<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://matierevolution.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
	<link>https://www.matierevolution.org/</link>
	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://matierevolution.org/spip.php?id_rubrique=80&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
		<url>https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-5aeb8-d0407.jpg?1777687567</url>
		<link>https://www.matierevolution.org/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La dictature du prol&#233;tariat en Russie</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8490</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article8490</guid>
		<dc:date>2025-06-28T22:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Cllara Zetkin &lt;br class='autobr' /&gt;
De la dictature &#224; la d&#233;mocratie &lt;br class='autobr' /&gt;
(1919) &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un article r&#233;cent intitul&#233; &#034;D&#233;mocratie contre Dictature&#034;, le camarade Kautsky s'est oppos&#233; &#224; la dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie telle qu'elle a &#233;t&#233; instaur&#233;e en Russie par le renversement bolchevique de l'autorit&#233; de l'&#201;tat. Il a exprim&#233; son d&#233;saccord avec les opinions des socialistes qui soutiennent que, dans les circonstances actuelles, cette dictature est historiquement justifi&#233;e. Pour l'essentiel, les opinions (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;3- L'objectif de la dictature du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cllara Zetkin
&lt;p&gt;De la dictature &#224; la d&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1919)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un article r&#233;cent intitul&#233; &#034;D&#233;mocratie contre Dictature&#034;, le camarade Kautsky s'est oppos&#233; &#224; la dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie telle qu'elle a &#233;t&#233; instaur&#233;e en Russie par le renversement bolchevique de l'autorit&#233; de l'&#201;tat. Il a exprim&#233; son d&#233;saccord avec les opinions des socialistes qui soutiennent que, dans les circonstances actuelles, cette dictature est historiquement justifi&#233;e. Pour l'essentiel, les opinions de Kautsky sont identiques &#224; celles r&#233;cemment publi&#233;es par Martoff, un camarade menchevik, dans son ouvrage Marx et le probl&#232;me de la dictature du prol&#233;tariat . Ma r&#233;ponse aux critiques de Kautsky &#224; l'&#233;gard des bolcheviks est la suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bolchevisme et la main de fer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage de la main de fer est la caract&#233;ristique essentielle de l'activit&#233; bolchevique. Ce n'est pas id&#233;al, mais in&#233;vitable. Cela peut &#234;tre contraire aux prescriptions de la d&#233;mocratie, mais cela sert pourtant les int&#233;r&#234;ts de la d&#233;mocratie. Si, pour tous ceux qui vivent en Russie, la d&#233;mocratie doit devenir une r&#233;alit&#233; socialiste diffusant de l'&#233;nergie, les bolcheviks ne pourront &#233;chapper &#224; la n&#233;cessit&#233; de sacrifier, &#224; titre de mesure transitoire, les droits de certains individus et de certains groupes sociaux. Que cela se produise est une caract&#233;ristique in&#233;vitable de l'&#233;volution historique. La d&#233;mocratie est de double nature, &#233;tant &#224; la fois le moyen et la fin de l'&#233;volution historique. En tant que fin ou but de l'&#233;volution historique, elle peut entrer en conflit avec elle-m&#234;me en tant que moyen d'&#233;volution historique. La dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie en Russie porte les marques de cette contradiction. Les voix plaintives de Russie, les critiques &#233;mises par les adversaires du &#171; bolchevisme &#187; dans d'autres pays, nous assurent que depuis que les bolcheviks sont arriv&#233;s au pouvoir, ils ont partout viol&#233; et sacrifi&#233; les principes d&#233;mocratiques. La d&#233;mocratie, nous dit-on, a &#233;t&#233; mise &#224; l'&#233;preuve &#224; plusieurs reprises : avec la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante ; dans les privations des droits civils annonc&#233;es dans la constitution sovi&#233;tique ; et dans la d&#233;claration de la terreur de masse. Sans aucun doute ! Mais sans de telles violations, la r&#233;volution aurait-elle pu &#234;tre sauv&#233;e, aurait-elle pu aller plus loin, les r&#233;volutionnaires auraient-ils pu continuer &#224; &#339;uvrer pour le socialisme, qui seul garantit la d&#233;mocratie pour tous ? C'est la question cruciale, et pour moi la r&#233;ponse va de soi, compte tenu des circonstances entourant la r&#233;volution russe. les critiques &#233;mises par les adversaires du &#171; bolchevisme &#187; dans d'autres pays nous assurent que, depuis que les bolcheviks sont arriv&#233;s au pouvoir, ils ont partout viol&#233; et sacrifi&#233; les principes d&#233;mocratiques. La d&#233;mocratie, nous dit-on, a &#233;t&#233; mise &#224; l'&#233;preuve &#224; plusieurs reprises : avec la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante ; dans les privations des droits civils annonc&#233;es dans la constitution sovi&#233;tique ; et dans la d&#233;claration de la terreur de masse. Sans aucun doute ! Mais sans de telles violations, la r&#233;volution aurait-elle pu &#234;tre sauv&#233;e, aurait-elle pu aller plus loin, les r&#233;volutionnaires auraient-ils pu continuer &#224; &#339;uvrer pour le socialisme, qui seul garantit la d&#233;mocratie pour tous ? C'est la question cruciale, et pour moi la r&#233;ponse va de soi, compte tenu des circonstances entourant la r&#233;volution russe. les critiques &#233;mises par les adversaires du &#171; bolchevisme &#187; dans d'autres pays nous assurent que, depuis que les bolcheviks sont arriv&#233;s au pouvoir, ils ont partout viol&#233; et sacrifi&#233; les principes d&#233;mocratiques. La d&#233;mocratie, nous dit-on, a &#233;t&#233; mise &#224; l'&#233;preuve &#224; plusieurs reprises : avec la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante ; dans les privations des droits civils annonc&#233;es dans la constitution sovi&#233;tique ; et dans la d&#233;claration de la terreur de masse. Sans aucun doute ! Mais sans de telles violations, la r&#233;volution aurait-elle pu &#234;tre sauv&#233;e, aurait-elle pu aller plus loin, les r&#233;volutionnaires auraient-ils pu continuer &#224; &#339;uvrer pour le socialisme, qui seul garantit la d&#233;mocratie pour tous ? C'est la question cruciale, et pour moi la r&#233;ponse va de soi, compte tenu des circonstances entourant la r&#233;volution russe. assure-nous que depuis que les bolcheviks sont arriv&#233;s au pouvoir, ils ont partout viol&#233; et sacrifi&#233; les principes d&#233;mocratiques. La d&#233;mocratie, nous dit-on, a &#233;t&#233; mise &#224; l'&#233;preuve &#224; plusieurs reprises : avec la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante ; dans les privations des droits civils annonc&#233;es dans la constitution sovi&#233;tique ; et dans la d&#233;claration de la terreur de masse. Sans aucun doute ! Mais sans de telles violations, la r&#233;volution aurait-elle pu &#234;tre sauv&#233;e, aurait-elle pu aller plus loin, les r&#233;volutionnaires auraient-ils pu continuer &#224; &#339;uvrer pour le socialisme, qui seul garantit la d&#233;mocratie pour tous ? C'est la question cruciale, et pour moi la r&#233;ponse va de soi, compte tenu des circonstances entourant la r&#233;volution russe. assure-nous que depuis que les bolcheviks sont arriv&#233;s au pouvoir, ils ont partout viol&#233; et sacrifi&#233; les principes d&#233;mocratiques. La d&#233;mocratie, nous dit-on, a &#233;t&#233; mise &#224; l'&#233;preuve &#224; plusieurs reprises : avec la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante ; dans les privations des droits civils annonc&#233;es dans la constitution sovi&#233;tique ; et dans la d&#233;claration de la terreur de masse. Sans aucun doute ! Mais sans de telles violations, la r&#233;volution aurait-elle pu &#234;tre sauv&#233;e, aurait-elle pu aller plus loin, les r&#233;volutionnaires auraient-ils pu continuer &#224; &#339;uvrer pour le socialisme, qui seul garantit la d&#233;mocratie pour tous ? C'est la question cruciale, et pour moi la r&#233;ponse va de soi, compte tenu des circonstances entourant la r&#233;volution russe. a &#233;t&#233; critiqu&#233; &#224; plusieurs reprises : lors de la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante ; dans les privations des droits civils annonc&#233;es dans la constitution sovi&#233;tique ; et dans la d&#233;claration de la terreur de masse. Sans aucun doute ! Mais sans de telles violations, la r&#233;volution aurait-elle pu &#234;tre sauv&#233;e, aurait-elle pu aller plus loin, les r&#233;volutionnaires auraient-ils pu continuer &#224; &#339;uvrer pour le socialisme, qui seul garantit la d&#233;mocratie pour tous ? C'est la question cruciale, et pour moi la r&#233;ponse va de soi, compte tenu des circonstances entourant la r&#233;volution russe. a &#233;t&#233; critiqu&#233; &#224; plusieurs reprises : lors de la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante ; dans les privations des droits civils annonc&#233;es dans la constitution sovi&#233;tique ; et dans la d&#233;claration de la terreur de masse. Sans aucun doute ! Mais sans de telles violations, la r&#233;volution aurait-elle pu &#234;tre sauv&#233;e, aurait-elle pu aller plus loin, les r&#233;volutionnaires auraient-ils pu continuer &#224; &#339;uvrer pour le socialisme, qui seul garantit la d&#233;mocratie pour tous ? C'est la question cruciale, et pour moi la r&#233;ponse va de soi, compte tenu des circonstances entourant la r&#233;volution russe. aurait-il pu aller plus loin, les r&#233;volutionnaires auraient-ils pu continuer &#224; &#339;uvrer pour le socialisme, seul garant de la d&#233;mocratie pour tous ? C'est la question cruciale, et pour moi la r&#233;ponse va de soi, compte tenu des circonstances entourant la r&#233;volution russe. aurait-il pu aller plus loin, les r&#233;volutionnaires auraient-ils pu continuer &#224; &#339;uvrer pour le socialisme, seul garant de la d&#233;mocratie pour tous ? C'est la question cruciale, et pour moi la r&#233;ponse va de soi, compte tenu des circonstances entourant la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dissolution de l'Assembl&#233;e constituante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je consid&#232;re que la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante, loin d'impliquer un sacrifice de la d&#233;mocratie, a rendu la d&#233;mocratie plus efficace. Il ne fait aucun doute que cette assembl&#233;e avait &#233;t&#233; &#233;lue sur la base du suffrage d&#233;mocratique, mais les &#233;lections avaient eu lieu avant que les mots d'ordre bourgeois et le programme de compromis bourgeois-socialiste n'aient perdu leur attrait pour les larges masses ouvri&#232;res. Ils avaient eu lieu avant le moment historique d&#233;cisif o&#249; la r&#233;volution de novembre et l'acceptation du gouvernement sovi&#233;tique par les ouvriers, les paysans et les soldats organis&#233;s avaient effectivement &#171; condamn&#233; comme partiaux et inad&#233;quats &#187; les programmes des deux phases d'ouverture de la r&#233;volution. et des partis qui avaient propos&#233; ces programmes. Il convient d'ajouter que, pendant les p&#233;riodes d'ouverture, la puissance &#233;conomique et sociale des classes poss&#233;dantes &#233;tait encore suffisante pour exercer une influence consid&#233;rable sur les r&#233;sultats &#233;lectoraux. L'Assembl&#233;e constituante ne saurait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une expression non falsifi&#233;e des opinions et de la volont&#233; des travailleurs. Dans la mesure o&#249; l'on peut parler en Russie d'une volont&#233; populaire, cette volont&#233; &#233;tait indubitablement incorpor&#233;e dans les d&#233;cisions des soviets. Le gouvernement sovi&#233;tique provisoire allait-il abdiquer son pouvoir r&#233;el en faveur de la d&#233;mocratie du feu follet de l'Assembl&#233;e constituante ? Le gouvernement sovi&#233;tique devait-il confier le travail de la r&#233;volution aux mains de la bourgeoisie, &#224; des mains d&#233;sireuses d'entraver, voire d'&#233;trangler, cet intrus indisciplin&#233; ? Ou bien le pouvoir devait-il &#234;tre remis aux socialistes-r&#233;volutionnaires, qui s'&#233;tait r&#233;v&#233;l&#233; trop faible pour prot&#233;ger la r&#233;volution ? Prendre une telle mesure aurait &#233;t&#233; aussi insens&#233; que criminel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vin r&#233;volutionnaire et bouteilles parlementaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un autre point &#224; consid&#233;rer. La r&#233;volution n'avait pas arr&#234;t&#233; sa progression dans le but d'une r&#233;volution bourgeoise. Au-del&#224; de tout tel objectif, elle avait r&#233;v&#233;l&#233; la figure titanesque d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne, visant une r&#233;organisation socialiste. S'ils avaient accept&#233; le parlementarisme, les bolcheviks auraient accept&#233; une institution qui, si importante soit-elle, n'a qu'une valeur tr&#232;s limit&#233;e ; une institution qui, m&#234;me en p&#233;riode d'&#233;volution pacifique, s'est r&#233;v&#233;l&#233;e manifestement inadapt&#233;e aux besoins de la lutte prol&#233;tarienne pour l'&#233;mancipation ; une institution qui, adapt&#233;e aux exigences de l'ordre capitaliste, doit n&#233;cessairement &#233;chouer &#224; r&#233;pondre aux n&#233;cessit&#233;s de ceux dont le but est de renverser cet ordre. Il est ind&#233;niable que le prol&#233;tariat doit tirer tous les avantages que l'on peut tirer des institutions parlementaires. Mais le Parlement est une de ces institutions d'&#201;tat qu'un prol&#233;tariat victorieux ne peut pas simplement s'emparer et utiliser &#224; ses propres fins. Le nouveau vin r&#233;volutionnaire ne doit pas &#234;tre vers&#233; dans de vieilles bouteilles. Dans cette perspective, le &#171; bolchevisme &#187; &#233;tait assur&#233;ment justifi&#233; en rempla&#231;ant l'Assembl&#233;e constituante par les soviets, en rempla&#231;ant l'activit&#233; d'une assembl&#233;e d&#233;terminante et l&#233;gislative par l'activit&#233; d'organisations sur la base d&#233;mocratique la plus large possible et simultan&#233;ment l&#233;gislative, administrative et ex&#233;cutive. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dictature du Prol&#233;tariat Provisoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable que la d&#233;mocratie cr&#233;&#233;e par la constitution sovi&#233;tique est incompl&#232;te ; il est incontestable que de grands groupes de personnes sont ainsi exclus du suffrage. Mais les critiques semblent oublier que ces exclusions ne sont que provisoires, qu'elles ne seront appliqu&#233;es que pour la p&#233;riode pendant laquelle la dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie persiste et doit persister. La Constitution ne laisse aucun doute &#224; ce sujet. La dissolution de l'ancienne Russie et l'av&#232;nement de la Nouvelle Russie ne sont pas encore assez avanc&#233;s pour permettre au gouvernement sovi&#233;tique, d'un seul trait de plume ou d'un seul coup puissant, d'abolir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. En Russie, le glas de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'a pas encore sonn&#233;, l'heure de l'expropriation de tous les expropriateurs n'a pas encore sonn&#233;. Les minorit&#233;s poss&#232;dent toujours le pouvoir &#233;conomique et le pouvoir social et peuvent toujours utiliser et abuser de ces pouvoirs contre l'&#233;crasante majorit&#233; des travailleurs. Le pouvoir politique doit-il &#234;tre ajout&#233; pour leur permettre de poursuivre leurs objectifs &#233;go&#239;stes au m&#233;pris des int&#233;r&#234;ts de la communaut&#233; dans son ensemble ? Vidons notre esprit des phrases ; lib&#233;rons-nous des formalit&#233;s ; cessons de r&#233;it&#233;rer le slogan selon lequel &#171; les masses ont le droit et le pouvoir &#187; de contrecarrer les machinations antisociales des minorit&#233;s poss&#233;dantes. N'est-il pas &#233;vident qu'en r&#233;alit&#233;, les choses seront tr&#232;s diff&#233;rentes jusqu'&#224; ce que la libert&#233; &#233;conomique et l'&#233;galit&#233; &#233;conomique aient dot&#233; la nation enti&#232;re de libert&#233; et de maturit&#233; spirituelles ? Qui ne se moquerait pas d'un commandant militaire assez imprudent pour envoyer de l'artillerie et des obus en cadeau &#224; l'arm&#233;e ennemie ? Pourtant, les bolchevistes sont cens&#233;s avoir commis un p&#233;ch&#233; mortel en refusant d'armer et d'&#233;quiper les minorit&#233;s r&#233;actionnaires pour la lutte contre la r&#233;volution. Cela aussi au moment m&#234;me o&#249; la r&#233;volution et la contre-r&#233;volution &#233;taient aux prises avec une question de vie ou de mort ; &#224; une &#233;poque o&#249; la contre-r&#233;volution n'&#233;tait pas seulement soutenue par toutes les &#233;nergies r&#233;actionnaires de la Russie, mais &#233;tait &#233;galement fournie par les gouvernements alli&#233;s en troupes, en argent et en soutien moral. Cela aussi au moment m&#234;me o&#249; la r&#233;volution et la contre-r&#233;volution &#233;taient aux prises avec une question de vie ou de mort ; &#224; une &#233;poque o&#249; la contre-r&#233;volution n'&#233;tait pas seulement soutenue par toutes les &#233;nergies r&#233;actionnaires de la Russie, mais &#233;tait &#233;galement fournie par les gouvernements alli&#233;s en troupes, en argent et en soutien moral. Cela aussi au moment m&#234;me o&#249; la r&#233;volution et la contre-r&#233;volution &#233;taient aux prises avec une question de vie ou de mort ; &#224; une &#233;poque o&#249; la contre-r&#233;volution n'&#233;tait pas seulement soutenue par toutes les &#233;nergies r&#233;actionnaires de la Russie, mais &#233;tait &#233;galement fournie par les gouvernements alli&#233;s en troupes, en argent et en soutien moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesures de n&#233;cessit&#233; militaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissolution de l'Assembl&#233;e constituante, le recours &#224; la force contre les opposants, la d&#233;claration de la terreur de masse sont les fruits amers de la dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie. Elles doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des mesures de n&#233;cessit&#233; militaire. &#034;A la guerre comme la guerre.&#034; (Quand vous faites la guerre, faites la guerre.) Les dirigeants bolcheviques de la Russie r&#233;volutionnaire sont engag&#233;s dans une guerre d'une importance sans pr&#233;c&#233;dent. Ici, les normes morales et politiques de la vie quotidienne ne nous parviennent pas. Sur cette sc&#232;ne colossale, les mesures individuelles et les ph&#233;nom&#232;nes individuels sont r&#233;duits &#224; l'insignifiance. Il s'agit d'un drame d'une port&#233;e historique &#233;crasante et il doit &#234;tre accept&#233; ou rejet&#233; dans son ensemble. Celui qui veut la fin ne doit pas reculer devant les moyens. Une r&#233;volution prol&#233;tarienne visant le socialisme ne peut se r&#233;aliser sans dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel &#224; Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques d&#233;sobligeantes de nos amis russes ne rejettent en effet pas absolument la dictature par principe. Ce qu'ils per&#231;oivent mal, c'est le caract&#232;re de la dictature en Russie. Karl Kautsky s'efforce de prouver que dictature et d&#233;mocratie doivent aller de pair. La dictature ne doit pas sacrifier les principes d&#233;mocratiques mais doit les mettre en &#339;uvre. La dictature doit &#234;tre une &#233;manation de la d&#233;mocratie. Il sert au mieux la volont&#233; et les int&#233;r&#234;ts de la majorit&#233;. Selon les critiques, aucune de ces conditions n'est remplie en Russie. La petite minorit&#233; bolchevique, nous dit-on, emploie des mesures brutales et &#233;nergiques. contraint l'&#233;crasante majorit&#233; des Russes &#224; accepter la politique bolchevique. Cette politique, loin de sauvegarder la r&#233;volution, la met en danger ; loin de faire progresser le socialisme, il compromet le socialisme. C'est l&#224; le noyau des assauts critiques dirig&#233;s contre un domaine au-del&#224; du &#171; bolchevisme &#187; et visant &#224; clarifier, &#224; r&#233;viser la th&#233;orie de la dictature du prol&#233;tariat. On nous pr&#233;sente des cha&#238;nes d'inf&#233;rences logiques, des tentatives pour une nouvelle conception du concept de dictature, par opposition &#224; l'ancienne th&#233;orie, qui est rejet&#233;e comme &#171; blanquiste &#187; ou &#171; jacobine &#187;. Les arguments sont, bien s&#251;r, parsem&#233;s d'appels &#224; Marx et Engels, et avec des citations de ces auteurs. J'ai lu attentivement les expos&#233;s, mais ma vision g&#233;n&#233;rale de la question, de l'application de la doctrine au cas particulier de la r&#233;volution russe et du r&#244;le jou&#233; par les bolcheviks dans cette r&#233;volution, reste inchang&#233;e. En ce qui concerne les questions controvers&#233;es de notre &#233;poque, qu'importe que les ph&#233;nom&#232;nes historiques dont Marx a &#233;t&#233; t&#233;moin de son vivant l'aient amen&#233; &#224; codifier sa conception de la dictature du prol&#233;tariat ; qu'importe si, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d'abord enclin &#224; une vision &#171; jacobine &#187;, il en soit venu ensuite &#224; adopter plut&#244;t une vision &#171; &#233;volutionniste et parlementaire &#187;. Malgr&#233; tout le respect que je dois &#224; la vaste connaissance qu'a le camarade Martoff de la th&#233;orie marxiste et &#224; la perspicacit&#233; incontestable avec laquelle il applique cette th&#233;orie, nous pouvons n&#233;anmoins nous sentir enclins &#224; remettre en question ses d&#233;ductions et la mani&#232;re dont il oppose son interpr&#233;tation de Marx &#224; la th&#233;orie marxiste. dictature exerc&#233;e par les bolcheviks. Mais m&#234;me si nous pensons que Martoff a raison concernant les opinions de Marx et quant &#224; l'applicabilit&#233; de ces opinions &#224; la situation russe, il reste un fait simple &#224; retenir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis ce jour, l'&#233;conomie capitaliste n'a pas seulement connu une croissance, elle a &#233;galement manifest&#233; des ph&#233;nom&#232;nes enti&#232;rement nouveaux, d'une importance notable. Pour en &#233;num&#233;rer quelques-unes, nous avons : la formation de r&#233;seaux, de fiducies et de syndicats ; la prise de la premi&#232;re place dans l'industrie par les produits sid&#233;rurgiques &#224; la place des textiles ; la transformation r&#233;volutionnaire op&#233;r&#233;e par les am&#233;liorations de la technologie &#233;lectrique ; les entrelacs du capital industriel, du capital commercial et du capital bancaire pour constituer le capital financier, et la domination mondiale de ce dernier, etc. Dans la politique int&#233;rieure et la politique &#233;trang&#232;re de tous les &#201;tats les plus &#233;volu&#233;s, on peut retracer l'influence de un capitalisme plus d&#233;velopp&#233; et plus mature. M&#234;me si, en apparence, les commodit&#233;s de la vie semblent d&#233;sormais s'&#234;tre am&#233;lior&#233;es, la lutte des classes entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie s'est en r&#233;alit&#233; intensifi&#233;e. Parmi les classes en lutte, nous voyons un m&#233;lange et une confusion d'impulsions vers des colonies de grande envergure et de peur de telles colonies, de grands projets et de petites actions. Les classes dominantes sont de plus en plus enclines &#224; s'accrocher &#224; un pass&#233; politique fugitif. Nous constatons le d&#233;clin du parlementarisme bourgeois et son incapacit&#233; de plus en plus &#233;vidente &#224; aider la lutte prol&#233;tarienne pour la libert&#233; vers des questions d&#233;cisives. Nous sommes surtout impressionn&#233;s par la puissante expansion de l'imp&#233;rialisme, avec sa soif insatiable de domination mondiale, avec ses armements excessifs, ses entreprises coloniales et ses guerres, sa politique extr&#233;miste d'exploitation et d'oppression tant &#224; l'int&#233;rieur qu'&#224; l'ext&#233;rieur. Parmi les classes en lutte, nous voyons un m&#233;lange et une confusion d'impulsions vers des colonies de grande envergure et de peur de telles colonies, de grands projets et de petites actions. Les classes dominantes sont de plus en plus enclines &#224; s'accrocher &#224; un pass&#233; politique fugitif. Nous constatons le d&#233;clin du parlementarisme bourgeois et son incapacit&#233; de plus en plus &#233;vidente &#224; aider la lutte prol&#233;tarienne pour la libert&#233; vers des questions d&#233;cisives. Nous sommes surtout impressionn&#233;s par la puissante expansion de l'imp&#233;rialisme, avec sa soif insatiable de domination mondiale, avec ses armements excessifs, ses entreprises coloniales et ses guerres, sa politique extr&#233;miste d'exploitation et d'oppression tant &#224; l'int&#233;rieur qu'&#224; l'ext&#233;rieur. Parmi les classes en lutte, nous voyons un m&#233;lange et une confusion d'impulsions vers des colonies de grande envergure et de peur de telles colonies, de grands projets et de petites actions. Les classes dominantes sont de plus en plus enclines &#224; s'accrocher &#224; un pass&#233; politique fugitif. Nous constatons le d&#233;clin du parlementarisme bourgeois et son incapacit&#233; de plus en plus &#233;vidente &#224; aider la lutte prol&#233;tarienne pour la libert&#233; vers des questions d&#233;cisives. Nous sommes surtout impressionn&#233;s par la puissante expansion de l'imp&#233;rialisme, avec sa soif insatiable de domination mondiale, avec ses armements excessifs, ses entreprises coloniales et ses guerres, sa politique extr&#233;miste d'exploitation et d'oppression tant &#224; l'int&#233;rieur qu'&#224; l'ext&#233;rieur. Les classes dominantes sont de plus en plus enclines &#224; s'accrocher &#224; un pass&#233; politique fugitif. Nous constatons le d&#233;clin du parlementarisme bourgeois et son incapacit&#233; de plus en plus &#233;vidente &#224; aider la lutte prol&#233;tarienne pour la libert&#233; vers des questions d&#233;cisives. Nous sommes surtout impressionn&#233;s par la puissante expansion de l'imp&#233;rialisme, avec sa soif insatiable de domination mondiale, avec ses armements excessifs, ses entreprises coloniales et ses guerres, sa politique extr&#233;miste d'exploitation et d'oppression tant &#224; l'int&#233;rieur qu'&#224; l'ext&#233;rieur. Les classes dominantes sont de plus en plus enclines &#224; s'accrocher &#224; un pass&#233; politique fugitif. Nous constatons le d&#233;clin du parlementarisme bourgeois et son incapacit&#233; de plus en plus &#233;vidente &#224; aider la lutte prol&#233;tarienne pour la libert&#233; vers des questions d&#233;cisives. Nous sommes surtout impressionn&#233;s par la puissante expansion de l'imp&#233;rialisme, avec sa soif insatiable de domination mondiale, avec ses armements excessifs, ses entreprises coloniales et ses guerres, sa politique extr&#233;miste d'exploitation et d'oppression tant &#224; l'int&#233;rieur qu'&#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme, une doctrine progressiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui oserait soutenir que face aux d&#233;veloppements des derni&#232;res d&#233;cennies, Marx, penseur r&#233;solument r&#233;volutionnaire, n'aurait pas modifi&#233; sa conception de la dictature du prol&#233;tariat conform&#233;ment &#224; l'enseignement de faits imposants ? Si nous supposons que le camarade Martoff a raison quant &#224; la th&#233;orie d&#233;fendue par Marx il y a plus de quarante ans, ne pouvons-nous pas &#234;tre assur&#233;s que Marx aurait r&#233;vis&#233; cette th&#233;orie s'il avait &#233;t&#233; en vie aujourd'hui. Pour Marx, la th&#233;orie &#233;tait quelque chose de plus grand qu'un moyen d'&#233;lucider le monde ; c'&#233;tait un moyen de transformer le monde. Mais, pour cette raison m&#234;me, il n'a jamais consid&#233;r&#233; ses th&#233;ories comme des v&#233;rit&#233;s &#233;ternelles et immuables auxquelles la r&#233;alit&#233; devait se conformer ; pour lui, la r&#233;alit&#233; restait toujours l'objet de recherche, la chose &#224; &#233;tudier consciencieusement, la chose &#224; partir de laquelle ses th&#233;ories &#233;taient acquises, et selon lequel ses th&#233;ories doivent, en cas de besoin, &#234;tre modifi&#233;es. Je suis convaincu qu'&#224; ce stade, la conception de Marx de la dictature du prol&#233;tariat pr&#233;senterait remarquablement peu de similitudes avec l'id&#233;al doux et humble, l'id&#233;al de ceux qui ne visent que l'harmonie et la coop&#233;ration de toutes les personnes de &#171; bonne volont&#233;, &#187; l'id&#233;al qui nous moque timidement des expos&#233;s des adversaires du bolchevisme. L'intelligence r&#233;volutionnaire de Marx &#233;tait aussi tranchante qu'une &#233;p&#233;e ; son c&#339;ur brillait d'un feu r&#233;volutionnaire ; sa volont&#233; r&#233;volutionnaire &#233;tait dure comme l'acier. Marx a toujours &#233;t&#233; un combattant r&#233;volutionnaire, un homme d'action, et je ne peux pas croire qu'on le retrouve aujourd'hui parmi les critiques du bolchevisme. Je suis convaincu qu'&#224; ce stade, la conception de Marx de la dictature du prol&#233;tariat pr&#233;senterait remarquablement peu de similitudes avec l'id&#233;al doux et humble, l'id&#233;al de ceux qui ne visent que l'harmonie et la coop&#233;ration de toutes les personnes de &#171; bonne volont&#233;, &#187; l'id&#233;al qui nous moque timidement des expos&#233;s des adversaires du bolchevisme. L'intelligence r&#233;volutionnaire de Marx &#233;tait aussi tranchante qu'une &#233;p&#233;e ; son c&#339;ur brillait d'un feu r&#233;volutionnaire ; sa volont&#233; r&#233;volutionnaire &#233;tait dure comme l'acier. Marx a toujours &#233;t&#233; un combattant r&#233;volutionnaire, un homme d'action, et je ne peux pas croire qu'on le retrouve aujourd'hui parmi les critiques du bolchevisme. Je suis convaincu qu'&#224; ce stade, la conception de Marx de la dictature du prol&#233;tariat pr&#233;senterait remarquablement peu de similitudes avec l'id&#233;al doux et humble, l'id&#233;al de ceux qui ne visent que l'harmonie et la coop&#233;ration de toutes les personnes de &#171; bonne volont&#233;, &#187; l'id&#233;al qui nous moque timidement des expos&#233;s des adversaires du bolchevisme. L'intelligence r&#233;volutionnaire de Marx &#233;tait aussi tranchante qu'une &#233;p&#233;e ; son c&#339;ur brillait d'un feu r&#233;volutionnaire ; sa volont&#233; r&#233;volutionnaire &#233;tait dure comme l'acier. Marx a toujours &#233;t&#233; un combattant r&#233;volutionnaire, un homme d'action, et je ne peux pas croire qu'on le retrouve aujourd'hui parmi les critiques du bolchevisme. &#187; l'id&#233;al qui nous moque timidement des expos&#233;s des adversaires du bolchevisme. L'intelligence r&#233;volutionnaire de Marx &#233;tait aussi tranchante qu'une &#233;p&#233;e ; son c&#339;ur brillait d'un feu r&#233;volutionnaire ; sa volont&#233; r&#233;volutionnaire &#233;tait dure comme l'acier. Marx a toujours &#233;t&#233; un combattant r&#233;volutionnaire, un homme d'action, et je ne peux pas croire qu'on le retrouve aujourd'hui parmi les critiques du bolchevisme. &#187; l'id&#233;al qui nous moque timidement des expos&#233;s des adversaires du bolchevisme. L'intelligence r&#233;volutionnaire de Marx &#233;tait aussi tranchante qu'une &#233;p&#233;e ; son c&#339;ur brillait d'un feu r&#233;volutionnaire ; sa volont&#233; r&#233;volutionnaire &#233;tait dure comme l'acier. Marx a toujours &#233;t&#233; un combattant r&#233;volutionnaire, un homme d'action, et je ne peux pas croire qu'on le retrouve aujourd'hui parmi les critiques du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le papier, &#171; la dictature du prol&#233;tariat &#187; et &#171; l'id&#233;al d'une d&#233;mocratie compl&#232;te &#187; peuvent &#234;tre li&#233;s &#224; la simple copule. Dans le monde de la r&#233;alit&#233;, il en va autrement. L'essence historique de la dictature est la domination &#8211; une domination dure et coercitive. Sans porter atteinte aux droits et int&#233;r&#234;ts des minorit&#233;s, cela est aussi impossible que la quadrature du cercle. La justification historique de la dictature du prol&#233;tariat r&#233;side dans le fait que la dictature s'exerce dans l'int&#233;r&#234;t de l'immense majorit&#233; de la population, et qu'elle n'est qu'un moyen de transition, car elle vise &#224; se suspendre, &#224; rendre impossible, en soi, de r&#233;aliser l'id&#233;al de la d&#233;mocratie : un peuple libre, dans un pays libre, vivant de travail libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;rennit&#233; du bolchevisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos anti-bolcheviks nient que la dictature actuelle en Russie poss&#232;de ces justifications. Ils d&#233;clarent que la dictature bolchevique est l'&#339;uvre d'une minorit&#233; inconsid&#233;rable de dogmatiques et de fanatiques qui, dans l'int&#233;r&#234;t de conceptions partisanes &#233;troites et d'une politique partisane &#233;troite, souhaitent contraindre, par l'exercice brutal de la force, l'immense majorit&#233; du peuple russe. avaler les prescriptions bolcheviques, maintenant et pour l'avenir. D'o&#249; viennent ceux qui d&#233;fendent de telles vues avec la certitude que la politique bolchevique est celle d'une infime minorit&#233; d'ouvriers et de paysans russes ? A mon avis, le nombre, l'ampleur et la passion des attaques contre le r&#233;gime coercitif des bolcheviks ne devraient pas nous faire surestimer l'&#233;tendue ou l'importance d'une hostilit&#233; s&#233;rieuse &#224; l'&#233;gard de la politique du gouvernement sovi&#233;tique. C'est une exp&#233;rience ancienne et facilement explicable que, dans les luttes de factions, les minorit&#233;s qui sont largement inf&#233;rieures en nombre sont susceptibles de faire preuve d'une violence particuli&#232;re. C'est pour eux un besoin naturel de convaincre le monde qu'en d&#233;pit de la d&#233;faite, ils ont le pouvoir et ont raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui nierait qu'une grande partie des ouvriers, de nombreux paysans et surtout la majeure partie de l'intelligentsia ne partagent pas les vues ni ne soutiennent la politique des bolcheviks ? N&#233;anmoins, une tr&#232;s grande proportion, sinon la majorit&#233;, des prol&#233;taires et des paysans qui s'int&#233;ressent activement aux questions politiques soutiennent les bolcheviks, et il en va de m&#234;me pour les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Cette opinion est confirm&#233;e par le fait que ceux qui constituent, pr&#233;tend-on, une infime minorit&#233;, bien qu'on leur reproche des erreurs, des actes de violence, des manquements aux principes, etc., auraient conserv&#233; le pouvoir pendant une p&#233;riode bien plus longue que celle pendant laquelle ils les gouvernements provisoires des deux premi&#232;res phases de la r&#233;volution dominent. De plus, cela s'est produit dans des conditions de difficult&#233; presque sans pr&#233;c&#233;dent, tout au long de la terrible &#233;preuve de la paix de Brest-Litovsk et face &#224; la menace toujours pr&#233;sente de famine. Les anti-bolcheviks peuvent dire ce qu'ils veulent, mais le simple recours &#224; la force ne peut expliquer la p&#233;rennit&#233; du gouvernement sovi&#233;tique &#8211; qui a dur&#233; bien plus longtemps que d'habitude en p&#233;riode de r&#233;volution. Aucune minorit&#233; dont le pouvoir ne reposait que sur la force ne pouvait continuer, dans de telles circonstances et pendant si longtemps, &#224; s'asseoir sur les ba&#239;onnettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la dictature &#224; la d&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La persistance du r&#233;gime sovi&#233;tique, qui, comme nous l'ont assur&#233; les proph&#232;tes confiants, ne pourrait pas durer plus de quelques semaines, nous permet de d&#233;duire avec certitude que ce gouvernement est soutenu par les larges masses du peuple russe. Les bolcheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche qui coop&#232;rent avec eux constituent la structure solide de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire russe. Par leur disponibilit&#233; &#224; l'action et par leur capacit&#233;, ils inspirent confiance aux masses et les rallier &#224; leur soutien. La n&#233;cessit&#233; d'une dictature nous montre en effet qu'il ne faut en aucun cas sous-estimer le nombre et l'importance des opposants au gouvernement sovi&#233;tique. Il faut utiliser le pouvoir pour r&#233;primer le pouvoir. Notre espoir est que la dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie se maintiendra assez longtemps pour s'abolir lorsqu'elle aura rempli sa fonction et atteint son objectif. Car tandis que pendant les deux premi&#232;res p&#233;riodes de la r&#233;volution, le chemin des gouvernements menait du bel id&#233;al de la d&#233;mocratie &#224; la dure et cruelle r&#233;alit&#233; de la dictature, le chemin de la domination sovi&#233;tique m&#232;nera de la dure et cruelle r&#233;alit&#233; de la dictature &#224; la belle r&#233;alit&#233;. et r&#233;alis&#233; un r&#234;ve de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note du transcripteur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Ce court pamphlet a &#233;t&#233; traduit par Eden et Cedar Paul et publi&#233; par la Socialist Labour Press, &#224; Glasgow vers 1926, mais le pamphlet n'est pas dat&#233; et cela semble &#234;tre le cas d'apr&#232;s des preuves internes puisqu'il contient une photo de Zetkin prise lorsque elle avait 69 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte allemand semble beaucoup plus ancien - 1919 a &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233; par Einde O'Callaghan&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Karl Marx et Friedrich Engels, sur la dictature du prol&#233;tariat</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article7957</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article7957</guid>
		<dc:date>2025-04-05T22:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Karl Marx et Friedrich Engels, sur la dictature du prol&#233;tariat &lt;br class='autobr' /&gt;
La division du travail implique du m&#234;me coup la contradiction entre l'int&#233;r&#234;t de l'individu priv&#233; ou de la famille singuli&#232;re et l'int&#233;r&#234;t commun de tous les individus li&#233;s par des relations mutuelles. Or, cet int&#233;r&#234;t collectif ne peut exister seulement dans la repr&#233;sentation comme &#171; int&#233;r&#234;t universel &#187;, mais il existe d'abord dans la r&#233;alit&#233; sous forme de d&#233;pendance r&#233;ciproque des individus qui se partagent le travail... (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;3- L'objectif de la dictature du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Marx et Friedrich Engels, sur la dictature du prol&#233;tariat &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La division du travail implique du m&#234;me coup la contradiction entre l'int&#233;r&#234;t&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'individu priv&#233; ou de la famille singuli&#232;re et l'int&#233;r&#234;t commun de tous les individus li&#233;s par des relations mutuelles. Or, cet int&#233;r&#234;t collectif ne peut exister&lt;br class='autobr' /&gt;
seulement dans la repr&#233;sentation comme &#171; int&#233;r&#234;t universel &#187;, mais il existe&lt;br class='autobr' /&gt;
d'abord dans la r&#233;alit&#233; sous forme de d&#233;pendance r&#233;ciproque des individus qui se&lt;br class='autobr' /&gt;
partagent le travail...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement cette contradiction entre l'int&#233;r&#234;t particulier et l'int&#233;r&#234;t collectif&lt;br class='autobr' /&gt;
qui am&#232;ne l'int&#233;r&#234;t collectif &#224; prendre, en tant qu'&#201;tat, une forme ind&#233;pendante,&lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;par&#233;e des int&#233;r&#234;ts r&#233;els de l'individu et de l'ensemble et &#224; faire en m&#234;me temps&lt;br class='autobr' /&gt;
figure de communaut&#233; illusoire, mais toujours sur la base concr&#232;te des liens existants dans chaque conglom&#233;rat de familles et de tribus, tels que liens de la chair et&lt;br class='autobr' /&gt;
du sang, langage, division du travail &#224; une plus grande &#233;chelle et autres int&#233;r&#234;ts -&lt;br class='autobr' /&gt;
et parmi ces int&#233;r&#234;ts nous trouvons en particulier les int&#233;r&#234;ts des classes d&#233;j&#224; conditionn&#233;es par la division du travail, qui se d&#233;gagent dans tout groupement de&lt;br class='autobr' /&gt;
ce genre et dont l'une domine toutes les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit que toutes les luttes &#224; l'INT&#201;RIEUR de l'&#201;tat &#8211; la lutte entre la d&#233;mocratie, l'aristocratie et la monarchie, la lutte pour le droit de vote, etc., etc. &#8211; ne&lt;br class='autobr' /&gt;
sont que des formes illusoires sous lesquelles sont men&#233;es les luttes r&#233;elles des&lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rentes classes entre elles ; et il s'ensuit &#233;galement que toute classe qui se bat&lt;br class='autobr' /&gt;
pour la domination &#8211; comme c'est le cas du prol&#233;tariat, m&#234;me si sa domination a&lt;br class='autobr' /&gt;
en vue d'abolir toute la forme sociale surann&#233;e et le pouvoir en g&#233;n&#233;ral &#8211; doit&lt;br class='autobr' /&gt;
commencer par conqu&#233;rir d'abord le pouvoir politique pour faire valoir ses int&#233;r&#234;ts comme &#233;tant l'int&#233;r&#234;t universel &#8211; ce &#224; quoi il est contraint dans une premi&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
phase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme utopique n'est l'expression th&#233;orique du prol&#233;tariat qu'aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
longtemps que celui-ci n'est pas encore assez m&#251;r pour d&#233;velopper son propre&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement historique par lui-m&#234;me 45. L'utopisme, le socialisme des doctrinaires, subordonnait l'ensemble du mouvement &#224; l'un de ses moments particuliers et&lt;br class='autobr' /&gt;
posait &#224; la place de la production sociale communautaire l'activit&#233; c&#233;r&#233;brale du&lt;br class='autobr' /&gt;
penseur individuel, dont l'imagination &#233;liminait la lutte r&#233;volutionnaire des classes&lt;br class='autobr' /&gt;
avec ses exigences au moyen de petits artifices ou de grosses sentimentalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, le socialisme doctrinaire id&#233;alise les conditions de la soci&#233;t&#233;, dont il reproduit une image sans ombre, en cherchant &#224; faire triompher son id&#233;al contre la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;alit&#233; de cette soci&#233;t&#233;. Aujourd'hui le prol&#233;tariat abandonne ce socialisme &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
petite bourgeoisie, tandis que la lutte des diff&#233;rents chefs socialistes entre eux fait&lt;br class='autobr' /&gt;
ressortir clairement que la revendication obstin&#233;e de telle ou telle mesure particuli&#232;re qu'ils pr&#244;nent avec obstination n'est qu'un point de transition entre autres du&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volutionnement de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'intervalle, le prol&#233;tariat se regroupe de plus en plus autour du socialisme r&#233;volutionnaire, autour du communisme pour lequel la bourgeoisie elle-m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
a invent&#233; le nom de Blanqui. Ce socialisme est la d&#233;claration de la r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
permanente avec la dictature r&#233;volutionnaire de classe du prol&#233;tariat en tant que&lt;br class='autobr' /&gt;
point n&#233;cessaire de transition pour parvenir &#224; l'abolition de toutes les diff&#233;rences&lt;br class='autobr' /&gt;
de classe en g&#233;n&#233;ral, &#224; l'abolition de tous les rapports de production sur lesquels&lt;br class='autobr' /&gt;
se fondent les classes, &#224; l'abolition de tous les rapports sociaux qui correspondent&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; ce mode de production, au r&#233;volutionnement de toutes les id&#233;es qui &#233;manent de&lt;br class='autobr' /&gt;
ces rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1845, Marx et moi, nous avons pens&#233; que l'une des cons&#233;quences finales de la future r&#233;volution prol&#233;tarienne sera l'extinction progressive des organisations politiques appel&#233;es du nom d'&#201;tat. De tout temps, le but essentiel de cet&lt;br class='autobr' /&gt;
organisme a &#233;t&#233; de maintenir et de garantir par la violence arm&#233;e l'assujettissement &#233;conomique de la majorit&#233; ouvri&#232;re par la minorit&#233; fortun&#233;e. Avec la disparition de cette minorit&#233; fortun&#233;e dispara&#238;t aussi la n&#233;cessit&#233; d'un pouvoir arm&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
d'oppression ou &#201;tat. Mais en m&#234;me temps, nous avons toujours pens&#233; que, pour&lt;br class='autobr' /&gt;
parvenir &#224; ce r&#233;sultat et &#224; d'autres, bien plus importants encore pour la future r&#233;volution sociale, la classe ouvri&#232;re devait d'abord s'emparer du pouvoir politique de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#201;tat, afin d'&#233;craser gr&#226;ce &#224; lui la r&#233;sistance de la classe capitaliste et de r&#233;organiser les structures sociales. C'est ce que l'on peut lire d&#233;j&#224; dans le Manifeste communiste de 1847.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes mettent les choses sens dessus dessous. Ils d&#233;clarent que la r&#233;volution prol&#233;tarienne doit commencer en abolissant l'organisation politique de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#201;tat. Or, la seule organisation dont le prol&#233;tariat dispose apr&#232;s sa victoire, c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;cis&#233;ment l'&#201;tat. Certes, cet &#201;tat doit subir des changements tr&#232;s consid&#233;rables&lt;br class='autobr' /&gt;
avant de pouvoir remplir ses nouvelles fonctions, mais le d&#233;truire &#224; ce moment-l&#224;,&lt;br class='autobr' /&gt;
ce serait d&#233;truire le seul organe gr&#226;ce auquel le prol&#233;tariat victorieux puisse pr&#233;cis&#233;ment faire valoir la domination qu'il vient de conqu&#233;rir pour &#233;craser ses adversaires capitalistes et entreprendre le r&#233;volutionnement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, faute de quoi toute victoire devra s'achever par une nouvelle d&#233;faite et par&lt;br class='autobr' /&gt;
un massacre g&#233;n&#233;ral des ouvriers, comme ce fut le cas de la Commune de&lt;br class='autobr' /&gt;
Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les antiautoritaires ne se bornent-ils pas &#224; crier contre l'autorit&#233; politique, l'&#201;tat ? Tous les socialistes sont d'accord sur le fait que l'&#201;tat politique et,&lt;br class='autobr' /&gt;
avec lui, l'autorit&#233; politique dispara&#238;tront &#224; la suite de la r&#233;volution sociale future,&lt;br class='autobr' /&gt;
autrement dit que les fonctions publiques perdront leur caract&#232;re politique et se&lt;br class='autobr' /&gt;
transformeront en simples administrations veillant aux v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts sociaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les antiautoritaires demandent que l'&#201;tat politique autoritaire soit aboli d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
seul coup, avant m&#234;me que ne soient supprim&#233;es les conditions sociales qui l'ont&lt;br class='autobr' /&gt;
fait na&#238;tre. Ils r&#233;clament que le premier acte de la r&#233;volution sociale soit l'abolition&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ont-ils jamais vu une r&#233;volution, ces messieurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;volution est certainement la chose la plus autoritaire qui soit, c'est l'acte&lt;br class='autobr' /&gt;
par lequel une fraction de la population impose sa volont&#233; &#224; l'autre au moyen de&lt;br class='autobr' /&gt;
fusils, de ba&#239;onnettes et de canons, moyens autoritaires s'il en est ; et le parti victorieux, s'il ne veut pas avoir combattu en vain, doit continuer &#224; dominer avec la&lt;br class='autobr' /&gt;
terreur que ses armes inspirent aux r&#233;actionnaires. La Commune de Paris e&#251;t-elle&lt;br class='autobr' /&gt;
pu se maintenir un seul jour si elle n'avait pas us&#233; de l'autorit&#233; d'un peuple en ar-&lt;br class='autobr' /&gt;
mes contre la bourgeoisie ? Ne faut-il pas, au contraire, la critiquer de ce qu'elle&lt;br class='autobr' /&gt;
ait fait trop peu usage de son autorit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, de deux choses l'une : ou bien les antiautoritaires ne savent pas ce qu'ils&lt;br class='autobr' /&gt;
disent et, dans ce cas, ils ne font que semer la confusion, ou bien ils le savent et,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans ce cas, ils trahissent la cause du prol&#233;tariat. De toute fa&#231;on, ils servent la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette affaire n'&#233;tait ni pr&#233;par&#233;e, ni organis&#233;e, ni dirig&#233;e. On n'avait&lt;br class='autobr' /&gt;
pas fix&#233; de but aux gr&#232;ves, et on ne s'&#233;tait pas concert&#233; sur l'action &#224; mener. C'est&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui explique que les gr&#233;vistes h&#233;sit&#232;rent d&#232;s que les autorit&#233;s firent preuve de la&lt;br class='autobr' /&gt;
moindre r&#233;sistance, et que les ouvriers furent incapables de surmonter leur respect&lt;br class='autobr' /&gt;
de la loi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi une force militaire et polici&#232;re minime suffit &#224; tenir les masses&lt;br class='autobr' /&gt;
en &#233;chec. On a vu &#224; Manchester comment des milliers d'ouvriers furent encadr&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
et cern&#233;s sur une place par quatre ou cinq dragons qui tenaient les issues !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principe de la &#171; r&#233;volution l&#233;gale &#187; avait tout paralys&#233;. C'est ainsi que l'entreprise &#233;choua. Tous les ouvriers reprirent le travail lorsque leurs maigres &#233;conomies furent d&#233;pens&#233;es et qu'il ne leur resta plus rien &#224; manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule chose qui fut et reste utile dans tout cela pour les sans-r&#233;serves, c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
la conscience qu'une r&#233;volution par des voies l&#233;gales est impossible, et que seule&lt;br class='autobr' /&gt;
une r&#233;volution violente des rapports aberrants de la pr&#233;sente soci&#233;t&#233; &#8211; c'est-&#224;-dire un renversement radical de l'aristocratie fonci&#232;re et industrielle &#8211; peuvent&lt;br class='autobr' /&gt;
am&#233;liorer la situation mat&#233;rielle des prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; la bourgeoisie centralise consid&#233;rablement. Loin d'en &#234;tre d&#233;savantag&#233;, le prol&#233;tariat se trouve mis en &#233;tat par cette centralisation de s'unifier, de se&lt;br class='autobr' /&gt;
sentir comme classe, de s'approprier dans la d&#233;mocratie une conception politique&lt;br class='autobr' /&gt;
ad&#233;quate et, pour finir, de vaincre la bourgeoisie. Le prol&#233;tariat d&#233;mocrate n'a pas&lt;br class='autobr' /&gt;
seulement besoin de la centralisation amorc&#233;e par la bourgeoisie, il devra la pousser bien plus avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le court moment o&#249; le prol&#233;tariat a &#233;t&#233; &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat durant la R&#233;volution fran&#231;aise &#8211; lors du r&#232;gne de la Montagne &#8211; il a r&#233;alis&#233; la centralisation par tous les moyens, avec la grenaille et la guillotine. S'il revient maintenant au&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoir, le prol&#233;tariat d&#233;mocratique devra centraliser non seulement chaque pays&lt;br class='autobr' /&gt;
pour lui-m&#234;me, mais encore tous les pays civilis&#233;s dans leur ensemble, et ce, aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
rapidement que possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de l'&#201;tat, toute la situation fluctuante apr&#232;s une r&#233;volution exige une dictature, et m&#234;me une dictature &#233;nergique 53. Depuis le d&#233;but, nous avons&lt;br class='autobr' /&gt;
reproch&#233; &#224; Camphausen de ne pas agir de fa&#231;on dictatoriale, de ne pas briser et&lt;br class='autobr' /&gt;
extirper imm&#233;diatement les vestiges des institutions surann&#233;es. Et tandis qu'il se&lt;br class='autobr' /&gt;
ber&#231;ait d'illusions constitutionnelles, le parti vaincu de la r&#233;action renfor&#231;ait ses&lt;br class='autobr' /&gt;
positions au sein de la bureaucratie et de l'arm&#233;e et se risquait m&#234;me, &#231;&#224; et l&#224;, &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
reprendre la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; supposer que la contre-r&#233;volution tiendrait dans toute l'Europe par les armes, elle mourrait dans toute l'Europe par l'argent 54. La fatalit&#233; qui annulerait la&lt;br class='autobr' /&gt;
victoire serait la faillite europ&#233;enne &#8211; la faillite de l'&#201;tat. Les pointes des ba&#239;onnettes se brisent aux piques de l'&#171; &#233;conomie &#187; comme de l'amadou qui s'effrite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;volution n'attend pas l'&#233;ch&#233;ance de ces traites que les &#201;tats europ&#233;ens&lt;br class='autobr' /&gt;
ont tir&#233;es sur la nouvelle soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris sera donn&#233;e la r&#233;plique d&#233;cisive aux journ&#233;es de juin. Lorsque la R&#233;publique rouge vaincra &#224; Paris, les arm&#233;es des diff&#233;rents pays seront projet&#233;es de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'int&#233;rieur vers les fronti&#232;res et se d&#233;verseront &#224; l'ext&#233;rieur : la puissance r&#233;elle des&lt;br class='autobr' /&gt;
partis en lutte se r&#233;v&#233;lera, d&#232;s lors, dans toute sa puret&#233;. Nous nous souviendrons&lt;br class='autobr' /&gt;
alors de Juin et d'Octobre 1848 &#8211; et nous crierons &#224; notre tour : Malheur aux vaincus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vains massacres depuis les journ&#233;es de Juin et d'Octobre, les longs sacrifices depuis F&#233;vrier et Mars, le cannibalisme m&#234;me de la contre-r&#233;volution forgeront chez les peuples la conviction qu'il n'existe qu'un seul moyen de concentrer,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'abr&#233;ger et de simplifier les souffrances d'une vieille soci&#233;t&#233; agonisante et les&lt;br class='autobr' /&gt;
douleurs sanglantes de l'accouchement d'une soci&#233;t&#233; nouvelle : le terrorisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, &#224; quoi bon vos phrases hypocrites en vue de trouver&lt;br class='autobr' /&gt;
l'impossible pr&#233;texte pour nous condamner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes sans piti&#233;, et nous ne vous demandons pas de nous m&#233;nager.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque ce sera notre tour, nous ne chercherons pas d'excuses &#224; notre terrorisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, les terroristes royalistes, les terroristes par la gr&#226;ce de Dieu et du Droit, s'ils&lt;br class='autobr' /&gt;
sont brutaux, m&#233;prisables et vulgaires dans la pratique, sont l&#226;ches, sournois et&lt;br class='autobr' /&gt;
hypocrites en th&#233;orie ; bref, dans les deux cas, ils n'ont pas d'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Statuts de la Ligue des communistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 1. - Le but de la Ligue est le renversement de la bourgeoisie, la domination du prol&#233;tariat, l'abolition de la vieille soci&#233;t&#233; bourgeoise, fond&#233;e sur les&lt;br class='autobr' /&gt;
antagonismes de classe, et l'instauration d'une soci&#233;t&#233; nouvelle, sans classes et&lt;br class='autobr' /&gt;
sans propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 2. - Les conditions d'adh&#233;sion sont :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) un mode de vie et une activit&#233; conformes &#224; ce but ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) une &#233;nergie r&#233;volutionnaire et un z&#232;le propagandiste ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) faire profession de communisme ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) s'abstenir de participer &#224; toute soci&#233;t&#233; politique ou nationale anti-communiste, et informer le Comit&#233; sup&#233;rieur de l'inscription &#224; une soci&#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
quelconque..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;claration de principe de la Soci&#233;t&#233; universelle&lt;br class='autobr' /&gt;
des communistes r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 1. - Le but de l'association est la d&#233;ch&#233;ance de toutes les classes privil&#233;gi&#233;es, de soumettre ces classes &#224; la dictature des prol&#233;taires, en maintenant la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volution en permanence jusqu'&#224; la r&#233;alisation du communisme, qui doit &#234;tre la&lt;br class='autobr' /&gt;
derni&#232;re forme de constitution de la famille humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 2. - Pour contribuer &#224; la r&#233;alisation de ce but, l'association formera des&lt;br class='autobr' /&gt;
liens de solidarit&#233; entre toutes les fractions du parti communiste r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
en faisant dispara&#238;tre, conform&#233;ment au principe de la fraternit&#233; r&#233;publicaine, les&lt;br class='autobr' /&gt;
divisions en nationalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 3. - Le comit&#233; fondateur de l'association est constitu&#233; en Comit&#233; central, et &#233;tablira, partout o&#249; ce sera n&#233;cessaire &#224; la r&#233;alisation de l'&#339;uvre, des comit&#233;s qui correspondront avec le Comit&#233; central...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lutte contre le pouvoir collectif des classes poss&#233;dantes, le prol&#233;tariat&lt;br class='autobr' /&gt;
ne peut agir comme classe qu'en se constituant lui-m&#234;me en parti politique distinct, oppos&#233; &#224; tous les anciens partis form&#233;s par les classes poss&#233;dantes. Cette&lt;br class='autobr' /&gt;
constitution du prol&#233;tariat en parti politique est indispensable pour assurer le&lt;br class='autobr' /&gt;
triomphe de la r&#233;volution sociale et de son but supr&#234;me, l'abolition des classes. La&lt;br class='autobr' /&gt;
coalition des forces ouvri&#232;res d&#233;j&#224; obtenue par les luttes &#233;conomiques doit aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
servir de levier aux mains de cette classe, dans sa lutte contre le pouvoir politique&lt;br class='autobr' /&gt;
de ses exploiteurs. Les seigneurs de la terre et les seigneurs du capital se serviront toujours de leurs privil&#232;ges politiques pour d&#233;fendre et perp&#233;tuer leurs monopoles &#233;conomiques, et asservir le travail. La conqu&#234;te du pouvoir politique devient donc le premier devoir du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout parti politique tend &#224; s'assurer la domination de l'&#201;tat, le Parti&lt;br class='autobr' /&gt;
ouvrier social-d&#233;mocrate allemand s'efforce n&#233;cessairement d'instaurer sa domination qui est celle de la classe ouvri&#232;re, soit une &#171; domination de classe &#187;. Qui&lt;br class='autobr' /&gt;
plus est, depuis les chartistes anglais, tout v&#233;ritable parti prol&#233;tarien pr&#244;ne une&lt;br class='autobr' /&gt;
politique de classe, l'organisation du prol&#233;tariat comme parti politique ind&#233;pendant en tant que condition premi&#232;re de sa lutte, et la dictature du prol&#233;tariat en tant&lt;br class='autobr' /&gt;
que but imm&#233;diat de sa lutte. En d&#233;clarant cela &#171; absurde &#187;, M&#252;lberger s'est plac&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
lui-m&#234;me hors du mouvement prol&#233;tarien et a pris rang dans la sph&#232;re du socialisme petit-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; les conditions actuelles, le grand devoir de la classe ouvri&#232;re est&lt;br class='autobr' /&gt;
de conqu&#233;rir le pouvoir politique . Il semble que les ouvriers en prennent conscience. On assiste, en effet, &#224; une reprise du mouvement aussi bien ici en Allemagne, qu'en France et en Italie, o&#249; l'on tente pareillement de restaurer le parti ouvrier. Un &#233;l&#233;ment de son succ&#232;s, c'est le nombre. Toutefois, le nombre ne p&#232;se&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la balance que s'il est uni par l'association et guid&#233; par une claire conscience&lt;br class='autobr' /&gt;
commune. L'exp&#233;rience du pass&#233; a amplement d&#233;montr&#233; que si l'on d&#233;daigne de&lt;br class='autobr' /&gt;
nouer ce lien fraternel entre les travailleurs des diff&#233;rents pays pour les entra&#238;ner &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
faire front ensemble dans leurs luttes pour l'&#233;mancipation, la sanction en sera&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;chec commun de ces assauts d&#233;sordonn&#233;s. C'est cette conviction qui A POUSS&#201;&lt;br class='autobr' /&gt;
LES TRAVAILLEURS DES DIFFERENTS PAYS &#192; FONDER l'Association internationale&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'occasion de l'assembl&#233;e publique tenue le 28 septembre 1864 &#224; St. Martin's&lt;br class='autobr' /&gt;
Hall.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de l'Internationale, Marx dit que le grand succ&#232;s qui a couronn&#233; jusqu'alors ses efforts, est d&#251; &#224; des circonstances qui d&#233;passent le pouvoir de ses&lt;br class='autobr' /&gt;
membres eux-m&#234;mes. La fondation de l'Internationale elle-m&#234;me a &#233;t&#233; le r&#233;sultat de telles circonstances et n'est pas due aux efforts des hommes qui se sont attach&#233;s &#224; cette &#339;uvre. Ce n'est donc pas le fruit d'une poign&#233;e de politiciens habiles :&lt;br class='autobr' /&gt;
tous les politiciens du monde r&#233;unis n'auraient pu cr&#233;er les conditions et les circonstances qui furent n&#233;cessaires pour assurer le succ&#232;s de l'Internationale...&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dernier mouvement a &#233;t&#233; le plus grand de tous ceux qui se sont produits&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'ici, et il ne peut y avoir deux opinions &#224; son &#233;gard : la Commune a &#233;t&#233; la&lt;br class='autobr' /&gt;
conqu&#234;te du pouvoir politique par la classe ouvri&#232;re. Il y a eu de nombreux malentendus sur la Commune. Celle-ci ne devait pas asseoir une nouvelle forme de&lt;br class='autobr' /&gt;
domination de classe. Lorsque les pr&#233;sentes conditions d'oppression seront &#233;limin&#233;es gr&#226;ce au transfert des moyens de production aux travailleurs productifs et &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'obligation faite &#224; tous les individus physiquement aptes de travailler pour vivre,&lt;br class='autobr' /&gt;
on aura d&#233;truit l'unique raison d'&#234;tre d'une quelconque domination de classe et&lt;br class='autobr' /&gt;
d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant de r&#233;aliser un changement socialiste, il faut une dictature du prol&#233;tariat, dont une condition premi&#232;re est l'arm&#233;e prol&#233;tarienne. Les classes ouvri&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
devront conqu&#233;rir sur le champ de bataille le droit &#224; leur propre &#233;mancipation. La&lt;br class='autobr' /&gt;
t&#226;che de l'Internationale est d'organiser et de concerter les forces ouvri&#232;res dans&lt;br class='autobr' /&gt;
le combat qui les attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s sa naissance, la bourgeoisie est b&#226;t&#233;e de son antagoniste : les capitalistes&lt;br class='autobr' /&gt;
ne peuvent exister sans travailleurs salari&#233;s, et &#224; mesure que le bourgeois des cor-&lt;br class='autobr' /&gt;
porations m&#233;di&#233;vales devenait le bourgeois moderne, le compagnon des corporations et le journalier d&#233;li&#233; des liens f&#233;odaux devenaient le prol&#233;taire, m&#234;me si,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'ensemble, la bourgeoisie pouvait pr&#233;tendre repr&#233;senter &#233;galement, dans la&lt;br class='autobr' /&gt;
lutte contre la noblesse, les int&#233;r&#234;ts des diverses classes laborieuses de ce temps-l&#224;, on vit cependant, &#224; chaque grande r&#233;volution bourgeoise, &#233;clater des soul&#232;vements autonomes de la classe qui &#233;tait la devanci&#232;re plus ou moins d&#233;velopp&#233;e du&lt;br class='autobr' /&gt;
prol&#233;tariat moderne. Ainsi vit-on se dresser, durant la R&#233;forme allemande et la Guerre des paysans, Thomas M&#252;nzer ; durant la grande r&#233;volution anglaise, les&lt;br class='autobr' /&gt;
niveleurs ; durant la grande r&#233;volution fran&#231;aise, Babeuf. A ces lev&#233;es de boucliers&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volutionnaires d'une classe encore embryonnaire, correspondaient des formulations th&#233;oriques : aux XVI&#232;me et XVII&#232;me si&#232;cles, des peintures utopiques d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
soci&#233;t&#233; id&#233;ale ; au XVIII&#232;me si&#232;cle, des th&#233;ories d&#233;j&#224; franchement communistes&lt;br class='autobr' /&gt;
(Morelly et Mably). La revendication de l'&#233;galit&#233; ne se limitait pas seulement aux&lt;br class='autobr' /&gt;
droits politiques, elle devait s'&#233;tendre encore &#224; la condition sociale de chacun. Ce&lt;br class='autobr' /&gt;
n'&#233;tait plus seulement les privil&#232;ges de classe qui devaient &#234;tre abolis, mais les&lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rences de classe elles-m&#234;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors d&#233;j&#224;, il &#233;tait impossible &#224; la fraction pl&#233;b&#233;ienne de s'en tenir &#224; une simple lutte contre le f&#233;odalisme et la bourgeoisie privil&#233;gi&#233;e. Car elle &#8211; la fraction&lt;br class='autobr' /&gt;
absolument sans propri&#233;t&#233; &#8211; devait d&#233;j&#224; mettre en question des institutions, des&lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;es et des conceptions communes &#224; toutes les formes de soci&#233;t&#233; qui reposaient&lt;br class='autobr' /&gt;
sur des antagonismes de classe... Dans ces conditions, tout parti bourgeois plac&#233; &#224; la t&#234;te de la r&#233;volution se voit d&#233;bord&#233; dans ce mouvement m&#234;me par le parti pl&#233;b&#233;ien ou prol&#233;tariat qu'il a derri&#232;re lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me que la philosophie religieuse de M&#252;nzer frisait l'ath&#233;isme, son programme politique frisait le communisme, et plus d'une secte communiste moderne, encore &#224; la veille de la r&#233;volution de mars (1848), ne disposait pas d'un arsenal th&#233;orique plus riche que celui des &#171; M&#252;nz&#233;riens &#187; du XVIe si&#232;cle. Ce pro-&lt;br class='autobr' /&gt;
gramme, qui &#233;tait moins la synth&#232;se des revendications des pl&#233;b&#233;iens de l'&#233;poque&lt;br class='autobr' /&gt;
que l'anticipation g&#233;niale des conditions d'&#233;mancipation des &#233;l&#233;ments prol&#233;tariens en germe parmi ces pl&#233;b&#233;iens, exigeait l'instauration imm&#233;diate du royaume&lt;br class='autobr' /&gt;
de Dieu, du royaume mill&#233;naire sur terre proph&#233;tis&#233;, par le retour de l'Eglise &#224; son&lt;br class='autobr' /&gt;
origine et par la suppression de toutes les institutions en contradiction avec cette&lt;br class='autobr' /&gt;
Eglise soi-disant primitive, mais en r&#233;alit&#233; toute nouvelle. Pour M&#252;nzer, le&lt;br class='autobr' /&gt;
royaume de Dieu n'&#233;tait pas autre chose qu'un &#233;tat de soci&#233;t&#233; o&#249; il n'y aurait plus&lt;br class='autobr' /&gt;
aucune diff&#233;rence de classe, aucune propri&#233;t&#233; priv&#233;e, aucun pouvoir d'&#201;tat autonome et &#233;tranger faisant face aux membres de la soci&#233;t&#233;. Toutes les autorit&#233;s existantes, si elles refusaient de se soumettre et d'adh&#233;rer &#224; la r&#233;volution, devaient &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
renvers&#233;es ; tous les travaux et les biens devaient &#234;tre mis en commun et l'&#233;galit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
la plus compl&#232;te r&#233;gner. Une Ligue devait &#234;tre fond&#233;e pour r&#233;aliser ce programme&lt;br class='autobr' /&gt;
non seulement dans toute l'Allemagne, mais dans l'ensemble de la chr&#233;tient&#233;. Les&lt;br class='autobr' /&gt;
princes et les nobles seraient convi&#233;s &#224; se joindre &#224; elle ; s'ils s'y refusaient, la&lt;br class='autobr' /&gt;
Ligue, &#224; la premi&#232;re occasion, les renverserait les armes &#224; la main ou les tuerait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au soir de la victoire contre les puissances f&#233;odales, il est de r&#232;gle que la minorit&#233; victorieuse se scinde en deux : une des deux moiti&#233;s est contente du r&#233;sultat&lt;br class='autobr' /&gt;
obtenu, l'autre veut encore aller plus loin et pose de nouvelles revendications qui&lt;br class='autobr' /&gt;
correspondent aux int&#233;r&#234;ts v&#233;ritables, ou apparents des grandes masses populaires. Ces revendications plus radicales furent aussi r&#233;alis&#233;es dans certains cas, mais souvent elles ne le furent qu'un instant car le parti le plus mod&#233;r&#233; reprenait le&lt;br class='autobr' /&gt;
dessus, ce qui venait d'&#234;tre acquis &#233;tait alors perdu &#224; nouveau en totalit&#233; ou en&lt;br class='autobr' /&gt;
partie ; les vaincus criaient &#224; la trahison ou rejetaient la d&#233;faite sur le hasard. Mais,&lt;br class='autobr' /&gt;
en r&#233;alit&#233;, les choses &#233;taient le plus souvent ainsi : les conqu&#234;tes de la premi&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
victoire n'&#233;taient assur&#233;es que par la deuxi&#232;me victoire du parti le plus radical ;&lt;br class='autobr' /&gt;
une fois ceci acquis, c'est-&#224;-dire ce qui &#233;tait MOMENTANEMENT n&#233;cessaire, les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;l&#233;ments radicaux disparaissaient &#224; nouveau du th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations et leur succ&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation politique constitue, assur&#233;ment, un grand progr&#232;s. Elle&lt;br class='autobr' /&gt;
n'est pas, il est vrai, la derni&#232;re forme de l'&#233;mancipation humaine, mais elle est la&lt;br class='autobr' /&gt;
derni&#232;re forme de l'&#233;mancipation humaine dans l'ordre du monde actuel...&lt;br class='autobr' /&gt;
Evidemment, au temps o&#249; l'&#201;tat politique, en tant que tel, na&#238;t violemment de&lt;br class='autobr' /&gt;
la soci&#233;t&#233; bourgeoise, o&#249; l'&#233;mancipation humaine tend &#224; s'accomplir sous une&lt;br class='autobr' /&gt;
forme politique individuelle, l'&#201;tat peut et doit aller jusqu'&#224; l'abolition et la suppression de la religion, au Maximum, &#224; la confiscation, &#224; l'imp&#244;t progressif,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme il va jusqu'&#224; supprimer des vies et ne recule pas devant la guillotine. Au&lt;br class='autobr' /&gt;
temps o&#249; l'&#201;tat prend conscience de son existence propre, la vie politique cherche&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; &#233;touffer ses pr&#233;misses &#8211; la soci&#233;t&#233; bourgeoise et ses &#233;l&#233;ments constitutifs &#8211; pour&lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;riger en communaut&#233; r&#233;elle et harmonieuse de l'homme. Cependant, elle ne&lt;br class='autobr' /&gt;
peut atteindre ce but qu'en se mettant en contradiction violente avec ses propres&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions d'existence, en d&#233;clarant la r&#233;volution &#224; l'&#233;tat permanent. Aussi le drame politique s'ach&#232;ve-t-il tout aussi n&#233;cessairement par la restauration de la religion, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de tous les &#233;l&#233;ments de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, que la&lt;br class='autobr' /&gt;
guerre se termine par la paix...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, en cons&#233;quence, le prol&#233;tariat renverse la domination politique de la bourgeoisie, sa victoire ne sera que passag&#232;re : elle sera un simple &#233;l&#233;ment au service&lt;br class='autobr' /&gt;
de la r&#233;volution bourgeoise elle-m&#234;me, comme ce fut le cas en 1794. Il en sera&lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi tant que les conditions mat&#233;rielles ne sont pas cr&#233;&#233;es au cours de l'histoire,&lt;br class='autobr' /&gt;
du &#171; mouvement &#187;, qui rendent n&#233;cessaire l'abolition du mode de production&lt;br class='autobr' /&gt;
bourgeois, c'est-&#224;-dire rendent n&#233;cessaire le renversement d&#233;finitif de la domination politique de la bourgeoisie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question difficile &#224; r&#233;soudre pour nous est la suivante : sur le continent, la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volution est imminente et prendra un caract&#232;re socialiste, mais ne sera-t-elle pas&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;touff&#233;e dans ce petit coin du monde ? En effet, sur un terrain beaucoup plus vaste,&lt;br class='autobr' /&gt;
le mouvement de la soci&#233;t&#233; bourgeoise est encore ascendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que bourgeoisie et prol&#233;tariat sont enfants d'une &#233;poque nouvelle, que tous deux tendent dans leur action sociale &#224; &#233;liminer le fatras h&#233;rit&#233; de l'ancien r&#233;gime. Ils ont, il est vrai, &#224; mener entre eux une lutte tr&#232;s s&#233;rieuse,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais cette lutte ne peut &#234;tre livr&#233;e &#224; fond qu'&#224; partir du moment o&#249; ils se trouvent&lt;br class='autobr' /&gt;
seuls en face l'un de l'autre. Le vieux bataclan doit &#234;tre jet&#233; par dessus bord pour&lt;br class='autobr' /&gt;
que le navire soit &#171; par&#233; pour le combat &#187;, &#224; cela pr&#232;s que le combat ne se livre&lt;br class='autobr' /&gt;
pas cette fois entre deux navires, mais &#224; bord du m&#234;me b&#226;timent, entre officiers et&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;quipage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie ne peut conqu&#233;rir le pouvoir politique, le traduire en Constitution et lois, sans mettre en m&#234;me temps des armes entre les mains du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelles sont les r&#233;formes &#224; introduire ? Ce sont celles que les communistes&lt;br class='autobr' /&gt;
proposent en vue de pr&#233;parer l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Les mesures&lt;br class='autobr' /&gt;
pour limiter la concurrence, l'accumulation de vastes capitaux entre les mains&lt;br class='autobr' /&gt;
d'individus priv&#233;s, toute limitation ou abolition du droit d'h&#233;ritage, toute organisation du travail par l'&#201;tat, etc. - toutes ces mesures ne sont pas seulement possibles&lt;br class='autobr' /&gt;
en tant que mesures r&#233;volutionnaires, mais encore n&#233;cessaires. Elles seront possibles parce que tout le prol&#233;tariat insurg&#233; se tiendra derri&#232;re elles et les soutiendra&lt;br class='autobr' /&gt;
par la force des armes. Elles sont r&#233;alisables, en d&#233;pit de toutes les objections et inconv&#233;nients que leur adressent les &#233;conomistes et pr&#233;cis&#233;ment en raison des&lt;br class='autobr' /&gt;
maux et inconv&#233;nients qui forceront le prol&#233;tariat &#224; proc&#233;der toujours plus &#224; fond,&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'&#224; ce que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e soit totalement abolie, s'il ne veut pas perdre de&lt;br class='autobr' /&gt;
nouveau ce qu'il a d&#233;j&#224; conquis. Elles sont possibles en tant que pas pr&#233;paratoires, &#233;tapes interm&#233;diaires de transition vers l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais&lt;br class='autobr' /&gt;
en aucun cas autre chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur Heinzen voudrait que ces mesures soient des mesures fixes, ultimes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles ne doivent rien pr&#233;parer, mais &#234;tre d&#233;finitives. Pour lui, ce ne sont pas des&lt;br class='autobr' /&gt;
moyens, mais un but. Elles ne sont pas ajust&#233;es &#224; une situation r&#233;volutionnaire,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais &#224; de paisibles conditions bourgeoises. Or, de cette fa&#231;on, il les rend inefficaces et en m&#234;me temps r&#233;actionnaires. Les &#233;conomistes bourgeois ont m&#234;me parfaitement raison quand ils opposent &#224; M. Heinzen que ses mesures retardent sur la&lt;br class='autobr' /&gt;
libre concurrence, car celle-ci est la forme d'existence ultime, la plus haute et la&lt;br class='autobr' /&gt;
plus &#233;lev&#233;e de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Toutes les mesures qui partent de la base de la&lt;br class='autobr' /&gt;
propri&#233;t&#233; priv&#233;e tout en &#233;tant dirig&#233;es contre la libre concurrence sont r&#233;actionnaires, s'efforcent de restaurer des degr&#233;s de d&#233;veloppement inf&#233;rieurs de la propri&#233;t&#233;, et doivent donc finalement aussi succomber de nouveau devant la libre concurrence &#8211; ce qui r&#233;tablit la situation pr&#233;sente. Or, ces objections des bourgeois perdent leur force d&#232;s que l'on traite les r&#233;formes sociales mentionn&#233;es ci-dessus&lt;br class='autobr' /&gt;
comme des interventions r&#233;volutionnaires de transition, alors qu'elles balaient de&lt;br class='autobr' /&gt;
fond en comble la vision de M. Heinzen d'une r&#233;publique agraro-socialiste tricolore...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, chez les communistes, ces mesures ont un sens et une raison parce&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elles ne sont pas con&#231;ues comme des mesures arbitraires, mais d&#233;rivent n&#233;cessairement comme objectifs du d&#233;veloppement de l'industrie, de l'agriculture, des&lt;br class='autobr' /&gt;
rapports de distribution et de communication, ainsi que de la lutte de classe entre&lt;br class='autobr' /&gt;
bourgeoisie et prol&#233;tariat qui y est li&#233;e. Ce ne sont jamais des mesures stables&lt;br class='autobr' /&gt;
mais des mesures de salut public surgissant des hauts et des bas de la lutte des&lt;br class='autobr' /&gt;
classes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La conqu&#234;te du pouvoir politique par Rosa Luxemburg</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8268</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article8268</guid>
		<dc:date>2024-09-18T22:18:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Rosa Luxemburg</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La conqu&#234;te du pouvoir politique &lt;br class='autobr' /&gt;
Le sort de la d&#233;mocratie est li&#233;, nous l'avons vu, au sort du mouvement ouvrier. Mais le d&#233;veloppement de la d&#233;mocratie rend-il superflue ou impossible une r&#233;volution prol&#233;tarienne dans le sens de la prise du pouvoir d'Etat, de la conqu&#234;te du pouvoir politique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Bernstein tranche cette question en pesant soigneusement les aspects positifs et les aspects n&#233;gatifs de la r&#233;forme l&#233;gale et de la r&#233;volution, &#224; peu pr&#232;s comme on p&#232;se de la cannelle ou du poivre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;3- L'objectif de la dictature du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Rosa Luxemburg&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La conqu&#234;te du pouvoir politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le sort de la d&#233;mocratie est li&#233;, nous l'avons vu, au sort du mouvement ouvrier. Mais le d&#233;veloppement de la d&#233;mocratie rend-il superflue ou impossible une r&#233;volution prol&#233;tarienne dans le sens de la prise du pouvoir d'Etat, de la conqu&#234;te du pouvoir politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernstein tranche cette question en pesant soigneusement les aspects positifs et les aspects n&#233;gatifs de la r&#233;forme l&#233;gale et de la r&#233;volution, &#224; peu pr&#232;s comme on p&#232;se de la cannelle ou du poivre dans une coop&#233;rative de consommation. Dans le cours l&#233;gal, il voit l'action du raisonnement ; dans son cours r&#233;volutionnaire, celle du sentiment ; dans le travail r&#233;formiste, une m&#233;thode lente ; dans la r&#233;volution, une m&#233;thode rapide de progr&#232;s historique ; dans la l&#233;galit&#233;, une force m&#233;thodique, dans l'insurrection, une violence spontan&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une chose bien connue que le r&#233;formateur petit-bourgeois aper&#231;oit en tout un &#034; bon &#034; et un &#034; mauvais &#034; c&#244;t&#233; et qu'il mange &#224; tous les r&#226;teliers. C'est aussi une chose bien connue que le cours r&#233;el de l'histoire ne se soucie gu&#232;re des combinaisons petites-bourgeoises, et renverse d'un coup les &#233;chafaudages bien construits et les calculs, sans tenir compte des &#034; bons c&#244;t&#233;s &#034; des choses, si bien tri&#233;s en tas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, dans l'histoire, la r&#233;forme l&#233;gale ou la r&#233;volution se mettent en marche pour des raisons plus puissantes que le calcul des avantages ou des inconv&#233;nients compar&#233;s des deux m&#233;thodes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, la r&#233;forme l&#233;gale eut pour effet de renforcer progressivement la classe ascendante jusqu'&#224; ce que celle-ci se sente assez forte pour s'emparer du pouvoir politique et mettre &#224; bas le syst&#232;me juridique pour en construire un nouveau. Bernstein, qui condamne les m&#233;thodes de prise de pouvoir politique en leur reprochant de reprendre les th&#233;ories blanquistes de la violence taxe &#224; tort de blanquisme ce qui est depuis des si&#232;cles le pivot et la force motrice de l'histoire humaine. Depuis qu'il existe des soci&#233;t&#233;s de classe et que la lutte des classes constitue le moteur essentiel de l'histoire, la conqu&#234;te du pouvoir politique a toujours &#233;t&#233; le but de toutes les classes ascendantes ainsi que le point de d&#233;part et le point d'aboutissement de toute p&#233;riode historique. C'est ce que nous constatons dans les longues luttes de la paysannerie contre les financiers et contre la noblesse dans l'ancienne Rome, dans les luttes du patriciat contre les &#233;v&#234;ques et dans celles de l'artisanat contre les patriciens dans les villes du Moyen-&#226;ge, ainsi que dans celles de la bourgeoisie contre le f&#233;odalisme dans les temps modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme l&#233;gale et la r&#233;volution ne sont donc pas des m&#233;thodes diff&#233;rentes de progr&#232;s historique que l'on pourrait choisir &#224; volont&#233; comme on choisirait des saucisses chaudes ou des viandes froides au buffet, mais des facteurs diff&#233;rents de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; de classe, qui se conditionnent et se compl&#232;tent r&#233;ciproquement, tout en s'excluant, comme par exemple le p&#244;le Sud et le p&#244;le Nord, la bourgeoisie et le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque &#233;poque, en effet, la constitution l&#233;gale est un simple produit de la r&#233;volution. Si la r&#233;volution est l'acte de cr&#233;ation politique de l'histoire de classe, la l&#233;gislation n'est que l'expression, sur le plan politique, de l'existence v&#233;g&#233;tative et continue de la soci&#233;t&#233;. Le travail l&#233;gal de r&#233;formes ne poss&#232;de aucune autre forme motrice propre, ind&#233;pendante de la r&#233;volution ; il ne s'accomplit dans chaque p&#233;riode historique que dans la direction que lui a donn&#233;e l'impulsion de la derni&#232;re r&#233;volution, et aussi longtemps que cette impulsion continue &#224; se faire sentir ou, pour parler concr&#232;tement, seulement dans le cadre de la forme sociale cr&#233;&#233;e par la derni&#232;re r&#233;volution. Nous sommes l&#224; au c&#339;ur du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est inexact et contraire &#224; la v&#233;rit&#233; historique de se repr&#233;senter le travail de r&#233;forme comme une r&#233;volution dilu&#233;e dans le temps, et la r&#233;volution comme une r&#233;forme condens&#233;e. Une r&#233;volution sociale et une r&#233;forme l&#233;gale ne sont pas des &#233;l&#233;ments distincts par leur dur&#233;e, mais par leur contenu ; tout le secret des r&#233;volutions historiques, de la prise du pouvoir politique, est pr&#233;cis&#233;ment dans le passage de simples modifications quantitatives en une qualit&#233; nouvelle ou, pour parler concr&#232;tement, dans le passage d'une p&#233;riode historique d'une forme de soci&#233;t&#233; donn&#233;e &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quiconque se prononce en faveur de la r&#233;forme l&#233;gale, au lieu et &#224; l'encontre de la conqu&#234;te du pouvoir politique et de la r&#233;volution sociale, ne choisit pas en r&#233;alit&#233; une voie plus paisible, plus s&#251;re et plus lente conduisant au m&#234;me but ; il a en vue un but diff&#233;rent : au lieu de l'instauration d'une soci&#233;t&#233; nouvelle, il se contente de modifications superficielles apport&#233;es &#224; l'ancienne soci&#233;t&#233;. Ainsi les th&#232;ses politiques du r&#233;visionnisme conduisent-elles &#224; la m&#234;me conclusion que ses th&#233;ories &#233;conomiques. Elles ne visent pas, au fond, &#224; r&#233;aliser l'ordre socialiste, mais &#224; r&#233;former l'ordre capitaliste, elles ne cherchent pas &#224; abolir le syst&#232;me du salariat, mais &#224; doser ou &#224; att&#233;nuer l'exploitation, en un mot elles veulent supprimer les abus du capitalisme et non le capitalisme lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce que nous venons de dire de la fonction respective de la r&#233;forme l&#233;gale et de la r&#233;volution n'est-il pas valable uniquement pour une lutte de classes du pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre, gr&#226;ce au d&#233;veloppement du syst&#232;me juridique bourgeois, incombe-t-il &#224; la r&#233;forme l&#233;gale de faire passer la soci&#233;t&#233; d'une phase historique &#224; une autre ? La conqu&#234;te du pouvoir d'Etat par le prol&#233;tariat n'est-elle pas devenue &#034; une phrase vide de sens &#034;, comme le pr&#233;tend Bernstein ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est le contraire qui est vrai. Qu'est-ce qui distingue la soci&#233;t&#233; bourgeoise des autres soci&#233;t&#233;s de classe, de la soci&#233;t&#233; antique et de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale ? C'est le fait que la domination de classe n'y repose pas sur les &#034; droits acquis &#034;, mais sur de v&#233;ritables rapports &#233;conomiques, le fait que le salariat n'est pas un rapport juridique, mais un rapport purement &#233;conomique. On ne trouvera dans tout notre syst&#232;me juridique aucun statut l&#233;gal de la domination de classe actuelle. S'il en reste encore des traces, ce sont des survivances de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, tel le r&#232;glement du statut de la domesticit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment supprimer alors l'esclavage du salariat progressivement &#034; par la voie l&#233;gale &#034;, s'il n'est pas traduit dans les lois ? Bernstein, qui pr&#233;tend, par le moyen de la r&#233;forme l&#233;gale, abolir le capitalisme, se trouve dans la m&#234;me situation que le romancier russe Ouspenski [1], qui racontait ainsi son aventure : &#034; Vite je saisis le gaillard au collet ! Mais que vois-je ? Ce mis&#233;rable n'avait pas de collet ! &#034; Voil&#224; le probl&#232;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Toutes les soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures &#233;taient fond&#233;es sur l'antagonisme de la classe opprimante et de la classe opprim&#233;e &#034; (Manifeste Communiste). Mais dans les phases pr&#233;c&#233;dentes de la soci&#233;t&#233; moderne, cet antagonisme se traduisait par des rapports juridiques bien d&#233;termin&#233;s ; de ce fait, il pouvait accorder dans une certaine mesure une place aux nouveaux rapports dans le cadre des anciens. &#034; Au sein m&#234;me du servage, le serf s'est &#233;lev&#233; au rang de membre de la commune &#034; (Manifeste Communiste). Comment cela fut-il possible ? Par la suppression progressive de tous les privil&#232;ges dans le domaine de la cit&#233; : corv&#233;es, droit de v&#234;tement, taxes sur l'h&#233;ritage, droit du meilleur catel [2], imp&#244;t personnel, contrainte de mariage, droits de succession, etc., dont l'ensemble constituait pr&#233;cis&#233;ment le servage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de cette mani&#232;re &#233;galement que le petit-bourgeois du Moyen-&#226;ge a r&#233;ussi &#034; sous le joug de l'absolutisme f&#233;odal &#224; s'&#233;lever au rang de bourgeois &#034; (Manifeste Communiste). Par quel moyen ? Par l'abolition partielle et formelle ou par le rel&#226;chement effectif des liens corporatifs, par la transformation progressive de l'administration des finances et de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re le probl&#232;me dans l'absolu, et non dans une perspective historique, on peut au moins imaginer, dans le cadre des anciens rapports de classes, une voie l&#233;gale, r&#233;formiste, du passage de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Mais la r&#233;alit&#233; montre que l&#224; non plus les r&#233;formes l&#233;gales n'ont pas rendu inutile la prise du pouvoir politique par la bourgeoisie, au contraire elles ont servi &#224; la pr&#233;parer et &#224; l'introduire. Il a fallu une r&#233;volution politique et sociale en r&#232;gle, &#224; la fois pour abolir le servage et pour supprimer le f&#233;odalisme. Aujourd'hui la situation est tout autre. Aucune loi n'oblige le prol&#233;tariat &#224; se soumettre au joug du capital, c'est la mis&#232;re et le manque de moyens de production qui l'y contraignent. Mais aucune loi au monde ne peut lui accorder ses moyens de production dans le cadre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise parce que ce n'est pas la loi, mais le d&#233;veloppement &#233;conomique qui l'a d&#233;poss&#233;d&#233; de ses moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me l'exploitation &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me du salariat n'est pas non plus fond&#233;e sur la loi, car le niveau des salaires n'est pas fix&#233; par voie l&#233;gale, il d&#233;pend de facteurs &#233;conomiques. Le fait lui-m&#234;me de l'exploitation n'a pas pour origine une disposition l&#233;gale, il a un fondement purement &#233;conomique, &#224; savoir le fait que la force de travail joue le r&#244;le d'une marchandise, poss&#233;dant entre autres cette qualit&#233; de produire de la valeur, et m&#234;me plus de valeur que n'en consomment les ouvriers dans leurs moyens de subsistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, il est impossible de transformer les rapports fondamentaux de la soci&#233;t&#233; capitaliste, qui sont ceux de la domination d'une classe par une autre, par des r&#233;formes l&#233;gales qui en respecteraient le fondement bourgeois ; ces rapports ne sont pas en effet le produit d'une l&#233;gislation bourgeoise, ils ne sont pas traduits par des lois. Bernstein l'ignore, apparemment, puisqu'il se propose une &#034; r&#233;forme &#034; socialiste, mais il le reconna&#238;t implicitement lorsqu'il &#233;crit &#224; la page 10 de son livre que le &#034; motif &#233;conomique se d&#233;voile aujourd'hui, alors qu'autrefois il &#233;tait masqu&#233; par toutes sortes de rapports de domination et d'id&#233;ologie &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tout. Le r&#233;gime capitaliste a ceci de particulier que tous les &#233;l&#233;ments de la soci&#233;t&#233; future, en se d&#233;veloppant, au lieu de s'orienter vers le socialisme, s'en &#233;loignent, au contraire. La production rev&#234;t de plus en plus un caract&#232;re social. Mais comment se traduit ce caract&#232;re social ? Il prend la forme de la grande entreprise, de la soci&#233;t&#233; par actions, du cartel, au sein desquels les antagonismes capitalistes, l'exploitation, l'oppression de la force de travail, s'exasp&#232;rent &#224; l'extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'arm&#233;e, l'&#233;volution du capitalisme entra&#238;ne l'extension du service militaire obligatoire, la r&#233;duction du temps de service ; il semble que l'on tende vers un syst&#232;me de milice populaire. Mais cette &#233;volution s'accomplit dans le cadre du militarisme moderne ; la domination du peuple par l'Etat militariste s'y manifeste nettement, ainsi que le caract&#232;re de classe de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine politique, l'&#233;volution du syst&#232;me conduit, si le terrain y est favorable, &#224; la d&#233;mocratie, &#224; la participation de toutes les couches de la population &#224; la vie politique. On s'oriente donc en quelque sorte vers un &#034; Etat populaire &#034;. Mais ceci dans le cadre du parlementarisme bourgeois o&#249; les antagonismes de classe, loin d'&#234;tre r&#233;solus, s'&#233;talent au contraire au grand jour. L'&#233;volution du capitalisme oscille donc entre des contradictions ; pour d&#233;gager le noyau socialiste de la gangue capitaliste, il faut que le prol&#233;tariat s'empare du pouvoir politique, et que le syst&#232;me capitaliste soit enti&#232;rement aboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces constatations Bernstein tire de tout autres conclusions : s'il est vrai que le d&#233;veloppement du capitalisme doit exasp&#233;rer et non pas att&#233;nuer les contradictions capitalistes, alors &#034; la social-d&#233;mocratie devrait &#034;, &#224; l'en croire, &#034; pour ne pas se rendre la t&#226;che plus difficile, essayer de barrer la route aux r&#233;formes sociales et d'emp&#234;cher l'extension des institutions d&#233;mocratiques &#034; (page 71). Ce serait juste, en effet, si la social-d&#233;mocratie avait le souci petit-bourgeois et vain de trier les bons et les mauvais c&#244;t&#233;s de l'histoire. En ce cas, elle devrait, pour &#234;tre cons&#233;quente, &#034; essayer de barrer la route &#034; au capitalisme tout entier, puisque c'est bien lui le noir criminel qui met des obstacles au socialisme. En fait le capitalisme, tout en mettant des obstacles au socialisme, offre les seules possibilit&#233;s de r&#233;aliser le programme socialiste. Ceci vaut &#233;galement pour la d&#233;mocratie. La d&#233;mocratie est peut-&#234;tre inutile, ou m&#234;me g&#234;nante pour la bourgeoisie aujourd'hui ; pour la classe ouvri&#232;re, elle est n&#233;cessaire, voire indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est n&#233;cessaire, parce qu'elle cr&#233;e les formes politiques (auto-administration, droit de vote, etc.) qui serviront au prol&#233;tariat de tremplin et de soutien dans sa lutte pour la transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Mais elle est aussi indispensable, parce que c'est seulement en luttant pour la d&#233;mocratie et en exer&#231;ant ses droits que le prol&#233;tariat prendra conscience de ses int&#233;r&#234;ts de classe et de ses t&#226;ches historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, la d&#233;mocratie est indispensable, non pas parce qu'elle rend inutile la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat ; au contraire, elle rend n&#233;cessaire et en m&#234;me temps possible cette prise du pouvoir. Lorsque Engels dans sa pr&#233;face &#224; La lutte des classes en France r&#233;visait la tactique du mouvement ouvrier moderne, opposant aux barricades la lutte l&#233;gale, il n'avait pas en vue - et chaque ligne de cette pr&#233;face le d&#233;montre - le probl&#232;me de la conqu&#234;te d&#233;finitive du pouvoir politique, mais celui de la lutte quotidienne actuelle. Il n'analysait pas l'attitude du prol&#233;tariat &#224; l'&#233;gard de l'Etat capitaliste au moment de la prise du pouvoir, mais son attitude dans le cadre de l'Etat capitaliste. En un mot, Engels donnait les directives au prol&#233;tariat opprim&#233;, et non au prol&#233;tariat victorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, la phrase c&#233;l&#232;bre de Marx sur la question agraire en Angleterre, et dont Bernstein tire argument, &#224; savoir &#034; qu'on la r&#233;glerait plus facilement en achetant les landlords &#034; - cette phrase ne se rapporte pas &#224; l'attitude du prol&#233;tariat avant, mais apr&#232;s sa victoire. Car on ne peut parler d'acheter les classes dominantes que si la classe ouvri&#232;re est au pouvoir. Ce que Marx envisageait, c'&#233;tait l'exercice pacifique de la dictature prol&#233;tarienne, et non le remplacement de la dictature par des r&#233;formes sociales capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels n'ont jamais mis en doute la n&#233;cessit&#233; de la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat. Il &#233;tait r&#233;serv&#233; &#224; Bernstein de consid&#233;rer la mare aux grenouilles du parlementarisme bourgeois comme l'instrument appel&#233; &#224; r&#233;aliser le bouleversement social le plus formidable de l'histoire, &#224; savoir la transformation des structures capitalistes en structures socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en exposant sa th&#233;orie, Bernstein avait commenc&#233; par exprimer simplement la crainte que le prol&#233;tariat ne s'empare trop t&#244;t du pouvoir. Si tel &#233;tait le cas, une telle action reviendrait, selon Bernstein, &#224; laisser la soci&#233;t&#233; bourgeoise dans la situation o&#249; elle est, et le prol&#233;tariat subirait une d&#233;faite redoutable. Cette crainte montre &#224; quoi aboutit pratiquement la th&#233;orie de Bernstein : &#224; conseiller au prol&#233;tariat, pour le cas o&#249; les circonstances l'am&#232;neraient au pouvoir, d'aller tout simplement se coucher. Mais par l&#224; m&#234;me cette th&#233;orie se juge elle-m&#234;me, se d&#233;voile comme une doctrine condamnant le prol&#233;tariat, aux instants d&#233;cisifs de la lutte, &#224; l'inaction, donc &#224; une trahison passive de sa propre cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si notre programme ne pouvait &#234;tre applicable &#224; toutes les &#233;ventualit&#233;s et &#224; tous les moments de la lutte - il ne serait qu'un vil chiffon de papier. Formulation globale de l'&#233;volution historique du capitalisme, notre programme doit &#233;galement d&#233;crire dans leurs traits fondamentaux toutes les phases transitoires de ce d&#233;veloppement, et donc orienter &#224; chaque instant l'attitude du prol&#233;tariat dans le sens d'une marche vers le socialisme. On peut donc conclure qu'il n'existe aucune circonstance o&#249; le prol&#233;tariat serait contraint d'abandonner son programme, ou d'&#234;tre abandonn&#233; par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, cela veut dire qu'il n'y a aucun moment o&#249; le prol&#233;tariat, port&#233; au pouvoir par les circonstances, ne puisse, ou ne soit tenu de prendre certaines mesures en vue de r&#233;aliser son programme, des mesures de transition vers le socialisme. Affirmer que le programme socialiste pourrait se r&#233;v&#233;ler impuissant &#224; une phase quelconque de la prise du pouvoir et incapable de donner des directives en vue de sa r&#233;alisation, revient &#224; affirmer que le programme socialiste est, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale et de tout temps, irr&#233;alisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si les mesures transitoires sont pr&#233;matur&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette objection r&#233;v&#232;le une s&#233;rie de malentendus quant &#224; la nature r&#233;elle et au d&#233;roulement de la r&#233;volution sociale. Premier malentendu : la prise du pouvoir politique par le prol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire par une grande classe populaire, ne se fait pas artificiellement. Sauf en certains cas exceptionnels - tels que la Commune de Paris, o&#249; le prol&#233;tariat n'a pas obtenu le pouvoir au terme d'une lutte consciente, mais o&#249; le pouvoir lui est &#233;chu comme un bien dont personne ne veut plus - la prise du pouvoir politique implique une situation politique et &#233;conomique parvenue &#224; un certain degr&#233; de maturit&#233;. C'est l&#224; toute la diff&#233;rence entre des coups d'Etat de style blanquiste, accomplis par &#034; une minorit&#233; agissante &#034;, d&#233;clench&#233;s &#224; n'importe quel moment, et en fait, toujours inopportun&#233;ment, et la conqu&#234;te du pouvoir politique par la grande masse populaire consciente ; une telle conqu&#234;te ne peut &#234;tre que le produit de la d&#233;composition de la soci&#233;t&#233; bourgeoise ; elle porte donc en elle-m&#234;me la justification &#233;conomique et politique de son opportunit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re les conditions sociales de la conqu&#234;te du pouvoir, la r&#233;volution ne peut donc se produire pr&#233;matur&#233;ment ; si elle est pr&#233;matur&#233;e, c'est du point de vue des cons&#233;quences politiques lorsqu'il s'agit de conserver le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution pr&#233;matur&#233;e, dont le spectre hante les nuits de Bernstein, mena&#231;ante comme une &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s, ne peut &#234;tre conjur&#233;e par aucune pri&#232;re, aucune supplication, toutes les transes et toutes les angoisses sont impuissantes &#224; cet &#233;gard. Et cela pour deux raisons tr&#232;s simples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord un bouleversement aussi formidable que le passage de la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste ne peut se produire d'un bond, par un coup de main heureux du prol&#233;tariat. L'imaginer, c'est faire preuve encore une fois de conceptions r&#233;solument blanquistes. La r&#233;volution socialiste implique une lutte longue et opini&#226;tre au cours de laquelle, selon toute probabilit&#233;, le prol&#233;tariat aura le dessous plus d'une fois ; si l'on regarde le r&#233;sultat final de la lutte globale, sa premi&#232;re attaque aura donc &#233;t&#233; pr&#233;matur&#233;e : il sera parvenu trop t&#244;t au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or - et c'est l&#224; le deuxi&#232;me point - cette conqu&#234;te &#034; pr&#233;matur&#233;e &#034; du pouvoir politique est in&#233;vitable, parce que ces attaques pr&#233;matur&#233;es du prol&#233;tariat constituent un facteur, et m&#234;me un facteur tr&#232;s important, cr&#233;ant les conditions politiques de la victoire d&#233;finitive : en effet, ce n'est qu'au cours de la crise politique qui accompagnera la prise du pouvoir, au cours de longues luttes opini&#226;tres, que le prol&#233;tariat acquerra le degr&#233; de maturit&#233; politique lui permettant d'obtenir la victoire d&#233;finitive de la r&#233;volution. Ainsi ces assauts &#034; pr&#233;matur&#233;s &#034; du prol&#233;tariat contre le pouvoir d'Etat sont eux-m&#234;mes des facteurs historiques importants, contribuant &#224; provoquer et &#224; d&#233;terminer le moment de la victoire d&#233;finitive. De ce point de vue l'id&#233;e d'une conqu&#234;te &#034; pr&#233;matur&#233;e &#034; du pouvoir politique par les travailleurs appara&#238;t comme un contre-sens politique, contre-sens d&#251; &#224; une conception m&#233;canique de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; ; une telle conception suppose pour la victoire de la lutte des classes un moment fix&#233; en dehors et ind&#233;pendamment de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, nous avons vu que le prol&#233;tariat ne peut faire autrement que de s'emparer &#034; pr&#233;matur&#233;ment &#034; du pouvoir politique, ou, en d'autres termes, il ne peut que le conqu&#233;rir une ou plusieurs fois trop t&#244;t pour parvenir enfin &#224; sa conqu&#234;te d&#233;finitive ; de ce fait, s'opposer &#224; une conqu&#234;te &#034; pr&#233;matur&#233;e &#034; du pouvoir, revient &#224; s'opposer, en g&#233;n&#233;ral, &#224; l'aspiration du prol&#233;tariat &#224; s'emparer du pouvoir d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les chemins m&#232;nent &#224; Rome : nous aboutissons logiquement, ici encore, &#224; cette conclusion que le conseil r&#233;visionniste d'abandonner le but final socialiste revient &#224; abandonner le mouvement socialiste tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Ouspenski, &#233;crivain russe (1843-1902) c&#233;l&#232;bre par un recueil de nouvelles Les m&#339;urs de la rue du d&#233;sordre. Repr&#233;sentant du populisme en litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Droit en vertu duquel les seigneurs, apr&#232;s la mort d'un vassal, prenaient &#224; leur choix le meilleur des meubles du d&#233;funt&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La strat&#233;gie de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et la lutte des classes</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article8737</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article8737</guid>
		<dc:date>2024-03-21T23:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La strat&#233;gie de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et la lutte des classes &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d&#233;pend ce qu'on entend pas &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187;. S'il s'agit de faire croire que l'on va faire reculer un gouvernement simplement en &#171; bloquant la production &#187; par un ordre &#233;manant seulement des appareils syndicaux sans soul&#232;vement ouvrier, sans auto-organisation ouvri&#232;re (assembl&#233;es souveraines, ind&#233;pendantes et d&#233;cisionnelles se dotant d'un ex&#233;cutif : comit&#233;s, conseils ou autre forme d'organisation de d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;3- L'objectif de la dictature du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La strat&#233;gie de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et la lutte des classes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout d&#233;pend ce qu'on entend pas &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187;. S'il s'agit de faire croire que l'on va faire reculer un gouvernement simplement en &#171; bloquant la production &#187; par un ordre &#233;manant seulement des appareils syndicaux sans soul&#232;vement ouvrier, sans auto-organisation ouvri&#232;re (assembl&#233;es souveraines, ind&#233;pendantes et d&#233;cisionnelles se dotant d'un ex&#233;cutif : comit&#233;s, conseils ou autre forme d'organisation de d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus et r&#233;vocables) mena&#231;ant la propri&#233;t&#233; patronale, sans occupation d'usines, sans interventions des travailleurs d'une usine &#224; une autre, c'est certainement une tromperie. S'il s'agit d'une &#233;tape du soul&#232;vement ouvrier qui vise &#224; renverser le pouvoir &#233;tatique des capitalistes et &#224; mettre en place le pouvoir &#233;tatique des prol&#233;taires, c'est certainement une n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la r&#233;volution chartiste anglaise qui a invent&#233; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7577&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7577&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Histoire des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8313&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8313&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courant socialiste et la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5621&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5621&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire sur la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3770&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3770&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve de masse, selon Rosa Luxemburg&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8273&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8273&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg contre les dirigeants r&#233;formistes des syndicats, oppos&#233;s &#224; toute gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7713&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7713&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arme de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, le slogan, la m&#233;thode d'action, &#224; utiliser dans quelles conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3459&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3459&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par St&#233;phane Just&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1493&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1493&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/just/greve_ge/sjgg0.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/just/greve_ge/sjgg0.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/just/greve_ge/sjgg1.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/just/greve_ge/sjgg1.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/just/greve_ge/sjgg2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/just/greve_ge/sjgg2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/just/greve_ge/sjgg3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/just/greve_ge/sjgg3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/just/greve_ge/sjgg4.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/just/greve_ge/sjgg4.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/just/greve_ge/sjgg4.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/just/greve_ge/sjgg4.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soul&#232;vement de masse ou journ&#233;es d'action faussement intitul&#233;es gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1891&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1891&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la CGT pr&#244;nait la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2941&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2941&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale trahie de 1936 en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?page=calendrier&amp;archives=2013-09-30&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.org/spip.php?page=calendrier&amp;archives=2013-09-30&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article525&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article525&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Angleterre en 1926&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1424&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1424&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, panac&#233;e universelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve347&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve347&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, blocage de la production&#034; est-il un slogan radical ? Qu'en pensent communistes, anarchistes et r&#233;formistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1732&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1732&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale trahie en Belgique (1960-1961)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5082&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5082&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Cor&#233;e du Sud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1334&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1334&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aux Antilles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article922&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article922&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article888&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article888&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6581&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6581&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les discours de Trotsky pendant la r&#233;volution et aux congr&#232;s communistes internationaux</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article7369</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article7369</guid>
		<dc:date>2022-09-02T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les discours de Trotsky pendant la r&#233;volution et aux congr&#232;s communistes internationaux &lt;br class='autobr' /&gt;
Isaac Deutscher dans &#171; Trotsky, Le proph&#232;te arm&#233; &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est davantage par ses discours que par ses articles que Trotsky exer&#231;a son influence sur la vie politique de la capitale. Il prit la parole dans d'innombrables meetings, g&#233;n&#233;ralement en compagnie de Lounatcharsky. En deux ou trois semaines, apr&#232;s son arriv&#233;e, il avait gagn&#233;, avec Lounatcharsky, une immense popularit&#233; : on les consid&#233;rait comme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;3- L'objectif de la dictature du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_15414 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L268xH188/indexaza-f7e8d.jpg?1777688416' width='268' height='188' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15413 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L276xH183/indexazb-7a58f.jpg?1777688416' width='276' height='183' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15412 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/-2703-21db6-2-5beff.jpg?1777688416' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15411 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L264xH191/indexazc-71e4e.jpg?1777688416' width='264' height='191' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15410 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.org/IMG/jpg/trotski-crim-e.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH333/trotski-crim-e-5c0f0.jpg?1777688416' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les discours de Trotsky pendant la r&#233;volution et aux congr&#232;s communistes internationaux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Isaac Deutscher dans &#171; Trotsky, Le proph&#232;te arm&#233; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est davantage par ses discours que par ses articles que Trotsky exer&#231;a son influence sur la vie politique de la capitale. Il prit la parole dans d'innombrables meetings, g&#233;n&#233;ralement en compagnie de Lounatcharsky. En deux ou trois semaines, apr&#232;s son arriv&#233;e, il avait gagn&#233;, avec Lounatcharsky, une immense popularit&#233; : on les consid&#233;rait comme les agitateurs les plus &#233;loquents de l'aile gauche du Soviet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base navale de Kronstadt, voisine de la capitale, &#233;tait son endroit pr&#233;f&#233;r&#233; pour prendre la parole ; et Kronstadt se r&#233;v&#233;la de premi&#232;re importance dans sa forme politique ult&#233;rieure. La marine &#233;tait en r&#233;bellion ouverte. La base formait une sorte de r&#233;publique rouge qui ne reconnaissait aucune autorit&#233;. Les marins opposaient une violente r&#233;sistance &#224; toutes les tentatives faites pour leur r&#233;imposer une discipline. (&#8230;) Le minist&#232;re d&#233;signa des commissaires, dont certains s'&#233;taient discr&#233;dit&#233;s par leur collusion avec l'ancien r&#233;gime et m&#234;me avec les Cent Noirs. Les marins refus&#232;rent de les laisser monter &#224; bord et en malmen&#232;rent m&#234;me quelques-uns. (&#8230;) Vers la fin du mois de mai, les ministres socialistes firent traduire les marins devant le Soviet et Trotsky se proposa pour assurer leur d&#233;fense. Il n'excusa pas leurs exc&#232;s, mais il soutint que de tels exc&#232;s eussent pu &#234;tre &#233;vit&#233;s si le gouvernement n'avait pas d&#233;sign&#233; comme commissaires des hommes discr&#233;dit&#233;s et d&#233;test&#233;s. (&#8230;) Trotsky &#233;crivit &#233;galement pour les marins le violent manifeste dans lequel ils faisaient appel au pays contre le Minist&#232;re de la Guerre &#8211; ce fut le premier &#233;chec de K&#233;rensky depuis qu'il &#233;tait ministre de la guerre. De ce moment, les marins suivirent fid&#232;lement Trotsky, le d&#233;fendirent et en firent presque une idole. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; cette &#233;poque, &#233;galement, qu'il fit du Cirque Moderne sa tribune habituelle, o&#249; il prenait, presque chaque soir, la parole devant des foules immenses. L'amphith&#233;&#226;tre &#233;tait si bond&#233; qu'il fallait g&#233;n&#233;ralement porter Trotsky jusqu'&#224; la tribune par-dessus les t&#234;tes du public, sous les regards passionn&#233;s des filles de son premier mariage qui assistaient aux r&#233;unions. Il parlait des questions du jour et des buts de la r&#233;volution avec son habituelle logique si convaincante ; mais il savait &#233;galement saisir l'&#233;tat d'esprit de la foule, son sens aigu de la justice, son d&#233;sir de comprendre clairement les &#233;v&#233;nements dans leurs grandes lignes, son attente et ses grandes esp&#233;rances. Il raconta, plus tard, comment les mots et les raisonnements qu'il avait pr&#233;par&#233;s s'envolaient &#224; la simple vue de la foule ; d'autres mots et d'autres arguments surgissaient comme de son subconscient, inattendus pour lui, mais r&#233;pondant aux besoins de ses auditeurs. Il &#233;coutait alors le son de sa propre voix comme celle d'un &#233;tranger, essayant de suivre le mouvement tumultueux de ses id&#233;es et de ses phrases, parce qu'il craignait de se r&#233;veiller brusquement comme un somnambule, et de ne plus pouvoir continuer. Sa politique n'&#233;tait plus l'expression d'une r&#233;flexion individuelle ou des d&#233;bats d'un petit cercle de politiciens professionnels. Il ne faisait plus qu'un avec les sentiments de la foule anonyme et passionn&#233;e qui se trouvait en face de lui. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation de l'arm&#233;e fut la principale question d&#233;battue par le Congr&#232;s. Depuis la chute du tsarisme, les fronts russes &#233;taient rest&#233;s inactifs. Press&#233;s par les alli&#233;s occidentaux, le gouvernement et l'Etat-Major g&#233;n&#233;ral pr&#233;paraient une nouvelle offensive pour laquelle ils tenaient &#224; obtenir l'accord du Soviet. L'Etat-Major r&#233;clamait &#233;galement avec insistance la r&#233;vision du fameux &#171; Ordre n&#176;1 &#187;, la Grande Charte de la libert&#233; des soldats. C'est au cours de ce d&#233;bat que Trotsky pronon&#231;a son discours le plus important ; il avertit le gouvernement qu'apr&#232;s les pertes &#233;normes subies par l'arm&#233;e et l'interruption de ses services de ravitaillement, provoqu&#233;es par l'incapacit&#233;, les abus et la corruption, elle n'&#233;tait plus en &#233;tat de poursuivre le combat. L'offensive se terminerait forc&#233;ment par un d&#233;sastre. Tenter de restaurer l'ancienne discipline ne conduirait &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Heureusement pour l'histoire de la Russie, notre arm&#233;e r&#233;volutionnaire a rejet&#233; la vieille attitude de l'arm&#233;e russe, l'attitude de la sauterelle&#8230; quand des milliers d'hommes acceptaient passivement de mourir&#8230; sans m&#234;me conna&#238;tre le sens de leur sacrifice&#8230; Maudite soit cette p&#233;riode de l'histoire que nous avons laiss&#233;e derri&#232;re nous ! D&#233;sormais nous n'accordons plus de valeur &#224; l'h&#233;ro&#239;sme &#233;l&#233;mentaire, inconscient de la masse, mais &#224; l'h&#233;ro&#239;sme qui se r&#233;fracte &#224; travers chaque conscience individuelle. Si, actuellement, l'arm&#233;e n'a aucune grande id&#233;e pour laquelle elle veuille se battre, dans cette arm&#233;e issue de la R&#233;volution&#8230; il existe et il existera des id&#233;es, des mots d'ordre, des buts capables de rassembler et de lui donner ainsi unit&#233; et enthousiasme&#8230; L'arm&#233;e de la grande R&#233;volution fran&#231;aise a r&#233;pondu volontairement aux appels &#224; l'offensive. Le n&#339;ud de l'affaire ? Le voici : il n'existe pas pour le moment de but capable de rassembler l'arm&#233;e&#8230; Chaque soldat qui r&#233;fl&#233;chit se pose la question : des cinq gouttes de sang que je vais verser aujourd'hui, n'y en aura-t-il pas une seule pour la R&#233;volution russe et quatre pour la d&#233;fense de la Bourse fran&#231;aise et de l'imp&#233;rialisme anglais ?... Si la Russie r&#233;volutionnaire se d&#233;solidarisait des politiques imp&#233;rialistes, si un nouveau gouvernement &#233;tait mis en place par les Soviets, alors nous pourrions faire appel &#224; tous les peuples europ&#233;ens et leur dire qu'une citadelle de la R&#233;volution s'est dress&#233;e sur la carte de l'Europe&#8230; La R&#233;volution russe repr&#233;sente un tel danger pour les classes poss&#233;dantes de tous les pays qu'elles essaieront de la d&#233;truire, et de transformer la Russie en colonie du capital europ&#233;en ou, ce qui est plus probable encore, du capital am&#233;ricain. Mais cette &#233;preuve de force est encore &#224; venir et les Soviets ont le devoir de s'y pr&#233;parer&#8230; Si l'Allemagne r&#233;volutionnaire ne se soul&#232;ve pas, ou si elle ne se soul&#232;ve pas avec assez de force, alors nous mettrons en marche nos r&#233;giments&#8230; non pour nous d&#233;fendre, mais pour lancer une offensive r&#233;volutionnaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soukhanov dans &#171; Notes sur la r&#233;volution &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout comme la r&#233;volution avort&#233;e des 3 et 4 juillet avait fait pencher la balance en faveur de la contre-r&#233;volution, l'&#233;chec de la contre-r&#233;volution la fit pencher plus fortement encore du c&#244;t&#233; oppos&#233;. (&#8230;) Trotsky apparut, pour la premi&#232;re fois, comme le plus brillant porte-parole des Bolcheviks. Voici comment un chroniqueur menchevik de la R&#233;volution, Soukhanov, d&#233;crivit l'impression produite par son discours :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce fut sans aucun doute l'un des plus brillants discours de ce surprenant orateur, et je ne peux r&#233;sister au d&#233;sir de citer int&#233;gralement dans mon livre ce magnifique morceau. Si, plus tard, mon livre trouve encore un lecteur, comme l'ouvrage sans fantaisie de Lamartine en trouve encore, que ce lecteur juge sur cet exemple l'art oratoire et la pens&#233;e politique de notre &#233;poque. Il en tirera la conclusion que l'humanit&#233; n'a pas v&#233;cu en vain ces derniers cent cinquante ans et que les h&#233;ros de notre R&#233;volution laissent loin derri&#232;re eux les chefs illustres de 1789 &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au seul nom de Trotsky, tout l'auditoire du Th&#233;&#226;tre Alexandrinsky fut saisi d'enthousiasme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Camarades et Citoyens &#187;, commen&#231;a-t-il tr&#232;s calmement, &#171; les ministres socialistes viennent de vous parler. Les ministres sont cens&#233;s para&#238;tre devant des corps repr&#233;sentatifs pour rendre compte de leur travail. Nos ministres ont pr&#233;f&#233;r&#233; nous donner des conseils plut&#244;t que rendre leurs comptes. &#187; (&#8230;) Il fit remarquer qu'il n'y avait pas eu un seul orateur pour d&#233;fendre K&#233;rensky et que le premier ministre se trouvait ainsi condamn&#233; par se propres amis et partisans. Cette remarque frappa ses adversaires au point le plus vuln&#233;rable et un mouvement de col&#232;re &#233;branla la salle. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky r&#233;clama que les Gardes Rouges fussent arm&#233;s. &#171; Pour quoi faire ? Pour quoi faire ? &#187; cria-t-on sur les bancs mencheviks. &#171; D'abord pour que nous puissions constituer un vrai rempart en face de la contre-r&#233;volution &#187;, r&#233;pondit Trotsky, &#171; contre un nouveau et plus puissant mouvement Kornilov. Ensuite, si la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire instaure une v&#233;ritable dictature du prol&#233;tariat, si ce nouveau gouvernement propose une paix honorable et que cette offre soit repouss&#233;e, alors, et je vous dit cela au nom de notre parti&#8230; les ouvriers arm&#233;s de Petrograd et de toute la Russie d&#233;fendront le pays de la r&#233;volution contre les troupes de l'imp&#233;rialisme avec un h&#233;ro&#239;sme comme l'Histoire de la Russie n'en a encore jamais connu. &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Bolcheviks renfor&#231;aient progressivement leurs positions &#224; l'int&#233;rieur des Soviets. Au d&#233;but de septembre, ils d&#233;tenaient la majorit&#233; &#224; Petrograd, &#224; Moscou et dans d'autres villes industrielles. Ils attendaient avec confiance d'appara&#238;tre comme le parti majoritaire au prochain Congr&#232;s National des Soviets. C'est &#224; l'Ex&#233;cutif Central des Soviets, &#233;lu en juin et encore contr&#244;l&#233; par les Socialistes mod&#233;r&#233;s, qu'il appartenait de convoquer ce congr&#232;s. Ceux-ci faisaient leur possible pour ajourner ce qui, pour eux, repr&#233;sentait un saut dans l'inconnu, tandis que les Bolcheviks insistaient naturellement pour une convocation rapide du congr&#232;s. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 septembre, le Soviet de Petrograd &#233;lut Trotsky comme pr&#233;sident. Lorsqu'il monta sur l'estrade, un tonnerre d'applaudissements l'accueillit&#8230; Au nom du nouveau Soviet, il lan&#231;a les premiers appels pour la seconde r&#233;volution, r&#233;clamant la d&#233;mission de Kerensky et le transfert du pouvoir gouvernemental au Congr&#232;s des Soviets&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours des semaines qui s'&#233;taient &#233;coul&#233;es entre sa lib&#233;ration et l'insurrection d'Octobre, le nom de Trotsky ne devint pas seulement synonyme de bolchevisme mais aussi le symbole, &#224; l'&#233;tranger, de toutes les aspirations du bolchevisme, bien plus que ne l'avait jamais &#233;t&#233; le nom de L&#233;nine, qui s'&#233;tait retir&#233; de la sc&#232;ne publique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.-V. Lounatcharsky dans &#171; Silhouettes r&#233;volutionnaires &#187; (1923) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky est, &#224; mon sens, le plus grand orateur de ce temps&#8230; Une prestance magn&#233;tique, le geste large et beau, un rythme puissant, une voix infatigable, une merveilleuse solidit&#233; de la phrase, une fabuleuse richesse d'images, une ironie br&#251;lante, un path&#233;tique d&#233;bordant, une logique extraordinaire et projetant dans sa lumi&#232;re les &#233;clairs de l'acier, telles sont les vertus dont ruissellent les discours de Trotsky&#8230; J'ai vu Trotsky parler trois heures durant dans le plus absolu silence, devant un auditoire debout et m&#233;dus&#233; et buvant ses paroles. En tant que chef, Trotsky, je le r&#233;p&#232;te, ne brille pas dans le domaine de l'organisation du Parti. Il y est comme inapte. Il est maladroit. Sa personnalit&#233; est trop tranch&#233;e, c'est cela m&#234;me qui le g&#234;ne. Trotsky est &#233;pineux. Il est autoritaire. Il n'y a que dans ses rapports avec L&#233;nine qu'il n'a cess&#233; de se d&#233;partir d'un abandon touchant et rendre : avec la modestie qui caract&#233;rise les hommes vraiment grands. Il savait reconna&#238;tre la pr&#233;&#233;minence de L&#233;nine. Trotsky, homme politique, &#233;gale Trotsky orateur. Pourrait-il en &#234;tre autrement ? Le plus merveilleux orateur, dont les discours ne seraient pas illumin&#233;s par la pens&#233;e, ne serait qu'un vain virtuose, ses discours ne seraient qu'une musique de cymbales&#8230; A mon avis, bien que cela puisse para&#238;tre &#233;trange &#224; beaucoup, Trotsky est incomparablement plus orthodoxe que L&#233;nine. La ligne politique de Trotsky est quelque peu sinueuse : ni bolchevik, ni menchevik, il se tenait dans une position m&#233;diocre, cherchant sa voie jusqu'&#224; ce que, d&#233;lib&#233;r&#233;ment, il se jet&#226;t dans le flot bolchevik. Et n&#233;anmoins, il a toujours suivi les r&#232;gles les plus justes du marxisme r&#233;volutionnaire&#8230; On a souvent dit de Trotsky qu'il est personnellement ambitieux. C'est une pure absurdit&#233;. Je me souviens d'une phrase tr&#232;s significative, prononc&#233;e par Trotsky quand Tchernov accepta une place au Gouvernement : &#171; Quelle ambition stupide et mis&#233;rable !... Abandonner pour un portefeuille sa place dans l'Histoire !... &#187; Tout Trotsky est l&#224;. On ne saurait trouver en lui un grain de vanit&#233;. L&#233;nine aussi est d&#233;pourvu de toute ambition. Je pense que L&#233;nine ne s'est jamais demand&#233; ce qu'il &#233;tait lui-m&#234;me, qu'il ne s'est jamais regard&#233; dans le grand miroir de l'Histoire, qu'il n'a jamais pens&#233; a jugement de la post&#233;rit&#233;. Il se contente tout simplement de faire son &#339;uvre&#8230; N'allez pas penser, cependant, que le second leader de la R&#233;volution russe c&#232;de le pas en tout &#224; son coll&#232;gue. Il est indubitablement des points sur lesquels Trotsky le surpasse : il est plus clair, il est plus &#233;clatant et plus mobile. L&#233;nine est l'homme n&#233; pour pr&#233;sider le Conseil des Commissaires du Peuple et pour guider, avec g&#233;nie, la R&#233;volution mondiale, mais la t&#226;che de Titan qu'a assum&#233;e Trotsky, ces lumineuses apparitions qu'il fait de place en place, ces discours magnifiques &#8211; v&#233;ritables fanfares sonnant &#224; l'improviste &#8211; ce r&#244;le de perp&#233;tuel &#233;lectriseur d'une arm&#233;e faiblissant ici pour se ranimer l&#224;, n'iraient pas &#224; L&#233;nine. A cet &#233;gard, il n'est pas sur la terre un homme pour remplacer Trotsky. Quand se d&#233;cha&#238;ne une grande R&#233;volution, un grand peuple trouve toujours l'homme qu'il faut pour chaque chose. Et c'est un des signes de grandeur de notre R&#233;volution, que le Parti communiste ait pu faire surgir, soit de son propre sein, soit des autres partis pour se les annexer alors compl&#232;tement, un si grand nombre d'hommes de valeur susceptibles de gouverner. Et parmi ceux-l&#224;, les deux plus forts entre les forts : L&#233;nine et Trotsky. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_2_3.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours de Trotsky au proc&#232;s du soviet de Petrograd &#8211; octobre 1906&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1917/09/conference.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours &#224; la conf&#233;rence d&#233;mocratique - 27 septembre 1917&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/avbol/avbol31.htm#discours&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours du Commissaire du Peuple aux Affaires Etrang&#232;res Trotsky au CC ex&#233;cutif des Soviets - 14 f&#233;vrier1918&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1918/04/ldt19180414.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours de Trotsky prononc&#233; devant un public d'ouvriers &#8211; avril 1918&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1918/06/lt19180604.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours prononc&#233; par le Camarade Trotsky lors de la 17e session pl&#233;ni&#232;re de la Commission Ex&#233;cutive Centrale pan-russe, de la 4e convocation du Soviet des ouvriers et des soldats de Moscou, des repr&#233;sentants des syndicats de Moscou, des Comit&#233;s d'usines et de fabriques et d'autres organisations ouvri&#232;res &#8211; Juin 1918&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1919/ic1_19190300g.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours prononc&#233; par L&#233;on Trotsky au premier Congr&#232;s de l'Internationale Communiste &#8211; Mars 1919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1919/ic1_19190300h.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Manifeste du premier congr&#232;s r&#233;dig&#233; par L&#233;on Trotsky &#8211; Mars 1919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/12/lt19201215.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours prononc&#233; par L&#233;on Trotsky au deuxi&#232;me Congr&#232;s de l'Internationale Communiste - 7 ao&#251;t 1920&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1921/06/lt19210613.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours de L&#233;on Trotsky au 3e Congr&#232;s de l'Internationale Communiste - 23 juin 1921&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1921/08/lt19210819a.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rapport sur la crise &#233;conomique mondiale et les nouvelles t&#226;ches de l'I.C. &#8211; Juin 1921&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1921/09/lt19210921.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours de Trotsky lors de la deuxi&#232;me s&#233;ance pl&#233;ni&#232;re annuelle du Soviet de Moscou &#224; propos de la situation internationale de la Russie Sovi&#233;tique &#8211; septembre 1921&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1921/10/lt19211024.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours prononc&#233; par Trotsky le 24 octobre 1921 au Congr&#232;s Pan-Russe des Sections d'Education Politique de l'Arm&#233;e Rouge&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1921/08/lt19210819.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rapport sur la crise &#233;conomique mondiale et les nouvelles t&#226;ches de l'I.C. - 19 ao&#251;t 1921&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/02/lt19220224.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours de Trotsky lors du d&#233;fil&#233; sur la Place Rouge le 23 f&#233;vrier 1922&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/02/lt19220226.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours de Trotsky sur le Front Unique &#224; l'&#201;x&#233;cutif de l'Internationale Communiste - 26 F&#233;vrier 1922&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/03/lt19220302.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours de Trotsky &#224; l'&#201;x&#233;cutif de l'Internationale Communiste - 2 Mars 1922&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/05/lt19220508.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours de Trotsky &#224; l'&#201;x&#233;cutif de l'I.C. - 8 mai 1922&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/05/lt19220509.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;claration de Trotsky &#224; propos de la conf&#233;rence de G&#234;nes - 9 mai 1922&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/06/lt19220600.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours de Trotsky &#224; l'&#201;x&#233;cutif de l'Internationale Communiste - Juin 1922&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/06/lt19220608.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours de Trotsky &#224; l'&#201;x&#233;cutif de l'Internationale Communiste - 8 juin 1922&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1923/04/lt19230420.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours prononc&#233; devant la Conf&#233;rence du PC ukrainien - 5 avril 1923&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1923/04/trotsky_rapport_19230420.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rapport au 12e Congr&#232;s du parti bolchevik - 20 avril 1923&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/04/lt1924042101.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours pour le 3&#176; anniversaire de l'Universit&#233; Communiste des peuples d'Orient - 21 avril 1924&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/10/lt19241025.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours prononc&#233; par Trotsky le 25 octobre 1924 &#224; Moscou&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/09/lt19250917.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours de Trotsky sur Mendele&#239;ev et le marxisme - 17 septembre 1925&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/litterature/culture.htm&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Discours de L&#233;on Trotsky au 1er Congr&#232;s des Amis de la Radio - 1er mars 1926 -&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/litterature/radio.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours de Trotsky au club &#171; Place Rouge &#187; le 3 f&#233;vrier 1926&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5427&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Derni&#232;re intervention de L&#233;on Trotsky &#224; la tribune de la direction du Parti communiste de Russie &#8211; octobre 1927&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/11/321125.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours de Trotsky &#224; Copenhague &#8211;automne 1932&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Contributions &#224; l'histoire de la dictature de classe</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article7082</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article7082</guid>
		<dc:date>2020-12-31T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Contribution &#224; l'histoire de la dictature &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine &lt;br class='autobr' /&gt;
20 octobre 1920 &lt;br class='autobr' /&gt;
La question de la dictature du prol&#233;tariat est la question essentielle du mouvement ouvrier moderne dans tous les pays capitalistes. Pour &#233;lucider &#224; fond cette question, il est indispensable d'en conna&#238;tre l'histoire. A l'&#233;chelle internationale, l'histoire de la doctrine de la dictature r&#233;volutionnaire en g&#233;n&#233;ral et de la dictature du prol&#233;tariat en particulier co&#239;ncide avec celle du socialisme r&#233;volutionnaire et, plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;3- L'objectif de la dictature du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contribution &#224; l'histoire de la dictature
&lt;p&gt;L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;20 octobre 1920&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la dictature du prol&#233;tariat est la question essentielle du mouvement ouvrier moderne dans tous les pays capitalistes. Pour &#233;lucider &#224; fond cette question, il est indispensable d'en conna&#238;tre l'histoire. A l'&#233;chelle internationale, l'histoire de la doctrine de la dictature r&#233;volutionnaire en g&#233;n&#233;ral et de la dictature du prol&#233;tariat en particulier co&#239;ncide avec celle du socialisme r&#233;volutionnaire et, plus sp&#233;cialement, avec celle du marxisme. Ensuite &#8209; et c'est l&#224; &#233;videmment le plus important &#8209; l'histoire de toutes les r&#233;volutions de la classe opprim&#233;e et exploit&#233;e contre les exploiteurs est notre source principale de renseignements et de connaissances sur la question de la dictature. Quiconque n'a pas compris la n&#233;cessit&#233; de la dictature de toute classe r&#233;volutionnaire pour remporter la victoire n'a rien compris &#224; l'histoire des r&#233;volutions ou ne veut rien savoir dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan de la Russie, th&#233;oriquement parlant, le programme du Parti ouvrier social&#8209;d&#233;mocrate de Russie, &#233;labor&#233; en 1902&#8209;1903 par la r&#233;daction de Zaria et d' Iskra ou, plus exactement, par G. Pl&#233;khanov , puis modifi&#233;, mis au point et approuv&#233; par cette r&#233;daction, a une importance toute particuli&#232;re. La question de la dictature du prol&#233;tariat y est pos&#233;e avec nettet&#233; et clart&#233;, et cela pr&#233;cis&#233;ment en liaison avec la lutte contre Bernstein , contre l'opportunisme. Mais la plus grande importance s'attache &#233;videmment &#224; l'exp&#233;rience de la r&#233;volution, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire, en Russie, &#224; l'exp&#233;rience de 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois derniers mois de l'ann&#233;e 1905 &#8209; octobre, novembre et d&#233;cembre &#8209; furent une p&#233;riode de lutte r&#233;volutionnaire de masse singuli&#232;rement vigoureuse et large, p&#233;riode marqu&#233;e par l'emploi simultan&#233; des deux moyens de lutte les plus puissants : gr&#232;ve politique de masse et insurrection arm&#233;e. (Notons entre parenth&#232;ses que d&#233;j&#224; en mai 1905, le Congr&#232;s bolch&#233;vik, le &#171; Troisi&#232;me congr&#232;s du Parti ouvrier social&#8209;d&#233;mocrate de Russie &#187; consid&#233;rait &#171; l'organisation du prol&#233;tariat pour la lutte directe contre l'autocratie par l'insurrection arm&#233;e &#187; comme &#171; l'une des t&#226;ches les plus importantes et les plus urgentes et chargeait toutes les organisations du Parti &#171; d'&#233;tudier le r&#244;le des gr&#232;ves politiques de masse, qui peuvent avoir une grande importance au d&#233;but et dans le cours de l'insurrection &#187;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire du monde, la lutte r&#233;volutionnaire atteignit un tel degr&#233; de d&#233;veloppement et une telle puissance que l'insurrection arm&#233;e co&#239;ncida avec la gr&#232;ve de masse, cette arme sp&#233;cifiquement prol&#233;tarienne. Il est clair que cette exp&#233;rience a une signification internationale pour toutes les r&#233;volutions prol&#233;tariennes. Et les bolch&#233;viks l'ont &#233;tudi&#233;e avec la plus grande attention et la plus grande application, tant dans ses aspects politiques que dans ses aspects &#233;conomiques. Je signalerai l'analyse des donn&#233;es mensuelles concernant les gr&#232;ves &#233;conomiques et politiques de 1905, les rapports existant entre elles, le degr&#233; de d&#233;veloppement de la lutte gr&#233;viste atteint alors pour la premi&#232;re fois dans le monde ; cette analyse a &#233;t&#233; publi&#233;e par moi dans la revue Prosvechtch&#233;ni&#233; en 1910 ou 1911 et reproduite, sous une forme r&#233;sum&#233;e dans la presse bolch&#233;vique &#224; l'&#233;tranger de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves de masse et les insurrections arm&#233;es posaient d'elles&#8209;m&#234;mes &#224; l'ordre du jour la question du pouvoir r&#233;volutionnaire et de la dictature, car ces formes de lutte aboutissaient in&#233;vitablement, d'abord &#224; l'&#233;chelle locale, &#224; l'expulsion des anciennes autorit&#233;s, &#224; la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat et les classes r&#233;volutionnaires, &#224; l'expul&#173;sion des propri&#233;taires fonciers, parfois &#224; l'occupation des usines, etc., etc. La lutte r&#233;volutionnaire de masse de cette p&#233;riode fit surgir des organisations jusqu'alors inconnues dans l'histoire mondiale, telles que les Soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers, puis des Soviets de d&#233;put&#233;s soldats, des Comit&#233;s paysans, etc. Il apparut que les questions fondamentales (pouvoir des Soviets et dictature du prol&#233;tariat) qui pr&#233;occupent aujourd'hui les ouvriers conscients de tous les pays, se trouv&#232;rent pos&#233;es dans la pratique &#224; la fin de 1905. Si des repr&#233;sentants du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et du marxisme non falsifi&#233;, aussi remarquables que Rosa Luxembourg, saisirent imm&#233;diatement l'importance de cette exp&#233;rience v&#233;cue et en firent, dans les r&#233;unions et dans la presse, l'analyse critique, l'immense majorit&#233; des repr&#233;sentants officiels des partis social&#8209;d&#233;mocrates et socialistes officiels, dont les r&#233;formistes et les gens de l'esp&#232;ce des futurs &#171; kautskistes &#187;, &#171; Ionguettistes &#187;, partisans de Hillquit en Am&#233;rique, etc., se montr&#232;rent absolument incapables de comprendre la signification de cette exp&#233;rience et de faire leur devoir de r&#233;volutionnaires, c'est&#8209;&#224;-&#173;dire d'entreprendre l'&#233;tude et la propagande des enseignements de cette exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, aussit&#244;t apr&#232;s la d&#233;faite de l'insurrection de d&#233;cembre 1905, les bolch&#233;viks et les mench&#233;viks dress&#232;rent le bilan de cette exp&#233;rience. Ce travail fut surtout acc&#233;l&#233;r&#233; par le fait qu'en avril 1906 eut lieu, &#224; Stockholm, le congr&#232;s dit &#171; Congr&#232;s d'unification du parti ouvrier social&#8209;d&#233;mocrate de Russie &#187;, auquel furent repr&#233;sent&#233;s les bolch&#233;viks et les mench&#233;viks qui fusionn&#232;rent formellement. La pr&#233;paration de ce congr&#232;s avait &#233;t&#233; poursuivie par les deux fractions avec la plus grande &#233;nergie. Avant le congr&#232;s, au d&#233;but de 1906, elles avaient publi&#233; leurs projets de r&#233;solutions sur toutes les questions importantes. Ces projets, reproduits dans ma brochure Rapport sur le Congr&#232;s d'unification du Parti ouvrier social&#8209;d&#233;mocrate de Russie (lettre aux ouvriers de P&#233;tersbourg), Moscou, 1906 (110 pages, dont presque la moiti&#233; est prise par les textes des projets de r&#233;solutions des deux fractions et des r&#233;solutions adopt&#233;es d&#233;finitivement par le congr&#232;s), constituent les documents les plus importants pour conna&#238;tre la fa&#231;on dont la question se posait &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; &#224; ce moment&#8209;l&#224; les d&#233;bats sur la signification des Soviets se rattachaient &#224; la question de la dictature. D&#232;s avant la r&#233;volution d'octobre 1905, les bolch&#233;viks avaient pos&#233; la question de la dictature (voir ma brochure : Deux tactiques de la social&#8209;d&#233;mocratie dans la r&#233;volution d&#233;mo&#173;cratique , Gen&#232;ve, juillet 1905, reproduite dans le recueil En 12 ans). Les mench&#233;viks adoptaient &#224; l'&#233;gard du mot d'ordre de &#171; dictature &#187; une attitude n&#233;gative. Les bolch&#233;viks soulignaient que les Soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers &#171; cons&#173;tituaient en fait l'embryon du nouveau pouvoir r&#233;volution&#173;naire &#187;, comme l'indiquait textuellement le projet de r&#233;&#173;solution des bolch&#233;viks (voir page 92 du &#171; Rapport &#187;). Les mench&#233;viks reconnaissaient l'importance des Soviets, &#233;taient d'accord pour &#171; contribuer &#224; leur formation &#187;, etc., mais ne les consid&#233;raient pas comme l'embryon du pouvoir r&#233;volutionnaire, ne parlaient pas en g&#233;n&#233;ral d'un &#171; nouveau pouvoir r&#233;volutionnaire &#187; de ce type ou de type similaire, rejetaient d&#233;lib&#233;r&#233;ment le mot d'ordre de dicta&#173;ture. Il n'est pas difficile de voir que toutes nos divergences actuelles avec les mench&#233;viks existaient d&#233;j&#224; en germe dans cette fa&#231;on de poser la question. Il n'est pas difficile non plus de voir que les mench&#233;viks (russes ou autres, tels que les kautskistes, longuettistes, etc.), se r&#233;v&#233;laient et se r&#233;v&#232;lent, par leur fa&#231;on de poser la question, des r&#233;for&#173;mistes ou des opportunistes, qui reconnaissent la dictature du prol&#233;tariat en paroles, mais qui en fait r&#233;pudient ce qu'il y a d'essentiel et de fondamental dans la notion m&#234;me de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; avant la r&#233;volution de 1905, dans la brochure pr&#233;&#173;cit&#233;e, Deux tactiques, j'analysais l'argument des mench&#233;&#173;viks qui m'accusaient &#171; d'avoir insensiblement substi&#173;tu&#233; &#224; la notion de r&#233;volution celle de dictature &#187; ( En 12 ans , page 459). Je prouvais en d&#233;tail que pr&#233;cis&#233;ment par cette accusation les mench&#233;viks affirmaient leur op&#173;portunisme, leur v&#233;ritable nature politique de sous&#8209;fifres de la bourgeoisie lib&#233;rale, de propagateurs de son influence au sein du prol&#233;tariat. Quand la r&#233;volution devient une force indiscutable, ses adversaires commencent &#224; la &#171; re&#173;conna&#238;tre &#187;, disais&#8209;je en signalant (en &#233;t&#233; 1905) l'exemple des lib&#233;raux russes demeur&#233;s monarchistes&#8209;constitution&#173;nalistes. Aujourd'hui, en 1920, on pourrait ajouter qu'en Allemagne et en Italie, les bourgeois lib&#233;raux, ou tout au moins les plus cultiv&#233;s et les plus habiles d'entre eux, sont tout dispos&#233;s &#224; &#171; reconna&#238;tre la r&#233;volution &#187;. Mais en &#171; reconnaissant &#187; la r&#233;volution et en refusant en m&#234;me temps d'admettre la dictature d'une classe d&#233;termin&#233;e (ou de classes d&#233;termin&#233;es), les lib&#233;raux et les mench&#233;viks russes d'antan, et les lib&#233;raux allemands et italiens d'aujourd'hui, les partisans de Turati et de Kautsky , r&#233;v&#232;lent pr&#233;cis&#233;ment leur r&#233;formisme et leur totale inaptitude &#224; &#234;tre des r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, quand la r&#233;volution est d&#233;j&#224; devenue une force certaine, indiscutable, quand les lib&#233;raux eux&#8209;m&#234;mes la &#171; reconnaissent &#187;, quand les classes dirigeantes non seulement constatent, mais sentent la puissance invincible des masses opprim&#233;es, toute la question &#8209; aussi bien pour les th&#233;oriciens que pour ceux qui dirigent pratiquement la politique &#8209; consiste &#224; d&#233;finir exactement la r&#233;volution d'un point de vue de classe. Or, sans la notion de &#171; dictature &#187;, il est impossible de donner cette d&#233;finition pr&#233;cise d'un point de vue de classe. Sans la pr&#233;paration de la dictature, il est impossible d'&#234;tre r&#233;volutionnaire en fait. Les mench&#233;viks ne comprenaient pas cette v&#233;rit&#233; en 1905, les socialistes italiens, allemands, fran&#231;ais et autres ne la comprennent pas en 1920, eux qui redoutent les &#171; conditions &#187; s&#233;v&#232;res de l'Internationale Communiste ; la redoutent les gens capables d'admettre la dictature en paroles, mais incapables de la pr&#233;parer en fait. C'est pourquoi il ne sera pas inopportun de reproduire ici avec force d&#233;tails l'analyse des conceptions de Marx, publi&#233;e par moi en juillet 1905 pour r&#233;pondre aux mench&#233;viks russes, mais qui s'applique &#233;galement aux mench&#233;viks d'Europe occidentale de 1920 (je remplace les titres de journaux, etc., par la simple indication qu'il s'agit des mench&#233;viks ou des bolch&#233;viks) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mehring raconte dans ses notes relatives aux articles de Marx qu'il fit para&#238;tre dans la Nouvelle Gazette rh&#233;nane en 1848 que la litt&#233;rature bourgeoise adressait, entre autres, le reproche suivant &#224; ce journal &#8209; la Nouvelle Gazette rh&#233;nane aurait exig&#233; &#171; l'instauration imm&#233;diate de la dictature, consid&#233;r&#233;e comme le seul moyen de r&#233;aliser la d&#233;mocratie &#187;. (Marx, Nachlass [1] , tome III, page 53). Du point de vue bourgeois vulgaire, les notions de dictature et de d&#233;mocratie s'excluent l'une l'autre. Ne comprenant pas la th&#233;orie de la lutte de classe, habitu&#233; &#224; ne voir dans l'ar&#232;ne politique qu'une petite querelle des diff&#233;rents cercles et coteries de la bourgeoisie, le bourgeois entend par dictature la suppression de toutes les libert&#233;s et garanties d&#233;mocratiques, l'arbitraire, tous les abus de pouvoir dans l'int&#233;r&#234;t personnel du dictateur. En r&#233;alit&#233;, cette concep&#173;tion bourgeoise vulgaire transpire chez nos mench&#233;viks qui expliquent la pr&#233;dilection des bolch&#233;viks pour le mot d'ordre de &#171; dictature &#187; par le fait que L&#233;nine &#171; d&#233;sire passionn&#233;ment tenter sa chance &#187; (Iskra n&#176; 103, page 3, colonne 2). Pour expliquer aux mench&#233;viks la notion de dictature de classe, par opposition &#224; la notion de dictature personnelle, et les t&#226;ches de la dictature d&#233;mocratique, par opposition &#224; la dictature socialiste, il ne sera pas inutile de nous arr&#234;ter sur les conceptions de &#171; La Nouvelle Gazette rh&#233;nane &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle&#8209;ci &#233;crivait le 14 septembre 1848 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toute organisation temporaire de l'&#201;tat, apr&#232;s une r&#233;volution, exige dictature et une dictature &#233;nergique. D&#232;s le d&#233;but, nous avons reproch&#233; &#224; Kamphausen (pr&#233;sident du conseil, apr&#232;s le 18 mars 1848) de n'avoir pas agi de fa&#231;on dictatoriale de n'avoir pas bris&#233; imm&#233;diatement les anciennes institutions et balay&#233; leurs d&#233;bris. Et voici que pendant que Monsieur Kamphausen se ber&#231;ait d'illusions constitutionnelles, le parti battu (c'est&#8209;&#224;&#8209;dire le parti de la r&#233;action) renfor&#231;ait ses positions dans la bureaucratie et l'arm&#233;e, s'enhardissait m&#234;me par&#8209;ci par&#8209;l&#224; &#224; reprendre la lutte ouverte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces paroles, dit Mehring avec juste raison, r&#233;sument en quelques formules ce que la Nouvelle Gazette rh&#233;nane d&#233;veloppait en d&#233;tail dans ses longs articles sur le minist&#232;re Kamphausen. Que nous apprennent ces paroles de Marx ? Que le gouvernement r&#233;volutionnaire provisoire doit agir de fa&#231;on dictatoriale (formule que les mench&#233;viks ne pouvaient absolument pas comprendre, dans leur sainte horreur du mot d'ordre de dictature) ; que la t&#226;che de cette dictature est de d&#233;truire les vestiges des anciennes institutions (pr&#233;cis&#233;ment ce qui est indiqu&#233; clairement dans la r&#233;solution du Ill&#176; Congr&#232;s du Parti ouvrier social&#8209;d&#233;mocrate (bolch&#233;vik) de Russie sur la lutte avec la contre&#8209;r&#233;volution, et ce qui est omis dans la r&#233;solution des mench&#233;viks, comme nous l'avons montr&#233; plus haut). Enfin, troisi&#232;mement, il r&#233;sulte de ces paroles que Marx fustigeait les d&#233;mocrates bourgeois pour leurs &#171; illusions constitutionnelles &#187; &#224; l'&#233;poque de la r&#233;volution et de la guerre civile ouverte. Le sens de ces paroles appara&#238;t d'une mani&#232;re particuli&#232;rement &#233;vidente dans l'article de la Nouvelle Gazette rh&#233;nane du 6 juin 1848 . Marx &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Assembl&#233;e populaire constituante doit &#234;tre avant tout une assembl&#233;e active, active sur le plan r&#233;volutionnaire. Or l'assembl&#233;e de Francfort se livre &#224; des exercices de scolastique sur le parlementarisme et laisse agir le gouvernement. Admettons que ce docte concile r&#233;ussisse, apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion, &#224; &#233;laborer le meilleur des ordres du jour et la meilleure des constitutions. A quoi nous serviront le meilleur des ordres du jour et la meilleure des constitutions si les gouvernements allemands ont d&#233;j&#224; mis &#224; ce moment la ba&#239;onnette &#224; l'ordre du jour ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le sens du mot d'ordre : dictature...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes questions de la vie des peuples se r&#233;solvent uniquement par la force. Les classes r&#233;actionnaires elles-m&#234;mes recourent g&#233;n&#233;ralement les premi&#232;res &#224; la violence, &#224; la guerre civile, &#171; mettent la ba&#239;onnette &#224; l'ordre du jour &#187;, comme le fit l'autocratie russe et comme elle continue &#224; le faire syst&#233;matiquement et inflexiblement, partout et toujours, depuis le 9 janvier. Du moment qu'il s'est cr&#233;&#233; une telle situation, que la ba&#239;onnette se trouve effectivement en t&#234;te de l'ordre du jour politique, du moment que l'insurrection devient indispensable et urgente, alors les illusions constitutionnelles et les exercices de scolastiques sur le parlementarisme ne servent plus qu'&#224; masquer la trahison bourgeoise de la r&#233;volution, qu'&#224; cacher que la bourgeoisie &#171; laisse tomber &#187; la r&#233;volution. Le seul mot d'ordre que doit alors lancer la classe r&#233;ellement r&#233;volutionnaire est le mot d'ordre de dictature .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi raisonnaient les bolch&#233;viks sur la dictature avant, la r&#233;volution d'octobre 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'exp&#233;rience de cette r&#233;volution, j'ai d&#251; analyser en d&#233;tail la question de la dictature dans la brochure la Victoire des cadets et les t&#226;ches du parti ouvrier, P&#233;tersbourg, 1906 (la brochure est dat&#233;e du 28 mars 1906). J'en citerai les arguments les plus importants, en pr&#233;cisant que je supprime une s&#233;rie de noms propres pour indiquer simplement s'il s'agit de cadets ou de mench&#233;viks. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la brochure vise les cadets et, en partie, les lib&#233;raux sans&#8209;parti, semi&#8209;cadets, semi&#8209;mench&#233;viks. Mais en fait, tout ce qui y est dit de la dictature se rapporte justement aux mench&#233;viks qui, &#224; chaque pas, glissaient ces questions sur les positions des cadets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au moment o&#249; mourait &#224; Moscou le bruit de la fusillade, o&#249; la dictature militaire et polici&#232;re se livrait &#224; ses orgies furieuses, o&#249; les ex&#233;cutions et les f&#233;rocit&#233;s exerc&#233;es contre les masses se multipliaient dans toute la Russie, la presse des cadets s'&#233;levait contre la violence de gauche, contre les comit&#233;s de gr&#232;ve des partis r&#233;volutionnaires. Les professeurs cadets, qui trafiquent de leur science pour le compte des Doubassov, en arrivaient &#224; traduire le mot &#171; dictature &#187; par celui de &#171; s&#251;ret&#233; renforc&#233;e &#187;. Les &#171; hom&#173;mes de science &#187; d&#233;naturaient m&#234;me leur latin de coll&#232;ge pour ravaler la lutte r&#233;volutionnaire. Notez&#8209;le bien une fois pour toutes, Messieurs les cadets &#8209; la dictature signi&#173;fie le pouvoir illimit&#233;, qui s'appuie sur la force et non sur la loi. Pendant la guerre civile, tout pouvoir victorieux ne peut &#234;tre que dictatorial. Mais le fait est qu'il peut y avoir dictature de la minorit&#233; sur la majorit&#233;, dictature d'une clique polici&#232;re sur le peuple, mais qu'il peut y avoir aussi dictature de l'immense majorit&#233; du peuple sur une poign&#233;e d'oppresseurs, de spoliateurs et d'usurpateurs du pouvoir populaire. Par leur d&#233;formation vulgaire de la notion scientifique de &#171; dictature &#187;, par leurs clameurs contre la violence de gauche &#224; l'&#233;poque du d&#233;cha&#238;nement de la violence de droite la plus ill&#233;gale et la plus inf&#226;me, Messieurs les cadets ont montr&#233; clairement quelle est la position des &#171; conciliateurs &#187; dans une lutte r&#233;volutionnaire serr&#233;e. Le &#171; conciliateur &#187; se cache l&#226;chement quand la lutte s'avive. Quand le peuple r&#233;volutionnaire a vaincu (le 17 octobre), le &#171; conciliateur &#187; sort de son antre, &#233;tale vaniteusement ses avantages, s'emporte &#224; fond dans une d&#233;bauche verbale et hurle fr&#233;n&#233;tiquement : quelle &#171; glorieuse &#187; gr&#232;ve politique ! Quand la contre&#8209;r&#233;volution a le dessus, le &#171; conciliateur &#187; commence par accabler les vaincus de ses hypo&#173;crites exhortations et remontrances. La gr&#232;ve couronn&#233;e de succ&#232;s &#233;tait &#171; glorieuse &#187;. Les gr&#232;ves vaincues &#233;taient criminelles, sauvages, insens&#233;es, anarchistes. L'insurrection vaincue &#233;tait une folie, un d&#233;cha&#238;nement des forces aveugles, de la barbarie, de l'absurdit&#233;. En un mot, la conscience politique et l'intelligence politique du &#171; conciliateur &#187; consistent &#224; ramper devant celui qui est le plus fort aujourd'hui, &#224; se jeter dans les jambes de ceux qui luttent, &#224; g&#234;ner tant&#244;t l'un tant&#244;t l'autre des camps, &#224; affaiblir la lutte, &#224; &#233;mousser la conscience r&#233;volutionnaire du peuple, qui lutte d&#233;sesp&#233;r&#233;ment pour sa libert&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuons. Il sera tout &#224; fait opportun de rappeler les explications relatives &#224; la dictature que j'adressais &#224; Monsieur R. Blank. Celui&#8209;ci exposait, en 1906, dans un journal officiellement sans parti mais mench&#233;vik en r&#233;alit&#233;, les conceptions des mench&#233;viks qu'il louait de &#171; s'attacher &#224; orienter le mouvement social&#8209;d&#233;mocrate russe dans la voie de la social&#8209;d&#233;mocratie internationale, &#224; la t&#234;te de laquelle se trouve le grand parti social&#8209;d&#233;mocrate d'Allemagne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, tout comme les cadets, R. Blank opposait aux bolch&#233;viks, r&#233;volutionnaires d&#233;raisonnables, non marxistes, s&#233;ditieux, etc., les mench&#233;viks &#171; raisonnables &#187;, auxquels il assimilait la social&#8209;d&#233;mocratie allemande. C'est l&#224; un proc&#233;d&#233; courant de la tendance internationale des sociaux&#8209;lib&#233;raux, pacifistes, etc., qui, dans tous les pays, chantent les louanges des r&#233;formistes, des opportunistes, des kautskistes, des longuettistes, socialistes &#171; raisonnables &#187; par opposition &#224; la &#171; folie &#187; des bolch&#233;viks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici de quelle fa&#231;on je r&#233;pondais &#224; Monsieur R. Blank dans ma brochure de 1906 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Monsieur Blank oppose deux p&#233;riodes de la r&#233;volution russe : la premi&#232;re embrasse approximativement les mois d'octobre &#224; d&#233;cembre 1905. C'est celle de la tourmente r&#233;volutionnaire. La deuxi&#232;me, c'est la p&#233;riode actuelle, que nous sommes naturellement en droit de qualifier de p&#233;riode des victoires des cadets aux &#233;lections &#224; la Douma ou m&#234;me, s'il nous est permis d'anticiper, de p&#233;riode de la Douma des cadets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur Blank dit de cette p&#233;riode qu'elle marque le retour &#224; la pens&#233;e et &#224; la sagesse, et qu'il est possible d'en revenir &#224; une activit&#233; consciente, concert&#233;e, syst&#233;matique. ,Monsieur Blank caract&#233;rise, au contraire, la premi&#232;re p&#233;riode par le divorce entre la th&#233;orie et la pratique. Tous les principes et toutes les conceptions social&#8209;d&#233;mocrates avaient disparu, la tactique pr&#233;conis&#233;e de tout temps par les fondateurs de la social&#8209;d&#233;mocratie russe &#233;tait oubli&#233;e et les assises m&#234;mes de la conception social&#8209;d&#233;mocrate du monde totalement &#233;branl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette affirmation fondamentale de Monsieur Blank a un caract&#232;re purement formel. Toute la th&#233;orie marxiste s'est trouv&#233;e en d&#233;saccord avec la &#171; pratique &#187; de la p&#233;riode de tourmente r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En est&#8209;il bien ainsi ? Quelle est l'&#171; assise &#187; premi&#232;re et essentielle de la th&#233;orie marxiste ? Celle&#8209;ci : dans la soci&#233;t&#233; contemporaine, la seule classe r&#233;volutionnaire jusqu'au bout et, partant, celle qui est l'avant&#8209;garde de toute r&#233;volution, c'est le prol&#233;tariat. On peut poser la question suivante : la tourmente r&#233;volutionnaire a&#8209;t&#8209;elle &#233;branl&#233; totalement cette &#171; assise &#187; de la conception social-&#173;d&#233;mocrate du monde ? Bien au contraire, elle n'a fait que la confirmer de la fa&#231;on la plus &#233;clatante. C'est pr&#233;cis&#233;ment le prol&#233;tariat qui a &#233;t&#233; le principal et, au d&#233;but, presque l'unique combattant de cette p&#233;riode. C'est pour ainsi dire la premi&#232;re fois dans l'histoire mondiale que la r&#233;volution bourgeoise a &#233;t&#233; marqu&#233;e par le recours sur une vaste &#233;chelle, inconnue m&#234;me des pays capitalistes plus avanc&#233;s, &#224; une arme purement prol&#233;tarienne de lutte : la gr&#232;ve politique de masse. Le prol&#233;tariat a engag&#233; la lutte, une lutte imm&#233;diatement r&#233;volutionnaire &#224; l'heure o&#249; les Strouv&#233; et les Blank appelaient &#224; participer &#224; la Douma de Boulyguine, o&#249; les professeurs cadets appelaient les &#233;tudiants &#224; se borner aux seules &#233;tudes. Avec son arme prol&#233;tarienne de lutte, le prol&#233;tariat a conquis &#224; la Russie toute cette &#171; constitution &#187; &#8209; si l'on peut dire &#8209; que l'on n'a fait qu'ab&#238;mer, rogner et tronquer depuis. En octobre 1905, le prol&#233;tariat a appliqu&#233; le moyen tactique de lutte dont, six mois auparavant, avait parl&#233; la r&#233;solution du III&#176; Congr&#232;s bolch&#233;vik du Parti ouvrier social&#8209;d&#233;mocrate de Russie, r&#233;solution qui attirait particuli&#232;rement l'attention sur l'importance qu'il y avait &#224; combiner la gr&#232;ve politique de masse et l'insurrection ; et c'est pr&#233;cis&#233;ment cette combinaison qui caract&#233;rise toute la p&#233; riode de la &#171; tourmente r&#233;volutionnaire &#187;, tout le dernier trimestre de 1905. Ainsi, notre id&#233;ologue de la petite bourgeoisie a d&#233;natur&#233; la r&#233;alit&#233; de la mani&#232;re la plus impudent la plus flagrante. Il n'a pas cit&#233; un seul fait t&#233;moignant du divorce entre la th&#233;orie marxiste et l'exp&#233;rience pratique de la &#171; tourmente r&#233;volutionnaire &#187; ; il a tent&#233; de dissimuler le trait essentiel de cette tourmente qui a fourni une confirmation &#233;clatante de &#171; tous les principes et les id&#233;es social&#8209;d&#233;mocrates &#187;, de &#171; toutes les assises de la conception social&#8209;d&#233;mocrate du monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est cependant le mobile v&#233;ritable qui a induit Monsieur Blank &#224; adopter l'opinion monstrueusement erron&#233;e, suivant laquelle les principes et les id&#233;es marxistes avaient disparu durant cette p&#233;riode de &#171; tourmente &#187;. L'examen de ce fait pr&#233;sente un grand int&#233;r&#234;t : il nous r&#233;v&#232;le une fois de plus la v&#233;ritable nature de l'esprit petit-bourgeois en mati&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi a consist&#233; la diff&#233;rence entre la p&#233;riode de la &#171; tourmente r&#233;volutionnaire &#187; et la p&#233;riode actuelle, celle des &#171; cadets &#187;, du point de vue des diff&#233;rents moyens d'action politique, du point de vue des diff&#233;rentes m&#233;thodes de cr&#233;ation historique du peuple ? Tout d'abord et surtout dans le fait que, pendant la p&#233;riode de &#171; tourmente &#187;, furent appliqu&#233;es des m&#233;thodes particuli&#232;res inconnues dans les autres p&#233;riodes de la vie politique. Voici les plus essentielles de ces m&#233;thodes : 1&#176; &#171; conqu&#234;te &#187; par le peuple de la libert&#233; politique, acquise sans droit, ni loi, ni restrictions (libert&#233; de r&#233;union, ne f&#251;t&#8209;ce que dans les universit&#233;s, libert&#233; de presse, d'association, de congr&#232;s, etc.) ; 2&#176; cr&#233;ation de nouveaux organismes du pouvoir r&#233;volutionnaire : Soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers, soldats, cheminot, paysans, nouvelles autorit&#233;s dans les villes et les campagnes, etc., etc. Organismes exclusivement cr&#233;&#233;s par les couches r&#233;volutionnaires de la population, en dehors de toute l&#233;galit&#233; et de toutes normes, uniquement par la voie r&#233;volutionnaire comme le produit de la cr&#233;ation populaire spontan&#233;e, comme expression des activit&#233;s du peuple lib&#233;r&#233; ou en train de se lib&#233;rer des anciennes entraves polici&#232;res. C'&#233;taient, enfin, des organismes du pouvoir, en d&#233;pit de leur forme embryonnaire et leur caract&#232;re spontan&#233;, amorphe, la d&#233;liquescence de leur composition et de leur fonctionnement. Ils agissaient en tant que pouvoir, s'emparant, par exemple, des imprimeries (&#224; P&#233;tersbourg), arr&#234;tant les fonctionnaires de la police qui voulaient emp&#234;cher le peuple r&#233;volutionnaire d'exercer ses droits (il y a eu &#233;galement des exemples &#224; P&#233;tersbourg, o&#249; tel organisme du nouveau pouvoir &#233;tait le plus faible, et l'ancien pouvoir le plus fort). Ils agissaient en tant que pouvoir, invitant tout le peuple &#224; ne plus donner d'argent &#224; l'ancien gouvernement. Ils confisquaient les fonds de ce dernier (comit&#233; de gr&#232;ve des cheminots du Sud) et s'en servaient pour les besoins du nouveau gouvernement populaire ; c'&#233;taient incontestablement les embryons d'un nouveau gouvernement populaire ou, si vous le voulez, r&#233;volutionnaire. De par leur caract&#232;re politique et social c'&#233;tait, en germe, la dictature des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires du peuple ; cela vous &#233;tonne, Monsieur Blank et Monsieur Kisewetter ? Vous n'y voyez pas la &#171; s&#251;ret&#233; renforc&#233;e &#187;, qui est pour les bourgeois l'&#233;quivalent de la dictature ? Nous vous l'avons d&#233;j&#224; dit, que vous n'avez aucune id&#233;e de la notion scientifique de dictature. Nous allons tout de suite vous la donner, mais nous indiquerons d'abord la troisi&#232;me &#171; m&#233;thode &#187; d'action de l'&#233;poque de &#171; tourmente r&#233;volutionnaire &#187; : l'emploi de la violence par le peuple contre ceux qui opprimaient le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organismes du pouvoir d&#233;crits ci&#8209;dessus &#233;taient, en germe, dictatoriaux, car ce pouvoir ne reconnaissait aucun autre pouvoir, aucune loi, aucune norme, d'o&#249; qu'ils viennent. Le pouvoir illimit&#233;, extra&#8209;l&#233;gal, s'appuyant sur la force, au sens le plus strict du mot, c'est cela la dictature. Mais la force sur laquelle s'appuyait et cherchait &#224; s'appuyer le nouveau pouvoir n'&#233;tait pas celle de la ba&#239;onnette aux mains d'une poign&#233;e de militaires, ni celle du &#171; commissariat de police &#187;, ni celle de l'argent, ni celle d'aucune des anciennes institutions. Pas du tout. Les nouveaux organismes du pouvoir ne disposaient ni d'armes, ni d'argent, ni d'anciennes institutions. Pouvez&#8209;vous vous imaginer, Monsieur Blank et Monsieur Kisewetter, que leur puissance n'avait rien de commun avec les anciens moyens de violence, rien de commun avec la &#171; s&#251;ret&#233; renforc&#233;e &#187;, si ce n'est la s&#251;ret&#233; renforc&#233;e du peuple contre l'oppression des organismes policiers et autres de l'ancien pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur quoi s'appuyait donc cette force ? Elle s'appuyait sur la masse populaire. Voil&#224; ce qui distingue fonci&#232;rement ce nouveau pouvoir de tous les organismes ant&#233;rieurs de l'ancien pouvoir. Ceux&#8209;ci &#233;taient les organismes du pouvoir d'une minorit&#233; sur le peuple, sur la masse des ouvriers et des paysans. Ceux&#8209;l&#224; &#233;taient les organismes du pouvoir du peuple, des ouvriers et des paysans sur une minorit&#233;, sur une poign&#233;e d'oppresseurs policiers, sur une poign&#233;e de nobles et de fonctionnaires privil&#233;gi&#233;s. Telle est la diff&#233;rence entre la dictature sur le peuple et la dictature du peuple r&#233;volutionnaire, retenez&#8209;le bien, Monsieur Blank et Monsieur Kisewetter ! Dictature d'une minorit&#233;, l'ancien pouvoir ne pouvait se maintenir que par des exp&#233;dients de police, que par l'&#233;loignement, que par la mise, &#224; l'&#233;cart des masses populaires de la participation au pouvoir, du contr&#244;le du pouvoir, L'ancien pouvoir se d&#233;fiait syst&#233;matiquement des masses, redoutait la lumi&#232;re, se maintenait par le mensonge. Dictature de l'immense majorit&#233;, le nouveau pouvoir ne pouvait se maintenir et ne se maintenait que gr&#226;ce &#224; la confiance de l'immense masse, que parce qu'il appelait toute la masse &#224; participer au pouvoir de la mani&#232;re la plus libre, la plus large et la plus puissante. Rien de cach&#233;, rien d'occulte, rien de r&#233;glement&#233;, rien de formel. Tu es un ouvrier ? Tu veux lutter pour lib&#233;rer la Russie du joug d'une poign&#233;e d'oppresseurs policiers ? Tu es notre camarade. Choisis ton d&#233;put&#233;, sur&#8209;le&#8209;champ, sans d&#233;lai ; choisis&#8209;le comme tu l'entends, nous l'accueillerons volontiers et avec joie comme membre &#233;gal en droits, de notre Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers, du Comit&#233; paysan, du Soviet des d&#233;put&#233;s soldats, etc., etc. C'est un pouvoir agissant au grand jour, sous les yeux des masses, accessible aux masses, &#233;manant directement des masses, c'est l'organisme direct et sans interm&#233;diaire des masses populaires, c'est l'expression de leur volont&#233;. Tel &#233;tait le nouveau pouvoir, ou, plus exactement, son embryon, car la victoire de l'ancien pouvoir a pi&#233;tin&#233; tr&#232;s vite les jeunes pousses de la nouvelle plante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous demanderez peut&#8209;&#234;tre, Monsieur Blank ou Monsieur Kisewetter, ce que venaient faire ici la &#171; dictature &#187; et la &#171; violence &#187; ? Est&#8209;ce que l'immense masse a besoin d'user de violence contre une poign&#233;e ? Est&#8209;ce que des dizaines et des centaines de millions d'hommes peuvent exercer la dictature sur des milliers, sur des dizaines de milliers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la question que posent g&#233;n&#233;ralement les gens qui voient employer pour la premi&#232;re fois le terme de dictature dans une acception nouvelle pour eux. On est habitu&#233; &#224; ne voir que le pouvoir policier et que la dictature polici&#232;re. Il leur para&#238;t &#233;trange qu'il puisse y avoir un pouvoir sans police, qu'il puisse y avoir une dictature non polici&#232;re. Vous dites que des millions d'hommes n'ont pas besoin de violence contre des milliers ? Vous vous trompez, et vous vous trompez parce que vous ne consid&#233;rez pas le ph&#233;nom&#232;ne dans son d&#233;veloppement. Vous oubliez que le pouvoir nouveau ne tombe pas des nues, mais qu'il surgit, qu'il se d&#233;veloppe parall&#232;lement &#224; l'ancien, contre lui, dans sa lutte contre lui. Sans violence &#224; l'&#233;gard des oppresseurs qui d&#233;tiennent entre leurs mains les moyens et les organismes du pouvoir, il n'est pas possible d'en d&#233;barrasser le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici, M. Blank et M. Kisewetter, un petit exemple tout simple qui vous permettra d'assimiler cette haute sagesse inaccessible &#224; l'intellect d'un cadet, sagesse &#171; qui lui donne le vertige &#187;. Imaginez Avramov torturant et martyrisant Spiridonova. Spiridonova a pour elle, mettons, des dizaines et des centaines d'hommes non arm&#233;s. Avramov a pour lui une poign&#233;e de cosaques. Qu'aurait fait le peuple, si Spiridonova avait &#233;t&#233; martyris&#233;e ailleurs que dans un cachot ? Il aurait eu recours &#224; la violence contre Avramov et sa suite. Il aurait sacrifi&#233; peut&#8209;&#234;tre quelques combattants, abattus par Avramov, mais il aurait par la force d&#233;sarm&#233; Avramov et les cosaques, non sans tuer sur place, tr&#232;s probablement, quelques&#8209;uns de ces hommes, s'il est permis de les appeler ainsi. Quant aux autres, il les aurait jet&#233;s en quelque prison pour mettre un terme &#224; leurs d&#233;bordements et pour les traduire devant la justice du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voyez, M. Blank et M. Kisewetter, quand Avramov et ses cosaques martyrisent Spiridonova, c'est la dictature militaire et polici&#232;re qui s'exerce sur le peuple. Quand le peuple r&#233;volutionnaire (capable de lutter contre les oppresseurs, et pas seulement d'exhorter et de pr&#244;ner, d'exprimer des regrets, de r&#233;prouver, de pleurnicher et de se lamenter, non pas petit&#8209;bourgeois born&#233;, mais r&#233;volutionnaire) use de violence contre Avramov et ses pairs, il y a dictature du peuple r&#233;volutionnaire. C'est bien la dictature, car c'est le pouvoir du peuple sur Avramov, pouvoir que ne limite aucune loi (un petit bourgeois serait peut&#8209;&#234;tre contre le fait d'arracher par la force Spiridonova &#224; Avramov car, enfin, c'est &#171; ill&#233;gal &#187;, cela ! Et y a&#8209;t&#8209;il une &#171; loi &#187; qui autorise &#224; tuer Avramov ? Certains id&#233;ologues petits&#8209;bourgeois n'ont&#8209;ils pas invent&#233; une th&#233;orie de non&#8209;r&#233;sistance au mal par la violence ?). La notion scientifique de dictature s'applique &#224; un pouvoir que rien ne limite, qu'aucune loi, qu'aucune r&#232;gle absolument ne bride et qui se fonde directement sur la violence. La notion de dictature n'est rien d'autre que cela ; retenez&#8209;le bien, Messieurs les cadets. Ensuite, nous voyons, par l'exemple que nous avons pris, qu'il s'agit bien de la dictature du peuple, car le peuple, masse de la population, qui n'a pas encore pris corps et, qui est rassembl&#233;e &#171; par hasard &#187; en un endroit d&#233;termin&#233; entre en lice d'elle&#8209;m&#234;me et de plain&#8209;pied, rend justice, ch&#226;tie, exerce le pouvoir, fonde un nouveau droit r&#233;volutionnaire. Enfin, il s'agit bien de la dictature du peuple, r&#233;volutionnaire. Pourquoi du peuple r&#233;volutionnaire, et non pas de tout le peuple ? Parce que dans la masse du peuple, qui souffre constamment et de la fa&#231;on la plus cruelle des exploits des Avramov, il en est qui sont bris&#233;s physiquement, terroris&#233;s, d&#233;prim&#233;s moralement, par exemple par la th&#233;orie de la non&#8209;r&#233;sistance au mal par la violence, ou tout simplement d&#233;prim&#233;s, non par une th&#233;orie, mais par les pr&#233;jug&#233;s, les coutumes, la routine : des gens indiff&#233;rents, ceux qu'on appelle les esprits vulgaires, les petits-bourgeois, qui pr&#233;f&#232;rent s'&#233;carter de la lutte aigu&#235;, passer outre ou m&#234;me se cacher (un mauvais coup est vite arriv&#233; !). Voil&#224; pourquoi ce n'est pas tout le peuple qui exerce la dictature, mais seulement le peuple r&#233;volutionnaire, qui n'a pourtant nullement peur de l'ensemble du peuple, qui lui fait conna&#238;tre les mobiles et les d&#233;tails de ses actes, qui invite volontiers tout le peuple &#224; participer non seulement &#224; la gestion de l'&#201;tat, mais au pouvoir lui-m&#234;me et &#224; l'organisation m&#234;me de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ce simple exemple renferme tous les &#233;l&#233;ments de la notion scientifique de &#171; dictature du peuple r&#233;volutionnaire &#187;, et de celle de &#171; dictature militaire et polici&#232;re &#187;. Et ce simple exemple, accessible m&#234;me &#224; un savant professeur cadet, nous permet de passer &#224; des ph&#233;nom&#232;nes plus complexes de la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;volution, au sens &#233;troit et premier du mot, est pr&#233;cis&#233;ment une p&#233;riode de la vie du peuple pendant laquelle la haine accumul&#233;e depuis des si&#232;cles contre les exploits des Avramov &#233;clate non en paroles, mais en actes, en actes non de personnes isol&#233;es, mais de masses populaires fortes de millions d'hommes. Le peuple se r&#233;veille et se l&#232;ve pour se d&#233;livrer des Avramov. Le peuple d&#233;livre des Avramov les innombrables Spiridonova de la vie russe, il emploie la violence contre les Avramov, il prend le pouvoir sur les Avramov. Bien entendu, cela ne se fait pas d'une mani&#232;re aussi simple et &#171; d'un seul coup &#187;, comme dans l'exemple cit&#233; et simplifi&#233; par nous &#224; l'usage de Monsieur le professeur Kisewetter ; cette lutte du peuple contre les Avramov, cette lutte au sens &#233;troit et premier du mot, cette &#233;viction des Avramov par le peuple exige des mois et des ann&#233;es de &#171; tourmente r&#233;volutionnaire &#187;. Cette &#233;viction des Avramov par le peuple constitue justement le contenu r&#233;el de ce que l'on appelle la grande r&#233;volution russe. Du point de vue des m&#233;thodes de la cr&#233;ation historique, cette &#233;viction s'accomplit dans les formes que nous venons de d&#233;crire en parlant de la tourmente r&#233;volutionnaire, &#224; savoir : conqu&#234;te par le peuple de la libert&#233; politique, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire de la libert&#233; &#224; laquelle s'opposaient les Avramov ; cr&#233;ation par le peuple d'un nouveau pouvoir r&#233;volutionnaire, d'un pouvoir dirig&#233; contre les Avramov, contre les oppresseurs de l'ancien r&#233;gime policier ; recours &#224; la violence contre les Avramov, pour &#233;liminer, d&#233;sarmer, mettre hors d'&#233;tat de nuire ces chiens enrag&#233;s, tous ces Avramov, ces Dournovo, ces Doubassov, ces Min, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est&#8209;ce bien que le peuple emploie des moyens de lutte aussi ill&#233;gaux, irr&#233;guliers, irrationnels, non syst&#233;matiques, que la conqu&#234;te de la libert&#233;, l'instauration d'un nouveau pouvoir r&#233;volutionnaire qui n'est formellement reconnu par personne, exerce la violence contre les oppresseurs du peuple ? Oui, c'est tr&#232;s bien. C'est l&#224; l'expression supr&#234;me de la lutte populaire pour la libert&#233;. C'est l'av&#232;nement d'une grande &#233;poque o&#249; les r&#234;ves de libert&#233; des meilleurs hommes de Russie deviennent r&#233;alit&#233;, l'&#339;uvre des masses populaires et non pas de h&#233;ros isol&#233;s. C'est aussi bien que la lib&#233;ration par la foule (dans notre exemple) de Spiridonova des griffes d'Avramov, son d&#233;sarmement par la force et sa mise hors d'&#233;tat de nuire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est ici que nous abordons le point central des arri&#232;re&#8209;pens&#233;es et des craintes des cadets. Un cadet est pr&#233;cis&#233;ment l'id&#233;ologue de la petite bourgeoisie parce qu'il reporte sur la politique, sur la lib&#233;ration du peuple, sur la r&#233;volution, le point de vue de l'homme de la rue qui, dans notre exemple des tortures inflig&#233;es par Avramov &#224; Spiridonova, e&#251;t tent&#233; de retenir la foule, lui e&#251;t conseill&#233; de ne pas violer la loi, de ne pas se h&#226;ter de lib&#233;rer la victime des mains d'un tortionnaire qui, lui, agit au nom du pouvoir l&#233;gal. Certes, dans notre exemple, cet esprit vulgaire e&#251;t &#233;t&#233; simplement un monstre moral, mais, appliqu&#233;e &#224; l'ensemble de la vie sociale, la monstruosit&#233; morale du petit bourgeois est, r&#233;p&#233;tons&#8209;le, une qualit&#233; nullement individuelle mais sociale, conditionn&#233;e peut&#8209;&#234;tre par les pr&#233;jug&#233;s &#8209; solidement ancr&#233;s dans les esprits &#8209; de la science du droit bourgeois et philistin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi Monsieur Blank consid&#232;re&#8209;t&#8209;il comme n'ayant pas besoin d'&#234;tre prouv&#233; le fait que, durant la p&#233;riode de la &#171; tourmente &#187;, tous les principes marxistes furent oubli&#233;s ? Parce qu'il d&#233;forme le marxisme et en fait du brentanisme, consid&#233;rant comme non marxistes des &#171; principes &#187; comme ceux de la conqu&#234;te de la libert&#233;, de la cr&#233;ation du pouvoir r&#233;volutionnaire, du recours &#224; la violence par le peuple. Ce point de vue transpire dans tout l'article de Monsieur Blank, et non seulement dans le sien, mais aussi dans ceux de tous les cadets, de tous les auteurs du camp lib&#233;ral et radical qui chantent aujourd'hui les louanges de Pl&#233;khanov pour son amour des cadets, jusques et y compris les bernsteiniens de Biez Zaglavia, M. Prokopovitch, Mme Kouskova et tutti quanti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons comment est n&#233; ce point de vue et pourquoi il devait na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233; directement de la conception bernsteinienne ou, pour parler d'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, opportuniste de la social&#8209;d&#233;mocratie d'Europe occidentale. Les erreurs de cette conception, que les &#171; orthodoxes &#187;ont d&#233;masqu&#233;es syst&#233;matiquement et sur toute la ligne en Occident, sont actuellement import&#233;es en Russie &#171; sous main &#187; avec une autre sauce et sous un autre pr&#233;texte. Les partisans de Bernstein admettaient et admettent le marxisme, &#224; l'exclusion de son aspect directement r&#233;volutionnaire. Ils consid&#232;rent la lutte parlementaire non pas comme un des moyens de lutte, particuli&#232;rement valable dans certaines p&#233;riodes d&#233;termin&#233;es de l'histoire, mais comme la forme principale et presque unique de la lutte, rendant inutiles la &#171; violen&#173;ce &#187;, la &#171; conqu&#234;te &#187;, la &#171; dictature &#187;. C'est cette d&#233;forma&#173;tion vulgaire, petite&#8209;bourgeoise du marxisme qu'implan&#173;tent aujourd'hui en Russie Messieurs Blank et autres lib&#233;raux qui chantent les louanges de Pl&#233;khanov. Ils ont tellement fait leur cette d&#233;formation, qu'ils ne jugent m&#234;me pas n&#233;cessaire de prouver que les id&#233;es et les principes marxistes furent oubli&#233;s pendant la p&#233;riode de la tourmente r&#233;volutionnaire. &#8209;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ce point de vue devait&#8209;il faire son apparition ? Parce qu'il correspond pertinemment &#224; la situation de classe et aux int&#233;r&#234;ts de la petite bourgeoisie. L'id&#233;ologie, de la soci&#233;t&#233; bourgeoise &#171; &#233;pur&#233;e &#187; admet toutes les m&#233;thodes de lutte de la social&#8209;d&#233;mocratie, sauf pr&#233;cis&#233;ment celles que le peuple r&#233;volutionnaire emploie en p&#233;riode de &#171; tourmente &#187; et que la social&#8209;d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire approuve et aide &#224; appliquer. Les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie exigent la participation du prol&#233;tariat &#224; la lutte contre l'autocratie, mais seulement une participation qui ne tourne pas &#224; la domination du prol&#233;tariat et de la paysannerie, une participation qui n'&#233;limine pas enti&#232;rement les anciens organismes du pouvoir policier, de l'autocratie et du servage. La bourgeoisie entend conserver ces organismes en les soumettant seulement &#224; son contr&#244;le direct ; ils lui sont n&#233;cessaires contre le prol&#233;tariat, car leur destruction totale faciliterait trop la lutte prol&#233;tarienne. Voil&#224; pourquoi les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie, en tant que classe, exigent la monarchie et la Chambre haute, exigent que la dictature du peuple r&#233;volutionnaire soit rendue impossible. La bourgeoisie dit au prol&#233;tariat : lutte contre l'autocratie, mais ne touche pas aux anciens organismes du pouvoir, dont j'ai besoin. Lutte &#171; sur le plan parlementaire &#187;, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire dans les limites que je te fixerai, en accord avec la monarchie ; lutte par l'interm&#233;diaire d'organisations, pas d'organisations comme les comit&#233;s centraux de gr&#232;ve, les Soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers, soldats, etc., mais d'organisations que la loi, &#233;dict&#233;e par moi en accord avec la monarchie, reconna&#238;t, d&#233;limite et rend inoffensives &#224; l'&#233;gard du Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend d&#232;s lors pourquoi la bourgeoisie parle avec m&#233;pris, avec d&#233;dain, avec col&#232;re, avec haine, de la p&#233;riode de &#171; tourmente &#187;, mais avec extase, avec ravissement, avec, l'amour infini de la petite bourgeoisie... pour la r&#233;action, de la p&#233;riode constitutionnelle d&#233;fendue par Doubassov. C'est toujours la m&#234;me marque distinctive, constante et invariable, des cadets : le d&#233;sir de s'appuyer sur le peuple et la crainte de son initiative r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend aussi pourquoi la bourgeoisie craint plus que le feu la reprise de la &#171; tourmente &#187;, pourquoi elle m&#233;conna&#238;t et escamote les &#233;l&#233;ments d'une nouvelle crise r&#233;volutionnaire, pourquoi elle entretient et r&#233;pand dans le peuple les illusions constitutionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant nous avons largement expliqu&#233; pourquoi Monsieur Blank et ses semblables proclament que pendant la p&#233;riode de la &#171; tourmente &#187; furent oubli&#233;s les principe et les id&#233;es marxistes. Monsieur Blank, comme tous les petits&#8209;bourgeois, admet le marxisme &#224; l'exclusion de son contenu r&#233;volutionnaire, il admet les m&#233;thodes social&#8209;d&#233;mocrates de lutte &#224; l'exclusion de celles qui sont les plus r&#233;volutionnaires et les plus directement r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude de Monsieur Blank &#224; l'&#233;gard de la p&#233;riode de &#171; tourmente &#187; est au plus haut point caract&#233;ristique en tant qu'exemple de l'incompr&#233;hension des mouvements prol&#233;tariens par la bourgeoisie, de la crainte bourgeoise de la lutte &#226;pre et d&#233;cisive, de la haine bourgeoise pour toutes les manifestations de la m&#233;thode rigide de r&#232;glement des probl&#232;mes sociaux et historiques, qui brise les ancien&#173;nes institutions et qui est r&#233;volutionnaire au sens propre du mot. Monsieur Blank s'est trahi, il a d&#233;voil&#233; du coup son esprit born&#233; de bourgeois. Il a entendu dire et lu que, pendant la p&#233;riode de tourmente, les social&#8209;d&#233;mocrates avaient commis des &#171; erreurs &#187;, il s'est empress&#233; de conclure et de d&#233;clarer avec aplomb, sans appel, gratuitement, que tous les &#171; principes &#187; du marxisme (dont il n'a pas la moin&#173;dre id&#233;e !) furent oubli&#233;s. Nous ferons remarquer au sujet de ces &#171; erreurs &#187; : a&#8209;t&#8209;il jamais exist&#233; une p&#233;riode, dans le d&#233;veloppement du mouvement ouvrier, dans le d&#233;veloppement de la social&#8209;d&#233;mocratie, au cours de laquelle telles ou telles erreurs n'aient pas &#233;t&#233; commises ? au cours de laquelle on n'ait pas observ&#233; des oscillations vers la droite ou vers la gauche ? l'histoire de la p&#233;riode parlementaire de la lutte de la social&#8209;d&#233;mocratie d'Allemagne, p&#233;riode qui, pour les bourgeois born&#233;s du monde entier, semble marquer l'extr&#234;me, l'insurpassable limite, n'est&#8209;elle pas remplie de telles erreurs ? Si Monsieur Blank n'&#233;tait pas totalement ignorant des questions du socialisme, il se souviendrait ais&#233;ment de M&#252;lberger et de D&#252;hring, de la question de Dampfersubvention [2] , des &#171; jeunes [3] &#187;, de la bernsteiniade, et bien d'autres choses encore. Mais l'important pour lui, ce n'est pas l'&#233;tude du d&#233;veloppement r&#233;el de la social&#8209;d&#233;mocratie, il lui suffit d'amoindrir l'ampleur de la lutte prol&#233;tarienne pour glorifier l'indigence bourgeoise de son parti cadet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, si nous examinons les choses du point de vue de la d&#233;viation de la social&#8209;d&#233;mocratie de sa voie habituelle, &#171; normale &#187;, nous verrons que, sous ce rapport &#233;galement, la p&#233;riode de &#171; tourmente r&#233;volutionnaire &#187; atteste une coh&#233;sion et une int&#233;grit&#233; id&#233;ologique de la social&#8209;d&#233;mocratie plus grandes, et non pas moindres, par rapport &#224; la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente. La tactique de la p&#233;riode de &#171; tourmente &#187; n'a pas &#233;cart&#233;, mais bien rapproch&#233; les deux ailes de la social&#8209;d&#233;mocratie. A la place des divergences ant&#233;rieures, s'est cr&#233;&#233;e une unit&#233; de vue sur la question de l'insurrection arm&#233;e. Les social&#8209;d&#233;mocrates des deux fractions ont travaill&#233; au sein des Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers, ces organismes de caract&#232;re original du pouvoir r&#233;volutionnaire embryonnaire, y ont fait entrer les soldats et les paysans, ont publi&#233; des manifestes r&#233;volutionnaires conjointement avec les partis r&#233;volutionnaires petits&#8209;bourgeois. Les anciennes discussions de la p&#233;riode d'avant la r&#233;volution ont fait place &#224; la solidarit&#233; dans les questions pratiques. La mont&#233;e de la vague r&#233;volutionnaire refoulait les dissentiments, obligeant d'accepter une tactique de combat, &#233;cartant la question de la Douma, mettant &#224; l'ordre du jour celle de l'insurrection, rapprochant pour une action imm&#233;diate la social&#8209;d&#233;mocratie et la d&#233;mocratie bourgeoise r&#233;volutionnaire. Dans le S&#233;verny Golos [4] , mench&#233;viks et bolch&#233;viks appelaient ensemble &#224; la gr&#232;ve et &#224; l'insurrection, invitaient les ouvriers &#224; ne pas cesser la lutte tant que le pouvoir ne serait pas entre leurs mains. L'ambiance r&#233;volutionnaire dictait elle&#8209;m&#234;me les mots d'ordre pratiques Les discussions ne portaient que sur des d&#233;tails de l'appr&#233;ciation des &#233;v&#233;nements. Le Natchalo [5] , par exemple consid&#233;rait les Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers comme de organismes d'auto&#8209;administration r&#233;volutionnaire ; la Nova&#239;a Jizn [6] y voyait les organismes embryonnaires du pouvoir r&#233;volutionnaire unissant le prol&#233;tariat et la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire. Le Natchalo penchait vers la dictature du prol&#233;tariat. La Nova&#239;a Jizn s'en tenait au point de vue de la dictature d&#233;mocratique du prol&#233;tariat et de la paysannerie. Mais ne constatons&#8209;nous pas de semblables divergences de vues au sein de la social&#8209;d&#233;mocratie &#224; tous les moments du d&#233;veloppement de tous les parti socialistes d'Europe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, la d&#233;formation des choses par Monsieur Blank, sa falsification flagrante de l'histoire d'hier s'expliquent uniquement par le fait que nous sommes en pr&#233;sence d'un sp&#233;cimen de la banalit&#233; bourgeoise, individu infatu&#233; de lui&#8209;m&#234;me, pour qui les p&#233;riodes de tourmente r&#233;volution&#173;naire sont de la folie (&#171; tous les principes sont oubli&#233;s &#187;, &#171; la pens&#233;e elle&#8209;m&#234;me et le bon sens disparaissent presqu'enti&#232;rement &#187;), alors que les p&#233;riodes d'&#233;crasement de la r&#233;volution et de &#171; progr&#232;s &#187; petit&#8209;bourgeois (prot&#233;g&#233; par les Doubassov) sont des &#233;poques d'activit&#233; raisonnable, consciente et syst&#233;matique. Cette appr&#233;ciation comparative des deux p&#233;riodes (celle de la &#171; tourmente &#187; et celle des cadets) forme la trame de tout l'article de Monsieur Blank. Quand l'histoire de l'humanit&#233; avance &#224; la vitesse d'une locomotive, c'est la &#171; tourmente &#187;, le &#171; torrent &#187;, la &#171; disparition &#187; de tous les &#171; principes et id&#233;es &#187;. Quand l'histoire se meut &#224; la vitesse d'un char &#224; boeufs, alors, c'est la raison et les plans longuement m&#251;ris. Quand les masses populaires elles&#8209;m&#234;mes, avec leur mentalit&#233; &#233;l&#233;mentaire toute neuve, leur esprit de d&#233;cision simple et rude, commencent &#224; faire l'histoire, &#224; traduire directement et imm&#233;diatement dans les faits les &#171; principes et les th&#233;ories &#187;, alors, le bourgeois prend peur et hurle que &#171; la raison recule &#224; l'arri&#232;re&#8209;plan &#187; (n'est&#8209;ce pas le contraire, &#244; h&#233;ros de la petite&#8209;bourgeoisie ? n'est&#8209;ce pas pr&#233;cis&#233;ment &#224; ces moments qu'appara&#206;t dans l'histoire la sagesse des masses au lieu de celle de personnalit&#233;s isol&#233;es ? n'est&#8209;ce pas alors que la sagesse des masses devient une force vivante et valable au lieu d'une force abstraite ?) Quand le mouvement spontan&#233; des masses est &#233;cras&#233; par des fusillades, des ex&#233;cutions, des bastonnades, le ch&#244;mage et la faim, quand de toutes les l&#233;zardes sortent les punaises de la science professorale entretenue par Doubassov, et qu'elles se mettent &#224; r&#233;gler les affaires pour le peuple et au nom des masses, vendant et trahissant les int&#233;r&#234;ts de celles&#8209;ci en faveur d'une poign&#233;e de privil&#233;gi&#233;s, alors il semble aux chevaliers de la petite bourgeoisie que commence l'&#232;re du progr&#232;s caIme et paisible, que &#171; vient le tour de la pens&#233;e et de la raison &#187;. Le bourgeois reste toujours et partout fid&#232;le &#224; lui&#8209;m&#234;me ; que vous preniez la Poliarna&#239;a Zvezda [7] ou Nacha Jizn [8] , que vous lisiez Strouv&#233; ou Blank, c'est partout la m&#234;me chose, c'est partout cette appr&#233;ciation born&#233;e, professorale et p&#233;dante, fig&#233;e et bureaucratique, des p&#233;riodes r&#233;volutionnaires et r&#233;formistes. Les premi&#232;res sont des p&#233;riodes de folie, &#171; tolle Jahre &#187;, de disparition de la pens&#233;e et de la raison. Les secondes sont, celles d'une activit&#233; &#171; consciente et syst&#233;matique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'interpr&#233;tez pas mes paroles de travers, ne dites pas que je parle ici de la pr&#233;f&#233;rence de MM. Blank et Cie pour telle ou telle p&#233;riode. Il ne s'agit pas du tout de pr&#233;f&#233;rence : la succession des p&#233;riodes de l'histoire ne d&#233;pend pas de nos pr&#233;f&#233;rences subjectives. Le fait est que, dans l'analyse des particularit&#233;s de telle ou telle p&#233;riode (tout &#224; fait ind&#233;pendamment de nos pr&#233;f&#233;rences ou de nos sympathies), Messieurs Blank et Cie d&#233;forment la v&#233;rit&#233; avec impudence. Le fait est que pr&#233;cis&#233;ment les p&#233;riodes r&#233;volutionnaires se caract&#233;risent par une plus vaste envergure, par une plus grande richesse, une plus haute conscience, un plus grand esprit de m&#233;thode et de syst&#233;matisation, une plus grande hardiesse et un plus grand &#233;clat de la cr&#233;ation historique, comparativement aux p&#233;riodes de progr&#232;s petit-bourgeois, cadet et r&#233;formiste. Or, MM. Blank et Cie pr&#233;sentent les choses &#224; l'envers ! Ils voudraient faire passer l'indigence pour la richesse de la cr&#233;ation historique. Ils consid&#232;rent l'absence d'activit&#233; des masses &#233;cras&#233;es ou opprim&#233;es, comme le triomphe de &#171; l'esprit de syst&#232;me &#187; dans I'activit&#233; des fonctionnaires, des bourgeois Ils crient &#224; la disparition de la pens&#233;e et de la raison quand le d&#233;coupage bureaucratique des projets de lois par des rond-de&#8209;cuir de tout acabit par des &#171; penny&#8209;a&#8209;liners &#187; lib&#233;raux, est remplac&#233; par une p&#233;riode d'action politique directe du &#171; bas peuple &#187; qui brise bel et bien, carr&#233;ment, imm&#233;diatement, les organismes d'oppression du peuple, s'empare du pouvoir, prend ce qui &#233;tait consid&#233;r&#233; comme la propri&#233;t&#233; de toutes sortes d'exploiteurs du peuple, en un mot, quand s'&#233;veillent pr&#233;cis&#233;ment la pens&#233;e et la raison de millions d'opprim&#233;s, non pas seulement pour la lecture de brochures, mais pour l'action, pour l'action vivante, humaine, pour la cr&#233;ation historique &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles &#233;taient en Russie, en 1905&#8209;1906, les discussions sur la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Dittmann , les Kautsky , les Crispien , les Hilferding en en Allemagne , les Longuet et Cie, en France, les Turati et ses amis en Italie, les MacDonald et les Snowden en Grande-Bretagne, etc., jugent en fait de la dictature exactement comme en jugeaient Monsieur R. Blank et les cadets en 1905 en Russie. Ils ne comprennent pas ce qu'est la dictature, ils ne savent pas la pr&#233;parer, ils sont incapables de la comprendre et de la r&#233;aliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Marx, l'H&#233;ritage litt&#233;raire . [N. R.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Dampfersubvention , subvention &#224; la navigation. Il s'agit, des divergences existant dans la fraction social-d&#233;mocrate au Reichstag allemand au sujet des subventions &#224; accorder &#224; des Soci&#233;t&#233; priv&#233;es pour l'&#233;tablissement de lignes maritimes avec l'Asie orientale, l'Australie et l'Afrique. L'aile droite de la fraction d&#233;fendait la politique des subventions pratiqu&#233;e par le gouvernement de Bismarck. Dans sa lettre &#224; Sorge du 31 d&#233;cembre 1884, Engels condamnait cette position opportuniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Les Jeunes de la social-d&#233;mocratie allemande, groupe petit-bourgeois et semi-anarchiste, form&#233; en 1890. De jeunes &#233;crivains (d'o&#249; le nom du groupe) en constituaient le noyau. Il pr&#233;sentait une plate-forme qui refusait toute participation des social-d&#233;mocrates au parlement. En octobre 1891, au Congr&#232;s de la social-d&#233;mocratie allemande, les &#171; jeunes &#187; furent exclus du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] &#171; S&#233;verny Golos &#187; [la Voix du Nord ], quotidien l&#233;gal, organe du Parti ouvrier social-d&#233;mocrate de Russie, parut &#224; P&#233;tersbourg depuis le 6 (19) d&#233;cembre 1905, sous la direction unifi&#233;e des bolch&#233;viks et des mench&#233;viks. Le journal fut interdit d&#232;s son 3&#176; num&#233;ro, le 8 (21) d&#233;cembre 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] &#171; Natchalo &#187; [le Commencement ], quotidien mench&#233;vik l&#233;gal ; parut &#224; P&#233;tersbourg en novembre-d&#233;cembre 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] &#171; Nova&#239;a Jizn &#187; [la Vie Nouvelle ], premier journal bolch&#233;vik l&#233;gal ; parut quotidiennement du 27 octobre (9 novembre) au 3 (16) d&#233;cembre 1905 &#224; P&#233;tersbourg. Au retour d'&#233;migration de L&#233;nine &#224; P&#233;tersbourg, d&#233;but novembre, le journal parut sous sa direction effective. Il &#233;tait en fait l'organe central du Part ouvrier social-d&#233;mocrate de Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &#171; Poliarna&#239;a Zvezda &#187; [L'Etoile Polaire ], hebdomadaire, organe de l'aile droite du parti cadet ; parut &#224; P&#233;tersbourg en 1905-1906, sous la direction de Strouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] &#171; Nacha Jizn &#187; [Notre Vie ], quotidien tr&#232;s proche de l'aile gauche du parti cadet ; parut avec des interruptions de 1904 &#224; 1906, &#224; P&#233;tersbourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1919/03/19190304.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1919/07/dictature.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Boukharine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/martov/works/1918/00/martov_19180000.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Martov&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/t_c/t_c_4.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trotsky&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/dictature_du_proletariat/dictature_du_proletariat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marx/Engels&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=dictature+de+classe+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=d%C3%A9mocratie+capitaliste+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire toujours&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sur la dualit&#233; de pouvoirs</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article6851</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article6851</guid>
		<dc:date>2020-11-23T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le texte de Karl Marx sur la dualit&#233; de pouvoirs &lt;br class='autobr' /&gt;
1- L&#233;nine &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la dualit&#233; du pouvoir &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le probl&#232;me fondamental de toute r&#233;volution est celui du pouvoir. Tant que ce probl&#232;me n'est pas &#233;lucid&#233;, il ne saurait &#234;tre question de jouer consciemment son r&#244;le dans la r&#233;volution, et encore moins de la diriger. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre r&#233;volution a ceci de tout &#224; fait original qu'elle a cr&#233;&#233; une dualit&#233; du pouvoir. C'est l&#224; un fait dont il faut saisir la port&#233;e avant tout ; il est impossible d'aller de l'avant (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;3- L'objectif de la dictature du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5078&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le texte de Karl Marx sur la dualit&#233; de pouvoirs&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1- L&#233;nine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la dualit&#233; du pouvoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le probl&#232;me fondamental de toute r&#233;volution est celui du pouvoir. Tant que ce probl&#232;me n'est pas &#233;lucid&#233;, il ne saurait &#234;tre question de jouer consciemment son r&#244;le dans la r&#233;volution, et encore moins de la diriger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre r&#233;volution a ceci de tout &#224; fait original qu'elle a cr&#233;&#233; une dualit&#233; du pouvoir. C'est l&#224; un fait dont il faut saisir la port&#233;e avant tout ; il est impossible d'aller de l'avant sans l'avoir compris. Il faut savoir compl&#233;ter et corriger les vieilles &#171; formules &#187;, par exemple celles du bolch&#233;visme, car si elles se sont r&#233;v&#233;l&#233;es justes dans l'ensemble, leur application concr&#232;te s'est r&#233;v&#233;l&#233;e diff&#233;rente. Personne autrefois ne songeait, ni ne pouvait songer, &#224; une dualit&#233; du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consiste la dualit&#233; du pouvoir ? En ceci qu'&#224; c&#244;t&#233; du Gouvernement provisoire, du gouvernement de la bourgeoisie, s'est form&#233; un autre gouvernement, faible encore, embryonnaire, mais qui n'en a pas moins une existence r&#233;elle, incontestable, et qui grandit : ce sont les Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la composition de classe de ce deuxi&#232;me gouvernement ? Le prol&#233;tariat et la paysannerie (sous l'uniforme de soldat). Quel en est le caract&#232;re politique ? C'est une dictature r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire un pouvoir qui s'appuie directement sur un coup de force r&#233;volutionnaire, sur l'initiative directe, venant d'en bas, des masses populaires, et non sur une loi &#233;dict&#233;e par un pouvoir d'Etat centralis&#233;. Ce pouvoir est tout diff&#233;rent de celui qui existe g&#233;n&#233;ralement dans une r&#233;publique d&#233;mocratique bourgeoise parlementaire du type habituel et qui pr&#233;vaut jusqu'&#224; pr&#233;sent dans les pays avanc&#233;s d'Europe et d'Am&#233;rique. C'est une chose qu'on oublie souvent, &#224; laquelle on ne r&#233;fl&#233;chit pas assez, alors que c'est l&#224; l'essentiel. Ce pouvoir est du m&#234;me type que la Commune de Paris de 1871, type dont voici les principales caract&#233;ristiques : 1) la source du pouvoir n'est pas la loi, pr&#233;alablement discut&#233;e et vot&#233;e par un Parlement, mais l'initiative des masses populaires, initiative directe, locale, venant d'en bas, un &#171; coup de force &#187; direct, pour employer une expression courante ; 2) la police et l'arm&#233;e, institutions s&#233;par&#233;es du peuple et oppos&#233;es au peuple, sont remplac&#233;es par l'armement direct du peuple tout entier ; sous ce pouvoir, ce sont les ouvriers et les paysans arm&#233;s, c'est le peuple en armes qui veillent eux-m&#234;mes au maintien de l'ordre public ; 3) le corps des fonctionnaires, la bureaucratie sont, eux aussi, remplac&#233;s par le pouvoir direct du peuple, ou du moins plac&#233;s sous un contr&#244;le sp&#233;cial ; non seulement les postes deviennent &#233;lectifs, mais leurs titulaires, ramen&#233;s &#224; l'&#233;tat de simples mandataires, sont r&#233;vocables &#224; la premi&#232;re demande du peuple ; de corps privil&#233;gi&#233; jouissant de &#171; sin&#233;cures &#187; &#224; traitements &#233;lev&#233;s, bourgeois, ils deviennent les ouvriers d'une &#171; arme sp&#233;ciale &#187;, dont les traitements n'exc&#232;dent pas le salaire habituel d'un bon ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, et l&#224; seulement, est l'essence de la Commune de Paris en tant que type d'Etat particulier. C'est cette essence qu'ont oubli&#233;e et d&#233;natur&#233;e MM. les Pl&#233;khanov (chauvins avou&#233;s qui ont trahi le marxisme), les Kautsky (hommes du &#171; centre &#187;, c'est-&#224;-dire qui balancent entre le chauvinisme et le marxisme), et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale tous les social-d&#233;mocrates, les socialistes-r&#233;volutionnaires et leurs pareils qui dominent aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'en tire avec des phrases, on se cantonne dans le silence, on se d&#233;robe, on se congratule mille fois &#224; l'occasion de la r&#233;volution, et l'on ne veut pas r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que sont les Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats. On ne veut pas voir cette v&#233;rit&#233; &#233;vidente que, pour autant que ces Soviets existent, pour autant qu'ils sont le pouvoir, il existe en Russie un Etat du type de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai bien soulign&#233; : &#171; pour autant &#187;. Car ce n'est qu'un pouvoir embryonnaire. Par un accord direct avec le Gouvernement provisoire bourgeois, et par diverses concessions de fait, il a lui-m&#234;me livr&#233; et continue de livrer ses positions &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Serait-ce que Tchkh&#233;idz&#233;, Ts&#233;r&#233;t&#233;li, St&#233;klov et Cie commettent une &#171; erreur &#187; ? Allons donc ! Un philistin pourrait le penser, mais non un marxiste. La raison en est le degr&#233; insuffisant de conscience et d'organisation des prol&#233;taires et des paysans. L'&#171; erreur &#187; de ces chefs, c'est leur position petite-bourgeoise, c'est qu'ils obscurcissent la conscience des ouvriers au lieu de l'&#233;clairer, qu'ils propagent les illusions petites-bourgeoises au lieu de les r&#233;futer, qu'ils renforcent l'influence de la bourgeoisie sur les masses, au lieu de soustraire celles-ci &#224; cette influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela doit d&#233;j&#224; suffire &#224; faire comprendre pourquoi nos camarades, eux aussi, commettent tant d'erreurs en posant &#171; simplement &#187; la question : faut-il renverser tout de suite le Gouvernement provisoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;ponds : 1) il faut le renverser, car c'est un gouvernement oligarchique, bourgeois et non populaire, qui ne peut donner ni la paix, ni le pain, ni la libert&#233; compl&#232;te ; 2) on ne peut pas le renverser en ce moment, car il repose sur un accord direct et indirect, formel et de fait, avec les Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et, tout d'abord, avec le Soviet principal, celui de P&#233;trograd ; 3) on ne peut, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le &#171; renverser &#187; par la m&#233;thode habituelle, car il b&#233;n&#233;ficie du &#171; soutien &#187; pr&#234;t&#233; &#224; la bourgeoisie par le second gouvernement, le Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers ; or, ce dernier gouvernement est le seul gouvernement r&#233;volutionnaire possible, le seul qui exprime directement la conscience et la volont&#233; de la majorit&#233; des ouvriers et des paysans. L'humanit&#233; n'a pas encore &#233;labor&#233;, et nous ne connaissons pas jusqu'&#224; ce jour, de type de gouvernement sup&#233;rieur et pr&#233;f&#233;rable aux Soviets de d&#233;put&#233;s des ouvriers, des salari&#233;s agricoles, des paysans et des soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour devenir le pouvoir, les ouvriers conscients doivent conqu&#233;rir la majorit&#233; : aussi longtemps qu'aucune violence n'est exerc&#233;e sur les masses, il n'existe pas d'autre chemin pour arriver au pouvoir. Nous ne sommes pas des blanquistes, des partisans de la prise du pouvoir par une minorit&#233;. Nous sommes des marxistes, des partisans de la lutte de classe prol&#233;tarienne ; nous sommes contre les entra&#238;nements petits-bourgeois, contre le chauvinisme jusqu'auboutiste, la phras&#233;ologie, la d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondons un parti communiste prol&#233;tarien ; les meilleurs partisans du bolch&#233;visme en ont d&#233;j&#224; cr&#233;&#233; les &#233;l&#233;ments ; groupons-nous pour une action de classe prol&#233;tarienne, et les prol&#233;taires, les paysans pauvres se rallieront &#224; nous, toujours plus nombreux. Car la vie dissipera chaque jour davantage les illusions petites-bourgeoises des &#171; social-d&#233;mocrates &#187;, des Tchkh&#233;idz&#233;, Ts&#233;r&#233;t&#233;li, St&#233;klov et autres, des &#171; socialistes-r&#233;volutionnaires &#187;, des petits bourgeois plus &#171; purs &#187; encore, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie est pour le pouvoir unique de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers conscients sont pour le pouvoir unique des Soviets de d&#233;put&#233;s des ouvriers, des salari&#233;s agricoles, des paysans et des soldats, pour un pouvoir unique pr&#233;par&#233; non par des aventures, mais en &#233;clairant la conscience du prol&#233;tariat, en l'affranchissant de l'influence de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite bourgeoisie - &#171; social-d&#233;mocrates &#187;, socialistes-r&#233;volutionnaires, etc., etc. - entrave par ses h&#233;sitations cet &#233;claircissement, cet affranchissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le v&#233;ritable rapport des forces entre les classes en pr&#233;sence. C'est lui qui d&#233;termine nos t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#034;les t&#226;ches du prol&#233;tariat dans notre r&#233;volution&#034; de L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'originale dualit&#233; du pouvoir et sa signification de classe&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;5&lt;br class='autobr' /&gt;
La particularit&#233; essentielle de notre r&#233;volution, celle qui requiert le plus d'attention et de r&#233;flexion, c'est la dualit&#233; du pouvoir qui s'est &#233;tablie au lendemain m&#234;me de la victoire de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dualit&#233; du pouvoir se traduit par l'existence de deux gouvernements : le gouvernement principal, v&#233;ritable, effectif, de la bourgeoisie, le &#171; Gouvernement provisoire &#187; de Lvov et Cie, qui a en mains tous les organes du pouvoir, et un gouvernement &#224; c&#244;t&#233;, compl&#233;mentaire, un gouvernement &#171; de contr&#244;le &#187;, repr&#233;sent&#233; par le Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats de P&#233;trograd, qui n'a pas en main les organes du pouvoir d'Etat, mais s'appuie directement sur la majorit&#233; ind&#233;niable du peuple, sur les ouvriers et les soldats en armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'origine sociale de cette dualit&#233; du pouvoir et sa signification de classe, c'est que la r&#233;volution russe de mars 1917 n'a pas seulement balay&#233; la monarchie tsariste et remis tout le pouvoir &#224; la bourgeoisie, mais qu'elle touche de pr&#232;s &#224; la dictature d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et de la paysannerie. C'est cette dictature (c'est-&#224;&#8209;dire un pouvoir s'appuyant non sur la loi, mais sur la force directe des masses arm&#233;es), qui est celle des classes pr&#233;cit&#233;es, que repr&#233;sentent les Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats de P&#233;trograd et d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre particularit&#233; tr&#232;s importante de la r&#233;volution russe : le Soviet des d&#233;put&#233;s soldats et ouvriers de P&#233;trograd qui, tout porte &#224; le croire, jouit de la confiance de la majorit&#233; des Soviets locaux, remet volontairement le pouvoir d'Etat &#224; la bourgeoisie et &#224; son Gouvernement provisoire, c&#232;de volontairement le pas &#224; ce dernier apr&#232;s avoir conclu avec lui un accord pour le soutenir, et se borne au r&#244;le d'observateur veillant &#224; la convocation de l'Assembl&#233;e constituante (dont la date n'a pas m&#234;me &#233;t&#233; fix&#233;e jusqu'ici par le Gouvernement provisoire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation extr&#234;mement originale, qui ne s'est encore jamais pr&#233;sent&#233;e sous cet aspect dans l'histoire, a donn&#233; lieu &#224; un enchev&#234;trement, &#224; un amalgame de deux dictatures : la dictature de la bourgeoisie (car le gouvernement de Lvov et Cie est une dictature, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire un pouvoir s'appuyant non sur la loi, non sur l'expression pr&#233;alable de la volont&#233; populaire, mais sur un coup de force, celui&#8209;ci ayant &#233;t&#233; op&#233;r&#233; par une classe d&#233;termin&#233;e, en l'occurrence la bourgeoisie) et la dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie (le Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute que cet &#171; enchev&#234;trement &#187; ne peut durer longtemps. Il ne saurait exister deux pouvoirs dans un Etat. L'un des deux doit dispara&#238;tre, et d'ores et d&#233;j&#224; toute la bourgeoisie russe s'attache de toutes ses forces, par tous les moyens et en tous lieux, &#224; &#233;liminer et &#224; affaiblir, &#224; r&#233;duire &#224; n&#233;ant les Soviets des d&#233;put&#233;s soldats et ouvriers, &#224; assurer le pouvoir unique de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dualit&#233; du Pouvoir ne refl&#232;te qu'une p&#233;riode transitoire du d&#233;veloppement de la r&#233;volution, la p&#233;riode o&#249; cette derni&#232;re est all&#233;e au&#8209;del&#224; d'une r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise ordinaire, mais n'a pas encore abouti &#224; une dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie &#171; &#224; l'&#233;tat pur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La signification de classe (et l'explication de classe) de cet &#233;tat de transition instable est la suivante : notre r&#233;volution a, comme toute r&#233;volution, exig&#233; des masses des prodiges d'h&#233;ro&#239;sme et d'abn&#233;gation dans la lutte contre le tsarisme, et en outre elle a d'un seul coup mis en mouvement un nombre incalculable de petits bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des principaux caract&#232;res scientifiques, politiques et pratiques de toute r&#233;volution v&#233;ritable, c'est l'augmentation extraordinairement rapide, brusque, du nombre des petits bourgeois qui commencent &#224; participer activement, personnellement, pratiquement, &#224; la vie politique, &#224; l'organisation de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas en Russie. La Russie est aujourd'hui en &#233;bullition. Des millions et des dizaines de millions d'hommes en l&#233;thargie politique depuis dix ans, politiquement ab&#234;tis par le joug effroyable du tsarisme et par un labeur de for&#231;at au profit des grands propri&#233;taires fonciers et des fabricants, se sont &#233;veill&#233;s et aspirent &#224; la vie politique. Or, qui sont ces millions et ces dizaines de millions d'hommes ? Pour la plupart, des petits patrons, des petits bourgeois, des gens qui tiennent le milieu entre les capitalistes et les ouvriers salari&#233;s. La Russie est le pays le plus petit-bourgeois d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une formidable vague petite&#8209;bourgeoise a tout submerg&#233; ; elle a &#233;cras&#233; le prol&#233;tariat conscient non seulement par le nombre, mais aussi par son id&#233;ologie, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire qu'elle a entra&#238;n&#233; de tr&#232;s larges milieux ouvriers, les a contamin&#233;s de ses id&#233;es politiques petites&#8209;bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit bourgeois d&#233;pend de la bourgeoisie, parce qu'il vit lui-m&#234;me en patron et non en prol&#233;taire (par la place qu'il occupe dans la production sociale). Et dans sa fa&#231;on de penser il suit la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;dulit&#233; aveugle &#224; l'&#233;gard des capitalistes, ces pires ennemis de la paix et du socialisme : voil&#224; ce qui caract&#233;rise la politique actuelle des masses en Russie ; voil&#224; ce qui s'est d&#233;velopp&#233; avec une rapidit&#233; r&#233;volutionnaire sur le terrain &#233;conomique et social du pays le plus petit&#8209;bourgeois d'Europe. Telle est la base de classe de l' &#171; accord &#187; (il s'agit moins, je le souligne, d'un accord formel que du soutien de fait, d'un accord tacite, de la cr&#233;dulit&#233; aveugle qui a pr&#233;sid&#233; &#224; la cession du pouvoir) entre le Gouvernement provisoire et le Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats, &#8209; accord qui a donn&#233; aux Goutchkov le gros morceau, le v&#233;ritable pouvoir, et au Soviet les promesses, les honneurs (momentan&#233;ment), les flatteries, les phrases, les assurances, les salamalecs des K&#233;renski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insuffisance num&#233;rique du prol&#233;tariat en Russie, son degr&#233; insuffisant de conscience et d'organisation, voil&#224; l'autre face de la m&#233;daille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les partis populistes, jusques et y compris les socialistes&#8209;r&#233;volutionnaires, ont toujours &#233;t&#233; petits&#8209;bourgeois ; de m&#234;me le parti du Comit&#233; d'Organisation (Tchkh&#233;idz&#233;, Ts&#233;r&#233;t&#233;li et Cie) ; les r&#233;volutionnaires sans&#8209;parti (St&#233;klov et autres) ont &#233;galement c&#233;d&#233; &#224; la vague ou ne l'ont pas surmont&#233;e, ne sont pas parvenus &#224; la surmonter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2- L&#233;on Trotsky&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1930&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la r&#233;volution est pour nous, avant tout, le r&#233;cit d'une irruption violente des masses dans le domaine o&#249; se r&#232;glent leurs propres destin&#233;es... (L. T.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Histoire de la r&#233;volution russe&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Extraits de &#034;La r&#233;volution russe&#034; de L&#233;on Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La dualit&#233; de pouvoirs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En quoi consiste la dualit&#233; de pouvoirs ? On ne peut manquer de s'arr&#234;ter sur cette question que nous n'avons pas trouv&#233;e &#233;lucid&#233;e dans les travaux d'histoire. Pourtant, la dualit&#233; de pouvoirs est un &#233;tat particulier d'une crise sociale, caract&#233;ristique non point seulement de la R&#233;volution russe de 1917, quoique marqu&#233; pr&#233;cis&#233;ment le plus nettement en elle. Des classes antagonistes existent toujours dans la soci&#233;t&#233; et la classe d&#233;pourvue de pouvoir s'efforce in&#233;vitablement de faire pencher &#224; tel ou tel degr&#233; le cours de l'&#201;tat de son c&#244;t&#233;. Cela ne signifie pourtant pas du tout que, dans la soci&#233;t&#233;, r&#232;gne une dualit&#233; ou une pluralit&#233; de pouvoirs. Le caract&#232;re d'un r&#233;gime politique est directement d&#233;termin&#233; par le rapport des classes opprim&#233;es avec les classes dirigeantes. L'unit&#233; de pouvoir, condition absolue de la stabilit&#233; d'un r&#233;gime, subsiste tant que la classe dominante r&#233;ussit &#224; imposer &#224; toute la soci&#233;t&#233; ses formes &#233;conomiques et politiques comme les seules possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination simultan&#233;e des junkers et de la bourgeoisie &#8212; que ce soit d'apr&#232;s la formule des Hohenzollern ou de la R&#233;publique - ne constitue pas une dualit&#233; de pouvoirs, si violents que soient par moments les conflits entre les deux d&#233;tenteurs du pouvoir : ils ont une commune base sociale, une scission dans l'appareil gouvernemental n'est point &#224; redouter de leurs dissensions. Le r&#233;gime d'un double pouvoir ne surgit que sur un conflit irr&#233;ductible des classes, n'est possible, par cons&#233;quent, qu'&#224; une &#233;poque r&#233;volutionnaire et constitue un des &#233;l&#233;ments essentiels de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme politique de la r&#233;volution consiste dans le passage du pouvoir d'une classe &#224; une autre. L'insurrection violente en elle-m&#234;me s'accomplit habituellement en un court d&#233;lai. Mais aucune classe historiquement d&#233;finie ne s'&#233;l&#232;ve d'une situation subalterne &#224; la domination subitement, en une nuit, quand bien m&#234;me ce serait une nuit de r&#233;volution, Elle doit d&#233;j&#224;, la veille, occuper une position extr&#234;mement ind&#233;pendante &#224; l'&#233;gard de la classe officiellement dominante ; bien plus, elle doit concentrer en elle les espoirs des classes et couches interm&#233;diaires m&#233;contentes de ce qui existe, mais incapables d'un r&#244;le ind&#233;pendant. La pr&#233;paration historique d'une insurrection conduit, en p&#233;riode pr&#233;r&#233;volutionnaire, &#224; ceci que la classe destin&#233;e &#224; r&#233;aliser le nouveau syst&#232;me social, sans &#234;tre encore devenue ma&#238;tresse du pays, concentre effectivement dans ses mains une part importante du pouvoir de l'&#201;tat, tandis que l'appareil officiel reste encore dans les mains des anciens possesseurs. C'est l&#224; le point de d&#233;part de la dualit&#233; de pouvoirs dans toute r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas son unique aspect. Si une nouvelle classe port&#233;e au pouvoir par une r&#233;volution dont elle ne voulait point est, en r&#233;alit&#233;, une classe d&#233;j&#224; vieille, historiquement attard&#233;e ; si elle a eu le temps de s'user avant d'&#234;tre couronn&#233;e officiellement ; si, arrivant au pouvoir, elle tombe sur un antagoniste d&#233;j&#224; suffisamment m&#251;r et qui cherche &#224; mettre la main sur le gouvernail de l'&#201;tat - l'&#233;quilibre instable du double pouvoir est remplac&#233;, dans la r&#233;volution politique, par un autre &#233;quilibre, parfois encore moins stable. La victoire sur &#034; l'anarchie &#034; du double pouvoir constitue, &#224; chaque nouvelle &#233;tape, la t&#226;che de la r&#233;volution, ou bien de&#8230; la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dualit&#233; de pouvoirs non seulement ne suppose pas mais, g&#233;n&#233;ralement, exclut le partage de l'autorit&#233; &#224; parties &#233;gales et, en somme, tout &#233;quilibre formel des autorit&#233;s. C'est un fait non constitutionnel, mais r&#233;volutionnaire. Il prouve que la rupture de l'&#233;quilibre social a d&#233;j&#224; d&#233;moli la superstructure de l'&#201;tat. La dualit&#233; de pouvoirs se manifeste l&#224; o&#249; des classes ennemies s'appuient d&#233;j&#224; sur des organisations d'&#201;tat fonci&#232;rement incompatibles - l'une p&#233;rim&#233;e, l'autre se formant - qui, &#224; chaque pas, se repoussent entre elles dans le domaine de la direction du pays. La part de pouvoir obtenue dans ces conditions par chacune des classes en lutte est d&#233;termin&#233;e par le rapport des forces et par les phases de la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par sa nature m&#234;me, une telle situation ne peut &#234;tre stable. La soci&#233;t&#233; a besoin d'une concentration du pouvoir et, soit dans la classe dominante, soit, pour le cas pr&#233;sent, dans les deux classes qui se partagent la puissance, cherche irr&#233;sistiblement cette concentration. Le morcellement du pouvoir n'annonce pas autre chose que la guerre civile. Avant, pourtant, que les classes et les partis en rivalit&#233; se d&#233;cident &#224; cette guerre, surtout s'ils redoutent l'intervention d'une tierce force, ils peuvent se trouver contraints assez longtemps de patienter et m&#234;me de sanctionner en quelque sorte le syst&#232;me du double pouvoir. N&#233;anmoins, ce dernier explose in&#233;vitablement. La guerre civile donne au double pouvoir son expression la plus d&#233;monstrative, pr&#233;cis&#233;ment territoriale : chacun des pouvoirs, ayant cr&#233;&#233; sa place d'armes retranch&#233;e, lutte pour la conqu&#234;te du reste du territoire, lequel, assez souvent, subit la dualit&#233; de pouvoirs sous la forme d'invasions alternatives des deux puissances bellig&#233;rantes tant que l'une d'elles ne s'est pas d&#233;finitivement affermie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution anglaise du XVIIe si&#232;cle, pr&#233;cis&#233;ment parce que c'&#233;tait une grande r&#233;volution qui bouleversa la nation de fond en comble, repr&#233;sente nettement les alternatives de dualit&#233; des pouvoirs avec les violents passages de l'un &#224; l'autre, sous l'aspect de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, au pouvoir royal, appuy&#233; sur les classes privil&#233;gi&#233;es ou les sommets des classes, aristocrates et &#233;v&#234;ques, s'opposent la bourgeoisie et les couches proches d'elle des hobereaux. Le gouvernement de la bourgeoisie est le Parlement presbyt&#233;rien qui s'appuie sur la City londonienne. La lutte prolong&#233;e de ces deux r&#233;gimes se r&#233;sout par une guerre civile ouverte. Deux centres gouvernementaux, Londres et Oxford, cr&#233;ent leurs arm&#233;es, la dualit&#233; des pouvoirs prend forme territorialement, quoique, comme toujours dans une guerre civile, les limitations territoriales soient extr&#234;mement instables. Le parlement l'emporte. Le roi, fait prisonnier, attend son sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblerait que se constituent les conditions du pouvoir unique de la bourgeoisie presbyt&#233;rienne. Mais, avant encore que soit bris&#233; le pouvoir royal, l'arm&#233;e du parlement se transforme en une force politique autonome. Elle rassemble dans ses rangs les ind&#233;pendants, les petits bourgeois, artisans, agriculteurs, d&#233;vots et r&#233;solus. L'arm&#233;e se m&#234;le autoritairement &#224; la vie sociale, non simplement en tant que force d'arm&#233;e, non comme garde pr&#233;torienne, mais comme repr&#233;sentation politique d'une nouvelle classe oppos&#233;e &#224; la bourgeoisie ais&#233;e et riche. En cons&#233;quence, l'arm&#233;e cr&#233;e un nouvel organe d'&#201;tat qui se dresse au-dessus des chefs militaires : un conseil de d&#233;put&#233;s soldats et officiers (&#034; agitateurs &#034;). Vient alors une nouvelle p&#233;riode de double pouvoir : ici, le parlement presbyt&#233;rien, l&#224;, l'arm&#233;e ind&#233;pendante. La dualit&#233; du pouvoir conduit au conflit d&#233;clar&#233;. La bourgeoisie se trouve impuissante &#224; dresser contre 1'&#034; arm&#233;e mod&#232;le &#034; de Cromwell - c'est-&#224;-dire la pl&#232;be en armes - ses propres troupes. Le conflit se termine par l'&#233;puration du parlement presbyt&#233;rien &#224; l'aide du sabre de l'ind&#233;pendance. Du parlement reste une s&#233;quelle, la dictature de Cromwell s'&#233;tablit. Les couches inf&#233;rieures de l'arm&#233;e,. sous la direction des &#034; levellers &#034; (niveleurs), aile extr&#234;me-gauche de la r&#233;volution, tentent d'opposer &#224; la domination des hautes sph&#232;res militaires, des grands de l'arm&#233;e, lotir propre r&#233;gime, authentiquement pl&#233;b&#233;ien. Mais le nouveau double pouvoir ne parvient pas &#224; se d&#233;velopper : les &#034; levellers &#034;, les basses couches de la petite bourgeoisie, n'ont pas encore et ne peuvent avoir de voie ind&#233;pendante dans l'histoire, Cromwell a t&#244;t fait de r&#233;gler leur compte &#224; ses adversaires. Un nouvel &#233;quilibre politique, d'ailleurs loin de la stabilit&#233;, s'instaure pour un certain nombre d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du temps de la grande R&#233;volution fran&#231;aise, l'Assembl&#233;e constituante, dont l'&#233;pine dorsale se composait de l'&#233;lite du Tiers-&#201;tat, concentrait en ses mains le pouvoir sans supprimer, pourtant, en totalit&#233;, les pr&#233;rogatives du roi. La p&#233;riode de l'Assembl&#233;e constituante est celle d'une critique dualit&#233; de pouvoirs qui s'ach&#232;ve par la fuite du roi jusqu'&#224; Varennes et n'est formellement liquid&#233;e qu'avec la proclamation de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re Constitution fran&#231;aise (1791), construite sur la fiction de l'absolue ind&#233;pendance des pouvoirs l&#233;gislatifs et ex&#233;cutifs vis-&#224;-vis l'un de l'autre, dissimulait en fait, ou essayait de cacher au peuple une r&#233;elle dualit&#233; de pouvoirs : celui de la bourgeoisie, d&#233;finitivement retranch&#233;e dans l'Assembl&#233;e nationale apr&#232;s la prise de la Bastille par le peuple, et celui de la vieille monarchie, encore &#233;tay&#233;e par la haute noblesse, le clerg&#233;, la bureaucratie et la caste militaire, sans parler d'esp&#233;rances fond&#233;es sur une intervention &#233;trang&#232;re. Dans les contradictions de ce r&#233;gime se pr&#233;parait son in&#233;vitable effondrement. Il n'y avait d'issue possible que dans l'an&#233;antissement de la repr&#233;sentation bourgeoise par les forces de la r&#233;action europ&#233;enne, ou bien dans la guillotine pour le roi et la monarchie. Paris et Coblence devaient se mesurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, avant encore qu'on en soit arriv&#233; &#224; la guerre et &#224; la guillotine, entre en sc&#232;ne la Commune de Paris, qui s'appuie sur les couches inf&#233;rieures du Tiers-&#201;tat de la capitale, et qui, de plus en plus cr&#226;nement, dispute le pouvoir aux repr&#233;sentants officiels de la nation bourgeoise. Une nouvelle dualit&#233; de pouvoirs s'institue, dont nous relevons les premi&#232;res manifestations d&#232;s 1790, lorsque la bourgeoisie, grande et moyenne, est encore solidement install&#233;e dans l'administration et les municipalit&#233;s. Quel frappant tableau - et odieusement calomni&#233; - des efforts des couches pl&#233;b&#233;iennes pour monter d'en bas, des sous-sols sociaux et des catacombes, et p&#233;n&#233;trer dans l'ar&#232;ne interdite o&#249; des gens, portant perruque et culotte, r&#233;glaient les destin&#233;es de la nation. Il semblait que les fondations m&#234;mes, foul&#233;es par la bourgeoisie cultiv&#233;e, se ranimassent et se missent en mouvement, que, de la masse compacte, surgissaient des t&#234;tes humaines, se tendaient des mains calleuses, retentissaient des voix rauques, mais viriles. Les districts de Paris, citadelles de la r&#233;volution, v&#233;curent de leur propre vie. Ils furent reconnus - il &#233;tait impossible de ne pas les reconna&#238;tre ! - et se transform&#232;rent en sections. Mais ils brisaient invariablement les cloisons de la l&#233;galit&#233;, et recueillaient un afflux de sang frais venu d'en bas, ouvrant, malgr&#233; la loi, leurs rangs aux parias, aux pauvres, aux sans-culotte. En m&#234;me temps les municipalit&#233;s rurales deviennent l'abri de l'insurrection paysanne contre la l&#233;galit&#233; bourgeoise qui prot&#232;ge la propri&#233;t&#233; f&#233;odale. Ainsi, sous une deuxi&#232;me nation s'en l&#232;ve une troisi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sections parisiennes se dress&#232;rent d'abord en opposition contre la Commune dont disposait encore l'honorable bourgeoisie. Par l'audacieux &#233;lan du 10 ao&#251;t 1792, les sections s'empar&#232;rent de la Commune. D&#233;sormais, la Commune r&#233;volutionnaire s'opposa &#224; l'Assembl&#233;e l&#233;gislative, puis &#224; la Convention, lesquelles, toutes deux, retardaient sur la marche et les t&#226;ches de la r&#233;volution, enregistraient les &#233;v&#233;nements mais ne les produisaient pas, car elles ne disposaient point de l'&#233;nergie, de la vaillance et de l'unanimit&#233; de cette nouvelle classe qui avait eu le temps de surgir du fond des districts parisiens et avait trouv&#233; un appui dans les villages les plus arri&#233;r&#233;s. De m&#234;me que les sections s'&#233;taient empar&#233;es de la Commune, celle-ci, par une nouvelle insurrection, mit la main sur la Convention. Chacune de ces &#233;tapes &#233;tait caract&#233;ris&#233;e par une dualit&#233; de pouvoirs nettement dessin&#233;e dont les deux ailes s'effor&#231;aient d'&#233;tablir une autorit&#233; unique et forte, la droite par la d&#233;fensive, la gauche par l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un besoin de dictature si caract&#233;ristique pour les r&#233;volutions comme pour les contre-r&#233;volutions proc&#232;de des intol&#233;rables contradictions d'un double pouvoir. Le passage d'une de ces formes &#224; l'autre s'accomplit par la voie de la guerre civile. Les grandes &#233;tapes de la r&#233;volution, c'est-&#224;-dire le transfert du pouvoir &#224; de nouvelles classes ou couches sociales, ne co&#239;ncident d'ailleurs pas du tout avec les cycles des institutions parlementaires qui font suite &#224; la dynamique de la r&#233;volution comme son ombre attard&#233;e. En fin de compte, la dictature r&#233;volutionnaire des sans-culottes fusionne, il est vrai, avec celle de la Convention, mais de quelle Convention ? - d'une assembl&#233;e d&#233;barrass&#233;e, par la terreur, des Girondins qui, la veille, y pr&#233;dominaient encore, diminu&#233;e, adapt&#233;e &#224; la pr&#233;pond&#233;rance d'une nouvelle force sociale. Ainsi, par les degr&#233;s d'un double pouvoir, la R&#233;volution fran&#231;aise, durant quatre ann&#233;es, s'&#233;l&#232;ve &#224; son point culminant. A partir du 9 thermidor, de nouveau par les degr&#233;s d'un double pouvoir, elle commence &#224; descendre. Et, encore une fois, la guerre civile pr&#233;c&#232;de chaque retomb&#233;e, de m&#234;me qu'elle avait accompagn&#233; chaque mont&#233;e. De cette fa&#231;on, la soci&#233;t&#233; nouvelle cherche un nouvel &#233;quilibre de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie russe, combattant la bureaucratie raspoutinienne et collaborant avec elle, avait, au cours de la guerre, extraordinairement fortifi&#233; ses positions politiques. Exploitant les d&#233;faites du tsarisme, elle concentra entre ses mains, au moyen des unions de zemstvos et de municipalit&#233;s et des Comit&#233;s des Industries de guerre, une grande puissance, elle disposait &#224; son gr&#233; d'&#233;normes fonds d'&#201;tat et repr&#233;sentait en somme un gouvernement parall&#232;le. Pendant la guerre, les ministres du tsar se plaignaient de voir le prince Lvov ravitailler l'arm&#233;e, nourrir, soigner les soldats et m&#234;me cr&#233;er pour eux des installations de coiffeurs. &#034; Il faut en finir ou bien lui remettre tout le pouvoir &#034;, disait, d&#232;s 1915, le ministre Krivoch&#233;ine. Il n'imaginait pas que Lvov, dix-huit mois plus tard, obtiendrait &#034; tout le pouvoir &#034;, non point des mains du tsar, mais de celles de K&#233;rensky, de Tchkh&#233;idz&#233; et de Soukhanov. Pourtant, le lendemain m&#234;me du jour o&#249; ceci s'accomplit, une nouvelle dualit&#233; de pouvoirs se manifesta : &#224; c&#244;t&#233; du demi-gouvernement lib&#233;ral de la veille, d&#232;s lors formellement l&#233;galis&#233;, surgit un gouvernement lib&#233;ral de la veille, d&#232;s lors formellement l&#233;galis&#233;, surgit un gouvernement non officiel, mais d'autant plus effectif, celui des masses laborieuses, en l'esp&#232;ce, des soviets. A partir de ce moment, la R&#233;volution russe commence &#224; s'&#233;lever &#224; la hauteur d'un &#233;v&#233;nement d'une signification historique mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi, cependant, r&#233;side l'originalit&#233; de la dualit&#233; de pouvoirs de la R&#233;volution de F&#233;vrier ? Dans les &#233;v&#233;nements des XVIIe et XVIIIe si&#232;cles, la dualit&#233; des pouvoirs constitue chaque fois une &#233;tape naturelle de la lutte, impos&#233;e aux participants par un rapport temporaire de forces, et alors chacun des partis s'efforce de substituer &#224; la dualit&#233; son pouvoir unique. Dans la R&#233;volution de 1917, nous voyons comment la d&#233;mocratie officielle, consciemment et avec pr&#233;m&#233;ditation, constitue un pouvoir double, se d&#233;fendant de toutes ses forces d'accepter l'autorit&#233; pour elle seule. La dualit&#233; s'&#233;tablit, &#224; premi&#232;re vue, non par suite d'une lutte des classes pour le pouvoir mais en r&#233;sultat d'une &#034; concession &#034; b&#233;n&#233;vole d'une classe &#224; l'autre. Dans la mesure o&#249; la &#034; d&#233;mocratie &#034; russe cherchait &#224; se sortir de la dualit&#233;, elle ne voyait d'issue que dans son propre renoncement &#224; l'autorit&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que nous avons appel&#233; &#034; le paradoxe de la R&#233;volution de F&#233;vrier &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait peut-&#234;tre trouver une certaine analogie dans la conduite de la bourgeoisie allemande, en 1848, &#224; l'&#233;gard de la monarchie. Mais l'analogie n'est pas compl&#232;te. La bourgeoisie allemande essayait, il est vrai, de partager co&#251;te que co&#251;te le pouvoir avec la monarchie sur les bases d'un accord. Mais la bourgeoisie n'avait pas la pl&#233;nitude de l'autorit&#233; entre ses mains et ne voulait nullement la c&#233;der totalement &#224; la monarchie. &#034; La bourgeoisie prussienne poss&#233;dait nominalement le pouvoir, pas une minute elle ne douta que les forces de l'ancien r&#233;gime ne se missent sans arri&#232;re-pens&#233;e &#224; sa disposition et ne se transformassent en partisans d&#233;vou&#233;s de sa propre toute-puissance, &#034; (Marx et Engels.) La d&#233;mocratie russe de 1917, poss&#233;dant d&#232;s le moment de l'insurrection le pouvoir entier, s'effor&#231;a non simplement de le partager avec la bourgeoisie, mais de c&#233;der &#224; celle-ci int&#233;gralement les affaires publiques. Cela signifie peut-&#234;tre bien que, dans le premier quart du XXe si&#232;cle, l'officielle d&#233;mocratie russe &#233;tait d&#233;j&#224; arriv&#233;e &#224; une d&#233;composition politique plus grande que celle de la bourgeoisie lib&#233;rale allemande au milieu du XIXe. C'est tout &#224; fait dans l'ordre des choses, car c'est le revers de la mont&#233;e effectu&#233;e en ces quelques lustres par le prol&#233;tariat qui avait pris la place des artisans de Cromwell et des sans-culottes de Robespierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re le fait plus profond&#233;ment, le double pouvoir du gouvemement provisoire et du Comit&#233; ex&#233;cutif avait un caract&#232;re net de reflet. Le pr&#233;tendant au nouveau pouvoir ne pouvait &#234;tre que le prol&#233;tariat. S'appuyant sans assurance sur les ouvriers et les soldats, les conciliateurs &#233;taient forc&#233;s de maintenir la comptabilit&#233; en partie double des tsars et des proph&#232;tes. Le double pouvoir des lib&#233;raux et des d&#233;mocrates refl&#233;tait seulement un partage d'autorit&#233; non encore apparent entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat. Lorsque les bolcheviks &#233;vinceront les conciliateurs &#224; la t&#234;te des soviets - cela dans quelques mois - la dualit&#233; souterraine des pouvoirs se manifestera, et ce sera la veille de la R&#233;volution d'Octobre. Jusqu'&#224; ce moment, la r&#233;volution vivra dans un monde de r&#233;fractions politiques. D&#233;viant &#224; travers les ratiocinations des intellectuels socialistes, la dualit&#233; de pouvoirs, &#233;tape de la lutte de classe, se transforma en id&#233;e r&#233;gulatrice. C'est pr&#233;cis&#233;ment par l&#224; qu'elle se pla&#231;a au centre de la discussion th&#233;orique. Rien ne se perd. Le caract&#232;re de reflet du double pouvoir de F&#233;vrier nous a permis de mieux comprendre les &#233;tapes de l'histoire o&#249; cette dualit&#233; appara&#238;t comme un &#233;pisode de pl&#233;thore dans la lutte de deux r&#233;gimes. C'est ainsi qu'une faible clart&#233; lunaire, comme reflet, permet d'&#233;tablir d'importantes conclusions sur la lumi&#232;re solaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'infiniment plus grande maturit&#233; du prol&#233;tariat russe, par comparaison avec les masses urbaines des anciennes r&#233;volutions, r&#233;sidait l'essentielle particularit&#233; de la r&#233;volution russe, qui conduisit d'abord au paradoxe d'une dualit&#233; de pouvoirs &#224; demi fantomatique, et ensuite emp&#234;cha la r&#233;elle dualit&#233; de se r&#233;soudre &#224; l'avantage de la bourgeoisie. Car la question se posait ainsi : ou bien la bourgeoisie s'emparera effectivement du vieil appareil d'&#201;tat, l'ayant remis &#224; neuf pour servir ses desseins, et alors les soviets devront s'effacer ; ou bien les soviets constitueront la base du nouvel &#201;tat, ayant liquid&#233; non seulement l'ancien appareil, mais aussi la domination des classes qui s'en servaient. Les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires s'orientaient vers la premi&#232;re solution. Les bolcheviks vers la seconde. Les classes opprim&#233;es qui, selon Marat, n'avaient pas eu, jadis, assez de connaissances, ni d'exp&#233;rience, ni de direction pour mener leur &#339;uvre jusqu'au bout, se trouv&#232;rent, dans la r&#233;volution du XXe si&#232;cle, arm&#233;es de ces trois mani&#232;res. Les bolcheviks furent vainqueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an apr&#232;s leur victoire, la m&#234;me question, devant un autre rapport de forces, se posa de nouveau en Allemagne. La social-d&#233;mocratie s'orientait vers l'&#233;tablissement d'un pouvoir d&#233;mocratique de la bourgeoisie et la liquidation des soviets. Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht tenaient pour la dictature des soviets. Les social-d&#233;mocrates l'emport&#232;rent. Hilferding et Kautsky en Allemagne, Max Adler en Autriche proposaient de &#034; combiner &#034; la d&#233;mocratie avec le syst&#232;me sovi&#233;tique, en int&#233;grant les soviets ouvriers dans la constitution. C'e&#251;t &#233;t&#233; transformer la guerre civile, potentielle ou d&#233;clar&#233;e, en une composante du r&#233;gime de l'&#201;tat. On ne saurait imaginer plus curieuse utopie. son unique justification sur les territoires allemands serait peut-&#234;tre dans une vieille tradition : les d&#233;mocrates du Wurtemberg, en 1848, voulaient d&#233;j&#224; une r&#233;publique pr&#233;sid&#233;e par le duc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne du double pouvoir, insuffisamment &#233;valu&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent, est-il en contradiction avec la th&#233;orie marxiste de l'&#201;tat qui consid&#232;re le gouvernement comme le comit&#233; ex&#233;cutif de la classe dominante ? Autant dire : l'oscillation des cours sous l'influence de la demande et de l'offre contredit-elle la th&#233;orie de la valeur bas&#233;e sur le travail ? Le d&#233;vouement de la femelle qui d&#233;fend son petit r&#233;fute-t-il la th&#233;orie de la lutte pour l'existence ? Non, dans ces ph&#233;nom&#232;nes, nous trouvons seulement une combinaison plus complexe des m&#234;mes lois. Si l'&#201;tat est l'organisation d'une supr&#233;matie de classe et si la r&#233;volution est un remplacement de la classe dominante, le passage du pouvoir, des mains de l'une aux mains de l'autre, doit n&#233;cessairement cr&#233;er des antagonismes dans 1a situation de l'&#201;tat, avant tout sous forme d'un dualisme de pouvoirs. Le rapport des forces de classe n'est pas une grandeur math&#233;matique qui se pr&#234;te &#224; un calcul a priori. Lorsque le vieux r&#233;gime a perdu son &#233;quilibre, un nouveau rapport de forces ne peut s'&#233;tablir qu'en r&#233;sultat de leur v&#233;rification r&#233;ciproque dans 1a lutte. Et c'est l&#224; la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut sembler que cette digression th&#233;orique nous ait distraits des &#233;v&#233;nements de 1917. En r&#233;alit&#233;, elle nous fait p&#233;n&#233;trer au c&#339;ur du sujet. C'est pr&#233;cis&#233;ment autour du probl&#232;me de la dualit&#233; du pouvoir qu'&#233;voluait la lutte dramatique des partis et des classes. C'est seulement du sommet de la th&#233;orie que l'on peut embrasser du regard cette lutte et la comprendre exactement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;mocratie bourgeoise et dictature populaire dans la R&#233;volution fran&#231;aise</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article6849</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article6849</guid>
		<dc:date>2020-10-06T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#171; Bourgeois et bras nus &#187; de Daniel Gu&#233;rin : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les adversaires de la souverainet&#233; populaire avaient mis la bourgeoisie en garde, d&#232;s le d&#233;but de la R&#233;volution, contre l'interpr&#233;tation radicale que ne manquerait pas de tirer l'homme de la rue. A la Constituante, le baron Malouet avait lanc&#233; cet avertissement : &#171; Vous avez voulu rapprocher intimement le peuple de la souverainet&#233; et vous lui en donnez continuellement la tentation sans lui en conf&#233;rer l'exercice. Je ne crois pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;3- L'objectif de la dictature du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait de &#171; Bourgeois et bras nus &#187; de Daniel Gu&#233;rin :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les adversaires de la souverainet&#233; populaire avaient mis la bourgeoisie en garde, d&#232;s le d&#233;but de la R&#233;volution, contre l'interpr&#233;tation radicale que ne manquerait pas de tirer l'homme de la rue. A la Constituante, le baron Malouet avait lanc&#233; cet avertissement : &#171; Vous avez voulu rapprocher intimement le peuple de la souverainet&#233; et vous lui en donnez continuellement la tentation sans lui en conf&#233;rer l'exercice. Je ne crois pas cette vue saine. Vous affaiblissez les pouvoirs supr&#234;mes par la d&#233;pendance o&#249; vous les avez mis d'une abstraction. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
De fait, les objections des penseurs bourgeois contre la d&#233;mocratie directe furent bouscul&#233;es par la logique populaire. A l'effroi de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire, les sans-culottes oppos&#232;rent, maintes fois, &#224; la soi-disant souverainet&#233; de l'assembl&#233;e parlementaire, la v&#233;ritable souverainet&#233; du peuple, s'exer&#231;ant directement l&#224; o&#249; il &#233;tait rassembl&#233; : dans ses sections, dans ses communes, dans ses soci&#233;t&#233;s populaires. C'est ainsi que le 3 novembre 1792, la section de la Cit&#233; pr&#233;senta &#224; l'approbation des autres sections de Paris une adresse : &#171; Les Citoyens de Paris d&#233;clarent (&#8230;) qu'ils ne reconnaissent les d&#233;put&#233;s de la Convention que comme des r&#233;dacteurs d'un projet de constitution et administrateurs provisoires de la r&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'insurrection manqu&#233;e, du 10 mars 1793, plusieurs sections, puis le Club des Cordeliers, adopt&#232;rent une motion, r&#233;dig&#233;e par l' &#187;enrag&#233; &#187; Varlet : &#171; Le d&#233;partement de Paris, partie int&#233;grante du souverain, est invit&#233;e &#224; s'emparer de l'exercice de la souverainet&#233; ; le corps &#233;lectoral de Paris est autoris&#233; &#224; renouveler les membres de la Convention tra&#238;tres &#224; la cause du peuple. &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 mai, une d&#233;putation du faubourg Saint-Antoine d&#233;filant &#224; la Convention, son orateur d&#233;clara qu'il &#233;tait suivi de mille citoyens, &#171; membres du souverain qui venait dicter ses volont&#233;s &#224; ses mandataires. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 mai 1795, la foule des &#233;meutiers, faisant &#233;ruption dans la salle des s&#233;ances de la Convention, invoquera ses droits de souverain et un homme criera aux d&#233;put&#233;s : &#171; Allez-vous-en tous ! Nous allons former la Convention nous-m&#234;mes ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique populaire ne partit pas d'une id&#233;e pr&#233;con&#231;ue, d'une th&#233;orie de la d&#233;mocratie directe. Elle n'&#233;tait pas encore capable d'adresser au parlementarisme bourgeois les critiques que devait diriger contre lui la pens&#233;e marxiste et libertaire moderne. Au contraire, le peuple se laissa s&#233;duire par la fiction de l'assembl&#233;e centrale souveraine, qui frappait son imagination et lui en imposait, car elle &#233;tait le symbole de l'unit&#233; de la nation, la veille encore morcel&#233;e en &#171; &#233;tats &#187; et en &#171; provinces &#187;. Il ne se dressa pas contre le parlement, il tenta de lui substituer une autre forme de pouvoir, son &#233;manation directe, que dans la mesure o&#249; le parlement, interpr&#232;te des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie, heurta les siens propres. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes nouvelles de pouvoir politique que le peuple d&#233;couvrit ne furent pas une cr&#233;ation de l'esprit, l'&#339;uvre de doctrinaires. Le peuple n'est pas m&#233;taphysicien. Spontan&#233;ment, il utilisa et &#233;largit des institutions anciennes en leur donnant un contenu nouveau. La Commune de Paris &#233;tait issue d'une vieille tradition remontant au 11&#232;me si&#232;cle, &#233;poque o&#249; le tiers-&#233;tat des villes s'&#233;tait constitu&#233; au sein de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale et avait conquis de haute lutte les libert&#233;s communales. Au 14&#232;me si&#232;cle, la Commune parisienne, conduite par le pr&#233;v&#244;t des marchands, Etienne Marcel, s'&#233;tait affront&#233;e avec le pouvoir royal et les deux autres &#171; &#233;tats &#187;. Tel &#233;tait, en bref, l'origine historique de la Commune. Et voici maintenant comment elle ressuscita : les d&#233;put&#233;s de Paris aux Etats-g&#233;n&#233;raux &#233;taient &#233;lus en 1789 par une assembl&#233;e des &#233;lecteurs ; celle-ci, apr&#232;s la chute de la Bastille, prit en mains l'administration de la capitale et se donna le vieux nom de &#171; commune &#187;. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 48 sections de Paris qui, dans le cadre de la Commune, constitu&#232;rent les foyers m&#234;mes du nouveau pouvoir populaire, avaient une origine beaucoup plus r&#233;cente. A l'occasion de l'&#233;lection en deux degr&#233;s aux Etats-g&#233;n&#233;raux, le ministre de le Louis XVI, Necker, avait d&#233;coup&#233; Paris en 60 districts (&#8230;) Cette op&#233;ration avait pour but d'affaiblir, en le divisant, l'esprit r&#233;volutionnaire de la capitale. (&#8230;) Au lendemain du 14 juillet, la subdivision de Paris en 60 bureaux de vote qui, &#224; l'origine devaient se r&#233;unir une seule et unique fois, fut rendue permanente. Plus tard, ceux-ci furent remplac&#233;s par 48 sections. A la veille du 10 ao&#251;t 1792, les sections arrach&#232;rent &#224; l'Assembl&#233;e le droit de se r&#233;unir en permanence ; et apr&#232;s le 10 ao&#251;t non plus seulement ceux qui payaient le &#171; cens &#187; mais tous les citoyens y furent admis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ph&#233;nom&#232;ne caract&#233;ristique de toutes les r&#233;volutions consiste dans la coexistence momentan&#233;e de deux formes antagonistes de pouvoir politique. La dualit&#233; de pouvoirs, bien qu'encore relativement embryonnaire, se manifesta, avec une certaine nettet&#233; d&#233;j&#224;, au cours de la R&#233;volution fran&#231;aise. (&#8230;) Nous voyons les premiers sympt&#244;mes de ce ph&#233;nom&#232;ne appara&#238;tre d&#232;s juillet 1789. A l'or&#233;e de la r&#233;volution, il y a dualit&#233; de pouvoirs non seulement entre le roi et l'Assembl&#233;e nationale, mais d&#233;j&#224; entre l'Assembl&#233;e nationale, interpr&#232;te des volont&#233;s de la haute bourgeoisie, et la Commune de Paris, cette derni&#232;re s'appuyant sur les couches inf&#233;rieures du tiers-&#233;tat de la capitale. Le second pouvoir, &#233;manation directe du peuple, ne traitait pas seulement le parlement d'&#233;gal &#224; &#233;gal, il lui parlait &#224; peine n&#233; sur le ton de protection (&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dualit&#233; de pouvoirs se manifesta de fa&#231;on beaucoup plus accus&#233;e &#224; l'occasion de l'insurrection du 10 ao&#251;t 1792. D&#232;s la seconde quinzaine de juillet, les sections avaient nomm&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s qui s'&#233;taient r&#233;unis &#224; l'H&#244;tel de ville. Le 10 ao&#251;t, l'assembl&#233;e des sections se substitua &#224; la Commune l&#233;gale et se constitua en Commune r&#233;volutionnaire. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la dualit&#233; de pouvoirs est un fait r&#233;volutionnaire et non constitutionnel. Elle ne peut &#234;tre que transitoire. T&#244;t ou tard, l'un des deux pouvoirs doit &#233;liminer l'autre. Au lendemain du 10 ao&#251;t 1792, les pouvoirs de la Commune r&#233;volutionnaire de Paris et ceux de l'Assembl&#233;e s'&#233;quilibr&#232;rent un instant. Cette situation, qui provoqua une crise politique aigu&#235;, ne persista que quelques semaines. La Commune eut le dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 31 mars 1793, la dualit&#233; de pouvoirs prit de nouveau une forme ouverte. Comme au 10 ao&#251;t, une Commune r&#233;volutionnaire s'&#233;tait substitu&#233;e &#224; la Commune, et, face &#224; la Convention et &#224; son Comit&#233; de Salut public, elle avait fait figure de nouveau pouvoir. Mais la dualit&#233; de dura cette fois que l'espace d'un matin. Le pouvoir officiel s'empressa de faire rentrer dans le n&#233;ant la Commune insurrectionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la chute des Girondins, la lutte entre la Convention et la Commune, entre le pouvoir bourgeois et le pouvoir des masses, continu&#233; sourdement. Elle prit, &#224; nouveau, un caract&#232;re aigu, en novembre 1793, lorsque la Commune, se substituant &#224; la Convention, entra&#238;na le pays dans la campagne de d&#233;christianisation et imposa &#224; l'Assembl&#233;e le culte de la Raison. La bourgeoisie riposta en rognant les pouvoirs de la Commune qui, par le d&#233;cret du 4 d&#233;cembre, fut &#233;troitement subordonn&#233;e au pouvoir central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier-mars 1794, la lutte se raviva entre les deux pouvoirs. Celui issu des masses fut, alors, davantage repr&#233;sent&#233; par les soci&#233;t&#233;s populaires, des sections, regroup&#233;es en un comit&#233; central, que par la Commune elle-m&#234;me. Mais les dirigeants de cette derni&#232;re, sous la pression populaire, eurent &#224; deux reprises, avant la chute des h&#233;bertitstes, avant celle de Robespierre, des vell&#233;it&#233;s de coup d'&#233;tat. Ce fut le chant du cygne de la dualit&#233; de pouvoirs. La bourgeoisie accusa les partisans de la Commune de vouloir &#171; avilir la repr&#233;sentation nationale &#187; et elle brisa le pouvoir populaire, donnant ainsi le coup de gr&#226;ce &#224; la R&#233;volution. (&#8230;) Le peuple s'en laissa certes imposer par la fiction de la Convention souveraine, car il ne pouvait pas encore apercevoir les vices du r&#233;gime parlementaire en tant qu'institution constitutionnelle, mais d&#233;j&#224; le parlement r&#233;v&#233;lait son incapacit&#233; cong&#233;nitale &#224; suivre la marche rapide de la R&#233;volution : tout d'abord parce qu'il &#233;tait &#233;lu pour une p&#233;riode longue et qu'entre-temps la conscience des masses avait subi des modifications profondes ; ensuite parce que (&#8230;) il formait, non la t&#234;te de la R&#233;volution, mais son arri&#232;re-garde. (&#8230;) Les sans-culottes sentirent d'instinct la n&#233;cessit&#233; d'opposer &#224; la d&#233;mocratie parlementaire, indirecte et abstraite, des formes plus directes, plus souples, plus transparentes de repr&#233;sentation. Les sections, communes, soci&#233;t&#233;s populaires traduisirent imm&#233;diatement, au jour le jour, la volont&#233; de l'avant-garde r&#233;volutionnaire. (&#8230;) Des communes s'&#233;taient constitu&#233;es, &#224; l'exemple de Paris, dans toute la France. Et, tout naturellement, ces pouvoirs locaux, dans une m&#234;me d&#233;fiance vis-&#224;-vis du pouvoir royal et de l'Assembl&#233;e qui le m&#233;nageait, &#233;prouv&#232;rent le besoin de se f&#233;d&#233;rer autour de la Commune parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e nationale prit ombrage de cette aspiration, elle r&#233;cup&#233;ra le mouvement, et la f&#234;te de la F&#233;d&#233;ration du 14 juillet 1790 ne fut qu'une caricature de f&#233;d&#233;ration, d&#233;riv&#233;e au profit du pouvoir central et du roi lui-m&#234;me. Mais la notion de f&#233;d&#233;ration resta ancr&#233;e dans la conscience populaire (&#8230;) Particuli&#232;rement significatif est l'appel que le comit&#233; de surveillance adressa le 3 septembre 1792, &#224; toutes les municipalit&#233;s de France. (&#8230;) Au printemps 1793, dans le feu de la lutte contre la majorit&#233; girondine de l'assembl&#233;e parlementaire, l'id&#233;e d'une f&#233;d&#233;ration des communes de France, sous l'&#233;gide de la Commune parisienne, surgit &#224; nouveau, toujours sous l'empire de la n&#233;cessit&#233;. (&#8230;) La Commune, tout en se d&#233;fendant de vouloir imposer sa supr&#233;matie au reste de la France, se proposait comme le guide politique des 44 0000 communes. (&#8230;) Ces vell&#233;it&#233;s de f&#233;d&#233;ration continu&#232;rent &#224; se manifester jusqu'&#224; la chute de la Commune. Elles d&#233;plurent fort &#224; la bourgeoisie. (&#8230;) A partir de d&#233;cembre 1793, la bourgeoisie ne cessa de renforcer le pouvoir central, afin de briser toute tentative de f&#233;d&#233;ration entre les communes ou les soci&#233;t&#233;s populaires. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie s'obstina &#224; soutenir que la d&#233;mocratie de type communal &#233;tait une forme r&#233;gressive et non progressive par rapport au r&#233;gime parlementaire. Elle accusa, avec mauvaise foi, les partisans de la Commune de vouloir ressusciter le pass&#233;. Or le nouveau pouvoir, dont la Commune &#233;tait l'embryon, ne visait nullement &#224; revenir &#224; l'&#233;miettement, au morcellement du Moyen Age. Il ne remettait pas en cause l'unit&#233; de la nation si ch&#232;rement conquise. Au contraire, il &#233;tait l'expression de cette unit&#233;, sup&#233;rieure &#224; celle, contraignante, r&#233;alis&#233;e d'abord par l'absolutisme, ensuite par le r&#233;gime repr&#233;sentatif et par le centralisme bourgeois. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, en 1793-1794, deux types de contrainte tout &#224; fait diff&#233;rents s'&#233;taient manifest&#233;s simultan&#233;ment. La bourgeoisie r&#233;volutionnaire et les sans-culottes formaient par rapport &#224; l'ensemble de la nation deux minorit&#233;s. Ces deux minorit&#233;s &#233;taient d'accord sur la n&#233;cessit&#233; de briser par la contrainte r&#233;volutionnaire la r&#233;sistance de la contre-r&#233;volution. Mais elles n'&#233;taient pas du tout int&#233;ress&#233;es au m&#234;me type de contrainte. La bourgeoisie r&#233;volutionnaire exer&#231;ait une &#171; terreur &#187; arbitraire, incontr&#244;l&#233;e, barbare, au moyen d'une dictature par en haut, celle du Comit&#233; de Salut public (&#224; peine camoufl&#233;e sous la fiction de la Convention souveraine) ; l'avant-garde populaire voulait une &#171; terreur &#187; exerc&#233;e &#224; bon escient contre les saboteurs de la r&#233;volution par les sans-culottes en armes, organis&#233;s d&#233;mocratiquement dans leurs clubs et dans la Commune. La confusion entre ces deux tendances &#224; la contrainte est d'autant plus facile &#224; commettre qu'elles prirent naissance ensemble. Quand, en avril 1793, apr&#232;s la trahison de Dumouriez, les bras-nus se lev&#232;rent pour exiger des mesures d'exception, la bourgeoisie r&#233;volutionnaire les suivit, mais, au lieu d'asseoir cette contrainte sur la Commune, sur les organes locaux du pouvoir populaire f&#233;d&#233;r&#233;s entre eux, elle la fit &#233;maner d'un pouvoir central, qui pr&#233;tendait tenir sa l&#233;gitimit&#233; du parlement et qui se mua toujours davantage en dictature bourgeoise centralis&#233;e, dirig&#233;e non seulement contre la majorit&#233; r&#233;actionnaire du pays (aristocratie et girondins), mais &#233;galement contre l'avant-garde populaire. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question religieuse joua dans la r&#233;volution fran&#231;aise un r&#244;le &#224; peine moins important que les probl&#232;mes politiques fondamentaux qui viennent d'&#234;tre &#233;voqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, elle &#233;tait partie int&#233;grante de l'assaut que les masses populaires donn&#232;rent &#224; l'Ancien R&#233;gime abhorr&#233;. L'hostilit&#233; des sans-culottes &#224; l'&#233;gard de l'Eglise &#233;tait une des formes de leur instinct de classe. Tandis que, dans le calme de leur cabinet, les philosophes du 18&#232;me si&#232;cle s'&#233;taient rang&#233;s contre la religion au nom de principes abstraits, ceux de la &#171; base &#187; avaient vu dans l'Eglise un des principaux obstacles &#224; l'&#233;mancipation humaine. Le scandale que qu'offraient les m&#339;urs des hommes noirs, leur corruption et leur v&#233;nalit&#233; en m&#234;me temps que leur complicit&#233; avec l'aristocratie et l'absolutisme, avaient plus fait pour ouvrir leurs yeux que les m&#233;ditations des philosophes. (&#8230;) Au d&#233;but du 18&#232;me si&#232;cle, un modeste cur&#233; d'origine pl&#233;b&#233;ienne, Jean Meslier, avait pouss&#233; le premier cri de r&#233;volte contre l'Eglise. (&#8230;) De modestes travailleurs, copistes, colporteurs, artisans, typographes d&#233;chiffr&#232;rent passionn&#233;ment ces manuscrits et li&#232;rent la lutte anti-religieuse &#224; celle pour l'&#233;mancipation sociale. Longtemps avant 1789, ils avaient ouvert la voie &#224; la d&#233;christianisation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; la bourgeoisie du 18&#232;me si&#232;cle, elle &#233;tait tiraill&#233;e entre deux impulsions contradictoires. D'une part, elle poursuivait l'Eglise d'une haine tenace, parce qu'elle &#233;tait l'un des plus fermes soutiens du vieux monde absolutiste &#224; survivances f&#233;odales, un des plus s&#233;rieux obstacles &#224; sa pleine &#233;mancipation, et aussi parce qu'elle convoitait les riches biens temporels du clerg&#233;. Mais, d'autre part, elle consid&#233;rait, &#224; juste titre, la religion comme une force de conservation sociale. Elle lui savait gr&#233; de maintenir le peuple dans l'ob&#233;issance, de lui apprendre &#224; r&#233;v&#233;rer la propri&#233;t&#233; bourgeoise, de le faire renoncer &#224; une am&#233;lioration de son sort terrestre en lui promettant le bonheur dans l'au-del&#224;. Elle redoutait qu'un peuple ayant cess&#233; d'&#234;tre encadr&#233; par les pr&#234;tres, ayant rejet&#233; les principes moraux inculqu&#233;s par l'Eglise, livr&#233; &#224; ses seuls instincts, ne m&#238;t en danger sa propre domination de classe. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution, la peur des masses populaires incita la bourgeoisie &#224; m&#233;nager l'Eglise. Ce ne fut qu'&#224; tr&#232;s petits pas qu'elle s'achemina vers la solution d&#233;mocratique bourgeoise du probl&#232;me des rapports entre l'&#233;glise et l'Etat, &#224; savoir la s&#233;paration des deux puissances rivales ; plus de budget des cultes ; plus de culte dominant et privil&#233;gi&#233; ; plus de manifestations publiques d'un seul culte ; la religion &#171; affaire priv&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le compromis b&#226;tard auquel elle s'arr&#234;ta tout d'abord, la constitution civile du clerg&#233; (12 juillet 1790), resta tr&#232;s en de&#231;&#224; de ce programme. Les constituants accord&#232;rent au catholicisme la situation d'un culte privil&#233;gi&#233;, dont les desservants &#233;taient salari&#233;s et nomm&#233;s par l'Etat, li&#233;s &#224; lui par un serment. (&#8230;) Mais la cl&#233;ricaille ne leur su aucun gr&#232; de leur timidit&#233;. Le Vatican engagea le fer contre la constitution civile du clerg&#233;. Il incita les pr&#234;tres &#224; refuser de pr&#234;ter serment, organisant contre la r&#233;volution le sabotage des pr&#234;tres r&#233;fractaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie r&#233;volutionnaire se trouva donc oblig&#233;e de d&#233;passer la constitution civile du clerg&#233;. Mais le fit avec prudence (&#8230;) Les moins timor&#233;s &#233;taient les bourgeois qui acquirent des biens nationaux : le spectre d'une revanche de l'ancienne Eglise, avec pour corollaire la restitution des domaines confisqu&#233;s au clerg&#233;, hantait leurs nuits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'osant supprimer le budget des cultes, on s'&#233;tait born&#233;s &#224; le grignoter. Parall&#232;lement, l'on s'engagea tout doucement dans la voie de la s&#233;paration de l'Eglise et de l'Etat ; avant de cesser ses travaux, le 20 septembre 1792, l'Assembl&#233;e l&#233;gislative d&#233;cida que la tenue de l'&#233;tat-civil incomberait non plus &#224; l'Eglise mais &#224; l'Etat. Enfin, des mesures furent prises qui constitu&#232;rent un premier pas vers la suppression des manifestations ext&#233;rieures du culte catholique (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'&#233;t&#233; 1792, les premiers sympt&#244;mes d'une crise industrielle se manifest&#232;rent. Pour relancer l'activit&#233; &#233;conomique, il y avait un moyen : la guerre. (&#8230;) Du c&#244;t&#233; fran&#231;ais, la pr&#233;tention d'apporter la libert&#233; aux pays voisins ne fut qu'un pr&#233;texte recouvrant des app&#233;tits expansionnistes. (&#8230;) La guerre dans laquelle la bourgeoisie s'&#233;tait engag&#233;e d'un c&#339;ur l&#233;ger, aboutit &#224; un r&#233;sultat impr&#233;vu : loin de faire diversion &#224; la r&#233;volution, elle entra&#238;na celle-ci plus loin dans sa marche en avant. La vie ch&#232;re et la disette tendirent &#224; d&#233;tacher les bras-nus de la bourgeoisie, &#224; dissocier les forces dont la conjugaison avait permis le renversement de l'Ancien R&#233;gime. Les masses populaires souffrirent de la faim et tout particuli&#232;rement au lieu m&#234;me o&#249; leur intervention avait &#233;t&#233; d&#233;cisive : &#224; Paris. Les sans-culottes avaient offert leurs bras et vers&#233; leur sang pour la bourgeoisie r&#233;volutionnaire. Celle-ci, en guise de remerciement, les privait des denr&#233;es indispensables &#224; l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers sympt&#244;mes d'une scission entre bourgeois et bras-nus apparurent d&#232;s le d&#233;but de 1792. En janvier, une agitation assez &#233;tendue se produisit dans les quartiers populaires de la capitale contre la hausse du prix du sucre. Des d&#233;l&#233;gations de sections firent entendre leurs protestations &#224; l'Assembl&#233;e, d&#233;nonc&#232;rent les &#171; vils accapareurs et leurs inf&#226;mes capitalistes &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but de 1793, l'antagonisme se pr&#233;cisa. A Paris et &#224; Lyon, des mouvements d'un genre nouveau se produisirent, d'ordre purement &#233;conomique, dirig&#233;s non plus contre l'Ancien R&#233;gime, mais contre la vie ch&#232;re et la disette. Mais ils ne prirent que tr&#232;s rarement la forme de gr&#232;ves, parce qu'&#224; cette &#233;poque beaucoup de travailleurs n'&#233;taient pas salari&#233;s (le nombre d'artisans l'emportait sur celui des ouvriers pay&#233;s &#224; la journ&#233;e), et aussi parce que les salari&#233;s dispers&#233;s dans une multitude de petites entreprises, priv&#233;s, en outre, par la loi Le Chapelier (14 juin 1791) du droit de coalition, ne pouvaient gu&#232;re se concerter pour faire triompher des revendications de salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au surplus, les sans-culottes ne comprenaient pas bien le m&#233;canisme, nouveau pour eux, de l'inflation ; ils ne saisissaient pas que la hausse des prix &#233;tait la cons&#233;quence directe de la multiplication du signe mon&#233;taire et non pas seulement le r&#233;sultat de la conspiration de quelques contre-r&#233;volutionnaires, sp&#233;culateurs ou accapareurs. Ils croyaient qu'il &#233;tait relativement facile d'agir sur les prix, par la loi et par quelques mesures de police. C'est pourquoi ils demand&#232;rent moins le rel&#232;vement du tarif des &#171; journ&#233;es &#187; que la taxation des denr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant quelques gr&#232;ves se produisirent. Au d&#233;but d'avril, les gar&#231;ons boulangers se coalis&#232;rent, exigeant 50 sols par jour et une bouteille de vin. Au d&#233;but de mai, les compagnons charpentiers, tailleurs de pierre, etc&#8230;, r&#233;clam&#232;rent une augmentation de salaires, justifi&#233;e par la hausse des denr&#233;es. En mars et en juin, la Convention dut prendre des mesures pour r&#233;primer l'agitation gr&#233;viste dans les fabriques de papier. Mais, &#224; la fin de 1792 et au d&#233;but de 1793, les bras-nus lutt&#232;rent moins sur le plan de l'entreprise que sur celui de la section locale, qui rassemblait tous les citoyens. Les sections parisiennes se concert&#232;rent pour faire pression sur la Convention et lui arracher des mesures contre la vie ch&#232;re. Leurs d&#233;putations sans cesse renouvel&#233;es port&#232;rent &#224; la barre de l'assembl&#233;e des p&#233;titions qu'appuyait la foule mass&#233;e au-dehors ou p&#233;n&#233;trant dans la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie ne se trompa pas sur le caract&#232;re de classe que prirent ces manifestations. Sa r&#233;action fut tr&#232;s vive et &#8211;le point m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233; &#8211; elle fut unanime. Oubliant leurs querelles fratricides, l'aile droite girondine et l'aile gauche montagnarde se retrouv&#232;rent d'accord contre l'avant-garde populaire. Les jacobins, plus directement en contact avec les sans-culottes, menac&#233;s, en outre, de perdre leur client&#232;le et d'&#234;tre d&#233;bord&#233;s par les extr&#233;mistes, ne se montr&#232;rent pas les moins acharn&#233;s. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
A Paris, au d&#233;but de f&#233;vrier 1793, une d&#233;l&#233;gation des 48 sections de Paris pr&#233;senta &#224; la barre de la Convention une p&#233;tition demandant une loi sur les subsistances et un prix maximum pour le bl&#233;. Une violente rumeur s'&#233;leva dans toutes les parties de la salle. On r&#233;clama l'expulsion d'un des orateurs. Marat, l'&#171; Ami du peuple &#187;, se fit, en cette occasion, le d&#233;fenseur des poss&#233;dants effray&#233;s. (&#8230;) Au lendemain de cette journ&#233;e, les d&#233;put&#233;s du d&#233;partement de Paris &#233;prouv&#232;rent le besoin de d&#233;savouer par une &#171; Lettre &#224; leurs commettants &#187; les auteurs de la p&#233;tition. Parmi les signataires de cette lettre, on retrouve les principaux chefs jacobins : Robespierre, Danton, Marat, Billaud-Varenne, Collot d'Herbois, Robespierre et le jeune David. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25, les sans-culottes pass&#232;rent &#224; l'action directe. A la stupeur indign&#233;e de la bourgeoisie qui parla de &#171; pillages &#187;, ils envahirent les boutiques et oblig&#232;rent les commer&#231;ants &#224; c&#233;der leurs marchandises &#224; des prix qu'ils avaient eux-m&#234;mes fix&#233;s ; parmi eux, de nombreuses femmes, des blanchisseuses notamment qui se plaignaient de la chert&#233; du savon. Le soir m&#234;me, aux Jacobins, Robespierre exhala sa col&#232;re : &#171; Quand le peuple se l&#232;ve, ne doit-il pas avoir un but digne de lui ? De ch&#233;tives marchandises doivent-elles l'occuper ? &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les bras-nus ne se laiss&#232;rent pas faire la le&#231;on par les jacobins. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er mai, le ton monta encore. Les sections du faubourg Saint-Antoine envoy&#232;rent une d&#233;putation &#224; la barre de l'Assembl&#233;e. (...) le peuple n'obtenant toujours pas satisfaction, passa &#224; l'action directe. Les 26, 27 et 28 juin, il y e&#251;t &#224; Paris de graves troubles. Les bras-nus, comme en f&#233;vrier, oblig&#232;rent les commer&#231;ants &#224; vendre leurs denr&#233;es, le savon notamment, &#224; plus bas prix. (...) Pendant les mois de juillet et d'ao&#251;t, il y eu une fermentation permanente dans les faubourgs. Les sans-culottes ne s'indignaient pas seulement de la chert&#233; des subsistances, ils souffraient aussi de leur raret&#233;. Paris &#233;tait mal ravitaill&#233;, le pain manquait, les queues ne cessaient pas aux portes des boulangeries. A la fin de juillet, l'approvisionnement de la capitale en farine devenant de plus en plus pr&#233;caire, une vive &#233;motion s'empara des sections. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 ao&#251;t, il y eut une s&#233;ance houleuse au Conseil g&#233;n&#233;ral de la Commune. (...) Robespierre se plaignit que l'on foment&#226;t des troubles. (...) Au cours de la seconde quinzaine d'ao&#251;t, &#224; Paris, les attaques se firent de plus en plus vives contre la municipalit&#233; et son administration des subsistances. (...) Cette effervescence longtemps contenue devait aboutir au d&#233;but de septembre &#224; une explosion. (...) Le 4, d&#232;s l'aube, les ouvriers d&#233;sert&#232;rent leurs lieux de travail, se rassembl&#232;rent au nombre de plusieurs milliers, place de l'H&#244;tel-de-ville. Il y avait l&#224; des ouvriers du b&#226;timent, ma&#231;ons et serruriers notamment, des travailleurs des manufactures de guerre, des typographes, etc. Pour la premi&#232;re fois, le prol&#233;tariat se d&#233;gageait de la masse h&#233;t&#233;rog&#232;ne des sans-culottes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; &#233;tablir pourquoi une fraction de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire se r&#233;signa &#224; mettre sa main dans la main rude du peuple, tabdis que l'autre s'y refusa. (...) L'attitude diff&#233;rente de la Gironde et de la Montagne vis-&#224;-vis des bras-nus prenait sa source dans une diff&#233;rence d'int&#233;r&#234;ts. Les girondins &#233;taient soutenus par la bourgeoisie int&#233;ress&#233;e au commerce et &#224; l'exportation des biens de consommation. (....) Les montagnards, au contraire, repr&#233;sentaient la fraction de la bourgeoisie &#224; qui l'inflation, l'acquisition des biens nationaux, les fournitures aux arm&#233;es et, plus tard, les fabrications d'armes procur&#232;rent des b&#233;n&#233;fices &#233;normes. Il n'y avait pas d'ailleurs de cloison &#233;tanche entre les deux fractions. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie r&#233;volutionnaire gagna assez d'argent pour pouvoir se permettre d'abandonner les miettes du festin aux bras-nus. Elle se r&#233;signa &#224; subir quelques mesures de contrainte, puisque ses profitables op&#233;rations ne pouvaient continuer qu'&#224; ce prix. (...) Ne voulant consentir aucun sacrifice, les girondins ne se montraient pas moins oppos&#233;s &#224; toute mesure susceptible de soulager les conditions d'existence des masses. (...) La Commune parisienne avait mis en route, apr&#232;s le 10 ao&#251;t, de grands travaux d'int&#233;r&#234;t public. Le gouvernement girondin ne trouva rien de mieux que de r&#233;duire les salaires (26 septembre 1792), puis de licencier les ouvriers (18 octobre 1792). (...) Les girondins se montraient irr&#233;ductiblement hostiles &#224; toute taxation des denr&#233;es de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot les girondins pr&#233;f&#233;raient arr&#234;ter la r&#233;volution plut&#244;t que d'acheter le concours des bras-nus Or, en r&#233;volution, s'arr&#234;ter, c'est reculer. Fatigu&#233;s de la r&#233;volution, les girondins, par une pente insensible, gliss&#232;rent dans les bras des royalistes. Du fait qu'ils tournaient le dos &#224; la r&#233;volution, ils ne pouvaient plus consid&#233;rer comme d&#233;finitive l'expropriation des biens du clerg&#233; et des &#233;migr&#233;s. Ils r&#233;pugnaient donc &#224; retirer leurs capitaux du commerce pour les investir en biens nationaux (...) Parall&#232;lement &#224; leur glissement vers la contre-r&#233;volution &#224; l'int&#233;rieur, les girondins louch&#232;rent vers une transaction &#224; l'ext&#233;rieur. Ils avaient voulu cette guerre mais ils l'avaient voulue rapide et offensive. Le r&#233;sultat : une guerre d&#233;fensive, la France envahie et coup&#233;e du monde entier, une guerre r&#233;volutionnaire, anim&#233;e par l'&#233;nergie de la pl&#232;be. D'o&#249; leur volte-face. (...) Dumouriez s'&#233;tait fait battre &#224; plate couture et avait d&#251; &#233;vacuer pr&#233;cipitamment la Belgique. De nouveau, la France fut menac&#233;e par l'invasion. A Paris, on revit l'atmosph&#232;re de septembre 1792. Les faubourgs se lev&#232;rent, exig&#232;rent des mesures de terreur et de salut public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sections demand&#232;rent l'institution d'un tribunal criminel r&#233;volutionnaire (...) Robespierre demanda un gouvernement fort (...) Le 21 mars, &#224; la nouvelle de la d&#233;fait de Neerwinden, l'Assembl&#233;e, sur la pression de l'avant-garde populaire, d&#233;cr&#233;ta la formation dans chaque commune de comit&#233;s de surveillance, compos&#233;s de douze sans-culottes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Epouvant&#233;s par le caract&#232;re r&#233;volutionnaire que prenait la guerre, les girondins firent des sondages de paix aupr&#232;s du gouvernement britannique.&#034; Le 2 avril, Dumouriez, dans un brusque coup de t&#234;te, invita ses soldats &#224; marcher sur Paris &#171; pour faire cesser la sanglante anarchie qui y r&#232;gne &#187; et &#171; purger la France des assassins et des agitateurs &#187;. De complicit&#233; avec le g&#233;n&#233;ral autrichien Cobourg, il avait form&#233; le projet de briser la Commune r&#233;volutionnaire, de dissoudre les Jacobins, de proc&#233;der &#224; de nouvelles &#233;lections et de r&#233;tablir la monarchie. Mais il ne fut pas suivi, et, coup&#233; de son arm&#233;e, il passa seul ou presque , &#224; l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fraction importante de la bourgeoisie de 1793 en arriva, pour servir ses int&#233;r&#234;ts particuliers, &#224; trahir les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de la r&#233;volution bourgeoise. L'autre fraction, celle dont les int&#233;r&#234;ts &#233;taient li&#233;s &#224; la continuation de la guerre et de la r&#233;volution, se r&#233;signa &#224; la rupture. Entre les deux scissions, celle avec la Gironde ou celle avec les bras-nus, elle dut choisir (&#8230;) La Montagne ne pouvait se dispenser de faire appel au peuple, mais dans une mesure rigoureusement circonscrite : le peuple devait se borner &#224; exercer une pression sur l'Assembl&#233;e (&#8230;) &#224; inspirer &#224; la Convention le courage de se donner le coup de bistouri. (&#8230;) Pour organiser la pression populaire, on ne rechigna pas &#224; utiliser les organes extra-l&#233;gaux qui avaient d&#233;clench&#233; les mouvements du 10 ao&#251;t 1792 et du 10 mars 1793. Le moyen &#233;tait risqu&#233; mais il n'y en avait pas d'autre. (&#8230;) Le 5 mai, la section du Contrat social invita les 48 sections &#224; d&#233;signer les d&#233;l&#233;gu&#233;s pour former un &#171; Comit&#233; central r&#233;volutionnaire &#187;. La r&#233;union se tint le 12 et regroupa 80 membres. (&#8230;) Les Jacobins n'agissaient qu'en sous-main ; ils laissaient l'initiative du mouvement &#224; des comit&#233;s sans sanction officielle (&#8230;) La Commune officielle, o&#249; dominaient les Jacobins (&#8230;) s'appliquait &#224; camoufler l'activit&#233; clandestine du Comit&#233; central r&#233;volutionnaire. (&#8230;) Mais le jeu n'&#233;tait pas sans risques. L'avant-garde populaire n'allait-elle pas, dans un &#233;lan irr&#233;sistible, d&#233;passer les limites fix&#233;es ? Au dernier moment, &#224; la veille m&#234;me de la crise, Robespierre comprit que les organes r&#233;guliers et l&#233;gaux devaient rentrer en sc&#232;ne, sous peine d'&#234;tre d&#233;bord&#233;s. (...) Cependant Robespierre et les chefs montagnards n'avaient pas perdu tout contr&#244;le sur les &#233;v&#233;nements ; ils avaient encore plus d'un tour dans leur sac : apr&#232;s s'&#234;tre jou&#233;s des girondins, ils se jou&#232;rent des enrag&#233;s. (...) Fait singulier : le Comit&#233; insurrectionnel &#233;tait primitivement compos&#233; de 9 membres. mais, au dernier moment, on lui en ajouta un dixi&#232;me et, mieux encore, le nouveau venu r&#233;ussit &#224; s'emparer de la pr&#233;sidence. C'&#233;tait Dobsen. Si l'insurrection populaire fut contenue le 31 mai, Robespierre et les montagnards le lui durent pour une bonne part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Dobsen fut, &#224; cette heure critique, le fil t&#233;nu qui relia l'avant-garde populaire &#224; la bourgeoisie r&#233;volutionnaire. Les enrag&#233;s comprirent tout de suite qu'ils avaient &#233;t&#233; jou&#233;s par lui et manifest&#232;rent &#224; son &#233;gard de l'indignation. (...) D&#233;sormais, les enrag&#233;s ne formaient plus au sein du Comit&#233; central r&#233;volutionnaire qu'une minorit&#233; impuissante. Contre eux, le pr&#233;sident, Dobsen, le maire, Pache, le procureur de la Commune, Chaumette, le substitut du procureur, H&#233;bert, firent chorus. (...) La bourgeoisie r&#233;volutionnaire ne craignait pas seulement que les enrag&#233;s fassent prendre &#224; la Commune des mesures &#034;exag&#233;r&#233;es&#034; sur le plan politique ; elle savait bien que la vague de fond populaire &#233;tait propuls&#233;e par des revendications &#233;conomiques, et elle redoutait par-dessus tout qu'&#224; la faveur de la lutte contre les girondins ne se pos&#226;t soudain la question sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le danger de guerre civile n'&#233;tait pas encore conjur&#233;. Le canon d'alarme, tir&#233; dans la journ&#233;e avec l'assentiment de la Commune, avait fait descendre les bras-nus dans les faubourgs, en direction de la Convention. De leur c&#244;t&#233;, les sections bourgeoises, dans lesquelles les girondins dominaient, s'&#233;taient port&#233;es au secours de l'Assembl&#233;e. Trente &#224; quarante mille hommes, appartenant aux deux partis antagonistes, &#233;taient rassembl&#233;s aux alentours du palais des Tuileries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Apr&#232;s deux jours de tergiversations, la majorit&#233; de la Convention ne se d&#233;cidait toujours pas &#224; voter l'arrestation des chefs girondins. Il fallut bien recourir &#224; de plus grands moyens. Le tocsin, sonn&#233; &#224; nouveau le soir du 1er juin, convoqua pour le lendemain, autour de l'assembl&#233;e, une foule immense, &#233;valu&#233;e &#224; pr&#232;s de 100.000 personnes. Paris &#233;tait descendu dans la rue. Les montagnards pourraient-ils continuer leur jeu subtil ? Au dernier moment, le mince fil qui rattachait l'insurrection &#224; la l&#233;galit&#233; n'allait-il pas casser ? Jusqu'au dernier moment, leur virtuosit&#233; ne se d&#233;mentit pas. Ils firent entourer la Convention par des bataillons de la Garde Nationale tri&#233;s sur le volet et enti&#232;rement s&#251;rs : cinq &#224; six mille hommes. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Montagne se serait volontiers content&#233;e d'&#233;crater les girondins du pouvoir par un vote de la Convention obtenu sans bruit. Elle se serait pass&#233;e de ce branle-bas de combat, du tocsin appelant deux fois de suite le peuple &#224; l'insurrection, des 100.000 sans-culottes l&#226;ch&#233;s dans la rue (...) Mais si cette sc&#232;ne de divorce entre bourgeois, qui e&#251;t pu se d&#233;rouler entre quatre murs, avait pris la forme d'un &#233;clat public, c'&#233;taient les girondins qui en portaient la responsabilit&#233;. Depuis le d&#233;but de la querelle, ils n'avaient cess&#233; de provoquer la rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) La scission entre bourgeois et bras-nus avait &#233;t&#233; &#233;vit&#233;e. par des concessions appropri&#233;es, la bourgeoisie montagnarde avait r&#233;ussi &#224; capter l'&#233;nergie des bras-nus, &#224; la faire servir &#224; la d&#233;fense de la r&#233;volution menac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Les enrag&#233;s n'avaient pas seulement attir&#233; les plus r&#233;volutionnaires des sans-culottes parisiens. Ils avaient entra&#238;n&#233; dans leur sillage les plus r&#233;volutionnaires des femmes. Responsables de l'approvisionnement du foyer, elles ressentaient plus directement encore que les hommes les souffrances cons&#233;cutives &#224; la vie ch&#232;re, &#224; la disette. Les &#233;meutes contre la vie ch&#232;re, en f&#233;vrier, en juin 1793, avaient &#233;t&#233; surtout l'&#339;uvre des femmes. La Soci&#233;t&#233; des R&#233;publicaines r&#233;volutionnaires fut en quelque sorte la section f&#233;minine du mouvement des enrag&#233;s. Elle avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e le 10 mai, dans le feu de la lutte contre la Gironde, par un jeune artiste, Claire Lacombe. D&#232;s le d&#233;but, la soci&#233;t&#233; avait conjugu&#233; &#233;troitement l'action &#233;conomique avec l'action politique, celle contre la hausse des prix et celle pour la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, les girondins vaincus, les jacobine eurent moins besoin du concours des femmes, surtout lorsqu'ils virent les R&#233;publicaines r&#233;volutionnaires faire cause commune avec les enrag&#233;s. A leur s&#233;ance du 16 septembre, Claire Lacombe fut injuri&#233;e et mise dans l'impossibilit&#233; de se d&#233;fendre. (...) Quelques instants plus tard, Claire Lacombe &#233;tait sous les verrous ; elle devait cependant &#234;tre remise en libert&#233; le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les R&#233;publicaines r&#233;volutionnaires ne se laiss&#232;rent pas intimider pour autant. Elles redoubl&#232;rent au contraire d'activit&#233;. (...) Le 30, elles se pr&#233;sent&#232;rent au Conseil g&#233;n&#233;ral de la Commune et Claire lacombe r&#233;clama en leur nom des visites domiciliaires chez les marchands, seul moyen de faire appliquer le maximum. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claire Lacombe et ses soeurs &#233;taient en butte &#224; l'hostilit&#233; toute particuli&#232;re des femmes de la halle. Leur campagne en faveur du maximum et de sa rigoureuse application avait indispos&#233; ces derni&#232;res dont la disette r&#233;duisait consid&#233;rablement les affaires. (...) Elles insult&#232;rent et lenac&#232;rent les militantes. Les adversaires des R&#233;publicaines r&#233;volutionnaires tir&#232;rent parti de ces incidents. (...) Anas, le rapporteur de l'Assembl&#233;e, osa soutenir que les R&#233;publicaines r&#233;volutionnaires avaient voulu troubler Paris dans l'int&#233;r&#234;t des Girondins. Puis, &#233;largissant le d&#233;bat, il se livra &#224; une violente diatribe antif&#233;ministe. Les femmes devaient rester au foyer et &#233;taient impropres &#224; la vie publique. &#034;Il n'est pas popssible que les femmes exercent les droits politiques.&#034; Les bourgeois de la Convention applaudirent &#224; tout rompre ce langage r&#233;actionnaire et d&#233;cr&#233;t&#232;rent la suppression des clubs et soci&#233;t&#233;s populaires de femmes, sous quelque d&#233;nomination que ce f&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'advint-il des enrag&#233;s qui, un moment, avaient &#233;t&#233; &#224; la t&#234;te de l'avant-garde populaire ? La Montagne, en mettant &#224; execution une partie de leur programme, leur avait enlev&#233; l'audience des sans-culottes. (...) Depuis quelques temps d&#233;j&#224;, les chefs jacobins s'appliquaient &#224; saper l'audience des enrag&#233;s. Mais ils ne se risqu&#232;rent &#224; leur fermer tout &#224; fait la bouche qu'en septembre. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enrag&#233;s avaient men&#233; campagne contre la vie ch&#232;re et l'agiotage, avec un r&#233;le succ&#232;s. ils avaient r&#233;ussi &#224; entra&#238;ner dans leur sillage non seulement un certain nombre de sections mais aussi le club des Cordeliers, et bien qu'avec r&#233;ticences, la Commune, et jusqu'aux jacobins eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut &#224; la t&#234;te d'une importante d&#233;putation que Jacques Roux se pr&#233;senta, le 25 juin, &#224; la barre de la Convention, et il donna lecture de sa p&#233;tition avec l'autorit&#233; d'un homme qui se sent soutenu et qui a conscience de traduire les sentiments du grand nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Avant d'&#233;liminer Jacques Roux par des moyens policiers, il fallait lui enlever ses points d'appui dans les masses, le perdre aux yeux des sans-culottes, le d&#233;loger des diverses assembl&#233;es qu'il avait r&#233;ussi, plus ou moins, &#224; entra&#238;ner dans sa campagne. A commencer par la Soci&#233;t&#233; des jacobins. Le 26, Robespierre y d&#233;clara la guerre au chef des enrag&#233;s. Pour le perdre, il n'h&#233;sita pas &#224; pr&#233;senter Jacques Roux comme un &#034;agent de l'&#233;tranger&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Le 1er juillet, le Conseil g&#233;n&#233;ral de la Commune, &#034;consid&#233;rant que le citoyen Jacques Roux a &#233;t&#233; chass&#233; des soci&#233;t&#233;s populaires pour ses opinions anticiviques&#034;, d&#233;saprouva &#224; l'unanimit&#233; sa conduite. (...) Dans &#034;L'ami du peuple&#034;, Marat le traita d'&#034;intriguant cupide (...)&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant la section des Gravilliers n'abandonnait pas Jacques Roux. Elle fit, les 22 et 25 ao&#251;t, deux d&#233;marches en sa faveur &#224; la commune. (...) La soci&#233;t&#233; des jacobins d&#233;cida finalement de le d&#233;f&#233;rer au comit&#233; r&#233;volutionnaire de sa section. Entr&#233; libre dans la salle des jacobins, Jacques Roux en sortit prisonnier. (...) Le 28 novembre, le comit&#233; r&#233;volutionnaire de la section des Gravilliers d'incarc&#233;rer neuf partisans de Jacques Roux. (...) Le 10 f&#233;vrier, le chef des enrag&#233;s, d&#233;cid&#233; d'&#233;chapper au tribunal r&#233;volutionnaire ; se suicida. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut au d&#233;but de septembre 1793 que les h&#233;bertistes apr&#232;s avoir contribu&#233; &#224; la liquidation des enrag&#233;s, prirent leur succession &#224; la t&#234;te des masses. Ils se servirent de l'effervescence des faubourgs pour arracher un certain nombre d'avantages politiques auxquels ils &#233;taient directement int&#233;ress&#233;s. mais, en m&#234;me temps, ils s'appliqu&#232;rent &#224; canaliser, &#224; d&#233;river le mouvement populaire, &#224; d&#233;tourner des revendications d'ordre purement &#233;conomique qui avaient pr&#233;valu en juillet-ao&#251;t et qui risquaient de conduire &#224; un conflit social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 septembre, une foule compos&#233;e presque exclusivement d'ouvriers avait envahi l'Hotel de ville et son porte-parole, Tiger, avait r&#233;clam&#233; du pain. Lorsque Chaumette revint de la Convention, ne rapportant qu'une promesse, la col&#232;re des bras-nus &#233;clata. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression populaire persistait, malgr&#233; tous les calmants que lui administraient les pl&#233;b&#233;iens h&#233;bertistes et la bourgeoisie r&#233;volutionnaire dut finalement tenir l'engagement qu'elle avait d&#251; prendre, celui d'entrer dans la voie de la taxation. Et ce fut, le 29 septembre, le vote de la loi du maximum suivi de toute une s&#233;rie de mesures de contrainte visant &#224; faire r&#233;appara&#238;tre les marchandises sur les march&#233;s et dans les boutiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces moyens radicaux rendirent pour un temps la question des subsistances moins aig&#252;e. C'est alors que les h&#233;bertistes estim&#232;rent le moment favorable pour d&#233;river le mouvement des masses vers un terrain moins br&#251;lant que le terrain &#233;conomique, vers des formes de lutte n'opposant pas directement les bras-nus aux bourgeois. Ils ouvrirent la campagne dite de d&#233;christianisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne d&#233;buta pas &#224; Paris m&#234;me. les h&#233;bertistes jug&#232;rent plus prudent de t&#226;ter d'abord le terrain en province. (...) Chaumette quitta donc Paris pour Nevers (...) Les h&#233;bertistes avaient trouv&#233; dans le repr&#233;sentant en mission Joseph Fouch&#233; l'homme qu'il leur fallait. (...) Chaumette fut l'inspirateur et le guide de Fouch&#233;. Avant son arriv&#233;e dans la Ni&#232;vre, le second y avait plut&#244;t fait figure de mod&#233;r&#233; ; il n'avait pas pris de mesure particuli&#232;re contre la religion et contre les pr&#234;tres ; sous l'influence du premier, il r&#233;unit le 26 septembre &#224; Moulins la soci&#233;t&#233; populaire dans l'&#233;glise paroissiale Notre-dame et pr&#233;tendit qu'il avait mission de &#034;substituer aux cultes superstitieux et hypocrites auxquels le peuple tient encore malheureusement celui de la r&#233;publique et de la morale naturelle&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 octobre, il prit un arr&#234;t&#233; en cons&#233;quence :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Tous les cultes des diverses religions ne pourront &#234;tre exerc&#233;s que dans leurs temples respectifs (...) La R&#233;publique ne reconnaissant point de culte dominant ou privil&#233;gi&#233;, toutes les enseignes religieuses qui se trouvent sur les routes, sur les places, et g&#233;n&#233;ralement dans tous les lieux publics, seront an&#233;anties (...) Dans chaque municipalit&#233;, tous les citoyens morts, de quelque secte qu'ils soient, seront conduits au lieu d&#233;sign&#233; pour la s&#233;pulture (...) lieu o&#249; s'&#233;l&#232;vera une statue repr&#233;sentant le sommeil. Tous les autres signes seront d&#233;truits.&#034; (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les h&#233;bertistes parisiens n'avaient plus qu'&#224; s'autoriser du pr&#233;c&#233;dent nivernais. (...) Le 1er novembre, les d&#233;christianisateurs firent admettre &#224; la Convention une d&#233;putation de citoyens nivernais qui demanda la suppression des ministres du culte catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne de d&#233;christianisation avait accueilli l'adh&#233;sion non seulement du Conseil g&#233;n&#233;ral de la Commune, mais des sections, des sans culottes eux-m&#234;mes. Le 6 novembre, un organisme de coordination (...) le Comit&#233; central des soci&#233;t&#233;s populaires, vint donner lecture aux jacobins d'un projet de p&#233;tition &#224; pr&#233;senter &#224; la Convention et tendant &#224; supprimer la r&#233;mun&#233;ration des pr&#234;tres. Le 8, ce fut le tour de la Commune d'entendre lecture de la p&#233;tition. Elle fut fort applaudie. (...) Les sans-culottes des sections emboitaient le pas et la Convention semblait acquiescer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tard dans la soir&#233;e du 6, apr&#232;s la s&#233;ance du club des jacobins, une d&#233;l&#233;gation du comit&#233; central des soci&#233;t&#233;s populaires se rendit chez l'&#233;v&#234;que de Paris, Gobel. Le vieillard dormait. on le r&#233;veilla. On lui fit comprendre que l'heure &#233;tait venue de se d&#233;mettre de ses fonctions eccl&#233;siastiques. (...) Le 13, l'Assembl&#233;e d&#233;cr&#233;ta que toutes les autorit&#233;s constitu&#233;es &#233;taient autoris&#233;es &#224; recevoir des eccl&#233;siastiques et ministres de tout culte la d&#233;claration qu'ils abdiquaient leur qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Les d&#233;christianisateurs se crurent ma&#238;tres de la situation. le succ&#232;s du mouvement qu'ils avaient d&#233;clench&#233; d&#233;passait leur attente. (...) Les sans-culottes se passionn&#232;rent pour la d&#233;christianisation. (...) Les servitudes de l'Ancien R&#233;gime s'&#233;taient toutes &#233;croul&#233;es sous la hache de la r&#233;volution ; une seule n'avait pas encore &#233;t&#233; compl&#232;tement abattue : l'Eglise. Pour achever la r&#233;volution il fallait que les complices du seigneur et du riche fussent chass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant le pr&#233;jug&#233; religieux, h&#233;ritage des si&#232;cles, &#233;tait terriblement lourd &#224; soulever, plus lourd que l'Ancien R&#233;gime lui-m&#234;me, et, sans une aide ext&#233;rieure, le peuple n'eut pas os&#233; accomplir le geste lib&#233;rateur. Ce geste, les d&#233;christianisateurs l'avaient accompli pour lui. (...) Les sans-culottes eurent le sentiment qu'on venait de les d&#233;charger d'un grand poids. Ce fut une explosion de joie, un cri de d&#233;livrance. &#034;Un torrent&#034; maugr&#233;&#232;rent ensemble Danton et Robespierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bras-nus donn&#232;rent libre cours &#224; leur fantaisie, &#224; leur verve. C'est &#224; qui f&#234;terait avec le plus d'&#233;clat, avec le plus d'humour, la lib&#233;ration du genre humain. (...) Des repr&#233;sentations extraordinaires furent jou&#233;es (...) Une troupe d'hommes rev&#234;tus d'habits sacerdotaux, portant banni&#232;res et croix, s'en d&#233;pouill&#232;rent soudain et l'on vit sauter en l'air &#233;toles, mitres, chasubles et dalmatiques aux cris de &#034;Vive la libert&#233;&#034; et au son de la Carmagnole. Sur les airs r&#233;volutionnaires, l'imagination au pouvoir inventa de nouveaux refrains :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abb&#233;s, chanoines gros et gras,&lt;br class='autobr' /&gt;
Cur&#233;s, vicaires et pr&#233;lats,&lt;br class='autobr' /&gt; Cordeliers fiers comme gendarmes&lt;br class='autobr' /&gt;
Capucins, R&#233;collets et Carmes,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que tout disparaisse devant le peuple sans-culotte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vague de fond populaire entra&#238;na les d&#233;christianisateurs au-del&#224; de leurs intentions. On ne pouvait, en effet, s'arr&#234;ter en chemin. La logique populaire se refusait aux demi-mesures : si les pr&#234;tres &#233;taient des charlatans, comme on venait d'aider le peuple &#224; en prendre conscience, pourquoi bannir seulement les manifestations ext&#233;rieures du culte ? Pourquoi priver seulement les hommes noirs de leur salaire et les laisser exercer librement leur fonction nocive ? On avait mis le doigt dans l'engrenage. (...) Bient&#244;t, on s'attaqua aux &#233;glises elles-m&#234;mes. (...) La d&#233;cision d'abolir le culte ne vint pas d'en haut, mais d'en bas, des sections, des sans-culottes eux-m&#234;mes. L'une apr&#232;s l'autre, les sections de Paris ferm&#232;rent les &#233;glises ou les d&#233;saffect&#232;rent. Le Conseil g&#233;n&#233;ral de la Commune n'eut plus qu'&#224; ent&#233;riner cette unanimit&#233;. Le 23 novembre, apr&#232;s le r&#233;quisitoire de Chaumette, il arr&#234;ta que toutes les &#233;glises ou temples de toutes religions et de tous cultes qui ont exist&#233; &#224; Paris seraient sur le champ ferm&#233;es, et que quiconque demanderait l'ouverture soit d'un temple soit d'une &#233;glise serait arr&#234;t&#233; comme suspect. (...) En de nombreuses r&#233;gions, la rupture entre les paysans et leurs pr&#234;tres fut tout &#224; fait s&#233;rieuse et profonde. (...) Il y eut certes des r&#233;gions o&#249; la d&#233;christianisation suscita d'assez fortes r&#233;sistances, r&#233;gions arri&#233;r&#233;es, depuis toujours r&#233;fractaires &#224; la r&#233;volution, et qui virent dans la suppression du culte catholique une occasion nouvelle de t&#233;moigner leur hostilit&#233; au r&#233;gime. La Bretagne se pla&#231;a en t&#234;te des r&#233;calcitrants. (...) Ce qui frappe, par contre, c'est l'aisance avec laquelle les masses, aussi bien urbaines que rurales, accept&#232;rent la suppression du culte catholique. (...) Toutefois, la religion fut-elle vraiment extirp&#233;e de la conscience paysanne ? L'affirmer serait sous-estimer les mobiles d'ordre &#233;conomique et social qui poussent l'homme mis&#233;rable &#224; chercher un refuge, une consolation, dans l'id&#233;e de dieu. La r&#233;volution n'am&#233;liora pas la condition humaine au point de permettre &#224; l'homme de se passer de dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Il n'&#233;tait possible de mener jusqu'au bout l'&#339;uvre de d&#233;christianisation entreprise, d'extirper d&#233;finitivement le christianisme du c&#339;ur de l'homme que si l'on parvenait &#224; modifier les causes profondes qui font &#233;prouver &#224; l'homme le besoin de dieu. Si on n'allait pas jusque l&#224; l'ouvre accomplie ne pouvait &#234;tre que superficielle et elle risquait d'&#234;tre &#233;ph&#233;m&#232;re (...) Le bonheur sur terre dont un Saint-Just ne fit que r&#234;ver e&#251;t pu seul d&#233;tourner les hommes de la recherche du bonheur c&#233;leste. Mais la r&#233;volution bourgeoise &#233;tait incapable de rendre le peuple heureux sur terre. Elle rempla&#231;a les vieilles formes d'assujettissement par de nouvelles. Si, temporairement et pour obtenir leur concours dans la lutte contre l'ennemi int&#233;rieur et ext&#233;rieur, elle fit quelques concessions aux bras-nus, celles-ci n'am&#233;lior&#232;rent que tr&#232;s faiblement, et pendant une tr&#232;s br&#232;ve p&#233;riode, leurs conditions d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; suivre ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Manifeste des Enrag&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(25 juin 1793)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;l&#233;gu&#233;s du peuple fran&#231;ais,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cent fois cette enceinte sacr&#233;e a retenti des crimes des &#233;go&#239;stes et des fripons ; toujours vous nous avez promis de frapper les sangsues du peuple. L'acte constitutionnel va &#234;tre pr&#233;sent&#233; &#224; la sanction du souverain ; y avez-vous proscrit l'agiotage ? Non. Avez-vous prononc&#233; la peine de mort contre les accapareurs ? Non. Avez-vous d&#233;termin&#233; en quoi consiste la libert&#233; du commerce ? Non. Avez-vous d&#233;fendu la vente de l'argent monnay&#233; ? Non. Eh bien ! Nous vous d&#233;clarons que vous n'avez pas tout fait pour le bonheur du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; n'est qu'un vain fant&#244;me quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impun&#233;ment. L'&#233;galit&#233; n'est qu'un vain fant&#244;me quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable. La r&#233;publique n'est qu'un vain fant&#244;me quand la contre-r&#233;volution op&#232;re, de jour en jour, par le prix des denr&#233;es, auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce n'est qu'en arr&#234;tant le brigandage du n&#233;gociant, qu'il faut bien distinguer du commerce ; ce n'est qu'en mettant les comestibles &#224; la port&#233;e des sans-culottes, que vous les attacherez &#224; la R&#233;volution et que vous les rallierez autour des lois constitutionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh quoi ! Parce que des mandataires infid&#232;les, les hommes d'Etat, ont appel&#233; sur notre malheureuse patrie les fl&#233;aux de la guerre &#233;trang&#232;re, faut-il que le riche nous en d&#233;clare une plus terrible encore au-dedans ? Parce que trois cens mille fran&#231;ais, tra&#238;treusement sacrifi&#233;s, ont p&#233;ri par le fer homicide des esclaves des rois, faut-il que ceux qui gardaient leurs foyers soient r&#233;duits &#224; d&#233;vorer des cailloux ? Faut-il que les veuves de ceux qui sont morts pour la cause de la libert&#233; paient au prix de l'or, jusques au coton dont elles ont besoin pour essuyer leurs larmes ? Faut-il qu'elles paient au prix de l'or, le lait et le miel qui servent de nourriture &#224; leurs enfants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mandataires du peuple, lorsque vous aviez dans votre sein les complices de Dumouriez, les repr&#233;sentants de la Vend&#233;e, les royalistes qui ont voulu sauver le tyran, ces hommes ex&#233;crables qui ont organis&#233; la guerre civile, ces s&#233;nateurs inquisitoriaux qui d&#233;cr&#233;taient d'accusation le patriotisme et la vertu, la section des Gravilliers suspendit son jugement... Elle s'aper&#231;ut qu'il n'&#233;tait pas du pouvoir de la Montagne de faire le bien qui &#233;tait dans son coeur, elle se leva...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aujourd'hui que le sanctuaire des lois n'est plus souill&#233; par la pr&#233;sence des Gorsas, des Brissot, des P&#233;tion, des Barbaroux et des autres chefs des appelants, aujourd'hui que ces tra&#238;tres, pour &#233;chapper &#224; l'&#233;chafaud, sont all&#233;s cacher, dans les d&#233;partements qu'ils ont fanatis&#233;s, leur nullit&#233; et leur infamie ; aujourd'hui que la Convention nationale est rendue &#224; sa dignit&#233; et &#224; sa vigueur, et n'a besoin pour op&#233;rer le bien que de le vouloir, nous vous conjurons, au nom du salut de la r&#233;publique, de frapper d'un anath&#232;me constitutionnel l'agiotage et les accaparements, et de d&#233;cr&#233;ter ce principe g&#233;n&#233;ral que le commerce ne consiste pas &#224; ruiner, &#224; d&#233;sesp&#233;rer, &#224; affamer les citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les riches seuls, depuis quatre ans, ont profit&#233; des avantages de la R&#233;volution. L'aristocratie marchande, plus terrible que l'aristocratie nobiliaire et sacerdotale, s'est fait un jeu cruel d'envahir les fortunes individuelles et les tr&#233;sors de la r&#233;publique ; encore ignorons-nous quel sera le terme de leurs exactions, car le prix des marchandises augmente d'une mani&#232;re effrayante, du matin au soir. Citoyens repr&#233;sentants, il est temps que le combat &#224; mort que l'&#233;go&#239;ste livre &#224; la classe la plus laborieuse de la soci&#233;t&#233; finisse. Prononcez contre les agioteurs et les accapareurs. Ou ils ob&#233;iront &#224; vos d&#233;crets ou ils n'y ob&#233;iront pas. Dans la premi&#232;re hypoth&#232;se, vous aurez sauv&#233; la patrie ; dans le second cas, vous aurez encore sauv&#233; la patrie, car nous serons &#224; port&#233;e de conna&#238;tre et de frapper les sangsues du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh quoi ! Les propri&#233;t&#233;s des fripons seraient-elles quelque chose de plus sacr&#233; que la vie de l'homme ? La force arm&#233;e est &#224; la disposition des corps administratifs, comment les subsistances ne seraient-elles pas &#224; leur r&#233;quisition ? Le l&#233;gislateur a le droit de d&#233;clarer la guerre, c'est-&#224;-dire de faire massacrer les hommes, comment n'aurait-il pas le droit d'emp&#234;cher qu'on pressure et qu'on affame ceux qui gardent leurs foyers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; du commerce est le droit d'user et de faire user, et non le droit de tyranniser et d'emp&#234;cher d'user. Les denr&#233;es n&#233;cessaires &#224; tous doivent &#234;tre livr&#233;es au prix auquel tous puissent atteindre, prononcez donc, encore une fois... les sans culottes avec leurs piques feront ex&#233;cuter vos d&#233;crets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous n'avez pas h&#233;sit&#233; &#224; frapper de mort ceux qui oseraient proposer un roi, et vous avez bien fait ; vous venez de mettre hors la loi les contre-r&#233;volutionnaires qui ont rougi, &#224; Marseille, les &#233;chafauds du sang des patriotes, et vous avez bien fait ; vous auriez encore bien m&#233;rit&#233; de la patrie, si vous eussiez expuls&#233; de nos arm&#233;es les nobles et ceux qui tenaient leurs places de la cour ; si vous eussiez pris en otage les femmes, les enfants des &#233;migr&#233;s et des conspirateurs, su vous eussiez retenu pour les frais de la guerre les pensions des ci-devant privil&#233;gi&#233;s, si vous eussiez confisqu&#233; au profit des volontaires et des veuves les tr&#233;sors acquis depuis la r&#233;volution par les banquiers et les accapareurs ; si vous eussiez chass&#233; de la Convention les d&#233;put&#233;s qui ont vot&#233; l'appel au peuple, si vous eussiez livr&#233; aux tribunaux r&#233;volutionnaires les administrateurs qui ont provoqu&#233; le f&#233;d&#233;ralisme, si vous eussiez frapp&#233; du glaive de la loi les ministres et les membres du conseil ex&#233;cutif qui ont laiss&#233; former un noyau de contre-r&#233;volution &#224; la Vend&#233;e, si enfin vous eussiez mis en &#233;tat d'arrestation ceux qui ont sign&#233; les p&#233;titions anti-civiques, etc., etc. Or les accapareurs et les agioteurs ne sont-ils pas autant et plus coupables encore ? Ne sont-ils pas, comme eux, de v&#233;ritables assassins nationaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne craignez donc pas de faire &#233;clater sur ces vampires la foudre de votre justice ; ne craignez pas de rendre le peuple trop heureux. Certes, il n'a jamais calcul&#233; lorsqu'il a &#233;t&#233; question de tout faire pour vous. Il vous a prouv&#233;, notamment dans les journ&#233;es du 31 mai et du 2 juin, qu'il voulait la libert&#233; toute enti&#232;re. Donnez-lui en &#233;change du pain, et un d&#233;cret ; emp&#234;chez qu'on ne mette le bon peuple &#224; la question ordinaire et extraordinaire par le prix excessif des comestibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusques &#224; pr&#233;sent, les gros marchands qui sont par principe les fauteurs du crime, et par habitude les complices des rois, ont abus&#233; de la libert&#233; du commerce pour opprimer le peuple ; ils ont faussement interpr&#233;t&#233; cet article de la d&#233;claration des droits de l'homme qui &#233;tablit qu'il est permis de faire tout ce qui n'est pas d&#233;fendu par la loi. Eh bien ! d&#233;cr&#233;tez constitutionnellement que l'agiotage, la vente de l'argent-monnaie, et les accaparements sont nuisibles &#224; la soci&#233;t&#233;. Le peuple qui conna&#238;t ses v&#233;ritables amis, le peuple qui souffre depuis si longtemps verra que vous vous apitoyez sur son sort, et que vous voulez s&#233;rieusement gu&#233;rir ses maux ; quand on aura une loi claire et pr&#233;cise, dans l'acte constitutionnel, contre l'agiotage et les accaparements, il verra que la cause du pauvre vous tient plus &#224; c&#339;ur que celle du riche ; il verra qu'il ne si&#232;ge point parmi vous des banquiers, des armateurs, et des monopoleurs ; il verra enfin que vous ne voulez pas la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez, il est vrai, d&#233;cr&#233;t&#233; un emprunt forc&#233; d'un milliard sur le riche ; mais si vous n'arrachez pas l'arbre de l'agiotage, si vous ne mettez un frein national &#224; l'avidit&#233; des accapareurs, le capitaliste, le marchand, d&#232;s le lendemain, l&#232;veront cette somme sur les sans-culottes, par le monopole et les concussions ; ce n'est donc plus l'&#233;go&#239;ste, mais le sans-culotte que vous avez frapp&#233; ; avant votre d&#233;cret, l'&#233;picier et le banquier n'ont cess&#233; de pressurer les citoyens ; quelle vengeance n'exerceront-ils pas aujourd'hui que vous les mettez &#224; contribution ? quel nouveau tribut ne vont-ils pas lever sur le sang et les larmes du malheureux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vain objecterait-on que l'ouvrier re&#231;oit un salaire en raison de l'augmentation du prix des denr&#233;es, la v&#233;rit&#233; il en est quelques-uns dont l'industrie est pay&#233;e plus cher ; mais il en est aussi beaucoup dont la main d'&#339;uvre est moins salari&#233;e depuis la R&#233;volution. D'ailleurs tous les citoyens ne sont pas ouvriers ; tous les ouvriers ne sont pas occup&#233;s, et parmi ceux qui le sont, il en est qui ont huit &#224; dix enfants incapables de gagner leur vie, et les femmes en g&#233;n&#233;ral ne gagnent pas au-del&#224; de vingt sous par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;put&#233;s de la Montagne, que n'&#234;tes vous mont&#233;s depuis le troisi&#232;me jusqu'au neuvi&#232;me &#233;tage des maisons de cette ville r&#233;volutionnaire, vous auriez &#233;t&#233; attendris par les larmes et les g&#233;missements d'un peuple immense sans pain et sans v&#234;tements, r&#233;duit &#224; cet &#233;tat de d&#233;tresse et de malheur par l'agiotage et les accaparements, parce que les lois ont &#233;t&#233; cruelles &#224; l'&#233;gard du pauvre, parce qu'elles n'ont &#233;t&#233; faites que par les riches et pour les riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O rage, &#244; honte du XVIII&#232;me si&#232;cle ! Qui pourra croire que les repr&#233;sentants du peuple fran&#231;ais qui ont d&#233;clar&#233; la guerre aux tyrans du dehors ont &#233;t&#233; assez l&#226;ches pour ne pas &#233;craser ceux du dedans ? Sous le r&#232;gne des Sartines et des Flesselles, le gouvernement n'aurait pas tol&#233;r&#233; qu'on f&#238;t payer les denr&#233;es de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; trois fois au-dessus de leur valeur ; que dis-je ? Ils fixaient le prix des armes et de la viande pour le soldat ; et la Convention nationale, investie de la force de vingt-cinq millions d'hommes, souffrira que le marchand et le riche &#233;go&#239;ste leur portent habituellement le coup de la mort, en taxant arbitrairement les choses les plus utiles &#224; la vie. Louis Capet n'avait pas besoin, pour op&#233;rer la contre-r&#233;volution, de provoquer la foudre des puissances &#233;trang&#232;res. Les ennemis de la patrie n'avaient pas besoin d'incendier d'une pluie de feu les d&#233;partements de l'Ouest, l'agiotage et les accaparements suffisent pour renverser l'&#233;difice des lois r&#233;publicaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est la guerre, dira-t-on, qui est la cause de la chert&#233; des vivres. Pourquoi donc, repr&#233;sentants du peuple, l'avez-vous provoqu&#233;e en dernier lieu ? Pourquoi, sous le cruel Louis XIV, le Fran&#231;ais eut-il &#224; repousser la ligue des tyrans, et l'agiotage n'&#233;tendit pas sur cet empire l'&#233;tendard de la r&#233;volte, de la famine et de la d&#233;vastation ? Et, sous ce pr&#233;texte il serait donc permis au marchand de vendre la chandelle six francs la livre, le savon six francs la livre, l'huile six francs la livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le pr&#233;texte de la guerre, le sans-culotte paierait donc les souliers cinquante livres la paire, une chemise cinquante livres, un mauvais chapeau cinquante livres. C'est pour le coup qu'on pourrait dire que les pr&#233;dictions de Cazal&#232;s et de Maury sont accomplies ; dans ce cas, vous auriez conspir&#233;, avec eux, contre la libert&#233; de la patrie, que dis-je, vous les auriez surpass&#233;s en trahison. C'est pour le coup que les Prussiens et les Espagnols pourraient dire : nous sommes les ma&#238;tres d'encha&#238;ner les Fran&#231;ais car ils n'ont pas le courage d'encha&#238;ner les monstres qui les d&#233;vorent, c'est pour le coup qu'on pourrait dire : qu'en r&#233;pandant &#224; propos des millions, qu'en associant les bourgeois et les gros marchands au parti des contre-r&#233;volutionnaires, la r&#233;publique se d&#233;truirait par elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est le papier ; dit-on encore, qui est la cause de la chert&#233; des vivres : ah ! le sans-culotte ne s'aper&#231;oit gu&#232;re qu'il y en a beaucoup en circulation... Au reste sa prodigieuse &#233;mission est une preuve du cours qu'il a et du prix qu'on y attache. Si l'assignat a une hypoth&#232;que r&#233;elle, s'il repose sur la loyaut&#233; de la nation fran&#231;aise, la quantit&#233; des effets nationaux ne leur &#244;te donc rien de leur valeur. Parce qu'il y a beaucoup de monnaie en circulation, est-ce une raison pour oublier qu'on est homme, pour commettre dans les tavernes du commerce des brigandages, pour se rendre ma&#238;tre de la fortune et de la vie des citoyens, pour employer tous les moyens d'oppression que sugg&#232;rent l'avarice et l'esprit de parti, pour exciter le peuple &#224; la r&#233;volte et le forcer par la disette et le supplice des besoins &#224; d&#233;vorer ses propres entrailles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les assignats perdent beaucoup dans le commerce... Pourquoi donc les banquiers, les n&#233;gociants et les contre-r&#233;volutionnaires du dedans et du dehors en remplissent-ils leurs coffres ? Pourquoi ont-ils la cruaut&#233; de diminuer le salaire de certains ouvriers, et n'accordent-ils pas une indemnit&#233; aux autres ? Pourquoi n'offrent-ils pas l'escompte, lorsqu'ils acqui&#232;rent les domaines nationaux ? L'Angleterre, dont la dette exc&#232;de peut-&#234;tre vingt fois la valeur de son territoire et qui n'est florissante que par le papier de sa banque, paie-telle &#224; proportion les denr&#233;es aussi cher que nous les payons ? Ah ! le ministre Pitt est trop adroit pour laisser accabler ainsi les sujets de Georges ! Et vous, citoyens repr&#233;sentants, vous, les d&#233;put&#233;s de la Montagne, vous qui vous faites gloire d'&#234;tre du nombre des sans-culottes, du haut de votre immortel rocher, vous n'an&#233;antirez pas l'hydre sans cesse renaissante de l'agiotage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ajoute-ton, on tire de l'&#233;tranger bien des articles, et il ne veut en paiement que de l'argent. Cela est faux ; le commerce s'est presque toujours fait par l'&#233;change de marchandise contre marchandise, et du papier contre papier ; souvent m&#234;me on a pr&#233;f&#233;r&#233; des effets au num&#233;raire. Les esp&#232;ces m&#233;talliques qui circulent en Europe ne suffiraient pas, pour acquitter la cent-milli&#232;me partie des billets qui sont en &#233;mission. Ainsi, il est clair comme le jour, que les agioteurs et les banquiers ne discr&#233;ditent les assignats que pour vendre plus cher leur argent, pour trouver occasion de faire impun&#233;ment le monopole et de trafiquer dan le comptoir du sang des patriotes, qu'ils br&#251;lent de verser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'on ne sait pas comment les choses tourneront. &#8211;Il est tr&#232;s certain que les amis de l'&#233;galit&#233; ne souffriront pas toujours qu'on les fasse &#233;gorger au dehors et qu'au-dedans on les assi&#232;ge par la famine. Il est tr&#232;s certains que toujours ils ne seront pas les dupes de cette peste publique, des charlatans qui nous rongent comme des vers, des accapareurs dont les magasins ne sont plus qu'un repaire de filous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, lorsque la peine de mort est prononc&#233;e contre quiconque tenterait de r&#233;tablir la royaut&#233;, lorsque des l&#233;gions innombrables de citoyens soldats forment avec leurs armes une vo&#251;te d'acier, lorsqu'elles vomissent de toutes parts le salp&#234;tre et le feu sur une horde de barbares, le banquier et l'accapareur peuvent-ils dire qu'ils ne savent pas comment les choses tourneront ? Au reste, s'ils l'ignorent, nous venons le leur apprendre. Le peuple veut la libert&#233; et l'&#233;galit&#233;, la r&#233;publique ou la mort ; et voil&#224; pr&#233;cis&#233;ment ce qui vous d&#233;sesp&#232;re, agioteurs, vils supp&#244;ts de la tyrannie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant pu r&#233;ussir &#224; corrompre le c&#339;ur du peuple, &#224; le subjuguer par la terreur et la calomnie, vous employez les derni&#232;res ressources des esclaves pour &#233;touffer l'amour de la libert&#233;. Vous vous emparez des manufactures, des ports de mer, de toutes les branches du commerce, de toutes les productions de la terre pour faire mourir de faim, de soif et de nudit&#233;, les amis de la patrie, et les d&#233;terminer &#224; se jeter entre les bras du despotisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les fripons ne r&#233;duiront pas &#224; l'esclavage un peuple qui ne vit que de fer et de libert&#233;, de privations et de sacrifices. Il est r&#233;serv&#233; aux partisans de la monarchie de pr&#233;f&#233;rer des cha&#238;nes antiques et des tr&#233;sors &#224; la R&#233;publique et &#224; l'immortalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, mandataires du peuple, l'insouciance que vous montreriez plus longtemps serait un acte de l&#226;chet&#233;, un crime de l&#232;se-nation. Il ne faut pas craindre d'encourir la haine des riches, c'est-&#224;-dire des m&#233;chants. Il ne faut pas craindre de sacrifier les principes politiques au salut du peuple, qui est la supr&#234;me loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Convenez donc avec nous que par pusillanimit&#233; vous autorisez le discr&#233;dit du papier, vous r&#233;parez la banqueroute, en tol&#233;rant des abus, des forfaits dont le despotisme e&#251;t rougi, dans les derniers jours de sa barbare puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons sans doute qu'il est des maux ins&#233;parables d'une grande r&#233;volution, qu'il n'est pas de sacrifices qu'on ne doive faire, pour le triomphe de la libert&#233;, et qu'on ne saurait trop payer cher le plaisir d'&#234;tre r&#233;publicain ; mais aussi nous savons que le peuple a &#233;t&#233; trahi par deux l&#233;gislatures ; que les vices de la Constitution de 1791 ont &#233;t&#233; la source des calamit&#233;s publiques, et qu'il est temps que le sans-culotte qui a bris&#233; le sceptre des rois, voie le terme des insurrections et de toute esp&#232;ce de tyrannie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous n'y portez un prompt rem&#232;de, comment ceux qui n'ont aucun &#233;tat, ceux qui n'ont que 2, 3, 4, 4 ou 6 cents livres de rentes, encore mal pay&#233;es, soit en pension viag&#232;re, soit sur des caisses particuli&#232;res subsisteront-ils, si vous n'arr&#234;tez le cours de l'agiotage et des accapareurs, et cela par un d&#233;cret constitutionnel qui n'est pas sujet aux variations des l&#233;gislateurs. Il est possible que nous n'ayons la paix que dans vingt ans ; les frais de la guerre occasionneraient une &#233;mission nouvelle de papier ; voudriez-vous donc perp&#233;tuer nos maux pendant tout ce temps-l&#224;, d&#233;j&#224; trop long, par l'autorisation tacite de l'agiotage et des accaparements ? Ce serait l&#224; le moyen d'expulser tous les &#233;trangers patriotes, et d'emp&#234;cher les peuples esclaves de venir respirer en France l'air pur de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce donc pas assez que vos pr&#233;d&#233;cesseurs, pour la plupart d'inf&#226;me m&#233;moire, nous aient l&#233;gu&#233; la monarchie, l'agiotage et la guerre, sans que vous nous l&#233;guiez la nudit&#233;, la famine et le d&#233;sespoir ? Faut-il que les royalistes et les mod&#233;r&#233;s, sous pr&#233;texte de la libert&#233; du commerce, d&#233;vorent encore les manufactures, les propri&#233;t&#233;s ? qu'ils s'emparent du bl&#233; des champs, des for&#234;ts et des vignes, de la peau m&#234;me des animaux et qu'ils boivent encore dans des coupes dor&#233;es le sans et les larmes de citoyens, sous la protection de la loi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;put&#233;s de la Montagne, non, non, vous ne laisserez pas votre ouvrage imparfait ; vous fonderez les bases de la prosp&#233;rit&#233; publique ; vous consacrerez les principes g&#233;n&#233;raux et r&#233;pressifs de l'agiotage et des accapareurs ; vous ne donnerez pas &#224; vos successeurs l'exemple terrible de la barbarie des hommes puissants sur le faible, du riche sur le pauvre ; vous ne terminerez pas enfin votre carri&#232;re avec ignominie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette pleine confiance, recevez ici le nouveau serment que nous faisons de d&#233;fendre jusques au tombeau la libert&#233;, l'&#233;galit&#233;, l'unit&#233; et l'indivisibilit&#233; de la R&#233;publique et les sans-culottes opprim&#233;s des d&#233;partements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'ils viennent, qu'ils viennent bien vite &#224; Paris, cimenter les liens de la fraternit&#233; ! c'est alors que nous leur montrerons ces piques immortelles qui ont renvers&#233; la Bastille ; ces piques qui fait tomber en putr&#233;faction la commission des douze et la faction des hommes d'Etat, ces piques qui feront justice des intrigants et des tra&#238;tres, de quelque masque qu'ils se couvrent et quelque pays qu'ils habitent. C'est alors que nous les conduirons au pied de ce jeune ch&#234;ne o&#249; les Marseillais et les sans-culottes des d&#233;partements abjur&#232;rent leur erreur, et firent serment de renverser le tr&#244;ne. C'est alors enfin que nous les accompagnerons dans le sanctuaire des lois, o&#249; d'une main r&#233;publicaine nous leur montrerons le c&#244;t&#233; qui voulut sauver le tyran et la Montagne qui pronon&#231;a sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vive la v&#233;rit&#233;, vive la Convention nationale, vive la r&#233;publique fran&#231;aise !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Manifeste des Egaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sylvain Mar&#233;chal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;PEUPLE DE FRANCE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quinze si&#232;cle tu as v&#233;cu esclave, et par cons&#233;quent malheureux. Depuis six ann&#233;es tu respires &#224; peine, dans l'attente de l'ind&#233;pendance, du bonheur et de l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Egalit&#233; ! premier v&#339;u de la nature, premier besoin de l'homme, et principal n&#339;ud de toute association l&#233;gitime ! Peuple de France ! tu n'as pas &#233;t&#233; plus favoris&#233; que les autres nations qui v&#233;g&#232;tent sur ce globe infortun&#233; !... Toujours et partout la pauvre esp&#232;ce humaine livr&#233;e &#224; des anthropophages plus ou moins adroits, servit de jouet &#224; toutes les ambitions, de p&#226;ture &#224; toutes les tyrannies. Toujours et partout, on ber&#231;a les hommes de belles paroles : jamais et nulle part ils n'ont obtenu la chose avec le mot. De temps imm&#233;morial on nous r&#233;p&#232;te avec hypocrisie, les hommes sont &#233;gaux, et de temps imm&#233;morial la plus avilissante comme la plus monstrueuse in&#233;galit&#233; p&#232;se insolemment sur le genre humain. Depuis qu'il y a des soci&#233;t&#233;s civiles, le plus bel apanage de l'homme est sans contradiction reconnu, mais n'a pu encore se r&#233;aliser une seule fois : l'&#233;galit&#233; ne fut autre chose qu'une belle et st&#233;rile fiction de la loi. Aujourd'hui qu'elle est r&#233;clam&#233;e d'une voix plus forte, on nous r&#233;pond : Taisez-vous mis&#233;rables ! l'&#233;galit&#233; de fait n'est qu'une chim&#232;re ; contentez-vous de l'&#233;galit&#233; conditionnelle ; vous &#234;tes tous &#233;gaux devant la loi. Canaille que te faut-il de plus ? Ce qu'il nous faut de plus ? L&#233;gislateurs, gouvernants, riches propri&#233;taires, &#233;coutez &#224; votre tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes tous &#233;gaux, n'est-ce pas ? Ce principe demeure incontest&#233;, parce qu'&#224; moins d'&#234;tre atteint de folie on ne saurait dire s&#233;rieusement qu'il fait nuit quand il fait jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! nous pr&#233;tendons d&#233;sormais vivre et mourir &#233;gaux comme nous sommes n&#233;s ; nous voulons l'&#233;galit&#233; r&#233;elle ou la mort ; voil&#224; ce qu'il nous faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous l'aurons cette &#233;galit&#233; r&#233;elle, &#224; n'importe quel prix. Malheur &#224; qui ferait r&#233;sistance &#224; un v&#339;u aussi prononc&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise n'est que l'avant-courri&#232;re d'une autre r&#233;volution bien plus grande, bien plus solennelle, et qui sera la derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple a march&#233; sur le corps aux rois et aux pr&#234;tres coalis&#233;s contre lui : il en fera de m&#234;me aux nouveaux tyrans, aux nouveaux tartuffes politiques assis &#224; la place des anciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il nous faut de plus que l'&#233;galit&#233; des droits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut non pas seulement cette &#233;galit&#233; transcrite dans la D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen, nous la voulons au milieu de nous, sous le toit de nos maisons. Nous consentons &#224; tout pour elle, &#224; faire table rase pour nous en tenir &#224; elle seule. P&#233;rissent, s'il le faut, tous les arts pourvu qu'il nous reste l'&#233;galit&#233; r&#233;elle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;gislateurs et gouvernants qui n'avez pas plus de g&#233;nie que de bonne foi, propri&#233;taires riches et sans entrailles, en vain essayez-vous de neutraliser notre sainte entreprise en disant : Ils ne font que reproduire cette loi agraire demand&#233;e plus d'une fois d&#233;j&#224; avant eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Calomniateurs, taisez-vous &#224; votre tour, et, dans le silence de la confusion, &#233;coutez nos pr&#233;tentions dict&#233;es par la nature et bas&#233;es sur la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi agraire ou le partage des campagnes fut le v&#339;u instantan&#233; de quelques soldats sans principes, de quelques peuplades mues par leur instinct plut&#244;t que par la raison. Nous tendons &#224; quelque chose de plus sublime et de plus &#233;quitable, le bien commun ou la communaut&#233; des biens ! Plus de propri&#233;t&#233; individuelle des terres, la terre n'est &#224; personne. Nous r&#233;clamons, nous voulons la jouissance communale des fruits de la terre : les fruits sont &#224; tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;clarons ne pouvoir souffrir davantage que la tr&#232;s grande majorit&#233; des hommes travaille et sue au service et pour le bon plaisir de l'extr&#234;me minorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assez et trop longtemps moins d'un million d'individus dispose de ce qui appartient &#224; plus de vingt millions de leurs semblables, de leur &#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il cesse enfin, ce grand scandale que nos neveux ne voudront pas croire ! Disparaissez enfin, r&#233;voltantes distinctions de riches et de pauvre, de grands et de petits, de ma&#238;tres et de valets, de gouvernants et de gouvern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il ne soit plus d'autre diff&#233;rence parmi les hommes que celles de l'&#226;ge et du sexe. Puisque tous ont les m&#234;mes besoins et les m&#234;mes facult&#233;s, qu'il n'y ait donc plus pour eux qu'une seule &#233;ducation, une seule nourriture. Ils se contentent d'un seul soleil et d'un m&#234;me air pour tous : pourquoi la m&#234;me portion et le m&#234;me qualit&#233; d'aliments ne suffiraient-elles pas &#224; chacun d'eux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#233;j&#224; les ennemis d'un ordre des choses le plus naturel qu'on puisse imaginer, d&#233;clament contre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sorganisateurs et factieux, nous disent-ils, vous ne voulez que des massacres et du butin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PEUPLE DE FRANCE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne perdrons pas notre temps &#224; leur r&#233;pondre, mais nous te dirons : la sainte entreprise que nous organisons n'a d'autre but que de mettre un terme aux dissensions civiles et &#224; la mis&#232;re publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais plus vaste dessein n'a &#233;t&#233; con&#231;u et mis &#224; ex&#233;cution. De loin en loin quelques hommes de g&#233;nie, quelques sages, en ont parl&#233; d'une voix basse et tremblante. Aucun d'eux n'a eu le courage de dire la v&#233;rit&#233; tout enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment des grandes mesures est arriv&#233;. Le mal est &#224; son comble ; il couvre la face de la terre. Le chaos, sous le nom de politique, y r&#232;gne depuis trop de si&#232;cles. Que tout rentre dans l'ordre et reprenne sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la voix de l'&#233;galit&#233;, que les &#233;l&#233;ments de la justice et du bonheur s'organisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instant est venu de fonder la R&#233;publique des Egaux, ce grand hospice ouvert &#224; tous les hommes. Les jours de la restitution g&#233;n&#233;rale sont arriv&#233;s. Familles g&#233;missantes, venez vous asseoir &#224; la table commune dress&#233;e par la nature pour tous ses enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PEUPLE DE FRANCE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus pure de toutes les gloires t'&#233;tait donc r&#233;serv&#233;e ! Oui, c'est toi qui le premier dois offrir au monde ce touchant spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'anciennes habitudes, d'antiques pr&#233;ventions voudront de nouveau faire obstacle &#224; l'&#233;tablissement de la R&#233;publique des Egaux. L'organisation de l'&#233;galit&#233; r&#233;elle, la seule qui r&#233;ponde &#224; tous les besoins, sans faire de victimes, sans co&#251;ter de sacrifices, ne plaira peut-&#234;tre point d'abord &#224; tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;go&#239;ste, l'ambitieux fr&#233;mira de rage. Ceux qui poss&#232;dent injustement crieront &#224; l'injustice. Les jouissances exclusives, les plaisirs solitaires, les aisances personnelles causeront de vifs regrets &#224; quelques individus blas&#233;s sur les peines d'autrui. Les amants du pouvoir absolu, les vils supp&#244;ts de l'autorit&#233; arbitraire ploieront avec peine leurs chefs superbes sous le niveau de l'&#233;galit&#233; r&#233;elle. Leur vue courte p&#233;n&#233;trera difficilement dans le prochain avenir du bonheur commun ; mais que peuvent quelques milliers de m&#233;contents contre une masse d'hommes tous heureux et surpris d'avoir cherch&#233; si longtemps une f&#233;licit&#233; qu'ils avaient sous la main ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain de cette v&#233;ritable r&#233;volution, ils se diront tout &#233;tonn&#233;s : En quoi ! le bonheur commun tenait &#224; si peu ? Nous n'avions qu'&#224; le vouloir. Ah ! pourquoi ne l'avons-nous pas voulu plus t&#244;t. Oui sans doute, un seul homme sur la terre plus riche, plus puissant que ses semblables, que ses &#233;gaux, l'&#233;quilibre est rompu ; le crime et le malheur sont sur la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PEUPLE DE FRANCE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quel signe dois-tu donc reconna&#238;tre d&#233;sormais l'excellence d'une constitution ? ...Celle qui tout enti&#232;re repose sur l'&#233;galit&#233; de fait est la seule qui puisse te convenir et satisfaire &#224; tous tes voeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chartes aristocratiques de 1791 et de 1795 rivaient tes fers au lieu de les briser. Celle de 1793 &#233;tait un grand pas de fait vers l'&#233;galit&#233; r&#233;elle ; on n'en avait pas encore approch&#233; de si pr&#232;s ; mais elle ne touchaient pas encore le but et n'abordait point le bonheur commun, dont pourtant elle consacrait solennellement le grand principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PEUPLE DE FRANCE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvre les yeux et le coeur &#224; la pl&#233;nitude de la f&#233;licit&#233; : reconnais et proclame avec nous le R&#233;publique des Egaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sylvain Mar&#233;chal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait de &#034;La r&#233;volution fran&#231;aise et nous&#034; de Daniel Gu&#233;rin&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;strong&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas &#233;t&#233; qu'une r&#233;volution bourgeoise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;(...) La r&#233;volution fran&#231;aise, en effet, n'a pas &#233;t&#233; qu'une r&#233;volution bourgeoise. Elle ne nous int&#233;resse pas seulement &#224; titre r&#233;trospectif, en ce sens qu'elle a port&#233; au pouvoir la classe qui, aujourd'hui dans les secousses les plus colossales de l'histoire, est en train de perdre le pouvoir ; elle se rattache directement &#224; nos luttes, &#224; nos probl&#232;mes du pr&#233;sent, car elle a &#233;t&#233;, en m&#234;me temps qu'une r&#233;volution bourgeaoise, la premi&#232;re tentative des opprim&#233;s pour se lib&#233;rer de toute forme d'oppression. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise, tout d'abord, est la premi&#232;re des r&#233;volutions modernes qui ait dress&#233; sur leurs jambes les larges masses populaires, qui les ait tir&#233;es de leur sommeil s&#233;culaire et qui ait &#233;t&#233; faite en grande partie par elles. la r&#233;volution anglaise a &#233;t&#233; plus militaire que populaire. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute la bourgeoisie a eu sa part dans la R&#233;volution fran&#231;aise. Ses id&#233;ologues l'ont pr&#233;par&#233;e. Ses parlementaires l'ont men&#233;e &#224; coups de discours et de d&#233;crets. L'&#339;uvre l&#233;gislative, l'action militante des assembl&#233;es r&#233;volutionnaires ne saurait &#234;tre sous-estim&#233;e. Mais la bourgeoisie s'est montr&#233;e incapable de venir &#224; bout de l'ancien r&#233;gime f&#233;odal, cl&#233;rical et absolutiste sans le concours des &#034;bras nus&#034;. (Les bras nus sont les travailleurs, de l'artisan &#224; l'ouvrier, au domestique et au mendiant - note de Robert Paris) (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, par les sans-culottes parisiens, l'assembl&#233;e nationale aurait fini pas succomber dans sa r&#233;bellion contre les ba&#239;onnettes royales. Sans la marche sur Versailles, le 5 octobre, des &#034;bras nus&#034; affam&#233;s et sans leur irruption dans l'enceinte de l'Assembl&#233;e, la D&#233;claration des Droits de l'Homme n'aurait pas &#233;t&#233; sanctionn&#233;e. Sans l'irr&#233;sistible vague de fond partie des campagnes, l'assembl&#233;e n'e&#251;t pas os&#233; s'attaquer, bien que timidement, &#224; la propri&#233;t&#233; f&#233;odale, dans la nuit du 4 ao&#251;t 1789, l'expropriation sans indemnit&#233; des rentes f&#233;odales n'e&#251;t pas &#233;t&#233;, enfin, d&#233;cr&#233;t&#233;e ; la bourgeoisie e&#251;t h&#233;sit&#233; devant la r&#233;publique et devant le suffrage universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure que la R&#233;volution va en s'approfondissant, on voit les bourgeois h&#233;siter, s'arr&#234;ter &#224; mi-chemin et, chaque fois, la pression des &#034;bras nus&#034; les obliger &#224; pousser la R&#233;volution bourgeoise jusqu'au bout. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce titre d&#233;j&#224;, la R&#233;volution fran&#231;aise est toujours actuelle. Car m&#234;me dans la mesure o&#249; elle a &#233;t&#233; une r&#233;volution bourgeoise, o&#249; elle a port&#233; au pouvoir la bourgeoisie et non le prol&#233;tariat, elle a &#233;t&#233; une r&#233;volution de masses. Aussi son &#233;tude nous aide-t-elle &#224; d&#233;chiffrer les lois permanentes du mouvement autonome des masses et offre-t-elle, en m&#234;me temps, &#224; notre examen les formes de pouvoir populaire que, spontan&#233;ment, les masses forgent au cours de leurs luttes ; &#224; ce titre, la R&#233;volution fran&#231;aise a &#233;t&#233; le berceau, non seulement de la d&#233;mocratie bourgeoise, mais aussi de la d&#233;mocratie de type communal ou sovi&#233;tique, de la d&#233;mocratie des conseils ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la grande R&#233;volution n'a pas &#233;t&#233; qu'une r&#233;volution de masses travaillant, sans le savoir, pour le compte de la bourgeoisie. Elle a &#233;t&#233; aussi, dans une certaine mesure, une r&#233;volution des masses oeuvrant pour leur propre compte. (...) Les masses se lev&#232;rent avec l'espoir d'all&#233;ger leur mis&#232;re, de secouer leur joug s&#233;culaire. Or, le joug s&#233;culaire n'&#233;tait pas seulement celui des seigneurs, du clerg&#233; et des agents de l'absolutisme royal, amis aussi celui des bourgeois (...). L'id&#233;e de s'affranchir du joug s&#233;culaire conduisait naturellement les opprim&#233;s &#224; celle d'une lutte contre l'ensemble des privil&#233;gi&#233;s, bourgeois y compris. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour obtenir le concours des &#034;bras nus&#034; et parce que la proclamation des droits de l'homme la servait dans sa lutte contre l'ancien r&#233;gime, la bourgeoisie aviva en eux le sentiment que c'en &#233;tait fini de la vieille oppression de l'homme par l'homme, que le r&#232;gne de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233; commen&#231;ait pour tous. Ces mots ne tomb&#232;rent pas dans les oreilles de sourds. A maintes reprises, les &#034;bras nus&#034; invoqu&#232;rent contre la bourgeoisie, contre l'oppression bourgeoise, les droits de l'homme. De m&#234;me, la bourgeoisie, en s'attaquant &#224; la propri&#233;t&#233; f&#233;odale et &#224; celle du clerg&#233;, ouvrit la br&#232;che dans le mur sacro-saint de la propri&#233;t&#233;. Elle s'en rendit compte elle-m&#234;me et c'est ce qui la rendit parfois si timor&#233;e. (....)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;volution permanente&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du moment o&#249; les travailleurs ont commenc&#233; &#224; prendre conscience de l'oppression de l'homme par l'homme, &#224; secouer le joug s&#233;culaire, (...) il y a &#034;transcroissance de la r&#233;volution bourgeoise en r&#233;volution prol&#233;tarienne&#034; (L&#233;nine cit&#233; par Trotsky dans &#034;La r&#233;volution permanente&#034;). M&#234;me lorsque le conflit n'est pas encore enti&#232;rement liquid&#233; entre l'aristocratie et la bourgeoisie, d&#233;j&#224; un autre conflit met aux prises la bourgeoisie et le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il n'y a pas deux sortes de mouvement r&#233;volutionnaire, de nature diff&#233;rente, l'un d'esp&#232;ce bourgeoise et l'autre d'essence prol&#233;tarienne ; la R&#233;volution tout court, cette vieille taupe comme le disait Marx, poursuit son bonhomme de chemin, d'abord au travers d'une m&#234;me crise r&#233;volutionnaire, et ensuite de crise r&#233;volutionnaire en crise r&#233;volutionnaire. M&#234;me quand elle para&#238;t assoupie, elle creuse encore. Une crise r&#233;volutionnaire n'est pas la continuation directe de la crise pr&#233;c&#233;dente. il n'est pas possible de placer quelque part un poteau fronti&#232;re et d'y inscrire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;REVOLUTION BOURGEOISE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DEFENSE D'ALLER PLUS LOIN !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution ne s'arr&#234;te pas sur commande. Ou si elle s'arr&#234;te, elle recule. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans une soci&#233;t&#233; o&#249; les rapports sociaux sont tendus &#224; l'extr&#234;me, o&#249; deux forces oppos&#233;es, force r&#233;volutionnaire et force contre-r&#233;volutionnaire, se heurtent comme deux b&#233;liers, cornes contre cornes, si la pression r&#233;volutionnaire se rel&#226;che un instant, la contre-r&#233;volution profite aussit&#244;t de cette d&#233;faillance et prend sa revanche. Emp&#234;cher la transcroissance de la r&#233;volution bourgeoise en r&#233;volution prol&#233;tarienne, faire les choses &#224; demi, c'est s'exposer &#224; perdre ce qui a &#233;t&#233; conquis ; laisser subsister un seul privil&#232;ge c'est s'exposer &#224; les voir rena&#238;tre tous ; pour s'&#234;tre arr&#234;t&#233;s en 1793 au pied de la forteresse bourgeoise, les sans-culottes furent assomm&#233;s en 1795 par les gourdins des royalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre, en donnant, le 20 novembre 1793, un coup de frein &#224; la d&#233;christianisation, en insultant et en pers&#233;cutant les &#034;ultra-r&#233;volutionnaires&#034;, fit faire demi-tour &#224; la R&#233;volution, l'engagea sur une pente fatale o&#249; lui-m&#234;me laissa sa t&#234;te, qui conduisit &#224; la dictature militaire de Bonaparte et aux ordonnances de Charles X. &lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autonomie du mouvement des masses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement autonome des masses ? Lorsqu'il entend prononcer ces mots, le bourgeois fait l'&#233;tonn&#233; et l'ignorant. Quel est donc ce charabia ? Encore une abstraction issue du cerveau fumeux de quelque th&#233;oricien ? Mais, dans son for int&#233;rieur, il sait tr&#232;s bien ce dont il s'agit ; Son instinct de conservation le lui a appris. le mouvement autonome des masses est sa hantise inavou&#233;e, le cauchemar de ses nuits. Il ne craint rien tant que la force primitive, &#233;l&#233;mentaire que d&#233;cha&#238;nent, en certaines circonstances, les hommes de travail. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand le mouvement des masses ne se laisse pas utiliser, quand il entre en lutte ouverte avec le bourgeois, alors ce dernier essaie de r&#233;duire l'importance de son redoutable adversaire. Il le d&#233;figure, le couvre de boue. Il le d&#233;signe par les mots de &#034;populace&#034;, &#034;&#233;l&#233;ments troubles&#034;, &#034;p&#232;gre des grandes villes&#034;, ou bien il pr&#233;sente ses manifestations comme non spontan&#233;es, comme foment&#233;es par des &#034;meneurs&#034;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le mouvement autonome des masses existe &#224; l'&#233;tat latent, souterrain, de fa&#231;on permanente. Du fait m&#234;me qu'une classe en exploite une autre, la classe exploit&#233;e ne cesse d'exercer une pression sur ses exploiteurs afin de tenter de leur arracher une ration alimentaire un peu moins congrue. Mais cette pression, dans les p&#233;riodes creuses, est sourde, invisible, h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Elle consiste en faibles r&#233;actions individuelles, isol&#233;es les une sdes autres. Le mouvement des masses est atomis&#233;, repli&#233; sur lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certaines circonstances, il remonte &#224; la surface, il se manifeste comme une grande force collective, homog&#232;ne. (...) Ainsi, &#224; la veille de la R&#233;volution de 1789, la mauvaise r&#233;colte de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, aggravant la mis&#232;re permanente des masses laborieuses, leur avait arrach&#233; une protestation simultan&#233;e ; et la convocation des &#233;tats g&#233;n&#233;raux leur avait permis d'exprimer leurs dol&#233;ances communes en des cahiers revendicatifs. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le d&#233;terminisme du mouvement autonome des masses qui, &#224; travers la r&#233;volution, a le plus effray&#233; la bourgeoisie r&#233;volutionnaire. Le bourgeois aime donner des ordres, et non &#224; &#234;tre men&#233;. (...) On ne veut pas dire, bien entendu, que le bourgeois r&#233;volutionnaire f&#251;t d&#233;sarm&#233; vis-&#224;-vis des bras nus. Il d&#233;ploya contre eux les mille artifices de la fourberie politicienne. (...) Mais il n'emp&#234;che que, pendant un peu plus de quatre ans, le bourgeois r&#233;volutionnaire avait &#233;t&#233; &#224; la remorque du mouvement autonome des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une exp&#233;rience de collaboration de classes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Tandis que la plupart des historiens de la R&#233;volution ont mis l'accent sur la collaboration des classes qu'ils ont rassembl&#233;, mont&#233; en &#233;pingle, sans en oublier aucun, les t&#233;moignages de la bonne harmonie, de la touchante fraternit&#233; r&#233;gnant entre bourgeois r&#233;volutionnaire et bras nus (...) La lutte des classes n'a cess&#233;, dans les profondeurs, d'opposer les bourgeois aux bras nus et les bras nus aux bourgeois. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de vue des sans-culottes, l'exp&#233;rience de la collaboration de classes s'est sold&#233;e par un d&#233;sastre. Les sans-culottes ont tout perdu, &#224; la fois le pain et la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas d'&#233;conomie interm&#233;diaire entre capitalisme et socialisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'exp&#233;rience de la R&#233;volution fran&#231;aise, dans sa derni&#232;re phase, nous enseigne &#233;galement qu'il n'est pas d'&#233;conomie interm&#233;diaire, entre l'&#233;conomie capitaliste et l'&#233;conomie socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie interm&#233;diaire est une illusion typiquement petite bourgeoise. (...) Ces r&#234;veries forment, de nos jours, la trame de tous les &#034;plans&#034; d'inspiration petite bourgeoise, des &#233;lucubrations aussi bien des pl&#233;b&#233;iens fascistes que des pl&#233;b&#233;iens r&#233;formistes. On les voit d&#233;j&#224; &#233;clore sous la r&#233;volution fran&#231;aise. (....)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie montagnarde, bien que toujours attach&#233;e au principe de la libert&#233; illimit&#233;e, fut contrainte d'accorder aux bras nus quelques concessions, d'att&#233;nuer, dans une certaine mesure, les souffrances engendr&#233;es par l'inflation et la vie ch&#232;re, d'agir sur la monnaie et sur les prix. Elle le fit sous l'empire de la n&#233;cessit&#233; et sans enthousiasme : elle avait besoin temporairement du concours des bras nus pour conjurer les graves p&#233;rils qui, aussi bien &#224; l'ext&#233;rieur qu'&#224; l'int&#233;rieur, l'assaillaient. (...) Mais les effets de cette intervention de l'Etat, bien que non n&#233;gligeables, (...) furent insuffisantes et n'apport&#232;rent quelque soulagement aux sans-culottes que pendant une p&#233;riode tr&#232;s courte. (...) D'autre part, l'exp&#233;rience prouva que les mesures de contrainte, prises &#224; contre-coeur par les pouvoirs publics, &#233;taient incompatibles avec le fonctionnement d'un syst&#232;me reposant sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et l'initiative individuelle, qu'elles tarissaient les sources du profit, qu'elles aboutissaient &#224; la paralysie de la production et des &#233;changes. (....)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une courte p&#233;riode, la bourgeoisie r&#233;volutionnaire fit volte-face. (...) Les sans-culottes furent sacrifi&#233;s.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.org/spip.php?article5813&#034;&gt;Quand la R&#233;volution fran&#231;aise anticipait la d&#233;mocratie des travailleurs r&#233;volutionnairement organis&#233;s en comit&#233;s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1082&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise et nous&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article232&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution permanente dans la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2023&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise de 1789-1871, dernier bilan&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3001&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Montagnards, Robespierre et les Jacobins &#233;taient-ils l'aile marchante de la r&#233;volution fran&#231;aise ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article231&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La R&#233;volution &#034;fran&#231;aise&#034; de 1789-1795&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article5783&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise, c'est la mobilisation des masses et leur auto-organisation&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La dictature du prol&#233;tariat, L&#233;on Trotsky</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article6850</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article6850</guid>
		<dc:date>2020-06-20T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La dictature du prol&#233;tariat &lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Marx et Engels ont forg&#233; la notion de dictature du prol&#233;tariat, opini&#226;trement d&#233;fendue par Engels en 1891, peu de temps avant sa mort - c'est-&#224;-dire l'exercice exclusif du pouvoir politique par le prol&#233;tariat, seule forme sous laquelle il puisse exercer le pouvoir&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi &#233;crivait Kautsky il y a quelque dix ans. Il consid&#233;rait alors l'exercice exclusif du pouvoir politique par le prol&#233;tariat, la dictature, et non la majorit&#233; socialiste dans un parlement (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;3- L'objectif de la dictature du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La dictature du prol&#233;tariat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#034;Marx et Engels ont forg&#233; la notion de dictature du prol&#233;tariat, opini&#226;trement d&#233;fendue par Engels en 1891, peu de temps avant sa mort - c'est-&#224;-dire l'exercice exclusif du pouvoir politique par le prol&#233;tariat, seule forme sous laquelle il puisse exercer le pouvoir&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &#233;crivait Kautsky il y a quelque dix ans. Il consid&#233;rait alors l'exercice exclusif du pouvoir politique par le prol&#233;tariat, la dictature, et non la majorit&#233; socialiste dans un parlement d&#233;mocratique, comme la seule forme du pouvoir prol&#233;tarien. Et il est &#233;vident que si l'on s'assigne pour t&#226;che l'abolition de la propri&#233;t&#233; individuelle des moyens de production, il n'est pas d'autre moyen de la r&#233;aliser que la concentration de tous les pouvoirs de l'Etat entre les mains du prol&#233;tariat et l'instauration pendant la p&#233;riode de transition d'un r&#233;gime d'exception, dans lequel la classe au pouvoir ne se laissera pas guider par l'observation de normes calcul&#233;es pour un temps tr&#232;s long, mais par des consid&#233;rations d'efficacit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature est indispensable parce qu'il ne s'agit pas de modifications partielles, mais de l'existence m&#234;me de la bourgeoisie. Sur ce terrain, aucun accord n'est possible. La force seule peut d&#233;cider. Le pouvoir exclusif du prol&#233;tariat n'exclut &#233;videmment pas la possibilit&#233; d'accords partiels ou de grandes concessions, surtout envers la petite bourgeoisie et la classe paysanne. Mais le prol&#233;tariat ne peut conclure ces accords qu'apr&#232;s s'&#234;tre empar&#233; de l'appareil mat&#233;riel du pouvoir et s'&#234;tre assur&#233; la possibilit&#233; de d&#233;cider librement des concessions &#224; faire ou &#224; refuser dans l'int&#233;r&#234;t de la cause socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Kautsky rejette cat&#233;goriquement la dictature du prol&#233;tariat, &#034;violence exerc&#233;e par une minorit&#233; contre la majorit&#233;&#034; ; c'est dire qu'il se sert, pour d&#233;finir le r&#233;gime du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, des termes m&#234;mes dont se servaient invariablement les socialistes honn&#234;tes de tous les pays pour fl&#233;trir la dictature des exploiteurs, f&#251;t-elle recouverte du voile de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reniant la dictature r&#233;volutionnaire, Kautsky d&#233;laie la question de la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat, dans celle de la conqu&#234;te d'une majorit&#233; social-d&#233;mocrate au cours d'une prochaine campagne &#233;lectorale. Selon la fiction juridique du parlementarisme, le suffrage universel exprime la volont&#233; des citoyens appartenant &#224; toutes les classes de la soci&#233;t&#233;s et permet de gagner la majorit&#233; au socialisme. Tant que cette possibilit&#233; th&#233;orique ne s'est pas r&#233;alis&#233;e, la minorit&#233; socialiste doit s'incliner devant la majorit&#233; bourgeoise. Le f&#233;tichisme de la majorit&#233; parlementaire n'implique pas seulement le reniement brutal de la dictature du prol&#233;tariat, mais aussi celui du marxisme et de la r&#233;volution en g&#233;n&#233;ral. S'il faut subordonner par principe la politique socialiste au rite parlementaire des majorit&#233;s et des minorit&#233;s, il ne reste plus de place, dans les d&#233;mocraties formelles, pour la lutte r&#233;volutionnaire. Si une majorit&#233; &#233;lue par le suffrage universel &#233;dicte en Suisse des mesures draconiennes contre les gr&#233;vistes, si le pouvoir ex&#233;cutif, produit de la volont&#233; d'une majorit&#233; formelle, fusille en Am&#233;rique les travailleurs, les ouvriers suisses et am&#233;ricains ont-ils le droit de protester par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ? Manifestement pas. La gr&#232;ve politique exerce une pression extra-parlementaire sur la &#034;volont&#233; nationale&#034; exprim&#233;e par le suffrage universel. A vrai dire, Kautsky lui-m&#234;me semble g&#234;n&#233; d'avoir &#224; suivre aussi loin la logique de sa nouvelle position. Li&#233; encore par quelques survivances de son pass&#233;, il est contraint d'admettre l'action directe en tant que correctif du suffrage universel. Les &#233;lections parlementaires ne furent jamais, du moins en principe, pour les social-d&#233;mocrates, le succ&#233;dan&#233; de la lutte des classes, de ses heurts, de ses offensives, de ses contre-offensives, de ses insurrections ; elles ne furent qu'un moyen auxiliaire employ&#233; dans cette lutte, jouant un r&#244;le tant&#244;t plus grand, tant&#244;t moindre, pour s'abolir compl&#232;tement &#224; l'&#233;poque de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1891, c'est-&#224;-dire quelque temps avant sa mort, Engels d&#233;fendait opini&#226;trement, comme on vient de nous l'apprendre, la dictature du prol&#233;tariat, forme unique de son pouvoir d'Etat. Cette d&#233;finition, Kautsky l'a maintes fois r&#233;p&#233;t&#233;e. Et ceci montre, entre parenth&#232;ses, toute l'indignit&#233; de ses tentatives actuelles pour falsifier la dictature du prol&#233;tariat au point d'en faire une invention russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui veut la fin ne peut pas rejeter les moyens. La lutte doit &#234;tre men&#233;e avec l'intensit&#233; suffisante pour assurer effectivement au prol&#233;tariat l'exclusivit&#233; du pouvoir. La transformation socialiste exigeant la dictature, &#034;seule forme sous laquelle le prol&#233;tariat peut exercer le pouvoir d'Etat&#034;, cette dictature doit &#234;tre assur&#233;e &#224; tout prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;crire une brochure sur la dictature du prol&#233;tariat il faut avoir un encrier, quelques feuilles de papier et, sans doute, quelques id&#233;es dans la t&#234;te. Mais pour instaurer et consolider la dictature du prol&#233;tariat, il faut emp&#234;cher la bourgeoisie de saper le pouvoir du prol&#233;tariat. Kautsky s'imagine &#233;videmment que ce r&#233;sultat peut &#234;tre atteint par de larmoyantes brochures. Son exp&#233;rience personnelle aurait pourtant bien d&#251; le convaincre qu'il ne suffit pas de perdre toute influence sur le prol&#233;tariat pour en acqu&#233;rir sur la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exclusivit&#233; du pouvoir de la classe ouvri&#232;re ne peut &#234;tre assur&#233;e que si l'on fait comprendre &#224; la bourgeoisie, habitu&#233;e &#224; gouverner, tout le danger de s'insurger contre la dictature du prol&#233;tariat, de la saper par le sabotage, par les complots, par les r&#233;voltes, par l'appel &#224; l'intervention d'arm&#233;es &#233;trang&#232;res. La bourgeoisie chass&#233;e du pouvoir doit &#234;tre contrainte &#224; se soumettre. Mais comment ? Les cur&#233;s intimidaient le peuple au moyen de ch&#226;timents d'outre-tombe. Nous n'avons pas cette ressource. D'ailleurs, l'enfer des cur&#233;s n'&#233;tait pas leur seul moyen d'action ; il s'associait aux feux tr&#232;s mat&#233;riels de la Sainte-Inquisition, ou aux scorpions de l'Etat d&#233;mocratique. Kautsky ne serait-il pas enclin &#224; croire que l'on peut dompter la bourgeoisie au moyen de l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique de Kant qui, dans ses derniers &#233;crits, joue &#224; peu pr&#233;s le r&#244;le de l'Esprit-Saint ? Nous ne pourrions, quant &#224; nous, que lui promettre notre concours s'il se d&#233;cidait &#224; envoyer une mission humanitaire et kantienne au pays de Denikine et de Koltchak. Il aurait l&#224; l'occasion de se persuader que la nature n'a pas priv&#233; les contre-r&#233;volutionnaires d'un certain caract&#232;re, auquel six ann&#233;es v&#233;cues dans les flammes et les fum&#233;es de la guerre ont donn&#233; une forte trempe. Tout garde blanc s'est p&#233;n&#233;tr&#233; de cette simple v&#233;rit&#233; qu'il est bien plus facile de pendre un communiste que de le convertir en lui faisant lire du Kautsky. Ces messieurs n'ont aucune v&#233;n&#233;ration superstitieuse des principes d&#233;mocratiques, aucune terreur des flammes de l'enfer ; d'autant moins que les pontifes de l'Eglise et de la science officielle op&#232;rent de concert avec eux et lancent exclusivement sur les bolcheviks leurs foudres r&#233;unies. Les gardes blancs russes ressemblent aux gardes blancs allemands, et &#224; tous les autres, en ce sens qu'il n'est possible ni de les convaincre ni de leur faire honte. Il faut ou les intimider, ou les &#233;craser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui renonce par principe au terrorisme, c'est-&#224;-dire aux mesures d'intimidation et de r&#233;pression &#224; l'&#233;gard de la contre-r&#233;volution acharn&#233;e et arm&#233;e, doit &#233;galement renoncer &#224; la domination politique de la classe ouvri&#232;re, &#224; sa dictature r&#233;volutionnaire. Qui renonce &#224; la dictature du prol&#233;tariat renonce &#224; la r&#233;volution sociale et fait une croix sur le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky n'a actuellement aucune th&#233;orie de la r&#233;volution sociale. Toutes les fois qu'il tente de g&#233;n&#233;raliser ses conclusions sur la r&#233;volution et la dictature, il ne fait que nous resservir un r&#233;chauff&#233; des vieux pr&#233;jug&#233;s du jauressisme et du bernsteinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La R&#233;volution de 1789 - &#233;crit Kautsky - &#233;carta elle-m&#234;me les causes qui lui avaient conf&#233;r&#233; un caract&#232;re si cruel et si violent et pr&#233;para les formes plus douces de la future r&#233;volution&#034; (p. 97). Admettons-le, quoiqu'il faille pour cela passer sur le souvenir des journ&#233;es de juin 1848 et des horreurs de la r&#233;pression de la Commune. Admettons que la grande r&#233;volution du XVIII&#176; si&#232;cle ait, par son terrorisme implacable, en d&#233;truisant l'absolutisme, le f&#233;odalisme et le cl&#233;ricalisme, pr&#233;par&#233; pour l'avenir la possibilit&#233; de r&#233;soudre de mani&#232;re plus pacifique et plus douce les questions sociales. Si m&#234;me nous admettons cette assertion purement lib&#233;rale, notre adversaire aura, ici encore, compl&#232;tement tort. Car la r&#233;volution russe, couronn&#233;e par la dictature du prol&#233;tariat, a pr&#233;cis&#233;ment commenc&#233; par l'&#339;uvre que la r&#233;volution fit, en France, &#224; la fin du XVIII&#176; si&#232;cle. Nos a&#239;eux des si&#232;cles pass&#233;s ne se sont pas pr&#233;occup&#233; de pr&#233;parer - par la terreur r&#233;volutionnaire - les conditions d&#233;mocratiques qui auraient d&#251; adoucir les m&#339;urs de notre r&#233;volution. Le mandarin si moraliste Kautsky devrait bien tenir compte de ce fait et, au lieu de nous accuser, accuser nos devanciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble, du reste, nous consentir une l&#233;g&#232;re concession dans ce sens. &#034;Nul homme tant soit peu perspicace, &#233;crit-il, ne peut douter que les monarchies militaires telles que celles d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, ne peuvent &#234;tre renvers&#233;es que par la violence. Mais en y pensant, on [qui ?] songeait toujours moins au recours aux armes qu'&#224; une forme d'action plus propre &#224; la classe ouvri&#232;re, &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale... Qu'une portion importante du prol&#233;tariat, se trouvant au pouvoir, puisse de nouveau, comme au XVIII&#176; si&#232;cle, donner par des effusions de sang la mesure de sa fureur et de son d&#233;sir de vengeance, voil&#224; ce &#224; quoi on ne pouvait s'attendre. C'e&#251;t &#233;t&#233; prendre toute l'&#233;volution &#224; rebours&#034; (p. 101).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu, on le voit, la guerre et toute une s&#233;rie de r&#233;volutions, pour qu'on puisse jeter un coup d'&#339;il sous la bo&#238;te cr&#226;nienne de certains th&#233;oriciens et savoir ce qui s'y passait. Nous le savons d&#233;sormais : Kautsky ne pensait pas que l'on p&#251;t &#233;carter les Romanov ou les Hohenzollern du pouvoir par la persuasion ; mais il s'imaginait tout &#224; fait s&#233;rieusement qu'une monarchie militaire pouvait &#234;tre renvers&#233;e par une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale - c'est-&#224;-dire par la manifestation pacifique des bras crois&#233;s. En d&#233;pit de l'exp&#233;rience russe de 1905 et de la discussion mondiale qui s'ensuivit, Kautsky a donc, on le voit, conserv&#233; sur la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale son point de vue anarcho-r&#233;formiste. Nous pourrions lui rappeler que son propre journal, la Neue Zeit, d&#233;montrait, voici une douzaine d'ann&#233;es, que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale n'est qu'une mobilisation du prol&#233;tariat oppos&#233;e aux forces ennemies du pouvoir d'Etat, et qu'elle ne peut par elle-m&#234;me r&#233;soudre la question, car elle &#233;puise les forces du prol&#233;tariat plus vite que celles de son adversaire, ce qui contraint t&#244;t ou tard les ouvriers &#224; reprendre le travail. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ne peut avoir d'influence d&#233;cisive que si elle est le pr&#233;lude d'un conflit entre le prol&#233;tariat et la force arm&#233;e de l'ennemi, c'est-&#224;-dire d'une insurrection. Le prol&#233;tariat ne peut trancher le probl&#232;me du pouvoir, probl&#232;me fondamental de toute r&#233;volution, qu'en brisant la volont&#233; de l'arm&#233;e qu'on lui oppose. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale entra&#238;ne des deux c&#244;t&#233;s la mobilisation et permet une premi&#232;re appr&#233;ciation s&#233;rieuse des forces de r&#233;sistance de la contre-r&#233;volution, mais seuls les d&#233;veloppements ult&#233;rieurs de la lutte, apr&#232;s le passage &#224; l'insurrection arm&#233;e, d&#233;terminent le prix de sang que doit co&#251;ter au prol&#233;tariat la conqu&#234;te du pouvoir. Mais qu'il faille payer avec du sang, que dans sa lutte pour conqu&#233;rir le pouvoir et le conserver, le prol&#233;tariat doive savoir mourir et savoir tuer, de cela nul r&#233;volutionnaire v&#233;ritable n'a jamais dout&#233;. D&#233;clarer que le fait de la plus &#226;pre lutte du prol&#233;tariat et de la bourgeoisie, une lutte &#224; mort, &#034;prend toute l'&#233;volution &#224; rebours&#034;, c'est tout simplement montrer que les t&#234;tes de certains id&#233;ologues respect&#233;s ne sont que des chambres obscures - camera obscura - dans lesquelles les choses apparaissent &#224; l'envers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me en ce qui concerne les pays les plus avanc&#233;s et les plus cultiv&#233;s, avec des traditions d&#233;mocratiques &#233;tablies depuis longtemps, rien ne prouve la justesse des th&#233;ories historiques de Kautsky. Elles ne sont d'ailleurs pas nouvelles. Les r&#233;visionnistes leur conf&#233;raient autrefois un caract&#232;re de principe plus s&#233;rieux. Ils d&#233;montraient que la croissance des organisations prol&#233;tariennes au sein de la d&#233;mocratie assurait le passage graduel et imperceptible, - r&#233;formiste, &#233;volutionniste - au r&#233;gime socialiste, sans gr&#232;ve g&#233;n&#233;rales, sans insurrections, sans dictature prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, qui &#233;tait celle de l'apog&#233;e de son activit&#233;, Kautsky montrait que les antagonismes de classes de la soci&#233;t&#233; capitaliste s'approfondissent malgr&#233; les formes de la d&#233;mocratie et que cet approfondissement doit in&#233;vitablement conduire &#224; la r&#233;volution et &#224; la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n'a &#233;videmment tent&#233; de calculer &#224; l'avance le nombre de victimes qui sera provoqu&#233; par l'insurrection r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et sa dictature. Mais il &#233;tait clair pour tous que ce nombre d&#233;pendrait de la force de r&#233;sistance des classes poss&#233;dantes. Si le petit livre de Kautsky tend &#224; prouver que l'&#233;ducation d&#233;mocratique n'a pas adouci l'&#233;go&#239;sme de classe de la bourgeoisie, nous en conviendrons sur le champ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il veut ajouter que la guerre imp&#233;rialiste, qui a s&#233;vi pendant quatre ans en d&#233;pit de la d&#233;mocratie, a d&#233;velopp&#233; dans les m&#339;urs la brutalit&#233;, a habitu&#233; au recours &#224; la violence et appris &#224; la bourgeoisie &#224; ne s'embarrasser nullement de l'extermination des masses, il aura &#233;galement raison. C'est un fait. Mais nous avons &#224; combattre dans ces conditions. Il ne s'agit pas d'un duel entre des cr&#233;atures prol&#233;tariennes et bourgeoises sorties de la cornue de Wagner-Kautsky, mais d'une bataille entre un prol&#233;tariat r&#233;el et une bourgeoisie r&#233;elle, tels qu'ils sont sortis de la derni&#232;re tuerie imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'impitoyable guerre civile qui se d&#233;roule dans le monde entier, Kautsky voit le n&#233;faste r&#233;sultat de... l'abandon de la &#034;tactique &#233;prouv&#233;e et glorieuse&#034; de la II&#176; Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En r&#233;alit&#233;, &#233;crit-il, depuis que le marxisme r&#232;gne sur le mouvement socialiste, celui-ci a &#233;t&#233;, jusqu'&#224; la guerre mondiale, pr&#233;serv&#233; dans tous ses grands mouvements conscients, des grandes d&#233;faites. Et la pens&#233;e de s'assurer la victoire par la terreur avait compl&#232;tement disparu de nos rangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous sommes redevables de beaucoup sous ce rapport, &#224; ce fait qu'au moment m&#234;me o&#249; le marxisme &#233;tait l'enseignement socialiste dominant, la d&#233;mocratie s'implantait profond&#233;ment dans les pays de l'Europe occidentale et, cessant d'y &#234;tre un but poursuivi dans les luttes, y devenait le fondement durable de la vie politique.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#034;formule de progr&#232;s&#034; ne contient pas un atome de marxisme : le processus r&#233;el de la lutte des classes, de ses conflits mat&#233;riels, se dissout dans la propagande marxiste qui, gr&#226;ce aux conditions de la d&#233;mocratie, semble garantir le passage indolore &#224; des formes sociales &#034;plus rationnelles&#034;. Vulgarisation extr&#234;me du rationalisme vieillot du XVIII&#176; si&#232;cle, o&#249; les id&#233;es de Condorcet sont remplac&#233;es par une indigente version du Manifeste communiste. L'histoire n'est que le d&#233;roulement d'un ruban de papier imprim&#233; et l'on voit, au centre de ce processus &#034;humanitaire&#034;, la distingu&#233;e table de travail de Kautsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On donne en exemple le mouvement ouvrier de l'&#233;poque de la II&#176; Internationale, qui arborant les drapeaux du marxisme, n'a pas subi de graves d&#233;faites dans ses manifestations conscientes. Mais le mouvement ouvrier tout entier, mais le prol&#233;tariat mondial et avec lui toute la culture humaine, ont subi en ao&#251;t 1914, &#224; l'heure o&#249; l'histoire dressait le bilan des forces et des aptitudes de tous les partis socialistes, dirig&#233;s, nous dit-on, par le marxisme, &#034;solidement appuy&#233;s sur la d&#233;mocratie&#034;, une effroyable d&#233;faite. Ces partis se sont trouv&#233;s en faillite. Les traits de leur travail ant&#233;rieur que Kautsky voudrait maintenant immortaliser : l'aptitude &#224; s'adapter aux circonstances, l'abandon de l'action ill&#233;gale, l'&#233;loignement de la lutte ouverte, l'espoir que la d&#233;mocratie serait le chemin d'une transformation sociale indolore, - autant en emporte le vent ! Craignant les d&#233;faites, retenant dans toutes les circonstances la lutte ouverte, faisant dispara&#238;tre dans leurs discussion jusqu'&#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, les partis de la II&#176; Internationale ont eux-m&#234;mes pr&#233;par&#233; leur terrible d&#233;faite. Car ils n'ont pas su bouger le petit doigt pour &#233;carter la plus grande catastrophe de l'histoire mondiale, le massacre imp&#233;rialiste qui a dur&#233; quatre ans et qui a d&#233;termin&#233; le caract&#232;re acharn&#233; de la guerre civile. Il faut, en v&#233;rit&#233;, porter un bandeau non seulement sur les yeux, mais aussi sur les oreilles et sur le nez, pour nous opposer maintenant apr&#232;s l'&#233;croulement honteux de la II&#176; Internationale, apr&#232;s l'ignominieuse banqueroute de son parti dirigeant, la social-d&#233;mocratie allemande, apr&#232;s l'ineptie sanglante de la guerre mondiale et l'immense ampleur de la guerre civile, - pour nous opposer la profondeur de pens&#233;e, la loyaut&#233;, l'amour de la paix, la lucidit&#233; de la II&#176; Internationale dont nous liquidons aujourd'hui l'h&#233;ritage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Terrorisme et communisme&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr48.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le pouvoir des soviets&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4829&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce qu'en disait Trotsky en 1906&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les bolcheviks et le parti unique au pouvoir</title>
		<link>https://matierevolution.org/spip.php?article6354</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.org/spip.php?article6354</guid>
		<dc:date>2019-03-29T23:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme - Socialism</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalism - le syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Boukharine en 1927 (Trud, 13 nov. 1927) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Sous la dictature du prol&#233;tariat, deux, trois ou quatre partis peuvent exister mais &#224; une seule condition : l'un au pouvoir, les autres en prison &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Certains s'appuient sur cette politique, men&#233;e par Boukharine et Staline en 1927, puis maintenue tout au long de la domination stalinienne de l'URSS, pour pr&#233;tendre que ce n'&#233;tait rien d'autre que la suite de la politique de L&#233;nine et Trotsky ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Les bolcheviks et le parti unique au pouvoir &lt;br class='autobr' /&gt;
Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;3- L'objectif de la dictature du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalism - le syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Boukharine en 1927 (Trud, 13 nov. 1927) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sous la dictature du prol&#233;tariat, deux, trois ou quatre partis peuvent exister mais &#224; une seule condition : l'un au pouvoir, les autres en prison &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains s'appuient sur cette politique, men&#233;e par Boukharine et Staline en 1927, puis maintenue tout au long de la domination stalinienne de l'URSS, pour pr&#233;tendre que ce n'&#233;tait rien d'autre que la suite de la politique de L&#233;nine et Trotsky !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les bolcheviks et le parti unique au pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir exerc&#233; par un unique parti, le parti communiste, a-t-il &#233;t&#233; un objectif recherch&#233; par les bolcheviks, par L&#233;nine et Trotsky, ou a-t-il &#233;t&#233; impos&#233; par la violence de la guerre civile, attis&#233;e par les classes poss&#233;dantes, les arm&#233;es tsaristes, les arm&#233;es &#171; de la Constituante &#187; soutenues par les partis bourgeois et petits-bourgeois, les arm&#233;es bourgeoises des nationalit&#233;s et les arm&#233;es de tous les imp&#233;rialismes ? Telle est la question dont nous voudrions d&#233;battre. C'est l'un des th&#232;mes au travers desquels certains auteurs pr&#233;tendent d&#233;montrer la continuit&#233; entre bolchevisme (ou communisme suivant les auteurs) et stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'exemple du parti socialiste-r&#233;volutionnaire de gauche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine et Trotsky ont-ils toujours voulu le pouvoir exclusif d'un seul parti ? Voulaient-ils gouverner seuls au pouvoir ! Mais leurs actes disent exactement le contraire. Ils ont par exemple gouvern&#233; avec le parti socialiste-r&#233;volutionnaire et c'est ce dernier qui est parti, enclenchant une guerre civile terroriste violente par laquelle il tentait d'assassiner tous les dirigeants bolcheviques et en a assassin&#233; quelques uns. Ils les ont tous vis&#233; et en ont tu&#233; plusieurs. Juste avant, ils &#233;taient ministres du m&#234;me gouvernement ! Ils ne sont pas sortis parce qu'ils d&#233;non&#231;aient le manque de d&#233;mocratie. Ils ne sont pas sortis parce qu'ils d&#233;non&#231;aient la mis&#232;re ouvri&#232;re. Ils ne sont pas sortis parce qu'ils affirmaient qu'on vidait les soviets de leur contenu. Ils ne sont pas sortis parce qu'on favorisait les syndicats (question sur laquelle nous reviendrons). Non, ils sont sortis parce qu'ils pr&#244;naient la guerre r&#233;volutionnaire contre l'Allemagne, &#224; un moment o&#249; la Russie r&#233;volutionnaire n'avait plus aucun moyen mat&#233;riel de mener une guerre ! Ils sont sortis parce qu'ils refusaient la capitulation russe de Brest-Litovsk et ne voulaient pas accepter que l'Ukraine soit sous domination allemande ! Ils sont &#233;galement sortis parce que les bolcheviks entendaient radicaliser la lutte des classes dans les campagnes en favorisant les comit&#233;s de paysans pauvres contre les paysans riches ! Quand ils ont quitt&#233; le gouvernement, la direction des Soviets, la direction de l'Etat, toutes leurs responsabilit&#233;s nationales, r&#233;gionales et locales, ils n'ont pas pr&#233;tendu avoir &#233;t&#233; pouss&#233;s dehors, avoir &#233;t&#233; oblig&#233;s &#224; partir par des man&#339;uvres des bolcheviks recherchant le pouvoir pour eux seuls !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans la question de la signature de la paix impos&#233;e par l'imp&#233;rialisme allemand &#224; Brest-Litovsk, le point de vue gauche communiste a rejoint celui des socialistes-r&#233;volutionnaires avec Boukharine : la guerre r&#233;volutionnaire. Mais seuls les SR de gauche se sont lanc&#233;s dans le terrorisme contre-r&#233;volutionnaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine et Trotsky ne refusaient pas la guerre r&#233;volutionnaire et n'entendaient se mettre d'accord durablement avec aucun imp&#233;rialisme, ils l'ont bien montr&#233; d&#232;s qu'ils ont dispos&#233; d'une arm&#233;e rouge, mais ils refusaient la r&#233;volution de la phrase, le romantisme moraliste du genre &#171; nous mourront pour nos id&#233;es plut&#244;t que reculer &#187;. C'est beau mais peu efficace. L'arm&#233;e rouge a d&#233;montr&#233; que les bolcheviks &#233;taient capables de mener la guerre r&#233;volutionnaire et de gagner. Mais, bien s&#251;r, gagner ne peut vouloir dire r&#233;ussir &#224; la place du prol&#233;tariat europ&#233;en, mais seulement r&#233;ussir &#224; tenir plus longtemps, en attendant le retour de la r&#233;volution europ&#233;enne, en attendant par exemple 1923 en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les partis bourgeois et petits-bourgeois&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A part le cas des socialistes-r&#233;volutionnaires, quelle &#233;tait le point de vue bolchevik sur le parti unique ? Il y a eu bien d'autres forces politiques qui ont collabor&#233; avec les bolcheviks plus ou moins durablement : plusieurs groupes ou personnalit&#233;s anarchistes ou anarchistes-communistes, des groupes mencheviks, des groupes nationalistes r&#233;volutionnaires des nationalit&#233;s opprim&#233;es, etc. Loin de chercher &#224; gouverner seuls, les bolcheviks voulaient int&#233;grer des partis divers du prol&#233;tariat et des partis divers de la petite bourgeoisie, refl&#233;tant ainsi la r&#233;alit&#233; de la r&#233;volution russe qui avait triomph&#233;. C'est le stalinisme qui agira en sens compl&#232;tement inverse et il ne s'appuiera pour cela ni sur L&#233;nine, ni sur Trotsky, ni sur leur id&#233;ologie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est &#224; remarquer que le nouvel Etat r&#233;volutionnaire russe a trait&#233; tous les partis de la m&#234;me mani&#232;re : on ne vous interdit pas si vous ne nous faites pas la guerre les armes &#224; la main, si vous ne vous attaquez pas physiquement et mortellement aux partis des soviets. Ils ont pu pr&#233;senter des candidats aux &#233;lections sovi&#233;tiques, y envoyer des repr&#233;sentants, &#233;diter des journaux librement jusqu'au jour o&#249; ils sont entr&#233;s en guerre contre les soviets et les partis sovi&#233;tiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contrairement au courant gauche communiste, le courant l&#233;niniste-trotskiste est favorable &#224; des alliances de combat avec des courants adverses. Il n'est pas pour la s&#233;paration entre deux camps au sein des forces combattantes. Ce n'est pas de l'opportunisme mais une politique qui suit la dynamique r&#233;elle du combat. Dans cette dynamique, le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire peut s'allier &#224; des fractions prol&#233;tariennes moins conscientes, &#224; des fractions petites-bourgeoises, et m&#234;me &#224; des fractions bourgeoises de nationalit&#233;s opprim&#233;es &#224; condition qu'elles participent au combat contre la bourgeoisie internationale. Ce n'est nullement le point de vue des gauches communistes qui d&#233;fendent le plus souvent l'inverse. Pour les gauches communistes, pas question de s'allier avec des forces politiques et sociales bourgeoises dans le combat. C'est cela que j'appelle le point de vue dichotomique des gauches communistes. C'est l&#224; o&#249; on ne se comprend pas par exemple quand on parle de front unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks montrent-ils un parti qui a sans cesse &#339;uvr&#233; en direction du parti unique au pouvoir ? Ont-ils agi contre la d&#233;mocratie politique et la libert&#233; politique des partis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain d'Octobre, le parti Cadet n'est pas imm&#233;diatement interdit. Ce n'est que fin novembre 1917, au moment o&#249; ce parti pr&#233;pare ouvertement son passage &#224; l'insurrection contre-r&#233;volutionnaire arm&#233;e avec Kal&#233;dine, qu'il est interdit par un d&#233;cret du Sovnarkom. Les bolcheviks n'ont cependant pas emp&#234;ch&#233; les &#233;lus des Cadets de participer ensuite aux &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante et de si&#233;ger momentan&#233;ment &#224; celle-ci. Le journal du parti Cadet Svoboda Rossi continue &#224; para&#238;tre sans &#234;tre clandestin jusqu'&#224; l'&#233;t&#233; 1918, en pleine guerre civile. Les Cadets continuent d'exister l&#233;galement au travers du &#171; comit&#233; panrusse d'aide aux affam&#233;s &#187; en juillet 1921. Dans la r&#233;alit&#233;, que ce soit avec ce parti comme avec les SR de gauche, les bolcheviks vont aussi loin que possible dans le refus de la r&#233;pression aveugle, dans les tentatives de ne pas tout ensanglanter. C'est la grande bourgeoisie qui choisir le bain de sang, pas les r&#233;volutionnaires !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce choix du bain de sang contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne, on le retrouve dans le texte dont je vous parlais : dans les r&#233;unions des quatre grandes puissances en 1919-1920 et dans son compte-rendu &#233;dit&#233; par le CNRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les bolcheviks ne refusent pas toutes sortes d'alliances face &#224; l'offensive tsariste et imp&#233;rialiste, ils ne veulent pas accepter de faiblesse face &#224; l'ennemi. Si la guerre est d&#233;clar&#233;e, il faut la mener avec toutes les forces dont le prol&#233;tariat dispose, avec toute l'&#233;nergie que l'on peut mettre en &#339;uvre, sans fausse retenue moraliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, les faits, c'est un gouvernement de 1917 avec onze ministres bolcheviks et sept ministres SR de gauche. Les faits, ce sont des r&#233;gions enti&#232;res o&#249; les dirigeants r&#233;volutionnaires aux c&#244;t&#233;s des bolcheviks sont des anarchistes. Les faits, ce sont L&#233;nine et Trotsky pr&#234;ts &#224; se plier &#224; la d&#233;mocratie des d&#233;bats internes aux soviets, au parti, &#224; l'Internationale. La v&#233;rit&#233; des faits, c'est que tout ce qui s'est pass&#233; avant l'affaiblissement et la mort de L&#233;nine (1922) est tout &#224; fait oppos&#233; &#224; ce qui s'est pass&#233; apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mencheviks, les SR (socialistes-r&#233;volutionnaires de droite et de gauche), certains anarchistes n'ont pas attendu que les soviets se vident de leur contenu pour les quitter, pour les combattre les armes &#224; la main, pour les assassiner. D&#232;s l'insurrection d'octobre, SR de droite et Mencheviks pactisent avec les arm&#233;es tsaristes, m&#232;nent avec eux la guerre contre les soviets, participent &#224; des gouvernements aux c&#244;t&#233;s des g&#233;n&#233;raux cosaques et des gardes blancs tsaristes. Malgr&#233; cela, le parti SR n'est pas dissous par les bolcheviks, m&#234;me pendant la guerre civile !!! Ses journaux continuent &#224; para&#238;tre. La censure de la presse ne d&#233;bute qu'en mars 1918 quand la lutte &#224; mort est si intense qu'elle menace de mort le pouvoir des soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas juste une man&#339;uvre des bolcheviks : c'est un combat politique qui porte ses fruits. Mencheviks et SR honn&#234;tes sont gagn&#233;s aux bolcheviks. Le parti SR recule parfois politiquement comme en f&#233;vrier 1919 o&#249; ce parti est contraint de d&#233;noncer l'intervention contre-r&#233;volutionnaire &#233;trang&#232;re sur le sol de Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ruptures avec les autres partis n'ont eu lieu que lorsque ceux-ci ont proclam&#233; se battre contre le pouvoir des soviets les armes &#224; la main comme l'a fait Maria Spiridovna au Ve Congr&#232;s des Soviets en juillet 1918, annon&#231;ant qu'elle &#233;tait d&#233;sormais face &#224; face avec les bolcheviks &#171; le pistolet et la bombe &#224; la main &#187;. Et ce n'&#233;tait pas une simple menace. Cela devait commencer presque le lendemain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A part Brest-Litovsk, ce qui opposait bolcheviks et SR de gauche, c'est la d&#233;cision des bolcheviks d'appuyer la lutte des classes dans les campagnes en favorisant les comit&#233;s de paysans pauvres contre les paysans riches !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les anarchistes, il y a eu toutes sortes de relations suivant le type de groupes. Jusqu'en avril 1918, tous les groupes anarchistes sont autoris&#233;s, jouent un r&#244;le dans les soviets, dans la r&#233;volution, participent au combat, souvent aux c&#244;t&#233;s des bolcheviks. Ce n'est pas ces derniers qui rompent l'unit&#233;, c'est la violence de la guerre civile emp&#234;chant tout accord entre le prol&#233;tariat et les forces petites bourgeoises des villes. La rupture compl&#232;te a lieu avec les anarchistes qui participent en juillet 1918 &#224; l'insurrection SR, un groupe anarchiste attaquant notamment le si&#232;ge bolchevik de Moscou, faisant douze morts et quantit&#233; de bless&#233;s dans la direction bolchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela n'emp&#234;chera pas en Juillet 1920, dans les th&#232;ses sur les t&#226;ches du IIe Congr&#232;s de l'Internationale communiste, L&#233;nine de pr&#244;ner tous les accords possibles, tous les fronts communs possibles, avec les forces militantes anarchistes, et aussi toutes les tentatives de gagner au communisme les meilleurs militants anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le parti menchevik, les bolcheviks, loin d'&#339;uvrer pour le parti unique, tentent sans cesse de les ramener &#224; une alliance. Ainsi, lorsqu'&#224; la fin octobre 1918 le comit&#233; central menchevik, qui s'est r&#233;uni librement pendant cinq jours &#224; Moscou, fait un geste en faveur du pouvoir des soviets, et bien que la r&#233;solution adopt&#233;e soit confuse et contradictoire, un d&#233;cret annule imm&#233;diatement la d&#233;cision ant&#233;rieure excluant les mencheviks des organes sovi&#233;tiques et sa mise en &#339;uvre n'est pas conditionnelle et est imm&#233;diate. Les dirigeants mencheviks sont ainsi invit&#233;s officiellement &#224; participer en d&#233;cembre 1919 au VIIe Congr&#232;s des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant l'ann&#233;e 1920, l'activit&#233; du parti menchevik se d&#233;veloppe &#224; nouveau &#224; Moscou. Il y dispose officiellement de bureaux, imprime une presse, participe aux &#233;lections des soviets locaux, r&#233;unissent &#224; Moscou leur comit&#233; central, organisent des conf&#233;rences publiques. Les dirigeants mencheviks acceptent l'invitation au VIIIe Congr&#232;s des Soviets et y d&#233;veloppent librement des points de vue pol&#233;miques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en 1920, les mencheviks utilisent &#224; fond leur activit&#233; l&#233;gale pour dresser des fractions de la classe ouvri&#232;re contre le pouvoir des soviets, accusant ce pouvoir d'&#234;tre responsable de la mis&#232;re affreuse, des destructions &#233;conomiques, de la famine, ce qui est un mensonge contre-r&#233;volutionnaire qu'un r&#233;volutionnaire comme toi ne devrait jamais soutenir ! Et c'est alors qu'ont lieu des grandes gr&#232;ves antibolcheviques avec le slogan &#171; les soviets sans L&#233;nine et Trotsky &#187; dont le caract&#232;re politique et social ne devrait tromper aucun r&#233;volutionnaire communiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, ce n'est qu'une calomnie contre-r&#233;volutionnaire de dire que toute la politique bolchevique visait d'avance, par objectif politique ou par une conception pr&#233;&#233;tablie de L&#233;nine, au parti unique au pouvoir des soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks ont-ils mis en place une dictature d&#232;s le d&#233;but et pris le pouvoir en ne repr&#233;sentant pas vraiment la majorit&#233; dans les soviets ? Oskar Anweiler, auteur tr&#232;s hostile aux bolcheviks et qui diffuse justement la th&#232;se d'une volont&#233; dictatoriale des bolcheviks dans les soviets et dans le pouvoir d'Etat, nous donne la statistique suivant, d'apr&#232;s les d&#233;l&#233;gu&#233;s au congr&#232;s panrusse Soviets le 25 et 26 octobre 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bolcheviks 338&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socialistes-r&#233;volutionnaires : 32&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SR de gauche : 98&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SR du centre : 40&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SR de droite : 16&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SR d'Ukraine : 4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mencheviks : 14&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mencheviks-internationalistes : 35&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mencheviks-oborency : 22&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Internationalistes unifi&#233;s : 16&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bund : 11&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trudovik : 1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans parti : 23&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc le gouvernement d'alliance des bolcheviks et des sr de gauche repr&#233;sentait tout &#224; fait la r&#233;volution des soviets et non un coup d'&#233;tat contre-r&#233;volutionnaire et dictatorial contre les soviets !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le m&#234;me Anweiler cite de multiples exemples d&#233;montrant que les bolcheviks redonnaient tous leurs droits d&#233;mocratiques aux partis qui renon&#231;aient publiquement &#224; participer &#224; la guerre civile contre l'Etat ouvrier aux c&#244;t&#233;s des arm&#233;es tsaristes, imp&#233;rialistes, nationalistes et de l'arm&#233;e &#034;de la Constituante&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut lire ainsi dans l'ouvrage d'Anweiler, &#171; Les soviets en Russie &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi, Dan et Martov (dirigeants mencheviks) assist&#232;rent, avec voix d&#233;lib&#233;rative, au VIIe Congr&#232;s panrusse des soviets (d&#233;cembre 1919) et au VIIIe (un an apr&#232;s) aux c&#244;t&#233;s d'une poign&#233;e de d&#233;put&#233;s socialistes-r&#233;volutionnaires (dont Steinberg), anarchistes et maximalistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anweiler cite ainsi le compte-rendu qu'en donne le dirigeant menchevik Dan lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la plume d'Anweiler, on lit encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A certains moments, les mencheviks compt&#232;rent m&#234;me un nombre relativement &#233;lev&#233; de d&#233;put&#233;s dans beaucoup de conseils ouvriers de villes ; aux &#233;lections sovi&#233;tiques de 1929, ils obtinrent 45 si&#232;ges &#224; Moscou, 205 &#224; Karkhov, 120 &#224; I&#233;kateniroslav, 78 &#224; Krementchoug, 50 &#224; Toula et plus de trente dans une foule d'autres agglom&#233;rations. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces faits n'ont pas besoin de preuves puisque l'auteur veut d&#233;montrer exactement l'inverse...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anweiler rappelle &#233;galement que, apr&#232;s leur prise de position contre le pouvoir des soviets &#171; ni les mencheviks, ni les SR de droite ne furent exclus des conseils et une poign&#233;e de d&#233;put&#233;s les y repr&#233;sentaient encore au Ive Congr&#232;s panrusse des soviets (mars 1918)&#8230; Dans quelques villes, par exemple &#224; Tambov et dans le grand centre industriel d'Iejevsk, les deux partis conserv&#232;rent m&#234;me la majorit&#233; des voix lors des r&#233;&#233;lections des soviets, en avril et mai 1918 respectivement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons, ce que dit d'ailleurs Anweiler, &#171; En guise de protestation contre la signature du Trait&#233; de Brest-Litovsk, les dirigeants SR de gauche avaient en effet d&#233;missionn&#233; du Conseil des commissaires du peuple, tout en continuant &#224; si&#233;ger au CEC. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les bolcheviks ne les avaient pas fait parti de cette instance dirigeante des soviets, m&#234;me s'ils menaient d&#233;j&#224; une propagande intense pour saboter les d&#233;cisions du pouvoir ouvrier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anweiler poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce fut le 4 juillet 1918, dans un climat de tension extr&#234;me, que s'ouvrit le Ve Congr&#232;s panrusse des soviets ; 470 d&#233;put&#233;s SR de gauche, sur un total de 1425 (dont 868 bolcheviks) y prirent part. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce m&#234;me auteur reconnait que c'est seulement apr&#232;s les premiers attentats SR de gauche et la tentative de putsch SR de gauche que les d&#233;put&#233;s SR de gauche sont arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la mise sous tutelle des organisations syndicales par le parti communiste, Anweiler ne dit pas que L&#233;nine &#233;labora l'id&#233;e de faire des syndicats la courroie de transmission du parti, de la bureaucratie et du pouvoir dictatorial. Il dit le contraire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Staline &#233;labora dans les ann&#233;es 1920 la th&#233;orie des &#171; courroies de transmission &#187;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il faut pr&#233;ciser qu'il &#233;crit : &#171; Ce fut dans le prolongement des id&#233;es de L&#233;nine que Staline&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#233;tation est que c'est la suite de L&#233;nine et les faits sont&#8230; que &#171; Staline &#233;labora&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il cite &#224; de multiples reprises les affirmations de L&#233;nine sur le pouvoir des soviets comme page 303 (&#233;dition NFR) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le pouvoir des soviets n'est pas autre chose que la forme d'organisation de la dictature du prol&#233;tariat, de la dictature de la classe la plus avanc&#233;e qui &#233;l&#232;ve &#224; une d&#233;mocratie nouvelle, &#224; la participation autonome &#224; la gestion de l'Etat des dizaines et des dizaines de millions de travailleurs et d'exploit&#233;s qui apprennent par leur propre exp&#233;rience &#224; consid&#233;rer l'avant-garde disciplin&#233;e et consciente du prol&#233;tariat comme leur guide le plus s&#251;r. &#187; (printemps 1918)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, plus tard, dans sa pol&#233;mique contre Kautsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les soviets sont l'organisation directe des masses travailleuses et exploit&#233;es, &#224; qui elle facilite la possibilit&#233; d'organiser elles-m&#234;mes l'Etat et de le gouverner par tous les moyens &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition &#224; la bureaucratisation et &#224; la dictature stalinienne relevait le &#171; parti unique &#187; comme une position politique qui avait &#233;t&#233; impos&#233;e par la situation de guerre civile et qui avait des cons&#233;quences d&#233;sastreuses, en particulier que les couches sociales hostiles tentent d'influencer le parti bolchevik :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La situation de parti unique qu'occupe le PC de l'URSS, situation absolument indispensable &#224; la R&#233;volution, cr&#233;e aussi une s&#233;rie de dangers particuliers. Le XI&#176; Congr&#232;s, du vivant de L&#233;nine, indiquait ouvertement qu'il existait &#224; cette &#233;poque d&#233;j&#224; des groupes importants de gens (parmi les paysans riches, les couches sup&#233;rieures de fonctionnaires, les intellectuels) qui appartiendraient aux partis socialistes-r&#233;volutionnaires, mench&#233;viks, si ces partis &#233;taient l&#233;gaux. L'appareil d'&#201;tat, que dirige notre Parti, y introduit &#224; son tour beaucoup d'esprit bourgeois et petit-bourgeois, l'infectant d'opportunisme. &#187; (D&#233;claration des 83 - Opposition bolch&#233;vique unifi&#233;e)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Indispensable &#224; la r&#233;volution &#187;, dans les conditions de la guerre civile ne veut pas dire n&#233;cessaire d'un point de vue th&#233;orique &#224; la construction du socialisme mais impos&#233;e par la situation r&#233;elle de la r&#233;volution, les autres partis passant dans le camp de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les accusateurs ont l'explication facile : le stalinisme d&#233;coule du l&#233;ninisme&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4422&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Non ! Le bolchevisme n'est pas responsable du stalinisme !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky r&#233;pond &#224; ces accusations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Est-il vrai pourtant que le stalinisme repr&#233;sente le produit l&#233;gitime du bolchevisme, comme le croit toute la r&#233;action, comme l'affirme Staline lui-m&#234;me, comme le pensent les mencheviks, les anarchistes et quelques doctrinaires de gauche qui se jugent marxiste ? &#034;Nous l'avions toujours pr&#233;dit, disent-ils, ayant commenc&#233; avec l'interdiction des autres partis socialistes, avec l'&#233;crasement des anarchistes, avec l'&#233;tablissement de la dictature des bolcheviks dans les soviets, la R&#233;volution d'Octobre ne pouvait manquer de conduire &#224; la dictature de la bureaucratie. Le stalinisme est, &#224; la fois, la continuation et la faillite du l&#233;ninisme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur de ce raisonnement commence avec l'identification tacite du bolchevisme, de la R&#233;volution d'Octobre et de l'Union Sovi&#233;tique. Le processus historique, qui consiste dans la lutte des forces hostiles, est remplac&#233; par l'&#233;volution du bolchevisme dans le vide. Cependant le bolchevisme est seulement un courant politique, certes &#233;troitement li&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re, mais non identique &#224; elle. Et, outre la classe ouvri&#232;re, il existe en U.R.S.S. plus de cent millions de paysans, de nationalit&#233;s diverses, un h&#233;ritage d'oppression, de mis&#232;re et d'ignorance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat cr&#233;&#233; par les bolcheviks refl&#232;te, non seulement la pens&#233;e et la volont&#233; des bolcheviks, mais aussi le niveau culturel du pays, la composition sociale de la population, la pression du pass&#233; barbare et de l'imp&#233;rialisme mondial, non moins barbare. Repr&#233;senter le processus de d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'Etat Sovi&#233;tique comme l'&#233;volution du bolchevisme pur, c'est ignorer la r&#233;alit&#233; sociale au nom d'un seul de ses &#233;l&#233;ments isol&#233; d'une mani&#232;re purement logique. Il suffit au fond de nommer cette erreur &#233;l&#233;mentaire par son nom pour qu'il n'en reste pas trace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bolchevisme lui-m&#234;me, en tout cas, ne s'est jamais identifi&#233; ni &#224; la R&#233;volution d'Octobre, ni &#224; l'Etat Sovi&#233;tique qui en est sorti. Le bolchevisme se consid&#233;rait comme un des facteurs de l'histoire, son facteur &#034;conscient&#034;, facteur tr&#232;s important mais nullement d&#233;cisif. Nous voyons le facteur d&#233;cisif &#8212;sur la base donn&#233;e des forces productives - dans la lutte des classes, et non seulement &#224; l'&#233;chelle nationale, mais aussi internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les bolcheviks faisaient des concessions aux tendances petites-bourgeoises des paysans, qu'ils &#233;tablissaient des r&#232;gles strictes pour l'entr&#233;e dans le parti, qu'ils &#233;puraient le parti des &#233;l&#233;ments qui lui &#233;taient &#233;trangers, qu'ils interdisaient les autres partis, qu'ils introduisaient la N.E.P., qu'ils en venaient &#224; c&#233;der des entreprises sous forme de concessions ou qu'ils concluaient des accords diplomatiques avec des gouvernements imp&#233;rialistes, eux, bolcheviks, tiraient des conclusions particuli&#232;res de ce fait fondamental qui leur &#233;tait clair th&#233;oriquement depuis le d&#233;but m&#234;me ; &#224; savoir que la conqu&#234;te du pouvoir, quelque importante qu'elle soit en elle-m&#234;me, ne fait nullement du parti le ma&#238;tre tout-puissant du processus historique. Certes, apr&#232;s s'&#234;tre empar&#233; de l'Etat, le parti re&#231;oit la possibilit&#233; d'agir avec une force sans pr&#233;c&#233;dent sur le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; ; mais en revanche lui-m&#234;me est soumis &#224; une action d&#233;cupl&#233;e de la part de tous les autres membres de cette soci&#233;t&#233;. Il peut &#234;tre rejet&#233; du pouvoir par les coups directs des forces hostiles. Avec des rythmes plus lents de l'&#233;volution, il peut, tout en se maintenant au pouvoir, d&#233;g&#233;n&#233;rer int&#233;rieurement. C'est pr&#233;cis&#233;ment cette dialectique du processus historique que ne comprennent pas les raisonneurs sectaires qui tentent de trouver dans la putr&#233;faction de la bureaucratie staliniste un argument d&#233;finitif contre le bolchevisme. Au fond, ces Messieurs disent ceci : mauvais est le parti r&#233;volutionnaire qui ne renferme pas en lui-m&#234;me de garanties contre sa d&#233;g&#233;n&#233;rescence&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de la claire compr&#233;hension de ce danger (de bureaucratisation) qu'est n&#233;e l'Opposition de gauche, d&#233;finitivement form&#233;e en 1923. Enregistrant de jour en jour des sympt&#244;mes de d&#233;g&#233;n&#233;rescence, elle s'effor&#231;a d'opposer au Thermidor mena&#231;ant la volont&#233; consciente de l'avant-garde prol&#233;tarienne. Cependant ce facteur subjectif s'est trouv&#233; insuffisant. Les &#034;masses gigantesques&#034; qui, selon L&#233;nine, d&#233;cident de l'issue de la lutte, &#233;taient harass&#233;es par les privations dans leur pays et par une trop longue attente de la R&#233;volution Mondiale. Les masses ont perdu courage. La bureaucratie a pris le dessus. Elle ma&#238;trisa l'avant-garde prol&#233;tarienne, foula aux pieds le marxisme, prostitua le parti bolcheviste. Le stalinisme fut victorieux. Sous la forme de l'Opposition de gauche, le bolchevisme rompit avec la bureaucratie sovi&#233;tique et son Komintern. Telle fut la v&#233;ritable marche de l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, dans le sens formel, le stalinisme est sorti du bolchevisme. Aujourd'hui encore, la bureaucratie de Moscou continue &#224; se nommer parti bolchevik. Elle utilise simplement la vieille &#233;tiquette du bolchevisme pour mieux tromper les masses. D'autant plus pitoyables sont les th&#233;oriciens qui prennent l'&#233;corce pour le noyau, l'apparence pour la r&#233;alit&#233;. En identifiant stalinisme et bolchevisme, ils rendent le meilleur service aux thermidoriens et, par l&#224;, jouent un r&#244;le manifestement r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'&#233;limination de tous les autres partis de l'ar&#232;ne politique, les int&#233;r&#234;ts et les tendances contradictoires des diverses couches de la population devaient, &#224; tel ou tel degr&#233;, trouver leur expression dans le parti dirigeant. Au fur et &#224; mesure que le centre de gravit&#233; politique se d&#233;pla&#231;ait de l'avant-garde prol&#233;tarienne vers la bureaucratie, le parti se modifiait aussi bien par sa composition sociale que par son id&#233;ologie. Gr&#226;ce &#224; la marche imp&#233;tueuse de l'&#233;volution, il a subi, au cours des quinze derni&#232;res ann&#233;es, une d&#233;g&#233;n&#233;rescence beaucoup plus radicale que la social-d&#233;mocratie pendant un demi-si&#232;cle. L'&#233;puration actuelle trace entre le bolchevisme et le stalinisme, non pas un simple trait de sang, mais tout un fleuve de sang. L'extermination de toute la vieille g&#233;n&#233;ration des bolcheviks, d'une partie importante de la g&#233;n&#233;ration interm&#233;diaire qui avait particip&#233; &#224; la guerre civile et aussi de la partie de la jeunesse qui avait repris le plus au s&#233;rieux les traditions bolchevistes, d&#233;montre l'incompatibilit&#233;, non seulement politique, mais aussi directement physique du stalinisme et du bolchevisme. Comment donc peut-on ne pas voir cela ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine n'aurait-il pas d&#251; combattre de son vivant ce que d&#233;nonce Trotasky ? Mais il l'a fait !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine exprimait son sentiment sur la fatigue du prol&#233;tariat russe au Congr&#232;s des ouvriers des Transports, le 27 mars 1921 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quelle est aujourd'hui la situation du prol&#233;tariat russe ? Dans la R&#233;publique sovi&#233;tique c'est la classe qui, il y a trois ans et demi, a pris le pouvoir et exerc&#233; depuis sa domination, sa dictature, c'est elle qui, au cours de trois ans et demi, a souffert mille morts, support&#233; des privations et des calamit&#233;s, plus que toutes les autres classes. Ces trois ans et demi dont la majorit&#233; s'est &#233;coul&#233;e dans une guerre civile &#224; outrance soutenue par le pouvoir sovi&#233;tique contre tout le monde capitaliste, ont apport&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re, au prol&#233;tariat, des maux, des privations, des sacrifices, une aggravation de toutes les mis&#232;res sans pr&#233;c&#233;dent&#8230; Cette classe se rendait compte qu'elle prenait seule le pouvoir, dans des conditions exceptionnellement difficiles&#8230; En m&#234;me temps elle a subi en ces trois ans et demi de sa domination politique, des maux, des privations, une famine, une aggravation de sa situation &#233;conomique que jamais nulle classe au monde n'a connue. On con&#231;oit donc qu'apr&#232;s une tension aussi surhumaine, cette classe soit aujourd'hui fatigu&#233;e, &#233;puis&#233;e exc&#233;d&#233;e&#8230; En ce moment pr&#233;cis, pour la p&#233;riode de temps actuelle, l'ennemi n'est pas le m&#234;me qu'hier. L'ennemi, ce ne sont plus les hordes de gardes blancs sous le commandement des hobereaux que soutiennent tous les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires. L'ennemi, c'est la grisaille quotidienne de l'&#233;conomie dans un pays de petite agriculture o&#249; la grosse industrie est ruin&#233;e. L'ennemi, c'est l'&#233;l&#233;ment petit-bourgeois qui nous entoure comme l'air et p&#233;n&#232;tre fortement dans les rangs du prol&#233;tariat. Or, celui-ci est d&#233;class&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il a &#233;t&#233; mis hors de son milieu social. Fabriques et usines ch&#244;ment &#8211; le prol&#233;tariat est affaibli, dispers&#233;, sans forces&#8230; Si des d&#233;formations bureaucratiques se manifestent dans l'administration, loin de dissimuler ce mal nous le d&#233;non&#231;ons, nous le combattons&#8230; La cr&#233;ation d'un appareil militaire et d'un Etat qui a su r&#233;sister victorieusement aux &#233;preuves des ann&#233;es 1917-1921 a &#233;t&#233; une grande chose qui a occup&#233;, absorb&#233;, &#233;puis&#233; les &#171; forces &#187; r&#233;elles de la classe ouvri&#232;re&#8230; C'est dans ces conditions d'un pays ruin&#233; &#224; fond et o&#249; les forces du prol&#233;tariat ont &#233;t&#233; &#233;puis&#233;es en des efforts presque surhumains que nous entreprenons l'&#339;uvre la plus difficile : jeter les fondements d'une &#233;conomie vraiment socialiste, organiser des &#233;changes rationnels de marchandises entre l'industrie et l'agriculture&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIe Congr&#232;s du parti bolchevik, le 27 mars 1922, L&#233;nine d&#233;clarait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Malgr&#233; tout, nous n'avons pas encore cess&#233; d'&#234;tre des r&#233;volutionnaires (bien que beaucoup disent, et m&#234;me pas tout &#224; fait sans raison que nous sommes bureaucratis&#233;s) et nous ne pouvons comprendre cette simple v&#233;rit&#233; qu'en entreprenant une t&#226;che extr&#234;mement difficile, et nouvelle pour nous, il faut savoir recommencer d&#232;s le d&#233;but &#224; plusieurs reprises&#8230; L'Etat est entre nos mains&#8230; mais l'Etat n'a pas fonctionn&#233; comme nous l'entendions. Et comment a-t-il fonctionn&#233; ? La voiture n'ob&#233;it pas : un homme est bien assis au volant qui semble la diriger, mais la voiture ne roule pas dans la direction voulue ; elle va o&#249; la pousse une autre force ill&#233;gale, force illicite, force venant d'on ne sait o&#249; &#8211; o&#249; poussent les sp&#233;culateurs, ou peut-&#234;tre les capitalistes priv&#233;s, ou peut-&#234;tre les uns et les autres &#8211; mais la voiture ne roule pas tout &#224; fait et, bien souvent, pas du tout, comme se l'imagine celui qui est au volant&#8230; Le pouvoir politique, nous en avons autant qu'il faut&#8230; La force &#233;conomique est entre nos mains&#8230; Qu'est-ce donc qui manque ? C'est clair, ce qui manque, c'est la culture chez les communistes dirigeants. De fait, si nous consid&#233;rons Moscou &#8211; 4700 communistes responsables &#8211; et si nous consid&#233;rons la machine bureaucratique, cette masse &#233;norme, qui donc m&#232;ne et qui est men&#233; ? Je doute fort qu'on puisse dire que les communistes m&#232;nent. C'est eux qui sont men&#233;s&#8230; Les communistes qui se mettent &#224; la t&#234;te des institutions &#8211; parfois des saboteurs les y poussent habilement, &#224; dessein, pour se faire une enseigne &#8211; se trouvent tr&#232;s souvent dup&#233;s. Aveu tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able. Ou, du moins, pas tr&#232;s agr&#233;able. Mais il faut le faire, me semble-t-il, car c'est, &#224; pr&#233;sent, le n&#339;ud de la question. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours au XIe Congr&#232;s du parti bolchevik, L&#233;nine insistait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je dois toucher le c&#244;t&#233; pratique de la question concernant les organismes sovi&#233;tiques, les grandes administrations et l'attitude du parti &#224; leur &#233;gard. Il s'est &#233;tabli des rapports d&#233;fectueux entre le parti et les institutions sovi&#233;tiques ; nous sommes tous absolument d'accord l&#224;-dessus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons des bureaucrates non seulement dans nos administrations sovi&#233;tiques, mais aussi dans les organisations du parti. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine avait parfaitement conscience des difficult&#233;s de la situation et de ses dangers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'est pas douteux qu'&#224; l'heure actuelle notre parti est insuffisamment prol&#233;tarien dans sa composition. Je pense que personne ne peut le nier, et un simple regard sur la statistique confirmera cette th&#232;se. Depuis la guerre, les effectifs des ouvriers de fabrique et d'usine en Russie sont devenus moins prol&#233;tariens qu'auparavant, car durant la guerre ceux qui voulaient &#233;chapper au service militaire sont entr&#233;s en usine. C'est un fait connu de tous. D'autre part, il est &#233;galement certain que notre parti est aujourd'hui moins &#233;duqu&#233; politiquement, en g&#233;n&#233;ral et en moyenne qu'il ne le faudrait pour une direction effectivement prol&#233;tarienne &#224; un moment aussi difficile, surtout &#233;tant donn&#233; l'&#233;norme pr&#233;dominance de la paysannerie qui s'&#233;veille rapidement &#224; une politique de classe ind&#233;pendante. Ensuite il faut prendre en consid&#233;ration le fait que la tentation d'entrer dans un parti gouvernemental est &#224; pr&#233;sent extr&#234;mement grande&#8230; Si l'on ne ferme pas les yeux devant la r&#233;alit&#233;, il faut reconna&#238;tre qu'actuellement la politique prol&#233;tarienne du parti est d&#233;termin&#233;e non par ses effectifs, mais par l'autorit&#233; immense et sans partage de cette couche tr&#232;s mince que l'on peut appeler la vieille garde du parti. Il suffit d'une faible lutte intestine au sein de cette couche pour que son autorit&#233; soit, sinon ruin&#233;e, du moins affaiblie au point que la d&#233;cision ne d&#233;pendra plus d'elle&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qu'&#233;crivait L&#233;nine le 26 mars 1922&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de 1922, son diagnostic &#233;tait encore plus n&#233;gatif sur la relation entre l'Etat et la bureaucratie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous appelons n&#244;tre un appareil qui, de fait, nous est encore fonci&#232;rement &#233;tranger et repr&#233;sente un salmigondis de survivances bourgeoises et tsaristes, qu'il nous &#233;tait absolument impossible de transformer en cinq ans faute d'avoir l'aide d'autres pays et alors que pr&#233;dominaient les &#171; pr&#233;occupations &#187; militaires et la lutte contre la famine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses deux derniers articles, il attaque directement et nomm&#233;ment la bureaucratie et ses chefs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'estime que le moment est justement venu o&#249; nous devons nous occuper comme il convient, avec tout le s&#233;rieux voulu, de notre appareil d'Etat&#8230; Parlons net. Le Commissariat du peuple de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne (celui que dirige directement Staline &#8211; notre M et R) ne jouit pas &#224; l'heure actuelle d'une ombre de prestige. Tout le monde sait qu'il n'est point d'institution plus mal organis&#233;es que celles relevant de notre Inspection ouvri&#232;re et paysanne, et que dans les conditions actuelles on ne peut rien exiger de ce Commissariat&#8230; Mais je demande &#224; n'importe lequel des dirigeants actuels de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne ou des personnes rattach&#233;es &#224; ce commissariat : peut-il me dire franchement quelle est l'utilit&#233; pratique de ce commissariat du peuple qu'est l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nahuel Moreno &#233;crivait dans &#171; La dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La majorit&#233; du SU (une direction se r&#233;clamant injustement du trotskysme) d&#233;fend avant tout le &#034;pluripartisme sovi&#233;tique&#034;. Mais ce &#034;pluripartisme sovi&#233;tique&#034; ne signifie pas dans sa bouche la l&#233;galit&#233; pour les partis autoris&#233;s par le soviet r&#233;volutionnaire, mais la l&#233;galit&#233; pour tous les partis politiques existant dans le pays, y compris les partis contre-r&#233;volutionnaires. Dans ce sens la majorit&#233; est explicite : &#034;... des conseils de travailleurs r&#233;ellement repr&#233;sentatifs et d&#233;mocratiquement &#233;lus ne peuvent exister que si les masses ont le droit d'y &#233;lire tous ceux qu'elles choisissent, sans distinctions et sans pr&#233;condition restrictive quant aux convictions id&#233;ologiques et politiques des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus&#034;. Et elle continue : &#034;De m&#234;me, les conseils de travailleurs ne peuvent fonctionner d&#233;mocratiquement que si tous les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus&#034; ind&#233;pendamment de leurs &#034;convictions id&#233;ologiques et politiques&#034;, &#034;jouissent du droit de pouvoir constituer des groupes, des tendances ou des partis, s'ils ont acc&#232;s aux moyens de diffusion massive...&#034; Et s'il nous reste quelque doute, ils nous disent un peu plus loin que la &#034;d&#233;mocratie ouvri&#232;re&#034; n'est possible que dans la mesure o&#249; existe&#034;... le droit des masses d'&#233;lire tous ceux qu'elles choisissent et la libert&#233; d'organisation politique pour ceux qui ont &#233;t&#233; &#233;lus (y compris des gens avec des id&#233;ologies ou un programme bourgeois ou petit-bourgeois).&#034; (SU, 1977).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous trouvons ici, une fois de plus, confront&#233;s au pi&#232;ge d'une analyse et d'un programme individualistes, d&#233;mocratiques-bourgeois, sous un d&#233;guisement marxiste. Le SU est pour la &#034;libert&#233; politique illimit&#233;e&#034; de tous les partis. Au lieu de le dire clairement, et ainsi son argumentation serait-elle digne de Lincoln ou Bernstein, il se cache derri&#232;re des &#034;d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus&#034;. Ce ne sont pas les soviets, la classe ouvri&#232;re en tant que classe qui d&#233;cident, mais des individus, les d&#233;l&#233;gu&#233;s, tout &#224; fait ind&#233;pendamment de ce que la classe et le soviet d&#233;cident d&#233;mocratiquement, &#224; leur majorit&#233;. Cela signifie, si nous l'appliquons actuellement &#224; l'Iran, que dans les soviets, le parti du Shah serait enti&#232;rement l&#233;gal, puisqu'il existe pas de pays o&#249; il n'y ait pas au minimum un d&#233;l&#233;gu&#233; &#233;lu, partisan de la contre-r&#233;volution. Il y eut en Russie des organisations syndicales de masse qui d&#233;cid&#232;rent d&#233;mocratiquement de lutter aux c&#244;t&#233;s des arm&#233;es blanches, contre l'Arm&#233;e Rouge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le soviet est un front unique de masse pour l'action r&#233;volutionnaire, et seuls les partis politiques en accord avec ce front unique peuvent en faire partie. Il peut y avoir des ouvriers et des d&#233;l&#233;gu&#233;s avec des positions confuses, qui continuent &#224; soutenir des partis contre-r&#233;volutionnaires. Mais en tant que partis, seuls ceux qui sont en accord avec le front unique r&#233;volutionnaire qu'est le soviet peuvent y &#234;tre pr&#233;sents. Il se passe exactement la m&#234;me chose dans les syndicats : il ne peut y &#234;tre pr&#233;sent que les partis et adh&#233;rents qui reconnaissent la n&#233;cessit&#233; de se d&#233;fendre de l'exploitation capitaliste sur le terrain &#233;conomique. En g&#233;n&#233;ral et historiquement, le trotskysme se prononce pour le pluripartisme sovi&#233;tique, mais seulement s'il est compris comme le droit, de la part du soviet, de d&#233;cider quels partis il lui faut reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le contraire de ce qu'affirme la r&#233;solution du SU. Le pluripartisme sovi&#233;tique n'est pas une norme absolue, mais relative. C'est pourquoi, dialectiquement, le pluripartisme sovi&#233;tique peut se transformer, dans certaines circonstances, en son contraire, le parti unique sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme ce sont les soviets r&#233;volutionnaires qui d&#233;cident &#224; chaque instant quels sont les partis l&#233;gaux, cela peut mener dans certaines circonstances au fait qu'un seul parti ou seulement deux ou trois, le soient. Et pour en d&#233;cider, il faut prendre en compte l'appr&#233;ciation concr&#232;te permettant de savoir quels partis sont r&#233;volutionnaires et lesquels sont contre-r&#233;volutionnaires. Par principe, nous ne sommes pas oblig&#233;s de l&#233;galiser les partis contre-r&#233;volutionnaires mais bien les partis r&#233;volutionnaires. C'est l&#224; le v&#233;ritable concept trotskyste. L&#233;nine signalait clairement, &#224; un moment de la R&#233;volution Russe, que &#034;lorsqu'on nous reproche la dictature d'un seul parti et qu'on propose, comme vous l'avez entendu, un front unique socialiste, nous disons : Dictature d'un seul parti, oui ! Telle est notre position et nous ne pouvons quitter ce terrain...&#034; (L&#233;nine, 1919 ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; un exemple de plus du fait qu'il n'y a pas, pour les trotskystes, de normes fig&#233;es. Nous sommes tout &#224; fait oppos&#233;s &#224; la norme stalinienne qui soutient que toujours, sous la dictature du prol&#233;tariat, c'est seulement le parti qui exerce la dictature qui est l&#233;gal ; mais nous sommes aussi oppos&#233;s au principe eurotrotskyste selon lequel toujours, sans exception, il doit y avoir pluripartisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disons que tout d&#233;pend du processus de la lutte de classes et des besoins de la dictature r&#233;volutionnaire, du type de rapports qui s'&#233;tablissent entre les partis dans les premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution. Nous ne pouvons pas dire quelles seront les normes qui, dans cette premi&#232;re &#233;tape, r&#233;glementeront les rapports entre les partis opportunistes bureaucratiques et les partis r&#233;volutionnaires du mouvement ouvrier, parce que cela d&#233;pendra de rapports qui s'imposeront par la force, et non pas par des m&#233;canismes constitutionnels, entre les deux principaux secteurs du mouvement ouvrier et leurs superstructures politiques. S'il y a mobilisation permanente des travailleurs, les partis r&#233;volutionnaires seront pr&#233;dominants, et il y aura m&#234;me de nouveaux partis r&#233;volutionnaires qui appara&#238;tront. S'il y a passivit&#233; et calme, ce seront les secteurs bureaucratiques, l'aristocratie ouvri&#232;re. Et de cette loi g&#233;n&#233;rale d&#233;couleront les diff&#233;rents types de rapports possibles entre la dictature du prol&#233;tariat et les partis ouvriers. C'est pourquoi nous insistons sur le fait que ce qui est fondamental n'est pas parti unique ou pluripartisme. Aucune norme ne peut se substituer au processus vivant de la mobilisation permanente et au r&#244;le que joue dans son cadre le parti r&#233;volutionnaire, les deux facteurs absents en permanence des th&#232;ses du SU. Dire les choses dans les termes o&#249; le fait la r&#233;solution est mettre la charrue avant les boeufs. Que le soviet soit ou non pluripartiste d&#233;pendra en derni&#232;re instance du degr&#233; de mobilisation des travailleurs et de l'existence ou non d'un parti r&#233;volutionnaire &#224; m&#234;me de donner un caract&#232;re permanent &#224; cette mobilisation ; mais ce ne peut jamais &#234;tre l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la situation n'est pas critique, et la force de la contre-r&#233;volution peu importante, si les partis aristocratiques et bureaucratiques acceptent &#224; contre-coeur le cours r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, il est possible qu'ils soient tout &#224; fait l&#233;gaux ou jouissent d'une certaine marge de l&#233;galit&#233;. Mais, si ce n'est pas le cas, si la contre-r&#233;volution est encore tr&#232;s puissante, il est possible qu'il soit n&#233;cessaire de les ill&#233;galiser, d'une mani&#232;re relative ou totale. La m&#234;me chose peut survenir pour des partis opportunistes qui parviendraient &#224; dominer le pouvoir ouvrier et, se sentant s&#251;rs d'eux, dans une situation de stabilit&#233; relative, accorderaient une certaine l&#233;galit&#233; au parti r&#233;volutionnaire. Nous ne perdons pas de vue cette possibilit&#233;, dans une &#233;tape d&#233;termin&#233;e du processus r&#233;volutionnaire, bien que nous pensions que la tendance certaine de la bureaucratie - que ce soit dans un syndicat, dans un parti ou dans un &#233;tat ouvrier - soit la domination bureaucratique totale, et par cons&#233;quent le parti unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout changera au fur et &#224; mesure du d&#233;veloppement de la r&#233;volution socialiste mondiale. Il est possible que l'affaiblissement des partis opportunistes provoque l'apparition de grandes fractions ou partis r&#233;volutionnaires qui seront inconditionnellement en faveur de la r&#233;volution mais refl&#233;teront diff&#233;rents secteurs politiques du mouvement ouvrier. Evidemment, ces partis devraient &#234;tre compl&#232;tement l&#233;gaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky, &#171; La Commune de Paris et la Russie des soviets &#187; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le court &#233;pisode de la premi&#232;re r&#233;volution faite par le prol&#233;tariat pour le prol&#233;tariat s'est termin&#233; par le triomphe de ses ennemis. Cet &#233;pisode (du 18 mars au 28 mai) a dur&#233; 72 jours&#034;. (P.L. Lavrov, La Commune de Paris. du 18 mars 1871. Petrograd, 1919, p. 160).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'impr&#233;paration des partis socialistes de la Commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune de Paris de 1871 a &#233;t&#233; la premi&#232;re tentative historique - faible encore - de domination de la classe ouvri&#232;re. Nous ch&#233;rissons le souvenir de la Commune en d&#233;pit de son exp&#233;rience par trop restreinte, du manque de pr&#233;paration de ses membres, du caract&#232;re confus de son programme, de l'absence d'unit&#233; parmi ses dirigeants, de l'ind&#233;cision de ses projets, de l'irr&#233;m&#233;diable confusion dans l'ex&#233;cution, et de l'effroyable d&#233;sastre qui en r&#233;sulta fatalement. Nous saluons dans la Commune, selon une expression de Lavrov, &#034;la premi&#232;re aurore, encore bien p&#226;le, de la premi&#232;re R&#233;publique du prol&#233;tariat&#034;. Kautsky ne l'entend pas du tout ainsi. Consacrant la plus grande partie de son livre &#224; &#233;tablir une opposition grossi&#232;rement tendancieuse entre la Commune et le pouvoir sovi&#233;tique, il voit les qualit&#233;s pr&#233;dominantes de la Commune l&#224; o&#249; nous voyons son malheur et ses torts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky d&#233;montre avec application que la Commune de Paris ne fut pas pr&#233;par&#233;e &#034;artificiellement&#034; mais qu'elle surgit &#224; l'improviste, en prenant les r&#233;volutionnaires par surprise, contrairement &#224; la r&#233;volution d'Octobre, qui fut minutieusement pr&#233;par&#233;e par notre parti. C'est indiscutable. N'ayant pas le courage de formuler clairement ses id&#233;es profond&#233;ment r&#233;actionnaires, Kautsky ne nous dit pas franchement si les r&#233;volutionnaires parisiens de 1871 m&#233;ritent d'&#234;tre approuv&#233;s pour n'avoir pas pr&#233;vu l'insurrection prol&#233;tarienne et, partant, pour ne pas s'y &#234;tre pr&#233;par&#233;s, et si nous devons &#234;tre bl&#226;m&#233;s pour avoir pr&#233;vu l'in&#233;vitable et pour &#234;tre all&#233;s consciemment &#224; la rencontre des &#233;v&#233;nements. Mais tout l'expos&#233; de Kautsky est con&#231;u de mani&#232;re &#224; provoquer dans l'esprit du lecteur pr&#233;cis&#233;ment cette impression : un malheur s'est tout bonnement abattu sur les communards (le philistin bavarois Vollmar n'a-t-il pas, un jour, regrett&#233; que les communards ne soient pas all&#233;s se coucher plut&#244;t que de prendre le pouvoir ?) et c'est pourquoi ils m&#233;ritent toute notre indulgence ; les bolcheviks, eux, sont all&#233;s consciemment au devant du malheur (la conqu&#234;te du pouvoir) et c'est pourquoi il ne leur sera pardonn&#233; ni dans ce monde, ni dans l'autre. Poser la question de la sorte peut para&#238;tre d'une incroyable absurdit&#233;. Il n'en est pas moins vrai que cela d&#233;coule in&#233;vitablement de la position des &#034;ind&#233;pendants kautskystes&#034; qui rentrent l&#224; t&#234;te dans leurs &#233;paules pour ne rien voir, pour ne rien pr&#233;voir, et qui ne peuvent faire un pas en avant s'ils n'ont re&#231;u au pr&#233;alable une bonne bourrade dans le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Humilier Paris, &#233;crit Kautsky, lui refuser l'autonomie, le destituer de son titre de capitale, le d&#233;sarmer pour s'aventurer ensuite, en toute s&#233;curit&#233;, dans un coup d'Etat monarchiste, telle &#233;tait la t&#226;che capitale de l'Assembl&#233;e Nationale et de Thiers qu'elle venait d'&#233;lire chef du pouvoir ex&#233;cutif. De cette situation naquit le conflit qui devait mener &#224; l'insurrection parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;On voit &#224; quel point est diff&#233;rent le coup d'Etat accompli par le bolchevisme, qui puisa sa force dans les aspirations &#224; la paix, qui avait derri&#232;re lui la masse paysanne ; qui, &#224; l'Assembl&#233;e Nationale, n'avait pas de monarchistes contre lui, mais des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les bolcheviks sont parvenus au pouvoir par une r&#233;volution bien pr&#233;par&#233;e, qui leur mit d'un coup entre les mains toute la machine gouvernementale, dont ils tirent &#224; l'heure actuelle le parti le plus &#233;nergique et le plus impitoyable pour soumettre leurs adversaires, y compris ceux qui appartiennent au prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En revanche, personne ne fut plus &#233;tonn&#233; de l'insurrection de la Commune que les r&#233;volutionnaires eux-m&#234;mes, et pour beaucoup de ceux-ci ce conflit &#233;tait au plus haut point ind&#233;sirable&#034; (p. 44).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de se faire une id&#233;e bien nette du sens r&#233;el de ce qui est dit ici par Kautsky &#224; propos des communards, nous apporterons l'int&#233;ressant t&#233;moignage suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le 1er mars 1871, &#233;crit Lavrov dans son livre instructif sur la Commune, c'est-&#224;-dire six mois apr&#232;s la chute de l'Empire et quelques avant l'explosion de la Commune, les personnalit&#233;s dirigeantes de l'Internationale &#224; Paris n'avaient toujours pas de programme politique d&#233;fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Apr&#232;s le 18 mars, Paris &#233;tait aux mains du prol&#233;tariat, mais ses leaders, d&#233;concert&#233;s par leur puissance inattendue, ne prirent pas les mesures les plus &#233;l&#233;mentaires [1]&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Vous n'&#234;tes pas taill&#233;s pour votre r&#244;le, votre seul souci est de vous d&#233;gager&#034;, d&#233;clara un membre du Comit&#233; central de la Garde Nationale. &#034;Il y avait l&#224; beaucoup de v&#233;rit&#233; - &#233;crit Lissagaray , participant et historien de la Commune - mais, au moment m&#234;me de l'action, le manque d'organisation pr&#233;alable et de pr&#233;paration provient trop souvent du fait que les r&#244;les incombent &#224; des hommes qui ne sont pas de taille &#224; les remplir [2]&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ressort d&#233;j&#224; de ce qui pr&#233;c&#232;de (plus loin, ce sera plus &#233;vident encore) que si les socialistes parisiens n'ont pas entrepris de lutte directe pour le pouvoir, cela s'explique par leur inconsistance th&#233;orique et leur d&#233;sarroi politique, et nullement par des consid&#233;rations de tactique plus &#233;lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est hors de doute que la fid&#233;lit&#233; du m&#234;me Kautsky aux traditions de la Commune se traduira surtout par le profond &#233;tonnement avec lequel il accueillera la R&#233;volution prol&#233;tarienne en Allemagne, o&#249; il ne voit qu'&#034;un conflit au plus haut degr&#233; ind&#233;sirable&#034;. Nous doutons cependant que les g&#233;n&#233;rations futures lui en fassent un m&#233;rite. L'essence m&#234;me de son analogie historique n'est, devons-nous dire, qu'un m&#233;lange de confusion, de r&#233;ticences et de truquages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intentions que Thiers nourrissait &#224; l'&#233;gard de Paris, Milioukov, soutenu ouvertement par Tchernov et Tseretelli, les nourrissait &#224; l'&#233;gard de Petersbourg. De Kornilov &#224; Potressov, tous r&#233;p&#233;taient jour apr&#232;s jour que Petersbourg s'&#233;tait isol&#233; du pays, qu'il n'avait plus rien de commun avec celui-ci, et que, d&#233;prav&#233; jusqu'&#224; la moelle, il voulait lui imposer sa volont&#233;. Abattre et humilier Petersbourg, telle &#233;tait la t&#226;che premi&#232;re de Milioukov et de ses acolytes. Et cela se passait &#224; l'&#233;poque o&#249; Petersbourg &#233;tait le v&#233;ritable foyer de la r&#233;volution qui n'avait pas encore r&#233;ussi &#224; s'affermir dans les autres parties du pays. Afin de lui faire donner une bonne le&#231;on, Rodzianko, ex-pr&#233;sident de la Douma, parlait ouvertement de livrer Petersbourg aux Allemands comme on avait d&#233;j&#224; livr&#233; Riga. Rodzianko ne faisait qu'&#233;noncer ce qui constituait la t&#226;che de Milioukov, et que Kerensky appuyait de toute sa politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milioukov voulait, &#224; l'exemple de Thiers, d&#233;sarmer le prol&#233;tariat. Mais ce qui &#233;tait pire encore, c'est que par l'entremise de Kerensky, Tchernov et Tseretelli, le prol&#233;tariat de Petersbourg avait &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233; en juillet 1917. Il s'&#233;tait de nouveau partiellement r&#233;arm&#233; lors de l'offensive de Kornilov sur Petersbourg en ao&#251;t, Et ce r&#233;armement fut un &#233;l&#233;ment s&#233;rieux pour la pr&#233;paration de l'insurrection d'octobre-novembre. De sorte que ce sont pr&#233;cis&#233;ment les points sur lesquels Kautsky oppose l'insurrection de mars des ouvriers parisiens &#224; notre r&#233;volution d'octobre qui co&#239;ncident dans une tr&#232;s large mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en quoi diff&#232;rent-elles ? Avant tout, en ce que Thiers a r&#233;alis&#233; ses sinistres projets : Paris fut &#233;trangl&#233; et des dizaines de milliers d'ouvriers massacr&#233;s. Milioukov, lui, s'est piteusement effondr&#233; : Petersbourg est rest&#233; la citadelle inexpugnable du prol&#233;tariat, et les leaders de la bourgeoisie russe sont all&#233;s en Ukraine solliciter l'occupation de la Russie par les arm&#233;es du Kaiser. Cette diff&#233;rence est due en grande partie &#224; notre faute, et nous sommes pr&#234;ts &#224; en porter la responsabilit&#233;. Il y a aussi une diff&#233;rence capitale, qui s'est faite plus d'une fois sentir dans le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements, dans le fait suivant : tandis que les communards partaient de pr&#233;f&#233;rence de consid&#233;rations patriotiques, nous nous placions invariablement du point de vue de la r&#233;volution internationale. La d&#233;faite de la Commune a men&#233; &#224; l'effondrement de fait de la Premi&#232;re Internationale. La victoire du pouvoir sovi&#233;tique a conduit &#224; la fondation de la Troisi&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Marx, &#224; la veille m&#234;me de l'insurrection, conseillait aux communards, non de se soulever, mais de cr&#233;er une organisation ! On pourrait &#224; la rigueur comprendre que Kautsky cite ce t&#233;moignage pour montrer que Marx avait sous-estim&#233; l'acuit&#233; de la situation &#224; Paris. Mais Kautsky s'efforce d'exploiter le conseil de Marx comme preuve du caract&#232;re bl&#226;mable de l'insurrection en g&#233;n&#233;ral. Pareil &#224; tous les mandarins de la social-d&#233;mocratie allemande, Kautsky voit avant tout dans l'organisation une entrave &#224; l'action r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on se limite &#224; la question de l'organisation en tant que telle, il ne faut pas oublier que la r&#233;volution d'Octobre a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e par les neuf mois d'existence du gouvernement de K&#233;rensky, pendant lesquels notre parti s'est occup&#233;, non sans succ&#232;s, non seulement d'agitation, mais aussi d'organisation. La r&#233;volution d'Octobre a eu lieu apr&#232;s que nous ayons conquis l'&#233;crasante majorit&#233; dans les Soviets d'ouvriers et de soldats de Petersbourg, de Moscou et en g&#233;n&#233;ral dans tous les centres industriels du pays, et transform&#233; les Soviets en organisation dirig&#233;es par notre parti. Chez les communards il n'y eut rien de semblable. Enfin, nous avions derri&#232;re nous l'h&#233;ro&#239;que Commune de Paris, de l'effondrement de laquelle nous avions tir&#233; cette d&#233;duction que les r&#233;volutionnaires doivent pr&#233;voir les &#233;v&#233;nements et s'y pr&#233;parer. Voil&#224; encore un de nos torts&lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune de Paris et le terrorisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky ne fait sa vaste comparaison entre la Commune et la Russie sovi&#233;tique que pour calomnier et humilier la dictature du prol&#233;tariat vivante et victorieuse au profit d'une tentative de dictature qui remonte &#224; un pass&#233; d&#233;j&#224; assez lointain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky cite avec une extraordinaire satisfaction une d&#233;claration du Comit&#233; Central de la garde nationale en date du 19 mars, au sujet de l'assassinat par les soldats de deux g&#233;n&#233;raux : &#034;Nous le disons avec indignation : la boue sanglante dont on essaie de fl&#233;trir notre honneur est une ignoble infamie. Jamais un arr&#234;t d'ex&#233;cution n'a &#233;t&#233; sign&#233; par nous ; jamais la garde nationale n'a pris part &#224; l'ex&#233;cution d'un crime [3] &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que le Comit&#233; Central n'avait aucune raison de prendre sur lui la responsabilit&#233; d'un meurtre dans lequel il n'&#233;tait pour rien. Mais le ton path&#233;tique et sentimental de la d&#233;claration caract&#233;rise tr&#232;s clairement la timidit&#233; politique de ces hommes devant l'opinion publique bourgeoise. Ce n'est pas &#233;tonnant. Les repr&#233;sentants de la garde nationale &#233;taient pour la plupart des hommes au pass&#233; r&#233;volutionnaire fort modeste. &#034;Il n'y a, &#233;crit Lissagaray, pas un nom connu. Tous les &#233;lus sont des petits-bourgeois, boutiquiers, employ&#233;s, &#233;trangers aux coteries, jusque-l&#224; m&#234;me &#224; la politique pour la plupart&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le sentiment discret, quelque peu craintif, de sa terrible responsabilit&#233; historique, et le d&#233;sir d'y &#233;chapper au plus t&#244;t - &#233;crit Lavrov &#224; ce sujet - perce dans toutes les proclamations de ce Comit&#233; Central entre les mains duquel &#233;tait tomb&#233; le destin de Paris&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant cit&#233;, pour nous faire honte, cette d&#233;claration sur l'effusion de sang, Kautsky critique ensuite, suivant en cela Marx et Engels, l'ind&#233;cision de la Commune : &#034;Si les Parisiens [c'est-&#224;-dire les communards] s'&#233;taient lanc&#233;s pour de bon &#224; la poursuite de Thiers, peut-&#234;tre auraient-ils r&#233;ussi &#224; s'emparer du gouvernement. Les troupes qui se retiraient de Paris n'auraient pu leur opposer la moindre r&#233;sistance [...]. Mais Thiers put battre en retraite sans encombre. On lui permit de se retirer avec son arm&#233;e, de la r&#233;organiser &#224; Versailles, de lui insuffler un nouveau moral et de la renforcer&#034; (p. 49).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky ne peut pas comprendre que ce sont les m&#234;mes hommes, et pour les m&#234;mes raisons, qui ont publi&#233; la d&#233;claration cit&#233;e du 19 mars et qui ont permis &#224; Thiers de se retirer sans coup f&#233;rir et de regrouper son arm&#233;e. Si les communards avaient vaincu en exer&#231;ant une influence purement morale, leur d&#233;claration aurait &#233;t&#233; d'un grand poids. Mais cela n'a pas &#233;t&#233; le cas. En fait, leur humanitarisme sentimental n'&#233;tait que l'envers de leur passivit&#233; r&#233;volutionnaire. Des hommes &#224; qui par la volont&#233; du sort est &#233;chu le gouvernement de Paris, et qui ne comprennent pas la n&#233;cessit&#233; de s'en servir imm&#233;diatement et jusqu'au bout pour se lancer &#224; la poursuite de Thiers, pour l'&#233;craser compl&#232;tement avant qu'il ait eu le temps de se reprendre, pour concentrer les troupes dans leurs mains, pour proc&#233;der &#224; l'&#233;puration indispensable du corps de commandement, pour s'emparer de la province - de tels hommes ne pouvaient &#233;videmment pas &#234;tre dispos&#233;s &#224; s&#233;vir rigoureusement contre les &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires. Les deux choses sont &#233;troitement li&#233;es. On ne peut se lancer &#224; la poursuite de Thiers sans arr&#234;ter ses agents &#224; Paris et sans fusiller les conspirateurs et les espions. Si l'on consid&#232;re l'assassinat des g&#233;n&#233;raux contre-r&#233;volutionnaires comme un crime abominable, il est impossible de galvaniser les &#233;nergies pour poursuivre les troupes qui sont command&#233;es par des g&#233;n&#233;raux contre-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;volution, la plus grande humanit&#233; n'est autre que la plus grande &#233;nergie. &#034;Ce sont pr&#233;cis&#233;ment, &#233;crit fort justement Lavrov, ceux qui attachent tant de prix &#224; la vie humaine, au sang humain, qui doivent mettre tout en &#339;uvre pour obtenir une victoire rapide et d&#233;cisive et qui, ensuite, doivent agir au plus vite et &#233;nergiquement pour soumettre l'ennemi ; car ce n'est que par cette mani&#232;re de proc&#233;der que l'on peut obtenir le minimum de pertes in&#233;vitables et le minimum de sang vers&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration du 19 mars peut cependant &#234;tre appr&#233;ci&#233;e plus correctement si on l'envisage non comme une profession de foi absolue, mais comme l'expression d'un &#233;tat d'esprit passager au lendemain d'une victoire inattendue obtenue sans la moindre effusion de sang. Totalement &#233;tranger &#224; la compr&#233;hension de la dynamique de la r&#233;volution et de la d&#233;termination interne de son &#233;tat d'esprit qui &#233;volue rapidement, Kautsky pense au moyen de formules mortes et d&#233;forme la perspective des &#233;v&#233;nements par des analogies arbitraires. Il ne comprend pas que cette ind&#233;cision g&#233;n&#233;reuse en g&#233;n&#233;ral naturelle aux masses dans la premi&#232;re &#233;poque de la r&#233;volution. Les ouvriers ne passent &#224; l'offensive que sous l'empire d'une n&#233;cessit&#233; de fer, comme ils ne passent &#224; la terreur rouge que sous la menace des massacres contre-r&#233;volutionnaires. Ce que Kautsky d&#233;peint comme le r&#233;sultat d'une morale particuli&#232;rement &#233;lev&#233;e du prol&#233;tariat parisien de 1871, ne fait en r&#233;alit&#233; que caract&#233;riser la premi&#232;re &#233;tape de la guerre civile. Des faits semblables ont &#233;t&#233; &#233;galement observ&#233;s chez nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Petersbourg, nous avons conquis le pouvoir en octobre-novembre 1917 presque sans effusion de sang, et m&#234;me sans arrestations. Les ministres du gouvernement de K&#233;rensky ont &#233;t&#233; remis en libert&#233; aussit&#244;t apr&#232;s la r&#233;volution. Bien plus, le g&#233;n&#233;ral cosaque Krasnov, qui avait attaqu&#233; Petersbourg de concert avec K&#233;rensky apr&#232;s que le pouvoir f&#251;t pass&#233; au soviet, et qui avait &#233;t&#233; fait prisonnier &#224; Gatchina, fut remis en libert&#233; contre sa parole d'honneur d&#232;s le lendemain. Cette &#034;magnanimit&#233;&#034; &#233;tait bien dans l'esprit des premiers jours de la Commune, mais elle n'en fut pas moins une erreur. Le g&#233;n&#233;ral Krasnov, apr&#232;s avoir guerroy&#233; contre nous pendant pr&#232;s d'un an dans le Sud, apr&#232;s avoir massacr&#233; plusieurs milliers de communistes, a r&#233;cemment attaqu&#233; une nouvelle fois Petersbourg, cette fois dans les rangs de l'arm&#233;e de Youd&#233;nitch. La r&#233;volution prol&#233;tarienne ne se fit plus dure qu'apr&#232;s le soul&#232;vement des junkers &#224; Petersbourg et surtout apr&#232;s la r&#233;volte (tram&#233;e par les cadets, les socialistes-r&#233;volutionnaires, les mencheviks) des tch&#233;coslovaques dans la r&#233;gion de la Volga - o&#249; les communistes furent extermin&#233;s en masse - apr&#232;s l'attentat contre L&#233;nine, l'assassinat d'Ouritsky, etc, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#234;mes tendances, mais seulement dans leurs premi&#232;res phases, nous les observons aussi dans l'histoire de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouss&#233;e par la logique de la lutte, celle-ci entra en mati&#232;re de principe dans la voie de l'intimidation. La cr&#233;ation du Comit&#233; de Salut public &#233;tait dict&#233;e pour beaucoup de ses partisans par l'id&#233;e de la terreur rouge. Ce comit&#233; avait pour objet de &#034;faire tomber les t&#234;tes des tra&#238;tres&#034; et de &#034;r&#233;primer les trahisons&#034; (s&#233;ances du 30 avril et du 1er mai). Parmi les d&#233;crets d'&#034;intimidation&#034;, il convient de signaler l'ordonnance (du 3 avril) sur la s&#233;questration des biens de Thiers et de ses ministres, la d&#233;molition de sa maison, le renversement de la colonne Vend&#244;me, et en particulier le d&#233;cret sur les otages. Pour chaque prisonnier ou partisan de la Commune fusill&#233; par les Versaillais, on devait fusiller trois otages. Les mesures prises par la Pr&#233;fecture de police, dirig&#233;e par Raoul Rigault, &#233;taient d'un caract&#232;re purement terroriste, quoiqu'elles ne fussent pas toujours adapt&#233;es au but poursuivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'efficacit&#233; de toutes ces mesures d'intimidation fut paralys&#233;e par l'inconsistance et l'&#233;tat d'esprit conciliateur des &#233;l&#233;ments dirigeants de la Commune, par leurs efforts pour faire accepter le fait accompli &#224; la bourgeoisie au moyen de phrases pitoyables, par leurs oscillations entre la fiction de la d&#233;mocratie et la r&#233;alit&#233; de la dictature. Cette derni&#232;re id&#233;e est admirablement formul&#233;e par Lavrov dans son livre sur la Commune :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le Paris des riches bourgeois et des prol&#233;taires mis&#233;reux, en tant que communaut&#233; politique des diff&#233;rentes classes, exigeait au nom des principes lib&#233;raux une compl&#232;te libert&#233; de parole, de r&#233;union, de critique du gouvernement, etc. Le Paris qui venait d'accomplir la r&#233;volution dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat, et qui s'&#233;tait donn&#233; pour but de la r&#233;aliser dans les institutions, r&#233;clamait, en tant que communaut&#233; du prol&#233;tariat ouvrier &#233;mancip&#233;, des mesures r&#233;volutionnaires, c'est-&#224;-dire dictatoriales, vis-&#224;-vis des ennemis du nouveau r&#233;gime&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Commune de Paris n'&#233;tait pas tomb&#233;e, si elle avait pu se maintenir dans une lutte ininterrompue, il ne peut y avoir de doute qu'elle aurait &#233;t&#233; oblig&#233;e de recourir &#224; des mesures de plus en plus rigoureuses pour &#233;craser la contre-r&#233;volution. Il est vrai que Kautsky n'aurait pas eu alors la possibilit&#233; d'opposer les communards humanitaires aux bolcheviks inhumains. En revanche, Thiers n'aurait pu commettre sa monstrueuse saign&#233;e du prol&#233;tariat de Paris. L'histoire y aurait peut-&#234;tre trouv&#233; son compte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Comit&#233; Central arbitraire et la Commune &#034;d&#233;mocratique&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le 19 mars, rapporte Kautsky, au Comit&#233; Central de la garde nationale, les uns exig&#232;rent qu'on marche sur Versailles, les autres qu'on en appelle aux &#233;lecteurs, les troisi&#232;mes qu'on recoure avant tout aux mesures r&#233;volutionnaires, comme si chacun de ces pas - nous apprend notre auteur avec une grande profondeur d'esprit - n'&#233;tait pas &#233;galement n&#233;cessaire et comme si l'un e&#251;t exclu l'autre&#034; (p. 54).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les lignes qui suivent, Kautsky, au sujet de ces d&#233;saccords au sein de la Commune, nous offrira des banalit&#233;s r&#233;chauff&#233;es sur les rapports r&#233;ciproques entre les r&#233;formes et la r&#233;volution. En r&#233;alit&#233;, la question se posait ainsi : si l'on voulait prendre l'offensive et marcher sur Versailles sans perdre un instant, il &#233;tait n&#233;cessaire de r&#233;organiser sur le champ la Garde Nationale, de mettre &#224; sa t&#234;te les &#233;l&#233;ments les plus combatifs du prol&#233;tariat parisien, ce qui e&#251;t entra&#238;n&#233; un affaiblissement temporaire de Paris du point de vue r&#233;volutionnaire. Mais organiser les &#233;lections &#224; Paris tout en faisant sortir de ses murs l'&#233;lite de la classe ouvri&#232;re aurait &#233;t&#233; une absurdit&#233; du point de vue du parti r&#233;volutionnaire. En th&#233;orie, la marche sur Versailles et les &#233;lections &#224; la Commune ne se contredisaient nullement ; mais dans la pratique, elles s'excluaient : pour le succ&#232;s des &#233;lections, il fallait remettre la marche sur Versailles ; pour le succ&#232;s de la marche, il fallait remettre les &#233;lections. Enfin, si l'on mettait le prol&#233;tariat en campagne en affaiblissant temporairement Paris, il devenait indispensable de s'assurer contre toute possibilit&#233; de tentatives contre-r&#233;volutionnaires dans la capitale, car Thiers ne se f&#251;t arr&#234;t&#233; devant rien pour allumer derri&#232;re les communards l'incendie de la r&#233;action. Il fallait &#233;tablir dans la capitale un r&#233;gime plus militaire, c'est-&#224;-dire plus rigoureux. &#034;Il fallait lutter, &#233;crit Lavrov, contre une multitude d'ennemis int&#233;rieurs qui foisonnaient dans Paris et qui, hier encore, se r&#233;voltaient aux abords de la Bourse et de la Place Vend&#244;me, qui avaient leurs repr&#233;sentants dans l'administration et dans la Garde Nationale, qui avaient leur presse, leurs r&#233;unions, qui entretenaient des rapports presque au grand jour avec les Versaillais, et qui se faisaient toujours plus r&#233;solus et audacieux, &#224; chaque imprudence, &#224; chaque insucc&#232;s de la Commune&#034;. Il fallait en m&#234;me temps prendre des mesures r&#233;volutionnaires d'ordre financier et &#233;conomique en g&#233;n&#233;ral, avant tout pour satisfaire aux besoins de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire. Toutes ces mesures les plus indispensables de la dictature r&#233;volutionnaire auraient difficilement &#233;t&#233; conciliables avec une large campagne &#233;lectorale. Mais Kautsky n'a pas la moindre compr&#233;hension de ce qu'est une r&#233;volution en fait. Il pense que concilier th&#233;oriquement signifie r&#233;aliser pratiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; Central avait fix&#233; les &#233;lections &#224; la Commune au 22 mars ; mais manquant de confiance en soi, effray&#233; de sa propre ill&#233;galit&#233;, s'effor&#231;ant d'agir en accord avec une institution plus &#034;l&#233;gale&#034;, il ouvrit des pourparlers ridicules et interminables avec l'assembl&#233;e, tout &#224; fait impuissante, des maires et des d&#233;put&#233;s de Paris, pr&#234;t &#224; partager le pouvoir avec elle ne f&#251;t-ce que pour arriver &#224; un accord. On perdit ainsi un temps pr&#233;cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, sur lequel Kautsky, selon une vieille habitude, tente de s'appuyer, n'a nullement propos&#233; d'&#233;lire la Commune et de lancer simultan&#233;ment les ouvriers dans une campagne militaire. Dans sa lettre &#224; Kugelmann du 12 avril 1871, Marx &#233;crivait que le Comit&#233; Central de la Garde Nationale avait bien trop t&#244;t fait abandon de ses pouvoirs pour laisser le champ libre &#224; la Commune. Kautsky, selon ses propres paroles, &#034;ne comprend pas&#034; cette opinion de Marx. La chose est bien simple. Marx comprenait en tout cas que la t&#226;che ne consistait pas &#224; courir apr&#232;s la l&#233;galit&#233;, mais &#224; porter un coup mortel &#224; l'ennemi. &#034;Si le Comit&#233; Central avait &#233;t&#233; compos&#233; de vrais r&#233;volutionnaires, &#233;crit fort justement Lavrov, il aurait d&#251; agir bien diff&#233;remment. Il aurait &#233;t&#233; impardonnable de sa part d'accorder dix jours &#224; ses ennemis avant l'&#233;lection et la convocation de la Commune, pour qu'ils puissent se r&#233;tablir au moment o&#249; les dirigeants du prol&#233;tariat abandonnaient leur devoir et ne se reconnaissaient pas le droit de diriger imm&#233;diatement le prol&#233;tariat. L'impr&#233;paration totale des partis populaires produisait maintenant un Comit&#233; qui consid&#233;rait ces dix jours d'inaction comme obligatoires&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les aspirations du Comit&#233; Central cherchant comment remettre au plus vite le pouvoir &#224; un gouvernement &#034;l&#233;gal&#034; &#233;taient moins dict&#233;es par les superstitions d'une d&#233;mocratie formelle qui, du reste, ne faisaient pas d&#233;faut, que par la peur des responsabilit&#233;s. Sous pr&#233;texte qu'il n'&#233;tait qu'une institution provisoire, le Comit&#233; Central, bien que tout l'appareil mat&#233;riel du pouvoir f&#251;t concentr&#233; entre ses mains, refusa de prendre les mesures les plus n&#233;cessaires et les plus urgentes. Or, la Commune ne reprit pas la totalit&#233; du pouvoir politique Central, qui continua, sans beaucoup se g&#234;ner, &#224; s'immiscer dans toutes les affaires. Il en r&#233;sulta une dualit&#233; de pouvoir extr&#234;mement dangereuse, notamment dans le domaine militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 mai, le Comit&#233; Central envoya &#224; la Commune une d&#233;l&#233;gation qui exigea qu'on lui remette la conduite de l'administration de la guerre. De nouveau, rapporte Lissagaray, on discuta pour savoir s'il fallait faire arr&#234;ter le Comit&#233; Central ou bien lui donner la direction des op&#233;rations de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il s'agissait ici, non des principes de la d&#233;mocratie, mais de l'absence chez les deux parties d'un clair programme d'action ainsi que de la tendance, tant de la part de l'organisation r&#233;volutionnaire &#034;arbitraire&#034; personnifi&#233;e par le Comit&#233; Central, que de l'organisation &#034;d&#233;mocratique&#034; de la Commune, &#224; se d&#233;charger l'une sur l'autre des responsabilit&#233;s sans pour autant renoncer enti&#232;rement au pouvoir. On ne peut pas dire que de tels rapports politiques soient dignes d'&#234;tre imit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Mais le Comit&#233; Central - ainsi se console Kautsky - n'a jamais tent&#233; de porter atteinte au principe en vertu duquel le pouvoir sup&#233;rieur doit appartenir aux &#233;lus du suffrage universel. Sur ce point, la Commune de Paris &#233;tait l'oppos&#233; direct de la R&#233;publique sovi&#233;tique&#034; (p. 55). Il n'y avait pas d'unit&#233; de volont&#233; gouvernementale, il n'y avait pas de fermet&#233; r&#233;volutionnaire, il y avait dualit&#233; de pouvoir, et le r&#233;sultat en f&#251;t un &#233;croulement rapide et &#233;pouvantable. En revanche - n'est-ce pas r&#233;confortant ? - aucune atteinte ne fut port&#233;e au &#034;principe&#034; de la d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune d&#233;mocratique et la dictature r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade L&#233;nine a d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; &#224; Kautsky que tenter de d&#233;peindre la Commune comme une d&#233;mocratie formelle n'est que charlatanisme th&#233;orique. La Commune, tant par les traditions que par les intentions de son parti dirigeant - les blanquistes - &#233;tait l'expression de la dictature de la ville r&#233;volutionnaire sur le pays. Il en fut ainsi dans la Grande R&#233;volution fran&#231;aise ; il en e&#251;t &#233;t&#233; de m&#234;me dans la R&#233;volution de 1871 si la Commune n'&#233;tait pas tomb&#233;e d&#232;s le d&#233;but. Le fait que dans Paris m&#234;me le pouvoir ait &#233;t&#233; &#233;lu sur la base du suffrage universel, n'exclut pas l'autre fait, bien plus important : l'action militaire de la Commune, d'une ville, contre la France paysanne, c'est-&#224;-dire contre toute la nation. Pour donner satisfaction au grand d&#233;mocrate Kautsky, les r&#233;volutionnaires de la Commune auraient d&#251; pr&#233;alablement consulter, par la voie du suffrage universel, toute la population de la France, pour savoir si elle les autorisait &#224; faire la guerre aux bandes de Thiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans Paris m&#234;me, les &#233;lections s'effectu&#232;rent apr&#232;s la fuite de la bourgeoisie soutenant Thiers, ou du moins de ses &#233;l&#233;ments les plus actifs, et apr&#232;s l'&#233;vacuation des troupes de Thiers. La bourgeoisie qui restait &#224; Paris, malgr&#233; toute son impudence, n'en redoutait pas moins les bataillons r&#233;volutionnaires, et c'est sous le signe de cette crainte, qui faisait pressentir l'in&#233;vitable terreur rouge de l'avenir, que se d&#233;roul&#232;rent les &#233;lections. Se consoler en pensant que le Comit&#233; Central de la Garde Nationale, sous la dictature - molle et inconsistante, h&#233;las - duquel s'effectuaient les &#233;lections &#224; la Commune n'a pas attent&#233; au principe du suffrage universel, c'est, en r&#233;alit&#233;, donner des coups d'&#233;p&#233;e dans l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Multipliant les comparaisons st&#233;riles, Kautsky profite de ce que ses lecteurs ignorent les faits. A Petersbourg, en novembre 1917, nous avons aussi &#233;lu une Commune (la Douma municipale) sur la base du suffrage le plus &#034;d&#233;mocratique&#034;, sans restrictions pour la bourgeoisie. Ces &#233;lections, par suite du boycottage des partis bourgeois, nous donn&#232;rent une &#233;crasante majorit&#233; [4]. La Douma &#034;d&#233;mocratiquement&#034; &#233;lue se soumit volontairement au Soviet de Petersbourg, c'est-&#224;-dire qu'elle mit le fait de la dictature du prol&#233;tariat au-dessus du &#034;principe&#034; du suffrage universel ; et quelque temps apr&#232;s, elle se dissolvait de sa propre initiative en faveur d'une des sections du Soviet p&#233;tersbourgeois. De la sorte, le Soviet de Petersbourg, - ce vrai p&#232;re du pouvoir sovi&#233;tique - a sur lui la gr&#226;ce divine d'une cons&#233;cration d&#233;mocratique formelle qui ne le c&#232;de en rien &#224; celle de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Lors des &#233;lections du 26 mars, &#233;crit Kautsky, 90 membres avaient &#233;t&#233; &#233;lus &#224; la Commune. Parmi eux se trouvaient 15 membres du parti gouvernemental (Thiers) et 6 radicaux bourgeois qui, tout en &#233;tant les adversaires du gouvernement, n'en condamnaient pas moins l'insurrection (des ouvriers parisiens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La R&#233;publique sovi&#233;tique, nous enseigne notre auteur, n'aurait jamais tol&#233;r&#233; que de pareils &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires puissent se pr&#233;senter ne serait-ce que comme candidats, et encore moins se faire &#233;lire. La Commune, par respect de la d&#233;mocratie, ne mit pas le moindre obstacle &#224; l'&#233;lection de ses adversaires bourgeois&#034; (p. 55-56).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; vu plus haut qu'ici Kautsky passe compl&#232;tement &#224; c&#244;t&#233; de la question. En premier lieu, dans la phase analogue du d&#233;veloppement de la R&#233;volution russe, on a proc&#233;d&#233; &#224; des &#233;lections pendant lesquelles le pouvoir sovi&#233;tique laissa toute latitude aux partis bourgeois. Si les cadets, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, qui avaient leur presse qui appelait ouvertement au renversement du pouvoir sovi&#233;tique, ont boycott&#233; les &#233;lections, c'est uniquement parce qu'ils esp&#233;raient &#224; cette &#233;poque en finir rapidement avec nous par la force des armes. En second lieu, il n'y eut pas dans la Commune de Paris de d&#233;mocratie exprimant toutes les classes. Pour les d&#233;put&#233;s bourgeois - conservateurs, lib&#233;raux, gambettistes - il ne s'y trouva pas de place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Presque tous ces personnages, &#233;crit Lavrov, sortirent soit sur le champ, soit tr&#232;s vite, du conseil de la Commune. Ils auraient pu &#234;tre les repr&#233;sentants de Paris en tant que ville libre sous l'administration de la bourgeoisie, mais ils &#233;taient compl&#232;tement d&#233;plac&#233;s dans le conseil de la Commune qui, bon gr&#233;, mal gr&#233;, consciemment ou inconsciemment, compl&#232;tement ou incompl&#232;tement, repr&#233;sentait tout de m&#234;me la r&#233;volution du prol&#233;tariat et la tentative, aussi faible qu'elle f&#251;t, de cr&#233;er les formes de soci&#233;t&#233; correspondant &#224; cette r&#233;volution&#034;. Si la bourgeoisie p&#233;tersbourgeoise n'avait pas boycott&#233; les &#233;lections communales, ses repr&#233;sentants seraient entr&#233;s &#224; la Douma de Petersbourg. Ils y seraient rest&#233;s jusqu'au premier soul&#232;vement des socialistes-r&#233;volutionnaires et des cadets, apr&#232;s quoi - avec ou sans la permission de Kautsky - ils auraient probablement &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s s'ils n'avaient pas quitt&#233; la Douma &#224; temps, comme l'avaient fait &#224; un certain moment les membres bourgeois de la Commune de Paris. Le cours des &#233;v&#233;nements serait rest&#233; le m&#234;me, &#224; ceci pr&#232;s qu'&#224; la surface quelques &#233;pisodes se seraient d&#233;roul&#233;s diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Glorifiant la d&#233;mocratie de la Commune et l'accusant en m&#234;me temps d'avoir manqu&#233; de hardiesse &#224; l'&#233;gard de Versailles, Kautsky ne comprend pas que les &#233;lections communales, qui se firent avec la participation &#224; double sens des maires et des d&#233;put&#233;s &#034;l&#233;gaux&#034;, refl&#233;taient l'espoir d'un accord pacifique avec Versailles. C'est tout le fond de la question. Les dirigeants voulaient l'entente et non la lutte. Les masses n'avaient pas encore &#233;puis&#233; leurs illusions. Les autorit&#233;s r&#233;volutionnaires factices n'avaient pas encore eu le temps de r&#233;v&#233;ler leur v&#233;ritable nature. Et le tout s'appelait &#034;d&#233;mocratie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous devons dominer nos ennemis par la force morale...&#034;, pr&#234;chait Vermorel. &#034;Il ne faut pas toucher &#224; la libert&#233; et &#224; la vie de l'individu...&#034;. S'effor&#231;ant de conjurer la &#034;guerre intestine&#034;, Vermorel conviait la bourgeoisie lib&#233;rale, qu'il stigmatisait jadis si impitoyablement, &#224; former un &#034;pouvoir r&#233;gulier, reconnu et respect&#233; par toute la population parisienne&#034;. Le Journal officiel, publi&#233; sous la direction de l'internationaliste Longuet, &#233;crivait : &#034;Le d&#233;plorable malentendu qui, aux journ&#233;es de juin [1848], arma l'une contre l'autre deux classes [...] ne pouvait se renouveler. Cette fois l'antagonisme n'existait pas de classe &#224; classe&#034; (30 mars). Et plus loin : &#034;Toute dissidence aujourd'hui, s'effacera, parce que tous se sentent solidaires, parce que jamais il n'y a eu moins de haine, moins d'antagonisme social&#034; (3 avril). A la s&#233;ance de la Commune du 25 avril, ce ne fut pas sans raison que Jourde se vanta que la Commune n'ait &#034;jamais port&#233; atteinte &#224; la propri&#233;t&#233;&#034;. C'est ainsi qu'il s'imaginaient conqu&#233;rir l'opinion des milieux bourgeois et trouver la voie d'un accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ce genre de sermon, &#233;crit fort justement Lavrov, ne d&#233;sarma nullement les ennemis du prol&#233;tariat, qui comprenaient parfaitement ce dont le triomphe de celui-ci les mena&#231;ait : par contre, il enleva au prol&#233;tariat toute &#233;nergie combative et l'aveugla comme &#224; dessein en pr&#233;sence d'ennemis irr&#233;ductibles&#034;. Mais ces pr&#234;ches &#233;mollients &#233;taient indissolublement li&#233;s &#224; la fiction de la d&#233;mocratie. Cette fiction de l&#233;galit&#233; faisait croire que la question pouvait se r&#233;soudre sans lutte : &#034;En ce qui concerne les masses de la population - &#233;crit un membre de la Commune, Arthur Arnould - elles croyaient, non sans quelque raison, &#224; l'existence au moins d'une entente tacite avec le gouvernement&#034;. Impuissants &#224; attirer la bourgeoisie, les conciliateurs, comme toujours, induisaient le prol&#233;tariat en erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dans les conditions de l'in&#233;vitable guerre civile qui commen&#231;ait d&#233;j&#224;, le parlementarisme n'exprim&#226;t plus que l'impuissance conciliatrice des groupes dirigeants, c'est ce dont t&#233;moigne de la fa&#231;on la plus &#233;vidente la proc&#233;dure insens&#233;e des &#233;lections compl&#233;mentaires &#224; la Commune (16 avril). A ce moment, &#233;crit Arthur Arnould, &#034;on n'avait plus que faire du vote. La situation &#233;tait devenue tragique au point qu'on n'avait plus ni le loisir, ni le sang-froid n&#233;cessaires pour que les &#233;lections g&#233;n&#233;rales puissent faire leur &#339;uvre. Tous les hommes fid&#232;les &#224; la Commune &#233;taient sur les fortifications, dans les forts, dans les postes avanc&#233;s. Le peuple n'attachait aucune importance &#224; ces &#233;lections compl&#233;mentaires. Ce n'&#233;tait au fond que du parlementarisme. L'heure n'&#233;tait plus &#224; compter les &#233;lecteurs mais &#224; avoir des soldats ; non &#224; rechercher si nous avions grandi ou baiss&#233; dans l'opinion de Paris, mais &#224; d&#233;fendre Paris contre les Versaillais&#034;. Ces paroles auraient pu faire comprendre &#224; Kautsky pourquoi il n'est pas si facile de combiner dans la r&#233;alit&#233; la guerre de classe avec une d&#233;mocratie groupant toutes les classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune n'est pas une Assembl&#233;e Constituante&#034;, &#233;crivait dans sa publication Milli&#232;re, une des meilleures t&#234;tes de la Commune, &#034;elle est un conseil de guerre. Elle ne doit avoir qu'un but : la victoire ; qu'une arme : la force ; qu'une loi : celle du salut public&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ils n'ont jamais pu comprendre&#034;, s'&#233;crie Lissagaray en accusant les dirigeants, &#034;que la Commune &#233;tait une barricade&#034;, et non une administration. Ils ne commenc&#232;rent &#224; le comprendre qu'&#224; la fin, lorsqu'il &#233;tait d&#233;j&#224; trop tard. Kautsky ne l'a pas encore compris. Et rien ne laisse pr&#233;voir qu'il le comprenne un jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune a &#233;t&#233; la n&#233;gation vivante de la d&#233;mocratie formelle, car, dans son d&#233;veloppement, elle a signifi&#233; la dictature du Paris ouvrier sur la nation paysanne. Ce fait domine tous tes autres. Quels que fussent les efforts des routiniers politiques au sein de la Commune m&#234;me pour se cramponner &#224; l'apparence de la l&#233;galit&#233; d&#233;mocratique, chaque action de la Commune, insuffisante pour la victoire, &#233;tait suffisante pour convaincre de sa nature ill&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune, c'est-&#224;-dire la municipalit&#233; parisienne, abrogea la conscription nationale. Elle intitula son organe officiel : Journal officiel de la R&#233;publique fran&#231;aise. Bien que timidement, elle toucha &#224; la Banque de France. Elle proclama la s&#233;paration de l'Eglise et de l'Etat et supprima le budget des cultes. Elle entra en relations avec les ambassades &#233;trang&#232;res, etc, etc... Tout cela, elle le fit au nom de la dictature r&#233;volutionnaire. Mais le d&#233;mocrate Cl&#233;menceau, encore vert &#224; l'&#233;poque, ne voulait pas reconna&#238;tre ce droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la r&#233;union avec le Comit&#233; Central, Cl&#233;menceau d&#233;clara : &#034;L'insurrection s'est op&#233;r&#233;e sur un motif ill&#233;gitime [...]. Bient&#244;t le Comit&#233; deviendra ridicule et ses d&#233;crets seront m&#233;pris&#233;s... D'ailleurs, Paris n'a aucun droit de s'insurger contre la France il doit reconna&#238;tre absolument l'autorit&#233; de l'Assembl&#233;e&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che de la Commune &#233;tait de dissoudre l'Assembl&#233;e Nationale. Elle n'y a malheureusement pas r&#233;ussi. Et maintenant, Kautsky recherche des circonstances att&#233;nuantes &#224; ses criminels desseins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait remarquer que les communards avaient pour adversaires &#224; l'Assembl&#233;e Nationale des monarchistes, tandis qu'&#224; l'Assembl&#233;e Constituante nous avions contre nous... des socialistes en la personne des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks. Voil&#224; bien une totale &#233;clipse d'esprit ! Kautsky parle des mencheviks et des socialistes-r&#233;volutionnaires, mais il oublie l'unique ennemi s&#233;rieux : les cadets. Ils constituaient pr&#233;cis&#233;ment notre parti &#034;versaillais&#034; russe, c'est-&#224;-dire le bloc des propri&#233;taires au nom de la propri&#233;t&#233;, et le professeur Milioukov essayait de toutes ses forces d'imiter le &#034;petit grand homme&#034; Thiers. De tr&#232;s bonne heure - bien avant la r&#233;volution d'Octobre - Milioukov - s'&#233;tait mis &#224; la recherche d'un Galliffet, qu'il avait tour &#224; tour cru trouver en la personne des g&#233;n&#233;raux Kornilov, Alex&#233;iev, Kal&#233;dine, Krasnov ; et apr&#232;s que Koltchak eut rel&#233;gu&#233; &#224; l'arri&#232;re-plan les partis politiques et dissous l'Assembl&#233;e Constituante, le parti cadet, l'unique parti bourgeois s&#233;rieux, de nature essentiellement monarchiste, non seulement ne lui refusa pas son appui, mais l'entoura d'une sympathie encore plus grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires ne jou&#232;rent chez nous aucun r&#244;le ind&#233;pendant, comme il en est d'ailleurs du parti de Kautsky pendant les &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires d'Allemagne. Ils avaient &#233;difi&#233; toute leur politique sur la coalition avec les cadets, leur assurant ainsi une situation pr&#233;pond&#233;rante qui ne correspondait gu&#232;re au rapport des forces politiques. Les partis socialiste-r&#233;volutionnaire et menchevik n'&#233;taient qu'un appareil de transmission destin&#233; &#224; gagner dans les meetings et aux &#233;lections la confiance politiques des masses r&#233;veill&#233;es par la r&#233;volution pour en faire b&#233;n&#233;ficier le parti imp&#233;rialiste contre-r&#233;volutionnaire cadet - cela ind&#233;pendamment de l'issue des &#233;lections. La d&#233;pendance de la majorit&#233; menchevik et socialiste-r&#233;volutionnaire &#224; l'&#233;gard de la minorit&#233; cadette n'&#233;tait en elle-m&#234;me qu'une raillerie &#224; peine voil&#233;e de l'id&#233;e de &#034;d&#233;mocratie&#034;. Mais ce n'est pas tout. Dans les parties du pays o&#249; le r&#233;gime de &#034;d&#233;mocratie&#034; subsistait assez longtemps, il se terminait in&#233;vitablement par un coup d'Etat contre-r&#233;volutionnaire ouvert. Il en fut ainsi en Ukraine o&#249; la Rada d&#233;mocratique, qui avait vendu le pouvoir sovi&#233;tique &#224; l'imp&#233;rialisme allemand, se vit elle-m&#234;me rejet&#233;e par le monarchiste Skoropadsky. Il en fut ainsi au Kouban, o&#249; la Rada d&#233;mocratique se retrouva sous la botte de Denikine. Il en fut ainsi - et c'est l'exp&#233;rience la plus importante de notre &#034;d&#233;mocratie&#034; - en Sib&#233;rie, o&#249; l'Assembl&#233;e Constituante, formellement domin&#233;e, en l'absence des bolcheviks, par les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, et dirig&#233;e en fait par les cadets, conduisit &#224; la dictature de l'amiral tsariste Koltchak. Il en fut ainsi, enfin, dans le Nord, o&#249; les membres de la Constituante, personnifi&#233;s par le gouvernement du socialiste-r&#233;volutionnaire Tchaikovsky, se transform&#232;rent en d&#233;coration de pacotille au profit des g&#233;n&#233;raux contre-r&#233;volutionnaires russes et anglais. Dans tous les petits gouvernements limitrophes, les choses se sont pass&#233;es ou se passent ainsi : en Finlande, en Estonie, en Lettonie, en Lituanie, en Pologne, en G&#233;orgie, en Arm&#233;nie, o&#249;, sous le pavillon formel de la d&#233;mocratie, se renforce la domination des propri&#233;taires fonciers, des capitalistes et du militarisme &#233;tranger.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouvrier parisien de 1871 - Le prol&#233;taire p&#233;tersbourgeois de 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des comparaisons les plus grossi&#232;res, les plus injustifi&#233;es et les plus honteuses politiquement que fait Kautsky entre la Commune et la Russie sovi&#233;tique, concerne le caract&#232;re de l'ouvrier parisien de 1871 et du prol&#233;taire russe de 1917-1919. Kautsky nous d&#233;peint le premier comme un r&#233;volutionnaire enthousiaste capable de la plus haute abn&#233;gation, le second comme un &#233;go&#239;ste, un profiteur, un anarchiste spontan&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrier parisien a derri&#232;re lui un pass&#233; trop bien d&#233;fini pour avoir besoin de recommandations r&#233;volutionnaires ou pour devoir se d&#233;fendre des louanges du Kautsky actuel. N&#233;anmoins, le prol&#233;tariat de Petersbourg n'a pas et ne peut avoir de motifs de renoncer &#224; se comparer &#224; son h&#233;ro&#239;que fr&#232;re a&#238;n&#233;. Les trois ann&#233;es de lutte ininterrompue des ouvriers p&#233;tersbourgeois, d'abord pour la conqu&#234;te du pouvoir, ensuite pour son maintien et son affermissement au milieu des souffrances sans pr&#233;c&#232;dent de la faim, du froid, des dangers continuels, constituent une chronique exceptionnelle de l'h&#233;ro&#239;sme et de l'abn&#233;gation collectifs. Kautsky, comme nous le montrons par ailleurs, prend, pour les comparer &#224; lu fine fleur des communards, les &#233;l&#233;ments les plus obscurs du prol&#233;tariat russe. Il ne se distingue en rien sur ce point des sycophantes bourgeois, pour lesquels les communards morts sont toujours infiniment plus attrayants que les vivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat p&#233;tersbourgeois a pris le pouvoir quarante-cinq ans apr&#232;s le prol&#233;tariat parisien. Cet intervalle nous a dot&#233;s d'une immense sup&#233;riorit&#233;. Le caract&#232;re petit-bourgeois et artisan du vieux et en partie du nouveau Paris est totalement &#233;tranger &#224; Petersbourg, centre de l'industrie la plus concentr&#233;e du monde. Cette derni&#232;re circonstance nous a consid&#233;rablement facilit&#233; nos t&#226;ches d'agitation et d'organisation, ainsi que l'instauration du syst&#232;me sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre prol&#233;tariat est loin de poss&#233;der les riches traditions du prol&#233;tariat fran&#231;ais. Mais en revanche, au d&#233;but de la r&#233;volution pr&#233;sente, la grande exp&#233;rience des insucc&#232;s de 1905 &#233;tait encore vivante dans la m&#233;moire de la g&#233;n&#233;ration a&#238;n&#233;e de nos ouvriers, qui n'oubliait pas le devoir de vengeance qui lui avait &#233;t&#233; l&#233;gu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers russes ne sont pas pass&#233;s, comme les ouvriers fran&#231;ais, par la longue &#233;cole de la d&#233;mocratie et du parlementarisme, &#233;cole qui, &#224; certaines &#233;poques, fut un facteur important de culture politique du prol&#233;tariat. Mais d'autre part, l'amertume des d&#233;ceptions et le poison du scepticisme qui lient - jusqu'&#224; une heure que nous esp&#233;rons proche - la volont&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat fran&#231;ais, n'avaient pas eu le temps de se d&#233;poser dans l'&#226;me de la classe ouvri&#232;re russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune de Paris a subi un d&#233;sastre militaire avant d'avoir vu se dresser devant elle, de toute leur hauteur, les questions &#233;conomiques. En d&#233;pit des magnifiques qualit&#233;s guerri&#232;res des ouvriers parisiens, le destin militaire de la Commune fut de bonne heure d&#233;sesp&#233;r&#233; : l'ind&#233;cision et l'esprit de conciliation au sommet avaient engendr&#233; la d&#233;sagr&#233;gation &#224; la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solde de garde national &#233;tait pay&#233;e &#224; 162.000 simples soldats et &#224; 6.500 officiers, mais le nombre de ceux qui allaient r&#233;ellement au combat, surtout apr&#232;s la sortie infructueuse du 3 avril, variait entre vingt et trente mille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces faits ne compromettent nullement les ouvriers parisiens et ne donnent &#224; personne le droit de les traiter de l&#226;ches ou de d&#233;serteurs - bien que les cas de d&#233;sertion n'aient certainement pas &#233;t&#233; rares. La combativit&#233; d'une arm&#233;e requiert avant tout l'existence d'un appareil de direction pr&#233;cis et centralis&#233;. Les communards n'en avaient pas m&#234;me id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;partement de la guerre de la Commune &#233;tait, selon l'expression d'un auteur, comme dans une chambre sombre o&#249; tout le monde se bousculait. Le bureau du minist&#232;re &#233;tait rempli d'officiers, de gardes qui exigeaient des fournitures militaires, des approvisionnements, ou qui se plaignaient qu'on ne les relev&#226;t pas. On les renvoyait au commandement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Tels bataillons, &#233;crit Lissagaray, restaient vingt, trente jours aux tranch&#233;es, d&#233;nu&#233;s du n&#233;cessaire, tels demeuraient continuellement en r&#233;serve [...]. Cette incurie tua vite la discipline. Les hommes braves ne voulurent relever que d'eux seuls, les autres esquiv&#232;rent le service. Les officiers firent de m&#234;me, ceux-ci quittant leur poste pour aller au feu du voisin, ceux-l&#224; abandonnant&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pareil r&#233;gime ne pouvait rester impuni : la Commune fut noy&#233;e dans le sang. Mais &#224; ce sujet, on trouve chez Kautsky une consolation inimitable : &#034;La conduite de la guerre, dit-il en hochant la t&#234;te, n'est pas en g&#233;n&#233;ral le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat&#034; (p. 76).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aphorisme digne de Pangloss est &#224; la hauteur d'une autre sentence de Kautsky, &#224; savoir que l'Internationale n'est pas une arme utile en temps de guerre, &#233;tant par nature &#034;un instrument de paix&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Kautsky actuel se r&#233;sume, au fond, tout entier dans ces deux aphorismes ; et sa valeur est &#224; peine sup&#233;rieure au z&#233;ro absolu. La conduite de la guerre, voyez-vous, n'est pas en g&#233;n&#233;ral le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat, d'autant que l'Internationale n'a pas &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e pour une p&#233;riode de guerre. Le navire de Kautsky a &#233;t&#233; construit pour naviguer sur les &#233;tangs et les baies calmes, pas du tout pour la pleine mer et une &#233;poque agit&#233;e. S'il commence &#224; faire eau et coule maintenant &#224; fond, la faute en revient &#224; la temp&#234;te, &#224; la masse d'eau exc&#233;dentaire, &#224; l'immensit&#233; des vagues et &#224; toute une s&#233;rie d'autres circonstances impr&#233;vues auxquelles Kautsky ne destinait pas son magnifique instrument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat international s'est donn&#233; pour t&#226;che de conqu&#233;rir le pouvoir. Que la guerre civile &#034;en g&#233;n&#233;ral&#034; soit ou non un des attributs indispensables de la r&#233;volution &#034;en g&#233;n&#233;ral&#034;, il n'en reste pas moins incontestable que le mouvement en avant du prol&#233;tariat en Russie, en Allemagne et dans certaines parties de l'ancienne Autriche-Hongrie, a rev&#234;tu la forme d'une guerre civile intense, et ce non seulement sur les fronts int&#233;rieurs, mais sur les fronts ext&#233;rieurs. Si la conduite de la guerre n'est pas le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat, et si l'Internationale ouvri&#232;re n'est bonne que pour les &#233;poques pacifiques, il faut faire une croix sur la r&#233;volution et sur le socialisme, car la conduite de la guerre est un c&#244;t&#233; suffisamment fort du gouvernement capitaliste, qui ne permettra pas aux ouvriers d'arriver au pouvoir sans guerre. Il ne reste plus qu'&#224; consid&#233;rer ce qu'on appelle d&#233;mocratie &#034;socialiste&#034; comme un parasite de la soci&#233;t&#233; capitaliste et du parlementarisme bourgeois, c'est-&#224;-dire &#224; sanctionner ouvertement ce que font en politique les Ebert, les Scheidemann, les Renaudel, et ce contre quoi Kautsky, semble-t-il, s'&#233;l&#232;ve encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conduite de la guerre n'&#233;tait pas le c&#244;t&#233; fort de la Commune. C'est la raison pour laquelle elle a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e - et avec quelle sauvagerie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il faut remonter, &#233;crivait en son temps le lib&#233;ral assez mod&#233;r&#233; Fiaux, aux proscriptions de Sylla, d'Antoine et d'Octave pour trouver pareils assassinats dans l'histoire des nation civilis&#233;es ; les guerres religieuses sous les derniers Valois, la nuit de la Saint-Barth&#233;l&#233;my, l'&#233;poque de la Terreur ne sont en comparaison que des jeux d'enfants. Dans la seule derni&#232;re semaine de mai, on a relev&#233; &#224; Paris 17.000 cadavres de f&#233;d&#233;r&#233;s insurg&#233;s... On tuait encore vers le 15 juin&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La conduite de la guerre n'est pas en g&#233;n&#233;ral le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est faux ! Les ouvriers russes ont montr&#233; qu'ils sont capables de se rendre ma&#238;tres aussi de la &#034;machine de guerre&#034;. Nous voyons ici un gigantesque pas en avant par rapport &#224; la Commune. Nous portons coup sur coup &#224; ses bourreaux. La Commune, nous la vengeons, et nous prenons sa revanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des 168.500 gardes nationaux qui recevaient leur solde, 20 ou 30.000 allaient au combat. Ces chiffres sont une mati&#232;re int&#233;ressante pour les d&#233;ductions qu'on peut en tirer sur le r&#244;le de la d&#233;mocratie formelle en p&#233;riode r&#233;volutionnaire. Le sort de la Commune de Paris ne s'est pas d&#233;cid&#233; dans les &#233;lections, mais dans les combats contre l'arm&#233;e de Thiers. Les 168.500 gardes nationaux repr&#233;sentaient la masse principale des &#233;lecteurs. Mais en fait 20 ou 30.000 hommes, minorit&#233; la plus d&#233;vou&#233;e et la plus combative, ont d&#233;termin&#233; dans les combats les destin&#233;es de la Commune. Cette minorit&#233; n'&#233;tait pas isol&#233;e, elle ne faisait qu'exprimer avec plus de courage et d'abn&#233;gation la volont&#233; de la majorit&#233;. Mais ce n'&#233;tait tout de m&#234;me que la minorit&#233;. Les autres, qui se cach&#232;rent au moment critique, n'&#233;taient pas hostiles &#224; la Commune ; au contraire, ils la soutenaient activement ou passivement, mais ils &#233;taient moins conscients, moins r&#233;solus. Sur l'ar&#232;ne de la d&#233;mocratie politique, leur niveau de conscience plus faible rendit possible la supercherie des aventuriers, des escrocs, des charlatans petits-bourgeois et des honn&#234;tes lourdauds qui se leurraient eux-m&#234;mes. Mais lorsqu'il s'agit d'une guerre de classes d&#233;clar&#233;e, ils suivirent plus ou moins la minorit&#233; d&#233;vou&#233;e. Cette situation trouva encore son expression dans l'organisation de la Garde Nationale. Si l'existence de la Commune s'&#233;tait prolong&#233;e, ces rapports r&#233;ciproques entre l'avant-garde et la masse du prol&#233;tariat se seraient renforc&#233;s de plus en plus. L'organisation qui se serait constitu&#233;e et consolid&#233;e en tant qu'organisation des masses travailleuses dans le processus de la lutte ouverte serait devenue l'organisation de leur dictature, le Soviet des d&#233;put&#233;s du prol&#233;tariat en armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] P.L. Lavrov, La Commune de Paris du 18 mars 1871, Editions de la librairie Goloss, P&#233;trograd, 1919. Les passages cit&#233;s par Trotsky dans ce chapitre se trouvent pp. 64-65, 71, 77, 225, 143-144, 87, 112, 371, 100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Nous n'avons pas retrouv&#233; la seconde partie de cette citation que Trotsky attribue &#224; Lissagaray, Histoire de la Commune de 1871, Bruxelles, 1876, p. 106. Les autres passages de cet ouvrage cit&#233;s dans le chapitre ont &#233;t&#233; collationn&#233;s sur l'&#233;dition originale, respectivement pp. 70-71, 107 (citation de Cl&#233;menceau) et 238 (que Trotsky attribue sans doute par erreur &#224; Lavrov).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] D&#233;claration du Comit&#233; Central de la Garde Nationale du 19 mars 1871, publi&#233;e dans le Journal Officiel de la Commune, 20 mars 1871. Nous avons &#233;galement collationn&#233; sur la source originale les citations faites plus loin : s&#233;ances de la Commune du 30 avril et du 1er mai (JO des 3 et 4 mai), JO des 30 mars et 3 avril, JO du 25 avril (d&#233;claration de Jourde).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de noter qu'aux &#233;lections communales de 1871 &#224; Paris, 230 000 &#233;lecteurs particip&#232;rent au vote. Aux &#233;lections municipales de novembre 1917 &#224; Petersbourg, en d&#233;pit du boycottage des &#233;lections par tous les partis sauf le n&#244;tre et celui des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, qui n'avait presque aucune influence dans la capitale, 390.000 &#233;lecteurs particip&#232;rent au vote. Paris comptait en 1871 2.000.000 d'habitants. Il faut noter que notre syst&#232;me &#233;lectoral &#233;tait incomparablement plus d&#233;mocratique, le Comit&#233; Central de la Garde Nationale ayant fait les &#233;lections sur la base de la loi &#233;lectorale de l'Empire. (Note de l'auteur)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
