&#233;volution sociale. Nous ne disons point, par exemple, qu'il ne faut pas employer la ruse, que l'on ne doit pas tromper, qu'il faut aimer ses ennemis, etc. Une morale aussi &#233;lev&#233;e n'est &#233;videmment accessible qu'aux hommes d'&#201;tat profond&#233;ment croyants, tels lord Curzon, lord Northcliffe ou M. Henderson. Nous ha&#239;ssons nos ennemis ou les m&#233;prisons, selon qu'ils le m&#233;ritent ; nous les battons ou les dupons, suivant les circonstances, et si m&#234;me nous concluons un accord avec eux, il ne s'ensuit pas que, dans un &#233;lan d'amour magnanime, nous soyons pr&#234;ts &#224; tout leur pardonner. Mais nous estimons que l'on ne doit pas mentir &#224; la masse et la tromper sur les buts et les m&#233;thodes de sa lutte. La r&#233;volution sociale est bas&#233;e tout enti&#232;re sur le d&#233;veloppement de la conscience du prol&#233;tariat lui-m&#234;me, sur sa foi dans ses propres forces et dans le parti qui le dirige. A la t&#234;te de la masse et avec la masse, notre parti a commis des fautes. Ces fautes, nous les avons reconnues ouvertement devant la masse et, avec elle, nous avons donn&#233; le coup de barre n&#233;cessaire. Ce que les tartufes de la l&#233;galit&#233; appellent notre d&#233;magogie n'est que la v&#233;rit&#233; proclam&#233;e trop ouvertement, trop brutalement et d'une fa&#231;on trop inqui&#233;tante pour eux. Voil&#224;, Mrs. Snowden, ce que nous entendons par honn&#234;tet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la politique du menchevisme g&#233;orgien n'&#233;tait que stratag&#232;mes, ruses mesquines, friponneries destin&#233;es non seulement &#224; tromper l'ennemi, mais &#224; endormir la vigilance des masses. Parmi les paysans et m&#234;me parmi les ouvriers mencheviks, les tendances bolchevistes dominaient. On les r&#233;primait par la force. En m&#234;me temps, l'on pervertissait la masse en lui repr&#233;sentant ses ennemis comme ses amis. L'on faisait passer von Kress pour l'ami du peuple g&#233;orgien. Le g&#233;n&#233;ral Walker &#233;tait repr&#233;sent&#233; comme le rempart de la d&#233;mocratie. Les tractations avec les gardes-blancs russes s'effectuaient tant&#244;t ouvertement pour complaire &#224; l'Entente, tant&#244;t secr&#232;tement pour ne pas provoquer l'indignation de la masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1919 fut pour les mencheviks g&#233;orgiens une ann&#233;e de circonspection et de dissimulation relatives. Mais leur politique n'y gagna rien en honn&#234;tet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La G&#233;orgie et Wrangel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les derniers mois de Tann&#233;e 1919, la situation militaire de la F&#233;d&#233;ration sovi&#233;tique change radicalement : Youd&#233;nitch est &#233;cras&#233;, D&#233;nikine est tout d'abord rejet&#233; vers le sud, puis compl&#232;tement d&#233;fait. Vers la fin de Tann&#233;e, les troupes de D&#233;nikine ne se composent plus que de quelques groupements compl&#232;tement d&#233;moralis&#233;s. Un refroidissement semble se produire entre l'Entente et les Blancs. La fraction extr&#233;miste des interventionnistes anglo-fran&#231;ais concentre son attention sur les &#201;tats des confins de la Russie. Dans la campagne projet&#233;e contre cette derni&#232;re, c'est la Pologne qui doit jouer le premier r&#244;le. Ce nouveau plan permet &#224; la diplomatie anglo-fran&#231;aise d'ignorer les pr&#233;tentions imp&#233;rialistes des gardes-blancs russes et lui laisse les coud&#233;es franches pour la reconnaissance de l'ind&#233;pendance de la G&#233;orgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces circonstances que le Gouvernement sovi&#233;tique propose &#224; la G&#233;orgie une alliance contre D&#233;nikine. Cette proposition a un double but : premi&#232;rement, faire comprendre au Gouvernement g&#233;orgien que, s'il change son orientation politique, il pourra, dans le domaine militaire, au lieu de recourir &#224; von Kress et au g&#233;n&#233;ral Walker, obtenir l'appui des forces de Boudienny ; deuxi&#232;mement, acc&#233;l&#233;rer, avec le concours de la G&#233;orgie, la liquidation des d&#233;bris des troupes de D&#233;nikine et les emp&#234;cher de former un nouveau front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette proposition, le Gouvernement g&#233;orgien r&#233;pond par un refus cat&#233;gorique. Apr&#232;s tout ce que nous avons appris sur les rapports de la G&#233;orgie avec les Allemands, les Turcs, avec D&#233;nikine et les Anglais, il serait superflu de suivre Kautsky dans ses d&#233;monstrations et de l'&#233;couter nous expliquer le refus de la G&#233;orgie par un souci de&#8230; neutralit&#233;. D'autant plus que Jordania lui-m&#234;me, qui venait alors d'obtenir, au prix d'efforts inou&#239;s, la reconnaissance de la G&#233;orgie par l'Entente, nous r&#233;v&#232;le assez franchement les mobiles de la politique menchevique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 janvier, il d&#233;clarait &#224; l'Assembl&#233;e Constituante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous savez que la Russie sovi&#233;tique nous a propos&#233; une alliance militaire. Nous l'avons refus&#233;e cat&#233;goriquement (!!). Vous avez certainement eu connaissance de notre r&#233;ponse. Que signifierait une telle alliance ? Elle signifierait que nous devons rompre tout lieu avec l'Europe&#8230; Ici, les voies de la G&#233;orgie et de la Russie se s&#233;parent. Notre voie m&#232;ne &#224; l'Europe ; celle de la Russie, &#224; l'Asie. Nos ennemis, je le sais, diront que nous sommes du c&#244;t&#233; des imp&#233;rialistes. C'est pourquoi je me dois de le d&#233;clarer r&#233;solument : je pr&#233;f&#232;re les imp&#233;rialistes de l'Occident aux fanatiques de l'Orient ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bouche du chef du gouvernement, ces paroles ne sauraient en tout cas &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme &#233;quivoques. Jordania &#233;tait en quelque sorte heureux de l'occasion qui s'offrait &#224; lui non pas seulement de d&#233;clarer, mais de crier &#224; la face du monde entier que, dans la nouvelle campagne militaire que les &#171; imp&#233;rialistes de l'Occident &#187; pr&#233;paraient contre les &#171; fanatiques de l'Orient &#187;, la G&#233;orgie serait sans r&#233;serve aux c&#244;t&#233;s des Pilsudski, des Take Ionescu, des Millerand et consorts. L'on ne saurait contester &#224; Jordania le droit de &#171; pr&#233;f&#233;rer &#187; l'Europe imp&#233;rialiste qui attaque, &#224; la Russie sovi&#233;tique qui se d&#233;fend. Mais alors il ne faut pas non plus nous contester &#224; nous, les &#171; fanatiques de l'Orient &#187;, le droit de casser les reins quand il le faudra au petit-bourgeois qui s'est fait le laquais de l'Entente. Car, nous aussi, nous pouvons &#171; d&#233;clarer r&#233;solument &#187; que nous pr&#233;f&#233;rons un ennemi auquel nous avons cass&#233; les reins &#224; un ennemi capable encore de mordre et de nous faire du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie &#8212; la moins d&#233;sorganis&#233;e &#8212; des d&#233;bris de l'arm&#233;e de D&#233;nikine s'&#233;tait r&#233;fugi&#233;e en Crim&#233;e. Mais qu'est-ce que la Crim&#233;e ? Ce n'est pas une place d'armes, c'est une sourici&#232;re. En 1919, nous avons abandonn&#233; nous-m&#234;me cette bouteille, D&#233;nikine ayant menac&#233;, de l'Ukraine, d'enfoncer un bouchon dans son goulot &#233;troit. N&#233;anmoins, Wrangel se retrancha en Crim&#233;e o&#249; il reconstitua une nouvelle arm&#233;e et forma un nouveau gouvernement. S'il y est parvenu, c'est uniquement parce que la flotte anglo-fran&#231;aise &#233;largissait la place d'armes de Crim&#233;e. La mer Noire &#233;tait tout enti&#232;re &#224; la disposition de Wrangel. Mais, par eux-m&#234;mes, les navires de guerre de l'Entente ne suffisaient point &#224; assurer le succ&#232;s de Wrangel. Ils lui fournissaient l'&#233;quipement militaire, les armes et, en partie, les vivres. Mais ce qu'il fallait avant tout &#224; Wrangel, c'&#233;tait les hommes. D'o&#249; les recevait-il ? En majeure partie, en quantit&#233; d&#233;cisive, de la G&#233;orgie. M&#234;me si la G&#233;orgie menchevique n'avait pas eu d'autre p&#233;ch&#233; &#224; son actif, celui-l&#224; seul aurait suffi pour d&#233;cider de son sort. L'on ne saurait all&#233;guer la pression de l'Entente, car la G&#233;orgie, loin de r&#233;sister &#224; cette derni&#232;re, faisait d'elle-m&#234;me des avances. Mais, politiquement, la question est plus simple, plus claire : si l'&#171; ind&#233;pendance &#187; de la G&#233;orgie comporte pour ce pays l'obligation, &#224; la premi&#232;re demande des Turcs, des Allemands, des Anglais, des Fran&#231;ais, de mettre le feu &#224; la maison de la Russie sovi&#233;tique, ce n'est pas &#224; nous, en tout cas, de nous r&#233;signer &#224; une telle ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;tait pas entr&#233; plus de quinze &#224; vingt mille soldats en Crim&#233;e avec Wrangel. La mobilisation de la population locale ne donnait pas de r&#233;sultats appr&#233;ciables : les hommes mobilis&#233;s ne voulaient pas se battre, beaucoup d'entre eux fuyaient dans les montagnes, o&#249; ils formaient des d&#233;tachements &#171; verts &#187;. N'ayant qu'une place d'armes et des ressources limit&#233;es, Wrangel avait besoin de mat&#233;riel humain de premier ordre : officiers blancs, volontaires, riches cosaques, ennemis irr&#233;ductibles du pouvoir sovi&#233;tique, ayant d&#233;j&#224; pass&#233; par l'&#233;cole de la guerre civile sous le commandement de Koltchak, de D&#233;nikine ou de Youd&#233;nitch. Ces &#233;l&#233;ments d'&#233;lite, les navires de l'Entente les amenaient de partout. Mais c'est de la G&#233;orgie surtout qu'ils arriv&#232;rent en grand nombre. Sous les coups incessants de notre cavalerie, l'aile droite de l'arm&#233;e en d&#233;route de D&#233;nikine avait recul&#233; jusqu'au Caucase et &#233;tait venue chercher son salut sur le territoire de la r&#233;publique menchevique. L'affaire, bien entendu, n'alla pas sans l'accomplissement de quelques-unes des formalit&#233;s de ce que l'on est convenu d'appeler le droit international. En qualit&#233; de pays &#171; neutre &#187;, la G&#233;orgie accueillit les troupes blanches qui s'&#233;taient r&#233;fugi&#233;es sur son territoire et, naturellement, les enferma dans des &#171; camps de concentration &#187;. Mais, en qualit&#233; de pays auquel les imp&#233;rialistes de l'Occident &#233;taient plus chers que les fanatiques de l'Orient, elle organisa les camps de fa&#231;on &#224; permettre aux blancs de gagner la Crim&#233;e sans perdre de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un accord pr&#233;alable avec les agents de l'Entente &#8212; nous en avons la preuve documentaire &#8212; le gouvernement menchevique eut soin de s&#233;parer de leurs compagnons les soldats de D&#233;nikine qui &#233;taient en bonne sant&#233; et capables de porter les armes, et les concentra intentionnellement &#224; Poti, au bord de la mer. L&#224;, ils furent recueillis par les navires de l'Entente. Mais, pour sauver les apparences de la neutralit&#233;, Jordania, nouveau Ponce-Pilate, fit d&#233;livrer &#224; ses agents par les capitaines des bateaux anglais et fran&#231;ais des re&#231;us attestant que les r&#233;fugi&#233;s seraient emmen&#233;s &#224; Constantinople Si, n&#233;anmoins, en cours de route, ils furent d&#233;pos&#233;s &#224; S&#233;bastopol, la faute en est exclusivement &#224; la perfidie des capitaines. Et ainsi jusqu'&#224; 10.000 hommes de troupes d'&#233;lite de l'arm&#233;e de D&#233;nikine furent transport&#233;s de Poti en Crim&#233;e. Parmi les documents trouv&#233;s en G&#233;orgie, nous avons en notre possession un proc&#232;s-verbal instructif de la commission gouvernementale pour les r&#233;fugi&#233;s de guerre. Le commandant du camp de concentration, le g&#233;n&#233;ral Ardjavanidz&#233;, ayant envoy&#233; le rapport suivant : &#171; En ce moment, par suite du d&#233;part de Poti de l'Arm&#233;e Volontaire, le camp est vide &#187;, l'on apposa au bas de son rapport cette simple formule : &#171; Prendre bonne note de la communication. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des conditions analogues, quelques mois plus tard, 6.000 cosaques, apr&#232;s une descente avort&#233;e, furent transport&#233;s de Gagri en Crim&#233;e. Le commandant de la milice de l'arrondissement de Gagri, le menchevik Ossidz&#233;, petit fonctionnaire local qui n'&#233;tait pas initi&#233; aux secrets du gouvernement de Tiflis, communiquait avec quelque &#233;tonnement &#224; son gouvernement : &#171; En arr&#234;tant les bolcheviks, nous avons laiss&#233;, &#224; Gagri, le champ libre aux agents de Wrangel. &#187; Ces deux exp&#233;ditions de troupes, qui furent les plus importantes pendant toute la campagne, eurent lieu en juin et en octobre. Mais, d&#233;j&#224;, depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e, la lib&#233;ration des soldats de D&#233;nikine intern&#233;s et leur envoi en Crim&#233;e par Batoum s'effectuait r&#233;guli&#232;rement. C'est ce que confirment des documents de Tiflis dat&#233;s de janvier 1920. Les recruteurs de Wrangel travaillent au grand jour. Les officiers blancs &#224; la recherche d'un engagement affluent en G&#233;orgie. Ils y trouvent une agence blanche parfaitement organis&#233;e qui leur fournit les moyens de se rendre en Crim&#233;e. Toutes les fois que cela est n&#233;cessaire, le Gouvernement g&#233;orgien leur vient en aide par des subventions p&#233;cuniaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialiste-r&#233;volutionnaire Tcha&#239;kine, pr&#233;sident du Comit&#233; de la lib&#233;ration de la mer Noire (organisation dirigeant l'insurrection des paysans de l'endroit contre D&#233;nikine), dans un document officiel adress&#233; au Gouvernement g&#233;orgien, caract&#233;rise ainsi la politique de la G&#233;orgie : &#171; Inutile de d&#233;montrer que des faits comme le d&#233;part du g&#233;n&#233;ral Erd&#233;li, quittant librement la G&#233;orgie, l'arriv&#233;e des g&#233;n&#233;raux de D&#233;nikine, qui viennent de Crim&#233;e pour enr&#244;ler des soldats et que l'on n'interne pas, la campagne de propagande men&#233;e &#224; Poti par le g&#233;n&#233;ral N&#233;vadovsky pour le recrutement des soldats, etc., constituent de la part de la G&#233;orgie une violation incontestable de la neutralit&#233; en faveur de l'Arm&#233;e Volontaire, et un acte d'hostilit&#233; envers les forces qui sont en &#233;tat de guerre contre l'Arm&#233;e Volontaire. &#187; Ceci a &#233;t&#233; &#233;crit le 23 avril 1920, c'est-&#224;-dire avant les d&#233;parts en masse des partisans de Wrangel, dirig&#233;s de Poti sur S&#233;bastopol. Le 6 septembre, le g&#233;n&#233;ral g&#233;orgien, Mdivani, d&#233;clarait, dans un rapport au commandant de la mission fran&#231;aise que les autorit&#233;s g&#233;orgiennes, non seulement ne faisaient point obstacle au d&#233;part des partisans de D&#233;nikine, mais leur pr&#234;taient au contraire &#171; le plus large concours, allant jusqu'&#224; fournir aux r&#233;fugi&#233;s des subsides de un &#224; quinze mille roubles &#187;. Il se trouvait au total, en G&#233;orgie, de vingt-cinq &#224; trente mille cosaques et jusqu'&#224; quatre mille volontaires de l'arm&#233;e de D&#233;nikine. Ils furent pour la plupart transport&#233;s en Crim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La G&#233;orgie ne se contentait pas de donner des hommes &#224; Wrangel. Elle lui fournissait encore le mat&#233;riel qui lui &#233;tait indispensable pour mener la guerre. Depuis la fin de l'ann&#233;e 1919 jusqu'&#224; l'&#233;crasement d&#233;finitif de Wrangel, la G&#233;orgie exp&#233;dia &#224; ce dernier, en quantit&#233; consid&#233;rable, du charbon, du naphte, de la benzine pour moteurs d'aviation, du p&#233;trole et des huiles lubrifiantes. La conclusion d'un trait&#233; avec la Russie sovi&#233;tique, en mai 1921, n'interrompit point ce travail. Il continua, mais d'une fa&#231;on un peu plus voil&#233;e, par l'interm&#233;diaire des &#171; particuliers &#187;. Le 8 juillet, Batoum, qui se trouvait, en fait, en possession de l'Angleterre, passa aux mains de la G&#233;orgie menchevique. Mais le port de Batoum n'en continua pas moins &#224; travailler pour Wrangel. Notre mission militaire, dont nous avons en ce moment les rapports sous les yeux,[9] nous renseignait alors avec la plus grande exactitude sur toutes les men&#233;es du gouvernement g&#233;orgien. Les documents trouv&#233;s par la suite &#224; Batoum, &#224; Tiflis et en Crim&#233;e, confirment enti&#232;rement ces rapports, donnent les noms des bateaux, la nature de leur cargaison, les noms des hommes de paille (parmi lesquels figurait, par exemple, le cadet Paramonov). Les extraits les plus importants des documents trouv&#233;s sont d&#233;j&#224; publi&#233;s ; les autres le seront prochainement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on pourrait objecter que la G&#233;orgie n'a pas envoy&#233; au secours de Wrangel sa propre arm&#233;e. Mais elle ne pouvait pas le faire : compos&#233;e exclusivement de membres du parti, la garde populaire &#233;tait trop peu consid&#233;rable et suffisait &#224; peine &#224; assurer l'ordre &#224; l'int&#233;rieur. L'arm&#233;e nationale ne repr&#233;senta jusqu'&#224; la fin qu'une force fictive : ses unit&#233;s, demi-organis&#233;es, n'&#233;taient politiquement, rien moins que s&#251;res et ne poss&#233;daient pas les qualit&#233;s combatives n&#233;cessaires. C'est pourquoi le gouvernement menchevique ne fit point pour Wrangel ce qu'il se montra dans la suite incapable de faire pour sa propre d&#233;fense, c'est-&#224;-dire de mettre sur pied une force arm&#233;e. Mais &#224; l'impossible nul n'est tenu, et il fit, en somme, tout ce qui d&#233;pendait de lui. Il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que c'est la G&#233;orgie menchevique qui a cr&#233;&#233; l'arm&#233;e de Wrangel. Les 30.000 officiers, sous-officiers et cosaques d'&#233;lite qui furent transport&#233;e de G&#233;orgie en Crim&#233;e avaient br&#251;l&#233; derri&#232;re eux tous leurs vaisseaux et vendirent ch&#232;rement leur vie dans les combats. Sans eux, Wrangel e&#251;t &#233;t&#233; forc&#233;, d&#232;s le milieu de l'&#233;t&#233;, d'&#233;vacuer la Crim&#233;e. Avec eux, il lutta avec acharnement jusqu'&#224; la fin de l'ann&#233;e et nous porta &#224; maintes reprises de rudes coups. La liquidation du front de Wrangel exigea de grands sacrifices. Sur le large secteur qui se terminait &#224; l'isthme &#233;troit de P&#233;r&#233;kop, des milliers de jeunes ouvriers et paysans tomb&#232;rent dans la lutte contre la r&#233;action. Sans la G&#233;orgie, Wrangel n'aurait pas eu d'arm&#233;e. Sans Wrangel, la Pologne ne se serait peut-&#234;tre pas d&#233;cid&#233;e &#224; nous attaquer. Si, n&#233;anmoins, elle l'avait fait, nous n'aurions pas &#233;t&#233; oblig&#233;s de diviser nos forces, et la paix de Riga aurait &#233;t&#233; tout autre : elle n'aurait pas en tout cas donn&#233; des millions de paysans ukrainiens et blanc-russiens aux seigneurs polonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les mencheviks g&#233;orgiens, la Crim&#233;e fut le cha&#238;non qui les relia aux imp&#233;rialistes de l'Occident contre les fanatiques de l'Orient. Ce cha&#238;non nous co&#251;ta des milliers de vies humaines. C'est avec ces vies que le gouvernement de Jordania acheta la reconnaissance juridique de l'ind&#233;pendance de sa R&#233;publique. A notre avis, il paya bien trop cher cette camelote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au sud-ouest, la F&#233;d&#233;ration sovi&#233;tique, durant l'ann&#233;e 1920, frappait du poing droit, &#224; l'ouest, son ennemi principal, la Pologne bourgeoise ; du poing gauche, au sud, Wrangel. Connaissant tous les faits que nous venons d'exposer, n'avait-elle pas le droit de frapper du talon la G&#233;orgie et d'&#233;craser la t&#234;te menchevique ? N'&#233;tait-ce pas l&#224; un acte de d&#233;fense r&#233;volutionnaire l&#233;gitime ? Le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes &#233;quivaut-il au droit de porter impun&#233;ment pr&#233;judice &#224; ses voisins ? Si, durant l'ann&#233;e 1920, la Russie sovi&#233;tique n'a pas frapp&#233; la G&#233;orgie menchevique, ce n'est pas parce qu'elle doutait de son droit de casser les reins &#224; cet ennemi haineux, implacable, perfide, mais parce que la conjoncture politique ne le lui permettait pas. Nous ne voulions pas faciliter la t&#226;che &#224; Millerand, &#224; Churchill et &#224; Pilsudski, qui cherchaient &#224; entra&#238;ner dans la guerre contre nous les &#201;tats limitrophes de la Russie. Nous nous efforcions de montrer &#224; cet &#201;tats que, sous certaines conditions, ils pouvaient vivre paisiblement, sans aucune crainte, aux c&#244;t&#233;s de la R&#233;publique sovi&#233;tique. Pour apprivoiser les petites r&#233;publiques dirig&#233;es par de petits-bourgeois au cr&#226;ne &#233;pais, nous avons maintes fois, durant ces derni&#232;res ann&#233;es, fait des concessions sans pr&#233;c&#233;dent, pass&#233; des compromis monstrueux. Pour prendre un exemple r&#233;cent, l'aventure de la bourgeoisie finlandaise en Car&#233;lie ne nous donnait-elle pas pleinement le droit d'envahir la Finlande ? Si nous ne l'avons pas fait, ce n'est pas pour des raisons juridiques formelles &#8212; car nous avions et nous avons encore pour nous la l&#233;galit&#233; &#8212; mais parce que l'essence m&#234;me de notre politique consiste &#224; ne recourir &#224; la force arm&#233;e que lorsque tous les autres moyens sont &#233;puis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Citons comme &#233;chantillon un de ces rapports dat&#233; du 14 juillet : &#171; Au d&#233;but de la semaine derni&#232;re ont lev&#233; l'ancre pour la Crim&#233;e les navires suivants transportant du mat&#233;riel de guerre : &#171; Vozrojd&#233;ni&#233; &#187;, &#171; Donets &#187; et &#171; Kiev &#187;. Le 7 sont partis : la &#171; Margarita &#187; avec des projectiles, des cartouches et des automobiles, le &#171; Jarki &#187; avec des cartouches et le sous-marin &#171; Outka &#187;. Sur ces bateaux se sont embarqu&#233;s plus de 2.000 volontaires, ainsi que la repr&#233;sentation officielle de l'Arm&#233;e volontaire sous la direction du g&#233;n&#233;ral Dratsenko. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;nouement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fournissant &#224; Wrangel des hommes et du mat&#233;riel, la G&#233;orgie fut en m&#234;me temps, durant toute l'ann&#233;e 1920, un nid de conspiration pour les gardes-blancs russes, et particuli&#232;rement pour les gardes-blancs caucasiens de diff&#233;rentes tendances. Elle servit d'interm&#233;diaire entre P&#233;tliura, l'Ukraine, le Kouban, le Daghestan et les montagnards r&#233;actionnaires. Apr&#232;s leur d&#233;faite, les blancs trouvent asile chez les mencheviks ; chez eux, ils organisent leurs &#233;tats-majors et d&#233;veloppent leur activit&#233;. De la G&#233;orgie ils dirigent des d&#233;tachements d'insurg&#233;s sur le territoire du pouvoir sovi&#233;tique par les voies suivantes : 1&#176; Soukhoum-Kal&#233;-col de Marouch et sources du Kouban et de la Laba ; 2&#176; Soukhoum-Kal&#233;-Gagri, Adler-Krasna&#239;a Poliana, col d'A&#239;chka-sources de la Laba ; 3&#176; Kouta&#239;s-Oni-Naltchik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils agissent plus ou moins en secret, de fa&#231;on &#224; sauver tout juste les apparences pour la diplomatie ; n&#233;anmoins, la police sp&#233;ciale g&#233;orgienne est parfaitement au courant de leurs agissements. &#171; Durant mon s&#233;jour en G&#233;orgie &#8212; &#233;crit, le 12 novembre 1920, &#224; la police sp&#233;ciale un lieutenant garde-blanc &#8212; je ne ferai absolument rien qui soit susceptible de provoquer des d&#233;sagr&#233;ments avec la mission sovi&#233;tique, car mon travail s'effectuera d'une fa&#231;on encore plus clandestine qu'auparavant. Si l'on exige de moi des r&#233;pondants, je puis en pr&#233;senter une quantit&#233; suffisante parmi les hommes d'&#201;tat g&#233;orgiens. &#187; Ce document, avec beaucoup d'autres, a &#233;t&#233; trouv&#233; dans les archives mencheviques par la commission de l'Internationale Communiste. Les organisations des conspirateurs sont en liaison &#233;troite avec les missions de l'Entente et en particulier avec les sections de contre-espionnage de ces derniers. Si Henderson avait l&#224;-dessus de moindre doute, il n'aurait qu'&#224; se renseigner aux archives du contre-espionnage britannique. Nous aimons &#224; croire que son stage patriotique lui facilitera l'acc&#232;s de ce sanctuaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Batoum &#233;tait &#224; cette &#233;poque le centre le plus important des intrigues et des complots de l'Entente et de ses vassaux. En juillet 1920, l'Angleterre remit Batoum directement aux mains de la G&#233;orgie menchevique, qui, pour gagner les sympathies de la population de l'Adjar, dut imm&#233;diatement employer l'artillerie. &#201;vacuant Batoum, apr&#232;s la destruction pr&#233;alable de ses ouvrages de d&#233;fense maritime, le commandement britannique t&#233;moignait par l&#224; m&#234;me de son enti&#232;re confiance dans les intentions de la G&#233;orgie &#224; l'&#233;gard de Wrangel. La d&#233;faite de ce dernier changea du coup la situation. Les g&#233;n&#233;raux et les diplomates de l'Entente connaissaient trop bien le caract&#232;re v&#233;ritable des rapports mutuels de la G&#233;orgie, de Wrangel et des r&#233;publiques sovi&#233;tiques pour ne conserver aucun doute sur la situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e dans laquelle la liquidation du front de Wrangel mettait les mencheviks g&#233;orgiens. Il est &#224; croire d'ailleurs que ces derniers &#233;galement &#233;lev&#232;rent la voix pour r&#233;clamer des &#171; garanties &#187;. Dans les sph&#232;res dirigeantes anglaises, la question se posa d'une nouvelle occupation de Batoum sous forme d'affermage, de cr&#233;ation d'un port franc ou sous toute autre de ces enseignes qui existent en aussi grand nombre chez les diplomates que les fausses d&#233;s chez les cambrioleurs. La presse dirigeante g&#233;orgienne parlait de l'occupation projet&#233;e avec une satisfaction ostensible plut&#244;t qu'avec inqui&#233;tude. Il s'agissait, &#224; n'en pas douter, de la cr&#233;ation d'un nouveau front contre nous. Nous d&#233;clar&#226;mes que nous consid&#233;rerions l'occupation de Batoum par les Anglais comme l'ouverture des hostilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peu pr&#232;s &#224; cette &#233;poque, la protectrice attitr&#233;e des faibles, la France de M. Millerand, s'int&#233;ressa particuli&#232;rement au sort de la G&#233;orgie ind&#233;pendante. Arriv&#233; en G&#233;orgie, le &#171; Commissaire g&#233;n&#233;ral pour la Transcaucasie &#187;, M. Abel Chevalley, sans perdre de temps, d&#233;clara, par l'interm&#233;diaire de l'Agence t&#233;l&#233;graphique g&#233;orgienne : &#171; Les Fran&#231;ais aiment d'un amour fraternel la G&#233;orgie et je suis heureux de pouvoir le d&#233;clarer publiquement. Les int&#233;r&#234;ts de la France concordent enti&#232;rement avec ceux de la G&#233;orgie&#8230; &#187; Les int&#233;r&#234;ts de la France, qui avait encercl&#233; la Russie par le blocus de la famine et l&#226;ch&#233; sur elle toute une meute de g&#233;n&#233;raux tsaristes, &#171; concordaient enti&#232;rement &#187; avec les int&#233;r&#234;ts de la G&#233;orgie d&#233;mocratique ! Apr&#232;s force discours lyriques et quelque peu niais sur l'amour ardent des Fran&#231;ais pour les G&#233;orgiens, M. Chevalley, il est vrai, comme il sied &#224; tout bon repr&#233;sentant de la Troisi&#232;me R&#233;publique, expliqua que &#171; les &#201;tats du monde entier avaient besoin actuellement de mati&#232;res premi&#232;res et de produits fabriqu&#233;s ; or, la G&#233;orgie &#233;tait la grande voie naturelle entre l'Orient et l'Occident &#187;. En d'autres termes, ce qui attirait les amis de M. Millerand ce n'&#233;tait pas seulement leur amour pour la G&#233;orgie, mais aussi l'odeur du naphte de Bakou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s l'arriv&#233;e de M. Chevalley, l'amiral fran&#231;ais Dumesnil d&#233;barqua en G&#233;orgie. Sa tendresse pour les compatriotes de No&#233; Jordania ne le c&#233;dait en rien &#224; celle de son coll&#232;gue, le diplomate. L'amiral d&#233;clara que la France &#171; ne reconnaissant pas la mainmise sur la propri&#233;t&#233; d'autrui &#187; ( qui l'e&#251;t cru ? ), lui, Dumesnil, tant qu'il se trouverait sur le territoire de la G&#233;orgie &#171; ind&#233;pendante &#187;, ne permettrait pas au gouvernement sovi&#233;tique de s'emparer des navires russes qui se trouvaient dans le port g&#233;orgien et qui &#233;taient destin&#233;s &#224; &#234;tre transmis &#224; Wrangel ou &#224; ses successeurs &#233;ventuels. Les voies par lesquelles triomphe le droit sont parfois vraiment imp&#233;n&#233;trables !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La collaboration des repr&#233;sentants de la d&#233;mocratie fran&#231;aise avec les d&#233;mocrates de G&#233;orgie prit un d&#233;veloppement extraordinaire. Le torpilleur fran&#231;ais Saquiart bombarda et br&#251;la la go&#233;lette russe Ze&#239;nab. Avec le concours des agents de la Police Sp&#233;ciale g&#233;orgienne, les contre-espions fran&#231;ais attaqu&#232;rent le courrier diplomatique des soviets et le d&#233;valis&#232;rent. Les torpilleurs fran&#231;ais prot&#233;g&#232;rent le d&#233;part pour Constantinople du bateau russe Printsip, ancr&#233; dans le port g&#233;orgien. L'organisation des insurrections dans les r&#233;publiques sovi&#233;tiques et dans les r&#233;gions voisines de la Russie redoubla d'intensit&#233;. La quantit&#233; de l'armement amen&#233; de la G&#233;orgie dans ces r&#233;gions augmenta sensiblement. Le blocus de famine de l'Arm&#233;nie, qui, &#224; cette &#233;poque, avait d&#233;j&#224; adopt&#233; le r&#233;gime sovi&#233;tique, continua. Mais Batoum ne fut pas occup&#233;. Il est possible qu'&#224; cette &#233;poque, Lloyd George ait renonc&#233; &#224; la pens&#233;e d'un nouveau front. Il est possible &#233;galement que l'amour ardent que nourrissaient les Fran&#231;ais pour la G&#233;orgie ait emp&#234;ch&#233; les Anglais de manifester le m&#234;me sentiment. Notre d&#233;claration relative &#224; Batoum ne resta pas naturellement non plus sans effet. Apr&#232;s avoir, au dernier moment, pay&#233; les services de la G&#233;orgie par cette lettre de cr&#233;dit fictive que constituait la reconnaissance de jure de l'&#201;tat g&#233;orgien, l'Entente d&#233;cida de ne rien construire sur le fondement instable de la G&#233;orgie menchevique. Apr&#232;s la lutte acharn&#233;e qu'ils avaient men&#233;e contre nous, les mencheviks g&#233;orgiens &#233;taient persuad&#233;s, au printemps de l'ann&#233;e 1920, que nos troupes parach&#232;veraient leur victoire sur D&#233;nikine, arriveraient &#224; &#233;tapes forc&#233;es jusqu'&#224; Tiflis et Batoum et balayeraient comme un f&#233;tu de paille la d&#233;mocratie menchevique&#8230; Mais nous, qui n'attendions d'un coup d'&#201;tat en G&#233;orgie, aucune cons&#233;quence r&#233;volutionnaire importante, nous &#233;tions pr&#234;ts &#224; tol&#233;rer &#224; nos c&#244;t&#233;s la d&#233;mocratie menchevique, &#224; condition qu'elle consentit &#224; former avec nous un front commun contre la contre-r&#233;volution russe et l'imp&#233;rialisme europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais notre attitude, dict&#233;e par des consid&#233;rations politiques, fut interpr&#233;t&#233;e &#224; Tiflis comme une marque de faiblesse. Nos amis de Tiflis nous &#233;crivaient alors que, tout d'abord, les dirigeants mencheviques ne pouvaient arriver &#224; comprendre les motifs de notre conduite pacifique : ils se rendaient parfaitement compte que nous aurions pu occuper la G&#233;orgie sans coup f&#233;rir. Bient&#244;t ils imagin&#232;rent une explication fantaisiste : l'Angleterre ne consentait, soi-disant, &#224; entrer en pourparlers avec nous que si nous nous engagions &#224; ne rien entreprendre contre la G&#233;orgie. Quoi qu'il en soit, la peur du d&#233;but fait bient&#244;t place &#224; l'insolence chez les mencheviks, qui cherchent &#224; nous provoquer de toutes les fa&#231;ons. Lors de nos revers sur le front polonais et de nos embarras sur le front de Wrangel, la G&#233;orgie se range ouvertement du c&#244;t&#233; de nos ennemis. Sans envergure r&#233;volutionnaire, sans largeur de vues politiques, sans perspective aucune, cette mis&#233;rable d&#233;mocratie petite-bourgeoise qui, apr&#232;s avoir ramp&#233; la veille devant les Hohenzollern, &#233;tait pr&#234;te maintenant &#224; s'aplatir devant Wilson, qui, tout en soutenant Wrangel, &#233;tait pr&#234;te &#224; le renier au moment critique, qui, tout en concluant un accord avec la Russie sovi&#233;tique, n'avait pour but que de tromper cette derni&#232;re, qui, l&#226;che et poltronne, s'&#233;tait &#224; la fin compl&#232;tement emp&#234;tr&#233;e dans le filet de ses propres machinations, avait elle-m&#234;me prononc&#233; son arr&#234;t de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique nous en eussions enti&#232;rement le droit, nous ne consid&#233;rions pas, comme nous l'avons dit plus haut, qu'il fut de notre int&#233;r&#234;t politique de liquider par la force des armes la G&#233;orgie menchevique. Surtout, nous savions bien que si l'on s'avisait de leur marcher sur le pied, les politiciens mencheviques allaient pousser les hauts cris dans toutes les langues des d&#233;mocraties civilis&#233;es. Ces gens-l&#224; ne sont pas les ouvriers de Rostov, de Novotcherkask ou d'Ekat&#233;rinodar, que les partisans de D&#233;nikine, soutenus par la &#171; neutralit&#233; &#187; amicale et le concours effectif des mencheviks g&#233;orgiens, massacraient par centaines et par milliers et qui p&#233;rissaient obscur&#233;ment sans m&#234;me que l'Europe en e&#251;t connaissance. Les politiciens mencheviques g&#233;orgiens sont tous des intellectuels, d'anciens &#233;tudiants des universit&#233;s d'Europe, les g&#233;n&#233;reux amphitryons de Renaudel, de Vandervelde et de Kautsky. Dans ces conditions, n'&#233;tait-il pas facile de pr&#233;voir qu'ils allaient rallier les sympathies de tous les organes de la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, du lib&#233;ralisme et de la r&#233;action ? N'&#233;tait-il pas clair que tous les politiciens qui s'&#233;taient d&#233;shonor&#233;s en soutenant le carnage imp&#233;rialiste, que tous les tra&#238;tres et les banqueroutiers du socialisme officiel, en r&#233;ponse aux lamentations de leurs confr&#232;res g&#233;orgiens offens&#233;s, allaient pousser des clameurs d'indignation pour attester leur attachement &#224; la justice et leur d&#233;vouement &#224; l'id&#233;al d&#233;mocratique ? D'autant plus qu'il n'y aurait aucune d&#233;pense &#224; supporter. Nous connaissions trop bien les mencheviks pour douter qu'ils laisseraient passer une si belle occasion d'adopter des r&#233;solutions, de lancer des manifestes, des appels, des d&#233;clarations, de composer des m&#233;morandums, des articles et de prononcer des discours grandiloquents et path&#233;tiques avec l'approbation de la bourgeoisie et avec l'appui de leurs gouvernements. Si m&#234;me nous n'en avions pas eu d'autres plus s&#233;rieuses, cette seule raison, c'est-&#224;-dire le d&#233;sir de ne pas donner un pr&#233;texte commode &#224; la d&#233;mocratie internationale de battre le rappel, e&#251;t suffi pour nous d&#233;cider &#224; ne pas toucher aux chefs mencheviks de la contre-r&#233;volution dans leur refuge g&#233;orgien. Nous voulions un accord. Nous propos&#226;mes aux mencheviks une action commune contre D&#233;nikine. Ils refus&#232;rent. Nous concl&#251;mes avec eux un trait&#233; qui portait beaucoup moins atteinte &#224; leur ind&#233;pendance que le protectorat de l'Entente. Nous insist&#226;mes sur l'ex&#233;cution du trait&#233; ; dans une s&#233;rie de notes et de protestations, nous d&#233;non&#231;&#226;mes la conduite hostile &#224; notre &#233;gard des mencheviks g&#233;orgiens. Par une pression des masses laborieuses de la G&#233;orgie elle-m&#234;me, nous nous effor&#231;&#226;mes d'avoir dans ce pays un voisin susceptible de devenir pour nous un interm&#233;diaire avantageux entre la F&#233;d&#233;ration sovi&#233;tique et l'Occident capitaliste. C'est dans ce sens qu'&#233;tait orient&#233;e toute notre politique envers la G&#233;orgie. Mais les mencheviks ne pouvaient plus faire volte-face. En &#233;tudiant l'histoire documentaire de nos rapports avec le gouvernement des mencheviks, je me suis maintes fois &#233;tonn&#233; de notre longanimit&#233; et j'ai rendu en m&#234;me temps justice &#224; cette gigantesque machine bourgeoise de falsification et de mensonge au moyen de laquelle le coup d'&#201;tat sovi&#233;tique, in&#233;vitable en G&#233;orgie, &#233;tait repr&#233;sent&#233; comme une agression militaire soudaine et sans motif aucun, comme l'agression du m&#233;chant loup sovi&#233;tique contre le pauvre petit Chaperon Rouge du menchevisme. O po&#232;tes de la Bourse, fabulistes de la diplomatie, mythologues de la grande presse, &#244; canailles &#224; gages du Capital !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la perspicacit&#233; dont il a le secret, Kautsky d&#233;couvre la m&#233;canique diabolique du coup d'&#201;tat bolchevique en G&#233;orgie : l'insurrection commen&#231;a, non pas &#224; Tiflis, comme cela e&#251;t d&#251; arriver si elle f&#251;t partie des masses ouvri&#232;res, mais aux confins du pays, dans le voisinage des troupes sovi&#233;tiques, et se d&#233;veloppa de la p&#233;riph&#233;rie au centre. N'est-il pas clair que le r&#233;gime menchevique est tomb&#233; victime d'une agression militaire d&#233;clench&#233;e de l'ext&#233;rieur ? Ces consid&#233;rations feraient honneur &#224; un jeune juge d'instruction. Mais elle n'apportent rien pour la compr&#233;hension des &#233;v&#233;nements historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution sovi&#233;tique &#233;tait partie des centres de Petrograd et de Moscou, et, de l&#224;, s'&#233;tait r&#233;pandue dans tout l'ancien empire des tsars. La r&#233;volution, &#224; cette &#233;poque, n'avait pas d'arm&#233;e. Ses propagateurs &#233;taient des d&#233;tachements d'ouvriers arm&#233;s &#224; la h&#226;te. Ils p&#233;n&#233;traient presque sans r&#233;sistance dans les r&#233;gions les plus retardataires et, soutenus par la sympathie illimit&#233;e des travailleurs, y instauraient le pouvoir sovi&#233;tique. Lorsque la r&#233;action, personnifi&#233;e par la bourgeoisie et les grands propri&#233;taires fonciers, s'&#233;tait empar&#233;e, comme au Don ou au Kouban, du centre de la r&#233;gion, l'insurrection allait de la p&#233;riph&#233;rie au centre, tr&#232;s souvent avec le concours effectif des agitateurs et des militants arriv&#233;s des capitales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la contre-r&#233;volution, gr&#226;ce au secours qu'elle avait re&#231;u du dehors, r&#233;ussit &#224; reprendre pied dans les parties les plus arri&#233;r&#233;es du territoire russe et &#224; s'y retrancher ; ainsi en fut-il au Don, au Kouban, au Caucase, dans la r&#233;gion de la Volga, en Sib&#233;rie, sur le littoral de la mer Blanche et m&#234;me en Ukraine. En m&#234;me temps que la contre-r&#233;volution, la r&#233;volution formait son arm&#233;e. Bient&#244;t ce furent des batailles rang&#233;es, des campagnes militaires en r&#232;gle qui d&#233;cid&#232;rent du sort des fronti&#232;res de la r&#233;volution sovi&#233;tique. Mais comme les arm&#233;es en pr&#233;sence n'avaient point &#233;t&#233; amen&#233;es &#171; de l'ext&#233;rieur &#187;, qu'elles avaient &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es par les classes qui luttaient &#224; mort l'une contre l'autre sur toute l'&#233;tendue de l'ancien empire des tsars, c'&#233;tait donc la lutte r&#233;volutionnaire des classes qui s'exprimait ainsi dans la langue des op&#233;rations militaires. La contre-r&#233;volution, il est vrai, &#233;tait dans une large mesure soutenue par une force militaire venue du dehors. Mais cela ne fait que confirmer notre th&#232;se. Sans P&#233;tersbourg, Moscou, le rayon d'Ivanovo-Voznessensk, le bassin du Donetz, l'Oural, il n'y e&#251;t pas eu de r&#233;volution. D'elle-m&#234;me la r&#233;gion du Don n'aurait jamais instaur&#233; le pouvoir sovi&#233;tique. Un village du gouvernement de Moscou ne l'aurait pas fait non plus. Mais, comme le village du gouvernement de Moscou, la stanitza du Kouban ainsi que le steppe transvolgien formaient, depuis longtemps, partie int&#233;grale d'un tout administratif et &#233;conomique unique et avaient &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s avec lui dans le tourbillon de la r&#233;volution, ils tomb&#232;rent naturellement sous la direction r&#233;volutionnaire et de la ville et du prol&#233;tariat industriel. Ce n'est pas un pl&#233;biscite sur chaque point du pays, mais l'h&#233;g&#233;monie incontest&#233;e de l'avant-garde prol&#233;tarienne dans tout le pays qui assura la diffusion et la victoire de la R&#233;volution. Avec l'appui de la force arm&#233;e du dehors quelques r&#233;gions des confins de la Russie r&#233;ussirent non seulement &#224; &#233;chapper au tourbillon de la r&#233;volution, mais &#224; maintenir, pour un temps assez long, le r&#233;gime bourgeois. Les &#171; d&#233;mocraties &#187; de Finlande, d'Esthonie, de Lettonie, de Lithuanie et m&#234;me de Pologne doivent leur existence &#224; la force militaire &#233;trang&#232;re qui, durant la p&#233;riode critique de leur formation, pr&#234;ta son appui &#224; la bourgeoisie et &#233;crasa le prol&#233;tariat. Dans ces pays touchant directement &#224; l'Occident capitaliste la corr&#233;lation des forces fut fauss&#233;e par l'introduction d'un &#233;l&#233;ment ext&#233;rieur : la force militaire &#233;trang&#232;re, au moyen de laquelle la bourgeoisie put, par le massacre, l'emprisonnement et la d&#233;portation, d&#233;cimer l'&#233;lite prol&#233;tarienne. De cette fa&#231;on seulement la d&#233;mocratie parvint &#224; &#233;tablir un &#233;quilibre temporaire sur des bases bourgeoises. Pourquoi, &#224; propos, les bonnes &#226;mes de la IIe Internationale ne pr&#233;coniseraient-elles pas un programme comportant : en premier lieu, le retrait des arm&#233;es bourgeoises form&#233;es en Finlande, en Estonie, en Lettonie, etc., avec l'appui des forces ext&#233;rieures ; en second lieu, la lib&#233;ration de tous les prisonniers et l'amnistie pour tous les exil&#233;s (il est impossible, malheureusement, de ressusciter les morts) ; et enfin un r&#233;f&#233;rendum ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation de la Transcaucasie &#233;tait diff&#233;rente : entre elle et les centres de la r&#233;volution s'&#233;tendait la Vend&#233;e cosaque. Sans la Russie sovi&#233;tique, la d&#233;mocratie petite-bourgeoise de Transcaucasie e&#251;t &#233;t&#233; imm&#233;diatement &#233;cras&#233;e par D&#233;nikine. Sans les gardes-blancs du Don et du Kouban, elle se f&#251;t imm&#233;diatement dissoute dans la r&#233;volution sovi&#233;tique. Elle vivait et s'alimentait de la guerre civile acharn&#233;e qui d&#233;solait la Russie et de la force militaire &#233;trang&#232;re install&#233;e en Transcaucasie. D&#232;s l'instant o&#249; la guerre civile se termina par la victoire de la R&#233;publique sovi&#233;tique, l'effondrement du r&#233;gime petit-bourgeois en Transcaucasie devint in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1918 d&#233;j&#224;, Jordania d&#233;plorait que les tendances bolcheviques eussent p&#233;n&#233;tr&#233; dans les campagnes et les villes et touch&#233; jusqu'aux ouvriers mencheviks eux-m&#234;mes. Les insurrections paysannes se succ&#233;daient sans interruption en G&#233;orgie. Alors qu'en Russie sovi&#233;tique, jusqu'&#224; l'insurrection des Tch&#233;co-Slovaques (mai 1918) dirig&#233;e par les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, les journaux mencheviks paraissaient librement, en G&#233;orgie au contraire le parti communiste avait &#233;t&#233; r&#233;duit &#224; l'action clandestine, d&#232;s le d&#233;but de f&#233;vrier. Quoique les travailleurs de Transcaucasie, coup&#233;s de la Russie sovi&#233;tique, fussent continuellement terroris&#233;s par la pr&#233;sence des troupes &#233;trang&#232;res, les insurrections r&#233;volutionnaires ont occup&#233; dans la vie de la G&#233;orgie une place beaucoup plus grande que les insurrections des blancs sur le territoire sovi&#233;tique. L'appareil d'oppression du gouvernement g&#233;orgien fut incomparablement plus consid&#233;rable que celui de la Russie sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre victoire sur D&#233;nikine et, par la suite, sur la toute puissante Entente produisit une impression profonde sur les masses populaires de Transcaucasie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les troupes sovi&#233;tiques approch&#232;rent des fronti&#232;res de l'Azerbe&#239;djan et de la G&#233;orgie, les masses laborieuses de ces r&#233;publiques qui avaient toujours &#233;t&#233; de c&#339;ur avec les travailleurs de la Russie, furent envahies par une puissante effervescence r&#233;volutionnaire. Leur &#233;tat d'esprit pourrait se comparer &#224; celui qui se manifesta chez les masses populaires de la Prusse Orientale et m&#234;me, jusqu'&#224; un certain point, de toute l'Allemagne, lors de notre offensive sur Varsovie, alors que la gauche de notre arm&#233;e rouge arrivait aux fronti&#232;res de l'Allemagne. Mais alors nous n'&#233;tions en pr&#233;sence que d'un &#233;pisode &#233;ph&#233;m&#232;re, tandis que la d&#233;faite des arm&#233;es de D&#233;nikine sous les yeux de l'Entente avait un caract&#232;re d&#233;cisif ; aussi les masses laborieuses d'Azerba&#239;djan, d'Arm&#233;nie et de G&#233;orgie ne doutaient-elles pas que le gouvernement sovi&#233;tique au nord du Caucase repos&#226;t sur des bises fermes et que sa domination fut in&#233;branlable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Azerba&#239;djan, la r&#233;volution sovi&#233;tique s'accomplit presque automatiquement lorsque nos troupes approch&#232;rent des fronti&#232;res de ce pays. Le parti dirigeant des moussavats, compos&#233; de bourgeois et de propri&#233;taires fonciers, &#233;tait loin d'avoir des traditions et une influence aussi fortes que les mencheviks g&#233;orgiens. Bakou, qui, en Azerba&#239;djan, jouait un r&#244;le incomparablement plus important que Tiflis en G&#233;orgie, &#233;tait une vieille citadelle du bolchevisme. Les partisans des moussavats s'enfuirent, abandonnant presque sans r&#233;sistance le pouvoir aux communistes de Bakou. L'attitude des dachnaks arm&#233;niens ne fut pas beaucoup plus digne. En G&#233;orgie, les &#233;v&#233;nements se d&#233;roul&#232;rent plus m&#233;thodiquement. Les tendances bolcheviques qui avaient &#233;t&#233; oblig&#233;es de se dissimuler commenc&#232;rent &#224; se manifester ouvertement. Le parti communiste fit des progr&#232;s rapides en tant qu'organisation et, en peu de temps, il r&#233;ussit &#224; conqu&#233;rir !es sympathies des travailleurs. Le journal des socialistes-f&#233;d&#233;ralistes g&#233;orgiens, le Sakartvello, &#233;crivait, le 7 d&#233;cembre 1920 : &#171; La force des communistes en G&#233;orgie, il y a quelques mois, &#233;tait tout autre que maintenant. Mors la G&#233;orgie n'&#233;tait pas encore entour&#233;e de bolcheviks. Nous avions pour voisins des &#201;tats nationaux ind&#233;pendants. Notre situation &#233;conomique et financi&#232;re &#233;tait incomparablement meilleure qu&#8216;aujourd'hui. Mais la situation a chang&#233; et ce changement s'est effectu&#233; au profit des bolcheviks. A l'heure actuelle, le parti bolchevik a ses organisations en G&#233;orgie. En certains milieux ouvriers, comme par exemple dans le syndicat des ouvriers du Livre, il dispose m&#234;me de la majorit&#233;. En somme, l'activit&#233; des bolcheviks a pris un d&#233;veloppement consid&#233;rable. A l'int&#233;rieur, la croissance des forces bolcheviques ; &#224; l'ext&#233;rieur, leur domination illimit&#233;e. Telle est la situation dans laquelle est tomb&#233;e la G&#233;orgie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refl&#233;tant l'&#233;tat de choses r&#233;el, ces plaintes d'un organe qui nous &#233;tait r&#233;solument hostile ont pour nous une tr&#232;s grande importance : elles constituent une r&#233;futation cat&#233;gorique de Kautsky qui, constatant &#171; l'enti&#232;re libert&#233; &#187; accord&#233;e aux communistes en m&#234;me temps que leur compl&#232;te impuissance, se base l&#224;-dessus pour repr&#233;senter la r&#233;volution sovi&#233;tique, en G&#233;orgie, comme un r&#233;sultat de la violence, de la contrainte &#233;trang&#232;re. Or, les mots de la gazette nationaliste : &#171; A l'int&#233;rieur, la croissance des forces bolcheviques ; &#224; l'ext&#233;rieur, leur domination &#187; sont la formule exacte du coup d'&#201;tat sovi&#233;tique qui allait se produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sentant leur situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e, les mencheviks g&#233;orgiens s'engag&#232;rent dans la voie de la r&#233;action ouverte. Le refus brutal et provocant du gouvernement de Jordania de s'allier &#224; la Russie contre D&#233;nikine avait d&#233;j&#224; discr&#233;dit&#233; jusqu'&#224; un certain point les mencheviks parmi les masses. Les infractions syst&#233;matiques au trait&#233; conclu avec la Russie sovi&#233;tique, infractions que nous pr&#238;mes soin de d&#233;noncer, eurent un effet analogue. Concevant l'impossibilit&#233; d'exister par eux-m&#234;mes, alors que le pouvoir sovi&#233;tique avait triomph&#233; sur tout le sud-est de l'ancien empire des tsars, les mencheviks firent des tentatives d&#233;sesp&#233;r&#233;es pour aider Wrangel et obtenir le concours militaire de l'Entente. Mais ce fut en vain. En Crim&#233;e, ce ne fut pas seulement le sort de Wrangel, ce fut aussi celui de la G&#233;orgie menchevique qui se d&#233;cida.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos effectifs au Caucase furent quelque peu augment&#233;s durant l'automne 1920, au moment de la descente effectu&#233;e par Wrangel au Kouban, alors qu'il n'&#233;tait bruit que d'une occupation de Batoum. Cette concentration de nos troupes avait un caract&#232;re purement d&#233;fensif. La liquidation du front de Wrangel et l'armistice avec la Pologne renforc&#232;rent les tendances sovi&#233;tiques en G&#233;orgie. La pr&#233;sence des r&#233;giments rouges aux fronti&#232;res de ce pays signifiait qu'il n'y avait nullement lieu de craindre une intervention &#233;trang&#232;re en cas de r&#233;volution sovi&#233;tique. Ce n'est pas pour renverser les mencheviks qu'il fallait des soldats rouges, mais pour pr&#233;venir toute tentative de d&#233;barquement de troupes envoy&#233;es de Constantinople par l'Angleterre, par la France ou par Wrangel pour &#233;touffer la r&#233;volution sovi&#233;tique. Les mencheviks eux-m&#234;mes, avec leur garde pr&#233;torienne populaire et leur arm&#233;e nationale fictive, oppos&#232;rent une r&#233;sistance insignifiante. Commenc&#233;e au d&#233;but de f&#233;vrier, la r&#233;volution sovi&#233;tique &#233;tait d&#233;j&#224;, vers le milieu de mars, termin&#233;e dans toutes les parties du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas la moindre intention de dissimuler ou de rabaisser l'importance du r&#244;le de l'arm&#233;e sovi&#233;tique dans la victoire des soviets au Caucase. En f&#233;vrier 1921, cette arm&#233;e pr&#234;ta &#224; la r&#233;volution un concours puissant, quoique beaucoup moindre que celui qu'avaient fourni, durant trois ans, aux mencheviks les arm&#233;es turque, allemande, anglaise, sans parler des gardes-blancs russes. Si le Comit&#233; R&#233;volutionnaire qui dirigeait l'insurrection ne commen&#231;a pas ses op&#233;rations &#224; Tiflis, centre de la garde populaire menchevique, mais dans les fronti&#232;res, o&#249; il pouvait s'arc-bouter &#224; l'arm&#233;e rouge et rassembler ses forces, cela prouve uniquement qu'il avait un sens politique avis&#233;, ce que l'on ne saurait dire de Kautsky, qui, apr&#232;s coup, cherche &#224; dicter &#224; la r&#233;volution g&#233;orgienne une tactique contraire &#224; celle qui lui a donn&#233; la victoire. Que Kautsky garde ses le&#231;ons de strat&#233;gie pour lui ! Nous, nous voulons nous instruire et apprendre &#224; battre l'ennemi. Les ap&#244;tres de la IIe Internationale, eux, enseignent l'art d'&#234;tre battu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui arriva fut ce qui, depuis longtemps d&#233;j&#224;, se pr&#233;parait et ne pouvait pas ne pas arriver. L'histoire des rapports entre la G&#233;orgie et la Russie sovi&#233;tique n'est qu'un chapitre du livre sur le blocus de la Russie, sur les interventions militaires, sur l'or fran&#231;ais, sur les navires anglais, sur les quatre fronts qui d&#233;vor&#232;rent l'&#233;lite de la classe ouvri&#232;re. Ce chapitre ne saurait &#234;tre isol&#233; du reste du livre. La G&#233;orgie, telle que nous la repr&#233;sentent maintenant les capitaines mencheviques de la guerre civile, n'a jamais exist&#233; : il n'y a jamais eu de G&#233;orgie d&#233;mocratique, pacifique, autonome, neutre. Ce qu'a &#233;t&#233; la G&#233;orgie, c'est une place d'armes de la guerre de classes pan-russe Cette place d'armes est maintenant aux mains du prol&#233;tariat victorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, apr&#232;s que les dirigeants mencheviques de la G&#233;orgie ont aid&#233; &#224; massacrer, &#224; pendre et &#224; faire mourir de froid des dizaines de milliers de soldats rouges, des milliers de communistes et &#224; nous porter des blessures que nous mettrons de longues ann&#233;es &#224; gu&#233;rir ; apr&#232;s que, malgr&#233; toutes nos pertes et tous nos sacrifices, nous sommes sortis vainqueurs de la lutte ; apr&#232;s que les masses laborieuses de la G&#233;orgie ont, avec notre concours, jet&#233; leurs dirigeants par-dessus bord &#224; Batoum, ceux-ci viennent nous proposer de consid&#233;rer la partie comme nulle et de recommencer le jeu. Aux mencheviks qui se sont compromis avec les officiers russes, turcs, prussiens et britanniques, Macdonald, Kautsky, Mrs. Snowden et autres savants accoucheurs et sages-femmes de la IIe Internationale se chargeront de refaire une virginit&#233; d&#233;mocratique, apr&#232;s quoi, sous la protection de la flotte britannique, avec les subsides des rois du naphte et du mangan&#232;se, aux applaudissements du Times et avec la b&#233;n&#233;diction du nouveau pape, la G&#233;orgie menchevique, le pays le plus d&#233;mocratique, le plus libre, le plus neutre du monde, sera restaur&#233;e, dans sa splendeur premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Gironde g&#233;orgienne, type politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La G&#233;orgie a jou&#233;, dans l'histoire du menchevisme russe, un r&#244;le des plus importants. C'est en G&#233;orgie que le menchevisme a rev&#234;tu la forme la plus &#233;vidente, la plus marqu&#233;e de l'adaptation du marxisme au besoins de la classe intellectuelle, chez un peuple arri&#233;r&#233; qui, dans son d&#233;veloppement, n'en &#233;tait encore, &#224; tout prendre, qu'&#224; sa p&#233;riode pr&#233;-capitaliste. L'industrie faisant d&#233;faut, la bourgeoisie nationale, au sens v&#233;ritable du mot, n'existait pas. Le capital commercial se trouvait concentr&#233; presque exclusivement entre les mains des Arm&#233;niens. La culture intellectuelle &#233;tait l'apanage des petits propri&#233;taires fonciers, nobles pour la plupart. Le capitalisme qui commen&#231;ait &#224; p&#233;n&#233;trer la vie nationale n'avait pas encore cr&#233;&#233; sa culture, mais il avait d&#233;j&#224; engendr&#233; des besoins que la noblesse g&#233;orgienne, dont tout l'avoir consistait en vignes et en troupeaux de moutons, &#233;tait impuissante &#224; satisfaire. Le m&#233;contentement contre l'administration russe et le tsarisme s'alliait &#224; la haine du capitalisme repr&#233;sent&#233; par le marchand et l'usurier arm&#233;niens. L'incertitude du lendemain et le d&#233;sir de trouver une issue &#224; sa situation amen&#232;rent naturellement la nouvelle g&#233;n&#233;ration des intellectuels, nobles et petits-bourgeois, &#224; adh&#233;rer &#224; l'id&#233;ologie d&#233;mocratique et &#224; se chercher un appui parmi les travailleurs. Mais, &#224; cette &#233;poque (fin du si&#232;cle dernier), le programme de la d&#233;mocratie politique, sous son ancienne forme jacobine ou &#171; manchest&#233;rienne &#187;, &#233;tait d&#233;j&#224; depuis longtemps condamn&#233; par la marche de l'&#233;volution historique et, dans la conscience des masses opprim&#233;es d'Europe, avait c&#233;d&#233; le pas &#224; diff&#233;rentes th&#233;ories socialistes qui, &#224; leur tour, perdaient de plus en plus de terrain devant le marxisme. Les aspirations de la noblesse des campagnes et des villes &#224; un champ plus large d'activit&#233; dans les domaines litt&#233;raire, politique et autres, aspirations marqu&#233;es d'une sorte d'aversion envieuse pour le capitalisme ; les premiers mouvements des artisans et des ouvriers industriels, peu nombreux encore, qui s'&#233;veillaient &#224; la vie politique ; le m&#233;contentement sourd de la classe paysanne opprim&#233;e trouv&#232;rent leur expression dans l'adaptation menchevique du marxisme, laquelle simultan&#233;ment habituait &#224; la reconnaissance du caract&#232;re in&#233;vitable du d&#233;veloppement capitaliste, remettait en honneur les id&#233;es de la d&#233;mocratie politique discr&#233;dit&#233;e en Occident et pr&#233;disait pour un avenir ind&#233;termin&#233; et lointain la domination de la classe ouvri&#232;re qui devait surgir, organiquement et sans douleur, de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nobles d'origine, petits-bourgeois par leur genre de vie et leur tour d'esprit, avec un faux passeport marxiste en poche, tels &#233;taient les chefs du menchevisme g&#233;orgien lorsqu'ils entr&#232;rent dans la politique r&#233;volutionnaire. M&#233;ridionaux impressionnables et souples, ils devinrent, en beaucoup de cas, les chefs des &#233;tudiants et du mouvement d&#233;mocratique ; la prison, la d&#233;portation et la tribune de la Douma d'Empire consolid&#232;rent leur autorit&#233; politique et leur donn&#232;rent en G&#233;orgie une certaine r&#233;putation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inconsistance petite-bourgeoise du menchevisme, et particuli&#232;rement de sa fraction g&#233;orgienne, apparaissait de plus en plus nettement &#224; mesure que la r&#233;volution prenait plus d'ampleur et que ses t&#226;ches int&#233;rieures et internationales devenaient plus compliqu&#233;es. La poltronnerie politique est un trait important du menchevisme ; or, la r&#233;volution n'admet gu&#232;re la poltronnerie. Durant les grands &#233;v&#233;nements, un menchevik fait pi&#232;tre figure. Ce trait de son caract&#232;re s'explique par la crainte sociale du petit-bourgeois devant le grand, de l'intellectuel, simple &#171; p&#233;kin &#187;, devant un g&#233;n&#233;ral, du petit avocat devant un v&#233;ritable diplomate, du provincial m&#233;fiant et vaniteux devant un Fran&#231;ais ou un Anglais. La poltronnerie devant les repr&#233;sentants attitr&#233;s du Capital a pour pendant obligatoire la hauteur envers les ouvriers. Dans la haine de Ts&#233;r&#233;telli pour la Russie sovi&#233;tique il y a une r&#233;volte organique contre la tentative de l'ouvrier de se mettre lui-m&#234;me &#224; l'&#339;uvre que seul, lui, le petit-bourgeois instruit est de taille &#224; accomplir, et encore avec la permission du grand bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Tchkenk&#233;li ou Gu&#233;guetchkori parlent du bolchevisme, ils empruntent leurs &#233;pith&#232;tes aux charretiers non seulement de Tiflis, mais de toute l'Europe. Mais quand ils &#171; conversent &#187; avec le g&#233;n&#233;ral tsariste Alex&#233;iev, ou bien avec le g&#233;n&#233;ral allemand von Kress, ou encore avec le g&#233;n&#233;ral anglais Walker, ils s'efforcent d'atteindre &#224; la noblesse de langage des ma&#238;tres d'h&#244;tel suisses. C'est surtout des g&#233;n&#233;raux qu'ils ont peur. Ils leur donnent des gages, ils cherchent &#224; les convaincre, ils leur expliquent avec d&#233;f&#233;rence que le socialisme g&#233;orgien est quelque chose de tout &#224; fait diff&#233;rent des autres formes du socialisme, qui ne visent qu'&#224; la destruction et au d&#233;sordre, tandis que leur socialisme, &#224; eux, est une garantie d'ordre. L'exp&#233;rience politique rend les petits-bourgeois plus cyniques, mais ne leur apprend rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons ouvert plus haut, devant nos lecteurs, le journal de Djough&#233;li et nous avons vu tel qu'il se repr&#233;sente lui-m&#234;me un des chevaliers du menchevisme. Il br&#251;le les villages oss&#232;tes et, dans un style de coll&#233;gien d&#233;prav&#233;, exprime dans son journal son admiration pour la beaut&#233; de l'incendie et ses affinit&#233;s avec N&#233;ron. Les bolcheviks, qui ne taisent pas les faits de la guerre civile et les mesures de rigueur qu'ils emploient pour mater leurs ennemis, en imposent incontestablement &#224; ce r&#233;pugnant cabotin. Comme ses ma&#238;tres, Djough&#233;li est absolument incapable de comprendre que, derri&#232;re cette politique ouverte et intr&#233;pide de violence r&#233;volutionnaire, il y a la conscience d'un droit historique, d'une mission r&#233;volutionnaire, conscience qui n'a rien de commun avec le cynisme &#233;hont&#233; d'un satrape &#171; d&#233;mocratique &#187; provincial incendiant les villages et se regardant avec complaisance dans la glace pour bien se convaincre de sa ressemblance avec le d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; romain au front ceint d'une couronne imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Djough&#233;li n'est pas une exception ; ce qui le prouve mieux que tout, c'est la pr&#233;face on ne peut plus &#233;logieuse &#233;crite pour son livre par le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, Gu&#233;guetchkori. A la suite de Jordania, le ministre de l'Int&#233;rieur, Ramichvili, se r&#233;f&#233;rant &#224; Marx, proclamait avec emphase le droit de la d&#233;mocratie &#224; la terreur implacable. De N&#233;ron &#224; Marx&#8230; Le cabotinage de ces bourgeois de province, leurs proc&#233;d&#233;s superficiels, leur imitation purement simiesque sont le t&#233;moignage criant de leur nullit&#233;, du vide de leur esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constatant eux-m&#234;mes la compl&#232;te impuissance de la G&#233;orgie &#171; ind&#233;pendante &#187;, oblig&#233;s, apr&#232;s l'effondrement de l'Allemagne, de chercher la protection de l'Entente, les mencheviks dissimul&#232;rent de plus en plus soigneusement leur Police Sp&#233;ciale et, au lieu du masque bon march&#233; mod&#232;le Djough&#233;li-N&#233;ron, rev&#234;tirent le masque Jordania-Ts&#233;r&#233;telli-Gladstone, pour imiter ce d&#233;clamateur fameux, amoureux des lieux communs &#224; la sauce lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mencheviks g&#233;orgiens, surtout dans leur jeunesse, avaient besoin d'un marxisme frelat&#233;, dans la mesure o&#249; il justifiait leur position essentiellement bourgeoise. Leur poltronnerie politique, leur phras&#233;ologie d&#233;mocratique, assemblage de lieux communs path&#233;tiques, leur r&#233;pulsion instinctive pour tout ce qui est pr&#233;cis, achev&#233;, tranch&#233; dans le domaine des id&#233;es, leur v&#233;n&#233;ration envieuse des formes ext&#233;rieures de la civilisation bourgeoise donnaient par leur amalgame un type diam&#233;tralement oppos&#233; au type marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Ts&#233;r&#233;telli traite de la &#171; d&#233;mocratie internationale &#187;, que ce soit &#224; Saint-P&#233;tersbourg, &#224; Tiflis ou &#224; Paris, il est absolument impossible de savoir s'il parle de la mythique &#171; famille des peuples &#187;, de l'Internationale ou bien de l'Entente. En fin de compte, c'est toujours &#224; cette derni&#232;re qu'il s'adresse, mais il s'exprime de telle fa&#231;on qu'on peut croire qu'il s'agit &#233;galement du prol&#233;tariat mondial. Ses id&#233;es d&#233;lay&#233;es, ses conceptions amorphes facilitent on ne peut plus cette confusion. Lorsque Jordania, le chef du clan, parle de la solidarit&#233; internationale, il all&#232;gue, &#224; l'appui de son argumentation, l'hospitalit&#233; des rois g&#233;orgiens. &#171; L'avenir de l'Internationale et de la Soci&#233;t&#233; des Nations est assur&#233; &#187;, annonce Tchkenk&#233;li &#224; son retour d'Europe. Pr&#233;jug&#233;s nationaux et bribes du socialisme, Marx et Wilson, emballements purement litt&#233;raires et &#233;troitesse petite-bourgeoise, pathos et bouffonnerie, l'Internationale et la Soci&#233;t&#233; des Nations, une certaine dose de sinc&#233;rit&#233;, beaucoup de charlatanisme et, par-dessus tout, satisfaction b&#233;ate d'un apothicaire de province ; telle est la mixture qui forme l'&#226;me d'un menchevik g&#233;orgien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mencheviks g&#233;orgiens acclam&#232;rent avec enthousiasme les quatorze points de Wilson. Ils acclam&#232;rent la cr&#233;ation de la Soci&#233;t&#233; des Nations. Auparavant, ils avaient acclam&#233; l'entr&#233;e des troupes du kaiser en G&#233;orgie. Puis ils avaient acclam&#233; leur d&#233;part. Ils acclam&#232;rent l'arriv&#233;e des troupes anglaises. Ils acclam&#232;rent la d&#233;claration amicale de l'amiral fran&#231;ais. Ils acclam&#232;rent, il va de soi, Kautsky, Vandervelde, Mrs. Snowden et sont pr&#234;ts, &#224; chaque instant, &#224; acclamer l'archev&#234;que de Cantorb&#233;ry si celui-ci veut bien &#171; se fendre &#187; de quelques nouvelles mal&#233;dictions &#224; l'adresse des bolcheviks. C'est de cette fa&#231;on que ces messieurs d&#233;montrent qu'ils sont les enfants v&#233;ritables de la &#171; civilisation europ&#233;enne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;morandum pr&#233;sent&#233; par la d&#233;l&#233;gation g&#233;orgienne &#224; la Soci&#233;t&#233; des Nations &#224; Gen&#232;ve nous d&#233;voile, d'une fa&#231;on saisissante, l'essence du menchevisme g&#233;orgien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rang&#233; sous le drapeau de la d&#233;mocratie occidentale &#8212; est-il dit dans la conclusion du m&#233;morandum &#8212; le peuple g&#233;orgien, tout naturellement, ressent une sympathie exclusive pour Vid&#233;e de la formation d'un syst&#232;me politique, qui, cons&#233;quence directe de la guerre, sert en m&#234;me temps de moyen pour paralyser la possibilit&#233; de nouvelles guerres dans l'avenir. La Soci&#233;t&#233; des Nations, qui incarne ce syst&#232;me, repr&#233;sente, par la f&#233;condit&#233; de ses r&#233;sultats, l'acquisition la plus remarquable de l'humanit&#233; dans sa voie vers l'unit&#233; future. Priant de l'admettre dans la Soci&#233;t&#233; des Nations&#8230; le gouvernement g&#233;orgien estime que les principes m&#234;mes appel&#233;s &#224; r&#233;gler la vie internationale dirig&#233;e d&#233;sormais vers la solidarit&#233; et la collaboration, exigent l'admission dans la famille des peuples libres europ&#233;ens du peuple antique qui fut autrefois l'avant-garde du christianisme en Orient et qui est devenu maintenant l'avant-garde de la d&#233;mocratie, du peuple qui n'aspire qu'au travail libre, opini&#226;tre, dans la maison qui est son h&#233;ritage l&#233;gitime et incontestable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cela, il n'y a plus qu'&#224; tirer l'&#233;chelle. Voil&#224; un document classique de la bassesse. Il peut servir de crit&#233;rium s&#251;r ; le socialiste chez lequel ce m&#233;morandum ne provoquera pas un haut-le-c&#339;ur doit &#234;tre exclu ignominieusement et pour toujours du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion principale que Kautsky tire de son &#233;tude sur la G&#233;orgie est que, contrairement &#224; la Russie, avec ses fractions, ses scissions et ses luttes intestines, contrairement &#224; tout ce monde coupable, qui sous ce rapport ne vaut pas mieux que la Russie, c'est dans les montagnes de la G&#233;orgie seulement qu'il a trouv&#233; le r&#232;gne du marxisme v&#233;ritable, du marxisme authentique. Pourtant, Kautsky ne cache pas qu'il n'y a, en G&#233;orgie, ni grande ni moyenne industrie et, par suite, pas de prol&#233;tariat au sens actuel du mot. La grande masse des d&#233;put&#233;s mencheviks de l'Assembl&#233;e Constituante g&#233;orgienne &#233;tait compos&#233;e de professeurs, de m&#233;decins, d'employ&#233;s. La masse des &#233;lecteurs &#233;tait repr&#233;sent&#233;e par les paysans. N&#233;anmoins, Kautsky ne se donne pas la peine d'expliquer ce prodige historique, lui, qui, avec tous les mencheviks, nous accuse de repr&#233;senter les c&#244;t&#233;s arri&#233;r&#233;s de la Russie comme des sup&#233;riorit&#233;s, d&#233;couvre le mod&#232;le id&#233;al de la social-d&#233;mocratie dans le coin le plus retardataire de l'ancienne Russie. En r&#233;alit&#233;, si le &#171; marxisme &#187; en G&#233;orgie n'a pas connu les scissions et une lutte de fraction aussi intense que dans les autres pays moins favoris&#233;s, cela prouve uniquement que le milieu social y &#233;tait plus primitif, le processus de diff&#233;renciation de la d&#233;mocratie bourgeoise et de la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne y &#233;tant consid&#233;rablement en retard, et, par suite, que le menchevisme g&#233;orgien n'avait rien de commun avec le marxisme. Au lieu de r&#233;pondre &#224; ces questions fondamentales, Kautsky d&#233;clare du haut de sa grandeur qu'il connaissait d&#233;j&#224; les v&#233;rit&#233;s du marxisme, alors &#166; que beaucoup d'entre nous n'&#233;taient encore qu'au berceau. Nous ne chercherons pas &#224; contester &#224; Kautsky cette sup&#233;riorit&#233;. Le sage Nestor &#8212; celui de Shakespeare et non celui d'Hom&#232;re &#8212; se consid&#233;rait comme sup&#233;rieur &#224; son ennemi plus jeune que lui parce que la femme qu'il aimait avait &#233;t&#233; autrefois plus belle que la grand-m&#232;re de ce dernier. Chacun se console comme il peut. Mais peut-&#234;tre est-ce parce que Kautsky a, depuis trop longtemps, &#233;tudi&#233; l'alphabet du socialisme qu'il n'a pas su, quand il s'agissait de la G&#233;orgie, en lire les premi&#232;res lettres. Pour lui la stabilit&#233; et la dur&#233;e relatives de la domination du menchevisme g&#233;orgien sont le fruit d'une sagesse tactique sup&#233;rieure ; il ne voit pas qu'elles s'expliquent par le fait que l'&#232;re du socialisme r&#233;volutionnaire pour la G&#233;orgie arri&#233;r&#233;e a commenc&#233; plus tard que pour les autres parties de l'ancienne Russie. Profond&#233;ment bless&#233; par le cours de l'histoire, Karl Kautsky, aux derniers jours de l'&#232;re menchevique, est arriv&#233; &#224; Tiflis pour y apaiser sa soif spirituelle. Trois quarts de si&#232;cle apr&#232;s que Marx et Engels avaient &#233;crit leur Manifeste, Mrs. Snowden s'est empress&#233;e &#233;galement d'y courir pour a&#233;rer son bagage spirituel. La chose, en effet, s'imposait. L'&#201;vangile de Jordania est raisonnable, organique, v&#233;ritablement dans l'esprit &#171; fabien &#187; ; il va du roi g&#233;orgien Vakhtanga &#224; M. Huysmans ; il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par le ciel lui-m&#234;me pour la satisfaction des besoins les plus nobles du socialisme britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la b&#234;tise est vivace, lorsqu'elle a des racines sociales !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore d&#233;mocratie et sovi&#233;tisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que nous en avons fini avec le r&#233;cit des &#233;v&#233;nements, qu'il nous soit permis de nous arr&#234;ter &#224; quelques consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la Transcaucasie durant les cinq derni&#232;res ann&#233;es est un cours extr&#234;mement instructif de d&#233;mocratie en p&#233;riode r&#233;volutionnaire. Aux &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e Constituante pan-russe, aucun des partis caucasiens n'avait inscrit dans son programme la s&#233;paration d'avec la Russie. Quatre ou cinq mois plus tard, en avril 1918, le Se&#239;m transcaucasien compos&#233; des d&#233;put&#233;s de cette m&#234;me Assembl&#233;e Constituante d&#233;cr&#233;tait la s&#233;paration de la G&#233;orgie d'avec la Russie et sa constitution en &#201;tat ind&#233;pendant. Et ainsi, sur cette question fondamentale de la vie &#233;tatique : avec la Russie sovi&#233;tique ou sans elle et contre elle, personne ne consulta la population de la Transcaucasie ; il ne fut question ni de r&#233;f&#233;rendum, ni de pl&#233;biscite, ni de nouvelles &#233;lections. La s&#233;paration de la Transcaucasie d'avec la Russie fut d&#233;cr&#233;t&#233;e par les m&#234;mes d&#233;put&#233;s qui avaient &#233;t&#233; &#233;lus pour repr&#233;senter la Transcaucasie &#224; Saint-P&#233;tersbourg sur la base des plates-formes d&#233;mocratiques amorphes de la premi&#232;re p&#233;riode de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique Transcaucasienne fut proclam&#233;e tout l'abord comme f&#233;d&#233;ration de toutes les nationalit&#233;s du Caucase. Mais la situation cr&#233;&#233;e par la s&#233;paration d'avec la Russie et la recherche de nouvelles orientations internationales amena le fractionnement de la Transcaucasie en trois parties distinctes : l'Azerbe&#239;djan, l'Arm&#233;nie et la G&#233;orgie. Le 26 mai 1918 d&#233;j&#224;, c'est-&#224;-dire cinq semaines apr&#232;s la s&#233;paration, le Se&#239;m &#8212; form&#233; de d&#233;put&#233;s de l'Assembl&#233;e Constituante pan-russe &#8212; qui avait cr&#233;&#233; la R&#233;publique Transcaucasienne, proclamait sa liquidation. Comme auparavant, l'on ne demanda point leur avis aux masses populaires ; il n'y eut ni &#233;lections ni aucune autre forme de consultation. Et ainsi, tout d'abord, sans s'occuper du d&#233;sir de la population, on l'avait s&#233;par&#233;e de la Russie pour r&#233;aliser, comme l'expliquaient les dirigeants du Se&#239;m, une union plus &#233;troite des Tartares, des Arm&#233;niens, des G&#233;orgiens. Ensuite, &#224; la premi&#232;re secousse ext&#233;rieure, Tartares, Arm&#233;niens et G&#233;orgiens avaient &#233;t&#233;, sans qu'on les consult&#226;t, scind&#233;s en trois &#201;tats distincts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, la fraction g&#233;orgienne du Se&#239;m proclamait la G&#233;orgie r&#233;publique ind&#233;pendante. Les ouvriers et les paysans g&#233;orgiens ne furent point consult&#233;s : on les mit en pr&#233;sence du fait accompli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les dix mois qui suivirent, les mencheviks consolid&#232;rent le &#171; fait accompli &#187; : ils pourchass&#232;rent les communistes qu'ils r&#233;duisirent &#224; l'action clandestine, entr&#232;rent en relations avec les Turcs et les Allemands, conclurent des trait&#233;s de paix, remplac&#232;rent les Allemands par les Anglais et les Am&#233;ricains, accomplirent leurs r&#233;formes fondamentales, surtout cr&#233;&#232;rent leur force arm&#233;e pr&#233;torienne, la Garde Populaire, et, apr&#232;s tout cela seulement, se d&#233;cid&#232;rent &#224; convoquer l'Assembl&#233;e Constituante (mai 1919), mettant ainsi les masses dans la n&#233;cessit&#233; d'&#233;lire des repr&#233;sentants au Parlement de la r&#233;publique g&#233;orgienne ind&#233;pendante, dont elles n'avaient jamais entendu parler et &#224; laquelle elles n'avaient jamais pens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifie tout cela ? Si Macdonald, par exemple, comprenait tant soit peu l'histoire, c'est-&#224;-dire s'il &#233;tait capable de voir dans l'histoire le mouvement des forces et des int&#233;r&#234;ts vitaux et de distinguer leur aspect v&#233;ritable du masque qui les recouvre, leurs causes r&#233;elles des contingences, il arriverait tout d'abord &#224; la conclusion que les politiciens mencheviks, ces d&#233;mocrates par excellence, s'effor&#231;aient de r&#233;aliser, et r&#233;alisaient en fait, les mesures les plus importantes, contrairement aux m&#233;thodes de la d&#233;mocratie politique. Ils utilis&#232;rent, il est vrai, la fraction transcaucasienne de l'Assembl&#233;e Constituante pan-russe, mais ils l'employ&#232;rent &#224; des buts diam&#233;tralement oppos&#233;s &#224; ceux pour lesquels elle avait &#233;t&#233; &#233;lue. Puis il soutinrent artificiellement ce r&#233;sidu de la r&#233;volution de la veille pour faire opposition au lendemain de cette r&#233;volution. Ils ne convoqu&#232;rent l'Assembl&#233;e Constituante g&#233;orgienne qu'apr&#232;s avoir mis la G&#233;orgie dans une situation &#224; laquelle il n'y avait pour la population d'autre issue que celle qu'ils lui avaient impos&#233;e : la Transcaucasie &#233;tait s&#233;par&#233;e de la Russie, la G&#233;orgie de la Transcaucasie ; les Anglais occupaient Batoum ; les blancs, amis rien moins que s&#251;rs, &#233;taient aux fronti&#232;res de la r&#233;publique ; les bolcheviks g&#233;orgiens &#233;taient mis hors la loi, le parti menchevik restait le seul interm&#233;diaire possible entre la G&#233;orgie et l'Entente dont d&#233;pendaient les arrivages de bl&#233;. Dans ces conditions, les &#233;lections &#171; d&#233;mocratiques &#187; ne pouvaient avoir pour r&#233;sultat que le sanctionnement de cette s&#233;rie d'actes accomplis au moyen de la contrainte contre-r&#233;volutionnaire par les mencheviks eux-m&#234;mes et par leurs complices et protecteurs &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on compare &#224; cela le coup d'&#201;tat du 7 novembre pr&#233;par&#233; par nous au grand jour en rassemblant les masses autour du programme : &#171; Tout le pouvoir aux soviets &#187;, en construisant les soviets, en luttant pour les soviets, en y conqu&#233;rant la majorit&#233; contre les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires dans une lutte sans merci, et que l'on nous dise o&#249; est la v&#233;ritable d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut maintenant revenir &#224; quelques questions relatives au m&#233;canisme de la r&#233;volution tel que nous le connaissons par l'exp&#233;rience des temps modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; l'heure actuelle, la r&#233;volution n'&#233;tait possible qu'au cas o&#249; les int&#233;r&#234;ts de la majorit&#233; du peuple, par suite, de classes diff&#233;rentes, &#233;taient en contradiction avec le syst&#232;me existant de la propri&#233;t&#233; et du r&#233;gime &#233;tatique. C'est pourquoi la r&#233;volution d&#233;butait par les revendications &#171; populaires &#187; &#233;l&#233;mentaires, dans lesquelles l'int&#233;r&#234;t de la classe des poss&#233;dants, l'ineptie de la petite bourgeoisie, l'&#233;tat politique arri&#233;r&#233; du prol&#233;tariat trouvaient leur expression. Ce n'est qu'au cours de la r&#233;alisation effective de ce programme que des antagonismes d'int&#233;r&#234;ts se r&#233;v&#232;lent dans le camp m&#234;me de la r&#233;volution. Les &#233;l&#233;ments poss&#233;dants, conservateurs sont rejet&#233;s progressivement ou d'un seul coup dans le camp de la contre-r&#233;volution. Les unes apr&#232;s les autres les diff&#233;rentes couches des masses opprim&#233;es se l&#232;vent pour la lutte. Leurs revendications se font plus cat&#233;goriques, leurs m&#233;thodes de lutte plus implacables. La r&#233;volution atteint son point culminant. Pour qu'elle continue son ascension, il lui manque soit des bases mat&#233;rielles (dans les conditions de la production), soit une force politique consciente (le parti). Alors la courbe commence &#224; s'abaisser pour une courte dur&#233;e de temps ou pour une longue p&#233;riode historique. Le parti extr&#234;me de la r&#233;volution ou bien est &#233;limin&#233; du pouvoir, ou bien restreint son programme d'action, en attendant qu'il se produise un changement en sa faveur dans le rapport des forces. Nous ne donnons ici que la formule alg&#233;brique de la r&#233;volution sans ses significations exactes de classe, mais cela nous suffit pour le moment, car il s'agit du rapport entre les forces vives, qui s'accroissent dans la lutte, et les forces de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions parlementaires h&#233;rit&#233;es du pass&#233; (&#201;tats G&#233;n&#233;raux en France, Douma d'Empire en Russie) peuvent, &#224; un certain moment, donner une impulsion &#224; la r&#233;volution, mais bient&#244;t elles la contrecarrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La repr&#233;sentation &#233;lue &#224; la premi&#232;re p&#233;riode de la r&#233;volution refl&#232;te in&#233;vitablement l'amorphisme politique, la na&#239;vet&#233;, la bonhomie, l'ind&#233;cision de cette derni&#232;re. Aussi devient-elle rapidement un frein pour le d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire : s'il n'existe pas une force r&#233;volutionnaire capable de franchir cet obstacle, la r&#233;volution pi&#233;tine sur place, puis fait machine en arri&#232;re. La contre-r&#233;volution balaye la Constituante. Ainsi en fut-il pendant !a R&#233;volution de 1848 : le g&#233;n&#233;ral Wrangel liquida l'Assembl&#233;e Constituante prussienne qui n'avait pas su le liquider et qui n'avait pas &#233;t&#233; liquid&#233;e elle-m&#234;me au moment n&#233;cessaire par le parti r&#233;volutionnaire. Nous avons eu aussi, on le sait, notre g&#233;n&#233;ral Wrangel, qui avait h&#233;rit&#233; des penchants de son a&#239;eul. Mais nous l'avons liquid&#233;. Si nous y avons r&#233;ussi, c'est parce que nous avions liquid&#233; pr&#233;alablement l'Assembl&#233;e Constituante. La Constituante de Samara, elle, a refait l'exp&#233;rience prussienne et elle a trouv&#233; son fossoyeur en Koltchak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise n'a pu op&#233;rer pendant un certain temps au moyen d'institutions repr&#233;sentatives encombrantes, toujours en retard sur les &#233;v&#233;nements, que parce que l'Allemagne, &#224; cette &#233;poque, &#233;tait r&#233;duite &#224; rien et qu'il &#233;tait difficile &#224; l'Angleterre, alors comme maintenant, de s'engager sur le continent. Ainsi la R&#233;volution fran&#231;aise &#8212; et c'est ce qui la distingue de la n&#244;tre &#8212; a eu &#224; ses d&#233;buts une longue &#171; halte &#187; ext&#233;rieure qui lui a permis, jusqu'&#224; un certain point, d'ajuster et d'adapter, sans se presser, les repr&#233;sentations d&#233;mocratiques successives aux besoins de la r&#233;volution. Quand la situation devint mena&#231;ante, le parti r&#233;volutionnaire dirigeant n'orienta pas sa politique dans le sens de la d&#233;mocratie formelle, mais, avec le couperet de la guillotine, tailla &#224; la h&#226;te la d&#233;mocratie &#224; la mesure des besoins de sa politique : les Jacobins extermin&#232;rent les membres de la droite de la Convention et intimid&#232;rent les centristes du Marais. La r&#233;volution ne suivit pas le lit du fleuve d&#233;mocratique ; elle marcha par les d&#233;fil&#233;s et les ravins de la dictature terroriste. L'histoire, en somme, ne conna&#238;t pas de r&#233;volution qui se soit termin&#233;e par la voie d&#233;mocratique. Car la r&#233;volution est un litige grave, qu'on ne r&#233;soud jamais suivant la forme, mais selon le fond. Il arrive assez souvent que les gens perdent leur fortune et m&#234;me ce que l'on appelle l'honneur &#224; un jeu purement conventionnel comme le jeu de cartes ; mais les classes ne consentent jamais &#224; perdre leur avoir, leur pouvoir et leur honneur au jeu conventionnel du parlementarisme d&#233;mocratique. Elles r&#233;solvent toujours la question s&#233;rieusement, c'est-&#224;-dire conform&#233;ment au rapport v&#233;ritable des forces mat&#233;rielles et non pas suivant leur repr&#233;sentation plus ou moins fictive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait douter que, m&#234;me dans les pays o&#249; le prol&#233;tariat, comme en Angleterre, forme la majorit&#233; absolue de la population, une institution repr&#233;sentative qui serait cr&#233;&#233;e par la r&#233;volution ouvri&#232;re ne refl&#233;terait, en m&#234;me temps que les premi&#232;res revendications de la r&#233;volution, les traditions monstrueusement conservatrices de ce pays. La personne d'un leader trade-unioniste anglais d'aujourd'hui est un amalgame de pr&#233;jug&#233;s religieux et sociaux remontant &#224; une &#233;poque extr&#234;mement recul&#233;e, contemporaine, pour le moins, de la restauration de la cath&#233;drale de Saint-Paul ; d'habitudes pratiques de fonctionnaire d'organisation ouvri&#232;re vivant &#224; une &#233;poque de maturit&#233; politique ; de raideur de petit bourgeois visant &#224; la respectabilit&#233; ; de conscience frelat&#233;e de politicien ouvrier familiaris&#233; avec toutes les trahisons. Ajoutez &#224; cela les influences intellectuelles, doctrinales, &#171; fabiennes &#187; diverses : morale socialiste des pr&#233;dicateurs de dimanche, syst&#232;mes rationalistes des pacifistes, dilettantisme des socialistes amateurs, &#233;troitesse obstin&#233;e et hautaine du &#171; fabianisme &#187;. Si les conditions sociales actuelles en Angleterre sont extr&#234;mement r&#233;volutionnaires, le long pass&#233; historique de ce pays a marqu&#233; d'une empreinte conservatrice puissante la conscience de la bureaucratie ouvri&#232;re et m&#234;me de la couche sup&#233;rieure des ouvriers les plus qualifi&#233;s. En Russie, les obstacles &#224; la r&#233;volution socialiste sont objectifs : ils consistent dans le morcellement de la propri&#233;t&#233; paysanne et dans l'&#233;tat arri&#233;r&#233; de .a technique ; en Angleterre ils sont subjectifs : ils consistent dans le croupissement id&#233;ologique de tous les Henderson et Mrs. Snowden du Royaume-Uni. La r&#233;volution ouvri&#232;re aura raison de ces obstacles par des m&#233;thodes d'&#233;puration qu'elle appliquera sur elle-m&#234;me. Mais il n'y a aucun espoir qu'elle puisse en avoir raison par la voie de la d&#233;mocratie. M. Macdonald l'en emp&#234;chera, non pas par son programme, mais par le fait m&#234;me de son conservatisme personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; l'instabilit&#233; des rapports sociaux &#224; l'int&#233;rieur et les changements brusques et toujours dangereux &#224; l'ext&#233;rieur, il n'est pas douteux que, si la r&#233;volution russe s'&#233;tait mise aux pieds les entraves du d&#233;mocratisme bourgeois, elle serait depuis longtemps d&#233;j&#224; &#233;tendue sur la grand-route, la gorge tranch&#233;e. Kautsky, il est vrai, d&#233;clare dans ses &#233;crits que l'&#233;croulement de la R&#233;publique sovi&#233;tique ne serait pas un coup sensible pour la r&#233;volution internationale. C'est l&#224; une autre question. Nous sommes persuad&#233;s que l'effondrement de la R&#233;publique du prol&#233;tariat russe serait un soulagement consid&#233;rable pour beaucoup de gens, qui expliqueraient imm&#233;diatement qu'ils avaient, d&#232;s le d&#233;but, pr&#233;vu la chose. Kautsky &#233;crirait sa mille et uni&#232;me brochure, dans laquelle il expliquerait pourquoi le pouvoir des ouvriers russes succomb&#233;, mais oublierait d'expliquer pourquoi lui-m&#234;me est condamn&#233; &#224; n'&#234;tre qu'une nullit&#233;. Quant &#224; nous, nous consid&#233;rons que le fait que la R&#233;publique sovi&#233;tique a tenu bon pendant les ann&#233;es les plus p&#233;nibles est la meilleure preuve de la vitalit&#233; du syst&#232;me sovi&#233;tique. Ce syst&#232;me, &#233;videmment, ne renferme en soi aucune vertu mirifique. Mais il s'est r&#233;v&#233;l&#233; assez souple pour conserver au Parti communiste, qu'il a li&#233; &#233;troitement aux masses, la libert&#233; de man&#339;uvre n&#233;cessaire pour ne pas paralyser son initiative, pour le pr&#233;server des dangers du jeu parlementaire, qui est chose de deuxi&#232;me et de troisi&#232;me ordre par rapport aux t&#226;ches fondamentales de la r&#233;volution. Quant au danger contraire, qui consisterait &#224; ne pas remarquer les changements survenus dans l'&#233;tat des esprits et les modifications dans la corr&#233;lation des forces, il faut reconna&#238;tre que, durant la derni&#232;re ann&#233;e, le sovi&#233;tisme a montr&#233;, sous ce rapport, une vitalit&#233; sup&#233;rieure. Les mencheviks du monde entier se sont mis &#224; parler du thermidor de la r&#233;volution russe. Mais ce n'est pas eux, c'est nous-m&#234;mes qui avons &#233;tabli ce diagnostic. Et, ce qui est encore plus important, c'est que le parti communiste a fait aux aspirations &#171; thermidoriennes &#187;, aux tendances de la petite bourgeoise, les concessions n&#233;cessaires pour la conservation du pouvoir au prol&#233;tariat sans briser le syst&#232;me et sans l&#226;cher le gouvernail de direction. Un professeur russe, qui aime &#224; r&#233;fl&#233;chir et auquel la r&#233;volution a &#233;t&#233; d'un certain profit, a qualifi&#233;, assez spirituellement d'ailleurs, notre nouvelle politique &#233;conomique de &#171; descente faite en serrant les freins &#187;. Tr&#232;s probablement, notre professeur &#8212; et il n'est pas le seul &#8212; se repr&#233;sente cette descente, dont nous n'avons d'ailleurs nullement l'intention d'amoindrir l'importance, comme quelque chose de d&#233;finitif et de d&#233;cisif. Il devra bient&#244;t se convaincre que, malgr&#233; l'importance de certains de ses &#233;carts, notre politique se redresse toujours et conserve sa direction fondamentale. Pour s'en convaincre, il faut la juger non pas d'apr&#232;s un fait isol&#233;, sensationnel, mais suivant son sens g&#233;n&#233;ral et les n&#233;cessit&#233;s de toute une &#233;poque. En tout cas, la &#171; descente faite en serrant les freins &#187; a pour le prol&#233;tariat au pouvoir les m&#234;mes avantages qu'ont, pour le r&#233;gime bourgeois, les r&#233;formes accomplies en temps utile, lesquelles diminuent la pression r&#233;volutionnaire. Voil&#224; qui doit &#234;tre facile &#224; comprendre pour Henderson, dont le parti tout entier n'est qu'un frein de s&#251;ret&#233; &#224; l'usage de la soci&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que penser maintenant de la &#171; d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; du syst&#232;me sovi&#233;tique, dont, depuis longtemps d&#233;j&#224;, les mencheviks de tous les pays parlent tant dans leurs discours et dans leurs &#233;crits ? Ce qu'ils appellent &#171; d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; est en rapport &#233;troit avec ce qui a &#233;t&#233; nomm&#233; plus haut la &#171; descente faite en serrant les freins &#187;. La r&#233;volution internationale traverse en ce moment une p&#233;riode de cristallisation, de rassemblement de ses forces ; ext&#233;rieurement c'est une sorte de pi&#233;tinement sur place et m&#234;me de recul. C'est ce qu'exprime en partie notre nouvelle politique &#233;conomique. Il est naturel que cette p&#233;riode p&#233;nible, o&#249; le mouvement international subit un temps d'arr&#234;t, se r&#233;percute sur la situation et sur l'&#233;tat d'esprit des masses laborieuses de Russie et, partant, sur le travail du syst&#232;me sovi&#233;tique. Notre appareil administratif et &#233;conomique a fait, durant cette p&#233;riode, de grands progr&#232;s. Mais, &#233;videmment, la vie des soviets, en tant qu'organes de repr&#233;sentation des masses, n'a pu conserver cette tension qui &#233;tait sa caract&#233;ristique dans la p&#233;riode des premi&#232;res victoires int&#233;rieures ou aux moments o&#249; le danger ext&#233;rieur &#233;tait mena&#231;ant. Les luttes st&#233;riles des partis parlementaires, leurs combinaisons et leurs intrigues peuvent rev&#234;tir et rev&#234;tent fr&#233;quemment un caract&#232;re &#171; dramatique &#187; extraordinaire, au moment o&#249; les masses traversent une p&#233;riode de grande d&#233;pression morale. Le syst&#232;me sovi&#233;tique ne jouit pas d'une telle ind&#233;pendance. Il refl&#232;te beaucoup plus directement les masses et leur &#233;tat d'esprit. Il est monstrueux de lui reprocher comme une inf&#233;riorit&#233; ce qui est sa sup&#233;riorit&#233; essentielle. Seul le d&#233;veloppement de la r&#233;volution en Europe redonnera une impulsion plus puissante au syst&#232;me sovi&#233;tique. Mais peut-&#234;tre pourait-on &#171; remonter le moral &#187; des travailleurs gr&#226;ce &#224; une opposition menchevique et aux autres syst&#232;mes du parlementarisme ? Les pays &#224; d&#233;mocratie parlementaire ne manquent pas. Eh bien ! o&#249; sont les r&#233;sultats ? Il faudrait &#234;tre le plus &#171; bouch&#233; &#187; des professeurs de droit constitutionnel, ou le plus impudent des ren&#233;gats du socialisme pour nier que les masses ouvri&#232;res de Russie, maintenant, au moment de la soi-disant d&#233;cadence du syst&#232;me sovi&#233;tique, participent &#224; la direction de toutes les branches de la vie sociale, d'une fa&#231;on infiniment plus active, plus directe, plus constante, plus d&#233;cisive que dans n'importe quelle r&#233;publique parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays o&#249; le parlementarisme est d&#233;j&#224; de date ancienne, il s'est form&#233; toute une s&#233;rie de m&#233;canismes de transmission complexes et vari&#233;s, au moyen desquels la volont&#233; du Capital trouve son expression par l'interm&#233;diaire d'un Parlement issu du suffrage universel. Dans les pays jeunes et &#224; civilisation peu avanc&#233;e, la d&#233;mocratie bas&#233;e sur la classe paysanne rev&#234;t un caract&#232;re beaucoup plus sinc&#232;re et, par l&#224; m&#234;me, tr&#232;s instructif. De m&#234;me que l'on commence l'&#233;tude des organismes animaux par les amibes, de m&#234;me il faudrait commencer l'&#233;tude des myst&#232;res du parlementarisme anglais par l'&#233;tude de la pratique des constitutions balkaniques. Les partis dirigeants qui ont &#233;t&#233; au pouvoir en Bulgarie depuis la reconnaissance de l'ind&#233;pendance de ce pays ont men&#233; entre eux une lutte implacable, quoique leurs programmes fussent sensiblement les m&#234;mes. Chaque parti appel&#233; au pouvoir par le souverain &#8212; que ce parti f&#251;t russophile ou germanophile &#8212; commen&#231;ait par dissoudre l'Assembl&#233;e populaire et proc&#233;dait &#224; de nouvelles &#233;lections qui lui donnaient invariablement une majorit&#233; &#233;crasante et ne laissaient &#224; chacun des autres partis rivaux que deux ou trois si&#232;ges au Parlement. Deux ou trois ans plus tard, un de ces partis r&#233;duits &#224; rien par les &#233;lections d&#233;mocratiques, &#233;tait appel&#233; &#224; son tour au pouvoir par le souverain, pronon&#231;ait la dissolution de l'Assembl&#233;e populaire et obtenait l'immense majorit&#233; des mandats aux nouvelles &#233;lections. La classe paysanne bulgare, qui, par son niveau intellectuel et son exp&#233;rience politique, n'est nullement inf&#233;rieure &#224; la classe paysanne g&#233;orgienne, manifestait invariablement sa volont&#233; politique en votant pour le parti au pouvoir. Pendant la r&#233;volution, les paysans ne soutiennent un parti que lorsque le cours des &#233;v&#233;nements leur montre que ce parti peut prendre ou bien a d&#233;j&#224; pris le pouvoir. C'est pourquoi ils marchent avec les socialistes-r&#233;volutionnaires apr&#232;s la r&#233;volution de mars 1917 et avec les bolcheviks apr&#232;s novembre. La domination d&#233;mocratique des mencheviks en G&#233;orgie avait, au fond, ce caract&#232;re &#171; balkanique &#187;, mais avec cette seule diff&#233;rence que l'&#233;poque &#233;tait r&#233;volutionnaire ; elle s'appuyait sur les paysans dont l'impuissance de fonder, en r&#233;gime bourgeois, un parti autonome, capable de diriger l'&#201;tat, est attest&#233;e par l'histoire. Ce sont les villes qui, dans les temps modernes, ont toujours fourni un programme et une direction politique. Les r&#233;volutions ont invariablement rev&#234;tu un caract&#232;re d'autant plus d&#233;cisif que les masses populaires liaient dans une plus large mesure leur sort &#224; celui du parti extr&#234;me gauche des villes. Il en fut ainsi &#224; Munster, &#224; la fin de la R&#233;forme. Il en fut ainsi pendant la grande R&#233;volution fran&#231;aise, durant laquelle le club des Jacobins r&#233;ussit &#224; s'appuyer sur la campagne. Si la r&#233;volution de 1848 se cassa le cou &#224; ses premiers pas, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que son aile gauche, tr&#232;s faible, ne sut pas trouver d'appui dans les campagnes et que la classe paysanne, repr&#233;sent&#233;e par l'arm&#233;e, resta le soutien de l'ordre. La r&#233;volution russe actuelle n'a pris une telle envergure que parce que les ouvriers ont su faire la conqu&#234;te politique des paysans en leur montrant qu'ils &#233;taient capables de cr&#233;er un pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En G&#233;orgie, la faiblesse num&#233;rique et l'&#233;tat arri&#233;r&#233; du prol&#233;tariat, isol&#233; en outre des centres de la r&#233;volution, permirent au bloc politique des intellectuels petits-bourgeois et des groupes ouvriers les plus conservateurs de se maintenir beaucoup plus longtemps au pouvoir. Par les &#233;meutes et les insurrections, la classe paysanne g&#233;orgienne tenta d'imposer au pouvoir ses revendications fondamentales, mais, comme toujours, se r&#233;v&#233;la incapable de cr&#233;er un pouvoir. Ses insurrections isol&#233;es furent r&#233;prim&#233;es. Parall&#232;lement &#224; la r&#233;pression, la duperie parlementaire faisait son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La stabilit&#233; relative du r&#233;gime menchevique &#233;tait due &#224; l'impuissance politique des masses paysannes &#233;parses, impuissance que les mencheviks entretinrent artificiellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils y r&#233;ussirent d'autant plus facilement qu'ils r&#233;solurent la question du pouvoir effectif contrairement aux principes de la d&#233;mocratie en organisant une force arm&#233;e ind&#233;pendante, sans lien aucun avec les institutions d&#233;mocratiques. Nous voulons parler de la Garde Populaire, &#224; laquelle nous n'avons, jusqu'&#224; pr&#233;sent, touch&#233; qu'incidemment. L'organisation de la Garde Populaire nous d&#233;voile les arcanes de la d&#233;mocratie menchevique. Elle &#233;tait soumise directement au pr&#233;sident de la R&#233;publique et se composait de partisans du r&#233;gime, tri&#233;s sur le volet et parfaitement arm&#233;s. Kautsky le sait : &#171; Seuls &#8212; dit-il &#8212; les camarades &#233;prouv&#233;s et organis&#233;s pouvaient recevoir les armes. &#187; En sa qualit&#233; de menchevik &#233;prouv&#233; et organis&#233;, Kautsky lui-m&#234;me fut incorpor&#233; &#224; titre honorifique dans la Garde Populaire g&#233;orgienne. Voil&#224; qui est touchant ; pourtant l'organisation d'une garde se concilie bien peu avec la d&#233;mocratie. Dans sa pol&#233;mique contre les bolcheviks, Kautsky &#233;crit dans la m&#234;me brochure : &#171; Si le prol&#233;tariat ou le parti du prol&#233;tariat n'a pas le monopole de l'armement, il ne peut, dans un pays agricole, se maintenir au pouvoir qu'avec l'appui moral des paysans. &#187; Mais, qu'&#233;tait-ce que la Garde Populaire, sinon le monopole de l'armement entre les mains du parti menchevique ? Parall&#232;lement &#224; la garde arm&#233;e de la dictature menchevique, on cr&#233;a, il est vrai, en G&#233;orgie, une arm&#233;e sur la base du service militaire obligatoire. Mais l'importance de cette arm&#233;e &#233;tait presque nulle. Au moment du renversement du menchevisme (f&#233;vrier et mars 1921), l'arm&#233;e nationale ne participa presque pas aux engagements et, r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, passa aux bolcheviks ou simplement se rendit sans combat. Peut-&#234;tre Kautsky a-t-il l&#224;-dessus d'autres renseignements. Qu'il nous les communique. Mais, avant tout, qu'il explique pourquoi il fallait une force arm&#233;e pr&#233;torienne soigneusement s&#233;lectionn&#233;e si la d&#233;mocratie g&#233;orgienne s'appuyait uniquement sur les sympathies des masses laborieuses ? Pourquoi ce monopole de l'armement entre les mains des mencheviks &#233;prouv&#233;s et des partisans patent&#233;s du r&#233;gime ? L&#224;-dessus, Kautsky garde le silence. Macdonald, on le sait, a pour r&#232;gle de ne pas se casser la t&#234;te &#224; approfondir les questions de la r&#233;volution, d'autant plus qu'en Angleterre il est habitu&#233; &#224; voir des troupes r&#233;actionnaires mercenaires veiller &#224; la s&#251;ret&#233; de la d&#233;mocratie. Pour les pan&#233;gyristes de la d&#233;mocratie menchevique, la force arm&#233;e de ce r&#233;gime est une bagatelle &#224; laquelle il est inutile de s'arr&#234;ter. Toujours est-il que la Garde Populaire disposait effectivement de la pl&#233;nitude du pouvoir. Avec la Police Sp&#233;ciale, elle punissait ou faisait gr&#226;ce, arr&#234;tait, fusillait, d&#233;portait. Sans consulter la Constituante, elle d&#233;cr&#233;tait le travail obligatoire. Ferdinand Lassalle avait d&#233;j&#224; montr&#233; d'une fa&#231;on saisissante que les canons constituent la partie essentielle de toute constitution. Comme nous le voyons, au-dessus de la constitution g&#233;orgienne s'&#233;levait, arm&#233;e jusqu'aux dents, la Garde Populaire, dont les effectifs, d'apr&#232;s Kautsky, se montaient &#224; 30.000 [10] mencheviks qui op&#233;raient, non pas avec le programme de la IIe Internationale, mais avec les fusils et les canons, cette partie la plus importante de la constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons, en outre, qu'il se trouvait en G&#233;orgie des troupes &#233;trang&#232;res sp&#233;cialement invit&#233;es par les mencheviks pour soutenir leur r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contre-espionnage de l'Entente, le contre-espionnage de D&#233;nikine et de Wrangel et la Police Sp&#233;ciale menchevique agissaient en commun sur un large front. Toujours au service de la Garde Populaire et des troupes d'occupation pour les besoins de la lutte contre l'anarchie, ils repr&#233;sentaient en somme la partie la plus achev&#233;e de la &#171; constitution &#187; du menchevisme g&#233;orgien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 82 % des mencheviks que renfermait l'Assembl&#233;e Constituante n'&#233;taient donc que la repr&#233;sentation parlementaire des canons de la Garde Populaire, de la Police Sp&#233;ciale, de l'exp&#233;dition militaire anglaise et de la prison cellulaire de Tiflis. Et voil&#224; d&#233;voil&#233;s devant nous, les myst&#232;res de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et chez vous ? nous demande la voix irrit&#233;e de Mrs. Snowden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Chez nous, madame ? Tout d'abord, madame, si Ton compare les institutions, en tenant compte de l'&#233;tendue du pays et du chiffre de la population, Ton voit que l'appareil de la dictature du menchevisme g&#233;orgien est beaucoup plus consid&#233;rable que celui du gouvernement sovi&#233;tique. Pour s'en convaincre, il suffit d'une simple op&#233;ration arithm&#233;tique. De plus, madame, nous avons eu contre nous tout l'univers capitaliste, qui nous a fait une guerre sans tr&#234;ve, tandis que la G&#233;orgie a &#233;t&#233; continuellement prot&#233;g&#233;e par les pays imp&#233;rialistes victorieux qui nous combattaient par les armes. Enfin, madame &#8212; et ceci n'est pas de peu d'importance &#8212; nous n'avons jamais et nulle part ni&#233; que notre r&#233;gime f&#251;t le r&#233;gime de la dictature r&#233;volutionnaire de classe et non de la d&#233;mocratie pure qui, soi-disant, puise en elle-m&#234;me les garanties de sa stabilit&#233;. Nous n'avons pas menti comme mentent les mencheviks g&#233;orgiens et leurs patrons. Nous sommes habitu&#233;s &#224; appeler les choses par leurs noms. Lorsque nous privons la bourgeoisie et ses valets de droits politiques, nous ne recourons pas au masque d&#233;mocratique, nous agissons en d&#233;clarant ouvertement que nous r&#233;alisons le droit r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat victorieux. Lorsque nous fusillons nos ennemis, nous ne disons pas que ce sont les harpes d'Eole de la d&#233;mocratie qui fr&#233;missent. Toute politique r&#233;volutionnaire honn&#234;te exige avant tout que l'on ne jette pas de la poudre aux yeux des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Le chiffre est consid&#233;rablement major&#233; : comme toujours les mench&#233;viks n'ont pas laiss&#233; passer l'occasion de duper une fois de plus l'honorable soldat de leur Garde Populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes et la r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les puissances alli&#233;es n'ont pas l'intention de s'&#233;carter du grand principe du droit des petits peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Elles n'y renonceront que lorsqu'elles seront forc&#233;es de reconna&#238;tre qu'une nation quelconque, temporairement ind&#233;pendante, par son impuissance &#224; maintenir l'ordre, par son humeur querelleuse, par ses actes agressifs et m&#234;me par l'affirmation enfantine et inutile de sa propre dignit&#233;, constitue un danger possible pour la paix de l'univers. Les grandes puissances ne tol&#233;reront pas une telle nation, car elles ont d&#233;cid&#233; que la paix du monde entier doit &#234;tre sauvegard&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces termes &#233;nergiques que le g&#233;n&#233;ral anglais Walker inculquait aux mencheviks g&#233;orgiens la conception de la relativit&#233; du droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes. Politiquement, Henderson &#233;tait compl&#232;tement et est encore pour son g&#233;n&#233;ral. Mais, en th&#233;orie, il est enti&#232;rement pr&#234;t &#224; transformer le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes en un principe absolu et &#224; l'utiliser contre la R&#233;publique sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes est la formule essentielle de la d&#233;mocratie pour les nations opprim&#233;es. L&#224; o&#249; l'oppression de classe et de caste se complique de l'asservissement national, les revendications de la d&#233;mocratie rev&#234;tent avant tout la forme de revendications pour l'&#233;galit&#233;, l'autonomie ou l'ind&#233;pendance compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme de la d&#233;mocratie bourgeoise comportait le droit pour les nations de disposer d'elles-m&#234;mes. Mais ce principe d&#233;mocratique est entr&#233; en contradiction ouverte, cat&#233;gorique, avec les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie des nations les plus puissantes. Il est apparu que la forme r&#233;publicaine de gouvernement se conciliait parfaitement avec la domination de la Bourse. La dictature du Capital s'est empar&#233;e sans peine de la technique du suffrage universel. Mais le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes a rev&#234;tu et rev&#234;t un caract&#232;re de danger mena&#231;ant et imm&#233;diat, car il implique, en nombre de cas, le d&#233;membrement de l'&#201;tat bourgeois ou la s&#233;paration des colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus puissantes d&#233;mocraties bourgeoises se sont transform&#233;es en aristocraties imp&#233;rialistes. Au moyen du peuple de la m&#233;tropole, qu'elle tient en main par le r&#233;gime &#171; d&#233;mocratique &#187;, l'oligarchie financi&#232;re de la City &#233;tend sa domination sur une masse formidable d'&#234;tres humains en Asie et en Afrique. La R&#233;publique Fran&#231;aise, dont la population se monte &#224; 38 millions d'hommes, n'est qu'une partie d'un empire colonial comptant actuellement jusqu'&#224; 60 millions d'esclaves de couleur. Les colonies fran&#231;aises, peupl&#233;es de Noirs, doivent fournir des contingents de plus en plus &#233;lev&#233;s pour l'arm&#233;e destin&#233;e &#224; entretenir l'esclavage colonial et &#224; maintenir la domination des capitalistes sur les travailleurs en France m&#234;me. L'imp&#233;rialisme, c'est-&#224;-dire la tendance &#224; &#233;largir par tous les moyens son march&#233; au d&#233;triment des peuples voisins, la lutte pour l'accroissement de la puissance coloniale, pour la domination des mers, est devenue de plus en plus incompatible avec les tendances nationales s&#233;paratistes des peuples opprim&#233;s. Or, comme la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, y compris la social-d&#233;mocratie, est tomb&#233;e sous la d&#233;pendance politique compl&#232;te de l'imp&#233;rialisme, le programme du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes a &#233;t&#233;, en fait, r&#233;duit &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand carnage imp&#233;rialiste a introduit des changements d&#233;cisifs dans la question. Durant la guerre, tous les partis bourgeois et social-patriotes firent jouer &#8212; mais &#224; rebours &#8212; le principe du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Par tous les moyens, les gouvernements bellig&#233;rants s'efforc&#232;rent d'accaparer ce mot d'ordre, tout d'abord dans la guerre qu'ils men&#232;rent les uns contre les autres, puis dans leur lutte contre la Russie sovi&#233;tique. L'imp&#233;rialisme allemand exploita l'ind&#233;pendance nationale des Polonais, des Ukrainiens, des Lithuaniens, des Lettons, des Estoniens, des Finlandais, des Caucasiens tout d'abord contre le tsarisme, ensuite, sur une plus large &#233;chelle, contre nous. En union avec le tsarisme, l'Entente r&#233;clamait l'&#171; affranchissement &#187; des peuples des confins de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique sovi&#233;tique, qui avait h&#233;rit&#233; de l'empire tsariste, soud&#233; par la violence et l'oppression, proclama ouvertement le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes et la libert&#233; pour eux de se constituer en &#201;tats nationaux ind&#233;pendants. Comprenant combien ce principe &#233;tait important &#224; l'&#233;poque d'une transition au socialisme, notre parti ne le transforma pourtant jamais en un dogme absolu, sup&#233;rieur &#224; toutes les autres n&#233;cessit&#233;s et t&#226;ches historiques. Le d&#233;veloppement &#233;conomique de l'humanit&#233; actuelle a un caract&#232;re profond&#233;ment centraliste. Le capitalisme a cr&#233;&#233; les pr&#233;misses essentielles pour la r&#233;alisation d'un syst&#232;me &#233;conomique mondial unique. L'imp&#233;rialisme n'est que l'expression rapace de ce besoin d'unit&#233; et de direction pour toute la vie &#233;conomique du globe. Chacun des grands pays imp&#233;rialistes est &#224; l'&#233;troit dans les cadres de son &#233;conomie nationale et aspire &#224; &#233;largir ses march&#233;s. Son but, tout au moins id&#233;al, est le monopole de l'&#233;conomie universelle. La rapacit&#233; et le brigandage capitalistes sont maintenant l'expression de la t&#226;che essentielle de notre &#233;poque : la coordination de la vie &#233;conomique de toutes les parties du monde et la cr&#233;ation, dans l'int&#233;r&#234;t de l'humanit&#233; tout enti&#232;re, d'une production mondiale harmonieuse, p&#233;n&#233;tr&#233;e du principe de l'&#233;conomie des forces et des moyens. C'est l&#224; aussi la t&#226;che du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que le principe du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes ne saurait &#234;tre au-dessus des tendances unificatrices, caract&#233;ristiques de l'&#233;conomie socialiste. Sous ce rapport, il occupe dans la marche du d&#233;veloppement historique la place subordonn&#233;e qui revient &#224; la d&#233;mocratie. Le centralisme socialiste n&#233; peut pourtant prendre imm&#233;diatement la place du centralisme imp&#233;rialiste. Les nations opprim&#233;es doivent obtenir la possibilit&#233; de d&#233;tendre leurs membres ankylos&#233;s sous les cha&#238;nes de la contrainte capitaliste. Combien de temps encore durera la p&#233;riode pendant laquelle la Finlande, la Tch&#233;co-Slovaquie, la Pologne, etc., se contenteront de l'ind&#233;pendance nationale, c'est l&#224; une question dont la solution d&#233;pend avant tout du cours g&#233;n&#233;ral du d&#233;veloppement de la r&#233;volution sociale. Mais l'impuissance &#233;conomique de ces compartiments &#224; cloisons &#233;tanches que sont les diff&#233;rents &#201;tats nationaux se manifeste dans toute son &#233;tendue d&#232;s la naissance de chaque nouvel &#201;tat national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne ne saurait avoir pour t&#226;che ou pour m&#233;thode la suppression m&#233;canique de la nationalit&#233; et la cimentation forc&#233;e des peuples. La lutte dans le domaine de la langue, de l'instruction, de la litt&#233;rature, de la culture lui est compl&#232;tement &#233;trang&#232;re, car son principe dirigeant n'est pas la satisfaction des int&#233;r&#234;ts professionnels des intellectuels ou des int&#233;r&#234;ts nationaux des boutiquiers, mais la satisfaction des int&#233;r&#234;ts fondamentaux de la classe ouvri&#232;re. La r&#233;volution sociale victorieuse laissera &#224; chaque groupe national la facult&#233; de r&#233;soudre &#224; sa guise les probl&#232;mes de sa culture nationale, mais elle unifiera &#8212; au profit et avec l'assentiment des travailleurs &#8212; les t&#226;ches &#233;conomiques dont la solution rationnelle d&#233;pend des conditions historiques et techniques naturelles, mais non de la nature des groupements nationaux. La f&#233;d&#233;ration sovi&#233;tique cr&#233;era une forme &#233;tatique extr&#234;mement mobile et souple qui accordera entre eux, de la fa&#231;on la plus harmonieuse, les besoins nationaux et les besoins &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre l'Occident et l'Orient, la R&#233;publique sovi&#233;tique a surgi, arm&#233;e de deux mots d'ordre : dictature du prol&#233;tariat et droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Dans certains cas, ces deux stades peuvent n'&#234;tre s&#233;par&#233;s l'un de l'autre que par quelques ann&#233;es ou m&#234;me quelques mois. Pour l'immense Orient, cet intervalle de temps se mesurera vraisemblablement par des dizaines d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions r&#233;volutionnaires o&#249; se trouvait la Russie, il suffit de neuf mois du r&#233;gime d&#233;mocratique de K&#233;rensky-Ts&#233;r&#233;telli pour pr&#233;parer les conditions de la victoire du prol&#233;tariat. Comparativement au r&#233;gime de Nicolas II et de Raspoutine, le r&#233;gime K&#233;rensky-Ts&#233;r&#233;telli &#233;tait historiquement un pas en avant. La reconnaissance de ce fait, &#224; laquelle nous ne nous sommes, il va de soi, jamais refus&#233;s, n'est pas l'appr&#233;ciation formelle, l'appr&#233;ciation des professeurs, des popes, de Macdonald sur la d&#233;mocratie, mais l'appr&#233;ciation r&#233;volutionnaire, historique, mat&#233;rialiste de la signification v&#233;ritable de la d&#233;mocratie. Neuf mois de r&#233;volution suffirent &#224; la d&#233;mocratie pour qu'elle cess&#226;t d'&#234;tre un facteur progressif. Cela ne veut pas dire, certes, que l'on e&#251;t pu, en novembre 1917, au moyen d'un r&#233;f&#233;rendum, obtenir une r&#233;ponse exacte de la majorit&#233; des ouvriers et des paysans, auxquels on aurait demand&#233; s'ils consid&#233;raient avoir pass&#233; une &#233;cole pr&#233;paratoire suffisante de d&#233;mocratisme. Mais cela veut dire que, apr&#232;s neuf mois de r&#233;gime d&#233;mocratique, la conqu&#234;te du pouvoir par l'avant-garde prol&#233;tarienne ne risquait pas de se heurter &#224; l'incompr&#233;hension il et aux pr&#233;jug&#233;s de la majorit&#233; des travailleurs, que, bien au contraire, elle obtenait du coup la possibilit&#233; d'&#233;largir et de consolider ses positions en attirant &#224; une participation active et en gagnant &#224; sa cause des masses laborieuses de plus en plus consid&#233;rables. C'est en cela, n'en d&#233;plaise aux d&#233;mocrates born&#233;s, que consiste la signification du syst&#232;me sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration des r&#233;gions excentriques de l'Empire tsariste d'avec la Russie et leur transformation en r&#233;publiques petites-bourgeoises ind&#233;pendantes eut la m&#234;me signification relativement progressive que la d&#233;mocratie dans son ensemble. Seuls, les imp&#233;rialistes et les social-imp&#233;rialistes peuvent refuser aux peuples opprim&#233;s le droit de se s&#233;parer du pays auquel ils sont accol&#233;s. Seuls, les fanatiques et les charlatans du nationalisme peuvent voir dans l'ind&#233;pendance nationale un but en soi. Pour nous l'ind&#233;pendance nationale a &#233;t&#233; et reste encore l'&#233;tape historique, in&#233;vitable en beaucoup de cas, vers la dictature de la classe ouvri&#232;re qui, en vertu des lois de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire, manifeste, m&#234;me au cours de la guerre civile, des tendances profond&#233;ment centralistes, oppos&#233;es au s&#233;paratisme national et concordant enti&#232;rement avec les besoins de l'&#233;conomie socialiste rationnelle de l'avenir, m&#233;thodiquement r&#233;alis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de temps faudra-t-il pour que la classe ouvri&#232;re se d&#233;barrasse de ses illusions sur l'ind&#233;pendance nationale et se mette &#224; la conqu&#234;te du pouvoir ? C'est l&#224; une question dont la solution d&#233;pend de la rapidit&#233; du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire (nous l'avons d&#233;j&#224; signal&#233;), ainsi que des conditions int&#233;rieures et ext&#233;rieures sp&#233;ciales &#224; chaque pays. En G&#233;orgie, l'ind&#233;pendance nationale fictive a dur&#233; trois ans. Fallait-il v&#233;ritablement trois ans et &#233;tait-ce assez de trois ans pour que les masses laborieuses de G&#233;orgie arrivassent &#224; se d&#233;barrasser de leurs illusions nationales ? C'est l&#224; une question &#224; laquelle il est impossible de donner une r&#233;ponse acad&#233;mique. Lorsque l'imp&#233;rialisme et la r&#233;volution se livrent une lutte ut hum&#233;e sur chaque parcelle du territoire du globe, le r&#233;f&#233;rendum et le pl&#233;biscite se transforment en fiction : demandez plut&#244;t &#224; MM. Korfanty, Z&#233;ligovski ou aux commissions sp&#233;ciales de l'Entente. Pour nous la question ne se r&#233;sout pas par les m&#233;thodes de la statistique d&#233;mocratique, mais par les m&#233;thodes de la dynamique i &#233;volutionnaire. En somme, de quoi s'agit-il en l'occurrence ? Du fait que la r&#233;volution sovi&#233;tique g&#233;orgienne,accomplie incontestablement avec la participation active .le l'Arm&#233;e Rouge (&#231;'aurait &#233;t&#233; une trahison que de ne i ms aider les ouvriers et les paysans de la G&#233;orgie par la force arm&#233;e, du moment que nous avions cette force inn&#233;e &#224; notre disposition), s'est produite, apr&#232;s une exp&#233;rience politique de trois ann&#233;es d'ind&#233;pendance nationale, dans des conditions qui lui assuraient enti&#232;rement, non pas seulement un succ&#232;s militaire provisoire, mais le succ&#232;s politique v&#233;ritable, c'est-&#224;-dire la facult&#233; d'&#233;largir et de consolider les fondements sovi&#233;tiques de la G&#233;orgie eIle-m&#234;me. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment en cela, n'en d&#233;plaise aux p&#233;dants &#233;troits de la d&#233;mocratie, que consiste la t&#226;che r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite de leurs mentors des chancelleries diplomatiques bourgeoises, les politiciens de la IIe Internationale font des grimaces ironiques lorsqu'ils nous entendent parler du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Attrape-nigauds ! Pi&#232;ges de l'imp&#233;rialisme rouge ! &#8212; s'exclament-ils. En r&#233;alit&#233;, ces pi&#232;ges sont dispos&#233;s par l'histoire elle-m&#234;me qui ne r&#233;sout pas les probl&#232;mes d'une fa&#231;on rectiligne. En tout cas ce n'est pas nous qui transit -linons en pi&#232;ges les zigzags du d&#233;veloppement historique, car, reconnaissant en fait le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, nous montrons toujours aux masses a signification historique restreinte et ne lui subordonnons, en aucun cas, les int&#233;r&#234;ts de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconnaissance par l'&#201;tat ouvrier du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes est par l&#224; m&#234;me la reconnaissance du fait que la violence r&#233;volutionnaire n'est pas un facteur historique tout-puissant. La R&#233;publique sovi&#233;tique ne se dispose nullement &#224; substituer sa force arm&#233;e aux efforts r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat des autres pays. La conqu&#234;te du pouvoir par ce prol&#233;tariat doit &#234;tre le fruit de sa propre exp&#233;rience politique. Cela ne signifie pas que les efforts r&#233;volutionnaires des travailleurs &#8212; de G&#233;orgie par exemple &#8212; ne puissent pas trouver un secours arm&#233; de l'ext&#233;rieur. Il faut seulement que ce secours vienne au moment o&#249; le besoin en est pr&#233;par&#233; par le d&#233;veloppement ant&#233;rieur et a m&#251;ri dans la conscience de l'avant-garde r&#233;volutionnaire soutenue par la sympathie de la majorit&#233; des travailleurs. Ce sont l&#224; des questions de strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et non de rituel d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique r&#233;elle de l'heure actuelle exige que nous accordions, par tous les moyens en notre pouvoir, les int&#233;r&#234;ts de l'&#201;tat ouvrier avec les conditions d&#233;coulant du fait que cet &#201;tat est entour&#233; de toutes parts par des &#201;tats bourgeois national-d&#233;mocratiques, grands et petits. Ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces consid&#233;rations d&#233;coulant de l'appr&#233;ciation des forces r&#233;elles qui ont d&#233;termin&#233; notre politique de concessions, de patience, d'expectative envers la G&#233;orgie. Mais quand cette politique de conciliation, apr&#232;s avoir produit politiquement tous ses fruits, ne donna plus les garanties &#233;l&#233;mentaires de s&#233;curit&#233; ; quand le principe du droit des nationalit&#233;s, entre les mains du g&#233;n&#233;ral Walker et de l'amiral Dumesnil, fut devenu une garantie juridique pour la contre-r&#233;volution qui pr&#233;parait un nouveau coup contre nous, nous ne v&#238;mes et ne pouvions voir aucun obstacle de principe &#224; r&#233;pondre &#224; l'appel de l'avant-garde r&#233;volutionnaire de G&#233;orgie, &#224; faire entrer les troupes rouges dans ce pays pour aider les ouvriers et les paysans pauvres &#224; renverser, dans le plus bref d&#233;lai possible et avec le minimum de sacrifices, cette mis&#233;rable d&#233;mocratie qui s'&#233;tait elle-m&#234;me perdue sur sa politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement nous reconnaissons, mais nous soutenons de toutes nos forces le principe du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes l&#224; o&#249; il est dirig&#233; contre les &#201;tats f&#233;odaux, capitalistes, imp&#233;rialistes. Mais, l&#224; o&#249; la fiction de l'autonomie nationale se transforme entre les mains de la bourgeoisie en une arme dirig&#233;e contre la r&#233;volution du prol&#233;tariat, nous n'avons aucune raison de nous comporter &#224; son &#233;gard autrement qu'envers tous les autres principes de la d&#233;mocratie transform&#233;s en leur contraire par le Capital. Par rapport au Caucase la politique sovi&#233;tique s'est trouv&#233;e juste &#233;galement sous le rapport national : c'est ce que d&#233;montrent, mieux que tout, les rapports r&#233;ciproques actuels des peuples transcaucasiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque du tsarisme avait &#233;t&#233; une &#233;poque de pogroms barbares au Caucase. Arm&#233;niens et Tartares se massacraient p&#233;riodiquement. Ces explosions sanglantes de nationalisme sous le joug de fer du tsarisme &#233;taient la continuation de la lutte s&#233;culaire des peuples transcaucasiens entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque &#171; d&#233;mocratique &#187; donna &#224; la lutte nationale un caract&#232;re beaucoup plus net et beaucoup plus organis&#233;. D&#232;s le d&#233;but, des arm&#233;es nationales se form&#232;rent qui, hostiles les unes aux autres, en venaient fr&#233;quemment aux mains. La tentative de cr&#233;er une R&#233;publique transcaucasienne bourgeoise sur les bases du f&#233;d&#233;ralisme d&#233;mocratique &#233;choua pitoyablement, honteusement. Cinq semaines apr&#232;s sa cr&#233;ation la f&#233;d&#233;ration se d&#233;sagr&#233;geait. Quelques mois plus tard, les r&#233;publiques &#171; d&#233;mocratiques &#187; guerroyaient d&#233;j&#224; ouvertement les unes contre les autres. Ce seul fait suffit pour trancher la question. Car, du moment que la d&#233;mocratie, &#224; la suite du tsarisme, s'av&#233;rait impuissante &#224; cr&#233;er, pour les peuples de la Transcaucasie, des conditions de voisinage pacifique, il '&#034;&#8226;tait &#233;videmment n&#233;cessaire d'entrer dans une nouvelle voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul, le pouvoir sovi&#233;tique a pu &#233;tablir la concorde entre les nations caucasiennes. Dans les &#233;lections aux soviets, les ouvriers de Bakou et de Tiflis &#233;lisent un Tartare, un Arm&#233;nien ou un G&#233;orgien sans s'occuper de sa nationalit&#233;. En Transcaucasie, les r&#233;giments rouges musulmans, arm&#233;niens, g&#233;orgiens et russes vivent c&#244;te &#224; c&#244;te. Chacun d'eux sent, comprend qu'il est une partie d'une arm&#233;e unique. Aucune force ne parviendra &#224; les lancer l'un contre l'autre. Par contre, tous ensemble, ils d&#233;fendront la Transcaucasie sovi&#233;tique contre toute agression ext&#233;rieure ou int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pacification nationale de la Transcaucasie, obtenue gr&#226;ce &#224; la r&#233;volution sovi&#233;tique, est par elle-m&#234;me un fait d'une immense importance au point de vue politique, ainsi qu'au point de vue de la civilisation. C'est ainsi que se cr&#233;e et se d&#233;veloppe l'internationalisme v&#233;ritable, vivant, que nous pouvons opposer sans crainte aux dissertations pacifistes et vides par lesquelles les chevaliers de la IIe Internationale compl&#232;tent l'action chauvine de ses patries nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retrait des troupes sovi&#233;tiques de G&#233;orgie avec l'organisation d'un r&#233;f&#233;rendum sous le contr&#244;le d'une commission mixte compos&#233;e de socialistes et de communistes n'est qu'un pi&#232;ge imp&#233;rialiste, des plus vulgaires, que l'on veut nous tendre sous le drapeau d&#233;mocratique du droit des nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous laissons de c&#244;t&#233; toute une s&#233;rie de questions fondamentales : En vertu de quel droit les d&#233;mocrates veulent-ils nous imposer la forme d&#233;mocratique de consultation de la nation au lieu de la forme sovi&#233;tique, plus &#233;lev&#233;e &#224; notre point de vue ? Pourquoi l'application du r&#233;f&#233;rendum est-elle limit&#233;e &#224; la seule G&#233;orgie ? Pourquoi pose-t-on cette exigence uniquement &#224; la R&#233;publique sovi&#233;tique ? Pourquoi les social-d&#233;mocrates veulent-ils faire un r&#233;f&#233;rendum chez nous alors qu'ils ne font rien d'approchant chez eux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adoptons, pour un instant, le point de vue de nos adversaires, si tant est qu'ils aient un semblant de point de vue. Prenons &#224; part la question de la G&#233;orgie et examinons-la isol&#233;ment. Le probl&#232;me pos&#233; est celui-ci : cr&#233;ation des conditions permettant au peuple g&#233;orgien d'exprimer librement (d&#233;mocratiquement, mais non sovi&#233;tiquement) sa volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Quelles sont les parties contractantes ? Qui assure l'ex&#233;cution effective des conditions de l'accord : d'une part, vraisemblablement, les r&#233;publiques sovi&#233;tiques alli&#233;es ; mais de l'autre ? Ne serait-ce pas la IIe Internationale ? Mais o&#249; est la force mat&#233;rielle dont elle dispose pour assurer l'ex&#233;cution de ces conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Si m&#234;me l'on admet que l'&#201;tat ouvrier passe un accord avec... Henderson et Vandervelde et que, conform&#233;ment aux clauses de cet accord, l'on cr&#233;e des commissions de contr&#244;le compos&#233;es de communistes et de social-d&#233;mocrates, comment faire avec la &#171; troisi&#232;me &#187; force, avec les gouvernements imp&#233;rialistes ? N'interviendront-ils pas ? Est-ce que les valets social-d&#233;mocrates r&#233;pondent de leurs patrons ? Mais o&#249; sont les garanties mat&#233;rielles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Les troupes sovi&#233;tiques doivent &#234;tre retir&#233;es de G&#233;orgie. Mais la fronti&#232;re occidentale de la G&#233;orgie est form&#233;e par la mer Noire. Or, les navires de guerre de l'Entente dominent cette mer sans contr&#244;le. Les d&#233;barquements des gardes-blancs effectu&#233;s par les navires de l'Angleterre et de la France sont trop bien connus de la population du Caucase. Les troupes sovi&#233;tiques s'en iront, mais la flotte imp&#233;rialiste restera. Pour la population g&#233;orgienne, cela signifie qu'elle doit chercher &#224; tout prix un accord avec le ma&#238;tre v&#233;ritable de la situation &#8212; avec l'Entente. Le paysan g&#233;orgien devra se dire que, quoiqu'il pr&#233;f&#232;re le pouvoir sovi&#233;tique, du moment que ce pouvoir est forc&#233;, pour certaines raisons (&#233;videmment, par suite de sa faiblesse), d'&#233;vacuer la G&#233;orgie, malgr&#233; la menace permanente que fait peser sur ce pays l'imp&#233;rialisme, il n'a, lui, paysan g&#233;orgien, qu'une chose &#224; faire : chercher des interm&#233;diaires entre lui et cet imp&#233;rialisme. N'est-ce pas ainsi que vous voulez faire violence &#224; la volont&#233; du peuple g&#233;orgien et lui imposer les mencheviks ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Ou bien va-t-on nous proposer de faire sortir de la mer Noire les navires de guerre de l'Entente ? Qui le proposera ? Les gouvernements de l'Entente ou Mrs. Snowden ? Cette question a une certaine importance. Nous demandons des &#233;claircissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. O&#249; seront dirig&#233;s les navires de guerre : dans la mer de Marmara ou dans la M&#233;diterran&#233;e ? Mais, du moment que l'Angleterre est ma&#238;tresse des D&#233;troits, cette distance n'a aucune importance. Quelle est donc l'issue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Peut-&#234;tre pourrait-on fermer &#224; cl&#233; les D&#233;troits ? Et peut-&#234;tre, par la m&#234;me occasion, en remettre la cl&#233; &#224; la Turquie ? Car le principe du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, n'implique nullement pour la Grande-Bretagne le droit de tenir en mains les D&#233;troits, Constantinople, la mer Noire et, par suite, tout le littoral, surtout si l'on consid&#232;re que notre flotte de la mer Noire nous a &#233;t&#233; vol&#233;e par les bandits blancs et se trouve aux mains de l'Entente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ainsi de suite, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons consenti &#224; poser la question ainsi que cherchent &#224; la poser nos adversaires, c'est-&#224;-dire sur le terrain des principes et des garanties d&#233;mocratiques. Et il en ressort qu'on cherche &#224; nous tromper de la fa&#231;on la plus impudente : on exige de nous le d&#233;sarmement mat&#233;riel du territoire sovi&#233;tique et, comme garantie contre les usurpations et les coups d'&#201;tat des imp&#233;rialistes et des gardes-blancs, l'on nous propose... une r&#233;solution de la IIe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serait-ce qu'aucun danger imp&#233;rialiste ne menace le Caucase ? Mrs. Snowden n'a-t-elle pas entendu parler du naphte de Bakou ? Bien possible que non. En tout cas, nous pouvons l'informer que la voie de Bakou passe par Tiflis. Ce dernier point est le centre strat&#233;gique de la Transcaucasie, chose que n'ignorent pas les g&#233;n&#233;raux anglais et fran&#231;ais. Au Caucase, il existe actuellement des organisations conspiratives de gardes-blancs sous la d&#233;nomination solennelle de &#171; Comit&#233;s de lib&#233;ration &#187; et autres, ce qui ne les emp&#234;che pas de toucher des subventions p&#233;cuniaires des propri&#233;taires de naphte anglais, des propri&#233;taires de mines de mangan&#232;se italiens, etc. Les bandes blanches re&#231;oivent par mer des armes. La lutte est men&#233;e pour le naphte et le mangan&#232;se. Comment arriver au naphte : par D&#233;nikine, par le parti musulman des moussavats ou par les portes de &#171; l'ind&#233;pendance nationale &#187; dont la IIe Internationale tient les cl&#233;s ; voil&#224; qui est bien &#233;gal aux propri&#233;taires du naphte, pourvu qu'ils arrivent au but. D&#233;nikine n'a pas r&#233;ussi &#224; battre l'Arm&#233;e Rouge ; Macdonald, se dit-on, r&#233;ussira peut-&#234;tre &#224; la faire partir pacifiquement : le r&#233;sultat sera le m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Macdonald n'y r&#233;ussira pas. De telles questions ne se tranchent pas par des r&#233;solutions de la IIe Internationale, quand bien m&#234;me ces r&#233;solutions ne seraient pas aussi pitoyables, aussi contradictoires, aussi friponnes et aussi balbutiantes que la r&#233;solution adopt&#233;e sur la G&#233;orgie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opinion publique bourgeoise, la social-d&#233;mocratie, le communisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste encore &#224; &#233;lucider une question. Pour quel motif les gens de la IIe Internationale exigent-ils de nous, de la Russie sovi&#233;tique, du parti communiste, que nous &#233;vacuions la G&#233;orgie ? Au nom de quel principe ? Admettons que la G&#233;orgie ait, en effet, &#233;t&#233; occup&#233;e par la violence et que cette occupation soit le fait de l'imp&#233;rialisme sovi&#233;tique. Mais de quel droit Henderson, membre de la IIe Internationale, ancien ministre anglais, vient-il exiger de nous, du prol&#233;tariat organis&#233; en &#201;tat, de la IIIe Internationale, du communisme r&#233;volutionnaire, le d&#233;sarmement de la G&#233;orgie sovi&#233;tique ? Lorsque c'est M. Churchill qui l'exige, il montre du doigt ses grosse pi&#232;ces d'artillerie de marine et les fils de fer barbel&#233;s du blocus. Mais M. Henderson que nous montrera-t-il, lui ? L'&#201;criture sainte n'est qu'un mythe ; le programme de M. Henderson un mythe aussi, la na&#239;vet&#233; en moins ; quant &#224; ses actes &#8212; ils t&#233;moignent contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas longtemps encore, Henderson &#233;tait ministre de l'une des d&#233;mocraties du monde, de sa d&#233;mocratie, de la d&#233;mocratie de la Grande-Bretagne. Pourquoi n'a-t-il pas insist&#233; pour que cette d&#233;mocratie, pour la d&#233;fense de laquelle il est pr&#234;t &#224; tous les sacrifices, m&#234;me &#224; celui d'accepter un portefeuille minist&#233;riel des mains du conservateur-lib&#233;ral Lloyd George, pourquoi, dis-je, n'a-t-il pas insist&#233;, pourquoi n'a-t-il m&#234;me pas essay&#233; d'insister pour que cette d&#233;mocratie commen&#231;&#226;t &#224; r&#233;aliser, non pas nos principes &#8212; oh ! non ! &#8212; mais les siens, &#224; lui, Henderson ? Pourquoi n'a-t-il pas exig&#233; l'&#233;vacuation de l'Inde et de l'&#201;gypte ? Pourquoi n'a-t-il pas soutenu nagu&#232;re les Irlandais lorsqu'ils r&#233;clamaient leur lib&#233;ration compl&#232;te du joug anglais ? Nous savons que Henderson, ainsi que Macdonald, protestent p&#233;riodiquement dans de m&#233;lancoliques r&#233;solutions contre les exc&#232;s de l'imp&#233;rialisme anglais. Mais cette protestation impuissante et veule ne repr&#233;sente pas et n'a d'ailleurs jamais repr&#233;sent&#233; une menace r&#233;elle pour les int&#233;r&#234;ts de la domination coloniale du Capital britannique ; elle n'a jamais provoqu&#233; et ne provoque aucune action hardie et d&#233;cisive ; son seul but est d'apaiser les remords des citoyens &#171; socialistes &#187; de la nation dirigeante et de donner une issue au m&#233;contement des ouvriers anglais. Mais elle n'a jamais eu en vue de briser les cha&#238;nes des esclaves coloniaux. Les Henderson de tout poil ne consid&#232;rent pas la domination de l'Angleterre sur les colonies comme une question politique, mais comme un fait d'histoire naturelle. Nulle part et jamais ils n'ont d&#233;clar&#233; que les Hindous, les &#201;gyptiens et les autres peuples asservis avaient le droit, bien mieux, &#233;taient oblig&#233;s, au nom de leur avenir, de s'insurger contre la domination anglaise ; jamais ils n'ont assum&#233;, en tant que &#171; socialistes &#187;, l'obligation d'aider par la force les colonies dans leur lutte pour leur affranchissement. Pourtant, il est hors de doute qu'il ne s'agit ici que du devoir archi-d&#233;mocratique le plus &#233;l&#233;mentaire, devoir motiv&#233; par deux raisons : tout d'abord, les esclaves coloniaux constituent indubitablement une majorit&#233; &#233;crasante en comparaison de la minorit&#233; dominante anglaise ; ensuite, cette minorit&#233; elle-m&#234;me, et en particulier ses socialistes officiels, reconnaissent les principes d&#233;mocratiques comme une base essentielle de leur existence. Voici l'Inde par exemple. Pourquoi Henderson n'organise-t-il pas un mouvement insurrectionnel pour le retrait des troupes anglaises de l'Inde ? Pourtant, il n'existe pas, et il ne peut exister d'exemple plus frappant, plus monstrueux, plus cynique de m&#233;connaissance absolue des lois d&#233;mocratiques que le fait de l'asservissement de cet immense et malheureux pays par le capitalisme anglais. Il semblerait pourtant que Henderson, Macdonald et consorts dussent tous les jours &#8212; et non seulement le jour, mais aussi la nuit &#8212; sonner l'alarme, exiger, lancer des appels, d&#233;noncer, pr&#234;cher l'insurrection des Hindous et de tous les ouvriers anglais contre la violation barbare des principes d&#233;mocratiques. Mais non, ils se taisent, ou &#8212; ce qui est pire encore &#8212; ils signent, de temps &#224; autre, en &#233;touffant un b&#226;illement, une r&#233;solution banale et vide comme un sermon anglican, r&#233;solution ayant pour but de d&#233;montrer que, tout en restant enti&#232;rement sur la plate-forme de la domination coloniale, ils pr&#233;f&#233;reraient y cueillir des roses sans &#233;pines et qu'en tout cas, ils ne consentent pas, eux, loyaux socialistes britanniques, &#224; se piquer les doigts &#224; ces &#233;pines. Lorsque des consid&#233;rations soi-disant d&#233;mocratiques et patriotiques l'exigent, Henderson s'assied tranquillement dans un fauteuil de ministre du roi, et il ne lui vient m&#234;me pas &#224; l'esprit que ce fauteuil est plac&#233; sur le pi&#233;destal le plus antid&#233;mocratique du monde : la domination par une poign&#233;e de capitalistes, &#224; l'aide de quelques dizaines de millions d'Anglais, de plusieurs centaines de millions d'esclaves de couleur, en Asie et en Afrique. Encore mieux : au nom de la d&#233;fense de cette monstrueuse domination dissimul&#233;e sous un masque de d&#233;mocratie, Henderson s'est alli&#233; &#224; la dictature militaire et polici&#232;re du tsarisme russe. Ministre de la guerre, vous avez &#233;t&#233; par cela m&#234;me ministre du tsarisme russe, M. Henderson. Veuillez ne pas l'oublier ! Et, naturellement, il n'est m&#234;me jamais venu &#224; l'esprit de Henderson d'exiger du tsar, son patron et alli&#233;, le retrait des troupes russes de la G&#233;orgie ou des autres territoires asservis. A cette &#233;poque, il e&#251;t qualifi&#233; une pareille revendication de service rendu au militarisme allemand. Et tout mouvement r&#233;volutionnaire dirig&#233;e en G&#233;orgie contre le tsar aurait &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;, de m&#234;me que l'insurrection irlandaise, comme le r&#233;sultat d'une corruption ou d'une intrigue allemande. En v&#233;rit&#233;, on sent la t&#234;te tourner devant ces contradictions et ces inepties monstrueuses. Et pourtant elles sont dans l'ordre des choses ; car la domination par la Grande-Bretagne, ou plut&#244;t par ses sph&#232;res dirigeantes, d'un quart de la population du globe n'est pas envisag&#233;e par les Henderson comme une question politique, mais comme un fait d'histoire naturelle. Ces d&#233;mocrates sont imbus, jusqu'&#224; la mo&#235;lle des os, de l'id&#233;ologie des exploiteurs, des planteurs, des parasites, des antid&#233;mocrates, en ce qui concerne les races dont la peau est d'une autre couleur que la leur, qui ne lisent pas Shakespeare et ne portent pas de cols glac&#233;s ; aussi, avec tout leur socialisme &#171; fabien &#187;, cacochyme et impuissant, resteront-ils toujours prisonniers de l'opinion publique bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant derri&#232;re eux la G&#233;orgie tsariste, l'Irlande, l'&#201;gypte, l'Inde, n'ont-ils pas le front d'exiger de nous &#8212; qui sommes leurs ennemis et non leurs alli&#233;s &#8212; l'&#233;vacuation de la G&#233;orgie sovi&#233;tique ? Cette exigence grotesque et sans aucun fondement constitue pourtant &#8212; si &#233;trange que cela puisse para&#238;tre de prime abord &#8212; un hommage involontaire rendu &#224; la dictature du prol&#233;tariat par la d&#233;mocratie petite-bourgeoise. Ne le comprenant pas ou ne le comprenant qu'&#224; demi, Henderson et consorts disent : &#171; On ne peut &#233;videmment pas exiger, de la d&#233;mocratie bourgeoise, dont nous devenons les ministres lorsqu'on nous y invite, qu'elle tienne s&#233;rieusement compte du principe d&#233;mocratique du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes ;pas plus qu'on ne peut nous demander &#8212; &#224; nous socialistes appartenant &#224; cette d&#233;mocratie, et citoyens honorables d'une nation dominante, masquant son esclavagisme par des fictions d&#233;mocratiques &#8212; d'aider s&#233;rieusement et efficacement les esclaves des colonies &#224; s'insurger contre leurs oppresseurs. Mais, vous, par contre, qui repr&#233;sentez la r&#233;volution constitu&#233;e en &#201;tat, vous &#234;tes tenus &#224; r&#233;aliser ce que nous ne sommes pas en &#233;tat de faire par manque de courage, par fausset&#233; et par hypocrisie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, tout en pla&#231;ant la d&#233;mocratie au-dessus de tout, ils reconnaissent n&#233;anmoins, volontairement ou non, la possibilit&#233;, et m&#234;me la n&#233;cessit&#233;, de poser &#224; la dictature du prol&#233;tariat des exigences tellement immod&#233;r&#233;es qu'elles sembleraient comiques ou m&#234;me simplement stupides si on les adressait &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise aupr&#232;s de laquelle ces messieurs remplissent les fonctions de ministres ou de d&#233;put&#233;s loyaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi ils donnent &#224; l'estime involontaire qu'ils t&#233;moignent pour la dictature du prol&#233;tariat &#8212; qu'ils r&#233;cusent, d'ailleurs &#8212;, une forme propre &#224; leur b&#233;gaiement politique. Ils exigent de la dictature qu'elle se constitue et se d&#233;fende, non pas par ses propres m&#233;thodes, mais au moyen de celles qu'ils reconnaissent, en paroles, comme obligatoires pour la d&#233;mocratie, sans pourtant jamais les r&#233;aliser en fait. Nous en avons d&#233;j&#224; parl&#233; dans le premier manifeste de l'Internationale Communiste ; nos ennemis exigent que nous ne d&#233;fendions notre vie que selon les r&#232;gles de la lutte fran&#231;aise, c'est-&#224;-dire conform&#233;ment aux r&#232;gles &#233;tablies par nos ennemis, qui n&#233;anmoins ne les consid&#232;rent pas, eux, comme obligatoires dans leur lutte contre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rafra&#238;chir et pr&#233;ciser ses id&#233;es sur la politique des &#171; d&#233;mocraties occidentales &#187; envers les peuples retardataires, ainsi que sur le r&#244;le jou&#233; dans cette politique par 'les gens de la IIe Internationale, il suffit de lire les m&#233;moires de M. Pal&#233;ologue, ancien ambassadeur fran&#231;ais aupr&#232;s de la Cour imp&#233;riale. Si ce livre n'existait pas, il faudrait l'inventer. Il faudrait &#233;galement inventer M. Pal&#233;ologue lui-m&#234;me, s'il ne nous avait pas &#233;pargn&#233; cette peine par son apparition, on ne peut plus opportune, sur l'ar&#232;ne de la litt&#233;rature internationale. M. Pal&#233;ologue est un repr&#233;sentant achev&#233; de la IIIe R&#233;publique, poss&#233;dant, outre un nom byzantin, une mentalit&#233; essentiellement byzantine. En novembre 1914, durant la premi&#232;re p&#233;riode de la guerre, il re&#231;oit par l'interm&#233;diaire d'une dame de la cour, par ordre &#171; d'en haut &#187; ( sans doute de l'imp&#233;ratrice), une lettre autographe de Raspoutine contenant de pieuses instructions. M. Pal&#233;ologue, repr&#233;sentant de la R&#233;publique, r&#233;pond par la lettre suivante &#224; la s&#233;v&#232;re le&#231;on de Raspoutine : &#171; Le peuple fran&#231;ais, qui a toutes les intuitions du c&#339;ur, comprend fort bien que le peuple russe incarne son amour de la patrie dans la personne du tsar... &#187; Cette lettre, &#233;crite par un diplomate r&#233;publicain, avec le d&#233;sir qu'elle parvienne au tsar, a &#233;t&#233; compos&#233;e dix ans apr&#232;s le 22 janvier 1905 et cent vingt-deux ans apr&#232;s l'ex&#233;cution de Louis Capet, en la personne de qui, selon les Pal&#233;ologues d'alors, le peuple fran&#231;ais incarnait son amour de la patrie. Ce qui est &#233;tonnant, ce n'est pas de voir M. Pal&#233;ologue, conform&#233;ment &#224; l'infamie de la diplomatie secr&#232;te, barbouiller volontairement son visage r&#233;publicain de la boue dans laquelle se vautrait la cour imp&#233;riale ; ce qui &#233;tonne surtout, c'est qu'il ex&#233;cute cette besogne honteuse de sa propre initiative et en informe ouvertement cette m&#234;me d&#233;mocratie qu'il repr&#233;sentait si platement aupr&#232;s de la cour de Raspoutine. Mais cela ne l'emp&#234;che pas d'&#234;tre encore aujourd'hui un homme politique de la &#171; R&#233;publique d&#233;mocratique &#187; et d'y occuper un poste en vue. Il y aurait de quoi s'&#233;tonner si nous ne connaissions pas les lois du d&#233;veloppement de la d&#233;mocratie bourgeoise, qui s'est &#233;lev&#233;e jusqu'&#224; Robespierre pour finir par Pal&#233;ologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La franchise de l'ancien ambassadeur cache n&#233;anmoins, la chose n'est pas douteuse, une ruse byzantine sup&#233;rieure. S'il nous en dit tant, c'est pour ne pas dire tout. Peut-&#234;tre n'essaye-t-il que d'endormir notre curiosit&#233; soup&#231;onneuse. Peut-on jamais savoir quelles &#233;taient les exigences pos&#233;es par le capricieux et tout-puissant Raspoutine ? Qui peut conna&#238;tre les chemins tortueux que Pal&#233;ologue devait suivre pour sauvegarder les int&#233;r&#234;ts de la France et de la civilisation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, nous pouvons &#234;tre certains d'une chose : c'est que M. Pal&#233;ologue appartient aujourd'hui &#224; un groupe politique fran&#231;ais qui est pr&#234;t &#224; jurer que le pouvoir sovi&#233;tique n'est pas l'incarnation de la volont&#233; du peuple russe et qui ne cesse de r&#233;p&#233;ter que la reprise des relations avec la Russie ne deviendra possible que le jour o&#249; des &#171; institutions d&#233;mocratiques r&#233;guli&#232;res &#187; auront remis la direction de la Russie entre les mains des Pal&#233;ologue russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambassadeur de la d&#233;mocratie fran&#231;aise n'est pas seul. Sir Buchanan est &#224; ses c&#244;t&#233;s. Le 14 novembre 1914, Buchanan, d'apr&#232;s Pal&#233;ologue, d&#233;clare &#224; Sazonov ce qui suit : &#171; Le gouvernement de Sa Majest&#233; britannique a &#233;t&#233; ainsi amen&#233; &#224; reconna&#238;tre que LA QUESTION DES D&#201;TROITS ET CELLE DE CONSTANTINOPLE DEVRONT &#202;TRE R&#201;SOLUES CONFORM&#201;MENT AU VOEU DE LA RUSSIE. Je suis heureux de vous le d&#233;clarer. &#187; C'est ainsi que se composait le programme de la guerre pour le droit, la justice et la libert&#233; des peuples de disposer d'eux-m&#234;mes. Quatre jours plus tard, Buchanan d&#233;clarait &#224; Sazonov : &#171; Le Gouvernement britannique se verra oblig&#233; d'annexer l'&#201;gypte Il exprime l'espoir que le Gouvernement russe ne s'y opposera pas. &#187; Sazonov s'est empress&#233; d'acquiescer. Et, trois jours apr&#232;s, Pal&#233;ologue &#171; rappelait &#187; &#224; Nicolas II que &#171; la France poss&#232;de en Syrie et en Palestine un pr&#233;cieux patrimoine de souvenirs historiques, d'int&#233;r&#234;ts moraux et mat&#233;riels... Je compte que Votre Majest&#233; acquiescera aux mesures que le Gouvernement de la R&#233;publique croirait devoir prendre pour sauvegarder ce patrimoine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, certes ! &#187; r&#233;pond Sa Majest&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le 12 mars 1915, Buchanan exige qu'en &#233;change de Constantinople et des D&#233;troits, la Russie c&#232;de &#224; l'Angleterre la partie neutre, c'est-&#224;-dire non encore partag&#233;e, de la Perse. Sazanov r&#233;pond : &#171; C'est entendu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, deux d&#233;mocraties, conjointement avec le tsarisme, qui se trouvait, lui aussi, &#224; cette &#233;poque, sous l'influence des rayons projet&#233;s par le phare d&#233;mocratique de l'Entente, tranchaient les destin&#233;es de Constantinople, de la Syrie, de la Palestine, de l'&#201;gypte et de la Perse. M. Buchanan repr&#233;sentait la d&#233;mocratie britannique ni mieux ni pis que M. Pal&#233;ologue ne repr&#233;sentait la d&#233;mocratie fran&#231;aise. Apr&#232;s le renversement de Nicolas II, M. Buchanan conserva son poste. Henderson, ministre de Sa Majest&#233;, et, si nous ne nous abusons pas, socialiste anglais, vint &#224; Petrograd sous le r&#233;gime de K&#233;rensky pour remplacer Buchanan en cas de besoin, car il avait sembl&#233; &#224; je ne sais quel membre du Gouvernement anglais que, pour une conversation avec K&#233;rensky, il fallait avoir un autre timbre de voix que celui avec lequel on parlait &#224; Raspoutine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henderson examina la situation &#224; Petrograd et jugea que M. Buchanan &#233;tait bien &#224; sa place comme repr&#233;sentant de la d&#233;mocratie anglaise. Buchanan avait, sans aucun doute, la m&#234;me opinion du socialiste Henderson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; M. Pal&#233;ologue, lui, au moins, donnait &#171; ses &#187; socialistes en exemple aux dignitaires tsaristes frondeurs. Parlant de la propagande men&#233;e &#224; la cour par le comte Witte en vue de finir plus t&#244;t la guerre, M. Pal&#233;ologue dit &#224; Sazonov : &#171; Voyez nos socialistes : ils sont impeccables &#187; (p. 189). Cette appr&#233;ciation de MM. Renaudel, Sembat, Vandervelde et de tous leurs partisans, dans la bouche de M. Pal&#233;ologue, produit une certaine impression m&#234;me actuellement, apr&#232;s tout ce que nous avons v&#233;cu. Recevant lui-m&#234;me des admonestations de Raspoutine, dont il accuse respectueusement r&#233;ception, M. Pal&#233;ologue, .( son tour, appr&#233;cie d'un air protecteur, devant un ministre tsariste, les socialistes fran&#231;ais et reconna&#238;t leur impeccabilit&#233; Les paroles : &#171; Voyez nos socialistes : ils sont impeccables &#187; devraient servir d'&#233;pigraphe et &#234;tre inscrites au drapeau de la IIe Internationale, d'o&#249; il aurait fallu depuis longtemps enlever les mots relatifs &#224; l'union des prol&#233;taires du monde entier, paroles qui vont &#224; Henderson comme un bonnet phrygien &#224; M. Pal&#233;ologue. Les Henderson consid&#232;rent la domination de la race anglo-saxonne sur les autres races comme un fait naturel, d&#251; &#224; la civilisation. La question du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes ne commence pour eux qu'au-del&#224; de l'Empire britannique. C'est cette pr&#233;somption nationale qui rapproche le plus les socialistes occidentaux de leur bourgeoisie, c'est-&#224;-dire les asservit en fait &#224; cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au d&#233;but de la guerre, en r&#233;ponse &#224; cette objection bien naturelle qu'on lui faisait : Comment peut-on parler &#238;le la d&#233;fense de la d&#233;mocratie lorsqu'on est alli&#233; du tsarisme ? &#8212; un socialiste fran&#231;ais, professeur d'une Universit&#233; suisse, dit textuellement : &#171; Il s'agit de la France, et non de la Russie ; dans cette lutte, la France repr&#233;sente une force morale, la Russie une force physique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II en parlait comme d'une chose absolument naturelle sans se rendre compte du chauvinisme &#233;hont&#233; de ses paroles. Un ou deux mois apr&#232;s, lors d'une discussion sur ce m&#234;me sujet, &#224; la r&#233;daction de l'Humanit&#233;, &#224; Paris, je citai les paroles du professeur fran&#231;ais de Gen&#232;ve : &#034;Il a parfaitement raison&#034;, me r&#233;pondit le directeur de ri : journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me revient &#224; l'esprit une phrase de Renan, disant dans sa jeunesse, que la mort d'un Fran&#231;ais &#233;tait un &#233;v&#233;nement moral, tandis que la mort d'un cosaque (Renan voulait simplement dire : d'un Russe) &#233;tait un fait d'ordre physique. Ce monstrueux orgueil national a des causes profondes. Alors que les autres peuples v&#233;g&#233;taient encore dans une barbarie moyen&#226;geuse, la bourgeoisie fran&#231;aise avait d&#233;j&#224; un long et glorieux pass&#233;. Plus ancienne encore, la bourgeoisie anglaise avait d&#233;j&#224; fray&#233; la voie vers une nouvelle civilisation. De l&#224; son d&#233;dain pour le reste de l'humanit&#233;, qu'elle consid&#232;re comme du fumier historique. Par son assurance de classe, la richesse de son exp&#233;rience, la diversit&#233; de ses conqu&#234;tes dans le domaine de la culture, la bourgeoisie anglaise opprimait moralement sa propre classe ouvri&#232;re en l'empoisonnant de son id&#233;ologie de race dominatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bouche de Renan, la phrase sur le Fran&#231;ais et le cosaque exprimait le cynisme d'une classe effectivement puissante au point de vue moral et mat&#233;riel. L'utilisation de la m&#234;me phrase par un socialiste fran&#231;ais prouvait l'abaissement du socialisme fran&#231;ais, la pauvret&#233; de son id&#233;ologie, sa d&#233;pendance servile &#224; l'&#233;gard des d&#233;chets moraux qui tombent de la table de ses ma&#238;tres, les bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si M. Pal&#233;ologue, r&#233;p&#233;tant sous une forme adoucie les paroles de Renan, dit que la mort d'un Fran&#231;ais repr&#233;sente une perte incomparablement plus importante pour la civilisation que celle d'un Russe, il affirme par l&#224; m&#234;me, ou tout au moins il le sous-entend, que la perte sur le champ de bataille d'un financier, d'un millionnaire, d'un professeur, d'un avocat, d'un diplomate, d'un journaliste fran&#231;ais, repr&#233;sente une perte incomparablement plus grande que celle d'un &#233;b&#233;niste, d'un ouvrier, d'un chauffeur ou d'un paysan &#233;galement fran&#231;ais. Cette conclusion d&#233;coule infailliblement de la premi&#232;re. L'aristocratisme national est, de par son essence m&#234;me, contraire au socialisme, non pas au sens &#233;galitaire et sentimental du christianisme, qui consid&#232;re toutes les nations, tous les hommes, comme &#233;tant d'un poids &#233;gal dans la balance de la civilisation, mais dans ce sens que l'aristocratisme national, &#233;troitement H&#233; au conservatisme bourgeois, est enti&#232;rement dirig&#233; contre le bouleversement r&#233;volutionnaire, seul capable de cr&#233;er des conditions favorables &#224; une culture humaine plus &#233;lev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aristocratisme national consid&#232;re la valeur culturelle de l'homme sous l'angle du pass&#233; accumul&#233;. Le socialisme l'envisage sous l'angle de l'avenir. Il est hors de doute qu'il &#233;mane de M. Pal&#233;ologue, diplomate fran&#231;ais, plus de science assimil&#233;e par lui que d'un paysan du Gouvernement de Tambov. Mais d'un autre c&#244;t&#233; il n'y a aucun doute, que le paysan de Tambov ; qui a chass&#233; les propri&#233;taires fonciers et les diplomates &#224; coups de trique, a l&gt;os&#233; les fondements d'une nouvelle culture plus &#233;lev&#233;e. L'ouvrier et le paysan fran&#231;ais, gr&#226;ce &#224; leur degr&#233; de culture sup&#233;rieur, r&#233;aliseront mieux ce travail et avanceront plus rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous autres, marxistes russes, par suite du d&#233;veloppement arri&#233;r&#233; de la Russie, nous n'avons pas eu au-dessus de nous de puissante culture bourgeoise. Nous avons communi&#233; avec la culture spirituelle de l'Europe, non pas par l'interm&#233;diaire de notre piteuse bourgeoisie nationale, mais d'une mani&#232;re ind&#233;pendante, en assimilant et en tirant jusqu'au bout les conclusions les plus r&#233;volutionnaires de l'exp&#233;rience et de la pens&#233;e europ&#233;ennes. Cela donna &#224; notre g&#233;n&#233;ration certains avantages. Et je ne cacherai pas que l'admiration sinc&#232;re et profonde que nous &#233;prouvons pour les produits du g&#233;nie anglais dans les domaines les plus vari&#233;s de la cr&#233;ation humaine, ne fait qu'accentuer le m&#233;pris, &#233;galement profond et sinc&#232;re, que nous &#233;prouvons pour l'id&#233;ologie born&#233;e, la banalit&#233; th&#233;orique et l'absence de dignit&#233; r&#233;volutionnaire chez les chefs patent&#233;s du socialisme anglais. Ils ne sont pas du tout les pr&#233;curseurs d'un monde nouveau ; ils ne sont que les &#233;pigones d'une vieille culture qui exprime, par leur interm&#233;diaire, ses craintes au sujet de son avenir. Leur d&#233;bilit&#233; spirituelle constitue en quelque sorte le ch&#226;timent pour le pass&#233; orageux et riche en m&#234;me temps de la culture bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience bourgeoise s'est assimil&#233;e les immenses conqu&#234;tes culturelles de l'humanit&#233;. En m&#234;me temps, elle constitue actuellement l'obstacle principal au d&#233;veloppement de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des principales qualit&#233;s de notre parti, et qui en fait le levier le plus puissant du d&#233;veloppement de notre &#233;poque, c'est son ind&#233;pendance compl&#232;te et incontestable &#224; l'&#233;gard de l'opinion publique bourgeoise. Ces paroles ont une signification bien plus importante qu'on ne croirait &#224; premi&#232;re vue. Elles exigent des commentaires, surtout si l'on tient compte de cet ingrat auditoire que constituent les politiciens de la IIe Internationale. Dans ces conditions, on est oblig&#233; de fixer toute id&#233;e r&#233;volutionnaire, m&#234;me la plus simple, &#224; l'aide de clous solides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opinion publique bourgeoise constitue un tissu psychologique serr&#233; qui enveloppe de tous les c&#244;t&#233;s les armes et les instruments de la violence bourgeoise, en les pr&#233;servant de cette fa&#231;on autant des nombreux chocs particuliers que du choc r&#233;volutionnaire fatal et, en fin de compte, in&#233;vitable. L'opinion publique bourgeoise agissante est compos&#233;e de deux parties, dont la premi&#232;re comprend les conceptions, les opinions et les pr&#233;jug&#233;s h&#233;rit&#233;s qui constituent l'exp&#233;rience accumul&#233;e du pass&#233;, couche solide de banalit&#233;s opportunes et de niaiserie utile ; l'autre partie est constitu&#233;e par un m&#233;canisme complexe, tr&#232;s moderne et dirig&#233; habilement, ayant en vue la mobilisation du pathos patriotique, de l'indignation morale, de l'enthousiasme national, de l'&#233;lan altruiste et des autres genres de mensonge et de tromperie. Telle est la formule g&#233;n&#233;rale. Cependant, il est n&#233;cessaire de l'expliquer par des exemples. Lorsqu'un avocat &#171; cadet &#187; qui a aid&#233;, aux frais de l'Angleterre ou de la France, &#224; pr&#233;parer un n&#339;ud coulant pour le cou de la classe ouvri&#232;re, meurt du typhus dans une prison de la Russie affam&#233;e, le t&#233;l&#233;graphe et la T.S.F. de l'opinion publique bourgeoise effectuent une quantit&#233; d'oscillations amplement suffisante pour provoquer la r&#233;action d'indignation n&#233;cessaire dans la conscience collective, suffisamment pr&#233;par&#233;e, des Mrs. Snowden. Il est plus qu'&#233;vident que toute la besogne diabolique du radio-t&#233;l&#233;graphe capitaliste serait inutile si le cr&#226;ne de la petite bourgeoisie ne constituait pas un r&#233;sonateur appropri&#233;. Examinons un autre ph&#233;nom&#232;ne : la famine, dans la r&#233;gion de la Volga. Cette famine, d'une horreur sans pr&#233;c&#233;dent, est due, au moins pour la moiti&#233;, &#224; la guerre civile allum&#233;e dans les r&#233;gions de la Volga par les Tch&#233;co-Slovaques et par Koltchak, c'est-&#224;-dire en fait organis&#233;e et aliment&#233;e par le capital anglo-am&#233;ricain et fran&#231;ais. La s&#233;cheresse s'est abattue sur un sol pr&#233;alablement &#233;puis&#233;, d&#233;vast&#233;, d&#233;pourvu de cheptel et de machines agricoles. Si nous avons emprisonn&#233; quelques officiers et avocats &#8212; ce que nous n'avons jamais cit&#233; comme exemple d'humanit&#233; &#8212;, l'Europe bourgeoise, et avec elle l'Am&#233;rique, ont tent&#233; &#224; leur tour de transformer la Russie enti&#232;re en une prison affam&#233;e, de nous entourer d'une muraille de blocus, en m&#234;me temps que, par l'interm&#233;diaire de leurs agents blancs, ils faisaient sauter, incendiaient, d&#233;truisaient nos maigres r&#233;serves. S'il se trouve quelque part un balance de morale pure, que l'on p&#232;se les mesures de rigueur prises par nous durant notre lutte &#224; mort contre le monde entier et les souffrances inflig&#233;es aux m&#232;res de la r&#233;gion de la Volga par le capital mondial, dont le seul but &#233;tait de recouvrer les int&#233;r&#234;ts des sommes qu'il nous avait pr&#234;t&#233;es. Mais la machine de l'opinion publique bourgeoise agit d'une fa&#231;on si syst&#233;matique, avec tant d'assurance et d'insolence, et le cr&#233;tinisme petit-bourgeois lui pr&#234;te une telle force de r&#233;percussion que Mrs. Snowden en arrive &#224; r&#233;server tous ses sentiments humanitaires pour... les mencheviks que nous avons offens&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La subordination des social-r&#233;formistes &#224; l'opinion publique bourgeoise met &#224; leur activit&#233; des limites infranchissables, beaucoup plus &#233;troites que les fronti&#232;res de la l&#233;galit&#233; bourgeoise. Des &#201;tats capitalistes contemporains, l'on peut dire, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, que leur r&#233;gime est d'autant plus &#171; d&#233;mocratique &#187;, &#171; lib&#233;ral &#187; et &#171; libre &#187; que les socialistes nationaux sont plus respectables et que la subordination du parti national ouvrier &#224; l'opinion publique bourgeoise est plus niaise. A quoi bon un gendarme du for ext&#233;rieur pour un Macdonald qui en poss&#232;de un dans son for int&#233;rieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons passer ici sous silence une question que l'on ne peut m&#234;me mentionner sans &#234;tre accus&#233; d'attenter &#224; la biens&#233;ance : nous voulons parler de la religion. Il n'y a pas tr&#232;s longtemps, Lloyd George a qualifi&#233; l'&#201;glise de station centrale de distribution de force motrice pour tous les partis et pour toutes les tendances, c'est-&#224;-dire pour l'opinion publique bourgeoise dans son ensemble. Cela est surtout juste en ce qui concerne l'Angleterre. Cela ne veut pas dire que Lloyd George se laisse influencer dans la politique par la religion, que la haine de Churchill envers la Russie sovi&#233;tique soit dict&#233;e par son d&#233;sir d'aller au ciel et que les notes de lord Curzon soient tir&#233;es du Sermon sur la montagne. Non. Le mobile de leur politique sont les int&#233;r&#234;ts tr&#232;s terre-&#224;-terre de la bourgeoisie qui les a mis au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#171; l'opinion publique &#187; qui, seule, rend possible le fonctionnement normal de l'appareil de contrainte &#233;tatique, trouve son principal appui dans la religion. La norme du droit qui domine les personnes, les classes, la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re, comme un fouet id&#233;al, n'est que la transposition affaiblie de la norme religieuse, ce fouet c&#233;leste suspendu sur l'humanit&#233; exploit&#233;e. En somme, soutenir un docker sans travail, avec des arguments formels, la foi en l'inviolabilit&#233; de la l&#233;galit&#233; d&#233;mocratique, est chose condamn&#233;e d'avance &#224; l'insucc&#232;s. Ce qu'il faut avant tout, c'est un argument mat&#233;riel : un sergot avec une bonne matraque sur la terre, et, au-dessus de lui, un argument mystique : un sergot &#233;ternel, avec ses foudres, dans le ciel. Mais lorsque, dans la t&#234;te des &#171; socialistes &#187; eux-m&#234;mes, le f&#233;tichisme de la l&#233;galit&#233; bourgeoise s'allie &#224; celui de l'&#233;poque des druides, l'on a alors un gendarme int&#233;rieur id&#233;al avec l'aide duquel la bourgeoisie peut se permettre provisoirement le luxe d'observer plus ou moins le rituel d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous parlons des trahisons des social-r&#233;formistes, nous ne voulons pas du tout dire qu'ils soient tous, ou que la majeure partie d'entre eux soient simplement des &#226;mes &#224; vendre ; sous un tel aspect, ils ne seraient pas &#224; la hauteur du r&#244;le s&#233;rieux que leur fait jouer la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Il n'est m&#234;me pas important de savoir dans quelle mesure leur respectable ambition de petit bourgeois est flatt&#233;e par le titre de d&#233;put&#233; de l'opposition loyale ou par le portefeuille d'un ministre du roi, bien que cela ne fasse pas d&#233;faut. Il suffit de savoir que l'opinion publique bourgeoise, qui, durant les p&#233;riodes de calme, les autorise &#224; rester dans l'opposition, aux moments d&#233;cisifs, lorsqu'il s'agit de la vie ou de la mort de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, ou tout au moins de ses int&#233;r&#234;ts primordiaux, tels la guerre, l'insurrection en Irlande, aux Indes, une gr&#232;ve importante des mineurs, ou la proclamation d'une R&#233;publique sovi&#233;tique en Russie, a toujours trouv&#233; moyen de les engager &#224; occuper une position politique utile &#224; l'ordre capitaliste. Ne d&#233;sirant nullement donner &#224; la personnalit&#233; de M. Henderson une envergure titanique, qu'elle est loin d'avoir, nous pouvons affirmer avec certitude que M. Henderson, avec son coefficient de &#171; parti ouvrier &#187;, est un des principaux piliers de la soci&#233;t&#233; bourgeoise en Angleterre. Dans l'esprit des Henderson, les &#233;l&#233;ments fondamentaux de l'&#233;ducation bourgeoise et les d&#233;bris du socialisme s'unissent en un bloc compact gr&#226;ce au ciment traditionnel de la religion. La question de l'affranchissement mat&#233;riel d'un prol&#233;tariat anglais ne peut &#234;tre s&#233;rieusement pos&#233;e tant que le mouvement ne sera pas d&#233;barrass&#233; des leaders, des organisations, de l'&#233;tat d'esprit qui repr&#233;sentent une soumission humble, timide, asservie, poltronne et veule des opprim&#233;s &#224; l'opinion publique de leurs oppresseurs. Il faut se d&#233;barrasser du gendarme int&#233;rieur afin de pouvoir renverser le gendarme ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Internationale Communiste enseigne aux ouvriers &#224; m&#233;priser l'opinion publique bourgeoise et, en particulier, &#224; m&#233;priser les &#171; socialistes &#187; qui rampent &#224; plat-ventre devant les commandements de la bourgeoisie. Il ne s'agit pas d'un m&#233;pris superficiel, de d&#233;clamations et de mal&#233;dictions lyriques &#8212; les po&#232;tes de la bourgeoisie elle-m&#234;me l'ont d&#233;j&#224; fait fr&#233;mir maintes fois par leurs provocations insolentes, surtout en ce qui concerne la religion, la famille et le mariage &#8212;, il s'agit ici d'un profond affranchissement int&#233;rieur de l'avant-garde prol&#233;tarienne, des pi&#232;ges et des emb&#251;ches morales de la bourgeoisie ; il s'agit d'une nouvelle opinion publique r&#233;volutionnaire qui permettrait au prol&#233;tariat, non en paroles, mais en fait, non pas &#224; l'aide de tirades, mais, lorsqu'il le faut, avec des bottes, de fouler aux pieds les commandements de la bourgeoisie et d'atteindre son but r&#233;volutionnaire librement choisi, qui constitue en m&#234;me temps une n&#233;cessit&#233; historique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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