Matière et Révolution
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69144Lisez et relisez Daniel Guérin
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https://matierevolution.org/spip.php?article91352026-08-31T22:51:00Ztext/htmlfrRobert ParisDaniel Guérin
<p>Lisez et relisez Daniel Guérin <br class='autobr' /> Biographies <br class='autobr' />
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Gu%C3%A9rin <br class='autobr' /> https://bataillesocialiste.wordpress.com/guerin-1904-1988/ <br class='autobr' />
https://journals.openedition.org/chrhc/13302 <br class='autobr' />
https://shs.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2013-3-page-15?lang=fr <br class='autobr' />
https://www.zones-subversives.com/2013/11/daniel-gu%C3%A9rin-et-le-front-populaire.html <br class='autobr' />
Œuvres <br class='autobr' />
https://www.marxists.org/francais/bios/guerin.htm (…)</p>
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<p>Biographies</p>
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<p>Œuvres</p>
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La révolution bourgeoise - La naissance politique du capitalisme
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https://matierevolution.org/spip.php?article89772026-08-30T22:06:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionRévolution bourgeoise
<p>La révolution bourgeoise <br class='autobr' />
La naissance politique du capitalisme <br class='autobr' />
(1890) <br class='autobr' />
Comment la bourgeoisie se souvient de sa propre révolution <br class='autobr' />
Il y a un an, on célébrait en France, comme dans tout le monde civilisé, le centième anniversaire de cette révolution qu'on appelle à juste titre « la Grande », parce qu'elle marque le point de départ d'une nouvelle période historique. Cet événement apporta de nombreux bienfaits à tout le monde civilisé en général et plus particulièrement à la bourgeoisie, (…)</p>
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<div class='rss_texte'><h2 class="spip">La révolution bourgeoise
<p>La naissance politique du capitalisme</p>
</h2>
<p>(1890)</p>
<p>Comment la bourgeoisie se souvient de sa propre révolution</p>
<p>Il y a un an, on célébrait en France, comme dans tout le monde civilisé, le centième anniversaire de cette révolution qu'on appelle à juste titre « la Grande », parce qu'elle marque le point de départ d'une nouvelle période historique. Cet événement apporta de nombreux bienfaits à tout le monde civilisé en général et plus particulièrement à la bourgeoisie, la bourgeoisie française en premier lieu. Cette révolution mit fin à la domination de la noblesse et assura à la bourgeoisie le premier rang dans tous les domaines de la vie publique. Toutes les tentatives de la Restauration pour modifier l'état des choses créé par la révolution restèrent vaines, d'autant plus que les réactionnaires n'essayèrent même pas d'éliminer les conséquences les plus importantes, c'est-à-dire les conséquences sociales de la grande révolution. Personne ne pouvait ignorer, même à ce moment-là, que, sous ce rapport, rien ne pouvait plus être changé ; que, malgré toutes les « indemnités » si généreuses que soient accordées à la noblesse féodale, son rôle dirigeant dans la vie de la société était définitivement terminé. Avec la grande révolution commença le règne incontesté de la bourgeoisie.</p>
<p>Il n'est donc pas étonnant que la bourgeoisie se soit souvenue de cet événement important à l'occasion de son centenaire. Déjà quelques années avant la célébration de l'anniversaire de la révolution, la presse bourgeoise avait annoncé sur tous les tons la grande fête à venir. Mais observons d'un peu plus près comment la bourgeoisie se souvient de sa révolution. Comment cet événement capital se représente-t-il dans son esprit ?</p>
<p>Nous avons devant nous le livre d'un des savants patentés de la bourgeoisie française, Paul Janet ( Centenaire de 1789, Histoire de la Révolution française , par Paul Janet, Paris), qui est parfois compté parmi les philosophes – lui-même ne semble pas y voir d'objection. Le fait que Paul Janet se trouve dans une sorte de rapport, incompréhensible pour nous, avec la science de la philosophie, nous est ici très utile, car un philosophe bourgeois, mieux que quiconque, peut nous éclairer sur la philosophie bourgeoise de la grande révolution. Cherchons donc cette philosophie à l'aide du livre précité.<br class='autobr' />
Rébellion et révolution en Angleterre</p>
<p>Mais d'abord une brève observation préliminaire. L'Angleterre a traversé ses orages révolutionnaires au XVIIe siècle, et il y eut alors deux révolutions : la première aboutit, entre autres, à l'exécution de Charles Ier, tandis que la seconde se termina par un banquet animé et l'avènement d'une nouvelle dynastie. Mais la bourgeoisie anglaise, dans l'appréciation de ces révolutions, manifeste des vues très divergentes : tandis que la première, à ses yeux, ne mérite même pas le nom de « révolution » et est simplement désignée comme « la grande rébellion », la seconde reçoit un nom plus euphonique : on l'appelle « la glorieuse révolution ». Le secret de cette différenciation dans l'appréciation des deux révolutions a déjà été révélé par Augustin Thierry dans ses thèses sur les révolutions anglaises.</p>
<p>Dans la première révolution, le peuple a joué un rôle important, dans la seconde, il n'a guère participé. Mais quand un peuple monte sur la scène de l'histoire et commence à décider des destinées de son pays selon sa force et sa meilleure intelligence, alors les classes supérieures (en l'occurrence la bourgeoisie) perdent leur humeur. Comme le peuple est toujours « brut » et que, si le diable révolutionnaire commence à l'envahir, il devient aussi « grossier », les classes supérieures ont tendance à exiger toujours de la politesse et des manières douces, du moins elles les exigent du peuple. C'est pourquoi les classes supérieures ont toujours tendance à donner aux mouvements révolutionnaires, s'ils sont largement suivis par le peuple, le cachet de « rébellion ».<br class='autobr' />
Révolution et rébellion en France</p>
<p>L'histoire de la France est particulièrement riche en « grandes révoltes » et en « révolutions glorieuses ». C'est seulement en France que les événements se sont déroulés, du point de vue historique, d'une manière opposée à celle qui prévalait dans l'Angleterre du XVIIe siècle. En Angleterre, par exemple, « la grande révolte » a précédé « la révolution glorieuse », tandis qu'en France, « les révolutions glorieuses » ont généralement dû céder la place aux « grandes révoltes ». Ce fait s'est répété tout au long du XVIIIe siècle.</p>
<p>Après la « glorieuse révolution » de 1830 à Paris, il y eut la « grande révolte » des tisserands de Lyon, assez considérable, qui fit tant trembler toute la bourgeoisie ; après la « glorieuse révolution » de février 1848, glorifiée même par Lamartine, il y eut la « grande révolte de juin », qui poussa la bourgeoisie à chercher refuge dans les bras d'une dictature militaire ; après la « très glorieuse » révolution de septembre 1870, il y eut enfin, en mars de l'année suivante, la « plus grande de toutes les révoltes françaises ». La bourgeoisie prétend aujourd'hui que les « grandes révoltes » ont toujours nui à la cause des « glorieuses révolutions ». Nous ne pouvons pas examiner ici la justesse de cette affirmation dans son application au XIXe siècle, mais nous devons céder la parole aux philosophes bourgeois sur les événements du XVIIIe siècle.</p>
<p>Vers la fin de ce siècle, il y eut en France une « grande rébellion » et une « glorieuse révolution » de 1789, et « la grande rébellion » qui joua un rôle important en 1793. Après ce qui a déjà été dit, le lecteur pourra maintenant prédire avec certitude ce que le philosophe bourgeois Paul Janet pense de ces mouvements révolutionnaires.<br class='autobr' />
Janet sur la Révolution française</p>
<p>Dans le dernier chapitre de son livre, Janet dit :</p>
<p>Pour arriver à une évaluation objective de la Révolution française, il faut distinguer trois choses à son égard : le but, les moyens et les résultats obtenus. Le but de la révolution – conquérir l'égalité civique et la liberté politique – était le plus sublime, le plus légitime qu'un peuple ait jamais cherché à atteindre.</p>
<p>Mais les moyens étaient mauvais : « ils étaient trop souvent violents, terribles ».</p>
<p>En ce qui concerne les résultats, l'égalité civique, selon Janet, est pleinement réalisée et ne laisse rien à désirer ; « la liberté politique », en revanche, « ne s'est imposée en France que de façon sporadique depuis la révolution et est encore aujourd'hui plus ou moins menacée ». Elle ne sera assurée que lorsque le peuple français aura renoncé à tous les moyens violents et illégaux et aura appris une fois pour toutes à considérer sa révolution comme achevée, et enfin lorsque la révolution elle-même sera passée dans le passé historique aussi irrévocablement que ce fut déjà le cas pour les révolutions en Angleterre et aux États-Unis. « Les conquêtes de la révolution doivent être maintenues, mais il faut renoncer à l'esprit révolutionnaire et aux moyens violents et illégaux. »</p>
<p>Très bien. Mais n'oublions pas que des moyens révolutionnaires ont été employés dès 1789, c'est-à-dire non seulement au moment de la « grande rébellion », mais aussi pendant la « glorieuse révolution ». Paul Janet doit-il condamner la « glorieuse révolution » à cause de ses moyens de violence ? Non, au contraire. Dans sa description, les actes de violence pratiqués pendant la « glorieuse révolution » apparaissent pleinement justifiés, hautement utiles et parfaitement efficaces. Il parle avec beaucoup d'éloges des insurrections populaires dirigées contre la royauté, et il cherche même à prouver que, sans ces soulèvements, le gouvernement aurait étouffé en germe toutes les réformes de l'Assemblée nationale, et que les grands objectifs de la révolution seraient alors restés inaccessibles.</p>
<p>Il salue la prise de la Bastille comme « la première apparition victorieuse du peuple de Paris sur la scène révolutionnaire » ; et il s'exprime de la même manière approbatrice à propos de la seconde apparition du même peuple sur la même scène, des événements des 5 et 6 octobre, ainsi que de la prise des Tuileries. Arrivé là, nota bene , après que Janet a démontré la nécessité inévitable d'éliminer un roi qui négociait avec l'ennemi dès le début de la guerre, il ajoute d'un ton mélancolique : « La France s'est peu à peu habituée à résoudre les questions politiques avec des moyens aussi pitoyables. » Mais il ne nous dit pas avec quels autres moyens la tâche donnée et incontournable aurait pu être accomplie.</p>
<p>Ce n'est qu'après la prise des Tuileries, c'est-à-dire après cette dernière insurrection nécessaire, selon Janet, que le peuple de Paris, sous la plume de notre historien, se transforme peu à peu en une populace dominée par les passions les plus basses. Il devient alors clair : une « révolte » est tout à fait acceptable, seulement il ne faut pas se laisser entraîner par les passions les plus basses. L'historien bourgeois veut-il être compris dans ce sens ? Pas du tout. On nous apprend aussitôt que maintenant que « la glorieuse révolution » est terminée, toutes les insurrections manquent de sens et de justification. Nous y sommes enfin parvenus. Le roi est tombé, la noblesse est détruite, la bourgeoisie est élevée sur le bouclier. Que désire le cœur de plus ? Maintenant, tais-toi, après avoir fait sur cette terre tout ce qui appartient à la terre. Qui, si ce n'est la populace, penserait à l'insurrection ?<br class='autobr' />
Les révolutionnaires prolétariens condamnés</p>
<p>Ensuite ! Comme on pouvait s'y attendre, Paul Janet étend sa sympathie à tous les partis qui se sont succédé à la tête du mouvement, sauf au parti de la Montagne. Sur ce dernier il déverse toute la coupe de sa colère ; c'est à ce parti qu'il réserve tous ses propos violents et ses épithètes.</p>
<p>Entre ces mécréants et la « Gironde virile et généreuse », Janet établit ce parallèle intéressant : « Les uns, comme les autres, voulaient la république… » Mais alors que « les Girondins aspiraient à une république libre, légale et douce, les Montagnards aspiraient à une république despotique et cruelle » :</p>
<p>Sans égard pour la liberté, ces derniers ne tenaient qu'à l'égalité. Certes, les deux partis étaient favorables à la souveraineté du peuple, mais avec cette différence que les Girondins voulaient justement inclure dans « le peuple » tous les citoyens, tandis que pour les Montagnards, conformément à la perversité encore en vigueur aujourd'hui, le peuple ne se composait que des membres de la classe ouvrière, des personnes vivant de leur propre travail. Par conséquent, selon les Montagnards, gouverner devait être l'apanage de cette seule classe.<br class='autobr' />
Des points de vue divergents sur « Le peuple »</p>
<p>Le programme politique des Girondins différait donc essentiellement de celui des Montagnards. D'où vient cette différence ? Paul Janet lui-même nous en donne suffisamment de renseignements. La différence venait de ce que le parti montagnard, comme nous l'avons vu, concevait les rapports entre les classes sociales alors existantes d'une manière différente de celle des Girondins. Ceux-ci « voulaient faire entendre que le peuple comprenait tous les citoyens », tandis que les premiers ne considéraient comme « le peuple » que la classe ouvrière ; les autres classes, selon les Montagnards, ne faisaient pas partie du « peuple », parce que les intérêts de ces classes étaient contraires à ceux de la classe ouvrière.</p>
<p>Et, à proprement parler, les Girondins eux-mêmes n'incluaient pas dans le « peuple » tous les citoyens, c'est-à-dire toute la nation française de l'époque, mais seulement le tiers-état. Comprenaient-ils dans le « peuple » l'aristocratie et le haut clergé ? Pas du tout. L'abbé Sieyès lui-même, qui n'a jamais été aussi loin que les Girondins, n'a-t-il pas, dans sa brochure Qu'est-ce que le tiers-état ? , mis « le peuple », c'est-à-dire le tiers-état, sans remords contre le petit groupe de privilégiés, c'est-à-dire la noblesse et le haut clergé ?</p>
<p>Les Girondins, qui combattaient les « privilégiés » avec beaucoup plus de détermination, étaient sans doute d'accord avec Sieyès sur ce point. Si, malgré tout, leur conception du « peuple » était si différente de celle des Montagnards, cela ne pouvait s'expliquer que par le fait que les Montagnards avaient fait un pas de plus en classant parmi les « privilèges » les institutions sociales qui leur paraissaient sacrées et nécessaires. La question de savoir quelles classes devaient être considérées comme « privilégiées » était controversée. Mais cela montre — et les explications de Paul Janet ne laissent place à aucune autre interprétation — que, selon les Montagnards, toutes les personnes et toutes les classes qui vivent du « travail », mais du travail des autres et non du leur, appartiennent à la catégorie des « privilégiés ».</p>
<p>Il faut maintenant chercher à éclaircir le point suivant : pourquoi les défenseurs de la cause de la classe ouvrière penchaient-ils vers une république « despotique et cruelle » ? Pourquoi ne se montraient-ils pas plutôt partisans d'une république « légale, libre et douce » ? Cette circonstance doit être ramenée à deux causes, l'une extérieure, l'autre intérieure. Tournons-nous d'abord vers la cause extérieure, c'est-à-dire vers les rapports qui existaient alors entre la France révolutionnaire et les autres États européens.<br class='autobr' />
La France menacée de l'intérieur et de l'extérieur</p>
<p>La situation de la France, au moment où le parti de la Montagne s'empara du pouvoir, était des plus désespérées, oui, elle était sans espoir. Janet dit :</p>
<p>Les troupes ennemies envahirent le territoire français de quatre côtés : du nord, les Anglais et les Autrichiens ; en Alsace, les Prussiens ; dans le Dauphiné, jusqu'à la ville de Lyon, les Piémontais ; et dans le Roussillon, les Espagnols. Et tout cela à une époque où la guerre civile faisait rage de quatre côtés : en Normandie, en Vendée, à Lyon et à Toulon.</p>
<p>A côté de ces ennemis déclarés, il y avait les partisans secrets de l'Ancien Régime, disséminés dans toute la France, qui étaient prêts à aider subrepticement l'ennemi.</p>
<p>Le gouvernement, qui avait entrepris la lutte contre ces innombrables ennemis intérieurs et extérieurs, n'avait ni argent ni troupes suffisantes ; il ne pouvait compter que sur une énergie sans bornes, sur l'appui actif des éléments révolutionnaires du pays et sur le courage colossal de ne reculer devant aucune mesure, si arbitraire, si illégale ou si impitoyable fût-elle, aussi longtemps qu'elle était nécessaire à la défense du pays.<br class='autobr' />
Une situation désespérée appelle des mesures désespérées</p>
<p>Après que les Montagnards eurent appelé aux armes toute la jeunesse française, sans pouvoir, avec les maigres ressources que leur procurait l'impôt, fournir même partiellement des armes et des vivres aux armées nouvellement formées, ils recoururent aux réquisitions, aux confiscations, aux emprunts forcés, décrétèrent le change des assignats , bref, ils imposèrent aux classes possédantes effrayées des sacrifices d'argent, tout cela dans l'intérêt d'un pays en péril pour lequel le peuple sacrifiait son sang.</p>
<p>Ces mesures de force étaient absolument nécessaires pour sauver la France. Il n'y avait pas à compter sur des contributions financières volontaires, Janet l'admet lui-même. La détermination et l'énergie de fer du gouvernement étaient également nécessaires pour pousser à bout toutes les forces nouvelles de la France, Janet l'admet aussi. Mais lui, Paul Janet, aurait préféré voir la dictature entre les mains de la « noble et magnanime Gironde » plutôt que dans celles des abominables Montagnards. Si les Girondins étaient sortis victorieux de la lutte contre la Montagne, alors, selon l'auteur :</p>
<p>… eux aussi auraient été placés dans la même situation que les Montagnards ; ils auraient été obligés de réprimer les insurrections royalistes, de vaincre le parti d'opposition, de repousser les invasions, et l'on peut douter que, sans la dictature, ils eussent pu faire face à tous ces maux. Mais leur dictature aurait été moins sanguinaire et aurait donné plus de place au droit et à la liberté.</p>
<p>Mais sur quelles couches de la population les doux Girondins auraient-ils pu s'appuyer ? Quand, après leur défaite à Paris, ils cherchèrent du secours en province, ils n'y trouvèrent que l'appui passif de la bourgeoisie « lente et tiède », pour reprendre l'expression de Janet, et l'appui malfaisant des royalistes, qu'ils durent eux-mêmes rejeter. Et pouvaient-ils compter sur un appui plus efficace de la part de leurs partisans dans la lutte contre les ennemis étrangers ? La Gironde n'a jamais trouvé et ne trouvera jamais grâce auprès de la couche la plus basse et la plus révolutionnaire de la population, surtout à Paris. Cette partie de la population avait évidemment sur le « peuple » et ses intérêts des opinions tout à fait différentes de celles de la Gironde, si admirée par Janet en raison de sa magnanimité.</p>
<p>C'est précisément cette circonstance qui provoqua la chute de la Gironde et la victoire de la Montagne. La première fut presque exclusivement le fait de la « classe moyenne lente et tiède ». Pouvait-on accomplir quelque chose de substantiel avec de tels alliés ? Non, la Gironde modérée et libérale n'aurait jamais pu sauver la France de la situation critique dans laquelle elle se trouvait empêtrée en 1793.</p>
<p>C'est la situation extérieure de la France qui rendit nécessaire la dictature, celle des Montagnards. Et une fois qu'une dictature fut nécessaire, tous les discours sur une république « libre, légale et douce » devinrent tout simplement ridicules. La dictature révolutionnaire devait nécessairement être aussi rigide et aussi impitoyable que les ennemis extérieurs qui l'avaient suscitée, tout comme le manifeste du duc de Brunswick et les menaces d'une Europe réactionnaire contre la France.</p>
<p>Passons maintenant aux causes internes qui empêchèrent les Montagnards de trouver une république « libre, légale et douce » à leur goût. Il faut ici tout d'abord attirer l'attention du lecteur sur les fameux droits de l'homme et du citoyen. Parmi ceux-ci, nous trouvons plusieurs droits qui correspondent aux intérêts de la classe la plus basse de la population ; mais nous en trouvons aussi un à l'égard duquel cette classe fut obligée, dès le début, de maintenir une attitude particulière et contradictoire. Il s'agit du droit de propriété.<br class='autobr' />
Le prolétariat et les « droits de propriété »</p>
<p>Comment un « sans- culotte » parisien, par exemple, pourrait-il concevoir ce droit, alors que son nom seul indique qu'il est lui-même dépourvu de toute propriété ? Comment pourrait-il exercer ce droit merveilleux qui lui est accordé ? Les exemples ne manquent pas à sa portée. La bourgeoisie s'est approprié bien des biens de l'aristocratie et de l'Église : pourquoi ne ferait-elle pas de même avec les biens de la bourgeoisie ?</p>
<p>Le sans-culotte de cette époque avait à traverser bien des jours pénibles, quoique joyeux. Il lui fallait souvent endurer la faim au sens le plus littéral du terme, et la faim, on le sait, est mauvaise conseillère. Dès lors, notre sans-culotte commença à manifester une grande indifférence à l'égard de la propriété bourgeoise. La bourgeoisie résista à cela du mieux qu'elle put.</p>
<p>On voit bien comment cette lutte sociale devait influer sur la vie politique. La « populace » se rassembla en un parti qui lui était propre et mit les Montagnards sur le bouclier. La « populace » de l'époque savait se battre et prit bientôt le contrôle. Il ne lui restait alors évidemment plus qu'à utiliser le pouvoir politique qu'elle venait d'acquérir pour créer des institutions sociales sous lesquelles le droit de propriété ne sonnerait plus comme une amère moquerie. Mais pour le prolétariat de l'époque, comme pour le prolétariat moderne, cela n'était possible qu'à une condition : l'abolition totale de la propriété privée des moyens de production et de l'organisation sociale de la production.</p>
<p>Mais cette dernière, dans les conditions qui prévalaient alors, était tout simplement impensable pour deux raisons étroitement liées. Le prolétariat de l'époque n'avait pas les capacités requises, et les moyens de production de l'époque ne répondaient même pas aux conditions élémentaires de socialisation. C'est pourquoi ni le prolétariat de l'époque ni ses représentants les plus avancés ne pouvaient même concevoir cette idée. Il est vrai que dans la littérature française prérévolutionnaire on trouve quelques utopies communistes, mais celles-ci, pour les raisons que nous avons mentionnées, n'ont pu trouver ni crédit ni reconnaissance.<br class='autobr' />
Raisons des tactiques terroristes</p>
<p>Dans ces conditions, que restait-il à faire à la « populace » momentanément victorieuse ? Si l'on ne pouvait pas songer à socialiser les moyens de production, il fallait nécessairement que la propriété privée y soit maintenue, et que la population indigente se contente d'empiéter sur son domaine par la force et par la violence. Et c'est à cause de ces empiétements que la « populace » est encore aujourd'hui accusée par tous les historiens bourgeois. Les empiétements sur le domaine de la propriété privée ont rendu impossible une république « légale », car la loi a été conçue pour protéger précisément cette propriété privée.</p>
<p>La République ne pouvait plus être « douce », car les classes possédantes ne supportaient pas, les mains dans les poches, de telles atteintes à leurs biens, mais cherchaient au contraire avec ardeur une occasion de mettre un terme à cette « domination de la populace » nonchalante. La lutte entre le prolétariat de l'époque et les classes possédantes devait être menée, fatalement et inévitablement, par des moyens terroristes. C'est seulement par la terreur, dans un contexte de contradictions économiques insolubles, que le prolétariat pouvait maintenir sa domination. Si le prolétariat avait atteint un stade de développement plus élevé et, d'autre part, si les conditions économiques avaient été suffisamment avancées pour assurer son bien-être, il n'aurait pas eu besoin de recourir à des mesures de terreur.<br class='autobr' />
Raisons de la « légalité » bourgeoise</p>
<p>Considérons la bourgeoisie, si louée par les historiens pour son penchant pour la « légalité ». Elle ne laissait nullement ses ennemis en paix, et ne reculait pas devant les mesures décisives dans les moments critiques ; mais sa cause était alors si solide qu'elle n'avait pas à craindre d'adversaire. Arrivée au pouvoir au cours de sa « glorieuse » révolution, la bourgeoisie a instauré l'ordre social qui convenait à ses besoins, et elle l'a fait avec tant de rigueur que même les réactionnaires les plus obstinés n'ont plus eu l'idée de l'abolir. Si ces derniers avaient tenté une tentative dans ce sens, ils auraient vite été convaincus de son échec absolu.</p>
<p>Dans ces conditions, il était facile à la bourgeoisie de parler de « légalité » ; lorsque votre cause a gagné et que vos ennemis ont été vaincus sans espoir, l'ordre de choses le plus conforme à vos intérêts devient « légal » ; recourriez-vous alors encore à des moyens illicites ? Vous êtes sûr que désormais vos privilèges seront amplement protégés par la loi. La bourgeoisie a lutté pour la légalité en politique, parce que l'évolution historique avait pleinement assuré son triomphe en économie.</p>
<p>A sa place, le prolétariat n'aurait pas pu et n'aurait pas agi autrement. Que les porte-parole de la « populace », les Montagnards, tout autant que les Girondins, aient élevé au plus haut le principe de la liberté et de la loi, c'est ce que prouve la constitution qu'ils ont rédigée, la plus libre jamais écrite en France. La constitution introduisait la législation directe par les représentants du peuple et limitait au minimum les pouvoirs de l'exécutif. Cependant, en raison de toutes les conditions extérieures et intérieures de la France, il devenait impossible aux Montagnards d'appliquer la constitution.</p>
<p>En général, on peut considérer comme une règle qui ne souffre aucune exception que telle classe sociale ou telle couche de la population, une fois arrivée au pouvoir, recourra d'autant plus volontiers à la terreur que ses chances de se maintenir au pouvoir sont faibles. Au XIXe siècle, la bourgeoisie a dû se rendre compte que sa domination sur le prolétariat devenait de plus en plus fragile et, par conséquent, elle s'efforce de plus en plus de le soumettre par la terreur. Elle a agi avec plus de férocité contre les insurgés de Juin qu'en 1831 contre les tisserands de Lyon ; elle a agi avec beaucoup plus d'atrocité dans la répression des Communards de 1871 qu'en Juin 1848.</p>
<p>La terreur exercée par la bourgeoisie contre le prolétariat éclipse de loin les atrocités des Jacobins, qui ont d'ailleurs été grandement exagérées par les réactionnaires. Robespierre, comparé à Thiers, apparaît comme un véritable ange, et Marat, mis à côté des cosaques de la presse bourgeoise de la semaine sanglante de mai, apparaît comme un être doux et bienveillant. Quiconque approfondit l'histoire de France de notre siècle doit être entièrement d'accord avec l'écrivain russe Herzen, lorsqu'il disait, après les journées de juin, qu'il n'y avait pas de gouvernement plus féroce, et qu'il ne pouvait pas y en avoir de plus féroce que celui du boutiquier en furie.<br class='autobr' />
La bourgeoisie responsable de la réaction française</p>
<p>C'est précisément cette férocité des boutiquiers qui rendit impossible la consolidation durable de la liberté politique en France. La bourgeoisie doit être tenue seule responsable des défaillances réactionnaires qui caractérisent l'histoire de la France au XIXe siècle. Même à l'époque de la Restauration, la victoire des réactionnaires fut d'autant plus facile que la bourgeoisie, effrayée à mort par les ouvriers, les empêcha pendant longtemps d'entrer dans la lutte.</p>
<p>Et maintenant, pour calmer les écrivains bourgeois qui tremblent à la seule pensée de la terreur jacobine, nous allons exposer une vérité qui nous paraît irréfutable. La victoire de la classe ouvrière, qui se profile maintenant dans tous les pays civilisés, ne sera certainement pas entachée par la cruauté, car la victoire de la cause du travail est tellement assurée par le cours de l'histoire qu'il n'y aura plus besoin de terreur. Certes, les réactionnaires bourgeois seront bien avisés de s'abstenir de tenter de faire trébucher le prolétariat victorieux et de faire preuve de sagesse en n'imitant pas les conspirateurs royalistes de la grande révolution. « A la guerre comme à la guerre », c'est un dicton vrai, et dans le feu de l'action, il pourrait être dur pour les conspirateurs. Mais, répétons-le, tout le cours de l'évolution historique garantit le succès du prolétariat.<br class='autobr' />
Conditions favorables à la révolution socialiste</p>
<p>A l'occasion de la célébration du centenaire de la grande révolution, la bourgeoisie française s'est presque délibérément employée à démontrer au prolétariat ad oculos (aux yeux) la possibilité économique et la nécessité d'une transformation sociale. L'Exposition universelle [1] lui a fourni une excellente démonstration du développement sans précédent des moyens de production dans tous les pays civilisés, qui a dépassé les plus audacieuses fantaisies des utopistes du siècle précédent. Dans ce sens, l'émancipation du prolétariat, au lieu du noble rêve qu'elle était au temps de Babeuf, est devenue une nécessité historique.</p>
<p>L'exposition a montré, en outre, que le développement moderne des moyens de production, dans les conditions anarchiques qui régissent la production, doit logiquement et nécessairement conduire à des crises industrielles de plus en plus destructrices pour l'économie mondiale. Pour échapper aux conséquences dangereuses de ces crises, il ne reste au prolétariat européen qu'à poser les bases d'une organisation planifiée de la production sociale, chose impossible pour les sans-culottes du siècle dernier. Non seulement les forces productives modernes rendent possible une telle organisation, mais elles y tendent. Sans une telle organisation, il n'est pas possible d'envisager la pleine utilisation de ces forces.</p>
<p>Dans l'atelier mécanique moderne, la production a déjà pris un caractère social ; il ne reste plus qu'à harmoniser les différentes fonctions productives dans ces ateliers et, en conséquence, à transformer la propriété du produit, c'est-à-dire à la faire passer de la propriété privée à la propriété sociale. Atteindre ce but sera la tâche du prolétariat européen. Le Congrès socialiste international, réuni en juillet 1889, n'a pas manqué de rappeler au prolétariat cette grande tâche.</p>
<p>Revenons maintenant à notre philosophe Paul Janet, que nous avons perdu de vue pendant un certain temps. Il vient de nous annoncer qu'il faut « rester fidèle à l'esprit de la révolution, mais rejeter l'esprit révolutionnaire ». En d'autres termes, l'humanité doit se contenter des résultats de la grande révolution obtenue par la bourgeoisie, mais ne doit pas faire un pas de plus en avant.<br class='autobr' />
Nécessité d'une conscience de classe parmi les travailleurs</p>
<p>Or, nous pensons que c'est tout le contraire. Les objectifs de la bourgeoisie ne peuvent pas être ceux de la classe ouvrière, et les résultats obtenus par la première ne peuvent satisfaire la seconde. C'est pourquoi les ouvriers font un pas de plus lorsqu'ils rejettent l'esprit bourgeois de la grande révolution, mais restent fidèles à l'esprit révolutionnaire. Rester fidèle à cet esprit signifie lutter sans relâche et sans crainte pour un avenir meilleur, lutter implacablement contre tout ce qui est ancien et dépassé.</p>
<p>La bourgeoisie voudrait bien inculquer aux ouvriers l'idée que la société moderne ne connaît pas de divisions de classes, parce que le fondement de l'État moderne est l'égalité de tous devant la loi. Mais cette égalité formelle ne peut pas plus consoler les ouvriers que, sous l'ancien régime, l'égalité proclamée de tous devant Dieu ne satisfaisait la bourgeoisie ; non contente de cette égalité fantastique, la bourgeoisie ne se reposait pas avant d'être entrée en possession de tous les biens terrestres possibles. Il n'est donc pas étonnant que le prolétariat ne se contente pas de fictions juridiques, sachant très bien que l'inégalité économique doit, dans la vie réelle, rendre illusoire toute autre égalité.</p>
<p>De la même manière, la bourgeoisie voudrait faire croire aux ouvriers qu'il n'y a plus rien à faire aujourd'hui dans le domaine économique et qu'il ne faut donc que se livrer au jeu de la politique « pure ». Mais la « politique pure » n'est pour les ouvriers qu'une politique de pacotille au service des partis bourgeois, et la bourgeoisie est parfaitement consciente de la signification de cette espèce de « politique pure », du moins telle était-elle son interprétation lorsqu'elle était en lutte avec la noblesse et le clergé.</p>
<p>Dans la brochure Qu'est-ce que le tiers-état ? , déjà citée, et qui doit être considérée comme le programme de la bourgeoisie de 1789, les sophismes des « purs politiques », qui se trouvaient alors dans les deux états supérieurs, étaient réfutés avec beaucoup de talent. L'abbé Sieyès insistait sur le fait que la nation était en réalité divisée en deux camps : dans l'un, les privilégiés ; dans l'autre, les opprimés ; et que cette division réelle devait se refléter dans la politique. Il était naturel et compréhensible que les privilégiés cherchassent à préserver leurs intérêts au moyen de mesures politiques ; mais les opprimés ne devaient pas non plus négliger la sauvegarde de leurs intérêts et devaient apparaître comme un parti unifié dans l'arène politique nouvellement ouverte.</p>
<p>Jusqu'à présent, cette leçon n'a pas perdu de son sens ni de son importance. Les conditions n'ont changé que dans la mesure où la bourgeoisie occupe aujourd'hui une position privilégiée. Et que reste-t-il aux ouvriers, sinon de se regrouper dans un parti séparé des opprimés, opposé à la bourgeoisie privilégiée ?<br class='autobr' />
Idées confuses sur la lutte des classes</p>
<p>A la fin du XVIIIe siècle, à l'époque de la « grande révolte » de la « populace » française, l'antagonisme de classe entre bourgeoisie et prolétariat n'était encore qu'embryonnaire. C'est pourquoi la conscience de classe des prolétaires devait être assez floue. Lorsque, au cours de ce traité, nous avons essayé d'expliquer l'argumentation de Paul Janet relative aux conceptions jacobines du « peuple », nous leur avons attribué une attitude antagoniste à l'égard de toutes les classes vivant du travail des autres. C'était en réalité le seul sens possible de l'argumentation de l'auteur.</p>
<p>Mais cela n'est vrai que dans la mesure où les Montagnards, en réalité et par instinct, ont toujours cherché à défendre les intérêts de la classe la plus pauvre de la population. Il en était ainsi parce que leur conception comportait un trait qui, au cours d'une évolution ultérieure, aurait pris un caractère tout à fait bourgeois. Ce trait apparaît clairement dans les discours de Robespierre. C'est par lui que s'explique la lutte des Jacobins contre les Hébertistes et, en général, leur lutte contre la prétendue législation agraire.</p>
<p>Mais ces « lois agraires », telles que se les représentaient leurs partisans, ne contenaient rien de communiste. La propriété privée et les objectifs petits-bourgeois qui lui étaient étroitement liés s'imposèrent dans les programmes des révolutionnaires les plus extrémistes de l'époque. Seul Babeuf prit une position différente ; il apparut au dernier acte de la grande tragédie, alors que les forces du prolétariat avaient déjà été entièrement épuisées par les luttes précédentes. Le parti de la Montagne échoua précisément à cause de cette contradiction profonde entre ses conceptions petites-bourgeoises et sa volonté de représenter les intérêts prolétariens.</p>
<p>Ces contradictions sont étrangères aux représentants actuels de la classe ouvrière, car le socialisme moderne et scientifique n'est que l'expression théorique de l'antagonisme insurmontable des intérêts de la bourgeoisie et du prolétariat. La victoire prochaine de la classe ouvrière sous le drapeau du socialisme sera bien plus glorieuse que toutes les « glorieuses » révolutions de la bourgeoisie réunies.</p>
<p>La force, la force pure, la force des baïonnettes et des canons, devient de plus en plus le seul appui de la domination bourgeoise. Et des « théoriciens » candides font leur apparition, qui reconnaissent sans plus de cérémonie que l'ordre bourgeois actuel ne peut être justifié théoriquement et n'a pas besoin d'une telle justification, parce que la bourgeoisie contrôle les pouvoirs publics. Ainsi parle par exemple un professeur autrichien, Gumplowicz, dans son livre L'État politique et le socialisme .</p>
<p>Lorsque les représentants de la noblesse et du clergé, dans une des premières sessions des États, revinrent sur le fondement de leurs privilèges, le droit historique de conquête, le théoricien de la bourgeoisie, l'abbé Sieyès, répondit fièrement : « Rien que cela, messieurs ? Nous serons conquérants à notre tour ! » — ce qui veut dire : « Rien que cela, messieurs ? Eh bien, nous serons conquérants à notre tour ! »</p>
<p>Et la classe ouvrière doit dire exactement cela aux partisans de la force bourgeoise.</p>
<p>1. L'Exposition universelle est une grande exposition qui s'est tenue à Paris à l'occasion du centième anniversaire de la prise de la Bastille. Elle s'est déroulée du 6 mai au 31 octobre 1889 et a attiré plus de six millions de visiteurs.</p></div>
Histoires de la classe ouvrière
https://matierevolution.org/spip.php?article9037
https://matierevolution.org/spip.php?article90372026-08-29T22:41:00Ztext/htmlfrRobert ParisOuvriers Workers
<p>Histoires de la classe ouvrière <br class='autobr' />
Avertissement : les textes qui suivent développent des points de vue aussi divers qu'opposés. Il faut voir ainsi que se réclamer de la classe ouvrière ne dit pas ce qu'on compte lui proposer comme perspective ! <br class='autobr' />
Matière et Révolution : <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.org/spip.php?article4790 <br class='autobr' />
Engels <br class='autobr' />
https://www.marxists.org/francais/engels/works/1845/03/fe_18450315.htm <br class='autobr' />
Dolléans <br class='autobr' />
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k3338772h?rk=64378 ;0 <br class='autobr' />
Robert du Var (…)</p>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory">4ème chapitre : Révolutions prolétariennes jusqu'à la deuxième guerre mondiale</a>
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<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Histoires de la classe ouvrière</h2>
<p>Avertissement : les textes qui suivent développent des points de vue aussi divers qu'opposés. Il faut voir ainsi que se réclamer de la classe ouvrière ne dit pas ce qu'on compte lui proposer comme perspective !</p>
<p>Matière et Révolution :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article4790" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.org/spip.php?article4790</a></p>
<p>Engels</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/engels/works/1845/03/fe_18450315.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/engels/works/1845/03/fe_18450315.htm</a></p>
<p>Dolléans</p>
<p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3338772h?rk=64378;0" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3338772h?rk=64378;0</a></p>
<p>Robert du Var</p>
<p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6536672n.r=popp%20ouvri%C3%A8re?rk=21459;2" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6536672n.r=popp%20ouvri%C3%A8re?rk=21459;2</a></p>
<p>Comité Révolutionnaire du Prolétariat</p>
<p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5451923r.r=histoire%20de%20la%20classe%20ouvri%C3%A8re?rk=321890;0" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5451923r.r=histoire%20de%20la%20classe%20ouvri%C3%A8re?rk=321890;0</a></p>
<p>Levasseur</p>
<p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62791r.r=%22Histoire+des+classes+ouvri%C3%A8res+et+de+l%27industrie+en+France+de+1789+%C3%A0+1870%22+.langFR" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62791r.r=%22Histoire+des+classes+ouvri%C3%A8res+et+de+l%27industrie+en+France+de+1789+%C3%A0+1870%22+.langFR</a></p>
<p>Willard</p>
<p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3335871h/f9.item" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3335871h/f9.item</a></p>
<p>Du Cellier</p>
<p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k86345v" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k86345v</a></p>
<p>Un Blanqui qui n'est pas Auguste</p>
<p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k863257/f2.item" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k863257/f2.item</a></p>
<p>Dupont du Nord</p>
<p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k842949?rk=42918;4" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k842949?rk=42918;4</a></p>
<p>Laboulais</p>
<p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5500130p.r=ouvrier%20r%C3%A9volutionnaire?rk=64378;0" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5500130p.r=ouvrier%20r%C3%A9volutionnaire?rk=64378;0</a></p>
<p>Radiofrance</p>
<p><a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/entendez-vous-l-eco/une-histoire-de-la-condition-ouvriere-4833505" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/entendez-vous-l-eco/une-histoire-de-la-condition-ouvriere-4833505</a></p>
<p>in english</p>
<p>Postgate</p>
<p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6235522c.r=chartism%20workers?rk=42918;4" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6235522c.r=chartism%20workers?rk=42918;4</a></p>
<p>Charles Booth</p>
<p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k93990t.r=chartism%20workers?rk=21459;2" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k93990t.r=chartism%20workers?rk=21459;2</a></p></div>
Friedrich Sorge, un des premiers dirigeants marxistes du mouvement ouvrier
https://matierevolution.org/spip.php?article8772
https://matierevolution.org/spip.php?article87722026-08-28T22:17:00Ztext/htmlfrRobert ParisSocialisme - Socialism
<p>Friedrich Sorge, un des premiers dirigeants marxistes du mouvement ouvrier <br class='autobr' />
SORGE Friedrich Adolf, 1828-1906 : communiste allemand, compagnon de lutte de Marx-Engels ; participe au soulèvement de Bade et du Palatinat en 1849 ; émigré aux États-Unis, il y joue un grand rôle dans le mouvement ouvrier, organisant notamment les sections de l'A.I.T. ; l'un des fondateurs du Club des communistes allemands de New York ; participe à la fondation de la section n° 1 de New York et environs ; après la (…)</p>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory">4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas</a>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag">Socialisme - Socialism</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Friedrich Sorge, un des premiers dirigeants marxistes du mouvement ouvrier</h2>
<p>SORGE Friedrich Adolf, 1828-1906 : communiste allemand, compagnon de lutte de Marx-Engels ; participe au soulèvement de Bade et du Palatinat en 1849 ; émigré aux États-Unis, il y joue un grand rôle dans le mouvement ouvrier, organisant notamment les sections de l'A.I.T. ; l'un des fondateurs du Club des communistes allemands de New York ; participe à la fondation de la section n° 1 de New York et environs ; après la dissolution de celle-ci, participe à la fondation de l'Association générale des ouvriers allemands de New York (1869) qui entre à la National Labor Union comme Labor Union n° 5 de New York ; participe à la fondation du comité central nord-américain de l'A.I.T. (1870) ; délégué au Congrès de La Haye ; élu secrétaire-général du Conseil général après son transfert à New York ; entretient une correspondance suivie avec Marx-Engels, dont il fut toujours l'ami fidèle. Après le transfert du siège de la Première Internationale à New-York (1872), il en sera le Secrétaire Général jusqu'en 1874. Sorge sera en liaison étroite avec Marx et Engels durant toute sa vie politique, ainsi qu'en atteste leur volumineuse correspondance.</p>
<p>Sorge : « Celui qui se déclare ennemi du communisme se déclare ennemi de l'intérêt commun, ennemi de la société et de l'humanité ! Celui qui veut anéantir le communisme devra détruire les routes communes, les écoles, il devra détruire les jardins et parcs publics, il devra supprimer les bains publics, les théâtres, les usines d'eau, tous les édifices publics ; par exemple, les mairies, les tribunaux, tous les hôpitaux, les hospices ; il lui faudra détruire les chemins de fer, les télégraphes, la poste ! Car tout cela appartient au communisme. »</p>
<p>Le socialisme et les travailleurs, par Sorge</p>
<p>Le socialisme a été attaqué et incriminé à tout moment, mais jamais avec autant d'animosité que récemment. On reproche aux socialistes toutes sortes de méchancetés ; de la tendance à supprimer la propriété, le mariage, la famille, à polluer tout ce qui est sacré ; ils ont même été accusés d'incendie criminel et de meurtre. Et pourquoi pas ? Si nous regardons les auteurs de ces incriminations, nous ne sommes pas du tout étonnés, car ils doivent défendre des privilèges et des monopoles qui, en réalité, sont en danger s'ils sont mis au grand jour et manipulés par les socialistes. Ils agissent selon le vieux stratagème jésuitique : inventez des mensonges, polluez votre ennemi par tous les moyens possibles ; quelque chose va rester. Mais si nous constatons que ces reproches sont répétés et repris même par des travailleurs dont les intérêts sont tout à fait différents, nous devons effectivement nous interroger.</p>
<p>Mais si les ouvriers haïssent et attaquent le socialisme, ce n'est pas une perception claire de la méchanceté des objectifs du socialisme qui guide leur jugement, mais plutôt une idée obscure et vague, et il est bien connu que les spectres sont des choses terribles dans le socialisme. l'obscurité pour les gens qui croient en eux.</p>
<p>Mais quiconque hait et persécute les autres pour leurs propres buts et poursuites devrait être convaincu qu'il a raison de le faire. Car si nous haïssons et persécutons les personnes dont les objectifs et les poursuites sont raisonnables et justes, nous avons tort.</p>
<p>C'est pourquoi examinons les véritables objectifs des socialistes. Je pense que je les connais assez bien et je promets de dire la vérité et rien que la vérité à leur sujet.</p>
<p>Quand vous aurez lu ceci jusqu'au bout, vous pourrez persécuter les socialistes avec une haine renouvelée si vous trouvez qu'ils sont mauvais ; d'un autre côté, vous aurez une bonne opinion d'eux si vous trouvez leurs opinions bonnes et justes. Car je suis convaincu que vous, cher lecteur, qui que vous soyez, n'avez pas envie d'aimer le mal et de haïr le bien.</p>
<p>Avant tout, il semble certain que les socialistes entendent diviser toutes les propriétés. Quiconque possède quelque chose doit renoncer à ce qu'il possède ; toute cette masse doit être répartie également entre tout le peuple, et chacun peut utiliser sa part comme bon lui semble. Au bout d'un certain temps, lorsque certains auront épuisé la part qui leur était attribuée et qu'une nouvelle disproportion de propriété se sera produite, un nouveau partage sera effectué ; et ainsi de suite. Il faut surtout partager l'argent et le sol – c'est ce que disent certains à propos du socialisme.</p>
<p>Maintenant, honnêtement, lecteur, avez-vous déjà vu ou entendu parler d'un homme sain d'esprit qui exigeait vraiment de telles absurdités ? Non tu n'as pas ! Une telle exigence relève du plus haut degré de folie. Réfléchissez, cher lecteur, à qui, par exemple, devrait tomber un chemin de fer ? Qui devrait avoir les rails, ou une locomotive, ou un wagon ? Et comme tout le monde aurait le droit de réclamer une part égale, il faudrait briser et briser toutes ces choses, et l'un obtiendrait un essieu cassé, un autre une portière de voiture, ou peut-être des boulons. Même les fous ne pourraient pas recommander un tel état de choses.</p>
<p>On pourrait peut-être envisager un partage de la monnaie ou du sol, mais l'argent et le sol ne forment qu'une petite partie de la richesse d'un pays. L'argent liquide n'en constitue qu'une très petite partie. Et si le sol était divisé, tous les nouveaux propriétaires auraient besoin de maisons, de granges, d'écuries, d'instruments agricoles de toutes sortes. Une telle répartition du sol est donc tout à fait impossible, et les socialistes savent bien qu'une telle procédure ne profiterait à personne. Durant la grande Révolution française de 1789, une tentative similaire fut tentée ; de grands domaines étaient partagés entre les pauvres paysans pour les rendre heureux. Quel a été le résultat ? La paysannerie française, en général, est si pauvre que des milliers d'entre eux vivent dans des habitations n'ayant qu'une porte et aucune fenêtre, ou n'ayant qu'une petite fenêtre sur le côté de la porte. Et les petits agriculteurs ne sont guère mieux lotis dans aucun pays, sauf peut-être à proximité des grandes villes. Le petit agriculteur doit, en règle générale, travailler plus dur que quiconque pour gagner sa vie, et de toute façon très maigre et pauvre. À notre époque, l'agriculture n'est rentable que si elle est pratiquée à grande échelle, si de vastes étendues de terre peuvent être cultivées à l'aide de machines et en appliquant toutes les améliorations modernes. Et cette connaissance et cette doctrine des socialistes s'opposent strictement au partage du sol. Au contraire, les socialistes estiment qu'il viendra un temps où un certain nombre de petits agriculteurs s'uniront pour cultiver leurs fermes en commun et se partager les produits, car l'agriculture à petite échelle ne peut rivaliser avec l'agriculture à grande échelle. à grande échelle, tout comme la fabrication à petite échelle ne peut rivaliser avec la fabrication à grande échelle. Par conséquent, ce qui a été dit sur l'intention des socialistes concernant le partage du sol est un mensonge apparent.</p>
<p>Concernant le partage de l'argent, je dois raconter une anecdote inventée pour ridiculiser les gens qu'on représente comme ayant de telles intentions. Un jour de 1848, comme le raconte l'histoire, le baron Rothschild se promenait sur la commune de Francfort-sur-le-Main. Deux ouvriers le rencontrèrent et l'abordèrent ainsi : « Baron, vous êtes un homme riche ; nous voulons partager avec vous. Le baron Rothschild, pas du tout perplexe, sortit avec bonne humeur sa bourse et répondit : « Certainement ! Nous pouvons faire cette affaire sur place. Le compte se fait facilement. Je possède 40 millions de florins ; il y a 40 millions d'Allemands. En conséquence, chaque Allemand doit recevoir un florin ; voici votre part ; » et donnant un florin à chacun des ouvriers, qui regardèrent leur argent tout confus, il s'en alla en souriant.</p>
<p>Cela enseigne que le partage de l'argent n'est qu'une vaine invention.</p>
<p>Et avec un peu d'intelligence et de réflexion, tout le monde devrait facilement arriver à la conclusion que la plupart de ceux qui confessent les principes du socialisme ne peuvent pas être constitués d'imbéciles, ou plutôt de fous, comme ils se révéleraient s'ils exigeaient de telles absurdités. En Allemagne, lors des élections générales de 1903, plus de trois millions de personnes ont voté pour des candidats socialistes. Peuvent-ils tous être fous ?</p>
<p>Il doit donc y avoir autre chose dans le socialisme. Le nombre de socialistes en Allemagne ne cesse de croître. Même le prince Bismarck l'a avoué. Il doit y avoir quelque chose dedans.</p>
<p>Or, si nous allons aux réunions des socialistes, si nous lisons leurs journaux et leurs brochures, que trouvons-nous ?</p>
<p>Ils n'entendent pas introduire le partage des biens ; au contraire, ils sont pour l'abolition de sa division.</p>
<p>Cela semble étrange, mais c'est ainsi.</p>
<p>Les socialistes estiment que le partage de la propriété est actuellement florissant dans notre société, et ils estiment en outre que ce partage est pratiqué d'une manière très injuste. Si vous en doutez, pensez seulement à nos millionnaires, et dites si ces gens-là ont compris ou non comment diviser et s'approprier de grosses sommes d'argent. Pensez à ces compagnies ferroviaires et autres escrocs. Combien d'honnêtes mécaniciens, agriculteurs, ouvriers ont-ils été escroqués par eux sur les petites sommes d'argent qu'ils avaient rassemblées grâce à un travail acharné et à des économies ?</p>
<p>Les socialistes ne prétendent pas à l'honneur d'être les premiers à découvrir que ce genre de répartition se déroule partout dans le monde : ils l'ont appris. Les hommes qui appartiennent à leurs adversaires les ont instruits. John Stuart Mill, qui était opposé au socialisme, a déclaré dans un de ses écrits : « Comme nous le voyons maintenant, le produit du travail est dans un rapport presque inverse au travail – les plus grandes parts sont attribuées à ceux qui n'ont jamais travaillé du tout, la vient ensuite en importance après ceux dont le travail est presque nominal, et ainsi de suite sur une échelle décroissante, la rémunération diminuant à mesure que le travail devient plus dur et plus désagréable, jusqu'à ce que le travail corporel le plus fatigant et le plus épuisant ne puisse pas compter avec certitude sur la possibilité de gagner même le nécessaire. de la vie."</p>
<p>Cela semble vraiment épouvantable, mais si vous regardez autour de vous et consultez votre propre expérience, n'est-ce pas le cas ? C'est certainement le cas !</p>
<p>Il y a des gens qui ont des revenus princiers, qui se jettent d'un plaisir dans un autre – et peut-être n'ont-ils jamais fait de leur vie la moindre chose utile ; ils n'ont pas besoin de travailler. ils ne travaillent pas eux-mêmes, mais ils tirent le produit du travail des autres et en profitent.</p>
<p>Par contre, regardez celui qui « mange son pain à la sueur de son front », regardez l'ouvrier qui travaille pour un salaire. S'il est habile, travailleur et fort, et s'il a la chance de trouver un emploi, il pourra même peut-être épargner un peu. Mais la grande majorité des travailleurs ne peuvent même pas y penser, malgré toutes les difficultés qu'ils traversent. Lorsqu'ils doivent arrêter de travailler, ils sont aussi pauvres qu'au début. Et de nombreux travailleurs, des hommes qui travaillent dur, ne sont pas en mesure de se protéger, eux et leurs familles, du froid et de la faim. N'allez pas bien loin, lecteur, vous les trouverez partout. Des gens en haillons, au visage pâle et désespérés croiseront votre regard et, en vous renseignant, vous apprendrez qu'ils étaient des travailleurs industrieux et ordonnés, et qu'il y a des milliers, voire des centaines de milliers, de personnes qui vivent dans la même condition misérable, dans le en ville comme à la campagne.</p>
<p>Regardez maintenant la mécanique. Quelques-uns d'entre eux peuvent réussir ; ils pourront peut-être atteindre un état dans lequel ils seront à l'abri du chagrin et pourront prendre soin des nécessités de la vie. La plupart des mécaniciens qui possèdent leur propre petit atelier et travaillent à petite échelle doivent lutter contre la pauvreté et les soins. Des milliers, des centaines de milliers de mécaniciens échouent dans cette bataille ; ils abandonnent leurs petits établissements et deviennent ouvriers salariés. Un seul constructeur à grande échelle prive des centaines de petits mécaniciens de leur existence indépendante ; un grand magasin ou « magasin coopératif » écrase cinquante petits commerçants. Dans l'état actuel des choses, seuls réussiront dans la grande lutte pour la vie, dans la compétition universelle, ceux qui disposent de gros moyens, d'une grande quantité de capital.</p>
<p>Dans le commerce, c'est pareil ; les commerçants avec de petits moyens font rarement de bonnes affaires ; beaucoup font faillite. Les marchands disposant de gros moyens deviennent de plus en plus riches. Il en va de même pour les agriculteurs des pays civilisés d'Europe et d'Amérique. Les propriétaires de petites exploitations agricoles gagnent peu d'argent et doivent travailler très dur ; beaucoup tombent progressivement ; en général, la paysannerie s'appauvrit. Il y a l'usurier, qui sait tirer profit d'une mauvaise récolte. Très fréquemment, nous constatons que les petites fermes sont achetées par les propriétaires de grandes fermes pour s'unir à elles. Seuls ces derniers comprennent le métier et sont capables de réaliser des bénéfices.</p>
<p>Nous voyons ainsi comment la grande classe de ceux qui travaillent dur et assidûment ne gagnent pas d'argent, n'accumulent pas de richesses – au contraire, beaucoup d'entre eux doivent souffrir du besoin et du souci. Mais maintenant, qui crée ces richesses qui reviennent à ceux qui n'ont jamais travaillé, ou dont le travail mérite à peine le nom de travail ? Qui d'autre que la même classe ouvrière ?</p>
<p>Pour l'industrie et le travail, c'est à peine un gagne-pain ! Des richesses pour ceux qui n'ont jamais ou rarement rien fait d'utile ! Est-ce que vous appelez ça juste ? Pouvez-vous approuver un tel état de choses ? Je sais que tu ne peux pas. Aucun homme sensé ne peut l'approuver. Et maintenant, dites ce que vous pouvez contre les socialistes : sur ce point, ils ont raison. Cet état de choses ne peut et ne doit pas perdurer. C'est faux et il faut donc le changer. Les socialistes ne s'opposent pas aux acquisitions résultant d'un travail honnête ; au contraire, ils s'efforcent d'assurer le produit du travail à l'ouvrier lui-même et de le protéger des griffes de ceux qui jusqu'ici étaient habitués, non pas à travailler eux-mêmes, mais seulement à tirer profit du travail d'autrui, et qui Ce faisant, ils ne se contentent pas d'un petit rôle, mais tentent de se tailler la part du lion, comme c'est le cas dans la fable.</p>
<p>Mais les socialistes ne vont-ils pas trop loin dans leur zèle ? Il serait certainement bon et juste que ceux qui peinent et travaillent soient libérés du souci et du besoin, et que ceux qui ont été oisifs jusqu'à présent soient forcés de travailler également. Mais les socialistes ne sont-ils pas les ennemis des propriétaires, et tous ceux qui possèdent des biens ne sont-ils pas menacés de les perdre s'ils accédaient au pouvoir – à tel point qu'ils devraient faire face à la pénurie et au besoin ? Ne sont-ils pas communistes ?</p>
<p>Ces objections et reproches ont été faits et sont faits. Ne les prenons pas à la légère, mais considérons-les tranquillement, afin de juger juste et juste.</p>
<p>Avant de continuer, nous devons expliquer deux conceptions : –</p>
<p>(1) Qu'est-ce que le communisme ?<br class='autobr' />
(2) Qu'est-ce que la propriété ?</p>
<p>À propos du communisme, de nombreux mensonges ont été répandus, notamment par des gens dont l'intérêt était de le faire ; c'est-à-dire par ces oisifs qui gagnent de l'argent, de sorte que la plupart des gens ne peuvent que relier au mot communisme l'idée de coquinerie ; Communiste et scélérat de la pire espèce leur apparaissent comme des termes synonymes. Il n'est donc pas facile de parler du communisme sans courir le risque d'être condamné d'emblée. Beaucoup de gens dans un tel cas n'entendront pas, ne verront pas, ne jugeront pas. Leur verdict est formé. Tous les préjugés sociaux sont réveillés et évoqués par cette expression. C'est pour cette raison qu'il est très difficile d'en arriver à une compréhension tranquille. Mais le lecteur qui nous a suivi jusqu'ici nous suivra plus loin, sans avoir les yeux bandés, mais en faisant preuve de bon sens.</p>
<p>Si nous ouvrons les yeux et regardons autour de nous, nous découvrons de nombreuses institutions bienfaisantes et utiles établies par un grand nombre ou par le peuple tout entier en commun. Ici, des associations se forment, par exemple, pour sauver et héberger les naufragés ; ailleurs, la communauté érige une école, ou l'État, la république, construit un port ou un canal. Dans la vie ordinaire, chacun se soucie de lui-même, mais dans des cas comme ceux que nous venons de mentionner, les gens s'unissent pour faire avancer un objectif social commun . L'expérience enseigne que ce faisant, ils réussissent admirablement bien ; Chacun d'entre eux qui réfléchit un peu doit admettre que son propre bien-être est grandement amélioré par de telles institutions d' utilité commune . Que seraient les gens sans routes communes . écoles communes , etc. ; c'est-à-dire ceux qui sont construits et institués aux frais de la communauté pour un usage commun ? Nous serions dans une situation terrible si, d'un seul coup, cessaient d'exister les différentes compagnies d'assurance, dont le but est de transférer un malheur, dont une personne pourrait être lourdement frappée, ou peut-être se ruiner. de ses épaules aux épaules de nombreuses personnes. Si je le voulais, je pourrais mentionner ici mille autres choses, mais les institutions communes susnommées suffiront. Or, toutes ces institutions ne sont rien d'autre que le communisme. Car le communisme n'est rien d'autre que le principe des intérêts communs de la société. Dans la vie de tous les jours, chacun veille à son propre intérêt, même aux dépens de ses semblables ; ici, l'égoïsme froid et laid domine. Les grandes filatures de coton ont ruiné des milliers et des milliers de tisserands ; mais qui se soucie des centaines de gens honnêtes, travailleurs et heureux qui sont ruinés par un seul moulin ? Peu importe combien de cordonniers honnêtes sont privés de leurs moyens de subsistance par les grands fabricants de chaussures ? Que se soucie l'usurier des victimes de son avarice ? Que se soucient les escrocs spéculateurs du sort des actionnaires une fois que leurs économies durement gagnées ont disparu ? Personne n'a jamais songé à s'occuper de telles choses, et j'ai la ferme conviction qu'un homme d'affaires de nos jours qui ferait preuve de la moindre considération pour le bien-être de ses semblables dans ses transactions serait assuré de devenir la risée. L'égoïsme règne en maître. Chacun pense à son propre bien-être et ne se soucie pas de savoir si, ce faisant, il détruit le bien-être des autres. « Qu'est-ce que j'ai à m'occuper des autres si je me sens à l'aise ? » Malgré la prédominance de l'égoïsme, le communL'intérêt de l'humanité gagne irrépressiblement du terrain. De plus en plus de gens s'unissent pour la cultiver, de plus en plus d'associations se forment, l'activité de l'État et de la communauté étend son influence sur de plus en plus d'objets. Qui aurait pensé autrefois à toutes les différentes associations qui se forment aujourd'hui pour promouvoir un certain nombre d' intérêts communs de toutes sortes ? Qui aurait pu imaginer autrefois que des pays entiers seraient traversés dans toutes les directions par des chemins de fer, que les télégraphes communiqueraient en un instant des nouvelles aux régions les plus reculées du monde ? Qui aurait pu prédire l'admirable développement de notre système postal ? Qui a pensé à l'aqueduc ou au gaz ? Qui avait une idée de la disposition moderne des pompiers ? La racine de tout cela est le communisme. Ils représentent la victoire des intérêts communs sur l'égoïsme hideux.</p>
<p>Mettre les institutions d' intérêt commun à l'usage de tous est la tendance de notre époque, et quelle que soit la manière dont les gens maudissent le communisme, ils sont tenus d'obéir à ses mandats. Partout, les intérêts communs font valoir leurs revendications, et le communisme, levant fièrement la tête, marche triomphalement, entraînant à sa suite toutes les conditions de la vie humaine.</p>
<p>Celui qui se déclare ennemi du communisme se déclare ennemi de l'intérêt commun, ennemi de la société et de l'humanité ! Celui qui veut anéantir le communisme devra détruire les routes communes, les écoles, il devra détruire les jardins et parcs publics, il devra supprimer les bains publics, les théâtres, les usines d'eau, tous les édifices publics ; par exemple, les mairies, les tribunaux, tous les hôpitaux, les hospices ; il lui faudra détruire les chemins de fer, les télégraphes, la poste ! Car tout cela appartient au communisme.</p>
<p>Le communisme ne peut pas être anéanti. Il a son origine et sa racine dans la nature humaine, comme l'égoïsme. Quiconque veut ouvrir les yeux doit voir qu'à l'heure actuelle, nous sommes toutes voiles dehors pour accoster dans son port abritant. Un abri ? Oui, à l'abri ! L'abri de la grande majorité de l'humanité pour laquelle viendra un temps meilleur, devra venir, quand l'intérêt commun, l'intérêt de tous, sera la règle régissant toutes nos conditions sociales, quand une barrière sera érigée contre l'égoïsme par le respect de le bien commun ou public. S'il arrive aujourd'hui que de riches spéculateurs font payer des prix exorbitants aux gens en difficulté, et profitent d'une calamité commune pour doubler leur richesse ; ou si les actionnaires des chemins de fer fixent leurs propres tarifs pour le fret, nuisant ainsi aux producteurs et aux consommateurs par des prix élevés, afin d'obtenir un dividende important ; ou si les fabricants préfèrent avoir des délais courts plutôt que de vendre à des prix inférieurs – ces procédures sont considérées comme « correctes », car chacun peut faire ce qu'il veut. Mais chacun doit voir qu'un tel égoïsme est contraire à l'intérêt commun ; et il viendra un temps où l'on saura protéger l'intérêt commun contre l'égoïsme. Quand ce moment sera venu, ce sera mieux pour tous ; tous profiteront de la vie, et pas seulement ceux qui le font maintenant au détriment de leurs semblables.</p>
<p>Si vous définissez le communisme de cette manière, diront certains de mes lecteurs, nous n'y sommes pas opposés ; bien au contraire, nous devons avouer que nous appartenons nous-mêmes aux communistes. Mais ce n'est pas ce que les gens entendent généralement par le mot « communisme ». Nous devions considérer le communisme que les socialistes veulent introduire, le communisme en matière de propriété. Nous admettons qu'ils n'ont pas l'intention de diviser, mais n'ont-ils pas l'intention d'abolir la propriété ? C'est à cela que nous nous opposons ; sinon nous ne nous y opposerions pas. à cela.</p>
<p>Qu'est-ce que la propriété ? « Pour être sûr que ce qu'une personne possède, possède ! » Bien ! Mais maintenant, dites-moi, êtes-vous certain que les socialistes sont, ou ont jamais été, opposés à ce que prétendent Pierre ou Paul ? Pouvez-vous me montrer une phrase ou un passage de l'un des écrits ou brochures des socialistes qui justifie la supposition qu'ils ont l'intention d'attaquer la propriété de quiconque ?</p>
<p>Vous ne pouvez pas, car une telle idée n'est jamais venue à l'esprit d'un socialiste. Je ne devrais pas m'étonner si vous n'avez pas vous-même pensé parfois que, compte tenu des moyens et des manières par lesquels beaucoup amasse leurs richesses, il serait tout à fait juste et juste de retirer ces richesses mal acquises à leurs propriétaires coquins. Mais c'est un principe ferme du socialisme de ne jamais intervenir dans la propriété personnelle afin d'en rechercher l'origine ou de la disposer d'une autre manière. Jamais et nulle part ! Et quiconque affirme le contraire, soit ne connaît pas les principes du socialisme, soit affirme volontairement et sciemment un mensonge. Les socialistes considèrent qu'une enquête sur l'origine d'un bien personnel reconnu est une tâche inutile. Ils n'envient ni le duc de Westminster ni Lord Brassey pour leur richesse. Bien qu'ils perçoivent très bien les changements constants en matière de propriété ; bien qu'ils enquêtent et connaissent les causes qui produisent ces changements ; bien qu'ils sachent bien que la fraude, la méchanceté et la violence, dans un grand nombre de cas, font partie de ces causes, ils s'abstiennent de rechercher dans quelle mesure ces causes, et combien d'autres, ont influencé l'état de propriété de tel ou tel particulier. Ils considèrent la propriété personnelle comme un fait accompli et la respectent ; à tel point qu'ils considèrent le vol comme un crime. Chaque fois que la Révolution était victorieuse à Paris, on voyait aux coins des rues des billets menaçant de mort les voleurs. Un fait remarquable est que le baron Rothschild s'est enfui brusquement de Paris dès que ces billets ont été déposés. A Lyon, lors d'une insurrection en 1832, un homme qui s'était approprié les biens d'un autre fut fusillé par un ouvrier commandant. Sous le règne de la Commune de 1871, Paris n'avait ni voleurs, ni prostituées.</p>
<p>D'un autre côté, le droit du propriétaire n'est pas toujours respecté à notre époque, mais ce ne sont pas des socialistes qui violent le caractère sacré de la propriété dans ces cas, même s'il faut avouer que dans de nombreux cas, l'abrogation du droit de propriété -titulaire devient nécessaire. On ne peut reprocher aux socialistes d'avoir jamais condamné des maisons ou des terrains pour y construire une rue ou ouvrir une voie ferrée. Ce ne sont certainement pas des socialistes qui saisissent et vendent aux enchères des maisons ou des lots pour des impôts impayés. Vous ne trouverez pas non plus de socialistes complices de ces appropriations honteusement injustes de la propriété d'autrui, qui pourtant se déroulent sous une forme licite.</p>
<p>Une chose. mais cela sollicite toute l'énergie des socialistes, et ils essaieront de toutes leurs forces d'y remédier. Je l'ai déjà dit, ils ne se soucient pas de savoir si une personne possède des centaines de milliers ou des millions de livres sterling, si cette personne utilise son argent d'une manière ou d'une autre, si elle le dépense sagement ou bêtement. Il peut dépenser les siens comme bon lui semble. Mais ces sommes d'argent ne servent pas simplement à être dépensées, mais à rapporter des intérêts, à augmenter, si possible, la richesse du propriétaire. Veut-il lui-même travailler, faire quelque chose d'utile ? Loin de là. Son argent travaille pour lui, son argent fait de l'argent, comme on dit ; ou, en termes simples, son argent est le canal par lequel les gains d'autres personnes industrieuses coulent dans ses poches. Les socialistes appellent à cet égard toutes sortes de propriété « capital », cette expression comprenant tous les moyens de production. Et parce qu'une classe du peuple possède, par sa richesse, ces moyens, c'est-à-dire le capital, une autre classe, et de loin la plus nombreuse, n'a que sa force physique ou mentale et son aptitude au travail. Le capital devient ainsi un moyen d'asservir les travailleurs, les obligeant à céder la plus grande partie de leur production à celui qui possède le capital. Eux-mêmes obtiennent à peine de quoi subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles, tandis que les capitalistes profitent de la vie et s'enrichissent sans travailler du tout. C'est là le point : la propriété morte prive le travail vivant de ses fruits ! Or, puisque le travail devrait, de droit, posséder ce qu'il produit comme son unique et légitime gain, la propriété morte devient l'ennemi acharné de la vie professionnelle.</p>
<p>D'où la lutte du travail contre le capital.</p>
<p>Revenons à la question « Qu'est-ce que la propriété ? » – la réponse donnée ci-dessus semble insatisfaisante. Il faut ajouter une autre question : à qui appartient justement ce que produit la partie active du genre humain ?</p>
<p>La réponse à cette question est de la plus haute importance. Or, c'est le capital qui s'en approprie la plus grande partie, n'en laissant aux ouvriers, qui en forment de loin le plus grand nombre, que la part qu'ils peuvent maintenir en vie. Ils sont traités comme des abeilles ; on leur vole le miel qu'ils fabriquent. Cette classe est exclue des bienfaits de la civilisation ; la plus grande partie de leur produit est absorbée par le capital.</p>
<p>De quel droit le propriétaire d'une ruche a-t-il volé aux abeilles le fruit de leur industrie et de leur travail ? Ils sont sa propriété, à lui la puissance. De quel droit le capital a-t-il le droit de priver la classe ouvrière de la plus grande partie du fruit de son industrie et de son travail ? Les ouvriers salariés, les mécaniciens, les ouvriers agricoles, sont-ils la propriété du capitaliste ? Sont-ils ses esclaves ?</p>
<p>Dans l'état actuel des choses, c'est le cas ! La force est le droit, et au titre de ce droit, le propriétaire d'esclaves considère le fruit ou le travail de ses esclaves comme sa propriété ; par ce droit, autrefois, le propriétaire féodal faisait travailler ses serfs pour son emploi et son bénéfice. L'esclavage est une injustice ; le servage est une injustice ; ainsi le droit que le capital revendique sur le travail du travailleur est une injustice. Je ne voudrais pas être mal compris ici. Dans la mesure où quelque chose est la propriété personnelle d'une personne, elle peut en jouir comme bon lui semble ; personne n'a le droit d'intervenir. Mais dès qu'il tente d'utiliser cette propriété pour asservir d'autres personnes, il enjambe son domaine et doit être contrôlé. Car je pense qu'il est reconnu parmi les peuples civilisés que personne n'a de droit de propriété sur ses semblables. L'esclavage a été aboli, le servage a été aboli, ainsi le pouvoir qu'exerce aujourd'hui le capital sera aboli : sa place sera occupée par le droit naturel et sacré de l'ouvrier au produit de son travail.</p>
<p>Mais le capital n'est-il pas aussi nécessaire que le travail ? Le travail peut-il produire quelque chose sans capital ? Il doit y avoir des matières premières, il doit y avoir des outils, il doit y avoir des machines, il doit y avoir des ateliers, des entrepôts, etc. il faut qu'il y ait de la terre à cultiver, etc. Que peut faire le simple travail sans tout cela ? Mais le travail existait avant le capital et fabriquait les outils, les ateliers, etc. Est-il nécessaire que le capital, aujourd'hui fondement du travail réussi, qui a été produit par le travail, soit possédé par quelques individus ? Cette minorité a-t-elle le droit de continuer à recevoir la meilleure part de ce que produit le travail ?</p>
<p>Les socialistes prennent le parti des travaillistes. Ils soutiennent que c'est le devoir de chacun de travailler, à moins qu'il ne soit malade ou infirme. Ils soutiennent que quiconque est capable de travailler mais n'est pas disposé à le faire n'a pas le droit de jouir des fruits de l'industrie et du travail d'autrui.</p>
<p>Si les capitalistes tentent de justifier leur manière de faire du profit en disant qu'ils doivent parfois courir des risques, qu'une partie de leurs biens peut parfois être perdue, nous répondons que les travaillistes n'ont rien à voir avec cela. La véritable cause en est la concurrence entre les patrons, l'habitude de produire au hasard sans se demander si ce qui est produit est réellement recherché. Pour la classe des capitalistes, il n'y a aucun risque, car sa richesse augmente chaque jour. Mais le risque est grand pour la classe ouvrière. Lorsque les affaires tournent au ralenti, lorsque les salaires baissent, lorsque de nombreux ouvriers sont au chômage, lorsque les mécaniciens, les épiciers et même les agriculteurs en souffrent, la condition de la partie active du peuple est pitoyable et beaucoup souffrent. Les journaux en parlent. N'ont-ils pas eu des récits saisissants de personnes mourant de faim dans nos grandes villes ? Regardez les chroniques locales des quotidiens, et il est exceptionnel qu'il n'y ait pas de récit d'une famille ou d'une autre frappée par la pauvreté, de personnes poussées au désespoir, poussées au suicide par le besoin. Et tout cela dans des villes qui disposent de magasins et d'entrepôts remplis de marchandises. Est-ce que ce n'est pas un risque ?</p>
<p>Mais comment changer cet état de choses ?</p>
<p>Cela ne peut certainement pas se faire d'un seul coup. Il y a là un processus naturel d'évolution, comme dans tous les changements que l'histoire a enregistrés jusqu'à présent. Selon le raisonnement des socialistes cette évolution serait la suivante : -</p>
<p>Il y a quelque temps, la bourgeoisie constituait la base ferme et solide de la société et de l'État. Les machines ont été inventées et un changement s'est produit. L'industrie manufacturière, et même l'agriculture dans une certaine mesure, étaient menées à grande échelle ; les gens de la classe moyenne</p>
<p>étaient relégués dans une classe de travailleurs salariés et étaient employés en grand nombre par les fabricants ou les employeurs. De plus en plus, cette classe moyenne cesse d'être propriétaire ; cela devient. il est de plus en plus difficile pour les mécaniciens et les petits agriculteurs de tenir bon ; ainsi la classe moyenne diminue constamment, la classe des salariés augmente, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que deux classes de personnes : les riches et les pauvres. Dans ce processus, le nombre de personnes riches diminue, la richesse se concentrant entre les mains d'un nombre relativement restreint de personnes qui deviennent extrêmement riches.</p>
<p>Mais ce processus devra bientôt trouver ses limites. Il viendra un moment où la grande masse des travailleurs en ressentira les conséquences insupportables et l'abolira. Ce sera le moment où le communisme reprendra ses droits. Le travail sera alors organisé selon un certain plan raisonnable, et comme, à cette fin, l'utilisation du capital existant – comprenant la terre, les maisons, les chemins de fer, les transports maritimes, les manufactures, les machines, etc. – sera nécessaire, ces propriétaires relativement peu nombreux de toutes les richesses des nations devront être expropriées. Peut-être consentiront-ils alors à une telle mesure et renonceront-ils de leur propre gré à tout ce qui est nécessaire à la production, honorés et loués pour leur patriotisme et leur humanité, et rémunérés à juste titre ; peut-être emploieront-ils leurs vastes moyens pour résister à la revendication commune, et périront-ils écrasés par la nouvelle organisation de l'État. Comme je l'ai déjà laissé entendre, dans le nouvel ordre de choses, toutes les branches du travail seront organisées d'une manière similaire aux arrangements que nous voyons aujourd'hui dans les grandes usines, les grands domaines ou les institutions gouvernementales. Le travail inutile sera évité et la récompense du travail accompli sera plus grande. Le travail ne sera pas gaspillé à fabriquer des produits de luxe pour les oisifs, mais sera utilement employé à fabriquer les produits de première nécessité pour les autres travailleurs. Ce sera le devoir de chacun de travailler, chacun disposera donc de suffisamment de loisirs pour se divertir et se développer mentalement. Tous s'efforceront d'améliorer les conditions de la communauté à laquelle ils appartiennent ; car, ce faisant, chacun améliorera sa propre situation privée.</p>
<p>La base de cet état de choses sera l'abolition de la propriété privée des individus dans les choses qui sont nécessaires à la production et au transport, comme les terrains, les usines, les machines, les chemins de fer, etc., ou qui ont été créées pour l'instruction et le divertissement, comme comme les écoles, les collèges, les musées, les parcs, etc. Les biens personnels seront ce qui est nécessaire ou utile à la vie privée. Ce sont là les grandes lignes d'une image des temps futurs. Personne n'est en mesure de dire si l'évolution se déroulera exactement comme nous l'esquissons ; mais cela n'a pas d'importance, si seulement l'idée sous-jacente du communisme est juste. Lorsque Stephenson construisit le premier chemin de fer, il y a plus de cinquante ans, il n'avait certainement pas planifié toutes les locomotives, rails, signaux, gares, etc., tels que nous les trouvons aujourd'hui ; mais son idée était bonne et elle a conquis le monde. Ainsi l'idée du socialisme va conquérir le monde, car cette idée n'est rien d'autre que l'intérêt réel et bien compris de l'humanité. C'est une injustice qu'aujourd'hui une grande majorité doive travailler dur et souffrir dans le besoin pour procurer une surabondance de jouissance à une petite minorité de personnes qui ne travaillent pas. Et qui nierait que, s'il est du devoir de chacun de travailler, si la production d'articles inutiles, et même nuisibles, est abolie, si la production est organisée conformément aux besoins et aux plaisirs réels de l'humanité - qui nierait, je le demande ? , que le niveau de vie de l'ensemble du genre humain puisse être élevé infiniment au-dessus de son niveau actuel, que la grande masse des êtres humains puisse entrer dans cette sphère de vie digne d'un être humain, dont ils ont été rigoureusement exclus jusqu'à présent ?</p>
<p>Permettez-moi de vous montrer un exemple de travail organisé dans une branche pour montrer l'avantage d'un tel arrangement. Comment serait-il possible d'envoyer une lettre n'importe où au Royaume-Uni pour un centime, une carte postale pour un demi-penny, une lettre en Amérique pour 2 penny, si les maîtres de poste dans les différentes parties du monde étaient des entrepreneurs privés comme les commerçants et les fabricants d'aujourd'hui, si nous n'avions pas l'agencement communiste de la poste ? Autrefois, la poste était aussi une affaire privée dans presque tous les pays d'Europe, comme nos chemins de fer, et les propriétaires de cette institution en tiraient un revenu princier, quoique son usage fût très limité. Et si bien organisé que soit notre bureau de poste, il pourrait être encore meilleur et sera plus commode avec le temps.</p>
<p>Des bénéfices similaires découleraient de la réorganisation de toutes les branches de l'activité humaine. Regardez nos chemins de fer : ne pourraient-ils pas être la propriété de la communauté tout entière, comme les grandes routes, au lieu d'être un monopole entre les mains de particuliers, dont le seul but est de s'enrichir aux dépens de leurs concitoyens ? ? Si tel est le cas, il a été prouvé qu'on pouvait se rendre dans n'importe quelle partie de ces îles avec un billet en shillings, tout comme une lettre est désormais envoyée par la poste avec un timbre d'un sou. De cette manière, une branche après l'autre sera organisée selon les idées du communisme, peut-être par des classes de gens qui sont loin d'admettre la vérité des principes du socialisme, du communisme, par des classes qui lui sont hostiles – parce qu'elles le font. ne le comprennent pas – et qui sont encore assez bornés pour fermer les oreilles et les yeux sur tout ce qui ne tend pas à leur intérêt privé.</p>
<p>Ce n'est pas encore suffisant. Tous les moyens de transport, tels que les navires, etc., doivent tomber entre les mains de la communauté dans son ensemble ; il en va de même pour tous les moyens de production. Cette exigence du socialisme a amené les gens à accuser les socialistes d'hostilité à la propriété, même à celle de ceux qui possèdent peu. Mais qui est-ce qui chasse réellement le propriétaire de petits moyens de sa maison, de son sol ? Est-ce le socialiste ? C'est le grand capitaliste, le grand propriétaire foncier ! De même que l'aimant attire la limaille de fer, le grand capital attire les petites sommes qui l'entourent. Et les mêmes capitalistes qui, de toutes parts, s'emparent de ce qu'ils peuvent obtenir, tentent de persuader les petits propriétaires de se méfier du socialisme, car il est prêt à leur arracher leurs biens. Quel mensonge honteux ! Le socialisme enseigne seulement la manière dont, dans le futur, les gens tenteront de rétablir la justice et des conditions de vie plus égales pour l'ensemble de la communauté ; tandis que les propriétaires de petites propriétés sont dépouillés du peu qu'ils possèdent, non pas par les socialistes – ils n'en ont ni le pouvoir ni le désir – mais par les riches capitalistes.</p>
<p>Et c'est ainsi que l'on obtient un travail bien organisé.</p>
<p>Cela inclut certainement l'expropriation de ceux qui ont exproprié la masse du peuple et la restitution de tous les moyens de production à ceux qui les ont fabriqués. Le socialisme est le véritable et unique ami des hommes aux petits moyens, car il est le parti des travailleurs. La grande propriété est l'ennemi naturel de la petite propriété, tant qu'elle n'a pas su s'en emparer et la dévorer.</p>
<p>De plus, le socialisme, loin d'avoir l'intention d'abolir la propriété aujourd'hui ou demain, prédit seulement qu'il viendra un temps, non pas provoqué soudainement, mais provoqué par le développement historique, où les travailleurs insisteront sur leur droit à la propriété. produit de leur propre travail, contre le privilège dont jouit la propriété à l'égard du travail d'autrui.</p>
<p>La conception de « propriété du capital » se transformera progressivement en conception de « propriété du travail ».</p>
<p>Nulle part, vous le constaterez, les socialistes ne songent à l'abolition de la propriété, et personne, j'en suis sûr, ne s'opposera au changement que je viens de mentionner. Le développement de l'humanité vers une plus grande perfection n'a jamais été et ne sera jamais arrêté par les lois en vigueur concernant la propriété. Par exemple, elle n'a pas été arrêtée, lorsque l'humanité a exigé l'abolition de l'esclavage, par le prétendu droit divin des propriétaires d'esclaves. Et si de tels droits et lois exigent que l'humanité arrête son progrès, une telle exigence est une folie. Les lois et les droits concernant la propriété sont soumis à des changements constants, lorsque ces changements sont dans l'intérêt du progrès. Mais même dans nos meilleures institutions, l'injustice règne. le changement dont nous venons de parler abolira cette injustice et conduira l'humanité à un état de perfection plus élevé. Au fond de nos institutions, il y a un vestige de l'esclavage ; dès que le capital cessera de gouverner, le travail salarié et le reste de l'esclavage seront abolis.</p>
<p>La liberté et l'égalité ne seront alors plus des expressions creuses et bon marché, mais auront un sens ; quand tous les hommes seront réellement libres et égaux, ils s'honoreront et s'avanceront les uns les autres. L'ouvrier ne sera alors plus privé du fruit de son travail, de sa propriété, et tous ceux qui travailleront pourront dépenser beaucoup plus en nourriture, en vêtements, en logement, en loisirs, en plaisir et en instruction qu'ils ne pourraient dépenser à présent.</p>
<p>Si les socialistes n'avaient rien d'autre à offrir aux gens qui souffrent que la consolation que le communisme leur apportera dans l'avenir, lorsque les conditions de vie, presque insupportables aujourd'hui, le seront devenues, cette consolation serait bien maigre. Depuis assez longtemps, un état futur de bonheur a été offert à l'humanité souffrante, dans lequel ils seraient récompensés pour tous les besoins, souffrances et douleurs de ce monde, et maintenant la plupart des gens ont perdu confiance dans des promesses aussi creuses. Ils exigent une amélioration : non pas des paroles, ni des promesses, mais des faits. Ils ne veulent pas s'attendre avec résignation à ce qui pourrait arriver après la mort ; ils exigent un changement de leur situation malheureuse lorsqu'ils vivent sur terre.</p>
<p>Les intérêts de tous les travailleurs sont les mêmes ! La meilleure preuve en est que, dans de nombreuses grèves, les commerçants en activité sont en faveur des ouvriers salariés. Les bas salaires sont défavorables à l'agriculteur aussi bien qu'au mécanicien, car lorsque les salaires sont bas, la lutte pour l'indépendance économique est plus difficile ; de grosses augmentations de capital aux dépens de petits biens. Si seulement les travailleurs apprenaient à comprendre la solidarité de leurs intérêts !</p>
<p>Comme il en va de l'augmentation des salaires, il en est de même de la diminution de la durée du travail. Huit heures de travail par jour sont jugées suffisantes par les médecins. Une personne qui a bien travaillé huit heures par jour doit avoir fait son devoir et a le droit de demander quelques heures pour se récréer, pour s'instruire et pour sa famille. Ceux qui se plaignent le plus bruyamment de la paresse des travailleurs feraient bientôt des grimaces s'ils n'étaient obligés de travailler que six heures par jour. Cette diminution des heures de travail améliorera la condition de l'ensemble de la classe ouvrière. Tout le monde peut facilement le constater. Même à la campagne, cela pourrait être fait, même si là-bas un tel raccourcissement rencontrerait les plus grandes objections, mais cela sera fait. Quel grand bénéfice cette seule mesure apportera ! Des armées entières de pauvres, de clochards, etc. trouveront un emploi utile. Ils disparaîtront, et avec eux beaucoup de méfaits et de crimes.</p>
<p>Or, si les ouvriers salariés des villes et des usines sont prêts à prendre la tête de la lutte pour les intérêts du travail, le reste de la classe ouvrière tout entière n'a pas le droit de se mettre dans la position d'oisifs, d'indifférents ou d'indifférents. même des spectateurs réticents et hostiles. Au contraire, c'est le devoir de toute la classe ouvrière de participer à cette lutte, car cette guerre est menée dans l'intérêt de tous les travailleurs, et les salariés qui ont relevé le défi sont les pionniers du genre humain. .</p>
<p>Mais pour mener cette guerre avec succès, les travailleurs doivent être organisés. Seuls et isolés, ils sont impuissants ; si tous s'unissaient dans le même but, ils formeraient une puissance formidable à laquelle rien ne pourrait résister. Vous pouvez facilement briser de nombreuses correspondances simples, mais vous pouvez essayer en vain de briser tout un paquet d'entre elles liées ensemble.</p>
<p>A cet égard, les socialistes ont la satisfaction de constater que leurs efforts n'ont pas été vains. En Allemagne, le socialisme constitue déjà une puissance respectable, ce qui a laissé perplexe même le grand Bismarck. Ils ont pu élire vingt-quatre (maintenant plus de trente [1] ) représentants au Parlement allemand, qui, par leur activité infatigable, par les discours qu'ils ont prononcés, ont ouvert les yeux de centaines de milliers de personnes en Allemagne. . Et qui oserait prétendre que ces hommes ont lutté pour quelque chose de mauvais, qu'ils ont trahi les intérêts de leurs électeurs. Mais non seulement au Parlement, mais aussi dans un grand nombre d'assemblées municipales, nous trouvons des membres appartenant à la classe ouvrière ou représentant sa classe ouvrière. intérêts.</p>
<p>Et tout cela a été accompli en quelques années. Cela fait seulement vingt-quatre [1] ans que le parti travailliste y a déployé son étendard. Et qu'a-t-on essayé et fait pendant ces vingt-quatre années pour réprimer le mouvement travailliste ! Elle a été ridiculisée, méprisée, incriminée. Beaucoup de ses dirigeants éminents ont été emprisonnés, beaucoup ont été privés de leurs bureaux, de leur situation et de leurs clients. Malgré tout cela, elle a grandi et prospéré. En France, en Belgique, aux Pays-Bas, au Danemark, en Autriche, en Russie, en Italie, en Espagne et maintenant en Angleterre – partout dans le monde civilisé, le socialisme a pris racine. Partout il a commencé la lutte contre le capital, le monopole, la domination de classe, et sa victoire est assurée. Du socialisme, on pourrait dire ce qu'on disait autrefois du christianisme : s'il est mauvais, il mourra de sa propre méchanceté ; s'il est bon, il conquiert le monde malgré toutes les persécutions !</p>
<p>Et le socialisme va conquérir le monde. Ses principes porteront la race humaine tout entière vers un état de perfection plus élevé.</p>
<p>Lecteur, vous pouvez juger par vous-même et décider soit pour, soit contre le socialisme. Si vous pensez que les objectifs et les efforts des socialistes méritent votre haine, essayez de les écraser ; si, au contraire, vous êtes convaincu qu'ils sont bons, que les socialistes s'efforcent de promouvoir le bonheur et le bien-être de l'humanité, rejoignez-les ! Et si vous n'aimez pas agir publiquement, aidez-les en secret. Essayez de propager leurs principes parmi vos connaissances, en les expliquant dans vos relations, en détruisant les mensonges portés contre eux. Dites-leur que les socialistes constituent le véritable et unique parti des travailleurs. Et si vous êtes vous-même un capitaliste, réfléchissez à combien il est plus noble de contribuer au bien-être du plus grand nombre plutôt que de servir uniquement votre propre intérêt, un égoïsme laid et hideux.</p>
<p>1. Ces chiffres se réfèrent à la première publication de cette brochure il y a une vingtaine d'années.</p>
<p><a href="https://marxists-architexturez-net.translate.goog/archive/sorge/1876/socialism-worker.htm?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://marxists-architexturez-net.translate.goog/archive/sorge/1876/socialism-worker.htm?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc</a></p>
<p> Nécrologie de Friedrich Sorge, par Franz Mehring</p>
<p>Il y a quelques semaines, nous parlions du précieux cadeau que notre collaborateur et camarade Friedrich Adolph Sorge a fait au mouvement ouvrier international avec la publication de sa correspondance avec Marx et Engels [2] , et aujourd'hui nous devons déjà rédiger la nécrologie de l'homme fidèle.</p>
<p>L'homme loyal, parce que la loyauté était son essence la plus profonde. À cette loyauté était indissociablement unie une sincérité absolue. Tout comme le premier contact entre Marx et Engels fut hostile, le premier contact entre Marx et Sorge le fut également. Même au cours de ses dernières semaines, Sorge se souvenait d'un jugement sévère que Marx, dans une lettre à un autre camarade américain, lui avait adressé. Lorsqu'il nous a envoyé cette lettre avec d'autres, il a ajouté : « Publiez tout ce qui vous semble précieux, mais ce que Marx a écrit sur moi ne doit pas être supprimé. Je n'aimerais pas ça. Il ne s'est jamais laissé soupçonner d'être motivé par une petite vanité, même s'il savait que Marx, grâce à une amitié de plusieurs années, avait corrigé son erreur initiale.</p>
<p>Ainsi était Sorge en tout : loyal et sincère, et d'une droiture inflexible. Mais il était totalement libéré de ce qui accompagne si souvent la rigidité : l'étroitesse. Fils d'une famille de vicaire allemand, il ne connaissait aucun des préjugés habituels qui, par exemple, confondaient le jugement du fils du vicaire Albert Lange, malgré ses qualités souvent excellentes. Le père de Sorge était un pasteur libre d'esprit, l'un de ces « amis des Lumières » saxons qui jouèrent un rôle des plus respectables dans le libéralisme d'avant mai [1848]. La maison du père de Sorge était une station du chemin de fer souterrain qui menait de la France et de la Belgique à la Pologne. Les révolutionnaires polonais y passaient fréquemment la nuit, d'où ils étaient transportés cinq ou six milles plus loin jusqu'à la gare suivante. C'était l'époque où Robert Blum, le premier héros révolutionnaire du jeune Sorge, déposait dans les nuits tranquilles la clé qui, pendant l'insurrection polonaise, ouvrirait les portes de la citadelle de Cracovie.</p>
<p>La maison de Sorge était bénie par l'abondance proverbiale d'enfants de pasteurs protestants. C'est pour cette raison que le père éduqua lui-même ses nombreux enfants, leur donnant une base considérable en langues classiques, en histoire et en littérature. Il lègue au jeune Sorge ces capacités pédagogiques qui lui permettront plus tard de survivre aux misères de l'exil. Lorsque Robert Blum fut assassiné à Vienne et que la contre-révolution triompha à Berlin, il ne put plus rester dans la maison de son père. Il partit pour la Suisse, d'où il fut rappelé par la nouvelle du soulèvement de Bade. Il participa à l'insurrection armée et combattit aux côtés d'Ubstadt. Condamné à mort dans son pays natal, il est contraint de fuir vers Genève et Lüttich, puis finalement contraint par le harcèlement policier de traverser l'océan.</p>
<p>Les États-Unis sont devenus sa deuxième patrie. Au début, il considérait le pays avec antipathie, en raison de l'esclavage dans les États du Sud et de la tristement célèbre loi sur les esclaves fugitifs. Son intention initiale était d'émigrer en Australie, et ce n'est que par hasard qu'il monta à bord du navire qui l'emmenait en Amérique. Mais c'est ainsi qu'il atteint le territoire qui lui permet d'exercer une activité historiquement significative. Certes, au début, il dut consacrer toutes ses forces à la lutte acharnée pour la survie. Lorsque l'empereur allemand et le président de l'Union ont échangé, il y a quelques jours, des paroles sonores sur l'influence bénie des immigrés allemands sur le développement historique des États-Unis, cette déclaration a produit une rare impression. Mais il ne faut pas oublier que ces porteurs de culture ont été chassés de leur pays par la violence et la faim et ont été accueillis comme des mendiants importuns. Comme Sorge n'aimait pas faire d'histoires sur sa personne, il ne parlait pas du moment où il en avait besoin. Il n'en a parlé qu'une seule fois. Lorsque nous atteignîmes la vue magnifique depuis les rives de la batterie sur le port de New York, il remarqua sèchement : « Oui, sur ces rives, j'ai passé de nombreuses nuits affamées et glaciales. »</p>
<p>Mais les misères de l'exil ne peuvent pas durer longtemps. En tant que professeur de musique et de chant, Sorge s'assura une existence confortable et, quelques années après son arrivée en Amérique, épousa une jeune Allemande, avec qui il partagea plus de cinquante ans du mariage le plus heureux, jusqu'à sa mort. Sa vie de famille n'a certainement pas été épargnée par d'amères souffrances dues à la perte d'enfants dans la fleur de l'âge. Lorsqu'il commença à participer à la vie publique, il devint le pionnier le plus prospère de la [Première] Internationale en Amérique et, vers la fin, son dernier porte-drapeau. De sa correspondance avec Marx et Engels, qui traite de manière détaillée de nos divisions, nous pouvons voir que vers la fin de l'Internationale il leur était uni par les liens les plus profonds d'amitié et de communion intellectuelle.</p>
<p>Sorge a passé les dernières années de sa vie dans une contemplation paisible, vivant des riches trésors de ses souvenirs et bénéficiant de l'amitié fidèle de ses camarades, notamment Julie Romm et Hermann Schlüter. Ils lui rendaient visite alternativement tous les dimanches dans sa paisible maison de West Hoboken, où il a finalement pris sa retraite. Ces visites lui étaient toujours une grande joie ; il aimait particulièrement le camarade Romm. Il entretenait également une relation étroite avec les enfants de son ami Joseph Dietzgen, qui étaient pour lui comme ses propres enfants.</p>
<p>Mais son principal intérêt resta toujours le sort du mouvement ouvrier, et en particulier de sa branche allemande. Lorsque nous lui avons rendu visite l'été dernier, il nous a reçu avec une hospitalité vraiment touchante. Nous avons passé des heures inoubliables dans sa modeste maison, où Marx et Engels nous saluaient depuis les murs de la bibliothèque et Beethoven et Wagner depuis la salle de musique. Il avait toujours été un joyeux buveur et lorsque, en guise d'adieu, nous avons bu une dernière bouteille de vin, qu'il a reçue en cadeau pour ses noces d'or, il a bu pour se retrouver au plus tôt.</p>
<p>Comme tous ceux qui peuvent se prévaloir d'un travail quotidien fertile, il aimait la vie et ne pensait pas à la mort. Mais comme il avait un mauvais hiver derrière lui et qu'il approchait de son quatre-vingtième anniversaire, le camarade Room, son conseiller médical, craignait pour l'hiver à venir. C'est pourquoi ses amis allemands, à qui il avait confié l'honorable tâche de publier le manuscrit de sa correspondance, édité par lui-même, s'empressèrent autant que possible de le faire paraître. Mais la mort s'est avérée plus rapide qu'eux, et Sorge ne pouvait pas voir le livre terminé.</p>
<p>Mais son nom perdurera dans ce livre et dans l'histoire de l'Internationale, ainsi que dans ses précieuses contributions à Die Neue Zeit , qui le pleure comme l'un de ses plus fidèles amis, lecteurs et contributeurs.</p>
<p>Haut de page</p>
<p>Notes de bas de page</p>
<p>1. Sorge a écrit une histoire du mouvement ouvrier américain depuis ses origines jusqu'en 1896, qui a été publiée pour la première fois sous la forme d'une série d'articles dans Die Neue Zeit . Il a été publié en anglais en deux volumes, dont le premier a malheureusement été édité par l'historien archi-stalinien Philip Foner. Voir Labor Movement in the United States : A History of the American Working Class from Colonial Times to 1890 de Friedrich A. Sorge , édité par Philip S. Foner et Brewster Chamberlin, Westport, Connecticut : Greenwood Press, 1977, et Friedrich A. Sorge's Mouvement ouvrier aux États-Unis : Une histoire de la classe ouvrière américaine de 1890 à 1896 , traduit par Kai Schoenhals, Westport, Connecticut : Greenwood Press, 1987. Voir aussi les mémoires de Sorge sur sa participation aux révolutions de 1848 : Erinnerungen eines Achtundvierzigers [ Souvenirs d'un quarante-huit ], Die Neue Zeit , Vol.17 No.2 (1898-99) 150-60, 189-92, 252-56, 284-88, 317-20, 381-84, 414-16 , 445-48. – Note du traducteur</p>
<p>2. Franz Mehring, Der Sorgesche Briefwechsel [ La correspondance Sorge ], Die Neue Zeit , Vol.25 No.1 (1906-07) pp. 10-19, 50-57. Réimprimé dans Mehring, Aufsätze zur Geschichte der Arbeiterbewegung , Berlin : Dietz, 1963, pp.50-72.</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1906/xx/sorge.htm?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1906/xx/sorge.htm?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc</a></p>
<p>Lire aussi :</p>
<p><a href="https://www.google.com/search?q=lettres+%C3%A0+sorge+marxists.org&client=firefox-b-e&sca_esv=f7f0ca8bbe6f40fd&sca_upv=1&ei=yR37Zcn9OIuLkdUPxqmW4Ag&ved=0ahUKEwiJhqrar4OFAxWLRaQEHcaUBYwQ4dUDCBA&uact=5&oq=lettres+%C3%A0+sorge+marxists.org&gs_lp=Egxnd3Mtd2l6LXNlcnAiHWxldHRyZXMgw6Agc29yZ2UgbWFyeGlzdHMub3JnMggQABiABBiiBDIIEAAYgAQYogQyCBAAGIAEGKIEMggQABiABBiiBEikHVCDCFjsGXABeACQAQCYAWGgAYwGqgECMTC4AQPIAQD4AQGYAgmgAv4FmAMAiAYBkgcDOC4xoAffGQ&sclient=gws-wiz-serp" class="spip_out" rel="external">Lettres d'Engels à Sorge</a></p>
<p><a href="https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article3974&_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_out" rel="external">Qui était Sorge</a></p></div>
Quatre grenades lacrymogènes sur une aire de jeux d'Ivry-sur-Seine
https://matierevolution.org/spip.php?article9698
https://matierevolution.org/spip.php?article96982026-08-27T22:33:00Ztext/htmlfrKarob
<p>Quatre grenades lacrymogènes sur une aire de jeux, une quarantaine d'enfants, une quinzaine de plaintes <br class='autobr' /> IVRY-SUR-SEINE, 21 JUILLET : L'IMPUNITÉ N'A PAS ATTENDU LA LOI <br class='autobr' />
L'interpellation était faite, à plusieurs mètres de la cité. C'est après que la BAC de Créteil est arrivée — contre le goûter des enfants. Puis la préfecture de police, dont relève cette BAC, a démenti sa propre opération. <br class='autobr' />
Ce que montre la vidéo, ce que confirment tous les autres récits <br class='autobr' />
Nous avons accès à une vidéo (…)</p>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a>
<div class='rss_texte'><p>Quatre grenades lacrymogènes sur une aire de jeux, une quarantaine d'enfants, une quinzaine de plaintes</p>
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<p>IVRY-SUR-SEINE, 21 JUILLET : L'IMPUNITÉ N'A PAS ATTENDU LA LOI</p>
<p>L'interpellation était faite, à plusieurs mètres de la cité. C'est après que la BAC de Créteil est arrivée — contre le goûter des enfants. Puis la préfecture de police, dont relève cette BAC, a démenti sa propre opération.</p>
<p>Ce que montre la vidéo, ce que confirment tous les autres récits</p>
<p>Nous avons accès à une vidéo diffusée dès le lendemain des faits : celle de Fanta, habitante de la cité, fille et sœur de deux des femmes agressées, mère de la fillette de six ans [18]. C'est elle qui a parlé la première, c'est d'elle que tout est parti. Le journal municipal, la presse, les rassemblements n'ont fait ensuite que confirmer son récit [1][2]. Nous le suivons donc, en signalant ce que chaque autre source y ajoute.</p>
<p>Un lieu que les habitants avaient construit eux-mêmes</p>
<p>Mardi 21 juillet, en début de soirée, cité Amédée-Huon, quartier Monmousseau-Vérollot, à Ivry-sur-Seine. Canicule : les appartements sont invivables, et ce sont les vacances — la vie se fait dehors. En bas des immeubles, les habitants ont construit leur propre équipement : des bancs, un barbecue, une cage de foot pour les enfants, des haltères, et des artistes ont décoré l'ensemble de graffs [18][1]. Ce soir-là, une quarantaine d'enfants et d'adolescents, et le goûter que les mères du quartier préparent à tour de rôle [1]. Rien de tout cela n'a été fourni par la mairie, le bailleur ou l'État : le quartier s'est équipé lui-même, gratuitement, pour vivre ensemble.</p>
<p>L'interpellation était faite. Pourquoi sont-ils venus vers les familles ?</p>
<p>Des policiers interpellent un homme à plusieurs mètres de la cité. L'affaire est réglée, l'homme est arrêté. C'est après que la BAC de Créteil est appelée — pour une raison restée inconnue, admet le journal municipal — et qu'elle arrive en moins de cinq minutes [1]. Pourquoi venir ensuite vers les familles ? Personne ne le dit. Lutte Ouvrière avance que les policiers n'auraient pas supporté d'être filmés [19]. La préfecture de police, elle, ne donne aucun motif. La question reste entière — c'est la première de celles que nous posons plus bas.</p>
<p>Trente à quarante minutes de chasse</p>
<p>Les hommes de la BAC sortent des voitures et tirent des salves de grenades lacrymogènes sur le lieu de vie — deux, puis deux autres [1][19]. Deux mères s'avancent pour demander l'arrêt : les enfants paniquent, toussent. Réponse : le gaz en pleine face. Les deux femmes reculent — et sont suivies. On ne disperse pas quelqu'un qui recule : on le poursuit. L'une est ceinturée, matraquée, plaquée au sol [18][19]. C'est la grand-mère, sa petite-fille de six ans à la main ; elle demande à un policier si ce sont eux qui ont jeté les grenades, il répond oui, un autre la frappe : « Rentrez dans vos pays de merde ! » [1]. Gazée, battue, elle suffoque et fait une crise d'angoisse ; on la laisse au sol, vingt minutes, pendant que des policiers l'accusent de jouer la comédie [1][18]. Sa fille descend demander des explications : gazée à son tour [18]. Un adolescent est touché au pied par un tir de LBD, une fillette de dix-huit mois respire les gaz [1][3]. L'ensemble dure trente à quarante minutes [1]. Une quinzaine de plaintes ont été déposées, l'IGPN saisie [1].</p>
<p>Qui a protégé les enfants ce soir-là</p>
<p>Pas la loi, pas un élu, pas un « contrôle » : le quartier. Une mère met les enfants à l'abri dans un magasin [18], des parents organisent le repli des plus petits loin des fumées [19][1], les téléphones filment [18][1]. Il faudra laver au lait les yeux de la fillette de six ans, qui a vu sa grand-mère à terre [18]. Les vidéos existent : la mère frappée au sol, l'enfant égarée dans les gaz [18]. Et le témoignage règle d'avance la question de la « bavure » : le quartier est patrouillé en permanence, la voiture de la BAC y est connue de tous — l'heure des familles était donc connue. « Vous l'avez fait sciemment » [18].</p>
<p>La préfecture de police dément sa propre opération</p>
<p>La préfecture de police a publié sa version : « une passante, victime d'une crise d'angoisse », prise en charge par les secours ; et aucun fait comparable recensé [2].</p>
<p>Posez le communiqué à côté du témoignage : chaque mot travaille. La crise d'angoisse est vraie — mais amputée de sa cause : la femme la fait après le gaz et les coups de matraque, et le communiqué garde le symptôme en supprimant ce qui l'a produit. « Passante » est faux deux fois : elle n'est pas de passage, elle est du quartier — grand-mère de la fillette de six ans, mère de celle qui témoigne — et le mot la déracine, la rend accidentelle, sans attaches, sans voisins. Quant aux grenades et aux coups : rien, puisque rien n'est recensé — c'est-à-dire rien dans les registres que la police tient elle-même. Le mensonge d'État ne fabrique pas du faux : il prélève dans le vrai ce qui l'innocente et jette le reste. C'est plus efficace qu'une invention, et plus difficile à réfuter — jusqu'à ce que la fille de la « passante » parle, vidéos à l'appui.</p>
<p>Il faut ensuite savoir qui parle. Il n'existe qu'un seul préfet de police pour Paris et la petite couronne : depuis le 14 septembre 2009, toute la sécurité publique des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne relève de lui [4][5]. Une BAC venue de Créteil — la BAC départementale du Val-de-Marne y a sa base [6] — s'inscrit dans cette chaîne : direction territoriale du 94, direction de l'agglomération, préfet de police. Quel échelon exact a appelé, quel échelon a couvert, nous ne le savons pas encore : c'est l'une de nos questions. Mais une chose est acquise : l'institution qui a publié le démenti est aussi l'autorité au sommet de la chaîne dont relève l'unité. La même maison commande et raconte.</p>
<p>Un préfet nommé pour « faire rempart »</p>
<p>Ce sommet a un nom : Patrice Faure, nommé préfet de police le 22 octobre 2025, jusque-là directeur de cabinet d'Emmanuel Macron à l'Élysée, militaire de formation passé par les troupes parachutistes, ancien haut-commissaire en Nouvelle-Calédonie [7]. Il a succédé à Laurent Nuñez, devenu ministre de l'Intérieur — lequel, en l'installant, lui a fixé publiquement sa feuille de route : « défendre cette maison de tout votre poids » contre les assauts qu'elle ne manquera pas d'essuyer [8]. Nous ne savons pas qui a ordonné les grenades du 21 juillet ; nous savons qui dirige l'institution qui les couvre, et ce qu'on lui a demandé le jour de son installation. La responsabilité est institutionnelle et politique — et elle a un visage.</p>
<p>Si des infractions ont été relevées, la loi obligeait à informer le maire. Qu'a-t-il reçu ?</p>
<p>Une précision qui change tout : l'article L. 132-3 du code de la sécurité intérieure oblige les responsables locaux de la police nationale à informer le maire, sans délai, des infractions causant un trouble à l'ordre public commises sur le territoire de sa commune [21]. Le texte vise les infractions commises sur la commune — il ne les réserve pas à celles que commettraient les habitants.<br class='autobr' />
Toute la question est donc celle de la qualification. Quarante enfants gazés au pied d'une cité, une femme matraquée et laissée au sol, un adolescent touché au LBD, une quinzaine de plaintes : si des infractions ont été relevées ce soir-là, la loi obligeait à en informer le maire sans délai. L'ont-elles été ? Et sinon, qu'est-ce que la police a bien pu considérer comme s'étant passé le 21 juillet ? Car c'est là la porte de sortie que l'administration s'est ménagée : l'obligation ne joue que pour les faits qualifiés d'infraction et de trouble à l'ordre public, notion que la loi ne définit pas [22]. Même mécanique que le communiqué — le corps qui a frappé qualifie lui-même ce qu'il a fait, et se dispense d'en rendre compte en décidant qu'il n'y a rien à recenser.</p>
<p>Philippe Bouyssou a appris les faits comme tout le monde, par les habitants et les réseaux, et n'a écrit qu'ensuite — à la préfecture, au ministre [1][2]. Or il n'est pas un simple témoin indigné. Le maire est officier de police judiciaire, et l'article L. 132-2 du code de la sécurité intérieure le dit sans détour : il est tenu de signaler sans délai au procureur de la République les crimes et délits dont il acquiert connaissance dans l'exercice de ses fonctions [23]. Le signalement au parquet n'est pas une option courageuse, c'est une obligation. Et il a un effet utile : lorsque le parquet prend ensuite une décision — classement sans suite, alternative aux poursuites, poursuites, jugement définitif, appel —, le maire qui avait signalé les faits doit en être informé dans un délai d'un mois [21]. Là où une lettre au ministre disparaît dans un tiroir, un signalement ouvre un droit de suivi.</p>
<p>Cent ans de gestion soi-disant communiste, zéro pouvoir sur la force publique</p>
<p>Car sur le fond, le maire ne commande rien. Sa qualité d'officier de police judiciaire est de papier : il n'a pas autorité sur un seul homme de la BAC opérant à Ivry. Le PCF tient l'hôtel de ville depuis l'élection de Georges Marrane, le 15 mai 1925 [25] ; la ville et le parti viennent d'en fêter le centenaire sous l'étiquette d'« un siècle de gestion communiste » [9][26]. Communiste, cette gestion ne l'est que de nom : cent ans de mairie soi-disant communiste, et pas une minute d'autorité sur la force armée qui quadrille la commune.</p>
<p>Que l'on ne se méprenne pas sur ce que nous reprochons là. Nous ne réclamons pas que la mairie ait sa propre police — ce serait réclamer une police de plus. Nous constatons ce que cent ans de gestion soi-disant communiste ont laissé intact : l'État bourgeois, ses corps armés, sa hiérarchie préfectorale. Une municipalité, fût-elle dirigée par un parti stalinien qui a gardé le nom de communiste, administre à l'intérieur de cet État ; elle en gère les marges — logements, crèches, colonies, subventions — sans jamais toucher à son noyau. C'est là toute la différence avec la Commune de 1871, dont le premier décret supprima l'armée permanente au profit du peuple en armes, et qui arracha la police au pouvoir central pour en faire un instrument de la Commune, responsable et révocable à tout instant. Toute la question d'Ivry est là : qui commande la force publique, et devant qui répond-elle ? Et c'est le sens du mot que nous employons ici : la gestion d'Ivry n'est pas communiste, elle est stalinienne — c'est-à-dire l'exact contraire, la gestion loyale de l'État bourgeois par un parti qui a rompu avec le communisme tout en en gardant l'enseigne. Le PCF a demandé et obtenu des places dans l'appareil d'État plutôt que de le briser, et sur le terrain qui nous occupe, il n'a jamais mis en cause l'existence même d'une police d'État — seulement ses excès.</p>
<p>D'où l'impuissance du 21 juillet, qui n'est pas celle d'un homme mais celle d'une politique : le maire condamne, écrit, saisit — et les gaz retombent quand même sur l'aire de jeux. L'architecture, elle, vient de loin. La préfecture de police, créée en 1800, est l'instrument du pouvoir central sur la ville insurrectionnelle : Paris n'a pas eu de maire élu de la Commune à 1977, et la réforme de 2009 a étendu ce régime d'exception à toute la banlieue ouvrière. La commune n'est pas dans la boucle parce que la boucle a été dessinée pour qu'elle n'y soit pas.</p>
<p>Quinze jours qui disent tout : 7, 21, 22 juillet</p>
<p>Le 7 juillet, l'Assemblée nationale adopte, par 313 voix contre 199 — bloc central, droite, extrême droite —, la proposition de loi d'Éric Pauget (LR) instaurant la présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre, durcie par amendement gouvernemental, soutenu par Laurent Nuñez, en présomption de légalité des tirs [10]. Précisons, parce que la précision est une arme : ce texte n'est pas une loi. Il est adopté en première lecture et transmis au Sénat ; la BAC n'a donc rien « appliqué » juridiquement le 21 juillet. Ce qu'elle a appliqué, c'est le climat : un Parlement qui blinde d'avance les tirs, un ministre qui soutient, et une pétition de plus de 700 000 signatures classée « redondante » par la commission de l'Assemblée le 22 juillet [11] — le lendemain d'Ivry. En quinze jours : le droit d'impunité voté, l'impunité pratiquée, la voie pétitionnaire fermée. Amnesty International l'a dit sans détour : avec ce texte, sans la vidéo, le tir qui a tué Nahel Merzouk aurait été considéré comme légal [12].</p>
<p>Une police née du contrôle colonial</p>
<p>La loi de juillet n'explique pourtant pas tout : la BAC vient de plus loin. Le sociologue Mathieu Rigouste l'a documenté : la première brigade anti-criminalité est fondée le 1er octobre 1971 à Saint-Denis, sous le préfet Pierre Bolotte — officier colonial en Indochine et en Algérie, ordonnateur de la répression de mai 1967 en Guadeloupe, qui fit des dizaines de morts —, théoricien d'une « anti-criminalité » consistant à pénétrer la population pour capturer l'« ennemi intérieur » [13]. Le contexte immédiat de cette création dit tout : à l'automne 1971, les affiches du Mouvement des travailleurs arabes dénonçaient dans Paris l'affaire Behar Rehala, ouvrier immigré poursuivi par des policiers pour le vol d'un pot de yaourt — à Ivry, déjà [20]. C'est contre ce type de dénonciations que l'État décide d'encadrer techniquement sa police anticriminalité, plutôt que d'y mettre fin. Charles Pasqua généralise les BAC à toute la France en 1994 [14]. Ce corps n'a pas « dérapé » le 21 juillet : il a fonctionné selon sa notice — le contrôle des populations issues des colonies, transféré des colonies vers les quartiers ouvriers. L'insulte qui a accompagné le coup de matraque n'est pas un excès individuel : c'est la doctrine qui parle par la bouche de l'exécutant.<br class='autobr' /> <br class='autobr' />
La gauche réformiste et stalinienne dénonce — et renvoie à l'État</p>
<p>Il faut le dire : ils ont dénoncé. Philippe Bouyssou (PCF) a condamné avec la plus grande fermeté [2]. Mathilde Panot (LFI), députée de la circonscription, a dénoncé, écrit à la préfecture, au ministre, au Premier ministre, et réclamé au rassemblement du 26 juillet la dissolution de la BAC [1][3]. Assa Traoré est venue à la tribune, dix ans après la mort de son frère [3]. La colère est réelle, la dénonciation aussi. Voici leurs deux prises de position, telles qu'elles ont été publiées.</p>
<p>Philippe Bouyssou, maire PCF d'Ivry-sur-Seine — communiqué publié le 22 juillet à 15 h 04.</p>
<p>Mathilde Panot, députée LFI de la circonscription — publication du 23 juillet, annonçant un courrier au ministre de l'Intérieur.</p>
<p>Regardez maintenant ce qu'ils ne disent pas. Le maire condamne, invite à porter plainte, saisit l'IGPN, écrit au ministre — et pas une ligne sur ce que la loi lui donne : ni ce qu'il a reçu au titre du L. 132-3, ni ce qu'il n'a pas reçu, ni le signalement au procureur auquel le code l'oblige. Tout se passe comme si ce code n'existait pas. La députée, elle, demande publiquement si la BAC a tous les droits dans les quartiers populaires et annonce un courrier au ministre : à notre connaissance, aucune question au gouvernement, aucune question écrite, aucune demande de commission d'enquête n'a été déposée sur les faits du 21 juillet [15]. Un courrier se range dans un tiroir ; une question écrite appelle une réponse publiée. Ils ont choisi l'instrument qui n'oblige à rien.</p>
<p>Rappelons enfin ce qu'ils sont l'un et l'autre : le Front populaire — la coalition qui, à Ivry comme à l'Assemblée, se présente comme le camp des travailleurs. Ce n'est pas la première fois cette année que la municipalité renvoie une affaire à l'État : en juin, contre l'élu RN qui déposait un amendement sur les signes religieux visant deux conseillères, le maire suspendait la séance et saisissait le préfet [27]. Deux fois en deux mois, le même réflexe — remettre le dossier à l'appareil, et attendre.<br class='autobr' />
Le rassemblement du 26 juillet a tout confirmé, dans leurs propres bouches [29]. Le maire s'y est dit — la formule est de lui — présent « plus en tant qu'invité ». Le maire, invité sur son propre territoire : l'aveu résume le siècle. Il a qualifié l'intervention de totalement inappropriée et surdimensionnée — qualification publique qui, dans la bouche d'un officier de police judiciaire, appelle mécaniquement le signalement au procureur qu'il n'annonce toujours pas. Sa théorie de l'action a tenu dans le décompte des plaintes, quatorze plus une enregistrée le lundi : il y aura des traces, a-t-il promis, et l'État ne pourra pas faire semblant d'ignorer. Politique de la preuve — qui suppose qu'un État confronté à des traces cède, quand le parquet et l'IGPN sont précisément les organes chargés de les traiter. Il a regretté le temps où sa génération disait « les gardiens de la paix » : sa génération est celle qui a vu naître les BAC, en 1971 — la police qu'il regrette n'a jamais existé pour les quartiers ouvriers. Et il a converti en une phrase l'auto-défense du quartier en procédure : les habitants ont su, selon lui, assurer leur propre défense en faisant valoir leurs droits. Mathilde Panot a salué le sang-froid extraordinaire des habitants — l'éloge de l'abstention — et annoncé qu'elle avait écrit au ministre et appelé le commissaire : les deux sommets de la chaîne mise en cause. Quant à Assa Traoré, elle a apporté à la tribune, sans le vouloir, la réfutation de toute cette politique : sa première plainte contre les forces de l'ordre, a-t-elle rappelé, a été classée sans suite — et c'est elle qui est poursuivie. Le bilan de la voie qu'on recommandait au quartier, énoncé sur l'estrade même.</p>
<p>Mais regardez où conduisent tous les chemins proposés. La plainte — au parquet. L'IGPN — la police enquêtant sur la police. Les lettres — à Laurent Nuñez, qui dirigeait la préfecture de police il y a dix mois et soutient le texte d'impunité. La pétition — sur le modèle de celle qu'on vient de classer sans la lire. La manifestation du 19 septembre — pour demander à l'État de retirer à l'État son « permis de tuer ». Chaque voie ramène la colère au guichet de l'appareil qui a frappé.</p>
<p>Et le cadre d'explication ferme le cercle : le racisme comme cause dernière, la bonne police républicaine comme horizon. Une habitante du quartier l'a formulé au rassemblement : les habitants veulent une police qui les protège, qui les rassure — pas une police qui les tabasse [29]. Or la même habitante, dans la même intervention, avait trouvé le mot le plus juste de la journée : ces « voyous légalisés » — légalisés, c'est-à-dire que l'illégalité est dans la loi, non dans la faute. La contradiction est entière, et elle n'est pas une trahison : c'est celle d'une conscience en mouvement. L'expérience du 21 juillet a produit la caractérisation exacte ; le cadre hérité, celui que la mairie, la députée et les médias répètent, fournit encore l'horizon. C'est exactement là que se joue notre travail — car si la violence est légalisée, aucune police réformée, produite par le même État, ne protégera quiconque. Le racisme n'est pas une invention, il est au dossier ; mais la section précédente montre d'où il vient : c'est un outil de fonctionnement du corps, pas un défaut à corriger. Corriger le racisme d'une force d'occupation, c'est réclamer une occupation polie. Et réclamer une police qui protège, c'est demander à l'État de classe un organe qu'il n'a jamais produit — quand la seule protection réelle, le 21 juillet, est venue du quartier lui-même. Dissoudre la BAC ? On dissoudra un sigle : la fonction lui préexiste et lui survivra tant que restera debout l'État qui l'exerce.</p>
<p>Lutte Ouvrière voit des cow-boys là où opère un État</p>
<p>Une organisation d'extrême gauche a écrit, à notre connaissance : Lutte Ouvrière, le 29 juillet [19]. L'article nomme la BAC de Créteil, les salves de grenades au mépris des dizaines d'enfants, les mères gazées en pleine face, matraquées, plaquées au sol : le constat y est, et il est juste. Mais lisez le vocabulaire : des cow-boys — c'est le titre —, des hommes déchaînés comme des bêtes, « des voyous en uniforme ». Un bestiaire, pas une analyse — une habitante du quartier a fait mieux au rassemblement, en deux mots : « voyous légalisés », où c'est la loi qui est mise en cause, et non la bête [29]. Tout s'arrête aux exécutants : pas un mot sur la préfecture de police, sur Patrice Faure, sur Laurent Nuñez, sur la chaîne de commandement ; pas une ligne sur le communiqué de déni, pourtant la pièce la plus politique du dossier. L'État y disparaît derrière des individus déchaînés — comme si un corps commandé, payé, couvert et bientôt légalement blindé était une meute échappée. LO écrit même que ces policiers se sentiraient encouragés par le vote, début juillet, d'une loi de présomption de légitime défense : or le texte n'est pas une loi — il est au Sénat, et l'imprécision escamote le fait que la bataille parlementaire continue et qu'une pétition de 700 000 signatures vient d'être enterrée. Reste la chute de l'article : la défense légitime, ce serait celle de la population victime des violences policières. C'est la seule direction juste — et LO s'y arrête net. Pas un mot sur comment : ni comité d'habitants, ni collecte des preuves, ni auto-défense organisée. Une intuition sans politique ; une formule de journal, pas un plan de bataille.</p>
<p>Quant à Révolution Permanente et au NPA-Révolutionnaires : au 20 août, nous n'avons trouvé sur leurs sites aucun article sur Ivry. Nous disons bien : nous n'avons rien trouvé — pas : ils n'ont rien publié. Le NPA-Révolutionnaires a pourtant conduit une liste aux municipales à Ivry même, menée par Selma Labib, conductrice de bus dans la ville [16]. Révolution Permanente, qui revendique le terrain des quartiers populaires et mène campagne présidentielle sur celui des violences policières, n'est passée en régime estival que le 31 juillet [17] : la fenêtre était ouverte — et Assa Traoré, qui fut un soutien de sa candidature, était à la tribune du 26.<br class='autobr' /> <br class='autobr' />
NOS QUESTIONS — ET À QUI NOUS LES POSONS</p>
<p>Fanta a posé publiquement les premières, dans sa vidéo puis au rassemblement [18][3]. Nous les reprenons et les prolongeons, parce qu'aucune institution ne les posera. Nous voulons toute la chaîne, de l'homme qui a lancé la première grenade au bureau qui a rédigé le démenti.</p>
<p>À monsieur le préfet de police, Patrice Faure — que s'est-il passé le 21 juillet ?</p>
<p>1. Quelle unité, exactement ? BAC départementale du Val-de-Marne, BAC locale, autre service : le nom du service engagé le 21 juillet.</p>
<p>2. Combien d'équipages, combien d'agents, et sous quel commandement — le nom et le grade de l'officier responsable du dispositif ce soir-là.</p>
<p>3. Les numéros RIO des agents présents, et les immatriculations des véhicules engagés. L'obligation de port apparent existe depuis 2014 ; le Conseil d'État a dû enjoindre au ministre de l'Intérieur, en 2023 puis en 2026, de la faire enfin respecter et de rendre le matricule lisible [24]. Vos agents étaient-ils identifiables au pied de la cité Amédée-Huon ? Les vidéos des habitants en jugeront.</p>
<p>4. Qui a appelé la BAC, alors que l'interpellation était déjà faite à plusieurs mètres de là — et quel motif figure dans les registres ?</p>
<p>5. Qui a ordonné, ou couvert, le tir de grenades lacrymogènes sur un lieu occupé par une quarantaine d'enfants ? Sur quelle base légale, après quelles sommations ?</p>
<p>6. À quelle heure la direction territoriale du Val-de-Marne a-t-elle été informée, et par qui ? Quel compte rendu est remonté à la direction de l'agglomération, puis à votre cabinet ?<br class='autobr' />
7. Qui a rédigé le communiqué assurant qu'aucun fait comparable n'était recensé, sur la base de quels rapports, et qui l'a validé ?</p>
<p>8. Endossez-vous l'opération de vos hommes — ou seulement leur version ?<br class='autobr' />
9. Et au ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui dirigeait la préfecture de police il y a dix mois et soutient la présomption de légalité des tirs : êtes-vous en position de sanctionner quoi que ce soit ?</p>
<p>À monsieur le maire d'Ivry-sur-Seine, Philippe Bouyssou (PCF, Front populaire)</p>
<p>Pas un communiqué de plus : trois actes, tous vérifiables.</p>
<p>10. Dites publiquement ce que vous avez reçu au titre de l'article L. 132-3 : quelles notes d'information, à quelle date, émanant de quel service, sous quelle qualification des faits. Si vous n'avez rien reçu, dites-le aussi clairement — l'absence est une réponse, et elle nous en apprendra autant. Rendez public tout ce qui peut légalement l'être, l'information au maire s'exerçant dans le respect du secret de l'enquête [21].</p>
<p>11. Avez-vous signalé les faits au procureur de la République, comme l'article L. 132-2 du code de la sécurité intérieure vous y oblige [23] ? À quelle date ? Sinon, faites-le. Et lorsque le parquet prendra une décision, publiez-la.</p>
<p>12. Ouvrez les archives de la relation entre la mairie et la préfecture sur ce quartier : conventions, réunions, comptes rendus de sécurité. Que se décide-t-il sur la vie des habitants sans eux ?<br class='autobr' />
À madame la députée de la circonscription, Mathilde Panot (LFI, Front populaire)<br class='autobr' />
Vous avez saisi le ministre. Utilisez ce que le courrier ne fait pas.</p>
<p>13. Déposerez-vous une question écrite et une question au gouvernement sur les faits du 21 juillet — et en publierez-vous le numéro et la date ? Le préfet de police est sous l'autorité du gouvernement : c'est au gouvernement qu'il faut demander des comptes, pas au préfet de s'auto-évaluer.</p>
<p>14. Demanderez-vous publiquement l'identification de l'unité engagée, le nom et le grade de l'officier qui commandait le dispositif, les numéros RIO des agents, les immatriculations des véhicules, l'heure et le contenu des comptes rendus remontés à la hiérarchie ?</p>
<p>15. Associerez-vous les habitants organisés — c'est-à-dire les informerez-vous des questions que votre groupe entend poser, avant qu'elles le soient, et accepterez-vous d'y ajouter les leurs ? Ceux qui ont respiré les gaz ne sont pas le décor d'une publication.</p>
<p>Aux policiers du rang qui étaient là le 21 juillet</p>
<p>« L'ouvrier, devenu policier au service de l'État capitaliste, est un policier bourgeois et non un ouvrier. » Trotsky écrivait cela en janvier 1932, contre les sociaux-démocrates allemands qui comptaient sur la police prussienne pour arrêter Hitler ; et il ajoutait la phrase qui vaut ici mot pour mot — tout policier sait que les gouvernements changent, la police, elle, reste [28]. Voilà pourquoi les lettres au ministre ne font trembler personne à la préfecture de police, et voilà pourquoi nous ne nous adressons pas à vous comme à des camarades : vous êtes un corps recruté, payé et commandé pour tenir des quartiers comme celui-ci.</p>
<p>Mais le même constat ouvre une brèche. Le communiqué de la préfecture ne protège pas les hommes qui étaient au pied de la cité : il les efface, en attendant. Le jour où les images deviendront impossibles à nier, ce n'est ni le préfet, ni le ministre, ni le rédacteur du communiqué qui se retrouvera devant le juge — ce sera l'exécutant, et l'institution le lâchera avec le même sang-froid qu'elle met aujourd'hui à le couvrir. Un corps qui ment sur ce qu'il a fait ment aussi sur ce qu'il doit à ses hommes.</p>
<p>Vous n'êtes pas payés pour taper des enfants.</p>
<p>16. Porterez-vous votre numéro d'identification, visible, comme la loi vous y oblige et comme le Conseil d'État a dû l'exiger deux fois du ministre ?</p>
<p>17. Si vous étiez là, direz-vous ce que vous avez vu — un rapport écrit, un témoignage, un mot à un avocat ? Ce ne sera pas de la délation : ce sera la seule chose qui vous distinguera de ceux qui ont frappé.</p>
<p>18. Et la prochaine fois qu'on vous enverra faire cela devant des enfants : refuserez-vous ? Un ordre manifestement illégal n'a pas à être exécuté — votre propre code de déontologie vous l'impose.<br class='autobr' />
Nous ne vous demandons pas d'être de notre côté. Nous vous demandons de ne pas être le fusible du leur.</p>
<p>Aux travailleurs et aux habitants d'Ivry : organisons notre propre enquête</p>
<p>Ne confions notre affaire à personne. La plainte suit son chemin, l'IGPN le sien, les courriers le leur. Pendant ce temps, ce qui s'est réellement passé le 21 juillet risque de se perdre — et c'est cela, précisément, que l'oubli administratif appelle. Nous appelons les habitants et les travailleurs de la cité et des quartiers voisins à constituer un comité d'enquête. Son travail :</p>
<p>— recueillir et écrire les témoignages, un par un, datés et signés, tant qu'ils sont frais ;</p>
<p>— rassembler, dupliquer et mettre à l'abri toutes les vidéos et photos, hors des plateformes qui peuvent les supprimer ;</p>
<p>— faire établir sans délai les certificats médicaux, y compris pour les enfants ;</p>
<p>— relever sur les images tout ce qui permet d'identifier l'unité : numéros RIO, immatriculations et modèles des véhicules, marquages, heures affichées — chaque élément versé au dossier de plainte et remis à l'avocat ;</p>
<p>— établir la chronologie heure par heure, et tenir le compte public de ce que chaque autorité répond ou ne répond pas ;
<br />— faire le lien avec les autres quartiers : à Vitry, un élu a rapporté qu'un jeune avait été défiguré par la même BAC de Créteil. Ce quartier n'est pas un cas isolé.</p>
<p>Ce qui a été fait spontanément le 21 juillet — mettre les petits à l'abri, s'interposer, filmer — doit maintenant être organisé. C'est la seule protection réelle, et elle ne dépend d'aucune autorité.</p>
<p>19. Et la seule question qui engage l'avenir : le quartier, qui a démontré le 21 juillet qu'il était sa propre et unique protection, s'organisera-t-il durablement — comité d'habitants, collecte des preuves et des certificats médicaux, relevé des matricules et des immatriculations, défense collective ? Ou laissera-t-on cette force se dissoudre dans les guichets de ceux qui l'ont gazée ?<br class='autobr' /> <br class='autobr' />
Notes</p>
<p>[1] « Ivry face aux violences policières », Ivry ma ville, ville d'Ivry-sur-Seine (Daniel Paris-Clavel).</p>
<p>[2] « Une intervention de police musclée filmée à Ivry-sur-Seine, le maire dénonce des violences “inadmissibles” », actu.fr, 24 juillet 2026 (communiqué du maire du 22 juillet ; version de la préfecture de police ; témoignage recueilli par Cerveaux non disponibles).</p>
<p>[3] « Ivry-sur-Seine. Le quartier Huon relève la tête face aux violences policières », Nos Révolutions, 30 juillet 2026.</p>
<p>[4] Décret n° 2009-898 du 24 juillet 2009 ; création de la DSPAP le 14 septembre 2009 (Paris, 92, 93, 94 sous le préfet de police).</p>
<p>[5] Contrôleur général des lieux de privation de liberté, rapport de visite du commissariat de Créteil : la DTSP 94 est rattachée à la préfecture de police depuis le 14 septembre 2009.</p>
<p>[6] BAC départementale du Val-de-Marne (BAC D 94), base Créteil.</p>
<p>[7] Préfecture de police, « Les missions du préfet de Police » ; nomination de Patrice Faure en Conseil des ministres le 22 octobre 2025.</p>
<p>[8] Ministère de l'Intérieur, « Installation du nouveau préfet de Police », 27 octobre 2025.</p>
<p>[9] Ville d'Ivry-sur-Seine, « Bienvenue à Ivry-sur-Seine » : la ville revendique près de cent ans de « communisme municipal ».</p>
<p>[10] Assemblée nationale, dossier législatif de la PPL n° 691, texte adopté T.A. n° 328 du 7 juillet 2026, transmis au Sénat (texte n° 866).</p>
<p>[11] Actu-Juridique : pétition de 720 000 signatures (seuil légal : 500 000) classée « redondante » le 22 juillet 2026.</p>
<p>[12] Amnesty International France, « “Permis de tuer” : ce que changerait la loi sur la présomption de légitime défense de la police ».</p>
<p>[13] Mathieu Rigouste, La domination policière. Une violence industrielle (La Découverte) ; du même auteur, « Des massacres oubliés de mai 1967 en Guadeloupe aux prémices de l'ordre sécuritaire moderne dans les quartiers ».</p>
<p>[14] Généralisation des BAC à toute la France en 1994 (Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur).</p>
<p>[15] Vérification par nos soins au 20 août 2026.</p>
<p>[16] npa-revolutionnaires.org, « Municipales 2026 » : liste d'Ivry conduite par Selma Labib et Benoit Chazerand.</p>
<p>[17] revolutionpermanente.fr, rubrique « Médias » : passage en régime estival annoncé le 31 juillet 2026.</p>
<p>[18] Témoignage vidéo de Fanta, habitante de la cité Amédée-Huon, fille et sœur de deux des femmes agressées, mère de la fillette de six ans — diffusé au lendemain des faits, repris notamment par Cerveaux non disponibles. Source primaire de l'article.</p>
<p>[19] « Police : les cow-boys se déchaînent », Lutte ouvrière n° 3026, 29 juillet 2026 (Correspondant LO).</p>
<p>[20] Mathieu Rigouste, « L'invention de la BAC et le quadrillage sécuritaire des quartiers populaires » (Contretemps) : à l'automne 1971, des affiches du Mouvement des travailleurs arabes dénonçaient dans plusieurs quartiers de Paris le sort de Behar Rehala, ouvrier immigré poursuivi par des policiers à Ivry. Nous rapportons le contenu de ces affiches militantes, non un fait judiciairement établi : les sources contemporaines divergent sur l'issue.</p>
<p>[21] Article L. 132-3 du code de la sécurité intérieure : information du maire sans délai par les responsables locaux de la police des infractions causant un trouble à l'ordre public commises sur sa commune ; information systématique du maire, dans un délai d'un mois, des décisions du parquet concernant les infractions qu'il a signalées. Ces informations lui sont communiquées dans le respect de l'article 11 du code de procédure pénale (secret de l'enquête et de l'instruction).</p>
<p>[22] Réponses ministérielles au Sénat sur l'application du L. 132-3 : sont exclus les faits non constitutifs d'une infraction et ceux ne générant pas de trouble à l'ordre public, notion que la loi ne définit pas ; l'obligation est par ailleurs notoirement mal appliquée.</p>
<p>[23] Article 16 du code de procédure pénale : les maires et leurs adjoints ont la qualité d'officier de police judiciaire. Article L. 132-2 du code de la sécurité intérieure et article 40, second alinéa, du code de procédure pénale : obligation de signaler sans délai au procureur les crimes et délits dont on acquiert connaissance dans l'exercice de ses fonctions.</p>
<p>[24] Obligation de port apparent du RIO depuis 2014, article R. 434-15 du code de la sécurité intérieure ; Conseil d'État, 11 octobre 2023 : obligation « insuffisamment respectée », injonction au ministre sous douze mois ; nouvelle décision d'avril 2026 enjoignant d'achever la mise en œuvre avant fin 2026.</p>
<p>[25] Georges Marrane, élu maire d'Ivry-sur-Seine le 15 mai 1925 à la tête de la liste du Bloc ouvrier et paysan, maire jusqu'en 1965 (hors période d'occupation) — notice du Sénat, Le Maitron, ville d'Ivry-sur-Seine.</p>
<p>[26] « Ivry : un siècle de gestion communiste », site du PCF, novembre 2025.</p>
<p>[27] Séance du conseil municipal d'Ivry du 11 juin 2026 : amendement de l'élu RN visant les signes religieux des élus, refus de vote du maire, séance suspendue, saisine du préfet. Voir nos articles de juin 2026 sur cette municipalité.</p>
<p>[28] Léon Trotsky, « Et maintenant ? Questions vitales pour le prolétariat allemand », chapitre 1, 27 janvier 1932 — texte français, marxists.org, Œuvres, janvier 1932.</p>
<p>[29] Interventions au rassemblement du 26 juillet 2026 : extraits vidéo publiés par le site MDAP, transcriptions établies par nos soins. Extraits partiels, mis en ligne dans le désordre ; citations et propos rapportés à recaler sur l'audio original avant mise en ligne. Nos Révolutions prête une formule voisine (« On veut une police qui protège ») à Assa Traoré ; l'extrait vidéo la place dans la bouche d'une habitante — nous ne fondons pas les deux.</p>
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Ceuta, 30-31 juillet : ils ont fermé l'usine, puis la mer
https://matierevolution.org/spip.php?article9690
https://matierevolution.org/spip.php?article96902026-08-26T22:46:00Ztext/htmlfrKarob, Robert Paris
<p>Ceuta, 30-31 juillet : ils ont fermé l'usine, puis la mer <br class='autobr' />
Des dizaines de milliers de traversées en quelques jours, plus de soixante-dix morts selon Madrid — près de cent trente selon l'Association marocaine des droits humains —, l'armée sur la plage. Ce qui s'est passé au Tarajal n'est pas une « crise migratoire ». C'est la crise d'accumulation du capital qui affleure sur une ligne de barbelés, entretenue par l'impérialisme espagnol et français, payée par Bruxelles, pendant qu'ici la même (…)</p>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique150" rel="directory">16- EDITORIAUX DE "LA VOIX DES TRAVAILLEURS" - </a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_17781 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
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<p>Ceuta, 30-31 juillet : ils ont fermé l'usine, puis la mer</p>
<p><i>Des dizaines de milliers de traversées en quelques jours, plus de soixante-dix morts selon Madrid — près de cent trente selon l'Association marocaine des droits humains —, l'armée sur la plage. Ce qui s'est passé au Tarajal n'est pas une « crise migratoire ». C'est la crise d'accumulation du capital qui affleure sur une ligne de barbelés, entretenue par l'impérialisme espagnol et français, payée par Bruxelles, pendant qu'ici la même crise sociale produit d'autres réponses : RSA conditionné et recrutement militaire de la jeunesse.</i></p>
<h2 class="spip">I. La frontière comme robinet de la force de travail</h2><h2 class="spip">L'union sacrée en vingt-quatre heures : un « socialiste » déclare la guerre à des noyés</h2>
<p>Les faits d'abord. Les 30 et 31 juillet, entre cinquante mille et soixante mille personnes ont franchi ou tenté de franchir la frontière de l'enclave espagnole de Ceuta — 20 km², 85 000 habitants. Le président de la ville autonome, Juan Jesús Vivas, a annoncé au moins 34 morts et réclamé l'urgence nationale. L'armée a été déployée, des blindés stationnés dans l'enclave, la Légion mise en alerte, des renforts de plongeurs et de bateaux envoyés (AFP, franceinfo, Al Jazeera, 30-31 juillet 2026).</p>
<p>Arrivé sur place le vendredi matin avec son ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska, le chef du gouvernement espagnol a parlé d'« une attaque, une violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne », et mis en cause des mafias à l'origine de la rumeur d'ouverture de la frontière (AFP, 31 juillet). Retenons la phrase. Elle vient d'un dirigeant du PSOE, présenté partout comme le rempart européen contre l'extrême droite. Des jeunes prolétaires marocains se noient à cinquante mètres d'une plage : c'est une agression militaire contre un territoire.</p>
<p>Le reste a suivi mécaniquement. Ursula von der Leyen a exigé la fin immédiate des traversées, le démantèlement des réseaux et des expulsions rapides. La Commission a proposé l'appui opérationnel de Frontex. Paris a annoncé renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole. Bruno Retailleau a demandé la suspension de la libre circulation avec l'Espagne, Marine Le Pen a promis de réserver Schengen aux nationaux de l'Union en 2027, Donald Trump a commenté depuis Washington. L'union sacrée de la frontière s'est faite en vingt-quatre heures, du centre gauche à l'extrême droite, sans une seule voix pour poser la question qui commande tout : pourquoi des dizaines de milliers de personnes se jettent-elles à l'eau le même jour ?</p>
<p>La suite a été réglée entre deux États en quarante-huit heures. Madrid a annoncé et Rabat a confirmé un accord de reprise : le royaume récupère l'ensemble des personnes entrées irrégulièrement, et aucune ne sera régularisée (Le Desk, 31 juillet). Le samedi 1er août, le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska tenait un point de presse depuis Ceuta pour annoncer que la quasi-totalité des migrants étaient rentrés au Maroc, que la situation n'avait « plus rien à voir » et qu'un retour à la normale était en cours. Le même jour, il portait le bilan à au moins 67 morts — le double du chiffre de la veille — en évoquant des événements « tristes, dramatiques ». Le même jour encore, son ministère annonçait l'installation en mer d'une barrière pneumatique de cinq cents mètres pour empêcher la traversée à la nage. Côté marocain, l'onde de choc gagnait le Nord : heurts avec les forces de l'ordre à Beni Ansar, près de Nador, et interpellations par centaines (Le Desk, 31 juillet). Les jours suivants, les bilans ont divergé comme divergent les intérêts : au moins 72 morts selon la délégation du gouvernement espagnol à Ceuta le 3 août ; onze selon le premier bilan officiel du ministère marocain de l'Intérieur, publié le 2 au soir, qui recense par ailleurs 40 000 « tentatives » vers Ceuta et 1 135 vers Melilla ; près de cent trente victimes et des dizaines de disparus selon l'Association marocaine des droits humains, qui dénonce le silence des institutions. Trois comptes pour les mêmes corps. Et la visioconférence d'urgence des ministres de l'Intérieur réclamée par les vingt-deux était convoquée pour le mardi 4 août.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Ceuta, 30 juillet - 1er août 2026. Entrées et tentatives de franchissement (…)" id="nh1">1</a>]</span></p>
<p>Plus de soixante-dix morts selon Madrid, onze selon Rabat, près de cent trente selon l'AMDH ; plus de quarante-huit mille retours vers le Maroc — présentés officiellement comme volontaires, mais produits par l'impasse juridique et matérielle organisée dans l'enclave —, et le retour à la normale annoncé en quarante-huit heures depuis le lieu même où l'on repêchait les corps. Voilà la performance d'une machine, et le mot de « crise » ne la décrit pas. Elle n'a pas été débordée. Elle a fonctionné. Plus fort que l'accusation de brutalité : le dispositif n'a même pas eu besoin de saisir chaque personne. Il a organisé une situation telle que le retour devenait la seule issue.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir supra la note « Ceuta, 30 juillet - 1er août 2026 »." id="nh2">2</a>]</span></p>
<p>Sur le plan européen, la réponse a été immédiate et il faut en peser les mots. Vingt-deux dirigeants ont adressé à la présidence irlandaise de l'Union, à Antonio Costa et à Ursula von der Leyen une lettre ouverte réclamant une visioconférence d'urgence des ministres de l'Intérieur : on ne peut permettre, écrivent-ils, que des franchissements massifs et incontrôlés, l'instrumentalisation des migrations ou d'autres « menaces hybrides » donnent le sentiment qu'une entrée illégale puisse se transformer en séjour légal. Retenez la catégorie : elle vient du vocabulaire de la guerre. Giorgia Meloni a réclamé la suspension de Schengen avec l'Espagne, soutenue par la Finlande, envisagée par le Danemark, écartée par la France ; Laurent Nuñez a répondu que le renforcement de la frontière franco-espagnole durerait « autant qu'il le faudra » ; la Commission a rappelé qu'en vertu de l'article 41 du code frontières Schengen, entrer à Ceuta n'ouvre aucun droit de circulation vers le continent. Ceuta appartient à l'Espagne et à l'Union, mais relève d'un régime frontalier spécial : toute personne rejoignant la péninsule ou le reste de l'espace Schengen doit subir un nouveau contrôle extérieur. L'enclave fonctionne comme un sas juridique fermé aux portes de l'Afrique. Et Pedro Sánchez, réclamant une réunion des Vingt-Sept, dénonçait l'attitude « égoïste » de certains États membres. Chacun veut la forteresse ; aucun ne veut la facture.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Réactions européennes. Lettre ouverte des vingt-deux dirigeants à la (…)" id="nh3">3</a>]</span></p>
<h2 class="spip">Fnideq : ils ont fermé l'usine, la mer a servi de plan social</h2>
<p>Ces dizaines de milliers de personnes ne se jettent pas à l'eau parce qu'un « appel d'air » les aurait aspirées. Elles se jettent à l'eau parce qu'on a fermé leur usine, et que cette usine était une frontière.</p>
<p>Fnideq — Castillejos — vivait de la contrebande dite vivrière avec Ceuta. En octobre-décembre 2019, les autorités marocaines ferment les postes de Bab Sebta et Bab Melilia à ce commerce ; en mars 2020, la frontière elle-même est fermée. Du jour au lendemain, la principale économie de la province disparaît : porteurs, <i>ferracha</i>, petites commerçantes, ouvriers travaillant côté espagnol perdent tout revenu (Le Desk, 31 juillet 2026). Près de 10 000 familles étaient concernées dans la province de M'diq-Fnideq, où le chômage urbain atteignait déjà 18 %, le double du taux national. À l'échelle du pays, le Haut-Commissariat au Plan chiffrait cette contrebande à 40 % de l'économie informelle nationale, faisant vivre près de 400 000 personnes, pour un marché de 1 à 1,5 milliard d'euros par an sur les deux enclaves.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Fnideq. Fermeture des postes de Bab Sebta et Bab Melilia au commerce vivrier (…)" id="nh4">4</a>]</span></p>
<p>Sur cette suppression, posez la conjoncture marocaine. Note du HCP du 4 mai 2026 : chômage strict de 10,8 % au premier trimestre, 29,2 % chez les 15-24 ans, 1 253 000 chômeurs recensés ; taux composite de sous-utilisation de la main-d'œuvre de 22,5 % au niveau national et de 45,3 % chez les jeunes. En 2025, la durée moyenne du chômage passait de 31 à 33 mois, et 64,8 % des chômeurs l'étaient depuis un an ou plus. Ajoutez la sécheresse récurrente qui vide les campagnes.</p>
<p>Et derrière ces moyennes, une trajectoire. La campagne assoiffée pousse vers la ville ; la ville n'offre guère que l'informel — la vente à la sauvette, l'atelier non déclaré, le chantier sans contrat, le transport à la course —, qui occupe une part massive de l'emploi du pays ; et l'informel ne fixe personne. Celui qui atteint Fnideq a souvent déjà migré une fois — de la campagne vers Tanger, Casablanca ou Agadir — sans y trouver de quoi se stabiliser. Ce n'est pas un « stock de chômeurs » : c'est une population rendue mobile par la désagrégation de ses anciennes conditions de reproduction. Fnideq n'est pas une exception locale ; c'est le point de concentration d'une crise nationale.</p>
<p>Voilà le fait matériel : une région dont on a supprimé administrativement le principal gagne-pain, sans plan social, sans indemnité, sans reconversion, et dont la seule issue se trouve de l'autre côté de la digue du Tarajal, à la nage. Tout ouvrier de Poissy, de Florange ou de Maubeuge sait ce qu'est la fermeture d'un bassin. La différence tient en une ligne : lui avait un syndicat et une frontière ouverte devant lui.</p>
<h2 class="spip">Avant la mer, une génération avait pris la rue : GenZ 212</h2>
<p>Et il faut dire tout de suite ce que la presse française n'a pas dit, parce que cela renverse le cadre. Cette jeunesse n'a pas commencé par fuir. Elle a commencé par se battre.</p>
<p>À la fin de l'été 2025, huit femmes meurent en quelques semaines après leur césarienne à l'hôpital Hassan II d'Agadir — ville dont le chef du gouvernement Aziz Akhannouch est aussi le maire. À la mi-septembre, cette série devient le catalyseur d'une colère nationale ; le 27 septembre, les manifestations éclatent simultanément à Rabat, Casablanca, Marrakech, Agadir et Tanger, coordonnées par un collectif né sur Discord, GenZ 212, qui rassemblera plus de cent quatre-vingt mille membres. Les mots d'ordre disent tout d'une conscience de classe en formation : <i>des stades, on en a, les hôpitaux, où sont-ils ?</i> — contre les milliards engloutis dans les infrastructures de la Coupe du monde 2030 pendant que l'hôpital public s'effondre. Le chômage des jeunes atteignait alors 35,8 % dans un pays affichant 5,5 % de croissance au deuxième trimestre.</p>
<p>La réponse du Makhzen a été celle d'un État de classe. Human Rights Watch a documenté une répression violente, des morts, des arrestations massives, et l'usage de la force létale par la Gendarmerie royale, notamment à Lqliâa. Le 4 octobre, un homme est condamné à quatre ans de prison pour incitation par les réseaux sociaux ; le 8 octobre, un autre à dix ans ; le 9 octobre, la cour d'appel de Salé prononce des peines allant jusqu'à vingt ans pour « actes de vandalisme ». Le bilan judiciaire, arrêté par le parquet lui-même fin octobre : plus de 2 400 personnes poursuivies, plus de 1 400 détenues, 411 condamnations dont 76 mineurs, 61 peines de un à quinze ans ferme. Et la répression courait encore au moment de Ceuta : le rappeur Mehdi Black Wind, relais du mouvement, arrêté le 13 juillet 2026, comparaissait à Casablanca le 31 juillet — le jour même où sa génération se noyait au Tarajal ; un autre, L7ASSAL, purgeait huit mois pour des chansons visant la corruption et la normalisation avec Israël. Le gouvernement inscrivait parallèlement au budget 2026 des annonces massives sur la santé et l'éducation — la carotte et le bâton, dans le même trimestre.</p>
<p>Retenez la séquence, car elle commande tout jugement politique sur le 31 juillet. À l'automne, cette jeunesse est descendue dans la rue pour exiger des hôpitaux. Elle a été matraquée, tuée, jugée, emprisonnée. Dix mois plus tard, une partie de cette même génération se jette à la mer. Ce ne sont pas des victimes passives d'une misère abstraite : c'est une génération qui a d'abord tenté d'affronter son propre État, qui a été écrasée, et qui prend l'eau faute de perspective. Elle n'a pas besoin de notre compassion. Elle a besoin d'alliés qui, de ce côté-ci, s'en prennent aux mêmes.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="GenZ 212. Décès de huit femmes après césarienne à l'hôpital Hassan II (…)" id="nh5">5</a>]</span></p>
<h2 class="spip">Le robinet : 1 175 000 demandes d'un côté, la Légion de l'autre</h2>
<p>Voici le fait que ni la droite ni l'extrême gauche n'ont voulu regarder, et qui commande tout le reste.</p>
<p>Le même gouvernement, la même année. Après la réforme générale du règlement sur les étrangers de novembre 2024, l'exécutif annonce le 27 janvier 2026 une régularisation extraordinaire — la première depuis 2005 —, juridiquement instituée par le décret royal 316/2026 du 14 avril, publié au <i>Boletín Oficial del Estado</i> le 15 et entré en vigueur le 16. Dépôts ouverts le 16 avril, clos le 30 juin.</p>
<p>Le bilan officiel du ministère de l'Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, publié le 2 juillet : <strong>1 174 978 demandes enregistrées</strong>, dont 609 737 déjà instruites et environ 608 000 admises à instruction — ce qui ouvre immédiatement un permis provisoire de résidence et de travail. À la même date, à peine onze à douze mille personnes disposaient d'une décision favorable définitive ; l'administration s'est donné trois mois pour le reste. L'exécutif en attendait un demi-million. Deux demandeurs sur trois viennent d'Amérique centrale et du Sud, la Colombie en tête avec 25,9 %, <strong>le Maroc en deuxième position avec 13,3 %</strong> ; 22,9 % sont d'origine africaine. Six sur dix ont moins de 34 ans.</p>
<p>Retenons trois précisions, car elles font toute la démonstration. Le titre définitif vaut <strong>un an</strong> ; à son expiration, la sortie du régime exceptionnel passe par la bascule vers le droit commun, le plus souvent structurée autour de l'emploi. La secrétaire d'État aux Migrations, Pilar Cancela, a exposé l'objectif sans détour : la majorité des demandeurs vont s'incorporer au marché du travail dans des secteurs stratégiques et essentiels. Et au 30 juin, le même communiqué recensait déjà <strong>159 097 nouveaux affiliés à la Sécurité sociale</strong> du fait de la procédure. Onze mille décisions définitives, cent cinquante-neuf mille nouveaux cotisants : l'admission à instruction ouvre immédiatement un droit provisoire de résider et de travailler — l'État délivre exactement le droit qu'il faut pour entrer tout de suite dans le rapport salarial, et stabilise le séjour ensuite.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Régularisation extraordinaire espagnole. Décret royal 316/2026 du 14 avril, (…)" id="nh6">6</a>]</span></p>
<p>Enfin, la condition d'éligibilité, qui est la clé de voûte. Pour déposer, il fallait justifier d'une présence en Espagne <strong>antérieure au 1er janvier 2026</strong> et de cinq mois de séjour ininterrompu, sans antécédents judiciaires. Autrement dit : les dizaines de milliers de personnes entrées à Ceuta les 30 et 31 juillet étaient exclues du dispositif par construction juridique, plusieurs mois avant de se jeter à l'eau. Le décret trie ceux qui sont déjà là ; l'armée s'occupe de ceux qui arrivent. Ce ne sont pas deux politiques qui se contredisent, c'est un seul mécanisme à deux vannes.</p>
<p>Trente jours après la clôture des dépôts, le même chef de gouvernement envoie la troupe, qualifie la noyade de jeunes Marocains d'attaque contre l'intégrité territoriale, obtient de Rabat la reprise de plus de quarante-huit mille personnes en quarante-huit heures et fait poser cinq cents mètres de barrière flottante dans la Méditerranée.</p>
<p>Ceux qui ne raisonnent qu'en morale appelleront cela une hypocrisie. Ce n'en est pas une. C'est une seule et même politique du travail, avec deux instruments — et elle a une cause, qu'il faut nommer avant de la juger.</p>
<p><strong>Pourquoi l'Espagne régularise</strong></p>
<p>Pas d'abord par humanité : parce que son modèle d'accumulation en a besoin — et qu'il le dit.</p>
<p>Contrairement à ce qu'on imagine en France, l'Espagne n'est pas en effondrement : elle est la locomotive de la zone euro. Croissance de 3,5 % du PIB en 2024, 2,8 % en 2025, plus du double de la moyenne de la zone ; prévisions comprises entre 2,1 et 2,3 % pour 2026. Chômage passé sous les 10 % au quatrième trimestre 2025, une première depuis 2008 — même s'il reste le plus élevé de l'OCDE. Environ 22,4 millions de personnes en emploi, un record. Salaire minimum porté à 1 424,5 euros bruts.</p>
<p>Mais l'un des ressorts majeurs de cette croissance est extensif — plus de bras, plus de travail mobilisé — et le gouvernement assume lui-même, explicitement, la fonction économique et démographique de la régularisation. Le pays a gagné près de 458 000 habitants en 2024 pour frôler les 50 millions ; à elle seule, la poussée démographique pourrait ajouter un demi-point de PIB en 2026. Et le chiffre décisif, avancé par le président de l'Institut d'études économiques d'après l'Institut Elcano : <strong>de janvier 2024 à mars 2025, 90 % des créations d'emplois sont allées à des personnes nées hors d'Espagne.</strong> Pendant ce temps, la productivité horaire reste inférieure d'environ 7 % à la moyenne de l'Union, le revenu par habitant stagne, et l'emploi se crée dans le tourisme et les services à faible valeur ajoutée. Le gâteau grossit bien moins parce que la recette s'améliore que parce qu'il y a plus de monde dans la cuisine.</p>
<p>Ajoutez-y ce qui s'épuise. Les fonds européens Next Generation ont passé leur pic en 2025 ; il en reste 17,5 milliards en 2026, puis le robinet se ferme. Le rattrapage post-Covid est absorbé, le tourisme sature à près de cent millions de visiteurs. L'investissement public a été fortement soutenu par ces fonds, quand l'investissement privé demeure nettement moins dynamique — mais cette impulsion est temporaire, inégalement orientée, et notoirement insuffisante dans le logement. À mesure que le cycle européen s'achève, que reste-t-il pour tenir la croissance et payer les retraites d'une population active vieillissante ? Le moteur le plus immédiatement disponible : l'offre de travail. C'est-à-dire l'immigration.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Économie et logement en Espagne. PIB 2024 et 2025, chômage du quatrième (…)" id="nh7">7</a>]</span></p>
<p>L'ouverture d'une procédure extraordinaire ayant reçu près de 1,175 million de demandes n'est donc pas un simple geste humanitaire : c'est une opération massive de légalisation et de fixation d'une force de travail déjà présente. Le gouvernement l'a dit sans détour dès janvier 2026 — soutenir l'économie face au vieillissement de la population active. Et l'on comprend du même coup pourquoi Rabat n'obtient rien pour les nageurs de Ceuta : ceux-là arrivaient hors du canal — hors de la date, hors du dispositif, hors du tri que l'État avait déjà organisé.</p>
<p><strong>Légaliser ceux qui sont déjà présents, refouler ceux qui arrivent : la frontière comme robinet</strong></p>
<p>D'un côté, on légalise une force de travail déjà présente — maintenue des années dans la dépendance juridique, exposée au travail informel et au chantage au titre, dans le bâtiment, l'agriculture, le soin et l'hôtellerie — au moment où le capital espagnol en a besoin. Et dès l'ouverture du droit provisoire, 159 097 personnes entrent à la Sécurité sociale : qu'elles aient été régularisées dans un emploi qu'elles occupaient déjà ou embauchées aussitôt, le résultat est identique — la procédure alimente immédiatement le salariat formel, et l'on prend soin de délivrer un titre qui n'autorise à travailler qu'en Espagne : le travailleur est légalisé et simultanément assigné à un marché du travail national. De l'autre, on refoule en deux jours celle qui se présente sans être passée par le filtre juridique que l'État avait préalablement fixé. Légaliser ceux qui sont déjà présents, refouler ceux qui arrivent. L'État ne s'oppose pas à l'entrée des travailleurs : il se réserve le droit de décider <strong>qui</strong> entre dans le rapport salarial, <strong>quand</strong>, et <strong>à quelles conditions</strong>. La frontière n'est pas un mur, c'est un robinet — et l'on tient le robinet.</p>
<p>De là une conclusion politique qui ne fait pas de quartier. La régularisation de tous les sans-papiers, prise comme revendication séparée, ne trace aucune ligne de démarcation avec l'État bourgeois : le gouvernement espagnol vient d'ouvrir une procédure de masse ayant reçu près de 1,175 million de demandes, tout en tenant sa frontière par l'armée et la Guardia Civil. Un gouvernement social-démocrate peut la concéder quand le patronat en a besoin, et il la concède alors sans rien céder sur le régime frontalier, ni sur les enclaves, ni sur la sous-traitance frontalière au Makhzen. Ce qui fait la différence n'est donc pas le contenu de la revendication, mais <strong>qui l'arrache et par quels moyens</strong> : régularisation arrachée sur les lieux de travail, par la grève, avec un titre indépendant de l'employeur et du conjoint, égalité complète des salaires et des droits — ou régularisation octroyée par décret, valable un an, révocable, cantonnée à un territoire, calibrée sur les besoins du marché.</p>
<p>Notons enfin que le dispositif espagnol est attaqué en justice par les exécutifs régionaux d'Aragon et de Valence, et qu'il pourrait être renvoyé devant la Cour de justice de l'Union pour incompatibilité avec le Pacte européen sur la migration et l'asile, entré en application le 12 juin 2026. L'étau se resserre par le droit européen sur la seule mesure favorable, tandis que le tour de vis sécuritaire se déploie sans obstacle. Et la lettre des vingt-deux dirigeants met explicitement en cause la régularisation espagnole elle-même parmi les causes de la crise : pour les États de la forteresse, légaliser même ceux qui sont déjà là est déjà une faute. On voit assez qui, dans cette architecture, décide en dernier ressort.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir supra la note « Réactions européennes »." id="nh8">8</a>]</span></p>
<h2 class="spip">Renault et Stellantis d'un côté, la police du Makhzen de l'autre</h2>
<p>Ce que dissimule le mot « migrants », c'est un circuit, et il est vérifiable de bout en bout.</p>
<p>Premier mouvement : le capital français s'installe au Maroc. Renault à Melloussa, près de Tanger, plus de 9 000 salariés directs. Stellantis à Kénitra, dans l'Atlantic Free Zone. Autour d'eux, 250 équipementiers et plus de 220 000 emplois. L'automobile est devenue le premier poste d'exportation du royaume, devant les phosphates, avec plus de 140 milliards de dirhams exportés en 2024. Prix de la force de travail : un SMIG autour de 3 500 dirhams bruts par mois en 2026, 3 000 à 4 000 dirhams pour un opérateur de ligne. Trois cents euros.</p>
<p>Le mouvement est simultané — non qu'un poste de Poissy parte pour Kénitra pièce à pièce : c'est une même stratégie d'allocation du capital qui arbitre les deux en même temps, et c'est cette unité de décision, non un transfert comptable, que la simultanéité met au jour. Stellantis a engagé 1,2 milliard d'euros pour doubler les capacités de Kénitra, tandis qu'il annonçait le 16 avril 2026 l'arrêt de l'assemblage automobile à Poissy d'ici à la fin de 2028 et la disparition programmée de plus de neuf cents postes à l'horizon 2030. Et le troisième terme est militaire : Renault engage ses sites du Mans et de Cléon dans le programme Chorus — une munition téléopérée à longue portée, selon les mots du délégué général pour l'armement, développée avec Turgis Gaillard. Contrat notifié en décembre 2025, environ 90 millions d'euros pour le développement et la ligne d'assemblage, dans la perspective d'un marché d'une dizaine d'années évalué par la presse spécialisée à près d'un milliard ; une dizaine d'appareils livrés à la DGA pour validation à l'été 2026, ligne opérationnelle fin 2026, et une capacité annoncée par le constructeur lui-même pouvant atteindre six cents unités par mois en moins de douze mois. Les cellules au Mans, les moteurs adaptés à Cléon.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="Automobile et militarisation. Renault Melloussa, Stellantis Kénitra, (…)" id="nh9">9</a>]</span> Fermer, délocaliser, militariser : trois mouvements simultanés du capital automobile français dans la même année. Ceuta en est la quatrième face — la frontière qui maintient sur place ceux qu'on est allé exploiter chez eux.</p>
<p>Et puisqu'il faut répondre à la question « qui ? » avec des noms plutôt qu'avec des agrégats, les voici. Chez Stellantis : Exor, la holding de la famille Agnelli-Elkann, premier actionnaire avec environ 15 % du capital — John Elkann préside le conseil d'administration ; la famille Peugeot, deuxième actionnaire, 7,7 % du capital et 11,9 % des droits de vote, soit environ trois cents porteurs de parts réunis dans Peugeot 1810, entre Peugeot Invest et les Établissements Peugeot Frères ; et l'État français lui-même, environ 6 % via Bpifrance. Chez Renault : l'État français, environ 15 %, premier bloc d'actionnaires. Faites le compte : trois cents héritiers d'un côté du détroit, deux cent vingt mille ouvriers de l'autre. Et surtout, mesurez ce que dit la présence de l'État aux deux tables. Le même État est actionnaire du groupe qui ferme Poissy et double Kénitra, actionnaire et client du groupe qui monte les drones Chorus au Mans, et bailleur du verrou frontalier marocain. Actionnaire, client militaire, garde-frontière : des appareils distincts — l'État, ses agences, les groupes —, mais un seul bloc d'intérêts. Quand on demande qui ferme, qui délocalise, qui militarise et qui noie, la réponse n'est pas trois acteurs — c'est un seul bloc de classe, avec l'État français assis à chacune de ses tables.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir supra la note « Automobile et militarisation »." id="nh10">10</a>]</span></p>
<p>Deuxième mouvement : l'Europe finance le verrou. Depuis 2014 et jusqu'en 2027, l'Union européenne a versé au Maroc de l'ordre de 2 milliards d'euros, dont environ 1,5 milliard au titre de la coopération bilatérale globale, notamment via le Fonds fiduciaire d'urgence pour l'Afrique ; 631 millions ont été alloués sur 2021-2022 par l'instrument NDICI. Plus de 170 millions ont été consacrés à la seule gestion des frontières, sans effort comparable pour les migrants déjà présents sur le sol marocain. Un programme dédié de 152 millions d'euros renforce le dispositif frontalier. Et le détail vaut démonstration : 2,5 millions d'euros pour l'achat de 183 motocyclettes et 33 véhicules, dans un projet de gestion intégrée des frontières coordonné par une fondation publique espagnole.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb11" class="spip_note" rel="appendix" title="Fonds européens et Sahara occidental. Financements européens au Maroc depuis (…)" id="nh11">11</a>]</span></p>
<p>Dans les zones franches de Tanger et de Kénitra, marchandises et capitaux traversent la frontière librement, dans les deux sens, exonérés. Le porteur de Fnideq, lui, se noie. <strong>Libre circulation pour la valeur, blocus pour ceux qui la produisent</strong> : c'est la définition matérielle du rapport impérialiste, et elle n'a pas besoin d'être expliquée deux fois à un ouvrier.</p>
<h2 class="spip">La bourgeoisie marocaine : le pillage est une coentreprise</h2>
<p>Il manque encore un associé au tour de table, et c'est celui que toute la gauche escamote en parlant de « pillage impérialiste » comme d'un rapport entre nations : la bourgeoisie marocaine elle-même. Elle a des noms, des holdings et des bilans.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb12" class="spip_note" rel="appendix" title="Bourgeoisie marocaine. Fortune de Mohammed VI ( 6 milliards de dollars, (…)" id="nh12">12</a>]</span></p>
<p><strong>Le premier capitaliste du pays est le roi.</strong> La fortune de Mohammed VI est estimée par Forbes à quelque 6 milliards de dollars — parmi les monarques les plus riches du monde. Son instrument s'appelle Al Mada, ex-Société nationale d'investissement, née de la fusion SNI-ONA en 2013 et retirée à cette occasion de la Bourse de Casablanca : même la mince transparence boursière était de trop. La famille royale en contrôle environ 60 %, à travers les holdings Siger et Ergis — du latin <i>regis</i>, du roi — et le fonds Copropar, dont Mohammed VI détient 50,6 %, son frère 18,6 %, ses sœurs le reste. Actifs totaux : 12,2 milliards de dollars en 2017 ; poids estimé à 6 % du PIB marocain. Le portefeuille couvre les points de péage de l'économie : la première banque du pays, Attijariwafa (46 % du capital, 10,6 millions de clients, 26 pays), les mines avec Managem, les télécoms avec Inwi (69 %), l'agroalimentaire. Et le mouvement compte plus que le stock : d'après l'enquête du <i>Monde</i> de 2015, la famille royale ne détenait que 13 % de la holding à la mort de Hassan II — environ 60 % aujourd'hui. Un quart de siècle de règne, l'essentiel de la holding absorbé par le trône : l'accumulation n'est pas un à-côté de la monarchie, c'est son métier. Ajoutons que les révélations SwissLeaks ont identifié le souverain comme client de HSBC à Genève — dans un pays où les comptes à l'étranger sont interdits aux Marocains ordinaires.</p>
<p><strong>Le chef du gouvernement est la troisième fortune du pays.</strong> Aziz Akhannouch : 1,5 milliard de dollars en 2025 selon Forbes, principal actionnaire du groupe Akwa — pétrole, gaz, chimie —, c'est-à-dire l'homme qui vend son carburant au pays qu'il gouverne. C'est aussi le maire d'Agadir, la ville dont l'hôpital public a laissé mourir les huit femmes de l'été 2025 — et c'est la démission de son gouvernement que GenZ 212 réclamait dans la rue.</p>
<p>Reprenez maintenant la séquence entière avec ces chiffres en main. Une jeunesse dont le chômage frôle les 30 % crie « des stades, on en a, les hôpitaux, où sont-ils ? » — face à un gouvernement dirigé par un milliardaire du carburant, sous une monarchie qui est à la fois le premier banquier, le premier mineur et le premier opérateur télécom du pays. Elle est matraquée par la gendarmerie d'un État dont la maison régnante a multiplié par quatre sa part de la principale holding nationale pendant que la durée moyenne du chômage passait à trente-trois mois. Puis elle se jette à la mer, et le même État la reprend — cet État dont l'Europe finance par ailleurs, ligne après ligne, la police des frontières. <strong>Le « pillage » n'est donc pas ce qu'une nation fait à une autre : c'est une coentreprise.</strong> Le capital français exploite à Melloussa et Kénitra ; la bourgeoisie du Makhzen prélève sa part sur le crédit, le carburant, la mine et la ligne téléphonique ; et le verrou frontalier est le service que cette bourgeoisie rend à son associée européenne — financé ligne à ligne — et qui scelle sa place dans l'affaire. D'où la seule conclusion qui tienne : la ligne de front ne passe pas entre le Maroc et l'Europe, elle passe entre les travailleurs des deux rives et les deux bourgeoisies associées. Et voilà pourquoi ni la restitution des enclaves réclamée par le CRT, ni le « en vérité marocain » de Lutte ouvrière ne sont des réponses : rendre Ceuta et Melilla à cet État-là, c'est les verser au portefeuille d'Al Mada. C'est l'argument que nous porterons devant les habitants des enclaves eux-mêmes — car c'est à eux, non à Madrid, non à Rabat, et pas davantage à nous, que la décision revient.</p>
<h2 class="spip">Le Sahara occidental : l'autre face de l'alliance avec le Makhzen</h2>
<p>Cette alliance se déploie simultanément sur deux terrains : le contrôle des migrations, que l'Europe finance ligne à ligne — et la reconnaissance progressive des prétentions marocaines sur un territoire occupé.</p>
<p>Washington reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en 2020, en échange de la normalisation avec Israël. Madrid soutient le plan d'autonomie en 2022, Paris suit à l'été 2024, Londres en 2025. Le 31 octobre 2025, à l'initiative des États-Unis, le Conseil de sécurité adopte la résolution 2797, qui fait de l'autonomie sous souveraineté marocaine la solution « la plus réalisable », reléguant le référendum d'autodétermination au second plan.</p>
<p>Disons exactement ce qui est établi, et ce qui relève de notre lecture. Établis : une police frontalière financée ligne budgétaire après ligne budgétaire, une occupation entérinée capitale après capitale, et une chronologie qui les fait avancer ensemble. Aucun document ne consigne le marchandage, et nous n'en fabriquerons pas. Mais fonction et convergence suffisent à la démonstration politique : la monarchie tient le verrou, les impérialismes entérinent l'annexion, et le robinet humain s'ouvre ou se ferme selon l'état des relations. Lire un échange dans cette convergence est une interprétation — c'est la plus économique, et nous la signons. Les morts du Tarajal ne sont pas les victimes d'un dérapage : ils sont le coût humain de cette convergence. Et écrire « les autorités marocaines » quand il faut écrire le Makhzen, « un jeu politique » quand il faut décrire une alliance de classes, c'est refuser de nommer les deux États qui la nouent.</p>
<h2 class="spip">La « punition américaine » : une théorie qui avoue tout</h2>
<p>Une explication circule avec force, des réseaux sociaux aux chancelleries : le Maroc aurait ouvert la vanne sur ordre ou avec la bénédiction de l'axe Washington-Tel-Aviv, pour punir Madrid de sa politique palestinienne. Il faut la traiter avec la seule méthode qui vaille : ce qui est établi, ce qui ne l'est pas, et ce que l'hypothèse concède.</p>
<p><strong>Ce qui est établi.</strong> L'Espagne est devenue le gouvernement le plus hostile à Israël de l'Union : reconnaissance de l'État de Palestine en mai 2024 ; embargo sur les armes formalisé en septembre 2025, avec interdiction des ports aux navires transportant du carburant pour l'armée israélienne ; en avril 2026, proposition de suspendre l'accord d'association UE-Israël et fermeture des ports espagnols aux navires israéliens. Le même mois — retenez la coïncidence —, une commission de la Chambre des représentants américaine qualifiait Ceuta et Melilla de villes « situées en territoire marocain ». Et pendant la crise même, l'ambassadeur israélien à l'ONU, Danny Danon, raillait publiquement sur X une Espagne « qui ne manque jamais une occasion de faire la leçon à Israël » et se retrouve à décréter l'urgence à Ceuta, s'attirant une réplique du ministre espagnol des Transports, Óscar Puente. L'axe existe, il est armé depuis 2020 — normalisation Maroc-Israël contre reconnaissance américaine du Sahara occupé —, et il a un contentieux ouvert avec Madrid.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb13" class="spip_note" rel="appendix" title="Hypothèse de la « punition » et contentieux hispano-israélien. (…)" id="nh13">13</a>]</span></p>
<p><strong>Ce qui ne l'est pas.</strong> Personne n'a produit l'ordre. Rabat nie avoir promu ou toléré les départs et incrimine des réseaux de passeurs, des rumeurs et une décision du Tribunal suprême espagnol mal interprétée — l'arrêt du 29 juin interdisant les renvois sommaires, sans procédure, des personnes arrivées par mer à Ceuta et Melilla, dont la teneur s'est répandue sur les réseaux sociaux marocains ; la presse espagnole note la passivité initiale des forces marocaines sans pouvoir la dater d'une instruction. Nous n'écrirons donc pas ce que nous ne pouvons pas établir : qui a ouvert la vanne, et sur quel signal.</p>
<p><strong>Mais voici le point décisif : l'hypothèse, même vraie, concède tout ce que nous démontrons.</strong> Pour que la migration puisse servir de représailles, il faut que la frontière soit une arme, que sa vanne soit tenue par des États, et que des dizaines de milliers de corps prolétariens soient disponibles comme munitions. La théorie de la punition présuppose intégralement la frontière-robinet ; elle ne la conteste pas, elle la décrit. Et elle aggrave le réquisitoire contre le Makhzen au lieu de l'atténuer : la « punition » aurait été infligée par la monarchie marocaine à sa propre jeunesse — celle de GenZ 212, matraquée dix mois plus tôt — pour le compte d'un axe auquel elle a vendu sa politique étrangère en 2020, contre le droit d'annexer le Sahara. On ne punit pas Pedro Sánchez en noyant des Marocains ; on prouve seulement à qui appartiennent les Marocains qui se noient.</p>
<p><strong>Reste la fonction politique de l'explication, et c'est là qu'elle devient toxique.</strong> Si le problème est que le gardien a cessé de faire son travail, la solution est qu'il le refasse — la déclaration du CRT et de Corriente Roja a raison de le dire : on ne peut pas conclure plus réactionnaire. Et l'explication rend un second service, plus subtil : elle fait de Pedro Sánchez le martyr de la Palestine au moment précis où il déploie la troupe contre des prolétaires maghrébins. L'embargo sur les armes d'un côté, la Légion sur la plage de l'autre : la solidarité d'État avec un peuple lointain sert de vernis à la guerre sociale menée contre celui d'en face. Quant aux nageurs eux-mêmes, la théorie du complot les réduit à des projectiles dans la main d'autrui — exactement la négation de ce que GenZ 212 avait démontré : une génération capable d'agir pour son propre compte.</p>
<p>Nous n'avons pas besoin de savoir qui a ouvert la vanne pour savoir ce qu'est la vanne. La conclusion ne change pas : ni meilleur gardien, ni meilleure serrure — la destruction de la porte, par les travailleurs des deux rives.</p>
<h2 class="spip">II. Ce que la réaction exploite : le prolétariat abandonné sur le terrain de classe par les réformistes et les staliniens</h2><h2 class="spip">Ce qui fabrique le sentiment de submersion : le camp, pas le nombre</h2>
<p>Les peurs ont un point de départ mesurable : un paradoxe géographique massif, documenté depuis vingt ans par le démographe Hervé Le Bras, et qu'aucun discours ne peut enjamber. <strong>À l'échelle des territoires, le vote d'extrême droite — l'expression politique organisée de cette peur — est inversement associé à la présence réelle des immigrés.</strong> À la présidentielle de 2017 : communes de moins de 2 500 habitants, 3,8 % d'immigrés, 27 % pour la candidate d'extrême droite ; villes de plus de 20 000 habitants, 15 % d'immigrés, 14 % de ce vote ; Paris, 23 % d'immigrés, 5 % ; la Seine-Saint-Denis, département le plus immigré de France avec 30,6 %, votait Le Pen à 13,6 % quand l'Aisne, presque sans immigrés, battait les records. La formule des géographes résume tout : « les étrangers se trouvent à l'intérieur des villes, les xénophobes à l'extérieur ».<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb14" class="spip_note" rel="appendix" title="Fabrication du sentiment de submersion. Corrélation inverse entre vote (…)" id="nh14">14</a>]</span></p>
<p>Ce paradoxe ne tranche pas tout : la ruralité, l'âge, le diplôme, la désindustrialisation, l'éloignement des services pèsent aussi dans ce vote, et une carte ne fait pas une cause. Mais il réfute net l'explication que l'extrême droite vend — une peur produite mécaniquement par la présence : les territoires où la présence immigrée est la plus forte sont ceux qui votent le moins contre. Ce que fait chaque individu, une carte ne le dit pas ; mais elle suffit à casser la mécanique présence-vote — et à retourner la charge de la preuve sur ceux qui l'invoquent. Reste alors l'hypothèse la mieux armée par les faits : la peur voyage moins par l'expérience que par les images. Et il faut demander qui produit les images.</p>
<p>La réponse a une adresse, et ce n'est pas d'abord la télévision : c'est la politique d'accueil elle-même. Prenez le dispositif français, par les chiffres de l'État. L'indicateur budgétaire officiel du programme 303 vise 59 % de demandeurs d'asile éligibles hébergés en 2023, 64 % en 2024 — c'est-à-dire que l'État ne se donne même pas l'hébergement de tous comme objectif — l'écart au droit n'est pas un raté de gestion, il est inscrit dans la cible elle-même ; fin 2022, plus de 42 000 demandeurs éligibles et indemnisés n'étaient orientés vers aucun hébergement. Dans le même temps, le droit au travail n'existe pas : après six mois, le demandeur d'asile n'obtient que le droit de solliciter une autorisation, rarement accordée — et l'injonction du Conseil d'État de 2022 d'élargir cet accès est restée lettre morte. Interdits de travailler, non hébergés par construction budgétaire, évacués de campement en campement sans solution de relogement : la destitution visible dans l'espace public — la tente sous le métro aérien, le campement de la porte de la Chapelle, la « jungle » reconstituée après chaque démantèlement — n'est pas la preuve d'un trop-plein. C'est le produit structurel d'une politique de non-accueil.</p>
<p>Et ce produit travaille. Le campement est filmé, refilmé, mis en boucle sur les chaînes d'information ; il devient la démonstration permanente, offerte à domicile, que « l'État ne contrôle plus rien » — dans des territoires où l'on ne croisera jamais un demandeur d'asile, mais où on le verra tous les soirs. Voilà le mécanisme complet : <strong>on interdit de travailler, on refuse d'héberger, on évacue sans reloger — puis on filme le résultat en boucle et on l'appelle submersion.</strong> Le camp est la publicité permanente de l'extrême droite, financée par le refus d'accueillir. Les images de Ceuta offrent exactement ce matériau : un spectacle sans contact, débarquant dans des communes où la question migratoire n'a aucune existence matérielle — et toute latitude pour une existence imaginaire. C'est ce sentiment fabriqué, et non une expérience vécue, que la réaction exploite — et lui seul.</p>
<h2 class="spip">« Qui va payer ? » Demandez plutôt qui encaisse</h2>
<p>Il faut répondre sur les chiffres, pas les esquiver.</p>
<p>L'OCDE, dans ses <i>Perspectives des migrations internationales</i> de 2021, évalue la contribution budgétaire nette des personnes nées à l'étranger sur 25 pays entre 2006 et 2018. Pour la France, elle est de +1,02 % du PIB ; en y intégrant la défense et le service de la dette, qui ne concernent pas les seuls immigrés, elle devient -0,85 %. L'étude de Xavier Chojnicki, Lionel Ragot et Ndeye-Penda Sokhna, portant sur trente ans (<i>Revue économique</i>, 2022), trouve une contribution nette légèrement négative, toujours inférieure à 0,5 % du PIB, et conclut que l'immigration n'a jamais déterminé l'ampleur ni l'évolution du solde budgétaire.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb15" class="spip_note" rel="appendix" title="Impact budgétaire de l'immigration. OCDE, Perspectives des migrations (…)" id="nh15">15</a>]</span></p>
<p>Dans ces estimations — les plus complètes disponibles —, toute la querelle tient entre -1 % et +1 % du PIB, et le signe dépend de si l'on met le porte-avions sur la facture des personnes nées à l'étranger. Ce n'est pas là que passe l'argent. Si vous n'avez plus de médecin à trente kilomètres, ce n'est pas parce qu'un homme a traversé le détroit : c'est parce qu'on a fermé les lits, tenu le numerus clausus quarante ans et payé l'hôpital à l'acte. Quant au sans-papiers, il acquitte la TVA sur chaque achat, un loyer de marchand de sommeil, et cotise souvent sous un nom d'emprunt sans liquider les droits correspondants. Ces flux ne suffisent pas à trancher un solde que personne ne peut fixer — mais ils suffisent à ruiner la figure du passager clandestin.</p>
<h2 class="spip">Les femmes : ne pas se tromper de meurtrier</h2>
<p>C'est le terrain où il ne faut reculer ni vers le déni, ni vers l'adversaire.</p>
<p>Les chiffres du ministère de l'Intérieur, pour 2024 : les féminicides commis au sein du couple représentent 38 % de l'ensemble des femmes tuées, et 20 % supplémentaires le sont dans un cadre intrafamilial hors couple — soit 58 % tuées par un proche. 84 % des victimes de violences conjugales enregistrées sont des femmes, 85 % des mis en cause sont des hommes, et l'enquête de victimation indique qu'une victime sur six seulement porte plainte. Le collectif Féminicides par compagnons ou ex en recensait 98 pour 2025.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb16" class="spip_note" rel="appendix" title="Violences faites aux femmes. Répartition des femmes tuées en 2024 (38 % dans (…)" id="nh16">16</a>]</span></p>
<p>Le danger pour les femmes en France est d'abord domestique et relationnel : 58 % des femmes tuées le sont par un proche — le conjoint ou l'ex-conjoint pour la plus grande part, le cadre familial pour le reste. Ces chiffres disent où frappe la violence ; ils ne prétendent rien établir de l'origine des auteurs — et ils n'en ont pas besoin. Une politique qui prétend protéger les femmes en surveillant une population désigne un coupable de substitution — et couvre le vrai. Cela ne signifie pas que la réaction religieuse n'opprime pas les femmes : elle le fait partout, y compris catholique, et nous ne défendons aucune religion. Mais l'extrême droite ne combat pas l'oppression des femmes, elle combat pour la famille. Le test est budgétaire, et matériel avant d'être pénal : places d'hébergement, logement, places en crèche, revalorisation des métiers du soin — et jusqu'aux outils de protection que l'État s'est lui-même donnés, ordonnances et bracelets, laissés sous-financés et inégalement déployés. Ceux qui invoquent les femmes contre les migrants n'y mettent pas un euro.</p>
<p>Et voici la mesure qui protégerait réellement les femmes immigrées : <strong>un titre de séjour propre, indépendant du conjoint et de l'employeur.</strong> Tant que les papiers d'une femme dépendent de son mari, elle lui est livrée. Restreindre la régularisation, c'est organiser sa sujétion domestique. La régularisation inconditionnelle est une revendication d'émancipation des femmes.</p>
<h2 class="spip">Ni submersion ni déni : une forte persistance religieuse, sur le désert politique creusé par la social-démocratie et le stalinisme</h2>
<p>Sur l'Angleterre, le recensement de 2021 tranche. Les musulmans y passent de 4,9 % (2,7 millions) en 2011 à 6,5 % (3,9 millions) ; mais les « sans religion » bondissent de 12 points, à 37,2 % (22,2 millions), et les chrétiens chutent de 13,1 points, à 46,2 % — pour la première fois minoritaires. Au pays de Galles, les sans-religion atteignent 46,5 %. Ce que ces chiffres réfutent, c'est le mythe de la submersion civilisationnelle — le grand remplacement religieux : le mouvement dominant, statistiquement, est l'effondrement du religieux en général. Mais ils ne réfutent pas, et nous ne nierons pas, l'autre réalité, qui se joue à une autre échelle : celle d'une fraction du prolétariat.</p>
<p>En France, même verdict. Enquête Trajectoires et Origines 2 (Ined-Insee, 2019-2020) : 51 % des 18-59 ans ne déclarent aucune religion, 29 % se disent catholiques, 10 % musulmans. La désaffiliation touche 26 % des descendants de deux parents immigrés. Chez les 18-49 ans, les sans-religion sont passés de 45 % à 53 % en dix ans. La religion comme dimension constitutive de l'identité est citée par 30 % des musulmans — en recul sur onze ans — contre 6 % des catholiques.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb17" class="spip_note" rel="appendix" title="Religion. Recensement 2021 d'Angleterre et du pays de Galles : Office for (…)" id="nh17">17</a>]</span></p>
<p>Car ce qui est réel, et qu'il serait à la fois faux et politiquement suicidaire de nier, c'est un fait religieux qui, au sein d'une partie du prolétariat d'origine musulmane, persiste massivement et se renforce dans sa visibilité et son encadrement. Disons précisément ce que les chiffres établissent : 91 % des personnes élevées dans une famille musulmane conservent l'affiliation de leurs parents, contre 67 % chez les catholiques — soit une désaffiliation près de quatre fois plus faible, 9 % contre 33 %, qui suffit à démentir la dissolution annoncée ; dans de nombreux quartiers populaires, mosquées, associations et réseaux d'entraide constituent des structures sociales de premier plan — et une partie de cet encadrement, dont le financement étranger est documenté de longue date par les travaux parlementaires, offre à une fraction de la jeunesse le seul cadre organisé qui s'adresse à elle, avec une tolérance matérielle de l'État qui contraste avec sa fureur réglementaire contre le foulard d'une caissière. Les séries longues manquent pour chiffrer l'évolution d'ensemble — et la moyenne, elle, va à la sécularisation ; mais transmission massive et densification de l'encadrement suffisent à interdire le déni. Le contraste des attitudes de l'État n'est pas une incohérence : l'encadrement religieux des fractions populaires remplit pour l'ordre social — c'est notre thèse, et nous l'assumons — une fonction objective : désorganiser leur conscience de classe. Le contraste durable entre l'acharnement réglementaire sur un foulard et l'accommodement avec des réseaux structurés produit objectivement cet effet : il laisse subsister ce qui encadre des fractions populaires hors du terrain de classe — nul besoin d'un plan ni d'un cerveau central pour le constater. Nier cette réalité, comme le fait le dispositif « anti-islamophobie » qui glisse de la défense légitime des musulmans comme personnes à la défense illégitime de l'islam comme religion, c'est abandonner le terrain deux fois — à l'imam et à l'extrême droite.</p>
<p>L'explication que nous défendons est matérialiste, et c'est le cœur de l'affaire — un mécanisme, que l'histoire permet d'éprouver : <strong>la religion avance là où le mouvement ouvrier recule.</strong> Dans les quartiers d'où ont disparu l'usine, la section syndicale, la municipalité ouvrière, l'amicale, le dispensaire, ce qui reste debout pour organiser un enterrement, un dépannage, une solidarité, c'est la mosquée — comme l'Église en Irlande et en Pologne au XIXe siècle, comme l'Église noire aux États-Unis a occupé la place qu'aucun parti ouvrier n'y a jamais tenue. La religion n'est pas la cause du désert : elle est l'occupation d'un désert. On ne supprime pas l'illusion par décret, on supprime les conditions qui l'exigent. Les dissolutions et les circulaires préfectorales nourrissent ce qu'elles prétendent combattre, en offrant le statut de persécuté. Ce qui le fait reculer, c'est une section syndicale, un comité, un parti qui organise sur le terrain de classe des gens qui se trouvent être musulmans, catholiques ou rien.</p>
<p>Et l'histoire est déjà passée par là. En janvier-février 1983, face aux grèves de Renault-Flins, de Citroën-Aulnay et de Talbot-Poissy, c'est un gouvernement de gauche qui a inventé la grève islamique. Gaston Defferre, ministre de l'Intérieur, évoque le 26 janvier sur Europe 1 le rôle d'« intégristes, de chiites » dans les grèves. Le 28, Pierre Mauroy déclare à <i>Nord-Éclair</i> que les principales difficultés sont posées par des travailleurs immigrés « agités par des groupes religieux et politiques » se déterminant selon des critères étrangers aux réalités sociales françaises. Jean Auroux, ministre du Travail, enfonce le clou le 10 février : il y a à l'évidence, dit-il, une donnée religieuse et intégriste dans ces conflits, et si des influences extérieures ont pesé sur les grévistes, le gouvernement prendra ses responsabilités au nom de l'intérêt national.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb18" class="spip_note" rel="appendix" title="1956-1983. Positions du PCF de 1956 : lettre de Maurice Thorez à Jacques (…)" id="nh18">18</a>]</span> Il s'agissait de licencier des ouvriers spécialisés. Le thème de l'islamisation est né dans la bouche des socialistes pour casser une grève ; ceux qui en vivent aujourd'hui n'ont fait que ramasser l'outil. Et il faut aller au bout de la dialectique — c'est notre hypothèse, disons-le : le mensonge de 1983 a contribué à fabriquer les conditions de sa propre apparence de vérité. En brisant ces grèves et les organisations de classe qui les portaient, on a contribué à vider le quartier de ses encadrements propres — et dans ce vide, d'autres se sont installés. Que la religiosité d'aujourd'hui soit pour partie l'enfant de cette défaite est une hypothèse : elle est à éprouver par l'histoire sociale des quartiers et des organisations — et si elle se vérifie, elle désigne du même coup une voie de recul de l'emprise religieuse. C'est pour cela qu'elle mérite d'être instruite plutôt qu'écartée.</p>
<h2 class="spip">Qui a fait le désert : la social-démocratie et le stalinisme</h2>
<p>Nous venons de dire que la religion occupe un désert. Reste à dire qui l'a creusé, car un désert n'est pas un phénomène naturel. La désindustrialisation, le chômage de masse, l'urbanisme ont défait les concentrations ouvrières — mais un désert social ne devient un désert politique que si ceux qui tenaient le terrain le rendent. Deux appareils ont joué un rôle décisif dans cette reddition : la social-démocratie et le stalinisme, qui ont abandonné jusqu'à la référence rhétorique au socialisme, et détruit — sous une forme déjà déformée, mais qu'ils étaient encore contraints de défendre — le terrain même de l'organisation de classe. Et la même explication vaut pour la question des femmes, qui se pose aujourd'hui dans les mêmes termes détraqués et pour la même raison.</p>
<p><strong>Ce qui avait été élaboré</strong></p>
<p>Sur ces deux terrains, tout avait été construit — et par le mouvement ouvrier lui-même.</p>
<p>Sur l'immigration, Marx écrivait en 1870 que l'antagonisme artificiellement entretenu entre ouvriers anglais et ouvriers irlandais était le secret de l'impuissance de la classe ouvrière anglaise, et le secret du maintien au pouvoir de la classe possédante. Le deuxième congrès de l'Internationale communiste, en 1920, exigeait des partis des pays dont la bourgeoisie possède des colonies qu'ils soutiennent l'émancipation des colonisés non en paroles mais en actes, et qu'ils exigent l'expulsion de leurs propres impérialistes de ces territoires. Le quatrième congrès, en 1922, prenait pour la première fois la question noire comme question de classe entière — oppression spécifique, organisation commune, sans jamais substituer la communauté à la classe.</p>
<p>Sur les femmes, la démonstration est plus nette encore, parce qu'elle est matérielle. Après octobre 1917 : mariage civil, divorce à la demande d'un seul conjoint, code de la famille d'octobre 1918, suppression de l'autorité du chef de famille, dépénalisation de l'homosexualité et de l'adultère, pauses d'allaitement, interdiction du travail de nuit pour les femmes enceintes, et en 1920 la légalisation de l'avortement — nulle part ailleurs au monde. Le Jenotdel, créé en 1919 par Inessa Armand puis dirigé par Alexandra Kollontaï, faisait élire par les ouvrières et les paysannes des déléguées pour trois à six mois, qui apprenaient à gérer crèches, jardins d'enfants et cantines, et menaient campagne contre l'alcoolisme et les violences domestiques — une école de gouvernement par les gouvernées, à l'échelle d'un continent.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb19" class="spip_note" rel="appendix" title="Russie soviétique. Code sur le mariage, la famille et la garde des enfants, (…)" id="nh19">19</a>]</span></p>
<p>Notez la méthode, car c'est tout le litige. On ne proclamait pas l'égalité : on socialisait le travail domestique et on faisait diriger les institutions par celles qui en dépendaient. L'émancipation des femmes était traitée comme une question de cuisines collectives, de blanchisseries, de crèches et de droit sur son propre corps — c'est-à-dire de propriété et de pouvoir, pas d'identité. Et le Jenotdel fut dissous en 1930, par le même appareil qui liquidait le reste.</p>
<p><strong>Comment ils l'ont démoli — par des actes, pas par des idées</strong></p>
<p>En France, la démolition tient en une poignée de dates, et aucune n'est une querelle théorique.</p>
<p>Mars 1956 : les pouvoirs spéciaux en Algérie sont votés par un gouvernement SFIO <strong>et</strong> par le Parti communiste. La guerre coloniale menée par la gauche ouvrière officielle.</p>
<p>La même année, sur les femmes : au printemps 1956, quand les premières propositions de loi autorisant la contraception sont déposées, le PCF s'y oppose frontalement. Maurice Thorez, dans une lettre publiée par <i>L'Humanité</i> le 3 mai, fustige le néo-malthusianisme et accuse les partisans du contrôle des naissances de détourner les travailleurs de la bataille pour le pain et le socialisme. Le 4 mai, devant le groupe parlementaire, Jeannette Vermeersch présente le contrôle des naissances comme une couverture des crimes du capitalisme, une justification du colonialisme et un danger pour la nation, et lance : « Depuis quand les femmes travailleuses réclameraient le droit d'accéder aux vices de la bourgeoisie ? » Le parti qui se réclamait d'Octobre combattait ce qu'Octobre avait légalisé trente-six ans plus tôt. Voilà la déformation, et il ne s'agit pas d'en faire l'éloge.</p>
<p>Décembre 1980 : trois cent vingt travailleurs maliens sont transférés vers le foyer Manouchian de Vitry-sur-Seine. Le 24 décembre au matin, le maire communiste Paul Mercieca et plusieurs dizaines d'habitants pénètrent dans le foyer ; l'eau, le gaz, le chauffage et le téléphone sont mis hors d'usage, un bulldozer détruit le perron. Cent cinquante articles de presse en trois semaines. Georges Marchais soutient. Quelques semaines plus tard, à Montigny-lès-Cormeilles, le maire Robert Hue met en cause une famille d'origine marocaine dans une campagne sur la drogue.</p>
<p>Janvier-février 1983 : Gaston Defferre, Pierre Mauroy et Jean Auroux inventent la grève islamique pour casser Talbot et Citroën.</p>
<p>Et l'année 1983 fournit le pivot exact. Le 15 octobre, dix-sept personnes partent de Marseille pour la Marche pour l'égalité et contre le racisme, née des Minguettes après que Toumi Djaïdja, président de SOS Avenir Minguettes, eut été blessé par balle par un policier le 20 juin. Ils réclament la carte de dix ans et le droit de vote. Ils arrivent à Paris le 3 décembre devant cent mille personnes. Ils obtiennent la carte de dix ans en 1984 ; le droit de vote ne viendra jamais. Puis, l'année suivante, une association créée en 1984 dans l'orbite du Parti socialiste s'installe comme représentante attitrée de la cause — et les marcheurs eux-mêmes diront qu'elle a récupéré leur combat en le vidant de ses revendications politiques.</p>
<p>Une seule année, deux opérations — nul besoin qu'elles aient été concertées pour constater qu'elles convergent. Au printemps, on brise l'ouvrier immigré <strong>comme gréviste</strong>, en le disant fanatique. À l'automne, on le reconnaît <strong>comme victime</strong>, à condition qu'il se laisse représenter. Le sujet politique change de nature : il cesse d'être un producteur en lutte pour devenir un opprimé à défendre. La substitution de la communauté à la classe ne s'est pas faite dans un séminaire universitaire : elle s'est faite dans une usine et sur une route, par des ministres et par des appareils, et sur la même année.</p>
<p><strong>Le même mécanisme, côté syndical</strong></p>
<p>Le parallèle est exact. La CGT d'avant 1914 — celle de la Charte d'Amiens, de Pierre Monatte et d'Alfred Rosmer, celle qui votait au congrès de Marseille en 1908 des résolutions antimilitaristes — pratiquait l'action directe et se voulait indépendante de l'État et des partis. Les directions confédérales d'aujourd'hui ont substitué à cette indépendance une pratique de négociation institutionnelle qui les conduit régulièrement à accompagner les restructurations plutôt qu'à en organiser l'affrontement d'ensemble — et elles n'ont ouvert aucune campagne nationale de classe contre l'économie de guerre, quand leurs propres militants manifestaient contre les milliards des munitions. Même trajectoire au sommet, même résultat.</p>
<p><strong>Ce qui pousse dans le vide</strong></p>
<p>Car le vide, lui, se remplit toujours.</p>
<p>Quand disparaissent l'usine, la section syndicale, la municipalité ouvrière, l'amicale, la coopérative, le dispensaire et le patronage laïque, il reste dans le quartier ce qui organise encore un enterrement, un dépannage, un soutien scolaire : la mosquée. Ce n'est pas un choix théologique, c'est une occupation de terrain. Et il reste, pour les femmes, deux offres également stériles : un féminisme d'État qui répond par le code pénal à ce qui relève du logement, du salaire et de la place en crèche ; et un ordre communautaire qui les renvoie à la famille. Aucune des deux ne socialise quoi que ce soit. Aucune ne construit une blanchisserie ni une cantine.</p>
<p>Voilà pourquoi, selon ce mécanisme, l'oppression des femmes et l'emprise religieuse avancent du même pas, et pour la même cause. Là où le travail domestique reste privé, la famille reste l'institution qui l'accomplit ; là où la famille est l'institution centrale, la religion en est le garant, et l'appareil qui prétend défendre les femmes n'a plus à leur offrir que des peines de prison. La question des femmes, la question religieuse et la question de l'immigration ne sont pas trois problèmes : ce sont trois symptômes d'une même absence.</p>
<p>Et c'est la conclusion pratique : ces appareils n'ont pas seulement échoué à défendre une politique de classe. Ils l'ont détruite, à des dates précises, contre des grévistes précis, avec des bulldozers précis. Ceux qui, aujourd'hui, expliquent la montée de la réaction par l'inculture des ouvriers accusent les victimes d'un travail qu'ils ont eux-mêmes accompli. Reconstruire ne consiste donc pas à leur demander de mieux faire. Cela consiste à refaire, à l'atelier et dans le quartier, ce qu'ils ont défait : des organes de classe qui prennent en charge le logement, la crèche, le salaire et la sécurité des femmes — parce que c'est la seule chose qui ait jamais fait reculer à la fois le curé, l'imam, le patron et le recruteur d'extrême droite.</p>
<h2 class="spip">III. De la proclamation à une politique ouvrière</h2><h2 class="spip">Ici : les miettes retirées, la caserne ouverte</h2>
<p>Pourquoi les travailleurs français ne prennent-ils pas la mer ? Parce qu'ils vivent dans un pays impérialiste qui redistribue encore une fraction du surprofit. Ce n'est pas un privilège moral, c'est un rapport matériel : ils vivent au centre d'une économie impérialiste où productivité, revenus, protection sociale et capacité de redistribution restent sans commune mesure avec ce qui est imposé à la périphérie — et ce sont les mêmes groupes qui organisent cette hiérarchie des salaires, de Poissy à Melloussa. Mais deux mouvements sont en cours, et c'est leur simultanéité qui démontre.</p>
<p><strong>On retire les miettes.</strong> Depuis le 1er janvier 2025, avec déploiement complet en 2026, le RSA est conditionné à quinze heures d'activité hebdomadaires (loi pour le plein emploi du 18 décembre 2023). Toute demande vaut inscription automatique à France Travail, celle du conjoint comprise. Le non-respect entraîne la suspension du versement, puis, en cas de refus persistant, la radiation.</p>
<p><strong>On finance la guerre.</strong> Le budget de la défense progresse de 6,78 milliards en 2026, portant les crédits à 66,7 milliards, après le sommet de l'OTAN de La Haye qui a fixé un objectif de 3,5 % du PIB à l'horizon 2035 (Sénat, rapport sur le PLF 2026). L'actualisation de la loi de programmation militaire, présentée le 8 avril et examinée à l'Assemblée le 4 mai 2026, ajoute 36 milliards sur 2026-2030 et porte l'effort à 436 milliards : 8,5 milliards pour remonter les stocks de munitions, 1,6 milliard contre les drones, un missile sol-sol balistique conventionnel d'une portée de classe 2 500 kilomètres à développer. La ministre des Armées, Catherine Vautrin, ouvre le débat par cette phrase : « En économie de guerre, la première arme, c'est incontestablement l'usine. »</p>
<p><strong>Et l'on soude les deux dossiers par un mot.</strong> Le même texte introduit un régime d'exception, l'état d'alerte de sécurité nationale, justifié par une « atténuation de la distinction entre temps de paix et temps de guerre » et par des méthodes « hybrides » employées par un acteur étranger — combinaison ambiguë de modes d'action militaires et non militaires, légaux ou illégaux, difficilement attribuables. Le 4 mai, des militants de la CGT et de FO manifestaient devant l'Assemblée contre « des milliards pour la guerre, l'austérité pour les services publics ». Trois mois plus tard, vingt-deux dirigeants européens rangent les traversées de Ceuta dans la catégorie des « menaces hybrides ». Le vocabulaire n'a pas été emprunté par hasard : il fait passer des dizaines de milliers de prolétaires qui nagent du registre de la police à celui de la défense. Une fois qualifié de menace hybride, un fait social bascule dans le cadrage de la sécurité nationale — et la voie est politiquement ouverte aux instruments militaires, au renseignement et au régime d'exception. C'est ainsi qu'on militarise une question sociale : d'abord on la nomme.</p>
<p><strong>On ouvre le débouché.</strong> Un service national volontaire de dix mois, rémunéré, est proposé aux jeunes de 18 à 25 ans, avec ou sans diplôme, à partir de septembre 2026 — 3 000 la première année, financés par une rallonge de plus de 2 milliards à la programmation militaire. La Revue nationale stratégique de juillet 2025, préfacée par le chef de l'État, fixe l'objectif d'« acculturer près de dix millions de jeunes de 13 à 25 ans » aux enjeux de défense et de sécurité nationale — jusqu'aux « manœuvres hybrides », le mot encore —, par la formation et la mobilisation des relais vers la jeunesse : personnels de l'éducation nationale, milieux sportifs et associatifs. Le ministère de l'Éducation nationale a suivi en novembre 2025 avec un guide intitulé précisément « Acculturer les jeunes à la défense », qui préconise d'utiliser les stages d'observation de troisième et de seconde pour développer les contacts entre élèves et militaires. Et le calendrier du service national volontaire est articulé à celui de Parcoursup, avec 800 euros par mois et des crédits universitaires à la clé. Pour le bachelier resté sans affectation à l'issue de la phase d'admission — ils étaient 103 000 en juillet 2025 —, l'armée se présente ainsi, objectivement, comme le débouché immédiatement disponible.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb20" class="spip_note" rel="appendix" title="Militarisation française. Crédits 2026 et objectif de La Haye : Sénat, (…)" id="nh20">20</a>]</span></p>
<p>Le dispositif a été nommé il y a plus d'un siècle. Karl Liebknecht, en 1907, montrait que le militarisme intérieur ne se contente pas d'encadrer les soldats sous l'uniforme : il capte la jeunesse en amont, par l'école, les sociétés de tir et de gymnastique, les organisations patriotiques — et il concluait son livre sur cette formule, qui lui valut quatre ans de forteresse pour haute trahison : qui a la jeunesse a l'armée. Le protocole armées-école, le service national et les « relais éducatifs, sportifs et associatifs » de la Revue stratégique en sont la version française de 2026.</p>
<p>Lisez les trois ensemble. Le même État conditionne le revenu minimum à quinze heures d'activité et offre au jeune sans diplôme un contrat de dix mois payé en uniforme. Pour le gamin de Denain ou de Forbach refusé par Parcoursup, l'armée devient l'employeur de dernier recours. Ce ne sont pas les deux pièces d'un plan unique : ce sont les réponses de deux États différents à un même problème — une population que le capital n'emploie plus, ou pas encore — et c'est leur convergence, non une concertation, qui instruit. Au sud, la mer. Au nord, la caserne. Même crise d'intégration d'une jeunesse au travail stable ; deux États, deux réponses — ici un débouché institutionnel organisé, là une impasse qui jette à l'eau — et une seule machine à arrêter.</p>
<h2 class="spip">Le feu et la frontière : un seul appareil, et il porte l'uniforme</h2>
<p>Retenez la coïncidence de calendrier, elle est plus instructive que tous les discours.</p>
<p>En Espagne, la lutte contre les feux repose sur l'Unité militaire d'urgence, force de 3 500 soldats créée en 2005 après la mort de onze pompiers. Fin juillet 2026, face aux incendies de Castille-La Manche, d'Ávila et de Zamora, le pilotage stratégique passe au ministère de l'Intérieur, la conduite opérationnelle à l'UME, près de 1 000 militaires sont mobilisés, l'urgence nationale est déclarée et Madrid réclame quatre avions au mécanisme européen de protection civile ; la Grèce envoie deux Canadair. Quelques jours plus tard, la même armée est déployée sur les plages de Ceuta.</p>
<p>Un seul appareil armé, deux emplois — et des arbitrages rendus dans une chaîne sur laquelle les populations n'ont aucune prise. La succession des deux déploiements ne démontre pas à elle seule qu'une unité ou des moyens auraient été retirés aux incendies pour être envoyés à Ceuta ; nous ne l'écrirons pas, faute de l'établir. Elle démontre autre chose, de plus structurel : les capacités de protection civile de ce pays sont intégrées à la chaîne de commandement des armées : la protection des populations y existe — c'est même la raison d'être affichée de l'UME —, mais comme mission confiée à un appareil militaire, dans sa hiérarchie et sous son uniforme. Qui arbitre entre le feu et la frontière, selon quels critères, à quel moment : la population n'en sait rien et n'y pèse rien — et c'est exactement cela, le problème. Les pompiers, les forestiers et les habitants qui, à Zamora, arrosaient leurs maisons avec des seaux et l'eau des piscines en attendant les secours ont là leur réponse. Et la conclusion n'est pas morale, elle est organisationnelle — contrôle des travailleurs des secours et des populations sur les moyens de la protection civile, contre sa militarisation.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb21" class="spip_note" rel="appendix" title="Incendies et UME. Unité militaire d'urgence (3 500 militaires, créée en (…)" id="nh21">21</a>]</span></p>
<h2 class="spip">Révolution Permanente : rendre les enclaves au Makhzen, et appeler la gauche à se mobiliser</h2>
<p>Nous retenons ici trois textes publiés sur son site entre le 31 juillet et le 2 août — d'autres ont suivi. Ils ne se valent pas du tout, et il faut le dire, parce que la critique ne vaut que si elle porte.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb22" class="spip_note" rel="appendix" title="Textes de Révolution Permanente discutés. Anasse Kazib, billet du 31 juillet (…)" id="nh22">22</a>]</span></p>
<p>Le billet d'Anasse Kazib cite longuement Marine Le Pen, Bruno Retailleau, Giorgia Meloni et Laurent Nuñez, et omet la seule phrase qui commandait tout : celle du chef du gouvernement espagnol qualifiant la noyade de jeunes Marocains d'attaque contre l'intégrité territoriale. L'extrême droite parle, le candidat répond : c'est la structure d'un meeting. La frontière y devient « l'un des plus puissants symboles » sur lesquels prospère l'extrême droite, qu'on briserait par une rupture « politique et idéologique » — l'inverse exact d'une analyse matérialiste, puisque la frontière est un appareil qui stratifie la force de travail. Le Makhzen y est euphémisé en « autorités marocaines », l'alliance et la sous-traitance frontalière en « jeu politique entre le Maroc et l'Espagne ». Les dizaines de milliers y figurent comme « frères et sœurs », « cousins », « oncles » : objets de compassion, non sujets d'une classe en mouvement. Et la démarcation d'avec Jean-Luc Mélenchon, tracée sur l'axe d'une revendication plus radicale et jamais sur la nature de classe de l'État, est immédiatement réancrée : « je défendrai... durant la campagne présidentielle de 2027 ». L'unité de mesure de la différence est le programme électoral.</p>
<p>L'article de Santiago Lupe, repris de la publication de leur section espagnole, est d'un tout autre calibre, et il faut le reconnaître pour pouvoir en faire la critique. Il nomme le gouvernement PSOE-Sumar, la fonction des enclaves dans le dispositif frontalier européen, le pacte européen sur la migration et l'asile, l'externalisation payée aux régimes d'Afrique du Nord, le massacre de la barrière de Melilla, les abandons dans le désert. Il nomme des groupes : Repsol, TotalEnergies, BASF. Il exige la régularisation totale, la fin de la loi sur les étrangers, la fermeture des centres de rétention. Sur ce terrain-là, il n'y a rien à lui reprocher que d'arriver après la police.</p>
<p>C'est ailleurs que le texte se défait, et c'est là qu'il faut frapper.</p>
<p><strong>Premièrement, il réclame la restitution de Ceuta et Melilla au Maroc.</strong> C'est-à-dire à l'État dont il vient d'écrire, deux paragraphes plus haut, qu'il est le gendarme de la frontière sud de l'Europe et que sa gendarmerie a perpétré le massacre de Melilla. On décolonise en transférant un territoire d'un État bourgeois à un autre, et l'on remet les clés au geôlier. Le silence qui accompagne cette revendication achève la démonstration : pas une ligne sur le Sahara occidental. On exige la décolonisation de deux enclaves au bénéfice d'un régime qui en occupe une troisième, annexion entérinée par les mêmes impérialismes — Washington en 2020, Madrid en 2022, Paris en 2024, Londres en 2025, résolution 2797 du Conseil de sécurité le 31 octobre 2025. Ce n'est pas de l'internationalisme prolétarien, c'est du nationalisme anticolonial pris au mot.</p>
<p>Précisons ici notre propre position, car la question est de doctrine et elle ne souffre pas l'à-peu-près. L'exigence d'évacuation adressée à l'impérialisme espagnol est <strong>inconditionnelle</strong>. Elle ne se marchande pas contre des garanties sur ce qui suivra : c'est le principe que Lénine a fixé en 1916 — le parti de la nation qui opprime exige la liberté de séparation de la colonie, sans subordonner cette exigence au caractère du régime qui en sortira. Le droit au divorce ne se conditionne pas à la qualité du prochain mariage ; et les bolcheviks ont reconnu l'indépendance de la Finlande en décembre 1917 alors qu'un gouvernement bourgeois y siégeait, parce que la reconnaissance conditionnelle n'est pas une reconnaissance. Quiconque fait dépendre le départ du colonisateur d'une clause — fût-elle dirigée contre le Makhzen — fournit à l'occupant son argument éternel : <i>on ne peut pas partir, voyez ce qui suivrait.</i> L'histoire espagnole a déjà payé cette leçon : en 1936, la République refusa de proclamer l'indépendance du Maroc — qui aurait désintégré la base même de Franco, dont l'armée d'Afrique partait de ces enclaves. La gauche coloniale d'alors a des héritiers, et leur silence sur le statut de Ceuta et Melilla en est la signature.</p>
<p>Mais l'inconditionnalité du départ ne préjuge pas de la destination, et c'est là que le CRT se trompe symétriquement : il <strong>prescrit</strong> le rattachement au Maroc, comme d'autres voudraient l'<strong>interdire</strong>. Les deux prescriptions commettent la même faute — décider à la place du peuple concerné. Une fois l'appareil colonial dehors, le statut des enclaves appartient à leurs habitants : autodétermination pleine, y compris le droit de choisir le rattachement au Maroc s'ils le veulent. Ce que nous combattons n'est pas cette option, c'est le <strong>marchandage d'État à État par-dessus leurs têtes</strong> — Madrid livrant les clés à Rabat comme on solde un contentieux, sans que quiconque ait été consulté. Et une consultation n'est libre ni sous la Légion ni sous la Gendarmerie royale : sa condition matérielle est le retrait des deux appareils armés, que seule la mobilisation des travailleurs des deux rives peut imposer. C'est dans ce cadre, et à ce peuple, que nous nous adressons — en appel, pas en assignation — avec notre drapeau ouvert : ni Madrid, ni Rabat ; l'union des travailleurs des deux rives, et nous dirons pourquoi le rattachement au trône reviendrait à se verser au portefeuille d'Al Mada. Convaincre est notre affaire ; décider est la leur. Et tout cela est indissociable de l'autodétermination du peuple sahraoui, que le CRT a raison de nommer.</p>
<p><strong>Deuxièmement, son impérialisme a un cycle de retard.</strong> Le pillage y est extractif : pétrole en Libye, en Algérie, en Ouganda, au Nigeria, cobalt du Congo. Or la poussée du 30 juillet part de Fnideq, et le Maroc n'est pas pour l'Europe une économie d'extraction : c'est une plate-forme de sous-traitance industrielle. Renault à Melloussa, Stellantis à Kénitra, 250 équipementiers, 220 000 emplois, l'automobile premier poste d'exportation devant les phosphates, un SMIG à 3 500 dirhams. Pas une usine automobile n'est nommée dans tout l'article. La conséquence est stratégique, pas cosmétique : si le rapport est un pillage, la réponse est la restitution et la compensation — c'est exactement ce qu'ils demandent, « retrait des multinationales, restitution des actifs, compensation ». Si le rapport est l'exploitation d'un prolétariat concentré par les groupes mêmes qui ferment Poissy, la réponse est l'organisation commune et la grève des deux côtés du détroit. Ils ont choisi la première. D'où le fait que, dans ce texte, la classe ouvrière marocaine n'apparaît jamais comme acteur : il n'y a que des « peuples opprimés » et des victimes du pillage. Un anti-impérialisme de comptabilité morale, pas de stratégie de classe.</p>
<p><strong>Troisièmement, le programme est exécuté par l'État qu'ils viennent de décrire comme le bourreau.</strong> Imposer les grandes fortunes et les bénéfices « afin de garantir des services publics » : c'est un programme fiscal. L'expropriation est réclamée pour les grands propriétaires immobiliers, jamais pour les banques ni pour les groupes industriels européens, à qui l'on demande de se retirer et de payer. Et la « répartition des heures de travail entre toutes et tous » énoncée sans la seule clause qui la rend ouvrière — sans diminution de salaire — c'est le partage du travail, c'est-à-dire la formule patronale, là où la revendication transitoire est l'échelle mobile des heures de travail.</p>
<p><strong>Quatrièmement, à qui s'adresse le texte ?</strong> À « la gauche anticapitaliste et les organisations ouvrières, à commencer par la gauche syndicale », qui « doivent » dénoncer et se mobiliser. C'est un texte de pression sur l'appareil existant. Pas un organe, pas un comité, pas une fraction, pas un mot sur l'auto-organisation des travailleurs de Ceuta ni de la jeunesse de Fnideq — au moment même où celle-ci affronte la police à Beni Ansar et se fait rafler par centaines. Le « rempart antifasciste » qu'ils proposent est un front de courants, pas un front unique ouvrier sur des revendications avec liberté de critique.</p>
<p>Et sur ce point, un fait daté suffit à mesurer ce que vaut l'appel : le 31 juillet, le secrétaire général du Parti communiste espagnol, Enrique Santiago, porte-parole parlementaire d'IU et porte-parole Intérieur et Justice de Sumar, dénonçait la « provocation » marocaine et réclamait le renforcement des forces de sécurité de l'État (Público, 31 juillet 2026). Voilà l'organisation à laquelle on demande de faire barrage. La question n'est pas de l'appeler à se mobiliser : elle est de lui arracher les travailleurs qu'elle encadre.</p>
<p><strong>Cinquièmement, et c'est la clé de tout le reste : le retard n'est pas une erreur d'analyse, c'est une fonction.</strong> Une organisation voit ce que sa pratique l'oblige à voir. Qui fait du journalisme et une campagne présidentielle voit la scène politique, et y voit des politiciens. Qui tient une fraction dans une usine voit du capital, avec un nom, un siège et un carnet de commandes. La preuve est dans leurs propres textes. La section espagnole nomme Repsol, BASF — et TotalEnergies, groupe français. La section française, écrivant à des travailleurs français, à propos d'un pays où le capital français fait tourner deux usines automobiles et deux cent vingt mille emplois, ne nomme pas un seul groupe français. Elle nomme Marine Le Pen, Bruno Retailleau, Laurent Nuñez, Giorgia Meloni, Jean-Luc Mélenchon, Pedro Sánchez. Des hommes politiques, tous. Il aura fallu des camarades de Madrid pour écrire le nom d'une multinationale française.</p>
<p>Le critère n'est pas de savoir si l'on dénonce l'impérialisme en général — ils le font, y compris contre la militarisation et le budget de guerre. Le critère est celui que l'Internationale communiste avait fixé dès 1920, dans la huitième de ses conditions d'admission : les partis des pays dont la bourgeoisie possède des colonies doivent soutenir le mouvement d'émancipation non en paroles mais en actes, exiger l'expulsion de leurs propres impérialistes de ces territoires, et mener une agitation systématique parmi leurs propres troupes. <strong>Non en paroles, mais en actes.</strong> En actes, cela veut dire : une fraction, un bulletin, un refus de charger, une grève, à l'endroit où la marchandise et l'arme sont produites et transportées.</p>
<p>Ici, cela aurait une adresse précise. Les travailleurs de Renault et de Stellantis en France reprenant à leur compte les salaires et les cadences de Melloussa et de Kénitra, parce que c'est le même employeur et que c'est ainsi qu'on cesse d'être mis en concurrence. Les cheminots et les dockers comme point d'application contre l'économie de guerre. Une bataille dans les syndicats contre la loi de programmation militaire — le 4 mai 2026, jour de l'ouverture des débats, des militants de la CGT et de FO manifestaient devant l'Assemblée contre « des milliards pour la guerre, l'austérité pour les services publics », et toute la question est de savoir si l'on se contente de les saluer ou si l'on combat le cadre que leurs directions acceptent.</p>
<p>On n'a pas un cycle de retard par hasard. On a un cycle de retard sur la forme actuelle de l'impérialisme quand on ne le combat pas à son point de production. La dénonciation porte alors toujours sur ailleurs — la Libye, l'Ouganda, le Congo, la barrière de Melilla — et sur d'autres — Pedro Sánchez, Giorgia Meloni, Marine Le Pen. Jamais sur l'atelier d'à côté.</p>
<p>Nous l'avons établi ailleurs, sur le terrain de la guerre : socialiste en paroles, social-chauvin en actes. Le porte-parole de cette organisation est militant de SUD Rail, dans l'Union syndicale Solidaires — une confédération qui, dans ses propres notes, « appelle, participe et organise le soutien à la résistance du peuple ukrainien », convois syndicaux compris, dans le cadre d'un camp militaire armé par l'OTAN. Il n'y mène aucune bataille de fraction publique contre cette orientation. Le Maroc ne fait que déplacer la démonstration sur le terrain colonial. On ne combat pas l'impérialisme de son propre pays en publiant contre lui : on le combat là où l'on siège.</p>
<p><strong>Le troisième texte, et le meilleur.</strong> Le 2 août, le même site relaie une déclaration du Courant révolutionnaire des travailleurs et de Corriente Roja, datée du 31 juillet. Il faut dire nettement qu'elle est très supérieure aux deux autres, sans quoi la critique ne vaut rien.</p>
<p>Elle nomme l'urgence matérielle — des milliers de personnes dormant sur les plages sans eau, sans soins, sans assistance juridique — et caractérise l'abandon comme méthode : <i>la faim et le froid comme gestion des frontières</i>. Elle exige la réquisition des locaux vides, ce que nous demandons ici. Elle écrit <i>répartition du temps de travail sans réduction salariale</i>, avec la clause exacte qui manquait à l'article de Santiago Lupe. Elle articule le financement à l'économie de guerre : pas un euro pour le réarmement, tout pour le logement et la santé. Elle nomme le Sahara occidental et la trahison de 2022. Elle nomme des groupes espagnols opérant au Maroc — Acciona, Sacyr, FCC, ACS. Elle rappelle Melilla en juin 2022, des dizaines de morts et 470 refoulements à chaud, avec Podemos au conseil des ministres. Elle envisage l'autodéfense des quartiers. Et surtout, elle a fait ce que nous reprochions aux deux autres de n'avoir pas fait : elle a nommé GenZ 212, la révolte de septembre-octobre 2025, la répression, les peines de prison, les rappeurs emprisonnés. Elle a un sujet marocain agissant.</p>
<p>Mieux : elle réfute nommément l'article de son propre porte-parole français. Faire de l'instrumentalisation marocaine l'explication principale, écrit-elle, occulte l'essentiel et conduit à une conclusion réactionnaire — car cela revient à dire que le gardien de la frontière a mal fait son travail et qu'il faut exiger qu'il le refasse. Or Anasse Kazib avait écrit deux jours plus tôt, mot pour mot : <i>tout cela n'est qu'un jeu politique entre le Maroc et l'Espagne</i>. Le candidat à la présidentielle française est démenti par une déclaration cosignée par l'organisation sœur espagnole de son courant et par Corriente Roja - IVe Internationale, publiée sur son propre site à quarante-huit heures d'intervalle. Nous n'avons pas eu à construire la contradiction : ils l'ont publiée.</p>
<p><strong>Et pourtant le point de rupture demeure, et il est aggravé.</strong> Cette déclaration exige la restitution de Ceuta et Melilla au Maroc. Trois paragraphes plus loin, elle qualifie le régime de Mohammed VI de <i>dictature</i> qui emprisonne ceux qui chantent contre la corruption, dont la gendarmerie a tué des jeunes à Lqliâa et dont les tribunaux prononcent vingt ans de prison. On demande donc à un État impérialiste de livrer deux villes à une dictature, au nom de la décolonisation, dans le même texte où l'on salue la jeunesse qui affrontait cette dictature dans la rue. Ce n'est pas une maladresse de rédaction : c'est ce à quoi mène un anti-impérialisme qui raisonne en termes de territoires à restituer à des États plutôt qu'en termes de pouvoir à conquérir par une classe. Les jeunes de Fnideq et d'Agadir n'ont rien à gagner à ce que le Makhzen administre deux ports de plus.</p>
<p>Le même défaut commande le reste du programme. <i>Multinationales espagnoles et européennes, hors du Maroc</i>, restitution des actifs, compensation. Prise isolément, la revendication abandonne le sort des 220 000 travailleurs de la filière aux modalités du retrait capitaliste : elle ne dit pas qui prend les usines, qui contrôle les actifs, qui maintient la production, ni selon quel plan. Pas un mot de Renault Melloussa ni de Stellantis Kénitra, ni de l'organisation commune des ouvriers employés par les mêmes groupes des deux rives. Elle demande au capital de partir là où il faudrait que les travailleurs l'exproprient. C'est la différence entre l'expropriation et l'expulsion, et elle est stratégique.</p>
<p>Reste enfin ce qu'aucun des trois textes n'a vu : ni la suppression administrative de l'économie de Fnideq en 2019, ni la procédure extraordinaire close le 30 juin. Trois textes en trois jours, et pas une ligne sur les 1 174 978 demandes que le gouvernement dénoncé venait d'enregistrer, ni sur la condition de date qui excluait par avance ceux qui allaient se noyer. On réclame <i>la régularisation totale, permanente et assortie de tous les droits</i> sans intégrer à l'analyse que l'adversaire vient d'en administrer une version, calibrée sur les besoins du patronat. La revendication est juste ; formulée sans le fait, elle est aveugle.</p>
<p><strong>Ce que les trois textes ont en commun</strong>, et c'est le fond. D'abord, aucun n'explique pourquoi des dizaines de milliers de personnes, ces jours-là, de cette ville-là.</p>
<p>On proclame l'ouverture des frontières et l'on n'organise rien de ce qui pourrait les ouvrir. La revendication est juste ; privée de la force capable de l'imposer, elle reste un décor — et l'État bourgeois, quand il en a besoin, peut la signer lui-même.</p>
<h2 class="spip">Lutte ouvrière, le NPA-R, le WSWS : ce qu'ils disent, ce qu'ils taisent</h2>
<p>Deux autres courants se réclamant du trotskysme ont écrit. La règle ne change pas : créditer d'abord ce qui est juste, frapper ensuite où ça se dérobe.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb23" class="spip_note" rel="appendix" title="Lutte ouvrière. Éditorial de Nathalie Arthaud, « La menace ne vient pas des (…)" id="nh23">23</a>]</span></p>
<p><strong>Lutte ouvrière</strong> a publié une brève le 31 juillet et un éditorial de Nathalie Arthaud le 3 août, « La menace ne vient pas des immigrés de Ceuta, mais de nos propres dirigeants ! ». Sur le terrain démocratique élémentaire, c'est le meilleur texte français de la séquence. Il compte une centaine de morts sans marchander. Il note ce que personne d'autre n'a écrit : les migrants laissés dehors sans hygiène ni argent, « en butte aux violences des militaires et de certains habitants » — le germe de pogrom, nommé. Il démonte le mensonge de l'invasion par le statut dérogatoire de l'enclave, que tous les dirigeants connaissaient. Il chiffre l'adversaire : profits du CAC 40 en hausse de 44 % au premier semestre 2026, 74,93 milliards, 153 familles milliardaires. Et la brève tient une symétrie que personne n'avait vue : Madrid, qui trouve aberrant que Gibraltar soit britannique parce que situé sur la péninsule, proclame que Ceuta doit rester espagnole bien que située en Afrique — et l'appui promis par Emmanuel Macron y est qualifié de solidarité de puissances coloniales.</p>
<p>Puis on cherche le reste, et le reste n'y est pas. Pourquoi ces dizaines de milliers, ces jours-là, de cette ville-là : rien — la pauvreté et le chômage, en général, comme un climat. Fnideq n'existe pas. Le Makhzen n'existe pas : pas d'État marocain dans l'éditorial, pas de fonds européens, pas de Sahara occidental, pas de GenZ 212 — la jeunesse marocaine y fuit, elle n'a jamais combattu. La régularisation espagnole n'existe pas davantage. Et la question territoriale est expédiée dans la brève en trois mots qui valent un programme : l'enclave, « et en vérité marocain[e] ». Là où le CRT rend les villes au Makhzen par revendication assumée, Lutte ouvrière les lui donne par géographie — enclavées dans le Maroc, donc marocaines. Mais la géographie n'est pas un critère de classe, et le même raisonnement livrerait le Sahara occidental à Rabat. Enfin la stratégie tient dans un adverbe : faire reculer le patronat « dépend exclusivement des luttes que le monde du travail est capable de mener ». Exclusivement — donc ni organes, ni réquisition, ni logement, ni revendication transitoire d'aucune sorte ; la lutte revendicative en bas, le renversement du capitalisme à l'horizon, et rien entre les deux. La liberté de circulation y est proclamée comme un droit élémentaire, sans une ligne sur la force qui l'imposerait : la même proclamation que chez Anasse Kazib, signée par une autre candidate.</p>
<p><strong>Le NPA-R</strong>, lui, a fait paraître le 1er août, depuis Ségovie, une déclaration commune avec Izar (État espagnol), l'OKDE-Spartakos (Grèce), la RSO (Allemagne-Autriche) et Speak Out Now (États-Unis).<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb24" class="spip_note" rel="appendix" title="NPA-R et déclaration internationale. « Ceuta : à bas la campagne raciste (…)" id="nh24">24</a>]</span> Créditons d'abord : c'est le seul texte français cosigné internationalement, et il fait plusieurs choses que Révolution Permanente n'a pas faites. Il nomme des groupes — Stellantis, Sanofi, Volkswagen, Airbus, Amazon. Il soude la frontière à la guerre : ceux qui préparent nos enfants à la caserne ne sont pas les migrants mais les états-majors. Il exige la réquisition des logements vacants, « qui se comptent par dizaines de millions en Europe ». Il condamne précisément le gouvernement PSOE-Sumar : l'armée, l'annonce d'une réforme plus restrictive de la loi sur l'immigration, la pression exercée sur la justice pour autoriser les expulsions massives. Et il cloue La France insoumise d'une phrase : face au Rassemblement national, Jean-Luc Mélenchon n'a rien trouvé de mieux que de proposer d'« aider le Maroc à gérer ses frontières » — c'est-à-dire l'externalisation même que pratique l'Union. La démarcation d'avec la gauche institutionnelle que Kazib cherchait dans une surenchère de revendications, le NPA-R l'établit sur un fait.</p>
<p>Trois défauts, dont un qui se retourne contre leur propre archive. D'abord, la déclaration refuse le terrain des « manœuvres » : elle ne veut pas parler de ce que serait tel ou tel calcul de dirigeants « qui de toutes façons s'entendent toujours ». La posture est plus digne que celle du billet Kazib, qui épousait le « jeu politique » ; mais l'abstention d'analyse n'est pas une analyse. Si tous les États s'entendent toujours, alors le dispositif spécifique Rabat-Madrid-Bruxelles — les deux milliards, le Sahara annexé, la résolution 2797 — se dissout dans la généralité, et avec lui le Makhzen comme État de classe, GenZ 212, Fnideq. Le Maroc redevient un décor d'où l'on fuit. Ensuite, la déclaration écrit « le partage du temps de travail entre tous » — sans la clause <i>sans diminution de salaire</i>. Les augmentations « pour tous » figurent à la phrase suivante, mais la soudure n'est pas faite, et un communiqué international ne peut pas s'offrir cette imprécision : le partage du travail sans la clause, c'est la formule patronale, et la déclaration du CRT, publiée le même jour dans le même État espagnol, l'avait correctement écrite. Enfin, sur la question des enclaves, le NPA-R choisit la troisième voie : le silence. Trois courants, trois réponses à la question coloniale — Révolution Permanente et le CRT rendent les villes au Makhzen, Lutte ouvrière les lui donne par géographie, le NPA-R ne pose pas la question. Aucun ne la pose en termes de classe.</p>
<p><strong>Et voici le fait qui juge le NPA-R sur ses propres pièces.</strong> En novembre 2024, son journal publiait un dossier sur l'Europe des barbelés qui contenait exactement l'analyse qui manque à tout le monde aujourd'hui : le patronat contrôle les déplacements pour « sélectionner au mieux la force de travail dont il a besoin » ; la Grèce délivre des permis de trois ans adossés au contrat de travail, avec obligation de départ en cas de perte d'emploi ; Pedro Sánchez loue l'immigration comme une chance pour le pays, c'est-à-dire comme un gisement de saisonniers marocains à exploiter ; l'UE finance le Maroc depuis 2013, l'Espagne paie sa collaboration frontalière tout en organisant l'immigration saisonnière pour ses récoltes. La frontière-robinet, le tri de la main-d'œuvre, le titre adossé à l'emploi : tout y était, dix-huit mois avant que le gouvernement espagnol n'applique le modèle à l'échelle de 1,175 million de demandes. Et le 1er août 2026, devant la vérification grandeur nature de leur propre analyse, la déclaration n'en dit pas un mot. L'archive avait raison ; le communiqué l'a oubliée. C'est la démonstration la plus économique de notre thèse : un texte écrit pour proclamer n'a pas besoin de mobiliser sa propre théorie — seul un texte écrit pour armer une intervention y est contraint.</p>
<p><strong>Le WSWS, enfin — l'organe du Comité international de la Quatrième Internationale —</strong>, a publié le 2 août un « Perspective » signé Jordan Shilton, le 5 un article de fond de Jean Shaoul sur les causes sociales de l'émigration marocaine, et un troisième texte le 6.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb25" class="spip_note" rel="appendix" title="WSWS. Jordan Shilton, « European governments demand crackdown on migrants (…)" id="nh25">25</a>]</span> Créditons d'abord, car ce texte apporte quatre faits qu'aucun des six autres n'a. Il nomme le déclencheur matériel de la rumeur : une décision du Tribunal suprême espagnol interdisant l'expulsion immédiate des personnes interceptées en mer — le noyau juridique que Rabat invoquait sans le dire. Il établit la continuité de Melilla : en juin 2022, Pedro Sánchez employait mot pour mot le même langage pendant le massacre de trente-sept personnes par la Guardia Civil et la gendarmerie marocaine — <strong>avec Podemos au gouvernement</strong>. Il documente l'acte le plus accablant de la gauche gouvernementale espagnole dans la séquence : Sumar a adressé une lettre à l'ONU pour réclamer une enquête sur la responsabilité <i>du Maroc</i> — la conclusion-gardien, sous timbre officiel. Et il est le seul des sept à chiffrer un contrat impérialiste : les 8,1 milliards d'euros de Siemens Mobility pour la grande vitesse égyptienne — contrat du 28 mai 2022, la plus grosse commande de l'histoire du groupe, en échange de quoi la dictature d'Abdel Fattah al-Sissi encaisse les fonds migratoires européens et pratique les abandons dans le désert. Ajoutez le détail qu'il rapporte de la Tagesschau — des contrôles de passeport improvisés à l'entrée d'un supermarché de Ceuta pour empêcher les migrants d'acheter à manger — que nous n'avons pu recouper, mais qui, s'il est exact, confirme une fois encore que le « retour volontaire » fut une impasse organisée.</p>
<p>Puis la même grille, et les mêmes absences — avec une circonstance aggravante photographique. La légende de leur propre illustration — reprise d'un article à l'autre — dit : des personnes « tentant de traverser depuis la ville marocaine de Fnideq ». Le nom est sous l'image, et la suppression administrative de l'économie de cette ville en 2019 est introuvable dans l'analyse : le silence, avec la réponse imprimée dans la légende. L'article de Jean Shaoul, le meilleur des trois, déroule pourtant la profondeur sociale marocaine — sécheresse, exode rural, informalité massive, bas salaires, jusqu'à la monarchie-holding et au milliardaire chef du gouvernement — et mentionne les mobilisations de 2025. Mais il les mentionne comme illustrations de la misère, non comme la séquence politique d'une génération qui s'est battue et qui a été battue ; et il fournit la condition générale de l'émigration sans le mécanisme de l'explosion — pourquoi ces jours-là, ce poste-là. Ni la régularisation espagnole, dans aucun des trois textes ; ni le Sahara occidental ; ni une réponse de classe sur les enclaves. Et surtout, le WSWS inverse le défaut des six autres au lieu de le corriger : <strong>pas même le mot d'ordre.</strong> Aucune revendication — pas d'ouverture des frontières, pas de régularisation, pas de réquisition : le droit de vivre et de travailler où l'on veut y est un principe final, et l'unique tâche pratique énoncée est la construction des sections de son propre Comité international. Là où six textes proclament la revendication sans la force, le septième proclame la force sans les revendications. Deux variantes d'une même méthode : la proclamation à la place de la transition. La catégorie de « pseudo-gauche », qui fait la force polémique du texte — elle épargne au WSWS toute complaisance envers Sumar ou Podemos —, fait aussi sa limite stratégique : quand tout appareil est pseudo, on dénonce tout et on ne dispute rien de l'intérieur — pas de fraction, par doctrine. Notons enfin leurs bilans — « au moins 99 morts » le 2 août, 141 le 5 — sans source citée : nous ne les adoptons pas, les décomptes étatiques et associatifs divergeant déjà entre eux.</p>
<p><strong>Le bilan transversal tient en trois absences et trois partages.</strong></p>
<p>Trois absences d'abord. Huit textes, quatre courants, cinq organisations internationales cosignataires — et pas une ligne, nulle part, sur la suppression de l'économie de Fnideq en 2019 ; pas une ligne sur les 1 174 978 demandes de régularisation closes le 30 juin ; pas une réponse de classe sur le statut des enclaves. Les trois faits qui commandent la séquence sont absents des huit textes examinés — c'est-à-dire de toute la production que ces courants ont mise en circulation cette semaine-là.</p>
<p>Trois partages ensuite, et ils sont plus graves que les absences, parce qu'ils dessinent une méthode commune.</p>
<p><strong>Tous butent sur le même problème programmatique : la transition entre le principe et la force capable de l'imposer.</strong> Ouverture des frontières chez Anasse Kazib, droit à la migration chez Santiago Lupe et le CRT, « liberté de circulation » chez Lutte ouvrière, « ouvrir les frontières » dans la déclaration du NPA-R — et, chez le WSWS, la variante inversée : plus de mot d'ordre du tout, le but final et le parti à construire. Aucun ne le traite pour ce qu'il est : un but, qui exige d'être traduit en revendications transitoires désignant une force — et le mot d'ordre pris seul vient de recevoir sa démonstration par l'absurde : près de 1,175 million de personnes déjà présentes régularisées sans rien céder sur la frontière. Une revendication partielle que l'adversaire peut concéder dans son propre dispositif ne suffit pas à faire une ligne de démarcation ; et l'ouverture des frontières, tant que la vanne reste entre ses mains, demeure une proclamation si l'on ne dit ni par quelle force ni par quelles mesures on lui arrache le pouvoir de trier.</p>
<p><strong>Tous dénoncent l'impérialisme, aucun n'en fait un objectif de combat.</strong> Faites le relevé, il est accablant. Kazib ne nomme aucun groupe. Lupe nomme Repsol, TotalEnergies, BASF — le pillage extractif, ailleurs. Le CRT nomme Acciona, Sacyr, FCC, ACS — et exige leur départ, pas leur expropriation. Lutte ouvrière nomme un agrégat, le CAC 40 et ses 153 familles — l'adversaire sans adresse. Le NPA-R nomme Stellantis, Sanofi, Volkswagen — mais comme fermeurs d'usines en France, jamais comme exploiteurs à Kénitra. Le WSWS nomme Siemens et ses milliards égyptiens — le seul à chiffrer un contrat —, mais à trois mille kilomètres du détroit. Résultat : <strong>aucun des huit textes ne nomme le circuit réel</strong> — Renault à Melloussa, Stellantis à Kénitra, les 3 500 dirhams, les deux milliards européens versés au verrou marocain, l'État français actionnaire des deux groupes — 15 % de Renault, 6 % de Stellantis via Bpifrance — et simultanément client des drones du premier. Et aucun, par conséquent, ne peut répondre à la seule question qui transforme la dénonciation en politique : comment combat-on l'impérialisme français <i>ici</i> — par quelle fraction syndicale contre les crédits de guerre, quel refus de charger dans quel port, quelle grève commune des deux rives chez le même employeur, quelle bataille contre la LPM dans les confédérations qui l'accompagnent. L'impérialisme reste chez eux un décor moral devant lequel on s'indigne, pas un adversaire dont on établit l'ordre de bataille. La huitième condition de 1920 disait : non en paroles, mais en actes. Six textes de paroles.</p>
<p><strong>Tous critiquent La France insoumise par la gauche, aucun ne la caractérise par sa classe.</strong> Kazib se démarque de Jean-Luc Mélenchon en surenchérissant — lui défendra, lui, la régularisation « sans distinction » ; le NPA-R le raille de n'avoir « rien trouvé de mieux » que d'aider le Maroc à gérer ses frontières. Dans les deux cas, le reproche est l'insuffisance de radicalité — comme si Mélenchon était un des nôtres, en retard. Or il suffit de lire ce que l'intéressé a écrit lui-même, sur X, le 31 juillet, en réponse à Jordan Bardella. L'afflux a lieu, dit-il, à mille kilomètres de notre frontière ; Ceuta est en Afrique ; ceux qui y sont ne peuvent pas traverser le détroit — autrement dit, ce n'est pas notre affaire : cadrage national d'entrée de jeu. Puis le programme, en une phrase : le problème concret à régler est de « discuter avec le Maroc de la protection de la frontière », et d'assurer le retour des uns ou, pour les autres, une poursuite du trajet sous maîtrise. Et dans un autre message du même jour, le soutien : « aider l'Espagne est du simple bon sens », gouvernement voisin, pays ami — l'Espagne dont l'armée est alors sur la plage. Décomposez : protection frontalière déléguée au Makhzen, c'est l'externalisation ; retour, c'est le refoulement ; trajet sous maîtrise, c'est l'arrivée triée et comptée ; solidarité avec l'État qui déploie la Légion, c'est l'union des gestionnaires. C'est, point par point, la doctrine du robinet — celle que Madrid vient d'exécuter, celle que la lettre des vingt-deux réclame. Un dirigeant qui revendique pour l'impérialisme de son propre pays la maîtrise de son approvisionnement en main-d'œuvre et la sous-traitance de sa police frontalière ne manque pas de radicalité : il défend le capital national. Le mot existe depuis 1914 et il est précis — social-patriotisme. Il n'est même plus une déduction : c'est une paraphrase de ses propres messages. Que les six textes français et espagnols reculent devant lui mesure une chose — et nous l'énonçons comme caractérisation politique, à charge pour eux de la démentir par les actes : on ne nomme pas comme ennemi de classe celui dont on dispute l'électorat.<span class="spip_note_ref"> [<a href="#nb26" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir supra la note « NPA-R et déclaration internationale »." id="nh26">26</a>]</span></p>
<p>Ce n'est pas un hasard trois fois répété : c'est la signature d'une même méthode, qui commente la surface politique de l'événement — déclarations, réactions, indignations — et ne descend jamais à sa base matérielle, parce qu'aucune intervention organisée n'exige d'y descendre. Notre programme est construit pour l'inverse.</p>
<h2 class="spip">« Ouverture des frontières » : une proclamation n'est pas un mot d'ordre</h2>
<p>Il faut en venir au mot d'ordre lui-même, car c'est là que tout se joue.</p>
<p>Nous ne sommes pas partisans des frontières. Elles sont un produit historique du capitalisme et de l'État, elles disparaîtront avec eux, et aucun révolutionnaire n'a jamais fait du contrôle des flux humains une revendication ouvrière. Mais entre le but et le mot d'ordre, il y a la distance que le Programme de transition avait précisément pour objet de combler. <strong>Réclamer l'ouverture des frontières à un État bourgeois, c'est lui demander d'ouvrir un robinet dont il conserve la vanne.</strong> Et ne nous y trompons pas nous-mêmes : l'État espagnol n'a pas ouvert sa frontière. Il a légalisé sous conditions une fraction de la population déjà présente, triée par une date butoir, tout en fermant militairement la route à ceux qui arrivent — près de 1,175 million de demandes d'un côté, plus de quarante-huit mille retours en quarante-huit heures de l'autre. La régularisation de ceux qui sont là et la répression de ceux qui arrivent ne se contredisent pas : elles se complètent. La régularisation n'abolit pas la frontière ; entre les mains de l'État, elle est un instrument de son fonctionnement.</p>
<p>Et surtout : posé seul, il est inaudible. Le travailleur de Getafe ou de Roubaix qui donne la moitié de son salaire à son propriétaire entend « ouverture des frontières » comme l'annonce d'un concurrent de plus dans la file. Il n'a pas tort sur ce qu'il constate ; il a tort sur la cause. Lui répondre par la morale — tu es raciste — c'est le livrer à l'extrême droite, qui elle lui parlera de sa file d'attente. La réaction ne prospère pas sur des idées fausses tombées du ciel : elle prospère sur un fait vrai mal expliqué, sur un terrain d'où les appareils réformistes et staliniens ont retiré la politique de classe.</p>
<p>Car la peur rencontre bien des faits matériels — classes surchargées, urgences saturées, files d'attente — et le plus massif, le plus immédiatement visible, est en Espagne le logement. Madrid a manifesté par dizaines de milliers, deux ans après un cortège de cent cinquante mille sous les mots d'ordre « contre la spéculation, l'expropriation » ; le décret prolongeant le gel des loyers a été rejeté au Parlement, et le parc est tenu par les banques, les fonds et les sociétés immobilières. Le même modèle qui fait venir la main-d'œuvre fait monter les loyers — et cette concurrence-là est réelle. Il ne sert à rien de la nier : il faut en désigner la cause. Et distinguons précisément : la régularisation ne crée pas la demande de logement de ceux qui vivent déjà sur le territoire — ils étaient déjà logés, hébergés ou mal-logés quelque part. Ce qui accroît la demande, c'est la croissance démographique réelle — près d'un demi-million d'habitants de plus en 2024 — et les arrivées à venir ; et l'effet d'une population qui augmente dépend entièrement du parc. Verrouillé par les fonds, il en fait des loyers, de la concurrence et des expulsions ; réquisitionné et étendu par un plan public de construction, il en fait une question de planification — combien de logements, d'écoles, de lignes, sur quels budgets. La variable décisive n'est pas l'existence de ces hommes et de ces femmes, c'est le régime de propriété qui organise leur logement. Celui qui hurle à la submersion sans jamais nommer les fonds ne défend pas le locataire : il détourne sa colère du propriétaire vers son voisin de palier — et rend au patronat le service exact qu'il attend.</p>
<p>La réponse ne consiste donc ni à abandonner le but, ni à le proclamer, mais à formuler ce qui rend l'accueil et l'amélioration des conditions de vie inséparables. Un seul principe : <strong>l'accueil ne se prend jamais sur la population laborieuse déjà là — il se prend sur la propriété.</strong></p>
<p>D'où la réquisition, comme axe et non comme argument d'appoint :</p>
<ul class="spip" role="list"><li> Réquisition sans indemnité des logements vacants détenus par les banques, les fonds d'investissement et les sociétés immobilières ; interdiction des expulsions ; plan de construction publique sous contrôle des travailleurs du bâtiment et des locataires.</li><li> Réquisition des moyens de la santé et de l'éducation : lits, postes, écoles ouverts à hauteur des besoins réels, financés sur les profits et sur les crédits militaires.</li><li> Embauche massive dans les services publics, aux conditions du statut, sans mise en concurrence des nouveaux venus avec les anciens.</li><li> Échelle mobile des heures de travail : répartir le travail disponible entre toutes les mains <strong>sans diminution de salaire</strong> — c'est ce qui sépare la revendication ouvrière du partage du travail patronal.</li><li> Égalité intégrale des salaires, des contrats et des droits sur chaque site, et titre de séjour indépendant de l'employeur et du conjoint.</li></ul>
<p>Prises ensemble, ces revendications ont une propriété commune : elles font payer l'accueil au capital et non aux travailleurs, et chacune, poussée jusqu'au bout, mène du besoin immédiat à la question de la propriété et du pouvoir — en restant immédiatement compréhensible par celui qui paie son loyer. Elle ne demande rien à la frontière. Elle change qui possède. Et elle transforme la rencontre entre l'ouvrier espagnol et l'ouvrier marocain, de concurrence pour un logement, en coalition contre celui qui le détient.</p>
<p>C'est ce que les deux premiers textes ne font pas, alors même que la matière est chez eux. Santiago Lupe demande bien l'expropriation des grands propriétaires immobiliers — mais comme réplique aux « campagnes de peur », en fin d'article, à côté d'un impôt sur les grandes fortunes, et non comme l'axe qui rend l'accueil possible. La déclaration du CRT et de Corriente Roja va plus loin — réquisition des locaux vides, temps de travail sans baisse de salaire, pas un euro pour le réarmement — et abandonne cette logique au seuil décisif : la propriété industrielle et le pouvoir d'État, au Maroc comme dans l'État espagnol. Les éléments sont là ; la soudure ne se fait pas. Poser la réquisition comme condition de l'accueil obligerait à s'adresser aux locataires expulsés de Madrid et aux ouvriers d'Andalousie, c'est-à-dire à sortir du meeting. Dans les deux premiers textes, on préfère proclamer.</p>
<h2 class="spip">Ce qu'il faut arracher</h2>
<p>Pas de leçon de morale à ceux qui ont peur : la peur est réelle, son objet est déplacé. Ce qu'il faut leur donner, ce sont des revendications qui désignent une force.</p>
<ul class="spip" role="list"><li> Régularisation inconditionnelle de tous les sans-papiers, arrachée sur les lieux de travail ; titre de séjour propre à chaque femme, indépendant du conjoint et de l'employeur.</li><li> Mêmes salaires, mêmes contrats, mêmes droits pour tous sur un même site : retirer au patronat son ouvrier à moitié prix.</li><li> Réquisition des logements vacants détenus par les banques et les fonds ; interdiction des expulsions ; construction publique sous contrôle des travailleurs et des locataires. L'accueil se prend sur la propriété, jamais sur ceux qui sont déjà là.</li><li> Échelle mobile des heures de travail, sans diminution de salaire.</li><li> Libération de tous les emprisonnés de GenZ 212 et des rappeurs incarcérés ; levée des poursuites — la solidarité avec la jeunesse marocaine commence par ses prisonniers.</li><li> Droit au travail et hébergement effectif dès l'enregistrement de la demande d'asile : c'est l'interdiction de travailler et le refus d'héberger qui fabriquent les campements offerts en spectacle — pas le nombre des arrivants.</li><li> Pas un euro européen à la police frontalière du Makhzen ; dissolution de Frontex et des forces d'intervention frontalière.</li><li> Évacuation immédiate et inconditionnelle de l'armée, de la Guardia Civil et de l'appareil colonial espagnols de Ceuta et Melilla — sans clause, sans garantie exigée, sans échange : conditionner le départ du colonisateur, c'est lui fournir sa raison de rester.</li><li> Le statut des enclaves appartient à leurs habitants : autodétermination pleine, y compris le libre choix du rattachement au Maroc — mais aucun marchandage entre Madrid et Rabat par-dessus leurs têtes, et une consultation qui ne peut être libre que sous le retrait des deux appareils armés, imposé par la mobilisation des travailleurs des deux rives. Notre drapeau dans ce combat : ni Madrid, ni Rabat — l'union des travailleurs des deux rives, dans la perspective d'une fédération socialiste de part et d'autre de la Méditerranée, seul cadre où l'autodétermination cesse d'être un marchandage entre États pour devenir une union libre. Autodétermination du peuple sahraoui.</li><li> Contrôle des travailleurs des secours et des populations sur les moyens de la protection civile, contre sa militarisation.</li><li> Organisation commune des travailleurs de Renault et de Stellantis des deux rives du détroit : Poissy, Flins, Tanger, Kénitra sont un seul terrain.</li><li> Contre l'économie de guerre : pas un jeune à la caserne faute d'emploi ; les milliards des munitions dans les hôpitaux, les écoles et les logements.</li></ul>
<p>À Fnideq, un décret a supprimé l'économie d'une ville et la mer a servi de plan social. Ici, un décret conditionne le dernier filet de revenu et la caserne sert de débouché. La forteresse n'a pas été bâtie pour les tenir dehors. Elle a été bâtie pour nous tenir tous en rang : eux à la nage, nous sous les drapeaux.</p>
<p><strong>Troupes et Guardia Civil espagnoles hors de Ceuta et Melilla — sans condition, sans marchandage !</strong></p>
<p><strong>De Rabat à Madrid : ce sont les rois qu'il faut chasser, pas les migrants !</strong></p>
<p><strong>À bas la monarchie marocaine, à bas le Makhzen ! Libération des emprisonnés de GenZ 212 !</strong></p>
<p><strong>À bas l'Europe bourgeoise et sa forteresse — pas un euro, pas un blindé !</strong></p>
<p><strong>Ni Madrid, ni Rabat : les travailleurs des deux rives !</strong></p>
<p><strong>Des papiers, pas des casernes !</strong></p>
<p><strong>L'accueil sur la propriété, jamais sur les salaires !</strong></p>
<p><strong>Une seule classe d'un bord à l'autre du détroit — contre les deux États, contre les deux bourgeoisies !</strong></p>
<p><strong>Pour la fédération socialiste des deux rives de la Méditerranée !</strong></p>
<p>— -</p></div>
<hr />
<div class='rss_notes'><div id="nb1">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix">1</a>] </span><strong>Ceuta, 30 juillet - 1er août 2026.</strong> Entrées et tentatives de franchissement (fourchette 50 000-60 000), déploiement de l'armée, blindés, alerte de la Légion : AFP, franceinfo, France 24, Al Jazeera, Euronews, La Presse, 30-31 juillet. Déclaration de Pedro Sánchez sur l'« attaque » et la « violation de l'intégrité territoriale », déplacement avec Fernando Grande-Marlaska : AFP, 31 juillet. Bilan d'au moins 34 morts (présidence de Ceuta, Juan Jesús Vivas), porté à au moins 67 le 1er août (Grande-Marlaska, point de presse depuis Ceuta). Retour à la normale annoncé, plus de 48 000 retours vers le Maroc, barrière pneumatique de 500 mètres : ministère espagnol de l'Intérieur, 1er août. Bilan porté à au moins 72 morts : délégation du gouvernement à Ceuta (Miguel Ángel Pérez Triano), 3 août (Euronews). Premier bilan officiel marocain : 11 morts, 40 000 tentatives vers Ceuta, 1 135 vers Melilla (ministère de l'Intérieur, 2 août au soir) ; AMDH : près de 130 victimes et des dizaines de disparus (franceinfo, 2 août). Visioconférence des ministres de l'Intérieur de l'UE convoquée le 4 août. Accord de reprise avec Rabat, aucune régularisation : Le Desk, 31 juillet. <i>Les décomptes d'entrées et de retours varient selon les sources et les heures ; les chiffres retenus sont datés et attribués.</i></p>
</div><div id="nb2">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix">2</a>] </span>Voir supra la note « Ceuta, 30 juillet - 1er août 2026 ».</p>
</div><div id="nb3">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix">3</a>] </span><strong>Réactions européennes.</strong> Lettre ouverte des vingt-deux dirigeants à la présidence irlandaise, à Antonio Costa et à Ursula von der Leyen, catégorie des « menaces hybrides » ; proposition de Giorgia Meloni ; position de Laurent Nuñez ; rappel de la Commission sur l'article 41 du code frontières Schengen ; propos de Pedro Sánchez sur l'« égoïsme » de certains États membres : Touteleurope, Europe 1, Público, El Debate, 31 juillet - 1er août. Mise en cause explicite de la politique espagnole de régularisation massive dans la lettre des vingt-deux : Euronews, 3 août.</p>
</div><div id="nb4">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix">4</a>] </span><strong>Fnideq.</strong> Fermeture des postes de Bab Sebta et Bab Melilia au commerce vivrier (2019), fermeture de la frontière (mars 2020), effondrement de l'économie locale : Le Desk, 31 juillet 2026 ; Middle East Eye ; Jeune Afrique. Part de la contrebande dans l'économie informelle (40 %), 400 000 personnes concernées, marché de 1 à 1,5 milliard d'euros : Haut-Commissariat au Plan. Dix mille familles à M'diq-Fnideq, chômage urbain de 18 % : mêmes sources. Conjoncture 2026 (chômage 10,8 %, 29,2 % chez les 15-24 ans, 1 253 000 chômeurs, sous-utilisation composite 45,3 %, durée moyenne du chômage) : HCP, note du 4 mai 2026.</p>
</div><div id="nb5">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix">5</a>] </span><strong>GenZ 212.</strong> Décès de huit femmes après césarienne à l'hôpital Hassan II d'Agadir, 14 septembre 2025 ; manifestations à partir du 27 septembre à Rabat, Casablanca, Marrakech, Agadir et Tanger ; collectif né sur Discord (plus de 180 000 membres) ; mots d'ordre sur les stades et les hôpitaux ; chômage des jeunes à 35,8 % : presse marocaine et internationale, octobre 2025 ; iReMMO. Répression, morts, arrestations massives, usage de la force létale par la Gendarmerie royale à Lqliâa, condamnations des 4, 8 et 9 octobre (jusqu'à vingt ans) : Human Rights Watch, 15 octobre 2025. Bilan judiciaire : plus de 2 400 poursuites et plus de 1 400 détentions (parquet, 28 octobre 2025 — France 24, RTS, 24 Heures) ; 411 condamnations au 27 octobre dont 76 mineurs, 61 peines de un à quinze ans ferme ; plus de 5 000 arrestations cumulées et environ 2 000 détenus en avril 2026 (France 24). Rappeurs : Souhaib Qabli (L7ASSAL), huit mois ferme le 26 mars 2026 (afrik.com) ; El Mahdi Lyoubi (Mehdi Black Wind), arrêté le 13 juillet 2026, comparution à Casablanca le 31 juillet (El Watan).</p>
</div><div id="nb6">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix">6</a>] </span><strong>Régularisation extraordinaire espagnole.</strong> Décret royal 316/2026 du 14 avril, publié au BOE le 15 avril (BOE-A-2026-8284), en vigueur le 16 avril, modifiant le décret royal 1155/2024 du 19 novembre 2024 ; instrument habilitant publié au BOE le 30 janvier 2026 (BOE-A-2026-2142). Conditions : présence antérieure au 1er janvier 2026, cinq mois de séjour ininterrompu, absence d'antécédents judiciaires ; titre initial d'un an. Bilan du 2 juillet 2026 (ministère de l'Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations ; secrétaire d'État Pilar Cancela) : 1 174 978 demandes enregistrées, 609 737 instruites, environ 608 000 admises à instruction, 159 097 nouveaux affiliés à la Sécurité sociale au 30 juin ; répartition par nationalité (Colombie 25,9 %, Maroc 13,3 %) et par âge. Résolutions définitives favorables : environ 11 000 à 12 000 au 8 juillet (déclaration de Pilar Cancela, EFE). Recours des exécutifs d'Aragon et de Valence et question préjudicielle envisagée devant la Cour de justice de l'Union : presse espagnole, juillet 2026. <i>L'écart entre le décompte officiel et celui affiché par la plateforme Mercurio à la clôture est signalé par plusieurs sources ; il n'est pas retenu ici.</i></p>
</div><div id="nb7">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix">7</a>] </span><strong>Économie et logement en Espagne.</strong> PIB 2024 et 2025, chômage du quatrième trimestre 2025, emploi : INE. Prévisions 2026 : Banque d'Espagne, FMI, CaixaBank Research. Part des créations d'emplois revenant aux personnes nées à l'étranger (janvier 2024 - mars 2025) : Institut Elcano, cité par le président de l'Institut d'études économiques. Loyers et part du salaire : Fotocasa, 2025. Manifestation madrilène du 24 mai 2026, plan public de 7 milliards d'euros, décret de gel des loyers non adopté : AP et presse espagnole.</p>
</div><div id="nb8">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix">8</a>] </span>Voir supra la note « Réactions européennes ».</p>
</div><div id="nb9">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix">9</a>] </span><strong>Automobile et militarisation.</strong> Renault Melloussa, Stellantis Kénitra, écosystème automobile marocain (plus de 250 entreprises, environ 220 000 emplois, exportations 2024) : ministère marocain de l'Industrie. SMIG 2026 et salaires d'opérateur : sources marocaines concordantes. Investissement de 1,2 milliard d'euros à Kénitra et annonce du 16 avril 2026 sur Poissy (arrêt de l'assemblage d'ici fin 2028, plus de 900 postes supprimés à l'horizon 2030) : communications du groupe et presse économique. Actionnariat : Exor (famille Agnelli-Elkann), premier actionnaire de Stellantis avec environ 15 % du capital, John Elkann président du conseil ; famille Peugeot, 7,7 % du capital et 11,9 % des droits de vote via Peugeot 1810 (détenue par Peugeot Invest et les Établissements Peugeot Frères), environ trois cents porteurs de parts ; Bpifrance environ 6 % (The Conversation, avril 2026 ; Peugeot Invest ; presse économique, 2025-2026). État français : environ 15 % du capital de Renault (Agence des participations de l'État ; L'Usine Nouvelle, août 2025 ; Reuters, décembre 2024). Programme Chorus au Mans et à Cléon : contrat notifié en décembre 2025 (environ 90 millions d'euros, DGA, avec Turgis Gaillard), marché potentiel d'environ un milliard sur dix ans (L'Usine Nouvelle, janvier 2026), capacité de production « pouvant aller jusqu'à 600 unités par mois » en moins de douze mois (communiqué Renault Group, 10 février 2026), dizaine d'appareils livrés pour validation à l'été 2026, ligne opérationnelle fin 2026 ; entretien de Catherine Vautrin à Ouest-France, 6 juin 2026.</p>
</div><div id="nb10">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix">10</a>] </span>Voir supra la note « Automobile et militarisation ».</p>
</div><div id="nb11">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh11" class="spip_note" title="Notes 11" rev="appendix">11</a>] </span><strong>Fonds européens et Sahara occidental.</strong> Financements européens au Maroc depuis 2014, part consacrée à la gestion des frontières, programme dédié de 152 millions d'euros, achat de 183 motocyclettes et 33 véhicules : GADEM, délégation de l'Union européenne au Maroc, Hespress. Reconnaissances successives de la souveraineté marocaine (2020, 2022, 2024, 2025) et résolution 2797 du Conseil de sécurité du 31 octobre 2025 : ONU, France 24.</p>
</div><div id="nb12">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh12" class="spip_note" title="Notes 12" rev="appendix">12</a>] </span><strong>Bourgeoisie marocaine.</strong> Fortune de Mohammed VI ( 6 milliards de dollars, Forbes 2015) et structure d'Al Mada (ex-SNI ; fusion SNI-ONA en 2013 avec retrait de la Bourse de Casablanca ; renommage 2018 ; contrôle familial 60 % via Siger, Ergis et Copropar — Mohammed VI 50,6 % de Copropar ; actifs 12,2 milliards de dollars en 2017 ; 6 % du PIB ; Attijariwafa 46 %, Managem, Inwi 69 %) : Wikipédia (Al Mada) ; L'Essentiel de l'Éco, janvier 2026 ; billionaires.africa, mai 2026 ; El Watan ; enquête du <i>Monde</i> (2015) sur le passage de 13 % à 60 % de la holding, citée par businessempires.africa ; client HSBC Genève : révélations SwissLeaks. Aziz Akhannouch : 1,5 milliard de dollars (Forbes 2025, via afrik.com), principal actionnaire du groupe Akwa (pétrole, gaz, chimie), maire d'Agadir ; demande de démission de son gouvernement par GenZ 212 : L'Essentiel de l'Éco, janvier 2026. <i>Faute d'accès direct aux documents primaires, ce bloc repose sur des sources secondaires concordantes, toutes citées ; seuls les ordres de grandeur sont engagés, et chaque chiffre est attribué à sa source. L'enquête du Monde de 2015 demeure la référence pour le passage de 13 % à environ 60 %.</i></p>
</div><div id="nb13">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh13" class="spip_note" title="Notes 13" rev="appendix">13</a>] </span><strong>Hypothèse de la « punition » et contentieux hispano-israélien.</strong> Reconnaissance de la Palestine (mai 2024), embargo sur les armes formalisé le 8 septembre 2025 (interdiction des ports aux navires de carburant pour l'armée israélienne, fermeture de l'espace aérien au matériel de défense) : Al Jazeera, 8 septembre 2025. Proposition de suspension de l'accord d'association UE-Israël et interdiction des ports aux navires israéliens (avril 2026), commission de la Chambre des représentants américaine qualifiant Ceuta et Melilla de villes « situées en territoire marocain » (avril 2026), échange Danon-Puente pendant la crise : allAfrica, 3 août 2026 ; presse, 1er-3 août. Déni marocain (réseaux de passeurs, rumeurs, décision du Tribunal suprême mal interprétée) et passivité initiale des forces marocaines relevée par la presse espagnole : synthèses de presse, août 2026. Arrêt du Tribunal suprême espagnol du 29 juin 2026 (interdiction des renvois sommaires, sans procédure, des personnes arrivées par mer à Ceuta et Melilla) et diffusion de sa teneur sur les réseaux sociaux marocains : Time, 31 juillet 2026, citant la RTVE et le ministère espagnol de l'Intérieur. <i>L'existence d'un ordre ou d'un signal n'est établie par aucune source ; le texte ne l'affirme pas.</i></p>
</div><div id="nb14">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh14" class="spip_note" title="Notes 14" rev="appendix">14</a>] </span><strong>Fabrication du sentiment de submersion.</strong> Corrélation inverse entre vote d'extrême droite et présence immigrée : Hervé Le Bras, <i>Le Grand Enfumage. Populisme et immigration dans sept pays européens</i>, Éditions de l'Aube / Fondation Jean-Jaurès, 2022 (chiffres Insee / présidentielle 2017 : communes < 2 500 hab. 3,8 % d'immigrés et 27 % Le Pen ; villes > 20 000 hab. 15 % et 14 % ; Paris 23 % et 5 % ; Seine-Saint-Denis 30,6 % et 13,6 %) ; modèle vérifié d'élection en élection depuis 2002 (La Grande Conversation, décembre 2024, dont la formule citée). Hébergement des demandeurs d'asile : indicateur de performance du programme 303, PLF 2024 (cibles de 59 % en 2023 et 64 % en 2024) ; Forum réfugiés (fin 2022, 42 251 demandeurs éligibles aux conditions matérielles d'accueil non orientés vers le dispositif national). Droit au travail : absence de droit après six mois — simple droit de solliciter une autorisation — et décision du Conseil d'État de 2022 non transposée : Forum réfugiés.</p>
</div><div id="nb15">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh15" class="spip_note" title="Notes 15" rev="appendix">15</a>] </span><strong>Impact budgétaire de l'immigration.</strong> OCDE, <i>Perspectives des migrations internationales</i>, 2021. X. Chojnicki, L. Ragot, N.-P. Sokhna, <i>Revue économique</i>, 2022.</p>
</div><div id="nb16">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh16" class="spip_note" title="Notes 16" rev="appendix">16</a>] </span><strong>Violences faites aux femmes.</strong> Répartition des femmes tuées en 2024 (38 % dans le couple, 20 % dans un cadre intrafamilial hors couple — dénominateur : l'ensemble des femmes tuées), 84 % de victimes femmes, 85 % de mis en cause hommes, une victime sur six portant plainte : SSMSI / ministère de l'Intérieur, Lettre n° 25, novembre 2025, et enquête de victimation. Décomptes 2025-2026 : collectif Féminicides par compagnons ou ex. Moyens du Grenelle : Fondation des Femmes.</p>
</div><div id="nb17">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh17" class="spip_note" title="Notes 17" rev="appendix">17</a>] </span><strong>Religion.</strong> Recensement 2021 d'Angleterre et du pays de Galles : Office for National Statistics. France : Ined-Insee, <i>Trajectoires et Origines 2</i> (2019-2020), Insee Références 2023. Le financement étranger d'une partie de l'encadrement cultuel est l'objet même du rapport d'information du Sénat n° 757 (2015-2016), « De l'islam en France à un islam de France », et des travaux préparatoires de la loi du 24 août 2021 ; la présence structurante de ces réseaux dans de nombreux quartiers populaires est un constat d'observation courante, assumé comme tel.</p>
</div><div id="nb18">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh18" class="spip_note" title="Notes 18" rev="appendix">18</a>] </span><strong>1956-1983.</strong> Positions du PCF de 1956 : lettre de Maurice Thorez à Jacques Derogy, <i>L'Humanité</i>, 3 mai 1956 ; déclaration de Jeannette Vermeersch devant le groupe parlementaire, 4 mai 1956 (citées in NPA, « Parti communiste et patriarcat » ; dossier Libre Pensée / Planning familial). Grèves de 1983 : Defferre sur Europe 1, 26 janvier (« intégristes, de chiites ») ; Mauroy à <i>Nord-Éclair</i>, 28 janvier ; Auroux, 10 février (<i>L'Alsace</i> ; France Inter) — V. Gay, « Grèves saintes ou grèves ouvrières ? », <i>Genèses</i>, 2015 ; N. Hatzfeld et J.-L. Loubet, <i>Vingtième Siècle</i>, 2004 ; Contretemps ; Fondation Jean-Jaurès. Vitry-sur-Seine, 21 et 24 décembre 1980 : presse contemporaine et récits documentaires concordants. Marche pour l'égalité, 15 octobre - 3 décembre 1983, et association créée en 1984 : Musée national de l'histoire de l'immigration, Fondation Jean-Jaurès, INA ; Abdellali Hajjat, <i>La marche pour l'égalité et contre le racisme</i>, Éditions Amsterdam, 2013.</p>
</div><div id="nb19">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh19" class="spip_note" title="Notes 19" rev="appendix">19</a>] </span><strong>Russie soviétique.</strong> Code sur le mariage, la famille et la garde des enfants, octobre 1918 ; légalisation de l'avortement en 1920 ; Jenotdel créé en 1919 par Inessa Armand, dirigé ensuite par Alexandra Kollontaï, dissous en 1930 ; revue <i>Kommunistka</i> ; assemblées de déléguées élues pour trois à six mois (littérature historique standard sur le Jenotdel).</p>
</div><div id="nb20">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh20" class="spip_note" title="Notes 20" rev="appendix">20</a>] </span><strong>Militarisation française.</strong> Crédits 2026 et objectif de La Haye : Sénat, rapport sur le projet de loi de finances 2026. Actualisation de la loi de programmation militaire, débat du 4 mai 2026, propos de Catherine Vautrin, état d'alerte de sécurité nationale et qualification des menaces « hybrides » : compte rendu de l'Assemblée nationale et texte du projet de loi. Service national volontaire : annonce du 27 novembre 2025, lancement septembre 2026. Revue nationale stratégique 2025 (présentée les 13-14 juillet 2025, préfacée par le président de la République) : objectif « d'acculturer près de dix millions de jeunes de 13 à 25 ans aux enjeux de défense et de sécurité nationale, notamment aux manœuvres hybrides et manipulations de l'information » — cité par Zone Militaire/Opex360 (15 juillet 2025) et par l'analyse FNEC-FP-FO de l'actualisation de la LPM (avril 2026). Guide « Acculturer les jeunes à la défense », ministère de l'Éducation nationale, novembre 2025 (eduscol). Alignement du calendrier du SNV sur Parcoursup, 103 000 bacheliers sans affectation en juillet 2025, 800 euros par mois, crédits ECTS : même analyse FNEC-FP-FO. RSA conditionné à quinze heures d'activité : loi n° 2023-1196 du 18 décembre 2023.</p>
</div><div id="nb21">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh21" class="spip_note" title="Notes 21" rev="appendix">21</a>] </span><strong>Incendies et UME.</strong> Unité militaire d'urgence (3 500 militaires, créée en 2005), pilotage par l'Intérieur, conduite opérationnelle par l'UME, près de 1 000 militaires mobilisés, appel au mécanisme européen : France 24 (24 juillet 2026), franceinfo, Euronews (30 juillet 2026).</p>
</div><div id="nb22">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh22" class="spip_note" title="Notes 22" rev="appendix">22</a>] </span><strong>Textes de Révolution Permanente discutés.</strong> Anasse Kazib, billet du 31 juillet 2026 sur Ceuta et Melilla ; Santiago Lupe, « Ceuta : le gouvernement Sanchez répond par la force », même date, repris de la publication de la section espagnole ; déclaration du Courant révolutionnaire des travailleurs et de Corriente Roja - IVe Internationale, datée du 31 juillet et publiée le 2 août. <i>Les deux textes doivent être mis en lien direct : les passages cités — restitution des enclaves au Maroc, « répartition des heures de travail », appel à « la gauche anticapitaliste et les organisations ouvrières » — sont vérifiables mot à mot par le lecteur.</i> Déclaration d'Enrique Santiago, secrétaire général du PCE, sur la « provocation » marocaine et le renforcement des forces de sécurité de l'État : Público, 31 juillet 2026. Position de l'Union syndicale Solidaires sur l'Ukraine : « Note n° 5 — Guerre en Ukraine », 8 août 2022, solidaires.org (« l'Union syndicale Solidaires appelle, participe et organise le soutien à la résistance du peuple ukrainien ») ; convois syndicaux du Réseau syndical international de solidarité et de luttes, avril-mai 2022. L'appartenance du porte-parole de RP à SUD Rail est publique et revendiquée.</p>
</div><div id="nb23">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh23" class="spip_note" title="Notes 23" rev="appendix">23</a>] </span><strong>Lutte ouvrière.</strong> Éditorial de Nathalie Arthaud, « La menace ne vient pas des immigrés de Ceuta, mais de nos propres dirigeants ! », 3 août 2026, lutte-ouvriere.org ; brève « Ceuta : liberté de circulation ! », 31 juillet 2026 (symétrie Gibraltar/Ceuta, « en vérité marocain », « solidarité de puissances coloniales ») ; intervention vidéo de Nathalie Arthaud, 1er août. Chiffres cités par l'éditorial (CAC 40 : +44 % au premier semestre 2026, 74,93 milliards ; 153 familles milliardaires) : responsabilité de la source.</p>
</div><div id="nb24">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh24" class="spip_note" title="Notes 24" rev="appendix">24</a>] </span><strong>NPA-R et déclaration internationale.</strong> « Ceuta : à bas la campagne raciste contre nos frères et sœurs migrants ! », déclaration commune d'Izar (État espagnol), du NPA-Révolutionnaires (France), de l'OKDE-Spartakos (Grèce), de la RSO (Allemagne-Autriche) et de Speak Out Now (États-Unis), Ségovie, 1er août 2026, npa-revolutionnaires.org. Positions de Jean-Luc Mélenchon — <i>vérifiées à la source primaire</i> : message publié sur son compte X le 31 juillet 2026 en réponse à Jordan Bardella (afflux « à mille kilomètres de notre frontière », nécessité de « discuter avec le Maroc de la protection de la frontière », retour ou poursuite du trajet sous maîtrise) ; autres messages du même jour (« aider l'Espagne est du simple bon sens », gouvernement voisin, pays ami, appel à une coordination européenne d'aide humanitaire) recensés par la page Wikipédia de l'incident. L'État actionnaire de Renault : participation publique de longue date, notoire ; le contrat Chorus est sourcé au bloc 6. Dossier antérieur : « De l'extrême droite à la gauche, au fond, tous d'accord, pour l'Europe des barbelés », <i>Révolutionnaires</i> n° 21, novembre 2024 (UE-Maroc : 300 millions d'euros depuis 2013 ; Espagne : 30 millions en 2022 ; permis grecs de trois ans adossés au contrat ; « sélectionner au mieux la force de travail »).</p>
</div><div id="nb25">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh25" class="spip_note" title="Notes 25" rev="appendix">25</a>] </span><strong>WSWS.</strong> Jordan Shilton, « European governments demand crackdown on migrants after 99 die trying to reach Spain », <i>World Socialist Web Site</i> (Comité international de la Quatrième Internationale), Perspective du 2 août 2026 ; « European Union intensifies its fascist migration policies in wake of Ceuta », 6 août 2026. Vérifiés à la source : la lettre de Sumar au rapporteur spécial de l'ONU Gehad Madi, 1er août 2026, évoquant une possible « facilitation active » et une « responsabilité directe » du Maroc (eldiario.es ; Servimedia ; El Debate) ; le contrat Siemens Mobility de 8,1 milliards d'euros pour 2 000 km de grande vitesse égyptienne, signé le 28 mai 2022 en présence d'Abdel Fattah al-Sissi (communiqué Siemens ; CNBC). Les contrôles de passeport à l'entrée d'un supermarché (Tagesschau) restent rapportés par le WSWS seul et sont présentés comme tels dans le texte. Jean Shaoul, « What drove the surge of Moroccan migrants to Ceuta ? », 5 août 2026 : chaîne sécheresse-exode-informalité, monarchie et Akhannouch, bilan de 141 morts ; ses ratios chiffrés d'informalité ne sont pas repris, faute de recoupement possible sur les données primaires. Leurs bilans (99 puis 141 morts) sont cités comme leurs chiffres, sans source indiquée, et ne sont pas repris à notre compte.</p>
</div><div id="nb26">
<p><span class="spip_note_ref">[<a href="#nh26" class="spip_note" title="Notes 26" rev="appendix">26</a>] </span>Voir supra la note « NPA-R et déclaration internationale ».</p>
</div></div>
Ce n'est pas un coup d'état militaire qui a fait chuter la dictature en Ethiopie...
https://matierevolution.org/spip.php?article8981
https://matierevolution.org/spip.php?article89812026-08-25T22:03:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolteEthiopie
<p>Ce n'est pas un coup d'état militaire qui a fait chuter la dictature de l'empereur Haïlé Sélassié en Ethiopie, c'est la lutte des classes <br class='autobr' />
Avertissement : Le renversement de l'empereur d'Ethiopie a été présenté comme l'œuvre de militaire radicaux et ceux-ci ont prétendu agir pour établir le socialisme. Les maoistes ont diffusé ce bobard. Le retour à la réalité a été cruel. Le peuple travailleur ne doit jamais croire quand d'autres que lui-même, auto-organisé en conseils de travailleurs, et (…)</p>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory">14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER</a>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag">Révolte</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot179" rel="tag">Ethiopie</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Ce n'est pas un coup d'état militaire qui a fait chuter la dictature de l'empereur Haïlé Sélassié en Ethiopie, c'est la lutte des classes</h2>
<p>Avertissement : Le renversement de l'empereur d'Ethiopie a été présenté comme l'œuvre de militaire radicaux et ceux-ci ont prétendu agir pour établir le socialisme. Les maoistes ont diffusé ce bobard. Le retour à la réalité a été cruel. Le peuple travailleur ne doit jamais croire quand d'autres que lui-même, auto-organisé en conseils de travailleurs, et notamment des militaires radicaux, prétend renverser la dictature et faire le socialisme…</p>
<p>1935 : Mussolini déclare la guerre à l'Ethiopie. La Société Des Nations condamne cette agression ce qui pousse Mussolini à s'allier avec Hitler.</p>
<p>1936-1941 : Occupation italienne en Ethiopie. Hailé Sélassié se réfugie en Angleterre.</p>
<p>1940-1941 : Hailé Sélassié reçoit le soutien de l'Angleterre ; depuis le Soudan, des forces éthiopiennes et britanniques libèrent le pays et Hailé Sélassié rentre en vainqueur à Addis-Abeba.</p>
<p>1950 : Une résolution de l'ONU donne le statut de territoire autonome à l'Erythrée et la rattache à l'Ethiopie par un lien fédéral.</p>
<p>1960 : Tentative de coup d'Etat par des généraux progressistes. L'empereur répond en annexant carrément l'Erythrée. Création du Front de Libération de l'Erythrée (FLE) qui deviendra le FPLE marxiste.</p>
<p>1963 : Hailé Sélassié préside la première Conférence de l'Unité Africaine (OUA) dont le siège est toujours à Addis-Abeba.<br class='autobr' />
Révoltes dans la province Somalie et en pays Oromo. Répression sanglante.</p>
<p>1970 : Etat d'urgence en Erythrée. Le gouverneur civil est remplacé par un général.</p>
<p>1973-1974 : Sécheresse et famine occultée par le gouvernement. Augmentation de 50% du prix du pétrole. Agitation étudiante, grève des taxis puis grève générale, révoltes de paysans et mutineries de soldats.<br class='autobr' />
12 septembre 1974 : révolution avec la déposition de l'empereur (assassiné en détention en août 1975 à 86ans), suspension de la constitution et dissolution du parlement. Un Comité de coordination des forces armées (Derg = comité, en amharique) assume le pouvoir, ce que contestent les étudiants. Les étudiants sont envoyés alphabétiser les campagnes et l'université est fermée.<br class='autobr' />
Le Derg annonce l'instauration du socialisme en Ethiopie et la nationalisation des terres, des industries, entreprises et propriétés urbaines. Création de comités de quartier (québélé). Nombreuses exécutions de dignitaires.</p>
<p>1975-1976 : Mise en œuvre de ce programme et nombreuses purges. Le parti révolutionnaire (EPRP) passe dans la clandestinité et la guérilla urbaine. « Terreur blanche ».</p>
<p>1977-1978 : Le colonel Mengistu, le « Négus rouge », devient chef de l'Etat et lance la « terreur rouge » contre les « contre-révolutionnaires ». Il va mener, avec l'aide de l'URSS et de Cuba, une lutte sans merci contre les sécessionnistes érythréens, tigréens et somalis de l'Ogaden.</p>
<p><a href="https://www.ritimo.org/Chronologie-sur-l-Ethiopie" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.ritimo.org/Chronologie-sur-l-Ethiopie</a></p>
<p>L'empereur Haïlé Sélassié, un dictateur féroce</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ha%C3%AFl%C3%A9_S%C3%A9lassi%C3%A9_Ier" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Ha%C3%AFl%C3%A9_S%C3%A9lassi%C3%A9_Ier</a></p>
<p><a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/toute-une-vie/haile-selassie-1892-1975-le-dernier-roi-des-rois-d-ethiopie-9275384" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/toute-une-vie/haile-selassie-1892-1975-le-dernier-roi-des-rois-d-ethiopie-9275384</a></p>
<p><a href="https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/afe85006456/le-jubile-de-l-empereur-d-ethiopie" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/afe85006456/le-jubile-de-l-empereur-d-ethiopie</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=mvTZx1ZcWRA" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=mvTZx1ZcWRA</a></p>
<p>Les puissances occidentales lui dressaient des couronnes !</p>
<p><a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1964/11/A/26301" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.monde-diplomatique.fr/1964/11/A/26301</a></p>
<p><a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1964/11/A/26307" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.monde-diplomatique.fr/1964/11/A/26307</a></p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1959/07/23/l-empereur-haile-selassie-a-pris-conge-du-general-de-gaulle-les-conversations-ont-porte-notamment-sur-le-chemin-de-fer-djibouti-addis-abeba_3057495_1819218.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lemonde.fr/archives/article/1959/07/23/l-empereur-haile-selassie-a-pris-conge-du-general-de-gaulle-les-conversations-ont-porte-notamment-sur-le-chemin-de-fer-djibouti-addis-abeba_3057495_1819218.html</a></p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1954/10/29/haile-selassie-ier-a-ete-accueilli-a-la-gare-du-bois-de-boulogne-par-le-president-de-la-republique_2016456_1819218.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lemonde.fr/archives/article/1954/10/29/haile-selassie-ier-a-ete-accueilli-a-la-gare-du-bois-de-boulogne-par-le-president-de-la-republique_2016456_1819218.html</a></p>
<p><a href="https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/afe85005896/visite-de-sa-majeste-haile-selassie" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/afe85005896/visite-de-sa-majeste-haile-selassie</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=_zU-AWXBZg0" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=_zU-AWXBZg0</a></p>
<p><a href="https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/afe85008366/le-voyage-du-negus-a-paris" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/afe85008366/le-voyage-du-negus-a-paris</a></p>
<p><a href="https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/caf96066373/pompidou-addis-abeba" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/caf96066373/pompidou-addis-abeba</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=vu29fjIpOFs" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=vu29fjIpOFs</a></p>
<p>Jusqu'à la fin des années soixante, Hailé Sélassié était considéré à l'étranger comme un souverain éclairé et moderne, avec lequel on s'affichait volontiers sur le tapis rouge. Mais à la cour, l'ambiance était féodale et rétrograde, ce qui, au fil du temps, suscita de plus en plus de mécontentement, même parmi ses plus proches partisans. Hailé Sélassié refusait de partager ou céder le pouvoir et s'opposait à toute réforme. Tandis qu'Addis Abeba fut sortie du Moyen Âge et largement modernisée, le temps se figea dans les provinces. Au début des années 1970, l'Éthiopie faisait toujours partie des pays les moins développés au monde sur le plan économique. Le produit national brut par habitant était le plus bas d'Afrique, l'espérance de vie moyenne ne dépassait pas trente ans et 60 % des nouveau-nés mouraient avant l'âge d'un an. En 1973, l'inflation due à la crise pétrolière et la famine provoquée par des sécheresses à répétition déclenchèrent des manifestations de masse et des soulèvements estudiantins. Une partie de l'armée se révolta et une conspiration fomentée par 120 officiers, dont le futur dictateur Mengistu Haïlé Mariam, mena au renversement de l'empereur le 12 septembre 1974. Mengistu le maintint en résidence surveillée dans le palais. Le 27 août 1975, il fut retrouvé mort dans son lit par un serviteur. Il est aujourd'hui établi que l'homme de 83 ans, affaibli par l'âge, a été étouffé avec un oreiller. Mengistu fit jeter son corps dans les soubassements des toilettes du palais.</p>
<p><a href="https://blog.nationalmuseum.ch/fr/2022/01/lempereur-haile-selassie-dieu-des-rastafariens/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://blog.nationalmuseum.ch/fr/2022/01/lempereur-haile-selassie-dieu-des-rastafariens/</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=uV_HHFEeoio" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=uV_HHFEeoio</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=VCHdQLv-brc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=VCHdQLv-brc</a></p>
<p>Grèves, mouvements de masse et manifestations font chuter l'empereur et l'empire et l'armée se sauve elle-même en cloturant la séquence par un coup d'état militaire…</p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=HTJdNMhN5O0" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=HTJdNMhN5O0</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=anTXe7HQ5j8" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=anTXe7HQ5j8</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_%C3%A9thiopienne" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_%C3%A9thiopienne</a></p>
<p><a href="https://www.google.fr/books/edition/%C3%89thiopie_la_r%C3%A9volution_h%C3%A9r%C3%A9tique/uO1XDwAAQBAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=r%C3%A9volution+%C3%A9thiopie&printsec=frontcover" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.google.fr/books/edition/%C3%89thiopie_la_r%C3%A9volution_h%C3%A9r%C3%A9tique/uO1XDwAAQBAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=r%C3%A9volution+%C3%A9thiopie&printsec=frontcover</a></p>
<p><a href="https://www.rfi.fr/fr/connaissances/20240912-%C3%A9thiopie-il-y-a-cinquante-ans-la-chute-du-vieux-lion-ha%C3%AFl%C3%A9-s%C3%A9lassi%C3%A9-ier" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.rfi.fr/fr/connaissances/20240912-%C3%A9thiopie-il-y-a-cinquante-ans-la-chute-du-vieux-lion-ha%C3%AFl%C3%A9-s%C3%A9lassi%C3%A9-ier</a></p>
<p><a href="https://www.dailymotion.com/video/x4so069" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.dailymotion.com/video/x4so069</a></p>
<p><a href="https://www.facebook.com/tv5mondeafrique/videos/ce-jour-l%C3%A0-destitution-de-lempereur-dethiopie-hail%C3%A9-s%C3%A9lassi%C3%A9-1er/230760951738215/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.facebook.com/tv5mondeafrique/videos/ce-jour-l%C3%A0-destitution-de-lempereur-dethiopie-hail%C3%A9-s%C3%A9lassi%C3%A9-1er/230760951738215/</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=sxJ4fxo2djw" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=sxJ4fxo2djw</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=jNEmooxkYKE" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=jNEmooxkYKE</a></p>
<p>De l'empire au socialisme ? Non ! C'est le socialisme de pacotille des militaires radicaux…</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/history/etol/writers/tarbuck/1993/ethiopia/chap2.html?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/history/etol/writers/tarbuck/1993/ethiopia/chap2.html?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc</a></p>
<p><a href="https://www.google.fr/books/edition/Les_Afar_la_r%C3%A9volution_%C3%A9thiopienne_et/D73lDAAAQBAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=r%C3%A9volution+%C3%A9thiopie&printsec=frontcover" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.google.fr/books/edition/Les_Afar_la_r%C3%A9volution_%C3%A9thiopienne_et/D73lDAAAQBAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=r%C3%A9volution+%C3%A9thiopie&printsec=frontcover</a></p>
<p><a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1975/08/KAPELIOUK/33316" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.monde-diplomatique.fr/1975/08/KAPELIOUK/33316</a></p>
<p><a href="https://journal.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-1972-1977-bilingue-article-l-ethiopie-apres-deux-ans-de.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://journal.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-1972-1977-bilingue-article-l-ethiopie-apres-deux-ans-de.html</a></p>
<p>La prétendue radicalité de son successeur</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/archive/mengistu/1988/da-costa-interview-fr.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/archive/mengistu/1988/da-costa-interview-fr.htm</a></p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mengistu/1999/the-star-interview.htm?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mengistu/1999/the-star-interview.htm?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc</a></p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2006/05/23/la-saga-sanglante-de-mengistu-haile-mariam-le-negus-rouge_774960_3208.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2006/05/23/la-saga-sanglante-de-mengistu-haile-mariam-le-negus-rouge_774960_3208.html</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerres_civiles_en_%C3%89thiopie" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerres_civiles_en_%C3%89thiopie</a></p>
<p>Le régime qui lui succédait tombait finalement lui aussi, abandonné y compris par ceux qui avaient cru à ce faux socialisme militaire…</p>
<p><a href="https://www.rfi.fr/fr/afrique/20210528-%C3%A9thiopie-il-y-a-trente-ans-tombait-le-r%C3%A9gime-de-mengistu" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.rfi.fr/fr/afrique/20210528-%C3%A9thiopie-il-y-a-trente-ans-tombait-le-r%C3%A9gime-de-mengistu</a></p>
<p>Le renversement de la dictature de l'empereur d'Ethiopie</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1724" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1724</a></p>
<p>Read in english</p>
<p>Class and Revolution in Ethiopia" John Markasis and Nega Ayele</p>
<p><a href="https://www.google.fr/books/edition/Transformation_and_Continuity_in_Revolut/LeszAAAAIAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=transformation+and+continuity+in+revolutionary+ethiopia&printsec=frontcover" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.google.fr/books/edition/Transformation_and_Continuity_in_Revolut/LeszAAAAIAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=transformation+and+continuity+in+revolutionary+ethiopia&printsec=frontcover</a></p></div>
Les premiers révolutionnaires trotskistes déportés par le stalinisme en 1928
https://matierevolution.org/spip.php?article8990
https://matierevolution.org/spip.php?article89902026-08-24T22:53:00Ztext/htmlfrRobert ParisRussie1927StalinismeTrotskisme
<p>Les premiers révolutionnaires trotskistes déportés par le stalinisme en 1928 <br class='autobr' />
L'objectif des premières arrestations, en 1927, puis du début des déportations de masse en 1928 était de briser l'Opposition en tant qu'organisation en la privant de tous ses dirigeants et cadres. <br class='autobr' />
Dans les semaines et les mois qui ont suivi, les vagues d'arrestations, les peines de prison et d'exil affectant chaque fois plusieurs centaines de militants, poursuivent le même but, avec le souci supplémentaire (…)</p>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory">4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas</a>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag">Russie</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot56" rel="tag">1927</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><p>Les premiers révolutionnaires trotskistes déportés par le stalinisme en 1928</p>
<p>L'objectif des premières arrestations, en 1927, puis du début des déportations de masse en 1928 était de briser l'Opposition en tant qu'organisation en la privant de tous ses dirigeants et cadres.</p>
<p>Dans les semaines et les mois qui ont suivi, les vagues d'arrestations, les peines de prison et d'exil affectant chaque fois plusieurs centaines de militants, poursuivent le même but, avec le souci supplémentaire d'extirper, là où ils se manifestent encore, les foyers de l'Opposition. Discours et presse officielle l'avouent pourtant au début de 1929 : ces efforts ont été vains et l'Opposition a survécu et progressé tout au cours de l'année 1928.</p>
<p>Elle est tout de même bien différente alors de ce qu'elle était en 1927, « fraction » au sein du parti officiel. Désormais, elle est divisée, par la force des choses - et les décisions de répression du G.P.U. -, en deux secteurs. D'une part son secteur illégal, clandestin, formé par les militants épargnés par la répression, trop ou pas assez connus. De l'autre, le secteur pratiquement « légal » - « ouvert », si on ose le dire, - qui fonctionne pratiquement au grand jour dans les zones de déportation (d'exil) qu'on commence à appeler les « colonies » de déportés lesquels peuvent à peu près librement se réunir, discuter, écrire et surtout correspondre.</p>
<p>Du premier, nous savons peu de choses en dehors des rapports contenus dans les archives et soigneusement fabriqués en tenant compte des nécessités du secret de la clandestinité. Nous savons cependant qu'après l'arrestation et l'envoi en exil de Trotsky et de ses compagnons, a fonctionné à Moscou un « centre » clandestin dirigé par le vieux- bolchevik ouralien Boris M. Eltsine (25), dont un émissaire se rendait par le train à Frounzé pour y remettre le courrier entre les mains d'un militant de confiance, le métallo de Moscou Mikhail Bodrov, lequel, aux rênes d'une troïka, sous une grande barbe et une blouse typique de moujik, assurait ensuite le transport des précieux documents qu'il remettait à Alma- Ata aux mains de Léon Sédov (26). Nous savons également qu'il existait des noyaux de l'Opposition dans presque toutes les grandes villes d'Union soviétique : Victor Serge nous a parlé de celui de Leningrad, dans lequel se trouvait notamment Alexandra Lvovna Sokolovskaia, la première femme de Trotsky et la mère de ses filles. Nous savons également que, parmi les quelque cent cinquante militants arrêtés à Moscou en janvier 1929, se trouvaient quelques- uns des responsables de la presse clandestine de l'Opposition depuis 1928, notamment un « ancien » de l'épisode de l'imprimerie clandestine de 1927, le grand mutilé et ex- tchékiste Khanaan M. Pevzner (27). L'un des dirigeants de Moscou était lanuchevsky.</p>
<p>Certains des animateurs de l'Opposition qui militent en dehors des prisons et des colonies ne sont pas de libres citoyens exerçant une activité clandestine. Ce sont des illégaux, des hommes et des femmes connus du G.P.U. mais qui lui ont échappé et vivent dans ce milieu du parti où ils sont généralement estimés, bénéficiant d'un « libéralisme » dont se plaint la Pravda. Le fait qu'ils « tiennent » démontre en effet qu'ils se meuvent dans un milieu qui, loin de leur être hostile, leur fournit hospitalité, aide et protection. Deux exemples : à Bogorodask, les ouvriers de l'usine Gloukhov dissimulent pendant plusieurs jours l'un des leurs, l'oppositionnel Stoukolkine, et réussissent à lui faire quitter la ville à la barbe du G.P.U. (28). Par ailleurs, dans ses mémoires récemment publiés, la communiste allemande Rosa Léviné-Meyer parle de ses rencontres à Moscou à cette époque avec G. Ia. Iakovine, un des dirigeants du « centre », mari de son amie l'historienne Pankratova. Iakovine a quitté Leningrad où il est trop connu et vit à Moscou, logé par des camarades : il s'est même procuré un laissez- passer qui lui permet d'entrer à l'hôtel Lux et d'y discuter avec les communistes étrangers. Il lui arrive même de revenir clandestinement à Leningrad pour y assurer des liaisons (29).</p>
<p>Les rapports qui proviennent d'Union soviétique à l'étranger - à L.D. et son fils Liova - mentionnent les activités de ce secteur de l'Opposition : publication de tracts et même de brochures, diffusions clandestines, souscription pour les emprisonnés, mais aussi interventions dans les réunions du parti ou les assemblées ouvrières, chez les chômeurs notamment, candidatures ouvertes aux comités d'usine ou aux soviets, et soulignent aussi leurs indéniables succès. Le secteur clandestin « libre » de l'Opposition a bel et bien maintenu une existence et une activité réelles, malgré les obstacles qui s'accumulent, la répression, le commencement de l'appel à la délation et la généralisation de la provocation qui semble avoir affecté à cette époque à peu près tous les groupes locaux. Le second secteur de l'Opposition, probablement le plus nombreux car il ne cesse de grandir au détriment du premier, est celui des colonies de déportés - 107 recensées pour 1928 à travers la correspondance de Harvard - et bientôt celui des prisons rouvertes spécialement pour les bolcheviks- léninistes récalcitrants, les « isolateurs ». Nous le connaissons bien mieux que le premier.</p>
<p>Pendant les trois premiers trimestres de 1928 en effet, le gros de la correspondance des déportés est en effet généralement distribué, bien que les lettres soient ouvertes au départ et à l'arrivée.</p>
<p>Une discussion passionnante commence entre exilés : ces hommes qui appartiennent à tous les « milieux » du parti et de l'État soviétique et qui, quelques mois auparavant, y exerçaient encore de hautes responsabilités, disposent maintenant d'un peu de temps pour faire le point, méditer sur l'expérience des années écoulées, entreprendre des travaux théoriques, passer au crible les documents du parti et de l'Internationale, mener entre eux une sorte de discussion en chaîne. Une partie des documents passionnants qui en sont le fruit a été publié à l'époque par le Biulleten et parfois en d'autres langues.</p>
<p>Citons la « Critique du projet de programme de l'I.C. », élaborée par Trotsky à Alma- Ata, la lettre de Rakovsky à Valentinov connue sous le titre de « Dangers professionnels du pouvoir ». On trouve à<br class='autobr' />
Harvard une autre « Critique du projet de programme de l'I.C. » par Dimitri Lapine, très appréciée parTrotsky. Mais nous n'avons ni la « Politique agraire du centrisme » de L. S. Sosnovsky, ni les travaux de Smilga et de Préobrajensky (« Les conquêtes de la dictature du prolétariat en l'an XI de la révolution »), de Rakovsky encore (« Les lois de la Dictature socialiste »), de Solntsev (« La loi du développement inégal chez Marx »), etc. Rarement sans doute dans l'histoire du marxisme il y eut période plus féconde et plus créatrice - et résultats plus mal connus ou inconnus : ces titres ne reflètent qu'une infime partie de la production théorique des déportés.</p>
<p>Il ne s'agit pas cependant d'un travail académique. La « Critique du projet de programme » vise à atteindre toutes les sections de l'I.C. On s'efforce de discuter partout des textes qui doivent exprimer une position collective et les textes circulent. Pour cette critique précisément, le temps ayant manqué, il y a tout de même une sorte de procédure référendaire à travers les colonies : sur les deux textes qui s'opposent, celui de Radek ne rallie qu'une demi- douzaine de signatures contre plusieurs centaines à celui de Trotsky.</p>
<p>Mais les problèmes politiques qui se posent ne sont pas ni gratuits ni abstraits. Pour isolées qu'elles soient, les premières capitulations - les ex- zinoviévistes Safarov, Ilya Vardine (30), mais aussi les ex- trotskystes Piatakov, Serebriakov, Antonov- Ovseenko, Krestinsky (31) - n'en sont pas moins d'inquiétants indices de la fragilité d'hommes qui se croyaient des « durs » et ont cédé dès le début de la répression. Cette « seconde vague » - la première était celle de Zinoviev- Kamenev n'est pas cependant dans l'ensemble prise au sérieux et elle n'entame ni les forces vives de l'Opposition ni surtout son moral. La grande majorité des oppositionnels en exil se reconnaît dans l'interpellation féroce de Sosnovsky au capitulard Vardine : « N'oublie pas que tu es mort (32) ! »</p>
<p>L'évolution de Radek apparaît, elle, plus dangereuse, telle qu'elle se traduit à travers des interrogations et des doutes qui s'expriment d'abord dans ses lettres. L'homme, pétri d'intelligence, journaliste de grand talent, est connu aussi pour sa versatilité politique et son impulsivité. En 1927, il était très réservé vis-à-vis de la « plate- forme de l'Opposition », suggérait entre autres que le « Thermidor » dont l'Opposition dénonçait le danger était peut- être déjà un fait accompli. Se refusant à fermer, comme le faisait la plate-forme, la perspective d'un « second parti », il se rangeait finalement tout près des éléments les plus gauchistes, proches des décistes. Or, au début de 1928, il renversait brutalement la vapeur : le raidissement de l'appareil après la crise du blé et la grève des livraisons de grain, début 1928, la décision d'appliquer aux koulaks des mesures de coercition lui semblent démontrer l'existence d'un véritable « tournant à gauche » qu'il juge positif - de la part de la direction stalinienne.</p>
<p>En mars 1928, alors qu'il est en déportation à Tobolsk, la bienveillance intéressée du G.P.U. lui octroie l'autorisation de rencontrer chez Smilga, à Tomsk, ses plus proches amis, Beloborodov et Préobrajensky, ce dernier ayant été autorisé à venir de Kazan. Radek écrit beaucoup et cherche à convaincre ses camarades d'exil. Les réactions ne se font pas attendre. Elles ne font qu'accélérer sa démarche. Entraîné par sa propre verve, piqué au vif par les « attaques à la baïonnette » qui fusent de toute part contre lui - le mot est de Trotsky - il part en guerre contre la révolution permanente, puis contre la politique de l'Opposition de gauche dans la révolution chinoise. Trotsky ne peut pas ne pas répondre. Il le fait dans une lettre datée du 17 juillet 1928, une sévère critique des thèmes de Radek, qui ne rompt pas pour autant la solidarité de tendance avec lui, puisqu'il conclut sur la nécessité de « dire cela dans l'intérêt de la clarté sans craindre les tentatives d'un adversaire "monolithique" d'exploiter les divergences de vue entre nous ».</p>
<p>En fait, au moment où commence, au sommet, la crise de ce que Trotsky appelle « le bloc centre-droite » et où s'annonce déjà la rupture entre Staline et Boukharine, le maintien des positions de l'Opposition et ses progrès rendent inévitables des mesures de répression aggravée. Dès la fin de septembre, les conditions de courrier normal dont les déportés avaient jusqu'alors pratiquement joui cessent brutalement. Le G.P.U. prend des mesures qui lui permettent d'effectuer un tri dans le courrier et de ne laisser arriver que la correspondance qu'il a décidé de laisser arriver et se donne les moyens d'interrompre totalement toute correspondance si cela lui apparaît nécessaire. Comme il est évident que ces mesures ne suffisent pas, le 16 décembre, le représentant du collège du G.P.U. Volynsky se présente à Alma- Ata et déclare à L. D. :</p>
<p>« L'activité de vos camarades d'idées a pris dans le pays au cours de ces derniers temps un caractère nettement contre- révolutionnaire ; les conditions dans lesquelles vous êtes placé à Alma- Ata vous laissent parfaitement en mesure de diriger cette besogne, c'est pour quoi le collège du G.P.U. a décidé d'exiger de vous la promesse catégorique de cesser votre activité, sinon il se verra dans l'obligation de changer les conditions de votre existence en vous isolant complètement de la vie politique : cela posera en même temps la question du changement de votre lieu de résidence (33). »</p>
<p>Le refus catégorique de Trotsky place le bureau politique au pied du mur. C'est seulement après trois jours de discussion passionnée et tendue qu'il se décide finalement et se prononce en faveur de la solution préconisée par Staline, contre l'attentisme de Boukharine. Trotsky est expulsé du territoire soviétique. Quelques jours auparavant, le G.P.U. a arrêté d'un coup quelque cent cinquante personnes pour la diffusion d'une lettre de Trotsky : parmi eux, de vieux- bolcheviks, les Géorgiens Budu Mdivani et Kavtaradzé, le critique littéraire Voronsky, des héros de l'Armée rouge et de la guerre civile, Drobnis, Gaievski, Grünstein, Pevzner34. La Pravda ne dissimule pas qu'ils ont bénéficié de bien des sympathies et de « trop de tolérance » : ils sont soumis à « un isolement sévère en tant qu'éléments hostiles à la dictature prolétarienne » et la Pravda du 24 janvier menace quiconque serait tenté de leur manifester la moindre indulgence.</p>
<p>En fait, c'est une nouvelle époque qui commence dans l'histoire de l'Opposition de gauche comme dans celle de l'Union soviétique elle- même.</p>
<p>25 Boris M. Eltsine (1875- 1937 ?), membre du parti en 1899, bolchevik en 1903, avait été président du soviet d'Ekaterinoslav en 1917 et membre de l'exécutif pan- russe des soviets. Il était depuis 1923 l'un des dirigeants de l'Opposition de gauche. Sur son rôle dans le « centre », cf. Victor Serge, Mémoires d'un révolutionnaire (Seuil, 1951), p. 265, 280, 334.</p>
<p>26 « Iz Orenburgskoi sselki », Bibliothèque du Collège de Harvard, 17399. Bien que le catalogue indique que l'auteur de ce document n'a pas été identifié, il s'agit à l'évidence de Victor Serge ce que confirment les recoupements avec sa correspondance.</p>
<p>27 V. Serge, op. cit., p. 335 et Destin d'une révolution, p. 126.</p>
<p>28 « Lettre de Moscou », Biulleten Oppositsii, n° 1/2, p. 17- 18.</p>
<p>29 Rosa Léviné-Meyer, Inside German Communism, appendice « Jakovin and Pankratova », p. 209- 213. Grigorila. Iakovine (1896 ? - 1938) était historien et diplômé de l'Institut des Professeurs Rouges.</p>
<p>30 Ilya V. Mguéladzé dit Vardine (1890- 1943), membre du parti depuis 1907, avait été l'un des dirigeants du parti et des soviets de Saratov en 1917, puis avait rejoint l'opposition de Zinoviev avant l'opposition unifiée.</p>
<p>31 Léonid P. Serebriakov (1890- 1937), métallurgiste, bolchevik en 1905, avait été plusieurs fois emprisonné et déporté sous le tsarisme ; il avait été secrétaire du C. C., membre de l'Opposition de gauche en 1923. Vladimir A. Antonov- Ovseenko (1884- 1938), d'abord officier, condamné à mort pour sa participation en tant que menchevik à la révolution de 1905, s'était évadé, avait collaboré avec Trotsky en exil, rejoint le parti avec lui en 1917. Il avait été responsable politique de l'Armée rouge. Nikolai N. Krestinsky (1883- 1938), ancien étudiant, bolchevik en 1903, avait été secrétaire du C. C. et membre de l'Opposition dès 1923.</p>
<p>32 Lettre de L. S. Sosnovsky à Ilya Vardine, 30 mai 1928, Biulleten Oppositsii n° 3/4, septembre 1929, p. 19. Sosnovsky faisait allusion à une coutume juive lors des funérailles.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/urss.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/urss.pdf</a></p>
<p>LIRE ENCORE :</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Radek_Kasparova_7_janv_1928.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Radek_Kasparova_7_janv_1928.pdf</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Preobrajensky_Radek_15_janv_1928.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/1928/01/Rakovsky_Preobrajensky_Radek_15_janv_1928.pdf</a></p>
<p>C'était une réponse à Trotsky</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6926" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6926</a></p>
<p>Puis en 1935-1936…</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259</a></p></div>
A la mémoire des villes révoltées contre leur oppresseur...
https://matierevolution.org/spip.php?article8999
https://matierevolution.org/spip.php?article89992026-08-23T22:17:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionRévolution bourgeoiseRévolte
<p>A la mémoire des villes révoltées contre leur oppresseur <br class='autobr' />
Révoltes des villes d'Egypte contre Pharaon <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article222 <br class='autobr' />
https://www.persee.fr/doc/topoi_1764-0733_2013_mel_12_1_2725 <br class='autobr' />
https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_r%C3%A9volte_th%C3%A9baine <br class='autobr' />
https://www.gauchemip.org/spip.php?article7669 <br class='autobr' />
https://www.lepoint.fr/monde/egypte-la-revolte-gagne-les-grandes-villes-le-pouvoir-brandit-la-menace-de-l-armee-10-02-2011-1293791_24.php#11 (…)</p>
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<a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">2eme chapitre : Révolutions de la Préhistoire et de l'Antiquité</a>
/
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot112" rel="tag">Révolution bourgeoise</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag">Révolte</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">A la mémoire des villes révoltées contre leur oppresseur</h2>
<p>Révoltes des villes d'Egypte contre Pharaon</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article222" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article222</a></p>
<p><a href="https://www.persee.fr/doc/topoi_1764-0733_2013_mel_12_1_2725" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.persee.fr/doc/topoi_1764-0733_2013_mel_12_1_2725</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_r%C3%A9volte_th%C3%A9baine" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_r%C3%A9volte_th%C3%A9baine</a></p>
<p><a href="https://www.gauchemip.org/spip.php?article7669" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.gauchemip.org/spip.php?article7669</a></p>
<p><a href="https://www.lepoint.fr/monde/egypte-la-revolte-gagne-les-grandes-villes-le-pouvoir-brandit-la-menace-de-l-armee-10-02-2011-1293791_24.php#11" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lepoint.fr/monde/egypte-la-revolte-gagne-les-grandes-villes-le-pouvoir-brandit-la-menace-de-l-armee-10-02-2011-1293791_24.php#11</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1885" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1885</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1923" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1923</a></p>
<p>Révoltes de la ville d'Ougarit</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5259" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5259</a></p>
<p>Révolte dans l'Indus</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4197" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4197</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article229" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article229</a></p>
<p>Révolte des villes de Mésopotamie</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6104" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6104</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5515" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5515</a></p>
<p>La ville de Philopappos en Grèce en 287 av. J.-C. en révolte contre Démétrios</p>
<p><a href="https://foucautalain9.wixsite.com/patrimoine-urbain/single-post/le-monument-de-philopappos" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://foucautalain9.wixsite.com/patrimoine-urbain/single-post/le-monument-de-philopappos</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9m%C3%A9trios_Ier_Poliorc%C3%A8te" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9m%C3%A9trios_Ier_Poliorc%C3%A8te</a></p>
<p>Troie en révolte écrasée par la Grèce</p>
<p><a href="https://www.pourlascience.fr/sd/archeologie/la-guerre-de-troie-a-bien-un-lieu-9580.php" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.pourlascience.fr/sd/archeologie/la-guerre-de-troie-a-bien-un-lieu-9580.php</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4146" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4146</a></p>
<p>Révolte de la ville de Tula</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5247" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5247</a></p>
<p>Révoltes contre l'empire maya</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5243" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5243</a></p>
<p>Révolte à Teotihuacán</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5238" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5238</a></p>
<p>Révolte de Caral (Pérou) en 1500 avant notre ère</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5263" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5263</a></p>
<p>Révolte à Corfou, en 427 avant notre ère</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5166" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5166</a></p>
<p>Révolte à Babylone</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4298" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4298</a></p>
<p>Cette ville qui s'est rebellée contre le pouvoir de Rome a été rasée par les légions</p>
<p><a href="https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/archeologie-cette-ville-rebellee-pouvoir-rome-ete-rasee-legions-116598/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/archeologie-cette-ville-rebellee-pouvoir-rome-ete-rasee-legions-116598/</a></p>
<p>Révolte des Bagaudes</p>
<p><a href="https://journals.openedition.org/mefra/438" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://journals.openedition.org/mefra/438</a></p>
<p>Révolte de Berne</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2580" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2580</a></p>
<p>Révoltes d'Anvers</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1220" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1220</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Si%C3%A8ge_d%27Anvers_(1585" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Si%C3%A8ge_d%27Anvers_(1585</a>)</p>
<p>Révolte de Gand, Bruges et Ypres</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article293" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article293</a></p>
<p>Révoltes de Liège</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4143" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4143</a></p>
<p>Révoltes contre le Seigneur de Sicán (Pérou)</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5282" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5282</a></p>
<p>Révolte de la ville d'El Tajin contre la dictature totonaque en 1200</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5356" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5356</a></p>
<p>Révolte et écrasement de la ville de Dinant</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1219" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1219</a></p>
<p>Révoltes de Paris</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article238" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article238</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7281" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7281</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1632" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1632</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7383" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7383</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6535" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6535</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6812" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6812</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185</a></p>
<p>Révoltes de Londres</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3911" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3911</a></p>
<p>Révoltes des villes anglaises</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7577" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7577</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1518" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1518</a></p>
<p>Révolte de Marseille et Lyon</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2686" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2686</a></p>
<p>Révoltes de la ville de Marseille</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1219" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1219</a></p>
<p>Révoltes en France</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6266" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6266</a></p>
<p>Révolte de la ville de Münster</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3999" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3999</a></p>
<p>Révolte de Madrid</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6421" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6421</a></p>
<p>Révolte de Paris en 1358</p>
<p><a href="https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/moyen-age/1358-la-revolte-populaire-qui-fit-trembler-la-france-2682.php" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/moyen-age/1358-la-revolte-populaire-qui-fit-trembler-la-france-2682.php</a></p></div>
Les « démocraties » victorieuses en 1918 imposent leur paix à Versailles...
https://matierevolution.org/spip.php?article9050
https://matierevolution.org/spip.php?article90502026-08-22T22:19:00Ztext/htmlfrRobert ParisAllemagne Deutschland1917-1919FranceGuerre War
<p>Les « démocraties » victorieuses en 1918 imposent leur paix à Versailles en juin 1919 et la conséquence : le nazisme et un nouveau bain de sang généralisé <br class='autobr' />
L'armistice de 1918 n'est pas la paix <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7998 <br class='autobr' />
https://www.youtube.com/watch?v=JprEX7iSGRE <br class='autobr' />
Un traité de paix de Versailles seulement en 1919 et qui se fait entièrement contre le vaincu et sans lui… <br class='autobr' />
https://www.youtube.com/watch?v=2pQI7USz2BE <br class='autobr' />
Qu'est-ce que le traité de Versailles ? (…)</p>
-
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory">14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER</a>
/
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot22" rel="tag">Allemagne Deutschland</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag">1917-1919</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag">France</a>,
<a href="https://matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag">Guerre War</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Les « démocraties » victorieuses en 1918 imposent leur paix à Versailles en juin 1919 et la conséquence : le nazisme et un nouveau bain de sang généralisé</h2>
<p>L'armistice de 1918 n'est pas la paix</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7998" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7998</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=JprEX7iSGRE" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=JprEX7iSGRE</a></p>
<p>Un traité de paix de Versailles seulement en 1919 et qui se fait entièrement contre le vaincu et sans lui…</p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=2pQI7USz2BE" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=2pQI7USz2BE</a></p>
<p>Qu'est-ce que le traité de Versailles ?</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_Versailles#:~:text=Le%20trait%C3%A9%20de%20Versailles%20est,de%20la%20Premi%C3%A8re%20Guerre%20mondiale" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_Versailles#:~:text=Le%20trait%C3%A9%20de%20Versailles%20est,de%20la%20Premi%C3%A8re%20Guerre%20mondiale</a>.</p>
<p>Le texte intégral</p>
<p><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_Versailles_1919" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_Versailles_1919</a></p>
<p>La signature du traité</p>
<p><a href="https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000006048/episode-4-versailles-28-juin-1919-la-signature-du-traite.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000006048/episode-4-versailles-28-juin-1919-la-signature-du-traite.html</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=PAHwcZHvnlc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=PAHwcZHvnlc</a></p>
<p>« La guerre mondiale s'est terminée par l'écroulement de trois puissances impérialistes : l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et la Russie. Quatre grands rapaces sont sortis victorieux de la lutte : les États-Unis, l'Angleterre, la France et le Japon. Les traités de paix, dont celui de Versailles constitue le noyau central, sont une tentative de stabiliser la domination mondiale de ces quatre puissances victorieuses. » affirme le 4e congrès de l'Internationale communiste, tenu en novembre 1922.</p>
<p>Versailles : du traité de paix à… la guerre…</p>
<p>La guerre se termina par la victoire totale des démocraties, bien que la Russie Soviétique, dirigée par les bolcheviks, ait quitté leur camp sacré. Le résultat de cette victoire fut la Paix de Versailles qui avait bien sûr coûté des millions de vies, mais qui devait établir une fois pour toutes sur cette terre le règne de la démocratie, le libre développement des nations et la coopération pacifique des peuples sur la base du désarmement général. La Société des Nations couronna cette guerre qui aurait dû être "la dernière des guerres" : c'est ce que promettaient Wilson et la Seconde Internationale. <br class='autobr' />
Le Paradis sur terre ne s'est cependant pas matérialisé mais à sa place quelque chose qui ressemblerait plus à l'Enfer. La Paix de Versailles étrangla l'Europe. Le protectionnisme étrangla l'économie. La guerre "pour la démocratie" ouvrit l'ère de la dégénérescence finale de la démocratie. Le monde s'appauvrit et se referma sur lui-même. L'un après l'autre, les États prirent le chemin du fascisme ou de la dictature militaire. Les relations internationales devinrent de plus en plus menaçantes. Le désarmement fut remplacé par des programmes militaristes qui eussent été des cauchemars à la veille de la guerre précédente. Les premières escarmouches des futurs conflits sanglants sont apparues en divers endroits du monde. C'est précisément le moment que choisit le Komintern pour abandonner ses derniers restes d'internationalisme et proclamer que la tâche de cette ère nouvelle est l'alliance entre le prolétariat et les démocraties impérialistes en décomposition, "contre le fascisme". Le premier foyer d'infection est le tas de détritus, rebut de ce qui fut jadis l'internationale Communiste.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/10/381010.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/10/381010.htm</a></p>
<p>Le traité de Versailles a mis fin à la Première Guerre mondiale et préparé la seconde…</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/inter_com/1922/ic4_06.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/inter_com/1922/ic4_06.htm</a></p>
<p><a href="https://www.nationalgeographic.fr/histoire/culture-generale-comment-le-traite-de-versailles-mis-fin-la-premiere-guerre-mondiale-et-prepare-la-deuxieme?utm_source=pocket-newtab-fr-fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.nationalgeographic.fr/histoire/culture-generale-comment-le-traite-de-versailles-mis-fin-la-premiere-guerre-mondiale-et-prepare-la-deuxieme?utm_source=pocket-newtab-fr-fr</a></p>
<p>…et le fascisme…</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/00/320000a.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/00/320000a.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/330610.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/330610.htm</a></p>
<p>Qu'en disaient les travailleurs communistes révolutionnaires :</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/07/vil19200719.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/07/vil19200719.htm</a></p>
<p>Aux Travailleurs de France et d'Allemagne !</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/pcf/works/1922/02/pcfkpd.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/pcf/works/1922/02/pcfkpd.htm</a></p>
<p>La croissance rapide du sentiment fasciste était donc due à l'impasse économique, dans laquelle l'Allemagne avait été conduite par l'état du capitalisme d'après-guerre, la crise économique profonde et le système de Versailles, avec en toile de fond la faiblesse de l'avant-garde prolétarienne.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1933/04/bolchevikn2.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1933/04/bolchevikn2.htm</a></p>
<p>Le traité de Versailles avait fait endosser la responsabilité de la guerre de 14-18 à l'Allemagne et au nom de cette responsabilité réelle de la bourgeoisie allemande (qui a contribué à la guerre d'une façon identique à la bourgeoisie française, anglaise, etc...), on a infligé les pires maux aux peuples de l'Europe Centrale et de tous les Etats vaincus.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1943/03/ldc11_032743.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1943/03/ldc11_032743.htm</a></p>
<p>Le Traité de Versailles, l'occupation de la Ruhr par Poincaré et le slogan « Le Boche payera ! » se trouvent au moins autant à la base de la victoire nazie que les crimes de Noske et d'Ebert, et que l'imbécile théorie du « social-fascisme » de Staline.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/mandel/works/1953/07/vingt.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/mandel/works/1953/07/vingt.pdf</a></p>
<p>En fait, les grands impérialismes ont refait les cartes du monde…</p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=zdC7kyq1WOs" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=zdC7kyq1WOs</a></p>
<p>La conférence de paix de la première guerre mondiale a accouché de… la deuxième guerre mondiale…</p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=QYds014hK-4" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=QYds014hK-4</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=NMUrSSOty4w" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=NMUrSSOty4w</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=OgDbtL-RsWw" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=OgDbtL-RsWw</a></p>
<h2 class="spip">Le traité de Versailles n'a donné ni la sécurité, ni la paix, ni le bien-être des peuples, et surtout pas ceux des peuples colonisés !</h2>
<p><a href="https://www.lhistoire.fr/le-vrai-%C3%A9chec-du-trait%C3%A9-de-versailles" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lhistoire.fr/le-vrai-%C3%A9chec-du-trait%C3%A9-de-versailles</a></p></div>